Revue dominicaine, 1 janvier 1936, Janvier
[" REVUE DOAÎNiCMNE CIGARETTES SWEET CAPORAL \"La forme la plus pure souslaquelle le tabac peut être fumé\".jÇancet Réclame de la Division de Québec Imperial Tobacco Company of Canada, Limited REVUE DOMINICAINE 1936 (XLIIe année) Directeur R.P.M.-A.Lamarche, O.P.Conseillers PR.PP.Ceslas Forest, Benoît Mailloux, Raymond-M.Voyer, Thomas-M.Lamarche, Albert Saint-Pierre, O.P.Auctoritatum permissu ABONNEMENTS Canada: $2.00 ; Etranger: $2.25 ; Avec le Rosaire: 25 sous en plus ; Le numéro: 25 sous.L\u2019Œuvre de Presse Dominicaine 5375, Av.N.-D.de Grâce Montréal wmmmmmmmm «I RÉFRIGÉRATION UNE EPARGNE l> .pour satisfaire toutes les exigences La Réfrigération G.E.à air conditionné ne ressemble en aucune façon aux autres modes de réfrigération qui ont pu avoir leur utilité par le passé.C\u2019est une innovation entièrement originale, devisée par la pins grande Institution d\u2019électricité au monde, en vue de satisfaire les demandes les plus exigeantes.Non seulement elle produit une température basse constante et scientifiquement réglée, mais elle maintient en pins l\u2019humidité.Un courant d\u2019air humide et frais circule en permanence dans l\u2019appartement à raison de cinq tours à la minute, ce qui assure les conditions les plus favorables à la conservation des aliments, au maintien de la fraîcheur aux fleurs récemment cueillies, etc.Partout donc où il est question de réfrigération, de quelque exigence qu\u2019il s\u2019agisse, consultez le spécialiste de la Réfrigération G.E.CANADIAN GENERAI ÆCTRIC COMPAN\tMtTED Janvier 1936 Sommaire K.P.M.-A.Lamarche, O.P.Notre américanisation R.P.Raymond-M.Voyer, O.P.L\u2019Américanisme et notre vie religieuse R.P.Edmond Gaudron, O.F.M.Chronique de philosophie M.Gérard Parizeau Les cordons de la bourse Jle Sens des Saits La Société d\u2019Etude et de Conférences, par Mme Annette Lasalle-Leduc.\u2014L\u2019Œuvre de Juvisy, par le T.R.P.M.-D.Chenu, O.P.JS9 S s prit des Jlivres Ter Haar : Casus concientiœ (R.-M.B.) Roy-Brault : Gaspé depuis Cartier (A.-G.A.) Lajoie : Mère Marie de la Nativité (H.-M.H.) Germain : Les récits de la Crèche (L.-G.B.) Acta Acad.Pont.8.Thomœ (L.-M.G.) Ducattillon : Le vrai et le faux patriotisme (M.-A.L.) Renaudin : Marie de l'Incarnation (R.D.) J l A.Janin &Compaqnie Limitée EATONS sé^épaLeî 1460 OÜCJT, SHERBROOKE Montreal ¦rtjjl\u2014 BU|*eali-.57 Jt.JacqUes, 0.Ret: 4030 .Marlolue ywmault notoire HA.5020 de.7752 HGCnTWMGE tollmen OBLIGATION RSm?fnCfTIBRCT dele BOÜME et du çürb Je fnoriTRCpL MA.5761 Upepeipn COP^'TY Wtse\u2019i 49*51 oüeît,S*JatqljeY Fltzroy 4849 Lfunpionî CIERGEî CPDElLEt A.D.1896 IIJÎTpLLpTIOIl de; pLüf pi ODE RDE FpBRIQÜOriS toute; QÜpLlTEÎ etfORflW de CICRGC5 et CHMDéLLeS fourntMhri «n P*reiDaiwnictmf * Sr!(f 6369, BEpULIÉU\tMONTREAL ¦S\u2014I GIARLAND & CHARLAND -= AVOCATS =- PL .2673 «57 Ou«st,St.Jacques T Notre américanisation Si notre américanisation par divers agents propagateurs : presse, radio, cinéma et le reste, est un fait de notoire évidence, nos abonnés peuvent se demander à quoi rime dans ce cas une enquête formelle, ou une simple étude à compartiments comme celle que leur offrira cette Revue durant le cours de Vannée mil neuf cent trente-six \\ Les choses les plus évidentes, comme la couleur d'un mur familier, sont précisément celles qu'on scrute le moins.Les influences les plus persistantes, comme celle du climat, sont celled qui provoquent le moins de réaction, excepté parfois quand l\u2019individu se sent en péril de mort.S\u2019agit-il d\u2019influence dite américaine, les intéressés déjà atteints ou menacés par la con-> tagion sont les derniers à s\u2019en apercevoir, partant à réagir.D\u2019où la nécessité de mettre en relief l\u2019étendue et la gravité du fait, en recourant moins aux descriptions d\u2019ensemble qu\u2019aux signalements concrets, voire aux statistiques, puisque celles-ci, fournies par des offices qui n\u2019ont pas d\u2019intérêt ci se tromper, ne laissent aucun doute dans l\u2019imagination même.Par exemple, et sans trop anticiper, qui ne voit que les récentes conventions douanières nous réservent des surprises en ce qui concerne l\u2019afflux chez nous du 1.Sauf additions ou interversions opportunes, ce travail d\u2019ensemble exposera tour à tour les faits et méfaits de « notre américanisation » par : les influences religieuses (présent numéro), le journal, le magazine, le cinéma, le théâtre, la radio, le tourisme, le sport, l\u2019industrie et les affaires.Le choix des correspondants \u2014 laïques pour la plupart \u2014\u2022 sans être complété, indique déjà que toutes informations touchant ce problème seront prises de visu. Revue Dominicaine journal et du magazine américains.Cependant le simple exposé des faits dans leur matérialité massive ne suffit pas.Il faudra, par des détails significatifs, en faire saillir les conséquences de ce point de vue culturel qui englobe tout : discipline de l\u2019esprit, langue et style, goûts artistiques, morale et religion1.Ne parlons pas ici de tournant dangereux ni même, à la suite de Daniel-Rops, d\u2019années tournantes.Il s\u2019agit d\u2019un encerclement de longue date auquel nos campagnes elles-mêmes n\u2019échappent pas en entier.On tourne, je vois bien ça, mais à l\u2019intérieur de ce cercle qu\u2019il faut briser, si la survivance nationale est en jeu.Que nos écrivains se fassent les éducateurs de l\u2019opinion en signalant avec vigueur et clarté le danger de l\u2019américanisme sous toutes ses formes.Danger des féeries trop sensibles, des productions sans mystère parce que sans pensée.Danger de ces divertissements faciles, véhiculés chez nous, de ces plaisirs fugaces, épidermiques, obtenus sans la moindre tension intellectuelle : art et façons de vivre où tout s\u2019absorbe par les sens, au lieu de contraindre l\u2019esprit à gagner sa satisfaction par l\u2019angoisse de sa recherche et la ténacité de son effort.Menace d\u2019autant plus directe que l\u2019esprit oisif du Canadien français court au-devant 1.Les réponses à notre enquête de 1934 : idées et préoccupations intellectuelles et religieuses chez nos professionnels, ont montré jusqu\u2019à quel point nos écrivains laïques réservent leur jugement en matière de religion.Quiétude des temps passés, pudeur instinctive, timidité, respect humain, un peu de tout cela retient leur plume.Pour prévenir des manques possibles, et sans restreindre la liberté de chacun, nous avons sollicité du R.P.Voyer l\u2019article suivant, sur les infiltrations d\u2019un catholicisme à l\u2019américaine à travers notre propre catholicisme.2 Notre américanisation d\u2019elle, et c\u2019est alors seulement qu\u2019on le voit courir.Qui ne fut témoin de ce manège journalier : jeunes filles à peine sorties du pensionnat, où résonnait la saine musique, fermant le radio aux émissions classiques ou semi-classiques, pour « prendre » une mélopée de l'impudique « crooner » puissamment dénoncé par S.E.le Cardinal O\u2019Connell.« Mettre en garde contre les mauvaises influences, dénoncer les bonnes à l'attention et aux choix de ceux qui veulent garder à nos concitoyens la vie morale et la vraie beauté, voilà le service qu\u2019on attend de vous », écrivait à son tour le cardinal Verdier en s\u2019adressant à « Choisir », grand journal parisien du cinéma et de la radio \\ Mais cette éducation de l\u2019opinion exige en supplément l\u2019action organisatrice.Vue l\u2019extrême difficulté d\u2019obtenir des réactions individuelles contre un mal favorisant la sensualité et la paresse, il faut que les mesures proposées soient d\u2019ordre social.Autrement, vous n\u2019empêcherez jamais tel ouvrier, tel bourgeois, de fréquenter pour raisons de commodité le cinéma le plus voisin ; pas plus que vous n\u2019empêcherez l\u2019éplièbe inquiet, désoeuvré, d\u2019acheter ces magazines ci rutilante couverture tapissant nos kiosques, où s\u2019exhibe avec un soupçon de draperie la dernière pose d'une actrice, où l\u2019on raconte en détail sa vie stupéfiante, dans le sens le plus littéral du mot, et toutes les circonstances vraies ou supposées de son dernier divorce.C\u2019est bien le cas de répéter la maxime : on ne détruit que ce qu\u2019on remplace.Parce que les mesures d\u2019ordre social, les entreprises d action, sont délicates à préciser et d\u2019ailleurs pleines de risques, 1.Sept, 8 novembre 1935.3 Revue Dominicaine nous choisirons comme correspondants, sinon des spécialistes, du moins des hommes que leur expérience, leurs contacts, leurs études antérieures, prédisposent à ce genre d\u2019examen.Si une telle étude doit s\u2019orienter vers l\u2019action, c\u2019est qu\u2019en réalité il s\u2019agit d\u2019une vie à enrayer plutôt que d\u2019une doctrine à combattre.Il n\u2019y a pas de théorie de Vaméricanisation comme il y eut en 1849 une théorie de l\u2019annexion.Mais l\u2019annexion morale-vers laquelle nous sommes entraînés commande la résistance sur tous les fronts d\u2019abord ; puis, un programme d\u2019action positive autrement vaste (bien que la politique y puisse contribuer pour beaucoup ) que celui de Lord Elgin et de ses ministres tenant tête au mouvement.C\u2019est à une oeuvre de réfection sociale que la Revue Dominicaine désire apporter sa part, une part qui peut être considérable, pour peu que le grand public s\u2019y intéresse.Si elle revêt aujourd\u2019hui cette toilette coûteuse, ce n\u2019est pas pour dire aux passants devant l\u2019étagère : Regardez-moi, mais : Lisez-moi ! .Je ne saurais clore cette présentation sans remercier nos collaborateurs, en particulier ceux qui apportèrent à la « Question juive » des éléments de solution fondés en doctrine et en partie suggérés par l\u2019histoire.Sans doute il a fallu remonter bien loin dans le passé ; les premiers articles n\u2019offraient guère de liaison apparente avec le problème tel que posé devant nous ; mais ce rappel de Vattitude de l\u2019Eglise au cours des siècles indiquait l'esprit qui doit dominer nos rapports avec les ennemis du nom-chrétien.Déjà le texte du T.R.P.Mailloux : « Saint Thomas et les Juifs », s\u2019appuyant en outre sur l\u2019histoire la plus récente d\u2019Israël, porte « qu\u2019un certain nombre de mesures gouvernemen- 4 Notre américanisation tales non seulement défensives, mais de plus préventives, apparaissent nécessaires contre la minorité juive ».Finalement, les articles du T.R.P.Forest \u2014 une longue patience \u2014 traitent de la Question juive au Canada, sans en rien escamoter.Aussi des témoignages d\u2019entière satisfaction nous arrivent chaque jour de la part de gens honnêtes, soucieux de poursuivre les revendications nationales sans déni de justice ni de charité.M.-A.Lamarche^ O.P.5 L américanisme et notre vie religieuse Cette question n'est que la première d\u2019un certain nombre que la Revue Dominicaine se posera cette année sur l\u2019influence américaine au Canada français.Et ce n\u2019est pas la plus facile.Une influence religieuse ne se mesure pas à coups de statistiques.Il ne suffit pas non plus de s\u2019en tenir aux œuvres essentielles, comme on le fait du point de vue scientifique et artistique, lorsqu\u2019il s\u2019agit d\u2019apprécier la pensée ou le goût d\u2019une époque.C\u2019est que la religion d\u2019un peuple n\u2019est pas, comme la science et l\u2019art, le domaine réservé d\u2019une élite, et ne peut être retrouvée entière dans les ouvrages de ses maîtres.Surtout, lorsqu\u2019il s\u2019agit de juger d\u2019une influence religieuse toute de l\u2019actualité, est-ce jusqu\u2019au geste de la plus bumble prière, aux aspirations obscures des âmes qu\u2019il faut étendre son observation, pour comparer, dans la vie concrète, les jugements de valeur morale qu\u2019on y formule, et plus encore peut-être ceux qu'on ne formule pas, mais auxquels on obéit en silence, sinon inconsciemment.Et ce devrait être particulièrement vrai d\u2019une influence religieuse à l\u2019américaine.Aux Etats Unis, plus que partout ailleurs, il semble que la pratique prime sur l\u2019idéologie, que la vie n\u2019ait son plein sens qu\u2019en langage de l\u2019action et des réalisations concrètes.Et même, s\u2019il arrive qu\u2019après coup l\u2019on veuille réduire en formules une attitude apparemment réfléchie, cette traduction n\u2019est plus comprise, elle fait l\u2019effet, aux intéressés 6 L\u2019américanisme et notre vie religieuse eux-mêmes, d\u2019une langue étrangère.Nous l\u2019avons bien vu dans la condamnation par Léon XIII de VAméricanisme.Cette hérésie américaine avait été signalée de la France, et transcrite à Rome en termes de théologie.Eh bien, les évêques catholiques des Etats Unis ont eu beaucoup de peine à reconnaître dans ces formules quelque chose de la vie de leur peuple et de leurs directions spirituelles.Il a fallu cet effort aux Américains eux-mêmes pour reconnaître sous les mots quelques traits seulement, parmi les plus accusés, puisque exagérés, de leur vie religieuse.Et nous voilà en frais de découvrir jusqu\u2019aux lignes les plus dissimulées de cette marque étrangère dans notre vie à nous ! Car l\u2019américanis-ine dont nous recherchons les influences est loin de se réduire aux cinq ou six points de l\u2019hérésie cataloguée sous ce nom par Rome.Ce n\u2019est pas, en comparaison de ces erreurs, un jugement sur notre propre orthodoxie que nous voulons prononcer.Il pourra se faire que nous touchions au passage à ces positions extrêmes du catholicisme américain, mais comme à des conséquences d\u2019une mentalité, d\u2019un état général d\u2019esprit qui seul nous intéresse.L\u2019américanisme, pour nous comme pour tous les autres peuples, c'est sans doute une manière de faire et de penser caractéristique de nos voisins ; ce qu\u2019ils ont mis de leur âme, dans des gestes et des idées que nous retrouvons, en substance, partout ailleurs ; quelque chose qui serait à leur v\u2019e ce que peut être leur accent à la langue anglaise qu'ils parlent.Mais c\u2019est aussi plus Que cela.La marchandise est américaine, du seul fait qu\u2019elle nous vient de l\u2019autre côté de la frontière, quand même elle ne 7 Revue Dominicaine différerait en rien de celle qui se fabrique en d\u2019autres pays.Ce serait déjà une américanisation financière, économique ou intellectuelle, si pour ces denrées diverses, nous nous alimentions aux Etats Unis.N\u2019y aurait-il pas ce même aspect à considérer d\u2019un américanisme dans notre vie religieuse ?Dès lors, avant de nous demander si notre catholicisme est américain de manière et d\u2019esprit, n\u2019importe-t-il pas de nous poser cette autre question : jusqu\u2019à quel point les divers éléments qui constituent la vie religieuse aux Etats Unis, paganisme, protestantisme aussi bien que catholicisme, ont-ils pénétré chez nous, dans quelle mesure nous sommes-nous alimentés, en ces matières, chez nos voisins ?I ) Les influences de l\u2019une ou l\u2019autre religion américaine Les contagions II est convenu de parler de religions païennes, du paganisme Elles ont pu sous leur forme primitive mériter ce titre : c\u2019était le polythéisme.Le paganisme que l\u2019on retrouve aux Etats Unis est loin, au moins en théorie, de ces cultes organisés.Il se donne même pour un athéisme.Il a peut-être, en fait, renié plusieurs des dieux antiques, mais pour les remplacer par d\u2019autres plus modernes, non moins nombreux et aussi servilement adorés.Pour cette raison, on l\u2019appelle le néo-paganisme américain.Les statistiques officielles comptent 50 millions de ces paiens nouveau genre dans la grande république.Ce nombre formidable de négateurs du Dieu des chrétiens, dans un pays où ceux-ci déploient une grande activité, représente 8 L\u2019américanisme et notre vie religieuse une force antagoniste qui ne peut être indifférente ou neutre.Us n\u2019v mènent pas sans doute la lutte antireligieuse ouverte et calculée dont on est témoin en Russie et au Mexique, si ce n\u2019est peut-être quelques sectes plus agressives.Cette action paienne n\u2019y est pas moins réelle, particulièrement redoutable, parce que anonyme, diffuse, multiforme.Ses organes principaux sont le journal, le magazine et le cinéma.La marchandise colportée, est toujours la même : une vie morale dévaluée, l\u2019idéal humain réduit à un égoisme jouisseur, un matérialisme abject des sentiments individuels et des ambitions sociales.C\u2019est aussi une marchandise d\u2019exportation.Et, le Canada en a été un des principaux débouchés, quoique, \u2014 ce qui nous importe moins ici, \u2014 il n\u2019en ait pas été le seul.C\u2019est un fait connu, proclamé, dénoncé : les magazines américains remplissent nos kiosques, les réclames cinématographiques couvrent les affiches de nos théâtres.Faut-il en conclure tout de suite que nous sommes, de ce point de vue, américanisés ?On ne pourrait sans doute être plus exposé au danger.Cependant, la possibilité, si grande soit-elle, n\u2019est pas le fait.Pour répondre avec exactitude, il faudrait nous poser auparavant ces autres questions : un paganisme aussi accusé ne nous est-il pas concurremment apporté d\u2019ailleurs ?ne l\u2019accueillons-nous pas, de ceux-ci ou de ceux-là, parce que les mêmes causes qui l\u2019ont fait naître en d\u2019autres pays l\u2019avaient déjà engendré chez nous ?et puis, à supposer que cette contagion américaine ait été de première main et à nulle autre pareille 1 avons-nous subie au point de pouvoir parler d\u2019une américanisation ?9 Revue Dominicaine Une analyse psychologique nous renseignera ici beaucoup mieux que ne sauraient le faire toutes les statistiques, toujours superficielles à la vie.La méthode d\u2019analyse nous permet en plus de localiser les recherches sur un seul point : notre condition exacte au point de vue religieux.Le travail consiste alors à étudier les notes caractéristiques de la contagion paienne dont nous pouvons souffrir.Elles nous révéleront son lieu d\u2019origine.Le naturalisme français par exemple est bien différent du racisme allemand, et l\u2019un et l\u2019autre se distinguent en plus d\u2019une façon du matérialisme américain.Si c\u2019est là toujours du paga^ nisme, à quoi reconnaître plutôt, chez nous, une influence des Etats Unis ?Quel paganisme laissons-nous paraître ?Il y aurait d\u2019abord un naturalisme.Autre chose certes que le naturalisme en art ou en littérature de certaines écoles françaises ; nous avons encore trop peu appris à observer la nature pour lui demander toute notre inspiration.Rien non plus qui se rapprocherait de la mystique allemande des forces physiques, ou du matérialisme scientifique russe.Le naturalisme s\u2019insinue chez nous, non dans les idées ou dans la culture scientifique et artistique, mais dans la vie.Il se manifeste dans une lassitude de l\u2019effort vers le surnaturel, et une recherche de plus en plus disposée à se satisfaire de la conquête d\u2019un coin de la terre : l\u2019aisance matérielle, sinon la richesse.La foi n\u2019est pas perdue, mais elle n\u2019a plus de lumière.Il faut observer jusqu\u2019à quel point se referment, sur les préoccupations habituelles, les perspectives supraterrestres, et comment l\u2019échelle des valeurs a été réduite aux mesures humaines 10 L\u2019américanisme et notre vie religieuse de la respectabilité et de la réussite.Sans apprécier encore l\u2019étendue du mal, reconnaissons dans ce fléchissement d\u2019une nature qui s\u2019affaisse sur elle-même, les conséquences normales sans doute d\u2019une anémie religieuse, où la foi ne sait plus se renouveler et la pratique dépasser la routine.Mais si le vide que laisse une diminution de la foi est toujours le même, l\u2019orientation que prennent alors les forces naturelles libérées diffère selon les époques et les milieux.Et comment nier que le naturalisme dont nous sommes travaillés ne soit d\u2019inspiration américaine, marqué du même signe du dieu-dollar, orienté vers le même confort matériel, pétri du même égoisme jouisseur ?Ce pragmatisme utilitaire, il y a longtemps qu\u2019on l\u2019a donné pour une caractéristique de la vie américaine.On ne le trouve pas ailleurs dépouillé à ce point de critique intellectuelle, voire de mystique.Tl nous sollicite en plus avec une insistance que ne justifient pas les pertes, si grandes soient-elles, enregistrées chez nous au bilan de la foi.Il nous vient donc du dehors, de l\u2019autre côté de la frontière.Avec ce naturalisme, nous est venu aussi le paganisme de la morale.Et ce n\u2019est peut-être pas exactement cette morale paienne, dégradée, que l\u2019on signale dans les conceptions de l\u2019amour et du mariage, reçues dans notre meilleure société.Il en est une autre qui va à l\u2019encontre d\u2019une vertu encore plus haute de la morale chrétienne, et qui a le mérite en plus de révéler une influence plus spécifiquement américaine.Aucun doute que nos notions de justice ont été profondément modifiées, en ces vingt dernières années, par la spéculation à laquelle nous ont initiés n Revue Dominicaine nos voisins.Nous ne sommes pas les seuls à avoir été contaminés.Notre mal, pour être partagé, n\u2019en est pas moins réel, et loin de le diminuer, cet asservissement du monde, par la morale de l\u2019argent, nous impose davantage ses lois.On les connaît ces lois : faire travailler l\u2019argent ; remplacer le labeur productif par la spéculation ; pousser à l\u2019inflation des valeurs boursières ; provoquer, par des manœuvres déloyales, par la diffusion de fausses nouvelles, la hausse ou la baisse des titres ; s\u2019enrichir vite ; amasser les richesses dans les mains d\u2019un petit nombre.C\u2019est tout le code de Wall Street, appris à la lettre par les magnats de la finance, et dont le moindre commerçant possède les principes essentiels.Quel sens de la justice peut survivre chez un peuple qui s\u2019est rué, avec cette frénésie, à la richesse demandée uniquement à l\u2019audace et la chance ?Quel respect de la propriété peut subsister ?Aussi, faut-il entendre les plaintes de ceux qui ont des crédits.Les dettes ! un vieux mot, une vieille chose oubliée qui n\u2019empêche plus de dormir, qui ne change rien au train de la vie.Le confort, le plaisir de luxe lui-même, telle est la première obligation, celle qui est due, en réalité, à l\u2019impérieux appétit de jouissance, à l\u2019appréciation paienne du bien terrestre.On s\u2019étonnera peut-être de nous voir assombrir à ce point le tableau.Eh bien, nous avouons avoir été le premier surpris d\u2019v être contraint.Nous ne nous attendions vraiment pas, lorsque nous avons commencé à ramasser les faits, à réfléchir à certaines conséquences, que l\u2019addition de tous les signes de déchéance donnerait ce résultat inquiétant.Nous reconnaissons, bien sûr, qu\u2019il reste à notre organisme des parties saines, assez peu 12 L\u2019américanisme et notre vie religieuse atteintes du moins par la contagion.Encore, quand on veut les localiser, faut-il s\u2019en tenir à une seule classe, celle qui, à la campagne, vit de la terre.On retrouve là une vie chrétienne sincère, avec le lot commun sans doute des pécliés capitaux, mais avec une foi religieuse vive et proportionnellement plus éclairée que partout ailleurs.La population de nos villes grandes et petites, nos classes industrielles, acceptent de plus en plus chaque jour, des points de vue paiens, dans la vie individuelle et sociale, sur la conscience, le bonheur, la responsabilité, le mariage, l\u2019éducation : toutes choses fondamentales.Il subsiste bien à travers tout cela une pratique de vie chrétienne, une étonnante soumission aux directions de l\u2019Eglise catholique.Mais à quoi cela tient-il ?Evidemment à des souvenirs religieux trop anciens pour qu\u2019ils ne survivent aux négligences de la première génération.Mais cela tient aussi à une paresse des intelligences, qui préfèrent accepter l\u2019illogisme d\u2019une vie catholique où le Dieu chrétien n\u2019occupe plus guère de place.Avec la moitié de certaines déchéances morales, dont nous sommes témoins chez nos gens, le Français, plus logique, se croirait déjà obligé d\u2019en appeler à une théorie contre l\u2019Eglise et contre Dieu.Nous n\u2019insistons pas davantage sur ce point.Nous ne sommes pas chargé de prêcher, mais de constater.Il nous est impossible toutefois de 11e pas conclure à la nécessité d\u2019un travail dans le sens de la rechristianisation.Nous avons bien eu, ces dernières années, écrit à l\u2019encre rouge et à l\u2019encre noire, le long des routes, sur les murs des gares, des écoles, et jusque des églises, le mot refrancisons.C\u2019était une louable campagne.Mais s\u2019il fallait qu\u2019en Revue Dominicaine prêchant la fidélité à la langue gardienne de la foi, nous oubliions de prêcher la foi elle-même, et que nous laissions notre peuple professer un jour l\u2019irréligion en français .Il faut avouer en toute sincérité que l\u2019anglicisme ou la mauvaise construction française, nous chagrine beaucoup moins, quand il nous arrive \u2014 expérience récente \u2014 de l\u2019entendre dénoncer par celui qui, l\u2019instant d\u2019avant, nous faisait ses naives sorties en faveur de l\u2019amour libre.Ceux-là au moins, qu\u2019un auguste devoir rend directement responsables des âmes, ne pourront pas ne pas être particulièrement sensibles à celle des « infiltrations étrangères » qui pousse notre peuple à la trahison de son Dieu.Une seule chose pourrait nous consoler, sur ce sujet que nous venons de traiter, ce serait qu\u2019on n\u2019eût pas réellement à craindre tant que cela l\u2019influence du paganisme américain.Mais si les faits nous donnent raison, une seule colère alors reste permise, celle qui nous élèvera contre les ennemis de Dieu et de l\u2019âme de nos frères.Les propagandes II y a peu de choses à dire de l\u2019influence protes-du protestantisme tante américaine.On n\u2019en trouve guère de trace dans notre vie religieuse.Des individus isolés, ici et là dans la Province, surtout dans les régions proches des frontières, ont pu se laisser gagner à la religion protestante.Encore, l\u2019apostasie était-elle due, dans ce cas, à une autre cause, en réalité, qu\u2019à une influence étrangère ; par exemple, une difficulté avec son curé, un mariage mixte, ou la fréquentation d\u2019écoles ou d\u2019églises protestantes trouvées seules dans le voisinage.Les sectes elles-mêmes 14 L\u2019américanisme et notre vie religieuse qu\u2019on a vu, de temps à autre, grouper de nos compatriotes apostats, si elles ont été encouragées et soutenues dans la suite par les églises américaines, ne leur devaient pas leurs origines.Ce n\u2019est pas pourtant que le protestantisme nous ait totalement négligés dans sa propagande.Elle s\u2019est faite, selon les époques, plus ou moins active.Pendant longtemps les organisations protestantes du Canada ont semblé s\u2019être réservé un monopole.C\u2019était alors la brochure et le feuillet mobile, jetés par ballots dans les gares, semés sur les banquettes des wagons, colportés aux portes, distribués sur la rue ou à la sortie des réunions publiques.Mais, le magazine américain a paru, qui s\u2019est fait le véhicule, aussi bien des doctrines protestantes que des provocations à la morale chrétienne, avec cette différence que le paganisme des mœurs pouvait seul, et avec quel profit, utiliser le concours de l\u2019image.C\u2019est la radio qui devient aujourd\u2019hui le redoutable organe du protestantisme.Par cet agent de publicité, c\u2019est jusque dans le silence du plus humble foyer que se font entendre, non seulement les réclames de la feuille de propagande mais encore le prêche du ministre et les chants des cérémonies protestantes.Cependant il s\u2019agit de propagande positive, sans attaque directe, du moins à notre connaissance.Plusieurs raisons, moins consolantes les unes que les autres expliquent que nous ayons résisté et promettions, à la vérité de rester à peu près insensibles à cette influence religieuse.C\u2019est d abord qu\u2019une propagande protestante, plus rapprochée, nous a depuis longtemps mis en éveil et obligés à nous immuniser doublement contre ses sollicitations.Le protestant chez nous 15 Revue Dominicaine c\u2019était aussi l\u2019Anglais, et le même réflexe de défense nous était commandé, pour nous protéger contre ses idées religieuses, reconnus comme une menace pour notre caractère français aussi bien que pour notre foi.Nous avons gardé vis-à-Ads des avances du protestantisme américain la même attitude soupçonneuse, lui opposant du même coup notre peu de familiarité pour la langue anglaise qu\u2019il parlait.Enfin il a toujours été assez évident que le dépit, plus qu\u2019une attirance réelle, a fait, chez les nôtres, les quelques conversions au protestantisme, vraiment conscientes, qu\u2019on a pu enregistrer.Et il devient non moins manifeste que, avec la diminution de l\u2019esprit religieux, une désertion du catholicisme conduit plutôt à rien \u2014 à un athéisme pratique \u2014 qu\u2019à une religion diminuée.Les prêts\tRestons ici au strict point de vue où nous nous du catholicisme sommes placé dans la première partie de cette étude.Et alors, cette question précise : nos coreligionnaires des Etats Unis nous ont-ils fait bénéficier des ressources du catholicisme qu\u2019ils ont, chez eux, puissamment organisé et fortifié ?Y aurait-il eu, en cette matière, des importations américaines, en hommes, littérature, secours moral, qui nous rendraient redevables à nos voisins d\u2019une part de nos richesses catholiques ?Tl semble bien que, sans risque d\u2019être ingrats, nous pouvons répondre par la négative.C\u2019est plutôt le Canada français qui a donné des centaines de ses prêtres, pour le travail apostolique au Etats Unis non seulement auprès des nôtres émigrés là bas, mais encore auprès des populations de toute langue et même de toute 16 L\u2019américanisme et notre vie religieuse couleur.S\u2019il nous est venu quelques prêtres américains, que nos maisons d\u2019éducation réclamaient ou accueillaient comme professeurs de langue anglaise, on ne peut pas dire que le clergé américain, d\u2019origine irlandaise en particulier, a soutenu, même seulement du point de vue moral, l\u2019effort catholique de la française province de Québec.Il a pu exister des sympathies sincères, franchement apostoliques souvent, entre des membres de ce clergé, et parmi ses plus dignes représentants.Des travaux à large portée disciplinaire et doctrinale, comme le concile de Baltimore par exemple, ont pu avoir une répercussion bienfaisante sur notre pays.Mais de véritable collaboration, constante et efficace, il n\u2019y en a pas eu, en ce sens au moins que, loin de nous avoir alimentés catholiquement, c\u2019est de nous que les Etats Unis ont reçu pour un bon cinquième de leur vie catholique.Dans la suite, précisément à cause de ce contact de nos prêtres avec le clergé américain, nous avons pu importer des manières et des méthodes en vogue chez nos voisins.C\u2019est là une autre histoire, qu\u2019il est temps de raconter.II) Les influences nu catholicisme à l\u2019américaine Un jugement général Est-il nécessaire de prévenir que cette qui s impose\texpression ne veut pas avoir, sous notre plume, un sens désobligeant, du moins en tout ce qu\u2019elle veut couvrir.Xous nous hâtons en tout cas, quand ce ne serait que pour acquît de conscience, de protester contre le parti pris hargneux de ceux qui ne veulent rien trouver de bon dans les méthodes apostoliques 17 Revue Dominicaine adoptées par nos coreligionnaires des Etats Unis.De la même façon, s\u2019il nous arrive de condamner celles de ces méthodes, reconnues préjudiciables aux intérêts religieux, ce sera toujours avec l\u2019assurance que loin d\u2019être là bas d\u2019une pratique communément ou uniformément acceptée, elles furent parfois aussi sincèrement réprouvées dans certains centres catholiques américains qu\u2019elles pouvaient l\u2019être chez nous.Et maintenant, de notre point de vue canadien, le meilleur américanisme de ce genre ne doit-il pas être considéré comme un mal, pour cela seul qu\u2019il nous vient de l\u2019étranger, qu\u2019il a le tort de nous faire perdre notre manière ?La question ainsi posée \u2014 selon sa formule habituelle à peu près littérale \u2014 met en cause des principes que nous n\u2019avons pas le temps de discuter ici.C\u2019est se demander, en somme, si un organisme, social ou autre, ne doit pas plutôt vivre de sa propre substance, que de chercher au dehors des enrichissements qu\u2019il aura à assimiler.Le problème alors devient celui-ci : ne vaut-il pas mieux vivre pauvrement, et même mourir, en gardant, avec tous ses défauts, ses qualités originales, que de tenter de se débrouiller et de prospérer, en adoptant d\u2019un autre la manière qui lui a réussi ?Libre à chacun, quand des intérêts personnels sont seuls en cause, d\u2019opter pour la fierté du premier sacrifice, si toutefois on est assuré qu\u2019il n\u2019y entre pas une suprême paresse.Mais c\u2019est autre chose quand il s\u2019agit du salut des âmes et des intérêts de Dieu, comme il arrive ici.On n\u2019a plus le droit alors de donner la préférence à sa fierté nationale, en regardant comme indigne une méthode apostolique, qui a le prétendu tort d\u2019être américaine, mais 18 L\u2019américanisme et notre vie religieuse aussi le grand mérite d\u2019être plus efficace que le moyen par nous inventé, ou reçu avec le commun bagage des routines.On ne tiendrait tout de même pas, par exemple, pour rester fidèle au genre oratoire classique français, à donner le sermon en trois points et exorde proportionné, aux messes qui se disent à une heure d\u2019intervalle, dans nos grandes églises des villes, le dimanche.Le petit sermon de dix minutes, incisif, dynamique, dans l\u2019esprit américain, est le seul possible.Yaudra-t-il mieux ne pas prêcher du tout que de sacrifier ainsi à la méthode expéditive ?La manière américaine n\u2019a peut-être pas toujours, sur d\u2019autres procédés étrangers, le facile avantage que met en valeur ce dernier exemple, et on doit avoir assez l\u2019impression déjà que ces pages ne tendent pas précisément à une naïve apologie de l\u2019américanisme.Une béate admiration pour toute méthode américaine, sur ce point comme sur les autres, serait aussi enfantine et téméraire que peut manifester d\u2019étroitesse le parti pris dénoncé plus haut.Mais nous voulons \u2014 et c\u2019est une loyauté envers les catholiques américains, aussi bien qu\u2019une garantie pour le jugement à porter sur leur influence \u2014 qu\u2019on les comprenne d\u2019abord, et qu\u2019on accepte de mettre la question de la foi au dessus de toute autre considération.C\u2019est sous cet angle seul qu\u2019il nous appartient de juger du catholicisme à l\u2019américaine.En apportant à la chose religieuse le sens pratique qui les caractérise, nos voisins ont-ils réussi une adaptation qui plie les circonstances aux exigences du catholicisme, ou plutôt celui-ci aux circonstances ?Et lorsque nous acceptons de les imiter, en quel sens nous efforçons-nous à notre tour d\u2019être pratiques ?Voilà, une fois pour toute, la norme d\u2019un 19 Revue Dominicaine jugement sur notre américanisme catholique.Il nous reste plus qu\u2019à retracer, dans notre vie, le fait même de cette influence.Contre la routine Nos voisins nous ont rendu, sur ce point, des oeuvres d\u2019appréciables services.Ils nous ont appris diverses méthodes, pour le travail qui s\u2019impose, dans l\u2019oeuvre religieuse, en outre du ministère sacré proprement dit.Pour commencer par la plus matérielle, celle de la finance, que de procédés nos paroisses des villes surtout ont empruntés aux américains : méthodes de comptabilité qui sauvent du temps, initiatives qui rapportent de l\u2019argent.Quelle œuvre religieuse, de paroisse ou autre, obligée de s\u2019assurer des revenus considérables, pourrait aujourd\u2019hui y suffire, si ses dirigeants voulaient s\u2019en tenir aux méthodes de jadis.C\u2019est encore l\u2019exemple de nos voisins qui nous a décidés, aux prix de quelles hésitations ! à sortir l\u2019œuvre apostolique de l\u2019église et de la sacristie, pour la porter sur le terrain où elle avait son unique chance de prendre contact avec des âmes qui nous échappaient autrement.On s\u2019en tenait, il y a quelques années, à la Congrégation, qui réunissait à tour de rôle son groupe, mais en quelle proportion pour la masse représentée des jeunes gens, des hommes mariés ?Et ceux qui ne venaient pas, qu\u2019on savait devoir ne jamais venir à cette congrégation, les moins bons ou se donnant comme tels, et qu\u2019aucune autre œuvre ne permettait de rejoindre ! La congrégation de piété gardera sa place, espérons-le, non comme un vieux cadre qu\u2019il faut conserver, mais pour son travail véritable, trois fois essentiel, qui est de former à une vie spirituelle dépassant la moyenne, \u2014 à la con- 20 L\u2019américanisme et notre vie religieuse dition toutefois que les directeurs de telles œuvres y apportent ce souci.Mais il fallait, à côté, les œuvres sportives, studieuses, artistiques, par où le prêtre réussit à s\u2019introduire dans les vies, à propager une saine influence, à distraire au moins les esprits de fallacieuses attirances.Les catholiques américains de toute nationalité ont eu deux raisons de comprendre très vite cette nécessité : d\u2019abord l\u2019obligation où ils étaient de se protéger contre les organismes anglo-saxons du même genre, puis, ayant à tout construire à neuf, le souci d\u2019aller tout de suite à l\u2019œuvre pratique.La grande difficulté, pour nous, a été de reconnaître insuffisantes de vénérables organisations, héritées de nos traditions françaises.cependant que la France s\u2019assimilait elle-même les œuvres modernes de nos voisins.L\u2019importance donnée Lorsque en France, on accepte de l\u2019étran-aux cadres de l\u2019oeuvre ger ies cadres d\u2019une œuvre nouvelle, le premier souci est d\u2019y jeter une vie extraordinaire, d\u2019animer les formules neuves d\u2019un esprit et d\u2019une culture à la française.Croirait-on, par exemple, à feuilleter les revues des Scouts de France, qu\u2019il s\u2019agit là d\u2019un organisme emprunté aux Anglais il y a à peine vingt-cinq ans ?Ils n\u2019ont pas chambardé les formules, ils les ont animées : « Ils ont spiritualisé le scoutisme », avouait Lord Baden Powell au Saint-Père.Ce n\u2019est pas tout à fait la manière américaine.Le génie de la race, ici, c\u2019est celui de l\u2019entreprise, de l\u2019affaire bien conduite, bien administrée.L\u2019organisation matérielle, les cadres, voilà dès lors ce qui importe.Une boutade sans doute que cette parole d\u2019un haut directeur des Kevue Dominicaine œuvres catholiques aux Etats Unis : « je ne suis ni un sacrificateur, ni un bénisseur, ni un docteur, mais un responsable, obligé de rendre ses comptes ».La part faite à l\u2019exagération, la formule laisse transparaître une mentalité.Si on y regarde de près, n\u2019est-ce pas celle que nous avons adoptée peu à peu, de préférence à l\u2019autre, que semblaient devoir nous rendre plus familière nos traditions françaises ?Effet, à n\u2019en pas douter, d\u2019un climat spirituel voisin, qui nous a marqués plus que nous ne voulons le croire.Nous imitons beaucoup, le plus souvent mal.Dans nos emprunts faits aux initiatives françaises elles-mêmes, nous croyons avoir répondu à toutes les exigences d\u2019une adaptation, lorsque nous avons changé un article au programme suivi là bas, sans nous occuper d\u2019y conserver une vie si proche de nos profondes manières de penser, apte comme pas une à provoquer des réactions qui deviendraient ensuite facilement personnelles.C\u2019est bien plutôt, semble-t-il, les cadres de l\u2019œuvre que nous voulons, que nous travaillons à transplanter le plus vite possible, à imposer bon gré mal gré, à rendre infrangibles, moins par la vie dont on les anime, que par le nombre proclamé en hâte des adhérents, la centralisation exclusive de la direction, la police organisée autour des œuvres concurrentes, la multiplication des ralliements et des parades.L\u2019œuvre catholique, dans l\u2019esprit du monde des affaires en lequel nous vivons, devient plus qu\u2019une entreprise puissante : un trust, quand ce n\u2019est pas un bluff tout à fait américain.Il est impossible, dans ces conditions, que le souci premier des dirigeants ne devienne 22 L\u2019américanisme et notre vie religieuse celui d\u2019une administration, puisque l\u2019œuvre, si religieuse soit-elle par son nom et son but, est organisée uniquement sur un pied d\u2019affaires.Ce n\u2019était pas la peine de bouder si longtemps des œuvres très bonnes en elles-mêmes, pour y apporter ensuite le seul esprit capable de les gâcher, imitant ainsi nos voisins dans leurs défauts et non plus dans leurs qualités.Un catholicisme appuyé L\u2019Eglise a eu à se défendre, depuis aux ressources humaines toujours, contre une présomption trop humaine, dans l\u2019œuvre exclusivement divine qu\u2019elle poursuit.Un reproche a naguère été fait aux catholiques américains de s\u2019être rendus particulièremant coupables de ce péché.Et il est peut-être possible de retrouver dans nos propres fautes sur ce point, la part d\u2019influence de nos voisins, en ceci qu\u2019il y aurait correspondance dans les vues et les gestes.Nous ne devons certes pas à l\u2019influence sulpicienne, à laquelle la grande majorité de notre clergé a demandé sa formation, le type du prêtre trop soigneux de sa personne et trop moderne, bien différent de ceux dont la génération disparaît à peine, et qui ne laisse plus guère distinguer, dans les milieux où nous les rencontrons ensemble, comme à Rome ou à Paris, le Canadien et l\u2019Américain.Nous devons peut-être, par exemple, à la fusion de nos étudiants et de ceux des Etats Unis, pendant quatre ou cinq ans, dans nos séminaires, une communauté d\u2019idées ou au moins de manières.En plus, il y a les échanges de sujets entre maisons religieuses canadiennes et américaines, qui, sans compter les voyages, établissent une communication permanente entre le clergé des deux pays.Tout ce 23 Revue Dominicaine qu\u2019il faut pour que Tou arrive à envisager à peu près de la même façon le travail apostolique.Et la note générale qui caractérise ce travail, sur laquelle les apôtres de Vaméricanisme mettaient jadis l\u2019accent, c\u2019est Faction.Dans nos milieux urbains surtout, où le travail est plus astreignant, l\u2019action est regardée comme la forme supérieure de la piété.La formation du peuple devient un entraînement plus qu\u2019un enseignement.Le dogme, c\u2019est de plus en plus l\u2019affaire des théologiens professionnels.On veille à l\u2019honnêteté de la vie chrétienne, mais on ne se soucie guère de la mystique.Vis-à-vis des non catholiques eux-mêmes, on croit à l\u2019efficacité du prestige d\u2019une religion qui s\u2019est construit des temples imposants.Le moyen évangélique de la prière cachée, de la souffrance, de l\u2019humble sacrifice, le « moyen pauvre », est toujours honoré, souvent prêché, mais celui qui préoccupe et dont on s\u2019assure d\u2019abord l\u2019appui, c\u2019est le moyen humain, de moins piteuse apparence.Ce n\u2019est pas paresse, puisqu\u2019on se dépense sans compter.Aucune trace non plus d\u2019une théologie faussée ; on défend le principe en chaque occasion.Erreur uniquement de stratégie.Enthousiasme pour la tactique de l\u2019action, pour la réussite des œuvres appuyées aux ressources d\u2019une vie d\u2019homme, et qui doivent être terminées avant que celle-ci ne s\u2019épuise.Il faut dès lors que tous les coups portent.« Aussi, l\u2019apostolat moderne exige-t-il une souplesse dont sont incapables les vieux ordres monastiques chargés des lourdes armures de leurs observances », nous disait, il y a vingt ans, un des plus distingués représentants des œuvres catholiques au Canada français, qui avait du reste vécu plusieurs années aux Etats Unis.24 L\u2019américanisme et notre vie religieuse Influence américaine ?Celui qui peut en douter, n\u2019aura qu\u2019à relire la lettre de Léon XIII au cardinal Gibbons.Xous pourrions recevoir comme à notre adresse quelques-uns des graves avertissements de l\u2019auguste Pontife.En large résumé, influence américaine très réelle sur notre vie religieuse.Dirigés et dirigeants atteints de différente manière, mais d\u2019un coup qui peut être aussi nuisible pour ceux-ci que pour ceux-là.Chez les premiers, un paganisme dosé, insinuant, attaché aux plaisirs comme aux exigences matérielles de la vie.Chez les derniers, un effort sincère, mais moralement trop semblable à celui des « magnats », et qui réussit à faire répéter au peuple ses restes catholiques, sans atteindre les esprits et renouveler les convictions chrétiennes, ce qui est bien le point essentiel.Des chefs religieux, attentifs et énergiques, qui n\u2019ont pas attendu nos enquêtes pour se rendre compte du danger, ont déjà réagi avec autant de sagesse que de courage contre des prétextes de luttes pour la vie, qui ont le seul tort de couvrir par d\u2019autres mots d\u2019ordre, le seul qui convienne, selon le Pape, à « l\u2019action catholique » : rester chrétien, sauver la foi.Si notre catholicisme est pour quelque chose dans notre vie nationale, s\u2019il nous convient à ce point qu'on s\u2019est cru obligé de le confondre toujours avec notre caractère français, c\u2019est peut-être tout sauver que de le conserver frès pur, même de tout autre sentiment légitime qui pourrait nous en faire oublier les incomparables exigences.Sans compter que, pour un catholique, la cause religieuse mérite déjà pour elle-même le plus noble, le plus héroïque effort.Kaymond-M.Voyer, O.P.25 Chronique de Philosophie La Bibliothèque Augustinienne, dirigée par le R.P.Fulbert Cayré, A.A., a récemment fait paraître une très intéressante étude de M.Régis Jolivet sur la doctrine augustinienne de l\u2019illumination \\ L\u2019auteur nous avertit que cette publication est la mise au point d\u2019un travail paru dans le volume commémoratif du 15e centenaire de la mort de saint Augustin, édité par la Revue de Philosophie 1 2.Tenant compte des travaux et recensions parus depuis la première publication de son étude 3, M.Régis Jolivet a, sur certains points, complété et, sur quelques autres, corrigé un texte qui tout de même diffère encore assez peu de sa première rédaction.En tous cas, la revision n\u2019a pas changé la conclusion de l\u2019étude dont la structure reste la même.Une remarquable pénétration avait, en effet, permis à M.Régis Jolivet d\u2019apercevoir -dans la doctrine fondamentale de l\u2019illumination augustinienne deux aspects tout à fait distincts qui commandent encore la division de son livre : le fait de Villumination \u2014 le mode de l\u2019illumination.Distinction qui met l\u2019auteur en mesure de préciser et de limiter, spécialement en ce qui concerne l\u2019explication du fait de la connaissance humaine, ce que la doctrine augustinienne et 1.\tDieu Soleil des esprits, Bibliothèque Augustinienne, Desclée de Brouwer, Paris.Un vol., in-8° de XVIII-220 pp.2.\tJuillet-décembre 1930.3.\tOnt particulièrement été utilisées les observations du R.P.Biaise Romeyer, dans : Archives de Philosophie, Vol.VIII, pp.584 et sv.\u2014 et dei' M.F.Van Steenberghen, dans : Revue néo-scolastique de Philosophie, février et mai 1933.26 Chronique de Philosophie la doctrine thomiste ont de commun.L\u2019illumination augustinienne, « on peut dire qu\u2019elle n\u2019est tout entière qu\u2019une vaste preuve de l\u2019existence de Dieu, fondée sur l\u2019analyse de l\u2019acte de connaître et de tout ce qu\u2019il comporte de conséquences métaphysiques .C\u2019est de ce centre de perspective qu\u2019apparaît surtout l\u2019unité profonde de la pensée de saint Augustin, proposant toute sa doctrine comme un passage de l\u2019âme à Dieu \u2014 de l\u2019âme découvrant Dieu, présent en elle, comme le principe nécessaire de son activité intellectuelle et comme la source de l\u2019être universel \u2014 à Dieu, Sagesse infinie et dispensateur de la béatitude surnaturelle » h En effet, il est généralement admis qu\u2019on 11e saurait comprendre la preuve augustinienne de Dieu sans se pénétrer, en même temps, de la doctrine de saint Augustin en ce qu\u2019elle a d\u2019essentiel1 2.Or, l\u2019ensemble de cette doctrine nous dévoile que c\u2019est dans l\u2019analyse de notre acte de connaissance que s\u2019impose la nécessité de reconnaître l\u2019existence de Dieu.En d\u2019autres termes, dès que nous voulons savoir comment il se fait que nous connaissons, nous entrons dans la voie qui nous conduit à l\u2019affirmation de l\u2019existence de Dieu : car de même que l\u2019œil corporel ne saurait voir sans lumière, ainsi l\u2019intelligence ne saurait connaître sans une lumière incorporelle jaillissant du Soleil des esprits pour l\u2019illuminer ainsi que tout ce qu\u2019elle connaît.Tel est l\u2019aspect général de la doctrine augustinienne de l\u2019illumination que M.Régis Jolivet fait 1.\tIntroduction, XVIII.2.\tM.E.Gilson a fort bien mis en évidence cette pensée, lorsqu\u2019il a écrit: « Embrasser l\u2019ensemble de la démonstration augustinienne (de Dieu) .revient à embrasser l\u2019ensemble de la doctrine d\u2019Augustin ».Introduction à l\u2019étude de saint Augustin, Paris, 1929, p.29.27 Revue Dominicaine ressortir dans le premier livre de son ouvrage.Nous n\u2019entreprendrons pas de résumer ce livre qui est de lui-même une très habile, mais très rapide vue d\u2019ensemble de solutions philosophiques que saint Augustin ne s\u2019est jamais préoccupé de rassembler dans un corps de doctrine, même plus ou moins achevé.Nous voulons tout simplement, sans discuter la question plus spécialisée du mode de l\u2019illumination augustinien-ne, prendre en considération quelques points généraux mis d\u2019ailleurs en évidence par l\u2019auteur.1) Un fait très important est d\u2019abord à noter : c\u2019est dans la foi aux Saintes Ecritures que saint Augustin s\u2019est affranchi de la désespérante persuasion, qui l\u2019avait envahi, de 11e jamais pouvoir atteindre au vrai et à la certitude.Nouvellement converti et désormais réconforté par le vif sentiment qu\u2019en la foi catholique il possède enfin la vérité, il ne peut qu\u2019éprouver alors un impérieux besoin de vider en quelque sorte son esprit des opinions qui l\u2019avaient enfoncé dans le scepticisme : «Je ne fais rien d\u2019autre, écrit-il à ce moment, que de me défaire de toutes mes vaines et pernicieuses opinions » \\ Sans doute, son coeur est fermement attaché à la doctrine du Christ ; mais son esprit est encore encombré des préjugés qui l\u2019empêchent de se découvrir dans sa vie propre.Ce que sa foi lui enseigne, il veut aussi le comprendre ; et, déjà, la lecture des néo-platoniciens commence à lui faire saisir que l\u2019esprit humain est capable, par lui-même, d\u2019atteindre au vrai.Cherche-t-il alors à se démontrer à lui-même 1.Contra academicos, II, c.III, n.9 ; P.L.t.32, cal.444.28 Chronique de Philosophie l\u2019existence d\u2019une vérité absolue qui viendrait garantir ses certitudes ?Aucunement.On croirait plutôt que pour avoir constaté, dans la vérité dont les Saint Livres ont pénétré son cœur, l\u2019absence de toute doctrine humaine, il est enclin à penser que son esprit n\u2019arrivera au vrai qu\u2019après s\u2019être affranchi lui-même des opinions qui l\u2019ont jusqu\u2019alors envahi.Et de cette libération il sort persuadé qu\u2019il y a tout de même, à bien y penser, des vérités simples et incontestables qui ne laissent pas de place au doute.Nous cherchons, par exemple, la sagesse et jamais nous ne trouvons sage de subordonner le supérieur à l\u2019inférieur, de ne pas rendre à chacun ce qui lui est dû et de préférer le corruptible à l\u2019incorruptible.Il y a donc, impliquées dans cette sagesse que tous les hommes cherchent spontanément, des certitudes inébranlables et présentes à tous les esprits qui veulent s\u2019ouvrir aux conditions du bonheur désiré.Et, d\u2019autre part, si nous jugeons de la beauté des choses, n\u2019est-ce pas parce qu\u2019il y a en nous un type de beauté auquel nous référons tout ce que nous rencontrons de beau autour de nous ?Supposez que nous nous trompons : Il est tout de même vrai que nous sommes, puisque nous nous trompons.Puis, le monde et la vérité viendraient-ils à périr, ne sera-t-il pas encore vrai qu\u2019ils ont péri ?\u2014 Libre du doute qu\u2019ont engendré en lui les opinions des soi-disant philosophes, Augustin se trouve maintenant en face d\u2019un fait de conscience : quelles que puissent être ses erreurs, la perception certaine de sa pensée et des vérités élémentaires qu\u2019elle lui offre subsiste et s\u2019impose absolument.2) Dans l\u2019analyse de son acte de pensée, saint Augustin arrive ensuite à cette constatation : Ces types de sagesse et de Revue Dominicaine beauté vraies qui nous font juger de la sagesse des hommes et de la beauté des choses, n\u2019ont-ils pas pour premier caractère d\u2019être indépendants de l\u2019esprit humain ?Ce n\u2019est pas lui qui les engendre ; et il n\u2019y peut rien changer.Mais quand il les découvre, la nouveauté est en lui et non en elles.De plus, puisqu\u2019il y a des degrés divers de sagesse et de beauté, il faut bien qu\u2019il y ait un degré suprême de sagesse et de beauté dont tous les autres ne sont que des imitations plus ou moins approchantes.3) Enfin, parce qu\u2019il ne peut y avoir deux sagesses et qu\u2019une seule est la véritable, il faut bien que celle-ci soit telle en vertu de la vérité qu\u2019elle revêt.Le même raisonnement doit s\u2019appliquer à tous les états et à toutes les qualités que nous reconnaissons dans les personnes et les choses : ce sera toujours de la même sagesse que les hommes devront être sages et de la même tempérance qu\u2019ils seront tempérants, etc.En conséquence, il faut bien que toutes les idées de sagesse, de bonté, de tempérance, etc., dont nous voyons des cas particuliers chez les hommes, soient vraies du fait qu\u2019elles sont, à leur tour, des cas particuliers de la vérité qui les recouvre toutes.Il nous est donc impossible de « nier qu\u2019il existe une vérité immuable contenant toutes les vérités immuables : cette vérité n\u2019est ni la mienne, ni la tienne, ni celle d\u2019aucun homme.».O\u2019est Dieu lui-même réunissant en sa pensée toutes ces vérités.Autrement ne faudrait-il pas soutenir que « Dieu a fait sans raison ce qu\u2019il a fait, ou que, avant d\u2019agir en créant, Il ne savait ce qu\u2019il faisait ?» Tels sont les trois points auxquels nous voulions nous arrêter dans cette vue d\u2019ensemble de la doctrine augustinienne de 30 Chronique de Philosophie Fillumination que nous propose M.Régis Jolivet : 1) Affranchi de l\u2019influence des opinions soi-disant philosophiques qui l\u2019avaient livré au scepticisme, Augustin revient à la perception certaine de sa pensée et des vérités élémentaires spontanément saisies.2) Puis, il passe à la constatation, en sa pensée, qu\u2019il doit y avoir, pour expliquer le fait de la diversité des degrés de perfection dans les êtres créés, une forme exemplaire dont toutes les autres ne sont que des imitations ou des participations.3) Enfin, aucune pensée humaine ne pouvant, dans sa réalité changeante et finie, contenir ce monde d\u2019entités exemplaires et immuables, il faut admettre l\u2019existence d\u2019un Dieu qui les possède tous en sa pensée.Aussi M.Régis Jolivet peut-il écrire, en s\u2019appuyant du reste sur le texte des Confessions 1 : « C\u2019est dans l\u2019âme même que l\u2019âme découvre l\u2019existence de Dieu, en tant qu\u2019elle en saisit la présence invisible \u2014 invisible aux yeux corporels \u2014 dans l\u2019essence même de la pensée.En fait, toute la théorie de la connaissance de saint Augustin n\u2019est qu\u2019une vaste preuve de l\u2019existence de Dieu, mettant en jeu, non un système de concepts abstraits, mais l\u2019intuition de la présence de Dieu dans l\u2019âme qui pense la vérité ; ou du moins, si elle met en jeu, par la dialectique exemplariste, un système de concepts abstraits, c\u2019est pour conduire l\u2019âme à l\u2019intuition de plus en plus claire \u2014 d\u2019obscure qu\u2019elle est d\u2019abord \u2014 de la présence de Dieu en elle, sous les espèces de la lumière qui l\u2019éclaire» (p.37-38).Faisons d\u2019abord remarquer que l\u2019auteur, tout en continuant 1.Liv.X.c.VI-XXXVIII.31 Revue Dominicaine de soutenir que saint Augustin recourt, dans la démonstration de l\u2019existence de Dieu, plus volontiers à l\u2019argument de causalité exemplaire, tient cependant compte, dans son livre, des observations faites à ce sujet par M.F.Van Steenberglien 1 et le R.P.Boyer 2.Il écrit maintenant qu\u2019en fait « Augustin s\u2019efforce de composer les deux points de vue.causalité exemplaire et causalité efficiente » ( p.40 ).Précision de grande importance qui s\u2019ajoute en complément nécessaire au passage que nous venons de citer.C\u2019est donc par la mise en œuvre des concepts abstraits de causalité efficiente et exemplaire que saint Augustin conduit l\u2019âme à « l\u2019intuition de plus en plus claire \u2014 d\u2019obscure qti\u2019elle était d\u2019abord \u2014 de la présence de Dieu en elle, sous les espèces de la lumière qui l\u2019éclaire ».Formule très heureuse et bien révélatrice \u2014 pouru qu\u2019on l\u2019entende en son sens véritable \u2014 de l\u2019esprit philosophique de saint Augustin.Mais redisons-le : « pourvu qu\u2019on l\u2019entende en son sens véritable ».L\u2019intuition dont il s\u2019agit n\u2019est évidemment pas l\u2019intuition de quelque chose de Dieu présent à l\u2019âme.Saint Augustin invoque à plusieurs reprises la parole de l\u2019Apôtre : « Videmus nunc per speculum in ænigmate.tunc autem facie ad faciem » (I Cor., XIII, 12).Mais il se fait que ce ternie « intuition », en n\u2019offrant pas toute la clarté désirable, rend fort bien le caractère d\u2019inachèvement doctrinal que l\u2019on s\u2019accorde à reconnaître dans la pensée de saint Augustin.Cependant, tout inachevée que soit cette pensée, elle n\u2019en 32 1.\tLoc.cit.p.105-141.2.\tLoc.cit.mai, 1933, p.247. Chronique de Philosophie porte pas moins la marque cPun esprit philosophique dans tout le sens du terme.Il suffit, pour s\u2019en convaincre, de n\u2019avoir pas l\u2019habitude de concevoir la philosophie comme une dialectique purement abstraite.Aussi, M.Régis Jolivet a-t-il franchement saisi le sens réellement philosophique de saint Augustin, lorsqu\u2019il le voit s\u2019élever, au moyen de concepts abstraits plus ou moins élaborés, du fait concret de la pensée spontanée à l\u2019explication de plus en plus claire que lui en donne l\u2019incontestable existence de Dieu.Sans doute, une fois parvenue à la rassurante saisie intellectuelle de l\u2019Etre dont l\u2019existence s\u2019impose à tout esprit qui ne veut pas désavouer le mouvement de sa propre vie, la pensée d\u2019Augustin ne sait s\u2019appuyer sur une métaphysique qui devait attendre encore des siècles son achèvement.Mais à une époque où rien ne le laisse espérer, il ne réussit pas moins à ouvrir le regard de l\u2019âme sur cette lumière qu\u2019elle porte naturellement en elle et qui lui découvre, dans sa propre vie, sa propre force.Aussi quand, à son tour, saint Thomas d\u2019Aquin cherche à traduire, en termes aristotéliciens, ce qu\u2019il faut entendre par cette lumière intérieure dont Dieu éclaire l\u2019esprit, se met-il devant le tait de l\u2019illumination comme devant un fait définitivement acquis.A celui-ci sans doute il apportera son interprétation géniale, mais, dans les données de saint Augustin, il aura saisi tout de même quelque chose d\u2019essentiel dont il ne voudra jamais se départir et qui devra, à ses veux, commander tout le redressement de la philosophie d\u2019Aristote.Si donc Thomas d\u2019Aquin reconnaît qu\u2019il y a dans la doctrine augustinienne de l\u2019illumination un élément à déterminer, mais 33 Revue Dominicaine non à renverser, n\u2019est-ce pas véritablement entrer dans son esprit que de considérer une pensée dont il aimait à s\u2019inspirer lui-même?Remonter, comme lui, à l\u2019origine des problèmes philosophiques, n\u2019est-ce pas choisir de se mettre dans les conditions les plus aptes à faire pénétrer tout le sens des solutions qu\u2019il a su apporter ?L\u2019histoire de la pensée devient alors, non pas une simple source d\u2019érudition, mais principalement, sinon uniquement, une méthode.Elle n\u2019est plus une fin, mais un moyen, et un moyen utilisable même pour ceux qui ne désirent suivre que les grands courants de la pensée.Voilà pourquoi de plus en plus on s\u2019accorde à reconnaître que se pénétrer d\u2019une doctrine dont saint Thomas devait, en s\u2019ouvrant des voies nouvelles, expliciter et parachever la structure métaphysique, c\u2019est tout simplement s\u2019assurer une plus large compréhension de la pensée thomiste.Le R.P.Boyer, s.j., a également ajouté à la liste de ses ouvrages fort estimés sur la philosophie augustinienne ses Essais sur la doctrine de saint Augustin.Dans ce volume se trouvent réunis un certain nombre d\u2019articles concernant l\u2019apologétique, la philosophie et la théologie.Déjà publiées dans des revues diverses, ces études ont été soigneusement revues et mises à jour.L\u2019auteur avoue sur quelques points ses préférences pour les opinions traditionnelles, tandis qu\u2019en philosophie il incline à rapprocher saint Augustin et saint Thomas.Deux chapitres nous intéresseront particulièrement.Le premier est intitulé : Dialectique de la conversion de saint Augustin ; le second étudie les rapports de la philosophie à la théologie dans 34 Chronique de Philosophie la pensée augustinienne.Mais nous tenons à prévenir le lecteur que nous ne considérerons pas la question tliéologique des rapports de la raison et de la foi surnaturelle.Si nous relevons, dans les chapitres susdits, des passages concernant les motifs de crédibilité en matière de foi, c\u2019est uniquement parce qu\u2019ils nous offrent l\u2019occasion de faire ressortir l\u2019enseignement contenu spécialement dans la première étape de l\u2019évolution intellectuelle de saint Augustin, telle que décrite par le R.P.Boyer.« Bien avant de se donner pleinement à Dieu, à cette heure de grâce qu\u2019il vivait dans son jardin de Milan, le brillant rhéteur était revenu à la foi de son enfance.Avant la conversion du cœur avait eu lieu la conversion de l\u2019esprit.C\u2019est la conversion de l\u2019esprit que nous essaierons d\u2019abord de décrire (p.4).Le R.P.Boyer n\u2019admet pas, comme on le fait d\u2019ordinaire, que saint Augustin ait été conduit à l\u2019acte de foi par la lecture des néo-platoniciens.Le texte des Confessions lui révèle, en effet, « qu\u2019avant de recevoir d\u2019un ami gonflé d\u2019orgueil les livres platoniciens, Augustin avait déjà reconquis une foi assurée et ferme » (p.4).A l\u2019âge de dix-neuf ans, la lectine de l\u2019Hortensias de Cicéron avait déjà commencé, chez lui, à développer un vif désir de vérité.Il se mit donc à lire les Saintes Ecritures ; mais sans encore y trouver ce qu\u2019il cherchait.D\u2019où provenait donc sa déception ?En reliant celle-ci avec l\u2019enthousiasme éveillé en lui par VHor-tensius, il semble exact d\u2019admettre, avec le R.P.Boyer, que dans la Bible Augustin s\u2019attendait de retrouver les jouissances intellectuelles que Cicéron lui avait procurées.Mais, cette fois, il les Revue Dominicaine découvrirait dans le langage sublime du Christ ; dans un langage qui lui produirait, espérait-il, les raisons philosophiques de cette vie supérieure dont il s\u2019imaginait confusément la grandeur.Vain espoir.Il trouve un Evangile réclamant de l\u2019esprit indocile sa soumission, sans offrir à ses investigations les raisons attendues.Entre son esprit et une doctrine d\u2019autorité un premier conflit s\u2019est engagé.Comment l\u2019esprit se rendra-t-il à l\u2019autorité ?C\u2019est ce que nous voulons voir.Un moment Augustin croit trouver dans la secte des Manichéens la possibilité de satisfaire aux exigences de sa raison.Les disciples de Mani se disent eux-mêmes apôtres du Christ et tendent cependant à produire une exégèse sacrée qui ne laissera rien d\u2019impénétrable à la raison.Mais voici qu\u2019ils imposent à leurs disciples une longue initiation.Et, ironie du sort, Augustin, dont la raison veut tout pénétrer, vient ajouter foi aux fausses promesses de l\u2019erreur ! Il ne tarde pas toutefois à découvrir l\u2019ignorance même des principaux Manichéens.En même temps, la parole autorisée d\u2019Ambroise ruine les fondements de la théologie manichéenne.Le saint évêque a persuadé son auditeur que là, où la demi-science des Manichéens ne rencontre que scandale et absurdité, se trouve vraiment un sens sublime et digne de Dieu.Augustin commence à regarder de nouveau vers la religion de son enfance.« Et voici que s\u2019accomplit lentement, dans un effort continu de pensée intense, le travail de sa conversion intellectuelle » (p.188).La raison d\u2019Augustin se rend donc à l\u2019autorité de la foi.Mais en quel sens devons-nous parler de conversion intellectuelle ?36 Chronique de Philosophie Ce travail de conversion intellectuelle « consiste, dit le R.P.Boyer, à renverser entièrement les rôles qu\u2019il (Augustin) avait coutume d\u2019attribuer à la raison naturelle et à la foi religieuse.Jusqu\u2019à présent, il s\u2019agissait de comprendre.La foi n\u2019intervenait que par détour et à titre provisoire.Maintenant, il faut avant tout croire» (p.188).Le K.P.Boyer a fort bien discerné les deux étapes de cette conversion, Augustin commença par découvrir qu\u2019il n\u2019y avait pas, dans la foi, de ces absurdités internes que lui reprochaient les Manichéens.Il se persuada ensuite que les Saintes Ecritures « manifestaient par elles-mêmes leur provenance divine, et surtout que cette divine origine resplendissait dans l\u2019Eglise, gardienne des Ecritures» (p.189).Il est donc certain que ce n\u2019est pas sans motifs qu\u2019il admit de soumettre son esprit à ces vérités révélées qu\u2019il ne pouvait comprendre.Ces motifs sont-ils du ressort de la philosophie ?« Il ne semble pas, répond le R.P.Boyer.C\u2019était plutôt un ensemble de vérités et de constatations, comme l\u2019existence de Dieu et de la Providence, comme l\u2019indigence de l\u2019homme laissé à ses seules lumières, comme la merveilleuse histoire et les rapides conquêtes de l\u2019Eglise, toutes choses qu\u2019on peut; connaître sans philosophie proprement dite et que parfois l\u2019on connaît, comme c\u2019était le cas d\u2019Augustin, malgré des erreurs philosophiques qui devraient en pure logique les exclure» (p.189).Sans doute la somme de ces connaissances, qui ont conduit Augustin à la persuasion qu\u2019il était raisonnable de croire, ne relèvent strictement pas de la philosophie.Mais, précisément parce que l\u2019esprit humain possède nativement le pouvoir d\u2019v 37 Revue Dominicaine parvenir, aurait-on raison de soutenir que le jeune converti (ou mieux le futur converti), en commençant de s\u2019y appuyer pour reconnaître ce que la foi a de raisonnable, opérait déjà en son esprit la conversion intellectuelle dont parle le R.P.Boyer ?A cette époque, y a-t-il vraiment interversion, chez lui, des rôles jusqu\u2019alors attribués respectivement à la raison et à l\u2019autorité ?\u2014 Il nous semble qu\u2019il y a encore lieu de penser qu\u2019en définitive « comprendre » n\u2019a pas cessé d\u2019être l\u2019objectif prédominant d\u2019Augustin.Quand il s\u2019achemine vers l\u2019adhésion aux vérités révélées, il persiste à vouloir saisir les motifs raisonnables de sa foi ; tout comme en se livrant aux promesses des Manichéens, dont il espérait recevoir le secret de tout pénétrer, il dut encore s\u2019en remettre à leur autorité.Aussi, aurions-nous aimé voir le R.P.Boyer insister davantage sur ce qu\u2019il n\u2019a pas, du reste, manqué d\u2019apercevoir ; c\u2019est-à-dire sur ce qu\u2019il entend par cet « effort continu de pensée intense », dont le résultat allait se trouver dans la conversion intellectuelle comprise dans le sens qu\u2019il lui donne.A l\u2019heure où saint Augustin commence à entrevoir ce que l\u2019acte de foi contient de raisonnable, il s\u2019agit, sans doute, d\u2019une conversion intellectuelle ; mais en ce sens que l\u2019esprit d\u2019Augustin, débarrassé des vaines opinions qui l\u2019avaient empêché de se voir dans sa libre spontanéité, retrouve en lui ces vérités naturelles, dont évidemment il ne peut encore rendre raison, mais qu'il lui suffit d\u2019avoir recouvrées pour se dire redevenu à l\u2019état de véritable certitude.Dans la conversion de son intelligence, il lui faut d\u2019abord détourner son regard des pernicieuses opinions, qui avaient engendré chez 38 Chronique de Philosophie lui le doute et l\u2019inquiétude, pour le reporter sur ce reflet de vérité, dont il reçoit déjà assez de lumière pour diriger sûrement sa marche.En résumé, Augustin, à la toute première étape de sa vraie vie intellectuelle, dut affranchir son esprit des fausses opinions d\u2019école.Même avant de saisir, à l\u2019aide des écrits néo-platoniciens, les raisons philosophiques de la certitude \u2014 même avant le redressement de sa volonté, une conversion intellectuelle s\u2019opérait en lui, mais une conversion que devait précéder une purification de l\u2019esprit.C\u2019est dans ce retour de l\u2019esprit à sa vie propre, c\u2019est dans cette « démarche spontanée de l\u2019intelligence assez consciente pour engendrer une certitude solide, mais trop confuse pour rendre raison d\u2019elle-même », que lui apparurent et le sens raison-' nable de la foi religieuse de l\u2019indéniable possibilité d\u2019une doctrine humaine en accord avec les Mystères.P.Edmond Gaudron, O.F.M.39 Les cordons de la bourse En lisant le livre de M.Montpetit, les souvenirs de ma jeunesse étudiante me revenaient à la mémoire.J\u2019évoquais la salle de cours de l\u2019Ecole des Hautes Etudes Commerciales de Montréal où un tableau noir, des graphiques inutilisés et des documents poussiéreux et jaunis formaient un cadre rigide, qui ne parvenait pas à rendre sec et sans vie l\u2019enseignement du maître.Celui-ci arrivait d\u2019un pas lent, un peu lourd, sa serviette sous le bras, l\u2019air détaché, pour ne pas dire désabusé, jusqu\u2019au moment où il commençait sa leçon.Alors, le charme opérait immédiatement.L\u2019œil devenait vif, l\u2019esprit alerte et, se débarrassant de son ennui comme on jette un manteau trop lourd, le professeur se révélait tout de suite.D\u2019un sujet aride, il faisait une question Avivante, prenante même, dont il n\u2019indiquait que l\u2019essentiel.Vulgarisateur né, il intéressait à l\u2019économie politique et aux affaires des gens qui, sans lui, auraient grossi les rangs de ceux que, dans le peuple et la petite bourgeoisie, on appelle encore « les professionnels ».Par là il a exercé une influence profonde sur ma génération.Il a montré la voie des réalisations dans un domaine où ne s\u2019aventuraient, à de rares exceptions près, que les plus dépourvus, c\u2019est-à-dire ceux qu\u2019on n\u2019avait pas jugé dignes des professions libérales.Grâce à son prestige, il a attiré à l\u2019Ecole des Hautes Etudes Commerciales un nombre considérable de jeunes gens et non des moins intelligents.II les a retenus par la 40 Chronique de Philosophie valeur de son enseignement et, ainsi, il a fortement aidé au développement de ce grand établissement dont on a fêté le 25e anniversaire cette année.Plus tard, il a fondé l\u2019Ecole des Sciences Politiques et Sociales de l\u2019Université de Montréal.Et là aussi, il a groupé des gens qu\u2019il a formés à l\u2019étude de l\u2019économie politique.Les élèves savent l\u2019importance du rôle qu\u2019il a joué parmi la jeunesse.Mais le public feignait de l\u2019ignorer 1 quand M.Montpe-tit décida de compléter l\u2019œuvre orale par l\u2019œuvre écrite.Successivement, parurent « Pour une doctrine » et « Sous le signe de l\u2019or », où il a réuni une partie de ses cours avec des précisions plus grandes et des aperçus plus vastes.Il y a quelques mois, enfin, M.Montpetit donna aux éditions Albert Lévesque un troisième livre consacré aux finances publiques du Canada.Je vais ici en dire quelques mots, qui veulent être simple introduction à la lecture de l\u2019ouvrage.M.Montpetit a été formé à Paris par des hommes comme Emile Boutmy et Kené Stourm, qui alliaient une connaissance profonde du sujet au souci de la forme.Comme eux, il a « la coquetterie de l\u2019expression, d\u2019un apprêt discret au service d\u2019une impeccable méthode ».Il a de plus l\u2019art du vulgarisateur, qui néglige le détail pour atteindre le fond même du sujet.Dès les premières pages de son livre, c\u2019est ce qui frappe le lecteur le moins averti.Il sent que l\u2019auteur a écarté soigneusement le fatras des textes et des chiffres pour laisser l\u2019essentiel.Et, ainsi, d\u2019un 1* Malgré les nombreux articles parus dans les revues et les multiples conférences prononcées un peu partout.Au Canada, l\u2019impression créée par les articles et les conférences est, en effet, bien éphémère.41 Revue Dominicaine sujet copieux et touffu sort une synthèse, qui précise une question systématiquement ignorée par les parlants français du Canada.Fait assez curieux, en effet, leurs députés se sont ardemment préoccupés du ministère des Postes, grande réserve du patronage politique ; certains sont allés jusqu\u2019au ministère de la Marine, d\u2019autres, les avocats, ont accepté le Secrétariat d\u2019Etat ; et quand ils ont eu la Justice, ils ont cru atteindre le but ultime du Canadien-français.Cela s\u2019explique, évidemment, par l\u2019orientation générale de nos gens vers les carrières libérales et leur ignorance des questions économiques, auxquelles rien ne les préparait.Et c\u2019est ainsi qu\u2019un des problèmes vitaux de notre pays était complètement ignoré par une partie importante de la population, préoccupée avant tout de réclamer sa part de prébende et le respect des droits acquis.Le livre de M.Montpetit renseigne ceux qui sont curieux de finances publiques au Canada.A côté de faits historiques sur l\u2019évolution, il contient une étude fouillée du budget et des opérations parlementaires ou administratives auxquelles il donne lieu.En résumé, on y apprend comment le budget \u2014 « document boiteux » parce qu\u2019il n\u2019est qu\u2019un tableau des dépenses \u2014 est préparé par le Cabinet et présenté à la Chambre, qui le discute et le vote.On nous dit également comment il est exécuté et contrôlé.Et ainsi se révèlent à nous les secrets de la science des finances : cette question que nos ancêtres considéraient comme une chasse gardée, mais peut-être aussi, dédaigneusement, comme un passe-temps de marchands incultes.Comme il donne ses cours, c\u2019est-à-dire, encore une fois, avec 42 Chronique de Philosophie un grand souci de clarté, d\u2019ordre, d\u2019élégance, M.Montpetit expose le sujet.Il montre comment le Conseil des Ministres prépare le tableau des dépenses avec la collaboration des bureaux et sous le contrôle du ministre des Finances ; comment la Chambre, autorité suprême pourtant, se refuse à peu près toute initiative et se contente de discuter, de critiquer un peu ou beaucoup suivant les jours et les ministres ; comment aussi le Sénat s\u2019incline devant la loi de finance avec le respect des droits de la Chambre Basse, établis à la suite de rudes conflits.Plus loin, il explique ce que sont le comité des subsides et celui des voies et moyens \u2014 transformation que subit la Chambre lorsque le président quitte son fauteuil et la « niasse », sa place habituelle.Simple transformation, mais qui a un résultat important.C\u2019est le moment, note M.Montpetit, où la Chambre va « desserrer les cordons de la bourse ».Qu\u2019est-ce que le discours du budget ?Que contient-il ?Comment exécute-t-on les prévisions budgétaires et comment les contrôle-t-on ?Cela pose autant de questions, sur lesquels l\u2019auteur fournit des indications précieuses.Et ainsi, il éclaire un sujet difficile à circonscrire parce que la pratique n\u2019est pas toujours fixée.Comme tout ce qui s\u2019inspire des institutions britanniques, la procédure parlementaire présente, en effet, une part d\u2019imprécision, à laquelle l\u2019usage donne une certaine fixité dans la forme comme dans la durée, mais qu\u2019il est parfois difficile de saisir.M.Montpetit ne se contente pas, cependant, d\u2019exposer le sujet, il en fait la critique.Voici quelques-unes de ses conclusions.1) L\u2019équilibre du budget est nécessaire.Cependant c\u2019est une 43 Revue Dominicaine opération qui ne peut se faire du jour au lendemain.L\u2019important, c\u2019est qu\u2019il y ait « une volonté d\u2019assainissement qui tente d\u2019ajuster les dépenses aux disponibilités ».2) Il serait plus logique que la Chambre étudiât les dépenses projetées en regard des recettes et non isolément, comme on le fait maintenant.Ainsi le budget cesserait d\u2019être un simple tableau des dépenses pour prendre la forme d\u2019un état complet.3) La Chambre aurait avantage à exercer un contrôle plus ferme sur la dépense.« Avoir lutté des années pour la conquête du pouvoir, note M.Montpetit, et ne pas l\u2019exercer ! Apaisante griserie de la théorie : le peuple, bon géant repu de son succès, se contente de penser que, par ses représentants, il reste libre de secouer le joug et de repousser, s\u2019il lui en prend fantaisie, les propositions d\u2019un Exécutif auquel il laisse, en attendant, la plénitude de ses mouvements.Comme le gouvernement a, somme toute, carte blanche, c\u2019est lui qui prendra l\u2019initiative des économies, à moins que la Chambre n\u2019use du contrôle pour diriger la conduite financière du Cabinet ».4) Il faudrait élargir le champ d\u2019action de l\u2019auditeur général.« L\u2019auditeur général réclame avec insistance des règlements qui faciliteraient son action ; il les obtient parfois mais souvent sa voix n\u2019est pas entendue.C\u2019est le point névralgique.Que n\u2019applique-t-on pas au Canada la pratique anglaise ?Le comité des comptes publics, sans arrière-pensée politique, étudierait systématiquement le rapport de l\u2019auditeur général et exigerait du conseil de la trésorerie qu\u2019il tranche au moins pour l\u2019avenir les problèmes soulevés par la vérification.Ainsi la chambre exercerait vraiment le contrôle qui lui revient et elle l\u2019exercerait par l\u2019intermédiaire de son représentant, 44 Chronique de Philosophie j\u2019allais écrire après M.Gonthier, de son « employé ».5) Enfin à propos de l\u2019impôt, M.Montpetit remarque : « Les événements ont bouleversé le régime des impôts établi par la Constitution.Il n\u2019existe plus.Le gouvernement fédéral recourt à l\u2019impôt direct ; les provinces, à des impôts hybrides ; et les municipalités sont à la veille de réclamer tous les impôts, sans se soucier de leur caractère.Il faut répartir de nouveau les sources d\u2019impôt, après les avoir délimitées, sinon même énumérées.La position des provinces et des municipalités n\u2019est plus tenable Les responsabilités assumées par les provinces au moment de la Confédération se sont alourdies et multipliées à la suite du progrès, et à cause des cristallisations provoquées par le néo-fédéralisme.Les municipalités, chargées de fonctions nouvelles, ont dû contribuer, sans qu\u2019on les consultât, aux institutions sociales, préconisées, imposées par le gouvernement central.C\u2019est la pagaille ».Aussi conclut-il : il faut agir, mais non par l\u2019emprunt et encore moins par « des emprunts de soudure » \u2014 même si l\u2019on prétend par là sauvegarder le fameux pouvoir d\u2019achat, dont on est beaucoup revenu aux Etats Unis.Il faut avoir recours à la déflation, « mais avec un retour à la stabilité monétaire, à la liberté des échanges, à l\u2019équilibre budgétaire ».Et voilà le livre de M.Montpetit, dans lequel on retrouve la pensée claire et le souci d\u2019exactitude du professeur qui, encore une fois, aura exercé une influence profonde sur la jeunesse de notre province.Gérard Parizeau 45 Le Sens des Faits La Société d\u2019Etude et de Conférences Parmi ces « entreprises » d\u2019ordre intellectuel qui ont vu le jour à Montréal depuis quelques années et comptent au premier chef, la fondation de journaux tels que « L\u2019Ordre » et « La Renaissance », de revues comme « La Relève » et « Les Idées », d\u2019une institution comme cette « école vivante » que vient de créer M.Victor Barbeau pour l\u2019enseignement du français, on d\u2019un organisme comme « Les soirées littéraires », parmi ces entreprises nouvelles, dis-je, qui se sont donné pour but de répandre parmi les nôtres le goût de la culture et de la civilisation françaises en puisant à leurs meilleures sources, il en est une qui parviendra vraisemblablement à jouer un rôle d\u2019une portée exceptionnelle dans le domaine de nos valeurs spirituelles, si, comme je le souhaite, son heureuse évolution se poursuit : je veux parler de la « Société d\u2019Etude et de Conférences ».Cette organisation forme une filiale de la Faculté de Philosophie de l\u2019Université de Montréal et bénéficie à ce titre des conseils du R.P.M.-A, Lamarche, O.P.et de l\u2019aide officielle des RR.PP, Yoyer et Forest, lesquels ont présidé à sa fondation et s\u2019intéressent tout particulièrement à ses destinées.Est-il besoin d\u2019ajouter que ces trois noms se passent de commentaires ?A l\u2019instar des concerts symphoniques de Montréal, la Société d\u2019Etude et de Conférences peut revendiquer le titre « d\u2019association sans but lucratif ».Malgré la modestie des débuts et le peu de réclame fait autour de son nom, alors que précisément elle en eût valu la peine, elle sut rallier aussitôt de précieux suffrages, Toutefois, je ne puis m\u2019empêcher de songer qu\u2019aux yeux de la critique sa position fut et restera toujours dangereuse, d\u2019abord parce qu\u2019elle s\u2019adresse presqu\u2019exclusivement à des femmes, et aussi parce que son programme d\u2019étude favorise et comporte ( dans un but littéraire ) de fréquentes réunions où auraient beau jeu à s\u2019infiltrer le snobisme et un détestable esprit de clan.Mes relations avec la Société d\u2019Etude et de Conférences m\u2019ont cependant permis de me rendre compte à maintes reprises que son seul but était de travailler à susciter et à entretenir dans les esprits l\u2019amour de la chose intellectuelle, le respect de la chose Le sens des Faits intellectuelle ; et je sais quelle franchise éclairée, quel rare esprit de fraternelle collaboration l\u2019on y apporte à la discussion des problèmes littéraires ou artistiques les plus intéressants, les plus actuels.J\u2019irais même jusqu\u2019à dire que si quelques-unes de ses adeptes, qui se paraient un peu aveuglément du titre d\u2019intellectuelles, ont appris depuis qu\u2019elles la fréquentent à s\u2019examiner davantage, à « connaître le doute », comme dirait la plus intelligente de mes amies, la Société d\u2019Etude et de Conférences mériterait déjà toute notre estime ! D\u2019autres que moi parleront de l\u2019organisation de la Société, du mécanisme, si l\u2019on peut dire, qui la subdivise en multiples cercles d\u2019études, et lui donne des airs de ruche d\u2019une étonnante activité.Je me bornerai à dire un mot concernant la série de conférences qu\u2019elle offre hebdomadairement \u2014 d\u2019octobre à mai \u2014 et auxquelles, soucieuse d\u2019élargir son champ d\u2019action, elle convie non seulement ses abonnés, mais le public, moyennant un prix d\u2019entrée dérisoire, c\u2019est le mot.Le programme de l\u2019année en cours fut marqué d\u2019une innovation très heureuse : plusieurs causeries furent ou seront consacrées à l\u2019avenir intellectuel du Canada français, le tout formant une sorte de cycle à part où sont envisagés et traités les différents domaines de la poésie, du roman, de la civilisation, de la religion, de l\u2019Université, de l\u2019école, de la science par des écrivains et des conférenciers tels que M.Victor Barbeau, les RR.PP.Lamarche et Forest, le Frère M.-Victorin, M.René Carneau, M.Alfred DesRochers, M.Olivier Maurault, P.S.S.A son tour, Marie LeFranc ne se contenta pas de décrire la poésie de la nature canadienne, mais sa causerie fut elle-même poésie.Nous savons quelle extraordinaire faculté lyrique éveille chez Marie LeFranc ce que notre pays possède en réalité de plus beau : ses bois, ses lacs, ses paysages des Làurentides.« Elle enchante le paysage », disait fort justement M.Victor Barbeau, dans un article qu\u2019il lui consacrait.C\u2019est le propre des seuls grands poètes de donner au verbe cette valeur d\u2019incantation, cette puissance à exprimer l\u2019inexprimable ; et qui aurait pu dire que de ce titre si simple : « Dans le bois », Marie LeFranc saurait tirer une musique inouïe, tout un poème vraiment inspiré qui, je n\u2019hésite pas à le dire, m\u2019a procuré l\u2019un des plus beaux moments « d\u2019évasion » que j\u2019aie connus de ma vie .Mais la Société ne se contente pas des sujets et des choses 47 Revue Dominicaine se rattachant à notre pays et le programme de ses conférences indique un rare électisme.Ainsi, l\u2019œuvre et la personnalité originale et exquise de Marie Noël fut quasi révélée au public bien avant que M.Etienne Gilson s\u2019en fît l\u2019ardent apôtre à son dernier séjour parmi nous, grâce à mon amie Annette Doré (l\u2019une des âmes dirigeantes de l\u2019association) et la façon simple, directe et émouvante avec laquelle elle sut faire ressortir le charme un peu naïf et la pureté inégalable des vers de Marie Noël nous ont laissé le plus délicieux souvenir.L\u2019entreprise a connu bien d\u2019autres réussites : que dire du Boileau (« Boileau, grand caractère ») de M.Olivar Asselin, du Saint-Simon de M.Jean Dufresne ?Tous deux firent revivre de façon étincelante la cour et la société du grand siècle, mais débarrassées de la poussière des manuels, et devenues cette chose vivante, si humanisée et si proche de nous.Qui nous donnera maintenant un Racine, un LaFontaine dignes de figurer auprès du Boileau de M.Olivar Asselin ?Mais faute de place et de temps, qu\u2019il me suffise de signaler encore quelques autres conférenciers de la Société d\u2019Etude pour les années 1934 à 36 : Le Rév.Père Yoyer ( « la Danse devant l\u2019Arche »), M.Pierre Daviault («Huxley»), Mlle Hélène Grenier (« l\u2019Espagne, images commentées »), M.Jean Chauvin (« En Russie»), le T.R.P.Forest («le Mouvement féministe»), le R.P.Lamarche ( « Saint Vincent de Paul et ses Dames de charité»), M.E.Schenck («Nietzsche et Romain Roland»), M.René Turck (« Claudel »).Mentionnons aussi M.André Fréchet, directeur de l\u2019Ecole Boulle de Paris, le Dr Louis Bourgoin, madame Martine Duguay, M.Edouard Montpetit.Ainsi le groupement d\u2019une élite intellectuelle se forme, se cristallise autour de la Société d\u2019Etude et de Conférences : un public sensible, ennemi du snobisme, et de jour en jour mieux averti.Exactement ce qui nous manque.Annette LaSalle-Leduc L\u2019Œuvre de Juvisy Juvisy.Un de ces villages de la banlieue de Paris qui, en trente ans, ont vu quintupler leur population.Les propriétés domaniales et les grandes fermes s\u2019y sont morcelées et d\u2019immenses lotis- 48 Le sens des Faits sements, au milieu desquels l\u2019ancienne église campagnarde, après plusieurs siècles d\u2019immobile actualité, fait tout à coup figure préhistorique.La petite station ferroviaire d\u2019hier, devenue la plus importante gare de triage, déverse aujourd\u2019hui sans arrêt les trains sur tout le midi de la France.C\u2019est là que se sont installés quelques dominicains, en pleine « ceinture rouge » de la capitale, accueillis d\u2019ailleurs avec une respectueuse cordialité par ces « communistes » qui ne s\u2019effarouchent point du tout de ces robes blanches en liberté.Une maison qui allie aux allures robustes et claires de la plus moderne construction le dispositif et l\u2019atmosphère du carré claustral.Allez-y à l\u2019improviste, une quelconque après-midi : vous y trouverez, en visite de consultation, de réconfort ou de collaboration, un journaliste ou un directeur d\u2019œuvres, un professeur d\u2019université ou un député, un aumônier jociste ou un producteur de film, un groupe d\u2019étudiants ou un chef routier avec son clan.Aujourd\u2019hui des prêtres et des médecins s\u2019y rencontrent pour assurer en commun le terrain de leur humain travail ; demain ce seront des juristes et des syndiqués ouvriers, puis des militants d\u2019Action catholique, confrontant expériences et doctrines.Un jour le maître LeFur y vient diriger une discussion fort animée sur la politique chrétienne ; une autre fois, Karl Barth, de passage à Paris, y est reçu par Maritain, Gilson et Berdiaeff.Mauriac y envoie son billet régulier, et Daniel-Bops y tient sa rubrique hebdomadaire.C\u2019est un philosophe \u2014 rare et magnifique aubaine \u2014 ce sont même deux philosophes, Gabriel Marcel et Henri Gou-hier, qui sont chargés de la critique théâtrale.Quel est donc ce carrefour spirituel ?Le P.Bernadot y arrivait en 1927 avec La Vie Spirituelle, qui représentait déjà un immense crédit spirituel ; car cette revue, fondée à l\u2019issue de la guerre, avait donné consistance et direction au renouveau religieux et mystique qui se développait alors d\u2019admirable manière.Par un effet normal de ce rayonnement « contemplatif », naquit alors La Vie Intellectuelle, non point certes par une dichotomie fausse et irréelle entre le spirituel et l\u2019intellectuel.mais, selon le vieux sens des mots, pour incorporer l\u2019esprit, spiritus, à la matière multiple des connaissances déployées devant l\u2019intelligence humaine, intellectus.D\u2019emblée la nouvelle revue se campa au centre des problèmes du jour, avec une loyauté. Revue Dominicaine un entrain, une lucidité, qui lui rallièrent vite le suffrage des jeunesses en pleine croissance.Aussi bien les maîtres de ces jeunes générations s\u2019v rencontraient volontiers, théologiens, philosophes, lettrés, économistes, sociologues, techniciens.D\u2019abord mensuelle, La Vie Intellectuelle s\u2019annexa bientôt un fascicule de « documents », dossiers fort appréciés en un temps où tout de même Ton a le goût de l\u2019information précise et étendue.Mais, sous la pression même de la formule adoptée et de l\u2019esprit qui l\u2019employait, il fallut, sans rejeter les éléments documentaires, gagner en « actualité », c\u2019est-à-dire atteindre de plus près, dans notre vie si rapide, la suite des événements, pour y porter la lumière d\u2019un jugement sûr ou le diagnostic requis par la pensée chrétienne : La Vie Intellectuelle devint bi-mensuelle.Une croissance immédiate des abonnements témoigna de la faveur du public : plus que jamais on « mordait » sur l\u2019opinion, et chaque quinzaine le « Billet de Christianus » marquait d\u2019un trait aigu diagnostic et jugement.La sérénité devenait de plus en plus nécessaire, en même temps que l\u2019audace ; car voici que les principes faisaient sentir au fil des jours leur portée concrète et leurs infrangibles exigences.Il y eut alors tels mots prononcés qui s\u2019enfoncèrent à vif dans l\u2019opinion française, non sans réactions violentes de droite ou de gauche.La loyauté, la tenue, la qualité spirituelle, garantissaient d\u2019ailleurs des interventions, que les plus hautes autorités religieuses soutenaient discrètement.Mais on ne fait pas sa part à l\u2019esprit en travail, et puisqu\u2019on avait consenti à en suivre le mouvement jusque dans le champ de la vie sociale, civique, nationale, internationale, il fallait se porter soi-même en pleine vie quotidienne.Un nouvel organe s\u2019imposait, du tvpe reouis pour pareille besogne : laissant à La Vie Intellectuelle les amples exposés généraux et les travaux de longue haleine, un hebdomadaire fut créé : Sept, ayant l\u2019agilité et l\u2019actualité des feuilles de ce genre.Même matériellement, l\u2019entreprise ne manquait pas de spéciale audace, d\u2019autant que, à ce moment même, l\u2019opinion française se trouva prise dans les remous de l\u2019émeute du 6 février.Une parole chrétienne, ferme, sereine, trouverait-elle audience dans ce tumulte des voix et des armes ?Et ne fallait-il pas laisser à leur violence les deux « fronts » qui se formaient : le « front national » et le « front populaire » ?Où alors jouer les 50 Le sens des Faits cartes du « parti de l\u2019ordre » contre le « parti de la justice » ?.Hélas, les mots mêmes révélaient, et révèlent encore, la situation tragique des esprits ; l\u2019erreur de cette opposition entre le « national » et le « populaire » devait dresser l\u2019âme chrétienne contre de pareilles dislocations.Il fallait, au dessus des partis et sans compromission, faire entendre les leçons pontificales de l\u2019Action catholique, et appuyer les revendications de l\u2019ordre chrétien, ordre de justice et de charité, contre le désordre établi.Entre tous, les articles de M.Gilson proclamèrent, fût-ce contre certaines routines des catholiques eux-mêmes, les exigences de l\u2019ordre catholique, et d\u2019abord en matière d\u2019enseignement.Les plus effarouchés d\u2019alors reconnaissent aujourd\u2019hui l\u2019opportunité du diagnostic et la vérité du jugement.Sur le terrain économique, sur le terrain social, sur le terrain politique, sur le terrain international, Sept poursuit son œuvre quotidienne.Il est tel numéro sur l\u2019U.R.S.S., dont 60,000 exemplaires furent enlevés en cinq jours.A l\u2019heure où partis et ligues déchirent la cité, il est parfois malaisé de garder la maîtrise de soi et la transcendance de la doctrine chrétienne.Mais, comme le redisait Mauriac dans un billet récent, c\u2019est la vocation spirituelle du chrétien et l\u2019intensité même de sa vie intérieure qui lui donnent la liberté nécessaire : la vérité le rend libre, y compris vis-à-vis de ses amis.Au milieu même de son humain tumulte, la demeure de Sept est une demeure contemplative : les Prêcheurs, livrés à un labeur harassant, retrouvent sept fois le jour, selon leur liturgie monastique, avec la paix et le silence de la prière, la liberté qu\u2019ils aiment et que tous aiment en eux \\ M.-I).Chenu, O.P.1.Il faudrait ajouter, pour évoquer toute l\u2019activité de la maison, plusieurs séries de publication, des Cahiers de la Vierge (6 fasc.par an), et surtout l\u2019administration de la Revue des.Jeunes, dont la direction est assurée à Paris par R.Garric, le fondateur des « Equipes sociales», et par les PP.Châtelain et Forestier : carrefour spirituel encore, près du Couvent de St-Jacques, où maints groupes de jeunes trouvent lumière et inspiration.Elle est, elle aussi, en pleine croissance.51 Docteur % (Tharette CHIRURGIEN DENTISTE FR.>5008\t1951 EST, SHERBROOKE VEUX OREILLES NEZ ^GOfeGE Prof«i$«ur cny-pÿ ¦&.\u2022$¦ CHIRUPSIEn- DEnTISTE HfürecJfBurPüü: 9a.m.à 9 km.e»c»pU i« lundi BENOIT BISMNNETTE NOTAIRE MA.2I43 266 oütsl,SkJacques WAlnut 8117 puuurmi k\tremplies avec SOIN TABAC-BONBONS CREME-GLACEE 3657 BM.DEtARIE i COIM .0.6.«.mhhidehu- DExteb 6526 fllARCAAAD de GLACE en GROS et DETAIL LojIks pure et naturelle J!» WIM .UVWHÎOH jee'ciflU conTepvevos cliwenttfrais\t2114.Old Orchard £e& étfueuHS' CORONA pour vous de ta Itérer Votre coruntie de reel ROOT JUICES WIlbank 0470 ÇfilanufacbiHieHGrde.HIRES ROOT BEER EQUIPEMENTS des plus MODERNES L.1ÉMULT* ENTREPRENEUR! 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