Revue dominicaine, 1 décembre 1929, Décembre
[" nnee Le numéro: 20 sous Décembre 1929 LA REVUE DOMINICAINE mm.R.P.M.-A.Lamarche, O.P., Une double exploitation.R.P.Ignace Draime, O.P., L\u2019âme d\u2019attente.M.Séraphin Marion, De critique en critique.R.P.Thomas Couët, O.P., Lettres d\u2019un artiste canadien : Napoléon Bourassa.LE SENS DES FAÏTS^L\u2019art religieux à St-Léon-de-Westmount, par Visitatob.\u2014 Une requête opportune.\u2014 Remercîments de Marie Noël.\u2014 Remercîments du Saulchoir.\u2014 Dans l\u2019Ordre: Détails sur l\u2019élection généralice, par le A.-M.B \u2014 Nouvelles diverses.\u2014 Réabonnez-vous ! par Fra Domenico.R.P.Richer.\u2014 Nouveau Délégué Apostolique.\u2014 M.Gilson à Ottawa, par L\u2019ESPRIT DES LIVRES rf-Schembri : Be Sacram.entis (A.P.) Gauvreau : Nos intérieurs de demain.\u2014 D\u2019âme des livres \u2014 Calendriers \u2014 Table des Matières (Année 1929).ADMINISTRATION SAINT-HYACINTHE REDACTION MONTREAL (N.-D.de Grâce) Publiée mensuellement Directeur : R.P.M.-A.LAMARCHE, O.P.LA REVUE DOMINICAINE ABONNEMENTS (payables d\u2019avance) Au Canada: $2.00 \u2014 A l\u2019étranger: $2.25 Avec le \u201cRosaire pour tous\u201d, 25 sous en plus par at.La lieu lie Dominicaine publie des articles de vulgarisation touchant les Ecritures, la théologie, l\u2019apologétique ou le droit canon, et même des études de philosophie, de littérature, de sociologie ou d\u2019histoire, pourvu que la religion ou la morale y soit concernée.La Revue Dominicaine n\u2019a pas de spécialité proprement dite dans le domaine religieux, mais elle accorde une attention particulière aux questions d\u2019apologétique et aux problèmes de société, envisagés surtout au point de vue canadien.La Revue Dominicaine publie des recensions et diverses chroniques, en s\u2019attachant moins au récit des faits et à l\u2019analyse des ouvrages qu\u2019à leur signification d\u2019ensemble.La Revue Dominicaine ne sera pas responsable des écrits des collaborateurs étrangers à l\u2019Ordre de Saint-Dominique.Prière d\u2019adresser les communications littéraires : manuscrits, volumes, etc., au R.P.Antonio Lamarche, 153, Avenue Notre-Dame de Grâce, Montréal; et les communications administratives: abonnements, annonces, etc., au R.P.Jean Bacon, Saint-Hyacinthe.Nous publierons en janvier: \u201cL\u2019éducation physique dans nos maisons d\u2019enseignement\u201d, par le T.R.P.M.-Ceslas Forest, O.P.Vient de paraître : \u201cNotre vie canadienne \u2014 Etudes et Discours\u201d, 1 vol.de 250 p., par le R.P.M.-A.Lamarche, O.P. 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Dans votre famille, qu\u2019il faut protéger par l\u2019assurance; Dans votre nationalité, où il faut garder vos capitaux, pour que subsistent vos oeuvres et vos institutions.Ha Société besi &rttëansi Canabtens ^français Fondée en 1876 La pins forte société française en Amérique Assure les hommes, les femmes et les enfants au moyen des systèmes suivants : Vie entière; Vie 10, 15 ou 20 ans; Dotation 10, 15, 20, 30 ou 40 ans; Cessation de paiements à l\u2019âge de 60 ou 70 ans; Rentes viagères à 60, 65 ou 70 ans; Double indemnité en cas de mort accidentelle; Bénéfices en maladie; Assurance infantile à vie ou à dotation; Rachat en cas d\u2019invalidité totale et permanente; Prêt sur police; Assurance prolongée; Police acquittée.Nos officiers de succursales et notre bureau d\u2019accueil et de renseignements sont prêts à fournir tous renseignements sur demande.Bénéfices payés .$15,000,000 00 Fonds accumulés .$11,250,000 00 Membres actifs .\t71,000 Assurance en force 53,000,000.00 S\u2019il coûte cher de garder une assurance, il en coûte plus encore de faire face au malheur, s\u2019il survient sans qu\u2019on se soit protégé suffisamment.SIEGE SOCIAL f MONTREAL.Secrétariat, administration et bureau médical: 980, St-Denis.Accueil, renseignements et publicité: 921, St-Desis. UNE DOUBLE EXPLOITATION Au cours du procès intenté par un médecin montréalais contre le Collège des Médecins de la Province de Québec, la série des témoignages devait fournir un jour inquiétant sur l\u2019esprit mercantile qui semble envahir de plus en plus notre profession médicale, par ailleurs si haut portée par la majorité de ses membres.Les procédés mis en œuvre par un certain nombre, en vue de rendre la, profession plus lucrative, finiront par abaisser celle-ci au point de rendre illusoires tant de barrières sociales dressées entre l\u2019épicier du coin et l\u2019csculape de l\u2019autre coin.La disgrâce est pire quo.nd médecine et pharmacie combinent leurs ressources pour lancer sur le marché un nouveau produit miraculeux.De miracle proprement dit, il n\u2019est pas question dans ces officines où parfois l\u2019on s\u2019en moque: mais on y exploite volontiers cette sorte de miracle permanent qu\u2019est l\u2019autorité surnaturelle, et même naturelle, du religieux et du prêtre.Le Christ ayant déclaré: Cherchez avant tout le royaume de Dieu, et le reste vous sera donné par surcroît, on renonce sans hésiter au royaume: mais on s\u2019acharne par un commerce des plus vils à obtenir le surcroît.En fait de \u201croyauté\u201d, on cherche avant tout celle que la législation accorde aux inventeurs d\u2019un remède breveté.Le procédé est classique.Il consiste, \u2014 au moyen d\u2019une réclame à jet continu, \u2014 à mettre indéfiniment au compte d\u2019un prêtre ou d\u2019un religieux la fabrication et la vente de remèdes à unique marque, mais si variés dans leur application et si efficaces dans leurs résultats, que 650 REVUE DOMINICAINE la découverte d'un seul \u2014 le moins mirifique du groupe \u2014 eût suffi à épuiser la carrière d'un génie de la Faculté.Peu nous importe donc de savoir si les \u201cremèdes de l\u2019abbé Warré\" et la \u201cméthode du frère Eloi\" correspondent à la formule originelle ou sont adultérés; si les bénéfices vont en partie aux inventeurs présumés ou tout entiers aux fabricants locaux: nous sommes en présence d\u2019une farce ignoble et voilà tout.Il s'agit d\u2019exploiter à fond la crédulité du peuple devant la grosse réclame, d\u2019une part, et de l\u2019autre, la confiance séculaire qu\u2019il accorde à ses guides religieux.Il n\u2019est pas rare en effet que l\u2019autorité spirituelle du prêtre descende jusqu\u2019au terrain économique.Ce genre d\u2019autorité ressortait davantage autrefois.Chez lui la culture libérale, \u2014 ailleurs forcément restreinte, annihilée presque, \u2014 le dévoûment et l\u2019expérience lui conféraient dans ce domaine un crédit sans limite.L\u2019évolution historique devait amener plus tard un heureux partage de l\u2019influence et du savoir.Mais on a beau parler d\u2019autorité amoindrie, de prestige diminué, il en reste quelque chose, même il en reste abondamment.L\u2019ignorance du charlatan le sait ! Voilà pourquoi, sans pudeur ni respect, sans le moindre ménagement pour le nom et l\u2019habit du clerc, il multiplie les prospectus, les enseignes, les gravures et les faux témoignages.Il ira, chose vue, chose récente, jusqu\u2019à publier dans les quotidiens la liste des religieux et religieuses de sa parenté !! Faux témoignages, ai-je dit, entendons-nous.Dieu ayant fait les individus guérissables, il arrive assez souvent qu\u2019un soulagement se constate après l\u2019absorption d\u2019un remède secret {ou d\u2019un verre d\u2019eau).Belle occasion pour une pauvresse, éloignée jusque-là du grand public, de voir enfin son nom et son profil dans un livret d\u2019annonces. UNE DOUBLE EXPLOITATION 651 La brochure expédiée récemment de France, et avec quelle audace, au clergé canadien, représente un visage scrofuleux où les ganglions, la peau, les muqueuses, les os mêmes sont atteints.Le dépuratif obtiendra son effet, bien entendu.Mais on a oublié de produire une deuxième photo montrant la guérison.Et la malheureuse en sera quitte pour rester, jusqu\u2019à la mort si elle y tient, en contemplation devant son faciès ravagé ! Parfois cependant, la noble ambition d\u2019un fabricant exotique, unie à celle du dépositaire local, aspire à franchir le camp du populaire pour assiéger la forteresse des gens très bien.Vis-à-vis de ces derniers la discrétion s\u2019impose.On insinue alors, avec une délicatesse de porte-faix, que la marchandise peut être livrée à domicile, \u201csans qu\u2019aucune marque extérieure indique le contenu de Vexpédition.\u201d Et allez-y, messieurs-dames, pour les \u201cnuméros\u201d de l\u2019abbé Warré, pour \u201cle baume\u201d, \u201cl\u2019élixir\u201d, \u201cl\u2019eau\u201d et \u201cles pilules\u201d du Frère Eloi ! Ce qu\u2019il faut, c\u2019est une réaction d\u2019ensemble, au moyen de la presse, des sociétés religieuses, et du clergé qui a tout intérêt à défendre son honneur.Un de nos plus savants médecins, le docteur Léo Parizeau, s\u2019est fait chez nous, depuis quelques années, le rigide mainteneur de la dignité professionnelle.Nos chers étudiants, qui ne sont pas sans causer quelque inquiétude à leurs maîtres, chaque fois que s\u2019annonce la parade annuelle du bérêt, ont eu l\u2019heureuse idée, cet automne, de ridiculiser en public une Compagnie des plus intéressées, sinon des plus intéressantes.Ne parlons pas des possibilités de notre Code civil, puisque le jugement, dans la cause men- 652 REVUE DOMINICAINE tionnée, est encore à venir.i Comme toujours l\u2019effort 'principal consiste à redresser l\u2019opinion.M.-A.Lamarche, O.P.-*- L\u2019ÂME D ATTENTE Parafe viam Domini.Préparez la voie du Seigneur.(Mat.III, 3).Notre vie est une attente continuelle de Dieu.Nous demandons un Sauveur, nous espérons une Rédemption.1 Notre esprit souhaite la pleine lumière de l\u2019évidence sur les vérités qu\u2019il croit; notre cœur souhaite la satisfaction plénière de tous ses vœux dans la possession assurée du bien complet.Tout notre être se réfugie dans un immense espoir.Nos plaintes elles-mêmes ne sont qu\u2019un appel déguisé vers le Dieu qui nous sauvera.De quelle âme devons-nous attendre ce Dieu-là, pour l\u2019accueillir quand il viendra, ou, mieux encore, pour l\u2019attirer en nous, et mériter qu\u2019il élise domicicile en nos cœurs?Le Christ Lui-même l\u2019a enseigné à ses disciples, en divers endroits de l\u2019Ecriture, et il n\u2019est que de commenter son conseil toujours actuel.\u201cSoyez semblables aux hommes qui attendent le retour de l\u2019époux.Soyez prêts 1.\u2014Il n'est pas sans intérêt d'apprendre que \u201ccertaines formes \u201cd'association entre médecin et pharmacien ont été déclarées illicites \u201cpar les tribunaux français : celle entre autres où un médecin pro-\u201cpriétaire, en tout ou en partie, d'une officine gérée par un phar-\u201cmacien, donnerait dans un cabinet voisin des consultations pré-tendues gratuites, mais dont le prix serait payé par les médicaments.\u201d (Dr Lavrand, Le médecin chrétien.Lethielleux, Paris, 1901.P.48.) 1.\u2014Cet article constitue le chapitre premier du volume qui doit bientôt paraître: \u2018\u2018Le Dieu qu\u2019on attend\u201d.Edit.La Pensée Catholique, Liège. l\u2019âme d\u2019attente 653 à le suivre.Ceignez vos reins et tenez dans vos mains vos lampes allumées\u201d.L\u2019image est orientale, mais la vérité est claire sous le symbole.Soyez d\u2019esprit loyal et de cœur pur, si vous désirez recevoir votre Dieu.! * * * La loyauté : voilà, certes, une qualité que nous aimons et qu\u2019il nous est plus facile encore d\u2019apprécier que de définir.C\u2019est pour un homme une qualité foncière qu\u2019on estime d\u2019instinct, parce qu\u2019elle réussit à merveille à mettre en valeur toutes les richesses intérieures d\u2019une âme.On peut même être dépourvu de grandes qualités, n\u2019avoir ni l\u2019esprit délié ou brillant, ni le cœur largement ouvert; si on possède la loyauté, on mérite confiance et on l\u2019obtient.Mais dès qu\u2019elle fait défaut, il n\u2019est aucune qualité d\u2019esprit ou de cœur qui en compense l\u2019absence.Elle est faite avant tout de simplicité et de franchise: c\u2019est toute la vérité, toute la vie d\u2019un être droit qui par elle se manifeste.Pour ces motifs, nous aimons la retrouver chez autrui.Dès que le prochain en manque, au contraire, nous sommes dans la gêne, comme devant une chose honteuse qui nous serait imputable.On devrait donc s\u2019attendre à la rencontrer en nous, et cependant, rien ne sert de dissimuler, ni d\u2019y manquer une fois de plus; avouons qu\u2019elle est aujourd\u2019hui très rare.Et les signes sont nombreux qui nous l\u2019assurent.Qualité foncière de l\u2019esprit avant d\u2019être une qualité de nos œuvres qu\u2019elle porte, la loyauté devrait nous inspirer la droiture devant la vérité.Si nous en étions pourvus, nous reconnaîtrions en cette dernière la pre- 654 REVUE DOMINICAINE mière valeur de la vie; nous la désirerions, nous la chercherions; l\u2019ayant trouvée, nous lui serions soumis, nous l'affirmerions, nous la défendrions comme on défend le meilleur de son âme et nous n\u2019aurions de joie que de la voir régner sur nous et pacifier nos relations.Or, est-ce bien notre cas ?Bien loin de la chercher et de la désirer, si nous ne la possédons pas, nous sommes d\u2019une indolence et d\u2019une paresse inexcusables devant la vérité.Et nous ne la possédons guère ! Souvent nous sommes étonnés, quand il nous est donné de descendre dans le secret d\u2019une conscience, de voir sur quelles pauvres bribes de vérité religieuse les meilleurs croyants ont édifié leur vie spirituelle.Cela seul en expliquerait déjà la fragilité et l\u2019inconstance.On sait à peine ce que l\u2019on est, on ignore à peu près tout du grand miracle que réalise la grâce sanctifiante, quand elle fait couler en nous la vie de Dieu ; on soupçonne à peine à quelles ruines on se voue, quand le péché nous saccage, et de quelles éclaboussures on est victime, quand le péché se commet autour de nous.Sait-on même ce que nous réserve l\u2019au-delà ?Toute sa vie, on garde à ce sujet des idées d\u2019enfant, de lointains souvenirs de catéchisme ou de bible illustrée.La Révélation, je l\u2019accorde, n\u2019est pas abondante en ceci, le mystère demeure ; mais les quelques affirmations qu\u2019elle nous livre et qui sont assez riches de substance pour nourrir la joie de toute une vie, on les connaît à peine, on les laisse, en tout cas, flotter dans une inconsistance nuageuse.Nous savons peu de chose, mais nous ne nous soucions guère d\u2019en connaître plus long et de nous éclairer.Le paravent de quelques connaissances, l\u2019élémentaire philosophie du journal dont on déjeune tous les matins, un certain vernis de culture générale suffisent L'ÂME D'ATTENTE 655 à dissimuler à tous les yeux, notre ignorance des vérités essentielles.Indolence, paresse d\u2019esprit devant la vérité, voilà déjà qui nous accuse de manquer de loyauté.Et cette autre attitude d\u2019esprit, bien moderne aussi celle-là, et qui apparaît à certains yeux comme une grande supériorité d\u2019âme, notre esprit de tolérance ?Puisque l\u2019occasion s\u2019offre et que notre sujet appelle toutes les sincérités, rappelons-nous, en ceci la pensée chrétienne.On proclame aujourd\u2019hui que tout a un droit égal à sa place au soleil.Dès qu\u2019on ne travaille pas trop ouvertement ou trop directement à ruiner le crédit ou l\u2019autorité du prochain, dès qu\u2019on n\u2019est point surpris en flagrant délit d\u2019injustice, on est honnête homme, on a droit à l\u2019estime, voire même à la protection d\u2019autrui.Toutes les professions seront bonnes et tous les métiers honorables.On couvrira d\u2019une même protection complaisante celles qui font métier d\u2019aimer et saccagent les cœurs de vingt ans, et la religieuse à qui l\u2019on confie l\u2019éducation des enfants.Dans certains pays, même, les premières seront les privilégiées.Sous prétexte que chacun est libre de penser ce qu'il veut, on admet toutes les façons de vivre, de se conduire ou de se perdre.Que cela offense le bon goût ou la pudeur, que ce soit un perpétuel danger de contamination, que cela ruine nos dernières richesses d'âme, qu\u2019importe.On tolère, on est large, on protège, quand on n'encourage pas.D\u2019ailleurs, cette tolérance est toujours un encouragement: un tel état de choses n\u2019a jamais profité qu\u2019au mal.Pouvons-nous trouver que cela est digne et qu\u2019en cela aussi nous sommes en progrès ?Il faut sans doute se souvenir du devoir de la charité fraternelle, et ce n\u2019est certes pas pour être chrétien qu\u2019on 656 REVUE DOMINICAINE l\u2019oublie.Le Christ nous a demandé d\u2019aimer tous les hommes, même ceux qui nous font du tort.Mais la question n\u2019est point là.S.Augustin nous a tracé en ceci notre ligne de conduite.Chérissez les personnes, dit-il, mais haïssez le vice et l\u2019erreur.Nulle part il n\u2019est question de tolérance à l\u2019endroit de l\u2019erreur ou du vice.On tolère la peste quand on ne peut l\u2019enrayer, on tolère un fléau quand les causes qui le provoquent ne sont pas en notre pouvoir; mais encore, on réagit, on se garde, on se protège, on se défend.On ne tolère pas les cambrioleurs chez soi, sous prétexte que c\u2019est pour eux une liberté d\u2019avoir une autre conception que nous du droit de propriété ! Quand il s\u2019agit d\u2019un droit bien établi, ce n\u2019est pas de tolérance qu\u2019il faut parler, mais de respect; et s\u2019il s\u2019agit d\u2019abus manifeste ou d\u2019offense à ce que l\u2019honnêteté de tous les temps a estimé, il faut réprouver et condamner.La seule attitude digne, je ne dis pas d\u2019un chrétien, mais simplement d\u2019un homme, est toujours la suivante.Aimer les personnes et respecter leurs droits légitimes, défendre la vérité, le bien, la vertu\u2014 et l\u2019on peut aisément s\u2019entendre sur ce que ces mots signifient, si l\u2019on est sincère \u2014 haïr le vice et, dans la mesure du possible, le supprimer.C\u2019est assez simple en théorie, mais en pratique cela se complique.Nous n\u2019avons pas de convictions assez profondes pour être capables d\u2019une telle affirmation.Nous manquons, par notre faute, de vigueur et de virilité intellectuelles.Ce courage de donner à la vérité ce qu\u2019elle souhaite, ce qu\u2019il faudrait lui donner pour être loyal, on ne peut l\u2019exiger des autres, quand soi-même on ne l\u2019a pas. L\u2019ÂME D\u2019ATTENTE 657 Notre lâcheté personnelle s\u2019accommode d\u2019ailleurs très bien de ce désarroi.Par intérêt mal compris, nous en devenons nous-mêmes opportunistes; nous aussi, nous tolérons tout, et parce que nous ne savons pas si nous n\u2019aurons pas besoin, un jour ou l\u2019autre de cette tolérance, pour justifier nos abandons, nous protégeons des opinions, des idées et des mœurs qui nous offensent.Que devient en tout ceci notre loyauté ?Est-elle encore, pour nous, ce flambeau allumé que le Christ nous demandait de tenir dans nos mains, pour être prêts à Le suivre, quand II se révélera ?La loyauté de l\u2019esprit l\u2019exigerait cependant.Ah ! cette loyauté que nous prétendons aimer, nous comprenons mieux, à présent, ce qu\u2019elle est et ce qu\u2019elle attend de nous.Il nous sera fort facile d\u2019en marquer les devoirs.Etre loyal, c\u2019est être sincère devant toute chose; c\u2019est avoir ce regard lucide qui ne déforme rien de ce qu\u2019il voit; ce grand respect clairvoyant qui garde, à tout être, sa valeur objective, qui ne cache rien, qui ne dissimule pas, qui ne veut pas s\u2019en faire accroire à lui-même ; la loyauté, en un mot, c\u2019est la fidélité en pensée, en parole, et en acte à la valeur de toute chose.Elle demande d\u2019abord, en ce domaine qui nous occupe, que l\u2019on reconnaisse la vérité pour ce qu\u2019elle est; la première richesse de la vie; qu\u2019on la respecte, comme une valeur qui ne nous appartient pas, qu\u2019on ne peut plier dans le sens de ses intérêts; une valeur dont on ne se sert pas, mais que l\u2019on sert.Notre intelligence, en effet, est une puissance passive : son rôle est de recevoir, de se conformer à ce qui est.L\u2019acquisition de la vérité sera donc, en tout premier lieu, une question de soumission, d\u2019obéissance à l\u2019objet. 658 REVUE DOMINICAINE Ce n\u2019est point parce que nous voulons que la vérité soit telle, qu\u2019elle le sera en réalité.Elle est, indépendamment de notre volonté, malgré notre volonté, si nous manquons de sincérité.Tout ce qui n\u2019est pas elle devra nous être étranger, quand il s\u2019agira de la chercher.On devra s\u2019oublier soi-même, oublier ses intérêts, oublier tout ce peuple de passions turbulentes qui grouillent en nous et qui ne pourraient que nous inviter à la déformer.Qu\u2019elle nous plaise ou nous déplaise, qu\u2019elle nous serve ou qu\u2019elle nous accuse, qu\u2019elle ne coûte rien ou qu\u2019elle exige tout, de telles considérations ne peuvent nous émouvoir.Dès que la vérité se manifeste à nous, il faut la reconnaître et se disposer à la servir.Les conclusions sont claires et faciles à déduire.Puisque la vérité est notre premier bien, le pian essentiel de la vie, la lumière de nos œuvres, il faut la chercher, la désirer de toute son âme, si on ne la possède point.Puisqu\u2019elle est indépendante de notre volonté, elle doit pouvoir trouver en nous place nette.Pourrait-elle entrer dans un esprit encombré des idoles qu\u2019il se crée, ou replié orgueilleusement sur lui-même ?L\u2019humilité au contraire disposera notre âme à accueillir la vérité, elle nous inspirera la défiance de nous-mêmes et de nos petites lumières personnelles, elle nous évitera de croire, selon la belle expression de Malebranche, \u201cqu\u2019un flambeau est plus grand qu\u2019une étoile\u201d.* * * Cette loyauté intellectuelle, il nous faut la rendre possible, en retrouvant certaines qualités de cœur, spécialement la droiture et la pureté. L'ÂME D'ATTENTE 659 On le devine.Si l\u2019esprit manque de loyauté, ce n\u2019est pas toujours qu\u2019il le veuille.On doit même, en cela, lui faire violence.Par elle-même, notre raison cherche la vérité, elle ne cherche qu\u2019elle.Toute entière, elle est orientée vers la vérité.C\u2019est là, en effet, son objet propre, le seul que, par elle-même, elle puisse accueillir.Comme nos yeux ne cherchent que la lumière et ne se complaisent qu\u2019en elle, notre esprit ne peut trouver sa joie que dans l\u2019étreinte d\u2019une vérité sans ombre.Mais cette joie de la vérité, n\u2019est point celle de tout notre être.Derrière l\u2019esprit, il y a la volonté, le cœur, le sentiment; il y a tout un troupeau de passions qui demandent aussi leur joie.Or, la vérité les accuse souvent, souvent elle les con-'damne, toujours elle leur impose une mesure qui est pour elles une contrainte.On trouve intérêt à ne pas voir, à fermer les régions obscures du cœur à l\u2019invasion d\u2019une lumière qui nous ferait rougir.Ou bien, si l\u2019on accepte la vérité, on l\u2019accommode au mieux de ses intérêts, on reconnaît en elle ce qu\u2019on souhaite reconnaître, on y voit ce qu\u2019on y veut voir.La raison qui devrait conduire le cœur est mise à son service et il n\u2019est point d\u2019aberrations qu\u2019on ne lui demande d'excuser ou de justifier.C\u2019est là encore un fait d'expérience; toujours nos jugements, nos appréciations se ressentent de notre cœur.Nos intérêts et nos passions font écran devant nos objets de connaissance, c'est à travers nos désirs, que nous voulons voir la vérité.Cette vérité devient ce qu\u2019il nous plaît, qu\u2019elle soit et non ce qu\u2019elle est en dehors de nous.C\u2019est grand dommage, quand nos désirs ne sont point conformes à la saine raison, ils aveuglent sur tout ce qui les heurte. 660 REVUE DOMINICAINE Mais quels secours aussi ils nous apporteraient, s'ils consentaient à devenir les complices de l\u2019esprit î Le cœur troublé de passions malsaines est conseiller d\u2019erreur et de déloyauté ; mais le cœur pur a un don de vision.Il lave les yeux, il leur permet de plonger en leur objet, il en explore l\u2019intimité, et il apporte à l\u2019esprit les lumières et la sûreté de son intuition; il devient son conseiller de droiture et de loyauté.Car le cœur a, lui aussi, ses antennes; c\u2019est vers le bien qu\u2019il les tend, mais lorsqu'il est pur, lorsqu\u2019il n\u2019est sensible qu\u2019au vrai bien et ne vibre que devant la vraie beauté et la grandeur authentique, la raison trouve en ses émotions de sûrs indices de vérité.C\u2019est l\u2019évidence même.Pourtant toute une veine dans le roman contemporain semble se réclamer de principes opposés à cette évidence.On y voit des chercheuses d\u2019amour venir vers Dieu, par toutes les routes du péché.Ce n\u2019est pas un goût de blancheur qui les mène, mais l\u2019amertume de la chair.On cherche l\u2019amour, on le cherche d\u2019abord très bas dans les boues noires.Ce n\u2019est guère la route ; mais on le trouvera cependant, car la nécessité de le trouver est si impérieuse au cœur qu\u2019on aura le courage de toujours se dégager à temps.D\u2019un amour sensuel reconnu très pauvre et qui ne donne pas à l\u2019âme le bien qu\u2019elle attend, on rebondira vers un amour supérieur; le cœur affamé se tournera vers Dieu, et devant des yeux brouillés de larmes et brûlés de fièvres charnelles, on verra tout à coup s\u2019ouvrir la merveilleuse perspective de la charité.Le Christ viendra et on reconnaîtra désormais en lui, l\u2019unique, l\u2019incomparable ami.Ah ! si la vie ressemblait à cela ! Mais l\u2019expérience y contredit.Ce n\u2019est pas d\u2019ordinaire sur les routes du L'ÂME D\u2019ATTENTE 661 péché qu\u2019on rencontre la lumière; ce n\u2019est pas dans la boue qu\u2019on retrouve le goût de la blancheur.On ne se lave pas dans les ornières; il faut la pureté qui est une source.i Nous n\u2019accusons personnes.Ces romanciers n\u2019ont peut-être que de très louables intentions et leur désir est sincère de révéler le Christ aux Madeleines.Mais ceux qui les lisent ne les suivent pas dans leurs déductions.Ils ne retiennent que ceci : La vérité est au bout de toutes les routes, on y arrive à la seule condition d\u2019être sincère.Dans l\u2019application qu\u2019on fera d\u2019un tel principe, ce n\u2019est certes pas la pureté qu\u2019on choisira pour guide.La pureté ! Quelle lourde naïveté ! Les lumières d\u2019un cœur pur ! Aujourd\u2019hui cela fait sourire; on admet cela pour les enfants qui sont encore excusables de ne rien comprendre à la vie.Mais pour un homme ! On croit fermement, ou l\u2019on feint de croire, que la pureté et l\u2019innocence sont une infériorité, que l\u2019expérience du mal au contraire, de ce mal qui éteint toutes les illusions avec la pureté, confère, seule, la clairvoyante sagesse de la vie.On ne l\u2019affirme pas aussi ouvertement, mais on dit, pour se donner toutes les apparences d\u2019un philosophe très grave et très désintéressé : \u201cLe cœur importe peu en tout ceci.Défiez-vous ! Laissez aux âmes tendres et aux enfants de philosopher, de raisonner avec leur cœur et leur imagination.Ne faites pas de sentiment.Cela trouble toujours les perspectives.Quand l\u2019esprit n\u2019est pas droit, le cœur ne déforme pas moins dans son innocence.1.\u2014-Il faut relire sous la plume de Frédéric Lefèvre le beau commentaire de \u201cMundi vident\u201d que lui fit Maurice Blondel.Ici, comme partout d\u2019ailleurs, le philosophe est plus près de la vie et du réel que le romancier.Cfr : Itinéi'aire philosophique de Maurice Blondel. 662 REVUE DOMINICAINE Il se perd en illusions, il nous étourdit de mirages et nous ferait prendre son beau rêve généreux pour une réalité qui n\u2019est, hélas ! ni belle, ni généreuse.Défiez-vous de votre cœur pur !\u201d Pourtant ! Pascal, qui était loin d\u2019être un sentimental, a dit ce mot qui est encore sur toutes les lèvres : \u201cLe cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas.Nous connaissons la vérité, non seulement par la raison, mais par le cœur.\u201d Et cela est vrai surtout quand il s\u2019agit de connaître Dieu.\u201cC\u2019est le cœur qui sent Dieu, disait-il, non la raison.Dieu a voulu que les vérités entrent du cœur dans l\u2019esprit et de là vient que les Saints disent, en parlant des choses divines, qu\u2019il faut les aimer pour les connaître.\u201d Cette autorité des Saints ne peut être suspecte, Pascal en appelle à S.Augustin, et Dieu sait, si, en ce domaine, on puisse en appeler à plus expérimenté que S.Augustin.Il sait, lui, qu\u2019il n\u2019y a point, dans le cœur Humain, que des nappes de lumière, il en a connu les recoins les plus noirs et les plus tristes.Il a mordu, à belles dents, à tous les fruits du péché ; il a vécu cette vie qui, soi-disant, donne seule sagesse de clairvoyance.Sorti de cette vie-là et maître d\u2019un cœur dont il avait été victime, il reconnaît la puissance d\u2019un cœur pur devant la vérité.Le meilleur pain est savoureux aux lèvres saines, il est sans goût pour les malades; la lumière est odieuse aux yeux malsains, elle est aimable pour les yeux purs.C\u2019est par la charité qu\u2019on entre dans la vérité.En un mot, ce qui ouvre les yeux et permet au regard de plonger jusqu\u2019à l\u2019intimité la plus secrète de nos objets de connaissance, c\u2019est l\u2019amour d\u2019un cœur pur.N\u2019est-ce point, peut-être, parce que nous manquons de ces qualités de cœur, parce que nous n\u2019avons pas un L\u2019ÂME D\u2019ATTENTE 663 assez grand souci de pureté et de blancheur d\u2019âme, que la vérité nous semble si lointaine ?Cette place qui lui revenait dans nos cœurs et que l\u2019innocence seule pouvait garder, nous l\u2019avons encombrée.Nous n\u2019aimons plus la vérité ! Il y a là, de fait, une philosophie très saine, très lucide et dont il est facile de rendre compte.S.Thomas nous l\u2019expose en l\u2019une de ses plus belles pages.La vérité, nous dit-il, est une adéquation, un rapport d\u2019égalité, de similitude, établi entre l\u2019esprit et son objet de connaissance.Nous sommes dans le vrai, lorsque notre esprit se laisse façonner par 1 objet, lorsque notre conception intérieure correspond adéquatement à la chose connue.Mais les manières d\u2019établir ce rapport, cette égalité, sont diverses.On peut l\u2019établir par la raison; elle est seule consultée, elle juge.C\u2019est la recherche lente, pénible qui tâtonne, qui démêle, dans son objet, sa part d\u2019ombre et de lumière.Ainsi le théologien par voie d\u2019induction et de déduction, s\u2019initie à la science morale.On peut connaître aussi par une sorte d\u2019instinct, qui procède de nos affinités, de notre parenté avec l\u2019objet que nous jugeons.C\u2019est une connaissance par ressemblance.Notre âme voisine avec ses objets; il s\u2019établit, entre elle et eux, une sorte d\u2019union, d\u2019adhésion, un courant de sympathie.On va vers la vérité de toute son âme: l\u2019esprit discerne, le cœur pressent, le sentiment même entraîne, il devine.Un certain goût nous mène et c\u2019est à une saveur, délectable à tout être pur, qu\u2019on reconnaît la présence de la vérité.Cette connaissance a quelque chose d\u2019instinctif ; comme l\u2019instinct, elle est spontanée, elle est sûre. 664 LA REVUE DOMINICAINE Les âmes chastes, qui ont en elles le goût et le culte de la pureté, auront plus de lumières et de sûreté dans leur jugement, en tout ce qui touche à cette vertu, qu\u2019un savant moraliste qui ne vivrait que de ses sens.Leur état les tient en sensibilité loyale et ouverte; dans ces âmes, la lumière est attendue, la place est nette, on la désire, on l\u2019aime; aussi bien dès qu\u2019elle s\u2019annonce ou se révèle, elle trouve une âme avide de la recevoir.N\u2019est-ce pas ainsi d\u2019ailleurs que s\u2019établissent toutes les rencontres, dans lesquelles nous engageons, en un instant, le meilleur de notre âme ?Des objets ou des personnes ont défilé sous nos yeux.Notre esprit en fut peut-être enchanté, ébloui, mais rien ne provoquait le don intérieur : le cœur impassible se réservait Une âme est apparue.Une âme qu\u2019on avait peut-être ignorée jusque-là.Une voix intérieure parlait en ce moment, les yeux se sont ouverts, on a compris-, on s\u2019est reconnu.Sans qu\u2019on le sache, une parenté profonde avait préparé cette rencontre, on était à même niveau de noblesse et de grandeur, les pensées étaient en harmonie, on avait même longueur d\u2019ondes.Un mot a éveillé des résonnances identiques, on s\u2019est pénétré d\u2019un seul regard et naturellement l\u2019échange s\u2019est établi.Ainsi entre Dieu et le cœur pur, la rencontre se fait d\u2019instinct.La sympathie provoque des attirances mutuelles, des appels qui se répondent.On s\u2019attend, on se cherche, on se devine et toujours on se trouve.La pureté affine l\u2019âme, elle l\u2019élève, elle en spiritualise toutes les tendances, elle l\u2019apparente à Dieu.Le cœur pur est à niveau de la vérité surnaturelle; il frappe à la porte de Dieu.La foi tient encore la porte fermée; la pleine lumière et la possession définitive sont réservées pour L'ÂME D'ATTENTE 665 l'au-delà, mais le cœur pur, dès à présent, pénètre d'un regard profond l\u2019intimité du mystère et trouve sa joie dans la saveur qu\u2019ont pour lui les choses divines.La sagesse elle-même, ce don de l\u2019Esprit Saint, est-elle autre chose ?C\u2019est un amour qui se prolonge en vision, une grâce, qui achève la charité, en lui donnant de pénétrer, par le goût qu\u2019elle en éprouve, dans la vérité de Dieu.C'est plus qu\u2019une philosophie ceci, c\u2019est de la vérité vécue, c\u2019est de l\u2019histoire.Voyez les disciples.Longtemps ils ont attristé le Christ de leur inintelligence.Le sens des paraboles leur échappe, ils leur donnent une interprétation grossièrement matérielle.Mais vienne la Pentecôte.L\u2019Esprit Saint leur ouvre les yeux en même temps qu\u2019il leur pénètre le cœur, et, de ces illettrés, il fait les docteurs des nations.Et voyez tous les Saints, saint Thomas d\u2019Aquin, doué cependant d\u2019un génie d\u2019une envergure incomparable, nous avoue avoir plus appris dans l\u2019amoureuse contemplation de son crucifix, que dans ses méditations théologiques.C\u2019est le cas encore de sainte Catherine de Sienne, ignorante enfant, mais à qui la charité donne des yeux de visionnaire.Et toutes ces âmes enfermées au fond des cloîtres ! Elles ignorent tout de nos orgueilleuses sciences humaines, mais leur simplicité, leur pureté, leur goût de Dieu connaissent plus de lumière que n\u2019en connaissent nos philosophes.Et dans le monde même, \u2014 car l\u2019amour de Dieu n\u2019est pas un privilège de moine ou de carmélite, \u2014 nous rencontrons de ces âmes ! Jeunes gens, jeunes filles, pauvres femmes sans culture, mais qui en savent plus long sur Dieu, sur le Christ, sur leur âme, que tous nos 666 REVUE DOMINICAINE savants diplômés et nos philosophes de salon.Le fait est là, et il eût mieux valu, peut-être, de m\u2019en tenir à cette expérience et de faire appel à la vôtre.Tout est clair à présent.Cette théorie, nous la vivons tous les jours en nos cœurs.Rappelons nos souvenirs, surtout si le passé s\u2019allonge derrière nous.Les jours de péché, de ce péché, surtout, dont S.Thomas nous dit qu\u2019il est une immersion de l\u2019Esprit dans ce torrent de lave brûlante de la chair, ces jours sont-ils des jours de grandeur, de beauté et de clairvoyance ?Ah ! les beaux jours, nous les connaissons.Les jours d\u2019âme ardente et loyale, qui nous donnaient de tenir dans nos mains les richesses d\u2019un cœur ferme, les jours de sagesse furent des jours de pureté.Ame de blancheur, âme de pureté, âme d\u2019attente î Dieu nous la garde, ou nous la rende ! Sans une telle âme, nous risquons de passer à côté de Dieu sans Le reconnaître.Si, au contraire, nous avons l\u2019esprit loyal et le cœur pur, la vérité peut venir.Elle sera accueillie et comprise.Noël peut venir : l\u2019âme d\u2019attente sera prête.P.Ignace Draime, O.P.La Sarthe (Belgique). DE CRITIQUE EN CRITIQUE La seconde moitié du XIXe siècle a vu s\u2019épanouir la critique française.La première moitié du XXe siècle marquera-t-elle, dans nos lettres, l\u2019avènement ou le rayonnement de la critique canadienne ?On pourrait le croire, lorqsu\u2019on constate avec un légitime orgueil qu\u2019en l\u2019espace de quelques semaines, nos maisons d\u2019édition lancent deux remarquables livres de critique littéraire.Ainsi, l\u2019année académique 1929-30 s\u2019ouvre donc avec deux ouvrages sérieux consacrés à peu près exclusivement aux écrivains de chez nous.Certes, le temps n\u2019est pas encore venu où nous devrons reprendre le mot de Sénèque : \u201cLitterarum intem-perentia laboramus\u201d: nous sommes malades d\u2019un excès de littérature.Mais il n\u2019est pas hors de propos de signaler, aux intellectuels du Canada ou d\u2019ailleurs, l\u2019activité soudaine, contagieuse et digne d\u2019éloges qui s\u2019empare de nos gens de lettres et la faveur vraiment surprenante dont jouit maintenant la critique au pays de Québec.Grâces en soient rendues aux courageux devanciers de 1900 qui, au risque de paraître originaux à leurs compatriotes affairés, firent alors, dans le monde des idées, \u201cle geste auguste du semeur\u201d: l\u2019abondante moisson qui s\u2019annonce réjouira la maturité de leur talent.Plusieurs causes expliquent la lenteur avec laquelle s\u2019est développée la critique canadienne.Par essence, les Français sont causeurs, raisonneurs, dialecticiens.Elle reste toujours d\u2019actualité, cette remarque de Jules César sur les Gaulois: ces hommes aiment le combat et la parole, \u201cfortiter pugnare et diserte loqui\u201d.Mais eût-il la vocation de répandre, à travers le monde, des idées claires, un 668 REVUE DOMINICAINE peuple encore enfant chante avant de discuter.Voilà pourquoi, à la naissance de la littérature française ou canadienne-française, la poésie l\u2019emporte sur la prose.Ce n\u2019est que longtemps plus tard, lorsque l\u2019épopée décline et que l\u2019individu prend conscience de sa personnalité que naîtront les phrases dépourvues de césures et d\u2019asson-nances et dont la mission essentielle se réduira à instruire plutôt qu'à émouvoir.Or, de tous les genres en prose, la critique est peut-être le plus difficile.Aussi bien est-il toujours le dernier à manifester son existence : il cède le pas à l\u2019histoire, à l\u2019éloquence profane ou sacrée, au roman, aux contes et à la littérature scientifique.Et lorsque les siècles ont entassé pêle-mêle chefs-d\u2019oeuvre ou travaux importants sur ouvrages de second ou de troisième ordre, alors l\u2019heure est venue où un esprit analytique peut entreprendre la confrontation des ouvrages, exiger la révision des juge* ments et établir la hiérarchie des valeurs.Dès le XIXe siècle, quelques littérateurs canadiens-français s\u2019astreignirent à ces rudes travaux que ne redoute même plus aujourd\u2019hui une équipe de jeunes au premier rang desquels on reconnaît M.Maurice Hébert, le critique littéraire du Canada Français et M.Harry Bernard, le rédacteur en chef du Courrier de Saint-Hyacinthe.* * * De livres en livres,i tel est le titre de l\u2019ouvrage de M.Hébert.Les articles qu\u2019il renferme furent très remarqués, lorsqu\u2019ils parurent dans le Canada Français.L\u2019auteur y faisait preuve d\u2019une culture peu commune, d\u2019un esprit délié, large et sûr.Il eût été regrettable de ne pas leur communiquer une vie nouvelle en les réunissant en 1.\u2014Maurice Hébert : Be livres en livres.Préface de Mgr Camille Roy.Montréal.Louis Carrier & Cie.1929.250 pages. DE CRITIQUE EN CRITIQUE 669 volume, d\u2019autant plus que certaines dissertations sur l\u2019œuvre poétique de Crémazie, l\u2019enseignement du français en Acadie, Maria Chapdelaine, de même que l\u2019analyse de quelques-uns des meilleurs livres parus depuis peu, méritaient de connaître mieux qu\u2019un instant de notoriété et de succès.Juger tout le mouvement des idées contemporaines qui agitent ou passionnent le Canada français, c\u2019est faire litière de tous ses moments de loisir et s\u2019assujettir à de constantes études, à des investigations ou à des enquêtes .sans cesse renaissantes.A cet égard, M.Hébert est un exemple pour ses confrères.Depuis plusieurs années, il mène de front travail officiel et études personnelles; son attention toujours en éveil sait découvrir le talent en herbe ou consacrer, par des éloges discrets et nuancés, l\u2019œuvre capitale.Notre critique primitive \u2014 si tant est qu\u2019elle existât \u2014 ignorait la politique du juste milieu : elle oscillait entre le dithyrambe et l\u2019éreintement.L\u2019auteur de De livres en livres, s\u2019engageant dans la voie que lui traça son vénéré maître, accueille avec une extrême bonté la prose ou la poésie de tous nos auteurs canadiens.Il fait sienne la pensée de Faguet qui s\u2019est contentée d\u2019un seul mot pour caractériser le rôle de critique: sympathie, \u201cauquel s\u2019adjoint de lui-même cet autre: Raison.\u201d Les auteurs cités ou commentés dans ce livre substantiel posent devant un esthète au regard fin et bienveillant.Ceux qui aiment les polémiques violentes ou qui admirent les coupeurs d\u2019ailes et les étrangleurs de rêve feront bien de ne pas consulter cet ouvrage embaumé de cette charité de l\u2019esprit si nécessaire à tous les écrivains et notamment à une littérature encore dans son adolescence.Sans doute le critique eût-il gagné à passer sous silence certaines pro- 670 REVUE DOMINICAINE ductions négligeables déjà tombées dans un oubli général et mérité ; en maints endroits, un simple accusé de réception eût remplacé avec avantage la mise en lumière d\u2019œuvres médiocres ou nulles.Mais ce reproche s\u2019adresse également à tous les critiques français du XIXe siècle qui consacrent pages sur pages à l'éloge d'illustres inconnus.Avec sa perspicacité coutumière, Sainte-Beuve remarquait que dans Paris, cette capitale de la curiosité, \u201cun mauvais tableau enfantait une bonne brochure\u201d.En voulant, à l\u2019instar de son ancien professeur, \u201cplutôt raviver qu'éteindre les flammes qui s\u2019allument\u201d, M.Hébert se trouve donc en excellente compagnie.Et d\u2019ailleurs, la postérité rendra son jugement définitif sans se soucier de nos verdicts aléatoires.Bienveillance, charité véritable, engendrent nécessairement une largeur d\u2019esprit qui nous permet de reconnaître en M.Hébert un critique d\u2019une excellente lignée.Ce n\u2019est pas lui qui oserait s\u2019arroger le rôle de censurer sans mandat; il estime sans doute que, dans certaines matières plus délicates, les mots d\u2019ordre doivent venir non pas de simples soldats plus aptes à guerroyer qu\u2019à légiférer, mais plutôt de l\u2019Eglise enseignante dont l\u2019autorité peut seule trancher tous les débats.Il est de l\u2019école de Mgr Paquet qui naguère affirmait que \u201creprocher durement les erreurs et reprendre les vices avec âpreté causent parfois plus de dommage que de profit.L\u2019apôtre exhortant Timothée lui disait : Accuse, supplie, reprends, mais il ajoutait: en toute patience\u201d.2 Surtout l\u2019auteur fait partie de ces trop peu nombreux écrivains de chez nous qui tiennent compte des catégories de lecteurs auxquels s\u2019adresse une œuvre d\u2019art; il comprend qu\u2019un littérateur catholique peut rendre d\u2019éminents services à la cause ca- 2.\u2014Mgr L.-A.Paquet : Etudes et appréciations, p.23- DE CRITIQUE EN CRITIQUE 671 tholique et canadienne en écrivant des livres qui ne sauraient entrer dans la \u201ccollection de ma fille\".C\u2019est le rôle des parents et des maîtres d\u2019orienter les lectures des enfants confiés à leur sollicitude.La susceptibilité excessive de certains rigoristes n\u2019est pas le fait de M.Hébert; à propos de La pension Leblanc de Robert Choquette, un discret avertissement se glissera à la fin d\u2019un paragraphe ; \u201cle fond même des faits subsiste et c\u2019est à peu près ce qui ne recommande pas le volume aux adolescents\", (p.199) Voilà une excellente façon de sauvegarder les droits de la morale sans miner une réputation ou étoufffer un talent.Très justes et très sensées sont les considérations de M.Hébert sur Maria Chapdelaine, peinture incomplète mais savoureuse du Canada français.\u201cLibre à nous, écrit-il avec à propos, de parachever l\u2019œuvre par d\u2019autres peintures et de donner de notre cher Canada français une fresque brillante où se distinguent les mille aspects de chez nous.\" (p.36) Ici le critique québécois rejoint l\u2019honorable juge Thibaudeau Rinfret qui inaugurait brillamment, il y a, quelques mois à peine, la série des conférences de la Société des Conférences de l\u2019Université d\u2019Ottawa et concluait ainsi une étude sur l\u2019héroïne de Louis Hémon: \u201cL\u2019auteur n\u2019a pas voulu décrire l\u2019ensemble du pays, mais plutôt analyser l\u2019âme d\u2019un peuple.Cette âme, il l\u2019a cherchée chez une humble fille isolée, primitive, toute proche de la nature.La vie qu\u2019il nous raconte, c\u2019est en somme toute la jeunesse de la race dont il entend démontrer la continuité, race qui sait, selon la forte expression de M.L.-J.Dalbis, faire le sacrifice de son bien-être matériel pour sauvegarder son idéal.\" Toutefois il n\u2019y a pas que des qualités dans ces dissertations.L\u2019auteur qui n\u2019est encore qu\u2019au début de sa 672 REVUE DOMINICAINE carrière sera sans doute heureux qu\u2019on lui signale certaines imperfections de son œuvre : comme Victor Hugo, il se corrigera en composant un nouveau livre.Le premier défaut qui saute aux yeux, c\u2019est l\u2019abus des parenthèses; elles obscurcissent et alourdissent le style.Il est certain que bon nombre d\u2019Anglo-Saxons ne sauraient aligner dix mots sans user de ce procédé.Ces périodes hérissées d\u2019incidentes peuvent plaire aux gens du Nord, mais ne devraient pas être proposées en exemple aux Français amoureux de clarté et de concision.Interrompre ainsi le fil du discours est tolérable dans la conversation ; H.Beyle y voit même la preuve d\u2019une confiance sans borne témoignée à un confident; mais, ajoute-t-il aussitôt, \u201cces parenthèses peuvent fort bien ennuyer un tiers.\u201d Or, en l\u2019occurrence, le tiers c\u2019est très souvent le lecteur moyen.Que l\u2019auteur évite de couper si souvent la liaison logique des choses ; sa pensée ne se traînera plus dans les méandres de périodes désarticulées, mais ira droit au but, à la française.En d\u2019autres termes, qu\u2019il renonce à un impressionnisme fade en matière littéraire et sa prose assez souvent lâche, irrégulière, obtiendra bientôt du nombre.L\u2019auteur a aussi un faible pour les vocables rares ou les néologismes d\u2019un goût douteux.Loin de nous l\u2019idée de proscrire l\u2019emploi d\u2019un mot nouveau dont le besoin se fait sentir.On sait que la vie du langage implique \u2014 comme toute vie d\u2019ailleurs \u2014 un perpétuel renouvellement.Mais est-ce vraiment enrichir le vocabulaire que d\u2019y insérer les mots suivants : re-relu, nos voisins états-uniens, les trad venus, l\u2019euphorie, l\u2019hugolâtrie?Passe encore pour ce dernier terme d\u2019usage courant, mais que dire de celui-ci: la jean-richepinerie! La liste n\u2019est pas close: vademecum de la passionnette, surfine et surtout joliesse ! DE CRITIQUE EN CRITIQUE 673 Ce culte du mot inusité nous rappelle un peu trop la manière des Goncourt.Eux aussi étaient en quête de sensations neuves et employaient des expressions nouvelles comme yeux sourieurs, sourires affriandeurs, la mer-veillosité, la vastitude, la jolité, non pas la joliesse de l\u2019auteur québécois, mais la jolité.Ces mots qui n\u2019ont pas su s\u2019implanter en terre française semblent condamnés à une mort prématurée en terre canadienne.La manière des maîtres de l\u2019heure est beaucoup plus simple et nous croyons sincèrement que M.Hébert ferait bien de renoncer à ces singularités verbales.En outre, pourquoi cherche-t-il quelquefois à dissimuler sa pensée sous la défroque mythologique?Ne lit-on pas à la page 145 de son livre la phrase suivante: \u201cS\u2019il n\u2019a point vu jaillir sous le sabot la fontaine d\u2019Hippocrène, il a certainement bu à celle de Castalie.\u201d Il eût pourtant été si facile de remplacer ces images qui sentent vraiment la recherche par ces mots : c\u2019est un jeune poète qui écrit ses premiers vers.Vétilles que tout cela, assurément! Détails de mince importance qui n\u2019infirment en rien les positions et le mérite de l\u2019auteur.Ces pages, où s\u2019accusent un véritable sens esthétique et une rare maturité de jugement, portent une empreinte.Celui qui a présidé à la formation de ce talent n\u2019est rien moins que Mgr Camille Roy.Une préface soignée nous en prévient dès la page liminaire.Et à défaut de cet avertissement, d\u2019autres traits marquants \u2014 amour profond de la France et du Canada, tendance à imiter assez souvent le style de Brunetière, archaïsme savoureux comme : il les a dû détruire (p.15), au lieu de : il a dû les détruire \u2014 indiqueraient que le livre est d\u2019une frappe caractéristique.Nous nous associons bien volontiers à la joie qu\u2019éprouve légitimement l\u2019ancien titulaire de la 674 REVUE DOMINICAINE chaire de Rhétorique du Séminaire de Québec: il n\u2019est pas donné à tous les professeurs de voir leurs élèves répondre à leurs plus chères espérances et recueillir un jour une succession de gloire.Il va sans dire que M.Hébert épouse la cause de son préfacier, qu\u2019il s\u2019agisse du retentissant et instructif débat sur Y Appel de la Race que, pour notre plus grand bien, suscita l\u2019abbé Groulx, ou d\u2019un simple commentaire de l\u2019œuvre de Blanche Lamontagne.Sauf réserves déjà faites, nous sommes à l\u2019aise pour féliciter M.Hébert d\u2019avoir rédigé un premier ouvrage qui honore les lettres canadiennes.Ces pages littéraires pleines de suc et de moelle autorisent les plus ambitieux des rêves et méritent une large diffusion.* * * Non moins remarquables sont les Essais critiques qui viennent de paraître sous la signature du rédacteur en chef du \u201cCourrier de Saint-Hyacinthe\u201d.M.Harry Bernard, jeune auteur déjà très connu pour ses romans et nouvelles : L'homme tombé, La terre vivante, La Dame blanche, s\u2019essaie aujourd\u2019hui dans un genre plus aride.En un tournemain, il fausse compagnie aux œuvres d\u2019imagination pour aborder la critique dans un livre peu volumineux, mais d\u2019une substance solide.3 Cet homme est un brave, dit un proverbe arabe : il a eu du courage une fois.M.Bernard a eu du courage deux fois : tout d\u2019abord, lorsqu\u2019il fit ses débuts dans le monde des lettres canadiennes avec des romans et qu\u2019il tenta ainsi de réhabiliter un genre par trop délaissé ; puis, lorsqu\u2019il résolut tout récemment de s\u2019engager dans les dan- 3.\u2014Harry Bernard : Essais critiques.Montréal, Librairie d\u2019Action canadienne-française, 1929.Format: in-8 couronne. DE CRITIQUE EN CRITIQUE 675 gereux sentiers de la critique.La fortune sourit toujours aux audacieux : si le romancier \u2014 et notamment l\u2019auteur de La terre vivante \u2014 a révélé au grand public des aptitudes peu communes, le critique, semble-t-il, s\u2019impose du premier coup à l\u2019attention des penseurs par le dernier volume qu\u2019il vient de publier.Le livre est sévère en ses lignes générales : il ne vise qu'à instruire.Il ne fut pas écrit d\u2019un trait.Recueil d\u2019articles de journaux et de revues, il s\u2019élabora au gré des événements littéraires qui depuis quelques années se déroulent paisiblement dans notre monde intellectuel.Cette méthode communique à l\u2019oeuvre une agréable variété et permet à l\u2019auteur de ne pas se circonscrire dans le cercle trop étroit d\u2019une thèse unique laborieusement étayée, mais plutôt de refléter, dans tous ses aspects mouvants et déjà multiples la vie littéraire du Canada du XXe siècle.Tantôt il dresse à larges traits la physionomie poétique de Blanche Lamontagne, de Jean Chauvin et d\u2019Emile Coderre; tantôt il caractérise le talent de Louis Dantin, de Jules Fournier, de R.de Roquebrune.En outre, il réussit, à plusieurs reprises, à grouper sous une idée générale des faits divers ou à établir une filiation d\u2019idées ou de sentiments entre nos écrivains contemporains et certains devanciers.Ainsi le livre s\u2019ouvre sur une très originale étude: l\u2019idée baudelairienne au Canada, suivie d\u2019articles instructifs sur le régionalisme littéraire, la jeune poésie canadienne, la langue et le roman, la culture, la littérature et le travail.Il semble bien que, après une période de tâtonnements non dépourvus de mérite d\u2019ailleurs, Harry Bernard ait enfin trouvé sa voie.Véritable amalgame de sensations et d\u2019impressions superficielles où une psychologie freudiste essaie vainement de remplacer les analyses si 676 REVUE DOMINICAINE pénétrantes des maîtres d\u2019autrefois, le roman contemporain des \u201cmoins de trente ans\u201d de France présuppose l\u2019exercice constant de l\u2019imagination et de la sensibilité; il fait à l\u2019intelligence la part de parents pauvres.Or la qualité maîtresse de l\u2019auteur de Saint-Hyacinthe n\u2019est pas l\u2019imagination, ni même la sensibilité, mais l\u2019intelligence.Aussi bien, l\u2019éditeur n\u2019a-t-il pas eu tort de mettre ce premier volume de critique sous le signe: \u201cLes Jugements.\u201d Ainsi il se range résolument sous la bannière de cette brillante phalange de jeunes critiques français du XXe siècle qui, sous la conduite d\u2019un Massis, d\u2019un Marital, d\u2019un Bernoville, portent des \u201cjugements\u201d sur leurs prédécesseurs, au lieu d\u2019étaler aux yeux d\u2019un public trop habitué au dilettantisme des \u201cimpressions\u201d si chères à un Jules Lemaître.Ce sont donc deux époques, deux conceptions de la vie qui de nouveau s\u2019affrontent, tandis que des lecteurs avides de réalités applaudissent au succès déjà considérable de jeunes maîtres dont le mot d\u2019ordre prend l\u2019allure d\u2019un manifeste.Harry Bernard n\u2019a donc aucune attache avec les régions décevantes du scepticisme.Son tempérament, sa formation et son ambiance le portent naturellement vers le dogmatisme.Non pas qu\u2019il prétende à l\u2019infaillibilité.Mieux que personne, il sait que ses \u201cjugements\u201d ne sont pas sans appel.Aussi ose-t-il rarement, et nous l\u2019en félicitons, répudier en bloc un siècle, une école ou une œuvre ; jamais il ne se permettra de promulguer des condamnations avec une fougue qui repousse d\u2019avance toute idée de révision.Il préfère disséquer l\u2019œuvre des écrivains pour en expliquer les faiblesses et en souligner les beautés.Ainsi il voit avec raison de mauvais maîtres en Baudelaire et en Rollinat, mais il ne conteste pas le talent de ces écrivains, ni la part de gloire, \u201csi le mot plaît\u201d, qu\u2019ils appor- DE CRITIQUE EN CRITIQUE 677 tèrent aux lettres françaises.Coryphée du régionalisme, il signale toutefois avec une vive perspicacité le péril qui guettait la fabrication en série de thèmes trop ressassés.Il a même à ce sujet, une piquante remarque: \u2018\u2018toute une pléiade se leva, qui se crut tenue, pour avoir droit de vivre au soleil, de refaire L'heure des vaches à la suite d\u2019Adjutor Rivard, et l\u2019histoire de La grise, après l\u2019abbé Lionel Groulx.Chacun y alla de ses petits Rapaillages.\u201d Très versé dans la flore et la faune laurentiennes, il montre, avec preuves à l\u2019appui, que plusieurs de nos poètes ou de nos poétesses les plus réputés feraient bien d\u2019apprendre l\u2019histoire naturelle de leur pays avant d\u2019oser décrire la nature canadienne.Bref, les jugements de l\u2019auteur forment presque toujours une heureuse synthèse de la \u201ccritique des beautés\u201d qui s\u2019adresse aux lecteurs pour mettre en lumière l\u2019excellence d\u2019une œuvre \u2014 critique inventée, au sentiment de M.Faguet, par les auteurs en mal d\u2019être admirés \u2014 et la \"\u2018critique des défauts\u201d, créée par les critiques et destinée aux auteurs pour les prémunir contre leurs faiblesses dominantes.Au Canada, le champ d\u2019action de la critique des défauts est plus considérable que l\u2019autre.M.Bernard le répète et le prouve chaque fois que l\u2019occasion se présente, pour justifier, semble-t-il, ses fréquentes invitations au travail.Mais il prêche d\u2019abord d\u2019exemple: il travaille lui-même en lisant presque autant que René Johannet, l\u2019homme de France qui \u201clit tout\u201d, au dire de Henri de Régnier.Puisse cet exemple devenir contagieux et faire disparaître définitivement le péché mignon du Canadien français qui de tout temps, jusqu\u2019en ces dernières années, négligea les lectures sérieuses.Même notre élite d\u2019aujourd\u2019hui ne s\u2019adonne pas encore suffisamment à la lecture: 678 REVUE DOMINICAINE la radio, le cinéma, l\u2019auto, le sport, voire même le club et le cercle mondain, occupent trop les loisirs de soi-disant lettrés.Ces obstacles à la formation d\u2019une véritable classe dirigeante existent ailleurs que chez nous : la disparition graduelle de la culture générale semble être la rançon des progrès de la locomotion et de la spécialisation à outrance.Dans un livre assez récent sur le Père Long-haye, le P.Lhande insiste sur la nécessité de la lecture pour les religieux qui ont terminé leurs études.Les remontrances discrètes qu\u2019il adresse à ses confrères s\u2019appliquent assez bien à un trop grand nombre de nos chefs de file laïcs, piètres \u201clatins du nouveau monde\u201d, à la vérité.\u201cPensez-vous qu\u2019un religieux, soit formé, complet, par le seul fait d\u2019avoir suivi loyalement les cours réguliers du Juvénat, du Scolasticat?Ne faut-il pas que de son chef, de son industrie privée, il apprenne la vie entière ?Et comment apprendra-t-il, si ce n\u2019est en lisant?Prenez-le dans ses situations normales.Au Scolasticat, s\u2019il ne se donne pas le goût de la lecture, il s\u2019expose à l\u2019ennui, et, croyez-moi, l\u2019ennui pendant le temps des études peut devenir un conseiller détestable.Passons dans les collèges.Là, sans le goût de la lecture, que fait un jeune professeur, un jeune surveillant?Flâner avec le collègue ou avec les enfants.De quoi s\u2019aperçoivent-ils à l\u2019âge de la prêtrise, du ministère?Qu\u2019ils savent peu, qu\u2019ils sont propres à bien peu de chose, ayant les mains vides et la tête aussi.Il ne s\u2019agit pas, bien entendu, de ceux qui sont accablés d\u2019occupations, de ceux pour qui la lecture sérieuse serait un repos, pour qui s\u2019en priver est un sacrifice méritoire.Il s\u2019agit de ceux qui pouvant lire, ne le font pas faute de goût, c\u2019est-à-dire faute de courage.Leur moindre péril est l\u2019ennui, et l\u2019ennui ne vaut rien, même à cinquante et à soixante ans.La lecture, c\u2019est en grande partie au moins, DE CRITIQUE EN CRITIQUE 679 le travail intellectuel.Qui prendrait son parti de ne pas lire, prendrait pratiquement celui de ne pas travailler.\u201d 4 S\u2019il est un intellectuel au Canada français qui, certes, ne mérite pas ces reproches, c\u2019est Harry Bernard.Il lit les écrivains d\u2019Europe et d\u2019Amérique; il se tient au courant des questions connexes à la littérature : philosophie, sciences et même peinture et sculpture, exercent leur attrait sur cet esprit amoureux de perspectives illimitées et de vastes horizons.Ouvrez son livre à la page 187 : vous y trouverez l\u2019index des noms cités dans son volume.Or neuf pages d\u2019une écriture serrée suffisent à peine à contenir les noms des écrivains qu\u2019il a lus et dont il explique ou critique la pensée.Il est amusant de constater que l\u2019ordre alphabétique suivi dans la composition de ce tableau d\u2019honneur occasionne des rapprochements inattendus, des confrontations gênantes: Mgr Bourget précède immédiatement Paul Bourget, Louis Dantin donne la main à Darwin, Léo-Pol Desrosiers, fréquemment cité, a comme compagnon de route le vénérable sénateur Dessaulles, le grand Hugo est suivi de notre peintre Charles Huot, le P.Lamarche, O.P.et Lamartine fraient ensemble, Antonio Perrault, qui n\u2019en peut mais, a pour voisins saint Paul et Hal Ross Perrigard, tandis que l\u2019abbé Olivier Maurault est dans la compagnie bigarrée des Maupassant, des Mauriac et des Maurras.Cependant, M.Bernard fait, sans nécessité, comparaître de gros bonnets à la barre.Dans l\u2019article intitulé Culture, Littérature, Travail, il cite de Gaëtan Bernoville cette lapalissade : \u201cToutes les élites doivent être pourvues d\u2019une culture générale.\u201d Il ne faut pas déranger pour si peu un grand directeur de revue parisienne.Lorsque ses fiches sont suffisamment garnies, l\u2019in- 4.\u2014Pierre Lhande : Le Père Longhaye, pp.43-44. 680 LA REVUE DOMINICAINE tellectuel né ou façonné écrivain doit produire, sans quoi il ne s\u2019acquitte pas de la mission dont l\u2019avaient investi des circonstances favorables ou la confiance de généreux protecteurs.\u201cQue fait un tel ?\u201d demandait souvent le grand Foch.\u2014 \u201cIl travaille beaucoup : il lit.\u201d \u2014 \u201cCe n\u2019est pas suffisant : avec ce qu\u2019il sait et ce qu\u2019il peut, il devrait mieux faire.\u201d Nous savons que le livre est l\u2019opium de l\u2019Occident.Celui qui passerait sa vie à lire perdrait contact avec le monde réel : il s\u2019intoxiquerait faute de grand air.Ses connaissances emprisonnées dans son cerveau n\u2019atteindraient jamais les masses plongées dans l\u2019ignorance et avides de vérité et de lumière.Félicitons M.Bernard d\u2019appliquer constamment ces principes.Son cabinet de travail n\u2019a rien de la tour d\u2019ivoire.Ses méditations se métamorphosent toujours en actions bienfaisantes dont les lecteurs tirent un excellent parti.Il ne se complait pas dans cette chose archi-fausse qu\u2019est l\u2019idée pour l\u2019idée, l\u2019idée sans sève et sans vie.A peine deux affirmations nous ont paru trop étroites dans ce livre à la fois volontairement traditionnel et tourné résolument vers le progrès.M.Bernard consacre un article très important à prouver l\u2019ignorance d\u2019une de nos poétesses dans l\u2019histoire naturelle de son pays.La lamentable déficience des Canadiens français en matière scientifique constitue un truisme admis de tous ceux qui ont des yeux pour voir et qui jugent d\u2019un système par ses résultats.C\u2019est avec raison que l\u2019auteur des \u201cEssais critiques\u201d ose signaler aux professeurs de lettres \u201cun domaine que nos écrivains négligent avec trop de désinvolture\u201d, et indiquer \u201cles ressources précieuses que nous assurerait, au point de vue littéraire, une connaissance approfondie de notre nature canadienne.\u201d (p.106) M.Bernard semble donc préco- DE CRITIQUE EN CRITIQUE 681 niser, dans cette page, la nécessité d'un habile dosage entre la culture classique d'autrefois et un minimum de culture scientifique indispensable aux intellectuels du XXe siècle.Or, vingt-cing pages plus loin, il écrit, à propos de Jules Fournier: \u201cCeux qui entrevoient le salut (de notre enseignement) dans l\u2019application chez nous des méthodes françaises modernes, \u2014 relâchement des humanités grecques et latines, addition des langues vivantes au programme, importance de fond accordée aux sciences exactes, \u2014 ne doivent pas oublier, avant d\u2019argumenter plus avant, l\u2019échec en France des innovations de 1902.\" C\u2019est ce qui s\u2019appelle esquiver une difficulté.La question n\u2019est pas de savoir si nous devons imiter les Français, les Anglais ou les Allemands, mais bien de se demander si, en certains quartiers, on ne ferme pas résolument les yeux sur un fait évident que M.Beaudry Leman vient de mettre en lumière au grand dam des esclaves de la routine et d\u2019un traditionalisme faux: le Canada est un pays d\u2019Amérique ! Il y a certains morts qu\u2019il faut tuer deux fois; il importe aussi de répéter des vérités admises en 'principe de tout le monde.Sans renoncer à l\u2019une quelconque de nos qualités natives, nous devons nous adapter à l\u2019ambiance spéciale de la vie anglo-canadienne, sans quoi, nous cesserions de soutenir dans notre pays même, un rôle de premier plan.Nous deviendrions un peuple de rhéteurs et de discoureurs dont les éclats de voix seraient bientôt couverts par les hauts parleurs de la radio américaine ou les bruits stridents d\u2019un machinisme asservissant dont nous n\u2019aurions même pas su pénétrer les secrets.Si M.Bernard eût été conséquent avec lui-même, il eût fait suivre ses judicieuses considérations de la page 106 de remarques analogues à celles que nous venons d\u2019exposer.Peut-être préfère-t- 682 REVUE DOMINICAINE il, sur un terrain délicat, que nous lisions entre les lignes.Cette tactique devient inutile, puisque les mêmes observations ont paru ailleurs à découvert et notamment dans la Revue Trimestrielle.Du reste, le ton ferme et net du livre ne prépare guère à cette soudaine et unique réticence.Nous nous permettrons de réclamer également contre une assertion trop absolue de l\u2019auteur.Sa dissertation trop absolue de l\u2019auteur.Sa dissertation sur le régionalisme littéraire renferme la phrase sentencieuse que voici : \u201cl\u2019art pour l\u2019art n\u2019est pas de mise chez nous.\u201d Entendons-nous bien et parlons sans ambiguité.M.Bernard veut-il dire par là, que l\u2019art ne devrait jamais se faire propagateur d\u2019erreur ou d\u2019immoralité ?D\u2019accord ! Mais ces mots sont susceptibles d\u2019une autre signification.Maurice de Wulf, professeur à l\u2019Université de Louvain a porté sur cette question, tout comme le P.Sertillanges, un jugement définitif: L\u2019œuvre d\u2019art, comme tout chose a, pour finalité interne, la plénière réalisation de sa nature.Elle exprime le beau comme le feu brûle, comme l\u2019aumône soulage.Tel est le sens plausible que l\u2019on peut attacher à la formule: l\u2019art pour i\u2019art.5 Ne soyons donc pas plus royalistes que le roi.N\u2019oublions pas que Diderot et consorts sont les premiers parmi les modernes qui aient développé avec un vif succès cette théorie de l\u2019art positivement moralisateur et investi, en quelque sorte, d\u2019un véritable sacerdoce.Cette idée est essentiellement encyclopédique, sinon saint-simonienne.Libre à l\u2019auteur catholique, s\u2019il le juge à 5.\u2014Maurice de Wulf : \"L'œuvre d'art et la \"beauté\", pp.176-177.Je me permets également de référer le lecteur à ma précédente étude de \u201cL\u2019homme qui va.\u201d DE CRITIQUE EN CRITIQUE 683 propos, de concilier le souci de l\u2019action religieuse ou morale avec celui de la beauté littéraire.Mais personne n\u2019a le droit de le lui imposer ou de le lui défendre: la production artistique n\u2019étant pas l\u2019objet d\u2019une obligation morale, il faut condamner avec l\u2019éminent professeur \u201ccomme deux théories également outrancières celle qui impose et celle qui interdit une mission morale à l\u2019artiste.\u201d N\u2019allons donc pas trop vite en besogne et cessons de répéter la boutade de Veuillot: \u201cL\u2019art pour l\u2019art n\u2019est pas l\u2019art.\u201d Sans doute, l\u2019art reste subordonné à la morale comme à sa dernière fin, puisque la morale est la règle définitive de la vie.Il reste permis au littérateur catholique du Canada ou d\u2019ailleurs de peindre les caractères, de nouer les intrigues, ou de traduire les beautés de la nature, \u2014 en mêlant parfois même au tableau certaines fantaisies joyeuses et et inoffensives aux esprits suffisamment formés.Rien l\u2019oblige à viser un but patriotique ou moral.Il existe plusieurs manières de servir une bonne cause.Par exemple, les vers sonores et ciselés de Paul Morin ont ajouté un nouveau lustre à la gloire du Canada français.Ne lui enlevons pas une place très honorable dans notre avant-garde littéraire sous le fallacieux prétexte qu\u2019il s\u2019est grisé uniquement de lignes pures, de teintes chatoyantes et de rythmes ber-ceurs.En résumé, le livre de M.Bernard est d\u2019un penseur averti, actif et vigoureux.Ecrit dans un style clair, didactique et toujours soutenu \u2014 car l\u2019auteur n\u2019aime pas déposer les manchettes \u2014 il atteste l\u2019incontestable effort de notre jeune génération d\u2019écrivains pour se dégager des tâtonnements et des confusions d\u2019hier.Il est à souhaiter que cette œuvre personnelle et instructive circule entre les mains de tous ceux qui se piquent de 684 REVUE DOMINICAINE culture littéraire et que réjouit la lente, laborieuse mais sûre montée des nôtres vers les sommets.Séraphin Marion - * - LETTRES D\u2019UN ARTISTE CANADIEN NAPOLEON BOURASSAl L\u2019éditeur de ces \u201cLettres d\u2019un Artiste Canadien\u201d nous a procuré l\u2019inestimable plaisir de passer quelques heures extrêmement intéressantes dans la compagnie de ce vieillard si aimable, si poli, si distingué, Napoléon Bourassa.Nous l\u2019avions connu autrefois.C\u2019était donc tout un passé qui revivait devant nous.Ses anciens amis et beaucoup de ceux qui l\u2019ont approché goûteront le même plaisir.Eux non plus ne l\u2019ont pas oublié, si l\u2019on en juge par le sourire de bienveillance que le rappel de son nom fait naître sur les lèvres.Nous pensions qu\u2019il était facile de parler de ce gentilhomme si sympathique, si ouvert au point de laisser croire qu\u2019il se donnait tout entier à ses interlocuteurs.Après une lecture attentive de cette correspondance, il n\u2019en est plus de même.Il est plus compliqué qu\u2019il ne paraissait d\u2019abord.Ceci ne saurait nous surprendre quand on voit qu\u2019il a été mêlé à tant de choses et que ses relations étaient aussi nombreuses que variées.Il nous apparaît quelque peu comme ces bijoux aux multiples facettes dont l\u2019éclat nous attire, mais bientôt on ne sait plus lequel admirer davantage.Une égale distinc- 1.\u2014Publiées par sa fille, mademoiselle Adine Bourassa.Désolée, De Brouwer et Cie, éditeurs.1 vol.in-12, 499 pp.Bruges-Paris- LETTRES D\u2019UN ARTISTE CANADIEN 6S5 tion se retrouve dans ses œuvres comme dans ses rapports avec les hommes.* * * Napoléon Bourassa était aimé et recherché par tous ceux qui ont eu l\u2019avantage de le connaître.Son rare talent de conversation, alimenté par le souvenir toujours vivant, et non moins cher, de ses voyages en Europe, en Italie surtout, faisait ressortir les qualités de son esprit enjoué, vif et pénétrant, toujours respectueux de ce qui devait être respecté.Il aimait son pays qu\u2019il voyait tel qu\u2019il était alors, encore jeune, peu orienté, toujours emmaillotté dans des méthodes surannées et des traditions qui lui paraissaient avoir fait leur temps.Il aimait les lettres qu\u2019il cultivait avec goût ; il avait une plume facile, élégante, sans trop de recherche, bien qu\u2019il en eût quelque peu, mais il s\u2019appliquait à dire les choses avec délicatesse, avec esprit, d\u2019où un charme exquis que l\u2019on rencontre rarement.Et il écrit comme ça à ses parents, à ses enfants, ses amis, ses cousins et cousines.Je crois bien que celles-ci étaient très nombreuses et ne devaient pas manquer d\u2019esprit.Il serait curieux tout de même de faire la contre-épreuve.Après les siens, il a aimé l\u2019art.Il serait plus vrai de dire en même temps que les siens.Dans quelle catégorie d\u2019artistes faudrait-il le ranger ?On ne peut pas dire qu\u2019il a été un grand artiste, mais qu\u2019il a possédé, par contre, un goût et un sens artistique qui ne sont pas donnés à tout le monde.Il n\u2019a dominé aucun art en particulier, c\u2019est bien sûr ; mais il les a tous cultivés, car 686 REVUE DOMINICAINE il les aimait tous.C\u2019est peut-être pour les avoir tous aimés, et trop à la fois, qu\u2019il n\u2019est pas devenu un grand artiste.Quand il maniait le pinceau, la plume le sollicitait; quand il tenait la plume, le compas et l\u2019équerre accouraient, et chacune de ces jouissances, pourtant exclusives, empiétaient volontiers les unes sur les autres.Un soupçon de poésie paraît quelque part, pendant que la musique s\u2019emploie de son mieux, sans trop y réussir, à mettre de l\u2019harmonie dans ce concert, où chacun joue sa partie sans trop s\u2019inquiéter des autres.Cependant c\u2019est encore à l\u2019architecture et à la peinture que nous devons ses œuvres les plus durables.Nous allions oublier la plume, qui nous a donné un beau et bon roman : \u201cJacques et Marie\u201d, et des conférences.Voyez, même dans l\u2019énumération de ses goûts et tendances, on perd le fil.Jeune homme, il avait eu la bonne fortune de voyager en Italie, mais à la manière des artistes de ce temps-là, un peu bohème, le chapeau sur le coin de la tête, la boîte aux couleurs en bandoulière.N\u2019a-t-il pas dormi à la belle étoile, un soir, dans les environs de Viterbe ?Sa nature jeune et fraîche, et très raffinée, se plaisait sous le grand et chaud soleil de la Péninsule, grand animateur d\u2019âmes d\u2019artiste.Napoléon Bourassa n\u2019a pas donné la mesure de son talent, pour des raisons que nous n'avons pas à analyser ici.Bien sûr que notre pays était trop jeune pour un art délicat comme le sien, et puis, il fallait vivre.Il a laissé cependant des œuvres, telles que l\u2019église de Notre-Dame de Lourdes et celle de Sainte-Anne de Fall River, qui témoigneront de son rare talent.Ce fut un véritable précurseur.Il a caressé longtemps l\u2019idée d\u2019une Ecole des Beaux- LETTRES D\u2019UN ARTISTE CANADIEN 687 Arts dont on lui avait laissé entendre la fondation comme possible, mais qui ne devint une réalité que plus tard.Qui sait si ce n\u2019était pas sa vocation d\u2019être un éveil-leur d'artistes dans sa petite patrie ?Ne lui devons-nous pas Philippe Hébert ?C\u2019est peut-être son chef-d\u2019œuvre.\u201cS\u2019il y a des inconvénients, dans une société nouvelle, à trop exalter les talents naissants, il y en a bien davantage à dérouter les élans confiants des natures généreusement inspirées.Mais, aux vocations réelles, aux ouvriers modestes, convaincus de leur puissance intime, on doit, avant tout, des éloges, des conseils, des encouragements,\u201d disait-il dans une de ses Causeries.(Revue Canadienne, 1916, vol.XVIII, p.309.) « * * Mais il fut mieux que cela, bien que cela parût moins.Il a été un père de famille au cœur large et profond.Oh ! ce cœur, comme il le possédait et gardait soigneusement dans sa poitrine, sur laquelle il aimait à presser ses enfants ! Lui-même fut un fils aimant, docile et dévoué envers des parents admirables, qui surent le comprendre et favoriser ses goûts artistiques.Il leur a souvent donné des marques sensibles de la reconnaissance la plus sincère et la plus profonde, comme le font voir certaines lettres plus intimes.Quand il sera père à son tour, il aura la même tendresse pour ses enfants.C\u2019est à eux que vont les lettres les plus touchantes et les plus délicates.Qu'il leur écrive de Montréal ou de Monte-Bello, de Paris ou de Rome, de Fall River ou de St-Hyacinthe, il dit toujours l'ennui qu\u2019il éprouve de se voir loin d'eux, il se plaint d\u2019être privé de leur babil ou de leurs espiègleries quand 688 REVUE DOMINICAINE ils sont jeunes, de leur conversation quand il» ont grandi.Il a hâte de les retrouver au foyer.Mais, hélas ! ce foyer n\u2019est plus et ne sera jamais plus au complet ; un grand vide s\u2019est fait, la mère est partie tôt, laissant au père la charge d\u2019aimer et de choyer pour deux, pendant que lui-même porte le deuil de l\u2019absente.Il suit leur développement, il s\u2019intéresse à leurs études et à leur culture; il les encourage, sans se montrer trop exigeant sur le succès des examens.\u201cFaites bien, apprenez ce que l\u2019on vous enseigne, mais ne vous faites pas mourir sur les livres,\u201d leur écrit-il aimablement, finement et comme ça, de crainte, semble-t-il, qu\u2019il n\u2019y ait plus de place pour lui dans un cœur rempli de trop de choses.La même tendresse les suivra au cours de la vie, à mesure que l\u2019âge, la situation dans le monde, les épreuves inévitables apporteront au père un surcroît de préoccupations et de sollicitudes.Le 22 avril 1885, il écrit: \u201cMon enfant bien chérie, il y a longtemps que je veux causer avec toi du fond du cœur.Mais, vous êtes bien loin ! Le temps qui nous sépare semble ajouter à la distance.J\u2019imagine que vous vous en allez toujours, toujours plus loin, et qu\u2019il s\u2019établit entre nous un voile d\u2019air et de nuage plus compact, qui fait que je vous vois moins.Mais si vous allez bien, si le chemin vous est toujours agréable et heureux, continuez, mes chers enfants.Chacun son tour, quoi !.Je sens maintenant ce que devait sentir ma chère et sainte mère.Ce n\u2019est pas tant l\u2019éloignement qui me préoccupe que de vous savoir heureux.\u201d Et, quand plus tard encore, d\u2019autres foyers sortiront du sien, il n\u2019aura pas besoin d\u2019apprendre de Victor Hugo l\u2019art d\u2019être grand-père.Il pourrait plutôt enseigner au LETTRES D\u2019UN ARTISTE CANADIEN 689 grand poète l\u2019art d\u2019aimer et de chérir chrétiennement ses petits-enfants.C\u2019est toujours la même grande et belle âme, toujours fidèle à la foi de son berceau.* * * Il a été un grand chrétien, gardant intacte, pure, éclairant la voie, la foi reçue au foyer qui lui donna la vie.Elle inspirera et dirigera tous ses actes, elle le protégera dans ses voyages, quand l\u2019impiété aurait pu le perdre.Elle l\u2019orientera dans ses études d\u2019art, et c\u2019est toujours l\u2019art chrétien de l\u2019Italie, dans ses chefs-d\u2019œuvre, qui l\u2019attire et le retient.Les mêmes sentiments de foi et de charité le guideront dans l\u2019éducation qu\u2019il donnera à ses enfants.La Providence l\u2019en récompensera en lui donnant un fils qui sera un prêtre intelligent, distingué, et d\u2019un zèle admirable pour la gloire de Dieu, et qui à son tour deviendra le père d\u2019une famille religieuse, congrégation de femmes destinée aux missions de la Chine.Malheureusement il mourut jeune, des suites d\u2019un accident; mais il a laissé une grande œuvre qui lui fait honneur, et au cœur du père une blessure qui ne guérit pas.Il avance dans la vie, les infirmités de l\u2019âge s\u2019annoncent déjà.Une teinte de mélancolie s\u2019est posée sur son âme.Si ce n\u2019est pas la nostalgie du ciel, comme dans certaines âmes de saints, il sent quand même le besoin de se tenir toujours plus près de son Créateur, de Le prier \u201cen union avec les chers défunts\u201d.\u201cQue Dieu, disait-il, féconde et favorise tout le bien de cette semence\u201d que répand l\u2019humeur chevaleresque d\u2019un autre fils., \u201cet comme le conçoit le Souverain Bien.\u201d * * * Ce qui précède ne donne qu\u2019une idée très restreinte de l\u2019intérêt qu\u2019offre la lecture de ces lettres.Bien 690 REVUE DOMINICAINE d\u2019autres aspects de cette existence auraient pu être mis en relief, mais, \u2018\u2018toute intimité garde raison et droit de discrétion.\u201d Ainsi, il ne s\u2019est guère mêlé à la politique, tout juste assez pour en éprouver de l\u2019éloignement.Peut-être pressentait-il qu\u2019un héritier de son nom en ferait pour deux, dans un avenir qui ne devait pas tarder.Cependant il a rencontré sur sa route beaucoup d\u2019hommes d\u2019Etat et d\u2019hommes d\u2019affaires.Que de fois dans ses lettres, pourtant fort discrètes sur ces personnages, glisse un mot, un bout de phrase, qui laisse entendre qu\u2019il y a des dessous que l\u2019on ne soupçonne pas, et qui projetterait des lumières inattendues sur des faits mal connus de notre histoire.Il est probable que plus tard, beaucoup plus tard, des lettres de Napoléon Bourassa, que l\u2019on n\u2019a pas encore publiées, seront une mine très riche pour les historiens qui écriront sur notre temps.Nous n'avons fait non plus aucune allusion à son amitié si profonde et si durable pour les Dominicains, qu'il connut dès leur arrivée en Canada.(1873) Il a bien voulu leur conserver cette amitié jusqu\u2019à sa mort.Qu'il nous suffise, à nous qui avons connu Napoléon Bourassa, de nous rappeler le gentilhomme d'un autre âge, si bon, si distingué.Souhaitons que l'exemple de sa vie trouve de nombreux imitateurs l * Thomas Couët, O.P. LE SENS DES FAITS L\u2019art religieux à St-Léon-de-Westmount Le dimanche 6 octobre avait lieu, à St-Léon-de-Westmount, la bénédiction de deux statues, du Sacré-Cœur et de sainte Thérèse de l\u2019Enfant-Jésus, qui continuent la décoration entreprise de l\u2019église Saint-Léon-de-Westmount.Le professeur P.Sgandurra, de Florence, à qui on avait confié l\u2019exécution de ces travaux, a conservé l\u2019unité de conception qui préside à cette décoration, et ses deux statues, avec les bases qui les supportent, sont dans le même style que l\u2019autel et la chaire installés précédemment.Ces deux monuments constituent une valeur artistique de premier ordre.Chaque statue, en marbre Por-racci d'un blanc uniforme sans veine, repose sur un socle de Carrare, composé de trois morceaux solides, base, fût et chapiteau, superposés, dont les angles se détachent en quatre colonnes en jaune de Sienne de très belle venue.Des sculptures fouillées contournent toute cette base.La façade porte en relief un symbole (cœur entouré d\u2019épines, couronne de roses) et une inscription gravée, tirée de l\u2019office du personnage qui domine le tout.Le Sacré-Cœur, traité à l\u2019antique, rappelle bien, par la draperie sobre des vêtements les patriarches qui soutiennent le retable de l\u2019autel.La figure redressée et au regard bien vivant, la main droite légèrement levée dans un geste de bénédiction, tandis que la gauche soutient le Cœur qui transperce la robe, le manteau aux plis peu nombreux mais profondément gravés, sont à peu près les seules lignes qui émergent de ce bloc de marbre, et 692 REVUE DOMINICAINE contribuent à donner l\u2019impression qu\u2019on est en présence d\u2019une apparition où Jésus se proclame la voie, la vérité, la vie, et invite à venir puiser aux grâces dont ü est l\u2019Auteur.Naturellement, on se demande quelle impression domine: la bonté qui attire, ou la grandeur majestueuse mais qui n\u2019a rien de guindé ou de faussement solennel.C\u2019était un véritable problème que de représenter dans ce milieu antique une sainte aussi contemporaine que sainte Thérèse de l\u2019Enfant-Jésus.Les exigences de de la vérité historique réclamaient une modification du costume, et aussi l\u2019exclusion des procédés de la statuaire moderne.Le professeur Sgandurra a donc revêtu la petite sainte de son costume de carmélite.Mais dans le manteau, le voile et la guimpe sculptés en profond relief, on retrouve les mêmes grands plis longitudinaux que dans la statue du Sacré-Cœur.Résolument, le sculpteur a laissé de côté la technique de la Renaissance, qui, sous prétexte de réalisme, se préoccupait outre mesure de reproduire exactement les formes, et a abouti de nos jours à la banalité de la représentation photographique.Sa manière rejoint la tradition de Giotto et s\u2019attache à donner à la petite sainte l\u2019expression de piété, de mortification et de bienveillance qui furent les traits dominants de sa vie et qui restent les exemples de vie chrétienne que l\u2019Eglise nous propose dans l\u2019office qu\u2019elle a composé en son honneur.Tout en idéalisant ainsi son personnage, l\u2019auteur s\u2019est rapproché davantage de la vérité.L\u2019imagerie et la plastique nous ont habitués à contempler une sainte Thérèse replète et joufflue, aux traits adoucis et florissants de vie, perdus dans un vêtement aux couleurs tranchantes.Ce peut être plus frappant au premier regard; mais cette jolie LE SENS DES FAITS 693 jeun© fille ressemble-t-elle davantage à la recluse épuisée par la mortification et la souffrance physique ?La sainte Thérèse de Sgandurra se présente avec une allure surnaturalisée et la blancheur de ce marbre nous rappelle que Ton est en présence d'un personnage qui jouit maintenant des privilèges des bienheureux.De son extérieur terrestre, il n\u2019a gardé que ce qui peut nous faire songer à ses vertus.Cette conception excluait d\u2019emblée la polychromie si en vogue dans la statuaire moderne, mais si sé'vèrement condamnée par les meilleures traditions artistiques : \u201cLa polychromie est encore plus discutée pour la statuaire que pour la construction.A l\u2019unanimité les artistes la condamnent quand elle est artificielle et qu\u2019elle cherche à se rapprocher entièrement de la réalité.On voit par là combien est fausse la conception de la statuaire moderne, au coloris imitant la nature.Il n\u2019y a pas plus d\u2019art dans ces statues peintes que dans les personnages du Musée Grévin 1 ou dans les mannequins des étalages de nos grands couturiers.Ces œuvres, visant à donner l\u2019illusion de la vie, engagent la statuaire dans une voie sans issue et lui assignent un but qu\u2019elle est incapable d\u2019atteindre; trop souvent d\u2019ailleurs, la couleur sert à dissimuler chez elles l\u2019imperfection ou la banalité de la forme.\u201d (A.Munier, \u201cConstruction, Décoration, Ameublement des Eglises\u201d, III, 147-8).Bref, l\u2019artiste sculpteur a parfaitement atteint le but qu\u2019il se proposait : sa sainte Thérèse est une œuvre qui répond aux désirs de la piété et de l\u2019art chrétiens authentiques.Une pensée religieuse domine cette attitude d\u2019immobilité, incline à la prière, épargne la distrac-traction que ne manque pas de provoquer certain dé- 1-\u2014L\u2019analogue de notre Musée Eden. 694 REVUE DOMINICAINE ploiement emphatique, quelquefois théâtral, toujours déplacé dans une église.* * * L\u2019installation, à Saint-Léon-de-Westmount, de ces deux monuments d\u2019une valeur remarquable nous fournit l\u2019occasion de faire de cette petite église, une description qui peut être utile et intéressante pour plusieurs.On poursuit là, méthodiquement, sans empressement prématuré, et dans des conditions de bon marché surprenantes, un plan d\u2019embellissement qui peut être réalisé ailleurs.D\u2019autre part, on s\u2019efforce de garder une unité de style et une conformité aux traditions de la liturgie et de l\u2019art chrétien, dont on ne tient pas toujours assez compte.Les fidèles qui offrent de payer un vitrail reproduisant tel tableau, ou une statue de leur saint préféré doivent comprendre qu\u2019on ne peut pas subir toutes les initiatives, parfois indiscrètes, des pieux donateurs.Autrement, on reçoit une statue et il faut chercher l\u2019endroit convenable pour l\u2019installer, sans pouvoir s\u2019occuper de ses proportions, de son style, de son décor.Au Moyen-Age, les statues étaient rares à l\u2019intérieur de l\u2019église, excepté sur les jubés, les clôtures de chœur, les hauts retables d\u2019autels.Elles ne se rencontraient, en tout cas, que là où elles pouvaient faire partie d\u2019un ensemble architectural.Il faudrait qu\u2019autant que possible on s\u2019efforçât d\u2019en agir ainsi.Extérieur.\u2014L\u2019architecture générale, à St-Léon, de style romano-florentin, laisse prévoir que la tonalité dominante de l\u2019ensemble sera plutôt grave, tout en évitant une froideur exagérée.C\u2019est déjà l\u2019impression qui se dégage de l\u2019apparence extérieure de l\u2019édifice, dont la masse de pierre s\u2019élève LE SENS DE: FAITS 695 au milieu de la verdure et des fleurs, avec sa façade à combinaison toute nouvelle de pierre taillée et bosselée présentant un contraste de couleurs de très bel effet.Tout nouveaux, aussi, en notre pays, et bien florentins de style, ce campanile semi-détaché, et, dans une façade d\u2019église, ce grand vestibule qui la précède dans toute sa largeur, surmonté d\u2019une balustrade de pierre.L\u2019église Saint-Léon a été construite, en partie seulement, en 1901, pour une population mixte de cent familles à peine.Au lieu du soubassement d\u2019usage, on prit, du plan adopté, pour les construire de suite, le choeur, le transept et une travée des nefs.L\u2019on mit devant tout cela une façade temporaire assez complète.Le tout était très simplet et, au dehors comme au-dedans, de matériel assez commun.On n\u2019en était pas encore venu, alors, à Montréal, à la détermination de bâtir à l\u2019épreuve du feu, et de choisir, pour les autels, les statues, les balustrades, du solide et du définitif.Quand, il y a sept ou huit ans, on résolut de compléter l\u2019église, on s\u2019efforça de faire mieux dans la partie neuve, et on arrêta un plan pour améliorer graduellement la partie ancienne.L\u2019on demanda à l\u2019architecte, M.G.-A.Monette, de changer la façade du plan primitif, qui comportait deux flèches en bois et tôle; on modifia les spécifications de matériaux, et l\u2019on prit des mesures pour remplacer les autels de bois et les statues de plâtre.Intérieur.\u2014L\u2019intérieur de l\u2019église est très sobre d\u2019ornements architecturaux, mais il offre des lignes romanes très bien suivies, sans aucun mélange de style.La nef centrale occupe presque toute la largeur de l\u2019église; la série de petits arcs romans des nefs latérales ne surplombe que les allées qui longent les murs; les angles des transepts sont arrondis, formant des tourelles 696 REVUE DOMINICAINE à l\u2019extérieur et logeant, en dedans, des autels latéraux.La disposition de ces autels et de toutes les colonnes laisse la vue libre aux fidèles, et il n\u2019y a pas dix places dans l\u2019église d\u2019où l\u2019on ne puisse voir les officiants et le prédicateur.Décoration.\u2014En fait de décoration, on n\u2019a encore qu\u2019un tableau, dans le chœur, et quelques verrières.Ces dernières sont de valeur fort inégale, et sorties d\u2019ateliers différents.Les meilleures se trouvent dans la façade de l\u2019église, au-dessus et à côté des orgues, à l\u2019exception de celle qui représente le \u201cSermon sur la montagne\u201d, installée dernièrement; elle fait partie d\u2019une série qui reproduira des scènes de la Vie cachée et de la Vie publique de Notre-Seigneur, et qui a été commandée à Guido Nincheri, l\u2019artiste florentin déjà bien connu au Canada qui dirige à Maisonneuve un atelier de vitraux parfaitement outillé.C\u2019est là qu\u2019ont été faites toutes les verrières de la Cathédrale des Trois-Rivières, les plus belles, peut-être de notre Province.La verrière de Saint-Léon est remarquable à tout point de vue : dessin, groupement, draperie: l\u2019agencement des verres de couleurs de toute première qualité est d\u2019un effet très vivant même par les temps sombres, ce qui contraste avec l\u2019insignifiance de tant de verrières où l\u2019on s\u2019est contenté d\u2019étendre des couleurs sur la vitre ordinaire.Le même artiste Nincheri doit aussi faire les cinq tableaux que demandent les panneaux de l\u2019abside.Le centre est déjà fait et représente un Crucifiement de Notre-Seigneur, original et bien réussi.La niche de l\u2019autel s\u2019élevant assez haut devant le milieu du tableau, sainte Madeleine qu\u2019on a coutume de placer à genoux, sous les pieds du Sauveur, est représentée debout, à gauche, les mains appuyées sur la Croix, la tête profon- L\u2019ESPRIT DES LIVRES 697 dément inclinée, toute la figure se trouvant cachée par la longue chevelure tombante.La sainte Vierge et S.Jean ont tous deux les yeux et les bras levés vers la figure de Christ mourant, dans un geste tragique, mais qui n\u2019a rien de forcé ou de théâtral.Les autres tableaux traiteront des sujets connus et de suite compris de tous: Le \u201cRédempteur Crucifié\u201d prouve sa divinité par la \u201cRésurrection\u201d, applique les fruits de son sacrifice par l\u2019Eglise qui est fondée à la \u201cPentecôte\u201d, avec, comme chef \u201cS.Pierre qui a reçu les clefs du Royaume\u201d, et qui les \u201ctransmet à la suite des Papes\u201d, ses successeurs.Le Maître-Autel.\u2014Le Maître-Autel de Saint-Léon est sûrement l\u2019un des plus beaux qui soient à Montréal.Toujours dans le style de l\u2019Eglise, il garde un cachet de simplicité et même de sévérité de très bon goût.En marbre solide de haut en bas, le vert foncé et le jaune n\u2019interviennent que dans une harmonie de bon aloi, pour faire ressortir les lignes de l\u2019architecture et l\u2019ornementation sculptée au ciseau.Cette ornementation consiste surtout en symboles liturgiques dont neuf, de chaque côté, sont taillés dans un même bloc, avec fond de marbre vert qui en accentue le relief.On les distingue nettement, même de loin.Il y a en plus des chapiteaux de colonnes sculptés avec une finesse et surtout une variété qu\u2019on voit rarement ici.Tous ces chapiteaux sont différents, même pour les parties qui font pendant l\u2019une à l\u2019autre.Il en est de même pour la bordure, ciselée comme une dentelle, qui encadre la porte du tabernacle, et pour les quatre statuettes de prophète en cariatides qui soutiennent les bouts du retable.La porte du tabernacle, en bronze doré au feu, a été coulée d\u2019après une 698 REVUE DOMINICAINE maquette préparée spécialement par le professeur P.Sgandurra.Comme garniture d\u2019autel, on a fait venir de Belgique une croix et des candélabres, de forme antique, en bronze ciselé.De plus les canons d\u2019autel, de même métal, sont d\u2019un genre tout nouveau.De dimension minime et montés de façon à tenir solidement à leur place, ils portent, comme la Croix d\u2019Autel, le monogramme \u201cS.-L.\u201d (Saint-Léon) ou la reproduction du sceau de la paroisse : un lion assis, bien éveillé, qui protège, en y appuyant ses pattes de devant, une croix qui s\u2019élève au-dessus de sa tête.\u2014 Pour les parures, on n\u2019emploie jamais de fleurs artificielles.La Chaire.\u2014En même temps que le Maître-Autel, on a installé à Saint-Léon, une \u201cChaire de Vérité\u201d d\u2019une réelle valeur.Les deux morceaux sont du même architecte, Enrico Del Bono, et se conviennent à merveille.Le support de la chaire est un faisceau de quatre colonnes taillées dans le même bloc de marbre jaune \u201cCipollino\u201d.La \u201ccuve\u201d octogonale, de même, n\u2019est pas un assemblage de panneaux, mais a été tirée du même morceau de marbre blanc.Il n\u2019y a du reste dans toute la chaire installée que cinq blocs de marbre superposés.Pas un seul joint vertical.Les faces de l\u2019octogone sont ornées alternativement de sculptures et de mosaïques.Et, comme dans l\u2019autel, les mosaïques ne sont pas faites en utilisant, comme d\u2019ordinaire, de petits cubes d\u2019émail colorié, mais le dessin, \u2014 oiseau, feston, guirlande, \u2014 est creusé dans le marbre blanc et les vides sont remplis avec une incrustation de marbre de couleur.Le travail en est si précis qu\u2019on dirait des figures tracées avec un pinceau.Ornements.\u2014Depuis plus de vingt ans, on se sert, à LE SENS DES FAITS 699 Saint-Léon, de ce genre de vêtements sacerdotaux dont l\u2019Apostolat Liturgique, avec la haute approbation de Monseigneur l\u2019Archevêque, a fait une exposition aux Retraites Pastorales de cette année.Il consiste avant tout dans l\u2019emploi de soies à dessins liturgiques, dans des nuances spéciales, et de galons antiques ou de motifs brodés, qui avec la doublure de l\u2019ornement, tranchent harmonieusement sur la couleur de fond.Dans ce but, on évite le sempiternel galon jaune (de soie, ou d\u2019or fin, mi-fin, etc.), et ce \u201cdrap d\u2019or\u201d raide, à fond plat, ornementé avec des feuillages, des raisins, (toujours en or), et dont on accentue le relief avec du plâtre.Les chasubles, pour donner plus d\u2019effet à ces contrastes de couleurs, gardent l\u2019ampleur de la vraie forme romaine: c\u2019est la \u201cchasuble de S.Chs.Borromée\u201d.Ce ne sont pas Fs dimensions de la chasuble antique, en forme de grand manteau retombant de tous côtés, mais ce n\u2019est pas non plus la petite chasuble étroite, étriquée, qui rejoint les proportions mesquines de la chasuble dite française, et qu\u2019on en est venu à réduire ainsi, justement à cause du matériel métallique, raide et lourd dont on voulait faire usage.Des matériaux moins \u201cconsistants\u201d, tel le bougran, sont ajoutés à la doublure, empêchant les bandes sur les épaules de gondoler.Ces chasubles enfin portent généralement au dos, au lieu d\u2019une simple colonne, une croix \u201cfourchue\u201d comme S.S.Pie XI a demandé de la faire pour l\u2019ornement que lui ont confectionné, l\u2019an dernier, les Clarisses de Mazamet, en France.\u2014 Il s\u2019agit en somme de \u201credonner aux ornements, avec la souplesse, une forme moins étriquée, moins éloignée de leur origine.\u201d (Levavasseur-Haegy, II, p.20).Le Baptistère.\u2014Le Baptistère a été placé entre les deux sacristies, dans ce qui selon les premiers plans, ne 700 REVUE DOMINICAINE devait être qu\u2019un passage flanqué d\u2019armoires.La fenêtre est ornée d\u2019une belle verrière, par Nincheri, représentant Notre-Seigneur baptisé dans le Jourdain.La cuve baptismale et son couvercle, reposant sur un massif de colonnes, est en marbre vert-foncé, et le tout est surmonté d\u2019un groupe en carrare blanc.L\u2019emplacement des Fonts baptismaux est bien marqué aussi par le décor qu\u2019on lui a donné.A l\u2019entrée, on lit l\u2019inscription: \u201cInvidia diaboli mors intravit in orbem terra-rum\u201d (Sap.LL, 24) et, à gauche du Baptistère, un panneau, encadré d\u2019un dragon, montre Lucifer précipité hors du ciel; un autre panneau entouré de pommes et de feuilles de pommier, \u201cAdam et Eve chassés du Paradis Terrestre.\u201d A la sortie, l\u2019inscription rappelle : \u201cConsepulti et in baptismo, in quo et resurrexistis\u201d (Coloss.II, 12), pendant qu\u2019un panneau entouré de lis représente l\u2019Immaculée-Conception, et un autre, orné de paons, symbole de Résurrection, le Christ Triomphant.Les motifs de décoration, autour des murs, sont des symboles : le Rocher frappé par Moïse \u201cPercuties petram et exibit ex ea aqua.Petra autem erat Christus\u201d (Ex., XXII, 16; L, Cor.X, 4) ; les poissons dans la mer: \u201cNos, pisciculi, in aqua nascimur\u201d (Tertul.) ; \u201cune colombe planant sur les eaux: \u201cSpiritus Dei ferebatur super aquas\u201d (Gen.I, 2) ; l\u2019Arche de Noé: \u201cArea, in qua animæ salvæ factæ sunt per aquam\u201d (I, Petr.III, 20).Visitât or.Requête opportune La requête suivante, à laquelle un vrai patriote ne peut s\u2019empêcher de souscrire, vient d\u2019être adressée par notre Société St-Jean Baptiste à l\u2019Honorable Ministre de la Marine et des Pêcheries, au Président de la Commis- LE SENS DES FAITS 701 sion du Port de Montréal et au Président du Comité exécutif de la ville.Montréal, 30 octobre 1929.Monsieur, Le pont de la rue de Lorimier, qui reliera Montréal à Longueuil, sera terminé cet automne, annoncent les journaux.Ce pont n\u2019a pas encore reçu de nom.La Société Saint-Jean Baptiste de Montréal suggère de lui donner le nom de Jacques Cartier, qui serait tout à fait digne de ce monument.Ce choix serait d\u2019autant plus convenable que des fêtes se préparent pour commémorer le quatrième centenaire de la prise de possession du Canada, au nom du roi de France et de la découverte du fleuve Saint-Laurent par Jacques Cartier.Ce nom rappellerait aussi aux citoyens de Montréal et aux visiteurs de notre métropole que Jacques Cartier a, sans aucun doute, été le premier homme de race blanche à mettre le pied sur le sol de l\u2019île de Montréal.Pour ces diverses raisons, nous vous prions respectueusement de prendre les mesures nécessaires pour que le nom de Jacques Cartier soit attaché à ce nouveau pont, l\u2019un des plus importants que le génie aura jeté sur notre grand fleuve.Veuillez agréer, Monsieur le Ministre, l\u2019expression de nos sentiments les plus dévoués.Pour la Société Saint-Jean Baptiste de Montréal, Le chef du secrétariat Alphonse de la Rochelle. 702 REVUE DOMINICAINE Remer ciments de Marie Noël M.l\u2019abbé Melançon a reçu, à propos de son article sur Les Chansons et les Heures de Marie Noël, paru dans la Revue Dominicaine de juillet-août, une lettre de l\u2019auteur qui accentue la portée psychologique des observations et jugements contenus dans l\u2019article.Diges, 21 juillet 1929.Monsieur l\u2019Abbé, Vous m\u2019avez adressé un bien bel article ! Si beau que.je ne comprendrai jamais, je renonce à comprendre où et comment vous avez découvert de telles merveilles dans mes Heures et mes Chansons.Il me donne envie de les relire pour voir si, moi aussi, j\u2019y trouverai ce charme que vous dites.Mais non! Fraîches et nouvelles pour vous, pour moi elles sont.moi-même, c\u2019est-à-dire ce qu\u2019il y a de plus vieux, de plus simple, de plus rebattu et fatigué au monde, j\u2019aime que des vers me surprennent et ceux-là ne me surprendront jamais.Le succès de ce livre.je ne sais comment en parler respectueusement, mais il me semble que c\u2019est une espèce de bon tour que la Providence m\u2019a joué.A côté de mon ange gardien, je dois en avoir un autre très malicieux qui s\u2019amuse à jeter sur moi la lumière que je repousse.C\u2019est lui qui a fait tomber \u201cles Chansons\u201d dans les mains d\u2019un.député radical-socialiste qui s\u2019est emballé et l\u2019a porté à un critique.D\u2019où le reste a suivi.C\u2019est lui hier encore.mais cette histoire littéraire est assez longue.Je corrige simplement une petite erreur de Lucien Descaves.Mon père enseignait l\u2019Histoire de l\u2019Art au LE SENS DE: FAITS 703 lycée de jeunes filles d\u2019Auxerre où j\u2019ai été instruite, mais, par carrière, il était professeur agrégé de philosophie et aussi idéaliste \u2014 à la manière de Platon \u2014 que peu indulgent pour les \u201cbroderies\u201d de sa fille.Il se méfiait de la folle du logis, mais il avait l\u2019esprit si haut qu\u2019il n\u2019est jamais descendu à une action intéressée.Positif ?oh ! non, mais il ne croyait pas.A part cela, oubliez maintenant, monsieur l\u2019Abbé, tout ce que vous savez de Marie Noël.Ne pas connaître les poètes vaut bien mieux.En vous remerciant du beau travail si délicat, si attentif, que vous m\u2019avez consacré et que vous avez bien voulu m\u2019envoyer, je vous prie d\u2019agreer, monsieur l\u2019Abbé, l\u2019expression de mes sentiments respectueux.Marie Noël Remercîments du Saulchoir Le R.P.Directeur de la Revue Dominicaine a reçu la lettre suivante en réponse à l\u2019article paru dans le numéro de septembre, à l\u2019occasion des noces d\u2019argent du Saulchoir.Le Saulchoir, Kain (Belgique), le 29 octobre 1929.Mon révérend et cher Père, Depuis longtemps, je voulais me faire auprès de vous l\u2019écho de tous les Pères du Saulchoir, et vous exprimer la reconnaissance joyeuse et fervente qu\u2019ils ont éprouvée pour l\u2019article si sympathique et si fraternel que vous avez publié en tête de la \u201cRevue Dominicaine\u201d à l\u2019occasion des noces d\u2019argent du Saulchoir.Nous avons tous été touchés de l\u2019estime affectueuse que vous manifestez pour la vie religieuse et intellectuelle du Saulchoir.Que 704 REVUE DOMINICAINE cette vie trouve ainsi un écho chez nos Frères \u2014 doublement frères \u2014 du Canada, rien ne pouvait être plus agréable et plus émouvant pour nous.Il m\u2019est particulièrement doux d\u2019être ainsi l\u2019interprète du Saulchoir et de sa reconnaissance, puisque je serai, s\u2019il plaît à Dieu, l\u2019an prochain, auprès de vous, à l\u2019Université de Montréal, le représentant du Saulchoir, de ses méthodes de travail, en même temps que le messager de la France.i D\u2019avance, malgré les petits sacrifices qu\u2019imposera ce long voyage à mes travaux personnels, je vous exprime la joie que me donne l\u2019espoir de cette plus étroite communion.Agréez, avec ce témoignage le plus fraternel, mes sentiments respectueux et fervents.Fr.M.D.Chenu, O.P.Dans l\u2019Ordre Rome.\u2014Samedi, le 21 septembre, avait lieu à Rome, dans la grande salle du Collège Angélique, l\u2019élection du T.R.P.Martin-Stanislas Gillet, Provincial de France, au poste de Maître-Général de l\u2019Ordre des Frères-Prêcheurs.Après les formalités requises par le Droit canonique et les tours de scrutin qui ne se prolongèrent guère au-delà d\u2019une heure et demie, le Révérendissime Père Vicaire-Général de l\u2019Ordre, en sa qualité de Prési- 1.\u2014Cette nouvelle ne saurait manquer de réjouir les amis de l\u2019Université où le jeune et brillant professeur viendra, sous les auspices de l\u2019Institut scientifique franco-canadien, renforcer de son autorité et de son savoir le mouvement vers les études philosophiques médiévales déjà inauguré par M.Etienne Gilson.Le révérend Père donnera également une série de cours au Couvent d\u2019Ottawa.D\u2019autre part, nous apprenons avec un vif regret l\u2019empêchement de santé survenu au R.P.Roland-Gosselin dont les services avaient été retenus pour la présente année académique.\u2014N.D.L.R. LE SENS DE: FAITS 705 dent du Chapitre, fit part de la nouvelle à la Communauté réunie à cet effet.Suivit immédiatement la cérémonie de l\u2019obédience à laquelle participèrent tous les religieux présents en commençant par le Révérendis-sime Père Bonaventure Garcia de Paredes, ex-Maître-Général de l\u2019Ordre.Après que le Père Chantre eut entonné le Te Deum la Communauté se rendit proces-sionnellement au Chœur suivie du Révérendissime Père Général revêtu de la chape, ou manteau noir, et accompagné des deux plus anciens provinciaux de l\u2019Ordre, également revêtus de la chape.Ces religieux étaient les TT.RR.PP.Donegan, Provincial d\u2019Irlande et Rica-gno, Provincial de Dacie.Après le cantique d\u2019action de grâces, le Rme Père Général, aux termes du Droit canonique, fit sa profession de foi et émit le serment anti-moderniste prescrit par Pie X, de sainte mémoire.Puis, ayant été conduit à sa stalle par les deux Pères qui l\u2019accompagnaient, le Révérendissime Père prononça d\u2019une voix émue une brève allocution dans laquelle il exprima sa reconnaissance envers Dieu puis aux Pères Capitulaires pour la grande marque de confiance que ceux-ci lui avaient témoignée en l\u2019appelant à la tête de l\u2019Ordre, et exhorta tous les religieux à prier et à travailler de concert avec lui au bien de l\u2019Ordre, car, dit-il, le temps n\u2019est pas tant aux paroles qu\u2019à la prière et à l\u2019action.Entre temps, le Rme Père Caterini, Procureur Général de l\u2019Ordre, s\u2019empressait de se rendre au Palais du Vatican pour faire part au Souverain Pontife de l\u2019heureuse nouvelle.Puis la Communauté apprit avec la joie la plus vive que le Saint-Père avait eu pour souverainement agréable l\u2019élection du Rme Père Gillet au gouvernement suprême de l\u2019Ordre. 706 REVUE DOMINICAINE Le lendemain, qui était un dimanche, le Rme Père Général célébra une messe solennelle d\u2019action de grâces, assisté des Provinciaux d\u2019Espagne et de Toulouse.En ce même jour tous les Pères de l\u2019Ordre en résidence à Rome, constitués en dignitié ou exerçant la charge de Supérieur de l\u2019un des couvents de la Ville, furent convoqués à des agapes fraternelles.Au cours du repas le Rme Père ex-Général qui,pendant toute la durée du Chapitre avait donné l\u2019exemple le plus admirable d\u2019humilité et de magnanimité, se leva pour exprimer à son successeur en son nom, en celui des Pères Capitulaires et en celui de l\u2019Ordre tout entier, ses félicitations et ses vœux.Les paroles du Rme Père ex-Général suscitèrent chez tous les plus vifs applaudissements.Le Rme Père Général ne fut pas lent à déclarer combien il avait eu pour agréables ces félicitations et ces vœux venant surtout de la part d\u2019un interprète aussi digne et autorisé.Avec une visible émotion, il exprima sa profonde reconnaissance à son vénéré prédécesseur et, dans sa personne, à ceux au nom desquels il avait parlé.Dans les termes les plus heureux, il fit allusion à la grandeur de notre Ordre, à la conservation de laquelle, ajouta-t-il, ce serait désormais sa tâche de se dévouer tout entier avec le généreux concours de tous les membres de la grande famille dominicaine.Ave quelle satisfaction et quels sentiments de joie l\u2019élection du Rme Père Gillet a été saluée par de nombreux dignitaires de tous rangs, tant laïques qu\u2019ecclésiastiques, ainsi que par plusieurs illustres Institutions de haut enseignement, un nombre considérable de lettres et de télégrammes - à part les félicitations qui lui furent adressées de vive voix \u2014 en témoigne éloquemment.Il convient de mentionner en tout premier lieu LE SENS DES FAITS 707 la lettre de Son Em.le cardinal Bisleti, Préfet de la Sacrée Congrégation des Séminaires et Universités par laquelle, en son propre nom et en celui de la Sacrée Congrégation elle-même, il fit avec effusion l'éloge de l'Ordre des Frères-Prêcheurs et le félicita de s\u2019être donné pour Supérieur le ^Rme Père Gillet, si avantageusement connu en cette Sacrée Congrégation et tenu en si haute estime par elle.L\u2019espace qui nous est réservé ne nous permet pas de citer les noms de tous ceux qui ont exprimé soit par lettre ou par télégramme leurs félicitations et leurs vœux au nouveau Maître-Général de l\u2019Ordre.C\u2019est pourquoi nous nous bornerons à ne mentionner que quelques-uns de ces noms.Ont envoyé des télégrammes : Leurs Eminences les cardinaux Gamba, archevêque de Turin, et Rouleau, O.P., archevêque de Québec; Son Excellence Mgr Maglione, Nonce à Paris; LL.GG.NN.SS.McNicholas, O.P., archevêque de Cincinnati; Moriondo, O.P., évêque de Caserta (Italie) ; Reigada, O.P., évêque de La Laguna, aux Iles Canaries; Besson, évêque de Lausanne, Genève et Fribourg; Lecomte, évêque d\u2019Amiens; le Rme Père Bonaventure Marrani, Ministre Général des Frères Mineurs, alors en séjour à Milan; le T.R.P.Gemelli, O.F.M., Recteur de l\u2019Université du Sacré-Cœur, Milan; Mgr Ryan, Recteur de l\u2019Université Catholique de Washington; M.Perrier, Directeur de l\u2019Instruction Publique en Suisse, au nom de l\u2019Université de Fribourg.Ont envoyé des lettres: Son.Em.le cardinal Binet, archevêque de Besançon; LL.GG.NN.SS.Castellan, archevêque de Chambéry; du Bois de la Villerabel, archevêque de Rouen; Chollet, archevêque de Cambrai; 708 LA REVUE DOMINICAINE Chesnelong, archevêque de Sens; Fructuoso, O.P., évêque de Portalègre (Portugal) ; Simeone, évêque de Fréjus et Toulon; Chaptal, auxiliaire de Paris; Au-dollent, évêque de Blois; Julien, évêque d\u2019Arras; Grente, évêque du Mans; Liénart, évêque de Lille; Gaillard, évêque de Meaux; Rémond, aumônier général de l\u2019armée française; Le Hunsec, Supérieur général de la Congrégation du Saint-Esprit; Mgr Gaeta-Caselli, prélat de la Chambre Apostolique; Mgr Lesue, Recteur de l\u2019Université de Lille.Parmi les laïcs : le Maréchal Lyautey; M.Charles Diehl, de l\u2019Institut de France; M.Georges Goyau, de l\u2019Académie française.(Adapté des \u201cAnalecta Or dims\u201d par A.-M.Richer, O.P.) \u2014 Par décret de la Sacrée Congrégation pour l\u2019Eglise Orientale en date du 7 octobre, le Souverain Pontife a nommé le R.P.Antoine Drapier, de l\u2019Ordre des Frères Prêcheurs, délégué apostolique pour la Mésopotamie, le Kurdistan et l\u2019Arménie Mineure.Par décret de la Sacrée Congrégation Consistoriale daté du même jour, le Saint Père a nommé le R.P.Drapier, archevêque titulaire de Néo-Césarée du Pont.Canada.\u2014Du 20 au 23 octobre, M.Etienne Gilson, Directeur des Etudes de Philosophie médiévale et Professeur à la Sorbonne, était l\u2019hôte des religieux de notre couvent d\u2019Ottawa.Il venait donner trois conférences sur S.Bernard, S.François et S.Dominique.La première, sur S.Bernard, fut prononcée dans la salle des conférences, à l\u2019Université des RR.PP.Oblats; les deux autres, dans la salle Saint-Jean Baptiste de la paroisse des Dominicains.Nous avons goûté une fois de plus, cet LE SENS DES FAITS 709 éminent conférencier, qui n\u2019a pas craint d\u2019aborder l\u2019étude de ces trois plus grands saints du moyen-âge.M.Gilson a été présenté par le R.P.Simard, O.M.I., et remercié par le R.P.Fortuné, O.M.C.L\u2019un et l\u2019autre ont su exprimer les sentiments d\u2019admiration et de reconnaissance des nombreux auditeurs de ces conférences.A la demande du T.R.P.Benoît Mailloux, O.P., Régent des études, M.Gilson a bien voulu adresser aussi quelques paroles aux étudiants dominicains, dans la salle du chapitre.Il s\u2019est proposé de justifier son zèle à propager le goût des études médiévales.Ce retour aux doctrines du moyen-âge, correspond, semble-t-il à un besoin du temps; il n\u2019est pas permis dé le considérer avec indifférence et de n\u2019y pas contribuer activement.Notre négligence à nous y intéresser comporte de graves inconvénients.D\u2019abord, les protestants, saisissant l\u2019importance de ce retour à l\u2019enseignement patristique et philosophique médiéval, s\u2019y adonnent avec ardeur, croyant y trouver des arguments pour justifier leur position religieuse.Il y a danger que ceux-ci, malgré leur bonne foi évidente et leur impartialité manifeste, apportent dans l\u2019interprétation de cette littérature un apport de subjectivisme formé de préjugé et de convictions religieuses dont ils ne peuvent se défendre.C\u2019est à nous de prévenir des interprétations involontairement erronées, contenues dans des livres qui font autorité, par le souci de critique et la grande sincérité de ceux qui les ont composés.Il est, à tout point de vue, extrêmement avantageux d\u2019entrer d\u2019emblée dans ce mouvement et de mettre à jour, dans leur vrai sens catholique, ces trésors de doctrine qui sont nôtres et que nous n\u2019avons pas le droit d\u2019abandonner aux hétérodoxes 710 REVUE DOMINICAINE Ces études ont encore le grand avantage de faire mieux comprendre la pensée des docteurs et des philosophes de ce temps, surtout de S.Thomas d\u2019Aquin, que TEglise a imposé dans l\u2019enseignement catholique.C\u2019est en reconstituant son milieu, en connaissant ses contemporains et leurs doctrines que nous aurons une parfaite intelligence de ses œuvres.M.Gilson nous a démontré, avec exemples à l\u2019appui, que certains articles de la Somme ne se comprennent bien que par la connaissance de la doctrine de ceux que S.Thomas voulait réfuter.Et ainsi nous ne serons pas exposés à affirmer que l\u2019Angélique Docteur réfute clairement Descartes ou quelque autre philosophe moderne qui n\u2019existait pas de son temps, quant, en réalité, c\u2019était Guillaume d\u2019Auxerre ou Alexandre de Halès qu\u2019il visait.Bien plus, nous verrons que ce n\u2019était pas tant renverser l\u2019enseignement de ces théologiens qu\u2019il voulait, que prouver l\u2019impossibilité de parvenir aux mêmes conclusions, à cause de la différence des principes fondamentaux de leur système respectif, sans considérer, pour le moment, lesquelles sont plus conformes aux enseignements officiels de l\u2019Eglise.Combien plus intéressante serait alors l\u2019étude de la théologie avec cette partie historique qui nous mettrait en présence des contemporains de S.Thomas, à qui nous devons tant de doctrine et de vérité.\u2014A.M.B.\u2014 Le R.P.Augustin Leduc, professeur de Droit canonique à l\u2019Angelico, a été nommé Consulteur de la Congrégation des Eglises orientales.\u2014 Le R.P.Rosaire Miville, de notre Maison Vicariale de Québec, est parti pour Rome où il séjournera quelque temps au Couvent de Sainte-Sabine.\u2014 Le R.P.Mannès Marion, curé de Ste-Anne de Fall River, a donné le 10 novembre, sous les auspices de LE SENS DES FAITS 711 la Société des Conférences de l\u2019Université d\u2019Ottawa, une conférence intitulée: \u201cTous les chemins mènent à Rome.\u201d \u2014 Le R.P.A.Bissonnette, directeur des Retraites fermées de Saint-Hyacinthe, a donné une conférence au dîner-causerie du Conseil des Chevaliers de Colomb des Trois-Rivières.\u2014 M.l\u2019abbé Paul Lafleur, professeur au Petit Séminaire de Montréal, a prononcé le 22 novembre, à Notre-Dame de Grâce, une remarquable allocution sur la musique d\u2019Eglise à l\u2019occasion du Concert sacré de la Chorale de Notre-Dame de Grâce.\u2014 M.Edouard Carteron, consul de France à Montréal, et M.Etienne Gilson, professeur de la Sorbonne, étaient les hôtes des PP.Dominicains de Notre-Dame de Grâce, le soir du 6 novembre.\u2014 Un bon nombre d\u2019abonnés, la grosse majorité, pourront constater, par un simple coup d\u2019œil sur l\u2019enveloppe de la Revue, que leur abonnement expire avec le mois de décembre.Ils voudront bien ne pas oublier que les abonnements sont payables d\u2019avance.C\u2019est à cause d\u2019un pareil oubli, le plus souvent involontaire, que plusieurs se sont vu supprimer durant l\u2019année le service de notre périodique.Il en résulte une déception pour eux-mêmes, et pour nous une disgrâce accompagnée de pertes considérables.Fra Domenico L\u2019ESPRIT DES LIVRES A.M.SCHEMBRI, Ord.S.Aug.\u2014 \u201cDe Sacramentis\u201d.T.I.Brochure de 170 p.Marietti, éditeur, Turin, 1929.i Les 170 pages du premier volume exposent de façon complète la doctrine des Sacrements en général, mais ne traitent que sommairement du Baptême et de la Confirmation.La clarté du plan mérite d\u2019être mentionnée.En adoptant pour le traité général et pour chaque sacrement en particulier une division uniforme, l\u2019auteur facilite le travail de synthèse: on lui pardonne assez volontiers de ne pas suivre l\u2019ordre plus logique de la Somme.Il n\u2019envisage d\u2019ailleurs que l\u2019aspect dogmatique de la théologie sacramentaire.Cette liberté d\u2019allure apparaît encore dans la disposition de la matière.La \u2018\u2018question\u201d de la Somme fait place à un chapitre, lequel se subdivise en articles.Et de peur que les objections n\u2019alourdissent son exposé, l\u2019auteur se contente de quelques solutions générales.Le révérend Père allie heureusement la théologie positive et la scolastique.De nombreux textes d\u2019Ecriture parfaitement analysés, un riche apport de la Tradition d\u2019où émerge tout naturellement le grand évêque d\u2019Hippone, forment un imposant faisceau de preuves.Le tout est présenté dans un langue claire, coulante, ne manquant ni d\u2019élégance ni de charme.Il est regrettable pourtant que les différents paragraphes d\u2019un même article ne soient pas dotés d\u2019un sous-titre.Une monotone succession de numéros satisfait les exigences de la typographie bien plus que celles du sujet traité.Si de l\u2019écorce matérielle nous passons au cœur de la doctrine, nous ne pouvons qu\u2019admirer sans réserve cet ensemble de preuves groupées contre les Protestants, dans toutes les questions se rapportant à notre foi.Oserai-je souligner cependant l\u2019attitude quelque peu étrange et légèrement éclectique du révérend Père devant certaines controverses d\u2019Ecoles.Parfois il se contente de mettre en présence les adversaires sans donner son propre jugement, (v.g.matière prochaine de la Confirmation.) Il lui arrive de s\u2019écarter délibérément L'ESPRIT DES LIVRES 713 de saint Thomas, (l\u2019existence de sacrements dans l\u2019état d\u2019innocence; hypothèse de l\u2019Incarnation indépendamment du péché).Tous les systèmes semblent bien venus.Citant tour à tour et même simultanément saint Thomas, Scot, Suarez, Billot, Pesch, Del Val, l\u2019auteur excelle à rapprocher des noms qu\u2019on ne voit guère à côté l\u2019un de l\u2019autre, si ce n\u2019est pour s\u2019opposer.Le besoin universel qui incline au désarmement les grandes puissances, aurait-il sa répercussion en théologie ?Trouvant insuffisante une simple causalité morale dans nos sacrements, le Père Schembri n\u2019admet pourtant qu\u2019une causalité physique diminuée ou dispositive.Ce système lui semble commode pour la réponse aux objections, et c\u2019est vrai.Mais il y a danger, croyons-nous, à rejeter a priori en les taxant d\u2019insuffisance, les arguments d\u2019Ecriture et de Tradition, dans un problème qui ne peut s\u2019éclairer qu\u2019au flambeau de la Révélation.Il y a danger à s\u2019écarter de saint Thomas, auteur de la Somme et interprète de la Tradition, modifiant lui-même sa première sentence.Il y a danger surtout à introduire l\u2019imagination dans un domaine d\u2019où elle doit être bannie.On le voit, nous avons cru nécessaires certaines restrictions qui n\u2019affectent en rien d\u2019ailleurs la substance de l\u2019ouvrage.Inutile d\u2019ajouter que, si sincère soit-il, notre jugement n\u2019est pas irréformable.Il recevra volontiers les lumières de mieux avisés.Alphonse Pelletier, ptre Jean-Marie Gauvreau.\u2014 \u201cNos intérieurs de demain\u201d.Brochure de 96 p., Montréal, 1929.Un autre excellent volume parue à la Librairie cl'Action cana-clienne-française : \u201cA os intérieurs de demain\u201d par Jean-Marie Gauvreau, professeur à l\u2019Eeole Technique de Montréal, en stage à l\u2019Ecole Boulle de Paris depuis trois ans.M.Olivier Maurault, p.s.s., dans sa préface, résume ainsi la substance du volume: \u201cM.Gauvreau expose d\u2019abord l\u2019importance du mobilier dans la vie, puis les formes qu\u2019il affecte depuis trente ans.Il nous fait ensuite pénétrer à l\u2019école Boulle et nous présente ses maîtres.Il nous dit enfin ce que l\u2019on devrait faire dans la Province de Québec, pour l\u2019amélioration du mobilier et l\u2019organisation d une école d\u2019ébénisterie.Et pour nous prouver que ce champ d\u2019action est séduisant, il illustre son livre de superbes reproductions de meubles modernes.\u201d En effet \u201cNos intérieurs de demain\u201d portent un cachet artistique non seulement dans sa substance et son inspiration, mais 714 REVUE DOMINICAINE toute la présentation typographique du volume révèle un souci de nouveauté et de distinction presque inconnu jusqu\u2019ici dans l'édition canadienne.L\u2019éditeur, M.Albert Lévesque, reste fidèle à ses résolutions: offrir au public du beau et bon livre.Le volume qu\u2019il présente est orné de trente-deux planches hors-texte reproduisant les œuvres typiques du style moderne français, avec légendes, et la couverture en trois couleurs, d\u2019un superbe effet, est exécutée par l\u2019artiste Ernest Sénécal.Malgré ses nombreuses qualités artistiques, fond et forme, \u201cNos intérieurs de demain\u201d ne se vend qu\u2019un doliar; chez l\u2019éditeur et dans toutes librairies bien fournies.U Ame des Livres.Plus vivante que jamais, le septième numéro de l'Ame des livres renferme dans ses quarantœhuit pages de critique littéraire, quelques silhouettes d\u2019auteurs et au-delà de cinquante analyses des principales nouveautés canadiennes et étrangères parues depuis janvier 1929.On lira avec intérêt les critiques courageuses de Franchise.L\u2019éditeur de l'Ame des livres, M.Albert Lévesque, en publiant cette revue, comble une lacune souvent déplorée dans notre vie littéraire : le manque d\u2019information périodique et d\u2019appréciation sérieuse.Depuis quelques années surtout, une revue de ce genre s\u2019imposait devant la production grandissante des auteurs canadiens.La Librairie d\u2019Action canadienne-française l\u2019a compris et son œuvre est éminemment utile.Elle tente même de faire davantage, ainsi que l\u2019indique le dernier numéro de l\u2019Ame des livres.Pour mieux assurer la diffusion des ouvrages canadiens, elle vient de fonder une Société des Mécènes dont la fonction et le dessein y sont exposés clairement.Quiconque s\u2019intéresse au développement intellectuel de ses compatriotes s\u2019empressera à devenir membre de la Société des Mécènes, sinon gouverneur ou souscripteur.Le plan est original et pratique et mérite l\u2019attention pour les facilités, les privilèges, les garanties et les avantages qu\u2019il propose.On s\u2019intéressera sans doute à consulter les quelques pages consacrées à exposer ce nouveau genre de mécénat.Prière de s\u2019adresser à l\u2019éditeur, Librairie d\u2019Action canadienne-française, 1735, rue St-Denis, Montréal.i L'Oiseau Bleu.Combien de jeunes connaissent la vie de Guy de Fontgalland, cet enfant de Paris.ce nouveau modèle de la jeunesse dont la L'ESPRIT DES LIVRES 715 îénation a déjà fait le tour de l\u2019Europe ?Ils le connaîtront en lisant Votre ami, Guy (le Fontgalland, par Louis.Mme Blanche Lamontagne-Beauregard, dans un extrait du \u201cjournal d\u2019une campagnarde\u201d fait ressortir la bonté de la Belle Octavie et la vénération sans bornes qu\u2019elle gardait à sa mère, au point de lui sacrifier sa vie.Plusieurs jours de pluie ont empêché Etienne de Lafond de poursuivre sa promenade historique mensuelle parmi nos monuments.Il l\u2019a remplacée par une lettre où il crayonne l\u2019éminente figure sacerdotale de M.Jean-Jacques Olier, fondateur de la Compagnie de Saint-Sulpice.M.l\u2019abbé Etienne Blanchard indique le nom exact qui désigne quelques articles religieux.Cousine Fauvette fait voir, s\u2019avançant sur la grande route, un vieux mendiant que novembre amenait chaque année chez ceux qui accueillaient sa misère.Il y revient cette fois, mais pour y mourir.En ce mois n\u2019oublions pas ceux que Dieu a rappelés à Lui.Le conte de Mlle Marie-Claire Daveluy Au pays des belles histoires tire à sa fin; l\u2019intérêt va croissant.Les personnages, un beau matin, se réveillent au royaume des Mille et une Nuits.Ils y rencontrent la belle sultane Schéhérazade, le prince Aladin.Quelles aventures ! Poésies des feuilles de M.Albert Ferland, le poète des arbres, historiettes et bons mots illustrés par M.J.Mclsaac, la correspondance de Fauvette, Ce qu'il faut lire et l\u2019offre de prix de propagande de l'Oiseau bleu aux écoles, collèges et couvents pour récompenser l\u2019étude de l\u2019Histoire du Canada, complètent cette livraison.Numéro gratuit sur demande.Moyennant 50 sous, on s\u2019abonne en tout temps au Secrétariat de la Société Saint-Jean-Baptiste, 1182, rue Saint-Laurent, à Montréal.U Almanach du \u201cPropagateur des Trois Ave Marie\u201d.Couverture en couleurs (trichromie très fine).Illustrations nombreuses et de fort bon goût.Histoires variées, intéressantes, édifiantes.Signalons particulièrement l\u2019authentique et très amusante histoire des Auxiliaires de Mission inattendus, la Nuit de Noël, 1 histoire vraie et amusante du missionnaire et du prince indien, une nouvelle fort bien racontée et d\u2019actualité: Histoire dune tante qui n'était pas à la page et de sa nièce qui l'était trop, etc.Enfin, aux bricoleurs adroits, cet Almanach enseigne à 716 REVUE DOMINICAINE construire eux-mêmes une lanterne pour projeter les images, cartes postales, etc.En vente aux Bureaux du \u2018'Propagateur des Trois Ave Maria\u201d, à Blois (Loir-et-Cher).L'Almanach du \u201cPetit Propagateur Pour enfants (et pour grands enfants de tous âges).Ne le cède en rien, comme illustrations, intérêt et édification, à l\u2019\u201cAlma-nach du Propagateur\u201d.Les lecteurs y goûteront une très belle ballade bretonne : La vocation d'un pâtre, ils s\u2019amuseront à voir comment, avant sa conversion, le Bx Bernard de Corléon rossa une bande de huit voleurs ; ils seront émus par une histoire authentique, digne du temps des Catacombes: un nouveau Tarcisius.Ils trouveront encore beaucoup d\u2019autres choses, belles et bonnes.\u2014 En vente au même endroit.Pourquoi le Calendrier de VOratoire ?C\u2019est pour répondre à ce besoin que, chaque année, un calendrier est édité à l\u2019Oratoire et le succès prodigieux des années précédentes nous est une preuve que nous n\u2019avons pas fait fausse route.Tous aiment saint Joseph et savent combien il est glorifié au Mont-Royal, quelles merveilles s\u2019y accomplissent.Quoi d\u2019étonnant qu\u2019ils aient vu dans le calendrier de l\u2019Oratoire un excellent moyen de répandre la dévotion à saint Joseph ! Disons tout de suite que l\u2019édition de 1930 est digne de ses devancières.Exécuté par La Lithographie du St-Laurent Limitée, le calendrier frappe par ses belles proportions et la délicatesse de l\u2019œuvre présentée.Le hors-texte qui paraît dans la présente livraison vous en fournit une bonne idée, puisqu\u2019il est la reproduction fidèle du tableau de M.L.-J.Dubois qui orne le calendrier.Les feuillets de chaque mois renferment tous les renseignements que peut souhaiter un ami de S.Joseph : sentences, prières, éphé-mérides de l\u2019œuvre; un dernier feuillet groupe les douze mois.Puisse-t-il pénétrer dans tous les foyers chrétiens ! Aidez à le répandre auprès de vos amis et connaissances.? TABLES DES MATIERES Année 1929 JANVIER R.P.M.-A.Lamarche, O.P., Et le Paradis à la fin de vos jours ! R.P.Ceslas Rutten, O.P., La spéculation.R.P.Raymond-M.Voyer, O.P., Prière chorale.R.P.Antonin Bissonnette, O.P., D\u2019où vient la crise morale ?R.P.Aug.Leduc, O.P., Chronique de Droit canonique.LE SENS DES FAITS\u2014Lettre du Saint-Père, trad, par le R.P.Richer.\u2014 La S.E.R., par le R.P.Leduc.\u2014 \u201cQuand nos pères allaient au sermon\u201d, par le R.P.Lamarche.\u2014 Nouvelles diverses, par Fra Domenico.L\u2019ESPRIT DES LIVRES.\u2014P.Dragon: Miguel-Augustin Pro (A.L.) A.Giuliani: L\u2019Angelo delle Scuole (A.L.) Regattieri: La vie de la vie (A.L.) Audet: Les juges en chef de la Province de Québec (A.LJ PP.Comely et Merk: Nouveau Testament (A.P.) FEVRIER R.P.Ceslas Rutten, O.P., Le problème des classes.R.P.A.-D.Sertillanges, O.P., La parole de Dieu.R.P.J.M.-R.Villeneuve, O.M.I., Le mariage des chrétiens.R P.M.-A.Lamarche, O.P., Ma Gaspésie.LE SENS DES FAITS.\u2014En écoutant M.Gilson, par l\u2019abbé A.Beau-regard.\u2014\u2022 Ligue Apostolique pour la conversion du Japon, par Fra Domenico.L\u2019ESPRIT DES LIVRES.\u2014Lapalme: TJn Pèlerinage à l'Ecole du Rang (J.-M.MJ Auclair: Histoire des Sœurs de Miséricorde (A.LJ Chauvin: Ateliers (P.C.) MARS R.P.M.-A.Lamarche O.P.Le cœur de saint Thomas.R.P.A.-D.Sertillanges, O.P., La dignité de la parole de Dieu.R.P.M.-Ceslas Forest, O.P., L\u2019action sociale de la femme.R.P.Aug.Leduc, O.P., Bulletin de droit canonique: le Jubilé.\\ LE SENS DES FAITS.\u2014Un Conseil Supérieur des Syndicats Nationaux, par l\u2019abbé Boileau.\u2014 La Congrégation St-Dominique de Nancy.\u2014 Les danses lascives.\u2014 Projet de fondation à Prince-Albert.\u2014 Stations du Carême.\u2014 Nouvelles diverses, par Fra Domenico. 718 LA REVUE DOMINICAINE L\u2019ESPRIT DES LIVRES.\u2014Maurault: Marges d'histoire (S.M.) Tanghe: Géographie humaine de Montréal (A.L.) Saint-Pierre: Des nouvelles (M.-A.LJ Forbes: Margaret Sinclair.\u2014 Renault: Louis Veuillot.\u2014 Mgr Besson: Le Décalogue.\u2014 Vande-pitte: Conférences à la jeunesse des écoles.\u2014 P.Piette: L'union des églises (P.A.) Accusés de réception.AVRIL R.P.M.-Ceslas Forest, O.P., Le divorce au Canada.R.P.M.-Joseph Légaré, O.P., Les bienfaits du Dimanche.R.P.Louis Lachance, O.P., A la source de nos désirs.LE SENS DES FAITS.\u2014Mort du T.R.P.Hugon, par le R.P.Girardet.\u2014 Remerciements au Père Dieux, par le R.P.Forest.\u2014 Bravo, Laval ! \u2014 Dans l\u2019Ordre: La fête de S.Thomas.\u2014 S.E.Mgr Giardini à Ottawa.\u2014 Nouvelles diverses, par Fra Domenico.L\u2019ESPRIT DES LIVRES.\u2014Melançon : Par terre et par eau (J.-M.M.) Dion: En égrenant le chapelet des jours (M.-A.L.) Maurault: Marges d\u2019histoire: Montréal (S.M.) \u201cL\u2019âme des livres\u2019\u2019.MAI R.P.M.-Albert Janvier.O.P., Le Père Lacordaire à Notre-Dame.R.P.J.-M.-R.Villeneuve O.M.I., Le Thomisme avant et après l\u2019Encyclique Aeterni Patris.\u2014I.Marie-Claire Daveluy, Au service de la famille.R.P.Aug.Leduc, O.P., Bulletin de Droit canonique.LE SENS DES FAITS.\u2014Accords du Latran et fantaisies de journalistes, par le R.P.Richer.\u2014 Prions pour elles, par le R.P.Lamarche.\u2014 Dans l\u2019Ordre: Détails sur la mort du P.Hugon, par le T.R.P.Chauvin.\u2014 Nouveaux cours à l\u2019Université.\u2014 Nouvelles diverses, par Fra Domenico.L\u2019ESPRIT DES LIVRES.\u2014Fr.Marie-Victorin : Le dynamisme dans la flore du Québec (M.-C.F.) Simone Routier: L\u2019immortel adolescent.JUIN R.P.M.-Ceslas Forest, O.P., Encore le divorce.R.P.J.-M.-R.Villeneuve, O.M.I., Le Thomisme avant et après l\u2019Encyclique Aeterni Patris.\u2014II.Séraphin Marion, L'homme qui va-.R.P.M.-A.Lamarche, O.P., L'Immortel Adolescent.LE SENS DES FAITS\u2014La mort du R.P.Trudeau, par le T.R.P.Langlais.\u2014 S.Thomas à l\u2019honneur, par le R.P.Lachance.\u2014 Dans l\u2019Ordre: Ordinations \u2014 Clôture de cours \u2014 Le culte de l'esprit des livres 719 Ste Thérèse de l\u2019Enfant-Jésus \u2014 Nouvelles diverses, par Fra Domenico.L\u2019ESPRIT DES LIVRES.\u2014R.P.Farley: Livres d\u2019enfants \u2014 Jean-Paul ('Arm.B J Bastien: Itinéraires philosophiques (M.-C.F.) P.Fanfani: Marie-Clotilde de Savoie (A.-M.R.) Accusés de réception.JUILLET-AOUT R.P.M.-Ceslas Frest, O.P., Toujours les modes immodestes.Abbé Joseph-M.Mélançon, Marie Noël \u2014 Les Chansons et les Heures.ÎTbbé Charles-Omer Garant, Le cinquantenaire de l\u2019Encyclique \u201cÆterni Patris\u201d à Laval.LE SENS DES FAITS'.\u2014Saint Thomas à l\u2019honneur, par le R.P.Lachance.\u2014 Journée d\u2019études de la S.E.R.\u2014 Dans l\u2019Ordre : La démission du Maître Général.\u2014 Nouveau Couvent d\u2019études à Oxford.\u2014 Prédications.\u2014 Départ pour le Japon, par Fra Domenico.L\u2019ESPRIT DES LIVRES.\u2014P.Archambault : Sur les pas de Marthe et Marie (A.-M.R.) Abbé Maurault : La Paroisse (T.C.) P.Simard : La Question Romaine (B.M.).SEPTEMBRE R.P.M.-A.Lamarche, O.P., Les noces d\u2019argent du Saulchoir.R.P.A.-D.Sertillanges, O.P., De l\u2019Ecriture Sainte comme source de l\u2019éloquence sacrée.R.P.J.-M.-R.Villeneuve, O.M.I, Le Thomisme avant et après l\u2019Encyclique Æterni Patris.\u2014III.LE SENS DES FAITS.\u2014Notes brèves sur le Divorce, par le T.R.P.Forest.\u2014 La mort du P.Jourdain Harpin, par le T.R.P.Langlais.\u2014 Un foyer de haute science religieuse, par le R.P.Bellouard.\u2014 Dans l\u2019Ordre: Départ du P.Leduc.\u2014 La Fête de S.Dominique.\u2014 Prédications.\u2014 Nouvelles diverses, par Fra Domenico.\t\u2014 L\u2019ESPRIT DES LIVRES'.\u2014A Lemieux : Poèmes \u2014 Duchaussois : Sous les feux de Ceylan (P.-M.G.) Dugré : La paroisse au Canada français (H.C.) Mélançon : Liste des missionnaires jésuites (H.G.) V.Découls : L\u2019Evangile et les Mères.OCTOBRE R.P.M.-A.Lamarche, O.P., Notre vie canadienne.Abbé Paul Tagucni, L\u2019apostolat de l\u2019enseignement au Japon.R.P.Thomas Couët, O.P., Marie Médiatrice.Luce Andréota, La spiritualité de la Compagnie de St-Paul.\u2014I.Séraphin Marion, Tout n\u2019est pas dit.LE SENS DES FAITS.\u2014Décès du Fr.M.-Dominique Fréchette, par les RR.PP.Langlais et Duprat.\u2014 Dans l\u2019Ordre : Nominations.\u2014 Nouveau Maître Général.\u2014 Prédications.\u2014 Nouvelles diverses, par Fra Domenico. 720 LA REVUE DOMINICAINE L\u2019ESPRIT DES LIVRES.\u2014Eva Sénécal : La course dans l'aurore (Arm.B.).NOVEMBRE R.P.A.Bissonnette, O.P., La Cité et les bonnes mœurs.Luce Andréota, La spiritualité de la Compagnie de St-Paul.\u2014II.R.P.Paul-Arsène Roy, O.P., Noces d'or religieuses.LE SENS DES FAITS.\u2014Le révérendissime P.Gillet.\u2014 Une audience papale.\u2014 Le Jubilé du R.P.Férir.\u2014 Prédications.\u2014 Nouvelles diverses.\u2014 A S'.G.Mgr Prud\u2019homme, par Fra Domenico.L\u2019ESPRIT DES LIVRES.\u2014'Abbé Robitaille : Etudes sur Garneau.\u2014 Mme Ancelet-Hustache : Les Clarisses \u2014 P.de Grandmaison : Jésus.Christ.\u2014 Bruchési: Jours éteints \u2014 R.de Nimègue: Legenda B.Alberti Magni (A.-R.) Les Novices de Notre-Seigneur (C.C.) Mlle Turcot : Le Carrousel (P.-M.G.) Mgr Micheletti : Epitome Theologiœ Pastoralis (P.-S D.) Les Filles de S.Thomas (T.-M.L.) Découls : L'Eévangile et les Mères.l DECEMBRE R.P.M.-A.Lamarche, O.P., Double exploitation.R.P.Ignace Draime, O.P., L'âme d'attente.Séraphin Marion, De critique en critique.R.P.Thomas Couët, O.P., Lettres d'un artiste canadien : Napoléon B ourassa.LE SENS DES\u2019 FAITS.\u2014Une requête opportune.\u2014 L\u2019art religieux à St-Léon, par Visitator.\u2014 Remercïments de Marie Noël.\u2014 Remercîments du Saulchoir.\u2014 Dans l\u2019Ordre: Détails sur l\u2019élection généralice, par le R.P.Rciher.\u2014 Nouvelles diverses, par Fra Domenico.L\u2019ESPRIT DES LIVRES.\u2014P.Schembri: De Sacramentis (A.P.) O\u2019Laverty: The Sacred Wounds of Jesus (A.-M.R.) Gauvreau: Nos intérieurs de demain.\u2014 L\u2019âme des livres.\u2014 Calendriers.\u2014 Accusés de réception.\u2014 Table des matières (année 1929). ANNONCES REVUE DOMINICAINE 9 PHARMACIE ST-HYACINTHE -PLACE DD MARCHE- 165 BUE CASCADES Drogues et médecines de première qualité.\u2014 Spécialité : LUS PRESCRIPTIONS.\u2014 Articles de toilette.\u2014 Bonbons, Parfums, etc.\u2014 Seul endroit où l\u2019on peut se procurer les fameux remèdes \u201cREXALL\u201d.\u2014 Nos articles de caoutchouc sont reconnus supérieurs.AGENCES : Articles de photographie, le Kodak EASTMAN.J.-H.-E.BRODEUR, Propriétaire.Dentiers : Or, Aluminium, Gold Dust, Vulcanite.Ponts : En Or solide, Porcelaine, Platine.Obturations: Or pur, Porcelaine, Argent.Dents extraites et traitées sans douleurs Ouvrage de première classe seulement Dr J.-A.Ernest Daigle, B.C.D.CHIRURGIEN-DENTISTE Dentiers le même jour sur engagement PRIX RAISONNABLES\tSATISFACTION GARANTIE Ouvert de 9 a.m.à 9 p.m.119 Bourdages, St-Hyacinthe, Que.\tTéléphone 351 .¦ ¦ CHAPEAUX ROMAINS Feutre, Soie, Peluche, Cachemire, Paille Catalogue envoyé gratuitement sur demande 1170, rue Saint-Denis, MONTREAL 10 ANNONCES REVUE DOMINICAINE Caron Frères Incorporée Df Fabricants d'insignes et d\u2019Eniblèmes de tous genres POUR SOCIETES RELIGIEUSES ET FRATERNELLES NOUVELLE ADRESSE EDIFICE CARON, 2050 RUE BLEURY, Coin des rues BLEURY et CONCORD, MONTREAL Département spécial pour les Communautés.M.LOUIS SAUCIER, représentant.Cotations spéciales sur demande LAPORTE MARTIN LIMITEE 640 ST-PAUL OUEST\tTél.MAIN 3766 MONTREAL DESMARÂIS & ROBITAILLE Limitée MARCHANDS D\u2019ORNEMENTS D\u2019EGLISE \u2014.-ET- D\u2019ARTICLES RELIGIEUX MONTREAL\tOTTAWA 81 et S3 rue Notre-Dame Ouest\t121, rue Rideau Notre maison d'Ottawa peut expédier des vins pour fins sacramentelles dans toutes les parties de la puissance du Canada.O R ATR IX LE LAMPION PAR EXCELLENCE 15 hrs, 10 hrs, 6 hrs.Echantillons sur demande.j?)3atLLGRGEON ÛM1TÉ& SAINT-CONSTANT, \"/\t-\t-\t-\t-\t- Qué.Veuillez adresser toute correspondance à Saint-Constant. ANNONCES REVUE DOMINICAINE 11 L'ECOLE COMMERCIALE PRATIQUE COTE DE ST-HYACINTHE, P.Q.donne un Cours commercial complet, bilingue et rapide.Elle prépare les garçons et les filles aux meilleures positions de bureau.Venez vous rendre compte par vous-mêmes, comment l\u2019enseignement est donné et la discipline observée.Annuaire envoyé sur demande.DONAT COTE, Directeur Angle des rues Cascades et St-Denis,\tSt-Hyacinthe, P.Q.THES CAFES CACAO EPICES GELEES ESSENCES Nos 37 années d\u2019expérience sont une garantie pour vous.J.A.SIMARD & CIE.6-7 rne St-Paul Est, Montréal MONTREAL et NEW-YORK Tél.Main 0103 GAUTHIER COMPAGNIE Liée DIRECTEURS DE FUNERAILLES OTTAWA 733 rue Somerset Ouest\tTél.Sher.2867 Tél.27\tRés.891 C.J.HUBERT GRAINS ET FARINES 100 RUE ST-ANTOENE St-Hyacinthe 12 ANNONCES REVUE DOMINICAINE Tél.Bureau 95 HECTOR CHARTIER Commerçant de BOIS et CHARBON 138 RUE GIROUARD, ST-HYACINTHE, P.Q.[asgrain a [harbqnneau L-\u2014- *-Limitée Pharmaciens en Gros Fabricants Chimistes \u2014 Instruments de Chirurgie Instruments pour Dentistes.28-30 rue St-Paul Est -\t- MONTREAL DEMANDEZ NOTRE CATALOGUE ULRIC BOILEAU LIMITÉE * ENTREPRENEURS GENERAUX 4869 rue Garnier, MONTREAL Tél.Main 4672 Tél.Main 7437 Bertrand, Foucher, Bélanger Inc.ORNEMENTS D\u2019EGLISE Spécialité Tentures de Deuils et de Fêtes, \u2014 Objets d\u2019Art 46, rue Notre-Dame Ouest, MONTREAL ANNONCES REVUE DOMINICAINE 13 L\u2019OEUVRE DU NOVICIAT des Dominicains du Canada Pour les membres vivants.\u2014 1° Participer à près de 5000 messes chaque jour.2° Une messe votive du S.Rosaire tous les samedis.3° L\u2019Office solennel du jour et de la nuit.4° Une messe à la mort de tout membre affilié.Pour les membres défunts, \u2014 1° Plus de 90,000 messes tous les ans, dites spécialement pour nos Frères et Bienfaiteurs défunts.2° Quatre services anniversaires, dans tous les couvents.3° Une grand\u2019messe et Y Office des Morts chaque semaine.4° Une messe votive du S.Rosaire le samedi.Admission.\u2014 Vivants et défunts peuvent jouir de ces avantages en considération d\u2019un aumône de 25 SOUS par année, pour chaque personne.L\u2019affiliation dure douze mois et peut commencer en tout temps de l\u2019année.On peut aussi s\u2019affilier à cette Oeuvre pour toute sa vie et après sa mort, en versant, en une seule fois, ou dans l\u2019espace d\u2019un an, $15.00 pour un membre vivant, et $10.00 pour un membre défunt.Une prime sera expédiée à toute personne qui nous transmettra directement quatre affiliations ($1.00) à YOeuvre du Noviciat.Toute zélatrice qui remplit 8 cahiers de YOeuvre du Noviciat, a droit à une affiliation perpétuelle, pour elle-même, ou pour la personne qu'elle nous désignera Voici pour renseigner nos lecteurs, le tarif ordinaire des affiliations à perpétuité: VIVANTS DEFUNTS 1\tAffiliation .\t.$15.00\t1 Affiliation\t\t10.00 2\tAffiliations .\t.\t25.00\t2 Affiliations\t\t15.00 3\tAffiliations .\t.\t30.00\t3 Affiliations\t\t20.00 4\tAffiliations .\t.\t40.00\t4 Affiliations\t\t25.00 5\tou 6 Affiliations .\t.\t50.00\t5 ou 6 Affiliations .\t30.00 Pour chaque affiliation subséquente ajoutez cinq dollars.Nous avons aussi de jolies cartes mortuaires avec affiliation pour 5 ans â $1.00.\t10 ans $2.00, etc.On est prié d\u2019in- diquer en demandant ces cartes, le nom du défunt et celui de la personne qui fait l\u2019offrande.Cartes mortuaires, en vente au parloir de tous les Couvents des Pères Dominicains. ILVilO NUMÉRIQUE Page(s) manquante(s) ou non-numérisée(s) Veuillez vous informer auprès du personnel de BAnQ en utilisant le formulaire de référence à distance, qui se trouve en ligne https://www.banq.qc.ca/formulaires/formulaire reference/index.html ou par téléphone 1-800-363-9028 Bibliothèque et Archives nationales Québec ES ES ES ES 16 ANNONCES REVUE DOMINICAINE La Librairie Dominicaine 222, rue du Faubourg Saint-Honoré - Paris, Ville Envoie rapidement et soigneusement, dans les meilleures conditions, tous les livres dominicains et religieux publiés en France et à l'étranger.Donne dans le plus bref délai tous renseignements bibliographiques, abonne à toutes les Revues religieuses françaises AVIS \u2014Nos clients sont priés d\u2019envoyer avec leur commande le montant en une valeur sur Paris, à l\u2019adresse de la Librairie Dominicaine.Le meilleur moyen, que nous recommandons pour tout envoi d\u2019argent, est par un chèque de la.Banque Canadienne Nationale.Missel Dominicain Quotidien Belle édition sur papier teinté, mince et opaque.Autre édition sur papier chine blanc, plus épais.1904 pages \u2014 épaisseur minima 29 m/m mesurant 16 x 9y2 PRIX DE VENTE Papier\tPapier ordinaire\tfin No 1 Pégamoid, tranche rouge ._._ .Fr.31.00 Fr.38.00 'Jo 2 Pégamoid, tranche dorée ._ 33.00\t35.00 \\o 3 Petit chagrin, tranche rouge .38.00\t41.00 Vo 4 Petit chagrin, tranche dorée .41.00\t43.00 No 5\tChagrin\t2e choix, tranche rouge .46.00\t40.00 No 6\tChagrin\t2e choix, tranche dorée .49.00\t52.00 \"o 7\tChagris\t1er choix, tranche rouge\taous\tor .55.00\t58.00 No S\tChagrin\t1er choix couleur, tranche\trouge sous or\t60.00\t68.00 Bien indiquer le numéro de la reliure et l\u2019édition choisie.Pour l\u2019expédition par la poste, sous pli recommandé, ajouter la somme de 6 fr. Où va votre argent ?Dépensez-vous tout ce que vous gagnez ?Il est toujours possible de faire quelques économies.Economisez-vous autant que vous le pouvez ?Il est presque toujours possible d\u2019économiser davantage.Ce qui compte, c\u2019est l\u2019épargne régulière.Mettez de côté chaque semaine, chaque quinzaine ou chaque mois, une partie de votre salaire ou de vos revenus.OUVREZ AUJOURD\u2019HUI UN COMPTE D\u2019EPARGNE Nationale Banque Canadienne Actif, plus de $150,000,000.Capital versé et réserve $11,000,000 SUCCURSALE à ST-HYACINTHE E.-O.DESJARDINS, gérant O\u2019Reilly & Bélanger, Ltée CHARBON et COKE GROS et DETAIL Toutes sortes HUILE COMBUSTIBLE Qualité garantie Téléphones: Queen 860 et 801 Bureau, 53 rue Queen OTTAWA Téléphone Est 8000 60 ans au service du public \u2014 1868 \u2014 \u20141928 \u2014 mm»*././/*TfT££ i Rues Ste-Catherine, St-André, Demontigny et St-Christophe MONTREAL L.E.CHARRON & COMPAGNIE FABRICANTS DE VETEMENTS Complets, Habits, Pardessus, Paletots, Uniformes Attention spéciale aux commandes reçues des communautés RUE CASCADES,\tST-HYACINTHE, P.Q Capital Trust Corporation Limitée 10 Metcalfe, Ottawa, Canada.Capital Autorisé: $2,000,000.06 Intérêt payé sur dépôts: 4%et 5 % Spécialité: Prêts aux Institutions Religieuses CONSULTEZ-NOUS LORSQUE VOUS DESIREZ EMPRUNTER Imprimée par ADJ.MENARD, 987, boulevard Saint-Laurent T4L Lancaster 1907\tMONTREAL "]
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