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Titre :
Revue dominicaine
Éditeur :
  • St-Hyacinthe :Couvent de Notre-Dame du Rosaire,1915-1961
Contenu spécifique :
Septembre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Rosaire
  • Successeur :
  • Maintenant
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Revue dominicaine, 1934-09, Collections de BAnQ.

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[" ŸHf\\ ft-321 lOllllfllillt' £foptmibn 1934 ^Refme 5Boumucatne Paraît chaque mois à 80 pages Directeur R.P.M.-A.Lamarche Conseil de Rédaction\tAbonnements RR.PP.Ceslas Forest\tCanada:\t$2.00 Benoît Mailloux\tEtrangers:\t$2.25 Raymond Voyer\tAvec le « Rosaire » : Th.-M.Lamarche\t25 sous en\tplus par an Albert Saint-Pierre\tLe numéro:\t25 sous La Revue ne sera pas responsable des écrits de collaborateurs étrangers à l\u2019Ordre de S.Dominique.EN OCTOBRE REPONSE A NOTRE ENQUETE par M.Léo Pelland, avocat Directeur de la Revue du Droit APRES LE TRICENTENAIRE par M.l\u2019abbé Albert Tessier, Préfet des Etudes au Séminaire des Trois-Rivières 5375, Av.N.-D.de Grâce, Montréal (Canada) t< \t AVEZ-VOUS PREVU Que le Destin (même sans fatalité extraordinaire) peut, en vous enlevant soudain à l'affection des vôtres, les priver de leur soutien moral et matériel, compromettre leur avenir ou même les plonger dans le dénuement complet?Qu'un capital supplémentaire \u2014 ou peut-être même le seul qui vous restera\u2014¦ à toucher inéluctablement à l\u2019époque choisie, à l\u2019heure de la retraite ou au début de votre vieillesse, est une agréable perspective?Que les entreprises humaines dans lesquelles vous êtes intéressé sont faillibles, et qu\u2019une mesure de prévoyance basée sur des certitudes mathématiques doit de toute manière retenir votre attention, quelle que soit votre situation actuelle?Que l\u2019éducation de vos enfants, l\u2019avenir que vous entrevoyez pour eux, ainsi que pour votre femme et tous les vôtres, reposent, à l\u2019heure actuelle, uniquement sur cette base si fragile qu\u2019est votre propre existence?Si vous l\u2019avez prévu, qu\u2019attendez-vous donc pour vous assurer dans LA SOCIETE DES ARTISANS CANADIENS-FRANCAIS La plus forte Société française en Amérique Qui vous libérera de tous soucis, sans charge excessive?La Société des Artisans Canadiens-Français Société mutuelle astreinte aux mêmes obligations légales de sécurité que les Compagnies commerciales.VIE, ACCIDENT, MALADIE, INVALIDITE, RENTES VIAGERES.Tous les bénéfices réalisés, au lieu d\u2019être distribués à des actionnaires, vont directement aux assurés eux mêmes.850 succursales et bureaux de perception au Canada et aux Etats-Unis.Siège social: MONTREAL.Réserve accumulée : plus de $14,500,000.00.Bénéfices payés, depuis la fondation $20,000,000.00.Dividendes payés aux sociétaires durant l\u2019année 1933: $90,739.13. Septembre 1934 SOMMAIRE M.Arthur LEVEILLE Réponse à l\u2019Enquête R.P.A.-G.ALBERT, O.P.Qu\u2019est qu\u2019un dogme ?\u2014 I.R.P.Yves-M.FARIBAULT, O.P.Impressions du Sinaï M.Henri BOUCHET Ce qu\u2019apporte de nouveau l\u2019Education NOUVELLE LE SENS DES FAITS Remarques sur l\u2019article précédent, par R.P.Lamarche, 0.P.\u2014 A l\u2019Institut d\u2019Etudes Médiévales, par R.P.R.-M.Martineau, 0.P.L\u2019ESPRIT DES LIVRES Lévesque : Là Nation Canadienne-française (L.L.) Me-lançon : Nos animaux chez eux (J.R.) Groulx : La découverte du Canada (M.-C.F.) Soubigou : S.Paul et les Epîtres de l\u2019Année Liturgique (A.S.P.) Raimond : Je suis la Voie (J.-M.L.) Martel : Lettres (J.M.L.) Mayrand : La continence périodique dans le mariage (M.-A, L.) Félix : La destinée (S.-M.F.) Commentaire ascétique du Magnificat (R.-M.B.) Bouchet : Scoutisme et individualité (P.et L.B.) Autres publications.\u2014 Accusés DE RÉCEPTION. Réponse à l\u2019Enquête « Vie intellectuelle, idées ou préoccupations religieuses de nos professionnels » Montréal, 4 août 1934 Au Révérend Père M.-A.Lamarche, O.P.Mon Révérend Père, Vous m\u2019avez demandé une réponse à votre enquête sur les préoccupations intellectuelles et religieuses de notre élite.Je veux bien, mais c\u2019est une tâche délicate que vous imposez à vos correspondants : à dire la vérité \u2014 et c\u2019est bien ce que j\u2019ai l\u2019intention de faire \u2014 on s\u2019expose à passer pour un censeur morose, un Alceste d\u2019une honnêteté un peu ridicule.Soit, si vous pensez qu\u2019un examen de cette nature doive être utile au bien général.D\u2019ailleurs je limite mes observations au monde universitaire, le seul que j\u2019aie quelque chance de connaître.Avons-nous des préoccupations ! Certes, de ce temps-ci, un peu plus que de raison.Nous 82 Revue Dominicaine sommes préoccupés du problème universitaire, de nos difficultés, des dispositions du public.A voir inachevés les édifices de la montagne, \u2014 un capital de cinq millions gelé, improductif ! \u2014 on ne peut se défendre d\u2019un étonnement douloureux.Sans doute il y a la crise, mais nos gouvernants, nos corps publics, nos financiers, les anciens de nos facultés, font-ils vraiment tout leur devoir envers l\u2019université ?Est-ce en vain que nous avons escompté l\u2019avenir et les ressources de notre pays pour préparer à notre peuple une élite, pour lui donner un instrument de formation supérieure.Il faut des chefs dans nos sociétés démocratiques.Le besoin d\u2019une direction éclairée et ferme apparaît avec plus de force dans le désarroi des multitudes qui souffrent et qui ont peur.La panique est folle ; elle peut amener des désastres.Il faut des chefs ; les avons-nous ?Mettons-nous à leur rang les valeurs spirituelles ?En pareille enquête il faut s\u2019efforcer à la mesure, être juste.Voyons un peu.Il y a dans le monde universitaire un désir sincère de progrès, une volonté honnête de travail, une conscience de plus en plus nette de nos déficiences, conscience réveillée de façon vive dans ces derniers temps.On dit : le Cardinal a bien raison.Et c\u2019est beaucoup que cette admission.On s\u2019examine et Réponse à l\u2019Enquête 83 l\u2019on regarde autour de soi.On cause avec les collègues, jeunes et anciens : partout, même préoccupation d\u2019avancer, de faire mieux, de développer ce que l\u2019on a déjà.Dans les commissions d\u2019études on s\u2019attache aux aspects techniques de l\u2019enseignement.Il faut revoir les programmes, les adapter aux besoins nouveaux, créer de nouvelle chaires, améliorer les méthodes, profiter des expériences de l\u2019étranger pour cheminer sûrement, en évitant des erreurs coûteuses.Il y a chez le public qui fréquente l\u2019université un réveil de curiosité intellectuelle.Certains soirs, nos salles sont trop petites pour accueillir l\u2019auditoire qui vient entendre nos conférenciers.Et ce bel enthousiasme n\u2019est pas un feu de paille ; il dure toute l\u2019année.L\u2019idée de recherche est dans l\u2019air.Pour beaucoup c\u2019est une chose lointaine, inabordable pour le moment: attendons un peu avant de nous lancer dans ces graves spéculations ; laissons le soin de faire progresser la science aux vieilles universités riches en matériel, en traditions et en hommes.Mais cette réserve, qui veut être sage, s\u2019accompagne souvent d\u2019une forte activité personnelle, limitée d\u2019ordinaire à l\u2019enseignement.D\u2019ailleurs elle n\u2019exclut pas l\u2019originalité du travail dans le domaine que l\u2019on estime proportionné à nos forces actuelles. 84 Revue Dominicaine C\u2019est ainsi qu\u2019à l\u2019Ecole des Hautes Etudes Commerciales les thèses de licence exigent de la part des candidats un effort considérable de documentation et de réflexion.On jugera de la valeur des résultats obtenus si l\u2019on veut bien parcourir les collections de thèses déjà publiées par l\u2019Ecole ; plusieurs sont remarquables, l\u2019ensemble présente un intérêt historique et documentaire qui ira croissant avec les années.De même pour tout ce qui concerne notre pays, sa géographie, son sol, ses ressources naturelles, son histoire ; il est évident que nous sommes le mieux placés pour en faire l\u2019étude et renseigner les étrangers.Au surplus, quand il s\u2019agit de spéculation pure, rien n\u2019empêche que nos gens y fassent leur marque, car le royaume des idées s\u2019ouvre également à tous les esprits avides de vérité et de lumière.L\u2019objection se limite donc à la recherche pure dans le domaine des sciences expérimentales.Ici, les jeunes \u2014 et d\u2019autres, moins jeunes \u2014\u2022 interviennent.Ils disent : sans doute, nous sommes faibles et pauvres, nous manquons de beaucoup de choses, mais si nous voulons prendre notre part de l\u2019activité scientifique mondiale il faut commencer.Il nous manque le matériel et l\u2019espace : nous Réponse à l\u2019Enquête 85 en avons autant et plus que bien des pionniers de la science française.Il nous manque l\u2019entraînement à la recherche, et notre science est encore bien courte.Cela est vrai, mais pourtant, après nos études régulières, nous avons eu la chance de compléter notre formation auprès des meilleurs maîtres étrangers, nous avons vu ce qui se fait ailleurs, nous avons travaillé dans ces grands laboratoires, nous ne sommes plus des apprentis ; à nous de marcher.Il nous manque le milieu, l\u2019atmosphère favorable à la recherche ; nous le créerons ce milieu.Et de fait, des noyaux de chercheurs se forment en science et en médecine, se groupant autour d\u2019un chef reconnu.Tout cela est encore fragmentaire, sans cohésion.Les congrès organisés par l\u2019A.C.F.A.S.devraient fournir à nos travailleurs une excellente occasion de s\u2019encourager et de collaborer à l\u2019œuvre commune.ooo En dehors de ces préoccupations ou essais d\u2019étude et de travail scientifique, qu\u2019y a-t-il dans notre monde universitaire ?Quelles sont ses préoccupations religieuses ?Si l\u2019on demandait : que pensez-vous du Christ ?\u2014 tous affirmeraient leur foi chrétienne ; peut-être quelques-uns aimeraient-ils mieux qu\u2019on ne les questionne pas, qu\u2019on leur laisse la paix.Le domaine des croyances et des pratiques reli- 86 Revue Dominicaine gieuses est sacré.Il est protégé par une haie faite de discrétion, de réserve, d\u2019ignorance et peut-être aussi d\u2019un peu de méfiance à l\u2019égard du monde clérical.On parle très peu des choses religieuses ; chacun s\u2019occupe de son affaire, chacun semble se désintéresser de l\u2019attitude de ses collègues en cette matière.Extérieurement, la vie religieuse de l\u2019Université \u2014 pour les professeurs \u2014 se limite à quelques manifestations : messe du Saint Esprit, profession de foi, retraite annuelle.On suppose évidemment que chacun prendra part à l\u2019activité religieuse de sa paroisse.Nos étudiants sont mieux partagés.L\u2019Université leur offre un service d\u2019aumônerie où le zèle éclairé, le dévouement, la générosité sont de tradition.Par ailleurs, notre faculté de théologie est trop séparée des autres facultés pour exercer une action sérieuse sur l\u2019ensemble.Nous manquons de stimulant sinon de direction.Sous cette pauvre apparence, y a-t-il vraiment une vie intérieure intense ?On aimerait pouvoir l\u2019affirmer, mais rien n\u2019autorise un tel optimisme.Sans doute il y a, à l\u2019Université comme ailleurs, des croyants fervents, et la majorité de nos professeurs mènent une vie chrétienne ; mais à travers la neutralité terne de la routine, Réponse à l\u2019Enquête 87 certaines bribes de conversations, certaines attitudes indécises montrent que, comme ensemble, notre monde universitaire manque de vitalité religieuse.Et pourtant c\u2019est nous qui devons donner l\u2019exemple ; c\u2019est nous qui devons former et entraîner les jeunes, en pleine lutte pour la civilisation, pour la primauté du spirituel.Il faudrait que chacun donnât tout son effort, allant jusqu\u2019à l\u2019extrême limite de son énergie.Que Dieu nous protège ! Arthur Léveillé, Doyen de la Faculté des Sciences à l\u2019Université de Montréal.Montréal, 4 août 1934. Qu\u2019est-ce qu\u2019un dogme?I.Notions préliminaires.\u2014 II.Conceptions fausses.\u2014 III.Définition nominale.\u2014 IV.Notion catholique.\u2014 V.Conclusion générale.Les notes et explications par lesquelles on désire répondre à cette question visent un but pratique.On voudrait y présenter, sous forme de vulgarisation doctrinale, quelques observations intéressant tout ensemble, bien qu\u2019à des degrés divers, prêtres et laïcs.I Un dogme, c\u2019est quelque chose d\u2019immuable, d\u2019absolu, qui a cependant une histoire dans le temps.Eternité et temps sont deux aspects de cette réalité.Le temps est un élément essentiel dans une définition dogmatique.La formule dogmatique l\u2019inclut.Et il faut avoir à la fois le sens de l\u2019absolu et du relatif, savoir où se trouve le lien entre l\u2019un et l\u2019autre, si l\u2019on veut posséder une connaissance précise, une notion objective et complète du dogme chrétien.Dans l\u2019économie du christianisme, le dogme est le soutien indispensable des institutions religieuses.Ce n\u2019est pas la religion qui crée le dog- Qu'est-ce qu'un dogme ?me ; c\u2019est le dogme qui fait en quelque sorte la religion.La religion est avant tout une disposition intime de l\u2019âme, une vertu morale par laquelle nous rendons à Dieu le culte et les honneurs qui lui sont dus comme Créateur et Seigneur de toutes choses.Objectivement, elle est l\u2019ensemble des devoirs auxquels la créature raisonnable est soumise à l\u2019égard de Dieu.Or, cette dépendance essentielle, absolue et naturelle de l\u2019homme vis-à-vis de son Créateur doit évidemment être reconnue, confessée, vécue, et par des actes purement internes, comme la connaissance et l\u2019amour, et par des actions extérieures et sensibles, comme l\u2019adoration, le sacrifice, la prière vocale.La religion, qui eût existé même sans révélation divine, parce que fondée en nature, consiste donc, en tout premier lieu, dans l\u2019application de l\u2019esprit humain à la connaissance de la perfection et de l\u2019excellence divine, puis, dans le choix de la libre volonté tendant vers Dieu comme vers l\u2019unique fin dernière, enfin dans les manifestations extérieures des sentiments internes de respect et de soumission à Dieu.D\u2019une manière générale, la vie religieuse humaine implique donc trois éléments principaux correspondant parfaitement au souverain domaine de Dieu sur l\u2019homme tout entier, sur son intelligence, sur sa volonté et sur son corps.Ces élé- 90 Revue Dominicaine ments indispensables s\u2019appellent : dogme, morale, culte extérieur.Le dogme est ce qu\u2019il y a de plus fondamental dans une religion.C\u2019est l\u2019ensemble des vérités à croire, la partie spéculative.La morale, qui est l\u2019ensemble des vérités à pratiquer, constitue la partie plutôt pratique.Et les rites sont les cérémonies extérieures manifestant le dogme.Car toute vie religieuse consiste principalement dans la vie du dogme, j\u2019entends, dans l'harmonie des actions humaines avec l\u2019idéal religieux et les croyances intimes de l\u2019âme.En d\u2019autres termes, vivre du dogme, c\u2019est appliquer son intelligence aux choses divines.Qui donc rendrait un culte à Dieu, conformerait sa conduite à sa divine loi, s\u2019il ne savait d\u2019abord que Dieu est notre Créateur et notre Souverain Maître ?Le premier culte des dieux, écrit Sénèque, est de croire aux dieux ; ensuite de reconnaître leur majesté et leur bonté.Cependant pour le chrétien, cette croyance vient d\u2019un principe extrinsèque et supérieur à la raison naturelle, d\u2019une grâce surnaturelle, qui tend, par le fait même, à harmoniser sa vie de fils adoptif de Dieu avec les vérités enseignées par Jésus-Christ.De sorte que la vie religieuse chrétienne n\u2019est pas seulement un simple postulat de la nature raisonnable ; elle est excellemment un ordre essentiel à l\u2019Auteur de la grâce, Principe indéfectible et Fin suprême, à qui nous Qu'est-ce qu'un dogme ?91 devons reconnaissance, amour, honneur et soumission.Donc le dogme chrétien apparaît, dès ici, comme une communication mystérieuse que Dieu nous fait de sa vie intime ; la foi qui y adhère, comme une assimilation à la connaissance que Dieu a de Lui-même, une illumination surnaturelle ou l'Eglise remplit le rôle essentiel et nécessaire de dépositaire divinement autorisée de la révélation.Dieu Lui-même et Dieu seul est objet et motif de l\u2019assentiment de foi ; l\u2019Eglise en est la règle prochaine, le « témoin infaillible et le guide sans défaillance ».II Les conceptions fausses du dogme sont multiples, surtout chez les protestants.Nos catholiques eux-mêmes ont-ils toujours les connaissances suffisantes, en l\u2019occurrence, pour discerner la vérité de l\u2019erreur ?La vérité catholique est-elle tellement claire et ancrée dans leur esprit qu\u2019elle leur permette, par exemple, de distinguer sûrement : ordre naturel et domaine surnaturel, mystères et dogmes, doctrines théologiques et vérités philosophiques ou scientifiques ?Malheureusement non .La constante difficulté des rationalistes, pour accorder la science et la religion, qui, en fait comme en droit, ne sont nullement en désaccord, leur 92 Revue Dominicaine a fait rejeter effectivement toute révélation surnaturelle proprement dite, envisager la religion comme le sens intime et individuel du contact avec Dieu, considérer les dogmes comme des évolutions de l\u2019idée chrétienne, des produits de l\u2019esprit humain, des images du sentiment religieux.Les protestants conservateurs et libéraux .sont en général moins éloignés de la vérité.Conservant à leurs dogmes une valeur pédagogique, ils y reconnaissent l\u2019ensemble des vérités enseignées par la secte et contenues dans la Bible.Ils se rapprochent ainsi des fondamentalistes, pour qui les dogmes contiennent des vérités révélées et objectives, mais corrompues par l\u2019apport de nombreux éléments humains et étrangers.Dans l\u2019esprit d\u2019un Harnack, par exemple, le catholicisme ne se ramène-t-il pas au sens de la filiation de l\u2019homme, de Dieu, père ?Sabatier ne reconnaît aux dogmes chrétiens qu\u2019une valeur symbolique.Les modernistes vont beaucoup plus loin.Ils ont du dogme une notion très subtile dont il serait trop long de faire ici la genèse.Pour eux, un dogme est une donnée immédiate de la conscience, un élément humain ayant son origine dans l\u2019expérience religieuse.Partis de l\u2019idée de réconciliation du catholicisme avec la civilisation et les philosophies modernes, ils en sont venus à voir dans les dogmes catholiques, non pas des vérités Qu\u2019est-ce qu\u2019un dogme ?93 objectives et surnaturelles, mais des symboles bien imparfaits de l\u2019expérience religieuse, n\u2019ayant qu\u2019une valeur pratique, et étant voués à d\u2019éternels changements.« Les dogmes que l\u2019Eglise enseigne comme révélés, écrit Loisy, ne sont pas des vérités descendues du ciel, mais certaines interprétations de faits religieux que l\u2019esprit humain s\u2019est formées par un effort laborieux ».Nous ne nous attarderons pas à réfuter ici ces notions erronnées du dogme chrétien.Leur opposer simplement la véritable notion catholique nous a paru plus opportun.Pour nous, un dogme est une doctrine religieuse révélée, définie comme telle par l\u2019Eglise et proposée à la foi de tous les fidèles.Telle est la définition qu\u2019il nous reste à expliquer.III Le substantif français dogme vient du mot grec «dogme» (jugement, décret, maxime), ou encore de « doxa » (opinion) qui tire lui-même son origine du verbe « doxein », enseigner.Presque tous les étymologistes sont d\u2019accord sur cette provenance.Le terme fut primitivement usité par les écrivains profanes, non seulement avec la signification d\u2019opinion et de maxime, mais aussi dans le sens de décision formelle et de décret.Les philosophes grecs et latins antérieurs à Jésus-Christ s\u2019en étaient souvent servis pour désigner l\u2019ensei- 94 Revue Dominicaine gnement spéculatif et pratique d\u2019une école, ou, comme dit Cicéron (Quest.Académ.II, 9), une vérité qu\u2019on ne doit pas rejeter, qui s\u2019impose d\u2019elle-même à l\u2019intelligence et que celle-ci doit nécessairement admettre.Les écrivains sacrés eux-mêmes ont d\u2019abord admis cette première signification.C\u2019est ainsi que saint Luc (II, I) appelle dogmes l\u2019édit de César Auguste pour le dénombrement de l\u2019univers et le décret du concile de Jérusalem tenu par les Apôtres (Actes XVI, 4).Puis nous voyons saint Paul opposer les dogmes chrétiens aux prescriptions de la loi mosaïque : « legem mandatorum decretis evacuans » (Elph.II, 15).Suivant l\u2019explication de saint Jean Chrysostome, l\u2019Apôtre des Gentils veut parler ici de toute la doctrine chrétienne ; pour d\u2019autres commentateurs, il s\u2019agirait uniquement des conseils évangéliques.Cependant une chose demeure certaine : c\u2019est que saint Paul, écrivant aux Colossiens (II, 14), emploie le mot dogme pour désigner le décret porté par Dieu contre l\u2019homme pécheur : « delens chirographum decreti ».Telle fut donc la première acception du mot dogme.Il fut employé avec des significations analogues par les Pères de l\u2019Eglise.Saint Ignace d\u2019Antioche appelle dogmes les doctrines et les lois morales proclamées par Jésus-Christ et les Apôtres.De leur côté, Clément d\u2019Alexandrie et Origè- Qu'est-ce qu'un dogme ?95 ne désignent par ce terme tout l\u2019ensemble de la doctrine chrétienne, ce qui regarde la foi comme ce qui concerne les mœurs.L\u2019on conserva jusqu\u2019au IVe siècle cette double acception de doctrine et de décret, empruntée aux Grecs.Le sens du mot se précisant et se restreignant de plus en plus, les auteurs commencèrent alors de ne l\u2019appliquer qu\u2019aux seules vérités à croire, qui furent ainsi nettement distinguées des vérités pratiques ou préceptes moraux.Saint Cyrille de Jérusalem (Catéch.IV.P.G.XXXIII, 45, 55) fut l\u2019un des premiers à enseigner que la religion chrétienne renferme des doctrines sacrées et de saints commandements.Et saint Grégoire de Nysse ira jusqu\u2019à dire que le Sauveur a Lui-même divisé sa doctrine en une partie morale et une partie dogmatique.A partir du Ve siècle, ce sens restreint, est généralement accepté des écrivains ecclésiastiques et il passe ainsi dans l\u2019usage universel.Le mot dogme signifie, dès lors, toute vérité religieuse révélée par Dieu et proposée par l\u2019Eglise à la foi de ses enfants.Il n\u2019est pas inutile de noter toutefois que les scolastiques du Moyen Age ont rarement fait usage de ce terme.Ils se sont servis plutôt d\u2019expressions équivalentes, telles « vérités de foi », « doctrine du Christ », « enseignement de l\u2019Eglise », « article de foi ».De sorte que l\u2019usage commun 96 Revue Dominicaine du mot dogme, pour signifier une vérité de foi définie, a prévalu seulement après la réforme, au XVIe siècle, et principalement à l\u2019occasion de la querelle du Jansénisme.L\u2019étymologie du mot dogme et l\u2019histoire abrégée de sa signification nous mettent donc en présence d\u2019une notion déjà précise au point de nous livrer les deux éléments essentiels de la définition réelle, j\u2019entends, la révélation divine d\u2019une vérité religieuse et sa proposition par l\u2019Eglise de Dieu : « revelatio ex parte Dei et definitio ex parte Ecclesiæ ».Et une double conséquence découle immédiatement de ce qui précède.D\u2019une part, la doctrine catholique définie ne s\u2019étendra pas à tout l\u2019enseignement chrétien, ni même à toutes les vérités contenues dans les Saintes Ecritures.D\u2019autre part, elle se distinguera de la théologie dogmatique ; car l\u2019objet du dogme est la vérité religieuse révélée, en elle-même, explicitement contenue dans la Bible ou la Tradition orale ; tandis que la théologie dogmatique a pour tâche d\u2019interpréter ces enseignements révélés.« La raison éclairée par la foi, dit le Concile du Vatican (Denz.1796), si elle cherche attentivement, pieusement et sobrement, obtient par don de Dieu, une certaine et très fructueuse intelligence des mystères, tant par leur analogie avec les vérités naturelles que par le lien des mystères entre eux Qu'est-ce qu'un dogme ?97 et avec la fin de l\u2019homme ».Voilà brièvement en quoi consiste l\u2019interprétation du dogme, fonction sans contredit la plus noble et la plus importante de la science sacrée.Mais n\u2019anticipons pas sur les explications que va nous permettre de donner l\u2019exposé de la définition réelle du dogme chrétien.A.G.Albert, O.P.(La fin prochainement) Impressions du Sinaï En fondant à Jérusalem, il y a quarante-quatre ans, l\u2019« Ecole Pratique d\u2019Etudes Bibliques des Pères Dominicains », le P.Lagrange, alors débutant dans la carrière d\u2019exégète, affirmait d\u2019emblée sur le plan des réalisations son grand dessein de travailler à rendre à la vérité de l\u2019Ecriture sa précision concrète, son coloris charmant, sa souplesse variée comme la vie elle-même.Œuvre immense, supposant une infinité de données scientifiques, topographie, philologie, linguistique, épigraphie, archéologie, folklore, mœurs et coutume de l\u2019Orient, etc.; autant d\u2019éléments indispensables à l\u2019exégète et qui, pour satisfaire pleinement l\u2019esprit et lui donner l\u2019impression vigoureuse et durable de la vie, requièrent un contact prolongé de visu.Ce bénéfice, le P.Lagrange a voulu se l\u2019assurer d\u2019abord à lui-même ainsi qu\u2019à ses collaborateurs immédiats, et l\u2019on ne compte plus les services que cette présence sur les lieux a rendus à la cause de la vérité.Mais, dans la pensée du fondateur, les étudiants eux-mêmes doivent s\u2019initier à ces travaux techniques, prendre part à ces expéditions de recherches aux résultats si féconds.Les vétérans de l\u2019Ecole nous racontent encore les épiques péripéties des longs voyages au pas Impressions du Sinaï 99 indolent des chameaux ou au trot des sveltes chevaux arabes.Il fallait 40 jours pour boucler cette excursion au Sinaï, importante et dangereuse entre toutes, qui, de 1893 à 1907, défraie si souvent les Chroniques de la Revue Biblique.Plus tard, diverses circonstances obligèrent nos caravaniers à se limiter à la Palestine et à la Transjordanie.Et voici que les progrès modernes permettent de renouer les vieilles traditions.En avril de cette année, les étudiants de l\u2019Ecole ont pu, grâce à la fondation d\u2019un pied-à-terre au Caire, faire sous la direction de leur professeur d\u2019égyptologie, le R.P.Couroyer, une très intéressante visite des monuments de Basse et Haute Egypte.Et, pour comble de bonheur, ils ont été, au retour, des premiers à utiliser la route d\u2019automobiles que le roi Fouad 1er vient de faire établir de Suez au Sinaï.Décrire notre trajet d\u2019un jour et demi à travers le désert, égrener les oasis chétives ou luxuriantes où nous retrouvons les étapes de l\u2019Exode, peindre la poésie du bivouac nocturne ou l\u2019émotion de la messe matinale dans le silence des sables dépasserait le cadre d\u2019une simple?chronique.Je voudrais seulement essayer de dire ce qu\u2019est la montagne de Dieu, ce Sinaï où Dieu m\u2019a fait la grâce de passer deux jours, des plus beaux de ma vie. 100 Revue Dominicaine On y accède par un dédale d\u2019ouadis serpentant entre des pics de granit rouge, si hautains et si splendides qu\u2019on se prend à douter que nous atteignions une cime plus grandiose encore.A chaque instant, nous pensons être au terme.Enfin, à la sortie d\u2019un défilé, au fond d\u2019un vallon pierreux, le voilà, c\u2019est lui ! Une muraille de granit rouge se dresse, verticale, surmontée de trois cônes chenus.Une émotion monte à la gorge.On voudrait descendre d\u2019auto, tomber à genoux, adorer le Dieu trine et un qui a ici préfiguré dans la pierre le mystère de son être, avant que d\u2019en inspirer à son grand Elu la première formulation historique en paroles humaines.Mais déjà nous côtoyons les assises du mont sacré, et pénétrons dans la gorge au fond de laquelle est tapi le couvent quinze fois centenaire de Sainte Catherine, où nous recevrons l\u2019hospitalité.La nuit descend et l\u2019air vif, à cette altitude de 5 600 pieds, aiguise nos sens pour des impressions surhumaines.A peine nous a-t-on assigné nos étroites cellules que nous gagnons les terrasses, afin de contempler le soleil à son déclin, trônant sur l\u2019arête crénelée qui barre le ciel à l\u2019occident.Mais bientôt, l\u2019ombre nous enveloppe.Seule, pour atténuer la noire rigidité des hautes parois rocheuses, une gloire vermeille erre encore sur la cime des monts.Notre enthousiasme se fond en prière anéantie : O Dieu, imprimez Impressions du Sinaï 101 à la racine de nos âmes le sentiment de votre vie mystérieuse, de la sérénité de vos jugements, du silencieux rayonnement de votre amour.Le lendemain, de bonne heure, toute la troupe enfile le sentier, qui, derrière le couvent, gravit la sainte montagne.Nous grimpons à travers un éboulis de blocs énormes, dégringolés d\u2019une large brèche béante au dessus de nos têtes.De grossiers gradins, œuvre de la patience des moines, facilitent l\u2019escalade.Au bout d\u2019une heure d\u2019efforts, joie ! On débouche sur une vaste plateforme, tapissée de verdure et au centre de laquelle jaillit un cyprès géant, un seul, érigeant vers le ciel son éternelle contemplation.C\u2019est l\u2019ermitage de Saint Elie, que marquent une maisonnette, un enclos, une source.On s\u2019arrête pour respirer et reposer ses yeux sur cette combe charmante, sorte de cuvette centrale autour de laquelle le granit reprend, plus farouche, son rouge bouillonnement.Au nord, derrière un sauvage amoncellement de rochers, on devine le triple diadème du Ras es Safsafeh, qui nous a tant impressionnés à l\u2019arrivée.Mais c\u2019est au sud, à la poupe de cette nef fantastique, que se dresse, dans sa solitaire majesté, le pic le plus altier de notre massif.C\u2019est là sans doute que Moïse monta seul, après avoir laissé à mi-côte \u2014 et pourquoi pas en ce naturel lieu de halte où nous sommes parvenus, \u2014 les soixante-dix Anciens d\u2019Israël, admis 102 Revue Dominicaine à entrevoir seulement de loin la gloire de Yah-weh.Plus heureux, nous nous hissons à notre tour par le rude sentier que dut gravir bien des fois, haletant de fatigue, d\u2019amour et de crainte, le sublime Voyant.Une demi-heure encore, et nous foulons l\u2019étroite calotte noirâtre qui couronne, à plus de 7 000 pieds d\u2019altitude, la cime suprême du Djebel Mousa (montagne de Moïse).Une courte prière, et nous plongeons dans l\u2019infini de lumière qui nous entoure nos regards émerveillés.Spectacle impossible à décrire ! Au nord, une fois dépassée la plaine d\u2019Er-Raha, une horde de montagnes caracolent en désordre.« Montes, exultastis sicut arietes ».Au fond de l\u2019horizon, on distingue la blanche lentille du Delbet-er-Ramleh.A l\u2019est, une traînée de vapeur masque l\u2019azur du Golfe Elanitique.On devine de même, vers le midi, le double ruban de la Mer Rouge et de l\u2019Egypte.Un quart de cercle encore, et l\u2019œil est arrêté par la sombre masse du Djebel Kathrin, dont l\u2019arête la plus élevée domine de 1 300 pieds notre présent observatoire.Du côté ouest, le Djebel Mousa semble donc presque écrasé par son formidable voisin.Pourtant, chose remarquable, jamais on n\u2019a songé à placer là le lieu des manifestations divines.Et un regard à nos pieds suffit à nous démontrer à quel point les préférences de la tradition sont Impressions du Sinaï 103 justifiées.Dans l\u2019ordre providentiel, en effet, la montagne de la Révélation devait figurer, aux yeux des frustes pasteurs israélites, l\u2019habitat redoutable du Dieu vivant.Il fallait que le peuple entier put se grouper tout autour, ployé par l\u2019attente et l\u2019adoration.Le Djebel Kathrin, porté comme sur les épaules des monts plus modestes qui l\u2019entourent et le dérobant d\u2019en bas aux regards de l\u2019observateur, ne favorisait ni cet encerclement par les tribus, ni cette révérentielle crainte.Au contraire, le Djebel Mousa, qu\u2019une large vallée et de spacieux ouadis dégagent des sommets environnants, s\u2019affirme nettement entre ses voisins, par la coupe absolue de ses parois verticales, crénelées de pitons audacieux qui, sur un pourtour d\u2019une dizaine de milles, lui composent la plus majestueuse des couronnes.L\u2019image qu\u2019on évoque irrésistiblement, c\u2019est celle de ces souches séculaires de nos forêts, sur lesquelles se sont acharnés vainement la hache du bûcheron, les vents, les tempêtes, la foudre même.L\u2019assiette en est bossuée, déchiquetée, hérissée d\u2019arêtes ; de profondes balafres zèbrent la nudité du tronc et tailladent les énormes racines saillissant du sol d\u2019alentour.Mais la souche subsiste, indestructible.Tel nous apparaît, dans une position unique entre la multitude des monts sinaïtiques, ce socle gigantesque du Djebel Mousa, tel il a dû 104 Revue Dominicaine impressionner les Israélites massés dans les vallées qui le circonscrivent de toutes parts.Oui, la tradition attestée depuis deux millénaires a raison : c\u2019est bien ici le Sinaï ou Horeb de nos Saints Livres, cathèdre auguste d\u2019où fut promulguée la Loi, trône de gloire d\u2019où Yahweh révéla à Moïse, son serviteur, l\u2019unicité et la transcendance de son être.Cela se passait treize ou quinze siècles avant notre ère ! Où en étaient alors, comme conceptions religieuses, les plus évoluées des civilisations ?L\u2019Egypte se prosternait devant le faucon Horus, la vache Hathor, Thot l\u2019ibis et cent autres incarnations zoomorphiques de la divinité.Ni-nive et Babylone croupissaient de même dans les pratiques d\u2019un grossier polythéisme.Quant à Athènes et à Rome, elles étaient encore absentes de la scène du monde.Peu importe, d\u2019ailleurs, puisque le génie de leurs philosophes ne parviendra pas, nous le savons par l\u2019histoire, à cette notion d\u2019un Créateur bon et miséricordieux que nous présente le récit mosaïque.Transcendance absolue, justice parfaite, a-mour infini ! Dans le mystère du buisson ardent, Dieu révèle à Moïse son être transcendant : « Je suis Celui qui Suis ».Dans le fracas des tonnerres, « du haut de la montagne fumante » il enseigne aux rudes nomades rassemblés dans la plaine à trembler devant sa puissance, à redou- Impressions du Sinaï 105 ter sa justice, à se consacrer à lui comme « un royaume de prêtres et une nation sainte » (Ex.XIX, 6).Mais ce dut être en un jour comme celui-ci, où le soleil inonde d\u2019une radieuse douceur la pourpre du granit, et où la montagne entière, comme une vivante fleur de corail, s\u2019épanouit dans l\u2019azur, c\u2019est en un de ces moments chargés de lumière et d\u2019amour que durent retentir les paroles divines, plus inouïes encore que les précédentes, et sur lesquelles il faut finir : « Yahweh, Yahweh, miséricordieux et compatissant, lent à la colère, riche en bonté et en fidélité, qui conserve sa grâce jusqu\u2019à mille générations, qui pardonne l\u2019iniquité, la révolte et le péché » .Aussitôt Moïse s\u2019inclina vers la terre et se prosterna en disant : « Si j\u2019ai trouvé grâce à vos yeux, Seigneur ., pardonnez-nous nos iniquités et nos péchés, et prenez-nous pour votre héritage ».(Ex.XXXIV, 6-9).Yves-M.Faribault, O.P. Ce qu\u2019apporte de nouveau l\u2019Education Nouvelle Le mouvement de réforme pédagogique qui s\u2019est développé aujourd\u2019hui dans le monde entier sous le nom d\u2019Education Nouvelle, est assez mal connu de ceux qui ne peuvent prendre un contact direct avec la réalité quotidienne des écoles actives.Les uns ignorent tout de lui, et ne se prononcent pas : ce sont les plus sages.D\u2019autres, sans le connaître guère mieux, lui accordent une méfiance sans limites.Certains n\u2019y voient que snobisme et impuissance.Les intellectuels, en général, n\u2019ont envers lui qu\u2019une curiosité ou une indifférence également superficielles.Cependant, est-il possible aujourd\u2019hui, pour qui veut voir et réfléchir, de s\u2019en tenir là ?L\u2019Education Nouvelle s\u2019impose en effet à l\u2019attention par des résultats incontestables, et plus encore peut-être par la gravité des problèmes qu\u2019elle prétend résoudre.Elle pose donc à la fois une question de fait : A quels besoins répond-elle ?\u2014 et une question de principe : Quelles sont ses bases ?Sur ces deux points, elle innove ; et c\u2019est ce que nous voulons mettre ici en lumière . L\u2019Education nouvelle 107 Nous appartenons à la génération qui fit ses études supérieures d\u2019abord à la caserne, ensuite sur le front.Ce fut pour beaucoup une scolarité irremplaçable pour apprendre tout le conventionnalisme d\u2019une civilisation que l\u2019on aurait pu croire définitivement établie sur le trépied d\u2019un étroit conformisme intellectuel, du bien-être matériel, et de la sécurité financière.Sur ces deux points, le minimum vital assuré par des cagnas en tôle ondulée, aussi bien que la chute verticale des valeurs dites de père de famille, nous démontrèrent que les notions en apparence les plus solides pouvaient s\u2019écrouler, sans compromettre pour autant l\u2019essentiel de l\u2019existence.Mais la faillite fut encore plus radicale si possible, en ce qui concerne les valeurs intellectuelles, celles du moins que nous tenions de l\u2019enseignement.Qu\u2019avions-nous appris nous autres secondaires, durant les sept années qui préparèrent nos deux baccalauréats ?Un peu de géographie, très peu d\u2019histoire ; en littérature, nous avions lu (on nous avait fait lire) quelques grandes œuvres, pesamment commentées, qui nous avaient dégoûtés pour de longues années de tous les classiques ; en latin, à part une certaine virtuosité dans le déchiffrement des textes, nous avions appris par cœur quelques passages dont il ne restait rien que de vieux apophtegmes traînant dans tous les manuels.En mathématique, quelques théorèmes 108 Revue Dominicaine et quelques problèmes évidemment formateurs, étaient par beaucoup appris par cœur (!).Dans les sciences physiques et naturelles, beaucoup de formules, de descriptions, de classifications et de schémas qui s\u2019interposèrent longtemps entre notre vision des choses et les choses elles-mêmes.En langues vivantes, la possibilité de reconstruire à peu près le sens d\u2019un texte écrit, soit mot à mot, soit à coups de divination et de dictionnaires ; mais on était impuissant à demander son chemin à Berlin ou à Londres.Tel était, pour beaucoup, le bilan de l\u2019instruction consacrée par le baccalauréat.Encore ce dernier était-il souvent et beaucoup plus qu\u2019on ne croit, obtenu non sans fraude.A l\u2019entrée de l\u2019enseignement supérieur il fallait à peu près tout réapprendre.Depuis lors, les choses ont peu changé.Quand une telle génération arrive devant la vie en temps de paix, la faillite est assez peu visible.Chacun se débrouille comme il peut pour cacher son ignorance des hommes et des choses avec lesquels il lui faudra désormais compter.La culture secondaire qui n\u2019a su, ni former l\u2019esprit, ni même le remplir durablement, ne développe pas non plus l\u2019aptitude à acquérir par la suite ce qu\u2019on n\u2019a pas su ou pu apprendre auparavant.Mais elle favorise d\u2019habiles procédés pour jeter la poudre aux yeux et faire montre d\u2019un savoir L\u2019Education nouvelle 109 emprunté.Mais en guerre, le réveil est brutal.On se voit tel qu\u2019on est : mains inhabiles, et tête impuissante.On connaît alors le néant de son savoir.D\u2019abord pour la vie toute simple, la vie fondamentale, celle du corps.Ensuite pour les relations avec les autres hommes.On devient \u2014 et à juste titre \u2014 l\u2019inférieur du caporal paysan qui, lui, a su du moins être attentif à des réalités authentiques : la terre, les plantes, les animaux.On ne sait pas, loin des villes hospitalières, ni comment se comporter à l\u2019égard des grandes nécessités naturelles : faim, soif, froid, pluie, \u2014 ni même ironiser sur eux, pour se délivrer de leur emprise.Chose plus grave : les notions acquises, la culture toute formelle cachent le réel.Dans l\u2019armée l\u2019acquisition du grade le plus humble oblige à oublier ce qu\u2019on sait pour prendre garde à ce qui existe, les champs, les collines, les astres, les distances, les denrées alimentaires, la courbe des projectiles, \u2014 et surtout les intérêts des hommes, leur peine, et leurs humbles joies.L\u2019enseignement secondaire avait été pour nous l\u2019oubli du Réel et de l\u2019Humain.C\u2019est vers ce Réel et vers cet Humain que s\u2019est tournée, depuis bientôt un demi-siècle, l\u2019Education Nouvelle.Au service des enfants concrets, tels qu\u2019ils existent en eux-mêmes et non pas dans le cerveau des politiques, les pionniers 110 Revue Dominicaine de l\u2019Ecole Active prétendent cultiver en eux l\u2019Humain, tout l\u2019Humain, \u2014 en mettant à leur portée le Réel, tout le Réel.Ils prétendent apporter dans l\u2019éducation la même révolution que Copernic en astronomie : au lieu de faire graviter l\u2019enfant autour de programmes et d\u2019horaires préconçus, c\u2019est l\u2019Enseignement lui-même qui, désormais, tournera autour de lui.L\u2019enfant a droit à un milieu sur mesure : telle est la clef de toute l\u2019Education Nouvelle.De là des essais, des expériences, quelques échecs partiels, mais aussi les réussites splendides des écoles de la campagne, des jardins d\u2019enfants, des maisons Montessoriennes, des classes decrolyennes etc., chaque fois que l\u2019expérience fut menée avec toute la hardiesse \u2014 et toutes les prudences \u2014 nécessaires.L\u2019Ecole Active, aux yeux de qui sait voir, a aujourd\u2019hui partie gagnée.Car ce qui reste à mettre au point ce sont seulement des détails de technique, non les principes eux-mêmes.Ou plutôt l\u2019unique principe : « Respect à ïindividualité de l\u2019enfant dans ce qu\u2019elle a de sain et de constructif ».(Ad.Ferrière.) Des enfants heureux, parlant et discutant sans se payer de mots, écrivant de leur cru, sachant, avec du blé fabriquer du pain ou isoler ses composants chimiques, sachant observer sur le vif les animaux et les plantes, et les soigner, sachant se soigner eux-mêmes et se maîtriser aussi L\u2019Education nouvelle 111 (l\u2019un ne va sans l\u2019autre), des enfants disciplinés en profondeur parce que formés à l\u2019autodiscipline, \u2014 voilà les résultats incontestables des Ecoles Nouvelles.Et surtout, des écoliers sachant travailler, ayant appris à apprendre, à se former eux-mêmes un fonds de culture solide et intéressant.Voilà ce qui devait frapper, et a frappé la génération qui a souffert de son vain bagage théorique et de son impuissance pratique.Et c\u2019est pourquoi certains ont dit, avant même la fin de la guerre : Le salut est là.Malheureusement, les Compagnons de l\u2019Université Nouvelle, \u2014 car c\u2019est d\u2019eux qu\u2019il s\u2019agit \u2014 ont donné toute leur attention à une certaine formule d\u2019organisation scolaire : l\u2019Ecole unique ; ils ont ainsi fait passer au second plan la réforme pédagogique, faisant dépendre celle-ci de celle-là.C\u2019est pourquoi, après avoir donné de grands espoirs, leur Mouvement se cantonna presque exclusivement dans des plans de réforme hardis, mais un peu théoriques et surtout à trop longue échéance.Un des plus clairvoyants, M.Weber, a vu le danger et récemment il réclamait la multiplication des contacts entre Compagnons et Educateurs nouveaux, en soulignant les importants points d\u2019accord qui existent déjà entre eux.Mais en fait de doctrine, les Compagnons n\u2019ont présentement à offrir qu\u2019une doctrine d\u2019essence politi- 112 Revue Dominicaine que : la démocratisation de l\u2019enseignement (1).Or on n\u2019a pas le droit de lier à des concepts aussi confus le sort de l\u2019Education Nouvelle.C\u2019est de la raison appuyée sur l\u2019expérience qu\u2019elle doit seulement recevoir ses principes.Car l\u2019Education Nouvelle ne peut plus aujourd\u2019hui se passer d\u2019une doctrine.Elle doit maintenant sortir de sa phase empirique, car elle est comme accablée par ses propres richesses.La vogue inouïe dont a bénéficié la méthode des tests prouve qu\u2019elle a besoin d\u2019un principe dominateur, capable de juger exactement la valeur de ses tentatives et jusqu\u2019à celle des tests eux;-mêmes.Mais ce principe dont elle a besoin, elle n\u2019a pas à demander à la psychologie expérimentale de le lui fournir, mais seulement de le vérifier, conjointement avec d\u2019autres sources de vérification.Et, \u2014 si l\u2019on admet du moins que la philosophie a encore son mot à dire dans le plus grave des problèmes humains, celui de l\u2019Education, \u2014 c\u2019est vers la philosophie qu\u2019elle doit se tourner.Cependant, à quelle philosophie s\u2019adresser ?Non pas à cette philosophie formelle qui est avant tout jeu d\u2019idées et combinaisons ingénieuses de concepts, et qui méprise plus ou moins les choses contingentes, mais à cette philosophie dont la O Maurice Weber : L\u2019Université Nouvelle N° 46-47, p.61. L\u2019Education nouvelle 113 tradition remonte à Platon et qui envisage, non sans quelque vertige (2) de recherche le fondement rationnel des plus humbles réalités.Ce qu\u2019il faut donc, c\u2019est une philosophie capable de réserver à la fois les droits de l\u2019expérience, et ceux de la raison.De l\u2019expérience d\u2019abord, car à quoi bon un nouveau système à prétentions éducatives, donc morales, s\u2019il est incapable de rejoindre le réel à la source même de la construction morale, s\u2019il reste en fait inefficace à l\u2019égard des jeunes consciences auxquelles il est destiné.L\u2019ingéniosité ni la profondeur n\u2019ont jamais fait défaut aux théoriciens moralistes, mais plutôt le sens du réel.La réaction d\u2019un Guyau ou d\u2019un Rauh constituent des avertissements décisifs pour toute morale à prétentions pratiques.Et, dans le domaine théorique, celles d\u2019un Rignano et d\u2019un Parodi.Des bases expérimentales authentiques et concrè- (2) Socrate ne pouvait se décider à admettre l\u2019existence de formes rationnelles correspondant à tout objet sensible, « même au cheveu, à la boue, à la crasse », le vieux Parménide, qui exprime évidemment la pensée profonde de Platon, attribue cette hésitation à la jeunesse de Socrate et à son manque de virilité philosophique (Parm.130 c, d, e).On peut rapprocher de ce texte l\u2019obligation que fait Platon aux gouvernants de remplir, pendant quinze années (35-50 ans) « les emplois militaires et les autres, fonctions propres aux jeunes hommes, afin que du côté de l\u2019expérience ils ne restent pas en arrière des autres »\u2022 (Rep.livre VII). 114 Revue Dominicaine tes, donc surtout psychologiques, s\u2019imposent.Mais il faut aussi sauvegarder les droits de la raison.Pour réaliser cette difficile synthèse, pierre d\u2019achoppement des systèmes de morale, nous aurons recours à une métaphysique nouvelle, encore trop ignorée.Il y a quatre ans, un philosophe polonais, A.Jakubisiak, rompant aussi bien avec la tradition péripatético-scolastique qu\u2019avec l\u2019intellectualisme unitaire moderne, a établi sur ses bases essentiellement logiques la réalité et la valeur de Y individu en tant que tel.Son système, qui s\u2019accorde avec les vues les plus récentes de la chimie-physique et de la biologie, voire de l\u2019arithmolo-gie, met en vive lumière (notamment dans sa conception du lieu intégral, constitué par les «limites » spatialo-temporelles de chaque être concret), l\u2019irréductibilité de chaque individualité humaine et sa valeur intrinsèque au point de vue logique et ontologique (3).Cette idée nous apparut aussitôt extraordinairement féconde.Ne contenait-elle pas, en effet, toute une métaphysique de l\u2019Ecole Active ?Celle-ci n\u2019est-elle pas basée toute entière sur l\u2019origine interne du progrès physique, intellectuel, et moral ?(3) Augustin Jakubisiak : Essai sur les limites de l\u2019Espace et du Temps (Alcan éd.1929). L\u2019Education nouvelle 115 Ainsi le Concrétisme de M.A.Jakubisiak semble tout à fait apte à réaliser la difficile synthèse entre les exigences de la raison et les réussites de l\u2019expérience.Puisque le fonds individuel humain peut être considéré comme soumis aux principes rationnels fondamentaux : identité, non-contradiction, tiers exclus, il s\u2019agissait \u2014 pour vérifier cette vue \u2014 de retrouver ces principes à l\u2019œuvre, notamment dans l\u2019enfant concret, dans les enfants réels.Ainsi seraient assurés les fondements à la fois empiriques et logiques de la réforme éducative.Mais où observer l\u2019enfant ?L\u2019époque est favorable, aujourd\u2019hui que sont multipliés non seulement les réussites des Ecoles actives où est appliqué le principe de l\u2019individualisation de l\u2019Enseignement, mais aussi les observations rigoureuses sur la libre activité des enfants, dès le berceau.C\u2019est ainsi que se précisa peu à peu notre essai de synthèse pédagogique, avec sa partie critique (le mal), expérimentale (l\u2019individualité et ses lois), constructive (applications pédotechnique), et historique (réussites générales, et vue d\u2019ensemble sur le mouvement mondial d\u2019Edu-cation nouvelle).(4) (4) L\u2019Individualisation de l\u2019Enseignement : l\u2019Individualité des enfants et son rôle dans l\u2019Education morale (Alcan éd.1933). 116 Revue Dominicaine Certes, il ne s\u2019agit de supprimer ni les humanités ni la culture générale.Mais il importe que les Humanités, même classiques, ne restent plus étrangères à l\u2019humanité concrète des enfants d\u2019aujourd\u2019hui, des futurs hommes, \u2014 et que la culture « générale » soit réalisable en chacun d\u2019une manière originale.Des Humanités humaines une culture générale individualisée, ce ne sont pas là des paradoxes.Mais résoudre ces problèmes si simples au fond, on ne peut le faire sans adopter une philosophie.Ce que nous avons voulu par notre récente thèse, c\u2019est apporter notre pierre à une philosophie réaliste, notamment à une philosophie de l\u2019individu, qui n\u2019existe pas encore.Si l\u2019on a manqué jusqu\u2019ici d\u2019une telle philosophie, c\u2019est que l\u2019on croyait devoir opter entre un « individualisme » intempérant, auquel on n\u2019a jamais donné que des bases sentimentales ou politiques, et un « sociologisme » auquel on demandait avant tout de garder la société de toute aventure dangereuse.En dehors de ces deux idéologies qui ont, toutes deux, sacrifié à une idole : la première à une sorte d\u2019« homme absolu », la seconde à la « conscience collective » il y a place pour une doctrine basée sur la notion à la fois concrète et rationnelle d\u2019individualité humaine.Concrète, car on l\u2019étudiera génétiquement et fonctionnellement dans les enfants eux-mêmes, L\u2019Education nouvelle 117 rationnelle afin d\u2019apercevoir son accord avec les principes-bases : celui d\u2019identité et celui de non-contradiction.Car il n\u2019est pas question d\u2019abdiquer notre foi envers la raison humaine mais de la réserver à la raison concrète, celle qui reste vigilante aux réalités.C\u2019est ainsi que l\u2019on est en droit d\u2019attendre de l\u2019Education Nouvelle la rénovation de la pédagogie, qui est sa tâche essentielle, \u2014 mais aussi, quoique indirectement, une rénovation de la philosophie elle-même.En effet, les incontestables résultats qu\u2019elle obtient grâce à la pédagogie individualisante forceront les penseurs à poser désormais et à traiter les problèmes fondamentaux de la Psychologie et de la Morale sur le plan concret de l\u2019individualité humaine, ce qu\u2019ils n\u2019ont pas encore fait jusqu\u2019ici.L\u2019Education nouvelle peut nous donner deux choses : une Jeunesse vivante, et une philosophie du Réel.Henri Bouchet Le Sens des Faits Remarques sur l\u2019article précèdent En divers passages de son article : « Ce qu\u2019apporte de nouveau l\u2019Education nouvelle », notre distingué correspondant semble faire médiocre état de la philosophie thomiste, qui est avant tout une philosophie de l\u2019humain et du réel, avec ou sans majuscules.S\u2019il avait pris la peine de s\u2019assimiler ce qu\u2019enseigne S.Thomas sur notre connaissance du singulier et sur les principes de toute substance individualisée, il n\u2019eût pas déploré de la sorte la carence d\u2019une philosophie de l\u2019individu qu\u2019il affirme avec raison soumis à des principes rationnels.S\u2019agit-il de retrouver ces principes à l\u2019œuvre dans l\u2019individu concret (Pierre ou Paul), le thomisme, cède le pas, il est vrai, à l\u2019observation scientifique et à la méthode des tests dont il n\u2019a rien à redouter.Mais ici nous sommes déjà hors du domaine strictement philosophique.On augure cependant, à la suite de ces expériences concrètes, un enrichissement de la psychologie rationnelle elle-même : espoir d\u2019autant mieux fondé que le nouveau docteur ès Lettres, en deux remarquables ouvrages, contribue pour sa part à le réaliser.Pour ce qui regarde la morale, est-il vrai que le sens du réel et de l\u2019individuel ait manqué à ce point aux théoriciens moralistes Notre philosophie morale fait dépendre la moralité des actes humains de leur conformité au bien rationnel et à la fin dernière : base toute objective et métaphysique, c\u2019est évident.Mais s\u2019agit-il de découvrir en eux cette conformité, elle fait le plus grand état de la loi naturelle écrite au fond du cœur de l\u2019homme-individu.De son côté la théologie morale fait le plus grand état de la conscience individuelle, règle immédiate de chacune de nos actions.Le thomisme va plus loin, il enseigne que potir Le sens des Faits 119 certaines vertus, comme la tempérance et ses filiales, la norme se tire exclusivement des dispositions du sujet.Il déclare que les passions, indifférentes par elles-mêmes, deviennent honnêtes par un lent glissement ou un brusque détour vers un objet sain.Pour établir la responsabilité morale il veut que l\u2019on tienne compte autant que possible des facteurs physiologiques.Autant de principes \u2014 pour n\u2019en pas rappeler d\u2019autres \u2014 dits moyenâgeux, qui correspondent de la façon la plus exacte au postulat central du scoutisme et des écoles actives : formation par le dedans, à l\u2019aide des tendances personnelles, même inquiétantes de l\u2019enfant.Si donc un éducateur en train d\u2019inculquer à son élève des notions de morale, néglige comme principal auxiliaire ce ferment individuel, cela prouve qu\u2019il n\u2019a\tpas\tlu\tdans la Somme le Traité des vertus et des vices.\t(S\u2019il\tle\tnéglige aussi\tdans l\u2019enseignement des sciences spéculatives, cela prouve qu\u2019il n\u2019a pas lu dans le De Veritate ce qui concerne les relations de maître à élève).« Le thomisme, écrivait récemment M.Jacques Mari-tain, n\u2019est pas seulement une chose historique.Nous devons sans doute l\u2019étudier historiquement, comme les autres doctrines du moyen âge, et de\ttous\tles\tâges.Mais il\tcontient une substance qui domine\tle temps\tpar sa portée\tuni- verselle.Il répond aux problèmes modernes, dans l\u2019ordre spéculatif et dans l\u2019ordre pratique ; il a une vertu formatrice et libératrice à l\u2019égard des aspirations et des inquiétudes du temps présent.Ainsi, ce que nous attendons de lui, c\u2019est, dans l\u2019ordre spéculatif, le salut actuel des valeurs de l\u2019intelligence ; dans l\u2019ordre pratique, le salut actuel (pour autant qu\u2019il dépend d\u2019une philosophie) des valeurs humaines.En un mot, c\u2019est à un thomisme vivant, non à un thomisme archéologique, que nous avons affaire » (Sept leçons sur l'être et les premiers principes de la raison spéculative, 1ère leçon, Introd.) 120 Revue Dominicaine Je soupçonne M.Bouchet d\u2019avoir lu en historien ou bien d\u2019une façon trop rapide les traités plus haut mentionnés.Autrement, il en eût fait mention dans son article.Par souci de justice, et dans l'intérêt de la cause défendue.Car il se montre, ainsi que nos moralistes, adversaire éclairé du sociologisme et d\u2019un individualisme intempérant.De plus, en exposant d\u2019abord en termes brefs ce qu\u2019apporte d\u2019ancien l'éducation nouvelle, on est mieux venu à faire connaître au public ce qu\u2019elle apporte de nouveau.Je veux rester parmi les sages en évitant de me prononcer sur le mérite intégral des écoles actives.Le lecteur ami du scoutisme a dû se laisser impressionner par cet amas d\u2019idées apparemment justes et fécondes, tout en se contentant de sourire aux boutades volontaires.Voyons, un rejeton français de l\u2019enseignement secondaire, incapable de demander son chemin à Berlin ou à Londres, ne serait-il pas demeuré un cancre ?Aurait-il régulièrement obtenu son bachot ?M.-A.Lamarche, 0.P.A l\u2019Institut cl\u2019Etudes Médiévales Cette première chronique d\u2019Histoire du Moyen Age ne fera que rapporter succinctement quelques activités de Y Institut d'Etudes Médiévales d'Ottawa, au cours de l\u2019année académique qui vient de se terminer.Pour être plus juste et complet, il me faudrait embrasser, dans un tableau moins étroit, le mouvement des études médiévales au Canada anglais aussi bien que français.L\u2019espace limité qui m\u2019est alloué m\u2019oblige à passer sous silence le bien qui se réalise autour de nous.Toutefois je m\u2019en voudrais de ne pas signaler aux lecteurs deux événements non sans importance pour les médiévistes.C\u2019est tout d\u2019abord l\u2019édition des Métaphysiques d\u2019Al- Le sens des Faits 121 gazel que nous offre le R.P.J.T.Muckle, C.S.B., Professeur de latin médiéval et de paléographie à P Institute of Mediœval Studies de Toronto.Cette publication suscite un vif intérêt qui dépasse de beaucoup celui d\u2019un travail de simple érudition.La connaissance plus approfondie des auteurs classiques de l\u2019Islam s\u2019impose de plus en plus pour reconstituer l\u2019atmosphère intellectuelle du XlIIe siècle.Quand on songe que c\u2019est par les traductions latines d\u2019ouvrages arabes, qu\u2019Aristote est entré, bien que travesti, en Occident, on ne saurait trop se familiariser avec les docteurs musulmans.Le Liber philosophie Algazelis, traduction de Gundisallinus, sortit de l\u2019imprimerie, pour une première fois, à Venise, en 1506.Cette édition devenue rarissime, les historiens sauront gré au R.P.Muckle de leur fournir un texte qui n\u2019est peut-être pas ultra-critique, l\u2019auteur lui-même en convient, mais suffisamment épuré pour être utilisé avec grand profit, grâce au choix d\u2019un bon manuscrit et aux variantes qui l\u2019accompagnent.Second fait notable.L\u2019Université Laval, de Québec, soucieuse de se conformer aux directives pontificales et de ne rien négliger qui puisse perfectionner son programme d\u2019enseignement, a institué une chaire d\u2019Histoire de philosophie médiévale.Le titulaire est le T.R.P.P.-M.Gau-drault, O.P., Prieur de notre Couvent d\u2019Ottawa, Bachelier du Collège et Professeur de Théologie dogmatique.Il exposa Ventrée d\u2019Aristote dans les Universités du Moyen Age.Cours et Conférences Ainsi que les années dernières, l\u2019Institut d\u2019Etude Médiévales d\u2019Ottawa a eu la bonne fortune d\u2019avoir M.E.Gilson pour inaugurer la série des cours spéciaux.Devant une élite que pouvait à peine contenir la salle St-Albert le Grand, le conférencier tenta de nous faire voir la fonction sociale de la théologie au Moyen Age.Il s\u2019agit du pro- 122 Revue Dominicaine blême de la Chrétienté : l\u2019empire chrétien.M.Gilson en fait l\u2019histoire en exposant les vicissitudes et les solutions qu\u2019il a subies au cours des siècles.I.Comment s\u2019est constituée cette notion de Chrétienté qui réunit tous les individus de toutes les nations et civilisations en un groupe social, sous la conduite de l\u2019Eglise ?Cet idéal s\u2019est formé lentement et progressivement à partir de la prédication de l\u2019Evangile par le Christ, qui déchaîna une crise religieuse sans précédent.L\u2019idée des dieux locaux de l\u2019Etat antique était condamnée, de même que pour les juifs, celle d\u2019un groupement social fermé, privilégié.La famille surnaturelle des premiers chrétiens doit s\u2019étendre à tous.Dans la Cité de Dieu, S.Augustin se fait un idéal temporel organisé et dirigé par la vie chrétienne.Charlemagne tenta de réaliser cet idéal dans son empire.Pour cela, il fallait un lien commun universel supra-terrestre entre tous les membres.C\u2019est la foi, la grâce.Ce n\u2019est pas suffisant.Il fallait, jugeant en dernier ressort, au-dessus des princes de chaque Etat, une autorité doctrinale déterminant les droits et les lois en convenance avec la foi.Pour les docteurs du Moyen Age, la théologie, science de la foi, domine la philosophie et les autres sciences expérimentales.Si cette subordination est connue par tous, à chaque problème soulevé, il y a un juge supérieur qui donne la solution en conformité avec la foi.Nous avons dans S, Thomas (De Regimine Principum) et Roger Bacon (Opus Majus) deux témoins de l\u2019effort du Moyen Age pour organiser la société sous la suprématie essentielle de la foi : la Chrétienté par la primauté doctrinale du pape.IL Contre ces idées de l\u2019époque, Dante, qui doit être commenté à la lumière de l\u2019Averroisme, est le premier théoricien à avoir défini une doctrine prônant une séparation radicale entre le temporel et le spirituel dans la société humaine. Le sens des Faits 123 A la suite d\u2019Aristote, Averroès distingue l\u2019esprit rhé-thoricien, celui de l\u2019éloquence, l\u2019esprit dialecticien, celui qui se satisfait de probabilités, l\u2019esprit philosophique, celui qui se nourrit du nécessaire et de l\u2019absolu.La problème des relations de la philosophie et de la théologie se ramène à ne pas confondre entre elles les disciplines propres à chacun des aspects.On aboutissait ainsi à un dualisme absolu aux éléments irréductibles : Un principe de bonheur humain, la philosophie, et un principe de bonheur surnaturel, la foi.Dans son De Monarchia, Dante applique cette conclusion aux problèmes politiques.Il en déduit un ordre temporel et un ordre surnaturel qui se suffisent à eux-mêmes.Aucun de ces deux ordres n\u2019a le droit d\u2019entrer en relation avec l\u2019autre, encore moins de s\u2019imposer à l\u2019autre.L\u2019Etat et l\u2019Empereur d\u2019un côté, l\u2019Eglise et le Pape de l\u2019autre.L\u2019Empereur guide vers le bonheur humain par la philosophie.Le Pape conduit au ciel par la révélation et la théologie.C\u2019est la dissociation de la sagesse thomiste et augustinienne de la doctrina Christiana, qui ouvre les voies à deux sociétés distinctes, inconciliables.Condamnation théorique de la Chrétienté qui sera pratiquement détruite à la fin du XlVe siècle.III.Et pourtant, tout idéal n\u2019est pas mort.Les modernes voudront refaire la Chrétienté en demandant à la Taison ce que seule la foi peut donner.Un Thomas Campanella (1568-1639), pour retrouver la cité de Dieu, fait de la théologie une métaphysique en qui s\u2019unifient le spirituel et le temporel.Le catholicisme ne peut servir de base à la société « une », que s\u2019il est rendu universel par la rationalisation du dogme et de la théologie : doctrine unique qui soit acceptée de tous.Même simplification chez Leibnitz (1646-1716), qui veut ramener toutes les Eglises chrétiennes à un principe commun d\u2019accord : doctrine à base de science s\u2019incorporant 124 Revue Dominicaine toute la scolastique possible.Nouvel echec.Auguste Comte (1798-1857) reconnaît qu\u2019en dehors de la Chrétienté il n\u2019y a pas de sociétés véritables.Pour y revenir, il tire sa doctrine universelle de la Science.Sur ce plan, il aboutit au désastre.Conclusion.Le Moyen Age, avec S.Thomas, a fourni la véritable solution du problème.La Philosophie arrive à poser Dieu comme chef, mais elle ne peut faire le lien entre Dieu et l\u2019homme.L\u2019intermédiaire, c\u2019est l\u2019Eglise, quiÇ-pour arriver à son but, a pris un moyen d\u2019ordre surnaturel.Après avoir tout essayé, il est temps de revenir à la véritable solution, celle que propose l\u2019Eglise en offrant la foi religieuse comme lien universel.Le R.P.J.Péghaire, C.S.Sp., en une série de dix cours, agita le problème suivant : L\u2019Intuition des modernes, i.e.une saisie immédiate du concret par l\u2019intelligence humaine, peut-elle s\u2019intégrer dans la synthèse thomiste *?Si oui, on peut découvrir sa correspondance avec un acte intellectuel quelconque du système de l\u2019Ecole.Les mots de S.Thomas qui désignent des actes de connaissance sont assez nombreux : discurrere, discernere, apprehen-dere, cogitare ; mais ils peuvent se ramener à deux types : intelligere (saisie immédiate) et rationare (saisie successive).S\u2019il y a une intuition thomiste, elle se rattachera certainement à l'intelligere.Le R.P.cherche donc à comprendre l\u2019essence de cet acte et porte d\u2019abord son investigation là où il se trouve dans toute sa pureté, chez les anges.Pour le saint Docteur, ces intelligences séparées de la matière pénètrent leur objet tant en son essence qu\u2019en ses principes individuants, subitement, comme en pleine lumière, aussitôt qu\u2019elles sont mises en sa présence par les espèces, et cela sans possibilité d\u2019erreur.Trouverait-on quelque chose de cette manière d\u2019opérer dans 1 'umbra intelligentiœ qu\u2019est la raison humaine ? Le sens des Faits 125 Le raisonnement est le propre de cette faculté.Cela veut dire qu\u2019elle entre en possession de son objet par parties, en passant successivement du connu à l\u2019inconnu, cogi-tando, discurrendo, inquirendo.Le mouvement est une modalité essentielle de cet acte.Il faudra donc qu\u2019il procède d\u2019un intelligere immobile, et qu\u2019il aboutisse à un autre.Car le mouvement aristotélicien est comme un médium fluide entre deux immobilités.S.Thomas arrive à cette même conclusion par la voie dionysienne de la contiguité.Comme l\u2019essentiel d\u2019un degré d\u2019être se trouve dans son inférieur immédiat, la raison de l\u2019homme, premier inférieur de l\u2019ange, devra jouir de Y intelligere, acte propre de la faculté principale de son supérieur.Cet intellectus humain qui, dans son origine psychologique, est l\u2019habitus des premiers principes, serait-il l\u2019intuition des modernes % Non, car étant l\u2019acte d\u2019une âme forme substantielle d\u2019un corps, il faut qu\u2019il ait comme objet, un concept abstrait de la matière.Il semble donc au R.P.Pé-ghaire, que si l\u2019intuition des modernes demeure ce qu\u2019elle est, elle ne pourra jamais s\u2019intégrer au thomisme.Par des exercices pratiques sur des textes choisis, le R.P.L.-M.Régis, O.P., a entrepris quelques recherches très intéressantes sur la notion de Science dans VAristotélisme médiéval.« C\u2019est par un regard attentif sur l\u2019originel jaillissement des êtres qu\u2019on peut en acquérir la meilleure des connaissances » (I Pol., 2, 1252 a 24-26).Cet axiome que le Philosophe utilise pour l\u2019étude de la société humaine, mais qu\u2019il exprime dans une teneur tout-à-fait universelle, est un merveilleux instrument pour l\u2019étude d\u2019une notion.Aussi, est-ce d\u2019abord dans ses origines pré-aristotéliciennes quant au vocabulaire, et pré-médiévales quant à la doctrine, que le concept de science fut envisagé.Le premier avantage de cette étude textuelle fut la 126 Revue Dominicaine constatation d\u2019une très grande parenté verbale entre Aristote et ses prédécesseurs en ce qui concerne le vocabulaire logique.Presque tous les mots structuraux de l\u2019édifice scientifique du Philosophe sont empruntés à ses devanciers, surtout à Platon.Il y a donc, de ce point de vue, continuité dans le courant de la pensée grecque.Mais cette première constatation en amène une autre, d\u2019une importance qu\u2019on n\u2019exagérera jamais.C\u2019est que sous une identité de vocabulaire, Aristote cache une pensée tellement personnelle, que si on interprète univoquement sa pensée et celle de ses prédécesseurs sous prétexte qu\u2019elles ont même enveloppe verbale, on se lance, tête baissée, dans un fouillis inextricable de contradictions.Une fois connu ce caractère personnel et souple de la pensée aristotélicienne, il ne restait plus qu\u2019à l\u2019étudier attentivement.Les Derniers Analytiques surtout servirent à l\u2019investigation.On y découvrit le rôle que le Philosophe accordait à la connaissance pré-scientifique ou pré-syllogistique, que ce soit celle des premiers principes ou des concepts simples, et l\u2019importance qu\u2019il attribuait à l\u2019induction.Puis la notion de syllogisme, celle de démonstration et enfin celle de science furent l\u2019objet d\u2019ample recherche.Pour cette dernière, Aristote en donne deux définitions ; l\u2019une par l\u2019objet et l\u2019autre par l\u2019acte.Quant à la division de la science rien n\u2019est moins dogmatique que celle que nous donne le Philosophe ; on trouve jusqu\u2019à neuf divisions différentes de son concept de science.Enfin une brève revue de l\u2019ensemble de VOrganon nous permet de conclure que la science est le principe d\u2019organisation de toute la logique dans sa matière que dans sa forme, et que pour Aristote, elle est caractérisée par la note de nécessité essentielle de son objet et nullement par un critère subjectif de certitude ou de non-certitude.Il ne restait plus après cette élaboration qu\u2019à aborder le Moyen Age.C\u2019est ce qui fut fait en nous limitant à S. Le sens des Faits 127 Thomas.La première chose qui frappe lorsqu\u2019on lit le saint Docteur après le Stagyrite, c\u2019est l\u2019identité substantielle des deux doctrines.Tant dans le rôle de la connaissance préscientifique que dans la définition et la division de la science, c\u2019est du plus pur aristotélisme que l\u2019on retrouve.Mais alors que les prédécesseurs du Philosophe cachaient sous un vocabulaire identique une pensée toute différente, S.Thomas, lui, cache une pensée toute semblable sous un vocabulaire philosophique quelque peu différent, car dans sa conception de la science intervient la fameuse notion de certitudo dont l\u2019usage est d\u2019autant plus fréquent que le sens en est plus imprécis.Et alors, se posait le problème suivant : par l\u2019introduction de la certitudo l\u2019Angélique modifiait-il la notion aristotélicienne de science *?Toute la difficulté se ramenait à la découverte du sens précis de certitudo chez S.Thomas.Si le sens en est subjectif, comme toute la pensée moderne incline à le croire, la notion aristotélicienne qui est exclusivement objective et métaphysique se trouvait muée en une notion subjective et psychologique.Une étude minutieuse du synonyme grec de certitudo, étude qu\u2019il serait trop long de reproduire ici, nous permet de conclure au caractère d\u2019abord objectif de la certitudo thomiste, et par conséquent à l\u2019identité substantielle de l\u2019aristotélisme médiéval et de l\u2019aristotélisme péripatéticien.Avec M.Guido Nincheri, Chevalier de l\u2019Ordre de St-Sylvestre, peintre modeste mais déjà célèbre au pays, nous sommes transportés en Italie pour admirer l'art de la peinture au Moyen Age : Cimabue et Giotto.Ce fut d\u2019abord une analyse des conditions de l\u2019art en Europe durant les douze premiers siècles de l\u2019ère chrétienne.Il s\u2019agissait de déterminer l\u2019ambiance et les influences lointaines et prochaines qui ont contribué à former les deux représentants de l\u2019art classique médiéval : Cimabue 128 Revue Dominicaine et Giotto, qui purifièrent l\u2019art ancien en lui donnant une figure nouvelle adaptée aux exigences de leur propre génie.Pendant que l\u2019artiste commenta les différentes phases de leurs vies, on pouvait voir passer sur l\u2019écran le maître et l\u2019élève immortalisés dans leurs œuvres.A cette occasion, S.E.Mgr A.Cassulo, Délégué apostolique au Canada, Président d\u2019honneur des conférences, apprécia hautement le modeste travail qui se poursuit à l\u2019Institut d\u2019Etudes Médiévales pour le développement des études scientifiques d\u2019après les directives du Souverain Pontife.Cette nouvelle marque de sympathie nous honore.Nous en demeurons profondément reconnaissants.La prochaine année académique nous ramènera notre très dévoué Directeur, le T.R.P.M.-D.Chenu, O.P., qui sera à Ottawa dès les premiers jours de septembre.Au nombre des conférenciers au programme, nous avons l\u2019avantage d\u2019avoir M.Jacques Maritain, professeur de grand de renom à l\u2019Institut Catholique de Paris.Il donnera une série de cours sur la Sagesse et la Science.Dons faits à la Bibliothèque Le Gouvernement français a gracieusement offert à la Bibliothèque de l\u2019Institut le précieux ouvrage de P.Du-hem : Le système du monde de Platon à Copernic, cinq volumes, Paris, 1913-1917.Notre gratitude lui était déjà acquise par un autre don, le Chartularium Universitatis Parisiensis de H.Denifle, O.P.Publications Après la double série d'Etudes d\u2019Histoire littéraire et doctrinale du XlIIe siècle, où se manifestent, en différents domaines, les exigences d\u2019une méthode rigoureuse, l\u2019Institut offre au public La Renaissance du Xlle siècle.Les Ecoles Le sens des Faits 129 et F Enseignement, grand in-8 de 324 pages (1).C\u2019est la refonte complète de l\u2019ouvrage remarquable de G.Robert (1909), depuis longtemps épuisé.Qu\u2019on me permette de reproduire ici, en terminant, le jugement du R.P.Simonin, O.P.(Angelicum, XI (1934), p.392-394).« Non seulement la bibliographie a été mise à jour, ce qui suppose déjà un travail considérable, mais un souffle nouveau anime l\u2019ouvrage lui donnant à la fois une physionomie neuve et une ampleur que n\u2019avait pas la première édition .Une double tendance se manifeste, de façon judicieuse dans le cours du volume : d\u2019une part on prend soin de retracer les conditions générales de la civilisation de l\u2019époque .; mais, en même temps, l\u2019exposé est appuyé sur une somme imposante de considérations précieuses : études de vocabulaire et de textes, analyses d\u2019ouvrages, qui lui fournissent la solide base technique dont il avait besoin .Grâce à un jugement très averti des conditions et des nécessités du travail théologique, les auteurs ont pu raconter, de façon alerte et vivante, les phases de son développement ; en groupant sous une même lumière une multitude d\u2019observations déjà faites par d\u2019autres et en y ajoutant de nouvelles, ils leur ont conféré une valeur intelligible dont personne n\u2019avait su, à pareil titre, leur procurer le bénéfice.De là le mérite particulier de l\u2019ouvrage.On peut y chercher, et on y trouvera une série de monographies sur certains vocables spéciaux : expositio, dispu-tatio, quœstio, auctoritas, sententia, summa, d\u2019excellents aperçus sur la psychologie intellectuelle d\u2019un Anselme, d\u2019un Abélard, d\u2019un Saint Bernard, mais on y trouvera surtout, manifesté par l\u2019histoire d\u2019une époque, le secret d\u2019une attitude d\u2019esprit caractéristique, on y verra comment s\u2019est créée O) En vente aux bureaux de VInstitut d\u2019Etudes Médiévales, 95, avenue Empress, Ottawa.\u2014 $2.00. 130 Revue Dominicaine la théologie, à quels besoins permanents elle répond.De ce point de vue la portée du travail dépasse même les cadres de l\u2019histoire médiévale.Il atteint un problème aussi actuel aujourd\u2019hui qu\u2019il le fut autrefois.La Renaissance du Xlle siècle marque, avec éclat, dans quel sens nous devons poursuivre la nôtre ».Raymond-Marie Martineau, 0.P.L\u2019Esprit des Livres Albert Lévesque.\u2014 « La Nation Canadienne française ».Editions Albert Lévesque, Montréal, 1934.Ce livre est à double sens, étant écrit sur le mode à la fois littéral et typique.En le lisant nous ressentons que par delà l\u2019enseignement qu\u2019il contient, il prétend révéler une mentalité.Les doctrines qu\u2019il veut propager n\u2019ont rien de bien nouveau, mais, \u2014 du fait qu\u2019elles se présentent sous forme organique, du fait aussi qu\u2019elles n\u2019ont plus à se faufiler furtivement entre les tranches disparates du périodique, et osent s\u2019afficher au grand jour en un recueil autonome, \u2014 elles prennent une signification tout à fait nouvelle : elles deviennent un présage.Chez nous, il est difficilement concédé de parler de nationalisme et de toute question qui s\u2019y rapporte.Et si on en laisse la liberté, il y a à se garer, car le mot est devenu équivoque et le sujet épineux ! On risque d\u2019être pris à parti par les pacifistes à outrance ou les âpres sectaires de la politique.Il est même des zélés qui ne se font pas défaut d\u2019insinuer que des théories si risquées pourraient bien L\u2019esprit des Livres 131 un jour ou l\u2019autre, être frappées d\u2019anathème ! Mais n\u2019oublie-t-on pas que l\u2019individualisme, l\u2019égoïsme, le socialisme, l\u2019étatisme le sont bel et bien et depuis longtemps ; n\u2019oublie-t-on pas surtout qu\u2019une paix qui ne repose pas sur la plus stricte justice est un leurre, une grimace ?La jeune génération a éprouvé trop douloureusement les conséquences de notre défaitisme national pour ne pas sentir le besoin d\u2019une réaction rationalisée.L\u2019auteur, qui n\u2019est pas encore sorti du rang des jeunes, est parfaitement conscient des résultats possibles de cette attitude et entreprend de la justifier en exposant les doctrines dont elle s\u2019inspire.Soyons rassurés.Il est un pacifiste au sens vrai du mot, c\u2019est-à-dire qu\u2019il cherche à asseoir les principes de notre conduite collective et de nos prétentions nationales sur les inébranlables appuis du droit et de la justice.Orienté tout d\u2019abord par la poussée de son tempérament et ensuite par les circonstances vers la catégorie des animateurs et des entraîneurs, M.Lévesque l\u2019est devenu par habitude, par formation de caractère, par volonté active ; et son ouvrage est le résultat de l\u2019exercice de ce métier.Quoique d\u2019allure assez didactique, on s\u2019aperçoit vite qu\u2019il est le produit d\u2019un prosélyte, à savoir de l\u2019un de ces écrivains chez qui l\u2019idée a une emprise telle qu\u2019elle devient bientôt passion, besoin de conquête.Comme la plupart des écrits que nous connaissons de M.Lévesque, il est un cri de ralliement, un beau geste d\u2019action nationale.A l\u2019exception de quelques points controversés en philosophie et sur lesquels nous reviendront, nous n\u2019avons rien trouvé dans son recueil qui puisse battre en brèche la justice et la vérité.Par exemple, il nous fait plaisir de constater que l\u2019auteur n\u2019hésite pas à reconnaître que « le clergé a souvent servi, mieux que toute autre classe sociale de notre peuple, la cause nationale, parce que longtemps, chez nous, la survivance nationale s\u2019est confondue avec la survivance religieuse » (p.24).Cette affirmation peut dé- 132 Revue Dominicaine plaire à quelques uns, mais elle est imposée par l\u2019évidence historique la plus fulgurante.Nous avons aussi été vivement intéressé à la lecture des pages qu\u2019il consacre au rôle du catholicisme sur la formation de notre physionomie nationale.La religion catholique a joué un rôle prépondérant dans notre histoire et dans le développement de nos institutions ; et l\u2019empreinte qu\u2019elle a faite en nous est si profonde que nous ne saurions la faire disparaître sans cesser d\u2019être nous-mêmes.Au surplus, pour peu que l\u2019on veuille considérer que nos caractères nationaux ont été juridiquement consacrés par l\u2019acte de la Confédération, l\u2019on voit que « se servir de l\u2019école ou de la paroisse pour dénationaliser les Canadiens français, c\u2019est attenter aux droits sacrés d\u2019une des deux races fondatrices de la Confédération canadienne, dédaigner ou fouler aux pieds l\u2019une des lois fondamentales de notre pays, y introduire par conséquent l\u2019un des plus dangereux éléments de discorde et compromettre indéfiniment la paix générale du Canada » (p.93).La thèse, quoique pas toujours approfondie à souhait, est d\u2019une justesse incontestable.Lorsqu\u2019il y a entité ethnique distincte, il y a conscience, il y a âme faite de sentiments et de pensées, il y a idéal défini, il y a droit et devoirs relatifs à cet idéal.Dans la première partie l\u2019auteur s\u2019attache à démontrer que la nation canadienne française réalise les conditions d\u2019une personne morale, jouissant d\u2019une existence propre, d\u2019une existence attestée par des modes de comportement et d\u2019accommodation inusités ailleurs.A cette fin, il analyse les notions de Patrie, à\u2019Etat, de Nation, et essaye de discriminer ces concepts.Il y réussit, mais n\u2019arrive pas à dissimuler toute trace de tâtonnement.Ainsi, nous aurions aimé qu\u2019il nous fît voir que la Nation jouit de toutes les conditions requises pour qu\u2019il y ait personnalité juridique, c\u2019est-à-dire sujet de droits et de devoirs.C\u2019eut été, semble-t-il, l\u2019angle sous lequel il eût fallu aborder la question.Cela eût permis à l\u2019auteur de mettre plus L\u2019esprit des Livres 133 en relief la prédominance de l\u2019élément psychique sur l\u2019élément physiologique ou racique dans la constitution des nationalités.Nous avons été quelque peu étonné de constater qu\u2019il accordait à la Nation priorité sur l\u2019Etat.Nous ne croyons pas que cela puisse être soutenu en philosophie sociale.Les arguments apportés à titre de preuve tendent à établir que l\u2019observation du tempérament national doit déterminer le choix de la forme politique, mais ils sont impuissants à établir la supériorité de la matière à régler sur la règle.Et dans le cas échéant, le sujet à éduquer est la Nation, et la discipline est l\u2019Etat.L\u2019auteur fait aussi de vains efforts, croyons-nous, pour dissocier le sentiment patriotique du sentiment religieux.Il a contre lui l\u2019histoire des institutions politiques et un vieux manuel qu\u2019il y a encore avantage à consulter à temps perdu, nous voulons parler de la Somme de Saint Thomas d\u2019Aquin.Lorsqu\u2019on en vient aux droits et aux devoirs de la Nation Canadienne française, on entre dans la meilleure partie du traité, la plus alerte, la plus enthousiaste et la plus bienfaisante.L\u2019auteur, plus familier avec les méthodes juridiques et économiques qu\u2019avec celles de la philosophie pure, se sent plus à l\u2019aise, maîtrise plus vigoureusement sa pensée et sa plume.Maints passages sont des plus judicieux et des plus suggestifs.Nous regrettons ne pas pouvoir les signaler.Nous ferions voir tout le profit qu\u2019en pourraient retirer ceux à qui l\u2019ouvrage s\u2019adresse.Il porte en dédicace : « A mes jeunes compatriotes qui, encore confiants dans notre survivance nationale, sont résolus à la servir ».Nous passons sous silence, les questions de forme et de présentation puisqu\u2019en guise de préface l\u2019auteur écrit : « Ce livre n\u2019est pas une œuvre d\u2019art, mais une œuvre d\u2019apostolat ».Dans son introduction, M.Lévesque nous invite avec insistance à la critique et à la discussion. 134 Revue Dominicaine Peut-être trouvera-t-on que nous avons quelque peu abusé de l\u2019entière liberté qu\u2019il a la bienveillance de nous accorder ?Nous n\u2019en serions pas fâché, pourvu que nous ayons l\u2019assurance d\u2019avoir donné au lecteur l\u2019impression que « La Nation Canadienne française » est un ouvrage vraiment recommandable et que nous aurions tout à gagner de le répandre dans nos écoles, nos couvents, nos collèges, nos grands séminaires, en un mot dans toutes nos institutions.Il vient à son temps : il contribuera à éveiller les consciences, à mater les courages, à orienter les énergies de la jeunesse.On est unanime à clamer que notre peuple manque de vertus collectives, de formation nationale.Nous ne croyons pas qu\u2019un essai de cent-soixante pages, si apostolique soit-il, suffise à lui seul à combler si grave lacune.Nous ne croyons pas davantage qu\u2019il puisse offrir une direction complète à ceux qui se dévouent à cette noble tâche.Mais nous croyons, qu\u2019étant le premier du genre, il faut l\u2019accueillir avec la sympathie que commande l\u2019effort d\u2019une volonté qui désire être loyale et d\u2019un esprit qui veut résolument être « sincère ».Louis Lachance, 0.P.du Collège Dominicain d\u2019Ottawa.Claude Mélançon.\u2014 Nos animaux chez eux.128 pages, 47 figs.Au Moulin des Lettres, Québec, 1934.Illustrations par L.Durand.$0.50.Pour le grand public, monsieur Mélançon est publiciste.Pour ceux qui ont déjà causé avec lui, c\u2019est avant tout un naturaliste.Il l\u2019est dans l\u2019âme.Il aime la nature et s\u2019y trouve che2 lui.Aussi, n\u2019a-t-il surpris aucun de ses amis en publiant Nos animaux chez eux.Dans un petit volume qui se présente très bien, monsieur Mélançon traite d\u2019une soixantaine de mammifères L\u2019esprit des Livres 135 canadiens distribués dans 24 familles, celles-ci groupées en 8 ordres.Voici pour chacun des ordres des exemples pris au hasard et qui donneront un aperçu de cette faune : Insectivores : taupes et musaraignes ; Chéiroptères : chauves-souris ; Carnivores : ours, raton laveur, bête puante, lion de montagne, loup ; Rongeurs : castor, porc-épic, écureuils, rat musqué ; Lagomorphes : lièvre ; Artiodactyles : bison, orignal ; Pinnipèdes : phoque, morse ; Cétacés : baleine, marsouin, narval.Cet ouvrage n\u2019est pas un manuel scolaire.Ce n\u2019est pas non plus un traité technique destiné aux spécialistes.Aussi, l\u2019auteur a omis nombre d\u2019espèces, notamment chez les petits rongeurs, qui n\u2019ont d\u2019intérêt que pour les techniciens.De même, il a évité les longues considérations taxonomiques et les études morphologiques fouillées, études essentielles dans un travail de science pure, mais fastidieuses dans un ouvrage destiné au grand public.Les petites monographies qui constituent Nos animaux chez eux sont bâties d\u2019après un même plan.A la suite des noms français, latins et populaires (français et anglais) se trouve une très courte description où seuls prennent place les caractères les plus frappants permettant d\u2019identifier l\u2019animal à première vue.Puis vient un exposé plus développé des mœurs.C\u2019est même là la partie essentielle du travail.D\u2019aucuns y trouveront des ressemblances humaines : la mère grizzly qui n\u2019hésite pas à corriger ses enfants à grandes claques sur leur petit derrière; les loutres marines qui s\u2019embrassent comme des jouvenceaux dans nos parcs, ou qui bercent leurs petits ; le coyote mélomane qui chante ses amours et sa vie de chasseur.Des jeunes mères trop modernes envieront peut-être la chauve-souris qui suspend ses mioches à une branche ou une solive quand elle fait une promenade.Mais c\u2019est chez la louve qu\u2019il nous faudrait chercher une leçon, lorsqu\u2019elle enseigne à ses louveteaux la méfiance de l\u2019homme. 136 Revue Dominicaine Monsieur L.Durand, nouveau venu dans le domaine de l\u2019illustration a mené sa tâche à bonne fin.Ses animaux sont chez eux, à l\u2019aise, dans leurs poses préférées : le ouapiti qui brame au couchant dans la forêt vierge ; l\u2019orignal qui se repaît de nénuphars dans un lac ; le lion de montagne blotti sur un rocher et prêt à bondir ; le coyote flairant une charogne ; le caribou qui a entendu un bruit et qui regarde, intrigué ; les épaulards qui folâtrent dans l\u2019océan.Je ferai toutefois un léger reproche.Monsieur Durand a répété une erreur fréquente, sinon générale, chez nos dessinateurs, quand ils s\u2019inspirent de sources étrangères : à l\u2019arrière-plan de l\u2019illustration de l\u2019orignal se trouvent des conifères à branches retombantes.Cette silhouette, caractéristique du Picea Abies, un arbre européen souvent planté dans les jardins anglais, se retrouve chez notre sapin et nos épinettes au cours de l\u2019hiver, quand les rameaux sont chargés de neige ; mais en toute autre saison, et c\u2019est le cas dans l\u2019exemple précité, les branches sont simplement étalées ou légèrement obliques vers le haut.Ce détail excepté, l\u2019on peut dire que monsieur Durand s\u2019est inspiré à la vraie source, la Nature.L\u2019ouvrage de monsieur Mêlançon a sa place dans toutes les demeures : les jeunes naturalistes, les amateurs et les professeurs y trouveront un guide ; les personnes simplement soucieuses de lever un coin du voile qui leur cache le monde extérieur y trouveront matière intéressante à lire et surtout à retenir ; nos écrivains pourront s\u2019en inspirer pour éviter les écueils, qui sont nombreux lorsqu\u2019on est étranger à la nature ; enfin, en attendant que le gouvernement de la province fasse pour Montréal ce qu\u2019il a fait pour la ville de Québec, c\u2019est le seul jardin zoologique que les habitants de la métropole peuvent se payer.Grâce à cet ouvrage, \u2014 l\u2019un des rares travaux canadiens qui méritent d\u2019être distribués largement dans les écoles, \u2014 monsieur Mêlançon prend place dans le monde restreint L\u2019esprit des Livres 137 des écrivains naturalistes canadiens-français.Jacques Rousseau, Institut botanique, Université de Montréal.Abbé Lionel Groulx \u2014 « La découverte du Canada » \u2014 Jacques Cartier.1 vol.280 p.Librairie Granger Frères, Montréal, 1934.Prix : $1.00.Le volume de M.l\u2019abbé Lionel Groulx paraît au moment où nous nous apprêtons à célébrer le quatrième centenaire de Jacques Cartier.C\u2019est tout autre chose pourtant qu\u2019une œuvre de circonstance.La découverte du Canada est en réalité le premier tome d\u2019une Histoire du régime français au Canada.L\u2019auteur nous confesse même, dans son introduction, que c\u2019est uniquement l\u2019approche du centenaire qui l\u2019a décidé à livrer à l\u2019imprimeur un manuscrit qu\u2019il eût préféré garder quelque temps encore en ses tiroirs.L\u2019ouvrage en effet vient à son heure pour donner aux fêtes qui se préparent tout leur sens.Le premier chapitre, consacré à la découverte de l\u2019Amérique, énumère les motifs qui ont, au moyen âge, poussé les peuples d\u2019Europe, spécialement les Portugais, à chercher des routes nouvelles vers l\u2019Orient fabuleux.Le voyage de Christophe Colomb n\u2019avait pas d\u2019autre but.Il n\u2019atteignit pas les Indes, mais il découvrit tout un monde.A l\u2019encontre de certains historiques modernes de Colomb, M.Groulx restitue à celui-ci sa vraie place dans l\u2019histoire.« Le voyage de Colomb, écrit-il, représente un moment unique dans l\u2019histoire, et tel, qu\u2019après la venue du Christ, qui est d\u2019un autre ordre et transcendant, l\u2019on ne sait s\u2019il s\u2019en trouve qui ait pesé d\u2019un tel poids sur le destin de l\u2019humanité ». 138 Revue Dominicaine Il en fut de l\u2019Amérique du Nord comme de l\u2019Amérique du Sud.C\u2019est en cherchant à atteindre les Indes par la route de l\u2019Ouest qu\u2019on allait l\u2019agréger au monde connu.Les deux chapitres qui suivent font l\u2019historique des découvertes qui ont précédé et préparé celle de Jacques Cartier.C\u2019est une histoire enveloppée de brume comme les régions entrevues.Seuls quelques noms et quelques faits saillants émergent à la lumière.L\u2019auteur nous la donne en raccourci, sans s\u2019attarder à des discussions que la rareté des documents et leur incertitude rendent plus ou moins stériles.Ce qu\u2019il en dit suffit à nous montrer le rôle prépondérant joué par Jacques Cartier dans la découverte du Canada.« Indéniablement, écrit l\u2019auteur, la découverte du Canada reste en un sens une œuvre collective.Elle fut préparée par l\u2019exploration de la façade atlantique de l\u2019Amérique du Nord.Et à cette exploration ont collaboré navigateurs anglais, portugais, espagnols et français.Mais la découverte d\u2019un pays tout autre que le pays des côtes de Terre-Neuve et du Labrador, la révélation d\u2019un continent de largeur aussi vaste que celui qu\u2019avait circumnavigué Magellan, et la trouvaille de l\u2019immense réseau fluvial, de ces voies désormais ouvertes vers le fabuleux hinterland américain, tout l\u2019ensemble de cet effort et de ces gains, réalités considérables, on peut dire que c\u2019est une œuvre, une gloire exclusivement française ».Il n\u2019est donc pas étonnant que La découverte du Canada porte, en sous-titre, « Jacques Cartier », et que la moitié du volume soit consacrée aux voyages du grand pilote maloum.L\u2019histoire, ici, s\u2019appuie sur des documents incontestés.Seuls les points secondaires peuvent prêter matière à discussion.M.Groulx n\u2019en embarrasse pas son récit.Ce qu\u2019il nous livre, c\u2019est le résultat de recherches auxquelles nous sommes certains que rien n\u2019a échappé.La figure de Cartier, étrange mélange de réalisme et L\u2019esprit des Livres 139 d\u2019idéalisme, se dégage peu à peu de ces pages.« En tout horizon qui recule ou s\u2019élargit, il semble que cet homme cherche le point, l\u2019ouverture où son rêve, son illusion, puisse encore s\u2019élancer ».Grâce à lui, le Canada a reçu une empreinte bien française.A nous de la lui conserver.C\u2019est sur cette leçon de fierté que s\u2019achève le volume.La langue est sûre, le style abondant.A peine, ici et là, un brin de recherche, un reste de goût pour le mot rare ou l\u2019image hardie.Mais, en devenant plus sobre, le style n\u2019en perd ni sa chaleur, ni sa vie.Personne ne sait comme M.Groulx faire rendre à un récit historique tout ce qu\u2019il renferme parfois de véritable poésie.Après avoir raconté la plantation de la première croix à Gaspé, il a-joute : « Une plantation de croix à la vue et pour l\u2019édification des Indigènes ; au pied de la croix du Christ, un groupe de marins bretons agenouillés, dans le geste de l\u2019adoration ; au centre, leur capitaine en casaque de camelot noire avec cape de drap noir bordé de velours, chausses écarlates, collet de cuir, et l\u2019âme éperdue en son rêve de croyant, tel est le tableau qui, il y a 400 ans, vint s\u2019inscrire au frontispice de l\u2019histoire canadienne.Et voilà sous quel visage la France du seizième siècle est apparue au Nouveau-Monde ».L\u2019œuvre de M.Groulx est considérable et varié.Au premier abord, il apparaît même un peu dispersé, allant de l\u2019histoire au roman.Nous est-il permis de faire le vœu que concentrant son effort, il nous donne enfin cette Histoire du Canada que tous attendent de lui.En ces derniers temps, nos archives se sont enrichies de nombreuses monographies qui ont mis en lumière bien des points de détail.L\u2019heure semble propice pour une nouvelle histoire qui ne serait sans doute pas définitive, mais qui enregistrerait ce qui est acquis à l\u2019heure actuelle.Personne n\u2019est mieux qualifié que M.Groulx pour cette œuvre de longue haleine.Souhaitons donc que les autres volumes suivent celui-ci à intervalles réguliers. 140 Revue Dominicaine L\u2019ouvrage est édité avec soin par la Librairie Granger.Chose étonnante pour un livre canadien : il est exempt, ou à peu près, de fautes typographiques.Le seul reproche que nous ferions à l\u2019auteur ou à l\u2019éditeur, ce serait de n\u2019avoir mis aucune carte géographique dans un volume qui traite exclusivement de voyages.C\u2019est une sérieuse lacune, qui, espérons-le toutefois, ne nuira en rien au succès de cet important ouvrage.M.-Ceslas Forest, O.P.Louis Soubigou \u2014 « L\u2019Enseignement de saint Paul dans les Epîtres de l\u2019Année Liturgique».Paris, Lethielleux, 1933.In-8 de 312 pages.Prix : 18 francs.Cet ouvrage à la portée de tous les pasteurs leur sera d\u2019un précieux secours pour leurs instructions en leur permettant d\u2019aborder certains points de la doctrine catholique dont l\u2019explication ne se déduit pas toujours de l\u2019Evangile du dimanche.Ils y trouveront un commentaire tout à la fois bref et substantiel des Epîtres liturgiques, réuni sous quelques chefs principaux qui embrassent de larges aspects de l\u2019enseignement paulinien : Saint Paul et son oeuvre, \u2014 le mystère du Fils de Dieu, \u2014 Baptême, confirmation, Eucharistie, \u2014 Corps mystique et charisme, \u2014 le régime de la grâce, \u2014 l\u2019effort vers la sainteté, \u2014 dans l\u2019attente du dernier jour.Une table alphabétique, une table liturgique et une table des textes commentés facilitent une consultation rapide.Le chapitre sur le Corps mystique devra tout particulièrement retenir l\u2019attention.L\u2019on y trouvera sur cette doctrine encore si imparfaitement comprise des fidèles, du moins dans ses conséquences pratiques, des aperçus nouveaux et saisissants.Les organisateurs de l\u2019apostolat laïque L\u2019esprit des Livres 141 pourront s\u2019y référer avec profit pour bien faire saisir aux membres vivants du Christ l\u2019éminente dignité de leur état et les devoirs qu\u2019il comporte.Il n\u2019est pas de fidèles, prêtres ou laïques à qui ces pages remplies d'une solide et abondante doctrine chrétienne, ne puissent procurer de nouvelles lumières et de salutaires encouragements.A.Saint-Pierre, 0.P.Abbé J.Raimond.\u2014 « Je suis la Voie .» Méditations théologiques.\u2014 P.Téqui, Paris.Dans la recherche de la perfection, l\u2019imitation de Jésus-Christ est la voie.L\u2019âme qui désire vivre doit, à l\u2019instar du divin Modèle, passer par les mystères joyeux, douloureux et glorieux.Ce sont ces mystères, réédités au plus profond de notre être, que l\u2019abbé Raimond analyse et présente comme les étapes de notre vie intérieure.Et cela nous apprend que l\u2019existence chrétienne est un Rosaire vécu.Le Rosaire étant essentiellement une prière méditée, l\u2019auteur nous présente son volume sous forme de méditations.Le procédé lui a réussi.Il lui a permis de nous offrir un traité de spiritualité exempt d\u2019aridité et un recueil de méditations riche en doctrine.J.-M.Lafrance, O.P.Antoine Martel.\u2014 Lettres, 1924-1931.\u2014 Ed.de la Revue des Jeunes, Desclé et Cie.Paris, 1934.Parce que Antoine Martel a compris le commandement de l\u2019amour de Dieu, il a aimé ses frères : charité, amitié, action catholique, trilogie féconde qu\u2019on retrouve dans chacune des lettres contenues dans ce recueil.Même la maladie ne peut paralyser son activité apostolique.Lorsqu\u2019elle l\u2019aura immobilisé dans une chaise-longue ce « di- 142 Revue Dominicaine minué physique » trouvera en lui une force morale grandissante, et à l\u2019adresse de ses amis du sana partiront ses plus belles lettres.Il est regrettable que les éditeurs aient reproduit toutes les lettres « in extenso » ; détails administratifs, soucis d\u2019organisation empêchent souvent de goûter la partie vraiment épistolaire.La conférence « Vertus professionnelles et esprit de charité » qui termine le volume nous fait mieux et plus clairement connaître Antoine Martel qui fut un chevalier de l\u2019action catholique.J.-M.L.R.P.B.Mayrand, O.P.\u2014 « Un problème moral ».\u2014 La continence périodique dans le mariage suivant la méthode Ogino.94 p.Chez l\u2019auteur, Couvent St-Dominique, Cou-blevie, par Voiron (Isère).Prix franco à l\u2019étranger : 5 f.90 ; pour les libraires : 4 f.40.Nous avons déjà recommandé aux lecteurs que ce problème intéresse l\u2019ouvrage du docteur Smulders : « De la continence périodique dans le mariage », ce qui nous a occasionné plusieurs demandes d\u2019informations.A vrai dire, la forme un peu trop technique et le prix élevé du volume font obstacle à sa diffusion.Mais voici qu\u2019un théologien français nous apporte un simple résumé des différents travaux parus à ce sujet.Disons tout de suite que ce compendium renseigne suffisamment par sa clarté précise, ses graphiques faciles à reproduire, en même temps qu\u2019il édifie par l\u2019esprit surnaturel de l\u2019auteur, son vif souci de justesse doctrinale et sa franchise délicate dans une matière où le langage revêt autant d\u2019importance que l\u2019idée.Du reste, aucun principe moral ne se trouve menacé, car la théorie médicale Ogino-Knaus ne change en rien L\u2019esprit des Livres 143 les positions de la théologie morale.Celle-ci a toujours professé qu\u2019il était loisible aux époux de limiter les relations conjugales à certaines périodes, à la condition bien connue de garder la continence en d\u2019autres temps.Que ces périodes puissent être celles de stérilité chez la femme, cela ressort d\u2019une déclaration de la S.Pénitencerie en date du 16 juin 1880.Le même enseignement est contenu en termes clairs dans l\u2019encyclique « Casti cunnubii ».Ce qu\u2019apportent de nouveau les expériences du Dr Ogino, a trait uniquement à la fixation et à la durée des périodes de stérilité ou de fécondité chez la femme : celle-ci étant beaucoup plus brève et celle-là beaucoup plus longue qu\u2019on ne l\u2019avait pensé auparavant.La théorie du médecin japonais, confirmée simultanément par le Dr Knaus, pressentie naguère par le Dr Capellman, reçoit l\u2019approbation d\u2019une multitude de confrères, à commencer par le célèbre Dr Guch-teneere, médecin belge, spécialiste en la matière, qui ne craint pas d\u2019écrire dans le « Saint Luc Médical » de Bruxelles : « Cette théorie dont les bases médicales sont solides et que l\u2019expérience quotidienne confirme amplement, bouleverse de fond en comble les notions communément admises dans le monde tant profane que scientifique ».La formulation théorique s\u2019énonce comme suit : toute femme en conditions normales est stérile 11 jours avant ses maladies périodiques, féconde 8 jours avant ces 11 jours, et de nouveau stérile tout le temps qui précède ces derniers 8 jours.Mais l\u2019application est assez difficile et requiert une attention minutieuse de la part de la femme aidée du médecin de famille.Il s\u2019agit de prévoir la date de la maladie future, point de départ des constatations, pour fixer les dates de stérilité et de fécondité.Tout va aisément quand il s\u2019agit du cycle normal de 28 jours ; ou encore d\u2019un cycle irrégulier, mais régulier dans son irrégularité.L\u2019erreur, toujours possible, viendrait d\u2019un cycle simplement irrégulier, souvent d\u2019observations défectueuses ou encore de circons- 144 Revue Dominicaine tances fortuites, \u2014 telle une violente surprise, \u2014 susceptibles de déranger temporairement les calculs établis.Au point de vue moral, cette pratique permise, et même conseillée avec prudence \u2014 le caute tamen des Sacrées Congrégations \u2014 a l\u2019immense avantage de rassurer les époux honnêtes, soucieux d\u2019accorder leurs obligations de conscience à des nécessités douloureuses, inéluctables en bien des cas.A l\u2019opposé du néo-malthusianisme qu\u2019elle veut combattre, elle offre un moyen légitime, parce que naturel de suspendre et limiter la natalité C1).Par ailleurs elle peut avoir pour but ou pour effet de favoriser la génération ou de l\u2019assurer dans des conditions meilleures, v.g.quand c\u2019est un état de faiblesse ou de maladie chez ia femme, qui y donne lieu.« Mais, lit-on dans les Etudes, elle ne va pas sans risquer de léser quelque peu la fin première du mariage (la procréation des enfants) et demande, pour devenir tout à fait morale, des raisons valables.Une généralisation plus grande de cette pratique paraît mal répondre à l\u2019idéal familial catholique, tel qu\u2019il se présente en nos temps actuels ».(2) Le théologien de Coublevie ne tient pas d\u2019autre langage.Pour ces graves motifs nous recommandons aux intéressés la publication si opportune du R.P.Mayrand.Oui, pour ces graves motifs.En janvier dernier, un journaliste de Montréal, dans un billet à la fois trop léger et (!)\t« Il ne faut pas accuser d\u2019actes contre nature les époux qui usent de leurs droits suivant la droite et naturelle raison, si, pour des causes naturelles dues, soit au temps, soit à certaines défectuosités physiques, une nouvelle vie n\u2019en peut pas sortir » (Casti connubiï) Car alors les fins secondaires du mariage : la culture du sentiment conjugal, le dérivatif au désir charnel justifient les relations.(2) René Brouillard : Causerie de Morale, Etudes, 20 juin 1934. L\u2019esprit des Livres 145 trop lourd, attribuait à une « ironie du sort » que la Revue Dominicaine fût la première à divulguer en ce pays la Méthode Ogino-Knaus.Retenant ce qui pend au bout de ma plume, je dirai simplement : non pas ironie du sort, mais souci professionnel, au surplus partageable, d\u2019éclairer l\u2019opinion catholique sur un problème d\u2019actualité.M.-A.Lamarche, 0.P.R.P.Félix, S.J.\u2014 « La destinée ».Pierre Té-qui, libraire-éditeur, 82, rue Bonaparte, Paris Vie.1933.La Destinée ! Quel mot évocateur ! Et combien opportun en ce temps de trouble universel où chacun se demande vers quoi le monde s\u2019achemine.On perd de vue le but véritable ; on oublie trop souvent Dieu, notre fin dernière.C\u2019est de Lui que traite ce livre.Inutile de dire qu\u2019il contient de précieuses lumières pour le lecteur.Il faut signaler l\u2019art avec lequel l\u2019auteur expose la doctrine de la destinée humaine.Le style simple, vivant, imagé dans lequel ces conférences sont rédigées les rend accessibles à tous ; et tous en retireront de sérieux bénéfices spirituels.A.R.R.P.Athanase Bierbaum, O.F.M.\u2014 « Pusil-lum ».Courtes méditations sacerdotales.\u2014 Tome I.\u2014 Traduction autorisée de l\u2019allemand, par L.Olivie.\u2014 Editions Salvator,.Mulhouse (Haut-Rhin).\u2014 Editions Caster-man, 66, rue Bonaparte, Paris.1934.Trois éditions en moins d\u2019une année, voilà pour « Pu-sillum » un éloge qui rend tous les autres superflus.Tou- 146 Revue Dominicaine tefois, ajoutons que M.l\u2019abbé Olivie a admirablement évité le plaqué si facile en traduction ; de plus, il a pénétré l\u2019esprit du livre à ce point, qu\u2019on le dirait conçu en notre langue française.Malgré l\u2019omission peut-être regrettable d\u2019une table des matières, le traducteur nous conduit dans un ordre parfait au repos désiré auprès du Maître : Requiescite pusillum.Une profonde science scriptuaire se révèle à chaque page de l\u2019auteur et du traducteur.Les âmes chrétiennes, les âmes sacerdotales surtout, y puiseront le sujet d\u2019une sainte édification et d\u2019un zèle conquérant.S.-M.V.« Commentaire ascétique du Magnificat »>, par un moine Bénédictin.Aux Editions Charles Beyart.\u2014 Maison Casterman, 66, rue Bonaparte, Paris VI.En 1933, un fils de saint Benoît publiait sous l\u2019anonymat « Un moine bénédictin » un « Commentaire ascétique du Magnificat ».« Faire mieux connaître les béautés morales de ce cantique pour l\u2019édification des fidèles, voilà le but de cet ouvrage ».Cette déclaration que l\u2019on peut lire dans la préface, indique bien qu\u2019il ne faut pas chercher dans ce livre marial, un commentaire purement exégétique.On doit tout simplement y voir un commentaire théologique et pratique du Magnificat.Un commentaire théologique, parce que l\u2019auteur en explique chaque verset dans la lumière huma-no-divine que lui fournit la théologie catholique sur Dieu, l\u2019Homme-Dieu, la sainte Vierge et notre vie de grâce ; un commentaire pratique, parce qu\u2019en expliquant le Cantique l\u2019auteur ne se contente pas de proposer à notre contemplation la beauté morale de Marie, mais il nous invite toujours à reproduire en notre âme la vie même de la sainte Vierge L\u2019esprit des Livres 147 et nous indique les moyens d\u2019y parvenir.L\u2019Auteur divise le Magnificat en trois sections.La première comprend les quatre premiers versets : Marie exprime les sentiments qu\u2019elle éprouve à la pensée de son élévation à la Maternité divine.La deuxième s\u2019étend du verset 5 à 8 : la Sainte Vierge s\u2019élève à des considérations générales où elle annonce la Rédemption offerte par Dieu, moyennant certaines conditions, à tous les peuples de la terre.Enfin, dans la troisième section, composée des autres versets, Marie restreint sa vue en ne considérant spécialement que les soins providentiels du Très-Haut à l\u2019égard de son peuple élu.Ce commentaire du Magnificat abonde en riches citations.L\u2019auteur est sursaturé d\u2019Ecriture Sainte.On sent qu\u2019il a longuement médité les Psaumes et les Cantiques de l\u2019Ancien Testament.Il est familier avec S.Augustin et S.Grégoire le Grand.Il a su mettre à profit tout ce que S.Bernard et S.Alphonse de Liguori ont écrit sur notre mère du ciel.Il a fait une heureuse utilisation de Bossuet, de S.François de Sales, des deux saintes Thérèse du Carmel et des principaux auteurs qui ont composé des traités maria-logiques.Voilà les sources auxquelles a puisé notre commentateur du Magnificat ! D\u2019après ce fils de S.Benoît, le Magnificat contient pour les commençants, les progressants et les parfaits un enseignement complet sur les trois étapes de la vie intérieure.L\u2019auteur va jusqu\u2019à dire que Marie laissa échapper de son cœur le Magnificat en vue de nous donner un enseignement sur la perfection chrétienne.Au témoignage de la Vierge elle-même, le Magnificat contient les paroles qui lui furent suggérées « lorsque, félicitée par sa parente Elisabeth d\u2019être devenue la Mère de Dieu, elle en rendit grâce et gloire au Seigneur» (p.279).Mais supposons pour un instant que dans sa pensée le Magnificat renferme un en- 148 Revue Dominicaine seignement complet sur la perfection chrétienne, il y aurait alors lieu de se demander si on doit s\u2019autoriser de ce témoignage et tenir que les trois vies, purgative, illuminative et unitive sont d\u2019ordre ascétique *?Ces bienveillantes remarques ne diminuent en rien la valeur de ce livre marial auquel nous voulons une rapide diffusion.Nous terminons par ce vœu de l\u2019auteur : « Puisse le Commentaire ascétique du Magnificat composé en l\u2019honneur de Marie, aider quelques-uns de ses dévots à l\u2019aimer davantage, et leur inspirer un ardent désir de l\u2019imiter.R.-M.Bédard, 0.P.Henri Bouchet \u2014 «Scoutisme et individualité».\u2014 Thèse pour le doctorat ès Lettres.198 p.Alcan, Paris, 1934.Le Scoutisme français marque une date : notre frère chef Henri Bouchet vient de soutenir en Sorbonne la première thèse universitaire française qui lui soit entièrement consacrée.Il s\u2019agit cependant d\u2019une thèse secondaire, la principale a pour titre : « L\u2019individualisation de l\u2019Enseignement ».Le jury, présidé par M.le professeur Lalande, membre du comité des Eclaireurs unionistes, assisté de M.Bou-glé, l\u2019éminent sociologue, rapporteur de la thèse, montra une vive sympathie pour le Mouvement, « fait social considérable ».Soyons donc fiers du travail d\u2019un des nôtres qui nous vaut de tels témoignages.Bouchet n\u2019a pas craint de prendre pour sujet de sa thèse ce que tant d\u2019autres ne considèrent que comme un amusement.Le résultat : « une belle œuvre, pleine de flamme et de foi » (1).(B M.Bouglé. L\u2019esprit des Livres 149 « Cette œuvre offre d\u2019abord à l\u2019éducateur et au psychologue une vision jusqu\u2019ici inédite : un exposé, conforme à leurs soucis et à leur langage, de la force éducative de l\u2019idéal scout ; une justification de cette méthode par sa confrontation avec la psychologie de l\u2019enfant la plus avertie ; une mise en lumière de la conviction qui est comme la clef de voûte de tout le système : (à savoir) que c\u2019est dans l\u2019enfant lui-même que se trouve le principe de sa formation et de son progrès, et que toute tentative de modelage par l\u2019extérieur est vouée à un échec certain» (2).Car les différents détails de la méthode sont analysés, et nous voyons comment ils correspondent aux tendances du garçon : « Qu\u2019il s\u2019agisse de l\u2019attrait exercé sur eux par l\u2019uniforme, de leur amour des insignes et des grades, \u2014 qu\u2019il s\u2019agisse de leur besoin d\u2019agitation, de vacarme, voire de sottises, de leur goût de l\u2019imprévu, de l\u2019irrégulier, de l\u2019exotique, de l\u2019aventure, \u2014 qu\u2019il s\u2019agisse de leur tendance à se grouper, uni au besoin d\u2019affirmer leur indépendance dans un travail librement choisi, de leur goût de commander (ou d\u2019obéir) à des êtres de leur âge et de leur mentalité, le Scoutisme a trouvé moyen de les satisfaire toujours » (p.183).Et l\u2019auteur montre de quelle façon.Les différentes fonctions du jeu, « manifestation du vouloir-vivre, moyen d\u2019enrichissement physique et intellectuel, dérivatif puissant à l\u2019instinct combatif » (p.44 et suiv.) sont bien mises en lumière.Il est particulièrement intéressant de le comprendre au moment où l\u2019on sent le besoin de remettre la technique dans le jeu scout.Car trop souvent celle-ci n\u2019est pas acquise, comme le dit Henri Bouchet, au cours des jeux ; trop souvent aussi les épreuves, (2) R.P.Maréchal, O.P.: « Le Scoutisme en Sorbonne », dans La Vie intellectuelle, n° 10 sept.1933, p.524. 150 Revue Dominicaine 8 ti faute d\u2019être exécutées pratiquement et complètement, ne sont plus cette école de réalisme, cette lutte contre l\u2019à peu près, et le bachotage de nature scolaire qu\u2019il suppose.On en vient à se demander si la technique n\u2019est pas quelquefois une suite d\u2019examens » (3).L\u2019étude de la vie de la patrouille, « groupe autonome qui se suffit à lui-même », donne bien à cette cellule scoute son importance essentielle.Le rôle du Chef de Troupe est, de son côté, défini avec la sûreté de l\u2019expérience, repensée par un éducateur.Il faudrait aussi parler de la formation sociale du scout, prise dans son sens le plus large.On y trouve la description de notre scoutisme français, aux points de vue familial, scolaire, professionnel, civique, interconfessionnel, dans un tableau qui devait être fait.Cette analyse du Scoutisme permet à Henri Bouchet de le comparer au système scolaire traditionnel qu\u2019il maltraite quelque peu, et aux méthodes « d\u2019Education Nouvelle ».Le Mouvement s\u2019oppose fortement aux disciplines pédagogiques encore en honneur à l\u2019école car « son secret n\u2019est-il pas cet état d\u2019esprit spécial, cette conviction absolue que la formation et l\u2019éducation du garçon doivent être tirées de ce qu\u2019il a en lui-même, bien plus qu\u2019imposées du dehors ».Le Scoutisme d\u2019autre part, est, comme « l\u2019Ecole Active », à base de vie et de plein air, de travaux manuels, de libres travaux intellectuels, de « self-government », d\u2019auto-éducation morale.Mais il se montre peut-être supérieur à certaines de ces réalisations qui négligent ou les besoins religieux du garçon ou ce « facteur d\u2019éducation que représente un code précis (la Loi Scoute) adapté à l\u2019enfant et librement accepté par lui » (p.29), ou encore ce « souci d\u2019utiliser jusqu\u2019à la turbulence et aux sot- (3) Le Chef, 15 oct.1933, p.549. L\u2019esprit des Livres 151 tises ».Henri Bouchet ajoute : « en sorte qu\u2019aucune force intérieure, en principe, n\u2019échappe au Scoutisme, et que ce caractère d\u2019intégration psychologique peut servir à le définir : une méthode d\u2019éducation qui, tenant compte des instincts les plus puissants ou les plus précieux des enfants, en favorise et en organise l\u2019exercice pour permettre à chacun d\u2019exploiter ainsi les ressources de son individualité et de développer harmonieusement son moi (p.110).Restait à expliquer « pourquoi la réussite du Scoutisme n\u2019est pas plus complète, soit auprès de certains scouts, soit dans certains milieux ou dans certains pays ».La méthode cependant est souple puisqu\u2019elle permet de réaliser ces scoutismes « paradoxaux » que sont ceux de l\u2019enfance coupable, des souffrants, des allongés, des aveugles, sourds-muets, lépreux eux-mêmes, (citation très vivante sur l\u2019activité d\u2019une de ces troupes comme l\u2019Inde en compte plusieurs).Ce n\u2019est pas Baden-Powell qu\u2019il faut incriminer, mais à côté des difficultés bien connues, tenant à la famille, à l\u2019école, au manque de chefs, aux caractères inadaptables, etc.Henri Bouchet signale l\u2019excès de règlementation, et, ce qui est plus grave, la trop grande complication des épreuves.Enfin la Route n\u2019a pas trouvé complètement sa voie et 90% des aînés nous quittent encore.Comme remède, Henri Bouchet propose le retour à B.P.: par exemple ne pas exiger du scout de 1ère classe français la connaissance de plus de nœuds que n\u2019en prévoit « Eclaireurs » ou encore, en ce qui concerne les routiers, découverte du 5% de bon des plus mauvais caractères, a-daptation de nos programmes aux désirs et aux besoins des jeunes, très grande souplesse d\u2019organisation et d\u2019activité.Henri Bouchet a d\u2019ailleurs sur cette branche des idées originales, en ce qui concerne notamment l\u2019entraînement des novices routiers à qui le chef ne doit pas demander l\u2019héroïsme, au début tout au moins, et le local qui doit être confortable, agréable, pour que les Routiers aiment à s\u2019y retrouver loin des sollicitations de la rue. 152 Revue Dominicaine En ce qui concerne l\u2019instinct religieux, Henri Bouchet nous paraît avoir été bien inspiré en faisant cette citation de M.Thamin : « Refuser la religion à l\u2019enfant, c\u2019est la refuser à l\u2019âge mûr, car la religion s\u2019insinue plutôt quelle ne s\u2019enseigne», (p.43, note 1, in fine).Certains craindront peut-être que la lecture de cette thèse soit difficile ou que son vocabulaire soit trop technique.Qu\u2019ils se détrompent : le style est scout, clair, vivant, accessible à tous et les préoccupations d\u2019Henri Bouchet sont les nôtres.Bien qu\u2019il ne parle pas des caractères particuliers du Louvetisme, les Chefs de Meute tireront de ce livre une meilleure compréhension de la Méthode et, par là, de «leur» méthode.Les Chefs de Troupe en profiteront plus encore.Quant aux Chefs Routiers, ils y trouveront à côté d\u2019une étude très poussée de la psychologie, parfois si déconcertante, du jeune homme, une mine d\u2019idées pratiques pour une « Route » meilleure.P.et L.Bray R.P.M.-H.Lelong, O.P.\u2014 « L\u2019évangile de Lisieux ».Conférences par T.S.F.diffusées par Radio-Strasbourg P.T.T.233 pp.Librairie Saint-Paul, 6, rue Cassette, Paris.« L\u2019évangile de Lisieux », voilà un titre qui à première vue ne manque pas de faire sursauter même celui qui a fini par s\u2019habituer à entendre tous les éloges possibles à l\u2019endroit de la « petite sainte ».L\u2019on ne pouvait guère pousser plus loin l\u2019audace admirative.Pourtant à la lecture du livre, surtout de la première conférence, l\u2019on s\u2019explique facilement cet énoncé.Sainte Thérèse de Lisieux \u2014 Pie XI n\u2019a-t-il pas dit quelle s\u2019était faite une « Parole de Dieu » \u2014 nous a vraiment apporté un message ; oh ! rien de neuf, parce que tout a été dit dans l\u2019Evangile.Mais ce qu\u2019elle a, pour sa part, décou- « L\u2019esprit des Livres 153 vert et ce qu\u2019elle nous a surtout montré du Message divin, est bien de nature à nous faire mieux comprendre les enseignements du Maître.Et quand l\u2019auteur, pour son compte, réussit à nous faire voir « combien l\u2019humble vie chrétienne est belle lorsqu\u2019on la découvre avec les yeux de Thérèse de Lisieux » (p.16), il a parfaitement le droit d\u2019intituler son recueil de conférences : L\u2019évangile de Lisieux.Nous ne croyons pas que la petite sainte elle-même ^e fût refusée à ce titre quelque peu hardi, elle qui avait fait de l\u2019Evangile son unique livre, son livre d\u2019oraisons : Pour moi, je ne trouve plus rien dans les livres, si ce n\u2019est dans l\u2019Evangile.Ce livre-là me suffit» (p.41).Parler de l\u2019évangile de Lisieux ne peut donc avoir « rien de contradictoire ou de blasphématoire » (p.43).C\u2019est dire que la matière qui fait le fond des sujets traités a été puisée à bonne source.Dans son dernier entretien, voulant montrer le « vrai visage » de la petite sainte, l\u2019auteur nous dit avec beaucoup de charme : « Son visage ! je ne sais plus si je parle de Thérèse ou de Jésus : nous avons tellement mélangé l\u2019Histoire d\u2019une âme et l\u2019Evangile ! » (p.207) Voilà de quoi rassurer tous les genres de lecteurs et d\u2019auditeurs.Nos frères séparés d\u2019outre-mer (ils ne doivent pas craindre, eux, le français à la radio) qui ont écouté ces conférences religieuses d\u2019un prédicateur catholique n\u2019ont pas dû se sentir trop dépaysés.L\u2019orateur ne les a pas oubliés : en plus d\u2019un endroit, il s\u2019adresse à eux directement et répond à leurs objections et à leurs préjugés avec assez de justesse et de charité pour les faire s\u2019arrêter et réfléchir, peut-être même les éclairer.Quant aux auditeurs catholiques, ils auront appris une fois de plus que l\u2019imitation de Jésus-Christ n\u2019est jamais plus parfaite qu\u2019en « ceux qui ont retrouvé Jésus et qui nous lisent son message » (p.43), et qu\u2019ils demeurent par conséquent nos meilleurs modèles et nos aides les plus 154 Revue Dominicaine puissants dans l\u2019œuvre de notre sanctification personnelle.Aux âmes tourmentées \u2014 toutes le sont plus ou moins par ces temps de crise \u2014 l\u2019auteur rapprend, à la suite de la petite sainte toujours, une vieille manière de se servir de la religion et de la vie : « le bonheur par le devoir journalier », « le prix des petites choses ».Les âmes plus religieuses, avides sans cesse de nourriture spirituelle, y trouveront un aliment des plus sains et des plus substantiels.La doctrine mystique de sainte Thérèse de l\u2019Enfant-Jésus, faite de confiance et d\u2019abandon en Dieu, ne peut manquer de faire germer en ces âmes d\u2019ordinaire généreuses, la semence de la divine charité, et la faire s\u2019épanouir en fruits de paix, de joie et de miséricorde.En somme, nous croyons que toutes les âmes, même celles qui ont pu suivre à la radio la série des conférences du Père Lelong, (elles aimeront en lire le texte pour le mieux méditer) tireraient grand profit de ces causeries religieuses.Le souffle apostolique qui les anime, la « brièveté », la « clarté » et l\u2019« intimité » du style, le souci constant de l\u2019auteur « de nous faire retrouver le vrai visage de la petite Thérèse de Lisieux », (p.217) tout cet ensemble contribue à toucher le lecteur comme il a dû remuer l\u2019auditeur, et à éclairer l\u2019un et l\u2019autre sur le problème de la vie chrétienne.Mais ce dont nous voulons surtout, pour notre part, féliciter le R.P.Lelong, c\u2019est de nous avoir fait connaître et aimer la petite sainte en nous la montrant telle qu\u2019elle est.Avec lui nous voudrions écrire : « je suis agacé, quelquefois, par ce mercantilisme pieux, cette religion de surface où il s\u2019agit de tout sauf de l\u2019essentiel » (p.109), et où l\u2019on finit par nous faire oublier la mission autrement élevée de sainte Thérèse de Lisieux.« Oh ! nous n\u2019avons pas méprisé l\u2019intercession de la sainte à la pluie de roses, et nous continuerons de l\u2019invoquer dans nos misères les plus terrestres, car, pour le moment, nous ne saurions nous L\u2019esprit des Livres 155 contenter du Pain des Anges.Mais comme nous aurions tort d\u2019oublier son grand enseignement, qui est la véritable conception chrétienne de la vie ! » (p.208).Aussi, sommes-nous bien reconnaissant au R.P.Le-long de nous avoir montré le « vrai visage » de sainte Thérèse de l\u2019Enfant-Jésus.T.-M.Rondeau, O.P.R.P.Hyac.Maréchal, O.P.\u2014 « Figure du Scoutisme en France ».\u2014 Un volume in-8° couronne de 100 pages.\u2014 Editions Spes, 17, rue Soufflot, Paris 5e, 4 fr.Un livre neuf à beaucoup d\u2019égards.Pour trouver des renseignements sur les différentes branches du scoutisme français, l\u2019on n\u2019avait jusqu\u2019ici que la sèche énumération des manuels de scoutisme.Voici désormais, en tableaux synoptiques, le texte de la Loi Scoute interprété par chaque Fédération Française ; voici surtout, exposée objectivement à la lumière des études les plus récentes, l\u2019attitude de chaque branche scoute vis à vis de la question religieuse, la seule qui motive la distinction en branches diverses des scouts français.Un livre neuf à beaucoup d\u2019égards.Pour trouver des Eclaireurs la croyance en Dieu, l\u2019auteur souligne opportunément la situation anormale où se trouvent certains éclaireurs neutres qui suppriment la mention de Dieu dans leur Promesse, et celle des Israélites non encore admis dans la fraternité scoute.On lira aussi avec curiosité \u2014 peut-être avec passion \u2014 pourquoi il rejette un terme déjà courant, celui de « Spiritualité Scoute » en un sens qui tendrait à placer l\u2019idéal S.D.F.sur le même plan que les différentes écoles de spiritualité au sein de l\u2019Eglise Catholique.Un livre qui, parce qu\u2019il concerne tous les Scouts français, doit se trouver entre les mains de tous ; de tous 156 Revue Dominicaine les Eclaireurs et de leurs Chefs, mais aussi de tous les éducateurs et directeurs de jeunesse qui pourront, grâce au R.P.Maréchal, pénétrer d\u2019emblée « au cœur du Scoutisme Français ».Albert De Meyer, O.P.\u2014 « Le procès de l\u2019attentat commis contre Guillaume le Taciturne, Prince d\u2019Orange», 18 mars 1582.Etude critique de documents inédits.\u2014 1 volume grand in-8° 19 x 28 XVI-244 pages sur papier vergé, 7 documents dans le texte, 16 documents hors texte.Prix : 100 francs belges.L\u2019Edition Universelle, S.A.53, rue Royale, Bruxelles.La Hollande célèbre cette année l\u2019anniversaire de la naissance de Guillaume le Taciturne, prince d\u2019Orange.De grandioses cérémonies et de nombreux discours ont glorifié la mémoire et commémoré les principaux événements de la vie très mouvementée du fondateur de la dynastie néerlandaise.L'Etude critique de documents inédits que nous présentons aux fervents de l\u2019histoire ajoute quelques mises au point et fait subir d\u2019importantes rectifications au récit traditionnel du premier attentat commis contre la vie du Taciturne à Anvers, le 18 mars 1582.Ces mises au point et ces rectifications font apparaître sous un jour nouveau cet incident si souvent narré et forcent de modifier les jugements portés par les historiens sur deux personnages qui furent mêlés à l\u2019affaire et trop longtemps calomniés.L\u2019Introduction à cet ouvrage est de la main d\u2019un historien renommé, particulièrement versé dans la connaissance du XVIe siècle, et met en relief l\u2019importance et le contenu L\u2019esprit des Livres 157 de ce volume où est exposée, dans une analyse serrée et pénétrante, l\u2019action dirigée contre les complices de l\u2019attentat.La phototypie des 23 pages les plus intéressantes du manuscrit en question donnée en supplément à I\u2019Etude permettra aux érudits de suivre aisément l\u2019auteur dans l\u2019examen auquel il les soumet, et de vérifier les conclusions auxquelles il aboutit.M.-H.Lelong, O.P.\u2014 « Pèlerinages d\u2019Alsace ».33 bois Originaux de J.Journet, 172 p.Editions F.-X.Le Roux & Cie, Strasbourg, 21, place de la Cathédrale.Prix franco : 13 f.En publiant un volume de causeries par T.S.F.sur des œuvres charitables d\u2019Alsace, le R.P.Lelong avait inauguré, l\u2019anné dernière, un nouveau rayon à notre bibliothèque, déjà si variée, des alsatiques.Voici maintenant le recueil des reportages diffusés par Radio-Strasbourg P.T.T.que le conférencier dominicain a récemment consacrés aux pèlerinages alsaciens les plus marquants.C\u2019est dire le caractère de cet ouvrage qui ne pouvait être ni un travail d\u2019érudition, ni un ensemble de monographies pieuses, mais des entretiens pleins de vie et d\u2019animation.Avec le texte du premier reportage confié au microphone sur le sommet même du Mont Saint-Odile, les sans-filistes \u2014 et les autres ! \u2014 visiteront, pour leur plus grande joie, les pèlerinages célèbres du Bas-Rhin et du Haut-Rhin : Notre-Dame de Marienthal, Notre-Dame des Trois-Epis, Notre-Dame de Thierenbach .Ajoutons qu\u2019une riche série de bois gravés, signés de M.J.Journet et une présentation typographique fort élégante, font des Pèlerinages d\u2019Alsace un petit livre agréable, qui sera aimé des Alsaciens et des amis de l\u2019Alsace. 158 Revue Dominicaine Accusés de réception Les dialogues de la Creche, par l\u2019abbé Victorin Germain.Brochure de 50 pages à grand format.Prix : 10 sous Une mine de renseignements sur la Crèche St-Vincent de Paul à Québec, d\u2019observations morales et de récits touchants.S\u2019adresser à l\u2019auteur, 680 bis, Chemin Ste-Foy, Québec.Catéchisme pittoresque, par le même.Prix : 15 sous.C\u2019est aux évêques qu\u2019il appartient d\u2019imposer tel ou tel catéchisme aux écoles de leur diocèse.Les parents à domicile et les maîtres privés trouveront dans celui-ci un instrument des plus efficaces, grâce à la clarté du texte et si sa bonne disposition qui le mettent à la portée des enfants eux-mêmes.Les députés de la région des Trois-Rivières, par Francis-J.Audet.No 13 de la Série A des Pages Trifluviennes.85 p.Les Editions du Bien Public, Les Trois-Rivières 1934.Fruit d\u2019une documentation recueillie patiemment au cours d\u2019une quarantaine d\u2019années de recherches.Vingt leçons d'agriculture, par M.l\u2019abbé Eddie Hamelin et M.Lucien Hamelin.Ouvrage orné de 70 gravures.Relié toile.Prix : $1.15.Cet ouvrage, « livre du professeur », est destiné aux classes des 5ème et 6ème années du Cours supérieur.La crise actuelle de la colonisation et de l\u2019agriculture en souligne l\u2019opportunité.ï.î'ai-'r^'igg L\u2019esprit des Livres 159 Le Canadien-français, par M.l\u2019abbé Eddie Hamelin.Brochure de 14 p.Prix : 5 sous.Où l\u2019on répond par des faits au parti pris de dénigrement de certains écrivains au sujet de la pureté de nos origines.Le foyer chrétien, par Marguerite Baur, 1 vol.in-8 couronne.\u2014 Prix franco pour l\u2019Etranger : 6 f.70.Aubanel Aîné, 15, Place des Etudes, Avignon.L\u2019auteur nous montre, dans son œuvre, que les vertus chrétiennes pratiquées au foyer, sont la plus sûre garantie du bonheur domestique et, par contre-coup, de la paix sociale, car ces vertus sont le meilleur des apostolats.La crise civique et religieuse du foyer, par le R.P.Ser- tillanges, O.P.Une brochure in-8° tellière de 48 pages, 3 frs ; franco, 3 fr.30.Editions Spes, 17, rue Soufflot, Paris (Ve).Inutile de marquer l\u2019utilité des réflexions que nous présente ici un connaisseur des âmes et des réalités sociales.On s\u2019apercevra, à les voir rappeler avec cette netteté et cette maîtrise, combien les plus essentielles notions sont négligées de nos éducateurs, parfois même des maîtres et des parents les plus sincèrement catholiques.Nos serviteurs, par le R.P.Sertillanges, O.P.Une élégante plaquette de 48 pages, 3 fr.; franco, 3 fr.30.\u2014 Editions Spes, 17, rue Soufflot, Paris (Ve).L\u2019auteur qu\u2019un docte «Saint Thomas d'Aquin» fit entrer comme philosophe à l\u2019Institut de France, nous parle de « nos serviteurs ».C\u2019est qu\u2019aucun problème humain ne lui est étranger.Celui-ci est abordé de haut, sans la moin- 160 Revue Dominicaine dre idolâtrie des conventions, avec un sens très direct des situations nouvelles.Carême a Notre-Dame de Montréal, par le R.P.Paul Doncœur, S.J.En sept fascicules d\u2019une quinzaine de pages, L\u2019Action Paroissiale, 4260, rue Bordeaux, Montréal, 1934.Mois de Marie d'après VEvangile dans la Liturgie, par l\u2019abbé J.-B.Bord.Lin vol.in-16 de 224 p.Desclée et Cie.Tournai (Belgique 1934.Prix : 1.15 belga.La Sainte Hostie, par le R.P.Roupain, S.J.Brochure in-18 de 64 p.Desclée et Cie, Tournai (Belgique) 1934.Prix : 0.35 belga.Les bons anges, par M.-H.Lelong, O.P.\u2014 Illustrations de Albert Puyplat.\u2014 Desclée de Brouwer et Cie, Editeurs 76 bis, rue des Saints-Pères, Paris (Vile).Prix, relié : 10 f.Un enseignement religieux très profond mis à la portée des enfants et qui s\u2019enveloppe de fantaisie, parfois d\u2019humour, tel est l\u2019idéal que s\u2019est proposé la direction de l\u2019Année en Fêtes, telle est aussi la réussite que nous apporte le R.P.Lelong avec son livre : «.Les Bons Anges».Rarement, tant de fond doctrinal a pu s\u2019unir à tant de gaieté.Les petits liront et reliront certainement pour leur plaisir le catéchisme des Anges, aussi complet et précis qu\u2019il peut l\u2019être pour les enfants.En dépit de sa valeur théologique, ils n\u2019y trouveront pas un mot qui ne soit de leur vocabulaire usuel. PROTECTION ASSUREE CONTRE LE FEU, LE VOL, LA PERTE.Un coffret de sûreté dans l\u2019une ou l\u2019autre de nos voûtes modernes, met les documents précieux, les objets, les valeurs que vous nous avez confiés, à l\u2019abri du feu, du vol, de la perte ou de toute autre éventualité.Louez votre coffret aujourd\u2019hui.La charge minime qui est exigée constitue pour vous une assurance à un coût peu élevé.Il y a une succursale de la Banque Provinciale du Canada non loin de chez-vous.La Banque Provinciale du Canada M.S.J.B.Rolland Président Chs.A.Roy Gérant Général.PRECIEUSE EXPERIENCE Les trois dernières années ont fait comprendre à plus d\u2019un homme et d\u2019une femme la nécessité d\u2019une expérience consommée et d\u2019un jugement vif dans les transactions financières.La contrainte des conditions présentes rend ces avantages doublement appréciables dans l\u2019administration de vos immeubles, valeurs et autres biens.Faites avec la Capital Trust un contrat de fiducie à vie.Protégez vos capitaux et assurez-vous un revenu régulier, pour vous-même ou pour tout autre bénéficiaire.VENEZ OU ECRIVEZ-NOUS POUR PLUS AMPLES DETAILS CAPITAI TRUST Corporation Limited MONTREAL\tOTTAWA\tTORONTO More Them 517,000,000 Under Our Administration GARANTIE DOLLAR POUR DOLLAR \u201cEt à l\u2019heure de notre mort.\u201d! 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