Revue dominicaine, 1 juin 1933, Juin
[" XXXIXe année Le numéro : 20 sous Juin 1933 PER CON REVUE DOMINICAINE Dom J.de Vathaire, O.S.B.Pour connaître les Pères.Chan.A.Garnier .Jeunes filles modernes.pour- quoi pas?\u2014 I.R.P.A.Saint-Pierre, O.P.Le coq et le prédicateur d\u2019après les Anciens.LE SENS DES FAITS.\u2014 Lettre encyclique aux Tertiaires séculiers, par le Rme P.Gillet.\u2014Réflexions sur Dante, par S.E.Mgr Cassulo.-\u2014Dans l\u2019Ordre: Nouveau Consulteur diocésain.\u2014 Nouveau Prieur.\u2014 Prédications.\u2014 Conférences.\u2014 Départ pour le Japon.\u2014 Retraites fermées, par Fra Domenico.L\u2019ESPRIT DES LIVRES.\u2014 Poulet: Histoire du Christianisme (T.-M.C.) Saint-Amant: Un coin des Cantons de l'Est (T.-M.C.) Mlle Psichari: Ernest Psichari, mon Frère (L.d.F.) Wiliam: Das Leben Jesus (L.d.F.) Guerrin: La mort du Christ (L.d.F.) Janvier: L'âme dominicaine (H.C.) Autres publications.\u2014 Accusés de réception.¦ i\t.VI REDACTION ET ADMINISTRATION 5375, Avenue N.-D.de Grâce, Montréal. Re vue Do minicaine Publiée mensuellement Directeur: R.P.M.-A.LAMARCHE, O.P.ABONNEMENTS (payables d\u2019avance).Au Canada: $2.00 \u2014 A l\u2019étranger: $2.25 Avec le Rosaire: 25 sous en plus par an.La Revue Dominicaine publie des articles touchant les Ecritures, la théologie, l\u2019apologétique ou le droit canon, et même des études de philosophie, d\u2019art, de littérature, de sociologie ou d\u2019histoire, pourvu que la religion ou la morale y soit concernée.La Revue Dominicaine n\u2019a pas de spécialité proprement dite dans le domaine religieux, mais elle accorde une attention particulière aux questions d\u2019apologétique et aux problèmes de société, envisagés surtout au point de vue canadien.La Revue Dominicaine publie des recensions et diverses chroniques, en s\u2019attachant moins au récit des faits et à l\u2019analyse des ouvrages qu\u2019à leur signification d\u2019ensemble.La Revue Dominicaine ne sera pas responsable des écrits des collaborateurs étrangers à l\u2019Ordre de Saint-Dominique.Prière d'adresser les communications littéraires : manuscrits, volumes, etc., au R.P.M.-A, Lamarche, O.P., 5375, Avenue Notre-Dame de Grâce, Montréal; et les communications administratives: abonnements, annonces, etc., à l\u2019Oeuvre de Presse Dominicaine (même adresse.) ANNONCES REVUE DOMINICAINE 1 .,\t.¦ ¦¦¦\t.¦¦¦?.¦¦\t1 '-.¦«.¦.¦l.T.!¦¦¦¦ L.P.MORIN & FILS EnrS.ENTREPRENEURS-MENUISIERS MANUFACTURIERS DE PORTES, CHASSIS, JALOUSIES, MOULURES, DECOUPAGES, ETC., ETC.Spécialité : Bancs d\u2019Eglises, de Sacristies et d\u2019Ecoles Tout ouvrage fait promptement.Satisfaction garantie.Coin des rues St-Joseph et St-Antoine\t-\t-\t- St-Hyacinthe, P.Q.LA CORDONNERIE J.A.LEMAY REPARATIONS GENERALES PRIX RAISONNABLES \u2014 SATISFACTION GARANTIE 212, RUE CASCADES\t\u2014\tSAINT-HYACINTHE Tél.525 E A.GENDRON PEINTRE \u2014 DECORATEUR Peinture#, Huiles, Vernis \u2014 Tapisseries, Electricité, Vitres 244, RUE CASCADES,\t\u2014\tSAINT-HYACINTHE Téléphone 500 LOUIS BOURGEOIS Limitée FERRONNERIE EN GROS ET DETAIL 104-110, St-Antoine \u2014 67-61, St-Simon, \u2014 Saint-Hyacinthe F.DAOU6T, gérant\tTéléphone 59-w LA COMPAGNIE D\u2019EAU MINERALE Propriétaire du célèbre PHILUDOR 14S, RUE CONCORDE \u2014 SAINT-HYACINTHE ENCOURAGEZ NOS ANNONCEURS 2 ANNONCES REVUE DOMINICAINE Lisez *La Survivance* L\u2019organe officiel de VAssociation canadtenne-ftançaise de l\u2019Alberta Cet hebdomadaire canadien-français est le plus éloigné de la province-mère.Si vous voulez être renseigné sur l\u2019oeuvre de survivance nationale et religieuse à laquelle s\u2019emploient les Franco-Albertains, abonnez-vous à leur porte-parole.Prix de l'abonnement : $2.00 par année LA SURVIVANCE, 9664, avenue Jasper, Edmonton, Alta.Téléphone Bell 310\tCarrosse No 2 JOSEPH BERTRAND COCHER Entrepreneur de Pompes funèbres 30, RUE LAFRAMBOISE, \u2014 SAINT-HYACINTHE Ecuries de louage, carrosses simples et doubles pour mariages, baptêmes.Automobile.EXPRESS Pharmacie L.P.GAUCHER Bachelier en Pharmacie GROS et DETAIL 223, RUE CASCADES, \u2014 SAINT-HYACINTHE Téléphone 86 Tel.Bureau: 95 ERNEST J.CHARTIER Commerçant do BOIS et CHARBON 123, RUE GIROUARD \u2014 SAINT-HYACINTHE ENCOURAGEZ NOS ANNONCEURS ANNONCES REVUE DOMINICAINE 3 UN MOYEN D\u2019AIDER NOS MISSIONS S\u2019ABONNER OU ABONNER UN AMI A LE ROSAIRE REVUE MENSUELLE Prix:\tCanada,\tpar\tla poste ___ .35 \u2014\tpar\tzélatrice .25 Etats-Unis, par la poste .50 \u2014\tpar\tzélatrice ___ .40 ET VOUS AIDEREZ NOS MISSIONS EN LES FAISANT CONNAITRE ET AIMER GRATIS Cette montre ainsi que plusieurs beaux cadeaux tels que: Ustensiles d\u2019aluminium, lingerie, soie, coton, articles de toilette, couvre-lit, rideau, broderie estampée, etc., donnés à ceux qui voudront nos graines de jardin à 7 cents le paquet.Demandez notre catalogue et 50 paquets.L\u2019UNION DES JARDINIERS Enrg., Lévis P.Q.Tél.Bell 271 LAFRANCE &, SYLVESTRE Négociants et Importateurs d'Epiceries en gros 120, rue Saint-Antoine,\t\u2014\tSaint-Hyacinthe HENRI RAYMOND &, CIE ASSURANCES EU Représentant les meilleures compagnies non tarifées Tél.259\t\u2014 Saint-Hyacinthe, Qué.7 6 je ENCOURAGEZ NOS ANNONCEURS 4 ANNONCES REVUE DOMINICAINE AYEZ-VOUS PREVU Que le Destin (même sans fatalité extraordinaire) peut, en vous enlevant soudain à l\u2018affection des vôtres, les priver de leur soutien moral et matériel, compromettre leur avenir ou même les plonger dans le dénuement complet?Qu\u2019un capital supplémentaire \u2014 ou peut-être même le Beul qui vous restera\u2014 à toucher inéluctablement à l\u2019époque choisie, à l\u2019heure de la retraite ou au début de votre vieillesse, est une agréable perspective?Que les entreprises humaines dans lesquelles vous êtes intéressé sont faillibles, et qu\u2019une mesure de prévoyance basée sur des certitudes mathématiques doit de toute manière retenir votre attention, quelle que soit votre situation actuelle?Que l\u2019éducation de vos enfants, l\u2019avenir que vous entrevoyez pour eux, ainsi que pour votre femme et tous les vôtres, reposent, à l\u2019heure actuelle, uniquement sur cette base si fragile qu\u2019est votre propre existence ?Si vous Pavez prévu, qu\u2019attendez-vous donc pour vous assurer dans LA SOCIETE DES ARTISANS CANADIENS-FRANCAIS La plus forte Société française en Amérique Qui vous libérera de tous soucis, sans charge excessive?La Société des Artisans Canadiens-Français Société mutuelle astreinte aux mêmees obligations légales de sécurité que les Compagnies commerciales.VIE, ACCIDENT, MALADIE, INVALIDITE, RENTES VIAGERES.Tous les bénéfices réalisés, au lieu d\u2019être distribués à des actionnaires, vont directement aux assurés eux mêmes.850 succursales et bureaux de perception au Canada et aux Etats-Unis.Siège social: MONTREAL.Réserve accumulée: plus de $13,500,000.00 Bénéfices payés, depuis la fondation $18,500,000.00.Dividendes payés aux sociétaires durant Tannée 1932 : $89,164.36 ENCOURAGEZ NOS ANNONCEURS Pour connaître les Pères Attendre des laïcs, même instruits et habitués au travail d\u2019une pensée forte, qu\u2019ils se mettent d\u2019emblée à l\u2019étude des Pères de l\u2019Eglise, ce serait ni plus ni moins qu\u2019une utopie.Mais, espérer que, dûment renseignés, ils se prêteraient à une initiation patrologique dont on leur montrerait les avantages, et que peu à peu, ils prendraient ainsi le goût de lire, soit quelques-uns dans le texte, soit la plupart dans une des excellentes traductions contemporaines, les principaux de ces traités, sermons ou commentaires qui depuis les origines et l\u2019âge héroïque du christianisme ont aidé tant de générations antérieures à sentir avec l\u2019Eglise, cela n\u2019est-il pas permis sans ridicule, et même raisonnable?Qu\u2019est-ce qui s\u2019oppose au retour à de tels maîtres?Tout d\u2019abord, des préjugés.En premier lieu, on ne sait plus très bien ce que c\u2019est que « les Pères ».Terrible sujet de confusion, comme il y en a tant, dans notre société matérialiste, que de penser qu\u2019il se trouve beaucoup d\u2019hommes sérieux et cultivés, bien résolus théoriquement à défendre les valeurs spirituelles dont la civilisation sent encore qu\u2019elle doit profiter, qui passent leurs jours hypnotisés sur les marques d\u2019automobiles ou d\u2019aéroplanes sillonnant le monde, ou les valeurs bancaires et leurs fluctuations, et qui ne savent pas ce que leur âme pourrait attendre de ces écrivains anciens, de ces apôtres, de ces évêques, de ces témoins auxquels leur christianisme doit une grande part humaine de son extension. 322 REVUE DOMINICAINE De les ignorer, de les méconnaître, ils sont peut-être bien en partie excusables.Ils le sont davantage encore s\u2019ils ne savent pas distinguer les Pères au milieu de cette cohorte vénérable et lointaine.Les spécialistes n\u2019ont-ils pas eux-mêmes longtemps hésité?En pratique, le nom de «Pères » s\u2019est étendu couramment à tous ceux qui, aux débuts de notre ère, s\u2019étaient signalés par l\u2019éclat de leur doctrine et la vogue de leurs écrits.Ecrivains brillants \u2014 pas toujours d\u2019une orthodoxie sans tache, comme Tertullien et Origène \u2014 martyrs de renom, évêques illustres tels saint Cyprien ou saint Athanase, apôtres des temps héroïques, tous passaient pour des pionniers et des conquérants: la vérité chrétienne leur devait ses plus remarquables formules, la première explicitation de ses dogmes, la fraîcheur de son aurore, l\u2019assurance de ses premiers pas; les fidèles vivant de leur héritage, leur reconnaissaient une autorité paternelle.Plus tard l\u2019Eglise choisit parmi les anciens ou parmi ceux qui en avaient approfondi ou synthétisé l\u2019enseignement, des auteurs éminents et d\u2019une grande sûreté de doctrine.Elle les approuva de façon spéciale et les désigna, comme aujourd\u2019hui encore, du titre de « Docteurs ».Cette approbation particulière qui suppose une science supérieure et une qualité rare d\u2019exposition, les Pères n\u2019y pouvaient tous prétendre.Si elle n\u2019est accordée qu\u2019à un petit nombre, l\u2019Eglise ne retire pas pour autant sa confiance aux autres.Cette confiance, faite en partie de reconnaissance et de vénération, implique que l\u2019Eglise se reconnaît dans l\u2019ensemble de l\u2019oeuvre des vrais Pères, qu\u2019elle garantit leur orthodoxie générale, et souligne à nos yeux, avec la sainteté de leur vie, l\u2019importance du témoignage qu\u2019a donné leur foi.A ces conditions, en effet, on reconnaît authentiquement les Pères, par qui, au milieu des persécutions et des hérésies, le monde est resté chrétien.Leur liste magnifique se déroule du 1er au Vile siècle, du Pape saint Clément à POUR CONNAITRE LES PERES 323 l\u2019évêque espagnol saint Isidore de Séville (1).Treize cents ans nous séparent du dernier d\u2019entre eux.Une telle distance, on le conçoit, peut susciter des réflexions non exemptes de défiance.Quel besoin, diront instinctivement les hommes d\u2019action, de ressusciter des trépassés vénérables?Loin de nous, très nettement marqués par les siècles abolis, très peu adaptés au contraire, à nos besoins présents, ils nous encombreraient ou nous égareraient.Peut-être, mais est-ce là tout le fond des critiques possibles?Non, sans doute.Il y a encore ceci, que tous ces pasteurs de peuples orientaux, ou africains, ou semi-barbares, ou même du peuple romain décadent, n\u2019ont pas la précision didactique qu\u2019il nous faudrait, après le règne médiéval de la Scolastique et les méthodes rigoureuses par lesquelles la pensée moderne a su se canaliser et s\u2019affiner.Ont-ils davantage la souplesse psychologique nécessaire à deviner les finesses morbides de nos âmes et le sens des nuances utile à les panser?On a peine à le croire.Et l\u2019on sait, de plus, qu\u2019ils ignorent pour conduire notre piété, pour lui hacher menu son aliment quotidien, ces dévotions auxquelles notre sensibilité religieuse s\u2019attache.Ils lui offriraient en échange, des considérations austères, d\u2019une doctrine élevée mais froide et sans portée pratique, propres à nous décourager.Est-ce, cette fois, la pleine mesure des objections?Pas encore.Nous voudrions, disent les plus cultivés, que nos auteurs spirituels, ceux qui, nourrissant notre âme, la formeront aussi, ne heurtent pas de front nos pensées, ne brouillent pas notre horizon, ne soient pas pour nous des énigmes P) Sans préjudice des grands manuels de patrologie dont il sera parlé ultérieurement, nous voulons citer ici les petits ouvrages de J.Bardy sur la littérature grecque et la littérature latine chrétiennes, comme d\u2019excellentes synthèses et de bonnes récapitulations historiques.La collection B.C.S.R.où ces ouvrages ont paru \u2014 chez Bloud et Gay, Paris \u2014 est de nature à rendre les plus signalés services aux chrétiens cultivés. 324 REVUE DOMINICAINE et enfin, ne nous sèvrent pas de toutes satisfactions humaines, voire esthétiques.Or, les Pères ne rebutent pas seulement par l\u2019aridité du sujet, ils déçoivent par l\u2019imperfection de la forme: la langue, le style, tout l\u2019extérieur chez eux, n\u2019est-il pas frappé de médiocrité?Inutiles et médiocres, pourquoi n\u2019ajouterait-on pas que les Pères sont dangereux?Et cette dernière objection s\u2019est rencontrée sous quelques plumes malveillantes ou seulement timorées.On leur concédera que la lecture des Pères demande un choix préalable et une certaine formation doctrinale.On peut ajouter d\u2019ailleurs que le catéchisme suffit à immuniser les simples chrétiens contre les dangers d\u2019une formation théologique imprécise dans les documents anciens.Dieu nous garde d\u2019aller plus loin que la sainte Eglise.Non seulement elle n\u2019oblige personne \u2014 sauf ses prêtres dans la liturgie, ce qui est énorme \u2014 à lire les Pères; mais elle ne trouve point mauvais que l\u2019ascétisme dont ils furent les premiers maîtres et la mystique dont ils observèrent les plus merveilleuses expériences, nous soient aujourd\u2019hui enseignés et décrits suivant les méthodes d\u2019Ecoles plus modernes; elle admet parfaitement que le dogme et la morale soient exposés aux gens de notre temps par des théologiens qui ont sur les Pères le double avantage de parler à des contemporains et de profiter des richesses de tout ordre que l\u2019apport des siècles a superposés au trésor patristique.Les leçons d\u2019Antoine et de Pacôme n\u2019ont pas rendu inutiles celles de Catherine de Sienne et de Thérèse d\u2019Avila.Sainte Gertrude est plus près de nous que Mélanie la Jeune et sainte Thérèse de l\u2019Enfant-Jésus parle encore davantage aux âmes de nos jours.Saint Athanase ou saint Basile, Evagre ou saint Jérôme, saint Augustin, saint Léon ou saint Grégoire n\u2019ont pas annihilé par avance l\u2019oeuvre des théologiens du XVIe siècle, des controversistes d\u2019après la Réforme, des grands pasteurs d\u2019âmes de l\u2019époque moderne.Qui nierait la maîtrise hors de pair d\u2019un saint Thomas, l\u2019utilité d\u2019un POUR CONNAITRE LES PERES 325 saint François de Sales ou d\u2019un saint Ignace?Et enfin, notre âge comme les autres, a des commentateurs, des théologiens, des maîtres d\u2019ascétisme.L\u2019Eglise veille sur leur activité et s\u2019en sert.Il n\u2019est donc permis ni de mépriser l\u2019oeuvre des modernes qui, providentiellement, suffit à beaucoup d\u2019âmes, ni de surfaire celle des anciens qui a ses lacunes et demeurera, de divers côtés inabordable pour beaucoup.Ainsi la part est faite aux distinctions et aux restrictions qui s\u2019imposent.On en est plus libre pour répéter qu\u2019une initiation patristique sera toute à l\u2019avantage des chrétiens instruits.Leur intelligence y sera conduite dans un domaine large et plantureux, car les Pères voient tout de haut et, sages par excellence, ils ordonnent toutes leurs notions à la cause la plus élevée.Leur foi y gagnera plus de solidité car elle s\u2019appuiera sur des motifs de crédibilité plus formels.Leur amour de l\u2019Eglise y prendra une réalité plus vivante.Leur formation chrétienne y recevra une note d\u2019authenticité supérieure.Est-il vrai, d\u2019ailleurs, qu\u2019ils paieraient tous ces bienfaits du sacrifice de leur goût?Erreur certaine et tenace; erreur honteuse dont la Renaissance est coupable, et nous tous, les inconscientes victimes.Les humanistes du XVIe siècle, soucieux de ressusciter dans le détail une antiquité sur tant de points inférieure à la civilisation chrétienne, décochèrent les traits les plus acérés contre le latin « scolastique » ou « monastique », comme s\u2019il n\u2019avait pas montré d\u2019excellentes qualités de précision philosophique, et contre la rusticité sans charme, disaient-ils, du latin des Pères.Ils se prévalaient assurément de certaines déclarations des auteurs eux-mêmes.Ces déclarations étaient-elles mesurées, étaient-elles exactes?On peut dire tout d\u2019abord que les Pères, au moins à partir de la fin du Ile siècle tant chez les Latins que chez les Grecs, avaient pour la plupart reçu une bonne et sérieuse 326 REVUE DOMINICAINE culture profane.Origène pas plus que Tertullien n\u2019étaient des autodidactes.Par tactique, nombre d\u2019entre eux affectaient d\u2019opposer la vanité des ornements littéraires, recherchés dans ce cas pour eux-mêmes, à la noble simplicité des Ecritures nourries d\u2019une pensée divine.En exagérant un défaut réel et en disqualifiant l\u2019art du style avec quelque excès, ils voulaient défendre les Saints Livres méprisés par les rhéteurs païens et détourner la curiosité des fidèles, d\u2019oeuvres bien écrites mais vides de vérité.Dans leur zèle pastoral ils étaient si affirmatifs qu\u2019on les prit au mot et que l\u2019on considéra comme une décadence la transformation de la langue opérée de façon vivante sous l\u2019influence du christianisme.L\u2019étude attentive des auteurs chrétiens des cinq premiers siècles montre au contraire que sous la rigoureuse impulsion d\u2019un Tertullien chez les Latins, d\u2019un Origène chez les Grecs,, conscients de s\u2019adresser, les uns aux personnes cultivées, les autres aux simples mais pour leur faire entendre une vérité qui ne souffre rien de médiocre, ils avaient, tout en déclarant mépriser le prestige du bien dire, un souci réel « d\u2019insinuer par l\u2019art » les idées qui leur étaient chères.On prétendait néanmoins: il y a divorce entre l\u2019antiquité classique et l\u2019antiquité patristique, et cette dernière est coupée de tout ce qui faisait, à cette époque même, l\u2019essentiel de la civilisation.Mais cela n\u2019est point vrai.Les Pères ont des titres authentiques à représenter la culture antique.L\u2019éducation de tous les Latins était sensiblement la même au temps d\u2019Auguste et au temps de saint Jérôme.Durant les beaux et grands siècles de Rome, le christianisme prend pied, et lorsque l\u2019empire romain s\u2019effondre en Occident, l\u2019Eglise est devenue maîtresse de la transformation que sa doctrine devait opérer dans les esprits et dans le langage.C\u2019est alors, et sous cette forme, par un vrai renversement des rôles, que le divorce s\u2019avère: dans la pensée, POUR CONNAITRE LES PERES 327 dans la manière d\u2019exprimer la vie, dans le renouvellement des âmes.En Orient, le cas est plus simple, puisque dès le Ille siècle les Pères Grecs font grande figure et qu\u2019au IVe, le césaro-papisme byzantin les reconnaît comme les principaux interprètes de l\u2019intellectualisme hellénique (x).En Occident, alors que les maîtres païens, ceux qui restent dans la pure tradition, comme un Fronton, précepteur de Marc-Aurèle, ou un rhéteur comme Apulée, s\u2019épuisent dans une stérilité Verbeuse et une élégance de façade, les auteurs chrétiens seuls veulent quelque chose de précis et, sous leur forme qui semble dédaigneuse des ornements brille l\u2019idée féconde.Dans l\u2019âpreté d\u2019un Tertullien, ce fougueux avocat qui défendait l\u2019Eglise en outrant quelquefois sa doctrine, on trouve une joie franche et belle qui s\u2019incruste en formules nettes et les fait briller au soleil d\u2019Afrique.Dans la ténacité de Cyprien, soucieux des droits de la monarchie épiscopale, mais fidèlement tourné vers l\u2019Eglise romaine, on sent l\u2019audace paisible, la sécurité d\u2019une possession bien consciente de ses devoirs, un sens des obligations de la doctrine chrétienne qui animent ses écrits plus et mieux, incontestablement, que les habiletés d\u2019un rhéteur à la mode.S.Ambroise manie le symbolisme avec une admirable délicatesse, telle que les meilleurs écrivains païens chantant la poésie de la nature n\u2019étaient pas plus aimables ni plus purs.S.Léon frappe des expressions synthétiques, autrement nourries de substance, et autrement cadencées même, que celles des juristes de la belle époque.Et que dire de la noblesse, de la majesté de son style! C1) On notera volontiers que si pout les Orientaux, l\u2019étude des Pères de leur pays et de leur langue devrait être un excellent moyen de comprendre l\u2019Eglise Catholique et de revenir à l\u2019unité romaine, pour nous, Latins, l\u2019étude des Pères d\u2019Orient est sûrement une des meilleures façons de nous rapprocher de nos frères séparés.A ce rapprochement concourt de la manière la plus heureuse la Collection des Orientalia chnstiana publiée par l\u2019Institut pontifical oriental de Rome.Théologie, liturgie, histoire et patrologie, rien n\u2019est omis de ce qui peut nous faire connaître exactement l\u2019Orient. 328 REVUE DOMINICAINE Qu\u2019il n\u2019y ait donc plus d\u2019équivoque sur la culture générale des Pères.On dit aisément, aujourd\u2019hui comme jadis, que les défenseurs de l\u2019Eglise sont de faibles moyens et de formation littéraire déficiente.Ceux qui sont dévoués à l\u2019apostolat de la vérité doctrinale passent pour jeter un insouciant défi au beau langage.Si l\u2019on songeait au respect qu\u2019ils doivent à la doctrine et aux esprits qu\u2019ils servent, on serait moins prompt à rééditer un jugement aussi gratuit.du moins en ce qui concerne les Anciens que l\u2019Eglise a accrédités.Leur défi aux beautés secondaires n\u2019est bien souvent qu\u2019une tactique.Tels des hommes sûrs de leur effet, parce que le grand attrait de leurs écrits naît de leur sincérité profonde et de l\u2019atmosphère de vérité dans laquelle ils évoluent.Au contraire des autres, même des grands Classiques qui ne cherchaient qu\u2019à se délasser dans le commerce des lettres, eux s\u2019en servent comme d\u2019un levier pour hausser les âmes jusqu\u2019au vrai substantiel.Le rôle de paternité que nous leur reconnaissons, ils en sentaient obscurément le prolongement historique, et « tout leur être moral » était engagé dans leurs écrits.Enfin, sans avouer qu\u2019ils prennent garde aux recettes littéraires, ils s\u2019en serviront au besoin \u2014 un saint Jérôme, par exemple \u2014 mais virilement, afin de mieux agir dans le champ des esprits, car le charme aussi, opère pour le bien.Ainsi les Israélites, dit saint Grégoire, descendaient dans le camp des Philistins pour y aiguiser leurs charrues.De sorte que l\u2019examen historique de la littérature ancienne de l\u2019Eglise prouve ceci: dès la fin du 1er siècle, la littérature latine dépérissait, elle s\u2019usait, elle était supplantée par le grec; or, ce sont les auteurs chrétiens qui l\u2019ont relevée, ils lui ont infusé la force et les qualités de leur foi, ils l\u2019ont animée, ils l\u2019ont enrichie à travers les péripéties de l\u2019existence de leur Eglise.Et chez les Grecs le contraste n\u2019est-il pas encore plus grand entre la pauvreté du 111 e siècle païen et la richesse des Pères Cappadociens?De cet afflux d\u2019idées POUR CONNAITRE LES PERES 329 neuves, la littérature reçut des mots nouveaux \u2014 et de ces préoccupations elle reçut des formes nouvelles.Cela est-il la marque d\u2019une décadence?* * * Plus que de raison on s\u2019est étendu sur l\u2019argument d\u2019ordre littéraire opposé à l\u2019étude des Pères, parce que, plus ou moins latent il répond aux défiances de l\u2019élite intellectuelle.D\u2019autres objections existent, et en vérité sont plus spécieuses \u2014 car il nous importerait peu que la culture des Pères fût ou non approfondie, s\u2019il était avéré que, même bons lettrés, ils ne peuvent plus répondre aux besoins de nos âmes.Loin de mépriser les satisfactions délicates de l\u2019humanisme, nous les jugeons pourtant secondaires.Les Pères doivent être pour nous des maîtres de pensée chrétienne, de sens chrétien, ou nous les laisserons de côté.Or, ils sont, on peut l\u2019affirmer, des maîtres de sens chrétien, d\u2019abord en nous retraçant la primitive histoire, l\u2019histoire quasi idéale du christianisme, et en nous rendant toute vivante et chaude l\u2019atmosphère de ces temps héroïques.Comment ne pas se sentir ému en feuilletant des archives où l\u2019on surprend dans sa vérité simple l\u2019histoire de sa famille?La vie d\u2019êtres aimés y palpite encore et l\u2019on y suit dans la sincérité de leurs réactions, ceux dont le souvenir ailleurs se refroidit.Les oeuvres des Pères sont pour nous des archives de première valeur.Voici par exemple les lettres d\u2019un Ignace d\u2019Antioche.Avec elles nous faisons le dernier voyage et nous entendons les dernières recommandations d\u2019un martyr.Mieux encore: nous prenons sur le vif les relations hiérarchiques de l\u2019Eglise.Qui a mieux parlé que cet évêque intrépide et tendre de l\u2019union des fidèles à leur pasteur, de l\u2019unité du clergé avec 330 REVUE DOMINICAINE son pontife?On ne sait ce qui frappe le plus, dans ses lettres, de la beauté de son âme ardente, de la pureté « jalouse » de sa foi, de la sollicitude et de la délicatesse qu\u2019il a pour ceux qui lui sont confiés, du respect enfin et de l\u2019amour qu\u2019il porte à l\u2019Eglise romaine sous les yeux de laquelle il va être immolé.Il écrivait vers l\u2019an 110.Si de telles lettres étaient écrites aujourd\u2019hui, on en serait enthousiasmé! Cinquante ans après lui, voici l\u2019Apologiste Justin.Il s\u2019adresse à son empereur qui passe pour philosophe.Lui aussi, Justin est « un philosophe ».Non certes que nous puissions le comparer à saint Augustin \u2014 le seul philosophe hors de pair, ont dit de grands esprits, qu\u2019ait produit le christianisme (x) \u2014 ou à S.Jean Damascène qui intégra le premier l\u2019Aristotélisme dans la philosophie chrétienne.(2) Il est encore plus loin, surtout par la méthode, d\u2019un S.Anselme, d\u2019un S.Bonaventure, d\u2019un S.Thomas.Il ne manie pas le raisonnement avec une logique sans défaut; mais avec une conviction touchante, il se porte garant de la noblesse des moeurs chrétiennes, il exalte la beauté harmonieuse d\u2019une doctrine qui laisse loin derrière elle épicuriens et stoïciens \u2014 nous dirions aujourd\u2019hui l\u2019Evolu-tionisme émanatiste ou l\u2019Agnosticisme \u2014 enfin il décrit le sacrifice chrétien.Très différents l\u2019un de l\u2019autre, et tous deux très imparfaits du point de vue didactique, ces deux Anciens sont des témoins également véridiques et \u2014 chose remarquable, également actuels.Depuis trente ans, en effet, et grâce au renouveau liturgique, deux points de doctrine ont été gran- (*) Cf.Boyer: Essai sür la doctrine de saint Augustin, chez Beauchesne (Paris 1932).Dans la « bibliothèque de théologie positive » publiée par le même éditeur, plusieurs ouvrages remarquables ont beaucoup éclairé le domaine des études patristiques.(2) N.D.L.R.Nous croyons que c\u2019est donner beaucoup trop à S.Jean Damascène, qui, en réalité, s\u2019est borné à emprunter des définitions à Aristote. POUR CONNAITRE LES PERES m dement élucidés par les théologiens et sont beaucoup mieux connus des fidèles: l\u2019ecclésiologie et la notion du sacrifice eucharistique.Et précisément, théologiens et liturgistes ont dû s\u2019appuyer sur ces deux Pères vénérables.Nous-mêmes, retrouverions dans leurs pages, outre des préoccupations qui nous importent, la substance de notre foi allant au rythme de nos âmes.Ce qui leur est cher, ce qu\u2019ils ont défendu jusqu\u2019au seuil de la mort, cela même s\u2019agite au fond de nos pensées.Or ils l\u2019ont défendu avec une vaillance lucide et une justesse essentielle, de nature à nous éduquer.Mais, pour vibrant qu\u2019il soit, le témoignage pourrait paraître simpliste.Chez beaucoup de Pères il se double d\u2019un précieux enseignement.Avant toute autre la science de l\u2019Ecriture.On ne niera point que notre exégèse moderne ait une éminente qualité, qui nous assure le maximum de garanties textuelles et le minimum d\u2019interprétations aléatoires: la précision scientifique.Entrés dans cette voie à la suite des Hérétiques divers, pour nous mesurer avec eux, les rectifier, les convaincre, pour rétablir la vérité, tout en montrant que nous sommes aussi capables de défendre notre doctrine et les trésors traditionnels de la Révélation, nous avons fait aussi bien et mieux qu\u2019eux.Il n\u2019est pas nécessaire de citer ici à l\u2019appui d\u2019une telle affirmation, d\u2019autre nom français que celui du R.P.Lagrange, O.P., universellement admiré par les savants eux-mêmes et qui fait le plus grand honneur à l\u2019exégèse catholique contemporaine.Un des rares commentateurs de l\u2019Ecriture qui ait su, particulièrement dans ses dernières oeuvres, allier les avantages d\u2019une méthode rigoureusement observée, à cette succulente moelle dont ne peut se passer une foi profonde.Peu, à notre époque, réussissent cet alliage, alors que beaucoup rendent à l\u2019apologétique des services signalés.Il faut pourtant se souvenir que l\u2019Ecriture, parole divine, demande à être méditée, lue en esprit de prière, 332 REVUE DOMINICAINE savourée en silence.Son prestige et sa vérité ne gagneraient rien à une crédulité mal éclairée; néanmoins l\u2019inspiration a droit à notre amour, à notre soumission filiale et non pas seulement à un scrupuleux respect.Les Pères, moins soucieux que nous peut-être \u2014 et encore, cela est-il sûr ?\u2014 de la minutie du sens littéral ont excellé plus que nous dans la manière d\u2019aborder les divines lettres, de les traiter, de les mettre en lumière.Ces hommes si occupés pour la plupart dans les nécessités d\u2019un ministère écrasant, ces hommes unissant aux charges diverses de l\u2019épiscopat, des soucis particuliers de controverses et des soucis quelquefois lourds de politique, ces hommes qui, de toutes façons, luttaient pour leur peuple à une époque de bouleversements angoissants, ces géants bravant l\u2019exil comme Athanase, Hilaire ou Chrysostome, ou résistant à la colère du prince comme Cyrille d\u2019Alexandrie, aussi bien qu\u2019aux embûches des ennemis de leur foi comme Augustin, Léon ou Grégoire le Grand, trouvaient le temps cependant de scruter les mystères des Livres Sacrés et d\u2019en faire tellement leur bien propre que les moindres de leurs écrits sont pour ainsi dire cousus de citations appropriées du texte inspiré.Ils le citent avec un à propos que nous ignorons, ils le manient avec une sollicitude toute simple que nous envions, ils l\u2019expliquent avec une clarté, un enthousiasme, une variété, un sens de la vie, que nous admirons, non peut-être sans quelque dépit.Nous avons beau dire que leur amour de l\u2019allégorie \u2014 chez S.Augustin, par exemple \u2014 est poussé bien loin, que les virtuosités d\u2019un S.Jérôme sont pointilleuses, que les applications morales d\u2019un Hermas sont surprenantes ou celles d\u2019un S.Chrysostome un peu subtiles, et même que le symbolisme des nombres les conduit parfois à des puérilités: nous n\u2019en devons pas moins convenir que la familiarité de la Bible leur est un apanage.Ils font corps avec elle; leurs oeuvres sont à ce Livre par excellence, POUR CONNAITRE LES PERES 333 un peu ce qu\u2019est à la ville la ceinture de ses faubourgs: ils la prolongent et la gardent en même temps.Leur secret?« Les Pères, dit Bossuet, étaient attentifs au vénérable style de l\u2019Esprit Saint » et attentifs aussi aux besoins actuels des âmes.Pénétrant hardiment au cœur du sujet, qui est Dieu et son Christ \u2014 quels commentaires plus riches que ceux de l\u2019Evêque d\u2019Hippone sur les Psaumes, quelle glose plus nette que celle de Cassiodore sur le Psautier, quelle explication d\u2019un charme plus substantiel que celle de S.Ambroise sur l\u2019évangile de S.Luc?\u2014 ils y puisent vraiment ce qui peut donner « le goût de la nourriture biblique ».A cela même on voit qu\u2019ils furent et qu\u2019ils restent des modèles d\u2019orateurs sacrés.Notre époque est avide de nouvelles formules d\u2019éloquence de la chaire.Les conditions d\u2019existence, les préoccupations habituelles, les termes de comparaison, les mobiles du goût, tout cela exige pour l\u2019enseignement catéché-tique, des paroles dans lesquelles il y ait de la fraîcheur, de la jeunesse, de l\u2019énergie créatrice, en un mot: une adaptation à ces natures qui redoutent d\u2019être leurrées et qui ont l\u2019horreur de tout arsenal conventionnel! Nous devons liquider certaines méthodes désuètes.Qui nous y aidera mieux que les Pères?On va croire au paradoxe.On aurait tort.Rien de moins conventionnel que la forme oratoire des Pères, rien de plus proche des auditeurs.Leur sujet fait certainement le fond de méditations assidues, mais ils le développent suivant l\u2019inspiration que la chaire même suscite et souvent, au gré des impressions produites sur l\u2019auditoire, et de ses réactions.S.Augustin saura mettre à profit l\u2019émotion du peuple touché par l\u2019évocation de la mort.Un autre lui tire des larmes par son onction; S.Jean Chrysostome prolonge souvent ses entretiens pour l\u2019édification et le plaisir de ceux qui l\u2019écoutent; S.Grégoire ne s\u2019interdit pas les allusions aux 334 REVUE DOMINICAINE événements, voire aux coïncidences de la journée.Tout montre, lorsqu\u2019on examine leur méthode, qu\u2019ils savaient être modernes au sens le plus juste et le plus fécond de ce terme.Ils se tenaient proches de leurs fidèles et les tenaient en haleine par une adaptation très souple, à leurs nécessités, à leurs habitudes, à leurs images.Du reste, ce louable souci ne diminue pas leur valeur théologique.Ici la part devra être faite, de leurs tâtonnements, de leurs lacunes; mais combien riches ils demeurent et avec quelle jaillissante variété ils sertissent la doctrine! Le théologien apprendrait d\u2019eux comment on conduit les dogmes, à travers des labeurs, des luttes héroïques, des angoisses inexprimables, jusqu\u2019à leur claire formulation.Quand on s\u2019est rendu compte de la constance d\u2019Athanase et de son intrépidité à venger les blasphèmes d\u2019Arius, il semble qu\u2019on entre mieux dans le vif du mystère de l\u2019Incarnation.On le pénètre mieux encore, s\u2019il se peut dire, lorsqu\u2019on a suivi les péripéties de la lutte anti-arienne jusqu\u2019aux habiles manoeuvres de S.Hilaire.Pendant quarante ans, obstiné pour la vérité qu\u2019il enferme dans une formule, Athanase a bataillé.Indomptable, il a porté de rudes coups à l\u2019hérésie et forcé l\u2019admiration de tous.Il en est pourtant qui jugent ses mots trop rigides, sa formule trop étroite.Et en effet, tant que les termes indispensables à la philosophie chrétienne n\u2019auront pas été déterminés sans conteste, les uns accuseront les autres de libéralisme et ceux-ci traiteront les premiers d\u2019intégraux.Ainsi en fut-il tant qu\u2019on ne put s\u2019entendre sur le sens des mots: essence, nature, hypos-tase.D\u2019un côté « l\u2019homoousios » d\u2019Athanase, de l\u2019autre « l\u2019homoiousios » qui ne semble pas, même interprété avec indulgence, sauvegarder clairement l\u2019unité substantielle du Père et du Fils: Hilaire dont la foi toujours ferme se complaît dans une intelligence souple et amie de la conciliation, met au service de la lumière ses ressources pacifiantes.Sans désavouer ni l\u2019un ni l\u2019autre mot, sans équivoquer POUR CONNAITRE LES PERES 335 d\u2019ailleurs sur la doctrine, il trouve un terrain d\u2019entente pour les bonnes volontés et tire d\u2019une pénible ornière la théologie de la consubstantialité du Père et du Fils et même la question trinitaire dans son entier.C\u2019est également et surtout, on ne l\u2019ignore pas, aux trois grands Pères Cappadociens: Basile et les deux Grégoires, que ce dogme fondamental dut d\u2019être fixé dans son expression.Ces trois Pères, amis fraternels, se complétaient admirablement: l\u2019un, Grégoire de Nazianze, théologien spéculatif, plus certainement qu\u2019homme apte à gouverner les autres, le second, Grégoire de Nysse, surtout philosophe, et le troisième Basile, écrivain et homme d\u2019action, orateur et maître d\u2019ascétisme, théologien du Saint Esprit.De leurs oeuvres combinées on peut tirer une doctrine de la vie chrétienne achevée dans ses lignes essentielles.Presque toujours c\u2019était la polémique contre l\u2019hérésie qui permettait aux Pères de faire progresser l\u2019intelligence de la vérité dogmatique, ou aussi d\u2019en garder la tradition.Si tous les grands évêques ou écrivains de l\u2019Ecole d\u2019Antioche luttent pour enrichir l\u2019Eglise des précisions théologiques, on peut noter peut-être avec raison que les Alexandrins, pourtant bien spéculatifs en général, avaient un goût marqué de la tradition.C\u2019est en tout cas, ce que l\u2019on peut dire de l\u2019inflexible Epiphane, plus érudit certes que penseur, vigilant gardien de l\u2019orthodoxie dans les querelles origénistes.Chose remarquable: même les moins conciliants d\u2019entre eux offrent dans l\u2019apologétique des modèles que l\u2019on peut en partie imiter de nos jours.Quels sont ceux, par exemple, qui ne cherchent pas tout d\u2019abord à clarifier la question litigieuse, et qui n\u2019ont pas le souci de faire déborder l\u2019amour de la vérité au delà des obstacles d\u2019ordre personnel?Il y a souvent des méprises et des illusions sur ce point.Une réputation d\u2019atrabilaire ou d\u2019agresseur, faite à tel ami déterminé de la pureté doctrinale, écarte de lui bien des esprits qui auraient profit au contact de sa fermeté.La paix ray- 336 REVUE DOMINICAINE onnante d\u2019un Ambroise, la douceur enveloppante d\u2019un Augustin, qu\u2019il ne faut pas interpréter comme de la mièvrerie individualiste, ne condamnent en rien l\u2019énergique résolution de S.Jérôme, lequel sait fort bien allier la tendresse à l\u2019austérité, la délicatesse à la droiture et ne ressemble point à un censeur jaloux.Mais ce sont là questions de tempérament.Il n\u2019est ni indifférent de les connaître, ni raisonnable de les disproportionner.L\u2019important est de voir dans l\u2019ensemble des Pères, des commentateurs variés et vivants de l\u2019Ecriture, des éducateurs de la foi, des adeptes fervents de la liturgie, ou plutôt, des types achevés d\u2019esprit chrétien allant et conduisant à Dieu par la voie la plus authentique qu\u2019est l\u2019Eglise et vivant intensément de la vie chrétienne qu\u2019est par excellence la vie liturgique.Sous les dons multiples de toutes ces personnalités on retrouve toujours deux préoccupations essentielles: la première est de vivre à plein la vie divine dont les chrétiens sont participants du fait de leur baptême et qu\u2019entretient en eux la vivifiante harmonie sacramentaire; la seconde est de servir l\u2019Eglise et de la défendre avec un dévouement entier, de la parer et de la faire connaître avec un amour filial.Plus ou moins visibles, mais toujours très profonds en eux, ces deux sentiments animent tous les Pères.De là viennent les notes caractéristiques de leur doctrine spirituelle.Vivant sans cesse, par leur contact avec l\u2019Ecriture et les Saints Mystères, en face de la Trinité Sainte et du Sacrifice rédempteur, ils ne minimisent rien de ce qui touche à l\u2019économie divine: le naturalisme et même toute tendance individualiste leur sont inconnus.Au contraire leur activité s\u2019élève et se concentre sous l\u2019empire de la vertu de religion; dans leur apologétique comme dans leur exégèse, dans leurs élucidations théologiques comme dans leurs conseils d\u2019ascétisme, tout va en fonction du culte divin.Et c\u2019est pourquoi leur spiritualité si forte et, généralement parlant si sage, lie solidement les vertus morales aux POUR CONNAITRE LES PERES 337 vertus théologales.Avec un sens liturgique affiné \u2014 qui pourrait donc mieux que leurs homélies, donner le sens des fêtes liturgiques et des grands mystères du cycle?\u2014 ils rappellent à chaque instant que l\u2019exercice normal du Corps mystique se décèle par la foi, l\u2019espérance et la charité.Si notre foi est peureuse, parce qu\u2019elle est encombrée de préoccupations utilitaires; si notre prière est faible et capricieuse, parce qu\u2019elle s\u2019enlise dans les revendications de notre individualisme concentré sur lui-même; si notre espérance est courte, si notre charité est souvent engagée dans l\u2019équivoque, parce qu\u2019elle n\u2019a pas mis en nous l\u2019ordre hiérarchique auquel doit être soumis le choix de la volonté, cela vient de ce que nous ne « réalisons » plus distinctement le premier devoir de la créature.Or ce premier devoir est de rendre le culte à la divine Trinité.Les Pères l\u2019avaient compris.Pour apprendre « la prière pure », adressons-nous à Cassien.Allons demander conseils et exemples à un Ephrem, ce doux contemplatif \u2014 à un Didyme, cet «aveugle clairvoyant », écho du grand Origène, mais plus sûr que lui \u2014 ou bien encore, à ces Pères du Désert dont l\u2019héroïsme n\u2019est pas de tous points inimitable et qui nous rappelleraient au moins que la vertu de force est nécessaire au service de Dieu.Si nous nous persuadions qu\u2019en somme ils ne sont pas si lointains de nos âmes, ces Pères qui ont profondément connu l\u2019âme humaine et paisiblement observé les moeurs divines.si nous consentions à voir que leur « réalisme savoureux » tonifierait notre vie et, au lieu de la river à nos faiblesses, la tournerait vers les hauteurs.si nous songions qu\u2019en allant au plus intime du coeur de l\u2019Eglise, on est sûr de les trouver.Dom J.de Vathaire, O.S.B. Jeunes filles modernes.pourquoi pas?Et d\u2019abord, commençons par définir.Rien n\u2019est plus utile pour se comprendre, et pour comprendre.Si, par moderne, on entend, comme on le fait généralement, un type de jeune fille en laquelle on accumule comme à plaisir tous les défauts du temps, toutes les audaces des modes et de la toilette, toutes les hardiesses du langage et de l\u2019attitude, les extravagances de la pensée, les excentricités du goût, de la démarche, du maintien, que sais-je encore?de ce type-là, ni vous ni moi ne voulons à aucun prix, et au lieu du « pourquoi pas » qui suit le mot « modernes » dans le titre de cet article c\u2019est un non énergique et absolu que nous aurions mis.Car ce type de jeune fille est radicalement opposé à celui que doivent réaliser des jeunes filles chrétiennes, et il est bien entendu que c\u2019est de ces dernières que nous nous occupons pour nous demander s\u2019il n\u2019y a pas pour elles un devoir et le moyen de rester chrétiennes, tout en étant modernes.C\u2019est ce à quoi l\u2019on ne songe pas assez, surtout quand à ce tableau de la jeune fille dite moderne, tableau poussé au noir, et qu\u2019il serait plus exact peut-être de pousser au « rouge », on oppose, et c\u2019est ce que l\u2019on fait souvent, le tableau de la jeune fille d\u2019autrefois, qui se présente constamment parée de toutes les vertus, auréolées des plus belles qualités d\u2019âme, d\u2019esprit de cœur, etc.C\u2019est en effet une tendance très humaine et donc fort ancienne \u2014 déjà chez les Latins Horace appelait le vieil- JEUNES FILLES MODERNES.339 lard « laudator tempori acti », qui aime à louer le temps passé \u2014 c\u2019est une tendance, dis-je, très humaine, pour qui a vécu un peu, d\u2019idéaliser à plaisir choses et gens du passé; et le sentiment que l\u2019on éprouve alors se traduit par des formules de ce genre: Ah! autrefois on n\u2019agissait pas ainsi! Ah! de mon temps, comme tout était mieux! Je crois que, comme il arrive d\u2019ordinaire, la vérité se tient entre les deux extrêmes, et que, pour emprunter le langage de Racine, toutes les jeunes filles d\u2019hier ne méritent pas cet excès d\u2019honneur, de même que toutes celles d\u2019aujourd\u2019hui ne méritent pas cette indignité.Lesquelles valent mieux?Question complexe et délicate et qui demanderait une réponse pleine de nuances.Si l\u2019on pose la question à des jeunes filles d\u2019aujourd\u2019hui, elles diront que ce sont elles, et l\u2019on sourira en se disant qu\u2019elles sont intéressées à répondre ainsi, et que d\u2019ailleurs personne n\u2019est juge dans sa propre cause.C\u2019est juste, mais si l\u2019on pose la question à d\u2019autres, et non à ces auteurs à la mode, ne se préoccupant, pour eux et pour les autres, d\u2019aucune règle morale, mais à un romancier catholique très au courant de la psychologie féminine de son temps et de tous les temps, Henry Bordeaux, quelle sera la réponse?Dans son dernier recueil, « Les Ondes amoureuses », il arrive à une conclusion favorable à la jeune fille d\u2019aujourd\u2019hui.« Il « a groupé, écrit le P.Mondadon, en face de mondaines « frivoles, habituelles figurantes des tragédies ou tragi-« comédies sentimentales, divers types de femmes où vous « reconnaîtrez constance, dévouement, charité, finesse, bon « sens pratique, les antiques vertus, aussi vivaces qu\u2019elles « furent jamais.Avec lui, rendant hommage à ces vaillan-« tes, qu\u2019une énergie soutenue porte et maintient aux pre-« miers rangs dans l\u2019étude comme dans le sport, nous con-« durons que, si certaines vierges folles donnent par leur « propos effrontés et leur trop libres allures des armes à 340 REVUE DOMINICAINE « la malveillance, il ne semble pas, tout compte fait, y avoir « beaucoup plus de brebis galeuses aujourd\u2019hui qu\u2019hier ».Le même auteur résume ainsi l\u2019analyse du livre de Maurice Bedel, « L\u2019Amour camarade », où sont saisies et dépeintes toutes façons d\u2019agir nouvelles de la jeune fille en fait de mariage: « Partout donc audace, initiative, ar-« deur de connaître et de lutter et de conquérir.Mais « laissons au choc du réel tomber la franfreluche, mais re-« gardons sous le fard et derrière les phrases apprises, « nous découvrons aussitôt, tendre et grave, incliné vers « les tâches médiocres, attentif aux raccommodages et au « pot-au-feu, en même temps qu\u2019éclairé d\u2019une lueur de son-« ge, tel en un mot qu\u2019il sourit dans les portraits des mères-« grands, le visage toujours pareil de l\u2019amour.Si le dehors, « en effet, sous l\u2019influence tyrannique des modes, varie sans « cesse, le cœur, au fond, reste le même, ardent, vibrant, « crédule, naïf et non pas insensible comme il feint de l\u2019être, « ni sceptique, ni le moins du monde cynique.« Bien plus, quand nous comparons notre époque avec « le passé, maintes similitudes éclatent que l\u2019on ne soup-« connaît pas.Comme le note M.Bedel « ce phénomène « contemporain à la fois entreprenant et réservé, hardi et « prudent, conquérant et temporisateur, aimant le risque « mais précautionneux, et portant encore assez de jupe pour « qu\u2019on reconnaisse en lui une femme, ce prénomène ou « ce monstre, à savoir « la jeune fille 1930 », continue la « tradition et imite l\u2019exemple de lointaines aïeules ».Et comme conclusion générale de son article, le P.Mondadon écrit : « Les Françaises du XVIIè siècle ont frayé, au gré « d\u2019humeurs parfois extravagantes, mille téméraires chemins, « et elles y ont marché si avant que leurs arrières-petites-« filles auraient peine à les rejoindre.Il s\u2019en faut que les « évènements s\u2019enchaînent jamais sur la terre comme dans JEUNES FILLES MODERNES.341 « le meilleur des mondes possibles.Tout pesé, le 17e siècle « valut-il mieux que notre époque ?Nous aurions tort « d\u2019attribuer au passé tout le bien et au présent tout le mal; « jusqu\u2019à la fin des temps, bien et mal se mêleront.Ne « soyons ni optimistes, ni pessimistes; contents de la place « où Dieu nous met, sachons seulement faire de notre mieux.« Posui vos ut eatis et fructum afferatis.Le bon sens et, « avec lui, ô Candide, la sagesse chrétienne, invitent chaque « homme, aujourd\u2019hui ainsi qu\u2019autrefois, à cultiver son jardin ».(x) La question, on le voit, est complexe et vaut mieux n\u2019avoir pas à établir un palmarès où serait proclamée la valeur respective de la jeune fille d\u2019hier et de celle d\u2019aujourd\u2019hui.* * * Notre tâche est, en un sens, plus simple, surtout si l\u2019on s\u2019entend bien sur le sens que nous donnons à ce mot « moderne ».Quel est ce sens ?àAais c\u2019est celui qu\u2019il a dans tous les dictionnaires, le sens qu\u2019on lui donne toujours dans le cours ordinaire des conversations.Etre moderne, c\u2019est être de son temps.Mais avec l\u2019expression « il faut être de son temps », nous voilà encore en face d\u2019une de ces formules à double interprétation, condamnable dans certains cas, acceptable dans d\u2019autres, et que l\u2019on ne peut donc rejeter à priori et en bloc.Si c\u2019est sagesse d\u2019en écarter certains aspects, ce n\u2019est pas moins sagesse d\u2019en retenir ce qu\u2019elle a de bon.Etre de son temps, c\u2019est d\u2019abord ne pas bouder par principe son temps, n\u2019en pas voir que les mauvais côtés, les tares ou les vices, l\u2019ivraie, et jamais le bon grain.Mais ceci n\u2019est que négatif.Etre de son temps, c\u2019est de plus l\u2019aimer, étant celui que la Providence a choisi pour nous.U) Etudes, 20 mars 1933, p.579: Les Françaises au XVIIe siècle. 342 REVUE DOMINICAINE C\u2019est le connaître pour s\u2019y adapter dans la mesure où la loi morale et le sens bien compris des convenances l\u2019exigent.Il y a en effet des contingences de vie dépendant du milieu, des pays, du temps, et qu\u2019il serait inintelligent et d\u2019ailleurs impossible de vouloir ignorer.A ne pas s\u2019adapter, on peut tomber dans le ridicule et un juste ridicule.A ne pas s\u2019adapter, on s\u2019isole en perdant le contact avec ses semblables, et c\u2019est la mise en péril ou la mort de toute action féconde, de tout apostolat fructueux.Et' il serait facile de montrer comment tout ce qui s\u2019est fait de bien, dans l\u2019Eglise ou l\u2019humanité, par des hommes ou par des femmes, ne s\u2019est pas fait sans qu\u2019il y ait eu, de la part de ces hommes ou de ces femmes, un souci d\u2019adaptation.« S\u2019adapter » ne veut pas dire d\u2019ailleurs faire des concessions, s\u2019abaisser à un niveau de vie inférieur ou à des habitudes condamnables, mais c\u2019est parfois, et nous le montrerons, tenir compte de telle et telle situation et façonner d\u2019après cette situation sa manière d\u2019agir ou de penser.Cette adaption, nécessaire en tout temps, l\u2019est plus encore quand le temps dans lequel on vit est plus exceptionnel, sort davantage de la banalité.C\u2019est bien le cas du nôtre: « années tournantes », a dit le jeune écrivain Da-niel-Rops des temps où nous vivons :\t« Que nous vivions aujourd\u2019hui des années tournantes », il est, je pense, impossible d\u2019en douter.Mais le mot recouvre « à présent une « réalité plus générale qu\u2019il y a cent ans.Ce n\u2019est pas du « sort d\u2019un ou de plusieurs peuples qu\u2019il s\u2019agit; les destins « dont les fils à ce moment se renouent sont ceux de l\u2019hu-« manité entière, ceux de tout un ensemble de données, de « traditions, de croyances, sur lesquelles le monde a long-« temps vécu ».Quel abîme en effet entre hier et aujourd\u2019hui! Des besoins inconnus jadis; la hiérarchie des valeurs bouleversée; un monde nouveau qui s\u2019élabore ou qui s\u2019enfante, et au milieu de quelles douleurs! JEUNES FILLES MODERNES.343 Or dans l\u2019élaboration de ce monde nouveau, la femme a sa place marquée et une place considérable, car il y a en elle d\u2019inimaginables puissances de vie qu\u2019il serait injuste de ne pas reconnaître, et criminel de ne pas utiliser.Cette place, la femme ne l\u2019occupera que si elle est, pour une certaine mesure, de son temps.La société, d\u2019ailleurs, a des dettes à l\u2019égard de la femme.Il y eut, dans le passé, des injustices qui crient réparation.Etienne Lamy écrivait au début du XXè siècle: « Le sentiment d\u2019une dette envers la femme a grandi.Le « siècle qui vient de finir l\u2019a reconnue, et le bonheur de la « femme apparaît, au siècle qui commence, comme une « partie de la justice sociale.» D\u2019où, aspect nouveau de la question féminine ou féministe.Nous sommes loin du temps où le féminisme avait assez mauvaise presse et n\u2019apparaissait guère que comme la revendication, violente et tumultueuse parfois, des droits électoraux pour la femme.Nous avons lu jadis cette définition: « Les féministes?ces femmes qui veulent voter et qui crèvent les tableaux à coups de parapluie! » C\u2019était au temps des premières suffragettes anglaises!.Faut-il ajouter que l\u2019Eglise n\u2019a pas attendu les revendications modernes en faveur de la femme pour lui donner tout ce à quoi elle a droit.Nous aurons l\u2019occasion de le redire, mais dès maintenant, nous tenons à citer les paroles que, l\u2019année dernière, le Pape Pie XI prononçait, en recevant le pèlerinage des dirigeantes de la Ligue patriotique des Françaises: « Vous êtes le petit nombre d\u2019une grande élite, « mais une partie imposante, car vous vous représentez « l\u2019avenir avec toutes ses incertitudes, mais aussi ses pro-« messes qui deviennent la plus belle des certitudes.» Ainsi parlait le Pape.Nous pouvons donc ajouter que les jeunes filles, les femmes de demain, seront à la hauteur de leur mission, si 344 REVUE DOMINICAINE elles sont, dans le meilleur sens du mot, des jeunes filles d\u2019aujourd\u2019hui, des jeunes filles modernes.Et pourquoi ne le seraient-elles pas?.aux conditions, du moins, que nous allons dire.I Un des caractères les plus marquants de la jeune fille dite moderne \u2014 et celui peut-être d\u2019où découlent tous les autres \u2014 c\u2019est l\u2019indépendance, une indépendance qui se manifeste de bien des façons et dans les domaines les plus divers, et que traduit excellemment l\u2019épithète dont se glorifient ces jeunes filles: elles sont des « émancipées ».Indépendance vis-à-vis des habitudes, des coutumes, des parents, etc.On rapporte ce propos d\u2019un père de famille: «Je ne sais plus ce que deviennent nos filles.Croiriez-vous que la mienne va, vient, sort, rentre, souvent fort tard, d\u2019une surprise-partie ou d\u2019une réunion dansante, sans que sa mère ou moi sachions, la plupart du temps, où elle est et ce qu\u2019elle fait?Quand elle est près de nous, ce qui est rare, elle est aimable et correcte; mais on sent la « monade » ou le petit système clos de Leibnitz, murée dans son indépendance.J\u2019aime à croire qu\u2019elle est honnête, mais je ne sais rien de sa vie.A nos observations, elle répond qu\u2019elle est majeure \u2014 vingt-deux ans \u2014 et libre de vivre sa vie à son gré.Bref, toutes les balivernes actuelles qui tuent le sens familial et démollissent le foyer.Nous ne savons plus que faire.» (1).Nous sommes là évidemment en face d\u2019une indépendance condamnable.La suivre, ce serait être de son temps, mais de la manière qu\u2019il ne faut pas.N\u2019y aurait-il pas, une bonne indépendance, supposant une personnalité forte et éclairée et qui ne se laisserait pas éblouir par tout ce qui brille, séduire par tout ce qui attire, ébranler par tout ce qui entraîne: modes, opinions.etc.0) Mlle Cécile Jéglot: L\u2019Art d\u2019être soi. JEUNES FILLES MODERNES.345 Cette personnalité suppose la réflexion, qui permet de se faire un jugement à soi, de choisir son but et d\u2019orienter sa vie; elle suppose, de plus, une volonté propre, une âme bien trempée, des énergies puissantes, qui ne sont pas de l\u2019orgueil.Une personnalité ainsi comprise ne fera pas de la jeune fille cette indépendante, « garçon manqué et mal élevé, « snobinette à l\u2019affût de toutes les nouveautés, gaspilleuse « de vie au dehors, réaliste que rien ne touche sauf l\u2019argent « ou son plaisir, esclave de la mode au mépris des conve-« nances, ambitieuse seulement d\u2019être dans le mouvement».1 Or, cette bonne indépendance provenant d\u2019une forte personnalité, les occasions de l\u2019exercer ne manqueront pas à la jeune fille, à l\u2019égard de ce qui tyrannise tant, les modes, par exemple.Les modes, en effet, sont une des causes modernes de l\u2019amoindrissement de la délicatesse féminine.Il est sûr que les modes actuelles ont contribué à désaxer la société, à l\u2019effriter moralement, tout en y ruinant le bon goût.Et cependant la mode est une chose charmante en soi, et qui a sa raison d\u2019être, et qui donne du travail, c\u2019est-à-dire de la moralité et du pain, à quantité de jeunes filles ou de femmes, qui emploient, à la concevoir et à la réaliser, les mille ressources de leur esprit et de leurs talents.Mais sera-t-il dit qu\u2019il y a incompatibilité entre la mode et les convenances et, concilier un certain modernisme ou une modernité de la mode avec le bon goût, les convenances et l\u2019esprit chrétien, serait-ce entreprise impossible et irrémédiablement vouée à un échec?Mlle Jéglot a dit sur ce sujet comme sur bien d\u2019autres, les paroles définitives: « Dans la mode, il est des toilettes charmantes, simples, « distinguées, seyantes à ravir et convenables tout autant. 346 REVUE DOMINICAINE « Et parmi celles qui ne le sont point, il suffirait quelquefois « d\u2019un rien, de quelques pouces ajoutés en long ou en large, « pour leur donner ce même cachet.C\u2019est donc qu\u2019il est fort « possible, à qui le veut, de s\u2019habiller joliment et selon les « convenances.» Si « la façon de donner vaut mieux que ce que l\u2019on donne », dans la mode, il y a aussi « la façon » (soit dit sans jeu de mots) ou si vous aimez mieux, la manière de les porter.Mlle Jéglot écrit encore: « Il faut distinguer ce que « l\u2019on porte et la manière de le porter.Je ne suis pas loin « de croire que si ces deux termes étaient unis en volume, « le second entraînerait plus d\u2019inconvenances que le premier.« La même robe peut être correcte sur une personne et indé-« cente sur une autre.Et telle femme dont la robe monte « strictement au menton est parfois plus inconvenante qu\u2019une « autre décolletée.» C\u2019est une affaire de tact, de goût.« De la mode, ajoute Mlle Jéglot, la jeune fille doit prendre ce qui lui convient, ce qui s\u2019adapte à elle-même et aux convenances; partant, elle est toujours distinguée.Elle peut admirer une nouveauté que son âge appelle, mais non toutes les nouveautés, au détriment du bon goût.» Il est d\u2019ailleurs bon de constater que la femme a non seulement la liberté, mais souvent le devoir, de ne pas négliger ce qui concerne le soin de son extérieur.S.François de Sales l\u2019avait dit et répété à sa Philothée, Mme de Chamoisy, bien avant que Mlle Jéglot eut écrit: « Il y a « vraiment des femmes qui ne rendent pas la piété attra-« yante, ni la vertu aimable, même par leur toilette.» N\u2019est-ce pas le Souverain Pontife Pie XI lui-même qui, au cours d\u2019une audience dont il honora Mlle Jéglot, lui dit: « Il faut qu\u2019une femme soit élégante et distinguée pour être « charmante et pour charmer.C\u2019est son rôle.Mais dès « qu\u2019elle commence à perdre le sens du convenable, elle « commence aussi à perdre de sa vertu et de son charme et « à cesser de plaire.» JEUNES FILLES MODERNES.347 Et devant les dames du patriciat romain, Pie XI s\u2019exprimait ainsi: «La femme peut être en même temps ver-« tueuse et élégante.Oui, élégante, parce que, selon le mot « d\u2019un ancien poète chrétien, « pulchrior in pulchriore cor-« pore veniens virtus », la vertu paraît plus belle lorsqu\u2019elle « s\u2019ajoute à la beauté.Il y a aujourd\u2019hui tant de richesse « pauvre, pauvre des trésors les plus précieux, les plus ines-« timables.Il y en a trop qui ne savent plus où la modestie « chrétienne dit: assez, où le devoir de l\u2019édification, du bon « exemple, le devoir de ne pas offenser une vertu jeune, « inexpérimentée, pose une limite.Et cependant il manque « quelque chose de délicat, quelque chose d\u2019exquis à l\u2019élé-« gance même, lorsqu\u2019elle outrepasse les confins de la « vertu.» Rome a parlé, la cause est entendue et l\u2019on peut donc, dans les modes modernes, faire un choix judicieux et délicat.La jeune fille qui a une personnalité propre aura des jugements personnels et saura que ce souci du dernier cri qui est à l\u2019origine de bien des excès dans les habitudes, les costumes et les mœurs n\u2019invente rien, et que pour être à la page, et même à la page suivante, on rétrograde souvent dans le plus lointain des passés.Le Pape le disait à Mlle Jéglot: « Et puis, il n\u2019y a rien de nouveau sous le soleil.Quand « la femme se jette avec ardeur sur une mode, parce qu\u2019elle « la croit nouvelle, elle se trompe.Quand on étudie l\u2019his-« toire, on constate que, pour le costume comme pour bien « d\u2019autres choses, on revient toujours, par des détours, aux « mêmes points.» Voici ce que notait, au XVe siècle, un censeur de moeurs féminines de ce temps: « La convoitise des femmes « est si grande en ce siècle déplorable que, si l\u2019on mettait « sous la presse les rubis, les perles, les diamants, les per-« ruques, les chaînes d\u2019or, les bracelets, les velours, les 348 REVUE DOMINICAINE « satins, les cotillons, les atours et les plumes Qu\u2019elles portent « pour ornements de leur vanité, l\u2019on verrait sortir des patri-« moines tout entiers, des maisons toutes meublées,» et un « autre de renchérir, d\u2019invectiver « les pécheresses fardées », « d\u2019interroger avec effroi quel « trésor phrygien » payera « la note des eaux de senteurs, huiles et poudres, nécessaires « à leur toilette.» S.Cyprien, il y a 1 700 ans, s\u2019élevait contre « l\u2019art de teindre en noir les sourcils et de colorer les joues d\u2019un rouge mensonger.» Il y a plus de 2 000 ans, les Romaines, après la conquête de la Grèce, en s\u2019initiant au luxe, se précipitèrent vers la décadence.Bien avant encore, au temps même d\u2019Abraham, comme viennent de le prouver des fouilles récentes pratiquées à Ur, en Chaldée, on usait des fards, des boîtes à poudre.avec la houpette, s\u2019il vous plaît! Ajouterons-nous, avec Lucien Romier, dans Promotion de la femme, que « l\u2019usage des fards, est, en somme, si l\u2019on y réfléchit bien, une marque d\u2019humilité chez la femme! » Même les cheveux courts n\u2019ont rien de moderne.Quand après la guerre, il se fit sur tant de têtes féminines, une hécatombe de nattes et de chignons, certains esprits s\u2019en indignèrent comme d\u2019une chose sans précédent.Or au printemps de 1671, les belles dames de la cour de Versailles livrèrent leur chevelure aux ciseaux de Figaro.Mme de Sévigné a bien soin d\u2019en entretenir sa fille: elle est d\u2019abord indignée: « Il y en a, écrit-elle, que l\u2019on voudrait souffleter.tous les cheveux coupés sur la tête; une petite tête de chou ronde, sans nulle autre chose sur les côtés; toute la tête nue et hurlupée ».Telle Mme de Nevers.Mais voilà que la duchesse de Sully et sa belle-soeur, la comtesse de Guiche, lui paraissent charmantes sous la mode nouvelle.Alors, changement d\u2019avis, comme s\u2019il y avait eu changement de décor! Et le marquise passe de la critique à l\u2019admiration. JEUNES FILLES MODERNES.349 C\u2019est bien l\u2019inconstance d\u2019humeur, je ne dirai pas de la femme, mais de l\u2019aimable marquise! Elle ne désire plus alors pour sa fille que le « huluberlu » qu\u2019elle décrit ainsi: « Les cheveux coupés de chaque côté, d\u2019étage en étage, « dont on fait de grosses boucles rondes et négligées, qui « ne viennent point plus bas qu\u2019un doigt au-dessous de « l\u2019oreille; cela fait quelque chose de fort jeune et de fort « joli, comme de gros bouquets de chaque côté.» (x).Oh! si les miroirs de jadis pouvaient nous livrer quelques-uns de leurs secrets! Mais bien avant le XVIle siècle, on avait connu les cheveux coupés.N\u2019a-t-on pas découvert en Egypte, dans la Vallée des Rois, un bas-relief représentant une princesse aux cheveux coupés court.Ceci nous reporte à près de 5 000 ans en arrière, puisque ladite princesse Ankh, était la petite-fille du constructeur de la Grande Pyramide.Est-ce par réaction que, dans l\u2019âge suivant, les Egyptiennes portèrent ces immenses perruques, qu\u2019eût envié Louis XIV pour sa royale tête?Devant cette constatation que les modes se rajeunissent en se répétant, Mlle Jéglot parle ainsi à ses modernes amies: « Gare au cycle de la mode, et à la revanche des perruques!» Certains disent, il est vrai, qu\u2019Absalon n\u2019aurait pu se pendre s\u2019il avait eu les cheveux courts; à ceux-là d\u2019ailleurs on peut répondre que Samson a perdu sa force pour ne pas les avoir conservés longs! Il en est de même de la danse.Constatant que la danse répond à un instinct de l\u2019être, Mlle Jéglot écrit: « Toute comparaison mise à part, ne voit-on pas le gros ours lui-même se dandiner d\u2019une patte sur l\u2019autre.» Elle ajoute: « Donc, tant que la terre tournera, l\u2019humanité tournera avec et plus qu\u2019elle.Nos ancêtres ont dansé, nos aïeules ont (D Ibid. 350 REVUE DOMINICAINE dansé, nos grand\u2019mères et nos mères aussi.Eh! bien, dansons maintenant.» Et puis, ne sommes-nous pas en « des « années tournantes » ?Mais il y a danse et danse.Les jeunes filles ne cessent pas d\u2019être modernes en s\u2019abstenant rigoureusement de certaines danses du jour, qui, en même temps qu\u2019elles violent les convenances les plus élémentaires, sont également un défi pour l\u2019art véritable, excepté, bien entendu, ce qu\u2019on est convenu d\u2019appeler « l\u2019art nègre ».«Car ce n\u2019est pas de l\u2019art, « ne vous en déplaise, le tango et le reste, avec les rugisse-« ments du jazz-band, que vous affirmez indispensables, en « riant du piano de nos mères et des violons de nos grand\u2019-« mères.Ce n\u2019est pas de l\u2019art, cette masse informe qui « évolue devant moi et où je distingue tout juste deux têtes, « deux bras qui s\u2019agrippent et deux autres qui semblent bras « de maîtres (il est vrai que nous portons le bracelet-« esclave).Jadis, c\u2019était un fin plaisir de regarder une couple « danser.Danseur et danseuse en deux silhouettes distin-« guées, allaient, venaient, se rapprochaient, s\u2019éloignaient, « se souriaient; on admirait la correction de l\u2019un, la grâce « de l\u2019autre.Mais aujourd\u2019hui! « A moins que vous ne dansiez suivant la manière, car « c\u2019est la manière qui fait tout, la manière que j\u2019ai vue à « plusieurs.On y rétablit.les distances; et, que ce soit en « un salon ou en un dancing, les deux silhouettes se dessi-« nent mieux et cela sort du banal, et c\u2019est plus chic, plus « correct, un moindre mal.» (1).II Il y d\u2019autres défauts modernes qu\u2019expriment assez bien les mots de « garçonnisme » ou de « manières garçonnières ».Mots nouveaux créés pour exprimer une mentalité nouvelle.O D\u2019après les Etudes, loc.cit. JEUNES FILLES MODERNES.351 C\u2019est la liberté d\u2019allures, de gestes, de langage, excluant toute réserve; la camaraderie dans laquelle les jeunes filles ont parfois plus d\u2019audace que les jeunes gens; les conversations risquées, les grossières plaisanteries; les jeunes filles affectant de paraître plus mauvaises qu\u2019elles ne sont; Je manque de tenue, de prudence; les familiarités blessantes; les propos équivoques, etc.Voici la pensée d\u2019une de ces jeunes filles: « La jeune fille veut avant tout sa liberté.Parler comme « il lui plaît, de ce qui lui plaît,.ne pas avoir de compte à « rendre à personne.Elle est saine, franche et joyeuse.« Elle a des amies et des « copains ».L\u2019amie est critiquée « ou prise comme confidente, selon le cas.Le copain, on le « prend sous le bras et on l\u2019appelle « mon vieux ».« Bien des personnes, âgées pour la plupart, déplorent « cette liberté de langage et d\u2019allure.Cependant la néces-« sité de la vie actuelle qui oblige tant de femmes à travailler « exige les sorties seules, la fréquentation de toutes sortes de « gens.La liberté, si elle n\u2019est pas mal employée, donnera « l\u2019initiative que n\u2019avait certes pas la jeune fille d\u2019autrefois.« Elle saura se débrouiller.La jeune fille moderne ignore la « timidité (à quelques rares exceptions près) elle est fran-« che, crâne, elle a du sang-froid et même du toupet.Les « jeunes gens ne lui baiseront pas la main et ne lui feront « pas une cour discrète et surveillée, car la jeune fille d\u2019au-« jourd\u2019hui gifle comme elle embrasse \u2014 en l\u2019air, pour « s\u2019amuser.D\u2019ailleurs elle n\u2019aime pas, elle « flirte » et elle « plaque ».Elle n\u2019a pas d\u2019amitié, mais de la camaraderie.« On n\u2019a pas le temps de rêver: on va, on vient, on « travaille, on sort, on se dévoue quelquefois.On joue au « tennis, on nage, etc.On veut égaler l\u2019homme On se croit « supérieures aux petites oies blanches d\u2019autrefois, et, en « réalité, on a beaucoup plus de personnalité.On fait le 352 REVUE DOMINICAINE « bien sans en avoir l\u2019air, du même geste décidé avec lequel « on envoie la balle dans le filet.» (1).Le cardinal Verdier, archevêque de Paris, le constatait ainsi: « A l\u2019égard de l\u2019homme, au lieu de cette réserve et de « cette pudeur qui faisaient jadis le charme de la jeune fille « et assuraient à la fois sa pureté et son esprit de déférente « collaboration, c\u2019est aujourd\u2019hui l\u2019esprit de camaraderie, et « un violent désir de penser, de vouloir, de vivre en homme.« Les jeux, les vêtements, les goûts s\u2019éloignent de plus en « plus de cette allure féminine, faite de pudeur, de réserve, « de grâce, et dont la jeune fille tirait son charme principal.« Quelle sera demain, je vous le demande, l\u2019attitude de la « jeune fille à l\u2019égard de l\u2019homme?» (2).N\u2019y aurait-il pas moyen, sans sombrer dans l\u2019affreux « garçonnisme », de rester moderne en visant à acquérir cette virilité d\u2019âme, ou de caractère, nécessaire certes en tout temps, mais que notre époque requiert peut-être avec plus de rigueur qu\u2019autrefois.Mais se viriliser, n\u2019est pas se masculiniser, et j\u2019imagine que la « femme forte » dont la Sainte Ecriture chante la louange, n\u2019a pas dépouillé, pour revêtir cette énergie, ses qualités proprement féminines de charme et de douceur.Etait-elle virile sainte Perpétue qui, livrée à une vache furieuse, et lancée en l\u2019air, retomba étendue sur le dos, et put se relever en s\u2019aidant de la main?Quel fut son premier soin?De ramener sur elle sa tunique qui avait été déchirée, et ce geste, elle le fait pudoris patiens memor quam doloris, plus attentive à la modestie qu\u2019à la douleur.Pourriez-vous citer beaucoup d\u2019hommes ayant au coeur la force de cette femme?Force virile, s\u2019il en fut, avec toute la délicatesse dont est capable un coeur de femme.(1)\tCécile Jéglot: U Art d'être charmantes.(2)\tUne jeune fille moderne peinte par elle-même, à la suite d\u2019une enquête organisée par Servir, organe de la Ligue patriotique des Françaises, juin 1932, p.1028. JEUNES FILLES MODERNES.353 Marie de l\u2019Incarnation raconte sa traversée pour venir au Canada.Elle rencontre des périls sans nombre, et en particulier, une glace énorme qui sème l\u2019effroi dans tout l\u2019équipage.« Durant tout cet effroi, mon esprit et mon « coeur étaient dans une paix et tranquillité aussi grandes « qu\u2019elles se pouvaient posséder: je ne ressentis pas un seul « mouvement de frayeur.» Son âme avide de sacrifice se réjouissait d\u2019ajouter au sacrifice de sa vie celui d\u2019être privé de voir ses chers Sauvages.Quelle est sa préoccupation, quand elle se voit près de mourir?« Je disposai mes habits, afin que, lorsque le débris se ferait, je pusse n\u2019être vue qu\u2019avec décence.» Courage viril s\u2019il en fut, et délicatesse féminine par excellence! Que l\u2019on ne s\u2019y trompe pas d\u2019ailleurs: par ces manières garçonnes, nos jeunes filles ne s\u2019attireront pas la sympathie des jeunes gens.Hier encore, dans trois délicieux volumes qui forment une sorte de trilogie sur le mariage, YIdéal fiancé, VIdéale fiancée, YIdéal foyer, publiés sous les auspices de l\u2019admirable Association du Mariage Chrétien, fondée à Paris par l\u2019abbé Viollet, Edward Montier recommandait au fiancé de choisir une fiancée féminine, virilisée sans doute, mais non masculinisée.Cette virilité, constituée par une personnalité forte, tendra à maintenir chez la jeune fille la prédominance des puissances de la raison sur celles de la sensibilité et de l\u2019imagination, et c\u2019est dans cet ordre d\u2019idées surtout que pour être moderne, elle s\u2019adaptera, non pas en adoptant les moeurs du temps, mais en en tenant compte.Expliquons-nous.Notre époque est le triomphe du machinisme industriel, ou commercial.L\u2019idéal de trop de gens n\u2019est plus la marche à l\u2019étoile, étoile de l\u2019étude désintéressée, étoile d\u2019une profession exercée comme un sacerdoce, étoile d\u2019une vie belle autant que bonne, mais une marche à l\u2019argent, aux profits, petits et grands, grands surtout. 354 REVUE DOMINICAINE Les choses du sentiment passent à l\u2019arrière-plan des préoccupations, utilitarisme d\u2019abord! Nous ne dirons pas aux jeunes filles: mettez-vous à l\u2019unisson de cette mentalité, mais nous leur dirons: tenez-en compte.A ne pas le faire, elles s\u2019exposeraient à de graves ennuis.Qu\u2019elles mettent dans leur vie moins de rêve peut-être et un peu plus d\u2019esprit positif et de raison.Le Rêve! On ne peut conseiller de le tuer; d\u2019abord, parce que l\u2019on n\u2019avancerait à rien, et puis parce que c\u2019est bon parfois; on n\u2019a pas à l\u2019apprendre aux jeunes filles.Dans certaines vies, hélas! ce qu\u2019il y a eu de meilleur, il faut bien l\u2019avouer, n\u2019est-ce pas souvent ce que le rêve y a mis, à défaut de la réalité qui fut parfois intraitable et dure.Il ne s\u2019agit pas davantage de détruire la sensibilité.Ce n\u2019est pas un idéal d\u2019y tendre, pour une femme surtout, mais il faut la mettre à sa place, c\u2019est-à-dire après la raison et la volonté.Nous leur dirons donc: assez de rêve pour éviter le flirt.le flirt qui n\u2019effeuille guère la petite fleur bleue, et qui a le plus grave inconvénient de compromettre ce qui, en elles, est si grand, ce que Mgr Tissier appelle « le ministère quasi divin de votre coeur ».Car le coeur le plus souvent n\u2019intervient pas du tout dans ce genre de sport.La preuve?Ecoutez la confidence d\u2019une professionnelle du flirt: « Les hommes font assez souffrir les femmes.Avec le « flirt, la femme a le moyen de prendre sa revanche et de les « faire souffrir sans courir elle-même aucun risque.Elle « serait bien sotte de n\u2019en point profiter .» (1) Une autre avoue ingénument.ou cyniquement: «J\u2019ai « des flirts, par exemple, une dizaine environ.Cela m\u2019a-« muse et c\u2019est tout.Puis, il m\u2019en faut bien (encore cette « nécessité trompeuse) pour danser, aller et venir aux thés, O Enquête de la revue Servir. JEUNES FILLES MODERNES.3 55 « aux réunions, aux parties de cocktails, où je ne prends « rien et où les autres, plus ou moins, se grisent.» (1).Et si par hasard, elles prenaient au sérieux leur flirt, qu\u2019elles n\u2019aillent pas s\u2019imaginer que, de son côté, le jeune homme en fera nécessairement autant.Ecoutons encore Mlle Jéglot: « C\u2019est l\u2019erreur de la jeune fille moderne.de « croire qu\u2019en se moquant de tout, et en flirtant avec rage, « elle pipera un mari comme on pipe un oiseau.Elle ne « fait que récréer un compagnon de jeu, un partenaire qui « lui renvoie le volant, appréciant la joueuse, sans illusion « sur la femme.La pauvrette prend au sérieux ce qui, pour « lui, n\u2019est qu\u2019amusette ou égoïsme; et c\u2019est un fait connu « qu\u2019à de rares exceptions près, on n\u2019épouse jamais son « flirt, les deux côtés du flirt s\u2019étant réciproquement jugés.» De même que nous disons: assez de rêve pour embellir la vie, nous ajoutons: pas trop de rêve pour ne pas s\u2019exposer à des déceptions qui pourraient être douloureuses.Le meilleur moyen d\u2019échapper aux désillusions, n\u2019est-ce pas d\u2019éviter d\u2019abord les illusions?Or, déceptions et désillusions, peut-être n\u2019en seront-elles pas toujours à l\u2019abri en se contentant de demander à l\u2019homme d\u2019être le prince charmant chargé d\u2019éveiller à la vie la petite princesse endormie.Nous ne voudrions pas être injuste à l\u2019égard du sexe masculin, mais comme on ne donne que ce qu\u2019on a, ne serait-ce pas, dans le cas présent, exiger de l\u2019homme plus qu\u2019il ne peut souvent donner, surtout avec la mentalité actuelle?La jeune fille moderne n\u2019ignorera donc pas que la réalité de la vie se montre généralement tout autre que ne la présentent les contes charmants d\u2019autrefois, qui commençaient par ces jolis mots: « Il était une fois.» (La fin au prochain numéro) Chan.Adrien Garnier, Professeur à l\u2019Université Laval.C1) Servir, juin 1932. Le coq et le prédicateur d'après les anciens Nos Pères du Moyen-Age avaient du tempérament.L\u2019on a à maintes reprises, relevé chez eux la vigueur de la polémique dans les questions théologiques, le libre franc-parler dans les soutenances orales, la rouerie des échappatoires dans les mauvaises situations légales ou doctrinales; mais il est un aspect de leur personnalité sur lequel on a moins insisté et qu\u2019on a même parfois méconnu, celui d\u2019une richesse d\u2019imagination sans égale qui dépasse, autant que leur pénétration d\u2019esprit dans les sciences sacrées, toutes nos acquisitions modernes (1).Si cet aspect ne prédomine pas dans les écrits de saint Thomas d\u2019Aquin, nous le retrouvons à un degré étonnant dans les oeuvres de son maître, saint Albert le Grand, et ce n\u2019est pas là le côté le moins intéressant et le moins instructif du génie du saint Docteur.Expliquant à mes élèves au cours de l\u2019année, le triple reniement de l\u2019Apôtre Pierre dans le récit de la Passion selon saint Jean, un mouvement de curiosité joint à un motif de piété filiale, me porta à rechercher ce qu\u2019avait écrit saint Albert le Grand sur le chant du coq, après lequel Pierre entra en lui-même et pleura son péché.Dans le commentaire P) «Aujourd\u2019hui, nous nous vantons d\u2019être mieux policés; encore la preuve n\u2019est-elle point parfaite.Nous supportons la contradiction, mais notre tolérance générale ne va pas sans indifférence ou scepticisme.Nous avons reçu en héritage tant de biens matériels, que notre seule pensée est d\u2019en jouir, de les répartir entre nous à notre avantage et nous ne voulons pas même admettre qu\u2019ils puissent s\u2019épuiser ou nous être ravis.Notre politesse est souvent l\u2019effet d\u2019une sève appauvrie.Notre esprit accueille des idées plus diverses, en plus grand nombre, mais à force de complexité et de subtilité, la pensée s\u2019anéantit elle-même.Il nous reste le goût de la rhétorique, le souci de la forme ».Albert Garreau: Saint Albert le Grand, p.21. LE COO ET LE PREDICATEUR.357 sur le IVe Evangile, je ne trouvai rien de particulièrement intéressant concernant cette péricope (1).Mais m\u2019étant référé au commentaire sur l\u2019Evangile selon saint Luc, j\u2019y découvris un singulier parallèle entre le coq et le prédicateur; sur quoi, un étudiant me prévint qu\u2019il en avait déjà lu dans Y Année dominicaine (janvier 1932), un autre à peu près semblable (2).L\u2019idée m\u2019est venue de reproduire ici ces deux parallèles.J\u2019aime à croire qu\u2019ils intéresseront les lecteurs de la Revue dominicaine et ne seront pas sans fruit pour les prédicateurs de la Parole de Dieu.Je terminerai en concluant, par quelques notes caractéristiques, à la supériorité du parallèle de saint Albert le Grand.PARALLELE PUBLIE PAR L\u2019ANNEE DOMINICAINE « Le coq, tout d\u2019abord avant de chanter se bat les flancs; secondement pour chanter, il tend et élève le cou; de plus, il ne chante qu\u2019à heures fixes; quatrièmement, il partage les graines avec sa basse-cour; cinquièmement, il attaque les autres coqs qui prétendent à quelque influence; sixièmement, à l\u2019aide d\u2019une membrane spéciale, il ferme les yeux contre l\u2019intensité de la lumière solaire.Enfin à l\u2019approche de la nuit, il monte sur son perchoir de bois d\u2019où il ne descendra qu\u2019au lever du jour.P) « Albert le Grand avait été mandé à Rome par le pape Alexandre IV, à propos de la querelle survenue entre l\u2019Université de Paris et les Ordres mendiants: «Après la discussion et la solution des difficultés, dit Thomas de Champré, le Pape et tous les Cardinaux demandèrent à Maître Albert de leur exposer l\u2019Evangile de saint Jean et les Epîtres canoniques ».Albert le Grand fit cette exposition au milieu d\u2019un concours dont on ne revit jamais le semblable.P.Berthier, O.P.; Le Couvent de Sainte Sabine, page 159.\u2014 Au sujet des commentaires de saint Albert le Grand sur les Evangiles : « Angelicum », Avr.-Sept.1932.«Sanctus Albertus magnus evangeliorum interpres ».R.P.J.-M.Vosté, O.P.(2) Ce parallèle a été relevé par M.A.de Poorter, dans un manuscrit du XlIIe siècle conservé à la Bibliothèque municipale de Bruges; l\u2019auteur est inconnu.Revue d'histoire ecclésiastique, Louvain, 1928, pp.120-121.Nous citerons ici ce passage textuellement, ' tel que reproduit par VAnnée dominicaine. 358 REVUE DOMINICAINE « Tout ceci convient point par point au bon prédicateur.Et d\u2019abord, avant de prêcher, il doit se mortifier; secondement, il doit lever le cou bien haut, c\u2019est-à-dire ne prêcher que des choses célestes et non terrestres; troisièmement, il ne doit pas prêcher à tout instant, mais quand le moment est venu et à des heures déterminées; quatrièmement, il doit volontiers communiquer sa science à autrui et faire profiter ses frères de ses livres sans imiter l\u2019égoïsme de quelques-uns; cinquièmement, il doit attaquer les hérétiques et ne pas souffrir leur empiètement; sixièmement, il doit savoir fermer les yeux à l\u2019éclat du succès; enfin au moment de la tentation, de la fatigue, quand on n\u2019y voit plus rien, il doit se réfugier dans la pensée de la croix et de la Passion du Christ, comme en un haut gîte dont on ne descend que le danger passé.« Le coq nous présente encore une particularité: avant de dresser le cou pour chanter, il s\u2019incline un peu.Ce geste a sa réplique aussi dans la vie du prédicateur; avani de parler, il doit se pencher dans l\u2019étude des arts libéraux, préambule nécessaire des sciences sacrées.11 doit apprendre d\u2019abord la logique et la grammaire; former son esprit pour toujours aux règles de la droite pensée, pour s\u2019élever ensuite à une science plus excellente.» PARALLELE DE SAINT ALBERT LE GRAND 0) De ce qu\u2019au chant du coq, l\u2019Apôtre Pierre rentre en lui-même pour se reconnaître coupable et pleurer son péché, cela signifie mystiquement que le pécheur doit se convertir à la voix du prédicateur en raison de six propriétés particulières au coq et qui doivent se retrouver chez le prédicateur.Premièrement, le coq se bat les flancs avant de chanter, ce qui symbolise la pénitence corporelle: « Je traite P) In Lucam, XXII, 60; édit.Borgnet, tom.23, page 700.Nous donnons ici de ce passage une traduction large et légèrement paraphrasée.1 LE COQ ET LE PREDICATEUR.359 durement mon corps et je le tiens en servitude, de peur qu\u2019après avoir prêché aux autres, je ne sois moi-même réprouvé » (1).Deuxièmement, le coq sonnait la distinction des heures.« le soir, ou au milieu de la nuit, ou au chant du coq, ou le matin » (2).C\u2019est principalement à chacune de ces heures que les coqs chantent.Le soir, à la première heure de la nuit, ils chantent pour les jeunes gens; au milieu de la nuit, ils chantent pour les hommes qui ont atteint l\u2019âge viril; à l\u2019heure que les Hébreux nommaient proprement « le chant du coq », ils chantent pour les vieillards; le matin, quand la lumière du soleil commence à paraître, ils chantent pour les hommes parvenus à une extrême vieillesse: « Qui a donné l\u2019intelligence aux météores »?(3) Le prédicateur ne doit-il pas se faire entendre de tous les âges de la vie?Une troisième propriété du coq est mentionnée dans la Sainte Ecriture; c\u2019est «l\u2019animal aux reins agiles» (4).Il est bien proportionné en ce qu\u2019il a les reins effilés: « Ayez la ceinture aux reins » (5).Cela signifie l\u2019abstention des plaisirs charnels.Quatrièmement, lorsque le coq trouve de la nourriture, il la partage toujours avec ceux qui sont plus faibles dans son espèce, c\u2019est-à-dire avec les poules; et cela doit être le propre du prédicateur de communiquer libéralement ses richesses: « La multitude des fidèles n\u2019avait qu\u2019un coeur et qu\u2019une âme, nul n\u2019appelait sien ce qu\u2019il possédait, mais tout était commun entre eux.on le distribuait ensuite à chacun selon ses besoins » (G).U) I, Corinthe, IX, 27 ; traduct.de Crampon.(2)\tMarc, XIII, 35.(3)\tJob, XXXVIII, 36; selon la Vulgate latine: « Quis dédit gallo intelligentiam » *?(4)\tProv.XXX, 81.(5)\tLuc.XII, 35.(6)\tAct.XXXII, 35. 360 REVUE DOMINICAINE Cinquièmement, le coq a sur la tête une crête d\u2019une couleur flamboyante, ce qui signifie le don de la foi opérant dans l\u2019âme du prédicateur par la charité: « Mon bien-aimé est frais et vermeil » (1).Il est frais par la vérité de la foi et vermeil par l\u2019ardeur de la charité.Sixièmement, le coq est un animal agressif et belliqueux; c\u2019est pourquoi la nature l\u2019a muni d\u2019un ergot aigu avec lequel il peut combattre pour défendre la basse-cour.Et cela signifie que le prédicateur doit s\u2019exposer pour défendre et protéger le peuple qu\u2019il a mission d\u2019instruire: « Pour moi bien volontiers je dépenserai et je me dépenserai moi-même tout entier pour vos âmes, dussé-je en vous aimant davantage, être moins aimé de vous » (2).Telles sont, conclut saint Albert le Grand, les bonnes et les véritables propriétés du coq.Certains lui ont attribué des propriétés qu\u2019il ne possède pas; nous dédaignons ces propriétés parce qu\u2019il n\u2019est pas nécessaire pour parler de Dieu en interprétant la Sainte Ecriture de se laisser aller au mensonge.Est-ce que dans sa remarque finale, saint Albert le Grand viserait spécialement l\u2019auteur du parallèle précédent?C\u2019est possible, mais celui-ci n\u2019étant ni signé ni daté, il semble plutôt que l\u2019allégorie avait communément cours au XIIle siècle et qu\u2019on en faisait largement usage pour instruire les prédicateurs de leurs devoirs.« Certains, dit saint Albert, ont attribué au coq des propriétés fausses » ; le saint Docteur semble condamner par ces mots un abus qui allait bien au delà de la vraisemblance.L\u2019on avait probablement subtilisé au point d\u2019assimiler jusque dans les moindres détails, le prédicateur au coq, même en risquant des rapprochements aussi étranges qu\u2019arbitraires.Jusqu\u2019où n\u2019allaient pas l\u2019imagination et la fantaisie de nos Pères du Moyen-Age?.(D Cant., V.10.(2) II Corinth.XII, 15. LE COQ ET LE PREDICATEUR.361 On voit que trois des propriétés attribuées au coq dans le premier parallèle n\u2019en sont pas de véritables.Que le coq tende le cou en haut pour chanter, cela convient également à bon nombre d\u2019autres oiseaux.Qu\u2019il ferme les yeux au moyen d\u2019une membrane pour se protéger de la lumière solaire, les poules en font autant.Qu\u2019il monte sur son perchoir en bois à l\u2019approche de la nuit, pour n\u2019en descendre qu\u2019au lever du jour, ceci est commun à toute la basse-cour.Quant aux propriétés communes dans les deux parallèles, il semble bien qu\u2019elles en soient de bonnes et de véritables.Il en reste deux particulières à Maître Albert.On ne saurait les contester.La première est empruntée aux Saintes Lettres puisque cet « animal aux reins agiles » mentionné par le Livre des Proverbes représente le coq d\u2019après les Septante et la Vulgate.La seconde propriété concerne la crête à la couleur flamboyante; aucun autre oiseau ne peut prétendre à un pareil don de la nature.En outre, le parallèle de saint Albert le Grand est habilement greffé sur un trait de la Sainte Ecriture dont l\u2019appropriation découle presque naturellement.Chacun de ses éléments est judicieusement illustré par un texte sacré et l\u2019application en est heureuse.C\u2019est donc celui-là qu\u2019il faut proposer aux prédicateurs pour leur instruction et leur édification.Que d\u2019autres passages du saint Docteur, il importerait de vulgariser pour le plus grand profit de la vie chrétienne, maintenant que l\u2019Eglise a confirmé officiellement l\u2019orthodoxie de sa doctrine et proclamé solennellement l\u2019éminence de ses vertus.A.Saint-Pierre, O.P. Le sens des faits Lettre encyclique aux Tertiaires séculiers de S.Dominique A nos chers fils et filles dans le Christ les Frères et Soeurs du Tiers-Ordres séculier Salut et progrès dans l\u2019esprit de leur sainte vocation.C\u2019est dans les villes que, surnaturellement inspiré, Saint Dominique établit ses couvents.Ceux-ci ne sont pas seulement, comme les monastères qui les ont précédés, des écoles de vie religieuse et de prière, de lumineux signaux de sainteté qui rappellent aux chrétiens que la perfection est l\u2019idéal vers lequel chacun doit tendre; ce sont encore des forteresses d\u2019où les athlètes de la foi s\u2019élanceront à la conquête pacifique du monde.Tout naturellement l\u2019oeuvre de Saint Dominique va mêler à la pâte même du monde, en s\u2019épanouissant en Tiers-Ordre, le levain de la perfection destiné à rendre les âmes agréables à Dieu.HISTORIQUE DU TIERS-ORDRE Le moyen-âge connut beaucoup de groupements de pénitents cherchant à réaliser en eux-mêmes et à développer autour d\u2019eux la perfection évangélique recommandée par nos Saints Livres.L\u2019Ordre était à peine né qu\u2019un grand nombre de ces pénitents devinèrent qu\u2019ils allaient trouver dans la fondation de Saint Dominique une atmosphère de famille et un programme de vie bien défini, à l\u2019abri de toutes les illusions personnelles, et sous l\u2019égide de l\u2019Eglise.Nous voyons ces aspirants à la perfection venir, comme des enfants d\u2019une même famille, se placer sous l\u2019in- LE SENS DES FAITS 353 fluence doctrinale et spirituelle des fils de Saint Dominique.C\u2019est donc par l\u2019évolution naturelle des choses que beaucoup d\u2019âmes, par libre choix, se groupent autour de nos premiers couvents.Ces frères et ces soeurs du monde deviennent si nombreux qu\u2019il faut bientôt leur donner des statuts, pour les placer d\u2019une façon officielle sous la conduite de l\u2019Eglise et de l\u2019Ordre, pour adapter à leur situation les règles essentielles de la vie religieuse et pour consacrer juridiquement les liens qui les rattachent à l\u2019Ordre tout entier.C\u2019est l\u2019oeuvre du Maître Général Muno de Zamora, successeur de jean de Verceil.Peu de temps après son élévation au généralat, le 12 Mai 1285, il publia le document qui consacrait le Tiers-Ordre Dominicain.Nul n\u2019a mieux défini que Muno de Zamora l\u2019essence du Tiers-Ordre, qui n\u2019est pas une dévotion, mais une religion; « étant », dit-il, « fils particulier de Saint Dominique dans le Seigneur, le Tertiaire sera surtout, selon ses moyens, un propagateur zélé de la foi catholique ».En entrant dans le Tiers-Ordre, insiste-t-il, on entre en religion.C\u2019est un troisième mode, mais un mode réel, d\u2019appartenir à l\u2019Ordre fondé par saint Dominique; en étant appelé au Tiers-Ordre, on sort spirituellement du monde.Religieux vivant dans le siècle, le Tertiaire aura donc une règle à observer, des supérieurs auxquels il devra obéir, une vocation d\u2019apôtre à laquelle il devra répondre par tous ses actes.Ces statuts de 1285 qui consacrent canoniquement l\u2019existence, la nature, et la vie du Tiers-Ordre furent approuvés l\u2019année suivante par Honorius IV dans une bulle du 28 janvier 1286.Dès lors les fraternités vont s\u2019ériger de plus en plus nombreuses et devenir de plus en plus florissantes.Des religieux éminents de sainteté, tel le Bienheureux Raymond de Capoue, se dévouent à leur diffusion et à leur prospérité.La fraternité de Sienne, par exemple, qui comptait parmi ses membres Sainte Catherine patronne du Tiers-Ordre, devint un ardent foyer de vie spirituelle.On comprend dès lors que, le 18 janvier 1401, le pape Boniface IX donne au Tiers-Ordre 364 REVUE DOMINICAINE une nouvelle et solennelle approbation, et que le 23 avril 1923 le Pape Pie XI lui impose une Règle plus adaptée à notre temps.C\u2019est à ces exemples, et par ce recours vivant à une tradition saine et austère, que les Tertiaires prendront de plus en plus conscience de la grandeur de leur vocation.ESPRIT DU TIERS-ORDRE A la lumière de tous ces documents on se rend nettement compte que le (Tiers-Ordre est une branche de ce grand arbre qu\u2019est l\u2019Ordre des Frères Prêcheurs; il en fait partie intégrante et la sève qui le vivifie est celle-même de l\u2019Ordre.Son esprit est un esprit apostolique et le Tertiaire n\u2019a pas compris complètement sa mission, s\u2019il ne s\u2019exerce pas, dans la mesure où il le peut, à l\u2019apostolat; souvent, sans doute, cette mesure ,dépasse-t-elle ce qu\u2019il avait cru, tout d\u2019abord, possible.On ne saurait donc ranger le Tiers-Ordre, sans commettre une grossière erreur, au nombre des simples confréries, où l\u2019on se fait inscrire pour se livrer à des exercices de piété ou de charité, pour obtenir des faveurs spirituelles et en particulier des indulgences, ou 'pour aider au développement du culte public; certes on y rencontre tout cela, mais aussi quelque chose de plus.Cependant, si distingué qu\u2019il soit des associations de ce genre, il est distingué nettement, par le Code de Droit canonique, des Ordres religieux proprement dits.Qu\u2019est-il donc alors?C\u2019est un état de vie, où les séculiers \u2014 qu\u2019ils soient prêtres ou laïques \u2014 s\u2019engagent par vocation, et jusqu\u2019à la mort, sans toutefois sortir du monde, à porter la perfection dans toute leur vie et dans toute leur action, « selon l\u2019esprit et sous la direction de VOrdre de Saint-Dominique » ainsi que s\u2019exprime le Chapitre I de la Règle.Les Tertiaires ,sont les collaborateurs-nés des Frères- LE SENS DES FAITS 36* Prêcheurs.Certes, ils le savent bien; dans le monde entier, et là surtout où ils peuvent se grouper autour d\u2019un couvent de religieux ou de religieuses, ils se mettent à notre service avec un zèle et une générosité qui, bien souvent, nous confondent et leur attirent toujours notre reconnaissance émue.Cependant il ne faudrait pas croire que cet amour si sincère, si profond et si dévoué qu\u2019ils éprouvent pour l\u2019Ordre, a accompli tout son devoir en les groupant et en groupant avec eux, autour des Pères, des âmes de bonne volonté qui viennent recevoir de ceux-ci une vie spirituelle plus forte et plus abondante.Il faut que la perfection qu\u2019ils ont puisée ainsi aux sources dominicaines ils la répandent, à leur tour, au dehors; s\u2019ils ont besoin d\u2019apprendre, de recevoir, de se réchauffer au foyer dominicain, c\u2019est afin de pouvoir, quand le moment en est venu et que l\u2019occasion s\u2019en présente, donner aux autres du trop plein de leur propre vie surnaturelle.A l\u2019heure où le Saint-Siège s\u2019attache à donner à ces Fils de Dieu, que sont les baptisés et les confirmés, une conscience plus éclairée de leurs devoirs envers la Sainte Eglise, à les pousser à l\u2019Action catholique, à leur rappeler leur obligation de remplir leurs devoirs de charité fraternelle, dans l\u2019obéissance à la hiérarchie et dans la soumission à ses décisions comme à sa discipline, il importe que les Tertiaires remplissent ce devoir en perfection, dans la dépendance de l\u2019Ordre et selon son esprit; que partout où ils se trouvent, en utilisant les liens que la nature ou les circonstances ont formés, ils se montrent de « véritables lumières du monde », des modèles, des aides de Dieu, des apôtres, en un mot.APOSTOLAT DU TIERS-ORDRE Dans la famille C\u2019est, en premier lieu, dans le cercle de la famille, que le Tertiaire, qu\u2019il ait à commander ou à obéir, qu\u2019il ait à enseigner ou à apprendre, doit toujours être fidèle à sa vo- 366 REVUE DOMINICAINE cation de perfection, savoir qu\u2019à l\u2019exemple du Maître il est là, non pour être servi, mais pour servir.La famille est-elle vraiment unie, comme le devrait être toute famille chrétienne, quel bien peut y faire le Tertiaire! Sans s\u2019imposer, en respectant, comme il le doit, la liberté due à toute âme, il est à meme de faire connaître la vie de l\u2019Ordre, d\u2019aider discrètement chacun à établir sa .foi, comme sa piété, sur les assises solides qu\u2019il bénit Dieu de lui avoir données à lui-même, ou au cours d\u2019une conversation, ou par la lecture de quelques pages d\u2019un livre, qu\u2019il fera désirer poursuivre, ou en amenant la rencontre d\u2019un Père; que de crises douloureuses un père ou une mère de famille n\u2019éviteront-ils pas ou n\u2019atténueront-ils pas par ce moyen! Ils permettront à la lumière de briller dans des esprits troublés par le vin fumeux de la jeunesse aussi bien que par les sophismes du monde, aux âmes de s\u2019épanouir dans l\u2019esprit si large et si joyeux de la religion dominicaine; ils entraîneront à l\u2019apostolat des coeurs qui ne cherchent qu\u2019à se donner.Mais qui ne sait que l\u2019individualisme porte ses ravages là-même où entre époux, entre parents et enfants, il ne devrait y avoir qu\u2019un seul coeur et qu\u2019une seule âme, si les lois chrétiennes étaient vraiment respectées et obéies?Là même où il n\u2019y a pas mésentente, où, aux yeux du monde, la famille paraît unie, n\u2019y a-t-il pas, parfois, cohabitation plutôt qu\u2019union, entente des intérêts matériels plus que des spirituels, alliance de parade devant les étrangers et les importuns plus que cohésion véritable?Combien de parents se plaignent de n\u2019être ni respectés ni compris par leurs enfants, comme ceux-ci le font de 'n\u2019être ni compris, ni encouragés, ni entourés de la chaude affection dont ils sentent le besoin et qu\u2019il leur semblerait tout naturel de demander, avant toute autre, au foyer familial! Père, mère ou enfant, le Tertiaire ne négligera rien de ses devoirs de famille, sous le fallacieux prétexte de remplir ceux du Tiers-Ordre; mais en outre il saura que la meilleure manière d\u2019être fidèle à ces LE SENS DES FAITS 367 derniers est d\u2019accomplir en perfection ses devoirs familiaux, en s\u2019oubliant et même en se sacrifiant pour les siens.Par l\u2019abnégation sincère qu\u2019il puisera dans son attachement à l\u2019Ordre, par l\u2019humble oubli de soi qui n\u2019exigera le sacrifice ni de son autorité, ni de sa dignité, ni de ses devoirs, quel admirable fauteur d\u2019union, de concorde et de joie sereine il pourra être ! Dans la Paroisse Si la fraternité chrétienne n\u2019est pas un vain mot, si c\u2019est en réalité et non par métaphore que les fils de Dieu sont frères, il est évident que les remarques que nous venons d\u2019exprimer au sujet de la famille visent aussi le rôle que doivent jouer les Tertiaires dans la paroisse.Celle-ci ne tient-elle pas dans la cité de Dieu la place que tient la famille dans la société civile ?Ne parlons pas de ces Tertiaires qui ne voudraient rien connaître en dehors de l\u2019Ordre et dont les paroles ou l\u2019attitude murmureraient, déclareraient ou proclameraient qu\u2019ils ne goûtent rien en dehors de lui; par cette indiscrète conduite ils discréditeraient l\u2019Ordre autant qu\u2019ils feraient eux-mêmes et montreraient, en s\u2019enfermant ainsi dans une petite chapelle, qu\u2019ils n\u2019ont rien compris à l\u2019esprit de l\u2019Ordre; ils seraient en même temps infidèles à leur Règle.Mais ceux-là même qui ne tombent pas dans ce travers comprennent-ils bien tout ce qui leur est demandé?Ils sont une élite, ils le savent; mais on ne saurait en être une et le demeurer si l\u2019on n\u2019agit pas :\t« La foi qui n\u2019agit point est-ce une foi sincè- re »?Un Tertiaire « adjutor Dei » n\u2019est pas dans sa vocation, ,s\u2019il n\u2019est pas l\u2019aide de son curé, comme il veut l\u2019être de son Ordre.Etre Tertiaire, c\u2019est avoir un grade dans l\u2019ordre du service chrétien, pourrions-nous dire: par là les devoirs ne sont pas diminués; ils sont, au contraire, accrus et il faut que ce soit parmi nos Tertiaires que les curés trou- 368 REVUE DOMINICAINE vent leurs meilleurs paroissiens; qu\u2019importe si ce sont toujours les mêmes qui se font tuer! Il faut avouer que, dans les grandes villes, là où par la force des choses nos Tertiaires sont les plus nombreux, ni l\u2019étendue de la paroisse, ni le nombre de ses membres ne favorisent le développement de cet esprit de famille; si le clergé paroissial s\u2019efforce de connaître toutes ses brebis, celles-ci n\u2019ont pas toujours le souci de se faire connaître de lui.Raison de plus pour le Tertiaire de se porter au secours de son curé, ne serait-ce qu\u2019en se faisant recruter.Chacun peut connaître, et assez intimement pour être en mesure de le faire sans indiscrétion, quelques personnes de la paroisse qui n\u2019ont besoin que d\u2019être un peu encouragées, voire même d\u2019être présentées au clergé, pour s\u2019intéresser à la vie et aux oeuvres de la paroisse, pour assister aux réunions où se décident ses intérêts.Est-ce assez?Non, car il ne suffit pas d\u2019amener du monde aux réunions, il faut encore travailler à les rendre vivantes.Par une tendance trop conforme à leur nature, les hommes, même les chrétiens, sont enclins à s\u2019endormir, comme ont fait les Apôtres à Gethsémani; mais quand Jésus souffre et est en agonie \u2014 et il le sera jusqu\u2019à la fin du monde \u2014 ce n\u2019est pas l\u2019heure de dormir.Le Tertiaire ne se contentera pas de demeurer éveillé, il tiendra les autres éveillés et il sera un véritable « pilier » de sa paroisse; son activité, en pénétrant partout, empêchera les oeuvres d\u2019exister seulement sur le papier.A chacun de trouver le temps nécessaire pour ce service paroissial.L\u2019Apôtre recommande à ceux qui n\u2019ont pas de quoi faire l\u2019aumône de travailler afin de gagner ce qui leur permettra de la faire: qu\u2019à notre époque, où, comme chacun sait, le temps est devenu de l\u2019argent, l\u2019on en gagne ou l\u2019on en épargne un peu pour le prochain.Le plus souvent, il suffira de le prendre sur des occupations dont on LE SENS DES FAITS 369 peut se dispenser, et l\u2019expérience prouve que ce ne sont pas ceux qui sont le plus occupés qui en trouvent le moins.A chacun aussi d\u2019examiner les oeuvres auxquelles il doit donner sa préférence; à moins qu\u2019il n\u2019y en ait une qui, sous menace de périr, réclame impérieusement leur pide, ils doivent réserver le meilleur d\u2019eux-mêmes à celles dont le but direct est l\u2019apostolat, qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019enseigner le catéchisme à des enfants ou à des adultes, de le faire à tout un groupe ou à un seul catéchumène en particulier: une âme est à elle seule un grand auditoire, a déclaré le P.Lacordai-re.Ce seront des conférences de tout genre, d\u2019enseignement, de documentation, plus spécifiquement catholiques ou d\u2019un intérêt plus général, en vue d\u2019attirer des indifférents, auxquels, dans la même séance, une parole plus apostolique sera adressée; et ces indifférents, ce n\u2019est plus seulement parmi les hommes qu\u2019on les rencontre à l\u2019heure actuelle, c\u2019est aussi parmi les femmes.Qu\u2019on ne saisisse pas, pour excuser son abstention, le prétexte de n\u2019être pas assez instruit des vérités de la religion, ou qu\u2019on ne sait ni les exposer, ni les développer; on les apprendra et l\u2019on s\u2019exercera à en rendre compte.On peut encore, dans un rôle plus modeste ou plus effacé, rendre de très grands et très appréciables services.Les oeuvres comportent une organisation et une administration; elles ont besoin de dévoûments obscurs qui veillent à ce que tout soit ordonné et préparé, soit dans l\u2019oeuvre même, soit pour se tenir en liaison avec les oeuvres similaires des autres paroisses: travail de bureau, travail d\u2019enquête, travail qu\u2019on peut faire chez soi ou au local de l\u2019oeuvre, qu\u2019on peut faire soi-même ou qu\u2019on peut confier à ceux qui vous entourent, famille ou employés.Le champ est vaste; il y a de la place pour tous les ouvriers, pour ceux qui sèment et pour ceux qui moissonnent; il y a de l\u2019ouvrage pour les ouvriers de la onzième heure, comme pour ceux qui se sont levés et qui ont été embauchés dès le matin. 370 REVUE DOMINICAINE Dans la Société Si importante que soit la place tenue dans /\u2019organisation de l\u2019Eglise par la paroisse, celle-ci n\u2019épuise pas, à elle seule, toutes les possibilités d\u2019apostolat.C\u2019est le monde tout entier, cet éternel malade, qui s\u2019ouvre à notre action; il a besoin de nous et, s\u2019il est tout entier plongé dans la malignité, comme nous l\u2019enseigne Notre-Seigneur, il faut nous souvenir que le Sauveur est venu pour s\u2019occuper des pécheurs encore plus que des justes.Possesseurs de la vérité et de la charité, assurés de les posséder l\u2019une et l\u2019autre, nous avons le devoir de les faire pénétrer là où elles doivent parvenir, c\u2019est-à-dire partout: dans la vie publique, dans la vie sociale, dans la vie économique, dans la vie internationale.C\u2019est pour mieux atteindre pe but que le S.Siège organise, comme il le fait, l\u2019Action Catholique, dont toute association religieuse, ainsi que l\u2019a enseigné une lettre de la Secrétairerie d\u2019Etat du 30 mars 1931, est l\u2019auxiliaire-née.Si la société, telle qu\u2019elle est constituée actuellement, menace de s\u2019écrouler, c\u2019est qu\u2019elle ne s\u2019est pas bâtie en prenant Jésus-Christ pour pierre angulaire ou qu\u2019elle l\u2019a rejeté; il faut reprendre le travail en sous-oeuvre et rendre au Maître la place qu\u2019il a le droit d\u2019avoir dans l\u2019ordre de l\u2019action comme dans celui de la pensée.Par l\u2019Action Dans le premier, il est bien clair que nos Tertiaires doivent soutenir les oeuvres catholiques d\u2019un intérêt général, les renouveler sans cesse en les adaptant aux conditions changeantes de la vie, les perfectionner jusqu\u2019à en faire des modèles pour les oeuvres du même genre, en fonder de nouvelles.Depuis quelques années, il s\u2019est fondé beaucoup de groupements de catholiques dans les diverses professions; il y a encore des pays qui n\u2019en ont pas, et, dans ceux-là même où ce mouvement est actif, il y a des professions où ne sont pas encore organisés les fonctionnai- LE SENS DES FAITS 371 res, employés ou ouvriers des deux sexes.Il ne s\u2019agit pas d\u2019etre à la remorque, ni surtout de se laisser ,dépasser; il faut devancer les adversaires.On nous entend bien: ni inimitié, ni même rivalité, mais émulation loyale et sincère.Cette émulation, il la faut porter sur le terrain même de cet adversaire.Il y a des institutions qui sont neutres par leur nature ou par le fait des circonstances: une société d\u2019encouragement des sciences ou des arts, de propagande nationale, de collaboration internationale; il y en a d\u2019autres qui le sont par la volonté des hommes, mais sans que nous puissions rien changer à leur organisation, au moins rapidement.Certains de leurs postes ou de leurs charges s\u2019obtiennent au concours ou se confient au dévoûment.Qui ne voit que l\u2019esprit de ces institutions peut''se modifier selon que ce seront des incroyants, des indifférents ou des fidèles à la foi solide qui les occuperont, qui visiteront les malades, les prisonniers, qui seront titulaires de chaires dans des écoles, aux divers degrés de l\u2019enseignement?La place des dames est marquée ici encore, comme celle des hommes.Un danger, certes: celui de donner vie et force à des organismes qui peuvent se tourner contre ce qui nous est le plus cher.La parade est bien facile à exécuter: être de vrais et fidèles chrétiens; être Tertiaires jusqu\u2019au cou.Par la pensée L\u2019ordre de la pensée ne doit le céder en rien à celui de l\u2019action, bien qu\u2019il soit peut-être plus difficile d\u2019y servir.Quand, dans la Somme Théologique, saint Thomas d\u2019Aquin dresse la table de toutes les vertus; quand, dans ses autres ouvrages, il traite, soit d\u2019ensemble, soit pour répondre à une question particulière, du même sujet, on voit que, tout en établissant des principes et en tirant des corollaires qui valent pour tous les temps, comme pour toutes les nations qui sont sur la terre, il ne pense pas dans le vide, ni 372\tREVUE DOMINICAINE ne poursuit un idéal abstrait, mais qu\u2019il s\u2019établit dans le concret, en ayant devant les yeux l\u2019organisation sociale et politique de son époque, comme en philosophie, il n\u2019a pas d\u2019autres données physiques que celles de la 1science de ses contemporains.Mais de même que les prodigieuses découvertes modernes \u2014 nous visons pu moins autant les spéculatives que les pratiques \u2014 n\u2019infirment en rien les principes, ni les conclusions premières de sa philosophie, de même les changements \u2014 nous devrions dire: les bouleversements \u2014 survenus dans les relations politiques, économiques, sociales, internationales, ne font nullement chanceler les principes de la morale.Il importe seulement d\u2019apporter des mises au point qui n\u2019ont pas encore toujours été faites ou qui n\u2019ont pas été faites comme il aurait fallu.N\u2019accusons personne; des accusations de ce genre risquent d\u2019être aussi fausses que vaincs.Constatons seulement, non sans tristesse d\u2019ailleurs, que sur un certain nombre de questions importantes, bien des catholiques, hommes et femmes, dont le coeur est profondément chrétien, raisonnent avec une intelligence qui l\u2019est beaucoup moins et qu\u2019ils vont jusqu\u2019à défendre comme vraies et légitimes des opinions qui, en bonne doctrine, sont loin de l\u2019être.De ce chef, il y a un travail immense à accomplir et qui semble bien dépasser la puissance d\u2019un homme, fût-il un génie de la taille de S.Thomas.Pour le mener à bien, il importe d\u2019établir des contacts plus fréquents, une liaison plus intime, au profit de la vérité et du bien commun, entre philosophes chrétiens et théologiens d\u2019une part, et d\u2019autre part savants, économistes, jurisconsultes, industriels, négociants, hommes publics, diplomates.N\u2019en est-il pas, parmi nos Tertiaires, qu\u2019une telle collaboration puisse tenter, qui comprennent quel devoir ce peut être pour eux que d\u2019aider ainsi à organiser la paix du Christ?Comme toute paix, elle est la tranquillité de l\u2019ordre.Dieu a laissé le monde aux disputes des hommes; qu\u2019on les institue ces disputes, au lieu de s\u2019assoupir, comme on le fait trop volontiers, dans l\u2019attente d\u2019on ne sait quel LE SENS DES FAITS 373 miracle humain; mais qu\u2019on ne le fasse pas, sans se référer aux vrais principes, sans un sincère esprit de charité intellectuelle, sans le désir, en ne sacrifiant rien des droits qu\u2019on doit défendre, de saisir l\u2019âme de vérité qui se trouve dans l\u2019opinion adverse, pour la dégager de sa gangue d\u2019erreur et lui permettre de s\u2019épanouir.Le P.Lacordaire déclarait un jour à son auditoire de Notre-Dame de Paris qu\u2019il voulait lui faire boire jusqu\u2019à la lie la coupe de sa gloire.Nous ne pouvons, dans cette lettre, vous abreuver de toute la gloire de l\u2019Ordre; que ceux d\u2019entre vous, qui savent notre histoire, s\u2019y reportent; que les autres l\u2019apprennent et que tous, s\u2019enflammant d\u2019une sainte émulation, se décident à faire, pour notre temps ce que leurs devanciers ont fait pour le leur.Les temps sont plus difficiles, les ennemis plus nombreux, l\u2019horizon est plus sombre! Qu\u2019en savons-nous?Et quand même il en serait ainsi, qu\u2019est-ce que tout cela signifie: que nous aurons plus à souffrir! Constater qu\u2019il avait eu à souffrir était pour saint Dominique une source de joie, parce que c\u2019était pour lui un gage certain de victoire sur les ennemis de Dieu.A l\u2019heure où se font plus pressants les appels que l\u2019Eglise adresse à tous ses enfants, c\u2019est un impérieux devoir de Notre charge et que Nous remplissons d\u2019ailleurs avec joie que de vous engager à travailler avec Nous à un apostolat qui ne peut manquer d\u2019être fécond.« Tout homme, a écrit le P.Lacordaire, dans la Vie de saint Dominique, est vicaire de Jésus-Christ pour travailler, par le sacrifice de soi, à la rédemption de l\u2019humanité ».C\u2019est donc un strict devoir pour les Tertiaires de la Pénitence, dans les circonstances actuelles, si tragiques, sans rien négliger de leurs pénitences auxquelles Nous ne pouvons que les engager à demeurer fidèles, de redoubler d\u2019efforts afin de se mettre, par le sacrifice d\u2019eux-mêmes, au service de Dieu et du prochain. 374 REVUE DOMINICAINE INITIATIVES INTERESSANTES Nous sommes heureux de constater qu\u2019en plusieurs de nos Provinces on le comprend, qu\u2019à côté de retraites fermées auxquelles assistent les Tertiaires appartenant à diverses Fraternités, se sont instituées des journées où ils se donnent rendez-vous, pour échanger leurs vues, étudier les questions qui intéressent le Tiers-Ordre et d\u2019où ils retournent chez eux, réconfortés par ces contacts, édifiés par les initiatives de leurs Frères ou de leurs Soeurs et décidés à les imiter.En quelques endroits, on a institué des réunions périodiques à l\u2019intention des Tertiaires qui, conformément au Chapitre I, numéro 4, de la Règle, sont, pour un motif légitime, demeurées en dehors d\u2019une Fraternité; grâce à ces réunions, plusieurs d\u2019entre elles, constatant que le motif qui les avait empêchées d\u2019appartenir à la Fraternité avait cessé, s\u2019y sont fait recevoir.Comme un des plus pressants parmi ces motifs est la nécessité pour certaines personnes d\u2019assurer en semaine les obligations de leur profession, ailleurs on a établi des réunions du dimanche.CONVOCATION DU CONGRES Il Nous a paru que le moment était venu de faire plus.A l\u2019heure où à Bologne se célébrait le septième centenaire de la mort de notre Saint Patriarche, il s\u2019y est tenu un Congrès National du Tiers-Ordre.L\u2019année prochaine verra le septième centenaire de sa canonisation: Nous convoquons donc à Rome un Congrès Général du Tiers-Ordre.La bulle « Fons sapientiae », donnée à Rieti par 1Grégoire IX, est datée du 5 des nones de juillet (3 juillet)-, mais cette époque de l\u2019année n\u2019est guère favorable pour faire venir à Rome ceux qui n\u2019ont pas l\u2019habitude de son climat; il Nous plaît en outre de faciliter à Nos Frères et à Nos Soeurs leur ve- LE SENS DES FAITS 375 nue ici au cours même de l\u2019Année Sainte, qui se termine le 2 avril, lundi de Pâques; Nous les convoquons donc du jeudi 8 février 1934 au 11, dimanche de la Quinquagésime.Afin de mieux préparer ce Congrès et d\u2019en assurer le succès, Nous ordonnons à tous les Promoteurs Provinciaux de Nous adresser le rapport annuel prescrit par le No.798 des Constitutions sur l\u2019état et les progrès du Tiers-Ordre.Qu\u2019il l\u2019envoient bientôt à Notre Promoteur Général, le T.R.P.Thomas Garde, avec les suggestions qui leur paraîtront utiles pour la bonne organisation du Congrès.Rome, en Notre maison généralice, le 7 mars 1933.Fr.Martin-S.Gillet, 0.P.Maître Général.Réflexions sur Dante Q) Vous vous êtes peut-être demandé: pourquoi le Délégué Apostolique va-t-il prendre une part active à une conférence sur le poète Dante Alighieri et son œuvre?La mission du Délégué Apostolique, n\u2019est-elle pas une mission religieuse plutôt que littéraire?Votre curiosité est légitime.Plus que pour les études littéraires, en effet, nous sommes au Canada pour le bien de nos chères populations.Mais vous, mes chers, au moins une partie d\u2019entre vous, ignorez, je pense, un fait, une circonstance importante de ma vie.Né dans le Piémont, j\u2019ai passé plusieurs années à Florence, la ville des fleurs et la fleur des villes, le berceau de la langue italienne, la ville célèbre, où la langue de Dante Alighieri jouit d\u2019un culte tout spécial.Voilà pourquoi, je puis dire avoir, d\u2019une certaine manière, un titre pour vous O Discours prononcé par S.E.Mgr André Cassulo, Archevêque titulaire de Léontopolie, Délégué Apostolique, à l\u2019Institut d\u2019Etudes médiévales d\u2019Ottawa, à l\u2019occasion de le Conférence de Mgr Bearzotti, secrétaire de la Délégation, sur l\u2019inspiration religieuse de la Divine Comédie.La R.D.publiera une adaptation de cette conférence. 376 REVUE DOMINICAINE adresser quelques mots sur ce poète immortel et sur la langue dont il s\u2019est servi pour nous parler de sa vie, presque toujours en bourrasque, passionnée, pour découvrir aux contemporains et aux futures générations les merveilles, le mystère de la vie de l\u2019au-delà.Et, avant tout, quelle était la langue qu\u2019on parlait en Italie, dans le temps qui précéda le Poème auquel ont donné leur concours et le ciel et la terre?On dit que la langue grecque a été la mère de la langue latine, celle-ci, la mère de l\u2019italienne.Nous avons, par conséquent, comme dans une famille, la grand\u2019mère, la mère et la fille.Dans les premiers temps de l\u2019Eglise, à Rome, on parlait encore la langue d\u2019Athènes.A Rome, en effet, étaient venus les maîtres les plus illustres de la littérature, de l\u2019histoire, de la philosophie, et de Rome, les hommes de lettres, les philosophes, les historiens aimaient aller souvent en Grèce, terre classique par excellence, pour apprendre la langue d\u2019Homère.Après la décadence de l\u2019empire romain, la belle langue de Cicéron, de Virgile, commença à perdre son élégance et sa beauté; mais on aimait encore à s\u2019en servir dans l\u2019Eglise, comme d\u2019une langue universelle; toutefois, elle avait perdu, hélas! sa valeur authentique.Seuls, les Pères de l\u2019Eglise et les moines ont pu lui conserver la vie.Les barbares, les guerres, les difficultés de tous ces temps, avaient repoussé bien loin en arrière, l\u2019âge d\u2019or de la langue du Latium.Nous avons eu, en conséquence, comme un temps de transition: de la langue latine, on est graduellement passé à la langue italienne.Mais comme il arrive, en ces cas, le latin, au cours de sa malheureuse transformation, s\u2019est fait presque barbare, et la langue italienne, pour une période plutôt considérable, fut comme une langue, non seulement nouvelle mais encore à la phase de l\u2019enfance; c\u2019était un mélange de latin et d\u2019italien.Au onzième siècle, cette langue commence à se former; elle est sortie de son enfance, s\u2019est dépouillée de son allure vague, LE SENS DES FAITS 377 incertaine, imprécise, et on la voit prendre sa belle forme et son élégance avec ses premiers poètes et prosateurs, dont les plus célèbres sont Jacopone da Todi et saint François d\u2019Assise.Ce sont eux qui ont chanté les louanges sacrées, si pleines d\u2019inspiration religieuse et qui ont élevé leur âme à Dieu dans l\u2019hymne à ses bontés infinies et à son infinie miséricorde.Et la sainte poésie de ces chanteurs, pleins d\u2019amour pour Notre-Seigneur et toutes les créatures, se fait entendre comme une douce et mystérieuse harmonie dans les grandes villes, dans les villages et les campagnes.C\u2019est le glorieux printemps d\u2019un âge nouveau.En lisant les ouvrages des écrivains de ces temps-là, l\u2019intelligence et le cœur éprouvent des émotions vives et profondes.Comme nous l\u2019avons dit, ce sont des âmes qui parlent à Dieu, des merveilles du ciel, de la terre avec un enthousiasme, une grâce et une élégance qui nous ravissent.Or, à une si belle aurore, devait bientôt succéder un midi splendide.Nous voici aux beaux jours de la littérature italienne, aux jours glorieux, vécus par Dante Alighieri, l\u2019auteur immortel de la « la divina commedia ».Jeune, ardent, d\u2019une intelligence vaste et profonde, capable d\u2019assimiler tout ce que l\u2019on pouvait, alors, apprendre des hommes les plus éclairés et les plus savants, doué d\u2019une âme fière, fort réfléchi, il reçoit dans son esprit les influences et les impressions de tous les événements de son temps très orageux et difficile.Nous le voyons soldat sur les champs de bataille, mêlé aux conflits sanglants de ses concitoyens, au cours des luttes politiques qui ont fait du peuple florentin un peuple fameux.Persécuté, expulsé de sa ville, nous le voyons prendre le chemin douloureux de l\u2019exil; à ceux qui lui montraient la possibilité de rentrer en grâce à la condition de se soumettre, il leur répondait que la liberté lui était chose plus chère que la vie. 378 REVUE DOMINICAINE Esprit noble et sublime, très sensible, il est frappé à la rencontre d\u2019une figure qui a dans les yeux un rayon du ciel, dans le cœur, la pureté des anges; et il la chante dans la « vita nuova ».Mais, si dans la « vita nuova», il rêve, et croit que la vie humaine est un sourire, après avoir constaté, par une douloureuse expérience, que dans ce monde tout n\u2019est que vanité des vanités, et, qu\u2019au lieu de s\u2019attacher à ce qui passe si vite, il est mieux de suivre la vraie sagesse qui nous conduit vers le ciel et nous donne la vraie paix du cœur, il commence l\u2019immortelle chanson « Nel mezzo del cammin di nostra vita ».Il se souvient de la figure si pure, rencontrée dans sa première jeunesse: elle lui donne l\u2019inspiration.Et lui, il nous conduit à l\u2019enfer, au purgatoire, au Paradis, pour nous montrer, dans son Odyssée, toutes les vicissitudes de son époque, ainsi que le mystère et la gloire du royaume de Dieu.La vie de l\u2019humanité, en effet', avec ses passions, la condition de l\u2019âme qui doit se purifier de ses fautes ou qui est heureuse dans la vision de son Créateur, voilà la substance de cet ouvrage admirable, qui restera, dans tous les siècles, comme l\u2019effort le plus gigantesque de l\u2019intelligence humain.Je voudrais bien vous conduire sur son chemin si mystérieux, par la « selva os-cura », dans le lieu o\u2019 « l\u2019umano spirito si purga », où on peut contempler « la gloria di colui che tutto muove »; mais je laisse au conférencier le soin de vous parler plus au long de l\u2019œuvre et de la pensée de Dante Alighieri.Moi, je dois faire comme le pèlerin d\u2019un jour dans une grande ville remplie de merveilles artistiques, qui ne peut donner qu\u2019un regard sur toutes ces merveilles! Or, ce que nous devons admirer, chez Dante Alighieri, c\u2019est la force, la beauté et l\u2019élégance de la langue, qu\u2019il a su porter, dès ce temps-là, à son plus haut degré de perfection.Après tant de siècles, cette poésie immortelle, ces vers, que vous pouvez lire aujourd\u2019hui sculptés dans le marbre, sur les murs des églises, des palais de Florence et de l\u2019Italie, LE SENS DES FAITS 379 sont encore là, vifs et frappants comme de l\u2019or pur, qui ne perd pas, avec le temps, sa couleur et sa valeur.Et, enfin, quelle est la popularité, l\u2019ampleur et la profondeur des contemplations littéraires, morales et religieuses du poème?Lorsque Dante Alighieri était encore vivant, le peuple florentin et les artisans aimaient à chanter sa divine poésie.Et encore de nos jours, ce peuple merveilleux, qui a pour ainsi dire, ce goût inné tout spécial pour l\u2019art et tout ce que est beau, aime à redire les vers les plus impressionnants de la « La divina Commedia ».Moi qui vous parle en ce moment, j\u2019ai été témoin du fait suivant, qui a bien quelque chose de prodigieux.Visitant un jour une paroisse florentine, Cortenova, tout près de la ville d\u2019Emploi, une heureuse mère de famille, simple mais très intelligente, voulut me présenter sa petite fille, pour lui faire réciter, devant moi, « il canto sul Conte Ugolino », mort de faim, avec ses enfants, dans la prison de la tour de Pise; un des faits les plus émouvants chanté par le divin poète.Et lorsque la petite, aussi gracieuse que timide, s\u2019arrêtait un instant comme pour reprendre courage et rechercher la trame de sa récitation, sa mère, qui la tenait par la main, l\u2019encourageait en lui soufflant le mot qui lui permettrait de continuer son poème, ainsi qu\u2019une mère pieuse aime à suggérer la prière à son cher enfant.J\u2019ai connu encore un brave ouvrier qui, au cours de son travail, chantait les vers de Dante, lesquels coulaient de sa bouche comme une douce harmonie.Lorsque le poète mourut, son œuvre avait déjà si profondément pénétré le cœur et l\u2019âme du peuple florentin, qu\u2019on la commentait dans l\u2019ancienne église de Santo Stefa-no, en la considérant comme une œuvre sacrée.Le premier qui ait écrit des commentaires de la Divina Commedia, a été François Boccaccio, l\u2019un des écrivains les plus illustres de son temps. 380 REVUE DOMINICAINE Plus tard, le Poème tomba presque dans l\u2019oubli; mais, le temps passe, et, les hommes passent avec le temps.La poésie de Dante porte en elle quelque chose de divin; c\u2019est pourquoi, après les ténèbres, la lumière nous revint plus belle encore.En effet, depuis plusieurs années, le culte des études sur le Poème de Dante a été restauré non seulement en Italie mais chez toutes les nations cultivées; on voit des chaires de littératures dantesque se fonder dans les universités, et LEON XIII donne, à ce sujet, un bel exemple dans la Ville Eternelle où se réunissent les littérateurs les plus distingués.L\u2019étude du Dante est tellement propagée, aimée et mise en honneur que chaque année un nombre considérable de livres apparaît dans le but de faire toujours mieux connaître les merveilles contenues dans la « Divina Commedia ».J\u2019ai connu un Père franciscain, mon vénéré directeur spirituel durant mon épiscopat à Fabriano et Matelica qui avait étudié et médité si profondément le Poème de Dante qu\u2019il avait pu composé un catéchisme avec les vers de ce poème, et dans lequel était exposée d\u2019une façon très claire toute la doctrine catholique.(*) A ce sujet, vous aurez grand profit à entendre le conférencier vous parler en termes exprès de la pensée religieuse de l\u2019Auteur.Du reste, pour vous montrer que de nos jours Dante est reconnu comme le prince des poètes, je peux vous dire que chaque année, dans le beau et très artistique palais de l\u2019art « della Lana », à Florence, la Société Royale dantesque a l\u2019habitude d\u2019appeler de toutes les parties de l\u2019Italie, les meilleurs professeurs pour les entendre parler de Dante et des trésors de son Poème.Voilà ma pensée sur Dante Alighieri.Puisse son œuvre apporter toujours aux âmes « affaticate e stanche » la paix qu\u2019il a lui-même cherchée en vain dans les luttes de sa vie, et qu\u2019il n\u2019a trouvée que dans la contemplation de la vérité et la possession d\u2019un bien éternel.P) fr.Candido Mariotti, o.f.m. LE SENS DES FAITS 381 Dans l\u2019Ordre \u2014 La Revue Dominicaine présente ses respectueuses félicitations et ses voeux de longue vie et de fructueux épiscopat à Leurs Excellences Mgr Joseph Bonhomme, Vicaire apostolique de Basutoland, en Afrique sud; Mgr Martin Lajeunesse, O.M.I., évêque titulaire, coadjuteur de son oncle, Mgr Ovide Charlebois, Vicaire apostolique du Keewatin; et Mgr Guillaume Trudel, des Pères Blancs, Vicaire apostolique de Tabara, en Afrique équatoriale.\u2014 Le T.R.P.Réginald Duprat, président de notre Maison vicariale de Prince Albert, a été nommé Consulteur diocésain par S.E.Mgr Joseph Prud\u2019homme, évêque de Prince Albert et Saskatoon.\u2014 Le R.P.Barillec a prêché au cinquantenaire de la Congrégation de la Ste Vierge de Notre-Dame de Lévis, et au triduum préparatoire à la fête.Il a prêché également la neuvaine annuelle, dans la chapelle de Marie-Réparatrice à Morttréal.\u2014 Le R.P.Louis Lachance a donné, à la dernière réunion de la Société thomiste d\u2019Ottawa une conférence sur La définition du droit.\u2014 Le R.P.Marc Labonté a donné une conférence aux aumôniers scouts de la région de Montréal sur Pie XI et Baden Powell.\u2014 Le R.P.Georges-Henri Lévesque a donné à Notre-Dame de Grâce, sous les auspices du cercle local de l\u2019A.C.J.C., et répété en substance au poste radiophonique de La Presse, une conférence sur les visées économiques du parti travailliste, intitulée Pouvons-nous les suivre?\u2014 Les RR.PP.Henri Marcil et J.-M.Légaré accompagnent pour la visite pastorale Leurs Excellences Mgr Orner Plante, Auxiliaire de Québec, et J.-Aidée Desmarais, Auxiliaire de St-Hyacinthe. 382 REVUE DOMINICAINE \u2014 Les RR.PP.Bédard, Loiselle, Dauphinais et Lan-zetti \u2014 ce dernier, un dominicain d\u2019Italie attendu en juin \u2014partiront en septembre pour la Mission du Japon.\u2014 Le T.R.P.Granger prêchera en juin à Grabtree Mills, pour l\u2019inauguration des nouvelles orgues.\u2014 Le R.P.Hamel a donné le 28 mai, à N.D.du Rosaire de St-Hyacinthe, le sermon de circonstance à l\u2019occasion du centenaire des Conférences St-Vincent de Paul.\u2014 Nos fraternelles félicitations au R.P.Antonin Papillon, dominicain canadien, qui vient d\u2019être institué prieur du Couvent de Ste Sabine à Rome.\u2014 Comme les années précédentes, il y aura, au cours des prochaines vacances d\u2019été, une série de retraites fermées au Couvent des Dominicains de Saint-Hyacinthe, P.Q.Ces retraites sont destinées exclusivement aux collégiens des classes de Belles-Lettres, de Rhétorique et de Philosophie.1ère : du soir du 20 juin au matin du 23, 2ème : du soir du 23 juin au matin du 26, Sème : du soir du 26 juin au matin du 29, On peut s\u2019adresser par lettre, avant le 15 juin, au R.P.François Lebel, O.P., Couvent des Dominicains, Saint-Hyacinthe, P.Q.H.B.\u2014 Ces retraites sont pour des GROUPES.\u2014 Quant aux retraites privées, on peut les faire en tout temps de l\u2019année, après entente avec le T.R.P.Maître des Novices de Saint-Hyacinthe.Fra Domenico. L\u2019esprit des livres Dom Charles Poulet O.S.B.\u2014 « Histoire du Christianisme »,Antiquité, fasc.I, II, III (in-4° carré.VIII-480 pp.), Paris, Gabriel Beauchesne, 1932.A qui me demande de lui signaler un bon ouvrage sur l\u2019ensemble de l\u2019histoire de l\u2019Eglise, j\u2019ai coutume de répondre: voulez-vous un manuel ou une histoire proprement dite?La distinction importe, à mon avis.Des préoccupations pédagogiques interviennent dans la composition d\u2019un manuel.Le groupement logique des faits, sans être prépondérant, y est plus accusé, en vue d\u2019aider à retenir plus facilement.Par contre, la conception génétique domine dans une histoire proprement dite.On s\u2019y attache davantage à faire ressortir l\u2019enchaînement concret des faits.Il s\u2019en suit que ce qui est qualité dans un manuel peut devenir un défaut dans une histoire proprement dite.C\u2019est le cas de Y Histoire générale de VEghse que publie le Chanoine A.Bou-lenger, sur le même plan qu\u2019il avait suivi dans son excellent manuel.A l\u2019inverse, la petite Histoire de l'Eglise que faisait paraître Dom Charles Poulet en 1926 ne présentait pas les qualités pédagogiques d\u2019un bon manuel, mais la grande Histoire du Christianisme que le même auteur vient d\u2019entreprendre manifeste déjà toutes celles d\u2019une histoire proprement dite.Ce sera une œuvre monumentale.Elle comptera 24 fascicules de 160 pages, 6 pour chacune des quatre époques, ancienne, médiévale, moderne, contemporaine.Jusqu\u2019à date, quatre sont déjà parus pour l\u2019Antiquité.L\u2019entreprise n\u2019est pas nouvelle.L\u2019abbé Fernand Mourret \u2014 pour ne parler que d\u2019auteurs de langue française postérieurs à 1900 \u2014 a le grand mérite de l\u2019avoir conduite à terme.Il nous a donné en 9 volumes grand in-8°, une Histoire générale de l'Eglise d\u2019une lecture fort intéressante.(L\u2019abrégé en 3 petits volumes fait par J.Carreyre est un insipide découpage).Mais les qualités de présentation de cette œuvre ne doivent nous donner le change sur sa valeur intrinsèque.Il est aujourd\u2019hui extrêmement difficile \u2014 pour ne pas dire impossible\u2014 à un seul homme de réussir parfaitement dans un travail aussi colossal, y mit-il sa vie entière.L\u2019immense effort des historiens catholi- 384 REVUE DOMINICAINE ques pour rétablir les grandes positions traditionnelles de l\u2019Eglise attaquées par les rationalistes du 19e siècle a été couronné de succès.Mais depuis, les études de détail se poursuivent et apportent tous les jours des précisions nouvelles sur une infinité de petits points d\u2019histoire ecclésiastique.Etre au courant de cette énorme production historique, y démêler les matériaux utilisables et les intégrer dans un récit vivant et bien proportionné, joindre la précision du détail à l\u2019harmonieuse distribution de l\u2019ensemble, voilà une tâche qui requiert non seulement du temps, mais encore une sagacité peu commune.Le R.Père A.-M.Jacquin, O.P.professeur à l\u2019Université de Fribourg en Suisse, publiait en 1928 le premier volume de son Histoire de l'Eglise: l\u2019Antiquité chrétienne.C\u2019est un ouvrage de tout premier ordre, mais qui a coûté 20 ans de travail à son auteur.Je tiens de ce dernier que les deux autres volumes ne verront peut-être jamais le jour.C\u2019est assez dire la nature, l\u2019ampleur et la difficulté d\u2019une entreprise comme celle de l\u2019Histoire du Christianisme.Aussi Dom Charles Poulet a-t-il cru devoir, pour la mener à bien, faire appel au concours de collaborateurs.Ce concours se limitera toutefois à des parties annexes ou plus spéciales : Origines chrétiennes, histoire de la liturgie, de l\u2019art, de la philosophie, etc.Le R.P.assume le principal de la tâche, en vue de sauvegarder l\u2019unité nécessaire.Et pour atténuer le plus possible les inconvénients de ce partage de la besogne, il s\u2019aidera des conseils et des critiques de compétences éprouvées.Dans ces conditions, et les fascicules parus en offrent la garantie, nous aurons une histoire de tous points satisfaisante et qui méritera de figurer dans les bibliothèques des gens du monde comme des gens d\u2019église.Pas un professeur d\u2019histoire ecclésiastique, pas une institution religieuse, qui ne voudra en faire l\u2019acquisition.Son prix (480 francs) fera sans doute hésiter les petites bourses.Mais ne pourrait-on pas, à l\u2019occasion d\u2019une ordination sacerdotale ou d\u2019une distribution de prix spéciaux, l\u2019offrir au nouveau prêtre ou à l\u2019élève méritant?Elle remplacerait avantageusement nombre de coûteuses futilités qu\u2019on se donne beaucoup de peine pour choisir.Thomas-M.Ckarland, O.P.Joseph-Charles Saint-Amant \u2014 « Un coin des cantons de l\u2019Est », I vol.in-12°, 534 p.Illustrations, Drum-mondville, La Parole, 1932.Cet ouvrage est une réédition corrigée et augmentée de L\u2019Avenir et ses environs paru en 1898 et depuis longtemps épuisé.Il contient l\u2019historiographie de la région comprise dans les limites du comté de I/ESPRIT DES LIVRES 385 Drummond et se divise en trois parties: Origines et développements, Luttes et conquêtes, Drummondville et ses environs.J\u2019en ai abordé la lecture avec l\u2019espoir de jouir d\u2019une belle démonstration, celle que promet le sous-titre, Histoire de l'envahissement pacifique mais irrésistible d'une race.Je dois avouer que j\u2019ai été déçu.Un livre d\u2019histoire n\u2019est pas une thèse, mais un exposé de faits.Toutefois, il doit pouvoir, selon le cas, s\u2019en dégager une démonstration.Il nê s\u2019etl dégage aucune du livre en question, tel que présenté.Ce n'est pas même un livre d\u2019histoire.C\u2019est un recueil de documents où le collectionneur a versé pêle-mêle des renseignements plus ou moins précieux, des anecdotes plus ou moins amusantes, un amas de matériaux ni triés ni agencés.Pour le qualifier je n\u2019ai qu\u2019à reprendre, en la modifiant, une phrase de Benjamin Suite dans la préface : c\u2019était à faire, ça n\u2019est pas fait.On a l\u2019impression de parcourir les salles d\u2019un rîiüsée régionnal.Le guide nous fait voir ici le portrait du major-général Hériot, fondateur de Drummondville, là celui de Jean-Baptiste Eric Doriorï, « l\u2019Enfant terrible », un peu plus loin les statues des premiers missionnaires, en face celles des forts-à-bras de la région, du premier meurtrier, poète à ses heures, au centre des vitrines renfermant des Vieux papiers, les actes du premier mariage, du premier baptême, de la bénédiction d\u2019une cloche, des comptes de fabrique, des contrats de vente, etc:., et près de la sortie lés bustes des contemporains déjà illustres, l\u2019Honorable Hector Laferté et autres.Et l\u2019on se dit en sortant: il faudra écrire l\u2019histoire de cette intéressante région.Il me reste à féliciter le vieil auteur de s\u2019être donné la peine de réunir tous ces documents, de mettre par écrit ses souvenirs personnels et ceux des survivants dé la première heure, \u2014 Colligite fragmenta ne pereant, \u2014 et à Souhaiter que son exemple soit suivi par d\u2019autres.Il y aurait une démonstration semblable à fournir pour la région d\u2019Ottawa dont les terres ont été reconquises elles aussi par des Canadiens-français.Mais cette fois on devra tenir compte des exigences du travail historique.Tkomas-M.Charland, O.P.Henriette Psichari \u2014 « Ernest Psichari, mon Frère »\u2014 236 pp., Plon, Paris, 1933.Lorsque parurent l\u2019Appel des Armes et le Voyage du Centurion, la jeunesse française qui ne répugnait pas alors à paraître idéaliste, fut comme secouée d\u2019un frisson : elle se sentait devinée dans ses aspirations 386 REVUE DOMINICAINE les plus profondes et les plus pures.Et lorsque, au retour de la guerre, les rescapés lurent avidement les Voix qui crient dans le désert, ils comprirent que leur génération avait perdu non seulement un lettré de race, un écrivain de bonne et forte trempe, mais un vrai maître, un loyal apôtre, un penseur chrétien qui leur eût admirablement fait comprendre l\u2019importance vitale au fond d\u2019eux-mêmes, du drame de la Rédemption.Avant de mourir comme un héros, dans une offrande totale de sa vie Ernest Psichari, le petit-fils de Renan, avait parcouru les rudes étapes du converti jusqu\u2019à celle où l\u2019admirable logique de sa foi ambitionnait de le conduire : il eût été Dominicain et prêtre, si la guerre ne fût venue.Ses œuvres portent en elles tant de force contenue, une si claire loyauté, un goût si affiné du sacrifice, un sens de l\u2019Absolu si noblement exigeant, qu\u2019elles permettent d\u2019imaginer ce qu\u2019était cette nature ardente, riche de fantaisie jaillissante et en même temps toute empreinte de gravité.Il y a quelques dix ans, H.Massis avait parlé de lui pertinemment; puis les Tharaud, avec un art consommé, qui ne livrait pas cependant l\u2019essentiel ; puis A.M.Goichon dont la plume avait une bien pénétrante finesse.mais toujours, quelque chose manquait au portrait.On eût pu l\u2019attendre de J.Maritain, le grand ami d\u2019Ernest, le confident de ses chutes et de son relèvement, le soutien de ses efforts; ce quelque chose d\u2019intime, cette documentation choisie qui nous conduit sans détours au fond de l\u2019âme, c\u2019est un cœur fraternel qui nous le livre.Pages délicatement évocatrices, pages de valeur unique où tant de nuances s\u2019harmonisent dans une discrète ferveur.Ernest se forme et s\u2019épanouit à l\u2019aise en ce milieu familial où tout est culte de l\u2019esprit.Mais la règle religieuse est absente.De trop de liberté jointe à un crise sentimentale, naît l\u2019inquiétude, puis l\u2019anarchie.Et voilà une période d\u2019égarements où le cœur déçu entraîne tout l\u2019être.Il n\u2019en sortira que par la soif de l\u2019ordre et la discipline qui lui donnent l\u2019idée du rachat.Ce processus est suivi par notations attentives et il me semble que l\u2019intelligence lucide et le cœur de la sœur portent le plus véridique témoignage des complexités attachantes et de la générosité insatiable du cœur du frère.L.du Fort, 0.S.B.F.Will am \u2014 «Das Leben Jesus im Laude und Volke Israël » Herber \u2014 Fribourg, 515 pp.Ecrivain ecclésiastique bien connu dans les pays de langue germanique, le Dr Willam a voulu mettre à profit tout ce que le pays et le peuple d\u2019Israël fournissent de données pour rendre compréhensible L\u2019ESPRIT DES LIVRES 387 jusqu\u2019en ses détails la destinée humaine du Seigneur.Déjà bien des tentatives ont été faites pour replacer le Christ dans son cadre historique, celle-ci est à l\u2019usage du grand public.Son foudroyant succès ne trompe point: ce travail de plusieurs années, mené à bien sur les lieux mêmes, entre l\u2019étude et la prière, nous vaut une œuvre remarquable dont l\u2019auteur se montre toujours érudit, souvent poète, sans cesser jamais d\u2019être pieux.Contrairement aux usages de l\u2019édition allemande, l\u2019ouvrage est divisé en chapitres très brefs et attrayants chacun par soi, qui invitent à la lecture.Il méritait d\u2019être signalé ; il mériterait peut-être une adaptation française.si la France n\u2019avait elle aussi présenté un ouvrage de ce genre.L.du Fort, 0.S.B.Aymé Guerrin \u2014 « La mort du Christ » \u2014 in-16, 160 pp.Plon, Paris 1933.D\u2019un beau livre émouvant qu\u2019il avait publié voici quelques années: Jésus tel qu\u2019on le vit, A.Guerrin a détaché pour les offrir à un public plus large les chapitres qui relatent les grandes journées de la dernière semaine du Seigneur.Il leur adonné pour titre : La mort du Christ.Une introduction brillante résume les quelques semaines qui précèdent, et souligne les motifs humains de la contradiction si frappante dans la conduite des Juifs.Us auraient rêvé d\u2019un chef nationaliste et impérialiste sous lequel Israël s\u2019asservirait les autres peuples et acquerrait une triomphante puissance matérielle.C\u2019était cette illusion tenace qu\u2019ils avaient acclamée après la résurrection de Lazare et le jour des Palmes.Or Jésus lui-même la fait crouler.A des ambitieux, à une société médiocre qui s\u2019est installée dans un confortable ritualisme, il parle d\u2019amour et de pardon et d\u2019un royaume spirituel.Il sera châtié pour n\u2019avoir pas satisfait tant d\u2019égoïsme.Et c\u2019est ce duel entre l\u2019égoïsme et !a charité que l\u2019auteur a suivi de très près, s\u2019appuyant tout d\u2019abord sur l\u2019Evangile, puis utilisant discrètement et d\u2019une façon subordonnée quoique fréquente, les documents hébraïques contemporains, voire à l\u2019occasion, les témoignages mystiques, pour restituer la psychologie des acteurs du drame.Un long séjour en Palestine lui a permis d\u2019apporter à son récit des précisions topographiques saisissantes.Mais à toutes ces préparations scientifiques il a joint, dans la mesure où le peut un laïc, l\u2019étude théologique de son sujet.De sorte que son livre est une œuvre pleine de foi, et l\u2019éditeur français qui a voulu le publier à l\u2019occasion du XIXe centenaire de la Rédemption a été bien inspiré.Tant d\u2019autres récits édités à grand renfort de publicité, substituent l\u2019indiscret échafaudage d\u2019une imagination de cinéaste, à la pureté de l\u2019Evangile ! L.du Fort, 0.S.B. 388 REVUE DOMINICAINE T.R.P.Marie-Albert Janvier, O.P.\u2014 « L\u2019Ame dominicaine ».\u2014 Editions Spes.17, rue Soufflot, Paris Ve.\u2014 1933, Prix: 12 f.Plus d\u2019une fois au cours de nos voyages de missionnaire, un brave homme, fort bon chrétien pourtant, nous a demandé à quel Ordre nous appartenions, incapable de distinguer entre l\u2019habit du dominicain et celui du trappiste ou du Père Blanc d\u2019Afrique.Une semblable confusion s\u2019avère, et bien plus grave, s\u2019il s\u2019agit de l\u2019esprit des différentes communautés religieuses.Le grand public catholique, voire le plus bienveillant, ignore à peu près tout de la vie intime de ces Ordres qu\u2019il vénère profondément.Les Editions Spes, de Paris, dans une série de publications signées des meilleurs écrivains français, cherchent à dissiper cette regrettable méprise.Au sujet des Dominicains on a eu l\u2019heureuse idée de s\u2019adresser au T.R.Père Janvier.L\u2019illustre religieux n\u2019est-il pas la vivante incarnation du Frère-Prêcheur et qui mieux que lui en saura parler avec la triple autorité de l\u2019âge, du talent et de la vertu % De la carrière dominicaine il a parcouru toutes les étapes et rempli toutes les charges depuis l\u2019humble chaire du professeur de théologie, jusqu\u2019à celle des Conférences de Notre-Dame de Paris.Aussi bien pourra-t-il, à bon escient, révéler au monde si peu renseigné,cette vie dominicaine qu\u2019il a tant aimée et dont il s\u2019est, depuis plus d\u2019un demi-siècle, montré l\u2019édifiant modèle.Dans un premier volume, il commence à le faire, mais à sa manière, qui, est, on le devine, celle du grand orateur.« L\u2019Ame Dominicaine » est une série de conférences et de sermons sur l\u2019Ordre et les Saints de l\u2019Ordre de Saint Dominique.C\u2019est le prédicateur et non pas tant l\u2019historien que l\u2019on entend; autre méthode, sans doute; non moins instructive ni moins entraînante.Qu\u2019on ne cherche pas de suite chronologique, car le dessein du Père Janvier est de faire comprendre et aimer la vie dominicaine plutôt que de la raconter et voilà pourquoi il se plaît à étaler les beautés et les grandeurs de ses Saints ; Saint Dominique, le Patriarche, Saint Thomas d\u2019Aquin, son éblouissant Soleil.Saint Albert-le-Grand « la stupeur et le miracle de son siècle », Saint Vincent Ferrier l\u2019incomparable thaumaturge et le grand apôtre de la paix.Il convient donc de remercier le Père Janvier de n\u2019avoir pas laissé dans ses cartons cette richesse, qui constitue avec ses précédentes œuvres, un vrai trésor de famille.Maints jeunes Pères, \u2014 et d\u2019autres L\u2019ESPRIT DES LIVRES 389 aussi \u2014 trouveront là, et à si peu de frais, une mine d\u2019or pour panégyriques de nos Saints.Il est des enseignes trompeuses et des titres bientôt décevants.« L\u2019Ame dominicaine » n\u2019est pas de ceux-là : tout le prestigieux talent de l\u2019orateur de Notre-Dame s\u2019y retrouve au soir d\u2019une vie glorieuse.H.Couture, 0.P.Albert Goossens, S.J.\u2014\u201cAdoro Te\u201d: paraphrase sous forme d\u2019Action de Grâces.\u2014 Une plaquette in-16 de 40 pages.\u2014 Prix: 1 fr.Desclée et Cie.Bon nombre de chrétiens, pieux d\u2019ailleurs et animés des meilleurs désirs, se plaignent d\u2019une réelle difficulté qui leur vient, à la longue de faire, comme ils le souhaiteraient, l\u2019action de grâces après la sainte Communion.Leurs bons sentiments et leurs excellentes intentions ne les sauvent pas toujours d\u2019une certaine routine.En vain ont-ils recours aux Actes après la Sainte Communion qu\u2019ils trouvent dans leurs manuels de piété, La veine trop souvent est bientôt épuisée.La Sainte Eglise, dans ses hymnes, nous présente une source toujours fraîche et toujours jaillissante de saine piété.Peut-être pense-t-on trop peu à y recourir.En offrant aux fidèles cette paraphrase de l\u2019Adoro Te de S.Thomas, l\u2019auteur a voulu, tout en les aidant à faire l\u2019Action de Grâces, leur faire mieux connaître et apprécier la veine où ils peuvent toujours aller puiser, sans crainte de la voir jamais se tarir.Bible des Jeunes.\u2014-Extrait de la traduction de l\u2019Abbé Crampon, revisée par des Pères de la Cie de Jésus avec la collaboration de Professeurs de Saint-Sulpice.\u2014 Un volume petit in-8° (1934 x 12 cent.) de XXII-878 pages, sur papier mince avec 16 cartes en couleurs et plans.Chez Desclée et Cie.Prix: 18 fr.Relié toile: 23 fr.Nous nous sommes décidés sur des demandes multiples et pressantes à rééditer le volume qui, sous le titre de Bible abrégée, avait connu un si grand suecès dans les dernières années d\u2019avant la guerre.En offrant au public ce livre qui renfermait sous forme d\u2019extraits de la Bible de Crampon toute la substance de l\u2019Ancien et du Nouveau Testament, nous avions surtout en vue les jeunes gens et les jeunes filles 390 REVUE DOMINICAINE de l\u2019enseignement secondaire.Notre dessein est aujourd\u2019hui le même qu\u2019il y a vingt ans: il s\u2019agit de donner aux jeunes qui fréquentent les cours supérieurs de religion le moyen et la facilité de connaître l\u2019essentiel de la Bible sans qu\u2019ils soient obligés d\u2019en parcourir toutes les pages.Les extraits sont disposés autant que possible dans l\u2019ordre chronologique.Des notes fournissent les explications nécessaires à l\u2019intelligence des passages difficiles, des expressions spécifiquement juives, des indications géographiques, des formules insuffisamment explicites, etc.Le texte reproduit est celui de La Sainte Bible traduite en français par l\u2019abbé Crampon, dont le travail a été révisé par des Pères de îa Compagnie de Jésus avec la collaboration de plusieurs professeurs de Saint-Sulpice.G.Hoornaert, S.J.\u2014 \u201cLe Bréviaire\u201d \u2014 1 vol.in-12 de 88 pages.Prix: 3,50 fr.\u2014 Desclée et Cie, éditeurs, 76bis, rue des Saints-Pères, Paris (Vile).\u201cLe Bréviaire est le livre de chaque jour et en particulier des mauvais jours, des derniers jours, du jour suprême.\u201d En quelques pages, l\u2019auteur situe la place du Bréviaire dans la vie sacerdotale, raconte son histoire, informe sur la composition actuelle du Bréviaire, démontre son excellence, a raison des objections faites à son sujet et enseigne la manière la meilleure de le réciter.Sous un mince volume ample matière à profit spirituel.Léopold Richer.\u2014 \u201cMarché de dupes?\u201d Montréal, 1933.Prix: $1.00.Rien de ce qui a trait à notre vie nationale ne doit rester étranger à un éditeur qui a le souci de renseigner le public intellectuel du Canada français.La firme à\u2019édition Albert Lévesque est heureuse de présenter aujourd\u2019hui une étude écrite spécialement à sa demande, sur la Conférence impériale économique, tenue à Ottawa en juillet 1932.Qui ne se rappelle, en effet, que l\u2019an dernier le gouvernement canadien avait l\u2019honneur de recevoir à Ottawa les représentants du Royaume-Uni, des Dominions et des Colonies de l\u2019Empire Britannique*?Il s\u2019agissait, en ces temps de dépression qui n\u2019avaient malheureusement L\u2019ESPRIT DES LIVRES 391 pas épargné les pays de l\u2019Empire, d\u2019en arriver à des ententes qui pouvaient faire espérer à nos populations une reprise des affaires, une recrudescence de l\u2019emploi et l\u2019établissement entre les Dominions et la mère-patrie de relations commerciales plus étroites, plus stables et plus profitables.Seul un témoin des négociations était en mesure de relater les multiples incidents de cette mémorable conférence, \u2014 la plus importante que l\u2019Empire ait tenue depuis la fin du siècle dernier, \u2014 et de porter un jugement sur ses résultats pratiques pour les Dominions et la Grande Bretagne.Pour cette tâche difficile, nul n\u2019était mieux préparé que M.Léopold Richer, correspondant parlementaire du \u201cDroit\u201d.M.Richer, quoique jeune, quoique le benjamin de ce qu\u2019on appelle la Galerie de la Presse à Ottawa, a su sans parti pris, sans passion, appliquant à l\u2019étude du grave problème économique sa méthode d\u2019observation, ses procédés d\u2019investigation de reporter, résumer cette question en chapitres\tsimples et clairs, d\u2019où se dégage\tlogiquement\tde l\u2019amas des\tdiscussions\tet des traités l\u2019essentiel.On\tpourra sans\tdoute différer\td\u2019o- pinion avec l\u2019auteur.M.Richer croit qu\u2019il a fait œuvre objective et impartiale, ayant toujours devant les yeux les intérêts supérieurs du peuple canadien.R.P.P.-E.Farley, C.S.V.\u2014 « Orientation professionnelle ».Tome I.Les\tCarrières\tecclésiastiques.(Ouvrage en collaboration).Edité par les Clercs de Saint Viateur.1933.En plus d\u2019une solide étude sur la méthode d\u2019orientation professionnelle, le livre du R.P.Farley et de ses collaborateurs contient un exposé doctrinal très sûr des états ecclésiastique et religieux.On y trouve aussi la notion précise du prêtre-apôtre dans une paroisse, du prêtre-éducateur dans un séminaire, enfin du prêtre et du religieux missionnaire dans le champ d\u2019action offert au zèle canadien.Dans « l\u2019esprit des livres », il convient de signaler avant tout l\u2019esprit de ce petite volume de 160 pages: esprit de loyauté et de franchise qui veut faire voir impartialement toutes les carrières ecclésiastiques; esprit de bienveillance désintéressée vis-à-vis des jeunes gens qui rêvent d\u2019une vie consacrée à Dieu et aux âmes.Et le souffle de cet esprit, franchement apostolique, anime et vivifie même certaines pages trop uniformes du IVe chapitre; et celles, un peu austères, des chapitres V et VI. 392 REVUE DOMINICAINE Puisque ce livre vous est spécialement destiné, jeunes gens, il faut le lire, le méditer, et noter, dans votre journal intime, les réflexions qu\u2019il vous suggérera sur votre orientation professionnelle.Mais il faudra aussi lire le second volume : Les Carrières civiles.B.Mailloux, O.P.Accusés de réception, Le scout catholique, bulletin des scouts trifluviens, 8 pages* approuvé par leurs Excellences NN.SS.Cloutier, évêque des Trois-Rivières, et Comtois, évêque auxiliaire.L\u2019enfant sain, par le Dr Daniel Longpré.Aux éditions Albert Lévesque.Prix : 0.75.Breviarium Romanum, in usum itinerantium, Pii Papae X aucto-ntate recognitum.Editio II juxta a S.R.C.recognitam.In-32.Reliure en chagrin.Editeur Marietti, 23, via Legnano, Turin.Prix: 52 lires.En contact avec Dieu, par le R.P.Sunn, S.J.Traduit de l\u2019anglais par A.de Mordes.54 p.Aubanel Aîné, 15, Place des Etudes, Avignon, 1933.Prix à l\u2019étranger: 3 f.90.Notes et souvenirs de Soeur Marie de Bon-Secours (1898-1928) 80 p.Pierre Téqui, 82, rue Bonaparte, Paris, 1933.Prix: 3 f.Le mois eucharistique, par l\u2019abbé J.B.Bord.In-32 \u2014- 200 p.Des-clée & Cie, Paris, Tournai, Rome.1933.Prix: 3 f.50.Chemin de la Croix, par B.Catesson, p.s.s.In-32 \u2014 56 p.Librairie catholique Emmanuel Vitte, 10, rue Jean-Bart, Paris.La Vie de Jésus dans l\u2019Eglise, ouvrage posthume de l\u2019abbé Tan-querey, édité par F.Cimetier, p.s.s.140 p.Desclée & Cie, Paris, Tournai, Rome, 1933.Dictionnaire étymologique de la Langue grecque à Vusage de l'Enseignement secondaire.\u2014 Etude comparative du grec, rapproché du Latin et des langues modernes, par l\u2019abbé F.Charbonnier, professeur de langue et de littérature grecques à l\u2019Université Laval.1er Fascicule.\u2014Imprimerie Franciscaine Missionnaire, Québec, 1933. ANNONCES REVUE DOMINICAINE 5 EDIFIEZ UNE FORTUNE PAR VERSEMENTS DIFFERES Vous pouvez ouvrir un compte de banque à l\u2019une ou l\u2019autre de nos multiples succursales avec $1.00.Vous pouvez développer votre compte épargne en y déposant $1.00 régulièrement chaque semaine.Les comptes de cette nature prennent des proportions très intéressantes et permettent à celui qui y dépose, de profiter des occasions avantageuses qui se présentent tôt ou tard dans la vie.UTILISEZ NOTRE PETITE BANQUE A DOMICILE REVETANT LA FORME D\u2019UN LIVRE.La Banque Provinciale du Canada Succursales dans 4 Provinces de l\u2019Est du Pays.Sir Hormisdas Laporte, K.B., C.P.,\tChs.A.Roy Président\tGérant Général PHARMACIENS EN GROS.Fabricants Chimistes \u2014 Instruments de Chirurgie.\u2014 Instruments pour Dentiste.[ÂSBRAIN & [HÂRBONNEAU \u20191,1\t1\t*¦¦¦\"\t1 Limitée 30 est, rue Saint-Paul,\t-\t-\tMONTREAL.Demandez notre Catalogue.Dominion Blank Book Co.LIMITED SAINT-JEAN, Qué.Manufacturiers de livres à feuilles mobiles, Livres de Comptabilités reliés.ENVELOPPES Notre catalogue vous sera envoyé sur demande.ENCOURAGEZ NOS ANNONCEURS ANNONCES REVUE DOMINICAINE Magasin : 401\tTELEPHONE BELL\tRésidence : 439J J.D.DESROSIERS MARCHAND DE CHAUSSURES pour toute la famille.Motto: Service \u2014 Courtoisie et Qualité.143, rue Cascades,\tST-HYACINTHE Je peux vous fournir tout ce qui peut vous être nécessaire en chaussures et en bas.AUSSI AGENCE DE RADIOS.Desmarais & Robitaille Limitée Ornements d\u2019église et Articles religieux 70 ouest, rue Notre-Dame, Montréal 121, Rideau, Ottawa\t95, Chruch, Toronto Nos maisons d\u2019Ottawa et de Toronto peuvent expédier des vins pour fins sacramentelles dans toutes les parties de la puissance du Canada.Téléphonez ou écrivez à L\u2019ECOLE COMMERCIALE ~ 1 COTE rue SAINT-DENIS\t120a rue NOTRE-DAME SAINT-HYACINTHE ou à TROIS-RIVIERES Tel: 654\tTél: 925 pour avoir tous les renseignements concernant notre COURS COMMERCIAL bilingue \u2014 rapide \u2014 pratique.DONAT COTE, Directeur.ENCOURAGEZ NOS ANNONCEURS 7989 ANNONCES REVUE DOMINICAINE 7 PHARMACIE SAINT-HYACINTHE PLACE DU MARCHE 165 RUE CASCADES Drogues et médecines de première qualité.\u2014 Spécialité: LES PRESCRIPTIONS.\u2014 Articles de toilette.\u2014 Bonbons, Parfum», etc.\u2014 Seul endroit où l\u2019on peut se procurer les fameux remèdes \"REXALL\".Nos articles de caoutchouc sont reconnus supérieurs.\u2014 AGENCES: Articles de photographie, le Kodak EASTMAN.J.-H.-E.BRODEUR, propriétaire Dentiers, Pont3, Obturations\tOuvrage de première classe de tous genres.\tRAYONS \u201cX\u201d\tseulement Dr J.-A.-ERNEST DAIGLE, B.C.D.CHIRURGIEN-DENTISTE Membre du Dispensaire Antituberculeux des comtés de Saint-Hyacinthe et Rouville.Spécialité : Chirurgie Buccale, Extraction Dentiers le même jour sur engagement.Prix raisonnables\tSatisfaction garantie Ouvert de 9 h.a.m.à 9 h.p.m.79, rue Saint-Anne, \u2014\t\u2014 Saint-Hyacinthe \tTéléphone 80 CHAPEAUX ROMAINS Feutre, Soie, Peluche, Cachemire, 0\tPaille Catalogue envoyé gratuitement sur demande 1170, rue Saint-Denis \u2014\t\u2014 MONTREAL THES\tCAFES\tCACAO EPICES\tGELEES\tESSENCES Nos 37 années d\u2019expérience sont une garantie pour vous.J.A.SIMARD & CIE 5 7 est, rue Saint-Paul \u2014\t\u2014 MONTREAL MONTREAL et NEW-YORK Tel: MAin 0103 ENCOURAGEZ NOS ANNONCEURS 9 ANNONCES REVUE DOMINICAINE La Revue Dominicaine Canada .Etranger $2.00 par année $2.25\t\u2014 Avec le Rosaire, 25 sous en plus Prix de l\u2019unité : 20 sous Le Rosaire Bulletin mensuel publié par les Dominicains CANADA \u2014 Distribué par zélatrices Envoyé par la poste .ETRANGER \u2014 Par zélatrices .35 sous 40 sous 50 sous 10 sous 25 sous par année Envoyé par la poste Prix de l\u2019unité ________ Toute personne ayant recruté 10 abonnements nouveaun à la \u201cRevue Dominicaine\u201d, recevra le onzième gratis» Deux messes sont dites chaque semaine aux intentions des Zélateurs, des abonnés, de la \u2018Rev ie i/ominicaine\u201d et du Rosaire.Nous donnons de jolies PRIMES aux Religieux, aux Prêtres, aux laïques Zélateurs qui nous envoient des abonnés, à l\u2019une ou l\u2019autre Revue.Toute personne qui nous enverra pour $40.00 d\u2019abonnements, aura droit à une affiliation perpétuelle, pour elle-même, ou pour une person- ne qu\u2019elle nous indiquera, à l\u2019Oeuvre du Noviciat des Dominicains du Canada.Tél.Résidence 244-w.(Le soir) Résidence 244-J.Maison établie en 1879 Bureau : 88 BLONDIN Limitée \u201cINSUL-BOARD\u201d \u2014 BOIS DE CONSTRUCTION FOURNISSEURS EN GROS Plomberie, Chauffage et Matériel de Construction, Peinture et Vernis US, rue Cascades, Saint-Hyacinthe Téléphone: CRescent 2734.M.J-ALBERT LARUE ARCHITECTE A.A.P.Q.5711 RUE DUROCHER MONTREAL ENCOURAGE Z NOS ANNONCEURS Téléphone Bureau: 120\tRésidence: 418 J.O.DUPRAS NEGOCIANT EN GRAINS.FARINES et GRAINES de SEMENCE Dépositaire des célèbres farines à pâtisserie FIVE ROSES et JUBILE 29, rue Laframboise, \u2014\t\u2014 Saint-Hyacinthe Facteurs d\u2019Orgues ST-HYACINTHE, P.Q.Au-delà de 1500 instruments ont été construits par cette Maison depuis sa fondation en 1880.ARTHUR LEDOUX OPTICIEN-BIJOUTIER YEUX EXAMINES ET VERRES AJUSTES AVEC SOIN SAINT - HYACINTHE, P.Q.LA MAISON sert avec satisfaction la population de Montréal et de toute la province.MAGASINS:\tCOMPTOIR POSTAL: 865 Est, Ste-Catherine,\tCoin St-Laurent et St-Viateur PLateau 5151\tCRescent 3131 l ï frwk pif »nW» lilBMill LIMITÉE TOUT LE MONDE A BESOIN D\u2019AKGENT Il y a des dépenses prévues: instruction, assurances, souscriptions, vacances, cadeaux.Mais il y a aussi des dépenses imprévues: maladie, accidents, voyages, revers, occasions diverses.Ne vous laissez pas prendre au dépourvu.Quoi que vous ayez, dépensez moins.Ne dissipez pas vos ressources.Le superflu d\u2019aujourd\u2019hui sera peut-être le nécessaire de demain.Mettez de l\u2019argent de côté régulièrement.Ouvrez un compte d\u2019épargne à la Banque Canadienne Nationale Actif, plus de 132,000,000.Succursale à Saint-Hyacinthe E.-O.DESJARDINS, gérant.ADMINISTRATION PARFAITE Longue expérience, sens affiné des affaires et responsabilité absolue sont nécessaires si vous voulez que rien ne laisse à désirer dans l\u2019administration de votre Succession.Ce sont les avantages principaux que vous offre la Capital Trust et qui en font l\u2019institution désignée pour servir vos meilleurs intérêts, à vous et à vos héritiers.Nommez-nous vos Exécuteurs et Administrateurs de fonds en fiducie.(APITAK TRUST Corporation Limitée MONTREAL\tOTTAWA\tTORONTO Garantie Dollar pour Dollar lmp.L\u2019Oeuvre de Presse Dominicaine."]
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.