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Titre :
Revue dominicaine
Éditeur :
  • St-Hyacinthe :Couvent de Notre-Dame du Rosaire,1915-1961
Contenu spécifique :
Septembre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Rosaire
  • Successeur :
  • Maintenant
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Revue dominicaine, 1932-09, Collections de BAnQ.

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[" PER 6-262 XVIIIe Année\tLe numéro: 20 sous\tSeptembre 1932 CON REVUE DOMINICAINE R.P.Alph.LANGLAIS,O.P.L\u2019Apostolat Catholique au ja- pon.\u2014 I.R.P.Ceslas SPICQ, O.P.De quel esprit nous sommes ! R.P.M.-A.LAMARCHE,O.P.Caractères de la doctrine de Jésus.XXX .Refondre Lortie ?.\u2014 VII.LE SENS DES FAITS.\u2014 Vittoria à l\u2019Université de Washington, par le R.P.Couture.\u2014 Dans l\u2019Ordre: Le Collège Angélique.\u2014 Au Chapitre Général.\u2014 Grades officiels.\u2014 Prédications.\u2014 Vêture et Profession.\u2014 Départ pour le Japon.\u2014 Nouvelles diverses, par Fra Domenico.L\u2019ESPRIT DES LIVRES.\u2014 Draime : Message dans le ciel (H.C.) Guay: Moisson de vie (A.S.) Laferrière : La Rue des Forges (A.S.) Mlle Gaudet: Discours d'enfants (A.B.) Fadette : Contes de la lune (A.BJPiszter: Chrestomathia Bernardina (B.M.) Lacau : Précieux trésor des Indulgences (A.-M.G.) Prix Lévesque : 3e concours littéraire.ADMINISTRATION SAINT-HYACINTHE REDACTION MONTREAL (N.-D.de Grâce) Revue Dominicaine Publiée mensuellement Directeur: R.P.M.-A.LAMARCHE, O.P.ABONNEMENTS (payables d\u2019avance).Au Canada: $2.00 \u2014 A l\u2019étranger: $2.25 Avec le Rosaire: 25 sous en plus par an.La Revue Dominicaine publie des articles de vulgarisation touchant les Ecritures, la théologie, l\u2019apologétique ou le droit canon, et même des études de philosophie, de littérature, de sociologie ou d\u2019histoire, pourvu que la religion ou la morale y soit concernée La Revue Dominicaine n\u2019a pas de spécialité proprement dite dans le domaine religieux, mais elle accorde une attention particulière aux questions d\u2019apologétique et aux problèmes de société, envisagés surtout au point de vue canadien.La Revue Dominicaine publie des recensions et diverses chroniques, en s\u2019attachant moins au récit des faits et à l\u2019analyse des ouvrages qu\u2019à leur significa! ion d\u2019ensemble.La Revue Dominicaine ne sera pas responsable des écrits des collaborateurs étrangers à l\u2019Ordre de Saint-Dominique.Prière d'adresser les communications littéraires: manuscrits, volumes, etc., au R.P.M.-A.Lamarche, 5375, Avenue Notre-Dame de Grâce, Montréal; et les communications administratives : abonnements, annonces, etc., au R.P.Jean Bacon, Saint-Hyacinthe.n ANNONCES REVUE DOMINICAINE 1 L.P.MORIN & FILS Enrg.ENTREPRENEURS-MENUISIERS MANUFACTURIERS DE PORTES, CHASSIS, JALOUSIES, MOULURES, DECOUPAGES, ETC., ETC.Spécialité : Bancs d\u2019Eglises, de Sacristies et d\u2019Ecoles Tout ouvrage fait promptement.Satisfaction garantie.Coin des rpes St-Joseph et St-Antoine -\t-\t- St-Hyacinthe, P.Q.LA CORDONNERIE J.A.LEMAY REPARATIONS GENERALES PRIX RAISONNABLES \u2014 SATISFACTION GARANTIE 212, RUE CASCADES\t\u2014\tSAINT-HYACINTHE Tél.525 E A.QENDRON PEINTRE \u2014 DECORATEUR Peintures, Huiles, Vernis \u2014 Tapisseries, Electricité, Vitres 244, RUE CASCADES,\t\u2014\tSAINT-HYACINTHE Téléphone 500 LOUIS BOURGEOIS Limitée FERRONNERIE EN GROS ET DETAIL 104-110, St-Antoine \u2014 67-61, St-Simon, \u2014 Saint-Hyacinthe F.DAOUST, gérant\tTéléphone 59-w LA COMPAGNIE D\u2019EAU MINERALE Propriétaire du célèbre PHILUDOR 148, RUE CONCORDE \u2014 SAINT-HYACINTHE M.O.DAVID & Cie Enrg.VETEMENTS POUR HOMMES ET GARÇONS 86, RUE SAINT-SIMON, \u2014 SAINT-HYACINTHE Habits faits sur commande à court avis.Fourrures, Chapeaux et Casquettes S ENCOURAGEZ NOS ANNONCEURS ANNONCES REVUE DOMINICAINE Lisez *La Survivance* L\u2019organe officiel de VAssociation canadienne-française de l\u2019Alberta Cet hebdomadaire canadien-français est le plus éloigné de la province-mère.Si vous voulez être renseigné sur l\u2019oeuvre de survivance nationale et religieuse à laquelle s\u2019emploient les Franco-Albertains, abonnez-vous à leur porte-parole.Prix de l'abonnement: $2.00 par année LA SURVIVANCE, 9664, avenue Jasper, Edmonton, Alta.Téléphone Bell 310\tCarrosse No 2 JOSEPH BERTRAND COCHER *\ti \u2022 \u2022 Entrepreneur de Pompes funèbres 30, RUE LAFRAMBOISE, \u2014 SAINT-HYACINTHE Ecuries de louage, carrosses simples et doubles pour mariages, baptêmes.Automobile.EXPRESS Pharmacie L.P.GAUCHER Bachelier en Pharmacie GROS et DETAIL 223, RUE CASCADES, \u2014 SAINT-HYACINTHE Téléphone 86 Tél.Bureau: 95 ERNEST J.CHARTIER Commerçant de BOIS et CHARBON 123, RUE GIROUARD \u2014 SAINT-HYACINTHE ENCOURAGEZ NOS ANNONCEURS ANNONCES REVUE DOMINICAINE 3 BOURSE pour l\u2019entretien à perpétuité d\u2019un missionnaire dominicain au Japon ($10,000) Le revenu annuel de la Bourse est destiné à l\u2019entretien à perpétuité d\u2019un missionnaire dominicain canadien qui se dévoue à l\u2019évangélisation de l\u2019empire japonais.En la fondant en devient Missionnaire à Perpétuité Un Bienfaiteur peut être seul fondateur en versant la somme entière.Plusieurs bienfaiteurs peuvent, en s\u2019associant, contribuer par leur offrande à cette fondation.Tout Bienfaiteur peut aussi au besoin se réserver une rente viagère sur la somme versée, pourvu qu\u2019elle soit d\u2019au moins $100.00.La Bourse pourra porter le nom de son Fondateur ou tout autre nom à son choix: Bourse de Saint-Dominique, Bourse de Sainte-Thérèse de l\u2019Enfant-Jésus, ou encore Bourse, etc.\u201cNous voudrions voir la générosité des catholiques s'intéresser particulièrement aux oeuvres dont le but est de venir en aide aux Missions\" (Benoit XV).Les fondateurs de cette hours'* devront s\u2019adresser à L\u2019OEUVRE DES MISSIONS COUVENT DES DOMINICAINS 5375, avenue Notre-Dame de Grâce, Montréal.soit pour en connaître les avantages, soit pour l\u2019envoi \tdes souscriptions.Tel.Bell 271 LAFRANCE & SYLVESTRE Négociants et Importateurs d\u2019Epiceries en gros 120, rue Saint-Antoine,\t\u2014\tSaint-Hyacinthe HENRI RAYMOND & CIE ASSURANCE-FEU Représentant les meilleures compagnies non tarifées Tél.259\t\u2014 Saint-Hyacinthe, Qué.ENCOURAGEZ NOS ANNONCEURS 4 ANNONCES REVUE DOMINICAINE La Revue Dominicaine Canada .$2.00 par année Etranger .$2.25\t\u2014 Avec le Rosaire, 25 sous en plus Prix de l\u2019unité : 20 sous Le Rosaire Bulletin mensuel publié par les Dominicains CANADA \u2014 Distribué par zélatrices .25 sous par année Envoyé par la poste .35\tsous\t\u2014 ETRANGER \u2014 Par zélatrices .40\tsous\t\u2014 Envoyé par la poste .50\tsous\t\u2014 Prix de l\u2019unité .10\tsous Toute personne ayant recruté 10 abonnements nouveaux à la \u201cRevue Dominicaine\u201d, recevra le onzième gratis.Deux messes sont dites chaque semaine aux intentions des Zélateurs, des abonnés, de la \u2018Revue Dominicaine\u201d et du Rosaire.Nous donnons de jolies PRIMES aux Religieux, aux Prêtres, aux laïques Zélateurs qui nous envoient des abonnés, à l\u2019une ou l\u2019autre Revue.Toute personne qui nous enverra pour $40.00 d\u2019abonnements, aura droit à une affiliation perpétuelle, pour elle-même, ou pour une personne qu\u2019elle nous indiquera, à l\u2019Oeuvre du Noviciat des Dominicains du Canada.Tél.Résidence 244-w.(Le soir) Résidence 244-J.\tBureau: 88 Maison établie en 1879 A.BLONDIN Limitée \"INSUL-BOARD\u201d \u2014 BOIS DE CONSTRUCTION FOURNISSEURS EN GROS Plomberie, Chauffage et Matériel de Construction, Peinture et Vernis 115, rue Cascades, \u2014\t\u2014 Saint-Hyacinthe Téléphone: CRescent 2734.M.J.-ALBERT LARUE ARCHITECTE A.A.P.O.559, rue Durocher, \u2014\t\u2014\tMontréal.ENCOURAGEZ NOS ANNONCEURS L\u2019Apostolat Catholique au Japon Cette conférence fait partie d\u2019un cours de Missiologie, organisé, sur la demande de Son Excellence Monseigneur Carlo Salotti, Archevêque de Philippopolis de Thrace et Secrétaire de la S.C.de la Propagande, par l\u2019Union Missionnaire du Clergé en Italie.Le cours de 1932 comprend une série de huit leçons, sur divers sujets, données en langue italienne au palais de la Propagande par différents conférenciers.Il a attiré cette année un auditoire nombreux et distingué et il a été honoré par la présence d\u2019un grand nombre de cardinaux et d\u2019évêques.A la conférence sur l\u2019Apostolat Catholique au Japon assistaient en particulier Son Eminence le Cardinal A.Früwirth, O.P., Son Excellence M.le Vicomte de Fontenay, Ambassadeur extraordinaire et Plénipotentiaire de France auprès du Saint-Siège et Monsieur Georges Ogilvie Forbes, Chargé d\u2019Affaires de l\u2019Angleterre auprès du Saint-Siège.Le texte de la conférence a été considérablement augmenté pour l\u2019impression française.Excellentissimes et Révérendissimes Seigneurs, Messieurs, Le conférencier de ce soir se sent entouré d\u2019honneur et en même temps confus, intimidé de devoir balbutier une langue étrangère qui lui est encore imparfaitement connue.Il voudrait offrir l\u2019acte d\u2019obéissance qu\u2019il accomplit, comme un filial hommage de gratitude envers la Sacrée Congrégation qui préside à la propagation de notre Sainte Foi dans les pays infidèles.Le 30 décembre 1927, les Dominicains du Canada ont reçu de cette Sacrée Congrégation la grâce d\u2019aller évangéliser le diocèse de Hakodaté, au Japon.Au printemps 458 REVUE DOMINICAINE de 1930, leur Provincial d\u2019alors visitait ses religieux missionnaires; et pendant un séjour de trois mois, il lui fut donné de parcourir le Japon du Nord au Sud, de Sapporo à Kagoshima.Il apporte ce soir quelques-unes des choses qu\u2019il a vues, entendues, aimées, et qu\u2019il conserve dans son cœur, avec le Japon tout entier: quod vidi, quod amavi.Tout d\u2019abord, pour commencer, nous devons faire par la pensée un long voyage: car l\u2019Italie et le Japon sont aux antipodes de la terre, à huit ou neuf heures solaires de différence; et pendant qu\u2019ici le soleil s\u2019incline vers le soir du jeudi, au pays du Soleil Levant commence à poindre déjà l\u2019aube du vendredi.* * * Le Japon occupe dans l\u2019Océan Pacifique, près de l\u2019Asie, une position à peu près analogue à celle des Iles Britanniques sur les côtes de l\u2019Europe.Il forme aves ses îles comme une ligne d\u2019avant-postes détachés de la côte orientale sur plus de 4 500 kilomètres, du (Kamtchatka) au parallèle de Hong-Kong.Le Japon comprend quatre grandes îles, dont la principale est celle de Hondo ou Nippon, qui renferme de Tokyo, la capitale actuelle, et le grand port de Yokohama; plusieurs centaines d\u2019îlots secondaires groupés en archipels, des milliers d\u2019îlettes impraticables qui paraissent ou disparaissent sous le coup de quelques convulsions souterraines et modifient l\u2019aspect de la carte.Tel est le Japon proprement dit, qui s\u2019est agrandi de l\u2019île Formose, puis au vingtième siècle de la moitié sud de l\u2019île Sakkaline et de toute la Corée, pour former l\u2019Empire.(1) Il tend encore à s\u2019étendre aujourd\u2019hui vers la Mandchourie.Notre étude et nos observations ne regardent que le Japon proprement dit.Le Japon est une terre de légendes et de rêves, séduisante et mystérieuse.Situé à l\u2019orient de la Chine, il doit son nom au mot chinois Nihon ou Nippon, qui signifie origine du soleil, et que l\u2019on traduit l\u2019Empire du Soleil Le- L\u2019APOSTOLAT CATHOLIQUE AU JAPON 459 vant.Pour le japonais, la terre d\u2019Yamato remonte par ses origines à la montagne d\u2019Ama, ayant pour figure centrale la déesse Soleil.C\u2019est la terre où resplendit sans fin toute lumière, le berceau du soleil.(2) Il est le pays classique des tremblements de terre, au relief sans cesse tourmenté par les secousses sismiques, au sol déchiré par les éruptions volcaniques.On y compte trente-huit cratères ou volcans, dont dix-huit en activité.Dans un rayon de vingt milles kilomètres carrés, on enregistre un millier de secousses sismiques par an.A Tokyo, la terre tremble et gronde habituellement.Qui ne se rappelle le cataclysme effroyable du 1er septembre 1923, qui en douze secondes a fait un amas de ruines de Tokyo la capitale et de Yokohama le grand port de commerce.II est de plus exposé à des courants atmosphériques contraires qui provoquent des orages, des tempêtes, des cyclones, parfois des raz de marée désastreux.Des villes entières ont été englouties par la mer.(3) C\u2019est aussi la terre des fleurs, aux teintes extraordinairement nuancées, tendres et délicates.Favorisée par de fortes chaleurs et par des pluies qui ressemblent à celles des tropiques, elle offre un heureux mélange de la flore tropicale.Les Japonais ont la passion des fleurs.Ils s\u2019extasient devant leurs érables aax feuilles d\u2019or rouge et leurs chrysanthèmes, devant leurs cerisiers dont la fleur Sakura toujours fraîche et belle, même au moment où elle se détache de l\u2019arbre, est l\u2019emblème du chevalier qui tombe en beauté.\u201cSi l\u2019on t\u2019interroge sur l\u2019esprit du Japon, écrit un de leurs poètes, montre le cerisier sauvage en fleurs, sous les premiers rayons du soleil.\u201d On ne cultive le cerisier que pour sa fleur, non pour son fruit.Sa floraison vraiment féerique est une fête nationale.Cette terre japonaise, volcanique et fleurie, est animée par une race intelligente et vive, noble et cultivée, ambitieuse et conquérante, extrêmement curieuse et mobile, ou- 460 REVUE DOMINICAINE verte à tous les progrès de la civilisation matérielle de nos jours.Ses origines sont à peine connues; et si l\u2019on remonte aux premiers siècles de l\u2019ère chrétienne, on entre aussitôt dans la période pré-historique : pas de langue écrite, pas de document, quelques pierres, quelques vestiges à peine.L\u2019esprit païen, oriental et insulaire, s\u2019est formé sur ses origines des légendes sacrées qui rappellent la mythologie de la révélation primitive.De fait, les îles japonaises ont dû être occupées à l\u2019origine par les Aïnos, sorte d\u2019Esquimaux velus et race aborigène comme celle de nos sauvages d\u2019Amérique.Refoulés depuis dans l\u2019île du nord, dite Yeso, aujourd\u2019hui Hokkaido, par des envahisseurs venus de l\u2019Asie Mongole et de la Malaisie, ils se seraient en partie mélangés avec ces derniers.De la fusion des trois types mongol, malais, aïnos, est sortie une race homogène, unie, de petite taille, moins robuste que les Occidentaux, frugale mais énergique, apte aux beaux-arts et à la guerre, très différente de la race chinoise.Les Japonais sont dans le Japon proprement dit plus de soixante-cinq millions à vivre sur une terre de montagnes restreinte, rongée de golfes, bossuée de volcans et qui n\u2019est cultivable que dans la proportion de douze à quinze pour cent; et la population s\u2019accroît de près d\u2019un million par année.\u201cCe peuple dit Mgr Berlioz, l\u2019ancien évêque fondateur du diocèse de Hakodaté, diocèse confié aujourd\u2019hui aux Dominicains canadiens, ce peuple, si ardent à tout, si avide de s\u2019instruire, si prompt à s\u2019assimiler ce qu\u2019il apprend, si singulier en toutes choses qu\u2019on ne saurait guère le comparer qu\u2019avec lui-même,\u2019\u2019 (4) est doué de qualités naturelles remarquables, de vertus domestiques et nationales vraiment extraordinaires.Les Japonais sont fiers d\u2019eux-mêmes et de tout ce qui les touche.Ils ont reçu de la Chine leur première civilisation, mais sans se laisser assimiler par elle; L\u2019APOSTOLAT CATHOLIQUE AU JAPON 461 au contraire, s\u2019assimilant la littérature chinoise, il ont immédiatement réagi contre leurs maîtres et ils sont restés eux-mêmes; si bien que les premières guerres du Japon contre la Chine datent de l\u2019époque où il reçut de celle-ci son alphabet et ses caractères d\u2019écriture, sa première forme de pensée.Une grande générosité chevaleresque fait aussi le fond du caractère japonais.C\u2019est une générosité naturelle avivée par les conditions du sol et cultivée par sa religion du sacrifice.L\u2019histoire ne commence qu\u2019au sixième siècle; (5) et depuis les origines, au milieu des luttes des races primitives, puis sous les régimes successifs des tribus ou des castes et de la classe militaire, sous la féodalité qui s\u2019élabore au douzième siècle, pendant la période des Shogoun de la renaissance et de la chevalerie jusqu\u2019à la révolution de 1868, une figure domine tout l\u2019ancien Japon, une figure religieuse, c\u2019est l\u2019Empereur.Chef de la dynastie du Soleil, il reçoit les honneurs de la Divinité et revendique l\u2019adoration due aux fils des dieux.Ce n\u2019est pas le régime théo-cratique, mais idolâtrique.* * * Le Japon est devenu aujourd\u2019hui une grande nation moderne.Littéralement fermé au reste du monde pendant trois siècles, le peuple souffrait du régime féodal, de la lutte incessante des princes entre eux; et l\u2019incident du Commodore Américain Perry venant demander au Japon son ouverture au commerce, ne fut que l\u2019étincelle définitive; car tout était préparé.Effrayé, fasciné par le colosse occidental, le petit Nippon a voulu l\u2019imiter; et il s\u2019est mis à son école.Ce fut l\u2019acte de haute sagesse de son Empereur Meiji le Grand, qui sut s\u2019entourer d\u2019hommes remarquablement intelligents.Au lieu d\u2019inventer, le Japon a eu le génie de transplanter chez lui toutes les inventions du monde et de s\u2019assimiler toutes les données scientifiques acquises.Les qualités supérieures de la race, ses institutions politiques extrêmement progressives et traditionnel- 462 REVUE DOMINICAINE les tout à la fois, son activité scientifique, son expansion industrielle et économique, son progrès matériel, ses universités et ses écoles, ses relations avec le monde occidental ont opéré et opèrent dans les idées, les habitudes et la famille, dans la manière de vivre, dans sa vie publique, dans sa vie sociale, une transformation d\u2019une rapidité merveilleuse.Qui aurait pu penser avant la guerre russo-japonaise qu\u2019après vingt-cinq ans le Japon figurerait comme l\u2019une des premières puissances du monde ?Mais en se modernisant, il conserve son caractère, sa culture classique, son art et ses coutumes propres; et le génie japonais, avec son talent d\u2019imitation, avec son originalité et sa puissance d\u2019assimilation tout à la fois, évolue dans le sens de ses traditions.Le passé tient une grande place dans le présent de ce peuple; le culte des ancêtres est sa religion nationale.Au Japon on a constamment l\u2019occasion de se rappeler le mot d\u2019Auguste Comte: \u201cIl y a plus de morts que de vivants; et ce sont les morts qui dirigent les vivants.\u201d Dans l\u2019évolution des peuples de l\u2019Occident, si rapprochés les uns les autres par leurs origines et leurs relations, malgré le fond commun de la civilisation gréco-romaine, et avec toutes les idées chrétiennes qu\u2019ils puisent à la même source, chacun garde son caractère distinctif; l\u2019on ne peut faire d\u2019un français un allemand ou un anglais, ni un allemand d\u2019un italien.Le japonais ne deviendra jamais à plus forte raison un occidental.Mais son caractère propre ne saurait être réfractaire à la révélation divine des mystères du Christ.Il peut, il doit devenir le disciple du Sauveur; car \u201cil n\u2019y a ni grec ni juif, ni barbare ni esclave ou homme libre, mais le Christ est tout en tous.\u201d (Col.III).* * * L\u2019histoire de l\u2019évangélisation du Japon date de l\u2019arrivée de S.François-Xavier en ce pays, l\u2019an 1549, en la fête de l\u2019Assomption de la B.V.Marie.Quelques historiens et L\u2019APOSTOLAT CATHOLIQUE AU JAPON 463 les Annales de la Propagation de la Foi de Lyon signalent cependant des Frères Prêcheurs venus plus tôt, en 1530, sans doute des Indes où leurs missions étaient déjà très florissantes, qui y portèrent les lumières de la foi; et l\u2019un d\u2019eux y trouva le martyre dans les îles Riu-Kiu.(6) Mais la pénétration et l\u2019expansion de l\u2019Evangile commence avec le grand Apôtre des Indes.Son action apostolique fut vraiment prodigieuse, disons plutôt miraculeuse.\u201cLorsque le 20 novembre 1551, après un séjour de 27 mois, il s\u2019arrachait pour faire voile vers la Chine, à ces chrétientés naissantes qu\u2019il appelait les \u201cdélices de son âme,\u2019\u2019 il avait régénéré dans le baptême plusieurs milliers d\u2019infidèles, gagné à sa cause le cœur de plusieurs princes, confondu l\u2019idolâtrie dans l\u2019orgueil de ses prêtres; enfin, et pour tout dire d\u2019un mot, planté victorieusement au milieu d\u2019un peuple nouveau l\u2019étendard de Jésus-Christ\u201d.(7) En 1590 l\u2019Eglise du Japon comptait déjà plus de 30 000 fidèles; et cet empire allait bientôt devenir une nation chrétienne, lorsque s\u2019ouvrit la période sanglante; car aux débuts de l\u2019Eglise, partout où le Christ a planté sa croix, au Calvaire, à Rome, au Canada, en Extrême Orient, dans l\u2019Empire du Soleil Levant, le martyre commence par régénérer et sanctifier la terre: Sanguis martyrum semen Christia-norum.L\u2019histoire religieuse ne connaît pas de persécution plus implacable que celle qui s\u2019est acharnée à l\u2019anéantissement du règne de Jésus au Japon, ni de tourments plus cruels et plus horribles, ni de courage plus sublime.Les catholiques japonais ont plus souffert pour leur foi que les chrétiens du temps de Néron.Une fois par an, tout japonais devait fouler aux pieds une croix placée sur le sol ou quelqu\u2019image de la Vierge et des Saints.Cette a-bominable profanation appelée Ye-Fumi devait infailliblement, dans l\u2019esprit de ceux qui l\u2019avait inventée, faire découvrir les chrétiens survivants ou les obliger à apostasier.Le sacerdoce s\u2019éteignit dans le sang du dernier missionnaire et la sainte messe cessa d\u2019être célébrée avec le der- 464 REVUE DOMINICAINE nier prêtre mourant.La jeune et héroïque église martyre, crucifiée et ensevelie au tombeau, est demeurée pendant plus de deux siècles sous les scellés d\u2019une loi d\u2019exclusion rigide et infrangible et sous la garde même de ses bourreaux infiniment plus cruels que ceux de l\u2019Empire Romain.Les Franciscains et les Augustins avaient suivi de quelques années au Japon les premiers missionnaires jésuites; les Dominicains y étaient revenus.Tous ont fécondé, en la sanctifiant, cette terre héroïque des martyrs.Elle a été leur patrie; ils l\u2019ont acquise de leur sang, ils ont adopté ses enfants pour leur peuple et ils peuvent dire de lui justement: populus acquisitionis.Missionnaires, tertiaires de Saint-Dominique et de Saint-François, confrères du Rosaire, les milliers de fidèles sanctifiés par leur apostolat en sont devenus les patrons célestes et les modèles.Lorsque les Prêtres des Missions-Etrangères tentèrent au milieu du siècle dernier de pénétrer au Japon, sûrs d\u2019y trouver la mort, l\u2019entrée leur en fut interdite.Ils s\u2019épuisèrent d\u2019abord dans des efforts patients, pénibles, apparemment infructueux, lorsque tout à coup l\u2019Empereur ouvrit son pays au commerce étranger et les missionnaires entrèrent à la suite des marchands.C\u2019est alors que se manifesta le fait merveilleux, unique dans l\u2019histoire de l\u2019Eglise, la découverte des chrétiens.On l\u2019appelle le miracle japonais.(8) Le récit de cette rencontre a été rappelé souvent.Il vous est connu, Excellentissimes Seigneurs et Messieurs.Il suffit de le rappeler pour évoquer aussitôt un sentiment unanime d\u2019admiration émue envers la chrétienté héroïquement fidèle et pour élever nos âmes jusqu\u2019à l\u2019Esprit Saint auteur véritable de cette fidélité.M.Petit-Jean, débarqué au Japon comme chapelain L\u2019APOSTOLAT CATHOLIQUE AU JAPON 465 des résidents étrangers, venait d\u2019inaugurer son église de Nagasaki.Un mois après, le 17 mars 1865, une quinzaine de personnes se présentent pour visiter le sanctuaire.Le missionnaire les conduit jusqu\u2019en face de l\u2019autel, et voici qu\u2019une femme s\u2019approche de lui et lui dit à voix basse, comme si elle eût craint que les murs n entendissent ses paroles: '\u2018Notre cœur à nous tous ici présents est le même que le vôtre\u201d.Puis aussitôt elle interroge: \u201cSanta Maria nogozowa doko?où est l\u2019image de Sainte Marie ?\u201d On devine sans peine l\u2019émotion du missionnaire.A ce mot béni de Santa Maria, la pensée lui vient sur le champ qu\u2019il est en présence des descendants des chrétientés anciennes recherchées en vain jusque-là.Devant l\u2019autel de la Vierge où il les conduit, tous s\u2019agenouillent; et dans le dialogue qui se continue, au milieu des exclamations de joie: Deus Sama, Jesus Sama, Yoki Sancta Maria Sama: Son Excellence la bonne Sainte Marie, presque tous les mystères de la rédemption sont évoqués.On les célèbre encore; et un baptiseur administre le baptême.Mais les chrétiens japonais veulent avoir l\u2019assurance que le nouveau missionnaire est vraiment le successeur de leurs anciens pères.Aux pieds de la Vierge ils l\u2019ont reconnu; ils ont le même cœur, la même Mère.Ils demandent deux autres signes: \u2018\u2018Obéissez-vous au Pape de Rome ?\u2014 Oui j\u2019obéis au pape de Rome.\u201d \u2014 \u2018\u2018Avez-vous des enfants ?\u201d \u2014 \u2018\u2018Des enfants ! mais vous êtes nos enfants.Vous savez que nous gardons le célibat.\u201d A ces mots, les chrétiens inclinent le front jusqu\u2019à terre et dans une indicible émotion, ils s\u2019écrient: \u2018\u2018Ils sont vierges ! merci, merci, mon Dieu !\u201d Le culte de Marie, l\u2019obéissance au pape de Rome, l\u2019attachement au célibat ecclésiastique leur ont valu une grâce de fidélité qui demeure unique dans l\u2019histoire de l\u2019Eglise.On ne redira jamais assez haut le courage surnaturel de ces générations de quelques milliers de chrétiens qui ont gardé leur foi, alors que Dieu les avait privés de tout se- 466 REVUE DOMINICAINE cours sacerdotal et de toute grâce sacramentelle, hormis celle du baptême.Après deux siècles et demi, je ne dis pas de vie et de prière aux catacombes, mais d\u2019ensevelissement et de prière au tombeau, la petite Eglise martyre, ligata pedes et manus institis, (Jean, XI, 44) se levait, témoignant de sa vie et de son héroïque fidélité à l\u2019unité catholique par ces paroles d\u2019une simplicité sublime: \u201cNotre cœur à nous tous ici présents est le même que le vôtre.\u2019\u2019 Ce sont les \u201créchappés de la maison de Jacob,\u201d dirait Isaïe (X, 20, 21), le \u201cpetit reste d\u2019Israël\u201d, les fils fidèles du vrai Dieu, et non des dieux, les représentants de leur peuple.\u201cComme le térébinthe et le chêne, quand ils sont abattus, conservent leur souche, le tronc d\u2019Israël, de l\u2019Eglise japonaise, devient une semence sainte\u201d (VI, 13).Vous pouvez croire à l\u2019émotion profonde et inexprimable que j\u2019éprouvai, lorsqu\u2019en mai 1930, dans l\u2019église des vingt-six martyrs, je m\u2019agenouillai devant l\u2019autel, à l\u2019endroit même de la scène révélatrice que je viens de rappeler.J\u2019y célébrai la sainte messe en face de la statue de Santa Maria Sama; et sous le regard de la Vierge, Etoile du Matin et Reine du Japon, j\u2019étais heureux de sentir, un peu, que mon cœur à moi aussi présent, était le même que celui de nos admirables missionnaires et de leurs cent mille fidèles.Ma prière portée par la voix de ces héroïques chrétientés et par les mérites du sang de deux millions de martyrs, unie à leurs supplications incessantes était l\u2019offrande divine que le Sauveur élève vers son Père pour la conversion de ce peuple et pour le salut de l\u2019Empire.L\u2019Historien de la \u201cReligion de Jésus ressuscitée au Japon\u201d, Mgr Marnas, a bien décrit ces faits admirables, depuis la longue \u201cveillée des armes\u201d des missionnaires dans les îles Riu-Kiu.La Société des Missions Etrangères, aidée des Congrégations des Frères Marianistes, des Dames de Saint-Maur, des Sœurs de Saint-Paul de Chartres et des Dames du Sacré-Cœur a été la première ouvrière de L\u2019APOSTOLAT CATHOLIQUE AU JAPON 467 résurrection religieuse, et elle y a écrit une page incomparable de l\u2019histoire de l\u2019Eglise.D\u2019autres ouvriers sont venus dans la suite se joindre à eux: les Dominicains espagnols, les Franciscains allemands, les Franciscains canadiens, les Pères du Verbe Divin, les Jésuites allemands, les Dominicains canadiens, les Salésiens italiens, les Trappistes et les Trappistines, les Dominicaines des Iles Philippines, les Dominicaines de Nancy, les Franciscaines Missionnaires de Marie, les Sœurs de l\u2019Enfant Jésus de Chauffailles, les Sœurs de la Charité de Nevers, les Sœurs du St-Sacrement, les Franciscaines de St-Georges, les Sœurs Servantes du St-Esprit, les Sœurs espagnoles de la Miséricorde, les Sœurs de Notre-Dame de Namur, les Filles de Marie Auxiliatrice, les Sœurs Missionnaires de l\u2019immaculée Conception de Montréal, auxquelles s\u2019ajoutent deux communautés de religieuses indigènes : les Sœurs de la Visitation du Japon et les Filles du Divin-Cœur.(9) Au milieu d\u2019une population totale de 65 786 273 vivent 92 161 catholiques.La hiérarchie est établie au Japon, depuis 1891.Il y a actuellement douze divisions ecclésiastiques, dont un archidiocèse, quatre diocèses, deux vicariats, quatre préfectures et une mission indépendante.La délégation Apostolique, instituée en 1919, a exercé une grande influence et l\u2019œuvre missionnaire a bénéficié des honneurs que le Représentant du St-Siège a reçus à la cour de l\u2019Empereur et de la considération que lui portent ceux avec qui il entre en relation.Je voudrais indiquer maintenant les difficultés de l\u2019apostolat missionnaire, ses progrès réels et ses espérances, quelque^unes de ses œuvres, et la position stratégique privilégiée que l\u2019Empire japonais occupe en Extrême-Orient pour la propagation de la Foi. 468 REVUE DOMINICAINE Saint Léon le Grand compare à l\u2019Océan la Rome païenne, au moment où Pierre entrait dans la capitale de l\u2019Empire: Ad hanc ergo Urbem, tu beatissime Apostole Petre, venire non metuis.Silvam istam frementium bes-tiarum, et turbulentissimae profunditatis oceanum, cons-tantior quam supra mare gradereris, ingrederis.(10) L\u2019Empire du Japon est aussi un océan païen.L\u2019évangélisation y est une œuvre difficile et lente.En présence d\u2019erreurs et de traditions séculaires, en face d\u2019un matérialisme sans âme et d\u2019une véritable indifférence, le zèle du missionnaire semble impuissant.Il a, comme dit Notre Saint-Père Pie XI, la sensation que sa vie et ses œuvres sont littéralement une goutte d\u2019eau in mari vasto.Dans un musée moderne de Tokyo, un peintre japonais exposait, il y a quelques années, un tableau remarquable.La peinture n\u2019était pas un chef-d\u2019œuvre, mais le sujet très suggestif.Au centre, en pleine lumière et debout, se tenait un enfant; et chacun lui faisait signe de le suivre.La figure de l\u2019enfant exprimait l\u2019étonnement, le trouble, une évidente complexité; il ne savait que faire, quelle direction prendre.L\u2019enfant représentait le Japon; et les quatre hommes étaient un prêtre Shinto, Confucius, Guatama Buddha, et Jésus-Christ Notre Seigneur.Le visiteur indifférent pouvait jeter sur cette peinture un regard rapide et passer.Pour l\u2019homme attentif au mouvement du Japon moderne, le tableau était singulièrement instructif.Une des notes caractéristiques de la pensée et de la vie religieuse au Japon, c\u2019est la confusion et le trouble.Quatre grandes religions, le Shintoisme, le Confucianisme, le Bouddhisme et le Christianisme s\u2019y rencontrent sans mentionner les autres courants d\u2019idées qui affluent de toutes les parties du monde depuis les soixante dernières années.Rien d\u2019étonnant si la jeunesse en particulier ressemble à cet enfant dans la peinture.Inquiète et curieuse, elle regarde, elle écoute, ne sachant quelle direction suivre. L\u2019APOSTOLAT CATHOLIQUE AU JAPON 469 D\u2019un côté, il y a les voix du passé, l\u2019appel des ancêtres, toutes les sympathies spirituelles de la race que nous appelons aujourd\u2019hui la mentalité d\u2019un peuple; un attrait instinctif les y incline.D\u2019un autre côté, les jeunes entendent des voix nouvelles, les voix plus séduisantes du présent, les appels de l\u2019avenir, les sollicitations du progrès moderne, de la civilisation et de la vie occidentales.Et à travers tout cela, le Christ apparaît sous la figure d\u2019un étranger, avec un visage occidental, comme le dieu de l\u2019Europe et de l\u2019Amérique.Le problème est complexe, difficile à fixer, plus difficile aussi évidemment à résoudre.L\u2019Histoire du Japon est celle de ses trois religions.Le Shintoisme est la religion traditionnelle et nationale des ancêtres.L\u2019esprit japonais, oriental et insulaire, s\u2019est formé sur ses origines les conceptions qui se rencontrent ordinairement dans les théogonies païennes; et ses légendes sacrées enfantines et grossières, rappellent la mythologie grecque et le culte du soleil.Le Japon est la terre privilégiée des dieux, formée et habitée par les dieux.Le japonais est fils des dieux.La famille Impériale descend en ligne directe de la déesse Amaterasu.C\u2019est une généalogie mythique qui prend naissance parmi les dieux, puis descend aux demi-dieux, et enfin s\u2019achève à un homme de chair et d\u2019os comme les autres, mais dieu lui-même.Certains philosophes pourraient voir dans ces croyances leur doctrine de l\u2019animisme ou de la nature déifiée, ou celle du panthéisme; d\u2019autres comme les anciens philosophes de la Grèce, y auraient peut-être reconnu leur théorie de l\u2019émanation.Tout le culte shintoïste se concentrera dans l\u2019attachement à la loi ancestrale incarnée dans la personne de l\u2019Empereur, dans la dévotion à la famille, à la race, à la terre des ancêtres dont les rives divines et sacrées ne furent jamais foulées par les conquérants étrangers.Le Confucianisme importé de la Chine est une sorte de 470 REVUE DOMINICAINE philosophie agnostique pénétrée par un vague sentiment religieux oriental et un culte mystique pour la nature déifiée, mais avant tout un système de morale laïque et athée, acéphale.11 s\u2019épanouit dans la doctrine du Bushido, le code d\u2019honneur de la chevalerie japonaise.Le Bouddhisme vient de l\u2019Inde et de la Chine.Il est donc aussi une religion étrangère au Japon.Sa métaphysique panthéiste et mystique absorbe toute personnalité dans l\u2019anéantissement du Grand Tout et divinise l\u2019Univers Eternel.Son pessimisme s\u2019adoucit dans le sourire japonais.Son vague subjectif permet la spéculation et les croyances les plus opposées, et il s\u2019exprime en une infinité de sectes.L\u2019histoire du Japon, ai-je dit, est celle de ses trois religions, une histoire sainte.Elles ont connu au cours des siècles des vicissitudes et des luttes; mais elles se sont unies, pour former l\u2019âme japonaise, et s\u2019y adapter tout à la fois; car les deux étrangères sont entrées au Japon au moment même où il sortait de l\u2019âge primitif de l\u2019enfance.Elles l\u2019ont marqué d\u2019une empreinte que certains regardent comme indélibile.Sous leur influence le Japon ancien a atteint dans les arts, dans la littérature et dans les mœurs un éclat remarquable.Elles inspirent aussi ses traditions, ses pratiques cultuelles, ses nombreuses superstitions.Le Bouddhisme lui a donné en particulier son vêtement extérieur, ses spéculations de l\u2019esprit, ses temples magnifiques, la pompe de ses cultes, l\u2019amour des beaux-arts.D\u2019ordinaire on présente les enfants un mois après la naissance au prêtre Shintoïste et l\u2019on se fait enterrer par le prêtre bouddhiste.A genoux devant leur kamis et leur dieux bouddhistes, les vieux japonais, ceux qui n\u2019ont pas été atteints par l\u2019école et les idées modernes, s\u2019en détachent difficilement.Un très petit nombre se convertissent.Pour eux, devenir chrétiens, c\u2019est cesser d\u2019être japonais.Or plutôt la mort que L\u2019APOSTOLAT CATHOLIQUE AU JAPON 471 ce déshonneur.Ils sont la masse.Le grand public demeure toujours assez indifférent à l\u2019égard de la religion chrétienne; et les discussions mêmes qui ont rempli les journaux au sujet du projet d\u2019ambassade auprès du Vatican n\u2019ont pas suffi pour lui faire prendre conscience de l\u2019existence du catholicisme; elles ont pu favoriser les sympathies des gens informés, si bien que toute hostilité à ce projet est, dit-on, à peu près tombée.Mais dans la masse du peuple, il n\u2019y a rien de changé au point de vue des difficultés de l\u2019apostolat.(11) L\u2019attitude des Japonais modernes est différente, plus complexe.Us sont généralement instruits, et quelques-uns fort instruits.C\u2019est de ce coté que peut s\u2019orienter plus facilement l\u2019effort missionnaire.Mais l\u2019obstacle pour eux, c\u2019est le tumulte des affaires, les préoccupations de la vie qui empêchent de penser aux choses de l\u2019au-delà.C\u2019est surtout le matérialisme, le matérialisme venu en grande partie d\u2019Occident, avec son progrès moderne, son machinisme et son industrie, avec toute son incrédulité aussi.Voilà le danger du Japon moderne.C\u2019est en particulier le danger de l\u2019étudiant païen qui vient en Europe et en Amérique et qui s\u2019assimile seulement l\u2019élément matériel de la culture occidentale.Ce qui constitue le trésor de l\u2019Occident, la révélation chrétienne et ses traditions catholiques puisées au sein de l\u2019Eglise ou dans ses écoles, le Japon ne l\u2019a pas encore reçu, ou celui-ci a refusé de le lui donner.C\u2019est le péché mortel de l\u2019Occident.Si nous cherchons les raisons humaines du succès immense de la prédication de S.François-Xavier et de ses successeurs au Japon pendant le seizième siècle, nous y voyons la richesse des marchands portugais et la puissance de la civilisation européenne au service de la propagation de la Foi.Aujourd\u2019hui, il n\u2019en est pas ainsi.Si le Japonais instruit ne croit plus à sa religion du Shintoisme ou du Bouddhisme, l\u2019irréligion des peuples occidentaux, bien que chrétiens 472 REVUE DOMINICAINE de nom et de traditions, ne saurait accréditer à ses yeux la prédication de l\u2019évangile.Le christianisme apparaît à plusieurs comme une forme de civilisation déjà ancienne, dépassée, aussi bien que le shintoisme et le bouddhisme, par la civilisation moderne.Les Universités d\u2019Europe et d\u2019Amérique ont enseigné aux étudiants japonais le subjectivisme et l\u2019évolutionisme Les auteurs à la mode au Japon sont Kant, Shopenhauer, Hegel, Stuart Mill, Darwin, Bergson, etc.La bonne philosophie de l\u2019être, la nôtre, y est représentée dans les librairies, en face de la philosophie bouddhiste du néant, par un tout petit traité d\u2019Aristote, l\u2019Ethique, et par la République de Platon.C\u2019est vraiment peu.Le Japonais a de plus sur les nations chrétiennes le grand désavantage de sa mentalité shintoiste et bouddhiste, qui, essentiellement panthéiste, garde en son âme toute la puissance d\u2019un sentiment instinctif; le désavantage aussi de son vague mysticisme oriental, incapable de concevoir facilement un ensemble logique et objectif de dogmes révélés et définis.Si l\u2019âme japonaise est naturellement humaine et chrétienne, l\u2019esprit japonais est naturellement panthéiste, incliné aux idées matérialistes.D\u2019après le système bouddhiste, tous les êtres ne sont au fond qu\u2019une seule et même réalité dont nous n\u2019apercevons que les différentes figures, puisqu\u2019il n\u2019y a qu\u2019un tourbillon d\u2019êtres successifs sous la loi de la causalité.C\u2019est bien aussi la loi de l\u2019évolution; et il n\u2019y a pas tant de différence entre le néant et la vague nébuleuse primitive.On remarque aussi chez les esprits cultivés une sorte de sublimé religieux, qui est le Syncrétisme de nos congrès de religions, un culte de l\u2019humanité qui s\u2019exprimait primitivement à sa manière dans le code d\u2019honneur confucien de Bushido; ou encore chez ceux qui ont grandi dans les é-coles ou sous l\u2019influence des idées protestantes, un vague néo-christianisme national et japonais. L\u2019APOSTOLAT CATHOLIQUE AU JAPON 473 C\u2019est ainsi que le Japonais instruit de nos jours ne croit guère à ses traditions religieuses.L\u2019Etat s\u2019est séparé du Bouddhisme.L\u2019Ecole est neutre.On se détache des deux religions étrangères.Les dieux s\u2019en vont avec leurs légendes.Mais le culte des ancêtres, la mystique de la race, le culte du Japon symbolisé dans l\u2019Empereur, garde avec certains rites officiels, toute la force de son sentiment traditionnel.C\u2019est encore le culte de l\u2019Etat, la Statolâtrie; et l\u2019une des grandes difficultés en présence desquelles se trouvent les catholiques japonais vient de certaines cérémonies shintoïstes auxquelles les enfants des écoles et les employés doivent prendre part.Cependant un travail d\u2019éclaircissement, un effort sincère de compréhension semble s'accomplir.La séparation officielle de l\u2019Etat et de ses religions païennes n\u2019a-t-elle pas déjà établi une distinction de principe entre l\u2019idée religieuse et l\u2019idée nationale ?Le Japonais est réaliste.Il tient moins aux idées qu\u2019à l\u2019indépendance de son île, à son caractère, à tout ce qui peut grandir sa famille, sa race et son pays.Il a recueilli les religions de l\u2019Inde et de la Chine.La Mongolie et la Malaisie, puis la Grèce avec l\u2019Inde et la Chine, puis l\u2019Europe au seizième siècle, puis l\u2019Occident de nos jours lui ont apporté et lui apportent leurs courants de pensées et leurs cultures.Il reçoit tout, il interprète tout, il assimile tout, et il reste lui-même en se cultivant.Entre les mythologies grecques et japonaises, dans le tempérament artistique de ces deux peuples, dans la délicatesse de leur sens visuel, il y a des analogies remarquables; et l\u2019étude de la Rome païenne, avec son culte des dieux de l\u2019Empire aux premiers siècles du christianisme, aiderait beaucoup à mieux comprendre le Japon moderne.Il y a des masses de Japonais qui accepteraient la vérité révélée parce qu\u2019elle vient comme le complément du vrai, du bien et du beau.Le jour où ils comprendront que le Christianisme ne vient pas détruire le patrimoine des 474 REVUE DOMINICAINE ancêtres, les traditions morales dont ils sont légitimement fiers, le jour où ils connaîtront que l\u2019Eglise universelle du Christ n\u2019a de figure étrangère dans aucun pays, mais qu\u2019elle est et doit être partout indigène, le jour où ils comprendront enfin que l\u2019on peut être chrétien sans cesser d\u2019être japonais, ce jour-là l\u2019évangélisation du Japon aura fait un grand pas.La vérité révélée pénétrera de sa lumière le sentiment si noble de la patrie; et au-dessus des nations et des peuples, comme le soleil qui éclaire tout homme venant en ce monde, apparaîtra dans sa clarté, la douce figure du Christ Sauveur.(12) On remarque encore que sa culture avancée développe chez le Japonais la personnalité, l\u2019indépendance de l\u2019esprit, les exigences de la raison.L\u2019apostolat prend ainsi comme chez les peuples cultivés de l\u2019Europe, une forme individuelle.Le travail d'approche puis la catholi-cisation sont une œuvre difficile et lente.C\u2019est une véritable \u201cpêche à la ligne,\u201d comme on dit, in mari vesto.Emile-Alphonse LANGLAIS, O.P.(La fin prochainement) (1)\tVoir Apostolat Missionnaire de la France.Ille Série p.119: Conférence de la Mère Supérieure Générale des Dames de Saint-Maur : La femme japonaise et l\u2019éducation chrétienne.(2)\tLes Idéaux de l\u2019Orient.Le Réveil du Japon, par Okakura Kakuzo.Paris, Payot 1917 ; pp.36, 40.(3)\tLarousse.Le Japon illustré, par Félicien Challaye, p.3.(4)\tLettre de Mgr Berlioz.Voir La Religion de Jésus ressuscitée au Japon, par Mgr Francisque Marnas.Delhomme et Briguet.Editeurs.Paris.Vol.I.XVII.(5)\t\u201cDans ses grandes lignes, l\u2019histoire du Japon ne diffère pas de celle des peuples de lOccident.\u201d Marquis de la Mazelière.La rousse, Le Japon illustré, id.p.95 suiv.(6)\tVoir l\u2019Année Dominicaine \u2014 Bulletin Mensuel du Tiers-Ordre de Saint-Dominique, Ville Année, 1867, pag.188; (Paris, Poussielgue).L\u2019Année Dominicaine ou Vie des Saints de l\u2019Ordre des Frères-Prêcheurs (Lyon, 11 Jevain, 1893, Juin, pag.2).\u201cQuels furent les premiers apôtres du Japon1 2 3 4 5 6?On ne le sait pas\u201d.Peut-être y eut-il des chrétientés.\u201cCe qu\u2019il y a de certain, c\u2019est qu\u2019au XVIe siècle il ne restait rien de tout cela ou du moins fort peu de choses.\u2019\u2019 L\u2019APOSTOLAT CATHOLIQUE AU JAPON 475 \u201cLes Jésuites trouvèrent dans une région japonaise qu\u2019ils n\u2019avaient point encore visitée toute une petite société qui détestait les bonzes et adorait la Trinité chrétienne.On y vit même un chapelet et du bois de la vraie Croix, avec l\u2019inscription : \u201clignum Cruets.\u2019\u2019 Voir le P.Charlevoix, t.IL p.155 (Note de L\u2019Année Dominicaine, id.) \u201cLes miracles et les prédications étonnantes de S.François-Xavier et de ses compagnons sont connus de tous; mais ce qu\u2019on ne sait pas généralement aussi bien, c\u2019est qu\u2019il y avait été précédé par tous les Dominicains, et que, dès 1530, c\u2019est-à-dire près de vingt ans avant l\u2019arrivée de S.François-Xavier, un Dominicain lui avait préparé les voies en sanctifiant par son martyre cette terre étrangère\u201d.Voir plus bas, Lettre du P.Leturdu.Voir Annales de la Propagation de la Foi, Lyon, 1846, pp.380, 381, Tome XVIII, Mission des îles Liou-Kiou, Lettre de Mgr Fourcade, Missionnaire apostolique du Liou-Kiou, à M.Libois, procureur des Missions-Etrangères à Macao.\u201cLa foi a-t-elle été prêchée à Lu-Chu ?.Si nous consultons le P.Charlevoix, cet auteur ne dit pas, il est vrai, un seul mot de Lu-Chu dans son histoire; mais s\u2019il m\u2019en souvient bien, il avoue lui-même quelque part qu\u2019il a omis beaucoup de choses dignes d\u2019intérêt.\u201cParce que,\u201d dit-il, \u201cgrand nombre de lettres et de pièces importantes perdues dans des naufrages ne sont jamais parvenues en Europe.\u201d Du reste, il parle de l\u2019établissement de la foi dans plusieurs îles au sud de Ximo, appelé généralement aujourd\u2019hui Kiu-Shiu : or presque toutes les îles situées au sud de Ximo sont dépendantes de Lu-Chu.Enfin il est bon de noter que le P.Charlevoix ne distinguait pas Lu-Chu du Japon, puisqu\u2019on remarque au commencement de son histoire les données géographiques suivantes: au nord des Philippines et de Pile Formose, on trouve un nombre presqu\u2019infini d\u2019îles de toutes grandeurs; c\u2019est un archipel qui forme l\u2019Empire du Japon.\u201d Voir Annales de la Propagation de la Foi, Lyon, 1849 pp.254, 255.Tome XXI.Lettre de M.Leturdu, missionnaire apostolique de la Société des Missions-Etrangères, à MM.les membres des Conseils Supérieurs de Lyon et Paris, Hong-Kong, 27 janvier 1849.Un mot maintenant sur l\u2019introduction du christianisme dans cette île.On se rappelle que sous le règne de Chang-Thing, les navires de Liou-Kiou allaient à Formose, en Corée, au Tong-King, aux royaumes de Bungo et de Sazuma ; ils passèrent même jusqu\u2019à la presqu\u2019île Malaise.C\u2019était précisément le temps où les Portugais faisaient un commerce si considérable avec le Japon, où surtout S.François-Xavier et, après lui, des colonies de missionnaires portaient a cet empire la bonne nouvelle, établissant ces chrétientés si célèbres qui rappelèrent par leur ferveur celle des premiers siècles, allaient meme jusqu a convertir des rois entre lesquels figure si noblement celui de Bungo.Qui croira après cela que l\u2019île de Oukigna (actuellement Okinawa) ait ete étrangère a la prédication de l\u2019Evangile?Que ses marchands n aient pas connu au Bungo la religion qui y brillait d\u2019un si grand eclat .Que plus tard des missionnaires n\u2019aient pas été l\u2019annoncer au reste des habitants?Ne sait-on pas qu\u2019en 1530, un Père et°!wCfnAPaSSa 5au Ll?u-Kl0u P°ur aller au Japon, qu\u2019il fut reconnu et noyé Aujourd hui, la croix qui reste gravée sur le port où abordaient les etrangers, atteste que la foi n\u2019était pas inconnue dans cette Ht.J ai remarque plusieurs autres petites croix à l\u2019entrée de Choui\u2019, 476 REVUE DOMINICAINE sur des pierres de taille qui pavent maintenant le chemin.Ainsi que Mgr Forcade le rapporte dans son Mémoire, les Mandarins y connaissent le nom du Sauveur, et appellent le catholicisme religion de Jésus, nom sous lequel il était désigné au Japon.Mais hélas, à quelque état qu\u2019ait été autrefois le Christianisme dans ce pays, les despotes qui l\u2019ont détruit dans les autres parties de l\u2019Empire, n\u2019ont pas moins réussi à Liou-Kiou.Voir Mgr Marnas.\tLa\tReligion\tde\tJésus\tressuscitée\tau\tJapon.Vol.I.p.118,156,174,178.(7)\tMgr Marnas.\tLa\tReligion\tde\tJésus\tressuscitée\tau\tJapon id.1, 15.(8)\tMgr Marnas.\tLa\tReligion\tde\tJésus\tressuscitée\tau\tJapon id.I.p.487.(9)\tL\u2019Année Missionnaire 1931 ; Paris, Desclée, pp.152 suiv.(10)\tSermon.1° de SS.Petro et Paulo.Lect.Via Festi Cathedrae S.Petri Romae, in Breviario O.P., die 18a Januarii.(11)\tLes Missions Catholiques, Lyon, 16 février 1930: L\u2019oeuvre de la grâce au Japon.\u2014 L\u2019Année Missionnaire 1931 ; Paris, Desclée.(12)\tLes Idéaux de l\u2019Orient.Le Réveil du Japon, par Okakura Kakuzo.pp.184, 197, passim.Voyage du Jeune Stanislas au Japon.Vol.I \u2014 passim.(Chez l\u2019auteur, 38 rue de Campo Formio à Paris, (13e). De quel esprit nous sommes! Tout le monde connaît, mais beaucoup oublient pratiquement, cet épisode de l\u2019Evangile où se trouve défini l\u2019esprit de Jésus-Christ, esprit de mansuétude et non de colère et de vengeance: \u201cJésus envoya devant lui des messagers qui se mirent en route, et entrèrent dans un bourg des Samaritains pour préparer sa réception; mais les habitants refusèrent de le recevoir, parce qu\u2019il se dirigeait vers Jérusalem.Ce que voyant, ses disciples Jacques et Jean dirent: Seigneur, voulez-vous que nous commandions que le feu descende du ciel et les consume ?Jésus, s\u2019étant retourné, les reprit, en disant: Vous ne savez pas de quel esprit vous êtes ! Le Fils de l\u2019homme est venu non pour perdre des vies d\u2019hommes, mais pour les sauver.\u201d 1 La leçon est claire, autant que les circonstances qui la motivent.Les Samaritains refusèrent l\u2019hospitalité qui, en Orient, s\u2019accorde normalement à quiconque la demande, fût-il inconnu ou étranger.Le motif de cette incorrection grave est que Jésus et ses disciples vont à Jérusalem, la Ville Sainte des Juifs qu\u2019un schisme religieux greffé sur une rivalité nationale sépare des Samaritains.Les vexations de ce genre contre la religion rivale étaient fréquentes de la part de ces hérétiques adorant Dieu sur le Gari-zim.Devant cette manifestation' d\u2019hostilité la première réaction de Jacques et Jean, les fils du tonnerre, est d\u2019appeler la vengeance du ciel pour détruire village et habitants.Ainsi eût-on fait dans l\u2019ancienne Loi.2 Mais le divin Maître, doux et humble de cœur, de reprendre ses disciples: \u201cVous ne savez pas de quel esprit vous êtes !\u201d (1)\tLe, IX, 52 - 55.(2)\tII Reg.I, 9 - 14. 478 REVUE DOMINICAINE et il précise: \u201cLe Fils de l\u2019homme est venu non pour perdre des vies d\u2019hommes, mais pour les sauver.\u201d (3) Voilà qui porte loin.Rien de plus légitime, semblait-il, que l\u2019animosité contre les ennemis ! Mais ce ne sont pas là les sentiments de vrais disciples du Christ.Il faut au contraire bénir ceux qui nous maudissent, prier pour ceux qui nous font du mal, faire du bien à ceux qui nous qui nous haïssent; on pourrait dire, surtout à ceux-là.3 \u201cSi vous aimez ceux qui vous aiment, quel gré vous en saura-t-on ?Les pécheurs aussi aiment ceux qui les aiment.Et si vous faites du bien à ceux qui vous font du bien, quel gré vous en saura-t-on ?Les pécheurs aussi en font autant.Pour vous, aimez vos ennemis, faites du bien et prêtez sans rien espérer en retour; et votre récompense sera grande, et vous serez les fils du Très-Haut, qui est bon aux ingrats et aux méchants.Soyez donc miséricordieux.\u201d 4 Tel est l\u2019esprit de Jésus et celui dont doivent s\u2019inspirer ceux qui se réclament de Lui ! C\u2019est un esprit de charité universelle, qui veut le bien de tous sans exclure personne, qui pardonne et fait miséricorde sans chercher aucun avantage en retour, sans aucune recherche de satisfaction égoïste.Le motif est double.D\u2019une part, puisque telle est la\tnature\tde l\u2019amour de Dieu\tpour tous les\thommes, il sied\tque des enfants ressemble\tà leur Père.\tSi le Père céleste est bon, indulgent, compatissant, le cœur de ses enfants doit être animé des mêmes sentiments de tendresse et de mansuétude.D\u2019autre part, le Christ est venu sur terre pour sauver le monde, non par la contrainte et la violence, mais par l\u2019amour et le pardon.Ce n\u2019est pas, en effet, par la\tforce\tet la cfolère que l\u2019on\tconvertit les\tâmes, mais par la\tbonté\tet le don généreux.\tLes disciples,\tquels qu\u2019ils soient, doivent continuer cette œuvre de salut; ils doivent donc s\u2019y employer dans les mêmes dispositions de douceur et d\u2019humilité de cœur; non point combattre et (3)\tLe.VI, 28.(4)\tIbid.VI, 32 - 36. DE QUEL ESPRIT NOUS SOMMES 479 repousser, mais attirer les âmes par la manifestation d\u2019un amour véritable, fruit de la doctrine qu\u2019ils prêchent et représentent.Comme le Fils Bien-Aimé, les chrétiens sont eux aussi envoyés, non pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par eux.S En ces paroles se trouvent indiqués fortement et le but de notre vie sur terre et les moyens de l\u2019atteindre.Nous disons : le but de notre vie surnaturelle, c\u2019est que ce service de Dieu et du prochain doit passer, chez une âme fervente, avant le souci de sa perfection personnelle dont Dieu prend soin.Dans la mesure où nous servons les intérêts de Dieu, Dieu s\u2019occupe des nôtres.En ce sens le Père Eternel disait à Ste Catherine de Sienne : \u201cMa fille, pense à moi et je penserai à toi;\u2019\u2019 et le Cardinal Mercier ne craignait pas d\u2019affirmer: \u201cSauver son âme, c\u2019est bien, mais là ne s\u2019arrête pas votre devoir.On vous a peut-être trop prêché que vous êtes au monde uniquement pour vous sauver et pour mériter par une conduite personnelle irréprochable le bonheur du Paradis.Cela n\u2019est pas vrai.Vous êtes au monde pour rendre gloire à votre Créateur, pour collaborer à l\u2019extension et à l\u2019intensification de sa royauté sur les âmes.Vos intérêts à vous, temporels et même spirituels, la rémission de vos péchés, votre préservation sont choses secondaires.\u2019\u2019 6 Si tel est le sens et l\u2019esprit du christianisme, il importe souverainement d\u2019en être pénétré.En vérité nous avons souvent le \u201czèle amer\u2019\u2019 et nous oublions les leçons du Christ, \u201cl\u2019ami des pécheurs,\u201d de celui qui recommandait de ne pas briser le roseau froissé, ni d\u2019éteindre la mèche qui fume encore.* * * (5)\tJoa.III, 17; XII, 47.(6)\tSte Thérèse de Lisieux dit de même: \u201cNotre but d\u2019amour ne doit pas être de travailler pour une couronne au ciel, ou pour gagner des mérites, ou encore pour acquérir des vertus; notre but est de faire plaisir à Jésus en lui sauvant des âmes, lutter sans cesse afin d\u2019engendrer des élus ; si nous nous occupons des désirs de Dieu, Dieu s\u2019occupera des nôtres.\u2019\u2019 480 REVUE DOMINICAINE On invoquera sans doute les sévérités que l\u2019Eglise a manifestées au cours des siècles contre les hérétiques et ennemis de la foi ! Non seulement il ne faut pas les nier mais elles sont aisément justifiables, car nécessaires.Comme une mère, l\u2019Eglise se doit de défendre ses enfants contre les périls qui les menacent; gardienne de la Vérité qui fait vivre et de la vertu de ses membres, elle a mission de les protéger contre les contagions perverses.Si des pécheurs et des athées de bonne foi ne peuvent pas se rendre compte du danger de leurs doctrines et de leurs erreurs, les chrétiens savent bien que, vivants dans un monde mauvais et corrupteur, ils doivent se garder \u2014 avec \u201cla prudence du serpent\u201d \u2014 des tentations que tout leur suggère.Ce devoir de préservation qui s\u2019impose à un chacun, l\u2019Eglise l\u2019exerce pour tous avec sa prévoyance et sollicitude maternelle.Mais c\u2019est d\u2019elle-même qu\u2019il faut apprendre l\u2019esprit de cette lutte nécessaire.N\u2019oublions pas que dans son hostilité contre le mal, dans ses anathèmes, l\u2019Eglise ne fait que défendre ses enfants contre ses autres enfants, les meilleurs et surtout les plus faibles contre des fils indociles, rebelles, révoltés, mais qu\u2019elle désire voir rentrer dans son sein et qui y rentreront lorsqu\u2019ils auront compris le but de cette mission protectrice.La séparation inexorable que l\u2019Eglise souligne avec tant de force entre le bien et le mal, la vérité et l\u2019erreur, est un service qu\u2019elle rend aux égarés eux-mêmes pour les éclairer \u2014 lorsque leur cœur voudra recevoir cette lumière \u2014 sur la nature de leur doctrine, la perversion de leurs erreurs.Le pire en effet, qui puisse leur arriver, c\u2019est qu\u2019ils aboutissent, faute de ce jugement autorisé, à appeler bien ce qui est mal et mal ce qui est bien.Nous n\u2019avons pas assez gré à l\u2019Eglise de cet office maternel qu\u2019elle assume encore une fois dans les sentiments mêmes de Jésus.Car ce sont bien les vœux de son chef qu\u2019elle exprime dans ses prières qu\u2019elle adresse à Dieu pour tous ceux qui lui appartiennent vraiment, de droit divin, tous les hommes sans distinction de race, les pécheurs, les Juifs, les hérétiques; DE QUEL ESPRIT NOUS SOMMES 481 Elles les appelle tous au salut; Elle veut les conduire au ciel.Son désir est qu\u2019il n\u2019y ait qu\u2019un bercail et qu\u2019un pasteur.Je sais que Notre-Seigneur a recommandé de ne pas jeter de perles aux pourceaux.Mais ce n\u2019est pas faire une exégèse subtile que de constater que c\u2019est là une image et que nul ne peut sans autre réflexion assimiler d\u2019emblée les incroyants aux pourceaux comme les perles à la vérité catholique et surtout à l\u2019amour du Christ.Si devant certains refus, il ne faut pas exposer la grâce divine au mépris et à l\u2019insulte, il est de notre devoir de disposer les âmes à lui faire bon accueil.C\u2019est des âmes en effet, qu\u2019il s\u2019agit, et les taches qui les enlaidissent ne doivent pas empêcher le regard de notre foi de percevoir leur divine beauté.Tous les hommes, même les plus dégradés, sont des créatures de Dieu, appelés au royaume des cieux, destinés à partager le banquet de famille où tous les élus seront réunis dans la demeure du Père céleste.Ces êtres que nous méprisons instinctivement, ils seront peut-être un jour nos commensaux.Il dépend beaucoup de nous qu\u2019ils le soient.D\u2019abord, bien entendu, par nos prières, .mais nous devons nous efforcer de les faire entrer dans le royaume du Christ sur terre \u2014 gage normal de le béatitude éternelle \u2014 et nous y réussirons si par nos paroles et notre conduite nous savons leur faire comprendre que dès maintenant ils sont nos frères, puisque nous sommes tous d\u2019un même Père et que ces liens de filiation divine sont plus profonds que ceux de la chair et du sang ou des amitiés de la nature.La distinction entre le péché et le pécheur a toujours valeur.Si nous devons avoir la haine du premier, il faut avoir l\u2019amour du second, ce qui doit encore s\u2019entendre sur le plan surnaturel.Pour les raisons que nous avons dites, tout chrétien est tenu d\u2019embrasser dans sa charité toue les hommes et à un titre spécial les pécheurs et ses ennemis. 482 REVUE DOMINICAINE Si nous reconnaissons, en effet, en tous un reflet des perfections divines, une image du Dieu que nous aimons pardessus tout, la détresse morale du prochain doit nous inspirer une plus profonde miséricorde, puisque le péché est la plus profonde misère.De même la haine du vice doit-elle être conçue en fonstion de l\u2019injure qu\u2019il fait à Dieu, de la révolte qu\u2019il exprime.C\u2019est donc parce que nous aimons Dieu que nous aimons le pécheur et que nous détestons le péché, lequel lèse les droits les plus absolus du Créateur à la soumission et à l\u2019obéissance de sa créature.Les sentiments naturels et légitimes de dégoût, de répulsion que peut provoquer en nous telle laideur morale ne doivent par conséquent pas nous écarter de celui qui en est victime.Mais comme le Christ il faut aller chercher les brebis perdues, passer par-dessus nos répugnances instinctives, et les prendre comme le bon Pasteur sur nos épaules pour les ramener au bercail.Alors il y aura plus de joie au ciel pour ce pécheur qui, grâce à nous, se repent, que pour quatre-vingt-dix-neuf justes qui n\u2019ont pas besoin de pénitence.Voilà l\u2019esprit de Jésus, esprit d\u2019amour et d\u2019amour conquérant.En nous-même d\u2019abord, car ces exigences de la charité supposent bien des sacrifices de notre part, que nous surmontions notre égoïsme, que nous réduisions ce que nos vues propres ont de trop absolu, et surtout que nous ayons au cœur le désir ardent de communiquer à toutes les âmes le feu de l\u2019amour divin.Vis-à-vis des autres cette charité sera toute douceur, bienveillance, compréhension affectueuse.Comme le disait si bien Elizabeth Leseur : \u201cEtre le bon Samaritain de tant de cœurs aigris, d\u2019esprits inquiets, de consciences troublées, avoir le respect délicat, la science des âmes; s\u2019efforcer de les pénétrer doucement, leur verser goutte à goutte selon le degré de leur faiblesse ou l\u2019acuité de leur blessure, l\u2019huile apaisante ou le vin fortifiant.Leur montrer Dieu rien qu\u2019en le laissant rayonner hors de notre âme où il vit, se faire DE QUEL ESPRIT NOUS SOMMES 483 tout à tous et conquérir ainsi les cœurs à Jésus-Christ.\u201d * * * Dans cet esprit \u2014 qui est bien loin de la colère de Jacques et Jean \u2014 voyons entre bien d\u2019autres quelques attitudes pratiques où se révélera le sens chrétien.En toute notre vie, dans toutes les relations qui nous lient à nos frères, nous ne pouvons nous départir de notre qualité de chrétien et cesser de regarder notre prochain comme l'objet de l\u2019amour de Dieu.Voilà qui commande toute une manière d\u2019agir, qui impose certaines paroles et en exclut d\u2019autres.II faut se souvenir, en effet, que c\u2019est par les corps que nous atteignons les âmes et que c\u2019est souvent par les manifestations les plus matérielles et les plus insignifiantes en apparence que nous devons collaborer à l\u2019œuvre divine du salut de nos frères.E.Leseur écrivait encore: \u201cLes idées grandes ou saintes, les convictions profondes ont fluence personnelle de ceux qui les représentent.Vous souvent pour véhicules auprès des âmes le charme et l\u2019in-jugerez l\u2019arbre à ses fruits, a dit Notre-Seigneur, à ses fruits de dévouement, de charité, de foi rayonnante, mais aussi aux fleurs qui frappent d\u2019abord le regard et précèdent le fruit: ces fleurs-là s\u2019appellent douceur, grâce, noblesse et distinction extérieure des manières et de l\u2019allure, sérénité, égalité d\u2019humeur, charme de l\u2019accueil, du sourire, simplicité.Une âme profonde et sanctifiée, maîtresse absolue par la grâce divine de son corps et des entraves que celui-ci lui oppose, une belle âme, sans jamais se répandre, rayonne au dehors et donne à tous le parfum délicat de ces fleurs dont je parle.Elle attire les cœurs et les prépare par sa douce influence à la venue du Maître, qu\u2019elle obtient ensuite par ses prières.Le divin et l\u2019humain, le surnaturel et le matériel sont donc inséparables.Par suite dans la vie de tous les jours, dans l\u2019expression de nos idées et nos relations sociales, le point de vue de la foi doit être un critère constant.\u201d 484 REVUE DOMINICAINE S\u2019il s\u2019agit par exemple des protestants, la distance qui nous sépare d\u2019eux n\u2019est pas si grande qu\u2019on le pense.Ne se réclament-ils pas comme nous du Christ, l\u2019unique fondement sur lequel la vraie religion est bâtie ?Si la base commune est assurée, comment désespérer d\u2019élever en commun l\u2019édifice ?Au lieu de rechercher ce qui nous sépare, cherchons à mettre en valeur l\u2019héritage commun dont tous se réclament.C\u2019est sur ce terrain d\u2019entente préalablement accepté, que le rapprochement se fera.Si nous, nous avons conscience de posséder intégralement la doctrine du Christ, il faut le montrer moins par des syllogismes que par des actes, et si l\u2019union n\u2019est pas encore proche, il faut se rappeler le mot de Bossuet: \u201cil faut être frères même de ceux qui ne veulent pas être frères avec nous.\u201d S\u2019il s\u2019agit de questions sociales ou politiques la même sympathie divine est plus que jamais de rigueur.Elle se traduira en efforts de compréhension bienveillante, en sérénité cordiale dans les discussions d\u2019intérêts humains qui toujours par quelque endroit \u2014 ne serait-ce que par la part que nous y prenons \u2014 engagent les intérêts de Dieu.C\u2019est ainsi que le socialisme dont on ne sait quel mal dire en certains milieux catholiques, est plus proche de nous qu\u2019il n\u2019y paraît.Je sais fort bien ce qui nous divise, mais je suis encore plus convaincu que l\u2019opposition repose en grande partie sur un malentendu et en partie sur la défaillance des catholiques eux-mêmes.Car il est certain que si dans l\u2019ordre économique et politique actuel, les français catholiques avaient fait leur devoir, s\u2019ils avaient réalisé dans leurs entreprises et leur action sociale l\u2019esprit du christianisme, s\u2019ils avaient obéi généreusement aux directives de Léon XIII, nous ne serions pas où nous en sommes, exclus d\u2019un gouvernement qui s\u2019est formé contre nous parce que nous avons refusé d\u2019y prendre part; bien des griefs et des révoltes parmi les ouvriers ne se seraient pas élevés.Nous sommes responsables en partie par notre inertie des progrès de l\u2019erreur et cela, parce que nous n\u2019avons pas dis- DE QUEL ESPRIT NOUS SOMMES 485 pensé avec amour la vérité dont nous étions les dépositaires et les apôtres obligés.Un socialiste a pu écrire: \u201cC\u2019est parce que le marxisme répond au penchant des masses à se faire une image de l\u2019univers basée sur leur image de la société qu\u2019il est parvenu à acquérir, dans l\u2019espace de deux ou trois générations, auprès des masses ouvrières de l\u2019Europe centrale et orientale la formidable influence que seule une religion peut exercer.L\u2019influence des confessions chrétiennes s\u2019en trouve refoulée parce qu\u2019elles se réclamaient d\u2019une révélation émotionnelle ou rationnelle qui, au lieu de résulter de la transposition des valuations empiriques sociales à l\u2019image de l\u2019univers, contredit ces valuations.Ces religions apparaissent à l\u2019ouvrier marxiste comme une hypocrisie; car elle prêchent une morale qui ne correspond pas à la moralité réelle que l\u2019on voit à l\u2019œuvre dans l\u2019activité économique, et elles aboutissent à une image de l\u2019univers qui contredit l\u2019expérience sociale de l\u2019ouvrier industriel et la façon de penser qui se nourrit de cette expérience.\u201d 7 Sans adopter ces vues, on ne peut pas ne pas tenir compte des faits qui les fondent.Si le socialisme se développe c\u2019est parce que le matérialisme de notre vie économique actuelle exaspère les sentiments les plus élevés de justice et de charité qui demeurent au cœur de tous.Or c\u2019est aux catholiques à faire pénétrer dans le monde moderne ce sens des valeurs morales.Voilà le contact cherché entre l\u2019Eglise et le socialisme.Il serait criminel de mépriser, pour utopiques que soient souvent leurs réalisations, ces sentiments généreux qui font le succès du socialisme dans les masses ouvrières.Il suffit de notre part d\u2019un jugement sympathique à porter et d\u2019une mise au point.Au fond le socialisme est acéphale, il n\u2019est qu\u2019un cœur, mais nous osons dire que que c\u2019est en partie celui même de l\u2019Eglise qui se méconnaît.Jules Guesde disait: \u201cAmputez le Parti ouvrier de ses éléments plus particulièrement cérébraux: réduisez-le (7) H.de Man, Au-delà du Marxisme, cité dans : Chronique sociale de France, Juin 1929, p.409 - 410. 486 REVUE DOMINICAINE aux seuls ouvriers de la main, et il ne sera plus capable que d\u2019émeutes qui, même victorieuses, n\u2019en seront pas moins stériles.\u201d Or ce sont ces ouvriers que l\u2019Eglise bénit.Quant aux \u2018\u2018éléments plus particulièrement cérébraux,\u201d leur désaccord constant sur les principes eux-mêmes montre assez que leur doctrine n\u2019est ni stable ni viable.D\u2019ailleurs le même socialiste que nous avons déjà cité, H.de Man constate que \u201cni le socialisme ouvrier, ni le socialisme intellectuel ne sont tout le socialisme; car celui-ci est une aspiration éternelle de l\u2019humanité élevée au-dessus des classifications sociales qui résultent de l\u2019ordre capitaliste actuel.\u201d 8 II faut donc une tête, un cerveau à cet organisme.Cette doctrine nécessaire, c\u2019est nous qui la possédons.Nous devons montrer qu\u2019elle est indispensable pour parfaire ce qui existe déjà.Si sur le terrain des faits, les applications sont extrêmement délicates, quoi de plus facile que cet apostolat intellectuel, qui consiste à montrer à des âmes généreuses qu\u2019il n\u2019existe entre elles et nous aucun fossé ou abîme infranchissable, encore moins qu\u2019il ne doit pas y avoir de luttes odieuses.Ne serait-ce pas la pire lutte des classes que de favoriser, consciemment ou non, par notre incompréhension, cette méfiance, pour ne pas dire cette haine, entre ceux qui ont la foi et ceux qui ne l\u2019ont pas.Nous avons reçu plus que ceux-ci, nous n\u2019avons pas le droit de garder pour nous ce trésor, nous devons en faire bénéficier ceux à qui il a été moins donné, ils ont un droit certain à recevoir de nous la lumière et la vie qui leur manquent et qu\u2019ils cherchent.Ne disons pas que nous avons à nous défendre des attaques ou que nos avances seront payées de retour par des calomnies, car alors le meilleur moyen de se défendre sera de persévérer dans cette sympathie clairvoyante, plus propre à désiller les yeux que toute stratégie brutale.C\u2019est là l\u2019esprit même de Jésus qui ne rend pas le mal pour le mal, qui se refuse au principe \u201cœil pour œil, dent pour dent,\u201d DE QUEL ESPRIT NOUS SOMMES 487 mais qui selon l\u2019expression de saint Paul, \u201cveut vaincre le mal par le bien.\u201d II n\u2019est pas superflu de faire remarquer ici que l\u2019enfant prodigue, la brebis perdue et tous les exemples de pécheurs que l\u2019Evangile propose à notre amour, ne sont pas des cas abstraits, mais bien tel ou tel cas de faute, toute défaillance de l\u2019esprit, du cœur et de la conduite; et que concrètement cet enfant qui reviendra se jeter dans les bras de son Père, la brebis que le Bon Pasteur poursuit dans le désert où elle s\u2019est égarée, ce sont les âmes de ces ouvriers, de ces hérétiques, de ces Juifs de tous les temps et de tous les cieux.Ce sur quoi nous insistons, c\u2019est sur la grande part de bien et de vérité qui se trouve sous les erreurs de telle ou telle doctrine.C\u2019est dans un manuel socialiste qu\u2019on peut lire des phrases comme celle-ci: \u201cAime ton prochain comme toi-même, c\u2019est une maxime qu\u2019on répète sans y obéir, l\u2019esprit de charité vous incitera à secourir des misères individuelles, mais l\u2019esprit de révolte contre l\u2019injustice vous conduira au désir de solutions plus étendues.\u201d 9 \u201cTravailleur socialiste, n\u2019écarte point de toi tes frères de labeur en les froissant dans leur sentiments religieux.\u201d 10 \u201cSi vraiment la religion catholique ne prêche pas la résignation et si elle ne maudit pas le travail, raison de plus pour noter que nous pouvons être d\u2019accord.\u201d 11 Enfin dans les rapports et les discussions avec tous ceux qui ne partagent pas nos opinions, il faut que l\u2019on reconnaisse de quel esprit nous sommes.Respectons d\u2019abord les personnes.Il ne devrait jamais y avoir dans nos polémiques rien de blessant, mais toujours, sinon de la déférence, au moins de la politesse.Il est humiliant de rappeler cette première manifestation de l\u2019amour.Ou bien la charité n\u2019est qu\u2019un mot ou bien elle commence par l\u2019ac- (9)\tDans le livre d\u2019évidente bonne foi de M.Jules Destrée, In troduction à la vie socialiste, Bruxelles, 1929, p.12.(10)\tIbid.p.57.(11)\tIbid.p.71. 488 REVUE DOMINICAINE complissement de ce devoir essentiel.Les fins divines que nous poursuivons font du respect et de la sympathie pour les personnes une obligation rigoureuse.Il sera opportun de se rappeler de plus que nul n\u2019a sur terre le monopole exclusif de la vérité et du bien.Nous pouvons avoir une meilleure lumière, des certitudes mieux fondées.Il n\u2019y a qu\u2019en Dieu que la vérité est absolue et sans limites.Tout homme à un certain point de vue peut avoir raison et il faut savoir accueillir cette parcelle de vérité, nous enrichir de cet apport fraternel.D\u2019une façon plus générale, il n\u2019y a rien de plus anti-chrétien que le sectarisme.Le Père La-cordaire, sous des formules qu\u2019on ne peut retenir entièrement, exprimait en ces termes le respect nécessaire des personnes: \u201cLa liberté est pour tout le monde ou bien n\u2019est pas.Ne faisons pas la guerre aux hommes, mais aux idées, ou plutôt propageons les idées sans combattre les adversaires.Quiconque excepte un seul homme dans la réclamation du droit, consent à la servitude d\u2019un seul homme n\u2019a pas droit à sa liberté propre.La liberté exclusive n\u2019est qu\u2019un privilège.La liberté insouciante des autres n\u2019est plus qu\u2019une trahison.Si vous voulez, catholiques, la liberté pour vous, il vous faut la vouloir pour tous les hommes et sous tous les cieux.Si vous ne la demandez que pour vous, on ne vous l\u2019accordera jamais.Donnez-la où vous êtes les maîtres afin qu\u2019on vous la donne là où vous êtes les esclaves.\u2019\u2019 * * * Si la colère des combats et tels mouvements instinctifs excusent bien des excès et des erreurs de parole et de conduite, le principe qui doit les rectifier est certain, c\u2019est l\u2019esprit de charité que le Christ a légué, avec toutes ses exigences, à ses disciples.A titre de conclusion nous citerons cet éloge du Cardinal Dubois fait par quelqu\u2019un qui M\u2019est pas des nôtres; l\u2019auguste défunt fut, en effet, un exemple de cette sympathie, de cette conciliation avisée DE QUEL ESPRIT NOUS SOMMES 489 qui attira sur la doctrine qu\u2019il représentait le respect et l\u2019estime: \u201cA sa culture, à ses charges qui de bonne heure lui survinrent, à sa pratique du siècle (comme l\u2019on dit), le Cardinal devait cette qualité charmante dont un Fénelon a fourni le modèle et qui ne me paraît plus très en honneur: la courtoisie.La courtoisie, cette pudeur du mot et du geste, ce sens des nuances qui évite la blessure inutile, même s\u2019il faut combattre.On ne se bat plus à la pointe; on s\u2019attaque à coups de bottes ou à coups de bâton.Tournez les yeux vers certaines régions de notre pays: vous y verrez la polémique s\u2019armer de pierres.Mieux encore on cherche à souiller.Le Cardinal avait ses idées et nous les nôtres.Il me souvient d\u2019avoir échangé avec lui, dans l\u2019été de 1924, des notes qui ne furent point sans importance.Le curieux qui les relirait, maintenant que la boue de la lutte est tombée, y verrait deux Français qui raisonnent, sans s\u2019estimer en droit de se mépriser.\u201d Vraiment, de quel esprit sommes-nous ?A l\u2019Eglise et dans la vie courante, devant Dieu et dans tous nos rapports avec notre prochain ?Si nous vivions vraiment de l\u2019esprit du Christ, nous aurions le pouvoir de faire des miracles et comme il y a vingt siècles de convertir le monde.C\u2019est que nous jouerions parfaitement notre rôle qui est d\u2019être \u201cle vase fermé qui enferme une brillante lumière et à travers lequel cette lumière l\u2019éclaire et réchauffe tout ce qui l\u2019entoure.\u201d 12 C.Spicq, O.P.Le Saulchoir.(12) E.Leseur. Caractères de la doctrine de Jésus La doctrine de Jésus est belle, grande et sainte.Il y a derrière ce simple énoncé, une intention apologétique que je voudrais d\u2019abord dégager le plus nettement possible, par crainte de compromettre les preuves traditionnelles établissant que Dieu a parlé par son Fils, tandem locutus est in Filio.Quand on a réussi à montrer qu\u2019une doctrine est belle et bienfaisante, a-t-on prouvé, par le fait même, qu\u2019elle rend le son de la vérité ?Certains philosophes l\u2019ont cru et enseigné.Désespérant de parvenir au vrai par le seul effort intellectuel, ils se rejetèrent sur l\u2019expérience en se disant qu\u2019on pouvait du moins juger l\u2019arbre à ses fruits, c\u2019est-à-dire, reconnaître la vérité d\u2019un système, même religieux, à son degré d\u2019utilité, surtout à son degré d\u2019utilité sociale.Telle croyance vous fait du bien ?Elle procure à votre âme de fortes expériences, à votre esprit une sorte d\u2019illumination intérieure, à votre vie agissante une fécondité qui s\u2019épanouit en œuvres ?Votre croyance est vraie, elle est même la seule pratiquement vratfe.Cette philosophie religieuse, à base expérimentale, &st évidemment d\u2019origine anglo-saxonne.Cependant nous a-vons eu au Canada, il y a environ vingt-cinq ans, quelques-uns de ces illiminés, dévoilant leurs expériences mystiques et visant au titre de fondateurs d\u2019églises.L\u2019initiateur du mouvement se nommait Richer.Ni lui ni ses adeptes n\u2019ont procuré une gloire particulière à notre race.Pour réfuter d\u2019un mot cette théorie en somme assez vulgaire, il suuffit d\u2019accepter la méthode indiquée et de s\u2019en tenir aux faits.C\u2019est un fait qu\u2019il y a des fictions grandioses, des mensonges utiles, des illusions bienfaisantes.Donc la grandeur, l\u2019utilité, la bienfaisance d\u2019une idée ne prouvent CARACTERES DE LA DOCTRINE DE JESUS 491 pas toujours en faveur de sa vérité objective.Et s\u2019il y a parmi mes lecteurs un savant habitué à manœuvrer des hypothèses, il sera le premier à reconnaître que, même utile et féconde, une hypothèse finit souvent par être déclarée fausse.Qu\u2019est-ce donc qu\u2019on prétend prouver, et jusqu\u2019où va cette prétention, quand on affirme que la doctrine de Jésus est belle, grande et sainte ?Je le regrette, mais ici s\u2019impose une nouvelle observation préliminaire.Il ne s\u2019agit pas présentement de quelques notions isolées, mais d\u2019un système d\u2019ensemble à réactions d\u2019ensemble.S\u2019il n\u2019y avait dans le message du Christ que deux ou trois points à offrir ce caractère de sublime grandeur et d\u2019infinie bienfaisance, on pourrait se croire, comme tout à l\u2019heure, dans un domaine d\u2019illusion; de même, s\u2019il n\u2019y avait qu\u2019une catégorie de personnes à subir ce prestige et à expérimenter ce bienfait, l\u2019on ne sortirait guère de l\u2019illuminisme privé.Mais j\u2019envisage en ce moment le message global du Sauveur, embrassant à la fois Dieu et l\u2019homme, et leur point de jonction qui est l\u2019Homme-Dieu; réglant par contre-coup jusqu\u2019aux moindres gestes de la créature, qu\u2019il oriente vers un idéal de moralité, de justice et de sainteté.Je considère ces centaines de peuples et ces millions d\u2019individus, vivant sous toutes les latitudes, avec leurs tempéraments si divers et leurs cultures si opposées, auxquels ce message apporta lumière et fécondité, joie et espérance jusqu\u2019aux limites de la tombe.Et je prétends tirer de là un argument de haute probabilité, qui la grâce aidant se change en certitude le jour où l\u2019on se donne la peine d\u2019examiner les critères externes démontrant que le message vient de Dieu.Car le beau ainsi découvert et présenté, ce beau intégral ne peut être que la \u201csplendeur du vrai\u2019\u2019.Ce beau intégral, dans la doctrine de Jésus apparaît comme la résultante de deux qualités violemment opposées: le sublime et le familier.C\u2019est de cette façon, sans doute, qu\u2019elle atteint les diverses familles d\u2019esprits et que l\u2019Evan- 492 REVUE DOMINICAINE gile est ou peut être le livre de tous.Quand la réclame littéraire inscrit sur une feuille d\u2019annonces : Ce volume est à sa place dans toutes les bibliothèques, personne ne prend au sérieux ce boniment; car si le volume est à sa place dans les rayons d\u2019un grand lettré il ne l\u2019est plus sur la table d\u2019un ignorant.Mais \u201cla doctrine de Jésus est telle que tous les cerveaux s\u2019en nourrissent, que toutes les conditions s\u2019en approchent, que tous les âges la copient.\u201d (G.Hoornaert: 4 propos de l\u2019Evangile) Choisissons parmi les plus importantes révélations du Sauveur, sa révélation sur Dieu et sur l\u2019homme.Il déclare que Dieu est notre Père et que par conséquent tous les hommes sont frères.Idée neuve, assurément, idée sublime aussi, mais combien simple et familière.Dieu est notre Père, donc nous avons le droit de nous jeter à son cou.Nous sommes tous frères, et la règle de nos rapports sera celle-ci : faire aux autres ce qu\u2019on voudrait qu\u2019on fît à nous-mêmes et surtout ne pas faire l\u2019inverse.Quel philosophe ou moraliste saura jamais épuiser le sens de ces admirables formules ?D\u2019autre part, lequel parmi ces pêcheurs de Tibériade et ces petits commerçants de Jérusalem, n\u2019est pas en mesure de les comprendre ?Des idées comme celles-là, c\u2019est à donner le vertige .et pourtant, elles n\u2019offrent pas de quoi dérouter un enfant de cinq ans ! Il en va ainsi de toute la prédication de Jésus.S\u2019il a gagné cette partie dont l\u2019enjeu consistait à changer la face du monde religieux et à régénérer le monde moral, c\u2019est sans doute par la vertu de son sacrifice, mais aussi par l\u2019autorité d'une parole sublime et simple, double caractéristique du génie.Ecoutons-le sur les points les plus contre-versables, les plus dangereux à proposer à cette époque.\u2014 Vous voulez savoir ce que je suis venu faire parmi vous ?Je suis venu fonder un nouveau royaume et abroger la Loi ancienne, c\u2019est-à-dire lui ôter sa raison d\u2019être, en l\u2019accomplissant.\u2014 Vous voulez savoir sur quel fondement j\u2019établi- CARACTERES DE LA DOCTRINE DE JESUS 493 rai ce royaume ?Sur l\u2019esprit qui vivifie et non sur la lettre qUj tue.\u2014 Qui sera appelé à faire partie du royaume ?Les pauvres d\u2019abord, et de plein droit, puis les riches, par concession ou privilège.\u2014 Comment s\u2019y exercera 1 autorité ?Sous forme de service.Le préposé en chef, mon successeur signera ses ordonnances : servus servorum, le serviteur des serviteurs.\u2014 Où seront fixés le territoire et les limites du royaume avant tout spirituel ?Partout où battra un coeur d\u2019homme : Regnum Dei intra vos est.\u2014 Enfin, comment y seront établies les grandes lignes de la politique ?Amenez-moi cet enfant : le royaume des cieux est à eux et à ceux qui leur ressemblent.Et quand on songe que pareils tableaux, capables d\u2019épuiser en un instant tout le dynanisme d\u2019un Shakespeare et tout l\u2019arc-en-ciel d\u2019un Dante, se rencontrent presque à chaque page de l\u2019Evangile; que pareilles formules, lues sur un parchemin mort ou passant par des lèvres indignes, ont encore après 2 000 ans le pouvoir de chavirer les âmes, quelle dut être l\u2019émotion de ceux qui captèrent ces pensées et ces images à leur premier jaillissement, tombant sans effort des lèvres du Maître, provoquée par les surprises du dialogue, les incidents de la route, les spectacles d\u2019alentour.Beauté sublime et simple, mais aussi, beauté féconde en fruits de sainteté.J\u2019entends la sainteté à tous ses degrés, depuis la simple justification par la grâce, unie à l\u2019observance des commandements, jusqu\u2019à ces appels à la perfection dont résonne en particulier le discours sur la Montagne.Cette perfection surnaturelle répond à une certaine capacité ou puissance de notre nature, éprouvant tour à tour un attrait vers les bas fonds, puis cette tendance à monter, ce besoin d\u2019échapper à sa propre insuffisance, cette soif d\u2019idéal et d\u2019infini qui crie au-dedans de nous-mêmes et qu\u2019un converti de ce siècle a si bien dénommée \u201cle tourment de Dieu\u201d.Est-ce à dire que suivant la doctrine du Maître il faille tenir en mépris les vertus naturelles, notre culture 494 REVUE DOMINICAINE proprement humaine, nos élans, nos ferveurs devant le spectacle de l\u2019univers créé ?Le prétendre serait ignorer profondément la synthèse évangélique.Comment expliquer dès lors que les meilleurs sentiments de l\u2019homme aient trouvé leur plus vivante expression chez les personnages les plus imbus de cette doctrine ?Tout ce qu\u2019il y a de bon et de beau sur terre a été encouragé et consacré par un saint: l\u2019amitié par S.Bazile et S.Grégoire, la nature par S.François, le patriotisme par Ste Jeanne d\u2019Arc, la science par S.Thomas.Trouvez un art, un métier, une profession qui ne puisse se prévaloir et s\u2019inspirer de quelque auguste patronage.Jésus nous enseigne simplement à surnaturaliser nos affections et tous nos gestes, à transposer ces vibrations humaines pour leur faire rendre un son d\u2019éternité.Mais comment résumer en quelques paragraphes les fruits opérés par cette prédication sanctifiante ?N\u2019est-ce pas entreprendre de résumer des siècles d\u2019histoire ?Le critique allemand Ritchter y a peut-être réussi dans cette phrase solennelle où il nous dépeint Jésus, \u201cl\u2019être le plus pur parmi les puissants, le plus puissant parmi les purs, qui de sa main percée a soulevé les empires hors de leurs gonds et changé le lit du torrent des siècles.\u201d C\u2019est bien ainsi: il a changé le lit du torrent des siècles; et le résultat, c\u2019est qu\u2019aujourd\u2019hui encore, à côté d\u2019un monde resté ou redevenu païen, il y a un monde chrétien.\u201cIl y a un monde chrétien où les idoles sont remplacées par un Dieu unique, où la superstition est proscrite comme un crime, où le culte est pur et sanctifiant.Il y a un monde chrétien où la femme respectée est devenue l\u2019égale de l\u2019homme et comme la moitié de sa vie, où l\u2019enfant est protégé par des droits sacrés, où la famille est assujettie aux lois d\u2019un indissoluble amour.II y a un monde chrétien où l\u2019esclavage est aboli, où l\u2019on ne voit plus que des hommes libres, où l\u2019oisiveté est un opprobre et le travail un honneur, où le pouvoir et la richesse sont devenus les intendants de la la Providence.11 y a un monde chrétien où les ombres sans doute sont mêlées à la lumière, où le mal apparaît en CARACTERES DE LA DOCTRINE DE JESUS 495 face du bien, mais toujours réprouvé par une immuable doctrine de droiture et de perfection.\u201d (Montsabré, Carême de 1890, dernière conf.) Et si quelques-uns des bienfaits signalés apparaissent aussi en dehors de la république chrétienne, c\u2019est par une dérivation heureuse de cette immuable doctrine.Si de beaux cris, de grands gestes s\u2019observent fréquemment dans la littérature neutre et la politique humanitaire, c\u2019est encore en vertu de la doctrine évangélique et parce qu\u2019écrivains et diplomates osent se l\u2019approprier sans en rien dire.Mais c\u2019est à Vous et à Vous seul, ô Jésus, que revient tout le brillant et l\u2019efficace de la civilisation moderne ou contemporaine.C\u2019est à Vous que l\u2019histoire véridique rend hommage, et la terre, \u2014 comme dit le poète par Vous inspiré, Est belle seulement où vous avez passé ! (Malherbe).Je ne voudrais pas paraître surestimer la valeur apologétique de l\u2019argument tiré des caractères internes de la révélation.Il n\u2019est pas destiné par nature ni dans la pensée de l\u2019Eglise à entraîner de force l\u2019assentiment.Son efficacité dépend des divers tempéraments comme aussi de nos dispositions morales.Même auprès des esthètes, il s\u2019avère tantôt nul, tantôt victorieux.On connaît ce témoignage de Coppée après sa conversion: \u2018\u2018Prodigieuse vertu, persuasive suavité de l\u2019Evangile, où dans chaque mot j\u2019ai vu la vérité briller comme une étoile, où je l\u2019ai sentie palpiter comme un cœur !\u201d Voyez au contraire Pierre Loti s\u2019approchant de Jésus avec cette sensibilité raffinée, ou du moins exaspérée, et cette puissance évocatrice qui l\u2019égalent aux plus grands poètes du siècle, et demeurant après son pèlerinage ce qu\u2019il était auparavant: le prince des désenchantés.Ah ! c\u2019est que dans l\u2019Evangile nous avons affaire, non à un personnage mort, mais à un vivant qui se tait ou qui parle, qui se montre ou se dérobe à volonté.Dès lors une 496 REVUE DOMINICAINE attitude s\u2019impose au chercheur, et l\u2019on n\u2019a pas craint d\u2019affirmer que c\u2019est un livre qu\u2019il faut lire à genoux.Position incommode, sans doute, mais on comprend qu\u2019il y ait diverses sortes d\u2019agenouillements.A genoux dans le recueillement du silence.A genoux par la pureté du cœur et la rectitude d\u2019intention.A genoux dans un esprit de soumission intégrale à la Parole, à l\u2019opposé de cet esprit malhonnête qui prétend goûter certains textes pour la suavité- et la douceur qu\u2019ils contiennent, sans égard aux autres sentences où Jésus condamne les simagrées de la routine, l\u2019hypocrisie du monde, les spoliations du commerce et les abus de l\u2019autorité.C\u2019est peut-être la posture normale du chrétien et l\u2019unique façon de rester debout, l\u2019âme haute, tendue aux influences de l\u2019Esprit qui souffle où il veut.M.-A.LAMARCHE, O.P. Refondre Lortie 7.W LA MORALE pAGE 5 \u2014 Un mot d\u2019introduction sur la place de la Morale en Philosophie et sur son degré d\u2019abstraction, ne serait pas superflu, si une culture philosophique élémentaire doit viser à donner les cadres, les principes généraux et la méthode d\u2019une science, plutôt qu\u2019un certain nombre de thèses plus ou moins étrangères les unes aux autres.Pages 5 et 6 \u2014 La définition scientifique de l\u2019Ethique requiert aujourd\u2019hui plus de précision.Il n\u2019est pas un mot de la présente définition qui ne soit au dehors sujet à discussion ou objet d\u2019une erreur.Nos étudiants trouveraient cette étude à la fois plus intéressante et plus pratique si ces erreurs étaient signalées et refutées, l\u2019énoncé même de ces erreurs obligerait à préciser ensuite les démonstrations.Ainsi, par exemple, lorsqu\u2019on définit l\u2019Ethique \u201cune science pourquoi ne pas signaler l\u2019erreur d\u2019Epicure, renouvelée, avec quelques modalités positivistes par Durkheim.Un mot d\u2019explication doit aussi rappeler la distinction entre \u201cscience\u201d dans son acception positiviste, cartésienne et scolastique.Un mot devrait aussi établir le degré de certitude et d\u2019évidence auquel peut aspirer l\u2019Ethique.Cela permettrait de faire un premier raccordement entre l\u2019Ethique, d\u2019une part, et la Psychologie, la Logique et la Critique, de l\u2019autre.Nos modernes partisans de l\u2019observation verraient, déduite de la notion même de l\u2019acte humain, selon qu\u2019il est considéré comme acte isolé ou dérogeant à une habitude, 498 REVUE DOMINICAINE ou selon qu\u2019il procède de cette habitude, la distinction entre \u201cmanière constante et uniforme d\u2019agir,\u201d et \u201cfait accidentel:\u201d la première est objet de science; mais pas le second, qui relève de la prudence ou de la conscience.Et pour une fois, on prouverait expérimentalement l\u2019adage strictement thomiste, opposé au scotisme: scientia est uni-versali, non de singulari.Y aurait-il même grand inconvénient à signaler l\u2019analogie d\u2019attribution latente sous les trois acceptions du mot \u201cmos\u201d objet matériel de la morale, et qui précisément donne prise à toutes les erreurs matérialistes, fatalistes et positivistes modernes, qui identifient l\u2019activité humaine et animale ?Le mot \u201cpractica,\u201d dans l\u2019explication de la définition, bien qu\u2019il soit grammaticalement à sa place, devrait logiquement venir en quatrième lieu.C\u2019est une propriété de la morale qui vient après l\u2019énoncé du genre \u201cscience\u201d qui lui-même se précise par l\u2019objet matériel \u201cde l\u2019acte humain,\u201d et l\u2019objet formel \u201cen tant qu\u2019il doit être dirigé,\u201d (première différence spécifique) \u2014 \u201cvers sa fin dernière\u201d (deuxième différence spécifique), \u2014 par la lumière de la raison naturelle (dernière différence spécifique).Disons-le immédiatement: cette propriété qui fait de la Morale une science pratique comme l\u2019autre, qui n\u2019est pas énoncée par l\u2019auteur, par laquelle la Morale est une science \u201cnormative\u201d \u2014 qui oblige à l\u2019action dans un sens donné par l\u2019objet formel, \u2014 devrait être traitée, aussi brièvement que l\u2019on voudra, à part, dans un paragraphe qui viendrait immédiatement après la définition, avant la division de la morale.\u2014 Les Morales sans obligation ni sanction sont trop répandues, et inspirent subrepticement trop de romans et de traités de sciences psychologiques, politiques, pour qu\u2019on laisse nos éléves ignorer tout cela.Il faudrait aussi signaler la tendance positive à n\u2019établir la morale que sur la constance des faits d\u2019expérience, contrairement à la saine morale qui, elle, cherche ce qui doit être, et non pas seulement ce qui fut ou ce qui sera.\u2014 REFONDRE LORTIE ?.499 Une explication du mot \u201cdirectiva\u201d répété plusieurs fois par l\u2019auteur, en ce sens de l\u2019obligation morale, amorcerait le traité de la conscience.On nous objectera sans doute,qu\u2019il faut compter avec les explications du professeur; qu\u2019il ne faut pas oublier qu\u2019on ne peut allonger un programme déjà chargé.\u2014 Nous ne pouvons tout de même laisser de côté deux faits d\u2019expérience: d\u2019abord que les élèves retiennent à peine leur manuel tandis qu\u2019ils oublient complètement les notes prises pendant les classes, et que de plus la tendance actuelle à faire réciter le manuel mot à mot au baccalauréat incline à s\u2019en tenir exclusivement au manuel, si l\u2019on veut être B.A.Au 3°) de la définition apparaît une nouvelle définition de l\u2019acte humain, objet matériel de la morale.Il faudrait rattacher celle-ci à l\u2019autre, donnée à la page précédente: \u201cmos stricto sensu significat modum constantem et uniformem agendi.l\u2019acte humain délibéré, passager ou répété, est également objet de la morale.La distinction qui s\u2019impose ici introduirait le traité des \u201chabitus\u201d des vertus et des vices, qui, pour le dire tout de suite, est par trop écourté.Au 4°) Un mot de précision sur les objets formels distincts de la politique, de l\u2019économie politique, ne serait pas superflu.Qu\u2019en fait ces sciences ne visent que le \u201cbonum utile,\u201d cela n\u2019empêche qu\u2019en droit et en morale vraiment scientifique, elles ne doivent viser au \u201cbonum\u201d honestum.\u201d Aristote et S.Thomas l\u2019affirment explicitement.Passer leur opinion sous silence, pour garder le texte actuel du manuel, c\u2019est se rapprocher beaucoup plus du positivisme et du libéralisme politique, pour ne pas dire du socialisme, que du thomisme et surtout de la pensée chrétienne.Aristote étayait déjà toute sa Morale (qui n\u2019était d\u2019ailleurs qu\u2019une partie de la politique), sur le bonheur rationel de la vie vertueuse. 500 REVUE DOMINICAINE Dans ce paragraphe et le suivant, la distinction entre morale et sciences subalternes et théologie est un peu confuse.La subordination des différents biens qui sollicitent l\u2019activité humaine, le bien surnaturel inclus, selon la puissance et l\u2019acte, rendrait la chose bien plus claire.De plus il ne serait pas hors de propos de rappeler que, si, en science morale, on peut faire abstraction de l\u2019ordre surnaturel, pour ne considérer tous ces problèmes que sous leur aspect strictement rationnel, tout de même en droit et en fait, il n\u2019y a concrètement qu\u2019un bonheur surnaturel auquel l\u2019homme puisse aspirer dans toute son activité individuelle ou sociale.La remarque mettrait en garde pour toute leur vie, nos jeunes philosophes contre tous les traités de morale, de sociologie, de politique, qui eux, font abstraction de l\u2019ordre surnaturel, non plus à titre provisoire, mais définitivement, et poursuivent de fait la réalisation d\u2019un ordre moral et social rationaliste, positivement athée et a-religieux.Et, puisque nous sommes dans le domaine de l\u2019action pratique, nos futurs politiciens, financiers ou professionnels se trouveraient d\u2019ores et déjà avertis, qu\u2019ils auront à tenir compte de cette primauté du spirituel surnaturel dans l\u2019organisation de leur vie dans un pays catholique.Page 7 \u2014 Donc, avant ce deuxième titre (\u201cDivision\u201d) devraient se trouver deux autres: II Propriétés de la Morale: a) Science pratique b) Première des sciences pratiques, c) science normative.\u2014 III Méthode de la Morale et certitude à laquelle elle aboutit.Puis viendrait IV Division de la Morale.Sur le tableau synoptique, qui introduit le plan de l\u2019ouvrage, plusieurs remarques s\u2019imposent : a) Il faudrait tout d\u2019abord dire pourquoi en Morale on aborde les causes extrinsèques avant les causes intrinsèques.La fin, sans aucun doute, est le principe de la science pratique.Mais rien jusqu\u2019ici ne nous l\u2019a fait soup- REFONDRE LORTIE \u201c?.501 çonner.L\u2019introduction du paragraphe que nous demandions plus haut (propriétés de la Morale) justifierait l\u2019ordonnance du tableau.b)\tL\u2019auteur range ensuite la conscience comme subdivision de la cause exemplaire, \u2014 ce qui est exact, \u2014 mais dans la catégorie des \u201cprincipes extrinsèques à l\u2019acte humain:\u201d ce qui est vrai encore, si on considère l\u2019acte humain isolé du sujet qui le produit, mais qui ne l\u2019est plus si l\u2019on réfère l\u2019acte à la personne qui le produit: \u201cActiones sunt suppositorum.\u201d D\u2019autant plus que la conscience, pour les thomistes, n\u2019est qu\u2019un acte, et le dernier dans l\u2019ordre d\u2019intention, de l\u2019intelligence guidant la volonté dans son choix immédiatement pratique.c)\tIl y aurait tout intérêt à signaler dès le début que l\u2019acte humain est un acte immanent, et donc que ses quatre causes se trouvent à travailler de concert à l\u2019intérieur d\u2019un même sujet, et même de la faculté d\u2019un même sujet.La division telle qu\u2019indiquée va inconsciemment des causes de l\u2019acte humain aux causes de la morale.11 y a au moins une distinction de raison raisonnée entre les deux.d)\tVaut-il alors la peine de dédoubler le tableau et de donner séparément la division, par les causes, de la Morale puis celle de l\u2019acte humain ?Si l\u2019on veut économiser les développements, il faudra au moins indiquer ce double point de vue.Autrement on confond l\u2019objet matériel (l\u2019acte humain) qui a ses causes propres, avec l\u2019objet formel qui consiste précisément à assigner à l\u2019acte humain considéré psychologiquement les quatre causes qui le rendent \u201cmoral\u201d.e)\tAprès cette distinction, notons que le titre \u201cde jure et officio in genere\u201d nous paraît déplacé.Tout d\u2019abord, pusqu\u2019on traite de la science qui dirige l\u2019acte humain, et non pas de la cause efficiente (Dieu) qui décrète l\u2019ordre moral et préside ensuite à son exécution, il faut donc met- 502 REVUE DOMINICAINE tre devoir avant droit.De plus ce chapitre du devoir et du droit qui constitue l\u2019ordre moral est un effet de l\u2019acte humain et donc de la science morale.Donc l\u2019Ethique générale devrait être considérée I in se; ÏI dans ses effets: le devoir et le droit.I\t\u2014 in suis causis: extrinsecis: de Fine.de Lege.intrinsecis: materiali: de actu humano; Formali: de moralité.II\t\u2014 in suis effectibus: de ordine morali: de officio, de jure.f) enfin, et c\u2019est notre critique la plus grave, l\u2019ordre que suit l\u2019auteur n\u2019est nullement thomiste, et il n\u2019est pas pédagogique.Il abandonne la marche de S.Thomas.La Somme, dans cette partie, suit l\u2019ordre d\u2019invention et va de la puissance à l\u2019acte.Elle prend l\u2019acte humain considéré psychologiquement, pour le conduire jusqu\u2019à son caractère spécifique d\u2019acte moral.Pourquoi alors abandonner cet ordre en adoptant la marche de Lortie ?L\u2019étude de la loi et de la conscience avant celle de l\u2019acte humain et de la moralité qui établissent le caractère nécessaire de l\u2019ordre moral, laisse planer une teinte de volontarisme qui apparente sa doctrine beaucoup plus à celle de Scot et de Suarez, qu\u2019à celle de S.Thomas.Quant aux divisions de la Morale spéciale, nous les critiquerons plus loin.XXX (à suivre) Le sens des faits Vittoria à l\u2019Université de Washington De grandes fêtes viennent d\u2019avoir lieu à l\u2019Université catholique de Washington où l\u2019on a acclamé le théologien dominicain Francisco de Vittoria comme le fondateur du droit international de notre temps.On a voulu commémorer le quatrième centenaire de ses leçons \u201cDe Indis\u201d et \u201cDe jure belli\u201d.Le Dr James Brown Scott, président de l\u2019Institut Américain de droit international et le principal orateur, a fait l\u2019éloge de l\u2019œuvre de Vittoria.Comparant les oeuvres de Grotius, appelé par certains, le père du droit international, avec celle de Vittoria, le Dr Scott cite plusieurs autorités pour prouver au contraire tout ce que Grotius doit aux écrits de son devancier Vittoria, et parmi celles-là, des historiens hollandais, compatriotes, confrères de Grotius à l\u2019Université de Leyden, et Grotius lui-même.\u201cLa position de Vittoria s\u2019impose clairement dans l\u2019histoire du droit international, il en est le fondateur aussi indubitablement que Grotius en reste le plus illustre de ses disciples.\u2019\u2019 Le Révérend Père Charles McKenna, O.P., du Couvent d\u2019études des Dominicains, de Washington, parla de \u201cVittoria et son temps\u201d.Après avoir établi que \u201cles premières années du XVIe siècle avaient vu la graduelle dissolution de l\u2019unité du christianisme\u2019\u2019 et que \u201cses fondements tant spirituels que matériels avaient été violemment attaqués par les forces de l\u2019esprit nouveau\u2019\u2019, le Père McKenna ajoute: \u201cC\u2019est alors que 504 REVUE DOMINICAINE Francisco de Vittoria, avec une sagacité qui devance et son temps et le nôtre, posa les bases juridiques et théologiques de la souveraineté de l\u2019Espagne en Amérique : ce qu\u2019il fit dans une série de claires et brièves conférences à l\u2019Université de Salamanque qui attirèrent l\u2019attention universelle sur cette question.\u201cSa doctrine s\u2019opposait tellement à la vieille tradition que Charles V, qui voulait viser Vittoria surtout, en écrivit au prieur du couvent de St-Etienne pour se plaindre de ce que \u201ccertains maîtres de cette maison, avaient, à son insu et sans sa permission, dans leurs leçons et sermons, au sujet des affaires espagnoles au Nouveau-Monde, soutenu des doctrines préjudiciables et scandaleuses, et de nature à nuire au service de Dieu, au respect du Saint-Siège et du Vicaire du Christ, et au détriment de notre Couronne dans ces royaumes\u201d.Quatre siècles ont passé, et ces \u201cRelectiones\u201d, comme on les appelle, attirent encore l\u2019attention et l\u2019admiration des étudiants du monde entier.De fait, les spécialistes en droit international les considèrent toujours comme le point de départ de la loi internationale.Vittoria, note le Père McKenna, s\u2019était fait une coutume de donner un travail longuement et soigneusement préparé à l\u2019ouverture officielle des cours de l\u2019Université.Bien qu\u2019il n\u2019ait rien publié lui-même, on possède les notes de douze de ses leçons, recueillies par ses élèves, soucieux de conserver l\u2019enseignement de leur maître.Deux de ces leçons qui traitent du droit public ont de nos jours, un intérêt particulier, et c\u2019est, en fait, sur ces deux contributions juridiques que sa renommée de fondateur du droit international est attachée.\u201cDe Indis\u201d, écrit en 1532, étudie les titres, vrais ou faux, que les espagnols présentent pour justifier leur domination dans le Nouveau-Monde. LE SENS DES FAITS 505 \u201cDe jure Belli Hispaniorum in Barbaros\u201d fut hâtivement composé, dans ses rares loisirs, \u2014 c\u2019est lui-même qui l\u2019assure \u2014 pour compléter sa précédente leçon.Ces deux leçons constituent un sommaire du premier traité de la loi de la paix et de la guerre.On a une autre \u201cRelectio\u201d sur le \u201cPouvoir civil\u201d qui était de date antérieure, et qui contient virtuellement toute la philosophie politique de Vittoria.Le Dr Herbert Wright, professeur de loi internationale à l\u2019Université de Washington, parlant de \u201cVittoria et l\u2019Etat\u201d, démontra le caractère classique des écrits de Vittoria.Le Dr Wright analyse la nature de l\u2019état, l\u2019origine de son autorité et de sa souveraineté politique, de même que la coopération des sujets.Sur tous ces points, il fit voir que les opinions de Vittoria méritent bien leur nom de classiques puisqu\u2019elles ont une valeur durable et répondent à tous les besoins.(Adapté du Catholic Register de Toronto) H.COUTURE, O.P.Dans l\u2019Ordre Rome, \u2014 Le Collège Angélique doit abandonner en octobre ses quartiers de la rue St-Vital pour occuper l\u2019ancien Couvent de St-Sixte qui sera à cette date complètement restauré.Trois cents ouvriers travaillent à cette restauration sous la surveillance du T.R.P.Nolan.On ajoute à l\u2019ensemble un étage pour le noviciat et une Aula magna apte à contenir 1 200 sièges.Le chauffage moderne est installé.Le personnel directif sera ainsi composé: régent des Etudes: T.R.P.Michel Brown; bachelier du Collège: T.R.P.Garrigou-Lagrange; maître des Etudiants: T.R.P.Wonoriewski. 506 REVUE DOMINICAINE Irlande.\u2014 Au cours du Congrès de Dublin, le Rme Père Gillet, Maître général, a donné à l\u2019Université une conférence sur le sacrement de l\u2019Eucharistie.11 en a été remercié par Son Excellence Mgr Forbes, archevêque d\u2019Ottawa.Belgique.\u2014 Les Dominicains de Liège ont célébré par un triduum solennel, les 14, 15, 16 juin, le 7e centenaire de leur Couvent.Cette fête fut en même temps consacrée à honorer S.Albert le Grand, et c\u2019est le T.R.P.Padé, provincial de Paris, qui donna le panégyrique du saint Docteur.\u2014Le T.R.P.Rutten, sénateur, a pris part de nouveau à la Semaine Sociale de France, en donnant une conférence à Armentières.\u2014 Le Chapitre Général de l\u2019Ordre où notre Province fut représentée par les très révérends Pères Forest et Marchand, a eu lieu au Couvent du Saulchoir, à Kain près Tournai.L\u2019œuvre principale de la réunion consistait à livrer le texte définitif des Constitutions adapté au nouveau Code de droit canonique.France.\u2014 Le Rme P.Gillet et le T.R.P.Delos ont pris part à la Semaine Sociale de France tenue à Lille.Le premier avait reçu comme sujet: La primauté de la justice et de la charité dans les relations économiques internationales, le second: Le bien commun international dans les enseignements pontificaux.Canada.\u2014 Le R.P.Antonin Loiselle, O.P., ordonné à la prêtrise le 9 juillet, à Upton, par S.E.Mgr Desmarais, évêque auxiliaire de St-Hyacinthe, y a célébré le lendemain sa première messe.\u2014Son Excellence Mgr Louis-Adelmar Lapierre, des Prêtres des Missions Etrangères de la Province de Québec, évêque titulaire de Cardique et premier Vicaire apostolique de Szepingkai, Mandchourie, ayant reçu l\u2019onction du sacre LE SENS DES FAITS 507 dans la Basilique de Montréal, en la fête de S.Dominique, la Revue Dominicaine lui souhaite humblement la bénédiction du saint Fondateur, qui voulait se donner en personne et qui voua une partie de son Ordre à l\u2019apostolat en terre infidèle.\u2014Le R.P.D.-M.Clark a prêché le panégyrique de saint Dominique, dans l\u2019église Saint-Dominique de Québec, et présidé à Berthierville, chez les Dominicaines du Grand Ordre, en la fête de l\u2019Assomption la prise d\u2019habit de Mlle Annette Pouliot, sœur du R.P.Vincent-M.Pouliot, O.P.\u2014Son Eminence le cardinal Jean Verdier, archevêque de Paris et Primat de l\u2019Eglise de France, a bien voulu visiter la communauté de N.-D.de Grâce, dans l\u2019après-midi du 7 août, solennité de saint Dominique.Il a daigné rappeler la situation prospère des deux couvents de Paris et leurs dignes fruits d\u2019apostolat.\u2014Les RR.PP.G.Albert, C.Pothier, T.-M.Rondeau, de notre province, et les RR.PP G.Valderrama et S.Ubier-na, de la province des Philippines, ont passé avec succès à Ottawa l\u2019examen de Lectorat en Philosophie et en Théologie.Us ont présenté respectivement les thèses écrites suivantes: \u201cLes rapports réciproques de l\u2019intelligence et de la volonté dans l\u2019activité humaine\u201d; \u201cLa Prière d\u2019après S.Thomas d\u2019Aquin\u201d ; \u201cLa Tradition chez Bossuet\u201d ; \u201cLa place du Prêtre dans le corps Mystique\u201d ; \u201cL\u2019augmentation de la charité selon S.Thomas\u201d.\u2014A l\u2019Angelico, le R.P.Paul Egli, dominicain allemand, futur missionnaire au japon, a obtenu le grade de docteur en Théologie.Dans sa thèse de doctorat, il a traité de \u201cLa doctrine du Bouddhisme primitif, surtout sur la béatitude, à la lumière de la doctrine chrétienne et des principes de S.Thomas\u201d.Le R.P.Raymond Charland, a décroché le titre de Docteur en Droit Canonique.Sa thèse portait sur \u201cLa prédication au point de vue canonique\u201d. 508 REVUE DOMINICAINE \u2014Les RR.PP.R.Turgeon et F.Drouin partiront en octobre pour l\u2019Europe.Le premier ira enseigner le Dogme à l\u2019Angelico; le second se rendra à Fribourg pour y faire des études complémentaires en Théologie.\u2014La neuvaine de Ste Anne a été prêchée à Lewiston par le T.R.P.Réginald Ouimet, prieur d\u2019Ottawa; à Woonsocket, par le T.R.P.Lamarche; à Linwood, par le T.R.P.Granger; à Lawrence, par le R.P.Trudel; à Fall River, par le R.P.F.Drouin; à Somersworth par le R.P.R.Turgeon; à New Haven, en français, par le T.R.Père P.-M.Gaudrault, tandis que le R.P.D.Beaulne, de notre couvent de Lewiston, prêchait en anglais.\u2014Le R.P.V.-M.Masson a prêché deux retraites chez les Sœurs Grises de la Croix à Lowell; les RR.PP.A Granger, R.-M.Dauphinais et A.-M.Bégin, ont prêché, dans notre Eglise St-Jean-Baptiste d\u2019Ottawa, le Triduum préparatoire à la fête de S.Dominique; à la fin d\u2019août, le R.P.Mailloux a prêché la retraite annuelle chez nos Soeurs Dominicaines de Berthier.\u2014Le 24 juillet, le R.P.G.Massé a donné aux membres de la S.Vincent de Paul d\u2019Ottawa, une conférence sur \u201cLa vie Catholique.\u201d \u2014Le R.P.R.-M.Voyer a prêché aux Sœurs de l\u2019Enfant de Jésus (Rivière-du-Loup), un triduum préparatoire à la profession religieuse: \u2014Le R.P.Antonin Lamarche est de retour de Louvain où l\u2019Institut St-Thomas d\u2019Aquin lui a confié le titre de Licencié en philosophie.\u2014De retour de Rome, le R.P.Thomas Charland enseignera cette année à l\u2019Institut médiéval d\u2019Ottawa.\u2014Dix-neuf postulants ont reçu l\u2019Habit le 3 août à St-Hyacinthe, des mains du T.R.P.André Bibaud, pro-cial.Ce sont : MM.René Piché, du Séminaire de Nicolet, LE SENS DES FAITS 509 en religion fr.Gustave-Marie; Roger L\u2019Heureux, du Séminaire de St-Hyacinthe, en religion fr.Roger-Marie; Clarence Bétit, du Séminaire de St-Hyacinthe, en religion fr.François-Augustin; J.P.Adam, du Collège de Rigaud, en religion fr.Jean-Marie; Léopold Gagné, du Collège Ste-Marie, Montréal, en religion fr.Albert-Marie; Louis-Paul Lamarre, du Collège de St-Jean, en religion fr.Antoine-Marie; Raymond Drouin, du Collège de St-Alexandre, en religion fr.Raymond-Marie; Ernest Fiset, du Collège de Ste-Thérèse, en religion fr.Benoît-Marie; St-Georges Groleau, du Collège de Ste-Anne de la Pocatière, en religion fr.Gabriel; Hector Tessier, du Collège de Rigaud, en religion fr.Jacques-Marie; J.P.Barry, du Collège de Nicolet, en religion fr.Jean-Dominique; J.B.Pelletier, du Collège de Ste-Anne de la Pocatière, en religion fr.Jean-Baptiste; Gérard Beauchamp, du Collège de l\u2019Assomption, en religion fr.Gérard-Marie; Bertrand Boisvert, du Collège de Nicolet, en religion fr.Bertrand-Marie; Yvon Camiré, du Collège de St-Laurent, en religion fr.Jean-Bernard; Vianney Villeneuve, du Collège de Rigaud, en religion fr.Vianney-Marie; Gérard Lortie, du Collège de Rigaud, en religion fr.Gérard-Roger; Amédée Chouinard, du Collège de Ste-Anne de la Pocatière, en religion fr.Joseph-Amédée; Jean Pothier, du Séminaire de Joliette, en religion fr.Louis-Georges.Ont fait profession le 4 août: les RR.Frères Paul-Hyacinthe Charpentier, André Cabana, Albert Milot, Laurent-Marie Lord, Jean-Maurice Laurin, Antonio- Marie Fiset, Jean Bousquet, Raymond-Marie Burgess, Henri-Lucien Dé-sautels, Martin-Marie Veillet, Bertrand-Marie Pelletier, Alphonse Antaya, Paul-Marie Leclerc, Bernard-Raymond Ré-millard, Gérard-Marie Reed.\u2014Un groupe de religieux et de religieuses doit s\u2019embarquer en octobre pour le diocèse de Hakodaté, au Japon.C\u2019est le départ le plus considérable effectué jusqu\u2019à date.Le groupe est formé de sujets de talent, d\u2019expérience et de vertu, gage de nouveaux progrès pour notre Mission.Voici 510 REVUE DOMINICAINE les noms des partants: Les RR.PP.Marcel Fournier, Be-noît-M.Larose et Paul Egli, O.P., du Couvent d\u2019Ottawa; les RR.FF.Marcien-Laurent, Marie-Liguori, Marcel et Mé-lan-Daniel, des Frères des Ecoles Chrétiennes, qui rempliront surtout la fonction de catéchistes; les révérendes Sœurs Saint-Arcadius, supérieure, et Sainte-Marie-Damas, professeurs de dessin, de peinture et de travaux à l\u2019aiguille; Sainte-Jeanne d\u2019Aza, directrice de l\u2019Ecole Normale classico-mé-nagère de St-Pascal de Kamouraska; Sainte-Marguerite de l\u2019Enfant-Jésus, professeur de musique et de chant grégorien, et sœur Ponton, converse, cuisinière en chef de l\u2019Ecole Normale de Montréal, toutes appartenant à la communauté des Dames de la Congrégation.Ces dévouées religieuses, commenceront par ouvrir une Ecole maternelle, en atten-dane qu\u2019elles puissent se consacrer à l\u2019enseignement secondaire.fra DOMENICO L'esprit des livres R.P.Ignace Draime, O.P.\u2014 \u201cMessage dans le ciel\u201d \u2014 Editions Rex.Paris \u2014 Louvain.\u201cMessage dans le ciel\u201d, délicieuses causeries données à la radio par le révérend Père Draime, et pour les chers malades de la Belgique.Nous ne présentons pas l\u2019auteur .11 est un de nos collaborateurs des plus appréciés, un de ces écrivains dont s\u2019honore une revue.Ses nombreuses contributions dévoilaient un esprit sérieux et de la meilleure culture philosophique et théologique.C\u2019est de plus un orateur charmant, séduisant même, celui qui vous gagne malgré vous, l\u2019homme dont les paroles vous attendrissent et vous inondent de chaude lumière, parce que c\u2019est un coeur plein de bonté.Monsieur Emery, le saint prêtre, dit, un jour, ce mot exquis: \u201cJe ferais volontiers quarante lieues, à pieds, pour rencontrer un bon coeur.\u201d On ne va pas loin dans la lecture si touchante de \u201cMessage dans le ciel\u201d sans reconnaître pourquoi son auteur a été élu par la \u201cRadio-Belgique\u201d pour procurer chaque dimanche, aux malades de ce pays les paroles de consolation.Combien ces malheureux, d\u2019ordinaire si délaissés, doivent le bénir d\u2019avoir une si vive et si claire compréhension de leur douloureuse condition et de trouver pour les entretenir, non seulement les mots, mais l\u2019accent, le ton, et ce je ne sais quoi dans l\u2019expression qui, flottant dans l\u2019air, laissse deviner le geste caressant et jusqu\u2019aux yeux pleins de larmes ! Autant de ces chapitres du livre, \u2014 qui furent les trop briefs quarts-d\u2019heures de la causerie radiophonique \u2014 autant de joie saine, de beau soleil qui pénètre dans les chambres de malades.Où donc cet heureux Père \u2014 beatus qui intelligit super egenum et pauperem \u2014 a-t-il appris à se pencher avec tant de compassion sur le lit des souffrants, et l\u2019art de les pénétrer d\u2019onction quand il leur parle?Lui-même semble nous l\u2019apprendre, lorsque (page 97) il écrit du bon saint Vincent de Paul: \u201cC\u2019est son coeur, vraiment, qui l\u2019a inspiré et porté tout le long de sa vie, son coeur où le Christ avait pris toute la place.\u201d 512 REVUE DOMINICAINE Ainsi du style, des pensées du Père Draime, de tout son livre, débordant de compassion pour l\u2019auditoire des affligés auquel il s\u2019adresse.\u201cMessage dans le ciel\u201d est véritablement, comme il s\u2019intitule aussi, \u201cL\u2019Evangile aux malades\u201d, mais l\u2019évangile prêché par un apôtre à la saint Vincent de Paul, et qui a reçu le don, nous allons écrire le charisme, de deviner les malades et de leur faire accepter leurs infirmités comme \u201cdes miséricordes de Dieu\u201d.Nous ne saurions trop recommander ces causeries si pleines de sentiments élevés, et des plus délicates pensées.Les malades y apprendront la conduite des amis de Dieu à côté de lui, sur la Croix.Nous voudrions également voir \u201cMessage dans le ciel\u201d entre les mains de toutes les personnes que leur devoir appelle auprès des malades: mères, épouses, infirmières laïques, religieuses hospitalières, prêtres de ministère.Ils y prendront le goût, ou, si l\u2019on préfère un autre mot, l\u2019amour des malades, la sympathie nécessaire sans laquelle on ne fait jamais aucun bien solide au chevet des meilleurs amis de Jésus-Christ, ses membres souffrants.H.C.Jean-Louis Guay \u2014 \u201cMoisson de vie\u201d (Poèmes) \u2014 Sainte-Foy, 1931.La réclame n\u2019a pas fait de bruit autour de ce petit volume publié l\u2019an dernier.Un ami qui me l\u2019apportait l\u2019autre jour en me demandant de le signaler dans la \u201cRevue Dominicaine\u201d, me raconta sur l\u2019auteur des choses si émouvantes que j\u2019ouvris le recueil plutôt prédisposé à l\u2019aimer qu\u2019à le juger.Il a été composé en entier au sanatorium du Lac Edouard par un garçon de vingt ans à peine et qui payait en ce même temps un douloureux tribut à la phtisie.C\u2019est pourquoi, nous nous conformerons volontiers à la demande de l\u2019auteur, exprimée dans la première pièce, en beaux vers alexandrins pleins et sonores, presque classiques : \u201cSache, pour me traiter avec plus d\u2019indulgence,\u2019\u2019 \u201cQue j\u2019ai fait ce recueil sur un lit de souffrance;\u201d Je n\u2019hésite pas à affirmer que peu d\u2019accents dans la chanson contemporaine de nos muses nationales, sont plus délicats et plus sains, au triple point de vue de l\u2019inspiration, de la langue et du goût, que ceux qui se dégagent de ce recueil.L\u2019impression qui nous reste après la lecture des soixantes poèmes contenus dans moisson de vie, est celle L\u2019ESPRIT DES LIVRES 513 de la santé; et puisqu\u2019il s\u2019agit d\u2019une oeuvre de malade, le paradoxe vaut la peine qu\u2019on s\u2019y arrête.Nos jeunes poètes souffrants ont presque toujours jusqu\u2019ici exhalé leurs plaintes en y mêlant une note de scepticisme empruntée à leurs maîtres préférés.Ils ont imité les grands malades au risque d\u2019aggraver leurs propres misères et de briser la lyre \u2014 harmonieuse pourtant \u2014 de l\u2019espérance chrétienne.Que l\u2019on songe pour s\u2019en convaincre à l\u2019oeuvre tourmentée d\u2019Emile Nel-ligan.Or voici que nous avons dans le premier recueil d\u2019un tout jeune homme obligé à une cure longue et incertaine, l\u2019expression d\u2019une âme profondément chrétienne, vibrante d\u2019exquise et noble tendresse et qui chante le bonheur de vivre tout comme l\u2019oiseau chante l\u2019aurore, avec l\u2019angoissante incertitude de ne pas voir venir le jour.Que nous cueillions dans les gerbes vertes, dans les gerbes blondes, dans les gerbes dorées, dans les gerbes blanches, c\u2019est toujours la même note de délicatesse et de sain équilibre ; rien qui blesse, rien qui détonne, point d\u2019hypertrophie de thèmes ou de formes, point de sentiments compliqués, de tournures incongrues, d\u2019épithètes abracadabrantes ; une inspiration à la fois jeune et grave, mesurée en cadences variées et traduite dans notre bonne langue française.C\u2019est la source qui jaillit limpide et s\u2019épanche librement.L\u2019on y chercherait vainement tout indice d\u2019imitation et c\u2019est là un caractère peu commun dans les travaux de jeunes gens qui viennent à peine de quitter le collège.Je pourrais citer abondamment pour illustrer ces quelques observations.L\u2019on m\u2019a signalé de diverses parts, comme la meilleure, une pièce intitulée: Bénie soit la vie et dédiée aux confrères de classe du poète.Sous la plume d\u2019un jeune homme pour qui la douleur n\u2019a pas été meurtrière d\u2019idéale bien qu\u2019elle ait compromis la réalisation d\u2019un grand rêve, ce poème fait surgir en nous une douce et profonde sympathie, En voici la dernière strophe : Ah! Dieu! que je désirerais Sous ton souffle divin guidant ma main débile, Prendre une harpe d\u2019or, sur ma couche, immobile, Pour te chanter, ô Vie, et chanter tes bienfaits; Proclamer ta valeur, exalter ton mystère Qui remplit cette terre; Chanter ta joie ainsi que ta douleur En son amer calice Bénir ton nom et venger ton honneur.S il se trouvait des coeurs qui te maudissent. 514 REVUE DOMINICAINE \u201cMoisson de vie\u201d est un recueil de vers qui nous donne l\u2019assurance d\u2019un robuste talent expert dans le jeu des rimes et des rythmes.C\u2019est une oeuvre de jeunessse sans doute, un fleur encore, mais qui donne l\u2019espérance d\u2019un beau fruit.Fr.A.Saint-Pierre, 0.P.Phyl.LaFerriere \u2014 \u201cLa rue des Forges\u201d (pages fantaisistes avec illustrations de l\u2019auteur.) \u2014 Editions Albert Lévesque, Montréal, 1932.Tout comme Tarascon, la charmante cité de LaViolette vient de trouver son Alphonse Daudet dans l\u2019auteur de La rue des Forges.s\u2019il est permis de comparer les petites choses aux grandes.Il s\u2019agit de de pages fantaisistes qui ont probablement, avant d\u2019être réunies en volume, défrayé sous forme de chroniques les lecteurs du Nouvelliste, organe régional des Trois-Rivières.Elles nous offrent une littérature sui generis, qu\u2019on ne peut admirer sans réserves ; quelque chose d\u2019Arthur Buies et de Jules Fournier, mais qui ferait, croyez-m\u2019en, tressaillir de colère les mânes de l\u2019un et de l\u2019autre.Elles font surgir une question angoissante dans l\u2019esprit d\u2019un lecteur d\u2019origine française qui croit encore à la pureté et à l\u2019intégrité de sa langue.J\u2019ai compté une cinquantaine de mots anglais, l\u2019argot pullule et pour comble, les T\u2019AS P AS .imprimés, ont reçu par ce livre, leur droit de cité dans notre littérature canadienne française.Je souhaite que les pages fantaisistes de Phyl.LaFerrière ne traversent pas les mers, elles donneraient à coup sûr le cafard à nos cousins de France.Il m\u2019est pénible de faire ces remarques quand j\u2019ai été maintes fois mis en demeure, en lisant La rue des Forges, d\u2019admirer le talent du chroniqueur.Il se manifeste en une foule d\u2019endroits par de l\u2019esprit, beaucoup d\u2019esprit, un don précieux d\u2019observation, une originalité incontestable et une connaissance parfaite de la langue française telle qu\u2019on la parle dans les milieux moyens de Montréal, des Trois-Rivières, de Québec et de Rimouski.Mais pourquoi, en tant d\u2019autres endroits, faire si mal parler nos pauvres gens et nous inviter à ranger dans les rayons de nos bibliothèques ce langage imprimé *?Au lieu d\u2019écrire comme l\u2019on parle, ne serait-il pas\tbeaucoup préférable d\u2019écrire\ten\tgénéral\tcomme\tl\u2019on doit\tparler;\tl\u2019on réussirait\tainsi peu à\tpeu\tà réformer le\tlan- gage populaire .Et il n\u2019est pas permis à une oeuvre littéraire sous\tprétexte\td\u2019humour, de\tcorrompre le\tgoût des\tlecteurs.\tLes mots\tet les\tlocutions à\ttournure anglaise\tsont\tpeut-être\tex- cusables de ce fait que nous ne pouvons plus au Canada français, L\u2019ESPRIT DES LIVRES 515 comme ailleurs, aborder en littérature le commerce ou l\u2019industrie, sans nommer les choses par leur nom.Or nous n\u2019avons guère chez nous que des expressions anglaises pour désigner les choses du commerce ou de l\u2019industrie.Ce n\u2019est pas le moment d\u2019agiter le problème autrement grave que soulève cette observation ; mais au lieu de dire mon \u201cBen-son\u201d, l\u2019on peut toujours dire mon cigare ; au lieu de dire mon \u201cFord\u2019\u2019, l\u2019on peut toujours dire ma machine ou mon char., etc.Si l\u2019idée y perd quelquechose, ce qu\u2019elle y perd ne vaut pas vraiment la peine d\u2019être retenu, ce n\u2019est plus de goût français.D\u2019ailleurs l\u2019on peut parfaitement écrire des pages fantaisistes pétillantes d\u2019esprit, assaisonnées même de sel canadien, comme le sont quelques-unes de La rue des Forges, sans exhiber un salon d\u2019automobiles ou une collection de cigares de marques américaines.Disons en conclusion que l\u2019auteur a un peu forcé la note.Il y a abus du genre, et dans le genre humoristique, l\u2019abus voisine avec la bouffonnerie.(Voir par exemple page 69).Il y a dans une fable de LaFontaine, un vers que tous nos gens de lettres devraient méditer avec soin avant de se faire imprimer: \u201cNe forçons point notre talent.\u2019\u2019 Fr.A.Saint-Pierre, 0.P.Françoise Gaudet.\u2014 \u201cDiscours d\u2019enfants\u201d.\u2014 Un volume de 160 pages, Editions Albert Lévesque, Montréal.La librairie d\u2019Action Canadienne-française vient de mettre en vente un nouveau livre, \u201cDiscours d\u2019enfants\u201d, par Françoise Gaudet.C\u2019est une série de réparties enfantines, de réflexions naïves, de scènes croquées sur le vif.Le volume est divisé en quatre grands chapitres, Au Foyer, A l\u2019Eglise, A l\u2019Ecole, A bâtons rompus.Le lecteur se demandera de quelle utilité peuvent être ces notes amassées, une par une, et livrées ensuite au public.Sans doute les parents éprouvent le besoin de raconter, à qui veut les entendre, ce qu\u2019on appellerait volontiers les prouesses de leurs enfants.Ce besoin a sa source dans la fierté paternelle ou l\u2019admiration maternelle, fierté et admiration que nous comprenons bien.Mais Françoise Gaudet n\u2019a ni cette fierté ni cette admiration à son crédit.Alors pourquoi le livre et à quoi servira-t-il ?Pourquoi ?Parce que tout coeur bien trempé aime l\u2019enfance et s\u2019attarde volontiers avec plaisir à considérer la gentillesse, le surplus de vie et les premiers jets de l\u2019intelligence chez les petits.C\u2019est une récréation des plus saines et l\u2019auteur invite ses lecteurs à la partager avec lui. 516 REVUE DOMINICAINE De quelle utilité Mais le repos de l\u2019esprit est une utilité, le bon rire franc détend l\u2019arc, le contact répété avec ces découvreurs du monde, que sont les enfants, apaise la fièvre de nos intérêts et tire, du casier de nos années, des souvenirs émus qui sont une douceur.Peut-être que quelques-uns regretteront le désert volontaire de leur foyer.N\u2019est-ce pas assez pour légitimer une production littéraire qui, à première vue, paraît puérile et sans répercussion \u201c?Nous le croyons et nous félicitons mademoiselle Gaudet d\u2019avoir réussi à nous la présenter si joliment.Car, il ne faut pas oublier que cet petites histoires sont finement écrites, simples et claires comme du bon français.Deux pages seulement, (89, 96), nous ont paru trop logiques pour des bouches d\u2019enfants.Nous espérons que le public pensera comme nous et qu\u2019il se hâtera de parcourir ce volume, en entrant, lui aussi, dans la ronde de l\u2019enfance qui s\u2019amuse.A.B.Fadette.\u2014 \u201cContes de la lune\u201d.\u2014 1 vol.150 pages \u2014 15 contes.\u2014 Illustrations de Suzanne Morin.\u2014 Edition de Thérien Frères Limitée.Montréal.\u201cJ\u2019ai décidé de vous dire des contes.Ce sont des inventions qui vous amuseront: pas de leçons de choses, d\u2019histoires à rallonge de morale, mais de la fantaisie, des imaginations un peu folles.nous aurons beaucoup de plaisir ensemble.\u201d Voilà comment débute Fadette à son premier conte.Ces quelques phrases peuvent servir de préface et donnent une idée du volume que la distinguée collaboratrice du \u201cDevoir\u201d présente au public.Je dis une idée, parceque nous avons affaire à une modeste.Il y a beaucoup de leçons dans ces quinze jolis contes ; il y a de magnifiques morales, mais elles sont mieux dissimulées encore que l\u2019amer des médecins.Tantôt, c\u2019est une réflexion de la lune ou de l\u2019un des personnages en action qui devient \u201csalutaire\u201d; tantôt, c\u2019est l\u2019histoire elle-même qui s\u2019ajuste en directive à des situations bien connues.Il n\u2019y a pas de \u201crallonge\u201d, mais vive la morale sans bonnet distinctif ! Elle est délicieuse et Fadette a raison d\u2019écrire: \u201cNous aurons beaucoup de plaisir ensemble.\u201d Le titre est suggestif.Toute la poésie des nuits lunaires s\u2019y insinue.Les hommes ont toujours aimé prêter vie à la lune.Et voilà que cette vieille observatrice raconte ce qu\u2019elle a vu depuis des siècles! Voilà qu\u2019elle nous fait part de son expérience! Qu\u2019elle nous parle avec L\u2019ESPRIT DES LIVRES 517 cette bienveillance et cette mansuétude que les mortels lui accordent si volontiers! C\u2019est tout simplement ravissant!.D\u2019autant plus qu\u2019il y a la lune nouvelle dans l\u2019ancienne.C\u2019est dire que les contes sont de nos jours, jeunes et vieux, pétillants et légèrement ironiques.On pardonne à la lune d\u2019être moqueuse, parce-qu\u2019elle \u201ca vu tant de sottises.\u201d Beaucoup de ces contes feraient du bien aux \u201cgrands enfants\u201d.Ils les comprendraient mieux que les petits et pourraient, après lecture, les leur raconter avec beaucoup de profit.Deux ou trois se terminent brusquement.Ils laissent cette impression déjà éprouvée d\u2019un nuage qui passe devant la lune si plaisante.Mais surtout la lune a un langage harmonieux, quelquefois même charmeur.A ce seul titre le volume vaut d\u2019être parcouru par tous.Les assidus de la lettre hebdomadaire du \u201cDevoir\u201d se hâteront d\u2019acheter ces contes nouveaux.Ceux qui ignorent cette plume si alerte, si juste, si douce aussi, devraient faire sa connaissance.Même dans les contes, nous avons toujours à gagner en lisant Fadette.A.B.Dr E.Piszter, S.O.Cist.\u2014 \u201cChrestomathia Bernardina, ex operibus S.Bernardi Abbatis Claravallensis, Doc-toris Melliflui, collecta et ad systema quoddam theo-logiæ redacta.\u201d In-8 max., 1932, pag.VIII-392.Casa Editrice Marietti \u2014 Via Legnano, 23, Torino (118).Dans sa lettre apostolique \u201cUnigenitus Dei Filius\u201d (sur les études des Religieux, sept.1924) S.S.Pie XI rappelle la grande utilité de lire assidûment et de méditer les auteurs de spiritualité \u201cdont la valeur comme l\u2019influence de leurs ouvrages, loin d\u2019avoir vieilli avec le temps, semble plutôt croître de nos jours.\u201d Pour faciliter l\u2019étude de la doctrine spirituelle de S.Bernard, le T.R.P.E.Piszter, Prieur du Monastère de S.Gothard (Hongrie) offre, aux âmes religieuses, une riche compilation des principaux passages des oeuvres de S.Bernard.Un habile groupement des textes donne une bonne idée d\u2019ensemble des suaves et solides enseignemnts du \u201cdoctor mellifluus.\u201d Dans la première partie, l\u2019on trouvera les grandes vérités de la Théologie générale ou mieux fondamentale : la révélation, la prophé- 518 REVUE DOMINICAINE tie, le miracle, etc,, et dans la seconde partie les principaux points de la théologie dogmatique et morale.Comme il convenait, l\u2019auteur a accordé une place spéciale à la marialogie, à la vie religieuse et mystique.Puissent les religieux, les prêtres, \u2014 surtout les jeunes, \u2014 commencer ou intensifier l\u2019étude approfondie de S.Bernard et de tous les anciens qui ont fait autorité en matière de spiritualité : ils n\u2019ont pas vieilli.B.M.R.P.Jean Lacau, S.C.J.\u2014 \u201cPrécieux trésor des Indulgences.\u201d Petit manuel à l\u2019usage du Clergé et des Fidèles.lime édition revue et augmentée conformément aux dernières décisions du Saint- Siège.In-16, 1932, pag.XVI-482 \u2014 Marietti, via Legnano, 23 - Torino.Dans ce \u201cpetit manuel à l\u2019usage du clergé et des fidèles\u201d où l\u2019auteur se défend dès les premières pages, de toutes prétentions scientifiques, se trouve en effet un \u201cprécieux trésor\u201d que toute âme chrétienne aurait avantage à exploiter.Trésor, où nous est révélée d\u2019une façon succinte et claire la doctrine des indulgences (p.1 à 65.), où nous sont indiquées les indulgences spéciales attachées aux objets de piété les plus usuels.Les prêtres y trouveront les formules de prières requises pour les indulgences, (p.65-255).Toutes les âmes pourront puiser là, sur les principales dévotions catholiques, les prières, les oeuvres, les pratiques pieuses les plus riches en indulgences, (p.255 à 469) des renseignements abondants et sûrs.Ce petit travail, où se révèle l\u2019érudition, le souci d\u2019être pratique, l\u2019effort de synthétisation et de vulgarisation, décèle chez l\u2019auteur un esprit apostolique animateur.En un moment, où le bonheur semble sombrer dans la noire perspective d\u2019une crise financière, il est bon que les chrétiens sachent qu\u2019au-dessus des trésors naturels, ils sont à même de puiser aux trésors infiniment plus précieux des richesses spirituelles.Et au lieu de rendre plus pénible la situation par un découragement qui ne fait qu\u2019empirer le malaise, qu\u2019on sache, ramasser au moins pour la vie éternelle ce qu\u2019on ne peut ramasser durant la vie présente : des richesses que la rouille et les vers respecteront.Pour cela il faut d\u2019abord en connaître le répertoire.Le présent volume est tout désigné.Après une visite dans ces vastes régions, le chrétien, pourra faire comme l\u2019homme de l\u2019évangile qui a trouvé un trésor enfoui dans un champ.\u201cil s\u2019en va, vend tout ce qu\u2019il a et achète ce champ.\u201d A.-M.G. L\u2019ESPRIT DES LIVRES 519 TROISIEME CONCOURS LITTERAIRE POUR LE PRIX LEVESQUE C\u2019est en 1930 que M.Albert Lévesque, éditeur, a lancé son premier concours de romans canadiens.\u201cDans les Ombres\u201d par Mlle Eva Sénécal et \u201cDilettante\u201d, par M.Claude Robillard furent couronnés.En 1931, M.Lévesque, encouragé par ce premier succès, lançait un deuxième concours de romans, pour les écrivains-novices.Les trois prix promis sont de $100.00 chacun.Le concours s\u2019est clos le 1er juillet 1932.Le résultat sera rendu public au plus tard le 1er septembre prochain.Pour l\u2019année 1932, M.Albert Lévesque tente une nouvelle initiative, en lançant, cette fois, un concours de biographies romancées.\u201cIl ne s\u2019agit pas, explique notre jeune éditeur, d\u2019imiter servilement les collections européennes.Mais il faut entendre par là des biographies où la nomenclature, les détails documentaires, les épisodes chronologiques sont relégués au second plan, l\u2019auteur s\u2019attachant surtout à dégager la physionomie, le caractère, l\u2019intimité, l\u2019âme de son héros.Il s\u2019agit d\u2019exploiter en la ranimant, les richesses incomparables que nos ancêtres nous ont léguées, par leur vie d\u2019apostolat et d\u2019héroïsme quotidien.Combien de figures, autres que celles de nos grands fondateurs, de nos découvreurs ou de nos martyrs, de réputation presque internationale, méritant de survivre pour l\u2019édification et l\u2019émulation de notre jeunesse canadienne.C\u2019est à cette source encore vierge, que nos écrivains, novices ou experts, sont invités à puiser, pour participer au troisième concours littéraire de M.Albert Lévesque, dont voici les conditions : 1°)\u2014Le concours est ouvert immédiatement et sera clos le 1er août 1933.2°)\u2014A droit de participer à ce concours tout canadien-fran-çais ou franco-américain.3°)\u2014Seules les biographies, écrites en langue française, d\u2019en-ron 40 000 mots, consacrées à l\u2019étude de personnages canadiens-fran-çais seront acceptées.4°)\u2014Les manuscrits dactylographiés devront être adressés à l\u2019éditeur Albert Lévesque, 1735, rue Saint-Denis, Montréal.Les concurrents ont le privilège de soumettre leurs ouvrages n\u2019importe quand avant la date de clôture, Si l\u2019éditeur, d\u2019accord avec l\u2019auteur, juge à propos de publier l\u2019ouvrage soumis avant la clôture du concours, l\u2019auteur pourra quand même obtenir l\u2019un des prix promis, selon la décision du jury. 520 REVUE DOMINICAINE 5°)\u2014L\u2019éditeur Albert Lévesque se réserve le droit de publier les biographes couronnées jusqu\u2019à concurrence de cinq mille exemplaires.6°)\u2014Les concurrents conservent l\u2019entière propriété littéraire de leur ouvrage, le privilège de participer aux concours de Prix David et d\u2019Action intellectuelle, avec le même ouvrage et d\u2019en retirer exclusivement tous les bénéfices rcherchés.7°)\u2014Les manuscrits non-couronnés seront retournés à leur 8°)\u2014Cinq prix sont offerts aux lauréats, dans l\u2019ordre suivant: auteur.1er prix de $300.00\t3me prix de $150.00 2me prix de $250.00\t4me prix de $150.00 5me prix de $100.00 N.B.\u2014 DEVENEZ ZELATEURS OU ZELATRICES EN RECRUTANT UN ABONNE.\u2014ENCOURAGEZ NOS ANNONCEURS.FAITES MENTION DE LA REVUE. ANNONCES REVUE DOMINICAINE 5 LE PLUS NECESSAIRE Un compte courant bien garni est encore plus indispensable q\u2019un compte d\u2019épargne pour un homme en affaires, en dépit du fait qu\u2019il n\u2019en retire pas habituellement un intérêt.Votre compte courant est-il bien garni ?La Banque Provinciale du Canada Edm.Leblanc,\tSuccursale gérant local.\tSaint-Hyacinthe [ÂS G RAI N\t& [hARBONNEAU I .!-¦\tLimitée PHARMACIENS EN GROS.Fabricants Chimistes \u2014 Instruments de Chirurgie.\u2014 Instruments pour Dentiste.30 est, rue Saint-Paul,\t-\t-\tMONTREAL.Demandez notre Catalogue.Dominion Blank Book Co.LIMITED SAINT-JEAN, Qué.Manufacturiers de livres à feuilles mobiles, Livres de Comptabilités reliés.ENVELOPPES Notre catalogue vous sera envoyé sur demande.ENCOURAGEZ NOS ANNONCEURS 6 ANNONCES REVUE DOMINICAINE Téléphone Bell 401 J.D.DESROSIERS MARCHAND DE CHAUSSURES, CLAQUES, VALISES, Etc.143, rue Cascades \u2014\t\u2014 Saint-Hyacinthe Desmarais & Robitaiile Limitée Marchands d\u2019ornements d\u2019église et d\u2019articles religieux 70 ouest, rue Notre-Dame, Montréal 121, Rideau, Ottawa\t\u2014\t145, Church, Toronto Notre maison d\u2019Ottawa peut expédier des vins pour fins sacramentelles dans toutes les parties de la puissance du Canada.Téléphonez ou écrivez à L\u2019ECOLE COMMERCIALE PRATIQUE COTE rue SAINT-DENIS\t120a rue NOTRE-DAME SAINT-HYACINTHE ou à TROIS-RIVIERES Tél: 654\tTél: 925 pour avoir tous les renseignements concernant notre COURS COMMERCIAL bilingue \u2014 rapide \u2014 pratique.DONAT COTE, Directeur.Téléphone 27\tRésidence 891 C J.HUBERT GRAINS ET FARINES 100, rue Saint-Antoine,\t\u2014\tSaint-Hyacinthe ENCOURAGEZ NOS ANNONCEURS ANNONCES REVUE DOMINICAINE 7 PHARMACIE SAINT-HYACINTHE PLACE DU MARCHE 165 RUE CASCADES Drogues et médecines de première qualité.\u2014 Spécialité: LES PRES-CRI Pl'IONS.\u2014 Articles de toilette.\u2014 Bonbons, Parfums, etc.\u2014 Seul endroit où l\u2019on peut se procurer les fameux remèdes \u201cREXALL\u201d.Nos articles de caoutchouc sont reconnus supérieurs.\u2014 AGENCES: Articles de photographie, le Kodak EASTMAN.J.-H.-E.BRODEUR, propriétaire Dentiers, Ponts, Obturations\tOuvrage de première classe de tous genres.\tRAYONS \u201cX\u201d\tseulement Dr J.-A.-ERNEST DAIGLE, B.C.D.CHIRURGIEN-DENTISTE Membre du Dispensaire Antituberculeux des comtés de Saint-Hyacinthe et Rouville.Spécialité : Chirurgie Buccale, Extraction Dentiers le même jour sur engagement.Prix raisonnables\tSatisfaction garantie Ouvert de 9 h.a.m.à 9 h.p.m.79, rue Saint-Anne, \u2014\t\u2014 Saint-Hyacinthe Téléphone 80 CHAPEAUX ROMAINS Feutre, Soie, Peluche, Cachemire, Paille Catalogue envoyé gratuitement sur demande 1170, rue Saint-Denis \u2014\t\u2014 MONTREAL INI/à\\§ Î//AV SHILLS' LIMITÉE THES\tCAFES\tCACAO EPICES\tGELEES\tESSENCES Nos 37 années d\u2019expérience sont une garantie pour vous.J.A.SIMARD & CIE 5 7 est, rue Saint-Paul \u2014\t\u2014 MONTREAL MONTREAL et NEW-YORK Tél : MAin 0103 ENCOURAGEZ NOS ANNONCEURS 1 ANNONCES REVUE DOMINICAINE ASSURANCE-VIE, ACCIDENT, MALADIE, INVALIDITE.La Société des Artisans Canadiens-* Français Fondée en 1876 La plus forte institution française d\u2019assurance en Amérique pour les hommes, les femmes et les enfants.Effectif.75,000 membres Fonds accumulés.$13,500,000.00 Assurance en force.$55,000,000.00 CE QU\u2019ELLE EST : Une véritable école de formation à la pratique de l\u2019épargne et à la judicieuse administration du revenu: Un rampart puissant contre les infiltrations anti-religieuses et anti-nationales; line force vive pour la réalisation de notre émancipation économique.Ses différentes combinaisons d\u2019assurance vous donnent le choix entre maints avantages.ILa Société des Artisanr Canadiens-Français fait affaires dans les provinces de Québec, Ontario, Nouveau-Brunswick, Nouvelle-Ecosse, Ile du Prince-Edouard, Manitoba, Alberta, Saskatchewan et dans les Etats du Maine, New-Hampshire, Vermont, Massachusetts, Rhodc-Island, Con- Inecticut, New-York et Michigan.Plus de 800 succursales et bureaux de perception au Canada et aux Etats-Unis.Siège social: MONTKEAL.Accueil, renseignements et publicité : 1\t924, rue SAINT-DENIS Secrétariat, administration et bureau médical: 930, rue SAINT-DENIS ENCOURAGEZ NOS ANNONCEURS Téléphone Bureau : 120 Résidence: 418 J.O.DUPRAS NEGOCIANT EN GRAINS, FARINES et GRAINES de SEMENCE Dépositaire des célèbres farines à pâtisserie FIVE ROSES et JUBILE 29, rue Laframboise, Saint-Hyacinthe LIMITEE Facteurs d\u2019Orgues ST-HYACINTHE, P, Q.Etablie en 1879 Au-delà de 1,200 INSTRUMENTS ont été construits par cette maison pour le CANADA, les ETATS-UNIS, les ANTILLES, et l\u2019AMERIQUE DU SUD.ARTHUR LEDOUX OPTICIEN-BIJOUTIER YEUX EXAMINES ET VERRES AJUSTES AVEC SOIN SAINT - HYACINTHE, P.Q.LA MAISON sert avec satisfaction la population de Montréal et de toute la province.MAGASINS:\tCOMPTOIR POSTAL: 865 Est, Ste-Catherine,\tCoin St-Laurent et St-Viateur PLateau 5151\tCRescent 3131 TRACEZ-VOUS UN PROGRAMME L\u2019épargne et le placement méthodiques vous assurent l\u2019indépendance.Mettez de côté régulièrement l\u2019argent dont vous n\u2019avez pas besoin tout de suite.Prenez des habitudes d\u2019économie.Ouvrez un compte d\u2019épargne à la Banque Canadienne Nationale Actif, plus de $155,000,000 Succursale à Saint-Hyacinthe E.-O.DESJARDINS, gérant.Capital Trust Corporation LIMITÉE.10, rue METCALFE, - OTTAWA, Canada Capital Autorisé: $2,000,000.00 Intérêt payé sur dépôt: 4% et Sl/2% Spécialité: Prêts aux Institutions Religieuses Consultez-nous lorsque vous désirez emprunter.Imp.L\u2019Oeuvre de Presse Dominicaine."]
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