Revue dominicaine, 1 janvier 1932, Janvier
[" IXVIIIe Année Le numéro: 20 sous Janvier 1932 REVUE DOMINICAINE R.P.Raymond-M.VOYER, o.p.Bon an, mal an.R.P.Louis LACHANCE, o.p.Utilité de l\u2019histoire de la philosophie.R.P.Ignace DRAIME, o.p.La conscience familiale.R.P.Thomas COUET, o.p.Les moniales dominicaines.R.P.Gabriel COUTURE, o.p.Lajoie.LE SENS DES FAITS.\u2014 Des étrennes à la Saint-Vincent de Paul, par le R.P.M.-A.Lamarche.\u2014 Dans l\u2019Ordre: Nominations à Rome.\u2014 Cours et conférences.\u2014 Emile Baumann et le P.Couët.\u2014 Une imprimerie à Notre-Dame de Grâce, par Fra Domenico.L\u2019ESPRIT DES LIVRES.\u2014 Merkelbach: Summa Theologiae Moralis (B.M.) ; Salmon: De Matrimonii Sacramento (L.L.) ; Chambat: La Royauté du Christ (G.E.D.) ; L'apostolat de l'élite cachée; Latour: Recueil de cantiques (H.C.) ; C.-Aug.Lapalme: Dialogue des vivants et des morts.\u2014 Accusés de réception.ADMINISTRATION SAINT-HYACINTHE RÉDACTION MONTRÉAL (N.-D.de Grâce) REVUE DOMINICAINE Publiée mensuellement Directeur: R.P.M.-A.LAMARCHE, O.P.ABONNEMENTS (payables d\u2019avance).Au Canada: $2.00 \u2014 A l\u2019étranger: $2.25 Avec le Rosaire pour tous, 25 sous en plus par an.La Revue Dominicaine publie des articles de vulgarisation touchant les Ecritures, la théologie, l'apologétique ou le droit canon, et même des études de philosophie, de littérature, de sociologie ou d\u2019histoire, pourvu que la religion ou la morale y soit concernée.La Revue Dominicaine n\u2019a pas de spécialité proprement dite dans le domaine religieux, mais elle accorde une attention particulière aux questions d\u2019apologétique et aux problèmes de société, envisagés surtout au point de vue canadien.La Revue Dominicaine publie des recensions et diverses chroniques, en s\u2019attachant moins au récit des faits et à l\u2019analyse des ouvrages qu\u2019à leur signification d\u2019ensemble.La Revue Dominicaine ne sera pas responsable des écrits des collaborateurs étrangers à l\u2019Ordre de Saint-Dominique.Prière d\u2019adresser les communications littéraires: manuscrits, volumes, etc., au R.P.M.-A.Lamarche, 5375, Avenue Notre-Dame de Grâce, Montréal; et les communications administratives: abonnements, annonces, etc., au R.P.Jean Bacon, Saint-Hyacinthe.NOUS PUBLIERONS EN FÉVRIER: « L\u2019année de Droit Canonique », par le T.R.P.Leduc, O.P.« Réclame littéraire et Morale », par M.Séraphin Marion. ANNONCES REVUE DOMINICAINE\t1 Tél.: Bureau: 463\tRésidence: 681-w.H.LETOURNEAU ENTREPRENEUR PLOMBIER-FERBLANTIER Posage d\u2019appareils de Chauffage à l\u2019eau chaude, à la vapeur et réparations générales 265, RUE CASCADES, -\t- SAINT-HYACINTHE LA CORDONNERIE J.A.LEMAY RÉPARATIONS GÉNÉRALES PRIX RAISONNABLES \u2014 SATISFACTION GARANTIE 212, RUE CASCADES, -\t- SAINT-HYACINTHE E.A.GENDRON PEINTRE - DECORATEUR Peintures, Huiles, Vernis -\u2014¦ Tapisseries, Electricité, Vitres 244, RUE CASCADES, -\t- SAINT-HYACINTHE Téléphone 500 LOUIS BOURGEOIS, Limitée FERRONNERIE EN GROS ET DETAIL.104-110, St-Antoine\u201467-61 St-Simon, SAINT-HYACINTHE F.DAOUST, gérant.\tTéléphone 59-w.LA COMPAGNIE D\u2019EAU MINÉRALE Propriétaire du célèbre PHILUDOR 148, RUE CONCORDE,\t-\t- SAINT-HYACINTHE OSCAR POTHIER OPTICIEN - BIJOUTIER Montres Rolex, Waltham Elgin\u2014Bagues fiançailles, joncs de mariage.Lunettes de toutes sortes et bien ajustées M.O DAVID & CIE Enrg.MARCHANDS - TAILLEURS 86, RUE SAINT-SIMON, - SAINT-HYACINTHE Habits faits sur commande à court avis.Fourrures, Chapeaux et Casquettes.- ENCOURAGEZ NOS ANNONCEURS 2 ANNONCES REVUE DOMINICAINE LISEZ \u201cLA SURVIVANCE\u201d L\u2019organe officiel de l\u2019Association Canadienne-française de l\u2019Alberta.Cet hebdomadaire canadien-français est le plus éloigné de la province-mère.Si vous voulez être renseigné sur l\u2019oeuvre de survivance nationale et religieuse à laquelle s\u2019emploient les Franco-albertains, abonnez-vous à leur porte-parole.Prix de l\u2019abonnement: $2.00 par année La Survivance, 1Q01Q-I09e rue, Edmonton, Alta Téléphone Bell 310\tCarrosse No 2 JOSEPH BERTRAND COCHER Entrepreneur de Pompes funèbres 30, rue Laframboise, Saint-Hyacinthe Ecuries de Louage, Carosses simples et doubles, pour Mariages, Baptêmes, etc.Automobile.EXPRESS.Pharmacie L.P.GAUCHER Bachelier en Pharmacie GROS et DÉTAIL 223, rue Cascades, - Saint-Hyacinthe Téléphone 86 Tél.Bureau: 95 HECTOR CHARTIER Commerçant de BOIS et CHARBON 123, rue Girouard, Saint-Hyacinthe ENCOURAGEZ NOS ANNONCEURS ANNONCES REVUE DOMINICAINE 3 Tél.: CRescent 2734 ML J.-Albert LaRUE ARCHITECTE A.A.P.O.559, rue Durocher MONTRÉAL 124 KING O., Sherbrooke E.H.RICHER & Fils Enrg.Libraires-Importateurs ORNEMENTS D\u2019EGLISE Bureau : 127 Cascades, St-Hyacinthe Tél.Bell 271 LAFRANCE & SYLVESTRE Négociants et Importateurs d\u2019Epiceries en gros 120, rue Saint-Antoine, - Saint-Hyacinthe Tél.Résidence 244w.(Le soir) Résidence 244J.Bureau : 88 Maison établie en 1879 A.BLONDIN Limitée \u201cINSUL-BOARD\u201d \u2014 BOIS DE CONSTRUCTION FOURNISSEURS EN GROS Plomberie, Chauffage et Matériel de Construction, Peinture et Vernis 115, rue Cascades, Saint-Hyacinthe Téléphone Bureau: 120 Résidence: 418 J.O.DUPRAS NEGOCIANT EN GRAINS, FARINES et GRAINES de SEMENCE Dépositaire des célèbres farines à pâtisserie \u201cFive Roses\u201d et \u201cJubilé\u201d 29, rue Laframboise, Saint-Hyacinthe HENRI RAYMOND & CIE ASSURANCE - FEU Représentant les meilleures compagnies non tarifées.Tél.259 \u2014 Saint-Hyacinthe, Qué.ENCOURAGEZ NOS ANNONCEURS 4 ANNONCES REVUE DOMINICAINE \u2022t ! %a IRevme dominicaine $2.00 par année 2.25\t\u2014 Canada .Etranger .Avec le Rosaire, 25 sous en plus.Prix de l\u2019unité: 20 sous.%c IRosaire pour Œous Bulletin mensuel publié par les Dominicains de Saint-Hyacinthe.CANADA\u2014Distribué par zélatrices.Envoyé par la poste.ETRANGER\u2014Par zélatrices .Envoyé par la poste.Prix de l\u2019unité: 10 sous.25 sous par année 35 sous 40 sous 50 sous Toute personne ayant recruté 10 abonnements nouveaux à la \u201cRevue Dominicaine\u201d, recevra le onzième gratis.Deux messes sont dites chaque semaine aux intentions des Zélateurs, des abonnés, de la Revue Dominicaine et du Rosaire pour tous.Nous donnons de jolies PRIMES, aux Religieux, aux Prê- tres, aux laïques Zélateurs qui nous envoient des abonnés, à l\u2019une ou l\u2019autre Revue.Toute personne qui nous enverra pour $40.00 d\u2019abonnements, aura droit à une affiliation perpétuelle, pour elle-même, ou pour une personne qu\u2019elle nous indiquera, à l\u2019Oeuvre du Noviciat des Dominicains du Canada.I ENCOURAGEZ NOS ANNONCEURS ¦4 ANNONCES REVUE DOMINICAINE 5 LE PREMIER PAS C\u2019est celui qui coûte le plus, mais il est décisif.Pour atteindre au succès financier, il faut: Ce n\u2019est pas ce qu\u2019on gagne qui compte, c\u2019est ce que l\u2019on épargne.lo Fixer le montant à épargner périodiquement; 2o Etablir son budget constamment et y faire entrer la somme prévue au chapitre épargne et la déposer régulièrement; 3o Absorber les dépenses fixes et les dépenses courantes avec la balance du revenu.LA BANQUE PROVINCIALE DU CANADA Edm.LEBLANC, Gérant local.SERVICE Succursale : SAINT-HYACINTHE QUALITE HArbour 6888 - 4921 ARBOUR & DUPONT Limitée IMPRIMEURS IMPRESSIONS DE TOUTES SORTES 429 est, rue Lagauchetière Montréal ENCOURAGEZ NOS ANNONCEURS 6 ANNONCES REVUE DOMINICAINE Téléphone Bell 401 J.D.DESROSIERS MARCHAND DE CHAUSSURES, CLAQUES, VALISES, Etc.143, rue Cascades Saint-Hyacinthe DESMARAIS& R0B1TAILLE Limitée Marchands d\u2019ornements d\u2019église et d\u2019articles religieux 70 ouest, rue Notre-Dame, Montréal 121, Rideau, Ottawa \u2014 145, Church, Toronto Notre maison d\u2019Ottawa peut expédier des vins pour fins sacramentelles dans toutes les parties de la puissance du Canada.GRATIS Cette montre ainsi que plusieurs beaux cadeaux tels que: Ustensiles d\u2019aluminium, lingerie, soie, coton, articles de toilette, couvre-lit, rideau, broderie estampée, etc., donnés à ceux qui vendront nos grai- ¦A VI nés de jardin à 7 cents le paquet.Demandez notre catalogue et 50 'paquets.L\u2019UNION DES JARDINIERS Enrg., Lévis, P.Q.Résidence 891 Téléphone 27 HUBERT GRAINS ET FARINES 100, rue Saint-Antoine,\t- Saint-Hyacinthe 4 ENCOURAGEZ NOS ANNONCEURS ANNONCES REVUE DOMINICAINE PHARMACIE SAINT-HYACINTHE PLACE DU MARCHE 165, rue Cascades Drogues et médecines de première qualité.-\u2014 Spécialité: LES PRESCRIPTIONS.\u2014 Articles de toilette.\u2014 Bonbons, Parfums, etc.\u2014 Seul endroit où l\u2019on peut se procurer les fameux remèdes \u201cREXALL\u201d.\u2014 Nos articles de caoutchouc sont reconnus supérieurs.\u2014 AGENCES: Articles de photographie, le Kodak EASTMAN.J.-H.-E.BRODEUR, Propriétaire.Dentiers, Ponts, Obturations de tous genres.Ouvrage de première classe seulement.RAYONS \u201cX\u2019 Dr J.-A.-ERNEST DAIGLE, B.C.D.CHIRURGIEN - DENTISTE Membre du Dispensaire Anti-Tuberculeux des Comtés de Saint-Hyacinthe et Rouville.Spécialité : Chirurgie Buccale, Extraction Dentiers le même jour sur engagement.Prix raisonnables\t'\tSatisfaction garantie Ouvert de 9 h.A.M.à 9 h.P.M.79, me Sainte-Anne, - Saint-Hyacinthe Téléphone 80 CHAPEAUX ROMAINS Feutre, Soie, Peluche, Cachemire, Paille.Catalogue envoyé gratuitement sur demande.LIJVIITE E 1170, rue Saint-Denis, THÉS ÉPICES CAFÉS GELÉES MONTRÉAL CACAO ESSENCES Nos 37 années d\u2019expérience sont une garantie pour vous.J.A.SIMARD & CIE 5-7 est, rue Saint-Paul, MONTRÉAL et NEW-YORK Tél.: MAin 0103 Montréal ENCOURAGEZ NOS ANNONCEURS ANNONCES REVUE DOMINICAINE | ASSURANCE-VIE, ACCIDENT, MALADIE, INVALIDITÉ | La Société des Artisans Canadiens-Français Fondée en 1876 La plus forte institution française d\u2019assurance en Amérique pour les hommes, les femmes et les enfants.Effectif .Fonds accumulés.Assurance en force 75,000 membres ,\t$12,500,000.00 $55,000,000.00 CE QU\u2019ELLE EST: Une véritable école de formation à la pratique de l\u2019épargne et à la judicieuse administration du revenu; Un rempart puissant contre les infiltrations anti-religieuses et anti-nationales; Une force vive pour la réalisation de notre émancipation économique.¦Ses différentes combinaisons d\u2019assurance vous donnent le choix entre maints avantages.La Société des Artisans Canadiens-Français fait affaires dans les provinces de Québec, Ontario, Nouveau-Brunswick, Nouvelle-Ecosse, Ile du Prince-Edouard, Manitoba, Alberta, Saskatchewan et dans les Etats du Maine, New-Hampshire, Vermont, Massachusetts, Rhode-Island, Connecticut, New-York et Michigan.Plus de 800 succursales et bureaux de perception, au Canada et aux Etats-Unis.Siège social: Montréal- Accueil, renseignements et publicité: 924, rue SAINT-DENIS Secrétariat, administration et bureau médical: 930, rue SAINT-DENIS ENCOURAGEZ NOS ANNONCEURS Revue Dominicaine Publiée mensuellement XXXIIIe Année \u2014 Troisième Période 1932 SAINT - HYACINTHE Couvent des Dominicains IMPRIMATUR : Fabien-Zoël, Evêque de Saint-Hyacinthe.Superiorum permissn. mal an.Bon an, Quelle sera Vannée nouvelle ?Personne qui ne le sache au juste, et tout ce qu\u2019on en prédit! La politique, la diplomatie, les finances sont unanimes à annoncer de graves malaises.Ce serait dommage à la fin que tant de gens se trompent.Nous avons donc tous plus ou moins consenti à craindre l\u2019avenir.Et le monde est malade d\u2019y songer.Cette peur du mal, ce serait peut-être cela « la Crise ».En tout cas, les voeux de bonne année nous arrivent sceptiques.On soupçonnerait presque une bordure noire sous leur hésitante petite dorure.Est-il vrai que le défilé de mil neuf cent trente-deux, qui n\u2019est tout de même pas encore si endeuillé, va commencer dans cette grisaille?Admis, si l\u2019on veut \u2014 et qui n\u2019en souffre pas?\u2014 que les choses vont mal sur la grande machine ronde.Je m\u2019adresserai donc aux endoloris qui ont déjà tout perdu de la partie, et à ceux, plus malheureux encore, qui redoutent seulement de perdre, et je leur dirai : Mais n\u2019y pensez plus à ces cent écus, et gardez vos chansons.Car ce n\u2019est qu\u2019une affaire de sous, ait fond, notre malaise.Entendez les doléances : « J\u2019ai perdu » \u2014 « Je vais perdre » \u2014 « Je ne vends plus » \u2014 « Je ne travaille pas ».Et le refrain du choeur: « Le commerce est à terre» \u2014 « Tout est mort ».L\u2019on ne songe pas comment on achève soi-même de tout tuer, en se composant ce visage, en semant ainsi la tristesse et la désespérance.Mais la mort n\u2019est-elle pas possible que là où réside véritablement la vie, dans les coeurs, dans les esprits, dans lésâmes?Qu\u2019importerait la destruction de tous les coffres-forts si les âmes restaient hautes, si elles conservaient la joie ou l\u2019amour?Un financier vient de déclarer que cette vie spirituelle est la seule capable de ranimer le commerce lui-même. 4 REVUE DOMINICAINE On grommellera: « Facile à dire! Mais quand la huche est vide?» Pourtant, n\u2019est-ce vas plus souvent encore le crédit à la manufacture d\u2019autos de luxe que le retard chez le boulanger qui fait gémir?Quand il s\u2019agit du pain, personne ne prêcherait d\u2019y substituer une vague philosophie, fût-ce celle du savetier de la fable.Car ne penser jamais à « n\u2019entasser qu\u2019un jour sur l\u2019autre » est en somme une imprévoyance qui laisse souvent attraper le diable avec le bout de l\u2019année.Dérobons « au jour qui amène son pain » pour celui qui n\u2019en donnera pas.Mais dans toutes nos prudence, celles qui assurent le lendemain et celles qui le gâtent, gardons la gaie confiance en Dieu et en la vie qu\u2019il nous a faite.Perdrait-on si facilement la voix, aux mauvais jours, si on savait mieux, dans les bonnes années, posséder sa vie dans l\u2019harmonie?La chanson des âmes est toujours un accord entre ciel et terre.Chacun n\u2019est chargé que d\u2019une note dans la grande symphonie providentielle.Mais encore faut-il la donner à sa place et en mesure.Qu\u2019on s\u2019isole, que seidement on se désintéresse, ne se souciant plus d\u2019accorder son âme à l\u2019accent de la joie et de la souffrance des autres, alors l\u2019existence cesse d\u2019être un chant pour n\u2019être plus qu\u2019un cri.Chanter sa chanson, c\u2019est donc, toujours, bon an, mal an, jouer son rôle, suivre sa voie, faire ce que l\u2019on doit en faisant ce que l\u2019on peut.Celui à qui Dieu a donné, souvent ne chante pas, parce qu\u2019il oublie quelle large part de toute fortune vient du ciel.Croyant devoir uniquement à son humaine industrie, il n\u2019est que prévoyances bornées et inquiètes.Comment voulez-vous être tranquille quand le banquier est le tout de la vie et qu\u2019il n\u2019est pas le Tout-Puissant ?Il n\u2019en était pas autrement du « voisin qui, cousu d\u2019or, chantait peu et dormait moins encore ».Pauvres riches à qui il faut apprendre à chanter leur vie d\u2019abondance! Dites-moi, quel bonheur peut habiter vos châteaux, quelle joie de vivre animer la poursuite de vos bénéfices, quelles promesses peuvent faire chanter vos grands blés, BON AN, MAL AN.5 si dans vos coeurs ne fleurit pas un amour.Le gueux qui en porte un, aussi étroitement mesuré que vous voudrez, à sa pauvre âme, ne serait-il pas, à ce compte, plus heureux que vous sur la route où il traîne ses haillons?Que ne sachiez-vous aimer Dieu, puis aimer, mais aimer tout le monde, tous ceux qui grelottent, qui pleurent, qui souffrent! Alors, vous verriez : vos richesses perdraient leur inutile valeur pour s\u2019éclairer d\u2019un sens profond et beau; vous y tiendriez moins; vous en fouiriez mieux, et Jean Misère bénirait le ciel de vous les avoir données.Si vous ne croyez pas ces choses, écoutez ce que jette au vent d\u2019un soir d\u2019hiver, sous vos fenêtres trop lumineuses, le misérable qui se dit communiste.Mais mieux encore, écoutez le chant des âmes qui ne possèdent que pour donner.Dans quelle perpétuelle louange elles vivent! louange qu\u2019elles adressent à Dieu et qui leur arrive des soulagés.Comparez ces accents à ceux que rendent vos égoïstes calculs, vos avaricieuses doléances, vos allégresses même, toujours si mal accordées à vos soucis réels et à la grande misère du prochain.Tant il est vrai que peu ou prou dans la poche importe guère.Seule une âme saura jamais tirer une harmonie des résonnances métalliques, faire chanter l\u2019or et l\u2019argent.C\u2019est donc là, en nous-mêmes, que se trouve la source de la joie et de toutes les émotions.Quel malheur qu\u2019on nous ait habitués à demander nos plus intimes jouissances à un tas de bagatelles et de vanités, qui n\u2019ont réussi qu\u2019à creuser le désir et à répandre l\u2019âme! Il parlait d\u2019expérience, le contrit saint Augustin, quand il nous disait à tous, pauvres volontaires ou maugréants : « Mieux vaut avoir peu de besoins que beaucoup de richesses.» Un incomparable trésor vous reste donc, à vous qui dites n\u2019avoir plus rien, si seulement vous savez nourrir dans votre âme une tendresse et un espoir.Ces deux petites choses, bien établies dans le coeur, feraient chanter une soupe aux cailloux.Pourvu toutefois qu\u2019on n\u2019appelle pas pauvreté le gain modique mais suffisant de la vie.Un 6 REVUE DOMINICAINE esprit clair, des bras solides, un chez soi, serait-ce une misère ?Si vous ne possédez ces dernières richesses, ne vous resterait-il pas tout de même une chanson?Le vrai soldat en tirait bien une du fond de son estomac, plus creux que n\u2019a peut-être jamais été le vôtre; tout simplement parce qu\u2019il gardait, dans la boue de la tranchée, le culte de sa patrie et la confiance en la victoire.Le pain qui vous manque vous le refuse-t-on?Quel thème à la louange déjà que la charité du proche! Songez donc, combien de gens au pays se préoccupent de vous, et beaucoup, dans un si sincère amour! Préfèreriez-vous la Russie?Vous accommoderiez-vous plus facilement de la souffrance de l\u2019ankilosé sur son lit d\u2019asile ?Autant de maux en moins, autant de biens en plus! Et puis n\u2019y a-t-il pas Dieu?Oh oui! c\u2019est bien vrai, la Providence! mais c\u2019est si loin cela! On ne s\u2019est pas habitué à compter avec la Providence.Eh bien, ce sera mon voeu de nouvel an: que nous sachions compter avec Dieu dans notre abondance et dans notre misère.Nous réussirons bien alors, malgré toutes les crises, à trouver une chanson.presque déjà un accent de Paradis.Raymond-Marie VOYER, O.P.De l\u2019utilité de l\u2019histoire de la philosophie Pourquoi faire l\u2019histoire de la philosophie?A cette question, nous pourrions répondre que c\u2019est parce que le dernier décret de la S.Congrégation des Etudes nous le demande.Elle inscrit l\u2019histoire de la philosophie au nombre des disciplines régulières.Par conséquent, les institutions qui veulent se conformer au désir du Saint Siège doivent donner place à l\u2019histoire de la Philosophie parmi ces dernières. UTILITÉ DE L\u2019HISTOIRE DE LA PHILOSOPHIE 7 Mais la question se repose.Pourquoi a-t-on mis l\u2019histoire de la philosophie presque sur le même pied que beaucoup d\u2019autres disciplines qui lui ont toujours été préférées et qui semblent encore s\u2019imposer davantage?A cette quetion, nous donnerons d\u2019abord une réponse générale et ensuite une solution appropriée au sujet qui nous concerne.Et à titre de justification générale nous ferons voir qu\u2019il y a dans la connaissance historique un véritable élément de culture et une source de jouissance spécifiquement humaine.Pour débuter par un truisme, rappelons que l\u2019histoire est l\u2019étude du passé.Son objet consiste à nous offrir le tableau des siècles disparus.Elle tend à les reconstituer pièce à pièce, à leur rendre les traits qui leur composaient une physionomie propre, à leur redonner leur âme et à leur restituer leur esprit.Elle cherche à saisir le sens des problèmes qui occupèrent les esprits, l\u2019intérêt qu\u2019on y porta et les aptitudes qui furent prises à leur sujet.Elle essaye de recomposer la trame complexe des agissements de certains individus dont l\u2019influence fut prépondérante, et de tirer au clair les mobiles qui en furent le support.Et tout ce labeur est mené en vue de nous offrir du passé une image qui suffise à nous en procurer une connaissance relativement exacte.Et cette image nous intéresse; car c\u2019est le propre de l\u2019homme de pouvoir vivre en dehors du présent, et je devrais dire d\u2019aimer à vivre en dehors du présent.Il ne saurait, comme les autres animaux, s\u2019absorber dans les préoccupations mesquines du moment, s\u2019emmurer dans l\u2019espace étroit d\u2019un jour, d\u2019une heure, d\u2019un instant.Sa pensée ne brise pas seulement les cadres du lieu, elle a même le pouvoir de renverser, avec une étonnante liberté de mouvement, les remparts du temps.Sur l\u2019étendue des siècles nous sommes libres de girovaguer à notre guise.Et il y a pour nous je ne sais quelle ivresse à nous sentir capables de nous transporter à loisir tantôt dans le passé, tantôt dans l\u2019avenir.Et cette satisfaction tient sans doute 8 REVUE DOMINICAINE à ce que nous voyons dans cette prestigieuse faculté de déplacement l\u2019attestation indéniable que nous portons en nous un principe spirituel, nous plaçant au-dessus de l\u2019espace et du temps, mais elle provient aussi de l\u2019intérêt propre que renferment pour nous, chacun à leur manière, le passé et l\u2019avenir.L\u2019avenir nous invite à chaque instant, et pas en vain.Car, sans nous en rendre compte, nous vivons parfois plus de lui que du présent, puisque ce que nous accomplissons en celui-ci est souvent en vue de ce que nous voulons que soit celui-là.En outre, l\u2019avenir est l\u2019indéterminé, l\u2019inconnu; il ne contient rien, si ce n\u2019est ce que nous y mettons.Et comme il est tout naturel que nous faisions reposer sur lui nos projets les plus sacrés, il s\u2019ensuit que les avantages que nous en attendons ne sont, au fond, que des reflets de notre idéal, de nos ambitions, de nos espoirs.Il est ainsi de la couleur de nos dispositions.Il est vaste et beau, comme sont vastes et belles les aspirations de notre âme.Et alors, ainsi peuplé de nos rêves, il nous apparaît \u2014 comme d\u2019ailleurs tout ce qui est réfracté par les caprices de l\u2019imagination et tout ce qui s\u2019enveloppe des voiles du mystère \u2014 revêtu d\u2019une puissance de séduction qui nous éprend et nous attire.Il fait donc bon de vivre dans l\u2019avenir ! Mais il n\u2019est pas moins intéressant de nous replier sur le passé.Le passé est, pour la plus grande part, l\u2019oeuvre de l\u2019homme.Pour peu qu\u2019on y porte attention, on y surprend les vestiges du travail de l\u2019intelligence; pour peu qu\u2019on l\u2019interroge, on y entend les échos des mystérieuses résonnances de l\u2019âme.C\u2019est dire que spontanément nous nous éprenons de sympathie pour lui, puisque « rien de ce qui est humain ne saurait nous être étranger ».Les attirances du passé reposent sur une multitude de raisons, tantôt mystiques et impondérables, tantôt déterminées, précises, palpables.Ainsi, s\u2019il est humain d\u2019empiéter sur l\u2019avenir par l\u2019es- UTILITÉ DE L\u2019HISTOIRE DE LA PHILOSOPHIE 9 pérance, il n\u2019est pas mons humain de meubler sa mémoire et de savourer des souvenirs.De tout temps l\u2019homme a éprouvé, comme par un instinct de nature, le besoin de faire retour sur le passé.Nous n\u2019avons qu\u2019à ouvrir les yeux pour nous en convaincre; nous n\u2019avons qu\u2019à souligner la place qu\u2019occupe l\u2019histoire dans la littérature, dans l\u2019éducation, dans les manifestations de la vie familiale et politique pour avoir quelqu\u2019idée de l\u2019influence constante qu\u2019il exerce sur notre existence.Cette prépondérance que nous accordons à l\u2019histoire a son explication dans ce fait que nous ne sommes pas des êtres solitaires, isolés, indépendants.Nous avons conscience d\u2019être le moment d\u2019une longue durée, le lieu de passage d\u2019un courant qui remonte loin en arrière, l\u2019anneau d\u2019une chaîne qui depuis longtemps s\u2019allonge.Nous faisons partie d\u2019un tout.Le principe de vie qui nous atteint et nous anime a été entretenu et enrichi par les générations qui nous ont précédés.Entre elles et nous, il y a liaison, continuité, compénétration.Les qualités qui s\u2019épanouissent en nous ont souvent leurs origines en elles, les fruits que nous cueillons ne sont parfois que l\u2019élaboration de sucs qui se sont formés en elles.Ainsi donc prendre conscience du passé, c\u2019est nous découvrir un peu à nous-mêmes, c\u2019est nous regarder dans un miroir.Et c\u2019est là une des raisons explicatives du charme qui se dégage des études historiques.Quiconque désire se connaître soi-même, désire du même coup connaître les éléments qui sont venus aboutir en son être et s\u2019y combiner en complexion.De même quiconque désire se rendre pleinement compte de la signification et de la richesse de sa pensée, désire évaluer les apports que les générations y ont versés.Quiconque désire savoir comment ont pris naissance et se sont constituées les idées qu\u2019il n\u2019a qu\u2019à recueillir, toutes faites, toutes enchaînées, toutes habillées, désire faire de l\u2019histoire et assister à la genèse de ses propres concepts.Et c\u2019est en ce sens que je disais que l\u2019histoire de la philosophie répond à un besoin spécifiquement humain. 10 REVUE DOMINICAINE Il y a aussi d\u2019autres raisons de faire de l'histoire de la philosophie.Par elle on apprend ce qu\u2019a coûté de peines et de labeurs la conquête de la moindre parcelle de vérité.On voit que ce n\u2019est qu\u2019après une longue suite de tentatives et d\u2019épreuves que l\u2019esprit est parvenu à se libérer de ses ténèbres.En outre, en suivant la pensée philosophique à travers tous ses méandres, ses vicissitudes, ses hasards, on détermine la place qu\u2019occupe l\u2019erreur dans son histoire, on précise l\u2019influence indirecte qu\u2019elle a eue sur le développe-mnt de ses diverses parties.On voit la multitude de reprises et de métamorphoses qu\u2019un principe a subies avant d\u2019acquérir sa forme et sa signification précises.Et en replaçant de la sorte le courant des idées dans le lit où elles ont roulé, on voit que l\u2019esprit humain n\u2019est pas le seul responsable de ses fluctuations et de ses fourvoiements.Ses régressions dans la voie de la vérité ne sont, la plupart du temps, que les contrecoups de défections politiques et de reculs dans la marche de la civilisation.Enfin l\u2019étude de l\u2019histoire nous aide à dégager la loi fondamentale de la spéculation philosophique.Et alors, loin d\u2019être une surcharge, un alourdissement qui gêne la pensée dans on élan spontané vers le vrai, loin d\u2019être, comme quelques-uns l\u2019appréhendent, un danger de déformation pour l\u2019intelligence, elle nous apprend dans quel esprit il faut philosopher.Qu\u2019on nous permette de développer un peu ces trois idées.Premièrement, l\u2019histoire nous apprend ce qu\u2019a coûté la conquête du moindre lambeau de vérité.Lorsqu\u2019on entreprend pour la première fois la lecture de la philosophie ancienne, on est tellement déçu par le caractère à la fois primitif, grossier, fantastique des doctrines proposées en explication et par la manière incohérente dont elles sont formées en corps, qu\u2019on croit volontiers à une désertion du sens commun et à l\u2019érection en système des bizarreries et des cauchemars de l\u2019humanité. UTILITÉ DE L\u2019HISTOIRE DE LA PHILOSOPHIE 11 Cependant, comme le remarque saint Thomas, si les Anciens firent des songes, ces songes enveloppent un noyau de vérité : Antiqui pliüosophi,quasi ab ipsa veritate coacti, somniabant quodammodo veritatem.1 Et longtemps avant lui, Aristote, appelé à juste titre le créateur de l\u2019histoire de la philosophie, avait su se rendre compte des services qu\u2019ils ont rendus à l\u2019humanité.« Il est juste, dit-il, d\u2019avoir de la reconnaissance à leur endroit: his habere gratiam justum est.» 2 Et comme pour justifier son dire, il a préalablement soin de déterminer le point de vue où il faut se placer pour apprécier leur contribution: Et secundum unumquemque quidem nihü aut parum ei immittere, de omnibus autem coarticulatis fieri magnitudinem oli~ quam.3 Si l\u2019on regarde, dit-il, l\u2019apport de chacun d\u2019eux, il représente quelque chose de minuscule, de négligeable, d\u2019insignifiant; c\u2019est rien ou si peu que rien, aut nihü aut parum; c\u2019est une sorte de matière première, un rassemblement de rudiments épars, d\u2019éléments sans connexion, sans forme et sans vie.Mais si on collige ces matériaux, si on y introduit un ordre, si on les unit par des ligaments, si on les pourvoit d\u2019articulations, si, en un mot, on les dispose en organisme, le labeur de ceux qui nous ont précédés, dit-il, représente alors non seulement un effort considérable, mais un capital vraiment imposant: Magnitudinem adiquam.1 2 3 4 Et en voyant comment chaque génération a ainsi graduellement arraché à la nature les valeurs spirituelles qu\u2019elle recèle, Ton apprend que ce n\u2019est qu\u2019en peinant avec persistance, avec opiniâtreté, que l\u2019homme arrive à conquérir la vérité, à la convertir en spontanéité vivante, et à la transformer en architecture domestique et politique.Et grâce à l\u2019histoire de la philosophie qui nous met au 1\tComm.De Anima, no.43.2\t993 b, 12.3\t993 b, 2,4.4\t993 b, 4. 12\tREVUE DOMINICAINE courant des découvertes fragmentaires de chaque époque, Ton peut estimer le prix de l\u2019héritage qui nous est dévolu.L\u2019on voit que les richesses que nous possédons ne se sont pas réalisées d\u2019un tour de main, mais à force d\u2019application et de parcimonie.L\u2019on apprend par surcroît que la science n\u2019est pas le résultat du travail individuel, mais de l\u2019effort collectif.Il est très curieux de noter jusqu\u2019à quel point les Anciens croyaient au caractère nécessairement collectif de la formation de la science et des institutions sociales.Il n\u2019est pas jusqu\u2019à saint Thomas qui ne se plaise à rappeler souvent cette vérité d\u2019expérience.5 Mais pour apprécier à sa juste valeur le legs dont nous disposons, il faut aussi considérer les conditions subjectives dans lesquelles il s\u2019est constitué.Aujourd\u2019hui, par suite de vieilles habitudes profondément implantées au coeur de nos sociétés, notre esprit se meuble à notre insu.Il est mis d\u2019emblée en possession de tout un ensemble de disciplines et de principes qui semblent si obvis, que nous sommes enclins à les croire impliqués dans la constitution même de notre esprit.Nous les regarderions volontiers comme une dot de nature.Nous n\u2019avons pas d\u2019idée de ce que nous confère l\u2019éducation et de ce que nous offre, à l\u2019état diffus, à l\u2019état de mentalité, notre milieu social.Notre langue à elle seule, travaillée depuis si longtemps avec un soin et un art infinis, est un véritable système lié de représentations et d\u2019images, qui communique à notre pensée tout un jeu de formes logiques et de concepts philosophiques.Et ce qui plus est, qui pourrait détermiminer ce que nous apporte notre religion, avec ses enseignements cristallisés en dogmes, en symboles, en rites et en institutions.Par conséquent, nous abordons les problèmes scientifiques avec un esprit qui est déjà en voie de réalisation, avec un esprit qui a déjà de la structure.5 I, q.46, art.1; q.47, art.1; q.84, art.2; I, II, q.97, art.1; q.106, art.3, etc. UTILITÉ DE L\u2019HISTOIRE DE LA PHILOSOPHIE\t13 Mais, comme le remarque Aristote lui-même, au début, il n\u2019en était pas ainsi.Dans ces sociétés en formation, l\u2019esprit humain était laissé à ses ressources natives.Il était sans doute muni des évidences toutes premières, au sujet desquelles il n\u2019y a pas de déception possible: In fori-bus quis delinquet?à l\u2019entrée, qui donc se trompe, disait un adage populaire : 6 * c\u2019est-à-dire que tout homme trouve ouverte la porte qui donne accès à la science, que tout homme peut,par le seul jeu spontané de ses facultés, prendre connaissance des principes tout à fait généraux qui jouent le rôle de point d\u2019appui, de force motrice et de facteur normatif dans toutes les formes de savoir.Mais ce philosophe qui, à raison de ses sources uniques d\u2019information, connaissait mieux que tout autre les démarches initiales de la pensée philosophique et le résultat de ses premières investigations, n\u2019hésite pas à déclarer que la cause des insuccès du début était dans l\u2019état même de l\u2019esprit humain : In nobis est ejus causa.7 C\u2019est en l\u2019homme que résidait la cause de ses méprises.Et cela s\u2019explique par la seule description du mode de procéder de notre esprit.La pensée philosophique, en effet, est une abstraction, un acquis organique, résultant de la combinaison de quelques rapports intelligibles perçus par l\u2019observation de la nature.Et le travail philosophique consiste à appliquer cet acquis à des données sensibles, à des phénomènes insolites, se posant en problèmes à notre intelligence.Nam propter admirari homines nunc et primum inceperunt philosophari: car c\u2019est à cause de l\u2019étonnement que les hommes se prennent à philosopher.8 Et naturellement, on pense ces problèmes en rapport avec la représentation qu\u2019on s\u2019est déjà faite de l\u2019ensemble des choses, on essaye de les résoudre en mettant à contribution la lumière de nos connaissances acquises.Et ainsi 6 993 b, 5.^ 993 b, 8.8 982 b.11-13. 14 REVUE DOMINICAINE l\u2019esprit humain applique aux questions auxquelles il entreprend de répondre la forme qu\u2019il a déjà contractée.Finalement, nous jugeons de tout avec nos idées.Et en conséquence, nos interprétations se ressentent de la valeur même de ces idées.Lorsque donc l\u2019esprit humain possède une représentation exacte et assez complète de l\u2019ensemble des choses, il lui est aisé, en mettant une représentation particulière en relation avec sa représentation totale, de juger de la valeur de celle-là, et de colloquer la vérité qu\u2019elle traduit à son endroit dans l\u2019ordonnance générale des principes explicatifs de l\u2019ordre de l\u2019univers.Mais lorsque l\u2019esprit en est encore à l\u2019état de pure capacité, lorsqu\u2019il n\u2019a pas encore acquis de détermination précise, lorsqu\u2019il ne s\u2019est pas encore donné ce commencement de réalisation représentative que procure la connaissance des vérités premières, il est dans un état relatif d\u2019impuissance.Manquant de point de repère, il n\u2019a pas la ressource de comparer, et de juger de la valeur absolue ou proportionnelle des acquisitions qu\u2019il fait.Le seul critère dont il dispose est celui de son affinité naturelle avec les éléments qu\u2019il élabore.Et par là même, il est exposé à des jugements incertains, il est exposé à ériger en principe universel ce qui n\u2019a qu\u2019une portée restreinte.Et ce faisant, il erre, car l\u2019erreur ne consiste pas dans l\u2019absence totale de vérité, mais dans une vérité ou mutilée ou déplacée.Et ainsi donc, l\u2019histoire de la philosophie nous aide à comprendre non seulement ce qu\u2019a comporté de difficultés rétablissement du règne de la vérité, mais aussi l\u2019état vraiment privilégié où nous sommes de poséder, à titre de point de départ, le résultat du travail concerté de plusieurs civilisations et de plusieurs génies.* * * L\u2019erreur, disions-nous à l\u2019instant, est une vérité morcelée.Et cela nous amène à étudier le rôle qu\u2019elle a joué dans le progrès de la pensée philosophique. UTILITÉ DE L\u2019HISTOIRE DE LA PHILOSOPHIE 15 Aristote, lorsqu\u2019il recommande la reconnaissance à l\u2019égard de ceux qui les premiers entreprirent de philosopher, remarque que ceux qui eurent le bonheur de fournir par leur spéculation quelque appoint à la vérité ne sont pas les seuls à avoir droit à nos égards, mais que ceux-là mêmes qui ne réussirent pas à percer le secret des choses sont aussi dignes de notre gratitude : his qui adhuc super-ficialiter enuntiaverunt.9 Et saint Thomas précise que ceux qui sont tombés dans l\u2019erreur contribuèrent indirectement au travail de construction philosophique, en ce sens qu\u2019ils donnèrent à leurs successeurs l\u2019occasion de reprendre le problème, de le creuser en profondeur, et d\u2019en faire jaillir la vérité avec plus de limpidité que s\u2019ils avaient été les premiers à l\u2019aborder.10 Et, chose étrange, l\u2019erreur est en quelque sorte le point de départ nécessaire de toute spéculation qui veut être rationnelle, humaine, intemporelle.Et voici le fondement psychologique de ce fait d\u2019expérience.L\u2019esprit tend spontanément à abstraire, à généraliser, à convertir en principes universels ses propres conceptions.Et le jour où il devient capable de s\u2019analyser de quelque façon, le jour où il prend obscurément conscience que la vérité universelle et abstraite est sa propre perfection, le jour où il entrevoit la possibilité d\u2019une explication ordonnée, systématique, de la nature, ce jour-là, le désir de philosopher est secrètement né en lui et devient tenace comme un instinct.La vérité philosophique, lui apparaît vaguement comme l\u2019expression concrète de son idéal.Quoique confusément perçue, elle s\u2019avère le but suprême de l\u2019esprit, son aliment propre, son bien spécifique.Et celui-ci, se sentant bâti pour elle, éprouvant qu\u2019il n\u2019obtiendra que par elle sa pleine réalisation, est sans cesse sollicité par ses attraits, est sans cesse en mal de la constituer.Sans doute cela se passe dans la conscience obs- 9\t993 b, 13.10\tComm.Met., no.287. 16 REVUE DOMINICAINE cure, sans réflexion parfaite préalable, sans intentions bien arrêtées, mais avec une certaine infaillibilité.Alors, comme d\u2019une part l\u2019esprit est, de par sa condition d\u2019union au corps, dans un état de privation totale par rapport à elle, et comme d\u2019autre part il ne dispose pour l\u2019acquérir que du ministère des sens, \u2014 lesquels portent sur le sensible, le concret, le mouvant, le contingent, \u2014 il s\u2019ensuit qu\u2019il se confiera tout d\u2019abord à ses représentations sensibles, qu\u2019il s\u2019abandonnera aux premières données que les sens lui fournissent, qu\u2019il établira en explication adéquate et absolue ce qui n\u2019est qu\u2019un aspect restreint et relatif de la réalité.Il tombe de la sorte dans un dogmatisme puéril, sans proportion avec la complexité et la profondeur des choses.C\u2019est ainsi que comme le rapporte Aristote dans son premier livre des Métaphysiques, les premiers philosophes, tout absorbés dans la nature sensible, attribuèrent à l\u2019un ou à l\u2019autre de ses éléments le rôle de principe premier.Selon Thalès, tout composé serait à base d\u2019eau; selon Anaximène, l\u2019air serait l\u2019unique substance; selon Héraclite et Démocrite, le feu fournirait la raison explicative de tout; selon d\u2019autres enfin, l\u2019étoffe commune des choses serait la terre.Cet élément, quel qu\u2019il soit, joue par rapport aux autres le rôle de principe actif, de ferment organisateur ; il est capable, selon que la matière qu\u2019il travaille en est susceptible, de prendre une multitude infinie de formes et de modalités.Et l\u2019on voit par ces illustrations que la philosophie a débuté par l\u2019erreur et que cette erreur a consisté à ériger en explication nécessaire du monde une notion superficielle et incomplète.Mais l\u2019erreur est de sa nature « instable » et éphémère ; et il en résulte qu\u2019elle est très souvent le point de départ de nouvelles démarches, d\u2019un développement nouveau.11 11 Dans les deux ou trois pages qui vont suivre, nous nous sommes largement inspirés de la théorie de l\u2019erreur de Ed.Zeller, mais après l\u2019avoir dépouillée de son caractère hégélien.Cf.La philosophie des Grecs: Préface. UTILITÉ DE L\u2019HISTOIRE DE LA PHILOSOPHIE 17 Que l\u2019erreur soit caduque, cela provient de la double contradiction qu\u2019elle implique.Elle est à la fois en lutte avec la nature de notre esprit et avec elle-même.Il n\u2019est donc pas étonnant qu\u2019elle soit destinée à périr.L\u2019esprit humain, avant ses premières démarches délibérées, n\u2019a rien qui le sollicite à réfléchir.En conséquence, il ne prend pas conscience de l\u2019orientation que lui impriment les idées fondamentales qu\u2019il a fatalement retirées de ses premiers contacts avec le réel ; il ne voit pas ce que comportent de direction et de lumière ces premières évidences.Et qui plus est, il ne se rend pas toujours immédiatement compte de la richesse et de la potentialité de certaines idées postérieurement acquises.Elles sont là, juxtaposées dans son souvenir, sans qu\u2019il en soupçonne les affinités, mais sans tarder, des rapprochements se font, des harmonies se décèlent, des rapports s\u2019établissent, des lumières en découlent, un embryon d\u2019organisme se forme, et l\u2019esprit acquiert plus d\u2019actualité, plus de réalité.Sa force de résistance en est pour autant accrue.Et dès lors il est tout simple que l\u2019erreur, acceptée sans répugnance au début, devienne un objet de répulsion.Sa contrariété avec le fond même de l\u2019esprit devient plus manifeste dans la mesure où celui-ci s\u2019actualise davantage, car sa mise en comparaison, tant avec les principes qui forment comme la structure de fond de l\u2019esprit, qu\u2019avec les notions délibérément acquises, en révèle le caractère décevant.Son hostilité est mise au grand jour.Et comme la nature rejette « ce qui n\u2019entre pas dans son concert », l\u2019erreur est du fait éliminée, repoussée, condamnée à périr.D\u2019ailleurs, l\u2019erreur n\u2019est pas seulement en opposition avec l\u2019intelligence et sa perfection acquise, mais elle vient aussi en conflit avec les autres erreurs.La vérité n\u2019a qu\u2019un masque et l\u2019erreur en a mille.La vérité est une, l\u2019erreur est multiple.Et il est nécessaire que les puissances qui sont en lutte avec la vérité le soient également entre elles.Ce qui n\u2019est pas un est multiple, et ce qui est 18 REVUE DOMINICAINE multiple s\u2019oppose.« Il n\u2019y a donc pas d\u2019harmonie profonde et durable dans le domaine du faux; l\u2019antagonisme est de l\u2019essence même de l\u2019erreur.Et, par là même, les erreurs tendent spontanément à s\u2019entre-détruire et à laisser se dégager la vérité.» D\u2019ailleurs, l\u2019erreur n\u2019est pas sans laisser l\u2019esprit en possession de plusieurs éléments viables.De plus, comme le disait il y a un instant, saint Thomas, elle pose des problèmes et donne à la recherche philosophique de vigoureuses impulsions.A raison de son caractère déficient, « elle appelle une affirmation nouvelle qui la corrige en la complétant ; et la spontanéité de l\u2019esprit, sous l\u2019empire de cette sollicitation, va instituer une série d\u2019expériences dirigées dans un autre sens », et lui permettant de combler la lacune constatée.Et ainsi la chute d\u2019une erreur entraîne, tôt ou tard, la formation d\u2019une doctrine qui lui est symétriquement opposée.De plus, étant donné le discrédit où est légitimement tombée la dite erreur, il arrivera que l\u2019idée nouvelle ne se limitera pas à revendiquer une place à côté de la précédente, mais la refoulera plus ou moins complètement, et prétendra être, à elle seule, la représentation de tout le réel.Ce stade du développement philosophique marque un progrès, puisqu\u2019un principe nouveau est mis à jour, et un recul, puisque sont écartés les avantages que comportait le principe antérieur.Et il est même dans l\u2019ordre que la révolution opérée apparaisse d\u2019abord plus funeste qu\u2019utile car elle proscrit un principe arrivé à son maximum de rendement, et doué, par les applications auxquelles on l\u2019a soumis, de stables conditions d\u2019existence, pour y substituer une idée à peine ébauchée dans ses lignes essentielles, et dont les avantages pratiques, si elle en possède, ne sont encore qu\u2019à l\u2019état de possibilité.Mais, chose étrange ! l\u2019erreur n\u2019est pas seulement l\u2019occasion de découvertes nouvelles, car, extirpée, elle continue encore d\u2019exercer une influence salutaire, en montrant UTILITÉ DE L\u2019HISTOIRE DE LA PHILOSOPHIE 19 à quelles conditions doit satisfaire le nouveau principe, pour suppléer et dépasser l\u2019ancien.« Il se produit une lutte qui favorise et règle l\u2019essort du nouveau principe, et qui lui fait acquérir peu-à-peu tout le développement et toute la puissance dont il est capable.» Cependant, le second principe, qui est l\u2019antithèse du premier, n\u2019est pas plus que lui adéquat au tout des choses.Lorsqu\u2019il prétend suffire à discipliner la réalité, il rencontre dans son caractère exclusif un obstacle insurmontable.Une troisième démarche de l\u2019esprit devient donc nécessaire pour ressusciter le premier principe dans ce qu\u2019il avait de légitime, tout en maintenant le second, auquel l\u2019insuffisance du premier a donné naissance.« Ce troisième moment consiste à chercher un principe, non plus opposé, mais supérieur, sous lequel puissent se coordonner et se réconcilier les principes antagonistes.Ici encore, l\u2019esprit, qui marche sur un terrain nouveau pour lui, essaye plus d\u2019une direction avant de rencontrer la voie qui mène au but.Il doit cependant arriver que, dans le nombre des principes mis en avant, il finisse par s\u2019en rencontrer un, qui réponde à la question proposée.» Dès lors, l\u2019esprit a fait un immense pas vers la vérité, vers sa perfection.Il a pleinément réalisé une face de sa puissance.Cependant il n\u2019est point arrivé au terme vers lequel le tend le désir de savoir.Il explore complètement une couche, un secteur de la réalité ; il a mis en lumière un aspect, un objet, une circonscription qu\u2019il s\u2019était taillée dans le réel, mais s\u2019il prend son horizon pour la limite des choses, il se trompe encore, car dans la constitution du réel, il y a comme une triple stratification.Par conséquent, par delà le point de vue dont il a formulé les lois, il y a d\u2019autres contrées, non moins étendues et non moins riches.Une seconde et une troisième phase doivent donc s\u2019ouvrir, où la thèse, l\u2019antithèse et la synthèse alterneront, en dépit des fluctuations nombreuses et des égarements de toute sorte.La vérité finit par se dégager de l\u2019imbroglio des 20 REVUE DOMINICAINE opinions les plus diverses.L\u2019idéal de vérité que l\u2019esprit rêvait passe du domaine du possible à celui du réel.Cette description que nous venons de donner de la marche des idées philosophiques n\u2019est pas inspirée d\u2019un apriorisme, selon le mode hégélien ; elle n\u2019est pas la réification d\u2019une invention toute idéale, toute logique, mais elle correspond, en autant du moins que le peut un raccourci de quelques pages, à l\u2019évolution temporelle des concepts, elle repose sur les faits authentiques de l\u2019histoire de la philosophie.Nous la rencontrons, chez les Anciens, dans l\u2019opposition de Y être et du devoir, conciliés dans acte et puissance; nous la rencontrons au Moyen-Age où l\u2019augustinisme vint en conflit avec l\u2019aristotélisme.Et ce n\u2019est qu\u2019en refaisant patiemment l\u2019histoire des doctrines, ce n\u2019est qu\u2019en replaçant nos idées dans le monde de vie où elles sont écloses, que nous pouvons vraiment connaître le rôle de l\u2019erreur dans l\u2019élaboration de la doctrine.Nous apprenons que celle-ci n\u2019a jamais été recherchée pour elle-même, mais parce qu\u2019elle contenait, à l\u2019état d\u2019alliage, de précieux rudiments de vérité.Et nous ne croyons pas que cela soit de nature à diminuer notre estime de la vérité.Bien au contraire, nous sommes près de penser que c\u2019est seulement à cette condition que nous nous rendons pleinement compte de ce qu\u2019elle vaut.Au surplus, lorsqu\u2019on voit que l\u2019erreur, par suite de son insuffisance à donner une explication exhaustive de la réalité, a servi à aiguillonner l\u2019esprit, à l\u2019engager à de nouvelles enquêtes, qui ont été couronnées du succès l\u2019on est disposé, sinon à plus de sympathie du moins à moins de sévérité, envers ceux qui, malgré leurs nobles efforts, n\u2019eurent pas le bonheur d\u2019accéder à la vérité libératrice.* * * L\u2019étude de l\u2019histoire de la philosophie nous fait prendre conscience du prix de la vérité, et nous apprend que l\u2019erreur concourt en définitive à son triomphe; mais elle UTILITÉ DE L\u2019HISTOIRE DE LA PHILOSOPHIE 21 contient encore de nombreux enseignements.Et entre autres choses, elle nous révèle la véritable loi de la spéculation philosophique.Aristote remarque que même ceux qui se sont égarés nous ont transmis quelque chose.Et enim conferunt ali-quid.lis nous ont forcés à réfléchir, ils ont créé chez nous des habitudes, ils ont transformé nos aptitudes latentes en dispositions précises et agissantes: nam habitum nostrum praeexercuerunt,12 et ainsi ils nous ont munis d\u2019instruments de conquête, ils nous ont convertis en apôtres de la vérité.Et c\u2019est là la loi, l\u2019esprit même, qui doit animer notre travail philosophique.Et nous voulons dire qu\u2019il nous faut aborder la pensée des autres dans le but de nous assimiler les éléments précieux qu'elle renferme, dans le but d\u2019acquérir, à l\u2019état de perfection stable, la faculté de manier des idées, de les aligner, de les coordonner, d\u2019en faire jaillir des lumières nouvelles, dans le but d\u2019apprendre que le point d\u2019arrivée des autres n\u2019est pas un terme pour nous, mais un point de départ.Cela se dégage de l\u2019histoire de la philosophie, non seulement comme une leçon, mais comme la loi nécessaire de la vie et de l\u2019avancement de la vérité.Et, en nous en persuadant, nos études historiques auront pour effet d\u2019exciter en nous l\u2019esprit de recherche et de découverte.Nous finirons par nous convaincre que le progrès de la vérité exige de nous que nous nous efforcions de devenir, sur l\u2019un ou l\u2019autre point, de véritables inventeurs.« Puisque, dit Pascal, ils (les vrais philosophes) ne se sont servi des inventions qui leur avaient été laissées que comme des moyens pour en avoir de nouvelles, et que cette heureuse hardiesse leur a ouvert le chemin aux grandes choses, nous devons prendre celles qu\u2019ils nous ont acquis de la même sorte, et, à leur exemple, en faire les moyens et non pas la fin de notre étude, et ainsi tâcher de les surpasser en les imitant.» 12 993 b, 13, 14. 22 REVUE DOMINICAINE Voilà donc les trois principaux enseignements qui ressortent de l\u2019étude de l\u2019histoire de la philosophie.On y apprend la dignité de la vérité, les avantages que l\u2019on peut tirer de l\u2019erreur, et l\u2019esprit avec lequel il faut aborder l\u2019étude de la philosophie.Le Père Louis Lachance, O.P.La conscience familiale Notre vie, nous l\u2019avons laissé entendre déjà, n\u2019est pas une aventure strictement individuelle qui peut se suffire à elle-même et assurer seule sa réussite.Toute entière elle est, sans doute, dans cette tâche quotidienne qui est la nôtre, en laquelle nous mettons toute notre âme et qui, lentement, bâtit notre bonheur futur.Mais cette tâche, nous ne l\u2019accomplissons que par la constante collaboration de toutes les bonnes volontés qui nous entourent.A chaque instant, nous appelons un secours fraternel, nous cherchons un appui.La famille nous est le premier secours.Elle est notre milieu d\u2019éclosion, et cette vie, qu\u2019elle a fait naître, elle la développe, elle la fortifie, elle en dessine les routes.Toujours, elle nous demeure une base d\u2019action.La société à laquelle nous appartenons, achève l\u2019oeuvre du foyer; elle encadre notre effort; elle le soutient, elle l\u2019insère dans l\u2019effort commun, et assure l\u2019heureux prolongement de notre action individuelle.Enfin la grande fraternité des âmes, qui déborde nos groupes, qui s\u2019étend par-delà les frontières de nos patries respectives, donne à cette vie son ampleur exacte, son élargissement suprême.Notre vie personnelle est la résultante de tous ces dévouements.Toute âme, proche ou lointaine, y collabore, LA CONSCIENCE FAMILIALE 23 et quand les visages se groupent dans la lumière.Visages mais nous impose, du même coup, l\u2019obligation d\u2019élargir notre horizon.La conscience, qui porte aussi loin que la vie, nous prescrira donc, en ceci, certains devoirs.* * * Devant ce premier groupe, celui-là même qui nous enveloppe immédiatement, qui a assuré l\u2019éclosion de notre vie, devant la famille, quels sont les principaux devoirs que nous prescrit la conscience?Qu\u2019est-ce: être conscient, devant elle?Nos devoirs sont clairs, et la formule du quatrième commandement de Dieu les exprime tous : « Tes père et mère honoreras, afin de vivre longuement.» Devoirs des parents devant la vie qu\u2019ils ont charge de fomenter, puis d\u2019élever vers Dieu ; devoirs de l\u2019enfant devant cet amour créateur dont il est l\u2019oeuvre: le précepte les comprend tous.Mais ces devoirs qui nous demeurent clairs, on en oublie si souvent les raisons profondes, qu\u2019ils ne semblent plus, en bien des cas, qu\u2019un impératif sans justification.Il ne sera pas inutile d\u2019aller au fond des choses.La conscience, ici encore, nous apparaîtra comme le respect de ce qui fonde la famille ; nous comprendrons mieux ce que contiennent ces vieilles formules ; et, sans les nommer \u2014 car on ne s\u2019y résigne qu\u2019avec un serrement de coeur \u2014 nous dévoilerons les lâchetés si nombreuses en ce domaine et qui, parce qu\u2019elles s\u2019attaquent à l\u2019essentiel de la vie, menaçent aujourd\u2019hui de tout ruiner.La famille, le foyer : que ces mots sont riches ! Ils font lever dans nos mémoires les souvenirs les plus opulents.Ils réveillent pour nous la pensée de ceux qui nous ont le plus, le mieux aimés ici-bas.Et c\u2019est tout un vol de réminiscences ! Un foyer, un nid! La douceur, la blancheur d\u2019un berceau.La famille : le repas du soir quand la lampe s\u2019allume 24 REVUE DOMINICAINE de nos grands-parents dont les fronts étaient nimbés de cheveux blancs ; visages de nos père et mère où l\u2019on voyait luire l\u2019amour fort, l\u2019amour créateur et l\u2019affection tendre ; visages de nos frères et soeurs, sur lesquels on pouvait lire une pensée commune.Devant eux nous pouvons dénouer nos pensées en pleine liberté, nous sommes certains d\u2019être toujours compris.Car les coeurs battent en sympathie ; les yeux traduisent les mêmes pensées, ils s\u2019allument des mêmes joies et se voilent des mêmes tristesses.Une tendresse simple, faite de sincérité et de confiance mutuelles, nous enveloppe ; on se sent poussé, appuyé, soutenu par un effort commun, par une conspiration de charité.Tout cela \u2014\tet je ne fais qu\u2019effleurer d\u2019inépuisables sentiments \u2014\ttous ces bienfaits qui ont pour nous tant de prix, et sans lesquels on ne peut vivre, la famille nous les donne.Et ce don, le foyer l\u2019offre si naturellement, et l\u2019ambiance qu\u2019il crée autour de nous, nous l\u2019avons respirée si normalement, que l\u2019on ne soupçonne même plus de quels douloureux sacrifices ils sont le fruit.L\u2019enfant reconnaît-il tout ce qui se penche vers son âme quand sa mère incline son visage sur le berceau?Il devine, il pressent, à voir ce visage et à entendre cette voix, à sentir dans la sienne la douceur de cette main qui le caresse, il devine une sympathie ardente, une douceur, une force alliée.Plus tard seulement, nous comprenons.Un sentiment, une grande et noble passion est en nos père et mère; elle les domine, elle les possède et c\u2019est parce qu\u2019ils en furent les héroïques serviteurs, qu\u2019il nous est donné, à nous, de connaître cette joie et cette tendresse.Notre bonheur, qui nous semble naturel,ils l\u2019ont construit de leurs propres douleurs; notre joie, ils l\u2019ont faite avec toutes leurs larmes; notre vie, c\u2019est l\u2019enfant de leur vie sacrifiée.Ils le savent, eux, mais ils nous l\u2019offrent quand même avec un sourire.Us sont les serviteurs de cette passion reine, qui commande à leur vie et qui, par eux, fonde le foyer: l\u2019amour. LA CONSCIENCE FAMILIALE 25 Ne vous étonnez pas de m\u2019entendre prononcer ce mot tant galvaudé.Puisque nous parlons de conscience, nous allons pouvoir lui rendre la haute signification que nous aurions dû lui garder.L\u2019amour ne signifie pas les folies, les erreurs, les égoïsmes, voire \u2014 puisque c\u2019est quotidien \u2014 les crimes qu\u2019on lui prête, ou que l\u2019on accomplit en son nom.« L\u2019amour, nous a dit saint Jean, c\u2019est le nom d\u2019une Personne divine; c\u2019est la définition même de Dieu: Dieu est amour.» Dans le domaine qui nous occupe, c\u2019est le visage humain, le nom mortel de la toute-puissance créatrice.Lorsque l\u2019amour éveille deux êtres et qu\u2019il les pousse l\u2019un vers l\u2019autre il n\u2019y a pas seulement une convergence d\u2019instincts qui se cherchent.Les instincts chez l\u2019homme sont au service de l\u2019âme qui doit les commander.C\u2019est le génie créateur de Dieu qui les convoque, ces êtres, sur ses chantiers de vie, afin qu\u2019ils fassent son oeuvre à Lui.Et il leur demande de tout engager.L\u2019amour, en effet, de toutes les passions humaines \u2014 j\u2019en excepte la foi, qui n\u2019est pas une passion, mais une vertu que Dieu nous donne \u2014 l\u2019amour, c\u2019est la passion la plus formidable dans ses exigences, la plus dévorante dans le sens premier de ce mot.Il obsède l\u2019esprit, il accapare le coeur, il soumet les sens; toutes nos ressources vives, il les annexe pour s\u2019en nourrir et pour vivre par elles.Et quand il est en nous, plus rien de ce que nous sommes ne nous appartient.Tout est transformé en lui ; il nous créera, comme Dieu, à son image.Nous en avons, d\u2019ailleurs, le pressentiment.Quand il est sur le seuil de notre âme, nous sentons bien que si nous lui ouvrons notre porte, le moment sera décisif, et qu\u2019il engagera toute notre vie.Ce nous est, d\u2019ailleurs, une joie en ce moment; sans les peser, nous prononçons des mots démesurés, qui nous engagent, même au-delà des temps.En bloc, on donne toute sa vie! Mais après, quond on se retrouve, quand l\u2019amour n\u2019est plus le rêve attendu et reconnu, mais le maître exigeant et toujours présent; quand il faut, après avoir donné sa 26 REVUE DOMINICAINE vie en une seconde, par d\u2019irrévocables paroles, la donner dans le détail, goutte à goutte, heure par heure, on soupçonne tout ce que l\u2019amour exige ! Il demande tout.L\u2019essentiel et le détail, l\u2019âme des grands jours et l\u2019âme quotidienne, les pensées dont on est fier et que l\u2019on dit, celles que l\u2019on voudrait garder secrètes; celles-là surtout, ce fond de notre âme qui jamais, peut-être, ne s\u2019est exprimé, et que l\u2019on se réservait comme un refuge, pour s\u2019y retrouver seul,l\u2019amour demande qu\u2019on l\u2019apporte.Ceux qui consentent à s\u2019offrir à lui, pour collaborer à son oeuvre, doivent tout donner, même l\u2019espoir de s\u2019appartenir à nouveau?On ne pourra rien réserver ni rien reprendre ; on ne pourra même plus souhaiter une évasion d\u2019une heure, une liberté d\u2019un instant, car, sur le don total que l\u2019on se fait mutuellement, l\u2019amour prononce l\u2019irrévocable mot: Toujours! Le sacrement de mariage ne fait que sanctionner devant Dieu tous ces voeux de l\u2019amour, quand, reprenant les mots du créateur, il dit aux époux : « Soyez féconds et multipliez-vous.Quittez votre père et votre mère, attachez-vous l\u2019un à l\u2019autre, et ne soyez plus qu\u2019une seule chair.» Ensuite, l\u2019amour qui engage, veut être servi.Il a son oeuvre, et c\u2019est pour l\u2019assurer qu\u2019il demande qu\u2019on s\u2019unisse.Ce n\u2019est point pour soi, d\u2019abord, que l\u2019on aime, mais pour la fin de l\u2019amour.On se retrouvera, mais après s\u2019être donné.L\u2019amour récompense, il porte la vie, mais à la condition qu\u2019on l\u2019accepte, lui, qu\u2019on le respecte, et qu\u2019on le serve.Il est semblable à la croix du Christ.C\u2019est elle qui a soulevé le Christ entre ciel et terre et qui le maintient sur ce sommet qui est aujourd\u2019hui sa gloire; mais, avant d\u2019être porté et glorifié par sa Croix, le Christ a dû la porter, en meurtrir ses épaules, se faire clouer sur elle pour y mourir.Ainsi l\u2019amour.Il exige que l\u2019on respecte la nature des choses et qu\u2019entrés dans un contrat accepté librement, l\u2019on n\u2019en modifie pas les conditions à sa guise.Il est le LA CONSCIENCE FAMILIALE 27 créateur de vie; il en fait jaillir les sources, et lorsque Ton s\u2019unit pour une telle oeuvre, il n\u2019est plus permis d\u2019en refuser le résultat, ou de l\u2019éviter, par un calcul d\u2019égoïsme; ou de le détruire, en tarissant volontairement les sources.S\u2019il vous demande d\u2019ensemencer la terre féconde, \u2014 et c\u2019est cela que l\u2019on accepte quand on s\u2019unit par lui \u2014 il exige que vous assuriez ces semailles, que vous en favorisiez l\u2019éclosion; que vous aidiez à la croissance, jusqu\u2019au jour des moissons.L\u2019on devine ce que ces mots signifient, dans le concret, de sacrifice, de renoncement, d\u2019oubli de soi, de générosité sans retour.L\u2019enfant exprime tout cela.Il représente l\u2019amour en son terme, et il en précise toutes les exigences.Ce que sa naissance vous a demandé, ce que son attente a supposé en vous, ce que vous a réclamé son éducation, sa vie, vous ne pouvez le refuser.Unis l\u2019un à l\u2019autre pour lui, il faudra maintenir cette union des coeurs, il faudra toujours sortir de soi pour s\u2019offrir; oublier sa propre âme au bénéfice de son âme, choisir comme centre de vie cet être qui vous prolonge et doit vous être plus cher que vous-mêmes.Ici encore, on ne peut qu\u2019effleurer les vérités qu\u2019il faudrait dire.Mais, fort heureusement, tous, nous comprenons.Si nous ne parvenons pas à épuiser le sujet, c\u2019est parce qu\u2019effectivement, il est inépuisable.Mais ce que l\u2019on comprend moins, c\u2019est, qu\u2019en cette matière, on puisse manquer de conscience.Pour être conscient devant la famille, il faut tout d\u2019abord avoir au coeur, pour nos père et mère des sentiments d\u2019enfant.Rien n\u2019est en nous qui ne vienne de nos père et mère.Us ont allumé avec Dieu la première étincelle de notre vie ; leur sang a passé dans nos veines avec leur nom, nous héritons de toutes leurs richesses; nous sommes leur vie qui se prolonge, leur vie qui reprend en nous, plus riche et mieux armée, puisqu\u2019ils nous confient leur expérience, une nouvelle tentative de réussite.Leur âme même, en 28 REVUE DOMINICAINE quelque manière, émigre vers la nôtre, puisqu\u2019avec Dieu encore, et par cette chair qu\u2019ils ont façonnée, ils ont travaillé à son éclosion.Ils l\u2019ont éveillée à la vie de l\u2019esprit; ils ont semé en elle les grains de notre maturité.En nous, tous les rappelle à notre pensée, et la reconnaissance doit nous inspirer d\u2019en faire remonter l\u2019hommage vers eux: une tendresse confiante, une soumission complète, un véritable culte d\u2019honneur.C\u2019est notre devoir d\u2019enfant à l\u2019endroit du foyer dont nous sommes sortis.Devoir qui n\u2019a rien de pénible pour un coeur bien né.Naturellement ces sentiments naissent dans notre âme, et si nous souffrons, c\u2019est de les savoir impuissants.Comment faire remonter vers le foyer ce que nous en avons reçu?Nos meilleurs dons, crest cela même que nous en avons hérité, et nous n\u2019avons à offrir à nos père et mère que ce qu\u2019ils nous ont donné.Nous le savons, les fleuves ne remontent pas vers leur source: ce que nous avons reçu de l\u2019amour qui nous a enfantés, nous ne pouvons le faire remonter vers lui.D\u2019ailleurs, il ne l\u2019exige pas.C\u2019est une loi de nature.La vie qui descend, à chaque étape, obéit à un besoin d\u2019expansion; elle coule, elle se donne, comme le fleuve qui ne repasse jamais sous le même ciel, et ne revient jamais mouiller aux mêmes rives.C\u2019est la courbe de la générosité.Aussi, quand on remonte le courant, à chaque étape, l\u2019on retrouve l\u2019ingratitude.Le fils ne fait pas jaillir en reconnaissance vers son père, ce qui est descendu vers lui en offrande.Ce qu\u2019il en a reçu ne doit pas être rendu, mais donné à nouveau.Ce n\u2019est pas au passé surtout, que se doit l\u2019enfant, mais à l\u2019avenir, à ceux qui viendront, et qui, comme lui, exigeront l\u2019héritage enrichi.Donner à l\u2019amour, ce sera restituer au passé.La conscience exige donc de garder cet héritage, et d\u2019y ajouter les valeurs d\u2019une vie nouvelle.Car un jour viendra, où tout sera exigé; la nécessité de fonder un foyer nouveau, demandera tous les dons reçus autrefois et l\u2019âme intacte.Le devoir, c\u2019est de la garder tout entière, LA CONSCIENCE FAMILIALE 29 cette âme.Voilà, certes, qui donne déjà à réfléchir, et qui, avouons-le, ne hante guère la pensée de ceux qui rêvent mariage.Pour entrer en mariage, il faut avoir gardé son âme intacte et avoir le coeur pur! On l\u2019exige encore d\u2019une jeune fille.On trouvera peut-être bientôt que cela aussi est un préjugé qui porte ombrage à l\u2019égalité.Actuellement du moins, on se garde encore de le dire, si déjà on le pense.L\u2019on exige encore d\u2019une jeune fille qu\u2019elle reste bonne.Mais pour le jeune homme! Qui oserait en public de formuler pareille exigence?On trouve logique, au contraire, qu\u2019un jeune homme s\u2019initie à la vie, avant d\u2019en assumer les charges.Il est tout préparé aux responsabilités que l\u2019amour lui imposera dans le mariage, quand il a fait de l\u2019amour, un apprentissage varié.Il y sera d\u2019autant plus fidèle, et se rangera d\u2019autant plus vite qu\u2019il aura connu plus d\u2019aventures.On croit d\u2019ailleurs impossible et chimérique l\u2019union de deux êtres qui seraient demeurés purs.Ne faut-il pas que « jeunesse se passe >y?En vérité, la conscience exige de tous les deux, du jeune homme et de la jeune fille, qu\u2019ils se gardent; et c\u2019est une bien grande tristesse d\u2019avoir à formuler d\u2019aussi élémentaires devoirs.Un simple souci de justice devrait nous les rappeler.Ah! mes chers amis, vous, les jeunes hommes de vingt ou vingt-cinq ans, vous n\u2019y songez guère.Vous avez peut-être le pressentiment que le mariage vous sera une lourde chaîne autour du coeur ; vous ne voulez pas vous enfermer trop tôt dans un contrat que vous savez sans issue.Vous n\u2019êtes pas pressés d\u2019aliéner votre liberté.Vous ne songez pas, que c\u2019est c\u2019est un peu de votre âme, que vous abandonnez à chaque pas, et qu\u2019au jour où il faudra la donner toute entière, vous n\u2019aurez plus que des déchets.Ce jour-là, pourtant, vous serez difficiles et exigeants! Quand l\u2019heure sera venue de choisir celle qui sera la mère de vos enfants, vous exigerez qu\u2019elle se soit gardée, qu\u2019elle soit restée étrangère à ces jeux où l\u2019on 30 REVUE DOMINICAINE perd tout ; qu\u2019elle ait le coeur pur, l\u2019âme blanche et libre ; vous voudrez être accueillis comme le seul, qu\u2019on attendait depuis toujours, celui à qui l\u2019on offre tout son avenir, mais qui possède déjà tout le passé par cet unique désir que l\u2019on avait de le rencontrer.Vous serez difficiles, exigeants: en aurez-vous le droit, si vous n\u2019avez rien gardé vous-mêmes de ce que vous exigez! Ceux qui, au jour où le sacrement consacre leur union, ne peuvent plus offrir que des déchets, une jeunesse dissipée, \u2014 ce qui reste d\u2019une âme, après tant d\u2019aventures ; ceux qui ont à refaire toutes les routes suivies, pour retrouver les pauvres lambeaux d\u2019un coeur qu\u2019ils ont cent fois donné, sont des infidèles dès ce premier jour.Et ce n\u2019est pas cette expérience précoce qui prépare aux autres fidélités que la conscience exige dans le mariage! Car des devoirs redoutables vous seront imposés, et ce ne sera pas trop de toute la pureté de votre coeur pour en assumer la charge.La conscience, en effet, demande que l\u2019on soit tout entier à cette tâche ; que l\u2019on soit fidèle à l\u2019amour qui fut juré, et à l\u2019oeuvre duquel on consent à s\u2019offrir.Pour lui répondre, il faudra oublier les conseils de l\u2019égoïsme, les suggestions de l\u2019intérêt personnel, pour ne songer qu\u2019à la générosité.Il ne sera point permis de faire un triage entre les joies et les charges.Dans le mariage, tout cela est un ; et l\u2019on ne peut goûter les premières si l\u2019on écarte les secondes.C\u2019est d\u2019une acceptation pénible, peut-être ; c\u2019est lourd à porter, et l\u2019on s\u2019en aperçoit assez, aujourd\u2019hui.L\u2019on est partisan de ce qu\u2019on appelle : « l\u2019amour libre » ; un amour qui n\u2019a plus rien de l\u2019amour, puisqu\u2019il ne recherche que lui, puisqu\u2019il ne donne rien, puisqu\u2019il ne s\u2019engage pas.Et si cette réserve n\u2019est pas formulée clairement, si même on tient l\u2019un à l\u2019autre avec l\u2019espoir, peut-être sincère, d\u2019y tenir toujours, l\u2019on ne consent pas cependant à se lier par ce lien vivant que serait un enfant.On ne le met pas entre soi ; on sera prudent; prudent jusqu\u2019au crime; le mot n\u2019est LA CONSCIENCE FAMILIALE 31 pas trop fort, puisqu\u2019il s\u2019agit d\u2019un massacre d\u2019innocents.L\u2019enfant, les enfants nombreux, on les porte sur sa conscience, au lieu de les porter sur ses bras.Est-ce assez vrai, tout cela! Et cela accuse-t-il assez le manque de conscience ! Seule, l\u2019inconscience, \u2014 disons mieux, car on a peine à croire que la légèreté soit assez grande pour rendre impossible toute réflexion, \u2014 seul, le mépris froid, raisonné, le mépris réfléchi, des préceptes que formule la conscience la moins éveillée, que l\u2019instinct suffirait à nous suggérer quand il est demeuré droit, seul, un tel mépris peut inspirer ces déviations de conscience et gazer cette barbarie que n\u2019ont point connue les barbares.Quand on n\u2019a pas perdu toute conscience, on sait parfaitement ce qui est exigé : le respect de la nature, le respect de son oeuvre.On ne bouleverse pas l\u2019ordre des choses.La joie du mariage,on ne la cherche pas dans l\u2019amorce qu\u2019il jette à nos instincts.La vraie joie, on sait qu\u2019elle naîtra de l\u2019acceptation courageuse de toutes les charges et de l\u2019entière fidélité.Enfin, la conscience nous formule un dernier devoir, mais sur lequel il ne sera pas nécessaire d\u2019insister longuement.Il est clair et il s\u2019impose.La naissance de l\u2019enfant n\u2019est rien, ou mieux, ce n\u2019est qu\u2019un commencement.C\u2019est tous les jours que l\u2019enfant exigera ce qu\u2019il a demandé au jour de sa naissance.Il faudra créer un milieu qui puisse accueillir cette jeune vie, et dans lequelle elle trouvera tout ce qui lui est nécessaire.C\u2019est une joie, sans doute, quand on a bon coeur, d\u2019attendre ce petit être dont on ne sait rien, sinon qu\u2019on l\u2019aime et qu\u2019on l\u2019enrichira de ses meilleurs sentiments; une joie de lui créer un climat spirituel, un vrai milieu familial, fait de tendresse et de confiance.Une joie, mais aussi une charge.Le père et la mère le savent bien.Le père l\u2019édifie, ce foyer, de tout son labeur ; la mère de toutes ses larmes.Ensemble, ils peinent; ensemble, ils se sacrifient, ils s\u2019oublient, et n\u2019acceptent de se retrouver qu\u2019en ce prolongement d\u2019eux-mêmes: l\u2019enfant. 32 REVUE DOMINICAINE On maintiendra, surtout, l\u2019union des coeurs qui assure au foyer la paix et la stabilité.On écartera tout ce qui peut être un péril de partage dans cet amour que l\u2019on a promis de garder intact ; on apportera ce mutuel soutien qui permet aux âmes de s\u2019appuyer l\u2019une contre l\u2019autre, comme deux pierres qui se joignent en ogive; on communiera aux mêmes joies pour les doubler, aux mêmes peines pour les diminuer en les partageant.L\u2019enfant sera le premier bénéficiaire de cette entente cordiale ; il y trouvera, en même temps que l\u2019exemple du dévouement et de la grandeur, l\u2019atmosphère nécessaire à sa vie.Mais les époux eux-mêmes, y trouveront leur bonheur.Dans cette vie de continuels sacrifices, ils seront comme le Christ et Simon de Cyrène, sur la route du calvaire.La croix repose en même temps sur les deux épaules ; elle semble moins lourde puisqu\u2019on est deux à la porter, deux à la dresser pour monter à la joie.Cette joie ne vaut-elle pas qu\u2019on y mette le prix?Elle est sûre au moins, celle-là ! Elle ne laisse pas dans le coeur cette immense amertume que sème cette fausse joie cherchée hors du foyer, ou dans les abus que j\u2019ai signalés, et qui coûte, elle, avec l\u2019argent qu\u2019on doit aux siens, l\u2019honneur de leur nom et la pureté de leur sang.Cette joie de bâtir un foyer et d\u2019y semer la vie c\u2019est elle qui grandit l\u2019amour de l\u2019homme et de la femme et qui récompense noblement ceux qui lui furent fidèles.Retrouvons ces qualités, qui rendent l\u2019amour fidèle à sa grande tâche ; qui le préservent d\u2019être ce qu\u2019il est devenu souvent, hélas, un enfer à deux.Retrouvons cette forcé d\u2019âme disposée à tous les sacrifices, ce courage qui s\u2019obstine à ne point reculer, cette générosité qui ne refuse rien.Ces qualités, Dieu les donne, d\u2019ailleurs, à ceux qu\u2019il appelle en collaboration dans l\u2019accomplissement de son geste créateur.Ignace Draime, O.P.La Sarte (Huy), Belgique. Les moniales dominicaines 11 y a six ans arrivaient en Canada quelques moniales dominicaines.Elles se fixaient à Berthierville, dans le diocèse de Joliette, avec la bienveillante permission de son Excellence Mgr Forbes, alors évêque de ce diocèse, aujourd\u2019hui archevêque d\u2019Ottawa.Originaires du Midi de la France, elles venaient directement du monastère de Prouille fondé par saint Dominique, dix ans avant la fondation de l\u2019Ordre des Frères-Prêcheurs.Ce monastère, le plus ancien de notre famille religieuse, a toujours été en grande vénération à cause de son origine.C\u2019est une grâce de choix pour l\u2019Eglise du Canada d\u2019avoir obtenu pour cette fondation des religieuses de ce couvent qui a gardé intactes les traditions établies par le vénérable fondateur.En arrivant au pays elles n\u2019eurent qu\u2019à s\u2019installer dans une maison qui leur fut gracieusement offerte par une bienfaitrice insigne.Ces religieuses sont des contemplatives, c\u2019est-à-dire que leur vie se passe dans la prière et les exercices du culte à l\u2019intérieur d\u2019un cloître fermé.La psalmodie ou le chant de l\u2019office divin occupe une grande partie de leur temps.Elles se lèvent la nuit pour les Matines.A 5 h.30, un nouveau coup de cloche annonce le second lever.C\u2019est la journée qui commence.Il y aura tout d\u2019abord la récitation de Prime, puis la méditation suivie de la sainte messe.Les autres Petites Heures seront psalmodiées au cours de la matinée.Vers 3 h.seront chantées les Vêpres et, le soir, après les Complies, comme le veut un antique usage, on chantera le Salve Regina pour clore la journée.L\u2019office est psalmodié ou chanté suivant les circonstances ; il est plutôt chanté quand les voix sont assez nombreuses et suffisamment exercées.Le grand office, ou bréviaire sacerdotal, suivant le rite dominicain, est de règle chez les moniales. 34 REVUE DOMINICAINE Evidemment les soeurs ne sont pas toujours au choeur occupées au culte divin.Il faut, là comme ailleurs, tenir compte des exigences matérielles, inévitables dans toute vie humaine.Entre temps elle travaillent.Hâtons-nous de dire que le saint travail des mains, comme on dit en religion, a toujours été en grand honneur dans la famille dominicaine.Cette tradition remonte à saint Dominique.Nous en avons la preuve dans une lettre qu\u2019il écrivait à ses filles de Madrid: « Ne restez jamais oisives, priez et travaillez sans cesse.» Nos soeurs ont toujours été fidèles à ces conseils du Bienheureux Père, comme en témoignent les anciennes chroniques qui abondent en détails savoureux sur ce sujet.On rapporte qu\u2019un jour, dans l\u2019ouvroir, pendant que les soeurs filaient le lin et la laine pour la confection des habits, les vêtements sacerdotaux et les linges d\u2019autel, l\u2019une d\u2019elles qui cousait près de ses compagnes, murmurait cette touchante prière: «Pour chaque fil que j\u2019ourdis, Seigneur, veuillez m\u2019accorder le salut d\u2019une âme.» Sa contemplation commencée au choeur n\u2019était donc pas interrompue, elle se prolongeait au cours de la journée.Saint Paul n\u2019a-t-il pas dit: « Quoi que vous fassiez, faites tout pour la gloire de Dieu?» La Mère Hallahan, fondatrice des Soeurs dominicaines d\u2019Angleterre, au siècle dernier, avait coutume de dire : « La paresse n\u2019est pas un vice dominicain.» Souhaitons qu\u2019il en soit toujours ainsi.Nos soeurs d\u2019aujourd\u2019hui travaillent encore, comme leurs aînées, pour les autels, pour les missions, pour les pauvres et pour elles-mêmes afin de défrayer les dépenses de la maison.Il faut bien vivre, n\u2019est-ce pas?Les moniales ne font d\u2019ordinaire aucune oeuvre extérieure.Celles-ci appartiennent en propre aux soeurs de vie active.Les gens du monde ne comprennent pas toujours cette abstention et ne cachent pas leur étonnement.Il est certain que les oeuvres de secours ou d\u2019éducation rendent des services sociaux fort appréciables et qui font grand honneur à celles qui s\u2019y emploient, mais on oublie LES MONIALES DOMINICAINES 35 trop facilement que le mal moral existe à côté du mal physique, souvent causé par la perversité des hommes et le mépris des lois divines et humaines.Or, le grand remède se trouve dans la prière et le sacrifice, c\u2019est la part de la vie contemplative.Au reste, même parmi les gens du monde, on le comprend parfois.Combien parmi eux et qui ne sont pas toujours des plus édifiants, viennent solliciter les moniales de prier pour eux, pour leurs entreprises, pour la cessation de leurs épreuves, et, pourquoi ne pas le dire?pour leur conversion et leur persévérance.Dans tous les cas, c\u2019est encore dans les cloîtres que l\u2019on va chercher les consolations les plus sûres et les plus réconfortantes.Qu\u2019on lise à ce sujet le beau panégyrique de Thérèse de l\u2019Enfant-Jésus, par le chanoine Thellier de Poncheville: «La vie active d\u2019une contemplative.» Aussi l\u2019Eglise a-t-elle toujours tenu la vie contemplative en très haute estime.Elle n\u2019a pas cessé de dire avec Notre-Seigneur « que Marie a choisi la meilleure part et qu\u2019elle lui sera jamais enlevée».Saint Augustin disait: « Marie se délectait pendant que Marthe s\u2019agitait.» Saint Thomas d\u2019Aquin ajoute: «La vie contemplative se tient dans la sphère du divin, la vie active dans celle de l\u2019humain.» L\u2019Eglise continuera donc d\u2019enseigner que la première est supérieure à la seconde.Si les cloîtres ne les lui rendaient pas, que de fois le souverain Maître serait privé des hommages dus à sa Majesté ! Ils assument donc une part de l\u2019activité générale de l\u2019Eglise, ils concourent avec Elle à rendre au Créateur et Maître de toutes choses les adorations et les actions de grâces que les hommes lui doivent pour eux-mêmes et pour la création entière.* * * La prière mentale et la prière vocale, inséparables l\u2019une de l\u2019autre, constituent essentiellement la vie d\u2019une dominicaine contemplative.Mais nous avons dit que le 36 REVUE DOMINICAINE monde compte souvent sur la prière des cloîtres et s\u2019en remet à la pénitence de la moniale pour satisfaire à la justice divine.Il faut bien avouer qu\u2019il n\u2019a pas le goût de la pénitence.Il lui arrive souvent de la négliger.La moniale suppléera donc à sa négligence.L\u2019organisation monastique se prête généreusement à cette suppléance.Déjà Ta moniale qui interrompt son sommeil pour se rendre au choeur, accomplit un acte de pénitence des plus méritoires.Elle aimerait sans doute dormir encore, cette prolongation de sommeil lui est parfois nécessaire, mais la cloche a sonné, on se lève.Avouons que le corps se fait rarement à cette habitude du lever de nuit, et qu\u2019il est toujours pénible, même après des années, d\u2019interrompre ainsi son repos.Mais, cette prière faite au milieu de la nuit, dans le silence et l\u2019obscurité, favorise l\u2019entretien avec Dieu; il devient plus intime et plus personnel.Son efficacité sera d\u2019autant plus grande.Déjà, la psalmodie et le chant sont pénibles à certains jours; ils exigent un effort physique et requièrent une attention soutenue et persévérante.Mais ceci n\u2019est encore qu\u2019un aspect de la vie péniten-tielle de la moniale.D\u2019autres austérités l\u2019attendent.D\u2019abord l\u2019abstinence perpétuelle de viande, sauf pour les malades et celles que leur état de santé oblige à certains ménagements.Alors le repas se prend dans un petit réfectoire, à part, que l\u2019on préfère généralement fréquenter le moins possible.Le jeûne est aussi de rigueur depuis le 14 septembre jusqu\u2019à Pâques, (hors les dimanches), tous les vendredis de l\u2019année, les Quatre-Temps et les vigiles.Toute la communauté prend ses repas à la table commune, au réfectoire, en silence, en écoutant la lecture que chacune des religieuses fait à son tour.Le chapitre des coulpes est encore une oeuvre péni-tentielle.Cette vénérable institution n\u2019existe plus guère que dans certains vieux Ordres,mais nous y tenons comme à la prunelle de nos yeux.Le chapitre se tient une fois LES MONIALES DOMINICAINES 37 la semaine, sous la présidence de la prieure pour maintenir la discipline, réprimer les abus qui pourraient se glisser, corriger les fautes échappées à la faiblesse humaine.Les soeurs récitent d\u2019abord à deux choeurs les suffrages pour les bienfaiteurs, puis, les unes après les autres, elles s\u2019accusent des manquements à la règle.S\u2019il leur arrive d\u2019en oublier, la charité d\u2019une compagne ne manque pas de lui rappeler son omission, sans aigreur évidemment, après quoi la supérieure ajoute, si elle le juge à propos, ses observations, et finalement impose une pénitence publique ou privée à sa discrétion, pénitence qui n\u2019a rien de grave en soi, mais qui est toujours salutaire.Le chapitre des coulpes est une institution admirable ; il rappelle le sacrement de pénitence par l\u2019accusation volontaire, l\u2019humilité qui l\u2019accompagne et la sanction qui la suit.Quand il est bien tenu, c\u2019est-à-dire avec abnégation et sincérité d\u2019une part et de l\u2019autre avec fermeté et charité, il n\u2019est pas d\u2019abus qui puisse durer, pas même s\u2019introduire.Pour prouver que la vie d\u2019une moniale dominicaine n\u2019est pas faite à l\u2019eau de rose, nous pourrions ajouter ce que comporte de gênant, de mortifiant, de pénible, la pratique des voeux et des vertus religieuses, la vie commune, le travail, les différences de caractère et d\u2019éducation.Rien n\u2019est laissé au caprice; la volonté se soumet, sans quoi il ne peut y avoir ni ordre, ni paix, encore moins de sanctification.Néanmoins chacune pourra se livrer privément aux austérités et mortifications personnelles dans la mesure que lui permettra la supérieure.Inutile d\u2019ajouter que cette vie de pénitence est de bon aloi, sans mesquinerie aucune, mais inspirée par une générosité parfaite.Qui ne comprend quels trésors de mérites et d\u2019expiation s\u2019accumulent ainsi chaque jour ?* * * Toute jeune personne qui aspire à devenir moniale 38 REVUE DOMINICAINE dominicaine doit d\u2019abord faire six mois de postulat, dans le cloître, sous l\u2019oeil de la communauté dont elle partage la vie et les exercices religieux, après quoi, si elle est jugée digne d\u2019être admise au noviciat, elle revêt solennellement l\u2019habit dominicain avec voile blanc.Le noviciat dure un an.Il se termine par l\u2019émission des voeux temporaires, c\u2019est-à-dire pour trois ans pendant lesquels s\u2019achève la formation religieuse.Lés soeurs de choeur prononceront les voeux perpétuels après ces trois années révolues, les soeurs converses de même.Les novices, séparées de la communauté, sont confiées aux soins d\u2019une mère-maîtresse, dont la fonction, exclusive de tout autre emploi, consiste à former les nouvelles recrues aux habitudes et aux exigences de la vie religieuse.Elle leur apprend la règle et les constitutions, la manière de réciter l\u2019office divin, les exercices de la vie spirituelle, les initie aux secrets de la vie ntérieure, à l\u2019art de se vaincre soi-même, à ces mille choses qu\u2019il importe de connaître pour comprendre ce genre de vie si différent de celui du monde.Cependant les novices suivent la communauté au choeur, au travail, au réfectoire où elles font la lecture à leur tour, mais elles prennent la récréation à part avec la mère-maîtresse ou son assistante.Aucune peine n\u2019est épargnée pour les instruire, de sorte que plus tard, si la vie religieuse devenait pour elles un fardeau trop lourd à porter, elles n\u2019aient pas le droit de plaider ignorance, et, pas davantage de plaider contrainte, ayant été averties maintes fois qu\u2019elles ne sont admises dans la religion que si elles y viennent librement et de leur plein gré.Un grand esprit de sagesse et de prudence préside donc à tout ce qui entoure le berceau de la vie religieuse.Dans tout monastère il y a trois catégories de religieuses.D\u2019abord les soeurs de choeur qui occupent Te premier rang.Elles s\u2019emploient surtout à chanter ou psalmodier l\u2019office divin.Viennent ensuite les soeurs converses dont la part comprend l\u2019ensemble des travaux LES MONIALES DOMINICAINES 39 manuels.Elles ont choisi cette condition plus humble parce qu\u2019elles n\u2019ont pas les aptitudes pour les offices du choeur ou parce qu\u2019elles l\u2019estiment plus méritoire.Mais, elles sont religieuses au même titre que les premières ; elles font les mêmes voeux, elles portent le même habit, sauf que le scapulaire est noir et le voile blanc.Elles récitent un office plus court; elles ont part aux mêmes exercices de communauté et aux mêmes suffrages après leur mort.Leur place dans la charité des compagnes occupe le même plan que les autres.Il arrive souvent qu\u2019elles sont les plus choyées dans leurs maladies et leurs infirmités.La troisième catégorie comprend les soeurs de l\u2019extérieur ou tourières.Elles font les commissions, reçoivent les étrangers et s\u2019occupent des affaires du dehors sous la direction de l\u2019économe et de la prieure.Elles n\u2019entrent jamais dans le cloître, cependant elles font les voeux de religion, elles récitent le même office que les soeurs converses; elles reçoivent la direction de la mère-prieure et de leur maîtresse, qui s\u2019efforcent de leur inculquer le même esprit religieux qu\u2019aux soeurs du dedans.Elles portent un habit noir, de même coupe que l\u2019habit blanc des moniales.Elles observent l\u2019abstinence et les jeûnes des soeurs du Tiers-Ordre régulier.Le monastère est gouverné par une prieure élue pour trois ans à la majorité des voix, par les professes ayant neuf ans de profession.Elle est assistée d\u2019une sous-prieure, d\u2019une économe qui voit aux affaires matérielles et dirige le travail des soeurs converses, et d\u2019un conseil auquel sont soumis l\u2019examen mensuel des comptes et les affaires importantes.Il faut bien en effet en venir aux comptes du couvent, car pas plus qu\u2019ailleurs, on ne vit du parfum des fleurs, fûssent-elles cueillies dans les parterres où croissent les plus éminentes vertus.Elles vivent du rapport des dots des soeurs de choeur, placées en un lieu de tout repos; du produit de leur travail et des offrandes des 40 REVUE DOMINICAINE visiteurs de passage ou qui accompagnent les demandes de prières.Ce qu\u2019elles reçoivent ainsi, n\u2019est pas énorme, mais la plus vive reconnaissance est acquise au donateur généreux.On devine sans doute que l\u2019on ne gaspille pas dans ces sortes de maisons.La situation financière ne le permet pas, et l\u2019on a su inculquer à chacune l\u2019habitude de ne rien laisser se perdre.Avec cela on arrive à joindre les bouts que la Providence se plaît souvent à rapprocher au-delà de ce que l\u2019on osait espérer.Il faut avoir vécu près de ces cloîtres, avoir vu de près leurs hôtes aux prises avec les difficultés inhérentes à toute institution humaine, pour se rendre compte de ce que peut l\u2019endurance religieuse, pour sortir d\u2019une impasse, ne jamais perdre confiance et conserver l\u2019espoir d\u2019un meilleur lendemain.Les fondatrices de Berthierville ont une histoire trop ancienne et leurs racines plongent dans un passé trop lointain pour manquer de sérénité.Elles l\u2019ont apportée avec elles.La Providence les soutiendra en toute circonstance, comme elle les guidera dans le choix de celles qui aspirent à partager leur vie de prière, de labeur et de pénitence.Le monastère de Berthierville est situé à l\u2019entrée de la ville.On le connaît déjà comme une maison de prière ; beaucoup de passants y laissent leur offrande après y avoir prié.Et, quand une âme jeune demande à ces moniales de l\u2019accueillir au milieu d\u2019elles, elle est reçue avec encore plus de bonne grâce.Comme disait l\u2019Abbesse de Sainte-Cécile de Solesme, « plus les âmes sont près de Dieu, plus elles deviennent pour les autres une force d\u2019attraction.» Thomas Couët, O.P. La joie L\u2019Evangile prêché et vécu, dans tout son ensemble, exhale un parfum de joie qui fait tressaillir la jeunesse du christianisme et la renouvelle d\u2019âge en âge.La sainte liturgie, expression vivante de la doctrine catholique, fait une large part aux accents d\u2019humilité et de componction.Mais c\u2019est une humilité joyeuse, une componction où la confiance finit presque toujours sur le ton lyrique de l\u2019allégresse.Même le Vendredi Saint, où la douleur semblerait devoir absorber tout autre sentiment, l\u2019enthousiasme des triomphes se fait jour, les chantres acclament le Dieu Saint, le Dieu fort, le Dieu immortel.Et cette Croix sanglante, on l\u2019adore avec l\u2019intention de la porter à son tour, mais on la vénère aussi comme une cause infaillible d\u2019universelle jubilation.Le vrai chrétien n\u2019ignore pas que le Christ a dit : « Bienheureux ceux qui pleurent.» Tout le long du jour il est prêt à faire sienne la parole angoissante de saint Paul : « Le chagrin s\u2019est emparé de mon âme, une douleur incessante afflige mon coeur.» Mais avec le même Apôtre, il est capable de reprendre aussitôt: « Je surabonde de joie au milieu de mes tribulations.» Il sait que Jésus a dit: ((Vous serez dans la tristesse; mais la tristesse pour vous se changera en joie.» Cette joie dominatrice qui tient ferme en dépit des assauts parfois si terribles de l\u2019épreuve, beaucoup de chrétiens la méconnaissent.Ils e nignorent l\u2019incomparable beauté et vont jusqu\u2019à lui préférer d\u2019ignobles jouissances.Pour vous mettre en garde contre pareille méprise, nous allons essayer de vous faire un portrait fidèle de la joie chrétienne.La connaissant mieux, vous l\u2019esti- 1 Ce substantiel et délicat travail a été trouvé parmi les papiers intimes du jeune Père Gabriel Couture, décédé accidentellement sut la Rivière Ottawa, le 1er septembre 1931. 42 REVUE DOMINICAINE merez davantage.Vous serez plus jaloux de la tenir si elle est vôtre et plus anxieux de la trouver si elle vous manque.Avant de nous adresser à votre foi et de vous dépeindre la joie chrétienne, nous croyons utile d\u2019en appeler à votre raison et à votre expérience, et de vous décrire la joie simplement bonne et naturelle.La première, en effet, suppose la seconde.Car, en matière de félicité comme partout, la grâce ne détruit pas la nature mais, en la corrigeant, la respecte, compte avec elle et la réclame comme une base indispensable.De sorte que bien connaître la joie de l\u2019honnête homme, c\u2019est être préparé, quand la grâce viendra, à découvrir la sainte joie des enfants de Dieu.Nous parlerons donc, aujourd\u2019hui, de la joie simplement bonne et naturelle.Après avoir formulé une définition conforme aux enseignements du Docteur angélique, nous en dégagerons, en premier lieu, la nature de la joie, et en second lieu, les conditions à réaliser pour éprouver de la joie.* * * La joie, d\u2019après saint Thomas d\u2019Aquin, c\u2019est le sentiment de repos où notre âme s\u2019épanouit quand elle a conscience de posséder son bien.Et d\u2019abord, elle appartient à l\u2019ordre des sentiments, c\u2019est-à-dire, des affections de notre âme.La joie n\u2019est donc pas une connaissance, mais une affection, un certain vouloir.Notez surtout que ce vouloir est un vouloir tout à fait rationnel.Jouir n\u2019est pas affaire de sentimentalité ou d\u2019émoi physique.Capable de s\u2019émouvoir parce qu\u2019il ressemble aux êtres sans raison, l\u2019homme serait incapable de jouir s\u2019il ne ressemblait à Dieu et aux anges.Qu\u2019à l\u2019occasion d\u2019une joie un peu vive, la sensibilité s\u2019affine ou s\u2019exalte, que les organes eux-mêmes en soient affectés, que le sang coule plus généreux dans les veines, que le regard soit plus épanoui, la parole plus chaude, le geste plus léger, tout cela prouve explication dans l\u2019étroite LA JOIE 43 solidarité où se tiennent les différentes forces de notre être et qui les fait toutes prêtes à réagir quand l\u2019une d\u2019elles entre en activité.Mais tout cela, pris séparément, n\u2019est pas raisonnable, tout cela n\u2019est pas la joie et peut aller sans elle.Notre monde moderne se leurre qui croit jouir quand il s\u2019émeut ou s\u2019enivre: il prend les signes et plus souvent les contrefaçons de la joie pour la joie elle-même.Sa joie est un simulacre qui énerve les âmes au lieu de les reposer.Car il faut que la joie repose notre âme.C\u2019est là son rôle.Dans la joie, pas de mouvement fébrile, pas d\u2019agitation, pas de fatigue, mais la douce quiétude, le repos où les heures elles-mêmes arrêtent de s\u2019enfuir.On dirait avec la joie qu\u2019il est apparu dans le temps un lambeau d\u2019éternité qui voile tout ce qui passe, y compris la durée.J\u2019étais dans la joie, écrit Dante, c\u2019est pourquoi le soleil avait franchi cinquante degrés et je ne m\u2019en étais pas aperçu.Bref, un artiste qui voudrait confier à la toile une expression de joie pourrait y dessiner une figure calme et sereine, exempte dans sa physionomie de tout indice pouvant dénoncer un manque de vigueur ou de spontanéité.La joie, c\u2019est le repos de notre âme.Mais prenez garde : ce repos n\u2019est pas l\u2019inaction ou le sommeil.Tout au contraire, c\u2019est l\u2019activité, l\u2019activité aussi intense que possible.Ce qui fatigue le plus un homme, en effet, c\u2019est de ne pas agir.Par son corps, assurément, l\u2019homme ne revendique pas mieux qu\u2019une existence amorphe et paresseuse.Il en est ainsi de tous les corps.La première loi des astres serait l\u2019inertie, et dans leurs révolutions continuelles, comme l\u2019a dit Pascal, on voit qu\u2019ils cherchent l\u2019endroit de leur repos.Mais quand on a la vie, il faut agir ; la vie, c\u2019est l\u2019action.Même si le corps se fatigue de vivre, la vie n\u2019en réclame pas moins l\u2019action.Et quand on a la vie dans sa plénitude, quand on n\u2019a pas seulement une vie rudimentaire et passive, comme les plantes rivées au sol et mieux enracinées encore à des lois fatales et despotiques ; lorsqu\u2019on n\u2019est pas fait pour suivre les 44 REVUE DOMINICAINE sentiers de la bête, inapte à voir l\u2019invisible idéal où le monde s\u2019achemine, qui prend les moyens qu\u2019elle a de vivre pour la fin de la vie et se laisse entraîner, comme une herbe dans un torrent, par le flot de la passion ; quand on a la vie parfaite comme l\u2019homme, on ne trouve de vrai repos que dans le plein exercice de la vie, dans l\u2019activité parfaite et perfective,consciente et maîtresse d\u2019elle-même.Loin d\u2019être un fardeau, cette activité allège l\u2019âme, en l\u2019affranchissant du joug de son corps.Loin de violenter la nature, elle satisfait son plus suppliant besoin, le besoin de ressembler à Dieu, qui est l\u2019Acte immuable et éternel.Il existe cependant un arrêt de l\u2019âme qui n\u2019est pas la joie.La tristesse comme la joie est un repos.Quand elle nous envahit, en effet c\u2019est que notre âme, fuyant un malheur depuis longtemps peut-être, s\u2019est arrêtée soudain, haletante, n\u2019ayant plus même les énergies du désespoir, et tomba.Plus aucune force, plus de mouvement, plus d\u2019agitation, l\u2019accalmie, le repos.Mais quelle énorme différence entre ce repos douloureux et celui de la joie.La cause de l\u2019un, c\u2019est un mal, tandis que pour l\u2019autre, c\u2019était l\u2019antithèse du mal, c\u2019était le bien.Au sentiment joyeux, comme à toute activité, il faut un objet.On ne jouit pas à vide.On jouit de quelque chose.De quoi donc?Nous savons que jouir, c\u2019est vouloir, et qu\u2019on veut toujours le bien ou le mal.Mais peut-on jouir, soit du bien, soit du mal, tantôt de l\u2019un, tantôt de l\u2019autre, ou de tous les deux ensemble?Non! il faut choisir entre ces deux alternatives.Si le bien cause la joie, il la cause invariablement, lui seul, et le mal cause invariablement le contraire de la joie.N\u2019y a-t-il pourtant pas de joie dans le mal?N\u2019a-t-on pas connu d\u2019heureux scélérats?N\u2019en voit-on pas se complaire aux abus de pouvoir, au mépris de l\u2019autorité, à la protection des coupables, à la condamnation des innocents, aux scandales de toutes sortes?Ne se réjouit-on pas quelquefois de l\u2019infortune d\u2019autrui?N\u2019y a-t-il aucune joie dans le mal?Si vous le croyez, vous êtes dans l\u2019erreur.Parlez- LA JOIE 45 vous, en effet, de la joie parfaite, celle que nous prêtons à Dieu et qui nous attend nous-mêmes si nous atteignons le but de notre vie?Il est alors bien évident que la joie ne vient pas du mal, car pour Dieu il n\u2019est pas de mal, et pour les bienheureux, le mal a cessé d\u2019être.Parlez-vous de la joie imparfaite, celle que peut accompagner le chagrin et qui est si souvent troublée par lui?Mais cette joie est la même, au fond, que la première : d\u2019un moindre degré elle a même nature.Autrement, elle ne serait plus la joie.Comme la joie parfaite, celle qui en est un commencement ne vient donc pas du mal, par conséquent aucune joie ne vient du mal.Oh! le mal promet la joie.Et c\u2019est notre faiblesse, hélas! trop souvent inexcusable, de ne savoir pas en discerner la ruse.L\u2019entrée du précipice est parfois revêtue de mousse, et nous l\u2019approchons sans défiance.Nous allons jusqu\u2019à nous glisser comme à plaisir sur la pente ombreuse des abîmes.Nous nous cramponnons à ce que réprouve notre idéal, tout comme à une planche de salut.Mais au lieu de la joie, c\u2019est tôt ou tard l\u2019amertume de la désillusion.Il y a eu quelque jouissance peut-être; jouissance dans et par le mal, jamais.Nous pensions jouir du mal et c\u2019était du bien où le mal, honteux de lui-même, cachait son ignominie.Si vous voulez fixer et maintenir votre coeur dans la stabilité de la joie, ne lui donnez donc pas le mal comme nourriture, mais le bien.Un sinistre héros de roman confesse, hurle, pour ainsi dire, cette distinction : Le 'plaisir, le plaisir, pas le bonheur! * * * Le repos idéal qu\u2019est la joie, suppose, disions-nous dans notre définition, que l\u2019on a conscience de posséder son bien.Trois conditions sont donc requises: posséder un bien, posséder son bien, et savoir qu\u2019on le possède.Pour jouir, il faut tout d\u2019abord avoir un droit de propriété.Si Dieu, qui possède à Lui seul d\u2019une façon tout à fait indépendante et inaliénable l\u2019universalité des biens, 46 REVUE DOMINICAINE ne possédait pas le bien de manière assez parfaite pour le donner sans le perdre; et s\u2019il n\u2019était pas assez bon pour faire participer le monde à ses inépuisables richesses, le monde ne participerait pas non plus à son ineffable joie.Dieu, nous le savons, diffuse le bien dans toutes ses oeuvres.Et quand il s\u2019agit de l\u2019homme, son chef-d\u2019œuvre, non content de le rassasier par ses largesses, il lui fait l\u2019honneur de s\u2019enrichir lui-même par sa propre industrie, et bien plus, d\u2019aider ses semblables à gagner leur fortune.Il reste pourtant qu\u2019avant d\u2019avoir usé de son droit, avant d\u2019avoir gagné le bien pour soi-même ou pour d\u2019autres qu\u2019il aime comme soi-même, l\u2019homme n\u2019est pas maître du bien, il ne le possède pas : et nous disons qu\u2019alors il ne peut pas se reposer dans la joie.Non, car l\u2019amour du bien l\u2019en empêche.L\u2019amour, en effet, c\u2019est la sympathie naturelle qui existe entre nous et le bien, faisant que le bien nous charme par sa beauté et que, fascinés par l\u2019attirance de sa vertu communicative, nous nous abandonnons à lui pour être son esclave.Tranquille servitude, quand le bien qui nous possède, nous le possédons aussi.Nous n\u2019avons qu\u2019à nous extasier dans le reflet de sa beauté et c\u2019est tout de suite le repos de la joie.Mais quand nous aimons un bien qui nous manque, il en va d\u2019une autre manière.L\u2019amour devient un aiguillon qui brûle notre âme au vif, l\u2019oblige à bondir hors d\u2019elle-même et à s\u2019élancer dans la course laborieuse du désir.Notre âme alors ne change pas de lieu, mais elle change d\u2019état.Et ce changement réclame un labeur autrement plus intense que les déploiements physiques.Notre âme s\u2019y fatigue, s\u2019y épuise et peut en venir à ce point de lassitude qu\u2019elle ne soit plus capable de traîner son corps.L\u2019âme poursuit la joie, et elle continue pourtant, elle continue toujours, quelles que soient la longueur et la difficulté du chemin.Elle est comme jetée dans le vide, elle végète en dehors de son centre, elle n\u2019a point son point d\u2019appui.Et que le centre soit à l\u2019est ou à l\u2019ouest, que le point d\u2019appui soit la terre ou le ciel, elle s\u2019y dirige avec LA JOIE 47 toute l\u2019impétuosité de sa nature.Que si conservant l\u2019amour, elle n\u2019en devait jamais atteindre l\u2019objet, le repos serait à jamais impossible, et l\u2019interminable course se poursuivrait dans une éternelle angoisse.Ce n\u2019est pas à dire qu\u2019il faille classer la joie parmi les sentiments égoïstes.Le bien, nous le voulons pour nous et aussi pour d\u2019autres,d\u2019autres que nous chérissons comme nous-mêmes, et plus, bien souvent, qu\u2019ils ne s\u2019aiment eux-mêmes: notre père, notre mère, nos enfants, nos amis.Qu\u2019ils possèdent le bien, grâce à nous ou sans nous, et nous en concevrons de la joie.La possession requise n\u2019est pas toujours la possession réelle.Il y a des joies précieuses dans le souvenir, dans l\u2019espérance et même dans l\u2019illusion.Mais sinon réelle, du moins idéale ou fictive, la possession est toujours indispensable à la jouissance.Le bien qui n\u2019est possédé en aucune manière est incompatible avec le repos de la joie.Au surplus, le bien qu\u2019il faut posséder n\u2019est pas un bien quelconque mais son bien.C\u2019est que le divin Dispensateur ne prodigue pas ses richesses au hasard.Pour chacun de ses bénéficiaires II détermine un bien spécial, d\u2019une qualité à part, convenable à lui et non à d\u2019autres, capable de le satisfaire, et lui et non les autres.Pour chacun d\u2019eux, par conséquent, la vraie cause de joie, c\u2019est de posséder non pas un bien trop grand, non pas un bien trop petit, non pas le bien d\u2019un autre, mais son bien.Et tout son bien.Possédé en partie, le bien cause pourtant la joie.Et quand on n\u2019a pas tout, il est sage de se réjouir de ce que l\u2019on a.Il y a des haltes reposantes et nécessaires sur la route du bonheur.Mais pour trouver le complet repos, il faut rebattre la route après s\u2019être ravitaillé et poursuivre jusqu\u2019au bout, jusqu\u2019au bien ultime.Vous n\u2019avez pas la joie?Ce peut être que le bien où vous la cherchez n\u2019est pas votre bien.Ce peut être qu\u2019aimant les vôtres d\u2019un faux amour, vous leur voulez un bien qui n\u2019est pas leur bien.L\u2019argent, les riches domaines, le bien aise, les autres moyens de vivre pour l\u2019individu, la 48 REVUE DOMINICAINE famille, la société, ne sont pas votre bien: utilisez-les, goûtez- raisonnablement le plaisir qu\u2019y a mis la Providence pour en faciliter l\u2019usage ; mais, sachez-le, ces biens ne sont pas à vous, ils vous sont prêtés, non donnés, et vous ne les emporterez pas au-delà de la tombe.Vous avez du savoir, de la prudence, du courage, une forte personnalité, de grandes amitiés.Tant mieux : ces biens spirituels sont dignes de vous, il est permis, il est noble d\u2019en jouir; mais ils ne vous suffisent pas.Votre bien à vous, capable de remplacer tous les autres et que nul autre ne remplace, le seul qui puisse combler le vide immense creusé par l\u2019amour dans votre coeur, c\u2019est le Bien infini, c\u2019est Dieu.Ayez tous les trésors, et si Dieu vous manque, vous continuerez de vous épuiser en désir; mais possédez Dieu, et que la part de votre héritage terrestre soit petit ou grand, qu\u2019il soit situé à l\u2019entrée de la vallée ou sur le roc en face de la montagne, qu\u2019on y respire l\u2019air des palais ou l\u2019humilité d\u2019une chaumière, si vous possédez Dieu, le Maître du monde, vous êtes riches autant qu\u2019on peut l\u2019être, vous avez votre bien, gardez-le, et c\u2019est la joie, pourvu, dernière condition, que vous sachiez votre bonheur.Il est certain que richesse ignorée, du point de vue de la^jouissance, équivaut à pauvreté.Ce serait trop long de voiüs démontrer ici comment le vouloir de la joie, comme tous les vouloirs, est tributaire d\u2019une connaissance.Quelle en serait l\u2019utilité, d\u2019ailleurs, puisque les faits suffisent.Songez à tous ces favorisés de la fortune que la pire des paralysies a jeté dans l\u2019inconscience, et qui, riches sans le savoir, ne trouvent aucun plaisir à l\u2019être.Rappelez-vous cette âme qui s\u2019est un jour trouvée sur votre route: elle gisait dans un sourd abattement, et voici qu\u2019après votre passage elle était radieuse d\u2019allégresse.Que lui aviez-vous donné?Rien autre chose qu\u2019un peu de lumière, la seule aumône d\u2019un encouragement: vous l\u2019aviez fait prendre conscience de sa valeur, et cela avait suffi, mais il avait fallu cela pour l\u2019établir dans la joie.Et LA JOIE 49 nous-mêmes, combien souvent ne nous prenons pas à répéter dans le secret: « Si j\u2019avais su! si j\u2019avais su le prix de mon temps, si j\u2019avais compris la sagesse de ce conseil, si j\u2019avais connu la fidélité de ce coeur, si j\u2019avais vu la beauté de mon âme, si j\u2019avais apprécié le don de Dieu!)) Si nous savions toujours! Si, courant sans relâche après de vains fantômes, nous portions plus souvent notre regard, et de façon moins coutumière et distraite, sur le bien que nous possédons ! Au lieu d\u2019ignorer ce qui dépasse la perception sensible et de faire cause commune avec les êtres dépourvus du principe ou de l\u2019usage de la raison, si nous appliquions notre esprit à considérer le patrimoine spirituel qui est le nôtre, et à discerner, sous la vulgarité des choses particulières, l\u2019universalité divine qui les élève au-dessus d\u2019elles-mêmes ; si nous avions plus de lumière et pensions à l\u2019irradier là où elle fait défaut; si tous ceux qui nous entourent, et nous, avions toujours conscience de notre bonheur, que de tristesses évitées, que de joies goûtées ! * * * L\u2019heure venue, pour Rachel, de remplacer les soupirs et les larmes par un chant d\u2019allégresse, Dieu vint la trouver et lui dit: « Repose-toi, repose ta voix de gémir et tes yeux de pleurer, quiescat vox tua a ploratu et oculi tui a lacrimis.» Il était question du repos surnaturel qu\u2019est la joie chrétienne et dont nous espérons bientôt vous entretenir.Mais comme la joie, que nous vous avons décrite, une fois élargie, rehaussée, divinisée par la grâce, devient la joie surnaturelle, vous êtes déjà tout disposés à connaître cette dernière, si du moins vous vous êtes laissés convaincre que la vraie joie, si petite qu\u2019on la suppose, n\u2019est pas un phénomène vulgaire, mais le repos d\u2019une âme, supérieur, conciliable avec une activité débordante, vertueuse, conquérante, qui s\u2019élève et qui a conscience de s\u2019élever jusqu\u2019à Dieu.fr.Gabriel Couture, O.P. Le sens des faits Des étrennes à la Saint-Vincent de Paul N\u2019oubliez pas vos étrennes à la Saint-Vincent de Paul ! Ce qui la distingue à nos yeux comme aux regards du monde chrétien, c\u2019est le sens pratique et l\u2019esprit surnaturel animant ses officiers et ses membres.Au lieu d\u2019en attendre béatement la fin, elle s\u2019est pour ainsi dire installée dans la Crise, comme certains peuples se sont un jour installés dans la Guerre.Les dures circonstances l\u2019ont trouvée prête.Sans se départir de ses méthodes traditionnelles, utilisant simplement un surplus de générosité de la part du public, elle a trouvé moyen d\u2019élargir encore son champ d\u2019action.N\u2019est-ce pas ce qui lui confère une supériorité sur tant d\u2019autres associations très dévouées, très méritantes, mais qui n\u2019ont pas à leur crédit son expérience déjà séculaire.Trop solitaires ou trop occupés pour vous rendre compte des nécessités concrètes, vous avez fait pour le Jour de l\u2019An la part du pauvre et vous êtes anxieux de la voir fructifier avec un minimum de risques: envoyez votre aumône à la Conférence locale.La charité n\u2019est pas une science, mais vous trouverez là une organisation scientifique de la charité.Quant à l\u2019esprit surnaturel, ferment invisible, mais connu, lumière et force dans les randonnées du quêteur, dans les visites du pauvre à domicile, dans le discernement des besoins réels et les détresses feintes, surtout dans les rivalités ou conflits inséparables des plus hautes entreprises, voilà le vrai trésor de cette Société, un trésor qui demeure quand l\u2019autre devient vide.« Il convient d\u2019affirmer que les oeuvres valent, durent, résistent aux fureurs du monde et du démon, dans la mesure où elles s\u2019alimentent aux sources de la vie religieuse.Il convient LE SENS DES FAITS 51 d\u2019affirmer que nos oeuvres chrétiennes réussiront mal, à moins qu\u2019elles n\u2019aient à leur racine la contemplation et la piété.Si l\u2019on sacrifie le culte de Dieu au culte de l\u2019Humanité, celle-ci pâtira la première de cette erreur.Nul ne donne ce qu\u2019il n\u2019a pas, nul ne donne abondamment ce qu\u2019il ne possède que maigrement, nul ne donne longtemps ce qu\u2019il ne possède pas d\u2019une façon ferme et définitive.» (T.R.P.Janvier).Il faut donc voir un symbole dans cette quête de la Saint-Vincent effectuée à la porte de nos églises, sous les deux bras de la Croix.Félicitons ses membres de s\u2019être installés dans la Crise,en leur offrant autre chose qu\u2019une sympathie vague, sans contour et sans poids.Félicitons-les d\u2019avoir compris l\u2019étendue et l\u2019urgence du devoir social, et que l\u2019essentiel dans une vie d\u2019homme doit être, avec le pain quotidien du Pater, l\u2019humble service de Dieu et du prochain.Le reste, fortune, titres, préséances, succès de club ou de salon, fait office de brillant accessoire.Vérités de retraite fermée, dira-t-on.Mais la durée de la Crise et la signification profonde que vient d\u2019y attacher le Saint-Père montre bien que c\u2019est le genre de vérités que le monde moderne a surtout besoin d\u2019entendre.M.-A.Lamarche, O.P.Dans l\u2019Ordre.Rome.\u2014 Le R.Père Gillet, Maître Général, ayant adressé une lettre à Pie XI pour le remercier de la promulgation de la nouvelle constitution apostolique concernant les études ecclésiastiques, vient de recevoir de Sa Sainteté une bienveillante réponse.De retour à Rome, il a aussi adressé à l\u2019Ordre, le 27 octobre, une notice funèbre sur l\u2019Eminentissime cardinal Rouleau.\u2014 Le Rme Père Général a visité les couvents dominicains d\u2019Allemagne.Le 15 octobre, il a donné à Berlin une grande conférence sur la crise actuelle des consciences.A cette conférence, présidée par S.Exc.le Nonce apostolique, se pressaient l\u2019élite des catholiques berlinois 52 REVUE DOMINICAINE et de nombreuses personnalités de la colonie française.Le 17, le Rme Père a été reçu à déjeuner à l\u2019ambassade de France.L\u2019après-midi de ce même jour, il a été reçu en audience par le Chancelier Brüning.\u2014 Le T.R.P.Langlais a été nommé, le 15 novembre, Supérieur du Collège Apostolique des Pénitenciers de Sainte-Marie-Maj eure.\u2014 Le T.R.P.Leduc a été nommé Supérieur du Couvent de Saint-Sixte où habite le groupe des Pères Etudiants.Il y continue également ses cours de Droit canonique.France.\u2014 Le dimanche, 15 novembre, avait lieu dans l\u2019église Saint-Etienne du Mont, paroisse de la Sorbonne, sur le territoire de laquelle était situé jadis le Couvent des Dominicains de la rue Saint-Jacques, où enseignaient Albert le Grand et saint Thomas d\u2019Aquin, une journée solennelle de prière pour obtenir de Dieu la canonisation du Bienheureux Albert le Grand.Il y eut grand\u2019messe chantée par le T.R.P.Monpeurt, prieur de Saint-Jacques, sous la présidence de S.E.Mgr Crépin, auxiliaire de Paris.Sermon par le T.R.P.Padé, Provincial de France.A quatre heures, les Vêpres Pontificales furent chantées par S.E.Mgr Baudrillart, Recteur de l\u2019Institut Catholique.Panégyrique d\u2019Albert le Grand, par le T.R.P.Janvier.Salut solennel.La cérémonie du soir fut présidée par S.E.le cardinal Verdier, archevêque de Paris.Des reliques de saint Thomas d\u2019Aquin et du bienheureux Albert le Grand étaient exposées dans le sanctuaire.\u2014 Le T.R.P.Augustin-Marie Bellouard, ancien prédicateur du Carême à Notre-Dame de Montréal, a été postulé comme Prédicateur général par le Chapitre provincial de Lyon, et cette requête a été accordée par le Conseil généralice de Rome. LE SENS DES FAITS 53 Canada.\u2014 Le T.R.P.Forest a commencé à Sherbrooke, aux intentions du public en général, une série de six cours sur I\u2019Encyclique Casti Connubii ainsi partagés : ^\t1° Les droits respectifs de l\u2019Eglise et de l\u2019Etat sur le mariage ; 2° Le mariage et l\u2019enfant; 3° Le mariage et la femme ; 4° L\u2019eugénique; 5° Le divorce; 6° Le divorce au Canada.Il a aussi donné, à l\u2019Heure catholique de la Radio, une causerie apologétique sur la nécessité morale de la Révélation pour les vérités de base accessibles à la raison humaine.\u2014 Le R.P.Chenu a livré à Montréal, sous les auspices de l\u2019Institut franco-canadien, trois cours sur « Les théories politiques au Moyen-Age » : 1° Impérialisme et Chrétienté (Grégoire VII) ; 2° Droit naturel et sens chrétien (S.Thomas) ; 3° Un fondateur du droit des gens (Vit-toria).Le révérend Père s\u2019est embarqué pour la France le 23 décembre, emportant, comme l\u2019an passé, souvenirs et regrets.\u2014 A la publication de l\u2019article posthume du Père Thomas Couët, nous joignons celle d\u2019un message émouvant de son ami l\u2019écrivain Emile Baumann, adressé au Directeur de la Revue: Garches (Seine-et-Oise), France, 22 octobre 1931.Mon Révérend Père, Je reste bouleversé, profondément ému de la double catastrophe dont vous avez bien voulu m\u2019envoyer le récit.La mort du Révérend Père Couët m\u2019est particulièrement sensible; car il m\u2019honorait d\u2019une amitié que je lui rendais, sans avoir pu le connaître, avec une ferveur pleine de gratitude. 54 REVUE DOMINICAINE Le mystère de ces cruels événements, serait inscrutable, si nous ne savions que toute douleur humaine acceptée en Dieu prend une valeur de rachat dont les limites nous échappent.Quand j\u2019ai perdu mon frère,1 j\u2019ai senti d\u2019une façon palpable la vertu de son sacrifice.Laissez-* moi vous souhaiter, mon Révérend Père, que la province canadienne de l\u2019Ordre et tout l\u2019Ordre dominicain éprouvent le bienfait de ces belles vies immolées.Veuillez croire à mon fidèle attachement en saint Dominique et dans la mémoire de l\u2019Ami qui nous attend ailleurs.Emile Baumann.\u2014 Une imprimerie complète et des plus modernes, vient d\u2019être installée au sous-sol du Couvent de Notre-Dame de Grâce.L\u2019atelier fonctionne au bénéfice des seules publications dominicaines et les travaux sont exécutés par nos frères convers, avec l\u2019aide temporaire de quelques ouvriers laïques, sous la direction du R.P.Thomas-Marie Lamarche, directeur du « Rosaire ».Les intéressés voudront bien adresser leur correspondance à ce dernier, maintenant assigné à N.-D.de Grâce, en ayant soin, pour éviter toute confusion et tout retard, d\u2019inscrire ses initiales ou son prénom.L\u2019administration des revues et de l\u2019Oeuvre du Noviciat reste à Saint-Hyacinthe, à la charge du R.P.Jean Bacon.\u2014 Tout en corroborant de tout coeur les souhaits adressés aux abonnés par le R.P.Voyer, nous leur recommandons de vouloir bien se mettre en règle avec l\u2019administration, soit par la solde des réabonnements et des arrérages, soit par un avis immédiat, en cas de désabonnement.\tFra Domenico.1 On se rappelle que le R.P.Joseph Baumann, O.P., a péri dans le naufrage de la « Bourgogne », en même temps que les Pères Cyprien Florisone et Bernardin Merlin.\u2014 N.D.L.R. L\u2019esprit des livres R.P.Merkelbach, O.P.\u2014 « Summa Theologiae Mora-lis.».Paris, Desclée, de Brouwer & Cie., 76 bis, rue des Saints Pères, (Vile).De bons manuels de théologie morale ne manquent pas; mais rarissimes sont les excellents manuels de théologie morale intégralement thomiste.Le T.R.P.Merkelbach, O.P., professeur au Collège Angélique à Rome, nous offre un manuel qui a tout l\u2019attrait et toute la valeur des choses rares.Retour à S.Thomas, à sa doctrine et à sa méthode en morale, voilà l\u2019idée directrice de l\u2019auteur.Contre l\u2019envahissante casuistique, contre le divorce déplorable entre les théologies spéculative et pratique, il accentue fortement la réaction commencée en 1914 par le Père Prümmer, O.P., maintenue et réaffirmée récemment en 1930 par J.B.Dumas avec le premier volume de sa « Theologia moralis thomistica ».La « Summa Theologiæ Moralis » du T.R.Père Merkelbach apparait comme une adaptation des plus heureuses de la Somme de S.Thomas à toutes les exigences des étudiants d\u2019aujourd\u2019hui.Tout a été mis à profit pour faciliter l\u2019étude, attirer et fixer l\u2019attention : format commode, distribution intelligente, mise en page aérée, typographie très soignée, différents caractères qui indiquent tout de suite le plus et le moins important dans une question.En un mot la «technique» extérieure, si j\u2019ose dire, est parfaitement réussie.Mais le dedans l\u2019est davantage.Comme S.Thomas, l\u2019auteur étudie d\u2019abord le morale générale: Fin ultime, actes humains dans leur facteur psychologique et moral; leurs causes exemplaires: conscience et loi ; leurs causes efficientes : « habitus » et vertus.Enfin le R.P.commence sa morale spéciale par les vertus théologales de Foi, d\u2019Espérance et de Charité.Voilà tout ce que contient le nouveau manuel.L\u2019ordre adopté, excellent en lui-même, est celui-là même de la Somme Théologique de S.Thomas, excepté cependant en ce qui concerne l\u2019étude des actes humains dans leurs principes internes et externes où l\u2019ordre de S.Thomas: \u2014 habitus et vertus, loi et grâce \u2014 est modifié et quelque peu diminué.Le traité de la grâce n\u2019y apparaît pas; cependant ce traité comme celui des vertus, étudié en morale, contribuerait pour une bonne part à enlever à la théologie morale ce caractère néfaste et persistant de « codex peccatorum ». 56 REVUE DOMINICAINE Cette constatation faite, hâtons-nous de dire que nous trouvons, dans le nouveau manuel, la plus pure doctrine de S.Thomas.En outre, sur plusieurs problèmes, l\u2019auteur donne l\u2019apport de la science moderne, pour ne citer qu\u2019un cas: le problème de la nature et du fondement de la moralité (pp.104 et ss.) y compris l\u2019excursus sur les systèmes philosophiques en la matière, (pp.739 et ss.) Sur toute question, l\u2019auteur ne manque jamais d\u2019exposer, \u2014 avec quelle précision et quelle clarté! \u2014 la doctrine thomiste.Il suit pas à pas, article par article même, le Docteur Angélique.Ceci est un progrès.La Somme théologique n\u2019est pas la seule source où puise l\u2019auteur.Les Commentaires sur les.Sentences et la Somme contre les Gentils sont spécialement et très souvent cités.Toujours et partout paraît la conviction du maître en la puissance formatrice des idées générales, des principes, et cela, même en théologie morale.Toutefois ce souci manifeste et constant d\u2019enseigner la doctrine même la plus abstraite, n\u2019empêche pas l\u2019auteur d\u2019en montrer les applications pratiques.Il faut lire les traités du volontaire, de la conscience, de la foi et du péché.Dans la morale spéciale, le côté pratique de la foi est étudié en détail: relations avec les infidèles et les hérétiques; coopération à l\u2019infidélité et à l\u2019hérésie; de la lecture et de la propagande des livres défendus, etc.L\u2019auteur parle ici du blasphème, et non comme tant de moralistes au traité de la vertu de religion.Louable fidélité à S.Thomas! L\u2019espérance, \u2014 cette vertu si éminemment terrestre puisque nous vivons d\u2019espérance et pourtant injustement négligée par beaucoup de théologiens modernes \u2014 est étudiée plus longuement: une trentaine de pages au lieu de 4 ou 8 comme dans Colli-Lauzi et Billuart.\u2014 Le manuel se clot par le traité de la plus excellente des vertus: la divine charité, amitié entre l\u2019homme et Dieu.Encore ici théorie et pratique sont en parfaite harmonie.Cet idéal manifestement poursuivi \u2014 et avec succès \u2014 par l\u2019auteur, apparaît jusque dans les abondantes bibliographies indiquées au début de chaque traité: Pro doctrina .etc.; pro parte magis practica .etc.(cf.pp.505, 613, 648).Cet excellent manuel de théologie morale thomiste, riche de doctrine et d\u2019applications pratiques, aura en plus l\u2019avantage de conduire, d\u2019entraîner à l\u2019étude de S.Thomas dans le texte même.L\u2019étudiant finira par se rendre aux invitations de l\u2019auteur qui de mille et mille manières répète celle de S.S.Pie XI: Ite ad Thomam.B.M.R.P.Ceslas-M.Salmon, O.P., S.T.L.\u2014 « De Matrimonii Sacramento ».Liège, Pensée Catholique, 38, Quai Mativa.Montréal, chez Granger Frères, 160 pages. » L'ESPRIT des livres 57 Ce petit volume est le septième d\u2019une collection de traités de théologie pastorale.Les six premiers étaient l\u2019oeuvre du T.R.P.Merkelbach, Maître en S.T.Nos revues canadiennes, et en particulier la Semaine Religieuse de Québec, ont souligné la haute valeur de ces ouvrages et les ont recommandés avec instance aux prêtres qui se livrent au ministère des âmes.Le traité du « Sacrement de mariage » du R.P.Salmon ne le cède en rien à ceux de son collaborateur: même concision, même clarté, même précision dans l\u2019exposition de la théorie.Nous pourrions ajouter, même souci de rattacher la pratique à la théorie et d\u2019éclairer celle-là par celle-ci.La compénétration de l\u2019une et de l\u2019autre y est tellement grande que nous ne saurions indiquer combien de pages sont consacrées à l\u2019une ou à l\u2019autre.Sans doute ce petit traité est intentionnellement pratique, il veut diriger le lecteur dans la solution des cas quotidiens, mais il n\u2019est pas purement une série de solutions de cas.Il ne se rattache pas à la casuistique, mais à la science du ministère des âmes.C\u2019est tellement rassurant de voir à côté d\u2019une solution très grave dans ses conséquences, un principe qui l\u2019appuie! Elle est tellement bonne l\u2019impression de tranquillité qui, à ce moment, envahit l\u2019âme! Nous ne saurions donc trop recommander aux lecteurs de la Revue ces petits traités des Professeurs de Louvain et en particulier celui du R.Père Salmon.Ils y trouveront, disposées en un ordre très simple et soigneusement consignées dans une table alphabétique détaillée, les solutions de tous les cas qui ont quelque rapport avec le sacrement de mariage! Préparation, empêchements, dispenses, forme de la célébration, revalidation, effets, dissolution, etc.\tL.L.Dom Lucien Chambat, O.S.B.\u2014 « La royauté du Christ, selon la doctrine catholique.».Paris, Téqui, 1931.74 pages.En face du fléau toujours plus menaçant du laïcisme, l\u2019Eglise dresse fièrement la forteresse de la Royauté du Christ, qui seule peut présenter à l\u2019armée envahissante du mal un rempart inexpugnable.Plus que jamais en ces jours sombres et difficiles, il faut qu\u2019il règne.Oportet Ilium regnare.Qu\u2019Il règne sur les individus par son immuable vérité, sa loi moralisatrice et sa grâce sanctifiante; qu\u2019il règne sur nos familles, cellules précieuses de son Royaume, si tristement minées par une sorte de laïcisme familial; 58 REVUE DOMINICAINE qu\u2019il règne sur nos associations privées, en particulier sur nos associations ouvrières par la justice et la charité; qu\u2019il règne sur nos sociétés civiles et sur la communauté internationale, Lui « le Roi des rois, le Seigneur des seigneurs ».Le livre de dom Chambat, le premier de la Collection de la Revue du Christ Roi, « montre bien tout ce qu\u2019il y a de grand, de catholique dans la dévotion au Christ Roi.» En une synthèse magnifique, basée sur de nombreux textes de l\u2019Ecriture Sainte et des récentes encycliques pontificales, il expose la doctrine de l\u2019Eglise sur la Royauté de Jésus et présente les principales conséquences pratiques qui découlent de cette dévotion bien comprise.C\u2019est, comme le dit dans sa préface son Excellence Mgr l\u2019Evêque d\u2019Au-tun, « un code de vie morale sinon complet \u2014 c\u2019est tout le catholicisme qu\u2019il eût fallu résumer \u2014 du moins contenant les points essentiels et particulièrement ceux que nos contemporains contestent le plus vivement et que l\u2019Eglise rappelle avec le plus d\u2019instance ».La Royauté reconnue du Christ: c\u2019est l\u2019idéal puissant vers lequel doivent tendre tous nos désirs, le phare lumineux qui éclaire et dirige les initiatives des ardents, et qui dans la nuit obscure fait entrevoir aux craintifs, aux pessimistes un rayon d\u2019espoir; c\u2019est le salut de notre société moderne qui se meurt pour n\u2019avoir pas voulu que le Christ règne pleinement sur elle.G .E.D.« U Apostolat de l\u2019Elite Cachée », par une soeur de la Providence.Librairie de Saint-François, et à la Providence, Maison-Mère, rue Fullum, Montréal.Y a-t-il un nouveau Carmel à Montréal?.Il le semble à qui sort de parcourir « L\u2019Apostolat de l\u2019Elite cachée » ; car depuis Sainte Thérèse de l\u2019Enfant-Jésus, la théologie de la «petite Voie» rarement n\u2019a été aussi bien comprise et poussée jusqu\u2019en ses dernières conclusions pratiques \u2014 ce qui importe surtout en ascèse \u2014 par l\u2019inexorable logique de l\u2019amour.L\u2019an dernier, dans « Une âme de prêtre » l\u2019auteur s\u2019était révélée une Pauline de la Ferronnays canadienne; cette fois-ci, c\u2019est bien autre chose! Il ne s\u2019agit plus d\u2019une seule âme, même la plus chère et la plus vénérable, mais de myriades, du peuple infini des « petites âmes » disséminées dans le monde entier, à qui l\u2019on apporte un évangile de joie.Vous lisez ce livre d\u2019un trait, parce que vous le savourez, surtout si vous êtes une pauvre épave comme oubliée de Dieu et des hommes dans un désert de souffrances, tout près du désespoir. L\u2019ESPRIT DES LIVRES 59 Cependant que vous remerciez la Providence \u2014 n\u2019est-ce pas le cas, ici, ou jamais?\u2014 de vous parler par sa messagère, une naturelle curiosité se mêle à votre gratitude et demande : « Quel est ce Carmel de la Providence, et quelle est cette religieuse qui, de là, nous y prêche le bonheur dans l\u2019infirmité?» Qui est-elle, en vérité?.Térésienne, on ne peut mieux ni plus ; vivant de la doctrine de la Sainte de Lisieux et nous avertissant qu\u2019elle écrit en quelque sorte sous sa dictée, et, pourtant, restée fille de Mère Gamelin, non-seulement parce que domiciliée à la Maison-Mère de son Institut, mais par cet immense besoin de donner et de se donner aux âmes les plus délaissées qui ne sont pas, à ce qu\u2019il paraît, celles du Purgatoire.Quelle est donc cette femme qui connait à fond les coeurs, et les gagne, par je ne sais quel magnétisme?.qui vous cite, pertinemment, la Bible, Saint Thomas, et la fine fleur des maîtres en ascétisme et en mystique: Saint François de Sales et Saint Jean de la Croix, Sainte Thérèse d\u2019Avila et Saint Ignace de Loyola, et Saint Vincent de Paul, et tutti quanti, et.jusqu\u2019au Père Mathéo Grawley?.Qui est cette religieuse, psychologue avertie, qui se meut à l\u2019aise dans le fouillis des sentiments humains, et parce que poétesse, mieux encore, \u2014 poète tout court, et tout-à-fait, \u2014 les met en musique sur une lyre pour le moins aussi harmonieuse que celle de la « Petite Fleur » ?Quelle est enfin celle qui s\u2019affirme, ou du moins s\u2019exprime, comme une directrice de noviciat?.La réponse est fort simple.Il n\u2019y a pas de Carmel à la Providence, mais, là, comme dans toute Communauté, existe le «jardin clos» où Jésus se plaît parfois à cultiver quelques fleurs de son choix.Ce livre de lumière et de force n\u2019a pas été écrit par une vieille maîtresse du noviciat.Non, mais à un étage plus haut, plus près du ciel, osons-nous dire, au fond d\u2019une petite cellule d\u2019infirmerie, et celle qui nous le présente se trouve dans son droit de nous dire, en tremblant: « Voici le fruit de dix années de tortures morales et physiques.» Ce que dans sa douloureuse obscurité, elle a compris, elle veut le redire aux innombrables âmes meurtries, où qu\u2019elles soient, dans tous les plus petits coins du monde.La clarté réconfortante de sa doctrine essaie de leur révéler la valeur immense, et trop longtemps insoupçonnée d\u2019elles-mêmes, de leurs épreuves; elle les conjure de ne pas laisser se perdre ces précieux impondérables, cette poussière d\u2019or, que sont leurs obscurs mérites.Sans en avoir l\u2019air, elle nous amène à reconnaître combien le « petit grain de sénevé » et le troupeau « des petites âmes » \u2014 pusillus grex \u2014 sont des forces divines; oh alors! que de prétendus connaisseurs de la vie et des enseignements de Sainte Thérèse de 60 REVUE DOMINICAINE l\u2019Enfant Jésus obligés de confesser, à leur courte honte, qu\u2019ils n\u2019en ont jamais saisi le vrai sens, avant la lecture de « L\u2019Apostolat de l\u2019élite cachée » ! Tout le long de ces pages brûlantes, elle dit et redit à ses innombrables « soeurs » blotties dans leur lit de souffrance, l\u2019irrésistible influence que Dieu leur confère; elle les supplie de se souvenir que, par une miséricordieuse délicatesse de Notre-Seigneur, son Royaume leur appartient; c\u2019est-à-dire: toutes les âmes, et surtout celles des prêtres, celles des missionnaires; oui, à elles, « les petites », les endolories, à elles, toutes les âmes, parce que elles ont les stigmates de Jésus-Christ.Nous avions depuis quelques années, à Montréal, « une Union de prières pour les malades» ; voici beaucoup mieux, (page 169) voici « l\u2019Union spirituelle » des malades eux-mêmes dans la prière et les sacrifices quotidiens.Rien de mièvre en cette dévotion: rien de vague, non plus.En désire-t-on la preuve?Il n\u2019est que de se reporter au commentaire du «Code Spirituel» (3e partie, de la page 191 à la page 287).L\u2019idéal que l\u2019on y prêche «n\u2019a pas sa place dans le programme des rêveurs » et « de ceux qui disent et ne font pas» (page 11).Aux âmes éprises de l\u2019idéal apostolique, et du meilleur: celui de la prière incessante et de l\u2019état sacrificiel d\u2019hostie, mais que Dieu retient dans l\u2019ombre de la vie apparemment la plus banale ou sur la chaise longue d\u2019une infirmerie, nous ne saurions assez recommander le présent ouvrage.Evidemment c\u2019est deux fois un livre de chevet, puisque dédié surtout à ceux qui souffrent.Innombrables seront nécessairement ses lecteurs recrutés parmi l\u2019immense clientèle des affligés.Puisse « L\u2019Apostolat de l\u2019élite cachée » être leur bréviaire, ou mieux, leur pain quotidien avec celui de leurs douleurs.Us trouveraient difficilement nourriture plus délectable et plus substantielle.H.Couture, O.P.R.P.Conrad Latour, O.M.I.\u2014 Recueil de cantiques.\u2014 Les Editions de l\u2019Université d\u2019Ottawa.Prix: franco, $0.85.L\u2019auteur qui n\u2019est pas le premier venu en musique religieuse \u2014\u2022 puisque diplômé de la Schola Cantorum de Paris et Directeur de l\u2019Ecole de Musique Sacrée de l\u2019Université d\u2019Ottawa\u2014mérite les plus chaleureuses félicitations.En offrant son « Recueil » aux maîtrises catholiques en général, et plus spécialement à celles des collèges et des pensionnats, il leur rend un précieux service, et peut s\u2019attendre à leur reconnaissance.Son ouvrage vient à la rescousse de tous ceux qui, dans ces milieux si intéressants, \u2014 parce que prometteurs pour l\u2019avenir \u2014 travaillent à la formation liturgique de la jeunesse. L\u2019ESPRIT DES LIVRES 61 Nous nous plaisons à le reconnaître, de solides progrès se sont avérés depuis vingt-cinq ans, mais maints répertoires ont encore besoin de réforme?Pour une bonne partie qui s\u2019est ralliée aux directions du « Motu proprio » de Pie X, une autre partie, \u2014 moins bonne évidemment \u2014 n\u2019a pas encore daigné comprendre la portée de l\u2019enseignement papal, et en restée \u2014 qu\u2019on en croie un vieux missionnaire qui passe un peu partout\u2014aux horreurs musicales qui ont hélas! empoisonné notre enfance et notre jeunesse, et s\u2019obstinent à des cantiques que l\u2019Eglise prohibe formellement.Avec ces arriérés rien à faire.Aussi bien le Père Latour s\u2019adresse aux autres; à ceux \u2014 nous osons le prétendre \u2014 qui forment la majorité, en tout cas, la sanior pars, l\u2019élite, et ne leur sert que des pièces de choix.Son ouvrage, aussi orthodoxe en théologie qu\u2019en musique, nous débarrasse, et qu\u2019il en soit mille fois béni! \u2014 de la choucroute musico-pieuse de « notre beau temps de collège » et dont nous ne sommes pas morts indigérés, parce qu\u2019il y a une immense pitié de Dieu pour les innocents.Qu\u2019on se procure ce merveilleux « Recueil », qu\u2019on le répande à temps et contre-temps.On n\u2019y trouvera pas « L'Ange et l'Ame » non plus que le trop fameux « Christ adoré », ni tant d\u2019autres fadaises pseudo-religieuses qui, dans le saint lieu, faisaient se pâmer les âmes, sensibles.A la place, de la vraie musique religieuse, charpentée celle-là, de foi et de saine beauté.Rien qui sente la romance-vaseline ou l\u2019air de bravoure.Parcourez-le d\u2019une couverture à l\u2019autre, vous n\u2019y trouverez que des noms de maîtres; solfiez quelques-uns de ces cantiques, n\u2019importe lequel, ad aperturam libri, vous n\u2019en tirerez qu\u2019une note religieuse.Le « Recueil » contient deux cents cantiques.Les directeurs de chant dans nos maisons d\u2019éducation ont donc deux cents raisons de l\u2019aimer, s\u2019ils aiment les directions pontificales.Il ne faut pas être plus catholiques que le pape; mais il semble convenable à l\u2019église de se mettre d\u2019accord avec lui en matière liturgique.Notre jeunesse étudiante gagnerait à se convaincre que l\u2019église est toujours la maison de Dieu et que l\u2019on a pas le droit de s\u2019y permettre ce que l\u2019on veut.Voyez-vous, dans une chapelle de séminaire ou de couvent, les élèves dansant le quadrille?On n\u2019y a pas plus le droit d\u2019y chanter n\u2019importe quoi, puisque le chant d\u2019église est fonction liturgique; et donc, les cantiques, \u2014 et que Dieu nous le pardonne! \u2014 comme nous en avons trop chantés «au beau temps du collège» ne sont pas des cantiques, mais des injures au Bon Dieu non moins qu\u2019au bon goût.Les anciens disaient: « Qui cantat bis laudato : qui chante rend à Dieu une double louange.Voilà, assurément, celle que donneront à Dieu les beaux cantiques du Père Latour.\tH.Couture, O.P. 62 REVUE DOMINICAINE Abbé Auguste Lapalme.\u2014 « Dialogue des vivants et des morts ».380 pp.Librairie cT Action canadienne-fran-çaise, Montréal, 1931.En 1928, M.l\u2019abbé Auguste Lapalme, alors curé à Saint-François de Sales, publiait le résultat d\u2019une enquête, par lui qualifiée de pèlerinage, à l\u2019école du « rang ».Ses conclusions simplement réalistes furent jugées pessimistes auprès d\u2019un bon nombre.On s\u2019en émut « en haut lieu pédagogique », et la Revue de l\u2019Enseignement Primaire offrit aux intéressés le réconfort et l\u2019hospitalité dans ses pages.Ce procédé en est un de stérilité volontaire.Faire appel à des gens qui se croient lésés dans leur honneur et leur intérêt professionnels, non pour comparaître à la barre, mais pour siéger au tribunal, autant vaut publier en bloc et immédiatement leurs sentences.Aussi la réplique vint, un peu tardive, comme il seyait dans le cas d\u2019un écrivain pas toujours maître de son humeur, mais sûr de son courage et de ses armes.Le Dialogue des vivants et des morts, paru il y a quelques mois, est une réponse brûlante d\u2019acide aux censeurs syndiqués d\u2019Un 'pèlerinage à l\u2019école du rang.L\u2019auteur y précise son attitude en posant de nouveau les termes du problème.Et c\u2019est d\u2019une regrettable opportunité.La question préalable de l\u2019urgence des réformes éducatives ne devrait jamais se poser.C\u2019est l\u2019honneur d\u2019un peuple, écrit en substance M.Albert Pelletier, qu\u2019elle soit constamment à l\u2019ordre du jour.Admettre les progrès accomplis depuis 25 ans n\u2019exige aucun effort de méditation ni de pratique; on acquiesce d\u2019un sourire et c\u2019est fait: comme le voyageur parvenu à mi-côte mesure en dix secondes l\u2019espace parcouru et s\u2019efforce aussitôt vers le sommet.« J\u2019oublie ce qui est derrière », écrivait saint Paul au sujet d\u2019ascensions de l\u2019ordre mystique.Les progrès à venir, voilà tout ce qui importe et doit accaparer le labeur comme la réflexion.Suit la discussion des points techniques controversés.Une analyse complète serait ardue; cette forme dialoguée, pleine d\u2019imprévus pittoresques, soutient l\u2019intérêt, mais relâche le fil conducteur.Plus de cent cinquante autorités sociales interviennent tour à tour ou sont « rappelées dans la boîte », de Joffre à saint Mathieu, de l\u2019abbé Lapalme au docteur Pauchet.L\u2019auteur, j\u2019allais dire l\u2019accusé, concentre néanmoins sa défense sur notre enseignement primaire religieux, linguistique et agricole; et partout l\u2019on découvre aussi la nécessaire division: le mal, ses causes, ses remèdes.Un auditeur des conférences pédagogiques de M.le chanoine Jeanjean ne pouvait manquer d\u2019y observer une harmonie providentielle avec les énoncés de M.l\u2019abbé Lapalme.Harmonie et synchronisme, car le professeur, remontant aux évolutions lointaines de L\u2019ESPRIT DES LIVRES 63 l\u2019enseignement en France, signale deux causes de stagnation: insuffisance des salaires, manque de préparation technique.On se croirait au Canada, en l\u2019an de grâce 1932.Ce qu\u2019il faut dans notre Province en particulier, c\u2019est moins de « bonnes routes », une somptuosité moindre dans certains édifices publics, y compris les églises, et plus d\u2019argent affecté aux oeuvres d\u2019enseignement.Ce qu\u2019il faut, ce sont des écoles d\u2019application à côté des écoles normales, puis une sélection du personnel enseignant par voie de concours.« Pour quelques dizaines de normaliennes qui enseignent aux écoles rurales, vous oubliez les quatre ou cinq mille qui ne le sont pas! » (p.159).Celles-ci pourront sans doute, en dépit du faible outillage mis à leur disposition, fournir besogne utile, voire satisfaisante, en certains cas; la plupart demeurent au-dessous de la tâche; «il y en a quelques-unes qui font aux enfants plus de mal que de bien.» (p.219).Quand ce n\u2019est pas le savoir qui manque, c\u2019est le savoir-ensei-gner.Le Pèlerin ne s\u2019inquiète guère des programmes, auxquels il trouve peu à reprendre.« Il ne suffit pas de coucher tant d\u2019articles au programme de notre enseignement public, mais il faut voir ce qu\u2019on en fait à la tribune scolaire.Tout dépend de la méthode plus ou moins effective employée par chacune de nos maîtresses en chacune de nos écoles.Que ce point crucial leur échappe, ce n\u2019est pas de leur faute.» (pp.374-5).C\u2019est aux autorités qu\u2019il incombe de pourvoir à leur formation technique, et de mettre constamment à la disposition des élèves, dans un local approprié, tout le matériel indispensable.Constatations, vérités d\u2019ordre général, les seules qu\u2019il me fût permis d\u2019extraire d\u2019un volume où fourmillent les détails pratiques, sans l\u2019allure d\u2019un traité.Oubliez, j\u2019y consens, le peu que j\u2019en ai dit, pour recourir à la source.Vous y goûterez par surcroît une langue ferme et pure, un style éminemment personnel, avec des soubresauts et des heurts pas trop désagréables.Le ton, souvent catapul-tueux, est en général celui d\u2019une polémique acerbe dont les circonstances se font juges.Toutefois il accuse un trop violent contraste avec les affirmations personnelles et les citations inscrites au chapitre Fleurs cVhumanités.M.-A.Lamarche, O.P.Accusés de réception.Répertoire alphabétique de 7,000 auteurs, avec indication de la valour morale de leurs 32,000 ouvrages.Romans et pièces de théâtre.Précieux pour les conservateurs de bibliothèques.Chea Casterman, Tournai, Belgique. 64 REVUE DOMINICAINE Dominicains missionnaires à travers le Haut Tonquin.Brochure illustrée, 60 pages.Se vend au profit de la Mission dominicaine du Tonquin et des petits séminaristes tonquinois.Prix: 10 francs.Rév.Père B.Coail, 44, rue Rabelais, Angers, France.Petite Prédestinée, par Myrian de G., lauréate de l\u2019Académie française.Brochure de 80 pages.Lettre du T.R.P.Garrigou-Lagrange.Collection « Parvuli », chez P.Lethielleux, 10, rue Cassette, Paris (XI).Prix: 7 francs.L\u2019âme de ma colonie, par l\u2019abbé J.-P.Laurence, p.s.s.Brochure de 95 pages.Colonie de vacances des Grèves, 116, Ouest, rue Notre-Dame, Montréal.Recherches sur les Spirochétidés dans le district de Montréal, par Gérard Gardner, professeur à l\u2019Université de Montréal.Brochure de 85 pages.Paris, Editions Médicales, 7, rue Valois.Clercs de Saint-Viateur.Périodique de la Province de Montréal.Numéro du 21 octobre, consacré aux Missionnaires de la Congrégation.Un pèlerinage artistique à Florence, par le R.P.Sertillanges, O.P.Nouvelle édition.Un beau volume (15 x 20 cm.) sur papier couché de luxe, 168 pages de texte; 104 clichés, fabriqués expressément sur les indications de l\u2019auteur, reproduisant des vues de Florence, de Fiesole, etc., des chefs-d\u2019oeuvre de Michel-Ange et de Fra Angelico.Prix: 35 francs; franco, 36 francs 50.En vente à La Pensée Catholique, 38, Quai Mativa, Liège, Belgique.La Revue sollicite des étrennes peu coûteuses: le recrutement, par chaque abonné ou lecteur, d\u2019un nouvel abonné. ANNONCES REVUE DOMINICAINE 51 Appel individuel à l\u2019automobiliste dans l\u2019intérêt de la sécurité Ui.\"apport intermédiaire publié récemment par le Bureau du Revenu indique que le nombre des accidents d\u2019automobile arrivés sur les routes de la province durant les quatre premiers mois de la présente année s\u2019est élevé à 2,260.Pour la même période, en 1930, ce chiffre n\u2019était que de 1,909.La courbe des accidents de la route continue ainsi son ascension constante d\u2019année en année -\u2014- dans le présent cas, dans une proportion de 13 pour cent; et l\u2019insécurité des routes persiste en dépit des moyens nombreux et vigoureux ; duptés pour l\u2019éliminer.Lorsque l\u2019on considère les causes d\u2019accidents que donne le rapport, on s\u2019aperçoit que 'o problème qui s\u2019impose à ceux qui travaillent à assurer la sécurité des routes, n\u2019a changé sous aucun aspect.La négligence du conducteur est encore en tête de la liste des causes.La rencontre des autres véhicules est encore une cause d\u2019accident dans la majorité des cas.Et le plus grand nombre d\u2019accidents arrivent encore aux intersections, comme ils se sont toujours produits.Il semble donc que pour réduire à un minimum le nombre des accidents de la route, il suffirait que les conducteurs fussent prudents en tout temps et en toute circonstance \u2014 mais particulièrement aux intersections et en rencontrant d\u2019autres véhicules sur la route.Quel remède simple à opposer à la véritable plaie publique que constituent les dangers de la route! Quel moyen facile et peu coûteux de sauvegarder la vie e+ la propriété.Il appartient à l\u2019automobiliste de l\u2019appliquer lui-même.Echappant à la surveillance la plus grande partie du temps, c\u2019est à lui qu\u2019il convient d\u2019apporter de lui-même cette modeste contribution au bien-être général \u2014 le sien et celui de ses concitoyens.\tu Hon.J.-E.PERRAULT, Ministre de la Voirie, Québec.TISANES PARFAITES DU Dr LERICHE Ces tisanes sont au nombre de VINGT, toutes différentes, comme composition et comme effets.Chaque Tisane parfaite porte un numéro de 1 à 20.Une brochure sera envoyée sur demande aux adresses suivantes : DISTRIBUTEURS : ST-HYACINTHE: Laboratoire LERICHE, 127, Cascades.SHERBROOKE: Richer & Fils, 124 ouest, rue King.QUEBEC: Pharmacie Barry, 122, rue Saint-Joseph.MONTREAL: A.-L.Boucher, 4459, rue Des Erables.DRUMMOND VILLE: L.-G.Cadieux, rue Hériot.$1.25 la boîte, ou $6.00 pour 6 boîtes, franco.?ENCOURAGEZ NOS ANNONCEURS 10 ANNONCES REVUE DOMINICAINE Dominion Blank Book Co.Limited.SAINT-JEAN, Qué.Manufacturiers de livres à feuilles mobiles Livres de Comptabilité reliés.ENVELOPPES Notre catalogue vous sera envoyé sur demande.Téléphonez ou écrivez à L\u2019ECOLE COMMERCIALE PRATIQUE COTE me Saint-Denis\t120a, rue Notre-Dame Saint-Hyacinthe OU à Trois-Rivières Tél.: 654\tTél.: 925 pour avoir tous les renseignements concernant notre COURS COMMERCIAL bilingue \u2014 rapide \u2014 pratique.DONAT CÔTÉ, Directeur.a HARBDNNEAU ^,M\tLimitée PHARMACIENS EN GROS Fabricants Chimistes \u2014 Instruments de Chirurgie.\u2014 Instruments pour Dentistes.30 est, rue Saint-Paul, -\t- Montréal Demandez notre Catalogue., \u2014\u2014\u2014\u2014 \u2014 \u2014 \u2014 \u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014 \u2014\t\u2014\u20144 ENCOURAGEZ NOS ANNONCEURS ANNONCES REVUE DOMINICAINE 11 AVIS IMPORTANT Concernant les commandes de vins de messe ! Les Messieurs du Clergé et les Institutions religieuses s\u2019éviteront de la correspondance, des ennuis et des retards, en consultant le tarif officiel des Vins de Messe donné sur cette page et en observant ponctuellement les recommandations qui l\u2019accompagnent.TARIF DES VINS Gai.Bout.6 btles an gai.Vin de Taragonne \u201cMoelleux\u201d demi-doux $2.00\t0.50 Vin d\u2019Algérie \u201cMuscat\u201d demi-doux.\t2.75\t0.65\t3.15(*) Vin de France \u201cLoupiac\u201d .3.05C^) (*) Les bouteilles sont retournables à 5c.l\u2019unité.PRIX DES CONTENANTS Capacité en gallons\tL\u2019unité Barils.5\t.$ 3.00 Barils.10\t 3.50 Barils.20\t 4.50 Barriques.46-48\t gratis N.B.\u2014Les cruches sont facturées à 25 sous du gallon, au maximum de contenance.L\u2019emballage des cruches est facturé à un prix moyen de 25 sous du gallon.FRAIS DE LIVRAISON (Dans la Ville de Québec) Caisse ou Cruche de 1 gallon.$0.30 Baril, 5 gallons et 10 gallons .0.50 Baril, 20 gallons .1.00 Barriques, 46-48 gallons .2.00 N.B.\u2014A moins d\u2019avis contraire et pour plus de sécurité, tout envoi est confié aux Messageries (Express).Le présent tarif est à titre d\u2019indication et reste sujet aux fluctuations du marché.CONDITIONS DE VENTE Règlement en passant la commande Le magasin des Vins de Messe accepte les chèques payables au pair et dûment affranchis du timbre d\u2019accise, qui sont faits à l\u2019ordre de la Commission des Liqueurs de Québec.ADRESSE: La Commission des Liqueurs de Québec (MAGASIN No 48), 22, rue Saint-Stanislas, QUEBEC.ENCOURAGEZ NOS ANNONCEURS t 12 ANNONCES REVUE DOMINICAINE BOURSE pour l\u2019entretien à perpétuité d\u2019un missionnaire dominicain au Japon ($10,000) Le revenu annuel de la Bourse est destiné à l\u2019entretien à perpétuité d\u2019un missionnaire dominicain canadien qui se dévoue à l\u2019évangélisation de l\u2019empire japonais.En la fondant on devient MISSIONNAIRE A PERPETUITE Un Bienfaiteur peut être seul fondateur en versant la somme entière.Plusieurs bienfaiteurs peuvent, en s\u2019associant, contribuer par leur offrande à cette fondation.Tout Bienfaiteur peut aussi au besoin se réserver une rente viagère sur la somme versée, pourvu qu\u2019elle soit d\u2019au moins $100.00.La Bourse pourra porter le nom de son Fondateur ou tout autre nom à son choix : Bourse de Saint-Dominique, Bourse de Sainte-Thérèse de l\u2019Enfant-Jésus, ou encore Bourse X, etc.\u201c Nous voudrions voir la générosité des catholiques s'intéresser particulièrement aux oeuvres dont le but est de venir en aide aux Missions.\" (Benoît XV).Les fondateurs de cette bourse devront s\u2019adresser à L\u2019OEUVRE DES MISSIONS COUVENT DES DOMINICAINS 5375, avenue Notre-Dame de Grâce, Montréal soit pour en connaître les avantages, soit pour l\u2019envoi des souscriptions.ENCOURAGEZ NOS ANNONCEURS ifcflPilJIF Inc.1928 4254, rue Iberville, -\t- MONTRÉAL Chandelles liturgiques, lampions, cierges, etc.Notre Bureau-chef et Usine sont à Montréal afin de pouvoir vous servir plus rapidement.Les ORGUES CASAVANT sont maintenant connues dans le monde entier.En effet au-delà de 1,500 instruments ont été construits par cette Maisori et installés par tout le Canada et les Etats-Unis; quelques-uns ont aussi été exportés en Amérique du Sud, en Europe, en Asie et en Afrique.CASAVANT FRÈRES, LIMITÉE Etablie en 1879.Saint-Hyacinthe, P.Q.ARTHUR LEDOUX OPTICIEN - BIJOUTIER YEUX EXAMINÉS ET VERRES AJUSTÉS AVEC SOIN SAINT - HYACINTHE, P.Q.LA MAISON sert avec satisfaction la population de Montréal et de toute la province.MAGASINS:\tCOMPTOIR POSTAL: 865 Est, Ste-Catherine,\tCoin St-Laurent et St-Viateur PLateau 5151\tCRescent 3131 TOUT LE MONDE A BESOIN D\u2019ARGENT Il y a des dépenses prévues: instruction, assurances, souscriptions, vacances, cadeaux.Mais il y a aussi des dépenses imprévues; maladie, accidents, revers, voyages, occasions diverses.Ne vous laissez pas prendre au dépourvu.Quoi que vous ayez, dépensez moins.Ne dissipez pas vos ressources.Le superflu d\u2019aujourd\u2019hui sera peut-être le nécessaire de demain.Mettez de l\u2019argent de côté régulièrement.Ouvrez un compte d\u2019épargne à la Banque Canadienne Nationale Capital versé et réserve, $14,000,000 Actif, $146,000,000 592 bureaux au Canada Capital Trust Corporation Limitée 10, rue METCALFE, - OTTAWA, Canada Capital Autorisé : $2,000,000.00 Intérêt payé sur dépôts: 4% et 5% Spécialité: Prêts aux Institutions Religieuses Consultez-nous lorsque vous désirez emprunter.ARBOUR & DUPONT Ltée, imprimeurs-éditeurs, 429 est, Laeauchetière, Montréal "]
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