Revue dominicaine, 1 avril 1935, Avril
[" jAfiril 1935 ^Refute ^Brnnimcatm Paraît chaque mois à 80 pages Directeur R.P.M.-A.Lamarche Conseil de Rédaction RR.PP.Ceslas Forest Benoît Mailloux Raymond Voyer Th.-M.Lamarche Albert Saint-Pierre Abonnements Canada :\t$2.00 Etranger :\t$2.25 Avec le « Rosaire » : 25 sous en plus par an Le numéro :\t25 sous La Revue ne sera pas responsable des écrits de collaborateurs étrangers à l\u2019Ordre de S.Dominique.EN MAI LE SIONISME par le R.P.Yves-M.Faribault, O.P.De l\u2019Ecole Pratique d\u2019Etudes Bibliques de Jérusalem 5375, Av.N.-D.de Grâce, Montréal (Canada) UNE VIE NOUVELLE: Une vie cle sécurité et de progrès est assurée aux Canadiens-français Qui reconnaissent la nécessité de l\u2019épargne ; Qui donnent leur coopération à LEURS institutions, dignes de leur confiance ; Qui retiennent CHEZ EUX et au bénéfice de LEURS propres œuvres LEURS capitaux.Un moyen simple, facile, de pratiquer l'économie profitable et nationale, et de se libérer de tous soucis, sans charge excessive, c\u2019est une police dans La Société des Artisans Canadiens-Français \u2014 FONDÉE EN 1876 \u2014 Société mutuelle astreinte aux mêmes obligations légales de sécurité que les Compagnies commerciales.VIE, ACCIDENT, MALADIE INVALIDITE, RENTES VIAGERES La plus forte société française d\u2019Amérique.Assure les hommes, les femmes et les enfants, depuis $100.00 jusqu\u2019à $10,000.00, d\u2019après les systèmes les plus modernes et les plus avantageux.Tous les bénéfices réalisés, au lieu d\u2019être distribués à des actionnaires, vont directement aux assurés eux-mêmes.Assurance en vigueur:\tBénéfices payés:\tFonds accumulés: $50,000,000.00\t$21,500,000.00\t$14,500,000.00 Dividendes pavés aux sociétaires durant l\u2019année 1934: $89,476.70 850 succursales et bureaux de perception au Canada et aux Etats-Unis.Accueil, Renseignements et Publicité:\tSec.Adm.et Bureau médical: 924, rue Saint-Denis 930, rue Saint-Denis Siège social : Montréal Avril 1935 SOMMAIRE R.P.Thomas-M.Landry, O.P.Jeunesse et Religion R.P.Benoît Mailloux, O.P.Les Juifs et les temps modernes R.P.Joseph-Marie Parent, O.P.La vivante liturgie R.P.Raymond-M.Charland, O.P.Un guide méconnu M.Léonce Desgagné Art et Sincérité \u2014 Pour une architecture religieuse logique LE SENS DES FAITS.\u2014 Line humaine doctrine de l\u2019homme, par le R.P.Raymond-M.Voyer, O.P.\u2014 Pour le 25e anniversaire du « Devoir », par le R.P, Louis Lachance, O.P.L\u2019ESPRIT DES LIVRES.\u2014 Paquet: Etudes et Appré\u2022 dations (L.L.) Nepven: Retraite spirituelle (L.-G.B.) Tournier: Plages lointaines de 1'Araguaya (E.L.) Werrie: La Légende d'Albert 1er, roi des Belges (P.-M.T.) Koenig: La Vierge de Lourdes (G.-R.M.) Clark: Voyageurs, Robes Noires et Coureurs de Bois (T.-M.C.) Mellet: L'Itinéraire et P Idéal monastiques de S.Augustin (R.D.) Eymieu : L'art de vouloir (R.D.) Mlle Clément: En marge de.la vie (A.S.-P.) Ca-mirand : Pages bibliques \u2014 P.Vincent: L'Evangile dans la vie scoute (M.-A.L.) Benoît: La vie inspirée de Jeanne Mance (A.S.-P.) Accusés de réception. Jeunesse et Religion « Peu m\u2019importe ce que les clercs pensent.Pour moi, le problème religieux est vite résolu : j\u2019ai toujours préféré le bon vin à l\u2019eau bénite ».Ainsi raisonnait, \u2014 ou à peu de chose près, \u2014 un jeune homme de chez nous.Le jugement paraîtra sommaire et le syllogisme souffreteux.Il n\u2019en exprime pas moins bien, malgré l\u2019allure paradoxale dont il se pare, l\u2019état d\u2019âme d\u2019un certain groupe de notre jeunesse.Faut-il lever les bras au ciel en criant à la défection des jeunes ou de ce groupe en particulier ?Assurément, ces hauts cris ne serviraient de rien.Mais la boutade citée plus haut mérite qu\u2019on s'y arrête.Elle nous apparaît comme l\u2019indice très certain d\u2019un malentendu regrettable à plusieurs points de vue et comme le signe d\u2019une évidente incompréhension.L\u2019esprit qui réfléchit tant soit peu rencontre inévitablement ce redoutable problème de la foi et de la pratique religieuses.Pourquoi cette adhésion à un donné soi-disant révélé ?pourquoi ces révérences, ces hommages ?ces prostrations et ces marques d\u2019honneur ?L\u2019homme qui prend conscience de sa force ne s\u2019abaisse-t-il pas en se soumettant à tous ces rites, à toutes ces cérémo- 242 Revue Dominicaine nies, inintelligibles en bien des cas, vidés, épuisés par la routine presque toujours ?Et quand une génération, afin de réaliser sa destinée, se sent invinciblement poussée à une revision complète des valeurs jusque-là acceptées, on comprend que la religion, transmise comme valeur suprême, soit plus que toute autre exposée aux controverses et si la discussion tourne à faux, aux solutions déformatrices.Il nous semble donc que la jeunesse intellectuelle canadienne-française doit en premier lieu poser le problème franchement, dans toute sa grandeur dramatique, et s\u2019appliquer en second lieu à le poser en toute prudence humaine et selon la droite raison.Mettre la question sur le tapis d\u2019abord¦ Hélas ! une assez récente enquête faite ici même a démontré trop clairement que chez la vieille génération, personne ou presque n\u2019ose aborder le sujet face à face et dans le plein jour.Une secrète terreur des conséquences qu\u2019une telle étude pourrait entraîner, jointe aux connivences et aux lâchetés d\u2019une volonté faible, paralyse l\u2019élan de l\u2019esprit en quête de lumière.C\u2019est pourquoi on adhère sans motifs d\u2019adhésion reconnus, et on pratique en vertu d\u2019une vitesse acquise, signifiant d\u2019ordinaire : au ralenti.Or, la jeunesse abhorre les faux-fuyants et les demi-mesures.C\u2019est un témoignage qu\u2019il faut lui rendre et dont elle a le droit de se mon- Jeunesse et Religion 243 irer fière.Elle réagira donc inévitablement de la même manière en face du problème de la religion.Il suffit d\u2019une infime clairvoyance pour voir que la question se posera.Première victoire, oserons-nous dire.Les Livres Saints renferment des paroles terribles à l\u2019adresse des âmes tièdes, et je crois qu\u2019on peut ranger les reculs volontaires de l\u2019intelligence au nombre de ces tiédeurs qui soulèvent le cœur de Dieu.Il semble donc que la jeune élite d\u2019aujourd\u2019hui veut aborder la question religieuse.La grande difficulté qu\u2019elle devra surmonter ne proviendra pas d\u2019une inertie mentale ; elle est ailleurs, dans une préparation insuffisante qui l\u2019empêchera souvent, croyons-nous, de s'y mettre comme il le faudrait.Et c\u2019est à ce moment qu\u2019il lui faudra reprendre le chemin de l\u2019école, l\u2019école des spécialistes en matière religieuse comme elle sait consulter les maîtres qui ont fait leurs preuves dans les autres branches du savoir humain.Or, on a beau dire, même en concédant la pénurie chez nous d\u2019hommes de valeur, les maîtres de religion ne manquent pas.Signalons pour cette fois, les études magistrales de l\u2019abbé Henri Bremond qui s\u2019échelonnent le long de ses dix volumes sur l\u2019Histoire du sentiment religieux en France.Nous recommandons en particulier ce troisième volume de la série, où l\u2019auteur met en lumière l\u2019admirable conception que s\u2019était faite de nos devoirs 244 Revue Dominicaine envers Dieu l\u2019école oratorienne du XVlie siècle, Bérulle en tête.Dernièrement, le R.P.Memes-sier, O.P.publiait aux éditions de la Revue des Jeunes, le traité de la vertu de religion selon S-Thomas, qu'il accompagnait d\u2019une traduction française très soignée et de notes très suggestives en appendice.S.Thomas ! Le maître qu\u2019il nous faut ! Il suffit de le fréquenter avec un peu de sérieux pour se rendre compte que la lumière viendra par lui.Que la jeunesse pose donc le problème religieux, qu\u2019elle prenne soin de le bien poser et si l\u2019esprit conserve assez de souplesse pour s\u2019en remettre aux guides intellectuels que la Providence lui a ménagés, la jeunesse y gagnera sûrement, la religion aussi.Thomas-M.Landry, O.P. Les Juifs et les temps modernes (1500-1800) Ces trois siècles de l\u2019histoire juive, correspondant aux temps modernes, comprennent deux phases inégales et bien distinctes.La première, période de plus de deux siècles de stagnation, apporte un adoucissement au sort des Juifs (1500-1750).La seconde phase, beaucoup plus courte (1750-1789), est celle de leur émancipation civile en France d\u2019abord et progressivement dans tous les pays d\u2019Europe (x).1 Amélioration ou sort des Juifs Bannis d\u2019Espagne et du Portugal (1492-94), des milliers de Juifs partent à la recherche de la « Terre Promise ».Un bon nombre croient la trouver en Italie.D\u2019autres, en plus grand nom- t1) Pour les siècles antérieurs à 1500, voir article du R.P.A.Saint-Pierre, Les Juifs et les premiers chrétiens; et celui du R.P.R.-M.Martineau, Les Juifs et la Chrétienté.Revue Dom., février et mars 1935. 246 Revue Dominicaine bre, l\u2019entrevoient en Turquie, en Hollande ou en Pologne.Ils ne se trompèrent pas.Ils trouvèrent en ces pays un climat plus favorable, une fraternité plus patiente, une mentalité moins hostile parce que déjà travaillée par des idées de tolérance.L\u2019Italie avait depuis longtemps sa colonie juive.Autrefois, l\u2019empire romain traitait les Juifs venus de Palestine « en nationaux privilégiés ».Il ne faut pas oublier que l\u2019empereur devenu chrétien ne se montra pas moins bienveillant envers le nationalisme judaïque ; mais il le considéra surtout « en secte religieuse privilégiée ».Cette tolérance nationale et religieuse vis-à-vis les Juifs a toujours été plus ou moins pratiquée par la suite en Italie.Et certes, l\u2019Eglise contribua pour sa part à développer ces sentiments de justice et de bienveillance chrétienne envers le peuple d\u2019Israël.Mais au XVIe siècle, deux éléments nouveaux l\u2019un d\u2019ordre profane et l\u2019autre d\u2019ordre religieux, accentuèrent cette mentalité : la Renaissance et la Réforme, l\u2019humanisme et le libre examen.Les Humanistes fervents disaient volontiers avec Térence : « Je suis homme et rien de ce qui est humain ne m\u2019est étranger ».Pour eux, une intelligence humaine doit avoir accès à toutes les productions de l\u2019esprit humain.En conséquence, l\u2019Antiquité païenne a droit à toutes les attentions Les Juifs et les temps modernes 24T des intellectuels.Elle devint même la règle de la vie littéraire de certains humanistes- Toutes les cultures, \u2014 la culture juive comprise, \u2014 avaient leur place naturelle dans les cadres de la Renaissance.De là chez les humanistes une attitude sympathique à l\u2019égard des Juifs.Au début du XVle siècle, la Renaissance est à son apogée en Italie avec le pape qui y attacha son nom : Léon.X.Non seulement dans les Etats Pontificaux, Filais dans toute la péninsule italienne, les Israéli-?es bénéficient de ce culte de l\u2019humain apporté par la Renaissance.11 ne faudrait pas croire cependant que la Renaissance régla la « Question Juive » et que l'Italie fut pour les juifs chassés d\u2019Espagne et du Portugal un refuge de tout repos.Ils y trouvèrent toutefois un abri et une atmosphère plus calme, un entourage moins hargneux et un peu plus humain.Pour mieux nous rendre compte de l\u2019influence modératrice de la Renaissance, apportons un fait qui se passa en Allemagne, mais qui fut jugé en Italie.Joseph Pfefferkorn, israélite converti, dénonça avec un zèle de néophyte les erreurs de ses coreligionnaires.La conclusion de son réquisitoire était sinon très radicale, du moins très précise : détruire leurs livres, en particulier le Talmud, source de tant de superstitions.Poursuivant son but ou plutôt le mot d\u2019ordre reçu, Pfef- 248 Revue Dominicaine ferkorn obtint de l\u2019empereur Maximilien une commission générale le nommant pour ainsi dire inquisiteur des livres juifs dans tout l\u2019Empire.Le travail d\u2019inquisition commença à Francfort.Comme bien l\u2019on pense, les juifs ne restèrent pas passifs.Ils agirent auprès de l\u2019empereur.Ils lui demandèrent non de suspendre cette perquisition de leurs livres, mais de la remettre en d\u2019autres mains.L\u2019Archevêque-électeur de Mayence en fût chargé.Il devait prendre l\u2019avis des facultés de théologie et consulter trois docteurs parmi les plus renommés.Au nombre de ces savants célèbres se trouvait le fameux Reuchlin.Reuchlin, fort de sa culture hébraïque et au nom des humanistes dont il était en Allemagne le chef incontesté, devait être enclin à défendre la valeur humaine que représentaient les livres rab-biniques.II en fut ainsi.Dans un mémoire à i\u2019Archevêque-électeur de Mayence, il plaida en faveur de la conservation du Talmud et de toute la littérature juive- Pour combattre le judaïsme, au lieu de préconiser la confiscation du Talmud, il proposa l\u2019érection de deux chaires d\u2019hébreu dans les Universités de l'Empire.Cela se passait en 1510.Les partisans de Pfefferkorn attaquèrent vivement le mémoire de Reuchlin.Il s\u2019ensuivit une polémique acerbe et passionnée.Elle se termina par la condamnation aux flammes du pam- Les Juifs et les temps modernes 249 phlet le Miroir des yeux, et son auteur, Reuchlin, dut comparaître devant un tribunal d\u2019inquisition à Mayence.Les humanistes se devaient de défendre leur chef.Ils le firent par un document anonyme, intitulé Lettres des hommes obscurs.Reuchlin, un moment désemparé par son arrestation, reprit courage et en appela au grand protecteur des humanistes, Léon X.Le procès se continua lentement à Rome.Une fois terminé, le pape suspendit indéfiniment la sentence et, avec son autorisation, une nouvelle édition du Talmud fut préparée à Anvers.Ce triomphe talmudique contre les inquisiteurs d\u2019Allemagne aurait-il été possible cinquante ans plus tôt ?Aurait-on même osé prendre parti publiquement en faveur d\u2019une littérature proscrite d\u2019elle-même, du moins pour les catholiques, selon l\u2019interprétation courante.L\u2019idée de tolérance a donc fait du chemin.Et c\u2019est pour une bonne part, grâce aux humanistes.Mais la victoire de Reuchlin fut de courte durée, car le Talmud fut de nouveau livré aux flammes à Rome en 1553.Que s\u2019était-il donc passé ?Le Protestantisme naissant multipliait ses conquêtes et gagnait du terrain.L\u2019Eglise s\u2019en inquiétait et, pour mieux échapper à la réforme luthérienne, elle prit le parti de se réformer elle-même.En même temps, elle adopta une politique 250 Revue Dominicaine plus sévère vis-à-vis tous ses adversaires.Le judaïsme ressentit donc le contre-coup de la réaction de l\u2019Eglise contre le Protestantisme.Mais de son côté le Protestantisme venait aussi raffermir et développer l\u2019idée de la tolérance culturelle juive en renouvelant les études bibliques- En outre il apportait le principe libérateur du judaïsme : le libre examen.Contraste étrange, le grand Réformateur lui-même fut au possible hostile aux Juifs, et cela jusqu\u2019à la fin de sa vie.Rien de plus violent que le livre de Luther Sur les mensonges des Juifs.Il va sans dire que le Protestantisme conserva longtemps cette attitude initiale de son apôtre-fondateur.Il alla même, en 1632, jusqu\u2019à condamner au bûcher le pasteur Nicolas Antoine accusé de judaïsme.Ennemi du Juif et de sa religion, Luther ne l\u2019était pas de la Bible.Il aida Reuchlin dans son œuvre de restauration des études hébraïques.«Apprendre ou enseigner l\u2019hébreu, disait-il, est une partie intégrante de la religion ».Avec un enthousiasme d\u2019humanistes religieux, les protestants se mirent à l\u2019école des savants juifs.Ils devinrent hébraïsants non seulement par goût littéraire, mais par ferveur religieuse.Les hommes d\u2019action aussi bien que les intellectuels, les hommes d\u2019élite aussi bien que ceux du peuple se livraient à une étude minutieuse et patiente de l\u2019Ancien Testa- Les Juifs et les temps modernes 251 ment.Ce retour à la Bible entraîna, du moins pour les spécialistes, l\u2019étude de la littérature rabbinique et de l\u2019histoire d\u2019Israël.L\u2019Eglise catholique, de même qu\u2019elle avait fait bon accueil à la Renaissance, prit une part active au réveil des études hébraïques.Il reste tout de même que la Réforme, « à bien des égards, retour de l\u2019esprit chrétien à la Bible plus qu\u2019à l\u2019Evangile », demeure l'agent principal de ce renouveau hébraïsant du XVIe siècle.Mieux connus, les Juifs furent moins haïs et moins détestés.Cette bienveillance plus intellectuelle qu\u2019affective, apportée indirectement par la Réforme, demeura théorique, ne changea rien à la triste situation des Juifs.Au contraire, le protestantisme, comme on t'a déjà dit, fut à l\u2019égard du judaïsme d\u2019une intolérance de fait aussi énergique et parfois même aussi violente que celle de l\u2019Eglise catholique, à cette différence que l\u2019Eglise fut logique avec elle-même dans sa sévérité.Le protestantisme, lui, ne l\u2019était pas, car son grand principe, le libre examen, autorisait la plus large tolérance religieuse.C\u2019est pourquoi, bon gré mal gré, il devait y aboutir et au grand bénéfice d\u2019Israël.En attendant ce jour de la tolérance effective que la Réforme lui apportait en principe, le peuple juif ravivait son courage et ses espoirs.Ce retour des « étrangers » à la Bible et à toute l\u2019antique littérature hébraïque montrait une fois de 252 Revue Dominicaine plus la richesse de tant de trésors pas assez exploités par les héritiers eux-mêmes du Livre.Avec une ardeur renouvelée, ils se remirent à approfondir la Torah et à fonder les écoles- Celles d\u2019Italie et de Hollande furent très florissantes.Si tant de gens venaient alimenter leur vie religieuse aux sources pures d\u2019Israël, n\u2019était-ce pas un signe des temps nouveaux.C\u2019est en effet à cette époque que le célèbre rabbin Manassé écrivit son ouvrage « Espoir d'Israël s>, destiné à favoriser le retour des Juifs en Angleterre.Les Juifs d\u2019Italie et d\u2019Allemagne, au cours des XVIe et XVIIe siècles, vivaient encore des contraintes du Moyen Age ; mais grâce à la Renaissance et à la Réforme, l\u2019ambiance, l\u2019entourage, la mentalité devint moins hostile à l\u2019élément judaïque.A la même époque d\u2019autres fils d\u2019Israël furent beaucoup mieux partagés.En Turquie, en Hollande et en Pologne se trouvaient des colonies juives prospères et jouissant d\u2019une entière liberté politique et religieuse.Les Juifs de l\u2019empire ottoman n\u2019avaient qu\u2019à payer la taxe des étrangers.Leurs intérêts étaient confiés à un ministre et à un rabbin responsables.On rencontrait des Juifs dans tout l\u2019empire : en Asie-Mineure, en Syrie et en Egypte.Constantinople possédait une des plus florissantes communautés juives.On y comptait quarante-quatre synagogues. Les Juifs et les temps modernes 253 II en était de même à Amsterdam et dans toute la Hollande.La situation des Juifs y fut légalement reconnue dès 1619.La seule restriction accompagnant cette émancipation précoce était celle qui interdisait aux Juifs d\u2019aspirer aux fonctions publiques.Les institutions de bienfaisance et d\u2019éducation s\u2019organisèrent rapidement.Cependant le souci de la culture théologique et de la vie morale s\u2019effaçait de l\u2019idéal judaïque.Pour réagir énergiquement contre ce relâchement, les rabbins ne trouvèrent pas de meilleurs moyens que de copier l\u2019Inquisition.C\u2019est à peine croyable, mais c\u2019est exact ! Les maîtres d\u2019Israël fulminaient les excommunications et faisaient même appel au bras séculier pour réprimer les hérésies contre le judaïsme.Le philosophe Spinoza fut victime de l\u2019excommunication solennelle et condamné à l\u2019isolement.Si la vie religieuse et morale était en baisse, le commerce et même le commerce mondial d\u2019Amsterdam prenait un essor considérable sous l\u2019impulsion vigilante des négociants juifs (1).Une autre terre de prédilection judaïque fut la Pologne.Tandis que la Turquie et la Hollande avaient surtout accueilli les juifs espagnols et O) Sur la part des Juifs dans l'organisation du régime capitaliste, voir Sombart, Les Juifs et la vie écono mique.Traduit de l\u2019allemand par le Dr.S.Jankélévitch.Payot, Paris 1923. 254 Revue Dominicaine portugais, la Pologne recevait ceux d\u2019Allemagne-Ils y vivaient sur un pied d\u2019égalité avec les autres habitants du royaume, et formaient la classe moyenne, la bourgeoisie et les gens de métiers.Ils comptaient 3 000 négociants en gros contre 500 chrétiens.Tisserands, forgerons, orfèvres, les Juifs polonais monopolisaient la distillerie de l\u2019alcool.Les rois leur demandaient des trésoriers et des médecins, les seigneurs, des fermiers et des intendants.Comme en Hollande, la prospérité matérielle des juifs polonais n\u2019était pas appuyée sur une vie religieuse profonde.Les études talmudiques très en honneur devinrent sources de graves abus et dégénérèrent en superstitions puériles qui eurent pour effet l\u2019avènement des faux mes-> sies du XVIIe et du XVIHe siècles.:\tDe 1500 à 1700, l\u2019histoire atteste un adou- cissement au sort des Juifs.En Italie et en Allemagne, centre judaïque de l\u2019Europe, quelques villes mirent en vigueur certaines contraintes du Moyen Age : le ghetto, l\u2019Inquisition et même les expulsions locales.Mais toutes ces rigueurs é-taient diminuées, tempérées ou compensées, pour ainsi dire, par les ferments de tolérance apportés par la Renaissance et la Réforme.En Turquie, en Hollande et en Pologne, les Juifs jouissaient d\u2019une liberté civile et religieuse à peu près complète.Cette multiplicité des colonies juives à travers l\u2019Europe et leur sort relativement prospère té- Les Juifs et les temps modernes 255 moignent en faveur de la singulière faculté d\u2019adaptation du peuple juif.« Le Juif, a-t-on dit, pourrait changer de planète sans se sentir longtemps dépaysé dans son nouveau séjour ».La Torah, la loi de Moïse, qui les accompagne partout et qu'on a si justement appelée une « patrie portative » ne suffit-elle pas à les faire citoyens de tous les pays du monde ?II Emancipation civile des Juifs Les Juifs aux XVIe et XVIIe siècles vivaient heureux et libres dans les petits états tels que la Turquie d\u2019Europe, la Hollande et la Pologne.A cette époque les grandes nations continuaient à fermer encore leurs portes au peuple d\u2019Israël.Sans doute il y avait des Juifs en Angleterre.Ils étaient tolérés à Londres même en 1664.La « nation portugaise » avait sa synagogue et son rabbin.En France, à Bordeaux, en 1636, existait une petite colonie juive composée de 36 familles.Et à la fin du siècle, le gouvernement de la ville autorisa la pratique publique du culte mosaïque.Malgré leur nombre, les Juifs d\u2019Italie et d\u2019Allemagne ne sont toujours supportés que comme des é-trangers peu désirables.Deux siècles après l\u2019ère des violences du Moyen Age, les Juifs font encore figure de proscrits dans l\u2019Europe occidentale.Mais le début du XVIIÏe siècle est pour Is- 256 Revue Dominicaine raël comme l\u2019aurore des temps nouveaux.La Renaissance avait accompli, pourrait-on dire, l\u2019émancipation de la littérature hébraïque.La Réforme consolida ce travail.Avec son principe du libre examen, elle apportait la tolérance religieuse et partant du judaïsme.Ce souffle de liberté fut vite réprimé par les orthodoxies nouvelles, aussi intolérantes les unes que les autres.Tout de même, le levain de l\u2019humanisme et du protestantisme continuait à transformer insensiblement les esprits.Ils étaient préparés à accepter les Encyclopédistes avec leur indifférentisme religieux.Cependant, le coryphée, Voltaire, se montra aussi hostile que Luther à la race juive.Montesquieu excepté, les autres « philosophes » ne se soucièrent guère d\u2019Israël.Mais c\u2019est par la proclamation de l\u2019axiome : toutes les religions sont bonnes, et non par leur philosophie, que les Encyclopédistes servirent la cause israélite.Pour être complet, il faudrait distinguer, à ce moment de l\u2019histoire, deux souffles d\u2019humanité en faveur des Juifs : le souffle du philosophisme, « souffle de tempête », et le souffle chrétien, «souffle bienfaisant ».Pendant que les Encyclopédistes frayaient la voie à l\u2019émancipation des Juifs, les Israélites allemands, parqués dans leurs juiveries et leur tal-mudisme, paraissaient s\u2019enfoncer davantage dans les épaisses ténèbres accumulées sur eux par une Les Juifs et les temps modernes 257 réclusion systématique venant des Juifs eux-mêmes.La communauté de Berlin, de beaucoup la plus importante, se signalait par son rigorisme religieux.Lire un livre allemand ou se raser la barbe devinrent parfois des motifs suffisants d\u2019expulsion de la communauté.Le judaïsme d\u2019Allemagne avait donc aussi besoin d\u2019une renaissance et d\u2019une réforme intérieures.Il lui fallait un humanisme qui lui permît d\u2019assimiler la littérature germanique et un renouveau religieux qui pût émanciper sa vie morale des contraintes exagérées des rabbins superstitieux venus de Pologne.Le judaïsme allemand trouva dans le même homme son chef humaniste et son réformateur religieux.Il naquit à Desseau en 1729.Fils d\u2019un humble copiste de la Torah, Moïse Mendelssohn vint très jeune faire ses études dans une école de Talmud à Berlin.A vingt-cinq ans, Mendelssohn, « le plus remarquable Israélite des temps modernes », est précepteur et teneur de livres chez un riche marchand de Berlin.C\u2019est à ce moment qu\u2019il se lie d\u2019amitié avec le célèbre littérateur allemand et apôtre de la libre pensée, l\u2019écrivain Lessing.Mendelssohn apprend de son ami à écrire avec clarté et pureté au grand étonnement de ses coreligionnaires, qui parlaient encore un jargon informe.Les ouvrages littéraires du juif humaniste obtinrent un succès brillant et universel.Son dia- 258 Revue Dominicaine logue intitulé Phédon ou l\u2019immortalité de l\u2019âme, consacra définitivement sa réputation d\u2019écrivain et de philosophe.A partir de ce moment l\u2019influence du « Socrate de Berlin », comme on l\u2019appelait, atteint son apogée et conquiert, malgré les oppositions un peu timides de quelques rabbins retardataires, toute la jeunesse de son temps.Mendelssohn releva le niveau moral de sa race et joua son rôle de réformateur par sa traduction allemande du Pentateuque et des Psaumes.Ce travail était accompagné d\u2019un commentaire en hébreu dû à ses amis.Cette Bible allemande, se substituant au Talmud, ouvrait pour le judaïsme une ère nouvelle, ainsi que l\u2019avait déjà fait pour le protestantisme la Bible de Luther.C\u2019est en vain que les rabbins frappèrent de l\u2019interdit le travail du juif humaniste et réformateur.La jeunesse réveillée par la grandeur humaine et religieuse de Mendelssohn se mit avec enthousiasme à suivre ses doctrines et ses directions.En 1783, se fondait à Berlin l\u2019organe du « nouveau judaïsme », le Meassef, ou le « Collectionneur ».Le « Socrate de Berlin » pouvait mourir en paix : la survivance de son œuvre était assurée.Après sa mort, survenue le 4 janvier 1786, la jeune génération des Juifs d\u2019Allemagne concentra son action à Berlin.L\u2019instrument en fut le Meassef, périodique rédigé en hébreu.Grâce à ce journal et à la Bible de Mendelssohn, les juifs Les Juifs et les temps modernes 259 allemands se mirent avec ardeur à étudier la littérature hébraïque et à vivre en se libérant des contraintes du cérémonial talmudique.Comme il arrive dans toute réaction, on alla trop loin.La mode, \u2014 qui ne prêche guère le sens de la mesure, \u2014 vint au secours des émancipateurs et les dépassa bientôt.On voulut rénover de fond en comble le judaïsme.Le Décalogue lui-même fut considéré comme une « antiquité ».Il est facile de déduire que ce mépris des vieilles lois morales fut désastreux.Mais une fois passée cette crise d\u2019effervescence malsaine, l\u2019œuvre de Mendelssohn resta intacte, et riche d\u2019espoir pour Israël.Voilà où nous en sommes ! La Renaissance et la Réforme ont concouru à l\u2019émancipation de la culture juive chez les italiens et les allemands.Les Encyclopédistes de France l\u2019ont favorisée en proclamant le principe de la tolérance universelle religieuse- L\u2019œuvre de Mendelssohn a accompli, au moins en Allemagne, chez les juifs eux-mêmes un véritable commencement de régénération intellectuelle et religieuse.Il ne manquait plus aux Juifs que leur émancipation civile.Pourquoi ne l\u2019obtiendraient-ils pas ?Il semble que l\u2019Allemagne si travaillée d\u2019une part par l\u2019activité réformatrice de Reuchlin et de Luther, d\u2019autre part par la faveur littéraire et religieuse de Mendelssohn et de ses amis, eût été 260 Revue Dominicaine le milieu le mieux disposé à reconnaître la liberté politique des Israélites.Il n\u2019en fut rien.L\u2019Allemagne par Mendelssohn octroya à la race juive son émancipation morale ; il était réservé à la France de la libérer de toute contrainte civile et politique.Le problème se pose d\u2019abord en Alsace en 1781.Un ami de Mendelssohn, le chrétien Dohm, avait préparé un mémoire destiné à Louis XVI sur la réforme politique des Juifs.Quelques années plus tard, un banquier juif d\u2019Alsace avait réussi à se faire auprès de Louis XVI l\u2019intercesseur de l\u2019émancipation des juifs alsaciens.En 1784, Louis XVI accordait à ceux-ci des privilèges considérables, sans régler toutefois la question de l\u2019émancipation.Celle-ci fut posée de nouveau et brillamment en 1787 par Mirabeau et l\u2019abbé Grégoire.Envoyé en mission secrète à Berlin, le jeune et ardent Mirabeau y avait rencontré l\u2019allemand Dohm et d\u2019autres israélites distingués, disciples de Mendelssohn.Ces derniers ne manquèrent pas d\u2019exposer à l\u2019envoyé français la grande rénovation inaugurée par leur maître, mort il y avait à peine un an.Mirabeau comprit vite la portée d\u2019une telle réforme et sa répercussion possible en France.De retour, il se hâta de mettre son pays au courant par un ouvrage Sur Mendelssohn et la réforme politique des Juifs.A la même époque, la société royale des Les Juifs et les temps modernes 261 sciences et des arts de Metz ouvrait un concours sur le problème suivant : « Est-il des moyens de rendre les Juifs plus heureux et plus utiles en France » ?Parmi les trois mémoires couronnés se trouvait celui de l\u2019abbé Henri Grégoire, curé d\u2019Embermenil : Essai sur la régénération physique, morale et politique des Juifs.De 1781 à 1788, la question de l\u2019émancipation civile des Juifs se pose donc ouvertement en France.Incontinent la France révolutionnaire de 89 en donne la solution par sa Déclaration des droits de l\u2019homme.L\u2019absolue liberté de conscience impliquait logiquement les droits de citoyens même pour les Juifs.Cependant malgré les efforts des pro-juifs, tels l\u2019abbé Grégoire et Mirabeau, ce n\u2019est que deux ans plus tard, le 27 septembre 1791, que l\u2019Assemblée constituante vota le décret d\u2019émancipation.« L\u2019on peut dire sans exagération, a écrit T.Reinach, que tout Juif d\u2019aujourd\u2019hui, ayant de la mémoire et du cœur, est un fils de la France de 1791 » (1).La « Question Juive » résolue en général par îa Constituante avait encore besoin d\u2019être réglée dans le détail.Ce fut l\u2019œuvre de Napoléon.Il convoqua en 1806 une assemblée des notables israé-lites ; en 1807, l\u2019Empereur ordonna une nouvelle (x) Théodore Rbinach, Histoire des Israélites, 5e édition, Paris, 1914, p.293. 262 Revue Dominicaine réunion, plus solennelle, composée en majorité de rabbins.Le « Grand Sanhédrin » distingue dans la Loi mosaïque des dispositions religieuses et des dispositions politiques.Les premières sont absolues et invariables, tandis que les secondes dépendent des circonstances et des temps.L\u2019Assemblée juive déclara donc que la Loi de l\u2019Etat était sa loi.Elle engageait tous les Juifs à renoncer à la polygamie, à traiter la France comme leui patrie et à renoncer à l\u2019usure, même vis-à-vis des étrangers de toute nation.Des restrictions plus graves et qui durent faire mal aux juifs furent apportées par un décret de Napoléon du 17 mars 1808.Ce décret restreignait, pour une période de dix ans, leur liberté commerciale.Le but de cette nouvelle législation était de franciser les juifs « en les façonnant à la moderne, et non de les repousser dans les exceptions permanentes du Moyen Age ».D\u2019ailleurs dix ans plus tard les restrictions napoléoniennes tombèrent et les juifs jouirent depuis lors d\u2019une complète liberté.Les autres pays suivirent l\u2019exemple de la France et accordèrent aux Juifs toute liberté religieuse et politique.En Angleterre, le problème commença à se discuter au moment où il est définitivement résolu de l\u2019autre côté de la Manche, en 1830.Pendant trente ans, la lutte fut pacifique, mais longue et tenace de part et d\u2019autre.La vie- Les Juifs et les temps modernes 263 toire juive ne fut complète qu\u2019en 1860 lorsque les Juifs furent admis à la magistrature.Ils gagnèrent leur liberté civile étape par étape, point par point, morceau par morceau.Ainsi en 1830 ils obtiennent le droit de bourgeoisie dans la ville de Londres ; en 1832 le droit de suffrage ; en 1858, la formule du serment parlementaire ayant été modifiée par les Lords, les députés juifs font leur entrée aux Communes Anglaises, puis à la chambre des Lords ; enfin ils participent à la suprême magistrature en 1860.La logique anglaise dans le développement de l\u2019émancipation juive ne se retrouve ni en Italie ni en Allemagne.Sous Napoléon les juifs italiens jouissaient des privilèges de la Révolution.Puis à partir de 1815, c\u2019est l\u2019oscillation entre le refus ou la reconnaissance des droits civils des Juifs.Enfin à la faveur de l\u2019unification progressive des états italiens sous Victor Emmanuel, l\u2019affranchissement des isréalites fut total et définitif.En Allemagne même série de concessions et de réactions.Après 1848 et avec la constitution du nouvel Empire, disparaissent toutes lois d\u2019exception juives.Cependant en pratique les Juifs allemands ne peuvent avoir accès à l\u2019armée, aux fonctions judiciaires et académiques.Le XIXe siècle assura l\u2019émancipation civile des juifs dans tous les pays, excepté la Russie.Elle avait été préparée par les encyclopédistes et 264 Revue Dominicain^ la rénovation de Mendelssohn.La Révolution la proclama et la réalisa en France.L\u2019esprit de 89, se propageant dans toute l\u2019Europe, permit la complète libération politique des fils d\u2019Israël.Mais était-ce là une solution efficace de la « Question Juive » ?L\u2019assimilation juive par les peuples européens, espoir des sociétés modernes, a-t-elle vraiment réussi ?Les prochains articles sur le Sionisme et sur VAntisémitisme nous diront si la « Question Juive » ne se pose pas encore de nos jours, tant du côté des Juifs que de celui du reste de l\u2019humanité.B.Mailloux, O.P.Collège Dominicain, Ottawa. La vivante Liturgie I Liturgie et expérience religieuse La liturgie est la grande école d'expérience religieuse, parce qu\u2019elle est éminemment propre à provoquer et à nourrir cette expérience, dont, au surplus, elle se fait l\u2019interprète.La raison profonde de cette efficacité de la liturgie par rapport à l\u2019expérience chrétienne est sans doute l\u2019étroite connexion qui existe entre la vertu de religion, la plus noble des vertus morales, la plus voisine du divin, et les vertus théologales, surtout entre l\u2019exercice de l\u2019une et des autres, parce que la réalité concrète de notre vie surnaturelle est très souple et s\u2019élève au-dessus de nos classifications en une harmonieuse simplicité.On sait que pour saint Thomas la pratique zélée de la vertu de religion est la meilleure voie pour parvenir à l\u2019union divine dans la perfection de la charité, comme le prouve le traité de l\u2019état de perfection.Il est donc facile d\u2019admettre que le culte liturgique, exercice principal de la vertu de religion, est doué d'une efficacité particulière pour disposer l\u2019âme à vivre intensément sa vie théologale, celle de la charité mais aussi celle de l\u2019espé- 266 Revue Dominicaine rance et de ia foi, puisque tous ces dons de la grâce sont inséparables dans la psychologie religieuse de l\u2019âme sanctifiée.On entrevoit dès lors les ressources de la prière de l\u2019Eglise pour cette activité théologale qui engendre l\u2019expérience religieuse et nourrit le sens chrétien.La première force de la liturgie, c\u2019est qu\u2019elle porte en elle-même et nous donne les grandes réalités provocatrices d\u2019expérience religieuse.Messagère de l\u2019ineffable vérité annoncée au monde par le Christ, elle continue de répandre la bonne nouvelle, elle nous fait entendre la prédication de Jésus et des apôtres, qui rencontra dans l\u2019âme des premiers chrétiens, grâce à l\u2019illu-mifiation intérieure de la foi, une joyeuse adhésion, et fit tressaillir tout leur être à la pensée dü salut offert par Dieu à l\u2019homme pécheur.Le cycle liturgique nous raconte la merveilleuse histoire de ce salut, en nous présentant les phases diverses de la vie de Notre Seigneur depuis les promesses et l\u2019attente de sa venue jusqu\u2019au Sacrifice du Calvaire prix de notre rédemption, jusqu\u2019à la Résurrection de Jésus gage de la nôtre.Dans la messe quotidienne, la liturgie nous rappelle le mystère de Jésus et nous remet sans cesse en contact avec l\u2019Auteur de notre vie surnaturelle.Par cette évocation elle met l\u2019expérience chrétienne en face de son objet le plus élevé ; bien plus, elle l\u2019alimente par une réelle continuation des La vivante liturgie 267 mystères qui nous ont rendus participants de la vie même du Fils de Dieu.La messe renouvelle devant nous le Sacrifice de la Croix, les sacrements nous en appliquent les mérites, l\u2019Eucharistie nous donne Jésus Lui-même.Ainsi rapproché de Dieu par les actes liturgiques, le chrétien, le saint, surtout, exerce un sens nouveau, le « sen-sum Christi » (1), ces yeux de la foi, dont parle encore S.Paul, qui portent sur les réalités divines d\u2019amoureux regards, accroissent dans l\u2019âme la certitude et la pénétration des vérités révélées, et lui font toucher le divin.Ce bienfait de la liturgie n\u2019est pas réservé à un groupe d\u2019initiés.L\u2019âme: la plus humble et la moins savante peut, en effet, s\u2019unir de pensée et de cœur à l\u2019action liturgique et se laisser porter par elle jusqu\u2019à Dieu, qu\u2019elle contemplera avec ce regard de la foi, ce sens que possède toute âme juste et que la liturgie met en exercice.Elle est accessible à tous et peut développer en chacun l\u2019expérience chrétienne, parce qu\u2019elle intéresse tout l\u2019être humain.Voilà qui explique son emprise.Etudions de plus près ses procédés et sa méthode et voyons comment elle utilise toutes les puissances de l\u2019homme pour l\u2019orienter vers Dieu et lui donner cette connaissance affective des choses de la foi.Elle agit en premier lieu sur (i) I Cor.Il, 16. 268 Revue Dominicaine l\u2019extérieur, le corps, puisqu\u2019elle est faite de prières vocales, de chants, d\u2019emblèmes et de cérémonies sensibles.On pourrait croire que tant de paroles et de rites sont de nature à nous distraire de la pensée de Dieu et ne produisent que des impressions superficielles, n\u2019engageant point l\u2019activité profonde de notre être.Ce serait méconnaître l\u2019économie de la vie surnaturelle, où les formes sensibles jouent un rôle si important, puisque le Christ a voulu qu\u2019elles soient le canal nécessaire de sa grâce.En prenant notre chair, 11 a marqué toute l\u2019œuvre du salut d\u2019une empreinte essentiellement humaine, qui fait de l\u2019Eglise une Incarnation continuée : sacrements, grâce et doctrine, tout dans le Corps Mystique du Christ nous est donné sous des formes sensibles.Celles-ci ne sont donc pas un obstacle à l\u2019action sanctificatrice de la liturgie ; au contraire, elles la servent, en frayant la voie à l\u2019illumination intérieure de la foi et à l\u2019embrasement de la charité.Par cette méthode intuitive, les réalités vécues et les faits sensibles sont substitués aux formules abstraites pour captiver les sens et l'imagination, les envelopper d\u2019une atmosphère surnaturelle, les intéresser aux choses de Dieu.Une autre raison pour laquelle la liturgie est la grande école d\u2019expérience chrétienne et l\u2019éducatrice du sens de la foi, c\u2019est qu\u2019elle tire parti d\u2019un besoin foncier de notre nature, celui du La vivante liturgie 269 concours d\u2019autrui.Elle utilise ce motif d\u2019avantage social au bénéfice de tous ceux qui prennent part à ses cérémonies.On ne saurait trop insister sur ce caractère social de la liturgie.S.Thomas a noté les bienfaits de cette prière publique (1), appuyée sur des supports extérieurs, où les paroles et les gestes excitant la dévotion, où le fidèle prend exemple sur le fidèle, où la présence des chrétiens dans une église ornée des symboles sacrés de la foi et leur collaboration dans une adoration commune traduisent et renforcent les sentiments intérieurs.11 suffit de prendre part, avec le recueillement nécessaire, à une réunion liturgique pour éprouver la bienfaisante efficacité de cet entraînement collectif, de cette communication mutuelle, pour se convaincre que l\u2019ambiance liturgique est un milieu de choix pour l\u2019expérience religieuse intime et collective.Cette participation à une assemblée où tous se livrent à l\u2019accomplissement d\u2019une même œuvre, avec les mêmes pensées et les mêmes sentiments, où les fidèles, en dépit des différences de culture, fraternisent, parce qu\u2019ils sont tous enfants de l\u2019Eglise et jouissent de la même adoption divine, et se reconnaissent égaux devant les mêmes sacrements, cette participation, dis-je, ne peut manquer d\u2019élargir nos relations avec Dieu, 0) II, II, q.81, a.7, q.83, a.12, q.91, a.1. 270 Revue Dominicaine de nous unir tous ensemble au Père commun II y a là une immense force de coordination qui unit les hommes entre eux et à Dieu.Il y a là aussi quelque chose qui dilate et agrandit l\u2019âme de chacun, en l\u2019élevant à une pensée et à une émotion collectives bien autrement compréhensives et riches que la pensée et l\u2019émotion individuelles.Voilà une source d\u2019expérience religieuse, supérieure à toute activité personnelle qui oublierait le caractère social du chrétien.Rien ne nous semble plus apte que la liturgie à entretenir et développer le sentiment commun des fidèles, « communis fidelis populi sensus », que les théologiens mettent parmi les facteurs importants du progrès doctrinal ; on sait le rôle qu\u2019il a joué dans l\u2019explicitation des dogmes relatifs à la Sainte Vierge.Ce « sens social de l\u2019Eglise » est soumis à l\u2019action de l\u2019Esprit qui plane aussi sur la liturgie, pour éveiller les profondeurs de notre âme aux accents des paroles saintes.Par le moyen de la prière de l\u2019Eglise, Il agit en tous et chacun de nous pour intensifier notre croyance aux mêmes vérités et cultiver dans la société chrétienne le sens de la foi.Grâce à une influence réciproque qui n\u2019a rien d\u2019étonnant dans ce domaine de la connaissance affective, il se trouve que la liturgie, ayant fait croître le sens de la foi, lui fournit ensuite un La vivante liturgie 271 moyen d\u2019expression, de sorte qu\u2019elle est non seulement son éducatrice mais aussi son interprète.Chargée de toute l\u2019expérience chrétienne qu\u2019elle a suscitée au cours des âges et dont elle s\u2019est enrichie, elle témoigne du sentiment commun des fidèles.« Ces vieux rites, écrit Mgr Duchesne (x), sont doublement sacrés : ils nous viennent de Dieu par le Christ et l\u2019Eglise ; mais ils n\u2019auraient pas à nos yeux cette auréole, qu\u2019ils seraient encore sanctifiés par la piété de cent générations.Depuis tant de siècles on a prié ainsi ! Tant d\u2019émotions, tant de joies, tant d\u2019affections, tant de larmes, ont passé sur ces livres, sur ces rites, sur ces formules ».On y sent vibrer l\u2019âme des saints et des docteurs qui les composèrent pour confesser leur foi et celle de tout le peuple chrétien.Nos ancêtres vécurent des réalités qu\u2019ils renferment comme nous en vivons et comme l\u2019avenir en vivra.La foi de l\u2019Eglise avec l\u2019expérience chrétienne qu\u2019elle engendre se reflète dans la liturgie et c\u2019est là qu\u2019il faut en chercher la vivante expression.II Liturgie et progrès doctrinal De cette étroite liaison entre l\u2019expérience chrétienne et la liturgie il résulte que la liturgie est une ouvrière du progrès doctrinal dans l\u2019Egli- (i) Origines du Culte Chrétien, Introd.p.VII. 272 Revue Dominicaine se, et ce rôle fonde sa valeur propre de « lieu théologique », c\u2019est-à-dire de source où l\u2019on puise les principes de la science sacrée dans leur fraîcheur originale.N\u2019est-elle pas, en effet, la source principale de ce facteur religieux collectif qui s\u2019impose à l\u2019attention du théologien.Le souci de conserver à son travail une forte armature intellectuelle ne doit pas lui faire négliger cet aspect religieux sans lequel on s\u2019expliquerait mal le triomphe de telle ou telle croyance, par exemple, l\u2019immaculée Conception, qui fut favorisée par le sentiment commun des fidèles, fervent et irrésistible comme le souffle de l\u2019Esprit.Le moyen pour le théologien de juger de ce facteur, de mesurer son action, de connaître l\u2019attitude et les réactions du sens chrétien vis-à-vis de telle doctrine est de consulter la liturgie qui a contribué à maintenir ou développer le sentiment commun des fidèles, ou encore lui a donné une issue que peut-être la spéculation lui refusait.Une formule, un rite, une solennité liturgiques qui ont servi à nourrir ou à exprimer une croyance une expérience durables prouvent en faveur de la vérité religieuse qu\u2019ils impliquent.Si leur affirmation rejoint celle de la raison théologique, elle manifeste la valeur de celle-ci en montrant son bien-fondé dans la révélation reçue par la foi de l\u2019Eglise.Car il est certain qu\u2019une déduction théo-logique conforme au sens chrétien a plus de chan- La vivante liturgie 273 ce d\u2019être vraie qu'une autre qui soulèverait ses protestations ou lui demeurerait simplement étrangère.Lorsque la piété chrétienne s\u2019inspirant de la liturgie prend les devants sur les discussions et les décisions de la théologie, il peut se faire qu\u2019il y ait pour un temps apparence de conflit entre l\u2019une et l\u2019autre.L\u2019exemple le plus célèbre est celui de la croyance en l\u2019immaculée Conception.On sait comment la fête a précédé dans toute la chrétienté la définition de la doctrine, quelle influence elle exerça sur la propagation et l\u2019affirmation de cette croyance.Il est manifeste que la liturgie, en incarnant le sens chrétien, aida beaucoup au triomphe de ce dogme, le développement cultuel ayant provoqué et appuyé le progrès doctrinal.Sans doute, il n\u2019y eut pas toujours, au moins dans les premiers siècles, une connexion étroite et certaine entre la fête et la croyance au privilège marial, tel que défini dans la suite, mais la liturgie avait imprimé à la croyance un élan durable, et, au milieu des discussions soulevées, elle ne cessa de gagner du terrain, s\u2019orientant vers une expression de plus en plus nette de l\u2019immaculée Conception, grâce au travail de la raison théologique.Il serait injuste, en effet, de nier les services que celle-ci a rendus : avec S.Bernard et les grands maîtres du XIIle siècle, elle s\u2019oppose éner- 274 Revue Dominicaine giquement à une Immaculée Conception non rachetée, et par crainte de soustraire Marie à l\u2019action rédemptrice de Jésus, elle se refuse à admettre la préservation du péché originel.Ce refus d\u2019une Immaculée échappant à la Rédemption a-vait l\u2019avantage de fermer une voie où la piété chrétienne aurait pu s\u2019égarer ; mais on comprend que ce rôle négatif de la raison des sages répondait mal à la ferveur enthousiaste des dévots de Marie.Aussi la liturgie, gardienne du sentiment que l\u2019Eglise avait toujours eu de la pureté de Marie, amena-t-elle la raison théologique à expliquer comment le privilège de l\u2019immaculée Conception était encore l\u2019effet de la Rédemption, donnant par là même satisfaction au sens chrétien.Il avait trouvé dans la liturgie une interprète autorisée qui lui avait rallié la théologie, et l\u2019Eglise dirigea l\u2019une et l\u2019autre vers le triomphe définitif de l\u2019immaculée Conception.Il est bien d\u2019autres exemples de ces réactions mutuelles, les manifestations de la prière collective stimulant les recherches des théologiens, qui à leur tour contribuent à préciser le sens des solennités liturgiques par les lumières qu\u2019elles apportent.Ainsi en est-il pour la doctrine bien actuelle de la Royauté du Christ.L\u2019encyclique « Quas Primas » rappelle que l\u2019Eglise a toujours proclamé dans la liturgie le titre de Roi que possède le Christ.L\u2019institution d\u2019une fête La vivante liturgie 275 qui a pour objet spécial la puissance et l\u2019appellation royale du Christ, et destinée à répandre de plus en plus cette doctrine, outre qu\u2019elle imprime* un élan nouveau à la piété chrétienne, invite les théologiens à un nouvel effort de spéculation et de synthèse sur cette vérité, afin qu\u2019un jour, s\u2019il plaît à Dieu, elle soit solennellement définie.Il est remarquable que l\u2019influence de la liturgie se fait surtout sentir dans les vérités relatives à la Sainte Vierge, comme si elles avaient été confiées à la garde de la piété et du sens chrétien plutôt qu\u2019au raisonnement de la théologie spéculative.On constate ce phénomène pour l\u2019Assomption glorieuse de Marie et sa Médiation universelle.Quand l\u2019Eglise décernera officiellement à la Mère de Dieu et des hommes le beau titre de Médiatrice de toutes grâces, il est certain que la liturgie aura beaucoup fait pour la reconnaissance de ce glorieux et consolant privilège.Aux fêtes de la Sainte Vierge, elle fait constamment allusion à ce rôle de Marie, elle fait appel sans cesse à son intercession en notre faveur.L\u2019office et la messe que l\u2019Eglise a concédés en l\u2019honneur de Marie Médiatrice sont déjà une profession de foi expresse en sa méditation universelle.Ce culte marial, émouvant témoignage de la foi de l\u2019Eglise, expression enthousiaste du sens chrétien, ne peut manquer par sa répercussion sur le travail théologique auquel il fournit une base religieuse très Revue Dominicaine 276 sûre, de hâter le jour si désiré d\u2019une intervention solennelle du Magistère.Ces quelques exemples suffisent, croyons-nous, à montrer l\u2019influence réelle que la liturgie exerce sur la science théologique, grâce à son étroite liaison avec le sens chrétien et l\u2019expérience religieuse qu\u2019elle inspire et exprime tout ensemble.Dès lors, il nous semble légitime de conclure à sa valeur propre comme lieu théologique, car il y a dans cette action que nous venons d\u2019analyser un élément que nous ne trouvons pas, du moins à ce degré, dans les autres lieux, un témoignage distinct de ceux de l\u2019Ecriture, de la Tradition et du Magistère.Sans doute il est bien l\u2019écho de la Révélation et de l\u2019enseignement reçu, et sous cet aspect il dépend des précédents, mais il les dépasse et les prolonge en y ajoutant cette réponse de la foi intime de l\u2019Eglise, d\u2019une foi vivante qui s\u2019épanouit sous l\u2019action de la charité en une expérience savoureuse.Cette réponse, c\u2019est la liturgie qui nous la fait entendre.J.-M.Parent, O.P.Paris.- Un guide méconnu Le voyage est facteur de culture intellectuelle.11 ouvre des horizons nouveaux, développe Fesprit d\u2019observation, agrandit le domaine des connaissances humaines et fournit à la conversation une mine de souvenirs toujours captivants, parce que vécus.Mais pour faire produire au voyage ce bon effet, \u2014 sans quoi il serait sans profit, -\u2014 il importe de le bien préparer d\u2019abord et de l\u2019accomplir ensuite en compagnie d\u2019un bon guide.Un bon guide en effet, nous évite des pertes de temps en nous orientant.Assurément nous ne devons pas devenir esclaves d\u2019un guide, si bien fait soit-il ; il est bon parfois de céder à la fantaisie, au goût de l\u2019aventure.Les courses au hasard ménagent trop d\u2019agréables surprises pour y renoncer délibérément.Au même titre que le voyage, la lecture est un facteur de culture intellectuelle, et même à certains égards elle l\u2019emporte sur lui.Elle humanise l\u2019esprit, le meuble de connaissances utiles et lui procure de véritables joies.Mais pour qu\u2019elle produise l\u2019effet qu\u2019il y a lieu d\u2019en attendre, il importe de faire un choix judicieux de ses livres, car le temps est si limité qu\u2019il faut en éviter les pertes.La vie est si courte, disait en 278 Revue Dominicaine substance Lacordaire, que parmi les bons livres nous ne devons lire que les meilleurs, faute de temps pour le reste.Grâce à Dieu, il y a beaucoup de bons livres; mais il y en a aussi de moins bons, d\u2019autres qui sont dangereux et un grand nombre qui sont franchement mauvais.Comment alors juger de leur valeur morale ?Qui nous dira si tel livre qui nous tombe sous la main est bon, si sa lecture nous sera bienfaisante» ou si au contraire elle ne jettera pas le trouble dans notre âme ?Pour ce qui regarde les mauvais livres, nous avons des lois sages, des critères de jugement sûr, un guide autorisé qui nous garantissent de leur contact contaminateur ; telles sont les lois de l\u2019Index.En suivant fidèlement leurs directives, en jugeant de la valeur morale et doctrinale d\u2019un livre d\u2019après leurs normes, en acceptant de nous laisser guider par elles dans le choix de nos lectures nous éviterons en partie l\u2019influence dissolvante des livres pernicieux.Mais peut-être nous représentons-nous l\u2019Index sous de faux traits, voyants en lui un guide trop sévère, parfois même un grincheux système de surveillance n\u2019ayant que l\u2019effet de détourner les esprits des beautés littéraires.Trop souvent la législation de l\u2019Index est l\u2019objet de confusions regrettables, de critiques acerbes, d\u2019interprétations erronées.Le monde laïque comprend mal les Un guide méconnu 279 raisons qu\u2019a l\u2019Eglise de se montrer vigilante dans la prohibition des livres.Aussi, sans vouloir faire l\u2019apologie de l\u2019Index, apologie qui ne serait peut-être pas superflue même au Canada, nous voudrions jeter un peu de lumière sur ce problème épineux.Des notions justes, des idées claires sont préférables, et infiniment, aux confusions gênantes et aux interprétations fausses.L\u2019Index lui même y gagnera à être mieux connu ; au lieu d\u2019être considéré comme une contrainte fâcheuse, il sera accepté comme un guide austère, mais bienfaisant.Pour bien comprendre l\u2019Index, considérons en d\u2019abord la nature et la nécessité, remettant à plus tard l\u2019analyse de son mécanisme et l\u2019examen de sa force obligatoire.La législation de l\u2019Eglise relative à la publication des livres comprend deux choses parfaitement distinctes : à savoir la censure des livres et la prohibition de certains d\u2019entre eux.La censure ecclésiastique est un jugement motivé sur la valeur doctrinale d\u2019un écrit en lequel cependant on tient compte des principes et des données de la science qui en fait l\u2019objet.Mais comme l\u2019examen qui en est la base porte uniquement sur son orthodoxie ou sa conformité avec les prescriptions imposées par l\u2019église, nous devons définir la censure : Un jugement motivé sur l\u2019orthodoxie de la doctrine d\u2019un livre.Comme telle la censure est 280 Revue Dominicaine une mesure préventive.Elle vise à devancer le mal, en empêchant la publication d\u2019ouvrages jugés dangereux ou simplement mauvais.L\u2019Index, lui, est une défense, basée sur une censure préalable, par laquelle l\u2019autorité ecclésiastique interdit aux fidèles l\u2019usage d\u2019un livre jugé nocif.Il est donc une mesure prohibitive, visant à enrayer un mal présent.Il suppose un livre mauvais déjà paru, mis en circulation, et cherche, au moyen d\u2019une interdiction, à préserver les fidèles de son contact dangereux.L\u2019on s\u2019imagine bien que la censure ecclésiastique ne suffit pas à endiguer le flot des mauvais livres, pour la raison bien simple qu\u2019elle n\u2019atteint ni tous les auteurs, ni tous les livres.En effet, seuls les écrivains catholiques sont soumis aux lois de la censure, et encore ce n\u2019est que lorsqu\u2019ils entendent publier quelque ouvrage sur des matières bien déterminées, dont voici les principales : les livres saints, leurs annotations, leurs commentaires ; les livres de théologie, d\u2019histoire ecclésiastique, de droit canonique, de théodicée ou de toute autre matière analogue, religieuse ou morale ; les livres de prières, de dévotion, d\u2019instruction religieuse, d\u2019ascétisme, de mystique et autres ouvrages du même genre ; les traités d\u2019indulgences, les collections des décrets des congrégations romaines, les livres liturgiques, etc., etc.Supposons que les lois de la censure soient Un guide méconnu 281 scrupuleusement observées, c\u2019est-à-dire qu\u2019aucun ouvrage ressortissant au domaine réservé à l'Eglise ne soit publié sans examen et visa préalables de la censure ecclésiastique, combien il y aurait encore de chances que des publications non contrôlées inondent littéralement le marché.Songeons un moment à tout ce que publient nos laïcs catholiques sur des matières non sujettes à la censure, et tous les autres auteurs non catholiques ! Il est donc facile de concevoir que malgré ces mesures préventives des erreurs contre la foi et des attaques contre l\u2019honnêteté des mœurs se glissent dans un grand nombre d\u2019écrits.Comment alors l\u2019Eglise préservera-t-elle sa doctrine ainsi que la foi et les bonnes mœurs de ses fidèles contre les assauts de l\u2019impiété et de l\u2019immoralité ?Le seul moyen est de leur interdire la lecture des livres préalablement jugées nuisibles à la religion et à la morale.Mesure répressive assurément, mais que l\u2019Eglise réclame comme instrument de légitime défense.L\u2019Eglise a le droit de prohiber, pour de justes motifs les livres de n\u2019importe quel auteur, lisons-nous au canon 1384 du code de Droit canonique.A qui trouverait prétentieux ce droit de prohibition, rappelons que l\u2019Eglise a.la mission sacrée de conserver la pureté de la foi et l\u2019honnêteté des mœurs.Or les livres pervers que le venin de l\u2019incrédulité a empoisonnés et que l\u2019immoralité a souillés de ses tableaux franchement provoca- 282 Revue Dominicaine teurs ou effrontément lubriques constituent un véritable danger pour les individus comme pour la société.Le livre en effet, est « un maître ou un prêcheur déguisé, aussi opiniâtre qu\u2019habile et insinuant : c\u2019est le conseiller dont la voix, écoutée avec le moins de défiance, pénètre le plus sûrement dans l\u2019intelligence et le cœur.Insensiblement, sans heurter beaucoup nos idées ni froisser nécessairement nos sympathies, sans susciter du moins aucune des objections que l\u2019amour-propre-à défaut de la raison, ne manquerait d\u2019opposer aux propos d\u2019un interlocuteur vivant, le livre, grâce à son impersonnalité même, fait son œuvre; il verse ses pensées et ses sentiments dans l\u2019âme du lecteur, il y grave d\u2019autant plus profondément que celui qui les reçoit, ne soupçonne pas qu\u2019ils lui viennent du dehors, et croit s\u2019être formé lui-même sa conviction, son inclination ou son aversion à l\u2019endroit des personnes et des doctrines.I! n\u2019est point, peut-être, de puissance de suggestion qui soit comparable à celle de la lecture, parce qu\u2019il n\u2019en est point qui se rapproche autant de Fauto-suggestion.Tel est le secret de l\u2019influence délétère de tant de publications contemporaines, telle la cause des ravages effrayants de la presse irréligieuse et licencieuse » f1).En présence d\u2019une menace si inquiétante l\u2019Eglise a donc l\u2019impérieux devoir de veiller à sa 0) Cf.Diet.d\u2019ApoI., art.de J.Forget sur l\u2019Index. Un guide méconnu 283 propre sécurité, en dénonçant les doctrines subversives et en interdisant à ses fidèles la lecture des écrits qui les contiennent.Rien d\u2019étonnant à cela, car le cas n\u2019est pas unique.L\u2019Etat use de semblables représailles contre certains écrits de caractère anti-national.Toutes les confessions religieuses ont cru devoir se défendre contre leurs ennemis par des mesures analogues*: L\u2019Histoire rapporte que les Ariens et les Iconoclastes livraient aux flammes les livres des catholiques.Luther se paya la même fantaisie à l\u2019endroit du Corpus Juris canonici.Personne à coup sûr ne songerait à blâmer notre Gendarmerie royale de lancer à la poursuite des faux monnayeurs ses habiles limiers dont les exploits dépassent parfois la vraisemblance.Mais un écrivain qui attaque la religion ou la morale est beaucoup plus coupable, selon S.Thomas (lia Ilae, q.XI, art.3), que le faux monnayeur.Ses livres, véhicules d\u2019idées corrosives, constituent un danger plus grand pour la société que la fausse monnaie ; les biens spirituels ne sont-ils pas d\u2019un ordre incomparablement plus élevé que les choses matérielles ?C\u2019est en partant de ce critère qu\u2019il faut juger de la dignité et de la nécessité des lois de l\u2019Index.Elles l\u2019emportent sur toutes les autres mesures de surveillance.Raymond-M.Charland, O.P.Collège Dominicain, Ottawa. Art et Sincérité Pour une architecture religieuse logique On constate dans notre architecture religieuse une anomalie pour le moins déconcertante : elle n\u2019a plus de chrétien que le nom.L\u2019art chrétien, si, avec Jacques Maritain, nous l\u2019entendons au sens d\u2019art qui porte en soi le caractère du christianisme, s\u2019est graduellement affaibli chez nous depuis un siècle jusqu\u2019à s\u2019éteindre à peu près complètement, jusqu\u2019à se voir remplacé par des élucubrations incohérentes ou de fades copies en plâtre et en camouflage qui ne méritent même plus le nom d\u2019art.Sans doute, cette tare ne nous est pas particulière.Elle marque toute l\u2019architecture du siècle dernier et souvent celle des précédents, depuis la Renaissance.Nous n\u2019avons fait qu\u2019imiter une fois de plus.L\u2019excuse est faible.D\u2019un peuple qui se dit profondément catholique, on était en droit d\u2019attendre mieux que cette molle passivité.Partout ailleurs, le déclin de la foi fournit au moins une explication.Mais nous, n\u2019avions-nous pas le devoir de relever le flambeau ?Hélas, on dirait Art et Sincérité 285 que nous nous sommes complu à plagier les pires erreurs de pensée et de goût de l\u2019architecture étrangère.Certaines de nos églises semblent le musée de l\u2019illogisme.Si vous criez à l\u2019exagération, enlevez, un de ces jours, le bandeau de l\u2019habitude, regardez avec des yeux neufs les églises devant lesquelles vous passez, entrez-y et scrutez-les attentivement.Quatre fois sur cinq, clochers, corniches, ornements, tout à l\u2019extérieur, à part les murs, sera en tôle.A l\u2019intérieur, frappez du doigt les colonnes: elles rendront un son creux.Une mince pellicule de plâtre forme la voûte, les arcs, les sculptures-Les marbres somptueux ne sont que du bois peint.Les enduits se couvrent de faux joints pour simuler la pierre.Heureux si vous ne trouvez pas des panneaux, des moulures et même des niches avec leurs statues, peints en trompe-l\u2019œil, comme au théâtre.Soigneusement dissimulée derrière ce beau décor, une solide carcasse d\u2019acier ou de béton le retient à grand renfort de fils de fer et le tour est joué.Comment une telle architecture à base d\u2019hypocrisie et de fausseté, peut-elle se prétendre l\u2019expression de notre religion ?Si fervent que soit le chrétien, si inspiré que soit l\u2019artiste, il ne saurait lui infuser le moindre élan spirituel, malgré tous les emblèmes sacrés dont il l\u2019enveloppe.Un autel en imitation de marbre constitue plus qu\u2019une 286 Revue Dominicaine absurdité : un mensonge.C\u2019est un trône de mensonge pour le Dieu de vérité.L\u2019art, par nature, exige la primauté de l\u2019intelligence.Il l\u2019exige plus impérieusement que jamais quand il est appelé à concrétiser notre foi catholique.En refusant toute place à la logique, en abandonnant aux caprices d\u2019un sentiment morbide la détermination du plan, de la décoration, des apparences enfin, sans nul souci constructif, notre architecture se met en opposition flagrante avec le caractère du christianisme, et perd tout droit au nom d\u2019art chrétien, quel que soit le nombre de croix, de saints, de textes sacrés, etc., dont elle cherche à se couvrir.Mais, \u2014 il faut bien l\u2019avouer \u2014 ces déficiences reflètent fidèlement celles de notre vie religieuse.« L\u2019architecture, dit Dom Bellot, est le plus complet et le plus complexe des arts et pour cela le plus adéquatement représentatif de la mentalité d\u2019une race et de la civilisation d\u2019une époque ».Est-ce qu\u2019en repoussant la discipline de l\u2019intelligence pour se livrer à la mollesse du sentiment, elle n\u2019imite pas cette dégradation de notre catholicisme en sentimentalité que l\u2019enquête conduite par cette revue a dénoncée naguère ?Et « ce formalisme déconcertant où se complaît la croyance, où se réduit la pratique », est-ce qu\u2019il ne trouve pas son expression frappante dans un art tout en formes extérieures vides de pensée et Art et Sincérité 287 sans aucun lien avec la structure, avec l\u2019âme de l\u2019édifice ?Et cette paresse intellectuelle, qui se soucie peu de pénétrer les principes et se contente si aisément de l\u2019à peu près, de l\u2019à côté, n\u2019est-ce pas elle qui se satisfait de luxueuses apparences et de copies faciles, qu\u2019elles soient vraies ou non, qu\u2019elles répondent ou non à notre esprit et à notre temps ?Nous pourrions dire, avec Claudel, « que nos églises ont l\u2019intérêt et le pathétique d\u2019une confession chargée.Leur laideur, c\u2019est l\u2019os-tension à l\u2019extérieur de tous nos péchés et de tous nos défauts ».Mais, alors, direz-vous, rien à faire ! Pour que se relève complètement notre architecture religieuse, il faudra une rénovation globale de notre culture catholique ! Dans un sens, oui : si l\u2019on parle d\u2019une renaissance générale, d\u2019une profonde et vigoureuse poussée de sève chrétienne.Voyez le Moyen Age.Sur ce sujet, il faut toujours revenir à lui parce que, de toutes les époques historiques, c\u2019est incontestablement celle qui a le mieux pénétré ses œuvres de spirituel.Si les grandes cathédrales nous écrasent de leur masse et de leur perfection, nous trouverons, dans les provinces françaises, Bretagne, Saintonge, Ile-de-France, Normandie, etc., des modèles dont l\u2019humilité et la simplicité nous toucheront davantage-Ce sont les petites églises de village ; Trégourez, Penmarch, Rioux, Avy, Cramoisy, Mareil, No- 288 Revue Dominicaine gent, Angicourt, Pontorson, et combien d\u2019autres presque ignorées, construites le plus souvent par les maçons de la paroisse \u2014 nos pères.Aucune recherche, aucune ostentation, mais une foi, une sincérité, une sûreté de goût, qui devaient monter du fond de l\u2019âme populaire, puisqu\u2019on les trouve chez les plus humbles artisans.Rien n\u2019égale la qualité religieuse de ces œuvres, rameaux d\u2019une foi claire et vive, animés de sa logique et de sa vigueur.Une effloraison artistique comparable à celle-là ne se reverra que le jour où tout le peuple baignera dans une atmosphère aussi intensément spirituelle.Est-ce à dire que nous devons continuer placidement nos erreurs, en attendant le moment favorable pour les corriger ?Ce serait folie.Jadis, l\u2019art montait du peuple.Aujourd\u2019hui, les conditions sont changées et le contraire doit se produire.Si la vie religieuse agit sur l\u2019architecture, celle-ci peut à son tour réagir sur elle.En luttant de toutes leurs forces pour la rénovation artistique les artistes et le clergé aideront la rénovation religieuse.Et cette lutte s\u2019impose plus que jamais.Déjà nous sommes en retard.Dans tous les pays, sous des principes divers, le mouvement s\u2019accentue vers une architecture neuve, logique, sincère, dépouillée des mensonges et des pastiches qui la déshonoraient.Maintes productions civiles et industrielles de l\u2019architecture contempo- Art et Sincérité 289 raine, constituées par une construction franche et une exacte proportion d\u2019éléments étroitement adaptés aux besoins, tendent vers l\u2019idéa que nous cherchons.Comme les édifices gothiques, elles possèdent une grande vertu d\u2019art, la Sincérité, condition « sine qua non » de toute architecture religieuse.Sur ce point, les principes esthétiques de leurs auteurs, se rapprochent beaucoup de ceux du Moyen Age et se montrent susceptibles de hauts développements spirituels.Trop souvent, il est vrai, le matérialisme leur coupe le chemin d\u2019une inspiration supérieure.Il n\u2019en reste pas moins que beaucoup d\u2019œuvres, par leurs qualités naturelles, sont pour ainsi dire chrétiennes en puissance.Il est paradoxal que telle usine, tel stade, tel hauteur d\u2019avions soient en un sens plus chrétiens que nos églises catholiques.C\u2019est cependant la rude leçon que l\u2019on nous donne depuis un quart de siècle.Il est grand temps de l\u2019écouter et de la mettre à profit.Au lieu de fermer les yeux sur le mouvement architectural moderne, pourquoi ne pas nous l\u2019assimiler dans ce qu\u2019il a de meilleur, pour l\u2019adapter à notre caractère ethnique et le hausser au-dessus de lui-même en l\u2019animant de l\u2019idéalisme surnaturel ?Dans cette voie, nous trouverons les prédécesseurs et les exemples les plus conformes à notre culture et à notre foi.Ce sont les apôtres de la vaste campagne entreprise en France pour la 290 Revue Dominicaine régénérescence de l\u2019art religieux ; ce sont les nombreuses et incontestables réussites qu\u2019ils comptent déjà à leur crédit.Toute une élite d\u2019artistes pénétrés de la grandeur de leur rôle, ont entrepris de ramener l\u2019art religieux de leur pays à ses plus saines traditions.Nous connaissons la figure la plus typique et la plus marquante de leur groupe : le moine-architecte Dom Paul Bellot, O.S.B.qui nous visitait l\u2019an dernier.Avec l\u2019appui d\u2019un nombre de prêtres de plus en plus grand, ils ont triomphé de l\u2019hostilité systématique qui les paralysait d\u2019abord et multiplié les œuvres.Sans doute, ils aspirent à un retour du peuple à l\u2019esprit du Moyen Age.Mais ils ne sont pas restés immobiles à l\u2019attendre.Ils ont voulu le provoquer par leurs réalisations.Et l\u2019on a vu, dans des milieux souvent peu religieux, s\u2019élever des églises d\u2019une qualité spirituelle digne du XlIIe siècle.Leur valeur s\u2019est imposée peu à peu.Déjà nombreuses, elles se montrent si pénétrées de sincérité que, pour la plupart, les grands maîtres d\u2019œuvres ne les désavoueraient pas.Elles jaillissent, droites et pures, simples de lignes, dépouillées d\u2019artifice, comme un jeune arbre.Elles ne savent pas dissimuler.Leur jeunesse ne connaît guère d\u2019autre parure que le jet des ombres et des lumières, des pleins et des vides.On saisit d\u2019un coup d\u2019œil leur construction, leurs dispositions intérieures.Elles rayonnent d\u2019humilité, de simplicité, de franchise. Art et Sincérité 29! Des réalisations semblables, non pas copiées, mais dérivées d\u2019un même esprit, sont-elles donc impossibles chez nous ?Les influences dissolvantes n\u2019ont pourtant pas tué les profondes aptitudes architectoniques de la race.Il y a à peine plus d\u2019un siècle, nos vieilles églises canadiennes-françaises affirmaient encore, dans leur modestie, sa vitalité artistique.Quelques œuvres récentes, par leur valeur et par l\u2019accueil qu\u2019elles ont reçu, donnent l\u2019espoir qu\u2019un vigoureux effort suffirait à réveiller des puissances endormies.Il nous faut revenir à la sincérité, à la sincérité toute simple, à la sincérité bête et naïve- Ce n\u2019est pourtant pas sf difficile.Il suffit de ne pas se torturer l\u2019esprit, de laisser au bois l\u2019apparence du bois, au béton l\u2019apparence du béton, à l\u2019enduit l\u2019apparence de l\u2019enduit.Il suffit de ne demander à chaque matériau que ce qu\u2019il peut donner, de leur imposer des formes qui conviennent à sa nature, puis de « tourner en ornement » les parties utiles, sans surcharge, sans décorations plaquées à tort et à travers.Il suffit de secouer le joug de ce formalisme qui nous réduit à copier servilement, sans comprendre leur esprit, des formes étrangères à notre pays et à notre temps ; d\u2019imiter le passé non pas en le reproduisant, mais en opérant comme lui \u2014 « in sua operatione » ; \u2014 enfin d\u2019aborder le problème « avec des yeux d\u2019enfant, libres des styles conventionnels ». 2Q2 Revue Dominicaine Nos pères, ceux du Moyen Age et ceux même d\u2019il y a un siècle, y allaient ainsi, tout simplement, « à la bonne françoise ».Leur seul gros bon sens les éclairait mieux que toutes nos connaissances techniques et tous nos documents gothiques, romans ou autres.Si nous voulons nous tirer du gâtisme architectural, c\u2019est lui qu\u2019il nous faut retrouver avant tout.Nous aurons ensuite à l\u2019inculquer au peuple, car les plus purs chefs-d\u2019œuvre perdent de leur portée s\u2019ils ne sont pas appuyés par le sentiment unanime des fidèles.I! appartient au clergé de faire germer ce sentiment.Par ses paroles et par ses actes, il exerce sur la masse une action directe et puissante.A lui d\u2019exiger des constructions pénétrées de logique, et de les faire aimer.A lui de condamner toute œuvre où s\u2019étale le faux, fût-ce un simple prie-Dieu.Déjà un fort groupe de prêtres, jeunes et vieux, à commencé la lutte.Le nombre des indifférents et des hostiles diminue sans cesse.Notre clergé saura encore se montrer à la hauteur et comprendre qu\u2019il n\u2019a pas le droit de négliger la beauté et la vérité de la maison de Dieu.Nous pouvons donc espérer qu\u2019un jour, grâce à la collaboration du clergé, des artistes et du peuple, notre architecture religieuse retrouvera la vigueur et la sincérité d\u2019autrefois.La lutte cependant pourrait bien se prolonger.Il est stupéfiant de constater combien une vérité toute claire Art et Sincérité 293' met de peine à s\u2019imposer, tandis que tant d\u2019erreurs compliquées trouvent une vogue rapide.Mais la force de régénérescence des peuples catholiques est pour ainsi dire infinie et la victoire est assurée qui, tôt ou tard, donnera à notre Foi et à notre race un art digne d\u2019être leur resplendissement terrestre.Québec.Léonce Desgagné, Architecte Le Sens des Faits Une humaine doctrine de l'homme (1) Un danger accompagne d\u2019ordinaire les repentirs auxquels consent l\u2019humanité dans la banqueroute désormais indéniable de ses modernes aspirations.C\u2019est que dans l\u2019amende honorable que l\u2019on adresse aux valeurs spirituelles longtemps méconnues, passent des malédictions pour le terrestre, en lequel, hier encore, on se dispersait avec avidité.Il nous arrive de discerner des blasphèmes contre l\u2019intelligence, dans les propos où l\u2019on proclame son besoin de croyance religieuse.On semble estimer qu\u2019il faut devenir moins humain pour retrouver le divin.On accepte de perdre la raison parce qu\u2019il est peut-être arrivé qu\u2019on a perdu la foi « Erreur de calcul, la plus fréquente parce (x) Discours prononcé au Poste CKAC, le 3 mars par le R.P.Voyer, O.P., à l\u2019occasion de la Fête de S.Thomas. 294 Revue Dominicaine que la plus commode, mais aussi la plus grave », disait déjà Charles Péguy, à ceux qui amorçaient, dans ce même esprit, il y a vingt ans, une réaction spiritualiste.« Il ne suffit pas, expliquait-il dans son langage courageux, d\u2019abaisser le temporel pour s\u2019élever dans la catégorie de l\u2019éternel.Il ne suffit pas d\u2019abaisser la nature pour s\u2019élever dans la catégorie de la grâce.Parce que ceux-là n\u2019ont pas le courage d\u2019être du monde, ils croient qu\u2019ils sont de Dieu.Parce qu\u2019ils n\u2019ont pas le courage d\u2019être d\u2019un des partis de l\u2019homme, ils croient qu\u2019ils sont du parti de Dieu.Parce qu\u2019ils n\u2019aiment pas l\u2019homme, ils croient qu\u2019ils aiment Dieu.Mais Jésus-Christ même a été de l\u2019homme ».Sage avertissement, dans la confusion où il faut aujourd\u2019hui nous débattre.Nous avons perdu la notion de beaucoup de choses très nobles et très saintes.Jusqu\u2019au mot de vertu, s\u2019il faut en croire Paul Valéry, qui n\u2019aurait plus de sens dans notre langue moderne.Et, ce qui est peut-être plus grave encore, nous ne sommes plus bien sûrs de la notion même de l\u2019homme.Aussi devenons-nous en tant de façons inhumains, inhumains envers nous-mêmes et nos semblables, inhumains jusque dans nos rapports avec Dieu.Il ne saurait en être autrement.Perdu dans ses propres voies, ignorant de lui-même, comment l\u2019homme pourrait-il reconnaître les voies de la grâce, discerner ce qu\u2019il peut faire et ne peut pas faire, ce qu\u2019il doit attendre de lui-même, des autres et de Dieu \u201c?Il devient donc urgent pour l\u2019homme de retrouver le sens de sa nature d\u2019homme, de réapprendre à être humain.Pour cette raison, invité à vous parler ce soir de saint Thomas d\u2019Aquin, dont la liturgie catholique bénira de nouveau cette semaine la bienfaisante pensée, il m\u2019a paru que je ne pouvais mieux évoquer utilement sa mémoire et la rendre sympathique, qu\u2019en rappelant l\u2019humaine doctrine de l\u2019homme qu\u2019il enseigna naguère et que l\u2019Eglise a fait sienne. Le sens des Faits 295 « Toute grande période de culture, a écrit un sagace observateur, est commandée par une certaine idée que l\u2019homme se fait de l\u2019homme.Privilège de l\u2019intelligence, explique-t-il, nous contemplons dans le miroir de notre mouvante connaissance le visage de notre nativité, et autant que de notre nature elle-même, c\u2019est de cette image de notre nature que dépend notre action et notre vie ».Voilà qui rend bien compte du caractère de généreuse humanité de tout le Moyen Age, autant que de notre inhumaine mentalité moderne.Les grands maîtres du XlIIe siècle, et en particulier Thomas d\u2019Aquin qui les domine tous, ont donné à leur temps, et pour les quatre ou cinq siècles qui ont vécu de leur pensée, une idée assez réaliste et assez audacieuse de l\u2019homme, pour permettre de calculer avec les faiblesses comme avec les transcendances de sa nature.Et n\u2019est-ce pas ce que le langage courant, dans la justesse de son appréciation directe, appelle « être humain », que cette attitude avertie qui fait qu\u2019on est patient aux défauts d\u2019autrui, par la confiance même que l\u2019on met en ses qualités et son art à les faire prévaloir \u201c?On peut alors être doux à l\u2019homme, d\u2019abord parce qu\u2019on s\u2019explique ses défaillances, et surtout parce qu\u2019on sait lui apprendre à se guérir lui-même, et jusqu\u2019à se dépasser dans l\u2019effort vigoureux dont on lui donne le secret.La rigueur même dont on peut, dans ce sentiment, user envers lui, indique tout juste encore, non pas, comme on nous le laisse croire aujourd\u2019hui, qu\u2019il est méchant, mais qu\u2019il pourrait, qu\u2019il aurait pu être bon.La pensée toujours de sa faiblesse native, mais dans le souci constant du bien dont il garde les ressources, et qu\u2019il faut assurer ou venger au nom de la nature et surtout en celui de Dieu.Cette idée de l\u2019homme explique l\u2019atmosphère qu\u2019on lui créait au Moyen Age : ce qu\u2019on lui accordait de téméraires libertés et lui imposait de pratiques rigides ; ce qu\u2019on lui laissait demander avec débordement parfois aux jouissances de sa vie terrestre, et ce qu\u2019on lui 296 Revue Dominicaine faisait espérer ou craindre de la vie éternelle ; son amour de la nature créée et sa foi en l\u2019invisible, unis dans le même geste de prière, que traduisent encore les cathédrales de cette époque, humaine entre toutes, jusque dans le divin.On a souvent comparé la Somme théologique de saint Thomas aux cathédrales du Moyen Age.Cette comparaison, utilisée pour le moment à notre profit, nous laisse imaginer une singulière ressemblance entre l\u2019homme qui portait dans ces temples de la prière sa folle spontanéité et son ardente ferveur, avec celui dont le philosophe-théologien analyse dans ses menus articles, l\u2019exigente sensibilité soumise aux lentes mais authentiques clartés de l\u2019esprit.Avec quelle fermeté, quelle généreuse concession et tranquille confiance, l\u2019humain docteur rapproche, associe, noue, com-pénètre ces deux choses dans l\u2019homme : sensibilité et intelligence.Sons graves, sourds de la matière, et notes claires, subtiles de l\u2019esprit, voilà de quoi il fait l\u2019accord de la voix humaine, accord perceptible sous toutes ses harmoniques, dans ses mugissements de brute collée à la terre, comme dans ses appels quasi angéliques vers le ciel.Le corps ainsi substantiellement uni à l\u2019âme, tout entier vivifié par elle, telle est la base de toute la doctrine thomiste de l\u2019homme, la base de sa psychologie, comme de sa morale et de sa théologie.Saint Thomas ne se laisse pas distraire un instant de cette fusion, dans l\u2019homme, de la chair et de la pensée.De la terre comme du ciel, il exige, pour le corps et l\u2019âme réunis, une place et d\u2019honorables conditions de vie.On est loin, avec lui, des doctrines sans cœur qui brisent cette unité de l\u2019homme, en cette vie ou dans l\u2019autre, ne comprenant pas que son intelligence puisse s\u2019alimenter ici-bas aux choses sensibles, ni sa chair habiter la haut le monde des esprits.Quelle tendresse au contraire notre doctrine met lui, à défendre le corps de l\u2019homme.Au grand scandale d\u2019une mystique étroite, il soutient qu\u2019il n\u2019est pas un in- Le sens des Faits 297 convenient pour l\u2019âme, mais un associé bienfaisant.Il veut qu\u2019on le respecte, il fait un crime de le mutiler, d\u2019attenter à sa vie, en quelque état, rudimentaire ou exténué par l\u2019âge, qu\u2019il se puisse trouver.Et quand l\u2019on songe qu\u2019une telle doctrine est décriée pour la dureté de ses pauvres conseils ascétiques, par des esprits qui n\u2019ont pas enseigné à avoir de tels scrupules devant des corps d\u2019hommes petits ou grands.Jamais pourtant, jusque dans les sacrifices que cette philosophie de plein équilibre sollicite du corps, pour une plus grande liberté de l\u2019esprit, elle ne boude au nom de l\u2019intelligence la partie sensible de l\u2019homme.Pas plus pour les spéculations du savant que pour les extases du saint, le thomisme n\u2019exige une pensée totalement libérée de la chair.Avec quelle sereine confiance, au contraire, il invite l\u2019intelligence humaine à bégayer d\u2019abord des mots de la terre, à travers lesquels il sait bien qu\u2019elle finira par percevoir le bleu du ciel et jusqu\u2019à l\u2019ombre de Dieu.Nulle doctrine ne lance un plus audacieux regard vers le monde angélique, ne scrute plus avant les secrets de l\u2019homme sensible.Ce n\u2019est donc pas saint Thomas qui se plaindra au Créateur de ce qu\u2019il a ainsi fait l\u2019homme matière et esprit.Le mal n\u2019est pas de ce que Dieu a uni en nous ces deux éléments, mais de ce que l\u2019homme en a brisé l\u2019harmonie par son péché.Et tout de même, quelle profonde confiance il réussit à garder en l\u2019humaine nature.Il déplore certes le déséquilibre introduit dans une sensibilité qui n\u2019est plus entièrement soumise à l\u2019intelligence.Mais il ne dirait pas, comme Luther et Calvin devaient l\u2019écrire plus tard, que le péché nous a rendus mauvais dans les moelles, qu\u2019il a corrompu notre nature d\u2019une façon totale.Un optimisme métaphysique lui fait répéter : pas plus l\u2019homme, qu\u2019aucune chose de la nature, ne peut perdre ainsi toute bonté.Aussi, enseignera-t-il audacieusement que la perte de la justice 298 Revue Dominicaine originelle n\u2019a pas pu corrompre l\u2019essence de notre nature qui reste bonne, et dont les inclinations profondes sont toujours orientées vers le bien.Mais, en même temps, « un robuste pessimisme moral », l\u2019opposera, pour toujours, aux théories de Rousseau sur « cette bonté de l\u2019homme qui rend légitime toute concession à ses premiers penchants ».Non, dit saint Thomas, si ce n\u2019est pas un mal d\u2019être homme, chacun cependant depuis le péché, porte certaines inclinations à faire le mal ; si notre nature n\u2019est pas mauvaise, elle garde ce qu\u2019on nomme l\u2019antique concupiscence un trouble dans l\u2019équilibre de sa chair et de sa pensée.Et ce fardeau héréditaire, avec toutes les faiblesses auxquelles il nous a déjà aidés à consentir, fait que nous avons tous à lutter contre les penchants défectueux ou viciés.Avec quelle bonhomie n\u2019est-ce-pas jugé l\u2019homme ?Le philosophe qui s\u2019entête à nous accorder une bonté de nature, et le moraliste qui sait discerner ce néfaste accident de naissance qui nous a marqués du péché, peuvent tout réclamer, en notre nom, au monde de la création et au monde de la grâce.Et en quelle façon, en saint Thomas, ils s\u2019entendent à le faire.La théologie, dans une telle doctrine, ne nous défend pas d\u2019aimer la terre, « cette planète dont nos âmes de béatifiés se souviendront », ne pouvait s\u2019empêcher d\u2019articuler Léon Bloy, devant l\u2019harmonie d\u2019un paysage de France.La grande règle qu\u2019elle impose à l\u2019homme dans sa communion à l\u2019univers c\u2019est d\u2019en respecter les lois.Elle enseignera même que la civilisation, la culture, l\u2019art « dévient et se corrompent s\u2019ils ne continuent pas l\u2019œuvre de la nature, s\u2019ils s\u2019isolent d\u2019elle ou lui font violence ».Et c est par son intelligence que l\u2019homme peut découvrir ainsi l\u2019idée divine dans les choses, la vérité pour laquelle elle est faite, et dont elle reste capable malgré le péché.Ce n\u2019est qu\u2019après avoir ainsi épuisé les ressources naturelles de notre humanité que saint Thomas lui montre comment elle peut se dépasser sous l\u2019action de la grâce gratuite Le sens des Faits 299 ft toute puissante.Mais, jusque là, touchante et audacieuse confiance qui lui fait dire que la grâce, dont nous avons besoin pour le moindre acte de vertu, la grâce qui doit nous déifier, ne détruit pas la nature mais seulement la perfectionne.Qui donc parla de l\u2019homme avec plus d\u2019amour, enseigna à le mieux comprendre, se montra plus indulgent à ses misères et conçut pour lui de plus nobles ambitions *?Quelle doctrine fut plus humaine ?Notre monde moderne est peut-être trop malade pour distinguer dans ses ténèbres la lumière qui pourrait encore le guider et le sauver, pour se remettre d\u2019un coup à l\u2019étude d\u2019une aussi saine philosophie.« Mais l\u2019essentiel, c\u2019est que la lumière passe parmi nous, et que ceux qui l\u2019aiment la reconnaissent» (Maritain).Raymond-M.Voyer, 0 .P.Le 25ième anniversaire du Devoir On nous confie de transmettre, en un comprimé de quelques pages, l\u2019écho d\u2019un événement rare, presque stupéfiant, au dire des plus anciens.« Songez-y donc ! nous disait-on récemment.Qu\u2019un journal du genre du Devoir ait réussi à prendre racine dans la croûte durcie de notre coin du pays, et soit encore exempt, à l\u2019âge de 25 ans, des « outrages » de la sénilité, n\u2019est-ce pas un fait symptomatique \u201c?N\u2019est-ce pas l\u2019indice d\u2019une évolution profonde dans la mentalité de notre peuple *?N\u2019est-ce pas la marque que nous commençons à acquérir un peu d\u2019esprit de suite et un peu de persévérance dans nos entreprises *?» N'ayant pas encore la prérogative d\u2019exploiter le souvenir, nous n\u2019oserions porter de notre chef un tel jugement, mais pour d'autres motifs, il nous semble que le 25ième anniversaire du Devoir n\u2019a pas assez retenu l\u2019attention du grand public et n\u2019a pas, sauf en quelques rares endroits, provoqué l\u2019expression franche des réflexions que suggère un tel événement. 300 Revue Dominicaine M.King \u2014 est-ce distraction, ou trahison de l\u2019âge?\u2014 se risqua à répondre à l\u2019interpellation d\u2019un député par l\u2019aveu qu\u2019il avait écrit un ouvrage sur le sujet agité: ce qui eut l\u2019effet de faire éclater de rire les deux tiers de la Chambre des Communes.Cet incident est révélateur.Si un auditoire censé représenter l\u2019élite du pays prise à tel point le labeur intellectuel, il y a lieu de se demander en vertu de quel manège cabalistique un journal faisant profession de n\u2019intéresser que « ceux qui pensent » a pu se maintenir pendant 25 ans.Chez nous mettre tous les jours sur le marché l\u2019équivalent d\u2019un petit volume, voilà une réussite qui n\u2019a rien de banal.A y bien réfléchir, elle déconcerte et demande des explications.On sera peut-être tenté de nous souffler que le Devoir n\u2019est guère lu.Nous répondons qu\u2019au contraire, il est beaucoup plus lu qu\u2019on ne le croirait.Le nombre de ses abonnés ne donne qu\u2019une idée inadéquate de celui de ses lecteurs.Il faut vivre dans une communauté pour se rendre compte que l\u2019unique exemplaire passe aux mains d\u2019une quarantaine de lecteurs.Et comme il a ses entrées dans toutes nos institutions, il est vraiment difficile d\u2019imaginer le nombre de ses clients et le rayonnement de son influence.Le Devoir est lu et intéresse, sans quoi il ne vivrait pas.Une bonne part de son succès tient à ce que, né d\u2019un idéal défini, il a mobilisé une équipe d\u2019hommes magnifiquement outillés, a confisqué égoïstement et sans jamais se dessaisir, au profit de notre cause à nous, tout leur temps, toutes leurs énergies, tous leurs enthousiasmes, toutes leurs qualités d\u2019esprit ainsi que leurs dons artistiques.Et ces hommes, dont le travail eût obtenu ailleurs de riches traitements, se sont prêtés à ces continuelles exactions, dans l\u2019unique dessein de servir une cause.Si on en veut avoir quelqu\u2019idée, qu\u2019on lise la confession si sincere qu\u2019ils ont publiée à leur insu dans l\u2019édition spéciale Le sens les Faits 301
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