Revue dominicaine, 1 octobre 1934, Octobre
[" M R-382-EX.2 JB oiniimiif (Octobre 1934 ^Refute ^Imnhttcaîtte Paraît chaque mois à 80 pages Directeur R.P.M.-A.Lamarche Conseil de Rédaction RR.PP.Ceslas Forest Benoît Mailloux Raymond Voyer Th.-M.Lamarche Albert Saint-Pierre Abonnements Canada :\t$2.00 Etranger :\t$2.25 Avec le « Rosaire » : 25 sous en plus par an Le numéro :\t25 sous La Revue ne sera pas responsable des écrits de collaborateurs étrangers à l\u2019Ordre de S.Dominique.EN NOVEMBRE QUE VAUT LA FOI DE NOTRE PEUPLE ?par le R.P.Antonin Lamarche, O.P.Professeur d\u2019Apologétique LEE ECOLES CATHOLIQUES DANS L\u2019ONTARIO par le R.P.Georges-H.Lévesque, O.P.Professeur de Sciences Sociales 5375, Av.N.-D.de Grâce, Montréal (Canada) Réponse à l\u2019Enquête « Vie intellectuelle, idées ou préoccupations religieuses de nos professionnels » On veut bien m\u2019appeler en témoignage, à l\u2019enquête instituée par la Revue Dominicaine touchant les préoccupations intellectuelles et les idées religieuses des professionnels de chez nous.C\u2019est le cas de répéter : Périlleux honneur ! Les avocats font de mauvais témoins.Au lieu de dire seulement les faits, insconsciemment ils plaident, ou dressent un réquisitoire.Fort heureusement, j\u2019ai vu défiler dans la boîte avant moi plusieurs témoins venus de divers horizons des carrières professionnelles, et j\u2019ai écouté leurs témoignages .assez divergents.Cela raccourcira le mien, sous beaucoup de rapports.D\u2019autant que je veux me borner à envisager le cas des hommes de loi.Faut-il voir tout en rose ou tout en noir, lorsqu\u2019on cherche à rendre compte des préoccupations intellectuelles et des idées religieuses de ceux qui se recommandent, chez nous, à des titres divers, de la profession légale ?Je réponds que la vertu est de dire les choses telles qu\u2019elles sont, 162 Revue Dominicaine tout en gardant la mesure, ce qui n\u2019est pas aussi aisé qu\u2019on le croit.M.le magistrat Ferdinand Roy a exprimé des vérités cruelles, dont la bonhomie souriante et l\u2019ironie à fleur de peau de M.Paul Fontaine devaient, d\u2019avance, émousser la pointe.Et M.Paul Gouin a cité des faits et énuméré des œuvres qui existent, tout de même.Dans notre petit monde aussi, la bourrasque économique et sociale a fait tournoyer les têtes.Les unes ont culbuté et gisent encore sens dessus dessous.D\u2019autres restent suspendues aux voltiges du doute téméraire.Mais il en reste assez qui s\u2019appliquent résolument à la tâche d\u2019approfondir le pourquoi de leurs convictions doctrinales, pour mieux se fixer dans le vrai et crier casse-cou à la masse que les extrêmes séduisent tour à tour.Il est indéniable que notre jeunesse est secouée profondément.Elle regarde de tous ses yeux grands ouverts.Elle écoute parler et elle se permet des lectures troublantes.Et chacun propose un système à régénérer la société.Plusieurs idoles ont mordu la poussière, et c\u2019est tant mieux, \u2014 je veux dire plusieurs sophismes ou systèmes faux qui avaient eu trop de vogue.Que sortira-t-il des bouleversements actuels?Dieu le sait, et sa Providence y met la main.Nous sommes à un tournant.Nous cherchons un tuf où bâtir une société politique plus juste et Réponse à l'Enquête 163 plus vraie.Que dire de nos idées religieuses ?J\u2019ai remarqué depuis longtemps qu\u2019un bon groupe parmi nos hommes de loi pratiquent assidûment la retraite fermée.Un bon groupe aussi ne craignent pas de se compromettre ouvertement dans les œuvres paroissiales.Mais je crains que, chez la masse, l\u2019esprit mondain n\u2019ait tué l\u2019esprit de prière.Plusieurs, en tout cas, qui devraient avoir des convictions religieuses rayonnantes, ont ou se donnent figure de tièdes ou d\u2019indifférents.Ils sont tout à fait dans le monde.Ce sont, deux fois, des profanes.Et puis, il y a les sceptiques .Mais je vois que toutes ces choses ont été dites.Je veux donc envisager le problème par un autre côté, celui de certaines réalisations qui s\u2019imposent.On voudra bien n\u2019entendre ici qu\u2019un modeste professeur de droit, que sa matière a conduit à découvrir des lacunes qu\u2019il faudrait combler sans retard.Une Providence que je remercie tous les jours a permis que j\u2019enseignasse la philosophie et l\u2019histoire du droit, matière extrêmement intéressante, et inépuisable en quelque sorte.C\u2019est là, aux confins des législations divine et humaine, ecclésiastique et civile, et aux points de rencontre des deux disciplines scientifiques qui se par- 164 Revue Dominicaine tagent cet objet de connaissance, que j\u2019ai pu voir le trou béant de nos déficiences.Les tenants de ces deux disciplines suivent des routes parallèles, mais, à maints endroits, leurs chemins divers, bien loin de se rapprocher ou de se confondre, tendent à s\u2019écarter indéfiniment.Devant tant de problèmes qui nous assaillent les uns et les autres, et devant toutes ces erreurs qui encombrent la littérature du droit profane, une énergique réaction s\u2019impose.Il y a deux choses à faire : 1° établir par en haut des contacts plus étroits et plus suivis entre nos deux disciplines ; 2° compléter en même temps, ou réorganiser, s\u2019il le faut, l\u2019enseignement de nos chaires universitaires.Il faut d\u2019abord établir par en haut tous les contacts nécessaires.Je veux dire qu\u2019il importe de multiplier au plus tôt, chez nous, non seulement dans les villes les plus importantes, mais encore dans nos petites villes, les Sociétés d\u2019études où théologiens, philosophes, canonistes et juristes seront invités d\u2019office à se grouper, pour s\u2019éclairer mutuellement en échangeant leurs observations quotidiennes et pour étudier à fond, et d\u2019un commun accord, tous les grands problèmes de permanente actualité.Qu\u2019est-ce que la loi, le droit, la justice, et comment tout cela se trouve-t-il à prendre figu- Réponse à l'Enquête 165 re dans une société et un univers parfaits ?A ces questions, qui paraissent très simples, combien de nos hommes de loi peuvent donner une réponse exacte ?Combien de nos juristes peuvent s\u2019aventurer à disserter là-dessus sans trébucher bientôt sur le sophisme libéral et balbutier une philosophie fausse, où l\u2019on fait plus ou moins table rase de la loi éternelle, de la loi naturelle et du droit public de l\u2019Eglise ?Or nous n\u2019avons plus le droit de nous contenter de vieilles idées biscornues en répétant la rhétorique artificieuse des légistes de la Révolution, héritiers de ceux qui inventèrent les libertés dites gallicanes.Je ne jette aucunement la pierre à nos Collèges.J\u2019ai appris à mon Collège, et d\u2019un professeur émérite, les données de la vraie philosophie.Mais c\u2019est arrivé dans la pratique du droit, et dans ce domaine, ou prédomine une philosophie fausse, il faut avoir une philosophie solide, pour repousser tout le faux qui existe dans une littérature juridique parsemée de demi ou de contrevérités.Les Sociétés d\u2019études dont je parle projetteraient une lumière décisive sur les fondements nécessaires de la science juridique.Et elles s\u2019organiseraient pour diffuser cette lumière et chasser les ténèbres.J\u2019ai parlé du droit public de l\u2019Eglise.Voilà une science qu\u2019il faut développer.Quelle pitié 166 Revue Dominicaine d\u2019entendre encore soutenir la vieille thèse libérale allant à exalter au-dessus de tout la juridiction civile, au point qu\u2019elle absorbe toutes les autres, y compris la spirituelle ! Comme si la souveraineté, bien loin d\u2019être unique et absolue, et à base territoriale ou étatique, n\u2019était, au contraire, en rapport étroit avec l\u2019institution, étatique ou non, nationale ou non, temporelle ou spirituelle, qui a droit de la revendiquer comme son attribut propre ! Est-ce que les fondements du droit constitutionnel, du droit politique d\u2019un pays, ne reposent pas sur quelques-unes des thèses fondamentales de la philosophie traditionnelle touchant la société civile ?Ces thèses, il faudrait les développer, les adapter aux contingences nouvelles.Ici encore, le vocabulaire du juriste profane aurait besoin d\u2019être confronté avec les principes thomistes, et le thomiste, de rectifier la langue et les idées du politique.Pouvons-nous rester indifférents devant le système de Freud et toutes les théories modernes au sujet de la criminalité ?Voilà encore du travail pour les Sociétés d\u2019études dont j\u2019ai parlé.Elles peuvent, en écartant la gangue, trouver là un utile filon.Il leur appartiendrait, en tout cas, de pourchasser l\u2019erreur dans ses retranchements les plus secrets.Nos criminalistes ont besoin d\u2019être éclairés, et qui les éclairera si ce ne sont nos théologiens et nos moralistes ? Réponse à l'Enquête 167 Le droit civil, à cause de son amplitude même, a des répercussions presque infinies.Le droit de la famille, d\u2019abord.Quel vaste domaine à étudier ! Et que d\u2019idées fausses à tuer! En quoi notre Code civil et la législation canadienne sont-ils défectueux, sous ce rapport ?Il faut le savoir et il faudrait le dire.On ne manque pas de répéter que notre régime des obligations et des contrats dérive du droit romain.L\u2019observation est juste, mais elle n\u2019est pas complète.Il faudrait montrer comment la civilisation chrétienne a pu renouveler les formes antiques et spiritualiser davantage cette branche du droit.Il faudrait aussi examiner en commun et par le menu \u2014 ce qui serait fort intéressant \u2014 jusqu\u2019où notre droit des obligations et des contrats s\u2019accorde avec la théologie morale ou s\u2019en écarte.Quel est \u2014 quel doit être \u2014 le fondement de la responsabilité, en droit civil ?Doctrine et jurisprudence ont formulé toutes sortes de théories, pour dire à nos juristes jusqu\u2019où il est loisible d\u2019y faire confiance.On nous a donné une législation statutaire extrêmement touffue.Nos Lois des compagnies sont sévèrement critiquées.Cette législation a donné lieu à des abus abominables.Tant que la prospérité durait, on fermait les yeux.Maintenant qu\u2019à la suite de Pie XI de sévères enquêtes ont été menées sur les agissements d\u2019un injuste 168 Revue Dominicaine capitalisme, nos juristes n\u2019ont plus le droit d\u2019ignorer les tares d\u2019une législation abusive.Mais la matière est difficile.C\u2019est affaire de technique et de finance.Encore là, nos juristes pourraient révéler à nos moralistes un vocabulaire et des secrets qui permettraient à ceux-ci de développer les vieux traités, en les adaptant mieux aux contingences fuyantes des sociétés contemporaines.Ce sont là autant d\u2019exemples, que l\u2019on pourrait multiplier.J\u2019ai voulu dire que tous nos meilleurs esprits \u2014 théologiens, philosophes, canonistes et juristes \u2014 doivent s\u2019unir pour se mieux connaître, étudier en commun et s\u2019éclairer mutuellement, aux fins de distribuer la lumière à tous ceux à qui la lumière est due.Transposons maintenant ces données dans le champ de l\u2019enseignement universitaire.C\u2019est dire que nos Facultés devront compléter ou réorganiser pour autant leur enseignement, en y introduisant ou développant l\u2019étude des matières que j\u2019ai indiquées.Je ne jette la pierre à personne.Nos Universités ont accompli des prodiges, avec le mince budget dont elles pouvaient disposer.Mais il faut apporter une attention plus diligente encore à la formation des hommes de loi de demain.Là où il existe un cours de philosophie du droit, il faudrait ajouter un cours de droit naturel.Et là Réponse à l'Enquête 169 où le droit public de l\u2019Eglise n\u2019est pas enseigné, il faudrait créer une chaire de droit public de l\u2019Eglise.J\u2019irai plus loin.Est-il concevable que nos hommes de loi sortent des Universités sans connaître ce que c\u2019est que le droit canonique et sans en avoir appris au moins les rudiments ?Et il me paraît qu\u2019une formation juridique n\u2019est complète que si un juriste sait assez de philosophie et de théologie morale pour discerner sans trop d\u2019efforts les lacunes du Code et de la Législation statutaire.Sans compter que, nanti de toutes ces connaissances, le juriste législateur saurait et ferait mieux son métier.Sans doute, je n\u2019apprends là rien de nouveau à personne .La soudure des esprits, la jonction de nos deux disciplines sont en train de s\u2019accomplir.Les Semaines sociales, les Congrès, diverses Sociétés et Revues ont déjà fourni l\u2019occasion d\u2019une entente harmonieuse et féconde.Mais ces contacts ne sont pas assez poussés ni assez suivis.Plusieurs Ecoles, des chaires universitaires nouvelles tendent à couvrir le champ que j\u2019ai montré.Mais ces divers enseignements doivent trouver place, à titre obligatoire, dans no§ Facultés de Droit.Voici qu\u2019un juriste américain de marque, M. 170 Revue Dominicaine James Brown Scott, secrétaire de la Fondation Carnegie pour la paix internationale, ne craint pas de publier, dans une grande Revue de son pays (Georgetown Law Journal, mars 1934), une fervente étude sur Suarez, dont il analyse par le menu le Traité de Legibus, après avoir fait le même honneur et adressé un non moins fervent hommage à François de Vittoria.Et n\u2019est-ce pas la Canadian Bar Review (Paul Martin, avril 1934) qui publiait une énergique revendication de la loi naturelle et d\u2019une règle morale internationale supérieure aux Etats, en citant à maintes reprises saint Thomas d\u2019Aquin ?Ces deux cas, tout récents, prouvent bien, après maints autres, que la vérité n\u2019a qu\u2019une chose à faire : paraître elle-même et se montrer hardiment.Le monde attend la vérité.A l\u2019heure où la société tremble sur ses bases, à une époque où l\u2019Eglise du Christ est persécutée avec a-charnement, il faut faire plus et mieux que par le passé.Ayons toutes les hardiesses de la vérité libératrice.Je résumerai ainsi mon témoignage : Faisons le point de toutes nos énergies intellectuelles et de nos deux disciplines scientifiques, pour arriver à cette autre formule, plus pleine et plus parfaite : Faisons synthèse ! Léo Pelland, avocat, Professeur à l\u2019Université Laval QiTest-ce qu\u2019un dosme?(Suite) IV Il y a un dépôt de la foi.C\u2019est l\u2019ensemble des vérités garanties par l\u2019autorité du divin Révélateur.Ces vérités sont des mystères, qui, considérés en eux-mêmes, apparaissent comme le fondement éloigné du dogme.Le dogme lui-même consiste en l\u2019appréhension ou connaissance humaine que nous pouvons avoir de cette réalité.La formule dogmatique est l\u2019expression également humaine de notre connaissance imparfaite du mystère.La notion catholique du dogme que nous désirons présentement expliquer a un aspect dogmatique et un aspect philosophique.Car, dans l\u2019Eglise catholique, où l\u2019autorité joue un rôle si bienfaisant, la notion et la nature du dogme ne sont pas seulement déterminées par les théologiens, mais il y a une définition dogmatique du dogme.A la première vue, cela peut paraître étrange.Quand on y réfléchit un peu, on comprend la profonde sagesse de l\u2019Eglise procurant ainsi à ses enfants la meilleure garantie qu\u2019ils 172 Revue Dominicaine puissent désirer contre l\u2019hérésie, l\u2019erreur et leur propre faiblesse.Cette notion ou définition du dogme émanant directement de l\u2019autorité nous est d\u2019abord indiquée, en substance, par le Concile du Vatican (Sess.III, c.3), lorsqu\u2019il enseigne la nécessité de croire de foi divine et catholique tout ce qui est contenu dans la Sainte Ecriture ou dans la Tradition, puis proposé par l\u2019Eglise à la foi de tous les fidèles comme divinement révélé (Denz.1792).Les Pères du Concile, il est vrai, n\u2019emploient pas ici le mot dogme ; mais ils nous livrent quand même ce que comporte la chose.Et plus avant, dans la même Constitution, après avoir déclaré le pape infaillible quand il définit une vérité de foi ou de morale, ils appellent expressément cette définition de l\u2019infaillibilité pontificale un dogme divinement révélé : dogma divinitus revelatum (Sess.IV, c.4 ; Denz.1839).Par conséquent, de ces deux déclarations conciliaires nous pouvons déduire la définition suivante du dogme chrétien : « Est doctrina re-velata de fide vel moribus quæ in verbo Dei scrip-to ordinario et universali magisterio tanquam divinitus revelata definitur atque ut ab omnibus credenda proponitur ».Un dogme est donc, en substance et selon les termes mêmes du Droit canonique, une vérité révélée par Dieu et directement proposée comme telle par l\u2019Eglise à notre Qu\u2019est-ce qu\u2019un dogme ?173 croyance.C\u2019est ici, je pense, le lieu de marquer la différence profonde qui existe entre un dogme et un mystère.Ce serait une très grave erreur de croire que par ses définitions dogmatiques, l\u2019Eglise enlève complètement le voile qui nous cache les réalités divines.Malgré toutes les lumineuses explications que peut donner des vérités surnaturelles la raison éclairée par la foi, « l\u2019essentielle obscurité de la foi, dit encore le Concile du Vatican, continue à les recouvrir comme un voile et à les envelopper d\u2019une sorte de ténèbres tant que, dans cette vie mortelle, nous cheminons loin du Seigneur : Car nous marchons par la foi et non par la vue » (II Cor.V, 6).Le dogme est au mystère ce qu\u2019est l\u2019expression à la chose exprimée.L\u2019Eglise, en déclarant le sens du dogme ne fait qu\u2019indiquer le sens de l\u2019énoncé qui exprime le mystère.Les mystères proprement dits sont, par définition, des réalités cachées, des vérités objectives et surnaturelles que nous ne pouvons pas comprendre, mais que nous devons croire ; parce que c\u2019est Dieu qui les a révélées.Les dogmes sont des parcelles de vérité divine que Dieu a daigné nous communiquer au sujet de ses mystères et que l\u2019Eglise propose à notre foi comme des présents du Ciel.Les Théologiens modernes ont l\u2019habitudé\\ de distinguer, dans un dogme, l\u2019élément matériel 174 Revue Dominicaine et l\u2019élément formel.Genre prochain de la définition, le premier élément nous livre la nature commune du dogme ; tandis que le second constitue la différence spécifique qui en circonscrit et explicite l\u2019extension propre.Un dogme est d\u2019abord une vérité ayant une valeur métaphysique, conceptuelle et religieuse.C\u2019est une vérité correspondant à une réalité qui existe en dehors de notre esprit.Or, l\u2019intelligence humaine connaît formellement la vérité dans l\u2019acte du jugement, en affirmant ou en niant un attribut d\u2019un sujet.Elle trouve l\u2019expression de sa connaissance dans l\u2019énonciation d\u2019une proposition.Un dogme est donc proprement un objet de connaissance intellectuelle, une vérité connue et objective (Ila-IIae q.I, art.2), ne comportant cependant, comme doctrine, que l\u2019énoncé intellectuel d\u2019un jugement, quelle que soit sa forme.Aussi avions-nous raison de discerner tout à l\u2019heure, le mystère au sujet duquel un dogme existe, du dogme lui-même ; l\u2019objet cru, de la doctrine énoncée par la deuxième opération de l\u2019esprit à son sujet.Et cette vérité a en elle-même une valeur religieuse.Ce n\u2019est pas proprement une vérité conçue d\u2019une manière rationnelle et purement spéculative.C\u2019est une doctrine ayant une orientation pratique : une vérité concernant la foi ou les mœurs.Seules les vérités qui, par elles-mêmes Qu'est-ce qu'un dogme ?175 ou de leur nature, nous ordonnent à Dieu et sont nécessaires ou utiles à notre salut peuvent devenir des dogmes définis (Ila-IIae q.I, art.6, ad Ium ; Denz.1788).Or, telles sont les vérités qui concernent la foi ou la morale.Il y a cependant cette différence que les vérités de foi sont imposées à la seule croyance et forment ce qu\u2019on appelle le dogme spéculatif ; tandis que les vérités morales s\u2019imposent à la croyance et à la pratique.Le premier est le fondement du second.Et ainsi, bien que tout ce qui est formellement révélé et tout ce qui est contenu dans les Saintes Ecritures soit également croyable, il importe de discerner, quand il s\u2019agit du dogme, ce qui regarde la foi et les mœurs, des autres vérités qui ne les concernent pas ; le révélé absolu, du révélé relatif.Le révélé absolu appartient au corps même de la doctrine chrétienne et mérite seul le nom de dogme.Un dogme est une doctrine religieuse révélée.Qu\u2019est-ce à dire ?Ceci signifie que la doctrine susceptible de devenir un dogme défini doit être manifestée par Dieu parlant par les prophètes, par le Christ ou ses Apôtres, dans une action libre, publique et essentiellement surnaturelle qu\u2019on appelle révélation proprement dite.Et il y a la révélation formelle ou immédiate et la révélation virtuelle ou médiate qui est purement analogique.Or, dans toute bonne définition, les termes doi- 176 Revue Dominicaine vent être pris au sens propre et s\u2019entendre dans leur signification stricte et formelle.En conséquence ni les révélations privées, ni les vérités non révélées mais enseignées par l\u2019Eglise à cause de leurs rapports évidents avec la doctrine révélée, ni les conclusions théologiques proprement dites, ni les mesures exclusivement disciplinaires et canoniques ne peuvent constituer la matière d\u2019un dogme catholique.Pour qu\u2019une vérité révélée de foi ou de morale puisse être l\u2019objet d\u2019une déclaration dogmatique, il faut enfin qu\u2019elle soit contenue explicitement ou au moins implicitement dans la Sainte Ecriture ou dans la Tradition orale.Cette dernière condition nous indique les deux grandes sources du dogme chrétien.Elle exclut, par le fait même, l\u2019opinion protestante qui, refusant de considérer comme sources indépendantes et distinctes la Tradition divine et l\u2019Ecriture Sainte, rejette par conséquent la Tradition constitutive et reconnaît la Bible comme l\u2019unique source du dépôt révélé.Un dogme est une doctrine révélée concernant la foi ou les mœurs et contenue dans les Saintes Ecritures ou dans la Tradition.Toute vérité réalisant ces quatre conditions est ordinairement appelée dogme matériel.Aussi bien, les anciens Théologiens, même ceux qui sont venus après le Concile de Trente, lorsqu\u2019ils se deman- Qu'est-ce qu'un dogme ?177 dent si une doctrine est de toi, n\u2019ont généralement l\u2019intention de parler que de dogme matériel, fruit de l\u2019activité divine : revelatio ex parte Dei.Mais ce qui donne au dogme catholique son entité propre, sa forme spécifique, pourrait-on dire, par où il se distingue formellement de toute autre doctrine objectivement révélée, c\u2019est sa proposition, par déclaration de l\u2019Eglise, à la croyance de tous les fidèles : definitio ex parte Eccle-siæ.Cette proposition constitue véritablement la raison formelle du dogme.De sorte qu\u2019une vérité pourra être objectivement révélée, concerner la foi ou les mœurs, être contenue dans l\u2019Ecriture ou dans la Tradition, elle ne sera jamais un dogme, au sens strict du mot, si elle n\u2019est point proposée comme telle par l\u2019Eglise catholique à la foi de tous ses membres.Nous touchons ici la raison principale et immédiate de la séparation entre catholiques et protestants sur la notion et la nature du dogme, encore qu\u2019en définitive le point de divergence trouve son explication dans la manière différente de concevoir, de part et d\u2019autre, la révélation divine.Les protestants, on le sait, rejettent, et bien à tort, l\u2019autorité doctrinale de l\u2019Eglise du Christ.Oubliant que notre divin Sauveur a dit à ses Apôtres à ce sujet, ou l\u2019interprétant mal, ils refusent de reconnaître le Magistère de l\u2019Eglise Catholique et proclament la Sainte Ecriture 1\u2019unîque 178 Revue Dominicaine règle de leur foi : regulam aliam non habemus ut videlicet verbum Dei condat articulos fidei et pætera nemo, ne angélus quidam .Si quelques protestants admettent une autre règle de leur foi tel un symbole, la science, l\u2019histoire, c\u2019est uniquement comme auxiliaire de la Bible.En conséquence, leur notion du dogme diffère considérablement de la nôtre.Mis à part leur rejet de la Tradition constitutive, on peut dire qu\u2019elle est matériellement la même que la notion catholique.Mais par cette proposition de l\u2019Eglise que nous assignons au dogme comme son élément spécifique, il s\u2019ensuit que la notion protestante du dogme est formellement différente de la notion catholique.Nous admettons, tout aussi bien que les protestants, la Sainte Ecriture comme règle éloignée de la foi ; ce que nous ne pouvons leur concéder, c\u2019est qu\u2019elle en soit la règle prochaine et suffisante.Pour nous, la règle prochaine de la foi consiste dans l\u2019enseignement défini de l\u2019Eglise.Et ceci est la conséquence nécessaire du magistère ecclésiastique.La règle prochaine de la foi est un effet une norme déterminant d\u2019une manière prochaine et immédiate quelles vérités doivent être reçues et crues comme étant divinement révélées.Or l\u2019office propre du magistère de l\u2019Eglise consiste précisément à déterminer et à définir exactement ces sortes de vérités.L\u2019Eglise a reçu Qu\u2019est-ce qu\u2019un dogme ?179 ce pouvoir et cet office du Christ lui-même (Matth.XXXVIII, 18 55 ; Jean XX, 21 ; Luc X, 16 ; Marc XVI, 16 et 20).II lui appartient donc d\u2019être la règle prochaine de la foi et d\u2019indiquer aux fidèles, par des déclarations précises et claires, les vérités divinement révélées qu\u2019ils doivent croire et pratiquer pour atteindre leur fin surnaturelle.Pour qu\u2019une doctrine religieuse révélée devienne un véritable dogme, il faut donc qu\u2019elle soit définie par l\u2019Eglise et proposée à la foi de tous les fidèles.Ainsi apparaît le caractère autoritaire, social et unitaire du dogme catholique.L\u2019Eglise n\u2019est pas inspirée, mais assistée pour conserver le dépôt révélé.Autrement, quelle source d\u2019erreurs la doctrine chrétienne elle-même ne devient-elle pas ?Quels facteurs d\u2019instabilité et de désunion les individus qui l\u2019interprètent à leur guise sans en avoir reçu le pouvoir ni l\u2019office, ne sont-ils pas ?Nous n\u2019avons qu\u2019à jeter un regard sur le très grand nombre de sectes protestantes pour nous convaincre que les hommes ont besoin d\u2019une autorité infaillible garantie par l\u2019assistance du Saint-Esprit, afin d\u2019être sûrement conduits au Principe même de la Vérité surnaturelle, à Dieu, source de tout bien et de toute lumière.La proposition, par l\u2019Eglise, de la doctrine révélée comporte deux choses : un jugement, où il est déclaré expressément que telle vérité bien 180 Revue Dominicaine déterminée est divinement révélée ; et un précepte obligeant tous les fidèles en conscience et sous peine de faute grave, à adhérer intérieurement et extérieurement à cette vérité.Les termes proposition et définition sont ici à peu près équivalents.Cependant, le mot définition est plus expressif et indique davantage qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un jugement et d\u2019un précepte définitifs de l\u2019Eglise.Cela ne veut pas dire que tout jugement définitif constitue un dogme.Le seul jugement de l\u2019Eglise pouvant constituer une définition dogmatique est celui qui impose, à la croyance universelle, une vérité de foi ou de morale en tant que divinement révélée : « tanquam divinitus revelata ».Aucune vérité n\u2019est réputée dogmatiquement définie, lisons-nous dans le Droit ecclésiastique, qui ne l\u2019ait été d\u2019une manière manifeste (Can.1933, 3,).Et les principaux signes nous permettant de reconnaître que nous sommes en présence d\u2019un dogme formel sont les déclarations explicites, telles « definimus tanquam dogma » ; les différents symboles ou professions de foi ; la condamnation comme hérétique de la doctrine contraire ; l\u2019anathème ou l\u2019excommunication, encore que ces peines ne soient pas toujours l\u2019indice d\u2019une définition dogmatique, puisqu\u2019elles accompagnent parfois d\u2019autres jugements qui ne sont même pas infaillibles; enfin, l\u2019enseignement unanime et constant des Pères de l\u2019Eglise et des Théologiens. Qu\u2019est-ce qu\u2019un dogme ?181 Mais comment se fait la proposition par l\u2019Eglise d\u2019une doctrine révélée ?Comme société parfaite, l\u2019Eglise a le pouvoir de faire des lois régissant tous ses membres.De même, en tant que possédant le droit et le devoir d\u2019enseigner la vérité divine, il lui appartient de déterminer quelle doctrine les fidèles doivent croire et dans quel sens il leur faut l\u2019entendre.En vertu de son infaillibilité, l\u2019Eglise ne peut pas se tromper dans les choses de foi et de morale ; par son divin magistère, elle jouit en outre de toute l\u2019autorité nécessaire pour imposer la doctrine révélée à la croyance de ses enfants.Or le magistère ecclésiastique est double : il y a le magistère ordinaire et le magistère extraordinaire.Les définitions dogmatiques émanant de l\u2019un n\u2019ont pas moins raison de dogme que celles provenant de l\u2019autre.L\u2019Eglise use des deux.Elle exerce son magistère ordinaire ou universel, lorsqu\u2019elle prêche aux fidèles une vérité révélée, l\u2019enseigne dans toutes ses écoles, la publie partout par ses évêques, l\u2019atteste et l\u2019explique par les témoignages unanimes des Pères, des Docteurs et des Théologiens (Pie IX ; Denz.1683).Elle exerce son magistère extraordinaire, quand le Souverain Pontife parlant au nom de l\u2019Eglise universelle, ou un concile œcuménique, définit et impose par une déclaration spéciale, expresse et officielle, une vérité révélée à la croyance de tous les fidèles.De 182 Revue Dominicaine sorte qu\u2019aucune doctrine religieuse révélée n\u2019aura raison de dogme défini, à moins que l\u2019Eglise ne l\u2019ait proposée comme telle et imposée de cette manière à la croyance universelle.Remarquons bien que l\u2019Eglise ne crée pas de nouveaux dogmes ; elle nous fait connaître, avec une certitude infaillible, quels sont les dogmes que Dieu a révélés aux hommes.Un dogme formel ou défini est donc une doctrine religieuse, contenue dans la Sainte Ecriture ou dans la Tradition, proposée par le magistère infaillible de l\u2019Eglise comme divinement révélée par Dieu et proclamée comme telle par l\u2019unique Eglise du Christ.Ces explications font déjà entrevoir les deux propriétés essentielles du dogme catholique : sa vérité et son immuabilité.La vérité d\u2019un dogme vient de ce qu\u2019il contient une doctrine divinement révélée .Et la connaissance qu\u2019il nous donne de cette doctrine est très objective ; puisque, le Révélât apparaissant comme un enseignement communiqué à l\u2019homme par Dieu Lui-même, et la foi étant, d\u2019autre part, une adhésion surnaturelle et complète à la parole d\u2019un Dieu qui ne peut ni se tromper ni nous tromper, il s\u2019ensuit qu\u2019on ne peut nier la valeur objective du dogme sans rejeter par le fait même la Révélation et la Foi divines qui nous instruisent des choses éternelles.Mais cette con- Qu\u2019est-ce qu\u2019un dogme ?183 naissance objective et surnaturelle n\u2019en demeure pas moins imparfaite, à cause de l\u2019emploi habituel d\u2019analogies créées qui ne peuvent donner à notre intelligence finie que des concepts imparfaits de Dieu et de ses infinies perfections.Et l\u2019immuabilité absolue du dogme découle précisément de ce que la doctrine qu\u2019il renferme nous est proposée d\u2019une manière infaillible.Cependant cette vérité et cette immuabilité absolues ne concernent directement que le sens ou la substance doctrinale du dogme.Elles n\u2019excluent pas nécessairement tout changement dans l\u2019expression ; car un même terme peut parfois se prêter à.des significations diverses suivant les époques.Il faudrait peut-être faire ici une exception pour les déclarations solennelles qui sont appelées irréformables, parce que formulées après une étude approfondie et mûre réflexion.Les incrédules nous reprochent parfois d\u2019adhérer à des dogmes tout spéculatifs qui n\u2019obligent à rien et ne gênent en rien.Nous ne connaissons aucun dogme enseigné par la vraie religion, duquel il ne s\u2019ensuive des conséquences morales, et qui ne soit un motif réel de vie vertueuse.Ainsi par exemple le dogme de la Sainte Trinité, si spéculatif qu\u2019il puisse paraître, est pour ainsi dire le fondement des mystères de l\u2019Incarnation et de la Rédemption du monde par le Fils unique de Dieu.Et osera-t-on soutenir que le bienfait de la Ré- 184 Revue Dominicaine demption ne nous engage en rien, que ce n\u2019est point un motif de reconnaissance envers Dieu, de zèle pour notre propre salut, et pour celui du prochain ?Le caractère spéculatif du dogme catholique ne lui enlève donc pas sa valeur de vie.Et puisque Dieu a révélé ces vérités, il est absurde de demander à quoi elles servent.Si elles étaient inutiles ou pernicieuses, Dieu ne les aurait pas enseignées aux hommes.Donc, elles sont utiles, voire même nécessaires ; car leur croyance a fait éclore, sur toute la surface de la terre, des vertus et des mœurs qui ne se trouvent que chez les nations chrétiennes.Tous les prétendus inconvénients croulent devant ce fait inéluctable.On ne peut même plus reprocher à nos dogmes d\u2019être mystérieux ; parce que Dieu, pour se faire connaître aux hommes, ne peut se montrer tel qu\u2019il est, par conséquent incompréhensible (Diet, théol.« Berg.»).Doctrine religieuse révélée par Dieu et définie comme telle par l\u2019Eglise, le dogme catholique est donc l\u2019élément fondamental de notre sainte religion.Et c\u2019est d\u2019abord de lui que nous devons tous vivre.Car, que ce soit sur le siège du chef des Apôtres, lieu baigné de clarté divine, où se concentrent comme en un foyer de lumière et de splendeur les rayons de la Vérité éternelle, pour rajaillir ensuite sur le monde ; que ce soit à Rome, patrie des premiers martyrs de la seule Qu'est-ce qu'un dogme ?185 foi qui a le privilège de l\u2019immortalité ; que ce soit sous le ciel assombri par tant de tempêtes doctrinales de la vieille Europe ou dans les déserts moraux de l\u2019Orient ; que ce soit dans les continents nouvaux où se heurtent pour s\u2019éprouver des mentalités et des croyances si différentes ; que ce soit enfin sur les sables brûlants de l\u2019Afrique ou sous les huttes glacées des régions polaires, au sein même de cette ignorance profonde où le zèle de la charité façonne des civilisations qu\u2019il engendre à la vraie foi ; partout le dogme catholique resplendit, immuable dans sa vérité, divin dans son immuabilité, incomparable dans sa fécondité.De quelque côté que nous nous tournions, toujours nous apercevons en lui un reflet de cette lumière céleste, aux effluves souverainement mystérieux et doux, qui provoquent, dans les âmes ornées de la grâce, le même acte de foi, le même hymne d\u2019affectueuse et pieuse reconnaissance et les mêmes espérances chrétiennes en une vie éternellement faite de bonheur et de paix.A.-G.Albert, O.P.Août 1934 D'un esprit scientifique en littérature Pour le progrès de nos lettres Est-il possible de transposer dans les mœurs littéraires cet esprit de précision technique qui a valu aux sciences de si grands progrès ?Peut-on songer à créer en littérature des méthodes de culture et des méthodes de réalisation qui répondent à peu près à ce que l\u2019on trouve dans les disciplines scientifiques ?Telle est la question que nous voudrions discuter ici, non pas dans l\u2019abstrait seulement, mais en rapport avec l\u2019état actuel de nos lettres.On remarque chez nous, depuis quelques années, un mouvement très sensible vers l\u2019intellec-tualité.Le salut de notre race pourrait être là.Dans le peuple et dans la « bourgeoisie » instruite, le sentiment ethnique tend vers l\u2019abdication : la langue est mal parlée, le scepticisme sévit à l\u2019endroit de la survivance, l\u2019anglomanie fait des progrès constants.Mais dans une élite se réveille le désir du meilleur.L\u2019examen de conscience fait ouvrir les yeux ; s\u2019ensuit une honte salutaire ; on pose l\u2019acte essentiel d\u2019humilité, et le rebondis- D\u2019UN ESPRIT SCIENTIFIQUE EN LITTÉRATURE 187 sement s\u2019opère .De là naîtront les ambitions qui deviennent comme le feu consumant.Et si l\u2019élite en est possédée, de proche en proche l\u2019ardeur pourra gagner les masses.Si là peut être la fin de l\u2019incroyance nationale, il est plus opportun que jamais de bien diriger nos efforts, d\u2019en assurer surtout la plus sage économie, car plus nous sommes faibles, et plus il nous faut réussir : l\u2019insuccès voue le faible au découragement final.Réfléchissons donc sur l\u2019art que nous voulons nous donner et ne négligeons aucune consultation, aucune concertation utile pour en arriver à la découverte des meilleurs moyens.Les littéraires professent un mépris inné pour tout ce qui est législation du rêve.Dès longtemps il ont déclaré que l\u2019inspiration ne voulait pas connaître de lois : les routes du ciel, pensent-ils, s\u2019en vont dans l\u2019espace et n\u2019ont pas de direction obligée.L\u2019artiste, à la rigueur, consent à accepter l\u2019école ; la partie matérielle de son métier le force à un apprentissage que l\u2019esprit ne peut évidemment suppléer.Mais le littérateur ?Pour lui le langage est tellement naturel à l\u2019être humain ! L\u2019art d\u2019écrire s\u2019apprend comme l\u2019art de marcher et l\u2019art de manger ! Il n\u2019y faut donc pas tant de peine.Un peu de talent, beaucoup de pratique, et l\u2019écrivain sera complet.Il n\u2019y a de vrai dans ces formules que ce 188 Revue Dominicaine qu\u2019en peut autoriser l\u2019exception.D\u2019excellents écrivains se forment en dehors de toute école, cela est certain ; mais chez eux, l\u2019intelligence et l\u2019énergie sont des maîtres comme chacun n\u2019est pas assuré d\u2019en trouver à portée du besoin.Sans doute le langage est forme instinctive d\u2019expression et il sera toujours plus facile à l\u2019homme du commun de transmettre une pensée par des mots que par des formes plastiques ou par des sons.Mais le langage littéraire, on l\u2019ignore trop, n\u2019a presque rien à voir avec le langage ordinaire.Il est proprement un art.Comme tel, il exige des formes définies, un point de perfection qu\u2019un goût très affiné et qu\u2019un métier très sûr permettent seuls d\u2019atteindre.C\u2019est assez dire que les méthodes de culture et les procédés de composition devront obéir le moins possible à l\u2019arbitraire.L\u2019illusion qu\u2019on se fait généralement sur la facilité de l\u2019art d\u2019écrire rend cette loi de discipline encore plus impérieuse.Dans aucun art plus que dans les lettres l\u2019à-peu-près n\u2019a chance de régner en maître'.Et, de fait, où trouve-t-on un style surveillé et châtié, en même temps que vivant ?La prose correcte, on l\u2019a dit, est rare.Que dire de la prose élégante (x), brillante de pureté, harmonieuse dans les sons et le nombre, à la ma- (J) Nous n\u2019oublions pas qu\u2019il existe une fausse élégance, plaie évidemment pire que la rusticité. D\u2019un esprit scientifique en littérature 189 nière par exemple, d\u2019un Thucydide ou d\u2019un Tite-Live, d\u2019un Bossuet et d\u2019un Chateaubriand ?Que dire même des vers ?Combien clairsemés sont les poèmes construits avec un art bien réfléchi et travaillés jusqu\u2019au poli impeccable ?Or on sait que c\u2019est par leurs proses achevées, leurs poèmes parfaits que les littératures vivent.La perfection est l\u2019unique sceau de l\u2019impérissable.Ajouterons-nous à ces raisons générales des raisons qui nous concernent plus particulièrement ?Peuple jeune, pour ne pas dire enfant, nous sommes facilement contents de nous-mêmes, nous ne regardons pas de si près à l\u2019excellence des œuvres de nos mains ; peuple extraordinairement éprouvé dans sa vitalité, l\u2019effort nous coûte comme l\u2019entrain nous manque et nous donnons rarement à nos actes leur plénitude, cette plénitude à la fois ardente et maîtrisée qui épuise la capacité d\u2019agir.Plus qu\u2019aucun autre peuple, même d\u2019Amérique, nous ne pouvons jouer notre tout sans avoir longuement accepté au préalable le joug des plus méthodiques entraînements.N\u2019est-ce pas assez dire qu\u2019en littérature nous devrons chercher tout ce qui est technique solide et éprouvée ?A notre avis, le peuple canadien-français devrait faire l\u2019impossible pour se constituer une forte scolastique littéraire.Ce perfectionnement d\u2019ensemble réclamerait 190 Revue Dominicaine d\u2019abord un ajustement très résolu des pédagogies.C\u2019est un fait indéniable que notre enseignement littéraire ne donne qu\u2019un rendement peu proportionné à la dépense.De cinq ou six années employées aux lettres dans l\u2019enseignement secondaire, que reste-t-il en fait de vraie culture ?Il ne faut certes pas trop demander à nos collèges, pour le moment du moins.Mais exiger qu\u2019ils nous donnent quelques jeunes gens lettrés chaque année, serait-ce exagéré ?Or c\u2019est l\u2019infime exception quand nos bacheliers quittent le collège avec un peu de lettres.Il y a dispersion dans l\u2019enseignement, multiplicité et incohérence dans la présentation des disciplines connexes : latin, grec, français, indolence trop souvent dans l\u2019effort conjugué du maître et de l\u2019élève, et, trop souvent encore, il faut le dire, incompétence (due en partie au manque de ressources) dans le personnel enseignant sinon même dans le personnel directeur.(Soit dit sans vouloir donner raison de façon générale à personne, mais au seul bénéfice de ce que nous pensons être la vérité).Il est de toute nécessité que notre méthodologie du français s\u2019améliore dans l\u2019enseignement primaire d\u2019abord.Est-il besoin de dire que ce progrès ne saurait être le fait de tel ou tel, mais qu\u2019il dépend avant tout de la haute direction même de l\u2019enseignement ?Des sanctions médiocres, par exemple, suffisent à rendre infructueux le travail des meilleurs professeurs. D\u2019un esprit scientifique en littérature 191 Dans l\u2019enseignement secondaire, il faudrait, le fait est patent, une meilleure préparation du personnel.On n\u2019a pas à nier les efforts tentés par la plupart de nos établissements, depuis quelques années, pour accroître la compétence des maîtres.Les subventions de l\u2019Etat ont directement invité à cet effort et l\u2019ont rendu possible.Mais ce n\u2019est pas assez faire que de préparer un professeur là où trois ou quatre ne seraient pas de trop.L\u2019urgence est telle qu\u2019aucun sacrifice ne doit être négligé pour assurer à chaque établissement un personnel de première valeur.Nous ne pouvons transporter la France au Canada pour qu\u2019elle nous instruise et nous éduque ; il nous faut une certaine autonomie ; il nous est bon que la tutelle intellectuelle n\u2019aille pas jusqu\u2019à nous gêner par une trop grande proximité, mais quelle aide précieuse nous trouverions auprès de ces maîtres incomparables, nourris dans tous les raffinements d\u2019une culture parfaite et si généreux à leur faire confiance.Nous devrions, comme on le fait à Ottawa pour les études médiévales, inviter amicalement l\u2019un de ces maîtres à nous visiter ; il opposerait à nos sollicitations bien peu de résistance ; nous nous confesserions à lui ; son œil exercé discernerait nos péchés cachés ; et, sur le ton de l\u2019amitié, il nous dirait ce qui nous manque pour illustrer le nom de la famille commune.Notre bonne volonté est-elle à la hauteur d\u2019une épreuve de ce genre ?. 192 Revue Dominicaine Un personnel hautement cultivé répandrait naturellement autour de lui le bienfait d\u2019une culture vaste et compréhensive.D\u2019elle-même la barrière des sanctions (si déplorablement basse) s\u2019élèverait (1).Et c\u2019est tout le niveau de notre intellectualité que l\u2019on verrait promptement remonter.Ce que nous venons de dire concerne les méthodes de formation du futur écrivain.(Nous ne pouvions qu\u2019effleurer un sujet aussi étendu).Si, une fois formé, celui-ci méprise trop vite les lois qui ont servi à sa culture, s\u2019il secoue trop vite le joug de l\u2019« école » (et c\u2019est ce qui arrive généralement), il retourne plus ou moins à sa sauvagerie primitive.On l\u2019a assez dit : les choses morales ne se conservent que par les moyens qui ont servi à les acquérir.Nous aurions beau jeu à faire, d\u2019après cette règle, le procès de nos perpétuels improvisateurs de la tribune ou de la chaire, d\u2019un trop grand nombre de nos journalistes.Il leur est plus commode de vivre sur leur acquis.O) La forme des sanctions laisse parfois autant à désirer que leur degré de sévérité.Ainsi est-il admissible qu\u2019un cours de lettres françaises de cinq ou six années ait pour unique sanction un travail écrit portant sur .l\u2019histoire ?(on a eu, cette année, un sujet de composition sur l\u2019agriculture).L\u2019élève qui voudrait s\u2019intéresser un peu plus à fond aux choses de la littérature sait par avance qu\u2019il perd son temps au point de vue de l\u2019examen. D\u2019un esprit scientifique en littérature 193 Ils négligent de creuser le sol pour y trouver le surplus de matière vive dont ils ont besoin pour s\u2019alimenter et ils mangent leur capital.Si ce mauvais calcul, ou plutôt cette absence de calcul, les sert mal, tant pis pour eux, mais ils n\u2019ont pas le droit de soustraire au corps dont ils font partie le profit de leur talent ; ils n\u2019ont pas davantage le droit de malédifier la jeunesse en prolongeant l\u2019exemple d\u2019une atavique négligence.En d\u2019autres termes, nos orateurs et nos é-crivains sont paresseux, ou pleins d\u2019eux-mêmes quand ils ne présentent pas ces deux élégants défauts à la fois.Paresse et vanité, c\u2019est, encore une fois, la ruine de l\u2019art.Et voilà pourquoi l\u2019œuvre parfaite ne se fait pas chez nous.Le Canadien, artiste-né, n\u2019est pas artiste en fait parce qu\u2019il ignore l\u2019art subsidiaire du polissage.Pour passer maintenant aux formes plus sociales de notre scolastique, il semble que les lettres canadiennes auraient encore beaucoup à gagner si nous voulions quelque peu organiser notre production intellectuelle.Travailler ensemble, ne serait-ce pas le secret de travailler mieux et de réussir plus vite ?Et d\u2019abord, pourrons-nous un jour faire vivre chez nous une Académie ?Devenus un jour (mais quand ?) province autonome de l\u2019empire spirituel français, aurons-nous notre miniature de 194 Revue Dominicaine gouvernement de l\u2019esprit ?La très digne Société Royale nous tient lieu sans doute de cet organisme, mais on n\u2019y respire pas une atmosphère assez intégralement française pour que notre âme traditionnelle s\u2019y dilate pleinement.Rappelons-nous que tout ce qui peut nous faire prendre conscience de nous-mêmes est bon et salutaire.Notre esprit national souffre de colonialisme.Profitons des occasions que la vie nous offre de répudier cette faiblesse.Guettons les moments où il est possible de nous émanciper.Pour le présent, et sur un plan plus familier, nous voudrions suggérer la création ou le développement de Cénacles.Ces groupements libres, souvent un peu révolutionnaires, peuvent faire des merveilles pour l\u2019avancement d\u2019une littérature.Dieu sait combien nous leur devons jusqu\u2019à date.Leur esprit d\u2019émulation, leur idéalisme, leurs ambitions agressives ont agité chez nous de la vie.Nous étions destinés à mourir sous la férule du maître saxon: ces brigades pleines d\u2019envol s\u2019évadaient de la geôle avec des ailes et, par cette façon gracieuse de refuser la servitude, nous rendaient le goût de la liberté.Aujourd\u2019hui encore, peut-être plus que jamais tout ce qui, en excluant le sens péjoratif, se nomme clocher, école, chapelle littéraire même, devrait être chez nous le bienvenu.C\u2019est que, si nous avons besoin de nous surveiller, nous avons besoin aussi de nous enhardir. D\u2019un esprit scientifique en littérature 195 Qu\u2019on ne nous parle pas d\u2019un régime littéraire où tout serait réglé et conduit uniquement par la tradition.Une fois sauvegardés, mais en toute franchise et loyauté, nos principes de religion et de morale, sachons donc, à l\u2019intérieur des disciplines rigoureuses, ménager un champ très large à la liberté.Puisque nous sommes jeunes, il faut à notre jeunesse des coudées franches.Les entreprises trop sages, d\u2019ailleurs, ne séduisent pas les cœurs où bout l\u2019effervescence des vingt ans.Mais comment un talent individuel laissé à soi-même serait-il entreprenant ?Isolé, on n\u2019affronte pas certains dangers et moins que tout autre celui que guette l\u2019amateur d\u2019inédit.En groupe, au contraire, l\u2019initiative devient facile.Nos cénacles, bien vivants, bien organisés, devanceraient la prodigieuse lenteur du goût canadien (1).Puissions-nous avoir suffisamment montré, par ces maladroites réflexions, qu\u2019il y a à notre portée une source de progrès tout indiquée pour nos lettres.C\u2019est qu\u2019elles se mettent à Y école.Le temps est fini des activités de pur instinct.Il faut cultiver, ordonner, mettre à la raison ; le mot « ra- O Dans cet ordre d\u2019idées, nous nous permettons de signaler la création, par les PP.Dominicains, à Ottawa, d\u2019un cénacle très prometteur déjà bien connu sous le nom de « Caveau ».Il est partagé selon les arts en divers groupes dont chacun poursuit la formation technique de ses membres. 196 Revue Dominicaine tionaliser » nous échappe ! Soyons bien persuadés que tant que nous ne nous serons pas imposé cette violence (c\u2019en sera une pour nous), notre littérature végétera, nos talents demeureront en friche.Il n\u2019est pas impossible que notre nation ait reçu du Dieu qui l\u2019a enfantée et des longs malheurs qui l\u2019ont instruite une sorte d\u2019âme plus poétique, un cœur organisé pour l\u2019émotion incantatoire, compositus ad carmen, suivant le beau mot de Quintilien.A nous de faire fructifier ce don ; mais faire fructifier, c\u2019est toujours méthodiquement cultiver.Pour emprunter encore une expression aux latins, il nous faut substituer à notre connaissance trop exclusivement empirique de l\u2019art littéraire cette « subtilior cognitio ac ratio litterarum », que Cicéron voulait trouver chez son orateur.C\u2019est proprement la connaissance scientifique du métier d\u2019écrire.Gustave Lamarche, C.S.V.Scolasticat Saint-Charles, Joliette. Chronique de Littérature spirituelle Maîtres anciens (suite) II.LE MONACHISME A.En Orient\u2014Evagre n\u2019illustra pas seul les solitudes d\u2019Eypte (1).Pour nous en faire connaître les autres gloires, P.Resch synthétise La doctrine ascétique des premiers maîtres égyptiens du IVe siècle, sous sa plume reviennent les noms connus d\u2019Antoine, Macaire, Athanase, Pachôme, avec une régularité qui risquerait d\u2019être monotone si le contenu doctrinal de leur œuvre ne retenait toute l\u2019attention.L\u2019enseignement, par exemple, de S.Antoine sur la lutte contre le démon renferme « des avis d\u2019une psychologie judicieuse, qui insistent sur les dispositions essentielles de calme, de courage, de ferme bon sens et de froide raison .et semblent difficiles à perfectionner, même aujourd\u2019hui» (p.103).Plus loin, LA.note le rôle, capital chez eux, de l\u2019Ecriture Sainte « à la fois leur paroissien, leur recueil de méditations, et leur livre de lecture spirituelle.Elle fait l\u2019unité de leurs exercices (de piété : y) distinguer la prière, la méditation, la lecture, c\u2019est peut-être compliquer ce qui constituait une opé- 198 Revue Dominicaine ration très simple : ils devaient passer de l\u2019une à l\u2019autre sans s\u2019en apercevoir» (p.139).Quant aux austérités qui, pour les profanes, résument la vie et la spiritualité des Pères du désert « c\u2019est à la lumière des usages contemporains qu\u2019il faut les examiner : ils les ont certainement poussées plus loin que les fidèles ordinaires, mais la différence semble consister plutôt dans la durée que dans la nature de leurs macérations » (p.214).Et l\u2019A.de noter finement à la suite du R.P.Brémond : « Pachôme, c\u2019est déjà Saint François de Sales ».On conviendra pourtant qu\u2019à ce solide travail il y a un point faible : l\u2019A.ne pense pas que « les lignes générales de l\u2019ascétisme, telles qu\u2019elles sont tracées dans son étude, aient trop à souffrir de l\u2019incertitude du problème des textes » (p.XXX) et il utilise avec confiance les Sancti Pa-chomii Abbatis tabennensis regulœ monasticœ éditées par Albers : il y trouvait commodément réunies différentes recensions des règles attribuées à Pachôme, plusieurs biographies de ce saint et, pour terminer, la Dodrina de institutione mo-nachorum d\u2019Orsiesi, son deuxième successeur.Cette confiance, on la lui a vivement reprochée : elle le prive de toute la lumière qu\u2019apporte ici l\u2019abondante littérature copte encore conservée, \u2014 les neuf-dixièmes \u2014 de nos sources, si l\u2019on y comprend l\u2019inédit, les trois-quarts si l\u2019on Chronique de littérature spirituelle 199 parle de ce qui a été imprimée, assure M.Le-fort \u2014 : l\u2019ignorer expose à de multiples méprises.Sans doute, l\u2019A., s\u2019il avait prévu les publications de Dom Boon et du R.P.Halkin, eut préféré retarder l\u2019impression de sa propre étude.Le premier met sur pied un excellent texte de la règle de S.Pachôme ; le soin extrême qui présida à sa recherche des manuscrits permet de croire qu\u2019aucun témoin intéressant ne lui a échappé.De plus, nous y trouvons, \u2014 Albers n\u2019en souffle mot \u2014 onze lettres de Pachôme, une de Théodore et les Monita Pachomii.S.Jérôme est l\u2019auteur de ces traductions (sauf peut-être des Monita et c\u2019est à son initiative que nous devons la conservation de ce premier code du cénobitisme et des autres écrits qui s\u2019y rattachent ; en effet, des originaux coptes ou grecs nous sont seuls parvenus les courts passages reproduits en appendice d\u2019après l\u2019édition Lefort (Muséon, XL, p.31-60 ; XXXVII, p.1-28).Un égal intérêt s\u2019attache aux Vies de S.Pachôme.L\u2019illustre initiateur du cénobitisme y est représenté dans un cadre qui nous permet d\u2019apprécier à leur juste valeur les textes législatifs émanés de lui.Des six textes hagiographiques qu\u2019édite le R.P.Halkin (2), trois étaient pratiquement ignorés.L\u2019histoire de S.Pachôme n\u2019est devenue qu\u2019à la longue un thème littéraire \u2014 littérature de rebut assurément \u2014 ; « .dans le 200 Revue Dominicaine principe, cette biographie avait un autre caractère.Elle était indissociablement liée au petit monde où on la voit éclore et sur lequel elle était destinée à exercer une action qui prolonge ou est censée prolonger celle de Pachôme lui-même .Des cénobites pour qui ces histoires furent composées.beaucoup les connaissaient mieux que le rédacteur lui-même, puisqu\u2019ils les lui a-vaient apprises, et qu\u2019il se réfère expressément à leur témoignage.Tous, y compris les derniers venus dont les souvenirs ne dataient que de la veille, avaient fréquenté quelque survivant de la génération contemporaine du fondateur .» (p.89).Le R.P.ne se contente pas de nous présenter les Vies avec leurs mérites respectifs, il les analyse, et, par deux fois, pour la Vita la et la Lettre d\u2019Ammon, fait l\u2019inventaire des données chronologiques qu\u2019on peut retenir en toute sûreté.Une étude attentive des noms propres lui fait penser que la Vita la serait la rédaction primitive : leurs variations graphiques en décèlent les différentes étapes.Et il conclut : la forme originale des textes grecs est impossible à reconstituer, à moins qu\u2019on ne les place dans l\u2019ensemble de la tradition.Quelque peu différent d\u2019allure, le Pré spirituel de Jean Moschos : (3), ce « juif errant du monachisme », sollicite notre attention à un double point de vue : littéraire et monastique.Litté- Chronique de littérature spirituelle 201 raire, parce qu\u2019il est un représentant de la koine, \u2014 c\u2019est à dire du grec tel qu\u2019on le parlait dans les pays où l\u2019avaient introduit les conquêtes d\u2019Alexandre le Grand, \u2014 à une époque où il est en passe de se substituer au parler classique pour former le grec moderne (et c\u2019est par ce côté que D.Hesseling aborde l\u2019étude de cet auteur).\u2014 Monastique, car ces anecdotes pleines de saveur nous permettent de reconstituer le milieu et la vie des moines d\u2019Egypte et de Palestine tels que les trouvèrent les invasions arabes et persanes qui devaient en précipiter la décadence.De cette décadence, le travail de l\u2019abbé F.Nau sur Les arabes chrétiens de Mésopotamie et de Syrie du Vie au Vile siècle (4) donne un aperçu.Les moines furent engagés par quelques hommes retors, dans les querelles christologiques : « ils y perdaient charité, douceur et patience, et, à force de discuter la doctrine et la sainteté de tel ou tel évêque, ils en arrivaient à oublier leur propre sanctification» (p.22).Cependant leurs pratiques d\u2019ascétisme avaient frappé les arabes, et lorsque ces derniers passèrent à Mahomet, ils intégrèrent au Coran bon nombre d\u2019usages monastiques : tel serait en particulier l\u2019origine du jeûne du Ramadhan (p.28).Un récent travail du Dr.Koch (5) facilite la connaissance directe bien que sommaire du passé monastique et ascétique de l\u2019Eglise.A l\u2019en- 202 Revue Dominicaine contre de l\u2019Enchiridion asceticum du R.P.Rouet de Journel, M.K.préfère les citations étendues et porte ses recherches jusque dans la littérature païenne : c\u2019est ainsi que trouvent place dans son recueil des textes de Sénèque, d\u2019Epictète, de Plo-tin, etc.Il ne faudrait pas se hâter trop de suspecter cette juxtaposition dont la préface dit les raisons : nous constatons que l\u2019Eglise ne peut que tirer avantage d\u2019une loyale confrontation des moines chrétiens avec les essais mort-nés qu\u2019ont tenté de la vie ascétique des païens épris de perfection morale.Une sérieuse bibliographie annexée à la suite de chaque auteur indique l\u2019édition reproduite et les principales études le concernant.A l\u2019aide de ces documents et d\u2019autres puisés aux sources, D.Oppenheim esquisse le Symbolisme de l\u2019habit monastique et la vénération dont il était l\u2019objet dans l\u2019antiquité chrétienne (6).Il insiste surtout sur le témoignage des écrivains orientaux, jusqu\u2019au Vile siècle : il a exploré méthodiquement les littératures latine et grecque \u2014 on lui reprochera cette relative unilatéralité \u2014 comme en fait foi son imposante bibliographie et les registres bien fournis de ses différents index.On y cherche cependant en vain mention de S.Maxime qui, en la matière, emprunte à Evagre, selon son habitude (Viller, o.c., p.49), et l\u2019on s\u2019étonne de se voir, pour la Vita Chronique de littérature spirituelle 203 Porphirii de Marc le diacre, renvoyé à une édition périmée, alors qu\u2019elle vient de bénéficier d\u2019une remarquable mise au point.Cette vie de Porphyre (7) vaut d\u2019être contée, elle est épique : né à Thessalonique vers 347, de famille noble et fortunée, d\u2019abord pendant cinq ans moine en Egypte, notre héros consacre derechef, après un pèlerinage à Jérusalem, cinq années à de nouvelles austérités, caché dans une grotte, non loin de la ville sainte.Il y ruine sa santé, mais la retrouve, miraculeusement, quelques années plus tard, durant une extase près du calvaire.Praylios, l\u2019évêque de Jérusalem, remarquant sa grande vertu, l\u2019ordonne prêtre et lui commet la garde de la Vraie Croix.Quelques années plus tard, mandé à Césarée sous prétexte d\u2019élucider un problème d\u2019exégèse scripturaire, \u2014 il y excellait \u2014, Porphyre est, malgré ses résistances, proclamé évêque de Gaza.Des succès apostoliques que lui ménage son zèle les païens s\u2019irritent, qui forment encore en cette petite ville une faction respectable et remuante : ils malmènent Barochas, son fidèle serviteur et le laissent pour mort.Par bonheur, Barochas a la vie dure ! Revenu à lui, il inflige aux païens une cuisante leçon : haut fait d\u2019armes qui lui vaut l\u2019honneur du diaconat.Bientôt, las des continuelles vexations païennes, Porphyre se résout à solliciter de l\u2019empereur la fermeture, puis 204 Revue Dominicaine la destruction des temples idolâtriques de sa ville épiscopale (8).A cet effet, il entreprend le voyage de Constantinople.Vigoureusement soutenu par S.Jean Chrysostome, il obtient gain de cause, \u2014 grâce aussi à l\u2019intervention de l\u2019impératrice.Comme l\u2019aller, le retour se fait par mer, avec escale à Rhodes.Porphyre est accompagné de Kynégios, le fonctionnaire \u2014 catholique zélé \u2014 chargé de pourvoir à l\u2019exécution du décret d\u2019Arcadius.En cours de route, une tempête, apaisée par le saint homme, convertit à la vraie foi le patron du navire, arien sans malice.Le rythme des conversions, dont le biographe tient, tout au long du récit, une minutieuse comptabilité, s\u2019accélère à Gaza, sous l\u2019influence des miracles de notre héros, et l\u2019impression d\u2019une conférence publique contradictoire avec des manichéens où il a le dessus.La mise en vigueur de la décision impériale ne va cependant pas sans quelques difficultés de la part des païens : c\u2019est la force armée qui en vient à bout.Les généreux subsides de l\u2019Augus-ta permettent d\u2019édifier, sur l\u2019emplacement du fameux Marneion détruit, une église somptueuse.Achevée en cinq ans, Porphyre en fit la solennelle dédicace.Un soulèvement des païens compromet de nouveau la vie du saint qui ne leur échappe qu\u2019à grand peine .par les toits.Le consulai- Chronique de littérature spirituelle 205 re Claros ne tarde pas, heureusement, à rétablir l\u2019ordre.Et le récit se termine assez brusquement pour nous apprendre qu\u2019après une vie pleine de mérites, Porphyre meurt le 26 février 420.On devine, à cette brève esquisse, le pittoresque du récit.Mais son principal mérite vient d\u2019ailleurs ; ces pages évoquent, avec l\u2019intensité et l\u2019exactitude « d\u2019un tableau vécu, ce qu\u2019étaient, vers l\u2019an 400, aux confins de la Palestine et de l\u2019Egypte, les derniers conflits du paganisme expirant et du christianisme victorieux.Vous y recueillerez un ensemble de notions précises, vainement cherchées ailleurs, sur l\u2019organisation municipale d\u2019une cité provinciale, la vie de la cour, le haut personnel administratif, le métier des mariniers, la durée des traversées et leur difficulté .» Leur intérêt, toutefois, déborde les frontières de l\u2019histoire du IVe siècle, et ceux qui étudient la Bible sauront, à la suite de l\u2019abbé Desnoyers, (Histoire du peuple d\u2019Israël des Juges à la captivité.t.I, passim, ed.Picard) tirer parti des précieux renseignements qu\u2019elles contiennent.Nous nous associerons volontiers aux éloges qu\u2019a recueillis la savante introduction où sont discutés et l\u2019authenticité du récit et les nombreux problèmes historiques qu\u2019elle soulève ; nous ne nous attarderons pas à dépouiller les Notes complémentaires, si riches d\u2019érudition : d\u2019autres l\u2019ont fait déjà avec compétence (°) et souvent pour 206 Revue Dominicaine adopter les solutions proposées ; qui mieux est, les légères modifications suggérées ne font que mettre mieux en lumière l\u2019exceptionnelle valeur du document.Porphyre, nous l\u2019avons vu, d\u2019ascète devint évêque.La chose était alors courante \u2014 et telle est, aujourd\u2019hui encore, la discipline de l\u2019Eglise grecque \u2014 : le choix des pasteurs incombait au peuple chrétien, et les moines, fort nombreux (l\u2019abbé Nau ne parle-t-il pas de deux mille moines réunis autour de S.Hilarion, de dix mille à Jérusalem, au moment des troubles monophysi-tes ?ouv.cit., p.22) avaient dans l\u2019élection une influence prépondérante.Us ne firent d\u2019ailleurs pas toujours mauvaise figure.Tel Sérapion, évêque de Thmuis, l\u2019ami et le correspondant de S.Antoine et de S.Athanase dont R.Pierce Casey publie le Contre les manichéens (10), en épurant son texte des passages d\u2019un traité analogue de Titus de Bosra dont les éditions précédentes rendaient difficile la discrimination.Il utilise le premier un manuscrit de l\u2019Athos qui lui permet de combler les lacunes du codex de Gênes dont dérivent les trois copies tardives connues.L\u2019introduction établit les points les plus caractéristiques du style de Sérapion et la place, non négligeable, qu\u2019occupe son traité dans la lutte contre le manichéisme.Le monastère du mont Sinaï, aux confins de Chronique de littérature spirituelle 207 l\u2019Egypte et de l\u2019Arabie, abrite aujourd\u2019hui encore de nombreux moines, et les visiteurs ne manquent pas.L\u2019un d\u2019eux, C.N.Papamichalopoulos y a longtemps vécu et la monographie qu\u2019il lui consacre (1:L) mérite l\u2019attention.Elle s\u2019ouvre sur un aperçu du cadre physique qui donne au monastère son cachet et conditionne ses moyens d\u2019existence ; l\u2019A.expose ensuite la longue et glorieuse histoire de ce lieu sacré, puis nous renseigne sur la vie intime du monastère et ses relations avec le dehors.On lira avec plaisir les pages consacrées à la fameuse bibliothèque, et on se convaincra sans peine qu\u2019étaient bien inspirés les papes et les princes chrétiens qui firent bénéficier le monastère orthodoxe de leur générosité.Gaza nous est maintenant connue, grâce à Porphyre.Ses environs furent illustrés par 5.Do-sithée dont le R.P.Brun publie la Vie (12), courte mais combien édifiante dans sa simplicité.Nous en avons maintenant un texte sûr garanti par six manuscrits des Xe et Xle siècles ; une traduction l\u2019accompagne : « pour conserver le plus possible au récit sa saveur originale, elle donne par principe la préférence aux expressions et aux formes du langage populaire » (p.100).Cette biographie tranche sur la littérature hagiographique contemporaine par sa sobriété : page d\u2019un officier, vers 530-540, Dosithée renonce à la carrière des armes pour se consacrer à Dieu ; il meurt, après six ans de vie monastique, consum- 208 Revue Dominicaine matus in brevi, en odeur de sainteté.Mortifié, il l\u2019était certes, lui qui accoutumé, lors de son entrée, à manger ses deux kilogs de pain, en arrive, par étapes, à se contenter d\u2019environ deux cents grammes par jour.Et le naïf biographe se complaît à rappeler l\u2019admirable douceur et obéissance de ce jeune moine qui vivait dans la pensée constante de Dieu, lui répétant amoureusement : « Seigneur Jésus-Christ, notre Dieu, ayez pitié de moi.Fils de Dieu, sauvez-moi ».Dans ce récit nous glanons bien des détails intéressant l\u2019histoire et touchant les usages monastiques palestiniens ; par exemple : à côté de leur monastère, les moines avaient un hôpital qui leur fournissait une bonne occasion de pratiquer la charité.Des moines palestiniens, Saint Jérôme est sans conteste le plus célèbre, et c\u2019est M.Monceaux qui se charge de nous le présenter en un livre (13) où l\u2019historien se double d\u2019un lettré et d\u2019un artiste.L\u2019Abbé de Bethléem était profondément humain, et c\u2019est sous cet angle que M.M.l\u2019étudie, sans oublier de marquer le lent travail de la grâce.Cœur d\u2019or, mais aussi polémiste dont on a surtout retenu l\u2019humeur irascible et ombrageuse.Les dernières pages donnent la clé de ce tempérament complexe : « Jérôme était de ces hommes que sans cesse trahit leur corps.Malgré tout, il résisterait au mal pendant plus de quarante ans .mais ferait payer cher ses souf- Chronique de littérature spirituelle 209 frances à tous ses contradicteurs » (p.237).Si Jérôme était pointilleux lorsqu\u2019il s\u2019agissait de protéger sa réputation d\u2019orthodoxie et s\u2019il exigeait qu\u2019on lui rendit son affection, en revanche, il était pour ses fidèles le plus délicieux des amis et le plus sûr des directeurs.De celui qu\u2019on a appelé le « La Bruyère ecclésiastique », M.D.Gorce a traduit quelques lettres (14).C\u2019est d\u2019abord à Eustochium des conseils sur la façon de garder la virginité.D\u2019autres épîtres recommandent l\u2019étude de l\u2019Ecriture Sainte et encouragent la viduité.Sa lettre à Népotien sur la vie des clercs et des moines contient des pages qui ne le cèdent pas au Dialogue sur le sacerdoce, le chef-d\u2019œuvre de S.jean Chrysostôme, récemment mis à la portée de tous par l\u2019abbé Martin (15).A S.Paulin de Noie, il écrit de Bethléem : « On accourt ici de l\u2019univers entier ; la ville est pleine de gens de toute espèce ».Sans doute ne se faisait-on pas faute de mettre à contribution sa complaisance et son érudition.Nous n\u2019avons plus aujourd\u2019hui cet avantage, mais, pour Jérusalem du moins, nous pouvons y suppléer par le travail du R.P.Dressaire (16), qu\u2019un séjour de vingt-six ans dans la ville sainte a familiarisé avec son histoire, son archéologie et ses sanctuaires.Le R.P.reconnaît devoir beaucoup aux spécialistes des questions bibliques et de l\u2019archéologie palestinienne, expose avec objectivité leurs théories et ne donne de conclusion ferme que quand la vérité 210 Revue Dominicaine lui paraît indiscutablement acquise.On regrettera seulement que les illustrations soient si peu lisibles.Nous n\u2019en apprécierons que mieux Le visage de Jérusalem, où le récit, dû à la plume experte de M.H.Bordeaux (17) s\u2019agrémente de documents photographiques judicieusement choisis et très réussis.La lettre que l\u2019Abbé de Bethléem adressait à Læta contient des pages charmantes et de fines remarques sur l\u2019éducation des enfants, la manière de leur enseigner à écrire, entre autres, et M.Dôlger ne manque pas de recourir à lui lorsqu\u2019il étudie les anciennes méthodes scolaires : on trace en creux sur des tablettes de buis les caractères d\u2019écriture pour que l\u2019enfant s\u2019habitue, en y passant et repassant le stylet, à les tracer correctement.La revue Antiquité et Christianisme (18) où nous avons relevé ces intéressantes précisions (III, p.62-72) répond à un but très précis : saisir, dans la variété de leurs manifestations, les divergences et les points de contact entre le christianisme et les civilisations antiques, dans des études de détail qui placent sous leur vrai jour beaucoup d\u2019usages et de faits dont l\u2019exacte portée resterait autrement incomprise.Qu\u2019on en juge.Soit ce texte de S.Jean Chrysos-tome dans sa première Exhortation à Théodore (19) : « Chacun sait que, si l\u2019on approche d\u2019un brasier, on peut, en tenant les lèvres serrées, braver un instant l\u2019incendie ; mais que, s\u2019il arrive Chronique de littérature spirituelle 211 qu\u2019on entr\u2019ouvre la bouche, l\u2019âme s\u2019envole du corps» (p.34).M.D.explique qu\u2019à tort on a considéré comme particulièrement héroïques les martyrs qui, condamnés au bûcher, aspiraient la fumée et le feu ; ils ne cherchaient, au fond, qu\u2019à abréger leur supplice.Ces remarques intéressantes sont foison dans le travail du savant professeur ; il nous oblige par là à faire un choix.Nous rencontrons d\u2019abord l\u2019exégèse du canon 48 du concile d\u2019Elvire, qui interdit aux nouveaux baptisés de jeter des pièces de monnaie dans le baptistère; cet usage, survie d\u2019une pratique païenne, n\u2019était pas propre à l\u2019Espagne : les récentes découvertes faites en Crimée le confirment.(III, p.1-25 ; 149-150).\u2014 L\u2019habitude de marquer au fer rouge d\u2019une croix gammée les chevaux n\u2019a rien de spécifiquement chrétien (p.25-62).\u2014 S.Grégoire de Nysse rapporte, dans la « Vita Macrinæ » que sa sœur portait au cou une croix de fer, et une bague dans le chaton de laquelle était renfermé un fragment de la Vraie Croix : D.en profite pour préciser les avantages que l\u2019orr escomptait recueillir de cette pratique religieuse connue des païens et à laquelle l\u2019Eglise imprima un caractère chrétien (p.81-116).\u2014 Plus loin il compare la législation civile et la pratique de l\u2019Eglise naissante en matière d\u2019adultère et nous fait comprendre l\u2019attitude et certaines expressions de Tertullien.Il revient souvent à cet auteur in- 212 Revue Dominicaine téressant mais difficile et étudie des passages du de Pudicitia (p.132-148), de Idololatria (p.192-200), de Baptismo (p.216-219).\u2014 Le fasc.4 contient une dissertation sur la faute cultuelle commise par la donatiste Lucilla de Cartage qui baisait une pseudo-relique avant de recevoir la sainte Eucharistie.\u2014 Dans le numéro suivant (IV, 1) on trouvera, avec une copieuse étude pa-tristique (notre Porphyre n\u2019y est pas oublié) sur diverses questions de théologie morale relatives au droit à la vie que possède l\u2019être humain dès sa conception (p.1-61), un aperçu sur le titre de Christophore qu\u2019ascètes et simples fidèles .aimaient à porter (p.73-80).\u2014 Le dernier fascicule reçu donne quelques détails sur la légende de Longin, le soldat qui perça le côté du Seigneur, et sur la fortune qu\u2019elle eut au moyen-âge (p.81-94).\u2014 Il expose ensuite les croyances de l\u2019antiquité chrétienne sur l\u2019épilepsie, et pourquoi on écartait de l\u2019oblation et de la communion ceux qui en étaient atteints.(à suivre) Fr.Jean Boutry, O.S.B.Abbaye Saint-Paul de Wisques.p) Voir livraisons de mars et d\u2019avril.(2)\tSancti Pachomiï vitœ grœcœ.in-8°, 109-474 p.Bollandistes, Bruxelles, 1932.(3)\tD.C.Hesseling.Morceaux choisis du Pré spiri- Chronique de littérature spirituelle 213 tuel de Jean Mosckos, avec un aperçu sur Vauteur, une introduction à l'étude de la koinê, une traduction, des notes et un index.Coll, de l\u2019Insttitut Néo-hellénique, fasc.9.in-12°, 135 p.30 frs.Belles-Lettres, Paris, 1931.(4)\tCahiers de la Société Asiatique, fasc.1.in-8°, 136 p.30 frs.Impr.nationale, Geuthner.1933.Cette étude très sûre renseigne sur les conflits politico-religieux suscités en ces régions par les hérésies nestorienne et mono-physite.Mahomet trouva le terrain tout préparé.D\u2019après l\u2019A., le Prophète semble être parti du christianisme pour s\u2019en éloigner.(5)\tQuellen zur Geschichte der askese und des môneh-tums in der alten Kircke.in-8°, 196 p., M.7, 80.Mohr, Tubingen, 1933.(6)\tSymbolik und religiose wertung des monchsklei-des in christlichen altertum.in-8°, 187 p., M.9,45.As-chendorff.Münster, 1932.Les analogies relevées avec les usages païens paraissent superficielles.(7)\tMarc le Diacre : Vie de Porphyre, évêque de Gaza.Texte établi, traduit et commenté par H.Grégoire et A.Kugener.in 12° CXII 79-79-80 à 156 p.35 frs.Belles-Lettres, Paris, 1930.(8)\tEt S.Jérôme se faisait l\u2019écho des appréhensions des païens dans sa lettre à Læta : « (Le dieu) Marnas pleure, enfermé dans Gaza, et craint la destruction de son temple ».(trad.Gorce, p.172).(9)\tCf.l\u2019étude détaillée qu\u2019en fait le R.P.Jerpha-nion dans : Orientalia Christiana, XXII-3, n° 70, Juin 1931.(10)\tSerapion of Thmuis against the Manichees.Harvard theological studies, XV.in-8°, 80 p., 1.50.Harvard University Press.Cambridge (Mass.) 1931.(1X) Hê monê tou orous Sina.in-8°, XIX-440 p., cartes, ill.Athènes, Le Caire, 1932.(12) De Oriente documenta, studia et libri : Orientalia Christ.XXVI-2, n° 78, 266 p.Mai-juin 1932.Signalons dans cette même livraison l\u2019étude du R.P.de Jerphanion sur le Calcul de la férié, où il indique un procédé pour trouver quel jour de la semaine tombe une date donnée et contrôler les indications chronologiques transmises par les anciens auteurs.Il sera permis d\u2019estimer plus simple dans la pratique la méthode que Dom Taillefer expose dans L'abrégé du calendrier (Desclée St-Jean, plaquette, 5 frs) et résume sur un petit carton peu encombrant. 214 Revue Dominicaine (13)\t5.Jérôme, Sa jeunesse, l'étudiant, l\u2019ermite.in-12° 238 p., 15 frs.Grasset, Paris, 1932.Pour être complet, il nous faut signaler ici une nouvelle traduction des biographies monastiques dues à la plume de Jérôme : Les moines dans le désert (Lectures chrétiennes, III.in-16°, 216 p.Rédier, Paris, 1932).(14)\tLettres spirituelles de S.Jérôme.I La doctrine spirituelle.B.P.S.222 p.10 frs.Gabalda, Paris, 1932.(15)\tTrad, nouvelle.in-12°, 321 p.Garnier, Paris, 1933.Pour la seconde partie du volume, le choix de l\u2019abbé Martin s\u2019est porté sur les Lettres à une jeune veuve, (Olympias) et le Discours sur le mariage.(lf>) Jérusalem à travers les siècles.in-12°, 530 p., cartes ill.plans.30 frs.Bonne Presse, Paris, 1931.(17) Coll.Les beaux pays ; petit in-4°, 158 p., 200 hélio-gravures.Arthaud, Grenoble, 1931.(1S) Antike und Christentum, petit in-4° ; III 1 ,-2-3-4.(1932) 319 p., 16 pl.\u2014 IV, 1-2.(1933) 152 p., 4 pl.M.5 par fascicule.Aschendorff, Münster.(10) Exhortations à Théodore, trad.Legrand.B.P.S.236 p., Gabalda, Paris, 1933.Ce volume contient les plus belles pages de S.Jean Chrysostome sur la confiance en la Providence : un choix des lettres à Olympias.La traduction nous paraît plus nerveuse que celle mentionnée ci-dessus. Le Sens des Faits Les fêtes trifluviennes Elles ont duré deux mois.Il fallait une forte dose de présomption pour entreprendre de tenir toute une population en état d\u2019effervescence patriotique pendant huit longues semaines ! Notre peuple est si dur à la détente et il retombe si vite à la normale après ses moments d\u2019exaltation nationale ! Les Trif lu viens ont quand même risqué le coup et ils l\u2019ont réussi.Il n\u2019y a de leur part ni vanité ni exagération à se vanter d\u2019avoir maintenu leur ville en état d\u2019enthousiasme permanent pendant toute la durée des fêtes de leur troisième centenaire, soit du 30 juin au 31 août ! Durant ces deux mois, pas un seul fléchissement, aucune note discordante.De l\u2019emballement.raisonnable, de la gaieté, du mouvement, du soleil dans les yeux et dans les cœurs ! La population entière était « prise aux entrailles », selon la réflexion d\u2019un visiteur, habitué pourtant aux grands mouvements de foules.Un pareil résultat ne pouvait s\u2019obtenir sans une longue préparation.Dès 1926, huit ans avant le trois centième anniversaire de la fondation de la ville des Trois-Rivières, un groupe d\u2019amis de l\u2019histoire avait amorcé une campagne de réveil régional.Ce mouvement fut poussé avec vigueur.Rien ne fut négligé pour stimuler l\u2019âme tri-fluvienne, la rendre plus réfléchie, plus attentive aux leçons du passé, plus fière des trois siècles de civilisation dont elle portait l\u2019empreinte.Les journaux popularisèrent les noms et les événements les plus marquants de la vie trifluvienne ; des pèlerinages annuels s\u2019organisèrent 216 Revue Dominicaine aux lieux illustrés par quelque fait important ; une collection d\u2019histoire locale offrit au public une trentaine d\u2019ouvrages consacrés exclusivement à des thèmes trifluviens : biographies, monographies paroissiales, récit», légendes, etc.; la conférence et le film achevèrent de fixer l\u2019esprit distrait de la foule sur les beautés et les richesses du pays qui s\u2019apprêtait à célébrer ses trois siècles d\u2019existence.Cet effort concerté et méthodique d\u2019éducation régionale, poursuivi pendant quelques années, finit par avoir raison des plus indifférents et par créer l\u2019atmosphère requise pour les manifestations retentissantes qui se préparaient.Aussi, dès l\u2019ouverture des fêtes, le 30 juin, on sentit qu\u2019il y avait quelque chose de particulier dans l\u2019air.Avec un ensemble significatif la population avait donné dans le mouvement et toute la ville s\u2019était fait un visage neuf.Des maisons rafraîchies et enrubannées souriaient dans la verdure ; les drapeaux fleurdelysés et les écussons aux armoiries des vieilles provinces française animaient les rues et les demeures ; déjà des groupes de citadins avaient revêtu les costumes de la France ancienne et mettaient une note savoureuse dans la grisaille de la foule moderne.Toute cette allégresse des choses et des gens gardait cependant un caractère de retenue et de mesure.Pas d\u2019exagération ni d\u2019exaltation.Du calme, de la dignité, de l\u2019ordre.Les milliers de personnes massées sur les quais pour l\u2019arrivée du Cardinal et du Délégué apostolique, comme pour tous les autres grands spectacles des fêtes, avaient une attitude grave, presque recueillie.Cette ferveur contenue et frémissante devait se maintenir jusqu\u2019à la fin d\u2019août.C\u2019est peut-être là un des points caractéristiques où se révèle le plus nettement la valeur profonde de l\u2019ébranlement spirituel provoqué par la célébration du troisième centenaire trifluvien.Cet ébranlement spirituel se manifestait partout ; on le sentait, on le palpait presque ! Et le 30 août, devant les membres de la délégation française, le président du Comité d\u2019organisa- Le sens des Faits 217 tion, Mtre L.-D.Durand, pouvait clamer, sans paraître ridicule, que la ville des Trois-Rivières avait réalisé, en cet été 1934, « le plus formidable effort de résurrection française qui se soit accompli en Amérique ».Quelques heures avaient suffi à nos hôtes pour sentir dans quelle mesure cette affirmation était justifiée.Monsieur L.-D.Durand a-joutait : « Durant deux mois nous avons tenu notre population sur pied.Durant deux mois nous avons couvert notre \"ville d\u2019écussons aux armoiries des seize vieilles provinces de France d\u2019où sont issus les pionniers de ces lieux sacrés.Durant deux mois nous avons convié nos gens à célébrer, en des manifestations populaires, les gestes accomplis ici par leurs aïeux, et nous les avons fait communier dans un tumulte français à toute la grandeur et à toute la beauté de leurs origines ».« Ce fut un bain d\u2019héroïsme qui, en lavant les mesquineries de la vie de tous les jours, haussait nos gens à la dignité des héros de qui ils procèdent et les faisait participer charnellement à ce fleuve d\u2019image qui, magnifiant la perspective de notre histoire, lui donne figure d\u2019épopée ».En ces quelques lignes apparaissent les préoccupations maîtresses des organisateurs : donner à chaque manifestation, à chaque item du programme, la valeur d\u2019une vaste et vivante leçon d\u2019histoire mise à la portée de toutes les classes et de tous les âges.Sans négliger les déploîments à grand apparat, destinés à frapper les imaginations et à attirer les visiteurs, on s\u2019est appliqué surtout à toucher le coeur et l\u2019esprit de la population.Sous l\u2019éclat des parades, des spectacles historiques, palpitait constamment un souffle spirituel montant du passé comme une flamme.Les personnages anciens reprenaient corps et vie sous les yeux de la foule.Ils agissaient et parlaient dans les prestigieux spectacles historiques des « pageants », puis on les retrouvait, solennels et graves, dans ces défilés ou toutes les grandes figures familières de l\u2019histoire parcouraient les rues modernes de la cité pour la joie et l\u2019émotion des foules 218 Revue Dominicaine massées le long des trottoirs.Une vingtaine de grandes démonstrations en plein air ont ainsi gravé à jamais dans l\u2019imagination et le cœur du petit peuple trifluvien des impressions grandioses qui y demeureront comme un appel constant à la fierté.Mais l\u2019âme des siècles anciens ne se retrouvait pas seulement dans les spectacles à grand éclat offerts à la population par les organisateurs des fêtes.Elle revivait de façon plus intime et plus émouvante à travers les menus faits de l\u2019existence journalière.Sur la ville fleurie en permanence de drapeaux et d\u2019armoiries flottait une allégresse contagieuse.Les rues étaient animées d\u2019une vie exubérante.Des enfants en costumes normands, bretons, provençaux, allaient et venaient, très à l\u2019aise parmi leurs camarades vêtus à la moderne ; ils formaient des groupes d\u2019une grâce, d\u2019une gentillesse charmantes.Des jeunes filles en toilettes archaïques mettaient partout une pointe de finesse et d\u2019élégance françaises.Dans les magasins, dans les restaurants, même impression rafraîchissante.Derrière les comptoirs et autour des tables évoluaient des jeunes filles qui semblaient descendus des estampes du 17e et du 18e siècles.Les troubadours venaient, plusieurs fois la semaine, égayer la ville.Aux carrefours des rues, sur les places publiques, ils dansaient, chantaient, pour la plus pure joie de la foule, ravie de retrouver sous sa plus belle forme la gaieté et la finesse d\u2019esprit de la race française.Les affiches elles-mêmes s\u2019étaient mises au diapason de cette résurrection française.Des auberges au titre savoureux invitaient à se restaurer ou à se rafraîchir : l\u2019Auberge du Coin, l\u2019Auberge du Vieux-Moulin, le Café de la Mau-ricie, le restaurant du Cherche-Midi, Au Flambeau, etc.0).0) La survivance de plusieurs noms géographiques plus que français: à la française, devrait suffire à stimuler le zèle pour la refrancisation de notre voirie citadine ou ru- Le sens des Faits 219 Toute cette vie joyeuse, pleine de mouvement et de coloris, se déroula avec abandon et spontanéité pendant deux longs mois.Plus que tous les discours, ce bain prolongé de vie française laissera une durable empreinte.Pour avoir vécu de telles heures les Trifluviens se sentiront désormais plus intimement soudés à la vie passée.Guéris de certaines légèretés et de certains oublis, ils ne voudront plus se laisser séparer des grands courants spirituels qui passent d\u2019une génération à l\u2019autre et que nous ne pouvons interrompre sans risquer de périr ! Abbé Albert Tessier Le guidisme trifluvien On a beaucoup parlé de guidisme en ces derniers temps.En moins d\u2019une année, des compagnies se sont formées à Montréal, et à Québec.Il existe déjà dans le Nouveau Brunswick.Franchissant les lignes ontariennes avec le futur groupement d\u2019Ottawa, le mouvement s\u2019é- rale.N\u2019a-t-on pas relevé dans une excursion de pêche aux environs de la Baie St-Paul, ces charmantes appellations : La Passe des Monts, La Descente des Prêtres, Piqué de la Gomme (rappel d\u2019un procédé en usage pour l\u2019exploitation des résineux).Mais pourquoi quitter la Mauricie *?Ce cher monsieur Durand, que son tragique accident nous invite à citer et reciter sans cesse, disait encore à la Délégation française en célébrant notre aptitude à durer : « Quelle joie vous eussiez éprouvée en remontant le cours de ce Saint-Maurice aux eaux grises, encastré dans des montagnes feuillues, à entendre les beaux noms de ses tributaires qui chantent aux oreilles comme les rivières elles-mêmes rient au soleil : la Croche, La Ruban, le crique Clair, le rapide de la Cuisse, celui du Manigance, et j\u2019en oublie dix.Ici c\u2019est la côte de l\u2019Oiseau, là c\u2019est celle de la Pointe à la Mine, plus loin c\u2019est la Bergeronne qui nous descend vers la Grande Anse, dernière étape avant la Rivière aux Rats tapie aux pieds du ruisseau du Lac Vassal ». 220 Revue Dominicaine tendra bientôt aux Provinces de l\u2019Ouest avec le groupement de St-Boniface du Manitoba.En avril dernier, Son Excellence Monseigneur Comtois, évêque auxiliaire, approuvait les statuts du guidisme trifluvien, proclamant la reconnaissance officielle du guidisme comme œuvre d\u2019apostolat laïque, d\u2019action catholique dans son diocèse des Trois-Rivières.Dans une inoubliable veillée d\u2019armes au Sanctuaire du Cap de la Madeleine, la nuit du 16 juin, les fondatrices, puis toutes les guides renouvelaient leur promesse et consacraient l\u2019œuvre à la Sainte Vierge.Le lendemain, en présence des déléguées montréalaises et québecquoises, des cent soixante-cinq guides et Jeannettes du diocèse, Monseigneur Comtois célébrait au Sanctuaire du Cap, une messe pontificale, bénissait les étendards guides et l\u2019après-midi, inaugurait le nouveau local où l\u2019œuvre s\u2019était transportée en mai dernier.Au matin de cette apothéose, nous eûmes le très grand bonheur de recueillir des lèvres mêmes de Son Excellence, ce simple mais éloquent témoignage de satisfaction : « Mes chères guides, je suis content de vous ».L\u2019aimable directeur de la « Revue Dominicaine » m\u2019invite à écrire du guidisme trifluvien.Mes souvenirs, datant de trois ans à peine, paraîtront désuets aux enthousiastes apôtres du guidisme d\u2019aujourd\u2019hui.Je les veux quand même rappeler, espérant que leur évocation soutiendra le courage de quelque cheftaine aux prises avec les difficultés inhérentes à l\u2019organisation d\u2019une œuvre nécessitant une adaptation aux circonstances locales.Dans cette évocation, j\u2019unis en une même pensée les sept fondatrices, inconnues la veille, dont la communauté d\u2019idéal fit des sœurs et qui apportèrent à l\u2019œuvre le meilleur d\u2019elles-mêmes.Il s\u2019agit de leur cette œuvre, car c\u2019est de leur travail, de leur dévouement, de leurs sacrifices, de leurs souffrances les plus intimes que s\u2019est formée l\u2019âme du guidisme pendant que s\u2019organisait sa vie extérieure et ma- Le sens des Faits 221 térielle.Notre rêve, ce n\u2019était rien moins qu\u2019organiser un mouvement d\u2019éducation, d\u2019apostolat et d\u2019action foncièrement et pratiquement catholiques, capable de former des femmes de caractère, femmes de foi, d\u2019honneur, d\u2019initiative, « prêtes » dans leur corps et dans leur âme, à toutes les tâches, à tous les dévouements.Pour réaliser ce rêve accordé à tant de besoins urgents en notre pays, il fallait une méthode moderne propre à former les âmes modernes.Les moyens de formation reconnus du guidisme français adaptés à notre mentalité et a nos exigences physiques et spirituelles, semblaient les plus efficaces : développer par le sentiment de l\u2019honneur, l\u2019initiative et l\u2019effort personnel en les orientant vers le service et le dévouement, dans la soumission à la hiérarchie religieuse, civile, familiale.Au temps de la fondation, on ignorait tout, ou à peu près, du guidisme français en notre région.Le mouvement similaire anglais existait en notre ville, restant aux yeux de tous un passe-temps utile et agréable, bon tout au plus pour les fillettes.La surprise fut grande de voir des jeunes filles endosser l\u2019uniforme juvénile, jouer des jeux d\u2019enfants, apprendre tout une technique d\u2019une utilité douteuse, pour les profanes, et surtout s\u2019astreindre volontairement à une discipline aussi sévère que la discipline du pensionnat quelles avaient abhorrée.C\u2019était fou, et plus fou encore de vouloir par ce moyen réaliser le grand rêve qu\u2019elles caressaient.Les plus indulgents des éducateurs qualifiaient notre ardeur de feu de paille, de lubie de pensionnaires et attendaient paisiblement le jour des obsèques.Les blasés, les sceptiques ne ménageaient ni leurs railleries ni leurs sarcasmes.Quelques éducateurs plus a-vertis, dont au premier rang, Monseigneur Comtois, attendaient les résultats.Je ne m\u2019attarderai pas à d\u2019écrire l\u2019évolution du Mouvement, les pénibles débuts de notre pauvreté mendiante, 222 Revue Dominicaine sans autre richesse que la bénédiction de Monseigneur, sans l\u2019appui d\u2019aucune autorité locale ; mais je décrirai le guidisme, tel que nous le vivons, sans prétendre d\u2019ailleurs à l\u2019originalité de nos moyens.La formation physique n\u2019a rien de rigide ni d\u2019austère.Les guides connaissent et pratiquent une grande variété de jeux qui restent pour elles la plus agréable forme d\u2019exercices et pour d\u2019autres aussi, car les enfants passent encore des après-midi de jeux en plein air dirigés par les guides.Une cheftaine institutrice est par le fait même organisatrice de jeux dans son école.Les samedis et jours de congé, nous allons au bois, sur les coteaux.Quel plaisir de faire le cueillette du bois, de préparer là, sur un foyer de fortune « au nez du vent » le repas de l\u2019équipe.Le grand air nous a mises en appétit.L\u2019entrain, les taquineries, la bonne humeur assaisonnent opportunément l\u2019omelette sablée et le blé d\u2019inde cendré.Faut-il parler du grand camp annuel si longtemps désiré, si vite passé.La vie y est rustique, pleine d\u2019imprévu.Les travaux de pionnière ont leur charme : montage et démontage des tentes, au besoin construction de radeaux, on va même chercher au bois le mât d\u2019honneur.Mais la préférence des guides est aux longues excursions.Coiffée d\u2019un large chapeau de paille, bâton à la main, sac au dos, la guide s\u2019en va à travers champs, sous bois.Ici c\u2019est le ruisseau qu\u2019avec une joie d\u2019enfant elle traverse au gué, là, les rapides qu\u2019elle va admirer.On fait halte.Le bon repas sur la mousse, la sieste où les bottes se déchargent des milles enjambés, puis elle revient dans le calme du soir, lasse mais si heureuse.La chaleur du bon feu de camp pénètre ses membres fatigués : sur la rude paillasse, un sommeil profond va tout réparer.Quel regain de vie ! après le camp, elle rentre gaiement à la maison où, par l\u2019accroissement de son énergie, le devoir va lui sembler plus facile. Le sens des Faits 223 En ville, elle a d\u2019ailleurs de quoi occuper ses dix doigts.Elle ne craint pas les mots effarants d\u2019astiquage, de lavage, de nettoyage, de tout ce qui rime avec ménage.Au local comme à la maison ils sont maintes fois au programme.Plus encore, faut-il se servir de l\u2019égoïne, du marteau, elle convertit les caisses en meubles aussi solides qu\u2019originaux et artistiques.Pour être différente, la formation intellectuelle guide ne remplace pas celle de l\u2019école, mais la complète, en l\u2019augmentant de connaissances utilitaires et en donnant l\u2019occasion de pratiquer la théorie apprise ailleurs.En plus des programmes guides de formation générale, des cours spéciaux nous sont donnés.Les cheftaines et les guides bénéficient d\u2019un cours de secourisme donné par un médecin.La pratique suit de près la théorie.Une cheftaine peut prendre charge de l\u2019Infirmerie au grand camp d\u2019été pendant l\u2019absence imprévue et prolongée de l\u2019infirmière.Une guide instructrice prépare ses compagnes au brevet à la grande satisfaction du médecin examinateur.Les cours d\u2019art culinaire y sont tout à fait pratiques.Une fillette de quatorze ans, désolée de quitter le grand camp avant la clôture, prépare à la maison des mets délicieux.Son père étonné lui demande : « Mais, où as-tu appris cela ?» \u2014 « Au camp », répond-elle avec fierté, puis elle se hâte d\u2019ajouter : « J\u2019aurais tant voulu y rester pour passer mon brevet de cuisinière ».Son père nous l\u2019a ramenée le lendemain.Quant aux cheftaines, elles dirigent à tour de rôle la préparation des repas, pour les cent guides du camp.Des cours de puriculture, de comptabilité, de dessin sont aussi organisés.Mais, le plus intéressant c\u2019est le cours de morale.Il se donne au local trois fois le mois.C\u2019est un cours bien régulier, suivant l\u2019ordre du catéchisme.Malgré la gravité de la matière, la tenue scolaire n\u2019a encore ici aucune rigidité.Aux cheftaines et aux assistantes, assises autour de la longue table où il préside, l\u2019Aumônier Gé- 224 Revue Dominicaine néral donne son cours théorique puis en fait l\u2019application pratique à la formation de cheftaines de Guides catholiques.Puis, la discussion s\u2019amorfce, ,les objections surgissent, les questions et les sous-questions ; les explications suivent amenant chacune à réaliser l\u2019importance pratique du point enseigné.Que d\u2019inoubliables leçons d\u2019humilité nous avons apprises à ces cours! Quelle pédagogie pratique! Les péchés capitaux ont l\u2019avantage de convenir à tout le monde et je me souviens d\u2019un cours sur l\u2019orgueil au sortir duquel une cheftaine avouait simplement avoir trouvé quatre chapeaux à sa tête ! La formation morale s\u2019entend, dans le guidisme, non seulement au sens de l\u2019acte volontaire qui donne à tout effort sa valeur morale et surnaturelle, mais surtout de l\u2019acquisition d\u2019un capital fixé d\u2019habitudes de générosité, du don joyeux et constant de soi au service des autres, dans la simplicité du geste, sans autre récompense que celle de savoir qu\u2019on fait la volonté de Dieu.Ce point a été considéré comme essentiel par les fondatrices et l\u2019Autorité ecclésiastique les y a solidement appuyées.Le guidisme trifluvien en a peut-être perdu un peu de son caractère militaire, la gymnastique a pu être négligée, les alignements moins parfaits, mais la formation naturelle et surnaturelle de la volonté et du cœur reste le point central et convergent de tous les efforts faits pour assurer la robustesse de la santé et l\u2019ampleur des connaissances.Ce travail est évidemment plus difficile, car l\u2019idéal, c\u2019est de devenir sainte, ni plus, ni moins ; et, il y a tant de saintes dans les niches, tant de vies inimitables, et tout près de nous, si peu de saintes qui marchent, qui parlent, qui agissent.Or, au local, au camp, il faut l\u2019Aumônier Général, la Commissaire, les Cheftaines exigent que l\u2019idéal guide soit vécu que la volonté d\u2019y tendre soit prouvée par des Le sens des Faits 225 actes.Le bilan du progrès, en cette matière s\u2019établit non à la grosseur du bagage de connaissance acquises mais à l\u2019accroissement de la capacité d\u2019apprendre, de voir, d\u2019observer, de juger, de retenir et de pratiquer, constatée dans la vie de tous les jours, dans les menues occasions de rien qui emplissent les journées de l\u2019enfance, de l\u2019adolescence et si souvent de toute la vie.Et puisque c\u2019est une œuvre catholique que nous voulons faire, nous faisons tout reposer sur une vie intérieure intense.La piété des guides est simple, sans apprêt mais pleine d\u2019élans.Notre-Sei-gneur est pour elles un Etre vivant.Elles aiment vivre en sa compagnie.Au camp, en excursion, au local, c\u2019est toujours le moment d\u2019entendre parler de Lui.Si la cheftaine demande :\t« Qu\u2019allons-nous faire maintenant \u201c?» C\u2019est infailliblement la même réponse : « Parlez-nous donc ! ».Elle sait de qui il faut parler.Il faut avoir vu leurs yeux fixés sur nous, avoir senti leur cœur battre à l\u2019unisson du nôtre pour savoir combien elles L\u2019aiment et vivent pour Lui.La vie guide doit tout concrétiser.Les principes, la loi, la promesse ne sont pas un « habit des dimanches » mais une obligation constante de la vie quotidienne.Trois mois, au moins, de probation sérieuse, apprennent à la novice, ce qu\u2019il en coûte de les garder.Consciente de ses responsabilités, elle pourra dire : « Sur mon honneur, avec la grâce de Dieu, je m\u2019engage ».La promesse n\u2019est pas le terme, mais le premier pas de sa vie guide où désormais elle joue un rôle actif, sous la direction discrète et sûre de la cheftaine, soumise elle-même, et connaissant toutes les joies pénibles de l\u2019apostolat.Ce rôle, elle le répète au local, à la maison, en toute occasion.Mais la vie au camp est pour elle une occasion perpétuelle.La vie au camp est une vie rude et simple, qui ne va pas sans sacrifices.de sa volonté propre toujours soumise à la volonté d\u2019un chef hiérarchique, à une discipline 226 Revue Dominicaine qui, pour être librement acceptée, n\u2019en conserve pas moins son autorité ; sacrifice de son amour-propre \u2014 tout ce qui apparemment nous rend différentes des autres : caractère, éducation, richesse, talents, n\u2019existent que comme les complexités et les raffinements du confort moderne : au camp on travaille de ses mains, jusqu\u2019à en porter les marques ; sans distinction de personne, on fait la cuisine générale, les corvées de légumes, les différents services généraux ; on prend la nourriture commune dans des ustensiles propres mais rudimentaires ; on se lave à l\u2019eau froide de la rivière, on couche sur la paille.Si la vie au camp impose des sacrifices, il en est aussi qu\u2019elle suggère : c\u2019est l\u2019oubli de soi dans le don de soi.Il y a des sacrifices personnels, petites et grandes B.A.que Dieu seul connaît : services matériels, B.A.spirituelle de joie, de sympathie, de conseil, délicieuses parfois de délicate charité ; il y a les sacrifices collectifs : tel groupe travaille en chantant sous un soleil de plomb, à l\u2019installation d\u2019une marquise qui servira au groupe voisin ; telles guides, au matin d\u2019une grande excursion vivement désirée, demandent à rester au camp ; la permission accordée, elles aident joyeusement aux préparatifs de départ, puis se multiplient pour que les services ne se ressentent en rien de l\u2019absence des guides.Malgré leur rude journée de travail, elles vont à la rencontre des excursionnistes pour partager, au retour, la joie qu\u2019elles leur ont préparée.Que de délicatesses à l\u2019arrivée ! La Vierge illuminée les accueille.Sur la table fleurie, éclairée par deux fanaux, la soupière fumante les invite au repas ; tout près, un bon feu pétille.Pendant que la flambée joyeuse réchauffe les membres fatigués, cette rayonnante charité pénètre et réchauffe les âmes.Une assistante écrivait fort heureusement en parlant de la joie scoute : « Plus on en donne, plus on en reçoit ».C\u2019est toujours vrai et les plus heureuses ce soir-là, c\u2019étaient celles qui faisaient leur, la joie Le sens des Faits 227 des autres quelle leur avaient préparée.Nous nous sommes préoccupées aussi de former individuellement à la vie sociale et civique.La guide, que l\u2019on a vue mêlée à la vie commune, ne l\u2019est pas comme un individu perdu dans une masse.Elle fait partie d\u2019un groupe de six, ayant sa vie propre, sa mentalité particulière, ses occupations spéciales, dont l\u2019honneur, la réputation sont l\u2019affaire de toutes.Chaque membre apporte au travail, au jeu, au dévouement, toute sa compétence, toute son habileté, toute son âme, pour l\u2019honneur de l\u2019équipe.Dans l\u2019intérêt général de l\u2019équipe, un sacrifice personnel est volontairement accepté.Cet intérêt cependant, reste subordonné à l\u2019intérêt supérieur de la Compagnie, groupe de quatre équipes.On retrouve ici, développés à différents degrés, le sens familial dans l\u2019équipe et dans la Compagnie, le sens social.Les Guides ainsi formées sont apôtres déjà, par le seul rayonnement de leur vie intérieure intense, par leurs petites et grandes B.A., par l\u2019exemple de leur vie franchement catholique, dépouillée des niaiseries de sainte ni-touche, comme des exagérations du snobisme.Les Cheftaines et Assistantes font déjà dans l\u2019œuvre elle-même, un service de tous les instants, sous la direction et la surveillance immédiates de l\u2019autorité diocésaine, représentée par l\u2019Aumônier Général, dont l\u2019active participation à la vie de nos compagnies donne à l\u2019autorité de l\u2019Eglise, une forme tangible, demandant et exigeant des soumissions effectives.C\u2019est au local qu\u2019on répare, rafraîchit, refait les vêtements quêtés pour les pauvres et qu\u2019on va porter soi-même, la veille de Noël.La seule année 1931, on comptait quatre cents vêtements distribués à des familles pauvres, dont deux sont restées nos protégées depuis.Dans l\u2019une d\u2019elles, la naissance de la seizième enfant a été l\u2019occasion d\u2019un baptême guide.La Commissaire portait l\u2019enfant, tandis que la cheftaine de Ronde était mar- 228 Revue Dominicaine raine ; les jeannettes de la Ronde étaient représentées au baptême de leur protégée» Au local, on reçoit les Adhérentes, qui se réunissent en cercle d\u2019étude et sont bien un peu de la famille tout en n\u2019étant pas de vraies guides.A l\u2019extérieur, les guides participent à des fêtes missionnaires, patriotiques, font le service d\u2019ordre dans des organisations de charité.Les aînées font du service à la Colonie de Vacances, ou en ville, comme organisatrices de jeux.Elles visitent les malades, depuis la simple visite de sympathie aux services les plus héroïques, il y en a de tous les tons.Qu\u2019il me suffise de vous citer le cas d\u2019une vieille cancéreuse abandonnée par le médecin.Sa plaie est horrible, d\u2019une odeur infecte ; sa chambre, d\u2019une pauvreté et d\u2019une malpropreté navrantes.Le mari et le garçon sont là, impuissants devant une maladie si grave.Le cas est découvert par une humble guide, sténographe dans un grand bureau.Elle trouve le moyen d\u2019aller le matin, faire la toilette de la malade et le soir, au retour du bureau, de lui faire une lecture pieuse.Les après-midi du samedi et un jour de fête légale, elle fait le nettoyage à grand renfort de coups de brosse et de balai.Un regard au crucifix pour soutenir le courage et remettre en place le pauvre cœur qui bondit, un sourire à la pauvre vieille, puis fredonnant un cantique, elle continue.Le service dure trois semaines, partagé les derniers jours par deux autres guides mises au courant.Elle la prépare à la communion, la fait administrer.Avec la garde-malade demandée pour les pansements, les trois guides sont à son chevet, la veille de sa mort, récitant les prières des agonisants.Le lendemain en revenant du bureau, la sténographe voit battre le crêpe à la porte, elle éclate en sanglots .Sa pauvre vieille !.Elle est morte ! Une autre, cheftaine institutrice, celle-là, après avoir dirigé un camp de jeannettes, va, durant quatre semaines de vacance servir comme infirmière bénévole au camp des Le sens des Faits 229 Enfants infirmes à Chateauguay.Trente-huit enfants malades, des pires infirmités, dont trois sont immobilisées dans des chaises roulantes.Elle y met tant de soins et de dévouement qu\u2019à la fin du camp, deux peuvent se servir de leurs membres et se mouvoir seules.On l\u2019a vu, la didactique spécifiquement guide concrétise tout pour garder des dangers de l\u2019intellectualisme ou-trancier et empêcher que la vertu reste une acquisition de principes appris par cœur.Ce sont ces guides, apôtres qualifiées, entraînées à l\u2019apostolat, rompues au service discipliné, que le Guidisme met à la disposition de l\u2019Eglise, pour agir ou réagir, selon ses directives.Je n\u2019ai encore rien dit, cependant.Il faut vivre avec les guides, être leur cheftaine pour constater l\u2019efficacité chrétienne de la méthode guide, pour sentir dans quel courant de vie intérieure intense, leur âme est entraînée, être le témoin des B.A.spirituelles de leur renoncement.Elles vivent déjà, sans y songer, presque tous les points des règlements imposés par les ligues féminines et les associations pieuses.Le guidisme n\u2019a rien perdu de son entrain, de son esprit d\u2019ardente aventure mais, c\u2019est d\u2019épopée spirituelle qu\u2019il s\u2019est passionné.Blandine Neault, Commissaire des Guides Catholiques du Diocèse des Trois-Rivières. L\u2019Esprit des Livres Georges Langlois.\u2014 « Histoire de la population canadienne-française ».Editions Albert Lévesque, Montréal.Prix: $1.25.Cet ouvrage fait partie de la série « Documents historiques » des « Editions Albert Lévesque ».A l\u2019opposé des séries françaises qui répondent à un plan préconçu, celles de M.Lévesque sont des groupements un peu factices où certains ouvrages semblent introduits plus ou moins arbitrairement.Cette fois pourtant, l\u2019Histoire de la population canadienne-française de M.Langlois a bien les caractères d\u2019un document historique.Elle se range sans effort dans cette série, et en fait voir l\u2019utilité.M.Georges Langlois \u2014 j\u2019emprunte ces détails à l\u2019Editeur \u2014 est rédacteur à l'Ordre.Il a précédemment été attaché à la Presse et au Canada.Diplômé de l\u2019Ecole de Journalisme de l\u2019Université de Montréal, ancien élève de l\u2019Ecole des Sciences sociales, économiques et politiques de la même université, il est le seul Canadien titulaire des diplômes de l\u2019Ecole de Journalisme et de l\u2019Ecole des Hautes Etudes Sociales de Paris.Son ouvrage, légèrement remanié depuis, a fait le sujet d\u2019une thèse présentée à cette dernière institution sous le titre « Le facteur démographique de la survivance française au Canada » et a mérité à son auteur le diplôme de l\u2019Ecole avec les plus grands éloges du jury et la plus haute mention que cette école pouvait attribuer.L\u2019ouvrage hautement apprécié à Paris devrait l\u2019être pour le moins autant au Canada.Il apporte en tout cas L\u2019esprit des Livres 231 quelque chose de nouveau.Comme le fait remarquer l\u2019auteur dans son introduction, c\u2019est la première fois que le facteur démographique de la survivance française au Canada fait l\u2019objet d\u2019une étude d\u2019ensemble.« Les meilleurs auteurs, écrit-il, se bornent à constater le fait de cette survivance, les politiciens s\u2019en croient volontiers les artisans et le clergé y voit le signe d\u2019une destinée providentielle ».Il ajoute : « Nous ne discuterons pas cette dernière affirmation qui ne saurait faire l\u2019objet d\u2019une démonstration scientifique : si la Providence est intervenue, ce n\u2019est pas par un fait miraculeux éclatant, mais par 1 intermédiaire de ce qu\u2019on appelle les causes secondes ».C\u2019est l\u2019évidence même.Mais je ne crois pas que le clergé ait jamais voulu dire autre chose.Le P.Lamarche a été le premier à ma connaissance à parler du miracle canadien.L\u2019expression reprise par Maurice Barrés est revenue depuis lors, et jusqu\u2019à ces jours derniers, sur les lèvres de nos orateurs tant sacrés que profanes.Ni les uns ni les autres n\u2019y ont vu une dérogation aux lois de l\u2019histoire.Les premiers toutefois, sachant par l\u2019Evangile qu'aucun cheveu de notre tète ne tombe sans la permission de la Providence, ne pouvaient manquer de voir la volonté de Dieu dans l\u2019enchaînement des causes qui ont assuré notre survivance.Ils étaient donc conduits logiquement à scruter ses desseins à notre égard.Ce n\u2019est plus de la science historique, mais c\u2019est encore de la science puisque c\u2019est de la théologie.Dans la première partie de son ouvrage, M.Langlois expose les faits : une population exclusivement française qui grandit grâce à l\u2019immigration et à un accroissement naturel extrêmement rapide.A partir de la conquête, le groupe français au Canada tend à devenir une minorité de moins en moins importante.« Devant cette perspective, conclut l\u2019auteur, les Canadiens-français doivent se camper en réaction constante, systématique, contre la tendance évidente et inévitable à la centralisation et 232 Revue Dominicaine à runiformisation de la Confédération ».La seconde partie nous fournit une explication basée sur les doctrines et sur la politique démographique, coloniale et économique de la France et de l\u2019Angleterre.De nombreux appendices et une riche bibliographie complètent le travail.L\u2019auteur avoue lui-même qu\u2019une étude de ce genre ne peut être encore définitive.Il faudra que chacun des points soit repris dans des monographies détaillées.Ce qu\u2019il nous offre, c\u2019est une sorte de cadre où toutes les études de détail pourront venir s\u2019insérer.Ce cadre pourtant est loin d\u2019être un cadre vide.Les faits qu\u2019il a recueillis, l\u2019explication qu\u2019il en donne, constituent déjà une histoire qui pourra s\u2019enrichir, se préciser, mais sans se modifier profondément.C\u2019est en tout cas un précieux instrument de travail que tous voudront utiliser.Un tel ouvrage fait honneur à l\u2019auteur et aux écoles auxquelles il doit sa formation.M.-C.Forest, 0.P.Jean Bruchési.\u2014 « L\u2019Epopée canadienne » (Pour la jeunesse).Illustrations de René Chicoine et de Jean-Paul Lemieux.200 p.Editions Albert Lévesque, Montréal, 1934.Prix : $0.75.Comment ne pas être frappé tout d\u2019abord par l\u2019aspect typographique de cet album où l\u2019auteur, en traits essentiels, pour le bénéfice des petits, résume les faits et gestes de notre Histoire ?C\u2019est la meilleure réussite de la Maison Lévesque dont certaines publications nous offusquent par leur apparence étriquée et banale.Le présent ouvrage, bien qu\u2019imprimé sur papier coquille, signale au juste quatre errata ! Une couverture des plus attrayantes, mélange sans confusion de couleurs et de symboles ; des des- L\u2019esprit des Livres 233 sins à l\u2019encre bleue comme celle du texte, variant avec les chapitres, mais reproduits en double au haut des pages ; dessins d\u2019un art très moderne où cependant une imprécision voulue, évoquant avec grâce les ombres du passé, remplace les grossières caricatures inspirées par la sensation du moment ,* le tout complété par deux bonnes cartes répondant à l\u2019ancienne et à la nouvelle géographie du Canada : en voilà assez, semble-t-il, pour inspirer à nos éditeurs et imprimeurs le souci de la chose bien faite, l\u2019estime de leur métier.Le pittoresque du récit n\u2019égale pas la présentation du volume.M.Bruchési n\u2019est rien moins qu\u2019un créateur d\u2019images, il sait néanmoins décrire.Au reste, tout ce qui réclame ordre et clarté dans l\u2019exposition, justesse et sobriété de style trouve en lui le meilleur interprète.C\u2019est ainsi qu\u2019il excelle dans la communication, le rapport.Je me souviens d\u2019un compte-rendu de mission, présenté à l\u2019Université de Montréal, qui provoqua des applaudissements d\u2019autant plus spontanés que l\u2019auteur, absent de la réunion, s\u2019était fait remplacer pour la lecture.La même sûreté d\u2019information, la même sagacité de jugement, la même aisance à discerner l\u2019accessoire du principal, soutiennent M.Bruchési passant du communiqué ou du récit de voyage, à l\u2019histoire.Il était donc dûment équipé pour offrir à la jeunesse des narrations à sa portée.Si la tâche paraît d\u2019une facilité relative en ce qui concerne l\u2019origine et les premiers développements de la colonie, il n\u2019en va pas de même pour la période anglaise.Conquêtes de régimes, formations de partis, débats parlementaires, rien de tout cela ne mord sur les sensibilités en éveil et les neuves imaginations.M.Bruchési franchit la passe pour se retrouver tout entier, lui et sa manière, dans l\u2019exposé de notre situation actuelle.Pour une appréciation plus générale des mérites de M.Jean Bruchési et de sa manière opportune d\u2019envisager l\u2019histoire nationale, je me permets de référer à l\u2019article 234 Revue Dominicaine publié ici en juillet-août De retour dans leur pays, les membres de la délégation française aux Fêtes de Cartier auront à cœur de graver dans la mémoire de leurs enfants la physionomie et l\u2019histoire du peuple canadien.Voici un ami et un frère qui se tourne vers cette jeunesse lointaine pour lui offrir un livre qui deviendra peut-être son livre favori.Ajoutons, pour ce qui concerne la nôtre, qu\u2019en fait de récompenses officieuses ou officielles destinées au petit peuple des écoles, on ne saurait nulle part trouver mieux que « L\u2019Epopée canadienne ».M.-/4.Lamarche, 0.P.Isabelle Rivière.\u2014 « Sur le devoir d\u2019imprévoyance ».\u2014 Petit traité d\u2019économie pratique.\u2014 Les Editions du Cerf, Juvisy, Seine-et-Oise.\u2014 Prix : 15 fr.Les ouvrages à la marque du paradoxe sontj à la mode.Une collection vient d\u2019être consacrée à l\u2019éloge des défauts.On reprend le vieux thème d\u2019Erasme faisant l'éloge de la folie.Peut-on dire que Mlle Isabelle Rivière, avec son livre Sur le devoir d'imprévoyance, ait tenté à son tour de renouveler le genre \u201c?Son inspiration se rapproche certes le moins possible de celle qui a dicté au grand humaniste hollandais ses très fines malices de misantrope mal dissimulé.Et je ne prévois pas que les contemporains auteurs qui vont tenter la glorification de tous nos défauts réussissent à dégager de leurs ouvrages la forte leçon de vertu qui monte de chacune des pages du présent volume.Non, le paradoxe que reprend Mlle Rivière c\u2019est franchement celui que le Christ a mis dans son « discours sur la montagne », la douce violence d\u2019une perspective d\u2019infini imposée à la myopie de nos terrestres idées. L\u2019esprit des Livres 235 Et voilà comment cette invitation à l\u2019imprévoyance devient un code de sagesse aussi riche que bienfaisant.Il est pétri d\u2019une doctrine chrétienne dont la manifeste authenticité n\u2019a pas dû faire attendre longtemps l\u2019approbation de ses théologiens censeurs.Et ce qui vaut peut-être encore mieux que les nombreuses références à l\u2019Ecriture Sainte et les très justes interprétations de l\u2019auteur, c\u2019est la vie dont il en anime tout son texte pour le faire si joyeusement libre, serein et fort comme la vérité d\u2019Evangile qui l\u2019inspire.Trois parties divisent l\u2019ouvrage, respectivement intitulées : Contre la Prévoyance Matérielle \u2014 Contre la Prévoyance Spirituelle \u2014 Contre Véconomie de soi-même.Les douze premiers chapitres compléteraient fameusement \u2014 s\u2019ils ne réussissaient même à les remplacer \u2014 tous nos manuels d\u2019économie domestique, et voire, d\u2019économie sociale.Cette vérité, par exemple que l'économie, c'est d\u2019employer ce que l'on a.« Cet argent que Ton entasse et que l\u2019on enferme pour d\u2019hypothétiques besoins, à quoi l\u2019on sacrifie la satisfaction même de ces besoins, à qui sert-il \u201c?Il y avait quelqu\u2019un en ce monde à qui il était indispensable et qui en est ainsi privé.Si l\u2019on veut qu\u2019une graine germe et qu\u2019elle produise du fruit, à moins d\u2019être imbécile, on ne la met pas dans une boîte.En l\u2019utilisant sans doute on l\u2019use, on la détruit, mais elle donne naissance à vingt autres ».Et ceci encore que notre prévoyance matérielle est souvent sottise et gaspillage.Chez les vieilles tantes de l\u2019auteur : « On apportait sur la table des corbeilles de belles pêches veloutées, de reines-Claude juteuses, qu\u2019on ramassait dans la vigne à pleins paniers.Les tantes tiraient d\u2019un coin secret une assiettée de prunes suantes et de pêches attaquées.Certes, elles n\u2019eussent point voulu priver les gourmands des beaux fruits intacts, mais elles faisaient passer d\u2019abord, timidement, les gâtés, « pour qu\u2019ils ne soient pas perdus », disaient-elles.« Il y a encore beaucoup de bon autour du pourri ! » Puis, sans insister, 236 Revue Dominicaine c\u2019est elles qui les mangeaient.Le lendemain, les beaux fruits restés de la veille \u2014 on ne pouvait les manger tous \u2014 étaient devenus les prunes suantes et les pêches attaquées qui circulaient timidement avant la récolte du jour, et que les tantes forçaient à manger pour ne les point laisser perdre ».Quel remède à la crise, capable de désinfecter les auteurs du mal et de réconforter ceux qui en sont les victimes, pourraient offrir ces pages sur l'argent c\u2019est l'ennemi, sur 1 amour de l\u2019argent qui tue l'humain en l'homme, qui ôte l'homme à lui-même.Et, en tout cela, une philosophie des plus pratiques, prise à la vie concrète où aucun des arguments d\u2019une prévoyance collée à la terre n\u2019a été prévu.Et, mieux que de confondre par ces raisonnements, l\u2019auteur veut convaincre.Les huit chapitres de la deuxième partie de l\u2019ouvrage formeraient une petite somme des vérités de bon sens touchant la Providence.Construire demain, c'est fonder sur le vent : « Comment aurions-nous la charge de ce qui n\u2019existe pas encore ?De ce qui, même, ne peut pas exister pour nous sous la forme où nous prétendons l\u2019appréhender, puisqu\u2019au moment où demain nous devient saisissable, c\u2019est qu\u2019il n\u2019est plus demain mais, aujourd\u2019hui ».Prévoir, c'est gâcher le présent et fausser l'avenir : « S\u2019il est vrai que l\u2019insouciance, la témérité ont causé parfois des accidents, s\u2019il faut leur attribuer chaque année un certain nombre de morts violentes, de combien plus de lentes asphyxies la prudence humaine n\u2019est-elle pas responsable».Je voudrais citer au long les passages au sujet de ces méthodes d\u2019éducation « toutes ouatées de précautions, bordées de garde-fous du berceau à la tombe, connues, éprouvées, immuables, où le fils unique ne fait pas un pas qu\u2019il n\u2019ait été prévu et mesuré à l\u2019avance».Mais alors que ne citerais-je pas des cent dernières pages du volume, les plus belles ! Que nos sages bourgeois, à l\u2019âme de fonctionnaires assurés de leur pension et bien L\u2019esprit des Livres 237 calfeutrés dans leurs chauds appartements, écoutent du moins ces titres de chapitre : Se garder pour soi, c'est priver les autres \u2014 Se garder pour soi, c'est se priver des autres \u2014 Se garder pour soi, c'est se priver de soi \u2014 Se garder pour soi, c'est se priver de Dieu.Il ne les liront certes pas.Ils ont dit d\u2019avance : « C\u2019est fou ».Mais que tous ceux qui peuvent y reconnaître la folie de la croix les lisent \u2022es pages bien françaises et bien chrétiennes.R.-M.Voyer, 0.P.François Hertel : « Les Voix de mon Rêve », poèmes, 160 pages.Editions Albert Lévesque, Montréal, 1934.(Prix : $0.75).Il ne faut jamais mépriser les vers d\u2019un jeune poète ; sous leur art inexpérimenté, ils révèlent parfois plus d\u2019âme et une âme plus attachante que les strophes les plus savamment mesurées des virtuoses de la poésie.Le contraste qu\u2019ils nous offrent entre la fraîcheur des sentiments et la maladresse de l\u2019expression possède un charme d\u2019une espèce particulière auquel ne sauraient résister tous ceux qui relisant leurs vers de jeunesse en retrouveraient de semblables à ceux que contiennent « Les Voix de mon Rêve ».La jeunesse est captivante dans toutes ses manifestations.Moins dominée par la raison que la maturité, se souciant moins des règles qui compriment et quelquefois contrefont le naturel, elle s\u2019épanche en libres flots, se libère avec le minimum d\u2019efforts possible, se souciant beaucoup moins de la correction de la forme que du bonheur qu\u2019elle éprouve à sortir une première fois d\u2019elle-même dans un jaillissement naïf et spontané.Chez une jeune âme qui vibre, les réactions sont trop vives et trop nombreuses pour attendre avant de se traduire, un vocabulaire et une adresse convenable ; il s\u2019ensuit un déséquilibre comparable à une croissance physique trop rapide, mais qui incline beaucoup plus à l\u2019indulgence qu\u2019à l\u2019aigreur. 238 Revue Dominicaine Ce sont des vers de jeunesse que François Hertel offre au public dans « Les Voix de mon Rêve ».Les soleils y apparaissent plus lumineux que ceux qui éclairent l\u2019autre versant de la vie ; les bosquets s\u2019y enveloppent d\u2019un mystère que peut seule créer la fertile imagination des jeunes gens et les nocturnes y sont roses, couleur du rêve qui doit se poursuivre même après le réveil.Et tout ceci évoque pour le lecteur le souvenir d\u2019une oasis au milieu de laquelle il se rappelle avoir fait halte à une époque plus ou moins reculée de sa vie et dont il ne peut désormais retrouver que le seul mirage dans les cartons de sa vingtième année ou dans des livres complaisamment offerts par des jeunes : « Les rêves de jeunesse ont des envols sublimes ; « Le rêve est si fécond quand le cœur n\u2019est point vieux.« Elevez, jeunes gens, vos regards vers les cimes : « Le rêve du jeune homme est un reflet des deux.« Les rêves du jeune âge ont la fraîcheur des sources « Et la limpidité des ruisseaux diamantés « Qui sillonnent nos bois, enlaçant dans leurs courses « Les corps frêles des joncs, des aulnes argentés.« Les rêves du jeune âge ont tout le sang des roses, « Et l\u2019ardeur contenue aux lèvres du laurier ; « Ils ont le nonchaloir des fleurs à peine écloses « Inclinant leur front pâle au souffle printannier ».(pag.55) Toute cette pièce intitulée « Les rêves de jeunesse » et dédiée aux jeunes de chez nous est: à lire ; elle offre un exemple typique de l\u2019ineffable ineffablement jeune.De toutes les « Voix » qui hantent le rêve du poète, celle de « Chez nous » sont de beaucoup les plus sympathiques.Je noterai cependant que les «Voix trifluviennes » L\u2019esprit des Livres 239 ne sont pas suffisamment harmonieuses.Ici l\u2019ineffable n\u2019a pas débordé l\u2019expression au point de nous en faire oublier la lourdeur.Plusieurs sonnets descriptifs rasent le sol ou les murs sans autre intérêt que celui de l\u2019effort ou de la bonne volonté du poète.Mais François Hertel a déjà vécu sur les bords du Saint-Laurent en aval de Québec et je m\u2019explique que ce panorama unique de la nature québec-quoise lui ait suggéré l\u2019« Hymne au bas de Québec », l\u2019un de ses meilleurs poèmes : « Je t\u2019aimais tant, pays de mes jeunes années, « Que j\u2019ai gardé toujours en moi ton souvenir.« Le sort eut beau souffler au vent mes destinées, « Je t\u2019apporte un amour que rien n\u2019a pu ternir.« Vaste plaine à carreaux où les avoines d\u2019or « S\u2019étendent mollement dans leur décor de saules, « Où les troupeaux songeurs que l\u2019équinoxe endort « Vers le ruisseau voisin balancent leurs épaules.« Fleuve où j\u2019allais rêver au vent des promontoires, « Regardant s\u2019écrouler là-bas sur les récifs, « Les houles qui giclaient en larges flots de moire «Jusqu\u2019au lointain poudreux des horizons captifs.« Collège de Sainte-Anne, au loin sur la colline, « Telle une forteresse au milieu d\u2019un jardin, « Tu t\u2019incrustes au cœur des souples mousselines, « Que pointillent de vert les têtes des sapins ».(pag.43) Malgré le large souffle romantique passablement désuet qui anime ces strophes et les suivantes, malgré les heurts et les dissonnances qui brisent en plus d\u2019un endroit le mouvement régulier de la cadence, malgré les négligences de la métrique et l\u2019esclavage des rimes, j\u2019avoue m\u2019être 240 Revue Dominicaine reposé avec une délicieuse complaisance sur quelques vers dérobés aux sphères mystérieuses de la « Poésie pure » : « Fleuve ou j\u2019allais rêver au vent des promontoires ».« Jusqu\u2019au lointain poudreux des horizons captifs ».En d\u2019autres endroits, la puissance d\u2019évocation et, la richesse du thème poétique sont encore à la recherche d\u2019un vocabulaire plus précis et de rythme plus variés : « O pays de lumière et de rusticité, « où la légende vibre aux humains fraternels, « Pays que la jongleuse a jadis visité, « Où son pied s\u2019est gravé sur la roche éternelle, (pag.45) Mon plus grand regret serait d\u2019avoir par ces quelques observations rédigées rapidement avant d\u2019entrer en vacances, \u2014 découragé un poète dont les premiers accents ne sont pas dénués de puissance et d\u2019harmonie.Le poète se rassurera en songeant que ses voix n\u2019ont pas chanté dans le désert et si je plains le sort du trop grand nombre de strophes que nous auront values les troisième et quatrième centenaires, je souhaite qu\u2019au moins quelques vers de François Hertel survivent aux lendemains trop souvent décevants des grandes apothéoses.A.Saint-Pierre, O.P. FAITES-VOUS CONNAITRE DU GERANT DE NOTRE SUCCURSALE Il y a avantage pour quiconqite se destine aux affaires à se faire connaître du gérant de notre succursale la plus rapprochée, car tôt ou tard, on peut avoir besoin de ses conseils, des renseignements qu\u2019il peut fournir, des services qu\u2019il peut rendre.Ouvrez un compte de banque à l\u2019une ou l\u2019autre de nos succursales et faites-vous connaître de notre gérant, par la régularité de vos dépôts.La Banque Provinciale du Canada M.S.J.B.Rolland\tChs.A.Roy Président\tGérant Général.VIENT DE PARAITRE Où vont nos vies?par le R.P.Louis Lachance, O.P.Professeur au Collège dominicain d\u2019Ottawa.Sous une forme attrayante et dénuée de tout appareil scolastique, l\u2019auteur expose en 216 pages la seule philosophie possible de l\u2019existence humaine.Prix : $0.90 (aux abonnés à la Revue Dominicaine $0.60) Frais de port : 10 sous.L\u2019Œuvre de Presse Dominicaine, 5375, Av.N.-D.de Grâce, Montréal. \u201cEt à l\u2019heure de notre mort.\u201d! Vie et mort édifiantes de cinq jeunes Pères Dominicains décédés J accidentellement à Ottawa le 1er septembre 1931.Un volume in-16 148 pp.orné de quatre hors-textes.En vente au prix de 40 sous l\u2019exemplaire, par la poste 50 sous, $4.20 la douzaine, $16.00 le cinquante, $30l00 le cent, port en plus, aux | Couvents Dominicains (Canada et Etats-Unis), à l\u2019Oeuvre de Presse Dominicaine, 5375, Av.N.-D.de Grâce, Montréal; ainsi que dans les principales librairies.nie ' Téléphone Bell 310\tCarrosse No 2 JOSEPH BERTRAND COCHER Entrepreneur de Pompes funèbres 30, rue Laframboise, -\tSaint-Hyacinthe ¦- Ecuries de louage, carrosses simples et doubles pour mariage, baptêmes.Automobile.EXPRESS Pharmacie L.P.GAUCHER Bachelier en Pharmacie GROS et DETAIL 223, rue Cascades, Téléphone 86 Saint-Hyacinthe ,\\ni Tél.Bureau: 95 ERNEST J.CHARTIER Commerçant de BOIS et CHARBON 136, rue Girouard, - Saint-Hyacinthe « hi A 1 ianj Mount Royal Color & Varnish Co.Limited MANUFACTURIERS DES PEINTURES ET VERNIS AN GKLO-M-R-IDE AL Bureaux et entrepôts: rue Dorchester.Manufacture: rue Casgrain PEINTURE-EMAIL \u201cCLASSIC\u201d Téléphonez ou écrivez à L\u2019ECOLE COMMERCIALE PRATIQUE COTE 120a rue NOTRE-DAME TROIS-RIVIERES Tél.: 925 rue SAINT-DENIS SAINT-HYACINTHE ou à Tél.: 654 pour avoir tous les renseignements concernant notre COURS COMMERCIAL bilingue \u2014 rapide \u2014 pratique.Donat Côté, Directeur.123, rue Girouard, - 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Saint-Hyacinthe F.Daoust, gérant\tTéléphone 59-w LA COMPAGNIE D\u2019EAU MINERALE Propriétaire du célèbre Philudor 148, rue Concorde - Saint-Hyacinthe Téléphone: CRescent 2734 M.J-ALBERT LARUE ARCHITECTE A.A.P.Q.5711, rue Durocher - Montréal La Province de Québec Conservons-iui son caractère français La province de Québec s\u2019enorgueillit à bon droit d\u2019être la seule province française en Amérique.Elle est fière de ses origines, de sa langue, de ses mœurs et coutumes, si différentes de celles des autres provinces canadiennes et des autres pays du continent nord-américaii:.Il est donc important que l\u2019on conserve précieusement l\u2019ambiance bien française et la beauté qui doivent être les attraits principaux du pays de Québec.LA PART DE LA PROVINCE.Le gouvernement de la province de Québec, par son ministère de la Voirie, a fait sa part pour contribuer à l\u2019embellissement des campagnes québécoises et pour la conservation de la physionomie particulière de la province.Il a contribué à l\u2019ornementation de la campagne en faisant planter le long des grandes routes plus de 250,000 arbres.Il a contribué à l\u2019embellissement des habitations et des bâtiments de ferme en organisant des concours pour la propreté des maisons et la beauté des jardins et en distribuant, à titre absolument gracieux, de la chaux pour blanchir mai sons et dépendances.En dix ans, au delà de quatre millions de livres de chaux ont été distribuées.LA PART DE CHACUN.La province a donc fait sa part pour conserver la beauté des campagnes que les touristes doivent traverser.Il faut que chacun fasse maintenant sa part.Un vieux proverbe dit : « Si chacun balayait devant sa porte, la rue serait propre ».De même, si chacun veut se donner la peine d\u2019entretenir son petit coin de terre, la province sera non seulement propre, mais elle sera belle et les étrangers se feront un plaisir d\u2019y revenir et d\u2019y envoyer leurs parents et amis.C\u2019est par là que nous montrerons que nous sommes français et que nous sommes fiers de l\u2019être.Finistère üe la Voirie Province de Québec Hon.J.-E.PERRAULT,\tLt.-Col.J.-L.BOULANGER, ministre.\tsous-ministre.ARTHUR BERGERON, sous-ministre suppléant. Magasin: 401 TELEPHONE BELL Résidence : 439J US « seul, !i de s Ultra lÉricM mbiaoJ aaj dt J.D.DESROSIERS MARCHAND DE CHAUSSURES pour toute la famille.Motto: Service \u2014 Courtoisie et Qualité.143, rue Cascades, - Saint-Hyacinthe Je peux vous fournir tout ce qui peut vous être nécessaire en chaussures et en bas.AUSSI AGENCE DE RADIOS.lantei 1® îtdei ! dis-' Desmarais & Ro&itailie Limitée Ornements d\u2019église et Articles religieux 70 ouest, rue Notre-Dame, Montréal 121, rue Rideau, Ottawa, -\t- 95, rue Church, Toronto Nos maisons d\u2019Ottawa et de Toronto peuvent expédier des vins pour fins sacramentelles dans toutes les parties du Canada.lai\u2019 THES\tCAFES\tCACAO EPICES\tGELEES\tESSENCES Nos 37 années d'expérience sont une garantie pour vous.J.A.SIMARD & CIE 5, 7 est, rue Saint-Paul, - Montréal MONTREAL et NEW-YORK Tél.LAncaster 1950 Dentiers incassables \u201cResovin et autres\u201d, Ponts, Obturations de tous genres Ouvrage de première qualité seulement RAYONS X Dr J.-A.-ERNEST DAIGLE, B.C.D.CHIRURGIEN-DENTISTE Membre du Dispensaire Antituberculeux des Comtés de St-Hyacinthe et Rouville Spécialité : Chirurgie Buccale, Extractions sans Douleurs, Procédés nouveaux d\u2019Anesthésie.Prix raisonnables\t79 Ste-Anne Satisfaction Garantie\tST-HYACINTHE, P.Q.Ouvert de 9 A.M.à 9 P.M.\tTéléphone 80 Tell Residence 244-w.(Le soir) Résidence 244-j.Maison établie en 1879 Bureau : 88 A.BLONDIN Limitée \u201cINSUL-BOARD\u201d \u2014 BOIS DE CONSTRUCTION FOURNISSEURS EN GROS Plomberie, Chauffage et Matériel de Construction, Peinture et Vernis 115, rue Cascades, - Saint-Hyacinthe CHAPEAUX ROMAINS Feutre, Soie, Peluche, Cachemire, Paille Catalogue envoyé gratuitement sur demande AasDesjardins & VS= -Tldw.,, .'¦¦¦== limite e -\t¦ g 1170, rue Saint-Denis MONTREAL [Âs g rai n & [harbonneau I\t1-Limitée PHARMACIENS EN GROS Fabricants Chimistes \u2014 Instruments de Chirurgie.\u2014 Instruments pour Dentiste.30 est, rue Saint-Paul, -\t-\tMontréal Demandez notre Catalogue.Dominion Blank Book Co.LIMITED SAINT-JEAN, Qué.Manufacturiers de livres à feuilles mobiles, Livres de Comptabilités reliés.ENVELOPPES Notre catalogue vous sera envoyé sur demande. 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