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Titre :
Revue dominicaine
Éditeur :
  • St-Hyacinthe :Couvent de Notre-Dame du Rosaire,1915-1961
Contenu spécifique :
Janvier
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Rosaire
  • Successeur :
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Revue dominicaine, 1928-01, Collections de BAnQ.

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[" XXXIVe Année Le numéro: 20 sous Janvier 1928 LA REVU DOMINICAINE R.P.M.-A.Lamarcije, O.P., Lettre du Nouvel An.R.P.Ceslas Forest, O.P., Remerciements à M.Gilson.R.P.Gonzalve Proulx, O.P., Les Pays de Mission.\u2014II.R.P.Aug.Leduc, O.P., Bulletin de Droit canonique.LE SENS DES FAITS*\u2014S.E.le cardinal Rouleau, par le R, P.Gaudrault.\u2014 Chronique du passé dominicain, par le R.P.Papillon.\u2014 Mort du Frère Thomas Cadieux, par J.-D.B.\u2014 Un livre apprécié par le Pape.\u2014 Nouvelles diverses, par Fra Domenico.I/ESPRIT DES LIVRES^-Jabouley: Les démons asservis (A.P.) Ecclesia (A.P.) L\u2019Almanach de la Langue française \u2014 J.Brugerette: L'art de vieillir \u2014 Mère M.du S.Sacrement: Une retraite sous la conduite de 8.de la Croix.ADMINISTRATION SAINT-HYACINTHE REDACTION MONTREAL (N.-D.de Grâce) LA REVUE DOMINICAINE Publiée mensuellement Directeur : R.P.M.-A.LAMARCHE, O.P.ABONNEMENTS (payables d\u2019avance) Au Canada: $2.00 \u2014 A l\u2019étranger: $2.25 Avec le \u201cRosaire pour tous\u201d, 25 sous en plüs par an.La Revue Dominicaine publie des articles de vulgarisation touchant les Ecritures, la théologie, l\u2019apologétique ou le droit canon, et même des études de philosophie, de littérature, de sociologie ou d\u2019histoire, pourvu que la religion ou la morale y soit concernée.La Revue Dominicaine n\u2019a pas de spécialité proprement dite dans le domaine religieux, mais elle accorde une attention particulière aux questions d\u2019apologétique et aux problèmes de société, envisagés surtout au point de vue canadien.La Revue Dominicaine publie des recensions et diverses chroniques, en s\u2019attachant moins au récit des faits et à l\u2019analyse des ouvrages qu\u2019à leur signification d\u2019ensemble.La Revue Dominicaine ne sera pas responsable des écrits des collaborateurs étrangers à l\u2019Ordre de Saint-Dominique.Prière d\u2019adresser les communications littéraires : manuscrits, volumes, etc., au R.P.Antonio Lamarche, 158, Avenue Notre-Dame de Grâce, Montréal; et les communications administratives : abonnements, annonces, etc., au R.P.Jean Bacon, Saint-Hyacinthe.Nous 'publierons en février: La Somme de S.Thomas est-elle un mauvais Manuel d\u2019enseignement scolastique ?par le T.R.P.Mariano Maggiola, O.P.\\ \\ - - Considérations sur l\u2019Epargne, par M.Paul Fontaine, avocat. La Revue Dominicaine Publiée mensuellement XXXIV ANNEE - TROISIEME PERIODE 1928 ED\\C Couvent des Dominicains SAINT-HYACINTHE IMPRIMATUR: FABIEN-ZOEL Evêque de Saint-Hyacinthe vu Mo /t'j n ¦ Superiorum permis su LETTRE DU NOUVEL AN Un bon conseil vaut bien mille souhaits accompagnés de cadeaux.Aux approches de Van neuf, je vous recommande, chers abonnés, la lecture d\u2019un petit livre qui m\u2019a fort ému, \u2014 et ce sera une façon de vous témoigner notre gratitude après une année des plus satisfaisantes durant laquelle ce périodique a vu grandir sa clientèle et affluer de divers lieux les témoignages de sympathie et d\u2019approbation.Ce petit volume offre quatre-vingt-dix pages de texte fin sous le titre:.Et par omissions.C\u2019est l\u2019examen de conscience d\u2019un chrétien médiocre, et le meilleur commentaire paru jusqu\u2019à date de cette partie du Con-fiteor signalant nos omissions trop souvent.omises au tribunal de la Pénitence.Vous en connaissez l\u2019auteur, Jacques Debout étant le nom de guerre de M.le chanoine René Roblot, prédicateur du Carême à Notre-Dame de Montréal en 1925.S\u2019il n\u2019obtint en chaire qu\u2019un succès relatif, à cause d\u2019une diction et d\u2019une tenue embarrassées, dues elles-mêmes au manque d\u2019expérience, personne en revanche n\u2019a pu oublier ses merveilleuses conférences de St-Sulpice sur le renouveau de l\u2019art catholique français.Là, du moins, la maîtrise sans conteste de l\u2019écrivain put faire oublier les lacunes persistantes de l\u2019orateur.M.Jacques Debout, poète et auteur dramatique, directeur du groupe théâtral Art et Foi, directeur des Cahiers catholiques et directeur, sous leur patronage, des Journées d\u2019art religieux, paraît aussi dûment qualifié comme directeur de conscience.Tandis qu\u2019une dominante de foi anime toute son œuvre, ses diverses tâches 4 LA revue dominicaine lui 'permettent de joindre au lyrisme habituel un parfait trésor d'observations.Je vous ferai part des principales que contient cette brochure en me limitant à quelques chefs: culture religieuse, justice et charité, autres devoirs sociaux.Vous ne saurez qu\u2019après avoir lu l'étendue et la profondeur des plaies débridées.L\u2019auteur, à mesure qu\u2019il avançait dans sa tâche, dut en être le premier surpris: tout comme le chirurgien qui, ayant ouvert son sujet pour une opération simple, se voit contraint d\u2019en effectuer quatre.Je m\u2019accuse est le refrain inévitable, mais chacune de ces accusations tranche violemment sur la routine des confessions ordinaires.\u201cJe m\u2019accuse de n\u2019avoir chez moi ni l\u2019Ancien ni le Nouveau Testament, de n\u2019avoir, moi catholique éminent et adorateur nocturne, jamais lu en entier une Vie de Notre-Seigneur.Je m\u2019accuse d\u2019avoir profondément ignoré les écrivains catholiques du passé et du présent; de ne jamais déranger Bossuet derrière la vitrine époussetée et la reliure honorable où je l\u2019ai confortablement momifié.d\u2019avoir confondu Joseph de Maistre avec le Vicaire Savoyard et de m\u2019être laissé révéler Les Soirées de Saint-Pétersbourg par un chroniqueur du \u201cMatin\u201d, le jour où la capitale de la Russie crut devoir devenir Pétrograd.Cependant je ne refuse pas d\u2019acheter de temps en temps au numéro le journal catholique pour le faire lire à mes domestiques.Je m\u2019accuse de me trouver très bien ainsi et d\u2019être convaincu que le cierge porté hiératiquement par moi à chaque procession, suffit à m\u2019éclairer.\u201d Au moment où l\u2019hagiographie est en passe, comme le voyage, de tout renouveler en littérature, le manque d\u2019information religieuse chez l\u2019écrivain est d\u2019une particulière gravité.On connaît de superbes exceptions: Jacques Maritain \u2014 l\u2019unique ! \u2014 Goyau et Massis; LETTRE DU NOUVEL AN 5 d\u2019autres encore: Henri Ghéon, Paul Cazin, Brûlant, Legendre et Bernanos.A côté se multiplient et s\u2019affichent les cas de scandaleuse ignorance.Après Jules Lemaître confondant Molina avec Molinos et partant de cette erreur pour qualifier de \u201cthéâtrale\u201d la soumission de Fénelon au Saint-Siège, nous avons vu de récents folliculaires confondre à leur tour VÎmmaculée-Conception de la T.S.Vierge avec la conception virginale du Christ, et d\u2019autres annoncer triomphalement, à l\u2019issue d\u2019une semaine liturgique tenue dans la banlieue parisienne, que l\u2019union des Eglises dissidentes avec Rome était devenue un fait accompli! Péchés d\u2019omission! On conçoit l\u2019opportunité du vœu rédigé à la dernière Semaine des Ecrivains catholiques pour la création à leur usage d\u2019un cours d\u2019initiation philosophique et théologique.La grande victime du péché d\u2019omission, dans la conduite de la vie comme au confessionnal, c\u2019est la vertu de justice.Omission couverte du manteau de la charité, ce qui offre une sorte de raffinement peu banal et particulier à notre époque.Savourez-moi ces quelques sentences si bien frappées; ajoutez-les à votre collection de médailles: \u201cJe m\u2019accuse d\u2019avoir oublié que la justice est une vertu cardinale et considéré la charité, ou plutôt ma charité comme un dérivatif salutaire aux lois de la justice.La justice ne me vaut aucune gratitude, tandis que ma charité me rapporte au moins des hommages.La justice est un payement, ma charité est un placement.La justice ne fait de moi qu\u2019un honnête homme, ma charité me sacre un bienfaiteur.La justice ne me laisse que la satisfaction d\u2019avoir rempli mon devoir, ma charité me donne l\u2019orgueil de l\u2019avoir dépassé.\u201d Mais le confesseur exige ordinairement des précisions, des choses concrètes: \u201cJe m\u2019accuse de n\u2019avoir accordé aucune importance à ces broutilles de la justice qui consistent à régler 6 LA REVUE DOMINICAINS sans délais infinis la facture d\u2019un commerçant, à rendre un livre prêté, à ne pas trop faire attendre une réponse utile.Il est vrai que notre fournisseur, étant du parti de l\u2019Ordre, craindrait de paraître révolutionnaire en nous présentant nos factures.C\u2019est une délicate nature d\u2019épicier.Il nous abandonne ses anchois et ses concombres avec un air de gratitude ahurie.\u201d \u201cIl m\u2019a semblé scandaleux que ma cuisinière et mon valet de chambre aient demandé récemment encore une augmentation.Autrefois les serviteurs avaient l\u2019esprit de sacrifice et les maîtres l\u2019esprit de charité.\u201d Quant aux travailleurs de la pensée, \u201cje considère leurs productions comme impayables !.C\u2019est ainsi que je me suis fait offrir avec autographe les œuvres complètes d\u2019un écrivain pauvre que j\u2019avais invité à dîner, oubliant évidemment qu\u2019il mangeait les autres jours et que ses crampes d\u2019estomac Vempêcheront d\u2019atteindre à la célébrité.\u201d Devoirs de société.\u201cMa femme et moi, nous fréquentons des divorcés, des protestants, et des catholiques comme nous, de bon ton et d\u2019une parfaite discrétion religieuse.Nous nous gardons par conséquent, dans ces milieux choisis, de toute velléité d\u2019affirmation ou d\u2019apostolat.L\u2019union sacrée des salons l\u2019exige.Ma femme a toujours peur d\u2019être en retard sur la mode et moi sur l\u2019opinion.J\u2019estime qu\u2019ainsi nous servons indirectement mais très efficacement notre religion en nous la faisant pardonner.N\u2019est-ce pas une rafraîchissante pensée que de pouvoir se dire: A part vingt minutes par semaine \u2014 la messe \u2014 nous sommes des gens comme tout le monde ?\u201d Il y a cependant des occasions où il convient de s\u2019affirmer ce que l\u2019on est.\u201cMa femme, qui est est très pieuse, a poussé une fois l\u2019audace jusqu\u2019à excuser une carmélite de ses amies en déclarant avec fermeté LETTRE DU NOUVEL AN 7 que tous les goûts sont dans la nature.Je lui faisais signe de ne pas aller si loin Et voilà.J'entends l'abonné qui se ressaisit: \u201cMais ce ne sont pas des souhaits, ce sont des briques !\" Il suffira qu'elles nous servent à édifier dans l'avenir quelque chose de plus solide et de plus complet.Chaque année qui s'en va nous rapproche du terme, et il ne faut pas oublier que selon l'Evangile nos péchés d\u2019omission formeront la plus riche matière du Jugement dernier.Du moins existe-t-il un recours puissant, unique dans cette grave impasse de conscience : celui que les Livres Saints nous indiquent à profusion : le souvenir, lancé vers Dieu, des merveilles accomplies en notre faveur : Memento, Domine, mirabilium tuorum.Dieu en a trop semées jusqu'à présent sur notre route, facta sunt nimis, pour en suspendre le cours.Il est devenu pareil au créancier malchanceux qui a engagé trop de capitaux dans une affaire pour ne pas risquer une dernière mise.Ce que le brave chanoine a omis d'ajouter à son petit traité de l\u2019omission, ces merveilles de la grâce renouvelées de jour en jour, d\u2019année en année, ce sera mon souhait de Fêtes, endossé, je n'en doute pas, par tous les écrivains qui ici même ont bénéfié de votre accueil.M.-A.Lamarche, O.P.* REMERCIEMENTS A M.GILSON1 Mesdames, Messieurs, La spéculation chrétienne \u2014 naguère encore si dédaignée \u2014 apparaît à l\u2019heure actuelle, grâce à l\u2019inlassable effort des chercheurs, d\u2019une richesse infinie.Dans le cadre identique d\u2019une même foi, des systèmes sans nombre se sont développés, empruntant plus ou moins aux préoccupations et aux influences de leur temps la variété de leurs formules.Cet aspect de l\u2019histoire, l\u2019un des plus attachants peut-être, puisqu\u2019il touche à ce qui fait la vie profonde des siècles disparus, nous vous devons, M.le Conférencier, d\u2019en mieux connaître le charme varié.Vous avez fait défiler tour à tour sous nos yeux: saint Thomas et saint Augustin, saint Bernard et les grands maîtres de l\u2019école franciscaine.Sur chacune de ces pensées, vous avez projeté la lumière d\u2019une vaste érudition.Mais vous avez fait mieux encore que de nous les faire connaître.Grâce à l\u2019intelligente sympathie dont vous les entourez, vous avez su nous les faire aimer.Quelle tâche périlleuse que celle de l\u2019historien de la philosophie.S\u2019il n\u2019a pas une âme hospitalière, s\u2019il est incapable d\u2019adopter pour un temps la manière de voir et de sentir de ceux dont il parle, il se ferme le chemin de leur pensée.Par contre si, s\u2019identifiant trop avec eux, il va jusqu\u2019à épouser ces passions qui, dans le recul du temps, apparaissent comme des partis pris ou des étroitesses, il fait de la polémique, il ne fait plus de l\u2019histoire.Comme philosophes, nous avons tous le droit 1.\u2014Discours prononcé le 3 décembre à la Salle St-Sulpice, après la dernière des trois conférences de M.Etienne Gilson sur la Psychologie de saint Augustin. REMERCIEMENTS À M.GILSON 9 d\u2019avoir nos préférences dans les limites fixées par l\u2019Eglise.Comme historiens, nous avons le devoir de ne pas permettre que ces préférences ne deviennent des œillères ou un bandeau.On ne saurait être historien si on est incapable de sympathie; on ne peut prétendre le rester, si on verse dans le chauvinisme.Cette impartialité sereine qui n\u2019est pas chez vous, M.le Conférencier, le fait d\u2019une absence de convictions, mais le résultat d\u2019une culture historique variée et d\u2019une grande largeur d\u2019esprit, vous lui devez en partie l\u2019autorité incontestée dont vous jouissez dans les milieux scientifiques les plus divers.C\u2019est elle aussi qui vous a permis \u2014 tant il est vrai qu\u2019il y a la manière \u2014 de faire partager à cet auditoire si profondément thomiste votre légitime admiration pour l\u2019école franciscaine, pour saint Bernard et saint Augustin.Le nom de saint Augustin remplit tout le moyen-âge chrétien.Jusqu\u2019à la fin du Xlle siècle, il règne en maître et c\u2019est du choc de sa pensée avec la pensée grecque, arabe ou juive que sont nées ces grandes synthèses du XHIe siècle qui préparent l\u2019âge moderne.En prenant la psychologie de saint Augustin comme sujet de vos conférences, vous ne pouviez donc faire un choix qui nous plût davantage.Parlant des énormes in-folio de l\u2019édition bénédictine des œuvres de saint Augustin, M.Louis Bertrand écrivait : \u201cDerrière ce rampart d\u2019imprimé, il est bien défendu contre les curiosités profanes.Il faut du courage et de la persévérance, pour s\u2019engager dans ce dédale de textes tout hérissés de théologie, d\u2019exégèse et de métaphysique\u201d.Ce courage vous l\u2019avez eu pour nous et nous vous en sommes profondément reconnaissants.M.Louis Bertrand s\u2019était attaché à nous peindre l\u2019homme à la \u201csensibilité frémissante, qui est encore la nôtre, la sensibilité 10 LA REVUE DOMINICAINE des époques d\u2019extrême culture, où l\u2019abus de la pensée a multiplié les causes de souffrance en exaspérant le besoin de volupté\u201d.Avec vous, nous sommes allés \u2014 et combien allègrement \u2014 aux sources profondes de cette sensibilité.Vous savez parler aux savants; chose plus rare et plus difficile, vous savez parler aux profanes.Ce don du professeur \u2014 au sens augustinien du mot \u2014 ce don d\u2019éveiller dans l\u2019âme du disciple les idées qui y dorment parfois d\u2019un profond sommeil, nul ne peut le posséder à un plus haut degré que vous, ni en faire un plus merveilleux usage.A travers vos exposés les plus abstraits, on sent circuler, toute prête à affleurer, cette poésie intérieure dont parlait si justement M.Montpetit.Faudrait-il donc voir autre chose que de la méchanceté dans cette boutade que l\u2019on prête, je crois, à Voltaire: Il y a dans tout métaphysicien un poète qui a manqué sa vocation.Au début de votre première conférence, vous nous avez rappelé avec quel ingénieux amour saint Thomas avait cherché à percevoir dans la grande voix de saint Augustin l\u2019écho de la tradition chrétienne.Je songeais en vous écoutant à ce passage du P.Portalié, s.j.: \u201cAlbert le Grand et saint Thomas, loin de se poser en adversaires de saint Augustin, comme on le leur reprochait, se mettent à son école et, tout en modifiant certaines théories, introduisaient et absorbaient dans leur système toute la théologie du docteur d\u2019Hippone.Ce qui disparaît, c\u2019est uniquement l\u2019augustinisme sous un aspect trop étroit et trop limité que lui donnaient des questions particulières alors agitées, c\u2019est l\u2019augustinisme trop platonicien; mais le grand augustinisme, avec ses vues sur Dieu, sur les idées divines, etc., conserve toujours son empire sur les esprits\u201d. REMERCIEMENTS À M.GILSON 11 Cette voie nouvelle de l'intellectualisme aristotélicien que saint Thomas a ouverte à la pensée chrétienne, d\u2019aucuns la trouvent ou trop aride ou trop étroite.L\u2019histoire nous atteste, au contraire, que des multitudes de savants, de mystiques et de saints s\u2019y sont trouvés à Taise et que, sans en sortir, ils sont parvenus jusqu\u2019aux plus hauts sommets de la vie spirituelle.\u201cN\u2019y voir, écriviez-vous l\u2019an dernier, que le résultat d\u2019une contamination inconsciente du christianisme par le paganisme grec, comme le pensèrent Jean Peckham et Roger Bacon, ce n\u2019est pas seulement prendre de la polémique pour de l\u2019histoire, c\u2019est encore contredire ouvertement tout ce que Ton sait du caractère de saint Thomas d\u2019Aquin\u201d.Dans le sillage de Platon et de saint Augustin, d\u2019autres écoles ont adopté des itinéraires différents.Quoi qu\u2019on en ait dit parfois, les thomistes ne veulent en supprimer aucun.Ils ont appris à l\u2019école du Maître que les âmes n\u2019ont toutes ni les mêmes exigences, ni les mêmes besoins.L\u2019Eglise n\u2019est-elle pas là d\u2019ailleurs pour indiquer \u2014 comme elle Ta fait en 1906, comme elle vient de le faire plus récemment encore \u2014 quels sont les précipices que peuvent côtoyer parfois certaines de ces voies ?Mais, pourvu que nos esprits et nos cœurs soient largement ouverts à tous les courants de pensée chrétienne, ceux d\u2019autrefois et ceux d\u2019aujourd\u2019hui, je n\u2019arrive pas à me convaincre qu\u2019il puisse y avoir de l\u2019étroitesse d\u2019esprit à nous en tenir aux directions de l\u2019Eglise lorsque nous exerçons en son nom notre mandat d\u2019enseigner.M.le Conférencier, la joie que vous nous avez apportée, en revenant parmi nous, n\u2019est pas seulement intellectuelle \u2014 et partant thomiste \u2014 elle a quelque chose d\u2019augustinien.Nous garderons de vous \u2014 jusqu\u2019à votre prochain retour \u2014 le souvenir ému et reconnaissant 12 LA REVUE DOMINICAINE que nous réservons à ceux qui ont su trouver pour aller à nos esprits, ce que saint Augustin appellerait peut-être : la voie royale du cœur.M.-C.Forest, O.P.Doyen de la Faculté de Philosophie à l\u2019Université de Montréal.- * - LES PAYS DE MISSION L\u2019Extrême-Orient \u2014 Le Tonkin II Mœurs et Caractères, Coutumes et Religions des Annamites L\u2019âme annamite est difficile à comprendre.Il y a une grande quantité de livres sur ce sujet, ça s\u2019explique.Un bon fonctionnaire français arrive à la Colonie, il s\u2019installe, il n\u2019a rien à faire.Par ailleurs, il sait tenir une plume; alors son sujet est tout trouvé: âme annamite, mœurs, coutumes annamites, et là-bas en France, se dit-il, ça prendra.Mais chose certaine, ça ne prend pas sur le vieux missionnaire ni sur le vieux colonial.Ceux-là en savent long sur l\u2019annamite.Et c\u2019est toujours la même réflexion préliminaire: l\u2019annamite est un enfant et il restera probablement un enfant toujours.C\u2019est bien juste, croyons-nous, mais il y a peut-être autre chose, ou mieux; la formule serait peut-être plus complète si l\u2019on disait: l\u2019annamite est un peuple qui n\u2019est jamais arrivé à l\u2019âge adulte.Le chinois et le japonais y sont arrivé, lui non, il est sans cesse demeuré l\u2019humble petit frère du Chinois. LES PAYS DE MISSION 13 Comment prouver cette thèse ?C\u2019est un ensemble de détails qu\u2019il faudrait noter avec leur convergence vers ce point de vue: c\u2019est un enfant, vous voyez que c\u2019est un enfant.Qualités et défauts de l\u2019annamite peuvent être mis à contribution.Par exemple, l\u2019annamite est doux, aimable même, mais c\u2019est de la douceur de l\u2019enfant qui a besoin d\u2019attirer la sympathie, car l\u2019annamite est très dur pour celui qui travaille sous ses ordres.L\u2019annamite s\u2019amuse comme un enfant: une flûte de bambou qui sifflote plus ou moins sera le passe-temps d\u2019un brave homme de cinquante ans.Pas de musique chez ce peuple qui aime tant à s\u2019amuser.L\u2019annamite prie comme un enfant; il parle au Bon Dieu tout haut d\u2019après des formules apprises par cœur.La messe s\u2019entend de cette manière.Un groupe de jeunes explique à haute voix les cérémonies de la messe et s\u2019il reste du temps, l\u2019on récitera le pater et l\u2019ave à deux chœurs; pas de prière en silence comme chez celui qui est capable de réfléchir.L\u2019annamite fait le commerce comme un enfant: c\u2019est le petit commerçant de rien du tout qui va acheter sur la grande route pour 20 sous de légumes et qui va ensuite au premier marché, c\u2019est-à-dire au premier croisement des routes, vendre son bien 25 sous.Pour lui le temps n\u2019est rien.Inconscient comme l\u2019enfant, il n\u2019est pas malheureux.S\u2019il sent la faim trop fort, il ira mendier un bol de riz comme l\u2019enfant demande une tartine.Menteur et voleur, l\u2019annamite l\u2019est à un degré incroyable.Descendant de pirate et piraté par le Chinois plus puissant que lui, on dirait que le vol et le mensonge est pour lui un art, une habileté de bon aloi.A peu près pas de conscience sur ce point.Mais l\u2019annamite vole et ment comme un enfant.Aucune invention heureuse pour se tirer d\u2019affaire \u2014 et négation formelle devant l\u2019évidence.Il faut dire qu\u2019en certains domaines, 14 LA REVUE DOMINICAINE ils ont acquis une sorte d\u2019habileté dans le vol et le mensonge.Un bon matin le serviteur (le boy) viendra dire au patron: \u201cMonsieur, une poule morte,\u201d en lui apportant une poule agonisante, qui n\u2019a plus une goutte de sang à la tête.Et il ne manque pas d\u2019ajouter: \u201cc\u2019est le choléra\u201d, ou: \u201cl\u2019eau est mauvaise.\u201d Si le patron n\u2019est pas au courant des mœurs, il verra sa basse-cour disparaître en quelques jours.Le boy ne fournira pas à enterrer les poules, mais joyeusement \u2014 car c\u2019est lui qui les a légèrement empoisonnées; il les remet en santé et va les vendre ou les faire vendre au marché.C\u2019est à peu près leur meilleur tour contre cent vols, absolument puérils.Oui, l\u2019annamite est un enfant.Ajoutons que son architecture est à peu près nulle.Le palais royal de Hué est en somme comme conception une maison annamite ordinaire, seulement c\u2019est plus spacieux.Le roi pouvait faire transporter de grandes quantités de briques sans ouvrir ses caisses.C\u2019était facile de construire de grandes galeries.Ce point principal du caractère annamite bien fixé, tout découle de là pour expliquer les coutumes de ce peuple.Les fêtes annamites, quel spectacle ! S\u2019il était possible de décrire au long une procession religieuse dans un village annamite.Je l\u2019ai vue au soir de la bénédiction d\u2019une église à Yen-Tri.La procession se mit en marche vers les deux heures pour arriver au terme vers six heures.Tout ce temps pour faire le tour de deux petits villages.Les dignitaires portent en ce jour leurs belles tuniques de soie noire \u2014 bien ajourée \u2014 une dentelle de soie sur leurs dalmatiques blanches.Les femmes de même, excepté qu\u2019elles portent le large pantalon noir.Les jeunes filles ont sorti du coffre leurs belles tuniques rouges pour parader, car c\u2019est elles qui font le gros de LES PAYS DE MISSION 15 la fête.Une statue, cette fois celle de la Vierge, est portée par des jeunes gens sur un immense brancard.Toute l\u2019âme annamite est dans ce brancard.Les deux pièces principales \u2014 lourdes et résistantes \u2014 sont terminées en tête de dragon, les traverses et les sous-traverses sont ouvragées à l\u2019excès et par une merveille d\u2019équilibre il se fait que 16 jeunes gens marchent là-dessous sans que la statue ait trop à souffrir.Devant ce cortège une cinquantaine de jeunes filles exécutent des danses en frappant sur une minuscule tambourine.Aux moindres places on s\u2019arrête pour des danses plus compliquées, et pour finir, salve de pétards, toujours avec la permission de la Vierge et pour l\u2019honorer.On comprend qu\u2019un pareil défilé est compliqué; aussi une garde indigène est là pour y voir.Et ils font leur devoir à l\u2019excès; si un enfant va nuire à la marche triomphale, un coup de baguette sur la tête le fait rentrer bien vite à la maison.La vraie victime de ces grandes démonstrations, c\u2019est le pauvre prêtre qui préside à ces enfantillages.Sous la grande ombrelle, tant que l\u2019on voudra, mais la chaleur réverbérée de partout et l\u2019odeur concentrée de ces villages annamites, le pauvre officiant doit tout subir.Ce qu\u2019il est content quand il arrive au terme, car là c\u2019est tout un autre personnel qui entre en scène pour la bénédiction du St-Sacrement et l\u2019offrande des fleurs à la Vierge.Il ne peut être question pour la foule d\u2019entrer dans l\u2019église.Il y a quelques prie-Dieu pour les Européens et pour les mandarins et c\u2019est tout ; le peuple entoure l\u2019église qui est du reste complètement ouverte puisque d\u2019immenses portes remplacent l\u2019espace occupé par les fenêtres des églises ordinaires.Et cette foule entre en prière, c\u2019est-à-dire entonne le chant formidable de sa liturgie.C\u2019est vraiment impressionnant, car il y a de tout depuis 16 LA REVUE DOMINICAINE la douce supplication jusqu\u2019au terrible rugissement.\u201cOmnis spiritus laudet Dominum.\u201d Plus gracieuse est la cérémonie de l\u2019offrande des fleurs à la Vierge par 15 jeunes filles en l\u2019honneur des mystères du Saint Rosaire.Oui il y a ici quelque chose de vraiment bien, n\u2019était la longueur, car c\u2019est plus d\u2019une heure absorbée par ce numéro.Le tout se termine par un feu d\u2019artifice sur la place de l\u2019église.Toute fête grande ou petite comporte cela.Il est 8 hrs, on ne pense pas à dîner, mais ceux qui en ont vu d\u2019autres cherchent une route d\u2019en arrière pour entrer et se rafraîchir.Il faut compter au nombre des fêtes annamites les enterrements, surtout chez les païens.Cela tient à leur culte de prédilection, le culte des ancêtres, des âmes qui sont supposées demeurer auprès du cadavre et ne pas souffrir.Aussi on peut dire que l\u2019annamite n\u2019a pas la crainte de la mort, ou que du moins, cette pensée ne l\u2019effraie en rien, preuve la coutume qu\u2019ils ont de faire cadeau d\u2019un cercueil à leurs parents et amis.Assuré d\u2019avoir l\u2019honneur d\u2019un bon cercueil en bois incorruptible on attend la mort sans aucune crainte.Et quand la grande visiteuse arrive, les parents ont eu soin de se pourvoir d\u2019une dizaine de pleureuses.La mort déclarée, crise de larmes copieusement rémunérée, puis la fête commence.Le mort est exposé dans son cercueil, devant l\u2019autel de Bouddha brûlent les bâtonnets d\u2019encens, et cela dans une petite chambre fermée; dans les autres salles, et s\u2019il n\u2019y en a pas, devant la porte s\u2019organise la fête.Pour la partie musicale, deux ou trois joueurs de flûte, des joueurs de tambourine, etc.Ils sont payés tant de l\u2019heure et font leur ouvrage en conséquence.Ils tiennent le temps.Le principal de la fête, c\u2019est que chez les parents du défunt c\u2019est table ouverte pendant deux ou trois jours.C\u2019est incroyable ce qu\u2019il faut abattre LES PAYS DE MISSION 17 de porcs et de buffles sans compter les sacs de riz et les tinettes de saumure.Les missionnaires connaissent nombre de familles qui se sont ruinées par ces cérémonies funèbres; l\u2019on hypothèque la première et la seconde récolte, et le chinois qui n\u2019attend que le bon moment, s\u2019empare de la rizière.Après deux ou trois jours de fêtes gastronomiques, l\u2019on se décide à inhumer le défunt.La procession s\u2019organise.En tête, l\u2019autel des offrandes; quatre à cinq cents pieds plus loin apparaît une petite chapelle ardente portée par quatre individus habillés de blanc.Ils portent l\u2019âme du défunt.De cet autel jusqu\u2019au cercueil qui vient en tout dernier lieu est suspendue une banderolle blanche, ce qu\u2019ils appellent le pont, et tout le cortège se presse sous ce pont réunissant l\u2019âme au corps.Autour du cercueil les musiciens jouent pour la millième et une fois la même ritournelle.Un bonze, mître en tête et traîné dans une petite charrette, ferme le cortège.Ridicule si l\u2019on veut ce cortège, il est frappant par l\u2019absence de douleur, car les pleureuses ont une façon de se désoler qui les fait rire elles-mêmes.Le jour de Van annamite.Le caractère particulier des fêtes funèbres explique la principale fête annamite, le tét, ou fête de la première lune.La fête du tét change nécessairement de date tous les ans \u2014 puisqu\u2019elle est fixée aux premiers jours de la première lune, à la manière de notre jour de Pâques.Les anciens annamites nous disent qu\u2019aujourd\u2019hui le tét n\u2019est plus fêté; c\u2019est l\u2019affaire de deux ou trois jours \u2014 dans le bon vieux temps, la fête durait tout le mois.Qu\u2019est-ce donc que ça devait être ! La fête d\u2019aujourd\u2019hui, le jour de l\u2019an annamite commence la veille du grand jour par une cérémonie religieuse; chaque famille se rend aux tombeaux des ancêtres, inviter les âmes à venir s\u2019unir aux heureux vivants.Et persuadés que les âmes de leurs défunts sont 18 LA REVUE DOMINICAINE là présentes, les annamites de toutes conditions n\u2019épargnent rien pour les amuser ; les pétards et la musique, les bonbons, les fruits et les vins, les quantités de porc bien rôtis et le célèbre gâteau annamite.Comme notre jour de l\u2019an c\u2019est l\u2019occasion des visites et des échanges de présents.Il faut donner quelque chose; le pauvre s\u2019y oblige comme les autres, et j\u2019ai vu des pauvres apporter aux Pères de la mission trois bananes enveloppées dans un bout de journal.Le remarquable de la fête, c\u2019est qu\u2019en ces jours il n\u2019y a aucun moyen de faire travailler l\u2019annamite.Qu\u2019il s\u2019arrange l\u2019Européen, qu\u2019il mette sa table et fasse sa cuisine, il n\u2019en mourra pas.C\u2019est pratiquement leur raisonnement, les plus sages deviennent fous en ces jours.Même nos chrétiens qui sanctifient la fête en faisant célébrer trois messes en l\u2019honneur de la Sainte Trinité, même nos chrétiens qui sont venus à la messe, ne pensent qu\u2019à s\u2019amuser, qu\u2019à faire du bruit.Dans les villes l\u2019amusement est mieux organisé, le théâtre européen est livré aux annamites qui se sont préparé une représentation de leur goût: la chasse au dragon ou au tigre.Entre parenthèses, ceux qui prétendent avoir bel et bien vu le dragon, ne l\u2019ont vu que là dans ces scènes.Puis il y a le cirque et les rues encombrées de vendeurs et vendeuses.Le restaurateur ambulant n\u2019a pas à payer l\u2019impôt ces jours-là; aussi quelle quantité de restaurants dans la rue et dans le parc.Chose remarquable, on dirait que tous les annamites sont fortunés en ces jours.Il est bien vrai qu\u2019à part les petits vols, ils ont forcé la main du patron à ouvrir sa bourse: Monsieur, c\u2019est le tét d\u2019arriver \u2014 ce qui veut dire : donnez-moi de l\u2019argent, beaucoup ; un cinq piastres ne les contentera qu\u2019à demi.Et ces drôles qui abandonnent tout service pendant trois jours reviendront chez le patron sans aucun signe de contrition.Et si le LES PAYS DE MISSION 13 patron veut les gronder, ils détourneront invariablement l\u2019orage: mais, monsieur, le tét annamite, grande fête, beaucoup nous amuser.Et ils ont tellement de joie dans la figure qu\u2019elle devient communicative; le patron s\u2019apaise en se disant: \u201cC\u2019est comme cela partout, que voulez-vous avec ces enfants !\u201d Mais ce n\u2019est pas tous les jours fête dans la vie de l\u2019annamite, et sa vie ordinaire est triste et dure.Le travail dans la rizière, dans la vase jusqu\u2019aux genoux, et sous le fort soleil, nous paraît inhumain; dans les centres, dans les villes, l\u2019annamite remplace la bête de somme.C\u2019est lui qui traîne la petite charette appelée pousse-pousse, où monsieur a pris place.Et le tarif veut qu\u2019il court une heure durant pour dix sous.Le tireur de pousse-pousse est le moins mal.Plus malheureux ces pauvres annamites qui tirent les voitures de charge, et que dire de ceux et de celles qui portent sur leur tête du matin au soir des corbeilles de mortier, de pierre, de charbon, etc.Leur misère est égale à celle du peuple de Dieu en servitude chez les Egyptiens \u201cIn cophino servierunt.\u201d L\u2019annamite vit de peu, du riz bouilli et un peu de poisson ordinairement salé.C\u2019est ce qui explique sa petite taille, ses membres grêles.L\u2019on donnerait facilement 15 à 16 ans d\u2019âge à une personne de 20 à 25 ans.Pour cette raison, l\u2019annamite est peu résistant à l\u2019ouvrage, il tombe d\u2019épuisement.La race est profondément déprimée, excepté chez les annamites que l\u2019on appelle les Sampaniers \u2014 ceux qui vivent sur les eaux.C\u2019est comme une race à part.Les Sampaniers, du nom de leur embarcation, le sampan, sont des pêcheurs, mais avec cette particularité qu\u2019ils se réunissent par groupe de 20 à 30 familles vivant chacune sur son sampan que le père lègue à son fils aîné 20 LA REVUE DOMINICAINE et ainsi de suite.Sur ce sampan l\u2019on a pris naissance, l\u2019on vit et l\u2019on meurt.Ce sont les plus heureux des annamites ; ils ont ordinairement plus d\u2019air ; le produit de leur pêche les fait vivre, et ils ne pensent pas du tout au lendemain comme leurs frères des rizières.Les chrétiens y forment des chrétientés sur les eaux; il y a un sampan-chapelle \u2014 on y fait la prière du soir en commun.Les Pères Missionnaires sont toujours très contents de leurs sampaniers \u2014 c\u2019est le groupe fervent.La religion chez les annamites.Il faut dire à sa louange que c\u2019est un peuple très religieux; pas un tertre sur lequel ne s\u2019élève un autel à Bouddha, pas un arbre de quelque importance par sa grosseur sous lequel on ne sacrifie régulièrement.Ces différents autels ont leur service assuré par des confréries pieuses, espèces de Tiers-Ordres, c\u2019est la plus juste comparaison.Nous devons remercier Dieu de cette âme naturellement religieuse chez l\u2019annamite.C\u2019est une base précieuse pour le travail du missionnaire.Et il faut déplorer, hélas, l\u2019exemple si mauvais que donne ici la population européenne par son manque de pratique religieuse.Humainement parlant, c\u2019est le plus grand obstacle de l\u2019heure pour la conversion du Tonkin.Un vieux missionnaire me disait: \u201cSi l\u2019administration française était ce qu\u2019elle fut du temps des Amiraux, il n\u2019y aurait plus de païens au Tonkin.\u201d L\u2019annamite est religieux jusqu\u2019à contracter le défaut de sa belle qualité, il est superstitieux.La croyance aux sorciers prend une grande place dans sa vie dogmatique et morale.Quelle est au juste sa religion ?Il est bouddhiste, comme beaucoup de protestants sont protestants, sans trop savoir positivement ce qu\u2019il faut tenir strictement.Us sont bouddhistes, c\u2019est-à-dire, qu\u2019ils ne sont pas chrétiens.Le bouddhisme a peut-être ses dogmes et sa morale, mais l\u2019important n\u2019est pas là, LES PAYS DE MISSION 21 semble-t-il.Le point principal, vivant et captivant pour l\u2019annamite, c\u2019est le culte des ancêtres, le culte des génies du village.Pour lui, à la mort, il y a simple dédoublement, l\u2019âme prend toute la vie et s\u2019en va, mais pas loin; les âmes sont supposées s\u2019attacher aux lieux qu\u2019elles ont aimés.De là la nécessité pour chaque famille d\u2019avoir un autel pour sacrifier aux ancêtres, aux âmes de la famille.L\u2019invocation faite aux âmes produit quelquefois, le diable aidant, des phénomènes étranges.Les femmes surtout se livrent à ces exercices excitants qui en font des espèces de voyantes ou de prophétesses.On appelle ces scènes tapageuses, le choum-choum Bouddha, la prière à Bouddha.Après le culte des ancêtres, le principal, élément du culte bouddhique c\u2019est une espèce d\u2019adoration à l\u2019adresse de certains arbres puissants par leur tronc ou leur ramure .C\u2019est au fond, du panthéisme ; on adore les forces de la nature.Tels seraient les dogmes principaux.La morale ?Oh ! elle n\u2019est pas ni théoriquement ni pratiquement ce que pensait Brunetière, lui qui a, paraît-il, été arrêté assez longtemps sur les chemins de croyance par la morale bouddhique.Le mariage ancienne mode, avec cérémonies de demande à la maison de la fiancée et installation rituelle du nouveau foyer est une coutume qui s\u2019en va.Et aussi un mandarin de haut grade affirmait publiquement il y a quelques jours: \u201cCe qui maintient la moralité au Tonkin, c\u2019est la religion chrétienne\u201d, et c\u2019était un païen qui parlait ainsi.D\u2019autre part le respect du bien d\u2019autrui et de la vérité n\u2019existe pas, même dans l\u2019ordre des idées.Fils de pirate, c\u2019est pour l\u2019annamite une qualité, une habileté comme une autre de voler et de tromper.Que reste-t-il ?La fraternité, la charité.Oui, ils sont charitables.L\u2019enfant abandonné par pauvreté est 22 LA REVUE DOMINICAINE adopté aussitôt.Et il y a des familles de 8 et 10 enfants, tous adoptés.L\u2019annamite aime les enfants.Les chrétiens considèrent comme une bénédiction et les païens comme un honneur d\u2019avoir des enfants.Ces sentiments ont protégé la moralité du foyer et assuré le développement de la race malgré les décès très nombreux chez les enfants.Ajoutons encore que l\u2019annamite est hospitalier pour les siens et pour l\u2019étranger; il considère comme un honneur qu\u2019un Européen veuille bien boire le thé avec lui, car c\u2019est la première chose que l\u2019on nous offre dans une maison annamite.Malgré ce bon point de la fraternité et de la charité qui est plutôt humanitaire que religieux, nous devons conclure que le Bouddhisme est en baisse au Tonkin.Le christianisme le remplace chez un certain nombre, mais la grande majorité s\u2019en va vers le naturalisme et l\u2019indifférentisme, et cela encore une fois à cause du triste exemple des Européens fonctionnaires ou commerçants.C\u2019est une grande victoire de la grâce quand un catéchumène ne présente pas cette objection sans réponse valable: \u201cMais si le christianisme est la bonne et vraie religion, pourquoi les Européens ne la pratiquent-ils pas ?\u201d Que voulez-vous répondre de satisfaisant pour l\u2019annamite ?Les moyens et les espoirs de conversions à la foi chrétienne Le premier moyen naturel c\u2019est de créer des paroisses en obtenant du gouvernement une concession.Tous les missionnaires s\u2019accordent sur ce point.Le deuxième moyen c\u2019est d\u2019avoir un établissement de religieuses, gardes-malades et institutrices.Elles LES PAYS DE MISSION 23 peuvent pénétrer facilement dans la famille, baptiser les enfants \u201cin articulo mortis\u201d, connaître les espoirs de conversions.Le troisième moyen naturel c\u2019est d\u2019instituer une maison de Dieu, espèce de dépendance de la maison du missionnaire, où l\u2019on peut loger un ou deux catéchistes, 4 ou 5 enfants de chœur, un maître de chapelle, etc.Pourquoi tout ce monde ?Pour aider le Père sans doute, faire le service, mais surtout pour attacher certaines familles par leurs enfants à l\u2019œuvre de la maison.Il faut que le missionnaire apparaisse comme quelqu\u2019un qui vient faire du bien.Il y a ensuite toute la série des moyens surnaturels, et l\u2019assistance de nos frères martyrs.C\u2019est de ce côté que vient tout succès.Ne réussissent ici que ceux qui mettent dans le surnaturel toute leur confiance.Je parlais un jour à Monseigneur Gendreau de l\u2019offre que l\u2019on nous faisait d\u2019un territoire de mission dans le nord du Tonkin : \u201cC\u2019est difficile,\u201d me disait-il, \u201cil faut bien considérer toutes choses, mais avec la grâce de Dieu, avec l\u2019assistance des martyrs, tout est possible.Voyez donc le Laos, on blâmait vertement Mgr Pugigny d\u2019envoyer là des missionnaires.Le climat était des plus mauvais, pas d\u2019eau potable, pas de ressources, et l\u2019on disait : à quoi bon cette tentative, ce sera le tombeau des missions étrangères.De fait il en mourait 8 et 10 par mois, mais comme par miracle, à chaque arrivée de bateau, il nous arrivait 30 et 40 missionnaires.Oh ! c\u2019était l\u2019heureux temps, l\u2019âge héroïque.\u201d Et il pleurait, ce vétéran du Tonkin chrétien, arrivé ici à 23 ans et exerçant la lourde fonction d\u2019évêque missionnaire depuis 1884.Sa pauvre petite chambre à la mission de Hanoi explique le succès de son œuvre: une seule pièce de 12 pieds par 15 pour tout, salle de réception, bureau, 24 LA REVUE DOMINICAINE chambre à coucher et bibliothèque; c\u2019était la chambre de Mgr Pugigny son prédécesseur, il a tenu à la conserver.L\u2019on a bien essayé un jour de lui construire un évêché convenable pendant son voyage à Rome.A son retour les travaux étaient avancés et l\u2019on se disait: il acceptera le fait accompli, et surtout, le procureur est son intime, tout ira bien.Eh bien ! non, il condamna son ami intime à habiter ce palais inachevé et lui se réfugia tout doucement dans sa petite chambre où il s\u2019impose la pénitence de se priver du ventilateur l\u2019été et du feu l\u2019hiver.Il vit de la pensée de continuer Mgr Pugigny.Continuer l\u2019œuvre des grands missionnaires et des martyrs, c\u2019est l\u2019idéal qui peut conduire au succès; c\u2019est la force qui seule est suffisante.L\u2019exposition missionnaire de Rome a stimulé vers la recherche des documents pour introduire de nouveaux procès de canonisation et aussi vers la construction de certaines églises devenues bien accréditées pour pèlerinages chrétiens.Ce sont des espoirs nouveaux, parce que c\u2019est une force nouvelle, non moins puissante que cette prière commune, cette demande intense aux Saints Martyrs du Tonkin d\u2019intercéder pour nous pour la conversion de ces milliers d\u2019âmes et encore pour la multiplication des vocations de missionnaire, car cette mission immense demande un grand nombre d\u2019ouvriers.Que le ciel exauce ces prières des chrétiens du Tonkin, et que Dieu suscite et bénisse les projets qui répondent au désir de son cœur: \u201cEvangelizare pauperibus.\u201d P.Gonzalve Proulx, O.P.* BULLETIN DE DROIT CANONIQUE Consultation L\u2019Eglise et saint Thomas d\u2019Aquin La \u201cRevue Dominicaine\u201d voudrait-elle nous renseigner sur les deux points suivants: 1° Le Saint-Siège, au cours des dix dernières années, a-t-il proclamé la doctrine de saint Thomas d\u2019Aquin comme \u201crépondant aux besoins de l\u2019heure actuelle ?\u201d 2° L\u2019Eglise impose-t-elle \u201cl\u2019adhésion aux thèses les plus importantes et aux principes de saint Thomas d\u2019Aquin\u201d, ou laisse-t-elle \u201cà tous et à chacun la liberté entière d\u2019opinion sous son magistère infaillible ?\u201d Un Supérieur de Séminaire.Réponse : Les deux questions de notre correspondant sont précises: il s\u2019agit de savoir a) si, au cours des dix dernières années, le Saint-Siège a déclaré que la doctrine de saint Thomas d\u2019Aquin répond aux besoins de l\u2019heure actuelle; b) si la doctrine de saint Thomas \u2014 quant à ses principes et à ses thèses les plus importantes \u2014 est libre ou obligatoire.La réponse à ces questions, pour être concluante et convaincante, exige l\u2019étude des documents \u2014 Lettres, Encycliques, etc.\u2014 publiés par le Saint-Siège.Nous avons consulté le bulletin officiel du Saint-Siège \u2014 les Acta Apostolicae Sedis \u2014 et voici quelques-unes des affirmations que nous y avons lues.Elles n\u2019ont guère besoin de commentaires, tant elles sont formelles.Puissent-elles donner à notre correspondant la conviction que le Saint-Siège a reconnu, dans le thomisme, la réponse aux besoins de l\u2019heure actuelle, et qu\u2019il entend bien l\u2019imposer et non pas seulement en conseiller l\u2019acceptation. 26 LA REVUE DOMINICAINE 1° Comme la question ne demande des renseignements que pour les dix dernières années, il nous faut omettre de citer les textes où Léon XIII et Pie X ont montré, dans le thomisme, le remède aux grandes erreurs modernes; notre correspondant ne les ignore certainement pas ; il sait, tout spécialement, combien Pie X comptait sur la philosophie thomiste pour faire échec au modernisme (Encyclique Pascendi).Mais rentrons dans le cadre strict de la consultation \u2014 les dix dernières années.Le 29 avril 1918, Benoît XV écrivait que \u201cla doctrine de saint Thomas est très propre à défendre les vérités divines, comme le demande notre temps.\u201d1 Le 17 mai de la même année, le même Pape déclare que \u201cla Somme contre les Gentils, à peu de chose près, semble faite à l\u2019usage de notre temps.\u201d Et encore : \u201cCe grand docteur \u2014 saint Thomas \u2014 doit être d\u2019autant plus considéré comme le chef et le maître de la philosophie et de la théologie, qu\u2019il est plus attaqué par les hérétiques de notre temps.\u201d 2 Le 5 février 1919, Benoît XV écrit au R.P.Pègues, O.P., que \u201csaint Thomas a été suscité divinement, afin que l\u2019Eglise eût un maître de doctrine à suivre en tout TEMPS.\u201d 3 Le 14 février 1919, Benoît XV écrit au R.P.Garrigou-Lagrange, O.P.: \u201cComme les erreurs de notre 1\u2014\u201cSincera Aquinatis doctrina ad illustranda et defendenda quæ divinitus revelata sunt, quemadmodum hœc tempora postulant, optime accommodatur (A.A.Sedis, 1918, p.231).2.\t\u2014\u201cHic autem liber, si pauca exceperis, in usum horum tem~ porum admodum faetus esse videtur.\u201d (A.A.S.1918, p.480) \u201c.Nos Aquinatis gloriæ studere ac velle ut hic tantus doctor, quo inimicius ab hæreticis Uujus œtatis appetitur, eo impensius ab alumnis Ec-cle3iæ tamquam dux et magister observetur\u2019\u2019 (Ibidem).3.\t\u2014\u201c.Ille sit excitatus divinitus, ut haberet Ecclesia çruem doctrinæ magistrum maxime in omne tempus sequeretur.\u201d (A.A.S.1919, p.71) BULLETIN DE DROIT CANONIQUE 27 temps découlent de principes contraires à la philosophie acceptée par l\u2019Eglise et les Pères, vous avez raison de leur opposer le Prince lui-même de l\u2019Ecole, le Docteur Angélique, comme un réfutateur victorieux.\u201d 4 Le 1er août 1922, S.S.Pie XI, dans une Lettre Apostolique sur les séminaires, proclame que \u201cles maîtres doivent d\u2019autant plus s\u2019attacher à la méthode, à la doctrine, aux principes de saint Thomas qu\u2019aucun Docteur n\u2019est, à un égal degré, craint et redouté par les modernistes et LES AUTRES ENNEMIS DE LA FOI CATHOLIQUE.\u201d 5 Le 29 juin 1923, S.S.Pie XI, dans l\u2019Encyclique Studiorum Ducem, dit que \u201cpour se défendre des erreurs qui sont la source des misères de notre temps, il faut, plus religieusement que jamais, s\u2019arrêter à saint Thomas.\u201d 6 Le 29 mars 1924, S.S.Pie XI, dans une Lettre Apostolique aux Supérieurs religieux, écrit: \u201cQui ignore que la doctrine de saint Thomas est apte à réfuter merveilleusement les en'eurs de tous les temps.\u201d Et il rappelle le mot de Léon XIII : \u201cSaint Thomas, enrichi de la science divine et humaine, de même qu\u2019il a combattu, à lui seul, toutes les erreurs des époques passées, ainsi à préparé des armes invincibles contre les erreurs de l\u2019avenir.\u201d 7 4.\t\u2014\u201cCum errores horum temporum.recte tu quidem illis hanc opponis, ipsumque Scholæ principem, Doctorem Angelicum, eos invicte refutantem inducis.\u201d (A.A.S.1919, p.121) 5.\t\u2014\u201cIn primis sibi curæ habeant magistri non solum rationem seu methodum, verum etiam doctrinam et principia sequi sancti Thomæ; idque eo faciant vel studiosius quod sciunt nullum Eccle-siæ Doctorem modernisas ceierisque fidei catholicœ hostilms ita esse terrori ac formidini, ut Aquinatem\u201d (A.A S.1922, p.455).6.\t\u2014\u201cAd errores effugiendos in quibus omnium liujus temporis miseriarum fons est, reiigiosius quam unquam alias, est in Aqui-natis institutions consistendum\u201d (A.A.S.1923, p.322).7.\t\u2014\u201cQuis ignorât ut ad errores cujusvis ætatis mirifice refu-tandos, natam aptarn esse Thomæ Sapientiam ?.Angelicus Doctor \u2014 ita Leo XIII \u2014 divinâ humanâque scientiâ prædives, illud a se impetravit, ut et superiorum temporum errores omnes unus debellarit, et ad profligandos, qui perpétua vice in posterum exori-turi sunt, arma invictissima suppeditarit.\u201d (A.A.S.1924, p.144) 28 LA REVUE DOMINICAINE Le 31 juillet 1924, S.S.Pie XI écrit aux rédacteurs de la \u201cCivilta Cattolica\u201d qu\u2019\u201cils savent combien la doctrine de saint Thomas d\u2019Aquin est apte à repousser LES ERREURS LES PLUS RÉCENTES.\u201d 8 Après tous ces textes, si explicites, il semble très légitime de conclure qu\u2019au cours des dix dernières années, le Saint-Siège a indiqué, dans la doctrine de saint Thomas d\u2019Aquin, un remède aux besoins de l\u2019heure actuelle.Si le Saint-Siège déclare que les principes de saint Thomas réfutent victorieusement les erreurs de tous les temps; s\u2019ils concèdent même que ces principes sont de nature à repousser les erreurs les plus récentes, que voudrait-on de plus formel pour consacrer Vactualité de saint Thomas ?2° Reste le second point proposé par notre correspondant: obligation imposée par l\u2019Eglise d\u2019adhérer aux principes et aux thèses les plus importantes de saint Thomas ?ou liberté entière d'opinion laissée à tous et à chacun ?Pour la solution de ce problème, nous emploierons la même méthode que dans le cas précédent, c.a.d.les textes mêmes du Saint-Siège; chaque lecteur est libre d\u2019en contrôler l\u2019exactitude en se reportant aux références citées.Nous n\u2019utiliserons que deux sources de renseignements : a) le Code de droit canonique et b) les actes subséquents du Saint-Siège.Si nous constatons que l\u2019Eglise ordonne de suivre et d\u2019enseigner la doctrine de saint Thomas, nous pourrons conclure que l\u2019adhésion à saint Thomas est obligatoire et non pas facultative.8.\u2014\u201cQuantum vero ad repellendos recentiores errores verita-temque firmandam Aquinatis doctrina valeret, cum probe ipsi nos-sent.\u201d (A.A.S.1924, p.361). BULLETIN DE DROIT CANONIQUE 29 A) Le Code Le Code recommande deux fois, explicitement, la doctrine de saint Thomas d\u2019Aquin : au titre XXI du livre III, c.a.d.au traité des séminaires, c.1366 § 2; au titre XII du livre II, c.a.d.au traité des études chez les religieux, c.589 § 1.Le premier texte se lit comme suit: \u201cQue les professeurs traitent absolument (omnino pertractent) les études de philosophie rationelle et de théologie, ainsi que l\u2019institution des élèves en ces matières, selon la méthode, la doctrine et les principes du Docteur Angélique, et qu\u2019ils s\u2019y tiennent saintement.\u201d 9 Le second texte est ainsi formulé : \u201cQue les religieux, dûment initiés aux disciplines inférieures, s\u2019appliquent avec diligence, selon les instructions du Siège Apostolique, au moins pendant deux ans, aux études de philosophie, et au moins pendant quatre ans à la théologie, adhérant à la doctrine de saint Thomas selon le c.1366 § 2.\u201d io Ces textes ont-ils une force obligatoire, ou laissent-ils une entière liberté d\u2019opinion à tous et à chacun ?\u201cLes lois ecclésiastiques, dit le c.18, doivent s\u2019entendre selon la signification propre des mots.\u201d De quels termes se servent les canons 1366 § 2 et 589 § 1 ?\u201cOmnino pertractent\u201d, \u201csancte teneant\u201d, \u201cdiligenter incum-bant inhaerentes\u201d.Quel est l\u2019homme ayant un tant soit peu de connaissance de la langue latine qui s\u2019avisera de traduire ces expressions par \u201cconseiller\u201d, \u201csouhaiter\u201d, 9.\t\u2014Philosophise rationalis ac thologiæ studia et alumnorum in his disciplinis institutionem professores omnino pertractent ad An-gelici Doctors rationem, doctrinam et principia, eaque sancte teneant.\u201d (c.1366 § 2) 10.\t\u2014\u201cReligiosi in inferioribus disciplinis rite instructi, in philosophise studia saltern per biennium et sacræ théologiæ saltern per quadriennum, doctrines D.Thomæ inhœrentes ad normam can.1366 § 2, diligenter incumbant, secundum instructiones Apostolicæ Sedis.\u201d (C.589 § 1) 30 LA REVUE DOM INICAINE etc.?Quand le Code veut exprimer un souhait, il dit optandum; si Ton se reporte à d\u2019autres canons du Code qui, eux aussi, emploient le mode subjonctif, il est évident qu\u2019il s\u2019y agit de commandement, à!obligation, et non pas seulement de conseil ou de souhait; ainsi, quand le c.505 dit: \u201cque les supérieurs majeurs soient temporaires\u201d ; le c.547 : \u201cque les postulantes apportent une dot\u201d; le c.594: \u201cque la vie commune soit observée\u201d; le c.596 : \u201cque les religieux portent l\u2019habit de leur religion\u201d ; le c.5S7 : \u201cque chez les réguliers, la clôture papale soit observée\u201d ; etc., personne n\u2019imaginera que l\u2019on ait liberté entière d\u2019opinion sur ces points; tous, au contraire, y verront, en droit et en fait, une obligation.Pourquoi la refuser aux canons 1366 et 589 ?Que si, malgré la clarté de ces textes, il pouvait encore y avoir doute sur le caractère obligatoire des canons 1366 et 589, il est possible de le faire disparaître.Nous n\u2019avons qu\u2019à nous en rapporter à l\u2019autorité suprême et définitive du législateur lui-même.Il ne semble pas que l\u2019on puisse contester au Souverain Pontife la connaissance de la véritable portée de ces canons.Or, S.S.Pie XI a donné, dans des documents publics, officiels et généraux, une force obligatoire et impérative aux deux canons cités plus haut.En voici la preuve: Le 29 juin 1923, le Pape écrit ce qui suit: \u201cQue chacun tienne comme sacré ce qui est ordonné (praeci-pitur) dans le Code de Droit canonique\u201d, n et le Pape cite textuellement le canon 1366 § 2.Peut-on rien imaginer de plus formel ?Le 19 mars 1924, S.S.Pie XI écrit aux Supérieurs religieux: \u201cAyez pour sacré et inviolable ce que, dans 11.\u2014\u201cSanctum igitur esto quod in Codice juris canonici prœci-pitur, ut \u201cphilosophise rationalis\u201d etc.c.1366 § 2.(A.A.S.1923, p.324) BULLETIN DE DROIT CANONIQUE 31 la Lettre Apostolique sur les séminaires et les études du clergé,12 Nous avons édicté, conformément au droit canonique, à savoir qu\u2019en philosophie et en théologie les maîtres suivent fidèlement la méthode scolastique, selon les principes et les doctrines de saint Thomas d\u2019Aquin.\u201d 13 Donc, selon le Pape lui-même, il FAUT, conformément ait droit canonique, suivre saint Thomas.Lorsque les papes demandent de considérer telle attitude comme un devoir sacré et inviolable, la demande est plus qu\u2019une exhortation et un conseil, et Von n\u2019est pas libre d\u2019adhérer ou non à ce qu\u2019ils prescrivent.B) Après le Code Etudions maintenant la législation de l\u2019Eglise depuis le Code, c.a.d.depuis 1918, et voyons si l\u2019adhésion à la doctrine de saint Thomas reste obligatoire ou si elle est devenue libre.Ecoutons d\u2019abord Benoît XV: \u201cNon moins que Notre prédécesseur Léon XIII, Nous avons à cœur la gloire de saint Thomas d\u2019Aquin, et Nous voulons que ce grand Docteur, tant en philosophie qu\u2019en théologie, soit considéré par les disciples de l\u2019Eglise comme un chef et un maître.\u201d 14 Sous le pontificat de S.S.Pie XI, la direction n\u2019est pas moins ferme dans le sens de Y obligation de suivre la doctrine de saint Thomas: pas moins de dix fois le 12.\t\u2014Il s\u2019agit ici de la Lettre \u201cOfficiorum\u201d du 1er août 1922, où l\u2019on peut lire: \u201cOmnino quæ bac de re sunt in jure canonico providentissime statuta, ea sancte inviolateqne otservari debent.\u201d (A.A.S.1922, p.454) 13.\t\u2014\u201cId sanctum, vobis inviolatumque esto quod.juri canonico congruenter ediximus: ut magistri fideliter scholasticam ra-tionem secundum Aquinatis principia et doctrinas, sequantum.\u201d (A.A.S.1924, p.144.) 14.\t\u2014\u201cNos Aquinatis gloriæ studere, ac velle ut hic tantus Doctor.tamquam dux et magister observetur.\u201d (A.A.S.1918, p.480.) 32 LA REVUE DOMINICAINE Pape a rappelé cette obligation.Comment, après cela, pourrait-on mettre en doute la volonté de l\u2019Eglise d\u2019imposer la doctrine de saint Thomas ?Le 1er août 1922, le Pape, dans une Lettre Apostolique sur les séminaires, rappelle les prescriptions du Code, aux canons 1365 et 1366, et dit qu\u2019 \u201celles DOIVENT être saintement et inviolablement observées\u201d .Il ajoute que \u201cles maîtres doivent avoir à cœur, avant tout, de suivre la méthode, la doctrine et les principes de saint Thomas.\u201d 15 Ce sont, on le sait, les termes mêmes du canon 1366.Le 25 février 1923, le Pape rappelle encore ses ordonnances concernant les séminaires.\u201cce que, dans Notre Lettre Apostolique sur les Séminaires, nous avons ORDONNÉ.\u201d 16 Dans le document si important \u2014 \u201cStudiorum Ducem\u201d \u2014 publié à l\u2019occasion du sixième centenaire de la canonisation de saint Thomas, le Pape insiste plusieurs fois sur l\u2019obligation de suivre la doctrine du Docteur Angélique, obligation statuée par le Code et confirmée par le pape lui-même.Que l\u2019on juge plutôt: dès les premières lignes de l\u2019Encyclique, voici ce que nous lisons: \u201cPar Lettre Apostolique, Nous avons édicté, confirmant ce qui est statué dans le Code, que Thomas d\u2019Aquin doit être tenu \u2014 habendum essediximus \u2014 comme le chef des études de la jeunesse ecclésiastique.\u201d 17 Un peu plus loin le Pape dit que \u201cpour se garder des erreurs, il faut, plus religieusement que jamais, insister sur la formation 15.\u2014Se reporter à la note 12.10.\u2014«Eo vel magis quod ea præoccupasse videris quæ, data Epistola Apostolica, haud ita pridem Nosmet ipsi praecepimus.\u201d (A.A.S.1923, p.209)\t, J 17.\u2014\u201cStudiorum Ducem sacræ juventuti haud ita pridem per Apostolicam epistolam Nos, Juris Canonici statuta confirmantes, habendum, esse ediximus Thomam Aquinatem.\u201d (A.A.S.1923, p.309) BULLETIN DE DROIT CANONIQUE 33 dans saint Thomas cFAquin.\u201d 18 Ailleurs, le Pape affirme solennellement sa volonté: \u201cPour Nous, Nous voulons que tout ce que Nos prédécesseurs, surtout Léon XIII (Aeterni Patris) et Pie X (Doctoris Angelici) ont décrété, et ce que Nous-même avons ordonné l\u2019an dernier, soit observé inviolablement.\u201d 19 Ailleurs, le Pape va jusqu\u2019à dire que, de la doctrine de saint Thomas, l\u2019Eglise a fait SA doctrine.\u201d 20 Et le Pape termine par ces paroles citées plus haut: \u201cQue chacun tienne comme sacré ce qui est ordonné dans le Code.\u201d 21 Le 11 janvier 1924, S.S.Pie XI félicite le cardinal-archevêque de Bologne d\u2019avoir, en pourvoyant à l\u2019éducation thomiste des jeunes clercs, obéi aux ordres et aux exhortations du Saint-Siège.22 Le 19 mars 1924, S.S.Pie XI enjoint aux supérieurs religieux de tenir comme sacré et inviolable, ce qui a été ordonné conformément au Code, sur la fidélité à suivre saint Thomas.23 Enfin, rappelons que dans le Rapport triennal que les Ordinaires du monde entier doivent faire au Saint-Siège sur l\u2019état de leur séminaire, conformément à un décret du 2 février 1924,24 l\u2019on demande (no 31) si le canon 1366 S 2 et la Lettre de S.S.Pie XI \u2014 \u201cOffi- 18.\t\u2014\u201cReligiosius quam unquam alias, est in Aquinatis institu-tione consistendum.\u201d (Ibid.p.322) 19.\t\u2014\u201cNos autem, quæ et decessores nostri in primisque Léo XIII et Pius X decreverunt et Nosmet ipsi anno superiore manda-\\imus, ea omnia volumus inviolate servent.\u201d (Ibid.p.323) 20.\t\u2014\u201cThomam, cujus doctrinam suam Ecclesia fecerit.\u201d (Ibid p.314) 21.\t\u2014\u201cSanctum igitur esto quod in Codice Juris canonici praeci-pitur.\u201d (Ibid.p.324) 22.\t\u2014\u201cPlacet vehementer vobis gratulari hinc quod propositum vobis est, decessorum Nostrorum et Nostris jussis .obsequamini.\u201d (A.A.S.1924, p.90) 23.\t\u2014\u201cSanctum vobis inviolatumque esto quod ediximus \u201d (A.A.S.1924, p.144) 24.\t\u2014A.A.S.1925, p.551. 34 LA REVUE DOMINICAINE eiorum\u201d \u2014 sont observés ; l\u2019on demande aussi (no 33) dans le cas où le Séminaire a la faculté de conférer les grades en Théologie, si la Somme de S.Thomas est manuel, conformément au décret du 7 mars 1916.De l\u2019ensemble de ces textes est-il téméraire de conclure à la volonté expresse et formelle du Saint-Siège ?Car, enfin, si les mots latins mandare, praecipere, edi-cere, jubere, inviolate observare, statuere, velle, conservent leurs sens séculaire et traditionnel, ils signifient une intention d\u2019obliger.Nous pouvons donc conclure, répondant à la question de notre correspondant, que l\u2019Eglise impose l\u2019adhésion à la doctrine de saint Thomas.L\u2019impose-t-elle absolument ?Quelques-uns en doutent, impressionnés qu\u2019ils sont par un mot de S.S.Pie XI qui semble atténuer la rigueur des prescriptions pontificales.Examinons de près leur objection.L\u2019on sait que Pie XI, dans l\u2019Encyclique Studiorum Ducem, a écrit ces mots : \u201cQue l\u2019on n\u2019exige pas plus les uns des autres\u201d \u2014 il s\u2019agit de la fidélité à suivre saint Thomas \u2014 \u201cque ce que l\u2019Eglise, mère et maîtresse, exige de tous : era dans les choses sur lesquelles il est d\u2019habitude de discuter en sens contraire entre les auteurs de meilleure note, il ne faut défendre à personne de suivre l\u2019opinion qui lui paraît le plus vraisemblable.\u201d 25 Pour bien comprendre ce texte, il faut évidemment le placer dans son contexte : c\u2019est une règle élémentaire d\u2019interprétation consacrée par le Code lui-même qui dit: \u201cLes lois ecclésiastiques doivent être comprises selon la signification propre des mots, considérée dans le texte et 25.\u2014\u201cAt ne quid eo amplius alii ab aliis exigant quam quod ab omnibus exigit omnium magistra et mater Ecclesia: neque enim in iis rebus de quibus in sebolis catholicis inter melioris notæ auctores in contrarias partes disputari solet quisquam prohibendus est earn sequi sententiam quæ sibi verisimilior videatur.\u201d (A.A.S.p.3?4) BULLETIN DE DROIT CANONIQUE 35 DANS le CONTEXTE.\u201d 26 C\u2019est ce qu\u2019a fort justement remarqué le R.P.R.Villeneuve, O.M.L, dans un article du Droit, du 9 décembre 1927.Or, quel est le contexte des lignes citées de l\u2019Encyclique Studiorum Ducem ?Le contexte général est un document consacré à la louange de la doctrine de saint Thomas: le Pape y rappelle qu\u2019il confirme ce qui est statué par le Droit canonique; il appelle saint Thomas le chef des études; il évoque les louanges décernées à la doctrine thomiste par ses prédécesseurs; il déclare que, de cette doctrine, l\u2019Eglise a fait sa doctrine ; il montre la valeur de cette doctrine en logique, en physique, en métaphysique, en sociologie, en théodicée, en théologie dogmatique et morale, en mystique, en apologétique; il conclut par l\u2019invitation: allez à Thomas; il VEUT que ce que Léon XIII dans Aeterni Patris, Pie X dans Doctoris Angelici, et lui-même dans Officiorum ont ORDONNÉ, soit saintement et inviolable-ment observé\u2019, il invite les maîtres à s\u2019enflammer d\u2019amour pour cette doctrine: peut-on croire, qu\u2019après cela, le Pape n\u2019ait pas l\u2019intention d\u2019obliger à suivre saint Thomas, mais qu\u2019il laisse à tous \u201cliberté entière d\u2019opinion ?\u201d Mais il y a mieux encore, il y a le contexte immédiat.Le paragraphe où se lisent les lignes dont on fait une objection, comprend trois phrases.Le voici dans sa teneur intégrale, tel qu\u2019il est publié aux pages 323 et 324 des Acta de 1923 : \u201cScilicet inter amatores sancti Thomae, \u201cquales omnes decet esse Ecclesiae filios qui in studiis \u201coptimis versantur, honestam illam quidem cupimus jus-\u201cta in libertate aemulationem unde studia progrediuntur, \u201cintercedere, at obtrectationem nullam, quae nec veri- 26.\u2014\u201cLeges ecclesiasticæ intelligendm sunt secundum propriam verborum significationem in textu et contextu consideratam.\u201d (c.18) 36 LA REVUE DOMINICAINE \u201ctati suffragatur et unice ad dissolvenda valet vincula \u201ccaritatis.Sanctum igitur unicuique eorum esto quod \u201cin Codice Juris Canonici praecipitur,27 ut \u201cphilosophiae \u201crationalis ac theologiae studia et alumnorum in his dis-\u201cciplinis institutionem prof essores omnino pertractent \u201cad Angelici doctoris rationem, doctrinam et principia, \u201deaque sancte teneant\u201d ; atque ad hanc norman ita se \u201comnes gerant ut eum ipsi suum vere possint appellare \u201cmo.gistrum.At ne quid eo\\ amplius alii ab aliis exigant \u201cquam quod ab omnibus exigit omnium magistra et mater \u201cEcclesia: neque enim in iis rebus, de quibus in scholis \u201ccatholicis inter melioris notae auctores in contrarias \u201cpartes disputari solet, quisquam prohibendus est earn \u201csequi sententiam quae sibi verisimilior videatur.\u201d Il s\u2019agit évidemment, dans la dernière phrase, d\u2019autre chose que de ce qui est imposé dans la phrase précédente.Car le Pape ne peut pas demander de tenir comme sacré et inviolable ce qui est commandé (praecipitur) dans le Code, et, l\u2019instant d\u2019après, laisser liberté entière sur ces points.Ce serait une grossière contradiction dont l\u2019imputation au Souverain Pontife répugne comme une irrespectueuse témérité.Ce que le Souverain Pontife veut dire, c\u2019est évidemment qu\u2019une fois admis ce qui est commandé (praecipitui') c.a.d.la méthode, la doctrine, les principes de saint Thomas, il y a place pour des opinions contraires en ces choses qu\u2019il est d\u2019habitude de discuter dans les Ecoles.Nous ne voyons pas comment il serait possible, sans contradiction, de décréter liberté absolue sur des points que l\u2019on vient de déclarer sacrés et INVIOLABLES.Et serait-ce \u201cse comporter de façon à pouvoir appeler saint Thomas son maître\u201d comme le demande, 27.\u2014C.1366 § 2.N.B.Le renvoi est en note dans le texte lui-même. BULLETIN DE DROIT CANONIQUE 37 ici même, le Pape, que d\u2019être libre d\u2019adhérer ou non à sa méthode, à sa doctrine, à ses principes ?Pouvoir dire de saint Thomas qu\u2019il est vraiment un maître \u2014 suum vere possint appellare magistrum \u2014 exige non seulement qu\u2019on le lise ou l\u2019écoute, mais aussi qu\u2019on le suive.Et d\u2019ailleurs, ce Pape qui, à ce qu\u2019on objecte, veut laisser \u201centière liberté d\u2019opinion\u201d est le même qui, depuis l\u2019Encyclique \u201cStudiorum Ducem\u201d, a enjoint aux supérieurs religieux de regarder comme sacré et inviolable ce qui a été ordonné conformément au Code.28 Notre correspondant peut donc imposer sans crainte aux professeurs du Séminaire dont il est le supérieur, Y obligation de former leurs élèves selon la méthode, la doctrine, et les principes de saint Thomas d\u2019Aquin.Le Code leur en fait un précepte sacré (sancte teneant) qui a été confirmé par les Papes Benoît XV et Pie XI.La méthode, la doctrine, et les principes thomistes étant sauvegardés, ils peuvent, cependant, adopter une opinion soutenue par les auteurs de marque.P.Aug.Leduc, O.P.* 28.\u2014A.A.S.1924, p.144. LE SENS DES FAITS Son Eminence le Cardinal Raymond-Marie Rouleau, O.P.L'antique Eglise de Québec vient de recevoir, pour la troisième fois, le plus haut honneur qu'elle puisse désirer: la Pourpre cardinalice.Son Rlustrissime Archevêque a pris rang parmi les \u201cPrinces du sang\u201d de la sainte Eglise romaine.C\u2019est, nous n\u2019en doutons pas, un hommage rendu à l\u2019Eglise-mère du pays, et de toute l\u2019Amérique du Nord.C\u2019est la reconnaissance de la foi vive de notre peuple, indéfectiblement attaché à l\u2019Eglise de Rome, affectueusement docile, toujours, aux directions de l\u2019infaillible Pontife.C\u2019est la récompense d\u2019une action catholique déjà longue, d\u2019une influence sans cesse grandissante pour le développement de la foi en notre terre d\u2019Amérique, et d\u2019évangélisation en pays infidèles.C\u2019est la consécration de notre autonomie religieuse.Le Canada a vraiment rang parmi les nations catholiques importantes, égalité de status, aux yeux de Rome, parmi toutes celles qui forment l\u2019immense société des nations qu\u2019est l\u2019Eglise.Mais, si aucun de ces titres n\u2019existait, il resterait l\u2019homme: Sa Grandeur Mgr Raymond-Marie Rouleau, dont les incontestables mérites appelaient cet insigne honneur pour lui-même et pour l\u2019Eglise du Canada.Les conditions requises pour le Cardinalat résument magnifiquement la vie et les mérites de Son Eminence le Cardinal Rouleau: doctrine, piété et sagesse de gouvernement à un degré éminent.Nous ne voulons pas rééditer ici le \u201cCurriculum Vitae\u201d de Son Eminence, si délicatement écrit par le Père LE SENS DES FAITS 39 Lamarche, dès la 'première promotion à Valley field.Nous voulons simplement esquisser quelques traits.Supérieurement douée pour les études, la vaste intelligence de l\u2019étudiant dominicain de Corbara s\u2019est formée à l\u2019école la plus pure de la scolastique thomiste.Vingt-cinq années d\u2019enseignement allaient assurer au Pè^e Rouleau la maîtrise dans presque toutes les matières; en faire un philosophe averti, un théologien de carrière, un canoniste des plus sûrs.Sa science exacte et sa forte érudition devaient, dans une application pratique au ministère sacré et à la solution des plus délicats problèmes, prof iter non seulement à son Ordre, mais à toute l\u2019Eglise du Canada.Il était donc admirablement préparé quand le Saint-Siège vint le chercher au cloître pour lui confier la charge épiscopale.Soit à Valley field, soit à Québec, l\u2019action de l\u2019Evêque et de VArchevêque est un rayonnement de doctrine, de lumière et de chaleur, Caritas Veri-tatis, d\u2019une doctrine d visées pratiques, qui instruit pour rendre meilleur.Ses prêtres et son peuple se partagent sa, sollicitude.C\u2019est le royaume de Dieu et la paix du Christ: \u201cPax Christi in Regno Christi\u201d, qu\u2019il prêche à ses ouailles, dans ses mandements d\u2019entrée à Valley field et à Québec.A ses prêtres, il parle de la sainteté sacerdotale, de l\u2019esprit ecclésiastique, de la vie intérieure ; il leur rappelle le devoir de la prédication, insiste sur l\u2019enseignement du catéchisme, sur le culte, sur la vie liturgique.Il parle à son peuple du règne universel de Notre-Seigneur Jésus-Christ, de l\u2019esprit de pénitence, du fléchissement de la moralité et du naturalisme de la vie, de la tempérance, de tout ce qui oriente l\u2019âme vers Dieu.Lisez les œuvres pastorales de Monseigneur Rouleau, vous y puiserez une doctrine bienfaisante, profonde, accessible à tous cependant, et d\u2019une grande élévation surnaturelle.C\u2019est que sa doctrine s\u2019inspire de sa piété. LA REVUE DOMINICAINE 40 Trente-sept ans de vie religieuse vécue intensément ont fait l\u2019âme de ce grand pontife.On a dit son amour pour la vie du cloître et ses moindres observances.Il eut, dès la première heure, la compréhension de sa vie dominicaine et un grand sens religieux.Au moment de quitter ses frères son cœur a laissé échapper le cri d : douleur d\u2019avoir à se séparer de ses \u201cchères pratiques de vie dominicaine, qui étaient sa force et sa consolation.\u201d \u201cC\u2019est la dure absence, chaque jour, de la psalmodie régulière au chœur, et de notre liturgie avec la célébration de la messe conventuelle; la mélodie si pieuse des Complies et la bénédiction du Salve Regina; c\u2019est l\u2019éloignement des joies spirituelles attachées aux Matines, pendant les ténèbres où sont plongés les fidèles endormis, et plus encore au chant majestueux des Laudes dans la nuit des grandes solennités.\u201d Le Père Rouleau, sans le vouloir, résumait sa vie dans ce dernier conseil à ses frères: \u201cin disciplina per-severate.Vivez donc, mes Pères et mes Frères bien-aimés, dans l\u2019amour, non seulement théorique mais surtout pratique, de nos observances dominicaines et de nos traditions claustrales.Vivez-en, au prix, joyeusement et sur naturellement donné, des sacrifices quotidiens qu\u2019elles réclament de la nature.Elles vous assureront la paix du cœur et l\u2019union à Notre-Seigneur Jésus-Christ, par la mortification de la chair, l\u2019oraison habituelle et l\u2019étude sacrée.\u201d C\u2019est dans celte atmosphère que son âme sacerdotale et religieuse s\u2019est élevée vers les sommets.Son Eminence ne nous pardonnerait pas de livrer au public les détails de vie intime, qui manifestent les délicatesses de son âme pour le bon Dieu.Rappelons cependant que la Trinité Sainte est le grand objet de sa dévotion, avec une spéciale dïlection et révérence pour le Saint-Esprit et la Mère de Dieu.\u201cA-t-il jamais écrit une lettre sans LE SENS DES FAITS 41 la nommer, la Vierge, prêché un sermon sans Vinvoquer, une retraite sans la louer !\u201d \u201cSa tâche gouvernementale, il s'en acquitta sans faiblesse, avec une prudence lente et sûre, une humeur toujours condescendante, facilement oublieuse du \u201cpetit incident\u201d, mais rebiffée sans merci contre l'insinuation du désordre ou le fléchissement de l'observance.\u201d Dans le Père Maître, le Prieur, le Régent, le Provincial, l'Evêque, c'est toujours le Père qu'on trouve : Tam Pater nemo.Energique, il sait attendre et ménage \u201cla mèche qui fume encore.\u201d Homme d'administration, il sait prévoir et donner les sages directions qui assurent le succès, comme il réprime les excès de zèle qui compromettent une œuvre, les abus qui préparent les catastrophes.Sa proverbiale discrétion, Tua silentium Laus, lui a ouvert tous les cœurs, en a fait le confident, devenu bientôt le conseiller prudent et sûr.Quand Sa Sainteté \u201couvrira la bouche\u201d des nouveaux Cardinaux, Elle n'aura rien à redouter de Son Eminence le Cardinal Rouleau.Les qualités supérieures dont l'a doué la nature, aidées du travail de la grâce, ont fait de Mgr Rouleau un grand Pontife, digne, à tous égards, des hommes illustres qui l'ont précédé sur le siège de Laval.La bienveillance du Pontife Romain en fait un grand Cardinal dont le nom jettera un nouveau lustre sur le Canada tout entier.Cependant, ni les grandeurs, ni les honneurs de la pourpre ne changeront cet homme au cœur si large, si tendre, si compatissant, si humain.Sous son habit de dominicain il continuera sa vie toute simple, oubliant et faisant oublier qu'il est Prince, pour aller plus sûrement au cœur de tous, aux plus humbles de préférence.Certaines âmes, ensevelies dans\u2019 l'humilité repentante, auront encore la consolation et l\u2019honneur de sa visite, et nous savons quelle joie il portera dans cet asile.Ses 42 LA REVUE DOMINICAINE frères en religion reverront toujours l\u2019aîné tel qu\u2019il fut parmi eux, s\u2019intéressant à tous les groupes, donnant à tous, Pères, novices et Frères convers, sa riche affection.Avant de partir pour New-York, où il devait s\u2019embarquer pour Rome pour y recevoir les insignes de sa dignité cardinalice, Son Eminence trouvait une minute pour se rendre à l\u2019hôpital, visiter deux jeunes Pères malades.Leur procurer ce plaisir lui fut une vraie joie.Son Eminence allait ensuite chez un ami de toujours, Vhonorer de son unique visite dans la Capitale, bénir son foyer, faire des heureux.C\u2019est ainsi, avec les mêmes trésors d\u2019affection, que ses amis le retrouveront à son retour de Rome.Enfin, chacun de ses prêtres, à toute heure du jour, aura accès chez Son Eminence, Tam Pater nemo, pour y trouver un Père qui aime vraiment, qui s\u2019intéresse à tout, qui encourage même s\u2019il doit reprendre.Il sortira de là éclairé dans ses difficultés, réchauffé dans son zèle, stimulé pour l\u2019action sacerdotale.Il emportera l\u2019impression que son Père est un grand Evêque, un grand Cardinal, dont le nom nous sera toujours un honneur.Et, descendant le grand escalier du palais cardinalice, il f or-mer Oj dans son cœur le vœu que nous adressons aujourd\u2019hui à Son Eminence le Cardinal Raymond-Marie Rouleau, Archevêque de Québec: Ad multos et faustissimos ANNOS ! P.-M.Gaudrault, O.P.Chronique du passé dominicain Le quatre novembre 1840, le P.Henri-Dominique Lacordaire, depuis sept mois profès de l\u2019Ordre des Frères-Prêcheurs, écrivait de Rome à Madame Swet-chine: \u201cVous dirai-je une grande nouvelle ?.Je pars le trente de ce mois pour Paris.C\u2019est le désir de notre LE SENS DES FAITS 43 Maître-Général et de notre Ordre.Ils croient qu\u2019une absence non interrompue pendant de longues années serait nuisible en France et qu\u2019il est bon de s\u2019y montrer, ne fût-ce que pour faire acte de présence.De plus, j\u2019aurai à recueillir les fruits de ma Vie de saint Dominique; je ramènerai avec moi quelques jeunes gens choisis; je serai en rapport avec un grand nombre qui nous aideront plus tard.Ce retour.donnera une nouvelle preuve que le rétablissement des Dominicains français n\u2019est pas une chimère.Notre petite communauté de Sainte-Sabine ne souffrira aucunement de cette absence.Elle vit dans la plus parfaite union.\u201d En effet, les premiers compagnons étaient venus.A l\u2019entrée de l\u2019automne, le plus ancien et le plus cher, Kéquéaat, mourait de la poitrine.Il restait Piel, Hern-sheim, Besson, et, entre tous, l\u2019abbé Jandel: éléments choisis par la main de Dieu, pierres glorieuses d\u2019un édifice spirituel.Tous, ils voulaient rapporter à leur pays un idéal intègre.Le but de leur Ordre était la prédication doctrinale fondée et établie sur la contemplation par l\u2019étude, la clôture, le silence, le jeûne très fréquent, le lever la nuit, la grande vie liturgique dans le chant ou la psalmodie solennelle, à leur vrai moment, des différentes parties de l\u2019office divin.Le devoir des nouveaux Prêcheurs était de s\u2019imprégner de cet esprit et de pratiquer ces moyens traditionnels.Ils vivent donc les Constitutions dominicaines, ils étudient saint Thomas d\u2019Aquin, car \u201cla doctrine de saint Thomas est la sève qui, en coulant dans les veines de l\u2019Ordre lui conserve sa puissante originalité.\u201d C\u2019est en ce moment que Lacordaire se dirigeait vers la France.Ce voyage était un acte, il devait finir par le coup d\u2019éclat que nous connaissons.Le quatorze février 1841, le Restaurateur reparaissait dans la chaire 44 LA REVUE DOMINICAINE de Notre-Dame, avec sa tête rasée, sa tunique blanche et sa chape noire, présentant son habit \u201cà une assemblée formidable par le nombre et la diversité des personnes.\u201d Le résultat ?Il vit toujours dans nos mémoires: \u201cje ne donnai pas le temps à tout ce monde de se reconnaître, à ma troisième phrase, je m\u2019étais fait dans leur cœur un asile sacré.\u201d Mais cette campagne, si glorieuse fût-elle, n\u2019était que transitoire, et il s\u2019agissait d\u2019établissement définitif.Les prédications données à Bordeaux durant l\u2019hiver de 1841-1842 amenèrent plusieurs propositions.Mais chaque projet échoua, probablement à la suite de difficultés par le gouvernement.Quelques mois plus tard, le P.Lacordaire commençait à Nancy des conférences qui durèrent du vingt-sept novembre 1842 au trente avril 1843.L\u2019accueil tout bienveillant de l\u2019évêque et du clergé, la sympathie de la population et l\u2019offre d\u2019une bibliothèque considérable le firent pencher en faveur de cette ville.Sur ces entrefaites, un de ses auditeurs, M.Thiéry de Saint-Beaussant, lui donna une maison achetée à son intention.Une souscription qui atteignit deux mille deux cents francs permit de la meubler en hâte, et \u201cle quatre juin 1843, pour la première fois depuis cinquante ans, un dominicain français logea sous un toit qui appartenait à son Ordre.\u201d i * * * Or, au moment même où la Restauration trouvait ainsi dans la vieille France sa première demeure conventuelle, le Restaurateur en personne recevait l\u2019invite affectueuse et pressante d\u2019étendre son œuvre à la Nouvelle-France.1.\u2014Jacquin, Le Frère-Prêcheur, V, La Restauration. LE SENS DES FAITS 45 En ce début de décembre 1842 où le P.Lacordaire inaugurait son Avent de Nancy, arrivait en Lorraine un jeune prêtre canadien d\u2019âme très haute et de remarquable valeur: Joseph-Sabin Raymond, professeur au Collège Saint-Antoine d\u2019Yamaska, c\u2019est-à-dire de Saint-Hyacinthe.Né le treize mars 1810, Sabin Raymond avait grandi près de l\u2019église qui devait être un jour celle du Saint-Rosaire aux Dominicains.A l\u2019âge de sept ans, il entra dans l\u2019institution que venait de fonder l\u2019archiprêtre de Saint-Hyacinthe, Messire Girouard.Séminariste en 1826, il enseigna d\u2019abord un an au Collège de Chambiy.Il revint aussitôt dans son cher Séminaire pour lui consacrer sa vie sacerdotale entière.L\u2019enseignement de la philosophie mais surtout celui de l\u2019histoire et des lettres devaient se partager les premières années de son professorat.Son influence fut tout de suite considérable à l\u2019intérieur de sa maison, et, de bonne heure, elle commença à se faire remarquer au dehors.C\u2019était un jeune maître désireux de devenir compétent, d\u2019une distinction extrêmement affinée, d\u2019un clair et bel enthousiasme.Mais c\u2019est d\u2019une façon plus profonde et plus mystérieuse encore que, déjà, son âme agissait, \u2014 par le rayonnement de la lumière surnaturelle dont elle devait de plus en plus se pénétrer.A cette âme d\u2019idéal et de distinction, il fallait un chevalier pour l\u2019armer.M.Raymond le trouva dans l\u2019abbé Lacordaire.Les campagnes de L\u2019Avenir, les premiers discours au Collège Stanislas, la grande et conquérante victoire de Notre-Dame, tout cela avait été vécu par le jeune prêtre du Bas-Canada.Ce fut chez lui presque une stupeur quand, à la fin de la Station de 1836, Henri Lacordaire adressa à son auditoire des paroles d\u2019adieu. 46 LA REVUE DOMINICAINE \u201cSouffrez que je me retrouve seul devant ma faiblesse et devant Dieu.\u201d M.Raymond qui s\u2019était, pour ainsi dire, fait une âme avec l\u2019âme de son héros, en ressentait les élans, les fiertés, les tendresses.Aussi lorsqu\u2019il connut la vocation dominicaine de l\u2019abbé Lacor-daire, la restauration de l\u2019Ordre, la publication de la Vie de saint Dominique et la rentrée triomphale à Notre-Dame, un désir lui vint au cœur: contempler la blanche vision et, si possible, pénétrer dans l\u2019intimité de celui qui était devenu le Père Lacordaire.La Providence allait tout favoriser.Le vingt-trois juillet 1942, les membres associés de la communauté du Séminaire de Saint-Hyacinthe élirent comme Supérieur l\u2019abbé Joseph LaRocque, le futur coadjuteur de Montréal et deuxième évêque de Saint-Hyacinthe.Le nouveau dignitaire avait été le condisciple et était devenu l\u2019intime ami de Sabin Raymond.Dans l\u2019intérêt de la santé et de la culture de celui-ci, il lui obtint un voyage en Europe.Vers les premiers jours de novembre, M.Raymond s\u2019embarquait.2 Il eut le bonheur de rencontrer le P.Lacordaire à Nancy au début même cette Station que nous avons signalée plus haut.Et, plus encore, il lui fut loisible de s\u2019entretenir longuement avec le prédicateur.L\u2019intention lui vint-elle de s\u2019offrir pour se faire dominicain ?Certaines paroles postérieures l\u2019auraient laissé entendre.Chose mieux établie, durant ce séjour en Europe, il fut reçu tertiaire et obtint les facultés nécessaires pour admettre lui-même à l\u2019habit et à la profession dans le Tiers-Ordre de la Pénitence.Par-dessus tout, il suggéra au Restaurateur d\u2019étendre son œuvre à notre pays.Les Dominicains français fondateurs à 2\u2014Mgr Choquette, Hist, du 8.8.H.I, p.252. LE SENS DES FAITS 47 Saint-Hyacinthe se sont plu à signaler et à glorifier l\u2019initiative de M.Raymond.3 * * * De fait, la fondation dominicaine chez nous fut officiellement autorisée par le plus illustre des premiers compagnons de Lacordaire, par celui qui, après avoir été son fils, devait devenir son père et maître, et exécuter à son tour la restauration de l\u2019Ordre dans le monde entier : le Rme P.Jandel.Elle fut immédiatement préparée par le disciple peut-être le plus aimé du grand Prêcheur, le P.Bernard Chocane.Enfin, elle fut réalisée par trois autres de ses fils.Mais c\u2019est à la personne même du P.Lacordaire et au début même de son œuvre que se rattachent nos toutes premières origines.Voici quatre-vingt-cinq ans, par ce déclin de 1927, que fut effectuée la démarche liminaire.Son auteur était un prêtre de chez nous, un professeur de nos collèges classiques.Dieu devait protéger ses efforts avisés et constants et lui permettre, à lui, mais non à son interlocuteur de Nancy, de voir un jour cette \u201créalisation d\u2019une espérance qui jusque-là avait semblé un rêve trop beau pour se réaliser jamais.\u201d (P.Gonthier, Sermon pour le XXVe anniversaire, 1er octobre 1898) Maintenant que les novices canadiens, au long des triples stalles parallèles du chœur d\u2019Ottawa, composent en toutes saisons un blanc parterre de lis nouveaux, nous remontons avec une joie très douce le chemin parcouru depuis la rencontre de décembre 1842, au Grand Séminaire de Nancy, entre le prêtre de chez nous et le Restaurateur des Frères-Prêcheurs en France.A.Papillon, O.P.3.\u2014P.Mothon, dans Analecta 8.O.P., 1893, pp.353 ss.\u2014 P.Bourgeois, dans Le Rosaire, 1898, p.270, 48 LA REVUE DOMINICAINE La mort du Frère Thomas Cadieux La Communauté des Dominicains est en deuil, et avec elle la Paroisse Sainte-Anne.Lundi matin, 7 novembre, les Religieux inquiets de ne pas trouver à son travail le Révérend Frère Thomas Cadieux, sacristain, pénétrèrent dans sa cellule et le trouvèrent dans son lit déjà glacé par la mort qui avait dû survenir vers minuit.C\u2019était pour notre zélé sacristain une rude journée que celle du dimanche, et depuis longtemps il sentait ses forces décliner.Un excès de fatigue lui causait au cœur des douleurs parfois très vives; ses jambes enflées par l\u2019engorgement des veines trahissaient son énergique volonté et rendaient sa démarche visiblement pénible.Il venait de prendre un repos de deux semaines sans pouvoir ainsi réparer ses forces par trop épuisées; alors l\u2019embolie est venue soudaine et foudroyante.Mort foudroyante en vérité, mais non imprévue.Il la sentait venir et de la façon dont elle l\u2019a frappé.La totalité de sa vie religieuse, le Fr.Thomas l\u2019a passée au service de l\u2019Eglise et de ses autels, et cette sorte de familiarité avec la Présence réelle du Dieu de l\u2019Eucharistie lui rappelait sans cesse l\u2019autre présence, sans voiles et sans obstacles celle-là, le Ciel, où les moindres travaux entrepris pour la gloire du Nom Divin sont récompensés par la vision béatifique.Le Frère Thomas Cadieux est né le 22 décembre 1863, à Montréal, sur la paroisse Notre-Dame.Après un court séjour chez les Frères de Marie, qui l\u2019envoyèrent à Lewiston, Maine, il entra chez les Dominicains, et dès le début de sa vie religieuse, il commença sa longue carrière de sacristain en prenant soin de leur église de St-Pierre et St-Paul, à Lewiston toujours, et jusqu\u2019à 1901: vingt années de travail et de dévouement au service de cette LE SENS DES FAITS 49 populeuse paroisse, moins toutefois un an de séjour au noviciat pour se préparer à sa profession qui eut lieu le 2 mai 1898.A Lewiston, on garde encore un vivant souvenir du Frère Thomas : de son ardeur au travail, de son exquise propreté, de ses splendides parures, de son caractère affable, joyeux et cordial.Tel aussi, depuis 1901, les paroissiens de Ste-Anne ont connu le Frère Thomas.A la première de nos deux églises, il a donné sa jeunesse et beaucoup de son affection; il le disait volontiers.Mais la dernière eut sans contredit le meilleur de son coeur et jamais il n\u2019eut songé à une autre fin que celle de mourir à son service.Il a été pleinement exaucé; il est bien permis de penser qu\u2019en ce moment, auprès de Dieu, il bénit sa miséricorde de lui avoir réservé de mourir ainsi au service de sa chère église Ste-Anne.Ceux qui ont connu le Frère Thomas pendant vingt-sept ans ne s\u2019habitueront pas aisément à en voir un autre à sa place.Ils croiront encore le voir balayer, épousseter, brosser sans relâche et sans fatigue apparente, tant il y mettait d\u2019ardeur et d\u2019amour et aussi de légitime fierté.Il n\u2019était certes pas insensible aux hommages rendus à son bon goût, à l\u2019ordre et à la propreté qu\u2019il savait faire régner partout, mais ceux qui l\u2019ont connu plus intimement savent aussi qu\u2019il exigeait avec plus d\u2019énergie encore la décence dans le Lieu Saint et le respect dû au Dieu du Tabernacle.Parmi tous ces travaux et fatigues diverses qui ont été l\u2019honneur et la joie de cette belle vie si brusquement terminée, il importe de ne pas oublier une occupation, moins apparente peut-être et moins connue, mais pourtant la plus délicate et la plus soignée.Ceux qui admirent aux grandes Fêtes les très nombreuses communions, bien autrement appréciables que les plus belles parures, se 50 LA REVUE DOMINICAINE rendent-ils compte du travail exigé par la préparation de tant de milliers d'hosties ?Sait-on combien d\u2019heures d\u2019un travail délicat et attentif doivent être employées à cette préparation ?et quelle économie on peut ainsi réaliser sur les dépenses de l\u2019Eglise ?De tous les mérites du cher disparu, c\u2019est probablement le plus précieux, et devant Dieu qui a si grand désir d\u2019être reçu en nourriture et devant les hommes qui ont si grand besoin de cette nourriture.Qu\u2019il repose dans la paix éternelle du Dieu très bon, cet humble travailleur qui est mort au poste de son infatigable labeur et y a usé jusqu\u2019à la dernière réserve de ses forces et de son dévouement.Un service pour le Frère Thomas a été chanté à l\u2019église Ste-Anne.Le Rév.Père Archambault, prieur du Couvent, officiait, assisté du Rév.Père Jacquemet comme diacre et du Rév.Père de Lamothe comme sous-diacre.Mgr Feehan assistait au trône accompagné des RR.Pères Jacques et Miville.La présence de Sa Grandeur fut une touchante preuve d\u2019estime pour notre frère défunt et une grande marque de sympathie envers la communauté des Pères Dominicains.On remarquait au chœur MM.les abbés Ward, Chancelier; Robert, curé de Notre-Dame; Quinn, curé de la Cathédrale; le Rév.Ferraz, curé de St-Michel; Silva, Barbosa, De Mello, Travassos, Bourque, Massé et les Pères du Couvent.La chorale des enfants a exécuté une magnifique messe de requiem sous la direction habile de leur dévoué Directeur, le Père Gilles Roy, O.P.L\u2019église était remplie par les représentants des différentes communautés religieuses de la ville et une grande multitude de nos paroissiens. LE SENS DES FAITS 51 Ces magnifiques funérailles sont une belle preuve d\u2019affecticn que le clergé et les paroissiens de la ville ont manifestée à l\u2019égard du bon religieux décédé.Le corps du Rév.Frère Thomas demeura dans la chapelle mortuaire en attendant de prendre le train qui le transporta à St-Hyacinthe où eut lieu l\u2019inhumation.Fr.J.-D.B.(La Seraaine Paroissiale) Rome.\u2014Le T.R.P.Dhorme, prieur de Jérusalem, a reçu la lettre suivante de S.E.le Cardinal Gasparri, Secrétaire d\u2019Etat de Sa Sainteté Pie XI : Secrétairerie d\u2019Etat de Sa Sainteté, Vatican, 9 juin 1927.Très révérend Père, Le Saint Père a vivement agréé l\u2019hommage du volume Le Livre de Job que Votre Révérende Paternité lui a récemment offert en humble signe de dévoué et filial respect.L\u2019auguste Pontife qui, même au milieu des multiples soucis de son ministère universel, n\u2019a pas manqué d\u2019examiner votre ouvrage, est heureux d\u2019q avoir rencontré de remarquables valeur pour ce qui regarde la partie philologique, l\u2019étude soignée du texte, et il s\u2019est complu dans la pénétrante critique avec laquelle vous défendez l\u2019authenticité des deux passages en prose (prologue et épilogue), du chapitre XXVÎII et des discours de îahvé (chapitres XXXVIII-XLI) et avec elle la merveilleuse beauté littéraire dans l\u2019unité et dans l\u2019enchaînement du livre.L\u2019héroïque figure du magnanime patient, proposé en exemple de force même dans le Nouveau Testament f ARCHIVES Ri DE LA\t) \\ Prov*nce de Québec /; V 52 LA REVUE DOMINICAINE (Jac.V, 2) se prêtait excellemment à faire ressortir aussi la haute valeur religieuse de ce Livre inspiré, dans lequel la piété le dispute au génie.C\u2019est pourquoi, tout en vous remerciant très particulièrement de votre pieux hommage, Sa Sainteté, en gage des célestes faveurs et en signe de sa paternelle bienveillance, vous accorde de tout cœur la Bénédiction Apostolique.Avec des sentiments de distinguée et sincère estime, je renouvelle à Votre Révérende Paternité l\u2019expression de mon dévouement dans le Seigneur.Pierre, Card.Gasparri.\u2014 Le T.R.P.Louis Ferretti, O.P., professeur d\u2019Histoire de l\u2019art religieux et membre de l\u2019Ecole Romaine des Beaux Arts, a été nommé évêque de Colle Val d\u2019Eisa, en Toscane.France.\u2014Le dimanche 30 octobre, à la messe de midi, en l\u2019église Saint-Maurice, à Lille, a eu lieu l\u2019inauguration d\u2019un médaillon à la mémoire du R.P.Vuillermet qui, pendant vingt années, illustra la chaire de cette église.\u2014 Après de nombreux efforts et diverses tentatives, voici enfin constituée, sur l\u2019initiative, entre autres, de Maurice Brillant et de Gaston Baty, Y Union catholique du Théâtre.S.Em.le cardinal Dubois a bien voulu en être le protecteur et M.Paul Claudel le président d\u2019honneur.La direction spirituelle de l\u2019Union est confiée au T.R.P.Gillet, provincial des Dominicains.Enfin, son bureau comprend un président qui est le célèbre artiste Arguillière, un secrétaire général, Georges Le Roy, de la Comédie-Française, et un trésorier, Pierre Bertin, également du Français.Et notons encore que M.Léon Bérard est conseil juridique du groupement. LE SENS DES FAITS 58 Le dimanche 6 novembre, en la chapelle dominicaine du Saint-Sacrement, rue du Faubourg Saint-Honoré, les nombreux artistes de cette Union se sont assemblés pour la célébration d\u2019une première messe, qui par une délicate attention, était recommandée pour les morts du Théâtre.Le sermon fut donné par le T.R.P.Gillet.\u2014 L\u2019Ordre de Saint-Dominique, sollicité par Mgr Fabrégues, évêque de Pékin, va prendre dans cette ville, la direction de deux grands collèges, l\u2019un de garçons, l\u2019autre de filles.Le premier confié aux Dominicains Enseignants, le second aux Dominicaines de Bar-le-Duc, dont la Maison-Mère est actuellement à Pensier (Suisse).Le T.R.P.Leroy, vicaire général des Dominicains Enseignants s\u2019est embarqué le 2 décembre à bord de Y Angers avec le R.P.Menne, de la Province de France, nommé Supérieur du Collège de garçons, avec le titre de Vicaire Provincial, et quatre Sœurs Dominicaines.Hollande.\u2014Le courant des études de droit international ramène l\u2019attention, en Hollande comme en Espagne, sur un maître dominicain et thomiste du XVIe siècle, François de Vitoria qui, à l\u2019entrée des temps modernes et avant Grotius, élabora à la lumière des principes de Saint Thomas une doctrine philosophique et juridique des rapports internationaux.Aussi à l\u2019Académie de Droit international de la Haye (Fondation Car-négie, au Palais de la Paix), session de juillet, M.Camille Barda Trelles, professeur de Droit international à l\u2019Université de Valladolid, traita en dix leçons ce sujet: Les publicistes espagnols des XVIe et XVIIe siècles de l\u2019Ecole moderne de Droit international: Vitoria.Canada.\u2014Le R.P.Bérard a donné le 17 décembri le sermon de circonstance à la bénédiction de l\u2019église St-Jean-Baptiste de Pawtucket, R.I. 54 LA REVUE DOMINICAINE \u2014 Le R.P.Forest, O.P., doyen de la Faculté de Philosophie, présidait conjointement avec le R.P.Morin, C.S.V., doyen de la Faculté des Sciences, la conférence sur Berthelot donnée par le Dr G.-H.Baril, le 15 décembre, à la Salle de la Bibliothèque St-Sulpice, et il a prononcé de nouveau un remarquable discours que nous publierons dons notre livraison de février.\u2014 Le R.P.Gaudrault, O.P., a présenté le R.P.Simard, O.M.L., donnant une conférence au Club Littéraire Canadien-français d\u2019Ottawa, le 18 décembre.\u2014 Le R.P.Marie-Joseph Légaré a prononcé le sermon de circonstance à St-Louis de France le 20 novembre, pour le dévoilement d\u2019un tableau de l\u2019Assomption dû au peintre canadien Georges Delfosse, et il a donné le 22, à la salle St-Dominique de N.D.de Grâce, une conférence sur La Belgique terre de VArt.\u2014 Le T.R.P.Augustin Leduc, pro-régent des Etudes au couvent d\u2019Ottawa, a été nommé Membre de la Commission Générale des Semaines Sociales du Canada.\u2014 M.Etienne Gilson, professeur de Philosophie médiévale en Sorbonne, était l\u2019hôte des PP.Dominicains de N.D.de Grâce le 3 décembre.\u2014 Il arrive fréquemment que des personnes du monde confessent leur embarras dans le choix d\u2019étrennes à offrir aux prêtres séculiers, religieux ou religieuses, séminaristes au scolastiques.Ces derniers les trouveraient fort avisées si elles s\u2019avisaient de leur offrir une ou plusieurs années d\u2019abonnement à la Revue Dominicaine, la seule revue religieuse doctrinale du pays.Fra Domenico. L\u2019ESPRIT DES LIVRES Michel-Ange Jabouley \u2014 \u201cLes Démons asservis\u201d.Roman.\u2014 1 vol.in-16 de 215 pages.Avignon, Aubanel Fils Aîné, Editeur, 15, Place des Etudes, 1927.A dix-huit ans (1911), Monsieur Michel-Ange Jabouley écrit la première version d\u2019un roman qu\u2019il rêve d\u2019intituler Les Démons asservis.Trois années plus tard, et pendant cinquante mois, l\u2019héroïque aventure de la guerre vient façonner encore davantage l\u2019âme virile du précoce écrivain.Rentré à Marseille lors de l\u2019armistice, M.Jabouley pensa qu\u2019il était possible de continuer à faire sourdre et se manifester, pour la plénitude de chaque vie catholique et la gloire du Christ-Roi, la bravoure opiniâtre, l\u2019intrépidité enthousiastre et l\u2019entente fraternelle qu\u2019il avait vu se maintenir dans la généreuse monotonie de la vie des tranchées.Ce fut la fondation civile de YTJnion de l'Apostolat par l\u2019Amitié et de son bulletin Pêcheurs d\u2019Hommes.Le but est d\u2019encourager par l\u2019exemple et par l\u2019expérience ceux qui veu7ent, en les aimant de l\u2019amitié de Jésus-Christ, ramener à Dieu les âmes égarées ou hostiles, remuer les tièdes, stimuler les inconstants et fortifier le3 faibles.L\u2019œuvre dirige vers les différentes organisations catholiques les âmes améliorées ou conquises et travaille ainsi à former des apôtres pour ces groupements.A l\u2019été de 1925, le fondateur a réuni en volume, sous le titre de Autour des Idoles, les analyses et portraits pour l'apostolat que, chaque mois, il avait jetés dans Pêcheurs d'Hommcs.Les réunions des membres du groupe, les alertes livraisons du bulletin et les Caractères que constitue le livre Autour des Idoles enseignent la théorie de l\u2019apostolat par l\u2019amitié.Le roman d\u2019il y a seize ans, aujourd\u2019hui remanié, veut en montrer la pratique.La teneur de ses deux cent quinze pages le prouve Lès bien, parfois peut-être à l\u2019excès.Un jeune commis de bureau, René Mon-revel, est renvoyé de l\u2019établissement Bléranger pour procurer place à un neveu du patron.Monrevel, catholique pratiquant, est un bel adolescent qui \u201cse détachait de la foule, nr'nce et grand, avec une blancheur rare du teint où semblait transparaître une pureté intérieure, avec l\u2019arc très large de ses yeux frangés de longs cils, avec, 56 LA REVUE DOMINICAINE aussi, la noblesse, la gravité et la douceur marquées par tous ses traits et répétées par toutes ses expressions et toutes ses attitudes.\u2019' Grâce à la protection de son cousin, Pierre d\u2019Ancône, René devient membre du service de la comptabilité auxiliaire dans la Maison Gamert et Fils.C\u2019est là que le jeune homme va connaître dans ses différents aspects, dans ses tentations nuancées et dans ses diverses complications ce que c\u2019est à travers la pratique dissolvante de tous le3 jours qu\u2019une existence voulant rester conforme au catholicisme et se montrer illuminatrice de notre foi.C\u2019est dire la variété de personnages qu\u2019amènent les circonstances comme les relations de la vie du jeune employé.Les incroyants, les faibles, les tartufes s\u2019y rencontrent avec des types de croyants beaux et forts mais trop enclins à lier leur foi aux destinées de l\u2019Action démocratique ou de la Tradition française.C\u2019est ainsi que les valeurs mais également les intimes et profondes faiblesses du Sillon comme de L'Action française sont soumises à un lumineux et impartial examen.A travers ces données sévères, l\u2019amour se glisse entre les jeunes gens, blanche apparition sur l\u2019horizon souvent assez peu ensoleillé de la besogne de bureau.Pierre d\u2019Ancône s\u2019attache à Marguerite de Blanzac, dont le père est un indifférent, et, surtout, René aime la petite France Népont, fille d\u2019un ex-séminariste devenu anticlérical militant.Ce dyptique nous est peint simplement, avec beaucoup de grâce.Aux ressources d\u2019un talent que distinguent le sens des nuances, la netteté dans la description et la finesse dans l\u2019analyse, l\u2019auteur ajoute une très bonne connaissance des secrets de son art.Un roman psychologique, où les événements ne tiennent pas grande place, risque, par la continuelle dissection des sentiments, d\u2019engendrer la monotonie.Ici, les procédés varient sans cesse; des épisodes, politiques ou poétiques, brochent sur le récit principal; la trame du double pèlerinage vers l\u2019amour, d\u2019ordinaire tendrement passionnée, s\u2019anime par endroits et déborde en des échappées lyriques, particulièrement dans la récit de la mort de René succombant à la phtisie; les tableaux se succèdent rapidement; bref, l\u2019attention est toujours soutenue.M.Jabouley a écrit son roman pour la lecture paisible mais aussi pour les représentations de la scène.L\u2019éditeur Aubanel Fils Aîné offre, en effet, Ce qui vaincra la haine, drame en quatre actes et un épilogue tiré de Les Démons asservis.La double destination de l\u2019œuvre apparaît de façon quelque peu désagréable dans certains passages du livre d\u2019aujourd\u2019hui: les Etapes du roman ressemblent comme des sœurs aux Actes du drame, et surtout le concile qui se tient auprès du lit de Monrevel mourant rappelle un peu trop le rassemblement final des acteurs sur la scène. L\u2019ESPRIT DES LIVRES 57 La manière de Monsieur Michel-Ange Jabouley est comme son existence, très catholique, très vivante et très avenante.Nous attendons le prochain volume du jeune publiciste, qui s\u2019intitulera L'Appel de la race.A.Papillon, O.P.\u201cEcclesia\u201d.Encyclopédie populaire des connaissances religieuses, publiée sous la direction de l\u2019abbé René Aigrain, professeur aux Facultés Catholiques de l\u2019Ouest.Préface de S.G.Mgr Courcoux, évêque d\u2019Orléans.\u2014 Un volume in-8 cartonné de VI-IIII pages.\u2014 Paris, Librairie Bloud et Gay, 1927.Ecclesia s\u2019adresse au catholique de culture moyenne, pour peu qu\u2019il ait le goût de s\u2019informer de sa religion.Le désir de l\u2019Eglise, maintes fois exprimé par les Souverains Pontifes et par l\u2019épiscopat, est que les catholiques s\u2019instruisent, le plus profondément qu\u2019ils le peuvent, de la doctrine de Jésus-Christ; en voici un excellent moyen, qui ne prétend pas remplacer les autres (il renvoie sans cesse, dans des listes bibliographiques, aux ouvrages éprouvés) mais qui ne peut manquer d\u2019être de bon service.Qu\u2019allez-vous trouver dans ce répertoire, dans cette petite somme du catholicisme ?D\u2019abord les différents aspects de la doctrine catholique.Ensuite vient l\u2019histoire de l\u2019œuvre de Dieu et de son Eglise, depuis les origines jusqu\u2019au règne de Pie XI, avec ce point culminant qu\u2019est la vie de Notre Seigneur Jésus-Christ.Enfin sont mis en évidence les grands principes de l\u2019action catholique.N\u2019est-ce pas un vaste programme ?On l\u2019a complété en multipliant les appendices documentaires, où sont énumérées les décisions doctrinales de l\u2019Eglise et les œuvres de ses docteurs, où est résumée la biographie des papes, des saints, des hommes mêlés à l\u2019histoire ecclésiastique.Cet exposé est extrait presque littéralement des pages liminaires écrites par Monseigneur Courcoux.Et ceci présente un double avantage.Car, contrairement à ce qui arrive parfois, l\u2019éminent préfacier joint au titre d\u2019avoir examiné et étudié avant tout autre l\u2019ouvrage en question, le mérite très appréciable d\u2019avoir exécuté ce contrôle en tout discernement et équilibre.Nul dithyrambe, comme cela est arrivé ensuite de la part de maîtres d\u2019ordinaire plus sereins, comme M.l\u2019abbé Gustave Bardy, par exemple.Peut-être pourrait-on seulement discuter l\u2019opportunité de la mention qui est faite des \u201cbataillons de la grande armée catholique\u201d.(Préface, p.V.) 58 LA REVUE DOMINICAINE Les grandes divisions de Ecclesia ont été indiquées plus haut: Doctrine, Histoire, Action Religieuse.Sou3 cette triple rubrique viennent s\u2019insérer une série d\u2019exposés complets enchaînés, mais distincts, écrits par trente-trois collaborateurs, de notoriété et aussi de valeur présente inégales.Je ne donnerai pas ici le tableau détaillé des matières de la nouvelle somme.Nos lecteurs ont pu le trouver dans Le Devoir du jeudi vingt-quatre novembre 1927, présenté en des conditions matérielles les plus favorables que l\u2019on puisse désirer.L\u2019ouvrage est complété par un excellent index et trente-et-une cartes géographiques.Dans quel sens Ecclesia contient la \u201cmatière de quinze volumes de type ordinaire\u201d, nous l\u2019avons signalé au commencement de cette recension, à la suite de Mgr Courcoux lui-même.Que maintenant les différents traités qui se succèdent ne soient pas tous de la valeur de ceux du P.de Grandmaison ou de M.Vacandard, de Dom Cabrol ou de Dom Leclercq, la chose ne surprendra personne.Enfin, il était matériellement impossible que la multiplicité de3 écrivains réunis et les points de contact entre plusieurs sujets ne fournissent point occasion à des répétitions tout de même assez prononcées.Au point de vue de l\u2019exactitude dans l\u2019information, nous ferons remarquer à M.l\u2019abbé Aigrain que sa documentation sur les institutions d\u2019enseignement supérieur au Canada français (p.508) date d\u2019au moins huit ans.Certains chiffres, ceux par exemple qui concernent la population totale du diocèse d\u2019Ottawa, nou3 laissent également un peu surpris.Et ceci pour ne pas mentionner quelques déficiences plus menues.En ce qui se rapporte à la doctrine, une observation e3t à consigner, elle a été faite: des réserves doivent être présentées à propos de l\u2019article du Révérend Père M.Lacroix, professeur au Scolasticat de l\u2019Oratoire, consacré à la Préparation philosophique à la foi chrétienne.L'Ami du Clergé (tome XLIV, pp.621-622) a très justement noté la confusion faite par l\u2019auteur de l\u2019immatérialité de l\u2019âme (spiritualité négative) avec la simplicité de l\u2019âme.De même, il faut relever la notion de la personnalité contenue page 18, seconde colonne.Enfin, l\u2019enseignement de la page 29 n\u2019est nullement hétérodoxe dans sa conclusion.Mais, en cours d\u2019exposition, il reprend des termes de L\u2019Action et des formules qui ont un habillement moderniste.Quant à l\u2019affirmation de M.l\u2019abbé Georges Duret (p.554) au sujet de la doctrine de M.Blondel accusant avec le temps, ce qu\u2019elle a de traditionnel (comme) d\u2019original,\u201d certains événements récents en rendront le contrôle lumineux et facile.Peut-être l\u2019Eglise a-t-elle jugé qu\u2019il subsiste encore là \u201cpassablement d\u2019obscurité\u201d. l\u2019esprit des livres 59 Mais ces rares indices de filiation d\u2019une école moins que sûre n\u2019enlèvent pas au recueil entier sa valeur de somme qui expose, explique et illustre, à la lumière de la doctrine comme de l\u2019Eglise, toutes les sciences accessibles à un catholique qui veut être sérieusement instruit de sa religion.A.Papillon, O.P.Mère Marie du Saint-Sacrement, du Carmel de Mangalore (Indes).\u2014 Une retraite sous la conduite de Saint Jean de la Croix en union avec Sainte Thérèse de l\u2019Enfant-Jésus et Sœur Elisabeth de la Trinité\"\u2019.\u2014 Un vol.in-8° cour, de 420 p.avec héliogravure hors texte.P.Lethielleux, éditeur, 10, rue Cassette, Paris (6e).La \u201cretraite\u201d se compose de dix journées avec quatre méditations par jour.Des lectures spirituelles, tirées de la Vie ou des Œuvres de saint Jean de la Croix et spécialement adaptées à chacun des jours des Exercicse, complètent la retraite sous la conduite du Saint.Pour donner plus d\u2019ampleur aux états mystiques sur lesquels SAINT JEAN DE LA CROIX s'étend si longuement dans ses écrits, la série des lectures supplémentaires se termine par un extrait du cantique spirituel: \u201cLe repos dans la nuit harmonieuse, la voix puissante et le souffle de la Brise.\" Doctrine austère, dira-t-on, mais ne lui devons-nous pas ces fleurs charmantes de sainteté dont notre siècle respire avec transport les suaves parfums ?SAINTE THERESE DE L\u2019ENFANT-JESUS se nourrissait avec délices des œuvres de son bienheureux Père et sa relation en est émaillée de réminiscences.De même cette perle du Carmel de France, ELISABETH DE LA TRINITE, est un reflet de sa lumineuse doctrine.Ainsi aux vivifiantes, mais âpres senteurs de la doctrine du saint, viennent se mêler le.parfum de ces âmes virginales.Aux graves accents de leur Père elles joignent les notes suaves de leurs lyres harmonieuses, diversement touchées par l\u2019Esprit Saint.L\u2019Almanach de la Langue Française 1928.Fondé en 1916, cet Almanach publié chaque année à la Librairie (L'Action française, constitue un petit manuel populaire de patriotisme, une encyclopédie nationale, un propagandiste gai et léger qui 60 LA REVUE DOMINICAINE permet au peuple de communier au réveil patriotique, l\u2019oriente, lui apprend le travail des patriotes, lui révèle les besoins, les périls de sa nationalité et la coopération qu\u2019on attend de lui.Chaque année, l\u2019Almanach de la Langue Française fournit des renseignements documentaires, des illustration inédites, des articles courts et variés; un concours attrayant; des notes diverses sur la vie religieuse, nationale, économique, artistique, scientifique et littéraire au Canada français.SOMMAIRE: Illustrations: Série de 24 dessins inédits intitulés \u2018 Autrefois et Aujourd\u2019hui\u201d, 12 autres caricatures d\u2019actualité et une douzaine de photos.Vie de l\u2019Action française.E.R.Pour amuser nos jeunes gens.R.P.Adélard Dugré La mode et les mères chrétiennes.Paule Lachance Tolérance ou dignité.Abbé Lionel Groulx Vers le centenaire.Antonio Perreault Un deuil humiliant.Anatole Vanier Pot-pourri national.XYZ Une vaillante.Robert Leblanc Un panier de bobards.Jacques Dumont Leçon de Géographie économique_______Esdras Minville Réflexion pour politiques.Echo Nomiste Les treize Demoiselles Barotin.J.Bruyère Mort dans les chantiers.Joseph Bruchard La Protection de l\u2019épargne.Olivar Asselin Abbé J.Brugerette.\u2014 \u201cL\u2019art de vieillir\u201d.Psychologie chrétienne de la vieillesse.\u2014 In-8° couronne de 256 pages.P.Lethielleux, éditeur, 10, rue Cassette, Paris (6e).Veux-tu savoir vieillir t Demande à la vieillesse Non ce qu\u2019elle te prend, mais ce qu\u2019elle te laisse.Préface.\u2014 \u201cO vieillesse ennemie\u201d.\u2014 L'autre face de la veiil-lesse.-\u2014 Savoir vieillir.-\u2014 La longue vieillesse.\u2014 La saine vieillesse.\u2014 L'active vieillesse.\u2014 L'utile vieillesse.\u2014 La sage vieillesse.\u2014 La pieuse vieillesse.\u2014 La souriante vieillesse.\u2014 L'heureuse vieillesse.\u2014 La courageuse vieillesse.\u2014 La vieillesse et le veuvage.\u2014 La sortie du Banquet.\u2014 Bibliographie, Philosophie de la Vieillesse.\u2014- Longévité.\u2014 Index des auteurs cités.L\u2019auteur déjà réputé de l'Art de mourir et de Les enfants que l'on pleure a, sur les instances de ses lecteurs, composé L'Art de vieillir, non comme une modeste anthologie de leçons et d\u2019exemples L'ESPRIT DES LIVRES 61 sur le grave sujet de la mort.; il a cru faire œuvre plus intéressante, à tout le moins plus originale, en fondant les enseignements de ceux gui, à travers les âges, se donnèrent pour guides et consolateurs de la vieillesse humaine, dans un texte qui donne au lecteur l\u2019impression d\u2019unité et de vie d\u2019une composition personnelle.Ce nouveau livre est le sourire d\u2019une chrétienne et indulgente sagesse, un assentiment volontaire et doux aux lois de la vie, un ordre établi par Dieu pour le plus grand bien de ses créatures.Dr A.Vallet \u2014 \u201cGuérisons de Lourdes en 1926\u201d.Brochure de 160 pages.Téqui, éditeur, 82, rue Bonaparte, Paris, 1927.Cet ouvrage écrit avec la plume élégante que l\u2019on reconnaît à son auteur est divisé en trois chapitres.Le premier, intitulé \u201cle Fait de Lourdres et les disciplines intellectuelles\u201d, nous montre comment les guérisons merveilleuses qui s\u2019opèrent en la Cité des Apparitions ont violemment replacé à la tête de la Causalité, gui en vivifie le principe, et comment aussi ces guérisons s\u2019inscrivent en facteur de ruine pour l\u2019Ecole matérialiste qui régente le Siècle.Dans le second chapitre, l\u2019auteur nous met en contact avec la Clinique du Surnaturel.Il nous montre qui la compose, comment elle fonctionne, ce qu\u2019est l\u2019Association médicale de Notre-Dame-de-Lourdes.Dans le troisième chapitre, il nous présente quelques-unes des belles guérisons obtenues l\u2019an dernier, et il les étudie dans leurs moindres détails.Celle de Mlle Louise Denis (ostéomyélite du fémur gauche), celle de Mlle Marie-Louise Arnaud (sclérose en plaques), celle de M.John Traynor (grand blessé de guerre anglais) celle de Mm,e Augustine Augault (fibrome utérin), celle de Mme Marthe Geoffroy (infection généralisée des organes pelviens).L\u2019ouvrage de M.le Dr Vallet, dédié à ses confrères, est une oeuvre vivante et belle d\u2019apologétique en action.Elle plaira à tous ses lecteurs, croyants et dévots au culte de la Sainte Vierge, timorés ou indiférents, sceptiques ou adversaires qui trouveront là, chacun en ce qui le concerne, matière à de profondes et salutaires réflexions.Mgr A.Gouraud \u2014 \u201cMemento de vie religieuse\u201d, Un retour au noviciat.In-12, 360 p.Lethielleux, Paris, 10, rue Cassette.(Vie) Voici la seconde édition de cet ouvrage dont la première a été enlevée en trois mois.Ecrit d\u2019une façon très simple, dans une 62 LA REVUE DOMINICAINE langue claire, riche de doctrine et d\u2019aperçus, toutes les communautés religieuses, toutes les personnes pieuses voudront s\u2019abreuver à une source si limpide et si féconde.Celles qui ouvriront ce volume \u201cauront la satisfaction de revivre, en lisant ces souvenirs, les meilleures heures de leur passé.Elles y trouveront le courage nécessaire pour redevenir et rester plus religieuses que jamais.Ce livre n'est pas seulement \u201cun retour au Noviciat\u201d, il voudrait en être comme l'introducteur, et donner l'avant-goût de la vie religieuse.Il pourrait ainsi servir de guide, très élémentaire, aux jeunes filles qui ne se trouvent pas suffisamment éclairées sur leur vocation.\u201cA une époque oil les besoins de l'Eglise sont si multiples et si pressants, ce serait, pour l'auteur, une vraie joie et une suffisante récompense d'avoir, par là, favorisé le recrutement de nos communautés religieuses.\u201d Nous ajouterons que les personnes du monde désireuses de s\u2019éclairer sur la vie surnaturelle et de la développer en elles par de solides pratiques de piété, trouveront la réalisation de leur désir dans la lecture méditée de cet ouvrage.La Prière pour les prêtres dans la sainte liturgie.Par un professeur de Séminaire.\u2014 (Collection \u201cLa Prière et la Vie Liturgiques'\u2019.) \u2014 Un volume in-8 couronne, sous couverture impression rouge et noire.10.20.Aubanel Fils Aîné, Editeur, 15, Place des Etudes, Avignon.Le 3me congrès du recrutement sacerdotal s\u2019est tenu du 16 au 18 novembre 1927.Comme les précédents, ce fut un triduum d\u2019études et de prières.C\u2019est qu\u2019en effet la prière est le moyen le plus efficace à mettre en oeuvre, lorsqu\u2019il s\u2019agit des intérêts supérieurs du sacerdoce catholique.Le Sauveur lui-même nous le déclare: \u201cPries, dit-il, le maître de la moisson, afin qu'il envoie des ouvriers dans sa vigne.\u201d 11 prie souvent pour ses apôtres.Il pense surtout à eux dans son admirable oraison sacerdotale.Le souverain pontife, les évêçrues, les pasteurs, les congrès, etc, insistent avec raison sur la prière en faveur des vocations sacerdotales et des prêtres. L\u2019ESPRIT DES LIVRES 63 Abbé Roger \u2014 \u201cLe Signe de la Croix\u201d.1 vol.in-8 couronne.Aubanel Fils Aîné, Editeur, 15, Place des Etudes, Avignon.Voici un ouvrage qui sera d\u2019une grande utilité pour les fidèles.Combien, hélas! ne se rendent pas compte de la beauté, de l\u2019excellence du Signe de la Croix et le font par habitude, sans pensôr à l\u2019acte religieux qu\u2019ils occamplssenit! Ce livre les aidera à le comprendre et à le mieux faire.Dans une première partie, l\u2019auteur rappelle les origines du Signe de la Croix et sa composition intrinsèque: dans la deuxième partie, il étudie le Signe d la Croix dans la liturgie, c\u2019est-à-dire dans la messe, les sacrements, les livres liturgiques; puis une troisième partie montre l\u2019utilité du Signe de la Croix dans la vie du Chrétien, le tout appuyé par quelques exemples.Enfin dans le cours du traité, quelques vérités dogmatiques et quelques notions liturgiques souvent ignorées, ne sont pas inutilement rappelées.Le présent ouvrage \u201cLa Prière pour les prêtres dans la sainte liturgie'\u2019\u2019 correspond à ces hautes préoccupations; il aide à observer ces ordres légitimes et opportuns.Après avoir exposé le devoir de la prière pour les prêtres et démontré sa nécessité, il indique ce qu\u2019il convient de demander à Dieu.Et pour exprimer ces demandes, il nous offre les prièrs mêmes de l\u2019Eglise dans son admirable liturgie.Ce livre sera le manuel préféré de toutes les personnes, qui veulent travailler efficacement (surtout en recourant à Dieu), au recrutement, à la formation et à la conservation d\u2019un clergé selon le Coeur du Christ-Jésus, le Souverain Prêtre.Chan.Martrin-Donos \u2014 \u201cMois des Ames du Purgatoire\u201d.Lettre-Préface de S.G.Mgr Germain, Archevêque de Toulouse.Un volume in-8 tellière.Aubanel Fils Aîné, Editeur, 15, Place des Etudes, Avignon.Voici un Mois des Ames du Purgatoire facile et ratique.Il offre une doctrine substantielle et groupe pour chaque jour: une méditation, une pensée et un récit bien choisi et intéressant.Le tout est suivi d\u2019une résolution. 64 LA REVUE DOMINICAINE Lauteur sait parler au coeur des âmes pieuses; son ouvrage sera excellent pour les paroisses, collèges et pensionnats.Vient de paraître La \u201cLibrairie d\u2019Action française\u2019\u2019 vient d\u2019éditer un volume qui mérite l\u2019attention du public.Nous souhaitons que les brèves appréciations qui suivent inviteront le lecteur à juger par lui-même, en lisant attentivement chacun des \u201clivres du jour\u2019\u2019, ainsi annoncés.Il s\u2019agit cette fois d\u2019un recueil d'Histoires candiennes pour catéchismes, par un Frère Mariste.Près de 1000 exemplaires du premier tome sont écoulés.Ce recueil d\u2019histoires édifiantes puisées dans un répertoire exclusivement canadien atteindra le succès qu\u2019il mérite.Le lecteur y trouvera réunis des traits et des récits qui illustrent la bonté et la puissance de saint Joseph et de sainte Anne, ainsi que la vertu de la charité et des sacrements.Faisant suite à \u201cNotre légende dorée\u201d, trois volumes de 35 sous chacun déjà parus, les \u201cHistoires canadiennes\u201d seront elles-mêmes suivies d\u2019un tome II, non moins indispensable.L\u2019auteur, infatigable chercheur et compilateur, a réussi à doter notre littérature pieuse d\u2019un compendium inédit d\u2019anecdotes canadiennes.n i, i Accusé de réception Aux feux de la rampe, par Marie-Claire Daveluy.Remer-cîments pour hommage, avec promesse d\u2019un compte-rendu.Signé d\u2019un nom distingué et populaire, l\u2019ouvrage en attendant fera sûrement son chemin.Encouragez nos annonceurs \u2014 Faites mention de la Revue. Banque Canadienne Nationale Siège social: Montréal Capital versé et réserve.$ 11,000,000 Actif, plus de .139,000,000 LA GRANDE BANQUE DU CANADA FRANÇAIS 252 succursales au Canada, dont 212 dans la province de Québec.Notre personnel est à vos ordres pour toutes vos opérations de banque.SUCCURSALE SAINT-HYACINTHE O.E.DESJARDINS, gérant.O\u2019Reilly & Bélanger, Ltée MARCHANDS DE CHARBON GROS et DETAIL \u2014 Toutes sortes OTTAWA Bureau, 22, rue Sparks \u2014 Téléphone: Queen 860-861 POURQUOI LE COUTEAU ?Le Calcul Biliaire peut se guérir sans opération si l\u2019on emploie le REMEDE du Dr MULLER pour les pierres dans le foie.Demandez-le à votre pharmacien.Au cas où vous ne pourriez l\u2019obtenir, envoyez $3.00 à S.J.MAJOR Limitée, Ottawa (Succursale de la National Grocers Co., Ltd.) DISTRIBUTEURS EN GROS\t126 RUE YORK et nous vous le ferons parvenir. 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