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Titre :
Revue dominicaine
Éditeur :
  • St-Hyacinthe :Couvent de Notre-Dame du Rosaire,1915-1961
Contenu spécifique :
Septembre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
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    Prédécesseur :
  • Rosaire
  • Successeur :
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Revue dominicaine, 1927-09, Collections de BAnQ.

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[" XXXÜIe Année Le nnméro: 20 sont Septembre 1927 LA REVU DOMINICAINE MK SF* SB R.P.M.-A.Lamarche, O.P., Au soir de la pensée.R.P.Edouard Hugon, O.P., Comment on fait les docteurs de l\u2019Eglise.Abbé Emile Filion, p.S.S., La méthode d\u2019oraison de St-Sulpice.IV.R.P.Louis Lachance, O.P., Où vont nos vies ?LE SENS DES FAITS.\u2014Notre nouveau Délégué Apostolique.\u2014 Dans l\u2019Ordre: Vers les Missions Etrangères.\u2014 La Fête de S.Dominique.\u2014 Nouvelles diverses, par Fra Domenico.L\u2019ESPRIT DES LITRES.\u2014Szabo: Le Rme Père Cormier (M.-A.L.) Du Jeu: Madame de Chantal (A.P.) Renée Zeller: La vie dominicaine (J.C.) Lorber: Les Filles de la Croix (P.C.) Saint-Pierre: Ce que je pense sur.(A.L.) Auclair: Histoire de St-Joseph de Soulanges (A.-M.-E.S.).ADMINISTRATION SAINT-HYACINTHE REDACTION MONTREAL (N.-D.de Grâce) LA REVUE DOMINICAINE Publiée mensuellement Directeur : R.P.M.-A.LAMARCHE, O.P.ABONNEMENTS (payables d\u2019avance) Au Canada: $2.00 \u2014 A l\u2019étranger: $2.25 Avec le \u201cRosaire pour tous\u201d, 25 sous en plus par an.La Revue Dominicaine publie des articles de vulgarisation touchant les Ecritures, la théologie, l\u2019apologétique ou le droit canon, et même des études de philosophie, de littérature, de sociologie ou d\u2019histoire, pourvu que la religion ou la morale y soit concernée.La Revue Dominicaine n\u2019a pas de spécialité proprement dite dans le domaine religieux, mais elle accorde une attention particulière aux questions d\u2019apologétique et aux problèmes de société, envisagés surtout au point de vue canadien.La Revue Dominicaine publie des recensions et diverses chroniques, en s\u2019attachant moins au récit des faits et à l\u2019analyse des ouvrages qu\u2019à leur signification d\u2019ensemble.La Revue Dominicaine ne sera pas responsable des écrits des collaborateurs étrangers à l\u2019Ordre de Saint-Dominique.Prière d\u2019adresser les communications littéraires : manuscrits, volumes, etc., au R.P.Antonio Lamarche, 158, Avenue Notre-Dame de Grâce, Montréal; et les commua nications administratives : abonnements, annonces, etc., au R.P.Jean Bacon, Saint-Hyacinthe.Des abus d\u2019autorité: La loi et le droit\u201d, par le R.P \u201cL\u2019histoire du thomisme au Canada\u201d, par le R.Une nouvelle gerbe de pensées, Nous publierons en octobre : par Mlle Marguerite Taschereau.il îi'Sifi M ïm H ^,i1 HI (dk 1 ij a «ü la I l! I'! S /(il! 2f| pure s In ml si i t'bserv 1 it gis fe füi'e É < «iit a |§| htè rj Pi :ij I fa S! £ pv.i ;;;;j 5; H tkti i fer la | j |{pllli \u2018è J%f AU SOIR DE LA PENSEE Après un séjour à l\u2019hôpital où les soins d\u2019une Sœur avaient provoqué, en des minutes d\u2019abandon, des paroles d\u2019une affectueuse bonhomie, plusieurs ont cru prochaine la conversion de Georges Clémenceau et les moins informés la considéraient déjà comme un fait accompli.Tous ces braves gens vont déchanter en lisant le récent ouvrage en deux tomes du pittoresque vieillard, intitulé : Au soir de la pensée.Ouvrage anti-catholique, anti-chrétien même, où pas une phrase ne rappelle de loin La vie montante, où sous une sérénité de surface tremble et s\u2019agite un fonds convulsé, où l\u2019auteur, malgré ses prétentions à la pure science, nous entretient constamment de Dieu, non sans avoir fait cette déclaration quasi liminaire: \u201cLe fait, tout simple, est que Dieu et ses anges n\u2019ont pas encore été observés.\u201d C\u2019est lui-même qui souligne et Von voit d\u2019ici le geste rageur, \u2014 des journalistes nous apprennent qu\u2019il entre dans de singuliers transports en posant à tout bout de champ la question religieuse, \u2014 comme on voit le teint jaune, \u201cles angles brutaux du crâne, la moustache qui tombe en voûte désordonnée et le redoutable regard qui fusillait les présidents du Conseil, l\u2019un après l\u2019autre, l\u2019un sur l\u2019autre.\u201d (Léon Treich: Silhouettes et croquis, Rev.hebd., 23 avril 1927.) Dieu et ses anges \u2014 pourquoi ne pas ajouter l\u2019âme?\u2014 ne furent jamais observés, c\u2019est-à-dire perçus par les sens ou par des instruments enregistreurs, donc ils ne sont pas censés exister jusqu\u2019aujourd\u2019hui.Et voilà renouvelée l\u2019antique prétention que nous n\u2019avons qu\u2019un seul moyen d\u2019atteindre au vrai: les sens externes, aidés d\u2019instruments qui suppléent à la carence de la vue, de 448 LA REVUE DOMINICAINE l\u2019ouïe, du toucher.Hors de là tout n'est qu\u2019illusion ou pure possibilité; mais avec cela on perce le tuf du réel, avec cela on va bouleverser l\u2019univers et l\u2019homme et faire s\u2019éclipser le mystère: du moins l\u2019affirme ce vieux scientiste attardé! Et l\u2019intelligence?Elle sert à construire des hypothèses, à observer, à classer les faits, puis à en tirer des lois déterminantes; mais ces mots métapky-siques: hypothèses, lois, sont des nécessités du langage et ne correspondent à aucune entité objective.Comme tout cela sent le moisi, et comme René Benjamin avait raison de dire à Clemenceau en commentant dans le \u201cFigaro\u201d ces novissima verba: \u201cIl y a entre nous autre chose qu\u2019une divergence d\u2019idées, nous ne sommes pas du même siècle.\u201d Le Clemenceau intellectuel appartient aux tristes \u201cannées quatre-vingts\u201d, si ce n\u2019est pas trop le moderniser que d\u2019en faire un disciple de Renan et de Berthelot.Disons plutôt qu\u2019il porte encore le flambeau de 1848, et ses mains d\u2019octogénaire se lèvent frénétiquement pour le transmettre à la postérité.Mens nous n\u2019avons que faire d\u2019une présent aussi démodé.\u201cDécouvertes sur découvertes, écrit encore René Benjamin, n\u2019avons-nous pas découvert l\u2019insuffisance de découvrir?\u201d Il dit ailleurs, mais cette fois nous citons de mémoire: Le mystère est ce qu\u2019il y a de plus réel.Au fond ü n\u2019y a que cela qui existe.Le reste, ce qui est observé, se réduit à presque rien.Clémenceau reste un homme de gauche, son sénile entêtement en plus.Mais les braves gens dont nous parlions auraient tort de s\u2019alarmer pour ce qui concerne leur foi en la métaphysique ou leur croyance au surnaturel.Patriote lucide à ses heures non moins que généreux, maître de la parole sinon de ses paroles, d\u2019une éloquence rugueuse et toute de spontanéité, le Tigre ne jouit d\u2019aucun prestige comme savant ou philosophe.Entre nous, il AU SOIR DE LA PENSÉE 449 écrit d\u2019ordinaire plutôt mal, et VAcadémie, en lui ouvrant ses portes, voulut glorifier son œuvre agie, \u2014 son œuvre de guerre, s\u2019entend, \u2014 plutôt que ses paradoxes imprimés.Que Sa Férocité nous pardonne de lui préférer dans le monde croyant : Claude Bernard et Laënnec, Louis Pasteur et Branly; et dans un monde plus ou moins sceptique : les cinquante et quelques membres de l\u2019Académie des Sciences qui ont répondu \u201cnon\u201d à l\u2019interrogatoire du marquis de Fiers : La science est-elle opposée au sentiment religieux ?Elle ne saurait récuser tout à fait ces compétences, Elle qui interdit l\u2019écriture à quiconque n\u2019a pas fait son P.C.N.et s\u2019indigne contre Barrés parce que celui-ci défend les églises en même temps que les laboratoires.Et ces braves gens auraient tort également de désespérer du salut de cet homme.Sa nature volcanique ne saurait compter pour un obstacle à son retour.Il eut parfois de bienfaisantes éruptions.Il a sauvé son pays durant la Guerre: calculez, si vous pouvez, pour le présent et l\u2019avenir, le bien qui en a résulté.Ses illogismes ne comptent pas davantage: des trous pour laisser passer la grâce, disait plaisamment un évêque en parlant de l'insuffisance du raisonnement à produire la foi.La conversion de Clémenceau ne viendra pas au bout d\u2019un raisonnement, mais une sœur de charité aura peut-être le dernier mot dans cette affaire.Prière et dévouement lui obtiendront peut-être l\u2019illumination d\u2019en-haut, rayon suprême au soir d\u2019une pensée qui n\u2019aura guère connu le \\ plein midi.M.-A.Lamarche, O.P. COMMENT ON FAIT LES DOCTEURS DE L\u2019EGLISE Benoît XIV, dans son immortel ouvrage sur les béatifications et les canonisations,1 expose avec beaucoup de netteté les trois conditions indispensables pour qu\u2019un écrivain ecclésiastique soit constitué Docteur de l\u2019Eglise universelle.1° une doctrine éminente, c\u2019est-à-dire un ensemble d\u2019ouvrages, non seulement exempts d\u2019erreur, mais d\u2019une portée supérieure et qui font resplendir les vérités du surnaturel; 2° la sainteté de la vie, de telle sorte que ni la gloire ni le génie ni la vertu ordinaire ne suffiront jamais à conférer ce titre, mais qu\u2019il faudra cette vertu héroïque, transcendante, que Dieu glorifie par des miracles et que l\u2019Eglise reconnaît ici-bas par la canonisation; 3° enfin la déclaration authentique du Souverain Pontife ou d\u2019un concile œcuménique, car il est manifeste que le magistère suprême est seul compétent pour proposer au monde les vrais maîtres du salut.Jusqu\u2019au dix-septième siècle, un tel honneur ne fut décerné qu\u2019à saint Thomas et à saint Bonaventure, en dehors des Pères Grecs et des Pères Latins qu\u2019il était convenu d\u2019appeler Docteürs de l\u2019Eglise.On honorait ainsi, pour l\u2019Occident, saint Ambroise, saint Jérôme, saint Augustin, saint Grégoire le Grand, et pour l\u2019Orient, saint Basile, saint Grégoire de Nazianze et saint Chrysostome; saint Athanase, surnommé depuis si longtemps le Père de l\u2019orthodoxie, ne fut que tardivement célébré comme docteur.Le titre fut donné à saint Thomas par saint Pie V, 1568, et à saint Bonaventure par Sixte V, 1588.1\u2014 Lib IV, Il P., c.XX, n.13. COMMENT ON FAIT LES DOCTEURS DE L\u2019ÉGLISE 451 A partir du dix-huitième siècle et à notre époque, il est devenu plus commun, conféré par Clément XI à saint Anselme, 1720; par Benoît XIII à saint Pierre Chry-sologue, 1729; par Benoît XIV à saint Léon le Grand, 1754; par Léon XII à saint Pierre Damien, 1828; par Pie VIII à saint Bernard, 1830 ; par Pie IX à saint Hilaire de Poitiers, 1851, à saint Alphonse de Liguori, 1871, à saint François de Sales, 1877 ; par Léon XIII à saint Cyrille de Jérusalem, à saint Cyrille d\u2019Alexandrie et à saint Jean Damascène, 1873, à saint Bède dit le Vénérable, 1899; par Benoît XV à saint Ephrem de Syrie, 1920 ; par Pie XI à saint Pierre Canisius, 1925, et à saint Jean de la Croix, 1926.Arrêtons-nous quelques instants sur ces trois dernières glorifications, auxquelles notre Ordre a pu contribuer pour une modeste part.* * * Le Souverain Pontife \u2014 après avoir reçu les pétitions des membres de la hiérarchie, des chefs des ordres religieux et des universités catholiques \u2014 désigne lui-même les théologiens qui doivent faire une étude approfondie des écrits du saint et déclarer si les conditions indiquées par Benoît XIV se vérifient dans le cas.Les théologiens travaillent à l\u2019insu les uns des autres, et ce n\u2019est qu\u2019après la conclusion définitive qu\u2019ils sont déliés du secret, alors que la S.Congrégation des Rites a rendu publique sa décision.Dans la cause de saint' Ephrem, Benoît XV nomma un Bénédictin, un Dominicain et un Jésuite.2 II fut intéressant de montrer en saint Ephrem le défenseur de tous 2.\u2014L\u2019abbé Dom Amelli, O.S B , le P.Hugon, O.P., le P.Vac-cari, S.J. 452 LA REVUE DOMINICAINE nos dogmes catholiques, qu\u2019il a exposés avec une vigueur et une précision étonnantes, même en ce qui touche les vérités récemment définies, sur la constitution de l\u2019Eglise et l\u2019immaculée Conception de la sainte Vierge.Ce dernier témoignage est parfaitement remarquable: \u201cVous, Seigneur, et votre Mère, vous êtes les deux seuls dont la beauté est entièrement pure.En vous, Seigneur, et en votre Mère il n'y a aucune tache.\u201d 3 Il importe de rappeler aux Orientaux que saint Ephrem, mort en 373, a déjà mis en plein relief cette doctrine trinitaire que le Saint-Esprit procède du Père et du Fils : \u201cLe Père engendre, le Fils est engendré dans le sein du Père, le Saint-Esprit procède du Père et du Fils.\u201d 4 Ce dogme, grâce aux écrits de notre docteur, fut professé solennellement au Concile de 410 par 400 évêques, sous la présidence d\u2019Isaac : \u201cNous confessons aussi l\u2019Esprit vivant et saint, qui procède du Père et du Fils, dans une Trinité, dans une essence, dans une volonté.\u201d 5 L\u2019objection que Benoît XV voulut faire résoudre plus spécialement était celle-ci: saint Ephrem ne fut que diacre, ne se croyant pas digne, dans son humilité excessive, de monter jusqu\u2019au rang des prêtres.Or, convient-il d\u2019établir Docteur de l\u2019Eglise universelle un saint qui n\u2019a pas été revêtu du sacerdoce.Je garde très vivant le souvenir de l\u2019entretien que j\u2019eus alors avec Benoît XV et dans lequel j\u2019expliquai de vive voix les conclusions de mon rapport imprimé.Les diacres exerçaient dans la primitive Eglise une influence et des offices de haute importance.Puisque l\u2019Eglise actuelle leur reconnaît la faculté de prêcher 3.\t\u2014P.Ephrem, Carm.Nisib., XXVII, 8.4.\t\u2014Hymn, et Serm., édit.Lamy, t.Ill, P- 242.5.\t\u2014Lamy, ibid.not. COMMENT ON FAIT LES DOCTEURS DE L'ÉGLISE 453 publiquement^ pourquoi refuserait-elle de les écouter comme Docteur après leur mort?Jusqu\u2019à notre époque, les diacres pouvaient faire partie du Sacré-Collège, et, quoique le Code nouveau demande que les cardinaux soient au moins prêtres,7 il n\u2019oublie pas que les diacres jusque en ces derniers temps, ont pris part au gouvernement de l\u2019Eglise universelle: est-il étonnant, dès lors, qu\u2019ils puissent avoir leur place parmi ses docteurs.Enfin, le Concile de Trente 8 définit qu\u2019il y a dans l\u2019Eglise Catholique une hiérarchie sacrée, de droit divin, qui est formée des évêques, des prêtres et des ministres.L\u2019ordre des évêques a été illustré par de nombreux docteurs, comme saint Ambroise, saint Augustin, saint Chrysostome, saint Grégoire, et plus près de nous par saint François de Sales, saint Alphonse de Liguori ; Tordre des prêtres peut montrer avec fierté ses docteurs, saint Jérôme, saint Bède, saint Bernard, saint Thomas d\u2019Aquin; n\u2019est-il pas juste d\u2019accorder à Tordre du diaconat, comme gloire singulière, son docteur saint Ephrem, dont les écrits, au propre témoignage de saint Jérôme, étaient lus publiquement dans les églises, après nos livres saints,?Je vois encore le bon sourire de satisfaction de Benoît XV, j\u2019entends encore sa voix: \u201cLa réponse est concluante, l\u2019objection ne tient pas debout.\u201d 9 Peu de temps après paraissait le décret qui donnait à l\u2019Eglise un nouveau docteur et manifestait une fois de plus le dévouement du Saint-Siège pour les Orientaux.* * * 6.\t\u2014Cod., can.1342.7.\t\u2014God., can.232.8.\t\u2014Sess.XXIII, can.3.9.\t\u2014Dom Amelli, bénédictin, consulteur de la Commission Biblique.avait consacré son rapport à la réfutation de cette objection spéciale. 454 LA REVUE DOMINICAINE Pour saint Pierre Canisius, Pie XI nomma un Bénédictin et un Dominicain, comme si les deux ordres antiques devaient présenter à la Compagnie de Jésus son propre docteur! Dès qu\u2019on entre en contact avec cette âme de saint, on est émerveillé, et, à mesure qu\u2019on pénètre dans sa vie et dans ses écrits, on constate qu\u2019il fut un de ces hommes supérieurs qui dominent leur époque; on comprend qu\u2019il ait joui d\u2019une belle renommée même de son vivant.Baronius lui appliquait les paroles de l\u2019Apôtre: Cujus laus est in Evangelio per omnes ecclesias,!o pour montrer que l\u2019Eglise entière savait déjà apprécier ses services, et saint François de Sales, en lui écrivant, rappelait qu\u2019il était connu de tous les chrétiens par ses œuvres, ses paroles et ses écrits.n Peu de temps après la mort du serviteur de Dieu, survenue en 1597, les écrivains de l\u2019époque lui décernaient des titres de gloire.Aubert en 1602, l\u2019appelait \u201cle Jérôme de son siècle\u201d; Laurent Beyerling, en 1611, \u201cl\u2019Augustin de notre époque\u201d; Gallus Alt, en 1658, \u201cun Docteur de l\u2019Eglise\u201d ; et même le protestant Paul Ficher avouait que Canisius mérite d\u2019être comparé aux Pères de l\u2019Eglise.12 L\u2019apostolat de ce serviteur des âmes fut étonnamment fécond: Canisius a prêché plus de deux mille discours et composé plus de trente volumes.13 Ceux qui intéressent plus directement la théologie et démontrent une doctrine éminente, ce sont, tout d\u2019abord, ses ouvrages contre les Centuriateurs de Magdebourg, c\u2019est-à-dire son traité sur saint Jean Baptiste, où sont 10.\t\u2014Baronius, Annal, t.I, ad an.g.n.1.11.\t\u2014S.François de Sales, Oeuv.compl., t.LIII, 72, 77.12.\t\u2014Cf.Braunsberger, S.J., Epistulae B.Canisii, t.I, p.XX.13.\t\u2014Sommervoguel, dans son ouvrage bibliographique, t.II, col.617-618, en énumère trente-huit. COMMENT ON FAIT LES DOCTEURS DE L'ÉGLISE 455 exposées à fond, en quelque sorte épuisées, les questions de la justification et de la foi; son traité de la Sainte Vierge, que le Cardinal Hosius appelait le vrai chef-d\u2019œuvre de la Mariologie; ensuite, ses lettres, dont la collection forme déjà huit volumes in-8 de mille pages et qui ont, pour la plupart, une valeur dogmatique de premier ordre; enfin, ses trois catéchismes, dont Léon XIII a pu dire: \u201cDans le langage populaire, connaître Canisius c\u2019est connaître la vérité chrétienne\u201d ; et le Sommaire de la doctrine, dont le même Léon XIII a écrit \u201cqu\u2019il n\u2019est pas indigne du style des Pères.\u201d 14 Quant à l\u2019opportunité d\u2019un acte pontifical pour élever Canisius au rang des docteurs, voici le résumé des considérants exposés dans mon rapport, que la S.Congrégation des Rites voulut ensuite rendre public.Tout d\u2019abord, pour l\u2019Eglise tout entière, de même qu\u2019elle a eu contre le Calvinisme l\u2019invincible Docteur François de Sales, elle pourra opposer au Luthéranisme l\u2019intrépide champion de la foi Pierre Canisius, et elle retrouvera ainsi de nouvelles promesses de vie et des forces nouvelles tandis qu\u2019elle s\u2019enrichit d\u2019un nouveau Docteur.En second lieu, pour ces nombreuses régions dont il fut l\u2019Apôtre, la Hollande, la Suisse, l\u2019Allemagne, l'Autriche, la Bohême, la Hongrie, etc., défendues jadis contre l\u2019erreur par ses enseignements, elles pourront encore, grâce à lui, s\u2019attacher à leur unique Mère l\u2019Eglise Catholique.En troisième lieu, pour la Compagnie de Jésus, dont il fut la gloire et l\u2019ornement.Puisque Dieu voulut susciter contre Luther et son hérésie saint Ignace de Loyola et sa vaillante milice, n\u2019est-il pas juste que la Compagnie ait 14.\u2014Leo XIII, Litter, 1 August 1897. 456 LA REVUE DOMINICAINE son propre Docteur dans ce glorieux enfant qui a merveilleusement réalisé l\u2019idéal de 1\u2019 Institut en combattant le luthéranisme avec tant d\u2019énergie et de succès?L\u2019Ordre des Frères Prêcheurs se réjouit de ces joies de la Compagnie de Jésus, n\u2019oubliant pas que saint Pierre Canisius eut des rapports d\u2019intimité avec les fils de saint Dominique, soit pour ses études théologiques soit dans son apostolat, et fut honoré de l\u2019amitié du pape dominicain saint Pie V, qui avait même décidé de l\u2019élever au cardinalat.Jean Fabri, O.P., loua Canisius de son vivant et nos historiens, surtout Graveson et Noël Alexandre, se sont plu à faire ressortir la valeur de ses écrits.Le pieux Jésuite se plaisait, lui aussi, à dire: \u201cLa famille dominicaine a enfanté de nombreux et savants théologiens., et, pour tout ce qui a rapport à la dévotion envers Marie, les fils du grand saint Dominique ont merveilleusement imité l\u2019exemple magnifique de leur Fondateur.15 Une dernière raison n\u2019est pas à dédaigner.Puisqu\u2019il est question de publier un Catéchisme pour l\u2019Eglise universelle, n\u2019est-il pas opportun de choisir pour patron l\u2019écrivain qui a excellé dans cet enseignement et dont Pie IX disait : \u201cIl n\u2019y a rien de mieux que le catéchisme de Canisius, nihü eo libello accommodatius, pour instruire et affermir les peuples dans la doctrine catholique.\u201d 16 De même que Léon XIII a donné aux catéchistes orientaux un parfait modèle en élevant saint Cyrille de Jérusalem au rang des Docteurs de l\u2019Eglise, ainsi Pie XI donne à nos catéchistes d\u2019Occident un maître et un guide en proclamant Docteur saint Pierre Canisius.15.\t\u2014Cf.Braunsberger, S.J., Epist.B.Canisii, t.VIII, p.599.16.\t\u2014Pie IX, Bref du 2 août 1864.: Le?( : jttï !'| rjtl'i- T 1 irai Eue l\u2019ite- ail spirit I spirit tipi (t de Btra M in \\ù\\\\ COMMENT ON FAIT LES DOCTEURS DE L\u2019ÉGLISE 457 Le consulteur bénédictin 17 développa ses raisons personnelles, qui concordaient parfaitement avec les nôtres.Les Cardinaux des Rites, après avoir examiné et pesé toutes choses, rendirent un vote unanime, et, le jour de l\u2019Ascension, 22 mai 1925, Sa Sainteté Pie XI, dans le même acte solennel, canonisait Pierre Canisius et le proclamait Docteur de l\u2019Eglise universelle.* ?* Enfin, l\u2019Ordre de saint Dominique n\u2019est pas resté étranger au récent triomphe de saint Jean de la Croix.Une supplique, signée du P.Garrigou-Lagrange et du Vice-Régent de VAngelico, faisait ressortir le caractère éminent de la doctrine de saint Jean de la Croix en spiritualité.Il mérite particulièrement le titre de Docteur en spiritualité, pour avoir admirablement distingué la contemplation infuse (qui procède de la foi unie à la charité, et des dons de sagesse et d\u2019intelligence) des faveurs extraordinaires qui parfois l\u2019accompagnant (visions, révélations, paroles intérieures), en montrant que la première seule est dans la voie normale de la sainteté et qu\u2019elle est hautement désirable.Il est un des maîtres qui prémunissent le plus les âmes contre le désir des faveurs extraordinaires, tout en leur faisant le plus désirer la pleine perfection de la charité et la contemplation infuse des mystères de la foi qui normalement l\u2019accompagne.Il montre avec insistance que le désir des révélations détourne l\u2019âme de la vraie contemplation.C\u2019est un des points les plus remarquables de sa doctrine, nettement exprimé en plusieurs endroits, particulièrement dans la Montée du Carmel, 1.II, c.27.17.\u2014Dom F.de Wyels, professeur au Collège de Saint-Anselme. 458 LA REVUE DOMINICAINE Une autre raison et toute spéciale de déclarer aujourd\u2019hui ce grand saint Docteur de l\u2019Eglise, c\u2019est qu\u2019il importe de donner une direction sûre à ce qu\u2019on pourrait appeler le mouvement mystique contemporain.Saint Jean de la Croix le met en garde contre le sentimentalisme des modernistes, qui tend à confondre l\u2019ordre de la grâce avec celui de la nature, et nie plus ou moins la nécessité de la mortification et des vertus prétendues passives; les écrits, comme les exemples de notre saint, établissent avant tout cette nécessité d\u2019entrer par \u201cla voie étroite\u201d de l\u2019abnégation pour arriver à la vraie perfection de la chrétienne.is Et maintenant nous nous unissons de tout cœur à la grande famille du Carmel pour célébrer le Docteur Mystique, dont la formation intellectuelle fut si franchement thomiste.Ce rapide aperçu sur les Docteurs de l\u2019Eglise nous portera à méditer la parole du prophète: \u201cCeux qui enseignent la justice aux autres brilleront comme des étoiles dans l\u2019éternité sans fin\u201d ; 19 et celle de saint Ephrem: \u201cO épouse du Christ Roi, quelle est ta majesté! Qu\u2019elles sont grandes et nombreuses tes beautés au ciel et sur la terre !\u201d 20 Edouard Hugon, O.P.Rome, Angelico.18.\t\u2014Voir le No de mai 1927 de La Vie Spirituelle.19.\t\u2014Daniel, XII, 3.20.\t\u2014O sponsae Regis majestas! quanta1 sont tuce pulchritudines in cœlo et in terra.'\" S.Ephrem, Serra, in Hebd.Sanct.Edit.Lamy, t.I, p.358. LA METHODE D'ORAISON DE SAINT - SULPICE E.Diffusion, (suite) Dans le dernier article que nous avons publié, 1 nous avons raconté, aussi brièvement que possible, l\u2019histoire de la diffusion de la méthode d\u2019oraison de Saint-Sulpice en France.Et au cours de ce,travail, nous n\u2019avons pu ne pas constater que la grande part de la diffusion de cette méthode revient à la Compagnie de Saint-Sulpice et aux communautés fondées par quelques-uns de ses anciens élèves.Mais, comme presque toutes les congrégations qui se rattachent à l\u2019école française de spiritualité, possèdent, plus ou moins parfaitement, avec des caractéristiques particulières, la même méthode, il a fallu en tenir compte, dans l\u2019histoire que nous écrivions.Cette constatation, nous la ferons de nouveau, avec plus de vérité encore, si nous étudions la diffusion de cette méthode en Canada.Dans notre pays plus qu\u2019en France, c\u2019est le séminaire de Saint-Sulpice qui l\u2019a répandue.Le séminaire de Saint-Sulpice de Montréal d\u2019abord.Tous nos lecteurs connaissent l\u2019épopée chrétienne de la fondation de Ville-Marie.Ils savent comment la divine Providence dirigea les uns vers les autres, M.Olier, M.de la Dauversière, M.de Maisonneuve, la Vénérable Marguerite Bourgeoys et Jeanne Mance; comment, en dépit de difficultés d\u2019apparence insurmontables, Montréal fut fondée; comment les Sulpiciens y arrivent, dès qu\u2019ils existent ; comment la première école de Marguerite Bourgeoys est ouverte et comment Jeanne Mance reçoit, 1.\u2014Revue Dominicaine, juin 1927, pp.348-364. 460 LA REVUE DOMINICAINE à l\u2019Hêtel-Dieu, ses premiers blessés, ses premiers malades.Affirmer que les Sulpiciens de la colonie apportèrent avec eux et conservèrent religieusement les enseignements de M.Olier serait chose inutile: la fidélité avec laquelle le séminaire de Montréal est resté fidèle aux traditions et aux directions du séminaire de Paris, s\u2019impose, à tous ceux qui le connaissent, avec la rigueur d\u2019une vérité dogmatique.C\u2019est au point que, pour ce qui regarde l\u2019objet de cette étude, nous voyons s\u2019y répéter, avec un retard de quelques années, qu\u2019expliquent la distance, la difficulté des communications et le régime imposé à la colonie par l\u2019Angleterre victorieuse, tout ce que nous avons dit sur l\u2019histoire de la méthode en France.Ici comme là-bas, les sulpiciens acceptèrent les enseignements de M.Olier sur cette question 2 et ils s\u2019aidèrent de la doctrine de M.Tronson 3 pour initier leurs jeunes élèves à la méditation.Le \u201cManuel de Piété\u201d en usage dans les séminaires de France a toujours été entre les mains des séminaristes de Montréal, et les remarques que nous avons faites 4 au sujet du texte de la méthode qu\u2019il contient devraient être renouvelées, si nous voulions entrer dans le détail de l\u2019histoire de la méthode d\u2019oraison de Saint-Sulpice à Montréal.Qu\u2019il nous suffise d\u2019avoir souligné l\u2019identité de doctrine qui a toujours existé entre ces deux \u201cprovinces\u201d sulpicietines et de rappeler que, pour apprécier justement la part du séminaire de Montréal dans la diffusion de la méthode, il faut tenir compte et du nombre des élèves qui l\u2019ont 2\u2014Id., février 1927, pp.90-93.3.\t\u2014Id., mars 1927, pp.129-142.4.\t-\u2014Id., avril 1927, pp.211 et 212; juin 1927, pp.353 et MÉTHODE D\u2019ORAISON DE SAINT-SULPICE 481 fréquenté et du nombre de diocèses que ces élèves représentent.5 Mais en plus de conserver pour eux-mêmes et d\u2019enseigner à leurs séminaristes leur méthdoe d\u2019oraison, les sulpiciens de Montréal l\u2019ont communiquée aussi à de nombreuses communautés religieuses de femmes, dont ils ont eu la direction.Ils exercèrent cette direction spirituelle au profit des sœurs de la Congrégation Notre-Dame, fondées par la Vénérable Marguerite Bourgeoys, qui demeurèrent ainsi toujours fidèles et à la doctrine de l\u2019école fmaçaise de spiritualité et à la méthode d\u2019oraison de Saint-Sulpice.De nos jours encore, c\u2019est cette méthode qui est expliquée aux novices et les quelque 2500 religieuses que compte actuellement leur communauté, emportent dans leurs différents couvents du Canada ou des Etats-Unis, le petit manuel de \u201cPrières en usage chez les Sœurs de la Congrégation Notre-Dame de Montréal\u201d,6 à la fin duquel elles trouvent un texte de méthode d\u2019oraison ^ qui reproduit tout l\u2019essentiel de la méthode de Saint-Sulpice.Ce texte, plus court que celui du \u201cManuel de Piété\u201d des séminaristes, contenant moins de détails, fait mieux voir la simplicité de notre méthode.Cette direction, les sulpiciens de Montréal la donnèrent aussi, et cela depuis l\u2019origine 8 aux Hospitalières de Saint Joseph, fondées par l\u2019admirable Jeanne Mance.Ces religieuses, dans une sphère moins étendue, mais peut- 5.\t\u2014En moyenne, depuis de nombreuses années, plus de 300 séminaristes, appartenant à quinze, vingt et même trente diocèses différents.6.\t\u2014Imprimé à la Maison-Mère, à Montréal.7.\t\u2014Id., édition de 1909, pp.84-91.8.\t\u2014Il y eut une interruption de quelques années dans cette direction, mais nous n\u2019avions pas à en tenir compte. 462 LA REVUE DOMINICAINE être encore plus scrupuleusement, recherchèrent cette direction et s\u2019y montrèrent fidèles.Dans leurs cellules, elles ont, devant les yeux, un tableau synoptique de la méthode qui reproduit tout le texte traditionnel, et ce texte leur est encore confié en une petite plaquette spéciale.Cette plaquette renferme donc le texte traditionnel lui-même.mais avec une variante qui nous semble très heureuse.Nous avons déjà expliqué que la méthode d\u2019oraison de Saint-Sulpice ne comporte réellement que deux préparations, que les trois actes désignés par M.Tronson sous le nom de \u201cpréparation prochaine\u201d commencent la prière mentale, et nous avons montré que tel est bien l\u2019enseignement de M.Olier et de M.Tronson lui-même.9 Le texte qui nous a été communiqué par les sœurs de l\u2019Hôtel-Dieu souligne bien cette doctrine et il nous a paru intéressant de la reproduire : 2.D.Comment devez-vous vous préparer à Vomir son ?R.De deux manières: 1° d\u2019une manière éloignée ; 2° d\u2019une manière prochaine.10 Et, après avoir expliqué ces deux préparations, qui, on le comprend, correspondent à ce que monsieur Tronson appelle les préparations \u201cplus éloignée et moins éloignée\u201d, le texte se continue ainsi : 6.D.De quelle manière commencez-vous Vorcuison?R.En commençant l\u2019oraison, je fais trois choses: 1° je me mets en la présence de Dieu; 2° je me reconnais indigne de paraître devant Lui et d\u2019être souffert en sa sainte présence; 3° je me reconnais incapable de Lui rendre mes devoirs et de Le prier comme il faut.n 9.\t\u2014Revue Dominicaine, mars 1927, p.134.10.\t\u2014Op.cit., p.1.11.\t\u2014Id., p.2. MÉTHODE D\u2019ORAISON DE SAINT-SULPICE 463 Cette variante a certainement pour auteur un sul-picien, et, probablement, un sulpicien de Montréal, car nous la retrouvons dans le \u201cManuel de Piété ou Recueil de Prières et de Pratiques, à l\u2019usage des Sœurs de la Charité\u201d.12 Ce fut là la troisième communauté sur laquelle s\u2019étendit la sollicitude de Saint-Sulpice de Montréal.Filles de la Vénérable Mère d\u2019Youville, fondées civilement le 3 juin 1753, approuvées canoniquement pour la première fois le 15 juin 1755,13 aidées dès l\u2019origine par les suîpiciens,i4 elles restèrent toujours inviolablement attachées à la doctrine de leurs bienfaiteurs.Leur \u201cManuel de Piété\u201d, que nous venons de mentionner, est dû aux soins de M.Bonissant, p.S.S., \u201cregardé à bon droit comme le second fondateur\u201d de l\u2019Institut.15 Et un fait qui montre bien jusqu\u2019à quel point le respectable directeur tenait à expliciter la doctrine sur laquelle nous attirons nous-mêmes l\u2019attention de nos lecteurs, c\u2019est que, dans un résumé de la méthode qui suit immédiatement le texte dont nous parlons, il divise l\u2019oraison en trois points qu\u2019il exprime ainsi : I.Entrée de l\u2019oraison, IL Corps de l\u2019oraison, III.Conclusion de l\u2019oraison.16 C\u2019est là une manière de parler que nous n\u2019avons trouvée nulle part ailleurs.Les sœurs \u201cGrises\u201d conservèrent ce texte jusqu\u2019à ces dernières années, et on le pouvait retrouver jusque dans leurs missions de l\u2019extrême nord, où elles accompagnent, où elles précèdent parfois le prêtre missionnaire.Der- 12.\u2014Imprimé h Montréal, par John Lovell.Edition de 1872, PP 39 à 47.13\u2014\u201cCatéchisme historique sur l\u2019Institut des Sœur* de la Charité\u201d, sans nom d\u2019auteur ni d\u2019imprimeur, p 23.14.\t\u2014Id., pp.1; 14; 23-24; etc.15.\t\u2014Id., p.56.16.\t\u2014Manuel de Piété, pp.47-49. 464 LA REVUE DOMINICAINE nièrement, dans le \u201cCatéchisme des vœux\u201d,i7 elles ont adopté le texte traditionnel.Plus d\u2019un siècle après la fondation des sœurs de la Charité, un autre prêtre de Saint-Sulpice de Montréal, M.Antoine Mercier, établissait les commencements d\u2019une autre communauté: les Petites Filles de Saint-Joseph.is Le pieux fondateurs voulait \u201cétablir une communauté de filles pieuses, obéissantes, humbles et laborieuses, qui s\u2019offriraient sans réserve à Notre-Seigneur pour le saint Clergé, en contribuant à la sanctification des séminaristes par leurs prières, leurs mortifications et leurs bonnes œuvres, et en consacrant leur temps et leurs forces à travailler pour eux\u201d.i9 L\u2019œuvre ayant prospérée, la nouvelle congrégation fut approuvée le 20 septembre 1897,20 et l\u2019on comprend qu\u2019à partir de la date de sa fondation,21 Saint-Sulpice ait été appelé à en prendre la direction.Avec une obéissance, une humilité qui font certainement la joie de leur pieux fondateur au ciel, les Petites Filles de Saint-Joseph se sont toujours montrées désireuses de se conformer à cette direction.Leur règlement général, à l\u2019article \u201cPrière vocale et oraison\u201d, contient des indications qui supposent l\u2019usage de notre méthode ;22 elles en ont adopté le texte traditionnel, que l\u2019on remet à chaque religieuse, dans un petit opuscule qui contient encore le catéchisme des vœux.C\u2019est dire toute l\u2019importance qu\u2019elles attachent à la méthode qui leur a été enseignée.17.\t\u2014Imprimerie de La Salle, Montréal, pp.77-84 18.\t\u201cLes Petites Pilles de Saint Joseph; Les origines de la communauté\u201d, plaquette sans nom d\u2019auteur ni d\u2019imprimeur, de 1923, p.1.19- Cité dans la brochure ci-dessus indiquée, p.1 et 2.20.\t\u2014Id., p.24.21.\t\u201426 avril 1857, id., p.4.22.\t\u2014Op.cit, p.11 et 12. MÉTHODE D\u2019ORAISON DE SAINT-SULPICE 465 Le séminaire de Saint-Sulpice de Montréal ne se contenta donc pas de conserver la méthode héritée de M.Olier et de M.Tronson ; il la propagea et parmi les séminaristes et au sein de quatre communautés religieuses, dont deux étendent leur influence sur tout le Canada et sur une partie des Etats-Unis.Mais ce n\u2019est pas tout encore.Dieu a voulu que de saints prêtres, anciens élèves de Saint-Sulpice, fondent d\u2019autres congrégations, auxquelles ils ont donné l\u2019orientation spirituelle qu\u2019eux-mêmes avaient reçue.C\u2019est ainsi qu\u2019au Petit Séminaire de Saint-Hyacinthe furent fondées en 1883, par Mgr L.Z.Moreau et M.le chanoine Rémi Ouellette, les Sœurs de Sainte Marthe, qui poursuivent un but assez voisin de celui des Petites Filles de Saint-Joseph.23 En 1921,24 les évêques de la Province de Québec fondaient le \u201cSéminaire des Missions Etrangères de la Province de Québec\u201d.Un certain nombre de ces évêques étaient d\u2019anciens élèves de Saint-Sulpice, de même que le premier supérieur, M.le chanoine J.A.Roch, et la majeure partie du personnel de la première heure.Cette communauté nouvelle, ce séminaire sont devenus autant de centres où la méthode d\u2019oraison de Saint-Sulpice est mise en pratique.Telle est, dans son ensemble, la part du séminaire de Montréal dans la diffusion, directe ou indirecte, de la méthode d\u2019oraison de Saint-Sulpice.Mais on comprend qu\u2019il nous faille remonter plus haut et mettre cette floraison au crédit du séminaire de Paris.Toute l\u2019action exercée, dans cet ordre, par Saint-Sulpice de Montréal, n\u2019a été telle que grâce à l\u2019influence continuellement reçue 23.\t\u2014Canada Ecclésiastique, année 1926, p.489.24.\t\u2014Id., p.30. 466 LA REVUE DOMINICAINE de France et fidèlement acceptée par la \u201cprovince\u201d canadienne.Mais, plus indirectement encore, le séminaire de Paris a concouru d\u2019une autre manière encore à la dif- fusion de cette méthode au Canada.Nous avons dit, dans le précédent article,25 que Saint Jean Baptiste de la Salle et le Bienheureux Grignion de Montfort, Monseigneur de Mazenod et le Vénérable Marcellin Champa-gnat, tous anciens élèves de Saint-Sulpice, avaient fondé des congrégations auxquelles ils avaient donné la méthode d\u2019oraison qu\u2019ils avaient eux-mêmes reçue.Or toutes ces communautés, ou presque, se sont établies au Canada: les Frères des Ecoles Chrétiennes en 1837, les Pères de Marie en 1880, les Filles de la Sagesse en 1884, les Oblats en 1841, les Frères Maristes en 1888,27 et quelques-unes, surtout les Oblats et les Frères des Ecoles Chrétiennes y possèdent de nombreuses maisons et y exercent une très grande influence.Elles y ont été fidèles à l\u2019esprit qui leur a été transmis et elles conservent la méthode d\u2019oraison de Saint-Sulpice.Nous ne pouvons pas terminer cette histoire de notre méthode au Canada sans rappeler que les RR.PP.Eudistes, dont nous avons parlé déjà,28 sont venus dans notre pays en 1890,29 qu\u2019ils y ont exercé un ministère fécond, surtout dans les provinces maritimes et dans le golfe Saint-Laurent.Ils ont apporté avec eux les œuvres de leur saint fondateur, et, parce qu\u2019ils y ont été fidèles, ils ont droit de figurer dans l\u2019histoire dont nous marquons les grandes lignes.25.\u2014Revue Dominicaine, juin 1927, pp.357-363.27.\t\u2014Ces renseignements sont puisés dans 1\u2019 \u201cHistoire de 1 Eglise du Canada\u201d, par une religieuse de la Congrégation, Montréal 1908, pp.295-298.28.\t\u2014Revue Dominicaine, juin 1927, pp.354-356.Histoire de l\u2019Eglise du Canada, p.298. MÉTHODE D\u2019ORAISON DE SAINT-SULPICE 467 Selon le programme que nous nous étions tracé, sans Aucune prétention d\u2019avoir épuisé notre sujet, nous avons essayé d\u2019 \u201cindiquer la part d\u2019influence qui revient (dans la diffusion de la méthode d\u2019oraison de Saint-Sulpice) à chacun des chefs de l\u2019école française de spiritualité et aux communautés qu\u2019ils ont fondées;\u201d puis nous avons insisté \u201cdavantage sur celle qui revient à certaines congrégations dirigées par Saint-Sulpice ou fondées par ses anciens élèves tant en France qu\u2019en Canada\u201d.Il nous reste maintenant à dire \u201cun mot de la diffusion de cette même méthode chez les cisterciens et les dominicains.\u201d 30 Lorsque l\u2019abbé de Rancé accomplit la réforme de son abbaye cistercien 31 de la Trappe, en 1657, il ne songea pas à indiquer à ses religieux, de méthode spéciale pour l\u2019oraison.A cette époque, ce souci des méthodes d\u2019oraison était récent: avant M.Olier, avant Saint François de Sales et Saint Ignace de Loyola, on enseignait sans doute la manière de faire oraison, mais cet enseignement, très précis dans sa partie négative, expliquant par le détail et longuement tout ce qui peut distraire l\u2019âme de son application à Dieu, ne connaissait pas cette systématisation des actes successifs à produire pendant la prière mentale, systématisation à laquelle l\u2019usage nous a habitués.Aussi l\u2019abbé de Rancé se contentait-il de demander à ses religieux, une demi-heure après le lever, l\u2019office de la Sainte Vierge étant récité, de consacrer une autre demi-heure à ce pieux exercice, pendant lequel le religieux, attentif, s\u2019abandonnait à l\u2019action de la grâce.30.\t\u2014Revue Dominicaine.juin 1927, p.349.L\u2019espace restreint dont nous disposons ne nous permet pas d\u2019en poser même les grandes lignes du travail accompli par les Sulpiciens de Baltimore aux Etats-Unis.31.\t\u2014L\u2019ordre cistercien est dû à la réforme accomplie par Saint Robert, en 1098, de l\u2019ordre de Saint Benoît, fondé en 529. 468 LA REVUE DOMINICAINE Mais au commencement du siècle présent, un abbé de la Trappe de Bricquebec, Dom Vital Lehodey, frappé des inconvénients qu\u2019il y a à n\u2019avoir pas de méthode en un art où il est si dangereux et si préjudiciable de se tromper,32 voulut \u201coffrir à ses frères un exposé clair, simple et court de toute cette matière, un petit directoire dans les voies de l\u2019oraison, un manuel.et il composa l\u2019ouvrage si connu: \u201cLes voies de l\u2019oraison mentale\u201d,33 dont toute la première partie n\u2019est, à proprement parler, qu\u2019un commentaire de la méthode d\u2019oraison de Saint-Sulpice.Cet ouvrage eut du succès dans l\u2019ordre, il est devenu classique et on en peut voir le retentissement jusque dans la petite brochure distribuée par les Trappistes, au Canada comme en France, à ceux qui veulent connaître l\u2019ordre et la vie des religieux qui y passent leurs jours dans le silence, le travail et la prière.34 Un moine de la Trappe d\u2019Oka nous affirmait que notre méthode est expliquée aux novices dans plusieurs monastères et qu\u2019elle est suivie par un nombre de plus en plus grand de religieux.Lorsque Saint Dominique, en 1213, jeta les fondements de l\u2019ordre des Frères Prêcheurs, il ne songea pas non plus, et pour cause, à donner une méthode d\u2019oraisGn à ses religieux.Bien plus, le bienheureux Louis de Grenade, la première autorité, en la matière, dans l\u2019ordre, 32.\t\u2014Sainte Thérèse allait jusqu\u2019à écrire: \u201cJ\u2019aimerais mieux, je l\u2019avoue, qu\u2019une âme renonçât à l\u2019oraison que de la voir dès le début s\u2019engager dans une fausse route\u201d.Vie par elle-même, édition Bouix, p.126.33.\t\u2014Chez Gabalda, 1907.Plusieurs éditions ont suivi.Les paroles que nous venons de citer se trouvent à la page 11 de la 4ème édition, 1912.34.La Vie Cistercienne, 1923, sans nom d\u2019auteur ni d\u2019imprimeur, p.78-79.On peut se procurer cette brochure à la Trappe MÉTHODE D\u2019ORAISON DE SAINT-SULPICE 469 semble parfois juger sévèrement de l\u2019usage des méthodes: \u201cPlusieurs s\u2019imaginent qu\u2019il en est de l\u2019oraison comme d\u2019un art quelconque, dont il suffit d\u2019apprendre les procédés et les règles pour s\u2019y rendre parfaits; ils oublient que loin de dépendre en rien de notre habilité, la grâce au contraire, est un pur effet de la miséricorde infinie de Dieu.Leur illusion vient de la doctrine qu\u2019ils rencontrent dans certains livres modernes, où, après avoir établi des règles, les auteurs laissent croire que ces règles, bien observées, peuvent suppléer à la grâce\u201d.35 Cependant, dans les noviciats de l\u2019ordre, on enseignait, en se basant sur un texte de Saint Thomas,36 que l\u2019oraison comprend trois parties : acceptio jprincipiorum, meditatio, contemplatio.A l\u2019époque de la naissance des méthodes d\u2019oraison, le R.P.Nicholas Ridolfi, Maître Général, fit imprimer une \u201cCourte Méthode pour faire l\u2019Oraison Mentale\u201d 37 que nous nous mettons sous les yeux de nos lecteurs sous forme de tableau synoptique : Présence de Dieu.Profonde humilité.Invocation de l\u2019assistance divine.Préparation : Considération Discours ou raisonnement.Affections.Résolutions.Demande, Actions de grâces, Oblation.38 Conclusion 35.\t\u2014\u201cDe l\u2019oraison et de la considération\u201d, p,.11, c.V, XVIIème avis.36.\t\u2014\u201cQuidam (actus) pertinent ad acceptionem prin'cipiorum.alii autem ad deductionem principiorum.ultimus autem comple-tivus actus est ipsa contemplatio veritatis\u201d, Ha Ilae, q.CLXXX, a.3, in c.37\u2014Rééditée chez Bellet et Fils, à Clermont-Ferrand, par les soins du R.P.André Marie Meynard, en 1887.38.\u2014Op.cit., p.23-26. 470 LA REVUE DOMINICAINE Cette méthode fait le fond de toutes celles qui furent proposées, dans la suite, au sein de l\u2019ordre des Frères Prêcheurs, comme on peut le voir et par les enseignements de Massoulié dans son \u201cTraité de la Véritable Oraison\u201d 39 et par ceux que donne le R.P.André Marie Meynard, dans son \u201cTraité de la Vie Intérieure\u201d.40 Un des religieux les plus en vue des dominicains de Montréal nous affirmait cependant que son ordre avait notre méthode, et nous avons parlé nous-mêmes de diffusion de notre méthode chez les fils de Saint Dominique.Qu\u2019est-ce à dire ?Que les RR.PP.Dominicains retrouvent dans la méthode de Saint-Sulpice l\u2019essentiel de la division de l\u2019oraison telle que la donnait Saint Thomas, que le théocentrisme 41 de notre méthode plaît aux disciples de l\u2019auteur de la Somme, que non seulement ils n\u2019y rencontrent rien qui s\u2019opposent à leur théorie sur la grâce, mais qu\u2019ils sentent une harmonie parfaite entre l\u2019âme thomiste et la méthode de Saint-Sulpice,42 que, pour toutes ces raisons, et pour d\u2019autres encore, (que la longueur déjà considérable de ces articles ne nous permet pas de développer ou que nous signalerons dans le paragraphe suivant sur la valeur de notre méthode), les dominicains se sentent en sympathie pour notre méthode, qu\u2019ils la recommandent volontiers aux âmes qu\u2019ils dirigent et que d\u2019aucuns, parmi eux, l\u2019ont mise en pratique avec profit.39.\t\u2014Cf.Tome\tII, 3ème\tpartie,\ta\tV,\tp.25 de l\u2019édition Léthielleux.40.\tLethielleux,\t1923;\tL.\tIll, C.\tII,\t2,\tL\u2019oraison discursive, pp.450-474.41-\u2014Revue Dominicaine, février 1927, p.86 et 87.42.\u2014Nous ne voulons pas prétendre que les auteurs de la méthode d\u2019oraison de Saint Sulpice aient été thomistes, ni que cette méthode soit réservée à ceux qui professent la doctrine de cette école, sur l\u2019efficacité de la grâce, mais il nous semble qu\u2019ils s\u2019y\tsentiront plus à\tl\u2019aise.\tCf.\tLes endroits\toù nous avons parlé de\tce que pensait M.Olier\tsur\tla part\tde\tla\tgrâce dans l\u2019oraison, Revue Dominicaine, février 1927, pp.89-91; cf.aussi mars de la même année, p.134. MÉTHODE D\u2019ORAISON DE SAINT-SULPICE 471 Ainsi donc, au commencement de ce siècle, la méthode d\u2019oraison de Saint-Sulpice s\u2019est introduite, ouvertement, pour ainsi dire, chez les Trappistes, et, d\u2019une manière plus discrète, par l\u2019intérieur en quelque sorte, elle s\u2019est attiré l\u2019estime d\u2019un autre grand ordre, celui des Frères Prêcheurs.Ce sont là des signes qui confirment cette \u201crenaissance laborieuse\u201d de l\u2019école française de spiritualité dont parle l\u2019abbé Brémond.43 Qu\u2019on nous permettre, en terminant, d\u2019en signaler un autre qui se rapporte à notre sujet: le R.P.Plus, s.J., dans ses deux petits recueils de méditations pour jeunes gens, publiées sous le titre général de \u201cFace à la vie\u201d,44 a cru bon de mettre un signet, destiné à rester sous les yeux des jeunes lecteurs, sur lequel il a fait imprimer un tableau qui suggère une méthode abrégée d\u2019oraison: cette méthode s\u2019apparente évidemment avec la méthode d\u2019oraison de Saint-Sulpice.On y reconnait l\u2019auteur de \u201cDieu en nous\u201d.L\u2019histoire de la diffusion de la méthode d\u2019oraison de Saint-Sulpice n\u2019est donc pas close.F.Valeur.Nous n\u2019avons pas l\u2019intention, en parlant de la valeur de la méthode d\u2019oraison de Saint-Sulpice, de procéder par mode de comparaison ou d\u2019opposition avec les autres méthodes connues dans l\u2019Eglise de Dieu.Toutes, elles ont leur mérite et leur utilité: le seul fait de leur durée le prouve surabondamment.D\u2019aucunes sont célèbres et 43.\t\u2014Cf.\u201cManuel illustré de la Littérature Catholique en France, de 1850 à nos jours\u201d, ouvrage publié en collaboration.Dans l\u2019introduction, l\u2019abbé Brémond montre les grandes lignes de cette renaissance, pp.LIX à LXXI.44.\t\u2014Publiées à l\u2019Apostolat de la Prière, Toulouse, en deux series. 472 LA REVUE DOMINICAINE elles ont fait, elles continuent et continueront longtemps encore de faire beaucoup de bien à un grand nombre d\u2019âmes.Considérant la méthode dont nous avons longuement entretenu nos lecteurs, nous dirons simplement les raisons qui nous semblent la recommander aux âmes pieuses.Plutôt, nous ne dirons que quelques-uns de ces raisons, nous réservant de nous étendre sur ce sujet dans d\u2019autres circonstances, qui nous seront peut-être offertes.5i Au commencement de notre premier article, nous définissions la méthode d\u2019oraison: \u201cun guide qui dirige, dans leur prière, les âmes encore inexpérimentées dans les voies de l\u2019oraison mentale\u201d.52 Pour atteindre ce but, une méthode doit tout d\u2019abord indiquer l\u2019attitude qui convient à l\u2019âme humaine dans sa prière, et il nous semble que notre méthode accomplit ce dessein excellemment.Basée sur les grands principes de l\u2019école française de spiritualité,53 elle abaisse l\u2019âme devant la grandeur de Dieu et devant sa propre indignité: c\u2019est le \u201ccor contritum et humiliatum\u201d 54 du prophète.Mais en christianisant, pour ainsi dire, ces sentiments, elle les perfectionne: le chrétien ne reste pas devant ses iniquités, comme le ferait un païen, il a un avocat, il est membre sous un chef glorieux, sans tache, qui se tient debout devant la divinité et intercède pour lui, et, convaincu toujours de sa misère, il puise une confiance admirable, aussi éloignée de la présomption que du désespoir, dans son union avec Jésus, union qu\u2019il croit, dont il cherche à prendre conscience, qu\u2019il veut vivre: c\u2019est par Lui, avec Lui et en a ¦ \u2022 S116 nous avons dit des raisons pour lesquelle* les RR.PP.dominicains favorisent notre méthode.52.\t\u2014Revue Dominicaine, février 1927, p 83 53.\t\u2014Id., ibid., pp.84-86.54.\t\u2014Ps.L, 19. MÉTHODE D\u2019ORAISON DE SAINT-SULPICE\t473 Lui qu\u2019il cherche à se purifier de ses scories, à se rendre moins indigne de l\u2019entretien qu\u2019il demande avec Dieu.Mais pour cet entretien même, il a besoin d\u2019aide et il cherche, auprès de l\u2019Esprit Saint, lien d\u2019amour entre le Père et le Fils, ce qui manque à son âme sanctifiée, pour s\u2019élever vers la divinité et l\u2019atteindre dans une union qu\u2019il désire.De tous ces actes, la plupart sont communs à toutes les méthodes, mais celle de Saint-Sulpice est marquée d\u2019un sceau plus explicitement chrétien, oserions-nous dire, en ce que, dès le commencement de l\u2019oraison, elle prend l\u2019ârae avec tout son être surnaturel : celui qui prie est une créature de Dieu, une créature pécheresse sans doute, mais que Jésus a relevée, qu\u2019il s\u2019est unie en un mystère ineffable, et, dans tous les actes de sa vie nouvelle, le chrétien doit s\u2019en souvenir.Après avoir inspiré les dispositions avec lesquelles l\u2019âme doit faire oraison, notre méthode continue son rôle, en lui suggérant la \u201cmeilleure\u201d prière.Prière d\u2019adoration, en premier lieu.Nous avons dit ce qu\u2019est l\u2019adoration bérullienne.55 De toutes les méthodes d\u2019oraison, nous croyons que la nôtre est la seule qui suive aussi parfaitement la voie tracée par Jésus lui-même dans le Pater, qui fasse une part aussi importante à la prière d\u2019adoration, et cela constitue pour nous une supériorité qui nous la recommande.Mais, de plus, et nous l\u2019avons déjà indiqué,56 en inspirant aux âmes de passer par Notre-Seigneur pour atteindre la divinité, d\u2019adorer Dieu dans le mystère de l\u2019Incarnation, en Celui qui nous a été donné comme médiateur, notre méthode acquiert une valeur plus grande encore.56.\u2014Revue Dominicaine, février 1927, pp.86 et 87.56.\u2014Id., ibid., p.89. 474 LA REVUE DOMINICAINE Et qu\u2019on ne prétende pas que cette considération de Jésus, dans sa très Saint Humanité, soit un obstacle à la perfection de notre oraison.S\u2019il est vrai que la représentation imaginative de cette sainte humanité, si elle est trop vive, puisse nuire aux opérations de l\u2019intelligence et de la volonté, au profit de la partie sensible de notre être, ce danger ne saurait être à craindre, si l\u2019on comprend bien ce qu\u2019est l\u2019adoration bérullienne: elle porte l\u2019âme à considérer intellectuellement la sainte humanité de Jésus, et cette considération intellectuelle ne saurait que favoriser une oraison de plus en plus parfaite.57 Après nous avoir mis devant la perfection divine en Notre Seigneur, la méthode de Saint-Sulpice nous invite à \u201ccommunier\u201d à cette divine perfection.C\u2019est la méthode même par laquelle notre divin Maître nous invite à le suivre : Qui vult post me venire, .abneget semetipsum.58 Si vis perfectus esse.vade, vende quæ habes.59 Qui diligit me.sermonem meum servabit.60 Sancti estote.sicut Pater vester cœlesti perfectus est.6i En commentant ces textes, plusieurs auteurs insistent sur le renoncement qu\u2019ils demandent, il faut savoir, autant et plus même, insister sur les promesses qu\u2019ils contiennent et la fin qu\u2019ils proposent; ne jamais exiger le sacrifice sans porter l\u2019attention des âmes sur les vraies raisons du sacrifice.C\u2019est tout le secret psychologique de notre méthode d\u2019oraison : elle nous a fait regarder Dieu en Jésus- I 57\u2014 Cf.Meynard, op.cit., p.377.58.\t\u2014Matt., XVI, 24, 59.\t\u2014Matt., XIX, 21.60.\t\u2014Jean, XIV, 23.61.\t\u2014Matt., V, 48. MÉTHODE D\u2019ORAISON DE SAINT-SULPICE 475 Christ, et elle nous laisse devant ce modèle pour que nous soyons enflammés de désir.Et de quel désir ?.de celui de devenir semblables à Dieu, à Jésus.Il est des âmes qui ne peuvent consentir tel ou tel renoncement et qui seront vaincues, gagnées par l\u2019oraison faite de cette manière, tant est grande la force du \u201cSi quis vult post me venire\u201d sur une âme que Dieu habite déjà.Sans doute la victoire sera peu souvent définitive du premier coup, mais elle s\u2019annoncera, parce que l\u2019intelligence et la volonté auront été remuées dans leur profondeur surnaturelle.Parfaite dans les dispositions qu\u2019elle demande, parfaite dans la prière qu\u2019elle inspire, notre méthode se recommande encore par sa grande simplicité.L\u2019on admet généralement cette simplicité de la méthode de Saint-Sulpice, mais dans un sens tout matériel : elle peut servir à diriger la méditation, quelque soit le sujet sur lequel l\u2019on médite.C\u2019est là un avantage, en effet, mais notre affirmation va beaucoup plus loin.Quelques auteurs, en lisant notre méthode dans le texte traditionnel, la prétendent trop compliquée.C\u2019est qu\u2019ils ne distinguent pas assez entre ce qui est essentiel et ce qui est accessoire, entre ce qui est rigoureusement demandé et ce qui est facultatif, entre la définition de l\u2019essentiel et l\u2019explication de ces définitions.Ceux de nos lecteurs qui ont bien voulu nous suivre dans ces articles que nous terminons, savent combien nous avens raison de parler de la grande simplicité de notre méthode ; pour le montrer encore, essayons de la résumer en quelques phrases.Au commencement de l\u2019oraison nous adorons Dieu, présent dans le lieu où nous sommes, nous humiliant de n«ns être rendus indignes de sa divine présence.Pour diminuer cette indignité, nous regrettons toutes nos 476 LA REVUE DOMINICAINE fautes et nous nous unissons à Notre-Seigneur, afin de prier en Lui, par Lui et avec Lui.Comme l\u2019oraison est un acte surnaturel, nous demandons à l\u2019Esprit-Saint de nous aider à nous en mieux acquitter.Alors nous considérons, en Jésus, le sujet de notre oraison, et nous Lui rendons les devoirs qui sont dûs à la divine perfection avec laquelle il s\u2019est comporté en toute chose.Ensuite de quoi nous essayons d\u2019attirer en nous quelque part de cette divine perfection, en la demandant avec ferveur.Tout moyen que\t\u2014\u2014- le devrons prendre.sur-nous regarder, pour com-loin de ressembler à Jésus, lercierons Dieu des grâces demanderons pardon des ises et nous prendrons une ettrons entre les mains de exciter à cette ferveur, nous tout nous n\u2019oublirons pas de nous regarder, pour comprendre comme nous sommes loin de ressembler à Jésus.Pour terminer, nous remercierons Dieu des grâces qu\u2019il nous a faites, nous lui demanderons pardon des fautes que nous aurons commises et nous prendrons une vraie résolution, que nous mettrons entre les mains de la Sainte Vierge.La méthode d\u2019oraison de Saint-Sulpice est simple, non seulement parce qu\u2019elle peut servir pour toute sorte de sujet, mais, bien plus, parce qu\u2019elle demande une série d\u2019actes parfaitement enchaînées, faciles à retenir et à suivre.Elle est simple encore parce qu\u2019elle convient à tous les états.Ici il nous est nécessaire d\u2019expliquer notre pensée plus longuement: nous ne saurions prétendre, on le comprend, que l\u2019âme contemplative suive les actes de notre méthode, tels que nous venons de les résumer.Peut-être se souvient-on des degrés successifs que nous avons exposés depuis que nous avons analysé l\u2019oraison du Cardinal de Bérulle et de M.Olier 62 jusqu\u2019à ce 62.\u2014Revue Dominicaine, février 1927, pp.86-88. MÉTHODE D\u2019ORAISON DE SÀINT-SULPICE 477 que nous rapportions l\u2019adaptations dernière de cette oraison, faite par M.Tronson, aux besoins des commençants.^ Nous montrions l\u2019oraison du Cardinal de Bérulle toute pleine de deux actes: adoration.adhésion, (communion).Puis nous voyions M.Olier nous proposer une \u201cmanière de faire oraison\u201d très simple, dans laquelle il nous demande de diviser ces deux actes l\u2019un de l\u2019autre, de nous arrêter successivement à chacun d\u2019eux et d\u2019y ajouter la coopération: adoration\tNotre\tSeigneur\tdans\tles\tyeux, Communion\tNotre\tSeigneur\tdans\tle coeur, coopération\tNotre\tSeigneur\tdans\tles mains.L\u2019oraison faite selon cette méthode, disions-nous, est encore trop affective pour des commençants, et nous louions M.Tronson d\u2019avoir terminé l\u2019élaboration de la méthode d\u2019oraison de Saint-Sulpice : adoration, conviction, retour sur soi-même, demande.communion coopération.Ceux qui emploient la méthode de Saint-Sulpice n auront pas à l\u2019abandonner, nous semble-t-il, lorsqu\u2019ils sentiront les appels de Dieu à une oraison plus haute.S\u2019ils connaissent bien leur méthode, ils n\u2019auront alors qu\u2019à laisser tomber ces actes qui leur était nécessaires, mais dont ils n\u2019ont plus le même besoin, qui n\u2019avaient été ajoutés là que pour aider leur ascension.Que si Dieu, pour un temps, les laisse retomber dans la médi- 63.\u2014Id., mars 1927, pp.131-142. LA REVUE DOMINICAINE tation discursive, ils retrouveront facilement une habitude non encore oubliée.De même encore, à mesure que leurs affections se simplifieront, elles pourront contenir, moins séparés, moins explicites, surtout moins exprimés par des paroles, les deux actes essentiels de notre méthode: adoration et communion, et cela par un penchant naturel qu\u2019ils auront développé et que la grâce ne détruira pas.Enfin il nous semble que la prière ardente du commencement de l\u2019oraison, dans laquelle ils renoncent à leur propre lumière et à leur propre activité, le regard amoureux qu\u2019ils auront pris l\u2019habitude de prolonger sur la personne adorable de Jésus, l\u2019habitude encore d\u2019offrir leur intérieur, comme une toile, aux touches successives du peintre divin, les prépareront, par manière de disposition éloignée, à se soumettre à cet envahissement de la grâce souveraine que l\u2019on appelle contemplation.Dans cet ordre, il est bien certain que l\u2019action de Dieu ne saurait être soumise aux principes, aux divisions ni aux unifications d\u2019une école, quelque parfaite qu\u2019on la suppose.Mais ce que nous savons de l\u2019oraison mystique du Cardinal de Bérulle et de Monsieur Olier nous montre que ces deux actes essentiels de la méthode d\u2019oraison de Saint-Sulpice, de leur nature, ne répugnent pas à la contemplation, au contraire.Si l\u2019on veut bien tenir compte de ces explications et de ces restrictions, l\u2019on comprendra dans quel sens profond nous disons: notre méthode d\u2019oraison est toute simple, elle convient à tous les sujets, elle propose une série d\u2019actes bien enchaînés et faciles à suivre, elle convient, dans un sens gradué, à tous les états inférieurs de la perfection et prépare, d\u2019une certaine manière, à la contemplation, plutôt qu\u2019elle ne l\u2019empêche.Ce n\u2019est pas pour nous une des moindres raisons que nous ayons de vouloir en propager l\u2019usage.I Kîrad' K ho! : :;ff| «tf .Ollt! I 1# COD'1 '51' a!s OU VONT NOS VIES ?(Aux jeunes gens) Vivre, c\u2019est s\u2019organiser par un principe intérieur et selon une idée, c\u2019est se continuer, s\u2019enrichir, se développer.Vivre, c\u2019est tendre vers son bien en vertu d\u2019une inclination instinctive, c\u2019est à l\u2019occasion s\u2019y parfaire et s\u2019y reposer.Vivre, en conséquence, c\u2019est réaliser progressivement le type de son idéal, puisque c\u2019est se porter par poids de nature vers son propre achèvement.Influx mystérieux, secrète dispensation d\u2019énergie, vertu spontanée qu\u2019une main à la fois fois magnifique et miséricordieuse a gratuitement déposés au sein de la matière pour en secouer l\u2019inertie, pour lui donner une âme, pour le faire se traduire au dehors en mouvement et en fécondité : voilà la sublime réalité qu\u2019évoque le mot vie ! Idée d\u2019élan intime, idée d\u2019effort intense, idée de plénitude.Nous l\u2019utilisons pour caractériser tout ce qui remue, tout ce qui travaille, tout ce qui s\u2019épanouit: Activité capricieuse et gazouillante du ruisseau qui descend de la montagne, allure rapide de la locomotive haletante et enfumée, qui emporte tout un monde de passagers à travers la plaine, splendeur des printemps.c\u2019est ce que nous appelons la vie.Mais la vie ne se manifeste proprement que dans trois catégories d\u2019êtres : les plantes, les animaux, les créatures douées d\u2019intelligence.Dans les plantes, disait un Ancien, on entend pour la dernière fois le son de la vie.Elles occupent dans l\u2019univers le dernier étage où celle-ci s\u2019exprime.Et pourtant, quoi de plus merveilleux déjà que la vie dans la plante ! Quoi de plus déconcertant pour la pensée que cette force intime sous la poussée de laquelle un arbre 480 LA REVUE DOMINICAINE sort au sol, jette des branches, pousse des feuilles et des fleurs, s\u2019épanouit en une riche production de fruits.Cependant, ce n\u2019est là que l\u2019expression la plus imparfaite de la vie.On a assisté au concert des aurores, on a goûté cette musique de gaieté et d\u2019amour dont les oiseaux remplissent les matins de l\u2019été.Les poètes ont chanté les admirables instincts de l\u2019abeille et la laborieuse industrie de la fourmi.Et qu\u2019est-ce qui inspire, qu\u2019est-ce qui soutient, qu\u2019est-ce qui explique tout cela, si ce n\u2019est la vie ?La vie a encore des accents plus étonnants, des chants plus expressifs; et qui n\u2019a jamais été ravi en écoutant la symphonie divine qu\u2019elle entonne dans l\u2019intérieur des âmes ?Qui donc a pu se défendre du charme et de la grâce qu\u2019elle revêt dans le sourire des petits enfants ?Joues rondes qu\u2019un sang neuf empourpre, yeux vifs où étincelle l\u2019intelligence, cœur pur qui s\u2019ouvre aux tendresses comme au soleil les fleurs, menottes dodues qui ne cherchent qu\u2019un visage maternel à caresser, lèvres vermeilles qui n\u2019attendent qu\u2019une bouche à baiser.Qui donc n\u2019a pas éprouvé un jour les frais enthousiasmes, les saines ardeurs, les visions magnifiques que la vie inspire à l\u2019adolescent pour le faire se lancer à corps perdu à la conquête de l\u2019avenir ?L\u2019océan est moins remué que son âme, les vagues s\u2019y succèdent moins pressées.Profond mystère que celui de la vie pour qui se prend à y réfléchir ! Mystère de pensée et mystère d\u2019amour; mystère de l\u2019esprit et mystère du cœur ! L\u2019esprit, éclair qui jaillit de notre âme pour la porter \u2018\u2018sur son aile de lumière jusqu\u2019aux sommets du monde\u201d, jusqu\u2019au seuil du divin et de l\u2019infini ! La pensée, flamme spirituelle qui peut pénétrer jusqu\u2019aux raisons OÙ VONT NOS VIES ?481 secrètes des choses, dominer le défilé des âges, et envelopper, pour en faire sa propre substance, l\u2019infinité des êtres qui composent l\u2019univers.Mystère de la pensée doublé de celui de l\u2019amour.L\u2019amour, pente suave de l\u2019âme par laquelle elle s\u2019échappe d\u2019elle-même et descend sur ce qui l\u2019entoure, feu immatériel qui la réchauffe, souffle ardent qui l\u2019anime, force impérieuse qui la captive, qui la projette au dehors, qui l\u2019élargit et la multiplie en l\u2019unissant à d\u2019autres êtres.De la connaissance et de l\u2019amour se concertant pour envahir une âme résulte un autre mystère : celui de la lumière fécondée par la flamme, celui des élans généreux et des actions sublimes, celui des grandes âmes et des grandes vies.Mais la vie de l\u2019homme dans ses dernières profondeurs renferme encore quelque chose qui échappe plus invinciblement à l\u2019effort de la réflexion.Richesses cachées, réserve d\u2019insaisissable énergie, immanence indicible, réceptivité infinie.Qui dira jamais ce qu\u2019est le fond de l\u2019âme où peut se lire l\u2019image de Dieu et où se dessinent des lignes d\u2019un art consommé, qui, comme d\u2019immenses bases, semblent attendre l\u2019édifice d\u2019un temple divin ?* * * Quand on est jeune, on croit à la vie, on lui accorde facilement toute sa confiance, on la regarde comme un trésor, comme la \u201cperle précieuse\u201d pour laquelle il faut sacrifier tout le reste.On s\u2019éprend de sa beauté, on attend beaucoup de ses promesses.On en dit la joie, on en savoure le bonheur.On lui élève un temple dans son imagination, on la pare de toutes les beautés rustiques cueillies au cours de l\u2019enfance à travers nos prés et nos 482 LiA REVUE DOMINICAINE bois, on la couvre du vêtement magique de ses naïves et fantaisistes aspirations, on lui voue un culte mêlé de piété et de poésie.Mais hélas ! cet âge enchanteur de l'espérance et du rêve cède trop tôt la place à la tentation et au doute.A peine s\u2019engage-t-on un peu sérieusement dans la vie, qu\u2019on devient l\u2019objet de sensations analogues à celles qu\u2019éprouve le voyageur qui s\u2019aventure et s\u2019enfonce pour la première fois dans la solitude morne et le silence lugubre des vastes déserts de l\u2019Orient, on ressent comme une vague étreinte de l\u2019âme, comme un saisissement irréfléchi du cœur, comme une appréhension instinctive de l\u2019inconnu.A ce premier état d\u2019âme viennent s\u2019ajouter tantôt les sourdes anxiétés d\u2019une nature sujette à l\u2019inquiétude, tantôt la perte cruelle d\u2019une âme qui tenait intimement à la nôtre, tantôt une goutte de liqueur empoisonnée provenant de la lecture hasardée d\u2019un mauvais livre, tantôt la douleur du déclassement social de ceux sur lesquels nous avions fait reposer notre avenir, tantôt l\u2019épreuve flétrissante de la déchéance morale de ceux qui nous sont unis par le sang ou l\u2019amitié, tantôt enfin le spectacle des ambitions qu\u2019il nous a fallu étouffer, des espérances qu\u2019il nous a falu arracher et de tous les \u201cmorts\u201d que nous portons \u201centerrés\u201d dans notre cœur.Et alors nous sommes pour de bon en présence de la vie réelle.La réflexion monte au cerveau, on prend conscience que le rêve doit être remplacé par la conviction, que .l\u2019enthousiasme doit être fortifié par une saine philosophie.Il faut trouver une ancre à laquelle on puisse fixer sa destinée.Les questions se multiplient, un problème s\u2019esquisse, c\u2019est l\u2019inquiétude, l\u2019angoisse, parfois même la nuit profonde et l\u2019exaspération. OÙ VONT NOS VIES ?483 Tout homme pensant passe, un jour ou l\u2019autre de son existence, par ce bouleversement du champ de l\u2019âme et est appelé à résoudre cette énigme.Si ce n\u2019est pas l\u2019épreuve, si ce n\u2019est pas l\u2019injustice ou les échecs décevants qui l\u2019amènent ainsi à douter de la valeur de la vie, ce sera cet effluve de sensibilité qui monte à la surface de la conscience et menace de noyer toutes les idées reçues jusque-là comme incontestables, ce sera la frénésie des sens, ce seront les sollicitations puissantes de la volupté.Qu\u2019est-ce que la vie ?Quel en est l\u2019aboutissement ?Vaut-elle la peine qu\u2019on renonce au plaisir, vaut-elle qu\u2019on s\u2019impose pour elle des sacrifices qui ne pourront être réalisés qu\u2019à force de luttes, de meurtrissures, de combats, d\u2019où nous sortirons tantôt vainqueurs tantôt vaincus, de chutes honteuses dont il sera pénible de nous relever ?Qu\u2019est-ce que la vie ?Sombre gorge, amère douleur, drame tragique.Tout s\u2019agite, s\u2019inquiète, cherche, va quelque part.Qu\u2019est-ce que l\u2019homme ?Quid est homo ?Un roseau brisé ?Une mèche qui s\u2019éteint ?L\u2019inconnaissable l\u2019entoure, le mystère l\u2019enveloppe et l\u2019étreint.D\u2019où vient-il ?Serait-ce une noble victime du sort, gémissante, désemparée, éperdue, jetée ça et là comme les vagues de la mer ?Où va-t-il ?Tout change, tout s\u2019en va, tout meurt autour de lui.Generatio præterit, generatio advenit.Les générations passées dorment dans la poussière des tombeaux.L\u2019homme, c\u2019est une tendance.Serait-ce une tendance sans terme ?L\u2019homme, c\u2019est un désir.Serait-ce un désir sans espérance ?L\u2019homme c\u2019est une force.Serait-ce une force qui va et qui va dans la nuit ?Voilà l\u2019énigme, l\u2019énigme que nous sommes impuissants à résoudre seuls.Il nous faudra donc interroger nos semblables et connaître ce qu\u2019ils ont pensé de la vie. 484 LA REVUE DOMINICAINE Mais quel livre contient le secret de la vie ?Serait-ce celui de l\u2019impiété ?Les impies, ingénument cyniques, vous déclameront des formules qui heurtent le sens commun et ne feront qu\u2019exaspérer votre angoisse.Ils sont, selon le mot de Maurice Barrés, des égoïstes atroces et des orgueilleux méprisants.Ils méconnaissent de parti pris toutes les manifestations sublimes de la pensée et les besoins pressants du cœur.Ils essaient d\u2019étouffer en nous les grands élans nostalgiques de l\u2019âme et tous ses nobles pressentiments.Leur doctrine ressemble aux incohérences d\u2019une nuit de cauchemars.Serait-ce le livre de la Science ?La science modeste, comme celle d\u2019aujourd\u2019hui, vous avouera son incompétence en matière religieuse.Sa mission n\u2019est pas de répondre aux problèmes de l\u2019origine et de la destinée de l\u2019homme.Ses oracles sur ce sujet n\u2019ont qu\u2019une valeur d\u2019entraînement.Serait-ce le livre des philosophes ?Les philosophes pourront vous donner des aperçus grandioses, mais jamais ils n\u2019articuleront le dernier mot de l\u2019énigme.Cicéron, dans des pages qui demeureront éternellement célèbres tant à raison de l\u2019élévation de la pensée que de la noblesse des sentiments qu\u2019elles expriment,.Cicéron est hésitant quand il en vient à traiter les questions qui intéressent le plus vivement l\u2019humanité.Entendons ses enseignements.Selon lui, pour chercher où vont nos vies, il faut prendre la nature de l\u2019homme comme point d\u2019appui de nos investigations.Ce qui caractérise l\u2019homme, c\u2019est la raison.\u201cCet animal si prévoyant, si pénétrant, si composé, doué de sagacité, de mémoire, de raison, de conseil, et que l\u2019on appelle l\u2019homme, a été engendré par le Dieu suprême avec une OÙ VONT NOS VIES ?485 noble destinée: seul de tant d\u2019espèces et de nature d\u2019animaux, il est participant de la raison, et de la pensée.Or, qu\u2019y a-t-il, je ne dis pas dans l\u2019homme, mais dans tout le ciel et la terre, de plus divin que la raison ?\u201di La pensée, émanation des cieux, est donc la garantie de la spiritualité et de l\u2019immortalité de nos âmes.C\u2019est sur cette doctrine qu\u2019il étaiera plus tard ses théories sur le droit des Mânes et la religion des tombeaux.C\u2019est aussi la spiritualité de notre âme qui explique le jeu spontané de notre pensée.Dotés par la nature de dispositions innées à la connaissance de certains principes qui sont comme les semences de la science et les premières ébauches de la vertu, nous appuyant sur ces dons comme sur un fondement stable, nous prenons notre vol, nous croissons, nous nous épanouissons jusqu\u2019à la sagesse et la vertu.\u201cLorsque l\u2019âme aura bien observé le ciel, la terre, l\u2019océan, toute la nature, lorsqu\u2019elle aura vu d\u2019où toutes les choses ont été engendrées, où elles retournent, quand, comment elles se détruiront, ce qu\u2019il y a en elles de mortel et de périssable ce qu\u2019il y a de divin et d\u2019éternel,.lorsqu\u2019elle connaîtra qu\u2019elle n\u2019est point un habitant d\u2019une enceinte fermée par des murailles, mais un citoyen du monde, de la cité unique ; alors., grands dieux ! comme elle se connaîtra elle-même ! Comme elle méprisera, comme elle dédaignera, comme elle traitera à l\u2019égal du néant toutes ces choses que le vulgaire appelle grandes !\u201d Mais où l\u2019esprit de Cicéron tremble, faiblit, fait naufrage; où il déclare son impuissance; où ses affirmations deviennent imprécises et flottantes, c\u2019est lorsqu\u2019il aborde le problème de l\u2019état de l\u2019homme après sa mort.\u201cCelui qui se connaîtra lui-même sentira qu\u2019il 1\u2014Pensées extraites du \u201cDe Legibus\u201d; édit.Nisard. 486 LA REVUE DOMINICAINE possède quelque chose de divin,.il le regardera comme une image sacrée, comme le dieu du temple.\u201d L\u2019âme est une image sacrée ou le dieu du temple.Voilà qui est bien vague.Est-ce un dieu ou l\u2019image d\u2019un Dieu ?Si elle n\u2019est qu\u2019une similitude spirituelle de Dieu, qu\u2019un reflet animé de son visage; si elle est de par sa nature infiniment distante des dieux, comment pourra-t-elle avoir dans l\u2019Au-delà le même objet de connaissance et d\u2019amour que ces substances supérieures ?Si par contre elle est une émanation, une parcelle de la Divinité, nos Mânes pourront retourner dans la société des dieux d\u2019où elles sont descendues.Mais il y a toujours le problème du mal avec lequel il faut compter.Si l\u2019âme est divine, peut-on rendre les dieux responsables des turpitudes éhontées des hommes ?Peut-on raisonnablement croire qu\u2019une vie de vertu aura le même dénouement qu\u2019une vie de débauche ?\u201cLorsque la loi prescrit, écrit avec embarras Cicéron, le culte de ceux d\u2019entre les hommes qui ont été sanctifiés, elle indique que si les âmes de tous sont immortelles, celles des bon* et des forts sont divines.\u201d Toutes les âmes sont immortelles, les unes, à raison de leurs vertus, sont divines, les autres sont.\u201d Le problème de la destinée future de l\u2019homme, voilà la pierre d\u2019achoppement à laquelle se heurta la pensée de Cicéron.Celle d\u2019Aristote avait sombré au même endroit.Mais les considérations de ce grand philosophe sur la nature de l\u2019âme sont beaucoup plus précises et préparent à merveille la doctrine qu\u2019allait prêcher le Christ.Pour le Stagyrite, la vie sur la terre a son dernier épanouissement dans l\u2019âme humaine.Celle-ci en est la fleur la plus haute.Elle est le résumé substantiel, le rendez-vous harmonique, le concert vivant de toutes les perfections répandues dans la créature matérielle.En OÙ VONT NOS VIES ?487 outre, si l\u2019âme, eu égard à sa grande perfection, assume la fonction des autres vies, elle se classe d\u2019emblée par sa fonction propre dans un ordre qui les dépasse toutes.Il est manifeste en effet que nous pouvons devenir par la connaissance la nature de toutes choses.Comme les eaux cristallines de la fontaine revêtent, dans l\u2019ordre de représentation, la forme des images qui se reflètent en elles, ainsi notre âme se transforme par un acte vital en la nature des choses qu\u2019elle perçoit.Il est donc par trop apparent que les êtres ne viennent pas en nous comme ils existent en réalité, car notre connaissance aurait vite atteint ses limites ; mais ils pénètrent en notre esprit dépouillés de leur matérialité.Au surplus, n\u2019avons-nous pas l\u2019expérience que ce qui affecte physiquement nos facultés restreint notre puissance de perception ?La fièvre et les aigreurs de la maladie rendent tout amer au goût.De même l\u2019intelligence.Si elle était altérée par la nature d\u2019un objet corporel, sa puissance de discernement serait empêchée pour autant et ses appréciations faussées.Le principe d\u2019intellection de l\u2019homme est donc, à raison de son universalité, spirituel, il accueille en lui les êtres sous leur forme spirituelle.C\u2019est là, pour Aristote, la seule explication possible du phénomène mystérieux de l\u2019assimilation intellectuelle.Et qui plus est, non seulement l\u2019intelligence est esprit, mais elle est indépendante de nos organes dans son acte propre, la pensée.Nos organes corporels ont une nature déterminée.Ils sont de par leur structure interne ordonnés à une catégorie de faits sensibles.L\u2019œil ne pourra jamais entendre les sons.Et il suit de là que si notre pensée était à la merci des sens, elle serait enchaînée aux phénomènes sensibles.Elle ne pourrait pas prendre son essor, 488 LA REVUE DOMINICAINE survoler les mondes, juger ses actes et apprécier ses propres jugements.Elle ne pourrait pas s\u2019engager à la recherche des causes et comprendre la raison des êtres.L\u2019idéalité immanente à toute chose, n\u2019étant pas l\u2019objet des sens, échapperait à nos investigations.Et Aristote conclut de là que l\u2019âme, étant totalement affranchie de la matière, est incorruptible et immortelle.Cependant il professe que si elle est spirituelle et indestructible, elle n\u2019est toutefois qu\u2019une reproduction lointaine, qu\u2019une image pâle et éloignée de cette Source transcendante et infinie de vie, de cette Océan de lumière et de flamme qui illumine et embrase de toute éternité la Cause des causes.Il y a une distance infinie entre ces deux êtres.L\u2019essence de la Cause des causes est totalement en dehors de la portée naturelle de notre esprit.Et il infère tristement de ces données qu\u2019il nous sera absolument impossible, laissés à nos propre* ressources, d\u2019entrer dans la société de la Cause des causes, de nous initier à ses mystères, de partager ses amours et de nous asseoir à la table de son éternelle félicité.Cela ne pourra tout au plus se faire que par un secours gratuit venant d\u2019En-Haut.Un jour ce grand homme, qui est resté comme la personnification du génie grec, sentit approcher la mort.Etendu sur sa couche, chaque jour il avait l\u2019impression que la vie se retirait progressivement de ses membres, et il assistait, perclus de douleurs, à ces brisures intérieures par où l\u2019âme menace de s\u2019évader.La pâleur expressive de ses traits, la mobilité de son regard livide laissaient entrevoir que les pensées affluaient à son cerveau et qu\u2019une angoisse aiguë étreignait sa conscience.Il avait passé par la vie, son âme en avait contracté les inévitables souillures; comment pouvait-il espérer qu\u2019elle OÙ VONT NOS VIES ?489 allait entrer dans le cercle des amis de l\u2019Etre souverainement pur ?Allait-elle errer de toute éternité comme un fantôme, comme une ombre réprouvée dans l\u2019obscurité des mondes ?.Problème terrible qui le tourmentait plus cruellement que sa maladie ! Quelques jours s\u2019écoulèrent dans cette agitation profonde, et alors, comme il allait exhaler le dernier soupir, dans un sursaut d\u2019espoir que le ciel dut agréer, il proféra ces mots : \u201cCausa causarum.Cause des causes, aie pitié de moi !.\u201d L\u2019homme est par conformation de nature impuissant à s\u2019élever seul jusqu\u2019à la vision de Dieu; l\u2019homme se présente presque toujours à Dieu avec une conscience grevée de culpabilité.Quelle sera la solution de l\u2019Au-delà ?Mystère !.Voilà ce que vous répondront les philosophes.* * * Il était réservé à l\u2019Homme-Dieu de résoudre l\u2019énigme.C\u2019e*t en sa doctrine qu\u2019il faut aller chercher la réponse à nos doutes et l\u2019apaisement à nos angoisses.La vie est une création divine.C\u2019est une flamme descendue des deux au cœur de l\u2019humanité.Pour la comprendre, il faut regarder en haut.Son principe est dans l\u2019amour, sa fin sera dans l\u2019amour.L\u2019amour, l\u2019amour immense, l\u2019amour incompréhensible est l\u2019Alpha et l\u2019Omega de tout.Dieu, bonté sans rivages, aspira un jour, dit la \\ Sainte Ecriture, à se répandre et à faire des êtres participants de sa splendeur et de sa félicité.Pensif, recueilli, rassemblant la meilleure flamme de son suprême génie, il ne trouva pas de meilleur idéal que celui de sa propre nature.A la seule pensée de ce dessein, son âme, comme celle des artistes inspirés, s\u2019éprend de complaisance, d\u2019enthousiasme, d\u2019exaltation sacrée.Il se penche, souffle sur 490 LA REVUE DOMINICAINE notre boue et l\u2019anime d\u2019un esprit de vie: \u201cPensée infinie à laquelle s\u2019allume la nôtre, Comme un flambeau s\u2019allume au toucher d\u2019un flambeau.\u2019 Le corps est argile et glace, l\u2019âme est éclat du Soleil éternel ; elle porte, empreint en traits sacrés, le sceau de la splendeur des cieux: Signatum est super nos lumen vultus tui.Le corps alourdit l\u2019homme et le fait pencher vers la terre, l\u2019esprit tente de l\u2019emporter sur son aile et le fait brûler de la nostalgie de retourner à Dieu.Mais les œuvres de Dieu sont d\u2019un fini achevé; elles révèlent la touche d\u2019un artiste riche en procédés.L\u2019homme entra dans l\u2019univers paré des mains de la nature et orné des dons de la grâce.Dieu ne mit pas seulement en lui les germes de la sagesse et de la vertu naturelles, mais, par un excès de magnificence, il déposa en son âme la semence de la gloire et inséra en ses facultés des énergies sublimes, des renforcements de surcroît lui permettant d\u2019atteindre un but qui dépasse infiniment les fins de sa nature.O Dieu, que vos desseins sont impénétrables ! Cet organisme divin, cette vocation céleste appelait des mœurs divines ; et hélas ! l\u2019homme eut le malheur de pécher.Alors il se passa une de ces scènes poignantes auxquelles le monde assiste parfois en temps de guerre.Lorsque le crime pénètre dans un temple, lorsque les profanations s\u2019y installent, le prêtre d\u2019une main pieuse arrache les crucifix aux murs, dépouille les autels de leurs ornements et de leur pierre sacrée, éteint les feux de la lampe et s\u2019en va, l\u2019âme attristée, apportant avec lui tout ce qui témoignait en cette enceinte de la présence de Dieu.Seules, la structure religieuse de la colonnade ' 1 et s\u2019a: IIOII I ,J ! i T P Silts had mï OÙ VONT NOS VIES ?491 et les lignes des voûtes restent là, pour attester la grandeur de sa destinée passée.Tel demeura le premier homme après le péché.Découronné des dons de Dieu, dépossédé de ses divines espérances, il comprit la grandeur de sa déchéance et s\u2019affaissa de douleur.Etre éternellement en proie à la souffrance et aux misères de toutes sortes, quelle triste fortune ! Il allait s\u2019abîmer dans le désespoir, lorsque Dieu lui fit soudainement apercevoir dans les siècles lointains la figure attendrie du Christ.Le Christ, c\u2019était la lueur d\u2019un nouvel espoir, c\u2019était le rachat, c\u2019était la régénération, c\u2019était le renouvellement dans la vie.Ecce nova facio omnia.Désormais, sans le Christ, tout est perte, tout est néant ; avec le Christ, tout est fécondité, tout est permanence dans la vie.\u201cJe suis la résurrection et la vie: celui qui se confie en moi, même s\u2019il lui arrive de mourir, vivra, et celui qui vit et croit en moi est à l\u2019abri des atteintes de la mort éternelle.\u201d Aux jours de la résurrection, il n\u2019est pas jusqu\u2019à ses os qui tressailliront d\u2019un frisson de vie: Exultabunt ossa humiliata.Du Christ, des flots de sève régénératrice s\u2019échappent et débordent sur les deux penchants de l\u2019humanité: \u201cJe suis venu pour qu\u2019ils aient la vie et qu\u2019ils l\u2019aient avec surabondance.\u201d Les patriarches vivaient l\u2019âme tendue par l\u2019espérance vers les mérites du Christ; nous, nous n\u2019avons qu\u2019à ouvrir les nôtres à ses sacrements, et elles sont fécondées par le germe d\u2019une éternelle survivance.Germe si actif, si puissant, qu\u2019il s\u2019insinue dans nos facultés pour les pénétrer de ses effusions suaves, pour les transformer, pour les rendre capables d\u2019entrer dans la félicité de Dieu et d\u2019émettre ses propres actes de connaissance et d\u2019amour. 492 LA REVUE DOMINICAINE Oh ! comme le noble cœur d\u2019Aristote eut été transporté de pieuse exaltation en présence d\u2019une pareille vocation ! La vie, c\u2019est l\u2019acheminement vers la gloire, c\u2019en est le prélude.Tout a commencé dans l\u2019amour, le cercle se fermera dans l\u2019amour.Elle n\u2019a de sens que si elle est suspendue à l\u2019éternité.Elle ne s\u2019explique qu\u2019en rapport avec cet Etre en qui la Divinité est venue établir substantiellement sa demeure et qui produit la vie de source, comme le soleil la lumière et le feu la flamme: \u201cDe même que Dieu le Père avait la vie en lui-même, ainsi il a donné à son Fils Jésus d\u2019avoir la vie en lui-même.\u201d Elle n\u2019a de valeur que si elle est en communion avec cette suprême Vie: en elle est l\u2019atmosphère idéale où nous trouvons à respirer à l\u2019aise; \u201cJe suis la vigne, vous êtes les sarments.\u201d Notre existence n\u2019atteindra son terme qu\u2019en se solidarisant, qu\u2019en s\u2019incorporant à celle du Christ.Le principe supérieur de vie qui l\u2019animait, le fit, par spontanéité naturelle, remonter à son Père; ainsi le jet de vie que nous participons de lui rebondira jusqu\u2019à la cité éternelle.Heureux celui qui sait goûter les suavités du Seigneur ! \u201cComme un arbre planté au bord des eaux, il fleurira, il sera chargé de fruits en son temps, il ne s\u2019en perdra pas un seul.Le Seigneur ira recueillant toutes ses bonnes œuvres.il le remplira de l\u2019abondance de sa maison, il l\u2019enivrera du torrent de ses délices,\u201d il le fera entrer dans une extase éternelle.Un poète désespéré a dit: \u201cJésus, ce que tu fis, qui jamais le fera ?\u201d Qui jamais le fera ?C\u2019est nous tous qui le ferons, en marchant sur vos traces.C\u2019est nous qui avons le senti- OÙ VONT NOS VIES ?493 ment et la conviction de porter en nos âmes les divins effluves de votre vie.C\u2019est nous qui, en adhérant à votre Vérité, sommes en communion avec votre Personne et votre Esprit.C\u2019est nous dont le cœur bat d\u2019accord avec les palpitations du vôtre ; c\u2019est nous qui portons dans ce vase fragile les suaves parfums de votre divin amour.Christ adoré, c\u2019est nous qui irons par le monde pour le faire retentir des douceurs de votre nom, nous surtout qui, recevant sur nos fronts votre onction sacrée, vous distribuerons en pâture aux âmes.C\u2019est nous qui, vous ayant connu, aimons la vie jusqu\u2019à l\u2019ivresse et voulons la faire aimer au monde.P.Louis Lachance, O.P.-*- LE SENS DES FAITS Notre nouveau Délégué Apostolique La Revue Dominicaine a la joie très vive aussi bien que le devoir d\u2019offrir à son Excellence le Délégué Apostolique, Monseigneur André Cassulo, Archevêque titulaire de Léontopolis, récemment arrivé à Ottawa, ses souhaits de cordiale bienvenue, en la priant de daigner agréer l\u2019humble hommage d\u2019une filiale obéissance et d\u2019un entier dévouement au service de l\u2019Eglise.Son Excellence vient à nous comme l\u2019auguste représentant de la plus sainte dignité, de la plus haute et de la plus bienfaisante autorité en ce monde.Toutes les fibres de notre âme de Prêcheurs et de notre cœur canadien nous attachent à la Sainte Eglise catholique romaine, à nos évêques vénérés et par-dessus tout, au \u201cdoux Christ sur terre\u201d, notre Saint-Père le Pape Pie XL 494 LA REVUE DOMINICAINE Son Excellence elle-même ne nous est pas étrangère.Nous savons que S.E.le Cardinal Mistrangelo, Archevêque de Florence, aveva in corde, son dévoué Vicaire Général.Nous connaissons la grande charité pastorale de Vévêque de Fabriano e Matelica, et son zèle remarquable pour Vaction catholique.Nous connaissons aussi quelques-uns des mérites du Délégué Apostolique en Egypte: sa sage bonté qui a su conquérir le cœur des petits et des grands, l\u2019affection des catholiques de rites différents et de races diverses ainsi que l\u2019admiration des non catholiques, en faisant régner partout la paix du Christ dans la charité du Christ, son activité heureuse et féconde, qui, en deux ans et quelques mois seulement, a pu fonder l\u2019Union catholique, organiser avec succès un Congrès d\u2019action religieuse et sociale, et construire au Caire, sur Vile enchanteresse de Ghezireh, le palais apostolique de la Délégation.C\u2019est, dit-on, une œuvre splendide d\u2019architecture florentine, pleine de grâce et de lumière, noble et simple, ordonnée et mesurée, comme la pensée du maître qui a présidé à son exécution: \u201celegans non magnifica, splendida non sumptuosa.\u201d Le discours d\u2019adieu de son Excellence au Caire, coïncidant avec la cérémonie d\u2019inauguration de son palais apostolique, en présence du représentant du Gouvernement et du président du Conseil, d\u2019un grand nombre de ministres, de diplomates, d\u2019évêques et de prêtres, unissait à l\u2019élévation de pensée des grands pontifes, la sagesse du diplomate et de l\u2019homme d\u2019Eglise, à la culture de l\u2019esprit et à la délicatesse exquise du cœur, ce souffle de piété qui conquiert les âmes et les inclme vers le Maître divin.Pendant son séjour au couvent des Dominicains du Saulchoir, en Belgique, Monseigneur Cassulo amait à se faire tout à tous comme un grand frère.C\u2019est dire encore que déjà nos cœurs lui sont ouverts et qu\u2019il peut LE SENS DES FAITS 495 compter sur une affectueuse gratitude et une fidèle coopération de notre part.Inclinés devant notre nouveau Délégué Apostolique, nous le saluons avec respect et reconnaissance comme la personne même du Souverain Pontife, comme un témoignage vivant, permanent de sa très grande bienveillance envers les Catholiques du Canada; et en bénissant le Saint-Père, nous disons aussi à Son Excellence : Bene-¦dictus qui venit in nomine Domini.La Direction.Dans VOrdre Rome.\u2014Le troisième miracle requis pour la canonisation de la Bse Imelda Lambertini a été soumis à la S.\tCongrégation des Rites à la suite du procès apostolique instruit par Mgr l\u2019Evêque de la Havane.\u2014 Le Rme P.Général a renommé pour six ans le T.\tR.P.Dhorme, Directeur de l\u2019Ecole Biblique de Jérusalem.Espagne.\u2014A la Semaine d\u2019Apostolat eucharistique, tenue à Barcelone, du 25 avril au 1er mai, une motion fut présentée à l\u2019Evêque pour demander au Saint-Siège de déclarer S.Thomas d\u2019Aquin, Patron principal des Associations eucharistiques du monde entier.France.\u2014Le T.R.P.Stanislas Gillet, professeur à l\u2019Institut Catholique et Directeur de la Revue des Jeunes, a donné à Paris, chaque dimanche de mai et de juin, un sermon diffusé par la T.S.F.\u2014 Le dix-neuvième Pèlerinage français du Rosaire à Lourdes aura lieu le 4 octobre, sous la présidence de Mgr DuBois de la Villerabel, évêque d\u2019Annecy.Canada.\u2014Les cinq cloches de l\u2019Eglise Notre-Dame «lt Grâce seront bénites en plein air le dimanche 25 sep- 496 LA REVUE DOMINICAINE tembre et installées dans le nouveau campanile pour la Fête du Rosaire.\u2014 La retraite sacerdotale de Regina, Sask., a été prêchée en français par le T.R.P.Alphonse Langlais, Provincial, et en anglais par le R.P.Thomas-M.Gill.\u2014 Le T.R.P.Béliveau et le R.P.Déziel ont prêché la retraite annuelle des Pères de la Congrégation de Ste-Croix à Saint-Laurent.\u2014 Le R.P.Antonin Bissonnette a donné l\u2019un des sermons de circonstance au Congrès Général de TA.C.J.C.à Saint-Hyacinthe et à l\u2019Exposition Missionnaire de Joliette.\u2014 Le T.R.P.Paul-Arsène Roy a prêché au Congrès Eucharistique de la Rivière-du-Loup, et le R.P.Sébastien Piché, à la bénédiction des cloches de Tecumseh, Ont.\u2014 Le R.P.Jean-Dominique Mauger a donné un cours sur Les abus d\u2019autorité à la Semaine Sociale de Québec.\u2014 Le R.P.Benoît Mailloux est de retour de Rome et assigné comme professeur au Couvent d\u2019Ottawa.\u2014 Le R.P.Marie-Joseph Légaré est de retour de Louvain et assigné comme prédicateur au Couvent de Saint-Hyacinthe.\u2014 Le R.P.Bérard a donné, le 7 août, le sermon de circonstance à St-Michel de Napierville où l\u2019on fêtait simultanément le 75e anniversaire de fondation de la paroisse, le 25ème anniversaire d\u2019ordination du Curé, M.l\u2019abbé Joseph-C.Geoffrion, et l\u2019inauguration d\u2019une nouvelle Académie tenue par les Sœurs de Ste Anne.\u2014 Le R.P.Raymond Voyer est parti pour Rome où il doit suivre des cours de perfectionnement au Collège Angélique.\u2014 Le R.P.Lamarche a donné le sermon de circonstance aux Noces d\u2019or de M.et Mme Adjutor Ménard, LE SENS DES FAITS 497 coïncidant avec la Première Messe de leur fils, le R.P.Wilfrid Ménard, S.J.\u2014 Les RR.PP.Louis Lachance et Antonin Papillon ont subi avec succès à Ottawa l\u2019examen pour le grade de Lecteur en Théologie.\u2014 Pendant qu\u2019on célébrait à Joliette les Fêtes de l\u2019Exposition Missionnaire \u2014 réplique de l\u2019Exposition de Rome et, à certains points de vue, plus intéressante \u2014 le Chapitre provincial des Dominicains, réuni à Saint-Hyacinthe, acceptait en principe une Mission en Indo-Chiné, quitte à fixer bientôt les limites territoriales et les autres conditions avec les Congrégations romaines et la curie généralice.Pareille décision, que des motifs péremptoires avaient retardée jusqu\u2019à ce jour, est bien conforme aux traditions de l\u2019Ordre, comme en fait foi son passé historique et son orientation actuelle.Sur 5,300 religieux, 731 sont voués aux travaux des missions, et de même 5,725 religieuses sur 26,330.Au Canada, de 1873 à 1927, il a fallu tout d\u2019abord se livrer à un travail nécessaire de stabilisation, et répondre aux besoins locaux de l\u2019apostolat.Mais le nombre des vocations ayant triplé durant les années dernières, il nous est enfin loisible de suivre l\u2019élan général et de desservir en pays infidèle un territoire à nos charges au lieu d\u2019y députer des aides.Nous confions cette entreprise, lourde à la fois de dangers et de promesses, à saint Dominique et à la Vierge du Rosaire, et nous la recommandons instamment aux prières de nos abonnés.\u2014 Pour la première fois depuis son érection, le spacieux monastère de Saint-Hyacinthe s\u2019est trouvé trop étroit pour loger tous nos visiteurs à l\u2019occasion de la Fête de saint Dominique et des nombreuses professions et vestitions qui devaient avoir lieu la veille et le jour même.Chaque heure apporta sa minute d\u2019intérêt ou 498 LA REVUE DOMINICAINE d\u2019émotion.Le 3 août, à l\u2019heure de Vêpres, onze postulants reçurent l\u2019Habit des mains du T.R.P.Provincial.C\u2019étaient MM.Lucien Landry, du collège de l\u2019Assomption, en religion Fr.Thomas-Marie; Marcel Desmarais, du collège Sainte-Marie, en religion Fr.Marcel; Rosario Lebel, du collège Sainte-Marie, en religion Fr.Louis-Marie; Marcel Charbonneau, du collège du St-Esprit (Ironside), en religion Fr.François-Marcel; Louis Bourque, du collège du Saint-Esprit, en religion Fr.Georges-Edmond ; André Guillemette, du collège des Trois-Rivières, en religion Fr.André-Marie; Adolphe Lambert, du collège de Québec, en religion Fr.Jean-Marie; Charles-Aime Bédard, du collège de Québec, en religion Fr.Raymond-Marie ; Côme Lemay, du collège de l\u2019Assomption, en religion Fr.Pierre; Roland Lanoue, du collège de l\u2019Assomption, en religion Fr.Antoine-Marie; Raphaël Couture, du collège Ste-Anne-de-la-Pocatière, en religion Fr.Paul-Dominique.D\u2019autres postulants sont attendus à la fin du mois.Le soir eut lieu dans le jardin du monastère la bénédiction d\u2019une Grotte de Lourdes, édifiée par les novices au bord d\u2019un étang artificiel et superbement décorée pour la circonstance.Sa Grandeur Mgr Rouleau, archevêque de Québec, présida cette cérémonie intime et y prononça une brève allocution.Le lendemain, la messe solennelle fut chantée selon l\u2019usage par le T.R.P.Ambroise, O.F.M., provincial des Franciscains, de Montréal, assisté des RR.PP.Archange, O.F.M., de Montréal, et Louis-Joseph, O.F.M., de Sorel.Une profession religieuse eut lieu après la messe.Les nouveaux profès, au nombre de douze, sont: les RR.FF.Jean-Marie Lafrance, Louis-Marie Régis, Gabriel Couture, Dominique-Marie Laurin, Philippe-Marie Rousseau, Antonin Loiselle, Joseph-Albert Champeau, Joseph- Jlarii Pierr encor II I préps !É! IP.tué L It, SS j Frère: tor s lé lè (kl: ! H! S it K Iffltl toro firs: t'®e C île LE SENS DES FAITS 499 Marie Parent, Ange-Marie Bégin, Réginald Bertrand, Pierre-Marie Letarte, Martial-Marie Bergeron.Feront encore profession à la fin d\u2019août et en septembre: les RR.FF.Rémi Dauphinais, Benoît Larose, Maurice Lizotte, Ferdinand Trudel et Arthur Granger.Le R.P.Albert, Mignault, prédicateur du triduum préparatoire, donna également le sermon de la fête.Les autres panégyriques furent prononcés à Ottawa par le R.P.Thomas-M.Charland, à Québec, par le R.P.François-M.Drouin, et à Montréal, par le R.P.Antonin Papillon.\u2014 Au couvent de St-Jean-Baptiste d\u2019Ottawa, la célébration de la S.Dominique présentait, cette année encora, son aspect coutumier de touchante simplicité.L\u2019événement le plus impressionnant de cette journée fut, sans contredit, le geste chevaleresque des neuf jeunes Frères qui s\u2019agenouillèrent au pied de l\u2019autel pour prêter leur solennel serment d\u2019éternelle fidélité à l\u2019Ordre et d\u2019entière obéissance à ses représentants.Que les révérends Frères Drouin, Brosseau, Gauthier, Dagenais, Charland, Lévesque, Brien, Surprenant, Lemieux, nous permettent de leur exprimer notre fraternelle affection et nos vœux ardents de longue et sainte carrière.Puissent les parfums de cet holocauste \u2014 précieux comme leur corps, leur âme et tous les biens de ce monde, \u2014 les poursuivre et les envelopper, tous les jours de leur vie, d\u2019une suavité céleste.In odorem suavitatis.Cette cérémonie fut suivie de la messe solennelle célébrée par le T.R.P.Etienne, O.M.C., as-assisté des RR.PP.Fernand et Marsolais, O.M.C., tous trois du Monastère des Pères Capucins d\u2019Ottawa.Cette fois encore, les Fils de S.François eurent la bienveillance de venir s\u2019associer à nos joies et à nos prières en témoignage de cette fidèle amitié qui perpétue, \u201caprès 500 LA REVUE DOMINICAINE sept siècles, à travers deux grands ordres, la mémoire d'un accord et le geste d\u2019un baiser.\u201d Le midi, notre modeste et cordiale hospitalité réunissait à notre table des hôtes remarquables et un fort groupe d\u2019amis de la communauté.Il nous plaît infiniment d\u2019exprimer notre reconnaissance à Son Excellence Mgr Cassulo, Délégué Apostolique au Canada, ainsi qu\u2019à Leurs Grandeurs Nosseigneurs Gauthier et Deschamps, de Montréal.Parmi les autres visiteurs nous tenons à signaler Mgr Bearzotti, secrétaire de la Délégation, le T.R.P.Robert, O.M.I., Recteur de l\u2019Université d\u2019Ottawa, M.le chanoine S.Corbeil, le T.R.P.Raymond-Marie, O.F.M., supérieur du Commissariat de Terre Sainte, M.le Dr Ed.Bourque, dont la présence nous toucha profondément, à l\u2019heure où il venait de donner à l\u2019Ordre un de ses fils.A la fin du banquet, le T.R.P.Paul-Arsène Roy, Prieur, présenta à Son Excellence les hommages de la communauté.Il rappela avec quelle fierté il accueillit les bienveillantes paroles du nouveau Délégué à l\u2019heure même de son arrivée dans la Capitale: \u201cJe suis Dominicain de cœur et d\u2019âme.\u201d Puis, en bénissant \u201cle bon vent qui a poussé Nosseigneurs Gauthier et Deschamps vers notre couvent,\u201d le T.R.Père les remercia de la sympathie constante que Leurs Grandeurs ne cessent de témoigner aux Dominicains.A cette adresse Son Excellence voulut bien répondre par des paroles qui produisirent chez ceux qui les recueillaient une impression profonde.Après avoir réitéré ses gages de bienveillance et d\u2019amitié pour l\u2019Ordre, Son Excellence évoqua quelques souvenirs dominicains rapportés de l\u2019Egypte, de Rome et de la France, en particulier du Saulchoir.La fameuse Terre cuite d\u2019Andrea della Robbia, à Florence, qui popularisa la scène du baiser des LE SENS DES FAITS 501 deux patriarches amis, inspira à notre vénérable Délégué de pressantes exhortations à la concorde et à la paix.Ses dernières paroles imploraient les prières de tous afin d\u2019obtenir du Ciel les grâces dont a besoin le représentant du Saint Père dans les délicates fonctions qui lui sont confiées.C\u2019est ainsi que la fête de S.Dominique, à Ottawa, nous apporta, une fois de plus, de réconfortantes paroles et de précieuses sympathies.Fra Domenioo.-*- L\u2019ESPRIT DES LIVRES T.R.P.Szabo, O.P.\u2014 \u201cLe Rme P.Hyacinthe-Marie Cormier\u201d, Notes biographiques.Adaptation française par le R.P.Louis Rousseau, O.P.64 p.Rome, Collège Angélique, 1927.Le vénéré supérieur de St-Sulpice, M.Lecoq', savait trouver d\u2019instinct le mot qui fait plaisir.Il me disait au retour d\u2019un voyage d\u2019Europe où il avait pris part aux Fêtes de béatification du Curé d\u2019Ars: \u201cMon cher Père, dans l\u2019immense défilé qui parcourut ce jour-là le village d\u2019Ars, celui qui rappelait davantage le Bienheureux, par la ressemblance et l\u2019attitude, c\u2019est votre Général, le bon Père Cormier.\u201d De la part d\u2019un homme qui devait s\u2019entendre à rapprocher des physionomies de saints, cet aveu signifiait beaucoup.Il me revient à la mémoire pendant que je déguste la savoureuse brochure consacrée au vieux Maître par un de ses commensaux les plus aptes à le comprendre et à le faire admirer: le Régent du Collège Angélique.Le T.R.P.Szabo a tenu d\u2019abord, et pour cause, à mettre en relief l\u2019aspect physique presque légendaire de son héros.\u201cSa figure émaciée et, dans les dernières années, un peu penchée; sa tête chenue et chauve avec le front large; ses yeux caves, baissés et presque fermés, mais attrayants par la douceur du regard; sa parole calme, avisée, pondérée; son être méditatif et réfléchi; ses traits aimables, 502 LA REVUE DOMINICAINE mais toujours sérieux, donnaient tout de suite l\u2019impression qu\u2019on avait devant soi un de ces hommes uniques, qui se détachent fortement du monde commun des personnes même vertueuses.Son corps était faible, son maigre visage, presque transparent».A l\u2019observer attentivement, on aurait pu se demander s\u2019il était un corps spiritualisé ou bien un esprit incarné.\u201d Avec des traits un peu plus tirés en longueur, on eut obtenu sans doute, d\u2019un même déclic de l\u2019appareil, une photographie du curé d\u2019Ars.Au moral la ressemblance ne fait que s\u2019accentuer.Le champ d\u2019action différait fort, mais les mêmes vertus y trouvaient leur journalière application.Ne furent-ils pas d\u2019ailleurs l\u2019un et l\u2019autre, le curé de village et le supérieur d\u2019ordre, versés dans la direction des âmes durant tout le cours de leur vie sacerdotale ?Et là, même prudence et même zèle, même douceur et même obstination dan» le bien à pratiquer et à répandre.Si les soucis de sa charge interdirent au P.Cormier les fameuses séances de confessionnal du curé d\u2019Ars, son érudition mystique, son expérience vécue et ses talents littéraires lui ont permis de livrer dans ses érits une part de sa haute personnalité, lui assurant même une place de choix parmi les hagiographes et les écrivains spirituels.\u201cSa doctrine mystique, d\u2019une noble simplicité, rappelle au vif les écrits de S.François de Sales et du Vén.Louis de Grenade.\u201d L\u2019humilité et la modestie bien connues du Père Cormier facilitent davantage le rapprochement avec celui qui s\u2019effaçait avec tant de bonne grâce derrière le manteau de Lacordaire, quand ce dernier accomplit à Ars son pèlerinage devenu historique.Cette double vertu \u201cémanait de tout son être\u201d.Ici encore il faut tenir compte des situations et ne pas outrer le parallélisme.\u201cCe serait une erreur de croire que l\u2019humble P.Cormier dérogeât, si peu que ce fût, à l\u2019honneur dû à sa haute position.Ces hommes étrangement modestes ne lui plaisaient pas, qui, à tout prix et non sans ostentation, fuient les marques d\u2019honneur dues à leur rang.Le Père acceptait sans les rechercher ces témoignages extérieurs comme un moyen de faire estimer la dignité elle-même et de rappeler ses devoirs à qui en est revêtu.\u201d C\u2019est une notice biographique et non une vie que nous présente le T.R.P.Szabo.Telle quelle et à la faveur d\u2019une souple traduction française due au R.P.Rousseau, directeur des Analecta Ordinis, on peut dire qu\u2019elle offre un portrait fidèle non moins qu\u2019attachant de notre ancien général et les grandes lignes d\u2019une carrière dont chaque épisode mérite d\u2019être tiré des archives et exposé au grand jour.M.-A.Lamarche, O.P. L\u2019ESPRIT DES LIVRES 503 E.du Jeu \u2014 Madame de Chantal.I vol.in-12.Librairie Perrin, Paris, 35, Quai des Grands-Augustins.C\u2019est un beau livre, écrit dans le recueillement, l\u2019amour, l'effort d\u2019une claire compréhension de la personne à faire revivre.Madame de Chantal.Sa vie dans le monde.Sa vie 'religieuse.Et encore, nous avertit l\u2019auteur au sujet de cette seconde partie, \u201cje ne m\u2019étendrai pas longuement sur le mysticisme de la religieuse, n\u2019ayant du reste pour aborder un tel sujet ni l\u2019autorité ni la compétence nécessaires.\u201d (Avant-Propos, p.VI.) C\u2019est une excellente manière de régler le problème de l\u2019hagiographie laïque.Mais on ne peut ne pas souligner la déficience que cette solution introduit dans l\u2019examen de la personnalité intime et de la vie d\u2019une sainte et, entre toutes, de sainte Chantal.La destination du volume n\u2019était pas incompatible avec une application plus lumineuse, aux endroits adéquats, des pages trop brèves (282-285) et pourtant si claires, malgré les craintes énoncées, qu\u2019apporte enfin le dernier chapitre de l\u2019ouvrage.A part cela, je crois bien que si une biographie de saint par un laïque ne présente aucun des inconvénients possible énumérés et décrits par Monsieur l\u2019abbé Calvet dans son article des Lettres (février 1926), c\u2019est bien cette vie de Madame de Chantal.Au point de vue strictement historique, quatre questions \u2014 les plus importantes \u2014 sont l\u2019objet d\u2019un bel examen: A) la vraie personnalité de Jeanne Frémiot: étude qui complète le type trop simpliste buriné par Mgr Bougaud; B) le caractère des relations spirituelles et administratives de sainte Chantal avec saint François de Sales: l\u2019auteur se range, cette fois, avec Mgr Bougaud et M.Henry Bordeaux contre M.l\u2019abbé Brémond; C) la notion que se faisaient les Fondateurs de leur Ordre de la Visitation Sainte-Marie: très claire solution, complétive de celle de Brémond, et, d\u2019ailleurs, déjà soutenue par les Visitandines d\u2019Annecy; D) Madame de Chantal et Port-Royal: le chapitre neuvième apporte sur ce point plusieurs précisions.Pour avoir divinisé ses délicieux talents, la Fondatrice de la Visitation représente par excellence la grâce et le bon sens dans la pratique de la sainteté de tous les jours au milieu des tracas de l\u2019établissement d\u2019une grande œuvre.De ce que, du meilleur de lui-même, M.le Vicomte Du Jeu s\u2019est efforcé de faire revivre cette figure, il résulte que la Baronne de Chantal de son livre, tout comme celle d\u2019Annecy, de Paris et de Moulins, vraiment, emparadise l\u2019âme.A.Papillon, O.P. 504 LA REVUE DOMINICAINE Renée Zeller \u2014 \u201cLa Vie dominicaine\u201d.Collection \u201cLœ grands Ordres religieux\u201d d\u2019Edouard Schneider.1 vol.in-16 de XI-230 p.Bernard Grasset, Paris, 1927.A travers l'immense fatras de la production littéraire contemporaine.il fait bon découvrir parfois, parmi d\u2019insipides bouquins, de fades brochures, quelque magnifique volume où la richesse de la forme enveloppe une idée saine et substantielle, où une âme vibrante a déposé le plus délicat de ses impressions à la vue d\u2019une grande œuvre ou d\u2019un grand spectacle.Madame Renée Zeller s\u2019est tenue aux écoutes de la vie dominicaine dont les bruissantes rumeurs peuplent les arceaux des cloîtres, elle a posé son pied profane sur le parvis monastique, elle s\u2019est prosternée devant le tabernacle voilé, elle a suivi d\u2019un œil rarl les longues et blanches théories de moines dont les anneaux immaculés ondulaient lentement sous les voûtes silencieuses, elle s\u2019est introduite subrepticement dans les humbles cellules, elle a palpé d\u2019un doigt sérieux les lourds in-folios qui reposent sur la petite table nue, elle s\u2019est agenouillée pieusement sur le modeste prie-Dieu, elle a caressé d\u2019une main émue les drap3 rudes aux âpres laines de la couche ascétique; elle a baisé d\u2019une lèvre recueillie l\u2019austère crucifix; elle s\u2019est inclinée devant la suave madone; elle a baigné son front pensif dans la fraîcheur enclose des murs blancs.Elle a erré ensuite à nouveau dans les corridors déserts, elle a vu le réfectoire aux allures sobres et frugales, les jardins ensoleillés, les cours riantes.Enfin elle a gravi les marches qui l\u2019ont conduite au foyer intellectuel, à la bibliothèque.Les trésors d\u2019histoire, de science, de littérature, qu\u2019ont amassés les siècles en cette étroite enceinte, lui ont dévoilé leurs splendeurs.Elle a parcouru avec avidité les multiples rayons qui recèlent la pensée des génies universels; elle a feuilleté avec intérêt les innombrables volumes qui conservent à la dynastie thomiste la nourriture dont elle fait ses délices de génération en génération.Pour clôturer son mystique pèlerinage elle s\u2019est dissimulée derrière les grillages du chœur d\u2019où elle a assisté religieusement à matines.Audition merveilleuse ! concert ravissant ! ces voix d\u2019éphèbes et de maîtres qui se mêlent et s\u2019amalgament, dont les résonances se répercutent sous les portiques, montent à l\u2019assaut des colonnes, escaladent les arcades, submergent les voûtes, s\u2019amplifient et s\u2019élargissent en une vaste symphonie.Et c\u2019est un récit de ce voyage mi-réel mi-livresque, (car l\u2019auteur a fréquenté aux sources) peut-être aussi un tantinet imaginatif que Renée Zeller livre tout palpitant au lecteur en un jol volume très L\u2019ESPRIT DES LIVRES 505 soigné qui au surplus se présente fort bien.L\u2019écrivain est femme.Voilà pourquoi on sent frissonner diffuse une intense sensibilité au fil de l\u2019œuvre entière.Et ceci est bon.Car la lecture n\u2019est-elle pas un colloque d\u2019âme, un intime dialogue ?Or une semblable conversation se doit tenir dans les sphères affectives.Donc il faut louer beaucoup Renée Zeller d\u2019avoir su donner une note chaude à sa narration.Certaines pages sont d\u2019ailleurs dignes de passer à la postérité.Quelle onction, quelle sincérité, quelle forme pleine et superbe dans les pages \u2014 par exemple \u2014 qui racontent la vie du novice, la mort du prêcheur, le chant du Salve Regina.Ces fragments seuls feraient lire le livre; mais ce ne sont pas des perles iisolées; la brochure entière compose une splendide unité aux différents aspects, aux nombreux angles dont toutes les parties habilement coordonnées se juxtaposent et se relient harmonieusement: c\u2019est un beau et solide monument aux contours délicieusement moulés, ou, si l\u2019on préfère, une vigoureuse fresque, admirable de coloris et de fraîcheur, à la gloire de l\u2019ordre dominicain.Jacques Casgrain, étudiant.G.Lorber, docteur ès-lettres, \u2014 \u201cLes Füles de la Croix, Dominicaines de Paris\u201d, (1627-1927) ; ouvrage illustré par L.Roisin; in-8°, Paris, 1927 (267 pages; 6 gravures hors-texte; 2 plans; 40 vignettes dans le texte).Librairie Académique Perrin et Cie.Quelques lignes, en style télégraphique, quand il faudrait des pages.En octobre et novembre 1626, un petit groupe de Dominicaines, parti de Toulouse, chemine vers Paris.M.Jean Brunhes nous dirait comment.Une grande dame les veut dans la capitale, puisque Poissy, un village, en possède depuis déjà trois siècles.Seulement, rien n\u2019est prêt et il faut passer l\u2019hiver en route.Enfin au printemps de 1627, installation provisoire à l\u2019endroit où est maintenant la Bourse, car en effet, le palais de Mammon a remplacé le couvent de Saint-Thomas.Nouvelle migration, puis une troisième, définitive, sur la route de Charonne, dans la banlieue, la campagne, aujourd\u2019hui faubourg Saint-Antoine.Les sœurs s\u2019appelleront désormais les \u201cFilles de 3a Croix\u201d, et si artistes qu\u2019elles soient, ne voudroit pas d\u2019autre tableau pour leur unique autel que le Christ en Croix de Jean Jouvenet, maintenant au Louvre.C\u2019est bien trouvé.Elles feront l\u2019école aux enfants pauvres \u2014 ils le sont tout d\u2019ailleurs en cet endroit, \u2014 elles continueront de la faire même après l\u2019établissement, 506 LA REVUE DOMINICAINE Yis-à-vis de chez elles, de Jean-Baptiste de La Salle et de son Institut.\u2014 Princesses, duchesses, baronnes les protègent, leur amènent des pensionnaires, même des novices et du meilleur monde.Inquiétudes de Sa Majesté Louis XV qui interdit prise de voile et profession.Plus tard, révocation de la censure et paix relative jusqu\u2019à la Révolution.Alors, couvent confisqué et trente-huit religieuses sur le chemin.Parfait dénuement.\u201cDes maraîchers occupent le splendide domaine qui avait abrité les oraisons des mystiques.\u201d \u2014 Les années passent.En 1812, les Sœurs ont pu se réunir rue des Amandiers-Popincourt; en 1819, au 35-37 de la rue Montreuil.Réinstallation, rue de Charonne, en 1825, et Poissy en ruines s\u2019est joint à elles.Ecole primaire pour les filles pauvres; école gratuite de 150 enfants ou plus.Intervention, dévouement de Lacordaire.Création d\u2019un ouvroir également gratuit pour 200 petits pauvres.Fondation à San-Raphael, Californie.1871.Bravoure de ces messieurs, descendants des Croisés : \u201cOrdre est donné aux citoyens Riblet et Petit d\u2019expulser les religieuses de rétablissement portant le No 92, rue de Charonne, et de continuer leur expertise et leur travail de perquisition.\u2014Paris, 10 mai 1871.\u2014Les membres de la Commune.\u201d Ces messieurs mettraient bien le feu à la maison, mais ils ont soin d'en faire une ambulance pour leurs blessés \u2014 en cas de besoin.En tout cas, ils ont soin également de massacrer cinq Dominicains d\u2019Arcueiî, par mesure préventive, évidemment, contre la résistance possible des Sœurs.\u2014 Retour de celles-ci en 1876.\u2014-Suppression de l\u2019école et de l\u2019ouvroir en 1877, et tant mieux pour la vie contemplative qu\u2019elles ont vouée.\u2014 Fondation en 1878 de la \u201cRue Laugier\u201d, plus tard couvent de Billancourt et devenu en ces derniers temps le grand monastère de Châtenaÿ, grâce au pavillon étranger qui protège les Sœurs depuis l\u2019iniquité de 1904.A cette date, les décrets de M.Combes, et fermeture de Charonne.Le 2 novembre, départ des Sœurs pour la Belgique.Après quoi, maison démolie, ouverture de nouvelles rues, table rase.\u2014 Liberté, égalité, fraternité ! Vive la République ! J\u2019admire la sobriété, le sang-froid de l\u2019auteur.Un pur historien.Des faits, les simples faits appuyés sur 178 références aux meilleures sources.Rien pour le mélodrame, le film, l\u2019affaire à sensation.Cet éloge devrait suffire, étant si rarement mérité de nos jours.Même attitude chez l\u2019artiste, Mademoiselle Lucie Roisin.A part \"tin acte de sauvagerie chez les Frères\u201d (p.109) elle n\u2019a voulu dessiner aucune scène de violence.Ces braves qui mettent tout à feu et à sang, c\u2019est le \u201ccitoyen\u201d, triomphant, les bras croisés, fumant sa pipe devant une bonne Sœur, celle-ci pas du tout intimidée, il semble bien (p.208).De fait, toutes ces gravures sont \u201ctrouvées\u201d, L'ESPRIT DES LIVRES 507 disent quelque chose.Les meilleures du volume ?Elles sont toutes meilleures les unes que les autres.Lucie Roisin n\u2019est d\u2019ailleurs pa« à ses débuts, et dès ses débuts, elle a manifesté un talent extraordinaire.Voyez le Missel Dominicain (1860 pages, une centaine de vignettes d\u2019après les Pères Besson et Danzas); la Vie du Comte de Foucault, de René Bazin; Sur les Heures dominicaines de Marguerite Aron; une Illustration de la Bible, vaste série de toute beauté, tant par l\u2019originalité du dessin que par la compréhension, l\u2019interprétation du texte.Il y aussi la Peinture et encore ici, il faut nous borner à quelques œuvres: un Saint Thomas travaillant à la Somme; un Saint Thomas enseignant ses élèves; une Sainte Catherine de Sienne assistant un condamné à mort; Deux Maîtres en théologie pour la collégiale Saint-Pierre de Chartres; un petit Saint Thomas, au Salon de 1&24 et classé No 2 par le jury; un grand tableau du Gloria Patri en notre chapelle du Saulchoir (Belgique).Jugez: tous les moines dans les stalles (120 ! ) ; les deux chantres inclinés de côté au pupitre, et, en haut, cette immense vision de la Trinité (vocable du couvent).C\u2019est très grand et c\u2019est peint \u201cde toute son âme\u201d.Ajoutez des cuirs ciselés, de superbes reliures que nous avons pu voir dans la récente Exposition des artistes français, à Québec et à Montréal.Ajoutez nombre de broderies \u2014 dessin et exécution par elle-même \u2014: nappes d\u2019autel, chasubles, ornements d\u2019église (en particulier ceux qu\u2019elle a faits pour la cathédrale d\u2019Arras).Ajoutez les cours dans Paris, à Sainte-Clotilde, et au dehors, à Chartres, par exemple.Ajoutez une sorte d\u2019école, le soir, pour les petits pauvres qui entourent sa maison, avenue du Maine.Activité et rapidité de travail, toutes deux prodigieuses.D\u2019ailleurs, famille d\u2019artistes: une mère qui brode à 82 ans comme elle a toujours fait depuis toujours; une sœur, trop modeste, qui baptise d\u2019 \u201cart industriel\u201d ses originales et charmantes créations; un frère, Maxime, l\u2019associé de M.Vermare pour l\u2019aménagement architectural du monument Taschereau, à Québec, l\u2019un des artistes qui élèvent en ce moment la superbe basilique de Sainte-Anne, à Beaupré.On s\u2019étonne de ne rencontrer aucun Roisin dans les comptes rendus de Salons, les histoires de l\u2019art religieux contemporain \u2014 de vraies \u201chistoires\u201d en effet.C\u2019est peut-être qu\u2019ils n\u2019appartiennent à aucun clan, aucune école, aucune \u201cchapelle\u201d, comme on dit aujourd\u2019hui.C\u2019est peut-être aussi que par eux-mêmes, ils forment une écoles, et certes, infiniment supérieure à tant d\u2019autres.Paitl-V.Charland, O.P. 508 LA REVUE DOMINICAINE Arthur Saint-Pierre \u2014 \u201cCe que je pense sur.1 vol.in-12, de 185 pages.\u2014 Montréal: Editions de la Bibliothèque Canadienne, 1927.Sous ce titre qui rappelle A la manière de.et TJne heure avec.Monsieur Saint-Pierre publie un recueil de travaux que le public a déjà eu l\u2019occasion de lire séparément, mais qui n\u2019avaient pas encore été réunis en volume.Le premier date de 1909, et le plus récent est de décembre 1926.Ils traitent surtout de problèmes nationaux: avenir du Canada français, Confédération, Constitution fédérale, luttes scolaires d'Ontario, conscription, Bollard, patriotes de 1837-38, etc.L\u2019œuvre de M.Saint-Pierre est déjà fort considérable et importante.Peu d\u2019écrivains canadiens ont plus écrit, et plus sérieusement, surtout sur les problèmes sociaux de notre pays.Il est l\u2019un des spécialistes les plus avertis de nos questions sociales.11 eût été surprenant que M.Saint-Pierre ne se fût pas intéressé à nos problèmes nationaux: les questions sociales qu\u2019il a étudiées devaient tout naturellement le conduire aux questions nationales.Son nouvel ouvrage atteste ses préoccupations patriotiques.Autant dans ses travaux antérieurs l\u2019on pouvait remarquer l\u2019allure scientifique, autant dans celui-ci domine le caractère philosophique et oratoire.Sur chacun des sujets, M.Saint-Pierre prend parti avec décision et courage; sur plusieurs, ses plaidoyers semblent irréfutables; sur quelques-uns son avis n\u2019est pas celui de tous, mais il est bon que tous les points de vue soient présentés, dès lors qu\u2019ils le sont avec respect pour l\u2019opinion raisonnable des autres.M.Saint-Pierre mérite d\u2019être cité en exemple à notre jeunesse étudiante et professionnelle; en marge de ses occupations d\u2019état, il a trouvé le temps d\u2019étudier, de s\u2019intéresser à nombre de questions vitales, de publier une quinzaine de volumes.En lui souhaitant de nombreux imitateurs, nous croyons lui donner la meilleure récompense de son méritoire labeur.Aug.Leduc, O.P Abbé Elie-J.Auclair \u2014 \u201cHistoire de la paroisse de Saint-Joseph-de-Soulanges ou Les Cèdres\u201d, lmp.des Sourds-Muets, Montréal, 1927.De n\u2019être pas né aux Cèdres, c\u2019est le regret; de vouloir y mourir, c\u2019est le désir qu\u2019inspire la lecture de l\u2019Histoire des Cèdres écrite par l\u2019abbé Elie-J.Auclair.Il suffit de ce livre pour savoir ce qui fait et ce que fait une paroisse canadienne-française. L\u2019ESPRIT DES LIVRES 509 L\u2019auteur a pris comme division de son travail la succession des curés.N\u2019est-ce pas la division la plus claire et la plus logique et n\u2019est-ce pas un avantage si elle ne jette pas de poudre aux yeux ?On ne lit rien de trop dans cette histoire de 400 pages.Ce que l\u2019on y dit si bien de cette série de 16 bons curés, des braves et généreux cœurs des gens des Cèdres, des rapides laurentiens aux reflets d\u2019argent \u2014 quand ce n\u2019est pas d\u2019or \u2014 tout cela, c\u2019est si vrai î Toutefois, on peut trouver le volume un peu trop livresque \u2014 ou \u201cbook-keeping\u201d.Des chiffres à toutes les pages \u2014 et en abondance \u2014 nous donnent un peu l\u2019impression d\u2019une classe de mathématiques; et comme l\u2019auteur dédie son beau travail au peuple, une petite histoire vraie de plus, de temps à autre, aurait charmé son cœur.N\u2019empêche qu\u2019on s\u2019arrache le volume et l\u2019on a bien raison.A.M.E.S.Un document unique Le soixantenaire de la Confédération a suscité toute une littérature documentaire, précieuse à conserver.Parmi les volumes parus à cette occasion, il n\u2019en existe pas qui puissent intéresser davantage les Canadiens français que les 150 pages publiées par la \u201cLibrairie d\u2019Action française\u201d sur les \u201cCanadiens français et la Confédération\u201d.C\u2019est un inventaire complet.Il constitue l\u2019arsenal le plus complet pour le maintien de nos positions.Valeur intrinsèque du régime fédératif; développements économiques, intellectuels, moraux, sociaux et nationaux des Canadiens-français depuis 1867; griefs et déceptions; attitude de la jeunesse devant le fédéralisme canadien; voilà les thèmes qui font de ce volume le vade-mecum des éducateurs, des chefs et de la jeunesse étudiante.En voici le sommaire : Abbé Lionel Groulx .Anatole Vanier.Olivar Asselin.Hermas Bastien.Edouard Montpetit.Yves Tessier-La vigne.Abbé Philippe Perrier Soixante ans de Confédération.Les Canadiens français et l'établissement de la Confédération.IJim,migration, les fonds publics et nom.Les Canadiens français et le développement économique du Canada.Les Irlandais et nous.Les Canadiens français et le développement Intellectuel du Canada.Québec, les chemins de fer et la Confédération.Les Canadiens français et la vie morale et sociale au Canada. 510 LA REVUE DOMINICAINE Mgr Beliveau.Les Canadiens français et le rôle de l'Eglise dans l'Ouest canadien.Les Canadiens français et la vie nationale au Canada.En entendrons-nous parler bientôt ?Griefs et déceptions.La jeunesse canadienne-française et la Confédération canadienne.Déjà l\u2019édition s\u2019épuise rapidement.Nous croyons être utiles à nos lecteurs en leur rappelant que le meilleur sourvenir à conserver du jubilé récent, c\u2019est de se procurer ce volume en s\u2019adressant à l\u2019éditeur, \u201cLibrairie d\u2019Action française\u201d, 1735, rue St-Denis, Montréal.Louis D- Dubaïïd.Esdras Minvixxe.Antonio Pebkeault.Albert Lévesque.Dictionnaire du bon langage, par l'abbé Etienne Blanchard, 280 pages, 4ième édition, 1927.Cette nouvelle édition mise à jour, a des améliorations que nous tenons à signaler.Elle est d\u2019un format de poche, d\u2019un usage pratique pour toutes les classes de la société et spécialement adaptée à l\u2019enseignement.L\u2019auteur, comme les grammairiens, procède par exemples, en mettant chaque mot dans son cadre, afin d'en faire mieux comprendre ce qui blesse l\u2019oreille, la grammaire, la logique ou le bon usage.On trouve dans l\u2019appendice cent termes de radiophonie, cent termes d\u2019automobilisme et quatre chapitres extraits du \u201cBon français en affaires\u201d: Les marques de fabrique \u2014 Têtes de lettres et cartes d\u2019affaires \u2014 Sur les enveloppes \u2014 Remarques dactylographiques.On peut se le procurer en s\u2019adressant à l\u2019abbé Etienne Blanchard, Eglise Saint-Jacques, Montréal.Se trouve aussi chez les libraires. Ik Tél.Main 4672 Tel.Main 7437 Co* pra- aire adio- Bertrand, Foucher, Belanger, Inc.ORNEMENTS D\u2019EGLISE \u2022\tSpécialité Tentures de Deuils et de Fêtes, - Objets d\u2019Art 26.rue Notre-Dame Ouest, MONTREAL O\u2019Reilly & Bélanger, Ltée MARCHANDS DE CHARBON GROS et DETAIL \u2014 Toutes sortes OTTAWA Bureau, 22, rue Sparks \u2014 Téléphone: Queen 860-861 POURQUOI LE COUTEAU ?Le Calcul Biliaire peut se guérir sans opération si l\u2019on emploie le REMEDE du Dr MULLER pour les pierres dans le foie.Demandez-le à votre pharmacien.Au cas où vous ne pourriez l\u2019obtenir, envoyez $3.00 à S.J.MAJOR Limitée, Ottawa (Succursale de la National Grocers Co., Ltd.) DISTRIBUTEURS EN GROS\t126 RUE YORK et nous vous le ferons parvenir. Banque Canadienne Nationale Siège social: Montréal Capital versé et réserve.$ 11,000,000 Actif, plus de.139,000,000 LA GRANDE BANQUE DU CANADA FRANÇAIS 252 succursales au Canada, dont 212 dans la province de Québec.Notre personnel est à vos ordres pour toutes vos opérations de banque.SUCCURSALE SAINT-HYACINTHE O.E.DESJARDINS, gérant.Capital Trust Corporation Limitée 10 Metcalfe, Ottawa, Canada.Capital Autorisé: $2,000,000.00 Intérêt payé sur dépôts: 4%et 5% Spécialité: Prêts aux Institutions Religieuses CONSULTEZ-NOUS LORSQUE VOUS DESIREZ EMPRUNTER Up IU, raei ¦ A Ütf1 Imprimée par ADJ.MENARD, 987, boulevard Saint-Laurent Tél- Lancaster 1907\tMONTREAL «nti "]
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