Revue dominicaine, 1 juillet 1934, Juillet-Août
[" iommirainr ^Refaite dominicaine Paraît chaque mois à 80 pages Directeur R.P.M.-A.Lamarche Conseil de Rédaction RR.PP.Ceslas Forest Benoît Mailloux Raymond Voybr Th.-M.Lamarche Albert Saint-Pierre Abonnements Canada :\t$2.00 Etranger :\t$2.25 Avec le «Rosaire»: 25 sous en plus par an Le numéro:\t25 sous La Revue ne sera pas responsable des écrits de collaborateurs étrangers à l'Ordre de S.Dominique.EN SEPTEMBRE REPONSE A NOTRE ENQUETE par M.Arthur Léveillé Doyen de la Faculté des Sciences.D\u2019UNE LITTERATURE SCIENTIFIQUE par le R.P.Gustave Lamarche, C.S.V.Professeur au Collège Bourget.5375, Av.N.-D.de Grâce, Montréal (Canada) 1 Iktoue Bomtmcatne XLe Année \u2014 Quatrième Période 1934 II L\u2019Oeuvre de Presse Dominicaine, Montréal Juillet-Août 1934 SOMMAIRE M.Claude PREVOST Réponse à l'Enquête R.P.Ange WALZ, O.P.S.Dominique éducateur religieux R.P.Raymond-M.CHARLAND, O.P.Catholiques et Protestants R.P.Albert SAINT-PIERRE, O.P.Chronique: En lisant LE SENS DES FAITS Catholicisme, Politique et Anticléricalisme, par le Dr A.Laquern'ere.\u2014 Une apologie de la terre, par le R.P.Lamarche, 0.P.L\u2019ESPRIT DES LIVRES Prat : Jésus-Christ (H.D.) Renié : Manuel d\u2019Ecriture Sainte (H.D.) Desbuquois : Dans le mystère .l\u2019Espérance (R.L.) Doncœur : Retours en Chrétienté (J.de V.) De Grandmaison : Ecrits spirituels (L.D.F.) Mme Tassé : La vie humoristique de Berthelot (M.-C.F.) Mlle Daveluy : Jeanne Mance (M.-C.F.) Garnier : La Pieuse Union {A.B.) Bernard : Le mystère de Marie (.L.L.) L\u2019âme du Vén.P.Colin. AYEZ-VOUS PREVU Que le Destin (même sans fatalité extraordinaire) peut, en vous enlevant soudain à l'affection des vôtres, les priver de leur soutien moral et matériel, compromettre leur avenir ou même les plonger dans le dénuement complet?Qu\u2019un capital supplémentaire \u2014 ou peut-être même le seul qui vous restera\u2014 à toucher inéluctablement à l\u2019époque choisie, à l\u2019heure de la retraite ou au début de votre vieillesse, est une agréable perspective?Que les entreprises humaines dans lesquelles vous êtes intéressé sont faillibles, et qu\u2019une mesure de prévoyance basée sur des certitudes mathématiques doit de toute manière retenir votre attention, quelle que soit votre situation actuelle ?Que l\u2019éducation de vos enfants, l\u2019avenir que vous entrevoyez pour eux, ainsi que pour votre femme et tous les vôtres, reposent, à l\u2019heure actuelle, uniquement sur cette base si fragile qu\u2019est votre propre existence ?Si vous l\u2019avez prévu, qu\u2019attendez-vous donc pour vous assurer dans LA SOCIETE DES ARTISANS CANADIENS-FRANCAIS La plus forte Société française en Amérique Qui vous libérera de tous soucis, sans charge excessive?La Société des Artisans Canadiens- Français Société mutuelle astreinte aux mêmes obligations légales de sécurité que les Compagnies commerciales.VIE, ACCIDENT, MALADIE, INVALIDITE, RENTES VIAGERES.Tous les bénéfices réalisés, au lieu d\u2019être distribués à des actionnaires, vont directement aux assurés eux mêmes.860 succursales et bureaux de perception au Canada et aux Etats-Unis.Siège social: MONTREAL.Réserve accumulée: plus de $14,500,000.00.Bénéfices payés, depuis la fondation $20,000,000.00.Dividendes payés aux sociétaires durant l\u2019année 1933: $90,739.13, Réponse à l'Enquête Les préoccupations religieuses et morales DES JEUNES Où en sont les jeunes ?Vers quels buts mystérieux et encore mal définis se dirigent-ils ?Comment s\u2019arracheront-ils à ce bourbier où la terrible crise matérielle, intellectuelle et morale des dernières années les tient enlisés ?Voilà autant de questions que semblent aujourd\u2019hui se poser ceux de nos aînés, trop peu nombreux, hélas ! qui comprennent que le monde ne finira pas avec eux et qu\u2019une génération les pousse qui envisage avec étonnement et surprise la ruine possible d\u2019un édifice que dans la prime jeunesse elle avait jugé, sur la foi de ses pères, d\u2019une solidité inébranlable.Henry de Montherlant qui s\u2019est attaché avec passion à l\u2019âme et aux aspirations des jeunes d\u2019aujourd\u2019hui et qui n\u2019a cessé d\u2019exalter ce bouillonnement de vie leur a consacré ce livre admirable : « La Relève du Matin ».L\u2019âme encore toute étourdie des révélations effarantes et les yeux éblouis des horizons entrevus, il écrivait : « Il y a un signe dans la jeunesse».Si nous serrons de près la pensée de l\u2019auteur, si nous donnons au mot 2 Revue Dominicaine signe le sens qu\u2019il a voulu lui attribuer et si nous y voyons la traduction du mot latin « signum », nous donnerons alors à l\u2019assertion de Montherlant sa force et sa portée, nous comprendrons après lui qu\u2019il y a vraiment un présage dans la jeunesse.Ce qui est vrai de nos jeunes frères d\u2019outremer l\u2019est également de nous canadiens-français, et chez nous comme chez eux il est facile de saisir aux manifestations de la jeunesse la genèse d\u2019un nouveau lendemain.La Revue Dominicaine, dans une enquête de plus grande envergure, n\u2019a pas voulu négliger cet élément jeunesse auquel ses directeurs attribuent sans doute une extrême importance.Us ont voulu, derrière toutes ces manifestations extérieures voir et scruter l\u2019âme de la jeunesse, comprendre sa façon d\u2019envisager les problèmes les plus troublants : Dieu, l\u2019immortalité de l\u2019âme, la loi morale, les bases et les fondements de la société.Il paraît oiseux de plier et restreindre cette modeste étude à la seule classe professionnelle.Ce serait, semble-t-il, commettre au tout commencement une grave erreur dont l\u2019effet pourrait nous entraîner loin de la vérité.Le temps n\u2019est plus, s\u2019il a jamais existé, où ceux que nous sommes habitués d\u2019appeler les hommes de profession, avaient chez nous le monopole de la pensée Réponse à l'Enquête 3 et avaient seuls souci des choses de l\u2019esprit.La vie moderne, perfectionnant le rouage des échanges tant intellectuels que matériels a mis à la portée de tous, d\u2019une façon peut-être inégale, les matériaux sur lesquels l\u2019esprit chercheur s\u2019est mis à travailler ; si bien qu\u2019aujourd\u2019hui on ne peut guère restreindre à une classe, des études du genre de celle-ci.Nous pouvons dire alors sans crainte de nous tromper que les préoccupations religieuses de nos jeunes professionnels sont les mêmes en général que celles des jeunes qui exercent ailleurs que dans les professions libérales leur activité sociale.Il convient tout d\u2019abord d\u2019examiner la base sur laquelle on nous a hissés pour jeter un regard sur la vie et essayer de la comprendre.Tous, sans exception, nous avons reçu une éducation et une formation que je qualifierais de spiritualiste.Les lycées et les écoles neutres n\u2019existant pas dans notre province, les jeunes canadiens-français sont les produits de nos écoles primaires catholiques, de nos collèges catholiques et de nos universités catholiques.La philosophie qu\u2019ils se sont assimilée leur a donné un certain nombre de certitudes sur lesquelles ils devaient s\u2019appuyer pour diriger leur vie.Parmi ces vérités les plus fondamentales mentionnons, pour les fins de cette étude : l\u2019aptitude de l\u2019intelligence à atteindre 4 Revue Dominicaine le vrai, l\u2019existence de Dieu, l\u2019immortalité de l\u2019âme, le libre arbitre, le fondement dans la loi naturelle du droit de propriété, l\u2019autorité venant de Dieu qui l\u2019exerce au moyen des hommes.Abreuvés dès le bas âge aux sources du catholicisme, de ses enseignements et de sa philosophie, nous pourrions croire, en portant un jugement trop hâtif, que les principes religieux accueillis par les jeunes dès leur enfance et leur adolescence vont nécessairement déterminer leur vie spirituelle, intellectuelle et morale dans le sens catholicisme.Malheureusement l\u2019histoire nous apprend qu\u2019il n\u2019en a pas toujours été ainsi.En effet l\u2019éducation teintée de jansénisme de la fin du XVIIe siècle n\u2019a-t-elle pas donné naissance à la période de libertinage du siècle de Louis XV ?Les jeunes de la Révolution française n\u2019ont-ils pas fait l\u2019Empire, ces derniers restauré la Royauté et les jeunes cœurs formés par les institutions monarchiques du début du XIXe siècle n\u2019ont-ils pas chanté la Marseillaise et arboré le drapeau rouge pendant les Trois Glorieuses ?Nous pouvons donc conclure que certaines influences se superposent à la formation proprement dite qui est donnée à l\u2019âme du jeune homme par ses éducateurs et déterminent autant qu\u2019elle et sinon plus son orientation.Parmi ces influences qui se sont exercées sur le tempéra- Réponse à l\u2019Enquête 5 ment du jeune canadien-français d\u2019aujourd\u2019hui nous pouvons mentionner ses lectures, le milieu, les contingences de tous les jours, la lutte pour la vie et surtout la révélation soudaine de toutes les injustices et des inégalités sociales qui l\u2019entourent et sur lesquelles son esprit ne s\u2019était pas encore arrêté.Ajoutons à cela que cet état d\u2019esprit est d\u2019autant plus généralisé et amplifié que nous traversons une crise terrible qui semble a-voir sapé et ébranlé peut-être irrémédiablement un édifice millénaire.Dérouté, abasourdi, s\u2019apercevant que nulle part il ne trouve d\u2019arène où exercer sa fièvre d\u2019action et faire éclater son enthousiasme, le jeune homme s\u2019est replié sur lui-même et se croyant fort de l\u2019expérience des dernières années il met en doute, la plupart du temps inconsciemment, les valeurs et les vérités jusqu\u2019ici universellement admises et reçues.Il est tenté de s\u2019intéresser à la métaphysique et à la morale et surtout à la morale collective (sociologie politique, etc.) Voyant ou croyant voir s\u2019écouler le présent système, son esprit est ouvert à toutes les idées subversives.Souvent il est pris dans un dilemme terrible : ou bien admettre les solutions nouvelles et rejeter ses vieilles croyances religieuses ou bien essayer de les concilier au risque de se fourvoyer ; pourtant son intelligence répugne à admettre comme bon un système qui a engendré tant de ruines.Je n\u2019entreprends pas de 6 Revue Dominicaine dire s\u2019il a tort ou raison d\u2019adopter cette attitude, ou encore de me demander s\u2019il raisonne logiquement ou non, je me contente de constater des faits et de remplir ainsi le but de l\u2019enquête ouverte par la Revue Dominicaine qui est d\u2019enregistrer ces manifestations et de déduire.Le jeune homme que je viens de décrire n\u2019est pas le seul.Heureusement il y a aussi l\u2019autre, à la tête de l\u2019élément encore nombreux chez nous mais quelque peu diminué, qui s\u2019agrippe à ses certitudes religieuses comme à une barque de sauvetage, les approfondit, les masse au fond de son esprit et de son cœur pour s\u2019en faire une base et reconstruire.Celui-là n\u2019a pas à l\u2019exemple du premier confondu ses croyances avec le système qu\u2019il voit s\u2019écrouler mais au contraire attribue les maux que nous endurons et le désarroi général au fait que l\u2019humanité s\u2019est éloignée de la ligne de conduite et des préceptes de morale individuelle et sociale qu\u2019elle aurait du suivre.Fort de son catholicisme il veut le repenser, le comprendre et le rénover dans l\u2019action à l\u2019exemple des jeunes catholiques français groupés en associations de combat et qui répandent autour d\u2019eux les doctrines sociales de l\u2019Eglise ; il veut également rendre ses convictions plus a-gissantes et s\u2019en faire une arme contre le mal moral sous toutes ses formes. Réponse à l\u2019Enquête 7 C\u2019est lui qui a défini son attitude et sa doctrine dans « La Relève ».Nous ne faisons aucune restriction, nous n\u2019attachons aucune idée de limite à ce terme de catholique qui signifie étymologiquement universel.Le plan de ces cahiers embrasse tous les mouvements, toutes les activités des jeunes catholiques sans distinction de race.Nous publions dans ce numéro un article sur le « Newman Club » de l\u2019Université McGill.Nous avons entre les mains une volumineuse liasse de notes prises par l\u2019un des nôtres, au cours d\u2019un pèlerinage poussé avec des cadets et des scouts français jusqu\u2019en Palestine.Nous voulons vivre intégralement ce que nous croyons.Notre catholicisme ne s\u2019oppose pas à un art personnel, il le dépasse comme il dépasse une politique nationale ; mais il s\u2019y appuie comme sur la personne humaine.Vivre son catholicisme intégralement, ce n\u2019est pas cesser d\u2019être canadien, mais l\u2019être plus adéquatement.Le catholicisme est un terrain de rencontre.En lui seul peut s\u2019élaborer une doctrine tenant compte des diverses tendances modernes, respectant les particularismes de race, mettant également en valeur la personne humaine et la plénitude de la vérité.La Relève entend jouer un rôle social en rendant pour sa part dans le monde la primauté au spirituel.Nous devrons prendre position devant toutes les questions ; politique, littérature, sociologie.Nous nous contentons pour le moment de quelques indications générales, n\u2019ayant ni la prétention ni l\u2019outrecuidance de tout résoudre dans le premier numéro.Nous nous permettons de citer un paragraphe de Jacques Mari tain qui résumait le programme d\u2019un groupe de jeunes Belges et qui contient le principe de nos aspirations sur le plan social : « Nous ne luttons pas pour la défense et le maintien de l\u2019ordre politique et social actuel.Nous luttons pour sauvegarder les éléments de justice et de vérité, les restes du patrimoine humain, les réserves divines qui subsistent sur la terre, et pour préparer et réaliser l\u2019ordre nouveau qui doit remplacer le présent désordre ». 8 Revue Dominicaine L\u2019élément que représente chez nous ce dernier type de jeune s\u2019affirme dans le domaine de la pensée par des revues et des périodiques dont « La Relève » est le plus caractéristique.Dans celui de l\u2019action il a nom l\u2019Association de la Jeunesse Catholique Canadienne-Française, les Jeune-Canada, la Jeunesse ouvrière catholique.Associations admirables dont la poursuite de l\u2019œuvre est quelquefois très ingrate au milieu de l\u2019indifférence et de l\u2019apathie générale.En face de cet état de choses comment pouvons-nous répondre aux questions que je posais au début de cet article ?J\u2019hésite moi-même à conclure ; je m\u2019étais d\u2019ailleurs refusé à cet effort d\u2019autant plus que d\u2019autres, de mes lecteurs, pourraient arriver à des conclusions contradictoires.Qu\u2019il me suffise de dire que les aînés se doivent à eux-mêmes, aux vérités auxquelles ils sont attachés, ainsi qu\u2019à la jeune génération qui dans tous les domaines s\u2019affirme, de diriger cette jeunesse contemporaine vers les buts que leur expérience leur a révélé comme les seuls à atteindre.Afin que cette fièvre d\u2019action, que cet enthousiasme et ce bouillonnement ne soit pas dépensé en pure perte.Claude Prévost Montréal, 9 juin 1934 Saint Dominique éducateur religieux Parmi les grands éducateurs du treizième siècle, S.Dominique occupe une place tout à fait importante.Je prends ici éducateur dans son sens le plus large et le plus élevé, celui d\u2019éducateur religieux.L\u2019homme n\u2019est pas appelé seulement à cultiver ses puissances naturelles, mais aussi à une élévation surnaturelle de son être, à la filiation divine, à la participation de la vie divine.Notre but dernier est quelque chose de surhumain, accordé et réalisé par la grâce.L\u2019œuvre éducative de l\u2019Eglise ne peut alors se borner aux humanités ; elle surnaturalise ceux qui lui sont confiés et en fait des dieux.La médiation sacramentelle de la grâce du Christ est le fondement et la principale manifestation de cette œuvre éducative.Avec ce ministère sacramentel et dispensateur de la grâce, il y a l\u2019œuvre moralisatrice, le travail de prédication et de discipline pour affermir, développer et consommer de plus en plus dans la grâce la volonté des enfants de Dieu.Pour cette entreprise d\u2019éducation, l\u2019Eglise est munie d\u2019un pouvoir.Elle possède en effet la même grâce que le Christ, la mê- 10 Revue Dominicaine me autorité, la même parole d\u2019enseignement et de prédication, la même sagesse de conduite et de pratique de la vie.Saint Dominique s\u2019épanouit dans l\u2019Eglise tout comme dans le Christ.Pour contempler l\u2019éducateur dans ce prêtre, ce prédicateur et cet a-pôtre, arrêtons nos regards sur sa personne, son succès et son influence, et sa modernité en rapport avec les questions d\u2019éducation qui se posent aujourd\u2019hui.En dessinant le caractère de S.Dominique, les historiens ont jusqu\u2019ici plus ou moins négligé un témoignage qui offre les traits les plus sûrs et les couleurs les plus vives.Je veux parler de la Bulle de Canonisation de Grégoire IX, publiée en l\u2019an 1234.Ce pape avait connu S.Dominique, aussi bien que S.François d\u2019Assise.En les canonisant tous les deux, il les caractérisa comme suit : « François est l\u2019homme à l\u2019inspiration enflammée et le fondateur béni d\u2019un ordre, Dominique le meneur sacerdotal de grandes foules, inef-fablement épris du salut des âmes.Devenu un pasteur et un guide du peuple de Dieu, il fonda par ses mérites un ordre nouveau, celui des Prêcheurs, il lui donna une organisation modèle et ne cessa de l\u2019affermir par des prodiges ».Il s\u2019agit ici nettement de l\u2019éducation telle que la pratique l\u2019Eglise par son ministère dispensateur de la grâ- S.Dominique éducateur religieux 11 ce et par son travail moralisateur au moyen de sa prédication et de sa discipline.Il s\u2019agit ici d\u2019un homme dont l\u2019esprit large, hardi et serein entreprit une restauration providentielle dans des temps troubles.Le zèle du salut des âmes fut pour S.Dominique son étoile dirigeante.Ses contemporains disent avec Jourdain de Saxe, l\u2019aimable et spirituel second Maître-Général de l\u2019Ordre : « Il s\u2019est appliqué de toutes ses forces et de tout son zèle ardent à gagner au Christ toutes les âmes qu\u2019il put et son cœur brûlait d\u2019un désir admirable et presque inconcevable du salut de toutes ».Rodolphe de Faenza souligne l\u2019étendue de l\u2019intérêt apostolique que S.Dominique portait aux Chrétiens, aux Sarrasins, aux païens et à tous les hommes.Ce zèle des âmes concentrait comme un foyer tous les dons, aptitudes et grâces qui remplissaient et guidaient l\u2019âme de l\u2019apôtre.Doué par la nature de riches dons de l\u2019esprit et du cœur, il grandit dans la Vieille Castille chevaleresque.La fière tour de Calaruega, son pays, rappelle encore aujourd\u2019hui les glorieuses batailles des Maures.Du sein d\u2019une pieuse famille, \u2014 la mère et un frère sont sur les autels, \u2014 l\u2019enfant de sept ans alla recevoir son é-ducation chez un oncle ecclésiastique.Puis il fréquenta l\u2019université de Palencia.Tout en atteignant l\u2019âge mur, il s\u2019appliquait à la sagesse hu- 12 Revue Dominicaine maine, mais fut aussi assidu à l\u2019école de Dieu et du Sauveur.En théologie, il s\u2019adonna surtout à l\u2019étude des Ecritures.Dans les Saints Livres il trouva une largeur d\u2019âme et un amour sacerdotal du prochain, qui devaient empreindre sa vie.Plus tard encore il ne pouvait se détacher des Saintes Ecritures, si bien qu\u2019il portait toujours avec lui l\u2019Evangile de S.Mathieu et les Epî-tres de S.Paul qu\u2019il exposait souvent aux prêtres et aux religieux.Il ne se lassa de faire aimer à ses fils l\u2019étude des Saintes Ecritures.La sagesse, la force et la consolation des livres saints valaient plus à ses yeux que la connaissance de la lettre.Il en donna un exemple touchant durant une famine en vendant les volumes, annotés du fruit de son étude, pour subvenir aux besoins des indigents.« Comment pourrais-je étudier sur des peaux mortes, quand dans les rues mes semblables s\u2019affaissent de faim ?» Un tel candidat à la prêtrise promettait de devenir un prêtre apostolique.Entré sur invitation au Chapitre réformé des Chanoines réguliers d\u2019Osma, S.Dominique avait atteint le premier but de sa vie : il était prêtre, et dans un Ordre.Une voie droite, calme, mais de plus sûre et claire, le conduisait à sa vocation.Son paternel ami, Diego d\u2019Azevedo, prieur du Chapitre et bientôt évêque d\u2019Osma, devait mener son protégé à une grande réforme, à une activité éducative pleine, mûre et élevée. S.Dominique éducateur religieux 13 En route pour Rome où ils voulaient solliciter la permission d\u2019aller en mission, tous deux s\u2019aperçurent de la menace que constituait l\u2019hérésie pour la doctrine chrétienne dans le Midi de la France.S.Dominique sacrifia volontiers le repos d\u2019une nuit pour ramener à la vérité son hôte de Toulouse, qui avait perdu la foi.Il exhorta les chefs assemblés à Montpellier, formant l\u2019expédition envoyée par le pape contre les Albigeois, à prêcher dans la pauvreté et la simplicité, d\u2019une façon qui inspirât confiance, et non pas par une contrainte administrative, mais en faisant luire l\u2019aimable et séduisante lumière de la Vérité et de l\u2019Amour.Cette leçon apostolique devait porter des fruits.A la mort de Diego, S.Dominique se trouva seul.Il demeura au poste.Il travailla sans relâche dans un pays, où la foi courait de grands dangers.Il partait de Prouille et « prædicator minimus » parcourait le pays pour prêcher, enseigner, prier et discuter.Les moqueries, les humiliations, les troubles de la guerre, les échecs ne pouvaient l\u2019effrayer.Pourtant la moisson qu\u2019il rapporta fut mince.A l\u2019école difficile du missionnaire, il connut le ,prix des âmes ainsi que la grâce de Dieu, qui seule, donne de la force à la parole du prédicateur, s\u2019empare des cœurs et les assimile au cœur du Sauveur.Foulques, évêque de Toulouse, établit Do- 14 Revue Dominicaine minique et ses compagnons prédicateurs diocésains de son diocèse.Maintenant les plans du saint s\u2019élargissent avec une étonnante rapidité, son ordre doit embrasser le monde.En 1215 Innocent III célébrait le Concile Oécuménique du Latran.On demandait des professeurs spéciaux pour l\u2019instruction du clergé et des prédicateurs éprouvés pour annoncer au peuple la parole de Dieu.S.Dominique s\u2019offrit au pape, lui et l\u2019Ordre qu\u2019il projetait, pour exécuter les décisions du Latran.Il obtint des éloges de l\u2019autorité suprême, mais pas encore l\u2019approbation désirée.Une autre session du Concile défendait expressément la fondation d\u2019ordres nouveaux.C\u2019était pour S.Dominique un refus, mais non pas l\u2019écroulement de ses espérances et de ses projets.En 1216 son Ordre était approuvé par Honorius III ; alors il lança par le monde sa poignée de compagnons.Ils devaient, surtout dans les centres de vie intellectuelle, travailler et propager l\u2019Ordre.S.Dominique demeura prédicateur de la foi jusqu\u2019à sa mort, seulement il élargit prodigieusement son champ d\u2019action.Sa voix retentit à Rome à la cour du pape, dans la moitié de l\u2019Europe, partout ou l\u2019appelait le souci des fondations.Il reste le père et le supérieur de son Ordre et de chacun de ses membres, visite l\u2019Italie jusqu\u2019en Espagne, réveille la discipline et la confiance.Une fois l\u2019adhésion obtenue au principe de la pauvreté et à tou- S.Dominique éducateur religieux 15 tes les questions d\u2019organisation, aux chapitres généraux de 1220 et 1221, l\u2019œuvre de ce fils de noblesse servant Dieu et l\u2019Eglise dans le pur zèle religieux était achevée et assurée.Au cœur de l\u2019été de 1221 Dominique fut rappelé de cette vie mortelle.Mais son souvenir resta vivant.L\u2019image du père poussa sa postérité à l\u2019imitation et au maintien de son esprit et de son œuvre.S.Dominique est lumineux, serein et ardent.« Di cherubica luce uno splendore », dit de lui Dante.Parmi ses plus hautes facultés, l\u2019intelligence gardait la conduite et la maîtrise de tous ses plans et décisions.C\u2019est elle qui l\u2019éclairait.Il y joignit une volonté haute, consciente du but.D\u2019une intelligence et d\u2019une volonté harmonieusement unies découlait son activité.Du front jaillissait une splendeur qui attirait.La lumineuse impression de sa personne était rehaussée par ses cheveux blonds qu\u2019il garda jusqu\u2019à sa mort.Toute sa personne, pourtant sereine, trahissait une riche sensibilité et une profonde tendresse.Son âme généreuse le poussait à ne penser qu\u2019aux autres.De là son habileté à s\u2019approcher des autres, à montrer de la compassion, à faire déborder son âme dans celle de ses semblables.Intelligence, volonté, cœur se trouvaient donc en lui.Et l\u2019ordre régnait parmi les puissances complètes de son âme.Sa personnalité était marquée 16 Revue Dominicaine par l\u2019intelligence, par l\u2019empreinte de la sérénité, de l\u2019harmonie, de la sûreté, de la fermeté, du calme et de la douceur.« O lumen Ecclesiæ ! » S.Dominique a cultivé ses puissances naturelles, s\u2019est appliqué à l\u2019étude de la sagesse humaine, qui consiste dans le plein usage de la raison naturelle.Mais aussi il reconnaissait le désordre causé dans l\u2019effort naturel par le péché et il vit la nécessité de l\u2019influence dirigeante de la grâce pour l\u2019action morale et pour la sûreté et la facilité de plus hautes connaissances.Si S.Dominique estimait et honorait la nature, sa dignité et ses droits, il mettait bien au-dessus de la nature la sublimité de l\u2019ordre surnaturel.« Bonum gratiæ unius majus est, quam bonum naturæ totius universi ».La grâce est au-dessus de la nature, non pas contre elle, mais pour sa transfiguration.Notre saint était profondément pénétré de cette pensée que toute vie et action spirituelles dépendent plus de l\u2019efficacité de la grâce divine que des efforts de la créature.De là son abandon sincère et sans réserve à la Providence, cette prière dont il faisait la respiration de son âme, cette imploration de la grâce, l\u2019humilité qui le rendait conscient de sa propre impuissance, l\u2019illumination et la force dans les é-preuves, puisqu\u2019elles viennent de Dieu et mènent à lui.Ce n\u2019est pas pour rien qu\u2019on appelle Dominique « Prédicateur de la grâce ».Plongée dans le courant de la grâce divine, S.Dominique éducateur religieux 17 qui produit l\u2019intelligence et l\u2019amour, sa vie religieuse était remplie de la parole de Dieu, lumière du monde, et son esprit s\u2019élevait au-dessus de tant de limitations des jugements humains.Il obtint de ces visions, admirées comme des illuminations prophétiques, qui la plupart du temps sont destinées à perfectionner l\u2019intelligence.Aux amis qui voulaient l\u2019empêcher de disperser sitôt ses frères, Dominique dit ces paroles admirables : « Taisez-vous, je sais ce que je fais ».Ainsi parle l\u2019assurance d\u2019un esprit reposant en Dieu qui inspire les plans et les décisions les plus hardis.Au surplus, il avait le don du discernement des esprits.A Bologne il avait fait la connaissance d\u2019un étudiant, Etienne d\u2019Espagne.Un jour il le fit appeler et lui présenta l\u2019habit de l\u2019Ordre en disant : « Je veux te donner des armes pour que tu puisses combattre toute ta vie contre l\u2019ennemi malin ».Etienne devient provincial de l\u2019importante province de Lombardie.C\u2019est un exemple entre plusieurs.S.Dominique put consoler ses frères en leur prédisant qu\u2019il leur serait plus utile après sa mort que de son vivant.Il aimait à demeurer en Dieu par la prière.Par pure dévotion il consacrait des heures entières à la méditation.Dans ses voyages apostoliques il chantait des hymnes.Il ne parlait qu\u2019avec Dieu ou de Dieu.Il passait des nuits entières en prière devant le tabernacle.La Sainte Messe é-tait le point culminant de sa dévotion.Profondé- a :'.t^\t- - 18 Revue Dominicaine ment ému, ii versait des larmes pendant l\u2019action sacerdotale.Son amour ardent de Dieu et du prochain ne doit-il pas aussi être spécialement mentionné ?Il le portait à publier la vérité, à la soutenir, à la défendre, à la porter aux hommes avec ferveur et tendresse.Est-il besoin de parler de sa compassion ?L\u2019aimable sérénité de son visage ne se troublait jamais sauf dans les sentiments de compassion pour le prochain.Il était doux dans le commandement et la correction.S\u2019il voyait un frère en défaut, il feignait n\u2019avoir rien aperçü.Mais ensuite il le prenait à part pour l\u2019avertir aimablement.Par des paroles affables il amenait les frères à reconnaître leurs fautes.Et s\u2019il réprimandait et punissait leurs manquements en toute rigueur, aucun ne le quittait sans consolation et sans soulagement.Dans sa grande humilité il ne repoussait personne, mais il savait toujours voir le beau côté de la nature humaine.A son humilité il joignait une rare patience.Il était la vivante illustration de ce mot de S.Paul : « La patience produit l\u2019espérance, qui n\u2019est jamais confondue ».Un jour un malfaiteur, à qui il demandait son chemin, le conduisit par de fausses routes à travers des broussailles épineuses et son sang rougissait le chemin qu\u2019il parcourait.Il salua cette mortification comme un heureux présage, le malfaiteur en S.Dominique éducateur religieux 19 fut touché et il se convertit.Une autre fois il dit ouvertement aux ennemis de l\u2019Eglise qui lui a-vaient tendu un piège pour le faire mourir : « Je n\u2019ai pas encore mérité le martyre, si vous vouliez me faire mourir, je vous dirais : ne me tuez pas d\u2019un coup, mais déchirez-moi membre par membre, afin de prolonger le plus possible mon martyre ».Il désarma ainsi leurs menaces.Ces traits si délicats et si chevaleresques, si confiants et si virils sont tout à fait ceux de l\u2019homme qui, pendant quinze ans défend son œuvre et la conduit à travers les difficultés personnelles et canoniques avec renoncement, générosité et constance.Il déclina toujours honneurs et richesses.11 ne refusa jamais le travail.Il pratiqua généreusement la pauvreté.Il n\u2019appela sien qu\u2019un habit et jamais sienne une cellule.La virginité contribua pour une immense part à rehausser l\u2019éclat de sa personne.Il l\u2019aima en tant que prêtre et prédicateur.Les grands messagers du salut qui doivent éclairer les hommes ne peuvent guère se passer de la parure et de la force de cette vertu.Par la vigilance, le jeûne, la prière et la pénitence il a protégé et élevé ses aspirations toutes spirituelles.Il faisait pénitence joyeusement pour lui et pour les autres.C\u2019est ma pénitence, disait-il, si quelque chose le contrariait.Il faisait pénitence, autant qu\u2019il le pouvait, mais pas au point de restreindre sa capacité de travail apostolique.Malgré les cilices, les austérités de la règle, un mi- 20 Revue Dominicaine nistère riche de privations, il put satisfaire amplement à son zèle pour le salut des âmes.Ce devait être un bonheur de venir en contact avec un homme à l\u2019âme aussi riche et de se sentir en sécurité près de lui.Dans son pays il avait déjà commencé à gagner des âmes au Christ.Ensuite parmi les hérétiques, que de victoires obtenues ! Quelle gratitude chez les pèlerins allemands sur la route de Rocamadour, quelle fidélité et quel dévouement eut à son égard, l\u2019élite et la fleur de la vertu chrétienne ! On se rappelle Jourdain de Saxe, Guillaume de Montferrand, Diane d\u2019Andalo ! Des étudiants adultes aussi aimaient le prendre pour leur maître, tels Réginald d\u2019Orléans, Conrad le Germain, Paul de Hongrie.Partout où Dominique pouvait encourager la mission de prédicateur, il le fit, même hors de l\u2019Ordre qu\u2019il fonda.Ainsi par ses hautes facultés et ses héroïques vertus, il a travaillé une matière humaine, l\u2019a influencée, l\u2019a tirée de son inertie, l\u2019a élevée jusqu\u2019à la vraie vie.Eduquer est bien en quelque sorte educere jormam ex materia.Et tous ceux, pour qui S.Dominique a été un guide, un père, un maître se tournent vers lui pour lui dire cette louange de l\u2019Antienne : O lumen Ecclesiœ, doctor veritatis, Rosa patientiœ, ebur castitatis, Aquam sapientiæ propinasti gratis, Prœdicator gratiœ, nos junge beatis. S.Dominique éducateur religieux 21 Dans les principes naturels et surnaturels de S.Dominique sur l\u2019éducation, dans leur application à l\u2019organisation de son œuvre, nous trouvons déjà le secret de son succès et de son influence.Le facteur psychologique servit de fondement à sa didactique religieuse et apostolique.L\u2019organisation de son Ordre parut parfaite et si solide que les ordres de son temps et des temps suivants suivirent ses traces et sa méthode et devinrent par extension des ordres de Prêcheurs.C\u2019est un acquis pour la religion et l\u2019éducation, c\u2019est peut-être le principal mérite de S.Dominique.La profondeur et la sûreté de son jugement l\u2019ont gardé de désirs fallacieux, de projets irréalisables, épargnant à sa postérité les divisions et les tâtonnements qui eussent fait échec à l\u2019entreprise.L\u2019histoire démontre qu\u2019il en a sagement ordonné le but, les moyens et la forme.Et quelles tâches étendues, quel labeur d\u2019éducation n\u2019accomplit pas S.Dominique, le père des Prêcheurs.Il a vivifié tout le ministère à l\u2019intérieur et à l\u2019extérieur de la Chrétienté.Une efflorescence commença pour les missions.Ecoutons Humbert de Romans, son troisième successeur, dire et résumer l\u2019influence de la prédication de l\u2019Ordre : « Docemus populos, docemus præla-tos, docemus sapientes et insipientes, religiosos et sæculares, clericos et Iaicos, nobiles et igno-biles, parvos et magnos, docemus ardua, docemus secura, docemus semitas perfectionis, docemus 22 Revue Dominicaine omnimodam honestatem virtutum ».Les Frères-Prêcheurs étaient les catéchistes du peuple, les illuminateurs et les inquisiteurs des hérétiques, les hérauts du dogme et de la morale, les propagandistes du christianisme, les publicistes des papes de leur temps.Puis viennent les dévotions et les confréries, qui, propagés par les Dominicains et par les autres Ordres mendiants, répandent les bénédictions et perfectionnent les âmes.Les Dominicains introduisirent le « Salve Regina » dans la liturgie, et dans la vie chrétienne le Rosaire, qui devait produire tant de fruits dans la piété populaire avec sa riche valeur éducative.Ils furent les prédicateurs du Nom de Jésus, les propagandistes de la Confrérie.L\u2019influence éducative de S.Dominique alla plus loin.L\u2019éducateur est aussi en quelque sorte un professeur et le professeur un éducateur.Il n\u2019y avait pas alors de collèges au sens d\u2019établissements secondaires et d\u2019internats.Et S.Dominique non plus n\u2019en fonda point.Cependant ses fils se dépensèrent auprès des étudiants, dans leurs prédications, dans leur ministère.Alors se produisit cette merveilleuse alliance de direction divine et de coopération humaine, qui se manifesta dans l\u2019efflorescence des Universités et l\u2019accroissement des ordres apostoliques dans les centres intellectuels.S.Dominique envoya ses enfants aux universités.Le puissant et sympathique Jourdain de Saxe était le héraut infatigable de S.Dominique éducateur religieux 23 l\u2019idéal apostolique devant la jeunesse universitaire de toute l\u2019Europe.On lui doit l\u2019organisation des études dominicaines, s\u2019étendant de l\u2019école conventuelle jusqu\u2019aux cours universitaires.Il é-veilla la collaboration scientifique aux questions religieuses et d\u2019apostolat.C\u2019est avant tout le salut des âmes que recherchèrent les écrivains dominicains, dans le domaine pénitentiel où ils devinrent des maîtres, (Paul de Hongrie, Raymond de Pennafort) dans la défense de l\u2019Eglise (Moné-ta de Crémone), dans l\u2019étude des Saintes Ecritures, où parurent des Recueils de Concordances et des Correctoires, préparés en commun sous la direction de Hugues de St-Cher.Le perfectionnement de tous les domaines du savoir par les fils de S.Dominique en vue de l\u2019apostolat est intéressant à bien des égards.C\u2019est dans ce sens un Albert le Grand acheva son puissant travail.D\u2019un regard sûr et large, il a lu en chrétien Aristote, énonça des jugements qui servent de règle et fraya des voies nouvelles.Maître des sciences expérimentales et spéculatives, il a donné à la philosophie et à la théologie chrétiennes un inappréciable essor, concilia la profondeur et la précision.Il pressentit le génie d\u2019un S.Thomas, le forma élève, le soutint par la suite.Par son autorité personnelle et scientifique, le « doctor universalis » imposa saint Thomas à l\u2019Ordre et à l\u2019Eglise comme le docteur, qui devait être la fleur et la couronne de la scolastique. 24 Revue Dominicaine II est étrange et pourtant très compréhensible que tous deux furent des personnalités si sereines, si aimables et si saintes.Ils enseignaient le primat de l\u2019intelligence sur toutes les autres facultés de l\u2019âme ; la distinction, mais aussi l\u2019harmonie des ordres naturel et surnaturel.De plus, une grande part de leur doctrine passa dans le patrimoine de la science.De S.Dominique, par Albert le Grand et S.Thomas, passe un courant de vitale importance dans le développement de l\u2019enseignement chrétien.C\u2019est pour le meilleur avantage de notre temps que l\u2019on s\u2019applique à attirer l\u2019attention sur le Moyen Age.Jules Langbehn écrivait un jour : « Des trésors inconnus et incalculables gisent encore dans le sol catholique.Les catholiques ont hérité de la plus haute culture, dont souvent ils ne savent plus rien ou ne l\u2019utilisent plus.On doit maintenant extraire ces trésors, les ordonner, savoir les utiliser dans l\u2019esprit qui les a produits.De même que d\u2019abord la culture grecque au Moyen Age et à la Renaissance offrit tous ces fruits au monde, il faut maintenant faire rendre à la culture spirituelle bien supérieure du Moyen Age sa pleine mesure pour la régénération religieuse du monde.Toute la civilisation depuis quatre cents ans est une scission où le peuple n\u2019eut pas de part.Le Moyen Age, c\u2019est-à-dire l\u2019esprit qui sut concilier la foi et la science, la sim- S.Dominique éducateur religieux plicité et la culture, pleinement compris et utilisé avec intelligence, peut contribuer aussi à l\u2019union sur notre sol moderne ».C\u2019est ainsi que l\u2019exemple de S.Dominique apporte aux problèmes pédagogiques de nos jours, surtout trois conclusions.1°) Comme lui, chaque éducateur devra porter à leur plein développement toutes les puissances de l\u2019homme.L\u2019intelligence doit prendre les devants, la volonté doit suivre avec fidélité.A la formation de l\u2019homme complet doit concourir le cœur, qui soutient et embellit les mœurs des hommes.En outre il faut préparer l\u2019homme à sa destinée surnaturelle, la jouissance bienheureuse et éternelle de Dieu.Ce qui procure ce bienfait, c\u2019est la grâce, les vertus théologales, les vertus morales infuses, les dons du Saint-Esprit.Nous montons à partir de l\u2019état de chute, et cette ascension va par les voies purgative, illuminative et unitive jusqu\u2019au plateau supérieur de la vie spirituelle, qui est caractérisé par la prédominance des dons du Saint-Esprit.Voilà l\u2019idéal, l\u2019achèvement des facultés de l\u2019homme le fruit d\u2019une éducation parfaite.Voilà la « plenitudo Christi » telle qu\u2019elle peut être atteinte ici-bas.Voilà la noblesse originale, vraiment personnelle, digne des enfants de Dieu.2°) En second lieu ce qui trouva toujours chez S.Dominique une expression fervente, c\u2019est le dévoûment au service de la collectivité.Il chercha l\u2019avantage de la collectivité dans son aposto- 26 Revue Dominicaine lique ardent.Ce n\u2019est pas un fruit limité, encore moins son intérêt propre, mais le salut de tous qu\u2019il voulait, conformément aux exemples du Sauveur.11 était rempli de la pensée du corps mystique du Christ et il voulait contribuer pour sa part à son achèvement.L\u2019appel constant de S.Dominique à ses fils, fournit l\u2019avertissement aux éducateurs d\u2019aujourd\u2019hui qu\u2019ils doivent amener la jeunesse de la famille, des écoles, des établissements ecclésiastiques et des séminaires, non pas seulement à se préparer à une position, mais aussi au sens de la solidarité avec ses semblables dans la vie de la famille, de la cité, de l\u2019état et de l\u2019Eglise.L\u2019éducation est, et principalement, une importante fonction sociale.« L\u2019educazione è opera neces-sariamente sociale », dit Pie XL 3°) Dominique avail pour principe de parler avec Dieu ou de Dieu.Cela n\u2019est autre que l\u2019exercice de la présence de Dieu, l\u2019union à la fin ultime, le jugement de toutes les valeurs à la mesure de la sagesse et de la vérité divines.Notre Saint Père Pie XI insiste sur l\u2019importance de ne pas errer en pédagogie, de même qu\u2019on ne doit pas errer dans son orientation à la fin dernière, avec laquelle tout travail d\u2019éducation doit être étroitement lié.Où il y a une connaissance profonde de Dieu, la théorie et la pratique de l\u2019éducation trouvent un fondement et un soutien plus sûrs et plus solides et des profits S.Dominique éducateur religieux 27 abondants.Willman a vu clairement comme il est important que la théologie et la pédagogie marchent de pair.De même Linus Bopp écrit : « Le développement d\u2019une pédagogie catholique va, d\u2019une façon frappante, parallèlement au développement de la théologie pastorale ».De là nous formulons le vœu suivant : les théologiens spéculatifs devraient suivre les fils de la connexion de la doctrine divine avec la pédagogie.La merveilleuse structure du système théologique, surtout la stimulante abondance des traités des vertus et de la grâce, peut féconder le champ de l\u2019éducation d\u2019une façon étendue et durable.S\u2019ancrer de façon inviolable, solide et fidèle en Dieu, c\u2019est la troisième conclusion que nous voulons tirer de la vie de S.Dominique pour les problèmes pédagogiques de notre temps.Nous quittons, enrichis, la personne de cet homme, que l\u2019Eglise a caractérisé de façon admirable, à peine traduisible, en disant :\t« Fuit sanctissimus Pater vir plane apostolici pectoris ac spiritus, fidei columen, ac Evangelii tuba, or-bis oculus, Chrîsti Iucerna, secundus præcursor, et magnus animarum œconomus », c\u2019est-à-dire : un intendant des âmes au nom et au service d\u2019un autre.i Ange Walz, O.P.Collège Angélique, Rome. Catholiques et Protestants A la sortie d\u2019une cérémonie liturgique dans la basilique d\u2019Ottawa, un ami me communiquait ses réflexions sur la grande variété de l\u2019assistance.Au fait, il s\u2019agissait d\u2019une messe solennelle de requiem, chantée par S.E.le Délégué Apostolique, pour le repos de l\u2019âme d\u2019Albert 1er, roi des Belges.La hiérarchie catholique, le corps diplomatique accrédité auprès du gouvernement canadien, le Parlement et la Magistrature étaient largement représentés.En plus de ces personnages officiels, nous avions remarqué un grand nombre d\u2019assistants de confession religieuse étrangère à la nôtre.Si semblable office avait lieu dans un temple protestant, observions-nous, il va sans dire que le monde officiel y prendrait part ; et personne n\u2019en serait surpris.C\u2019est la coutume, il ne semble pas qu\u2019on doive s\u2019y soustraire.Mais de simples particuliers, catholiques de croyance, n\u2019ayant d\u2019autre motif que leur curiosité à satisfaire, pourraient-ils se présenter à la porte du temple et y pénétrer sur l\u2019invitation du suisse accueillant ?Voilà posé le problème de la communication religieuse entre catholiques et protestants. Catholiques et Protestants 29 L\u2019autorité ecclésiastique, par l\u2019organe du Saint Office, a donné des directives précises à ce sujet.La partie qui intéresse les catholiques du Canada a été incorporée dans les actes du Concile plénier de Québec.Il ne sera peut-être pas inutile de les rappeler ici, puisque le cas est fréquent de non-catholiques invités à assister aux cérémonies de notre culte, et de catholiques à prendre part à celles de nos frères séparés.Assurément ces directives n\u2019entendent pas régler les relations d\u2019affaires que des catholiques peuvent nouer avec des non-catholiques, ni leurs relations mondaines et sociales.Celles-ci sont nombreuses et tendent à se multiplier toujours davantage dans les milieux urbains.Tantôt catholiques et protestants s\u2019unissent dans un but simplement utile et forment dans une coopération mutuelle aux œuvres de bienfaisance, campagnes de secours, aide à l\u2019Enfance, etc., comme cela est arrivé à Ottawa l\u2019automne dernier.Dernièrement encore, catholiques, protestants et juifs des Etats-Unis, effrayés de la corruption et de l\u2019immoralité grandissante, ne se sont-ils pas groupés dans un effort commun pour assainir le cinéma et la littérature ?En principe ces relations et associations ne sont pas interdites ni condamnées, mais permises et tolérées.La raison fondamentale en est qu\u2019il s\u2019agit dans les cas mentionnés de rapports civils, sociaux, et non directement religieux.Les 30 Revue Dominicaine catholiques comme citoyens traitent avec d\u2019autres citoyens, abstraction faite de leur croyance diverse.Autrement il faudrait juger de la même façon leurs relations avec les mauvais catholiques, qui constituent souvent un danger plus grand de perversion et dont il y aurait tout autant sujet de se préoccuper.S\u2019en suit-il cependant qu\u2019elles soient toujours et partout recommandables et conseillées V Non, car il peut arriver et il arrive souvent qu\u2019elles soient contraires à la prudence et préjudiciables à la charité.Du reste nous avons affaire ici à un cas où les raisons invoquées varient et changent avec les circonstances de lieux, de temps et d\u2019individus.Les solutions générales ne satisfont qu\u2019à demi, \u2014 chaque cas devant être soumis à un examen particulier.Mais pour le moment, nous désirons nous en tenir strictement au domaine religieux.Distinguant deux aspects dans la coopération mutuelle des catholiques et non-catholiques, nous restreignons le problème aux questions suivantes : pouvons-nous admettre dans nos églises des gens qui ne partagent pas notre foi ?Devons-nous nous abstenir d\u2019entrer dans les temples protestants ?L\u2019Eglise donne liberté aux non-catholiques qui désirent assister aux cérémonies de son culte liturgique.Elle n\u2019a qu\u2019à se réjouir de leur présence, étant donné que souvent des conversions sont Catholiques et Protestants 31 dues au simple spectacle de nos offices religieux.Puisqu\u2019il en est ainsi, pourquoi n\u2019exercerait-on pas un peu de zèle auprès de ses amis peu fervents, \u2014 et qui n\u2019en a pas, \u2014 ou encore de religion différente, pour les amener dans nos églises, à l\u2019occasion de belles fêtes religieuses où la piété s\u2019exprime avec plus de spontanéité.La ferveur de la prière commune qui circule dans les rangs des fidèles réchaufferait ces tièdes et ferait du bien à ceux qui ne savent pas prier.Mais un tel apostolat doit être exercé avec discrétion.Par suite d\u2019un manque de tenue de la part des nôtres, dans le lieu saint, l\u2019effet contraire visé pourrait être obtenu.On est étonné quelquefois, quand on n\u2019est pas couvert de confusion, d\u2019apprendre à quel point des étrangers à notre foi ont été mal édifiés dans nos églises.Il ne faudrait cependant pas aller jusqu\u2019à croire que les non-catholiques peuvent prendre une part active à nos offices liturgiques.Ils ne doivent y assister qu\u2019à titre de témoins et n\u2019avoir qu\u2019un rôle passif.Mais alors que signifie cette terminologie ?Que peut-on leur permettre ?Que doit-on leur défendre ?Le Droit canonique donne ici et là quelques déterminations qui aident à préciser.Ainsi il défend de leur conférer les sacrements, même s\u2019ils sont de bonne foi et en font la demande, à moins qu\u2019ils n\u2019aient renoncé à leurs erreurs et ne se soient réconciliés avec l\u2019Eglise.Il est encore défendu de leur administrer publique- 32 Revue Dominicaine ment les sacramentaux, tels l\u2019imposition des cendres, la bénédiction des rameaux, et quelque signe extérieur que ce soit de l\u2019unité religieuse.La sépulture ecclésiastique leur est également refusée.Us ne peuvent davantage être inscrits dans les registres de nos associations pieuses.Enfin ils ne sauraient être choisis à titre de parrains au baptême d\u2019un catholique ou de témoins à son mariage.Nous avons là quelques exemples où la loi positive vient corroborer la loi divine, obligeant le chrétien à préserver la pureté de sa foi de tout péril de contamination.Il y a donc infraction aux prescriptions de l\u2019Eglise à se montrer trop complaisant dans ces questions ; peu importe que l\u2019on crie à l\u2019intolérance.La tendance est peut-être trop générale d\u2019abaisser en faveur des non-catholiques les barrières morales qui séparent l\u2019Eglise des autres sectes religieuses.Et cette tendance est accentuée par le fait que les pasteurs protestants ne se font pas scrupule de minimiser les différences dogmatiques qui opposent les diverses religions.On a même vu à Ottawa des ritualistes, venir, sur le conseil de leur pasteur partant en vacances, recevoir la communion dans une église catholique.Vraiment, c\u2019était aller trop loin.Cet acte était de nature à laisser croire aux intéressés qu\u2019il n\u2019y a pas de différence essentielle entre notre croyance à la présence réelle et la leur, et Catholiques et Protestants 33 du coup ruinait tout espoir de les ramener à la vraie foi.C\u2019est parce que l\u2019autorité ecclésiastique espère le retour des non-catholiques à la véritable Eglise qu\u2019elle favorise leur présence à nos offices religieux.11 s\u2019ensuit qu\u2019elle ne saurait se montrer aussi indulgente à laisser les catholiques prendre part au culte non catholique.Loin de là, elle se doit de le leur défendre, et d\u2019autant plus sévèrement que le danger de perversion dans la foi est plus grand, le péril de séduction plus menaçant et l\u2019occasion de scandale plus pernicieuse.Le motif de conversion ne vaut plus ici.Un catholique ne se convertit pas au protestantisme : il apostasie.Aussi importe-t-il de préserver sa foi.L\u2019Eglise le fait en lui traçant une ligne de conduite dans des prescriptions suffisamment précises.Notons en premier lieu que toute communication avec les hérétiques dans le domaine religieux n\u2019est pas nécessairement défendue.La malice ne réside pas dans la communication elle-même, mais provient des conditions dans lesquelles elle se produit.Assurément ce serait un acte intrinsèquement mauvais, et partant toujours défendu, que de participer au culte d\u2019une secte en adhérant intérieurement et volontairement à sa doctrine religieuse.Une telle communication, dénommée formelle, comporte en soi la négation de la foi catholique,, 34 Revue Dominicaine et comme telle, constitue le délit d\u2019hérésie.On ne peut que qualifier de trahison la conduite de celui qui en arrive à cette extrémité.Grâce à Dieu, les cas d\u2019apostasie sont plutôt rares chez nos gens.Ils s\u2019expliquent par des habitudes de concession ou des imprudences regrettables ; toujours il est avéré qu\u2019ils sont le résultat d\u2019une mentalité devenue insensiblement protestante.Mais le cas le plus fréquent est celui d\u2019une participation appelée matérielle et qui consiste à faire acte de présence aux offices d\u2019une secte religieuse, sans que l\u2019esprit adhère à sa doctrine.On s\u2019y rend, non pour manifester une croyance, mais pour des motifs d\u2019ordre civil et social, ou encore par simple curiosité : affaire d\u2019y entendre le chant et la musique, ou de se renseigner sur les différences rituelles.Comme la présence, même purement passive, des catholiques dans un temple protestant comporte toujours un certain danger pour leur foi et constitue souvent une pierre d\u2019achoppement à la conversion des hérétiques, l\u2019Eglise veut entourer ses enfants d\u2019une protection maxima en leur imposant des limites qu\u2019il est imprudent de dépasser.A titre d\u2019exemples, exposons quelques-unes de ses déterminations positives.Tout d\u2019abord un fidèle ne peut s\u2019adresser à un ministre protestant pour en recevoir les sacrements, car une telle demande implique la reconnaissance au moins implicite de l\u2019autorité spiri- Catholiques et Protestants 35 tuelle de ce pasteur sur les sacrements.Or seuls ont cette autorité les membres de la hiérarchie catholique, puisque l\u2019administration de tous les sacrements, le baptême et le mariage exceptés, requiert nécessairement, de par la volonté du Christ, le caractère sacerdotal ou épiscopal.Si le baptême échappe à cette nécessité, c\u2019est par pure miséricorde de Dieu qui, voulant sauver tous les hommes, leur offre les plus grandes facilités de le recevoir.Aussi pourvu que la matière, la forme et l\u2019intention requise soient assurées, le baptême non solennel peut être administré vali-dement par tout individu ayant l\u2019usage de ses facultés, homme ou femme, catholique ou non catholique, baptisé ou non baptisé.Il reste cependant que le ministre ordinaire du baptême est le prêtre.Dans le cas d\u2019urgence seulement, il est permis à un laïc de baptiser, et s\u2019il est catholique, il aura la préférence même sur un pasteur protestant.Un fidèle ne peut davantage être parrain d\u2019un hérétique recevant le baptême dans sa secte.Il serait alors censé reconnaître l\u2019autorité du ministre, puisque c\u2019est le parrain qui fait la demande du sacrement au nom du baptisé.A cet inconvénient s\u2019ajoute l\u2019impossibilité de remplir les obligations du parrainage envers le filleul.En effet les parrains doivent considérer leur enfant spirituel comme étant confié pour toujours à leurs sollicitude.Pour ce qui regarde son éducation 36 Revue Dominicaine chrétienne et sa conduite, ils sont tenus de veiller avec soin à ce que, pendant toute sa vie, il remplisse fidèlement les engagements pris en son nom dans les cérémonies solennelles du baptême.Quant au mariage, ce n\u2019est ni le prêtre, ni le pasteur, mais les conjoints eux-mêmes qui en sont les ministres.L\u2019élévation du contrat matrimonial à la dignité sacramentelle n\u2019en change pas intrinsèquement la nature.Il est et demeure un contrat qui prend naissance par la seule volonté réciproque des deux conjoints.Mais dans la forme de la célébration du mariage, il est strictement défendu à un catholique, sous peine d\u2019excommunication, de se présenter devant un pasteur avec l\u2019intention de donner son consentement matrimonial même à un conjoint protestant, ou de le renouveler, s\u2019il l\u2019a déjà exprimé devant son propre curé.Bien plus, l\u2019Eglise ne permet pas de servir de témoin à un mariage de protestants, parce qu\u2019il y aurait, comme dans le baptême, une reconnaissance implicite de l\u2019autorité spirituelle du ministre.Tout au plus permet-elle d\u2019assister les mariés comme garçon ou demoiselle d\u2019honneur, et tolère-t-elle une présence passive aux rites sacramentels, quand les convenances sociales l\u2019imposent.Il faut en dire autant de l\u2019assistance aux funérailles religieuses des non-catholiques.Le Saint Office défend de prendre une part active aux actes de culte qui s\u2019accomplissent dans ces circons- Catholiques et Protestants 37 tances.Il autorise toutefois de prier privément pour le défunt, en se servant des formules protestantes, pourvu qu\u2019elles soient bonnes et n\u2019impliquent rien de contraire à la foi.Mais si les funérailles prennent un caractère nettement antireligieux, soit en signe de protestation contre le refus de sépulture ecclésiastique, soit pour manifester de la haine contre l\u2019Eglise, un catholique devra décliner l\u2019invitation d\u2019y assister.Le simple motif de gratitude envers le défunt, ou un simple témoignage de sympathie à donner à la famille en deuil ne suffiraient pas à justifier sa présence.Au contraire celle-ci donnerait à penser qu\u2019il approuve semblable pratique.Seules des obligations de proche parenté ou la crainte fondée de graves représailles, pourraient être invoquées dans le cas.Ajoutons enfin que la même réserve s\u2019applique à toutes les autres cérémonies rituelles auxquelles un catholique doit assister.Dans la manière de se comporter, il lui faut faire comprendre aux hérétiques qu\u2019il ne partage aucunement leur croyance.Dès lors il ne peut s\u2019unir à eux dans la psalmodie des psaumes, le chant des hymnes, la récitation des prières liturgiques, tous actes qui supposent l\u2019unité dans la foi.Bien plus le Saint Office lui défend de prêter son concours comme musicien ou chantre, le ferait-il spontanément ou attiré par l\u2019espoir d\u2019une rémunération, \u2014 ces actes appartenant en propre à l\u2019exercice du 38 Revue Dominicaine culte.On sera peut-être tenté de juger sévères et périmées ces restrictions de l\u2019autorité ecclésiastique, et on se prendra à désirer une plus grande largeur d\u2019esprit, au lieu de ce cantonnement dans des limites étroites de préservation.N\u2019y aurait-il pas plutôt là un manque de jugement ?Pour conserver les capitaux canadiens placés dans le commerce et l\u2019industrie, nos éclaireurs recommandent, à grand renfort de réclame, d\u2019acheter chez les nôtres, d\u2019encourager les nôtres, de placer son argent dans les entreprises des nôtres.Le mot d\u2019ordre, c\u2019est gardons pour les nôtres notre argent et nos ressources.Qui songe à blâmer une telle prévoyance ?Mais ces mesures qu\u2019on estime nécessaires à la conservation de biens périssables et terrestres, pourquoi serait-il mauvais de les appliquer à la préservation du bien inestimable de la foi ?Par légèreté et inconsidération nos catholiques ne prennent pas toujours conscience du péril de séduction auquel les expose la fréquentation des temples protestants.Sous le fallacieux prétexte de faciliter le retour des hérétiques à la véritable Eglise, ils se montrent parfois trop complaisants.S\u2019ils imitaient au moins leur discrétion ! Il semble que les catholiques fréquentent avec moins de réserve les temples protestants que les protestants ne viennent dans nos églises.Et pourtant les protestants ont Catholiques et Protestants 39 tout à gagner à venir chez nous, tandis que les catholiques courent le risque de tout perdre en allant chez eux.(x) Pourquoi ne feraient-ils pas de ce principe de S.Thomas la règle inviolable de leur conduite : Si quelques-uns sont tellement fermes dans la foi que de leurs communications avec les infidèles on espère plus la conversion de ceux-ci qu\u2019on ne craigne la défection de ceux-là, on ne doit pas leur en faire la défense.Si au contraire ils sont simples et faibles dans la foi, toute communication doit leur être interdite.Raymond Charland, O.P.0) Un professeur d\u2019université des Etats-Unis a mené ces derniers temps une enquête sur l\u2019état actuel de la croyance des pasteurs protestants dans l\u2019Ouest Américain.Les résultats obtenus permettent de juger l\u2019étendue et la profondeur de la crise doctrinale qu\u2019ils subissent.Us déclarent désuets les articles fondamentaux du Symbole des Apôtres, quand ils ne vont pas jusqu\u2019à les nier.Chez un grand nombre, l\u2019enfer n\u2019inspire plus la terreur ni la crainte du châtiment.Le ciel ne soutient plus l\u2019effort dans le bien en nourrissant l\u2019espoir de la récompense.Quelques-unes même rejettent le dogme de la Résurrection du Christ.Leur prédication ne manque certes pas de s\u2019en ressentir.Voici quelques chiffres révélateurs.Sur 700 ministres qui ont répondu au questionnaire de l\u2019enquête, dont le but était d\u2019éclairer l\u2019opinion sur l\u2019enseignement des « Sunday Schools » : 54% nient l\u2019existence du démon ; \u2014 80% s\u2019opposent à enseigner le feu de l\u2019enfer ; \u2014 41% doutent suffisamment de l\u2019existence du ciel pour devoir en supprimer l\u2019enseignement ; \u2014 39% ne croient pas au jour du jugement ; \u2014 26% nient la divinité du Christ ; \u2014 8% rejettent l\u2019immortalité de l\u2019âme, (cf.The Literary Digest, March 3, 1934) Chronique : En lisant Rien de plus salutaire pour l\u2019assainissement de la vie morale qu\u2019une étude attentive de la personnalité et de l\u2019œuvre d\u2019Adolphe Retté.Un homme, qui sans appui, sans guide, et bien souvent sans lumière, finit par se délivrer des liens multiples qui l\u2019asservissent au mal, pour s\u2019élever au prix de sacrifices qui effrayeraient les plus militants des ascètes, jusqu\u2019au degré héroïque des vertus chrétiennes, ne peut manquer d\u2019attirer à lui et d\u2019entraîner à sa suite bon nombre des lecteurs qui parcoureront attentivement son œuvre.Il se pose davantage en exemple à une catégorie de la jeunesse intelligente et studieuse, mais pour qui la discipline des dogmes et l\u2019autorité du Magistère semblent poser des barrières au libre développement de la pensée.Retté, lui, considère cette autorité et ce magistère comme « une délivrance », « une purification », « un réconfort ».« J\u2019appris le sens surnaturel de la vie, écrit-il, à propos de sa conversion au Catholicisme, j\u2019appris la règle, je compris que la fidélité aux enseignements et aux préceptes de la foi catholique, que la fréquentation des sacrements pouvaient seules me préserver des pièges tendus par le prince de ce Chronique: En lisant 41 monde à mon âme immortelle.Telle est la vraie liberté.Non seulement, l\u2019on trouve, au pied de l\u2019autel, la paix intérieure et la force d\u2019imposer silence aux instincts dépravants, mais encore l\u2019intelligence, avertie de l\u2019esclavage où la maintenait naguère sa dévotion aux idoles de chair et de péché, libérée des chimères qui la rivaient aux doctrines de négation, prend une acuité nouvelle » (« Au pays des Lys noirs », page 309).Je voudrais réunir en quelques lignes les nombreuses et bienfaisantes réflexions que m\u2019a suggérées la lecture d\u2019un livre publié en 1913 par ce grand apôtre laïque et qui vient d\u2019être réédité pour la troisième fois par M.A.Rosat, directeur de la collection «Je sème» dont l\u2019ouvrage fait partie (1).Cette troisième édition contient une préface enthousiaste de M.René Duverne chez qui le culte pour Retté s\u2019appuie plus particulièrement sur une similitude d\u2019aspirations dans la défense hardie des intérêts de l\u2019Eglise.J\u2019emprunte à cette préface les quelques notes biographiques indispensables à l\u2019intelligence du titre et du contenu de l\u2019ouvrage.0) Adolphe Retté : «AU PAYS DES LYS NOIRS».Souvenirs de jeunesse et d'âge mûr.Troisième édition avec introduction de René Duverne et documents photographiques inédits.P.Téqui, Editeur, Paris, 1934.(Prix : 10 Trancs.) 42 Revue Dominicaine Adolphe Retté naquit à Paris le 25 juillet 1863.Il fut baptisé mais élevé dans l\u2019indifférence.Nous ne possédons que très peu de détails sur son adolescence et sa première jeunesse.Il fréquenta un collège protestant à Montbéliard en Belgique.« Ce fut au régiment qu\u2019il commença de se corrompre.A peine libéré il revint à Paris où il se mêla au monde littéraire, au monde des jeunes, \u2014 d\u2019une petite minorité de jeunes qui prétendaient renouveler la littérature en général et la poésie en particulier, comme les minorités de jeunes ont fait de tout temps » .11 écrivit plusieurs ouvrages en vers et en prose, « farcis de grossièretés, ne reculant pas devant les blasphèmes ».Après sa conversion, il renia ces livres et voulut les rayer de son œuvre.Fatigué de la vie de Paris qu\u2019il qualifiait d\u2019« enfer braillard », il s\u2019en alla vivre à la campagne où l\u2019influence de la nature lui fut bienfaisante.Il y réfléchit, y étudia et la grâce vint au secours de ses efforts.Les premières années du XXe siècle virent son retour à Dieu et à l\u2019Eglise.Ses biographes se plaisent à souligner la sincérité de sa conversion.Il devint militant.Par une vie intérieure intense et un apostolat extérieur ingénieux, il conquit discrètement plusieurs âmes à la vraie foi.Le plus grand nombre de ses ouvrages a trait au changement opéré dans son âme par une vie chrétienne intégrale.On pourrait lire avec profit son « Histoire d\u2019une Conversion », où il confesse ses fautes avec une Chronique: En lisant 43 humilité émouvante, « Du Diable à Dieu » dont le préambule contient le poignant récit de sa conversion, « Les Oraisons du Silence » où il nous laisse voir jusqu\u2019à quel point sa rupture avec le vieil homme fut décisive.Retté mourut à Beaune le 8 décembre 1930.Il avait passé les dernières années de sa vie entre un crucifix et des livres, dans la pauvreté, le détachement, la souffrance et la gaieté.Le « Pays des Lys noirs », c\u2019est pour Adolphe Retté, ce que furent les « Fleurs du mal» et les « Paradis artificiels » pour Baudelaire, à cette différence que Retté a rendu en prose avec une conscience chrétienne victorieuse ce que Baudelaire avait chanté en vers avec une conscience païenne à demi résignée.Le «Pays des Lys noirs», c\u2019est le pays de la perversion et du péché; quelques souvenirs lui sont consacrés, non pour en faire goûter l\u2019âcre et perverse saveur, mais pour dénoncer les dangers qu\u2019il présente, les pièges qu\u2019il dissimule, les artifices dont il est plein.Dans des récits et anecdotes entremêlés de réflexions et de leçons morales réunis un peu au hasard de l\u2019impression du moment, Retté traite plus particulièrement de religion, de politique et de littérature.Il connaît par expérience personnelle tous les maux dont souffre la société française à la fin du XIXe et au début du XXe siècle, ayant fréquenté avant sa conversion les milieux les plus 44 Revue Dominicaine divers et les plus représentatifs et s\u2019étant joint avec ardeur à tous les mouvements qui agitent la pensée humaine, lorsqu\u2019elle rejette la salutaire influence des dogmes.« J\u2019ai donc peint, écrit-il dans sa préface, quelques-uns des prototypes de ces aberrations.J\u2019ai montré des révolutionnaires à l\u2019œuvre soit comme théoriciens, soit comme é-meutiers, soit comme assassins.J\u2019ai dénoncé les efforts de la gnose pour fausser le sentiment religieux dans maintes âmes en désarroi.J\u2019ai analysé le désordre et la corruption du goût produits par l\u2019invasion des Juifs de Pologne et d\u2019Allemagne dans notre littérature.J\u2019ai exposé certains méfaits résultant du triomphe de la démocratie, par exemple, le fonctionnement malpropre de cette néfaste mécanique : le suffrage universel.J\u2019ai constaté l\u2019avortement de cette chimère : l\u2019instruction versée sans tact ni mesure dans des cervelles qui n\u2019étaient point faites pour se l\u2019assimiler.J\u2019ai rappelé l\u2019aventure boulangiste et cet engouement du pays pour un médiocre en qui l\u2019instinct d\u2019éliminer les poisons du parlementarisme nous conduisit à chercher un sauveur .» La souveraine actualité des problèmes soulevés par Retté dans les domaines religieux politiques et littéraires donnerait lieu à d\u2019importantes discussions pour peu que son œuvre fût plus et mieux connue.Les questions qu\u2019il traite au point de vue religieux, théosophisme, spiritisme, occultisme de tout genre, n\u2019ont eu, il est vrai Chronique: En lisant 45 qu\u2019une portée assez transitoire.Il fut un temps où ne pouvant se passer du surnaturel et refusant de le recevoir de l\u2019unique source authentique, on espérait le découvrir dans des pratiques occultes, philtres, tables tournantes, évocation des esprits : aujourd\u2019hui, lorsqu\u2019on ne demande plus à l\u2019Eglise la connaissance de l\u2019au delà, on préfère s\u2019en passer tout à fait.Au point de vue politique Retté ne cache pas sa sympathie pour la monarchie.Il professe une admiration sans réserve pour Charles Maurras qu\u2019il considère comme un défenseur de l\u2019ordre et de la tradition, sans plus s\u2019arrêter à pénétrer ses travaux philosophiques.Remarquons que Retté écrivit en 1913 et qu\u2019à cette époque, rien encore ne faisait prévoir la condamnation du mouvement de l\u2019« Action Française ».La part active qu\u2019il prit à certaines élections lui inspirèrent un violent dégoût pour la régie par le suffrage universel, ne pouvant s\u2019expliquer comme bien d\u2019autres d\u2019ailleurs que l\u2019autorité puisse monter des membres à la tête et non plus descendre de la tête aux membres et que le père de famille, le propriétaire et le savant puisse prendre part de la même façon et dans la même mesure au gouvernement de la république, que le célibataire, le sans le sous, et l\u2019ignorant.Les idées de Retté en politique sont peut-être discutables, mais elles s\u2019expliquent par les méfaits de la démocratie en France et partout. 46 Revue Dominicaine En littérature, Adolphe Retté dénonce le péril qu\u2019a fait courir à la langue française, « l\u2019invasion des barbares ».Ces barbares, ce sont en tout premier lieu les Sémites venus de Russie et de Pologne, puis les Scandinaves, les Teutons et les Slaves.« Les Juifs qui portent avec eux tous les ferments de destruction et de corruption jouèrent un rôle considérable dans cet assaut donné à notre esthétique » (page 105).Retté honnit tout ce qui altère la clarté française dans les lettres.Il tient sous le ridicule pendant plusieurs pages d\u2019un chapitre intitulé « Souffleurs de bulles » les mardis de Mallarmé, ces réunions où maints poètes se suggestionnaient pour découvrir des abîmes de beauté dans les propos mystérieux du maître» (page 202).Par contre, dans le même chapitre, il exalte Verlaine en des termes qui confinent au fanatisme : « Verlaine n\u2019est pas seulement l\u2019auteur des plus beaux vers religieux publiés au dix-neuvième siècle, il est aussi un Gallo-Latin, chez qui on reconnaît sans peine l\u2019influence de l\u2019art classique.Ce qui ne l\u2019empêche pas d\u2019avoir inauguré une forme d\u2019art nouvelle, tout en nuances et en musiques délicates, tout en images neuves et en rythmes imprévus » (page 207).A l\u2019endroit de Victor Hugo, point de complaisance, pas même l\u2019ombre de l\u2019indulgence ; il le compare à une outre vibrante où s\u2019engouffraient tous les vents de l\u2019espace et qui ne pouvait que s\u2019assimiler les solennelles balivernes dont Chronique: En lisant 47 son siècle était épris.« Elles faisaient dans sa cervelle, incapable de pensée suivie, un tintamarre extraordinaire ; elles s\u2019y mêlaient en d\u2019étranges amalgames.Puis il les relançait à travers le monde, et c\u2019était des beuglements lyriques, tantôt harmonieux, tantôt dissonnants, faits pour déconcerter ceux qui cherchaient un lien entre toutes ces incohérences » (page 62).Moins uniformément apocalyptique, d\u2019une sensibilité moins volcanique pour ainsi dire, Adolphe Retté nous fait cependant songer à Léon Bloy.Mais il est plus miséricordieux ; son outrance connaît quelque répit.Il conçoit que l\u2019on puisse sourire et il sourit volontiers.Il n\u2019englobe pas dans une universelle réprobation tous les éléments du monde qui l\u2019entoure et lorsqu\u2019il dépose les armes du polémiste pour laisser vibrer librement son âme sous les touches délicates de la nature qui l\u2019enchante et de la grâce qui l\u2019élève, il nous livre des pages d\u2019une grande douceur poétique et mystique.Ces pages sont dispersées au hasard de son œuvre : « Au Pays des Lys noirs », en contient d\u2019immortelles.X X X Me rendant au conseil que j\u2019ai reçu très jeune de ne lire que les bons livres et parmi les bons, les meilleurs, j\u2019ai parcouru en entier le tome I de l\u2019Histoire du Canada pour 48 Revue Dominicaine tous que vient de publier M.Jean Bruchési, professeur à l\u2019Université de Montréal.(x) Cette lecture m\u2019a irrésistiblement transporté dans une atmosphère de rêve épique dont je n\u2019avais pas éprouvé depuis assez longtemps la salutaire influence.L\u2019auteur mérite de ses compatriotes un vif témoignage de reconnaissance pour les avoir invités non seulement à vivre du souvenir des luttes héroïques et des victoires glorieuses, mais aussi à se relever des défaites honteuses par le récit de deux siècles d\u2019intense vie française sur le continent nord-américain.La manière adoptée par M.Bruchési lance un défi aux procédés techniques de la méthode historique moderne.Les rangeurs d\u2019hiéroglyphes au bas des pages la lui reprocheront et lui en voudront peut-être, pour n\u2019avoir pas fait suivre son texte d\u2019une lourde charge de références.L\u2019auteur tentera de se justifier en protestant qu\u2019il n\u2019a pas eu l\u2019intention d\u2019écrire pour les spécialistes, mais qu\u2019il a voulu rappeler, à l\u2019intention de tous \u2014 comme le titre de l\u2019ouvrage l\u2019indique \u2014 les grandes époques du Régime français.Je lui suggère un autre moyen de défense en rappelant que sa manière de procéder en histoire marque un genre nouveau chez nous.Entre une O Jean Bruchési : «HISTOIRE DU CANADA POUR TOUS », tome I, Le Régime français.In-8, 364 pages.Editions Albert Lévesque, Montréal, 1934.Prix: $1.25. Chronique: En lisant 49 compilation de textes surmontant une demi-page de renvois et le manuel scolaire avec ses paragraphes stéréotypés uniformément introduits par la ligne classique en caractères gras, pouvait fort bien prendre place une histoire aux larges aperçus synthétiques, qui ne rejette pas de parti pris un agréable nuage légendaire et permet d\u2019embrasser l\u2019ensemble des événements sans être tenté d\u2019entrer dans les subtilités de la critique.D\u2019ailleurs M.Jean Bruchési est poète, il est directeur d\u2019une revue littéraire : peut-être lui est-il arrivé de substituer aux archives, fondements de l\u2019histoire, la réflexion et la rêverie qui en sont les muses.Je ne voudrais pour rien au monde insinuer que l\u2019auteur n\u2019a apporté qu\u2019un minimum de sens critique dans le choix de ses documents et leur mise en œuvre : une page et demie de bibliographie renvoyée à la fin du volume contient l\u2019énumération des sources les plus autorisées.Mais ceci admis, il reste que certains titres, sous-titres et courts récits ont des ailes battant ici et là au souffle d\u2019une strophe de Fréchette.Les trois parties de l\u2019ouvrage sont respectivement intitulées : « Les Conquérants » (1534-1663), « Rêves d\u2019Empire » (1663-1713), «La Fin d\u2019une Epopée» (1713-1760).(Serais-je mal venu de contester la propriété du dernier titre : l\u2019Epopée ca-nadienne-française s\u2019est-elle dénouée à la conquête ?) Je lis en sous-titre de cette dernière 50 Revue Dominicaine partie : « L\u2019Enjeu de la Belle Rivière » (nos petits manuels scolaires ne mentionnaient pas ce joli nom) « Le Mirage louisiannais », « Des lys à pleines mains » « Vae Victis ».Faisons taire la trop sage raison pour le délicat plaisir esthétique procuré par de telles évocations.Si j\u2019abordais maintenant le détail de la composition, il me resterait encore énormément de choses à dire, et comme j\u2019éprouve une sympathie très prononcée pour le genre de M.Bruchési, je verserais dans l\u2019hyperbole et n\u2019aurais plus le courage de signaler certaines leçons qui m\u2019ont déplu.Elles ne sont pas nombreuses, car l\u2019auteur, conformément au but qu\u2019il s\u2019était proposé n\u2019a abusé ni de la critique historique, ni de la philosophie de l\u2019histoire.Sur ce dernier point, il s\u2019est borné à projeter dans un beau relief la lutte héroïque soutenue par les premiers Français d\u2019Amérique contre les Anglais et les sauvages ennemis.Evêques, membres du clergé, missionnaires, gouverneurs, intendants, femmes religieuses ou laïques, humbles colons, tous reçoivent le juste témoignage que leur a mérité leur rôle dans l\u2019établissement et l\u2019expansion française après la conquête, ce sera l\u2019objet du second tome de cette histoire.Mais pourquoi M.Bruchési ne nous a-t-il pas dispensé de sa réflexion finale sur l\u2019exploit de Dollard des Ormeaux ?Au risque de paraître manquer de patriotisme, je ne vois pas bien à Chronique: En lisant 51 quoi tendent les lignes suivantes : « De prétendus historiens ont tenté de rapetisser le geste héroïque de Dollard et de ses compagnons, de faire d\u2019un sacrifice sanglant un vain rêve de gloriole, d\u2019une poignée de braves, une troupe d\u2019aventuriers.L\u2019étude impartiale des faits apporte à cette assertion le plus solide démenti et la postérité peut sans crainte rendre aux héros du Long Sault le témoignage que leur décernait déjà l\u2019auteur de la « Relation » de 1660 : « Tout était perdu s\u2019ils n\u2019eussent péri et leur malheur a sauvé ce pays, ou du moins conjuré l\u2019orage qui venait y fondre puisqu\u2019ils ont arrêté les premiers efforts et en ont détourné tout à fait le cours » (page 96).Remarquons tout d\u2019abord au sujet des « prétendus historiens » qu\u2019il ne serait pas légitime de douter de la sincérité de ceux qui aujourd\u2019hui attribuent, du moins partiellement à la légende, les événements qui ont précédé la résistance du Long Sault.Il n\u2019y a là rien qui offense notre culte national et l\u2019apothéose du vingt-quatre mai n\u2019en reste pas moins une excellente occasion de rajeunir notre patriotisme.L\u2019exploit de Dollard, M.Bruchési ne l\u2019a pas magnifié ; il nous a parlé de la messe entendue dans la petite chapelle de l\u2019Hôtel-Dieu, du testament que chacun des trente-deux combattants « semble » avoir fait préalablement, du serment de combattre jusqu\u2019à la mort ; pourquoi ne s\u2019en est-il pas tenu là ?Ces 52 Revue Dominicaine faits, légendaires ou non, on les admet communément ; mais il y a une marge entre « un sacrifice sanglant » et « un vain rêve de gloriofe ».Rien n\u2019empêche d\u2019autre part qu\u2019« une troupe d\u2019aventuriers » puisse être en même temps, « une poignée de braves ».Pour ce qui est cité de la relation, c\u2019est la simple constatation de l\u2019heureux résultat de la résistance, sans indication du motif.Que M.Bruchési supprime les douze dernières lignes du chapitre intitulé « Dollard des Ormeaux » et il n\u2019est pas d\u2019historien sincère qui ne consente à le signer.Il me reste encore à prévenir M.Bruchési contre certaines distractions qui ont laissé passer dans le texte imprimé « nations arborigènes » pour nations aborigènes (page 203), contre certaines négligences et obscurités de style qui jurent à côté de plusieurs paragraphes de très belle venue comme celui-ci : « La France était partie ! Venue la première, plus de deux siècles auparavant sur la pointe de Gaspé et les rives du Saint-Laurent, elle avait porté son nom, sa langue et sa foi de l\u2019Atlantique au pied des Rocheuses, de la baie d\u2019Hudson à l\u2019embouchure du Mississipi.De Cartier à Champlain, de Frontenac à Vau-dreuil, ses enfants choisis avec le plus grand soin, nobles et roturiers, missionnaires et soldats, explorateurs et paysans, venus au nombre de 10 000, avaient découvert, défriché, colonisé, fon- Chronique: En lisant 53 dé des villes, tracé des routes, versé leur sang pour la défense du sol ou « la foi du Christ ».Sans doute, cet objectif élevé n\u2019excluait pas chez un grand nombre la recherche du gain matériel et la soif de l\u2019aventure.Mais « c\u2019est lui, et lui seul », qui donne un sens à l\u2019épopée canadienne.Inconsciemment ou non, les colons du régime français répétaient sur la terre américaine, les simples mais nobles gestes des ancêtres normands, poitevins ou saintongeois.Et s\u2019il n\u2019y avait pas eu autre chose que le très humain et légitime désir de « se faire une petite place au soleil », comment expliquerait-on tant d\u2019héroïsme, tant de sacrifices, tant de larmes et cette tenace résistance, prolongée sous une autre forme jusqu\u2019à nos jours ?» (page 359).« L\u2019Histoire du Canada pour tous » de M.Jean Bruchési paraît en son temps.A l\u2019heure où s\u2019organise la grande démonstration de Gaspé pour célébrer le quatrième centenaire de la venue de Cartier au Canada, l\u2019histoire écrite sous une forme nouvelle et entraînante apparaît éminemment propre à donner au peuple canadien le véritable sens des fêtes religieuses et nationales qui se dérouleront en septembre.Jacques Cartier a-vait planté la croix face à l\u2019ouest pour symboliser l\u2019évangélisation des peuplades sauvages par les missionnaires venus de France ; après quatre cents ans, un autre missionnaire est revenu de 54 Revue Dominicaine France pour dire aux Français du Canada : « Plantez maintenant la croix face à l\u2019est », pour symboliser l\u2019héroïque fidélité d\u2019un peuple à la pensée de foi qui lui a donné naissance.L\u2019histoire du régime français nous a retracé la genèse et la réalisation de cette pensée, l\u2019histoire du régime anglais nous en fera voir la résistance et la survivance.Elle sera donc accueillie avec toute la sympathie que mérite un professeur laborieux et patriote.A.Saint-Pierre, O.P.Le Sens des Faits Catholicisme, Politique et Anticléricalisme Parlant de l\u2019anticléricalisme dans un article que la Revue Dominicaine m\u2019a fait l\u2019honneur d\u2019insérer, j\u2019en avais volontairement laissé de côté une cause générale, parce que je n\u2019étais pas sûr que son importance fût assez grande au Canada pour lui mériter une mention.Mais dans un article de cette même Revue (x) je trouve des passages comme celui-ci : « La Paroisse, qui assura P) Alfred Desrochers : « Vie Intellectuelle, idées et préoccupations religieuses de nos professionnels ».\u2014 Revue Dominicaine, avril, 1934. Le sens des Faits 55 notre survie religieuse, et même nationale, est aujourd\u2019hui, dans la plupart des villes, un simple rouage administratif .Les vertus universelles du catholique \u2014 qu\u2019il devrait fortifier à son église \u2014 sont confiées à des Sociétés locales.Il en résulte que nous nous associons pour assurer la morale des autres et pour obtenir de la loi civile des effets qui devraient découler de la pratique du catholicisme.» Je crois donc pouvoir me permettre d\u2019étudier comment des erreurs de tactique dans l\u2019action sociale risquent de conduire des catholiques à l\u2019anticléricalisme, qui peut être le premier pas vers l\u2019irréligion.L\u2019Eglise est la gardienne des dogmes et de la morale.C\u2019est donc à elle qu\u2019il appartient de diriger les fidèles.Si elle laisse les laïcs empiéter sur ses attributions, on assiste au règne de l\u2019incompétence, les laïcs n\u2019étant pas préparés à un tel rôle, et surtout l\u2019autorité de l\u2019Eglise peut être asservie aux passions politiques, ce qui conduit les catholiques, qui ont une autre conception sociale, soit au schisme soit à l\u2019anticléricalisme.Desrochers s\u2019en rend bien compte quand il déclare : « Nous avons vu surgir en ces dernières années une foule d\u2019associations dites nationales \u2014 et supposées catholiques \u2014 dont on se demande s\u2019il n\u2019en pourrait pas résulter une Action Française ».On a fort heureusement réagi en France, mais la jeunesse catholique y a été un moment 56 Revue Dominicaine menacée de prendre comme directeurs de conscience l\u2019athée Maurras et le romancier.(mettons : inconvenant) L.Daudet.Il eût été navrant de recommencer à dresser contre l\u2019opinion publique, contre l\u2019homme de la rue, sous prétexte de politique, la partie la plus généreuse des catholiques français et de donner ainsi, par contrecoup, prétexte à un réveil de l\u2019anticléricanisme.Il ne faut pas oublier que s\u2019il existe dans le pays qui a eu pour devise « Gesta Dei per Francos » des anticléricaux, \u2014 leur nombre a d\u2019ailleurs bien diminué, \u2014 beaucoup de ces anticléricaux trouvaient une excuse dans le fait que les gens dits bien pensants avaient, durant un siècle associé é-troitement le roi et la religion pour mettre l\u2019une au service de l\u2019autre.Au lieu d\u2019accepter les transformations sociales et de garder leur religion, ils mettaient en pratique, à l\u2019avance et dans un but politique, la formule de Desrochers : « Il ne faut rien faire, il ne faut rien dire ! Ca peut nuire à la religion ».L\u2019Eglise ne doit abdiquer aux mains de personne son rôle de magister : un chef n\u2019a pas à suivre ses soldats.Mais elle ne doit pas non plus compromettre sa dignité en descendant dans l\u2019arène des mesquines luttes de la politique journalière.Alors, dira-t-on, si les laïcs ne peuvent intervenir au nom de l\u2019Eglise et si vous ne voulez pas qu\u2019elle intervienne elle-même, il ne lui reste qu\u2019à Le sens des Faits 57 laisser faire.Rien n\u2019est plus loin de ma pensée ; l\u2019Eglise a pour rôle d\u2019intervenir mais dans des conditions spéciales.Qu\u2019il me soit permis, \u2014 déformation professionnelle du médecin qui cite des cas cliniques à l\u2019appui de ses théories, \u2014 de prendre deux exemples opposés.Un prêtre de France me raconte que, dans une région de la Bretagne, l\u2019Evêque a décidé d\u2019excommunier ceux qui prenaient part à certaines fêtes populaires, ceux qui se rendaient dans le village le jour où avait lieu la fête et même les voituriers qui les y conduisaient.Un curé s\u2019est élancé contre l\u2019orchestre du bal et a crevé la grosse caisse à coups de pieds.Or peu de temps après avaient lieu des élections ; le candidat rouge ne manqua pas d\u2019utiliser largement cette « intolérance » et le résultat fut que ce pays breton, l\u2019un des derniers refuges du catholicisme surtout traditionnel (la France a un autre catholicisme plus vivant !) possède maintenant pour député un anticlérical militant.Je ne me permets de juger ni l\u2019Evêque ni le curé ; mais je suis bien forcé de constater le résultat qu\u2019ils ont obtenu en essayant de briser par la force, dans un pays de traditions, une tradition plus que millénaire : beaucoup d\u2019hésitants ont tourné le dos à cette autre tradition qu\u2019était pour eux le catholicisme ; beaucoup de catholiques ont fait une manifestation anticléricale.L\u2019épiscopat canadien par contre vient d\u2019attaquer of- 58 Revue Dominicaine ficiellement une association politique, parce que celle-ci tout en déclarant qu\u2019elle n\u2019est pas communiste a cependant bien des points qui l\u2019en rapproche.Les Evêques n\u2019ont que faire de ma modeste approbation ; mais pour ma démonstration, il est nécessaire que j\u2019explique pourquoi je les approuve.Outre qu\u2019il est toujours utile d\u2019ouvrir les yeux des Kerinsky, à quelque pays qu\u2019ils appartiennent, le communisme est en réalité une double chose : un système administratif que l\u2019on peut discuter, un système philosophique, \u2014 et c\u2019est ce qu\u2019on ne proclame pas assez, \u2014 qui est incompatible avec le catholicisme.Ici encore je prendrai le texte de Desrochers : « Je n\u2019ai jamais compris le catholicisme autrement qu\u2019une religion essentiellement spirituelle, donc individuelle .La morale sociale en résulte, mais ce n\u2019est qu\u2019un produit.C\u2019est la réunion des valeurs individuelles qui crée la valeur du tout.» Et plus loin : « Le sacrement de pénitence remonétise la valeur personnelle.grâce à la confession, un criminel peut monter à l\u2019échafaud complètement régénéré.C\u2019est donc à son Créateur que la créature est responsable ».On peut tirer de là que le catholique est par définition un individu et que ses principes d\u2019action sont en lui-même et non dans la Société qui l\u2019entoure: un catholique, vraiment catholique, s\u2019il restait seul de son espèce à la surface du globe serait encore Le sens des Faits 59 capable de vivre en catholique.11 existe dans l\u2019Etat moderne un nombre croissant d\u2019institutions et d\u2019entreprises (armées, postes, chemins de fer, etc.) qui sont plus ou moins étatisées, c\u2019est-à-dire, sinon complètement communisées du moins sur le chemin de l\u2019être, j\u2019ai fait mon service militaire, j\u2019ai été mobilisé durant toute la guerre, j\u2019ai donc durant des années vécu dans des conditions très différentes de celle d\u2019un homme libre.Il paraît bien probable que, parmi les premiers chrétiens, il y a eu des essais de communautés que nous considérerions actuellement comme plus ou moins communistes.Durant les siècles où, malgré le catholicisme, l\u2019esclavage a subsisté, il y a eu des hommes qui n\u2019ayant aucune liberté ni aucune propriété personnelle ont été cependant de parfaits fils de l\u2019Eglise.J\u2019ai lu que dans certaines communautés religieuses, les moniales n\u2019ont pas le droit de dire ma robe ou mon voile parce que chez elles, il n\u2019existe rien qui ressemble à un droit de propriété.On peut donc estimer que pourvu qu\u2019on assure sa subsistance en échange de son travail, le catholique pourrait vivre dans une société communiste, si cette société lui laissait sa liberté spirituelle.Mais en réalité il n\u2019en est pas ainsi : un des principes du communisme est que l\u2019enfant appartient à l\u2019Etat, d\u2019où en pratique : éducation identique pour tous, disparition de toute indivi- 60 Revue Dominicaine dualité aussi bien matérielle que spirituelle et transformation de l\u2019homme en un rouage perdu dans une machine.L\u2019idéal du communisme c\u2019est la fourmilière.En fait d\u2019ailleurs nous constatons que les Sociétés communistes qui existent actuellement considèrent que le catholicisme est un ennemi qu\u2019il faut combattre.Leurs dirigeants déclarent : « La religion est l\u2019opium du peuple ».Je pense que ceux d\u2019entre eux qui sont intelligents se rendent compte que la religion de la cité ou de la communauté peut être considérée, elle aussi, comme un opium; mais leur haine pour le catholicisme a une autre cause et vient précisément de ce que le catholicisme est à certains égards une source d\u2019individualisme.Et ici je suis heureux de trouver, \u2014 car je n\u2019aurais peut-être pas osé m\u2019exprimer avec autant de fermeté, \u2014 un texte toujours du même auteur (il parle des Canadiens-français mais à combien de catholiques d\u2019autres pays ce jugement est-il applicable !) : « La religion c\u2019est plutôt une affaire de routine, une fonction mondaine .Dans ce qu\u2019on appelle la classe moyenne, je rencontre très peu souvent la foi du charbonnier et encore moins celte du catholique raisonnablement convaincu de ses motifs d\u2019adhésion.Nous sommes catholiques .mais ce n\u2019est guère notre faute ! » Le sens des Faits 61 Ce qui est indispensable pour maintenir le catholicisme, ce n\u2019est pas de faire durer ne varietur, grâce aux votes de ces catholiques d\u2019habitude, tel ou tel système social, ce n\u2019est pas de former une majorité, dans la cité, d\u2019électeurs imbus de conservatisme.Si l\u2019Eglise s\u2019est associée à un système politique, le jour où, par violence ou autrement, ce système s\u2019écroule, la foi de ceux qui attendaient un miracle pour le sauver, ou de ceux auxquels on a enseigné qu\u2019une modification créerait l\u2019abomination de la désolation, risque d\u2019être compromise.Ce qui est indispensable c\u2019est d\u2019abord de ne pas laisser les fidèles s\u2019endormir dans « un concept protestant de la religion».(Desrochers).La loi morale, excepté dans certaines applications, est indépendante de l\u2019ambiance.(L\u2019expérience de la prohibition aux Etats-Unis, où l\u2019on a vu les mêmes personnes voter l\u2019interdiction de l\u2019alcool en tant que citoyens et en consommer clandestinement des quantités formidables en tant qu\u2019hommes privés, juge une fois de plus les systèmes moraux basés sur l\u2019ambiance et non sur des principes supra humains).C\u2019est ensuite de leur donner une foi qui réside en eux-mêmes et n\u2019ait pas pour point de départ soit l\u2019obéissance à l\u2019entourage et à la mode, soit une simple tradition.Un véritable catholique, en tant que catho- 62 Revue Dominicaine lique, doit être en état de rester catholique, même s\u2019il se trouve dans une société bolchévique (ou dans une société hitlérienne, car en ce qui concerne la liberté matérielle et la liberté de conscience, ïhitlérisme me paraît tout aussi à craindre que le communisme).Il doit savoir accepter les autorités établies civiles ou religieuses et rendre à César ce qui appartient à César à la condition que César ne l\u2019empêche pas de rendre à Dieu ce qui est à Dieu.Ce n\u2019est que si César le gêne à ce point de vue qu\u2019il a le devoir de se révolter contre la Société, et en tant que catholique seulement et pour ce qui est spirituel, son devoir d\u2019animal sociable l\u2019obligeant à remplir vis-à-vis de ses semblables son devoir matériel.(Naturellement en tant que citoyen il garde toujours ses libertés politiques, mais ceci s\u2019applique aux autres comme au catholique).Dans une Société moderne où ne règne pas une tyrannie de gauche ou de droite un catholique ne mêlera pas politique et religion : il ne deviendra pas anticlérical parce que son curé (qui est un citoyen libre) n\u2019a pas la même couleur d\u2019opinion que la sienne ou parce que la crise lui montre que l\u2019organisation actuelle, dans laquelle l\u2019Eglise a une place, n\u2019est peut-être pas parfaite.Sa foi religieuse, aussi bien que son respect de la hiérarchie sont au-dessus des contingences et il demandera aux prêtres et aux laïcs trop bien Le sens des Faits 63 intentionnés, de ne pas mélanger de façon intempestive le sacré et le profane.Dr A.Laquerrière.Une apologie de la terre Il s\u2019agit du dernier livre de Monsieur Claude-Henri Grignon, intitulé : « Le déserteur \u2014 Et autres récits de la terre ».Ces autres récits ont pour titres : « La piste » \u2014 « Le dernier lot » \u2014 « Le Père aux œillets » \u2014 « Le triomphe de Virgile » \u2014 « Réconciliation ».(x) Comme ces rongeurs qu\u2019il voit souvent dans ses randonnées à travers bois, et dont les dents ne peuvent pas rester une seconde inactives, je constate que M.Grignon, sans avoir constamment la plume à la main, s\u2019occupe sans répit de son œuvre littéraire.Critique et narrateur, il nous fait espérer dans ce double domaine une rapide moisson.Le présent volume fait suite immédiate à « Une homme et son péché », tandis que l\u2019annonce de la couverture contient différentes promesses.L\u2019auteur n\u2019a-t-il pas, outre sa vogue à utiliser, un talent mûr pour la production ?Tout le monde (c\u2019est-à-dire ville et campagne) lira avec plaisir ces narrations qui sont des O En vente aux Editions du Vieux Chêne, Est, 856, rue Sherbrooke, Montréal, et chez les libraires.\u2014 Prix : $0.65. 64 Revue Dominicaine faits : des faits auxquels l\u2019écrivain, sans autrement les contraindre, a fourni la parure du style.On y rencontre aussi, bien entendu, des âmes : âmes simples, courageuses, mais sans cesse hésitantes, où M.Grignon darde un regard perforant.Puis des paysages qui varient et se succèdent moins par eux-mêmes que sous la magie de la lumière sans quoi « les choses ne seraient que ce qu\u2019elles sont ».Evidemment, puisqu\u2019il s\u2019agit de récits ou de nouvelles, il a fallu tout comprimer : événements, analyses, descriptions.Mais un récit est parfois d\u2019autant plus émouvant qu\u2019il est plus sommaire.Au reste, la loi du genre est observée, et malgré leur courte haleine, malgré leur tendance apologétique \u2014 ajouteront quelques-uns \u2014 ces petits tableaux laissent une véritable impression d\u2019art.Du Maurice Genevoix, moins \u2014 et ceci est d\u2019un haut exemple \u2014 l\u2019occasionnelle manie d\u2019obscénité.Autre différence.On soutient qu\u2019il est impossible de faire fausse route en parlant la langue du peuple.Je crois comprendre.Seulement, quand Genevoix lâche un dialogue pour se remettre à son récit, il abandonne également les formes populaires pour nous livrer un français à la fois familier et aristocratique, un français de France, quoi ! Grignon lui traîne toujours à son soulier une motte de terre paysanne.Il écrira « pantoute » pour pas du tout.Il s\u2019en excuse, pa- Le sens des Faits 65 raît-il, en disant qu\u2019à Montréal on commet à peu près les mêmes fautes.Je réponds qu\u2019à Montréal, à Sorel, etc., on compte sur les écrivains de marque pour s\u2019amender.Présentée par un rural convaincu, un admirateur du curé Labelle, cette apologie de la terre garde toute sa force en dépit de mes réserves de puriste.Notre coureur de grèves est au fond un méditatif qui pense la terre et les forêts, guidé par sa muse : une muse aux joues brunes, à l\u2019œil vif, sans apprêts téméraires : en robe des champs.Riche de sentiment poétique et de sentiment tout court, son plaidoyer s\u2019appuie davantage sur le raisonnement et l\u2019expérience.C\u2019est un tonique de composition rare.Qu\u2019on le répande dans nos maisons d\u2019enseignement, chez tous nos ménages d\u2019ouvriers et de cultivateurs.Hélas ! ce qu\u2019il faut de nos jours à l\u2019habitant des campagnes, c\u2019est plus qu\u2019un tonique, c\u2019est un régime.Et seuls peuvent le lui fournir nos Gouvernements fédéral et provincial, avec l\u2019aide de sociétés de colonisation.Comment ?En achalandant son commerce, en empêchant tout d\u2019abord qu\u2019il ne soit l\u2019éternelle dupe, le grand volé.M.-A.Lamarche, O.P. L'Esprit des Livres Ferdinand Prat, S.J.\u2014 « Jésus-Christ : sa vie, sa doctrine, son œuvre ».Paris.Beauchesne, 1933.2 vol.in-8, 594 p., avec deux cartes.80 fr.Les Vies de Jésus-Christ se multiplient.Rien qu\u2019en français, ces derniers temps, nous avons eu les œuvres, assurément remarquables, des Pères de Grandmaison, Lagrange et Lebreton.Voici qu\u2019à son tour le R.P.Prat, l\u2019auteur de la classique « Théologie de saint Paul », nous présente la sienne.« L\u2019ouvrage, dit-il lui-même dans un Avant-Propos, ne s\u2019adresse ni aux débutants, ni aux maîtres, mais à cette classe moyenne de lecteurs qui possédant déjà une connaissance sérieuse de l\u2019Evangile, ont le désir d\u2019en apprendre un peu davantage ».Il a voulu replacer la vie du divin Maître dans son cadre historique et dans son milieu social ; mettre à profit les renseignements que fournissent les Evangiles, « mais sans vouloir de force emboîter l\u2019un dans l\u2019autre » tous les détails de leurs récits ; élucider enfin idées et locutions qui paraissent obscures à de modernes Occidentaux.Et il faut reconnaître que le but a été magistralement atteint.Une Introduction fournit nettement et brièvement les renseignements préliminaires à toute histoire évangélique : sources extra-canoniques ; caractères particuliers des Synoptiques et de S.Jean ; dans quelle mesure peut-on, surtout grâce à S.Jean, tirer de nos quatre Evangiles une histoire vraiment suivie et concordante.Puis c\u2019est la Vie même du Seigneur, divisée en 4 livres : I) Les années de préparation ; II) L\u2019Evangile en Galilée ; III) L\u2019Evangile en Pérée et en Judée ; IV) La mort et la vie nouvelle.Chaque volume se termine par une série de Notes L\u2019esprit des Livres complémentaires, de A à Z exactement, sur le pays de Jésus, la chronologie de la vie du Christ, les deux Marie et la Pécheresse, la question d\u2019Emmaüs, etc., qui tiennent ensemble à peu près 200 pages.Une « Table générale (alphabétique) des Matières » très détaillée clôt le second volume.Comme on l\u2019a déjà dit, au beau sujet qu\u2019il embrassait l\u2019auteur a consacré toute sa science et sa foi.Il suffira de feuilleter, par exemple, les ch.IV et suivants du IVe Livre, avec les notes complémentaires Q et suivantes, qui y correspondent (la mort du Christ est placée en 23 ou 30 ; Jésus aurait, lui, célébré la Pâque en même temps que les Pharisiens, cette année-là en désaccord d\u2019un jour avec les Sadducéens).Ecrits dans une langue claire, alerte et précise, ils supposent une foule de connaissances théologiques, historiques et topographiques, que l\u2019auteur utilise comme en se jouant.Les références inscrites ça et là au bas des pages témoignent de l\u2019étendue de son information.Et en même temps, d\u2019un bout à l\u2019autre, on sent un grand respect des choses surnaturelles, un amour délicat du Seigneur et des âmes, qui révèlent à n\u2019en pas douter le cœur sacerdotal et profondément religieux.Cette œuvre d\u2019un savant est aussi celle d\u2019un apôtre.Elle ne peut que contribuer \u2014 c\u2019est le vœu de l\u2019auteur et notre vif souhait \u2014 à faire mieux connaître et aimer le Seigneur Jésus-Christ.H.Delerive, O.S.B.J.Renié, S.M.\u2014 « Manuel d\u2019Ecriture Sainte ».Tome IV, Les Evangiles.in-8°, 684 p.avec cartes et gravures.Paris, Emm.Vitte, 1933, 28 fr.Les premiers volumes de ce manuel sont devenus classiques dans un nombre croissant de séminaires ou de 68 Revue Dominicaine scolasticats de langue française ; et l\u2019on s\u2019est accordé à en louer « la sûreté de doctrine et la valeur pédagogique, le caractère pratique et la solidité du fond ».Aussi réclamait-on la suite avec instance.Le présent ouvrage, nous dit l\u2019auteur, était achevé depuis plusieurs années déjà ; mais il l\u2019a repris entièrement, mettant à profit spécialement un voyage en Terre Sainte, qui vaut aussi à ce volume une abondante illustration.Ce tome IVe comprend deux parties inégales : La première consacrée aux questions d\u2019introduction, traitées avec ampleur.Nous signalerons le chapitre sur la question synoptique : l\u2019auteur se rallie à bon droit à la solution moyenne qu\u2019a patronnée le P.Lagrange.La seconde partie : La vie et Venseignement de Jésus, beaucoup plus développée, forme plus des deux tiers du volume.Un chapitre préliminaire étudie la Palestine au temps du Christ, donnant de nombreux renseignements sur la géographie de la Terre Sainte, la situation politique et religieuse du pays : ce qui aide grandement à l\u2019étude du texte.Puis, en dix-huit chapitres, vient l\u2019histoire évangéli-que.Les textes sont groupés selon l\u2019ordre chronologique suivi par les meilleures et récentes Synopses (saint Luc et saint Jean); et sans, évidemment, vouloir tout commenter, l\u2019auteur insiste sur les passages les plus importants ou particulièrement difficiles, sur ceux aussi qui alimentent le plus ordinairement notre méditation.Citons au hasard l\u2019Annonciation (p.237-246), le prologue de saint Jean (p.246-259), les discours après la Cène (p.564-590).On lira également avec grand intérêt la note sur les miracles de Notre-Seigneur (p.322-326), et surtout le chapitre consacré aux Paraboles du lac (p.388-406) : en la question toujours débattue du but des paraboles, l\u2019auteur se range résolument à la thèse de la miséricorde ; son exégèse se rapproche aussi de celle des PP.Vosté et Buzy.Nous avons encore relevé avec satisfaction la localisation à l\u2019Antonia L\u2019esprit des Livres 69 du prétoire de Pilate (cf.Rev.Biblique 1933, p.83-113) : l\u2019auteur est au courant des plus récents travaux et certaines « Notes », plus développées, seront précieuses à l\u2019étudiant.Un index alphabétique et une table des textes facilitent beaucoup la consultation de l\u2019ouvrage.C\u2019est encore une fois le manuel vraiment pratique auquel recourront volontiers et toujours avec fruit, ceux qui aiment l\u2019Evangile ou aspirent à le mieux connaître.H.Dderive, 0.S.B.R.P.G.Desbuquois, S.J.\u2014 « Dans le mystère .l\u2019Espérance ».\u2014 Editions Spes.Paris, 1934.Il faut avoir médité longuement et en profondeur pour écrire un volume assez considérable sur ce qu\u2019il y a de plus troublant au monde \u2014 le mystère et l\u2019espérance.Naturellement, on ne s\u2019attendra pas à trouver ici un roman plein d\u2019intrigues, ou quelque étude scientifique abolissant le mystère.Pour se persuader du contraire, il suffit de lire l\u2019avant-préface qui ne laisse aucun doute sur le contenu et « l\u2019intention » de l\u2019ouvrage.« Ce livre est dédié à ceux qui croient en Dieu et qui L\u2019aiment.A ceux qui aspirent à Le trouver et à L\u2019aimer.A ceux qui Le connaissent, mais qui ne Le reconnaissent pas pour leur Sauveur.A tous, pour que, dans le mystère des événements, la vie de leur âme s\u2019anime d\u2019espérance ».L\u2019auteur est un apôtre zélé qui écrit au bénéfice exclusif des âmes \u2014 à la condition qu\u2019elles soient sincères.C\u2019est ce qui donne au livre un cachet d\u2019intimité pénétrante où on reconnaît parfois le confesseur.Aussi ne nous étonnerons-nous pas de nous voir transportés dès le début en pleine atmosphère surnaturelle, en tête-à-tête avec Dieu, dans le domaine du mystère et de l\u2019espérance. 70 Revue Dominicaine Et c\u2019est le Seigneur qui s\u2019adresse à l\u2019âme sur un ton de douce paternité.Il la situe, pour ainsi dire, au centre des nombreux mystères ; tels que ceux de la création, de la destinée universelle et celui, non moins troublant, de sa propre destinée.« Tu t\u2019es heurté, n\u2019est-ce pas, mon enfant, au mystère de ta vie personnelle, de ta vie profonde \u201c?» Lisant cela, le lecteur, \u2014 qu\u2019il soit tiède ou fervent, reconnaît son ancienne détresse intérieure, celle qui accompagne le réveil de toute conscience humaine.* Qu\u2019est-elle donc cette vie, diras-tu, où je suis engagé indépendamment de moi-même, dans un inextricable réseau de forces *?» Et le colloque divin se poursuit.L\u2019âme est conduite à travers le défilé obscur de ses plus secrètes défaillances \u2014 c\u2019est « l\u2019indigence du néant ».Mais il y a mieux pour toutes les âmes qui suivront le chemin lumineux qui ramène au cœur du Père.Car là, seulement, se trouve la clé de tous les mystères, grands et petits, là, le commencement et la fin de tout, là, la source de l\u2019amour et du bonheur.Par l\u2019espérance l\u2019homme participe à l\u2019infini, « il met la main sur le cœur de Dieu ».Sans doute ce thème n\u2019est-il pas très nouveau mais il garde la saveur et l\u2019attrait de ce qui est inépuisable.D\u2019ailleurs le Père Desbuquois a su le traiter de la façon la plus authentique, c\u2019est-à-dire, en théologien éclairé.Pour cela, il s\u2019inspire des textes évangéliques qui précèdent tous les chapitres et dont il nous commente la beauté et la consolation.Faut-il pourtant signaler, \u2014 je devrais dire déplorer, \u2014 une certaine absence de style et ce ton légèrement impératif qui fatigue à la longue.La phrase, sans aucune digression, est cependant riche de sens et propice à la méditation que l\u2019auteur nous recommande comme essentielle au développement de sa pensée.Et pour enluminer le tout, on nous cite quelques passages des poésies et des paroles L\u2019esprit des Livres 71 de sainte Thérèse de l\u2019Enfant-Jésus, «la messagère prédestinée de l\u2019espérance ».Qu\u2019on ne s\u2019effraie pas d\u2019un livre qui envisage toutes choses au point de vue surnaturel.Avec le Père Desbu-quois nous avons tout à gagner et rien à perdre.D\u2019autant plus que nous retrouvons dans ces pages le moyen de recevoir « l\u2019intelligence du cœur de Dieu » tout en gardant celle du cœur de l\u2019homme.Rita Lebrun R.P.Paul Doncœur, S.J.« Retours en chrétienté » \u2014 Coll, la Vie Chrétienne, in-12 \u2014 210 p.\u2014 12 fr.Paris, Grasset, 1933.Si actif et si attentif aux besoins réels des âmes de ce temps, le P.Doncœur voudrait-il d\u2019aventure ne proposer à leur loyauté ardente que de simples promenades archéologiques \u201c?A Dieu ne plaise qu\u2019il tente d\u2019apaiser leur faim de vérités essentielles par le seul mirage d\u2019un passé où l\u2019imagination des faibles se complaît à vivre ses enchantements.Les « retours » auxquels il invite, ne les entendons pas d\u2019une reconstitution artificielle, mais d\u2019une condition très saine de la renaissance que tous appellent de leurs vœux.« Création vivante et neuve » qui jaillit « au creux même de l\u2019apostasie des masses » et qui cherche ses formes.Ce regard en arrière est pour les lui donner.Pages savoureuses ?ce n\u2019est pas assez dire.Sous le manteau des vieux usages une âme s\u2019abrite, et ce peut être celle des chrétiens de demain, comme ce fut au temps jadis, que l\u2019auteur fait si bien revivre, celle de nos pères.Puisque le renouveau liturgique s\u2019affirme et qu\u2019il progresse, il faut le seconder de toutes nos forces.Il a déjà contribué à restaurer parmi nous la Foi et les Sacrements.Il nous a rendu le sens du sacrifice et la juste notion de l\u2019Eglise.Dans un monde las et usé, il a fait sans bruit cette 72 Revue Dominicaine œuvre capitale de rajeunissement.Mais à cette « chrétienté » qui se réédifie une dernière reconstruction est nécessaire, celle des Institutions.Pour y collaborer le P.Don-cœur porte sa pierre.La naissance, le mariage, la mort : tout ce qui encadrait jadis la vie terrestre du chrétien, il le ressaisit et nous le montre vivant, essentiellement utilisable.Riche d\u2019observations érudites, son beau livre est tout illuminé de l\u2019esprit de la liturgie.Dom J.de Vathaire, 0.S.B.Les écrits spirituels du P.Léonce de Grandmai-son.Paris, \u2014 Beauchesne \u2014 in-16, 317 p., 1933.Plusieurs conférences adressées par l\u2019éminent apologiste à une Association qu\u2019il avait fondée, furent publiées peu après sa mort.Elles furent très remarquées et firent demander la publication intégrale du recueil \u2014 C est à quoi s\u2019emploie Mme Daniélou pour le plus grand bien de beaucoup d\u2019âmes.Le premier volume nous permet de juger de la valeur qu\u2019aura 1 ensemble.Il y aura la matière d\u2019un riche traité de spiritualité envisageant dans un cadre très vaste le labeur apostolique.Les conditions essentielles de l\u2019apostolat, sa source, ses fruits spirituels, voilà ce qu\u2019examine celui dont la connaissance intime des livres saints n\u2019avait d\u2019égale que celle des cœurs.L\u2019unité profonde et l\u2019originalité de sa pensée ne perdent rien aux légères négligences de la forme.Il n\u2019y a pas revu ces notes ; on n\u2019y sent que mieux « le jaillissement spontané de sa parole ».Mais ce qu\u2019on y retrouve exactement, c\u2019est la souplesse du psychologue, la perspicacité, la charité, la patience, l\u2019ingéniosité du directeur et son respect de l\u2019action divine dans les âmes ; c\u2019est une doctrine large et saine qui vise « à tout spiritualiser sans rien détruire » \u2014 Hilarem L\u2019esprit des Livres 73 datorem diligit Deus ».Il semble que tout le livre commente admirablement cette parole sacrée.L.du Fort, 0.S.B.Henriette Lionais-Tassé \u2014 « La vie humoristique d\u2019Hector Berthelot ».Editions Albert Lévesque, Montréal, 1934.Prix : $1.25.Dans sa préface, M.Victor Morin nous présente \u2014 avec combien d\u2019esprit d\u2019ailleurs \u2014 « Hector Berthelot, humoriste et caricaturiste ».C\u2019était sans doute le titre primitif, celui que l\u2019auteur avait choisi comme s\u2019adaptant le mieux à son travail.Le titre qui apparaît sur la couverture : « La vie humoristique d\u2019Hector Berthelot », ferait croire à une biographie « romancée ».Il n\u2019en est rien pourtant.Il semble donc n\u2019avoir été mis là que pour faire pendant à « La vie aventureuse d\u2019Arthur Buies ».Imitation trop servile des lancements de grandes maisons françaises.Souci d\u2019éditeur qui va de pair avec celui de jucher le début de l\u2019avant-propos au sommet d\u2019une page pour pouvoir le terminer sur la page suivante.Madame Tassé \u2014 qui a déjà publié plusieurs ouvrages appréciés \u2014 a donc voulu nous raconter la carrière mouvementée de son oncle maternel, Hector Berthelot.Tâche difficile, puisque beaucoup de papiers \u2014 et parmi les plus précieux \u2014 avaient disparu sans retour, et que les autres étaient dispersés ici et là.Madame Tassé a consacré plusieurs années de travail à recueillir ce qui restait.On ne saurait trop lui en savoir gré.La mémoire de Berthelot est de celles qui ne doivent pas périr.Madame Tassé a largement utilisé les écrits mêmes de Berthelot.Tout ce qu\u2019on pourrait dire sur Berthelot humoriste ne vaudra jamais dix lignes bien choisies du Canard.Pour que son livre pût être mis entre toutes les mains, l\u2019auteur a sans doute laissé de côté bien des pages qui eussent été amusantes, mais tel quel il peut procurer 74 Revue Dominicaine quelques heures d\u2019un plaisir inoubliable.Le créateur de Ladébauche n\u2019a ignoré aucun genre humoristique.Il y a là une mine que ses successeurs n\u2019épuiseront jamais.Les quelques caricatures qu\u2019on nous offre nous font regretter qu\u2019elles ne soient pas plus nombreuses.C\u2019est un aspect de son talent qui méritait d\u2019être davantage mis en relief.On a dit de Madame Tassé qu\u2019elle écrivait comme elle parlait.Et c\u2019est un compliment quand on parle bien.Pour ma part, j\u2019aime ce style simple, clair, direct, surtout en histoire.Elle s\u2019efface devant son modèle.C\u2019est lui qu\u2019on voit ; c\u2019est avec lui qu\u2019on vit, et combien agréablement.L\u2019ouvrage enrichi de quinze gravures, dont deux hors-texte, est imprimé avec assez de soin.Aucun homme cultivé chez nous ne voudra l\u2019ignorer.M.-Ceslas Forest, O.P.Marie-Claire Daveluy \u2014 « Jeanne Mance ».Suivi d\u2019un essai généalogique sur les Mance et les De Mance, par M.Jacques Laurent, 1 vol.430 p.Ed.Albert Lévesque, Montréal, 1934.Prix : $2.00.Voici une excellente monographie.Mlle Daveluy y a travaillé sept ans.Les données anciennes ont été vérifiées, précisées, et de nouvelles sont venues s\u2019y ajouter.Mentionnons en particulier la date et le lieu de naissance de Jeanne Mance et le rôle important joué dans sa vie par le Père Charles Rapine, franciscain.L\u2019auteur a voulu fixer de façon définitive les traits de son héroïne et elle y a réussi.Elle a fait un ouvrage qui restera.Aucun historien de l\u2019avenir ne pourra l\u2019ignorer.Mlle Daveluy partage ainsi la vie de Jeanne Mance : « Le matin des beaux vouloirs ».« Les réalisations du mi- a * +0'\"t \u2022 \u2022fahJj'A L\u2019esprit des Livres 75 di ».« Les ombres du soir ».Ces titres indiquent déjà, chez l\u2019auteur, la préoccupation de ne pas être trop sèchement historique.C\u2019était en effet un écueil.Il y en avait un autre, l\u2019écueil opposé, et je crains bien qu\u2019elle ne l\u2019ait pas toujours évité.« Le matin des beaux vouloirs », c\u2019est la jeunesse de Jeanne Mance, l\u2019éveil de sa vocation et les circonstances providentielles qui sont venues la fixer.On y voit apparaître successivement tous ceux qui, de quelque façon que ce soit, ont aidé à la fondation de Montréal.C\u2019est aussi celle qui renferme le moins d\u2019intérêt.Elle aurait gagné à être racontée brièvement, simplement.Au lieu de cela, Mlle Daveluy cherche à l\u2019enjoliver.Elle brode autour du fait historique, recréant le milieu, imaginant les attitudes, ^\u2019efforçant de deviner les sentiments, tentant de reconstituer les dialogues.Tout cela est long, fastidieux, fait songer au « roman des grandes existences », dépare en tout cas un volume qui veut être avant tout un volume d\u2019histoire.Le reste de la vie de Jeanne Mance s\u2019insère dans cette épopée merveilleuse que fut la fondation et le premier développement de Montréal.Avec M.de Maisonneuve et un petit nombre d\u2019autres, elle y fait figure de premier plan.Dissimulée d\u2019ordinaire dans l\u2019ombre, elle réapparaît à toutes les grandes heures de notre histoire, chaque fois que la vie de Ville-Marie ou celle de son hôpital est mise en danger.C\u2019est une très belle figure de notre passé, qui méritait d\u2019être de nouveau offerte à notre vénération.« L\u2019image de Jeanne Mance, telle que la renvoie l\u2019histoire, est une vision de clarté, de douceur, d\u2019activité inépuisable, de foi victorieuse, où tout s\u2019harmonise parce que tout se hiérarchise ».Grâce à Mlle Daveluy, c\u2019est bien ainsi, en effet, que nous la verrons toujours.Cette partie, de beaucoup la plus étendue, se lit avec un plaisir à peu près sans mélange.L\u2019auteur a repris, 76 Revue Dominicaine pour ne plus l\u2019abandonner désormais, la manière sobre et concise de l\u2019histoire.Rien de sec pourtant.De la vie, de l\u2019émotion, un souci constant d\u2019adapter le récit aux événements qui se déroulent.On regrette davantage les quelques imperfection du début.Et puis on se console en songeant qu\u2019elles n\u2019éloigneront aucun lecteur sérieux, tandis quelles seront pour tant d\u2019autres un attrait de plus ! L\u2019ouvrage est édité avec soin, enrichi de vingt-sept gravures, dont l\u2019une très rare représentant la ville de Langres aux environs de 1700.Une centaine de pages de pièces justificatives et un essai généalogique sur la famille des Mance par M.Jacques Laurent complètent ce magnifique travail.Somme toute, peu de biographies parues chez nous peuvent être comparées à celle-là.C\u2019est un volume que toute bibliothèque canadienne, publique ou privée, devrait posséder.M.Cestas Forest, O.P.(L'Ordre) Chanoine A.Garnier.\u2014 « La pieuse Union du Trépas de Saint Joseph ».\u2014 Québec, L\u2019Action Catholique, 1933.Ce volume nous donne un bel aperçu sur l\u2019œuvre fondée au siècle dernier par Don Guanella et surtout \u2014 comme nous le laisse soupçonner le titre lui-même \u2014 sur son expansion au Canada.L\u2019auteur a partagé son ouvrage en trois parties.Dans la première : « La pieuse Union du Trépas de Saint Joseph à Rome », il nous raconte l\u2019origine de la confrérie ; puis il nous dit son but et l\u2019attitude si pleine de bienveillance des souverains Pontifes à son égard.La deuxième partie intéresse davantage les Canadiens.« La pieuse Union du Trépas de Saint Joseph au Canada» résume l\u2019histoire de la dévotion ca- L\u2019esprit des Livres 77 nadienne à Saint Joseph ; puis les commencements de la pieuse Union dans notre pays, ses relations avec l\u2019épiscopat et finalement ses diverses activités parmi nous.Enfin dans la troisième partie intitulée : « La chapelle de la pieuse Union du Trépas de Saint Joseph au Canada », M.le Chanoine Garnier décrit et critique avec la sympathie qu\u2019elle mérite la décoration de la nouvelle chapelle de Saint Joseph à Québec, centre de la pieuse Union en notre pays.Il suffit de lire ces pages nécessairement trop brèves et de considérer attentivement les très belles gravures qui ornent le volume de M.Garnier pour se rendre compte de l\u2019œuvre de M.Nincheri, l\u2019auteur de la décoration de cette chapelle.« La Pieuse Union du Trépas de Saint Joseph au Canada » est évidemment un livre de propagande mais son auteur a su se garder des défauts habituels à ce genre de travaux.L\u2019admiration de M.Garnier pour l\u2019œuvre qu\u2019il s\u2019est proposé de nous faire connaître est réfléchie et n\u2019a rien qui choque.Il importe de noter encore une autre qualité de ce volume : sa simplicité littéraire et sa belle tenue typographique.Comme on le voit, le livre de M.Garnier mérite certainement une grande diffusion.Cependant nous serait-il permis de faire une remarque?L\u2019ouvrage aurait peut-être gagné à porter un autre titre.Celui-ci nous dit très bien le but de l\u2019auteur ; mais ne contient-il pas par contre quelque chose qui puisse amuser les malins ?Il est en style ecclésiastique et mystique des expressions qu\u2019il n\u2019est pas toujours bon de donner en pâture aux profanes ! Fr.A.Brunet, 0.P. 78 Revue Dominicaine R.P.R.Bernard, O.P.\u2014 « Le mystère de Marie », 492 pages, in-8, chez Desclée, De Brouwer et Cie., Paris, 1933.Issu d\u2019un sentiment religieux profond, ainsi que d\u2019un sens théologique affiné et judicieux, cet ouvrage se recommande de lui-même, s\u2019avère indispensable à qui veut être au fait de la doctrine mariale et des développements qu\u2019elle a subis au cours des derniers temps.L\u2019auteur médite son sujet depuis plusieurs années, fournit aux revues des articles soignés, en lesquels il discute les aspects controversés ; de sorte qu\u2019il en a acquis une possession qui se fait sentir en chacune des pages de son beau livre.Son savoir théologique très averti se manifeste en particulier dans sa conception fondamentale du « Mystère de Marie ».Loin d\u2019opposer la Vierge à Jésus, \u2014 ainsi que le font inconsciemment les auteurs qui construisent la ma-riologie comme un traité autonome, le R.Père professe que les traits de sa physionomie spirituelle tirent leur beauté de ce qu\u2019ils rappellent ceux de Jésus.Le fond du « Mystère de Marie » réside en ce que celle-ci est la Mère du Rédempteur et que cela crée entre eux des liens tout intérieurs.La maternité de grâce découle naturellement de la maternité divine et, par là même quelle les fait concourir à une même fonction, prolonge la ressemblance de la Mère et du Fils.S\u2019appuyant à de tels principes et imprégnant de leur influence jusqu\u2019aux moindres détails de son œuvre, l\u2019auteur dépasse d\u2019emblée le plan des rêveries pieuses et atteint à une théologie de haute intellec-ualité et de grande envergure.Tout au long de la lecture on a l\u2019impression d\u2019une pensée libre, nuancée, consciente de la solidité et de l\u2019amplitude de rayonnement des données dont elle s\u2019inspire.Un livre si élaboré et si substantiel ne saurait tenir L\u2019esprit des Livres 79 tout entier dans un raccourci, si dense soit-il.Qu\u2019il nous suffise d\u2019en reproduire les principaux jalons : dans le livre premier il est traité des origines profondes du mystère, dans le second, des phases terrestres du mystère, dans le troisième de l\u2019épanouissement céleste du mystère de Marie, dans le quatrième et le cinquième, qui feront la matière du tome second, on nous parlera de la vraie nature de la médiation de Marie et de la vraie nature de la dévotion à Marie.On le voit, le tout constituera une véritable Somme Mariale.Faut-il ajouter que la méditation de l\u2019auteur revêt une forme parfaitement assortie aux thèmes sur lesquels elle s\u2019exerce.L\u2019âme qui vivifie l\u2019ensemble perce dans le style et le choix des vocables.Le R.Père a ravi aux vieux auteurs qu\u2019il aime à citer leur manière simple et savoureuse d\u2019exprimer sa pensée, de même que leur art de traduire ses sentiments sur un mode discret et onctueux.Ces qualités de la forme font que l\u2019ouvrage, quoique de très haute inspiration théologique, peut être mis entre les mains de toute personne pieuse sachant son catéchisme.En terminant, nous félicitons le R.Père Bernard d\u2019avoir écrit sur notre Mère un des meilleurs ouvrages que contienne la littérature mariale.Louis Lachance, 0.P.« L\u2019Ame du Vénérable Père Colin, Fondateur de la Société de Marie ».Par un membre du Tiers-Ordre de Marie.Un volume in-8° écu, de 328 pages.Emmanuel Vitte, éditeur, 3, place Bellecour, Lyon.On demandait, un jour, au Vénérable Père Colin, vers quelle époque il avait commencé de se sentir pressé d\u2019écrire les Constitutions de la Société de Marie.Et le bon 80 Revue Dominicaine Père de répondre : « Je ne saurais dire précisément à quelle époque, parce que c\u2019est une idée et un désir de toute ma vie ».Cette parole nous laisse entrevoir le « fil de l\u2019âme» qui continuera de se dérouler à travers les pages doctrinales que vient de nous livrer un de ses fils spirituels.Le Renoncement, \u2014 La Vie d\u2019Union à Dieu, \u2014 Le Rayonnement apostolique, telle est la voie par laquelle l\u2019auteur anonyme nous fait connaître « L\u2019Ame du Vénérable Père Colin ».Pourquoi l\u2019auteur a-t-il voulu demeurer anonyme ?Nous croyons en avoir trouvé la raison dans un sage conseil de son Père Spirituel ; il est rapporté dans l\u2019intéressant volume que l\u2019humble fils vient de lui consacrer, et que nous aimerions voir entre les mains du public religieux de notre époque, fort avide de ces révélations, afin de lui inspirer le désir de marcher à la suite du pieux serviteur de la Très Sainte Vierge.« Je voudrais, dit le Vén.Père, que mes fils circulent à travers les différents ministères où les envoie l\u2019obéissance, comme la sève qui circule dans l\u2019arbre, vivifiant tout, sans se montrer jamais ».Ceux qui ont lu « La Vie du Vén.Père Colin » pourront apprécier davantage cette longue série de pensées choisies, et suivre avec plus d\u2019intérêt le programme de vie spirituelle du saint fondateur, qui se résume dans ces trois mots : Renoncement, Union à Dieu, Amour des Ames.Et comme en suivant la direction du rayon on remonte à la source d\u2019où il émane, ainsi en suivant la direction de l\u2019âme du Vén.Père Colin telle que décrite dans ce recueil, on retrouvera Dieu.H.L. 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