Revue dominicaine, 1 février 1935, Février
[" Jfc&rwr 1935 ^Refme ^ponrimcame Paraît chaque mois à 80 pages Directeur R.P.M.-A.Lamarche Conseil de Rédaction RR.PP.Ceslas Forest Benoît Mailloux Raymond Voyer Th.-M.Lamarche Albert Saint-Pierre Abonnements Canada :\t$2.00 Etranger :\t$2.25 Avec le « Rosaire » : 25 sous en plus par an Le numéro:\t25 sous La Revue ne sera pas responsable des écrits de collaborateurs étrangers à l\u2019Ordre de S.Dominique.EN MAES LES JUIFS ET LA CHRETIENTE par R.P.Raymond-M.Martineau, O.P.Professeur au Collège Dominicain d\u2019Ottawa 5375, Av.N.-D.de Grâce, Montréal (Canada) HH MM AVEZ-VOUS PREVU Que le Destin (même sans fatalité extraordinaire) peut, en vous enlevant soudain à l\u2018affection des vôtres, les priver de leur soutien moral et matériel, compromettre leur avenir ou même les plonger dans le dénuement complet?Qu'un capital supplémentaire \u2014 ou peut-être même le seul qui vous restera\u2014 à toucher inéluctablement à l\u2019époque choisie, à l\u2019heure de la retraite ou au début de votre vieillesse, est une agréable perspective?Que les entreprises humaines dans lesquelles vous êtes intéressé sont faillibles, et qu\u2019une mesure de prévoyance basée sur des certitudes mathématiques doit de toute manière retenir votre attention, quelle que soit votre situation actuelle?Que l\u2019éducation de vos enfants, l\u2019avenir que vous entrevoyez pour eux, ainsi que pour votre femme et tous les vôtres, reposent, à l\u2019heure actuelle, uniquement sur cette base si fragile qu\u2019est votre propre existence ?Si vous l\u2019avez prévu, qu\u2019attendez-vous donc pour vous assurer dans LA SOCIETE DES ARTISANS CANADIENS-FRANCAIS La plus forte Société française en Amérique Qui vous libérera de tous soucis, sans charge excessive?La Société des Artisans Canadiens-Français Société mutuelle astreinte aux mêmes obligations légales de sécurité que les Compagnies commerciales.VIE, ACCIDENT, MALADIE, INVALIDITE, RENTES VIAGERES.Tous les bénéfices réalisés, au lieu d\u2019être distribués à de9 actionnaires, vont directement aux assurés eux mêmes.850 succursales et bureaux de perception au Canada et aux Etata-Unis.Siège social: MONTREAL.Réserve accumulée : plus de $14,500,000.00.Bénéfices payés, depuis la fondation $20,000,000.00.Dividendes payés aux sociétaires durant l\u2019année 1933 : $90,739.13. Février 1935 SOMMAIRE R.P.Benoît Mailloux, O.P.Journées thomistes R.P.Albert Saint-Pierre, O.P.Les Juifs et les premiers chrétiens R.P.Thomas-M.Charland, O.P.Le salut des riches \u2014 Notes d\u2019exégèse Mlle Lucile Godin Pierre McLeod \u2014 1850-1901 LE SENS DES FAITS.\u2014 Autour d\u2019une controverse religieuse, par Jean-Robert Bonnier.\u2014 Une pierre mystique.\u2014 Echos du mois, par le R.P.Lamarche' O.P.L\u2019ESPRIT DES LIVRES.\u2014 Garrigou-Lagrange : Le sens du mystère (H.G.) Souilhé : La philosophie chrétienne (H.G.) Just: Le Père des Prêcheurs (A.M.) Barbeau : Au cœur de Québec (B.G.) Gibbons: La foi de nos pères (R.-M.D.) Line vie dans le Christ (H.C.) Dantin : Poètes de VAmérique française (T.-M.L.) Riondel : La Mère Jacoulet (R.-M.D.) Poètes de la famille au XXe siècle (R.L.) Grammaire latine de St-Sulpice.Mlle Routier : Les tentations (T.-M.L.) Bugnet : Siraf (A.S.-P.) Accusés de réception. JOURNEES THOMISTES A l\u2019occasion du vingt-cinquième anniversaire de son érection en Studium generale, notre Couvent d\u2019études d\u2019Ottawa tiendra cette année quelques journées thomistes.L\u2019Ordre de S.Dominique, loin de croire au monopole de l\u2019enseignement de la vérité, cherche tout simplement à mobiliser le plus de forces possibles au service de la vérité.N\u2019est-ce pas du reste la meilleure manière de réaliser son apostolat doctrinal ?Ses membres, pour avoir eu comme frère S.Thomas d\u2019Aquin et s\u2019être faits les défenseurs et les propagateurs de sa doctrine, bien avant que l\u2019Eglise l\u2019eût proclamé Doctor communis, ne se sont jamais crus les seuls interprètes et les seuls gardiens de la pensée du saint Docteur.Ils ont vu, dans cette préférence de leur mère la sainte Eglise pour S.Thomas et son œuvre, une confirmation de leur mission doctrinale et une nouvelle obligation d\u2019orienter vers le thomisme le plus grand nombre d\u2019intelligences.En reconnaissance au Ciel pour avoir reçu gratuitement S.Thomas, les Dominicains doivent, partout où ils se trouvent, consacrer leurs énergies à propager et promouvoir la doctrine thomiste.C\u2019est, nous sem- 82 Revue Dominicaine ble-t-il, ce que l\u2019on attend d\u2019eux au Canada comme ailleurs.Les honneurs et les encouragements sont généralement récompense pour le passé et gage pour l\u2019avenir.Les marques de confiance dont les Dominicains canadiens furent récemment gratifiés veulent, certes, rendre hommage à leur zèle pour la diffusion de la vérité ; mais nous croyons qu\u2019elles manifestent aussi une attente, celle d\u2019une collaboration grandissante pour le progrès des études thomistes en notre pays.Nous pensons en ce moment à l\u2019honneur conféré aux dominicains par l\u2019Académie Canadienne St-Thomas d\u2019Aquin : le T.R.P.Provincial compte, avec les Recteurs d\u2019Universités, parmi les vice-présidents d\u2019honneur, et le secrétaire de l\u2019Académie est de droit un fils de la Province dominicaine du Canada.Nous songeons encore au geste bienveillant de nos trois Universités catholiques canadiennes-françaises qui ont confié aux fils de S.Dominique des chaires de philosophie et de théologie.Signalons enfin la sympathie générale qui accueillit l\u2019Institut d\u2019Etudes Médiévales et ses premières publications.Voilà des témoignages qui engagent l\u2019avenir et révèlent une espérance.Les Dominicains du Canada s\u2019efforceront toujours de répondre à un espoir si honorable pour eux, et si sincère de la part d\u2019intellectuels unanimement voués à la doctrine de S.Thomas.Les Journées Thomistes 83 professeurs du Collège Dominicain d\u2019Ottawa en particulier peuvent aujourd\u2019hui offrir non seulement une aide individuelle, mais une collaboration d\u2019ensemble.C\u2019est le collège avec son équipe de travailleurs qui veut coopérer avec les autres maisons d\u2019enseignement philosophique et théologique.Pour obtenir ce but, nous avons cru qu\u2019il serait opportun d\u2019organiser de temps à autre quelques journées thomistes, permettant une collaboration transitoire, mais efficace et profitable pour tous.Nous nous proposons d\u2019inaugurer au début de juin prochain nos premières journées.Tous les professeurs de philosophie et de théologie, les clercs et les laïcs seront invités à y prendre part.Cette semaine thomiste coïncidera cette année avec un anniversaire heureux pour le Collège Dominicain d\u2019Ottawa.Ce dernier célèbre la vingt-cinquième année de son institution en « studium generale » ou en université de l\u2019Ordre, effectuée sous le généralat du révérendissime Père Cormier.Dans un remarquable article sur S.Thomas d\u2019Aquin, homme du temps présent, le Père Ser-tillanges écrivait : « 5.Thomas appartient aujourd\u2019hui à deux sortes d\u2019esprits : ceux qui étudient son œuvre en vrais historiens ou qui la goûtent en philosophes ; ceux qui la regardent sympathiquement comme un moment du passé et ceux qui y découvrent une force du présent ; ceux qui, 84 Revue Dominicaine selon une belle image de M.Thibaudet, contemplent l\u2019œuvre et l\u2019homme comme une chute d\u2019eau oh passe l\u2019arc-en-ciel, et ceux qui les transforment en énergie utilisable ».Au cours des prochaines journées thomistes, une série de rapports nous apprendra, non pas s\u2019il y a chez nous ces deux sortes d\u2019esprits vis-à-vis de S.Thomas, mais si notre enseignement ne pourrait pas donner un plus grand nombre de ces esprits capables de transformer en vitalités intellectuelles et spirituelles les riches et fécondes doctrines du Docteur Angélique.B.Mailloux, O.P. Les juifs et !es premiers chrétiens Pour bien comprendre l\u2019attitude du monde juif vis-à-vis du Christianisme naissant, il faut se rappeler que le Christ, par l\u2019humilité de sa vie, le caractère de son enseignement et l\u2019ignominie de sa passion, avait profondément déçu l\u2019attente que l\u2019on s\u2019était faite d\u2019un Messie glorieux et conquérant.Cette attente profondément ancrée au cœur du judaïsme reposait sur une interprétation toute matérielle des prophéties messianiques.Deux événements principaux devaient selon l\u2019estimation juive en marquer la réalisation : la restauration temporelle du royaume d\u2019Israël, lequel dominerait sur toutes les nations de la terre, puis comme conséquence l\u2019observance universelle de la loi ancienne dont la première prescription consistait dans la circoncision de la chair.C\u2019était là toute l\u2019espérance messianique de la synagogue (1).Or tout autre apparut le caractère messianique du Sauveur qui, bien loin de se présenter au monde comme un dominateur et un conquérant C1) Les cadres généraux de cette étude sont empruntés à F.Vernet : Diet.Apol.de la Foi catholique, t.II, col.1651-1763, art.Juifs et chrétiens. 86 Revue Dominicaine temporel, protesta à maintes reprises en paroles et en acte de sa fidélité au pouvoir établi et du caractère éminemment spirituel de son royaume: « Rendez à César ce qui appartient à César et à Dieu ce qui appartient à Dieu », dit-il en saint Matthieu (XXII, 21), et en saint Jean (XVIII, 36) : « Mon royaume n\u2019est pas de ce monde ; si mon royaume était de ce monde, mes serviteurs auraient combattu pour que je ne fusse pas livré aux Juifs, mais maintenent, mon royaume n\u2019est point d\u2019ici-bas ».D\u2019autre part l\u2019on ne peut voir en aucune partie de son enseignement qu\u2019il ait conditionné le salut de la loi nouvelle à quelqu\u2019une des observances légales proprement mosaïques.« Allez, dit-il à ses apôtres, enseignez toutes les nations et baptisez-les » (Matt., XXVIII, 19), sans qu\u2019il soit autrement question de purifications rituelles, d\u2019abstention de viandes impures ou de circoncision.Selon le cours ordinaire des choses humaines l\u2019esprit chrétien intégral ne pouvait se substituer d\u2019une journée à l\u2019autre à l\u2019esprit mosaïque ; même en comptant avec le temps, cette substitution n\u2019alla pas sans conflits.Les premiers Juifs convertis acceptèrent le Christianisme sans pour autant renoncer à la Loi.Mais il y avait à craindre que les apôtres, juifs eux-mêmes et prêchant au nom de leur Maître le salut universel, ne voulussent par la circoncision obliger les gentils à Les Juifs et les premiers chrétiens 87 s\u2019affilier à la nation juive.De cette façon le Christianisme fut resté une religion nationale et le Catholicisme ne fut jamais sorti de la synagogue ; mais telle n\u2019était pas l\u2019intention du Sauveur.L\u2019on voit dès lors la complexité et la gravité des problèmes soulevés par les premières prédications évangéliques.Est-ce que les Juifs devaient maintenir la pratique des observations mosaïques tout en adhérant au Christianisme ?Pouvaient-ils subordonner la conversion des gentils à la pratique de ces observances ?Et dans le cas où ils ne pouvaient, au nom de la religion nouvelle, soumettre les gentils à la loi mosaïque, devaient-ils considérer cette loi comme universellement abrogée ?Trois circonstances provoquèrent au cours du premier siècle, la solution de ces doutes: le baptême du Centurion Corneille, (Act., X), la réunion de Jérusalem (Act, XV), le différend d\u2019Antioche (Gal., II, 11-21).Par les événements surnaturels qui accompagnèrent le baptême du payen Corneille, centurion dans la cohorte italique, Dieu manifesta clairement au prince des apôtres que du moins pour les payens convertis, la loi ancienne devait demeurer sans effet.De l\u2019aveu même de Pierre, aucun doute ne pouvait désormais subsister sur la question théorique.Aux fidèles circoncis qui lui reprochent d\u2019avoir pris place à la table d\u2019un incirconcis, il rappelle la volonté divine expressément manifes- 88 Revue Dominicaine tée : « Peut-on refuser l\u2019eau du baptême à ces hommes qui ont reçu le Saint-Esprit aussi bien que nous ?» (Act., X, 47).« Si donc Dieu leur a donné la même grâce qu\u2019à nous qui avons cru au Seigneur Jésus-Christ, qui étais-je, moi, pour pouvoir m\u2019opposer à Dieu ?» (Act., XI, 17).La réunion de Jérusalem provoquée par la conduite de Paul, sanctionna définitivement l\u2019abrogation de la loi.Ce n\u2019est pas ici le lieu de discuter la nature du décret promulgué à cette occasion ; qu\u2019il suffise d\u2019en mentionner la teneur : les payens pourraient recevoir le baptême sans se soumettre aux observances de la loi, moyennant une restriction concernant l\u2019abstention des viandes offertes aux idoles, du sang, de la chair étouffée et de l\u2019impureté.Notons encore que le texte de ce décret varie selon les deux versions occidentale et orientale.D\u2019après la version occidentale, la restriction n\u2019aurait qu\u2019une portée morale universelle plutôt destinée à prévenir les coutumes payennes qu\u2019à imposer les observances légales.En acceptant la version orientale qui fait vraiment allusion à des coutumes rituelles, l\u2019on fait remarquer que cette partie du décret restait sans aucun caractère dogmatique, n\u2019offrant qu\u2019une portée disciplinaire dont les gentils pourraient s\u2019affranchir avec le temps, dès qu\u2019il n\u2019y aurait plus danger de scandale.Si ces deux événements avaient apporté une Les Juifs et les premiers chrétiens 89 solution au cas des gentils, ils n\u2019avaient pas résolu le problème que soulevait au sein même des communautés juives, l\u2019abrogation de la loi mosaïque.Pour éviter des dissensions regrettables, Pierre s\u2019était abstenu de manger avec les payens en présence des partisans de la circoncision.L\u2019ayant rencontré à Antioche, Paul « osa lui résister en face, parce qu\u2019il ne marchait pas droit selon la vérité de l\u2019Evangile» (Gal., II, 11-14).L\u2019Apôtre des gentils profita de cette circonstance pour développer la doctrine du salut par la foi animée de la charité et non plus par la loi désormais universellement abrogée, « car si la justice était encore obtenue par la loi, le Christ serait donc mort pour rien» (Gal., II, 21).Le peuple juif se partagea dès lors en quatre groupes, selon les quatre attitudes respectives que prirent ses membres à l\u2019égard de la doctrine concernant l\u2019universalité du salut sans la loi.Un premier groupe refusa d\u2019adhérer au Christianisme parce qu\u2019il ne voulut pas reconnaître dans le Christ le véritable Messie annoncé par les patriarches et les prophètes ; ce fut le plus nombreux.Un second groupe, converti à la religion nouvelle, admit en principe l\u2019abrogation de la Loi, sans pour autant renoncer à ses observances traditionnelles ; on les nomma les orthodoxes.La ruine de Jérusalem et la destruction du temple (70) en détacha définitivement plusieurs du mo- 90 Revue Dominicaine saïsme, les autres disparurent lentement.Un troisième groupe, auquel convient strictement l\u2019appellation de « Judéo-chrétien », prétendit accepter la doctrine évangélique en rejetant même théoriquement l\u2019abrogation de la loi.C\u2019est contre ce dernier groupe que Paul dut s\u2019élever avec violence dans ses lettres aux chrétiens de Rome et de Galatie.Le judéo-christianisme ainsi entendu fut immédiatement rejeté de l\u2019Eglise chrétienne et alla bientôt se perdre dans diverses hérésies telles que le gnosticisme et l\u2019ébionisme.Enfin un quatrième groupe comprit les Juifs chrétiens qui en pratique comme en théorie acceptèrent l\u2019affranchissement de la loi.Le christianisme était à peine sorti du Cénacle que les Juifs du premier groupe ouvrirent l\u2019ère des persécutions.Elles sévirent tout d\u2019abord en Judée.C\u2019est une erreur commune aux chrétiens peu au courant des choses historiques de croire que les payens de Rome furent exclusivement responsables du feu, des bêtes et des arènes.Bien que les documents soient peu nombreux pour cette période, ceux que nous possédons mettent suffisamment en lumière le fait de la persécution juive antichrétienne indépendamment des divers partis-pris de la critique moderne.L\u2019auteur de l\u2019article auquel nous avons référé le lecteur au début, aborde le problème sous des titres assez suggestifs : « Les Juifs persécutent les chrétiens Les Juifs et les premiers chrétiens 91 dans la Judée.Les Juifs demandent à l\u2019autorité civile de persécuter les chrétiens.Les Juifs applaudissent et concourent aux persécutions.Les Juifs suscitent les persécutions par leurs calomnies » (*) (x) Est-ce en vue de réparer au moins tardivement ces premières vexations suivies de tant d\u2019autres, et surtout leur immixtion active dans la Maçonnerie, que les Juifs d\u2019aujourd\u2019hui s\u2019unissent parfois aux dénominations catholique et protestantes pour lutter contre l\u2019athéisme ou contre les attentats à la liberté de conscience ?Toujours est-il qu\u2019il convient d\u2019enregistrer leur récent témoignage de sympathie envers les persécutés du Mexique.Nous traduisons la note parue à ce sujet dans VAmerican Hebrew and Jewish Tribune \u2014 College Issue du 21 décembre dernier, en omettant, faute d\u2019espace, le vigoureux discours prononcé par le rabbin Isaac Landman.« Dix-huit cents catholiques, protestants et juifs se sont réunis dimanche soir (16 décembre) à Brooklyn, N.Y., dans une assemblée aux proportions importantes, pour protester contre la campagne antireligieuse qui sévit au Mexique et qui constitue « un rude coup porté tant^ à la liberté humaine qu\u2019à la religion elle-même ».Des résolutions en rapport avec les protestations furent adoptées et en outre les personnes présentes reçurent le mot d\u2019ordre de s\u2019interdire toute relation de caractère commercial ou touristique de nature à profiter aux tenants de la politique actuelle de ce pays.« Mr.Michael F.Walsh, délégué des Chevaliers de Colomb de l\u2019Etat de New York, sous le patronage desquels se tenait l\u2019assemblée, présidait.Portèrent la parole au nom de leur groupe confessionnel : le Dr Everett R.Clinchy, protestant, directeur de la Conférence nationale judéo-chrétienne ; le rabbin Isaac Landman, éditeur du périodique The American Hebrew et directeur spirituel de la Congrégation Beth Elohim de Brooklyn ; et William A.Clarke, catholique, principal de John Adams High School, d\u2019Ozone Park, Queens.« Chaque orateur souligna le fait que les menées ac- 92 Revue Dominicaine Il apparaît sans doute exagéré d\u2019attribuer aux Juifs de Palestine comme à ceux de la Dispersion, une trop grande part de responsabilité dans les persécutions qui sévirent contre les chrétiens au cours des trois premiers siècles.Leur condition politique ne nous permet pas de les rendre directement responsables de la mort d\u2019un homme.Lorsque Jésus fut amené devant le procureur romain Ponce-Pilate, celui-ci demanda aux Pharisiens et aux Sadducéens rassemblés, quelle accusation ils portaient contre cet homme.Ils lui répondirent : « Si ce n\u2019était pas un malfaiteur, nous ne te l\u2019aurions pas livré ».Pilate leur dit : « Prenez-le vous-mêmes et jugez-Ie selon votre loi ».Les Juifs lui répondirent : «Il ne nous est pas permis de mettre personne à mort» (Jean, XVIII, 31-32).Ces paroles laissent entendre que les Romains, en faisant de la Judée une province de l\u2019empire, avaient retiré aux Juifs le droit d\u2019exécution capitale.D\u2019autre part, il semble que les procurateurs, soit par faiblesse, soit par crainte de la révolte, aient pris l\u2019habitude tuelles du Gouvernement mexicain ne se bornent pas à une persécution des catholiques ou de la religion, mais constituent une violation des plus flagrantes de la liberté humaine ».On sait par ailleurs qu\u2019à l\u2019issue du Congrès eucharistique de Buenos-Aires, rabbins juifs et ministres protestants adressèrent au Comité exécutif des lettres de sympathie admirative et de félicitations pour le succès extraordinaire de ces fêtes.(N.D.L.R.) Les Juifs et les premiers chrétiens 93 d\u2019obtempérer au désir de la nation réclamant la mort d\u2019un séditieux.Auprès de Pilate qui voudrait sauver Jésus, les Juifs insistent : « Nous avons une loi et d\u2019après notre loi, il doit mourir, parce qu\u2019il s\u2019est fait le Fils de Dieu» (Jean, XIX, 7).Mais il y avait sans cesse à craindre les mouvements de fureur populaire que les gouverneurs romains ne pouvaient ou ne voulaient réprimer.En somme, malgré la restriction romaine sur la peine de mort, il restait encore aux Juifs de Palestine une assez grande liberté d\u2019action contre les premiers chrétiens ; ils en usèrent largement.Laissons parler les documents.Par ordre du Sanhédrin, les Apôtres sont emprisonnés, maltraités, battus de verges et menacés de mort (Act., Ill, IV).Le diacre Etienne est lapidé (Act., VII).Saul est rapporté comme ne respirant que la menace et la mort contre les disciples du Seigneur, hommes et femmes qu\u2019il rêve d\u2019emmener enchaînés à Jérusalem (Act., IX).Vers l\u2019an 49, le roi Hérode Agrippa, qui succède aux procurateurs romains dans le gouvernement de la Judée, « fait arrêter quelques membres de l\u2019Eglise pour les maltraiter ; il fait mourir par le glaive Jacques, frère de Jean.Voyant que cela est agréable aux Juifs, il ordonne encore l\u2019arrestation de Pierre.C\u2019est pendant le jour des azymes.Lorsqu\u2019il l\u2019a en son pouvoir, il le jette en prison et le met sous la garde de quatre escouades de quatre 94 Revue Dominicaine soldats chacune, avec l\u2019intention de le faire comparaître devant le peuple après la Pâques » (Act., XII).Enfin dans son « Dialogue avec Tryphon », saint Justin écrit vers le milieu du second siècle que les Juifs n\u2019ont plus le pouvoir de porter la main sur les chrétiens à cause de ceux qui gouvernent, chaque fois qu\u2019ils l\u2019ont pu ou le peuvent, ils les ont tués ou les tuent.Leur animosité contre les chrétiens est telle qu\u2019elle réduit leur haine à l\u2019égard du pouvoir impérial.Eux, les vaincus de Rome qu\u2019ils détestent, ils vont jusqu\u2019à réclamer au nom des intérêts de Rome le châtiment des chrétiens, d\u2019où apparaît le caractère fourbe et opportuniste que l\u2019on reproche aujourd\u2019hui à leur postérité, et qui trouve tant d\u2019appuis dans l\u2019histoire.Les Actes des martyrs laissent entendre que la rigueur exercée contre les chrétiens par les Juifs de la Dispersion ne le céda en rien à celle qu\u2019exercèrent les Juifs de Palestine.Saint Justin n\u2019hésite pas à les rendre responsables pour une large part des persécutions qui désolèrent toutes les communautés chrétiennes dispersées dans l\u2019empire.« Lorsque vous avez su qu\u2019il \u2014 le Christ \u2014 était ressuscité d\u2019entre les morts et monté au ciel, comme les prophéties l\u2019avaient révélé à l\u2019avance, non seulement vous ne vous êtes pas repenti de vos mauvaises actions, mais avez désigné des émissaires choisis et les avez en- Les Juifs et les premiers chrétiens 95 voyés de Jérusalem sur toute la terre pour dire qu\u2019une hérésie impie, celle des chrétiens, était apparue, et nous accuser de toutes ces choses que ceux qui ne nous connaissent pas répètent contre nous.Aussi ce n\u2019est pas seulement de votre iniquité que vous êtes les artisans, mais absolument de celle de tous les autres hommes » (Dial., XVII).Tertullien répète la même affirmation en plusieurs endroits de ses écrits et Origène (Contr.Cels., VI., XXVII), précise jusqu\u2019à quelles invraisemblances pouvait aller la calomnie des Juifs contre les chrétiens : « Celse a eu dessein de surprendre les personnes qui ne nous connaissent pas et de les animer contre nous par la lecture de son livre, comme si nous disions que l\u2019admirable architecte de ce monde soit « un dieu maudit ».En quoi l\u2019on dirait qu\u2019il a voulu imiter les Juifs qui, lorsqu\u2019on commença à prêcher le christianisme, semaient de faux bruits contre ceux qui l\u2019avaient embrassé : que les chrétiens immolaient un petit enfant et qu\u2019ils en mangeaient la chair ensemble ; que pour faire les œuvres des ténèbres, ils éteignaient les flambeaux, et qu\u2019alors chacun s\u2019abandonnait à l\u2019impureté avec la première qu\u2019il rencontrait.Cette calomnie, toute grossière qu\u2019elle est, a fait longtemps impression sur l\u2019esprit d\u2019une infinité de gens qui, n\u2019ayant aucune habitude avec nous, se laissaient persuader que le portrait qu\u2019on leur faisait des chrétiens était fidèle ; et à présent 96 Revue Dominicaine encore, il y en a quelques-uns qui sont tellement prévenus qu\u2019ils ne voudraient pas même entrer en conversation avec un chrétien ».Enfin Renan, qui désigne les Juifs des premiers siècles comme des « commis-voyageurs de la calomnie », les rend partiellement responsables de la persécution qui suivit l\u2019incendie de Rome.Cette dernière accusation reste sujette à revision.Mais un fait demeure certain, étant donnés le nombre et l\u2019autorité des témoignages : sans la haine et l\u2019animosité personnelles des Juifs, il eût fallu moins de sang chrétien pour dissiper les préventions des césars.Lorsqu\u2019en 313, l\u2019édit de Constantin permit à l\u2019Eglise de sortir des catacombes, la situation des Juifs se trouva changée vis-à-vis des chrétiens.« Il était évident que leurs méfaits seraient punis et ils le furent ».Dans quelle mesure leur attitude à l\u2019égard des chrétiens des premiers siècles éclaire-t-elle le mépris dans lequel ils ont toujours été universellement tenus même par les musulmans, et qui n\u2019a fait que s\u2019accroître au cours des âges, il serait difficile de le préciser.Chose certaine, c\u2019est qu\u2019aucune législation humaine n\u2019empêchera la réalisation de l\u2019anathème qui pèse sur la nation déicide demandant au pied de la croix que le sang du Juste retombe sur elle et sur ses enfants (Matt., XXVII, 25).« Le Seigneur, écrit Tertullien, le Dieu des armées a enlevé à Jérusalem parmi ses Les Juifs et les premiers chrétiens _\t97 autres appuis, le prophète et le prudent architecte, qu\u2019est-ce à dire ?L\u2019Esprit Saint qui édifie l\u2019Eglise, temple, maison, cité de Dieu.Dès lors tarissent pour eux les grâces divines.Il a été dit aux nuages : Ne versez plus vos pluies sur la vigne de Sorech.Pourquoi suspendre ainsi la rosée des bienfaits célestes ?C\u2019est que la maison d\u2019Israël avait produit des épines pour en couronner le Seigneur, et non la justice mais la clameur qui l\u2019attacha à la croix.Toutes les rosées et les grâces ayant été ainsi ravies aux Juifs, la Loi et les Prophètes vont jusqu\u2019à Jean.Leur terre est devenue déserte, leurs villes ont été la proie des flammes ; des étrangers dévorent leur patrie jusque sous leurs yeux.La fille de Sion a été abandonnée comme la hutte après la saison des vendanges, comme une cabane dans un champ de concombres.Depuis quand ?Depuis qu\u2019Israël n\u2019a point connu le Seigneur ; depuis qu\u2019il a été sans intelligence, qu\u2019il a abandonné son maître et irrité la colère du Dieu fort.» (Adv.Marc., Ill, XXIII).Albert Saint-Pierre, O.P. Le salut des riches Notes d'exégèse Un correspondant a posé à L\u2019Ami du clergé la question suivante : « J\u2019ai entendu un prédicateur nous dire que la ville de Jérusalem avait un mur d\u2019enceinte percé de plusieurs portes, dont l\u2019une « était si basse et étroite qu\u2019on l\u2019avait surnommée la porte, ou le trou de l\u2019aiguille.Les chameaux ne la franchissaient qu\u2019avec peine » ; ainsi de ceux qui sont trop attachés aux richesses, etc.Cette explication a-t-elle un fondement ou bien est-ce une fantaisie oratoire ?» L\u2019Ami lui a répondu, dans son numéro du 15 novembre 1934, pp.761-763 : « Cette explication n\u2019est pas une fantaisie de prédicateur, mais, comme elle manque de tout fondement historique ou archéologique, il faut la rejeter .L\u2019idée que Jésus avait visé par le trou de l\u2019aiguille une petite porte de Jérusalem fut émise au XVe siècle par Jean Poloner, pèlerin de Jérusalem en 1422.« Sur la même place, dit-il dans la relation de son voyage, est une petite porte s\u2019ouvrant sur le Sud, qui, dans langue des Sarrasins, est appelée le Trou de l\u2019aiguille.C\u2019est celle dont le Seigneur a dit : Le salut des riches 99 Il est plus facile au chameau de passer par le trou de l\u2019aiguille .» La porte visée est celle dite des Maugrebins ou Mograbins.Cette interprétation fut si répandue parmi les catholiques de Terre Sainte que le gardien du Mont Sion Francisco Suriano, O.M., s\u2019en fit l\u2019écho en 1493.Dans Jérusalem Nouvelle, p.984, le P.Abe! croit que le renseignement erroné fut donné à Poloner par l\u2019un de ses guides.Certes, la porte des Maugrebins, appelée parfois faussement porte de l\u2019aiguille, est une des entrées les plus étroites des remparts de la ville ; elle est néanmoins assez spacieuse pour livrer facilement passage aux chameaux.D\u2019ailleurs, pour que Jésus eût pu la désigner, il eût fallu qu\u2019elle existât de son temps.Or la partie du rempart dont elle fait partie (sic) date de la fin du Xe siècle, des environs de 985.En vain consulterait-on Néhémie, chap.II et III, et parcourrait-on les ouvrages de Josèphe, nulle part on ne trouverait le nom de « trou de l\u2019aiguille » donné à une porte des remparts ».Nous ne faisons pas de difficulté d\u2019admettre que la prétendue porte n\u2019existait pas au temps de Notre-Seigneur.Nous nous en rapportons à la science du P.Abel.Mais nous ferons remarquer que l\u2019idée d\u2019assimiler cette porte au trou de l\u2019aiguille dont parlait Notre-Seigneur est bien antérieure au XVe siècle et à Jean Poloner.Nous l\u2019avions déjà rencontrée dans un traité du milieu 100 Revue Dominicaine du XlVe siècle, le De theoria sive arte prœdicandi de Thomas Waleys, O.P.(1).Une petite enquête nous a permis de constater qu\u2019elle était courante au XIIle siècle.Hugues de Saint-Cher la connaissait (2).S.Thomas d\u2019Aquin semble en avoir indiqué la source lorsqu\u2019il écrivait dans son Commentaire sur l\u2019évangile de S.Matthieu, chap.XIX (éd.Marietti, p.262) : « On trouve dans une certaine Glose, dont Vauteur est inconnu, qu\u2019il y avait à Jérusalem une porte appelée trou de l\u2019aiguille .» Les Pères n\u2019en savaient rien, autrement S.Thomas nous l\u2019aurait dit.La Glose en question est sans doute postérieure à la construction du rempart dont la dite porte fait partie (fin du Xe s.) Venons en à l\u2019examen de la fameuse sentence de Notre-Seigneur contre les riches.En voici le texte, d\u2019après S.Marc (X, 23-27) : « (23) Et Jésus, jetant ses regards autour de lui, dit à ses disciples : Qu\u2019il est difficile à ceux qui ont des richesses d\u2019entrer dans le royaume de Dieu ! (24) Comme les disciples étaient étonnés de ses paroles, Jésus reprit : Mes petits enfants qu\u2019il est difficile à ceux qui se confient dans les richesses d\u2019entrer dans le royaume de Dieu ! (25) Il est plus aisé à un chameau de passer par le trou d\u2019une C1) Le traité est dédié à Théobald des Ursins, ar chevêque de Palerme (1338-1350).(2) cf.Opera (Venise 1714) t.VI, fol.108. Le salut des riches 101 aiguille, qu\u2019à un riche d\u2019entrer dans le royaume de Dieu ! (26) Et ils étaient encore plus étonnés, et ils se disaient les uns aux autres : Qui peut donc être sauvé ?(27) Jésus les regarda et dit : Aux hommes cela est impossible, mais non à Dieu : car tout est possible à Dieu ».L\u2019Ami constate que « par la suite, on trouva trop sévère pour les riches la sentence du Maître.La tradition manuscrite aussi bien que les explications des commentateurs portent les traces des efforts qui furent faits pour l\u2019atténuer ».On aura remarqué la différence dans les expressions des versets 23 et 24 : « ceux qui ont des richesses », « ceux qui se confient dans les richesses ».Cette dernière expression serait une incise, très ancienne, mais qui n\u2019aurait été glissée dans les manuscrits grecs ou dans les versions que pour expliquer la pensée de Jésus afin de rassurer certains riches sur leur salut éternel.Les meilleurs manuscrits ignorent cette incise.L\u2019accepter comme authentique, c\u2019est, au dire de L\u2019Ami, atténuer singulièrement la déclaration faite par Jésus au verset précédent, en la limitant à ceux-là seuls qui se confient dans leurs richesses, c\u2019est aussi rendre difficile à comprendre le surcroît d\u2019étonnement manifesté par les disciples aux verset 26.Même effort chez les commentateurs, pour atténuer une phrase qui semblait interdire le ciel aux riches.S.Cyrille d\u2019Alexandrie rapprochant 102 Revue Dominicaine les deux mots kamêlos (chameau) et kamilos (câble), prétendit que l\u2019on avait mis l\u2019un pour l\u2019autre : « Il ne s\u2019agit pas ici de l\u2019animal, dit-il, mais plutôt des gros cordages dont on se sert sur tous les navires.C\u2019est ainsi que les nomment d\u2019habitude les hommes compétents dans l\u2019art nautique ».Cette explication fut rapportée avec faveur par Théophylacte ; elle pénétra dans la traduction arménienne des évangiles et dans six petits manuscrits ou l\u2019on trouve kamilon au lieu de kamêlon.Peine perdue ! s\u2019écrie L\u2019Ami, il était tout aussi irréalisable pour un gros cordage de navire que pour un chameau de passer par le trou d\u2019une aiguille, et S.Augustin qui avait bien compris, lui, le sens de la parole de Jésus, disait fort justement : « Le Seigneur eût-il nommé une mouche au lieu d\u2019un chameau que la chose serait encore impossible ».L\u2019Ami triomphe un peu trop facilement.Il néglige de rapporter la suite du commentaire, qui rend l\u2019explication, sinon acceptable, du moins plausible.Le cordage, si gros soit-il, peut être réduit en fils ténus, qui finiront par passer par le trou d\u2019une aiguille.Il en va de même du riche.Quelques grandes que soient ses richesses, s\u2019il consent à les donner aux pauvres et les réduire en menues parts qu\u2019il distribuera pour l\u2019amour de Dieu, il pourra entrer dans le royaume des deux. Le salut des riches 103 Il est toutefois plus aisé d\u2019effiler un câble et de le faire passer ainsi par le trou d\u2019une aiguille que d\u2019amener un riche à distribuer ses richesses par petites parts.On trouvera ce commentaire dans le traité De theoria sive arte prœdicandi de Thomas Waleys, que nous avons mentionné plus haut.Interprétant ensuite l\u2019expression « trou de l\u2019aiguille » comme désignant une petite porte de Jérusalem, le même auteur en fait une application aux riches semblable à celle que le correspondant de L\u2019Ami a remarquée dans le sermon de son prédicateur.Cette porte était si étroite qu\u2019un chameau chargé ne pouvait la franchir qu\u2019après avoir été débarrassé de sa charge.De même, pour entrer dans le royaume de Dieu, le riche doit commencer par déposer volontairement le poids de ses richesses.Hélas ! il est bien plus pénible au riche épris de ses richesses de s\u2019en débarrasser qu\u2019à un chameau de déposer sa charge.S.Thomas avait fourni une application tout à fait identique dans son commentaire sur Saint Matthieu.Elle est toute naturelle.A supposer que l\u2019expression « ceux qui se confient dans les richesses » soit une incise et ne puisse être acceptée comme authentique, et que d\u2019autre part les explications philologiques des commentateurs soient non avenues, il faut tout de même en arriver à interpréter la sentence de Notre-Seigneur sur la difficulté, voire même l\u2019im- 104 Revue Dominicaine possibilité pour les riches de se sauver.Personne n\u2019a jamais admis que le seul fait d\u2019être riche constitue un obstacle irrémédiable au salut.Nous ne saurions proposer de meilleure interprétation que celle de S.Thomas.Elle emprunte sa valeur à l\u2019autorité exceptionnelle du saint Docteur et à celle de la tradition patristique dont elle est le reflet.S.Thomas marque très bien la gradation dans les affirmations de Notre-Seigneur et explique la véritable cause de l\u2019étonnement manifesté par les disciples.La sentence de Notre-Seigneur fut provoquée par l\u2019incident du jeune homme riche.Celui-ci s\u2019en était allé tout triste parce que le Maître lui avait demandé le sacrifice de ses biens.D\u2019après S.Matthieu (XIX, 23-24), Notre-Seigneur dit alors à ses disciples : « Je vous le dis en vérité, le riche aura bien de la peine à entrer dans le royaume des cieux.Je vous le dis encore une fois, il est plus facile à un chameau de passer par le trou d\u2019une aiguille qu\u2019à un riche d\u2019entrer dans le royaume des cieux ».« Pour ce qui regarde la béatitude future, dit S.Thomas (3), l\u2019homme y est ordonné par la charité.Et la pauvreté volontaire représentant un exercice efficace pour parvenir à la parfaite charité, il s\u2019ensuit que son pouvoir est grand relati- (3) Sum.Theol.Ila-IIae, q.186, a.3, ad 4um (trad.Lemonnyer O.P.) Le salut des riches 105 vement à la conquête de la béatitude céleste.Aussi le Seigneur a-t-il dit : « Va, vends tout ce que tu possèdes et donne-le aux pauvres ; tu auras ainsi un trésor dans le ciel ».La possession des richesses est de nature à empêcher la perfection de la charité, principalement en ce qu\u2019elle accapare le cœur et le distrait.D\u2019où cette parole (Matth.XIII, 22) : « Le souci du siècle et la séduction des richesses étouffent la parole de Dieu », parce que, remarque S.Grégoire (Horn.15 in Evang.), «en fermant l\u2019accès du cœur au bon désir, ils anéantissent, dès l\u2019abord, le souffle vivifiant ».C\u2019est pourquoi il est difficile de conserver la charité parmi les richesses.Le Seigneur l\u2019a dit (Matth.XIX, 23) : « Le riche aura bien de la peine à entrer dans le royaume des cieux ».Ce qu\u2019il faut entendre de celui qui possède simplement des richesses.Car pour celui qui a mis son cœur dans la richesse, il déclare la chose impossible, d\u2019après S.Jean Chrysostome (hom.63 in Matth.) quand il ajoute : « Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d\u2019une aiguille qu\u2019à un riche d\u2019entrer dans le royaume des cieux ».C\u2019est pourquoi le riche tout court n\u2019est pas dit bienheureux, mais « celui qui a été trouvé sans tache et qui ne s\u2019est pas mis à la suite de l\u2019or ».(Eccl.XXXI, 8).Et cela, parce qu\u2019il a fait une chose difficile, ainsi qu\u2019il résulte de ce qui suit : 106 Revue Dominicaine « Quel est-il que nous lui décernions des louanges ?Il a réalisé, dans sa vie, un prodige », lorsque se trouvant entouré de richesses, il a réussi à ne les aimer point ».Notre Seigneur commence donc par dire que le riche, c\u2019est-à-dire celui qui possède simplement des richesses, aura bien de la peine à entrer dans le royaume des cieux.La raison en est que la simple possession des richesses risque fort d\u2019accaparer le cœur et de le rendre insensible à la parole de Dieu.Quant au riche qui s\u2019attache à ses richesses et met en elles son espérance, Notre-Seigneur déclare qu\u2019il lui est impossible d\u2019entrer dans le royaume des cieux, plus encore qu\u2019à un chameau de passer par le trou d\u2019une aiguille.Comme le fait remarquer S.Thomas (4), ce sont les lois de la nature qui s\u2019opposent à ce qu\u2019un chameau puisse passer par le trou d\u2019une aiguille, tandis que c\u2019est la justice divine qui veut qu\u2019un riche épris de ses richesses ne puisse entrer dans le royaume des cieux.Or la justice divine est plus immuable que toutes les lois de la nature.« En entendant ces paroles, les disciples étaient fort étonnés, et ils dirent : « Qui peut donc être sauvé ?» Les riches se sauvent difficilement.Soit.Mais il y a bien plus de pauvres que de riches.Comment les disciples purent-ils demander : « Qui peut donc être sauvé ?» Ils ont com- (4) In Matth.cap.XIX (éd.Marietti, 262). Le salut des riches 107 pris, explique S.Thomas (5), que Notre-Seigneur entendait parler aussi des pauvres qui sont riches de désir ; car ils sont fort nombreux les pauvres qui sont dans ce cas.« Jésus les regarda et leur dit : Cela est impossible aux hommes ; mais tout est possible à Dieu ».« Cela est impossible aux hommes ».Mais alors que devient le libre arbitre ?S.Thomas répond : l\u2019homme a par lui-même le pouvoir de pécher ; quand à se relever et à accomplir les œuvres du salut, il ne le peut pas sans le secours de la grâce de Dieu : ces choses sont du domaine de la puissance divine.D\u2019où cette parole de Job (XL.I) : « Je sais que tu peux tout et que pour toi aucun dessein n\u2019est trop difficile ».Il s\u2019ensuit que de puissance humaine il est impossible à l\u2019homme de se sauver, parce que la puissance humaine ne change pas la volonté ; il n\u2019appartient qu\u2019à Dieu de la changer, comme il est dit aux Phi-lippiens chap.II, 13 : « C\u2019est Dieu qui opère en vous le vouloir et le faire, selon son bon plaisir ».Dieu seul peut donc par un coup de sa grâce déprendre la volonté humaine des richesses où elle a le malheur de mettre sa fin dernière.S\u2019il faut trembler pour le salut des riches, il n\u2019y a toutefois pas lieu d\u2019en désespérer.Th.-M.Charland, O.P.Ottawa, janvier 1935 (5) Ibid. Pierre McLeod 1850-1901 McLeod ! Voilà un nom qui sonne le plus pur écossais ! et cependant, c\u2019est un nom triflu-vien entre les trifluviens ! Les registres de la paroisse des Trois-Rivières ne m\u2019ont-ils pas révélé les noms de quatre générations de McLeod ?Pierre McLeod, dont plusieurs enfants furent baptisés aux Trois-Rivières, avait lui-même reçu le baptême en cette ville, comme sa mère, Martine Prévost, et son père Jean-Baptiste, fils de Thomas McLeod et de Elisabeth Trudeau, tous deux trifluviens, du moins au moment de leur mariage.Pierre, septième fils de Jean-Baptiste McLeod, est né le 30 janvier 1850.Il fit ses études au séminaire de notre ville, étudia le djroit, mais sans avoir l\u2019intention de le pratiquer.Ses aptitudes et ses goûts le portaient vers le journalisme.Il débuta à la Minerve, journal montréalais, puis passa au Monde, où il se trouva en 1885 au moment du procès de Louis Riel, cette affaire célèbre qui a provoqué une de nos plus violentes campagnes politiques.Il était urgent qu\u2019au moins un journaliste canadien-français fût envoyé sur les Pierre McLeod 109 lieux pour assister à toutes les phases du procès.Son incontestable supériorité sur tous ses confrères a tôt fait de désigner P.McLeod pour cette mission délicate.Il est facile d\u2019imaginer l\u2019influence qu\u2019il dut avoir sur l\u2019élément canadien-français d\u2019alors, par ses comptes-rendus, les seuls rédigés en notre langue.Ecoutons, à ce sujet, M.Orner Héroux à qui P.McLeod a bien souvent parlé de son séjour à Régina, pendant les heures de loisir que leur laissait leur travail commun au bureau du Trifluvien : « McLeod avait tenu dans l\u2019affaire Riel un « rôle auquel l\u2019on a bien rarement fait allusion « et qui s\u2019est trouvé avoir une importance considé-« rable.Si je ne me trompe, il fut le seul journalis-« te français qui suivit le procès de Régina, et ce « sont ses comptes-rendus qui durent en somme, « et tout d\u2019abord, faire l\u2019opinion publique dans « notre province.Dix et quinze ans après le pro-« cès, McLeod n\u2019en parlait encore qu\u2019avec pas-« sion, avec une sorte de rage, pourrait-on pres-« que dire.Pour lui, le fait ne faisait point de « doute : c\u2019est un fou qu\u2019on avait pendu.« C\u2019est en l\u2019écoutant que je crois avoir le « mieux deviné et compris l\u2019émotion profonde que « créèrent chez nous le procès et l\u2019exécution du « chef métis.« McLeod me racontait à ce propos qu\u2019il « avait quitté Montréal avec des instructions ca- 110 Revue Dominicaine « chetées de M.Langevin, alors ministre fédéral « et maître à toutes fins pratiques du quotidien « Le Monde de Montréal.Ces instructions lui en-« joignaient de se mettre en relations avec les « avocats de la défense et de les aider dans toute « la mesure du possible.Quelles pages il aurait « pu écrire sur tout cela, s\u2019il avait songé à faire « des mémoires ! Mais je crois qu\u2019il n\u2019a rien rédi-« gé du tout.En tout cas, il paraissait avoir vécu « fort près de MM.Fitzpatrick et Lemieux (sir « Charles Fitzpatrick et sir François-Xavier Le-« mieux), deux des avocats de Riel, et, en dépit « de vives divergences d\u2019opinions ultérieures, « être resté en bons termes avec eux ».Le 12 octobre 1887, Pierre McLeod épousa à l\u2019église du St-Enfant Jésus de Montréal, Laura Rouillard-Prénoveau, jeune fille cultivée et de très bonne famille montréalaise.Cette union, de courte durée, fut des plus heureuses.Us eurent six enfants, dont trois vivent encore aujourd\u2019hui.Quelques années après son mariage, Pierre McLeod fut appelé à la rédaction du Trifluvien, journal conservateur dont M.P.-V.Ayotte était propriétaire.Il vint donc demeurer aux Trois-Rivières avec sa petite famille.En même temps que rédacteur au Trifluvien, il occupait le poste de traducteur aux Communes, à Ottawa.Il remplit cette dernière fonction jusqu\u2019à l\u2019avènement du parti libéral.En 1897, ne pouvant aller à Ottawa, Pierre McLeod 111 il fait une session à Québec, comme correspondant parlementaire, pour le Trifluvien toujours, auquel il resta attaché toute sa vie.En 1897 il a la douleur de perdre sa femme ; à cette cruelle épreuve s\u2019ajoutent les revers politiques et une inquiétante situation financière.Mais Pierre McLeod n\u2019est pas homme à se laisser abattre ; tout en continuant de s\u2019intéresser au Trifluvien, il consacre les années qui lui restent à la défense de la vérité, en fondant le Mouvement catholique, revue exclusivement consacrée aux intérêts de l\u2019Eglise.Son activité littéraire toujours croissante et son dévouement éclairé à la cause religieuse trouvent amplement matière à s\u2019exercer dans ces pages de haute apologétique.Malheureusement, une mort subite et prématurée vint interrompre son merveilleux travail d\u2019apostolat.En plus de cette revue du « Mouvement catholique » il rêvait, avec son meilleur ami, Son Excellence Mgr Cloutier, alors curé de la Cathédrale, de fonder un grand quotidien en cette ville.Ce rêve hélas ! n\u2019eut pas de lendemain.Pierre McLeod mourut en juillet 1901.Il n\u2019avait que 51 ans.Malgré un physique fort peu attirant, le Rédacteur du Trifluvien avait une personnalité bien attachante ! Au dire de tous ceux qui ont eu quel- 112 Revue Dominicaine que relation avec lui, il était de ceux qu\u2019on n\u2019oublie plus, une fois qu\u2019on les a rencontrés.Il était plutôt laid : grand, maigre, figure maladive, tellement pâle et terne qu\u2019on hésite à lui trouver un teint particulier.Il avait les lèvres épaisses, une chevelure brune, abondante et bouclée ; la barbe hirsute, des yeux gris, qu\u2019on voyait à peine derrière des lunettes aux verres très épais.Excessivement myope, il était forcé de marcher lentement, en courbant l\u2019échine pour pouvoir sonder le terrain devant lui avec sa canne.Il passait pour un original, un rêveur, un maniaque même ; on le disait aussi taciturne.Mais c\u2019était là l\u2019opinion de ceux qui ne le connaissaient que de loin, ou qui le voyaient rarement ; le jugement de ses intimes est bien différent ! Ce même homme qui ne desserrait pas les lèvres en société, qui sur la rue avait l\u2019air d\u2019une espèce d\u2019égaré ou de lunatique, devenait dans l\u2019intimité d\u2019un commerce charmant.Causeur spirituel et abondant, nul mieux que lui ne savait amorcer une discussion intéresante et profitable.Il avait ses idées, parfois originales, toujours bien déterminées, et il fallait voir l\u2019ardeur qu\u2019il mettait à les défendre ! Il discutait avec feu, et ses répliques étaient à l\u2019emporte-pièce.Volontiers taquin, (il avait tant d\u2019esprit !) il restait cependant toujours charitable ! Mais la forte personnalité de Pierre McLeod Pierre McLeod 113 s\u2019est surtout révélée dans ses écrits ; c\u2019était un homme de jugement dans toute la force de l\u2019expression.Son style clair et vigoureux, mis au service de qualités solides : largeur d\u2019esprit, fermeté des convictions religieuses, noblesse de caractère, a contribué à le placer au premier rang des journalistes de son temps.En politique, il fut conservateur.De presque tous ceux que j\u2019ai abordés, depuis quelques semaines, pour leur parler de lui, la première chose que j\u2019obtenais était celle-ci : « Pierre McLeod ! ça c\u2019était bleu ! un bleu fieffé ! » D\u2019après l\u2019ensemble des témoignages que j\u2019ai pu recueillir, je crois qu\u2019il me faut dire que mon héros était porté à défendre assez fanatiquement ce qui était de son parti.Comment alors concilier cette tendance qui indique plutôt une certaine étroitesse d\u2019idées, avec la belle largeur d\u2019esprit que d\u2019après des données sûres aussi, je lui accordais tout à l\u2019heure ?Du temps où Pierre McLeod était rédacteur au Trifluvien, de 1890 à 1900, la lutte politique se faisait beaucoup plus qu\u2019aujourd\u2019hui sur le terrain des idées et des doctrines.Les conservateurs s\u2019appliquaient à combattre une poussée de libéralisme dont la dangereuse influence se faisait manifestement sentir ; pour un moment la question politique s\u2019est trouvée en même temps une question religieuse, et le conflit était sérieux ! C\u2019est à mon avis, ce qui explique l\u2019intransigeance de Pierre McLeod.Pour lui, 114 Revue Dominicaine fervent catholique, journaliste soucieux de ses responsabilités, la cause à bon droit était sacrée, et il ne s\u2019agissait pas de faire des concessions ! S\u2019il vivait de nos jours, nul doute que son attitude politique serait différente ! Les ambitions et les œuvres de la fin de sa vie, dont je parlerai plus loin, nous prouvent bien d\u2019ailleurs que son esprit a toujours su s\u2019adapter au temps et aux circonstances, et se mettre au-dessus des mesquineries et de toutes les intrigues des partisans politiques.Pierre McLeod était un écrivain de race, remarquable surtout par une abondance, une fécondité extraordinaire.En un quart d\u2019heure, il é-crivait d\u2019un seul jet une page qui était parfois un pur chef-d\u2019œuvre! Confiant dans sa facilité et son talent, il avait pris l\u2019habitude de n\u2019écrire ses éditoriaux qu\u2019à la toute dernière minute.Dans les « Journaux Trifluviens », publié par M.l\u2019abbé H.Vallée, Orner Héroux nous décrit à ce sujet, avec sa plume fine et vivante, une scène fort amusante, que je m\u2019en voudrais de ne pas reproduire textuellement : « Pierre McLeod, dit-il, faisait à la fois, la joie et le tourment de l\u2019excellent Monsieur Ayotte.« Il ne se décidait à faire sa copie que le « matin du jour où devait paraître le journal, « (celui-ci était alors semi-hebdomadaire) et, « comme il n\u2019arrivait au journal qu\u2019un peu après Pierre McLeod 115 « huit heures, il fallait attendre jusque vers les « neuf heures ses premiers feuillets.Une fois « parti d\u2019ailleurs, rien ne l\u2019arrêtait et les feuil-« lets se succédaient rapidement sous sa plume.« Le malheur, c\u2019est qu\u2019il n\u2019y avait que le prote, « mon vieil ami Arthur Gélinas, qui pût déchiffrer « sa calligraphie assez compliquée, et comme la « composition se faisait à la main, la chose, en « dépit de la grande habileté de Gélinas, n\u2019allait « pas très vite.« Monsieur Ayotte montait à la composition, « constatait que l\u2019article n\u2019était pas fini, que le « journal risquait d\u2019être en retard, suprême cau-« chemar de tout éditeur de bonne race, et redes-« cendait en se rongeant les sangs.« Ah ! ce Mc-« Leod », faisait-t-il avec une sorte de déses-« poir ! « Mais le journal finissait tout de même par « paraître.Monsieur Ayotte, debout près de la « presse plate, voisine de son bureau, guettait le « premier numéro, y jetait un rapide coup d\u2019œil.« Convaincu que tout était en règle, il faisait si-« gne au pressier d\u2019aller de l\u2019avant, et rentré dans « son cabinet, renversé dans son fauteuil, il lisait « McLeod.« Ah ! ce McLeod », faisait-il encore ; « mais avec admiration, cette fois, avec la joie de « publier une copie aussi forte, aussi musclée, « d\u2019aussi belle venue .» McLeod faisait le même jeu, lorsqu\u2019il était 116 Revue Dominicaine à Québec, et qu\u2019il devait envoyer sa lettre parlementaire deux fois la semaine.Il la rédigeait quelquefois tellement tard, qu\u2019il devait l\u2019envoyer par le dernier train, et la confier à un employé qui se chargeait de la porter lui-même, en vitesse, au bureau du Trifluvien.Ce don qu\u2019il avait de s\u2019exprimer si facilement, «d\u2019écrire solidement, ce qu\u2019il écrivait promptement», selon le mot d\u2019Antoine Albalat, au sujet de Louis Veuillot, contribua à faire de lui un polémiste redoutable.Il avait une verve et une vigueur d\u2019argumentation, que n\u2019aurait pas dédaignées le rédacteur de l\u2019Univers lui-même ! McLeod avait, comme Veuillot, le style agressif et énergique ; il confondait ses adversaires par le raisonnement, agrémenté de la pointe ironique, acerbe parfois .Cependant, cette plume redoutable savait toujours rester noble et digne dans ses expressions.D\u2019ailleurs, je l\u2019ai dit plus haut, McLeod possédait la charité.S\u2019il savait parfois employer la violence, c\u2019était uniquement pour la défense de l\u2019idée ou de la doctrine chère ; jamais il n\u2019attaquait la personnalité de son adversaire et si on n\u2019avait pas pour lui le même égard, si on osait l\u2019attaquer dans sa vie privée, il savait garder l\u2019attitude sereine que lui commandait la noblesse de son caractère.En réponse à un article du « Progrès de l\u2019Est » qui le blâmait d\u2019avoir parlé de façon trop catégorique sur la question des Pierre McLeod 117 écoles du Manitoba, (son grand cheval de bataille, au Trifluvien, à ce moment là) il justifia d\u2019abord sa façon de parler, qui était celle de tout l\u2019épiscopat canadien, et finit en disant : « Je ne relève pas ce qu\u2019il y a de personnel dans l\u2019article du confrère ; la cause que je défends ne s\u2019en portera ni mieux, ni plus mal, et c\u2019est celle-là seule que j\u2019ai à cœur ».Durant toute sa vie, Pierre McLeod n\u2019a eu qu\u2019une ambition, qu\u2019il s\u2019est appliqué de toutes ses forces à réaliser : l\u2019accomplissement intégral de ses deux grands devoirs d\u2019état, son devoir de journaliste catholique, et son devoir d\u2019époux et de père.Orner Héroux a pu dire de lui dans le Trifluvien, après sa mort, qu\u2019il ne savait personne « qui fût plus constamment préoccupé d\u2019accomplir son devoir, de chercher et de réaliser ce que Dieu attend de lui, de penser juste et de faire bien ».Après ses heures de bureau, McLeod entrait chez lui, heureux de retrouver ses aimés, dont la présence le reposait des tracas et des soucis de sa profession.Il aimait la vie de famille, et ne sortait presque pas, si ce n\u2019est pour aller faire visite à son curé dont il était l\u2019ami dévoué.Il avait une femme remarquable qui le complétait admirablement ! Elle possédait les charmes extérieurs, grâce, élégance et beauté, unis à une brillante intelligence, et à une culture in- 118 Revue Dominicaine tellectuelle étendue.Malgré sa jeunesse, (elle avait vingt ans de moins que son mari), elle fut pour lui, la campagne douce et forte qui sut le comprendre, l\u2019aider, le guider au besoin.Elle l\u2019accompagnait à Ottawa, lui servait de secrétaire ; disons plutôt qu\u2019elle fut bien souvent sa collaboratrice.Après dix années de mariage, il lui faut déjà renoncer au bonheur ! Madame McLeod mourait le 31 janvier 1897, à vingt-huit ans.Il ne se consola jamais du départ de celle qui avait été la lumière de ses jours, toute la douceur de son foyer tant aimé ! Ceux qui l\u2019ont fréquenté, ce foyer délicieux, sont unanimes à le dire ! L\u2019atmosphère y était cordiale, on y sentait l\u2019harmonie parfaite des cœurs et des âmes ! L\u2019intérieur était simple, sans recherche.On n\u2019y vivait pas richement, mais on n\u2019y admettait pas de médiocrité ; un goût sûr avait présidé au choix de l\u2019ameublement, des garnitures, même de la porcelaine en usage, marquée de la plus parfaite distinction.Je viens de dire l\u2019horreur de Pierre McLeod pour la médiocrité.S\u2019il ne la tolérait pas dans les choses qui l\u2019entouraient, il la supportait plus mal encore chez les gens ; c\u2019est je crois ce qui lui a valu cette réputation de bizarrerie et d\u2019impolitesse en société.Il n\u2019a eu que quelques amis, rares et choisis.Avec ceux-là il aimait à causer, rire, discuter, jouer aux cartes ! C\u2019était là son Pierre McLeod 119 passe-temps favori ! N\u2019a-t-il pas joué bien des fois, à l\u2019évêché, avec Son Excellence Monseigneur Laflèche lui-même ?Ce dernier l\u2019honora de son amitié constante ; il le recevait dans son intimité, le visitait souvent, sollicitait parfois sa collaboration ! Pierre McLeod avait une âme d\u2019artiste, qui vibrait au contact de la beauté sous toutes ses formes.Il aimait beaucoup la musique.On m\u2019a dit qu\u2019il avait une très belle voix de basse, qu\u2019il faisait entendre chaque année, à l\u2019église paroissiale, tous les dimanches du mois de mars ; c\u2019était son hommage personnel et public au Patron de l\u2019Eglise universelle.Sans avoir beaucoup cultivé l\u2019art musical, il en jouissait profondément et savait en parler avec éloquence.Une chronique publiée dans un numéro du Trifluvien en 1897 en fait foi.C\u2019est à propos d\u2019un volume qui venait de paraître, « Cantiques populaires du Canada français », d\u2019Ernest Gagnon, de Québec, qu\u2019il écrit cet article.Ecoutons-le : « L\u2019âme a des sensations « idéales, délicates, intimes, qu\u2019il faut alimenter « de temps à autre, si on ne veut pas les voir s\u2019a-« némier et disparaître, sensitives qui s\u2019étiolent « vite si on les néglige, harpes éoliennes qui ne « demandent qu\u2019à résonner, à condition qu\u2019on « fasse passer dans leurs cordes les soupirs d\u2019en-« fants du zéphir, ou les modulations sonores des « grands concerts de la nature ». 120 Revue Dominicaine « Tout ce qui chante, tout ce qui prie, tout « ce qui pleure a une voix qui trouve un écho, au « plus caché des replis du cœur, et quand tout cela « est inspiré par un motif chrétien, cet écho monte « vers Dieu, et se transforme à son tour en un « magnifique chant de louange à la bonté iné-« puisable, à la sagesse infinie, à la Providence « miséricordieuse et douce du Père qui est aux « cieux ».J\u2019ai voulu citer ces quelques lignes de Pierre McLeod, parce que si elles nous révèlent l\u2019écrivain délicat, l\u2019artiste et le poète, elles nous font connaître en même temps, le chrétien à l\u2019âme mystique que ne quitte jamais la présence de Dieu.Une âme d\u2019élite comme la sienne ne pouvait pas d\u2019ailleurs rester indifférente aux beautés de la religion.Il cherchait toujours à s\u2019en pénétrer davantage ; il vivait sa foi intensément.Ce fut un fier catholique ! Un catholique « sans peur et sans reproche ».Au plus fort de la mêlée, il ne perdait jamais de vue les intérêts de l\u2019Eglise, au service desquels il avait voué sa vie.Il les défendait hardiment, avec une verve, un emportement même, qui auraient pu faire craindre parfois qu\u2019il n\u2019allât trop loin.Mais son jugement ferme et éclairé était rarement en défaut; il savait écrire et parler, mais il savait aussi se taire et se soumettre lorsqu\u2019il en était temps.Lors du passage du cardinal Merry del Val, venu au Pierre McLeod 121 pays en 1897 pour se documenter sur la question des écoles du Manitoba, McLeod s\u2019était mis en devoir de rédiger un mémoire complet et impartial sur la question, pour être publié dans le Tri-fluvien.La publication n\u2019eut pas lieu, le cardinal délégué ayant invité la presse à suspendre la lutte temporairement.McLeod qui savait cependant combien son document pouvait servir la cause, le termine et l\u2019adresse directement au * cardinal Merry del Val.Il explique son geste au délégué en ces termes : « Ce travail avait été commencé pour être « publié dans le Trifluvien.Il n\u2019était guère avancé * lorsque parut votre lettre d\u2019adieu, invitant la « presse à suspendre toute discussion jusqu\u2019à ce « que le Saint Père se soit prononcé.Nous avons « cru devoir le continuer, la voie privée restant, « croyons-nous, ouverte aux observations reflé-« tant les opinions des particuliers ou des groupes.« Si nous nous sommes trompés, il nous restera « toujours la consolation d\u2019avoir voulu servir la « cause du bien.Le reste importe peu .« Si nous avions manqué à la charité ou au « respect dû aux personnes, nous vous prions de « ne l\u2019attribuer qu\u2019à notre ardent désir de servir « la cause commune, en faisant connaître au Saint « Père par votre entremise la situation telle que « nous la concevons en notre âme et conscience.« Nos opinions n\u2019ont, du reste, que la hardiesse 122 Revue Dominicaine « de nos convictions.Elle n\u2019en témoigneront que « mieux de notre esprit de soumission filiale, si « le souverain Pontife, qui voit mieux, de plus « haut et plus loin que nous, croit devoir donner « à l\u2019Eglise canadienne, une direction autre que « celle que nous invoquons de son autorité infail-« lible » Cette attitude noble et respectueuse ne commande-t-elle pas l\u2019admiration ?Inclinons-nous, car elle est l\u2019indice d\u2019une âme fortement trempée, résultat d\u2019une longue persévérance dans la pratique de la vertu.Pierre McLeod assistait à la messe et faisait la sainte communion tous les matins et il allait à confesse chaque semaine.Connaissant toute sa sincérité dans l\u2019effort et sa constante préoccupation d\u2019accomplir la volonté divine, on peut, sans crainte de se tromper, affirmer qu\u2019à ce régime, il dut faire d\u2019incessants progrès dans l\u2019ordre spirituel.Les oeuvres de la fin de sa vie marquent d\u2019ailleurs une hauteur de vue et une clairvoyance d\u2019esprit sur les choses religieuses, qui en disent long sur le chemin parcouru ! Quatre ans avant sa mort, il lançait dans le public une grande revue hebdomadaire du mouvement catholique dans le monde entier.Il faut lire le programme publié dans le premier numéro « Mouvement catholique », pour se faire une idée de l\u2019envergure d\u2019esprit de celui qui l\u2019a tracé : « Le mouvement catholique », dit-il, « ce n\u2019est Pierre McLeod 123 autre chose selon nous que l\u2019influence agissante de l\u2019Eglise.C\u2019est vite exprimé, et pourtant cela comprend toute la synthèse des intérêts catholiques ».Il voulait dans cette revue, rendre compte de l\u2019Action de l\u2019Eglise « qui ne connaît de bornes, ni dans la durée, ni dans l\u2019espace, la suivre partout où elle pose le pied, sur tous les théâtres où son influence régénératrice ou conservatrice se fait sentir ».L\u2019entreprise était audacieuse pour le moins, et quelle somme de travail elle allait nécessiter ! Mais la débordante activité intellectuelle de Pierre McLeod est à la hauteur de la tâche.Sa plume infatigable va s\u2019en donner à cœur joie, et chaque semaine, jusqu\u2019à sa mort, il offrira à ses lecteurs plusieurs pages de documentation serrée sur la question religieuse au Canada d\u2019abord, aux Etats Unis ensuite, puis dans les autres pays : France, Italie, Suisse, Belgique, Irlande, Allemagne et autres .une chronique missionnaire, un ou deux articles de rédaction, des commentaires d\u2019encycliques ou de lettres pastorales, des reproductions d\u2019études sur les questions religieuses ou sociales tirées des meilleures revues étrangères.De temps à autre il donnera la biographie d\u2019un des grands chrétiens du siècle.Je ne puis résister au désir de vous citer encore quelques lignes de ce merveilleux programme ; elles vous montreront l\u2019étonnante perspica- 124 Revue Dominicaine cité de son auteur, la justesse du regard qu\u2019il portait sur l\u2019avenir du pays : « Nous sommes peut-« être quelque peu en avance sur l\u2019heure propice, « écrit-il, mais nous voyons venir le moment où « les catholiques canadiens devront s\u2019inspirer des « exemples de leurs frères de l\u2019étranger, pour « résister aux entreprises dont ils seront l\u2019objet.« L\u2019état de société qui sortira de l\u2019époque de tran-« sition que nous traversons, nous fera peut-être « une nécessité de la lutte incessante et tenace.« C\u2019est du moins ce que nous pressentons ».Ces citations se passent de commentaires.Les progrès qu\u2019ont fait certaines doctrines depuis trente-cinq ans, et la réorganisation récente de l\u2019Action catholique laïque par sa Sainteté Pie XI, nous permettent de juger si Pierre McLeod avait vu juste, et s\u2019il avait raison de vouloir préparer ses contemporains à la lutte et à l\u2019action.De concert avec Monseigneur Cloutier, il a-vait disions-nous, longtemps caressé le rêve de fonder un quotidien aux Trois-Rivières.Il l\u2019aurait appelé « l\u2019Ordre » et en aurait fait un journal d\u2019idées, à l\u2019idéal catholique et canadien-français avant tout.Aurait-il réalisé ce rêve, si la mort ne l\u2019avait surpris encore dans la force de l\u2019âge ?C\u2019est le secret de la divine Providence qui a voulu que là se termine son laborieux apostolat.Il mourut subitement le 31 janvier 1901 ; le temps était venu pour lui de prendre le repos éternel. Pierre McLeod 125 Ce grand serviteur de Dieu et de la patrie a toujours vécu humblement ; sa carrière n\u2019a été marquée d\u2019aucune action d\u2019éclat ; presque tous ses écrits mêmes furent publiés sous le couvert d\u2019un pseudonyme.Serait-ce la cause de l\u2019oubli, qui depuis trente ans va toujours grandissant autour de son nom ?Sauf quelques exceptions, ses contemporains n\u2019ont gardé de lui qu\u2019un souvenir vague et beaucoup ne l\u2019ont pas apprécié à sa valeur.A cause de cela, je suis doublement satisfaite d\u2019avoir eu l\u2019occasion d\u2019écrire ces quelques pages.Cet essai est bien pauvre et, malgré ma bonne volonté, ce portrait ne rend pas justice à la grande figure qu\u2019il tente de ressusciter.Mais je serai heureuse, du moins, si j\u2019ai réussi à susciter un peu d\u2019intérêt autour de la belle personnalité de Pierre McLeod, et à donner à quelqu\u2019un de plus autorisé que moi le goût d\u2019entreprendre, à l\u2019aide de ces notes, une biographie plus complète, mieux écrite, vraiment digne de celui qui en fait le sujet.Nous devons à ce grand écrivain de chez nous, avec notre souvenir ému, une reconnaissance publique de ses mérites et de ses talents ! Qu\u2019il nous soit permis d\u2019espérer qu\u2019un geste officiel consacrera un jour la mémoire de son nom, bien digne de figurer à côté de celui des Duvernay, des Suite, et des Beauchemin.Janvier 1935 Lucile Godin Le Sens des Faits Autour d\u2019une controverse religieuse Une controverse religieuse fait rage depuis quelque temps dans la partie est de notre ville.Le protestantisme tente une fois de plus de circonvenir nos compatriotes et les rallier à son drapeau.Ses tenants répètent bruyamment que le nombre des abjurations parmi les nôtres serait à la hausse.Si telle est la vérité, cela vaut qu\u2019on crie : casse-cou.En effet, l\u2019unité est une des notes essentielles de notre Eglise.De plus, tant que nous aurons l\u2019unité à la fois linguistique et religieuse, notre peuple pourra faire face à la meute de ceux qui veulent l\u2019avaler tout cru.Notre résistance sera par contre fort amoindrie, quand nous serons divisés en croyances différentes.Pour une minorité, une même foi est encore le meilleur ciment.C\u2019est dans un but professionnel que nous nous rendions, un certain dimanche soir, au petit temple anglican de langue française sis à l\u2019angle des rues Sherbrooke et Cartier.Il était rempli à craquer.Outre les secours tout à fait directs qu\u2019il accorde à ses ouailles, et dont le ventre se souvient, la faconde du pasteur Rahard est la raison de cette affluence anormale.Ses prêches dominicaux attirent beaucoup de monde à cause de ses antécédents dans l\u2019Eglise romaine, comme il se plaît à tout instant à préciser avec sarcasme.Prêtre apostat, il a toute la virulence de parole qu\u2019on attend habituellement en pareil cas.L\u2019office débute par l\u2019entrée de chantres \u2014 femmes et hommes \u2014 psalmodiant des hymnes.Le pasteur clôt la procession.La cérémonie dure deux heures.Le prêche en prend une et le reste se partage entre des chants et un commentaire des Ecritures.M.Rahard est de stature moyenne. Le sens des Faits 127 Fortes épaules.Encolure puissante.Rubicond et bedonnant, rien dans son extérieur qui rappelle le traditionnel portrait littéraire du pasteur long, maigre et d\u2019apparence rébarbative.Chef dénudé, mais ceint d\u2019une couronne de cheveux blancs.Le front est haut, large.La mâchoire carrée indique une volonté peu commune n\u2019admettant pas de réplique.Les yeux noirs au regard perçant semblent rechercher continuellement chez ses fidèles le réconfort de l\u2019approbation.La voix est forte et porte bien.En s\u2019enflant, elle retentit en fanfare dans le temple exigu.Les passages les plus importants sont scandés de la paume de la main droite sur la chaire.Ces avantages physiques ne laissent pas d\u2019impressionner de prime abord.Des intervalles de silence habilement répétés offrent une détente aux auditeurs.En dépit des sphismes dont il émaillé sa philippique, M.Rahard ne cesse d\u2019intéresser par l\u2019ardeur apparente de ses convictions nouvelles.Pour nous, catholiques, le chemin est tout tracé.Il faut répondre du tac au tac à cette campagne mensongère et neutraliser au plus tôt la néfaste propagande à jet continu de M.Rahard.Le temps semble venu pour notre clergé catholique de refaire l\u2019éducation de ses ouailles en matière d\u2019hérésie.En ce domaine, du reste, le rôle des laïcs peut être considérable.La liberté sous toutes ses formes \u2014 de parole, de pensée, d\u2019action \u2014 dans la province de Québec était le sujet traité.Son caractère profane avait de quoi étonner un romain.La péroraison commencée d\u2019un ton modéré fait tôt place à une violence verbale indescriptible.Diatribe implacable contre Rome.Le vice rédhibitoire de ce discours enflammé, qui n\u2019a rien de la suavité évangélique, est de vouloir trop prouver.Affirmations aprioristiques sorties d\u2019un cerveau perdu d\u2019orgueil.Le parti-pris buté éclate à tout instant.On accommode l\u2019Histoire à toutes les sauces.De mémoire, nous avons noté l\u2019essentiel du prêche.Des questions traitées, quatre en particulier ont retenu 128 Revue Dominicaine notre attention : a) La guerre mondiale aurait été tramée dès 1904 par le Vatican.Les historiens ont bien tort d\u2019en imputer désormais la responsabilité à Guillaume II et son état-major.Voilà une hypothèse d\u2019une puérilité à faire sourire un diplomate en herbe ! b) Mussolini a droit de veto sur tous les actes du Vatican.Il aurait hérité cette prérogative de Vempereur d\u2019Autriche de pouvoir s'opposer à toute candidature à la Papauté.Il faut être primaire pour ignorer que Pie X, dès son accession au trône pontifical, a aboli cette coutume afin de dégager entièrement le Saint-Siège de toute pression étrangère.De plus, comment soutenir sans rire que Pie XI tolérerait un seul instant l\u2019ingérence d\u2019un gouvernement quelconque, fût-il italien % Energique et intraitable sur la doctrine et sur les droits de l\u2019Eglise, le pape actuel force l\u2019admiration même des païens et des agnostiques, c) L'Eglise romaine est capitaliste.Ni capitaliste ni prolétaire, l\u2019Eglise est au contraire essentiellement une force d\u2019ordre qui cherche sans cesse à arrondir les angles des thèses opposées.Elle distribue tour à tour le blâme et l\u2019éloge à ces deux maîtresses pièces de l\u2019échiquier contemporain.Les encycliques reviennent toujours sur la nécessité pour le Travail et le Capital de marcher la main dans la main.On y avertit le monde qu\u2019il précipite sa perte en ne synchronisant pas la marche de ces deux facteurs opposés, mais indispensables au même titre l\u2019une à l\u2019autre, d) La perte de la liberté est imputable à l\u2019Eglise romaine et non au Gouvernement provincial au reste composé d\u2019athées.Qu\u2019il y ait des tièdes à Québec, la chose est possible.Il ne nous appartient pas de trancher ce point.Mais affirmer in globo que nos ministres sont tous athées, frise la démence.De telles accusations conduisent généralement un homme en correctionnelle ou à la clinique psychiâtrique.Portées devant une foule chauffée à blanc par le fanatisme de l\u2019orateur, elles produisent un certain effet.Il faut un minimum d\u2019esprit critique pour endiguer une telle truculence oratoire. Le sens des Faits 129 On nous pardonnera de passer le reste sous silence pour la très simple raison qu\u2019il y a des lunes que cela est classé au musée des antiquités doctrinales.Quant aux questions purement dogmatiques, nos connaissances en la matière sont trop superficielles pour nous permettre de porter jugement.Nous abandonnons à nos clercs férus d\u2019apologétique le soin de passer les arguments du confrère défroqué au crible d\u2019une honnête, mais impitoyable critique.Bien vannés, nous serions surpris que le bon grain l\u2019emportât.Il ressort de ce plaidoyer que le Canadien-français du Québec croupit dans l\u2019esclavage spirituel et moral.Que cet état de choses tend inéluctablement à stériliser sa vitalité intellectuelle.Pour reconquérir sa liberté, il se doit de secouer définitivement le joug romain.Le tableau tracé des turpitudes de l\u2019Eglise catholique était si sombre, qu\u2019il ne nous resterait guère qu\u2019une seule issue pour échapper à la déchéance totale : nous confier désormais à l\u2019apostat Rahard, messie des temps nouveaux.Dans ses grandes lignes, c\u2019est l\u2019impression qui se dégage de cette sortie stupide contre une Eglise-sœur.Dussions-nous dépiter notre théologien défroqué, nous ajouterons volontiers : l\u2019Eglise-mère ! Les écarts de conduite malheureux de certains clercs catholiques \u2014 cités à tout propos avec un malin plaisir et où tout esprit de charité est absent \u2014 de même que certains abus véritables, ne suffisent pas pour infirmer en rien la doctrine de Rome.On ne lance pas de pierres quand on habite une maison de verre.Le protestantisme compte suffisamment de brebis galeuses parmi ses clergymen pour ne pas avoir à pointer à tort et à travers les égarements clairsemés des prêtres catholiques.Notre clergé sous ce rapport s\u2019est toujours montré d\u2019une parfaite correction.L\u2019éthique vaut pour tous les ministres du culte.Tout ce qui tend donc à diminuer le respect des foules pour le clergé en 130 Revue Dominicaine général, à quelque confession que ce soit, doit être enrayé.Quand la soutane du prêtre, la bure du moine ou la redingote du ministre seront devenus objets de risée, notre pays sera mûr pour l\u2019anarchie.L\u2019expérience enseigne qu\u2019on ne gagne rien à invectiver.Tout catholique instruit sait que le prêtre, l\u2019évêque et même le pape ne sont pas l\u2019Eglise en soi.Ils passeront comme tous les humains.Seule, l\u2019Eglise restera et survivra.Elle a le temps pour Elle.Sa doctrine est un granit contre lequel les sots s\u2019usent les dents.Dans sa vie privée, le prêtre peut errer et pécher devant les tentations de la chair ou de l\u2019esprit.Qui peut lui lancer la pierre ! Pour se tenir dans le droit chemin, il aura recours à la prière ! et se soumettra humblement à la discipline de l\u2019Eglise.Grâce à Dieu, notre clergé régulier et séculier est moral, dévoué et conscient de ses devoirs.Il n\u2019a pas de leçon à recevoir car il sait s\u2019imposer les règles voulues que les circonstances exigent.A notre épiscopat appartient le droit et le devoir de juger si des réformes partielles s\u2019imposent.L\u2019infaillibilité du pape n\u2019est pas l\u2019épouvantail dépeint par M.Rahard.Discutée violemment à l\u2019époque de la proclamation du dogme, on s\u2019étonne aujourd\u2019hui qu\u2019elle ait donné lieu à des débats aussi acrimonieux.Elle a raffermi la foi et rassuré les esprits.Surtout, elle a donné le coup de mort à toutes ces brillantes utopies philosophico-scientifiques en isme qui ont poussé au siècle dernier comme des champignons.En dépit de ses prétentions, M.Rahard n\u2019a pas le monopole de l\u2019intelligence.D\u2019avoir quitté la foi de son enfance ne confère aucun prestige, à plus forte raison aucune autorité.Nous lui rappellerons qu\u2019il n\u2019y a pas que des imbéciles et des ignares parmi les catholiques.Proclamer avec emphase et suffisance que l\u2019Eglise tient les fidèles dans l\u2019ignorance est un bobard.Les plus vieilles universités européennes sont des fondations re- Le sens des Faits 131 ligieuses.Dans ce moyen âge merveilleux, que d\u2019aucuns assimilent encore à une époque d\u2019obscurantisme, des légions de moines se sont usé les yeux à copier laborieusement les trésors littéraires de l\u2019antiquité.Sans leurs veilles épuisantes, on aurait un trou noir entre l\u2019Antiquité et la Re-aissance au lieu de ce pont hardiment jeté par eux.M.Rahard certes ne doit pas ignorer que dans son pays natal, la France, les chartistes \u2014 ces bénédictins de l\u2019histoire \u2014 ont renouvelé les sciences historiques de fond en comble depuis un demi-siècle.Ils ont mis à jour une telle masse de documents anciens que les ouvrages historiques des iècles antérieurs au nôtre sont aujourd\u2019hui sujets à caution.Le culte de la vérité leur a fait réhabiliter l\u2019œuvre grandiose de l\u2019Eglise depuis la sortie des Apôtres de la Judée jusqu\u2019à nos jours.Le stuc des écrivains sectaires qui la recouvrait craque déjà et tombera bientôt complètement.A moins d\u2019avoir des yeux pour ne point voir, voilà un ensemble de faits irréfutables qu\u2019il est impossible d\u2019écarter.Le R.P.Archange Godbout, franciscain, s\u2019emploie victorieusement à répondre à ces attaques par ses conférences du mardi soir à la salle du Sacré-Cœur.La polémique se poursuit ainsi depuis des mois.De part et d\u2019autre, on sape le travail de l\u2019adversaire.Le R.P.Godbout n\u2019y met d\u2019ailleurs aucune rancœur et s\u2019en tient aux questions controversées.Rien de pédant ni de trop dogmatique dans ses allocutions rehaussées d\u2019une pointe d\u2019esprit.Le milieu ne se prêterait pas à un exposé complet.Les sermonnaires du moyen âge devaient procéder ainsi.Tous se sentent à l\u2019aise.La bonne humeur règne dans ce petit monde où l\u2019on ignore le guindé.Cependant, notre impression est que cet homme ne reçoit pas l\u2019appui pratique de notre élite.Il le mérite pourtant par son ardeur apostolique à monter sans cesse en épingle les inepties de son bouillant antagoniste. 132 Revue Dominicaine Cette escarmouche est sans nul doute le prélude d\u2019une attaque plus sérieuse.Dans la bourgeoisie \u2014 grande et petite \u2014 la foi est notoirement en baisse.Si on pratique encore, c\u2019est beaucoup par routine.Foi aveugle et sans ressort.Les quelques causeries du P.Archange, entendues ces derniers temps, nous ont convaincu plus que jamais de l\u2019ignorance des nôtres en matière de religion.Chez nos professionnels, combien sont capables de discuter sensément par exemple du grand Schisme, de l\u2019Inquisition médiévale, des papes de la Renaissance, du célibat des prêtres, etc., sans se mettre franchement les pieds dans les plats % Le doute lancinant ne nous tourmente pas comme un Maritain, un Psichari, un Levaux.Thomistes de fait, il serait à souhaiter qu\u2019une sorte de doute cartésien fouettât notre torpeur métaphysique due à l\u2019incuriosité.Arme à deux tranchants, le doute méthodique dissout la foi des faibles, mais trempe celle des forts.Pour être vivant, notre catholicisme doit pouvoir recevoir des coups et les rendre au centuple.A l\u2019heure actuelle, il se repose trop sur les positions acquises.Sa pérennité est-elle assuré au point d\u2019abandonner toute poursuite spéculative ?Dans un combat, la cuirasse seule ne suffit pas ; il faut des armes.Une réaction en profondeur s\u2019impose sans délai.Ignorer un mouvement d\u2019idées parce qu\u2019antipathique est enfantin et ne peut en arrêter la marche.Mieux vaut y faire face bravement, visière levée et lance au poing.Du reste, qu\u2019y a-t-il à craindre quand on a la vérité pour soi ?U) Jean-Robert Bonnier (x) Aux lecteurs qu\u2019intéresse la question, je recommande particulièrement deux articles de M.Louis Fran-cœur parus dans Y Illustration de Montréal les 8 et 9 août dernier, à propos d\u2019une lettre ouverte du Bishop Farthing au premier ministre M.Taschereau. Le sens des Faits 133 Une pierre mystique « Le corps du saint Père Cormier, transporté du Cam-po Verano à l'église SS.Dominique et Sixte, sera la pierre angulaire spirituelle du nouvel Angelico ».C\u2019est en ces termes que, le 10 novembre 1934, dans YAula Minor de l\u2019Angelico, le révérendissime Père Gillet, Maître Général de l\u2019Ordre de S.Dominique, annonçait la prochaine translation des restes du vénéré fondateur de l\u2019Angelico.Depuis le 17 décembre, la promesse est devenue un fait accompli.Au 18ième anniversaire de sa mort, le P.Cormier a été déposé dans la crypte de l\u2019église séculaire des SS.Dominique et Sixte, devenue, depuis 1932, l\u2019église de l\u2019Angelico.C\u2019est là que, chaque soir, les religieux dominicains chantent le Salve Regina ; c\u2019est là qu\u2019aux grandes solennités, la jeunesse étudiante ecclésiastique se réunit pour les fonctions sacrées ; c\u2019est de là que désormais, le saint Père Cormier protégera son œuvre.Il y a 25 ans, le 76ième successeur de saint Dominique commençait, via San Vitale, une fondation qui continuait l\u2019œuvre traditionnelle de la Minerve, un Institut Supérieur de théologie, de droit canonique et de philosophie ; le geste paraissait téméraire, tant la fabrique était grandiose.Or, grâce à la qualité de l\u2019enseignement donné par un personnel qui n\u2019a cessé d\u2019être « choisi » en se renouvelant, grâce aussi à l\u2019irrésistible attrait des doctrines thomistes qui n\u2019ont cessé d\u2019être la loi inspiratrice des directives pontificales en matière de haut enseignement théologique, les étudiants ont afflué, en nombre toujours sans cesse grandissant, aux diverses facultés de l\u2019Angelico.L\u2019immeuble déjà très vaste de la rue St-Vital était devenu cependant trop exigu.Le Rme Père Paredès, admirablement secondé par l\u2019Ordre entier, acquit la propriété SS.Dominique et Sixte, durant trois siècles et plus occupée par des Moniales de S.Dominique.Et en novembre 1932, 134 Revue Dominicaine le 79ième successeur de S.Dominique, le Rme P.Gillet, inaugurait le nouvel Angelico, beaucoup plus grand que le premier.Et ainsi, le projet du P.Cormier, approuvé par les Capitulaires de 1907, béni par trois Souverains Pontifes, devenait réalité.Vraiment, il convenait bien qu\u2019il fût transporté où son rêve s\u2019épanouissait, celui qui jadis voulut doter l\u2019Ordre et Rome d\u2019un centre international d\u2019études dominicaines.Qu\u2019il y repose en paix, sous les pieds de ses frères à l\u2019exemple de son Père S.Dominique ! Qu\u2019il stimule, par le souvenir de sa science et de ses vertus, ceux de ses fils qui ont cette consolation de vivre à ses côtés ! Pour tous, qu\u2019il soit vraiment une pierre angulaire spirituelle, à l\u2019image de celles que chante la Liturgie aux jours de Dédicace.vivis ex lapidibus.Echos du mois On nous écrit.\u2014 Nous avons reçu la lettre suivante : Québec, 10 janvier 1935 Révérend Père M.-A.Lamarche, O.P.Montréal.Mon révérend Père, J\u2019ai lu avec intérêt votre magnifique synthèse de la personne et de l\u2019œuvre d\u2019Henri d\u2019Arles, parue dans votre livraison de janvier.Où la surprise se mêle à l\u2019intérêt, c\u2019est quand on rencontre cette singulière affirmation : «Vous savez quels étaient la réserve et le mutisme des classiques devant les beautés de la nature » (p.35).C\u2019est à nous faire croire que la plupart (vous en exceptez quelques-uns) y étaient complètement indifférents.Le sentiment contraire paraît si humain qu\u2019il serait tout à fait étrange que des artistes aussi complets ne l\u2019eussent pas éprouvé, en même temps qu\u2019un naturel désir de Le sens des Faits 135 l\u2019exprimer au dehors.Peu au courant des choses de l\u2019histoire littéraire, ce doute me taquine d\u2019autant plus que vous n\u2019apportez à l\u2019appui de vos dires qu\u2019un seul exemple, celui de la marquise de Sévigné.Espérant que vous voudrez me fournir quelque éclaircissement, je demeure, Votre tout dévoué, Th.Turcotte Réponse Monsieur, Votre doute sans doute va s\u2019aggraver en apprenant que j\u2019aurais dû ajouter aux mots réserve et mutisme les mots indifférence et hostilité.Il s\u2019apaisera ensuite, quand j\u2019aurai signalé, à l\u2019appui de mes dires, quelques menus faits avec citations et références.Vous trouverez plus au long le même exposé dans « Gens de la Vieille France », par G.Lenôtre, au chapitre intitulé Sur les routes de la douce France.Jusqu\u2019à Rousseau, les écrivains classiques, comme les Français en général, aimaient la nature .travaillée par l\u2019homme.Ils aimaient la campagne proprette et soignée, ce qui explique, autour des villes, le très grand nombre de propriétés d\u2019agrément.Mais ils détestaient la nature chaotique et désordonnée, ce qui fait qu\u2019ils entreprenaient rarement de longs voyages et jamais pour des fins de contemplation esthétique.Obligée, pour se rendre en Italie, de passer par la Corniche, madame de Genlis déclare que tout ce pays est aride et affreux.(.Mémoires \u2014 Adèle et Théodore).Lalande conserve également un triste souvenir de ces rochers faisant saillie sur les eaux.(Voyage d\u2019Italie).«La montagne n\u2019a point de fervents : il semble qu\u2019aucun de ceux qu\u2019un mauvais sort y a conduits n\u2019en a compris ni la grau- 136 Revue Dominicaine deur ni le pittoresque ».Voilà ce que déclare M.Lenôtre, et il cite aussitôt Montesquieu voyageant dans le Tyrol, Henault traversant le Jura.L\u2019un s\u2019afflige de voir que cela dure si longtemps, l\u2019autre a toujours peur de se noyer ou de se précipiter.D\u2019après la reine Marie Leczinska, Plombières est « le plus vilain lieu du monde », et le pays de Cauterets « ressemble à l\u2019enfer comme si l\u2019on y était, excepté cependant qu\u2019on y meurt de froid ».L\u2019océan n\u2019a pas meilleure presse que la montagne.Que d\u2019eau ! que d\u2019eau ! .Et cette autre perle prêtée par Henri Monnier à Monsieur Prud'homme :\t« Une telle quantité d\u2019eau frise le ridicule ».Bien entendu, on ignore le séjour à la mer, on n\u2019est pas intéressé par « cet élément ».Le plus étrange est que Rousseau lui-même l\u2019ait vue sans lui consacrer une ligne.(Daniel Mornet : Le sentiment de la nature en France, de J.-J.Rousseau à Bernardin de Saint-Pierre, passim).Il a su cependant immortaliser le lac Léman, et bientôt la mode obligera toute âme sensible ayant lu La Nouvelle Héloïse à aller pleurer sur place les infortunes de Julie.Le chef de file des romantiques ne fait pas mystère de ce qu\u2019il entend par un beau paysage.« Jamais pays de plaines, quelque beau qu\u2019il fût, ne parut tel à mes yeux.Il me faut des torrents, des rochers, des sapins, des bois noirs, des montagnes, des chemins raboteux à monter et à descendre, des précipices à mes côtés qui me fassent bien peur ».(Confessions, I, 4).Ses prédécesseurs, encore une fois, n\u2019en demandaient pas tant.« Le monde extérieur occupait une place restreinte et secondaire dans l\u2019horizon de nos classiques.Us aimaient la campagne plus que la nature.Leurs horizons n\u2019ont pas de profondeur.Pas un, et pas même l\u2019auteur des Fables, n\u2019a fait entrer la nature dans sa vie morale, sentimentale, religieuse».(R.P.Brou, S.J., Le dix-huitième siècle littéraire, T.3, p.56).Rappelez-vous, monsieur, cette partie de pêche du héron, où La Fontaine Le sens des Faits 137 se contente de noter que « l\u2019onde était transparente ainsi qu\u2019aux plus beaux jours ».Et comparez, pour mesurer le chemin parcouru, avec « La boîte à pêche » de Maurice Genevoix, un réaliste contemporain.Sans doute il nous faut lutter aujourd\u2019hui, d\u2019une part, contre le snobisme des admirations de commande devant les « lieux consacrés », puis de l\u2019autre, contre une sorte d\u2019abandon de tout l\u2019être en présence de la nature « rivale de Dieu ».On ne saurait nier non plus que cette révélation nouvelle ait creusé l\u2019âme humaine, développé nos sensibilités, élargi les perspectives et les moyens de l\u2019art.Votre tout dévoué, M.-A.Lamarche, 0.P.L\u2019Esprit des Livres R.P.Garrigou-Lagrange, O.P.« Le sens du mystère et le clair obscur intellectuel ».Des-clée de Brouwer, Paris, 344 p.20 frs.Ouvrage très actuel, étant donné l\u2019orientation de l\u2019activité intellectuelle contemporaine.Avec de tels guides, les esprits, plus ou moins séduits par la fausse enseigne des idées claires, ne pourront que s\u2019affermir dans les voies authentiques de la vérité, en retrouvant le sens du mystère.En effet philosophie et théologie, dans la mesure où elles se tiennent dans leur vrai domaine, cheminent sous le régime du clair obscur.Le Père Garrigou-Lagrange souligne ici ce qu\u2019il y a de clair et ce qui reste de mystérieux dans la solution traditionnelle et thomiste des grands pro- 138 Revue Dominicaine blêmes de la connaissance en général, et de notre connaissance soit naturelle soit surnaturelle de Dieu ; il montre que saint Thomas, par la lucidité de son intelligence, fut conduit à mettre en un puissant relief les mystères les plus saisissants de l\u2019ordre de la nature et de la vie intime de Dieu.La doctrine thomiste est présentée en ces pages sous son aspect le plus caractéristique et le plus fécond.Notons que la fin de la deuxième partie contient tous les fondements d\u2019un magnifique traité de la grâce, que nous souhaitons voir développer par le R.P.Garrigou-Lagrange.fr.H.Guillebaud, O.S.B.R.P.J.Souilhé « La philosophie chrétienne » B.C.S.R.160 p., 12 frs.Bloud et Gay, Paris.Deux petits volumes d\u2019histoire où l\u2019auteur a , voulu montrer le rôle important joué par la question religieuse dans la plupart des grands systèmes, en tous les pays, de Descartes à nos jours.« Ce n\u2019est peut-être pas sans quelque étonnement qu\u2019on observe les efforts tentés par des philosophes célèbres, réputés irréligieux, pour adapter à leurs conceptions les dogmes chrétiens », dit l\u2019auteur.On voit par là en quel sens plutôt matériel et concordiste il prend délibérément l\u2019expression de « philosophie chrétienne ».Et il entend, par une série de brèves esquisses, justifier cette idée de Gabriel Marcel : Que l\u2019on adhère ou non à la religion chrétienne, impossible de penser comme s\u2019il n\u2019y a-vait pas eu avant soi des siècles de chrétienté.fr.H.Guillebaud, O.S.B.Claude Just.\u2014 « Le Père des Prêcheurs », ou La Pitié des hommes.\u2014 Chez Desclée, de Brouwer & Cie, Paris, 1934.La canonisation de saint Albert le Grand fournissait L\u2019esprit des Livres 139 à Claude Just, l\u2019occasion de faire revivre, dans un drame puissant, les principaux faits et gestes qui sont comme les points culminants de la trajectoire décrite par la vie mouvementée du Docteur Universel.Le Vile centenaire de la canonisation de saint Dominique, le Père des Prêcheurs, lui suggère maintenant de couler dans les formes dynamiques d\u2019un nouveau drame la richesse, la variété, la complexité humaine de notre saint fondateur ! « Chanoine régulier, homme d\u2019Eglise versé dans ia théologie et les observances traditionnelles, fondateur conscient, volontaire, d\u2019un ordre par excellence ecclésiastique et canonial, législateur prévoyant et discret, saint Dominique est aussi un grand aventurier, un chemineau et un missionnaire intrépide, un novateur d\u2019une hardiesse inouïe (le premier vrai démocrate /) qui se laisse emporter par le flot de l\u2019esprit ».Claude Just réussit à synthétiser et à animer en quatre actes les activités qui caractérisent et résument la vie de notre bienheureux Père, sans pour cela diminuer en rien sa personnalité, mais en lui rendant au contraire sa grandeur et sa richesse psychologiques qu\u2019une imagerie sans âme n\u2019aurait pas manqué de déprécier1.L\u2019Acte Premier nous montre saint Dominique faisant l\u2019apprentissage de la compassion.Les âmes ont faim et soif de la vérité et de la lumière ; Dominique qui les aime va elles (Acte 2ème), promenant son cœur d\u2019apôtre comme une « torche brûlante et claire à la fois ».A la fin du deuxième acte, le saint reçoit sa mission des bienheureux Apôtres Pierre et Paul : « Va et prêche, lui disent-ils, sois institué par nous, au nom du Christ comme nous l\u2019avons été par lui au nom de son Père, Prêcheur attitré de son Evangile aux nations qui l\u2019ignorent ou qui l\u2019ont oublié .Soyez, toi et toute ta descendance, « les champions de la foi et les vraies lumières du monde ! » Les deux derniers actes nous révèlent le commerce de 140 Revue Dominicaine saint Dominique avec le ciel.Sa prière est toute flamme, tout amour pour les âmes des pécheurs, et pour leurs serviteurs, ses enfants à lui, qu\u2019il envoie sans défense à travers le monde remplir la fonction héroïque de prêcheur.Le texte, comme le dit l\u2019auteur, est schématique et court, impitoyablement expurgé des boursouflures d\u2019une éloquence extérieure, pour être étroitement noué et secrètement gonflé de résonnances qui ne se libéreront pleinement que dans l\u2019exercice spontané du jeu.Nous félicitons Claude Just pour sa piété filiale et le remercions de nous fournir l\u2019occasion, à nous surtout les jeunes, de respirer d\u2019un peu plus près l\u2019âme de notre « très doux père saint Dominique, » Le Père des Prêcheurs.fr.A.Milot, O.P.Pierre Gaxotte.\u2014 « Le siècle de Louis XV »\u2014 Coll.Les Grandes Etudes historiques.460 p.A.Fayard et Cie, Paris, 1934.Un de nos collaborateurs a signalé dernièrement le danger des monographies qu\u2019il représente comme étant de soi tendancieuses et de nature à brouiller les perspectives de l\u2019histoire.Ses monitions s\u2019adressant aux jeunes, j\u2019ai cru pouvoir passer outre et m\u2019accorder le plaisir de parcourir ce Louis XV de Pierre Gaxotte, dont précisément la jeunesse raffole.Nos grandes souffrances datent de ce règne.Plus que les Français nous avions besoin, pour asseoir nos jugements, de cette mise au point qui veut être une réhabilitation.Le mot n\u2019est pas trop fort en ce qui concerne les aptitudes politiques du monarque, le soin qu\u2019il accordait aux affaires de l\u2019Etat, de même que certains traits méconnus de son caractère, la bravoure unie à la bonté.Avec une superbe maîtrise de style, M.Gaxotte décrit L\u2019esprit des Livres 141 l\u2019entourage du roi, la succession et la mêlée des intrigues, l\u2019influence des grands personnages de l\u2019un ou l\u2019autre sexe, en particulier, celle des écrivains.Il consacre un chapitre : « La France peut être heureuse sans Québec », à la politique anticoloniale de Montesquieu, de Rousseau, de Diderot et de Voltaire \u2014 Jusqu\u2019à Bernardin de Saint-Pierre qui écrit dans la préface du Voyage en Ile France: «Je croirai avoir rendu service à ma patrie si j\u2019empêche un seul honnête homme d\u2019en sortir ».\u2014 Le Canada est « la bête noire » de la secte encyclopédiste.Voltaire conduit l\u2019attaque : dans une demi-douzaine de ses ouvrages, « il y revient cent fois, à grands coups d\u2019expressions méprisantes » (p.239).Je songe à nos anciens débats collégiaux entre l\u2019épée, la plume et la charrue .Bien peu de souverains échappèrent à l\u2019influence des idéologues ou aux réactions de la foule endoctrinée par eux.Louis XV eut beau défendre le Canada, la monarchie d\u2019alors fut battue par la république des lettres.Au chapitre des mœurs, le biographe prétend moins défendre son héros que débiner les historiens qui étalent à ce sujet « une vertu intransigeante ».Après avoir rappelé que les aventures du Parc aux Cerfs, isolées des racontars, se réduisent à « peu de chose » \u2014 peu de chose ! \u2014 il ajoute : « Assurément le péché du roi reste entier et tout ce commerce est ignoble ».Puis il distribue à droite et à gauche, surtout à droite, des brevets d\u2019hypocrisie.« Mais feindre de croire que Louis XV soit le seul homme qui ait eu recours aux services de jeunes personnes trafiquant de leurs charmes est une hypocrisie un peu forte, dont on voudra bien nous dispenser» (p.170, 171).Oui, volontiers, de même qu\u2019on eût dispensé l\u2019auteur de tomber cette fois dans la phrase.Il n\u2019est pas tendre non plus pour ceux qui entreprirent à diverses époques la conversion du roi.Je crois qu\u2019il a raison en ce qui regarde la publicité du zèle et l\u2019étalage anticipé 142 Revue Dominicaine des réparations publiques.Mais d\u2019une façon générale, les gens d\u2019Eglise, sous la plume de Gaxotte, se fourvoient sans mesure ni répit.Ceux qui ont de la vertu manquent de connaissances et ceux qui ont des connaissances manquent de talent.On se demande alors si cet écrivain ne mérite pas par moments le reproche qu\u2019il adresse aux historiens de Louis XV et de son siècle : d\u2019avoir estompé certains traits en forçant les autres (préface).Et l\u2019on donne raison au Père Gaudron, O.F.M., conseillant à la jeunesse de se munir avant tout de philosophie et de culture générale, et de n\u2019aborder ces attrayantes monographies qu\u2019après avoir lu et médité la grande histoire.M.-A.Lamarche, 0.P.Marius Barbeau.\u2014 « Au cœur de Québec ».\u2014-Collection du « Zodiaque 35 » Monsieur Marius Barbeau n\u2019est pas seulement l\u2019agréable conteur que connaissent tous les lecteurs de nos quotidiens, mais c\u2019est surtout un érudit des choses du terroir, un amant des vieilles traditions importées de France par nos ancêtres et un collectionneur d\u2019art régionaliste.Et voilà que, libéralement, il nous fait profiter de ses découvertes et nous invite à pénétrer à sa suite au cœur même de Québec, dans ces régions encore relativement fermées au progrès et au tourisme et qu\u2019aucun modernisme n\u2019a défigurées, telles l\u2019Ile d\u2019Orléans et Notre-Dame du Portage .Notre-Dame, surtout, avec son triangle mystique : le « Brandy Pot », les « Pèlerins » et le « Rocher-Malin », chateau-fort du diable dont les vieilles gens de là-bas se rappellent fort bien les prouesses.Aux légendes qu\u2019il rapporte, l\u2019auteur ajoute volontiers d\u2019intéressantes notes historiques, descriptions géographiques et même des pages entières d\u2019expressions savoureuses prises a notre glossaire et couramment employées encore dans L\u2019esprit des Livres 143 bien des endroits de la province : « Fais-moi de Parse » pour la place : « Il ne faut pas donner des pieds aux enfants » pour: il ne faut pas être trop indulgent ; «Il savait un train de contes », pour : beaucoup ; « rosiner » pour : pleuvoir tranquillement ; « ravager le moine » pour : rosser quelqu\u2019un ; « il arriva dans un bûché » : endroit où les arbres ont été coupés ; etc.etc.Mais n\u2019ayez crainte que l\u2019ouvrage de Monsieur Barbeau prenne pour cela un ton dogmatique et ennuyeux.Loin de là î Ce livre, le deuxième de la collection du « Zodiaque 35», se compose de huit études dans lesquelles l\u2019auteur fait revivre nos légendes, évoque nos vieilles églises, s\u2019attache, en un mot, à mettre en relief ce qui fait le fond essentiel de nos traditions, ce à quoi nous devons d\u2019avoir une physionomie propre.Mais c\u2019est à notre art traditionnel, à notre architecture\tet à notre sculpteur\tsur bois\tque\tM.Barbeau consacre\tla meilleure partie\tde son\tvolume.Et sur ce point, trois de ses études consacrées, la première à l\u2019Ecole des Arts et Métiers de Mgr de Laval, l\u2019autre aux anciens sculpteurs de Québec,\tet la dernière\tau.sculpteur et statuaire, Louis Jobin qui fut le dernier de nos grands artisans, offrent un intérêt documentaire très particulier.M.l\u2019abbé Lionel Groulx, dans le premier volume de « L\u2019Enseignement\tfrançais au Canada\t», avait\tdéjà\tsi- gnalé l\u2019existence de cette école des arts et métiers, fondée à Cap Tourmente vers 1675, par Mgr de Laval.Mais tandis qu\u2019il la considère plutôt comme un rouage de notre système d\u2019enseignement à cette époque, Marius Barbeau voit surtout en elle une continuatrice de la tradition française que nos ancêtres, dit-il, avaient encore jusque dans les moelles ; comme le berceau de la Renaissance française sur nos rives, de cette Renaissance François 1er, qui transplantée chez nous prit racine dans notre sol lau-rentien, s\u2019y adapta et s\u2019engagea dans une évolution origi- 144 Revue Dominicaine nale et bien caractéristique où se retrouvent, paraît-il, des traces non équivoque du style bourguignon.Cap-Tourmente : c\u2019est de là que descend la belle lignée d\u2019artistes dont on retrouve encore la trace le long de la côte de Ste Anne de Beaupré ; de là que sont sortis nos curés artisans : Leblond de la Tour, sculpteur, et Antoine Créquy, peintre ; les architectes et les sculpteurs de talent: Gabriel Leprévost, Levasseur, Labrosse, Liébert, Chabot, les Baillargé, père et fils, et leurs disciples : André Paquet, Berlinguet, Jean-Baptiste Côté, Fournier, et enfin, tout près de nous, Louis Jobin, dont les tendances classiques furent malheureusement contrebalancées par le que-villonnage et l\u2019influence italienne mise à la mode par Re-gali.Nulle part au cours des 200 pages de ce volume l\u2019intérêt du récit ne se relâche, nulle part l\u2019action ne se ral-lentit.Tout y est à lire et à relire, car «Au cœur de Québec » est l\u2019œuvre à la fois d\u2019un érudit et d\u2019un artiste.Berthe Guertin Cardinal Gibbons.\u2014 « La Foi de nos Pères ».Traduit de l\u2019anglais par l\u2019abbé Adolphe Sau-rel.\u2014 Paris, Téqui, 1934.Cinquième édition française du remarquable ouvrage : « The Faith of our Fathers ».L\u2019extraordinaire popularité de ce livre chez le public de langue anglaise (plus d\u2019un million et demi d\u2019exemplaires), sa traduction en plusieurs langues \u2014 montrent assez sa valeur.Nous avons là une exposition claire, nette, précise et complète de la doctrine de l\u2019Eglise Catholique, et la solution des principales objections que les protestants opposent à nos croyances doctrinales.R.-M.D. L\u2019esprit des Livres 145 Une vie dans le Christ.\u2014 Marie Sainte-Cécile de Rome.(Dina Bélanger), Religieuse de Jésus-Marie (1897).Autobiographie et témoignages.Texte publié et annoté par Dom Léonce Crenier, O.S.B., Prieur de Saint-Benoît-du-Lac.Préface de Mgr Camille Roy, P.A., V.G.Recteur de l\u2019Université Laval, Québec.\u2014 Couvent de Sillery, P.Q.Canada.1934.Il nous est agréable de porter à la connaissance de nos lecteurs cette nouvelle production hagiographique.Le titre en est long : c\u2019est à se croire au dix-septième siècle, et pourtant rien de plus actuel et plus de « chez nous ».Il sort des presses de l\u2019« Action Catholique » et les Religieuses de Jésus-Marie, de Sillery, nous le présentent.L\u2019ouvrage est d\u2019importance \u2014 deux forts volumes \u2014 et il traite de matières peu banales : une vie qui rappelle par certains aspects celle des plus grands extatiques.On s\u2019autorise \u2014 et c\u2019est de la meilleure prudence \u2014 de la triple autorité du regretté Cardinal Rouleau, de son éminent successeur, le Cardinal-archevêque de Québec, et du Recteur de l\u2019Université Laval, Mgr Camille Roy, P.A.V.G.C\u2019est qu\u2019en effet on nous présente une âme d\u2019élite, si l\u2019on hésite à l\u2019appeler une vraie sainte, avec la multitude de ceux qui l\u2019ont connue et dont on nous offre les témoignages aussi nombreux que dignes de foi.Il s\u2019agit d\u2019une fleur du ciel, éclose en pleine ville de Québec, du vivant de Gérard Raymond et presque du même quartier.Mais tandis que le pieux écolier cherche et trouve la perfection au chemin des vertus, Sœur Marie-Sainte-Cécile de Rome est emportée par l\u2019Esprit dans la région supérieure des dons et des grâces extraordinaires.Le 146 Revue Dominicaine lecteur profane se trouve désorienté au récit de cette existence presque continuelle de visions ; il ne faut pas oublier que l\u2019Eprit Saint souffle où il veut et n\u2019a pas à nous rendre compte de la gouverne des âmes.Pour s\u2019y retrouver on n\u2019a qu\u2019à se confier à Dom Léonce Crenier qui a bien voulu se charger des nécessaires explications théologiques.Le savant Prieur des Bénédictins est un guide de tout repos.Ses notes au cours du texte, comme les infra-paginales, et surtout le chapitre XXXV du second tome : Visions, lumières et connaissances surnaturelles perçues par Marie Sainte-Cécile de Rome, fournissent tous les éclaircissements désirables.Au reste \u2014 et ce n\u2019est pas mince réconfort pour les chrétiens ordinaires \u2014 en parcourant « Une vie dans le Christ », il ressort que Dina Bélanger, (c\u2019est le nom de famille de Sœur Marie Sainte-Cécile de Rome) ne s\u2019est pas improvisée grande mystique du jour au lendemain.Le baptême ne l\u2019a pas laissée sans mauvais penchants qu\u2019elle a dû combattre et qu\u2019elle a su vaincre grâce à des parents profondément chrétiens et soucieux de leurs devoirs.(Tome 1 page 12 et 21).La sainteté aura été pour elle une lutte terre à terre avant de devenir une ascension.De plus, pour avoir été prévenue, dès l\u2019enfance, de grâces extraordinaires, Dina n\u2019a jamais posé à la singularité encore moins à la pruderie, ce synonyme de sottise ; bien au contraire, ses maîtresses l\u2019ont toujours connue comme une écolière joyeuse et bonne première dans ses classes.Plus tard à New York, où pendant deux années elle suit les cours du Conservatoire, sa piété profonde et rayonnante et qui ne bronche pas d\u2019un iota, malgré l\u2019ambiance protestante, ne l\u2019empêche pas d\u2019être une élève très aimée et appréciée et protégée de Walter Damrosch lui-même et d\u2019y décrocher haut la main ses diplômes de piano et d\u2019harmonie.Or, pendant que là-bas, comme à Québec, la jeune fille L\u2019esprit des Livres 147 se plie aux exigences du milieu, son âme d\u2019artiste nage dans la contemplation la plus élevée.Notre Seigneur qui, depuis sa petite enfance l\u2019a toujours attirée, la crée son épouse ; il change de nom et de cœur avec elle (pages 175 et 200, tome 1) jusqu\u2019à ce qu\u2019il la conduise chez les Sœurs de Jésus-Marie où il semble renouveler pour elle, moins les stigmates, tous les phénomènes de la vie des grandes mystiques.La lecture de « Une vie dans le* Christ » ne peut qu\u2019être intéressante et fructueuse.Ne pourrait-on pas, pour l\u2019honneur du goût français et en vue d\u2019une plus facile propagande, la réduire à un seul volume, en l\u2019allégeant de bien des longueurs, de presque toutes ses illustrations, et surtout du piano « Knabe » de « Colinette » et de la poupée de Dîna à sept ans ?H.Couture, O.P.Louis Dantin.\u2014 « Poètes de l\u2019Amérique Française », Ile série, 196 pp.Coll.Les Jugements, Editions Albert Lévesque, Montréal, 1934.«Je veux des sentiments paisibles et discrets.« Et sur tout observer la mesure précise ».M.Louis Dantin chérit cette formule qu\u2019il inventa jadis pour en faire la maxime de sa « sagesse ».Il me semble qu\u2019elle caractérise assez bien la manière qu\u2019il s\u2019applique à mettre en œuvre dans ses pages de critique littéraire.Parcourez en effet la première série des « Poètes de l\u2019Amérique Française », les « Gloses critiques » sur nos meilleurs prosateurs et ce dernier volume sur nos poètes, toujours vous trouverez la même sympathie compréhensive, le même besoin profond de discernement et d\u2019équité.« Poètes, mes camarades, que je commente avec plaisir, que je juge avec sympathie, ne prenez pas mes sincères 148 Revue Dominicaine éloges pour des cris, des béements d\u2019extase ; mais s\u2019ils vous aident à constater votre propre valeur, à prendre confiance en vous-mêmes, sachez que j\u2019aurai cru vous dispenser simple justice et ne veux d\u2019autre gratitude que celle due à la vérité » (p.22).Excellentes dispositions qui se maintiennent ici encore dans chacune de ces douze études.Huit pour nos poètes : Nérée Beauchemin, Gonzalve Désaulniers, Alphonse Beau-regard, René Chopin, Lucien Rainier, Robert Choquette, Alfred Desrochers, Rosaire Dion, et quatre pour nos poétesses : Simone Routier, Alice Lemieux, Eva Sénécal, Med-jé Vézina.Louis Dantin examine une œuvre particulière de chaque auteur.Il ne craint pas d\u2019analyser subtilement la source de son inspiration poétique, puis de descendre avec la même facilité jusqu\u2019aux humbles détails de la prosodie et de la grammaire.Mais il ne s\u2019enferme jamais dans la chambre du poète qu\u2019il étudie et maints détails qu\u2019il note, lui donnent l\u2019occasion de s\u2019élever aux tableaux d\u2019ensemble et aux vues générales sur la poésie et sur la littérature (v.g.la littérature religieuse, pp.30-31 ; la poésie « facile », pp.101-102 ; la poésie « féminine », pp.129-132).Dans une admirable préface que d\u2019aucuns ont ridiculisée assez maladroitement par une sérieuse entorse à ce qu\u2019on pourrait appeler la règle « du contexte », M.L.Dantin s\u2019est appliqué à définir les principes qui le guident dans son œuvre de critique.Je crois que ces pages comptent parmi les meilleures du volume.Certes, nous aimerions parfois que M.Dantin témoignât d\u2019une fermeté plus marquée et que même, en certaines occasions, il sût brandir le fouet.Peut-être craint-il trop de rappeler, par des piétinements massifs et sans choix, « l\u2019éléphant dans la plate-bande ».Mais qu\u2019il continue de ne pas écraser le persil, ni les chrysanthèmes, « au risque de laisser vivre à côté quelques herbes folles ».Après tout, L\u2019esprit des Livres 149 [\u2019indulgence, quand elle n\u2019est pas sotte complaisance, ne produit-elle pas de meilleurs résultats qu\u2019une sévérité implacable et sans mesure ?T.-M.Landry, 0.P.R.P.Riondel, S.J.\u2014 « La Mère Jacoulet ».Fondatrice de la Congrégation de la Sainte-Famille de Besançon et d\u2019Amiens (1772-1836).Un volume in-8 couronne de 160 pages avec portrait.10 fr.Lethielleux, édit., 10, rue Cassette, Paris.La Mère Jacoulet est une des gloires religieuses de la France dans la première moitié du 19e siècle.Femme de haute vertu : humilité profonde, grande simplicité ; en même temps que douée de rares et de nombreux talents.Héroïne pendant la Révolution ; éducatrice consommée ; ardente apôtre de Sacré-Cœur.R.-M.D.Poètes de la Famille \u2014 au XXe siècle.Casterman, éditeur, Paris, Tournai.Une œuvre collective où figurent les noms bien connus de Henry Bordeaux, Louis Mercier, Cécile Périn, Abel Bonnard \u2014 et une vingtaine d\u2019autres \u2014 n\u2019a pas besoin d\u2019une longue présentation.Les livres, \u2014 certains livres, \u2014 ont, comme les gens, leur propre personnalité qui vient au-devant de nous et nous les fait aimer.Entre les « Poètes de la Famille » et le lecteur, s\u2019établit un charme irrésistible.A chaque page, c\u2019est un plaisir nouveau \u2014 tantôt frais et délicieux : I 150\tRevue Dominicaine M\u2019endormir sous le bouleau Au chant clair de la fontaine Dont tout petit, j\u2019ai bu.Peau .tantôt grave et profond : Il est vain de gémir sur la beauté qui passe Sur la fuite des jours et leur fragilité,.Et qu'importe des ans le faix ou la menace Si demeure l\u2019amour, si reste la bonté ! Grouper des poèmes, cela peut sembler relativement facile à un éditeur, mais les choisir avec goût et, surtout, avec intention, cela lui vaut notre admiration reconnaissante.La Famille ! grande et noble institution qu\u2019un dépérissement progressif menace toujours.Vieux thème, djra-t-on, mais thème de vie dont personne ne doit pns ignorer la richesse infinie et si variée.La Famille, c\u2019est tout autant « la chaleur de l\u2019âtre, que la fraîcheur du puits », tout autant le geste de la Croix « tracée avec amour » sur le pain quotidien, que « les délices de fouiller les commodes profondes ».C\u2019est la tendresse maternelle qui a « tant regardé vos berceaux endormis », c\u2019est la bonne odeur des confitures et le tic-tac de l\u2019horloge.C\u2019est l\u2019amour plus fort que la mort, c\u2019est l\u2019héroïsme de la tâche journalière et souvent aussi, la sainteté méconnue .C\u2019est bien tout cela, la Famille, et le poète l\u2019a compris, lui qui a reçu le don magnifique de percevoir le « rythme total » et d\u2019en exprimer la beauté.A travers ces pages empreintes de sérénité, on sent couler la joie, celle «.Des aubes ayant un goût d\u2019hostie». L\u2019esprit des Livres 151 Mieux encore, on découvre dans le moindre vers la ferveur d\u2019une pensée fortement catholique : « Et sous le pur éclat des étoiles d'été Je goûterai, Seigneur, la grave volupté, Au-delà des sapins que la lune bleuit, De vous sentir brûler au cœur de cette nuit » Et Marie Noël ! comment ne pas la citer celle dont le nom est déjà un poème.A lire sa « Chanson » le cœur des jeunes filles entre aussitôt en émoi : « De-ci, de là, j\u2019allais, j\u2019allais, j\u2019allais.\u2014 Mon cœur, qu\u2019est-ce que tu voulais ?» Les enfants doivent dormir très vite quand elle chante : « Dors, mon petit, pour que les fleurs fleurissent Les fleurs qui, la nuit, se parent, se lissent, Si l\u2019enfant reste éveillé, N\u2019oseront pas s\u2019habiller».On voudrait serrer la main à tous ces poètes qui ont contribué à faire de ce recueil une si belle œuvre d\u2019art \u2014 (mentionnons les illustrations) \u2014 en même temps qu\u2019une œuvre bienfaisante.Pourtant, il y a une ombre au tableau, véritable péché d\u2019omission, et c\u2019est l\u2019absence inexplicable du poète de la famille par excellence, Henriette Charasson.Avec de pareils défenseurs, la famille française nous semble moins en péril.Rita Lebrun Grammaire latine (Morphologie) par les prêtres de Saint-Sulpice, dix-huitième édition.Col- 152 Revue Dominicaine lège de Montréal, 1931, ouest, rue Sherbrooke.Prix : 0.50 moins 20%.La grammaire complète se vendra 0.90 moins 20%.Depuis bientôt un siècle et demi les prêtres de Saint-Sulpice de Montréal se servent dans leur enseignement d\u2019une grammaire latine qu\u2019ils firent, contraints par les circonstances : c\u2019était aux temps difficiles où les livres français n\u2019entraient presque plus au Canada.M.Olivier Maurault, le Recteur actuel de l\u2019Université, dans sa monographie Le Petit Séminaire de Montréal, nous renseigne sur l\u2019apparition et les premières éditions de la grammaire.On voit que ce manuel se recommande par son âge déjà respectable, mais ses états de service comptent également.Tant qu\u2019il n\u2019eut pas de concurrence en face de lui, on comprend qu\u2019il dut survivre et rester en usage ; mais il parut des grammaires plus savantes, plus au point ; celle-ci ne tomba pas, et c\u2019est à cause de certaines qualités qui lui sont propres, spécialement à cause de sa forme synthétique qui groupe les matières analogues.Elle unit la syntaxe des propositions à celle des mots, en sorte que, dans la syntaxe de régime, on trouve après telle espèce de complément-mot le complément-proposition correspondant.C\u2019est peut-être plus formateur pour l\u2019intelligence ; cette marche du moins répond bien à celle de la pensée.Généralement les grammaires désarticulent la phrase complexe, qui n\u2019est pourtant qu\u2019une proposition dans laquelle des mots sont remplacés par des propositions secondaires.On connaîtra plus vite et mieux l\u2019anatomie d\u2019un vertébré en observant un squelette parfaitement monté qu\u2019en étudiant les pièces à part, si bien ordonnées et étiquetées soient-elles.Les amis de la vieille grammaire tiennent à l\u2019ensemble L\u2019esprit des Livres 153 des traits qui en font la physionomie ; mais ils lui voient aussi des imperfections, et, depuis nombre d\u2019années, ils désirent qu\u2019on y fasse des retouches.Il est temps aussi de la faire bénéficier des progrès réalisés dans la connaissance de la langue latine et dans Jps méthodes d\u2019enseignement, puis une nomenclature un peu rajeunie faciliterait la lecture des ouvrages d\u2019aujourd\u2019hui.C\u2019est à la langue dite classique que nous voudrions nous en tenir, et cela en vue du thème.Qui possède les règles de cette langue n\u2019est guère embarrassé dans la version par les formes ou la syntaxe de l\u2019époque impériale.La grammaire d\u2019ailleurs mettra l\u2019élève sur ses gardes lorsqu'il sera à propos de le faire ; elle suppose qu\u2019on ne donnera pas à traduire des textes de style archaïque, ou des passages de la période impériale trop spéciaux, sans les notes grammaticales nécessaires.Les additions successives pratiquées sans refonte profonde ont abouti à des concentrations exagérées sur certains points ; il est clair qu\u2019il y aurait avantage à mieux répartir les matières ainsi qu\u2019à éviter les répétitions non justifiées.D\u2019autre part le morcellement serait un mal pire : les petites règles dont on a élagué tout caractère individuel, et que l\u2019on a multipliées, sont si simplifiées, qu\u2019elle se saisissent sans effort au premier coup d\u2019œil ; mais elles ne se retiennent pas pour longtemps : chacune de nos acquisitions vaut ce qu\u2019elle coûte.P.Crou2et, page IV de sa Grammaire simple écrit : « A chaque page nous avons voulu provoquer l\u2019effort intellectuel ».L\u2019ordre des matières observé jusqu\u2019ici laisse à désirer ; les recherches seraient moins laborieuses avec une disposition plus logique et plus rigoureuse.Des parties ont été ou seront développées, dans cette nouvelle édition, aux dépens de la symétrie : règles de certaines conjonctions, du conditionnel, des comparaisons, des 154 Revue Dominicaine réfléchis, etc.; c\u2019est que nous pensons, avec Ch.Georgin »t H.Berthaut, qu\u2019il importe de donner les moyens de résoudre les difficultés qui reviennent constamment et pour lesquelles le dictionnaire ne renseigne pas.Pour le reste il suffit de mettre sur la voie.Il n\u2019y a pas de livre d\u2019exercices fait exprès pour notre grammaire ; mais dès les Eléments on a adjoint à chaque espèce de mot quelques notions d\u2019emploi et des « petites syntaxes » afin de permettre d\u2019utiliser les exercices publiés par d\u2019autres.Le professeur peut d\u2019ailleurs faire apprendre les matières dans l\u2019ordre qui conviendra au livre dont il se sert.Doit-on regretter cette absence d\u2019exercices ?n\u2019est-il pas bon au contraire d\u2019avoir la liberté de varier les devoirs et les manuels d\u2019une année à l\u2019autre % Les élèves ont grande tendance à se procurer le corrigé, ou à se passer les corrections de main en main.Fallait-il viser à une grammaire plus complète que la précédente, ou viser à un abrégé ?Les professeurs désirent nlutôt un manuel qui dispense de faire des recherches en beaucoup de livres ; les élèves préfèrent un petit volume : l\u2019idéal serait de satisfaire les uns et les autres.Enfin nous avertissons que cette fois on ne trouve pas dans la présente édition, les règles de Versification.Nous croyons qu\u2019il est préférable de les étudier dans un traité spécial.Ajoutons en terminant que ceux qui s\u2019intéressent à la vieille grammaire du collège et à la jeunesse qui s\u2019en servira, nous rendraient un service dont nous serions reconnaissants en nous signalant les fautes et les défauts qu\u2019ils y trouveront.Le tirage définitif ne doit se faire qu\u2019aux vacances, alors que la syntaxe et la méthode seront prêtes.Les RR.FF.de l\u2019Instruction Chrétienne de Laprairie mettent tous leurs soins à éditer un livre qui se présente bien. L\u2019esprit des Livres 155 Simone Routier.\u2014 « Les Tentations ».Préface de M.Fernand Gregh, 195 pp.Editions de la Caravelle, 6, rue Bazout, Paris, 1934.Je ne chicanerai pas Mlle Routier à propos du nom qu\u2019elle donne à ce nouveau recueil de poésies ; seulement je remarque que les « Tentations » figurent dans une galerie qui se compose de « l\u2019Immortel Adolescent », « Ceux qui seront aimés », « Paris-Amours-Deauville » et.« les Tentations ».Faut-il proclamer l\u2019unité profonde de l\u2019inspiration qui anime tous ces ouvrages, ou se récrier devant une telle série de mots qui prête à la réclame \u201c?Mlle Routier a toujours eu le don d\u2019écrire des choses « peu rassurantes » à côté de celles qui sont « émouvantes », et cela contribue beaucoup à dérouter les pauvres hommes qui ne spnt pas nés poètes comme elle, mais que la yie a taillés en moralistes ou en historiens ou en que sais-je encore .Mais je comprends ses « Tentations » ; elles parviennent de deux sources : les voyages, l\u2019amour, et une troisième : l\u2019art.Quand une jeune demoiselle aborde ces thèmes, comment ne pas croire à la sincérité de ses poèmes *?Mlle Routier est donc partie de Québec pour les pays de la « vraie » poésie.Elle visite les principaux centres de l\u2019Europe, fixe ses impressions diverses en quelques vers ou quelques strophes, les place soigneusement dans son album de « fleurs » \u2014 aujourd\u2019hui séchées \u2014 et les publie quand le temps est venu enfin de livrer un coin de son âme au grand public.Je me demande \u2014 d\u2019accord avec M.F.Gregh \u2014 pourquoi Mlle Routier n\u2019a-t-elle pas « choisi » dans cet album, les meilleures pièces seulement ?Tentations de voyage, tentations d\u2019amour aussi.L\u2019auteur dans ce dernier cas, a été bien inspirée de nous les faire connaître toutes, de ne pas choisir .On peut ne pas goûter certains portraits et bandeaux dont André Margat les décore (p.102-119), froncer les sourcils devant quelques 156 Revue Dominicaine mots insinuants et \u2014 pourquoi ne pas le dire *?\u2014 sensuels.(pp.101, 107, 112, 116).Mais à quoi bon les gros mots*?N\u2019y a-t-il pas ailleurs dans ce recueil bien des «choses rassurantes»*?(pp.116, 155).Mlle Routier a le mérite de se montrer sincères toujours, dans ses espoirs comme dans ses déceptions, dans ses joies comme dans ses peines.La forme de son vers est aussi variée que la gamme de ses sentiments.Lisez «Tu es venu» (p.99), puis «Lassitude» (p.128), ai vous voulez vous en convaincre.Tout cela est fait de grâce, de légèreté et de finesse, et dans le second cas, de lourd désespoir.Mais il faut l\u2019avouer: Mlle Routier n\u2019a pas donné la pleine mesure de son beau talent, parce qu\u2019elle n\u2019est pas encore descendue jusqu\u2019au fond de son âme.Et c\u2019est là que se cache pour elle la véritable source d\u2019inspiration.Me comprendra-t-elle si je me permets de lui dire qu\u2019elle deviendra grand poète le jour où elle aura, comme Marie Noël, découvert sa vraie vie intérieure *?Qu\u2019elle conserve ce joli et très riche vocabulaire, qu\u2019elle ne craigne pas de faire souvent chanter ses vers : « Banderoles et farandoles Traversent les rues comme des petites folles » .Mais qu\u2019elle garde, même à Paris, son âme de petite canadienne, qu\u2019elle l\u2019approfondisse, qu\u2019elle exploite ce trésor.et grâce à la magie du verbe français, elle en tirera sûrement des accents nouveaux.T.-M.Landry, O.P.Georges Bugnet.\u2014 « Siraf ».En sous-titre : « Etranges Révélations \u2014 Ce qu\u2019on pense de nous par-delà la lune ».Les Editions du Totem, 3683, rue Saint-Hubert, Montréal, 1934.Prix : $1.00. L\u2019esprit des Livres 157 « Siraf » est l\u2019un des livres les plus originaux et le seul peut-être d\u2019intérêt universel qui ait encore été publié au Canada français.Il suffit d\u2019en lire les dix premières pages pour pénétrer le mystère du titre : « Siraf » est un esprit qui juge de très haut les hommes et les choses de notre pauvre terre.Toujours à l\u2019affût de l\u2019entendement de l\u2019auteur, il lui suggère aux heures de repos, de lassitude ou de rêverie des raisonnements étranges, tantôt sur un article de journal, tantôt sur un événement politique, une découverte récente ou une simple scène champêtre.Quelquefois, il s\u2019entretient avec un de ses congénères en spiritualité du nom de Karis.L\u2019auteur perçoit le dialogue des deux esprits ; rarement sa manière de voir correspond à la leur et toutes les fois qu\u2019il entre en discussion avec Siraf, il est littéralement roulé par l\u2019esprit.Mais ce n\u2019est là qu\u2019une fiction de forme ingénieusement mise au service d\u2019un dessein beaucoup plus sérieux, si sérieux qu\u2019il ira jusqu\u2019à tenter de donner une solution aux plus graves problèmes de la vie humaine mise en regard du progrès et de la civilisation modernes.Siraf, l\u2019esprit, soutient que la civilisation au degré étonnant où elle est parvenue de nos jours n\u2019a rien ajouté au bonheur de l\u2019homme parce qu\u2019elle ne l\u2019a pas rendu meilleur dans l\u2019ordre moral.L\u2019homme moderne sous ce rapport ne serait pas en progrès sur le Grec contemporain d\u2019Archimède ou sur le sauvage de l\u2019Afghanistan.La preuve en est dans les dangers dont le progrès menace incessamment la vie humaine.C\u2019est Siraf qui commente au nom d\u2019un chinois prétendu barbare un journal imprimé à Ney York, à Chicago, voire même à Montréal : « Meurtres et assassinats, suicides, vols et viols, infanticides et parricides, alcoolisme, massacres par « accidents » \u2014 c\u2019est, n\u2019est-ce pas, le mot dont vous décorez, vous autres, les prouesses de vos brillantes inventions \u2014 hommes, femmes, enfants, empoisonnés par vos conserves scientifiquement préparées, écharpés par vos 158 Revue Dominicaine automobiles, écrasés par vos locomotives, décapités par vos aéroplanes, rôtis dans vos dirigeables, étouffés par vos gaz, charcutés par vos chirurgiens, émiettés par vos explosifs .Je n\u2019en finirais pas.Tu ne saurais croire les exclamations d\u2019horreur, d\u2019incrédulité de ces bons Chinois .» (page 20).Le progrès des institutions politiques et sociales n\u2019a pas été plus heureux en regard de la félicité humaine.St-raf a des paroles extrêmement sévères à l\u2019endroit de nos modernes démocraties qui marquent tout simplement une régression sur les formes antiques du gouvernement.« Vous les hommes, vous chérissez la douce illusion qu\u2019en changeant le mode de gouvernement vous allez changer la nature humaine ».(page 30).Et que penser de nos révolutionnaires en éducation, en sociologie, en économie, tout occupés à édifier leur gloire individuelle sur la ruine de traditions qui ont pour elles l\u2019expérience des siècles % Il faut être esprit pour nous l\u2019apprendre aussi hardiment : « Ceux-ci ne sauraient écouter les vieillards, et parce qu\u2019ilis se croient beaucoup plus savants qu\u2019eux, et parce qu\u2019à suivre les conseils de l\u2019expérience et de la prudence ils n\u2019auraient pas tant à gagner.Us trouvent bien plus avantageux de croire et de faire croire aux autres qu\u2019agitations et changements sont synonymes de progrès, que, comme dans la mode pour les vêtements de leurs femmes, de ce qu\u2019une chose est nouvelle elle est donc préférable », etc.(p.105).Si malgré le progrès inouï de la civilisation qui de soi devrait procurer à la vie humaine une plus grande sommé de bonheur, l\u2019homme moderne n\u2019est guère plus heureux qu\u2019aux époques anciennes, c\u2019est qu\u2019en le rendant plus intelligent \u2014 de ceci Siraf n\u2019est pas bien certain : « Où sont vos Racine ?» \u2014 et par suite en étendant et affermissant sa domination sur l\u2019esprit et la matière, le progrès n\u2019a pas simultanément contribué à le rendre meilleur.C\u2019est là toute la thèse du livre présentée en divers tableaux L\u2019esprit des Livres 159 d\u2019une saisissante actualité.L\u2019esprit nous assure encore que le déséquilibre actuel entre la science et la bonté humaines, est dû pour une large part à nos méthodes d\u2019éducation : « D\u2019après Siraf, le but de l\u2019enseignement devrait être non pas de faire un élevage d\u2019animaux bien soignés, mais de former des animaux raisonnables, des hommes, de vrais hommes.Un homme n\u2019est pas un beau spécimen d\u2019humanité parce qu\u2019il jouit du bien-être.Pour être en dessus de l\u2019animal, il faut qu\u2019il soit bon, humainement bon.Pour cela, nul besoin de diplômes, il y suffît d\u2019un peu de sens commun et de beaucoup de volonté, deux facultés que vos écoles et d\u2019ailleurs toute votre civilisation ne se sont guère souciés de développer.Au lieu de dire aux enfants : «Travaillez afin de devenir meilleurs », on leur répète : « Etudiez afin d\u2019obtenir une confortable existence ».Que re-proche-t-on alors aux capitalistes *?« Ils ne font que suivre l\u2019enseignement donné par la nation ».(pages 79-80).Deux échantillons seulement « de cette infime poussière qui s\u2019appelle l\u2019humanité », pour me servir du langage de l\u2019esprit ont eu l\u2019heur de plaire à Siraf : « Ceux qui croient à une autre vie et qui cherchent à se l\u2019assurer par le sacrifice des plaisirs terrestres ».En prononçant ces paroles, Siraf indique à Karis une léproserie où des humains prodiguent gratuitement aux lépreux leurs soins les plus empressés.« C\u2019est vrai, reprend l\u2019autre, voici donc des hommes qui me réconcilient avec leur espèce » (page 68).L\u2019autre échantillon, c\u2019est une humble famille, un homme, une femme et un enfant « dont le temps se passe, non point à encombrer leur existence d\u2019objets, d\u2019actes et d\u2019idées inutiles, non point à embellir leur réputation d\u2019éphémère gloriole afin de capter l\u2019adulation de leurs semblables, mais à s\u2019efforcer sans repos, de corriger chacune de leurs imperfections, d\u2019acquérir toute vertu, etc.» (page 184).Siraf qui en vertu de sa spiritualité ne tient aucun compte du 160 Revue Dominicaine temps et de l\u2019espace vient sans doute d\u2019apercevoir la famille de Joseph le charpentier de Nazareth.Je souhaite que les raisonnements de Siraf atteignent rapidement le grand public.Ils expriment en une langue correcte, solide, claire et sans prétention des idées de la plus haute valeur morale.Siraf connaît le Christ ; s\u2019il ne le nomme pas explicitement, c\u2019est sans doute pour ne pas effrayer son pauvre petit homme peu habitué à rencontrer ce nom dans les grands journaux et les gros livres qui traitent de redressement économique et de restauration sociale.Mais en somme la doctrine de Siraf n\u2019est qu\u2019un développement du Sermon sur la Montagne.Le petit homme moderne en est tout bouleversé .A.Saint-Pierre, 0.P.Accusés de réception Vie de sainte Marie-Madelaine, \u2014 suivie de trois traités sur 1° L\u2019unité de la Sainte ; 2° Sa venue en Provence ; 3° Le séjour de la Sainte Vierge à Ephèse, par l\u2019abbé Jean Brierre.1 vol.in-16 jésus, 205 p.P.Lethielleux, 10, rue Cassette, Paris, 1933.Le milieu facteur de culture française, par le T.R.P.Gaudrault, O.P.professeur au Collège Dominicain d\u2019Ottawa.Brochure de 21 p.Nouvelle édition.L\u2019unité: 10 sous; 25: $2.25 ; 50: $4.25; 100: $7.50.A l\u2019Association canadien-ne-française d\u2019Education d\u2019Ontario, Case postale 244, Ottawa, Ont.\u2014 Les abonnés qui ne font pas collection de la Revue nous obligeraient en nous retournant le No de janvier 1935. SONGEZ A L\u2019AVENIR DE VOS ENFANTS - Que réserve l\u2019avenir pour vos fils et vos filles?Seront-ils munis d\u2019attestations ou diplômes quand ils devront se lancer dans la vie, ou devrez-vous vous contenter pour eux d\u2019une instruction rudimentaire ?Des statistiques démontrent que 80% de ceux qui réussissent ont poursuivi des études supérieures.Vous devez à vos enfants de faire en sorte qu\u2019ils soient parmi les 80% qui réussissent.Ayez l\u2019habitude de l\u2019épargne régulièrement.Déposez une proportion fixe de vos revenus Ayez en vue d\u2019obtenir le capital dont vous avez besoin afin d\u2019assurer l\u2019avenir de vos enfants.La Banque Provinciale du Canada M.S.J.B.Rolland\tChs.A.Roy Président\tGérant Général.\u2014.¦ ' : Tél.FItzroy 5222* Daigle & Paul Limitée Marchands en gros et en détail BOIS DE SCIAGE Lattes, Bardeaux, Moulures, Jalousies et Portes de tous genres 1962 AV.GALT, MONTREAL * \u201cEt à l\u2019heure de notre mort.\u201d! 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