Revue dominicaine, 1 novembre 1928, Novembre
[" CXXiVe Année Le numéro: 20 sous Novembre 1928 LA RHYUE DOMINICAINE t.P.M.-Ceslas Forest, O.P., Les paradis artificiels.I.P.Ignace Draime, O.P., L\u2019indifférence des croyants.\u2014V.Mîbé Joseph-M.Melançon, Mère Marie-Rose.\u2014III.% P.Louis Lachance, O.P., \u201cTon œil est la lampe de ton corps.\u201d I.P.Aug.Leduc, O.P., Bulletin de Droit canonique.Æ SENS DES EAITS.\u2014Au Congrès orientaliste d\u2019Oxford, par le R.P.Voyer, \u2014 La Société d\u2019Etudes religieuses d\u2019Ottawa, par E.Bilodeau.\u2014 Maison dominicaine de retraites fermées.\u2014¦ Nouvelles diverses, par Fra Domenico.i\u2019ESPRIT DES LIVRES.\u2014R- P- Archambault: Le devoir professionnel (M.-A.L.) Jasmin: En regardant passer la vie (M.-A.L.) Les Sœurs Grises: Manuel de Diététique (M-A.L.) Tallet: Au seuil de la maison (G.L.) Accusé de réception.administration REDACTION SAINT-HYACINTHE MONTREAL (N.-D.de Grâce) LA REVUE DOMINICAINE Publiée mensuellement Directeur : R.P.M.-A.LAMARCHE, O.P.\u2022 ABONNEMENTS (payables d\u2019avance) Au Canada: $2.00 \u2014 A l\u2019étranger: $2.25 Avec le \u201cRosaire pour tous\u201d, 25 sous en plus par an.La Revue Dominicaine publie des articles de vulgarisation touchant les Ecritures, la théologie, l\u2019apologétique ou le droit canon, et même des études de philosophie, de littérature, de sociologie ou d\u2019histoire, pourvu que la religion ou la morale y soit concernée.La Revue Dominicaine n\u2019a pas de spécialité proprement dite dans le domaine religieux, mais elle accorde une attention particulière aux questions d\u2019apologétique et aux problèmes de société, envisagés surtout au point de vue canadien.La Revue Dominicaine publie des recensions et diverses chroniques, en s\u2019attachant moins au récit des faits et à l\u2019analyse des ouvrages qu\u2019à leur signification d\u2019ensemble.La Revue Dominicaine ne sera pas responsable des écrits des collaborateurs étrangers à l\u2019Ordre de Saint-Dominique.Prière d'adresser les communications littéraires : manuscrits, volumes, etc., au R.P.Antonio Lamarche, 153, Avenue Notre-Dame de Grâce, Montréal; et les communications administratives : abonnements, annonces, etc., au R.P.Jean Bacon, Saint-Hyacinthe.Nous publierons prochainement: Un sermon de M.l\u2019abbé O.Maurault, P.S.S.\u201cLe protestantisme de l\u2019Asie\u201d, par le T.R.P.Proulx, O.P.\u201cLa raison d\u2019être des classes sociales\u201d, par le T.R.P.Rutten, O.P. LES PARADIS ARTIFICIELS Dans un café de nuit vers onze heures du soir.Des couples plus ou moins bruyants ont envahi les salles et les cabinets particuliers.Les abat-jour multicolores ne laissent filtrer qu\u2019une lumière discrète.Il y a là des jeunes filles venant de tous les mondes: du monde où l\u2019on s\u2019amuse, du monde où l\u2019on travaille et même.du meilleur monde.A demi vêtues, les lèvres et les joues peintes, elles causent et rient, devant des verres vides, pendant que la fumée de leurs cigarettes les enveloppe comme un nuage.Sous le tableau on lit: une jeune fiUe moderne.Il n\u2019y a pas longtemps encore, on eut été tenté d\u2019écrire tout simplement: une fille ! Le tabac.l\u2019alcool.autant de paradis artificiels, qui étaient restés jusqu\u2019ici fermés à la femme, et que la vie moderne a fini par lui ouvrir.Elle a commencé par griller une cigarette au restaurant ; aujourd\u2019hui, elle fume au foyer, en auto; demain, elle fumera sur la rue.Après le tabac, l\u2019alcool.Les jeunes filles boivent, leurs mères également.Elles boivent entre elles, et elles boivent avec les hommes.Elles boivent par snobisme, mais elles boivent aussi par goût.Le mal a pris de telles proportions qu\u2019un congrès de médecins, tenu récemment a)y pays, a cru devoir jeter le cri d\u2019alarme.Jadis, chaque sexe avait ses manies et ses vices: la femme sa boîte de poudre, l\u2019homme sa boîte de cigarettes; la femme, la coquetterie, l\u2019homme, l\u2019ivrognerie.La femme, tout en gardant les siens, y a ajouté ceux de l\u2019homme.Elle cumule !.Seulement, tout ça se paiera.Jeunesse, fraîcheur, santé, autant de choses qui se fié- 582 LA REVUE DOMINICAINE triront bien vite sous Vaction de ces excitants; autant de choses que la jeune fille laissera dans la cendre de ses cigarettes et au fond du verre vide.Si encore elle n\u2019y laissait que cela !.Il y a une 'première chose que la jeune fille est en train de saboter, et c\u2019est le respect que l\u2019homme avait pour elle.L\u2019homme la respectait, parce qu\u2019elle était quelque chose d\u2019innocent et de pur, de caché et de mystérieux.Les traditions familiales, aussi bien que les coutumes mondaines, avaient dressé autour d\u2019elle une foule de barrières qu\u2019elle prend plaisir à démolir.On la rencontre seule avec les hommes, en auto et au cinéma, dans les clubs et les cafés de nuit; elle soutient sans rougir n\u2019importe quelle conversation; elle fume, elle boit et elle se tient mal.Elle peut être la camarade idéale des années de plaisir du jeune homme, mais le jour où il se décidera à fonder un foyer, ce n\u2019est pas à elle qu\u2019il en confiera la garde et le bonheur.Et il aura raison !.Il n\u2019y a pas un homme qui croira à la vertu de jeunes filles qu\u2019il trouve deux ou trois fois par semaine buvant et fumant avec des amis.La jeune fille que l\u2019imprudence criminelle des parents abandonne à elle-même a besoin, à chaque instant, de toute sa tête pour échapper aux multiples dangers semés sous ses pas.Que penser de celle qui boit ?Un habitué des cafés de nuit disait, avec un peu d\u2019exagération sans doute, mais avec une apparence de vérité, qu\u2019après le deuxième verre de scotch il n\u2019y avait pas grande différence entre une jeune fille qui est honnête et celle qui ne l\u2019est pas.La femme est la gardienne de la morale.La morale vaut dans une ville, dans un pays, ce que valent les femmes.C\u2019est leur honneur, et c\u2019est leur responsabilité.Fumer, boire, une fois en passant, par snobisme, par LES PARADIS ARTIFICIELS 583 gaminerie, ou par curiosité, n\u2019est pas grave.Ce qui est grave, c\u2019est d\u2019en prendre l\u2019habitude et d\u2019en acquérir le besoin.Ce qui est grave, c\u2019est le goût des excitations malsaines que cela éveille, et la sensualité que cela finit par développer.Ce qui est grave, c\u2019est de voir des jeunes filles chrétiennes mener, extérieurement au moins, la vie de celles qu\u2019on n\u2019osait même pas nommer autrefois devant elles.Ce qui est grave enfin, c\u2019est de voir se déflorer en elles tout ce qui était leur parure et faisait leur attrait.Si, malgré tout, elles vont jusqu\u2019au mariage, quels rêves y apporteront-elles ?Quelles joies trouveront-elles dans les devoirs doux, mai9 austères, du foyer ?Elles se seront ouvert des paradis artificiels, mais elles se seront fermé le vrai et seul paradis de la femme.M.-C.Forest, O.P.- * - L\u2019INDIFFERENCE DES CROYANTS V\u2014LA REPONSE A LA FOI L\u2019absolu qui se révèle nous place dans l\u2019obligation morale de nous donner à lui sans réserve, sans calcul, et de devenir dans notre vie, tous les jours, ses témoins.Sous peine de glisser dans l\u2019indifférence, il faut tout donner.Partout où est l\u2019infini, disait Pascal \u2014 et n\u2019est-ce pas l\u2019infini que nous abordons quand l\u2019absolu se montre à notre âme \u2014 partout où est l\u2019infini, il n\u2019y a pas à balancer, il faut tout donner.Ce don entier, on le devine, réclame de notre volonté un véritable héroïsme, si grand même qu\u2019elle n\u2019y pourrait suffire si la grâce de Dieu ne l\u2019y aidait.\u201cCe n\u2019est pas pour rire que je t\u2019ai aimé\u201d, disait familièrement 584 LA REVUE DOMINICAINE le Christ à la Bienheureuse Angèle de Foligno.Je sais, moi ton Dieu, ce qu\u2019il m\u2019en a coûté de douleur et de sang pour acheter ton âme.Toi aussi, tu sauras, si tu veux répondre à mon amour, que cette réponse n\u2019est pas un amusement, ni un jeu; tu ne me rejoindras que sur la croix, ce sommet de l\u2019héroïque fidélité à l\u2019absolu que nous devons servir.Cette grâce de Dieu ne nous manquera pas, si nous lie lui manquons point.Jamais elle ne fait défaut à ceux qui veulent suivre le Christ.Dieu sera là, auprès de nous, comme il fut auprès du Christ, nous permettant de lui dire toujours, même aux heures les plus lourdes, ce que le Christ lui disait dans son agonie: Père ne m\u2019abandonnez pas; que je fasse votre volonté, que je sacrifie la mienne ! L\u2019héroïsme qui nous est demandé c\u2019est la toute-puissance divine greffée sur notre bonne volonté courageuse qui accepte de se laisser tailler par Dieu, de se sacrifier elle-même pour mieux se retrouver dans l\u2019absolu qui lui sera donné.C\u2019est à décrire cette disposition de la volonté, cet état d\u2019âme, attendus par Dieu que nous voudrions consacrer l\u2019article de ce mois.Ce sera la réponse aux exigences manifestées de la foi.Il s\u2019agit de la volonté.C\u2019est en elle que se dénoue le problème de la foi.La raison qui n\u2019est pas entraînée nécessairement à se donner au vrai, aussi longtemps que l\u2019évidence ne l\u2019a pas éclairé de l\u2019intérieur, ne se cramponne aux mystères de la foi, que si la volonté, travaillée elle-même par - la grâce, lui ordonne d\u2019accepter.Elle doit lui en intimer l\u2019ordre.C\u2019est à ce point qu\u2019on a pu dire: On croit parce que l\u2019on veut croire, parce que la volonté nous y pousse ou nous y contraint.Et de fait l\u2019indifférence des croyants 585 cela est clair, mais beaucoup moins simple que la formule pourrait nous le laisser croire.Le rôle de l\u2019intelligence dans la foi est tôt réalisé et si la raison n\u2019était point retardée dans sa recherche par des sens paresseux et par une volonté complice de cette paresse, elle aurait tôt fait de contrôler le témoignage et cette œuvre n\u2019exigerait point tant de labeur.Mais, nous l\u2019avons fait pressentir déjà, cette œuvre de la raison n\u2019est que l\u2019acheminement vers la foi, acheminement qui ne rendra point cette dernière nécessaire, qui laissera entière notre liberté.Les raisons de croire n\u2019engendrent point la foi comme les prémisses d\u2019un argument engendrent une conclusion et l\u2019imposent.Ici, la vérité n\u2019est pas évidente, elle n\u2019appelle pas comme une nécessité que l\u2019esprit se livre, qu\u2019il s\u2019ouvre, qu\u2019il se laisse envahir.Devant cette vérité, qui nous demeure obscure, mais dont on soupçonne qu\u2019elle nous liera si l\u2019esprit se referme sur elle, le rôle de la volonté se dessine.Il lui faut soumettre cette raison devant la vérité, engager tout l\u2019être à se souder à l\u2019absolu en même temps que la raison y adhère, ébranler toute la vie afin qu\u2019il n\u2019y ait pas que l\u2019esprit qui s\u2019ouvre à la vérité mais que le cœur, les sens même et nos œuvres derrière eux deviennent serviteurs de la vérité.Rôle combien difficile, on l\u2019entrevoit.Accepter la vérité de cette manière, c\u2019est accepter un maître à qui l\u2019on promet obéissance, un maître qui ne sommeillera jamais, qui deviendra notre soutien si nous le voulons, mais notre juge si nous refusons de servir.Il y a sans doute dans la volonté une tendance au bien que lui découvre l\u2019intelligence.Dans ses démarches elle s\u2019en remet à l\u2019esprit comme nos pas s\u2019en remettent à nos yeux.Quand la raison lui découvre le bien absolu, 586 LA REVUE DOMINICAINE le bien universel, elle s\u2019y attache indéfectiblement, car c\u2019est là son objet.Elle recherche l\u2019absolu du bien, hors du temps et de l\u2019espace, dépouillé de toutes les contingences; elle n\u2019accoste les êtres, elle ne s\u2019y arrête momentanément que parce qu\u2019elle trouve en eux un reflet, un rappel, une promesse du bien complet qu\u2019elle souhaite.Mais dans la révélation qui lui est faite notre raison ne découvre pas avec évidence ce bien universel à présenter à la volonté.Tout alors serait facile.La volonté d\u2019instinct se donnerait à lui.Mais notre foi ne serait plus libre.Ce bien souverain, l\u2019intelligence le pressent, elle comprend que les biens auxquels la volonté s\u2019attarde ne sont que particuliers, qu\u2019ils ne réalisent pas la suprême bonté que notre cœur recherche.La volonté reste libre, elle peut se refuser aux invitations de l\u2019esprit.En droit elle devrait obéir à l\u2019esprit, utiliser sagement ses conseils, et se donner selon ses lumières ; mais en fait elle se dérobe souvent.La volonté est en désordre, il n\u2019y a point que l\u2019esprit qui se fasse entendre d\u2019elle; les sens aussi l\u2019invitent dans des directions si diverses et vers des joies si prometteuses d\u2019abord.Le bien sensible nous émeut plus que le bien perçu par l\u2019esprit seul, il nous est plus proche, nos sens y sont adaptés, il est immédiat et nous croyons si volontiers y trouver une heure de répit, un remède à tous les maux de cette vie ! La lâcheté de la volonté s\u2019accommode mieux des sens que de l\u2019esprit, elle consent à se laisser piper.C\u2019est l\u2019histoire des luttes de S.Augustin quand il a décidé, dans son esprit, d'aller vers Dieu.Il faudrait pour marcher vers Lui, se soustraire à l\u2019emprise des sens rester sourd à leurs mensonges.Mais les sens sont tenaces.Les bagatelles s\u2019attachaient, dit-il, au vêtement l\u2019indifférence des croyants\t587 de ma chair, elles susurraient à mes oreilles: Et nous, tu nous abandonnes ! Nous ne serons plus accueillies par toi, nous avons vécu avec toi tant d\u2019heures et de si douces ! Rappelle tes souvenirs ! Et tout cela serait fini, à jamais fini ! Finie cette douceur d\u2019aimer sans effort et d\u2019être aimé sans lassitude, finie cette joie d\u2019être bercé de beaux rêves.Nous te faisions la vie belle, sans nous tu la trouveras dure.Ne pars pas, reste, nous voici.Ce n\u2019est plus S.Augustin, c\u2019est le cœur de tout homme, c\u2019est le nôtre.Pour ne point faire tort à la sensibilité, à l\u2019animal nous commettons cette malhonnêteté d\u2019agir contre l\u2019intelligence qui perce la vanité de toutes ces bagatelles et qui nous montre nos biens présents défectibles.La volonté dominée par les sens, domine à son tour l\u2019intelligence et recule devant la tâche.Ah ! que nous sert alors d\u2019être de beaux esprits, d\u2019en savoir long sur nous-mêmes et sur les mystères de la vie, si nous ne faisons point la vérité que nous connaissons.Avec tout notre esprit, sans courage, nous sommes les plus pauvres et les plus misérables des hommes.S.Augustin en rougissait.Les humbles qui ont peu de lumière, mais un grand cœur, ravissent le ciel, tandis que nous, les esprits brillants et les amateurs d\u2019éloquence nous nous roulons misérablement dans la chair et dans le sang ! Il faudrait le courage de suivre, et pour suivre, il faudrait d\u2019abord celui de se dégager, de se libérer, de rompre avec toute vanité et de choisir.Mais quel effort cela exige ! Le jeune homme de l\u2019Evangile s\u2019en est rendu compte.Il a le goût du bien, il pratique les préceptes de la loi, il est honnête.Mais l\u2019honnêteté n\u2019est jamais acquise de 588 LA REVUE DOMINICAINE tout repos, c\u2019est une conquête qui devient toujours plus exigeante et plus laborieuse.Le jeune homme est talonné par son honnêteté même, il en demande plus et il le dit au Maître.Le Christ alors de lui montrer ce surplus d\u2019héroïsme que le jeune homme souhaite.Dépouille-toi de tous tes biens qui sont considérables et auxquels tu tiens tant, en toute probité d\u2019ailleurs, et puis viens et suis-moi.Mais il a trop de biens pour se donner au bien jusque-là.Il soupire et il s\u2019en va.Est-il assez exigeant l\u2019absolu du bien ! Nous aussi, il nous impressionne, nous faisons quelques pas vers lui, nous le courtisons, nous accomplissons certains gestes; mais quand nous apprenons que cela ne peut suffire, qu\u2019il demande tout, et la vie et la mort, nous soupirons et nous allons vers d\u2019autres routes.Au carrefour suivant ce sera le même arrêt.Les mêmes tergiversations, et, parce qu\u2019on manque de décision courageuse, le même soupir ajournera le dénouement.Le vrai désir nous fait défaut, nous sommes des âmes de velléités, nous n\u2019avons pas l\u2019héroïque vouloir.Il nous faudrait être des violents tels que les voulait le Christ.Le Royaume des Cieux, disait-il, souffre violence, il n\u2019y a que les violents qui puissent le conquérir.Ceux qui s\u2019abandonnent à la mollesse, qui calculent l\u2019effort, qui mesurent la peine, qui reculent devant l\u2019héroïsme exigé, n\u2019en goûteront jamais la récompense.Et le Christ proposait encore sa pensée dans les paraboles.\u201cLe Royaume des Cieux, disait-il, est semblable à un trésor enfoui dans un champ.Un homme le trouve et, plein de joie, il le cache à nouveau, puis il vend tout ce qu\u2019il possède pour acheter ce trésor. l\u2019indifférence des croyants 589 Vous entendez: Il vend tout ce qu\u2019il possède pour acheter ce trésor.La vérité est un trésor incomparable.La découverte est pour nous un sujet de joie immense puisqu\u2019elle nous ouvre la porte du Royaume des Bienheureux.Mais il faudra l\u2019acquérir quand elle s\u2019offrira devant nous, il faudra l\u2019utiliser.Elle ne demandera pas moins que le sacrifice de ce que nous appelons nos biens : notre amour-propre, notre sensibilité, nos vanités; notre nonchalance, notre repos paresseux.Tout ce qui flatte, tout ce qui nous illusionne ne pourra plus trouver refuge dans notre âme; tous les soucis feront place au souci de l\u2019unique nécessaire.On n\u2019aura plus qu\u2019une pensée dans l\u2019esprit, qu\u2019un désir au cœur : la pensée de trouver la vérité, le désir de la servir.Renoncement, sacrifice, mort, ces mots se présenteront seuls pour nous indiquer notre devoir.Tout cela sera passager, on le sait: on sait que le trésor tiendra lieu de tout, qu\u2019il rendra au centuple ce qu\u2019on abandonne pour lui ; on a foi dans l\u2019avenir qui compensera les efforts.Mais dans le présent on sacrifie, on immole, on renonce.\u201cLe Royaume des Cieux, insiste le Christ, est semblable au négociant qui cherche des perles fines.S\u2019il en trouve une de grand prix, il se hâte de vendre tout ce qu\u2019il a pour l\u2019acheter.\u201d Ce dernier a la volonté de chercher.La perle précieuse, l\u2019unique, la \u201cperle vierge\u201d il la veut et de quel vouloir ! Il voyage, il est loin de chez lui, il ne se croise pas les bras à attendre, il sait qu\u2019elle ne viendra point le surprendre dans ses plaisirs, mais qu\u2019il faut en sortir pour la trouver.C\u2019est une conquête.Et pour l\u2019acquérir quand il la trouve, il n\u2019est pas de bien qu\u2019il ne sacrifie, ni de peine qu\u2019il compte.Et pourquoi compterait-il, quand, il le sait, cette perle lui rendra sans compter. 590 LA REVUE DOMINICAINE Ainsi en est-il de tous ceux qui veulent la vérité de toute leur âme.Leur esprit la cherche, et quand ils l\u2019ont trouvée ils lui sacrifient tout pour en faire leur bien.Ainsi en est-il de nous tous quand il s\u2019agit de répondre au Dieu qui se révèle à nous, à l\u2019absolu que sollicite notre volonté.Ce n\u2019est pas un héroïsme d\u2019exception qui nous est demandé, mais une vie d\u2019héroïsme continuel et croissant.Nous ne sommes pas dans cette vie, nous ne pouvons plus être des touristes qui regardent tout et ne se donnent à rien.Nous choisissons, nous devons choisir, nous donner ensuite à ce que nous aurons choisi et nous refuser à tout le reste.Le concret est multiple, varié, changeant; il n\u2019exige pas qu\u2019on se donne à lui ; on se prête à toute cette variété, on cueille des sensations, on ne moissonne pas de vraie joie profonde.L\u2019absolu au contraire est un et dès qu\u2019il apparaît il demande tout.Il faudra donc pour le satisfaire renoncer à tout ce qui n\u2019est pas lui et ne pas même s\u2019arrêter à ce qui ne l\u2019annonce pas ; il faudra se reprendre toujours, puisque toujours le sensible nous reprend, tente de nous envahir et que l\u2019absolu, lui, ne souffre pas de partage.On a peine à s\u2019imaginer une telle lutte dont nous sommes cependant le théâtre; les meilleurs d\u2019entre nous, par habitude des demi-mesures, ne sentent plus les exigences de leur foi.Entrons dans le concret et nous constaterons sans peine que chaque mot prononcé est l\u2019écho d\u2019une lutte sans merci.Vous êtes croyants.Cela signifie que Dieu doit être dans toutes vos pensées, que les choses n\u2019ont pour vous de valeur que si elles comptent à ses yeux.Vous pensez l'indifférence des croyants 591 ce qu\u2019il pense, vous aimez ce qu\u2019il aime, vous voulez ce qu\u2019il veut, vous méprisez ce qu\u2019il méprise.Déroulez alors les conséquences ! Vous aimerez d\u2019être pauvres, et vous mépriserez l\u2019argent; vous aimerez d\u2019être purs, et vous mépriserez ce qui flatte vos sens; vous aimerez la vraie grandeur et vous mépriserez tout ce qui vous grandit faussement: l\u2019orgueil, la gloriole; vous aimerez d\u2019être humiliés puisque la vérité est là et vous mépriserez toute louange qui nous vient du mensonge; vous serez devant les hommes tels que vous êtes devant Dieu, et vous éviterez qu\u2019on leur voile vos vices; vous chercherez ceux qui vous haïssent et vous éviterez ceux qui vous aiment.Et l\u2019on pourrait allonger la liste de vos amours et de vos mépris.Etre croyant c\u2019est avoir tous ces sentiments au cœur, les nourrir en soi chaque jour et en vivre à chaque heure.Si cela n\u2019est point de l\u2019héroïsme continuel on n\u2019y entend plus rien.A ceux qui seraient tentés d\u2019en douter encore, il ne resterait plus pour les convaincre qu\u2019à leur demander de tenter l\u2019essai et de réaliser, ne fût-ce qu\u2019un jour, un tel programme.S\u2019ils n\u2019ont pas dans leur poitrine un cœur de héros, ils n\u2019en vivront pas une heure.Nous avons tort de croire que l\u2019héroïsme n\u2019existe que dans les circonstances tragiques, qu\u2019il ne trouve à se déployer que devant des événements retentissants, qu\u2019il lui faut pour vivre de sensationnelles occasions, une atmosphère d\u2019exaltation et des rumeurs de bataille.Tout devoir, le plus simple, le plus terne, celui-là même qui tisse l\u2019invisible mais solide trame de la vie, exige à chaque instant le don total de nous-mêmes.Dès là qu\u2019on veut sortir de l\u2019égoïsme pour être fidèle même dans les moindres choses, on sent bien que l\u2019on se place sous l\u2019emprise d\u2019un absolu.Si on ne l\u2019a point trouvé cet absolu, 592 LA REVUE DOMINICAINE on so l\u2019impose.Pour être stable on se donne à une tâche dont un sera le serviteur.\u201cNous cherchons un maître, disait Psichari, car nous sommes de ceux qui brûlent de se soumettre\u201d.Si nous ne voulons pas être des inutiles, libres, nous choisirons de nous enchaîner; le bien que nous ferons, nous le ferons mieux si nous l\u2019accomplissons par nécessité; l\u2019absolu nous dominera, ses liens seront à peine visibles mais ils ne nous serreront pas de moins près.On rappelle d\u2019ordinaire à ce sujet l\u2019attitude du soldat.C\u2019est un exemple.Mais qui ne sent qu\u2019une telle attitude est toujours la nôtre devant notre vie ! Dès que le devoir le plus humble se montre à nous, il demande tout, et l\u2019on devra estimer n\u2019avoir rien donné tant qu\u2019on n\u2019aura pas tout donné.En souhaitez-vous des exemples vivants ?Regardez autour de vous.Si vous rencontrez des hommes de caractère vous pouvez en conclure que ceux-là, à toute heure, sont des héros.Si votre jeune homme de 20 ans conserve encore son cœur d\u2019enfant, une âme blanche dans un corps pur, tous les jours de sa jeunesse furent des jours héroïques ! L\u2019enthousiasme naturel qui est le nôtre à cet âge ne suffit pas à nous garder des tristes chutes.Il n\u2019est que l\u2019enivrement d\u2019un esprit qui s\u2019éveille, qui est sûr de lui, mais qui ne se connaît pas.La tentation vient qui prouvera que si l\u2019esprit est prompt à s\u2019enthousiasmer, la chair est faible dans la lutte.Et quand elle est là devant nous cette tentation, quand les troubles de l\u2019adolescence nous bouleversent le cœur, quand les désirs rampent vers nous, éveillant dans nos moëlles des complices aussi jeunes mais aussi turbulents que nous le sommes, quand on n\u2019a rien pour se cramponner : la mère est loin et l\u2019on n\u2019ose mêler son image aux pensées qui nous agitent; Dieu est l\u2019indifférence des croyants 598 là, mais on l\u2019entend à peine, quand on n\u2019a pour se tenir droit que ce simple mot: je ne puis tomber, le devoir est de me garder, ne faut-il point de l\u2019héroïsme pour rester droit et se réveiller pur ?Et ce ne sera point la lutte d\u2019un soir, mais le combat de tous les soirs ! La résistance nous donnera plus de force, l\u2019habitude de lutter nous permettra de secouer plus énergiquement ce manteau de flamme qui brûle nos chairs, mais la tentation toujours reviendra.On a du cœur plein sa poitrine, des rêves plein l\u2019esprit et de la fièvre plein tous ses sens; toujours il faudra craindre les surprises.Seul, l\u2019héroïsme de tous les soirs et de toutes les heures, pourra nous garder notre âme blanche.Ceux qui l\u2019ont encore cette âme le savent bien, et ceux qui ne l\u2019ont plus ne l\u2019ignorent pas.Un autre exemple: Pour vous, leur père, le devoir est plus visible sans doute.Son appel s\u2019est incarné dans cet enfant; vos raisons d\u2019être fidèle à l\u2019amour que vous avez juré de ne point partager palpitent dans cet enfant, votre fruit et votre maître ! Mais vos sens conservent le goût du changement, l'habitude les tue et ils veulent vivre.Ils demandent de nouvelles fièvres pour de nouveaux objets.Cet appel de l\u2019enfant suffira-t-il à vous garder des chutes cachées Z L\u2019enfant est loin, il ne saura rien de votre lâcheté, ni sa mère; quand vous les retrouverez vous n\u2019aurez plus le même cœur, mais vous saurez le voiler et le mensonge, peut-être, ne sera pas visible.Vous aurez pour eux le même visage, les mots sur vos lèvres ne diront plus, pour vous, ce qu\u2019ils disaient, mais pour eux ils auront le même son qu\u2019autrefois, et leur ignorance de votre infidélité croira reconnaître dans votre vie le même dévouement. 594 LA REVUE DOMINICAINE Ici encore ne point tomber, ne pas même accueillir en son cœur un seul instant la tentation d\u2019être infidèle, le désir de s\u2019évader de ses chaînes, n\u2019est-ce pas de l\u2019héroïsme ?Et les exemples abondent.N\u2019est-ce pas de l\u2019héroïsme encore si on est homme d\u2019affaires, d\u2019être juste toujours, de n\u2019obéir jamais à la cupidité, d\u2019être loyal dans la concurrence, de ne pas accueillir les conseils de cette morale élastique qu\u2019on dit être celle du commerce, de respecter les droits d\u2019autrui, de ne pas exploiter ses nécessités ?C\u2019est de l\u2019héroïsme et ce qui le prouve à l\u2019évidence, c\u2019est qu\u2019il est rare.Et enfin, n\u2019est-ce pas de l\u2019héroïsme ambulant que vous croisez dans vos rues, quand vous rencontrez la cornette d\u2019une religieuse ou le froc d\u2019un moine ?Le monde, je le sais, se refuse à y croire.A l\u2019entendre les murs d\u2019un couvent n\u2019abriteraient que des petites vies faciles, égoïstes, délivrées de tous les soucis de l\u2019argent, ce maître dur quand on le sert.Dans ces vies pas d\u2019angoisse pour le pain du lendemain, pas de préoccupation d\u2019assurer un patrimoine : on n\u2019a que soi et personne ne suivra.Oui, plus de soucis pour les multiples choses qui passionnent ce monde, mais quel souci pour l\u2019unique absolu ! Vie délivrée des angoisses du pain, mais livrés à l\u2019angoisse de Dieu et qui s\u2019obstine à le voir partout et à toujours le servir.On oublie les siens pour ne songer qu\u2019aux autres, on renonce à la joie de soutenir quelqu\u2019un visiblement, pour donner à tous, de manière anonyme et que Dieu seul récompensera, ce qui fait vivre l\u2019âme.On ne l\u2019a pas choisi, c\u2019est Dieu qui nous a choisis, et quand il est venu frapper à notre porte, nous avions nous aussi 20 ans, et des rêves, et du cœur ! Il a fallu lui répondre et tous les jours il faut maintenir sa réponse.Ces cœurs l\u2019indifférence des croyants 595 ne songent pas à s\u2019en faire une gloire, ni à se poser en héros, mais ceux qui en pénétreront le secret y trouveront l\u2019héroïsme quotidien comme on le trouve dans toute vie fidèle au devoir.Le devoir ie plus simple a derrière lui tout l\u2019absolu.Toujours il en est le porte-parole.Ceux qui veulent lui répondre ne peuvent calculer, ni balancer, ni composer.Il ne veut pas de mesure dans le don; toujours il exige l\u2019héroïsme.Le Christ nous l\u2019a bien fait entendre.Ceux qui veulent répondre à l\u2019absolu, ne peuvent obéir à d\u2019autre maître qu\u2019à lui.Lorsqu\u2019il dit: \u201cSuis-moi\u201d, Il n\u2019entend point qu\u2019on ajourne l\u2019obéissance pour quelque motif que ce soit.Un jour, nous dit l\u2019Evangile, Il rencontre un homme et II l\u2019invite: \u201cSuis-moi.\u2014 Seigneur, permettez-moi auparavant d\u2019aller ensevelir mon frère.\u201d \u2014 Mais Jésus lui dit: Laisse les morts ensevelir les morts; pour toi, va et prêche le Royaume de Dieu.\u2014 Ensevelir les morts est une œuvre de miséricorde et la première, l\u2019Ecriture l\u2019a louée ; mais quand Dieu parle il n\u2019y a pas de mort qui tienne, ni de vivant.Seul l\u2019absolu compte et c\u2019est ce qu\u2019il exige qu\u2019il faut donner.\u201cUn autre lui dit: \u201cJe vous suivrai, Seigneur, mais permettez-moi d\u2019aller auparavant faire mes adieux à ceux de ma maison\u201d.Jésus lui répondit: Quiconque met la main à la charrue et regarde en arrière n\u2019est pas propre au Royaume de Dieu\u201d.Les excuses ne valent pas.La leçon est claire, elle nous impose notre conclusion.Il s\u2019agit pour nous de donner à Dieu la réponse qu\u2019il attend.Oeuvre d\u2019héroïsme ! Mais le courage s\u2019affermit, il passe en habitude et comme elle, il devient aisé quand on s\u2019obstine à être courageux.Le goût de servir se déve- 596 LA REVUE DOMINICAINE loppe, on y trouve même une joie.Sur cette voie de la fidélité on savoure tant de douceur, disait Ste Catherine de Sienne, qu\u2019on choisirait la mort plutôt que de quitter son Dieu.Nous verrons comment consentir à l\u2019abandon de son amour-propre, et comment, sorti de la médiocrité, du sensible multiple, on échappe aux prises de l\u2019indifférence, on est embarqué dans l\u2019absolu, on est embarqué en Dieu, porté par Lui, entraîné dans sa vie et dans sa grâce.La vie d\u2019absolu, la vie de foi ne cessera plus de nous mener d\u2019ascension en ascension.Dieu, par sa grâce soutenant notre héroïsme, nous maintiendra sur les pas du Christ.Bruxelles.P.Ignace Draime, O.P.-K - MERE MARIE-ROSE Fondatrice de la Communauté des Soeurs des Saints Noms de Jésus et de Marie (suite) III A Longueuil Il n\u2019est guère possible de dégager la physionomie de Mère Marie-Rose, durant ses six années de vie religieuse, sans raconter, au moins brièvement, l\u2019histoire des commencements de sa communauté.En arrivant à Longueuil, mesdemoiselles Durocher et Dufresne allèrent demeurer dans la maison où leur MÈRE MARIE-ROSE 597 compagne, mademoiselle Géré, faisait l\u2019école.Le Père Allard leur fut donné comme aumônier.C\u2019était un oblat de science et de vertu que Mgr Mazenod avait spécialement recommandé à Mgr Bourget.Ce fervent religieux devait être en même temps leur maître des novices et leur professeur de pédagogie.Après une retraite de dix jours, clôturée par l\u2019entrée en religion, elles se mirent immédiatement à observer le règlement provisoire que le Père leur avait tracé, de quatre heures et demie du matin à neuf heures du soir.La prière, l\u2019étude et l\u2019enseignement en formaient la majeure partie.La maison était de petite dimension et pauvrement meublée; une simple école de village.Dix-sept pensionnaires occupaient déjà les pièces principales.L\u2019espace qui restait à l\u2019usage des maîtresses était en conséquence très restreint.Néanmoins, elles trouvèrent le moyen de réserver une chambre de douze pieds par dix, pour leurs prières communes.Elles y placèrent une table; sur la table, un crucifix et une statuette de la Vierge: ce fut leur premier oratoire.Deux mois plus tard, Mgr Bourget permettra à l\u2019aumônier d\u2019y célébrer la messe et l\u2019oratoire prendra le nom de chapelle.Quelques temps après son départ, mademoiselle Durocher avait été obligée de retourner à Belœil en vue de régler certaines affaires de famille.De nouveau, les paroissiens mirent tout en œuvre pour la retenir.Il y eut même une délégation des principaux citoyens qui lui offrirent, entre autres avantages, une habitation bien supérieure à celle de Longueuil, si elle consentait à ramener au milieu d\u2019eux sa fondation.Ces démarches font voir jusqu\u2019à quel point ils comprenaient, après coup, la perte qu\u2019ils avaient faite. 598 LA REVUE DOMINICAINE Mais mademoiselle Durocher n\u2019était pas femme à revenir si vite sur une décision.Elle s\u2019était engagée vis-à-vis des Pères Oblats et des gens de Longueuil.Malgré l\u2019attachement qu\u2019elle portant aux amis de Belceil, rien ne put la fléchir.Le 28 février de l\u2019année suivante, l\u2019évêque de Montréal se rendait dans leur humble demeure pour présider la cérémonie de la première prise d\u2019habit.En présence Brassard, curé de Longueuil, du Père Allard et des élèves, il leur imposa des noms nouveaux: Marie-Rose.Marie-Agnès .Marie-Madeleine.Les trois postulantes se du Père Honorât, supérieur des Oblats, de M.l\u2019abbé Brassard, curé de Longueuil, du Père Allard et des élèves, couvrirent du voile blanc : elles étaient devenues des novices.Une autre postulante se trouvait là: mademoiselle Salomé Martin, qui était arrivée en novembre et à laquelle allait bientôt s\u2019adjoindre mademoiselle Hedwige Davignon.Ces deux dernières, à leur tour, entraient en noviciat aux mois de mai et juin.La communauté, à la fin de la première année scolaire, se composait donc de cinq membres.Déjà, les progrès considérables que ces cinq élèves-maîtresses avaient accomplis sous la direction du Père Allard, qui ne leur ménageait ni son temps ni son érudition, avaient eu un bon effet chez les enfants.Les parents constataient avec plaisir l\u2019influence de la formation religieuse.Pourtant, il paraissait évident que les maîtresses ne possédaient pas l\u2019expérience suffisante.Il fut donc décidé qu\u2019elles iraient prendre des exemples chez les Frères des Ecoles Chrétiennes récemment établis à MERE MARIE-ROSE 599 Montréal.De cette façon elles pourraient acquérir, dès le début, une méthode d\u2019enseignement irréprochable.Sœur Thérèse-de-Jésus et sœur Véronique-du-Cruci-fix, les dernières venues, furent députées à cette fin.Elles passèrent à Montréal les mois de juillet et d\u2019août.Résidant chez les sœurs de la Providence, elles se rendaient, deux fois par jour, aux classes de l\u2019école Saint-Jacques, où elles observaient les usages et les procédés d\u2019éducation des Fils de Jean-Baptiste de la Salle.Durant ce temps, les choses allaient bon train à Longueuil.Les fabriciens, très satisfaits de l\u2019œuvre opérée au cours des mois précédents, avaient pourvu la communauté d\u2019une maison plus spacieuse et y poussaient activement des travaux d\u2019amélioration pour que les sœurs fussent en mesure de s\u2019y installer dès la rentrée des classes.Le 4 août, ce nouveau local était aménagé.Le 18, un Frère convers arrivait d\u2019Europe, apportant avec lui les constitutions des sœurs des Saints Noms de Jésus et de Marie de Marseille et une poupée, revêtue de leur costume, qu\u2019on nomma: sœur Bienvenue.C\u2019était la règle que la communauté canadienne devait suivre et l\u2019habit qu\u2019elle devait adopter.Le Père Allard menait durement son noviciat.Il n\u2019épargnait aux novices aucune des épreuves propres à tremper le caractère dans le creuset du renoncement et de l\u2019humiliation.Sœur Marie-Rose, en particulier, parce qu\u2019il voyait en sa personne la future supérieure, était l\u2019objet de sa sévérité.Les remarques acerbes, les reproches amers tombaient sur elle comme la grêle ; il était impitoyable et ne lui passait rien.D\u2019un autre côté, Mgr Bourget suivait attentivement l\u2019avancement de ses filles dans le chemin de la perfec- 600 LA REVUE DOMINICAINE tion.Il les visitait souvent, prenant part à leurs exercices; quelquefois même il récitait l\u2019office avec elles.Enfin, le 8 décembre 1844, il jugea qu\u2019elles étaient mûres pour la profession religieuse.Jour de bonheur ! La cérémonie se fit en grande pompe, dans l\u2019église paroissiale, sous la présidence de l\u2019évêque et devant l\u2019assemblée des fidèles.A l\u2019évangile de la messe, le curé monta en chaire et lut le mandement d\u2019érection de la nouvelle communauté.Les novices déposèrent le voile blanc et prirent un voile noir.Puis, à la communion, selon le cérémonial, elles récitèrent la formule de leurs vœux ; et, la messe finie, reçurent des mains de l\u2019évêque leur crucifix et le livre des règles.Tout cela, il va sans dire, avait produit une grande impression dans l\u2019assistance qui n\u2019avait jamais rien vu d\u2019aussi beau.Dans l\u2019après-midi, avant la bénédiction du Saint-Sacrement, Mgr Bourget convoquait les nouvelles professes et nommait sœur Marie-Rose supérieure.Elle devenait aussi maîtresse des novices et dépositaire.Sœur Marie-Madeleine recevait la charge d\u2019assistante et de maîtresse du pensionnat; et sœur Marie-Agnès celle de maîtresse du dessin et des ouvrages.«fl Jusque-là, le succès avait couronné les efforts.Les religieuses étaient à bon droit remplies de consolation et l\u2019allégresse régnait au sein de la petite famille.Ce n\u2019est pas que tout fût sans difficultés, certes ! Mais, elles offraient gaiement à notre-Seigneur les sacrifices qu\u2019il leur faisait l\u2019honneur de leur demander.En voici quelques exemples.Comme, chaque jour, elles épuisaient le garde-manger pour la nourriture des élèves, elles-mêmes ne vivaient que de privations.Le pain était rare.Il est vrai qu\u2019elles avaient une recette i?iï EU MERE MARIE-ROSE 601 ingénieuse pour le faire durer.Elles mettaient en réserve le morceau qui leur était attribué, afin d\u2019être sûres d\u2019en avoir le lendemain.Et si, le jour suivant, le pain manquait de nouveau, elles laissaient bien intact le morceau de la veille.De cette façon, il pouvait arriver qu\u2019une miche se conservât jusqu\u2019à la fin de la semaine.Avis aux amateurs de pain rassis.et de jeûne ! Le beurre était plus rare encore.Il n\u2019y en avait jamais au repas principal.Aux deux autres, bien souvent, il était remplacé par de la compote de citrouille.Forcément les religieuses vivaient de régime.Leurs chroniques parlent quelque part, en souriant, de ce régime du: \u201cBénédicité sur des pommes de terre sans pain\u201d.Mais, elles-mêmes n\u2019en soufflaient mot.Cela dura très longtemps.Heureusement qu\u2019un jour M.le curé de Belœil fut informé de leur détresse et qu\u2019il prit la cuisinière sous sa bienfaisante protection.Un autre sujet de gêne se rencontrait dans l\u2019exiguïté de leur établissement, car la réputation du couvent de Longueuil s\u2019était répandue au point que, dès 1845, le nombre des pensionnaires avait atteint quatre-vingts.Et, bien que la nouvelle construction fut plus vaste que l\u2019ancienne, les sœurs, \u2014 elles étaient maintenant dix ou douze, \u2014 avaient dû céder, d\u2019abord, leur dortoir et leurs lits, ensuite, leur réfectoire et leur table.Où dormir ?.Problème facile à résoudre.Le soir, après le coucher des élèves, on pouvait voir chacune d\u2019elles descendre du grenier ou tirer de quelque réduit sa paillasse et son oreiller et, qui dans une classe, qui dans une autre, goûter sur le plancher les douceurs du sommeil.Où manger ?.Il y avait un bout de corridor large de quelques pieds.Cela fait une splendide salle à 602 LA REVUE DOMINICAINE manger, n\u2019est-il pas vrai ?Quatre madriers de bois brut sur autant de tonneaux vides: c\u2019est une table magnifique !.Un rideau de cotonnade cache aux regards indiscrets des élèves tout ce luxe; et, comme c\u2019est trop étroit pour y mettre des chaises, on s\u2019en passe.A l\u2019exception toutefois de la supérieure qui, d\u2019après un ordre formel du Père Allard, doit prendre un siège, pour sauvegarder sa dignité, selon les exigences de la préséance.Oh ! quel peintre évoquera sur de la toile le spectacle de ces religieuses de bonne humeur, mangeant debout leur maigre pitance, dans cet étroit couloir, sur leur table nue, aux pieds de barils, avec leur supérieure assise tout au bout, au nom de l\u2019obéissance ! Longtemps après la mort de la fondatrice, en 1852, c\u2019était encore le même dortoir, le même réfectoire.Temps héroïques et joyeux ! Comparables aux origines des grands ordres mendiants ! Comme le patron de cette paroisse de Longueuil, saint Antoine de Padoue, disciple et contemporain du Pauvre d\u2019Assise, devait les regarder avec agrément ! Et que Notre-Seigneur devait donc les aimer ! Est-il étonnant que possédant de telles religieuses pour maîtresses et pour directrices, les élèves du couvent de Longueuil aient excellé, dès les premières années, dans l\u2019art d\u2019apprendre ?Une revue, qui se publiait alors sous le nom de Mélanges Religieux, rapporte avec de grands éloges la bonne tenue de leurs examens annuels et fait part à ses lecteurs des félicitations que leur prodiguait le surintendant de l\u2019Instruction publique.Cela se comprend.Quand des femmes sont capables de sacrifier à ce point leur bien-être pour donner un peu plus de confort aux enfants confiées à leur soins, le reste est à l\u2019avenant. MÈRE MARIE-ROSE\t603 Nourrir convenablement les pensionnaires, leur procurer un repos facile sur des matelas et des lits, c\u2019était sans doute un de leurs devoirs d\u2019état; mais, non le principal.D\u2019une bien plus grande importance pour elles était la formation du cœur et de l\u2019intelligence: but fondamental de leur institut.Et, si l\u2019on peut dire qu\u2019elles dépassaient la mesure dans le moindre, à plus forte raison doit-on penser que dans l\u2019essentiel elles se dépensaient sans compter.Nobles âmes ! Librement consacrées à l\u2019instruction de l\u2019enfance, pour l\u2019amour du Christ, elles ne songeaient plus qu\u2019à une chose: apporter à cette tâche toute leur énergie jusqu\u2019au suprême effort, trouvant tout naturel d\u2019être au plus haut degré surnaturelles ! Ces couchers improvisés, ces repas incomplets, mille autres désagréments du même genre qu\u2019il serait trop long d\u2019énumérer, tout cela qui, à la longue, devient très assujettissant, était-ce bien pour elles des sacrifices ?La satisfaction qu\u2019elles ressentaient du bonheur de se dévouer compensait si fortement les ennuis de leur pauvreté qu\u2019elle leur tenait lieu de richesse.\u201cCe ne sont pas les lieux, c\u2019est son cœur qu\u2019on habite\u201d, et quel millionnaire a jamais connu de joie semblable ! Le rire qui fusait des cours du couvent de Longueuil, aux moments de répit, aurait fait envie aux plus opulents, tant il était empreint de franche gaîté.Cependant, des épreuves plus pénibles leur étaient réservées.Depuis l\u2019origine de l\u2019Eglise, c\u2019est un fait constant que Dieu n\u2019a pas coutume de laisser grandir les fondations chrétiennes sans leur fournir un aliment de force dans la persécution.Oppositions et conflits de toute nature : assurément, les œuvres naissantes y puisent 604 LA REVUE DOMINICAINE leur vigueur et y acquièrent de la stabilité ; mais, au prix de quelles souffrances, parfois ! Dans leur sainte initiative, les religieuses de Lon-gueuil ne devaient pas échapper à cette loi générale.Ce furent d\u2019abord les paroissiens qui, après s\u2019être montrés si sympathiques au début, se tournèrent subitement contre elles.Plus tard, M.le curé Brassard lui-même, le bienfaiteur enthousiaste des premiers jours, non seulement leur refusa son patronage et l\u2019honneur de sa présence aux fêtes de la communauté ou des élèves, mais, finit par leur créer des sérieux embarras pécuniaires.Comment expliquer un tel changement d\u2019attitude ?Il faut en chercher les causes en dehors du couvent; car, du côté des religieuses, il n\u2019y eut certainement aucun fait de nature à motiver pareil revirement.Faut-il croire que les fabriciens, ayant fait des dépenses d\u2019installation considérables dans un édifice qui leur appartenait, se crurent le droit de se montrer exigeants outre mesure ?Du fait qu\u2019ils étaient propriétaires du matériel conclurent-ils qu\u2019ils se trouvaient en même temps directeurs de toute l\u2019entreprise ?Ou bien faut-il penser qu\u2019avec le temps ils se mirent à regretter leur générosité et qu\u2019ils voulurent rentrer dans leurs fonds par une voie détournée ?Ils firent savoir aux sœurs qu\u2019à moins de remplir certaines clauses stipulées dans un nouveau contrat, elles ne devaient pas s\u2019attendre à occuper plus longtemps leur résidence.Or, ces conditions étaient inacceptables.Sans hésiter, Mgr Bourget leur conseilla de quitter Longueuil et de venir s\u2019établir à Montréal.\u201cJe suis prêt, leur écrivait-il, à sanctionner l\u2019un ou l\u2019autre projet de transaction avec la paroisse.Mais enfin, si la paroisse pour laquelle vous vous sacrifiez ne veut pas entendre raison, MÈRE MARIE-ROSE 605 il faudra bien en finir de quelque manière, car j\u2019entends que vous ayez toute liberté de suivre vos saintes règles, et qu\u2019on ne puisse jamais vous tracasser dans l\u2019accomplissement de vos importants devoirs.\u201d M.le curé Brassard, qui craignait de voir les sœurs quitter sa paroisse, eut alors un geste magnifique.Il leur fit don d\u2019une propriété contiguë à celle de la fabrique, avec la maison qui s\u2019y trouvait, s\u2019engageant même à faire construire les dépendances nécessaires.Les sœurs acceptèrent donc son offre avec empressement et, en dépit de l\u2019opposition ouverte des paroissiens, résolurent de demeurer à Longueuil.D\u2019ailleurs, quelques mois plus tard, le conseil de fabrique revenu à de meilleurs sentiments leur cédait, à son tour, les deux immeubles objet du litige.Cela n\u2019avait été qu\u2019une escarmouche ; c\u2019était pourtant le prélude d\u2019une guerre plus longue et plus perfide.Et cette guerre, sans doute, n\u2019aurait jamais eu lieu, si un semeur d\u2019ivraie, un fauteur de discorde, ne s\u2019était trouvé à Longueuil, en ces temps-là.M.le curé hébergeait, à titre de prêtre auxiliaire, un jeune et éloquent prédicateur, \u201cl\u2019idole du diocèse et particulièrement des paroissiens de Longueuil qui lui prodiguaient (comme apôtre de la tempérance) l\u2019encens de leurs louanges, l\u2019exaltant comme un saint, portant son effigie en triomphe et le proclamant une des gloires du clergé canadien\u201d i mais qui, quelques années plus tard, allait donner la mesure de son âme par une apostasie qui fit un immense, scandale.Sorti depuis peu du noviciat des Oblats, où il s\u2019était réfugié après son interdiction dans le diocèse de Québec, 1.\u2014L\u2019abbé Chiniquy.Notes de Mère Thérèse de Jésus. 606 LA REVUE DOMINICAINE ce prêtre avait su néanmoins capter l\u2019affection et la confiance de l\u2019homme excessivement impressionnable qu\u2019était M.le curé Brassard.Un rêve l\u2019obsédait: se faire une position plus stable en devenant aumônier des religieuses ; mais, il se voyait refuser toute entrée au couvent et tout contact avec les élèves par la prudente supérieure.Derrière elle, il apercevait clairement la direction du Père Allard; et l\u2019on comprend que le sentiment qu\u2019il entretenait à l\u2019égard des Oblats était rien de moins que de l\u2019aigreur.Où chercher ailleurs l\u2019origine des attaques qui surgissaient d\u2019un peu partout contre l\u2019enseignement, les méthodes, l\u2019esprit et, par la suite, contre la nationalité des Pères ?Malheureusement, M.le curé, subissant inconsciemment l\u2019influence de son protégé, se fit le croyant de tous les racontages qui circulaient dans le public et épousa toutes les animosités.La situation devint extrêmement tendue entre le curé d\u2019une part, le couvent et les Oblats de l\u2019autre.On en devine aisément l\u2019aménité par ces deux phrases extraites d\u2019une lettre de M.Brassard à Mère Marie-Rose: \u201c.je ne mettrai les pieds chez vous et ne m\u2019occuperai de vos affaires que lorsque les Pères Oblats Français se seront retirés de votre maison.Aussitôt que les Français se seront retirés, si jamais ils se retirent de chez vous, vous me trouverez comme par le passé.\u201d C\u2019était presque la rupture.Mais, en attendant que les \u201cFrançais\u201d s\u2019en aillent, M.le Curé jugeait bon de reprendre ses cadeaux, en exigeant à prix fort le paiement des propriétés qu\u2019il avait données, sans oublier les intérêts jusqu\u2019à date, acculant ainsi la communauté à deux doigts de la banqueroute. MÈRE MARIE-ROSE 607 Tout cela, qui était fort triste, ne laissait pas d\u2019être connu à l\u2019extérieur.Et ce qui était plus triste encore, c\u2019étaient les calomnies qu\u2019autour d\u2019un pareil état de choses certaines mauvaises langues inconnues ne cessaient d\u2019inventer.Un levain de malveillance avait été déposé dans le cœur du peuple et il fermentait.Des rumeurs partaient, couraient comme des traînées de poudre, à propos de tout et de rien.Tantôt, c\u2019était un mal étrange : la danse de Saint-Guy, la lèpre, on ne savait trop, qui avait envahi le couvent; tantôt, c\u2019était une jeune fille reléguée dans une chambre sans feu et trouvée morte, le lendemain, des suites du froid et de la faim.Les parents accouraient, affolés, de Montréal et n\u2019étaient rassurés qu\u2019en voyant leurs enfants débordantes de santé.Ces mensonges prirent de si grandes proportions que le médecin du couvent et les commissaires d\u2019école durent publier sous leur signature, dans le journal La Minerve, un démenti formel de toutes ces absurdités.Au sein de ces tribulations, qui ne se serait découragé, jetant, comme on dit, le manche après la cognée ?Il est à croire que plus d\u2019une au couvent aurait fini par lâcher pied, démoralisée par tant de vilenie et, on peut bien le dire, d\u2019ingratitude, si ces humbles filles n\u2019avaient eu constamment au milieu d\u2019elles un feu vivant qui leur réchauffait l\u2019âme, une sage parole qui les rassérénait, un exemple de fermeté qui les entraînait sans cesse : leur supérieure.En ces jours troublés, alors que plusieurs d\u2019entre elles regardaient encore la terre avec des yeux humains, Mère Marie-Rose tenait les siens fixés sur le ciel.Quand, au fort de la tempête, l\u2019œuvre qui lui est si chère chancelle et que le désastre paraît proche, nous la voyons tranquille.Le calme persévérant, fait de soumis- 608 LA REVUE DOMINICAINE sion à la volonté d\u2019en haut et de confiance quand même, élément si nécessaire à tout bon gouvernement, il réside en elle.Comme si rien n\u2019était, elle cultive l\u2019arbre qu\u2019elle a planté: organise une congrégation d\u2019Enfants de Marie, visite les classes, montre le catéchisme, dirige des séances scolaires, voit aux congés et aux vacances, surveille les retraites, adopte des orphelines, reçoit des postulantes, forme des novices, refait des règlements, prépare une multitude de cérémonies religieuses.D\u2019une activité sans égale, elle est partout et, cependant, ne perd aucun des exercices de communauté.Si, quelques rares fois, elle ne sourit pas, c\u2019est qu\u2019elle s\u2019imagine que les calamités qui fondent sur son œuvre sont une punition de ses propres fautes.Mais, la paix du moins est au fond de son âme où flambe l\u2019amour de Dieu.\u201cJe mérite l\u2019enfer.J\u2019espère le ciel\u201d, disait-elle.Puis, sitôt que l\u2019arbre est assez fort et qu\u2019il commence à pousser ses premiers bourgeons, vite, elle ouvre une maison à Belœil, une autre à Saint-Timothée, une autre à Saint-Lin, \u2014 trois rejetons, en moins de cinq ans ! \u2014 et elle suit d\u2019un œil attentif le développement de ces jeunes fondations, joyeuse de leur prospérité, inquiète de leurs vicissitudes.Ce ne sont pas seulement ses exhortations et ses lettres, sobres, édifiantes et franches, qui remontent et maintiennent ses compagnes dans la fidélité: c\u2019est toute sa manière d\u2019agir, c\u2019est sa pensée entière, rayonnante et conquérante.Les autres vivent de sa pensée.Et c\u2019est un esprit de foi.Elle est tout à Dieu et Dieu est tout pour elle.Dieu, c\u2019est le but qu\u2019elle vise; c\u2019est l\u2019axe autour de quoi elle tourne ; c\u2019est le chemin dans MERE MARIE-ROSE 609 lequel elle marche.L\u2019idée ne la quitte pas qu\u2019elle est en sa présence.Il y a elle et il y a Dieu.En dehors de cela, il y a tout ce qui se rapporte à Dieu, mais, rien d\u2019autre ne l\u2019intéresse.Or, elle: ses fatigues, ses souffrances, ses ambitions, ses revers, cela ne compte pas.Ce qui compte, c\u2019est l\u2019œuvre de Dieu.Dans les élèves, les novices, les professes, elle ne voit que le progrès vers Dieu.Si, dans ses lettres et ses conversations, elle s\u2019ouvre à son évêque avec une ingénuité d\u2019enfant, lui faisant part, non seulement de son administration, mais de ses misères intérieures; si elle le consulte en toute circonstance et lui obéit aveuglément, c\u2019est que son évêque représente le pape, qui représente le Christ, qui est Dieu.Voilà l\u2019angle sous lequel il faut envisager sa vie.De tout autre point de vue, on la voit mal.Elle est dévote.L\u2019oraison est le coup d\u2019ailes qui porte l\u2019âme vers le ciel; elle le sait et l\u2019utilise.\u201cElle se levait souvent la nuit pour prier.\u201d 2 Ce n\u2019est pas que la prière soit pour elle un exercice facile.Dans les derniers temps surtout, son âme ressemble à un désert sec et nu.Pas un parfum, pas un oiseau, pas une rosée, pas une brise: rien.Il y fait sombre et froid.Mais, il faut prier ; c\u2019est un devoir.Et, comme autrefois dans l\u2019église de Belœil, au temps de l\u2019onction céleste, elle passe de longues heures devant le tabernacle.Car, le tabernacle, séjour de la substance divine, l\u2019attire.Chaque soir, après la prière régulière, elle s\u2019agenouille à la même place, près de la balustrade, le corps droit, la tête un peu inclinée en avant, les mains jointes: une statue, \u2014 et elle adore.Ses communions font l\u2019édification du couvent; chacune en parle.\u201c.Revenant de la Sainte Table, elle 2.\u2014Mère Véronique-du-^Crucifix. 610 LA REVUE DOMINICAINE semblait perdue en Dieu et comme absorbée par la grandeur de Faction qu\u2019elle accomplissait.\u201d 3 \u201cSa figure paraissait comme illuminée: on ne pouvait se lasser de la regarder.\u201d 4 Les enfants en avaient des distractions et demandaient: \u201cEst-ce que les anges sont aussi saints que notre Mère ?.\u201d Mais, quelqu\u2019un qui n\u2019était pas un enfant, le frère Basile, un vieux convers oblat qui servait quelquefois la messe au couvent, dit qu\u2019à plusieurs reprises, il aperçut une auréole autour de la tête de la fondatrice lorsqu\u2019elle communiait.Méthodique et mesurée dans ses dévotions comme en toutes choses, elle n\u2019en multiplie pas les objets.On ne voit guère, en lisant sa vie, qu\u2019elle ait perdu du temps à passer d\u2019un saint à l\u2019autre.Il y a bien dans sa cellule une image de sainte Rose et une de saint François-Xavier mais, à part le Saint-Sacrement, son crucifix et ses laborieux chemins de croix, seuls, saint Joseph et la Vierge Marie l\u2019accaparent.Ces grandes figures de FEgîise lui suffisent.Pour la Mère de Dieu spécialement elle garde une tendresse exquise; et, dans l\u2019amour qu\u2019elle donne au Fils divin, elle confond la Mère divine, ayant l\u2019intuition que c\u2019est d\u2019une délicatesse suprême et le meilleur moyen de plaire à l\u2019un et à l\u2019autre.La Vierge Marie î Elle ne se lasse pas d\u2019en parler.Pas une allocution, pas une lettre où son nom ne soit mentionné.Il revient comme un refrain, une note dominante eu l\u2019on devine une ineffable passion, un peu naïve, comme il convient, mais si sincère ! Elle se nomme: l\u2019indigne esclave de Marie.Elle a placé dans la salle des novices une chaise où personne n\u2019a le droit de s\u2019asseoir: c\u2019est la chaise de la sainte Vierge, première direc- 3.\t\u2014Notes de Johanna Roche.4.\t\u2014Notes de Joséphine Lagassé. MERE MARIE-ROSE 611 trice du noviciat.Chaque soir, elle confie à la sainte Vierge, première supérieure, première économe de la communauté, les mauvaises affaires qu\u2019elle a sur les bras.Toutes les novices qui ont confié leurs peines à Mère Marie-Rose ont reçu le même conseil, pour finir: Allez à la chapelle et priez la sainte Vierge ! Il y a un cantique qu\u2019elle aime à chanter souvent: Je mets ma confiance, Vierge, en votre secours.Nous allons voir que le secours de la Vierge correspondait à sa confiance.Abbé Joseph-Marie Melançon (La fin le mois prochain) - * - \u201cTON OEIL EST LA LAMPE DE TON CORPS\u201d (Math., vi, 22) AUX JEUNES GENS L\u2019œil est la réplique de l\u2019âme.Il en imite la délicatesse dans sa structure et la souplesse dans ses mouvements.L\u2019amplitude de son rayonnement et sa singulière capacité d\u2019expression assimilent sa vertu à celle des natures spirituelles.En outre, grâce à cette parenté, il possède une valeur d\u2019évocation qui en fait un symbole infiniment expressif.Considérons d\u2019abord ce qu\u2019il est, et cela nous aidera à mieux connaître la réalité supérieure qu\u2019il représente: l\u2019intellect pratique.Ce que l\u2019œil est au corps, l\u2019intellect pratique l\u2019est à l\u2019âme.L\u2019un et l\u2019autre, dans leur ordre, ont pour office de nous diriger.L\u2019œil.petit organe mobile, aux teintes parfois tranchées, parfois indécises, piqué au centre d\u2019une gra- 612 LA REVUE DOMINICAINE cieuse perle noire, recouvert à l\u2019extérieur d\u2019une fine lame de cristal,.quel instrument splendide ! Mais ce qui en fait une définitive merveille, c\u2019est le nouveau mode de vie qu\u2019il décèle.La vertu de l\u2019âme qui se loge en lui, contractant les dispositions de l\u2019organisme qu\u2019elle vivifie, s\u2019épanouit en vision.Une vibration de l\u2019éther n\u2019a qu\u2019à l\u2019effleurer, et instantanément il entre en union avec les spectacles les plus divers.Cette transposition des énergies spirituelles fait penser aux ondes électriques qui se changent en lumière et aux courants aériens qui se transforment en musique.Il ressemble encore à l\u2019âme par le caractère quasi-spirituel de ses opérations.Sa vivacité est sans égale; son agilité est prodigieuse.Dans l\u2019instant il agit près de moi, et dans l\u2019instant immédiat, je le surprendrai peut-être à agir dans le lointain.Il promène sa curiosité avec une prestesse incomparable.Il n\u2019en tient qu\u2019à sa fantaisie de visiter le ciel ou de vagabonder à travers la campagne.Il doit cette prérogative à sa manière singulière d\u2019être impressionné par les excitants de l\u2019extérieur.Les êtres du monde sensible n\u2019échangent leurs perfections qu\u2019à la condition de devenir autres : la page de mon livre ne porte la teinte du bleu-pâle, que parce qu\u2019elle a sacrifié la pureté de sa blancheur et subi l\u2019altération.Le coloris léger qu\u2019elle présente tient à sa substance et fait corps avec elle.Mon œil au contraire accueille les similitudes tout en demeurant parfaitement identique à lui-même.Si bien, que lorsqu\u2019il reçoit les traits du Sauveur que je contemple sur mon crucifix, ces traits sacrés ne deviennent pas siens pour cela, mais demeurent toujours ceux du divin Crucifié.Ils sont venus en lui sans 613 \u201cTON OEIL EST LA LAMPE DE TON CORPS\" être d\u2019aucune façon de lui.C\u2019est vraiment mystère ! Il est devenu eux sans se confondre avec eux, sans en retenir la moindre empreinte.Comme l\u2019âme, l\u2019œil devient tout, sans cesser d\u2019être lui-même.Il y a aussi dans l\u2019universalité de son pouvoir quelque chose qui le rapproche de l\u2019âme.L\u2019œil est fait pour les couleurs.Il y puise le secret de ce charme délicat qu\u2019il verse à notre âme.Que seraient les corps sans couleur ?Que serait le printemps ?que seraient les étés ?que seraient les automnes ?.Quel agrément auraient à nous offrir les prés et les bois ?A quoi servirait ce manteau de mousses fines, de dentelles menues, d\u2019herbes minuscules, de corolles muettes que la nature, cette grande artiste, ne se lasse de broder ?L\u2019éclat même du jour dégénérerait en une large nappe de lumimosité informe, et notre joie serait pour autant amoindrie.Au surplus, sa sensibilité exquise fait que le nombre des tons qu\u2019il peut enregistrer est presque infini.Les moindres nuances ont en lui leur retentissement et varient la sensation.Accroissements et dégradations infimes sont saisis.Les grains les plus fins sont aperçus et soulignés.Il résulte de là qu\u2019il est par excellence le sens de la beauté physique.Ses perceptions ont quelque chose de plus vif et plus complet que celles des autres sens.Il atteint les êtres tels qu\u2019ils existent en nature: il les saisit dans la diversité de leurs attitudes, la variété de leurs contours et la complexité de leur habillement.Aussi, est-il seul à procurer à un si haut point la sensation de la vie.Enfin, ce qui concourt à élargir encore sa puissance de discernement, est la simultanéité de ses perceptions: 614 LA REVUE DOMINICAINE Je vois en même temps une série de livres sur mon rayon; et je les vois avec un précis, une netteté, un finesse que tout autre sens est inapte à m\u2019accorder.Mais ce qui atteste définitivement que l\u2019œil est plus près de l\u2019âme que les autres sens, c\u2019est sa faculté d\u2019en traduire les sentiments.L\u2019œil trahit l\u2019âme.Il en reflète la noblesse ou la grossièreté.Il en répand les qualités ou les défauts sur le visage entier.C\u2019est comme si, observe ingénieusement S.Thomas, elle refluait en lui.Il va même jusqu\u2019à dénoncer les émotions fugaces qui la traversent.Les sentiments les plus suaves comme les passions les plus tumultueuses ont écho en lui.Il est tantôt sympathique et tantôt malveillant, tantôt gai et tantôt triste, tantôt austère et tantôt langoureux, tantôt communicatif et tantôt fuyant, tour à tour fier, humilié, lâche et combattif.Tous ces états, comme notre langage l\u2019indique, affectent son opération.Nous disons: voir d\u2019un bon ou d\u2019un mauvais œil, et d\u2019un homme en furie qu\u2019il voit rouge.Presque fatalement, l\u2019œil voit selon les impressions que lui envoie notre intérieur.De sorte qu\u2019il est une \u201clampe du corps\u201d qui n\u2019éclaire pas exclusivement par le jeu spontané de sa vertu naturelle, mais sa lumière est affectée par nos dispositions intimes.Et notre conduite s\u2019en trouve modifiée pour autant, puisque la plupart de nos mouvements sont déterminés et orientés par la vision.* * * \u201cTon œil est la lampe de ton corps.\u201d Ces considérations sur le rôle et les ressources de l\u2019œil nous font voir qu\u2019il est difficile de trouver un symbole plus approprié pour évoquer la lumière de l\u2019intelligence.Jésus prêchant aux foules de Judée pouvait-il choisir une métaphore qui 615 \u201cton oeil est la lampe de ton corps\u201d pût leur en marquer davantage le prix ?Est-il une image plus apte à en graver dans des esprits rustres le caractère pratique ?Notre office a pour office de diriger notre âme, comme l\u2019œil le corps.Tous les dons de ce dernier, il les possède d\u2019une façon éminente: Comme lui, il agit dans l\u2019indépendance de la matière et de l\u2019espace: comme lui, il étend son action à tout et s\u2019assimile tout; comme lui aussi, son regard est susceptible d\u2019être influencé.Et voilà que nous atteignons la portée du symbole évangélique: les connaissances de l\u2019esprit servent de règle à l\u2019action, et cette règle vaut selon qu\u2019il est bien ou mal éclairé.Arrêtons-nous un peu à considérer comment, lorsqu\u2019il est affecté par la vérité, ses jugements sont transfigurés et ses directions rehaussées.Nous constaterons ainsi notre besoin de vérité dans la vie pratique.Et d\u2019abord quelques principes.L\u2019homme est un contemplatif; il est en outre un animal ingénieux et entreprenant, un être actif.Par la pensée il amène le dehors en lui, par l\u2019action il se prolonge et se répand à l\u2019extérieur.L\u2019opération de son intelligence ressemble au repos, celle de sa volonté fait penser au mouvement.Il est à noter en second lieu que nos ressources en vue de l\u2019action diffèrent totalement de celles des autres créatures.Les être du règne végétal et animal vont au gré de l\u2019instinct et se meuvent selon une certaine fatalité.Nous, nous jouissons de l\u2019autonomie.Eu égard à ia spiritualité de notre intelligence, nous pouvons nous replier sur nous-mêmes, revivre nos pensées, juger et apprécier nos propres jugements, nous assigner des fins, découvrir l\u2019harmonie ou le désaccord de notre activité en fonc- 616 LA REVUE DOMINICAINE tion de nos desseins.Nous acquérons de la sorte la prérogative d\u2019orienter nous-mêmes notre action, de la tourner en tous sens, de l\u2019empreindre du sceau de notre esprit, de la pénétrer des acquisitions de notre labeur.Et alors la pensée devient susceptible de transfigurer l\u2019acte, et la vérité dont elle est empreinte offre à son tour une valeur de vie.Rayon unique descendu du ciel, celle-ci se réfracte en notre intelligence comme en un miroir et disperse ses flammes sur toutes nos entreprises.Et nous voyons que notre besoin de vérité se révèle encore plus aigu et plus pressant dans le domaine de l\u2019action que dans celui de la contemplation.Le pied court où le regard se porte; la conduite est affectée par les couleurs de l\u2019idée.\u201cL\u2019œil sain met tout le corps dans la lumière, tandis que l\u2019œil mauvais l\u2019introduit en un lieu de ténèbres.\u201d Dans Vordre pratique, la vérité a un double office: elle nous éclaire sur le problème de nos destinées, et, cette question de la fin résolue, elle ouvre les voies qui y conduisent.Par conséquent, besoin de vérité pour découvrir l\u2019aboutissement réel de notre vie, besoin de vérité pour connaître les moyens qui nous y font parvenir.p Quels sont les biens qui méritent l\u2019holocauste de notre vie ?A quoi consacrer nos efforts et nos souffrances ?C\u2019est à la vérité de nous le dire.Y a-t-il lieu d\u2019attendre des richesses, des honneurs, de l\u2019amitié, le bonheur sans mélange que réclament nos âmes ?C\u2019est à la vérité de répondre ! De tout ce que nous promettent les fauteurs de systèmes, quel est le réel, quel est le chimérique ?C\u2019est à la vérité de nous éclairer.Devons-nous être stoïciens, 617 \u201cTON OEIL EST LA LAMPE DE TON CORPS\u201d épicuriens, rationalistes ou chrétiens ?C\u2019est à la vérité de décider.Quand on en vient à repenser pour son compte toutes les idées acceptées de confiance, et à chercher un point où fixer la chaîne de ses sacrifices et de ses déboires, la vérité est plus précieuse que tous les trésors accumulés en ce monde.A ce moment inquiétant, un mot de l\u2019Evangile apporte plus de lumière, plus de suavité et plus de courage que tous les livres de meilleurs écrivains.Nous y trouvons, entr\u2019ouvertes devant notre intelligence troublée, les perspectives de l\u2019étemelle vie.\u201cEn vérité, en vérité, je vous le dis, l\u2019heure vient, et elle est déjà venue où les morts entendront la voix du Fils de Dieu, et ceux qui l\u2019auront entendue vivront.Ceux qui auront fait le bien sortiront de leur sépulcre pour une résurrection de vie; ceux qui auront fait le mal, pour une résurrection de condamnation.\u201d Il y a une Personne, une Réalité absolue, à laquelle nous sommes redevables de tout ce que nous sommes, et qui, à ce titre, est en droit d\u2019exiger que nous ne contrecarrions pas ses desseins.Mais par une disposition ineffable et vraiment digne de l\u2019Etre tout-puissant, il arrive que, lorsque nous cherchons son bien, nous trouvons le nôtre.En pliant notre vouloir au sien, nous nous mettons en voie de notre héritage éternel.En suivant ses directives, nous tendons vers l\u2019Infini vivant dont la vision et l\u2019amour jetteront nos âmes en une extase sans fin.On est porté à oublier l\u2019importance de cette première solution; on a une trop faible idée de son rayonnement et de son emprise sur la vie.\u201cToutes nos actions et nos pensées, dit Pascal, doivent prendre des routes si différentes, selon qu\u2019il y aura des biens éternels à posséder ou non.\u201d On ne se soucie pas assez de méditer ces 618 LA REVUE DOMINICAINE choses et d\u2019en faire comme l\u2019obsession de son esprit.A quoi sert la plus éclatante carrière si elle n\u2019aboutit à rien ?Ce qui conduit au néant est néant.\u201cQue sert à l\u2019homme de gagner l\u2019univers entier, s\u2019il perd son âme ?\u201d Et j\u2019ajouterais qu\u2019on doit s\u2019attacher à ce donné primordial d\u2019une prise d\u2019autant plus forte que sa condition sociale est plus haute, sa nature morale plus fragile et plus sujette au dégoût.Que d\u2019hommes auraient pu être grands et accomplir des oeuvres qui ne passent pas si cette première vérité n\u2019avait pas été dans leur esprit comme un flambeau éteint.Ils ont été médiocres, ils ont été parfois de misérables corrupteurs, parce que leur vie a vogué autour d\u2019une réalité nuageuse et flottante, autour d\u2019un idéal effacé et insaisissable, autour d\u2019une passion qui a énervé leurs forces.Lorsque l\u2019esprit est littéralement entiché pour des futilités, comment voudriez-vous qu\u2019une action sérieuse germe dans l\u2019âme ?Le goût pour les choses nobles et grandes peut-il résulter de projets mesquins et bas ?Oh non ! Lorsque tout chancelle dans l\u2019esprit, lorsque tout y est vanité, la digue qui tient en respect les passions est têt renversée.Les sens ont vite fait de triompher de la raison.En conséquence, si nous souhaitons que notre vie évolue dans le plan de notre âme divinisée, si nous voulons qu\u2019il y ait continuité entre la noblesse de notre nature et notre conduite, commençons par nous attacher fermement à ce que la Vérité nous enseigne sur le but de la, vie.Laissons sa lumière briller en notre esprit d\u2019un éclat libre et nous aurons chance que notre action soit à la hauteur de notre dignité de Chrétien.Là est le point de départ d\u2019une vie féconde. 619 \u201cTON OEIL EST LA LAMPE DE TON CORPS\u201d * * * La vérité ne fait pas que fixer notre vie à son terme véritable.En nous dévoilant les moyens de l'atteindre, elle prolonge ses influences sur notre existence entière.Elle nous assiste à chaque instant, prête sa lumière à chacun de nos pas, imprime à chacune de nos actions une modalité spirituelle qui la met en accord avec notre but suprême.Comment cela peut-il se faire ?Ainsi que nous l\u2019avons vu, il nous est donné de faire tenir en nos actes les conceptions de notre intelligence.Comme des artistes, nous édifions nos propres vies.En effet, dès qu\u2019un projet se présente à l\u2019esprit, le désir se lève et, sous son souffle, toute une organisation de moyens aptes à le réaliser surgit de notre pensée.Nous nous surprenons à former des propos, à ébaucher des plans, à tracer inconsciemment des lois à nos démarches.Et après cela, si le désir est assez véhément pour donner suite à l\u2019action, nous voyons tous nos efforts rejoindre ce dispositif idéal.L\u2019exemplaire que nous avons conçu sert à façonner la réalité.La vérité que notre esprit porte s\u2019incarne dans l\u2019acte.La lumière devient l\u2019âme de la vie.C\u2019est que notre âme est une, et elle agit naturellement avec les lumières dont elle dispose.En outre, comme ses facultés ne sont pas cloisonnées ni imperméables l\u2019une à l\u2019autre, elle ne saurait éclairer l\u2019une sans qu\u2019il en résulte un ébranlement efficace dans les autres.Et l\u2019on conçoit par là que la vérité, pour être dans la ligne pure de l\u2019intellection, ne laisse pas d\u2019être roborative.A raison de la compénétration de nos puissances, elle revêt en nous non seulement les propriétés d\u2019un ferment, mais d\u2019un principe constructeur, d\u2019une force cristallisante. 620 -A REVUE DOMINICAINE Elle capte peu à peu nos énergies éparses et les ramène à l\u2019unité.Par conséquent, celui qui met son idéal dans le Bien véritable est, par le fait même, enclin à introduire dans son agir la rectitude que Dieu souhaite y voir.D\u2019instinct, il façonne sa vie dans la Vérité.Car la vérité, qu\u2019est-ce autre chose en pratique, que la proportion intrinsèque de nos actes en regard du terme ultime ?Ici, l\u2019expérience rejoint la théorie et la corrobore.Les âmes qui s\u2019éprennent pour les biens de l\u2019au-delà donnent tout naturellement leurs préférences à la règle que leur suggèrent leur conscience et leur foi.Elles ont vite aperçu l\u2019impossibilité de trouver une norme de conduite qui soit également en harmonie avec leur idéal.Et comme l\u2019ordre de la raison et de la foi n\u2019est pas autre chose que la transposition en elles de l\u2019Ordre étemel, il arrive que leur vie est pour ainsi dire marquée à l\u2019effigie de l\u2019immuable Vérité.La loi est la même pour nous.Nous n\u2019introduirons de l\u2019immuable dans notre vie qu\u2019à la condition de laisser la lumière divine s\u2019épanouir dans notre intelligence.Alors seulement nous pourrons aimer dans l\u2019ordre, agir dans la vérité, nous délecter dans la paix.Nos âmes se perdront dans la suprême Sagesse: \u201cqui perd son âme la sauve\u201d; nos vies seront adaptées à l\u2019Ordre étemel que nous portons en lueurs dans notre cœur d\u2019homme et de chrétien.La Vérité sera vraiment le principe vivifiant et la force organisatrice de notre activité.La loi du Seigneur, comme une haie fraîche et ensoleillée, guidera nos pas : La loi de Yaveh est sans souillure, Elle restaure l\u2019âme.Ses décrets sont droits, Ils mettent la joie dans les cœwrs. \u201cTON OEIL EST LA LAMPE DE TON CORPS 621 La vie du Christ nous apparaîtra comme l\u2019idéal le plus pur qui puisse éclairer la nôtre et la conduire à ses fins.Et par un contre-coup nécessaire, nos inclinations perverses seront redressées, nous serons dégagés des suggestions captieuses de la sensibilité: Veritas liberavit vos.La vérité nous manifeste l\u2019orientation qu\u2019il convient de donner à notre conduite.Grâce à elle, nous mettons la vie de l\u2019intelligence et celle du cœur au diapason de notre âme.Mais là ne s\u2019arrête pas son rayonnement.Elle étend son action jusqu\u2019aux biens matériels qui ont été concédés à l\u2019homme à titre d\u2019adjuvants.A la faveur de ses lumières, nous transformons en valeur utile les richesses de la nature.Par elle les choses entrent en accord avec notre fin.Associé par son intelligence à la souveraineté de l\u2019Etre premier, l\u2019homme s\u2019en sert pour conquérir le coin de terre qu\u2019il habite et étendre sa domination à tous les éléments qu\u2019il contient.Sous les touches fortement appuyées de la pensée, la matière devient énergie, devient instrument, devient mécanisme, devient monument, devient logis.L\u2019idée règne sur tout; et en conséquence la vérité s\u2019inscruste en tout.C\u2019est comme un va-et-vient des choses à l\u2019âme et de l\u2019âme aux choses.Il s\u2019établit entre elles tout un ensemble de communications mystérieuses par lesquelles elles se travaillent réciproquement.Après s\u2019être configurée au dehors, l\u2019intelligence de l\u2019homme réagit, combine ses concepts, donne jour à de nouvelles créations, et retourne sur lui le produit de sa fécondité.Il ressort de ces quelques pages que la vérité est l\u2019apanage le plus glorieux de l\u2019homme.Elle élève son âme et sa vie, elle le délivre des ténèbres de l\u2019ignorance et des angoisses du doute, elle le solidarise tout entier à l\u2019Ordre éternel.\tP.Louis LACHANCE, O.P. BULLETIN DE DROIT CANONIQUE Vers Vunité de VEglise C\u2019est bien ainsi qu\u2019il convient de qualifier l\u2019orientation donnée par l\u2019Encyclique \u201cRerum Orientalium\u201d du 8 septembre: l\u2019étude des choses orientales que l\u2019acte pontifical veut promouvoir n\u2019a pour but, en effet, que \u201cde hâter la venue du jour où Grecs, Slaves, Roumains et autres orientaux reviendront à leur intimité primitive avec l\u2019Eglise Romaine.\u201d Ce document est l\u2019un des plus importants qu\u2019ait publiés le Saint-Siège sur la grave question de l\u2019unité de l\u2019Eglise.L\u2019Encyclique se divise en deux parties; la première est l\u2019historique des principales initiatives pontificales en faveur des études orientales : bienveillance envers les saints Cyrille et Méthode; intérêt porté par les conciles; envoi de religieux missionnaires; collèges pour les orientaux ; exhortation à l\u2019étude des langues orientales ; congrégation spéciale ; instituts d\u2019Etudes orientales ; surtout, fondation de l\u2019Institut Oriental de Rome: voilà pour le passé.La seconde partie de l\u2019Encyclique exprime les désirs du Pape pour l\u2019avenir : c\u2019est, d\u2019abord, le développement de l\u2019Institut Oriental de Rome que le Pape, grâce à des largesses de catholiques américains, installe dans un nouveau local à Sainte-Marie-Majeure, et qu\u2019il veut doter d\u2019une bibliothèque d\u2019exceptionnelle valeur ; à cet Institut, les évêques sont invités à envoyer leurs sujets.En outre, le Souverain Pontife désire que, dans les séminaires, l\u2019on enseigne au moins les éléments des choses orientales.Il exhorte les Ordinaires à seconder ses efforts vers l\u2019ob- \u2014 BULLETIN DE DROIT CANONIQUE 623 tention de l\u2019unité tant désirée.Et il termine en mettant sous le patronage de la Vierge Immaculée et des Saints de l\u2019Eglise Orientale, son effort de pacification et d\u2019unification.Puisse ce paternel appel susciter une croisade de prières pour le retour à l\u2019unité ! Pour Vétude du catéchisme Bien que document particulier, la lettre de S.S.Pie XI au cardinal-archevêque de Naples, à l\u2019occasion d\u2019un congrès catéchistique, a une portée générale.Le Souverain Pontife y prononce des paroles d\u2019une spéciale gravité sur la nécessité des études religieuses : \u201cIl est nécessaire, dit-il, de faire connaître de plus en plus les vérités éternelles.Quoi de plus propre au salut des âmes et au meilleur emploi de la vie que la vérité chrétienne qui a tout restauré dans le Dieu Sauveur, et qui élève les fidèles à la véritable prospérité ?Il importe d\u2019apprendre le catéchisme non seulement aux enfants mais aussi aux adultes, car incroyable est, actuellement, l\u2019ignorance de la doctrine chrétienne.\u201d Aucun encouragement plus efficace ne pourrait être donné à ceux qui essaient de promouvoir le goût des études religieuses.Une enquête sur les mariages mixtes Faut-il abolir absolument les dispenses pour mariages mixtes ?Tel était le titre d\u2019un article publié, récemment, dans YHomiletic and Pastoral Review, par le R.P.Stanislas Waywod, O.F.M.L\u2019auteur se prononce résolument en faveur de l\u2019abolition totale de toute dispense pour mariages mixtes.L\u2019article a suscité l\u2019exposé d\u2019opinions fort diverses que publie la même revue sous le titre: Symposium on mixed marriages; la plupart ap- 624 LA REVUE DOMINICAINE prouvent la solution radicale du R.P.Waywod ; d\u2019autres la trouvent trop absolue et la jugent impraticable.Bien que l\u2019article ait été écrit pour un public américain, il ne manque pas d\u2019actualité au Canada, puisque le même problème se pose dans plusieurs de nos villes; 1 d\u2019où, croyons-nous, l\u2019utilité d\u2019un résumé de la thèse du R.P.Waywod et des principales réponses qui y ont été faites.* * $ L\u2019opinion du R.P.Waywod est ainsi formulée: \u201cLes dispenses pour mariages mixtes devraient être absolument abolies, au moins de la manière dont elles sont actuellement accordées.\u201d Voici les principales raisons sur lesquelles le R.P.appuie son opinion: 1° Dans la plupart des cas, la seule raison pour la demande de dispense est la volonté, de se marier malgré la défense de l\u2019Eglise.Or, de telles dispositions rendent la loi inefficace.La loi de l\u2019Eglise \u2014 canon 1061 du Code \u2014 exige, comme conditions de la dispense, la certitude morale que les promesses prescrites seront fidèlement tenues,2 et l\u2019urgence de causes graves et justes.De l\u2019aveu d\u2019un grand nombre de prêtres, ces conditions sont rarement réalisées, et la demande de dispense n\u2019est faite qu\u2019à cause de la détermination de se marier quand même.Ne serait-il pas préférable, demande le R.P., d\u2019abolir absolument les mariages mixtes ?1.\t\u2014Plusieurs des réponses envoyées au R.P.Waywod viennent du Canada.2.\t\u2014L\u2019Eglise exige a) que la partie non-catholique s\u2019engage, par écrit, à écarter tout péril de perversion pour la partie catholique; &) que les deux parties s\u2019engagent à élever catholiquement leurs enfants. BULLETIN DE DROIT CANONIQUE 625 2° Le régime des dispenses est cause de plaintes: si l\u2019Ordinaire n\u2019a pas la certitude morale que les conditions seront remplies, il devra refuser la dispense; dans le cas contraire il pourra l\u2019accorder.Ceux à qui la dispense aura été refusée ne manqueront pas de se plaindre.3° La facilité avec laquelle les dispenses ont été accordées a pratiquement fait perdre aux catholiques la conscience de la gravité de l\u2019opposition de l\u2019Eglise aux mariages mixtes.4° L\u2019expérience prouve que les dispenses faciles pour mariages mixtes conduisent à la dépréciation de la foi au profit de l\u2019indifférence religieuse, à la diminution de la pratique religieuse, à la théorie de l\u2019égalité de toutes les religions.5° L\u2019on sait que l\u2019Eglise a toujours été opposée aux mariages mixtes, qu\u2019elle les a prohibés sévèrement; ce serait donc se conformer à son désir que de travailler à l\u2019abolition absolue de ce mal.6° Là où l\u2019on a fait l\u2019essai du refus absolu de dispenses, les résultats ont été excellents: peu de fidèles ont osé se marier quand même, civilement.Et faudrait-il s\u2019occuper de ceux qui tiennent si peu à leur foi catholique qu\u2019ils soient prêts à la sacrifier à un mariage ?Pour ces raisons, le R.P.Waywod conclut à la nécessité de l\u2019abolition complète des mariages mixtes.Quoi faire ?S\u2019entendre sur l\u2019attitude à prendre et l\u2019universaliser ; procéder avec prudence.Quant aux attaques dont cette mesure pourrait être l\u2019occasion, il faudrait rappeler courageusement qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une question de régie interne qui ne regarde que l\u2019Eglise.En terminant son article, le R.P.Waywod invitait les membres du clergé à exprimer leur avis sur le sujet. 626 LA REVUE DOMINICAINE Ce désir a été réalisé, car YHomiletic a reçu plusieurs réponses qu\u2019elle publie chaque mois.La majorité des opinions sont favorables à la conclusion du R.P.; toutefois, la plupart ne sont qu\u2019une adhésion sans nouvelles raisons justificatives.Il faut, cependant, faire une mention spéciale de l\u2019avis de Mgr Gercke, évêque de Tuscon: le prélat attribue aux mariages mixtes le plus grand nombre des défections chez les catholiques américains; il constate que les essais d\u2019instructions aux non-catholiques, avant leur mariage avec des catholiques, n\u2019ont guère eu de succès; il admet que l\u2019éducation du peuple par la prédication pourrait amoindrir le mal, mais il ne voit de vrai remède que dans Yabolition absolue des mariages mixtes.Et ainsi pensent plusieurs curés, professeurs, missionnaires, et prélats qui donnent comme mot d\u2019ordre: demandons au Saint-Siège d\u2019abolir totalement les mariages mixtes.Leur avis, cependant, n\u2019est pas universellement accepté.Tout à l\u2019opposé, il se trouve, p.ex., des curés qui déclarent: \u201cil est clair que dans notre paroisse, l\u2019Eglise gagne plutôt qu\u2019elle ne perd au régime des instructions données aux non-catholiques et des dispenses.\u201d D\u2019autres n\u2019ont ni cet optimisme ni ce pessimisme : ils admettent que les mariages mixtes sont dangereux; ils souhaitent d\u2019en voir diminuer le nombre; mais ils ne croient pas à l\u2019opportunité de les supprimer complètement.Tel Mgr Dunn, vicaire-général de New-York, qui voit la solution du problème des mariages mixtes dans une stricte application de la loi de l\u2019Eglise sur l\u2019exigence des conditions ; tel encore ce curé de Toledo qui suggère de refuser la dispense pour le mariage d\u2019un catholique avec une non-catholique et non vice-versa, et d\u2019exiger d\u2019une catholique qu\u2019elle obtienne le consentement de son BULLETIN DE DROIT CANONIQUE\t627 curé avant la promesse de mariage avec un non-catholique; tel aussi ce curé qui après vingt ans d\u2019expérience, déclare que l\u2019instruction des non-catholiques et l\u2019exigence des conditions sont possibles et efficaces.Devant ces avis contraires, n\u2019est-il pas légitime de croire que la sagesse et la modération de la législation ecclésiastique sont encore la meilleure politique à suivre ?Que l\u2019on s\u2019en tienne exactement et fermement aux conditions exigées: causes justes et graves, promesses de respect protecteur de la foi de la partie catholique et de l\u2019éducation catholique des enfants; que la dispense soit refusée courageusement lorsque ces conditions sont inexistantes et qu\u2019elle soit concédée lorsqu\u2019il y a lieu ; que, surtout, la conscience des catholiques soit éclairée, et le problème des mariages mixtes sera résolu.C\u2019est l\u2019avis de ce lecteur de YHomüetic qui écrit fort sagement: \u201cLa solution du problème des mariages mixtes ne dépend pas d\u2019une législation plus ou moins rigoureuse, mais de l\u2019illumination de la conscience des catholiques.Dans cette question comme dans toutes les questions essentielles de la vie, il faut une éducation religieuse profonde.Actuellement c\u2019est le sens ou la conscience catholique qui empêche beaucoup de mariages mixtes, et c\u2019est le même sens catholique qui, à l\u2019avenir, en diminuera le nombre.Or le sens catholique est une question d\u2019éducation catholique.Il en est des mariages mixtes comme de plusieurs autres influences pernicieuses dont les remèdes sont indiqués par la Sainte-Ecriture: la prédication intense, la prière, l\u2019exemple d\u2019une bonne vie catholique, et la grâce de Dieu.\u201d P.Aug.Leduc, O.P.Ottawa, 12 octobre 1928. LE SENS DES FAITS Au congrès orientaliste d\u2019Oxford Le dix-septième congrès orientaliste international s\u2019est clôturé hier.Paris avait eu le premier en 1873.Le dernier en date se tint, en 1912, à Athènes.C\u2019est au charmant vieil Oxford que fut échu, cette année, l\u2019honneur d\u2019accueillir ces austères savants.Ils y vinrent quelques cinq ou six cents, la plupart délégués officiels des gouvernements, des plus célèbres universités ou instituts des cinq parties du monde.Et toute la semaine, du 24 août au 1er septembre, devant un millier de congressistes: members, les plus grands maîtres ont traité d\u2019une centaine des innombrables spécialités, qui se partagent l\u2019étude de cet Orient mille et mille fois séculaire, et toujours également enchanteur et décevant à la fois de lumière et de mystère.Il n\u2019est pas aisé de rendre compte de pareilles séances d\u2019étude.On ne saurait d\u2019abord songer à donner une idée générale de cette multitude d\u2019aspects particuliers, aux relations et dépendances invisibles à œil nu, qui sont traités dans ces réunions de spécialistes; où le professionnel se cantonne, le profane doit humblement se refuser les vues d\u2019ensemble.Et puis, quand on songe au nombre de pages, sinon de volumes que résume un de ces cents petits travaux de quarante minutes, on s\u2019effraie à bon droit d\u2019avoir à résumer de pareils résumés, à rendre le petit geste sûr et trop rapide de ces grands maîtres de la dissection documentaire hiéroglyphique ou paléographique. LE SENS DES FAITS 629 ¦tioni Ui | st I inreni ficiei; es 011 , naine, i e cos- ! trait* i ; paritaire ai 1 Mais notre pays, un des rares sinon le seul dans ce cas, n\u2019avait aucun délégué à ce congrès, pas plus du gouvernement que de l\u2019une ou l\u2019autre de ses grandes universités \u2014 tant il est vrai que nous sommes jeunes ! J\u2019ai pensé dès lors, qu\u2019il serait peut-être agréable aux lecteurs d\u2019une de nos revues sérieuses d\u2019en apprendre, au moins ce qu\u2019un simple curieux, aussi curieux que possible, mais rien de plus en ces matières, aura pu y avoir entendu ou simplement vu.Ce qu\u2019il a pu y entendre est évidemment plus large que l\u2019unique cours de chaque heure qui lui était offert, cependant qu\u2019à côté s\u2019en donnaient en même temps dix autres.C\u2019est qu\u2019il y a encore les conversations, les échanges d\u2019appréciations de la salle ou de la pension, puis la ressource des allées et venues d\u2019une section à une autre, à chaque travail, selon l\u2019intérêt du sujet ou le renom du maître.Et ainsi, il était tout de même possible d\u2019arriver à une certaine connaissance des différentes parties du programme et de la plupart des conférenciers.C\u2019est tout simplement cet aperçu du congrès que j\u2019essaierai d\u2019abord de donner.* * * L\u2019ensemble des travaux avait été partagé en neuf sections différentes, selon une rubrique géographique.On avait, à cette fin, groupé dans une première série générale les sujets débordant ou dominant les cadres ainsi tracés.Venaient ensuite, d\u2019abord la section consacrée à Y a-ssyriologie ; après, celle des égyptologues ; puis les études sur V Asie ; en cinquième place Y extrême Orient ; Y\tInde moderne dans la suivante; une autre pour Ylram, Y\tArménie et le Caucase; celle de Yhébreu et de Yaraméen; 630 LA REVUE DOMINICAINE l\u2019avant-dernière pour Y Islam et la Turquie; enfin la section de l\u2019art oriental.Tous les jours, à chacune de ces sections, étaient donnés cinq ou six, quelquefois jusqu\u2019à huit travaux: papers.L\u2019ordre en était plutôt arbitraire.On avait évidemment voulu, avant tout, traiter les problèmes les plus actuels, laisser parler les meilleurs experts de l\u2019heure, toucher enfin aux plus grandes spécialités qui se partagent ce vaste domaine scientifique.Une seule série contenait ainsi un grand nombre d\u2019études des plus diverses et des plus intéressantes.Un regard jeté à la section de l\u2019Islam, que je choisis au hasard, en donnera une idée.Il y avait là des travaux consacrés, les uns à la linguistique : U état actuel et les problèmes de la dialectologie osmanoturque, The Arabie language and its proverbs, etc.; d\u2019autres aux mœurs : Among the non-Arab tribes of South Arabia, The origin of the characteristic attitude of mohammedanism towards other religions is to be found in the traditionnal clan-spirit of the Arabs, etc.; ceux-ci à la religion : L'apologie contre Renan de Kamig Kemcd, Secret Persian religion of the Ali-Allahi, etc.; ceux-là aux arts : The Greek musical theorists in Arabie, Ibn Khatina, poète arabe d\u2019Espagne, etc.; et puis : L\u2019histoire du droit chez les Syriens; Quelques rapprochements curieux entre Leibnitz et les Motazilites musulmans; que l\u2019on ajoute à cela la révélation de la Bibliotheca arabica scolasticorum, et tant d\u2019autres communiqués de découvertes de manuscrits, de monuments, etc., etc., et l\u2019on imaginera un peu la richesse de renseignements, d\u2019indications et de suggestions qu\u2019offrait l\u2019ensemble des travaux d\u2019une seule section.Et toujours c\u2019était la leçon d\u2019un maître.Un professionnel, vieil abonné des congrès scientifiques, me disait LE SENS DES FAITS 631 n\u2019avoir jamais eu cette impression, en semblables circonstances, d\u2019une telle généralité de conclusions si hautement et sûrement établies.Il suffirait de citer le nom des principaux conférenciers pour convaincre de la sincérité de ce témoignage.Mais comment choisir ?Je nommerai immédiatement l\u2019illustre linguiste Meillet, l\u2019égyptologue Moret, puis le directeur des fouilles de l\u2019Afghanistan, monsieur Foucher.Comment ne pas citer en même temps les distingués maîtres anglais Thomas, Mar-goliouth, Griffith, Eliot, et tant d\u2019autres ! Il y aurait encore Littman le sémitiste, Zimmern l\u2019assyriologue parmi les nombreux savants d\u2019Allemagne ; l\u2019Américain Woolley, fameux rapporter des fouilles d\u2019Ur; Monsieur Lévi-Provençal de Morocco; l\u2019Egyptien Hussein, les fameux rabbis Jacob et Levy.Je m\u2019arrête; je ne pourrais jamais être complet, et je deviendrais de plus en plus injuste.Je ne veux cependant pas omettre le nom de celui que j\u2019ai si souvent cherché du regard, et toujours en vain, le doux et modeste religieux que tout le monde savant honore comme le maître des archéologues bibliques, le Père Hughes Vincent, O.P., de Jérusalem, délégué du gouvernement français, et retenu par la maladie à Lyon.II resterait à souligner les principales conclusions posées ou du moins avouées, au cours de ces études.Elles sont nombreuses, et quelques-unes importantes.Je sais un professeur en questions scripturaires et orientalistes qui en a précieusement recueilli une bonne gerbe.Les revues spécialistes de ces matières en auront déjà noté la nature, la valeur et la portée, quand ces quelques lignes seront publiées là-bas.Je me contenterai d\u2019attirer l\u2019attention sur certains aveux concernant VUnité du livre d\u2019Isaïe, l\u2019attribution à Moïse des livres du Pen- 632 LA REVUE DOMINICAINE tateuque, Vauthenticité des Psaumes.On s\u2019est particulièrement réjoui de reconnaître qu\u2019un Dr Bauer, un rabbi Jacob et d\u2019autres, tous non-catholiques, rejoignaient ainsi, au bout de si longues et laborieuses recherches, les conclusions de l\u2019Eglise.Que ne de vrais-je pas dire encore ! Mais vraiment je n\u2019ose pénétrer plus avant; je me perdrais dans cette immensité.Songez : tout l\u2019Orient ! Et dès lors : des espaces infinis, blancs d\u2019une éternelle coulée de soleil, des solitudes alourdies dans le rêve d\u2019un trop long passé, la multitude des âmes mystérieuses qui n\u2019ont jamais contemplé que des ruines, écouté que la voix des déserts.Que celui qui s\u2019est un jour surpris, dans la mélancolique clarté d\u2019un jour d\u2019octobre, à l\u2019entrée du plus vaste de ces déserts moroses et silencieux, s\u2019ouvrant tout grand sur l\u2019infinité des sables que les siècles n\u2019ont jamais réussi à marquer que du trait blanc d\u2019un ossement, essaie de deviner l\u2019impression d\u2019immensité, de plus en plus mystérieuse de lumière, de ruines et de fantômes, que finit par donner cette série d\u2019études d\u2019un congrès orientaliste.* * * Ce fond à l\u2019orientale était tout de même admirable à voir, dans le cadre gothique du vieil Oxford, sous la lumière douce et voilée d\u2019un ciel anglais.C\u2019est la lumière, nous dit-on, qui donne aux monuments des Iles Britanniques cet aspect adouci de vieilles choses frileuses et demi-souriantes, à travers leur manteau de houblon.Ne teinterait-elle pas encore les visages, les caractères et les esprits ?Il n\u2019y a pas de doute que les Anglais doivent à cette lumière discrète et inter- LE SENS DES FAITS 633 mittente leur caractéristique peau rosée, introuvable sous le tenace et audacieux soleil du midi.N\u2019y a-t-il pas les mêmes tièdes clartés, plus douces qu\u2019on ne serait porté à le croire, mais vraiment trop peu réchauffantes, dans leurs manières, leurs paroles et jusque dans leurs conceptions ?Voilà en tout cas, ce que j\u2019ai cru reconnaître chez eux, tout particulièrement au cours de cette semaine où je les ai vus recevoir leurs hôtes, présider les séances, présenter de nombreux travaux, et donner ainsi à ce congrès une véritable couleur locale.Je songe avant tout à cette magnifique et glaciale scène d\u2019ouverture, où le Lord président Chalmers, devant le vaste auditoire des membres du Congrès et des représentants de la haute société anglaise, reçut officiellement les délégués : la forte silhouette en gala, bien droite sous le dais finement sculpté du trône, décrétant solennellement que le dix-septième congrès orientaliste international s\u2019ouvrait à Oxford, et qu\u2019il allait donner le shake hands aux délégués devant défiler au pied de la tribune.Rien de plus ! Pas un geste, sûrement pas un cri, à peine un sourire.C\u2019était puissant, peut-être beau ; mais que c\u2019était froid î J\u2019essayais de me représenter une semblable réception dans une université française.N\u2019est-ce pas que l\u2019on imagine facilement l\u2019académique discours d\u2019ouverture, les éloges décernés à droite et à gauche.y compris la France, et la poignée de main, non annoncée, dans l\u2019éclat de voix à haut timbre ?Et entead-on YEccellenza, les bellissimi, les felicissimi, et aussi le fortissimo de l\u2019Italien fatigué de gestes et de cris, mais éclatant de tout le perpétuel soleil qui joue sur ses verts oliviers ! Sans doute, le contraste était plus frappant dans cette circonstance de nécessaire mise en scène.Il demeurait cependant dans le mot calculé des présentations 634 LA REVUE DOMINICAINE et remerciements, dans la facture du travail, sans détour et sans phrase, où le point en question est énoncé dès la première ligne, et posé à chaque mot, devant l\u2019auditeur, dans toute sa franche nudité.Quel est celui qui ne se disait pas intérieurement, au sortir de la première conférence de M.Foucher: un Anglais n\u2019eut pas parlé une heure pour nous dire qu\u2019on avait rien trouvé aux fouilles de Bacte.Ces positifs, qui encadraient leurs doctes hôtes du congrès d\u2019une si belle légion de leurs savants, n\u2019ont pas le goût des gens du midi pour les brillants de l\u2019esprit; leur ciel est d\u2019un tranquille azur derrière les nuages qu\u2019y traîne le vent des mers.Et cependant, quel coin de cette industrieuse Angleterre, qui rappellerait bien plutôt l\u2019immatérialité au troisième degré d\u2019abstraction des docteurs du moyen-âge, avait été choisi pour ce congrès ! Oxford est de fait une ville médiévale, comme Sienne, comme Bruges.Il n\u2019y a rien à y faire qu\u2019étudier, ou se reposer en rêvant du passé.Qu\u2019on y hait bientôt ceux qui ne savent pas respecter son silence et sa méditation ! Nous sommes bien souvent tentés de souffler à la troupe de nos voisins de là-bas, de passage ici : oh ! ne parlez pas si fort, et puis, n\u2019allez pas comparer à vos énormités sans grâce et sans honneur, ces vieux monuments si beaux dans le somnolent repos de leurs pieux souvenirs.Ils sont ainsi une vingtaine: colleges, allongés comme au hasard d\u2019une tombée de fatigue, sur un coin du vaste tapis de pelouse, au bord de l\u2019Isis ou de la Tamise, enveloppés de la dentelle de leurs clochetons et des brumes transparentes du ciel.On n\u2019imagine pas la joie, surtout pour un moine, d\u2019errer dans le silence de ces longs couloirs, qui sont vraiment, et qui furent naguère, des cloîtres.Dans celui de New College se promena jadis William Pitt; Hobbes passa à Hertford LS SENS DES FAITS 635 College, Duns Scot au Merton, Addison au Magdalen.Quel bienveillant regard, de leurs petits yeux de pierre clignants d\u2019humour, ces témoins d\u2019un vivant passé ont eu, toute cette semaine, pour les fils ou les dévots des vieilles terres semées des ruines monumentales de la véritable antiquité ! Je revois en esprit le Garden Party offert par le Dr.et Mrs Cowley, où nos vieux maîtres semblaient sentir si bien la cordialité de l\u2019accueil, dans l\u2019enceinte du vénérable Magdalen, qui avait fait ses pelouses plus vertes et ses bois plus mystérieux que jamais ce jour-là, et dont la \u201ctour divine\u201d semblait caresser ses hôtes de son ombre, aussi doucement qu\u2019elle l\u2019eût fait pour les longues générations de ses \u201canciens\u201d.Ces savants en orientalisme n\u2019en semblaient tout de même pas moins de singuliers fellows.Ils avaient, à la vérité, bien peu de chose du jeune athlète que l\u2019on rencontrait en juin, sur la rue ou au Parc, en pantalon blanc et mantille de flanelle, coiffé de ses seuls cheveux fraîchement lustrés, se rendent d\u2019un pas tout en enjambée, à la partie de tennis ou de rame, qui devait le reposer tout l\u2019après-midi de l\u2019étude du matin.Nos vieux maîtres du congrès avaient perdu depuis longtemps ces allures du vainqueur à la palestre; plusieurs d\u2019entre eux n\u2019avaient jamais soupçonné, chez l\u2019humaniste et le gentilhomme, la part possible du syortman, dans ce mélange qui caractérise si bien l\u2019étudiant anglais.Le savant en orientalisme n\u2019est-il pas, plus que tout autre travailleur intellectuel, étranger à cette compréhension ?On dirait que la longue fréquentation de l\u2019antique a opéré chez lui comme un recul.Il semble égaré dans les détails de notre vie courante, qu\u2019il oublie ou auxquels il se heurte brutalement.Il a habité en esprit un si long et si beau passé, qu\u2019il néglige ou méprise de s\u2019adapter au présent qu\u2019il ne 636 LA REVUE DOMINICAINE comprend pas.Est-ce aussi le trompeur mirage de la lumière orientale qui a mis, dans ses yeux et dans son esprit, ce sens fallacieux d\u2019une réalité désormais hyper-bolisée.Quoi qu\u2019il en soit, ils étaient intéressants à voir, sur les bancs de l\u2019Oxonien élancé et musclé dans sa beauté animale de jeune Grec, ces petits vieux, courbés, distraits, les yeux tirés par tant d\u2019hiéroglyphes, ne voyant rien autour d\u2019eux de ces pierres datées seulement du moyen-âge.Oh ! qu\u2019ils ne m\u2019en veulent pas de ces comparaisons; à tout prendre, le rapprochement n\u2019est peut-être pas à leur désavantage.Et, s\u2019ils savaient combien je les ai admirés et aimés, dans ce qui leur tient le plus à cœur : leur science.Je n\u2019étais allé à ce congrès qu\u2019à titre de curieux: on n\u2019a pas toujours le droit d\u2019ignorer jusqu\u2019à l\u2019existence des problèmes que l\u2019on n\u2019est pas appelé à résoudre.Mais je ne m\u2019attendais pas, vraiment, à ce que la série de ces études orientalistes pût donner l\u2019impression d\u2019un tel déploiement d\u2019activité intellectuelle.Un congrès scientifique, quel qu\u2019en soit l\u2019objet, n\u2019est jamais sans doute une chose banale.C\u2019est avant tout la rencontre des plus hautes compétences, réunies pour un échange de vues, un essai d\u2019orientation dans l\u2019union des efforts communs mieux connus et appréciés.Il y a là quelque chose qui tient, à la fois, de la douceur des réunions fraternelles, et de la solennité d\u2019une assemblée conciliaire.L\u2019amitié est bien vite sensible entre ces dévots d\u2019une même idée, qui se reconnaissent dans une parenté très intime, parce que spirituelle.Et puis ne sont-ils pas un peu aussi les représentants d\u2019une chose sacrée, les gardiens d\u2019un lambeau de la Vérité, et dès lors, d\u2019autres continuateurs de l\u2019œuvre du Verbe qui éclaire tout homme venant en ce monde ?Il était bien difficile en tout cas, si jeune et si profane que l\u2019on fût, peut-être parce que jeune et profane, LE SENS DES FAITS 637 de se défendre d\u2019une profonde émotion, en se trouvant, cette semaine, dans le contact d\u2019un demi-millier de ces maîtres.Qu\u2019on les suppose aussi étrangers qu\u2019on le voudra à notre propre travail, voire même à notre race et à notre éducation ! La rencontre était toujours possible dans ce domaine qui ne connaît ni frontières ni couleurs.Aussi avec quelle complète admiraton nous les Avons salués ! Nos constructions de nains nous ont déjà coûté de si jolis efforts; et nous songions que ceux-ci ont fait des travaux de géants.On comprend alors combien ils nous semblaient grands et beaux, et pourquoi nous les mangions des yeux quand ils se levaient et s\u2019avançaient pour parler, ces consacrés, ces couronnés, ces Pontifes de l\u2019Esprit.P.Raymond-Marie Voyer, O.P.Oxford, 2 septembre 1928.Dans V Ordre Canada.\u2014Les Pères de notre Couvent d\u2019Etudes, afin de répondre au désir de S.G.Mgr l\u2019Archevêque d\u2019Ottawa, se sont intéressés à la fondation d\u2019une Société d\u2019Etudes Religieuses sous le patronage de saint Thomas d\u2019Aquin.Le but de cette société est de promouvoir l\u2019étude, la diffusion et la défense de la doctrine catholique.Ses moyens d\u2019action seront les œuvres de presse, des journées d\u2019études, et surtout, des cercles qui organiseront des cours et des conférences.C\u2019est le désir de Mgr l\u2019archevêque d\u2019Ottawa que ces cercles soient confiés, dans la Capitale, aux diverses Maisons d\u2019Etudes.Notre couvent d\u2019Etudes a fondé un Cercle d\u2019Etudes pour hommes, lequel a eu sa première réunion le 8 octobre, sous la présidence de Mgr l\u2019archevêque.Une première série de cours sera donnée par le R.P.P.-M.Gau- 638 LA REVUE DOMINICAINE drault, professeur de théologie dogmatique, et aura pour sujet général: \u201cLe dogme catholique\u201d.La première leçon a rappelé la notion catholique du dogme.Un observateur réputé, monsieur Ernest Bilodeau, a bien voulu écrire, pour la Revue Dominicaine, ses impressions sur cette première réunion: \u201cLa nouvelle Société d\u2019études religieuses dite de Saint Thomas d\u2019Aquin a tenu sa première séance lundi 28 octobre, dans la grande salle du couvent des Dominicains à Ottawa.\u201d Voilà le fait-divers qu\u2019ont mentionné plusieurs journaux, et dont on a plus ou moins parlé, le lendemain, dans les cercles susceptibles de s\u2019y intéresser peu ou prou.Ce qui est certain, c\u2019est que la réunion a été trouvée fort intéressante par tous ceux qui y ont assisté, au nombre de cinquante ou soixante environ.On n\u2019a pas souvent l\u2019occasion de pénétrer à l\u2019intérieur de la \u201cClau-sura\u201d monastique, et le sérieux du projet ajoutait encore à la curiosité, peut-être un peu inquiète, qui animait tous ces profanes attirés par une brève invitation.\u201cEtudes religieuses\u201d, le terme n\u2019est pas frivole et détonne franchement, avouons-le, avec les préoccupations courantes de chacun, en ce siècle désaxé, pourrait-on dire.N\u2019importe, la bravoure parla et l\u2019on fut au rendez-vous.Les parloirs blancs et vitrés se remplirent, à l\u2019heure dite, d\u2019auditeurs parmi lesquels d\u2019éminentes personnalités, juges de la Cour Suprême, commissaires, députés, diplomates, tous rivalisant de cordialité et de cette simplicité chrétienne à laquelle nul ne saurait échapper en franchissant ce seuil monacal.Et du reste, Mgr l\u2019Archevêque lui-même n\u2019était-il pas déjà rendu, le premier pour ainsi dire sur le champ de bataille où allait se livrer un premier engagement tout pacifique, mais non dépourvu, LE SENS DES FAITS 639 sans doute, de conséquences et de répercussions favorables aux âmes confiées au Pasteur suprême du diocèse ?On pensait confusément à toutes ces choses en se rendant à la salle intérieure, toute blanche et ornée simplement de quelques portraits éloquents: le Pape Pie XI, le cardinal Rouleau, dont c\u2019est ici le foyer et que maints d\u2019entre nous eurent l\u2019honneur d\u2019y rencontrer naguère, paternel et accueillant, dès avant son élévation au trône épiscopal de Valleyfield.Est-il besoin de dire qu\u2019une peinture représentant saint Thomas d\u2019Aquin est aussi à l\u2019honneur dans cette pièce que fréquentent chaque jour une centaine de jeunes scolastiques studieux et fervents ?On salue en passant le bon Père prieur, le T.R.P.Paul-Arsène Roy, et l\u2019on se regarde et s\u2019évalue mutuellement du regard.Tous les bons diables ne sont pas là, mais tous ceux qui sont ici sont de bons diables, y compris votre serviteur.Fonctionnaires de tout acabit, médecins, hommes d\u2019affaires, poètes et professeurs, mais tous doués de ce penchant indispensable qu\u2019on appelle le sérieux d\u2019esprit.Venus pour entendre et pour apprendre, et poussés, peut-être à leur insu, par le vide du siècle et l\u2019agacement plus ou moins conscient que ressentent tous Iles esprits sincères devant l\u2019incohérence et la dissipation qui marquent le moment où nous vivons.Tous à la recherche de l\u2019équilibre, à une époque où il semble avoir disparu de la terre, l\u2019équilibre et le sens rassurant de la Vérité.Nous perdons dans ce tumulte de plaisirs la vue de la nuée lumineuse, et nous errons inquiets dans Île désert de notre brève existence.C\u2019est donc un espoir et un réconfort que nous venons chercher ici, reconnaissants d\u2019avance à qui va nous le procurer en proférant à nouveau, avec simplicité, les paroles de la vie éternelle. 640 LA REVUE DOMINICAINE Nous prenons place comme à l\u2019école et voici Sa Grandeur Mgr Forbes, entourée des autorités en robe blanche.Le Père Régent prononce des paroles de bienvenue et de reconnaissance, auxquelles Sa Grandeur répond avec une toute paternelle simplicité, disant sa consolation de voir tant d\u2019esprits d\u2019élite réunis pour une si bonne cause.Le malheur des temps vient du peu de connaissances religieuses, et l\u2019étude que nous entreprenons sous des maîtres éminents profitera à nos âmes et à celles de ceux qui nous entourent.La vérité est trop précieuse pour n\u2019être pas proclamée, définie, élucidée à mesure des besoins et des époques.Celui qui l\u2019a apportée sur la terre a désiré qu\u2019elle soit enseignée à toutes les nations.Il n\u2019y a plus qu\u2019à écouter le professeur, le révérend Père Gaudreault.Il s\u2019assied à la tribune et parle d\u2019emblée avec une simplicité qui ne pourra être égalée que par la clarté de sa parole disciplinée, fidèle, et faisant balle.Nulle ambiguïté dans ses expressions, pas de maquis dans la trame lucide de ses explications ; nous nous surprenons à le suivre partout sans effort et sans inquiétude d\u2019être laissés en arrière.Il part du pied gauche, comme dirait un troupier, et nous emmène à sa suite, reconnaître le dogme et en faire le tour.Déjà des voiles se lèvent devant nos yeux, nous sentons le sol s\u2019affermir et nos pas s\u2019avancer en toute sécurité.Des horizons clairs se font pressentir, nous avancerons ensemble et tout allègrement dans la voie du savoir et de la consolation.Béni soit Celui qui nous a conviés, par la voix de ses ministres, des ouvriers de sa vigne, à ce festin où nos âmes trouveront substance et vigueur au milieu des fruits décevants que vont chercher en des plaisirs frivoles ceux que ne travaillent pas le souci du salut et le \u201ctourment de Dieu.\u201d\u2014E.B. LE SENS DES FAITS 641 \u2014 Le dimanche 14 octobre avait lieu à Middle Sack-ville, N.B., l\u2019ouverture et la bénédiction de nouvelle église dédiée à S.Vincent Ferrier.On sait que les PP.Dominicains ont pris charge de cette paroisse en 1925.Le Supérieur du Couvent est le R.P.Bourbonnière, le curé est le R.P.Marc Côté.Un missionnaire, le R.P.Beaulne, fait aussi partie du groupe, de même que les FF.Pie et André.La messe solennelle fut chantée par M.l\u2019abbé Fraser, ancien curé de Sackville et actuellement en charge de la \u201cdivision\u201d de Port Elgin et Melrose, et la cérémonie de bénédiction présidée par le T.R.P.Vanier, C.S.C., recteur de l\u2019Université St-Joseph de Memramcook.Le sermon anglais fut donné par le R.P.Cashen, de la même université, et le sermon français, par M.l\u2019abbé Landry, curé de Ste-Marie de Kent, lui aussi ancien curé local.La construction de cette nouvelle église était nécessitée par l\u2019augmentation de population et l\u2019insuffisance de l\u2019ancienne église du Rosaire, bâtie il y a quarante-trois ans.Les plans de l\u2019édifice sont dus à M.J.W.Doull et l\u2019exécution à M.John Fillmore.\u2014 Le \u201cRosaire pour tous\u201d publie actuellement une liste impressionnante des bienfaiteurs et bienfaitrices de notre Mission du Japon.Cette liste demeure toujours ouverte et l\u2019on est prié d\u2019adresser ses offrandes au rédacteur de cette revue, le R.P.Bissonnette.Comme des départs auront lieu vraisemblablement chaque année, les nouveaux missionnaires se chargeront volontiers d\u2019offrandes en nature: objets de piété et de culte, vases, ornements sacrés, articles ménagers, linge de maison.Sur l\u2019opportunité de tel ou tel envoi particulier, il sera 642 LA REVUE DOMINICAINE bon de consulter le T.R.P.Provincial ou l\u2019un de nos religieux.\u2014 La visite de Mgr Murray, à Lewiston, le 7 octobre, a été marquée d\u2019une belle cérémonie à la chapelle du Rosaire de Sabattus.A 7 heures 30, l\u2019évêque se rendait à cette chapelle desservie par le R.P.Archambault, Supérieur des Dominicains.Au chœur avaient pris place les RR.PP.Archambault, Bacon, Barrière, Longtin, Masson, les Frères Thomas et Dominique et le Frère Hormisdas, des Frères du Sacré-Cœur.Dès l\u2019arrivée de Mgr Murray, le R.P.Archambault lui souhaita la bienvenue, en français, puis le R.P.Bacon prononça quelque paroles appropriées, en anglais.Mgr Murray se leva ensuite et parla en français d\u2019abord, puis en anglais, et procéda immédiatement à la bénédiction solennelle de la chapelle, puis au Salut du Saint-Sacrement.Mgr Murray, suivi de la foule, descendit ensuite au soubassement où avait été préparée une séance.Après la bénédiction de la nouvelle école paroissiale, Mgr Murray installa lui-même le crucifix au mur de l\u2019école, puis une quinzaine d\u2019élèves, dirigés par Mlle Bertha Caron, donnèrent une séance soulignée de chaleureux applaudissements.\u2014 Le R.P.Hamel a donné le sermon de circonstance à l\u2019occasion de la réunion traditionnelle des anciens élèves de l\u2019Académie Ste-Brigide.\u2014 M.Thomas Chouinard, de Rimouski, et M.l\u2019abbé François-Joseph Normandin, du Séminaire de St-Hya-cinthe, ont reçu l\u2019Habit de saint Dominique, le premier sous le nom de Fr.Thomas-Marie, le second sous le nom de Fr.Hyacinthe.\u2014 Le T.R.P.Pierre Granger a été réélu le 25 septembre Prieur du Couvent de Saint-Hyacinthe. LE SENS DES FAITS\t643 \u2014 Le monastère dominicain de Saint-Hyacinthe subit actuellement de coûteuses réparations, afin d\u2019aménager deux étages, réservés exclusivement à la belle œuvre des retraites fermées.Il est probable que les travaux seront terminés en décembre et que dans les premiers jours de l\u2019année prochaine, les retraites seront déjà organisées.Le local sera spacieux et commode à la fois.Près de vingt-cinq chambres bien modernes seront à l\u2019usage des retraitants.Ils auront une chapelle et une salle de récréation.Outre l\u2019accès privé à l\u2019église paroissiale et au Jardin des Pères, une véranda sera affectée à leur usage sur le toit.Les retraites, prêchées et dirigées selon la liturgie et la spiritualité dominicaines, seront placées sous la protection spéciale de la Vierge du Rosaire.Au moment d\u2019aller sous presse, nous apprenons que Mgr Decelles, évêque de St-Hyacinthe, vient de publier au sujet de cette œuvre une Lettre pastorale des plus encourageantes, et nous prions Sa Grandeur de vouloir bien trouver ici l\u2019expression de notre gratitude empressée.\u2014 Son Eminence le cardinal Rouleau, archevêque de Québec, a été reçu officiellement à la Basilique de Montréal le dimanche 7 octobre, en la Fête du T.S.Rosaire, et le lendemain soir, à l\u2019Hôtel de Ville.Le clergé lui avait offert ses hommages dans la matinée.\u2014 Le R.P.Mauger a donné récemment deux conférences à Lewiston, Me., sous les auspices du Foyer Musical et de l\u2019Association St-Dominique.\u2014 Le R.P.Trudeau a prêché le 4 octobre, dans l\u2019église des Franciscans de Québec, le panégyrique de S.François d\u2019Assise.\u2014 La date avancée jointe au manque d\u2019espace nous contraint de remettre à plus tard le récit des Fêtes splen- 644 ajA revue dominicaine dides qui eurent lieu à Notre-Dame de Grâce, les 13, 14, 15 octobre à l\u2019occasion du 75e anniversaire de fondation de la paroisse.Fra Domenico.-*-.- L\u2019ESPRIT DES LIVRES R.P.Papin Archambault, S.J.\u2014 \u201cLe devoir professionnel\u201d \u2014 Brochure de 125 pages.Editions de La Vie nouvelle, Montréal et Québec, 1928.L'auteur est un homme de doctrine des mieux renseignés, comme en font foi ses brochures de propagande ou simplement le schéma révélateur qu\u2019il propose chaque année aux conférenciers des Semaines Sociales.Cela n\u2019empêche que tout son être ne soit tendu vers l\u2019action; et de préférence, l\u2019action sociale.Développer le sens social de nos compatriotes, c\u2019est pour le populaire jésuite l\u2019œuvre par excellence, et, dans un sens plus large que celui qu\u2019il indiquait naguère, \u201cl\u2019œuvre qui nous sauvera\u201d.Aux deux sexes, à tous les âges, en chaque état et même en chaque circonstance de vie, on peut et on doit inculquer de mille manières le sens social.De passage, dernièrement, dans une villégiature du nord, je lisais sur la porte de ma chambre l\u2019affiche suivante: \u2018\u2018Laissez cet endroit aussi propre que si vous deviez l\u2019habiter demain.\u201d Puis à peine sorti sur la grand\u2019route, celle-ci: \u201cDieu fait croître la forêt, l\u2019homme s\u2019applique à la détruire.\u201d C\u2019est simple comme bonjour: autant de leçons à portée sociale dont le moindre d\u2019entre nous peut bénéficier, et, par une conséquence palpable, la communauté entière ou une portion de cette communauté.Cependant la classe professionnelle, opérant sur un champ plus vaste, et gardant encore, malgré une baisse inquiétante, son prestige auprès du peuple, assume par là même de plus strictes obligations.Il est si rare qu\u2019un acte officiel, traitement médical, consultation, plaidoirie ou contrat n\u2019ait immédiatement ou dans l\u2019avenir sa répercussion dans le grand public.\u201cMédecins, avocats, notaires, ingénieurs, \u2014 écrit M.Léon-Mercier Gouin cité par l\u2019auteur, \u2014 nous devons avoir le sens exact de nos responsabilités. L\u2019ESPRIT DES LIVRES 645 Notre ignorance ou notre négligence peuvent entraîner des désastres.Il pourrait en résultat la ruine, la mort ou le déshonneur de ceux qui ont cru en nous.\u201d Et puis, à l\u2019exercice même de la profession, il faut ajouter l\u2019influence de la parole, des écrits, de la tenue morale.Qui dit professionnel dit vedette et le rôle des vedettes n\u2019est pas uniquement de briller.Le R.P.Archambault le redit avec instance dans ces pages qui contiennent, de l\u2019aveu même du préfacier, Mgr L.-A.Paquet, \u201ctout un code d\u2019honnêteté civique et de devoir d\u2019état.\u201d Le mot code est bien choisi, puisque l\u2019auteur procède par indications brèves et précises donnant par ailleurs au volume une apparence étriquée.Un traité compact, édité suivant toutes les règles du genre, ne serait guère lu de nos jours; celui-ci se met en poche comme le vade-mecum des intéressés.Us y trouveront la plupart des principes en cause, avec de nombreuses applications, et assez de linéaments et références pour les guider dans l\u2019examen plus ample de certains problèmes.Et si, comme on le donne à entendre, notre Semaine Sociale doit plus tard adopter pour sujet: la profession, j\u2019imagine que les orateurs se sentiront obligés de recourir à ce manuel où déjà presque tous les jalons sont posés.M.-A.L.Damien Jasmin \u2014 \u201cEn regardant passer la vie\u201d \u2014 1 vol.260 pp.avec préface de M.Antonio Perreault.Librairie d\u2019Action canadienne-française, Montréal, 1928.Dans cet ouvrage, d\u2019allure et de ton si différents de sa précédente étude sur la Propriété, monsieur Jasmin n\u2019abandonne pourtant pas le genre sérieux qu\u2019il affectionne et qu\u2019une vie de labeur longée d\u2019épreuves physiques assez dures lui présente sans doute comme seul digne de son talent.Il part de l\u2019étude réaliste et souvent minutieuse de faits authentiques pour nous livrer des leçons morales en parfait désaccord avec les goûts et préoccupations du monde moderne.Et de cette orientation stable il convient de le féliciter sans réserve.Toutefois une réserve s\u2019impose, et sur un point que j\u2019estime important.Un ami de Vauvenargues, en lui écrivant au sujet de ses Pensées en cours d\u2019édition, lui conseillait aimablement de retrancher les plus communes.Nous eussions volontiers, l\u2019occasion aidant, suggéré la même opération à M.Jasmin, et nul doute que son œuvre déjà si méritoire y eût gagné en valeur et en intérêt. 646 LA REVUE DOMINICAINE De nos jours, plus encore qu\u2019autrefois, l\u2019esprit requiert d\u2019être fouetté de mille manières pour réagir en face du vrai.Il faut élaguer d\u2019un article ou d\u2019un volume les énoncés trop ordinaires; ou du moins leur donner un accent particulier par le mouvement de la phrase et l\u2019imprévu de l\u2019image: sans quoi on risque de fatiguer l\u2019attention au détriment des chapitres plus personnels ou mieux travaillés.Ce serait grand dommage que l\u2019auteur se dérobât dans l\u2019avenir aux \u201csacrifices littéraires\u2019\u2019 proposés, car sa rectitude de jugement, ou pour mieux dire, sa santé d\u2019âme en fait un moraliste accompli, et, pour la jeunesse en particulier, un guide d\u2019autant plus autorisé qu\u2019il sort de ses rangs.Nul excès de doctrine et nulle raideur ou véhémence de ton: pourtant, un courage que bien d\u2019autres plumes laïques lui pourraient envier.Lisez pour spécimen son chapitre sur la joie et le plaisir.Au courant de bien des philosophies, il a l\u2019audace de choisir, en déclarant que \u201cl\u2019anormal et l\u2019immoral ne sont nulle part des modèles.\u201d Il professe que la soumission aux doctrines et aux pratiques de l\u2019Eglise est la seule méthode expérimentale d\u2019échapper aux tourments et aux scandales de la vie mondaine, ou de recouvrer la paix de conscience, quand on s\u2019est engagé dans une voie apparemment sans retour.Cette préoccupation d\u2019exposer sans respect humain la pensée morale de l\u2019Eglise se retrouve à chaque page d\u2019un livre dont la critique ne saurait nier le caractère noble et l\u2019accent généreux.M.-A.L.Les Soeurs Grises \u2014 \u201cManuel de Diététique\u201d \u2014 A l\u2019usage des Ecoles ménagères.Brochure de 400 pp.Montréal, 1927.En voyant disparaître peu à peu les constitutions robustes et les merveilleuses charpentes d\u2019autrefois, on se demande si le régime alimentaire correspond suffisamment à la vie telle qu\u2019on la mène et aux santés telles qu\u2019on les voit.Sur le témoignage négatif des médecins, le Ministère de l\u2019Agriculture s\u2019est décidé, en 1902, à fonder et subventionner des cours ménagers, puis des écoles ménagères, où l\u2019art culinaire tiendrait naturellement la première place.Le volume que nous présentons à nos lectrices est le fruit de l\u2019enseignement donné dans les écoles des Sœurs Grises de Montréal.Il a reçu l\u2019approbation élogieuse de personnes compétentes.Pour ma part j\u2019ai comparé les différents \u201cmenus pour les malades\u201d aux prescriptions d\u2019ouvrages techniques et de médecins célèbres, et L'ESPRIT DES LIVRES 647 j\u2019y ai découvert une correspondance exacte jusque dans les moindres détails.Chez les maîtres d\u2019hôtel, les chefs cuisiniers, dans toutes nos communautés et dans la plupart des familles, le volume est appelé à rendre les plus grands services, d\u2019ordre à la fois économique et sanitaire.Auprès des dames de la meilleure société, il a encore sa raison d\u2019être: elles y apprendront à faire la relève auprès du fourneau quand la bonne aura signifié trop brusquement son avis de départ, ou présenté sa notice, comme on dit.en anglais- M.-A.L.Gabriel Tallet \u2014 \u201cAu seuil de la maison\u201d \u2014 Poèmes.Aux éditions d\u2019art Radot, Paris.G.Tallet revient au seuil de sa vieille maison en enfant, en philosophe et en poète, \u2014 surtout en poète.D\u2019ailleurs, comme le disait A.Daudet, n\u2019est-ce pas un peu être enfant qu\u2019être poète, et de même entre la philosophie et la poésie, toutes deux occupées à abstraire l\u2019idéal, n\u2019existe-t-il pas une parenté assez rapprochée ?G.Tallet est extrêment avide de ressaisir son âme d\u2019enfant par-delà l\u2019intervalle des jours écoulés.Il y met une passion et un attendrissement qui touchent.On lui sent au cœur un culte profond des premiers rêves qu\u2019il caressa autrefois.Ne met-il pas même à cette reconstitution de sa première petite personnalité une insistance qui finirait par paraître naïve si l\u2019accent n\u2019en était pas si sincère ?Et, devant l\u2019enfant d\u2019hier, l\u2019homme d\u2019aujourd\u2019hui trouve, fort à propos, à philosopher.C\u2019est sans apparat, bien entendu.Le vieux thème lyrique de la rapidité des jours se faufile sans effort dans la frame des développements.Autour de ce leitmotiv mélancolique, de très beaux vers déroulent leur symphonie chantante.Mélancolie d\u2019ailleurs qui n\u2019est point maladive.On la trouve même un peu artiste par endroit et l\u2019on en veut à ce poète qui nous abandonne tout à coup à nos larmes pour se muer en esthète.Le poète artiste, il est vrai, est homme du métier, qui connaît les secrets qu\u2019on apprend des autres et peut-être en découvre qui sont bien à lui.On peut aimer ou non le dimanche \u201cbleu\u201d et telles autres notations vives du même genre que l\u2019art moderne, même assez sage, ne réprouve plus entièrement, mais on admire malgré soi l\u2019adresse du poète à jouer avec les couleurs, avec la lumière blanche, dorée ou rose (je renvoie pour exemples aux ppf.69, 72, 115, 140) ; on ne peut douter qu\u2019il n\u2019ait une particulière faculté 648 LA REVUE DOMINICAINS d'entendre les sons, tant il les transcrit avec un délicat sentiment musical.Il faudrait en dire autant des formes qu\u2019il voit avec netteté et qu\u2019il reproduit d\u2019un dessin ferme et juste.Il marie avec art les plans de l\u2019abstrait et du concret: le passage de l\u2019un à l'autre est direct, hardi, et pourtant ne choque pas.On noterait encore la fécondité du développement.Sur la \u201cvitre\u201d, par exemple, de très nombreux vers, adroits, agiles, poétiques, retracent depuis la composition chimique du verre jusqu\u2019à ses plus modestes fonctions domestiques.L\u2019œuvre est \u201cpréfacée\u201d d\u2019un bois portant la signature de Serge de Feularde, raccourci gracieux et éloquent de tout l\u2019ouvrage.G.Lamarche, C.8.V.-?- Accusé de réception L'Iîe d'Orléans, superbe in-4° de 500 p., publié par la Commission des Monuments historiques de la Province de Québec, sous la direction et par les soins de M, P.-G.Roy, directeur des Archives de la Province.Orné de 400 gravures et de 14 illustrations en couleur, la plupart dues à l\u2019excellent peintre Horatio Walker.Oeuvre unique en son genre, excellemment réussie, et dont il convient de féliciter les initiateurs et les exécutants. Où va votre argent ?Dépensez-vous tout ce que vous gagnez ?Il est toujours possible de faire quelques économies.Economisez-vous autant que vous le pouvez ?Il est presque toujours i possible d\u2019économiser davantage.Ce qui compte, c\u2019est l\u2019épargne régulière.Mettez de côté chaque semaine, chaque quinzaine ou chaque mois, une partie de votre salaire ou de vos revenus.' OUVREZ AUJOURD\u2019HUI UN COMPTE D\u2019EPARGNE .Banque Canadienne Nationale Capital versé et réserve\tActif (au 30 novembre 1927) $11,000,000\t$148,702,000 || SUCCURSALE à ST-HYACINTHE ¦ E.-O.DESJARDINS, gérant er, Ltée If\tCHARBON et COKE Toutes sortes\tGROS et DETAIL |K\tHUILE COMBUSTIBLE Qualité garantie Bureau, 38V2 rue Sparks\tTéléphones: Queen 860 et 861 K ^\tOTTAWA Téléphone Est 8000 - 1868 -\t60 ans\t- 1928 \u2014 au service du public Rues Ste-Catherine, St-André, Demontigny et St-Christophe MONTREAL f O\u2019Reilly & Bélang i y : -\t\u2022\u2022\t^\tr ./¦- r ; i : J0.\t¦\t.\t\u201c ; '¦ ¦ -rimm ¦ - ' .¦/>' r ».\"V EABRIOUC , -j ¦ L.E.CHARRON & COMPAGNIE FABRICANTS DE VETEMENTS Habits, Pardessus, Paletots, Uniformes Attention spéciale aux commandes reçues des communautés.RUE CASCADES, ST-HYACINTHE, P.Q.j &\t'\t: Ji Capital Trust Corporation Limitée 10 Metcalfe, Ottawa, Canada.Capital Autorisé: $2,000,000.00 Intérêt payé sur dépôts: 4%et 5% Spécialité: Prêts aux Institutions Religieuses CONSULTEZ-NOUS LORSQUE VOUS DESIREZ EMPRUNTER Imprimée par ADJ.MENARD, 987, boulevard Saint-Laurent Tel.Lancaster 1907\tMONTREAL iP.M IF, G "]
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