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Titre :
Revue dominicaine
Éditeur :
  • St-Hyacinthe :Couvent de Notre-Dame du Rosaire,1915-1961
Contenu spécifique :
Juin
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Rosaire
  • Successeur :
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Revue dominicaine, 1926-06, Collections de BAnQ.

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[" XXXII Année Le numéro: 20 sous Juin 1926 LA REVUE OMINICAINE R.P>M.-Ceslas Forest, O.P., Application de la messe.Abbé Henri JeannOTTE, P.S.S., Réponse au R.P.Forest.R.P.M.-Ceslas Forest, O.P., Remarques sur la réponse précédente, R.P.Paul-Emile Farley, O.P., La direction spirituelle au collège.-I, Docteur J.-A.Mireault, La question sociale.\u2014II.R.P.Louis-M.Sylvain, O.P., Consultations canoniques.L\u2019ESPRIT DES LIVRES.\u2014Szaco: Xenia thomistica (J.-D.M.) Mainage: Immortalité (M.-C.F.) Facchinetti: S, François d'Assise et l'amitié chrétienne (A.-M.M.) Dusauchoy:\tPaul et rie maniement des âmes (P.-E.F.) Accusés de réception.ADMINISTRATION Bureau du Rosaire SAINT-HYACINTHE REDACTION Notre-Dame de Grâce MONTREAL Publiée mensuellement Directeur : R.P.M.-A.LAMARCHE, O.P.U REVUE DOMINICAINE ABONNEMENTS (payables d\u2019avance) Au Canada: $2.00 \u2014 A l\u2019étranger: $2.25 Avec le \u201cRosaire pour tous\u201d, 40 sous en plus par an.La Revue Dominicaine publie des articles de vulgarisation touchant les Ecritures, la théologie, l'apologétique ou le droit canon, et même des études de philosophie, de littérature, de sociologie ou d'histoire, pourvu que la religion ou la morale y soit concernée.La Revue Dominicaine n\u2019a pas de spécialité proprement dite dans le domaine religieux, mais elle accorde une attention particulière aux questions d\u2019apologétique et aux problèmes de société, envisagés surtout au point de vue canadien.La Revue Dominicaine publie des recensions et diverses chroniques, en s\u2019attachant moins au récit des faits et à l'analyse des ouvrages qu\u2019à leur signification d\u2019ensemble.La Revue Dominicaine ne sera pas responsable des écrits des collaborateurs étrangers à l\u2019Ordre de Saint-Dominique.Prière d\u2019adresser les communications littéraires : manuscrits, volumes, etc., au R.P.Antonio Lamarche, 153 Avenue Notre-Dame de Grâce, Montréal; et les communications administratives : abonnements, annonces, etc., au R.P.François Lebel, Saint-Hyacinthe.Nous publierons en juin : DROIT DE VOTE, SUFFRAGE FEMININ, FEMINISME\u201d, par le T.R.P.Ceslas Forest, O.P.\u2018AUTOUR D\u2019UN PASSE RADIEUX\u201d, par M.Edouard Montpetit. APPLICATION DE LA MESSE Dans un article publié, ici même, en avril, M.Henri Jeannotte, p.s.s., a émis sur l\u2019application de la messe une opinion qui m\u2019a semblé appeler des réserves.Après un premier échange de vues, j\u2019ai été expressément invité par lui à mettre par écrit et à rendre publiques les objections que soulève à mon sens la théorie qu\u2019il adopte.J\u2019accède à son désir avec d\u2019autant moins de répugnance que toute liberté lui est laissée de critiquer mes critiques et de justifier sa manière de voir.Si j\u2019aborde cette discussion c\u2019est dans le but unique de rechercher la vérité et d\u2019intéresser à cette recherche les prêtres qui voudront bien me faire l\u2019hqnneur de me lire.Je crois que même chez nous une discussion entre prêtres sur une question libre peut rester objective et courtoise.Les théologiens sont unanimes à faire différentes parts des fruits du sacrifice de la messe.Une de ces parts reste au célébrant, une autre va à l\u2019Eglise, une troisième enfin est à la disposition de celui qui offre le saint sacrifice.C\u2019est cette dernière part appelée fruit spécial ou ministériel que le prêtre applique à l\u2019intention de celui qui fait célébrer la messe.Il s\u2019agit de déterminer comment se fait cette application.Jusqu\u2019à ces dernières années, on admettait unanimement, il me semble, que le prêtre possédait un pouvoir discrétionnaire sur le fruit spécial de la masse de telle sorte qu\u2019il pût l\u2019attribuer à qui il voulait.L\u2019application elle-même se faisait en vertu de son pouvoir d\u2019ordre par-un acte libre de sa volonté.M.J.n\u2019admet pas ce pouvoir discrétionnaire du prêtre ni par conséquent le mode d\u2019application qui en 322 LA REVUE DOMINICAINE découle.Partant d\u2019une comparaison entre les sacrifices anciens et le sacrifice de la messe, il soutient que le fruit spécial va de soi à celui qui a fourni la matière du sacrifice, à savoir le pain et le vin qui doivent être consacrés.De plus, il prétend, avec le P.de la Taille, s.j., que les honoraires de messes tiennent, historiquement et en réalité, la place du pain et du vin que les fidèles des premiers siècles apportaient à l\u2019Eglise pour être offerts à leur intention.Le fruit spécial de la messe va donc nécessairement à celui qui ayant payé un honoraire a ainsi fourni la matière du sacrifice.Ce fruit ne lui sera pas attribué par un acte de volonté du prêtre, mais en vertu de sa coopération au saint sacrifice.\u201cTout ce qu\u2019on attend du ministre\u201d, écrit M.J., \u201cc\u2019est qu\u2019il offre réellement le sacrifice qu\u2019on lui a demandé, et il lui suffit pour cela de spécifier qu\u2019il célèbre tel jour au nom de telle personne\u201d, (a.c.p.215) * * * Reprenons l\u2019argumentation de M.J.partie par partie.Et d\u2019abord l\u2019assimilation du pain et du vin à la victime offerte dans les sacrifices anciens est-elle bien exacte ?Elle le serait si le pain et le vin étaient la matière du sacrifice de la messe.Or il n\u2019en est rien.La matière du sacrifice de la messe n\u2019est pas le pain et le vin, mais bien le corps et le sang de Notre Seigneur Jésus-Christ sous les espèces du pain et du vin.Sans doute celui qui apporte le pain et le vin qui seront changés au corps et au sang du Christ coopère au sacrifice, comme coopèrent, quoique à un degré moindre, ceux qui fournissent les cierges, les vêtements sacerdotaux, etc.Aussi les moralistes leur ont-ils reconnu à tous une part APPLICATION DE LA MESSE 323 dans le fruit général de la messe.Mais affirmer que celui qui fournit le pain et le vin doit être assimilé à Tisraélite qui amenait au prêtre le boeuf ou la brebis du sacrifice, c\u2019est aller trop loin.La messe n\u2019est pas le sacrifice du pain et du vin mais du corps et du sang du Christ, et c\u2019est ce qui en fait la valeur infinie.Il pouvait y avoir une proportion entre la matière du sacrifice ancien et le fruit de ce sacrifice ; il n\u2019y en a plus du tout entre le fruit infini de la messe et le don d\u2019un morceau de pain, d\u2019une coupe de vin qui ne deviendront le corps et le sang du Christ que par un acte du prêtre sur lequel le fidèle n\u2019a aucun droit.Supposons toutefois que le pain et le vin soient la matière du sacrifice de la messe; nous ne sommes guère plus avancés pour cela.Soutenir, en effet, que le fruit spécial de la messe va, de soi, à celui qui a fourni cette matière, c\u2019est se jeter dans d\u2019inextricables embarras.En voici deux exemples que je choisis entre mille.Pour s\u2019assurer une part dans le fruit général de toutes les messes qui sont dites dans une communauté, une personne pieuse fournit à cette communauté toutes les hosties et tout le vin dont elle a besoin.Dira-t-on qu\u2019elle s\u2019assure par le fait même le fruit spécial de toutes les messes qui se disent dans cette communauté ?Dira-t-on qu\u2019il est interdit à cette communauté d\u2019accepter aucun honoraire de messe ?Un second exemple.Il nous arrive fréquemment de dire la messe chez un confrère qui nous fournit sans rétribution aucune le pain et le vin du sacrifice.Est-ce à dire que c\u2019est lui qui a bénéficié du fruit spécial de mes messes et que je suis tenu de restituer les honoraires que j\u2019ai acquittés de cette façon ?Si toutes ces conséquences sont fausses, c\u2019est 324 LA REVUE DOMINICAINE donc que le principe d\u2019où on les déduit logiquement l\u2019est aussi.D\u2019ailleurs, a-t-on le droit d\u2019identifier l\u2019honoraire de messe avec le pain et le vin que le prêtre consacre ?Qu\u2019historiquement l\u2019honoraire ait pris la place des offrandes diverses que les fidèles des premiers siècles faisaient à l\u2019occasion de la célébration solennelle du saint sacrifice de la messe, c\u2019est une question plus ou moins étrangère au débat actuel.En tout cas, il y a des siècles que pour le moraliste, le prêtre et le fidèle, l\u2019honoraire est une chose et le pain et le vin, une autre.Le prix élevé de l\u2019honoraire montre qu\u2019il est donné moins pour couvrir les frais d\u2019une hostie et d\u2019une coupe de vin que pour contribuer, comme le faisait déjà remarquer S.Thomas au XHIe siècle, à l\u2019entretien du prêtre.Qu\u2019on dise la messe pour un honoraire ou non, c\u2019est toujours avec les mêmes hosties et le même vin achetés une fois pour toutes, sans aucune relation avec des honoraires passés ou à venir.Enfin, il arrive très souvent que l\u2019honoraire est fourni par l\u2019un et le pain et le vin par un autre.Je crois inutile d\u2019insister davantage.L\u2019opinion du P.de la Taille peut avoir ses racines dans un passé lointain et disparu ; elle ne tient aucun compte d\u2019un développement historique de plusieurs siècles et il n\u2019est pas étonnant qu\u2019elle vienne se heurter à une théologie et une casuistique qui elles en tiennent compte.J\u2019en arrive maintenant aux négations de M.J., et tout d\u2019abord à celle qui regarde le pouvoir discrétionnaire du prêtre sur le fruit spécial du sacrifice.Pour établir qu\u2019aucun fruit spécial ne va à celui qui a donné APPLICATION DE LA MESSE 325 un honoraire, le pseudo-synode de Pistoie avait affirmé \u201cqu\u2019il n\u2019est pas au pouvoir du prêtre \u2014 in arbitrio sacer-dotis \u2014 d\u2019appliquer les fruits du sacrifice à qui il veut\u201d.Il allait même jusqu\u2019à dire que ce prétendu pouvoir du prêtre était \u201cune offense aux droits de Dieu qui seul peut distribuer à qui il veut les fruits du sacrifice et dans la mesure qu\u2019il lui plaît\u201d.(D-B, 1530) La condamnation de Pie VI ne vise pas seulement la proposition principale du pseudo-synode de Pistoie, mais elle semble vouloir être encore une réaffirmation de ce pouvoir discrétionnaire du prêtre universellement admis alors et que le pseudo-synode niait.Je n\u2019hésiterais même pas à dire que c\u2019est plus sur le motif théologique de l\u2019affirmation que sur l\u2019affirmation elle-même que semble porter la condamnation du pape.Ce pouvoir discrétionnaire, je le trouve encore présupposé dans cette obligation que le concile de Trente fait au pasteur d\u2019âmes de dire la messe pour son troupeau.Qu\u2019on ne dise pas que le peuple fournit la matière du sacrifice; ce n\u2019est plus le cas nulle part.Qu\u2019on ne dise pas qu\u2019il en reçoit l\u2019équivalent d\u2019une autre façon ; l\u2019Eglise lui défend d\u2019exiger aucune rémunération pour cette messe qui doit être absolument gratuite.Si donc on rejette ce pouvoir discrétionnaire du prêtre, on ne voit plus du tout comment il peut disposer du fruit spécial de la messe en faveur de son peuple.Enfin les moralistes affirment unanimement que si le prêtre néglige de formuler son intention ou ne la formule pas à temps, le fruit spécial de sa messe retombe dans le trésor de l\u2019Eglise.Cela serait incompréhensible avec l\u2019opinion de M.J.puisqu\u2019il y a toujours quelqu\u2019un qui a fourni le pain et le vin matière du sacrifice.Ces raisons, et bien d\u2019autres que j\u2019omets, suffiraient, il me 326 LA.REVUE DOMINICAINE semble, à établir ce pouvoir discrétionnaire du prêtre.Mais il ressort encore davantage de ce que nous allons dire immédiatement à propos du mode même d\u2019application.Pour M.J., on s\u2019en souvient, les fruits spéciaux de la messe proviennent d\u2019une certaine coopération du fidèle au sacrifice.Ils vont d\u2019eux-mêmes, sans avoir besoin d\u2019être dirigés par le prêtre, à celui qui ayant donné un honoraire a, par là même, fourni la matière du sacrifice.Le rôle du prêtre se borne à spécifier que c\u2019est telle messe correspondant à tel honoraire qu\u2019il dit.Pour nous au contraire, l\u2019application est un acte du pouvoir d\u2019ordre par lequel le prêtre dirige à telle fin les fruits dont il peut disposer comme ministre du sacrifice et appelés pour cela fruits ministériels.Elle peut se faire de deux façons.La première et la plus habituelle consiste à dire la messe à telle intention explicite manifestée par celui qui a donné l\u2019honoraire.On me demande de dire la messe pour le repos de l\u2019âme de tel défunt; je dis la messe explicitement à cette intention.Une seconde façon moins parfaite mais suffisante quand même, consiste à dire la messe à l\u2019intention de celui qui a donné un honoraire alors qu\u2019on ignore, qu\u2019on a oublié ou qu\u2019on ne s\u2019est pas soucié de connaître cette intention.Dans ce cas, comme dans le précédent \u2014 et c\u2019est précisément ce qui le distingue du mode qu\u2019adopte M.J.\u2014 c\u2019est encore par un acte de volonté du prêtre que le fruit spécial est dirigé vers telle intention.La seule différence, c\u2019est que dans le premier cas je connaissais cette intention, tandis que je l\u2019ignore dans le second.Dans le premier cas j\u2019appliquais directement la messe, tandis que dans le second je passe en quelque sorte par la volonté de celui qui la fait dire.Mais, encore une fois, APPLICATION DE LA MESSE 327 dans les deux je dispose des fruits spéciaux de la messe par un acte de mon pouvoir d\u2019ordre.Est-ce bien ainsi qu\u2019il faille entendre la chose ?J\u2019ouvre le Dictionnaire de Théologie de Vacant, au mot Fruits de la messe; je consulte des théologiens comme les Salmanticenses, Billuart, etc.; des moralistes comme Marc, Génicot, etc; tous sans exception, non seulement font de l\u2019application un acte du pouvoir d\u2019ordre, mais ne semblent pas supposer qu\u2019il puisse y avoir une autre façon de concevoir la chose.Les raisons qu\u2019ils apportent sont diverses.Les uns déduisent leur affirmation des paroles mêmes de l\u2019ordination : Accise potes-tatem offerendi sacrificium tarn pro vivis quam pro de-functis; d\u2019autres recourent à la volonté de Jésus-Christ authentiquement interprétée par la pratique de l\u2019Eglise, (a.c.Dictionnaire de théologie de Vacant, col.939) ; d\u2019autres enfin raisonnent ainsi: de soi le sacrifice de la messe, comme celui de la croix, est indifférent à servir à celui-ci plutôt qu\u2019à celui-là, à ceci plutôt qu\u2019à cela.Or quel est celui qui doit l\u2019ordonner sinon celui qui l\u2019offre au nom de Dieu ?Oportet, disent les Salmanticenses, quod ab eo habeat determinationem a quo habet esse, et quod ab eo applicetur a quo proxime fit.(Disp.XIII, Dub.V, 94).J\u2019avoue humblement qu\u2019une telle unanimité m\u2019impressionne et que ces raisons ne me paraissent pas sans valeur.Quant aux objections de M.J., elles ne me paraissent pas insolubles comme nous allons le voir immédiatement.\u201cSi le prêtre,\u201d dit-il, (p.212) \u201cavait ce pouvoir étonnant de faire participer aux fruits du sacrifice par une simple détermination de sa volonté, on ne voit pas pourquoi ce pouvoir serait limité à une seule intention\u201d.Je réponds à cela que je n\u2019ai jamais vu nulle part que le pouvoir du 328 LA REVUE DOMINICAINE prêtre était limité à une seule intention.J\u2019y ai même vu le contraire partout.Il est vrai que Rome interdit d\u2019acquitter deux honoraires par une seule messe; mais cette interdiction loin de nier ce pouvoir le suppose au contraire.Mais il y a plus.\u201cOn cite un certain nombre d\u2019induits accordés soit à des particuliers, soit à des corn-munautés permettant d\u2019acquitter, même à titre de justice par un seul sacrifice diverses obligations résultant de plusieurs honoraires reçus\u201d.(Diet, de Vacant; Honoraires; col.81) Ce fait à lui seul suffisait à renverser, il me semble, la thèse de M.J.Quant au motif de la défense de Rome, on le comprend sans peine si on songe à tous les abus auxquels elle a mis fin et auxquels elle a voulu parer.D\u2019ailleurs l\u2019honoraire étant accordé pour l\u2019entretien du prêtre et pour assurer le culte divin, ce but étant obtenu par un seul honoraire, il n\u2019y a pas de titre pour en recevoir un second, et le titre manquant, on ne peut en justice s\u2019approprier, pour une seule messe, deux ou plusieurs honoraires sans une permission de Rome.\u201cDe plus\u201d, ajoute M.J.(p.212), \u201csi la troisième part des fruits du sacrifice est un simple effet de la volonté du ministre qui célèbre, c\u2019est aussi dans la même volonté qu\u2019il faudrait chercher la détermination de la quantité des fruits attribués\u201d.La division des fruits de la messe en portions distinctes et l\u2019étendue de chacune de ces portions ne dépend pas de la volonté du prêtre, mais de celle de Dieu.Tout ce que le prêtre fait, c\u2019est appliquer une de ces portions, appelée fruit spécial ou ministériel, toute entière à un seul ou partiellement à plusieurs.Bien plus, certains auteurs, dont j\u2019accepte pour ma part l\u2019opinion, soutiennent que dans ce dernier cas chacun en reçoit autant que si le fruit spécial lui APPLICATION DE LA MESSE 329 était appliqué tout entier à lui seul.Ajoutons toutefois, qu\u2019en pratique, quand il s\u2019agit d\u2019une messe rétribuée, les moralistes obligent le célébrant à attribuer le fruit spécial tout entier à celui qui a donné l\u2019honoraire.M.J.écrit encore: \u201cSi l\u2019on suppose que la part des fruits à recevoir dépend uniquement d\u2019une disposition arbitraire de la volonté du ministre qui célèbre, on conçoit plus difficilement qu\u2019un ministre indigne puisse porter ses mains sacrilèges sur les fruits du sacrifice pour les distribuer à son gré\u201d, (p.213) L\u2019application de la messe comme l\u2019acte sacrificatoire lui-même est un acte ministériel, et si le prêtre peut faire celui-ci valide-ment, pourquoi ne pourrait-il pas faire celui-là ?Qui peut le plus peut le moins.Ce qui est révoltant pour le sens chrétien, c\u2019est qu\u2019il offre le sacrifice très saint de nos autels avec des mains sacrilèges, ce qui a lieu dans l\u2019une ou l\u2019autre opinion.Mais dès lors qu\u2019il l\u2019offre, je ne vois pas qu\u2019il aggrave singulièrement sa culpabilité en l\u2019appliquant à telle ou telle fin.Il me faudrait tout un autre article pour répondre à la dernière objection de M.J.concernant le caractère simoniaque de l\u2019honoraire de messe au sens où nous l\u2019entendons.Cette objection a été résolue tant de fois et avec de tels développements que je ne puis rien y ajouter de nouveau.Je vais donc me contenter d\u2019indiquer la solution à laquelle je me rallierais en y ajoutant une brève remarque.Avec Suarez, Gasparri, etc., je pense que le contrat passé entre le prêtre et le fidèle est un contrat do ut fadas, contrat qui lie en justice et qui, cependant, de l\u2019avis de tous, n\u2019est pas simoniaque.Pour pouvoir exercer son saint ministère, pour pouvoir, en particulier, célébrer la messe, le prêtre a besoin qu\u2019on pourvoie à son 330 LA REVUE DOMINICAINE entretien.C\u2019est dans ce but que le fidèle lui apporte son offrande.En retour, il exige qu\u2019il dise la messe à son intention, par exemple pour un parent défunt.Le prêtre s\u2019y engage avec l\u2019intention de se lier et le contrat existe.Est-il simoniaque ?Le Concile de Constance a condamné la proposition suivante de Wicleff : \u201cOmnes sunt simoniaci qui se obligant or are pro edits eis in tem-poralibus subvenientibus,>.(Prop.25; D-B.605).La mention de l\u2019erreur de Wicleff faite par Pie VI, dans sa condamnation du pseudo-synode de Pistoie, montre qu\u2019il ne s\u2019agit pas seulement de la prière en général, mais aussi de cette prière sainte entre toutes qu\u2019est la messe.Il faut donc en conclure qu\u2019il n\u2019y a aucune simonie, pour le prêtre, dans le fait de s\u2019engager à célébrer la messe pour, ceux qui pourvoient à son entretien.Evidemment, si on conçoit le contrat passé entre le prêtre et le fidèle comme une vente des fruits de la messe, (P.De la Taille: Esquisse du Mystère de la Foi; p.118) on y introduit la simonie.Mais il s\u2019agirait précisément de prouver qu\u2019il n\u2019y a pas d\u2019autre façon de le concevoir, il s\u2019agirait de montrer que c\u2019est ainsi que l\u2019Eglise l\u2019a toujours conçu.D\u2019ailleurs, et c\u2019est par là que je termine, l\u2019Eglise, par la voix de ses papes et de ses théologiens, a toujours regardé le contrat passé entre le prêtre et le fidèle comme exempt de simonie.Et pourtant ce n\u2019est pas en s\u2019appuyant sur l\u2019explication du P.De la Taille puisqu\u2019elle était inconnue jusqu\u2019ici.C\u2019est donc que les autres explications lui ont paru suffisantes.Et ceci qui vaut pour le passé, vaut encore pour le présent et vaudra assurément pour l\u2019avenir.Je ne crois pas en effet que l\u2019opinion du P, de la Taille rallie beaucoup de théologiens.Elle peut être une assez bonne interprétation d\u2019un passé lointain, mais elle ne tient pas suffisamment compte du dé- APPLICATION DE LA MESSE 331 'port* mes b s qu'l an J fai ira ! pourfc si ML on® ::Es-uitlij ¦ qi'ip ait!1 içu.m îjour; ou® , Sfji ;p®j ss#f .\u2022,« p# H m veloppement accompli dans les derniers siècles.Elle apparaîtra donc de plus en plus comme un anachronisme en théologie.M.-C.Forest, O.P.A QUI SONT ATTRIBUABLES LES FRUITS DU SACRIFICE DE LA MESSE ?En cherchant à répondre, récemment, à la question posée par le titre du .présent article, et par conséquent à expliquer pourquoi les théologiens admettent ordinairement trois parts- distinctes dans les fruits produits ex opéré operato par le sacrifice de la messe, l\u2019auteur ne songeait pas à engager une controverse.Mais les discussions théologiques, quand elles portent sur des points qui n\u2019ont pas encore été complètement élucidés, sont trop utiles pour faire saisir les divers aspects d\u2019une vérité, qu\u2019un seul esprit réussit rarement à embrasser, et disons-le, ces efforts opposés, mais convergents, pour mettre une vérité en lumière, sont trop rares dans notre pays, pour ne pas continuer la discussion que vient d\u2019ouvrir, d\u2019une manière si sérieuse, le Père Forest, O.P., dans l\u2019article qui précède.Il importe d\u2019abord de bien définir la question dont il s\u2019agit.Il ne s\u2019agit pas en effet, comme on l\u2019a cru, de l\u2019application de la messe,i ni de la manière dont elle se fait.2 L\u2019auteur n\u2019a pas voulu traiter cette question, sur laquelle la théologie est fixée depuis des siècles, et personne ne doit le savoir mieux que lui.Ni le titre de l\u2019article, ni les développements n\u2019autorisent à le penser.Il s\u2019agit uniquement de la raison d\u2019être de chacun des trois fruits de la messe.Naturellement, il est question à son tour de la raison d\u2019être du fruit, appelé par les auteurs ministériel, spécial, etc., que le ministre qui célèbre a le droit d\u2019appliquer à qui il veut.Cela ne veut pas dire qu'il s\u2019agit de l\u2019application elle-même et de la manière dont elle se fait.Ce sont là deux choses très distinctes et indépendantes, et l\u2019on peut traiter de la première sans qu\u2019il soit question \u2014\u201cM.Jeannotte a émis sur l\u2019application de la messe une opinion.(sup.p.321).2-\u2014\u201cIl s\u2019agit de déterminer comment se fait cette application\u2019\u2019 (ibid). 332\tla revue dominicaine de la seconde.Je puis bien, par exemple, me préoccuper de l\u2019existence et de la raison d\u2019être de telle indulgence, sans m\u2019occuper de l\u2019application que vous avez le droit d\u2019en faire.Je puis bien rechercher d\u2019où proviennent les revenus que vous avez le droit d\u2019appliquer à qui bon vous semble, sans me préoccuper de ce droit et sans discuter la manière dont vous pouvez ou devez le faire.Et si je montre le bien-fondé de cette indulgence, et si je découvre la source d\u2019où proviennent ces revenus, qu\u2019est-ce que cela peut faire au droit que vous avez de les appliquer à qui il vous plaît ?On peut donc laisser de côté la question de l\u2019application, et se demander pourquoi il y a tel fruit à appliquer et d\u2019où il provient.C\u2019est ce qui a ôté fait dans l\u2019article publié en avril.Il est regrettable que ie P.Forest se soit un peu mépris sur le fond de la question, cela l\u2019aurait empêché de consacrer plusieurs pages à démontrer ce que personne ne nie et dont il n\u2019est pas question, à savoir que l\u2019application est un acte du pouvoir d\u2019ordre.Tous les auteurs cités par le P.Forest disent bien en effet que c\u2019est le ministre qui célèbre qui fait l\u2019application du fruit, appelé à cause de cela même par quelques-uns, ministériel.Il en est d\u2019ailleurs ainsi de tous les théologiens, à l\u2019exception de quelques anciens, que cite Suarez (1617): Duns Scot (1308), Gabriel Biel (1495), Coduba (1572), Ledesma (1616) 3 «t de quelques autres.Mais il est également certain que les auteurs allégués, et, pensons-nous, la plupart des théologiens, du moins tous ceux que nous avons lus, sont silencieux sur la raison d\u2019être du fruit que le prêtre a le droit d\u2019appliquer.Pour leur faire dire quelque chose sur ce point particulier, il faudrait raisonner à peu près comme ceci: la raison d\u2019être du fruit ministériel, la raison pour laquelle il y a une troisième part dans les fruits de la messe produits ex opéré operato, est que le prêtre a le droit de l\u2019appliquer, ce qui ressemble beaucoup à un sophisme.Le droit de faire l\u2019application peut bien démontrer l\u2019existence du fruit ministériel: il ne peut y avoir d\u2019application que s\u2019il existe un fruit à appliquer, mais cela ne nous dit pas pourquoi ce fruit existe, ni d\u2019où il provient.Il serait trop long de citer les textes des théologiens pour montrer qu\u2019ils n\u2019ont nullement en vue la raison d\u2019être du fruit ministériel quand ils parlent de son application et quand ils revendiquent pour le prêtre le droit de la faire en vertu de son pouvoir d\u2019ordre.Il suffira de faire dire à l\u2019un des auteurs cités par le P.Forest, ce qu\u2019il entend par application de la messe.Prenons les Salmanticenses, par exemple.Immédiatement après le passage cité, 3.\u2014Suarez, \u201cOpera omnia\u201d, Parisiis, 1871, t.21, pp.744-745. LES FRUITS DU S.SACRIFICE 333 üa ajoutent: (Oportet enim, quod ab eo habeat determinationem, a quo habet esse, et quod ad illo applicetur a quo proxime fit.) Ergo intentio, sive applicatio sacerdotis necessaria est, ut hoc sacri-ficium prosit isti, aut illi particular! subjecto, ut in eo habeat hune aut alium particularem effectum.i Par l\u2019application, les Salman-ticenses entendent donc la détermination du sujet à qui doit profiter le fruit ministériel, et ils ne songent nullement à expliquer pourquoi il y a un fruit ministériel produit par la messe.Ajoutons une page d\u2019un auteur, qui n\u2019est pas un théologien à proprement parler, mais qui résume dans un langage très clair l'enseignement des théologiens.La sainte Messe produit encore un autre fruit propitiatoire et impétratoirc ex opéré operato en faveur de ceux à gui le prêtre, comme représentant et ministre de Jésics-Christ, applique spécialement le saint sacrifice.Ce fruit est désigné d'ordinaire sous le nom de ministériel ou moyen (ministerialis, médius).En sa qualité de ministre de Jésus-Christ et d'administrateur de ses mystères (/ Cor., 4, 1), le prêtre n'a pas seulement à célébrer le sacrifice, mais à déterminer à qui le fruit en doit profiter.Il a la libre disposition de ce fruit, il peut seul Vappliquer à lui-même ou à autrui.Il reçoit ce droit et ce pouvoir dans son ordination, par la collation du pouvoir de l'Ordre (potestas Ordinis).L'obligation d'appliquer la Messe selon telle ou telle intention peut provenir de causes diverses: En général, elle naît de la loi de l\u2019Eglise ou de la volonté du prêtre qui s\u2019oblige par l'acceptation de l\u2019honoraire (stipendium, eleemo-syna).Une telle application du fruit de la Messe est licite, utile et salutaire: cela est hors de doute.Non seulement cela est clans la nature du sacrifice; cette doctrine est encore confirmée par la pratique universelle et par l\u2019enseignement exprès de l\u2019Eglise.De tout temps on a célébré la sainte Messe pour des personnes et des fins déterminées.5 C\u2019est ainsi que s\u2019expriment habituellement tous les auteurs.Il y a un fruit spécial produit par la messe; ce fruit est à la libre disposition du prêtre; il l\u2019applique en déterminant celui qui doit en profiter; le droit de l\u2019appliquer est inhérent à son pouvoir d\u2019ordre; de la raison pour laquelle la messe produit ce fruit particulier, pas un mot.Sur ce point précis, nous pensons qu\u2019on peut faire trois hypothèses.La raison d\u2019être du fruit ministériel peut en effet être \u2014Salmant., \u201cCursus thêologicus, De Euch.,\u201d disp.13, 6, Parisiis, 1882, t.21, p.830.5-\u2014Gihr, \u201cLe saint sacrifice de la messe\u201d, trad, franc., Paris, 1884, t.1, P- 193. 334 LA REVUE DOMINICAINE cherchée soit dans la volonté de Dieu, soit dans la volonté du ministre, soit dans la nature même du sacrifice.Il ne paraît pas y avoir d\u2019autre hypothèse possible.Si la messe produit un fruit particulier, mis à la disposition du prêtre, cela peut être ou bien parce que Dieu l\u2019a ainsi déterminé arbitrairement sans autre motif que sa pure volonté, ou bren parce que la volonté du prêtre, par une disposition divine, peut le créer, comme elle peut ensuite l\u2019appliquer, ou bien cela tient à la nature même du sacrifice.Quelle que soit la manière dont on en explique l\u2019existence, cela ne touche en rien au droit exclusif qu\u2019a le prêtre de l\u2019appliquer.Le P.Forest nous paraît adopter la deuxième hypothèse.Nous croyons au contraire que, si la messe produit ex opéré operaio un fruit particulier que le prêtre a le droit d\u2019appliquer à qui il veut, c\u2019est parce que la messe est un sacrifice, et qu\u2019il est de la nature du sacrifice de produire un tel fruit.Dans tout sacrifice, de par la nature même des choses, il y a une part de fruits produite ex opère operato, non seulement pour celui qui accomplit l'acte rituel de l\u2019immolation en vertu des pouvoirs de son sacerdoce, mais aussi pour celui qui a offert à Dieu le sacrifice en en donnant la victime.Qui dira que ce dernier n'a pas droit à une part spéciale des fruits du sacrifice dont il a fourni, lui, la victime, ou qu\u2019il n\u2019y participe qu\u2019au même titre général que ceux, par exemple, qui y assistent ?Suivant le principe indiscutable posé par le docte Suarez, la participation aux fruits produits ex opéré operato est en proportion du concours qu\u2019on y apporte: quia oblatio hujus sacrificii est fructuosa ex opera operato, (ergo) rationi consentaneum est, ut omnes, quid ad illam vera concurrunt per proprium actum, seu concursum moralem, participent hujusmodi fructum talis oblationis.6 Il est donc dans la nature même du sacrifice de produire un fruit particulier pour celui qui y coopère par l\u2019offrande de la matière ou de la victime du sacrifice.Voilà pourquoi tout sacrifice produit de soi trois portions de fruits, l\u2019une pour le sacrificateur, l\u2019auteur pour le donateur de la victime, l\u2019autre pour ceux qui participent seulement en général au sacrifice.La messe, étant un vrai sacrifice, doit suivre les lois générales de tout sacrifice et produire trois portions de fruits distinctes.Ce sont Us trois fruits que l\u2019Eglise reconnaît dans la messe.Il est facile d\u2019identifier le fruit ministériel avec celui qui va de droit, de par la nature du sacrifice, à celui qui donne la matière du sacrifice ou la victime, et qui, dans la messe, ne peut être que celui qui donne le pain et le vin.6.\u2014Suarez, \u201cOpera omnia\u201d, Parisiie, 187], t.21, p.740.' LES FRUITS DU S.SACRIFICE 335 Le P.Forest fait trois objections contre cette manière d\u2019expliquer le fruit ministériel: 1° Le pain et le vin ne sont pas la matière du sacrifice, mais c\u2019est uniquement Jésus-Christ qui est la victime de nos autels; 2° Si l\u2019on admettait cette explication, il s\u2019ensuivrait que le fruit spécial irait toujours à celui qui a donné le pain et le vin, alors que celui pour qui le prêtre dit la messe peut bien être une autre personne; 3° On ne peut identifier l\u2019honoraire de messe avec le prix de la matière du sacrifice, c\u2019est simplement une aumône donnée au prêtre en vue de sa sustentation.Examinons ces objections, qui viennent assez naturellement à l\u2019esprit.La première est très sérieuse en apparence, et je suis heureux que le P.Forest me fournisse l\u2019occasion d\u2019en donner la solution.La principale difficulté vient de ce que le sacrifice de la msse est un sacrifice symbolique en même temps que réel, et que le raisonnement qui porte sur des symboles, sur les symboles mathématiques, par exemple, devient immédiatement obscur pour ceux qui ne sont pas très familiarisés avec la notation symbolique.Nous essaierons de vaincre cette difficulté en recourant à des comparaisons avec les sacrifices non symboliques de l\u2019ancienne Loi.Il est très vrai que la véritable victime du sacrifice de la messe est le corps et le sang de N.S.Jésus-Christ.Le pain et le vin ne sont pas la matière du sacrifice de la messe en tant que tels, au sens où, par exemple, les pains de proposition constituaient dans l\u2019ancienne Loi un sacrifice, ou encore comme dans le sacrifice de pain et de vin de Melchisédech.Mais, d\u2019autre part, il ne faut pas perdre de vue que Jésus-Christ n\u2019est pas immolé sur nos autels de la même manière que sur le Calvaire, c\u2019est-à-dire d'une manière réelle et sanglante.L\u2019immolation du Calvaire a eu lieu une seule fois, et ne se renouvellera plus.Sur l\u2019autel, Jésus-Christ est victime en tant qu\u2019il est présent sous les espèces du pain et du vin, de tel pain et de tel vin.Et cela est tellement essentiel à la messe, qu\u2019elle cesserait autrement d\u2019être un sacrifice, le corps de Jésus-Christ ne devenant sensible et susceptible d\u2019immolation que par les espèces du pain et du vin.C\u2019est pour cela que la messe est un sacrifice mystique, bien que la victime soit réellement présente.Et pav conséquent, s\u2019il est vrai de dire avec le concile de Trente, que \"c\u2019est le même Jésus-Christ, qui s\u2019est offert une fois d\u2019une manière sanglante sur l\u2019autel de la croix, qui s\u2019immole d\u2019une manière non sanglante dans le divin sacrifice qui s\u2019accomplit dans la messe\u201d, il est également vrai de dire que le pain et le vin, tel pain et tel vin, sont la matière du sacrifice de la messe en tant que les accidents de ce pain et de ce vin donnent au corps du Christ la forme sensible sous laquelle il se cache et sous laquelle il est immolé.Pour parler 336 LA REVUE DOMINICAINE le langage de l\u2019école, le pain n'est pas la matière du sacrifice per se, mais il l\u2019est secundum quid, c\u2019est-à-dire en tant que les accidents de ce pain, qui demeurent sans changement, sont essentiellement associés à la sainte victime pour son immolation mystique.Aussi bien, l\u2019Eglise regarde-t-elle le pain et le vin portés à l\u2019autel et destinés hic et nunc à la transsubstantiation comme la victime du sacrifice.Elle sait très bien que ce pain et ce vin ne sont pas la victime véritable du sacrifice, mais elle sait aussi que la substance en sera bientôt changée au corps et au sang de cette auguste victime, qui s\u2019y voilera sous les mêmes apparences, et cela lui suffit pour appeler ce pain et ce vin l'hostie ou la victime du sacrifice: Suscipc, sancte Pater, liane immaculatam hostiam, dit le prêtre à l\u2019offertoire en offrant le pain; Offerimus tibi calicem salutaris, en offrant le vin.Un peu plus loin, il dit encore du pain et du vin: Suscipc.sancta Trinitas, hanc oblationem quam tibi offerimus.Et qu\u2019on ne dise pas qu\u2019il s\u2019agit là d\u2019une pure figure de langage, qui serait bien hardie, si elle n\u2019avait aucun fondement.Un peu avant la consécration, le prêtre appelle oblation le pain et le vin: Quam oblationem.ut nobis fiat corpus et sanguis dilectissimi Filii- tui D.N.J.C.Ne soyons donc pas plus exigeants que l\u2019Eglise, ou plutôt laissons-nous guider par elle, et croyons comme elle que le pain et le vin qui servent au sacrifice de la messe sont dans une certaine mesure la matière, la victime de ce sacrifice.Examinons ce qui se passe M&uand un prêtre prend du pain et du vin et le porte à l\u2019autel pour y offrir le sacrifice de la Loi Nouvelle.Aux yeux de l\u2019Eglise, ce pain cesse immédiatement d\u2019être un pain vulgaire.Par la destination que le prêtre lui donne, il devient quelque chose de la sainte victime, qui se cachera sous ses accidents, lorsque sa substance aura été changée au corps et au sang de Jésus-Christ.Ces accidens, si misérables en apparence, sont cependant nécessaires à la sainte victime pour son sacrifice mystique,, et c\u2019est formellement en tant que contenue sous ces pauvres dehors qu\u2019elle sera immolée.Quelque faibles et petits qu\u2019ils soient en eux-mêmes, ils se trouvent grandis de toute la hauteur de la victime à laquelle ils seront bientôt associés.C\u2019est pourquoi l\u2019Eglise les encense, et les traite avec le même respect, qu\u2019elle donnera tout à l\u2019heure à la sainte victime, c\u2019est déjà à ses yeux l\u2019auguste victime dans un de ses éléments.De plus, le prêtre peut, s\u2019il le veut, offrir ce sacrifice pour , Pierre, par exemple.Le pain qu\u2019il prend peut avoir été pétri par\u2019 les Sœurs de la Présentation ou de la Visitation, la farine qui a servi à le faire peut venir des minoteries de Montréal ou de Winnipeg, le blé peut avoir poussé dans les plaines de l\u2019Ouest ou LES FRUITS DU S.SACRIFICE 337 dans l\u2019Argentine.Le vin qu\u2019il a mis dans le calice peut venir de Californie ou des bords de la Garonne, il peut avoir été acheté chez Desmarais et Robitaille, ou bien quelque personne pieuse peut en avoir fait cadeau au prêtre.Qu\u2019importe ?Du moment que le prêtre le porte à l\u2019autel pour offrir un sacrifice pour Pierre, cette matière devient formellement l\u2019hostie immaculée de Pierre, l'oblation de Pierre, le sacrifice de Pierre.Après la consécration, elle sera en toute vérité Jésus-Christ sensiblement offert sous les apparences du pain et du vin de Pierre.Et puisque Jésus-Christ n'est immolé qu\u2019en tant qu\u2019il est sous les accidents du pain et du vin de Pierre, il est donc sacrificiellement et formellement dans ce sacrifice la victime de Pierre.Si nos yeux de chair pouvaient voir ce que la foi nous révèle, Jésus-Christ nous apparaîtrait sur l\u2019autel en son état de victime portant les livrées de Pierre, et offeit à Dieu en tant que tel par le ministère du prêtre.Ah ! que saint Paul avait raison de s\u2019écrier que nous avons, nous aussi, notre autel, habemus altare, (Heh., 13, 10).Sur cet autel, chaque fidèle peut offrir à Dieu le plus auguste des sacrifices et faire présenter à Dieu par le prêtre Ih sainte victime devenue sa victime.Ainsi s\u2019évanouit la difficulté tirée de l\u2019exiguité de la matière et de son manque évident de proportions avec les fruits attendus du sacrifice.Oui, si l\u2019on considère le pain et le vin pour ce qu\u2019ils sont matériellement, un morceau de pain et une coupe de vin, la disproportion est évidente; mais si on les considère pour ce qu\u2019ils sont formellement dans le sacrifice, ils sont capables de mériter les fruits les plus excellents.On conclura sans peine de l\u2019exposé qui précède combien on a tort de confondre la participation formelle et intrinsèque à l\u2019oblation du saint sacrifice par l\u2019offrande de la matière de la manière qui vient d'être dite, avec la coopération extrinsèque, purement matérielle, de ceux qui fournissent les cierges, les vêtements sacerdotaux, de ceux qui donnent des barils de vin de messe aux églises ou aux couvents, etc.Cette dernière coopération peut bien assurer une part au fruit général en effet, mais c\u2019est s\u2019arrêter à la surface des rhoses que de vouloir y ramener l\u2019offrande formelle de la matière du sacrifice, au sens où nous l\u2019avons expliquée.Essayons de rendre les choses plus sensibles par une comparaison, tirée des sacrifices de l\u2019ancienne Loi.Quand la Sainte Vierge vint racheter au Temple son premier-né, en offrant en sacrifice deux colombes, sui posons qu'elle les acheta des vendeurs du Temple, ce qui est hier, pour le moins vraisemblable; supposons également que les gei \u2018ûlles colombes étaient de celles qu\u2019un bon Israélite avait la piété d\u2019élever en vue des sacrifices et qu\u2019il vendait 338\tLA REVUE DOMINICAINE a cette fin aux marchanda du Temple.Dira-t-on que la Sainte Vierge participa aux fruits de son excellent sacrifice au même titre que l\u2019éleveur de colombes ou le marchand, ou encore que ceux qui rendaient de menus services dans le Temple, fournissaient le bois des sacrifices, etc.?Non, Marie a été la seule à offrir formellement, avec le concours du prêtre uunt elle ne put se passer, la matière de son sacrifice, les autres n ont concouru que matériellement et accidentellement à ce sacrifice.Une part spéciale des fruits de ce sacrifice, proportionnée à l\u2019importance de son offrande, considérée non pas simplement dans les deux colombes elles-mêmes,, mais en tant que victime (dans l\u2019occurrence, extrêmement agréable à Dieu), lui revint de droit, alors que les autres n\u2019eurent droit qu\u2019à quelque faible part du fruit général.Les choses ne se passent pas autrement dans le sacrifice de la messe.Faisons un pas de plus, et nous aurons résolu la prétendue difficulté, qui viendrait de l\u2019impossibilité où seraient des religieux, dans l\u2019explication donnée, d\u2019offrir la messe aux intentions d\u2019autres personnes, lorsque des personnes pieuses leur donnent leurs hosties et leur vin.Supposons que le pieux Israélite, au lieu de vendre ses colombes à la Sainte Vierge, les lui ait données.Faisons mieux.Supposons qu\u2019il ait donné deux colombes au prêtre auquel s\u2019adressa la Sainte Vierge, et que celle-ci ait donné au prêtre le prix de deux colombes à offrir en sacrifice, et enfin que le prêtre ait offert en sacrifice les deux colombes en gardant pour lui l\u2019obole de la Sainte Vierge, les choses auraient-elles été changées ?Est-ce que cela aurait empêché la Sainte Vierge d\u2019être la seul à offrir formellement les deux colombes en sacrifice, et à en recevoir les fruits produits par une si excellente oblation ?Le pieux Israélite qui aurait donné la matière, même en vue d\u2019un sacrifice, n\u2019aurait coopéré que matériellement au sacrifice de la Sainte Vierge.Ainsi quand une personne généreuse donne un baril de vin de messe aux religieux d\u2019un couvent, sa coopération à leurs sacrifices ne dépasse pas la coopération matérielle, et n\u2019empêche nullement les religieux de dire la messe à l\u2019intention d\u2019autres personnes et de recevoir les honoraires.Quand ils se servent de ce vin pour dire la messe qui leur a été demandée, par exemple, par Pierre, pour offrir le sacrifice de Pierre, le vin qu\u2019ils emploient devient la matière du sacrifice de Pierre, ïhostie de son sacrifice, comme dit souvent l\u2019Eglise dans les secrètes, ex.gr., dans la secrète de la messe pro infirmis que nous récitons maintenant si souvent: suscipe hostias famuli lui, pro quo aegro-tante.Et après la transsubstantiation, la sainte victime apparaît vraiment sur l\u2019autel comme la victime de Pierre, offerte à Dieu par les mains des religieux.Que peut importer la circonstance acci- \\ . LES FRUITS DU S.SACRIFICE 339 dentelle que le pain et le vin de ce sacrifice ont été donnés aux religieux, ou achetés par eux, ou récoltés sur leurs fermes ?En tant que matière du sacrifice de Pierre, ils sont formellement le pain et le vin de Pierre.La question de l\u2019identification de l'honoraire avec la matière du sacrifice de la messe est étrangère au présent débat, qui porte uniquement sur la raison d\u2019etre du fruit spécial de la messe, que le prêtre a le pouvoir d\u2019appliquer.Ce n'est point le moment de la discuter.Nous avons exposé ailleurs notre pensée sur ce pointu Cependant, il est vrai que, si l\u2019explication que nous avons donnée du fruit ministériel est la véritable, il s\u2019ensuivrait tout naturellement qu\u2019on doit identifier l'honoraire avec la matière du sacrifice, puisque c\u2019est par là qu\u2019on s\u2019assure le fruit spécial de la messe en vue duquel est donné 1 honoraire.Nous y voyons une belle et harmonieuse confirmation de la doctrine exposée, mais rien de plus.Retenons seulement l\u2019aveu qu\u2019historiquement l\u2019honoraire a pris la place des offrandes de pain et de vin, accompagnées souvent d\u2019autres offrandes, faites aux premiers siècles au début de la messe elle-même.C\u2019est l\u2019aveu implicite que l\u2019honoraire a.le même caractère que le pain et le vin de la messe.Si on prétend découvrir un autre caractère à l'honoraire de messe au nom d'un développement théo-logique de plusieurs siècles, comme ce développement théologique se serait fait dans un sens qui n\u2019est pas celui de la tradition, il n\u2019y aurait pas à en tenir compte.Ce ne serait pas la première fois qu\u2019une opinion théologique, en apparence puissamment échafaudée sur des syllogismes, mais sans contact avec l\u2019enseignement traditionnel de l\u2019Eglise, aurait dû être abandonnée après une longue période de faveur.Le dernier et le plus retentissant exemple est celui d\u2019une opinion, très commune à une certaine époque, sur la matière et la forme du sacrement de l'ordre.Le P.Forest voudra sans doute exposer plus à fond sa pensée sur la manière dont naît le fruit spécial que le prêtre applique à la messe.Si son exposition ne réussit pas à nous éclairer, nous ferons valoir les difficultés que nous trouvons à l\u2019explication à laquelle il semble donner la préférence, et qui ne nous paraissent pas complètement résolues, peut-être parce que le P.Forest a eu surtout en vue de justifier l\u2019application elle-même.Henri Jeaxnotte, p.S.S.7-\u2014\u201cSemaine Religieuse de Montréal, 10 avril 1924, pp.231 sa. QUELQUES REMARQUES SUR LA REPONSE PRECEDENTE L\u2019article de M.Jeannette nous arrivant à la dernière heure, je dois me contenter de quelques remarques rédigées à la hâte.D\u2019après M.J., je me serais mépris sur sa véritable pensée J\u2019aurais parlé d\u2019application alors qu'il n\u2019avait en vue que la raison d\u2019être du fruit spécial.Nous reviendrons dans un instant sur ce point.Il ajoute que ce sont là deux questions indépendantes, et que pas plus que moi aucun théologien jusqu\u2019ici n\u2019a traité la question qu\u2019il pose.D\u2019abord n\u2019est-il pas étrange a jn'iori que les théologiens, qui pour la plupart ne brillent pas précisément par la brièveté, aient ignoré ou omis un problème aussi important que celui de la raison d\u2019être du fruit principal de la messe ?Aussi n\u2019en est-il rien.Tous ont pensé le résoudre en établissant l\u2019efficacité de l\u2019application que le prêtre fait de la messe.Ces deux questions peuvent rester étrangères dans l\u2019esprit de M.J., elles ne le sont pas dans l\u2019esprit des théologiens dont nous parlons et nous ne croyons pas qu\u2019elles le soient non plus dans la réalité.Prenons les choses d\u2019un peu plus haut.S.Alphonse de Liguori définit les fruits de la messe: \u201cFructus smit bona quae intuitu nacriflcii Deus concert\".Ces fruits que Dieu confère en raison de la messe se ramènent à des secours surnaturels et à des biens temporels.Chaque fois que le prêtre célèbre, Dieu répand d\u2019abord ses faveurs sur le célébrant, sur l'Eglise en général et sur quelques-uns en particulier, par exemple sur ceux qui assistent à la messe.En nous disant pourquoi, dans la première partie de son article, M.J.nous a donné la raison d\u2019être du fruit propre au prêtre et du fruit général.Là-dessus pas de difficulté.Mais le sacrifice ayant une valeur infinie, les largesses de Dieu qui se proportionnent à cette valeur ne sont pas épuisées par ce qui précède.Tout le monde enseigne que chaque fois que le prêtre célèbre, Dieu répand encore ses faveurs sur celui à l\u2019intention de qui le prêtre célèbre.Déterminer pour quelle raison, c\u2019est donner la raison d\u2019être du fruit principal ou ministériel de la messe.M.J.répond que si Dieu répand ses faveurs sur telle personne, c\u2019est qu\u2019elle a coopéré au sacrifice en fournissant le pain et le vin qui en sont la matière.Aucun théologien, en réalité, n\u2019a réfuté cette opinion pour l\u2019excellente raison qu'elle était inconnue jusqu\u2019ici.Mais ils ont par contre donné unanimement une raison non seule- REMARQUES SUR LA RÉPONSE PRÉCÉDENTE 341 ment différente, mais même, nous le verrons plus loin, opposée à celle-là.Cette raison est que Dieu répand ses faveurs sur ceux à l'intention de qui la messe est offerte parce que l\u2019application que le prêtre leur fait de cette messe est efficace grâce au pouvoir qu\u2019ii a reçu à son sacerdoce.Prenons un exemple.Le fruit spécial de la messe que je dis pour le repos de telle âme, c\u2019est le soulagement que Dieu lui accorde.Quelle est la raison d\u2019être de ce fruit spécial ?En d\u2019autres termes, pourquoi Dieu, eu égard à cette messe, accorde-t-il ce soulagement à cette âme ?Parce que l\u2019application que je fais en vertu de mon pouvoir sacerdotal de cette messe à cette fin est efficace et que Dieu la ratifie.En effet, si mon pouvoir est réel, si Dieu ratifie l\u2019application que je fais, Il accordera à cette âme un soulagement qui sera le fruit de cette messe.Tout cela est clair et raisonnable.C\u2019est ainsi d\u2019ailleurs que tous les théologiens ont compris la question.Le temps et l\u2019espace me forcent à me limiter à deux citations.Pour prouver que l\u2019application du prêtre est efficace, le Dictionnaire de Théologie recourt, comme nous l\u2019avions dit, à la volonté de Jésus-Christ authentiquement interprétée par la pratique de l\u2019Eglise.Pour établir cette pratique, il écrit: \u201cSi l\u2019application faite par le prêtre qui célèbre n'avait pour effet cl'attirer des grâces spéciales sur telle personne, d\u2019offrir à Dieu une satisfaction en faveur de telle âme du purgatoire, cette pratique autorisée par l\u2019Eglise ne serait qu\u2019une duperie\u2019\u2019.Pour le Dictionnaire de théologie, il est donc évident que si des grâces spéciales rejaillissent sur les vivants et les morts, c\u2019est grâce à l\u2019application que le prêtre fait de la messe à leur intention.M.J.apporte contre nous ce texte des Salmanticenses: \u201cErgo intentio, sive applicatio sacerdotis ne-cessaria est ut hoc sacrificium prosit isti, aut illi particular! subjecto, ut in eo habeat hune aut alium particularem effectuai.\u2019\u2019 Or non seulement les Salmanticenses disent clairement que si la messe produit tel ou tel fruit spécial c\u2019est dû à l\u2019intention ou à l\u2019application du prêtre, mais en ajoutant que cette application est nécessaire pour que la messe produise ce fruit, ils excluent donc toute autre raison d\u2019être qui ne se concilierait pas avec cette application, ce qui est le cas pour celle que défend M.J.ainsi que nous le verrons tantôt.Ce qui prouve encore que ces deux problèmes de l\u2019application de la messe et de la raison d\u2019être du fruit spécial ne sont pas aussi indépendants que le dit M.J., c\u2019est que tout en restant, comme il l\u2019affirme, étrangers dans son esprit, ils se sont inconsciemment confondus dans son premier article.Pour qui n\u2019aurait sous les yeux que le texte de M.J.tel que publié dans la Revue, voici comment 342 LA REVUE DOMINICAINE paraissait se développer sa pensée.Il divisait ce qu\u2019il avait à dire sur la raison d\u2019être du fruit spécial en deux parties.Dans la première, il rejetait les différentes opinions reçues jusqu\u2019ici; dans la seconde, il exposait la sienne propre.Or, qu\u2019il l\u2019ait voulu ou non, il a, dans la première partie, bel et bien fait porter le gros de son effort contre l\u2019efficacité de l\u2019application faite en vertu du pouvoir ministériel du prêtre.Il écrivait, en effet: \u201cUne autre hypothèse, plus simple en apparence, et dont quelques-uns seraient portés à se contenter, consisterait à dire que c\u2019est le prêtre lui-même qui par sa volonté détacherait une partie des fruits du sacrifice pour les attribuer à celui à l\u2019intention de qui il célèbre.Le prêtre aurait ce pouvoir à titre de ministre du sacrifice.Mais son titre de ministre ne lui donne pas un pouvoir discrétionnaire sur tous les fruits du sacrifice, de telle sorte qu\u2019il puisse les attribuer à qui il lui plait.Pour pouvoir donner, il faut avoir, il faut posséder, il faut être maître: nemo dat quod non habet.Il n'y aurait que Dieu qui pourrait donner ce pouvoir au prêtre, et rien ne prouve qu'il le lui ait donné.Si le prêtre avait ce pouvoir étonnant de faire participer aux fruits du sacrifice par une simple détermination de sa volonté.\" Il faudrait citer toute une partie de l\u2019article.J\u2019ai donc pensé, comme la plupart sans doute, que M.J.niait l\u2019efficacité de l\u2019application faite en vertu du pouvoir ministériel du prêtre.C\u2019est pourquoi je me suis appliqué à la démontrer.M.J.avait ensuite élevé contre cette thèse différentes objections que je me suis appliqué à résoudre.Son silence sur ce dernier point laisserait entendre que mes réponses lui ont paru satisfaisantes.Il affirme maintenant que non seulement il admet l\u2019efficacité de l\u2019application faite par le prêtre au sens où l\u2019entendent tous les théologiens, mais même qu\u2019il l\u2019a toujours admise.Il aurait dû nous dire alors comment cela peut se concilier avec sa théorie de la coopération.De deux choses l'une, en effet, ou bien les fruits spéciaux vont de soi, indépendamment de la volonté du prêtre, à celui pour qui la messe est célébrée, ou bien c\u2019est le prêtre qui les lui applique par un acte de sa volonté.M.J.soutient clairement et à plusieurs reprises la première alternative: \u201cSi aucun titre aux fruits du sacrifice n\u2019existe indépendamment de ma volonté et si je me fais payer le pouvoir que j\u2019aurais de prendre une partie des fruits du sacrifice pour les attribuer à quelqu\u2019un en particulier, il y a simonie évidente\u201d.M.J.sauve le prêtre de la simonie en lui niant son pouvoir sur les fruits du sacrifice.Dans le paragraphe qui précédait celui-ci, il sauvait de la même façon d\u2019un nouveau sacrilège le prêtre célébrant en état de péché mortel.Il écrivait encore: \u201cCelui qui coopère au sacrifice par l\u2019offrande de la matière du sacrifice, s\u2019ac- REMARQUES SUR LA RÉPONSE PRÉCÉDENTE 343 quiert donc des droits certains et indépendants aux fruits qui en découlent\u201d.Examinons de plus près ces textes.Le sacrifice de la messe est de soi indifférent à attirer les bénédictions de Dieu sur telle ou telle personne.Pourquoi les attire-t-il sur celle-ci plutôt que sur celle-là ?M.J.répond que cela se fait \u2018 indépendamment de ma volonté\u201d pour la seule raison que cette personne-ci a coopéré au sacrifice par l'offrande de la matière du sacrifice.\u201cTout ce qu\u2019on attend du ministre, c\u2019est qu'il offre réellement le sacrifice qu\u2019on lui a demandé, et il lui suffit pour cela de spécifier qu\u2019il célèbre tel jour au nom de telle personne\u201d.Les théologiens répondent au contraire unanimement: si le sacrifice de la messe attire les bénédictions divines sur telle personne plutôt que sur telle autre, c\u2019est que le prêtre ministre du sacrifice l\u2019offre pour telle personne plutôt que pour telle autre, par un acte libre de sa volonté que rien ne lie, pas même l'offrande de la matière du sacrifice.Sans doute, s\u2019il ne l\u2019offre pas selon l\u2019intention de celui qui lui a donné un honoraire, il péchera contre la justice, mais le fruit spécial ira quand même à l\u2019intention qu\u2019il aura spécifiée.Il faut que M.J.choisisse entre les deux opinions: il ne peut avoir à la fois le bénéfice de la tradition et celui de la nouveauté.$ * * J\u2019avais essayé, dans mon article, de montrer l\u2019insuffisance de la théorie de M.J.pour justifier l\u2019attribution du fruit spécial de la messe.M.J.consacre la plus grande partie de sa réponse à reconsolider sa position.L\u2019heure étant arrivée d\u2019aller sous presse, je dois me contenter de quelques notes aussi brèves que possible.On voudra bien, pour les comprendre, se reporter à mon article ou à la réponse de M.J.J\u2019avais écrit que la théorie de M.J.manquait de fondement puisqu\u2019en fait le pain et le vin ne sont pas la matière du sacrifice.La messe n\u2019est pas le sacrifice du pain et du vin, mais du corps et du sang de Jésus-Christ.M.J.répond que le pain et le vin sont la matière secundum quid du sacrifice.C\u2019est exact, mais cela ne change rien à l\u2019objection.Il s\u2019agit toujours, en effet, de rechercher la raison d\u2019être du fruit spécial, c\u2019est-à-dire la raison pour laquelle Dieu répand ses bénédictions sur telle personne.Or si Dieu se laisse toucher par le sacrifice de la messe, ce n\u2019est pas parce que ce sacrifice lui est offert sous les espèces du pain et du vin, c\u2019est uniquement parce que ce sacrifice est celui du corps et du sang de son divin Fils.La disproportion entre ce que le fidèle offre et reçoit ne provient pas \u201cde l\u2019exiguité de la matière\u201d que le fidèle offre et des dons infiniment précieux qu\u2019il reçoit, mais du fait qu\u2019il 344 LA REVUE DOMINICAINE offre du matériel tandis que, si Dieu répand sur lui ses bénédictions, c'est que l\u2019offrande qui lui est faite par son ministre est divine.M.J.l\u2019a d\u2019ailleurs si bien compris qu\u2019ayant à faire ressortir la vraisemblance de son opinion, il a eu recours immédiatement aux sacrifices de la loi ancienne.Il écrit: \u201cLes modalités du sacrifice de la messe, qui est un sacrifice mystique, rendent plus obscure et plus difficile à saisir cette coopération cle celui qui offre la matière du sacrifice, étudions-la dans les sacrifices de l'ancienne Loi\".On pourrait lui répondre qu\u2019en identifiant deux sacrifices aussi différents sur ce point, il escamotait sa preuve.J\u2019avais écrit ensuite que si l\u2019offrande du pain et du vin suffisait pour assurer au donateur le fruit spécial du sacrifice, cela pouvait occasionner de très graves inconvénients que je lui signalais.M.J.répond qu\u2019on peut participer matériellement ou formellement à l\u2019oblation et que les cas de participation que j\u2019avais cités n\u2019étaient que des cas de participation matérielle.Son explication me satisfait pleinement.Seulement, il n\u2019aura pas fait avancer la question d\u2019un pas tant qu\u2019il n\u2019aura pas montré que le fidèle qui offre un honoraire sans songer le moins du monde à la matière du sacrifice, à un prêtre qui n\u2019y songe pas davantage, participe formellement à l\u2019oblation de cette matière.Dans le cas de la messe rétribuée qui est sans contx-edit le cas le plus fréquent, pour que le fruit aille à celui qui a donné l\u2019honoraire, en vertu de sa participation à l\u2019oblation, il faut que l\u2019honoraire représente la matière prétendue du sacrifice pour le fidèle, pour le prêtre ou pour l\u2019Eglise.Or il y a au moins sept ou huit siècles que pour tous l\u2019honoraire est une chose et la matière du sacrifice une autre.M.J.veut y voir une déviation de la tradition, et il en attend le redressement.Il faudrait voir d\u2019abord s\u2019il y a réellement eu déviation.Puis, quand une pratique a été pendant tant de siècles la pratique commune et indiscutée, je ne sais pas si le mot de déviation lui convient bien.Enfin et surtout, étant donné que c\u2019est durant ces siècles que la théologie sur ce point s\u2019est fixée et que la casuistique a réglé la pratique, pour opérer le redressement dont on parle il faudrait modifier trop de choses.Quelque grande que soit l\u2019autorité des rares théologiens modernes qui soutiennent cette opinion, je ne crois pas qu\u2019elle le soit assez pour assurer ce résultat.D\u2019ailleurs, et c\u2019est par là que je termine, le pain et le vin seraient-ils la matière du sacrifice, l'honoraire représenterait-il pour tous cette matière, qu\u2019il resterait toujours à montrer que c\u2019est la coopération au sacrifice qui est la raison d\u2019être du fruit spécial.Là est le nœud de la question et pas ailleurs.M.-C.Forest, O.P. LA DIRECTION SPIRITUELLE AU COLLEGE On se demande avec inquiétude comment il se fait que nos jeunes gens, élevés au sein de nos institutions catholiques, ne répondent pas toujours à cette haute éducation, une fois rendus dans le monde.Un an, six mois même après leur sortie du collège, plusieurs sont déjà dévoyés.Parmi nos étudiants qui vont parfaire leurs études à Paris, est-il vrai que quelques-uns nous reviennent un peu défraîchis dans leurs croyances, ou du moins un peu négligents dans leurs pratiques religieuses ?D\u2019où viennent ces désordres ?Sans doute il est possible de les attribuer à plus d\u2019une cause, mais le défaut de convictions personnelles apparaît comme la raison fondamentale de leur faiblesse.Dans nos maisons, le milieu sain les a gardés bons ; à l\u2019extérieur, le milieu délétère les rend mauvais: habitués à vivre trop exclusivement de l\u2019atmosphère qu\u2019ils respirent, ils en vivent encore quand elle est viciée.Le remède au mal actuel ne semble-t-il pas alors dans un effort plus grand chez nos éducateurs pour affermir la personnalité morale des élèves ?L\u2019action sur la masse est nécessaire, mais elle reste insuffisante: ce que l\u2019on dit à tout le monde, on risque de ne le dire à personne.Il faut passer dans les rangs, pointer chacun des auditeurs, le marquer au front d\u2019un signe indélébile qui sera un principe de fermeté, s\u2019il introduit dans l\u2019esprit une vigueur autonome propre à conserver son élan, même après que le courant général n\u2019apportera plus sa poussée.Ce qui compte, ce n\u2019est pas ce que l\u2019on met autour des âmes, mais ce que l\u2019on met dedans.De là nécessité de les approcher, de 346 LA REVUE DOMINICAINE les pénétrer une à une, de les connaître non seulement dans leurs fautes accidentelles, mais encore dans leurs tendances intimes, dans leurs goûts et leurs aptitudes, en un mot, dans tous les éléments qui les composent.Cet apostolat s\u2019accomplit par la direction spirituelle, moyen de formation très efficace de lui-même, et qui possède en plus la faculté de rendre efficaces tous les autres.Les laïques ont deviné la grande influence d\u2019une action directe et personnelle auprès des jeunes; il se rencontre des professeurs d\u2019université qui reçoivent couramment leurs élèves à cette fin de leur donner une direction morale et pratique.M.Henri Lavedan vient de rééditer son beau livre Mon Filleul dans lequel on voit un parrain se réclamant de son titre canonique pour déclarer à son neveu Louis Dumoncy: \u201cJe suis ton père spirituel\u201d.Et, en vertu \u201cdes décrets du Concile de Trente\u201d, il lui propose une série de causeries mensuelles où \u201cdes recommandations, des avertissements et des conseils\u201d remplaceront les dragées d\u2019autrefois, cadeau obligatoire à l\u2019anniversaire de naissance.De fait ces \u201csimples conversations\u201d vont leur train sur la vie du monde, le patriotisme, voire même la religion avec cette note finale: \u201cLa vie morale et religieuse est un perpétuel combat, le seul que nous ne puissions pas éviter\u201d.Voilà sans conteste de la direction spirituelle ! Quelle autorité ont ces confesseurs laïques ?Je ne sais.Il n\u2019y a pas bien des années, un étudiant en Sorbonne de Paris visitait son professeur de philosophie M.Brunschwicg et lui disait tout simplement: \u201cJe veux me suicider\u201d.Le savant maître ému et très inquiet répéta devant son élève les théories de Bergson sur l\u2019idéalisme radical et l\u2019évolution créatrice.\u201cOui, oui, répliqua le LA DIRECTION SPIRITUELLE AU COLLEGE 347 jeune homme, je comprends vos doctrines et je les admets.C\u2019est précisément pour cela qu\u2019étant malheureux et prévoyant de le devenir encore davantage, j\u2019ai décidé de quitter la vie\u201d.\u2014 \u201cEh bien !.alors.dans ce cas.conclut le philosophe, allez donc voir un curé\u201d.Tout homme sage peut donner de bons conseils.Mais quand il s\u2019agit de la conscience, le prêtre est le directeur officiel, la voix la plus apte à traduire la parole évangélique et la seule capable de l\u2019imposer à la volonté inquiète ou affaiblie.¦ .\t:\t.i * * * let i) .» fl 3 Le sacrement de pénitence comporte nécessairement une direction fondamentale : le confesseur est médecin en même temps qu\u2019il est juge.Mais en dehors de l\u2019action sacramentelle qui vise surtout à l\u2019essence de la vie chrétienne, peut-on concevoir une direction complémentaire en mesure d\u2019aider au progrès de la vertu et à l\u2019épanouissement de la vie intérieure ?La chose ne fait pas de doute puisqu\u2019une telle méthode a toujours existé dans l\u2019Eglise et que rares sont les saints qui se sont sanctifiés sans elle.Reste à savoir si les adolescents peuvent être soumis à ce régime.Pourquoi pas ?A l\u2019âge où la nature se développe, où la personnalité s\u2019affirme, ne profiteront-ils pas de certains avis adaptés à leur situation, d\u2019un aiguillage qui les préservera d\u2019erreurs peut-être irréparables ?N\u2019est-ce pas au momnet où l\u2019homme oriente sa destinée qu\u2019il a le plus besoin d\u2019un guide ?Evidemment il n\u2019est pas question de les pousser du coup vers les hauts sommets de la mystique, mais de les initier à l\u2019amour de Dieu, de leur faire concevoir personnellement le désir du bien et l\u2019aversion du mal. 348 LA REVUE DOMINICAINE Belle théorie, mais pratique fort délicate au point, qu\u2019en certains milieux, on a cru que la direction spirituelle des élèves n\u2019était pas possible ni même, à tout prendre, désirable.En France, un prétendu respect des consciences, saint des saints où le prêtre n\u2019osait guère plus pénétrer que par l\u2019unique porte des sacrements, a longtemps paralysé le zèle apostolique.On revient aujourd\u2019hui d\u2019un tel préjugé.Dans la Nouvelle Revue Théologique, (No juillet et août 1925, page 418) le Père Salsmans, S.J., écrit: \u201cCombattons résolument l\u2019erreur que, en confession, il ne s\u2019agit que de purifier l\u2019âme de ses taches, mais aussi celle qui prétend qu\u2019il ne faut jamais en dehors du confessionnal (c\u2019est l\u2019auteur lui-même qui souligne) parler d\u2019affaires de conscience avec les étudiants des collèges ou de l\u2019université.Hâtons-nous d\u2019inculquer ce principe; nous supposons l\u2019observation exacte des règles du secret sacramentel et toutes les garanties que le supérieur de l\u2019établissement a le droit et le devoir d\u2019exiger strictement\u201d.Au Canada, c\u2019est plutôt les soucis de la discipline extérieure qui ont empêché cet excellent usage de se répandre.L\u2019ordre ! mot sacré, frein terrible, barrière infranchissable qui arrête parfois !es plus heureuses initiatives ! Quand Y \u201cordre\u201d ne le permet pas, rien à faire.Qu\u2019est-ce donc que cet ordre sévère, inflexible, inexorable ?Saint Thomas le définit: Apta dispositio mediorum ad finem: convenable disposition des moyens en vue d\u2019une fin à poursuivre.Et donc en éducation, l\u2019ordre ne sera pas autre chose, j\u2019imagine, que l\u2019organisation la plus propre à aider les élèves dans le travail de leur perfectionnement intellectuel et moral.A ce compte 1\u2019 \u201cordre\u201d, loin de bannir la direction spirituelle pourrait même la commander. \u2022 LA DIRECTION SPIRITUELLE AU COLLÈGE 349 Evidemment une œuvre aussi grave ne s\u2019accomplit pas en marge de l\u2019autorité; il faut son approbation, son patronage officiel.Mais, avec son concours, il est possible et facile, sans blesser le moins du monde l\u2019ordre intangible d\u2019établir un système de contrôle dans les allées et venues, par billets ou autrement, système qui permette aux confesseurs de rencontrer leurs pénitents dans une place réglementaire et de causer avec eux à l\u2019abri de toute oreille indiscrète.Qu\u2019on le remarque bien, ce genre de direction en dehors du confessionnal s\u2019applique à nos jeunes gens vivant dans nos collèges.Pour les fidèles de l\u2019extérieur et surtout pour les personnes du sexe, la question se poserait tout autrement.Nos écoliers travaillant à leur éducation sous notre surveillance immédiate peuvent recevoir une formation spéciale suivant une méthode particulière, et nous prétendons que la direction spirituelle exprimée dans des entretiens intimes constitue un moyen très efficace de développer le sens moral, de corriger les défauts et de faire croître les vertus.D\u2019ailleurs eux-mêmes la désirent et, sans savoir comment elle se nomme, la cherchent et la réclament.Combien de fois n\u2019a-t-on pas entendu des étudiants se plaindre: \u201cOn ne s\u2019est jamais occupé de moi au collège\u201d.\u2014 \u201cJamais on ne m\u2019a rien dit personnellement\u201d.La joie que manifestent ceux qui sont entrés dans ce mouvement, la reconnaissance émue que témoignent ceux qui ont été l\u2019objet d\u2019une pareille sollicitude de la part de leur confesseur, suffisent à démontrer le désir implicite de tous et aussi le bien que chacun peut y trouver.* * * Mais pourquoi ces leçons privées de morale chrétienne ?N\u2019est-ce pas un pléonasme dans l\u2019enseignement 350 LA REVUE DOMINICAINE religieux de nos collèges ?Nous avons les classes de catéchisme, la prédication à la chapelle, les \u201clectures spirituelles\u201d du directeur disciplinaire.Au confessionnal, ie confesseur ne manque pas de communiquer les avis appropriés aux besoins actuels de son pénitent.Est-il opportun d\u2019ajouter à un programme déjà si chargé ?Encore une fois, ce qui compte, c\u2019est ce qui reste.Sermons, catéchismes sont excellents, mais combien risquent de passer sans laisser de traces dans l\u2019esprit léger des enfants ! Loin de nous la pensée de vouloir amoindrir la valeur de cet apostolat nécessaire.Cependant son efficacité peut s\u2019accroître de beaucoup si un directeur spirituel agréé de l\u2019élève, sait amener celui-ci à tirer une conclusion personnelle, à se faire, à lui-même, une application pratique.En théorie ce travail est possible au confessionnal, mais la pratique en est-elle facile ?Les élèves sont peu ouverts quands ils viennent à confesse; ils ne disent guère autre chose que la liste de leurs péchés.Aux interrogations, ils répondent brièvement oui ou non.D\u2019ailleurs ils n\u2019aiment pas qu\u2019on les questionne et surtout ils ne veulent pas qu\u2019on les retienne longtemps.Dieu sait avec quelle frousse ils désertent un confesseur qui a la réputation d\u2019être \u201clong\u201d.L\u2019admonition est souvent regardée par eux comme une partie de la pénitence qu\u2019ils subissent sans l\u2019écouter.A travers la grille voilée d\u2019ombre, le confesseur et le pénitent se voient d\u2019assez loin.C\u2019est trop officiel pour être intime.Bien autre se présente le tête à tête dans une pièce retirée, à l\u2019abri des regards indiscrets, et sans l\u2019impatience parfois scandalisée de ceux qui attendent leur tour.Le jeune homme accepte plus volontiers ces colloques où il se livre, sinon LA DIRECTION SPIRITUELLE AU COLLÈGE 351 avec plus de franchise, du moins avec plus de confiance et d\u2019abandon.Une objection surgit : l\u2019élève ne sentira-t-il pas de la gêne au confessionnal, s\u2019il prévoit que son confesseur le recevra par après et lui parlera peut-être de ses accusations ?A la vérité, ce ne sont pas les conversations sérieuses et acceptées d\u2019avance comme complément régulier du sacrement qui importunent les pénitents, mais les familiarités, les taquineries qui laisseraient craindre d\u2019indiscrètes allusions.Pourvu que ces entretiens se fassent avec les précautions requises, ils les accueilleront avec gratitude.L\u2019âme toujours plus ou moins inquiète d\u2019un adolescent désire la lumière et la paix.Au fond de ces jeunes esprits bouleversés par un flot d\u2019impressions nouvelles et troublantes, tourmentés par nombre de problèmes imprévus, il y a comme un ferment de scrupule, une perplexité douloureuse.Ils saisissent avec joie l\u2019occasion d\u2019élucider leurs doutes, comme ils savent remercier ceux qui les encouragent dans leurs efforts.* * * Rien de plus profitable que ces relations méthodiques entre la confession et la direction : l\u2019une alimente l\u2019autre et lui porte un perpétuel secours.La direction a pour but, en même temps que l\u2019orientation générale de la vie chrétienne, de rendre la confession plus fructueuse, en préparant la collaboration de la volonté à la grâce sacramentelle.Elle la prépare d\u2019abord quand elle fournit une méthode d\u2019examen de conscience.Véritable torture parfois pour les jeunes gens que de se rendre un compte exact de leur vie morale.Ils connaissent les principes, mais ils restent souvent incapables de les appliquer.Et 352 LA REVUE DOMINICAINE puis que de pénibles surprises chez tels enfants très bons en leur cœur, et qui tout à coup apprennent qu\u2019ils sont victimes d\u2019une mauvaise habitude.Plus d\u2019une fois ils ont eu l\u2019idée de demander des renseignements, mais faute de courage ou ne sachant pas s\u2019exprimer, ils ont attendu.Voilà qu\u2019une insinuation du directeur les porte à réfléchir, provoque une question.Une réponse nette les éclaire.Stupéfaits ils reconnaissent leur erreur, mais tout de suite le remède se présente: le médecin guérit la plaie en même temps qu\u2019il la découvre.C\u2019est dans ces entrevues encore que s\u2019échappent des aveux susceptibles de renouveler totalement la vie d\u2019une âme.Tourmenté depuis des années, ce pauvre enfant sentait le besoin de parler, de libérer sa conscience du lourd fardeau d\u2019un péché caché.Ses confessions assez fréquentes étaient trop rapides: il n\u2019avait pas le loisir de tirer d\u2019une si grande profondeur, la faute depuis longtemps ensevelie sous un monceau de sacrilèges.Mais voilà qu\u2019enfin une occasion propice se présente.Peut-être le prêtre soupçonnant quelque secrète blessure s\u2019est-il penché vers la petite âme avec plus de sympathie, plus de bonté, plus de miséricorde; discrètement il l\u2019a sollicitée et lui a facilité le retour.L\u2019enfant prodigue rentre dans la maison de son père.D\u2019autres fois, sûr maintenant d\u2019être compris, il viendra glisser une lettre contenant l\u2019impossible aveu.Jamais la grâce ne manque au pécheur qui la désire, mais hélas ! La nature est souvent lente à l\u2019accepter.La direction spirituelle aide la nature et par là aussi, en quelque sorte, elle aide la grâce.N\u2019y a-t-il pas nombre d\u2019occasions de péché que le jeune pénitent ne saura déterminer qu\u2019au cours d\u2019une conversation un peu longue, lui permettant d\u2019exposer toutes les circonstances ?Les causes de ses tentations, LA DIRECTION SPIRITUELLE AU COLLÈGE tf il les découvrira à son confesseur que s\u2019il peut causer à son aise, déclarer son tempérament, parler de ses parents, de ses amis, de ses lectures, de ses rêveries, etc.Et les moyens de préservation paraîtront d'eux-mêmes une fois les difficultés reconnues dans leur origine et leur nature.Qui ne le voit maintenant ?La confession devient plus facile à celui qui a déjà révélé son caractère et fait connaître le milieu spécial où se déroule sa vie intime.Par là, on évite la routine dangereuse à tout âge et surtout à l\u2019époque de la jeunesse où l\u2019on est d\u2019ordinaire si peu réfléchi.Un livre récent, la Souricière, de M.Louis Dimier, roman qui a pu scandaliser un peu mais qui contient encore plus de profondes observations que de désinvolture, a mis au grand jour les inconvénients d\u2019une confession formaliste d\u2019un jeune homme, accomplie par habitude, sans esprit surnaturel.Alexandre Hannequin, lycéen de Rhétorique, est depuis un an victime du vice impur; il va à confesse tous les huit jours chez un certain abbé Gaucherel, docteur en gaucherie plutôt qu\u2019en théologie.\u201cPeu à peu Alexandre parut enfin consentir à ce régime alterné d\u2019absolution et de rechute, qui ne gardait même plus l\u2019apparence de deux vies, dont chacune eut été distincte et sincère, en dépit de leur contradiction.Le péché se mêlait de si près au simulacre du repentir que les deux semblaient à la fin cohabiter et se confondre.On le voyait mener une vie Dieuse aue tout son 354 LA REVUE DOMINICAINE gustins.Le saint prêtre parlait à son ancien élève sur \u201cl\u2019apostolat en général et le salut des âmes\u201d.\u2014\t\u201cLe zèle de l\u2019apostolat, disait-il, ne s\u2019allume pas, comme on le croit, de la vue des foules, mais du spectacle d\u2019une seule âme malheureuse\u201d.\u201cQuelle vertu, poursuit l\u2019auteur, fit que ces simples paroles entrèrent tout d\u2019un coup dans le cœur d\u2019Alexandre ?Quel charme secret s\u2019en échappa auquel on ne pouvait résister ?Le fait est que cet instant le décida et qu\u2019il n\u2019eut plus de désir que d\u2019ouvrir toute son âme à celui qui les proférait\u201d.Et pendant que de douces larmes coulaient sur ses joues brûlantes, le pauvre jeune homme raconta ses angoisses et ses remords.Le vieux prêtre écouta avec sympathie, posa quelques questions et parla à son tour.\u2014\t\u201cUne chose vous manque, mon enfant, et votre religion de jadis ne l\u2019a jamais connue, c\u2019est de comprendre l\u2019amitié de Dieu.Vous ne savez pas ce qu\u2019est Jésus, car vous pensez ne l\u2019avoir qu\u2019au ciel.Il ne tient qu\u2019à vous de l\u2019approcher.C\u2019est là tout le christianisme.L\u2019exacte police des sacrements, les règles que l\u2019Eglise impose, n'en sont que la forme et l\u2019extérieur, au moyen desquels elle fixe la frivolité des homms et sauve le grand nombre do périr tout à fait\u201d.Pendant ce discours, qui se prolongea, Alexandre écoutait, interrompant parfois: \u2014\t\u201cJamais personne ne m\u2019a parlé comme vous faites.Jamais on ne m\u2019a dit de pareilles choses.Mon Dieu ! Mon Dieu ! qui me vaut le bonheur de les entendre?\u201d \u2014\t\u201cElles ne sont pas de moi, Alex, mais de Jésus-Christ même et de l\u2019Eglise.J\u2019admire comme vous le LA DIRECTION SPIRITUELLE AU COLLÈGE 355 hasard qui nous a fait nous rencontrer.Peut-être était-ce le moment nécessaire ?\u201d Le lycéen se confessa et, cette fois, il retrouva la force de mieux vivre avec le ferme regret de ses fautes passées.Sa volonté aidée de la grâce conquit la victoire et la paix.Expérience qui n\u2019impose pas de conclusion rigoureuse, je le veux bien, mais tout de même exemple propre à faire réfléchir.* * * En dehors des choses qui sont directement matière à confession, combien n\u2019y en a-t-il pas d\u2019autres qui agitent les consciences, enlèvent au jugement sa sérénité et jettent l\u2019esprit dans un trouble profond.Inquiétude du cœur, crise des sens, doutes au sujet de la foi, dégoût de la piété, découragement, scrupule, etc.Pense-t-on que l\u2019élève s\u2019ouvrira volontiers de ces ennuis au confessionnal ?Rarement.D\u2019abord il ne conçoit pas l\u2019obligation de le faire tant qu\u2019il n\u2019a pas la certitude d\u2019avoir offensé Dieu.Et puis ça lui répugne d\u2019amorcer un tel sujet.Comment dire cela ?Sera-t-il compris ?Une fausse honte lui ferme la bouche.D\u2019ailleurs il faudrait trop de temps pour s\u2019expliquer à son aise.Et pourtant les phénomènes intérieurs ou les incidents du dehors qui le remuent, encombrent sa vie d\u2019embûches partout dressées contre sa conscience.Combien de menues aventures l\u2019exaltent ou l\u2019abattent ! Une amitié rompue qui le désespère.Une amitié nouvelle et dangereuse qui le pousse à des démarches présomptueuses.Qui s\u2019établira juge en pareille éventualité ?Qui le mettra en garde contre une illusion, contre un péril imminent ?Si le confesseur lui-même ne sait provoquer des confidences 356 LA REVUE DOMINICAINE et donner une direction attentive et suivie, les erreurs seront inévitables et les fautes suivront.A notre insu, nos jeunes gens peuvent subir certaines secousses d\u2019âme capable d\u2019ébranler leur croyance religieuse.C\u2019est un scandale qui les a émus; ou bien ils se butent à quelque objection en soi facile à résoudre, mais très ardue pour leur esprit mal éclairé.J\u2019ai connu un élève qui, pendant des années, ne voyait aucunement la valeur d\u2019une citation de l\u2019Ecriture-Sainte faite en témoignage de la doctrine catholique.Son intelligence était aux prises avec un cercle vicieux: \u201cL\u2019autorité de l\u2019Eglise vient de l\u2019Evangile et l\u2019autorité de l\u2019Evangile vient de l\u2019Eglise, parce que c\u2019est l\u2019Eglise qui choisit les livres canoniques et les interprète sans appel\u201d.Naïve confusion ! Pour dissiper une telle méprise il a suffi d\u2019expliquer: La Bible est d\u2019abord un livre d\u2019histoire rapportant des faits authentiques et contrôlables par la science humaine.Ainsi établis, en dehors de l\u2019autorité de l\u2019Eglise, ces faits, prophéties et miracles prouvent par leur caractère surnaturel la divinité du Christ et la véracité de sa parole.Paul-Emile Farley, C.S.V.Professeur au Séminaire de Joliette.La fin prochainement. LA QUESTION SOCIALE * Orientation professionnelle Sans secours, sans direction, sans lumière, l\u2019enfant pauvre s\u2019engage à tâtons dans une carrière, n\u2019importe laquelle.Rien ni personne ne lui vient en aide pour prendre la plus délicate des décisions, celle de laquelle dépendra toute sa vie.L\u2019une après l\u2019autre les diverses nations civilisées ont inscrit dans leurs obligations envers la société, le devoir de faciliter à l\u2019enfant la route qu\u2019il doit suivre, conformément à ses aptitudes physiques et mentales, pour atteindre son plein développement, pour fournir la plus grande somme de rendement, et assurer l\u2019équilibre de l\u2019édifice social.C\u2019est ce que comprend l\u2019Orientation Professionnelle.Elle a pour objet, tout en s\u2019intéressant au bien-être de l\u2019individu, de fournir à l\u2019industrie, au commerce, à l\u2019agriculture comme aux administrations publiques et privées, des hommes qualifiés.Elle tâche de trouver, dans la sphère de l\u2019action productive, la place qui convient aux goûts, aux tendances, et aux aptitudes particulières de chaque travailleur, selon les nécessités économiques présentes et -futures.Et le choix d\u2019une profession n\u2019est judicieux que s\u2019il répond bien à l\u2019utilisation harmonieuse des forces, des connaissances et des qualifications individuelles.1.\u2014\u201cLa question sociale et le Canada\u2014Industrie et humanité\u201d\u2014 par le Très Honorable William-Lyon Mackenzie King, Premier Ministre de la Confédération Canadienne.Ouvrage publié par le Comité France-Amérique, traduit en français par Altiar, avec Préface de M.Gabriel Hanotaux.Librairie Félix Alcan, Paris, 1925.\u2014 Voir notre précédent numéro. 353 LA REVUE DOMINICAINE Cette question est à l'ordre du jour.D'après sa nature économique, sociale et morale, elle intéresse, d\u2019après M.Mackenzie King, les différentes sphères de la société : \u201cl\u2019enfant, chez qui il importe, au sortir de l\u2019école primaire, de découvrir les prédispositions physiques et mentales qui le désignent vers une carrière plutôt que vers une autre;\u201d \u201cl\u2019adolescent, qui, pour devenir un homme qualifié, doit trouver à une période de sa vie, souvent trouble et obscure, la profession qui s\u2019accorde le mieux, non seulement avec ses désirs et ses inclinations, mais encore avec ses connaissances, ses forces et ses aptitudes \u201cl\u2019homme âgé, dont la santé, la vigueur, l\u2019acquis professionnel ne s\u2019adaptent plus ou très difficilement, aux exigences nouvelles d\u2019une technique moderne de plus en plus complexe, et qui devra se cantonner dans un travail n\u2019excédant pas ses moyens d\u2019action \u201cle chômeur qui sera conduit à exercer un métier conforme aux habitudes organiques acquises;\u201d \u201cl\u2019infirme, accidenté du travail, ou mutilé de la guerre, qui sera dirigé, par la rééducation physique, dans un domaine plus conforme à l\u2019exercice de fonctions organiques restreintes;\u201d \u201cla femme, que des motifs économiques aussi bien qu\u2019humanitaires, amènent dans le champ de la production et qui doit être protégée dans l\u2019exercice de ses doubles fonctions de mère et d\u2019employée.\u201d De la vocation de l\u2019enfant dépend le bien-être futur de la communauté.Comme le dit si justement Binet: \u201cEtudier les aptitudes individuelles de l\u2019enfant, c\u2019est aborder une de ces questions qui nous intéressent tous, à cause de leur portée pratique, non seulement pour l\u2019en- LA QUESTION SOCIALE 359 seignement de l'école, mais encore pour l\u2019avenir de chaque enfant; car le choix de sa carrière ne devrait pas être fait sans examen de ses aptitudes.Si on prenait cette précaution, on diminuerait certainement le nombre des déclassés, des mécontents; on augmenterait le rendement économique de tous, en mettant chacun à sa vraie place.Ce serait là probablement, un des moyens les plus simples, les plus naturels, les meilleurs, de résoudre, au moins partiellement, quelques unes de ces irritantes questions \u2022sociales, qui inquiètent tant d\u2019esprits, et qui menacent l\u2019avenir de la société actuelle.\u201d Tout le problème de l\u2019orientation professionnelle se concentre dans la recherche des aptitudes particulières de l\u2019individu, et surtout du travailleur manuel.Dans la pratique des sports, un joueur de tennis n\u2019a pas le physique d\u2019un joueur de rugby et un lutteur n\u2019a pas la corpulence d\u2019un coureur, ainsi il faudrait pouvoir adapter les qualités corporelles aux nécessités d\u2019un emploi; il est évident que les aptitudes ne sont pas les mêmes pour un imprimeur que pour un maçon, et que les qualités d\u2019un ébéniste ne seraient pas conformes aux exigences de la métallurgie.Pour les professions libérales, on s\u2019efforce de se rendre compte des dispositions des jeunes gens, on les éclaire sur les difficultés de leur carrière possible, et l\u2019on étudie avec soin les qualités qui fourniront la meilleure adaptation aux exigences de telie ou telle profession.L\u2019ouvrier n\u2019a pas de guide, il marche à l\u2019aveugle, sans même se rendre compte des conditions les plus élémentaires à l\u2019exercice de sa vocation.Il n\u2019a aucune préparation intellectuelle spéciale et ses qualités physiques n\u2019ont pas été calculées en vue de l\u2019accomplissement d\u2019un travail en particulier.La Providence a 360 LA REVUE DOMINICAINE pourvu à l'organisation des différentes variétés du règne animal; mais la société néglige d\u2019adopter aucun système logique de direction pour protéger la classe qui est à la base de l\u2019édifice, et qui en est la fondation.Conciliation, arbitrage et autorité L\u2019appréciation de la bonne volonté est un gage de paix.Voici les axiomes de l\u2019hon.Mackenzie King à ce sujet: \u201cIl n\u2019y a pas de chapitre plus encourageant, dans l\u2019histoire industrielle ou politique que celui qui traite de l\u2019œuvre des grands conciliateurs, et peu d\u2019hommes servent mieux leur génération que ceux qui, dans l\u2019industrie ou en politique ont le privilège de jouer ce rôle.\u2019\u2019 \u201cLa conciliation est la méthode de choix pour le règlement des différends car elle sait tenir compte des sentiments aussi bien que des faits.\u2019\u2019 Si elle échoue, il faut faire intervenir l\u2019enquête et l\u2019arbitrage sous leurs différentes formes, volontaires ou obligatoires.L\u2019enquête a la chance d\u2019arriver plus près de la vérité, et l\u2019arbitrage a l\u2019avantage d\u2019être définitif.\u201cTant que controverse industrielle et controverse internationale ne tomberont pas sous l\u2019autorité de la justice exactement comme les controverses sur la propriété, la paix du monde sera à la merci de la force, de quelque point de la terre qu\u2019elle accourre.\u201d Voici comment s\u2019exprime à ce sujet l\u2019ingénieur belge, Paul Nyssen : \u201cIl n\u2019y a rien de bon à attendre de la guerre, de la lutte, de la discorde, qu\u2019elles se produisent entre les nations, entre les classes sociales ou entre les individus.Fatalement, les deux parties, ont à enregistrer une perte matérielle et morale.Tout le temps, toute l\u2019énergie, tout l\u2019argent dépensés pour la lutte auraient LA QUESTION SOCIALE 361 pu être consacrés à la production de richesse dans l\u2019intérêt des belligérants.Toute guerre finit par une paix ; tout conflit se termine par un arrangement.Pourquoi ne pas épuiser tous les moyens de conciliation avant d\u2019entrer en lutte ?Les concessions réciproques, la recherche d\u2019un terrain d\u2019entente, au besoin l\u2019arbitrage sont préférables à la violence, toujours brutale et injuste.\u201d Il y a tout à gagner dans des relations libres, ouvertes, franches entre employeurs et employés.On évitera, ainsi, des malentendus, des mécontentements cachés qui peuvent éclater inopinément et empêcher une coopération loyale et fructueuse.\u2018\u2018Le plus grand succès, dit Emerson, est la confiance et la parfaite entente entre gens sincères.\u201d Dans les pages qu\u2019il consacre aux principes sur lesquels repose le travail, l\u2019honorable Mackenzie King, avons-nous dit, passe en revue tous les motifs de crainte qui viennent tour à tour assiéger capital, direction et communauté, et il se rend compte que toutes ces craintes, qui entravent la liberté de l\u2019effort, sont beaucoup plus considérables pour le travail, parce qu\u2019elles ont des conséquences plus sérieuses pour la vie humaine.\u201cAssiégé par des craintes à la fois si nombreuses et si permanentes, il est bien évident que l\u2019ouvrier n\u2019est en aucune façon capable de fournir l\u2019effort à son plus haut degré de puissance.Là où l\u2019esprit est inquiet, le bras est en effet privé d\u2019une partie de sa force, la main d\u2019une partie de son adresse.Et le temps qui pourrait être employé à accroître la production, se consume à organiser une ligue pour éviter les maux que l\u2019on redoute, et à s\u2019agiter, si ces maux existent déjà.\u201d D\u2019un autre côté, il ne faut pas oublier que souvent, le capital a de graves raisons de craindre: qu\u2019elles 362 LA REVUE DOMINICAINE viennent de perturbations dans le fonctionnement de son organisme interne, personnel exécutif ou administratif; soit qu\u2019elles dépendent de circonstances extérieures, conditions économiques générales, fluctuations du marché, concurrence déloyale.Erreurs de jugement, apparition de nouveaux procédés, retards dans l\u2019encaissement des crédits, sont des genres d\u2019infortune que rencontre fréquemment l\u2019intelligence directrice et qui paralysent ses moyens d\u2019organisation.Pour ce qui concerne la communauté, une crainte spéciale vient s\u2019ajouter à celles qu\u2019elles partage avec les diverses parties de l\u2019industrie: c\u2019est de voir travail, capital et direction former contre elle une alliance offensive pour monter les prix en diminuant la quantité et la qualité du rendement.De par son organisation gouvernementale, la communauté a continuellement en main un remède pour la délivrer de toute inquiétude contre les attaques injustes qu\u2019elle peut subir de ses partenaires: l\u2019autorité suprême.Dans la division des produits, la direction et le capital ont plus souvent l\u2019avantage, car il existe entre ces deux éléments une entente plus parfaite qu\u2019entre la communauté et le travail.Le travail ne comprend pas encore l\u2019opportunité de l\u2019entrée en scène de l\u2019administration moderne, accompagnée de l\u2019outillage mécanique perfectionné.\u201cNe connaissant rien aux opérations industrielles dans leur ensemble, ne voyant que la partie et parfois la fraction de partie des procédés isolés auxquels il est employé, le travailleur aperçoit dans cet outillage moderne quelque chose de sinistre qui menace son occupation ; il s\u2019imagine être à sa merci dans la perception de son salaire accoutumé ou privé du juste profit de son P it'll ¦ai imp jib are là fell SSSOli fide fer d jfc h s ! Nit I^IC!; LA QUESTION SOCIALE 363 » à tii è ai# û U -# : P w tir ltf effort.Il appréhende dans l\u2019accélération possible de la machine une plus grosse demande faite à son énergie pour un résultat identique; enfin, il voit sa propre position réduite, son rôle rendu de plus en plus routinier, ses chances d\u2019initiative et de développement, restreintes.Au lieu d\u2019éprouver cette satisfaction qui découle d\u2019un travail créateur et original, il découvre que ses occupations consistent toujours davantage à surveiller des machines, et à en prendre soin.Ce sont là des questions graves, car elles ne touchent pas seulement à son gagne-pain, mais encore à son amour-propre, à son caractère et à sa personnalité.\u201d On lui enlèvera ses motifs de crainte en l\u2019aidant à se rendre compte que la machinisme, en abaissant les prix de la marchandise en développe la demande, que les besoins de la main-d\u2019œuvre sont multipliés par les ressources du capital et les exigences de la communauté; que les procédés mécaniques enlèvent au labeur son collier de misère ; que les nouvelles sources d\u2019emploi offertes par la fabrication des machines, que leur construction et leur mise en opération développent l\u2019ingéniosité et l\u2019habileté individuelles et sont des éléments de compensation.Et il ne sera plus humilié en se croyant réduit au rôle d\u2019un automate qui répète, sans fin, les mêmes mouvements.Mais l\u2019industrie doit servir le public, et non l\u2019exploiter, et dans ce cas, l\u2019autorité est parfaitement justifiable de prendre toutes les mesures nécessaires pour redresser les abus.C\u2019est à elle qu\u2019il appartient de déterminer les droits et les devoirs de chacune des parties vis-à-vis de l\u2019autre; et c\u2019est ici, dans ces pages où se reflète la compétence avisée de ce maître reconnu de la doctrine économique du travail, que nous voudrions voir exposer à la lumière de.la loi de travail, de paix et 364 LA REVUE DOMINICAINE de salut, ces grands problèmes du contrat de travail et du juste salaire, indiquer leur portée sur la formation d\u2019un peuple jeune dont il faut diriger la croissance dans la voie de l\u2019équilibre physique et moral, et rendre la maturité féconde, et les résoudre suivant des préceptes d\u2019équité et de haute morale pour les appliquer efficacement au besoin.'\u2018Puisque tout le développement de la civilisation est étroitement lié à la notion du travail, il semble logique que tout travailleur jouisse d\u2019un maximum de sécurité dans le domaine qui lui est assigné, grâce à la structure sociale.Tout effort doit porter en lui la certitude que la tâche accomplie ne sera pas discréditée par un destin injuste, que tous les méfaits accidentels ou autres seront contrebalancés par des mesures appropriées.\u201d (Dr Ichok) C\u2019est de l\u2019observance de ces préceptes que dépendent après tout les conditions industrielles, au point de vue de la paix et de la capacité de rendement.Bien qu\u2019il soit peut-être impossible de définir exactement la base sur laquelle on peut assurer l\u2019immunité des vies, des fonctions des membres, et de l\u2019intégrité des organes, il semble certain que l\u2019étude des questions relatives au maintien et à l\u2019amélioration de la santé, fera des progrès rapides, si l\u2019autorité la favorise, Les sacrifices qu\u2019il faut faire dans le but de fournir une base scientifique à la collaboration entre le travail et le capital, seraient largement remboursés par l\u2019accroissement de la richesse nationale : \u201cthe health of the nation is the wealth of the nation\u201d.En continuant d\u2019examiner les évolutions des quatre corps constituants de l\u2019industrie, l\u2019honorable M.King s\u2019efforce d\u2019établir un principe dont la justice dont est frappante: celui de la représentation légitime dans la LA QUESTION SOCIALE 365 direction générale de chacun des associés.Les droits du capital et de la direction sont admis.Mais \u201cl'ouvrier, qui donne sa vie et son labeur, qui prête et risque son existence, reçoit pour la mise en œuvre de sa force virile et de son adresse, un profit sous forme de salaire tant qu\u2019il est à l\u2019ouvrage.Il est privé cependant du droit supplémentaire qu\u2019a reçu le capital.\u201d Et la communauté, ce partenaire silencieux sur lequel on fait volontiers silence, apporte 99 pour 100 des dépenses d\u2019un gouvernement en temps normal, et c\u2019est le développement de l\u2019industrie qui exige ces mises de fonds.Bien que l\u2019on ne soit pas encore arrivé à la solution du problème, il est possible d\u2019y atteindre.La création d\u2019un directeur du personnel est un compromis en faveur de la représentation de l\u2019ouvrier, et la législation sociale permet un certain contrôle à la communauté.Et M.King entrevoit qu\u2019avec le développement de la démocratie, \u201cl\u2019influence du travail et de la communauté se fera sentir au point de dépasser considérablement celle que le capital et la direction ont exercée dans le passé\u201d.Puis il cherche à discerner quel sera le rôle du gouvernement dans l\u2019industrie: \u201cil faudra du temps pour arriver à une sage évolution du gouvernement dans l\u2019industrie.L\u2019histoire, qui indique le chemin vers la liberté, lait voir tout aussi clairement, la sagesse de procéder avec lenteur, montrant le rôle que jouent dans l\u2019accomplissement des réformes durables, les capacités et une bonne préparation.La plus sûre méthode est celle qui consiste à marcher pas à pas en évitant les transformations trop brusques et en ne négligeant aucune occasion d unir toutes parties dans une coopération effective en vue d\u2019un bien commun.\u201d 366 LA REVUE DOMINICAINE Les différents systèmes politiques: socialisme, collectivisme, syndicalisme, ne lui paraissent pas qualifiés pour trancher toute la question.\u201cPour le moment il suffit de comprendre qu\u2019une constitution industrielle s\u2019élabore peu à peu.\u201d * * * Monsieur King a convié à sa table tous les bons serviteurs de l\u2019humanité.Au centre, il placé les directeurs de l\u2019opinion publique: penseurs, éducateurs, chefs religieux et politiques, les idéalistes pratiques du monde des affaires, qui tiennent dans leurs mains l\u2019avenir du pays.Ils doivent prêcher la bonne parole, donnant le ton à la conversation, aiguillant les esprits vers les idées saines qui sont destinées à prévaloir.Ils sont les dispensateurs des principes nutritifs propres à restaurer les énergies défaillantes de l\u2019économie sociale.C\u2019est le repas du midi, tous les mets sont sur la table.Les travaux pressent; on n\u2019a pas voulu donner à ces agapes Failure d\u2019un banquet.Les aliments ne sont pas tous apprêtés suivant les règles de la gastronomie; ce n\u2019est pas un dîner d\u2019épicuriens.Préoccupé des tracas et de l\u2019effervescence de l\u2019heure, l\u2019hôte n\u2019a pu voir à tout; l\u2019arrangement de la table laisse quelque peu à désirer.Certains convives cherchent le mets national qui figure en tête du menu ; il a sans doute été oublié à la cuisine.A côté des plats de résistance, il y a des légumes et des fruits; ils n\u2019ont pas tous la même belle apparence; il y a les indigènes et les importés.Ce grand fermier, chargé de la culture d\u2019un immense domaine, était, il y a quelques années, un horticulteur qui prenait un soin jaloux de «I ki jff ;!it il si ré lit é LA QUESTION SOCIALE 367 i I à ra- mé ¦ ti fe irr nef W, js* ses plantations, dans un enclos fermé aux incursions des parasites nuisibles, sur un terrain bien choisi, à l\u2019abri des surprises atmosphériques.Il y pouvait suivre dans une grande quiétude les transformations progressives du plant à la fleur et de la fleur au fruit.Et ces produits du sol, parvenus à leur complète maturité, il les a conservés précieusement et ils ont gardé les qualités qui les font si hautement apprécier; au milieu des autres, ils se distinguent par leur éclat et leur saveur.Avant de renvoyer ses invités à leurs occupations, l\u2019hôte si distingué leur propose comme règle de conduite les enseignements de Jésus rapportés dans l\u2019évangile de S.Mathieu.C\u2019est sa méthode de régler les controverses.Il leur recommande de donner l\u2019exemple de \u201cla paix sur la terre, et de la bonne volonté parmi les hommes\u201d.\u201cAprès avoir été témoins, dit-il en finissant, de ce Gethsémané par lequel vient de passer l\u2019Humanité, après avoir vu son agonie au Jardin des Angoisses, après avoir assisté à sa crucifixion sur la croix du Militarisme, est-il exagéré de vouloir espérer que le Travail et le Capital apporteront encore à un monde désolé et meurtri l\u2019unique espoir que seuls ils peuvent lui apporter, et qu\u2019en adoptant des principes susceptibles de délivrer les hommes des fléaux qui les assaillent, ils rouleront la pierre placée devant la porte du sépulcre, pour donner à l\u2019Humanité la promesse de sa résurrection en une vie plus abondante et plus belle ?\u201d Le Comité France-Amérique a voulu servir ce menu aux convives de langue française.Malgré la haute valeur nutritive des aliments, l\u2019ordonnance générale du repas n\u2019y a rien gagné, la digestion n\u2019en a pas été rendue plus facile, et cet art culinaire français, si renommé, n\u2019a pas été à la hauteur de sa réputation, pour être resté 368 LA REVUE DOMINICAINE trop près de la tradition anglaise dans la manière de préparer et de servir les aliments.J.A.Mireault, M.D.-?- i» CONSULTATIONS CANONIQUES QUESTION.\u2014\u201cLe can.891 doit-il être interprété dans un sens restrictif et ne s\u2019appliquer qu\u2019aux seuls séminaires et collèges proprement dits ?Si non, faut-il l\u2019appliquer aussi aux Ecoles normales de filles de notre province, et conclure que les Principaux de ces dites Ecoles ne peuvent confesser habituellement les religieuses et les élèves qui sont sous leur dépendance?\u201d\u2014Principal.REPONSE.\u2014Je réponds d\u2019abord à la première partie de votre cas, en disant que le mot \u201ccollège\u201d au canon 891 doit s\u2019entendre en un sens général.Le R.P.Blat, qui nous donne un commentaire plutôt littéral, déclare explicitement que le mot \u201ccollegii\u201d, vi verborum, doit s\u2019entendre de quelque collège que ce soit.(Cf.De Rebus, I P.No 215.) Le \u201cMonitore Ecclesias-tico\u201d, (1919, p.148), le prend également au sens général du mot.Cette opinion paraît fondée.Une circulaire de la S.C.de la Propagande, 16 avril 1922, No 57, parle de \u201cconvictus seu collegia sive pro masculis, sive pro feminist.(Cf.A.A.S.XVI, p.281.) Nous voyons également par des décrets de la S.C.du Saint-Office, 11 juin 1866, 6 déc.1899, que le mot collège peut tout aussi bien désigner une institution pour les filles que pour les garçons. CONSULTATIONS CANONIQUES 369 Si nous nous reportons au titre du Code qui traite des Ecoles nous retrouvons les dispositions du can, 891.Nous lisons, en effet, au can.1383, \u201cIn religiosa alum-norum alieujus collegii institutione servetur prescriptum can.891\u201d.Le fait de réitérer à cet endroit la prohibition du can.891 semble indiquer que le mot collège est pris en un sens plutôt large.Si l\u2019on étudie maintenant l\u2019histoire du can.891 on voit que l\u2019Eglise a voulu généraliser une prescription particulière, portée (5 juillet 1899) uniquement pour les Séminaires et les Collèges de Rome.Cette extension, au dire du cardinal De Lai, a été \u201cbeaucoup discutée et combattue, mais aussi demandée ardemment par plusieurs et voulue fermement par deux Souverains Pontifes\u201d.! N\u2019est-ce pas suffisant pour légitimer une interprétation plutôt extensive du mot collège, tel qu\u2019inséré au canon 891 ?Négative à la première question, notre réponse doit, en conséquence, être affirmative à la seconde, mais avec une distinction dans la conclusion.Oui, il faut appliquer le can.891 aux Ecoles normales de filles de la province de Québec et conclure que le Principal de ces dites Ecoles ne peut confesser les élèves, pourvu toutefois que celui-ci réalise les conditions du vrai supérieur.Or si l\u2019on consulte les règlements de ces écoles il faut dire que le Principal en est le véritable supérieur.Qu\u2019il nous suffise, pour en faire la preuve, de rapporter ici l\u2019article 135 de ces règlements: \u201cLes principaux des écoles normales, comme directeurs de ces maisons d\u2019éducation, doivent veiller à la bonne et efficace administration de l\u2019institution, en contrôler l\u2019enseignement et diriger la formation intellectuelle et morale des élèves.1.\u2014Il Monitore Eeclesiastieo, 1919, p.148 note. 370 LA REVUE DOMINICAINE Pour chaque école normale de filles, la communauté religieuse qui a charge de l\u2019école nommera une directrice à l\u2019effet de veiller sur les divers services relevant de l\u2019administration économique de la maison et, sous le contrôle du principal, d\u2019en diriger la discipline générale.\u201d 2 Le principal a donc toutes les attributions d\u2019un supérieur et tombe, par conséquent, sous la prohibition formulée par le can.891.Mais les arguments invoqués plus haut peuvent ne pas paraître suffisants et laisser subsister encore quelque doute sur l\u2019extension du mot collège.Ce serait alors le lieu de s\u2019en rapporter aux normes du canon 18 pour l\u2019interprétation : recourir maintenant à la fin de la loi et à l\u2019intention du législateur.Le motif qui a fait porter la prohibition du canon 891, les moyens voulus pour atteindre ce qui était en vue nous sont parfaitement connus, tant par le contexte que par l\u2019histoire.Par le contexte, on voit que le législateur se montre vivement préoccupé d\u2019interdire le ministère de la confession à tout prêtre que peut gêner le secret sacramentel en raison de l\u2019autorité de for externe qu\u2019il est appelé a exercer sur son pénitent.Le can.889 pose le principe tout à fait général: il faut à tout prix sauvegarder le secret sacramentel.Le can.890 apporte une nouvelle précision: les supérieurs doivent prendre bien soin de ne pas user de la science acquise au confessionnal, même avant d\u2019entrer en charge, pour le gouvernement extérieur de la maison.La conclusion toute naturelle de ce souci chez le législateur de sauvegarder l\u2019absolue inviolabilité du secret sacramentel est le can.891: interdiction.2.\u2014\u201cRèglements du Comité catholique du Conseil de l\u2019Instruction publique de la Province de Québec\u201d, p.20. CONSULTATIONS CANONIQUES 371 aux supérieurs des.collèges d\u2019entendre la confession de ceux de leurs élèves qui habitent la maison.D\u2019autre part, si nous nous reportons au décret d\u2019où le can.891 a été tiré, nous arrivons à la même conviction.Relisons les considérants avancés par la S.C.du Saint Office, 5 juil.1899, nous y voyons explicitement manifestés et la fin de la loi et l\u2019esprit du législateur.La S.C.du Saint Office voit dans l\u2019usage, pour les supérieurs, de confesser leurs subordonnés une source d\u2019abus possibles.\u201cEx una parte minuitur alumnorum peccata confitendi libertas, ipsaque confessionis integritas peri-clitatur ; ex alia vera Superiores minus liberi esse possent in regimine communitatis, ac suspicioni exponuntur aut se notitiis in confessione habitis uti, aut benevolentiores se praebere erga alumnos, quorum confessiones excipiunt.Quapropter ut hisce aliisque malis, quae ex hujusmodi abusu facile oriri queunt, occuratur, haec S.Officii Congr.districte prohibet.\u201d.3 Soit donc que l\u2019on s\u2019attache à la signification même du mot collège, soit que l\u2019on se reporte à la mentalité, au \u201cmens\u201d du législateur; en d\u2019autres termes soit qu\u2019on étudie la lettre du texte, soit qu\u2019on s\u2019appuie sur l'esprit de la loi, toujours, du moins à ce qu\u2019il nous semble, il faut conclure: le principal d\u2019une école normale de filles de la province de Québec ne peut confesser habituellement les élèves.Nous ne parlons que des élèves, non des religieuses, parce qu\u2019il n\u2019est question, sous la lettre du texte, que de celles-là.Le can.891 ne parle que des \u201calumnï\u2019, i.e.les élèves.Et c\u2019est la distinction que nous posons à votre conclusion, \u201cles principaux.ne peuvent confesser habituellement.les élèves qui sont sous leur dépendance\u201d.C\u2019est tout, selon nous, ce qui tombe sous la B,\u2014A.S.S.vol.XXXII, 1899-1900.p 64. 372 LA REVUE DOMINICAINE prohibition formelle du can.891.Sans doute les religieuses en tant que professeurs sont sous l\u2019entière dépendance du principal, mais l\u2019interdiction d\u2019entendre les confessions n\u2019est relative qu\u2019aux élèves.A la lettre, le can.891 ne défend donc pas au Principal de confesser les religieuses de cette institution.Mais l\u2019esprit ?Un précepte peut être aussi une leçon.\u201cC\u2019est le cas, nous dit \u201cL\u2019Ami du Clergé\u201d, du canon 891.\u201d 4 Ainsi, il nous semble que ce serait pleinement répondre aux désirs de l\u2019Eglise, que le principal de l\u2019école normale de filles ne confessât pas les religieuses qui forment le personnel de la dite école.II n\u2019est pas sans utilité, avant de terminer, de faire remarquer que seuls les élèves internes viennent sous le nom des alumni au sens du can.891, parce que seuls ils sont \u201ccommorantes in eadem domo\u201d.A se tenir \u201csur le terrain strict du droit, de la lettre du droit, nous inclinons à penser que le Législateur ici, comme ailleurs, n\u2019a eu en vue expressément que les élèves qui restent tout le temps au collège, que les commorantes de jour et de nuit, et donc seulement les internes, non les demi-pensionnaires, ni les externes surveillés\u201d.5 Mais plus loin la même revue ajoute: \u201cEn fait nous restons persuadés que, si le Code a restreint son précepte aux commorantes internes, son désir peut sagement être interprété comme portant plus loin.Le Supérieur n\u2019est pas tenu, juridiquement parlant, de s\u2019interdire de confesser les externes et même les demi-pensionnaires ; mais très certainement le Supérieur agirait conformément à la pensée de l\u2019Eglise, s\u2019il s\u2019en abstenait, quoique, bien entendu, avec moins de rigueur et de scrupule que pour les pensionnaires.\u201d 6 4.\t\u2014Ami du Clergé, 1922, p.15.5.\t\u2014Ami du Clergé, 1920, p.245; Vermeersch, Epitome, Ed.Alt.No 170-1; Le Canoniste, 1920, p.212.6.\t\u2014Ami du Clergé, 1920, p.245. CONSULTATIONS CANONIQUES 373 D\u2019autre part, du fait que le Principal n\u2019a pas sa demeure à l\u2019école normale elle-même, on ne doit pas conclure qu\u2019il n\u2019est pas atteint par le canon 891.Il est censé vivre habituellement avec les normaliennes, et cela suffit.\" H- H- Ÿ QUESTION.\u2014\u201cPensez-vous que le pouvoir de dispense d\u2019empêchements de mariage, accordé aux curés au canon 1044, puisse entrer dans l\u2019expression \u201comnibus juribus\u201d du canon 451; de sorte que tous les vicaires dont vous parlez dans le No de février de la Revue et en plus nos vicaires coopérateurs au Canada, jouissent de ce pouvoir de dispense ?Ou bien faut-il restreindre le sens du mot \u201cparochus\u201d du canon 1044 aux curés strictement dits X.Y.REPONSE.\u2014Il ne nous semble pas possible de restreindre le sens du mot \u201cparochus\u201d du canon 1044 aux curés proprement dits, puisque le can.451 § 2 déclare expressément que les \u201cvicaires paroissiaux ayant pleins pouvoirs paroissiaux\u201d, \u201cviennent, dans le droit, sous le nom de curés\u201d.Donc tous les vicaires paroissiaux dont il a été question dans la Revue Dominicaine, livraison de février, p.96, jouissent du pouvoir de dispense d\u2019empêchements concédé aux curés par le canon 1044.La question est plus complexe en ce qui concerne les vicaires coopérateurs, délégués, comme ils le sont au Canada, pour assister à tous les mariages dans leur paroisse respective.7\u2014Augustine, A Commentary, vol.4, p.307. 374 LA REVUE DOMINICAINE C\u2019est un problème, grandement controversé entre les canonistes, que de savoir si le prêtre délégué pour assister au mariage a, comme le curé, dans les circonstances prévues par le canon 1044, le pouvoir de dispenser des empêchements de mariage.De Smet nous dit : \u201cPorro haec, quae in dictis adjuncts sacerdoti conceditur, potestas non posset, stricto tenori invocatorum canonum inhærendo, agnosci sacerdoti non parocho qui fuerit ad assistendum matrimonio rite delegatus.\u201d 8 Cerato,9 Cappello,io d\u2019autre part, n\u2019hésitent pas à reconnaître au prêtre délégué les mêmes pouvoirs qu\u2019au curé.Certes, en théorie, la question n\u2019est pas d\u2019une solution facile.Tout dépend de l\u2019idée que l\u2019on se fait des pouvoirs concédés au canon 1044.D\u2019aucuns, tels Cerato,n Cappello,i2 plus probablement Maroto,i3 soutiennent qu\u2019il s\u2019agit de pouvoirs ordinaires.D\u2019autres, comme Noval n et Ojetti 15 émettent un avis opposé: il n\u2019y aurait là qu\u2019une délégation.Et les raisons invoquées par ces derniers nous semblent pleinement justifier leur opinion.Si donc les facultés accordées aux curés par le canon 1044 ne sont, comme il nous semble, que déléguées, il n\u2019est pas en leur pouvoir de les subdéléguer.Sans doute \u201cle pouvoir de juridiction délégué par le Siège Apostolique peut être subdélégué\u201d (Can.199 § 2).Mais sous le nom de Siège Apostolique n\u2019est pas compris le droit commun ou le Codex.16 Et ce qui nous confirme dans l\u2019idée de ne 8.\t\u2014De Smet, \u201cEphemerides Lovanienses\u201d, 1925, p.61.9.\t\u2014Cerato, Matrimonium, ed.3a, p.64, No 72.10.\t\u2014Cappello, De Sacramentis, vol.III, De Matrimonio, No 236, 2, e, p.262.11.\t\u2014Loc.cit.12.\t\u2014Loc.cit.13.\t\u2014Maroto, Institutiones, No.705-B, p.843 et No 699, 7a, p.823.14.\t\u2014Noval, \u201cJus Pontificium\u201d, 1923, p.44.15.\t\u2014Ojetti, \u201cGregorianum\u201d, 1925, p.437.16.\t\u2014Id.op.cit.p.440-c. CONSULTATIONS CANONIQUES 375 voir au can.1044 qu\u2019une délégation a jure, c\u2019est l\u2019histoire de cette législation.Primitivement, ce pouvoir était uniquement concédé aux évêques avec la faculté expresse de ne le subdéléguer qu\u2019aux curés.Les évêques ne jouissaient que d\u2019une délégation a jure puisque la S.C.du Saint Office croyait devoir accorder le privilège de sub-déléguer.Aujourd\u2019hui le droit le concède immédiatement aux curés, et il ne semble pas qu\u2019il puisse, de ce chef, être considéré comme ordinaire.Donc, de soi, les pouvoirs dont jouissent les curés en ertu du canon 1044 ne sauraient être délégués.Mais ne serait-ce pas le lieu d\u2019invoquer le canon 200 § 1 et d\u2019argumenter ainsi ?17 Le curé, en vertu du can.1096 § 2, peut permettre à ses vicaires coopérateurs d\u2019assister à tous les mariages dans sa paroisse.Or s\u2019il ne peut leur déléguer les pouvoirs dont il jouit en vertu du can.1044 et pour les circonstances prévues par le dit canon, ceux-ci seront incapables d\u2019assister à de tels mariages.Or, déclare le canon 200 § 1, avec le pouvoir délégué est également concédé ce sans quoi il ne peut être exercé.Donc les curés ont la faculté de subdéléguer leurs pouvoirs de dispenser des empêchements de mariage.On ne peut nier la justesse du principe posé par le canon 200 § 1.Il importe, cependant, de le bien entendre.Nous croyons opportun de rappeler ici le commentaire de Schmalzgrueber sur la décrétale d\u2019où a été tiré ce canon.\u201cQuando commissio alicui absolute facta est, censentur eidem simul commissa omnia ilia quae ad eam expediendam.requiruntur, modo delegans committere ea possit\u201d.18 Or, avons-nous dit plus haut, les pouvoirs concédés au can.1044 ne peuvent être délégués.On doit 17.\t\u2014Cappello, loc.cit.; Augustine, A Commentary, vol.V, p.103.18.\t\u2014Schmalzgrueber, Jus Ecclesiasticum, in L.I Deer.(X), Tit.XXIX, No 37. 378 LA REVUE DOMINICAINE donc nier que le canon 200 § 1 en rend la subdélégation possible.Maintenant nous pouvons répondre à votre question : les vicaires-coopérateurs, même au Canada, en dépit de leur délégation générale pour l\u2019assistance aux mariages, n'ont pas et ne peuvent avoir les pouvoirs accordés aux curés au canon 1044.Normes pratiques : Est-ce à dire que les vicaires coopérateurs ne puissent, dans les circonstances prévues par le canon 1044, dispenser des empêchements de mariage ?Non.Nous croyons qu\u2019il y a, en pratique, une solution qui permet au vicaire d\u2019user des mêmes facultés.Il s\u2019agit, dans l\u2019hypothèse prévue par le canon 1044, de danger de mort avec impossibilité de recourir à l\u2019Ordinaire.'En présence d\u2019un moribond le vicaire coopérateur, plus probablement, n\u2019aura pas la possibilité de recourir même au curé.Alors il se trouve dans le cas dont parle le canon 1098, No 2 : \u201cSi haberi vel adiri nequeat sine gravi incommodo parochus.in mortis periculo.alius sacerdos qui adesse possit.assistera débet\u201d Or le canon 1044 accorde à tout prêtre placé dans les susdites circonstances les mêmes pouvoirs qu\u2019au curés.u.eadem dispensandi facultate polled turn parochus, turn sacerdos qui matrimonio, ad normam can.1098, n.2, assistit.\u201d Si toutefois, même dans le danger de mort, il était possible, sans grave inconvénient, \u201csine gravi incommodo\u201d, de s\u2019adresser au curé, il faudrait, à notre avis, recourir à ce dernier.Et nous ne voyons pas de difficulté à ce mode de procéder, puisque par hypothèse, il n\u2019y a pas de grave inconvénient.A supposer qu\u2019il déplairait au vicaire d\u2019agir de la sorte, il lui resterait encore la possibilité d\u2019exercer le droit de dispenser en qualité de confesseur.Mais le confesseur, nous dit le canon 1044, ne peut se servir de ces CONSULTATIONS CANONIQUES 377 pouvoirs qu\u2019au for interne et dans l\u2019acte de confession.En ce cas, le prêtre agirait prudemment s\u2019il imposait à son pénitent l\u2019obligation de s\u2019adresser à l\u2019autorité compétente afin d\u2019obtenir une dispense au for externe.D\u2019aucuns proposeraient une autre solution.Comme l\u2019opinion contraire à celle que nous avons émise précédemment demeure probable, ce serait le cas de faire appel au canon 209: \u201c.in clubio positivo et probabüî sive juris sive facti, jurisdictionem supplet Ecclesia pro foro turn externo turn interno.\u201d Mais le vicaire qui voudrait en user devrait se rappeler la règle proposée par les moralistes en ce qui concerne l\u2019usage d\u2019une juridiction probable: ne s\u2019en servir que pour une cause \u201cgraviter rationalisais P.Louis-Marie Sylvain, O.P.Ottawa, le 10 mai 1926.\u2014-?- L\u2019ESPRIT DES LIVRES P.Sadoc Szabo, O.P.\u2014\u201cXenia Thomistica\u201d.Vol.1.Tractatus Philosophici, p.XIII-567, pr.62 lires italiennes.\u2014 Vol.II.Tract.Theologici, p.610, pr.65 lires.\u2014 Vol.III.Tract.Historico-Critici, p.570, pr.65 lires.\u2014 Les trois volumes pris à la fois 150 lires, deux pris à la fois 110 lires.\u2014 Rome, Angelico, 1924 et 1925.Les Grecs d\u2019autrefois marquaient d'une pierre blanche la commémoration d\u2019une grande fête.Aujourd'hui un peu partout on élève un monument à la gloire des héros qui s\u2019illustrèrent dans la Grande Guerre.Chaque ville d\u2019Italie a le sien.La Renaissance 19-\u2014Marc, Inst.Moral, vol.II, No 1762. 378 LA REVUE DOMINICAINE italienne par la vertu du Fascisme mussolinien atteste ainsi sa force conquérante par la flamme patriotique qu\u2019elle soulève.Une autre renaissance, plus spirituelle celle-là, la Renaissance thomiste, manifeste sa puissance de conquête sur les esprits nobles et droits par le monument splendide qu\u2019elle a édifié à la gloire de saint Thomas d\u2019Aquin, sous l\u2019habile direction d\u2019un Maître ès Sciences théologiques, le Très Révérend Père Sadoc Szabo, O.P., Régent des Etudes au Collège pontifical Angelico, de Rome.Aussi bien, c\u2019est un magnifique souvenir, un riche cadeau de fête, ces Xenia Thomis-tica, que le disciple offre à son maître à l\u2019occasion du sixième centenaire de sa canonisation.Trois superbes volumes grand in-S0 d\u2019environ 600 pages chacun, magnifiquement édités, groupant des travaux d\u2019ordre philosophique (I), théologique (II) et historique (III), et où la vigueur des pensées fortes s\u2019adoucit au charme de la variété des sujets.Les savants de l\u2019univers catholique, prêtres et laïques, religieux de tous les Ordres, hauts dignitaires de la hiérarchie sacrée, ont bien voulu s\u2019associer avec plaisir, quelques-uns en leur langue maternelle: française, anglaise, italienne, allemande et espagnole, pour rendre un hommage vraiment \u201cœcuménique\u201d au Doctor Communis Ecclesiae.* * * Il me serait agréable d\u2019éveiller la curiosité des chercheurs de vérité en leur détaillant ce grand choix d\u2019études sérieuses ressortissant aux domaines divers de la Philosophie, de la Théologie et de l\u2019Histoire.Quelles trouvailles nous ferions ! Mais, songez donc: 71 mémoires, non tous d\u2019égale valeur sans doute, mais la plupart, de première, couronnés par l\u2019enthousiaste allocution du Pape Pie XI, prononcée en un langue délicieuse lors de l\u2019audience solennelle de clôture du Congrès thomiste en 1924 qu\u2019il faudrait bien savourer aussi ! Les cadres d\u2019une recension n\u2019y tiendraient pas.Feuilletant ces pages rayonnantes de vérité thomiste, je signalerai les plus fortes, m\u2019excusant d\u2019avance de passer outre les meilleures peut-être.Le volume 1er s\u2019ouvre par deux discours.L\u2019un est de Son Eminence le Card.Billot, S.J., lors de l\u2019inauguration de l\u2019Académie Saint-Thomas; l\u2019autre, de M.Jacques Maritain, clair et profond philosophe qui consacre de sa magnifique autorité S.Thomas, Apôtre des temps modernes.\u2014 Il contient deux fortes études du regretté Père Guido Mattiussi, S.J., philosophe éminent et thomiste sacrifié, sur La Noblesse de l'intelligence d'après saint Thomas, et sur Les Principes de l'Etre: synthèse puissante toute à la gloire de L\u2019ESPRIT DES LIVRES 379 .l\u2019illustre professeur défunt.\u2014 Enfin le problème de la connaissance y est traité à fond.Au point de vue de la psychologie expérimentale, le R.P.E.Barbado, O.P., (Collège Angélique) résume avec une maîtrise parfaite de son sujet l\u2019Enseignement aristotélico-thomiste sur le sens du toucher et le compare aux théories modernes qu\u2019il juge à bon escient.\u2014 Trois articles précisent le rôle, le mode d\u2019union et le réalisme de la connaissance intellectuelle.Le R.P.Le Rohellec, C.Sp.S., montre bien que, selon saint Thomas, la simple appréhension atteint l\u2019essence dans un connaissance confuse d\u2019abord, qu\u2019une longue élaboration par voie d\u2019affirmation ou de négation rendra ensuite distincte.Elle est une vue de la quiddité de l\u2019être en sa présence.\u2014 Le R.P.Gredt, O.S.B., développe les vues très profondes et justes qu\u2019il a émises ailleurs Sur l'union de toutes la plus intime, entre le sujet connaissant et l\u2019objet connu.La doctrine n\u2019est pas nouvelle, mais elle est brillamment renouvelée.C\u2019est un retour direct à la pure doctrine d\u2019Aristote et de saint Thomas: connaître n\u2019est pas essentiellement représenter, c\u2019est devenir, être un autre en tant qu\u2019autre, c\u2019est-à-dire avoir sa forme, non pour en être informé physiquement, en constituant un tertium quid, mais d\u2019une façon supérieure, intentionnelle, dit-on en langue philosophique, façon qui respecte les individualités du connaissant et du connu: bref comme un acte en possède un autre.\u2014 M.le Professeur L, Noël (Louvain) établit parfaitement cette fois le Réalisme de notre connaissance d'après saint Thomas.Nous connaissons directement et immédiatement les choses extérieures; directement et immédiatement, donc sans la moindre déformation.C\u2019est le sens qui les connaît d\u2019abord, mais il ne connaît pas sa conformité avec elles, donc n\u2019a pas formellement la vérité.Celle-ci est l\u2019hôtesse de l\u2019intelligence qui, seule, la possède par simple réflexion sur son acte.Admirable doctrine que le docte professeur de Louvain expose aussi clairement qu\u2019il la voit.L\u2019accord parfait enfin obtenu sur ce point discuté entre l\u2019école de Louvain fondée par Son Eminence le cardinal Mercier, génie de claire intelligence et au coeur doux et humble, et l\u2019école thomiste traditionnelle représentée par les PP.Garrigou-Lagrange, Folghera, Gredt, LeRohellec et Gény, est \u201cun précieux gage de vérité\u201d comme le remarquait avec joie ce pauvre Père Gény, professeur émérite, thomiste par conviction, qu\u2019une brutale agression a ravi trop tôt, hélas ! à l\u2019amitié de ses élèves.Dans le deuxième volume, outre le beau travail du Père Pègues: quot articulos scripsit, tot miracula fecit, \u2014 le petit traité du P.Vosté, O.P., sur l'Inspiration biblique, modèle de discrétion, de sûreté de doctrine et de claire exposition, \u2014 la dissertation érudite de Mgr Lépicier, O.S.M., sur l\u2019âme forme substantielle du corps 380 LA REVUE DOMINICAINE humain, \u2014 le commentaire savant et subtil de l\u2019article 3 q.105 de la la P, du Docteur Sestili qui montre bien comment les exigences de saint Augustin à propos de l'action illuminatrice de Dieu en chacune de nos intellections comme par un rayonnement prolongé, ont été reconnues et pleinement satisfaites par saint Thomas.\u2014 l\u2019article remarquable du P.Garrigou-Lagrange sur l'Inspiration spéciale du Saint-Esprit, selon l\u2019augmentation de la charité, qui illumine les voies de la vie spirituelle, \u2014 il y a l\u2019étude supérieure d\u2019un Maître sur la Charité comme amitié divine.travail d\u2019érudition, de précision et de défense de la pensée de saint Thomas, conduit par le P.Joseph Keller, O.P., ancien Régent de la province d'Allemagne, dans la lumière éblouissante d\u2019une pensée claire et forte; \u2014-il y a encore le véritable traité du Père Szabo sur la Science bienheureuse du Christ, chef-d'œuvre de logique et d\u2019érudition, où la vigueur de la pensée est exprimée dans une argumentation scolastique très pure, et qui contient, à.ce qu\u2019il semble, le dernier mot sur ce sujet capital; \u2014 il y a enfin deux études remarquables, l\u2019une du P.Merkelback et l\u2019autre du P.Hugon, sur la doctrine thomiste de la Médiation universelle de Marie.\u2014 Le P.Folghéra, O.P., conclut ainsi un travail intéressant: S.Thomas et le prédicateur, qui clôt cette série: \u201c'S.Thomas fut un grand prédicateur, parce qu\u2019il fut un grand saint.Et c\u2019est bien le mot de la fin: l\u2019homme de Dieu, le saint est seul capable de continuer dignement l\u2019Homme-Dieu, de promouvoir efficacement l\u2019œuvre de Dieu, de semer fructueusement la parole de Dieu.\u201d On remarque dans le dernier volume, trois études d\u2019histoire thomiste par le P.A.Walz, O.P., bienvenues parmi des travaux scientifiques de premier ordre faits par des maîtres spécialistes, tels le P.Mandonnet, Mgr Grabmann, le P.François Pelster et Son Eminence le cardinal Ehrle.\u2014 Le P.Raymond Martin, O.P-, Régent à Louvain, présente admirablement un traité inédit du péché originel de Maître Hervé de Nédellec dont la doctrine est tout à fait intéressante au point de vue de la récente discussion sur cette question.\u2014 Enfin dans un beau parallèle entre saint Thomas et saint Anselme où celui-ci est filialement magnifié, Mgr Henri-Laurent Janssens, O.S.B., dit de celui-là \u201cqu\u2019il est le constructeur du plus vaste édifice doctrinal qui ait jamais été élevé à la gloire de Dieu et de son Christ\u201d.* * * En somme les Xenia Thomistica sont sans nul doute le plus beau monument de doctrines thomistes qu\u2019aient élevé à la gloire de saint Thomas en un spirituel hommage digne d\u2019eux et de lui, L\u2019ESPRIT DES LIVRES 381 ses disciples reconnaissants.Telle une haute pyramide de lumière dont les blocs de vérité ont été extraits, sous la direction d\u2019un Maître ouvrier, de la même carrière, par un grand nombre de Travailleurs de la Pensée ex omni tribu, ?uitione et lingua, Maîtres eux-mêmes pour la plupart, et qui pointe dans le ciel comme pour indiquer la Source suprême de cette sagesse qui a illuminé l\u2019intelligence de Thomas, à savoir le Divin Soleil de Vérité dont les artistes se sont plu à faire rayonner le symbole sur son cœur.J.-D.Manger, O.P.Th.Mainage.\u2014\u201cImmortalité\u201d.1 vol.251 pages, Paris, Téqui, 1926.Le R.P.Mainage, O.P., professeur à l\u2019Institut catholique de Paris, universellement connu grâce à ses ouvrages sur la Religion spirite, sur la Psychologie de la conversion, sur les Religions de la préhistoire, etc., vient de publier sous ce titre une série de conférences faites à Saint-Sévérin à la fin de l\u2019année 1924.\u2018 L\u2019intérêt intellectuel s\u2019est déplacé au cours des derniers siècles.11 a de plus en plus déserté les régions abstraites de la philosophie pour se fixer dans le domaine de l\u2019observation scientifique.Est-ce enthousiasme passager ou orientation définitive ?L\u2019avenir seul nous l\u2019apprendra.En tout cas les esprits les plus clairvoyants commencent à s\u2019alarmer.Une civilisation uniquement préoccupée de l\u2019étude de la matière ne serait jamais qu'une civilisation inférieure et tronquée.Il y a bien des choses, en effet, qui importent plus à l\u2019humanité en général et à chacun de nous en particulier que l\u2019asservissement à l\u2019homme des forces matérielles, c\u2019est la possession de ces grandes forces spirituelles sur lesquelles reposent tout l\u2019ordre moral et tout l\u2019ordre social.Il importe que des savants travaillent à prolonger de quelques années la durée de notre passage ici-bas; mais ce qui nous importe bien davantage c\u2019est de savoir s\u2019il y a un au-delà à la vie éphémère de l\u2019homme.Or l\u2019immortalité de l\u2019homme n\u2019est pas un problème scientifique, mais uniquement un problème philosophique.La science, comme le redit sans cesse le P.Mainage, peut découvrir des indices, elle n\u2019apporte pas une certitude.Je sais bien qu\u2019une certaine science issue du positivisme prétend qu\u2019en dehors des faits et des lois il n\u2019y a aucune certitude possible.Mais c\u2019est là un problème philosophique; et quand on trouve cette fin de non recevoir sur les lèvres de savants qui ne sont que des savants on peut et on doit leur dire qu\u2019ils parlent là de choses qu\u2019ils ne connaissent pas. 382 LA REVUE DOMINICAINE Cette preuve philosophique de l\u2019immortalité, le P.M.l\u2019amorcé dans chacun de ses chapitres, mais il ne la discute à fond que dans le sixième chapitre, intitulé: La raison.Il ne faut pas y chercher l\u2019appareil scientifique un peu rébarbatif des manuels de philosophie.Il s\u2019agit de conférences et c\u2019est là surtout qu\u2019il ne faut pas l\u2019oublier.Mais pour peu qu\u2019on soit familiarisé avec ce problème, on y trouvera comme le résumé de ce que l\u2019homme au cours des longs siècles de son histoire a trouvé de plus fort pour se prouver qu\u2019il ne mourra pas tout entier.Il faut lui savoir gré surtout d\u2019avoir montré \u2018qu\u2019autour de la preuve principale, toutes les autres preuves, ou demi-preuves, s\u2019organisent et prennent un surcroît de consistance\u201d.Il peut donc en conclure que \u201cle tout, cimenté par l\u2019argument final, constitue un bloc assez solide pour s\u2019imposer à la méditation et à la conviction des esprits droits et sincères\u201d.Les arguments qu\u2019il appelle \u201cde seconde ligne\u201d sont tirés de l\u2019univers, des religions, de l\u2019homme, de la conscience et de la métapsychique.Il se peut que certains de ces arguments fassent plus d\u2019impression que l\u2019argument principal sur les esprits peu ou.point familiarisés avec les données philosophiques que ce dernier présuppose.Le lecteur y admirera, en tout cas, deux choses.D\u2019abord la loyauté avec laquelle le P.M.expose l\u2019objection des adversaires.Il à assez de confiance dans la réponse que lui dicte sa philosophie pour n\u2019avoir pas besoin de travestir ou de minimiser la pensée du contradicteur.Le lecteur admirera, en second lieu, la vaste information que suppose ce volume.L\u2019auteur n\u2019a pas cru, par exemple, que son titre de théologien lui permettait de parler de métapsychique sans l\u2019avoir étudiée.Il sait ce dont il parle et c\u2019est pour cela que les gens compétents le prendront au sérieux.Un livre comme celui-là fait honneur à la philosophie catholique.M.-C.F.R.P.V.Facchinetti, O.F.M.\u2014\u201cSoyez Amis\u201d.\u2014 Saint Finnçois (VAssise et Vamitié chrétienne.Traduit de Titalien par M.l\u2019abbé Ph.Mazoyer.Deuxième édition.389 pages.Lethielleux, Paris, 1926.Avec un souci de précision que trahissent des notes discrètes (p.27, 374) et un art qui réussit à faire oublier l\u2019original italien, M.l'abbé Mazoyer vient de présenter aux lecteurs de langue française l\u2019ouvrage du P.Facchinetti, Soyez Amis.Ce livre fait partie de la Bibliothèque de Culture Franciscaine, dont l\u2019initiative et la direction relève de l\u2019activité des franciscains milanais et qu\u2019ali- L'ESPRIT DES LIVRES 383 mentent des collaborations de toute provenance à la diffusion de3 doctrines et des faits du Poverello.Il est de plus le second de cette trilogie consacrée par l\u2019auteur à l\u2019étude de l\u2019âme de saint François: Soyez joyeux, Soyez amis, Soyez Apôtres.Pour arriver à l\u2019obtention du souhait qui sert de titre, l\u2019auteur expose la théorie de l\u2019amitié dans la pensée chrétienne (1ère Partie), invite par l\u2019exemple entraînant du Séraphin d\u2019Assise à la pratique de cette vertu (Ilème Partie) dont la Illème Partie contient les règles.Clarté du plan, simplicité de l\u2019expression, voilà les qualités maîtresses de l\u2019ouvrage.Ce n\u2019est pas que le R.P.veuille dissimuler la délicatesse et les difficultés de son sujet; il nous en dévoile quelques aspects p.X, 33, 99.il en apporte une solution brève et lucide p.34 qu\u2019il applique aux amités contractées avec quelque méchant à convertir ou avec des personnes de sexe différent p.351.M.Joërgensen qui a préfacé le livre s\u2019en montre satisfait et nous aurions mauvaise grâce de nous montrer plus exigeant que lui.Mais le problème de l\u2019amitié occupe à peine le tiers du volume; près de 300 pages contiennent l\u2019énumération des amitiés de saint François: amis de la jeunesse, amis du ciel, amis de l\u2019apostolat, chevaliers de la Table Ronde, amies du Séraphique, amis de l\u2019esprit, amis du sentiment.Aussi peut-on dire avec raison que la grande partie du volume forme une étude spéciale de S.François; le lecteur en conviendra facilement en même temps que les abondantes notes bibliographiques et l\u2019originalité des jugements lui démontreront la compétence exceptionnelle du P.Facchinetti en ce domaine.Quel est le curieux de choses franciscaines qui ignore l\u2019auteur du \u201cSaint François d\u2019Assise dans l'histoire, dans la légende et dans l\u2019art\u2019\u2019?Le même bonheur ne lui était pas réservé pour tous les détails.Plusieurs faits apportés devraient s\u2019entendre non pas de l\u2019amitié mais de la fraternité universelle qui imprime à l\u2019âme du Séraphin sa physionomie propre.Certaines remarques viennent bien ici et là corriger cette mauvaise impression mais seules les retouches suggérées à l\u2019occasion de la première édition l\u2019eussent complètement effacée.L\u2019énumération aurait certainement gagné en intérêt si, au lieu de suivre l\u2019ordre chronologique, elle eut suivi les lois de la psychologie et eut montré \u201cpar exemple comment, peu à peu, à mesure qu\u2019il s\u2019avançait dans la vie et tout en restant l\u2019apôtre de la fraternité universelle, le Poverello restreignait le cercle de ses amitiés intimes de façon que fort peu nombreuses ont été les âmes auxquelles il est resté uni par le sentiment profond qui seul mérite le nom d\u2019amitié véritable\u201d, p.343.On peut bien avouer certaines liaisons lâches, des développements trop schématiques, le manque 384 LA REVUE DOMINICAINE de synthèse générale, un jugement fantaisiste qui range S.Paul parmi les chantres de la nature, puisque ces imperfections de détail ne déparent pas les qualités solides qui ont valu à l'ouvrage deux éditions depuis janvier 1926.P.Adrien-M.M., O.F.M.Paul Dusauchoy.\u2014\u201cSaint Paul et le maniement de?âmes \\ Volume de 108 pages.Lethielleux, éditeur.Après l\u2019histoire de saint Paul par M.Emile Baumann, voici un portrait moral du grand Apôtre.Etude d\u2019âme qui évoque encore plus le caractère personnel du saint que sa méthode de manier l\u2019âme des autres.Sans trop se préoccuper de faire le récit des événements, l\u2019auteur s\u2019attache à brosser une série de petits tableaux où surgissent, dans un relief plein de couleur et de vie, les gestes multiples d\u2019une existence débordante d\u2019activité, ou mieux les aspects divers d\u2019un coeur brûlant d\u2019amour pour Dieu, et \u201cprêt à tout perdre afin de gagner le Christ\".Le héros est remis dans son milieu historique.Peut-être même le cadre prend-il plus de place que le portrait, mais il ne laisse pas de projeter sur la physionomie suffisamment dessinée tout un faisceau de rayons lumineux.Rédigées d\u2019un style alerte qui ne manque pas d\u2019un réalisme de bon aloi, ces pages suggèrent plus de choses qu\u2019elles n\u2019en expriment.C\u2019est un pastel exécuté d\u2019une main légère et sûre qui sait d'un trait rapide indiquer un caractère et marquer une perspective.Portrait d\u2019un ancien à mettre dans les galeries modernes.Père Paul-Emile Farley, c.s.v.N.B.\u2014Dans l\u2019article du précédent numéro intitulé Etats et Perfection, on est prié de faire une correction à la page 267, 3e ligne, en lisant: comme nécessaire préparation de l'âme, au lieu de comme nécessaire réparation de Vâme. Té!.Main 4672 TU.Main 7437 Paul Bertrand, Foucher, Belanger, Inc.ORNEMENTS D\u2019EGLISE Spécialité Tentures de Deuils et de Fêtes, - Objets d\u2019Ârt 26, rue Notre-Dame Ouest, MONTREAL s pas I lit ml met' I iment.I i trait I ortrait I O\u2019Reilly & Bélanger, Ltée MARCHANDS DE CHARBON GROS et D£TAIL \u2014 Tontes sortes OTTAWA i.r.¦ Bnrean, 22, rae Sparks \u2014 Téléphone: Queea 866-861 iffîM i0' B POURQUOI LE COUTEAU ?Le Calcul Biliaire peut se guérir sans opération si l\u2019on emploie le REMEDE du Dr MULLER pour les pierres dans le foie.Demandez-le à votre pharmacien.Au cas où vous ne pourriez l\u2019obtenir, envoyez $8.00 à S.J.MAJOR Limitée, Ottawa (Succursale de la National Grocers Co., Ltd.) 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