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Titre :
Revue dominicaine
Éditeur :
  • St-Hyacinthe :Couvent de Notre-Dame du Rosaire,1915-1961
Contenu spécifique :
Juin
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Rosaire
  • Successeur :
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Revue dominicaine, 1934-06, Collections de BAnQ.

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[" Bibliothèque des TROIS-RIVIÈRES Public Library JOoiiiininiiiir m ^Rcûue ^omttttcaine Paraît chaque mois à 80 pages Directeur R.P.M.-A.Lamarche Conseil de Rédaction RR.PP.Ceslas Forest Benoît Mailloux Raymond Voyer Th.-M.Lamarche Albert Saint-Pierre Abonnements Canada :\t$2.00 Etranger :\t$2.25 Avec le « Rosaire » : 25 sous en plus par an Le numéro: 25 sous La Revue ne sera pas responsable des écrits de collaborateurs étrangers à l\u2019Ordre de S.Dominique.EN JUILLET-AOUT REPONSE A NOTRE ENQUETE par M.Claude Prévost, avocat CATHOLIQUES ET PROTESTANTS par le R.P.Raymond Charland, O.P.Professeur de Droit Canonique au Couvent d\u2019Ottawa.5375, Av.N.-D.de Grâce, Montréal (Canada) AYEZ-VOUS PREVU Que le Destin (même sans fatalité extraordinaire) peut, en vous enlevant soudain à l'affection des vôtres, les priver de leur soutien moral et matériel, compromettre leur avenir ou même les plonger dans le dénuement complet ?Qu\u2019un capital supplémentaire \u2014 ou peut-être même le seul qui vous restera\u2014 à toucher inéluctablement à l\u2019époque choisie, à l\u2019heure de la retraite ou au début de votre vieillesse, est une agréable perspective?Que les entreprises humaines dans lesquelles vous êtes intéressé sont faillibles, et qu\u2019une mesure de prévoyance basée sur des certitudes mathématiques doit de toute manière retenir votre attention, quelle que soit votre situation actuelle?Que l\u2019éducation de vos enfants, l\u2019avenir que vous entrevoyez pour eux.ainsi que pour votre femme et tous les vôtres, reposent, à l\u2019heure actuelle, uniquement sur cette base si fragile qu\u2019est votre propre existence ?Si vous l\u2019avez prévu, qu\u2019attendez-vous donc pour vous assurer dans LA SOCIETE DES ARTISANS CANADIENS-FRANCAIS La plus forte Société française en Amérique Qui vous libérera de tous soucis, sans charge excessive ' La Société des Artisans Canadiens-Français Société mutuelle astreinte aux mêmes obligations légales de sécurité que les Compagnies commerciales.VIE, ACCIDENT, MALADIE, INVALIDITE, RENTES VIAGERES.Tous les bénéfices réalisés, au lieu d\u2019être distribués à de» actionnaires, vont directement aux assurés eux mêmes.860 succursales et bureaux de perception au Canada et aux Etats-Unis.Siège social: MONTREAL.Réserve accumulée: plus de $14,500,000.00.Bénéfices payés, depuis la fondation $20,000,000.00.Dividendes payés aux sociétaires durant l\u2019année 1933: $90,739.13. Juin 1934 SOMMAIRE M.le Juge Ferdinand ROY Réponse à l'Enquête M.Léonce DESGAGNE Les leçons de l'architecture Médiévale Mlle France ANDERSON Katherine Mansfield R.P.Louis LACHANCE, O.P.Chronique de Philosophie LE SENS DES FAITS Humanisme chrétien et culture classique, par le T.R.P.Chenu, O.P.\u2014 A St-Hyacinthe.L\u2019ESPRIT DES LIVRES Roy : Thérèse Neumann (A.-G.A.) Mme Vézina: Chaque Heure a son Visage (M.-A.L.) Béard: L\u2019Abbé Joseph Viollet (R.-M.D.) P.Poulin: Nérée BeauChemin (L.G.) Soubigou: Sous le charme de l\u2019Evangile selon S.Luc (A.S.) Gardeil: Le Donné révélé et la Théologie (R.-M.M.) Table des Matières, \u2014 1er semestre. Réponse à l\u2019Enquête « Vie intellectuelle, idées ou préoccupations religieuses de nos professionnels La demi-science éloigne de la religion ; la vraie science y ramène.(Bacon) Mon Père, je m\u2019accuse .de médisance grave.Ces « professionnels », (dont, hélas ! je suis), j\u2019ai dit à tout venant, même en public, qu\u2019il n\u2019y a, chez eux, à proprement parler, ni vie intellectuelle, ni préoccupations religieuses.\u2014 Les cinq à dix justes, qui retardent l\u2019extermination ?\u2014 Peut-être y sont-ils.Pour le reste, ce n\u2019est point calomnie.Plus on poursuit en soi et autour de soi l\u2019examen de conscience auquel vous nous conviez, plus on se sent tourner dans le vide.Par ailleurs, si, dans notre petit monde, il y avait vraiment commerce d\u2019idées, signes de culture générale, activité spirituelle, « on le saurait » ! \u2014 Ce monde sort pourtant de l\u2019Université! \u2014 Qu\u2019est-ce que cela prouve ?Et même, est-ce bien établi que nous en ayons, des universités ? 410 Revue Dominicaine On le saurait, dis-je ; car c\u2019est bien, n\u2019est-ce pas, d\u2019un fait qu\u2019il s\u2019agit, de vie vécue ?Pour le découvrir, ce fait, et d\u2019abord, pour savoir de quoi se nourrit, ce que produit notre intelligence, on a couvert, semble-t-il, tout le champ d\u2019observation lorsque, depuis des années, on a suivi les conversations de cercle ou de salon, fréquenté le milieu, écouté les discours, lu ce qu\u2019écrivent ces « professionnels ».Or, leurs propos, parlés ou écrits, intimes ou publics, révèlent-ils jamais des esprits préoccupés d\u2019autre chose que des potins du jour, des affaires courantes, de l\u2019aspect purement relatif à tel personnage, d\u2019une question politique, de l\u2019intérêt matériellement utilitaire du sujet dont on cause ?Sans doute, cela peut arriver ; cela arrive \u2014 une fois sur cent.Arrive-t-il au moins qu\u2019une i-dée générale un peu neuve, pas trop lieu commun, tombe dans ce désert ?Pas plus souvent.Aussi voit-on alors qu\u2019elle étonne ; elle déroute ; on n\u2019a pas, cela saute aux yeux, l\u2019habitude.Elle ne sera que lueur fugitive, à laisser fuir, qui n\u2019amorcera pas la controverse élevée.L\u2019Idée n\u2019intéresse pas.L\u2019esprit critique faisant défaut, qui manifesterait une pensée vivante, on revient tout de suite au terre-à-terre dont on vient ainsi fâcheusement d\u2019être distrait.Sans doute, parmi ceux qui se taisent, quelques germes confus, quelques ébauches Réponse à l'Enquête 411 d\u2019idées peuvent s\u2019agiter au for intérieur ; il y a velléité de mettre sur la route de cette pensée qui passe une autre pensée.Mais comment l\u2019exprimer, amorphe et embryonnaire, avec la langue elle-même rudimentaire, inarticulée, sans muscles syntaxiques, la langue, elle-même sans vie, que nous parlons ?.On a beau regarder, tendre l\u2019oreille, scruter, on ne découvre que ceci : nous en sommes toujours au pauvre petit bagage philosophique, littéraire, dont le volume n\u2019a pas grossi depuis le cours classique, ni la valeur augmenté ;.à la petite flamme allumée jadis, jamais ravivée, obscurcie plutôt par ce qu\u2019y mêle la poussière des menus soins du métier, des distractions \u2014 d\u2019ordre végétatif \u2014 sociales ou sportives, auxquelles l\u2019esprit, embué, absent, demande toute sa joie .Et ce qui, pour le témoin intéressé de ce spectacle affligeant, rend la résignation difficile, le silence oppressant, c\u2019est que ce n\u2019est pas là cas d\u2019impuissance.Ce n\u2019est pas le fonds qui est inférieur.De notre sol aussi, tout comme ailleurs, on pourrait tirer les mêmes fruits utiles et les non moins utiles fleurs.Mais on n\u2019a cure.C\u2019est infirmité consentie.Alors, que voulez-vous que fassent, dans le champ de la religion, ces travailleurs insoucieux de supériorité, de vie intellectuelle ?Le miracle 412 Revue Dominicaine serait de les y voir jouer le rôle qui est le leur.Ceux que les idées, par elles-mêmes, pour elles-mêmes, n\u2019attirent pas, l\u2019idée religieuse les ennuie, les repousse.Ce qui est tout naturel, d\u2019une logique forcée, c\u2019est que ce rôle, à tenir au premier plan, ils ne songent pas même à l\u2019apprendre.Ils ne le savent pas, et ne font rien pour le savoir.Il faut le redire : la grande pitié de notre classe « instruite », c\u2019est d\u2019être ignorante.Le gros péril, \u2014 auquel on voit bien qu\u2019elle s\u2019expose, et n\u2019échappe pas toujours, \u2014 c\u2019est que l\u2019indifférence passive aux choses de l\u2019esprit ne devienne de l\u2019indifférence hostile à l\u2019esprit religieux.La demi-science, plus funeste que l\u2019ignorance totale, façonne à la fois des cerveaux satisfaits et crée un état de quiétude morale qu\u2019on s\u2019irrite de voir troubler.Qui donc a le goût et le courage d\u2019ouvrir un livre d\u2019apologétique, de consulter et méditer quelque essai de défense de nos dogmes ou de notre morale ?On ne lit pas même, au journal, la dernière encyclique parue, le dernier mandement de l\u2019Evêque, \u2014 à moins que la presse étrangère ne leur fasse un sort de « faits divers », y greffe l\u2019attrait du scandale.\u2014 Cependant que l\u2019on absorbe, en le dégustant, tout ce qu\u2019une littérature profane, \u2014 romans ou théâtre, \u2014 distille de poison moral ou doctrinal.Conséquence fatale : si l\u2019on voit bien, par exemple, dans nos groupes où chacun est d\u2019un parti, qu\u2019il y a une Réponse à l'Enquête 413 vie politique, l\u2019on ne voit pas moins clairement que de vraie participation à la vie intellectuelle de l\u2019Eglise, il n\u2019y en a point, et que, pour la défense d\u2019un parti catholique, c\u2019est ailleurs que chez ces mois adhérents qu\u2019il faudrait chercher des défenseurs.Cette attitude, qui n\u2019est pas exclusivement la nôtre, a fait dire que notre peuple, éternel « a-dolescent », traverse sa « crise de la foi ».C\u2019est, avec trop d\u2019indulgence, nous faire beaucoup d\u2019honneur.Ce noble combat où, dans le travail tourmenté d\u2019une pensée qui médite, la raison et la foi se disputent une âme, n\u2019est pas notre affaire.Il y a longtemps que notre apathie, incapable de méditation, n\u2019offre plus de résistance aux assauts dont le sentiment de mysticisme religieux, sucé avec le lait maternel, est la victime.La victime, par miracle, encore survivante ! Car, du sentiment est née, dans les actes, l\u2019habitude ; on continue donc de « pratiquer » ; au minimum, au ralenti, sans doute ; mais l\u2019habitude du geste réflexe, de la fonction sociale, rend à son tour ce service au sentiment d\u2019en protéger le souvenir.Mais notre catholicisme n\u2019a plus guère, pour aller de l\u2019avant, que ces deux béquilles.Il n\u2019est pas le fier navire que la tempête peut retarder mais qui lutte, fend le flot et va quelque part ; c\u2019est la bouée muette, sans feux intérieurs qui l\u2019animent, 414 Revue Dominicaine que flux et reflux traînent en haut, en bas, nulle part, et que sa chaîne de traditions retient seule sur l\u2019ancrage, empêche seule d\u2019aller se perdre à la mer.Non, il ne paraît pas, sauf toujours quelques cas individuels, qu\u2019il y ait crise collective de la foi, et qui suspendrait momentanément le cours de notre vie religieuse.Cet état de stagnation permanente dure depuis trop longtemps ; il semble bien être devenu, tout monstrueux que ce soit, notre état normal.Comment l\u2019expliquer ?Qu\u2019en pensent eux-mêmes ces hommes de professions libérales ainsi mis en cause ?Les uns disent : A quoi bon ?Curiosité, a-vidité intellectuelle, ce sont, en ce pays, des mots, de simples mots pour tout le monde vides de sens.Et, par surcroît, prétentieux.A quoi nous servirait l\u2019idéal qu\u2019ils suggèrent ?Où voit-on, chez nous, que la culture générale soit élément de succès ?Ne voit-on pas mieux et plus souvent qu\u2019elle est nuisible ?.Pour ce qui est de notre pratique religieuse, nous nous en tenons, c\u2019est vrai, à l\u2019indispensable, à ce sans quoi nous ne pourrions plus guère nous dire catholiques, mais cet essentiel suffit.Y ajouter, faire du zèle, ce serait nous exposer à un double risque : celui de marcher sur Réponse à l'Enquête 415 les plates-bandes des curés \u2014 chacun son métier ; \u2014 celui surtout de nous voir classer dans ces groupes où il y a celui-ci et celui-là, dévots l\u2019un et l\u2019autre, et dont l\u2019hypocrisie fructueuse ne cache pas les stupres.Et puis, nous ne sommes pas, pour cela, des mécréants, ni de malhonnêtes gens ; nous valons les autres ! D\u2019autres, moins réfractaires, accusent:\u2014Soit! cette médiocrité, la nôtre, nous est déplaisante à nous-mêmes, \u2014 quand il nous arrive d\u2019y penser, ce qui n\u2019est pas fréquent.Mais le chemin à faire, à refaire pour en sortir est trop long.Nous a-vons d\u2019autres soucis, plus pressants.Songez donc ! Aux tâches quotidiennes qu\u2019impose la nécessité de vivre, ajouter celle de réapprendre les vérités de notre religion ! Tout serait à recommencer, puisque c\u2019est la base même qui est é-branlée.Notre foi est mal assise.Il a suffi, pour la faire vaciller puis trébucher, des quelques coups portés par tel livre, telle revue que, par délassement, nos rares loisirs ont parcourus.Notre formation philosophique, religieuse est une œuvre manquée.Nous savons qu\u2019on s\u2019y prend autrement aujourd\u2019hui ; qu\u2019on remise, comme éteignoirs néfastes, certains manuels, étrangers ou indigènes, qui, sans montrer l\u2019art de penser, en étouffaient même le goût.Mais, ce n\u2019est pas tout-à-fait notre faute si, nous, de l\u2019enseignement purement livresque des vérités essentiel- 416 Revue Dominicaine les à l\u2019orientation pratique de notre raisonnement, de notre vie, nous n\u2019avons gardé que le souvenir, livresque aussi, d\u2019une gymnastique enfantine de l\u2019esprit, de tours de passe-passe intellectuels.Osselets sans moelle .On nous a ouvert le livre de la Science, sans nous apprendre à lire scientifiquement ; on nous a mis aux mains un outil dangereux sans nous enseigner l\u2019art de s\u2019en servir.D\u2019expériences au « laboratoire de la pensée », aucune.Confiant jusqu\u2019à la témérité dans notre foi de charbonnier, on n\u2019a pas pris garde qu\u2019on faisait de nous autre chose, des gens d\u2019autre métier.On n\u2019a tenu compte, parce que si fort encore de son ingénuité, que du seul sentiment religieux, au lieu d\u2019établir dans leur vertu directrice les idées immuables qui l\u2019eussent raffermi aux heures inévitables de défaillance.Il fallait nous équiper, nous armer pour les combats à venir.On a voulu le faire, c\u2019est entendu ; mais que valent, en pareille matière, les bonnes intentions ?Pour le faire, c\u2019est la valeur quantitative \u2014 programmes surchargés, nombreuses dévotions \u2014 qu\u2019on a exaltée ; la valeur qualitative s\u2019y est, à nos yeux, perdue.Il fallait choisir, nous avons confondu.Comme, si souvent, dans d\u2019autres domaines voisins, les honneurs usurpent la place et le rang de l\u2019honneur, ainsi l\u2019abondance, la longueur des prières (obligatoires) ont fait perdre la notion juste, précise, féconde et douce de la Prière .Alors, le Réponse à l'Enquête 417 milieu, l\u2019atmosphère ayant changé, et nous-mêmes ayant vécu, nous sommes désemparés.Tout cela, c\u2019est loin, c\u2019est vieille histoire ; et l\u2019occasion s\u2019est présentée, depuis, de mettre les choses au point, de faire le départ entre ce qu\u2019il convenait d\u2019imposer à l\u2019enfant et ce que l\u2019homme doit s\u2019imposer de discipline intellectuelle et religieuse ?Il est vrai ; mais l\u2019occasion est rare.Il nous paraît, à nous, que la prédication a été bien lente à la besogne de nous exposer, à nous laïques, les vérités dogmatiques, et de les justifier.Et, par exemple, depuis quand est-ce donc que l\u2019on a commencé de nous révéler les secrets merveilleux de la Liturgie ?C\u2019est l\u2019âge mûr, la vieillesse qu\u2019il a fallu attendre pour découvrir enfin cette science aux attraits si puissants et qui, pour nous, est nouvelle.Qui, justement, peut mettre de l\u2019intelligent, du compris dans des pratiques religieuses qui en sont dépourvues .Nous allions à la messe, comme on dit, « pour y accompagner nos femmes » et, surtout, par habitude.Et, sans doute, nous avons retenu le secret du Mystère qui s\u2019y accomplit.Mais, cette messe, c\u2019était uniquement celle du prêtre qui la célébrait.Quelle part nous devons y prendre, nous jusqu\u2019ici simples spectateurs, on vient seulement de nous le dire, du moins de façon à nous le faire entendre.Comme les autres, les « professionnels » vont au sermon, aux retraites, fermées ou non ; .tou- 418 Revue Dominicaine jours pour s\u2019entendre dire : « Ce n\u2019est pas à vous, mes frères, qu\u2019il faut démontrer » .Comme si, dans sa conduite morale, pour avoir « le courage de ses convictions », il ne fallait pas d\u2019abord a-voir des convictions solides ; comme si nous en avions ! Nous sommes, nous, ceux qu\u2019on néglige .Voilà ce qu\u2019ils disent, les uns et les autres, comment ils s\u2019excusent.Les faits qu\u2019ils allèguent à leur décharge, en somme, sont vrais ; le raisonnement défaitiste des premiers les condamne ; la défense des autres, sans les justifier (elle manifeste trop clairement la tendance naturelle à exagérer, dans la faute, la part du complice), a du moins le poids de circonstances atténuantes.De l\u2019ensemble, il y a à retenir : d\u2019abord, côté espoir, que les générations nouvelles, mieux formées, auront acquis, avec le goût de s\u2019instruire, le souci de mettre dans leur bagage intellectuel la science de leur leligion ; et, ensuite, côté pitié, le fait constant, non contredit : le sens de nos responsabilités, en tant que « professionnels », nous échappe, nous dépasse ; nous manquons à l\u2019un de nos devoirs d\u2019état.Quiconque affirmerait que nous sommes inférieurs aux autres, en honnêteté, en propreté morale, serait bien en peine d\u2019en fournir la preuve.Ce n\u2019est pas la question.Notre tort, disons le Réponse à l'Enquête 419 mot, notre faute, c\u2019est d\u2019agir comme s\u2019il ne s\u2019attachait pas à notre condition sociale des obligations particulières, comme si, bon gré mal gré, nous n\u2019exercions pas d\u2019influence sur ceux qui nous entourent.Cette influence, qui pourrait être salutaire et qui ne l\u2019est pas, est pourtant, elle aussi, du domaine des faits.Elle procède, on ne sait trop pourquoi, du rang que nous assigne la hiérarchie des métiers, et de cette instruction que nous sommes censés posséder.Préjugé, si l\u2019on veut \u2014 et l\u2019on a bien raison de railler ! \u2014 crédit immérité, poste usurpé, hommage dévoyé ; donc erreur de l\u2019opinion qui l\u2019a créée : tout ce que l\u2019on voudra.Le fait demeure : nous sommes ceux que la masse croit bon de suivre.Cette opinion publique, qui, pas plus ici qu\u2019ailleurs, ne sait voir, ni raisonner, ni juger, qui raisonne sur ce qui devrait être et ne juge sur des apparences, voit en nous des guides.Des guides ! Qui ne savent même pas le chemin ! Des modèles à imiter, nous ! Quel exemple donnons-nous Celui de gens qui, profiteurs d\u2019une culture présumée, estiment s\u2019acquitter de tout leur devoir social « en ne faisant de mal à personne, » \u2014 comme s\u2019il n\u2019était écrit que « c\u2019est faire un grand mal que de ne pas faire assez de bien » ; celui de pseudo-catholiques qui, dans leurs préoccupations religieuses, oublient l\u2019essentiel : se pencher vers leurs frères, servir, comme 420 Revue Dominicaine elle le demande, leur Eglise.Vous verrez, il en sera, par exemple, pour cet apostolat laïque dont on renouvelle aussi l\u2019enseignement, comme pour les œuvres charitables plus familières : à une réunion plénière des membres de la Société Saint-Vincent-de-Paul qui groupait récemment un millier d\u2019hommes, il y a-vait un notaire et deux avocats .Nous restons chez nous \u2014 où nous n\u2019aimons guère qu\u2019on vienne nous déranger.Nous ne partageons pas.Sans doute, il nous arrive, à nous aussi, de donner de notre argent, \u2014 nous ne sommes tout de même pas des monstres, \u2014 mais, de nos autres biens, de nous-mêmes, de notre avoir intellectuel qui en prendrait plus grand prix, nous ne donnons rien,.ou si peu ! C\u2019est redire, et prouver, que notre rôle, dans la vie catholique, dont le vice meurtrier est l\u2019égoïsme, nous ne le jouons pas.Et c\u2019est là, mon Père, le scandale, \u2014 le mot semble juste.Pour les nôtres qui ne tirent ainsi, de notre commerce apathique ou distant, nul profit.Scandale aussi pour nos frères dits « séparés » ; en fait si peu séparés de nous par l\u2019esprit religieux et la conduite morale.Incapables de répondre aux objections qu\u2019ils soulèvent contre l\u2019authentique Eglise, la nôtre, nos actes, nos discours les confirment, en sus, dans l\u2019erreur Réponse à l'Enquête 421 qu\u2019une religion en vaut une autre.Puisqu\u2019on juge l\u2019arbre à ses fruits .\u2014 Mais eux, les Protestants par exemple, à force de libre examen, ils en sont venus à ne plus croire, en définitive, à la divinité de leur religion.C\u2019est seulement par respect de vieilles traditions familiales, nationales, qu\u2019ils fréquentent encore, de moins en moins d\u2019ailleurs, leurs temples ; ils vont à leurs offices accomplir un rite qui n\u2019a plus rien que de social ! \u2014 Et nous ?Pour eux, simples chrétiens é-garés, la vertu du catholicisme intégral, sacramentel, ni ne pénètre leur vie intérieure, ni n\u2019anime, ne règle leurs paroles, leurs écrits, leur action sociale ou professionnelle ! Et nous ?C\u2019est pour eux affaire d\u2019état civil.Et pour nous ?La fierté, au moins virile, qu\u2019ils ont d\u2019appartenir à une secte que nous disons fausse, Lavons-nous toujours d\u2019être, nous, avec Pierre dans la Vérité ?Est-ce que l\u2019occasion s\u2019offrant, il leur arrive plus souvent qu\u2019à nous de cacher leurs couleurs, de mettre drapeau en poche ?.Poutre et paille, pharisien ou publicain .si l\u2019indifférence uniforme qui nous réunit cessait, si le souci de la logique séparait vraiment en deux camps les pauvres neutres que nous sommes tous, de quel côté de la barricade serions-nous, à quelle enseigne logerions-nous ?\u2014 Mais, alors, sommes-nous Catholiques, et 422 Revue Dominicaine le resterons-nous ?\u2014 Ces enquêtes sont terribles.Ainsi se demande-t-on ailleurs, si nous sommes Français.Qui donc a dit : « Poser une question, c\u2019est parfois la donner » ?C\u2019est bien embarrassant.Il y a de certain, dans un cas, le baptême, dans l\u2019autre le sang ; plus loin, on ne retrouve plus guère que de Yà-peu-près inquiétant ; le ver national s\u2019est mis dans notre catholicisme comme partout.« Accident de naissance », osa dire un jour cet étourdi de Tarte (J.-Israël) ; et, aujourd\u2019hui, qui s\u2019en scandaliserait ?Resterons-nous Catholiques ?Oui, sans doute, encore longtemps, si végéter c\u2019est vivre ; aussi longtemps, peut-être, \u2014 et aussi loyalement, de cœur et de raison, \u2014 que nous resterons Français.\u2014 Mais non, disent les jeunes ; vous êtes en retard, vous oubliez que nous sommes là ; tout cela qui est vieux et pitoyable, est en train de se transformer ! \u2014 Alors, tant mieux.Ferdinand Roy. La leçon de l'architecture médiévale Une des plus belles statues du sculpteur Bouchard évoque avec puissance la figure de Jean de Chelles, l\u2019architecte de Notre-Dame de Paris.Il est debout ; il tient dans sa main son œuvre mais il ne la regarde pas.Les traits tendus, les lèvres serrées, il fixe devant lui un regard illuminé par le reflet d\u2019une œuvre plus parfaite encore, qu\u2019il construit et voit dans l\u2019espace.Rien du rêveur noyé dans le vague ; rien non plus du mathématicien aux prises avec les aridités d\u2019un problème.Idéaliste en lutte avec le réel, il cherche le moyen de faire triompher l\u2019esprit sur la matière, il est la personnification même de son art et de son siècle.Ce siècle, l\u2019histoire ne lui a pas donné de nom, tandis qu\u2019elle décorait de' celui de Renaissance une époque de régression, du moins dans le domaine de l\u2019architecture.Pourtant, si jamais il y eut renaissance dans le monde, ce fut vers la fin du Xlle et le commencement du XlIIe siècle.Les grands ordres religieux achevaient de tirer de la barbarie le monde occidental ; les bénédictins de Cluny avaient établi leurs 314 monastères et églises ; en 25 ans 60 000 moines étaient partis de Cî- 424 Revue Dominicaine teaux pour répandre partout, avec l\u2019amour de Dieu, celui du travail, de la science et de l\u2019Art.Chaque abbaye était un centre de civilisation d\u2019où a rayonné le goût des choses de l\u2019esprit.L\u2019Université de Paris vient de se fonder, le pouvoir royal s\u2019affermit ; un immense enthousiasme, un universel désir de science et de beauté soulève le monde.Des hommes de génie, à la fois philosophes, encyclopédistes, savants, théologiens \u2014 et saints \u2014 : Albert le Grand, Thomas d\u2019Aquin, Roger Bacon augmentent les connaissances de leur temps, y mettent un ordre et une méthode tels que le monde n\u2019en a plus connus, soumettent l\u2019Antiquité à la discipline chrétienne, tandis que les Robert de Luzarches, les Jean de Chelles, les Pierre de Montereau, vont parer la terre de la « robe blanche des églises ».Le mouvement intellectuel et le mouvement artistique marchent de pair.Une cathédrale est un syllogisme de pierre.Pendant qu\u2019un Saint Thomas s\u2019efforce de penser comme eût pensé Aristote à la lumière du Christ, les maîtres d\u2019œuvre achèvent de dépouiller l\u2019Antiquité de sa forme pour se mieux pénétrer de son esprit.Jusqu\u2019à quel point étaient-ils des savants, des philosophes, nous l\u2019ignorons.Tout ce qu\u2019ils nous ont laissé d\u2019eux-mêmes, c\u2019est un nom sur une tombe et quelques dates enfouies dans les registres paroissiaux.Peut-être, n\u2019étaient-ils pour la plupart que Les leçons de l'architecture .425 des hommes de culture moyenne, mais à l\u2019intelligence ornée de ce solide bon sens et guidée par cette intense lumière spirituelle qui caractérisent leur époque.Formés par apprentissage, dans l\u2019atelier et sur le chantier, en collaboration intime avec le maître et en contact perpétuel avec l\u2019œuvre, ils se soumettaient dès l\u2019origine à l\u2019esprit des matériaux et de la construction ; ils contractaient le respect salutaire des lois éternelles.Quel besoin avaient-ils des théories, des règles, des discussions dont nous ne pouvons plus nous passer ?Ils faisaient de l\u2019architecture logique et ne s\u2019imaginaient pas qu\u2019elle puisse ne pas l\u2019être : ils construisaient comme leurs contemporains raisonnaient ; dans toutes les manifestations de la vie intellectuelle d\u2019alors, on retrouve cette même clarté ingénue, gouvernée par une rigoureuse méthode.On connaît la progression continue qui, de la lourdeur maladroite des premières tentatives romanes aboutit à l\u2019élégante maîtrise des réalisations gothiques et comment la grande découverte de la croisée d\u2019ogive est le fruit d\u2019une longue suite d\u2019efforts obstinés pour la solution d\u2019un problème architectonique, la voûte à grande portée ; la fantaisie n\u2019a joué aucun rôle dans la création d\u2019un style qui sait se parer de tant de grâce et de facilité.Tout y est prévu, voulu, calculé.Une cathédrale ne tient debout que grâce à un prodi- 426 Revue Dominicaine gieux système de forces équilibrées ; l\u2019énorme poussée des voûtes, centralisée sur de grêles piliers et contre-butée par des arcs de plus en plus aériens constitue un assemblage souple et élastique où l\u2019à peu près serait mortel ; une seule pierre mal appareillée, et tout s\u2019écroule.Nous n\u2019avons pas à nous demander si les maîtres d\u2019œuvre étaient des savants.Il suffit de constater que le calcul règne en maître dans leurs conceptions.Le sentiment ne se fait jour qu\u2019à travers les mailles serrées de la raison.Même les proportions échappent aux indécisions de l\u2019œil pour entrer dans le cadre d\u2019un tracé régulateur précis.La triangulation est aussi nettement inscrite sur la façade de Reims ou d\u2019Amiens que sur celle du temple de Karnak.Les grands constructeurs se défiaient de leur propre goût.Il a fallu l\u2019inconcevable vanité moderne pour que l\u2019artiste jugeât son sentiment plus sûr que les grands lois de l\u2019harmonie mathématique.Une logique aussi absolue s\u2019exposait à la froideur et à la nudité.Le constructeur du Moyen-Age a su éviter l\u2019écueil.Il avait la tête trop bien faite pour laisser le raisonnement tuer la poésie.Destinée aux hommes, son architecture parle à l\u2019homme tout entier.Elle ne satisfait l\u2019intelligence que pour séduire les yeux et élever l\u2019âme.Une puissante imagination s\u2019y fait jour par mille endroits.Les portails se recouvrent de sculptures, Les leçons de l'architecture .427 les contreforts se couronnent de pinacles et les piliers de chapiteaux, les arcs-boutants s\u2019allègent par des arcatures, les arêtes et les gables se scandent de crochets, les fenêtres, entre leurs délicats remplages, s\u2019illuminent de la splendeur des vitraux.Une irréprochable pureté de proportion se décore, pour l\u2019enchantement des yeux, de toute la flore des champs et des jardins de France, et, pour l\u2019édification de l\u2019âme, de toutes les scènes de l\u2019Ancien et du Nouveau Testament.Et parmi cette profusion d\u2019ornements, pas un seul qui ne fasse corps avec l\u2019édifice même.Une solide unité rattache ces éléments divers et les dirige vers le même but, la gloire de Dieu.Dans un siècle où toutes les sciences convergeaient vers leur point culminant, la théologie, comment les arts eussent-ils pu se donner un autre objectif que de glorifier le Maître ?Cette préoccupation spirituelle inspire et vivifie toute l\u2019architecture, qui tire d\u2019elle sa logique, sa franchise et sa simplicité.Sans doute ces qualités, quoique éminemment chrétiennes, ne sont pas l\u2019apanage exclusif de l\u2019art chrétien, puisqu\u2019on les retrouve à Athènes comme à Louqsor ou à Korsabad.Mais c\u2019est le principe même qui le devient.Tandis qu\u2019un Iotinos prend la matière telle qu\u2019elle est, se soumet à la pesanteur et l\u2019avoue en lignes tranquilles et parfaites, un Jean de Chelles veut la soumettre : il l\u2019enchaîne, la dompte, la plie à servir et, d\u2019un monceau 428 Revue Dominicaine de pierres inertes et lourdes, construit une prière qui fuse vers le ciel.Fille du christianisme, l\u2019architecture ogivale en est l\u2019image même : comme les saints, elle cherche la perfection en faisant violence à la nature.Quelles leçons peuvent nous donner ces œuvres et ces hommes ?Quelles lézardes nous feront-ils toucher du doigt dans notre architecture à nous, Canadiens-français ?Un peuple a l\u2019art qu\u2019il mérite : une époque de même.Et dans l\u2019incohérente atmosphère intellectuelle du XIXe siècle a poussé le plus hybride, le plus inextricable fouillis d\u2019édifices qui se soit jamais vu.Ici comme en Europe, mais plus mal encore, on a fait du roman, du gothique, du byzantin, du Louis XVI, et jusqu\u2019à du mauresque ! Et l\u2019on continue.On pense : « Moi, canadien de 1934, je construirai cette église dans le style français du Xlle siècle ; bien mieux, j\u2019y dresserai des colonnes de tôle peinte pour imiter la pierre.Cet autel du Dieu de vérité, je l\u2019habillerai de faux marbre ; j\u2019en composerai un brillant mensonge ».D\u2019aussi absurdes propositions eussent fait bondir l\u2019homme du Moyen-Age ; il se disait, lui : « Voici de bonnes pierres, du bon mortier, du bon « bois : bâtissons-en la Maison du Seigneur le « mieux que nous pourrons », ou plutôt, il ne disait rien.Nous l\u2019avons vu mettre en œuvre ses Les leçons de l'architecture .429 matériaux en toute sincérité, en tirer une ornementation plus ou moins riche, selon ses ressources, donner à la brique les formes propres à la brique, au bois, les formes propres au bois, sans même songer qu\u2019on pût les dissimuler et les torturer.Et de cette naïveté, de cette franchise devant la nature, découlait une beauté d\u2019un ordre éminemment spirituel.C\u2019est là une vertu de l\u2019esprit que nous avons perdue.Il nous faut reconquérir, par raisonnement des principes qui formaient autrefois le climat même de l\u2019artiste.Le Moyen-Age n\u2019avait pas de théorie ; il faisait de l\u2019art sans le savoir, en cherchant tout simplement le beau et le vrai.Il s\u2019ignorait magnifiquement.Mais ces temps sont passés.L\u2019art d\u2019aujourd\u2019hui se connaît et ne doit plus chercher le salut qu\u2019en approfondissant encore sa connaissance de lui-même, et de ses moyens.Il se développait jadis librement au grand soleil : nous en avons fait une plante de serre chaude.Au moins nous reste-t-il le pouvoir de la cultiver intelligemment.Pour cela, acceptons notre époque telle qu\u2019elle est.A préconiser, avec Ruskin, un complet retour au passé, on sombre dans l\u2019utopie.Pourquoi ne pas agir avec le Moyen-Age comme il a agi avec l\u2019Antiquité, nous pénétrer de son esprit en le dépouillant de ses formes ?« D\u2019un même princi-« pe abstrait, dit Jacques Maritain, il peut y avoir 430 Revue Dominicaine « mille réalisations historiques possibles, aussi « différentes que l\u2019on voudra ».C\u2019est une nouvelle réalisation historique des principes vitaux de l\u2019architecture qui s\u2019impose à nous.Depuis plusieurs années, un mouvement est commencé dans tous les pays et s\u2019accentue de jour en jour.Par ses tendances à la simplicité, au constructivisme, à la rationalisation, il se rapproche de l\u2019art médiéval et mérite la plus attentive sympathie.Cependant, il ne faut pas trop s\u2019empresser d\u2019applaudir à son triomphe et de le prôner sans réserve chez nous.En réaction violente contre l\u2019illogisme et la copie des styles anciens il veut se baser sur le raisonnement le plus inflexible et faire table rase du passé.Comme toute réaction, il dépasse la mesure.Réduire l\u2019architecture aux seuls éléments qui exercent une fonction utile, c\u2019est en chasser l\u2019art, c\u2019est l\u2019étriquer et la glacer.La soumettre, sous prétexte d\u2019économie, au machinisme intégral et à une standardisation internationale, c\u2019est couvrir l\u2019univers d\u2019un immense manteau de froideur et de monotonie.Tout cela, les adeptes du moderne le comprendraient en é-coutant le passé lui-même leur révéler son secret d\u2019une jeunesse toujours renouvelée ; mais ils ferment les oreilles, cherchent dans leur propre orgueil la source d\u2019une renaissance et n\u2019y découvrent que la sèche stérilité du matérialisme.Chacun s\u2019attribue le génie de ne composer que du Les leçons de l'architecture .431 jamais vu, et de créer ainsi à lui seul le style nouveau.Causée par le développement anarchique de l\u2019individualisme, 'cette idolâtrie de l\u2019artiste pour la moindre production de son esprit est devenue un mal universel.L\u2019humble artisan médiéval jouissait pourtant d\u2019une bien plus vive inspiration et d\u2019une originalité plus vigoureuse.Il n\u2019en tirait point vanité ; il n\u2019en était point jaloux.Aussi tout acquis artistique enrichissait-il le patrimoine commun et l\u2019élevait-il d\u2019un degré vers la perfection.Mais aujourd\u2019hui, une pareille dispersion des efforts atteindra-t-elle jamais l\u2019unitéj d\u2019un style ?Le mouvement cependant gagne du terrain.Tous les esprits se tournent vers l\u2019architecture moderne.Comment donc, tout en conservant ses qualités fondamentales, éviterons-nous les erreurs qui l\u2019entravent et les déficiences qui la minent ?Quels caractères devra donc revêtir, pour être vraiment fertile, le renouveau architectural que l\u2019on est en droit d\u2019attendre de nous ?Peuple catholique et français, fils par la foi et par le sang, des hommes qui ont fait l\u2019incomparable renaissance médiévale, nous sommes tout qualifiés pour apporter à la civilisation et à l\u2019Eglise notre petite part de splendeur.Sans doute, il reste quand même beaucoup de chemin à parcourir : raison de plus pour éviter des voies é-trangères et dangereuses.Les seules leçons fé- 432 Revue Dominicaine condes, ce n\u2019est pas le matérialisme américain qui nous les peut donner, mais nos ancêtres d\u2019il y a huit siècles.Ils nous diront : Commencez par vous construire vous-mêmes.La beauté résulte d\u2019une disposition intelligente de la matière.Œuvre d\u2019intelligence, elle exige un créateur qui sache avant tout penser juste.Une sévère discipline intellectuelle, en vous délivrant des hésitations, et des caprices du sentiment, vous pénétrera de cet ordre et de cette clarté que vous devez faire resplendir dans votre ouvrage.A la base de cette discipline, placez la logique, mais sans publier que la logique déborde l\u2019utile.Construire un organisme savamment raisonné, ne suffit pas : pour qu\u2019il vive il faut le parer de beauté, il faut lui donner une âme.Et il vivra d\u2019une vie plus intense, il rayonnera d\u2019une beauté plus universelle si cette âme est nettement de votre foi et de votre race, si elle est chrétienne et canadienne-française.Simples et sincères, ne pensez pas à « faire du style », ni ancien ni moderne ; bâtissez avec bon sens, en respectant la nature des matériaux, en tirant votre ornementation de la construction même.Le style débordera par surcroît, d\u2019autant plus pur que vous ne l\u2019aurez pas cherché.Sous le signe du même idéal et des mêmes principes, demeurez en collaboration plutôt qu\u2019en rivalité.Evitez la recherche égoïste de l\u2019originalité Les leçons de l'architecture .433 pour elle-même.Si une solution s\u2019impose, au lieu de la rejeter parce que d\u2019autres temps ou d\u2019autres hommes l\u2019emploient, efforcez-vous simplement de la renouveler ou de la perfectionner.Ainsi décuplés par l\u2019union et tendus vers un but commun, les efforts individuels se grouperont dans un irrésistible mouvement vers un art logique, moderne et national.Ces leçons ont déjà prouvé leur valeur de nos jours.Elles n\u2019ont rien de neuf ni de personnel : c\u2019est l\u2019essence même du décalogue artistique que s\u2019est imposé le groupe français de l\u2019Arche, dont un des membres, Dom Paul Bellot, vient de nous visiter.Pour s\u2019y être soumis entièrement, l\u2019illustre architecte bénédictin a suivi la plus fertile des disciplines.Il l\u2019a démontré dans une suite d\u2019œuvres dignes des grandes époques.Sans doute, il faut faire la part du génie.On ne peut conclure que nous possédons une formule d\u2019une infaillibilité mathématique, qui nous conduira tous au but d\u2019un seul bond.La formation d\u2019un style nécessite un lent travail de cristallisation.La coopération qu\u2019elle exige vit de sincérité et de bonne volonté.Se produira-t-elle jamais ?Et, le jour venu, quelles entraves à son action ! La structure éminemment sociale de la société médiévale offrait aux progrès intellectuels le plus favorable des milieux ; aujourd\u2019hui, on a tout iso- 434 Revue Dominicaine lé et catalogué ; les classes qui jadis vivaient dans une heureuse compénétration, se trouvent divisées.L\u2019ouvrier ignore l\u2019art et l\u2019art ignore l\u2019ouvrier.Ils ne sauraient pourtant se passer l\u2019un de l\u2019autre.Disparue cette intelligente expérience puisée autrefois dans le long apprentissage des corporations ; la routine a tué l\u2019esprit de progrès.Disparue la collaboration intime avec l\u2019architecte et ce goût impeccable, cet amour dans le travail, infusés par le contact quotidien du supérieur et de l\u2019excellent.Disparu l\u2019art populaire.La Beauté, devenue un article de luxe, a cessé d\u2019être faite par le peuple et pour lui.Forcé de s\u2019en désintéresser, il cherche des plaisirs plus brutaux et les satisfactions d\u2019un confort purement physique.Ces déplorables conditions tiennent à la forme même de la société moderne.Les changer radicalement, il ne saurait en être question.Ce qu\u2019il s\u2019agit de chercher, c\u2019est le moyen de les modifier, et de transformer en germes de vie les causes de décadence.Si notre race est réellement placée sur cette terre d\u2019Amérique pour une autre mission que celle de fournir à la machine sa provision de chair humaine, elle trouvera ces moyens, et la première source qu\u2019elle fera jaillir de son sein, ce sera celle de la Beauté.Nous croyons, malgré tout, que ce jour viendra ; nous espérons que, grâce aux impérissables sources de régénérescen- Les leçons de l'architecture .435 ce des peuples chrétiens, un pur printemps apparaîtra, qui gonflera d\u2019une sève nouvelle notre pauvre rameau de l\u2019arbre de France et le parera des plus éclatantes fleurs de l\u2019art moderne.C\u2019est qu\u2019alors nous aurons su revenir à nos origines et recommencer sous un ciel neuf le chemin qu\u2019a parcouru la plus humaine des renaissances, celle du Xlle siècle.Ecoutons les leçons que nous donne cette incomparable époque ; elles sont nombreuses ; mais, dans le domaine de l\u2019architecture, elles découlent toutes, directement ou indirectement, de la pratique constante d\u2019une seule grande vertu d\u2019art, qui les contient et les résume: la Sincérité.Léonce Desgagné, Architecte. Katherine Mansfield Sur une photographie où sont représentés les enfants Beauchamp, la disposition des personnages crée une sorte de dynamisme qui projette la figure centrale hors du groupe.Le petit visage à lunettes, aux yeux avides, volontaire en dépit de la rondeur placide des traits, c\u2019est celui de Katherine Mansfield, Kathleen Beau-champ en 1898, à dix ans.Elle est alors l\u2019écolière fantasque, dépourvue de curiosité intellectuelle si ce n\u2019est pour la poésie, les exercices de rédaction où elle excelle déjà, le calcul par un goût inattendu d\u2019ordre et logique ; elle est « Kass », « poor Kass », celle que d\u2019un avis unanime on juge « sans soin, paresseuse, irascible, indifférente, morne, lente et pataude » ; bref, l\u2019enfant difficile.Ni la mère de santé fragile, alanguie par ses maternités successives, ni le père, préoccupé d\u2019avancement, personne n\u2019a deviné la vie intense de cette petite fille que la naissance d\u2019un nouveau bébé a frustrée, à deux ans, de la seule tendresse de sa grand\u2019mère et dont la solitude précoce s\u2019est tournée vers un monde fabuleux où les fleurs, l\u2019ombre, le jardin, le vent, les oi- Katherine Mansfield 437 seaux sont autant des personnages attirants ou redoutables.Engagée avec eux dans un entretien captivant, elle paraît mal réveillée, distraite et sur elle pèsent des jugements sévères ou méprisants d\u2019indiscipline et de paresse d\u2019esprit ! L\u2019orgueil sensitif de l\u2019enfant qui se sent mise à part la fixe dans l\u2019attitude distante et sans grâce que lui impose, en quelque sorte, l\u2019incompréhension de son entourage.Ainsi, privée de l\u2019approbation qui soutient ordinairement l\u2019enfance, avec au contraire un é-norme acquis d\u2019odieux, elle parvient à l\u2019adolescence le cœur lourd de tendresse inutile, soucieux de trouver son accord.Dans une nouvelle intitulée « Juliet », elle a tracé d\u2019elle-même un portrait véridique et raconté l\u2019événement qui vint alors modifier son existence.Arnold Trowell, violoncelliste prodige de Wellington, fut de son propre témoignage la première personne avec qui il lui fut possible d\u2019être elle-même et leur rencontre devait à la fois combler sa solitude et aiguiser encore sa sensibilité très vive en lui révélant le monde enchanté de la musique.Durant les mois qui suivirent, elle apporta à l\u2019étude du violoncelle une ardeur jusque là sans objet et on saurait difficilement établir des deux amours lequel suscita l\u2019autre, du musicien, celui de la musique ou inversement.L\u2019Art \u2014 la beauté \u2014 et l\u2019Amour \u2014 la vie \u2014 chantèrent en 438 Revue Dominicaine son âme comme deux sources jumelles.A quelque temps de là, Sir Harold Beau-champ désireux de donner à ses filles une éducation soignée les conduisit en Angleterre.La distance morale qui séparait Kathleen des siens allait grandir de tout l\u2019éloignement physique et trois ans plus tard, une fois ses études terminées, c\u2019est à son corps défendant qu\u2019elle reprit le chemin de la Nouvelle-Zélande.Elle avait à ce moment-là dix-huit ans.Age dramatique, ardent, où entre parents et enfants on voit parfois s\u2019élever des dissensions qui semblent en fonction même de la tendresse réciproque, où les ressemblances, par un douloureux paradoxe, ne sont rien autre que des moyens plus sûrs de s\u2019atteindre et de se heurter.La volonté que Kathleen opposait à son père n\u2019était-elle pas identique à celle qui l\u2019avait mené d\u2019une fortune médiocre vers une honorable aisance, qui avait fait de lui un personnage influent é-troitement mêlé au développement de la Nouvelle-Zélande ?Sir Harold n\u2019eût sans doute pas admis que ce qui rendait sa fille si rebelle, c\u2019était précisément son atavisme colonial de courage, de ténacité, de goût du risque, que par suite, si accepter une sagesse toute faite lui répugnait c\u2019est qu\u2019elle y voyait une sorte d\u2019opportunisme spirituel, habile à faire son profit, sans danger, de l\u2019expérience d\u2019autrui.Toutes les vertus spécifiques du pionnier devaient éloigner Kathleen de la Nou- Katherine Mansfield 439 velle-Zélande aussi fortement qu\u2019elles y avaient mené son grand\u2019père : car l\u2019aventure semble ne jamais pouvoir survenir « qu\u2019ailleurs ».C\u2019est qu\u2019aussi, à la vérité, rien n\u2019était moins aventureux que l\u2019existence à Wellington, gros village à prétentions de cité d\u2019esprit bourgeois, où comme elle le disait : « There was nothing.No advantages ! No artists ! No pictures ! No books.Who that I knew had heard of Rossetti ?As for having read Wilde.Their idea of interesting conversation was babies and jam-making.Their idea of a big party was Gorbers meringues for tea » ! Cette appréciation dédaigneuse ne manquait\ttoutefois pas\tde\tjustesse\tet\tl\u2019on comprend\tsa nostalgie\tde\tLondres\toù\telle avait trouvé des amis, où son esprit émerveillé avait fait d\u2019inoubliables découvertes.« London ! To write the word makes me feel that I could burst into tears.Isn\u2019t it terrible to love anything so much ! London it is Life ! » Elle ne savait pas qu\u2019on ne trouve jamais que ce qu\u2019on apporte ; que ce qui faisait l\u2019inappréciable prix de Londres, c\u2019était moins la vie intense de la grande ville que sa propre intensité à elle, l\u2019avidité particulière à son âge, l\u2019étonnante réceptivité intellectuelle qui le caractérise, l\u2019acuité de perception d\u2019une sensibilité neuve.Et puis Londres, c\u2019était la liberté et il n\u2019est pas douteux qu\u2019elle était alors une individualiste féroce, une 440 Revue Dominicaine odieuse petite cérébrale farcie des principes a-narchistes des décadents anglais.On peut imaginer que son attitude à ce moment-là justifia l\u2019opinion qui avait lésé son enfance ; n\u2019avait-elle pas juré, d\u2019ailleurs, quand à bout d\u2019arguments elle a-vait dù quitter l\u2019Angleterre, de se rendre si insupportable qu\u2019on finirait par être heureux de se débarrasser d\u2019elle et de l\u2019y renvoyer ?Deux années devaient pourtant s\u2019écouler a-vant que son âpreté fût victorieuse de la patience de ses parents, de leur désir de trouver le chemin vers leur enfant inaccessible.Deux années durant lesquelles, chaque jour elle s\u2019acharnait à des exercices de style comme on fait des gammes, dans sa volonté déterminée de devenir quelqu\u2019un.Malgré sa foi en ses dons d\u2019écrivain elle fut souvent envahie par le doute, car rien n\u2019est-il plus dur que d\u2019aller à chaque instant contre ceux-là mêmes dont on devrait normalement avoir l\u2019approbation ?Elle écrivait dans son Journal : « I am longing to consort with my superiors.What is it with me ?Am I absolutely nobody, but merely inordinately vain ?I do not know.But I am most fearfully unhappy.That is all.I am so unhappy thah I wish I was dead .» Et encore : « I shall end of course by killing myself.» Sans doute tout cela est très excessif.bien qu\u2019à y réfléchir, une véritable vocation pose une question de vie ou de mort.Mais Katherine Mansfield ne Katherine Mansfield 441 fut jamais l\u2019âme des petites mesures, des prudences minutieuses.Il faut retenir que son exaltation pourtant ne faussait pas sa notion étonnamment juste de ce qu\u2019elle appelait « le Mystère de la Vie ».Vivre, déjà pour elle c\u2019était être participant et au milieu de ses tribulations, elle sentait très bien que les conditions adverses dans lesquelles elle était maintenue recélaient une leçon ; que Wellington, sa famille, l\u2019opposition qu\u2019elle rencontrait, tout cela devait servir à son enrichissement, à l\u2019achèvement de sa nature, « ce pour quoi » avait-elle noté d\u2019après Wilde, « chacun de nous est là ».Enfin, en juillet 1908, c\u2019est-à-dire à dix-neuf ans, Kathleen Beauchamp quittait définitivement la Nouvelle-Zélande.Des cinq années qui suivirent, elle supprima par la suite tout témoignage et s\u2019il faut être reconnaissant à Ruth Mantz et J.Middleton Murry (1) d\u2019avoir éclairé l\u2019enfance et l\u2019adolescence de Kass, on ne peut d\u2019autre part s\u2019empêcher de penser qu\u2019il y a une sorte d\u2019inélégance à étaler au grand jour les péripéties de cette époque malheureuse dont Katherine Mansfield traîna le remords et que de toute évidence elle souhaitait rayer de sa vie.Elle se jugea elle-même avec tristesse et sévérité : « Je les ai ex- 0) The Life of K.Mansfield.ed.Constable.Londres, 1933. 442 Revue Dominicaine cusés (.mes péchés) ou rejetés avec un « cela ne sert à rien de penser à ces choses » \u2014 ou le plus souvent « c\u2019était des expériences ».Mais cela n\u2019a pas toujours été des expériences.Il y a du déchet, de la destruction aussi .» Et encore ailleurs : «J\u2019ai gâché, gâché ma vie ! » Les aventures où elle s\u2019était embourbée n\u2019ont rien de glorieux et on regretterait de les avoir connues si, en situant le point de départ, elles ne nous faisaient voir plus nettement le chemin parcouru jusqu\u2019à la beauté finale.Elle sortait de là à demi-morte, horriblement meurtrie de cœur et d\u2019âme, stupide d\u2019affreux étonnement.Peu d\u2019âges atteignent à l\u2019intensité de la vingtième année où l\u2019aptitude au Bonheur n\u2019a d\u2019égale que l\u2019aptitude au désespoir.De moins courageuses se seraient alors perdues.Elle, opéra un admirable rétablissement spirituel.Il ne faut pas croire que l\u2019instinct de conservation, les ressources de la jeunesse entrent ici en jeu et que si elle put recommencer à vivre, c\u2019est que l\u2019oubli lui était facile.Rien n\u2019est plus faux que ces mots avec lesquels les aînés croient régler les tragédies des êtres jeunes : « Le temps passera.Vous oublierez ! » Par son intensité même la jeunesse possède un sentiment précis de l\u2019irrémédiable et pour Katherine Mansfield dont l\u2019étonnante mémoire était comme un miracle d\u2019ubiquité dans le temps, ces phrases toutes faites n\u2019expliquent rien du tout.On peut croi- Katherine Mansfield 443 re, qu\u2019au contraire, le souvenir de ces années où elle avait été « inférieure à elle-même », où elle avait trahi l\u2019Art et « quitté l\u2019ordre mystérieux de la Vie » fut l\u2019aiguillon de son courage.Elle revenait de loin, ayant appris que tout ici-bas ne s\u2019ordonne pas que vers de la beauté, que sa nature divisée ne choississait pas toujours ce qui pouvait la grandir.De ce moment-là, son souci de sincérité intérieure, son besoin d\u2019unité, ne devaient plus jamais s\u2019amoindrir.Une fois engagé sur le chemin de la sincérité et pour peu qu\u2019on ait honnêtement décidé de ne céder à aucune crainte, à aucune complaisance, on ne peut guère revenir en arrière.Le chemin monte et n\u2019a qu\u2019une issue car rechercher la vérité qu\u2019on porte en soi c\u2019est aller forcément vers une vérité plus large, vers la Vérité.« O vous qui viendrez après moi \u2014 a-t-elle dit \u2014 voudrez-vous le croire ?A la fin, la vérité est la seule chose qui vaille d\u2019être possédée : elle est plus émouvante que l\u2019amour, plus joyeuse, plus passionnée.Elle ne peut pas vous trahir.Tout le reste vous abandonne.Moi, en tous cas, je donne ce qui demeure de ma vie à elle et à elle seulement ».Le Journal et les Lettres (2) (1914-23) racontent l\u2019inoubliable histoire de ce que Louis Gil- (2) Oeuvre de K.Mansfield, chez Stock.Paris.Journals-Letters : K.Mansfield, ed.Constable, Londres. 444 Revue Dominicaine let appelle « une transfiguration ».Toutes les conditions les plus âpres semblent s\u2019être réunies dans la vie de cette femme dont la jeunesse attendrissante porta une croix faite à son exacte mesure.Elle était d\u2019une nature fine, distinguée, aristocratique ; elle aimait le service discret et impeccable des grandes maisons.Elle fut pauvre d\u2019une pauvreté presque sordide, logea dans des meublés bon marché où les bruits vulgaires de l\u2019office traversaient des murs de carton recouverts de tapisseries innommables.Du plus lointain de son enfance, elle avait gardé la peur panique de l\u2019isolement et cette horreur avait encore grandi après qu\u2019elle eut failli mourir, seule, lors d\u2019un séjour en Allemagne.De nouveau, l\u2019isolement allait s\u2019abattre sur elle: en 1917, malade il lui fallut quitter l\u2019Angleterre où les nécessités de l\u2019existence retenaient son mari, chercher en France, en Italie, en Suisse, une guérison qui semblait impossible, et à toutes ses angoisses vint encore s\u2019ajouter l\u2019inquiétude du cœur, la nostalgie d\u2019une chère présence.« Voyez-vous \u2014 écrivait-elle \u2014 c\u2019est de la folie de s\u2019aimer et de vivre séparés.Et c\u2019est ce que nous faisons.La dernière fois que je suis revenue de France, vous souvenez-vous comment nous avons juré de ne plus jamais recommencer ?Alors j\u2019ai été à Looe \u2014 et ensuite nous avons encore juré : jamais plus.Puis je suis venue ici.Allons-nous continuer ainsi ?Ce n\u2019est Katherine Mansfield 445 pas du tout une vie conjugale \u2014 pas du tout ce que j\u2019entends par une vie conjugale .Qu\u2019ai-je fait pour avoir tous ces malheurs plus une maladie » .Et dans son Journal, après une crise sérieuse qui accrut la crainte de la mort : « Je ne veux pas être malade, « sérieusement » malade, veux-je dire, pendant que je suis loin de J.C\u2019est lui ma première pensée.Deuxièmement, je n\u2019ai pas envie de m\u2019apercevoir que ceci est de la vraie tuberculose ; elle va peut-être prendre le galop, qui sait ?\u2014 et mon travail ne sera pas écrit.Voilà ce qui importe.Comme il serait intolérable de mourir.de laisser des « fragments », des « ébauches » .rien de vraiment achevé ! J.et mon travail, ils sont toute ma pensée ».Il faut dire quelle noble conception Katherine Mansfield avait de l\u2019Art.Son œuvre était pour elle un cher devoir, « la tâche qui lui avait été assignée », qui avait son rôle dans le plan des choses.A cette tâche, à la Vie qui formaient un « tout indivisible » elle devait être fidèle.« Ce n\u2019est que par la loyauté envers la vie que je puis être loyale en art.Et être loyal envers la vie, c\u2019est être bon, sincère, simple, honnête ».Etre fidèle à la vie, c\u2019était surtout l\u2019accepter « telle qu\u2019elle lui était donnée », \u2014 reconnaître que « la malédiction de la solitude », le recul de la maladie donnaient un prix infini à toute chose, que d\u2019être « exilée dans une 446 Revue Dominicaine chambre lointaine » rendait tout ce qui arrive au-delà « important, désiré, merveilleux ».« Je ne crois pas \u2014 lit-on dans une de ses lettres \u2014 qu\u2019un écrivain puisse faire œuvre de valeur tant qu\u2019il n\u2019a pas, au sens le plus profond du mot, accepté la vie ».Par quelle divination comprit-elle que le drame se joue tout entier sur le plan du surnaturel et que le plus complet dépouillement ne devait pas altérer l\u2019intégralité de son âme ?Quelle jeunesse spirituelle lui fit, au contraire, accepter le mystère de la souffrance et croire que la souffrance, ce lent acheminement vers la mort, était aussi de la vie ?« Je voudrais \u2014 écrivait-elle en 1920 \u2014 qu\u2019on accueillît ces lignes comme ma confession.Il n\u2019y a pas de limites à la souffrance humaine.Quand on songe : « Maintenant, j\u2019ai touché le fond de la mer, maintenant je ne puis descendre plus bas », voilà qu\u2019on s\u2019est enfoncé encore.Et ainsi de suite, à jamais .» .« Je ne voudrais pas mourir sans avoir consigné ici ma croyance que la souffrance peut être surmontée.Car certes, je le crois.Que faut-il donc faire ?Il ne peut être question de ce qu\u2019on appelle « la transcender ».Ceci est faux.Il faut se soumettre.Ne résiste pas.Accueille-la.Laisse-toi submerger.Accepte pleinement.Fais de la douleur une part de ta vie ».« Tout ce que, de l\u2019existence, nous accep- Katherine Mansfield 447 tons véritablement subit une transformation.Ainsi la souffrance doit devenir Amour.Là est le mystère.Là est ce que je dois faire.Je dois passer de l\u2019amour personnel à un amour plus grand.Je dois donner au tout de la vie ce que j\u2019ai donné à un seul.Si la souffrance n\u2019est pas réparatrice, je veux la rendre telle.Je veux apprendre la leçon qu\u2019elle enseigne.Ce ne sont pas là de vaines paroles.Ce ne sont pas des consolations de malades ».« La vie est un mystère.Il faut que je transforme mon supplice en quelque chose, que je le change.La douleur sera changée en joie».\u2014 Et déjà deux ans plus tôt : « Ma conviction secrète, le credo intérieur qui me fait vivre, c\u2019est que si épouvantablement laide que soit la vie, si vils, cruels, méprisables que soient souvent les êtres, il y a pourtant quelque chose derrière tout cela et si j\u2019étais seulement assez noble pour le comprendre, cela rendrait tout, tout merveilleux d\u2019une manière indescriptible ».« Si j\u2019étais seulement assez noble .» La conviction qu\u2019en fin de compte, c\u2019est soi-même qu\u2019il faut rendre digne fut à l\u2019origine d\u2019une rigoureuse ascèse voisine de l\u2019ascèse catholique.On ne sait malheureusement rien de l\u2019éducation religieuse de Katherine Mansfield.L\u2019attrait du christianisme qu\u2019elle ressentit vers la seizième année \u2014 à Queen\u2019s College, un crucifix était sus- 448 Revue Dominicaine pendu au-dessus de son lit \u2014 le mysticisme qui la faisait assister à certains offices, ne nous justifieraient pas d\u2019imaginer qu\u2019elle avait un désir ardent de croire si certaines phrases de ses Lettres ne l\u2019exprimaient presque aussi clairement que son agnosticisme.« Je voudrais croire en Dieu.Cela m\u2019est impossible.La science semble nous en empêcher .Non, on ne peut pas croire en Dieu ».Mais pourtant à chaque page de son Journal on lit des prières émouvantes et très pures : « Mon Dieu, fais de moi aujourd\u2019hui une meilleure créature » .« Mon Dieu, rends-moi limpide comme le cristal pour que Ta Lumière brille à travers moi ! » Et encore, à la date du 8 février 1920 : « Pour la première fois, je me dis que je voudrais me convertir au catholicisme.Il me faut avoir quelque chose ».Il reste en tous cas, que son idéal de « bonne vie » était étrangement similaire à l\u2019idéal chrétien : Etre pur, transparent, patient, « atteindre à l\u2019oubli de soi-même », aimer les êtres, effacer de sa nature les traces de la « dégradation terrestre ».\u2014 C\u2019est toutefois dans une fraternité théo-sophique qu\u2019elle résolut, en 1922, d\u2019aller chercher la retraite propice à sa régénération spirituelle.« J\u2019ai subitement décidé, écrivait-elle à son mari, d\u2019essayer d\u2019apprendre à vivre d\u2019après mes croyances, ni plus ni moins, au lieu de continuer, comme je l\u2019ai toujours fait, à vivre d\u2019une façon et Katherine Mansfield 449 à penser d\u2019une autre .« Je ne veux pas dire superficiellement, bien sûr, mais au sens le plus profond, j\u2019ai toujours été désunie.Et ce sentiment qui a été pendant des années mon « chagrin secret », est devenu maintenant tout pour moi ».Au désir profond de réaliser l\u2019accord de « sa pensée et de sa vie, de soi-même avec soi », elle n\u2019hésita pas à sacrifier ses dernières chances de guérison.« Ici, l\u2019élan intérieur importe seul, dit Gabriel Marcel dans la préface des Lettres.« J\u2019ai entendu des admirateurs non-chrétiens de Katherine Mansfield déplorer qu\u2019elle ne se soit pas réfugiée de préférence dans un couvent; mais précisément, le caractère arbitraire, discordant, et pour tout dire inesthétique de cette résolution dernière me paraît justement souligner de la façon la plus poignante ce qu\u2019il y eut d\u2019intenable, de désespéré dans l\u2019attitude de cet être si manifestement visité par la Grâce, mais si étranger en même temps à toute conscience de cette Visitation qu\u2019il lui fallut fuir jusque dans les bras d\u2019une pauvre hérésie mort-née Celui qui sans relâche l\u2019appelait par son Nom éternel ».On ne sait ce que Katherine Mansfield a découvert durant les dernières semaines de sa vie ; du jour ou elle a-vait pris cette décision elle n\u2019a plus rien écrit.Qu\u2019importe ?Elle n\u2019en reste pas moins une des figures les plus attachantes du siècle, en même 450 Revue Dominicaine temps qu\u2019un exemple exaltant de sincérité, de probité.C\u2019est pour elle, semble-t-il, qu\u2019il a été dit : « Ce ne sont pas ceux qui écoutent la loi qui sont justes devant Dieu, mais ce sont ceux qui la mettent en pratique qui seront justifiés.Quand ceux qui n\u2019ont point la loi font naturellement ce que prescrit la loi, ils sont, eux qui n\u2019ont point la loi, une loi pour eux-mêmes ; ils montrent que l\u2019œuvre de la loi est écrite dans leurs cœurs, leur conscience en rendant témoignage et leurs pensées s\u2019accusant ou se défendant tour à tour.C\u2019est ce qui paraîtra au jour où Dieu jugera les actions secrètes des hommes ».France Anderson Mai 1934. Chronique de Philosophie THEORIES DE LA CONNAISSANCE « je pense, donc je suis : cogito, ergo sum ! » Quand donc tombera-t-on d\u2019accord sur ce petit raisonnement ?Est-ce parce que je pense que je suis ?Certes non ! On ne peut pas logiquement tenir que notre être est conséquent au fait de penser.C\u2019est le contraire qui est logique : Je n\u2019ai la faculté de penser que parce que je suis.M\u2019objecte-t-on qu\u2019il ne s\u2019agit pas d\u2019un discours de cause à effet, mais d\u2019effet à cause, la constatation de ma pensée me révélant mon existence.J\u2019en suis.Je pense, donc je suis une activité pensante.A supposer qu\u2019à l\u2019instar des idéalistes, je veuille faire dans mon esprit table rase de tout ce qui n\u2019est pas pensée pure, je m\u2019enlève la possibilité d\u2019aller plus loin, et m\u2019enferme sans issue dans ma pensée.La pensée est activité pensante, et rien de plus.Du moins c\u2019est ce que comporte mon hypothèse, c\u2019est ce qu\u2019implique le « cogito » des idéalistes.Partant d\u2019une 452 Revue Dominicaine supposition absolument fictive, à savoir une pensée qui ne penserait rien, ils perdent dès le premier pas tout contact avec le réel, et demeurent dans la suite impuissants à le rejoindre.De la pensée on ne passe pas à l\u2019être.On ne peut inférer la réalité d\u2019un objet perçu, du fait même d\u2019une perception, à moins que l\u2019on présuppose qu\u2019il y a eu objet perçu, soutenant la perception et la causant.A-t-on écrit sur ce thème ! En a-t-on discuté de ce « cogito » ! Tout le scepticisme antique est là ! Descartes et Kant sont là ! Tout l\u2019idéalisme avec ses modalités si multiples est là ! Depuis une vingtaine d\u2019années les gens de la droite se sont mis de la partie ; et ils n\u2019en ont jamais tant parlé, du « cogito », que dans ces derniers temps (1).Nous croyons qu\u2019on en parlera encore.Non que le dissentiment soit absolu, car tous se rencontrent sur un fond d\u2019idées, mais le point en litige est de savoir comment poser le problème pour que la solution en soit pleinement efficace.Et l\u2019on discute ferme ! Cependant, ces discussions sont loin d\u2019être stériles, car il semble qu\u2019on a fini par circonscrire le point et le (x) Nous avons rédigé ces notes à propos du livre récent de M.Régis Jolivet : « Le thomisme et la critique de la connaissance », Desclée, de Brouwer, Paris, où sont consignées et discutées les opinions des thomistes contemporains sur la manière de poser le problème critériologique. Chronique de Philosophie 453 serrer d\u2019assez près pour qu\u2019il soit possible qu\u2019un professeur d\u2019expérience nous donne enfin un bon traité de critériologie.I.Le problème.\u2014 Aristote et S.Thomas ont eu un doute et assez sérieux sur l\u2019objectivité de la connaissance.A qui voudrait le contester il suffirait d\u2019évoquer les harangues des sceptiques sur l\u2019Agora et la fameuse « Querelle des Universaux ».Il faut cependant reconnaître que les questions qu\u2019ils ont agitées ne sont pas identiques aux nôtres ; elles ne se posent pas dans les mêmes termes.Aristote avait affaire à des retors, à des sceptiques de parade.Le Sophiste qu\u2019il avait à affronter était un habile à la manière grecque, sans égards pour la vérité, uniquement préoccupé de persuader et d\u2019éblouir, fût-ce au prix du paralogisme, de l\u2019échafaudage aux apparences fallacieuses.Afin de demeurer plus libre de démontrer le pour et le contre, afin de pratiquer son sport avec une virtuosité sans gêne aucune, il affectait de professer le doute à l\u2019endroit de tout.Alors, voici quel traitement propose le Philosophe.Il ne faut pas entreprendre, dit-il, de lui démontrer l\u2019existence des choses : on ne démontre pas l\u2019évidence.Votre homme est beau parleur, il est dialecticien, il est disputeur de profession.Faites-le parler.Et dès qu\u2019il consentira à aventurer un geste ou une parole, demandez-lui ce qu\u2019il entend signifier par ce geste ou cette paro- 454 Revue Dominicaine le.Il sera forcé de reconnaître que le vocable animal, par exemple, ne désigne pas une montagne, et que par conséquent la signification des mots n\u2019est pas absolument arbitraire, mais nous reporte à des objets.Alors de son propre aveu, il n\u2019est pas sceptique.De fait qu\u2019il a consenti à parler, il s\u2019est réfuté lui-même, il a été pris au piège (x).Si votre homme se refuse à entrer en lice, imite Cratyle qui à la fin de sa vie était devenu sceptique jusqu\u2019au point de ne plus bouger que du doigt (* 2), il ne vous contredit pas.Alors ne vous en occupez plus, car on ne discute pas avec une « souche ».Du reste cette inertie est illusoire et intenable.« Pourquoi Mégaras, le matin, se met-il, en marche, au lieu de s\u2019étendre sur son lit et de rêver qu\u2019il s\u2019en va ?Pourquoi, dès l\u2019aube, ne court-il pas se jeter dans un puits ou un précipice ?Pourquoi semble-t-il redouter d\u2019y choir, puisqu\u2019enfin il revient exactement au même de juger que ce soit là bonheur ou malheur ?» En somme, conclut-il, il peut y avoir des sceptiques spéculatifs, mais il n\u2019y a pas de scepticisme pratique : « Il n\u2019est personne qui ne paraisse redouter certaines éventualités et en agréer d\u2019autres.Aussi est-il manifeste que tous jugent simplement et absolument, sinon de la totalité des choses, du moins de ce qui est en elles avan- P) Met., 1006 a, 1 sq.(2) Ib., 1010 a, 10. Chronique de Philosophie\t455 tageux ou désavantageux ».Le problème de l\u2019universel, lui, devait amener comme conséquence un doute sur la valeur de nos idées, mais il ne mettait pas directement en cause cette valeur.Il se limitait à rechercher la raison propre de l\u2019université de notre science.Les uns la trouvaient dans la réalité, d\u2019autres dans la pensée, d\u2019autres enfin la faisaient résider dans le signe oral.Il appert que ceux qui se rallièrent à cette dernière alternative portaient un coup sérieux à la valeur de l\u2019intelligence.Du nominalisme on saute à Descartes.On a beaucoup discuté sur la portée du « cogito » de ce philosophe.Mais depuis les solides travaux de MM.Maritain et Gilson, il semble définitivement acquis qu\u2019il est le père de l\u2019idéalisme, et qu\u2019on ne peut plus adopter son point de départ sans aboutir fatalement au subjectivisme kantien.Descartes ne veut rien savoir de Yexistence d\u2019une réalité indépendante de la pensée : il la soumet au doute absolu, hyperbolique.Et ensuite il partira de la pensée pour tenter de restituer l\u2019existence au monde extramental.Alors le problème qu\u2019il pose n\u2019est pas celui du rapport de la pensée à l\u2019être, mais bien celui de l\u2019existence d\u2019un au-delà de la pensée.Il erre de double façon.Tout d\u2019abord l\u2019existence du monde sensible ne se prouve pas, mais se constate.En second lieu, si elle se prouvait ce 456 Revue Dominicaine ne serait pas en partant de la pensée, tel qu\u2019il la définit.On ne peut pas déduire un objet extérieur d\u2019une pensée dans laquelle, par hypothèse, il n\u2019y a que de la pensée.Si l\u2019être pensant est défini a priori, arbitrairement, comme ne pensant que soi, on aura beau réfléchir sur le « cogito », on ne trouvera que soi ; et on devra logiquement conclure qu\u2019il n\u2019existe pas d\u2019autre réalité observable que la pure activité pensante.Dès qu\u2019on décrète que l\u2019être saisi ne l\u2019est que « dans et par la pensée », on s\u2019enlève la possibilité de saisir un être qui soit autre que celui de la pensée.Kant, lui, n\u2019a jamais mis en doute l\u2019existence des objets de l\u2019intuition sensible.« Notre idéalisme transcendental, écrit-il, accorde que les objets de l\u2019intuition extérieure existent réellement comme ils sont intuitivement perçus dans l\u2019espace, et tous les changements dans le temps comme les représente le sens intime » ., mais à quoi correspondent cet espace, ce temps, et tous les phénomènes extérieurs, le maître n\u2019alla jamais jusque là.Cherchant la nature de ce qui est, il crut qu\u2019il fallait tenir que le monde se résout en données sensibles et en mouvements.Mais alors quel est le rapport de la pensée à cette réalité objective ?Il est vrai que le développement de sa critique de la raison pure a abouti logiquement à poser la question de Yexistence absolue d\u2019un donné extérieur, mais le maître n\u2019alla jamais tenir que le monde se résout en données sensibles et en Chronique de Philosophie 457 mouvements.Mais alors quel est le rapport de la pensée à cette réalité objective ?Il cherche la réponse à cette question dans la raison, mais dans une raison à l\u2019état pur, c\u2019est-à-dire considérée comme pouvoir de connaître et avant tout exercice ; et il trouve en elle une certaine tendance naturelle à la symétrie.Spontanément nous introduisons des catégories dans tout ce qui nous entoure : nous établissons des classifications parmi les hommes et les choses, nous les répartissons en groupements de toute sorte, selon leurs inclinations.Jusque là nous pourrions nous entendre avec lui, puisque nous concédons que la raison est pour une part formelle et constructive : elle jette le filet de ses liens spirituels sur l\u2019univers entier, elle le transforme en système de représentation, et le distribue selon un ordre créé par elle-même.Cependant, Kant va plus loin : la raison ne tire pas du donné sensible la substance répartie dans ses catégories, mais elle la tire d\u2019elle-même : celle-ci faisant partie de sa nature, étant impliquée comme un mécanisme dans sa structure native.Son essence est d\u2019être une synthèse de notions.L\u2019objet perçu, en conséquence, n\u2019est pas hétérogène, mais homogène à la pensée, étant donné qu\u2019il jaillit de ses principes essentiels.Et rendre le monde intelligible n\u2019est pas le transformer en pensée, mais le pénétrer de l\u2019intelligibilité même de la raison, le doter d\u2019une forme architecturale 458 Revue Dominicaine en lui appliquant les catégories natives de la raison.Il va sans dire qu\u2019en partant de ce postulat, la pensée aura beau réfléchir indéfiniment sur elle-même, elle n\u2019y trouvera jamais la réalité extérieure.Depuis Kant, les choses ont marché.L\u2019Allemagne, qui s\u2019est si profondément enfoncée dans l\u2019idéalisme, semble prendre la voie de retour au réalisme, sous l\u2019influence de la phénoménologie de Hussere.En Angleterre, Russell professe un réalisme modéré, en lointaine concordance avec celui de S.Thomas.En Italie, avec Gentile et Croce, l\u2019enseignement officiel en est encore à l\u2019hégélianisme le plus volatilisé.En France, le thomisme a forcé la porte de l\u2019enseignement officiel.Il compte des représentants dans presque toutes les disciplines : histoire, philosophie, droit, psychologie expérimentale, etc.II.Les essais de solution.\u2014 Cependant, ainsi que nous le notons plus haut, il n\u2019y a pas unanimité, chez les thomistes de langue française, lorsqu\u2019il s\u2019agit de savoir par quel côté aborder le problème critériologique pour que la solution en soit définitive.Mgr Noël met l\u2019accent sur la critique de la pensée, tandis que M.Gilson, le faisant reposer sur la réalité objective, propose un « réalisme critique ».Alors le problème revient à savoir s\u2019il faut ou non prendre le « cogito » comme point de départ.Avec M.Régis Jolivet, qui se fait d\u2019ailleurs Chronique de Philosophie 459 en cela le rapporteur de la pensée de la plupart des thomistes, nous croyons que, puisqu\u2019il s\u2019agit de vérifier si vraiment la pensée vient en contact avec le réel, il faut se placer à l\u2019endroit où la conscience spontanée nous apprend que ce contact s\u2019établit.Il faut donc, par la réflexion, faire retour sur la pensée, non sur une pensée fictive, mais sur une pensée authentique, résultant de la synthèse du sujet et de l\u2019objet.Il est chimérique de croire qu\u2019on puisse penser, sans penser effectivement à quelque chose.Nos pensées, comme tout ce qui est en nous, ne sont pas quelconques, mais déterminées ; et elles ne sont déterminées qu\u2019à la condition de s\u2019exercer sur un objet défini.L\u2019expérience commune nous apprend donc que le « cogito » résulte de la rencontre mystérieuse d\u2019un sujet et d\u2019un objet.Ce postulat acquis à titre de « droit commun », il s\u2019agit de chercher sur quoi se fonde ce droit.Notre pensée présente-t-elle des caractères qui en garantissent l\u2019objectivité ?Lorsqu\u2019elle construit, (c\u2019est le cas du jugement), obéit-elle uniquement à des exigences provenant d\u2019elle-même ou à des exigences qui tiennent à l\u2019objet sur lequel elle s\u2019exerce ?Comment peut-elle discerner ses associations fausses de ses associations vraies, si ce n\u2019est en se référant à ce qu\u2019elle associe, si ce n\u2019est en le comparant à ce qui est ?Est-ce que les lois sur lesquelles elle se règle en définitive sont détachées d\u2019elle-même ou de Yêtre? 460 Revue Dominicaine Et si ces lois primordiales ne sont pas formelles, mais objectives, c\u2019est-à-dire dépendantes du contenu de la pensée, et si ce contenu s\u2019identifie avec l\u2019objet propre de la métaphysique, n\u2019est-il pas manifeste que se demander si la pensée jouit de l\u2019objectivité revient à se demander si la métaphysique est possible, si elle a une existence réelle ?En d\u2019autres termes, se demander si ce que nous concevons comme des représentations de l\u2019être en sont vraiment ou se demander si la vérité ontologique est vraiment vérité s\u2019identifie avec la critique de nos moyens intellectuels de connaître.Et cela nous apprend que la critériologie, tout en portant sur un « cogito », tient plus à la métaphysique qu\u2019à la psychologie, est plus réaliste qu\u2019idéaliste.Quant à la suture du sujet et de l\u2019objet, suture si parfaite que tous deux deviennent régis par une seule et même loi, elle ne peut s\u2019expliquer que par le recours à une autre loi, à savoir celle des « conformités » natives, celle des « harmonies préétablies ».L\u2019intelligence et l\u2019être sont en affinité comme deux principes élémentaires qui se combinent spontanément, dès qu\u2019il y a rapprochement.L.Lachance, O.P. Le Sens des Faits Humanisme chrétien et Culture classique Les mots sont comme les monnaies.Les plus employés, parce qu\u2019ils sont les plus suggestifs, finissent par perdre les traits incisifs de leur frappe première.Plus que jamais ils circulent, car ils ont gagné la confiance totale du public ; véritable monnaie de compte pour l\u2019esprit, ils facilitent l\u2019échange des idées et deviennent les « lieux communs » du langage comme de l\u2019intelligence.On se rallie autour d\u2019eux, comme autour des plus sûres valeurs traditionnelles, sans plus se préoccuper trop de ce qui primitivement leur donnait originalité et vigueur, dans le dessin précis de leur contenu et de leur composition.Mais, comme les monnaies aussi, les mots sont des titres gagés sur un contenu réel qui seul légitime leur usage et soutient leur crédit.Que le contenu s\u2019affaisse, et l\u2019on se trouve un beau jour devant de déconcertantes variations ; on n\u2019a plus entre les mains que de la « fausse monnaie ».Il est temps de se rabattre sur les richesses « réelles », au delà du papier fiduciaire.Ainsi en va-t-il dans la vie de l\u2019intelligence, les crises qu\u2019elle traverse nous obligent \u2014 heu- 462 Revue Dominicaine reuse obligation \u2014 à contrôler de près les mots dont nous avons fait depuis des siècles le véhicule de nos pensées.Car, si les mots fléchissent, c\u2019est qu\u2019en réalité leur contenu a perdu sa consistance précise, et que, « lieux communs » désormais, ils n\u2019incarnent plus que des pensées anémiées et irréelles.Le verbalisme est la fausse monnaie de l\u2019intelligence.On se paye de mots.Or, s\u2019il est un mot expressif et traditionnel, en lequel nous trouvons la garantie de notre formation nationale et spirituelle, c\u2019est bien celui de culture classique, monnaie solide parce qu\u2019elle est fondée sur une permanente et infrangible réalité, la réalité de la nature humaine elle-même.Encore est-il que cette réalité qu\u2019il contient et exprime, il en faut fréquemment, et plus attentivement que jamais aux heures de crise, en assurer la permanence et l\u2019intégrité sous les vocables qui en sont le véhicule.Mais que constatons-nous si nous poussons d\u2019un peu près ce contrôle et analysons, dans un délectable inventaire, le contenu effectif, et actuel en nos esprits, de cette culture classique ?Pour la plupart d\u2019entre nous, très spontanément \u2014 si spontanément que nous n\u2019imaginons pas d\u2019autre contenu possible \u2014 ce mot évoque le cycle de culture dont les chefs-d\u2019œuvre couvrent les XVIe et XVIIe siècles, eux-mêmes expression d\u2019une « renaissance » engagée un siècle plus tôt en Ita- Le sens des Faits 463 lie, et qui procurait aux Occidentaux le magnifique capital de l\u2019antique civilisation gréco-romaine.Pour demeurer dans la production française de cette renaissance, nous incarnons en Bu-dé l\u2019humanisme, en Ronsard le lyrisme, en Corneille et en Racine la tragédie, en Boileau l\u2019art poétique, en Molière la comédie, en Bossuet l\u2019éloquence, \u2014 faudra-t-il dire en Descartes la pensée ?.Renaissance vraiment, dans son contenu et dans sa forme, dans ses sources, dans son esprit, que cet âge classique, fondé sur la raison des grecs et sur l\u2019ordre de Romains, avec cette curiosité aiguë et cette confiance en l\u2019harmonie du vrai et du beau, avec cette ardeur candide \u2014 au début du moins, dans le Quattrocento florentin ou à la cour de François 1er \u2014 qui croyait assister à la naissance d\u2019un monde nouveau.Mais ce monde n\u2019était pas de tous points nouveau ; il faudrait quelque naïveté et une grande ignorance de l\u2019histoire pour partager la vanité des lettrés humanistes et leur prétention à être, dans la civilisation occidentale, un commencement absolu.Burckhardt et Voigt ont, au XIXe siècle, paré de leur massive érudition et construit en thèse doctrinale cette prétention des humanistes ; à leur suite, on a en quelque sorte hyposta-sié la Renaissance (avec une majuscule !).Notre concept courant de culture classique enregistre sans contrôle cette théorie sur l\u2019évolution des 464 Revue Dominicaine lettres et de la pensée ; il en est même aujourd\u2019hui à peu près exclusivement composé.Pâture insipide des manuels, cliché pour discours solennels, aliment des plus creuses polémiques, cette interprétation de la « renaissance » et de la « culture classique » est à ce point ancrée dans nos imaginations que nous devenons imperméables à l\u2019observation des faits les plus patents de l\u2019histoire.Fausse monnaie des mots, qui a laissé échapper ou truquer les richesses réelles de l\u2019humanisme total.La Renaissance n\u2019est pas un commencement, elle est un terme.Elle est la troisième phase, au XVe et au XVIe siècles, de la vaste entreprise de récupération du capital culturel de l\u2019Antiquité, qui couvre déjà tout le Moyen Age.Elle réalise spécialement cette conquête dans le domaine des lettres et des arts; mais depuis longtemps, depuis la « renaissance carolingienne » (IXe s.), le travail est en cours, avec les ressauts et les poussées coutumiers en régime humain.L\u2019une de ces poussées décisives se produisit aux XlIe-XIIIe siècles, à la faveur d\u2019une transformation économique et sociale sans précédent, qui sur plusieurs points inaugure le monde moderne.La curiosité de l\u2019esprit se manifesta jusqu\u2019à l\u2019intempérance ; on se précipita sur les œuvres de l\u2019Antiquité, dans les écoles parisiennes d\u2019alors, avec autant de ferveur que deux siècles Le sens des Faits 465 plus tard en pleine Florence.Virgile et Horace sont lus, transcrits, résumés, transposés ; Ovide inspire de nouveaux Art d\u2019aimer ; les discours de Cicéron alimentent d\u2019innombrables traités de rhétorique ; les Institutions de Quintilien et de Priscien font loi dans les écoles.Enfin et surtout, Aristote est révélé par masses successives, et des équipes de traducteurs en livrent aux universités naissantes les textes difficiles, que bientôt, malgré les défenses de l\u2019Eglise, fort inquiète de cette ivresse rationnelle, on enseigne dans toutes les facultés d\u2019arts.Renaissance, oui, renaissance vigoureuse et lucide, dont un Abélard, un Hugues de Saint-Victor, un Jean de Salisbury, un Pierre de Blois, sont, chacun à sa manière, les témoins qualifiés et séduisants.Humanisme équilibré, qui n\u2019est pas qu\u2019effervescence littéraire, mais explication rationnelle de l\u2019homme et du monde ; humanisme de l\u2019esprit et de la doctrine, et non pas seulement de la lettre et des formes.Humanisme chrétien surtout, car même quand les ardeurs rationnelles ou les entraînements esthétiques marquent quelque déréglement, la présence mystique de Dieu et du Christ maintient un climat religieux, au principe des jugements comme dans l\u2019inspiration des formes plastiques.Telle est la perspective, où certes, il n\u2019est point question d\u2019évincer les originales fécondités 466 Revue Dominicaine du Quattrocento italien ou du XVIe siècle français, mais où est restauré, dans son dynamisme total, l\u2019ample renaissance qui soulève les grands siècles du Moyen Age, ceux d\u2019Abélard et de Thomas d\u2019Aquin, ceux d\u2019Henri d\u2019Angleterre et de Louis de France.Car au cœur de cette renaissance et de cet humanisme, animés et transposés par l\u2019esprit chrétien, c\u2019est saint Thomas que nous rencontrons, et non pas Descartes, qu\u2019il nous fallait bien citer, tout-à-l\u2019heure, dans la solidarité spirituelle des maîtres de ce fameux XVIIe siècle.En entendant dans la bouche des mêmes pédagogues de nos collèges l\u2019exaltation de la Renaissance et l\u2019éloge de saint Thomas d\u2019Aquin, je me demande s\u2019ils sentent la secrète et irréductible discordance qui rend incohérent pareil rapprochement.Cette incohérence, que dissimulent le verbalisme et les routines, dénonce, à qui sait voir, l\u2019équivoque de cette position et oblige à réviser, selon l\u2019authentique histoire, le sens juste et complet de la « renaissance », de ses étapes, de ses objets successifs.L\u2019humanisme littéraire et esthétique, la « culture classique », sont condamnés à verser dans l\u2019artifice et dans la vanité, s\u2019ils ne sont pas le fruit d\u2019un humanisme de l\u2019esprit et de la raison, celui dont Aristote fut le maître au XHIe siècle.Ils sont menacés surtout de céder au goût païen Le sens des Faits 467 de la nature, aux caresses des lumières terrestres et de la beauté charnelle, si leur trésor n\u2019est pas assumé par une haute spiritualité chrétienne.Le véritable humanisme chrétien, il est, doctrinalement, dans la philosophie d\u2019un saint Thomas d\u2019Aquin et dans le gouvernement d\u2019un saint Louis.Il est temps de dissiper les équivoques, et de reconnaître le lieu et les sources de notre richesse réelle, sous les mots usés et la fausse monnaie en circulation.Un maître éminent d\u2019Harvard, Ch.H.Haskins, a publié récemment un très bel ouvrage intitulé The Renaissance of the Twelfth Century.Titre et dénomination parfaitement exacts.C\u2019est avec une documentation plus explicite, une philosophie plus élaborée, un sens théologique plus averti, que YInstitut d\u2019Etudes Médiévales d\u2019Ottawa a repris ce thème dans un volume qui vient de paraître : La Renaissance du Xlle siècle.Les Ecoles et Y Enseignement, spécialement l\u2019Enseignement de la Théologie.On y verra quel est, dans la juste perspective de l\u2019histoire et à l\u2019encontre des clichés de Burckhardt, le véritable contenu spirituel de notre culture classique et de notre humanisme chrétien, âme du Canada français.M.D.Chenu, O.P. 468 Revue Dominicaine A Saint-Hyacinthe \u2014 Comme les années précédentes, il y aura, au cours des prochaines vacances d\u2019été, une série de retraites fermées au Couvent des Dominicains de St-Hyacinthe.Ces retraites fermées sont pour les collégiens, en particulier les élèves des classes de Belles-Lettres, Rhétorique et Philosophie.1ère : du soir du 20, finit au matin du 23.2ième : du soir du 23, finit au matin du 26.3ième : du soir du 26, finit au matin du 29.On peut s\u2019adresser par lettre, avant le 15 juin, au R.P.Directeur des Vocations Dominicaines, Couvent des Dominicains, Saint-Hyacinthe, Qué.Ces retraites sont pour les groupes.Quant aux retraites privées, on peut les faire en tout temps de l\u2019année après entente avec le T.R.Père Maître des Novices de St-Hyacinthe.\u2014 Le 24 avril avait lieu, dans le cimetière de notre communauté, l\u2019inhumation du R.P.Dominique Jacques, décédé le 20 au Couvent de Fall River dans la 82e année de son âge et la 55e de sa vie religieuse.Doyen de notre Province, le défunt, écrit le T.R.P.Provincial, « fut un témoin de l\u2019établis-« sement de la vie dominicaine en notre pays, et « un témoin d\u2019autant plus précieux qu\u2019il demeura « fidèle et sincère jusqu\u2019au bout.C\u2019est un ancien, Le sens des Faits 469 « les moindres détails de sa carrière ont comme « une saveur historique .Ame droite s\u2019il en fut, « d\u2019une grande dignité de vie sacerdotale et reli-« gieuse, avec un grain de brusquerie prime-sau-« tière, il s\u2019est mis tout entier dans ce qu\u2019il a fait.« Ayant rempli les fonctions les plus diverses, de-« puis celle de procureur jusqu\u2019à celle de maître « des novices, il a cependant son œuvre, c\u2019est la « paroisse St-Jean Baptiste d\u2019Ottawa.Il y a mis « l\u2019esprit paroissial et l\u2019esprit chrétien par son « travail, son zèle, ses instructions solides, appro-« priées et bien comprises.Matériellement, il sut « tout restaurer et compléter .» « D\u2019un grand « esprit de pauvreté, toute sa vie sa cellule a été « comme celle d\u2019un novice qui vient d\u2019entrer.Aus-« si après sa mort n\u2019y trouva-t-on rien du tout ».Autre chose que le manque d\u2019espace nous arrête : le sentiment qu\u2019un tel hommage vaut bien une oraison funèbre.\u2014 R./.P.L'Esprit des Livres Charles-Eugène Roy, D.Th.\u2014 « La grande stigmatisée : Thérèse Neumann ».Ateliers de L\u2019Action Catholique, Québec, 1933.($1.00).Il nous arrive de lire si rarement un livre d\u2019un bon curé de chez nous que la lecture du récent ouvrage de Monsieur le curé de Gaspé nous a laissé une sorte de regret 470 Revue Dominicaine dans l\u2019âme.Nous avions pourtant tous les motifs de nous réjouir.Car aucune des 363 pages de ce livre substantiel ne manque d\u2019intérêt.Plusieurs chapitres, les derniers surtout, sont magnifiques, vraiment dignes des meilleurs auteurs.Aussi convient-il de féliciter le distingué curé de son ouvrage comme du bel exemple de travail intellectuel qu\u2019il donne au clergé canadien peut-être un peu trop enclin à porter au seul compte du ministère son éloignement des travaux de l\u2019esprit.C\u2019est principalement une œuvre de vulgarisation et d\u2019édification que l\u2019auteur du « Petit Catéchisme selon la méthode inductive » présente aujourd\u2019hui au lecteur.Les phénomènes extraordinaires de Konnersreuth ont attiré déjà l\u2019attention d\u2019un grand nombre d\u2019écrivains.La critique scientifique elle-même n\u2019a pas craint de les soumettre à un judicieux examen.Mais à peu près personne ne s\u2019est encore préoccupé sérieusement d\u2019en recueillir les salutaires leçons.M.le Curé de Gaspé a voulu tenter un effort dans ce sens.« Faire connaître Thérèse Neumann à un plus grand nombre d\u2019âmes et, par là, étendre quelque peu son influence et faire un peu de bien : telle est notre unique ambition », écrit-il, dans un bref avant-propos servant en même temps de bibliographie à son ouvrage.Pour atteindre ce but tout apostolique, l\u2019auteur a cru bon de s\u2019astreindre à une étude purement objective des faits et à leur simple exposé historique.Il ne faut donc pas se surprendre d\u2019y voir chômer presque continuellement l\u2019imagination.L\u2019occasion était très favorable à la mise en valeur des nombreuses ressources de la sensibilité.Mais en un domaine si délicat, la discrétion et la prudence ne doivent-elles pas triompher \u201c?Jusqu\u2019au moindre appel direct au sentiment religieux qui a été volontairement écarté.Cette réserve, qu\u2019on pourra trouver excessive, permet à l\u2019auteur de s\u2019étendre plus longuement mais toujours avec précision et clarté sur la L\u2019esprit des Livres 471 doctrine de la stigmatisation et les théories explicatives de l\u2019extase.Son procédé de développement est des moins compliqués.Il consiste généralement à bien définir pour appliquer ensuite la définition au cas particulier de Thérèse Neumann.Parmi les principales qualités de cet ouvrage, nous tenons à signaler la sûreté de la doctrine, la précision de la méthode, l\u2019équilibre de la pensée, la sobriété du style et le souffle apostolique.Souvent trop de citations a-joute très peu de détails au récit.L\u2019auteur a toujours le bon goût de ne pas surcharger le texte ni accumuler au bas des pages de nombreuses références qui, en dehors des œuvres proprement scientifiques, ne sont trop souvent que prétentieuses parures.La visionnaire de Konnersreuth, elle-même si franche et si simple dans toute sa vie, n\u2019avait certes pas besoin d\u2019aucun étalage d\u2019érudition pour nous apparaître telle qu\u2019elle est en réalité : une personne bien vivante, expression concrète et saisissante de la dévotion à la Passion du Christ-Rédempteur.Sa mission providentielle est logiquement rappelée au dernier et quarantième chapitre du volume.Thérèse Neumann est une âme choisie pour porter d\u2019une façon spéciale au monde contemporain l\u2019éternel message de l\u2019Amour divin.Elle doit, comme tant d\u2019autres, s\u2019immoler constamment pour les membres malades du Corps mystique de Jésus-Christ.Un prêtre, à qui nous avions conseillé la lecture de cet ouvrage opportunément publié en l\u2019année jubilaire de la Rédemption, nous en fit cet éloge qui se passe facilement de commentaire : « C\u2019est un livre qui sanctifie ».A.-G.Albert, 0.P.Medjé Vézina \u2014 « Chaque Heure a son Visage ».Poèmes.Les Editions du Totem, 3683, rue Saint-Hubert, Montréal, 1934.Prix : $1.00. 472 Revue Dominicaine .mais les heures enchantées que ressuscite ce volume n\u2019ont guère d\u2019autres visages que ceux de la nature et de l\u2019amour.Ces deux sentiments s\u2019y prêtent mutuel appui comme les deux arcs d\u2019une ogive.En guise de contrefort, surgit de part et d\u2019autre l\u2019émotion religieuse.Le tout conçu et mis en valeur d\u2019une certaine manière, outrageusement limitée, où s\u2019affirment cependant des dons poétiques hors du commun.Fixons d\u2019abord quelques notions.« Les cieux racontent la gloire de Dieu ».La lune ne devient pàienne que si, sacrifiant soi-même aux idoles, on lui prête son âme.Qui donc a parlé de la création rivale de Dieu *?Et quand une prédication charnelle serait offerte par la vivante nature,' aux époques de germination, pouvons-nous oublier qu\u2019aux regards du philosophe et du mystique elle établit le lien de l\u2019homme avec sa Cause, et que régulièrement, par ses déclins d\u2019automne et ses linceuls d\u2019hiver, elle prêche aux mortels la mort ! \u2014 Le sentiment de l\u2019amour prête davantage à équivoque, un seul mot servant à désigner les mouvements de l\u2019âme les plus opposés, sinon par leur tendance, du moins par leur objet.Tel écrivain résigné à peindre uniquement l\u2019amour-passion s\u2019interdit de la sorte une immense portion du réel ; tel autre, à la plume osée autant que malhabile, risque fort de scandaliser les honnêtes gens.J\u2019ai toujours pensé que nos jeunes essayistes, avant d\u2019aborder certains sujets qui leur tiennent à cœur, devraient se mettre dans un état voisin de l\u2019état de grâce.\u2014 Et la religion souffre à son tour de se voir mutilée dans son rôle et ses exigences.Elle surélève et sanctifie tout ce qui est de l\u2019homme en le pointant vers Dieu.Mais au préalable, quel sanglant travail d\u2019épuration.La vie spirituelle \u2014 on en dit presque autant de la vie intellectuelle et de la vie sportive \u2014 est à base de renoncement, parfois de violence.Nous ne voulons pas d\u2019un christianisme bebête, illusoire du reste, qui confondrait liberté avec licence, loi morale avec instinct primitif.Pa- L\u2019esprit des Livres 473 reil travesti n\u2019aura chance d\u2019acceptation qu\u2019auprès de ceux que le manque de contact avec les évangiles, joint à cette « croûte de sensations » dont parle avec connaissance de cause saint Augustin, rejette aux antipodes de l\u2019esprit chrétien.Sur chacun de ces thèmes, les deux premiers en particulier, madame Medjé Vézina a su répandre son étonnante verve et ses dons créateurs : créateurs surtout d\u2019images que personne parmi nous n\u2019avait contemplées auparavant, pas plus que nous n\u2019avions contemplé en 1933 les bourgeons de 1934.(Pour mieux apprécier cette valeur poétique, rappelons-nous le cas d\u2019Henri d\u2019Arles, réputé un imaginatif, incapable pourtant d\u2019inventer un symbole, et satisfait d\u2019énumérer des couleurs qu\u2019il empruntait pour la plupart au règne minéral).Mais le coupe-papier nous réserve une autre surprise .Ces grands objets sont méconnus dans leur signification profonde.La vérité en souffre, et l\u2019art, en dépit de ses prestiges ne saurait combler pareil vide.L\u2019auteur ne voit plus dans la nature que le contour humain de son rêve, dans l\u2019amour que le torride appel des sens, dans la piété de son jeune âge qu\u2019une source d\u2019émois nostalgiques.Elle s\u2019en confesse \u2014 que de confessions dans ce volume écrit presque en entier à la première personne ! \u2014 avec des mots hardis, des mots « pareils à son visage et à son être » (p.133), en des vers d\u2019une magnificence faite pour illustrer ces lacunes et aviver nos regrets.Lisez sort plus beau poème : Agenouillement, dont l\u2019harmonie prenante soutient la comparaison avec les plus grands romantiques.Je portais autrefois la splendeur de ton nom Sculpté comme une étoile à mon candide front.La fraîcheur des Noëls que l\u2019enfance protège Dans mon âme volait en lumineux arpèges ; Et quand je m\u2019égarais, haute parmi les fleurs, Le parfum des jardins s\u2019accrochait à mon cœur. 474 Revue Dominicaine La chanson des étés dont l'être s\u2019extasie Semblait être la part que l\u2019on m\u2019avait choisie.Comment cette part s\u2019est effondrée, on nous le détaille en pas moins de cent pages.Ici, quatre vers suffiront : Ayant connu le jour où la chair dit son droit, La vertu me parut un corridor étroit.Je laissai comme une aube où les clartés se meuvent Les faunes du désir piétiner mes chairs neuves.La plupart des autres pièces, comme Carpe diem, Tendresses décloses, Regretter est un blasphème, et.la suivante, au lieu de souligner, sans plus, un passé lourd d\u2019épreuves, chantent éperdument l\u2019amour libre et les libres a-mours.Elles offrent à n\u2019en pas douter une donnée immorale, sans rien de grivois ni d\u2019obscène.Si dans ce premier recueil madame Vézina impose avec éclat sa jeune maîtrise, il ne s\u2019ensuit pas que sa personnalité poétique soit entièrement dégagée.Outre l\u2019influence diffuse de la comtesse de Noailles, tel détail dans Notre-Dame de la Complaisance, offusquant à bon droit M.Henri Girard, nous irritait déjà dans « La Tosca », tandis qu\u2019une probe réminiscence : « Le miracle du monde est tout dans ce matin » nous ramène au vieux Malherbe : « Tout le plaisir des jours est en leurs matinées ».C\u2019est donc bien vrai que le passé collabore à tout ce que nous faisons ! Moins tolérables sembleront les mots mal écrits, distraction de l\u2019auteur ou collaboration .de l\u2019imprimeur : sanglotte, vantouse, pystil, frêle, éméchés, etc.; ou encore ces pauvres vers au rythme chevrotant, ironique vengeance des césures sacrifiées : L\u2019esprit des Livres 475 Les libellules dont le caprice s\u2019avère.0 solitude, paix qu'il nous faut conquérir.Oeuvre somptueuse, d\u2019un dynamisme rare, mais en partie décevante.Belle d\u2019une beauté inhumaine à force d\u2019être trop humaine.Où le sentiment religieux n\u2019intervient que pour renouveler par la violence du contraste la saveur de la volupté.Et que bien peu de jeunesses pourraient a-border sans voir grimacer autour de soi « les faunes du désir ».M.-A.Lamarche, 0.P.Abbé Joseph Béard \u2014 « L\u2019Abbé Joseph Viallet ».Avignon, Aubanel aîné, Editeur, 15, Place des Etudes.\u2014 1933.Ame vraiment sacerdotale, douce et forte, l\u2019abbé Viallet est une preuve vivante de ce que peut faire pour Dieu celui qui s\u2019est donné tout entier à Lui.L\u2019auteur nous montre la jeunesse studieuse du saint abbé, sa vocation combattue, sa vie au grand séminaire, puis l\u2019aumônier, le curé et le directeur d\u2019âmes.M.l\u2019abbé Béard sait nous décrire, en de fines analyses, cette figure attachante, sa vie toute consacrée au Sacré-Cœur.Ce livre fera du bien aux fidèles ainsi qu\u2019aux membres du clergé.R.-M.D.R.P.Gonzalve Poulin, o.f.m.\u2014 « Nérée Beau-chemin » \u2014 No 5 de la série B.des Pages Trifluviennes \u2014 Brochure de 78 pages, grand format \u2014 Editions du Bien Public, Les Trois-Rivières, 1934 \u2014 $0.50.La collection des Pages Trifluviennes, vient de publier sa vingtième brochure ; vingt volumes publiés en moins de deux ans, où des écrivains de la région trifluvien-ne chantent les héros de leur « petit pays », font revivre 476 Revue Dominicaine les heures glorieuses, d\u2019un passé héroïque, et en perpétuent à jamais le souvenir ! Quel merveilleux apostolat ! quelle efficace préparation des esprits aux événements de la grande année française 1934 ! Il y a de longs mois, avant que l\u2019on songeât à ériger un monument de pierre aux grands trifluviens d\u2019autrefois, après une lointaine et minutieuse préparation, M.l\u2019abbé Albert Tessier, préfet des études au Séminaire, jetait les bases de ce monument littéraire d\u2019une si remarquable valeur historique et éducative.Oeuvre de patriotisme, école de fierté régionale, cette collection qui n\u2019en est encore qu\u2019à ses débuts, a déjà fait un bien immense aux trifluviens comme à tous les mauriciens.On a réappris le culte du passé, on sait mieux vibrer aux récits des gestes des aïeux, on se prend à vouloir marcher sur leurs traces ! Si la jeunesse des Trois-Rivières sait aujourd\u2019hui, avec un si bel enthousiasme, travailler, d\u2019un commun accord, à l\u2019érection d\u2019un Flambeau, souvenir à la mémoire des héros de la petite Patrie, c\u2019est qu\u2019elle a eu le grand bonheur de se trouver à l\u2019école du fervent patriote, éditeur des Pages Trifluvien-ues.De tous les numéros déjà parus, ce vingtième est probablement parmi ceux qui connaîtront le plus de vogue.Moins intéressant que les précédents au point de vue strictement historique, moins révélateur des pittoresques détails de la vie trifluvienne d\u2019autrefois, mais, par contre, combien attachant par la figure aimée qu\u2019il évoque ! Pour les lecteurs des pages savoureuses de Patrie Intime cette biographie du vieux poète de Yamachiche découvre un nouvel horizon.Combien de fois, en lisant ses vers harmonieux, nous étions-nous demandé : « Quel homme peut bien être ce Nérée Beauchemin, devenu tout à coup célèbre dans sa vieillesse par la publication de poèmes si frais, si délicats, et d\u2019une si pure inspiration ?» Puisant à même les plus précieux documents, lettres, journal, poè- L\u2019esprit des Livres 477 mes inédits, notes intimes, où le doux vieillard se révèle, le P.Gonzalve satisfait notre légitime curiosité, et nous fait connaître ce grand apôtre de la pensée française et catholique dans sa vie toute simple de médecin de campagne et de père de famille, comme dans sa vie d\u2019artiste et de poète.Les anecdotes les plus piquants, révélant la fine tournure d\u2019esprit du vieux barde, voisinent avec des traits touchants à nous faire pleurer.Le style du R.P.Gonzalve est simple et élégant ; certains passages manquent un peu de vie, mais, dans l\u2019ensemble, son ouvrage est charmant, et il sera lu.C\u2019est le premier travail un peu long consacré à Nérée Beauche-min, et on sent qu\u2019il a été exécuté avec amour.L\u2019étude de l\u2019œuvre poétique est bien au point et très fouillée ; d\u2019abondantes citations, en général bien choisies, viennent à l\u2019appui des avancés du biographe, et, selon son expression, conservent « le climat artistique, si favorable à la compréhension ».La préface de ce volume est due à M.l\u2019abbé Albert Tessier.Avec la plume vigoureuse qu\u2019on jlui connaît, M.Tessier s\u2019applique à nous faire saisir les nombreux points de ressemblance entre Beauchemin et Duguay, ces deux grands artistes de chez nous ; cette compréhension profonde des aspects de la création et des travaux champêtres, ce sentiment terrien qui s\u2019exprime chez l\u2019un comme chez l\u2019autre avec autant de simplicité que de puissance ; cette vie intérieure intense, ce même amour d\u2019une existence calme et simple, et surtout cette haute poésie de leurs œuvres, où l\u2019humain rejoint l\u2019éternel, où la vision des choses demeure fortement et simplement chrétienne.Une dizaine de photographies, instantanés du poète lisant, causant avec des amis ou des membres de sa famille, deux bois gravés et un fusain de Duguay ajoutent à l\u2019intérêt du précieux volume du R.P.Gonzalve.Lucile Godin 478 Revue Dominicaine Louis Soubigou : « Sous le charme de l\u2019Evangile selon Saint Luc ».\u2014 Desclée, de Brouwer et Cie, éditeurs.Paris, 1933.L\u2019intitulé de cet ouvrage n\u2019est pas trompeur et sa lecture ne décevra personne.Au début de l\u2019introduction, l\u2019auteur nous avertit que son livre est né de la joie qu\u2019il a éprouvée, lorsqu\u2019au cours de son étude du troisième é-vangile, il commença de soupçonner les grandes lois qui commandaient l\u2019exposé de Saint Luc.L\u2019on sait que des évangiles synoptiques, le troisième selon l\u2019ordre adopté par la vulgate a toujours été considéré jusqu\u2019ici comme le plus attrayant en raison des récits de l\u2019enfance qui lui sont propres, de certaines paraboles plus longuement développées, des allusions plus fréquentes à la Vierge Marie, de la vivacité et de la précision du style propres à ce médecin qu\u2019était Luc.De plus l\u2019on a toujours enseigné communément sur le témoignage de l\u2019auteur sacré, que lui seul avait suivi dans son exposé, un ordre chronologique assez rigoureux.M.Soubigou nous prévient que les préoccupations chronologiques de Saint Luc ne sont pas celles qu\u2019on lui attribue trop souvent ou mieux qu\u2019elles ne rendent pas exclusivement compte des caractères propres à son récit.Il faudrait y voir en plus un souci très marqué de beautés strictement littéraires dans le choix des épisodes, la structure des phrases et l\u2019ordonnance générale de la composition.Il y a là quelque chose de nouveau qui exigera désormais un paragraphe de plus dans l\u2019introduction au troisième Evangile.Quant à savoir si les préoccupations littéraires de Saint Luc telles qu\u2019indiquées, peuvent être scientifiquement démontrées, les qualifications de l\u2019habile professeur en apparaîtraient une preuve plus certaine que l\u2019analyse attentive du texte.Il faudrait en outre se rappeler que l\u2019ou- L\u2019esprit des Livres 479 vrage est intitulé : « Sous le charme .» Il semble en effet un peu arbitraire de recourir systématiquement à des procédés littéraires raisonnés pour rendre compte de chacune des particularités d\u2019un écrit, lorsque la simple facilité naturelle ou toute autre circonstance étrangère aux règles des belles-lettres et de la rhétorique peuvent en donner raison.Que Saint Luc ait passé sous silence tous les personnages subsidiaires qui devaient se trouver au temple au moment de la vision de Zacharie, il résulte de ce fait que le personnage principal ressort davantage, mais était-ce bien là le but de l\u2019auteur en procédant comme il l\u2019a fait \u201c?On pourrait également justifier a posteriori, par un souci de beauté littéraire, une brève description de l\u2019ensemble des cérémonies du temple.Saint Luc se l\u2019est interdite, peut-être pour ne pas encombrer le récit ; s\u2019il se la fût permise, elle eût été aussi facilement justifiable conformément à d\u2019autres règles de l\u2019art de bien dire.Il est plus facile de relever les beautés littéraires du troisième évangile que d\u2019en préciser les raisons dans la pensée de l\u2019auteur ; le second travail ne peut aboutir qu\u2019à des hypothèses presqu\u2019infiniment variables.Je mentionne sans regret cette lacune dans le procédé, sachant bien qu\u2019elle n\u2019aura pour résultat que de faire ressortir les qualités maîtresses de l\u2019ouvrage : une grande clarté d\u2019exposition, une érudition qui se voile pour mieux renseigner sans offusquer, de précieux résumés didactiques sur certaines questions extrêmement difficiles à circonscrire, v.g.« la fixation de la quinzième année de Tibère, » « l\u2019action du Procurateur romain Ponce Pilate en Judée, » (pp.135, 137.), le tout exprimé dans un style simple, clair et facile qui ne dédaigne pas la citation poétique toutes les fois qu\u2019elle peut concourir au charme.A l\u2019occasion de la résurrection de la fille de Jaire, « des foules entourent Jésus, le serrent à l\u2019étouffer, une femme en profite pour se faufiler jusqu\u2019à lui, et elle touche la 480 Revue Dominicaine houppe de son vêtement ; aussitôt il sort de Jésus une force pour la guérir ».N\u2019en est-il pas un peu de même de l\u2019évangile qui nous fait le récit de la vie de Jésus ?C\u2019est, semble-t-il le bien de tous, car les modestes livrets qui constituent nos quatre évangiles sont à la disposition et à la portée de tous ceux qui veulent les lire : « Les peuples qui n\u2019ont pas ce livre, le mendient » Et vingt siècles penchés dans l\u2019ombre l\u2019étudient ».(pag.303) L\u2019ouvrage de M.Soubigou sera de première utilité à tous ceux qui veulent avoir rapidement l\u2019explication d\u2019un passage ou la solution d\u2019une difficulté.Les âmes pieuses y trouveront aussi d\u2019agréables réfections spirituelles.A.Saint-Pierre, 0.P.Ambroise Gardeil, O.P.\u2014 Le Donné révélé et la Théologie.Deuxième édition.Juvisy, « Les Editions du Cerf», 1932 ; xxxv-372 pp., 20 fr.Pour répondre au désir du grand nombre, « Les Editions du Cerf » nous offrent, sous une couleur attrayante, l\u2019ouvrage renommé du regretté Père A.Gardeil.Le volume s\u2019ouvre sur une préface du T.R.P.Chenu.En quelques pages très expressives où se révèle la ferveur intense du disciple pour le maître vénéré, l\u2019étude du P.Gardeil nous est présentée comme une œuvre d\u2019assainissement du domaine théologique où sont mis en vive lumière la nature du travail théologique, son caractère scientifique et sa dignité. L\u2019esprit des Livres 481 « La thèse fondamentale de l\u2019ouvrage est que la Théologie est une science intrinsèquement surnaturelle dont les conclusions sont homogènes au donné révélé qu\u2019elles élaborent ».Et comme la rencontre du donné révélé avec les conclusions théologiques se fait par l\u2019intermédiaire du dogme, il s\u2019agit de vérifier le double trajet qui va de la révélation immédiate au dogme et de celui-ci aux conclusions théologiques.Le volume se divise ainsi en deux parties.Contre les Modernistes, le P.Gardeil rétablit la notion de vérité.L\u2019affirmation humaine, véhicule du révélé, a une « capacité d\u2019absolu échappant à la mobilité de ses événements historiques ».Le donné révélé \u2014 avec son caractère social mis en relief \u2014 se trouve doué d\u2019un absolu humain et divin (affirmation humaine qui exprime La vérité communiquée par Dieu).Le dogme tantôt réaffirmera le donné primitif, tantôt revêtira des formes techniques sans pour autant s\u2019inféoder à aucun système philosophique.Le P.Gardeil aborde deux problèmes issus des trois notions au préalable solidement établies : la relativité métaphysique du dogme et son développement qu\u2019il explique par une analogie d\u2019ordre psychologique.La « fermentation mentale » qui s\u2019exerce sur le donné révélé produit une théologie communément reçue que l\u2019Eglise par sa définition, intègre au dépôt primitif.La deuxième partie traite de la nature essentielle de la théologie et de sa distinction d\u2019avec les disciplines connexes.\u2014 Le rôle instrumental des sciences critiques et documentaires à l\u2019égard du donné théologique étant bien défini, la Science théologique nous apparaît comme une « science humaine sans doute, mais foncièrement surnaturelle » \u2014 son objet rejoint le donné révélé, ses procédés rationnels ne sont que purs instruments et non motifs d\u2019adhésion à la Vérité, c\u2019est la notion authentique de Dieu qu\u2019en définitive les conclusions théologiques cherchent à atteindre.Les Systèmes théologiques, malgré leur utilité, leur nécessité % 482 Revue Dominicaine même, évoluent dans la région des hypothèses, à moins qu\u2019en partant de l\u2019Idée même de Dieu que nous donne la Révélation, ils en arrivent à coïncider comme synthèse avec la Science théologique.Par l\u2019excellence de son donné théologique, de son argumentation théologique, de son organisation systématique, la théologie de S.Thomas constitue un système de première grandeur « dont la réussite excuse l\u2019imperfection des systèmes demeurés en route.L\u2019arbre géant des forêts n\u2019aurait jamais pu élever sa cime sublime, si, avant lui, et autour de lui, d\u2019autres arbres de moindre avenir n\u2019avaient, en succombant à la tâche, accumulé l\u2019humus nourricier ».Le livre se ferme sur une considération éminemment pratique : la valeur du Dogme et de ia Théologie pour la vie surnaturelle.La pensée du P.Gardeil est de celles qui ne se résument pas sans y perdre beaucoup.Le meilleur nous échappe.On pourra lire un compte-rendu plus détaillé dans la Revue Thomiste, XVIII (1910), pp.263-269 (R.Garrigou-Lagrange) et la Revue du Clergé Français, LXII (1910), pp.566-571 (J.Rivière).Le Donné révélé et la Théologie est une leçon de méthodologie qui n\u2019a pas de date.Les problèmes vitaux surgis de la crise moderniste sont abordés non par un polémiste grincheux, prêt à tout concordisme, mais par un métaphysicien de haute lignée, confiant en la puissance de la vérité.Comme son maître S.Thomas, le P.Gardeil nous livre sa pensée avec le sens de la mesure et la sérénité que donne la sûreté de doctrine, au point de nous faire oublier parfois l\u2019acuité des conflits qu\u2019a connus notre siècle à son début.Avec le P.Gardeil, nous dominons le bruit, nous respirons l\u2019air vivifiant des sommets.Combien d\u2019ouvrages contemporains du Donné révélé pourrions-nous rééditer après vingt-cinq ans sans devoir apporter le moindre changement au texte primitif ?Le discernement des méthodes, en délimitant le champ L\u2019esprit des Livres 483 d\u2019activité de chaque discipline (histoire des dogmes, histoire des doctrines, exégèse biblique, théologie historique, théologie positive), nous met en face de principes aussi larges que réconfortants pour la pensée moderne.Quelle libération, après cette période de pauvreté intellectuelle qui n\u2019a d\u2019autre ressource que le manuel, dépositaire de vérités intangibles.Désormais, les « positifs » et les « spéculatifs », de frères ennemis qu\u2019ils étaient pour plusieurs, s\u2019unissent dans une saine collaboration qui n\u2019en respecte pas moins l\u2019autonomie de chacun.« Une théologie scolastique qui ne débuterait pas par une théologie positive serait a-veugle : une théologie positive sans théologie scolastique pour relier ses éléments, la mettre en communication avec le monde des idées rationnelles, la défendre, serait une théologie paralysée ».Tout en s\u2019affirmant théologien de l\u2019« unité », le P.Gardeil répudie cette unité trop simpliste qui supprime toute difficulté.D\u2019aucuns le trouveront ardu à lire sinon obscur.Est-ce vraiment un défaut *?La vérité est-elle si facilement accessible à nos intelligences débiles ?Y gagne-t-on à tout simplifier et schématiser en dépit des obstacles ?Les élèves les plus réputés du P.Gardeil sortaient toujours de classe en se posant un point d\u2019interrogation.Ce n\u2019est pas le moindre succès du professeur que de faire réfléchir ses étudiants.On ne peut se contenter ici d\u2019une lecture en diagonale.C\u2019est à petite dose que l\u2019on s\u2019assimile la doctrine du P.Gardeil.Le lecteur devra revenir sur des pages déjà lues pour comprendre à fond « le sens intellectuel et la valeur religieuse des dogmes ».Les étudiants en théologie, tout particulièrement, trouveront dans Le Donné révélé et la Théologie un guide sûr qui les sauvera des conflits de méthode dans la position des questions, et leur donnera une claire vue des rapports de la raison et de la foi dans notre vie proprement religieuse.Le P.Gardeil eut la grande joie de voir son oeuvre 484 Revue Dominicaine comprise et continuée par un confrère espagnol, la P.Ma-rin-Sola dont l\u2019ouvrage magistral, L\u2019Evolution homogène du dogme catholique, rallie de plus en plus les suffrages longtemps retenus par quelques anathèmes trop hâtifs.Raymond-Marie Martineau, 0.P. Table des matières (Premier semestre) JANVIER R.P.Adélard Dugré, S.J., Les idées religieuses chez nous.Dr Léo Marion, Coopération intellectuelle.\t3, 10 R.P.Em.Létourneau, O.M.I., « Il y aura des saints parmi les enfants ».\t24 Abbé Eddie Hamelin, L\u2019aspect religieux du 3e centenaire des Trois-Rivières.\t32 LE SENS DES FAITS.\u2014Nouvelle étape, par le T.R.P.Lamarche.\u2014 Le Congrès catholique de Vienne, par le R.P.Faribault.\u2014 Causes de la dissolution de l\u2019Empire romain, par S.E.M.Arsène-Henry.\u2014 La Théorie Ogino-Knaus : Un remède contre le néo-malthusianisme, par le T.R.P.\tForest.\t45 L\u2019ESPRIT DES LIVRES.\u2014 Dictionnaire de Spiritualité {H.G.) Condamin : Poèmes de la Bible (H.D.) Lemieux : La Sainte Liturgie (B.M.) Zeller : Le Rosaire (AI.L.) Dion-Lévesque : Walt Whitman (AI.-A.L.) Chopin : Dominantes (A.S.-P.) G.Joannès : Deux âmes vers les cimes (J.-AI.L.) L\u2019Almanach de la Langue française.\u2014 Accusés de réception.\t70 FEVRIER M.Paul Gouin, Réponse à l'Enquête.89 486 Revue Dominicaine R.P.Albert Saint-Pierre, O.P., La situation de la femme dans l\u2019Eglise\tprimitive.\t100 R.P.Raymond-M.Charland, O.\tP.,\tLes\tLaïcs\tet\tla\tprédication.\t114 R.P.Arthur-G.\tAlbert, O.\tP-, Bulletin\tde\tdogme\t: Christologie.\t126 LE SENS DES FAITS.\u2014 En marge de l\u2019Enquête : Du rôle de l\u2019anticléricalisme dans la crise religieuse, par le Dr A.Laquerrière.\u2014 Notes sur l\u2019immigration canadienne, par le R.P.A.-G.Albert.\u2014 Document : La Philosophie chrétienne.\t13Î L\u2019ESPRIT DES LIVRES.\u2014 Billette : Traité Théorique et Pratique de Droit Civil Canadien : Donations et Testaments (A.L.) Lusseau et Collomb : Manuel d\u2019E-tudes bibliques (A.S.P.) L\u2019Académie St-Thomas d\u2019Aquin : Seconde Session (R.-M.M.) Bruno de Jésus-Marie : Autour des Faits de Beauraing (J.de V.) La-mirand : Le rôle social de l\u2019ingénieur (C.-E.L.) Mer-kelbach : Summa Theologies M oralis.\u2014 T.Ill (R.D.) Gaudreau : La voie d'amour (A.-M.R.) Mère Henri du Sacré-Cœur (D.-M.C.) Accusés de réception.149 MARS Dr Pierre Masson, Réponse à l\u2019Enquête.\t169 R.P.Raymond-M.Martineau,\tO.\tP.,\tPour\tlire Saint Thomas.\t184 R.P.Thomas-M.Charland, O.\tP.,\tLa\tnotion\tde Témoignage en Histoire.\t199 Dom Jean Boutry, O.S.B., Chronique de Littérature spirituelle.\t211 LE SENS DES FAITS.\u2014 A propos de Méthode, par le R.P.A.-G.Albert.\u2014 Université catholique, par le R.P.R.-M.Voyer.\t228 Table des Matières 487 L\u2019ESPRIT DES LIVRES.\u2014 Sobradillo : De Religiosa-rum Confessanis (R.C.) Desmarchais : Le feu intérieur (B.G.) Auclair : Figures canadiennes (T.-M.C.) Mme LeNormand : Le nom dans le bronze (A.S.) Rousseau : La Bse Imelda (L.L.) Accusés de réception.\t239 AVRIL Alfred Desrochers,\tRéponse\tà l'Enquête.\t249 Dom Henri Guillebaud, O.S.B., Retour à un Maître.260 R.P.Louis Lachance, O.P., Pour Vhumanisation du Droit.Dom Jean Boutry, O.S.B., Chronique de Littérature spirituelle.\t282, 289 LE SENS\tDES\tFAITS.\t\u2014\tQuelques\tlégendes scientifi- ques, par M.Léon Lortie.\u2014 Philosophie et Sciences à la Société de Philosophie, par le R.P.Raymond-M.Voyer,\t0.P.\t298 L\u2019ESPRIT DES LIVRES.\u2014 Odin : En lisant les Livres Saints (V.D.) Groulx : L\u2019Enseignement français au Canada, T.II (T.-M.C.) Miramar : Histoire pittoresque d\u2019une famille de Palestine (A.S.) Grandbois : Né à Québec.Louis Jolliet (A.-M.B.) Turcot : Un de Jasper (A.S.) Grignon : Un homme et son péché (M.-A, L.)\t315 MAI M.\tPaul Fontaine,\tRéponse\tà l\u2019Enquête.\t329 T.\tR.P.M.-D.Chenu,\tO.\tP., Paroisse et Oeuvres.\t343 M.Gustave Lanctôt, Jacques Cartier devant VHistoire.R.P.Bergeron, O.P., Chronique d'Apologétique.359, 374 LE SENS DES FAITS.\u2014 L\u2019orientation professionnelle au Séminaire de Joliette, par le R.P.Fafard, C.S.V.\u2014\u2022 Le Père Bacon : Novissima verba, par le R.P.Lamarche, 0.P.\t384 488 Revue Dominicaine L\u2019ESPRIT DES LIVRES.\u2014 Ravignan : Dernière retraite {S.M.V.) Frémont : Pierre Radisson (B.G.) Paquin : Le Pana (B.G.) Semaine Sociale de Rimous-ki {T.-M.L.) R.P.Urbain-Marie : Ames Japonaises (F.-M.F.) Dr D\u2019Eschevannes : Pasteur {Dr A.L.) Et à l'heure de notre mort (R.L.) Fr Gilles : Les Croisés pacifiques (A.-M.R.) Dom Guéranger : Sainte Cécile et la Société Romaine aux Premiers Siècles {A.-M.G.)\t390 JUIN M.le Juge Ferdinand Roy, Réponse à l\u2019Enquête.409 Léonce Desgagné, Les leçons de Varchitecture médiévale.France Anderson, Katherine Mansfield.\t423, 436 R.P.Louis Lachance, O.P., Chronique de Philosophie.LE SENS DES FAITS.\u2014 Humanisme Chrétien et Culture Classique, par R.P.Chenu, O.P.\u2014 A St-Hyacinthe.L\u2019ESPRIT DES LIVRES.\u2014 Roy : La grande stigmatisée : Thérèse Neumann {A.-G.A.) Poulin : Nérée Beauchemin {L.G.) Soubigou : Sous le charme de l\u2019Evangile selon S.Luc {A.S.-P.) Mme Vézina : Chaque heure a son visage {M.-A.L.) Béard : L\u2019abbé Joseph Viallet {R.-M.D.) Gardeil : Le Donné révélé et la Théologie {R.-M.M.) Table des matières, 1er semestre.\t461, 469 METTEZ VOS VALEURS EN LIEU SUR Pour quelques dollars par année, vous pouvez louer un coffret de sûreté dans l\u2019une de nos voûtes.Vous pourrez y déposer vos papiers, documents et objets précieux.Si vous louez un coffret de sûreté, vous serez muni de deux clefs permettant d\u2019avoir seul accès à votre coffret.Jouissez de la sécurité que nous vous offrons à un prix minime.Consultez notre gérant de la succursale la plus rapprochée concernant nos coffrets de sûreté.La Banque Provinciale du Canada M.S.J.B.Rolland\tChs.A.Roy Président\tGérant Général.Tel.AMherst 2185-2186 Ls Dnsseault MARCHAND DE PROVISIONS 605 BOULEVARD PIE IX\tMONTREAL, Maisonneuve A BON ACHETEUR, MARCIL SUFFIT A.MARCIL EPICIER ET BOUCHER BIERE ET PORTER 6139 Sherbrooke Ouest 5818 Sherbrooke Ouest 1120 Mont-Royal Est 1550 Gilford Tel.DExter 1125* Tel.ELwood 7359* Tel.CHerrier 3159* Tel.FAlkirk 1188* \u201cEt à l\u2019heure de notre mort.\u201d! Vie et mort édifiantes de cinq jeunes Pères Dominicains décédés accidentellement à Ottawa le 1 er septembre 1931.Un volume in-16 148 pp.orné de quatre hors-textes.En vente au prix de 40 sous l\u2019exemplaire, par la poste 50 sous, $4.20 la douzaine, $16.00 le cinquante, $30.00 le cent, port en plus, aux Couvents Dominicains (Canada et Etats-Unis), à l\u2019Oeuvre de Presse Dominicaine, 5375, Av.N.-D.de Grâce, Montréal; ainsi que dans les principales librairies.Téléphone Bell 310\tCarrosse No 2 JOSEPH BERTRAND COCHER Entrepreneur de Pompes funèbres 30, rue Laframboise, -\tSaint-Hyacinthe Ecuries de louage, carrosses simples et doubles pour mariage, baptêmes.Automobile.EXPRESS Pharmacie L.P.GAUCHER Bachelier en Pharmacie GROS et DETAIL 223, rue Cascades, - Saint-Hyacinthe Téléphone 86 Tél.Bureau: 95 ERNEST J.CHARTIER Commerçant de BOIS et CHARBON 136, rue Girouard, - Saint-Hyacinthe Mount Royal Color & Varnish Co.Limited MANUFACTURIERS DES PEINTURES ET VERNIS ANGLO-M-R-IDEAL Bureaux et entrepôts: rue Dorchester.Manufacture: rue Casgrain PEINTURE-EMAIL \u201cCLASSIC\u201d Téléphonez ou écrivez à L\u2019ECOLE COMMERCIALE PRATIQUE COTE rue SAINT-DENIS\t120a rue NOTRE-DAME SAINT-HYACINTHE ou à TROIS-RIVIERES Tél.: 654\tTel.: 925 pour avoir tous les renseignements concernant notre COURS COMMERCIAL bilingue \u2014 rapide \u2014 pratique.Donat Côté, Directeur.123, rue Girouard, - 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Saint-Hyacinthe F.Daoust, gérant\tTéléphone 59-w LA COMPAGNIE D\u2019EAU MINERALE Propriétaire du célèbre Philudor 148, rue Concorde - Saint-Hyacinthe Téléphone: CRescent 2734 M.J-ALBERT LARUE ARCHITECTE A.A.P.Q.5711, rue Durocher - Montréal La Province de Québec Conservons-lui son caractère français La province de Québec s\u2019enorgueillit à bon droit d\u2019être la seule province française en Amérique.Elle est fière de ses origines, de sa langue, de ses mœurs et coutumes, si différentes de celles des autres provinces canadiennes et des autres pays du continent nord-américain.Il est donc important que l\u2019on conserve précieusement l\u2019ambiance bien française et la beauté qui doivent être les attraits principaux du pays de Québec.LA PART DE LA PROVINCE.Le gouvernement de la province de Québec, par son ministère de la Voirie, a fait sa part pour contribuer à l\u2019embellissement des campagnes québécoises et pour la conservation de la physionomie particulière de la province.Il a contribué à l\u2019ornementation de la campagne en faisant planter le long des grandes routes plus de 250,000 arbres.Il a contribué à l\u2019embellissement des habitations et des bâtiments de ferme en organisant des concours pour la propreté des maisons et la beauté des jardins) et en distribuant, à titre absolument gracieux, de la chaux pour blanchir mai sons et dépendances.En dix ans, au delà de quatre millions de livres de chaux ont été distribuées.LA PART DE CHACUN.La province a donc fait sa part pour conserver la beauté des campagnes que les touristes doivent traverser.Il faut que chacun fasse maintenant sa part.Un vieux proverbe dit : « Si chacun balayait devant sa porte, la rue serait propre ».De même, si chacun veut se donner la peine d\u2019entretenir son petit coin de terre, la province sera non seulement propre, mais elle sera belle et les étrangers se feront un plaisir d\u2019y revenir et d\u2019y envoyer leurs parents et amis.C\u2019est par là que nous montrerons que nous sommes français et que nous sommes fiers de l\u2019être.Ministère de la Voirie Province de Québec Hon.J.-E.PERRAULT,\tLt.-Col.J.-L.BOULANGER, ministre.\tsous-ministre.ARTHUR BERGERON, sous-ministre suppléant. Magasin: 401 TELEPHONE BELL Résidence : 439J J.D.DESROSIERS MARCHAND DE CHAUSSURES pour toute la famille.Motto: Service \u2014 Courtoisie et Qualité.143, rue Cascades, - Saint-Hyacinthe Je peux vous fournir tout ce qui peut vous être nécessaire en chaussures et en bas.AUSSI AGENCE DE RADIOS.Desmarais & Robitaille Limités Ornements d'église et Articles religieux 70 ouest, rue Notre-Dame, Montréal 121, rue Rideau, Ottawa, -\t- 95, rue Church, Toronto Nos maisons d\u2019Ottawa et de Toronto peuvent expédier des vins pour fins sacramentelles dans toutes les parties du Canada.THES\tCAFES\tCACAO EPICES\tGELEES\tESSENCES Nos 37 années d'expérience sont une garantie pour vous.J.A.SIMARD & CIE 5, 7 est, rue Saint-Paul, - Montréal MONTREAL et NEW-YORK Tél.LAncaster 1950 Dentiers incassables \u201cResovin et autres\u201d, Ponts, Obturations de tous genres Ouvrage de première qualité seulement RAYONS X Dr J.-A.-ERNEST DAIGLE, B.C.D.CH IR U R GI EN-DENT IS TE Membre du Dispensaire Antituberculeux des Comtés de St-Hyacintbe et Rouville Spécialité : Chirurgie Buccale, Extractions sans Douleurs, Procédés nouveaux d\u2019Anesthésie.Prix raisonnables\t79 Ste-Anne Satisfaction Garantie\tST-HYACINTHE, P.Q.Ouvert de 9 A.M.à 9 P.M.\t\u2022 Téléphone 80 Tell Residence 244-w.(Le soir) Résidence 244-j.Bureau: 88 Maison établie en 1879 A.BLONDIN Limitée \u201cINSUL-BOARD\u201d \u2014 BOIS DE CONSTRUCTION FOURNISSEURS EN GROS Plomberie, Chauffage et Matériel de Construction, Peinture et Vernis 115, rue Cascades, - Saint-Hyacinthe CHAPEAUX ROMAINS Feutre, Soie, Peluche, Cachemire, Paille Catalogue envoyé gratuitement sur demande Sl/nMrWIis' LIMITEE 1170, rue Saint-Denis .\t- MONTREAL St HARBONNEAU L.-\u2014\u2014 Limitée PHARMACIENS EN GROS Fabricants Chimistes \u2014 Instruments de Chirurgie.\u2014 Instruments pour Dentiste.30 est, rue Saint-Paul, -\t-\t-\t- Montréal Demandez notre Catalogue.Dominion Blank Book Co.LIMITED SAINT-JEAN, Qué.Manufacturiers de livres à feuilles mobiles, Livres de Comptabilités reliés.ENVELOPPES Notre catalogue vous sera envoyé sur demande. 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