Revue dominicaine, 1 mai 1936, Mai
[" REVIE DOMINICAINE '\u2022 ! \u2022¦< ! ' CIGARETTES SWEET CAPORAL \"La forme la plus pure sous laquelle le tabac peut être fumé\".Réclame de la Division de Québec Imperial Tobacco Company of Canada, Limited REVUE DOMINICAINE Directeur R.P.M.-A.Lamarche, O.P.Conseillers RR.PP.Ceslas Forest, Benoît Mailloux, Raymond-M.Voyer, Thomas-M.Lamarche, Albert Saint-Pierre, O.P.La Revue ne sera pas responsable des écrits de collaborateurs étrangers à l\u2019Ordre de saint Dominique.ABONNEMENTS Canada : $3.00 ; Etranger : $3.25 ; Avec le Rosaire : 25 sous en plus ; Le numéro : 30 sous.Abonnement de soutien : $10.00 L\u2019Œuvre de Presse Dominicaine 5375, Av.N.-D.de Grâce Montréal EST UNE ÉPARGNE RÉFRIGÉRATION .pour satisfaire toutes les exigences La Réfrigération G.E.à air conditionné ne ressemble en aucune façon aux autres modes de réfrigération qui ont pu avoir leur utilité par le passé.C\u2019est une innovation entièrement originale, devisée par la plus grande Institution d\u2019électricité au monde, en vue de satisfaire les demandes les plus exigeantes.Non seulement elle produit une température basse constante et scientifiquement réglée, mais elle maintient en plus l\u2019humidité.Un courant d\u2019air humide et frais circule en permanence dans l\u2019appartement à raison de cinq tours à la minute, ce qui assure les conditions les plus favorables à la conservation des aliments, au maintien de la fraîcheur aux fleurs récemment cueillies, etc.Partout donc où il est question de réfrigération, de quelque exigence qu\u2019il s\u2019agisse, consultez le spécialiste de la Réfrigération G.E.CANADIAN GENERAL # ELECTRIC c O M P A N V ^^ L I M I T E D Mai 1936 M.Georges Pelletier Notre américanisation par ie journal K.P.Louis-M.Régis, O.P.La Philosophie de la nature Dom Jean Boutry, O.S.B.Chronique de Littérature spirituelle R.P.Carmel Brouillard, O.F.M.Qu\u2019est-ce que la Critique ?jEc Sens des 3ait s Les Etudes catheriniennes à Sienne, par Prof.A.Funaioli.\u2014 « Les trahisons de l\u2019élite », par R.P.Voyer, O.P.\u2014 Projections : Sur le roman honnête \u2014 Sur le travail féminin \u2014 Quelques fleurs, par Oriticus.JE\u20198s prit des jEivres Marit ain : Science et Sagesse (R.D.) S.Thomas : L\u2019entrée en Religion \u2014 Summa Tlieologica {R.DR.-M.B.) Boisjelot : L\u2019Eglise et le monde moderne (J.-M.P.) Tremaudan : Histoire de la Nation métisse dans l\u2019Ouest canadien (V.D.) Marie de l\u2019Incarnation {H.C.) Themmen : Instructions sur le Mariage (R.D.) Sur les ailes de la fumée (M.-A.L.) Accusés de réception. ) A.Janin & Compaq Limitée J inn sépale?\tmil 1460 OUEST, 5R6ROOKE MONTREAL »-¦¦-.-\t\u2014t\u2014\u2014\t^¦*¦\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014ll\u2014-^Mi\u20141 a&= QUE FEREZ-VOUS A L'AGE DE 60 ans OU DE 65 ans?L\u2019ambition (le la plupart des hommes est, très légitimement, d\u2019acquérii une véritable sécurité et une sûre indépendance financière pour ses vieux jours.Un moyen simple et facile d'y parvenir est une police à Rentes Viagères dans WSz.\u2019CaSociété îles Artisans société muiuELUj (£ anab ten* -Jfranç ais 1 - 7mk'y airiüMt oiaiMtv ¦\t\u2022\t5 odivitintfc auimyttv i oMiqatwni tanta àitüi\u2019iitiijutiti.coiwiiieç eomntERnoLEs VIE.PCCIDEDT- (TipLpDlE, inVpLlOITÉ.RERTE5 VIPGÈRES.-STtÜRpnCEl enVlfiüfO^ pj,\\o.o°o.ooo-oo IEGE ^OCIPL-.iïlOnTRER FOnDE en IS7B & TpL|èrô/ insTiTüTion cpwuHEnnE-fMncfiWE A\u2019nmwict.wunxte en .j.I -WglCg M:.aatiai A\u2019êtu AiwubaéV a dtv f)(TO«, wnt Aèiccitmttit aux PKURÉKWIÉPR.ponns Pccufliuijr: $14,535,000.00 9U-9S0.ST-DlmSI Notre américanisation par le journal Les Canadiens de langue française lisent-ils en grand nombre les journaux américains ?Lesquels ?Cette presse exerce-t-elle de l\u2019influence chez nous ?Nos journaux échappent-ils à cette influence, la contrarient-ils, ou la prolongent-ils ?Comment notre public et notre presse peuvent-ils réagir contre l\u2019influence de la presse de type américain ?Autant de questions que souvent des observateurs se posent, entre beaucoup d\u2019autres.Qui lit ces\tA la campagne, la masse de nos gens ne connais- feuilles, ici ?sent pas le journal américain.Il ne touche que très peu d\u2019individus dans les milieux ruraux.Là, donc, influence directe à vrai dire inexistante.Reste l\u2019influence indirecte : celle du journal de chez nous, plus ou moins adapté à l\u2019américaine.C\u2019est un point à ne pas négliger ; il est d\u2019importance.Dans celles de nos villes moyennes où il y a un tant soit peu d\u2019industries, le nombre de lecteurs de ces journaux d\u2019outrefrontière est fort limité : voyageurs de commerce allant un peu partout, gens qui ont habité quelque temps les Etats Unis, soit en voyages prolongés, soit pour y travailler, Franco-Américains rentrés au pays des grands-parents, etc.Dans l\u2019ensemble, ces gens connaissent un tant soit peu le journal américain.De temps à autre, ils le lisent.Champ restreint d\u2019influence accidentelle.Dans nos villes industrielles plus populeuses et dans nos grandes villes \u2014 à Montréal surtout, si proche de la frontière que les quotidiens de Boston, de New York y arrivent pen d\u2019heures après que les presses les ont vomis là-bas et que l\u2019avion les a Revue Dominicaine emportés \u2014 il se lit parmi les nôtres des quantités considérables de quotidiens américains et du type le plus vulgaire, le plus sensationnel : ainsi le Boston American-Sunday Advertiser (tirage de plus de 503,000 exemplaires le dimanche) et le New York American (tirage d\u2019an delà de 1,020,000 exemplaires le dimanche) ; ces deux feuilles sont du groupe de Hearst qui en publie une quarantaine de ce type, dont une huitaine dans notre voisinage, notamment dans l\u2019Etat de New York : le News (tirage quotidien 1,593,000 exemplaires et le dimanche 2,524,000) ; le Mirror (tirage quotidien 554,000 exemplaires, tirage du dimanche, 1,183,000 exemplaires), deux tabloïds, c\u2019est-à-dire deux feuilles de format réduit, illustrées à satiété, où il y a autant, sinon plus de photos que de texte, où le texte et l\u2019image se com-pénètrent, rivalisant du jaunisme le plus facilement accessible.11 n\u2019v a pas à vrai dire besoin de lire ni même de savoir lire pour comprendre ce qu\u2019il y a dans ces gazettes : il suffit de n\u2019être pas aveugle.Combien s\u2019en vend-il, Ces feuilles américaines ultra-populai-et de quel type ?\tres, des milliers de nos gens à Montréal, des centaines à Québec, aux Trois-Rivières, à Hull, à Saint-Hyacinthe, à Saint-Jean, etc., les lisent presque quotidiennement ; ils les prennent dans les kiosques, aux coins des rues, dans les gares, les hôtels, à la porte des usines.Un nombre encore plus grand, s\u2019ils ne les lisent tous les jours, en achètent des exemplaires le samedi et le dimanche, à cause du format plus volumineux, des rubriques plus étendues, surtout les sportives, des illustrations plus abondantes, du texte si possible plus sensationnel de ces feuilles ces jours-là ; et aussi parce qu\u2019en fin de semaine les gens 274 Notre américanisation par le journal ont plus de loisirs pour cette sorte de lecture et ont acquis l\u2019habi-tude de ce que le Yankee appelle les « Sunday papers », ce qu\u2019un sociologue anglais, de retour d\u2019un voyage prolongé en Amérique, appela jadis « mental pig-wash ».Si vous désirez vérifier l\u2019exactitude de cette information, tenez-vous quelque temps dans le voisinage d\u2019un des deux ou trois cents postes où se détaille ce type de journal, surtout les samedis et les dimanches.Cette observation personnelle vous renseignera mieux que n\u2019importe quel amas de statistiques.Pour un acheteur du Boston Transcript, du Christian Science Monitor, du New York Times et du New York Herald Tribune \u2014 quotidiens américains du type le plus relevé, à prétentions d\u2019ordre intellectuel et dont les suppléments littéraires sont d\u2019une réelle valeur, encore qu\u2019à tendances d\u2019ordinaire discutables \u2014 vous verrez cent acheteurs des feuilles de Hearst ou des tabloids les plus vulgaires.Or ce sont les feuilles de cette dernière catégorie qui exercent le plus d\u2019influence ; elle n'est bonne ni directement, ni indirectement.Car ce type de presse ne propage pas la vraie, la grande culture américaine, de qualité et de valeur certaines, culture dont on 11e trouve ni écho, ni manifestation dans la sorte de feuilles les plus répandues d\u2019outre-frontière qui passent chez nous.Ce qui s\u2019y Les défauts, les vices américains les plus affichés, affiche dans ce t}rpe de presse importée, ce sont : le matérialisme intense qui ramène tout à la possession de l\u2019argent ; le goût des futilités les plus stupides, élevé presque aux proportions d'un culte pour des idoles sportives, cinématographiques, etc ; un penchant effréné à la jouissance sous toutes ses formes, surtout les plus grossières ; l\u2019indifférence, la complaisance la plus 275 Kevue Dominicaine étendue quant aux plaies sociales telles que le compagnonnage et le divorce ; enfin en matière de religion, une ignorance totale qui conduit à l\u2019agnosticisme absolu.Voilà ce qui marque la presse populaire américaine la plus étalée cliez nous.Le milliardaire ou le fils de milliardaire noceur, fêtard, jouisseur, d\u2019une amoralité complète, les déportements de toute une catégorie de la société américaine, les criminels et les gangsters immanquablement victorieux de la police, les divorces répétés d\u2019acteurs et d\u2019étoiles du cinéma, d\u2019industriels ou de financiers en vedette, d\u2019as du théâtre ou du sport professionnel : tout cela, avec des histoires de love\u2019s nests, d\u2019exploits de gunmen, figure au premier plan de ce type de presse.Le jeune homme, la jeune fille, l\u2019adulte plus ou moins instruits qui lisent ces feuilles dans les trams ou ailleurs se délectent à cette lecture.Une influence morale néfaste, une fausse conception de la vie contemporaine, l'habitude contractée du jaunisme, la glissade lente mais quasi-certaine vers l\u2019immoralité, vers le crime même, à cause de cette familiarité au moyen de l\u2019imprimé, si l\u2019on peut dire, avec des criminels et des êtres corrompus ou anormaux, telles sont les conséquences possibles, voire inévitables de l\u2019américanisation de tant et tant de nos gens par ce qu\u2019il y a de plus douteux, de plus trouble dans la presse cl\u2019outre-frontière.Et puis il y a l\u2019influence des individus ainsi contaminés sur les milieux qu\u2019ils fréquentent, parmi les gens avec lesquels ils conversent.C\u2019est plus que la tache d\u2019huile : c\u2019est la tache d\u2019acide corrosif qui ronge et dissout jusqu\u2019à la trame de l\u2019étoffe.Influence de De tout cela résulte l\u2019introduction dans nos ces lectures mœurs, dans nos pratiques de vie courante, dans notre façon de classer, de sérier, d\u2019envisager maints problèmes 276 Notre américanisation par le journal d\u2019ordre national, moral on religieux, d\u2019un esprit tout à l\u2019opposé du type traditionnel du Français ou du Canadien-français.Aux habitués de ce genre de presse, tout chez nous semble désuet, vieillot, sans valeur, bon à écarter.Cela n'explique-t-iJ pas dans une sérieuse mesure l\u2019affaissement, le manque de sens moral et même national parmi toute la classe qui s\u2019imagine instruite parce qu\u2019elle sait et entend mal et sa langue et une autre, mais peut lire l\u2019une et l\u2019autre, et ne se sert de ses rudiments d\u2019instruction que pour aller se renseigner à des sources d\u2019ordre le plus douteux ?On a là quelques-uns des aspects les plus saillants de l\u2019influence d\u2019une presse américanisante parmi certaines catégories des nôtres.Toute la presse américaine que nous lisons n\u2019est certes pas de ce type grossier ; il n\u2019empêche que c\u2019est celle de ce type surtout que tant de nos gens lisent, malgré ce que cela comporte de nettement dépravant.L\u2019influence indirecte Si du moins cette influence se circonscri-par le canal de\tvait aux seuls lecteurs de ce type de presse notre presse\timportée ; mais il y a l\u2019influence indirecte de toute la presse américaine, et surtout de la moins bonne, sur notre presse : non seulement sur la presse anglo-canadienne qu\u2019un nombre de plus en plus grand de Canadiens-français ont pris l\u2019habitude de lire, parfois même \u2014 ce qui est fort regrettable \u2014 à l'exclusion de tout journal français de chez nous, notamment à Montréal ; mais jusque sur la presse française du Canada la plus répandue.Cette influence est visible, indéniable, grandissante.Si l'on n\u2019y prend garde et s\u2019il n\u2019v a vite réaction intelligente et coordonnée, cette influence sera bientôt tout à fait conquérante.277 Revue Dominicaine Comment se manifeste-t-elle clans notre presse même ?Il n\u2019y a pas à le rechercher longuement, tant elle est visible.Notons d\u2019abord au passage la facture matérielle de nos journaux.Ce sont, dans l'ensemble, des journaux d\u2019aspect extérieur américain, écrits et publiés en français plus ou moins bon ; les conditions, et l\u2019outillage avec lequel on les fabrique exjdiquent ces apparences.Contre cela, que faire ?Le péril 11e paraît pas très grand de ce côté, encore qu\u2019on puisse prétendre avec bon sens que notre presse devrait être cl\u2019aspect plutôt français, du moins dans les grandes lignes, et non de type métissé.De l\u2019idéal français Le plus sérieux, c\u2019est que dans la tournure à la pratique cle la rédaction, dans l\u2019information, dans l'ins-américaine piration même de ces feuilles, se voit l\u2019empreinte américaine.Que celle-ci ne soit pas en bloc condamnable, c\u2019est admis ; que cela ne convienne guère à ce que nous sommes, à ce que nous voulons être, à ce que nous devons être, si nous entendons rester fiançais ou en tout cas logiques avec nos origines, cela est aussi clair.Le regretté Franc-Nohain disait à Québec, à un congrès de presse (août 1934) que le goût, la clarté, la mesure, la méthode dont est fait le meilleur de la littérature française, et qui constituent l\u2019essence même de l\u2019esprit, du génie français, doivent être et rester les caractéristiques de la presse française, l'objet principal et constant de ses efforts et de ses recherches ; et que le journal de type français doit porter k sa manière la marque de tout ce qui vient de France : la qualité.Notre presse ne correspond guère à cet idéal \u2014 de plus en plus dégradé présentement, il est vrai, jusqu\u2019en France oii les feuilles à grand tirage accusent un glissement tout à fait sensible vers le futile, le 278 Notre américanisation par le journal prolixe, le diffus et le sensationnel.A preuve, Paris-Soir, (tirage 1,413,000) et le Petit Parisien, (tirage 1,650,000).Ces manchettes énormes, ces vignettes démesurées et trop nombreuses, ces dessins en série presque tous achetés aux syndicats de presse américains, ces suppléments de couleurs fortes où pêle-mêle passent princes de l'Eglise et de l'Etat, étoiles de cinéma, bœufs gras et béliers crépus primés aux foires de bétail, boxeurs, demi-mondaines, divorcés, gangsters et autres champignons de couches sociales en pleine moisissure, tout cela, que nous voyons jusque dans nos journaux, paraît à l\u2019observateur d\u2019œil aigu dériver nettement de la formule américaine de presse la plus vulgaire et qui heurte la mesure et le goût français, ou simplement un tant soit peu civilisés.Encore s\u2019il n\u2019y avait que cela ; mais lisez attentivement tel et tel de nos journaux : vous y verrez partout le filigrane américain, dans l\u2019information et dans la rédaction.Les nouvelles d\u2019Europe y sont souvent arrangées au goût américain ; car nos agences de presse échangent a New York l\u2019information canadienne contre la nouvelle étrangère venue par le canal de Y Associated Press ou de la United Press, agences montées, du point de vue américain, pour des Américains.Dans la hâte de ces échanges, la couleur américaine n'est pas filtrée, non plus que dans la traduction pour nos quotidiens.De même provenance nous arrivent les nouvelles des tribunaux de police à Chicago, New York, Boston, Détroit, etc.Aux films américains plus ou moins intelligents et moraux passés chez nous, la même presse fait écho, fournissant aux grandes salles de spectacles, par ses réclames et ses critiques d\u2019ordinaire tendancieuses, tout un public de langue française.Et que dire de la publicité faite aux programmes de radio américaine les moins bons ?279 Revue Dominicaine La pénétration Consciemment on non, moins encore par sa pu-s\u2019accentue blicité à l\u2019américaine \u2014 mal presque inévitable, vu la faiblesse numérique de notre presse sur un continent presque en bloc de langue anglaise 1 \u2014 que par son information et même l'ensemble de ses services, notre journal quotidien est un important agent indirect d\u2019américanisation.Lui-même du reste est de plus en plus perméable à cette influence.L\u2019emphase, le pompeux, l\u2019exagération y sont de ton américain.Faut-il s\u2019étonner que ce type de journal entame son public, lui inocule un américanisme de moins en moins mitigé sous la peau piquée journellement par l\u2019aiguille d\u2019une curiosité de plus en plus malsaine, entretenue, stimulée à l\u2019année, en vue d\u2019atteindre aux grands tirages ?Absence et urgence d\u2019une réaction On doit le dire, pour rester juste envers elle, notre presse ne se rend guère compte du progrès de l\u2019américanisation chez elle, et par elle chez son public.Cela explique jusqu\u2019à un certain point qu\u2019elle ne réagisse pas comme elle le devrait.Pourtant, réagir s\u2019impose.Et pour le liseur de journaux, et pour le fabricant de journaux, bien qu\u2019au-jourd'hui on n\u2019écrive plus guère les quotidiens, on ne les rédige presque plus, et qu'on s\u2019ingénie de plus en plus à les fabriquer de façon à vrai dire mécanique, avec tout ce que cela comporte de méthodes industrielles et aussi d'indifférence aux conséquences d\u2019ordre intellectuel.La masse qui lit un tant soit peu chez nous lit presque exclusivement des journaux et n\u2019attaclie d'ordinaire pas assez 1.Il y a une douzaine de quotidiens français dans toute l\u2019Amérique du Nord contre 90 de langue anglaise au Canada et près de 2000 aux Etats-Unis.280 Notre américanisation par le journal (l\u2019importance à ce qu\u2019elle lit ; elle 11e se rend pas bien compte de l\u2019influence du journal sur le lecteur, non plus que l\u2019influence que le lecteur peut légitimement exercer en retour sur l\u2019ensemble des journaux, surtout les canadiens-français, que les gens de notre langue sont seuls à lire.Si ce public réclamait de nos journaux une meilleure tenue française, une langue plus correcte, des dépêches mieux filtrées de toute couleur, l\u2019américanisante comme l'anglicisante ; *s\u2019il demandait de façon sérieuse et suivie des rubriques françaises, intelligemment choisies, au lieu du « menial pig-wash » des syndicats américains, notre presse gagnerait en valeur, en qualité ; elle acquerrait quelques traits distinctifs, plutôt que de devenir le décalque nettement servile de ce qu\u2019il y a de moins bon dans la presse du pays voisin.Elle cesserait d\u2019être un instrument plus ou moins conscient d\u2019américanisation pour devenir un agent au service de la culture et des traditions françaises les meilleures.Ce qui attend\tSi elle avait mieux conscience de la manière notre presse, si.dont elle conduit son public vers l\u2019américanisation, elle pourrait, elle devrait elle-même réagir, et de sa propre initiative, 11e serait-ce que guidée par un étroit instinct de préservation.Car le jour où la masse canadienne-française aura par degrés pris goût au type de presse à l\u2019américaine qu\u2019on lui impose, et qu\u2019elle saura plus ou moins lire un anglais de bas a loi, ce jour-là marquera l\u2019affaissement de notre presse.Ses tirages stagneront, puis baisseront.Le sens de la conservation s\u2019éveillera trop tard chez elle.Elle aura nourri le monstre qui la tuera.Elle peut encore réagir ; il en est temps.Qu\u2019elle redevienne de culture, d\u2019information, de sentiment, d\u2019esprit français, de la manière qu\u2019a définie Franc-Nohain ; qu\u2019elle s\u2019applique à se 2S1 Revue Dominicaine refaire une âme française et aussi à son public.Si elle ne s'en avise avant dix ou vingt ans, il restera chez nous, vers l\u2019an deux mille, de très rares journaux en langue française, pour une élite peu nombreuse obstinée à vouloir lire encore un peu de français chaque jour.La presse américaine d'une part, l\u2019anglo-canadienne de l\u2019autre, auront absorbé ou assimilé le gros de îlotre presse populaire.Ce sera le châtiment de celle ci, pour n\u2019avoir pas voulu être en temps et justement à la fois française et canadienne.Georges Pelletier Directeur du « Devoir » OC 9 La Philosophie de la Nature La «Collection des cours et documents de philosophie » publiée sous la direction de M.Yves Simon, vient de faire une précieuse acquisition en éditant chez Téqui une nouvelle série de cours de M.Jacques Maintain intitulée : « La Philosophie de la Nature \u2014 Essai critique sur ses frontières et son objet ».En lisant cette élaboration du distingué penseur, on ne peut s\u2019empêcher de jalouser quelque peu les étudiants philosophes de nos jours, qui au lieu de se dessécher l\u2019esprit au contact d\u2019une philosophie-manuel (c\u2019est-à-dire, une philosophie qu\u2019on se transmet de main à main et non d\u2019esprit à esprit), ont le bonheur de communiquer à l\u2019âme même de celui qui leur enseigne, grâce à la souplesse et au profond réalisme de ses cours, souplesse et réalisme que la « Collection » de M.Yves Simon réussit à reproduire intégralement \\ M.Maritain a pris comme sujet de ces quelques leçons, un problème tout à fait moderne et des plus actuels : celui des relations entre Philosophie-Science, donc un problème méthodologique, une question de frontières spirituelles, problème dont la solution est tout aussi importante pour l'esprit que celle des armements pour la paix mondiale.Et comme le point névralgique était précisément ce champ de combat « séculaire » où la pensée philosophique et la pensée scientifique s\u2019engagent dans les mêmes sentiers, c\u2019est-à-dire, la « Phvsica » ou la « Philosophia natura- 1.La même « Collection » a déjà publié du même auteur : Sept leçons sur l'Etre et les premiers principes de la Raison spéculative.Paris, 1934.Livre dont la valeur métaphysique est de tout premier plan.283 Revue Dominicaine lis » des anciens, c\u2019est à ce point d\u2019interférence et de frottements perpétuels que notre auteur a posé le problème et présenté une solution \\ Ces quelques leçons sont divisées en trois chapitres, d\u2019extension et d\u2019importance inégales, mais dont le point culminant, la clef de Avmte est le troisième chapitre où se trouve située et définie la Philosophie de la Nature dont l\u2019existence est menacée à la fois par la Métaphysique et les sciences particulières.Le chapitre premier pose le problème de la Philosophie de la Nature en fonction de la « conception des anciens et des difficultés que cette conception soulève» (pp.1-40), ce qui implique tout l\u2019Aristotélisme gréco-latin ainsi que la révolution Galliléo-Cartésienne de la Renaissance.Dans ce chapitre premier on assiste à la naissance des positions négatives d\u2019LIéraclite et de Platon, dont la métaphysique du sensible (métaphysique de l\u2019instabilité pour Héraclite, et de la non-ontologie pour Platon) a pour conséquence la non-scientificité de la connaissance de la Nature, et conséquemment son caractère opinatif.Mais survient Aristote et son ontologie du sensible, ce qui nécessite une Philosophie de la Nature, la Nature jouissant de la stabilité et de la nécessité qui fonde le « scibile ».Une fois postulée l\u2019existence nécessaire d\u2019une Philosophie de la Nature, il s\u2019agit de situer ce connaître à l\u2019intérieur de la gnosé-ologie humaine telle que la systématise l\u2019Aristotélisme gréco-latin.On assiste alors à une exposition nerveuse et compréhensive des « ordres de visualisation » ou des « degrés d\u2019abstraction » selon le vocabulaire scolastique (pp.12-29), où l\u2019auteur exploite 1.M.Maritain a déjà touché plusieurs fois cet épineux problème ; cf.Les degrés du Savoir, Paris, Desclée, 1932, chapitres II et III ; La Vie Intellectuelle, 1934 (vol.XXXI), La Philosophie de la Nature tout ce que son esprit contient de souplesse et de nuances, tant dans la netteté et la profondeur de son exposé que dans les précisions historiques qu\u2019il apporte à la question du vocabulaire scolastique et à ses équivalents modernes.Après cette situation «scolastique» de la Philosophie de la Nature, M.Maintain ayant souligné les erreurs des anciens touchant la connaissance expérimentale de l\u2019univers sensible et l\u2019acharnement, souvent inintelligent, de quelques disciples forcenés à combattre les découvertes modernes défavorables aux doctrines anciennes, nous montre dans les pages qui suivent (33-40), comment les positions scientifiques modernes sont sorties de ces erreurs des anciens et de l\u2019incompréhension de leurs sectateurs.Et ces positions des modernes peuvent se résumer en deux mots : la connaissance physico-mathématique fut prise pour la philosophie de la nature au début ; puis, elle a exclu et renié toute philosophie de la nature.C\u2019est sur la première idée, expliquée dans un schéma ingénieux longuement commenté, que se termine le premier chapitre.Le chapitre deuxième exploite le second moment de la position moderne, c\u2019est-à-dire, l'exclusion et la négation de toute philosophie de la Nature du champ de vision de la science physico-mathématique ; et c\u2019est à proprement parler la conception positiviste de la science et ses difficultés qui constitue tout le sujet des élaborations subséquentes (41-67).Ce chapitre second est le deuxième chaînon qui conduit progressivement l\u2019esprit du lecteur vers la position et la solution définitive du seul problème en jeu : la définition et la situation de la Philosophie de la Nature en regard de la Métaphysique et de la Science.Nous savons ce qu\u2019est la Métaphysique pour les anciens et quelle place leur « physica » occupe vis-à-vis d\u2019elle.Reste Revue Dominicaine à savoir ce qu\u2019est la Science pour un moderne, et ensuite nous pourrons comparer la Philosophie de la Nature et la situer en fonction de cette dernière.Comme mise au point précise et attirante de la notion moderne de science, ce chapitre est déjà une « trouvaille » ; ajoutez à ce premier attrait un art délicat dans le rattachement des divers mouvements de la Pensée les uns aux autres, dans une exposition brève mais claire de leurs interférences réciproques, puis une analyse psychologique délicatement nuancée des besoins profonds de Pâme humaine, qui, dominant les tempéraments nationaux, font converger les savants de toute nation à trouver une explication supra-phénoménale aux diverses conclusions que leur donne la science positiviste, et vous aurez une idée de l\u2019intérêt que soulève la lecture de ce chapitre.On y voit une science qui prend conscience d\u2019elle-même, de ses exigences ; qui se débarrasse progressivement des entraves philosophiques en « désonto-logisant » son objet, qui supprime toute philosophie parce qu\u2019elle supprime son objet (pp.45-51) ; puis après avoir été au fond de ses exigences et constaté ses carences, voilà que des réactions se produisent (Duhem, Meyerson, Bachelard), qu\u2019on constate l\u2019existence cl\u2019irrationnel s, donc un retour à un objet qui transcende la science, ce qui revient à réaffirmer l\u2019ontologie, et conséquemment la nécessité d\u2019une Philosophie de la Nature (pp.55-67).Ce chapitre second se termine donc par la constatation de l\u2019abandon de plus en plus général de la conception positiviste et une sorte d\u2019attente mystérieuse de la science en face de l\u2019irrationnel que lui révèle son objet, une sorte de « puissance obédientiel-le » à une révélation philosophique.Cette révélation de l\u2019ontologie du sensible, c\u2019est la Philosophie de la Nature qui doit la faire à la science ; et le chapitre 286 La Philosophie de la Nature troisième est tout entier consacré au fait de cette révélation et au comment ( p.69-141).Nous sommes donc ici au cœur même du problème, car tout ce qui précède n'était, dans l'intention de l'auteur, que préparation et moyen pour parvenir à une solution du problème de la Philosophie de la Nature, et à une solution thomiste.La première partie de ce chapitre (pp.69-112) traite la question de l'existence de la Philosophie de la Nature, c'est-à-dire, est-elle discipline autonome ?On assiste à un drame en trois actes : 1) Tout d\u2019abord à un exode de la philosophie de la nature en dehors du champ de la métaphysique par la manifestation de la diversité des notions dont elles font usage respectivement.M.Maritain se refuse absolument à tremper dans le Wolfisme qui veut faire de la Philosophie de la Nature une partie spéciale de la Métaphysique.Et pour le prouver, il montre que l\u2019analyse on-tolorjique dont se sert la Philosophie de la Nature ne se trouve pas sur un même plan d\u2019intelligibilité que celui dont le métaphysicien est coutumier.2)\tLe second acte nous montre la Philosophie de la Nature ainsi libérée de la Philosophie première, aux prises avec les sciences empiriologiques ; elle s\u2019y oppose grâce à la théorie scolastique du «modus deflniendi » principe de diversité spécifique à l\u2019intérieur d\u2019un même savoir générique ; il y a dans ces quelques pages une vigoureuse mise en valeur des élaborations de Jean-de-saint-Thomas, dont le vocabulaire quelque peu périmé est remplacé par des expressions modernes qui sont, je crois, de nature à faire ressortir le travail de l'esprit sur le réel en même temps qu\u2019à différencier l\u2019aspect philosophique de l'aspect scientifique.3)\tEnfin, la troisième partie du drame nous manifeste un aspect tout différent de la question ; dans les deux actes précé- °87 Revue Dominicaine dents, il s\u2019agissait toujours de divorce, de séparation, soit avec la Métaphysique, soit avec les sciences empiriologiques ; ici, il s\u2019agit plutôt de mariage, du travail de collaboration nécessaire à la Philosophie de la Nature et aux sciences, si elles veulent vraiment se compléter, se parfaire l\u2019un l\u2019autre et travailler de concert à la perfection de l\u2019intelligence humaine (pp.89-97).Puis, le danger inhérent à tout empiriométrisme moderne de se soumettre à la mathématique, est brillamment exposé et mis en lumière par les doctrines de la subordination et de la « scientiæ mediæ » (pp.97-102) ; et comme contrepoids à ce péril, on nous montre comment les sciences expérimentales doivent se soumettre et se perdre dans la lumière ontologique de la Philosophie de la Nature, si elles Areulent vraiment trouver l\u2019explication des irrationnels auxquels elles aboutissent (pp.102-112).Une fois établie la nécessité d\u2019une philosophie de la nature, il faut la définir : et c\u2019est le travail des trente dernières pages.On voit d\u2019abord comme elle se distingue de la Métaphysique par son « subjectum », l\u2019« ens mobile » qui restreint et particularise la Philosophie de la Nature à un mode particulier de l\u2019Etre alors nue la Métaphysique a tout l\u2019être, puis, on constate des différences d'avec les sciences expérimentales grâce à la théorie des appels il\u2019intelligibilité et de la lumière objective (pp.119-121), ce qui répond au vocabulaire ancien de la « ratio formalis objecti ut objectum ».Toute cette élaboration est faite sous la conduite de Cajétan, et son application à la philosophie de la nature est basée sur un paradigme analogique qui joue de haut en bas puisque c'est un cas de connaissance surnaturelle appliqué « ad modum exempli » à un cas de connaissance naturelle.Pendant toute la lecture de ce dernier et capital chapitre, La Philosophie de la Nature nous assistons à une intéressante solution des problèmes en jeu \\ Toute l\u2019idéologie scolastique, avec son vocabulaire technique et la technicité de ses élaborations nous est finement exposée par l\u2019auteur ; et grâce à un admirable effort de compréhension, de sympathie, il est capable de rendre en formulation moderne tout ce que ces expressions démodées des anciens contiennent d\u2019intelligibilité.On y sent un tel souci de constante adaptation aux esprits qui l\u2019écoutent et un tel désir de pénétrer dans l\u2019intime même des réalités qu\u2019il étudie, que notre vénération et notre estime pour le distingué professeur ne peuvent qu\u2019en être augmentées.Et cette impression s\u2019intensifie à la lecture de la conclusion qui nous met en contact avec une intuition philosophique extrêmement profonde de l\u2019unité de l\u2019univers, intuition qui fait vibrer l\u2019âme sous la « touche » des choses et engendre une divine harmonie puisque les réalités sont idées de Dieu et réponse à son « fiat ».Nous sommes ici au point de suture de la Philosophie et de la Poésie, toute connaissance à ce degré étant mystique, c\u2019est-à-dire, intuition du mvstère de l\u2019Etre.Tel est l\u2019intéressant petit volume que M.Maritain présente aux étudiants en Philosophie.On 11e peut que gagner à le fréquenter parce qu'on entre en contact avec une pensée et non un volume, et avec une pensée où le souffle philosophique est entraînant.Peu de professeurs de Philosophie le liront sans profit, et tous les étudiants qui auront la chance de le posséder et de le méditer, verront bien des obscurités disparaître et de vrais problèmes se poser.Nous en conseillons fortement la lecture.Louis-M.Régis, O.P.1.Nous disons une solution, car il y a un autre aspect du problème présenté par la Métaphysique thomiste ; nous l\u2019expliciterons un peu dans un article qui paraîtra bientôt dans la nouvelle collection publiée par le Collège dominicain d\u2019Ottawa et intitulée : « Etudes et Recherches ».289 Chronique de littérature spirituelle L\u2019Afrique chrétienne (suite) 1 Saint Augustin Par son profond et tendre génie, saint Augustin n\u2019a cessé, depuis quinze siècles, de se concilier une admiration et une sympathie universelles.Les courants d\u2019idées qui se réclament de lui sont divers, et innombrables les travaux qui le concernent.La Bibliographie augustinienne 2 du R.P.Nebreda se proposait, peu avant le centenaire du grand docteur africain, de classer cette littérature touffue.Avec une sereine liberté d\u2019ap-préciation, le R.P.analyse les ouvrages les plus saillants ; très informé de leur valeur exacte, il sait, à l\u2019occasion, formuler les réserves et marquer les précautions qui s\u2019imposent.Il dresse tout d\u2019abord la table chronologique des écrits du saint docteur, et en indique les principales éditions et traductions.Le chapitre suivant, consacré aux biographies d\u2019Augustin, insiste sur sa formation et sa conversion ; de l\u2019examen de sa culture, littéraire et philosophique, on passe aux travaux qui étudient en lui l\u2019exégète, le théologien, le controversiste, le docteur mystique.\u2014 Depuis, lors de son centenaire surtout, la littérature augustinienne s\u2019est considérablement enrichie, illustrant chacun des aspects releATés par le P.Nebreda.L\u2019ordre qu'il s'est fixé offre des avantages dont nous ferons ici notre profit.En 1928.dit le P.N., on comptait déjà quelque cent vingt biographies du saint docteur ; d\u2019aucuns ne s\u2019en sont pas découragés, et parmi ces intrépides le très fameux Giovanni Papini 3, 290 Chronique de littérature spirituelle dont la plume alerte et colorée campe en pleine vie un héros bien réel, encore qu\u2019il entende rapporter surtout l\u2019histoire d\u2019une âme, comment Augustin a réussi à sortir du bourbier pour s\u2019élever, par la puissance de la grâce, jusqu'à l\u2019éblouissante lumière des sommets.Ce converti acquitte ainsi une dette de reconnaissance : « qu'un homme de cette sorte, si proche de moi par ses faiblesses, fût arrivé à renaître et à se recréer, me donnait du courage ».Ce vigoureux sur sum corda, que le R.P.Petitot voudrait voir dégager de toute Vie de saint par l\u2019hagiographe digne de ce nom, et qu\u2019il fait monter pour son compte avec bonheur de sa biographie posthume de sainte Bernadette 4, est-il la marque du St A ugustine de Miss Rebecca West 5 ?Elle aussi sympathise, mais à sa manière, parfois déplaisante : insinuer qu\u2019en accaparant Augustin, l\u2019Eglise a frustré l\u2019humanité du plus grand de ses poètes, ne va pas sans quelque impertinence, et envers Augustin lui-même ; l\u2019influence de sa sainte mère Monique lui fut-elle à ce point néfaste ?Il est trop visible qu\u2019il y a ici un parti pris infiniment regrettable, et que les agréments du style font malaisément oublier.A son ami, saint Paulin de Noie, qui l\u2019avait questionné sur les avantages de la coutume, alors en honneur, de se faire ensevelir aussi près que possible d\u2019une tombe de martyr, S.Augustin répond longuement : véritable traité, toujours actuel, sur les divers problèmes de l\u2019au delà ; une biographie, sommaire mais fidèle, empruntée toute aux écrits de l\u2019évêque et de son disciple Possidius, introduit la traduction du R.P.Landes 6.L\u2019abbé R.Jolivet cependant s\u2019est opportunément souvenu qu'une honnête biographie de S.Augustin ne peut faire abstraction de sa doctrine et, qu\u2019à vrai dire, le rôle modeste de servante est ici celui qui lui convient le mieux : elle n'aura ainsi d\u2019autre 291 Revue Dominicaine fin qu\u2019aider à retracer d\u2019une manière concrète la formation intellectuelle de saint Augustin et les étapes de l\u2019élaboration de sa doctrine.C\u2019est ce que se propose son 8.Augustin et le néoplatonisme chrétien \\ Du séjour à Milan date le premier contact d\u2019Augustin avec les écrits néoplatoniciens, les Ennéades de Plotin surtout, qu\u2019il connut dans la traduction latine de l\u2019éloquent rhéteur romain Marius Victorinus.Converti sur le tard, \u2014 la cinquantaine bien sonnée, \u2014 mais avec éclat8, Victorinus avait mis dès lors au service de l'Eglise son talent et sa science des Ecritures, qu\u2019ad-versaire loyal, il avait longuement scrutées ; mais comment, nourri qu\u2019il était de philosophie néoplatonicienne, s\u2019étonner qu\u2019il en ait, de bonne foi, imprégné sa théologie ?Sa spéculation trinitaire, caractéristique de cette tendance, méritait, pense M.E.Benz d, un examen d\u2019autant plus attentif qu\u2019aucune analyse méthodique n\u2019en avait encore été instituée, tant est aride l\u2019étude d'un texte obscur, et au demeurant peu garanti.Disséquant donc sans se rebuter les passages qui convenaient à son propos, il admet en fin de compte que la métaphysique volontariste de Victoria et la doctrine trinitaire qu\u2019elle étaie sont étroitement apparentées aux conceptions augustiniennes 10, telles que nous les livre en particulier le de Trinitate 11 : thèse érudite et dense à l\u2019excès dont Victorin est le centre.Dans la première partie, \u2014 après une esquisse biographique où il est prouvé que le traducteur d\u2019Origène, dont parlait S.Jérôme, est l\u2019évêque Victorin de Pet-tau, et non pas l\u2019orateur romain, \u2014 après une présentation d\u2019ensemble de l\u2019œuvre littéraire, s\u2019étend, sur un tiers du volume, l\u2019exposé exhaustif de la doctrine de M.V.: ontologie, théodicée, christologie, doctrine trinitaire, la foi, l\u2019Eglise.De cette doctrine, la notion de volonté apparaît comme le centre, puisqu\u2019elle corn- Chronique de littérature spirituelle mande celles de la personne, de la création, de la contemplation et de la foi ; à ce prix une pensée peut vraiment être taxée de volontarisme.Partant de la spéculation de Victorin, M.Benz explore en deçà jusque chez Plotin (2e partie), au delà vers S.Augustin (3e partie).D'où vient en effet ce volontarisme, sinon de Plotin, dont les théories émergent de la théologie de Victorin ?Victorin est donc le chaînon reliant S.Augustin à Plotin.Mais le travail de M.Benz nous conduit en beaucoup d\u2019autres directions.Reprenant d\u2019un point de vue plus général l\u2019étude du volontarisme théologique et de sa fortune à travers les âges, il aborde les philosophies non-chrétiennes de l\u2019Orient, puis, chez les Grecs, S.Irénée, Origène, S.Athanase, et, chez les Latins, Chalcidius, Firmicus Maternus, Tertullien, Lactance, S.Ambroise.T)e ce courant de pensée, la métaphysique augustinienne serait le représentant le plus achevé.Même à priori, il paraîtrait peu vraisemblable que l\u2019interprétation de tant de systèmes n\u2019appelât aucune réserve, \u2014 mise à part, bien entendu, la question préalable des métaphysiques volontaristes elles-mêmes.M.Benz a fait preuve, certes, d\u2019un courage peu ordinaire ; mais Vesprit d\u2019une doctrine ne se prend pas d\u2019assaut au moyen de textes : une longue maturation est requise, et, ici plus encore que partout ailleurs, qui trop embrasse, mal étreint.Or, selon la très juste remarque de M.Guitton 12, c\u2019est son esprit qu\u2019il faut rechercher, si l\u2019on veut bien juger d'une forme de pensée.Et si S.Augustin, qui devait beaucoup à Victorin, ne le nomme jamais expressément dans son traité sur la Trinité, c\u2019est sans aucun doute qu\u2019il avait conscience d\u2019une antinomie foncière de leurs deux esprits touchant l\u2019explication des mystères de la foi chrétienne.Tandis que Victorin part de Plotin et de la Revue Dominicaine philosophie néoplatonicienne pour rejoindre la révélation évangélique, la théologie trinitaire de S.Augustin s\u2019appuie entièrement sur la révélation du N.T.et recourt subsidiairement aux analogies de la psychologie néoplatonicienne pour éclairer les données de la foi.Infiniment plus séduisante, servie par une langue limpide et nuancée à souhait, la méthode de M.Guitton s\u2019avère aussi plus idoine à résoudre sainement la question du plotinisme de S.Augustin.Ne pratiquer que les textes, \u2014 se mouvoir sur le plan du langage, pour M.G., \u2014 permet tout au plus d\u2019atteindre la men-talité du penseur.Or, «table innée des catégories et des valeurs, ensemble des assomptions implicites qui nous sont imposées par notre milieu et qui règlent nos jugements », la mentalité ne projette qu\u2019inadéquatement Vesprit de la doctrine proposée, qui est proprement le message nouveau qu\u2019elle apporte au monde.Dès lors, comparer deux penseurs ne sera pas confrontation de mentalité, mais d\u2019esprit, : les bilans minutieux, s\u2019ils sont présupposés, n\u2019ont rien à faire où suffit une comparaison intégrale et globale, par larges tranches de doctrine, « limitée par conséquent dans son objet, et pourtant universelle par sa portée ».\u2014 Ciment partout visible, pour peu qu\u2019on s\u2019y rende attentif, et non bloc détachable, la notion de temps, avec celle de conversion, sollicitait le choix de M.G.Plotin tient que du temps à l\u2019éternité les ponts ont été rompus ; rien par conséquent de ce qui se fait dans le temps ne peut demeurer dans l'éternité.La rechercher exige donc de l\u2019âme l\u2019évasion du temps, pour rejoindre, par l'extase, ce qu\u2019il y a de divin en elle avec ce qu\u2019il y a de divin dans le Tout.La conversion ainsi entendue est effort mental, et ne sera jamais le fait que de rares privilégiés.\u2014 A la source des doctrines au-gustiniennes se rencontre au contraire une expérience intérieure Chronique de littérature spirituelle et historique de conversion morale : le temps a donc un sens ; loin de s'en désintéresser, Dieu dirige miséricordieusement notre vie et, sans léser notre liberté, nous achemine vers la sainteté qui consacre l'accord de notre volonté avec la sienne.Du temps ainsi réhabilité les moindres parcelles obtiennent une qualité supérieure, une valeur d\u2019éternité.On a prétendu naguère que la conversion d'Augustin fut adhésion au néoplatonisme plutôt qu'au catholicisme : contresens que M.G.écarte résolument, en soulignant la différence radicale, insurmontable, qui sépare rhellémisme du Christianisme, Plotin de S.Augustin.Cette conclusion n\u2019agrée point à M.Krakow,ski, dont l\u2019ouvrage sur Plotin et le paganisme religieux 13 semble prendre le contre-pied (comparer par exemple Guitton, p.34G et suiv.avec M.K., p.11).Pour M.K.en effet, la continuité entre le mysticisme païen et le mysticisme chrétien ne souffre aucun doute : « ils possèdent en commun un même désir de s\u2019élever à Dieu par une intuition directe ; chez tous deux commune recherche d'une semblable attitude mentale, affinité d'esprit alors même qu\u2019il y a discordance de croyance ».Inutile de souligner l\u2019imprécision et h inexactitude de ce langage.Libre à M.K.de ne pas retenir la distinction introduite par M.G.entre esprit et mentalité ; il eut été sage pourtant de distinguer plus soigneusement naturel et surnaturel, philosophie et théologie14.Le lecteur averti lira néanmoins avec plaisir cette synthèse brillante d\u2019une philosophie dont Plotin fut le centre et dont Bergson serait l'authentique héritier.Converti, Augustin est aussitôt moine que chrétien, car ce genre de vie associait admirablement les aspirations de son âme, naturellement monastique, avec son culte de l\u2019amitié, qui y trouvait son expression très haute.Xous ne reviendrons pas sur cet 295 Revue Dominicaine aspect de sa vie, dont nous entretient l\u2019ouvrage du R.P.Mellet, déjà signalé aux lecteurs de cette Revue 15.La villa de Cassicia-cum est le théâtre de ce premier essai de vie monastique, retraite studieuse d\u2019où n\u2019étaient point bannies les discussions philosophiques : les Soliloques 10 en témoignent, et les dialogues Contra Academicos, (le Beata Vita17, de Ordine, écrits qu\u2019exploite E.IIaenchen, dans sa thèse sur la recherche de la certitude chez le jeune Augustin 1S.En renonçant aux brillantes perspectives d\u2019un avancement rapide, Augustin n\u2019entendait pas donner congé à l\u2019art de bien dire, dont il appréciait les ressources et la puissance.Moine, prêtre, bientôt évêque, il se fait tout à tous, et parle à chacun son langage.Simple, familier sans vulgarité lorsqu\u2019il prêche à ses ouailles ou écrit pour elles, sa condescendance se fait ingénieuse pour sauvegarder la pureté de leur foi.Les donatistes, schismatiques remuants, usent-ils, pour leur propagande, de psaumes de leur cru ?chants d\u2019ivrognes, déclare S.Augustin ; le mépris cependant apparaît inopérant : la seule réponse efficace était de les remplacer ; mais comment?des vers établis suivant les exigences de la métrique traditionnelle, basés par conséquent sur la distinction des longues et des brèves (servitude qui s\u2019allie difficilement à la simplicité du vocabulaire), de tels vers seraient-ils jamais populaires, en un temps où précisément s\u2019évanouissait le sentiment de la quantité des syllabes ?A ces règles désuètes Augustin substitua, non sans hésitation sans doute, et sans précédents bien assurés, au moins pour le mètre trochaïque, un genre nouveau de poésie rythmique, régi par la fixité du nombre des syllabes, le retour régulier des ictus et la rime.Soucieux toujours des petites gens, des humillimi, destinataires de son psaume, surcharger a-t-il leur mémoire ?car la pièce compte près 296 Chronique de littérature spirituelle de trois cents vers : il les distribuera, décompte fait du prologue et de l\u2019exhortation finale, en vingt strophes de douze vers, qu\u2019exécutera un chanteur éprouvé, et le peuple reprendra un court refrain ; les lettres de l\u2019alphabet, de A à V, rappelleront au chantre l\u2019ordre des strophes et leur premier mot : ce qui a nom, note S.Augustin, psaume abécédaire.\u2014 Cette initiative permet-elle de prétendre que S.Augustin a déchaîné une tempête au fond de l\u2019encrier ?M.Yroom, que nous avons résumé 19, conclut : « Nous avons le droit de considérer S.Augustin comme le père de la poésie rythmique ».On peut d\u2019ailleurs se demander jusqu\u2019à quel point S.Augustin, qui connaissait fort bien la quantité théorique des syllabes, en tenait compte dans la pratique, en particulier pour rythmer harmonieusement le retombé de ses phrases, en d\u2019autres termes : le curcus de ses clausules était-il quantitatif ou tonique ?Dans son étude sur Je style de S.Augustin 20, M.Balmus répond : lorsqu\u2019il s\u2019adresse à la société cultivée de l\u2019empire, il se montre le défenseur de la tradition et emploie le rythme quantitatif, sans toutefois parvenir à bannir complètement le cursus tonique, auquel le ramenait constamment le langage parlé.Mais ceci n\u2019est qu\u2019un aspect d\u2019une enquête dont on est heureux de recueillir les intéressantes conclusions : S.Augustin est un écrivain très attaché aux grandes traditions classiques qu\u2019il maintient héroïquement dans une province où il eut été facile, et même de bon ton, de suivre les modes archaïsantes ou hellénisantes, à une époque où les mots vulgaires, \u2014 pareils aux barbares qui de tous côtés donnaient l\u2019assaut à l\u2019empire, \u2014 assaillaient la langue littéraire.Le secret de son art, Augustin nous le confie au livre IY du de Doctrine Christiana : pectoris sequentur ardorem : suivre Revue Dominicaine l\u2019élan de son cœur.Mais ce cœur est chrétien, c'est maintenant celui d\u2019un évêque : les préceptes et l\u2019exemple de Cicéron demeureront-ils pour lui le code ne varietur de l'éloquence chrétienne ?Sœur Thérèse Sullivan 21 n\u2019v contredit pas : ses principes restent classiques, mais l\u2019esprit, lui, s'est christianisé.De fait, un parallèle indique nettement que S.Augustin complète Cicéron, mais 11e le corrige que très peu : dès l\u2019abord il propose à l\u2019orateur sacré un idéal très élevé : être docteur de sainteté ; les industries humaines à elles seules n\u2019y sauraient prétendre, il faut y joindre la prière, alpha et oméga de toute préparation, et une haute dignité de Arie.Ainsi, le couple Cicéron-S.Augustin symbolisera pour le moyen-âge le type de l\u2019orateur parfait.Dans son introduction, S.S.prévient qu\u2019elle prend pour base de son travail le texte établi par les Mauristes, tel que le reproduit la P.L.de Migne, quitte à le retoucher, au besoin, sur le témoignage de neuf manuscrits personnellement examinés.Après quelques indications sur la date et l\u2019occasion du traité, et l\u2019analyse de son contenu, elle détaille les passages où s\u2019accuse la dépendance à l\u2019égard des maîtres païens : Aristote, Quintilien, Cicéron surtout.Les exégètes y trouveront avec plaisir un relevé des citations de S.Paul, en parallèle avec les anciennes versions Vulgate et Antiqua.Il semble qu\u2019Augustin suive librement tantôt l'une, tantôt l\u2019autre.Quelques pages sur l'influence et le style du de Doctrina Christiana introduisent pins directement la seconde partie de l\u2019ouvrage, commentaire littéral et grammatical.S.Augustin rapporte lui-même dans ses Rétractations comment il fut amené à écrire ce traité de l\u2019orateur chrétien.Admirable de loyauté, 11e voulant rien laisser qu\u2019il pût désavouer, il avait, sur la fin de sa vie, entrepris de revoir ses écrits : c\u2019était en 427 ou 428.Il s\u2019aperçut alors qu\u2019un ouvrage, commencé quelque 298 Chronique de littérature spirituelle trente ans auparavant, demeurait inachevé : il avait expliqué déjà comment comprendre les Ecritures ; restait à dire comment les exposer aux fidèles ; il se mit donc à l\u2019œuvre.M.Yogels a réédité en son entier, dans le Florilegium Patristicum Y le texte de l\u2019édition Bénédictine, que lui permettent d\u2019améliorer les extraits d\u2019un ancien compilateur de S.Augustin, très goûté au moyen-âge, Eugippius.Détailler ce vrai manuel de prédication, fruit d\u2019une étude affermie par quarante années d\u2019expérience, ne nous appartient pas : ce serait d\u2019ailleurs marcher sur les brisées de M.le Chanoine Humeau 23, qui l\u2019analyse avec grand soin avant de nous engager, par le traditionnel toile, lege, à faire bon accueil à l\u2019orateur lui-même : l\u2019initiation sera ainsi complète, à la fois théorique et pratique.Tel a été son but en traduisant intégralement une centaine de sermons et homélies de S.Augustin.D\u2019autres l\u2019avaient fait déjà, qui ne possédaient pas au même degré ce souci du vécu : M.H.ne s'est pas seulement astreint à rendre le mieux possible les allitérations, les assonances, les jeux de mots même qui donnent au style des sermons leur originalité et leur saveur, \u2014 on attend aujourd'hui du traducteur non plus seulement la fidélité au sens, mais même le respect du style de l\u2019écrivain, \u2014 il a encore replacé chaque sermon dans son cadre historique, composition du lieu qui rend intelligibles nuances et allusions.Vous voyez l\u2019auditoire « massé dans la nef principale de la basilique d Hippone : il écoutait debout .prenait des notes qui voulait.A certains jours, la foule était houleuse et on nous montre l\u2019orateur demander le silence, se plaindre qu'à la fatigue de se faire comprendre s\u2019ajoute celle de se faire entendre.D\u2019autres fois, les fidèles, transportés, manifestent, applaudissent, devancent leur évêque dans la citation d\u2019un texte biblique ; quelques uns se 299 Revue Dominicaine frappent ostensiblement la poitrine quand ils se sentent visés, les plus perspicaces expliquent à d\u2019autres une parole mal comprise.Tous ces mouvements n\u2019échappent pas au prédicateur qui, suivant les cas, reprend, encourage, félicite ou calme l'auditoire le plus bruyant, le plus expansif qu\u2019un orateur chrétien ait jamais eu devant lui» (p.XLIX).Scènes prises sur le vif, qui fournissent à M.Zellinger 24, le zélé directeur du Florilège Patristique, un chapitre très intéressant ; scènes aussi d\u2019où l\u2019on peut conclure qu\u2019Augustin ne s\u2019est pas toujours mis fort en peine d\u2019observer rigoureusement lui-même les préceptes qu\u2019il formulerait plus tard : assiégé par de multiples occupations, il n\u2019avait pas toujours le loisir d\u2019une préparation à tête reposée, et parlait alors d\u2019abondance, s\u2019inspirant de la composition de l\u2019auditoire, et de la perception de ses besoins ; son maître, c\u2019est ici S.Ambroise, tout autant que Cicéron.Tels sont ses Tractatus in Joannem.prêchés en 41 G.Dès l\u2019abord, Mlle Marie Comeau ~r' nous fait remarquer combien il est ici conséquent avec ses principes, consignés dans les trois premiers livres du de Doctrina Christiana : il ne comprend l\u2019exégèse qu\u2019en fonction de la prédication, et s\u2019y intéresse moins en critique et en historien qu\u2019en moraliste et en théologien.Tl n\u2019en était pas moins légitime d\u2019examiner in concreto sa méthode exégétique: pour commencer, ce qu\u2019il devait à ses devanciers, et l\u2019apport de sa propre formation.Remarque préalable : S.Augustin, quoi qu\u2019on en ait dit, ne se sépare pas de la Tradition catholique dans le rejet de la pluralité des sens littéraux de l\u2019Ecriture.Les chapitres suivants ont trait au symbolisme augustinien : l\u2019exégèse allégorique, \u2014 les figures de l\u2019Eglise dans l\u2019Evangile, \u2014 l\u2019interprétation des paraboles ; aA^ec le chapitre VIT nous entrons dans l\u2019analyse proprement doctrinale : la genèse de la foi, \u2014 les tex- 300 Chronique de littérature spirituelle tes trinitaires, \u2014 les noms du Christ, \u2014 le « Christ total », ou l\u2019Eglise, \u2014 la vie intérieure du chrétien.Les Tractatus in Joan-ncm peuvent être considérés comme le terme de la lente évolution qui amena Augustin à ce qu'on pourrait appeler une « seconde conversion », la cristallisation de toutes ses espérances autour d\u2019un point central : le Christ vivant dans l\u2019Eglise.J.Boutry, O.S.B.Abbaye Saint-Paul de Wisques le 7 mars 1936 1.\tcf.Rev.Domin., oct.1935, p.185 suiv.Nous avons reçu, trop tard pour en parler alors, deux ouvrages sur Tertullien, qui mettent en valeur, le premier, de M.W.Scholte, le de Teslimonio ammæ (in-8°, XII-138 p., Vermulen, Amsterdam, 1934) le second, de M.W.Kok, le de Cultu feminarum (in-8°, 200-12 p., Kamminga, Dokkum, 1934).Même plan classique de part et d\u2019autre : préface, édition critique du texte étudié, accompagnée de sa traduction, hollandaise ici, \u2014 un juge compétent nous les a déclarées excellentes, \u2014 enfin un abondant commentaire philologique suivi d\u2019index, dont nous avons déjà souligné l\u2019importance.M.Sckolte a été heureusement inspiré de rédiger en latin son commentaire ; la longue liste d\u2019errrata qui l\u2019accompagne, et l\u2019on pourrait aisément allonger, témoigne d\u2019une attentive correction.2.\tBibliographia augustimana, seu operum collectio quœ divi Augustini vitam et doc-trinam quadantenus exponunt.in-8°, XII-272 p.Biblioteca Commentarii pro religiosis, sectio bibliographica, 1.Rome, 1928.Abondantes fautes d\u2019impression, de rectification obvie le plus souvent.3.\tSaint Augustin.in-12°, V-300 p.Plon, Paris, 1930.4.\tHistoire exacte des apparitions de N.D.de Lourdes à Bernadette.Histoire exacte de la vie intérieure et religieuse de Ste Bernadette.2 vol.in-8° de 250 p.Desclée de Br Paris, cf.p., 161.5.\tIn-12°, 174 p., P.Davies, Londres, 1933.6.\tIn-12°, XII-313 p.Klotz, Paris.\u2014 Autre traduction, déjà signalée, dans le Choix d\u2019écrits spirituels de 5.Augustin, trad, de Labriolle, in-16°, 189 p.B.P.S.Lecoffre, Paris.7.\tColl.Les Maîtres de la pensée religieuse.In-8°, 277 pp., 5 héliogr.b.t.Denoël el Steele, Paris, 1932.8.\tIl faut lire, au livre VIII des Confessions, le récit de cette retentissante volte-face : ce fut 1 argument suprême, celui qui emporta les dernières hésitations d\u2019Augustin.9.\tErnest Benz, Manus Victorinus und die Entzmcklung der abend!andischen Willem metaphysik, in-8°, XIV-436 p, Koblbammer, Stuttgart, 1932.10.\tOn ne souscrira pas sans réserves à ce jugement, pas plus qu\u2019on ne saurait admettre que \\ ictorinus ait enseigné le salut par la foi sans les œuvres : les textes allégués n\u2019ont pas cette portée absolue, et d\u2019autres y contredisent expressément.\u201e .*b biese(\u2019 tout aussi érudite, de M, Louis Legrand, sur la notion philosophique de le, 1 rimte chez S.Augustin (éd.de l\u2019Œuvre d\u2019Auteuil, in-8°, 174 p., 1931) n\u2019accorde pas à Vie-torm cette place prépondérante.\tv 12.le temps et Léternité chez Plotin et Saint Augustin.In-S°, XXIV-397 p.Boivin Paris, 1933.La these secondaire de M.Guitton est une étude sur La philosophie de Newman essai sur hdee de développement (meme coll., XLI-243 p.) ; Newman est un auteur difficile Ebranle dans sa toi anglicane par la lecture des discussions de S.Augustin avec les donatis-tes,_ il sait parler au cœur avec les mêmes accents.Le caractère singulier de sa culture de se< écrits et de sa pensee ont fourni à l\u2019A, de quoi dépenser heureusement son talent de pénétra- 301 Revue Dominicaine tion.Tout se centre ici sur la notion de développement du dogme, et sur l\u2019âme Ique Newman a infusée à cette expression pour la justifier de tout sens incompatible avec la fixité de la foi.Le problème, comme celui des rapports du temps et de l\u2019éternité chez Plotin et S.Augustin, se ramène à celui du passage de l\u2019idée dans le temps.« L\u2019idée ne se traduit pas également dans l\u2019histoire, et il y a des lignes de durée qui la reçoivent plus que d\u2019autres ».C\u2019est, au fond, un aspect de la grande théorie métaphysique de la participation que M.Guitton nous fait apercevoir dans l\u2019apport de Newman à la pensée chrétienne.13.\tIn-8°, 299 p.6 héliogr.h.t.Coll.Les Maîtres de la pensée religieuse.Denoël et Steele.Paris, 1933.14.\tOn relèverait également de nombreuses fautes d\u2019impression et des confusions surprenantes : aryen, pour arien, etc.15.\tL\u2019itinéraire et l\u2019idéal monastique de S.Augustin.Bibl.Augustinienne, Desclée de Br., Paris, 1934.La traduction énerve la force du « Plorat secandus .» p.83) : le patient pleure d\u2019appréhension ! \u2014 Sur S.Augustin, législateur de la vie monastique, on pourra encore consulter, dans le Dictionnaire de Spiritualité, les colonnes dues au R.P.Boyer, dont on sait la compétence et la ferveur augustiniennes ; un long exposé les précède, de la formation et de la doctrine spirituelle de S.Aug., et surtout de son témoignage sur la contemplation.Nous avons remarqué, en dehors de nombreuses notices biographiques, \u2014 le P.Augustin Aubry mériterait bien la sienne, \u2014 d\u2019excellents articles sur la Spiritualité anglaise et anglicane, sur l\u2019Ascèse, Y ascétisme, la théologie ascétique, les associations pour\\ la sanctification du clergé, le Card.Bérulle.Les notices consacrées à S.Antoine, Aphrate, S.Athanase, S.Basile, S.Benoît, Bède le Vénérable, S.Bernard ; les articles plus généraux sur YApatheia, les Apophtegmes, les Pères Apostoliques, la Spiritualité arménienne, nous intéressent particulièrement, A la liturgie ressortissent les notices sur YAvent et le Baptême.(Dictionnaire de Spiritualité, fasc.Ill, IV, V, Spiritualité anglaise - Bibliothèques.Beauchesne, Paris 1934-1935).16.\tIl ne faut pas les confondre avec l\u2019apocryphe de même nom que les recherches de Dom Wilmert situent autour de Jean de Fécamp, auteur probable des célèbres Méditations : « Je te connaîtrai, Seigneur, comme tu me connais .», longtemps attribuées à S.Aug.Ces restitutions ne déprécient pas ces opuscules, qu\u2019on est heureux de voir traduits en français (in-12°, 262 p.Coll.Lectures chrétiennes, Rédier, Paris).Le R.P.Cavallera étudie ex professo la question des opuscules et traités spirituels apocryphes de S.Augustin dans le fascicule IV du Dictionnaire de Spiritualité.17.\tLe thème de ce petit traité revèle son orientation d\u2019esprit à cette époque : la connaissance de Dieu peut seule rendre les hommes parfaitement heureux.M.Schmauss réédite, avec de discrètes retouches, le texte établi par Knoll pour le Corpus de Vienne.Floril.Patrist., fasc.XXVII : De beata Vita.Hanstein, Bonn, 1931.(II, 8, suppléer une négation : « te dixisti non advertisse quo vasculo uteremur »).18.\tDie Frage nach der Gewissheit beim jungem Augustin.In-8°, 101 p.Kohlkammer, Stuttgart, 1932.19.\tLe psaume abécédaire de S.Augustin et la poésie latine rythmique.In-8°, 66 p.Dekker, Nimègue, 1933.Dom Lambot en a donné, (Revue Bénédictine, oct.1933) une édition notablement améliorée, grâce à un manuscrit de Leyde.On saisit ici sur le vif les avantages, les faiblesses aussi, de la critique interne : très utile pour déceler les fautes, elle est moins heureuse quand elle conjecture et corrige.20.\tIn-8°, 327 p.Belles-Lettres, Paris, 1930.21.\tS.A.Augustini.de Doctrina Christiana liber IV.A commentary, with a revised text, introduction and translation.Patristic studies, XXIII, in-8°, XIV-20Î p.The catholic University of America.Washington, 1930.Quelques coquilles en première page ont échappé au correcteur.22.\tFasc.XXIV : 5.Aurelii Augustini de Doctrina Christiana libros quattor edidit Henr.Jos.Vogels.In-8°, VI-103 p.Hanstein, Bonn, 1930.23.\tLes plus beaux sermons de S.Augustin, c vol.in-8°, LI-297, 408, 436 p.Bonne Presse, Paris.24.\tAugustin und die Volksfrommigkeit ; Blicke in de ri Fruhchristlichen Alltaa In-8Ü 113 p.M.Hueber, München, 1933.\t'\t9'\t\u2019 25.\tS.Augustin, exégète du quatrième Evangile.Coll.Etudes de théologie historique.In-8L\\ IX-420 p.Beauchesne, Paris, 1930.L\u2019ouvrage de M.Zellinger, mentionné ci-dessus complète heureusement ce que, dans son Introduction (p.12-16), M.M.C.dit des demi-chrétiens.302 Qu est-ce que la critique ?Il serait facile de répondre avec Berthelot Brunet, ce consommateur effréné de parenthèses, que c'est un genre inférieur.Toutefois s\u2019il faut opposer les noms illustres, à Berthelot Brunet opposons Anatole France qui prétend que « la critique est tout ».Pour une fois, nous sommes d\u2019accord avec celui qui, doué de merveilleuses facultés, se contenta d\u2019être le singe intelligent de Voltaire.La critique est une puissance créatrice d\u2019art.Son rôle est d\u2019élargir le domaine du beau en explicitant, à l'occasion d\u2019une (feuvre, les rapports latents entre les idées et les choses que cette œuvre utilise.Elle a ses lois spécifiques, son terrain particulier d\u2019élaboration et sa propre technique.Ses praticiens se séparent nettement des historiens de la littérature.La mission de ceux-ci se limite à raconter la vie intellectuelle d'une nation.Ils recueillent les documents afin de reconstituer l\u2019état de la pensée à telle époque.Si leur travail porte sur un auteur principal, par exemple Sir Adolphe-Basile Bouthier, ils diront les influences que Sir Adolphe-Basile Rounder a subies, celles qu\u2019il a exercées, les nouvelles formes de langage qu\u2019il a créées, à quels idiomes \u2014 attikamègue, micmac, okanaganais, etc \u2014 ces formes s\u2019apparentent, idées nouvelles qu\u2019il a mises à la mode.Le critique s\u2019efforce de fuir ce travail documentaire qui ne relève pas de son art.Mais on voit déjà qn\u2019en pratique il lui est à peu près impossible de ne pas empiéter sur son honnête voisin.D\u2019ailleurs pour l\u2019intérêt des lecteurs et la facilité des écrivains, il est heureux que la pureté des genres n\u2019existe qu\u2019en théorie.Il fallait toute la transcendance phéno- Revue Dominicaine ménale de Valéry pour nous en avertir et incendier le parnasse d\u2019une querelle aussi déplorable que certains petits cimetières marins .Le grand ennemi de la critique contemporaine, c'est le bibliographe \\ Cet être funeste est, comme le cubisme, le jazz, les dictateurs et le chauffage central, le produit malsain de notre civilisation.Il est sorti, ainsi que les œuvres complètes de M.l\u2019académicien Jonnart, des presses mécaniques, aussi indifférent à la pensée et à l\u2019art que peut l\u2019être en sa hutte de glaise le végétal habitant d\u2019Ouhabou.Il est un prolongement du libraire.On peut aussi bien le rencontrer derrière le comptoir en train d\u2019empaqueter le service de presse que dans la cave en train d\u2019inventorier les colles.Ses écrits sentent la vieille piastre ; sa prose se vend comme une mauvaise fille et ses adjectifs redoublent à l'enchère.Il est la gangrène de la critique.Les vendeurs de livres l\u2019embaucheront toujours pour enrubanner leur marchandise, la présenter au public dans un costume d\u2019apparat et promettre, grâce à leur complaisant effort, des sources claires là où 11e s\u2019érige qu\u2019un tout petit verre d\u2019eau.Avec le bibliographe s\u2019achève le blackboulage du critique.Si on veut que celui-ci, le vrai serviteur de l\u2019art, s\u2019installe chez nous, il faut expulser son concurrent à gages.Il ne faut pas demander au libraire d\u2019accomplir cette tâche d\u2019épuration : il a autant besoin du bibliographe que d\u2019une bonne vitrine ; mais les revues, les journaux de-vraient s\u2019en charger pour l\u2019avenir de notre littérature.J\u2019en sais qui accomplissent déjà de l\u2019excellente besogne et la crainte seule de flagorner m\u2019empêche de les nommer.1.Faute d\u2019être mieux inspiré, j\u2019appelle ainsi le misérable brocanteur de prose qui, affilié à tel libraire, présente les nouveaux livres.Mon « bibliographe » n\u2019a rien de commun avec ce travailleur honnête dont nous apprécions les utiles et patientes recherches.304 Qu\u2019est-ce que la critique ?Le critique est un artiste.Il sort du troupeau des écrivains mercantiles.Il est l\u2019invendable et à l\u2019occasion l\u2019ingrat.Son œuvre est indépendante.Elle contient en elle-même les éléments de sa valeur et de sa puissance.Elle se détend toute seule contre l\u2019oubli.Elle partage avec les œuvres belles les prérogatives que l\u2019art leur distribue.On lit les critiques pour elles-mêmes comme on regarde pour elle-même une sculpture de Michel-Ange.Devant le David du grand florentin, ce chef-d\u2019œuvre de pensée et de force, on 11e songe pas au modèle.La statue nous accapare jalousement.C\u2019est, l\u2019emprise totale du beau qui refuse toute indécision.Il en est de même de la critique vraie.On oublie l\u2019auteur qui occasionna les commentaires du maître.Combien d\u2019illustres inconnus s\u2019éparpillent le long des Lundis ou des Contemporains ?On continue quand même à lire ceux-ci, à les admirer, à les honorer d\u2019une épigraphe d\u2019immortalité.Les critiques sont autonomes.Maurois nous enseigne donc la vraie méthode qu'il faut appliquer aux critiques et les vraies raisons qu'on a de les aimer : « Quand je lis les critiques, avoue-t-il, c\u2019est avant tout pour eux-mêmes.-Te veux dire (pie je me plais à suivre, en des hommes comme Sou-dav, Thibaudet, Jaloux, Robert Kemp, Gabriel Marcel, des tempéraments d\u2019écrivains originaux qui s\u2019expriment à travers la forme critique, tout aussi bien que d\u2019autres esprits à travers les tonnes roman ou poésie lyrique ».Chez nous où la critique s'est inféodée aux personnes, il n'est pas exagéré d'affirmer qu\u2019elle est à l'état de chrysalide.On a oublié que la critique est une œuvre de l\u2019intelligence avant que d'être une œuvre du sentiment.Plus loin que la secousse initiale, on a prolongé l'influence désastreuse de la sensibilité.On s\u2019v abandonne avec cette vigueur qu\u2019explique notre tempérament d'enfants mal disciplinés.La double division de notre critique 305 Revue Dominicaine devenait dès lors inévitable : éreintement ou bénissage.Or, il faut éviter l\u2019un et l\u2019autre, du moins tels qu'ils se pratiquent en terre québécoise.Sans cloute, le critique est le plus souvent un directeur évolué ou un polémiste tenace.Le premier incline malgré lui à l\u2019indulgence, à l\u2019encouragement, à l\u2019espoir.11 trace des programmes, jauge les progrès et prédit la gloire à condition qu'on A-euil-le bien frisotter telle virgule ou régulariser tel petit solécisme.Il est superficiel.Il passera comme les fieurs des champs.Notre littérature en fut affiigée comme d\u2019un phylloxéra vorace.A tout prendre, cette généreuse aspersion d\u2019eau lustrale nous a plus endommagés que les coups de boutoir du polémiste.Celui-ci a plus d\u2019idéal.Il est ordinairement le résidu d\u2019un artiste mécontent.Il cherche à nous tirer des ornières où nous languissons.Ses idées sont plus neuves ; ses mots sont plus sonores ; ses conclusions sont plus radicales.Il écarte résolument les parasites qui vivent aux dépens des éléments vigoureux.Pour un Hector Bernier qu\u2019il ensevelit sans fleurs ni trompettes, il sauve dix Paul Morin de l\u2019asphyxie collective des médiocres.On le craint et en art comme dans la vie spirituelle, la crainte est le commencement de la sagesse.On peut même se demander si notre critique ne deviendra pas exclusivement polémique.A partir du jour où nos petits Sainte-Beuve tremperont leur plume dans le vinaigre et l\u2019acide picrique, nous devrons nous résigner à manquer chez nous de vraie critique.Mon ami Grignon a tort d'encourager a ce désastre.Ne vient-il pas d\u2019écrire : « Il n\u2019v a qu\u2019une façon de critiquer un ouvrage : le déchirer avec violence s\u2019il vous déplaît (et ne pas oublier l\u2019auteur) ou bien le louer avec enthousiasme si le livre vous plaît et si, d\u2019après vous, il glorifie l\u2019Art ».Grignon, excellent 306 Qu\u2019est-ce que la critique ?romancier et notre seul polémiste depuis le silence d\u2019Asselin, ne sera jamais un bon critique.Il est faux de baser un jugement sur la violence parce que celle-ci relève de la sympathie ou de l\u2019antipathie qui sont des états moraux.En tant que tels, ils se rapportent à la volonté et la critique, je le répète, s'affilie à l\u2019intelligence.Adeptes du goupillon ou démolisseurs actifs, nous servons peut-être l\u2019art ; mais il est certain que nous renonçons à la critique.Est-il nécessaire d\u2019ajouter que le critique ne doit pas se départir de toute émotion ?L\u2019œuvre belle ou laide se répercute toujours dans les parties sensibles de la conscience ; mais cette émotion doit se subordonner à l\u2019examen.Il y a toujours un moment dans l\u2019action de l\u2019homme où l\u2019intelligence et la volonté finissent par se rejoindre et collaborent, C\u2019est en vertu de cette loi psychologique que j\u2019appelle farce et foutaise ce fameux dicton de «l\u2019art pour l\u2019art».Voilà pourquoi aussi il est impossible au critique de ne pas gâter sa pureté (au sens valérien du mot) dans les flaques de la pastorale ou de la polémique.En des chapitres les plus célèbres de Jules Lemaître n\u2019est-il pas celui où il déboulonne le colossal Ohnet ?Il arrive parfois que l'homme signifie au critique sa normale subordination et qu'il lui déclare ses droits.En réalité, ils sont étroitement unis, bien que la fin de l'homme 11e coïncide pas avec celle du critique.Celui-là prononce un jugement moral tandis que l\u2019autre se limite au jugement littéraire.Mais ils s'appuient sur cette base commune : la vérité.C\u2019est vers elle que tendent leurs efforts.Si leurs conclusions sont diverses, elles 11e sont pas divergentes.Si elles portent sur des aspects particuliers, elles s'unissent dans l\u2019indivision du réel.Le critique est à l\u2019homme ce que l\u2019espèce est au genre.Tl est difficile de déterminer l\u2019objet formel de chacun dans une œuvre.307 Revue Dominicaine Leur existence autonome ne se conçoit que comme théorique et impraticable.Le critique a quand même ses devoirs cl\u2019état et le premier, à mon sens, concerne sa formation intellectuelle.11 doit d\u2019abord posséder une pénétrante compréhension de l\u2019art, amorcée par l\u2019instinct et complétée par une logique rigide.Il est injuste d\u2019exiger du critique qui toise des vers, un roman ou une histoire du Canada \u2014 fût-elle pour tous \u2014 la preuve qu\u2019il peut en commettre de semblables.Les moyens techniques de fabrication réelle peuvent lui manquer sans le disqualifier le moins du monde.Ils dépendent souvent d'une pratique, d\u2019un instinct qui n\u2019ont rien à voir avec le jugement et l\u2019imagination.Il suffit au critique qu\u2019il puisse imaginer les conditions idéales d\u2019une œuvre et que son goût lui serve de point de comparaison.Il est alors en mesure de former une sentence recevable.Beaucoup de critiques seraient incapables de balbutier la savante obscurité de Valéry qui sont tout à fait justifiés de l\u2019estimer idiote.Beaucoup démissionnent devant un interview de Marcel Hamel qui sont parfaitement louables de le classer parmi les poux du néant.Il serait vraiment trop cruel d\u2019exiger de la critique qu\u2019elle signe du Ubald Faquin ou du Léon Bariselle avant de lui reconnaître le droit de peser ces poussières de l\u2019écritoire.Comme le dit excellemment Spinoza, il s\u2019agit de comprendre.Or comprendre, d'après Vinci, c\u2019est égaler.Mais cette égalité s\u2019obtient dans l\u2019intelligence au lieu de s\u2019accomplir dans le pinceau, la plume, le burin ou la pioche.Afin d\u2019acquérir cette formation indispensable, le critique ne négligera rien pour s\u2019instruire.Il apprendra d\u2019abord les principes de l\u2019art et du style, non pas dans les traditionnelles rhétori- ques, mais par un contact direct avec les meilleurs écrivains et une vision immédiate des belles œuvres.Tl s\u2019assimilera aussi les 308 QlAest-ce que la critique ?techniques des différentes écoles afin d\u2019atteindre dans ses jugements au maximum de compréhension et d\u2019objectivité.Avant de critiquer un poème romantique, il faut savoir ce que l\u2019auteur a voulu suggérer, les moyens qu\u2019il a choisis pour formuler son expérience.On devra tenir compte de ces intentions en rendant la sentence.Les symbolistes furent les victimes d\u2019une universel-le réprobation qu\u2019aurait humanisée une science de leur idéal de beauté, de leur technique et de leur effort.Tl est utile aussi de posséder des notions au moins générales sur les sciences, l\u2019histoire, les arts, etc., afin de s\u2019éviter des méprises qui nuisent plutôt à l'autorité du critique qu'à la critique elle-même.Ce n\u2019est pas impunément qu\u2019on prend Milo pour l\u2019auteur de la fameuse statue aux bras cassés, ni qu\u2019on parle de Harry Bernard comme s\u2019il était le frère de Tristan ! Mais le critique doit se garder de l\u2019érudition qui n\u2019est pas son affaire.On peut facilement lui pardonner d\u2019ignorer l'existence en Canada des papavéïacées ou des rhynchophores et je 11e vois pas pourquoi on lui reprocherait de confondre Maurice Hébert avec un chandelier du culte académique, Séraphin Marion avec une perruque du XVIIe siècle et René Chopin avec une statue en ronde bosse.Mon ami Grignon triomphe encore trop facilement de la critique quand il lui renote qu'elle n'a pas découvert l\u2019interpolation de deux ou trois crachats dans la maladie de Donalda.Si le consciencieux auteur (Y Un Homme et son Péché a commis cette faute scientifique après avoir étudié toute la bibliothèque du docteur Poirier, est-ce chrétien d'en accuser le pauvre critique?1.Il lui suffisait de signaler justement les valeurs d\u2019art et d'humanité.Le romancier qui réclame au-delà tient le langage d\u2019un rat de laboratoire et je ne 1.Pour satisfaire tout le monde et mon père, je déclare à mon ami Grignon qu\u2019un de nos critiques les mieux connus m\u2019indiquait l\u2019erreur en question.Ce qui me porte à croire que cette damnée critique n\u2019a pas encore rompu avec la charité.309 IIevue Dominicaine sache pas que Grignon prétende à ce titre.La formation du critique contrôle ses appréciations subjectives.C\u2019est dans la conscience que s\u2019élaborent, se groupent et se définissent les jugements.Toute vraie critique, qu'on le veuille ou non, sera subjective en ce sens que l\u2019auteur y imprimera son image mentale.Tout le pesant Faguet se retrouve dans ses bouquins et aussi l\u2019ondoyant et souple Lemaître.Le cœur sec de Thérive résonne dans ses appréciations et Jacques Bainville semble toujours tirer des purs décalques de son classicisme.Voilà pourquoi le critique est dangereux qui n\u2019a pas le goût solide, le verbe indépendant et le cœur sincère.Toutefois ce subjectivisme obligatoire, puisque la raison d\u2019un chacun est en définitive le dernier tribunal d'appel, doit s\u2019appuyer sur des principes.Distinguons deux sortes de principes.D\u2019abord ceux que fournissent les théories ; par exemple Théophile Gantier avec son Art pose quelques règles qui serviront à mesurer les parnassiens.Ces principes exercent une influence de conseil.Ils ont au chapitre voix consultative.On s\u2019v réfère comme à des jalons utiles.Les autres, les vrais principes, jaillissent de la conscience elle-même.Ils concrétisent la beauté que rêve le critique.Ils sont chacun la menace d\u2019une sentence.Ils sont réellement effectifs ; mais n\u2019ont obtenu cette qualité qu'après une lente maturation.L\u2019auteur les consulte comme des normes su prêmes et c\u2019est sur eux qu\u2019il moule ses jugements.L\u2019accusation de subjectivisme portée contre la critique ne manque donc pas de fondement, 11 serait quand même déraisonnable de lui dénier une valeur réelle, une chance considérable de refléter l'estimation objective de l\u2019œuvre critiquée.En effet, ce subjectivisme est pétri d\u2019une grande part d\u2019objectif.Chez le vrai critique, les principes du beau et de la vérité furent lentement Qu\u2019est-ce que la critique ?acquis avec une curiosité besogneuse et intelligente.11 s\u2019est consacré aux œuvres que le sens commun a toujours considérées comme indéniablement belles et leur reflet éclaire en lui le genre de beauté qu\u2019il entend défendre.L\u2019écrivain qu\u2019on a le plus souvent accusé de subjectivisme, le père de la critique dite impressionniste, Jules Lemaître, pourrait facilement prouver qu\u2019il maintenait au fond de sa conscience des principes immuables.Tl les confrontait sans cesse avec ses propres théories.Et ces principes ont d\u2019étroites analogies avec le classicisme français.On prouverait finalement que Lemaître défendait les standards de beauté qu\u2019avait établis le XVI Te siècle.Le critique idéal serait donc celui qui connaît les principes de toutes les écoles, les a triés et discutés avec sa raison et sa sensibilité et a rejeté ceux qui le contredisaient.C\u2019est ainsi qu\u2019il possède, comme dirait Pascal, « une montre » et c\u2019est d\u2019après cette montre qu\u2019il nous donne le temps, son temps à lui, comme les habitants de Winnipeg le font d\u2019après leur fuseau horaire.Tl est à l\u2019abri des contradictions qui foisonnent au pays des aristar-ques.Il n\u2019offrira pas le ridicule spectacle de ce journaliste infaillible qui naguère déclarait Xérée Beauchemin poète mineur et quelques mois plus tard juxtaposait les colonnes pour défendre « ses vers insipides ».De telles palinodies discréditent un écrivain.Il est toujours dangereux de se livrer à l'esprit de contradiction ou d\u2019opportunisme.L\u2019un et l\u2019autre sont souvent des états affectifs, donc pas intelligents de leur nature et la plupart du temps \u2014 c'est une question de tête \u2014 ils conservent cette originelle faiblesse.Mais outre sa formation, le critique aurait-il encore d\u2019autres devoirs ?Je les trouve dans une phrase d\u2019Henri Bremond : « Le premier devoir de la critique, écrivait-il, est de définir et de pein- Revue Dominicaine dre un écrivain, en lui arrachant, parfois peut-être, en lui apprenant à lui-même son propre secret ».Grand admirateur du défunt abbé, j\u2019honorerai encore sa mémoire en n\u2019acceptant ses dires (pie de biais.Cette révélation d\u2019un écrivain à lui-même est conséquente à un phénomène dont le critique a d\u2019abord subi l\u2019action.Celui-ci est un artiste.Le livre est pour lui un choc qui l\u2019émeut et le meut.Il est forcé à la critique comme le musicien à la symphonie et le poète aux vers.La décadence de la critique date du jour où lui sont venus des plumitifs qui n\u2019avaient rien à dire et qui ont ci u masquer l\u2019abîme de leur pensée en brodant sur celle des autres.L'exemple classique de ces monuments de l\u2019inexistence est tout simplement le célèbre Cours familier de littérature d\u2019un nommé Lamartine.Tl faut que le critique subisse une poussée interne comme l\u2019authentique créateur.Si les livres viennent à lui comme les arbres de Dunsinane marchèrent vers Macbeth, il ne sera jamais qu\u2019un mauvais voyant.Les auteurs devront s\u2019en méfier comme d\u2019une lettre anonyme.Il parlera pour autant de raisons (pie peuvent en inventer la gloriole, la vanité, le prudhom-misme, le mal d\u2019Hormais, etc.Le vrai critique aime les livres.Ils sont ses oiseaux à lui, sa vie et sa musique, ses arbres et ses montagnes.Les livres s\u2019expliquent par lui, racontent leurs victoires et confessent leurs déficiences.Les auteurs ont tout intérêt à écouter cette voix de leurs œuvres qui est un peu une voix d\u2019eux-mêmes, (\"est alors que se réalise la phrase de Bremond.Comment conclure ces brèves réflexions ?Qu\u2019est-ce que la critique ?Lue province de l\u2019art qui n\u2019a pas encore de représentants au Canada.Les causes ?La bataille des plaines d\u2019Abraham, la peur du livre et du livre français, la radio, les catalogues d\u2019Eaton et surtout la littérature canadienne.Carmel Brouillard, O.F.M. Le Sens des Faits Les études Catherin jeunes à l\u2019Université de Sienne L\u2019Université de Sienne, dont la Chaire d\u2019études cathermiennes a entrepris, il y a quelques années déjà, l\u2019étude critique des principaux problèmes historiques qui se rattachent à la vie de sainte Catherine de Sienne, a décidé d\u2019éditer les sources documentaires et hagiographiques qui permettront de connaître d\u2019une manière plus exacte l\u2019existence de la Vierge siennoise.Les documents historiques catlieriniens constituent par leur ensemble l\u2019une des sources les plus importantes qui nous permettent de pénétrer dans la vie religieuse et politique de l\u2019Italie sur la tin du XIYe siècle.Or, jusqu\u2019à ce jour, bon nombre de ceux-ci ne nous sont connus que par des publications fragmentaires : tel le Supplementum de Thomas Caffarini, qui renferme des fragments nombreux de l'œuvre, qui semble aujourd\u2019hui perdue, cle Thomas della Fonte ; tel aussi le Processus Castellanus avec ses vingt-six dépositions dues à des disciples de la Sainte.Tl faut de même regretter que l\u2019on n\u2019ait encore pu utiliser pour l\u2019étude du milieu catherinien des sources importantes comme le Xécro-loge des Prêcheurs de Sienne ou le Registre de Raymond de Capoue.Ce riche matériel sera réparti, d'après l\u2019ordre chronologique des documents, en vingt et un volumes d'on nombre de pages inégal.Le tout trouvera son complément dans un riche essai de bibliograph ie catherinienne.Après entente avec le Rme Père Gillet, Maître général des Frères Prêcheurs, la direction de cette collection a été confiée par l'Université de Sienne an Père M.-H.Laurent, scrittore émérite des Archives Vaticanes et professeur d'histoire dominicaine au Collège Angélique à Rome, et au Professeur F.Yalli, lauréat en hagiographie près l\u2019Université d\u2019Italie, déjà connu dans le monde savant par ses études fondamentales sur la vie et la doctrine de sainte Catherine de Sienne.Pour qui s'intéresse à cette période si agitée de la chrétienté, période qui assista au retour du Souverain Pontife d\u2019Avignon 313 Revue Dominicaine à Rome et vit naître le grand Schisme ; pour qui veut pénétrer plus intimément dans Faîne, pleine de foi, du peuple italien, l\u2019importance de la publication entreprise par l\u2019Université de Sienne 11e peut échapper Prof.(f.1>.Funaïoli « Les trahisons de Vélite » C\u2019est le refrain d\u2019une certaine littérature, chez 11011s, depuis quelques mois.On nous a expliqué aussi peu que possible encore ce qu\u2019il faut entendre par là.Et il 11e semble pas qu\u2019on soit pressé de le faire.En attendant, on répète en chœur l'excommunication prononcée par les pontifes du groupe.L\u2019auteur du livre sérieux, le collaborateur déguisé de la revue et le jeune premier de la feuille fanfaronne, obéissant au mot d\u2019ordre, dénoncent les trahisons de l\u2019élite.C\u2019est une campagne.Le public est habitué au procédé.Cette fois, tout de même, il y a de quoi surprendre.Ceux qu'on accuse aujourd\u2019hui de lâcher, n\u2019est-ce pas les mêmes qu\u2019011 enrôlait, il y a vingt ans, dans des ligues sacro-saintes, en les entraînant à clamer si fièrement : nous sommes l\u2019élite.On n\u2019aurait donc pas mieux réussi que cela dans ce rôle formateur et dans cette œuvre de recrutement ! Et le malheur est qu\u2019on risque fort de préparer une élite qui 11e vaille guère mieux, avec les jeunes qu\u2019on fait aujourd\u2019hui les porte-voix de ces sévères jugements.C'est au fond la même méthode utilisée jadis, et dont les résultats déçoivent.Elle est seulement retournée et aggravée.Aux ligueurs d\u2019autrefois, caste privilégiée, c\u2019était les confrères, inacceptés ou réfractaires, qu\u2019011 apprenait à juger avec cette complaisance, à déclarer indignes de toute confiance ; \u2014 nous songeons à tels et tels augustes ratés actuels, chargés naguère de ces beaux dédains à l\u2019adresse du condisciple, devenu, celui-ci une gloire de la science médicale, celui-là un prêtre éminent, tel autre un évêque.Et maintenant 1.L\u2019édition des Fontes sera tirée à 300 exemplaires numérotés, sur Fabriano, et constituera bien vite une rareté bibliographique.Autant qu\u2019il nous est possible de le prévoir, il sera publié chaque année 10 feuilles d\u2019imprimerie de 16 pages, au prix de 2 F.la feuille.(1.80 pour les souscripteurs).On peut dès maintenant s\u2019inscrire à la Casa éditrice Societ't anonima Arti grafiche S.Bernardino, 33, Via Paolo Mascagni, Siena.314 Le sens des Faits qu\u2019on 11e retrouve plus, chez les meilleurs de ces chevaliers d\u2019au-1 refois, le bel enthousiasme qu\u2019on croyait avoir chauffé à blanc pour le reste de la vie, on suscite une génération nouvelle qui apprend à qualifier ces anciens de traîtres .tout simplement.Même, le croira-t on, ce sont, ici et là, des enfants de quinze ans, à qui on fait répéter ces choses contre un maître respectable, un chef élevé en hiérarchie, leur aumônier de groupe ; qu\u2019on entraînait dernièrement à protester contre une mesure collective de nos évêques édictée au nom de tous par le premier prélat de l\u2019Eglise canadienne.Tl devient assez évident que ces messieurs ont leur manière d\u2019entendre le service de « la cause ».Et la première condition pour être reconnu digne de quelque collaboration semble bien qu'on assure avant tout le plein rendement des rouages qu\u2019ils ont, eux, mis en œuvre, qu\u2019ils dirigent, et dont ils distribuent les menus profits.Car les nobles causes, il arrive souvent certes qu\u2019on les serve, mais parfois aussi qu\u2019on s'en serve.En réalité, ce n\u2019est pas la même chose.Mais ça peut très facilement paraître synonyme à certains esprits, naturellement enclins ou entraînés à identifier l\u2019œuvre à leur personne.Si, en plus, ils se croient du point de vue racial investis d'une mission divine, c\u2019est alors au nom même du ciel qu\u2019ils excommunieront les ouvriers capables de quelque concurrence.C'est ainsi qu'on pouvait, il y a quelques mois, déclarer francs-maçons, trois laïcs très intimement associés au clergé dans le travail d\u2019éducation de notre jeunesse, mais trop lents à défendre les intérêts d\u2019un clocher.Pour le même motif sans doute, on qualifiait de libre-penseur le représentant officiel d'un groupe de la jeunesse catholique française, en mission chez nous, qui eut la mauvaise fortune de ne pas applaudir à tout ce qui se faisait dans nos groupements similaires.Pourquoi alors se serait-on refusé au devoir, plus ingrat sans doute, de dénoncer les tendances impérialistes et protestantes d\u2019une direction de la plus haute autorité ecclésiastique de notre province.On voit à ces faits très authentiques, recueillis entre mille, que ce n\u2019est plus seulement à un patriotisme, mais encore à une mystique qu'on se heurte.On comprend ce mot de trahison, sur les lèvres de ceux qui ne parlent que de guerre sainte, de chevalerie, de Jeanne d\u2019Arc criant de nouveau « sus à l\u2019Anglais ».A entendre nos néo-patriotes, on se croirait au lendemain des Plaines d\u2019Abraham.ou à la Pevite Dominicaine veille du grand jour de la revanche.Comme si la lutte à soutenir actuellement pour le Canadien-français devait être, non plus d\u2019opposer sa valeur à une autre, en politique, en affaires, dans les sciences, mais de prendre de force à l\u2019Anglais la place qu\u2019il occupe, de lui barrer le passage, de lui marquer des frontières.On crie à l\u2019ennemi, au lieu de parler beaucoup plus justement du concurrent riche, habile, laborieux, à qui il nous faut opposer la sage utilisation de nos petites fortunes, un sens pratique de plus en plus adapté, une culture intellectuelle supérieure.Celui des nôtres qui a réussi à s\u2019imposer ainsi par sa valeur, sa débrouillardise, sa compétence professionnelle, ne sert-il pas au mieux la cause nationale ?Trahit-il celui-là, parce qu\u2019au lieu de partir en campagne de bruyants discours contre l\u2019Anglais, il travaille à lui opposer une solide maison d\u2019affaires canadienne-française, à canaliser vers son laboratoire ou son bureau d\u2019avocat les intérêts des compagnies anglaises elles-mêmes, à créer de nouvelles œuvres et de nouveaux foyers de culture ?Qu\u2019on y songe un peu à « la cause », en se demandant si la trahir ce n\u2019est pas plutôt, comme on l\u2019a vu faire, pousser à la guerre sourde contre une œuvre de la plus haute importance, contre telle maison ou telle initiative qui nous fait honneur et étend notre influence, mais qui a le tort de dépasser les horizons de sa paroisse, de faire concurrence à ses petits intérêts ou à sa vanité personnelle.Si on était sincère en réclamant les services de l\u2019élite, n\u2019uti-liserait-on pas mieux les quelques individus qui offrent leur collaboration ?Et combien seraient prêts aux plus grands sacrifices pour aider d\u2019une façon humaine et intelligente.Mais est-ce bien ce secours qu\u2019on leur demande ?Qu\u2019ils prêtent leur nom, qu\u2019ils donnent leur argent, ça, oui ! Et si le plastron est large, on mettra davantage en vue le fauteuil d\u2019honneur, et on taxera plus élevé.Mais à quel point on redoute, de leur part, une intervention plus immédiate dans la direction de l\u2019œuvre.Pour ces postes de confiance, on a ses hommes, dont il n\u2019v a pas à craindre la puissante personnalité, qui ne gênent aucune médiocrité et sauront servir aveuglément.Et quand il arrive que des personnages officiels veulent être mis au courant de la marchandise qu\u2019ils couvrent de leur nom, et des démarches qu\u2019ils paient de leur argent, quel beau scandale.Oe n\u2019est pas pour une seule œuvre que nos laïcs influents et des mieux intentionnés finiront par regimber contre le rôle de comédie dans lequel ou les tient.Nom- 316 Le sens des Faits bre de bonnes volontés s\u2019useront sans doute avant qu\u2019on ait compris.Et c\u2019est là la grande tristesse.Mais combien maladroit, aujourd\u2019hui que le grand public est averti des manœuvres de certains primaires pour paralyser, dans des œuvres éminemment nationales, l\u2019influence et le dévouement gratuit de nos professionnels les plus distingués, de crier à la trahison de Vélite.Raymond-M.Voter, O.P.Projections Sur le roman Ma récente projection sur deux romans de François honnête Mauriac (mars, p.171) a provoqué de la part d\u2019un lecteur indécis une lettre de remerciement avec demande de précisions sur le roman honnête.Cette question est beaucoup plus complexe qu'elle ne le semble à première vue, si l\u2019on étudie et analyse les caractères qui distinguent un roman honnête d'un autre qui ne l\u2019est pas.Devrait-on qualifier de déshonnête tout roman qui contient des peintures du vice, ou des récits de déchéances honteuses ?Je ne le crois pas.Le romancier écrit pour charmer, distraire, instruire, ou bien, s\u2019il s\u2019agit de romans à thèse, pour améliorer les croyances et les mœurs.Mais quel que soit son but, la première qualité de son œuvre est d\u2019être vraie ; et sur ce point, le roman honnête, précisément parce qu\u2019il est honnête, doit être soumis autant que l\u2019autre aux règles et aux exigences de la vérité : vérité dans les personnages, vérité dans les situations, dans les décors et dans les dénouements.Un roman peut-il dès lors être considéré comme vrai s\u2019il exclut toute peinture même discrète de laideurs physiques ou morales et ne nous présente que des personnages confirmés dans la vertu au point, semble-t-il, que le diable même n\u2019ose plus les tenter ?Si c\u2019était là la condition du roman honnête, seuls les saints pourraient en devenir les héros, et encore, la vie de chacun d\u2019eux n\u2019apparaît-elle pas comme une lutte continuelle dont l\u2019issue reste toujours incertaine jusqu\u2019au dernier moment de leur existence terrestre.C\u2019est M.Jacques Madaule qui dans un article sur François Mauriac, paru dans « La Vie intellectuelle» (novembre 3933, page 308) nous montre «le bien et le mal inextricablement mêlés, serrés de tels nœuds qu'à vouloir les rompre dès ici-bas, on mutilerait toute chose ».Et 317 Revue Dominicaine il ajoute : « La grande misère des romans édifiants vient précisément de ce que leurs auteurs ont cru pouvoir séparer avant la moisson le bon grain de l\u2019ivraie ; montrer la face de lumière en dissimulant la face d\u2019ombre ; et réduire la grâce à une action trop facile sur une nature appauvrie ».Si donc la beauté et la laideur, le bien et le mal sont « inextricablement mêlés » ici-bas et que l\u2019une des premières qualités de l\u2019œuvre d\u2019art comme du roman, c\u2019est d\u2019être vrai, comment pourra-t-on exclure du roman la tentation, voire même la faute sans qu\u2019il ne reste que des personnages anormaux et des situations fausses ou incomplètes?Mais alors tout roman vrai serait-il déshonnête ?Non, sans doute.Et d\u2019abord, il peut se faire qu\u2019étant donnés les caractères des personnages, les conditions de leur existence, les décors au milieu desquels ils se meuvent, rien n\u2019oblige le romancier à nous les faire voir constamment en présence du bien et du mal en leur donnant à choisir.L\u2019on a mentionné « Maria Chap-delaine » comme exemple de roman tout à la fois honnête et captivant ; point de tentation, point de faute, point de déchéance dans ce livre et il n\u2019en reste pas moins vrai.D\u2019ailleurs, si l\u2019honnêteté au sens où on l'entend et la vérité sont sauvegardées dans Maria Chapdelaine, cela tient beaucoup moins à l\u2019absence de tentation et de faute qu\u2019au caractère obligé des deux personnages et au milieu dans lequel iis se meuvent.En second lieu, s\u2019il arrive que le romancier situe son action dans un milieu moins sain, \u2014 pourquoi lui en refuserait-on le droit ?\u2014 et nous présente des personnages de vertu moins solide ou plus exposée en raison de l\u2019hérédité, des occasions ou de tout autre moyen de perdition, quel qu'il soit, il ne peut rester vrai en faisant totalement abstraction de l\u2019action du mal.Mais tout en tenant compte de cette action, son œuvre ne sera pas pour cela déshonnête si, en déroulant sous les veux des lecteurs le spectacle de fautes et de chutes, il surveille son langage et prend soin en même temps de faire intervenir la sanction et de montrer que toute faute porte avec elle son châtiment.Pour dire toute ma pensée, il sera honnête même en faisant une assez large part aux peintures du vice.Au contraire est déshonnête parce que faux, tout roman qui offre le bonheur légitime ou illégitime de la terre comme l\u2019unique et suprême bonheur ; tout roman qui dans l'analyse des plaisirs interdits, ne fait pas éprouver avec assez d\u2019intensité le goût 318 Le sens des Faits de cendre qu\u2019ils laissent après eux ; tout roman qui présente le mal avec un art tel que le lecteur bouleversé se sent porté à le préférer au bien.11 peut donc se faire (pie ce ne soit pas les récits de fautes contenus dans un roman qui le rendent déshonnête, mais bien la manière dont ces récits sont conduits.11 peut se faire également qu'un roman soit déshonnête pour un enfant, un jeune homme, une jeune tille, qui ne l\u2019est pas pour une personne d\u2019âge mûr.Ce ne sera pas en raison de la matière du roman.mais en raison de circonstances propres à l'enfant et à la jeune fille.Aux enfants, que l'on offre, s\u2019il y a lieu, le récit de fautes d\u2019enfants, aux jeunes gens, celui de fautes de jeunes gens, aux personnes d\u2019âge mûr, celui de fautes de personnes d\u2019âge mûr, tout en sauvegardant les autres principes : la responsabilité, la survie, la sanction.Et de cette façon, point ne sera besoin, pour écrire un roman honnête, de faire abstraction de tout un aspect de la vie humaine.Le travail féminin L\u2019Union féminine civique et sociale de France adressait récemment an Bureau inter national du tra vail, à Genève, une déclaration qui a reçu l\u2019adhésion des plus grands sociologues chrétiens.J\u2019en détache les lignes suivantes : « Toute personne humaine a le droit et le devoir d'exercer utilement son activité et de mettre en œuvre par le travail ses diverses facultés : elle concourt, par le fait même, au progrès matériel et moral de l\u2019humanité .De nos jours, des milliers de femmes ne peuvent trouver leur moyen de subsistance que par un travail professionnel.Dans les circonstances économiques et sociales actuelles, l'interdiction légale de ce travail des femmes nous apparaîtrait comme une injustice sociale.(La Croix, 11 décembre 19351.L\u2019hebdomadaire «Sept», sous la plume de Madeleine-S.Gueritte, disait.de son côté, que ce « serait une monstruosité ».«Injustice sociale», «monstruosité», nous dédions ces qualificatifs à ceux qui ont, ici même, mené la campagne pour obtenir l'interdiction du travail féminin.Les uns l\u2019ont fait dans le seul but d'attirer l\u2019attention publique sur eux, avec ignorance complète du problème, sans souci des responsabilités qu\u2019ils encouraient.D\u2019autres y ont vu une occasion excellente de traduire en actes un antiféminisme aussi absolu qu'irraisonné.D\u2019autres enfin ont cru sincèrement que c\u2019était le moyen le plus simple de 319 Revue Dominicaine remédier à la crise que nous traversons.L'attitude de ces derniers rappelle la fable de La Fontaine : Les animaux malades de la peste.C\u2019est contre le faible qu\u2019on se met à crier : Haro ! On a fini heureusement par comprendre qu\u2019en interdisant le travail des femmes, on déplacerait le mal au lieu de le guérir.Tout ce que l'on demande aujourd\u2019hui, c\u2019est de réserver les emplois salariés à celles qui en ont vraiment besoin.Au moment où tant de jeunes gens sont arrêtés au seuil de la vie, face à une société qui n\u2019a rien à leur offrir, il semble révoltant de voir un certain nombre de jeunes filles travailler uniquement pour le luxe et le plaisir.De plus, les mesures que l'on préconise seraient évidemment des mesures temporaires qui pourraient être révoquées quand la prospérité serait revenue.Même ainsi limitée, la question reste quand même complexe.Il n'est pas facile d\u2019abord de déterminer où finit la nécessité et où commence le superflu.Une enquête, si bien menée qu\u2019elle soit, se fera toujours de l\u2019extérieur et ignorera par conséquent bien des choses.Et puis, que de considérants entrent ici en ligne de compte.Ce qui serait du superflu à tel niveau social est à peine du nécessaire à tel autre.Au moment où tant d\u2019hommes, même célibataires, travaillent uniquement pour accroître leur fortune ou multiplier leurs possibilités de s\u2019amuser, on ne peut tout de même pas exiger que les femmes aient uniquement du pain et des vêtements quelconques.Ajoutez à cela que la femme, comme l\u2019homme, doit songer, non seulement au présent, mais aussi à l\u2019avenir.Nous connaissons, pour notre part, nombre de jeunes filles qui, aussi longtemps que leurs parents vivront, pourraient à la rigueur, s\u2019abstenir de travailler.Elles savent toutefois que l\u2019argent qui leur sera laissé ouand ils disparaîtront sera insuffisant pour subvenir à leurs besoins.Elles auront à ce moment-là 35, 40 ans ou même davantage : leur sera-t-il possible encore de se créer une situation ?Ces remarques étant faites, et elles devaient l\u2019être, il n\u2019en i-este pas moins des abus que nous souhaiterions pour notre part voir disparaître.Ce n\u2019est pas par des lois cependant que nous y arriverons : inutiles quand les patrons ont l\u2019esprit de justice, elles restent inefficaces quand ils ne songent qu\u2019à leur intérêt.Si serrées que soient les mailles de votre loi, ils réussiront toujours à passer à travers.Essayez d'obtenir de certains d\u2019entre eux qu\u2019ils 11e tiennent compte ni de la parenté, ni de l\u2019amitié, ni 320 Le sens des Faits de la recommandation de ceux envers qui ils se croient obligés.Essayez d\u2019obtenir qu\u2019ils tiennent compte du besoin de celle qui se présente plutôt que de sa beauté ou de sa complaisance.Ce ne sont pas les lois, mais les hommes qu\u2019il faudrait changer.Nous admettons volontiers cependant que ceci est plus difficile que cela.Quelques fleurs La Revue Dominicaine ayant reçu de ses lecteurs et de sa clientèle d\u2019affaires, divers témoignages sur les progrès accomplis \u2014 progrès qui assurent pour au moins deux ans son équilibre financier \u2014 j\u2019obtiens la permission d\u2019extraire d'une filière très chargée la lettre suivante oïl bienveillamment on touche à chaque aspect de sa nouvelle formule.Montréal, 25 mars 1936 Révérend et cher Père, Nous venons, un peu tard il est vrai, vous témoigner notre plus vive appréciation des progrès réalisés dans votre Revue Dominicaine.Le nouveau format imposé à votre revue en fait une œuvre d\u2019art en même temps qu\u2019un véritable bouquin : nous la rangeons aux côtés des autres volumes de notre bibliothèque, où elle figure avec avantage.Nous sommes également très satisfaits de l'annonce de notre bureau légal : voilà pour le côté matériel.Quant au fond, inutile de vous dire que les articles en sont d\u2019une telle actualité, que nous y puisons largement, tant pour notre information que pour notre documentation.Respectueusement vôtres, Charland & Charland, avocats Criticus QUEBEC EPNE5T JOBIN,»tif!D«M PAUL-ÉMUE LA CIE DE MARBRE &PIIRRE DE QUEBEC im 180.COTE D\u2019ABRAHAM QUEBEC l/euitles nous consulte*, et demande* nespMx.San* aiLCune oldiçation de v-ofie pa\\t, peu* tout tiav-aU, de TUILE,CERAMIQUE ,T£RRAJ.TO,eu MARBRE d\u2019iNTERIEUR.\tI paul-E.Jomri gerant ourvous Dien servir « 5l,çt-Joseph Tel.4*4031 29'/î Chemin 5te-Foij Quebec\tTél.7960 J.M.Dgssui \u2022eaulti inc TEL.4-4601 mmmm bois toutes sortes de QUEBEC 83.DflLHoUïlE ^\t^ «bk ^onv t>A Tel.2-3409 b » m S PECIpLlTE aux Communautés Peliauusei 59, ^t-Jeon QUÉBEC PROTEGER ITÜTIon^ I heMfa iverenac COlilBUSTIBLES HRUTE QÜpLlTE TEL.M259 26,tt\\Joachim QUEBEC ï»d» Chauffage à eau chaude ou vapeur Plomberie moderne Electricité $Yîtème« Buckwheat Couverture »t Ferblanterie en^enorol.142 del\u2019Esliçe tel.7i75 319.Édifice Board of Trade (noriTRÉpL LM Hïsiiiiiûus CflPSiU! delà isa-twi faotnmc au LAJï.Cfl£/JΣ,aÊU-38S, OSUfS, eaïrflS-SUîda LJVflËS aÜOnlJCJ! TEL.2-8081 IÔ3, ST-JEfln le premier installe à OIICDC itél.8551 r | Charlesjobin M* ; 41, Vitré .:\tQUÉBEC I Esprit .es Li ivres Jacques Maritain.\u2014 « Science et Sagesse » \u2014 Suivi d\u2019éclaircissements sur la Philosophie morale.1 vol.400 p.En vente aux Editions Labergerie, 11, rue Cujas, Paris-VI.Sur papier vergé : 20 fr.Relié pleine toile : 25 fr.Dans la première partie de cet ouvrage sont traitées, d\u2019un point de vue très élevé qui ressortit à la philosophie de la culture, de grandes questions spéculatives concernant le conflit des sagesses dans le monde antique et le conflit de la sagesse et de la science dans notre présent monde, \u2014 la philosophie de la nature, ou la rencontre de la sagesse philosophique et des sciences, \u2014 la philosophie dans la foi, ou la rencontre de la sagesse philosophique et des sagesses supérieures.Le problème de la philosophie chrétienne, dans l\u2019ordre spéculatif et dans l\u2019ordre pratique, est ici repris et approfondi d\u2019une manière nouvelle et dans une très claire synthèse.Dans les Eclaircissements sur la philosophie morale, qui constituent la seconde partie de l\u2019ouvrage, l\u2019auteur a répondu à diverses objections concernant l\u2019organisation du savoir moral, et mis au point, à ce propos, plusieurs questions de doctrine assez délicates et assez subtiles.Il attache une importance particulière à ces Eclaircissements, destinés dans sa pensée à restituer la vraie structure et le vrai visage de la philosophie morale, trop souvent méconnus de ceux mêmes qui l\u2019enseignent, et à indiquer les positions que le thomisme, pour être d\u2019accord avec ses principes fondamentaux, doit prendre à l\u2019égard des problèmes suscités par les progrès de la différenciation du savoir.R.D.Saint Thomas d'Aquin.\u2014 « L\u2019entrée en Religion ».Traduction française par le R.P.Maréchal, O.P.\u2014 Préface par le T.R.P.Garrigoii-Lagrange.164 p.Aux Editions du Cerf, Juvisv (S.et O.) Prix : 6 fr.Le titre de cet opuscule indique assez de quel sujet traite Saint Thomas et à qui il s\u2019adresse principalement.N\u2019oublions pas toutefois que cet ouvrage a été écrit sur un thème qui passionnait l\u2019opinion au XI11e siècle.Il était moins question, à cette époque, d\u2019étudier la vie religieuse en elle-même et pour des religieux que de la situer dans l\u2019Eglise et de montrer comment elle se rattachait à l\u2019idéal chrétien.Pareille position explique tout à la fois et la richesse interne et l\u2019actualité de cette publication.Outre son intérêt historique qui est de nous replonger dans la pleine effervescence qui dressait l\u2019une contre l\u2019autre les Ecoles et 323 QUEBEC Cninmcims TJ-eniliU* poissons fruits e^umes beurres fromage oeufs 104 St-Jean 76.^t-Jo^eph QUEBEC TEL.4-4844 quEbEC G.f>.GflUVln,W F.spuvin .prop.nu?.S ÏMm mm PloniDier Electricien accessoires PROPRIETAIRES del\u2019EflTREPOT FRIGORIFIQUE DOMINION poseur J appareils i CliaUffa^e Wï 60 9, St-Valier QUÉBEC Spécialité au» Communautés Religieuses QUÉBEC Téléphone 3-2454 Æ üttîn DIRECTEUR FU déraille?iuhMrnm B ü e nqaqasin QOX 1000 COPTES H=s QUEBEC |D| Le \\endex-voui éludtanür successeur i COUVPE-PLpnCHERSI à QUÉBEC demandez nos prix de PRELfIRTS CPRPETTES DRPRERIES Elia?\u201chiv'ierqe.prop.458-460, St-Joseph ST- SAUVEUR 39.5T-L0ÜH LEVIS TEL.1032 Ff Potènes Insiçnes eLObj.hdtPittê EN6R0?ELECTROPLPCPSEï op, arcent, cuivre, nickelace.oxidaqe, VIEIL \\§l ou*iruVUim-Pi'iL\u2019» J3omMca.iriv J.EpllLE PPRE, qe'rant q .TACHE-ML Tél.Q.SôT) (37Jetdfe REpPRPTlOnS RPpIDEÇ bps prix RCCÜClL COURTOIS et TRAVAIL o/ceLlcnT REPflRV®?\"» SHOP n£ rn.LppoiriTE.prop.TEL.R.7154 I06.RIPEPÜ-aOS.DRLHOÜSIE OTTRÜJB oRooinwes .i*.REELLE -FOURRURES de QURLITÉ t .: \"i r~~ _______OTTBUJfl__ QUEBEC Tel.s.1510'- - - i4.sPRDinflï NETTOVnGE draperies rideaux qants robes desoiree habits ^.J.ClflRI(,pres.et qe'rant FOnnÉ p OTTplUp e Rponson Tel.Q.2799 99.BRHK Tel.R.870 96, RIDEpl) OTT p UJ ft r.e.fprlev t.r.brüle R.46Ô3 COnTRflCTEURS GEIIERfiUX EDIFICE PLRZR R.56I0 OTTplUp ldiPW3liil:W4l« B:C L\u2019Esprit des Livres shield, au procès de Riel, ont tant insisté sur ce point ?Pourtant ils ne manquaient pas de bons arguments.N\u2019est-il pas admis que Riel souffrait de mégalomanie ?Un homme en pleine possession de ses facultés ne parcourt pas le front d\u2019un champ de bataille un crucifix à la main, invitant ses partisans à la prière.Nous ne sommes plus aux temps des croisades.C\u2019est cette mégalomanie qui rend Riel soupçonneux des Missionnaires dont il craint l\u2019ascendant sur les Indiens et les Métis, et qui le met en opposition avec eux, même avec Mgr Taché.L\u2019irréligion de Riel a sa source là.Dans son volume, Monsieur de Trémaudan n\u2019emploie pas le mot, mais il laisse entendre que les missionnaires ont été traîtres à la cause de Riel en 1885.Il oublie que depuis près de cent ans les missionnaires ont exercé une œuvres de pacification dans l\u2019Ouest, qu\u2019ils ont vu l\u2019inutilité du sang versé, qu\u2019ils ont compris que le meilleur moyen de servir la cause de leurs ouailles était de mettre fin le plus tôt au combat.L\u2019exécution de Riel est un crime, parce que Riel, d\u2019après Monsieur de Trémaudan, était un condamné politique, et aujourd\u2019hui on ne met plus à mort les condamnés politiques.Le même plaidoyer vaut pour Thomas Scott exécute par le Gouvernement Provisoire dont Riel était un des chef ; Scott était, lui aussi, un prisonnier politique.Monsieur de Trémaudan a voulu trop de bien à ses amis les Métis.C\u2019est le grand tort de son livre.Pareillement, il pèche contre la méthode en attribuant à tous les Métis, puisqu\u2019il parle de la Nation Métisse, les qualités des Métis du Manitoba qui ont au delà de 50 ans d\u2019avance sur la civilisation des autres groupes métis, ayant vécu dans un milieu plus propice à leur développement intellectuel, social, et religieux.Malgré toute la sympathie que nous éprouvons nous-mêmes pour les Métis, \u2014 que nous avons eu l\u2019occason d\u2019assez bien connaître, \u2014 et tout en leur reconnaissant des qualités que l\u2019auteur ne signale même pas, nous croyons sincèrement que son ouvrage si direct et si vivant obtiendra peut-être l\u2019effet contraire à celui visé.V.D\u2019Aigle, O.P.Marie de l\u2019Incarnation, fondatrice du Monastère des Ursulines de Québec, par une Religieuse de Québec.Depuis plusieurs années nos Seigneurs les Evêques ont prescrit des prières que nous récitions après les Saluts du Saint-Sacrement, pour obtenir la canonisation des Canadiens de naissance ou d\u2019adoption, morts en odeur de sainteté.Nous n aurons pas obéi en vain à ceux que « l\u2019Esprit-Saint a placés pour régir 1 Eglise de Dieu ».Déjà une demi-douzaine d\u2019entre eux ont reçu les honneurs de la canonisation, et bientôt plusieurs autres recueilleront la même gloire.Marie de 1 Incarnation sera de cette brillante phalange.On se demande parfois^ dans les milieux ecclésiastiques et religieux, pourquoi elle n\u2019a pas encore été placée sur les autels et pourquoi trois cents ans se sont écoulés la 333 OTTAWA \u2022 HULL 1K\\ HI ?Tél.Q.QI05 ELipnnc RtnflOD.PWp QTTPmn TEL.R.352 pourin^TRLLpTion de pLOmBÉRIÊ eide CHPÜFPPGÊ 96, SFPRKS,OTTplup jm U mmw tdUî TRBVpÜX tel.0.1806 139.premiere p\\/e OTTPÜJR Ca+r^pr\u20aci\\\u20aci/r «r\\ (or\\/+ri/ctioi\\ (Vàli/àki/r 19 7., RI DE p(J OTTflUJfl VEUX nn OREILLER GORGE ! 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