Revue dominicaine, 1 septembre 1926, Septembre
[" XXXII Année Le numéro: 20 sous Septembre 1926 LA REVU OMINICAINE ïsm R.P.Ignace Draime, O.P., Notre catholicisme: le besoin de vivre »\tet la Grâce.R.P.Thomas CouËT, O.P., S.Joseph et l\u2019Ordre de St-Dominique.Abbé Olivier Maurault, p.S.S., Les origines sulpiciennes de Notre- Dame-de-Grâces.R.P.Aug.Leduc, O.P., Consultations canoniques.LE SENS DES FAITS.\u2014L\u2019archevêque de Québec.\u2014 La conférence du P.Gillet, par le R.P.Lamarche.\u2014 Mère Alphonsa Lathrop, par le R.P.Couture.\u2014 Dans l'Ordre \u2014 Le Frère Vincent, par Fra Domenico.L\u2019ESPRIT DES LIVRES.\u2014Côté: La puissance paternelle (Aug.L.) Blanche Cazes: Pages cle la quinzième année.\u2014 Aparisi Serres: Des fables.des vérités \u2014 D\u2019Arnoux: Paroles d'un revenant (R.H.) \u2014 Mortier: Bonne Mère \u2014 Accusés de réception.administration Bureau du Rosaire SAINT-HYACINTHE REDACTION Notre-Dame de Grâce MONTREAL LA REVUE DOMINICAINE Publiée mensuellement Directeur : R.P.M.-A.LAMARCHE, O.P.ABONNEMENTS (payables d\u2019avance) Au Canada: $2.00 \u2014 A l\u2019étranger: $2.25\tx Avec le \u201cRosaire pour tous\u201d, 40 sous en plus par an.La Revue Dominicaine publie des articles de vulgarisation touchant les Ecritures, la théologie, l\u2019apologétique |k® ou le droit canon, et même des études de philosophie, de littérature, de sociologie ou d\u2019histoire, pourvu que la reli-gion ou la morale y soit concernée.La Revue Dominicaine n\u2019a pas de spécialité propre-ment dite dans le domaine religieux, mais elle accorde une attention particulière aux questions d\u2019apologétique et aux problèmes de société, envisagés surtout au point de vue |p fiant canadien.\t«i» La Revue Dominicaine publie des recensions et diverses chroniques, en s\u2019attachant moins au récit des faits et à l\u2019analyse des ouvrages qu\u2019à leur signification d\u2019ensemble.La Revue Dominicaine ne sera pas responsable des écrits des collaborateurs étrangers à l\u2019Ordre de Saint-Dominique.Prière cVadresser les communications littéraires : manuscrits, volumes, etc., au R.P: Antonio Lamarche, 153 Avenue Notre-Dame de Grâce, Montréal; et les communications administratives : abonnements, annonces, etc., au R.P.Antonin Bissonnette, Saint-Hyacinthe.Nous publierons en octobre : SCIENCE ET FOI: L\u2019ENQUETE QU FIGARO, par le R.P.A.L.Barthélemy, O.P.L\u2019ANNEE FRANCISCAINE: LE PAUVRE D\u2019ASSISE, par le R.P.Dominique Mauger, O.P. NOTRE CATHOLICISME i LE BESOIN DE VIVRE ET LA GRACE Croyants de naissance, nous n\u2019avons pas eu la joie de découvrir le catholicisme.Jamais il n\u2019eut pour nos yeux l\u2019attrait d\u2019une nouveauté.Notre éducation dans un milieu tout imprégné de Christianisme, l\u2019ambiance normale de notre vie dans un pays catholique par tradition, ont créé en nous le sentiment que notre religion est chose toute naturelle.Depuis notre enfance on nous a parlé de foi, d\u2019espérance, de charité, de grâce et de sacrements; nous nous souvenons même parfois que le Saint-Esprit est l\u2019hôte de nos âmes ; nous croyons comprendre que notre Eglise est dans le monde une maîtresse d\u2019ordre et de discipline; mais rien de tout cela ne nous étonne plus.Inconsciemment nous classons nos idées selon l\u2019ordre catholique et nous empruntons pour les traduire un langage de croyant.Idées, vocabulaire sont chrétiens, mais c\u2019est à peu près tout.Le catholicisme est un cadre archaïque dans lequel nous évoluons, c\u2019est une discipline qui nous impose périodiquement l\u2019accomplissement de certains gestes auxquels nous nous résignons par routine mais qui ne pénètre pas jusqu\u2019à la moëlle de notre vie quotidienne.Et cependant nous en aurions grand besoin.Ne trouvant plus dans notre catholicisme ce que l\u2019homme cherche dans toute religion, une lumière, une force, un élan, une consolation, nous nous surprenons à souhaiter autre chose, une religion toute neuve, inventée pour nous et qui réponde à nos besoins présents.Nous ne sommes plus ce qu\u2019étaient nos pères, leurs croyances ne semblent plus nous satisfaire. 450 LA REVUE DOMINICAINE Vraiment notre catholicisme serait-il à jamais fini ?Des âmes qui sont bien d\u2019aujourd\u2019hui nous prouvent le contraire; elles nous arrivent de tous les points de l\u2019horizon, attirées vers le catholicisme par ces choses que nous n\u2019y sentons plus.Elles ont vécu loin de nous, on n\u2019a point tracé de croix sur leur berceau, leur enfance n\u2019a point connu Dieu sur les lèvres d\u2019une mère ou ce ne fut pour elles qu\u2019un souvenir perdu dans une adolescence troublée.Elles ont voulu vivre, croire, aimer, espérer, elles ont goûté à tout et de leurs expériences elles n\u2019ont rapporté que des aspirations plus vastes, que des désirs élargis par les déceptions, qu\u2019un besoin de vivre plus inquiet.Un jour elles ont rencontré le catholicisme, et deviné en lui la réponse à tous leurs souhaits.Leurs prévisions ne furent pas trompées.Une religion de vie, de vérité, d\u2019amour, d\u2019espoir, une doctrine de paix durable et de joie sûre, toutes ces choses sans lesquelles on ne peut vivre, elles les découvrent chez nous et les obtiennent par l\u2019adhésion sans retour à nos vieux dogmes.Ne fermons pas les yeux à l\u2019évidence.Ce sont là des vérités vieilles comme les siècles, mais aussi jeunes que le jour présent.Nous voulons d\u2019une religion actuelle qui rejoigne nos aspirations d\u2019hommes du XXe siècle et apaise nos inquiétudes ?Mais ce qu\u2019il y a d\u2019actuel en nous ce n\u2019est point ce qui flotte à fleur d\u2019âme et ne crée que des besoins factices aussi changeants que la couleur des jours, ce sont les qualités profondes qui travaillent toute âme et dont on ne peut indéfiniment retarder la réponse.Aujourd\u2019hui plus que jamais nous avons faim de vivre, nous avons soif de vérité, d\u2019amour et d\u2019espoir, nous souhaitons l\u2019apaisement dans la joie. NOTRE CATHOLICISME 451 Le catholicisme \u2014 nous le verrons \u2014 peut nous répondre merveilleusement.# * * L\u2019aspiration foncière des êtres vivants, c\u2019est l\u2019aspiration à la vie.Présentée dans cette formule abstraite, cette vérité nous semble paradoxale et nous avons quelque peine à en convenir.Ce n\u2019est pourtant qu\u2019une constatation.Sans réfléchir, sans raisonner, avec l\u2019aveuglement mais aussi la sûreté d\u2019un instinct nous obéissons à cette aspiration.Vivre ! Etre ! qu\u2019est-ce donc que cette palpitation, ce frémissement de mystère qui s\u2019agite en nous, quiveut grandir, s\u2019élargir et qui, pour y réussir, pousse nos activités dans tous les sens ?Cette aspiration profonde, cette poussée intérieure qui se gonfle comme un germe et veut éclater, tous nous la sentons et selon notre tempérament nous l\u2019appelons de divers noms.Les âmes généreuses qui ont soif de se donner l\u2019appellent le tourment d\u2019aimer; les âmes basses, la frénésie de jouir; celles qui entrevoient le prix de la vérité, le besoin de connaître; et celles qui sont tentées d\u2019orgueil, l\u2019appétit de domination.Appels vers la vérité, vers l\u2019amour, vers la joie, ce sont là sans doute des aspirations réelles et nous verrons comment notre religion y satisfait.Mais derrière elles il y a une aspiration plus large qui violente en quelque sorte toute notre âme, donne la fièvre à tous nos désirs et qui vaut d\u2019être examinée d\u2019abord en elle-même.Qu\u2019est-ce en nous que ce besoin d\u2019être, cette aspiration à la vie ?Cette aspiration est commune à tous les vivants.Le bourgeon veut éclater en feuilles, épanouir sa fleur et 452 LA REVUE DOMINICAINE donner son fruit ; l\u2019animal accomplit tout ce que cet élan intérieur déclanche en lui: il naît, il se développe, il se prolonge selon le génie de l\u2019espèce.Chez l\u2019homme aussi, le besoin de vivre est d\u2019abord un instinct.Avant que la raison s\u2019éveille en nous c\u2019est à cet instinct que nous obéissons.Nous nous accrochons à tout ce qui peut nous enrichir, à ce qui augmente en nous ce frémissement.Inconsciemment nous accueillons ce qui peut élargir les battements de nos cœurs et nous répudions ce qui serait pour nous une contrainte.L\u2019enfant, c\u2019est cela : un instinct de vie, un germe gonflé d\u2019espoir, un bourgeon qui boit de la sève et aspire à boire au soleil.Mais la raison s\u2019éveille.Qu\u2019apporte-t-elle à cet instinct ?Rappelons-nous ce soir que nous avons tous vécu sur le seuil de notre adolescence vers l\u2019âge de 15 ans, quand pour la première fois nous nous sommes regardés et nous avons contemplé la vie avec des yeux qui comprennent.Ce fut pour nous un émerveillement.Cet instinct que nous portions en nous s\u2019éclairait en montant à la surface de notre conscience, et la certitude que nous pourrions un jour le satisfaire l\u2019enracinait dans nos âmes.Nous marchions sous un ciel d'espoir, poussés par les forces neuves de notre jeunesse.La vie était devant nous, et nous sentions confusément qu\u2019elle serait un jour notre possession, que nous allions pouvoir la prendre dans nos deux mains et la façonner à l\u2019image de nos rêves.A cet âge l\u2019instinct de vivre est une joie.On croit porter en soi assez de force, d\u2019enthousiasme et d\u2019optimisme pour faire crédit à la vie.Et comme ces aspirations sont à l\u2019étroit dans une poitrine humaine, comme elles souhaitent s\u2019élargir et appellent de tous leurs vœux cet NOTRE CATHOLICISME 453 âge de la maturité où nous serons quelqu\u2019un, notre pauvre vie craque dans tous les sens, et elle s\u2019évade.Elle s\u2019évade dans la nature autour de nous.Ce sentiment si commun aux artistes et qui les fait se pencher sur la grande vie de tous les êtres pour en épouser les aspirations, nous l\u2019avons tous éprouvé.Nous voulons nous enrichir de toutes ces forces anonymes qui nous entourent, nous y mêler sans nous y perdre et vivre en communion avec elles.Notre vie s\u2019évade dans le passé.Nous voulons en connaître l\u2019histoire, vivre la vie de ses grands hommes pour hériter de leurs richesses accumulées.Notre vie s\u2019élargit dans le présent et si nous sentons en nous assez de force pour commander nous tentons de peser sur les destinées de nos compatriotes, d\u2019être un homme d\u2019influence, un centre de rayonnement et de domination.Enfin comme le passé et le présent ne nous suffisent point, notre vie s\u2019efforce d\u2019envahir l\u2019avenir.Un besoin de vivre au delà de soi, de se continuer, de se survivre dans une œuvre qui ne meure pas avec nous, nous avons éprouvé tout cela.Pour vivre largement nous tentons toutes les expériences.Quarante ans ont passé sur nos têtes; nous voici arrivés à la maturité.La vie nous a comblés, nous sommes quelqu\u2019un, nous avons obtenu ce que souhaitait notre jeunesse, mais il nous manque une dernière chose: l\u2019apaisement.Riches de toutes ces richesses nous avons l\u2019impression d\u2019avoir les mains vides.La raison qui nous avait apporté une lumière, nous apporte aussi une déception.La vie ! qu\u2019est-ce que cela ! Une illusion de jeunesse qui s\u2019élargit en déception ! Nous avons vécu et nous avons plus faim de vivre ; nous avons cru nous enrichir tout le long de notre chemin, en réalité nous n\u2019avons fait qu\u2019augmenter nos espoirs et nourrir 454 LA REVUE DOMINICAINE nos aspirations.Le bourgeon a donné son fruit, sa plénitude de vie.Nous ne parvenons pas à le donner.Même à notre automne il nous semble que nous avons encore en nous des semences qui n\u2019ont point germé, des possibilités que la vie n\u2019a pas épuisées.Le besoin de vivre dans notre enfance fut un instinct, dans notre adolescence la raison en a fait une joie, dans notre âme mûr l\u2019expérience de la vie en a fait un tourment !.Qu\u2019est-ce donc en définitive que cet instinct, cette joie, ce tourment de vivre qui s\u2019élargit comme notre poitrine se dilate ?Qu\u2019avons-nous au fond de nous-mêmes d\u2019où monte cet appel vers plus de vérité, plus d\u2019amour, cette clameur vers plus de vie ?Nous avons une âme, ce besoin de vie, de vérité et d\u2019amour qui ne peut trouver son apaisement qu\u2019en Dieu.Les convertis qui nous arrivent l\u2019on reconnu.Ils nous parlent du besoin de Dieu, de l\u2019exigence de cette vie large que nous apporte la grâce.Rien de ce que la vie a pu leur offrir ne leur a donné l'apaisement; tant que Dieu n\u2019est pas entré dans leur âme, leur vie ne s\u2019est pas épanouie dans toute son ampleur, c\u2019est Dieu qu\u2019ils veulent, c\u2019est Lui qu\u2019ils appellent lorsqu\u2019ils aspirent à la Vie.Mais ne versons pas dans l\u2019erreur.Cette inquiétude qui nous tourmente n\u2019est pas une exigence de la grâce, de l\u2019élargissement de l\u2019homme dans la vie divine.Le surnaturel n\u2019est pas exigé par nous, il nous dépasse, il est d\u2019un autre ordre.Pourtant, saint Thomas ose écrire cette phrase qui éclaire merveilleusement la question qui nous occupe.\u201cL\u2019âme humaine, dit-il, est naturellement capable de recevoir la grâce.\u201d Dieu en effet nous a créés à son image, il y a entre lui et notre âme une certaine proportion ; il y a en nous une orientation de toutes nos puissances vers Lui.Notre esprit cherche tout le vrai, ¦ NOTRE CATHOLICISME 455 notre amour cherche tout le bien, notre vie cherche la vie qu\u2019on ne trouve qu\u2019en Lui.Dire que nous exigeons Dieu, c\u2019est trop dire, mais affirmer que nous sommes indifférents vis-à-vis de cet achèvement que nous apporte la grâce, ce n\u2019est pas exprimer toute la vérité.Ce qui est vrai, c\u2019est que Dieu, le surnaturel, ont en nous leurs points d\u2019insertion.Dans notre âme la soif de nous compléter se confond, sans que nous en prenions toujours conscience, avec le désir d\u2019un secours divin.Il y a en nous une volonté qui réclame la grâce non comme un couronnement nécessaire de la nature mais comme une miséricordieuse satisfaction accordée par Dieu à notre appétit de grandeur.Précisions bien subtiles sans doute, mais elles nous permettent d\u2019énoncer la vérité dans toute sa rigueur et de donner l\u2019interprétation exacte de notre aspiration foncière à la vie.Vous nous avez faits pour vous, ô mon Dieu, disait saint Augustin, et cela fait naître en nous à certaines heures une inquiétude, un rêve, un élan vers une vie qui nous dépasse et dans laquelle nous nous élargissons par le dessus en plongeant par delà l\u2019humain dans le divin sans contour.Ah ! quelle joie si l\u2019on pouvait se perdre en Dieu, vivre de la vie, porter dans une poitrine humaine le battement du cœur de Dieu, et quelle réponse à notre tourment de vivre, que cet élargissement suprême ! Mais pouvons-nous rêver pareille chose ?Nous le pouvons, la grâce sanctifiante réalise ce rêve et nous permet de vivre la vie même de Dieu.* * * Dieu, nous dit l\u2019Ecriture, habite dans une lumière inaccessible.Sa vie intime, ses perfections échappent à 456\tLA REVUE DOMINICAINE notre raison.Par les seules lumières de notre esprit il nous est impossible de pénétrer jusqu\u2019au cœur de sa vie.La révélation seule peut nous éclairer et nous permettre de balbutier quelques mots; mais ces formules brèves qu\u2019elle nous livre sont si riches de substance qu\u2019elles peuvent devenir pour notre cœur une nourriture dont on ne se rassasie point.Dieu est un en trois personnes, balbutions-nous.Dans une indivision intérieure complète il réunit en lui toutes les plus hautes perfections qu\u2019on puisse imaginer : Etre, Vérité, bonté, beauté.Il en jouit dans Tuniformité d\u2019une vie immuable sans commencement ni fin, qui se possède elle-même toute à la fois dans une suprême indépendance.Cette vie intime est d\u2019une telle richesse, d\u2019une telle fécondité, qu\u2019elle a besoin pour se manifester à elle-même de s\u2019épanouir en trois centres de jaillissement.Dieu n\u2019est pas dans la fixité qui serait une mort.Eternellement Dieu se connaît, il se comprend, il se contemple et il exprime cette connaissance qu\u2019il a de lui-même dans une parole, dans un verbe qui est son image parfaite ou selon l\u2019expression de saint Paul \u201cle visage de sa substance\u201d.Se comprendre pour Lui, c\u2019est engendrer un Verbe qui est son fils, à qui il communique sa nature, ses infinies perfections et avec qui il vit d\u2019une même vie.Le Père et le Fils, éternellement, s\u2019aiment autant qu\u2019ils sont aimables, et cet amour qui jaillit d\u2019eux, qui est en quelque sorte leur souffle commun, le lien qui les unit, est en Dieu une personne, le Saint-Esprit, semblable au Père et au Fils, égal en tout à Dieu, jouissant des mêmes perfections, de la même vie dans la communauté d\u2019une même nature.Et toute cette vie éternellement jaillit d\u2019un jaillissement qui ne sort pas de Dieu mais qui dans ce cercle fermé l\u2019épuise et la nourrit. NOTRE CATHOLICISME 457 Voilà en quelques mots la vie de Dieu.Vie si parfaite qu\u2019on risquerait de l\u2019amoindrir en la voulant faire entrer dans nos étroites catégories.Dieu vivant qui se connaît et qui dans cette vue de la vérité étreignant tout le vrai engendre un verbe Dieu, Dieu vivant qui s\u2019aime et qui dans ce souffle d\u2019un amour étreignant tout le bien fait jaillir un Amour-Dieu, c\u2019est tout ce que nous savons de vous, ô mon Dieu.Mais cela nous suffit.Vos plus fidèles serviteurs dont l\u2019amour en extase et les yeux de visionnaire sondaient le mystère de votre vie se sont contentés de répéter ces pauvres formules qui faisaient leur joie.O Déité, ineffable souveraine, indicible déité.Dieu Père, Dieu vérité, Dieu amour, Vous êtes notre Dieu, notre grand Dieu.Vérité mystérieuse et dont le mystère s\u2019accentue quand on songe que cette vie peut devenir notre partage.Ah vraiment quand on soupçonne ce qu\u2019est Dieu et quand on voit ce que nous sommes et ce que nous valons, peut-on sans témérité rêver de s\u2019élargir en lui au point de vivre sa vie ! Jamais nous n\u2019aurions cru cela possible sans un appel du Christ.C\u2019était au soir du sermon sur la montagne.Après avoir proclamé bienheureux tous les déshérités d\u2019ici-bas, le Christ ajoutait: \u201cSoyez parfaits comme votre Père céleste est parfait.\u201d Depuis ce fameux soir ce rêve n\u2019est pas une chimère, il peut être vécu.Toute l\u2019œuvre du Christ, sa vie, sa passion, sa mort, l\u2019Eglise et les Sacrements qui font ruisseler jusqu\u2019à nous les bienfaits, nous l\u2019ont rendu possible.La grâce sanctifiante qu\u2019ils nous apportent le réalise.Qu\u2019est-ce en effet que la grâce sanctifiante ?Voilà un de ces termes qui fait partie de notre vocabulaire 453 LA REVUE DOMINICAINE catholique, qui nous monte souvent aux lèvres mais dont nous ne soupçonnons plus guère le sens profond.N\u2019est-ce donc qu\u2019un mot, l\u2019attitude intérieure d\u2019une âme blanche mais qui n\u2019exprime aucune réalité ?Nous sommes tentés de le croire.Que nous soyons en état de grâce ou souillés d\u2019un péché mortel notre vie ne s\u2019en trouve pas apparemment changée.Nous pensons, nous parlons, nous agissons, dans l\u2019ambiance coutumière sans que rien nous paraisse étrange.Et cependant il n\u2019en est rien.La grâce sanctifiante est en nous une réalité profonde.Ce n\u2019est pas une étiquette, ni une formule morte, ce n\u2019est pas davantage une sorte de vernis spirituel, de replâtrage qui remettrait notre âme à neuf après le péché.C\u2019est une réalité qui nous pénètre jusqu\u2019à la moëlle de l\u2019âme et qui littéralement nous métamorphose.La grâce, disent les théologiens, est une qualité surnaturelle inhérente à l\u2019âme par laquelle nous partageons la vie même de Dieu.C\u2019est comme une sève surnaturelle que Dieu fait couler en nous et qui transpose notre être et nos actions dans un ordre divin.Et pour nous faire comprendre ces merveilles mystérieuses les théologiens empruntent diverses métaphores.L\u2019âme en état de grâce est semblable à la goutte d\u2019eau touchée par la lumière.Elle épouse la couleur de la lumière, elle en est pénétrée au point de devenir elle-même une goutte de lumière.Elle est semblable encore au morceau de fer rougi au feu.La chaleur l\u2019imprègne, le traverse et le fer devient du feu.On pourrait multiplier les comparaisons.Toutes, elles demeurent lamentablement pauvres, et ne valent pas l\u2019affirmation toute simple de la vérité que nous trouvons dans ce mot de l'Apôtre : Par la grâce nous sommes participants de la nature même de Dieu, nous sommes de sang divin et de race divine.La production de la grâce en nous, NOTRE CATHOLICISME 459 nous relie à Dieu comme la génération relie un fils à son père; elle nous engendre en divinité.La grâce, permet-tez-moi d\u2019user de symboles, mais sachez que la vérité les déborde infiniment, la grâce c\u2019est Dieu, c\u2019est son cœur et c\u2019est son sang: lorsque nous la possédons c\u2019est comme si le cœur de Dieu battait dans nos poitrines, comme si song sang nous coulait dans les veines.Nous sommes les enfants de Dieu plus que nous ne sommes les enfants de ceux qui nous ont engendrés selon la chair, car ce n\u2019est point par les traits du visage, la couleur des cheveux, l\u2019éclat des yeux ou le timbre de la voix que nous ressemblons à Dieu.Son amour a créé en nous une ressemblance plus profonde, plus intime, plus marquée, celle de l\u2019âme par la grâce.Nous sommes les enfants de Dieu ! Je ne me dissimule pas que toutes ces comparaisons doivent donner l\u2019impression de nager dans le mystère.Etre un enfant cela se comprend.Etre l\u2019enfant de Dieu, on a peur de comprendre tant la chose nous paraît impossible.Pourtant c\u2019est ainsi, et ce n\u2019est point parce que nous ne pouvons en percer le mystère qu\u2019il nous serait permis de douter de cette vérité.D\u2019ailleurs dans le domaine naturel, vos enfants comprennent-ils pourquoi et comment ils sont vos enfants, savent-ils comment leur vie s\u2019est allumée à la vôtre.Ils l\u2019ignorent, mais ils sont convaincus d\u2019être votre prolongement, le fruit de votre amour, et cette conviction suffit aussi à leur amour.Nous sommes les enfants de Dieu, de toute notre âme nous le croyons, et cette qualité nous permet de vivre dès maintenant sa vie.Dès maintenant en effet nous sommes en Dieu comme l\u2019enfant dans le sein qui le porte.L\u2019enfant et la mère tout au long de cette mystérieuse union qui fait de deux êtres une même chose, vivent de la même vie.C\u2019est 460 LA REVUE DOMINICAINE la même respiration qui purifie le même sang, c\u2019est le même battement du cœur qui chasse dans la même chair la même sève.Tous deux tressaillent du même bien-être et souffrent des mêmes douleurs jusqu\u2019au jour où l\u2019enfant se détache de la mère, comme le fruit de la branche.Dieu aussi, tout le long de notre vie présente qui est notre enfantement divin nous porte en lui, dans le cercle fermé de ses intimités, dans ce flux et reflux vivant qui engendre le Verbe et fait jaillir l\u2019Esprit-Saint.Nous participons à cette vie qui engendre le Fils, à cet amour qui est entre le Père et le Fils, le nœud vital.Les yeux encore fermés dans l\u2019obscurité de la foi nous le connaissons comme il se connaît, le cœur encore troublé par la chair nous l\u2019aimons de cet amour pur dont il s\u2019aime lui-même.Cette vie devient la nôtre, elle peut indéfiniment s\u2019élargir dans cette vie sans contour jusqu'au matin de notre vraie naissance dans l\u2019au-delà où nous serons en perfection et à jamais enfants de Dieu.Tel est le suprême élargissement que nous procure la grâce et la réponse que Dieu apporte à notre tourment de vivre.i S I P ï n ¦if j il! kl : >i Ah ! quel malheur de ne pouvoir en parler plus noblement, mais s\u2019il faut n®us résigner à ne pouvoir en bégayer plus long et à voir cette réalité échapper à l\u2019étreinte de nos pauvres paroles, au moins ne nous résignons jamais à l\u2019oublier, à la mépriser dans notre vie.La grâce divine, cette première lueur d\u2019un esprit à qui Dieu donne ses yeux, ce premier battement d\u2019un cœur gonflé de vie divine, cette première amorce en nous de la vie de la Très Sainte Trinité, cette réalité enfin impalpable, invisible, qui ne pèse rien dans une poitrine humaine est notre meilleure, notre unique richesse.Puisque nous sommes tenaillés par cet unique besoin : la vie, puisque c\u2019est cela que nous cherchons péniblement à k ii * NOTRE CATHOLICISME 461 travers toutes nos joies et toutes nos douleurs, la grâce seule, notre vraie vie doit compter à nos yeux.Elle n\u2019était pas en notre pouvoir.Mais aujourd\u2019hui nous la tenons puisqu'en nous faisant naître croyants Dieu nous l\u2019a donnée gratuitement.Seigneur, notre Dieu, notre grand Dieu, nous ne comprenons pas grand\u2019chose à votre vie, ni à votre misé- seule, notre vraie vie doit compter à nos yeux.Elle n\u2019était pas en notre pouvoir.Mais aujourd\u2019hui nous la tenons puisqu\u2019en nous faisant naître croyants Dieu nous l\u2019a donnée gratuitement.Seigneur, notre Dieu, notre grand Dieu, nous ne comprenons pas grand\u2019chose à votre vie, ni à votre miséricorde penchée vers nous et qui nous attire en vous.Mais malgré notre ignorance nous savons une chose, c\u2019est que nous avons faim de vous, que cette faim sera rassasiée par vous.Donnez-nous de vous garder, donnez-nous de comprendre, donnez-nous de faire de cette vie présente une enfance divine, une croissance progressive.Vous, notre Père, donnez-nous d\u2019être vos enfants jusqu\u2019au jour de notre naissance parfaite à la vie totale ce jour de vie que souhaitait saint Paul et que sainte Catherine vous demandait dans cette prière: Amour, Amour vivant, je te demande la mort.P.Ignace Draime, O.P.Bruxelles, juillet 1926.?SAINT JOSEPH ET L\u2019ORDRE DE SAINT- DOMINIQUE On nous a fait l\u2019honneur de nous demander quelques pages sur saint Joseph et les Frères-Prêcheurs, spécialement en Canada.Nous préférons avertir les amateurs de curiosités qu\u2019ils seront déçus: car nous n\u2019avons à relater aucune faveur éclatante, aucun fait signalé, aucun miracle; nous n\u2019avons été l\u2019objet d\u2019aucune manifestation extraordinaire de sa puissante intercession.Il n\u2019est jamais venu à notre porte, n\u2019a jamais paru dans nos 462 LA REVUE DOMINICAINE réfectoires, nous apportant des bourses bien garnies ou des corbeilles bien pleines.D\u2019un autre côté, nous ne nous sommes jamais inspirés des méthodes de la \u201cNeuvaine de Colette\u2019\u2019 pour implorer son assistance, et je ne crois pas qu\u2019aucun procureur ait jamais tourné sa statue face au mur, ni suspendu la clef de sa caisse au cou du saint.Mais je sais bien que nous avons toujours eu une très grande vénération pour l\u2019époux virginal de Marie et le père nourricier de l\u2019Enfant-Jésus.Je suis heureux de pouvoir dire qu\u2019il a toujours eu la confiance de nos frères, et une confiance illimitée.Car nous savons de quel crédit il jouit auprès de Dieu, à quel honneur il participe là-haut et quel est son prestige dans la cour céleste.Et nous savons encore ceci, c\u2019est qu\u2019il voit les choses de ce monde dans la lumière de gloire, à la manière des anges et des élus : lumière infiniment brillante et sûre parce qu\u2019elle vient de Dieu.Quand par cette lumière il aperçoit les choses de la terre, il voit mieux que nous les besoins de notre vie temporelle.Nous n\u2019avons, pour ainsi dire, qu\u2019à le prier de se pencher vers nous et de voir par lui-même.Il l\u2019a fait souvent, nous n\u2019en doutons pas, et nous l\u2019en remercions de tout cœur.Il serait étonnant que nous, dominicains du Canada, nous n\u2019eussions pas eu le culte de saint Joseph.C\u2019eut été mentir à notre foi et à notre sang canadiens.Nous l'avons connu dès les genoux de nos mères, et nous avons presque tous reçu son nom au baptême; nous avons sa statue dans l\u2019église et au foyer domestique, en grand honneur et vénération.3re: S.JOSEPH ET L\u2019ORDRE DE S.-DOMINIQUE 463 lu J lip I f'ji ; J | Alors, il n\u2019est pas étonnant que nous, jeunes encore dans ce pays, n\u2019ayant que notre zèle et notre activité, mais avec des perspectives d\u2019avenir qui représentaient de lourdes charges, comme le pain de chaque jour à trouver, des monastères et des églises à bâtir, des novices à nourrir et à vêtir, il n\u2019est pas étonnant, dis-je, que nous ayons pensé avoir recours au père temporel de la Sainte Famille.C\u2019est pourquoi il occupe une place d\u2019honneur dans nos monastères; et cette place d\u2019honneur que nous lui avons faite a fourni un motif nouveau à l\u2019ornementation de nos cloîtres.Elle a donné un cachet et un charme que nous n\u2019avions pas encore trouvés dans ceux des vieux pays.Le monastère dominicain forme un quadrilatère dont 1 église occupe l\u2019un des côtés.A l\u2019intérieur, sur le préau, court un corridor, ou le cloître, qui commence au bas de l\u2019église pour aboutir au sanctuaire.Sur ce cloître s\u2019ouvre la porte des parloirs et celles des lieux réguliers : le réfectoire, le chapitre, la salle de communauté, souvent la bibliothèque, et de là aussi partent les escaliers qui montent aux étages supérieurs, occupés par les cellules des religieux.Or, tous les jours, avant le repas du midi, et celui du soir en été, les pères et les frères, avant d\u2019entrer au réfectoire se rangent le long des murs sur deux files pour réciter le \u201cDe Profunclis\u201d, mais, après s\u2019être arrêtés à la piscine pour se purifier les doigts, en souvenir de ce qui se passa au soir de la Cène, quand Notre-Seigneur lava les mains et les pieds de ses disciples avant de se mettre à table.Et, c\u2019est ici que nous rencontrons saint Joseph.Dans ce cloître, sur le côté intérieur, à la hauteur de l\u2019office qui touche le réfectoire, se trouve un retrait dans la muraille, ayant la forme d\u2019une abside, profonde 464 LA REVUE DOMINICAINE de six à sept pieds.Là, sur un socle de trois pieds environ, s\u2019élève la statue du grand saint, de grandeur presque naturelle; à ses pieds coule la fontaine où l\u2019on s\u2019est purifié, tout en jetant un regard simple et doux sur le vénéré Patriarche, comme devaient le faire l\u2019Enfant-Jésus et la bienheureuse Marie quand ils s\u2019approchaient de la table commune pour manger ensemble le pain gagné par le chef de la famille: marque de confiance que nous donnons à saint Joseph, non pas pour lui demander de nous apporter la richesse, mais simplement le pain de chaque jour.Une lampe, qui brûle nuit et jour, éclaire ce petit sanctuaire.On ne passe jamais là sans se découvrir et s\u2019incliner respectueusement.Il peut arriver que la statue soit une œuvre d\u2019art remarquable, comme celle du Couvent de Montréal, destinée tout d\u2019abord à l\u2019Oratoire de la Côte-des-Neiges, mais trouvée trop petite pour l\u2019endroit qu\u2019elle devait occuper.Taillée dans le plus beau marbre d\u2019Italie, haute de 5 pieds, elle représente saint Joseph portant l\u2019Enfant-Jésus sur le bras.Les traits des personnages sont admirables de douceur et de bonté: reflet ou rayonnement de ce feu divin qui brûlait en eux.Après le dîner, la communauté se rend au chœur en psalmodiant le \u201cMiserere\u201d pour dire les Grâces, et celles-ci se terminent par l\u2019Antienne : \u201cEcce fidelis servies et pru-dens\u201d.avec le verset et l\u2019Oraison.Durant le mois de mars, l\u2019antienne et l\u2019Oraison sont chantées.Cependant, ceci n\u2019est déjà plus propre au Canada, mais c\u2019est ce qui se pratique dans tout l\u2019Ordre, comme le prescrivent les constitutions et les rubriques dominicaines.Ÿ\t# Nous venons de voir la part spéciale qui revient aux dominicains dans le culte de saint Joseph, mais l\u2019Ordre S.JOSEPH ET L\u2019ORDRE DE S.-DOMINIQUE 465 de Saint-Dominique a fait plus que cela.Je crois même, qu\u2019après le Carmel, il n\u2019est pas de famille religieuse qui ait fait davantage pour le grand Patriarche, car nous lui avons donné un théologien, son théologien, et nous pourrions ajouter, le prophète de sa gloire future dans l\u2019Eglise.Le théologien s\u2019appelle Isidore Isolani.Né à Milan, dans la seconde moitié du XVe siècle, et profès du couvent des dominicains de cette ville, il enseigna les sciences religieuses dans plusieurs couvents de sa province.Il fut régent des études à Bologne.Il a laissé plusieurs ouvrages qui traitent de philosophie et de théologie; polémiste à ses heures, il a écrit contre Luther et Henri VIII ; nous avons encore de lui un traité de \u201cl\u2019Autorité de l\u2019Eglise militante\u201d qui dénote un homme de son temps.Mais son principal ouvrage est celui qu'il a intitulé : \u201cLa Somme des Dons de saint Joseph,\u201d comparable à la Somme de saint Thomas, dit-on, pour la compréhension du sujet et la magnifique ordonnance des idées.Les Bollandistes déclarent que c\u2019est le premier ouvrage qui traite ex professa de ce grand sujet.Benoit XV affirme que tout ce que Ton a écrit depuis le XVe siècle sur saint Joseph on l\u2019a tiré de Gerson et du père Isidore Isolani.En 1861, son tradicteur français disait : \u201cOuvrage étonnant, car bien qu\u2019il soit si ancien on n\u2019a rien dit et on ne dira rien qui ne se trouve là établi ou indiqué.\u201d Commencé en 1514, à Fontanellato, où se trouvait un oratoire dédié à saint Joseph, il fut terminé en 1521, et publié à Pavie l\u2019année suivante.Malgré sa grande valeur, nous ne pensons pas que l\u2019ouvrage ait été souvent réédité.A part la traduction française dont nous venons de parler, nous ne connaissons que l\u2019édition faite à Rome 1 466 LA REVUE DOMINICAINE en 1887, par le Père Joachim Berthier, O.P., dont nous avons un exemplaire sous les yeux.L\u2019auteur était évidemment un homme de science.Il cite très souvent les Saintes Ecritures, les Pères de\ttf l\u2019Eglise, nos auteurs dominicains, entre autres le Bx Albert le Grand qu\u2019il estime beaucoup, saint Thomas d\u2019Aquin, même les Juristes auxquels il fait allusion en passant.Son latin est pur et élégant, dit Echarcî, bien que sa phrase solennelle dans la Dédicace et les Prologues, soit quelque peu recherchée.Partout ailleurs, c\u2019est la limpidité et la clarté de saint Thomas.\u201cLa Somme des Dons de saint Joseph\u201d se divise en quatre parties.L\u2019auteur traite successivement des dons départis à saint Joseph avant les épousailles avec la Sainte Vierge, puis des dons reçus après le mariage, des dons généraux et de ceux qui suivirent la mort du saint.Dans la première partie, il consacre un article au nom de Joseph.On sait quelle importance les anciens attachaient aux noms des personnes et des choses.Le Père Isolani ne manque pas l\u2019occasion d\u2019épiloguer sur ce nom, mais on y découvre en même temps sa manière de traiter un sujet.Il trouve dans l\u2019histoire, la Sainte Ecriture, la Tradition, des explications toujours intéressantes.Parfois elles sont purement symboliques, ou encore de simple convenance, mais elles répondent si bien à l\u2019idée que nous nous faisons de saint Joseph que l\u2019on ne trouve rien à redire.Elles sont encore aujourd\u2019hui adoptées par tous ceux qui écrivent sur ce grand saint.A propos du nom de Joseph, l\u2019auteur commence par une petite dissertation, tirée de saint Thomas, sur le sens des noms, puis il donne trois raisons, prises du Bx Albert-le-Grand pour prouver qu\u2019il convenait parfaitement à l\u2019époux de Marie.D\u2019abord, parce qu\u2019il rappelle celui de S.JOSEPH ET L\u2019ORDRE DE S.-DOMINIQUE 467 Joseph, fils de Jacob; puis, il ajoute que ce nom a dû être révélé par Dieu, comme il l\u2019a fait pour certains personnages de l\u2019Ancien Testament; combien davantage celui-ci méritait-il cet honneur ! La troisième raison est tirée du sens étymologique: ce nom signifie abondance, accroissement, que justifie largement l\u2019histoire de celui qui a vécu dans une intimité si grande avec Jésus et sa sainte mère.Combien de grâces, en effet, il a dû recevoir pour le préparer à un tel honneur, et quel rayonnement de sainteté a dû se poser sur cet homme au cours des heures délicieuses passées dans l\u2019humble demeure de Nazareth ! Il cite encore saint Bernard pour appuyer son raisonnement.La patrie de Joseph méritait bien un article, aussi la Galilée n\u2019est-elle pas oubliée.Puis, il parle de la sanctification, de la noblesse, de la virginité, du métier de charpentier, et dans un dernier article il fait l\u2019éloge de la modestie dans la tenue extérieure du Patriarche.La seconde partie se prête à une grande richesse de développement.Elle comprend quinze articles, dans lesquels Isolani expose les convenances de l\u2019union entre Joseph et Marie, les circonstances qui l\u2019accompagnent et les nombreux détails que nous a conservés l\u2019Evangile sur la venue de Jésus dans le monde.Dans la troisième, ce sont les bénédictions accordées aux patriarches et qui conviennent bien davantage à notre Saint; ses vertus, les dons spéciaux qui lui sont accordés en vue de sa mission.Dans la quatrième, entre autres choses, il discute l\u2019époque de la mort de saint Joseph.Il se range à l\u2019avis de Gerson, de saint Jérôme, qui la placent avant la passion du Christ.La discussion est conduite avec l\u2019art d\u2019un philosophe habitué aux tournois de la scolastique. 468 LA REVUE DOMINICAINE Voilà cet ouvrage qui n\u2019a jamais été surpassé, et dans lequel ont puisé tous ceux qui ont écrit sur la matière.Il serait à souhaiter que la maison Aubanel, si méritante aux yeux de l\u2019Eglise, veuille bien faire une nouvelle édition de la traduction française parue il y a déjà plus de soixante ans.Le Père Isidore Isolani a aussi composé et publié un office complet en l\u2019honneur de saint Joseph.Le cardinal Cajétans l\u2019imposa à tout l\u2019ordre, durant son généralat.Nous avons dit tout à l\u2019heure que l\u2019ordre de Saint-Dominique avait donné à saint Joseph le prophète de sa gloire future dans l\u2019Eglise.Nous ne voulons pas donner à ce titre le sens théologique qu\u2019il comporte, mais c\u2019est cependant une chose remarquable de voir jusqu\u2019à quel point, et avec quelle précision, le même Père a annoncé plusieurs siècles à l\u2019avance l\u2019extension extraordinaire que devait prendre ce culte du Vénérable Patriarche.Les longues méditations et le tête-à-tête si intime avec ce sujet, embrassé si largement et considéré si profondément, suffisent-elles pour expliquer pareil phénomène ?Laissons la parole au Voyant.Il s\u2019adresse d\u2019abord au pape Adrien VI, à qui il dédie son livre: \u201cMais en même temps que nous voyons la puissance de Dieu accompagner votre venue, (ce n\u2019est pas à la légère que je le crois), la paix sera rendue à l\u2019Italie, par les saintes prières de Joseph.Je vous supplie donc d\u2019ordonner que l\u2019Eglise universelle célèbre en l\u2019honneur de saint Joseph des jours de fête annuels et solennels.\u201d Au chapitre VI de la Ille partie: \u201cLe Saint-Esprit, dit-il, ne cessera point d'agir sur les cœurs des fidèles, jusqu\u2019à ce que l\u2019Eglise universelle honore avec transport le divin Joseph d\u2019une vénération nouvelle, fonde des monastères, bâtisse des églises, érige des autels en son S.JOSEPH ET L\u2019ORDRE DE S.-DOMINIQUE 469 nom, multiplie ses fêtes et les célèbre plus solennellement.\u201d Au chapitre Ville, il ajoute: \u201cNous sommes fondés à croire que le Dieu immortel veut à la fin des temps honorer saint Joseph, dans l\u2019empire de l\u2019Eglise militante, des honneurs les plus éclatants, et le rendre l\u2019objet de la vénération la plus profonde.Un jour viendra où la fête du père adoptif du Christ, de l\u2019époux de la Heine du monde, sera une fête principale et solennelle; et le Vicaire de Jésus-Christ sur la terre, assisté par l\u2019Esprit-Saint, ordonnera que cette fête soit célébrée dans toutes les contrées de l\u2019Eglise militante, orthodoxe et catholique.Et ainsi, celui qui dans le ciel a toujours été au premier rang, ne sera pas à un rang inférieur sur la terre.\u201d Paroles remarquables qui ont été réalisées à la lettre, depuis ce temps.En effet, Grégoire XV en avait déjà fait une fête de précepte pour l\u2019Eglise entière; Benoît XIII, pape dominicain, avait ajouté son nom aux Litanies des Saints, après celui de saint Jean-Baptiste.A plusieurs reprises, les pontifes romains avaient concédé des indulgences aux confréries et dévotions publiques en l\u2019honneur de saint Joseph.Pie IX le proclama Patron de l\u2019Eglise universelle; Léon XIII éleva le degré liturgique de sa fête et composa la belle prière qui suit la récitation publique du Rosaire ; Pie X éleva la fête à la dignité de première classe, Benoît XV, rappelant la décision de Pie IX, ordonna la célébration du cinquantenaire du Patronage.Pensée touchante, qui avait déjà ému l\u2019âme du grand Pie IX, que celle de confier la garde du Corps mystique du Christ à celui-là même qui avait eu la garde de son corps réel.Les circonstances rappelaient cruellement la venue de Notre-Seigneur dans le monde, quand \u201cles siens ne voulaient pas le recevoir\u201d, et \u201cqu\u2019il n\u2019y avait pas de place 470 LA REVUE DOMINICAINE pour lui dans l\u2019hôtellerie\u201d.En 1870, l\u2019Eglise est dépouillée de son domaine temporel et aucun peuple ne veut lui venir en aide, les portes des chancelleries se ferment devant ses ambassadeurs.En 1918, lors du Congrès de la Paix, Celui qui est venu apporter la paix au monde ne peut faire admettre ses représentants dans cette auguste assemblée.Les situations étaient identiques mais les mêmes desseins éternels s\u2019accomplissaient une fois de plus en présence des mêmes causes.* * * Voilà donc une part de ce que l\u2019Ordre de Saint-Dominique a fait pour le culte de saint Joseph, de notre temps et au cours des siècles.Nous allions oublier que la première province dominicaine des Etats-Unis s\u2019est mise sous le vocable de notre saint.En cherchant davantage dans notre histoire, nous trouverions sans doute autre chose, mais les faits indiqués plus haut ont une portée assez grande pour témoigner de notre dévouement à la cause du Patron de l\u2019Eglise.Quant à nous, dominicains de ce pays, nous sommes heureux de manifester publiquement notre gratitude à celui qui nous a assistés d\u2019une manière si efficace depuis plus d\u2019un demi-siècle.Venus ici pauvres, sans autre ressource que notre parole et notre zèle, comme nous disions plus haut, nous avons essayé de répondre à l\u2019attente de ceux qui nous ont invités à prêcher chez eux.Leur avons-nous donné la parole qui éclaire la foi et qui augmente la charité ?Il faut le croire, au moins dans une certaine mesure, puisqu\u2019ils nous ont confié la desserte de paroisses importantes.Mais il a fallu construire des ég'lises et des couvents, parce que la famille s\u2019accroissait sous la poussée des vocations.Alors, il en est résulté des S.JOSEPH ET L\u2019ORDRE DE S.-DOMINIQUE 471 situations matérielles très difficiles, à certains jours, à notre insu et malgré nous, avec de lourdes responsabilités.C\u2019est l\u2019histoire des choses humaines.Il y a des heures d\u2019épreuve.Nous en avons eu notre part, mais nous en ommes sortis; et chacun attribue ce résultat à l\u2019intervention du Bx Joseph.C\u2019est là précisément que se trouve le miracle opéré.Grâces lui en soient rendues encore une fois ! Thomas Couët, O.P.Saint-Hyacinthe, P.Q.-*- LES ORIGINES SULPICIENNES DE NOTRE-DAME-DE-GRACES i Quand fut construite l\u2019église de Notre-Dame de Toutes-Grâces, on l\u2019appelait souvent, dans la ville de Montréal, l\u2019église du Coteau Saint-Pierre.Qu\u2019était-ce donc que ce coteau ?Si l\u2019on examine le \u201cterrier\u201d des Seigneurs de File, on aperçoit, entre la Pointe aint-Charles et le territoire de Lachine, une rive qui porte indifféremment les noms de Côte de Verdun ou Rivière Saint-Pierre.Vers l\u2019intérieur s\u2019étend le lac Saint-Pierre, maintenant disparu et canalisé,! au-delà duquel se trouvait la Prairie Saint-Pierre.Plus loin encore, dans la direction du Mont-Royal, s\u2019élevait une terrasse.Le plateau au-dessus se 1.\u2014A la Côte St-Paul. 472 LA REVUE DOMINICAINE nommait le Coteau Saint-Pierre,2 limité au nord-ouest par la Côte Saint-Luc, et au nord-est par la Côte des Neiges.On y accédait directement, de la ville, par le chemin de la Côte Saint-Antoine.Beaucoup de ces noms sont restés à la topographie de File.Dès 1651, Chomedey de Maisonneuve concédait 30 arpents de terrain à Nicholas Goddé, et en 1661, une autre terre, à Jacques Leber, dans la prairie de la Rivière Saint-Pierre.Sur la côte même du fleuve, ou Rivière St-Pierre, les concessions ne semblent avoir été faites qu\u2019à partir de 1665.Maisonneuve d\u2019abord, puis M.Gabriel Souart, prêtre de Saint-Sulpice, y accordent des emplacements, cette même année, à Etienne Campot, Pierre Perrusseau, Jean-Baptiste Gadoys; en 1666, à Grégoire Simon, Jean Milot, Toussaint Beaudry, Jean Chevallier.M.Dollier de Casson, ayant succédé à M.Souart, distribue à son tour les terres de la région, en 1681 à Jean Patenostre, en 1689 à René Cullerier, en 1691 à Julien Corbet, en 1692 à André Badel et aux Sœurs de la Congrégation Notre-Dame, en 1695, aux Frères Hospitaliers de la Croix et à Paul Descaries, en 1697 à Lambert Leduc et à Jean Dasny, en 1698, à René Cullerier et à Joseph Leduc.Les concessions sont moins nombreuses au Lac.En 1672, Simon Guillory y obtient un emplacement, en 1678, Claude Rambault, en 1681, Denis Brosseau, et en 1683, les fils de Jean Descary, Paul, Michel et Louis.Sur le Costeau, on procède à des concessions, à partir de 1687.Pierre Hurtebize, en cette année-là, Jacques 2.\u2014En 1783, la Côte à Baron est et ouest, angle Sherbrooke (Ste-Marie alors) et St-Denis, portait aussi le nom de Coteau St-Pierre.La rue St-Norbert d\u2019aujourd\u2019hui se nommait alors Forretier ou S.Pierre (Pierre Forretier). ORIGINFS SULPICIENNES DE N.-D.-G.473 et Philippe Leduc en 1693, et Pierre LeLac en 1696, obtiennent de M.Dollier de Casson, le Supérieur de Saint-Sulpice, des terrains à cultiver.Au cours du XVIIIe siècle, le Coteau 3 et les Côte3 environnantes de Saint-Luc et de Saint-Antoine se peuplèrent.Et en 1818, M.Ciquard, prêtre de Saint-Sulpice, chargé de la visite paroissiale en ces quartiers, en fait un relevé détaillé.Le Coteau Saint-Pierre contenait alors 177 personnes, dont 61 hommes, 59 femmes, 33 petits garçons et 24 petites filles.On y retrouve les noms des Urthubis, (Gabriel, Joseph, Jérémie), des Leduc (Charles, Nicolas, Gilbert, René).Un Gabriel Descaris et un Gervais Descaris y sont montés.Et la liste nomme encore Raphaël Parent, Pierre Sarasin, François Lemieux, Jean-Baptiste Leblan, Joseph Lecuyer, Jérémie Monet, Nicolas Parent, Jean-Baptiste Parent, Pierre Goujon, Joachim Jourdin, la Veuve Nicolas Poirier, la Veuve Joseph Senécal, Jean-Baptiste Poirier, Louis Chénier, François Poirier, le Vieux Léger, Antoine Martineau, Louis Goujon, Maurice Goujon, Eustache Prud\u2019homme, la Veuve St-Aubin et Frédéric Henrichon.La Côte Saint-Luc est plus populeuse encore.Elle compte 209 personnes, dont 65 hommes, 61 femmes, 41 garçons et 42 fillettes.Les pères de famille sont, ici aussi, des Urtubise (Louis et Joseph), des Goujon (François-Xavier, François de Sales, Antoine, Pierre, père et fils), et aussi François Miler, louis Valade, Laurent Lortie, Jean-Baptiste Desvoyaux, Maurice Lagacé, Pierre Lemieux, Jean-Baptiste Pominville, Joseph Poirier, Jérémie Prud\u2019homme, Charles Clocher, Jacques Pa- 3.\u2014En 1702, concession de M.de Belmont, à M.Henry Jules Le Fournier, sieur du Vivier, officier; en 1717, à Mathurin Parent, et à René Choret, sieur de S.Romain, etc. 474 I.A REVUE DOMINICAINE rent, Joseph et Antoine Monet, François D\u2019Aoust, Michel St-Germain, Joseph Boileur, Pierre Serrurier.Enfin, à la Côte Saint-Antoine sont établis les Goujon (Jean-Marie et Pierre), les Leduc (Joseph, Louis, Philippe), et les familles de Henri Trudeau, de Dominique St-Omer, de Louis St.Germain dit Lamoureux, de Joseph L\u2019oranger, de Toussaint Descarie, de Joseph Boyer, d\u2019Augustin Mille jour, de Joseph Chartran et de Régis Basson, en tout 68 personnes, 20 hommes et 24 femmes, 15 garçons et 9 fillettes.Eloigné comme il l\u2019était de l\u2019Eglise Notre-Dame, qui lui servait d\u2019église paroissiale, on conçoit que tout ce peuple désirât qu\u2019on lui construise bientôt une église plus accessible.Les habitants de la Côte St-Luc demandèrent une chapelle en décembre 1845 ; ceux de la Côte-des-Neiges en 1847, et les obtinrent en effet.Le Coteau Saint-Pierre, à cause sans doute de sa position centrale, devait avoir mieux : non pas une chapelle, mais une belle et vaste église.C\u2019est le 7 novembre 1849 que M.Billan-dèle, Supérieur du Séminaire, alla bénir la croix marquant le site du nouveau temple.Le 31 octobre précédent, le Séminaire avait acquis pour £1500 ou $6000, trente arpents appartenant à Eustache Prud\u2019homme.4 Et à partir du 10 novembre, commençait le charriage des matériaux.Le 6 juillet (?) 1851, Mgr Jean-Charles Prince, coadjuteur de l\u2019évêque de Montréal, bénissait la première pierre de la nouvelle église.5 \u201cLe jour de la Visitation de la Bienheureuse Vierge Marie à Elizabeth, sous le pontificat de notre Très Saint 4.\t\u2014Les signataires furent : M.Billaudèle, Sup.du Sém., M.Comte, procureur, M.Eustache Prud\u2019homme, sa femme Véronique Parent, et les deux notaires A.Jobin et P.Lacombe.5.\t-\u2014L\u2019original latin de cet acte sur parchemin, est conservé aux Archives du Séminaire. ORIGINFS SULPICIENNES DE N.-D.-G.475 Père le Pape Pie IX, Victoria 1ère étant la très puissante Reine de la Grande Bretagne, l\u2019excellent et sage Lord Elgin & Kincardine étant gouverneur du Canada, le très Révérend et Illustrissime Jean-Charles Prince, évêque de Martyropolis et coadjuteur avec future succession de Monseigneur Ignace Bourget, second évêque de Montréal, au nom et par l\u2019autorité du Révérendissime et Très aimé pasteur de ce diocèse, a béni et posé la pierre angulaire de cette église, que les Prêtres de Saint-Sulpice, Seigneurs de Montréal, et par la volonté du Saint-Siège pasteurs à perpétuité de cette paroisse, ont commencé d\u2019ériger de leurs propres deniers, en l\u2019honneur de la Bienheureuse Vierge, sous le titre de Notre-Dame-de-Toutes-Grâces, et espèrent terminer avec l\u2019aide de Dieu.La fête patronale en sera célébrée, le vingt-cinq mars, parce que c\u2019est en ce jour que l\u2019archange salua la Vierge Marie, en l\u2019appelant pleine de grâces.\u201d Au cours de la cérémonie, il y eut sermon par M.Billaudèle, le Supérieur de Séminaire.* Le Séminaire avait entrepris, à cette époque, deux églises, dont il avait confié les plans et la surveillance à M.John Ostell 6 et la construction à l\u2019entrepreneur Joseph Marr.7 Ces deux églises étaient Notre-Dame-de-Toutes-Grâces et Ste-Anne.Leur façade est identique.Maïs tandis que Ste-Anne a été gâtée par l\u2019architecte Hudson qui a voulu plaquer un clocher sur le devant, Notre-Dame-de-Toutes-Grâces n\u2019a pas été touchée.Comment se fait-il que John Ostell ait choisi, pour ces deux églises, le style rocaille ou jésuite du XVIIIe 6.\t\u2014Son associé M.M.Perrault ne fut pas étranger aux plans.7.\t\u2014On retrouve cet entrepreneur à S.Patrice. -«°\tLA REVUE DOMINICAINE siècle ?Peut-être le Séminaire désirait-il perpétuer le souvenir de l\u2019ancienne façade de Notre-Dame de Montréal, dont les restes décoraient encore, à cette époque, la chapelle des Récollets, rue Notre-Dame.Il fallait une raison sentimentale, de ce genre, pour empêcher ce constructeur anglais de faire du gothique.John Ostell, en effet, était né à Londres, en 1813.Arpenteur, ingénieur et architecte, il vint s\u2019établir à Montréal en 1831 et épousa Mlle Eléonore Gauvin en 1837.Il ouvrit un bureau d\u2019architectes avec son neveu, H.-M.Perrault, puis se fit marchand de bois et enfin manufacturier.Il mourut en 1892.8 Nous lui devons, outre Ste-Anne et Toutes-Grâces, la façade de St-Jacques, jusqu\u2019à la toiture et le Grand Séminaire.9 II avait un talent sérieux, et ne manquait ni de connaissances ni de goût.L\u2019architecture de Notre-Dame de Toutes-Grâces est robuste et sobre.Peut-être a-t-elle quelque sévérité.Cela vaut mieux que la fantaisie qui gâte tant de nos églises.La façade comporte deux étages, marqués par des piliers engagés, au premier d\u2019ordre toscan, au second d\u2019ordre ionique.En bas, entre les piliers, trois portes, surmontées, celle du centre d\u2019une niche avec une statue de la Vierge, les deux autres, de fenêtres.Au dessous de la forte corniche, s\u2019élève un étage, sur le centre seulement, et percé d\u2019une rosace.Des volutes de pierre raccordent l\u2019étage du bas avec celui du haut et se terminent par un fronton triangulaire.A l\u2019intérieur, les fortes corniches et les piliers cannelés se retrouvent, ceux-ci tous surmontés de chapiteaux ioniques.Huit pilastres 8.\t\u2014John Ostell se convertit au catholicisme en 1891.9.\t\u2014Il avait aussi construit le palais épiscopal de Mgr Bourget, incendié en 1852. ¦ ORIGINFS SULPICIENNES DE N.-D.-G.477 et trois fenêtre ornent le chœur; deux courts transepts forment la croix; et un bas-côté court à gauche et à droite de la nef.A la croisée des transepts, dans le plafond, un enfoncement circulaire simule une coupole.Tout l\u2019extérieur est en calcaire de Montréal, bosselé sur les côtés et le chœur, mais taillé sur la façade.L\u2019intérieur, comme toutes nos églises à cette époque, n\u2019est que du plâtre.Quand Notre-Dame de Toutes-Grâces fut terminée,10 elle dominait de sa haute façade tout le coteau ; on pouvait l\u2019apercevoir de très loin, de la rive même du fleuve.C\u2019est le 18 septembre 1853, qu\u2019elle fut bénite.Mgr Rappe, évêque de Cleveland, y célébra la première messe.L\u2019assistance était nombreuse.Une requête adressée, à la fin de cette année-là, au Supérieur du Séminaire, au sujet du Cimetière, nous donne les noms de 72 pères de familles.Ce sont en grande partie les noms de 1818.il En même temps que le Séminaire construisait l\u2019église, il élevait à droite un presbytère de pierre.Dès 1853, les prêtres de Saint-Sulpice l\u2019habitèrent.Un règle- 10.\t\u2014Cette église a coûté en 1853, la somme de $75,000.11.\t\u2014Les signataires de cette requête sont: MM.Dominique Bélanger, Joseph Décarie, Paschal Lemieux, François Monet, Antoine Gougeon, J.-B.Poirier, Jérôme Cardinal, Eustache Prud\u2019homme, Louis Leduc, Pierre Parent, Olivier Parent, Eustache Prud\u2019homme fils, Joseph Aubain, Narcisse Chartrand, Gervais Prud\u2019homme, Joseph Poirier, père et fils, Séraphin Poirier, John Poulet, Jacques Parent.J.-B.Parent.François Senécal, Toussaint Ladouceur, Henri Ladouceur, Louis Parent, Isidore Décarie, Veuve P.Goujeon, Joseph Presseau, Vve Marie Décent, Félix Goujeon, Ch.Bertelle, J.-B.Lécuyer, F.-.X.Goujeon, Clément Lacroix, François Bélanger, Dominique Leduc, Joseph Chénier, Benjamin Chénier, Louis Lortie, Jérémie Poirier, Gabriel Décarie, Vve Tremblé, Moïse Hurtubise, Alexandre Madore, Antoine Monet, Désiré Parent, J.-B.Laplaine, Vve Joseph Déchamp, I.-G.Gamelin, Joseph Larch, Pierre Parent, père et fils, Jérémie Monet, Pierre Décarie, Jérémie Décarie, Joseph Hurtubise, père et fils, F.-X.Gareau, J.-N.Larché, Henry Heyve, Maurice Goujeon, Jérémie Hurtubise, Charles Ledue, Pierre Lemieux, Moïse Goujeon, Joseph Serrurier, Gilbert Leduc, Gilbert Pominville, F.-X.Décarie, René Leduc. 478 LA REVUE DOMINICAINE ment spécial régissait leurs rapports avec l\u2019église-mère, avec les confrères de la ville, avec les étrangers.1° Le Supérieur de Saint-Sulpice désigne lui-même les messieurs qui doivent travailler au Coteau St-Pierre; 2° Le premier d\u2019entre eux se nomme directeur et a la même autorité que le Directeur du Petit Séminaire; 3° Le règlement intérieur de la maison est le même que celui du Séminaire, et l\u2019on ne voit pas pourquoi l\u2019oraison ne durerait pas une heure entière; 4° Le Directeur est chargé de toutes les œuvres de la desserte; mais il distribuera les charges à ses confrères, d\u2019un commun accord, et soumettra cette liste au Supérieur; 5° Le Séminaire pourvoira à l\u2019entretien de la maison; 6° Celle-ci sera propre, mais tout y sera simple et modeste; 7° Que la table y soit frugale; 8° Que le service s\u2019y fasse par des hommes seulement; 9° Que les confrères gardent la résidence, sauf s\u2019ils vont visiter les prêtres des alentours ou les Messieurs de Notre-Dame; 10° Ils donneront volontiers l\u2019hospitalité aux prêtres de passage, sans rien changer au règlement, excepté dans les cas spéciaux.Le premier Directeur de cette résidence fut M.Larré.M.Larré (Salvat-Romain) était né en 1803, à Ossès (Basses-Pyrénées) et était venu au Canada en 1828.C\u2019était alors un jeune homme de 5 pieds 7 pouces, aux cheveux châtains et portant barbe.Aucun trait de sa physionomie n\u2019était frappant: visage ovale, menton arrondi, yeux bruns, front et nez moyens, bouche de même.C\u2019est le physique d\u2019un homme bon et paisible.M.Larré ïe fut éminemment.A son arrivée à Montréal, il enseigna la rhétorique au Collège.Il y devint ensuite économe.De 1847 à 1849, il remplit le même office à Notre-Dame.Dès son séjour au Collège, il s\u2019occupa des Sœurs Grises, dont il r J te .J il»
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