Voir les informations

Détails du document

Informations détaillées

Conditions générales d'utilisation :
Protégé par droit d'auteur

Consulter cette déclaration

Titre :
Revue dominicaine
Éditeur :
  • St-Hyacinthe :Couvent de Notre-Dame du Rosaire,1915-1961
Contenu spécifique :
Novembre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Rosaire
  • Successeur :
  • Maintenant
Lien :

Calendrier

Sélectionnez une date pour naviguer d'un numéro à l'autre.

Fichier (1)

Références

Revue dominicaine, 1927-11, Collections de BAnQ.

RIS ou Zotero

Enregistrer
[" XXXIIIe Année Le nnnnéro: 2® soins Novembre Î327 LA REVU DOMINICAINE Mgr L.-A.Paquet, P.A., L\u2019actualité religieuse et sociale de Bossuet.R.P.A.Papillon, O.P., La notion du Sacrifice.R.P.Joseph Allaire, S.J., Le Cimetière: dans l\u2019Histoire et selon le Droit.R.P.Aug.Leduc, O.P., Bulletin de Droit canonique.LE SENS DES FAITS.\u2014Le centenaire de l\u2019Hon.Casimir Dessaulles.\u2014 Dans l\u2019Ordre: Départ du T.R.P.Provincial.\u2014 Le carillon de Notre-Dame de Grâce.\u2014 Nouvelles diverses, par Fra Domenico.L'ESPRIT DES LITRES*\u2014R- P- Simon: Prœlectiones biblicæ \u2014 Novum Testar mentum (A.P.) E.Langevin-Lacroix : Histoire de la paroisse de Ste A.dèle (P.-M.G.) Accusé de réception.ADMINISTRATION REDACTION SAINT-HYACINTHE MONTREAL (N.-D.de Grâce) LA REVUE DOMINICAINE Publiée mensuellement Directeur : R.P.M.-A.LAMARCHE, O.P.ABONNEMENTS (payables d\u2019avance) Au Canada: $2.00 \u2014 A l\u2019étranger: $2.25 Avec le \u201cRosaire pour tous\u201d, 25 sous en plus par an.La Revue Dominicaine publie des articles de vulgarisation touchant les Ecritures, la théologie, l\u2019apologétique ou le droit canon, et même des études de philosophie, de littérature, de sociologie ou d\u2019histoire, pourvu que la religion ou la morale y soit concernée.La Revue Dominicaine n\u2019a pas de spécialité proprement dite dans le domaine religieux, mais elle accorde une attention particulière aux questions d\u2019apologétique et aux problèmes de société, envisagés surtout au point de vue canadien.La Revue Dominicaine publie des recensions et diverses chroniques, en s\u2019attachant moins au récit des faits et à l\u2019analyse des ouvrages qu\u2019à leur signification d\u2019ensemble.La Revue Dominicaine ne sera pas responsable des écrits des collaborateurs étrangers à l\u2019Ordre de Saint-Dominique.Prière d\u2019adresser les communications littéraires' : manuscrits, volumes, etc., au R.P.Antonio Lamarche, 153, Avenue Notre-Dame de Grâce, Montréal; et les commua nications administratives : abonnements, annonces, etc., au R.P.Jean Bacon, Saint-Hyacinthe.Un Rapport sur les Pays de Mission: Extrême-Orient, Tonkin, par le T.R.P.Gonzalve Proulx, O.P.Coopération intellectuelle, par le T.R.P.Forest, O.P.Nous publierons en décembre: L'ACTUALITE RELIGIEUSE ET SOCIALE DE BOSSUET Jacques-Bénigne Bossuet naquit à Dijon vers la fin de septembre de Tan 1627.L\u2019évocation tricentenaire de cette date glorieuse rappelle aux générations actuelles le nom d\u2019un des plus célèbres évêques qui aient honoré l\u2019Eglise de France et l\u2019Eglise catholique tout entière.Philosophe, théologien, historien, orateur sacré, controversiste, directeur d\u2019âmes et pasteur: Bossuet fut tout cela avec un degré de mérite, un prestige de science et de langue, et un rayonnement de gloire, devant lesquels la postérité s\u2019est inclinée, comme on s\u2019incline devant l\u2019éclat et l\u2019irrésistible ascendant des esprits d\u2019élite.Par la hauteur de sa pensée, par l\u2019empire de sa parole, par la puissance merveilleuse de ses écrits et de son action, cet homme extraordinaire domine et résume en quelque sorte tout le grand siècle où il vécut, et sur lequel il imprima en caractères lumineux le sceau de son influence et de sa personne.Tout, sans doute, ne fut pas irrépréhensible dans la vie intellectuelle et l\u2019essor doctrinal de celui que l\u2019on a si justement appelé l\u2019aigle de Meaux.Le gallicanisme avait jeté dans le sol français de telles racines, il avait tellement imprégné de ses principes et de ses pratiques les mœurs et les institutions, que les âmes les plus éclairées n\u2019échappaient qu\u2019avec peine à cette pénétration presque universelle.La fameuse déclaration de 1682 rédigée selon les vœux de Louis XIV, par Bossuet, mais réprouvée par le Saint-Siège, restera comme l\u2019une des preuves les plus 576 LA REVUE DOMINICAINE éclatantes que la vérité ne saurait être vaincue ni par le sabre ni par le génie.Dégageons de ces ombres la figure de l\u2019illustre prélat qui mérite à tant de titres d\u2019être célébré, pour ne voir en lui que ce qui est vraiment admirable, et pour recueillir de sa mémoire quelques-unes des leçons très précieuses et très profitables qu\u2019elle nous offre.* ÿ * L\u2019un des traits caractéristiques de la carrière excep-tionellement féconde de Bossuet, fut son ardeur à répandre, dans les âmes égarées, la saine doctrine et les semences de salut.Il est juste de saluer en lui un apôtre aussi bienveillant que ferme, dévoué et infatigable, des hérétiques, soit de France, soit d\u2019Allemagne.Ses ouvrages de controverse, si variés et si remarquables, se distinguent par un constant souci d\u2019exactitude théologique, appuyé des témoignages les mieux choisis de l\u2019Ecriture et de la Tradition, et rehaussé par une vigueur de dialectique à laquelle le subtil Leibnitz lui-même fut incapable de résister.Lorsqu\u2019il s\u2019agissait de revendiquer les droits de la vérité non obscurcis par le nuage gallican, rien ne pouvait faire reculer ni faire dévier cette plume courageuse.Et ce courage même imposait aux adversaires par le zèle apostolique d\u2019où il jaillissait, par les justes ménagements dont il s\u2019enveloppait.Bossuet fut l\u2019instrument dont Dieu se servit pour convertir un très grand nombre de protestants, dont plusieurs d\u2019une haute situation sociale, tels que le vicomte de Turenne, maréchal de France.Dans ses instructions et ses lettres, dans ses conférences publiques et privées, et dans toutes ses démarches soutenues par la prière et un noble dévoue- L\u2019ACTUALITÉ DE BOSSUET 577 ment, il usait, de préférence, des armes du raisonnement et de la persuasion.\u201cCe prélat, écrivait l\u2019un des reli-gionnaires touchés par ses méthodes et sa droiture, ce prélat n\u2019emploie que des voies évangéliques pour nous persuader sa religion.Il prêche, il compose des livres, il fait des lettres, et travaille à nous faire quitter notre croyance par des moyens convenables à son caractère et à l\u2019esprit du christianisme.\u201d 2 La réforme des idées et de la conscience n\u2019est-elle pas, avant tout, une œuvre de lumière ?Ce principe inspira l\u2019évêque de Meaux, après comme avant la révocation de l\u2019édit de Nantes.# * * Il n\u2019est pas étonnant qu\u2019un ecclésiastique si bien qualifié au double point de vue de la science et des procédés, et dont les premiers actes et les premiers écrits avaient été très applaudis, attirât de bonne heure l\u2019attention du roi de France.Louis XIV le nomma précepteur du Dauphin.Nous évoquons ce fait, et le soin extrême avec lequel le grave éducateur s\u2019acquitta de sa fonction, pour montrer quelle importance on attachait, sous l\u2019ancien régime, à la formation intellectuelle et morale des chefs de la société.Saint Thomas avait composé, sur ce sujet, tout un traité.Bossuet rédigea, pour l\u2019instruction de l\u2019héritier présomptif de l\u2019un des plus beaux trônes du monde, un ouvrage qui fut son chef-d\u2019œuvre, et qui, lui seul, eut suffi à perpétuer sa mémoire : son Discours sur l\u2019Histoire universelle.Les élèves de nos collèges, de nos séminaires, de nos universités, n\u2019ont pas l\u2019honneur d\u2019être des dauphins.2.\u2014De Bausset, Hist, de Bossuet (2e éd.), t.IV, p.84. 578 LA REVUE DOMINICAINE Mais tous sont doués d\u2019âmes immortelles, créées à l\u2019image de Dieu, rachetées du sang de son Fils, appelées à son céleste héritage.Et sur cette terre, dans le domaine social, combien d\u2019entre eux prendront part un jour, de quelque manière, au gouvernement temporel ou spirituel de leur pays ! Quand on voit un Bossuet ou un Fénelon s\u2019imposer pour un seul élève les plus rudes tâches, mettre au service d\u2019un seul enfant, fût-il fils de roi, toute leur existence sacerdotale, toutes les ressources de leur esprit, tous les fruits de leur travail, toutes les richesses de leur érudition, de leur imagination et de leur plume, l\u2019œuvre de l\u2019éducation ne grandit-elle pas singulièrement à nos yeux ?Et peut-on se faire une trop haute idée d\u2019un ministère qui, soit dans le secret d\u2019un cabinet d\u2019étude, soit à l\u2019ombre des murs d\u2019une maison d\u2019enseignement, pose les fondements essentiels de la nation ?Parmi les livres écrits par Bossuet pour son royal élève, se trouve un traité de Politique tirée des propres paroles de VEcriture Sainte.Cet ouvrage porte la marque du régime monarchique sous lequel l\u2019auteur vivait, en vue duquel il le composa, et qui avait toutes ses préférences.Mais les pages de ce traité n\u2019offrent pas seulement un intérêt historique, propre à une époque et à un régime; elles renferment des observations et des maximes de gouvernement dont peuvent bénéficier tous les conducteurs de peuples et tous les peuples.C\u2019est ainsi que, pour Bossuet, l\u2019un des fondements de la société civile, c\u2019est le patriotisme; vertu indispensable, basée sur l\u2019exemple et les sentiments de Notre-Seigneur lui-même, lequel \u201cversa son sang avec un regard particulier pour sa nation et, en offrant ce grand L\u2019ACTUALITÉ DE BOSSUET 579 sacrifice qui devait faire l\u2019expiation de tout l\u2019univers, voulut que l\u2019amour de la patrie y trouvât sa place.\u201d 3 Conformément à la pensée de l\u2019auteur, trois devoirs primordiaux incombent aux gouvernements: la sagesse, la religion, et la justice.La sagesse est \u201cla plus sûre défense des Etats.\u201d Elle prend sa source dans la sagesse divine elle-même.Elle s\u2019entoure des connaissances nécessaires de la loi, des conseils de la prudence et de l\u2019expérience des siècles passés.Elle évite les moyens artificieux et ce que Bossuet appelle avec dédain \u201cles mauvaises finesses\u201d, ou grossières, ou raffinées et insidieuses, qui \u201cne manquent jamais d\u2019embarasser celui qui s\u2019en sert\u201d, selon cette remarque des Proverbes :4 Qui marche droitement, se sauvera; qui cherche les voies détournées, tombera dans quelqu\u2019une.Or, l\u2019homme d\u2019Etat ne saurait être vraiment sage sans esprit religieux, sans cet esprit qui s\u2019oriente d\u2019après les règles de l\u2019Eglise du Christ, et qui s\u2019applique à y conformer les actes de la législation et de l\u2019administration publique.Notons ce que Bossuet dit du pouvoir civil concernant le repos dominical : 5 \u201cLes ordonnances sont pleines de peines contre ceux qui violent les fêtes, et surtout le saint dimanche.Et les rois doivent obliger les magistrats à tenir soigneusement la main à l\u2019entière exécution de ces lois, contre lesquelles on manque beaucoup, sans qu\u2019on y ait apporté tous les remèdes nécessaires^ 3.\u2014L.I, art.6.4\u2014XXVIII, 18.5.\t\u2014L.VII, art.5.6.\t\u2014L\u2019Ecriture (Jér.XVII, 27) renferme une menace terrible contre les profanateurs du jour du Seigneur et la société où ils restent impunis. 580 LA REVUE DOMINICAINE Un troisième devoir de l\u2019autorité civile, c\u2019est de sauvegarder les droits, en particulier le droit sacré et fondamental de propriété, et de respecter dans la société les légitimes traditions.\u201cLa conservation des anciens droits, et des louables coutumes, concilie aux grands royaumes une idée non seulement de fidélité et de sagesse, mais encore d\u2019immortalité, qui fait regarder l\u2019Etat comme gouverné, ainsi que l\u2019univers, par des conseils d\u2019une immortelle durée.\u201d 7 L\u2019autorité est faite pour maintenir l\u2019ordre sur des bases solides et équitables, sans entraver les justes libertés.Ce sont les mêmes principes supérieurs de politique chrétienne que Bossuet développe en style oratoire, à l\u2019usage des hommes d\u2019Etat, dans la plupart de ses oraisons funèbres, remarquables, d\u2019un côté, par la force souveraine d\u2019une éloquence où se déploie dans toute sa sublimité le vol de l\u2019aigle, de l\u2019autre, par la profondeur des pensées et l\u2019opportunité des leçons morales et sociales dont ces discours sont pleins.Tantôt, en effet, l\u2019orateur y montre la dépendance absolue des princes vis-à-vis de Celui qui, \u201cen leur donnant sa puissance, leur commande d\u2019en user pour le bien du monde et leur fait voir, en la retirant, que leur majesté est empruntée.\u201d Tantôt, il y signale le grave danger, pour ces chefs civils, \u201cd\u2019ébranler l\u2019autorité de l\u2019Eglise et il donne en exemple l\u2019Angleterre révoltée contre le Saint-Siège, mais aussi \u201cplus agitée en sa terre, et dans ses ports mêmes que l\u2019océan qui l\u2019environne,\u201d et qui \u201cse voit inondée par l\u2019effroyable débordement de mille sectes bizarres.\u201d Ici, pour montrer le rôle souvent décisif de l\u2019esprit de foi dans le gouverne- 7.\u2014Politique tirée de l\u2019Ecriture, 1.VIII, art.3. est de into de sa la force toute pondeur social eur( L\u2019ACTUALITÉ DE BOSSUET 581 ment des Etats, il rappelle que \u201cles Machabées étaient vaillants, mais qu\u2019ils combattaient par leurs prières plus que par leurs armes.\u201d Là, il exalte chez les grands cette vertu cardinale et primordiale qu\u2019est la justice, vertu qui ne saurait habiter \u201cdans les âmes où l\u2019ambition domine\u201d; et il flagelle \u201cla lâcheté ou la licence d\u2019une justice arbitraire qui, sans règle et sans maxime, se tourne au gré de l\u2019ami puissant.\u201d Enfin, au milieu de tous les éloges que Bossuet se croit tenu d\u2019adresser à la puissance royale, rien, sur ses lèvres, ne retentit avec plus de force que le néant des grandeurs humaines dont il ne craint pas d\u2019abattre les orgueilleux faisceaux au pied de la croix de Jésus-Christ.* ,ntic1 Bossuet ne pouvait méconnaître l\u2019essentielle mission que les grands et les riches sont appelés, dans l\u2019organisation sociale, à remplir.Mais il ne voulait pas, pour cela, détourner son regard de ceux qui y tiennent une place plus modeste.Déjà dans toute sa gloire, il se fit le catéchiste des humbles, l\u2019apologiste des pauvres.\u201cSon génie, dit l\u2019un de ses historiens,8 quelque élevé qu\u2019il fût, savait s\u2019abaisser quand il le fallait, pour se mettre à la portée de toutes les classes, de toutes les conditions, de tous les âges, et parler aux enfants mêmes une langue accessible à leur faible intelligence.C\u2019est ce qu\u2019on peut observer dans le Catéchisme qu\u2019il donna au diocèse de Meaux.\u201d Cet esprit transcendant obéissait donc à des inspirations surnaturelles aussi diverses que les besoins, en menant de front des études doctrinales de la plus portée 8.\u2014De Bausset, ouv.cit., t.II, p.279. 582 LA R£IVUE DOMINICAINE et les soins les plus dévoués et les plus paternels pour les petits et les humbles.Dans la classe des déshérités de ce monde, sa science de Dieu lui révélait des êtres chers au Cœur de Jésus.Et Ton a de lui un sermon d\u2019une doctrine tout évangélique sur Y éminente dignité des pauvres dans VEglise : sermon où le prédicateur affirme et démontre que les pauvres sont les premiers-nés de l\u2019Eglise de Jésus-Christ; que les riches ne peuvent être admis dans le royaume de Dieu qu\u2019à la condition de servir les pauvres ; et que c\u2019est par ce moyen qu\u2019ils participent aux grâces et aux bénédictions dont la pauvreté, épousée et anoblie par le Roi des rois, et saintement supportée, est le gage et la source.Ce prince de la parole, admiré des gens de lettres et de toute la Cour, reportait sa propre admiration sur un fils de paysan qui s\u2019appelait Vincent de Paul, et que la foule des miséreux vénéraient comme un bienfaiteur et un père.Devenu évêque de Meaux, il prêta une attention toute particulière à l\u2019administration des hôpitaux de son diocèse, descendant dans les détails les plus minutieux, et prouvant, par ses actes et par ses aumônes, jusqu\u2019à quel éminent degré d\u2019une vertu aussi généreuse que clairvoyante s\u2019élevait son zèle de pasteur.Ce zèle s\u2019étendait, et aux biens du corps, et à ceux de l\u2019âme.Malgré les occupations les plus diverses et les plus absorbantes, Bossuet dirigeait, dans le monde comme dans le cloître, beaucoup d\u2019âmes qui sollicitaient de lui secours, lumières et conseils.Et c\u2019est pour leur venir en aide qu\u2019il écrivit ses Elévations sur les mystères et ses Méditations sur VEvangile où, depuis, tant de consciences chrétiennes ont puisé la sève d\u2019une théologie riche L\u2019ACTUALITÉ DE BOSSUET 583 de substance et de grâce, d\u2019une spiritualité nourrie, édifiante et suave.* * * On a dit de l\u2019œuvre, si pleine et si puissante, de Bossuet qu\u2019elle jouit, dans son ensemble, d\u2019un caractère admirable d\u2019universalité.C\u2019est là un jugement fondé sur une expérience de plus de deux siècles, et que la critique, comme l\u2019histoire, a ratifié.En cette année commémorative de la naissance du grand évêque, le Canada français ressent une très légitime fierté au souvenir d\u2019un prélat qui a porté si haut et si loin, avec l\u2019honneur des lettres chrétiennes, la gloire de l\u2019église catholique et le renom prestigieux de la France.L.-A.Pâquet, ptre -*- LE SACRIFICE DE LA MESSE ESSAI DE SOLUTION THOMISTE D\u2019UNE QUESTION TRES DISCUTEE Cette question est celle de l\u2019essence du sacrifice de la messe.Dans une note de la livraison d\u2019octobre de La Revue Dominicaine, j\u2019ai signalé la contribution assez importante apportée récemment par L\u2019Ami du Clergé: Un peu d\u2019histoire sur la doctrine de sacrifice-oblation.Un peu de théologie sur la doctrine de l\u2019immolation mystique.(7 juillet 1927, pages 417-432).Le mois précédent, dans la Revue Apologétique, Monsieur F.Cimetier, P.S.S., 584 LA REVUE DOMINICAINE professeur au séminaire d\u2019Issy, avait également publié une étude sur Oblation et Immolation.Enfin, dans les fascicules du même mois de juillet des Ephemerides Tlieologicæ Lovanienses et des Recherches de Science Religieuse, les RK.PP.de la Taille et de Lanversin, S.J., ont donné, le premier une longue dissertation latine: Distinctio oblationis et immolationis in Traditione dogma-tica, le second une Esquisse d\u2019une synthèse du sacrifice.Le P.de la Taille qui, un peu auparavant, dans la Nouvelle Revue Théologique (1927, pp.241-272), avait répondu à la brochure appelée par son auteur, Monsieur l\u2019abbé J.Clesse, Etude critique de certaines propositions du Mysterium Fidei, publie cette fois une Apologia pro M.F.contre les attaques du R.P.Alfred Swaby, O.P., dans le petit livre paru après sa mort: The Last Supper and Calvary.(Londres, Burns, 1926) .1 Quant à l\u2019œuvre du R.P.Fernand de Lanversin, ce n\u2019est rien de particulièrement original, comme le titre pourrait le suggérer, maïs encore un plaidoyer pour le Mysterium Fidei, cette fois-ci contre l\u2019offensive partielle marquée par Monsieur Lepin.2 1.\t\u2014Le R.p.McNab, O.P., auteur de Y Introduction au livre de son confrère, a certainement commis une distraction en appelant l\u2019ouvrage du P.Swaby un scolarly work (p.VII).Les chapitres du P.Swaby contiennent beaucoup d\u2019inexactitudes, même sans comprendre\tl\u2019adjuration ridicule\tde\tla page\t92:\t\u201cThereby he (le P.de la Taille) has destroyed Trent's doctrine !\u201d L\u2019origine de tout ce zèle \u2014 ceci est une simple constatation \u2014 reposait\tdans la conviction\tde\tl\u2019auteur\tque\tdes théories du R.P.de la Taille auraient présenté parfois des rapprochements avec certaines doctrines de l\u2019Eglise d\u2019Angleterre.Je crois utile de rappeler à ce sujet la teneur d\u2019une recension faite par Dom H.Humaine, dans La Vie et les Arts liturgiques (tome VIII, p.96) de la plaquette du professeur anglican de théologie F.Crawford Burkitt: Eucharist and Sacrifice.(Cambridge, Heffer, 1921).2.\t\u2014\u201cAvouons-le pourtant: nous continuons à lui préférer (à la doctrine de M.Lepin) la synthèse du P.de la Taille.Pour autant qu'elle s'en écarte, celle de M.Lepin nous paraît manquer d'une certaine mise au point dans l'explication de la Messe.\u201d (R.S.R., LE SACRIFICE DE LA MESSE 585 Si eut a principio.En face de toutes ces contributions, qui se multiplieront encore de par leur genèse même, les pages qui suivent voudraient essayer de présenter l\u2019ensemble des manifestations de la pensée de saint Thomas d\u2019Aquin sur le sujet en question.Une étude de ce genre, pour être scientifique autant que pour atteindre à un clair et sérieux résultat, doit être basée sur l\u2019énoncé intégral et complet des textes dans leur langue originale.Pareille enquête ne peut donc constituer matière à un élégant exposé théologico-littéraire.L\u2019austérité est nécessairement, mais d\u2019une bienheureuse nécessité, son partage.Un travail soi-disant établi sur la doctrine de saint Thomas et qui contient seulement des renvois dans les notes de la partie inférieure des pages, en appendice ou dans un index final, comporte probabilité de faire avancer beaucoup moins la discussion.J\u2019ai constaté en plusieurs occasions, et particulièrement dans le cas présent, que l\u2019adoption de ce processus rendait moins facile l\u2019apparition d\u2019une pleine et convaincante lumière et risquait fort d\u2019orienter ainsi le débat vers Y éternisation.Si la question est de tout repos ou peu controversée, s\u2019il s\u2019agit de réécrire quelques belles pages sur un sujet vidé par tel grand commentateur, la chose tire moins à conséquence.Mais dans la fraîche furie d\u2019une discussion renouvelée sur un vaste plan, et à propos d\u2019un point sur lequel les commentaires célèbres n\u2019ont pas tant en l\u2019occasion suivi 1927, page 397).En fonction de cette appréciation, voici quelques lignes finales de Monsieur J.Bruneau, P.S.S., dans The Homiletic and Pastoral Review, juin 1927, page 946: \u201cIt (le ivre de M.Lepin) gives a beautifxcl and consoling solution, where others\u2014even Father de la Taille\u2014had left, and perhaps aggravated, a problem\".Ce dyptique montre le fondé des remarques sur le peu d\u2019efficience à attendre de toute cette littérature, particulièrement féconde ces années-ci. 586 LA REVUE DOMINICAINE et explicité le Maître que présenté leurs propres théories \u2014 plus directes, alors, semblait-il, contre l\u2019adversaire contemporain \u2014, il importe de pousser bien à fond le strict examen et l\u2019étude textuelle des enseignements du Doctor communis.Pour ensuite poser, dans une entière abstraction des thèses systématiques, tout mais rien que ce que nous aura livré cette investigation.Voilà notre vouloir en cet essai.* * * Un seul processus se présente.\u201cSacrificium quod in Ecclesia offertur non est aliud a sacrificio quod ipse Christus obtulit, sed ejus comme-moratio.\u201d (Sum.Theol.Ilia, q.XXII, a.3, ad 2um.) Nous ne tablons en ce moment sur cette affirmation qu\u2019en fonction du dispositif matériel du présent travail.De la considération exclusive de l\u2019enseignement du Docteur Angélique, il ressort que, pour lui, la donnée fondamentale et normative qui préside à l\u2019analyse de la Messe est celle d'une identité entre elle et le sacrifice historique de la croix.D\u2019autre part, comment raisonner sur le sens de ce dernier sacrifice si l\u2019on n\u2019est, au préalable, bien fixé sur ce qui fait la signification et la valeur du sacrifice en général ?En conséquence, si l\u2019on veut dégager aussi complètement que possible l\u2019idée du sacrifice de la Messe selon saint Thomas d\u2019Aquin, il faut chercher dans ses œuvres le concept du sacrifice en général, puis l\u2019enseignement sur le sacrifice rédempteur de Jérusalem, et enfin sur la Messe même.De là trois parties, nettement distinctes et progressives. LE SACRIFICE DE LA MESSE 587 SOURCES l a)\tSur le sacrifice en général: \u201cDe actibus latriæ quibus aliquid de rebus exterioribus Deo offertur, et primo de sacrifiis\u201d.(Sum.Theol.Ha Ilae, p.LXXXV.Ce traité, auquel il faut joindre la définition contenue dans l\u2019article liminaire de la question quatre-vingt-sixième, est l\u2019unique et complet exposé ex professo.Nous étudierons, au début même de notre première partie, le problème de sa portée.A cet ample exposé, il faut joindre la notion générique donnée dans l\u2019article troisième de la question De Modo Passionis Christi, Sum.Theol.Ilia, q.XLVIII, a.3: \u201cUtrum Passio Christi operata sit per modum sacrificii\u201d.\u2014 De même encore, les éléments apportés par les deux chapitres CXIX et CXX de la Somme contre les Gentils: Quod per sensibilia mens nostra dirigitur in Deum.\u2014 Quod latrice cultus soli Deo sit exhibendus.L\u2019étude consacrée par saint Thomas aux préceptes du Rituel mosaïque (la Ilae, q.Cil), tout en portant directement sur les sacrifices de l\u2019Ancienne Loi, fournit un apport qu\u2019il faut inscrire aux sources secondaires sur la notion générique de sacrifice.Enfin, les brefs renseignements contenus dans les Commentaires sur les épîtres pauliniennes, en particulier l\u2019Epître aux Hébreux, seront indiqués en leurs lieux.\\ t b)\tSur le sacrifice du Christ à Jérusalem: Traité ex professo: Siim.Theol.Ilia, aux questions du Sacerdoce et, surtout, de la Passion de Notre-Seigneur : q.XXII, q.XLVI, XLVII et XLVIII.\u2014 Renseignements supplémentaires dans les Gommentaria in Tertium Sententiarum Librum et dans les Expo-sitiones sur les épîtres de saint Paul.(Indications données en leurs lieux propres).c)\tSur le Sacrifice de la Messe: r \u201cHoc sacramentum perficitur in consecratione Eucharistiæ, in qua sacrificium Deo offertur.\u201d (Ilia, q.LXXXII, q.10, ad Ium.) Nulle part, saint Thomas traife ex professo de ce sacrifice eucharistique.Avec ses textes sur le sujet, particulièrement ceux contenus dans la Somme Théologique (De Sacramento Eucharistiæ, 588 LA REVUE DOMINICAINE Ilia, qq.LXXIII-LXXXIV) et dans les Commentaria in Quartum Sententiarum Librum, nous essaierons de présenter d\u2019entière façon, en soi et en fonction des deux enquêtes qui auront précédé, le relevé possible de la pensée thomiste sur l\u2019essence de la Messe.LE SACRIFICE EN GÉNÉRAL I.\u2014Les textes et leur portée.a) Les textes.De singulis virtutibus justitiæ annexis, et primo de religione.De actibus latriæ quibus aliquæ res exteriores Deo offeruntur, et primo de sacrifi-ciis.(Sum.Theol., lia Ilae, q.85, in titulo.) Sacrificium dicitur ex hoc quod facit aliquid sacrum.(q.85, a.3, ad 3um.) Sacrificium est quidam specialis actus laudem habens ex hoc quod fit in divinam reverentiam; propter quod ad determinatam virtutem pertinet, scilicet ad re-ligionem.(q.85, a.3, in corpore.) Sunt quidam actus qui non ha-bent ex alio laudem nisi quia fiunt propter reverentiam divinam.Et isti actus proprie sa-crificia dicuntur, et pertinent ad virtutem religionis.(q.85, a.3, in corpore.) Nomen oblationis commune est ad omnes res quæ in cultum Dei exhibentur.(q.86, a.I, in corpore.) Des vertus annexes de la justice, et d\u2019abord de la religion.Des actes de latrie par lesquels on offre à Dieu quelque chose des biens extérieurs, et premièrement des sacrifices.On parle de sacrifice, parce que l\u2019homme effectue quelque chose de sacré.Le sacrifice est un certain acte spécial qui a sa louange par cela qu\u2019il se fait en vue de la révérence divine; à cause de cela il appartient à une vertu déterminée qui est la vertu de religion.Il est des actes qui n\u2019ont aucune autre louange sinon qu\u2019ils sont faits en vue de la révérence divine.Ce sont ces actes qui sont appelés proprement du nom de sacrifices.Et ceux-là appartiennent à la religion.Le nom d\u2019oblation est commun à toutes les choses qui sont données pour le culte de Dieu. LE SACRIFICE DE LA MESSE 589 Oblatio directe dicitur cum ali-quid Deo offertur etiamsi nihil circa ipsum fiat: sicut dicuntur offerri denarii vel panes in al-tari, circa quos nihil fit.Pri-mitiæ autem oblationes sunt quia Deo offerebantur.non autem sunt sacrificia quia nihil sacrum circa eas fiebat.(q.85, a.3, ad 3um.) Sacrificia proprie dicuntur quan-do circa res Deo oblatas aliquid fit, sicut quod animalia oecide-bantur, quod et comburebantur, quod panis frangitur et comedi-tur et benedicitur.(q.85, a.3, ad Sum.) Omne enim sacrificium est oblatio, sed non omnis oblatio est sacrificium, quia sacrificium importât factionem sacri.Unde, cum in oblatione nihil est aliud nisi quod in usum sacerdotis ve-nit, est pura oblatio; quando aliquid aliud fit inde, puta quod comurebatur, tune vocabatur sacrificium.(Comm, in Ps.XXXIX, v.4.) Unde omne sacrificium est oblatio, sed non controvertitur.(lia Ilae, q.85, a.3, ad 3um.) L\u2019oblation se dit directement lorsqu\u2019une chose est offerte à Dieu, quand bien même aucune action ne serait accomplie sur cette chose; c\u2019est ainsi que sont dits être offerts les deniers ou les pains sur l\u2019autel sans qu\u2019on accomplisse sur eux aucune action.Quant aux prémices, elles sont des oblations, car on les offrait à Dieu.elles ne sont pas des sacrifices, parce qu\u2019aucune action sacrée n\u2019était faite à leur égard.Les sacrifices s\u2019entendent proprement quand il est fait quelque chose à l\u2019égard des objets offerts à Dieu: comme le fait que les animaux étaient tués et brûlés, que le pain est rompu et mangé et béni.Aussi bien tout sacrifice est une oblation, mais l\u2019inverse ne peut se dire.De par cela même qui caractérise l\u2019oblation.Conclusion.b) La Portée des Textes.Dans cette étude des sacrifices (et primo de sacrifiais), est-ce que saint Thomas tire sa définition de l\u2019examen de toute la Révélation, ou bien se base-t-il uni- 590 LA REVUE DOMINICAINE quement sur le rituel mosaïque?Suivant l\u2019une ou l\u2019autre alternative, variation essentielle du degré de répercussion et d\u2019importance de la question 85 de la Ha IIae.3 Il est certain que toute cette partie de la Somme se réfère aux institutions religieuses de l\u2019Ancienne Loi.Cette direction générale est particulièrement sensible dans les cinquième et sixième passages cités plus haut, où saint Thomas a devant l\u2019esprit, suivant la lettre même de l\u2019objection qu\u2019il se pose, les actes si divers qui entrent au service de Dieu.On ferait donc fausse route en se pressant de voir une allusion à l\u2019Eucharistie dans le pain rompu, mangé et béni qu\u2019il fait intervenir dans sa réponse.Mais de ce que l\u2019auteur a ici devant les yeux les réalités de l\u2019A.T., il ne s\u2019ensuit pas non plus qu\u2019il s\u2019y renferme.D\u2019une manière générale, les institutions de la Loi mosaïque sont, au contraire, pour lui, le cadre dans lequel, par voie de rapprochement, il se plaît a faire rentrer celles de la Loi chrétienne.Pour ne parler que du sacrifice, il est déjà difficile d\u2019assimiler à aucun rite précis du Lévitique ce pain rompu, mangé et béni dont il vient d\u2019être question.Beaucoup moins encore trouverait-on dans l\u2019Ancienne Loi cette offrande d\u2019argent mentionnée à côté des pains de proposition comme type d\u2019oblation simple.Par le choix même de ses exemples, il est visible que saint Thomas généralise et que, s\u2019il part de PA.T., son regard s\u2019étend bien au-delà.Aussi bien ces cas particuliers, quelle qu\u2019en soit la provenance, sont-ils incorporés dans une synthèse qui les 3.\u2014Voir, au sujet de ces deux exégèses, les données de M.Henri Lamiroy, aujourd\u2019hui professeur au Grand Séminaire de Bruges, dans sa thèse: Be essentia S.missæ sacrifici, p.382 (Louvain, Smeesters, 1919) et de M.l\u2019abbé Jean Rivière, professeur à la Faculté de Théologie Catholique de Strasbourg, dans la Revue des Sciences Religieuses, janvier 1921. LE SACRIFICE DE LA MESSE 591 domine.La logique évidente de son texte montre que l\u2019auteur ne se livre pas ici à cette œuvre d\u2019analyse qui consisterait à chercher dans les faits la notion de sacrifice.Il part, au contraire, d\u2019une notion bien établie, qui lui sert à différencier et à classer ces faits.Si donc il est vrai que ces lignes contiennent une vue théologique sur la nature du sacrifice, on ne saurait en éluder la portée sous le prétexte qu\u2019à raison de son origine elle pourrait être d\u2019un caractère relatif.LE SACRIFICE EN GÉNÉRAL II.\u2014La notion complète.a) Définition nominale La recherche étymologique de sacrifice élaborée par saint Thomas lui-même règle par son fait le sens usuel de ce mot pour le Docteur Angélique.\u201cSacrificium dicitur ex hoc quod homo facit aliquid sacrum.\u201d Cette finale contient la plus précise définition étymologique possible, comme appuie l\u2019auteur lui-même: \u201cet hoc ipsum nomen sonat\u201d Tel est, selon l\u2019insistante affirmation de saint Thomas, le contenu du nom lui-même : \u201csacrificia proprie dicuntur quando circa res oblatas aliquid fit.Et hoc ipsum nomen sonat.\u201d La position nette et définitive de cette étymologie avait d\u2019ailleurs été préparée et dégagée par un texte antérieur du Commentaire sur le psaume XXXIX, v.4, cité plus haut.La coordination de ce texte et de ceux de la Somme pourrait se résumer ainsi: sacrum === res Deo oblatas factionem sacri.sacrificium: facere = aliquid fit circa 592 LA REVUE DOMINICAINE b) Définition réelle.Il reste à pénétrer la quiddité de cet acte de religion.C\u2019est dire qu\u2019il faut y rechercher un élément proprement théologique, une réalité qui puisse avoir un sens et une valeur devant Dieu.Si l\u2019on entre résolument dans la voie d\u2019une telle analyse, on verra qu\u2019il ne suffit pas de décrire les éléments de ce rite, si l\u2019on n\u2019est arrivé auparavant à dire en quoi, par quoi et pourquoi il nous apparaît comme raisonnement propre à honorer Dieu.Ce qui revient à dégager les réalités religieuses qu\u2019il renferme, à discerner l\u2019âme du sacrifice.Respondeo dicendum quod, sicut Augustinus dicit, omne sacrifi-cium visibile invisibilis sacrifi-cii sacramentum, id est sacrum signum est.(Sum.Theol.Ilia, q.22, a.2.) Signum quantum est in se importât aliquid manifestum quoad nos, quo manuducimur in cogni-tionem alicujus occulti.(4 Sent.d.I, q.I, a.I, sol.I, ad 5um.) Quelle est d\u2019abord la pleine définition de cette chose cachée sans laquelle tout le processus visible du sacrifice n\u2019est rien?Et quel est, ensuite, le constitutif de ce processus visible lui-même?Car quod homo quibusdam rebus utatur offerens eas Deo.hoc autem pertinet ad ra-tionem sacrificii.(Ha Ilae, q.85, a.I.) Quel sera, déterminé de la plus stricte façon possible, l\u2019acte extérieur (ou les actes extérieurs) qui, seul, d\u2019une manière véritablement propre, traduira la disposition intime?D\u2019où le double champ d\u2019étude de ce second paragraphe.a) Uàme du sacrifice.Significat autem sacrificium Exterius sacrificium repræsenta-quod offertur exterius, interius tivum est interioris veri sacri- LE SACRIFICE DE LA MESSE 593 spirituale sacrificium, quo anima seipsam offert Deo.(Ha Ilae, q.85, a.2.) Externa sacrificia sunt signa interioris sacrificii in quantum homo animam suam offert Deo.(Comm, in ps.L, v.18.) ficii, secundum quod mens hu-mana seipsam offert Deus.(Contra Gent.lib.Ill, cap.120, s.7.) Le rite extérieur signifie donc une sainte union d\u2019esprit à Dieu.Offrande de notre esprit à Dieu : qu\u2019est-ce à dire ?Anima autem se offert Deo in sacrificium, sicut principio suæ creationis, et sicut fini suæ bea-tificationis.(Ha Ilae, q.85, a.2.)* Et inde est quod Augustinus di-cit: Verum sacrificium.agitur ut sancta societate inhæreamus Deo, relatum scilicet ad ilium finem boni, quo veraciter beati esse possumus.(Ilia, q.48, a.3.) Similiter etiam per occisionem animalium significabatur des-tructio peccatorum, et quod homines erant digni occisione pro peccatis suis, ac si animalia ilia Retour à Dieu, notre souverain Bien, par la reconnaissance de notre dépendance originelle et de notre destination ultime; laquelle implique aussi, comme il est facile de s\u2019en rendre compte, l\u2019action de grâces et la prière.Telle est, pour le Docteur Angélique, la justification première de cette forme de culte uniquement réservée en droit au Premier Principe de notre être, qui est aussi sa Fin Dernière: un consentement efficace de l\u2019homme à l\u2019orientation de tout son être et de toute son activité vers Dieu, son créateur et le but suprême de ses aspirations, si bien que le sacrifice \u2014 et c\u2019est là son terme \u2014 nous fait \u201cinhérer à Dieu dans une sainte société avec Lui.\u201d Advenant l\u2019entrée en scène d\u2019un élément nouveau, le péché, alors 4.\u2014Ce point, comme ceux qui précèdent et ceux qui viendront, pourrait être appuyé par plusieurs autres textes.Les dimensions d\u2019un article de revue nous obligent à procéder par de plus brèves notations.Il en sera ainsi chaque fois que se rencontrera parfaite concordance de tous les passages thomistes sur telle ou telle particularité.Quand se présente ou paraît se présenter une divergence nous donnons la teneur intégrale de tous les enseignements se rapportant au point en question. 594 LA REVUE DOMINICAINE loco eorum occiderentur ad si- le sacrifice offert à Dieu outragé gnificandum expiationem pecca- ne sera de mise qu\u2019à condition torum.\tde s\u2019envelopper d\u2019une intention (la Ilae, q.102, a.3, ad 5um.) réparatrice.Tout naturellement \u2014 similiter etiam \u2014 le sacrifice symbolisera alors la peine de mort méritée par l\u2019huma-nité coupable, et assumée pour ainsi dire par elle, au moins en figure, comme une juste anticipation de la sentence divine, destinée d\u2019ailleurs à en écarter la rigueur.A l\u2019adoration se superpose la propitiation.Dans la stricte vue théologique de la Ha Ilae, l\u2019auteur s\u2019abstient d\u2019établir aucun lien entre cette intention réparatrice et l\u2019idée première, essentielle de sacrifice- Le concept de sacrifice n\u2019est donc pas purement et simplement lié à celui d\u2019expiation mais le précède et le dépasse.L\u2019élément propitiatoire n\u2019abolit pas l\u2019élément latreutique, qu\u2019il présuppose.Le sacrifice reste une consécration de l\u2019âme à son Premier Principe et à son Ultime Fin.Toutefois, lorsque saint Thomas en vient, dans la Ilia P., à étudier la Passion du Verbe Incarné, dans l\u2019article liminaire, après avoir défini le sacrifice en général conformément à ses investigations précédentes, il ajoute: \u201cen vue de le (Dieu) rendre favorable\u201d.Sacrificium proprie dicitur aliquid factum in honorem proprie Deo debitum, ad eum placandum.(Ilia, q.48, a.3.) Il n\u2019est pas besoin à ce sujet d\u2019une longue et minutieuse exégèse, les théologiens reconnaissent tous maintenant que ce qui motive ici ces trois mots, c\u2019est une préoccupation étrangère aux observations et conclusions précédentes : c\u2019est la considération du fait que le sacrifice de Jésus-Christ, dont il va être question, a eu pour effet, d\u2019après l\u2019Ecriture même, de racheter le monde en satisfaisant à la justice de Dieu pour nos péchés. LE SACRIFICE DE LA MESSE 595 Telle est l\u2019idée essentielle du sacrifice en général: appropriation à Dieu, comme nous l\u2019avons dit plus haut, retour total à Dieu, notre souverain bien, par la reconnaissance pratique de notre dépendance originelle et de notre destination ultime.Tout y est pour le perfectionnement de la créature raisonnable.Et que si intervient la considération du péché, alors, au culte d\u2019union au Premier Principe de notre être qui est aussi sa Fin Suprême, se superpose la propitiation.Voilà l\u2019âme du sacrifice.Mais tout cela n\u2019est encore dans cette âme, ou, en d\u2019autres termes, dans le sacrifice intérieur, le seul véritable, le seul vivificateur, que la part de l\u2019homme.Pour qu\u2019il soit complet, achevé, il est évident, d\u2019après la définition même, qu\u2019il faut aussi la part de Dieu.Sacrifier, transférer du domaine profane dans le domaine sacré du Très-Haut, ne peut se faire que par l\u2019acceptation divine de cette union de notre âme à son Créateur et à son Terme.Alors seulement se réalisera la consécration effective qui constitue de pleine et exhaustive manière l\u2019âme du sacrifice.b) Le corps ou le constitutif extérieur.Nous avons cité au début de ce second paragraphe les textes mêmes de saint Thomas sur le contenu du sacrifice qui, comme tout acte rituel, doit renfermer un élément interne, invisible, et un élément extérieur.Le premier en est l\u2019âme, mais c\u2019est le second qui en fait un sacrifice proprement connu comme tel, puisque c\u2019est lui qui le distingue de tous les autres actes du culte extérieur.Dans ces actes religieux où interviennent des choses extérieures et qui appartiennent à la catégorie générale d\u2019offrande, le sacrifice (sacrum\u2014facere) suggère l\u2019idée 596 LA REVUE DOMINICAINE d\u2019une action sainte ou sanctifiante (ex hoc quod homo facit aliquid sacrum).Voilà pourquoi il ne comporte pas seulement une matière offerte, mais une action effectuée, accomplie autour d\u2019elle, à son égard (quando circa res Deo oblatas aliquid fit), action qui a mainfestement pour but de rendre cette matière sacrée.En ce même article troisième de la question 85, saint Thomas donne aussitôt deux exemples: le premier d\u2019un être vivant, le second d\u2019un être inanimé.Qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019un animal égorgé, d\u2019un pain rompu et béni, il y a toujours accomplissement d\u2019une action positive à l\u2019égard de la chose offerte.La notion fondamentale de sacrifice est sauvegardée.Dans ce concept n\u2019entre pas l\u2019idée d\u2019un cérémonial de destruction obligatoire.Force est bien de conclure qu\u2019au moins à ce moment-là l\u2019auteur ne l\u2019avait pas dans l\u2019esprit.L\u2019exprime-t-il ailleurs ?Et le passage cité serait-il à compléter par son contexte?La définition du sacrifice revient, en effet, dès le commencement de la question suivante, en termes qui rappellent et précisent ceux que nous connaissons déjà: i Nomen oblationis commune est ad omnes res quæ in cultum Dei exhibentur.Ita quod si aliquid exhibeatur in cultum divinum, quasi in aliquod sacrum quod inde fieri debeat consumendum, et oblatio est et sacrificium.Si vero sic exhibeatur ut integrum maneat.erit oblatio et non sacrificium.(lia Ilae, q.86, a.I.) Il s\u2019agit toujours de distinguer les deux notions voisines de sacrifice et d\u2019oblation.Celle-ci est encore spécifiée, exactement comme à la question précédente, par le fait que l\u2019objet offert y demeure intact.Mais dans la notion corrélative de sacrifice apparaît un élément nouveau.Non content de dire comme tout à l\u2019heure qu\u2019il LE SACRIFICE DE LA MESSE 597 consiste dans une action sacrée, le Docteur Angélique ajoute ici qu\u2019une chose y est offerte pour être consumée (aliquid.quasi in aliquid sacrum.consumendum).Saint Thomas requiert-il formellement la destruction de la victime?Èn mettant les choses au mieux, il faut bien reconnaître que, pour soutenir une construction théologique d\u2019une telle ampleur, cette simple incidente de la Somme serait une base un peu mince, alors surtout que l\u2019auteur ne s\u2019explique nulle part ailleurs d\u2019une manière plus catégorique.Mais la petite phrase a-t-elle seulement la portée qu\u2019on lui prête?On ne remarque pas, en effet, qu\u2019elle est suspendue à une proposition conditionnelle (si aliquid adhibeatur quasi.consumendum).Et ce procédé de construction grammaticale en modifie du tout au tout l\u2019économie logique.Saint Thomas n\u2019établit pas ici une définition du sacrifice; il veut simplement donner un exemple de ce qui incontestablement en est un.Par opposition à la simple oblation, où l\u2019objet offert ne reçoit aucune modification, il est bien évident qu\u2019il y a sacrifice lorsque la matière est \u201cconsumée\u201d- De même, la question quatre-vingt-cinquième parlait d\u2019animaux égorgés.Mais de ces cas particuliers, est-il permis de conclure à une loi générale?Du fait que la destruction de la victime constitue une forme du sacrifice, il ne s\u2019ensuit pas qu\u2019elle en soit la forme unique et nécessaire.Le premier texte de la Somme, où la question est traitée ex professo, exclut cette condition de nécessité en la passant sous silence.Le second vise une circonstance où le processus se réalise per accidens sous forme consomptive, mais sans dire que celle-ci soit requise en principe.La mise à mort d\u2019une victime n\u2019est donc pas, en tant 598 LA REVUE DOMINICAINE que telle, de l\u2019essence du sacrifice.La destruction elle-même, comme destruction, n\u2019est pas requise.Ce qui est absolument requis, c\u2019est une action extérieure et sensible apte à manifester l\u2019état de consécration spécial de l\u2019objet offert.Sacrifice contient l\u2019idée d\u2019une action sainte ou sanctifiante, et voilà pourquoi il comporte précisément un acte qui a pour but manifeste de rendre désormais la chose offerte propriété exclusive de Dieu.C\u2019est tout.L\u2019examen de l\u2019enseignement du Docteur Angélique sur le point en question ne permet pas de poser comme essentielle à la définition thomiste du sacrifice en général la destruction de l\u2019hostie offerte, comme telle, en tant que destruction.L\u2019offrande d\u2019un objet conjointement rendu impropre à tout usage humain, afin de mieux marquer le vouloir de s\u2019en dessaisir et de l\u2019approprier à Dieu, telle est d\u2019un mot, pour l\u2019auteur, la nature du sacrifice extérieur et cultuel.Le vin versé à terre en libation, comme signe d\u2019affectation exclusive à Dieu, les animaux égorgés ou brûlés sur l\u2019autel réalisent à leur manière cette conception essentielle du sacrifice.Nous venons de le voir dans la première section de ce paragraphe, ce n\u2019est pas à cause du péché que le sacrifice a été institué; il a une origine plus profonde, à tel point que son existence s\u2019imposait en dehors même du péché.De même, ce n\u2019est pas en raison du péché que le sacrifice comporte une certaine transformation des oblats: cette transformation est inhérente au sacrifice comme tel; elle réalise l\u2019aliénation que l\u2019homme entend faire d\u2019une partie de ses biens en faveur de la divinité, pour signifier son désir de don total.Que parmi ces rites entre la mise à mort, la destruction de l\u2019hostie, saint Thomas le mentionne lui-même. LE SACRIFICE DE LA MESSE 599 Mais que le sacrifice en son acception officielle comprenne dans l\u2019essence de son constitutif physique une oblation avec processus conjoint sanglant, ceci ne se trouve pas dans la Ha Ilae.Dans ces pages ex professo, les termes employés par l\u2019auteur restent délibérément vagues: quando circa res oblatas aliquid fit.Ce qui suit n\u2019est donné qu\u2019à titre d\u2019exemple: sicut quod animalia occidebantur, quod partis frangitur et comeditur et benedicitur- Quando circa res Deo oblatas aliquid fit : c\u2019est-à-dire, lorsqu\u2019il y a manifestation actuelle et formellement voulue de la consécration invisible à Dieu qui affecte l\u2019offrande.Ceci fait-il défaut, il n\u2019y a plus sacrifice, extérieurement, au moins, \u2014 et nous avons vu la nécessité du rite externe pour tout sacrifice au sens théologique \u2014 mais oblation pure et simple: unde cum in oblatione nihil est aliud nisi quod in usum sacerdotis venit, est pura oblatio.Le constitutif physique du sacrifice est donc fondamentalement le même que celui de la simple oblation: dans l\u2019un et l\u2019autre cas, une offrande visible, extérieure, sensible.Mais, en plus, le sacrifice comporte action exercée à l\u2019égard des oblats.Et ce processus sensible n\u2019a pas d\u2019autre rôle que de signifier la consécration intérieure.\u201cOmne sacrificium visibile invisibilis sacrificii sacramentum, id est sacrum signum, est.\u201d \u201cSignum (autem), quantum est in se, importât aliquid manifestum quoad nos, quo manudu-cimur in cognitionem alicujus occulti\u201d.Or, ici, le signe est constitué par ceci que circa rem Deo oblatam aliquid fit.Et ce sacrifice visible, ce signe sacré ne peut être constitué par la seule oblation extérieure sans, au même moment, action exercée à l\u2019égard de l\u2019offrande, ni par ce 600 LA REVUE DOMINICAINE seul dernier rite sans concomitance strictement actuelle, physique, de l\u2019offrande externe.Ce ne serait plus alors l\u2019entité authentique, nécessaire du sacrifice extérieur, signe du sacrifice invisible, mais tout autre rite sans rapport unique et obligatoire au sacrifice intime et spirituel.De par le caractère transitoire de nos actes, si la signification n\u2019existe pas au moment du sacrifice physique, ce dernier est inutile.Une fois produit, un acte n\u2019est plus ; sans doute, sa valeur peut subsister, mais non son entité; comme tel, il est passé.Le corps du sacrifice consiste donc en ceci : une action extérieure et sensible apte à manifester l\u2019état de consécration spécial de l\u2019objet offert.C\u2019est là le trait spécifique distinguant oblation simple et oblation sacrificielle.Maintenant, quel est l\u2019ambitus de cette action extérieure sensible apte à rnanifester l\u2019état de consécration spécial de l\u2019hostie offerte ?Les textes de la Somme mentionnent comme exemples: a) la destruction ou mactation; b) l\u2019immolation: \u201cquia ex eo quod erat passibilis et mortalis, (caro Christi) apta erat immolationi\u201d (Ilia P., q.48, a.3) ; c) la bénédiction transformative ou consécrative, c\u2019est-à-dire manifestant l\u2019état de consécration tout à fait spécial de l\u2019hostie offerte- (Ha Ilae, q.85, a.3, ad 3um et Ilia, q.22, in corp.) Ainsi s\u2019achève une notion que je crois être intégralement celle de saint Thomas d\u2019Aquin, génuine et complète dans sa clarté et sa souplesse.* * * Un prêtre des lecteurs de La Revue Dominicaine m\u2019a demandé ce qu\u2019on peut penser, en fonction des strictes données thomistes, de la formule devenue célèbre ces dernières années: Le sacrifice est l\u2019offrande d\u2019une immo- LE SACRIFICE DE LA MESSE 601 lation qui vient ou d\u2019une immolation déjà faite.Voici: On peut entendre cette formule dans le sens mis en honneur jadis par Pierre Nicole: \u201cil n\u2019est pas nécessaire que l\u2019immolation et l\u2019oblation se fassent en même temps, et la diversité des temps auxquels les actions se passent ne fait pas que ce soit de différents sacrifices\u2019\u2019^ La non-concordance apparaît tout de suite.Que si, maintenant, se présente l\u2019interprétation suivante: \u201cle rite de cette oblation (sacrificielle) peut être quelquefois l\u2019immolation même.mais il peut être aussi, et en fait il est fréquemment distinct de l\u2019immolation, laquelle est laissée à d\u2019autres, tandis que le prêtre.accomplit le rite réservé en quoi consiste l\u2019oblation, la donation à Dieu de la victime.; et suivant que ce rite précédera ou suivra, nous aurons deux types de sacrifices, qui ne diffèrent que d\u2019une manière accessoire: oblatio hostiæ immolandæ, oblatio hostiæ immolât æ.n 6 II s\u2019agit alors de savoir des tenants de cette théorie si l\u2019oblation de l\u2019hostie autrefois immolée n\u2019implique pas pour eux, en outre, et actuellement, une action exercée à l\u2019égard des oblats qui en ferait ainsi un plein et authentique sacrifice au sens thomiste- Evidemment, ceci ne se peut que dans le cas de notre Eucharistie.Aussi, dans l\u2019occurence, une certaine conciliation me semble-t-elle possible.7 Mais sur la notion du sacrifice en général, le thomisme du R.P.de la Taille comportera toujours, avec quelques justes données, beaucoup de nuances aussi importantes que forcées.^ ÿ ^ 5.\t\u2014Instr.Théol.et mor.sur les Sacrements, Vlème instruction.6.\t\u2014Esquisse du M.de la F., pp.4-5.7.\t\u2014Cf.Mysterium Fidei, elucidatio XIX.\u2014 D\u2019ailleurs, en traitant du mystère de l\u2019autel, saint Thomas emploie le mot oblatio dans son sens générique, par conséquent pouvant s\u2019entendre pour l\u2019oblation sacrificielle ou sacrifice. 602 LA REVUE DOMINICAINE Un théologien-rédacteur de U Ami du Clergé écrivait récemment : \u201cQui nous donnera la véritable définition du sacrifice, qui seule peut trancher les débats, en déterminant ce qui lui est essentiel et ce qui ne l\u2019est pas?\u201d (Tome XL, p.72).On a voulu présenter ici dans son texte littéral la conception et la formule authentiques du Doctor communis de l\u2019Eglise catholique.A.Papillon, O.P.-?- LE CIMETIERE: DANS L\u2019HISTOIRE ET SELON LE DROIT Le cimetière, en notre province si catholique du Québec, n\u2019évoque malheureusement pas toujours ce qu\u2019il est en réalité: l\u2019antichambre du paradis, une seconde demeure jusqu\u2019au grand jour de Dieu, où le corps réuni à l\u2019âme partagera son sort définitif, éternel.Domus, secunda, donee tertia : telle est bien la pensée que devrait faire surgir dans les esprits, en été surtout le modeste cimetière de campagne ou la nécropole fleurie du Mont-Royal.On doit toujours y trouver le symbole magnifique de l\u2019espoir en Dieu, inébranlable, plus fort que la mort.La pensée de la mort a beau être salutaire, quand elle va jusqu\u2019à noyer la confiance en celui qui a vaincu le monde, elle n\u2019est plus chrétienne.Les païens, les athées, les révoltés n\u2019ont pas d\u2019espérance.Et alors, à quoi bon s\u2019inquiéter?La crémation, le tertre solitaire, les planches nues de la morgue ou le scalpel des carabins, peu importe! LE CIMETIÈRE 603 Au début de l\u2019ère chrétienne, il en était tout autrement: le mot même de cimetière, inconnu des païens, équivalait à un certificat d\u2019orthodoxie, à une profession de foi en la résurrection des corps.Saint Jean-Chrysostome l\u2019explique familièrement à ses ouailles : \u201cLe lieu de la sépulture est appelé cimetière afin que tu saches que ceux qui y reposent ne sont pas morts, mais endormis\u201d.Et saint Jérôme écrit que \u201cchez les chrétiens, la mort n\u2019est pas une mort, mais une dormi-tion, et elle s\u2019appelle sommeil\u201d (Epist.29) Aussi, se garde-t-on bien de les appeler les morts, \u201coî nékroi\u201d, mais ceux qui reposent, \u201coî kekoimémenoi\u201d De plus, les inscriptions tombales, mises au jour par J.-B.de Rossi, expriment toutes les mêmes idées d'espérance et de vie future: dormit ou quiescit in pace, in pace, in pace dormitio.Les lois romaines ne permettant pas d\u2019ensevelir les cadavres dans les villes, on les inhumait hors les murs d\u2019enceinte, le long des grandes voies romaines ou dans les champs, à fleur de terre ou dans les galeries souterraines, appelées plus tard Catacombes.Deux raisons poussèrent bien vite les disciples du Christ à posséder des lieux d\u2019inhumation distincts: la promiscuité païenne leur répugnait par-dessus tout; le respect superstitieux du Romain pour les morts garantissait l\u2019inviolabilité aux sépultures chrétiennes.Au point de vue légal, en effet, la sépulture consacre le lopin de terre qu\u2019elle occupe; mais il n\u2019en fut pas longtemps ainsi et la plèbe se prêta volontiers aux mesures vexa-toires des persécuteurs.De Néron à Dioclétien, les cimetières sont saccagés et mis sous séquestre, les corps outragés, les catacombes elles-mêmes n\u2019échappent au viol et à la confiscation que par l\u2019ensablement des galeries. 604 LA REVUE DOMINICAINE L\u2019Edit de Milan, promulgué en 313 par Constantin, donne enfin à l\u2019Eglise la paix et la liberté, en même temps qu\u2019il frappe le paganisme à mort.Le code romain tombe peu à peu en désuétude et, en souvenir des catacombes, auxquelles il s\u2019identifiait, le cimetière entoure l\u2019église, comme aujourd\u2019hui dans la plupart de nos campagnes.Puis soudain, au IVe siècle, le culte des martyrs provoque une ruée folle vers les saintes reliques ; on s'en rapproche le plus pos'sible et l\u2019encombrement est tel que les défunts s\u2019empilent près des murs; les plus favorisés forcent même l\u2019église et s\u2019y font enterrer: l\u2019Empereur ouvre la marche, les évêques suivent, puis vient le jour où en dépit du code Théodosien, les fidèles considèrent la Basilique comme un simple cimetière.Le Pape Damase 1er a beau refuser pour lui-même la sépulture dans une église, la coutume prévaut et, au grand déplaisir du clergé, le lieu saint se divise bientôt en deux parties, dont la plus honorable est réservée aux martyrs et l\u2019autre livrée aux fidèles, sans distinction de dignité ou de sexe.Un décret, il est vrai, abolit en 442 cette coutume abusive et quasi-centenaire, mais même alors, dignitaires ecclésiastiques, bienfaiteurs et patrons d\u2019églises se glissent facilement derrière les souverains, et ce n\u2019est qu\u2019en 1600 que Paul V rétablit définitivement l\u2019inhumation hors de l\u2019église, pour tous, à l\u2019exception des évêques et des princes régnants.Dès lors, le cimetière ne varie presque plus: cimetières adjacents à l\u2019église paroissiale ou cimetières isolés dans la campagne, entourant une chapelle mortuaire, une croix ou un calvaire, tout cela annonce la communauté chrétienne, jusqu\u2019aux temps modernes, où la persécution confisque les biens d\u2019Egîise.A notre époque de libéralisme outrancier, il n\u2019est guère de pays où l\u2019Eglise et l\u2019Etat s\u2019entendent aussi bien que dans notre province de Québec pour la législation sur LE CIMETIÈRE 605 le cimetière.L\u2019Eglise y voit ses droits reconnus et protégés par le bras séculier; l\u2019Etat insère équivalemment dans son code les lois ecclésiastiques relatives à la sépulture et légifère sur des points secondaires, qui ressortissent surtout de l\u2019hygiène publique et du bon ordre de tout groupement social.Cette harmonie sur le sujet qui nous intéresse nous induit à traiter concurremment du cimetière, au point de vue canonique et civil.1 Le code, en vigueur dans l\u2019Eglise latine depuis la Pentecôte de 1918, se divise en trois parties: des lois, des personnes et des choses.Au titre Xlle de la troisième partie, 44 canons se rapportent à la sépulture ecclésiastique.Celle-ci comprend le transport du défunt à l\u2019église, les funérailles et la déposition au cimetière.(Can.1204).Je m\u2019en tiens uniquement à ce dernier acte de la sépulture ecclésiastique, pour traiter du cimetière, auquel se rapportent expressément les canons 1205 à 1215.Le matière se divise naturellement en 4 parties : 1)\tLe droit de l\u2019Eglise (Can.1206 et 1208).2)\tL\u2019érection du cimetière (Can.1208 et S.R.4296).3)\tLes sujets du cimetière (Can.1205)- 4)\tLe cimetière lui-même (Can.1205, 1207, 1209).1) LE DROIT DE L\u2019ÉGLISE Jus est catholicæ Ecclesiæ possidendi propria cœme-teria (Can.1206).L\u2019Eglise catholique a le droit de posséder en propre des cimetières.La déclaration est catégorique et a de quoi faire sourire un partisan du libéralisme intégral; elle n\u2019est pourtant qu\u2019une application de la thèse fonda- 1.\u2014Dans cet article, les canons mentionnés renvoient au Codex Juris canonici.les lettres S.R.aux Statuts refondus de la Province de Québec, édition de 1925. \u20ac06 LA REVUE DOMINICAINE mentale de l\u2019Immunité ecclésiastique, énoncée au canon 1495.En effet, Jésus-Christ a donné à son Eglise, continuatrice de sa mission en ce monde, \u201cla forme d\u2019une société visible et parfaite, indépendante par conséquent de toute autre société dans la poursuite de sa fin et dans l\u2019emploi des moyens nécessaires ou utiles à cette fin.\u201cL\u2019Eglise a donc droit à ce que le culte extérieur, expression de ses croyances et forme de sa prière officielle, ne soit entravé par aucun pouvoir civil\u201d 2 Or, dans l\u2019Eglise catholique, l\u2019inhumation des fidèles constitue un acte du culte extérieur qui ne saurait être exercé pleinement et librement sans le droit de posséder en propre des cimetières.En effet, les honneurs suprêmes accordés par l\u2019Eglise à ses membres défunts sont le complément nécessaire du dogme de la résurrection des corps et l\u2019exercice du culte des morts exige la propriété exclusive des cimetières.Libre à l\u2019Etat d\u2019avoir des cimetières municipaux ou d\u2019attribuer aux diverses sectes des cimetières particuliers ; l\u2019Eglise, elle, revendique la possession et la maîtrise absolue de ses cimetières.On imagine facilement les entraves qu\u2019apporterait à l\u2019exercice de la sépulture ecclésiastique un pouvoir tracassier, même catholique; quant à la puissance civile anticléricale ou maçonnique, elle a fait ses preuves: l\u2019Europe catholique a subi son joug impitoyable, le Mexique sombre actuellement dans l\u2019anarchie et l\u2019athéisme officiel.\u201cEn cas de violation définitive de son droit, l\u2019Eglise recommande à l\u2019Ordinaire du lieu de bénir le cimetière public, si les catholiques inhumés sont la majorité\u201d.(Can.1206 § 2).2.\u2014Cf.Circulaire de Mgr Archambault, évêque de Joliette, 5 février 1212. LE CIMETIÈRE 607 Que faire, si l\u2019Etat s\u2019y oppose?\u201cQue l\u2019Evêque acquière pour ses ouailles une partie du cimetière public et la bénisse\u201d (Ibid., § 2).Il en est ainsi en Belgique et dans plusieurs Etats américains.Enfin, là où le cimetière municipal neutre est la règle absolue, en France, par exemple, \u201cchaque fosse où doit reposer un catholique est bénite séparément, lors de l\u2019inhumation\u201d (Ibid-, § 3).D\u2019après Many, cette bénédiction est seulement invocative et ne fait pas de cet endroit, si exposé aux profanations, un lieu sacré.3 Son droit absolu proclamé, et la conduite tracée en cas de violation de ce droit, l\u2019Eglise énumère au Canon 1208 les seuls propriétaires légitimes de cimetières ecclésiastiques, à savoir, la paroisse, les religieux exempts, les personnes morales autorisées par l\u2019Ordinaire du lieu.\u201cChaque paroisse, en effet, doit avoir son cimetière à moins que l\u2019Ordinaire du lieu n\u2019érige canoniquement un cimetière commun à plusieurs paroisses\u201d (Can.1208, § 1).C\u2019est le cas du cimetière de la Côte-des-Neiges.\u201cLes religieux exempts peuvent avoir un cimetière distinct du cimetière paroissial\u201d.Malgré les mots du canon \u201cpeuvent avoir\u201d, la plupart des canonistes y voient non pas un privilège, mais un droit strict dont tous les exempts jouissent.Tels sont les religieux des grands ordres, les Rédemptoristes, les Passionnistes et les moniales, à qui l\u2019Eglise ne permet plus de vœux solennels.\u201cSi l\u2019Etat méconnaît ce droit, tous en sont réduits à faire comme l\u2019Eglise.\u201cL\u2019Evêque peut accorder aussi à des sociétés ou à des familles la permission d\u2019avoir un cimetière privé\u201d.Les congrégations religieuses obtiennent facilement ce privilège.3.\u2014Cf.\u201cDe Locis Sacris\u201d. 608 LA REVUE DOMINICAINE Après avoir établi le droit de l\u2019Eglise au sujet du cimetière, il nous reste à déterminer l\u2019état juridique du cimetière dans la Province du Québec.2) L\u2019ÉRECTION DU CIMETIÈRE Du point de vue canonique, l\u2019Evêque diocésain seul peut ériger un cimetière et une coutume, même centenaire, ou l\u2019usage immémorial d\u2019un terrain pour fin d\u2019inhumation ne saurait lui conférer le titre et les privilèges du cimetière ecclésiastique.Les canons 335 et 1208, § 1, l\u2019affirment explicitement.L\u2019accord de nos juristes canadiens sur les pouvoirs de l\u2019Evêque en cette matière est unanime : Mignault,4 Loran-ger, Langevin et Beaudry, commentant le Code civil, déclarent que seul l\u2019Evêque peut statuer définitivement sur l\u2019érection d\u2019un cimetière et que sa décision est sans appel devant les tribunaux civils.Le mode d\u2019érection du cimetière se trouve au statut 4296.\u201cL\u2019érection canonique d\u2019un cimetière, empruntée à une législation ecclésiastique antérieure, exige: 1)\tla requête d\u2019une majorité des francs-tenanciers^ de la paroisse intéressée; 2)\tdix jours d\u2019avis aux francs-tenanciers, les avertissant du jour où l\u2019Evêque ou son délégué se rendra sur les lieux pour les fins de leur requête; 3)\tlecture, au prone de la messe paroissiale de deux dimanches consécutifs, du décret canonique érigeant le nouveau cimetière, approuvé au préalable par le directeur du Service provincial d\u2019hygiène (S- R.4297) ; 4.\t\u2014Cf.le \u201cDroit paroissial\u201d de M.J.-F.Pouliot, p.475.5.\t\u2014Pour être franc-tenancier, il faut avoir 21 ans, demeurer dans la paroisse et posséder en propre, au moins depuis six mois, un immeuble. LE CIMETIERE 609 4) trente jours de délai pour l\u2019opposition à la reconnaissance civile du décret (S.R.4299).Ici, entre en jeu l\u2019autorité civile relativement à cette reconnaissance légale du décret épiscopal.\u201cQu\u2019il y ait opposition ou non, après ce délai de trente jours, le secrétaire des commissaires présente le décret canonique au Lieutenant-Gouverneur, dont la signature lui donne force de loi (S.R.4308)\u201d La loi du pays exige donc pour l\u2019établissement d\u2019un cimetière le concours des autorités civile et religieuse, mais nulle part, il n\u2019est question pour l\u2019Evêque de se rendre aux vues des commissaires, de la majorité des franc-tenanciers ou de l\u2019opposition.6 En effet, \u201ctoutes les matières relatives à l\u2019érection des cimetières, appartenant au culte catholique romain, sont réglées et décidées par l\u2019Evêque catholique romain ou l\u2019administrateur du diocèse que ces matières regardent, et par les commissaires nommés pour le diocèse.\u201d (S.R.4291).En somme, tout se résume à quelques formalités légales: Mignault semble même dire de la signature de l\u2019hôte de Spencerwood, qu\u2019elle est inutile, vu la teneur du Statut.7 La conclusion saute aux yeux : l\u2019Eglise et l\u2019Etat dans le Québec s\u2019entendent à merveille.au cimetière.Passons maintenant aux sujets du cimetière.3) LES SUJETS DU CIMETIÈRE Ici encore, l\u2019accord est parfait: le Statut 4431 n\u2019a pas besoin de commentaires: l\u2019admission au cimetière, 6.\t\u2014Cf.Le Droit Paroissial de P.B.Mignault, pages 63 et 95.7.\t\u2014Cf.Ibid.p.107 et note 1 (Dictum du juge Ramsay dans la cause de Cadot et Ouimet). 610 LA REVUE DOMINICAINE l\u2019emplacement même de chaque fosse, relèvent uniquement des autorités ecclésiastiques.\u201cIl appartient à l\u2019autorité catholique romaine seule de désigner dans le cimetière la place où chaque personne de cette croyance doit être inhumée; et, si cette personne ne peut être inhumée d\u2019après les règles et les lois canoniques, selon les jugements de l\u2019Ordinaire, dans la terre consacrée par les prières liturgiques de cette religion, elle reçoit la sépulture dans un terrain réservé à cette fin et attenant au cimetière\u201d (S- R.4431).D\u2019après le Droit canon, le sujet du cimetière est le fidèle, c\u2019est-à-dire tout baptisé mort dans la communion de l\u2019Eglise (Can.1205).Le fidèle, en effet, a un droit strict à reposer en terre bénie et, règle générale, les infidèles et ceux qui ont répudié les promesses de leur baptême, en sont exclus à jamais.Toutefois, l\u2019Eglise permet assez facilement à un conjoint non-catholique de reposer auprès de son conjoint catholique.Le catalogue des indignes se trouve aux canons 1239 et 1240.\u201cSont privés de la sépulture ecclésiastique et par conséquent de l\u2019inhumation au cimetière, à l\u2019exception des catéchumènes morts involontairement sans baptême, les non baptisés et les fidèles suivants, à moins qu\u2019ils n\u2019aient donné des signes de repentir avant leur mort : les apostats notoires ; les membres de sectes hérétiques, schismatiques ou maçonniques ; tous les excommuniés ou interdits, après la sentence qui les condamne ou les déclare tels ; les suicidés volontaires, les duellistes et ceux qui font incinérer leur corps, les pécheurs publics\u201d, tel que con-cubinaires, voleurs, etc.Le canon 19 nous rassure sur l\u2019application de cette loi : \u201cToute loi qui décrète un châtiment ou restreint le libre exercice d\u2019un droit doit être interprété strictement\u201d.Donc, pour encourir le refus de la sépulture ecclésiastique, LE CIMETIERE 611 il faut réaliser pleinement les conditions énoncées au can.1240 et \u201cen cas de doute sur l\u2019indignité d\u2019un défunt, l\u2019Ordinaire du lieu, averti, prononce sans appel: s\u2019il est impossible de recourir à lui, on doit donner la sépulture ecclésiastique, mais de façon à éviter tout scandale.\u201d (Can.1240, § 2).L\u2019Eglise n\u2019est donc pas si intransigeante qu\u2019on veut parfois le faire croire, mais il est évident qu\u2019elle seule peut juger impartialement du droit d\u2019un défunt à reposer chez elle.Le cas n\u2019est pas chimérique de parents éplorés et plus soucieux de l\u2019honneur familial que de la dignité de la sainte Eglise, qui voudraient substituer leur jugement au sien.En décembre 1926, malgré les supplications pressantes de leurs parents, trois bandits, tués à Détroit lors d\u2019une rencontre entre voleurs et contrebandiers, se virent refuser la sépulture ecclésiastique et S.E.le Card.Hayes, à qui on en appela, confirma la décision des curés mis en cause.L\u2019affaire Guibord,8 qui eut un si grand retentissement au siècle dernier, avec ses quatre procès et son dénouement au Conseil privé de Londres, est une autre preuve de l\u2019incapacité des personnes privées ou des pouvoirs publics à juger en dernier ressort la cause des indignes' Guibord était paroissien de Notre-Dame et membre de l\u2019Institut Canadien, société littéraire neutre, dont la bibliothèque recélait des livres réputés mauvais et dangereux par les autorités religieuses du diocèse.Après plusieurs avertissements inutiles, Monseigneur Bourget se décide à infliger des censures et peines canoniques à ceux qui continueraient d\u2019en faire partie.Guibord meurt en 1869 sans s\u2019être retiré de l\u2019Institut et ses amis, à la 8.\u2014Cf.Le Droit Paroissial de M.J.-F.Pouliot, Appendice D. 612 LA REVUE DOMINICAINE prière de son épouse, demandent pour lui la sépulture ecclésiastique.Sur le refus des autorités diocésaines, sa veuve veut bien se contenter de l\u2019enterrement civil, mais réclame une fosse bénite et intente un procès à la fabrique, qui la lui refuse.En 1870, la Cour Supérieure se prononce en faveur de la veuve Guibord; la fabrique en appelle et la Cour de révision lui donne gain de cause: la Cour d\u2019appel confirme cette sentence en 1871.En 1874, enfin, le Conseil Privé rétablit le jugement de la Cour Supérieure pour les raisons suivantes : l\u2019inhumation est une affaire mixte; faite dans l\u2019enclos des indignes, elle implique dégradation et infamie pour le défunt; tout paroissien a droit d\u2019être enterré au cimetière à moins d\u2019en avoir été privé nommément par l\u2019autorité ecclésiastique.Guibord fut donc transporté au cimetière, mais on assure que l\u2019Evêque s\u2019y rendit lui aussi, secrètement, et exécra la fosse du malheureux.Ce recours heureux au Conseil Privé n\u2019aurait pas manqué d\u2019imitateurs, on peut le croire, mais le Statut 4431, cité plus haut, régla définitivement la question.Notons que ceux qui forcent l\u2019Eglise à inhumer des indignes chez elle encourent l\u2019excommunication latæ sen-tentiæ non réservée (Can.2339).Voyons maintenant les règles de l\u2019inhumation (S.R.chapitre 208 et 102, art.171).Cadavera fidelium.: il s\u2019agit bien de cadavres.Lisez La mort réelle et la mort apparente du Jésuite Fer-reres, vous y verrez que les cas d\u2019enterrement vivant ne sont pas un mythe et que la putréfaction est l\u2019unique signe irrécusable d\u2019une mort certaine.Le can.1213 rappelle cette obligation de droit naturel de ne pas enterrer les vivants: \u201cOn ne doit enterrer aucun corps, surtout en cas de mort subite, avant un laps de temps convenable et LE CIMETIÈRE 613 suffisant pour enlever toute incertitude au sujet de la mort réelle du défunt\u201d.Le pouvoir civil assume avec raison cette onéreuse responsabilité : \u201cvingt-quatre heures au moins doivent s\u2019écouler entre le décès et l\u2019inhumation.\u201d (S.R.4430).Sepelienda sunt : La coutume d\u2019inhumer les corps des défunts est si bien entrée avec le christianisme dans les mœurs des peuples, que l\u2019Eglise ordonne l\u2019inhumation de ses membres défunts.Hormis les cas de peste et de guerre, elle défend formellement leur crémation (Can.1203), parce qu\u2019elle est la plupart du temps, dans l\u2019intention de ses partisans et \u201cen raison des circonstances qui l\u2019accompagnent, une profession publique d\u2019irréligion et de matérialisme.\u201d 9 Une instruction du Saint-Office, datée du 19 mai 1886 et renouvelée en juin 1926 (Cf.The Ecclesiastical Review, sept.1926), refusent la sépulture ecclésiastique à ceux qui ordonne d\u2019incinérer leur corps et meurent sans s\u2019être rétractés.L\u2019inhumation, réglée par l\u2019autorité ecclésiastique seule (S.R.), doit se faire au cimetière: in cœmeterio.C\u2019est la règle générale.Impuissante, au IVe siècle, à refouler l\u2019assaut des cadavres au lieu saint, l\u2019Eglise a réalisé son vœu séculaire et proscrit absolument l\u2019usage d\u2019enterrer à l\u2019église.Il n\u2019est probablement pas d\u2019église, dans toute la chrétienté, qui puisse se prévaloir d\u2019une coutume contraire, même centenaire (Can- 30), et considérer comme lettre-morte le canon 1205.Le code excepte toutefois deux groupes de personnes : les évêques résidants, les abbés et prélats \u201cnullius\u201d, qui peuvent être inhumés dans leur église cathédrale ; le Souverain-Pontife, les princes et les Cardinaux, qui sont libres 9.\u2014Cf.Diet, de Théol.Cath.Vol III, col.2321. 614 LA REVUE DOMINICAINE de choisir le lieu de leur sépulture.C\u2019est ainsi que Pie IX repose à Saint-Laurent-hors-les-murs et Léon XIII au Latran.Sur ce point, la loi civile de notre province s\u2019en remet à l\u2019Ordinaire: \u201cAucune inhumation n\u2019a lieu dans une église ou chapelle servant aux exercices du culte, sans une autorisation spéciale accordée par l\u2019autorité ecclésiastique supérieure ou diocésaine\u201d (S.R.4433, § 1).Elle exige seulement que le cadavre soit placé dans un cercueil contenant cinq livres de chaux vive et recouvert de quatre pieds de terre ou renfermé dans une construction en maçonnerie.L\u2019Eglise, de son côté, défend l\u2019inhumation d\u2019un cadavre sous un autel ou à moins de trois pieds d\u2019un autel.(Can.1202, §2).Le pouvoir civil demande aussi à bon droit l\u2019enregistrement du certificat médical de décès avant l\u2019inhumation dans un cimetière légalement établi (S.R.4428 et 4429).De plus, la décence et l\u2019hygiène publiques nécessitent certaines précautions élémentaires: le cercueil doit être déposé dans une fosse et recouvert d\u2019au moins trois pieds de terre (S.R.4433) ; l\u2019autorité ecclésiastique locale ou diocésaine peut toujours défendre, au nom de la décence ou de l\u2019hygiène, l\u2019inhumation dans un cimetière ou une église (S.R.4435) ; les cadavres de personnes mortes de maladies contagieuses doivent être transportées immédiatement au cimetière (S.R.4434).L\u2019Eglise s\u2019accommode parfaitement de ces règlements qui ne lèsent en rien ses droits; loin de s\u2019en offusquer, elle fait toujours profession d\u2019observer et de promouvoir l\u2019ordre et le respect de toute autorité légitime en matière mixte et à plus forte raison en matière purement civile.Un mot sur le choix du cimetière avant de traiter de l\u2019exhumation.Le choix du cimetière est libre; les LE CIMETIÈRE 615 femmes et les fils pubères sont donc à ce sujet affranchis de la puissance maritale ou paternelle (Can.1223 et 1227)\t, mais le code refuse ce libre choix aux enfants qui n\u2019ont pas quatorze ans révolus et aux religieux profès, de tout rang et de toute dignité, excepté s\u2019ils sont évêques (Can.1224).Le choix antérieur d\u2019un religieux est annulé par sa profession temporaire ou perpétuelle.\u201cA moins de dispositions contraires ou d\u2019un droit particulier à reposer dans un terrain ou caveau familial, le lieu de la sépulture est le cimetière dépendant de l\u2019église des funérailles\u201d (Can.1216).Le droit d\u2019inhumation dans le cimetière d\u2019une communauté dépend du consentement de son supérieur suivant les Constitutions de cette communauté (Can.1228)\t.Les postulants et les novices n\u2019ont pas un droit strict au cimetière des religieux, mais on peut les y admettre.Un mot, en passant, sur l\u2019exhumation des corps (S.R.4441 à 4446).Les cas d\u2019exhumation sont trop fréquents pour que l\u2019Eglise n\u2019ait rien statué en prévision des ventes, réparations ou changements de cimetière.Le canon 1214 se rapporte à ce sujet: \u201cOn ne peut exhumer aucun cadavre, définitivement inhumé, sans la permission de l\u2019Ordinaire, qui ne doit jamais l\u2019accorder, s\u2019il est impossible de distinguer des autres cadavres celui qu\u2019on veut exhumer\u201d.Dans la province de Québec, la procédure civile de \u2019\u2019exhumation est subordonnée aux lois canoniques.Le Statut 4439 déclare \u201cqu\u2019il faut avoir la permission de l\u2019autorité ecclésiastique supérieure du diocèse, avant de pouvoir obtenir l\u2019ordre ou la permission d\u2019un juge de la Cour supérieure pour procéder à l\u2019exhumation d\u2019un catholique, inhumé en terre sainte.\u201d 616 LA REVUE DOMINICAINE 4) LE CIMETIÈRE LUI-MÊME Nous avons vu le droit de l\u2019Eglise, l\u2019érection et les sujets du cimetière: il nous reste à étudier le cimetière lui-même, d\u2019après les canons 1205, 1207 et suivants.Le cimetière est un lieu sacré dont la bénédiction \u201cconsécrative\u201d est réservée à l\u2019Ordinaire.Il participe donc aux privilèges des lieux réservés au culte divin (Can.1154).\u201cL\u2019immunité locale le soustrait aux usages profanes et l\u2019immunité réelle l\u2019exempte d\u2019obligations communes à tous, telles que les taxes.\u201d io Légalement, il est, dans la province de Québec, sous la régie et la surveillance de la fabrique, agissant par ses officiers.Comme lieu sacré, il est assimilé, par le canon 1207, aux églises, en ce qui regarde l\u2019interdit, la violation et la réconciliation.L\u2019interdit local du cimetière ne suspend que la sépulture avec prières et fonctions liturgiques officielles; il frappe les oratoires du cimetière, mais ne comporte pas l\u2019interdit de l\u2019église contiguë.Toute action qui répugne gravement à la sainteté d\u2019un lieu sacré entraîne sa violation : il reste sacré sans doute, mais la réconciliation y rétablit les exercices suspendus du culte.Le cimetière est violé par les seuls actes suivants, pourvu qu\u2019ils soient certains, connus du public et imputables à leur auteur: l\u2019homicide; une grave et injuste effusion de sang; l\u2019application du cimetière à un usage profane ou impie; l\u2019inhumation d\u2019un infidèle ou d\u2019un excommunié, après sentence déclaratoire et condam-natoire.Il faut réconcilier au plus tôt le cimetière profané et il est défendu d\u2019y enterrer qui que ce soit, avant sa réconciliation (Can.1172 à 1175).10.\u2014\u201cLes Immunités Ecclésiastiques\u201d: Cours du R.P.Ad.Dugré, s.j., à la 6ème semaine sociale du Canada. LE CIMETIÈRE 617 Le caractère sacré du cimetière exige aussi sa surveillance et son entretien (Can.1210 et 1211).\u201cChaque cimetière doit être enclos de tous côtés et soigneusement gardé\u201d.Au civil, sa surveillance relève de la fabrique.L\u2019Eglise punit sévèrement les violateurs de cimetière: \u2018ils encourent l\u2019interdit personnel et l\u2019infamie de droit\u201d (Can.2328) ; ceux qui procurent spontanément la sépulture ecclésiastique aux indignes sont frappés de l\u2019interdit \u201cab ingressu Ecclesiæ\u201d et d\u2019autres peines, au jugement de l\u2019Ordinaire (Can.2328).De plus, l\u2019édification des fidèles et des incrédules exige que les épitaphes, les éloges funèbres et la décoration des monuments n\u2019offrent rien de contraire au sens chrétien et à la religion catholique.A plus forte raison, doit-on éviter les sentences burlesques comme celle qu\u2019a relevée, dans un cimetière de campagne, l\u2019auteur du Droit Paroissial: \u201cCi-gît un tel, noyé accidentellement, dont on n\u2019a jamais retrouvé le corps\u201d.Une coutume détestable, très en vogue chez les Protestants et les partisans de la crémation, s\u2019introduit peu à peu chez nous : celle des urnes funéraires remplaçant la croix sur les monuments.Ce symbole, qui nous vient du paganisme, ne devrait pas figurer dans un cimetière chrétien.Enfin, un cimetière ne saurait avoir l\u2019air d\u2019un lieu abandonné, avec pelouses et allées mal entretenues, clôture branlante, monuments et croix tombant en ruines.il Le code traite aussi de la division et des bâtiments du cimetière (Can.1209 et 1212).L\u2019Eglise souhaite ardemment que les corps de ses fidèles soient placés selon leur hiérarchie ecclésiastique: Evêques titulaires, chanoines, prêtres, simples clercs et 11.\u2014Cf.Circulaire de Mgr Archambault, 10 mai 1908. 618 LA REVUE DOMINICAINE laïcs.\u201cAutant qu\u2019il est possible, que les fosses des prêtres et des clercs soient séparées de celles de laïcs et dans un endroit plus honorable ; il convient aussi de réserver pour les enfants un lieu spécial.En outre du cimetière bénit, qu\u2019il y ait, si possible, un autre endroit également clos et gardé, où l\u2019on inhume ceux à qui on refuse la sépulture ecclésiastique\u201d.Ce lieu non béni est cependant un bien d\u2019Eglise.\u201cDans tout cimetière, avec un permis écrit de l\u2019Ordinaire, les fidèles peuvent bâtir pour eux-mêmes et pour les membres de leur famille des caveaux particuliers.Ceux-ci peuvent être aliénés, si l\u2019Evêque ou le supérieur le permet.\u201d Les actes du Premier Concile Plénier de Québec, tenu en 1909, recommandent l\u2019érection au cimetière d\u2019une croix bien en vue, d\u2019une chapelle, d\u2019un charnier (S.R.4436 à 4439) et la réservation d\u2019un enclos pour les petits enfants nés de parents catholiques, mais morts sans baptême (Acta, 600 à 603).L\u2019Eglise permet la vente de lots ou de caveaux dans un cimetière, à prix d\u2019argent.Bien entendu, le prix d\u2019achat ne porte pas sur la bénédiction, ni même sur la terre bénite (Can.727), mais seulement sur l\u2019usage exclusif du caveau ou du terrain (Can.730).En terminant, qu\u2019il nous soit permis d\u2019attirer l\u2019attention sur la façon scrupuleuse dont les lois canoniques sont généralement observées, dans notre province, en ce qui regarde le cimetière.De temps immémorial, les fidèles ont fait leurs les sentiments de l\u2019Eglise en ce qui regarde le respect dû aux morts et au lieu de leur repos.C\u2019est ce qui explique, sans doute, l\u2019accord de notre législation civile avec le droit ecclésiastique pour l\u2019érection et l\u2019entretien des cimetières.Pourtant, une certaine inquiétude reste de mise, en ce qui concerne l\u2019avenir.Depuis LE CIMETIÈRE 619 quelques années, les cimetières, comme les églises et autres lieux sacrés, ont perdu, dans notre code, leur immunité.Ils sont désormais taxables.12 De plus, en 1906, par une condescendance plus ignorante que coupable, d\u2019après Mgr Paquet, la majorité de notre Législature a autorisé l\u2019érection d\u2019un four crématoire à Montréal.Il y en a deux maintenant.Cette innovation ne lèse nullement les droits des catholiques, mais elle est indigne d\u2019un pays chrétien comme le nôtre.On ne peut que déplorer cette reconnaissance civile, par une majorité catholique, d\u2019un mode de sépulture condamné formellement par l\u2019Eglise.N\u2019oublions jamais que le pouvoir civil ne détermine pas le droit, en ces matières : il ne peut apporter aux lois ecclésiastiques, comme l\u2019écrivait Mgr Archambault, \u201cqu\u2019une simple reconnaissance et non le fondement réel d\u2019un droit sacré, dont la source est bien supérieure aux concessions bienveillantes de l\u2019autorité politique\u201d 13 Joseph-O.Allaire, S.J.* 12 .\u2014La Nouvelle-France-, 1915, \u201cL\u2019Immunité réelle\u201d, par R.Gervais.13.\u2014Cf.Circulaire du 5 février 1912. BULLETIN DE DROIT CANONIQUE l I Chronique Causes de Béatification Le 13 juillet, S.S.Pie XI a confirmé un rescrit par lequel, le 5 juillet, la S.Congrégation des Rites avait reconnu le culte rendu, de temps immémorial, au serviteur de Dieu Hughes de Fosses, abbé de l\u2019Ordre des Prémontrés, au Xlle siècle (A.A.S.1927, p.316).Le même jour, S.S.Pie XI a aussi confirmé le rescrit par lequel, le 5 juillet, la S.Congrégation des Rites avait constaté Yhéroïcité des vertus du Bienheureux Salvator d\u2019Horta, frère convers de l\u2019Ordre des FF.Mineurs (A.A.S.1927, p.320).Le 2 août, a été tenue la Congrégation anté-préparatoire des Prélats Officiers et des Consulteurs de la S.C.des Rites, pour discuter de Yhéroïcité des vertus de la Servante de Dieu Catherine Labauré, de l\u2019Institut des Filles de la Charité (A.A.S.1927, p.327).Concile plénier d\u2019Irlande Par Lettre du 17 juillet, S.S.Pie XI a désigné S.E.le cardinal O\u2019Donnell, archevêque d\u2019Armagh, comme Son Légat pour présider le prochain Concile plénier d\u2019Irlande.A cette occasion, le Souverain Pontife rappelle l\u2019importance qu\u2019ont les conciles \u201cpour faire cesser les abus, raffermir la disclipine, et raviver l\u2019esprit chrétien\u201d (A.A.S.1927, p.309). BULLETIN DE DROIT CANONIQUE 621 Assemblée des évêques insubriens En réponse à la Lettre collective des évêques du Milanais, à la suite de leur assemblée de Rhandi, S.S.Pie XI a écrit une Lettre à S.E.le cardinal Tosi, archevêque de Milan: le Souverain Pontife insiste, surtout, sur la formation religieuse de la jeunesse et sur la modestie des modes féminines.Pour sauver la jeunesse plus que jamais exposée à la perdition, le Pape compte sur les associations religieuses, la communion fréquente et les séminaires ; pour réagir efficacement contre l\u2019immodestie du vêtement, le Pape demande à ce que ses efforts soient secondés (A.A.S.1927, p.313).Congrès eucharistique national de Suisse Par Lettre du 10 août, S.E.Mgr Pietro di Maria a été nommé Légat Pontifical et Président du Congrès eucharistique national de Suisse (A.A.S.1927, p.314).IIo Consultation Testament des religieux L\u2019on demande: \u201cQuelles sont les prescriptions du Droit canonique concernant le testament des religieux ?\u201d Réponse: Le Code de Droit canonique distingue, pour le religieux, le testament proprement dit, la renonciation, la cession de Y administration des biens, et les donations entre vifs.Les données du droit diffèrent selon qu\u2019il s\u2019agit de religieux à vœux simples ou de religieux à vœux solennels.Le terme religieux du Code s\u2019entend aussi des religieuses. 622 LA REVUE DOMINICAINE Religieux à vœux simples lo Avant la profession a)\tLe novice, durant son noviciat, ne peut engager ses biens ni y renoncer, de quelque manière que ce puisse être, sous peine d\u2019invalidité (c.568).En vertu de cette défense, un novice ne peut validement abdiquer la propriété de ses biens: il ne peut ni donner, ni promettre de donner, ni hypothéquer, ni vendre, sous peine d\u2019invalidité canonique d\u2019un tel acte.b)\tLe novice doit, pour tout le temps qu\u2019il sera lié par ses vœux simples, céder à qui lui plaît, Y administration de ses biens, et, à moins que les Constitutions ne s\u2019y opposent, disposer librement de Yusage et de Yusufruit de ses biens (c.569 § 1).Il s\u2019agit de toute profession simple, tant de vœux temporaires que de vœux perpétuels; le canon s\u2019applique tant aux congrégations \u2014 où l\u2019on n\u2019émet que des vœux simples, qu\u2019aux ordres \u2014 où, avant les vœux solennels, l\u2019on émet des vœux simples-temporaires (c.574).Le canon 569 § 1 fait donc une obligation \u2014 debet \u2014 au novice qui va faire profession simple, de céder, non pas la propriété, mais Y administration des biens qu\u2019il possède actuellement.Cet acte de cession doit être fait \u201cpour tout le temps que le novice sera lié par les vœux simples\u201d : l\u2019on suggère la formule suivante : \u201cJe cède à.l\u2019administration de mes biens pour tout le temps que je serai lié par les vœux simples.\u201d (Vermeesch, Epitome Juris canonici, vol.I, no 667).\u2014 Dans le cas de rénovation de vœux simples, il semble plus probable \u2014 avec tout le respect dû à l\u2019opinion contraire \u2014 qu\u2019il n\u2019y a pas lieu de renouveler cet acte de cession qui semble valoir pour toute la durée des vœux simples.\u2014 Le BULLETIN DE DROIT CANONIQUE 623 novice peut céder l\u2019administration de ses biens à qui lui 'plaît; personne ne peut entraver sa liberté sur ce point.En outre, le novice, au moment de faire profession simple, doit \u201cdisposer librement de l\u2019usage et de l\u2019usufruit de ses biens.\u201d Mais, sur ce point, contrairement au précédent, les constitutions \u2014 au moins celles d\u2019avant le Code (A.A.S.1919, p.478) \u2014 peuvent contrôler l\u2019acte de disposition du novice.Cet acte de cession et de disposition pourra, après la profession, être changé; il pourra même être fait si, par hasard, il a été omis, comme il sera expliqué plus loin.c) Dans une Congrégation religieuse, le novice, avant la profession des vœux temporaires, doit faire un testament de ses biens présents à venir (c.569 § 3).Outre l\u2019acte de cession et de disposition de l\u2019administration de ses biens, de leur usage et de leur usufruit, le novice, non plus en général mais seulement le novice qui appartient à une Congrégation religieuse, doit faire un testament.\u2014 Ce testament doit être fait.\u2014 Il doit être fait avant la première profession temporaire.\u2014 Il porte sur les biens actuels du novice; il doit aussi disposer des biens à venir.\u2014 Dans la disposition testamentaire de ses biens, le novice jouit d\u2019une complète liberté.2o Après la profession a) Le profès de vœux simples, temporaires ou perpétuels, dans une Congrégation ou un Ordre, peut changer l\u2019acte de cession d\u2019administration, d\u2019usage et d\u2019usufruit de ses biens, qu\u2019il a dû faire conformément au c.569 § 1.De même que, novice, il a disposé de Y administration de ses biens, le droit lui permet que, profès, il change cet 624 LA REVUE DOMINICAINE acte.Il y a, toutefois, une différence essentielle: dans la rédaction de l\u2019acte de cession de l\u2019administration de ses biens, le novice était libre de tout contrôle; le profès ne l\u2019est plus: pour modifier cet acte, il faut normalement, la permission du supérieur général; s\u2019il s\u2019agit de moniales (religieuses à vœux solennels) il faut la permission de l\u2019Ordinaire du lieu et celle du supérieur régulier si le monastère lui est assujetti.Si, cependant, les Constitutions permettaient ce changement sans le recours aux supérieurs, il serait valide et licite.Pour que le profès puisse ainsi modifier son acte de cession d\u2019administration des biens, il faut que le changement, au moins pour une partie notable \u2014 tiers ou quart des biens \u2014 ne soit pas au profit de la Communauté.b) Non seulement le profès de vœux simples peut changer l\u2019acte de cession d\u2019administration de ses biens, mais il peut même le faire, nonobstant sa profession, s\u2019il l\u2019a omis avant sa profession; il peut aussi le réitérer, si de nouveaux biens lui sont survenus (c.569 § 2).Comme il peut arriver que, n\u2019ayant pas actuellement de biens, le novice n\u2019ait pas eu à en céder l\u2019administration, ou encore que d\u2019autres biens soient venus s\u2019ajouter à ceux dontt il a cédé l\u2019administration, le code règle ces deux cas : dans le premier, le profès est autorisé à faire un acte de cession d\u2019administration ou de disposition de l\u2019usage et de l\u2019usufruit; dans le second, il peut refaire l\u2019acte qu\u2019il a fait au noviciat, et y inclure les biens qui sont survenus.\u2014 Le Code n\u2019indique qu\u2019une cause à cette concession: l\u2019absence de biens alors que le religieux était encore novice; mais des canonistes de renom (Vermeesch, No 667), croient que cette cause n\u2019est qu\u2019indicative, et qu\u2019elle n\u2019exclut pas d\u2019autres raisons. BULLETIN DE DROIT CANONIQUE 625 c)\tCet acte de cession et cette disposition tant de l\u2019administration que de l\u2019usage et de l\u2019usufruit des biens, perdent toute valeur, si le profès quitte la religion.d)\tDans les Congrégations religieuses, il n\u2019est pas permis aux profès de renoncer, par un acte entre vifs, à la propriété de leurs biens (c.583, lo).Le profès ne pourrait donc pas donner ses biens, à titre gratuit.e)\tIl ne peut, non plus, modifier le testament qu\u2019il a dû faire, avant sa profession, conformément au c.569 § 3 (c.583, 2o).Mais cette défense ne porte que sur un changement fait sans permission; car le profès, dans les Congrégations religieuses, peut modifier son testament avec la permission du Saint-Siège; si le cas est urgent et que le temps fasse défaut pour aller au Saint-Siège, la permission du supérieur majeur (provincial) ou même à défaut d\u2019autre celle du supérieur local suffit.f)\tLe profès des vœux simples \u2014 dans une Congrégation ou un Ordre \u2014 garde la propriété de ses biens, à moins que des Constitutions particulières ne prescrivent le contraire; il peut même acquérir d\u2019autres biens (c.580 § D- C\u2019est la grande différence d\u2019avec le vœu solennel: le profès solennel perd même la prospérité ou le domaine radical de ses biens, tandis que le profès simple les conserve.Et même, il peut ajouter la propriété d\u2019autres biens à celle de ses biens actuels.Quand à l\u2019administration ainsi qu\u2019à l\u2019usage et à l\u2019usufruit, ils doivent être cédés, conformément au c.569.\u2014 Toutefois, la capacité d\u2019acquérir de nouveaux biens ne doit pas s\u2019entendre de 626 LA REVUE DOMINICAINE ce que le profès peut acquérir pour son travail ou de ce qui lui est donné en vue de la communauté; car ces acquisitions vont à la communauté (c.580 § 2), mais de ce qui lui est donné à lui personnellement, ou de ce qui lui échoit par héritage.* * * Religieux à vœux solennels lo Avant la profession.a)\tCe qui a été dit plus haut de la cession de l\u2019administration des biens, de la modification de cet acte de cession, ou de sa confection ou réitération, s\u2019applique au religieux qui appartient à un Ordre, mais qui, conformément au c.574, émet des vœux temporaires avant les vœux perpétuels et solennels.b)\tDe même, le profès temporaire, dans un Ordre, garde la 'propriété de ses biens.c)\tLes données des cc.569 § 3 et 583, ne s\u2019appliquent pas à lui.d)\tSi, avant les deux mois qui précèdent sa profession solennelle, il dispose de la propriété de ses biens, cet acte est invalide (c.581).e)\tAu cours des soixante jours qui précèdent sa profession solennelle, le profès de vœux simples temporaires doit, sauf les induits pontificaux particuliers, renoncer à tous les biens qu\u2019il possède actuellement, sous la condition de sa profession solennelle à faire (c.581 § 1).Cette prescription canonique ne peut évidemment s\u2019appliquer qu\u2019aux Ordres et non pas aux Congrégations BULLETIN DE DROIT CANONIQUE 627 religieuses.Donc, dans les Ordres, le profès temporaire de vœux simples (c.574) doit, non pas avant mais au cours des soixante jours qui précèdent sa profession solennelle, renoncer à ses biens.C\u2019est une obligation dont ni lui ni les supérieurs ne peuvent dispenser.Ce n\u2019est pas un testament proprement dit : le testateur garde la propriété de ses biens, et le profès solennel n\u2019aura plus cette propriété.Ce n\u2019est pas, non plus, un simple acte de cession d'administration.C\u2019est, formellement, un acte de renonciation à la propriété même, et définitivement, de tous les biens.Le religieux est libre de faire cet acte de renonciation en faveur de qui il lui plaît de désigner.\u2014 Cet acte de renonciation doit réserver la possibilité de ne pas faire profession; il n\u2019a d\u2019effet que si la profession solennelle se fait.Nous avons vu, plus haut, que le testament, dans les Congrégations religieuses, peut disposer de biens non encore existants.Pour l\u2019acte de renonciation aux biens, dans les Ordres, le code ne parle pas de ce cas de biens non encore existants: des auteurs croient que le futur profès solennel peut, à l\u2019avance, renoncer aux biens qu\u2019il ne possède pas encore actuellement, mais sur lesquels il a, au moment où il fait sa renonciation, un droit (Fanfani, De Jure Religiosorum, no 261 B).2o Après la profession.a) Il faut, sans tarder, faire en sorte que la renonciation faite dans les soixante jours avant la profession solennelle, ait un effet civil.Comme les formalités légales, en cette matière, varient de pays à pays et même de province à province, il faut avoir soin de consulter les hommes de loi ; l\u2019on ne saurait risquer, sur un point qui peut avoir des consé- 628 LA REVUE DOMINICAINE quences considérables, de faire un acte nul, ni de s\u2019exposer à des difficultés qui pourraient être au détriment du profès lui-même, de sa famille, ou de son Ordre.b) Tout ce que le profès solennel acquiert, après sa profession solennelle, de quelque manière que ce puisse être, et sauf des induits particuliers du Saint-Siège, Io Est acquis, dans un Ordre qui a la faculté de posséder, à l\u2019Ordre lui-même, à la province, ou à la maison, selon la teneur des constitutions; IIo Dans un Ordre incapable de posséder, ces nouvelles acquisitions deviennent la propriété du Saint-Siège.L\u2019on sait que depuis le concile de Trente, les Ordres \u2014 comme Ordres ou personnes morales \u2014 peuvent posséder, les individus, toutefois, ne pouvant posséder; l\u2019on sait aussi que le concile n\u2019a pas accordé cette capacité de possession collective aux Capucins ni aux Franciscains dits de Y Observance (Sess.XXV de Regularibus, cap.III).En vertu du c.582, dans les Ordres capables de propriété en commun, c\u2019est à l\u2019Ordre lui-même selon la teneur des constitutions, que vont les biens qui peuvent survenir au profès solennel; dans les Ordres incapables de propriété, ces biens deviennent la propriété du Saint-Siège.Ainsi donc, soit qu\u2019avant sa profession solennelle, un religieux, dans un Ordre, ait cédé ses biens, soit qu\u2019à cause de l\u2019absence de biens, il n\u2019ait pas fait d\u2019acte de renonciation, il ne peut plus, après sa profession solennelle, disposer de biens nouveaux qui peuvent lui échoir; s\u2019il est membre d\u2019un Ordre capable de posséder, ces biens nouveaux vont à son Ordre ; s\u2019il est membre d\u2019un Ordre incapable de posséder, ces biens deviennent la propriété du Saint-Siège. BULLETIN DE DROIT CANONIQUE 629 c) De ce qui précède il ressort clairement \u2014 et c\u2019est un effet propre du vœu solennel de pauvreté \u2014 que le profès solennel perd non seulement la libre administration mais aussi la 'propriété de ses biens.Le profès solennel ne peut plus disposer de ses biens ; il ne peut, comme le profès simple, modifier la disposition antérieure de ses biens ou y suppléer : il ne peut faire de testament; il ne peut même disposer des biens nouveaux que les dons voudraient ou que l\u2019héritage pourrait lui apporter.Les cc.581 et 582 prévoient la possibilité d\u2019induits à effet contraire; mais ce sont des privilèges particuliers, concédés par le Saint-Siège pour éviter certaines difficultés au point de vue civil, et qui sont restreints aux cas extraordinaires (Vermeesch, no 685).IIIo Appréciation Le T.R.P.Albert Blat, O.P., a publié récemment, un commentaire du quatrième livre du Code de Droit canonique, De Processibus ; c\u2019est un fort fort volume de VIII-743 pages, édité, comme les ouvrages précédents du même auteur, chez Ferrari, à Rome.Par volume, le P.Blat achève l\u2019œuvre qu\u2019il commençait en 1920, par le commentaire de Personis.Il nous a donné, successivement, les Normæ, puis le De Sacramentis, le de Rebus, le de Delictis et Pœnis, et, enfin, le de Processibus.L\u2019œuvre du P.Blat, on le sait, est un commentaire littéral du texte même du Code.C\u2019est, croyons-nous, le seul commentaire complet, en latin, du Code.Il n\u2019a d\u2019équivalent que le grand commentaire du P.Augustini en anglais.Quelques auteurs ont écrit des Institutions 630 LA REVUE DOMINICAINE canonicæ, ou des Epitomi puris canonici; d\u2019autres ont commencé eds Commentiares mais ne les ont pas encore terminés.Seul, le R.P.Blat a conduit à bonne fin, jusqu\u2019à date, l\u2019entreprise considérable d\u2019un commentaire littéral de tout le Code.Son ouvrage est, peut-on dire, ce qu\u2019est en théologie, l\u2019œuvre du R.P.Pègues, O.P.Le plus récent volume du R.P.Blat est dans la même manière que les précédentes: l\u2019auteur cite d\u2019abord le texte même d\u2019un certain nombre de canons: il en donne ensuite un tableau synoptique qui divise adéquatement la matière, puis il reprend le texte en en faisant le commentaire littéral; la matière de chaque traité est toujours rattachée au traité précédent; le droit ancien est généralement rappelé dans ses données essentielles se rapportant au sujet; les décisions conciliaires et les réponses principales de la Commission d\u2019interprétation du Code sont signalées.L\u2019œuvre peut comporter une critique : l\u2019absence d\u2019exposé et de discussion des opinions contraires sur des points controversés; qui ne lit que l\u2019ouvrage du R.P.Blat pourrait ne pas soupçonner que quelques-unes de ses assertions ne sont pas l\u2019opinion canonique connue.L\u2019auteur, précisément dans la préface de son dernier volume, s\u2019explique un peu: il déclare son intention de ne vouloir exposer que ce qui lui semble certain, et laisser de côté les points douteux.Cette méthode a bien l\u2019avantage de livrer une pensée une, mais elle offre aussi l\u2019inconvénient de sembler laisser de côté des opinions d\u2019auteurs réputés.Mais ceci soit dit sans vouloir diminuer le mérite de l\u2019un des plus grands canonistes contemporains.Ottawa, 11 octobre 1927.P.Aug.Leduc, O.P. LE SENS DES FAITS Le centenaire de VH on.Casimir Dessaidles r\t\u2014\u2014 La correspondance suivante a été échangée entre le T.R.P.Provincial et l\u2019hon.Casimir Dessaulles à l\u2019occasion du centième anniversaire du vénérable doyen du Sénat.A l\u2019honorable Casimir Dessaulles, Sénateur, Saint-Hyacinthe.Monsieur le Sénateur, La célébration de votre centenaire émeut d\u2019une légitime fierté, aussi bien que d\u2019une joie infinie, votre grande et noble famille.Il vous élève au rang des rares et vénérables doyens de l\u2019humanité.Il jette un lustre exceptionnel sur le Sénat national qui s\u2019en glorifie.Vos innombrables amis se sentent eux-mêmes honorés et en éprouvent un accroissement d\u2019affectueuse vénération.Les Dominicains du Canada ont en outre des raisons particulières de se réjouir vivement et de se glorifier, Monsieur le Sénateur: une amitié de la première heure qui n\u2019a pas vieilli, amitié forte et profonde, devenue une tradition, un sentiment de famille; des bienfaits insignes dont le souvenir s\u2019épanouit en une gratitude impérissable ; des liens de fraternité religieuse qui nous ont unis et nous unissent encore, les plus intimes de votre cœur et de votre sang.Qu\u2019il nous soit donc permis d\u2019offrir au grand citoyen le tribut de notre admiration, à l\u2019ami, au bienfaiteur de 632 LA REVUE DOMINICAINE notre famille religieuse, à l\u2019époux, au père et au frère de tous ceux qui ont saintement édifié notre Ordre par leurs vertus ou qui l\u2019honorent aujourd\u2019hui par leurs mérites, l\u2019hommage de notre reconnaissante et affectueuse vénération.Nous bénissons en vous, cher Monsieur, le Maître de la vie et des siècles, le dispensateur des biens les plus précieux et des vertus les plus élevées.En pensant au vénérable patriarche, semblable à un arbre centenaire, vigoureux et droit, en voyant les ramifications de ses fils et de ses petits-fils qui le couvrent d\u2019honneur, de ses arrière-petits-fils qui en sont les fleurs, nous lui disons de tout cœur en priant Dieu: Ad multos annos.\u201cLes enfants des enfants sont la couronne des vieillards, et les pères sont la gloire de leurs enfants\u201d (Prov.XVII, 6).Je demeure, avec le plus profond respect, Monsieur le Sénateur, Votre très humble en N.S., Fr.Emile-Alphonse Langlais, O.P.Provincial.Révérend Père Langlais, O.P., Provincial, Notre-Dame de Grâce, Montréal.Mon Révérend Père, Je vous suis très reconnaissant de la fort belle lettre que vous m\u2019écrivez à l\u2019occasion du centième anniversaire de ma naissance.Vous êtes trop bon de rappeler des souvenirs de gratitude.Tous ceux de vos Pères qui ont passé par le Couvent de Saint-Hyacinthe ont été pour toute ma famille des amis si dévoués et si pleins de sympathie, des appuis et des guides si sûrs, que je suis certain que tout le devoir de reconnaissance se trouve de notre côté. LE SENS DES FAITS 633 Je vous remercie très sincèrement de votre appréciation trop flatteuse des efforts que j\u2019ai faits pour ne pas déroger à des traditions qui étaient des bienfaits reçus avec la vie; je reporte comme vous vers le Maître de la vie les insignes faveurs que j\u2019ai reçues.Je vous prie d\u2019agréer pour vous-même et tous les Pères de votre Ordre qui m\u2019honorent de leur amitié l\u2019expression de mon très fidèle attachement.G.C.Dessaulles Dans l\u2019Ordre Canada.\u2014Le T.R.P.Roy, prieur d\u2019Ottawa, a prononcé le panégyrique de S.François d\u2019Assise, le 4 octobre, chez les Franciscains de Montréal.\u2014 Le R.P.Louis Bourque a prêché la retraite de rentrée des universitaires de Laval.\u2014 Le R.P.Lamarche donnera le sermon de circonstance pour l\u2019inauguration des orgues de la Basilique de Québec, le 8 novembre.\u2014 Le R.P.Marie-Joseph Légaré a prêché la retraite de rentrée des normaliennes de Saint-Hyacinthe.\u2014 Le R.P.Couture a accompagné dans leur visite pastorale S.G.Mgr Decelles, évêque de St-Hyacinthe, et le R.P.Trudel, S.G.Mgr Rouleau, archevêque de Québec, et S.G.Mgr Brunault, Visiteur suppléant.\u2014 Le R.P.Marc Labonté a prêché le panégyrique de sainte Thérèse de l\u2019Enfant-Jésus dans l\u2019église St-Joseph de Montréal.\u2014 Le R.P.Louis-E.Trudeau donnera le 15 novembre, à 3 h.p.m., une conférence à l\u2019Orphelinat de la Providence, boulevard Decarie, à l\u2019occasion de l\u2019établissement d\u2019une société de Dames de Charité destinée à venir en aide à cette institution. 634 LA REVUE DOMINICAINE \u2014 Le T.R.P.Provincial s'est embarqué pour Rome en vue d'organiser la Mission en terre étrangère^ qui doit être sollicitée du St-Siège par la Province canadienne de St-Dominique.Le T.R.P.Prieur de Notre-Dame de Grâce remplira durant son absence l\u2019office de Vicaire Provincial.\u2014 Le T.R.P.Leduc prêchera le 7 novembre la bénédiction de l\u2019aile neuve du Collège de Valleyfield.\u2014 Le R.P.Bertrand Deschênes a prêché la retraite de rentrée des normaliennes de Nicolet.\u2014 Le carillon de cinq cloches de Notre-Dame de Grâce est maintenant installé dans le nouveau campanile.La cérémonie de bénédiction a eu lieu en plein air le 25 septembre devant une foule imposante.Monseigneur l\u2019Auxiliaire présidait, assisté des MM.les abbés Paul Lafleur et François Décarie.Le sermon fut prononcé par le R.P.Lamarche.L\u2019offrande des parrains et marraines et du public a été de 5000 dollars.Fra Domenico.-*- L\u2019ESPRIT DES LIVRES R.P.Simon, C.SS.R.\u2014 PRÆLECTIONES BIBLICÆ ad usum scholarum \u2014 Novum Testamentum, vol.I, Introductio et Commentarius in quatuor Jesu Christi Evangelia; vol.II, Introductio et Commentarius in Actus Apost., Epistolas et Apocalypsim.\u2014 Editio recognita a R.P.J.Prado, C.SS.R.\u2014 Turin, Marietti, 1926 et 1927.Ce compte-rendu voudrait uniquement dégager les résultats positifs du travail analysé.Nos lecteurs prêtres et séminaristes connaissent le premier volume de ce manuel latin d\u2019Ecriture sainte que commença à publier LE SENS DES FAITS 635 à Madrid, vers le milieu de 1920, un rédemptoriste espagnol professeur à Rome, le révérend Père Hadriano Simon.Quatre ans plus tard, la Librairie Marietti en faisait paraître une nouvelle édition, excellente au point de vue typographique.Depuis, l\u2019auteur est décédé prématurément, le 27 septembre 1924, et son œuvre entière, confiée au R.P.J.Prado, C.SS.R., compte maintenant deux volumes, de parution récente (1926-27), consacrés l\u2019un et l\u2019autre au Nouveau Testament.Le reste de l\u2019ouvrage est annoncé comme devant être très prochainement donné au public.Au cours des trois éditions, la présentation de la matière et l\u2019enseignement sur plusieurs points ont subi de considérables changements.J\u2019essaierai d\u2019en faire un relevé qui puisse renseigner de façon complète ceux qui possèdent l\u2019une ou l\u2019autre des éditions précédentes.Qu\u2019est-ce que nous offre, aussi, au point de vue strictement scolaire, le présent manuel ?Peu de mois avant sa mort, le P.Simon publiait la deuxième édition dans laquelle, avertissait-il, \u201cplura etiam circa argumentum et tractationis ordinem, sive experientia edoctus, sive doctorum acquiescens consiliis, judicavi corrigenda\u201d (Præfatio, p.XI).Ceci comprenait d\u2019abord une addition d\u2019une centaine de pages au texte, un index des mots grecs et deux cartes en couleur; de plus, l\u2019introduction aux Evangiles remaniée et développée, le commentaire enrichi et son plan modifié.Dans le voume de 1920, la vie publique de Notre-Seigneur Jésus-Christ était racontée d\u2019après les synoptiques d\u2019abord, selon saint Jean, ensuite.Le Manuel de 1924 a tenté une harmonie chronologique des quatre Evangiles, sauf pour la grande enclave de saint Luc sur le voyage de Notre-Seigneur à Jérusalem (IX, 51 à XVIII, 14), et les chapitres VII à X de saint Jean.On le voit, le P.Simon croyait pouvoir considérer comme au moins négligeable, dans un livre scolaire, l\u2019individualité propre aux deux types de narration évangélique.Nous recevons maintenant la troisième édition, recognita par le R.P.Prado, lecteur en Ecriture sainte et ancien élève de l\u2019Institut Biblique Pontifical.Celui-ci déclare: A)\taliqua tantum minus accurate dicta, B)\taut quæ pravæ interprétationi ansam dare possent, C)\tvel denique minus consona auctoris principiis reperta sunt, duxi corrigenda.C\u2019est moi qui ai fait la sériation, car C) peut être d\u2019un délicat maniement.Il ressort de cette note liminaire que le réviseur est sensé s\u2019être tenu rigoureusement dans son rôle.Qu\u2019en est-il dans le concret ?Entre plusieurs, il faut signaler une modification de grande importance et poursuivie avec ténacité: dans les discours de Notre- 636 LA REVUE DOMINICAINE Seigneur rapportés par les quatre Evangiles, le P.Simon admettait l\u2019intervention possible des auteurs dans l\u2019ordre des pensées et l\u2019immixtion de paroles prononcées en d\u2019autres occurences.Ceci, particulièrement \u201cin primo Evangelio passim facta esse constat\u2019 (Ed.1924, p.94).Dans sa révision, le R.P.Prado laisse bien que dans la rédaction de son évangile, un auteur a pu changer le temps, l\u2019époque d\u2019un discours entier du Christ (p.28, no 20), mais il ne veut pas qu\u2019une partie d\u2019un enseignement ou une sentence du Maître aient pu être insérées dans un autre discours.L\u2019autre opinion est indiquée seulement comme probable; pour le P.Simon: constat.Selon ce dernier, chaque évangéliste a eu et l\u2019intention et l\u2019exécution de rapporter des choses vraies et des discours authentiques, mais, comme il appert à l\u2019examen, chacun semble avoir aussi exercé son droit de présenter ces actes et ces paroles selon le mode le plus adéquat à son but spécial.Quand cela ?Au plus exact d\u2019une étude aussi approfondie que possible des Evangiles, le P.Simon le proposait.Je l\u2019ai dit en commençant, il ne peut aucunement entrer dans le dessein de cette recension de discuter et de critiquer l\u2019adoption de tel ou tel processus comme son application dans tel ou tel détail.Il importe seulement ici, mais il importe beaucoup de dégager, sur le point signalé, un résultat général que les références apportées obligent à libeller ainsi: ce qui, pour le R.P.Prado, constitue un manque de logique très important chez le P.Simon, ne semble pas du tout l\u2019être autant que cela en réalité.Sont également à consigner parmi les corrections apportées par le réviseur, celles qui concernent la concordance évangélique.Ainsi, l\u2019apparition de Notre-Seigneur aux saintes femmes dans saint Matthieu n\u2019est plus la même que l\u2019apparition à Marie Madeleine dans saint Jean.On trouve aussi maintenant séparation claire et nette entre l\u2019expulsion des Vendeurs du Temple racontée par les Synoptiques et celle rapportée dans le Quatrième Evangile.La multiplication des reniements de saint Pierre a disparu.Entre quatre solutions proposées au sujet du nombre de guérisons d\u2019aveugles près de Jéricho, le manuel se montre maintenant plus large.Par contre, le R.P.Prado n\u2019a pas cru devoir améliorer, même seulement par une aération un peu plus fraîche, l\u2019enseignement sur la distinction ou l\u2019unité de la pécheresse dans saint Luc, de Marie Madeleine et de Marie de Béthanie.De même, au sujet de la question de l\u2019authenticité de la finale de saint Marc et de la péricope sur la femme adultère. LE SENS DES FAITS 637 En somme, à propos de la concordance, changements sur plusieurs points (et dans le sens de l\u2019enseignement du R.P.Lagrange) ; sur d\u2019autres, la même chose absolument que dans l\u2019édition de 1924.Au tome deuxième, le R.P.Prado a complété à date l\u2019érudition du P.Simon si au courant de l\u2019exégèse la plus récente des diverses écoles.Plusieurs chapitres, aussi, sont augmentées.\u201cEjus (scil.auctoris) consilium Actorum, librum ex integro reficiendi, sancte ac fideliter exsequendum mihi esse existimavi.Multorum etiam votis acquiescens, appendicem adjeci de statu politico-religioso Imperii Romani ætate apostolica.Cætera omnia, si epistolam ad Romanos Excipias, cujus dispositio perspicuitatis gratia aliquan-tulum immutata est, eadem qua in prima editione exstabant forma servata sunt\u201d (p.X).Les 1180 pages de ces deux volumes appartiennent à un manuel.Que vaut celui-ci proprement comme tel ?S\u2019il peut être utile d\u2019entendre sur ce point un jeune ancien élève: partition, argumentation, exposition sont à inscrire parmi les résultats magnifiquement positifs de cette publication.Résumés frappants, à la Pérennès, c\u2019est-à-dire en une page ou une demi-page toute d\u2019exactitude et de clarté.Le latin est très limpide.Notes homélitiques, suivant l\u2019esprit qui doit présider aux cours des établissements ecclésiastiques.Ce qui a été dit plus haut laisse voir que la possession simultanée des deux éditions, celle d\u2019il y a trois ans, et la présente, ne fera aucunement double emploi.A.Papillon, O.P.Abbé Edmond Langevin-Lacroix \u2014 \u201cHistoire de la paroisse de Sainte-Adèle\u201d, lmp.du \u201cDevoir\u201d, 1927.Les monographies paroissiales se multiplient.On profite d\u2019un cinquantenaire, de toute occasion d\u2019importance pour faire connaître au public un petit coin de chez nous où on a vécu un peu de l\u2019épopée canadienne.\u201cL\u2019histoire, a écrit Goyau, est faite d\u2019obscures poussées, d\u2019imperceptibles pesées qu\u2019exercent les uns sur les autres ces grains d\u2019une fugitive poussière, l\u2019humanité\u201d.Il est bon que cette histoire soit connue, pour qu\u2019elle soit aimée; il est bon que l\u2019on nous montre à l\u2019œuvre et à l\u2019épreuve ces ouvriers tenaces et laborieux, répétant mille fois la même besogne ignorée, ne se rebutant jamais et arrivant ainsi peu à peu à réunir, amasser et cimenter les matériaux d\u2019un immense édifice.C\u2019est faire apparaître devant nous des \u201cprédicateurs d\u2019énergie\u201d, c\u2019est faire aimer 638 LA REVUE DOMINICAINE leur œuvre péniblement édifiée, au prix de quels sacrifices ! C\u2019est par là même susciter de nouvelles énergies et les diriger vers un même but: la conservation et le développement du déjà riche patrimoine qu\u2019ont légué ces \u201cfaiseurs de mondes\u201d.Nous remercions donc M.l\u2019abbé Langevin-Lacroix de nous avoir donné l\u2019histoire de la paroisse de Sainte-Adèle.Dans ces pages, écrites pour eux, les enfants et les petits-enfants des anciens verront revivre des figures aimées, et pour ne pas déchoir, noblesse oblige, ils puiseront une leçon de vie.Il importe peu, après cela, que le livre ait quelques imperfections de composition.Que l\u2019épilogue, par exemple, soit à la page 86 quand le livre en a 153.Même les notes et documents auraient pu être insérés au cours du récit, il y en a si peu.On aurait pu aussi trouver meilleure place pour l\u2019Ode qui se trouve perdue entre les numéros IV et V des notes et documents.Il y aurait d\u2019autres exemples; après tout ce sont des détails qui enlèvent fort peu au mérite de l\u2019auteur, que nous félicitons encore.p.-M.a.-?- Le problème des chantiers, par Eugène L\u2019Heureux, directeur du \u201cProgrès du Saguenay\u201d.Si M.L\u2019Heureux déplore comme tout bon patriote l\u2019abandon de la terre et l\u2019industrialisation à outrance, il veut par contre \u2014 et il en indique les moyens \u2014 qu\u2019on s\u2019applique à améliorer le sort des bûcherons, \u201cces humbles travailleurs qui forment un groupe appréciable de la race française au Canada.\u201d Merci pour hommage. Til Main 4672 Tel.Main 7437 Bertrand, Foucher, Bélanger, Inc.ORNEMENTS D'EGLISE Spécialité Tentures de Deuils et de Fêtes, \u2014 Objets d\u2019Art 26, rue Notre-Dame Ouest, MONTREAL I O\u2019Reilly & Bélanger, Ltée MARCHANDS DE CHARBON GROS et DETAIL \u2014 Toutes sortes OTTAWA Bureau, 22, rue Sparks Téléphone: Queen 860-861 PQIJDQIJOI\tLe Calcul Biliaire peut se guérir sans opé- .Z:\tration si l\u2019on emploie le REMEDE du Dr Lt.\tMULLER pour les pierres dans le foie.COUTEAU ?Demandez-le à votre pharmacien.Au cas où vous ne pourriez l\u2019obtenir, envoyez $8.00 à S.J.MAJOR Limitée, Ottawa (Succursale de la National Grocers Co., Ltd.) DISTRIBUTEURS EN GROS\t126 RUE YORK et nous vous le ferons parvenir. Banque Canadienne Nationale Siège social: Montréal Capital versé et réserve Actif, plus de.$ 11,000,000 139,000,000 LA GRANDE BANQUE DU CANADA FRANÇAIS , 252 succursales au Canada, dont 212 dans la province de Québec.Notre personnel est à \"vos ordres pour toutes toi opérations de banque.SUCCURSALE SAINT-HYACINTHE O.E.DESJARDINS, gérant.Capital Trust Corporation Limitée 10 Metcalfe, Ottawa, Canada.Capital Autorisé: $2,000,000.90 Intérêt payé sur dépôts: 4 % et 5% Spécialité: Prêts aux Institutions Religieuses CONSULTEZ-NOUS LORSQUE VOUS DESIREZ EMPRUNTER Imprimée par ADJ.MENARD, 987, boulevard Saint-Laurent Tel.Lancaster 1907 MONTREAL i, "]
de

Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.

Lien de téléchargement:

Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.