Revue dominicaine, 1 mai 1934, Mai
[" PLI\\ {\\-%L EX 2 Bibliothèque des TROIS-RIVIÈRES L ibrary £1 o min tonne (JHai 1934 ^Refute Paraît chaque mois à 80 pages Directeur R.P.M.-A.Lamarche Conseil de Rédaction RR.PP.Ceslas Forest Benoît Mailloux Raymond Voyer Th.-M.Lamarche Albert Saint-Pierre Abonnements Canada:\t$2.00 Etranger:\t$2.25 Avec le « Rosaire » : 25 sous en plus par an Le numéro :\t25 sous La Revue ne sera pas responsable des écrits de collaborateurs étrangers à l\u2019Ordre de S.Dominique.EN JUIN REPONSE A NOTRE ENQUETE par l\u2019hon.Ferdinand Roy Juge de la Cour des Sessions à Québec KATHERINE MANSFIELD par Mlle France Anderson 5375, Av.N.-D.de Grâce, Montréal (Canada) AVEZ-VOUS PREVU Que le Destin (même sans fatalité extraordinaire) peut, en vous enlevant soudain à l'affection des vôtres, les priver de leur soutien moral et matériel, compromettre leur avenir ou même les plonger dans le dénuement complet?Qu\u2019un capital supplémentaire \u2014 ou peut-être même le seul qui vous restera\u2014 à toucher inéluctablement à l\u2019époque choisie, à l\u2019heure de la retraite ou au début de votre vieillesse, est une agréable perspective?Que les entreprises humaines dans lesquelles vous êtes intéressé sont faillibles, et qu\u2019une mesure de prévoyance basée sur des certitudes mathématiques doit de toute manière retenir votre attention, quelle que soit votre situation actuelle?Que l\u2019éducation de vos enfants, l\u2019avenir que vous entrevoyez pour eux, ainsi que pour votre femme et tous les vôtres, reposent, à l\u2019heure actuelle, uniquement sur cette base si fragile qu\u2019est votre propre existence ?Si vous l\u2019avez prévu, qu\u2019attendez-vous donc pour vous assurer dans LA SOCIETE DES ARTISANS CANADIENS-FRANCAIS La plus forte Société française en Amérique Qui vous libérera de tous soucis, sans charge excessive?La Société des Artisans Canadiens- Français Société mutuelle astreinte aux mêmes obligations légales de sécurité que les Compagnies commerciales.VIE, ACCIDENT, MALADIE, INVALIDITE, RENTES VIAGERES.Tous les bénéfices réalisés, au lieu d\u2019être distribués à des actionnaires, vont directement aux assurés eux mêmes.850 succursales et bureaux de perception au Canada et aux Etats-Unis.Siège social: MONTREAL.Réserve accumulée: plus de $14,500,000.00.Bénéfices payés, depuis la fondation $20,000,000.00.Dividendes payés aux sociétaires durant l\u2019année 1933: $90,739.13. Mai 1934 SOMMAIRE M.Paul FONTAINE Réponse à l'Enquête T.R.P.M.-D.CHENU, O.P.Paroisse et Oeuvres M.Gustave LANCTOT Jacques Cartier devant l'Histoire R.P.BERGERON, O.P.Chronique d'Apologétique LE SENS DES FAITS L\u2019orientation professionnelle au Séminaire de Jolïette, par le R.P.Fafard, C.S.V.\u2014 Le Père Bacon : Novissima verba, par le R.P.Lamarche, O.P.L\u2019ESPRIT DES LIVRES Ravignan : Dernière retraite (S.-M.V.) Frémont : Pierre Radisson (B.G.) Faquin : Le Paria (B.G.) Semaine Sociale de Rimouski (T.-M.L.) R.P.Urbain-Marie : Ames japonaises (F.-M.F.) Dr D'Eschevannes : Pasteur (Dr A.L.) Et à l\u2019heure de notre mort (R.L.) Fr.Gilles : Les Croisés pacifiques (A.-M.R.) Dom Guéranger : Sainte Cécile et la Société Romaine aux Premiers Siècles (A.-M.G.) Réponse à l\u2019enquête « Vie intellectuelle, idées ou préoccupations religieuses de nos professionnels » Les Avocats I L\u2019activité intellectuelle des peuples comme celle des individus est en fonction du milieu.Certains génies administratifs, Auguste, Louis XIV, Périclès, Justinien, Napoléon, précipitent des é-closions artistiques, littéraires, juridiques qui auraient peut-être eu lieu sans eux, mais à coup sûr plus lentement et moins brillamment.Ces génies, ce n\u2019est pas tel ou tel régime qui les produit, car la constitution à part de l\u2019Eglise catholique n\u2019a donné qu\u2019un Léon X, la monarchie française, qu\u2019un Louis XIV.Leur mérite est d\u2019interpréter définitivement un moment de l\u2019histoire de l\u2019esprit humain.C\u2019est alors que naissent les œuvres essentielles, celles qui illuminent plusieurs siècles.II II y a des milieux riches, il y a des milieux pauvres.La prospérité économique n\u2019est pas nécessairement synonyme de progrès intellectuel.Ce progrès vient davantage d\u2019un souci généralisé 330 Revue Dominicaine des choses de l\u2019esprit.Certaines civilisations se contentent de sorciers, d\u2019autres de répétiteurs ; certaines appellent des maîtres, à d\u2019autres il faut des génies.Rome s\u2019est fait expliquer Homère, Platon, Solon, Lycurgue, puis elle a produit Virgile, Cicéron, Justinien.Le colonialisme intellectuel est de tous les temps.III Pour vivre intellectuellement de façon intense, il faut que le pain quotidien ne soit pas une obsession.En ce sens l\u2019accumulation séculaire de capitaux est un avantage précieux.La multiplicité des œuvres littéraires, scientifiques, artistiques est encore un adjuvant : Mussolini interprète magnifiquement les ruines de la Rome impériale.Quid de la stagnation relative de la vie artistique dans la Grèce moderne ?Peut-être y a-t-il une loi, encore obscure qui régularise, pour un peuple, les cycles de l\u2019esprit.Le « cedant arma togæ » est toujours vrai.La beauté, la vérité sont œuvres de paix.Primo vivere.Napoléon fait exception qui en guerres continuelles, a néanmoins doté la France d\u2019institutions permanentes, d\u2019un code qui suffirait à la gloire d\u2019un homme ; mais Napoléon, parce que transcendant, ne peut être jugé suivant nos communes mesures.IV Les pays neufs, les colonies ont surtout be- Réponse à l'Enquête 331 soin de réalisateurs.Ce besoin est tellement pressant qu\u2019ils dédaignent trop les théoriciens.Pourtant, ceux-ci, n\u2019en seraient pas moins utiles ; ils feraient éviter les erreurs inévitables de l\u2019empirisme.Athènes et Rome à leurs débuts ont évité ces erreurs ; ils ont écouté leurs sages.Toutefois, l\u2019excuse est valable, car les tâches sont trop nombreuses qui attirent l\u2019attention.Il naît tout de même une certaine science mais qui n\u2019a rien de la science pure.Ce qui est recherché ce n\u2019est pas la lumière, ce sont des lumières.Aussi bien les savants ou ceux que l\u2019on désigne comme tels, courent-ils de tous côtés ; ils font des découvertes, ils multiplient des essais, ils ébauchent.Il en est ainsi de toutes les activités artistiques.V Les loisirs leur manquent.Ils sont pris eux-mêmes par les soucis matériels de la communauté.Ils sont pauvres comme les autres.Les heures consacrées à la science s\u2019ajoutent au labeur quotidien : elles sont l\u2019accessoire.Or la science ne pardonne pas qu\u2019on la néglige : il lui faut toutes les heures du jour.Certains toutefois auraient « l\u2019aisance » qui n\u2019ont plus le goût, soit parce que cette aisance arrive trop tard, soit parce qu\u2019ils n\u2019ont pas appris à utiliser leurs loisirs, soit parce que par habitude ils éparpillent leur attention. 332 Revue Dominicaine VI Le climat est un autre facteur.Est-il rude qu\u2019il exige plus de travail, d\u2019efforts.Surtout dans une terre à civiliser.On peut philosopher sur le seuil d\u2019une hutte, sous les latitudes tempérées; le songe créateur, au sein des tempêtes septentrionales, est plus difficile.Par contre, il gagnera peut-être en intensité.VII Que dire des terres conquises ?Le perdant se ressentira longtemps de la défaite.Surmonte-ra-t-il jamais un complexus d\u2019infériorité qui semble attaché à lui comme une tare ?Si le peuple conquis persiste à ne pas l\u2019être, toute son énergie se portera à vaincre la défaite.On aura des générations de lutteurs ; on n\u2019aura pas des générations de savants.Les écrits seront des passions en acte, non des théorèmes.Il se développera une certaine timidité intellectuelle.On aura peur de la vérité parce que celle-ci pourrait ne pas servir.Or les vaincus sont par nécessité des utilitaristes.Psychologie peu propice au progrès scientifique.VIII La famille dans les pays neufs et catholiques est nombreuse.C\u2019est dire que le foyer n\u2019est pas une cellule, que la solitude arrive sur la fin du jour, avec le sommeil.Le chef pense aux petits qui deviendront grands.Ce serait presqu\u2019une Réponse à l\u2019Enquête 333 faute pour lui de pratiquer en fait le célibat.Certains le pratiquent, mais il y a beaucoup de cœurs qui pleurent.Il est peut-être plus méritoire de songer à nourrir ses héritiers qu\u2019à leur laisser la découverte d\u2019un principe scientifique.IX Certaines sociétés libèrent leurs savants des soucis matériels ; d\u2019autres ont, par tradition séculaire, l\u2019oreille du monde entier.Ce qui permet aux savants de vivre de leurs écrits.Ailleurs, le culte de la science demande des héros, ou des saints ou des révoltés.Il ne faut pas être surpris de les trouver rarement, même chez l\u2019élite.Aussi bien la vie intellectuelle sera-t-elle tout au plus, pour employer le langage universitaire, d\u2019ordre secondaire.Comme compensation elle sera généralement saine.Il y aura moins de savants, moins aussi de cérébraux.X On a simplifié volontairement les données du problème.On n\u2019ignore pas qu\u2019il n\u2019est aucune de ces prémisses qui ne pourrait être contredite.On croit qu\u2019il est en elles suffisamment de vérité pour constituer une somme.Il reste à démontrer qu\u2019on ne s\u2019est pas éloigné de son sujet : la vie intellectuelle de l\u2019avocat canadien.XI L\u2019avocat canadien est un produit intellectuel des humanités telles qu\u2019elles sont enseignées dans Québec.On a fait, on fait encore leur procès. 334 Revue Dominicaine L\u2019avocat aurait tort de s\u2019en plaindre puisque le reproche le plus fréquent qu\u2019on leur adresse est de ne former que des avocats.L\u2019on a gardé bon souvenir de l\u2019humanisme « grand siècle » du Petit Séminaire de Québec.Les professeurs étaient compétents.Plusieurs avaient parfait leurs études en Europe.Certains manuels étaient leur œuvre.Us avaient du prestige, ce qui est essentiel.On poussait à l\u2019étude.Huit à dix années de gymnastique intellectuelle intense ; contact quotidien avec les chefs-d\u2019œuvre de l\u2019esprit humain ; conscience nette de ses possibilités, de ses déficiences, tout cela est un apprentissage merveilleux.On s\u2019étonne que l\u2019élève qui y est soumis soit plus tard, en certains cas, aussi terne.C\u2019est qu\u2019on demande trop aux humanités.L\u2019expérience universelle enseigne pourtant que sur une promotion de trente, on trouvera vingt ans après, au plus cinq esprits vraiment distingués.Les autres n\u2019auront tout de même pas perdu leur temps.Un finissant moyen de nos collèges classiques vaut un finissant supérieur des autres écoles.La différence même est sensible ; il suffit de les écouter quelques instants.On est ici à la source de la vie intellectuelle de l\u2019avocat.XII Le cours classique est un enseignement secondaire.Il semble qu\u2019on oublie trop cette ca- Réponse à l'Enquête 335 ractéristique essentielle quand on le soumet à l\u2019analyse.Il est un point de départ, non un point d\u2019arrivée.Beaucoup d\u2019avocats le comprennent qui reviennent à leurs humanités, qui du moins reprennent contact avec les auteurs du cycle.Certains font leurs délices de Bossuet, d\u2019autres lisent Saint Thomas dans le texte ; certains approfondissent Cicéron, d\u2019autres apprennent à vivre avec Montaigne.L\u2019avocat des districts ruraux a une curiosité intellectuelle peut-être en moyenne plus grande que celui des grandes villes, pris par tant de choses.Il en est aussi pour qui la fin du cours est la fin des études.Ils oublient qu\u2019on peut être fidèle à sa carrière et traître à sa vocation.Sont-ils nombreux ?On ne sait.Peut-être pas plus, quoi qu\u2019on en dise, que dans des milieux identiques ailleurs, que dans certaines villes de province françaises.(On devrait cesser de comparer Québec ou Montréal à Paris : il n\u2019y a pas de proportion).Ceux-là propagent la légende de notre inaptitude à la vie de l\u2019esprit.A voyager on se convainc pourtant qu\u2019il y a autant d\u2019activités intellectuelles dans la province de Québec que dans toute autre « province » du monde.Quel est le peuple qui avec notre histoire eut fait autant ?N\u2019est-ce pas cela le miracle canadien, bien plus que notre latinisme tant vanté ?Ce serait le beau sujet d\u2019un discours de Saint-Jean Baptiste et qui serait de nature à en relever le genre. 336 Revue Dominicaine XIII Le deuxième cycle de la vie intellectuelle du futur maître est le stage universitaire.Le premier contact est assez souvent de désenchantement.La sèche et nécessaire analyse de textes de lois quand le souvenir de Cicéron, de Démosthènes, de Berryer, de Montalembert est encore vivace, rebute.Le droit est une science non un art.C\u2019est une science d\u2019analyse pure.La fantaisie y est vice rédhibitoire.Les succès de cours d\u2019assises, sous leur apparence quelque peu théâtrale, sont avant tout des succès de logique.Le clerc y est mal préparé, en ce sens que personne ne lui a dit ce que comportent les sciences juridiques.On assure que les choses se passent de nos jours autrement dans certains collèges.XIV Belles années ! Les plus belles qui soient ! On est libre, on est jeune, on est indépendant.Le sens de la vie se fait plus net.L\u2019atmosphère de serre chaude du collège est en définitive un peu fausse.A l\u2019université la liaison se fait avec la réalité.Il en est qui sont tellement subjugués par le contraste qu\u2019ils rejettent, comme non avenu, l\u2019enseignement reçu.Ils courent vers ce qu\u2019ils croient des nouveautés.Plus tard ils y reviendront.La vie intellectuelle de l\u2019étudiant en droit ?Nous la croyons très intense.Elle se porte moins vers les livres que vers les gens.Il observe, il Réponse à l\u2019Enquête 337 compare, i! juge.Dieu sait s\u2019il juge ! C\u2019est le temps où l\u2019on recherche les paradoxes, la contre-partie de tout.On plaide.C\u2019est au barreau que l\u2019on constate que tout est relatif.C\u2019est alors que se révèle le monde politique auquel l\u2019avocat ne sait pas résister, auquel il ne doit pas résister, car il est appelé à y jouer un rôle, si petit qu\u2019il soit.XV Toutes les familles d\u2019esprit évidemment : les « juridiques », en proportion de plus en plus grande ; les littéraires qui aiment le droit, comme au collège, ils aimaient les belles-lettres ; les a-mateurs qui vont à l\u2019école de droit parce que « c\u2019est moins long »; les politiques qui rêvent de portefeuilles de ministres et qui ne manquent pas une lutte électorale ; les « sociaux » qui veulent continuer l\u2019œuvre des grands apôtres laïques de France ; les mondains.Catégories qui se mêlent en fait.XVI Les maîtres \u2014 certains remarquables de science, de profondeur, de distinction.L\u2019expérience pédagogique fait souvent défaut.D\u2019autres raseurs au suprême (hâtons-nous de dire qu\u2019il en est en France qui ne leur cèdent en rien).La plupart compétents.Très peu s\u2019intéressent vraiment aux élèves.Le cours terminé, il s\u2019enfuient, comme débarrassés.Il semble que c\u2019est 338 Revue Dominicaine là une lacune.L\u2019étudiant a besoin du contact du maître ; ses études le demandent.Sa vie intellectuelle en serait réchauffée.En France les professeurs invitent les élèves à leur foyer.Nous n\u2019oublierons pas la surprise de certain maître de Laval à qui nous avions rendu visite « dans le temps des fêtes » et le charme de sa conversation.XVII Le recrutement du corps professoral se fait, à notre avis, contre tout bon sens.On choisit l\u2019avocat qui a réussi dans sa profession alors que c\u2019est à cette époque qu\u2019il n\u2019a plus de temps à donner à l\u2019enseignement.On dit que les choses sont changées.On ne tient pas assez compte des compétences particulières.On nommera professeur de droit criminel tel qui sera surtout remarquable en droit civil.Des considérations de famille, de politique, d\u2019amitiés entrent en jeu qui ne devraient pas exister.Tout cela influe-t-il sur la vie intellectuelle de l\u2019avocat ?Comment le demander ?Un climat différent stimulerait l\u2019ambition, pousserait à l\u2019étude, au travail en profondeur.Il faut croire que « tout cela » est humainement inévitable ; que tout est bien de ce qui est, qu\u2019il ne faut pas « s\u2019en faire ».XVIII L\u2019avocat est « reçu ».Heure inoubliable ! Réponse à l/Enquête 339 Lendemains pénibles mais merveilleux encore.Ses activités intellectuelles il les emploie à chercher le client.« S\u2019il part seul », sans influence de famille, sans argent, sans « village » où il est gros Jean, la lutte est belle.Elle est harassante aussi.Plusieurs lâchent, font du journalisme, gagnent le fonctionnarisme ! S\u2019il entre dans un « grand » bureau, l\u2019ascension est longue, les honoraires maigres.XIX Les études supérieures ?Il y a la thèse à laquelle presque tous les avocats ont songé.Le doctorat est pénible pour les bourses modestes.C\u2019est une perte sèche assez considérable.Il faudrait que les universités, le Barreau récompensent matériellement les œuvres de mérite.On exige plus, dit-on, Timpression : c\u2019est excellent.On suggérerait volontiers une organisation du doctorat juridique comme celle qui existe en France, mais c\u2019est probablement, pour des années, une utopie.XX Ecrits juridiques ?Ce qui se vend ce sont les rapports judiciaires, les auteurs de droit civil français, les codes annotés, les ouvrages d\u2019informations pratiques.La bibliothèque canadien-ne-française est à ce point assez bien fournie.Un obstacle : le public acheteur.Les ouvrages français de droit canadien s\u2019adresse à un public restreint et pauvre.Car le Barreau est pauvre. 340 Revue Dominicaine C\u2019est une tradition universelle.Alors ?La vie intellectuelle de l\u2019avocat est forcément faite d\u2019assimilation.Il est un temps où il est matériellement impossible d\u2019écrire.La journée d\u2019un « gros » avocat (comme disent nos gens) commence a-vant neuf heures pour se prolonger presque sans répit tard dans la soirée.Après cet effort, et c\u2019est un grand effort d\u2019intelligence, la « faculté » (aux deux sens du mot) songe au sommeil.XXI On laissera au lecteur le choix des conclusions pour examiner la proposition qui dans cette enquête a trait à la vie religieuse.Dix ans de cours classique, de « petit séminaire » laissent leur empreinte.L\u2019avocat est croyant.On ne trouve pas beaucoup de libres-penseurs militants au Barreau.Ceux qui auraient tendance à l\u2019être n\u2019ont pas fini leurs cours ou sont à brevet.Sincérité ?Nous avons affaire à des hommes et être catholique totalement, à chaque minute du jour, seul, en public, il n\u2019est pas téméraire de dire qu\u2019il est peu de personnes qui le soient, Dans la province de Québec nous avons l\u2019Eglise triomphante et les cortèges de triomphes ne sont pas toujours composés de saints.L\u2019Eglise fût-elle souffrante ou seulement militante, les défections seraient-elles multiples ?Qui sait ?Il n\u2019y a pas de raisons de croire que les abandons Réponse à l\u2019Enquête 341 seraient plus nombreux au prétoire.Le Barreau ne tire pas orgueil de Pilate.XXII Comme aliment de vie religieuse, les retraites fermées suppléent à l'insuffisance, à la pauvreté apparemment inévitable des sermons de trop de paroisses.Ces retraites sont suivies par un grand nombre.Les avocats sont meilleurs que leur réputation et il n\u2019est pas juste qu\u2019on leur ait donné comme patron Saint Yves pour les raisons que l\u2019on sait.Une étude n\u2019est pas une épicerie et la balance de la justice tient compte des impondérables.L\u2019apostolat laïque tel que conçu à l\u2019heure actuelle trouve chez les avocats plusieurs adeptes qui sont connus et beaucoup de sympathisants qui ont la pudeur de leurs sentiments religieux.Il semble qu\u2019au lieu de faire de l\u2019apologétique négative, on devrait découvrir davantage la substance incomparable de la doctrine du Christ.Qu\u2019importe après tout que l\u2019Eglise ait ou non emprisonné Galilée et comme ce problème est de peu de portée quand on étudie les Pères, les hérésies et la grande histoire de l\u2019Eglise.L\u2019Imitation nous dit que les Juifs allaient à Béthanie non pour voir Jésus, mais Lazare ressuscité.On comprend que le fait était d\u2019importance, mais combien plus important Celui qui le posait.Intéres- 342 Revue Dominicaine sons-nous, et qu\u2019on nous intéresse à autre chose qu\u2019aux à-côtés du Christ.XXIII Cette « déclaration » contient beaucoup de paragraphes qui voudraient se lier les uns aux autres.Les dix premiers contiennent des considérations générales qui veulent expliquer ceux qui suivent.On suggère plus qu\u2019on ne démontre.Il faudrait peut-être des plaidoiries orales.Le lecteur les fera.Le genre adopté n\u2019implique aucune velléité de faire jurisprudence.On a pensé que c\u2019était la forme la plus appropriée à une enquête.Contrairement à ce qui se fait dans une enquête, le rapporteur ne représente personne, pas même lui-même.C'est assez dire qu\u2019il ne parle pas au nom de l\u2019Ordre et qu\u2019il ne veut pas le juger.Dans le premier cas, il n\u2019aurait pas mandat, dans le second cas, il n\u2019aurait pas juridiction.Paul Fontaine Paroisse et Oeuvres LES EXIGENCES DE L\u2019« ACTION CATHOLIQUE » Les historiens sont des gens bien utiles.Non pas parce qu\u2019ils nous racontent de bonnes vieilles choses, où nous nous réfugions de cœur et d\u2019imagination pour échapper aux misères présentes (le passé a été du présent, et bien misérable aussi, pour nos pères !), mais parce qu\u2019ils nous procurent le moyen de voir, de sentir, de toucher, si j\u2019ose dire, la nouveauté de notre temps, de notre « présent » à nous.Par une invincible spontanéité, nous croyons que le monde a toujours tourné et vécu comme il vit; et quand nous envisageons le passé, nous le regardons avec nos yeux et à travers nos lunettes, y reportant inconsciemment nos habitudes, nos jugements, nos catégories, nos mœurs.Les sculpteurs des cathédrales médiévales habillaient les rois mages en costume de seigneur féodal, et Véronèse place dans ses Noces de Cana toute l\u2019aristocratie de son temps en somptueuse parure vénitienne.Réalisme candide, plein de sens d\u2019ailleurs.C\u2019est que pour connaître en vérité le passé, peut-être faut-il autant savoir oublier qu\u2019appren- 344 Revue Dominicaine dre, et sortir ainsi de soi pour converser avec les anciens.Cela fait, quand nous revenons à nous, nous sentons vraiment l\u2019originalité de notre temps, et, sur les plus vieux thèmes humains, ses toutes neuves exigences.L\u2019histoire ne fait pas des archéologues, elle équipe les âmes modernes.Cette ressource psychologique de l\u2019histoire, j\u2019en sentais le prix récemment en lisant les propos d\u2019un théologien qui, dans la notion d'« Action catholique », proposée par Pie XI avec une incessante et solennelle insistance, ne voulait voir que l\u2019étiquette nouvelle d\u2019une très vieille chose, enseignée jadis par Saint Irénée et Saint Ambroise au temps de l\u2019empire romain.Entendu, les lois de la vie chrétienne et de l\u2019Eglise qui en est le véhicule, sont identiques à travers les siècles et les espaces.Mais ce n\u2019est point de cela qu\u2019il s\u2019agit.L\u2019humanité change, elle, qui vit de la grâce du Christ, et la transcendance même de cette grâce assure sa fécondité dans tous les états et tous les temps de l'humanité.Ferment éternellement actif, elle soulève de siècle en siècle la pâte toujours nouvelle d\u2019une humanité toujours en marche.L\u2019Incarnation de Dieu ne s\u2019est pas faite une fois pour toutes, dans un coin de la Judée ; elle dure toujours, elle vaut toujours, elle vaut partout, car tout ce qui échapperait à son emprise dans l\u2019homme, et, par l\u2019homme, dans le monde Paroisse et Oeuvres 345 entier, retomberait à sa misère.La Rédemption du monde serait pour autant manquée.Quelle est donc la nouveauté humaine, qui, aujourd\u2019hui, se trouve engagée dans cette circulation de la vie divine autour du monde, et pour laquelle le souverain Pontife nous convoque à une nouvelle « action catholique » ?Sans doute doit elle être grande et grave, pour que le chef de la Chrétienté clame à tout venant et en toutes circonstances, à ceux du Nord et à ceux du Midi, à ceux de l\u2019Ancien Monde et à ceux du Nouveau, à ses évêques et aux simples fidèles, qu\u2019il est temps, qu\u2019il est grand temps, qu\u2019il est urgent d\u2019y donner attention : le champ de l\u2019apostolat s\u2019est dilaté, ses conditions se sont transformées, une technique nouvelle, une méthode nouvelle, s\u2019impose : en voici les principes et le programme, sous le titre d\u2019« Action Catholique ».Que s\u2019est-il passé ?Quelle dilatation de l'homme s\u2019est faite, qui requiert comme une nouvelle Incarnation, en notre humanité du XXe siècle ?Il y a beau temps qu\u2019Aristote l\u2019a proclamé, l\u2019homme est un être social.Tout en lui naît, grandit, s\u2019épanouit dans et par la société.C\u2019est là « loi de nature », autant dire exigence sans restriction ni rémission.Certes, personne morale et religieuse, l\u2019homme émerge de ce milieu vital, et 346 Revue Dominicaine peut tenir tête à tous les abus de pouvoir de cette société ; mais c\u2019est en ce milieu même que cette inviolable personnalité s\u2019enracine, trouve sa force, son aliment, ses ressources, fût-ce pour tenir tête aux abus.L\u2019homme vit, ne peut vivre et grandir qu\u2019en société, corporellement, intellectuellement, culturellement.Ajoutons : religieusement.Car la surnature emprunte les voies et moyens de la nature ; disons mieux, elle s\u2019incarne dans la nature, transposant en lois de vie divine les lois de la vie humaine.Même quand il s\u2019agit d\u2019amitié avec Dieu, l\u2019homme ne vit surnaturelle-ment qu\u2019en société.Hors de l\u2019Eglise, pas de salut.Ainsi en va-t-il du tout premier élément de la vie sociale : la famille, véritable cellule de ce tissu social qu\u2019est l'humanité : l\u2019homme ne vivra donc pas en individus juxtaposés, mais en familles.L\u2019homme ne se sanctifiera pas en individus juxtaposés, mais en bloc familial.Le milieu normal de sanctification de l\u2019homme, c\u2019est la famille.Mais oui, car l\u2019union des sexes qui la constitue, est sacrement, acte consécrateur par conséquent et producteur de vie divine pour le groupe qu\u2019il constitue.La famille, première cellule sociale, est aussi première cellule chrétienne.Et nous voici, en apostolat chrétien, en technique d\u2019apostolat à l\u2019unité de base : la paroisse est l\u2019organisme directement et exactement approprié à la sanctification des familles : la pa- Paroisse et Oeuvres 347 roisse est un groupement de foyers.Epoux, é-pouse, père, mère, puis enfants : tous ces liens et ces nœuds, dans l\u2019amour fécond, prennent valeur religieuse dans le cadre de la vie paroissiale qui les enveloppe et les stabilise, même économiquement.Au Canada plus qu\u2019ailleurs, paroisse et famille sont les éléments essentiels de l\u2019histoire religieuse, comme de l\u2019histoire tout court : et aujourd\u2019hui encore \u2014 trait typique \u2014 c\u2019est par le nombre de familles qu\u2019on mesure l\u2019importance d\u2019une paroisse.Voilà l\u2019ancien, la tradition.Voici la nouveauté.Au XIXe siècle, puis, de manière accélérée, au XXe siècle, le régime de vie sociétaire enveloppe de plus en plus l\u2019homme ; le cercle familial n\u2019est plus que le premier support d\u2019une activité qui, même chez les plus modestes individus, se trouve engagée, par cercles indéfiniment étendus, dans les rythmes multiples de la société.Instruction, travail, commerce, industrie, épargne, loisirs même, ne se réalisent plus que dans des groupes sociaux, bientôt liés eux-mêmes en un organisme sans cesse croissant.Dans ces recoupements indéfinis et ces engrenages que le machinisme et les découvertes récentes viennent décupler, que l\u2019Etat doit régenter de plus en plus au service du bien commun, il semble même parfois que la cellule familiale est accablée, disloquée, ou pour le moins entraînée par ce tourbil- 348 Revue Dominicaine Ion humain.L\u2019école elle-même ne peut plus tenir par le simple appui des familles.Inconvénients possibles, oui, mais qui ne peuvent prévaloir en soi, \u2014 si nous sommes fidèles à la vieille loi d\u2019Aristote, \u2014 contre les bénéfices immenses de cette « socialisation » de l\u2019agir humain et de toutes ses ressources.Contrainte terrible peut-être, mais dont la menace n\u2019est que l\u2019envers d\u2019une richesse croissante, en vie économique, en vie sociale, en vie intellectuelle, en culture artistique, en valeur de civilisation.Il serait non seulement vain de renâcler contre le «progrès social », mais ce serait une erreur, une faute, contre la loi « naturelle » de la perfection humaine, s\u2019il est vrai que la perfection humaine se conquiert socialement, la personne trouvant dans une plus pleine socialisation des richesses spirituelles et corporelles une capacité plus grande et plus stable de progrès.Ce serait aussi erreur et faute contre la loi surnaturelle, qui, là encore et toujours, assume la nature, trouvant sa matière en ces richesses même.La vie divine, encore une fois, enveloppe tout l\u2019homme ; elle s\u2019incarne en toutes ses puissances et ses œuvres qu\u2019elle n\u2019aurait pas touchées.Or, quelle est la ressource de l\u2019homme qui, la première, va être ainsi socialisée ?Son travail.Et quel est le premier groupement social en lequel va prendre cohérence, continuité, stabilité, Paroisse et Oeuvres 349 cette ressource ?La profession.Le travail dans la profession organisée : telle est, après le groupement familial, la manifestation éminente de la loi de nature, dans la mesure où le travail, devoir normal de l\u2019homme, échappe aux misères de l\u2019individualisme, ruineux économiquement, ruineux moralement, ici plus qu\u2019ailleurs.11 fut un temps où, dans la surproduction effrénée et l\u2019embauchage intensif aux plus hauts salaires, le travail semblait de commune et banale valeur.Avec le terrible chômage \u2014 à jamais irréductible, au train où nous allons \u2014 le travail reprend sa valeur, sa valeur de pressante nécessité.Avoir du travail, c\u2019est avoir matière à vie humaine.Avoir du travail, c\u2019est vraiment aujourd\u2019hui, pour beaucoup de nos frères en détresse, retrouver le bonheur.La vie chrétienne va-t-elle laisser hors de soi ce premier trésor, le seul nécessaire trésor?Et Dieu pour vivre en moi va-t-il traiter ce bien premier en résidu inassimilable ?Mais non, pas plus qu\u2019il n\u2019a laissé à son poids charnel ma vie matrimoniale et familiale.La profession est donc matière de vie chrétienne.Non pas ce vague et abstrait « devoir d\u2019état » : mot terne qu\u2019inventa certaine théologie moderne, anémiée ; mais la profession réelle et concrète, avec son armature et ses techniques, son atelier et ses bureaux, sa besogne bien faite, ses soucis, sa concurrence, sa dignité spirituelle en- 350 Revue Dominicaine fin, si l\u2019on peut dire ; car le temps est passé \u2014 heureusement ! \u2014 où seules les carrières libérales méritaient, par monopole bourgeois, ce beau nom de profession.L\u2019ouvrier est un professionnel lui aussi.La profession réelle et concrète, et donc avec sa toute première et aujourd\u2019hui indispensable exigence : la profession organisée.Inutile d\u2019insister ici.Socialement, on n\u2019y peut plus échapper : le moindre travail humain, au XXe siècle, ne tient que dans le tissu social.Religieusement, l\u2019encyclique Quadragesimo anno la réclame avec autorité, pour les patrons comme pour les ouvriers.Mais alors, si, chrétiennement comme socialement, le milieu naturel humain, c\u2019est, après la famille, la profession organisée, il va falloir que là aussi, en pleine substance vive de mon travail et de son comportement social, s\u2019insère, s\u2019implante, se dilate et triomphe l\u2019œuvre apostolique.La paroisse était le lieu spirituel de la famille et son champ apostolique.Quel sera le lieu de la profession, en laquelle dans sa journée, l\u2019homme vit plus longtemps qu\u2019en famille ; en laquelle femme et enfants, quoique restés au foyer, trouvent eux-mêmes sécurité matérielle et assiette spirituelle ?Ce fut \u2014 on le voit aujourd\u2019hui \u2014 le péché capital de l\u2019apostolat, si magnifique fût-il par ailleurs, du XIXe siècle, en France surtout, d\u2019avoir sanctifié l\u2019individu sans chercher à atteindre Paroisse et Oeuvres 351 son milieu naturel, bien plus, de l\u2019avoir sanctifié en le sortant de son milieu.Beaucoup d\u2019œuvres, de patronages, d\u2019associations, se fondaient et vivaient inconsciemment sur ce principe : arracher l\u2019âme au milieu de travail où elle risquait de perdre sa vertu, la mettre en défiance, en réserve solide contre l\u2019usine, l\u2019atelier ou le bureau, l\u2019isoler de ses compagnons, l\u2019attirer et la tenir le plus possible dans la pieuse et artificielle surchauffe d\u2019un groupe bien clos, petit nombre des élus dans le monde de nos cités, laissant à sa misère la masse damnée et honnie du prolétariat paganisé.Erreur, deux fois erreur.Erreur non seulement de méthode apostolique, mais erreur plus profonde et plus grave de doctrine, car c\u2019était dresser la psychologie religieuse de ces hommes contre la matière même, et la plus exigeante, de leur existence, comme si la vie chrétienne était hétérogène au contenu laborieux de leur vie humaine, et ne pouvait subsister qu\u2019en se barricadant contre ce labeur, incapable désormais de rédemption et de joyeuse sainteté.Péché contre le réalisme de l\u2019Incarnation.Dans cette attitude toute défensive, avec ce « protectionnisme » spirituel, beaucoup, dans nos élites chrétiennes, perdaient l\u2019esprit conquérant, qui est la ressource décisive des jeunes, et le sens de l\u2019apostolat s\u2019atrophiait en se ramenant à quelques bonnes œuvres sans risque ni ampleur.Attitude de conservateurs timorés et psychologie 352 Revue Dominicaine de vaincus, que le inonde a rejetés d\u2019avance.Christianisme sans virulence.Ferment \u2014 le ferment évangélique qui fait lever toute la pâte ! rappelez-vous l\u2019Evangile \u2014 ferment hors sa pâte humaine, cette pâte pesante, et massive, et dure, de la réelle vie humaine de ce prolétaire terrestre que nous somme tous.Et pourquoi alors un ferment, s\u2019il n\u2019est plus jeté dans la pâte ?.Bref, Chrétienté amorphe, où l\u2019apostolat était de plus en plus action réservé aux prêtres, comme si l\u2019apostolat n\u2019était pas le rayonnement normal du chrétien tout court, et si le chrétien, comme l\u2019homme pouvait vivre autrement qu\u2019en société, en pleine société.L\u2019« Action Catholique » est la restauration de ce sens apostolique dans l\u2019âme chrétienne.C\u2019est le ferment jeté à nouveau en pleine pâte.C\u2019est la vie divine assumant sans déchet aucun toute la vie humaine.Incarnation continuée, dans le corps mystique du Christ.Travail, affaires, entreprises, métiers, usines, bureaux : rien n\u2019est plus étranger à la vie chrétienne.C\u2019est la civilisation humaine toute entière qui est terrain de Chrétienté.Toute la méthode de l\u2019apostolat est retournée : non plus sortir de son milieu pour se mieux sanctifier, mais se sanctifier dans son milieu, avec son milieu.Non plus une élite artificielle, dont la séquestration atrophie d\u2019avance le rendement ; mais conquête de la masse par une élite Paroisse et Oeuvres 353 vivant réellement, et de tout son cœur, dans son milieu naturel de travail.Non plus exercices pieux dressés en palissade autour de la vie journalière du travailleur ; mais cette vie même, cette petite vie quotidienne de l\u2019artisan et de l\u2019ouvrier, cette vie professionnelle, animée, transfigurée, transformée dans sa substance même.Méthode active donc, où chacun pour son compte voit, juge, agit, où chacun conquiert, a mandat et grâce pour conquérir, où chacun est apôtre pour être totalement chrétien.C\u2019est l\u2019action catholique, participation active du laïc à l\u2019apostolat hiérarchique de l\u2019Eglise.Type parfait de cette action catholique, et de cette mystique apostolique, c\u2019est, au dire de Pie XI lui-même, la J.O.C.(Jeunesse Ouvrière Chrétienne), organisme qui le premier, pour le milieu ouvrier, a conçu et réalisé cette méthode, à base d\u2019apostolat spécialisé.En France, sa formule a rendu la vie à la vieille A.C.J.F., de plus en plus appesantie et repliée sur elle-même, parce qu\u2019elle sortait la jeunesse de son milieu naturel au lieu d\u2019en faire le ferment.Ce n\u2019est donc plus théorie en chambre, que cette action sociale catholique; la voici en acte, en plein rendement.Mais alors, sur ce plan social où se joue maintenant le sort de la Chrétienté, sur ce plan professionnel avec ses ramifications multiples où rien ne doit être rejeté des soucis du métier, quels 354 Revue Dominicaine vont être les organes de transmission, les centres vivants, les membrures surnaturelles ?Pour la famille, première cellule sociale, nous avons vu que la paroisse était son lieu spirituel, parfaitement adapté à sa stabilité locale, à son cadre géographique, aux épisodes de sa vie quotidienne.Mais pour la profession, matière nouvelle de sanctification et d\u2019apostolat ?Disons-le sans vain ménagement : les cadres paroissiaux sont de soi inaptes à capter cette nouvelle matière.Territorialement d\u2019abord : le champ d\u2019apostolat, usine, atelier, bureau, port, etc., se peuple d\u2019une foule venant de tous les quartiers, de tous les faubourgs, de toutes les paroisses, et à des heures, dans des circonstances, où le clergé local n\u2019a, ni ne peut avoir aucun accès.De plus, la paroisse, terrain intime approprié aux événements familiaux avec leurs répercussions amicales à l\u2019entour du foyer, ne peut plus ici s\u2019attacher avec compétence aux soucis de plus en plus particularisés du travailleur, et aux préoccupations de plus en plus disparates des divers métiers.Le clergé local, fût-il apte à aborder puis à résoudre les problèmes ainsi posés, son activité paroissiale courante doit, dans la prédication par exemple, se tenir dans les « lieux communs », non dans les questions spécialisées.C\u2019est entre professionnels qu\u2019il importe d\u2019étudier et de résoudre chrétiennement les problèmes posés par la profession : problème de l\u2019orientation préalable, Paroisse et Oeuvres 355 problème de l\u2019éducation ouvrière, problème de la moralisation des loisirs, problème de l\u2019assistance, etc.Un ouvrier du bâtiment, un mineur, un fonctionnaire, ne peuvent manifestement pas délibérer ensemble concrètement (et toute la vigueur de l\u2019apostolat spécialisé se mesure strictement à cette pénétration concrète) les problèmes de christianisation de leur milieu.Un ingénieur, un médecin, un banquier et un juriste vivent sur des terrains trop différents pour discuter efficacement ensemble de leurs intérêts corporatifs, de la moralité de leurs procédures et opérations, de la portée sociale chrétienne de leur activité professionnelle.Les bonnes et braves réunions paroissiales de pères de famille sont devenues, dans nos villes, des groupements sans aucun mordant sur la vie réelle, parce que,en vérité, ils se situent de soi hors les problèmes réels posés par la structure sociale où chacun désormais est engagé de son côté.Nous retournerions là aux errements passés, à la chrétienté en marge de la vie humaine et de son contenu social, à une chrétienté inhumaine pour autant, donc à une chrétienté manquée.Apostolats spécialisés par conséquent, par couches de réalité humaine, si j\u2019ose dire, ayant chacun leur technique, leurs instruments, leur personnel, parce qu\u2019ils ont chacun leurs intérêts, temporels et spirituels.D\u2019où nécessité absolue d\u2019un ministère extra et supra-paroissial, dans 356 Revue Dominicaine des « œuvres », corporatives, syndicales, fédératives, etc.Il serait vain de résister, par attachement aux anciens cadres, à leur efficacité traditionnelle, à leur haute valeur permanente.Ils valent, oui, pour la vie familiale et pour son ambiance, pour les métiers locaux qu\u2019elle peut encore contenir et envelopper, pour l\u2019agriculture que n\u2019a pas touchée la socialisation des capitaux, des machines et des marchés (y en a-t-il encore ?et pour combien de temps ?).Domaine immense et suffisamment magnifique.Mais ils ne valent plus, ces cadres paroissiaux du glorieux passé, pour les formes nouvelles de la vie humaine, où le moindre labeur est désormais engagé dans une trame sociale dont l\u2019ampleur grandiose et menaçante demande des techniques nouvelles, en apostolat chrétien comme en organisation administrative.Il serait vain de résister : la vie, le progrès normal de la vie, emporterait toutes les digues.C\u2019est la « nature » qui pousse.L\u2019homme social d\u2019Aristote.Disons, nous : la Chrétienté gagne en profondeur.Au Canada plus qu\u2019ailleurs, l\u2019évolution est nécessaire, parce que plus qu\u2019ailleurs, la vie chrétienne s\u2019est stabilisée dans la vie paroissiale, au point de s\u2019identifier presque partout avec elle.Magnifique succès pour un pays qui a vécu et qui vit de ses familles.Mais la vie de l\u2019homme n\u2019est plus enclose dans les limites, étroites socialement parlant, de la famille.Elle déborde partout, à u- Paroisse et Oeuvres 357 ne rapidité vertigineuse.Ne la laissez pas s\u2019épancher sans y jeter le ferment chrétien, sinon, avant vingt ans, elle se sera organisée toute seule, sur elle-même, hors de l\u2019Eglise, donc contre elle.Ce sera, au sens précis du mot, la laïcité du travail et des entreprises, la laïcité ouvrière et agricole, la laïcité des groupements et des syndicats, la laïcité de la vie professionnelle partout.Toute cette riche substance humaine restera sans vie divine.La société vivra hors du Christ.Il sera vain alors de critiquer les institutions \u2014 sociales et politiques \u2014 devenues payennes : l\u2019erreur et la faute, elles seront en ceux qui n\u2019ont pas compris, à l\u2019heure décisive, au principe même de l\u2019apostolat, les exigences de l\u2019« Action Catholique ».Paroisse, Oeuvres : il ne s\u2019agit donc pas d\u2019un compromis à trouver entre des œuvres désormais inévitables et des paroisses traditionnelles, compromis où chacun, à coup d\u2019habiletés et de renoncements, résoudrait les chicanes de frontière.C\u2019est plus et mieux que cela.Il faut affronter le problème en sa réalité foncière, posé par une loi de nature, la nature sociale de l\u2019homme, non par d\u2019accidentels compromis et concurrences.Problème d\u2019institution donc, non amicale combinaison et simple division du travail.Mais alors n\u2019allons-nous pas à une scission dangereuse, à une rivalité, dans l\u2019unique aposto- 358 Revue Dominicaine lat chrétien ?Non pas; pas plus qu\u2019il n\u2019y a division et rivalité entre la famille et la profession.Sans doute, à cause des défaillances humaines, il arrive que le travail professionnel nuise à la vie familiale, et vice-versa; mais c\u2019est un accident imputable aux personnes, non un vice de l\u2019institution.De même, entre curés et directeurs d\u2019œuvres (inter ou supra-paroissiales), de délicates questions d\u2019influence et de juridiction pourront se poser ; mais c\u2019est la nature des choses qui commande ici, non les difficultés personnelles ; et si les personnes ont compris de part et d\u2019autre, compris à fond, le comportement, les exigences, le domaine propre, de chaque plan social, ils tendront de toute leur âme à l\u2019unité apostolique, qui se réalise non par accaparement, mais par claire vue de la réalité sociale.L\u2019évolution se fera non pas par concurrence, encore moins par éviction de la paroisse, mais par croissance vitale, selon l\u2019ordre même de la nature et selon la doctrine de l\u2019Incarnation.Le Canada fera pour la profession organisée ce qu\u2019il a fait pour la famille.Loin de rompre avec la tradition, ce sera assurer, au rythme même de son progrès, que proclame le perspicace historien, la continuité de son œuvre nationale et chrétienne.M.D.Chenu, O.P. Jacques Cartier devant l\u2019Histoire Dans le journal de la première navigation de Jacques Cartier, se rencontre, à la date du 24 juillet 1534, ce passage qui possède toute la valeur d\u2019un document officiel : « Le XXIIIme jour dudict moys, nous fismes faire une croix, de trente piedz de hault, qui fut faicte devant pluisieurs d\u2019eulx, sur la pointe de l\u2019entrée du diet hâble ; soubz le croysillon de laquelle mismes ung escus-son en bosse, a troys fleurs de lys, et dessus, ung escripteau en boys, engravé en grosse lettre de forme, où il y avoit : Vive le Roy de France ».En lui-même, l\u2019événement est d\u2019une extrême simplicité, érection d\u2019une croix de bois sur un rocher devant un groupe de Français et d\u2019indiens.Mais il se magnifie de toutes les conséquences politiques et religieuses qui n\u2019ont cessé d\u2019en découler comme de leur source incoercible.De cette prise de possession par la France, le Canada va, cette année, célébrer le quatrième centenaire.A cette occasion, a commencé et continue de s\u2019épanouir toute une moisson d\u2019articles, de conférences et de brochures rappelant et commentant ce Gestum Dei per Francos.Il n\u2019est donc pas question de reprendre ici, même dans un es- 360 Revue Dominicaine sai de renouvellement, la relation de ce voyage historique.Dans un cadre restreint, il semble préférable d'examiner la valeur historique de l\u2019homme et de son œuvre.Dès le début, il importe de situer exactement la question.Sous l\u2019empire d\u2019une conception des plus simplistes : que le mérite de l\u2019un diminue le mérite de l\u2019autre, on a vu des journalistes, et même des professeurs d\u2019histoire tenter, pour grandir Jacques Cartier, de réduire aux proportions d\u2019une semi-légende les navigations de Jean Cabot.Le procédé fait sourire par sa méconnaissance des faits historiques.Sans remonter à l\u2019Islandais Leif Erikson, qui côtoya la Nouvelle-Ecosse en l\u2019an 1000, que de navigateurs ont devancé le Malouin aux côtes canadiennes ! En premier lieu, il reste acquis que Jean Cabot aperçut, en 1497, l\u2019île du Cap-Breton, la « Terra prima vista » des cartographes, quoique son atterrissage à notre avis, doive se localiser à Terre-Neuve et non en Canada.Après lui naviguent le long de notre littoral canadien, le Portugais Corte-Real, en 1500, et l\u2019espagnol Fernandez, sous pavillon anglais, en 1502.Même chez les marins français, Jacques Cartier compte une légion de précurseurs.Les pêcheurs de Bretagne et de Normandie apparaissent dès 1504, Jean Denis de Honfleur suit en 1506 et Thomas Aubert de Dieppe en 1508.Le navigateur qui révèle officiellement l\u2019Amérique à la France, c\u2019est, en Jacques Cartier devant l\u2019Histoire 361 1524, Giovanni Verazzano à qui notre pays est redevable de son joli nom de Nouvelle-France.D\u2019ailleurs, depuis le début du seizième siècle les côtes acadiennes et terre-neuviennes se peuplent chaque année de barques de pêche anglaises, françaises et portugaises.Il faut même avouer que Cartier avait eu des précurseurs dans le golfe Saint-Laurent.Les Corte-Real avaient, au sud, exploré une partie de la côte occidentale de Terre-Neuve, tandis qu\u2019au nord les pêcheurs français avaient côtoyé le littoral du Labrador jusqu\u2019au hâvre de Brest, aujourd\u2019hui Bonne Espérance.Cela posé, rendant justice à qui de droit, la part s\u2019avère glorieuse qui revient à Jacques Cartier.Car, s\u2019il n\u2019est pas le premier qui ait tenté de trouver la fissure continentale ouvrant une route vers les Indes et la Chine, il reste, là où tant d\u2019autres ont échoué, le premier qui ait réussi cet exploit magnifique de pénétrer au cœur du continent.De bonne souche, ce fils de Saint-Malo était à coup sûr, d\u2019une promotion supérieure.Comme tout vrai Malouin, il avait poussé au bord de la mer et grandi dans une barque.Mousse, matelot, sabier et maître, il a dû franchir les échelons du métier pour atteindre bientôt au rang de capitaine.Il avait navigué l\u2019Atlantique dans toutes les directions et fréquenté les côtes des deux mondes, France et Portugal, Brésil et Terre-Neuve.Rou- 362 Revue Dominicaine tier des mers, formé par l\u2019expérience au pied du beaupré, il avait acquis \u2014 influence de famille et ouverture d\u2019esprit \u2014 la science nautique de son époque.Pilote, il pouvait se diriger par la boussole et, devant ses variations intempestives, recourir à l\u2019estime et à l\u2019expérience.Avec le bâton de Jacob au soleil ou avec le nyctorlabe aux étoiles, il savait faire le point en haute mer et déterminer la latitude avec l\u2019exactitude suffisante, bien que, comme ses contemporains, il n\u2019eût pas encore maîtrisé le problème des longitudes.Marin expérimenté, pilote averti, Cartier possédait encore la science plus rare de relever au trait la route de sa caravelle.Topographe imparfait, sans doute, il dessinait tout de même des épures suffisamment exactes qui ont permis aux cartographes de Dieppe de dresser les mappemondes où se rangent à leur place les terres canadiennes de Gaspé à Hochelaga.S\u2019élevant encore plus haut, il détenait certaines conceptions cosmographiques.Ainsi il refusait d\u2019admettre la théorie ancienne de deux zones habitables, parce que tempérées, et de trois zones inhabitables, l\u2019une parce que torride, et les deux autres parce que glaciales.A son sens, c\u2019était là pure idéologie sans « aucunes raisons naturelles ».« Par vraye experience », écrivait-il, « les simples mariniers ont cogneu le contraire d\u2019icelle opinion ».Homme pratique et réfléchi, il fait de l\u2019expérience, la véritable maîtresse de sa carrière. Jacques Cartier devant l\u2019Histoire 363 « Gens d\u2019estat », au dire du registre de Saint-Malo, Cartier était de lignée honorable.Car, de bonne heure, avant même la renommée qui viendra vite, on recherche sa présence aux baptêmes des familles de bon rang, à titre de compère ou même de témoin.A l\u2019une de ces cérémonies qui tombe le jour de la Saint-Jean et où se rencontrent le « noble homme » procureur de Saint-Malo et le prévôt de la confrérie de Saint-Jean, Cartier marche après eux, derrière les « son-neux et tambourins».Aussi n\u2019est-on pas surpris de lui voir, à 29 ans, épouser une jeune fille de haute famille, Catherine, fille de Jacques des Grandies, connétable de Saint-Malo.Et la famille des Granches se rattacha à la non moins importante maison des Maingart.Au niveau de la science générale de son é-poque, Cartier en subissait, d\u2019autre part, les erreurs et les faiblesses.Aussi, afin d\u2019apprécier, en toute exactitude, sa carrière, faut-il la considérer dans le cadre du temps et du milieu.Il ne faut pas l\u2019oublier, Cartier ne trouvait à sa disposition que des instruments imparfaits, astrolabes et sabliers, boussoles primitives et cartes insuffisantes.En outre, il avait à lutter, ce qui représente un facteur moral plus important qu\u2019on ne croit, contre les idées de son siècle.La majorité de ce siècle acceptait avec conviction le folklore légendaire du Moyen-Age, avec ses prodiges surnaturels et ses démons maléfiques.Dans ces légen- 364 Revue Dominicaine des, l\u2019Atlantique était la Mer ténébreuse, où les navires s\u2019engouffraient sans espoir de retour.Là se trouvaient des îles mystérieuses, jonchées de pierres précieuses et habitées par d\u2019effroyables monstres.Ce n\u2019était pas tous d\u2019un pied ferme que les matelots montaient à bord des caravelles de Cartier.C\u2019est dans ces conditions \u2014 tout probablement à la suite des nouvelles que Cortez et Pi-zarre expédiaient à l\u2019Espagne, le premier du Mexique et le second, du Pérou, de fabuleuses richesses en métal précieux \u2014 que François I décida d\u2019aller réclamer au Nouveau-Monde sa part de l\u2019héritage d\u2019Adam.Sur l\u2019avis de l\u2019amiral de France, Philippe de Chabot, au courant des réputations maritimes, l\u2019homme qu\u2019il désigna, à cause de sa compétence, pour cette navigation primordiale fut Jacques Cartier, capitaine et pilote de la cité Saint-Malo, capitale de la marine française.Connaissant l\u2019homme choisi par le roi et les moyens à sa disposition, il reste à examiner la conduite et les résultats de ses explorations outre-océans.Dès le début, le Malouin affirme une claire intelligence de sa mission.Sa première attention pour ce voyage aventureux est de choisir un équipage d\u2019élite, tous des routiers et des braves.Quand de tels mariniers lui manquent, il fait interdire le départ des morutiers, tant qu\u2019il n\u2019a Jacques Cartier devant l\u2019Histoire 365 pas recruté au complet parmi leurs équipages, les « maistres et compangnions » émérites qui lui conviennent.Ce point assuré, dès le départ le 20 avril 1634, Cartier met à profit une connaissance approfondie de la navigation.Pilote habile et sûr, il suit si droitement sa route et capte si bien les vents qu\u2019en vingt jours \u2014 un record -\u2014 ses deux navires de soixante tonneaux portant soixante-et-un hommes, atterrissent au cap de Bonavista sur la côte orientale de Terre-Neuve.Enfin sur place, il déploie constamment une sagacité rare et une résolution invincible.Jusqu\u2019ici, il a navigué en parages familiers, mais à partir de Brest ou Bonne-Espérance, en Labrador, il se hasarde dans l\u2019inconnu.Voyant l\u2019espace marin s\u2019ouvrir indéfiniment devant lui, il se rend vite compte que ce n\u2019est pas une simple baie mais un golfe qui roule ainsi ses vagues à perte de vue.La conclusion s\u2019impose : puisque la baie des Châteaux en est l\u2019exutoire, quelque part ailleurs, vers l\u2019ouest, doit se trouver la fissure continentale qui l\u2019alimente et communique avec les pays fabuleux situés, quelque part devers la Chine et l\u2019Inde, dans cette mer signalée au-delà d\u2019un isthme par Verazzano et son cartographe.Aussi pendant des jours Cartier s\u2019oriente vers l\u2019ouest, explorant toutes les ouvertures \u2014 conches, baies, rivières \u2014 qui pourraient lui livrer un passage.Devant toutes ces entrées qui tour à tour se rétrécissent et bientôt se ferment, 366 Revue Dominicaine arrêtant la course des barques, il refuse de perdre l\u2019espoir, même quand la baie des Chaleurs, si prometteuse par ses dimensions, se réduit, à la petite rivière de Restigouche.La prise de possession à Gaspé, au nom du roi de France, de cette terre de Gaspésie, « la plus belle qu\u2019i soict possible de voir », n\u2019est qu\u2019un incident dans sa mission.Il continue sa recherche jusqu\u2019au jour où, ayant complété le périple du golfe, il décide, vu la saison avancée et l\u2019approche des tempêtes d\u2019automne, de rentrer en France.De ce voyage, rapide pour l\u2019époque, le résultat apparemment négatif reste, cependant, des plus fructueux.D\u2019abord, au double point de vue navigation et exploration, il constitue un succès sans accroc.Entre deux traversées records, le premier Cartier a franchi la fameuse façade continentale qui avait arrêté tous ses devanciers de Cabot à Verazzano.La preuve est faite que cette baie des Châteaux est un immense golfe que bordent des terres nouvelles et tempérées, bien différentes de cette Terre-Neuve et de ce Labrador rocheux et rébarbatif, véritable « terre de Cain ».Par Cartier le pays nouveau qui possède la chaleur et la fertilité est venu s\u2019ajouter à la couronne de France.De cette terre, il ramène deux indigènes Dom Agay et Taignoagny qui lui en apprendront les secrets.Le voyage est un premier succès qui ouvre la porte à tous les espoirs. Jacques Cartier devant l\u2019Histoire 367 Ainsi l\u2019interpréta François I, enthousiasmé par les renseignements fournis par les deux naturels embarqués à Gaspé.Par eux, on sait maintenant que le golfe n\u2019est que l\u2019estuaire d\u2019un très grand fleuve, « la rivière de Canada », et surtout qu\u2019il existe un royaume de Saguenay où s\u2019accumulent des métaux précieux.Et, grandi par son premier voyage, Cartier repart en 1535, muni, cette fois, d\u2019une commission officielle.Cette deuxième expédition le voit s\u2019engager à fond, car il veut atteindre le fameux Saguenay.Sa relation, malheureusement est d\u2019une brièveté qui nous laisse dans l\u2019ignorance d\u2019événements essentiels.Cependant, le récit indique bien que l\u2019exploration du haut Saint-Laurent et la visite à Hochelaga s\u2019accomplirent avec intelligence, méthode et succès.Seuls, les rapides et l\u2019avance de la saison forcent l\u2019explorateur à retourner à son atterrissage de Québec.Là se produisirent, entre les indigènes et les Français, les heurts sérieux qui devaient bientôt engendrer une hostilité qui fut toute proche de l\u2019agression armée.Ce fut le premier échec dans la carrière canadienne de Cartier.Sur qui en retombe la responsabilité?Evidemment sur les gens de Stadacona, sous l\u2019inspiration malveillante de Dom Agaya.Les précisions nous manquent qui permettraient d\u2019en fixer la genèse: mais n\u2019est-ce pas la crainte de perdre le monopole des échanges avec les Européens qui pousse Donnacona à mettre obstacle à cette ex- 368 Revue Dominicaine ploration du haut Saint-Laurent qui tient tant à cœur aux Français?L\u2019exploration accomplie, n\u2019est-ce pas le même sentiment, exaspéré par l\u2019entente amicale entre Cartier et Hochelaga, qui détermine le mécontentement et l\u2019abstention frondeuse des Indiens.De là naîtra l\u2019appréhension de perdre leurs fructueuses fonctions d\u2019intermédiaires entre les tribus de l\u2019intérieur et les navires européens qui font escale au Labrador.En définitive, c\u2019est une cause économique qui, derrière les machinations de Dom Agaya, dresse la bourgade québécoise contre les Français.Dans cette querelle en germe, quelle part revient à l\u2019attitude de Cartier?Il semble que le Malouin avait la décision prompte et le geste autoritaire.Le sage Champlain, lui, malgré les friponneries des marchands interlopes, n\u2019a pas connu la mésentente dans ses relations indiennes.Il subsiste, à coup sûr, un doute sur la diplomatie de Cartier dans le maniement des indigènes.Malheureusement, à cette situation défavorable, le scorbut apporte le coup décisif d\u2019une nombreuse mortalité, qui enlève au Malouin toute possibilité de reprendre au printemps sa marche vers le Saguenay.Ainsi l\u2019expédition de 1535, si bien équipée, si brillante avec ses personnages, si prometteuse de résultats avec ses guides indiens, s\u2019achève dans la pénombre d\u2019un demi-succès.Au lieu de toucher au but espéré du Saguenay, elle marque simplement, arrêtée par le Sault Saint-Louis et Jacques Cartier devant l\u2019Histoire 369 décimée par le scorbut, une seconde étape sans conclusion vers l\u2019Eldorado canadien.Le crédit lui revient, cependant, d\u2019une constatation primordiale.La mer de Verazzano n\u2019existe pas qu\u2019un isthme séparait de l\u2019Atlantique.C\u2019est un continent \u2014- et non des îles \u2014 qui se dresse devant l\u2019explorateur, continent où s\u2019étendent les pays de Canada, d\u2019Hochelaga et de Saguenay.A ces renseignements géographiques, combien plus importante, s\u2019accorde la certitude de deux faits : l\u2019existence du Saguenay receleur de métal précieux, et la présence, à ses portes, d\u2019un peuple ami des Français.En définitive, 1535, s\u2019il signifie une regrettable remise à plus tard, c\u2019est surtout une confirmation authentique du oui-dire des Indiens que le Saguenay renferme un or indubitable, puisque Cartier en a mis des échantillons aux mains de François I.Telle est bien l\u2019opinion du roi, que la guerre absorbe pendant deux ans, mais qui, dès la paix venue, ordonne de reprendre la croisade du royaume aurifère du Saguenay.Le doute n\u2019étant plus permis, cette fois, c\u2019est un véritable établissement à titre permanent que l\u2019on organise.Un vice-roi en puissance, sinon en titre, La Roque de Roberval, en reçoit la direction avec, comme guide et technicien, Jacques Cartier, dont les alertes cinquante ans ne s\u2019effraient pas d\u2019une expédition au-delà du terrible Long-Saut.Le voici, en 1541, dans son fort de Charlesbourg-Roya, au 370 Revue Dominicaine Cap-Rouge, avec son contingent de matelots, de soldats et de colons.Les détails manquent pour la plus grande partie de ce troisième séjour en terre canadienne.Bien organisée et bien menée, l\u2019expédition se termine, cependant, de façon compliquée et contradictoire, où se mêlent le bon et le mauvais, l\u2019échec et la réussite.Une fois de plus, Cartier se trouva en conflit avec les indigènes.Conflit beaucoup plus grave, cette fois, car il y eut combat à main armée et au cours de l\u2019hiver, des Français tombèrent sous la flèche ou le tomahawk.Enfin, non seulement l\u2019été, mais le printemps suivant se passa sans que parût la flotte de Roberval.L\u2019échec du voyage s\u2019annonçait total, car, il fallait, après avoir perdu des hommes et fait d\u2019énormes dépenses, reprendre la route de France sans rapporter une once de métal ni même un mot d\u2019information supplémentaire.Soudain, la situation se transforme.Sur la hauteur, aux environs du fort, on trouve des lames très fines d\u2019un métal brillant, de l\u2019or sans doute, et plus tard, on découvre sur la plage des pépites étincelantes au soleil, à coup sûr des diamants.Ce fut un émerveillement: elles étaient là sous la main, les richesses fabuleuses dont parlaient les indigènes.Ce fut une frénésie: grattant le sol, on remplit, sans tarder, neuf tonneaux du métal doré et creusant la grève on recueillit quelques boucauts de pierres brillantes.Impatiemment, tous les jours, des vigies scrutaient vers Jacques Cartier devant l\u2019Histoire 371 l\u2019Est l\u2019horizon laurentien, avec le secret espoir que ne paraîtraient pas les voiles de Roberval.Finalement, au contentement général, Cartier, impatient lui-même, fit lever l\u2019ancre, en route vers la France.A Terre-Neuve, voici qu\u2019à l\u2019escale fixée, se balançaient dans le vent les caravelles de Roberval.Faisant bonne figure, Cartier joua serré.Il présenta à son chef des échantillons du métal.Sur-le-champ, on en fit l\u2019épreuve, qui fut concluante: c\u2019était de l\u2019or.Malgré l\u2019ordre de Roberval de retourner avec lui en Canada, la tentation pour Cartier fut plus forte que la discipline.Qui dit Malouin dit opiniâtre.Or, ayant atteint son but, il avait décidé de rentrer en France.Devant le succès éblouissant de l\u2019or rêvé, pouvait-il laisser le bénéfice et la gloire de cette découverte à autrui, fût-il son chef hiérarchique ?D\u2019ailleurs, en voyant ce résultat concret, François I n\u2019aurait-il pas vite fait de le louer, loin de l\u2019en blâmer, de son empressement à venir déposer ces trésors à ses pieds?Aussi durant la nuit, Cartier mit secrètement à la voile en droiture sur Saint-Malo.Dans les deux premiers voyages, l\u2019échec apparent constituait, en fait, un succès réel.Dans le dernier, l\u2019apparent succès se transforma en fiasco complet.A l\u2019épreuve par les chimistes, l\u2019or se révéla simples pyrites de fer et les diamants du vulgaire mica.Quant à Roberval, le roi lui dépêcha l\u2019ordre de rentrer en France, inutile qu\u2019il était de 372 Revue Dominicaine s\u2019attarder en ce pays sans richesses minières.Devant un creuset, les espoirs vertigineux du royaume avaient croulé en cataclysme.On ne pardonne pas au rêve qui déçoit.De la grande entreprise de Cartier, de ses trois expéditions, il ne survécut en France qu\u2019un proverbe: Faux comme diamants de Canada.S\u2019il continua d\u2019être un notable de Saint-Malo et une autorité maritime, Cartier cessa d\u2019être le capitaine émérite, le grand explorateur vers qui se tournaient les yeux de tout un peuple.Il fallut attendre un demi-siècle et Champlain pour que pleine justice fût rendue au navigateur malouin.Il reste à conclure.Jacques Cartier s\u2019affirme une des grandes figures maritimes de la France au seizième siècle.Supérieurement doué par la nature, maître de la science nautique de l\u2019époque, organisateur énergique et technicien compétent, il complète, par un talent d\u2019observation, une sagacité constante et une fermeté inébranlable, un ensemble rare de dons et de qualités qui font de lui un chef et un explorateur remarquable.Peut-être lui a-t-il manqué une certaine souplesse dans les relations avec les Indiens et une imagination dépassant le cadre immédiat de sa carrière.Il n\u2019en garde pas moins le très grand mérite d\u2019avoir mené à bien trois grandes expéditions outre-océans, et il reste sans reproche dans la déception que produisit un pays qui n\u2019était, Jacques Cartier devant l'Histoire 373 à cette époque, ni un Mexique ni un Pérou.Surtout il lui revient l\u2019honneur suprême d\u2019avoir découvert la moitié d\u2019un continent, respecté les droits de l\u2019indigène et donné à son pays un territoire immense par ses ressources et ses richesses.A lui la gloire sans conteste et sans tache d\u2019avoir exploré et mis au monde le magnifique pays qui fut la Nouvelle-France d\u2019hier et qui est le Canada d\u2019aujourd\u2019hui.Gustave Lanctôt Chronique d\u2019Apologétique Le Dr.Karl Adam, professeur à l\u2019Université de Tubingue, présente à la pensée catholique, dans « Jésus le Christ », une œuvre essentiellement apologétique par son objet et ses méthodes (1).Aussi bien, s\u2019agit-il ici d\u2019une véritable apologétique de Jésus que l\u2019auteur aurait pu intituler : « Le vrai visage du Christ ».Tous les problèmes les plus actuels, que pose la personne de Jésus aux âmes contemporaines, sont abordés avec lucidité et résolus dans la lumière sereine d\u2019une intelligence dont l\u2019érudition n\u2019a d\u2019égale que l\u2019harmonieuse coordination qu\u2019elle sait introduire dans les matériaux souvent disparates qui servent de base et d\u2019assise à toutes les constructions apologétiques.En dépit d\u2019une illusion d\u2019optique assez fréquente, il est certain que l\u2019érudition ne peut suffire à un apologète véritable.L\u2019apologétique n\u2019est pas seulement une espèce de compilation de faits ou d\u2019explications de faits ; elle est avant tout un système doctrinal organisé où chacun des maté- O Karl Adam \u2014 « Jésus le Christ » \u2014 1 vol.in-8 écu de 388 pages.Prix: 30 fr.belges.Editions Salvator et Casterman (traduction française de E.Ricard) 1934. Chronique d\u2019Apologétique 375 riaux nécessaires à sa structure conceptuelle entre à son tour dans l\u2019élaboration de cette science une, autonome et parfaitement rationnelle dont le pivot est la préparation et la justification rationnelles de l\u2019acte de foi.Les matériaux dont elle se sert n\u2019ont de valeur spécifiquement apologétique que dans la mesure où l\u2019esprit perspicace du véritable apologète s\u2019en sert à bon escient, c\u2019est-à-dire, en fonction du but ultérieur qu\u2019il doit se proposer effectivement en toute rigueur de méthode.Point n\u2019est besoin de dire, qu\u2019aperçue sous cet angle, l\u2019apologétique revêt le caractère d\u2019une science essentiellement pratique et rationnelle ; elle appartient cependant au type le plus faible de la démonstration aristotélicienne.De ce qui précède il appert que les principes philosophiques, ne doivent pas être considérés en eux-mêmes, mais dans leur ordination formelle à un but ultérieur, dans leur tendance dynamique vers la conclusion.C\u2019est, d\u2019autre part, ce qui permet à l\u2019apologétique de saisir le fait historique, non plus en lui-même, mais revêtu par l\u2019interprétation philosophique de sa référence actuelle à une causalité supérieure qui l\u2019explique et qui le pose dans une relation actuelle de preuve à thèse.Une lecture réfléchie du volume du Dr.Karl Adam permet de déceler chez l\u2019auteur les grandes qualités qui sont le partage des véritables a-pologètes.Les méthodes qu\u2019il préconise, le but 376 Revue Dominicaine qu'il se propose, suffisent à bien montrer que tout pivote autour d\u2019un point unique de la crédibilité : le message personnel du Christ, le mystère de sa personne.Mais ce point est si central et si important que son étude implique la position et la solution des divers problèmes véritablement apologétiques.Cette rigueur de méthode, cette vue claire du problème apologétique que pose la personne du Christ est sans doute ce qui explique non seulement le succès de librairie du présent ouvrage, mais aussi sa trame profondément originale en même temps que conforme aux exigences scientifiques modernes et à la doctrine traditionnelle en apologétique.Ce livre, pourrait-on dire, c\u2019est l\u2019âme contemporaine mise en présence de Jésus le Christ ; le message divin se heurte à tous les préjugés des âmes modernes surtout avec leur indépendance intellectuelle.A Jésus le Christ et à son message, l\u2019auteur oppose l\u2019inertie de celui à qui il s\u2019adresse :\t« l\u2019homme cultivé devenu raison- nable ».Cet homme cultivé exprime ici une mentalité générale qui s\u2019éloigne de Dieu au nom même de la science.Si l\u2019auteur brosse bien le portrait de la mentalité moderne, faut-il comme il le dit (p.30), en attribuer la responsabilité à la théorie de la connaissance empruntée à Aristote par saint Thomas d\u2019Aquin ?Il ne nous le semble pas, car nul n\u2019a su mieux que saint Thomas re- Chronique d\u2019Apologétique 377 connaître la distinction de l\u2019ordre naturel et de l\u2019ordre surnaturel, mais en maintenant une dépendance absolue du premier vis-à-vis du second.Saint Thomas d\u2019Aquin a su distinguer les ordres sans les séparer; et c\u2019est exactement ce qui forme l\u2019originalité et la profondeur de son système.Il est étonnant qu\u2019un esprit d\u2019envergure tel que le Dr.K.Adam se soit illusionné au point d\u2019en arriver à nier que la raison puisse opérer la sélection mentale qui consiste à abstraire.Faut-il s\u2019en consoler en songeant que son erreur sur les origines du conflit n\u2019enlève rien à la justesse de ses remarques touchant l\u2019esprit moderne.La pensée moderne ayant établi la séparation des ordres, peut-elle accepter le message personnel de Jésus, le mystère de sa personne ?« Jésus est à la fois Dieu et Homme ».En véritable apologète, l\u2019auteur ne se donne pas pour mission de saisir dans sa nature intime cette manifestation unique de Dieu dans une individualité humaine, mais il essaie de faire constater à l\u2019âme contemporaine, après l\u2019avoir constaté lui-même, l\u2019existence de cette réalité qui demeure en elle-même l\u2019énigme de la foi.L\u2019existence terrestre de cet Homme-Dieu, existence historique, au sens prégnant du terme, dont l\u2019esprit humain découvre la transcendance, est la voie sûre qui conduit l\u2019âme moderne à l\u2019acceptation du mystère du Christ.L\u2019auteur ne le dit-il pas dans une expression ferme et vive : « Le chemin qui mène au 378 Revue Dominicaine mystère du Christ.passe.par le terrain clair, lumineux de la vie historique de Jésus ».Est-il bien vrai que cette épiphanie du Verbe de Dieu se présente à l'âme moderne dans la pleine lumière de l\u2019histoire ?En apologète consciencieux il fait l\u2019inventaire des sources qui nous permettent d\u2019en faire la preuve.Il cite les témoignages profanes bien connus de Tacite, Suétone, Pline le jeune, sans oublier le célèbre témoignage de Josèphe, dont la partie narrative lui paraît revêtue d\u2019une authenticité suffisante.Puis il cite, avec abondance et bonheur les documents chrétiens : les épîtres de saint Paul, les Evangiles, qui « donnent l\u2019impression du contact personnel et restituent, dans l\u2019ensemble, la fixation immédiate et directe de la première prédication apostolique ».Non seulement il cite les Evangiles \u2014 et ici encore se manifeste le souci du véritable apologète \u2014 mais il établit la valeur des témoins qu\u2019il cite.« Ces premiers disciples eux-mêmes, nous ne les considérons pas comme des individus isolés qui émergeaient par un heureux hasard.Le témoignage qu\u2019ils nous apportent est, pour nous, le témoignage direct des disciples de Jésus, des membres d\u2019une communauté de foi, ils forment une unité, un tout ».Etablir la valeur du témoignage des évangiles est pour l\u2019auteur une sorte de hantise, hantise de l\u2019apologète qui veut pousser à terme et de façon rigoureuse une argumentation dont aucun Chronique d\u2019Apologétique 379 des chaînons ne doit disparaître dans l\u2019enchevêtrement du raisonnement.« Jamais les premiers chrétiens, tous anciens Juifs, ne se seraient, d\u2019eux-mêmes, permis pareille profession de foi ; d\u2019ailleurs ils ne l\u2019auraient pu ni n\u2019en auraient eu l\u2019idée si cette foi nouvelle ne s\u2019était implantée dans leur âme comme une certitude qui s\u2019impose du dehors, c\u2019est-à-dire par le Jésus historique qu'ils avaient sous les yeux ».Que conclure déjà ?Que la carrière de Jésus le Christ s\u2019offre à nous avec toutes les garanties que l\u2019on puisse honnêtement désirer.Mais de ce fait, ce Christ des Evangiles est-il véritablement accessible à notre siècle ?Ne demeure-t-il pas une physionomie étrange ?N\u2019est-ce pas encore un redoutable mystère pour lui ?Certes.Mais comment renoncer à résoudre un problème qui se présente devant lui comme sa destinée ?La réponse à cette angoissante et inéluctable question que se pose l\u2019âme moderne, l'auteur la décèle, au moins partiellement, dans le portrait physique et moral de Celui-là même qui nous adresse un tel témoignage.Avec quelle profondeur de vue et avec quelle âme d\u2019apôtre l'auteur ne nous retrace-t-il pas, conformément aux Evangiles, la physionomie humaine du Christ ?Dans cette perspective, cette physionomie se présente toute simple, dépouillée de toute 380 Revue Dominicaine transfiguration et sous son jour le plus concrètement humain, ne donnant prise à aucune piété mal conçue.Où trouver un portrait du Christ mieux réussi, mieux ramené à ses traits réels et essentiels ?« Si on voulait tenter l\u2019impossible, écrit le Dr.Adam, et exprimer d\u2019un mot la physionomie humaine de Jésus, il faudrait dire qu\u2019il a été vraiment l\u2019homme de caractère inflexiblement tendu tout entier vers son but, voyant nettement et acceptant dans la volonté de son Père son devoir, et le poursuivant jusqu\u2019au bout, jusqu\u2019au sacrifice de sa vie.« Au point de vue psychologique, ce qui fait sa tragique destinée, c\u2019est la vérité et la loyauté de tout son être, sa fidélité à Lui-même au service de son Père.L\u2019héroïsme va de soi pour lui ».Nous voilà bien en présence de Jésus certes.Mais en un autre chapitre, l\u2019auteur pénètre hardiment dans le temple sacro-saint de la vie intérieure de Jésus pour y constater ce qui l\u2019animait, la dirigeait.« Le ressort dernier et moteur de toute sa vie.c\u2019est son abandon sans réserve à la volonté de son Père des cieux ».Sa vie de prière est discrète, secrète et toute intime.tout dans sa vie intérieure le place sur les pinacles de l\u2019ordre surnaturel.Un homme semblable n\u2019a-t-il jamais paru sur terre ?Karl Adam ré- Chronique d\u2019Apologétique 381 pond que toutes les mesures humaines sont insuffisantes ici.« Sa personnalité intellectuelle et morale, tout comme sa personnalité religieuse, prennent des proportions telles qu\u2019elles dépassent l\u2019humanité ».De ce fait, laisse-t-elle de s\u2019inscrire « sur le terrain solide de l\u2019histoire ?» Seul un examen consciencieux de ce que le Christ nous a dit sur lui-même peut nous permettre de résoudre ce problème, de le dénouer pleinement, de le saisir dans une lumière plus vive et d\u2019y voir en même temps qu\u2019une raison suprême, un motif irrésistible de lui donner notre assentiment de foi.Ici, pour l\u2019apologète, une question se pose et l\u2019auteur n\u2019a pas manqué de la poser en toute franchise, logiquement et en termes incisifs : « Mais, dit-il, en supposant que nous voulions croire, en avons-nous le droit ?Car, en définitive, le jugement qui nous porte à croire, ne repose-t-il pas toujours exclusivement sur le témoignage, sur l\u2019affirmation d\u2019un seul, d\u2019un homme ?Quelque saint, quelque supérieur qu\u2019il fût, quelque claire que tût l\u2019affirmation de son unité avec le Père, il ne s\u2019est pourtant montré à nous que sous une forme purement humaine.Or tout ce qui est humain, contingent, passager, n\u2019est-il pas plein d\u2019incertitude ?» Là où le divin est en cause, Dieu seul peut donner la réponse décisive.« O Dieu ! O mon Dieu ! Où est votre amen, votre sceau, votre té- 382 Revue Dominicaine moignage ?» C\u2019est ce qui amène le chapitre très substantiel de la Résurrection du Christ.Le voilà, le miracle par excellence, le « Oui formel », ]\u2019« Amen » définitif.Voilà comment le Père glorifie le Fils ; voilà la signature du Père apposée à l\u2019œuvre du Fils.Qu\u2019est-il besoin de dire que la démonstration de Karl Adam est celle d\u2019un exégète érudit et en contact avec les difficultés des âmes contemporaines.Comme il sait tirer parti d\u2019un texte, l'ordonner au but qu\u2019il se propose ! 11 possède une vision juste des textes et de leur valeur formelle.En particulier l\u2019utilisation de la première épître aux Corinthiens en est peut-être l\u2019exemple le plus saisissant.L\u2019auteur arrive à surprendre dans le récit du grand converti, les traces d\u2019une dépendance par rapport au témoignage absolument primitif de Pierre et de Jacques, \u2014 ce qui résout d\u2019emblée la difficulté qui veut que les premières apparitions n\u2019aient pas eu lieu à Jérusalem.Les citations que nous avons faites sont sans doute assez nombreuses et assez caractéristiques pour bien mettre en lumière que l\u2019auteur de « Jésus le Christ » est un véritable apologète, tant dans sa méthode que par l\u2019objet de son volume.Tout le volume manifeste chez l\u2019auteur la rigueur de la logique, la dialectique de la méthode, l\u2019érudition de l\u2019historien, et enfin, \u2014 ce qui relève de l\u2019apostolat, \u2014 la coordination des ma- Chronique d\u2019Apologétique 383 tériaux en fonction d\u2019une fin unique \u2014 dans le cas, \u2014 montrer que le mystère du Christ est fait pour les âmes d\u2019aujourd\u2019hui.M.-M.Bergeron, O.P.Le Sens des Faits VOrientation professionnelle au Séminaire de Joliette.Monsieur Pierre Masson, M.D.Montréal.M onsieur le Docteur, J\u2019ai lu avec vif intérêt, dans la Revue Dominicaine, livraison de mars, votre réponse à l\u2019enquête sur la vie intellectuelle et les idées ou préoccupations religieuses de nos médecins.En contact journalier avec les médecins actuels et futurs, occupant à la Faculté de Médecine une chaire que vous honorez par votre compétence reconnue, poursuivant avec constance un idéal professionnel que l\u2019on souhaiterait retrouver chez tous, vous étiez on ne peut mieux qualifié pour faire le diagnostic des maladies dont souffrent la médecine et les médecins et pour indiquer les remèdes appropriés.Vous déplorez, avec raison, me semble-t-il, qu\u2019il y ait des cloisons étanches entre les diverses matières au programme et vous étendez vos remarques à l\u2019ensemble des Facultés, non seulement de notre Université, mais en général des Universités du monde entier.C\u2019est dire qu\u2019une réforme s\u2019impose, et sans retard.Voilà pour l\u2019enseignement.Quant à la pratique de la médecine, vous établissez des catégories entre lesquelles 384 Revue Dominicaine un jeune homme de cœur n\u2019hésitera pas à choisir.De même vous parlez avec infiniment de justesse et d\u2019à propos, des relations de la Médecine et de la Religion.Toutefois vous vous bornez à la théorie, vous ne dites pas un mot de la pratique.Autant d\u2019aperçus intéressants et judicieux que les Professeurs de l\u2019Enseignement Secondaire seront heureux de mettre à profit pour eux-mêmes et dont ils sauront faire bénéficier leurs élèves.Et je n\u2019aurais pour ma part aucune réserve à faire si vous aviez posé là votre point final.Mais les paragraphes suivants dans lesquels vous dénoncez « le fossé beaucoup plus dangereux encore qui sépare l\u2019Enseignement Secondaire de l\u2019Enseignement Universitaire » montre qu\u2019en réalité le fossé n\u2019est pas près de se combler.Aussi longtemps que les maîtres les plus avertis et les plus sympathiques de l\u2019Enseignement Universitaire ignoreront les activités présentes de l\u2019Enseignement Secondaire, il sera bien difficile sinon impossible de s\u2019entendre et de se prêter main-forte.« A la fin de ses études classiques, dites-vous, le collégien est censé connaître quelques langues mortes et vivantes, de la philosophie livresque et un tout petit peu de sciences.De ce qui l\u2019attend plus tard, que lui a-t-on appris ?Des multiples carrières qui s\u2019offrent à lui, que sait-il en plus de leur nom \u201c?Rien ne dirige son choix, sa décision est une terrible loterie.Seul celui qui se dirige au sacerdoce ou à la vie religieuse sait où il va.Il choisit librement sa voie parce qu\u2019il la connaît d\u2019avance et qu\u2019il l\u2019aime, parce qu\u2019il a le sentiment d\u2019y être appelé : c\u2019est la vocation.« Tous les autres, exception faite pour ceux qui ont eu dans leur famille d\u2019instructifs exemples, ignorent ce que sont les professions, leurs buts, leurs moyens, leur morale.Comment se sentiraient-ils appelés par elles, par ce qui en elles, s\u2019accorde avec leur tournure d\u2019esprit, leurs Le sens des Faits 385 dispositions.Ce qu\u2019ils savent, c\u2019est qu\u2019elles sont lucratives, elles sont le moyen de gagner de l\u2019argent, et c\u2019est le hasard qui choisit tel ou tel moyen.« Le remède est simple.Puisque c\u2019est au moment où il est collégien que le futur professionnel doit fixer son choix, il incombe au collège de le renseigner de façon suffisamment technique, non pas sur une, mais sur toutes les carrières.Il pourrait à cette fin obtenir l\u2019aide de conférenciers choisis parmi les meilleurs professionnels.Autrement, c\u2019est lui qui par sa carence portera la lourde responsabilité de tant de carrières manquées ou désastreuses.C\u2019est à lui de combler au plus tôt cette déplorable lacune et de rendre possibles les vocations laïques ».J\u2019ai tout lieu de croire que répondant à une enquête, vous vous êtes renseigné à bonne source avant d\u2019écrire ces lignes.Pour compléter vos renseignements, je me permets de vous dire qu\u2019au Séminaire de Joliette, chaque année, en lecture spirituelle, c\u2019est-à-dire sous forme de causeries familières, le supérieur expose à tous les élèves, les principes qui doivent les guider dans le choix d\u2019une carrière ; aux élèves des classes supérieures et surtout à ceux de philosophie, on fournit sur toutes les carrières indistinctement des détails plus précis, ou si vous préférez, des renseignements techniques, et cela soit à l\u2019aide de conférenciers choisis parmi les meilleurs professionnels soit par des commentaires appropriés d\u2019une brochure publiée, il y a deux ans, par mon prédécesseur, le Père P.E.Farley, c.s.v., « ébauche d\u2019un ouvrage à faire, disait l\u2019auteur lui-même dans son avertissement, mais aussi reproduction à peine amplifiée de ce que m\u2019ont donné mes maîtres il y a 25 ans et qu\u2019eux-mêmes ont reçu de leurs maîtres, il y a 50 ans ».L\u2019ouvrage a été fait en collaboration et a paru sous le titre à\u2019Orientation Professionnelle.Je vous envoie le premier volume, les Carrières Ecclésiastiques ; le deuxième, les Carrières Civiles est actuellement sous presse. 386 Revue Dominicaine Les tracts écrits récemment par les représentants les plus autorisés des diverses professions et mis à la disposition des élèves rendent encore d\u2019immenses services.Ajoutez à cela les conseils particuliers distribués aux élèves tout le long du cours, en direction disciplinaire ou spirituelle, par des hommes consciencieux, dévoués, pouvant s\u2019informer auprès des gens compétents, et le faisant en réalité.Et je ne parle pas des nombreux articles publiés dans les revues, particulièrement dans l\u2019Enseignement secondaire au Canada, dont les maîtres savent tirer parti pour les élèves.Vous voyez, cher docteur, que ma lettre n\u2019a aucune allure belliqueuse ; aussi je vous autorise volontiers à lui donner la publicité que vous jugerez opportune et susceptible de combler, pour une si faible part que ce soit, « le fossé qui sépare l\u2019enseignement Universitaire de l\u2019Enseignement secondaire ».Avec l\u2019hommage de ma considération distinguée, je vous prie d'agréer l\u2019assurance de la profonde estime avec la* quelle je suis.Monsieur le Docteur, Votre humble serviteur, Louis-Philippe Fafard, c.s.v., Joliette, 15 mars 1934.\tSupérieur.Le Père Bacon : Novissima verba On meurt comme on a vécu.Cela est vrai, d\u2019abord, au point de vue des sanctions finales, bien que les divins caprices de la grace apportent souvent au vieil adage un consolant démenti.Où l\u2019adage reprend toute sa justesse et la psychologie tous ses droits, c\u2019est quand il s\u2019agit de Le sens des Faits 387 la façon extérieure et visible dont l\u2019homme prépare, organise \u2014 faudrait-il dire en certains cas \u2014 son départ pour l\u2019éternité.Le Père Jean Bacon, décédé presque subitement le 21 mars à l\u2019âge de 70 ans, dans la 46e année de sa vie sacerdotale et la 38e de sa vie dominicaine, était excellemment un homme d\u2019ordre, peu féru de détails encombrants, mais clair et méthodique, ponctuel et rapide en tout : observances de règle, ministère, œuvres, tenue de registres et reddition de comptes.Ses livres faisaient l\u2019admiration des Visiteurs canoniques que nous envoyait jadis la Province de Paris.Et j\u2019imagine que ses examens de conscience élaguaient d\u2019aussi forte manière le vague et le superflu.C\u2019est d\u2019un air triomphant qu\u2019il découvrit un jour le volume du Père Tissot : « La vie intérieure simplifiée », devenu ensuite son livre de chevet.Tour à tour prieur, curé, procureur, gérant de périodiques, promoteur de la Confrérie du Rosaire, directeur de l\u2019Œuvre du Noviciat, et pardessus tout, « splendide quêteux », comme l\u2019a qualifié son provincial, les nombreuses charges qu\u2019il occupa, loin de toute spéculation abusive et dûment garé contre la métaphysique, favorisèrent l\u2019application de ses qualités innées, le rendement maximum de son labeur.Là il put satisfaire à son goût de la chose bien faite et l\u2019inculquer autour de soi.Généreux pour ses aides, il ne 388 Revue Dominicaine tolérait pas le moindre accroc dans les différents services.Epris de justice, il avait le geste prompt et la plume ardente quand il croyait apercevoir un abus.Mais si la réflexion ou tel événement lui donnait tort, il réagissait du fond de l\u2019âme, et, l\u2019ordre le voulant ainsi, le message du lendemain corrigeait les vivacités de la veille.Prédications, voyages, initiatives de toutes sortes, aussi bien que tâches monotones et routine de bureau, remplirent la vie du Père Bacon durant près de quarante ans.Quand il constata, à son ralentissement et à de bref arrêts, que la machine pouvait cesser tout à coup de fonctionner, il voulut jeter dans l\u2019entreprise finale tout ce dynamisme clarvoyant, ordonné, dont il avait jusque-là fait montre.Nul projet de démission.Le simple recours aux moyens humains, suivi d\u2019un nouvel effort, et toujours selon l\u2019ordre providentiel.Quel saisissement l\u2019on éprouve à lire cet extrait d\u2019une dernière lettre d\u2019affaires où l\u2019homme et l\u2019homme de Dieu nous apparaît de très haut : « Je ne refuse pas le travail, vous le « savez, pourvu que les forces me reviennent.« Aussitôt que je pourrai m\u2019absenter sans rien « compromettre, je voudrais aller me reposer « sans inquiétude aux Etats-Unis, si vous vou-« lez bien me le permettre; je ne désespère pas « de me rétablir pour faire encore quelques bon-« nés années de service.Mais tout cela est entre « les mains du Bon Dieu, et je me résigne d\u2019a- Le sens des Faits 389 « vance à tout ce qui arrivera.Mon séjour à I\u2019hô-« pital m\u2019aura servi à découvrir que je dois pren-« dre soin de moi.Pas trop de travail continu à « l\u2019avenir.Le cœur ne suffit plus à la besogne.« C\u2019est pourtant le grand moteur, mais le seul « que ma volonté ne peut pas contrôler.Alors il « faut le ménager.Et quand il veut faire la pares-« se, le fouetter.Et puis quand il ne voudra plus « marcher, le jeter dans la fosse avec le reste.Je « ne me décourage pas, mais je prends mes pré-« cautions contre la mort ».De fait, mobilier de cellule, documents, affaires en cours, tout était rangé et classifié quand l\u2019embolie le frappa.Voilà ce qui s\u2019appelle demeurer fidèle à soi-même dans la ligne du bien, et mourir comme on a vécu.Parvenu à la porte du ciel, et tandis que « ses amis, ses condisciples, ses relations du clergé séculier ne lui gardaient pas rancune des bonnes quêtes qu\u2019il sut faire dans leur église », (T.R.P.Bibaud) ce bon serviteur n\u2019eut pas à quémander sa récompense, elle l\u2019attendait.Au cours d\u2019une existence dévouée, fidèle sur le plan chrétien à ce que Isabelle Rivière nomme « le devoir d\u2019imprévoyance » (1), il avait songé beaucoup moins à ce durable salaire qu\u2019aux intérêts divins ; de P) « Sur le devoir d\u2019imprévoyance \u2014 Traité d\u2019économie pratique », par Isabelle Rivière.Les Editions du Cerf.Juvisy.1934.\u2014 16 f.50. 390 Revue Dominicaine même qu\u2019en propageant le rosaire, il visait surtout le salut des âmes et l\u2019honneur de la T.S.Vierge.Comme le cher Père laissait après lui des organisations permanentes, il a fallu sans retard lui désigner un successeur.Le R.P.Augustin Leduc a déjà pris charge des bureaux de la Confrérie du Rosaire et de l\u2019Œuvre du Noviciat.L\u2019ancien professeur d\u2019Ottawa et de Rome et l\u2019actuel syndic de la Province n\u2019a guère mené une vie ouatée de précautions.Nous lui souhaitons la santé et le courage requis pour cette nouvelle tâche.M.-A.Lamarche, O.P.L'esprit des Livres R.P.De Ravignan.\u2014 « Dernière retraite donnée aux Religieuses Carmélites du Monastère de la rue de Messine, à Paris ».Septième édition.Paris, Téqui.La Dernière Retraite du Père de Ravignan revient pour la septième fois dans les familles religieuses et les foyers chrétiens.Une nouvelle édition des paroles encore vibrantes de cet apôtre à son déclin, voilà qui suffit à mettre en joie les âmes éprises d\u2019une perfection toujours croissante.L\u2019indulgent correcteur, tout en simplifiant la forme et redressant les négligences inévitables à une parole fami- L\u2019esprit des Livres 391 lière et improvisée, a conservé en son intégrité la pensée originale du saint religieux.A un siècle près, on ne relira pas sans émotion, ces pages où se reflètent les plus purs principes ignatiens, exprimés dans le plus sympathique des verbes.L\u2019inspiration divinement humaine où le prédicateur prend source : l\u2019amour de Dieu et du prochain, fait qu\u2019il a trouvé, sans la chercher, la véritable éloquence, inlassablement susceptible d\u2019enflammer les cœurs de tout temps et de tous lieux.S.-M.V.Donatien Frémont.\u2014 « Pierre Radisson » \u2014 Editions Albert Lévesque, Montréal 1933.($1.00).Le sous-titre :\t« Roi des Coureurs de Bois » indique suffisamment qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un fragment de l\u2019histoire des premiers temps de la Colonie.Cet ouvrage embrasse la période qui va de 1652 jusqu\u2019à 1710, année de sa mort dont on ignore la date exacte, et couvre toutes les activités de Pierre-Esprit Radisson, tant au Canada qu\u2019en France et en Angleterre.Qu\u2019était-ce que Pierre Radisson?La question se pose tout naturellement puisque parmi nos manuels d\u2019Histoire, les uns l\u2019ignorent complètement, les autres lui consacrent deux ou trois lignes, parfois même un paragraphe.On saura donc gré à Monsieur Frémont d\u2019avoir ressuscité cette singulière figure d\u2019aventurier, toujours sympathique malgré ce qu\u2019on serait tenté d\u2019appeler ses trahisons.Pierre-Esprit Radisson naît à Paris.En ouvrant le livre de Monsieur Frémont, nous le retrouvons, au printemps de 1652, aux Trois-Rivières, où ses parents se sont établis.Il a seize ans.Déjà l\u2019avenfture perçait sous Radisson, pourrait-on dire en parodiant Victor Hugo.Ce matin-là, donc, il s\u2019éloigne en secret du fort, avec 392 Revue Dominicaine deux compagnons dont les noms ne nous sont pas parvenus.L\u2019Iroquois*?Ils s\u2019en moquent! Pourtant, les Trois-Rivières sont, de toute la colonie, le poste le plus durement harcelé par les barbares.Après quelques heures de vagabondage, les deux camarades de Radisson manifestent le désir de rentrer au fort.Radisson rit de leurs craintes et continue seul sa route.Il a marché une dizaine de milles quand il se décide enfin au retour.Sa chasse est si abondante qu\u2019il ne peut tout apporter.Mais, à quelque distance du fort, il a la désagréable surprise de trouver les cadavres scalpés de ses deux amis.Il veut fuir, mais il est aussitôt entouré par les Iroquois qui le font prisonnier et l\u2019amènent dans leur pays.C\u2019est alors que commence, par la plus étrange et la plus terrible des aventures, la vie nomade de notre héros.Deux ans prisonnier des Agniers, condamné à la torture, son courage en impose aux sauvages et lui vaut de devenir membre honoré de leur nation.Il apprend parfaitement leur langue, adopte leurs coutumes, s\u2019attache même à leur genre de vie dont il gardera toujours un peu la nostalgie quand il sera retourné à la civilisation.Radisson a pris le goût des voyages.Avec DesGro-seilliers, son beau-frère, il explore le nord-ouest canadien, peut-être même ce que l\u2019on désigne aujourd\u2019hui par « Far-West » américain, et surtout, il est le premier blanc à se rendre par voie de terre à la Baie d\u2019Hudson.Deux fois, grâce à la générosité avec laquelle il se départit de ses pelleteries, il sauve la Nouvelle-France d'un désastre financier.Malheureusement sa popularité porte ombrage au Gouverneur et aux gens de la Compagnie.On lui suscite toutes sortes de difficultés, tant et si bien qu\u2019il passe au service de l\u2019Angleterre, où l\u2019on fondera, à son instigation, la célèbre Compagnie de la Baie d\u2019Hud- L\u2019esprit des Livres 393 son.Sans doute Radisson repassera, quelques années plus tard, au service de la France, mais les nouvelles vexations qu\u2019on lui fera subir le détermineront à retourner définitivement à l\u2019Angleterre.Le succès et la fortune sourirent, un temps, à Radis-son; mais ses protecteurs morts, la nouvelle direction de la Hudson Bay ne semble pas se préoccuper beaucoup de lui.Tout permet de croire qu\u2019il connut une extrême détresse pécuniaire et laissa, à sa mort, sa femme et ses enfants dans une très grande pauvreté.Pierre Radisson \u2014 quels qu\u2019aient été ses torts et ses mérites \u2014 reste une des figures les plus intéressantes de son époque.Monsieur Frémont, dans son récit dont la véracité historique nous paraît en général établie, réussit parfaitement à nous intéresser à son personnage qu\u2019il fait vivant.Homme de décision et d\u2019initiative, doué d\u2019un courage à toute épreuve, et plus rusé même que l\u2019Iroquois, on ne peut, somme toute, reprocher à Radisson que d\u2019avoir cédé au plus fort.Mais les autorités de l\u2019époque, au Canada, partagent largement avec lui, par leur manque de diplomatie, de conciliation, et même d\u2019équité, la responsabilité de sa défection.Monsieur Frémont a fait là un livre de grand mérite, tant au point de vue historique qu\u2019au point de vue littéraire.Je ne connais peu de livres canadiens plus attachants et mieux écrits que celui-là.Berthe Guertin Ubald Paquin.\u2014 « Le Paria ».\u2014 Editions Albert Lévesque, Montréal, 1934.($1.00).Ce roman vaut plus peut-être par l\u2019originalité des 394 Revue Dominicaine caractères que par l\u2019intrigue elle-même.Et quand je dis l\u2019originalité des caractères, je veux parler plus exactement d\u2019un caractère: Madame Jodoin.Bien que d\u2019une importance secondaire dans l\u2019action du roman, Madame Jodoin reste le personnage le mieux campé.Accoutumée aux durs labeurs qui rapportent peu, à une médiocrité longtemps voisine de la misère, elle a gardé l\u2019habitude de tout peser à la lumière des profits et pertes.Elle n\u2019est pas avare, mais très opportuniste.Ainsi, quand elle se décide à recueillir son neveu, orphelin de 10 ans, c\u2019est quelle a bien examiné le pour et le contre et jugé que le bambin pourra rendre maints services à elle-même et à son mari, et que si la présence de Jacques Bernier à leur foyer lui impose quelques hardes de plus à ravauder, par contre cela évitera la main d\u2019œuvre pour les travaux de la ferme.Mais ce n\u2019est pas tout : Mad ame Jodoin est une dévote femme qui paie bien fidèlement, chaque année, sa contribution de Dame de Sainte-Anne et qui n\u2019oublie pas, en adoptant son neveu, que la charité efface la multitude des péchés.Elle fait, du même coup, œuvre méritoire et profitable.Intéressée et exigeante, elle est encore cancannière et emportée.Dans un moment de colère, elle criera, sans ménagement, au pauvre Jacques la tare de sa naissance, de même que pour se venger de son départ, elle confiera à ses voisines le honteux secret qui pèsera si lourd, à partir de ce moment, dans la vie du paria.Ce type de villageoise, bien que peu sympathique, est sans contredit le plus intéressant du roman, parce que le mieux analysé et le plus naturel.Philibert Jodoin est la doublure de sa femme, mais en demi-teinte.Les autres personnages de second plan sont à peine esquissés.Le héros, Jacques Bernier, est moins fermement dessiné que Madame Jodoin.On suit suffisamment, cependant, ses réactions intérieures. L\u2019esprit des Livres 395 Mais de toute évidence, il s\u2019agit avant tout d\u2019une satire de la Société actuelle, que l\u2019auteur considère sous son plus vilain jour.Et si monsieur Paquin réconcilie son héros avec cette Société, c\u2019est moins par conviction que par pur souci des convenances.Aussi bien, tout au long du livre, Jacques n\u2019a-t-il rencontré que félonie, traîtrise, égoïsme ou basse servitude, selon les circonstances, et quand le vieux curé de Yaldaur \u2014 le seul homme à lui avoir manifesté de la sympathie vraie \u2014 lui affirme que tout n\u2019est pas méchanceté dans le monde, qu\u2019il existe une foule innombrable d\u2019êtres dont le but ultime réside dans le dévouement, Jacques en est si peu convaincu, quoi qu\u2019en dise l\u2019auteur, qu\u2019il s\u2019enfonce au plus profond des forêts pour y finir ses jours.La phrase de monsieur Paquin est souvent mal construite, désaxée par les incises et heurtée par une ponctuation effrénée.Sa syntaxe, de même n\u2019est pas impeccable.Son principal mérite, c\u2019est donc d\u2019avoir la psychologie de la foule dont il connaît exactement les fibres sensibles, et pour laquelle il écrit.Le sujet qu\u2019il développe ne manque pas d\u2019originalité.Mais la fin de l\u2019odyssée du Paria, fils d\u2019un assassin, pauvre, bafoué, normalement destiné à souffrir toute sa vie de son infériorité sociale, et que l\u2019on retrouve dans la peau d\u2019un millionnaire, déconcerte un peu.Il eût été plus logique que Jacques Bernier finît misérablement, victime de ses antécédents et des circonstances, puisque, somme toute, ce roman prétend démontrer l\u2019injustice fondamentale de la Société.Berthe Guertm Semaine Sociale: Le Problème de la Terre.1 vol.352 pp.1933.A l\u2019Ecole Sociale Populaire de Montréal. 396 Revue Dominicaine C\u2019est le compte-rendu des cours et conférences données à la Semaine Sociale de Rimouski en 1933.Les lecteurs de la Revue Dominicaine se souviennent encore des pages enthousiastes que le R.P.Lévesque consacrait à cet « événement social » ici même dans la livraison d\u2019octobre 1933 (pp.562-567).On voudra bien s\u2019y reporter.Qu\u2019il suffise de noter l\u2019importance et l\u2019actualité de cette publication.Une simple lecture de ces pages laisse déjà soupçonner au moins informé l\u2019ampleur et la gravité de notre problème agricole.Problème économique et social : il met en question ie sort de toute une partie de notre population.Problème national, aussi, car il est avéré que la survivance canadien-ne-française ne se conçoit pas sans un enracinement de souche, dirions-nous, au sol canadien.Problème politique également, mais au sens noble du mot; comment maintenir la province ou l\u2019Etat canadien sans une agriculture prospère \u201c?Problème religieux enfin, s\u2019il est vrai que le milieu, la langue et les conditions matérielles de l\u2019existence ont une énorme influence sur l\u2019épanouissement normal de la vie surnaturelle dans l\u2019homme.On voit l\u2019envergure avec laquelle les conférenciers de la S.Sociale ont traité leur sujet.Techniciens en matière agricole, professeurs de nos écoles d\u2019agriculture, chefs politiques et religieux, tous ont collaboré à l\u2019œuvre commune.Le volume qui nous apporte l\u2019ensemble des idées échangées en la circonstance mérite donc qu\u2019on le lise et que l\u2019on agisse en conséquence.avant longtemps! T.M.Landry, 0.P.R.P.Urbain-M.Yonekawa.\u2014 « Aines Japonaises ».Braine-le Comte, Zech et Fils.E-diteurs des Archevêchés de Smyrne et de Québec. L\u2019esprit des Livres 397 Ce volume, paru depuis un an déjà, et qui, comme l\u2019écrivait récemment un missionnaire, nous donne une idée très exacte du Japon moderne, mérite l\u2019attention du public.Que le nom de l\u2019auteur n\u2019effraie pas! Il est porté par le personnage bien connu qui nous donna « Propos Japonais ».Du R.P.Urbain-M.Cloutier au R.P.Ur-bain-M.Yonekawa, il n\u2019y a que la distance d\u2019un acte de naturalisation, tout simple pour qui s\u2019est donné sans réserve au service des âmes.Cette fois, il s\u2019agit de la conversion de néophytes dont le R.P.développe devant nous les étapes.Et parce que ce sont « ses » convertis, il a mis tout le long de ce livre une chaleur, comme un attendrissement qui nous fait nous intéresser à tous et à chacun des individus qu\u2019il nous présente.Comme l\u2019indique le titre, le R.P.Yonekawa veut nous faire entrer en contact avec des âmes japonaises qui vivent de la vie du Japon.Aussi le déroulement de ces vingt-deux historiettes nous met-il un peu au fait des mœurs et de la mentalité ; si bien qu\u2019à la fin du volume, après avoir entrevu les cérémonies du mariage et de l\u2019enterrement, la réception du missionnaire dans les familles, le détail du thé, les milieux universitaires, la vie japonaise enfin, dans ces petites maisons aux « shoji » (murs) mobiles, après avoir constaté le curieux mélange d\u2019insouciance et de force tranquille qui se retrouve presque chez tous, après avoir expérimenté l\u2019influence considérable du milieu familial, nous avons l\u2019impression de connaître un peu le décor, et de mieux comprendre ces hommes si différents de nous.Mais l\u2019intéressant surtout, c\u2019est la façon dont ces â-mes humaines, rachetées elles aussi par le sang du Christ, réagissent devant le grand problème de la vie.Le R.P. 398 Revue Dominicaine Yonekawa nous présente de préférence des âmes d\u2019enfants et de jeunes gens, ou mieux, fait originer le travail de la grâce dès les premières années.Nombre de ces conversions sont des retours au catholicisme dont on avait a-bandonné la pratique, ou encore la rentrée au bercail d\u2019âmes trompées par la propagande protestante.Le protestantisme dont les immenses ressources matérielles favorisent la diffusion, apparaît souvent comme une pierre d\u2019achoppement au travail de nos missionnaires.Les besoins psychologiques servent de preuve presque partout.Mais si l\u2019insatisfaction foncière du désir humain, le manque de vitalité du boudhisme, la beauté de la doctrine du Christ et les merveilles de sanctification qu\u2019elle produit, attirent vers la religion de Jésus, il reste encore des objections à résoudre avant toute étude sérieuse, avant l\u2019adhésion globale, dirions-nous.« Si la religion catholique est la seule vraie, que penser du boudhisme qui a fait du Japon un pays puissant et prospère'?Où est ma mère vénérée, morte dans la religion boudhiste '?Quel est le culte à rendre à l\u2019empereur et aux ancêtres ?» C\u2019est toute l\u2019âme japonaise qui proteste, comme au bris du moule qui l\u2019a formée.Une fois ces objections préliminaires résolues, l\u2019étude commence.Nous aimerions connaître les réactions de ces âmes devant les dogmes de notre religion, devant ses lois saintes.Quelle occasion unique ce serait de pénétrer au cœur même de la mentalité japonaise.Malheureusement le R.P.Yonekawa n\u2019en parle pour ainsi dire pas.Il décrit la route qui conduit à la grâce, plutôt que les impressions de ceux qui la parcourent.C\u2019était d\u2019ailleurs une exigence du but populaire de son livre.Mais si nous ignorons les problèmes intimes que pose nécessairement toute conversion, les difficultés extérieures, elles, apparaissent à l\u2019envi : opposition des parents, haine des boudhistes, mauvais traitements, réclusion, et combien L\u2019esprit des Livres 399 d\u2019autres obstacles dressés par Satan en vue d\u2019entraver la marche vers Dieu.Mais au terme, quelle magnifique floraison dans ces âmes où la bonne semence n\u2019avait pas encore été jetée! quel miracle de force, et parfois même quelle merveilleuse sainteté ! Le livre du R.P.Yonekawa auquel nous ne reprocherons que sa faiblesse de style, nous fait aimer l\u2019étrange pays qu\u2019il laisse entrevoir.Nous restons comme obsédés par un «Japonais au léger sourire qui voile souvent les plus dures souffrances intimes ».Or, pour nous, aimer le Japon, c\u2019est prier pour la conversion de ses habitants, rachetés eux aussi par le sang divin, c\u2019est aider les missionnaires qui y travaillent.Nous souhaitons qu\u2019« Ames Japonaises» trouve des lecteurs de plus en plus nombreux, afin que soient plus nombreux aussi les ouvriers de cette vigne choisie.F.-M.F.Dr C.d\u2019Eschevannes \u2014 « Pasteur, sa vie, sa foi, son œuvre » \u2014 Pierre Téqui, éditeur, 82, rue Bonaparte, Paris.\u2014 In-12 de 250 pages avec photographie.\u2014 A l\u2019étranger, 12 francs.À ne considérer que la branche la plus importante et la mieux connue de l\u2019œuvre de Pasteur, l\u2019exploitation féconde de la découverte des microbes, on peut dire que ce grand Français a accompli une révolution totale dans certaines parties de l\u2019industrie et de l\u2019agriculture, et surtout dans la médecine.D\u2019ailleurs, non content d\u2019être un prodigieux génie accomplissant d\u2019immenses découvertes, il a laissé une pléiade d\u2019élèves qui comptent et parmi les plus grands esprits et parmi les plus grands bienfaiteurs de l\u2019humanité.Il méritait donc qu\u2019un livre simple, comme celui-ci, permette aux ignorants de connaître ce qu\u2019est la vie 400 Revue Dominicaine d\u2019un savant et ses résultats.Mais le Dr d\u2019Eschevannes qui, au dire de son éditeur, a cherché longtemps sa voie avant de trouver le chemin de Damas, a voulu nous peindre en même temps que l\u2019homme de science le grand catholique que fut Pasteur.Pour cela, il a recueilli des documents inédits, comme le récit du prêtre qui, ayant été salué par Pasteur et ayant demandé l\u2019explication de ce geste, s\u2019entendit répondre « j\u2019ai coutume de saluer les prêtres de mon Dieu » ; il a pris dans la vie et la correspondance de son héros des mots, des faits, des citations, parmi lesquelles on nous permettra de reproduire le passage d\u2019une lettre à un ami : « Vous ne pourriez mieux faire que de chercher des remèdes à vos-souffrances morales dans le travail, la religion et l\u2019exercice de la charité.Les sentiments religieux vous apporteront des consolations en vous inspirant la patience ».Mais la part la plus démonstrative du livre est constituée par les textes officiels publiés par Pasteur lui-même, et, parmi eux, son discours de réception à l\u2019Académie Française avec cette page si belle (que nous sommes obligé de tronquer) : « Le positivisme ne pèche pas seulement par une erreur de méthode.Dans la trame de ses raisonnements se révèle une considérable lacune.Il ne tient pas compte de la plus importante des notions positives, celle de l\u2019Infini.Au delà de la voûte étoilée qu\u2019y a-t-il ?De nouveaux cieux étoilés.Soit ! Mais peut-on s\u2019arrêter dans le temps ou dans l\u2019espace.Il y a des grandeurs sans limite.Et celui qui proclame l\u2019existence de l\u2019infini accumule plus de surnaturel qu\u2019il n\u2019y en a dans les miracles, car la notion de l\u2019infini a le double caractère de s\u2019imposer et d\u2019être incompréhensible.Quand cette notion s\u2019empare de l\u2019entendement, il n\u2019y a qu\u2019à se prosterner.La notion de l\u2019infini dans le monde, j\u2019en vois partout l\u2019inévitable expression.Par elle le surnaturel est au fond de tous les cœurs.L\u2019idée de Dieu est une forme de l\u2019idée de l\u2019infini.Heureux celui qui por- L\u2019esprit des Livres 401 te en soi un Dieu, un idéal \u2014 idéal des vertus de l\u2019Evangile \u2014 et qui lui obéit ».Pasteur s\u2019est donc lui-même proclamé croyant.Mais il a fait plus, et à mon avis l\u2019Auteur n\u2019insiste pas assez sur ce point, il a délimité très exactement les frontières du doute scientifique et de la certitude religieuse.Relisons quelques phrases du discours qu\u2019il prononça en 1874, à la Distribution des prix du collège d\u2019Arbois : « La libre pensée dans le sens cartésien, la liberté dans l\u2019effort, la liberté dans la recherche, le droit de conclure sur le vrai accessible à Vévidence et d\u2019y conformer sa conduite, oh ! ayons le culte de cette liberté-là.Mais la libre pensée qui réclame le droit de conclure sur ce qui échappe à une connaissance précise, celle-là, répu-dions-la avec énergie.Vraiment, je les admire tous ces grands philosophes ! Eh quoi ! Nous autres patients scrutateurs de la Nature, riches des découvertes de nos devanciers, munis des instruments les plus délicats, armés de la sévère méthode expérimentale, nous bronchons à chaque pas dans la recherche de la vérité et nous nous apercevons que le monde matériel est presque toujours autre que nous l\u2019avions pressenti.Mais eux, livrés tout entiers à l\u2019esprit de système, placés derrière le voile impénétrable qui couvre le commencement et la fin de toutes choses, comment font-ils pour savoir \u201c?» Un officiel, M.Bérard, n\u2019a pas hésité à dire : « La foi de Pasteur, loin d\u2019être une faiblesse, était au contraire une nouvelle preuve de la force d\u2019un esprit sachant appliquer à tous les ordres de connaissance la méthode qui lui convient : la soumission à la révélation pour les vérités divines, la libre recherche dans les vérités scientifiques ».Nous pensons qu\u2019il y a lieu de ne pas chercher sur le catholicisme de Pasteur une autre appréciation que celle de son confesseur, un dominicain, le Père Boulanger (auquel il demanda les derniers sacrements, ayant encore sa pleine connaissance).Celui-ci écrivait en 1897 : « Hier je découvrais dans mon cœur que, sans m\u2019en douter, je rendais 402 Revue Dominicaine à Dieu pour M.Pasteur les mêmes actions de grâces que je rends pour les saints ».Pasteur fut donc un authentique catholique comme il le proclamait lui-même.Il serait souhaitable que ce livre soit largement répandu parmi la jeunesse intellectuelle.Elle y trouverait un exemple de travail acharné et désintéressé, un exemple de charité, un modèle de vie catholique et de plus un enseignement précieux sur les rapports de la Religion et de la Science.Elle y verrait la démonstration que « Beaucoup de Science amène à Dieu ».A.Laquerriere « Et à l\u2019heure de notre mort ».\u2014 Vie et mort é-difiantes de cinq jeunes Dominicains.Œuvre de Presse Dominicaine, Montréal, 1934.On ne pardonne pas à la mort de prendre la jeunesse toujours si pleine de promesses et si riche d\u2019avenir ! Jeunesse \u2014 le mot lui-même n\u2019a-t-il pas quelque charme qui évoque la fleur et fait escompter le fruit \u2014 Et quand la plante croît \u2014 docile \u2014 dans le jardin du Maître, on comprend mal pourquoi l\u2019aveugle faucheuse fauche sans pitié.On se souvient de cette noyade tragique, en septembre 1931, qui enlèva d\u2019une seule vague cinq jeunes membres de la famille dominicaine.A ce moment-là, les journaux ont raconté l\u2019événement avec les mots et sympathies d\u2019usage.Dans tous les milieux on s\u2019attrista \u2014 la presse protestante même esquissa pour nous, catholiques, un geste de rapprochement fraternel.Et puis \u2014 le silence tomba sur ces faits comme il avait dû retomber là-bas sur les rives de l\u2019Outaouais.Qui dit que dans notre mémoire surchargée nous n\u2019avions pas commencé d\u2019assimiler cette catastrophe à la «Légende des flots bleus » que nous chantaient nos mamans autrefois ?Aujourd\u2019hui, il faut être reconnaissant à l\u2019Oeuvre de L\u2019esprit des Livres 403 Presse Dominicaine qui nous présente sur les chers disparus un livre précieux, tant par sa tenue que par ce qu\u2019il contient, pour nous, d\u2019exemples bienfaisants.Le récit de l\u2019unique survivant nous permet de les voir pénétrer dans le mystère de la mort, en gardant tous leurs moyens.Ils sombrent avec toute la dignité du sacerdoce.Mais cette abdication suprême, ce don de la vie ne surprend plus dès qu\u2019on prend connaissance, grâce aux témoignages des frères-amis, des goûts et des aspirations de chacun des cinq.Le tout, recueilli aux bonnes sources, fait de l\u2019ensemble un volume pétri du meilleur et du plus attachant de la personnalité humaine.L\u2019amitié surnaturelle penchée sur la mort fait revivre les âmes et pour nous les faire aimer davantage elle sait diffuser la lumière un peu crue de la vérité dans le délicat de la charité.Cinq cœurs, cinq vies, cinq âmes \u2014 germes de sainteté éclos sous des cieux différents, unis pour un même idéal et confondus dans la simplicité tragique de leur mort î Ceux qui savent ce qu\u2019il faut de tendresse divine et humaine pour faire grandir une âme liront ce livre avec quelque chose de plus que de l\u2019intérêt.Ils s\u2019attarderont volontiers à la première page, éloquente entre toutes puisqu\u2019elle résume leur destinée providentielle.\u2014 Ces photos, les leurs, encadrant sur la Croix le médaillon de la Vierge, n\u2019est-ce pas suffisamment symbolique pour expliquer, pendant la vie, tant de fraîcheur d\u2019âme et dans la mort, une attitude si noblement convaincue.Rita Lebrun Frères Gilles, O.F.M.\u2014 « Les Croisés pacifiques ».Un volume in-12 de 135 pages.Imprimerie J.Mersch, 17, Villa d\u2019Alésia, Pa- 404 Revue Dominicaine ris.1933.(l) Un livre sur la Terre-Sainte est toujours de nature à intéresser tout chrétien dont la foi est vive et qui nourrit dans son coeur des sentiments de tendre affection et de profonde reconnaissance envers l\u2019Homme-Dieu.Connaître, en effet, ce merveilleux pays d\u2019une façon toujours plus parfaite afin de mieux comprendre et goûter toujours davantage les divines Ecritures elles-mêmes, mais qui ne le désire de toute son âme ?\u2014 Il n\u2019est pas donné à tous de visiter les Lieux-Saints et de savourer le charme exquis qui se dégage du contact intime des lieux sanctifiés par la présence du Sauveur, de sa divine Mère et de nombre de saints illustres, mais tout catholique peut et doit avoir à cœur de connaître au moins par la lecture le pays célèbre entre tous d\u2019où lui sont venus la lumière et le salut.Assez rares, néanmoins, sont les livres accessibles à tous sur la Terre-Sainte et qui aient pour but d\u2019édifier le lecteur par des considérations de foi tout autant que de le renseigner par une abondance de détails touchant les lieux historiques de cet intéressant pays.Il y a bien les Guides mais outre qu\u2019ils sont « toujours pressés » ils ne visent pas d\u2019ordinaire à l\u2019édification de ceux qui s\u2019en servent.Le livre idéal sur la Terre-Sainte serait, ce semble, celui qui joindrait aux renseignements d\u2019ordre historique et topographique le souci de stimuler la foi et la piété du lecteur.Or, un tel livre, croyons-nous, est paru au cours de l\u2019année dernière en « Hommage au Christ, roi éternel des siècles, en ce jubilé sacré de notre Rédemption.» Il a pour titre « Les Croisés pacifiques » et est l\u2019œuvre d\u2019un (x) La présente recension se réfère à la nouvelle édition \u2014 revue et augmentée \u2014 de cet ouvrage déjà paru au pays au cours de l\u2019année 1932. L\u2019esprit des Livres 405 excellent écrivain canadien-français, membre de l\u2019Ordre de Saint-François et avantageusement connu tant au pays qu\u2019à l\u2019étranger sous le pseudonyme de « Frère Gilles ».En résidence depuis plusieurs années à Jérusalem et connaissant parfaitement l\u2019histoire et la topographie des Lieux-Saints il était tout désigné pour écrire un tel livre.Le but principal que s\u2019est proposé l\u2019auteur dans son ouvrage c\u2019est de faire connaître davantage l\u2019œuvre des religieux de Saint-François en Terre-Sainte en leur qualité de mandataires du Saint-Siège spécialement préposés à la sauvegarde et à l\u2019entretien des Lieux-Saints.Il y raconte donc la glorieuse histoire de la Custodie de Terre-Sainte, c\u2019est-à-dire, de l\u2019apostolat six fois séculaire des Frères Mineurs au pays de Jésus.L\u2019auteur a été bien inspiré de traiter ce sujet si digne d\u2019intérêt pour tous, aussi a-t-il pu le faire avec la plus légitime fierté, \u2014 Il faut lire, en effet, ces pages pour connaître ce qu\u2019un trop grand nombre de catholiques de tout rang comme de tout pays ont par trop ignoré jusqu\u2019ici, savoir : le dévoûment obscur mais combien héroïque de ces humbles et fervents religieux en vue de conserver pour l\u2019honneur et le bien de la chrétienté les lieux vénérables où se sont accomplis les mystères sacro-saints de notre rédemption.En des récits vibrants d\u2019émotion et de la plus belle tenue littéraire l\u2019auteur raconte les péripéties qui ont marqué l\u2019occupation franciscaine des Lieux-Saints, occupation encore incomplète mais en raison des seules difficultés quasi insurmontables toujours rencontrées.Il rappelle les services que la Custodie a rendus et continue de rendre à la chrétienté en Palestine et les titres de reconnaissance qu\u2019elle s\u2019est acquis de la part de l\u2019Eglise et des fidèles de tout temps et de tout pays.En parcourant ces pages qu\u2019ils liront avec plaisir, profit et piété « les anciens pèlerins de Palestine y revivront leur pèlerinage et comprendront bien des choses restées à l'état de point d\u2019interrogation.Les pèlerins de demain y trouveront la clef qui leur ouvrira l\u2019horizon palestinien, et, 406 Revue Dominicaine rendus sur place, un complément anticipé aux dires des Guides toujours pressés » (D\u2019une lettre de l\u2019auteur au soussigné).\u2014 Nous souhaitons vivement que ce beau livre rencontre partout l\u2019accueil qu\u2019il mérite et qu\u2019en contribuant à taire mieux connaître et aimer les Lieux-Saints il stimule la charité des fidèles envers ceux qui se dévouent avec tant de zèle et de générosité à leur garde et à leur entretien séculaires.Fr.A.-M.Richer, 0.P.Dom Guéranger : \u2014 « Sainte Cécile et la Société Romaine aux deux Premiers Siècles ».\u2014 2 vols, in 16, XI-387-455 pp., Paris, Té-qui, 1933, (lOième éd.) Loin d\u2019avoir été un accident dans la carrière du célèbre abbé de Solesme, l\u2019étude de la vie de Sainte Cécile a été l\u2019une de ses plus constantes et de ses plus chères préoccupations.Le 3 avril 1854, il pouvait écrire à J.B.de Rossi, alors à ses premières fouilles dans les catacombes romaines : « Comment serait-il possible, mon cher ami, que je ne vous aimasse pas comme un autre moi-même, moi qui, tout barbare que je suis, n\u2019ai cessé depuis 1825 de songer aux catacombes et de recueillir tous les faits qui s\u2019y peuvent rattacher.Dieu mettrait le comble à notre amitié si par vous le tombeau de ma bien-aimée Sainte Cécile m\u2019était révélé ».Les deux premières éditions de l\u2019ouvrage, celle de 1849 et de 1853, se bornaient à raconter l\u2019épisode de la vie de la Sainte.Mais comme les découvertes archéologiques apportaient chaque jour de nouvelles lumières, le rôle de Cécile prenait des proportions jusqu\u2019alors insoupçonnées.« Dès lors, écrit Dom Guéranger, (Préface, VIII-IX), notre œuvre se déclarait d\u2019elle-même incomplète ; plus d\u2019une erreur matérielle lui devenait imputable, et notre seconde L'esprit des Livres 407 édition n était pas épuisée que déjà il nous paraissait évident qu\u2019il n\u2019était plus possible de raconter le grand rôle de Cécile, ce personnage si important, sans y joindre le récit de 1 histoire chrétienne de Rome aux deux premiers siècles.Au lieu d\u2019un épisode, c\u2019était une histoire qu\u2019il fallait écrire ».Il reprit donc son œuvre, et en 1873 en paraissait le texte définitif, celui que reproduisent toutes les éditions subséquentes.La science historique n\u2019en continua pas moins de progresser.Elle a reconnu depuis, que les Actes de Sainte Cécile, principale source de la Vie, ne remontent pas au delà de 486.Dom Guéranger les croyait basés sur des documents antérieurs.Or, il ressort clairement des travaux de Erbes que nous avons affaire à une pièce disparate, faite d\u2019emprunts au De Trinitate de S.Augustin, à l\u2019histoire des Vandales de Victor de Vite.L\u2019interrogatoire de la Sainte n\u2019est qu\u2019une adaptation maladroite de l\u2019Apologé-tique de Tertullien.Pour la mort de Cécile, Dom Guéranger, dans ses deux premières éditions, s\u2019en était tenu à la date traditionnelle 230.Dans sa troisième il opta pour 178.Dom H.Quentin ne craint pas de proposer l\u2019époque de Dioclétien (début du IVe siècle).Et alors, le tableau de la société romaine aux deux premiers siècles qui remplit le premier volume ne vaudrait plus pour l\u2019histoire de Sainte Cécile, quelque valeur qu\u2019il garde en lui-même.C\u2019est le sort commun des livres d\u2019histoire relatifs à des points encore mal connus de vieillir très vite.Mais ce qui n\u2019a pas vieilli dans la Sainte Cécile de Dom Guéranger, c\u2019est la ferveur, la poésie, le grand sens chrétien avec lesquels elle fut écrite.Outre la science de son temps, l\u2019auteur y avait mis toute son âme.C\u2019est ce qui explique l\u2019accueil enthousiaste qu\u2019on lui fit, et c\u2019est ce qui lui assure un intérêt qui ne disparaîtra pas.A.-M.G. 408 Revue Dominicaine ACCUSES DE RECEPTION Le salut assuré par la dévotion à Marie \u2014 Témoignage et exemples, par le R.P.Gay, S.M.S.6e édition, 180 p.P.Téqui, 82, rue Bonaparte, Paris, 1934.Prix : 3 f.50.Retraite spirituelle sur l'importance de se donner tout à Dieu, par le R.P.François Nepveu, S.J.Nouvelle édition, 340 p.P.Téqui, Paris, 1934.St.Thomas Aquinas \u2014 On being and essence (De ente et essentia) Translated from the latin, by Clare C.Riedl, M.A.66 p.St.Michael\u2019s College, Toronto, 1934.Ce petit modèle de traduction entre dans une série d\u2019études philosophiques où se reconnaît l\u2019esprit progressif du célèbre Collège universitaire.Il est suivi d\u2019un index compilé par Mr.Peter B.Hussey.En réponse à plusieurs demandes d\u2019information, c\u2019est chez Letouzey & Ané, 87 Blv.Raspail, Paris, qu\u2019on peut se procurer le volume du Dr J.-N.-J.Smulders intitulé « De la continence périodique dans le mariage ». 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Saint-Hyacinthe F.Daoust, gérant\tTéléphone 59-w LA COMPAGNIE D'EAU MINERALE Propriétaire du célèbre Philudor 148, rue Concorde - Saint-Hyacinthe Téléphone: CRescent 2734 M.J-ALBERT LARUE ARCHITECTE A.A.P.Q.5711, rue Durocher Montréal La Province de Québec Conservons-iui son caractère français La province de Québec s\u2019enorgueillit à bon droit d\u2019être la seule province française en Amérique.Elle est fière de ses origines, de sa langue, de ses mœurs et coutumes, si différentes de celles des autres provinces canadiennes et des autres pays du continent nord-américain.Il est donc important que l\u2019on conserve précieusement l\u2019ambiance bien française et la beauté qui doivent être les attraits principaux du pays de Québec.LA PART DE LA PROVINCE.Le gouvernement de la province de Québec, par son ministère de la Voirie, a fait sa part pour contribuer à l\u2019embellissement des campagnes québécoises et pour la conservation de la physionomie particulière de la province.Il a contribué à l\u2019ornementation de la campagne en faisant planter le long des grandes routes plus de 250,000 arbres.Il a contribué à l\u2019embellissement des habitations et des bâtiments de ferme en organisant des concours pour la propreté des maisons et la beauté des jardins et en distribuant, à titre absolument gracieux, de la chaux pour blanchir mai sons et dépendances.En dix ans, au delà de quatre millions de livres de chaux ont été distribuées.LA PART DE CHACUN.La province a donc fait sa part pour conserver la beauté des campagnes que les touristes doivent traverser.Il faut que chacun fasse maintenant sa part.Un vieux proverbe dit : « Si chacun balayait devant sa porte, la rue serait propre ».De même, si chacun veut se donner la peine d\u2019entretenir son petit coin de terre, la province sera non seulement propre, mais elle sera belle et les étrangers se feront un plaisir d\u2019y revenir et d\u2019y envoyer leurs parents et amis.C\u2019est par là que nous montrerons que nous sommes français et que nous sommes fiers de l\u2019être.Ministère de la Voirie Province de Québec Hon.J.-E.PERRAULT,\tLt.-Col.J.-L.BOULANGER, ministre.\tsous-ministre.ARTHUR BERGERON, sous-ministre suppléant. Magasin: 401 TELEPHONE BELL Résidence : 439J J.D.DESROSIERS MARCHAND DE CHAUSSURES pour toute la famille.Motto: Service \u2014 Courtoisie et Qualité.143, rue Cascades, - Saint-Hyacinthe Je peux vous fournir tout ce qui peut vous être nécessaire en chaussures et en bas.AUSSI AGENCE DE RADIOS.Desmarais & Robitaille Limitée Ornements d\u2019église et Articles religieux 70 ouest, rue Notre-Dame, Montréal 21, rue Rideau, Ottawa, -\t- 95, rue Church, Toronto Nos maisons d\u2019Ottawa et de Toronto peuvent expédier des vins pour fins sacramentelles dans toutes les parties du Canada.THES\tCAFES\tCACAO EPICES\tGELEES\tESSENCES Nos 37 années d\u2019expérience sont une garantie pour vous.J.A.SIMARD & CIE 5, 7 est, rue Saint-Paul, - Montréal MONTREAL et NEW-YORK Tél.LAncaster 1950 Dentiers incassables \u201cResovin et autres\u201d, Ponts, Obturations de tous genres Ouvrage de première qualité seulement RAYONS X Dr J.-A.-ERNEST DAIGLE, B.C.D.CHIRURGIEN-DENTISTE Membre du Dispensaire Antituberculeux des Comtés de St-Hyacinthe et Rouville Spécialité : Chirurgie Buccale, Extractions sans Douleurs, Procédés nouveaux d\u2019Anesthésie.Prix raisonnables\t79 Ste-Anne Satisfaction Garantie\tST-HYACINTHE P.Q Ouvert de 9 A.M.à 9 P.M.\tTéJéphone 80 Tell Residence 244-w.(Le soir) Résidence 244-j.Bureau: 88 Maison établie en 1879 A.BLONDIN Limitée \u201cINSUL-BOARD\u201d \u2014 BOIS DE CONSTRUCTION FOURNISSEURS EN GROS Plomberie, Chauffage et Matériel de Construction, Peinture et Vernis 115, rue Cascades, - Saint-Hyacinthe ¦ ;*î i- ¦'.\u2022/¦J:.}\u2022¦ CHAPEAUX ROMAINS Feutre, Soie, Peluche, Cachemire, Paille Catalogue envoyé gratuitement sur demande m limite î 1170, rue Saint-Denis MONTREAL IâSERÂIN B IHARBONNEAU Limitée PHARMACIENS EN GROS Fabricants Chimistes \u2014 Instruments de Chirurgie.\u2014 Instruments pour Dentiste.30 est, rue Saint-Paul, -\t-\tMontréal Demandez notre Catalogue.Dominion Blank Book Co.LIMITED SAINT-JEAN, Qué.Manufacturiers de livres à feuilles mobiles, Livres de Comptabilités reliés.ENVELOPPES Notre catalogue vous sera envoyé sur demande. Certaines crises de genre épileptique ont souvent pour cause le ver solitaire C\u2019est une conviction chez les médecins o.ue dans nombre de cas certaines crises ressemblant fort à l\u2019épilepsie ont pour cause la présence de parasites intestinaux dans les conduits excrétoires.Cette conviction est tellement arrêtée chez eux qu\u2019avant d\u2019examiner un malade sujet aux crises d\u2019épilepsie ils tiennent à se rendre compte tout d\u2019abord s\u2019il n\u2019a pas le ténia ou ver solitaire.De cette façon maintes opérations inutiles et des soins médicaux continués pendant des années entières peuvent être évités car il suffira d\u2019éliminer de l\u2019organisme ce redoutable parasite, véritable fléau de l\u2019humanité.Les médecins qui se rendent compte du tort incalculable causé par cet horrible monstre font tout en leur pouvoir pour en débarrasser l\u2019humanité, mais bien souvent en pure perte, car nombre de malades ignorant la présence chez eux du ver solitaire attribuent leurs maux à d\u2019autres causes.Des milliers de malades, hommes, femmes et enfants, se font soigner pour diverses maladies alors que la véritable source de leur mal est le ver solitaire.Un signe indubitable de sa présence consiste dans l\u2019élimination de particules du parasite.Les indices de sa présence dans l\u2019organisme sont: la perte de l\u2019appétit, suivie à l\u2019occasion, de fringales, l\u2019état crémeux de la langue, la cardialgie (ou douleur d\u2019estomac), des douleurs au dos, aux bras et aux jambes, des étourdissements, des maux de tête, des états de langueur, le beso'n de manger en dehors des repas, l\u2019amaigrissement, les yeux cernés.Le malade éprouve encore des lourdeurs ou des gonflements d\u2019estomac et à certains moments une sensation de rampement dans la région de l\u2019estomac et des intestins comme aussi d\u2019une invasion graduelle du canal alimentaire de l\u2019estomac à la gorge.Le malade a la peau jaunâtre, il perd du poids, son haleine est fétide, il est porté à expectorer fréquemment, il est sans aucune ambition, il n\u2019a de goût pour aucune sorte de travail, il s\u2019abandonne à l\u2019oisiveté.-\u2014- Il est avéré que des crises d\u2019épilepsie ont été causées par la présence de cet horrible annelé qui atteint parfois une longueur de cinquante pieds.Quand il rampe dans la trachée-artère la victime est exposée à être suffoquée.Débarrassez-vous sans retard de ce monstre avant qu\u2019il ne compromette à tout jamais votre santé.Envoyez $5.50 pour un traitement Laxtan en vue de vous débarrasser de ce dangereux parasite.Au cas ou vous n\u2019auriez pas le ver solitaire l\u2019emploi du Laxtan serait inoffensif.Ce remède se vend exclusivement au US Laboratory, 4837 USL Bldg., Box 2006, Hollywood, Calif.On ne peut se le procurer dans les pharmacies.En faisant votre commande indiquez votre âge et votre sexe.Le Laxtan est un remède fabriqué dans votre intérêt.Il ne s\u2019expédie pas contre remboursement (C.O.D.).C\u2019est pourquoi vous devez joindre le prix à votre commande.En vue de faire recommander (enregistrer) le paquet ajoutez au prix le montant de 25 sous.Ce remède est garanti.(Découpez cette annonce et conservez-là, elle pourra vous être utile à quelque jour.Montrez-là à un ami malade et il vous sera à jamais reconnaissant de lui être venu en aide). 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