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Titre :
Revue dominicaine
Éditeur :
  • St-Hyacinthe :Couvent de Notre-Dame du Rosaire,1915-1961
Contenu spécifique :
Novembre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Rosaire
  • Successeur :
  • Maintenant
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Revue dominicaine, 1931-11, Collections de BAnQ.

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[" PER &3ZZ Vile Année Le numéro: 20 sous Novembre 1931 CON REVUE DOMINICAINE \u2022^VeDiç^ i R.P.Thomas-M.LAMARCHE, o.p.Le rêve communiste.\u2014 III R.P.Albert-M.RICHER, o.p.La Maîtrise en Sacrée Théologie.R.P.Marc-M.LABONTE, o.p.L\u2019autre indésirable.R.P.Benoit-M.LAROSE, o.p.Le Purgatoire, artisan de beauté.LE SENS DES FAITS.\u2014 L\u2019Hostie sur la France, par le R.P.Lévesque.\u2014Dans l\u2019Ordre: Nos morts, par les RR.PP.Gaudrault, Faribault, ADMINISTRATION SAINT-HYACINTHE RÉDACTION MONTRÉAL (N.-D.de Grâce) REVUE DOMINICAINE Publiée mensuellement Directeur: R.P.M.-A.LAMARCHE, O.P.ABONNEMENTS (payables d\u2019avance).Au Canada: $2.00 \u2014 A l\u2019étranger: $2.25 Avec le Rosaire pour tous, 25 sous en plus par an.La Revue Dominicaine publie des articles de vulgarisation touchant les Ecritures, la théologie, l\u2019apologétique ou le droit canon, et même des études de philosophie, de littérature, de sociologie ou d\u2019histoire, pourvu que la religion ou la morale y soit concernée.La Revue Dominicaine n\u2019a pas de spécialité proprement dite dans le domaine religieux, mais elle accorde une attention particulière aux questions d\u2019apologétique et aux problèmes de société, envisagés surtout au point de vue canadien.La Revue Dominicaine publie des recensions et diverses chroniques, en s\u2019attachant moins au récit des faits et à l\u2019analyse des ouvrages qu\u2019à leur signification d\u2019ensemble.La Revue Dominicaine ne sera pas responsable des écrits des collaborateurs étrangers à l\u2019Ordre de Saint-Dominique.Prière d\u2019adresser les communications littéraires: manuscrits, volumes, etc., au R.P.M.-A.Lamarche, 5375, Avenue Notre-Dame de Grâce, Montréal; et les communications administratives: abonnements, annonces, etc., au R.P.Jean Bacon, Saint-Hyacinthe.NOUS PUBLIERONS EN DÉCEMBRE: « La littérature canadienne et l\u2019enfant »,par M.Séraphin Marion.« Avec Lucien Rainier », par M.Alfred DesRochers.« Une fête intellectuelle à Louvain », par le R.P.Antonin Lamarche, O.P. 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Nos richesses POSSIBLES sont beaucoup plus importantes que nos richesses ACTIVES.Il n\u2019en dépend que de VOUS d\u2019accroître notre actif national.On fait au peuple canadien-français la réputation exagérée d\u2019être un groupe ethnique peu fortuné?Tout est relatif.Les grandes richesses individuelles sont peut-être moins nombreuses chez nos gens qu\u2019ailleurs mais notre actif collectif est important.Ménageons notre encouragement à nos institutions surtout à celles qui peuvent offrir un service complet, adapté à nos légitimes exigences.REQUEREZ LES SERVICES DE LA BANQUE PROVINCIALE DU CANADA ¦\u2014 où les épargnants déposent \u2014 ENCOURAGEZ NOS ANNONCEURS ANNONCES REVUE DOMINICAINE Telephone Bell 401 J.D.DESROSIERS MARCHAND DE CHAUSSURES, CLAQUES, VALISES, Etc 143, rue Cascades, Saint-Hyacinthe DESMARA1S& ROBITAILLE Limitée Marchands d\u2019ornements d\u2019église et d\u2019articles religieux 70 ouest, rue Notre-Dame, Montréal 121, Rideau, Ottawa \u2014 145, Church, Toronto Notre maison d\u2019Ottawa peut expédier des vins pour fins sacramentelles dans toutes les parties de la puissance du Canada.Téléphone 27 C.J.HUBERT GRAINS ET FARINES Résidence 891 100, rue Saint-Antoine, Saint-Hyacinthe ENCOURAGEZ NOS ANNONCEURS I i » ¦ 4 ANNONCES REVUE DOMINICAINE PHARMACIE SAINT-HYACINTHE PLACE I)U MARCHE 165, rue Cascades Drogues et médecines de première qualité.\u2014 Spécialité'.LES PRESCRIPTIONS.\u2014 Articles de toilette.\u2014- Bonbons, Parfums, etc.\u2014 Seul endroit où l\u2019on peut se procurer les fameux remèdes \u201cREXALL\u201d.\u2014 Nos articles de caoutchouc sont reconnus supérieurs.\u2014 AGENCES: Articles de photographie, le Kodak EASTMAN.J.-H.-E.BRODEUR, Propriétaire.?* * ?I Dentiers, Ponts, Obturations de tous genres.Ouvrage de première classe seulement.RAYONS \u201cX\u201d Dr J.-A.-ERNEST DAIGLE, B.C.D.CHIRURGIEN - DENTISTE Membre du Dispensaire Anti-Tuberculeux des Comtés de Saint-Hyacinthe et Rouville.Spécialité : Chirurgie Buccale, Extraction Dentiers le même jour sur engagement.Prix raisonnables\tSatisfaction garantie Ouvert de 9 h.A.M.à 9 h.P.M.79, rue Sainte-Anne, - Saint-Hyacinthe Téléphone 80 CHAPEAUX ROMAINS Feutre, Soie, Peluche, Cachemire, Paille.Catalogue envoyé gratuitement sur demande.HI /A\\s LIMITE IE 1170, rue Saint-Denis, THÉS ÉPICES CAFÉS GELÉES MONTRÉAL CACAO ESSENCES Nos 37 années d\u2019expérience sont une garantie pour vous.J.A.SIMARD & CIE 5 - 7 est, rue Saint-Paul, MONTRÉAL et NEW-YORK Tél.: MAin 0103 Montréal ENCOURAGEZ NOS ANNONCEURS ANNONCES REVUE DOMINICAINE ASSURANCE-VIE, ACCIDENT, MALADIE, INVALIDITÉ La Société des Artisans Canadiens-Français Fondée en 1876 La plus forte institution française d\u2019assurance en Amérique pour les hommes, les femmes et les enfants.Effectif .Fonds accumulés.Assurance en force 75,000 membres $12,500,000.00 $55,000,000.00 CE QU\u2019ELLE EST: Une véritable école de formation à la pratique de l\u2019épargne et à la judicieuse administration du revenu; 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les premiers, majoritaires avec les théories les plus intransigeantes, les seconds, minoritaires, plutôt opportunistes.Quand éclata la guerre russo-japonaise, en 1905, ils tentèrent par une grève générale, de mettre le tsar Nicolas II dans une impasse et de s\u2019emparer du pouvoir.Le Souverain résista victorieusement, mais dut octroyer, le 17 octobre, une Constitution qui affaiblit considérablement son pouvoir et diminua son prestige.La nouvelle Assemblée ou Douma ne pouvait satisfaire les chefs bolchévites résolus plus que jamais d\u2019implanter la « dictature prolétarienne ».Dès cette époque le mot est lancé, et les méthodes de propagande définitement découvertes.« Avec une adresse consommée et un dévouement fanatique, a écrit M.M.B.Makhlakof, les bolchéviks pénétraient dans les milieux ouvriers, prêchaient la haine contre le régime capitaliste, contre la monarchie qui le soutenait, contre tous les bourgeois, contre les modérés, traîtres à la cause populaire.Outre la pro- LE RÊVE COMMUNISTE 595 pagande, il y avait l\u2019organisation du parti.Elle avait formé une école et des cadres.Le gouvernement, dont la tyrannie avait été tant de fois décriée ne montrait pas la cynique cruauté des Bolchéviks au pouvoir; il n\u2019exterminait pas ses adversaires; il faisait assez pour briser leur carrière, les acculer au désespoir, mais pas assez pour empêcher leur action.Avec cette méthode il formait lui-même les cadres du parti, qui constituait une sorte d\u2019armée déguisée où régnait une stricte discipline.Les chefs Bolchéviks savaient commander et se faire obéir.Ils possédaient en cela un grand avantage sur les partis idéalistes de l\u2019opposition.» Vaincu en 1905 le parti bolchéviste sort de l\u2019épreuve, puissant par sa vaste organisation de propagande dans le peuple, et fort des faiblesses reconnues de Nicolas IL A l\u2019ouverture de la guerre, l\u2019Assemblée parlementaire ne comptait que cinq députés bolchévistes.Ils furent arrêtés pour avoir conspiré contre l\u2019Etat et travaillé à la défaite de leur pays.On a ici un exemple du patriotisme soviétique qui sacrifie volontiers l\u2019intérêt le plus sacré de la patrie pour s\u2019emparer du pouvoir.Lénine se retire dès lors en Suisse et en France.Il attend son heure qui ne doit pas tarder.En 1907, après les fautes réitérées du tsar et ses concessions impolitiques, en une nuit, la dynastie Romanov est renversée et le pouvoir tombe aux mains des démocrates puis des Bolchéviks.Lénine rentre dans son pays, s\u2019empare d\u2019un palais, à l\u2019instar de Kerensky, y établit son quartier général et harangue la foule du haut de son balcon.La Russie est devenue bolchéviste.Tout comme en France, après une succession de rois puissants comme le Patriarche de toutes les Russies et son fils, la Grande Catherine, « la seule super-femme authentique », Alexandre 1er le « libérateur de l\u2019Europe », Alexandre II « le libérateur de la Bulgarie », Nicolas 1er, « le champion désintéressé de la réaction en Europe », la Russie tombe sous l\u2019empire d\u2019une caste d\u2019arrivistes, de 596 REVUE DOMINICAINE démagogues et d\u2019anarchistes, qui lui feront payer cher la faiblesse du dernier de ses rois.Les Bolchéviks s\u2019inspireront à leur tour des exemples de tyrannie et de force brutale qu\u2019ils ont reçus de la lignée des Romanov.Ces souverains qui ne connurent d\u2019autre loi que « leurs passions débridées et leur volonté sans frein », ont été sans le savoir les précurseurs d\u2019un régime de dictature tyrannique et sanguinaire.En s\u2019exterminant entre eux, comme le tsarevitch Alexis, tué par son père, Ivan VI par son oncle, Pierre III par sa femme et Paul 1er par son fils, ils ont perpétré en Russie le règne de la force et de la terreur tel qu\u2019il se continue de nos jours.Voyons comment les bolchéviks vont à l\u2019instar des Romanov consolider leur pouvoir et s\u2019imposer à un peuple glacé d\u2019effroi sous l\u2019empire de leaders aux mains trempées de sang.Lénine est le fruit parvenu à maturité de l\u2019esprit révolutionnaire.Il en est sorti comme une plante curieuse et rare d\u2019un bourbier.Les peuples se donnent les gouvernents qu\u2019ils méritent.La Russie par la tradition séculaire d\u2019une histoire sans idéal et sans suite, succession d\u2019événements où le droit appartient au plus fort, où l\u2019assassinat et le crime sont légalisés a engendré un monstre qu\u2019elle cajole et nourrit de son sang.Le mot de Michelet nous vient à l\u2019esprit : « La Russie est un monde ennemi de la loi, qui marche à rebours et retourne aux barbaries antiques, qui n\u2019admet la civilisation moderne que pour dissoudre le monde occidental et tuer la loi elle-même ».Aussi, elle se donne un chef dont le patriotisme s\u2019affirme par cette formule peu rassurante: « Que le peuple russe meure pourvu que vive la Révolution communiste ».Dès son arrivée au pouvoir Lénine songe à s\u2019imposer par une audace dantonesque à toutes les Russies en jetant l\u2019effroi dans l\u2019âme de quiconque hésite à se ranger sous sa férule. LE RÊVE COMMUNISTE 597 Le gouvernement soviétique tente d\u2019abord d\u2019annihiler les puissances rivales en se conciliant la force du nombre.Toute la horde des paysans pillards et incendiaires est lancée à l\u2019assaut des châteaux de la Noblesse et s\u2019empare du sol russe.Le respect de la propriété privée est désormais aboli.L\u2019Etat, c\u2019est-à-dire Lénine et ses affidés, devient chef agraire, commerçant et industriel en proclamant le règne de la propriété commune, de l\u2019égalité des biens, et du bien-être pour tous.De là au régime de la terreur il n\u2019y a qu\u2019un pas.Comment brider les passions maintenant déchaînées de tout un peuple souffrant de la faim, leurré d\u2019un idéal chimérique ?Comment un petit groupe de parvenus, avec une organisation et une discipline encore rudimentaires pourra-t-il s\u2019imposer, sans autorité morale, à des millions d\u2019individus disséminés dans une contrée immense?Un certain ordre est nécessaire pour la réussite même du désordre.La Bruyère a pu dire « qu\u2019il ne faut ni art ni science pour exercer la tyrannie ».Mais des qualités de sagacité, de circonspection et surtout d\u2019audace sont indispensables et caractérisent tous les chefs révolutionnaires.Exemple: Danton, Robespierre et Saint-Just.Lénine avec plus de clairvoyance encore se donne, pour durer, l\u2019instrument redoutable de l\u2019Armée Rouge, soumise à une discipline de fer et prête à toutes les déprédations.Les événements se succèdent historiquement dans la même logique sombre du crime organisé qui naît du crime, comme la peste procède de la guerre et de la disette.La bourgeoisie supérieure et moyenne suspectes au pouvoir sont massacrés sans pitié.Ainsi, écrit Charles Sarolea, « bien que les dictateurs fussent eux-mêmes des bourgeois, des intellectuels et des journalistes et que plusieurs d\u2019entre eux soient devenus millionnaires, ils n\u2019hésitèrent pas à opprimer les classes intellectuelles et professionnelles.Ainsi ils ne détruisirent pas seulement la richesse matérielle, mais les meilleurs cerveaux du 598 REVUE DOMINICAINE peuple russe.» Ces massacres furent suivis de l\u2019exode en masse de millions de Russes ayant opté pour une sécurité aléatoire à l\u2019étranger préférablement à une existence précaire dans leur pays ri îré.Il ne restera plus à Lénina qu\u2019à tuer la religion, « drogue empoisonnée qui paralyse l\u2019intelligence du peuple », et à massacrer les ministres de tous les cultes, pour devenir le maître souverain de ce vaste charnier qu\u2019il a voulu construire de ses propres mains.Les préoccupations des Bolchéviks sont tournées dans la suite vers la politique extérieure.Ils envient à la Crimée, à l\u2019Ukraine, des richesses qui leur font maintenant défaut.Us sont ruinés.L\u2019exploitation des pays russes autonomes les tirera pour le moment d\u2019embarras en attendant le succès de la Révolution mondiale : « Périsse le monde pourvu que règne Lénine et la Révolution ».Il est remarquable que dans toutes ces guerres de conquêtes, les historiographes notent dans le mouvement communiste les mêmes procédés d\u2019exploitation des mécontents, des ratés, des flâneurs, de tous ceux que le travail paisible et le devoir quotidien rebutent, toujours prêts pourtant aux aventures périlleuses, aiguillonnés par le mirage d\u2019une fortune promptement acquise.Cette croisade des victimes de l\u2019inaction voulue ou du chômage forcé, les Soviets vont la poursuivre par-delà leurs frontières dans leur rêve d\u2019une Révolution internationale.Us comptent avant tout, nous le savons, sur la force du nombre.A part leurs fonctionnaires, soigneusement dressés aux méthodes bolchévistes et imbus de leur esprit, ils n\u2019ont que faire d\u2019une élite intelligente qui ne marcherait pas dans le sillon rougi du sang des bourgeois.Ce sont des esclaves qu\u2019ils désirent, tous rivés du même chaînon anarchique et saoulés du même alcool des phrases à effet.Par deux fois, les Soviets ont été attaqués chez eux et de façons bien différentes.Us ont résisté avec succès LE RÊVE COMMUNISTE 599 aux diverses tentatives des armées blanches insuffisamment appuyées par les Alliés.Grâce à l\u2019étendue de leur continent dépourvu de voies de communication, ils ont pu faire face aux attaques contre-révolutionnaires manquant d\u2019unité dans l\u2019organisation.Pourtant ils ont été vaincus à l\u2019intérieur par la résistance pacifique des paysans.« Le paysan, écrit Sarolea, ayant fait oeuvre de révolutionnaire, se transforma rapidement en conservateur, car il désirait garder la terre qu\u2019il avait volée.Après avoir agi en socialiste, il devint un intraitable individualiste.Car il n\u2019y a pas d\u2019individualiste plus tenace que le paysan propriétaire.» Son procédé fut très simple.Il refusa de produire plus que le nécessaire à sa subsistance.Il se contenta de son pain quotidien.Et l\u2019armée rouge, la nuée des fonctionnaires, après avoir tué l\u2019industrie et le commerce devenus dépendants de la production agraire, se virent menacés par la plus épouvantable famine connue dans l\u2019histoire.Après avoir triomphé de tous les ennemis extérieurs, le communisme est défait par la conspiration des paysans pacifiques.Alors Lénine proclama que la Russie n\u2019était pas mûre pour le communisme.Si la Révolution bolchéviste est devenue révolution mondiale, c\u2019est qu\u2019elle n\u2019a pas trouvé même en Russie suffisamment d\u2019éléments révolutionnaires pour le succès qu\u2019elle attendait.Il lui faut recommencer son oeuvre en mobilisant toute la vie de la société universelle.Quels seront les succès de cette vaste entreprise du Mal contre le Bien, du chaos contre l\u2019harmonie et l\u2019ordre, de tout ce que la société contient de vice et de laideur, contre les institutions sociales fondées sur la loi naturelle et le sens commun, quelle sera la nouvelle page d\u2019histoire à ajouter au drame sombre et satanique qui s\u2019est joué en Russie?.Les prophètes des temps modernes prédisent des événements que l\u2019on doit souhaiter ne point voir.Le livre de François Coty et l\u2019enquête minutieuse de Charles Gauthereau sur l\u2019organisation bolché- 600 REVUE DOMINICAINE viste inter-alliée sont bien propres à donner le frisson si l\u2019on en croit les sources d\u2019information où ils se documentent.Tout dépendra en définitive de la clairvoyance des gouvernants, des remèdes violents même que l\u2019on aura le courage d\u2019opposer au mal en temps opportun et de l\u2019orientation de l\u2019esprit ouvrier en face de la crise actuelle.Nous consacrons un dernier article à ces urgentes considérations.Thomas-Marie Lamarche, O.P.Saint-Hyacinthe, octobre 1931.La maîtrise en Sacrée Théologie dans TOrdre de Saint-Dominique (1) La Maîtrise en Sacrée Théologie dans l\u2019Ordre de Saint-Dominique est, en vertu d\u2019un privilège papal datant de la fin du XlIIe siècle et fréquemment renouvelé depuis, conférée en reconnaissance de la haute estime en laquelle sont tenus dans cet Ordre les travaux intellectuels et les études théologiques et comme un stimulant destiné à encourager les membres de l\u2019Ordre à s\u2019appliquer avec ardeur à l\u2019étude et par là à travailler efficacement à la 1 Cet écrit est une adaptation partielle d\u2019un discours prononcé à Washington le 19 mars 1931 par le T.R.P.McMahon, O.P., S.T.M., de la province dominicaine Saint-Joseph des Etats-Unis, à l\u2019occasion de la promotion à la dignité de Maîtres en Sacrée Théologie de deux Pères de cette province, les TT.RR.PP.McHugh et Callan, depuis longtemps avantageusement connus par leurs écrits théologiques et leurs travaux en Ecriture Sainte.\u2014 Ce discours a été publié dans la revue dominicaine américaine The Torch dans son numéro de mai, 1931.Il prend une nouvelle actualité du fait de la promotion au même grade du T.R.P.M.-Ceslas Forest, doyen de la Faculté de Philosophie de l\u2019Université de Montréal. LA MAÎTRISE EN SACRÉE THÉOLOGIE 601 diffusion et à la défense de la Foi.En poursuivant ce double but au moyen de l\u2019étude les Frères-Prêcheurs ne font que marcher sur les traces de leurs illustres devanciers du commencement de ce siècle fameux qui furent des Maîtres dans la célèbre Université de Paris laquelle seule de toutes les universités de l\u2019Europe fut, jusqu\u2019au milieu du siècle suivant, autorisée à conférer ce titre.Le XHIe siècle débuta par une activité intellectuelle intense qui alla sans cesse grandissant avec le passage des années.La raison humaine semblait occupée à sonder sa puissance à un degré tel qu\u2019elle ne l\u2019avait jamais fait auparavant.On s\u2019acharnait à découvrir la vérité dans le monde naturel comme dans l\u2019ordre immatériel ; on scrutait toutes les branches du savoir et l\u2019on n\u2019hésitait pas même parfois à mettre en doute les enseignements de la Foi eux-mêmes.Il existait d\u2019une part en philosophie des écoles purement rationalistes qui enseignaient le panthéisme, le matérialisme, le dualisme, et en moral, un retour aux principes et aux pratiques du paganisme.D\u2019autre part, il y avait les écoles de Théologie qui, par leurs saines doctrines, endiguaient et refoulaient les courants de rationalisme et de sensualisme en purifiant pour se l\u2019assimiler la philosophie grecque et l\u2019employaient, ainsi que les autres sciences, au service de la raison et de la vérité révélée.\u2014 Dans ce siècle qui fut par excellence, si l\u2019on peut dire, le siècle de la raison et de la foi, l\u2019Université de Paris justement renommée pour ses facultés des arts et de théologie, occupait le premier rang parmi toutes les écoles de l\u2019Europe.De nombreux étudiants avides de savoir y accouraient de toutes parts soit pour y suivre les cours de ses professeurs célèbres, soit pour avoir éventuellement accès à l\u2019une de ses chaires si ardemment convoitées, soit enfin pour obtenir les titres qu\u2019elle conférait afin que munis de ces hauts brevets de compétence ils pussent ensuite retourner dans leurs pays pour y faire part à d\u2019autres de la science qu\u2019ils avaient acquise. 602 REVUE DOMINICAINE De toutes les chaires et de tous les titres convoités ceux qui l\u2019étaient davantage étaient la chaire de théologie et le titre de Maître en cette science, car l\u2019enseignement de la théologie et le titre de Maître que portait le titulaire de ladite chaire lui conféraient une prééminence marquée parmi les savants et un réel prestige dans l\u2019Eglise et dans l\u2019Etat lui-même.Le Maître en Sacrée Théologie de l\u2019Université de Paris au XHIe siècle devait se distinguer par son savoir solide et profond et être en plus d\u2019un savant un maître d\u2019expérience, c\u2019est-à-dire, un docteur qui se fût signalé dans l\u2019enseignement de la doctrine sacrée.L\u2019honneur suprême de la Maîtrise lui était décerné non moins pour le mérite de son enseignement que pour ses dons intellectuels et pour la science qu\u2019il avait acquise au cours de plusieurs années d\u2019un labeur assidu.L\u2019heureux titulaire avait d\u2019abord conquis ses grades dans la faculté des arts, puis il avait suivi dans la faculté de théologie les cours prescrits et subi avec succès un examen à la fin de ces cours.Tout en continuant à fréquenter l\u2019enseignement d\u2019un Maître en Théologie il avait débuté dans la carrière professorale par l\u2019exercice des fonctions de Bachelier en Ecriture Sainte en faisant à un autre groupe d\u2019étudiants en théologie des cours ayant pour objet l\u2019explication littérale du texte de deux livres de la Bible, l\u2019un de l\u2019Ancien, l\u2019autre du Nouveau Testament.Ainsi, tout en continuant à demeurer sous la dépendance et la direction d\u2019un Maître en Théologie il avait parcouru les étapes du Baccalauréat ès-Sentences ainsi appelé en raison des dissertations auxquelles il avait maintes fois pris part et parfois même présidé et qui étaient basées sur le texte du Livre des Sentences de Pierre Lombard, jadis professeur à l\u2019Université de Paris puis évêque de cette ville de 1159 à 1164.A la suite d\u2019un autre examen passé après avoir terminé la troisième partie des Sentences il devenait un Bachelier formé (Baccalaureus formatus) et plus tard après un troisième examen subi avec succès un Licencié LA MAÎTRISE EN SACRÉE THÉOLOGIE 603 (Licentiaius) ou un Bachelier autorisé par le Chancelier de TUniversité d\u2019enseigner en son propre nom et non plus sous la dépendance immédiate d\u2019un Maître.Et finalement, après une certaine période d\u2019enseignement comme Licencié, il obtenait le titre de Maître en Sacrée Théologie.* * * Dans sa chaire de professeur le Maître prenait la Bible pour manuel.Il en expliquait maintenant les sens divers après s\u2019être adonné pendant plusieurs années en qualité de Bachelier à l\u2019étude du sens littéral.Il exposait la concordance de divers passages du texte sacré en en donnant une vue d\u2019ensemble.A l\u2019aide de gloses, oeuvre de ses devanciers, des écrits des Pères, de la philosophie et des autres sciences, il composait des traités, parfois de volumineux ouvrages théologiques, dans lesquels il s\u2019appliquait à montrer à l\u2019ordinaire l\u2019harmonie qui règne entre la raison et la foi.C\u2019est donc à bon droit qu\u2019on le désignait sous les noms de Maître en Page sacrée ou en Ecriture Sainte et de Maître en Sacrée Théologie.Voilà donc ce qu\u2019était un Maître en Théologie de l\u2019Université de Paris.Voyons maintenant ce qu\u2019était ce Maître s\u2019il appartenait à l\u2019Ordre de Saint-Dominique, puis, ce que doit être le Maître en Théologie de nos jours.Après Dieu, ce sont les conditions intellectuelles, religieuses et morales du commencement du XHIe siècle qui ont dessiné la carrière de saint Dominique et déterminé le but et le caractère de l\u2019Ordre qu\u2019il fonda pour le salut des âmes.Etudiant, prédicateur et professeur, il le fut successivement.Dans sa jeunesse il avait étudié les arts libéraux à l\u2019Université de Palencia, en Espagne, et par la suite il s\u2019était adonné avec ardeur à l\u2019étude de l\u2019Ecriture Sainte, de la théologie et de la philosophie afin d\u2019être à même de l\u2019emporter dans les controverses religieuses sur des esprits pénétrants et cultivés et de leur faire ainsi accepter comme aux simples fidèles en 604 REVUE DOMINICAINE général les vérités révélées et les enseignements de l\u2019Eglise.\u2014 Mis au courant de sa science vaste et profonde le Pape, après avoir nommé Dominique Maître-Général de l\u2019Ordre que celui-ci venait de fonder, créa en sa faveur la charge de Maître du Sacré Palais Apostolique avec mandat d\u2019interpréter devant la cour romaine les Saintes Ecritures.Il lui confia, en plus, la direction des études dans l\u2019Ecole Pontificale de la Ville-Eternelle.Saint Dominique possédait une compréhension parfaite des esprits de ses contemporains et des conditions de son temps.Estimant à son juste prix la science et en comprenant toute l\u2019utilité pour favoriser le triomphe de la vérité sur l\u2019erreur, il acquit la conviction que l\u2019apostolat de son Ordre pour être efficace devait s\u2019exercer dans les centres intellectuels tout aussi bien que dans les églises et sur les places publiques des villes et des villages.C\u2019est ainsi que par une sorte d\u2019intuition géniale des effets salutaires qui devaient en résulter pour- le bien de l\u2019Eglise et des âmes, il désigna deux de ses dix-sept premiers disciples pour aller établir une fondation de l\u2019Ordre auprès de l\u2019Université de Paris; puis d\u2019autres de ses compagnons furent envoyés à Bologne pour y fonder aussi un couvent à proximité de l\u2019université non moins fameuse pour ses études juridiques que ne l\u2019était celle de Paris pour sa faculté de théologie.Des diverses maisons qui furent fondées par la suite la plupart le furent dans des villes universitaires telles que Toulouse, Oxford, Padoue, Naples, etc.Il en sera ainsi au cours du temps au fur et à mesure que surgiront çà et là de nouvelles écoles d\u2019enseignement supérieur.* * * A peine les fils de Dominique avaient-ils fait leur apparition dans les villes où ils étaient venus s\u2019établir qu\u2019étudiants et professeurs se sentirent attirés vers eux en raison de leurs vertus, du charme de leur commerce et de la nouveauté de l\u2019idée qui avait présidé à la fon- LA MAÎTRISE EN SACRÉE THÉOLOGIE 605 dation de leur Ordre et qui permettait l\u2019union d\u2019une vie de contemplation et d\u2019étude à une vie d\u2019activité apostolique.Plusieurs dès lors se sentirent travaillés du désir de se livrer à l\u2019étude dans cet Ordre où elle était si grandement en honneur pour s\u2019en aller ensuite à l\u2019étranger, et avec une liberté toute apostolique, communiquer à d\u2019autres le fruit de leur contemplation.Toutes les facultés \u2014 arts, droit, médecine et théologie \u2014 fournirent des recrues d\u2019élite au nouvel Ordre religieux.On vit des Bacheliers renoncer à de séduisantes perspectives d\u2019avancement et des Maîtres en Théologie eux-mêmes descendre de leurs chaires pour venir, accompagnés bien souvent de plusieurs de leurs élèves, revêtir les livrées des Prêcheurs et prendre en qualité de novices la dernière place parmi eux.Dès les débuts les rapports des Frères avec l\u2019Université de Paris furent des plus intimes comme leur influence sur elle fut des plus profondes, et réciproquement.Douze ans seulement après leur arrivée à Paris en 1217 les Frères-Prêcheurs possédaient déjà deux * > chaires universitaires de théologie dans leur couvent de Saint-Jacques.Auprès de ces chaires devaient se grouper pendant plusieurs générations non seulement des religieux de l\u2019Ordre mais encore un grand nombre d\u2019étudiants d\u2019autres Ordres ainsi que des clercs et des séculiers.Ces chaires furent toujours confiées à des Maîtres en Théologie et membres de ladite faculté de l\u2019Université.Elles furent illustrées par une longue suite de titulaires célèbres parmi lesquels ont brillé avec un éclat tout particulier Roland de Crémone, Hugues de Saint-Cher, Albert le Grand et saint Thomas d\u2019Aquin.\u2014 Parmi les étudiants de l\u2019Ordre formés sous ces Maîtres plusieurs devinrent des Maîtres de l\u2019Université et y occupèrent les chaires au pied desquelles ils avaient pendant longtemps fait figure d\u2019élèves.D\u2019autres furent désignés pour régenter les études dans diverses provinces de l\u2019Ordre ou affectés au ministère de la prédication. 606 REVUE DOMINICAINE Parmi ces derniers ceux qui se signalèrent davantage par leur savoir et par leur zèle à annoncer la parole de Dieu étaient créés Prédicateurs Généraux avec la Chrétienté entière pour champ d\u2019activité.Nombre d\u2019autres enfin furent élevés à la dignité épiscopale et contribuèrent ainsi à faire rayonner sur un plan supérieur la lumière de la science et de la vérité catholiques.Mais sous ces Maîtres furent encore formés des disciples d\u2019une autre catégorie, à savoir ces missionnaires qui, en grand nombre, parcoururent l\u2019Europe, éclairant les esprits et réveillant les consciences ; terrassant les hérésies et purifiant les moeurs et prenant une part active aux développements de la vie intellectuelle soit par leur enseignement, soit par les encouragements qu\u2019ils prodiguaient à la culture des arts, soit enfin par les conseils de sagesse et de prudence qu\u2019ils donnaient aux chefs d\u2019Etat dans l\u2019exercice de leurs difficiles fonctions.\u2014 Ce furent encore d\u2019anciens élèves d\u2019Université devenus apôtres des peuples qui, ajoutant à leurs connaissances doctrinales la culture de langues étrangères, dirigèrent leurs pas vers des pays lointains pour y prêcher l\u2019Evangile à des peuples vivant dans les ténèbres de l\u2019erreur et assis à l\u2019ombre de la mort; ou, peut-être, pour voir se réaliser leur rêve du martyre, comme celà avait jadis été le cas pour saint Dominique lui-même lorsqu\u2019à diverses reprises il tenta de mettre à exécution son désir d\u2019aller évangiliser les Cumans.* * * Ces Maîtres en Théologie des premiers temps de l\u2019Ordre, ne furent donc pas, comme on le voit, purement et simplement des savants assoiffés de science et de renommée ou des professeurs quelconques dont l\u2019enseignement sans relief comme sans âme se bornât à la simple communication de la science.C\u2019étaient de hautes intelligences servies par de nobles coeurs et chez qui le profond savoir avait pour pendant un haut idéal moral et LA MAÎTRISE EN SACRÉE THÉOLOGIE 607 d\u2019admirables vertus.Songeons à saint Thomas d\u2019Aquin et au bienheureux Albert le Grand pour nommer, il est vrai, les premiers d\u2019entre eux.Leur existence pres-qu\u2019entièrement vouée à la contemplation, c\u2019est-à-dire, à l\u2019oraison et à l\u2019étude donnait à leur personne et à leur démarche cet air de gravité et cette retenue qui sont le propre des esprits réfléchis et pénétrés du sérieux de la vie.Et ils devaient viser d\u2019autant plus à l\u2019acquisition de cette parfaite maturité d\u2019esprit et de cette réserve qu\u2019ils étaient condamnés à vivre en perpétuel contact avec une jeunesse folâtre portée sans cesse à la légèreté et à l\u2019espièglerie coutumières au jeune âge encore indiscipliné.\u2014 Mais cette vie d\u2019oraison et d\u2019étude était ordonnée sinon dans une large mesure du moins pour une part, et comme de juste, à la sanctification et au salut des âmes par l\u2019exercice occasionnel de l\u2019apostolat.Sans cesse le but de l\u2019Ordre tel que déterminé par saint Dominique était présent à leur esprit et leur était rappelé au besoin tant par les Constitutions que par une tradition fidèlement maintenue.En vertu de l\u2019exemple donné au cours de sa vie par le saint Fondateur dont le souvenir était encore vivace; en vertu de la formation qu\u2019il avait donnée à ses premiers disciples et des recommendations qu\u2019il leur avait faites touchant l\u2019avenir, il était manifeste à ces Maîtres que la prédication qui leur était enjointe et dont l\u2019enseignement n\u2019était que l\u2019un des aspects, devait être essentiellement doctrinale; que l\u2019étude, par conséquent, n\u2019était pas tout simplement un moyen de choix pour atteindre le but de l\u2019Ordre mais qu\u2019elle y était essentiellement renfermée puisque comme la prédication elle-même elle doit être ordonnée à l\u2019action apostolique ou au bien des âmes.Quelle fut l\u2019occupation de ces savants et professeurs au point de vue de l\u2019étude nous le savons par leurs propres écrits.Après la méditation assidue des Saints Livres et la lecture de traités se rapportant à la doctrine sacrée et à la spiritualité leurs travaux intellectuels con- 608 REVUE DOMINICAINE sistaient principalement en la revision de la Bible, des Recueils du Droit canonique, des oeuvres d\u2019Aristote et autres auteurs anciens; en la composition de Concordances bibliques et de Commentaires sur divers livres de la Bible et sur les écrits du Stagyrite; en la composition de Sommes de théologie dans lesquelles toute la philosophie d\u2019Aristote et non pas seulement sa Logique est mise à contribution en vue de la défense de la Foi.En parcourant leurs écrits on voit qu\u2019ils y poursuivaient avec une préférence marquée un but apologétique: celui de montrer qu\u2019il n\u2019existe aucune contradiction entre la science, et la foi, entre la métaphysique et la morale, entre la nature et la grâce.On y découvre encore leur souci d\u2019adapter toute connaissance aux besoins de l\u2019époque où ils ont vécu et l\u2019on constate qu\u2019il n\u2019y eut aucun ordre de pensée avec lequel ils ne se fussent familiarisés, aucune forme d\u2019erreur qu\u2019ils n\u2019aient reconnue et à laquelle ils aient dédaigné de s\u2019arrêter en vue de la défense de la vérité.* * * Tels furent ces Maîtres en Théologie des premiers temps de l\u2019Ordre qui se donnèrent pour tâche \u2014 en collaboration avec les autres savants de leur époque \u2014 de façonner le monde intellectuel du XlIIe siècle; hommes dominés par le zèle de la vérité et adonnés sans relâche à une vie de prière, d\u2019étude et d\u2019apostolat.L\u2019influence qu\u2019ils ont exercée dans leur famille religieuse par les nobles traditions qu\u2019ils y ont créées n\u2019étaient pas destinées à périr.Loin de là.A toutes les époques, en effet, il s\u2019est rencontré dans l\u2019Ordre de Saint-Dominique des hommes éminents pour leur science et leurs vertus qui se sont efforcés de réaliser dans leur vie le noble idéal tracé par leurs illustres devanciers; des religieux qui, joignant à une piété solide et à une science profonde un zèle ardent pour le salut des âmes ont été' dans l\u2019ordre de la doctrine des flambeaux dont la vive flamme n\u2019a pas seulement sa chaleur dans son est appelé à ns en Conti-3, mission est doit par sa ix de tous et que et réagir ^eurs qui ne éminemment iar l\u2019exemple )arole et par Fidèle tou-omas et des e homme de îsprit et d\u2019en loral afin d\u2019y ctrine et par >;V;\\ L\u2019AUTRE indésirable répandu la lumière mais a vivifié aussi par sa chaleur bienfaisante tous ceux qui se sont trouvés dans son rayonnement.Le Maître en Théologie de nos jours est appelé à maintenir dans l\u2019Ordre ces nobles traditions en continuant l\u2019oeuvre entreprise jadis par eux.Sa mission est avant tout une mission de lumière car il doit par sa science et par son zèle faire briller aux yeux de tous et dans tout l\u2019éclat de sa pureté la vérité catholique et réagir ainsi efficacement contre les multiples erreurs qui ne cessent de l\u2019assaillir.Son rôle est donc éminemment apostolique puisqu\u2019il consiste à défendre par l\u2019exemple d\u2019une vie profondément religieuse, par la parole et par la plume, les divins enseignements de la Foi.Fidèle toujours à s\u2019abreuver aux écrits de saint Thomas et des autres grands maîtres du passé il doit être homme de son temps en s\u2019efforçant d\u2019en comprendre l\u2019esprit et d\u2019en connaître les besoins d\u2019ordre intellectuel et moral afin d\u2019y satisfaire par la dispensation de la saine doctrine et par un dévouement sans mesure aux intérêts spirituels des âmes.A.-M.Richer, O.P.L\u2019autre indésirable Il n\u2019y a pas d\u2019indésirable que l\u2019immigrant qui nous vient de l\u2019Europe centrale, et à qui l\u2019on a interdit, par de sages mesures, l\u2019entrée du pays.Non.Il y en a un autre, dont on se méfie moins peut-être, mais qui est tout aussi dangereux pour nos moeurs, nos institutions sociales et notre foi.C\u2019est autre indésirable, cet immigrant d\u2019un autre genre, c\u2019est le magazine, principalement le magazine américain. 610 REVUE DOMINICAINE Vous le connaissez, n\u2019est-ce pas?car vos yeux le rencontrent un peu partout: dans les gares, sur les trains, sur les devantures de petits restaurants crasseux, où il voisine avec des fruits gâtés et des produits sucrés.Que dis-je?vous l\u2019avez peut-être entre les mains, ou sur votre table de travail, dans votre salon, car aujourd\u2019hui, qui n\u2019a pas son magazine?Je l\u2019ai même aperçu dans une chambre de malade ! Quel consolateur ! A qui veut classer un peu, non pas mathématiquement, le magazine, la vieille division de l\u2019abbé Bethléem revient à la mémoire.Il y en a de franchement mauvais, immoraux.Leur couverture, la plupart du temps, ressemble à la figure d\u2019une prostituée, toute maquillée, rouge, noir, jaune, etc.; provocateurs avant même qu'on les ait ouverts, avant même que leur littérature ait donné le coup de grâce, réalisé la séduction complète.Les lois de l\u2019Index les condamnent et aucun catholique ne peut les lire sans pécher gravement.Ceux qui les lisent les connaissent.Inutile de donner les titres et de faire connaître les endroits où ils se vendent.Le magazine dangereux est celui qui circule le plus librement et que l\u2019on trouve très souvent entre les mains des « bonnes personnes » ; celui dont la plupart des jeunes raffolent à cause des mystères qu\u2019il leur révèle.Cette définition descriptive, comme dirait un philosophe, est celle qui fait mieux comprendre cette littérature importée.Ces magazines sont dangereux à un double point de vue.Tout d\u2019abord parce qu\u2019ils sont pour ceux qui les lisent des initiateurs brutaux et indiscrets.L\u2019on a bien discuté et l\u2019on discute encore sur « l\u2019initiation des jeunes aux mystères de la vie ».Les uns sont pour l\u2019ignorance totale, croyant conserver ainsi l\u2019innocence et la naïveté première.D\u2019autres sont pour la révélation plénière d\u2019un seul coup et en grand public.Les véritables éducateurs prudents sont pour l\u2019initiation graduée.Oui, il faut soulever le voile, mais il faut le faire délicatement et selon toutes les lois de la prudence, L\u2019AUTRE INDÉSIRABLE 611 surtout quand il s\u2019agit d\u2019une âme de jeune fille.Il y a un lieu, une atmosphère, des personnes désignées pour faire ces révélations.Ce lieu, c\u2019est le foyer; ces personnes sont les parents, et à leur défaut, les éducateurs, surtout le confesseur.Par conséquent, le magazine ou pour parler plus franchement, celui qui compose des récits extravagants, écrits tout d\u2019abord pour percevoir de l\u2019argent, n\u2019a reçu délégation de personne, ni de Dieu ni de la nature, pour remplir ce rôle et surtout pour le remplir avec la brutalité et l\u2019indiscrétion qui le caractérise ordinairement.Sa Sainteté Pie XI, dans son Encyclique sur l\u2019Education, écrivait ces fortes paroles: « Très répandue est l\u2019erreur de ceux qui, avec des prétentions dangereuses et une manière choquante de s\u2019exprimer se font les promoteurs de ce qu\u2019ils appellent « l\u2019éducation sexuelle ».Ils se figurent faussement pouvoir prémunir la jeunesse contre les périls des sens, uniquement par des moyens naturels tels que cette initiation téméraire et cette instruction préventive donnée à tous indistinctement, et même publiquement, ou, ce qui est pire encore cette manière d\u2019exposer les jeunes gens, pour un temps, aux occasions, afin dit-on, de les familiariser avec ©lies et de les endurcir contre les dangers.» Et dans son encyclique sur le mariage chrétien, le Saint-Père condamne énergiquement la campagne infâme que font contre le mariage et sa grandeur, sa sainteté, les directeurs de grands journaux et tous ceux qui publient les magazines en question.Comparons le jeune homme ou la jeune fille, lecteurs habitués de ce genre de magazines et qui ont fait l\u2019apprentissage de la vie dans ces produits littéraires, com-parons-les à celui ou à celle qui ont été initiés chastement et avec la plus grande prudence surnaturelle.L\u2019un est déjà blasé, et malgré ses jeunes années, semble porter une âme vieillie.Les douces illusions de la jeunesse, cet enthousiasme dont on a toujours besoin, surtout, quand on commence le grand voyage de la vie, il ne les a plus. 612 REVUE DOMINICAINE Et l\u2019autre, celui ou celle qui n\u2019a pas voulu de ces mauvais maîtres conserve dans toute sa fraîcheur le rêve de ses 20 ans.Il sait, il connaît, mais cette connaissance est celle dont parle Bossuet, la connaissance qui porte à aimer; elle n\u2019a donc pas tué en lui ce qui fait le doux plaisir de vivre, la foi en ce quelque chose de noble et de grand qui s\u2019appelle la Vie.Ce jeune homme ou cette jeune fille a confiance en la Vie, ils attendent beaucoup d\u2019elle.Qui oserait le leur reprocher?Initiateurs brutaux aux mystères de la vie, les magazines dangereux sont en plus des « faussaires » ; c\u2019est-à-dire qu\u2019ils donnent de la vie une idée fausse ou incomplète et compromettent ainsi le bonheur de milliers de pauvres humains.La vraie vie, mais c\u2019est la vertu.Voilà ce que nous prêchent le bon sens et l\u2019Eglise du Christ.Pourtant, le magazine, lui, la voit dans le vice.La vraie vie, c\u2019est le devoir; pour le magazine, c\u2019est le plaisir.La vraie vie, c\u2019est encore la fidélité aux promesses que l\u2019on a faites un jour aux pieds des saints autels; le magazine au contraire affirme l\u2019entière disposition de soi-même, de sorte que, demain, l\u2019on peut reprendre sans remords ce que l\u2019on donnait hier.La vraie vie, c\u2019est toujours la soumission à la douce Providence divine qui éprouve et qui très souvent garde la récompense pour plus tard.Mais dit le magazine, du bonheur, il faut en chercher à tout prix; il est dans le moment qui passe; la souffrance, le malheur sont les mauvais génies et les fées malfaisantes de la vie.La vraie vie enfin et toujours est celle de l\u2019âme; le corps ne doit être qu\u2019un bon serviteur.Le corps est le Maître, dit le magazine.A lui toutes nos attentions et nos délicatesses.Il y a droit! Songez alors à la noire mélancolie, au désespoir même, du pauvre malade à qui l\u2019on apporte pour le distraire, à ce que l\u2019on dit, ces magazines.Seul, dans sa chambre de misère, lorsque les amis l\u2019ont quitté, il lit; il compare sa vie de souffrance aux joies, aux plai- l\u2019autre indésirable 613 sirs commodes, à la vie facile de tous ces héros de nouvelles dont fourmillent le magazine qu\u2019il tient dans ses mains tremblantes.Il rêve au bonheur qu\u2019il n\u2019a pas et souvent maudit la souffrance qui l\u2019étreint de toutes parts.Cette lecture l\u2019a désarmé.D\u2019un martyr et d\u2019un héros de la souffrance elle a fait un vaincu de la vie, une pauvre épave! Représentez-vous le jeune collégien, qui, en secret, comme un petit contrebandier, lit un magazine venu on ne sait d\u2019où.Sa vie parfois fatigante, mais sérieuse et véritablement noble, il la compare fatalement à celle de tous ces jeunes que son magazine fait passer devant ses yeux et son imagination : automobile, châteaux, flirt, etc.Et le jeune collégien tend les lèvres vers cette coupe de plaisir.Mais c\u2019est un rêve, et une fois revenu de ce rêve, la réalité lui paraît trop austère, rude.Alors, il démissionne de « tout cela », il quitte ce qu\u2019il n\u2019aurait jamais dû quitter; parfois, souvent même, c\u2019est une vocation qui se perd, un idéal qui se brise, des ailes bien ouvertes qui se referment pour toujours.Cette lecture a donc été meurtrière! Le magazine dangereux pénètre aussi dans les foyers pour y faire ses victimes.L\u2019on devine alors quels effets désastreux il peut produire dans une vie de jeune femme.Un de ces magazines destinés à celles qui entrent dans la vie conjugale m\u2019est tombé l\u2019autre jour sous les yeux.Que de faussetés et d\u2019erreurs! Je me demande comment après avoir lu de semblables choses une femme peut croire encore à la fidélité, au bonheur d\u2019une vie stable, à la beauté d\u2019un foyer d\u2019où l\u2019enfant n\u2019est pas banni mais dont, au contraire, il est la principale parure! Très probablement plusieurs, en lisant ceci, répéteront l\u2019éternelle petite phrase mensongère : « Cela ne me fait rien.Je ne suis pas impressionnable.Je connais assez la vie.Oui, quel mensonge souvent inconscient, parfois conscient, et qui se répète de génération en génération.Cependant l\u2019expérience véritable, la psychologie, 614 REVUE DOMINICAINE cette science de l\u2019âme et de ses passions, nous révèlent tout ce qu\u2019il y a de redoutable dans une lecture de ce genre.Je veux bien que sur le moment, pour certaines personnes, rien d\u2019extraordinaire n\u2019apparaisse ou ne se produise.Mais notre âme est comme une mer profonde.Dans les chroniques maritimes où sont notés tous les désastres, il est souvent parlé de navires disparus.« Perdus en mer », voilà la terrible épitaphe que l\u2019on met à la suite de leur nom.Mais il arrive assez souvent, après de longues semaines, à propos de rien, d\u2019une petite rafale de vent, que les débris reviennent à la surface et que la mer rende ce qu\u2019elle avait volé.Ainsi en est-il de notre âme.L\u2019image, l\u2019idée que la lecture y a jetée est peut-être, même certainement, descendue jusqu\u2019au fond de l\u2019âme, en cette région mystérieuse du subconscient.Nous n\u2019en avons plus entendu parler durant des mois peut-être, quand tout-à-coup, un jour, notre âme, nous ne l\u2019avons plus sentie la même! Pourquoi?C\u2019est que ces vieilles images, ces idées enfouies sont revenues à la surface, la plupart du temps pour nous desservir, complices d\u2019une lâcheté ou d\u2019une trahison! Qu\u2019on relise les solides pages, pleines de science psychologique, publiées il y a quelques mois ici et l\u2019on pourra se convaincre davantage que la lecture de ces magazines que j\u2019appelle dangereux, font toujours quelque chose, tôt ou tard, et qu\u2019il existe réellement des « trahisons du subconscient » que nous ne redoutons pas assez.Mais y a-t-il de bons magazines?Oui et non.Les meilleurs d\u2019entre eux sont encore médiocres.Ils ressemblent un peu à des catalogues d\u2019information universelle.Il y a un peu de tout, mais rien de profond, de solide, par conséquent rien de formateur.Notre jeunesse qui les lit beaucoup, ne peut se former tant au point de vue littéraire et scientifique qu\u2019au point de vue religieux, dans ces périodiques.S\u2019ils ne sont pas les ennemis de la morale ou de la l\u2019autre indésirable 615 foi comme les autres dont j\u2019ai déjà parlé, ils ne travaillent certainement pas, et il ne faut pas le leur demander, à la formation d\u2019une mentalité catholique et française chez nous.C\u2019est toujours l\u2019idéal américain avec son sac d\u2019écus et sa civilisation matérialiste que l\u2019on décrit et que l\u2019on propose à l\u2019admiration des lecteurs.De plus, ces magazines ne sont certainement pas une réclame peur la langue anglaise dans laquelle ils sont rédigés.Réellement, point n\u2019est besoin de connaître parfaitement l\u2019anglais classique, pour s\u2019apercevoir très vite que cette langue est de l\u2019anglais de bas étage, de l\u2019anglais de rue.Dernier inconvénient de cette littérature facile, c\u2019est qu\u2019elle encourage chez nous, et chez une certaine catégorie de nos jeunes, une maladie dont nous essayons de nous débarrasser, la peur de l\u2019effort intellectuel.Je connais certains habitués des magazines qui ne sont plus capables de lire en entier un livre sérieux.Ils n\u2019ont plus ce courage, comme ils disent! L\u2019on trouvera peut-être ces appréciations un peu sévères.Il faut se rappeler cependant que je ne parle pas ici en casuiste, délimitant le permis ou le défendu.Je veux montrer l\u2019idéal qu\u2019il faut absolument rechercher, bien persuadé que dans la réalité l\u2019on restera encore en deçà.Si l\u2019on me demandait un conseil à propos de la lecture de ces « bons magazines », comme on les appelle, je crois qu\u2019il serait parfaitement juste de dire: « N\u2019en faites pas votre lecture unique; ne soyez pas l\u2019homme ou la femme du magazine.Allez chercher ailleurs l\u2019aliment de votre esprit.Cependant, de temps à autre, à titre de renseignements, pour être de votre siècle, parcourez les meilleures de ces productions.» * * * Contre cet indésirable qu\u2019est le magazine étranger, qu\u2019allons-nous faire?Nous protéger.Mais comment?Puisque c\u2019est une question de salut public, il est du 616 REVUE DOMINICAINE devoir tout d\u2019abord pour ceux qui ont charge du bien commun, des chefs de l\u2019Etat, de protéger nos frontières.Quoi qu\u2019on en ait dit récemment, les chefs de l\u2019Etat sont les gardiens dans une certaine mesure de la moralité publique.C\u2019est l\u2019enseignement même du Souverain Pontife actuel.Dans son Encyclique sur l\u2019Education de la Jeunesse, Pie XI écrivait: «D\u2019une manière générale, c\u2019est encore le droit et le devoir de l\u2019Etat de protéger, selon les règles de la droite raison et de la foi, l\u2019éducation morale et religieuse de la jeunesse, en écartant dans la vie publique ce qui lui serait contraire.» Après bien des essais louables qui datent déjà de plusieurs années, après de vigoureux plaidoyers faits en Chambre par d\u2019éminents politiques, l\u2019on en est venu à un accord et à une résolution très énergique de proscrire ces « nouveaux indésirables ».L\u2019on peut voir par la lecture surtout des paroles du Premier Ministre, que nos dirigeants, pour un grand nombre, sont forts inquiets de l\u2019avenir de nos jeunes influencés par cette littérature dangereuse.Mais comment arriver à cette proscription efficace?Par des lois sévèrement exécutées.Quelle lois?Voilà le problème très discuté que nous n\u2019avons pas mission de régler.Il y eut deux solutions de proposer : une loi de censure ou des mesures tarifaires.Les deux pouvaient peut-être se compléter avantageusement.L\u2019important est que l\u2019on tienne à ce qui a été décidé : la taxe.Il y aura pression terrible et jeu des grosses influences de la part des éditeurs américains et des marchands du pays, ces derniers ayant avoué récemment qu\u2019ils seront obligés de fermer boutique.Qu\u2019ils ferment! si la santé morale de notre société en dépend! Protégeons nos frontières! Caveant consules! Les parents et les éducateurs doivent faire aussi leur grosse part en cette matière.S\u2019il faut protéger nos frontières, il faut veiller sur nos foyers encore plus jalousement.Tout d\u2019abord les parents ne doivent pas y intro- LE PURGATOIRE, ARTISAN DE BEAUTE 617 duire eux-mêmes, comme plusieurs le font, ces lectures malfaisantes.De plus leur devoir est de contrôler les lectures de leurs enfants.Si par un hasard malheureux, le magazine louche a fait son entrée au foyer, ils devront le proscrire impitoyablement.Les parents ont tous les droits d\u2019agir ainsi, puisqu\u2019ils sont, devant Dieu et la société, responsables de leurs enfants.Il serait à espérer que les enfants, surtout ceux qui commencent à avoir de l\u2019âge, comprennent davantage quelle lourde responsabilité pèse sur la conscience de leurs, parents en ces matières.Alors ils leur faciliteraient la tâche si ingrate de surveillant et de correcteur.Enfin tous ceux qui ont entre leurs mains la gouverne de leur vie, surtout les jeunes qui ont atteint leur majorité, devraient réfléchir sérieusement aux inconvénients de pareilles lectures et avoir à coeur de se garer contre un pareil ennemi de leur âme, de leur avenir et de tout ce qui devrait leur être cher ! De cette action combinée de l\u2019Etat, de la famille et de l\u2019individu viendra, nous en avons la certitude, le salut et la protection contre ce véritable ennemi de notre foi, de nos moeurs et de nos principes sociaux.Marc-M.LabontÉ, O.P.Le purgatoire, artisan de beauté Le purgatoire, artisan de beauté! Quel paradoxe macabre, semble-t-il! Le purgatoire s\u2019accompagne toujours chez nous, des pensées de mort et des visions de feu.Ne sont-ce pas là des images bien étrangères à la beauté?La beauté, c\u2019est dans un être l\u2019harmonie des parties, l\u2019intégrité et la splendeur du tout; mais la mort, est-ce autre chose que la rupture de toute intégrité, de toute 618 REVUE DOMINICAINE harmonie et de toute splendeur?Tout au plus lui accorderait-on la beauté affaissée de l\u2019automne: paysage trop nu, musique trop discrète des feuilles jaunies, chant trop plaintif des forêts défeuillées, crépuscule mourant de son éclat.Et le feu, est-ee autre chose qu\u2019une beauté de destruction ?Pleins de ces sentiments naturels, les hommes se désolent en présence de la mort et se révoltent à cette idée de feu.Tout au contraire les saints, en un calme sourire, savaient saluer leur pâle soeur la mort, et leur frère le feu.La mort ne leur apparaissait que telle qu\u2019elle est apparue à nos frères bien-aimés endormis dans les flots: un songe blanc d\u2019où l\u2019on s\u2019éveille à la vie.* * * La beauté spirituelle consiste à proportionner ses actes à l\u2019éclat de la droite raison.La raison prend sa rectitude de sa conformité avec la loi éternelle, c\u2019est-à-dire avec la Raison même de Dieu, et, en dernière analyse, avec l\u2019Etre divin.C\u2019est lui, l\u2019impeccable Artiste qui doit être à la fois l\u2019exemplaire de toute créature et la mesure de toute activité.En lui tout s\u2019identifie, son Etre et sa Loi, son Intelligence et sa Beauté.Or, rien n\u2019est plus contraire à cette loi éternelle que le péché.Le but de toute loi est de procurer le bien commun d\u2019une société, tout en sauvegardant, dans la mesure du possible, l\u2019intérêt des personnes; car, si les individus sont ordonnés à la société, la société, par contre, est faite pour les personnes, bien loin d\u2019avoir en soi sa raison d\u2019être.Pour nous rapprocher de la céleste Béatitude, Dieu a mis dans la loi un reflet de son Etre ; toute loi est donc un ordre, une échappée vers Dieu, une course à notre premier principe.Par contre, tout péché est un désordre.Le péché est un désordre dans nos actes.L\u2019éternel Artiste avait placé dans le juste milieu la beauté de notre agir.Et le pécheur s\u2019en va, comme un matelot ivre, LE PURGATOIRE, ARTISAN DE BEAUTÉ 619 oscillant entre les deux côtés de la route; tantôt une fausse humilité ou plutôt, sa pusillanimité, le maintiendra dans l\u2019inaction; tantôt il se lancera au plus profond des cieux, aussi haut que peut monter un immense orgueil.Que dire de l\u2019ordonnance de ses forces?La loi divine avait encore là d\u2019étranges effets de beauté, des symphonies aux accords saisissants.Dans ce petit monde qui compose notre moi, la raison devait commander aux passions, la foi, surélever la raison, la charité, transformer l\u2019amour.Le pécheur arrive, se croyant plus artiste que Dieu.Il reconnaît bien dans les passions des forces: il les ordonne, il les lance, dans une course éperdue, au triomphe de son individualité.Honneurs, richesses ou voluptés, tout est bon.La raison voudrait réclamer: il y a longtemps qu\u2019on ne l\u2019écoute plus! La raison, pour lui, est comme une bonne grand\u2019mère: on peut, distraitement, tolérer ses conseils le soir, au coin du feu, mais jamais au fort de l\u2019action.La charité, elle, est trop difficile.Tout amitié suppose de l\u2019énergie ; il faut connaître le visage du sacrifice pour aimer de façon désintéressée: on se contentera donc de l\u2019amour.Et le pécheur construit toujours; il se fabrique de toutes ses passions, de tous ses désirs, de toutes ses convoitises, un trône ou il régnera, lui, petit dieu ! Il a ramené à soi tout l\u2019univers, mais non pour lui apprendre à chanter le Créateur: il est à lui-même sa fin ultime! Là encore, quel désordre, quelle laideur, quelle dissonnance! Sans doute le péché véniel n\u2019a pas toute cette gravité.Il sauvegarde l\u2019ordre suprême, mais il reste toujours une injustice, une irréligion.Sans se détourner de Dieu, on s\u2019est plutôt intéressé au créé.Le péché mortel, même pardonné, a laissé l\u2019âme endolorie; le péché véniel, jugé moins dangereux, est devenu l\u2019ennemi de l\u2019âme, il l\u2019a retardée dans son élan, il a maculé sa splendeur.Dieu attendait de nous tel héritage de lumière, telle participation de beauté; il a été frustré dans ses droits. 020 REVXJE DOMINICAINE Or, le purgatoire a pour but d\u2019achever le paiement de cette dette, d\u2019effacer ces taches, de rétablir l\u2019ordre lésé.Il est donc la création de la loi éternelle, de l\u2019Etre divin, exemplaire de toute beauté.Tout péché, en effet, parce que désordre, parce qu\u2019in-justice, réclame une peine satisfactaire.Le pécheur a trop favorisé sa volonté propre au détriment de celle de Dieu ; il doit maintenant donner plus à Dieu au détriment de sa volonté: ainsi seulement justice sera faite.D\u2019autre part, en s\u2019éloignant de Dieu l\u2019âme souffre dans sa splendeur; une créature retarde les clartés de la divine Sagesse ou celles de la droite raison, leur rend plus difficile l\u2019illumination intérieure; voilà ce qu\u2019on a appelé la tache du péché.Enlever la tache nuisible à la splendeur de l\u2019âme, rétablir, par une peine satisfactoire, la justice, l\u2019ordre rompu, telle sera l\u2019oeuvre du purgatoire.N\u2019est-ce pas essentiellement un travail de beauté?L\u2019âme, assurée de l\u2019obtention de sa fin, rejette toute souillure avant de se perdre dans le sein de l\u2019éternel Artiste.La tache du péché, enseigne saint Thomas, ne peut disparaître que par l\u2019union à Dieu.Comme l\u2019union à Dieu se fait dans la volonté, la disparition de cette tache requiert la soumission à la divine Justice qui réclame une peine satisfactoire.Cette peine peut être de libre choix : c\u2019est ainsi que les saints expient sous la discipline ou le cilice; elle peut encore être imposée, comme c\u2019est le cas au purgatoire.Et pourtant les âmes du purgatoire ne souffrent pas malgré elles, c\u2019est encore un trait de leur beauté.Elles redoutent la peine en tant que peine, oui, puisque telle est l\u2019essence de tout châtiment; mais elles voient que cette peine est due, qu\u2019elle est ordonnée à leur bien, qu\u2019elle les rend dignes des embrassements de l\u2019Epoux: de là, leur joie de souffrir.Une fois disparue dans l\u2019union à Dieu la tache du péché, l\u2019âme n\u2019est pas encore digne de son Créateur; les blessures de la volonté sont cicatricées, mais il reste celles LE PURGATOIRE, ARTISAN DE BEAUTE 621 des autres puissances de l\u2019âme également affectées, il reste l\u2019expiation des scandales donnés et du bien non accompli.Le feu achève ces purifications ultimes.Chrysalide qui se réveille papillon, l\u2019âme peut alors fouler, dédaigneuse, les enveloppes du péché et s\u2019élancer au pays des anges.* * * Le purgatoire doit faire, ici-bas même, oeuvre de beauté à cause de ses fortes leçons.Il y a dans le purgatoire motif à l\u2019exaltation des plus nobles sentiments humains et à la pratique des plus hautes vertus.Comment ses réalités douloureuses n\u2019éveilleraient-elles pas notre compassion, ne nous porteraient-elles pas à la constance de l\u2019amitié et à la fidélité du souvenir?Dans la constatation de nos souffrances en face de douloureuses et rapides séparations, comment ne pas ressentir quasi expérimentalement l\u2019unité mystique du corps du Christ, comment ne pas être uni à notre Chef nous attirant à son père dans les sentiers de la souffrance?On vit ainsi plus pleinement une vie de foi, d\u2019espérance et de charité.Le purgatoire grandit en nous l\u2019homme et le chrétien.Le purgatoire nous révèle encore le prix surnaturel du temps.Nous sommes sur terre pour conquérir le Christ, pour parvenir à la perfection de son âge et de sa stature, suivant le langage de l\u2019Apôtre.Or, à l\u2019arrivée en purgatoire, la croissance de notre vie surnaturelle est arrêtée, on ne peut plus mériter ni grandir dans le Christ: le temps n\u2019existe plus.Le degré de gloire correspond, en effet, au degré de mérite et le degré de mérite au degré de charité; comme d\u2019autre part, l\u2019augmentation de la charité est liée à notre pèlerinage terrestre, il s\u2019ensuit que le dernier battement de notre coeur fixe à jamais notre finale promotion, notre degré de gloire.Quelle chose effrayante que de voir se clore pour nous le 622 REVUE DOMINICAINE livre de vie, que de se dire : voici tout mon bagage à présenter au souverain Juge! A examiner sa vie, comme on se sent les mains vides! Une des plus grandes souffrances des âmes, au purgatoire, consiste à ne plus pouvoir mériter.Profitons donc de notre état ! Si nous comprenions le don du temps, qui est aussi un « don de Dieu » ! Dieu nous confie encore des jours, peut-être même des années: que chacun de ces jours soit donc plein à déborder! Tirons enfin du purgatoire une leçon d'apostolat.Il y a là, dans cette prison d\u2019amour, des âmes que Dieu a rappelées au matin de leur existence dans l\u2019éclat d\u2019une liliale beauté.Combien sont pour un temps retenus dans les flammes qui montaient vers les cimes en un vol puissant! L\u2019Eglise lisait de bien belles promesses dans l\u2019intrépidité de leurs regards: Dieu s\u2019est contenté de mesurer l\u2019envergure de leurs ailes.Ceux-là nous sont donnés comme modèles et intercesseurs; ils attendent de nous la continuation de leur apostolat.Si les bons ouvriers disparus sont nombreux, ne faut-il pas que les survivants soient doublement apôtres?* * * Je voudrais que cette étude tombât sous le regard de quelque âme endeuillée s\u2019attardant à des pleurs trop humains.Elle verrait dans le purgatoire, outre une leçon de vie, un encouragement à la prière dans une parfaite soumission à ce Dieu qui ajoute aux décrets les plus terribles les attractions de sa Sainteté.Elle y verrait que même au purgatoire Dieu conserve son coeur de Père, qu\u2019il a d\u2019immenses réserves de consolations pour la souffrance.Statue vivante, l\u2019âme du purgatoire peut trouver tranchant le ciseau: remplie d\u2019amour, elle adore en elle-même l\u2019Artisan de beauté.Benoît-Marie Larose, O.P. Le sens des faits L'Hostie sur la France On dirait mieux: l\u2019Hostie sur le monde! Bien que national, le dernier congrès eucharistique de Lille, destiné en outre à commémorer le cinquantenaire des congrès internationaux, a vu l\u2019univers entier s\u2019intéresser à lui.Des représentants d\u2019un grand nombre de nations y sont venus.D\u2019ailleurs, quelles frontières arrêteront jamais le rayonnement de l\u2019Hostie?Un peuple peut être seul à lui rendre hommage; catholique, il fera toujours monter vers Elle une prière pour tout le monde, et de l\u2019Hostie descendra toujours l\u2019universelle bénédiction.* * * C\u2019est à Lille qu\u2019eut lieu, en 1881, le premier congrès eucharistique international.Le projet avait d\u2019abord pris naissance dans l\u2019âme toute fervente d\u2019une admirable chrétienne: Mademoiselle Tamisier.Mais c\u2019est en vain que celle-ci avait essayé de le réaliser dans diverses villes de France, de Belgique et de Hollande.La « mendiante du Très Saint Sacrement » vint enfin exposer ses idées à Lille, où « les deux Frères » 1 ne purent qu\u2019écouter son ardente supplique et lui promirent tout leur dévouement.Grâce à eux, le premier congrès fut un triomphe.Comme une suprême reconnaissance, l\u2019Hostie a accueilli près de son tabernacle, dans la chapelle des Facultés Catholiques de Lille, les coeurs de ses deux apôtres: le Christ veille sur ses ostensoirs! 1 C\u2019est ainsi que Mgr Baunard appelle les deux saints hommes de Lille: Philibert Vrau et Camille Féron-Vrau. 624 REVUE DOMINICAINE Philivert Vrau avait dit : « Nous Le porterons jusqu\u2019aux confins du monde ».Le voeu s\u2019est réalisé.Depuis cinquante ans, l\u2019ostensoir, parti de Lille, a fait à travers le monde sa procession triomphale; toutes les grandes villes de la terre l\u2019ont acclamé.Et aujourd\u2019hui, il revient à Lille, comme pour bénir le point de départ de sa marche glorieuse.* * * U fallait célébrer le cinquantenaire d\u2019une telle institution.C\u2019est dans cet esprit que fut décidé le dernier congrès national de Lille par le Comité Français, d\u2019accord avec le Comité permanent des congrès internationaux.Il s\u2019est tenu de 1er au 5 juillet, par une température exceptionnellement belle pour ces régions grises et pluvieuses de Flandre.Ce fut un succès complet.Mais succès bien mérité.Les comités organisateurs avaient tout préparé avec tant de soin.Ils eurent bien la tristesse, hélas! de rencontrer quelque opposition de la part des autorités civiles.Le maire de Lille, peu clérical mais bon socialiste, en tout esprit de liberté et d\u2019égalité, a jugé bon de refuser aux catholiques une permission qu\u2019il accorde si volontiers aux gens de son espèce: le drapeau rouge peut avoir son cortège public, mais le dais, pas! Heureusement plusieurs communes environnantes ont immédiatement offert leur territoire.La Madeleine a été choisie, étant le plus près et présentant, pour la messe en plein air, l\u2019avantage d\u2019un immense terrain qu\u2019on n\u2019aurait pu trouver même à Lille.La population se montra très accueillante pour l\u2019Auguste Sacrement.Un monumental reposoir, style moderne, fut élevé sur la place.Tout le parcours de la procession fut admirablement décoré de banderolles et de roses multicolores et on jalonna la route de stèles artistiques qui rappelaient les divers congrès internationaux.Le canadien pouvait y saluer en passant le nom de Montréal et LE SENS DES FAITS 625 les armes du Québec.Enfin pour le transport triomphal de l\u2019Hostie, on avait choisi le fameux « ostensoir de la réparation », ostensoir offert au Christ-Roi et à l\u2019Eglise par le monde catholique en réparation des crimes commis en Russie.Oeuvre d\u2019art finement ciselée, où des centaines de pierres précieuses prêtent leur rayonnement à l\u2019Eucharistie; celles qui viennent du Canada ont leur place d\u2019honneur sur le pied même de l\u2019ostensoir, au milieu de la partie antérieure.L\u2019Hostie pouvait venir.Tout était prêt.Les choses, mais aussi les âmes.Les âmes, une petite revue mensuelle publiée depuis un an et de nombreuses prières publiques les avaient préparées pieusement, tandis qu\u2019une affiche éloquente, représentant un prêtre qui élève l\u2019ostensoir pour bénir le monde entier, était allée partout inviter les fidèles.Et de partout des milliers de fidèles étaient venus.Tout un peuple de prêtres.Notre Mgr Perrin, chanoine de Latran, représentait l\u2019Eglise Canadienne.Une cinquantaine d\u2019évêques et archevêques.Quatre cardinaux, dont l\u2019aimable et aimé cardinal Lié-nart que le Pape avait désigné comme son Légat pour la circonstance.Tout était prêt.Tous attendaient.Et l\u2019Hostie vint.Et la foule lui fit un incomparable triomphe.Discours et cérémonies célébrèrent à l\u2019envi le Christ Eucharistique.On avait choisi comme thème général des sermons et des études « celui qui avait paru le plus beau: la Royauté de Jésus-Christ dans l\u2019Eucharistie établissant le règne de Dieu ».2 Le premier jour la méditation porte sur « le sacrifice eucharistique principe de la glorification du Père » par le rétablissement de sa royauté sur les hommes.En péchant l\u2019humanité s\u2019est révoltée contre Dieu, son créateur et son roi, et s\u2019est livrée à l\u2019empire du roi du mal.2 S.E.le Card.Liénart, dans sa lettre pastorale d\u2019indiction du congrès. 626 REVUE DOMINICAINE Pour l'arracher à celui-ci et la faire rentrer en grâce avec Dieu, il fallait un conquérant tout- puissant, capable d\u2019offrir au Père Eternel une réparation infinie.Ce conquérant, le Fils de Dieu lui-même veut l\u2019être.Divinement épris de la pauvre humanité, touché de sa profonde misère, il entreprend de la sauver et de la reconquérir en faisant personnellement sienne la nature humaine et en offrant pour elle sur le Calvaire une rançon infinie.De plus, pour permettre à chacun de participer effectivement aux fruits salutaires de son sacrifice et d\u2019avoir une place dans son royaume, il institue un sacrement par lequel ce sacrifice doit se renouveler partout et toujours sur les autels.Regnavit a ligno.Mais sa conquête, le Fils la cède à son père ; il ne veut régner que pour Lui.Dans ce divin royaume, il faut que la paix existe.Nous arrivons au thème développé le deuxième jour: « L\u2019Eucharistie principe d\u2019union et de paix entre les hommes ».L\u2019Eucharistie est le sacrement de l\u2019amour, de l\u2019unité.Il rapproche à la même table tous les hommes sans aucune distinction de rang ou de fortune.Il exige d\u2019eux le dépouillement de tout ce qui les divise: égoïsme et injustice.Et, positivement, il unit les coeurs par le lien puissant de la charité du Christ.JJnum cwrpus, multi sumus.L\u2019Eucharistie voilà bien la plus authentique source de paix pour l\u2019humanité.La salut social par l\u2019Eucharistie, tel devrait être l\u2019unique mot d\u2019ordre.Il est bien de travailler à l\u2019organisation de la paix; tous les efforts internationaux qu\u2019on fait actuellement sont louables et il faut les encourager; les dédaigner ironiquement montrerait moins d\u2019esprit.Mais tout cela ne peut aboutir qu\u2019à des résultats insuffisants, si on ne conduit pas l\u2019humanité jusqu\u2019à la véritable source de paix: à l\u2019Hostie qui seule peut unir parfaitement les esprits dans la vérité catholique et les coeurs dans la charité de Jésus.Que tous les hommes s\u2019agenouillent sincèrement au pied de l\u2019ostensoir, et ce sera la meilleure conférence de désarmement.Il est faux, chrétiennement parlant, d\u2019affirmer avec un LE SENS DES FAITS 627 écrivain du jour: «L\u2019internationalisme, quel qu\u2019il soit et d\u2019où vienne, ne nous promet que des tours de Babel où les hommes se dévoreront ».Hélas! cette harmonie universelle autour de l\u2019Hostie est encore loin d\u2019être réalisée.Il faut y travailler.Il faut que les hommes se fassent les apôtres de cet idéal.L\u2019Hostie elle-même fournira à ces apôtres leurs énergies conver-tisseuses.C\u2019est le troisième sujet de méditation: « L\u2019Eucharistie principe d\u2019apostolat ».Le communiant devient un autre Christ, un rédempteur et un conquérant comme lui.Le Christ qu\u2019il porte en sa poitrine lui inspire envers Dieu un amour qui l\u2019engage à travailler à l\u2019extension de son règne, et envers le prochain une charité qui l\u2019intéresse au salut des âmes.Il soutient son courage et son ardeur, assure sa persévérance dans la tâche apostolique.Ces vérités, de nombreuses et splendides cérémonies les mirent en relief.Chaque matin, dans les 23 paroisses de Lille et de La Madeleine-lez-Lille, à 7 heures, messes solennelles de communion célébrées par les évêques, sermons sur le sujet du jour.Le soir, veillées religieuses pour hommes et pour dames dans les principales églises.Divers autres offices occupent avec les séances d\u2019études le reste des heures libres de la journée.Ne pouvant nous attarder à décrire toutes ces cérémonies, nous nous bornerons aux plus caractéristiques.Mercredi, le 1er juillet, dans l\u2019après-midi, c\u2019est la ¦ préface du congrès.Il s\u2019ouvre par la réception du Légat pontifical suivie d\u2019un salut solennel.Dans la grande église Saint-Maurice, toute fleurie de jaune et de blanc, le Cardinal Légat fait son entrée au son des trompettes d\u2019argent, au milieu d\u2019une foule immense et émue.Le bon cardinal, on se demande si les grands pontifes des premiers siècles furent plus aimés de leur peuple.Mais on doit dire aussi combien lui, d\u2019abord, aime son peuple.Il fallait l\u2019entendre dans sa réponse aux discours de 628 REVUE DOMINICAINE réception : « Ma pensée ne peut se détacher en ce moment des chers ouvriers qui souffrent près de nous (les 100,000 grévistes de Roubaix-Tourcoing) .Je voudrais que le congrès ait, pour intention première, cette intention supérieure de charité que dans notre région la paix chrétienne s\u2019établisse dans le monde du travail.» Le lendemain eut lieu la grande journée des enfants.Le matin, à la messe solennelle du couvent Saint-Maur, dix mille ont communié.L\u2019après-midi, habillés en petits croisés, plus de cinquante mille sont venus au reposoir offrir chacun leurs trois roses à Jésus-Hostie: trois roses symbolisant les prières, les communions et les sacrifices faits depuis six mois aux intentions du congrès.J\u2019ai eu le plaisir d\u2019entendre proclamer publiquement la part que nos petits frères canadiens ont apportée à ces offrandes.Spectacle inoubliable que cet immense parterre d\u2019enfants blancs, agitant bien haut leurs roses comme pour en faire respirer l\u2019angélique parfum à l\u2019Hostie qui passe, tandis que de leurs lèvres s\u2019échappent un chant du ciel: O Dieu qui créas toutes choses Pour avoir des coeurs en retour, Reçois, mêlés aux coeurs des roses, Nos coeurs d\u2019enfants, fleurs vivantes d\u2019amour.Après cet hommage de l\u2019enfance, on passe tout naturellement à l\u2019hommage du sacerdoce.L\u2019enfant et le prêtre, anges du sanctuaire, ont toujours leur place privilégiée dans les congrès eucharistiques.Les prêtres surtout, eux les hommes de l\u2019Hostie, les ministres du Verbe qu\u2019ils consacrent et qu\u2019ils prêchent.Ils sont toujours heureux de se rencontrer à l\u2019occasion de ces congrès.La réunion sacerdotale de Lille en a rassemblé un bon millier à Notre-Dame de la Treille.Mgr Ruch leur fit voir ce que l\u2019eucharistie fut pour le prêtre durant la guerre, « le sacrement où il retrouvait et faisait retrouver un peu de ciel sur la terre \u2014 et quelle terre ! » M.le Chan.Thellier de Poncheville vint ensuite, avec une éloquence LE SENS DES FAITS 629 prenante et un accent sacerdotal irrésistible, exposer ce que l\u2019eucharistie doit être en tout temps pour le prêtre.S.E.le Cardinal Liénart, après avoir remercié les deux orateurs et ajouté quelques réflexions profondément religieuses, commença le salut; un chant particulièrement émouvant monta vers l\u2019autel, plein de puissance et de foi : ces mille prêtres entonnaient PO scdutaris H ostia! Mais les privilèges du prêtre et de l\u2019enfant n\u2019enlèvent pas à tous les autres fidèles la place à laquelle ils ont droit devant le tabernacle.L\u2019Eucharistie est le sacrement d\u2019une Eglise catholique, le sacrement de tous.Que tous viennent lui rendre hommage.Venite ad me omnes, riches ou pauvres, vieux ou jeunes, Juifs ou Gentils.Le Congrès nous a donné un témoignage particulier de cette catholicité, en nous offrant, grâce au concours des Pères Dominicains du Séminaire Russe de Lille, une cérémonie de liturgie slave.Mgr Evreinoff, Recteur de l\u2019Eglise russe de Paris, célébra lui-même la messe.Les chants liturgiques furent exécutés par la chorale Istina (veritas) du séminaire russe.Le R.P.Ornez, O.P., supérieur, donna le sermon.Le témoignage des artistes ne fut pas moins fervent.Sans les décrire en détail, disons que leurs décorations et leurs programmes musicaux rehaussèrent magnifiquement toutes les cérémonies du congrès.Ils organisèrent aussi une exposition d\u2019art liturgique, puis un concert spirituel où nous eûmes le bonheur d\u2019entendre l\u2019oratorio Partis Vitæ, spécialement composé pour la circonstance par M.le Chan.Bayart et M.E.Dierickx, organiste de Saint-Christophe, à Tourcoing.Dimanche, journée de clôture, une apothéose! Le repo-soir apparait avec toute la majesté d\u2019un calvaire et vers lui se tournent tous les regards.Le card.Légat, entouré de toute une foule de prélats et de prêtres, y célèbre la sainte messe.Plus de 100,000 fidèles la chantent avec lui.En ces jours de scepticisme et d\u2019incrédulité monte 630 REVUE DOMINICAINE vers le ciel un tout-puissant credo qui permet à la terre encore beaucoup d\u2019espoir et de joie.Mgr Gerlier, évêque de Lourdes, de son verbe aussi rayonnant que son visage, proclame les triomphes de l\u2019Eucharistie.« C\u2019est la chaîne des congrès eucharistiques.le chapelet de pierre de nos cathédrales.la montée de la civilisation.mais c\u2019est surtout, ô Jésus, la victoire que vous remportez dans l\u2019intime des coeurs.» L\u2019après-midi, c\u2019est le grand cortège.Cent mille hommes défilent entre deux haies vivantes formées par le reste des fidèles au nombre d\u2019environ trois cent mille.Tous chantent d\u2019un seul coeur et d\u2019une seule voix : Lauda Sion Salvato7\u2018em.Et toutes ces voix, tous ces regards, tous ces coeurs : autour d\u2019un petit morceau de pain.mais qui est l\u2019Hostie! On devine combien de telles manifestations doivent réjouir le coeur de Dieu.Mais elles ne sont pas sans toucher aussi le coeur des hommes.L\u2019indifférent en rapporte des doutes; l\u2019hostile, des remords sauveurs.Le croyant en revient avec plus de foi et de charité dans le coeur, avec plus d\u2019optimisme et de confiance dans son siècle.Que veulent donc ces complaintes désespérées sur l\u2019immense et incurable misère des temps où nous vivons?Pourquoi porter toujours le deuil d\u2019un passé disparu et le regretter comme s\u2019il eût jamais connu le bonheur idéal et le triomphe complet de la vertu?En somme, les temps se valent bien.Chaque siècle a ses basses déchéances comme ses sublimes exaltations.Au fond, la pauvre humanité est toujours la même; c\u2019est sa loi de marcher les pieds sur l\u2019abîme et la tête au ciel.Si notre temps connaît d\u2019épouvantables triomphes de la haine, il est aussi témoin d\u2019une incomparable glorification de l\u2019amour dans la dévotion au Coeur de Jésus et à sa divine Royauté.Si notre société voit des milliers d\u2019individus ne demander qu\u2019aux banquets païens de la nature la satisfaction de LE SENS DES FAITS 631 tous leurs appétits, elle voit aussi d\u2019innombrables justes s\u2019asseoir chaque jour à la table eucharistique pour communier à la divinité : ô le siècle de la communion fréquente et de la communion des petits enfants! Si nous voyons des masses se traîner dans les bourbiers, nous croyons aussi des agenouillements immenses au pied du tabernacle comme jamais siècle n\u2019en a vu.Si notre siècle a beaucoup péché, il lui sera beaucoup pardonné parce qu\u2019il a beaucoup aimé l\u2019Eucharistie.G.-Henri Lévesque, O.P.Lille, septembre 1931.* * * Dans VOrdre.\u2014 Nos morts.Le R.P.Bonaventure-Marie Sibler Le Révérend Père Sibler est né à Zurich, en Suisse, le 18 mars 1900, du mariage de Emile Sibler et de Albertine Omur.Il fut baptisé, sous le nom de Pierre-Albin, le 21 mars, dans l\u2019église Saint-Pierre et Saint-Paul de Zurich.C\u2019est là aussi qu\u2019il fit sa première communion et fut confirmé.Le Père Sibler ne connut ni son père ni sa mère qui moururent alors qu\u2019il était encore tout jeune enfant, son père le 15 décembre 1901, sa mère trois mois plus tard, le 21 mars 1902.Ses études primaires se firent à Zurich; puis il entra à l\u2019école apostolique « Bethléem » d\u2019Immensee, dans le Canton de Schowyz, où il étudia d\u2019octobre 1912 à juin 1920.Le 23 septembre de la même année il recevait de l\u2019Ordre des mains du T.R.Père Thomas-Marie Stulweis-senburg, provincial d\u2019Allemagne, au Couvent de noviciat de Venlo en Hollande, où il fit profession simple le 24 septembre 1921.Il quittait alors la Province d\u2019Allemagne et son noviciat de Venlo pour se rendre à Viterbe, au 632 REVUE DOMINICAINE Couvent de la Quercia, y commencer ses études de Philosophie.Dès l\u2019année suivante il se rendait à Rome où il devait terminer ses études par les examens de Lectorat et de Doctorat avec la note « Summa cum laude », le 18 juin 1929.La faible santé du frère Sibler l\u2019avait obligé à interrompre ses études et il passa toute l\u2019année scolaire de 1923-24 en repos à Fribourg en Suisse.A Rome c\u2019est le T.R.P.Léonard Lehu, Vicaire du Maître Général, qui reçut sa profession solennelle.Ses Pères Maîtres furent le T.R.Père E.-A.Langlais, de 1922 à 1926, et le R.P.Réginald Ornez de 1926 à 1927, année de l\u2019ordination sacerdotale du frère Sibler.Elle lui fut conférée à Saint Jean de Latran par Mgr Ignance Dubokski, Evêque titulaire de Philippes, le 31 juillet 1927.Le 10 août 1929, le Père Sibler était assigné à notre couvent d\u2019études d\u2019Ottawa, où il passa l\u2019examen de confession le 5 septembre, peu de temps après son arrivée.Dès l\u2019ouverture des cours, il fut institué professeur d\u2019Ecriture Sainte et de langues, fonctions qu\u2019il eût assumées dans quelques jours encore, si sa mort si tragique ne l\u2019avait tiré deux fois de l\u2019exil pour l\u2019introduire dans la vraie Patrie.Le Père Sibler était doué d\u2019une âme extrêmement délicate et sensible, d\u2019une nature profondément bonne.Il avait à un très haut degré le zèle du devoir parfaitement accompli.Dévoué presque à l\u2019excès il ne savait pas ménager une santé trop faible pour ses ardeurs et que de toute manière il eût prématurément usée.Ses élèves et ses collègues savent avec quel soin scrupuleux il préparait ses cours, avec quelle ardeur il les donnait en classe, avec quelle charité il se mettait à la disposition de ses élèves.Il a donné des preuves d\u2019une humilité qui nous a surpris peut-être, mais qui était chez lui aussi profonde qu\u2019austère son esprit de pauvreté.Il avait le culte de la liturgie et des rubriques; son âme naturellement mystique se plaisait dans cette rigou- LE SENS DES FAITS 633 reuse observation des cérémonies qu\u2019il eût voulu plus fervente chez les autres.Son esprit surnaturel et sa belle piété lui inspiraient cette affectueuse attention pour tout ce qui regardait le culte divin.Le Père Sibler a dû souffrir un peu parmi nous.Ceux qui pendant quelque temps ont vécu à l\u2019étranger savent ce que peut signifier l\u2019éloignement quasi définitif de tout ce qui est cher, et combien, parfois, le coeur est lourd d\u2019être trop vide.Jamais on ne le sut cependant.Le Révérend Père a eu, dès la première heure, le souci de s\u2019adapter à notre vie et jamais personne n\u2019a pu surprendre chez lui l\u2019apparence d\u2019un regret, encore moins une plainte.Il laisse le souvenir profond, très profond, d\u2019une vie religieuse intégralement vécue, d\u2019un frère austère pour lui-même et délicatement bon pour les autres.Notre Province doit à sa chère famille la gratitude la plus émue.En cette circonstance tragique nous offrons donc aux siens nos condoléances douloureusement senties.Dieu a sa belle âme! N\u2019omettons cependant pas les prières que la plus fraternelle gratitude nous commande en faveur de ce cher disparu.Requiescat in pace! Fr.P.-M.Gaudrault, O.P.Le R.P.H.-A.Harris Marcel Harris, en religion Fr.Henri-Albert, est né à Hemmingford, Comté de Huntingdon, P.Q., le 5 janvier 1905, du mariage de feu Albert Harris, entrepreneur de pompes funèbres, et d\u2019Angéline Foisy.Il entra, en 1907, au petit séminaire de Valleyfield, où son idéalisme et son enthousiasme en font un fervent animateur de toutes les organisations littéraires et patriotiques.La mort de son père, survenue durant son année de Belles-Lettres, détermine le départ de sa famille pour Montréal, et, peu après, son inscription au collège Sainte-Marie 634 REVUE DOMINICAINE comme étudiant en philosophie.Tous ses temps libres d\u2019externe, toutes ses puissances d\u2019affection, il les consacre alors à la vie au foyer, près de son frère, de sa soeur et surtout de sa mère, dont il ne parlait qu\u2019avec une filiale émotion.Mais Dieu l\u2019appelait.Le 3 août 1925, il prend à Saint-Hyacinthe l\u2019habit de saint Dominique, et le 4 août de l\u2019année suivante, émet ses voeux simples entre les mains du T.R.P.Granger, prieur du couvent.Les ferveurs de son noviciat ne semblent pas avoir été d\u2019abord traversées d\u2019épreuves notables.En récréation, il était heureux des taquineries amicales que lui attirait l\u2019originalité de son esprit, volontiers sententieux ou lyrique, ses accès de gaieté débordante, et la vivacité de ses reparties.Arrivé à Ottawa, il s\u2019intéressa et s\u2019acharna de suite à l\u2019étude, où son esprit pénétrant, épris de larges horizons, trouvait un aliment précieux en vue de l\u2019apostolat auprès des jeunes, qui fut toujours son rêve.Mais sa prédestination, qui lui assignait peu de jours, devait accélérer pour lui l\u2019heure de l\u2019action sur les âmes aussi bien que les douloureuses purifications préparatoires à la vision du Saint des Saints.Sa robuste santé s\u2019altéra peu à peu, et fit place, au début de sa troisième année d\u2019études, à un état de fatigue nerveuse qui devait donner à sa sensibilité, déjà si riche et si délicate, un ébranlement assez sérieux.Le rétablissement que lui procurèrent les deux séjours qu\u2019il dut faire, cette année-là, chez nos Soeurs Dominicaines des Trois-Rivières, ne fut jamais que partiel.Mais, son âme y avait gagné, outre un profond sentiment d\u2019édification religieuse, un accroissement de zèle apostolique.Il s\u2019était vivement intéressé, en effet, aux jeunes enfants de l\u2019orphelinat, se mêlant à leurs jeux, allant jusqu\u2019à leur prêcher une retraite et à représenter avec eux les scènes de la Passion.Aussi, dès lors, sa vie prit-elle un caractère de régularité plus exemplaire.Sa conversation intime roulait LE SENS DES FAITS 635 presque toujours sur la perte des âmes et la nécessité de la souffrance pour satisfaire envers la divine justice.Sa charité et son sens psychologique lui faisaient suivre et constater avec joie les progrès surnaturels de tous ses frères en religion et il leur réservait une large part dans ses prières.Ses dévotions préférées allaient aux mystères douloureux du Rosaire et à Sainte Thérèse de l\u2019Enfant Jésus.Il demandait pour lui-même la force de souffrir.En effet, son impressionnabilité sans cesse grandissante et sa tendance à transfigurer les plus menus incidents lui rendirent, à partir de ce moment, de plus en plus pénible l\u2019exercice de la vie commune, sous une affectation de jovialité qui ne faisait qu\u2019accroître son angoisse profonde.Sa vie spirituelle elle-même lui devint une autre source de désolation.Attentif à toutes les modifications de son moi intérieur, il frémissait de joie jusqu\u2019au tréfonds aux mondres touches de la grâce, et s\u2019efforcait de prolonger et d\u2019exalter en son âme l\u2019écho de ces visites de l\u2019Esprit-Saint.Mais Celui-ci, craignant, peut-être, une avidité trop sensible, ne les lui dispensait qu\u2019avec une parcimonie qui était la torture du pauvre frère.C\u2019est dans une sécheresse presque totale qu\u2019il fit, le 4 août 1929 sa profession solennelle.L\u2019année suivante, à la même date, il disait sa première messe, ayant été ordonné la veille par Son Excellence Mgr Félix Couturier, O.P.Ces jours et ceux qui suivirent, au sein de sa famille, furent empreints de très grandes consolations.Mais ce n\u2019était qu\u2019une oasis dans le désert.L\u2019âpre montée du Carmel recommença, plus monotone que jamais, coupée de périodes de dépression où il était tenté de rejeter la croix trop lourde.Cette année scolaire l\u2019avait particulièrement fatigué.Il n\u2019était revenu que depuis quelques jours d\u2019un voyage de repos chez nos Soeurs de Montebello, qui dut marquer le suprême essor de ses ascensions mystiques.S\u2019il était resté ici-bas, la souffrance eût traqué sans cesse son âme aux aspirations trop intenses et trop idéales 636 REVUE DOMINICAINE pour cette terre.Bénissons Dieu de s\u2019être hâté de lui découvrir la splendeur unique de son essence et d\u2019inonder son âme des tendresses ineffablement douces de son amour infini.Fr.Yves-Marie Faribault, O.P.Le R.P.Gabriel Couture Le Père Gabriel Couture naquit à Saint-Sauveur de Québec, le 18 janvier 1905 de Wilfrid Couture, marchand, et de dame Philomène Nolin, et reçut au baptême le nom de Lionel.Après des études littéraires très soignées, au Juvénat des RR.Pères Franciscains, il poursuivit son cours classique à Lévis où il se fit remarquer comme excellent philosophe.L\u2019appel de Dieu et l\u2019exemple d\u2019un ami l\u2019orientèrent vers le noviciat des Dominicains.Un des traits essentiels de notre bien-aimé frère Gabriel Couture était sa franchise d\u2019enfant, toute spontanée, toute naïve, prompte à des réparties dont on se relevait difficilement.On eût dit un enfant toujours ingénieux, toujours heureux de fredonner les chansons de la toute première jeunesse, une âme aimante et d\u2019une délicatesse bien fine.Travailleur acharné et en profondeur, il aimait en tout le parfait, le fini.Doué d\u2019une intelligence claire, assouplie aux joutes de la scolastique, il était également apte à la spéculation et à la littérature où son chant se traduisait parfois en strophes pleines et ciselées; il mettait autant de soin à ouvrer un sonnet qu\u2019un laboureur à tirer son sillon.Sa piété fut avant tout liturgique.Il préparait toujours la récitation de son bréviaire en y lisant d\u2019avance les leçons, les hymnes et les endroits difficiles.Dans chaque office divin il s\u2019efforçait de trouver une pensée dominante et s\u2019en inspirait toute la journée.Cet amour de la liturgie ne pouvait que l\u2019exciter au salut des âmes.Le jour même de sa profession solennelle il s\u2019offrait au LE SENS DES FAITS 637 T.R.Père Provincial pour le service de notre mission du Japon, poussé moins par un attrait personnel que par d\u2019apostoliques désirs.Sa piété était aussi mariale.Chaque matin, dès l\u2019éveil, et chaque soir, il répétait trois fois l\u2019Ave Maria qu\u2019il accompagnait de cette prière : « O Marie, obtenez-moi la grâce d\u2019être toujours fidèle à ma vocation, de ne jamais commettre de péché délibéré et de mourir martyr d\u2019amour.» Il avait gagné plusieurs frères à cette petite pratique, traduisant encore sa délicatesse d\u2019âme.« Il faut du moins, disait-il, que l\u2019un de notre petite société spirituelle obtienne cette grâce de mourir d\u2019amour ! » Il s\u2019était engagé par voeu à la récitation quotidienne du rosaire et s\u2019efforcait d\u2019en appliquer les mystères à sa vie.Pour intensifier sa dévotion envers la Vierge, il s\u2019appliquait chaque semaine à un point particulier.La semaine de sa mort, sa pratique mariale était la dévotion dans la récitation de l\u2019Angelus.Il aimait, chaque jour des vacances, à prier et à méditer devant la grotte de Notre-Dame de la Garde : devant cette madone, l\u2019âme du frère Gabriel, recueillie comme le bocage, devait s\u2019élever d\u2019elle-même vers le Roi des Vierges.Sa piété était enfin toute dominicaine, c\u2019est-à-dire qu\u2019il avait un grand culte pour notre Bienheureux Père; il s\u2019efforcait d\u2019imiter ses vertus et l\u2019immensité de sa charité.Tel nous apparut le frère Gabriel, dans la brièveté douloureuse des matins où il sut gagner notre affection et notre admiration.Sa jeunesse ne devait pas connaître de couchant.Quelques mois avant son sacerdoce il avait chanté : « Le Christ a visité nos cloîtres ce matin Pareil au jeune lys à la fraîche corolle Il portait l\u2019aube vierge et sa plus belle étole Et sa chasuble d\u2019or.Il prit du Golgotha le pénible chemin .» 638 REVUE DOMINICAINE Comme le Christ-Prêtre, le Père Couture disparut dans l\u2019éclat du lys et de l\u2019aube vierge; comme le Christ, qu\u2019il remonte bientôt dans la gloire ! Fr.Benoît-Marie Larose, O.P.Le R.P.Philippe-Marie Rousseau Le Père Philippe-Marie Rousseau est né à Saint-Boniface, dans le diocèse des Trois-Rivières, le 25 avril 1904, de Gédéon Rousseau et de Zélica Damphousse.Il reçut au baptême le nom de Louis-Philippe.Dieu lui a fait la grâce de grandir, entouré d\u2019âmes profondément religieuses, que l\u2019épreuve avait fortement trempées.Des deuils particulièrement douloureux lui apprirent dès son enfance à mettre toute sa confiance en Dieu et à ne vivre que pour Lui.Il garda un vif sentiment de reconnaissance pour les bienfaits que lui prodiguèrent sa bonne maman et ses soeurs bien-aimées.Il fut toujours un fils et un frère très affectueux.Les délicatesses de son affection redoublèrent après son entrée en religion.Il tenait à adoucir la peine de son départ.Quelles joies il apporta aux siens lors de son séjour au milieu d\u2019eux en juillet dernier ! Le jeune Rousseau fit ses premières études au collège de Louiseville, sous la direction des Frères de l\u2019Instruction Chrétienne.Au Séminaire des Trois-Rivières, où il étudia de 1920 à 1926, il sut gagner l\u2019estime de ses maîtres et condisciples par la droiture de son esprit et son application au travail.Une franche gaieté jointe à une solide piété lui conciliaient l\u2019affection générale.Sitôt entré au Couvent de Saint-Hyacinthe, où il reçoit l\u2019habit dominicain le 3 août 1926, il s\u2019applique à vivre intégralement la vie dominicaine.Sous les dehors toujours aimables, il sut y mettre tout le sérieux et la constance que réclame la formation religieuse.Par sa profession, le 4 août 1927, il se consacre joyeusement à Dieu. LE SENS DES FAITS 639 Au Noviciat Profès, où il a passé la plus grande partie de sa vie religieuse, il nous a donné l\u2019exemple d\u2019une conduite toujours inspirée par l\u2019amour de Dieu, dévouée au prochain, pleine d\u2019optimisme et d\u2019entrain.Ce fut la marque de sa vie: c\u2019était chez lui le rayonnement discret de l\u2019âme s\u2019épanouissant sous l\u2019action de la grâce.Cette joie inaltérable, il la puisait sans doute aussi dans la liturgie dominicaine qu\u2019il goûtait particulièrement et dont il vivait; elle fut vraiment la source de sa vie intérieure et le soutien de sa dévotion.Ceux qui connurent le Père Rousseau savent avec quelle exactitude et quel respect il accomplissait les fonctions liturgiques, avec quelle ferveur il célébrait la sainte messe, combien il aimait les offices quotidiens, le Salve Regina, les Litanies de la Sainte Vierge, où s\u2019exprimait si bien sa tendre piété envers Marie.La joie de son âme, l\u2019aménité souriante de ses manières, sa bienveillance pour les autres expliquent l\u2019attrait de sa physionomie spirituelle.Sa bonté, pleine de délicatesse, s\u2019enveloppait volontiers d\u2019une agréable plaisanterie.La critique méchante ne se rencontrait jamais sur ses lèvres; bien mieux, il savait atténuer d\u2019un mot heureux les jugements un peu durs qu\u2019on portait devant lui.Dans les fonctions qu\u2019il a remplies au noviciat il se montra dévoué à tous, soigneux et pratique, ne reculant devant aucun sacrifice pour être utile aux autres.Il manifestait par là un souci apostolique qui fut très profond chez lui ; il priait et étudiait avec la vision des âmes que la Providence confierait à son ministère, ne négligeant rien pour leur rendre service plus tard.L\u2019ordination sacerdotale, le 14 juillet dernier, avait mis le comble à son bonheur.Poursuivant son action de grâces dans la joie et la conscience de posséder Dieu, il rêvait de Le donner aux âmes.Avec le zèle et les ressources oratoires que la Providence lui avait largement accordées, il eût sans doute instruit et consolé beaucoup 640 REVUE DOMINICAINE d\u2019âmes.Mais il a plu au Dieu d\u2019amour de rappeler à lui son Prêtre avant même qu\u2019il eut commencé cet apostolat.Répondant joyeusement à l\u2019appel divin comme il l\u2019a toujours fait, il s\u2019en est allé au ciel célébrer avec Notre-Seigneur l\u2019offrande de son unique Sacrifice.C\u2019est là que sa charité si généreuse continuera de s\u2019exercer en faveur de ceux qu\u2019il a aimés sur terre.Fr.Joseph-Marie Parent, O.P.Le R.P.Jacques-Marie Nicoie Le Père Jacques-Marie Nicole \u2014 dans le siècle Louis-Jacques \u2014 est né à Saint Thomas de Montmagny, le 18 février 1904, de M.Xavier Nicole, citoyen avantageusement connu de cette ville, et de Dame Alice de Grand-mont.11 était fils unique, et partant doublement aimé et chéri.Aussi l\u2019aurore de sa vie fut-elle embaumée d\u2019un parfum de piété et d\u2019affection qui devaient donner au jeune moine de demain une physionomie particulièrement attachante.Après l\u2019éducation maternelle toute suave, l\u2019école paroissiale et le Collège des RR.FF.du Sacré-Coeur de sa ville natale, lui ouvrirent successivement leurs portes.Louis-Jacques y fut un écolier modèle, se faisant remarquer surtout par son entrain et sa piété.Vint le temps de la séparation du foyer et le départ pour le Petit Séminaire de Québec, à l\u2019automne de 1917.Ce furent ensuite les longues et laborieuses années du cours classique durant lesquelles, dans le plus intime de ce jeune homme pieux, entraînant et débordant de générosité, l\u2019on voyait se forger peu à peu et intensément l\u2019âme d\u2019apôtre du futur prêtre.Aussi ses confrères du Séminaire, non moins que les bons paroissiens de Montmagny qu\u2019il avait tant édifiés, ne furent pas étonnés de voir le jeune Nicole revêtir la soutane en septembre 1925, et commencer ses études théologiques.Mais le bon Dieu, et la Vierge-Marie dont il était le LE SENS DES FAITS 641 fils particulièrement aimant, le voulaient encore plus haut.Et voilà que poussé par la grâce divine, il venait frapper, avec un autre compagnon, au monastère de Saint-Hyacinthe, à la fin de février 1927.La prise d\u2019habit eut lieu le 6 mars suivant, veille de la Saint Thomas.L\u2019abbé Nicole était devenu le frère Jacques-Marie Nicole.Les jours bénis du Noviciat Simple, sous la direction bienveillante du T.R.P.Ceslas Côté préparèrent la grâce insigne de la profession ; et les années d\u2019étude au noviciat profès d\u2019Ottawa, sous l\u2019égide du R.P.Sylvain ouvrirent les larges horizons de la vérité et préparèrent l\u2019âme aux grands événements qui allaient se passer.L\u2019année 1931 arriva, qui devait être pour lui la grande année.Le 7 mars, en la fête de Saint Thomas, il faisait profession solennelle entre les mains du T.R.P.André Bibaud, Prieur du couvent; puis ce furent le Sous-Diaconat et le Diaconat, conférés par Mgr Forbes en la cathédrale d\u2019Ottawa.Enfin, le 14 juillet, il recevait avec dix de ses frères, le sacerdoce, des mains de Mgr Plante dans l\u2019église Saint-Dominique de Québec, et, le lendemain, les paroissiens de Montmagny accueillaient avec enthousiasme et fierté le jeune lévite qui célébrait sa première messe.C\u2019était les sommets sur terre, préparant les sommets de l\u2019éternité.Ceux qui ont connu le Père Jacques-Marie Nicole et qui ont eu l\u2019insigne privilège d\u2019être les compagnons de sa joyeuse enfance ou de sa jeune vie religieuse, ne peuvent s\u2019empêcher de remercier Dieu d\u2019avoir placé sur le chemin de leur vie cette âme d\u2019élite.Et conséquemment, c\u2019est avec une angoisse que seules peuvent tempérer les espérances de la foi, qu\u2019ils s\u2019en voient aujourd\u2019hui si brusquement séparés.Jeune, il avait rêvé d\u2019être prêtre, et devenu prêtre il rêvait de conquérir des âmes à Dieu.Chez cette personnalité remarquablement douée deux choses nous frappaient davantage: la joie et la piété envers Marie.Sa joie, elle était large et débordante. 642 REVUE DOMINICAINE Avec le frère Jacques, tous les nuages se dissipaient, toutes les tristesses disparaissaient ; il fallait rire, du rire des enfants de Dieu qui ont tout quitté pour servir le Maître et qui ne peuvent contenir leur bonheur d\u2019avoir échappé aux pièges du monde.Il s\u2019était donné à Dieu sans réserve, et il en était heureux, le plus heureux des hommes.Quand on se donne à Dieu, c\u2019est sans regret et avec la plus sereine des joies.« Datorem hilarem diligit Deus ».Sa dévotion à Marie n\u2019était pas ordinaire.Et pourtant, nous n\u2019en apercevions que l\u2019extérieur.Etant devenu l\u2019esclave de la Vierge, il témoignait à sa maîtresse une confiance d\u2019enfant.Et cette piété mariale, tout comme sa joie était communicative.S\u2019il fallait être joyeux avec lui, il fallait aussi être un fervent dévot de la Vierge.Ses compagnons de noviciat se souviennent encore du zèle qu\u2019il a toujours apporté à l\u2019ornementation des autels de Marie.Pendant les vacances la fête de l\u2019Assomption était pour lui un triomphe.Il redoublait alors ses sollicitudes.Les décorations n\u2019étaient jamais assez belles, les chants assez expressifs, les âmes assez remplies d\u2019amour envers la Reine des Cieux.Et cette instruction qu\u2019il donna au soir de la dernière Assomption, ne fut-elle pas l\u2019expression finale de cet amour terrestre qui devait s\u2019épanouir si subitement sous le regard céleste de la Vierge?Joie et piété mariale, voilà le Père Nicole.Il s\u2019est envolé vers les cieux avec ses compagnons au chant de l\u2019Ave Maris Stella.Assurément que la Vierge est venu les chercher tous, pour les présenter à son divin fils.Ce sera maintenant la joie éternelle, la joie dans le rayonnement de l\u2019Amour divin.De là-Haut, puisse-t-il nous la communiquer cette joie surnaturelle, et faire en sorte que nous qui l\u2019avons connu et aimé, nous ne trouvions pas trop dure pour nos pauvres coeurs, cette prompte séparation.Fr.Gérard-Marie Paré, O.P. LE SENS DES FAITS 643 Le R.P.Thomas Couët Un nouveau malheur nous arrive, et cette fois encore, plus pénible, à cause de ceux qu\u2019il frappe avec nous.Malgré notre propre peine, tournons nos sympathies, nos prières, nos sacrifices vers eux.Acceptons la volonté du Bon Dieu, mais en même temps apprenons à la faire joyeusement par l\u2019obéissance quotidienne.Notre Père saint Dominique n\u2019a pas voulu ses enfants dans un vallon aux sources jaillissantes, ni sur une cime solitaire.Il a voulu que leur vie fût placée comme la Croix de nos chemins, près du sentier où passe tout de monde.Est-ce cette disposition qui excite encore davantage notre soif innée et bien canadienne du silence des grands bois, et qui rend plus tentante la fascination des flots bleus.Cet idéal surnaturel de notre Père, l\u2019âme de notre regretté Père Couët en était imprégnée, mais en même temps bien profond était son amour de la grande nature.Joyeusement et en toute obéissance il allait revoir un frère, réchauffer son coeur au foyer d\u2019une famille bénie, remplir encore une fois, comme il l\u2019a dit et nous l\u2019a répété, remplir ses yeux des beautés pittoresques de cette région du lac Kénogami.Là selon son goût bien prononcé, il voulut éprouver sa chance à la pêche.Un remous a saisi l\u2019embarcation, et l\u2019a englouti avec ses compagnons.C\u2019étaient M.Augustin Gagné, père de deux de nos frères, et Messieurs Réal et Joseph Couët, neveux de notre Père Thomas Couët.Le Père Couët, Thomas en religion, Cyrille au saint Baptême, était né à Québec le 11 avril 1861, d\u2019Adolphe Couët et de Stéphanie Bochet.Il est l\u2019aîné d\u2019une belle famille chrétienne et canadienne.Il entra dans l\u2019Ordre de Saint-Dominique le 16 octobre 1881, après ses études au Séminaire de Québec.Le noviciat de la Province de France était en exil, à Belmonte, en Espagne.C\u2019est là 644 REVUE DOMINICAINE qu\u2019il commença sa vie religieuse sous la direction du Père Juveneton et Duchaussey.Après sa profession simple, le Frère Thomas fut envoyé à Corbara, en Corse, où se trouvait le Couvent d\u2019études.La Providence lui donna comme Maître des novices-profès les Révérends Pères Hoffmann et Boulanger.Il leur doit une formation religieuse sérieuse.Ce fut aussi pour lui une bénédiction d\u2019être de cette belle génération qui eut pour régent des Etudes le R.P.Beaudoin.Les professeurs étaient les RR.PP.Lacôme, Gardet, Schwalm, Gardeil et Nuss.Il apportait donc à notre fondation du Canada quelque chose de solide.C\u2019est une de ces pierres choisies pour servir dans la base de l\u2019édifice.Ce qu\u2019il était au noviciat, il le fut les cinquante ans de sa vie religieuse, dévoué à notre oeuvre de fondation, parlant souvent de son idéal; cet idéal vrai, sincère, parlant, ne lui attira pas de minces souffrances.Le Dieu de miséricorde, qui pèse tout, nous bénira pour la part généreuse de ses épreuves.Il n\u2019y a rien comme une province en formation pour réaliser cette parole, que nous n\u2019avons pas sur terre de demeure permanente.Lewiston, Ottawa, Saint-Hyacinthe, Montréal, Québec le virent et revirent, toujours actif et empressé.C\u2019est pour servir notre province qu\u2019il s\u2019est dévoué à Lewiston pour la formation de la jeunesse à l\u2019Association Saint-Dominique.A Ottawa il commença une oeuvre similaire, étouffée ensuite, mais qui ressuscitera selon les besoins pressants des temps actuels.Partout et toujours il fut l\u2019apôtre à la parole pensée et repensée.Il le fut comme écrivain, car il eut ce don rare non pas simplement de bien écrire, mais d\u2019être plus apôtre par la plume que par la parole.Aussi en réunissant les articles de revues, de journaux, les tracts, les travaux entrepris pour faire connaître de belles oeuvres religieuses et apostoliques, composerions-nous une oeuvre écrite considérable.L\u2019exemple qu\u2019il nous a donné, c\u2019est celui du travail, toujours lisant, fouillant, étudiant, LE SENS DES FAITS 645 écrivant, et cela en maladie, en voyage, en peine comme en prospérité.Les Soeurs Dominicaines de l\u2019Enfant-Jésus qui lui doivent la Vie de Mère Marie de la Charité, et un dévouement entreprenant et efficace, ont voulu qu\u2019il repose dans leur cimetière.C\u2019est là qu\u2019il dort son dernier sommeil en attendant la résurrection.Fr.André Bibaud, O.P., Provincial.* * * Rome.\u2014 Une « Semaine Albertine » en l\u2019honneur du Bx Albert le Grand sera tenue à Rome du 9 au 15 novembre, sous la présidence d\u2019honneur de Son Eminence le cardinal André Frühwirth, O.P., chancelier de la Sainte Eglise Romaine, et la présidence active de Son Eminence Mgr Ernest Ruffini, secrétaire de la Sacrée Congrégation des Etudes.Les secrétaires de la Semaine sont: le Révérendissime Pie Paschini, professeur d\u2019Histoire de l\u2019Eglise au Grand Séminaire du Latran; le T.R.P.M.Cordovani, O.P., Régent du Collège international Angélique; le T.R.P.Gabriel Théry, O.P., président de l\u2019Institut historique de Sainte-Sabine.\u2014 Le T.R.P.Vosté, professeur d\u2019Ecriture Sainte au Collège Angélique, a célébré le 21 septembre ses noces d\u2019argent sacerdotales.France.\u2014 Le T.R.P.Henri-Dominique Noble, prieur du Couvent d\u2019études du Saulchoir, a été élu prieur du Couvent du T.S.Sacrement à Paris, en remplacement du T.R.P.Padé, élu provincial.Allemagne.\u2014 Les membres de la Société Goerres avaient, lors de leur dernière assemblée générale, en 1930, exprimé le voeu qu\u2019une édition critique et complète soit 646 REVUE DOMINICAINE faite des oeuvres d\u2019Albert le Grand.Le cardinal Schulte a chargé l\u2019Académie du bienheureux Albert le Grand de s\u2019en occuper, et, à cette occasion, cette organisation a pris le titre d\u2019« Institut Albert le Grand ».Belgique.\u2014 Le T.R.P.Massaux, provincial, a pris une part active à la Semaine liturgique de Louvain, et le R.P.Lotar, membre du Conseil colonial de Belgique, a présenté à la session annuelle de la Semaine de Missio-logie un travail intitulé: Après la conversion.\u2014 Le T.R.P.Dhorme, directeur de l\u2019Ecole biblique de Jérusalem, a donné une série de conférences à l\u2019Université de Louvain, à titre de professeur d\u2019échange du gouvernement français.Canada.\u2014 Le T.R.P.Marie-Ceslas Forest, doyen de la Faculté de Philosophie de l\u2019Université de Montréal, a été postulé comme « Maître en Sacrée Théologie » par le dernier Chapitre provincial, et cette requête vient d\u2019être accordée par le révérendissime Père Martin-S.Gillet, Maître Général.Le Père Forest a reçu au Couvent d\u2019Ottawa les insignes de sa nouvelle dignité qui sont l\u2019anneau et la barrette.Ses armes portent la devise: Viam veri-tatis elcgi.Il devient par le fait membre à vie du Conseil de Province.Le même Chapitre provincial a demandé en faveur du T.R.P.M.-A.Lamarche, directeur de la Revue Dominicaine et professeur à la Faculté de Philosophie, la promotion au grade de « Prédicateur général » pour le Couvent de Notre-Dame de Grâce, et la demande a été accordée par le Rév.Père Gillet, par lettres patentes du 21 septembre.Ce grade vient d\u2019être conféré également au T.R.P.P.-M.Béliveau, supérieur de la Maison de Québec.Il devient Prédicateur général pour le Couvent de Sainte-Anne de Fall River.\u2014 Le T.R.P.Benoît Mailloux, régent des Etudes, a lu un travail intitulé: Une thèse fondamentale dans la LE SENS DES FAITS 647 doctrine thomiste, à la deuxième Session de l\u2019Académie canadienne Saint-Thomas.d\u2019Aquin, tenue à Québec les 21 et 22 octobre, dans la Salle des Promotions de l\u2019Université Laval.\u2014 Le R.P.Pierre Trudel a donné le sermon pour la bénédiction de l\u2019Orphelinat Saint-Dominique, aux Trois-Rivières, le dimanche 20 septembre.\u2014 Le T.R.P.Forest a donné le 18 octobre le sermon pour la Messe du Saint-Esprit, à l\u2019occasion de la rentrée universitaire.\u2014 Un carillon de 11 cloches a été béni le 4 octobre, en l\u2019église Saint-Dominique de Québec, par S.E.Mgr Plante.Le sermon de circonstance fut prononcé par M.l\u2019abbé Alexandre Vachon, professeur à l\u2019Université Laval.\u2014 Le R.P.M.-A.Lamarche a donné le sermon à l\u2019occasion des noces d\u2019argent de la Paroisse Notre-Dame Auxiliatrice de Saint-Jean et des 25 années de ministère paroissial du curé-fondateur, M.l\u2019abbé Pierre Labrèche.\u2014 Trois Soeurs Missionnaires de l\u2019immaculée Conception et cinq Soeurs Dominicaines de Valleyfield sont parties le 20 septembre pour notre diocèse de Hakodaté, au Japon.Les cérémonies du départ à Outremont, Valleyfield et Notre-Dame de Grâce, furent marquées par une sereine gravité.A chacune d\u2019elles, le T.R.P.Lan-glais, ex-provincial, prononça le sermon d\u2019adieu.\u2014 Après nous avoir gratifiés déjà de deux concerts mi-sacrés, mi-profanes, les « Petits Chanteurs à la Croix de bois » ont bien voulu, le dimanche 11 octobre, se faire entendre de nouveau à Notre-Dame de Grâce : à la grand\u2019messe d\u2019abord, puis au salut qui préluda à la Fête de Sainte Thérèse de l\u2019Enfant-Jésus.Les sermons furent donnés par l\u2019abbé Maillet, directeur de la « Manécanterie » et par l\u2019abbé Grémet, assistant-directeur.Tous deux, en exprimant au T.R.P.Perras leur reconnaissance pour 648 REVUE DOMINICAINE son dévouement à leur égard, ne faisaient que traduire le sentiment des paroissiens qui avaient pris un si vif intérêt à ces diverses manifestations.\u2014 Le T.R.P.Langlais, ex-provincial, appelé à Rome pour un séjour indéfini, est parti le 13 octobre à bord de YEmpress of Britain.Il était accompagné du R.P.Yves Faribault qui s\u2019en va terminer ses études au Collège Angélique.L\u2019esprit des livres Robert Choquette.\u2014 « Metropolitan Museum ».Poème lyrique.Grand format.Edition de luxe.Aux presses du Herald, Montréal, 1931.M.Robert Choquette nous apporte, avec ce nouvel ouvrage, la preuve que son silence de ces dernières années n\u2019était ni sommeil, ni léthargie, ni encore moins, comme certains voulurent le croire, épuisement de ses sources d\u2019inspiration.Nous comprenons maintenant qu\u2019il fallait lui faire confiance.Cette pudeur qui lui interdit de miser sur ses succès passés, sur ses qualités de facilité et de charme qui lui ont déjà valu tant de suffrages, cette patience à ne pas se hâter, nous montrent simplement que ce jeune homme fut un sage.N\u2019est-ce pas à la faveur même de cette période de repliement et de concentration intérieure qu\u2019il a pu acquérir cette double maturité de la pensée et de la technique?Il sait qu\u2019aucun artiste ne peut échapper à ce long effort de préparation, à cet âpre travail où le démon de la Connaissance le pousse sans relâche.Il sait que l\u2019artiste ne peut être complet sans une parfaite maîtrise de la forme.« Car le poète, comme le disait plus familièrement certain philosophe français, doit aussi faire ses gammes.Et le vrai poète a toujours su tout ce que l\u2019on sait.» Et voici qu\u2019il nous livre son nouveau message, ce « Metropolitan Museum » où nous retrouvons ses dons habituels agrandis et magnifiés.Tandis que les poètes modernes trop souvent semblent avoir pour mission d\u2019écrire des vers isolés et de procéder en mosaïstes, l'esprit des livres 649 Robert Choquette ne peut, de toute évidence, concevoir une oeuvre que par synthèse, et il n\u2019en perd jamais de vue le côté architectonique.Le souci de composition n\u2019empêche cependant pas chez lui l\u2019amour du détail, et dans tel de ses poèmes éclate comme une fleur, un pur, chantant et précieux motif qu\u2019il s\u2019est plu à ouvrer avec une conscience de bon artisan.Robert Choquette a aussi ce rare mérite de ne pas sombrer dans une creuse idéologie quand il lui arrive de traiter les grands sujets, les sujets éternels.Dans ce royaume, nous savons que seuls sont élus les créateurs authentiques.Au lieu de céder à de vaines sollicitations, il a eu le courage de ne s\u2019attacher, dans son « Metropolitan Museum », qu\u2019aux grandes époques où l\u2019art est marqué du sceau de la création, en même temps que d\u2019une sorte de gravité religieuse: Préhistoire, Egypte, Chaldée et Assyrie, la Judée, la Grèce, Rome, le Moyen-Age.Et l\u2019idée d\u2019exalter la ville moderne à la suite de ces civilisations mortes était aussi habile que difficile à réaliser.Quelle trouvaille également d\u2019avoir su montrer, à côté de la ville trépidante et hallucinante, et qui alternent avec elle comme des pulsations, les angoissantes interrogations du coeur humain: «Essor de blocs! élans d\u2019étages! tourbillon De murailles qui font chavirer la prunelle ! Murs crevés d\u2019yeux, poreux comme un gâteau de miel Où grouille l\u2019Homme-Abeille au labeur sans relâche! Car sous l\u2019ascension des vitres, jusqu\u2019au ciel, Je devinait aussi la fièvre sur la tâche: Les pas entrelacés, les doigts industrieux, Et les lampes, et l\u2019eau qui coule promenée En arabesque, et dans les fils mystérieux Le Mot rapide et bref volant aux destinées ! » « Le bonheur en a-t-il commencé?Ne vient-il pas plutôt ce temps noir où mon oeuvre, La Science, fermant ses innombrables bras Aux étreintes de pieuvre, Fille dénaturée, à son tour me broiera?Quand, grâce à la Machine aux hâtes effrénées Qui centuple en un jour le fruit de tant d\u2019années, L\u2019homme aura plus de biens qu\u2019il n\u2019aura de désirs, Et qu\u2019énervé par ses amers loisirs, Il portera sur ses mains léthargiques 650 REVUE DOMINICAINE L\u2019immense désespoir de la stérilité; Qu\u2019adviendra-t-il alors de ma race tragique Aux flancs d\u2019un globe épouvanté?» « Ou, sous ses noirs plafonds d\u2019usine colossale, L\u2019universelle égalité de l\u2019avenir N\u2019éteindra-t-elle pas, dans l\u2019homme sans désir, Le dernier rayon de l\u2019étoile?» Je ne veux pas non plus manquer de parler, tant elle est remarquable, de la présentation du livre.Robert Choquette n\u2019a pas fini de nous réserver des surprises.De même qu\u2019il nous a prouvé, tout au moins en ce qui le concerne, que la poésie parlée ne peut avoir de meilleur interprète que le poète lui-même, il a pensé aussi qu\u2019il ne lui serait pas impossible de mettre en valeur son texte mieux qu\u2019aucun éditeur: il suffisait d\u2019avoir le don.Et nous constatons avec bonheur que l\u2019auteur de « Metropolitan Museum » n\u2019ignore pas les secrets de la belle typographie et de la mise en pages, et qu\u2019il sait, avec autant de goût que de sens décoratif, tirer parti de l\u2019opposition des blancs et des noirs.Je regrette de ne pouvoir, faute de place, parler longuement des superbes planches qu\u2019un maître de la gravure sur bois, M.Edwin Holgate a tirées pour l\u2019illustration de « Metropolitan Museum ».Sa compréhension du texte ne cesse jamais d\u2019être vivante et originale, même si on ne la partage pas toujours exactement.Me permettra-t-on maintenant une comparaison?Il est difficile de parler de la poésie d\u2019un Robert Choquette, sans être tenté de l\u2019opposer à celle de son émule, Alfred DesRochers.Je ne crois pas me tromper en disant que l\u2019évolution de ces deux poètes devait porter exactement en sens contraire.Mais ce n\u2019est pas le lieu ni le moment de développer comme je le voudrais ce thème si séduisant.Alors que le vers, chez DesRochers, est peut-être encore d\u2019un métal plus beau, d\u2019une frappe plus dure, d\u2019une sévérité d\u2019ailleurs magnifique dont la recherche n\u2019est pas toujours absente, celui du poète de « Metropolitan Museum », maintenant libéré de certaines longueurs qui déparaient parfois ses oeuvres antérieures, coule plus librement et plus voluptueusement que jamais.Ah! je ne sais rien de plus émouvant que cette miraculeuse, cette adorable facilité qui nous laisse, en lisant cette poésie, la même impression de quiétude qu\u2019un andante de Mozart, un lied de Schubert.L\u2019inspiration y jaillit partout comme une poussée de sève, en gardant intacte sa l'esprit des livres 651 fraîcheur.« Avons-nous parfois, écrivait Barrés, donné à la volonté une trop grande part dans l\u2019oeuvre d\u2019art?Possible, mais nous aimons plus que tout le spontané, le divin.» 1 Est-ce pour cette raison même que chacun des sujets traités dans « Metropolitan Museum » comporte un pouvoir de suggestion si vif et si direct?Quelques lignes, et nous voilà transportés en pleine fable, et nous voyons tout un âge légendaire ou héroïque surgir du fond des temps avec ce qu\u2019il contient en puissance de beauté concrète, de valeur morale, de fatalisme ou de magie.C\u2019est ici que je voudrais citer de nombreux exemples.Je n\u2019ai malheureusement que la place d\u2019en choisir un.Dans le chant si beau et si fervent qu\u2019il a consacré à l\u2019antiquité grecque, le poète, par une sorte d\u2019intuition musicale, ordonne ses phrases avec une noblesse plus harmonieuse, dans un langage qui s\u2019est fait pur et comme allégé : « Mais voici qu\u2019à mes yeux rayonnaient ces statues Qu\u2019on dirait près de respirer, Si belles que la voix des Parques s\u2019en est tue, Si loin de son espoir que l\u2019âme en veut pleurer.Ruche de la pensée aux jours aromatiques ! Mère d\u2019un miel si pur, Athène aux clairs sculpteurs, Qu\u2019à jamais semble amer, ou barbare ou menteur, Tout verbe ayant fleuri hors des lèvres attiques.» « Si belles que la voix des Parques s\u2019en est tue ».Et je songe aux strophes déjà nombreuses du poète qui rayonnent pareillement de cette lumineuse beauté, de ce don de jeunesse qui confèrent à une oeuvre l\u2019immortalité.Annette LaSalle.1 Inutile de dire qu\u2019il ne s\u2019agit aucunement de cette facilité hâtive qui n\u2019indique que la négligence et la paresse de l\u2019esprit.Chez un Robert Choquette (les brouillons de ses oeuvres en font foi), comme chez la plupart des vrais artistes, la facilité est le plus souvent une résultante.« Les dieux, gracieusement, disait Paul Valéry, nous donnent pour rien tel premier vers; mais c\u2019est à nous de façonner le second, qui doit consonner avec l\u2019autre, et ne pas être indigne de son aîné surnaturel.Ce n\u2019est pas trop de toutes les ressources de l\u2019expérience et de l\u2019esprit pour le rendre comparable au vers qui fut un don.» Et j\u2019ajoute avec le même Valéry, en songeant à l\u2019auteur de « Metropolitan Museum » : .« Prenons garde que la facilité est ici le comble de l\u2019art.» 652 REVUE DOMINICAINE Ad.Tanqueray.\u2014 « La Divinisation de la souffrance ».\u2014 Société de Saint-Jean l\u2019Evangéliste.Desclée et Cie, Paris-Tournai, Rome, 1931.Tout le but de ce petit volume est d\u2019expliquer comment Jésus vit et souffre en nous pour nous aider à diviniser nos douleurs.Le fait de la souffrance, fondé sur la nature de l\u2019homme et sur sa chute, son universalité, son intensité, ses répercussions morales, donnent à ce petite livre une grande portée pratique et actuelle.Il est opportun, en un temps où la crise économique est en lutte avec l\u2019aisance pour imposer à l\u2019humanité le fait de la souffrance, de replacer celle-ci, comme l\u2019a fait Ad.Tanqueray, dans le cadre divin de la Rédemption.C\u2019est assigner à la souffrance une fin: la réparation de la faute et la constituer, grâce au plan rédempteur, source de mérites; c\u2019est diviniser la souffrance; c\u2019est marquer son rôle que lui a acquis le Christ dans la sanctification des âmes.La souffrance en Jésus et par Lui, est divinisée; elle l\u2019est dans sa propre personne tout d\u2019abord; cette divinisation des douleurs est participée par Marie et par les membres du corps mystique du Christ.Les souffrances du Christ sont divines parce qu\u2019elles sont les actions d\u2019un Dieu; celles de Marie sont divinisées, parce qu\u2019elle est la Mère de Dieu; les nôtres sont divinisées parceque nous sommes membres du corps mystique.Cette appartenance au corps mystique du Christ fait de nos actes, de nos souffrances des oeuvres satisfactoires, méritoires et cultuelles.Voilà les grandes articulations de ce volume.Les souffrances de Jésus, de Marie et celles des hommes sont longuement énumérées et développées.La divinisation de ces souffrances vient par mode de conclusion à la fin de chaque chapitre.Peut-être eût-il fallu y insister davantage.Ces pages de vulgarisation théologique, écrite en un style simple et clair, avec un souci apostolique marqué, inspirées par la lecture méditée des livres saints, sont appelées à faire beaucoup de bien aux âmes qui souffrent.\tM.-M.B.R.P.Candide Causse, o.m.cap.\u2014 « Vie de Monseigneur de Charbonnel ».En vente à la Librairie Franciscaine, 1010, Mont-Royal Est, Montréal.1 vol.in-12, illustrations, 312 pages.Prix: franco $0.75.L\u2019auteur aurait dû écouter sa première inspiration et intituler son livre: Vie pittoresque, ou même: Vie fantastique.La vie qu\u2019il nous présente, en effet, est une suite de contrastes et d\u2019imprévus. L\u2019ESPRIT DES LIVRES 653 Son héros, après avoir été un élève très fort en.clarinette, fut successivement un excellent prêtre témérairement engagé dans les corridors de Saint-Sulpice, un économe aux mains percées, un évêque malgré lui, enfin, un capucin par choix, mais un capucin unique en son espèce.Vue du dehors, cette existence est celle d\u2019un joyeux compère, ami des bons mots, enclin à prendre choses et personnes du côté plaisant, déchaînant à toute occasion le rire et les aimables propos.Ses intarissables saillies fusent à travers les dix-huit chapitres du volume, mais il était besoin d\u2019un chapitre entier pour mettre en lumière cette « heureuse nature ».Pourtant cet évêque a été mêlé à tous les grands évènements du siècle dernier.Il eut d\u2019illustres amis, y compris Louis Veuillot, dont une lettre encore inédite est enchâssée comme un riche joyau dans le volume.Il trouva le temps, en dix années d\u2019épiscopat, de doter un diocèse en formation de tous les éléments nécessaires à la vie des Eglises.Et surtout, à force de constance et d\u2019énergie, il conduisit jusqu\u2019à la porte du succès, en pays où régnait encore le fanatisme, un régime de liberté scolaire pour les catholiques du Haut-Canada.Enfin, avide de renoncement et de pauvreté, il remit à Pie IX sa croix pectorale pour s\u2019enfermer au noviciat des Capucins de Riéti; puis, après sa profession, il prit une crosse de bois et promena, trente ans durant, sur les routes de France, son verbe d\u2019apôtre.Cette puissante et originale figure méritait une place dans la galerie de nos grands prélats missionnaires.H.-M.Premoli.\u2014 >.\u2014 En vente à l'Action Paroissiale, 4260, rue Bordeaux, Montréal.Prix: 15 sous, $9.00 le cent, port en plus.On n\u2019a pas oublié la vigoureuse encyclique que S.S.Pie XI publiait au début de l\u2019année sur le mariage.Sujet de la plus haute importance, d\u2019une grande actualité et que le Souverain Pontife traitait de façon vraiment magistrale.Ces enseignements pontificaux, adressés à toute la chrétienté, ont souvent besoin d\u2019être expliqués et commentés.Mise à la portée des fidèles dans tel pays déterminé suivant leur culture, le degré de leur foi, les conditions matérielles et morales dans lesquelles ils vivent, cette doctrine est mieux comprise et peut ainsi obtenir de meilleurs résultats.C\u2019est la tâche qu\u2019a entreprise pour l\u2019Encyclique sur le mariage le R.P.Adélard Dugré, S.J.Dans une série d\u2019articles il l\u2019a étudiée, commentée, appliquée à notre propre situation.L\u2019Ecole Sociale Populaire a cru opportun de réunir ces articles en brochure.Elle les offre aujourd\u2019hui au public à qui ils seront des plus utiles. ANNONCES REVUE DOMINICAINE Appel individuel à l\u2019automobiliste dans l\u2019intérêt de la sécurité Un rapport intermédiaire publié récemment par le Bureau du Revenu indique que le nombre des accidents d\u2019automobile arrivés sur les routes de la province durant les quatre premiers mois de la présente année s\u2019est élevé à 2,260.Pour la même période, en 1930, ce chiffre n\u2019était que de 1,909.La courbe des accidents de la route continue ainsi son ascension constante d\u2019année en année \u2014 dans le présent cas, dans une proportion de 13 pour cent; et l\u2019insécurité des routes persiste en dépit des moyens nombreux et vigoureux adoptés pour l\u2019éliminer.Lorsque l\u2019on considère les causes d\u2019accidents que donne le rapport, on s\u2019aperçoit que le problème qui s\u2019impose à ceux qui travaillent à assurer la sécurité des routes, n\u2019a changé sous aucun aspect.La négligence du conducteur est encore en tête de la liste des causes.La rencontre des autres véhicules est encore une cause d\u2019accident dans la majorité des cas.Et le plus grand nombre d\u2019accidents arrivent encore aux intersections, comme ils se sont toujours produits.Il semble donc que pour réduire à un minimum le nombre des accidents de la route, il suffirait que les conducteurs fussent prudents en tout temps et en toute circonstance \u2014 mais particulièrement aux intersections et en rencontrant d\u2019autres véhicules sur la route.Quel remède simple à opposer à la véritable plaie publique que constituent les dangers de la route! Quel moyen facile et peu coûteux de sauvegarder la vie et la propriété.Il appartient à l\u2019automobiliste de l\u2019appliquer lui-même.Echappant à la surveillance la plus grande partie du temps, c\u2019est à lui qu\u2019il convient d\u2019apporter de lui-même cette modeste contribution au bien-être général \u2014 le sien et celui de ses concitoyens.Hon.J.-E.PERRAULT, Ministre de la Voirie, Québec.TISANES PARFAITES DU Dr LERICHE Ces tisanes sont au nombre de VINGT, toutes différentes, comme composition et comme effets.Chaque Tisane parfaite porte un numéro de 1 à 20.Une brochure sera envoyée sur demande aux adresses suivantes: DISTRIBUTEURS: ST-HYACINTHE: Laboratoire LERICHE, 127, Cascades.SHERBROOKE: Richer & Fils, 124 ouest, rue King.QUEBEC: Pharmacie Barry, 122, rue Saint-Joseph, MONTREAL: A.-L.Boucher, 4459, rue Des Erables.DRUMMOND VILLE : L.-G.Cadieux, rue Hériot.$1.25 la boîte, ou $6.00 pour 6 boîtes, franco.ENCOURAGEZ NOS ANNONCEURS 10 ANNONCES REVUE DOMINICAINE Dominion Blank Book Co.Limited.SAINT-JEAN, Qué.Manufacturiers de livres à feuilles mobiles.Livres de Comptabilité reliés.ENVELOPPES Notre catalogue vous sera envoyé sur demande.Téléphonez ou écrivez à L\u2019ECOLE COMMERCIALE PRATIQUE COTE rue Saint-Denis\t120a, rue Notre-Dame Saint-Hyacinthe ou à Trois-Rivières Tél.: 654\tTél.: 925 pour avoir tous les renseignements concernant notre COURS COMMERCIAL bilingue \u2014 rapide \u2014 pratique.DONAT CÔTÉ, Directeur.[ÂSGRAIN B [hARBONNEAU *\t^\tLimitée PHARMACIENS EN GROS Fabricants Chimistes \u2014 Instruments de Chirurgie.\u2014 Instruments pour Dentistes.30 est, rue Saint-Paul, -\t- Montréal Demandez notre Catalogue.- ENCOURAGEZ NOS ANNONCEURS ANNONCES REVUE DOMINICAINE 11 AVIS IMPORTANT Concernant les commandes de vins de messe Les Messieurs du Clergé et les Institutions religieuses s\u2019éviteront de la correspondance, des ennuis et des retards, en consultant le tarif officiel des Vins de Messe donné sur cette page et en observant ponctuellement les recommandations qui l\u2019accompagnent.TARIF DES VINS Gai.Bout.6 btles au gai.Vin de Taragonne \u201cMoelleux\u201d demi-doux $2.00\t0.50 Vin d\u2019Algérie \u201cMuscat\u201d demi-doux.\t2.75\t0.65\t3.15(*) Vin de France \u201cLoupiac\u201d .3.05(*) (*) Les bouteilles sont retournables à 5c.l\u2019unité.PRIX DES CONTENANTS Capacité en gallons L\u2019unité Barils.5 Barils.10 Barils.20 Barriques.46-48 $ 3.00 3.50 4.50 gratis N.B.\u2014Les cruches sont facturées à 25 sous du gallon, au maximum de contenance.L\u2019emballage des cruches est facturé à un prix moyen de 25 sous du gallon.FRAIS DE LIVRAISON (Dans la Ville de Québec) Caisse ou Cruche de 1 gallon.$0.30 Baril, 5 gallons et 10 gallons .0.50 Baril, 20 gallons .1.00 Barriques, 46-48 gallons .2.00 N.B.\u2014A moins d\u2019avis contraire et pour plus de sécurité, tout envoi est confié aux Messageries (Express).Le présent tarif est à titre d\u2019indication et reste sujet aux fluctuations du marché.CONDITIONS DE VENTE Æ®\u2019 Règlement en passant la commande ^ Le magasin des Vins de Messe accepte les chèques payables au pair et dûment affranchis du timbre d\u2019accise, qui sont faits à l\u2019ordre de la Commission des Liqueurs de Québec.ADRESSE: La Commission des Liqueurs de Québec (MAGASIN No 48), 22, rue Saint-Stanislas, QUEBEC.ENCOURAGEZ NOS ANNONCEURS 12 ANNONCES REVUE DOMINICAINE ~-\u2014\u2014 BOURSE pour l\u2019entretien à perpétuité d\u2019un missionnaire dominicain au Japon ($10,000) Le revenu annuel de la Bourse est destiné à l\u2019entretien à perpétuité d\u2019un missionnaire dominicain canadien qui se dévoue à l\u2019évangélisation de l\u2019empire japonais.En la fondant on devient MISSIONNAIRE A PERPETUITE Un Bienfaiteur peut être seul fondateur en versant la somme entière.Plusieurs bienfaiteurs peuvent, en s\u2019associant, contribuer par leur offrande à cette fondation.Tout Bienfaiteur peut aussi au besoin se réserver une rente viagère sur la somme versée, pourvu qu\u2019elle soit d\u2019au moins $100.00.La Bourse pourra porter le nom de son Fondateur ou tout autre nom à son choix : Bourse de Saint-Dominique, Bourse de Sainte-Thérèse de l\u2019Enfant-Jésus, ou encore Bourse X, etc.\u201c Notts voudrions voir la générosité des catholiques s\u2019intéresser particulièrement aux oeuvres dont le but est de venir en aide aux Missions.\u201d (Benoît XV).Les fondateurs de cette bourse devront s\u2019adresser à L\u2019OEUVRE DES MISSIONS COUVENT DES DOMINICAINS 5375, avenue Notre-Dame de Grâce, Montréal soit pour en connaître les avantages, soit pour l\u2019envoi des souscriptions.ENCOURAGEZ NOS ANNONCEURS Inc.1928 i_,i mit 4254, rue Iberville, -\t- MONTRÉAL Chandelles liturgiques, lampions, cierges, etc.Notre Bureau-chef et Usine sont à Montréal afin de pouvoir vous servir plus rapidement.LIMITÉE Facteurs cPOrgues St-Hyacinthe, P.Q.Etablie en 1879 Au-delà de 1,200 INSTRUMENTS ont été construits par cette maison pour le CANADA, les ETATS-UNIS, les ANTILLES, et PAMERIQUE DU SUD.ARTHUR LEDOUX OPTICIEN - BIJOUTIER YEUX EXAMINÉS ET VERRES AJUSTÉS AVEC SOIN SAINT - HYACINTHE, P.Q.LA MAISON sert avec satisfaction la population de Montréal et de toute la province.MAGASINS;\tCOMPTOIR POSTAL; 865 Est, Ste-Catherine,\tCoin St-Laurent et St-Viafeur PLateau 5151\tCRescent 3131 TRACEZ-VOUS UN PROGRAMME L\u2019épargne et le placement méthodiques vous assurent l\u2019indépendance.Mettez de côté régulièrement l\u2019argent dont vous n\u2019avez pas besoin tout de suite.Prenez des habitudes d\u2019économie.Ouvrez un compte d\u2019épargne à la Banque Canadienne Nationale Actif, plus de $155,000,000 Succursale à Saint-Hyacinthe E.-O.DESJARDINS, gérant.Capital Trust Corporation Limitée 10, rue METCALFE, - OTTAWA, Canada Capital Autorisé : $2,000,000.00 Intérêt payé sur dépôts: 4% et 4%% Spécialité: Prêts aux Institutions Religieuses Consultez-nous lorsque vous désirez emprunter.ARBOUR & DUPONT Ltée, imprimeurs-éditeurs, 429 est, Lagauchetière, Montréal "]
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