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Titre :
Revue dominicaine
Éditeur :
  • St-Hyacinthe :Couvent de Notre-Dame du Rosaire,1915-1961
Contenu spécifique :
Mai
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Rosaire
  • Successeur :
  • Maintenant
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Revue dominicaine, 1938-05, Collections de BAnQ.

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[" REVUE DOMÎNiCVÎNE PIMPTWIU IW.WW'J QUEBEC E6W0HB Will {Tel.Mail PERFECTION STHYACINTHE TRANSPORT INC.OPERRnT AHVPCinTHE tm&Mnm monTRÉRL\t/r-HVRCIIÏÏHE 23l,V0UriG\t34 A, PIÉTÉ T4.UII.2I92\tTel.38S888 Prix spéciaux pour Institutions religieuses 8, rue Robert Montréal Buanderie Monldand Art.Quenneville, Prop.BÜREBÜCHEF ft mpnUFPCTUREÎ a (TîOriTREPL ÊBEC FPBRICpnTS Fournaises Calorifères (IccHîoiresdePloniberje TUljOÜ de Fonte etc.CRANE LIMITEE 39, ST-ROCH polir vo/ GRlLS R-D^RPERU\tSOUppLEÜF|S Directeur -Gérant Bureau: 1260,rueCOODE ITlOnTRÉRL\tJ3I.:UJI.9022 elle te consent beaucoup plus volontiers les\u2019 üontelle a consciente d'être lacollaboratrice.Quand Votrebanque connaît voire entreprise, La Banque Canadienne Nationale s'intéresse 537 bureaux oucnnnDR ETRBLIEen 1880 ST- HVRCIPITHE, P.Q.fl u, delà, de 1300 urquBs atipix de toutes tensions ont été installées par cette maison dims toutes les Parties du mande.StiukjJB I » ultra moderne/\u2019 5UPR0TEX Econorriif^yljliÀantiellç/' PP,IRES d'pSSUffflES PPIEfïlERK & TEOiïlE/ E CnnRDR LTD/ Sustème d Avertisseur aucomotique.rêqlaqe ingénieux prévenant dommoqeprl\u2019eou DÉ-lTIOnSTRRTIOnS sur DEiïlflflDE CONSULTEZ Air vo/ 6998,rue JEANNE-MANCE MONTREAL 'ffttlfWBCIL' m°r\t¦»\t)rn \t\t BiJoUX = DippnpnQ/ hOFjLOGE/ ÉLECTFjiQlJE^ .^orpE/=piÉDpiüi/ l.C.ë)_clL® «x,*; Lt ci-devant- mflPPint luebb \"9ans\" HORLOGER\tBIJOUTIER Tel.: LR.4 8 2 2.\t761 à jcette déltcku/e preparation au chocolat qui ne requiert que l\u2019eau chaude?/Lnon,ecotmi/jq ctt l\u2019utlll/an-t,car il/e/ert /an/ lait ni /ucre et/e di/MJ in/tantanerneiib.PRÉPARÉ PAR /Wc LEAN\u2019S CCCOA /WILLS\tmoflTRÉPL READY MIX CONCRETE LIMITER Têt: Lp.1067 EDIFICE UniVEpsiT^ TOOJEFt f^pflGËPRp' RAN S I SYSTEAV Tin: flcce/zoire/ Électrique/ GRO/et DÉTAIL Radio/, Réfrigérateur/, L aveu/e/, Poêle/ y \"% Radio/ R-CA Vie toi 281 ouext.CRBlG tél.-.Lfl.1167 F m poule/ fTlazda ULIe/tinqhou/e T1IM1LÆY -PRUlEfnRRCIL- Tél.: UJI.7196' 1500, LUI LU flm SÏÏ5 0\tTOT\u2019\t\t\t 1 F Tl iRITIflTTIF ukdILkd 11 U1 lu HJ U IL EriTPlEPhEflEÜn GÉHÉPiPL rnenüi/priB,PeintUre.BriqüeeiCimpnt,\t.Iri ,Q9Q [ouverture.Papier et Dravoi/,\t//h:' , üv irnÂv.Pla/traqe\t\tfERBLfllITII COUVRE H.L Tél.: DO 2118 6322.DEL0hlfTllEh\t\tER UR iASGLOIN Réparation/ Générale/ CoUVertüre enGravoi/ ^Ventilation G°LDEn LEAF Un /rai Régal iu Meilleur/ Petit/- Pair a Dîner du Canada kickes en beurré Recommandé/' Surtout Pour Vos Dînery\\Thé/*et Réceptions (~Iéi.:Çfl.4-74-7) \t \tÇr-:\u2018OC-.y.;-'-.^_\u2022 Efl VERTE darkle/ PHRRflflRCIES forjt êcorioiriiqueiTieiitune dé tide h/?so U de table et de rèairpe tpe/ diqe/tiûe ~ fyeornrpor\\acontre le/rqaladie/de fapeaù, dû foie, deMooiapdela W/ie et de Upte/tip p/jûrpati/nje, qaütte et acide ûpqûe La qualité dû produit compare! aû)( aû tpe/ e/i telle qûele/ LlTiE\u20185 GÜSTin * IIP?mflCHintï a VAPEUR r a i_i p*.BUnnDERIE D.&J.TULLIS (CANADA) LTD lël.:lill.02^7 920.GUV (pre/AJlntoine) FOURniTURES de toutes sortes Laine blanche Savon,Coton DISTRIBUTEURS des SMS PROCMfïIBLE et des PRODUITS UJVflnOOTTE tél.C R.99 5 7\t6296, Rue ST-ANDRÉ , Montre&l LES PRODUITS MADELON EN RG EXCELLENT CONTRE: MAL de TÈTE,de DE NTS,d'OREILLES?GRIPPE .RHUMATISME .Tél.: CH.7 2 69\t4-070 est, Ste-Catherine La Corporation de Gaz TRI'KO \"LOR^\t INDISPENSABLE\tINEXPLOSIBLE Dort/ toute/ le/ localité/ etendroit/ dépourvu/\t/ecurité ab/olue, pa/d'q/phqxie po/ible^arontie de qaz de houille ou naturel\tcontre tout vice de con/truction ailOT/œjjjÿ-Kgi aiuudujNd addoie/tap /a/ods3P0Gâ|noyufi-ijyoi/3J[jyui SIluyQ /3ddO|3A3p /ainuüiad nfl/iu|!j ScdnaivHv 3An3UUQ/tUUJ*U!«ldUWH3»->iua\t'dojd'ayyy 03\u2018 3Uiy3H1U0-gi/\u2018T^3oz:çi\tm i/3d sp aaïuind ara ai Od /nld «I 3HdUd0010Nd 10)01 OIIQiniJLS /luaiuajpDDua /luaiua^puDjUu /qioj'ijod S13NNOlSS3dO'yd \u201cIDLE delfinnonCEUK' ¦mEinmcn flPQTREfl! wi/SillI HT COH/ÎWCTEllH/de PULltl/S FOPiGEPiOQ/\t.«iPA /ObOUPiE o^V-RcÉIVLÈnE\t! fitpwTioviiemiWiiwmw\tKrfW Proulx ÔBahen m 299 , COLBORnE\tJ Tël:LR.Q84l - P|.p.pP|OllLX = nuit.CL 4449 ¦ ILjo\tï) 31\t¦\t\t\t\t\t\t\t\t\tÏ \tyj\t\t\tu\t\t\t\t\t\t\t 4424oü^/I-JBCQÜE/ Dépt.FLIB44 Pié/FPi-2 926 SE Pi VICE ^\\\\^X-m\\y\\ Rés.: 2179, Darling Tel.FR.1570 F.K.Gauthier Entrepreneur d\u2019escaliers et balcons Clôtures, Barrières, Grillages \u2022 Tel.AM.8413 3045 EST, NOTRE-DAME Æjitcuiliit TUILE masRïQUE TERRRZZQ mnRBRE PLPHCHERS en TUILE CERflfniQÜE [fiCB.EERRBRTI L.J0W.CK8ICIE MT\\Æ ¦LiLlTT' ¦ nEH wrv\\ù« H* WW! 4r^ü! feUfiliiawiiRis -Uli£lll¥lltl=\"'¦ le plus ^ran pipqû/iq de J C0nSUlTRTl0n5{^^H5pjJ IDir IP. 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Etranger : $3.25 ; Avec le Rosaire : 25 sous en plus ; Le numéro : 30 sous.Abonnement de soutien : $10.00 L\u2019Œuvre de Presse Dominicaine 5375, Av.N.-D.de Grâce Montréal ORIffll Jcs.GcDcecn SRLOnS mORTURIRES SEdV/CE PFjOmet CONTOIS R0U5 VOUS IRVITOnS à CORSULTER nor PRIX\taü J.ervice deJ.\tpp Dominicainj' Bureau-Chef:\tSuccursale*.liL-.BV.O^ 55=271,roe P^OCIPPLe,Ville St-LaUreot\tlél.#.0626=l557e$t,pior]j-l^pL Iil.:2-9872 SÜCCÜRSPLEaOTTRlUp SUlïï4fl6-iaRIDEpÜ UmiTcE lel.:hfl.7609 466est,CRplG j^lttaer Repair CD0ERVAIS* PROP.insPECTions DRRTI5 peParatl0n ® à votre demeure iïiéconicilje et clecci icjüe /pécialitef: OUVRAGES d\u2019EGLlSES, COUVERTS.ECOLES, EDIFICES PUBLICS.TEL.:D0.552Q 96lp,ST-R0CH monTRÉRL euG.cHARBonneAU, prop.[Hatela/ebfTIeublç/' rembourré^ répart ¦^L:nm.369l\t3880A, HOCHE LFIGR 1111.7404 VERDun 396ljEllll]61 Ofl (sTj :Piï P mpHchpoD TpiLiEün 'i CorriL Radiodioqn ostic Radiothérapie Electrotherapie Tél.: H7R.3288 .PPlIl-HWlU RF)DiOLOCI5TE En CHEF fi LHOPITflL 5TE-JU5TinE 410,ouest 5herbrooke Mai 1938 R.P.Yves-M.Faribault, O.P.Sur la tombe du T.R.P.Lagrange K.P.Albert Saint-Pierre, O.P.Le Scoutisme et la Culture M.Ferrier Chartier Plaidoyer pour l\u2019orgue à tuyaux \u2014 L Mme Marcelle Chabot-Rousseau Images coloniales \u2014 IL J2e Sens des Saits Le 19 mars au Théâtre des Ambassadasseurs, par le E.P.Ar-cade-M, Monette, O, P.\u2014 Projections : L\u2019évêque nommé de Prince-Albert \u2014 Les belles ciiations, par Criticus.JS 8sprit des jCivres doret : Dominican Life (R.-M.B.) Chevrot : Jésus et la Samaritaine (M.-G.(r.) Bouchon : La l ic ( 1 ,-AI./).) Hoornaert : Face au devoir (M.-A, L.) Yeuillot : Louis L caillot, sa vie, son âme.son œuvre (M.0.) mon i DOYENS de/ Vendeurs autorisés C^VsLEH 6et8cl|l pLVmOÜTH 6 ci|l.cponsMiïir '/2 b 3 TONNES Toujours un bel assortiment deVDITÜP|E5 Ü5PDÉE5 (TOÜE5 PDPüLpinE5 etfTlDDÊLE5 F)ÉIIEr|T5 yliCCÜIVPLE: VEI1TE de CfipRS ÜSpGÉS lél.CW-4584,ST-DEr|IS OlFJpFiD pÜJOfnOBlLE ir)C.1448 oüe/t,ieue DOPjChEYTEFi Foürni//eür/ de/ fffî- Père/ Dominicain-/' B\\JVez le/'LiqVjeXjfY do\\Jce/de l» M REI|V/1 y\\M|\\lEI$L &/ÔD/1 V^TERLTD Til.WI.P.E.|îlai,coi*elle/', qérant mai/on canadierme-françai/e de haute renorwne'e PORTES et CHASSIS BOlSdeCOnSTRUCTIOn 1 1\tÆk /PÉCimiTÉ;TOIMflGE 1(M|J\tet AULTURE/urBOIS | lirecaue \"fél.'.CHerrier 7012\tMieimeGaroe 16 67, rue Labrecque E D irJSK Ms&à d%^haleuryiir maquette d'acier nlbKnll pair papeterie gravée et de luxe 480o*/t,LMflUCHETIÉRE Til.iLflnca/ter IJIO «» momcLuiH consTRuciion C04& ÜL| létl^EL8l}>fetUEJ987 G.mRRinm.PROR 656,7Ee-[TlarqUerite P\u201c PRIX SPECIAUX aux rommuROUTES religieuses ri pipnÜFPCTlWEIt: déodorant- dé/infectant-/avoiy : I iguide, mou, coco -cire b plancher- poudre a laver.T?I.:BÉ.I600 472 3, ST-DENIS \u2014jPflUL-E.ITIflRClL\u2014 \u20ac H R Q CIDREde pompiE/ PUR réi.'-po.ioio 7482yr-p£ni/ SUR LA TOMBE DU T.R.P.LAGRANGE Virtus in infirmitate perficitur.« C\u2019est dans la faiblesse que la force réalise l\u2019œuvre parfaite.» Cette parole divinement adressée à l'apôtre Paul résume le mystère même de la croix, mystère de faiblesse et de puissance, où c\u2019est la pire ignominie qui mérite la gloire suprême et prépare l\u2019effusion triomphale de l\u2019Esprit.Si Paul était tenu de compléter en sa chair ce mystère de la croix, ce n\u2019était là que la première mise en vigueur d\u2019une loi qui n\u2019a, pas cessé de régir le Corps mystique, et surtout, dans ce Corps, le jeu de ces articulations essentielles que sont les participants du sacerdoce et de la mission enseignante du Sauveur.C\u2019est pourquoi, voulant donner un aperçu de la carrière cl\u2019un grand ami du Christ, qui fut en même temps un très grand serviteur de l\u2019Eglise, une jointure principale du Corps mystique, nous avons tout naturellement songé à considérer cette vie à la lumière de ce principe cardinal de la fécondité spirituelle.Et, à cette lumière, tout s\u2019est éclairé.Non seulement nous avons mieux compris la physionomie d\u2019âme du vénéré maître, physionomie où la noblesse rayonnait de la simplicité, où la sérénité s\u2019épanouissait en ardeur et l\u2019humilité en charité, mais U nous semble maintenant possible d\u2019embrasser plus pleinement le sens et la portée de son œuvre.Nous résumerions cl\u2019un mot notre pensée en disant que le P.Lagrange nous paraît avoir été suscité, à une heure où l\u2019Eglise apparaissait très faible devant Verreur, pour manifester comment « le faible de Dieu est plus fort que les hommes.» On sait en quel désarroi se trouvaient en 1890 les études ecclésiastiques d\u2019Ecriture Sainte.Aux difficultés soulevées con- 225 Kevue Dominicaine tre l\u2019inspiration scripturaire au nom des sciences physiques et historiques, on s\u2019était contenté de répondre tantôt par un vaque concordisme, tantôt par de malheureux essais de réduction doctrinale.N\u2019était-ce pas faiblesse que de lier à des hypotheses scientifiques bientôt périmées la défense de l\u2019immuable foi, et faiblesse plus grande encore que de rogner quoi que ce soit du dépôt traditionnel ?On voilait de toute manière la puissance de la lumière inspiratrice, sa transcendance surnaturelle ou sa translucidité plénière.C\u2019est à ce moment que le P.Lagrange vint apporter, au nom des enseignements de saint Thomas sur la vérité en général et sur le charisme de prophétie en particulier, les distinctions salvatrices.Il fit comprendre qu\u2019une considération plus attentive * « du caractère des propositions et du genre littéraire des livres » suffirait à conserver au dogme de l\u2019inspiration la puissante intégrité de sa formule traditionnelle et la plénitude de sa vertu régulatrice.Ces principes si simples faisaient alors figure de nouveauté révolutionnaire.Si la révolution s\u2019est opérée pacifiquement et a définitivement acquis à VEglise une arme défensive invincible, dont on commence èi peine d\u2019apprécier la puissance, c\u2019est que son initiateur sut se faire oublier et laisser la vérité se frayer toute seule un chemin.Ce gain fondamental obtenu, il fallait le monnayer en quelque sorte, en poursuivre l\u2019application ci travers les innombrables difficultés particulières qu\u2019offre l\u2019exégèse des Saints Livres.Là encore, pendant que les modernistes tentaient d'introduire dans l\u2019interprétation du dogme leur philosophie agnostique, le I\\ Lagrange, appuyé sur la robustesse de sa foi antique, confiant d\u2019ailleurs dans les virtualités du thomisme, essaya de montrer que le salut réside d\u2019une part dans l\u2019humble acceptation du réalisme des formulations traditionnelles, de l\u2019autre dans la 22(5 Sur la tombe du T.R.P.Lagrange considération souverainement loyale et objective des conditions historiques selon lesquelles s\u2019est incarnée la parole de Dieu.Et dans ce double consentement au réel humain, voie authentique par où l'on accède à Dieu, il obtint, au delà de la lettre, la révélation de l'Esprit, et il vit et rendit témoignage que c\u2019est le même Esprit qui aujourd\u2019hui anime l\u2019Eglise et jadis inspira les prophètes de Dieu.Mais pour réaliser cette synthèse, pour la découvrir sans cesse à nouveau, à travers l\u2019infinie variété historique et psychologique des expressions humaines, quel prodigieux effort de soumission à l\u2019être, quelle profondeur de compassion pour les abaissements du Verbe, quelle intensité de prière et de docilité aux rectifications venues de l\u2019invisible le grand scrutateur de la Bible n\u2019a-t-il pas dû déployer ! Et nous ne parlons pas de l\u2019immense labeur matériel que constituait la mise en œuvre d'un tel fourmillement de détails techniques, variantes manuscrites, faits linguistiques, documents archéologiques, épigraphiques et littéraires rassemblés des quatre coins de l\u2019Orient.Seuls ceux qui sont initiés à ces études peuvent en jauger l\u2019incroyable difficulté ; seuls ceux qui ont parcouru chronologiquement l\u2019œuvre gigantesque du P.Lagrange savent avec quelle ardeur infatigable le grand exégète, tel un François Xavier sans cesse aspirant vers des terres nouvelles à conquérir au Christ, a volé sans relâche de problème en problème, toujours inquiet des attaques les plus récentes et les plus insidieuses, se réservant, avec une sorte de prédilection ascétique, les besognes les plus ardues, voyant d'ailleurs dans cet humble attachement à l\u2019individuel concret la condition indispensable de la pleine certitude historique dont il cherchait à étayer les fondements de la révélation.S\u2019il est une « passion » de l\u2019intellectuel chrétien, une participation des puis- 227 Revue Dominicaine sauces humaines tVinvestigation, d'intuition et de réflexion aux souffrances du Christ en croix, on doit dire que le P.Lagrange a vécu ce crucifiement avec une singulière intensité, encore que l\u2019épuration de sa foi ait été, semble-t-il, comme adoucie et simplifiée par un reflet de la calme limpidité de Nazareth.Mais une mort plus cruelle encore que celle-là lui était réservée, et c\u2019est peut-être là que la postérité verra le facteur décisif de la fécondité de son œuvre.Cette mort lui vint de l\u2019incompréhension et de la défiance que lui témoignèrent quelques-uns de ses frères dans la foi.A l\u2019opposition instinctive d\u2019esprits simplificateurs et fixistes vinrent s\u2019ajouter des suspicions plus douloureuses encore pour ce grand cœur.Bans ces conjonctures si pénibles, il eût sans doute volontiers fait sien le mot d\u2019un de ses frères d\u2019armes, le P.de Crandmaison, s.j.: « Qu\u2019importe que nous jonchions d\u2019un peu de notre réputation la route par où passera la vérité f » Il jugea que la meilleure attitude consistait à continuer en silence son effrayant labeur.Et s\u2019il ouvrit la bouche pour se défendre, ce ne fut jamais qu\u2019avec une infinie douceur, ne cherchant qu\u2019ci s\u2019effacer devant la cause sacrée qu\u2019il représentait.Peine perdue, hélas ! C\u2019est alors que, confiant dans la méthode historique qu\u2019il avait mise en œuvre dans ses Etudes sur les Religions Sémitiques et son Messianisme chez les Juifs, et assuré que seule son application rigoureuse fournirait une réponse efficace aux attaques que Harnack et Loisy dirigeaient alors contre le Nouveau Testament, le P.Lagrange, déjà presque sexagénaire, décida de consacrer à l\u2019étude des évangiles et de saint Paul ses forces déclinantes.Et c\u2019est ce qui nous a valu ces admirables commentaires (Rom.Gai., Mc., Mt., Jo.), ou continue de s\u2019affirmer l\u2019esprit critique le plus rigoureux en même temps que la plus absolue docilité aux directives du Saint Siège.228 Sur la tombe du T.R.P.Lagrange On fut unanime à saluer ces livres comme (Vincomparables sources de lumière, en même temps que les plus sûrs appuis de la foi intégrale.Puis vint l\u2019Evangile de Jésus-Christ, où, à la faveur d\u2019une moindre technicité d\u2019exposition, filtrait plus largement le rayonnement de cette âme de savant qui, pendant de longues années de vie palestinienne, s\u2019était lentement modelée sur « cette divine impassibilité des évangiles, » où il disait voir « l\u2019expression la plus émouvante de l\u2019étonnement de l\u2019âme en présence du mystère de la Rédemption.» Plusieurs autres ouvrages de science vinrent compléter par la suite l\u2019œuvre du P.Lagrange, sans parler des innombrables recensions et des importants articles de revue échelonnés, au rythme de cinq ou six par an, sur une période de près de cinquante années.Certes, le vieux champion de la foi, en exhalant le 10 mars dernier, le dernier soupir, apportait au tribunal du Christ une vie bien remplie.Comme avant lui les novateurs des siècles passés, les Jérôme et les Thomas d\u2019Aquin, il avait semé dans la faiblesse et les larmes.Comme eux, dans l\u2019exultation céleste, il verra, de ce grain de sénevé qu\u2019a été sa vie solitaire et obscure, surgir un grand arbre sous lequel viendront s\u2019abriter les générations de l\u2019avenir.Yves-M.Faribault, O.P.Collège Dominicain Ottawa 229 Le Scoutisme et la Culture Puisqu\u2019il s\u2019agit de préciser les rapports du Scoutisme et de la Culture, d\u2019établir ce que celle-ci peut emprunter à celui-là, avec l\u2019intention de conclure au moyen de vérités qui ne peuvent échapper à personne que le Scoutisme, loin de nuire à la culture entendue dans son sens véritable, lui profite admirablement, la favorise, l\u2019active et la stimule à des titres nombreux et puissants, commençons par la culture.Considérations\tDans la documentation que j\u2019ai présentement sur la culture sous les yeux concernant la culture \\ je trouve une illustration vigoureuse de ce qu\u2019on pourrait nommer, en empruntant le terme moderne destiné à signifier la moins-value du numéraire, la «dévaluation» des mots.Ainsi, le mot culture, selon l\u2019usage que l\u2019on en fait communément aujourd\u2019hui, a perdu en extension et en profondeur plus des deux tiers de la signification réelle qu\u2019il avait à l\u2019origine et que lui a donnée dans la suite le progrès de la pensée jusqu\u2019au terme de l\u2019époque classique de la littérature française.Après l\u2019avoir dépouillé de sa signification propre, le vocabulaire moderne lui a fait signifier à la fois tout et rien.Aussi faut-il voir, par le nombre des définitions diverses, opposées parfois qu\u2019on en donne, la multitude des concepts que ce mot présente aujourd\u2019hui aux différents esprits.C\u2019est du reste le sort malheureux de tous les mots séparés de 1.En particulier Xenia Thomistica, vol.I, page 533 ; Rome, 1925 : « Ce qu\u2019enseigne saint Thomas sur la Culture », par S.E.Mgr Aug.Fisher Colbrie.230 Le Scoutisme et la Culture J'idée qu\u2019ils exprimaient primitivement et de la chose correspondant à cette idée, de se trouver ensuite nomades et vagabonds, sans demeure et sans foyer, aptes à tous les services et à toutes les trahisons.Si Ton veut maintenant classifier les diverses catégories d\u2019idées exprimées par le mot culture, on en distingue trois principales dont les deux premières se caractérisent rigoureusement, mais dont la troisième laisse le champ de la pensée et de l\u2019imagination entièrement livré à l\u2019arbitraire.Il y a l\u2019idée rationnelle, naturelle ; il y a l\u2019idée chrétienne qui ajoute à la première et la modifie selon les exigences pratiques des dogmes ; enfin, il y a l\u2019idée moderne, tout à la fois restreinte et floue, que chacun peut faire correspondre à ce qu\u2019il veut au gré de sa tournure d\u2019esprit ou de ses préjugés.A l\u2019origine, le mot culture se rapportait naturellement au travail des champs.Les classiques latins l\u2019ont d\u2019abord employé dans ce sens et c\u2019est par une association presque spontanée \u2014 une analogie d\u2019attribution, diraient les Philosophes \u2014 entre l\u2019idée d\u2019un champ en friche, et l\u2019idée de la terre vierge qu\u2019est l\u2019âme d\u2019un enfant, qu\u2019ils en sont venus rapidement à l\u2019employer pour signifier l\u2019éducation de l\u2019homme sous toutes ses formes et particulièrement sous ses formes les plus élevées.Pris dans ce sens, le mot culture offre trois aspects qui intègrent la définition de la chose signifiée : un aspect actif, lorsqu\u2019il s\u2019agit du travail à la fois intellectuel, moral et manuel absolument requis pour tendre sans cesse vers la perfection de la nature, de la vie et de l\u2019activité humaines ; un aspect objectif et passif en quelque façon, s\u2019il s'agit de l\u2019ensemble de tous les biens ordonnés â cette perfection et dont l\u2019acquisition se fait par le travail, tels les 231 Revue Dominicaine sciences spéculatives et pratiques, les arts libéraux et mécaniques, les lois, les institutions sociales, le commerce, T industrie, les nécessités, les commodités et les agréments de la vie ; enfin un aspect subjectif, le seul qui ait fourni quelquélément à la conception moderne pour signifier la possession de ces divers objets à des degrés qui se rapprochent plus ou moins de la perfection recherchée.Il suit de là que la chose signifiée par le mot culture rencontre à peu près la chose signifiée par le mot civilisation, pourvu que l\u2019on garde à ce dernier son sens véritable.Le sujet de la culture ainsi entendue, ce n\u2019est plus l\u2019intelligence spéculative ou pratique, l\u2019imagination, la mémoire, mais c\u2019est tout rhoinme, âme et corps, par rapport à lui-même \u2014 perfection propre de la partie \u2014 et par rapport à la société des autres hommes au milieu de laquelle, selon l\u2019intention de la nature, il est appelé à vivre \u2014 perfection de la partie par rapport au tout.Son objet, c\u2019est donc en premier lieu ce qui constitue l\u2019homme dans sa plus grande perfection selon l\u2019idée éternelle et universelle, puis reposant sur ce fondement indispensable, l'exercice et l\u2019épanouissement des aptitudes et des talents individuels, mis au service de la collectivité pour son enrichissement.Telle était la conception de la culture chez les anciens puisque Cicéron et César emploient indifféremment ce mot pour signifier tous les aspects d\u2019une civilisation supérieure.Un Scoutisme\tQuels peuvent être les apports de la méthode avant la lettre scoute à la culture entendue dans un sens aussi compréhensif ?L\u2019011 dit communément que le scoutisme n\u2019a pas toujours existé et que chez toutes les nations civilisées, il a suffi des procédés ordinaires de l\u2019enseignement et de l\u2019éducation pour transformer le jeune garçon en homme très convenable.Rien de 232 Le Scoutisme et la Culture plus vrai ; et personne n\u2019oserait prétendre que le scoutisme est absolument nécessaire à l\u2019éducation d\u2019un enfant, quand d\u2019autre part le nombre des scouts est encore relativement restreint.Le scoutisme tel qu\u2019institué par Lord Baden-Powell ne date que de la fin du XIXe siècle ; mais il faudrait voir si aux époques les plus brillantes des civilisations antiques, il n\u2019a pas existé quel-qu\u2019institution similaire.Toutes les grandes civilisations humaines ont possédé aux divers degrés de leur progrès des écoles d\u2019honneur ; la statuaire grecque et romaine conservée dans les musées du Vatican, de Florence et du Louvre nous donne de ce fait des témoignages aussi intéressants que variés.Dans le marbre qui représente l\u2019éphèbe, type accompli de jeunesse et de beauté virile, prêt à lancer le javelot ou à courir dans le stade, il faut voir au delà de la force et de l\u2019habileté physiques, mais servie par elles, la passion de l\u2019honneur et de la victoire.Et c\u2019est ce culte de l\u2019honneur et de la victoire ou de la mort, établi dans les mœurs selon les exigences d\u2019un idéal supérieur, qui a procuré aux civilisations anciennes, même antérieures au Christianisme, ces héros fameux dont l\u2019histoire a conservé les noms et le souvenir des actions glorieuses.L'on rapporte du jeune Spartiate qu\u2019il lui était interdit tant par les mœurs que par les lois de sa nation de reculer en présence de l\u2019ennemi.Celui qui avait fui ou seulement évité le champ de bataille était le pins souvent réduit à se donner la mort, ne pouvant supporter les humiliations dont on l\u2019abreuvait dans la cité pour l\u2019exemple de la jeunesse.Le Christianisme n\u2019a pas supprimé ces écoles d\u2019honneur.Il les a surélevées, les a orientées vers une fin supérieure, les a pénétrées de ses lumières surnaturelles au point d\u2019en faire surgir l\u2019une des plus brillantes et des plus bienfaisantes institutions qui aient honoré l\u2019Eglise, je veux dire : la « Chevalerie.» 233 Revue Dominicaine Foyer, Ecole\tEn élargissant les cadres de cet article, il nie et Scoutisme sera facile d\u2019exposer, appuyer sur de solides motifs, comment le scoutisme complète admirablement la culture générale de l'enfant reçue au foyer- et à l'école.Pour ce qui est de la volonté, des puissances sensibles, du développement physique, iî semble bien que la méthode se soit définitivement imposée à l\u2019attention de tous.Reste le point de vue strictement intellectuel auquel semble s\u2019être exclusivement rattachée la conception moderne de la culture.Sa définition 11e tient qu\u2019à des nuances.On l'a tellement diluée qu\u2019il reste si peu que rien de la chose signifiée.Son essence demeure encore saisissable aux premières appréhensions des fins esprits, mais elle s\u2019envole dès que nous voulons l\u2019analyser.On sait le mot d\u2019Edouard Herriot : « La culture, c'est ce qui vous reste dans l\u2019esprit quand vous avez tout oublié.» Julien Benda prétend que c\u2019est « une espèce d\u2019ameublement fondamental de notre esprit.» Je dirais pour ma part que la culture suppose un certain nombre de connaissances générales au moyen desquelles un esprit pénétrant peut établir des relations et des rapports et clarifier ainsi par les sommets toutes les autres connaissances qui parviennent obscurément aux regards de son esprit.En ce sens, la culture tient tout à la fois de l\u2019étude et de la qualité intrinsèque des facultés de l\u2019âme.Quoi qu\u2019il en soit, du point de vue qui nous occupe, il importe moins de considérer la culture dans son sens strict que dans sa conception très générale de développement intellectuel.Or à ce point de vue, l\u2019ensemble des Scouts peut se partager en trois catégories : celle du plus grand nombre qui fréquentent l\u2019école primaire et pour qui, il ne peut être encore question de culture proprement dite ; celle d\u2019un nombre moindre adonnés à l'étude ou à la pratique d\u2019un métier ou qui, pour quelque motif 2 U Le Scoutisme et la Culture que ce soit, abandonne le cours régulier des études vers l\u2019âge de dix-sept ans ; enfin la troisième catégorie moins nombreuse de ceux qui abordent l\u2019étude des humanités.L\u2019éducation et l\u2019enseignement des premiers se font au foyer et à l\u2019école.Ce sont là les milieux nécessaires au développement normal de l\u2019enfant.Il n\u2019existe rien qui puisse les remplacer et i] n\u2019a jamais été dans l\u2019intention des initiateurs du scoutisme de leur substituer leur méthode.Les maîtres naturels de l\u2019enfant, ce sont les parents et ceux qu\u2019ils ont revêtus de leur autorité.Mais si le foyer et l\u2019école, par la rigueur des circonstances, laissent chez l'enfant certaines puissances incultes, ne parviennent pas toujours à donner à toutes ses facultés et à toutes les manifestations de sa vie soit individuelle, soit collective, la tonalité la plus profondément humaine dont elles soient capables pour le présent et plus encore pour l\u2019avenir, ne sera-t-il pas juste de recourir à un autre moyen immédiatement adapté qui s'ajoutera aux moyens ordinaires pour en compléter l\u2019influence et leur assurer un plus haut degré d\u2019efficacité ?Invoquons un premier exemple dans le rôle de la discipline nécessaire à toute culture sérieuse intellectuelle autant que morale.Au foyer comme à l\u2019école, c\u2019est la contrainte d\u2019une discipline extérieure, rigoureusemene imposée, au caractère négatif, qui consiste plutôt à éviter le mal qu\u2019à faire le bien et qui obtient le plus souvent toute sa force de la sanction.Il ne reste que la conscience encore assez obscure du devoir pour engager l\u2019enfant à s\u2019y soumettre et cette soumission n\u2019a presque plus rien de spontané ; elle ne laisse aucun choix vraiment personnel dans l\u2019exercice de la liberté, de sorte que l\u2019enfant, obéissant la plupart du temps par routine ou par crainte, n\u2019apprend pas 235 Revue Dominicaine vraiment selon l\u2019expression courante à se conduire par lui-même.Alors que le scoutisme dans la soumission qu\u2019il impose à reniant lait appel avant tout à un sentiment absolument personnel, celui de l\u2019honneur indépendant de l\u2019habitude aveugle autant que de la sanction et qui porte en lui-même tons ses motifs de satisfaction on de mécontentement.Ce sentiment se termine dans le for intérieur de la conscience, de sorte qu\u2019il se soustrait à tout ce qui vient généralement ternir la beauté et la bonté d\u2019une action : la crainte d\u2019être vu ou n\u2019être pas vu, la joie d\u2019être récompensé ou le regret d\u2019être puni, la conquête de l\u2019estime ou l\u2019enjeu du mépris, toutes circonstances qui ne doivent compter pour rien dans la vie du scout véritable ; dès que son honneur est sauf au témoignage de sa conscience, tout le reste est affaire de « Visage pâle.» L\u2019entrée libre dans la troupe, la reconnaissance de l\u2019autorité des chefs égaux pourtant de par la nature, le caractère même de la loi scoute, la bonne action quotidienne librement voulue et librement accomplie sont autant d\u2019illustrations concrètes de cette vérité.Tout le monde sait bien que le jeune garçon échappera tôt ou tard à la férule de son professeur et aux regards sévères de son père, qu\u2019il devra trouver un jour dans ses propres convictions et ses propres habitudes la règle de sa vie.Pourquoi dès lors ne pas lui créer dès maintenant un milieu qui puisse favoriser son initiative personnelle et lui laisse toute la responsa-bilité de ses actes ?« La nécessité de la besogne automatique ne comble pas en nous l\u2019exigence du travail créateur ; la nécessité de la discipline grégaire 11e satisfait pas l\u2019exigence de l'ordre ; c\u2019est quand il s\u2019engage total et libre que l\u2019homme atteint dans son être ce qu\u2019il y a de plus haut et de meilleur.N\u2019attendre de 236 Le Scoutisme et la Culture lui que des gestes uniformes, un consentement résigné, c\u2019est le déraciner de ce qui fait sa grandeur et sa force.» 1 Le résultat de cette discipline ne tardera pas à se faire sentir sur le développement intellectuel de l\u2019enfant, grâce à une meilleure attention en classe, à un travail scolaire plus soigné à la maison, à une plus grande égalité d\u2019âme dans les difficultés et les insuccès.Si l\u2019on objecte que l\u2019assiduité aux réunions de la Troupe peut enlever un temps précieux à l\u2019étude et nuire ainsi au progrès de l\u2019élève, il est facile de répondre appuyé sur l\u2019expérience la plus commune que l\u2019écolier ne saurait donner à l\u2019étude des matières scolaires tout le temps libre dont il dispose à la maison.Alors il resterait à découvrir si le temps qu\u2019il donne au scoutisme profite davantage à sa culture que celui qu\u2019il donne à des exercices purement physiques, à des jeux pratiquement inutiles, à l\u2019ennui ou à la paresse ; si les trois semaines de cam- ping lui sont plus profitables que le reste des vacances passé dans des conditions tout a fait inadaptées à son âge * si enfin, le travail et les jeux de patrouille ne concourent pas plus immédiatement au développement de toute sa personnalité que le travail solitaire ou les jeux partagés avec des amis de hasard ou des compagnons suspects.Une réponse à ces doutes s\u2019impose d\u2019elle-même favorable au scoutisme lorsqu\u2019il s\u2019agit de l\u2019élève de l\u2019école primaire.Après l\u2019ecole Quant à celui qui abandonne le cours régulier des études au sortir de cette école, il lui reste l\u2019acquis de ses premières années.La troupe ou le clan selon l\u2019âge ne continuent d\u2019ailleurs de lui procurer un précieux appoint de culture au 1.Daniel-Rops : « Ce qui meurt et ce qui naît, » page 58.237 Revue Dominicaine moyen (l\u2019une méthode dont la graduation s\u2019adapte sans cesse à son âge et à sa condition.Pour le routier, la formule vise immédiatement au service social, et ce n\u2019est pas là un moindre élément de culture que celui de la nécessité du dévouement et de la charité à l\u2019heure où de l\u2019aveu même du Souverain Pontife, « les hommes ne savent plus s\u2019aimer, où l\u2019on n'entend plus retentir sur cette terre que des mots de haine et des mots de guerre.» Du point de vue strictement intellectuel, les réunions du clan ne sont-elles pas pour un grand nombre les seules occasions d\u2019échanger des opinions sur des sujets plus graves que ceux dont s\u2019entretient communément la jeunesse ?Il y a la bibliothèque du local, les revues, la sage direction d\u2019un chef averti, les mots d\u2019ordre généraux, etc.Enfin, pour cette catégorie de garçons, même si le scoutisme n\u2019était pas le moyen de culture le mieux approprié, il resterait encore extrêmement précieux puisque dans de nombreux cas, il n\u2019en existe pas d\u2019autres.Cependant, je veux bien que les premiers éléments d\u2019une culture supérieure soient les Humanités et la Philosophie ; mais non pas des Humanités qui trop souvent n\u2019obtiennent pour résultats que de meubler la mémoire ou de susciter quelques mouvements passagers d\u2019admiration à l\u2019égard des œuvres et des actions les plus profondément humaines, mais qui en réalité ne fournissent pas les moyens, n\u2019inspirent pas même le désir de reproduire ces œuvres, d\u2019imiter ces actions dans sa propre vie et tout compte fait demeure sans influence sur l\u2019activité humaine ; non pas davantage une Philosophie qui donnerait à la sagesse la froideur d\u2019une déesse antique et qui tout en développant si merveilleusement aux regards de l\u2019intelligence, les modes 238 Le Scoutisme et la Culture absolus du raisonnement et du savoir, les causes, la nature et le partage des êtres, 11e parviendrait cependant à soumettre à aucune de ses données le libre agir humain, ne réussirait à modifier selon les exigences de ses conclusions, ni la chaleur, ni le mouvement incessant de la vie.Dans ces conditions, les Humanités et la Philosophie manqueraient la moitié de leur but culturel.Elles pourraient affiner l\u2019esprit, rendre plus souples et plus aiguisées les puissances intellectuelles, enraciner même des convictions toujours salutaires, bien que purement spéculatives, mais n\u2019influenceraient, ni 11\u2019ordonneraient l\u2019activité humaine en négligeant d\u2019introduire dans les facultés ordonnées à l\u2019action les habitudes aussi nécessaires pour agir droit que pour penser juste.Elles feraient ces hommes qui existent de fait en si grand nombre et qui disent : faites, et 11e font pas eux-mêmes ; qui pensent qu\u2019il faut se dévouer, mais ne se dévouent jamais ; qui admettent le devoir de la charité, mais ne semblent pas trouver d\u2019occasion pour le pratiquer ; qui conviennent qu\u2019il faut être amis, mais se conduisent en ennemis ; qui ont déjà songé qu\u2019il fallait servir, mais n\u2019ont jamais servi.Le scoutisme offre cet incomparable avantage de donner à la culture sa valeur et son intensité de vie, d\u2019éprouver par l'expérience personnelle l\u2019utilité de ses richesses, de la dépouiller de tout ce que finit par lui donner de factice et de conventionnel l\u2019ambiance scolaire trop uniformément monotone.Ainsi le travail du scout 11e consiste pas seulement à pâlir sur les livres ou à caresser les idées de choses purement imaginaires, mais bien, en dehors des heures d\u2019étude et de classe réglementaire, à voir, ô se rendre compte, à éprouver, à reproduire dans tous les domaines du vrai, du beau et du bien.C\u2019est à ce titre que l'on a fait à la méthode scoute le grief de viser trop exclusivement à l\u2019ac- 239 .Revue Dominicaine lion.Mais c\u2019est précisément en ceci qu\u2019elle obvie à ce qu\u2019on a si justement surnommé « la Culture sous vitrine, » celle qui se termine dans l\u2019intelligence ou se résout en un vague sens esthétique et reste sans influence salutaire sur la Arie et l\u2019activité humaines.Du reste, la vie scoute sagement pratiquée laisse au garçon tout le temps nécessaire à l\u2019étude et à la réflexion.Bien plus, faut-il le redire, en raison même de sa loi, elle habitue l\u2019écolier à n\u2019en rien perdre.Témoignage\tDe cette vérité, je ne citerai qu\u2019un seul témoi- gnage emprunté à un routier de France : « Adolescents lycéens, nous avons reçu notre formation intellectuelle dans les livres, la littérature, la théorie et l\u2019abstraction : elle n\u2019avait que peu de contacts avec notre vie.Et parallèlement, avec nos frères scouts, nous menions notre vie d\u2019aventures dans nos camps, en pleine nature : et cette vie nous heurta sans cesse aux difficultés concrètes que nous apprenions à surmonter avec joie sous la conduite de nos chefs.« Routiers, nous avons senti le besoin d\u2019un équilibre complet, d\u2019une unité profonde de tout notre être.Le goût de la sincérité avec les autres, dans notre amitié sur la route et sous la tente, nous a amenés à la sincérité avec nous-mêmes.Notre vie intellectuelle allait-elle rester en dehors de cette unité commencée ?Nous avons pris conscience que notre instruction était livresque, ne faisait pas partie de notre propre expérience : du plaqué ; nous avions accepté les admirations convenues, nous avions entassé les théories philosophiques sans choisir, etc.bagage lourd, difficile a mettre en valeur.La tentation était grande de le virer par-dessus bord : alors ces sept, huit années d\u2019études : perdues ? Le Scoutisme et la Culture « Mais nous n'avons pas tardé à nous apercevoir que le scoutisme, en multipliant nos moyens de culture, allait justement vivifier cet amas de connaissances mal digérées.« Il s\u2019agit de faire disparaître l'hiatus qui s\u2019est formé entre notre vie et nos études, de vitaliser celles-ci et d\u2019intellectualiser celle-là.« En fait tous nos programmes et la plupart de nos maîtres prolongent, dans tous les ordres d\u2019enseignement, les méthodes et les vices de la scolastique décadente.1 Le scoutisme nous oppose, plus que d\u2019autres à cet enseignement et, nous en dégoûte.Mais comment réagir efficacement, éviter la double vie ou l\u2019enlisement progressif, rejoindre l\u2019« idée » et le « réel » comme disait Jacques Chevalier ?« Le Scoutisme nous apporte beaucoup dans cette œuvre d\u2019humanisation de la pensée.» 2 Pour la plus\tTous les publicistes qui ont commenté le grande Patrie Jamborée de Hollande où sont venus fraterniser, près de la petite ville de Haarlem, les scouts de quarante nations iront pas manqué de faire observer de quel prix pouvait devenir pour la paix internationale la fidélité à la loi scoute.Je lis à ce sujet dans la Revue des Beux Mondes du 16 septembre 1937, les lignes suivantes sous la signature de M.Bernard Lechartier : «Il n'existe pas, je crois, d\u2019organisation autre que le scoutisme qui ait jamais réussi à mettre sur pied un rassemblement international de cette importance et d\u2019un caractère aussi désintéressé, 1.\tFo rme rigoureuse des propositions et de leur lien logique indépendamment de la vérité ontologique de leur matière.\u2014 Ceci a été écrit par un Français, je n\u2019oblige personne à penser la même chose de nos maîtres et de nos programmes.2.\tRevue des Jeunes, février 1935, page 297.241 Revue Dominicaine établissant entre tant de garçons de races et de nationalités différentes des contacts aussi personnels et variés.» N\u2019est-ce pas là une conséquence de la culture la plus authentique et la plus élevée, de celle qui place les intérêts humains universels au-dessus des égoïsmes de races, de nations et de partis et qui, tout en pratiquant au plus haut degré la fidélité à son Roi et aux institutions politiques de son pays, sait reconnaître et respecter chez les autres dans la justice et la charité les droits supérieurs et imprescriptibles de la raison humaine ?Si, d\u2019autre part, la philosophie, les lettres et les arts ne s\u2019épanouissent librement que dans la paix, le scoutisme aura contribué pour une large part au progrès de l\u2019humanité vers l\u2019idéal de la beauté, de la bonté et de la vérité.A.Saint-Pierre, O.P.212 Plaidoyer pour 1 orgue à tuyaux UNE LONGUE FILIATION On a accoutumé d\u2019appeler l\u2019orgue le roi des instruments.La majesté dont il est revêtu éclate, en effet, dans tous les pays civilisés.C\u2019est qu\u2019un Grand Orgue n\u2019est pas seulement un instrument, mais, dit Lavignac, « un ensemble d\u2019instruments mû par un seul individu.» Sa puissance donne l\u2019impression de l\u2019infini.L\u2019orgue ne souffre de comparaison qu\u2019avec l\u2019orchestre qu\u2019il parvient cependant à dominer.Son origine remonte à la plus haute antiquité et se confond avec l\u2019histoire du monde.La Bible, au livre de la Genèse, nous dit, en parlant de Jubal, descendant de Caïn : « Il a été le père de tous ceux qui jouent de la harpe et du chalumeau.» Il n\u2019est pas douteux que l\u2019orgue, tel qu\u2019on le voit maintenant, tire son principe des flûtes de roseau taillées par les pâtres des temps bibliques.Le premier orgue, en somme, fut une rangée de petits tuyaux de jonc liés ensemble et dans lesquels on soufflait pour en tirer des sons.Cette flûte, harmonisée très sommairement, on la retrouve entre les doigts du dieu Pan, de la mythologie grecque.La flûte de Pan, d\u2019où s\u2019envolaient pastorales et musique accompagnant les danses des nymphes, est généralement considérée comme l\u2019ancêtre de l\u2019orgue véritable.En maints endroits, la Bible y fait allusion, mais il faut distinguer.Pareil mot, à ces époques reculés, ne désignait pas ce que, précisément, nous connaissons aujourd\u2019hui.On le voyait appliqué à tous les instruments de musique.Ce fut le cas des Grecs chez qui on ne retrouve nulle trace de l\u2019orgue.Ils 243 Revue Dominicaine ne coiiuui eut certainement pas cet instrument.Or, en traduisant la Bible (Version des Septante), ils donnèrent au mot orgue le sens qu'ils lui appliquaient généralement : tout instrument, sans distinction de forme ou d\u2019emploi.C\u2019est vers l\u2019an 200 A.C.qu\u2019un homme appelé Ctésibius inventa VHydraulus qu\u2019Archimède perfectionna.Ce fut le premier orgue tel qu\u2019on le conçoit de nos jours.Le vent subissait la pression de l\u2019eau enfermée dans un vase et faisait parler une série de tuyaux aménagés à la partie supérieure de l\u2019instrument.Les Romains, tout comme les Grecs, donnèrent au mot organum un sens très vague.Mais S.Augustin précise, pour sa part, en entendant par organum un instrument de musique actionné par des soufflets.Le Talmud rapporte qu\u2019un orgue de 10 tuyaux avec clavier fut construit vers le 2ème siècle.Les notes des premiers claviers étant énormes exigeaient de l\u2019exécutant une force peu ordinaire.Aussi bien, l\u2019harmonie n\u2019étant pas encore employée en musique, on ne faisait entendre qu\u2019un son à la fois.Peu à peu les claviers en vinrent à des dimensions moins effarantes, C\u2019est vers la fin du 15ème siècle qu\u2019ils atteignirent celles qu\u2019on leur connaît maintenant.On attribue l\u2019invention du pédalier à un habile musicien de Venise, Bernhard, d\u2019origine allemande.Il construisit le premier modèle vers 1470.Puis, jusqu\u2019au 19ème siècle, l\u2019orgue cessa d\u2019évoluer.On ne modifia que la taille et l\u2019accordage des tuyaux.Vint Jordan qui assouplit l\u2019instrument en le rendant expressif.Flight assura au vent qui alimente les tuyaux une pression constante.Alors ce fut le levier pneumatique de Barker.L\u2019électricité, d\u2019application de jour en jour plus facile, permit de simplifier la construction des orgues tout en leur assurant une puissance formidable.Un Canadien-français, le Dr Salluste Duval, inventa la pédale à 244 Plaidoyer pour l\u2019orgue à tuyaux combinaison libre qui rend aux organistes des services incontestables.L\u2019Allemagne, la France, l\u2019Angleterre, les Etats-Unis et Je Canada sont les pays les plus célèbres pour la qualité de leur facture d\u2019orgues.Après dix siècles d\u2019expériences heureuses, l\u2019évolution de l\u2019orgue est-elle terminée ?L\u2019avenir, un avenir très éloigné pourra seul répondre à la question.LA PIERRE PHILOSOPHALE L\u2019éternelle rêverie des hommes s\u2019est toujours nourrie de mythes et de légendes.La vraisemblance n\u2019en fut jamais le premier trait caractéristique, non plus que la vérité scientifique.Les alchimistes du Moyen-Age cherchèrent, en vain, une formule de transmutation des métaux en or pur.Ils crurent en posséder Je secret.Mais le sentiment public se chargea de ramener à la raison ces illuminés d\u2019un autre temps.A plusieurs reprises, les malheureux savants de laboratoire expièrent sur le bûcher leurs absurdes conceptions scientifiques.On les crut abandonnés à l\u2019inspiration du diable.Le monde a évolué, mais toutes les époques ont eu leurs chercheurs de pierre philosophale.La découverte de l\u2019électricité et ses multiples usages ont fait surgir des sorciers modernes, plus éclairés, plus scientifiques que leurs lointains devanciers.Quelques-uns, a qui l\u2019on doit d\u2019importantes inventions, furent des savants authentiques, de véritables bienfaiteurs de l\u2019humanité.La radio et les immenses possibilités qu\u2019on y entrevoit ont couvert le monde d\u2019ingénieurs électriciens.La science y a gagné un prestige nouveau, mais l\u2019art a souvent été relégué au second plan.La transmutation des métaux en or : toute l\u2019histoire de T industrie moderne.Une véritable révolution secoue la hiérar- 245 Revue Dominicaine chie des valeurs.L\u2019objet sorti des mains de l\u2019homme s\u2019est vu monstrueusement placé sous le signe de la quantité.Au travail d\u2019art, à l\u2019œuvre sincère et vraie, jaillissant des profondeurs du cœur humain, on croit plus commode et moins dispendieux de préférer la copie, le succédané, l\u2019ombre de la valeur artistique.Alexander Graham Bell découvrit un jour qu\u2019un aimant peut faire vibrer un diaphragme de manière à reproduire des sons.L\u2019invention a déchaîné l\u2019imagination d\u2019un nombre considérable de savants physiciens.Ils ont cherché et cherchent encore le moyen de produire de la musique synthétique, par des procédés artificiels.Tourmentés eux aussi par l\u2019éternelle croyance à la pierre philosophale, ils ne désespèrent pas de tourner en harmonies d\u2019or des bruits lourds et ternes comme le plomb.Usurpant le pouvoir de Dieu, les savants voulurent créer de toutes pièces des êtres vivants.Des mécaniciens modernes n\u2019ont pas cru être au-dessous du vieux rêve en construisant des robots qui se meuvent et s\u2019agitent.Mais leur impuissance s\u2019est révélée dans toute sa force lorsqu\u2019il s\u2019est agi d\u2019y introduire une âme pensante.Enfin et plus près de nous, des ingénieurs électriciens besognent ardûment à la recherche de timbres nouveaux en art musical.Leurs mixtures harmoniques ne sont dues qu\u2019à des moyens mécaniques : il n\u2019en peut sortir rien de vrai, de vivant, de naturel.Là n\u2019est pas la musique.Et nous avons vu, depuis quelques années, l\u2019orgue traditionnel, l\u2019orgue imaginé par le génie inventif des premiers hommes et perfectionné par leurs descendants, battu en brèche par un nouveau produit de l\u2019application générale de l\u2019électricité.L\u2019orgue électronique est maintenant sur le marché.L\u2019arrivée du nouvel instrument suscite des polémiques où il n\u2019est pas facile de trouver une opinion tenant le juste milieu.J\u2019essaierai 246 Plaidoyer pour l\u2019orgue à tuyaux d\u2019y parvenir dans la deuxième partie de cette étude.Mais pas avant d\u2019avoir souligné l\u2019attitude de la presse en général devant l\u2019orgue sans tuyaux.Voici, en résumé, ce qu\u2019en pense M.William H.Parues, organiste américain et auteur d\u2019un livre très au point : « The Contemporary American Organ.» Il s\u2019est fait, dit-il, autour de l\u2019orgue électrique, une publicité sans précédent dans Fhistoire de l\u2019orgue.Il suffit de la comparer avec celle que l\u2019on a accordée aux facteurs, depuis des décades qu\u2019ils sont au service de l'art musical.Les fabricants d\u2019orgues à tuyaux ont dans certains cas construit des instruments énormes et les ont transportés à de très grandes distances.Pour cet exploit, extraordinaire dans le monde de l\u2019orgue, ils ne reçurent des journaux que quelques pouces d\u2019espace.Mais, à la première installation d\u2019un électronique dans une église, dans un magasin à rayons ou dans un bar, les mêmes journaux consacrèrent à l\u2019événement une ou deux colonnes délirantes avec photographies à l\u2019appui et des louanges intarissables.Cette publicité, les gens l\u2019ont sous les yeux.Ils sont hypnotisés par l\u2019idée que l\u2019électronique remplacera l\u2019orgue à tuyaux, qu\u2019il ne coûte rien, qu\u2019on a un meilleur rendement avec la seule électricité, et tout.N\u2019est-il pas temps \u2014 c\u2019est toujours M.Barnes qui parle \u2014 n\u2019est-il pas temps que des gens renseignés forcent le public à réfléchir quelque peu ?J\u2019en suis convaincu : ce public ne demande qu\u2019à savoir.Je l\u2019y aiderai avec impartialité, dans le seul but de rendre service.La question est d\u2019importance et mérite qu\u2019on ne laisse rien dans l\u2019obscurité.Il y va de l\u2019intérêt de tous.A première vue, l'orgue électronique ne diffère des autres que par l'absence de tuyaux.Or, là ne s\u2019arrête pas la dissemblance.Nous le constaterons plus loin, en pesant sérieusement les motifs qui militent en faveur de l'orgue à tuyaux.Ce qui fait 247 IIevue Dominicaine qu'un orgue est orgue, c\u2019est précisément l\u2019emploi, comme source sonore, d\u2019une ou de plusieurs séries de tuyaux résonnant sous J action du vent.Nous avons vu, par l\u2019aperçu historique du début, que là où il n\u2019y a pas de tuyaux, il ne peut s\u2019agir d\u2019un orgue.On peut lui donner le nom qu\u2019on veut : c\u2019est un instrument ayant ses particularités, ses qualités et ses défauts, mais ce n\u2019est pas un orgue.Qu'il faille être prudent lorsqu\u2019il s\u2019agit d\u2019en acquérir un, personne n\u2019en doutera.C\u2019est d\u2019ailleurs ce que je veux faire ressortir des pages suivantes où j\u2019étudierai la question des points de vue artistique, économique et liturgique.Point de vue artistique L'art est essentiellement une imitation et une idéalisation de la nature.Toutes les formes d\u2019art n\u2019ont pas d\u2019autre objectif.Mais la musique semble, sur ce point, poursuivre un but différent.Etant un langage, elle traduit plus qu\u2019elle n\u2019imite.Car l'imitation directe n\u2019est qu\u2019une forme inférieure de la musique.Mais elle emprunte à la nature les moyens de se faire entendre.L'orgue seul le prouve surabondamment.Je trouve à ce sujet, dans La musique et les musiciens, quelques lignes d\u2019Albert Lavi-gnac qui, sous une forme plaisante, n\u2019en sont pas moins l\u2019exacte vérité : « Il est dit dans la Bible que Dieu fit l\u2019homme à son image : je crois qu\u2019on peut penser sans irrévérence qu\u2019il n\u2019a pas entendu faire un portrait flatté.Inversement, quand l\u2019homme a v oulu créer un instrument destiné à chanter Dieu et ses louanges, il semble qu'il ait pris modèle sur son propre organe vocal, et qu\u2019à son tour il ait fait l\u2019orgue à son image, mais alors fortement agrandie.En effet, dans cet instrument géant, on retrouve, en tenant compte des proportions, tous les éléments qui constituent la voix humaine : la soufflerie remplace les poumons : les vastes Plaidoyer pour l\u2019orgue à tuyaux conduits qui distribuent le vent vers les différents jeux représentent les bronches et la trachée-artère ; les anches sont autant de glottes, et les tuyaux d\u2019innombrables larynx.» On objectera que l\u2019instrument n\u2019a pas la souplesse de la voix humaine et que pour y suppléer, un nombre imposant de tuyaux devient nécessaire.Que l\u2019on remplace la qualité par la quantité.Mais l\u2019homme ne chante pas toujours seul.Très souvent, les chœurs réunissent des centaines de voix.Et nous connaissons des amateurs de musique qui préféreront le moindre quatuor à tous les soprani du monde.Cela saute aux yeux : l\u2019argument n\u2019est pas de taille, car l\u2019orgue à tuyaux est au moins aussi souple qu\u2019un chœur ou même qu\u2019un orchestre.Mais l\u2019orgue électronique est bien loin de tout cela ; il n\u2019a pas même d\u2019organe pour se faire entendre.Il est une imitation de l\u2019orgue à tuyaux, un succédané, non sans valeur, mais qui ne peut prétendre aux grandioses manifestations de son modèle, l'orgue traditionnel.Naturellement ce sera, pour l\u2019acheteur éventuel ayant à choisir entre les deux instruments, une question de goût surmontée d\u2019une question d\u2019argent.Je dirai, un peu plus loin, quelques mots des épineuses considérations économiques, hélas ! inévitables.Est-ce qu\u2019un homme ayant quelques notions d\u2019art, même s\u2019il n'est pas prodigue de ses deniers, pourrait hésiter entre un marbre de Michel-Ange et un plâtre doré que des camelots nous offrent au coin des rues ?Et si quelqu\u2019un ose répondre dans l\u2019affirmative, ne devra-t-on pas le soupçonner de croire qu\u2019une chromolithographie de cinq sous est aussi belle qu\u2019une toile de Fra Angelico ?J'ai devant moi une copie des Glaneuses de Millet.Le papier a les mêmes dimensions que l\u2019original, les mêmes couleurs figurent sur le dessin et le cadre a peut-être autant de 219 Revue Dominicaine valeur que ceux des grands musées.Alors, mon image vaut autant que l\u2019original ! Je 11e garderai pas longtemps mon illusion lorsqu\u2019un critique averti viendra contempler le carton imprimé.Pour revenir à la musique, constatons, sans en être surpris, que les auditeurs cultivés préféreront toujours aller dans la salle où joue un orchestre symphonique que d\u2019entendre par le moyen de la radio des exécutions lointaines et souvent déformées.L\u2019électronique, lorsqu\u2019on le prétend apte à remplacer l\u2019orgue à tuyaux, se trouve placé dans le même plan qu\u2019une chromolithographie par rapport à une toile de maître.Il est juste de constater que ce n\u2019est pas ce que croit l\u2019inventeur du plus répandu des orgues sans tuyaux.L\u2019orgue électronique, donc, n\u2019ayant pas de tuyaux, doit recourir à un autre moyen afin de produire des sons.Il y parvient par le truchement de petits disques tournants qui se chargent d\u2019électricité à un point de contact.Le timbre provenant de ces disques est si mince, si ténu qu\u2019on est forcé de l\u2019amplifier.Projeté, émis, par des haut-parleurs, le son nous arrive alors comme d\u2019un radiorécepteur, grâce aux lampes à trois électrodes.Les haut-parleurs ou cabinets sont installés au nombre de trois, quatre ou même un peu plus, selon la grandeur de la salle.Il est incontestable que, parmi les 18 jeux fixes de l'orgue à ondes, il se trouve de belles flûtes, bien timbrées et d\u2019une grande douceur.Mais les anches dominent, ce qui, à la longue, fatigue l\u2019oreille habituée aux jeux de fond de l\u2019orgue à tuyaux.Mais la pierre d\u2019achope-ment de l\u2019instrument se rencontre, sans conteste, dans le grand jeu ou le plein jeu.Rien de plus décevant que cette amplification du même timbre.On touche du doigt l\u2019extrême unification de l'orgue.Rien de moins exact, de moins Grand Orgue.A quel organiste sincère et clairvoyant fera-t-on croire que c\u2019est cela, 250 Plaidoyer pour l\u2019orgue à tuyaux l\u2019ampleur, l\u2019immense sonorité et, disons le mot, la majesté de l\u2019orgue, tous registres tirés ?Vous chercheriez vainement la pédale de crescendo qui permet l\u2019entrée graduelle des anches.Pour un musicien servi à souhait par l\u2019orgue à tuyaux il y a là un singulier inconvénient.Un grand nombre d\u2019églises se sont maintenant pourvues d\u2019un électronique, tant au Canada qu\u2019aux Etats-Unis.Il est à se demander si les Fabriques se sont bien rendu compte avant l\u2019achat, de l\u2019énorme différence qui existe, non seulement du point de vue musical, mais aussi du point de vue liturgique, entre les deux formules.Il y a, en raison du caractère spécial de l\u2019édifice servant au culte, une particularité très importante à ne pas perdre de vue.(\u2019\u2019est l\u2019atmosphère religieuse.Et l\u2019orgue à ondes paraît surtout fait pour le music hall et les salles de danse.On connaît l\u2019engouement des Américains pour toutes les merveilles du progrès moderne et, en particulier, pour toutes les inventions mécaniques et électriques.Lorsqu\u2019un appareil est lancé sur le marché aux Etats-Unis, soyez sûrs qu\u2019il aura preneurs en nombre considérable.Et pourtant, la plupart des organistes américains parmi les plus sérieux rejettent sans hésitation l\u2019orgue électronique et lui refusent l\u2019accès de l\u2019église.Leur motif est celui-ci : l\u2019orgue à ondes ne convient pas à l\u2019église ou au temple parce qu\u2019il ne s\u2019adapte pas à l\u2019atmosphère religieuse.Tous s\u2019accordent à reconnaître que de plus les œuvres des grands maîtres de l\u2019orgue, qu\u2019ils soient Français ou Allemands, ne peuvent être exécutées convenablement sur l\u2019électronique.On peut les jouer, mais elles perdront leur caractère et leur saveur.Voulons-nous des noms ?Voici quelques grands organistes américains qui font autorité dans leur pays : Dr.William H.Barnes, Dr.Marshall Bidwell, 251 Revue Dominicaine Dr.William C.Carl, Mr.Palmer Christian, Dr.Eric DeLamarter, Mr.Edwin Arthur Kraft, Mr.Alexander McCurdy, jr., Dr.Cari McKinley, Senator Emerson Richards, Mr.Alexander Schreiner, Rev.Tyler Turner, Mr.Carl Weinrich, etc.Enfin, une publicité qui montre plus d\u2019enthousiasme que de discernement, proclame l\u2019extrême facilité de touche des orgues à ondes.Je n\u2019attacherais aucune importance à l\u2019assertion si elle n\u2019était entachée d\u2019un peu de charlatanisme.Raisonnons en peu de mots.Pour jouer convenablement de l\u2019orgue il faut, en plus du talent, un bon nombre d\u2019années d\u2019études et autant d\u2019expérience.Je parle ici des cas normaux, en dehors de toute virtuosité précoce.Pourquoi un autre instrument, même s\u2019il n\u2019a pas les mêmes moyens de produire des sons, serait-il plus facile à manier ?Des claviers et un pédalier se touchent et se toucheront toujours de façon identique.Et pour ce faire, il faudra commencer par l\u2019apprendre.Je ne conseille à personne de s\u2019y risquer sans ces élémentaires précautions.{La fin prochainement) Ferrier Chartier Bachelier en Musique 252 Images coloniales (Suite) Transvaal C\u2019est à Komati-Poort que les couleurs portugaises font place au quadruple pavillon de l\u2019Union Jack.Le jour se lève sur une immense plaine bossuée d\u2019éminences jaunâtres que le soleil transforme peu à peu en collines éblouissantes.Ce sont les damps, les terrils des mines, les déchets de minerai déjà traité.Le train roule parmi les champs d\u2019or.Le pays produit 53% de l\u2019or du monde.L\u2019on descend jusqu\u2019à deux mille cinq cents mètres sous terre.Des ombres demi-nues dont le reflet des lampes fait chatoyer le vivant bronze se meuvent, guidant la chaîne ininterrompue des wagonnets.L\u2019or est à la fois invisible et partout.Il faut une tonne de minerai pour en extraire une livre sterling.Entrons un moment dans la raffinerie de Germison.Tout est triste et sévère dans ce temple de l\u2019or d\u2019où tout luxe est banni.On dirait une vaste cuisine alignant ses fourneaux.Un noir debout tisonne son foyer au droit de chaque plaque.Tout est incandescent, la pâte jaune-pâle se teinte d\u2019orangé.Le bloc fauve se fonce.Fondu dans des creusets de plombagine, le métal fige en lingot.C\u2019est maintenant l\u2019étalon d\u2019exportation pesant mille deux cents onces chacun.Johannesbourg est la capitale de l\u2019or et vit uniquement des mines.Elle offre aujourd\u2019hui la discipline de ses rues, de ses hauts buildings, de ses maisons coquettes, son université, sa cathédrale, là où il y a 40 ans le velt étendait son aridité.Et il y a encore la taillerie de diamants ! Car si Kimberly s\u2019intitule la cité du diamant, c\u2019est ici que sont exportées les pierres in- 253 Revue Dominicaine formes que l\u2019on dégagera de leur gangue dès leur extraction des terres bleues.Ici que se fait le « clivage, » la taille et le polissage de ces cristaux que Fou offrira un jour peut-être au souverain.Les environs de Kimberly sont semés de mines de diamant ; les unes d\u2019origine volcanique ; les autres alluvionnaires.Toutes sont en sommeil.Moins par nécessité que par tactique, une pierre pour être précieuse doit rester rare.C\u2019est un pays désolé, chauve, grisâtre.Impossible d\u2019imaginer quelque chose de plus pauvre que cette « zone » qui en un demi-siècle a donné trente-deux milliards de francs de diamants ! Et le train repart.Toute une mortelle journée il parcourra d\u2019immenses solitudes arides et désertiques.Et l\u2019on songe au « Cullinan, » à « l\u2019Etoile du Sud-Africain, » à « l\u2019Excelsior, » au « Jubilee.» qui donnent chaque jour des dividendes de joie, de bonheur et de beauté ! ZOULOULAND Février 1879, à Camden-Palace.Un joyeux dîner vient de finir.Tous les convives sont jeunes et parlent de gloire, d\u2019épaulettes et de Zoulous.La manchette d\u2019un journal a annoncé quelques jours plus tôt que surprise à Isandhlouana, une colonne britannique a été rejetée sur les bords de la Blood River.L\u2019Angleterre, concluait l\u2019article, se doit de venger ses morts.la guerre est inévitable.et le lieutenant Napoléon Bonaparte partira avec l\u2019armée anglaise.Itelazi.Aujourd\u2019hui, dimanche, le 1er juin 1879, Whitesun-day, le saint jour de la Pentecôte.Une petite troupe de cavaliers ayant avec elle le Prince impérial occupe le kraal ; tout à l\u2019entour s\u2019étend le velt immense.On a désanglé les bêtes, aucune 254 Images coloniales vedette n\u2019a été posée, les carabines Martini ne sont pas même chargées.Par moments de grands chiens roux efflanqués, des chiens cafres viennent rôder autour du bivouac.Le ciel est d\u2019un bleu pur qu\u2019aucun nuage ne trouble.Juin, c\u2019est notre décembre dans l\u2019hémisphère austral.Quatre heures passées, le crépuscule s\u2019annonce déjà dans le ciel qui vire lentement au cuivre.Il faut songer au retour.Soudain, un cri : les Zoulous ! Une cinquantaine de guerriers aux cheveux crépus, à la peau luisante, se ruent brandissant leurs zagaies avec de rudes clameurs.C\u2019est le sauve qui peut ! Cramponné aux courroies de l\u2019étrier, le Prince court maintenant aux côtés de Fate (Destin), le beau cheval gris.Voici que cède l\u2019étrivière à laquelle il s\u2019est accroché.Il se voit perdu.Du moins, dans sa première et dernière bataille, veut-il conquérir sa mort, tomber en soldat.Maintenant, c\u2019est fini.Les Zoulous dépouillent le corps, se partagent les armes, les vêtements.Le lendemain, un groupe de soldats reviendra chercher le cadavre ; un prêtre irlandais dira pour lui les dernières prières.Le cercueil est recouvert du drapeau tricolore, et le 10 juillet 1879, il sera rapporté en Angleterre, à Chislehurst, auprès de Napoléon III.Le Premier Disraéli y prononcera alors ces paroles émues : « Je suis certain, que tous vous avez partagé le regret universel exprimé par la nation lorsqu\u2019elle a reçu la nouvelle de la mort du Prince Napoléon, ce jeune prince étranger, désireux de servir sous le pavillon de la reine, pour la conquête d\u2019un pays lointain et, dont la vie a été sacrifiée, je dois le dire, cruellement sacrifiée sans aucune nécessité.» Et parce que la figure chevaleresque du mort d\u2019Itelazi restera toujours l\u2019image de la jeunesse héroïque et charmante, peut-être vaut-il mieux pour la légende qu'il n\u2019ait jamais régné.255 Kevue Dominicaine Sainte-Hélène On a répandu beaucoup de fables sur Sainte-Hélène, sur son climat, sur l\u2019existence de l\u2019Empereur et de ses compagnons, sur l\u2019attitude de ses geôliers.Il y a eu le point de vue anglais, il y a eu le point de vue français.Car l\u2019iiistoire aujourd\u2019hui doit être avant tout vraie et sensible.On 11e lui demande plus seulement des tableaux brillants, des portraits de style : 011 veut y retrouver des hommes, c\u2019est-à-dire l\u2019émotion, la vie, tout ce qui peut, en les rapprochant de nous, nous aider à comprendre les personnages d\u2019autrefois.A notre tour penchons-nous sur le passé, et que notre regard s\u2019arrête sur l\u2019île illustre et mystérieuse de Sainte-Hélène.Deux colossales falaises de basalte noir, sans un arbre, sans une plante, qui tombent à pic dans la mer.Entre elles dans la coulée se dessine un humble village, un vieux clocher effilé.C\u2019est là que le 17 octobre 1815, après 70 jours de traversée, débarqua Napoléon.Pour distraire sa tristesse il n\u2019avait qu\u2019une seule vue, la mer.par où il était venu, a}rant remis à l\u2019Angleterre, au soir de la défaite, le destin de sa vie.La petite île a bien changé depuis ces jours.Jadis, c\u2019était en 1869, avant l\u2019ouverture du canal de Suez, tous les navires allant en Chine ou vers les Indes faisaient relâche à Jamestown.Cette petite baie a vu jusqu\u2019à 50 vaisseaux ancrés sous ses canons.En peu de mois tout trafic cessa.L\u2019Angleterre retira sa flotte inutile, et Pilot rentra dans son silence et sa première pauvreté.En 1859, la reine Victoria consentit à céder à la France la partie essentielle du domaine et le tombeau désormais vide de Napoléon.Sur cette partie de l\u2019île les couleurs françaises 256 Images coloniales flottent fièrement : dans l\u2019étendue bleue de l\u2019Atlantique elles marquent ce point minuscule où la haine, la peur de l\u2019Europe ont enfermé le maître du monde.En 1840, le corps de l\u2019empereur fut ramené en France dans l'apothéose que l\u2019on sait.Mais cette tombe où pendant vingt ans il a dormi, a scellé sa captivité.Dans la vallée étroite du Géranium où court une petite source, on l\u2019avait couché là, sous trois saules.Et, raconte Octave Aubry, des chants d\u2019oiseaux, de ces gros merles noirs et blancs venus de l\u2019Inde, et des moineaux de Java, voilà tout ce qui pendant vingt ans berça le sommeil du vainqueur d\u2019Arcole et du vaincu de Waterloo ! L\u2019Inde Nous les avions rencontrés, une fin d\u2019après-midi près de Hyde Park Hotel.Lui, grand brun vêtu de l\u2019impeccable jaquette et coiffé du turban symbolique ; elle grande aussi, également brune et toute sa silhouette drapée dans un précieux sari.De tout petits pieds chaussés de daim blanc à hauts talons.Ils allaient incroyablement étrangers, dans cette ville de Londres où le ciel est si gris, indifférents aux regards qui les suivaient, perdus dans ce pays lointain.Etait-ce le Maharajah de Kapurtala, ou celui de Lahore, ou encore de Bikaner que nous venions de croiser ?Qu\u2019importe î Devant eux pour moi « l\u2019Inde s\u2019entr\u2019ouvre, » et mon regard plonge dans le rêve, s'enfonce au loin vers les splendeurs d\u2019un pays doux et singulièrement clair.Là chantent des rivières, traversant des villages semés de labeur et de légendes, habités par des populations agrestes et augustes à la fois.Et fermant l\u2019horizon, se découpent très pâles les premières chaînes de l\u2019Hymalaya coiffées de neige.Par- Bevue Dominicaine fois sous les traits cl\u2019un mendiant ou d\u2019un moissonneur, le dieu Siva vient s\u2019asseoir sur le seuil d\u2019une porte baignée de clair de lune.Car dans ce pays, que la civilisation effleure à peine, la fable antique de l\u2019Inde demeure vivante et en état de grâce éternelle.Partout des temples, des dômes, des mausolées, et les dominant tous en beauté et en harmonie, le Taj-Mahel.Sa beauté est si forte, si parfaite, écrit Pellenc, qu\u2019on la sent nous grandir et l\u2019on songe aux vers de Baudelaire : Là tout n\u2019est qu\u2019ordre et beauté, Luxe, calme et volupté.Comme un chapelet d\u2019essences et d\u2019épices s\u2019égrènent les villes : Calcuta, Madras, Agra la Bien-Aimée, Bombay, Bénares et ses morts flottants, Panna, poussière de roches rouges dont les parois renferment encore des diamants.et les dépassant toutes, Delhi la cité du Grand Mogol dont les Anglais ont fait leur capitale.Delhi tour à tour hindoue, musulmane, chrétienne, que d^ choses n\u2019a-t-elle pas vues ! Février.Delhi vit sa grande semaine ; c\u2019est le bal.du vice-roi.Tous les Maharajahs, entourés de leurs épouses et de leurs filles, défilent.Soudain, un bref appel de trompette immobilise lout cet Orient inchangé.L\u2019Angleterre elle aussi a un passé, et elle l\u2019impose aux Maharajahs qui, au commandement des trompettes, se sont dressés sur leurs pieds chaussés d\u2019or pour écouter le « God save the King.» C\u2019est la cour d\u2019Elisabeth qui se tient ce soir-là aux Indes.En mars, c\u2019est le parlement.Tous les princes sont en costumes hindous, mais aucun 11e porte de bijou.Tour à tour ils ex- Images coloniales posent leurs griefs.Le vice-roi maintenant répond : il parle en maître, il cliâtie froidement, sans passion, sûr de son autorité, de sa puissance.Il décide au nom du roi.Il fait sombre et frais.Des petits oiseaux venus des jungles sont entrés par les fenêtres à demi-closes, et perchés sur l\u2019écusson de la Grande-Bretagne, lancent éperdument leur chanson de liberté.Perdus dans leurs rêveries, les princes méditent-ils sur la destinée de leur pays qui s\u2019ouvre toujours plus grande avec l\u2019apport que lui donne chaque jour l\u2019Occcident ?Ou bien, les petits griefs effacent-ils les grands bienfaits ?Là-bas loin de tout ce monde anglais qu\u2019il fait bon vivre ! La paix du soir s\u2019étend sur les palais déserts.Un prêtre dans un temple tape à coups réguliers sur un tambour ; le drame de la prière.Puis tout à coup le drame de la vie, qui chaque soir se joue dans la jungle à l\u2019approche de la nuit : et c\u2019est l\u2019appel espacé d\u2019un cerf affolé que chasse une panthère.Il fait presque noir.Les éléphants descendent dans le crépuscule, prudemment, par saccades, le chemin millénaire des éléphants.Les cris du grand cerf se précipitent, le tambour du temple s\u2019est tu.Quelle soirée splendide ! Il fait doux et bleu, par les portes on entend respirer la nuit.Sanglots de chouettes, rires de chacals, râles de bêtes surprises agonisant brusquement.Indéfiniment, le « brain fever bird, » l\u2019oiseau du délire pousse son tic tac toc.Nuit chaude inquiétante.Toute l\u2019Inde est là mystérieuse.Il est intact cet Empire d\u2019Asie qu\u2019un vieux ministre offrit un jour à une fière souveraine ! Une splendide conquête en vérité ! La reine Victoria lui donna un tuteur qui calma ses nerfs sauvages, lui apprit beaucoup de choses et lui donna plus d\u2019argent qu\u2019il n\u2019en reçut d\u2019elle. Revue Dominicaine Mais le nouveau maître n\u2019épousa pas la belle qu\u2019il avait prise de force, il n\u2019en fit pas son esclave, il n\u2019en fit pas non plus sa maîtresse, Il la traita durement, en enfant pas sage.La belle lui restera-t-elle fidèle ?D\u2019autres ont déjà essayé d\u2019apprivoiser la farouche au teint sombre.Des Perses, des Turcs, des Afghans et aussi des compatriotes.Le blanc chrétien jouira-t-il plus longtemps de sa conquête ?Peut-être.Il vit loin d\u2019elle ; son climat amollissant ne saurait l\u2019affaiblir, son humeur méprisante ne peut l\u2019atteindre, les préjugés de castes ne peuvent le toucher et l\u2019apathie de ses secrétaires n\u2019altéreront pas son courage.Il y a aussi les idées de Gandhi, les rêves de Tagore.Là-bas, on aime voir fleurir les lotus.Selon l\u2019idée hindoue, le lotus représente l\u2019homme s\u2019élevant au-dessus du monde, comme la fleur du marais sans s\u2019être souillée au contact du milieu d\u2019où elle sort.Ah ! puisse-t-il grandir toujours plus beau, toujours plus grand, mais sans défaillances et sans rudesses, cet empire des Indes qui tour à tour fascine et épouvante, tant est immense son mystère.Ceylan Le grand paquebot, qui a amené les officiers du roi, est demeuré en rade de Colombo.La moisson du nord-est achève de mourir, celle du sud-ouest s'élève à peine.La pêche aux perles va commencer ! A peine le gouvernement, lequel en conserve le monopole, a-t-il fixé la date que de toutes parts sont accourus bateliers, plongeurs, acheteurs, revendeurs, essaims de boutiquiers, ouvriers et touristes de toutes races.Arripou est devenue une cité 260 Images coloniales bigarrée, fiévreuse où les agents de police ont fort à faire.Les grandes barques équipées partent en flottilles dès le soir, afin d\u2019atteindre sur les bancs désignés de l\u2019île de Manaar le lever du soleil et le signal du drapeau bissé.C\u2019est l\u2019heure matinale, les vagues murmurent, des poissons volants irisent les crêtes.Tous les plongeurs sont nus, et penchés sur la mer semblent y interroger la roue de fortune d\u2019un glauque Monte-Carlo.A l\u2019arrière d\u2019une barque, ils sont trois qui causent à voix basse : « Moi, dit le premier, si je trouve une perle blanche, je fais rebâtir ma hutte, et je m\u2019achèterai trois filets neufs.» \u2014 « Si la perle rose que désire ma belle, est dans mon lot, dit le second, jamais plus je ne descendrai dans la mer.» Et le troisième murmure : « Pour voir un moment l\u2019huître, que le capitaine Némo a percée de son poignard, pour contempler entre deux vagues, les reflets de la Perle Unique, je donnerais ma vie.» Le drapeau frissonne au bout du mât.Les plongeurs saisissent les câbles et disparaissent dans un bouillonnement d\u2019écume.Rentreront-ils ce soir dans le village tamoul où le tallipot meurt après l\u2019enfantement de sa fleur unique et royale ?Et depuis plus de cent ans la même histoire se répète tous les printemps ; car c\u2019est en février 1815 que l\u2019Angleterre, après la chute du dernier roi cingalais Wikrana, est devenue la maîtresse de Ceylan.Langka, l\u2019île des pierreries, ajoute un nouvel éclat aux couleurs de la Grande-Bretagne.Hong-Kong Aube moite, ciel de jade.Une couronne de cimes surgit des nues, monts chauves où s\u2019embusquent des coupoles blindées.Au 261 Revue Dominicaine passage, dans ces nids d\u2019aigles, on devine les grands canons désœuvrés.Le brouillard s\u2019ouvre.Mille flèches de feu, tumulte de foire.La foire aux navires : cargos, paquebots, escadres, centaines de coques rouillées ou flambantes, noires, grises, blanches, rouges, qui hurlent, meuglent, sifflent, ferraillent.C\u2019est la Chine, son cri de meute famélique, sa couleur d\u2019épices, de chiffes et de fumée, son audace, sa voracité : la Chine.Mais cette ville qui lentement émerge des buées et échafaude en un prodigieux mirage son amphithéâtre de buildings, de palacesj de bungalows, monte à la verticale avec ses jardins suspendus, ses routes en lacets, ses châteaux en l\u2019air, son double pic droit vers le ciel orageux, non, ce n\u2019est plus la Chine.C\u2019est une ville anglaise, Hong-Kong, Gibraltar d\u2019Asie.Cette ville a un âge d\u2019homme.Ils ont pris 60 ans à la bâtir.Le roc éventré, les oiseaux de mer délogés, ils ont posé les bases, les quais, les warfs, les entrepôts, la ville.Puis à l\u2019assaut, montèrent : les habitations, les jardins, les casernes, les prisons, les cathédrales.Et la pierre bientôt fleurit.Les palmes s\u2019éploient, du caillou surgit l\u2019hibiscus aux langues rouges, le frangipanier étoilé.Mille et une façades, briques sombres et pâles crépis.Dans les rues les rickshaws courent après les taxis, lesquels à leur tour ralentissent pour rencontrer les palanquins.Partout des réclames faites en anglais, et traduites par les caractères chinois, ces caractères tordus, burlesques ou fous, qui revendiquent cette ville à leur image.Voici le quartier des affaires, et de paisibles mandarins en robes de soie, les mains dans leurs manches, montent les degrés de la China Bank, afin d\u2019y faire de sages dépôts.\u2014 Et ces agents au brassard noir, que font-ils ?Ce sont les surveillants des bu- 262 Images coloniales reaux anti-opium.S\u2019imagine-t-on qu\u2019en vertu d\u2019un décret de prohibition, les champs de pavots vont cesser de fleurir ?Un quart de la Chine en crèverait.Parfois, une porte est furtivement poussée, et alors on les aperçoit, ces fumeurs silencieux, repliés sur leurs étroites couchettes ; une seconde on voit ces faces livides aspirant la fumée, deux yeux d\u2019émail noir accrochés à la petite flamme et la reflétant, tandis qu\u2019une main grêle s\u2019allonge vers le bambou.Fumée d\u2019opium, s\u2019infiltrant entre les cloisons, fumée chargée de rêve et d\u2019hébétude.Sous l\u2019étreinte chinoise, clouée à son rocher, Hong-Kong étouffe chaque soir.Cependant que lugubre, altier, comme la Tour de Londres, Peak-Hotel dresse son pavillon dont les couleurs vont consoler la Peine exilée là-bas entre ses quatre piliers.Hong-Kong, la ville neuve, la ville des Parfums s'endort.Et sous les lumières électriques, on devine rôdant dans les recoins de la jeune Chine avec une certitude d\u2019éternité, l\u2019âme ancienne qui veut revivre comme autrefois.Hong-Kong dort, fière de son destin anglais.L\u2019Australie L\u2019Australie est un singulier pays.Tout y est, semble-t-il, à rebours.Les saisons y sont renversées : l\u2019été là-bas, c\u2019est notre hiver ici.l\u2019automne notre printemps.l\u2019hiver en juillet,., et les violettes, s'il y en a, fleurissent en septembre.C\u2019est un Dominion qui a un passé plus jeune que le nôtre.Car si les explorateurs Cook, Bass, Flinders, Grant, y sont venus dès le IcSème siècle, ce n\u2019est qu\u2019en janvier 1788 que le capitaine Arthur Philipp y amena le premier contingent de bagnards à Port Jackson.263 Revue Dominicaine Le climat agréable, les ressources nombreuses de File incitèrent F Angleterre à coloniser ce pays.Mais les débuts furent très lents.Le ministre des colonies offrait cependant les taux de passage et mille avantages à qui voulait là-bas s\u2019expatrier.Petit à petit on commença l\u2019élevage des moutons.Ce fut la richesse, la poussée vers File.L\u2019Australie possède aujourd\u2019hui un troupeau de 112 millions de moutons produisant l'énorme quantité de 1,015,424,000 livres de laine par année.C'est maintenant une colonie très prospère, et ses anciens habitants, les Canaques, se sont réfugiés dans les montagnes, car impossible de les civiliser.« Leur invincible attachement à l\u2019état sauvage, » écrit M.Lavallée, « leur ignorance, leur propre misère, leurs habitudes d\u2019atrocité et d\u2019anthropophagie les placent aux derniers degrés de l échelle humaine.» Ils ne possèdent aucune institution, si élémentaire qu\u2019elle soit, qu\u2019on puisse qualifier de gouvernement.Dans le dialecte de la tribu de Wellington, il n\u2019existe pas de termes voulant dire : commander ou obéir.Mais les bêtes sont intéressantes et étranges.Les cygnes sont noirs, les aigles blancs, les serpents volent, les tortues sont bleues et les crabes d\u2019un bleu vif sont d\u2019une rare beauté.Il y a aussi les kangarous, et les opossums, à la douce fourrure.Les chiens ont la tête du loup, le corps du renard et n\u2019aboient jamais.Et le chant des oiseaux ! L\u2019un imite le sifflement et le bruit d\u2019un cocher, le gosier d\u2019un autre rend un son d\u2019argent, celui-ci reproduit le cri plaintif d\u2019un enfant, celui-là un brillant éclat de rire.Melba, vous avez eu des professeurs dans les bois de vos îles bien avant, votre venue eu Angleterre.et atos ballades ont-elles chanté le balancement souple de l\u2019eucalyptus, de cet arbre si grand, le plus grand de la terre ?264 Images coloniales Que de choses je voudrais savoir sur l\u2019Australie !.Et dire qu\u2019à Melbourne seulement on publie plus de 50 journaux et périodiques.On vit là-bas, en ce moment des heures inoubliables.L\u2019incomparable port de Sydney offre son sûr asile à je ne sais combien de bateaux qui ont amené des milliers de visiteurs.On y célèbre le 150ème anniversaire de sa fondation, et je m\u2019imagine que plus d\u2019un discours rappellera l\u2019autre Dominion, situé au delà des mers et jouissant lui aussi du Commonwealth britannique.Jamaïque Viens avec moi sur la route, il y fait frais maintenant et le soleil se couche sur la mer.Pas un bruit dans l\u2019air immobile.Les montagnes encerclent l\u2019horizon, vertes jusqu\u2019au sommet, parfaites et limpides.Tout au loin s\u2019arrondit la mer sur la plage de corail.Comme c\u2019est beau ! Si tu le veux, nous irons jusqu\u2019au bourg et nous verrons alors le grand troupeau qui descend des hauteurs où tout le jour il a erré.les grands bœufs indiens tout blancs qui nous regardent d\u2019un air hostile sous leurs cornes préhistoriques, et les beaux chevaux nerveux aux robes mordorées que le soleil et le vent moirent comme l\u2019herbe.Nous nous arrêterons aussi près de la petite gare où passera tantôt le train du soir.Si le train est en retard, nous constaterons une fois de plus que les noirs ne sont jamais pressés, qu\u2019ils sirotent le temps à petites gorgées et qu\u2019ils sont heureux en voyage comme un chien dans une auto.Quand nous reviendrons au bungalow, ce sera le moment des oiseaux.Ils chanteront pour rien, pour leur plaisir, tous à la fois.Il semble alors que tous les arbres sifflent, chuchotent, fleu- 265 Revue Dominicaine rissent, répète-moi un peu leurs noms, veux-tu ?\u2014 Tu dis : des pigeons bleus, des perroquets jaunes, les petits todiers vert émeraude, les évêques, les cardinaux, et puis les colibris de rubis et de topaze.oui, je sais.et puis il y a les rossignols.La nuit je voudrais ne pas dormir pour entendre le chant d\u2019amour qui nous arrive du grenadier.Ce petit arbre, tout près de notre fenêtre où je suis sûre qu\u2019il y a un nid de rossignols.Quand les étoiles sont parties, cela murmure encore là-dedans.et je suis certaine que ce n\u2019est pas l\u2019alouette de Roméo.Pauvre Juliette, te souviens-tu de l\u2019opéra : «Le jour est encore loin.» Qu\u2019est-ce que tu me demandes ?\u2014 Depuis quand la Jamaïque appartient-elle à l\u2019Angleterre ?\u2014 Monsieur mon mari, je vous réponds, que c\u2019est sous le protectorat d\u2019Olivier Cronrwell que l\u2019île entière a été conquise par les anglais en 1665.« Le jour est encore loin, crois-moi, mon amant, c\u2019était le rossignol.» Les Bermudes Si les Bermudes tirent leur nom d\u2019un certain Juan Bermudez qui aborda le premier du temps de Philippe II, St-George, l\u2019ancienne capitale, doit son appellation à un amiral, Sir George Somers, lequel un siècle plus tard y fut poussé par la tempête en juillet 1609, alors qu\u2019il se dirigeait à la tête d\u2019une flotte de sept navires vers la colonie nouvellement fondée de Virginie.Marc Twain y villégiatura régulièrement jusqu\u2019à sa mort.Que de pages étincelantes le grand humoriste a laissé sur ces îles où la flore marine est aussi exubérante que la floraison tropicale.Aujourd\u2019hui, un petit navire à plancher de verre nous promène à travers les sea gardens au large d\u2019Ireland Island au milieu des polypes, des coraux, des anémones multicolores, et l\u2019océan varie 266 Images coloniales ses tonalités à l'infini, du gris perle au bleu de paon et au saphir intense.Aux Bermudes, on reste fidèlement attaché aux traditions, et le modernisme excessif est exclu.Doux pays ou la clémence du climat suffit en quelque sorte à éloigner tout changement qui viendrait troubler les partis pris, enlever la douce et enviable quiétude.Et pour nous Canadiens-français, à ces Iles du Printemps éternel se rattache un souvenir profond.C\u2019est à Hamilton, capitale actuelle, qu\u2019en juillet 1837 furent exilés huit Patriotes.Ils occupèrent au pied du mont Laugton une grande maison carrée à contrevents verts.Se promenant par les clairs matins dans ces plantations de bananiers qu\u2019encadrent des haies de lauriers-roses et d\u2019hibiscus et que surmontent d\u2019orgueilleux palmiers, quelles pensées de révolte ou de mélancolie ont-ils échangées ?Et revenus en terre canadienne, ont-ils gardé une image douce de ces paysages inattendus, alors qu\u2019au détour du chemin apparaît soudain un village de nègres ! Canada Sur une image inachevée nous fermerons le livre.C\u2019est celle d\u2019un grand pays du Nord où tous les espoirs, tous les rêves sont permis, où l'on sent encore la jeunesse d\u2019un peuple.Pour arrêter la Mer envahissante, la Terre a fait un effort surnaturel : elle a contracté sa chair, les roches éruptives se sont dressées, elles sont là sans transition mettant à nu le granit primordial.Pas d\u2019habitations là-bas.pas de traces humaines, dans ces régions où l\u2019aurore boréale enchante la nuit polaire.Pas d\u2019hom- 267 Revue Dominicaine mes encore, mais les nobles bêtes qne l\u2019asservissement n\u2019a pas diminuées : les grands loups polaires, les ours blancs, les renards aristocrates, les biens, les blancs, qui vont du Labrador à la mer de Baffin promenant leur belle fourrure.Puis se dégageant de la latitude des glaciers, les forêts s\u2019estompent, fermant l\u2019horizon.Forêts toutes pleines de solitudes dangereuses, et où gémit indéfiniment la chanson du vent et plus tard la cognée des défricheurs.Sous les frondaisons dorment les lacs, courent les rivières qui se jetteront bientôt dans les fleuves si beaux de mon pays.et c\u2019est le poème de l\u2019Eau.Elle est l\u2019âme des paysages, le reflet de la vie des campagnes, le chant de tous les cœurs, elle roule des images enchantées.Mais eux, les fleuves, ces grands seigneurs du pays d\u2019autrefois, c\u2019en est fini de leur vie libre.On a discipliné leur cours, capté leurs chutes vives, et sur leurs flots changeants, jeté des barrages qui activent partout des dynamos.Car hélas ! les hommes sont venus avec leurs calculs, leurs folies, leurs ambitions.Dans les plaines un frisson d\u2019or pâle.ce sont les blés qui lèvent, défiant les grêles et les tourmentes.Ils grandissent, arrivent à maturité.et les moissonneurs avec leurs engins mécaniques couchent les gerbes.Dans les élévateurs, les épis fauchés feront maintenant la hausse et la baisse des cours.Avec tous leurs rouages, déjà s\u2019élèvent des villes qui commencent à compter dans l\u2019histoire du monde, et dans les campagnes les plus reculées, on voit se dresser les cheminées d\u2019usines barbouillant le ciel de leur fumée.Tout le pays est à se faire.Un peu plus chaque jour s\u2019évanouit le halo qui le gardait de l\u2019aventure de la civilisation.Pendant mon séjour en France, où chaque chose apporte son raffinement et sa joie, où les rêves sont vrais avant l\u2019aurore, 268 Images coloniales j\u2019avais craint ce retour dans mon pays âpre et sauvage.Je m\u2019étais là-bas laissée bercer par tout le passé ; par mes livres de jeunesse que je croyais revivre, par cette ambiance faite de je 11e sais quoi et qui fait la France si belle.Je me sentais alors seulement française.Plus tard, j\u2019ai vu les paysages tropicaux, et mes yeux dans un enivrement de couleurs et de clartés se sont crus pour toujours enchâssés ! Les pays du soleil, me semblait-il, possédaient mon cœur.Mais je suis revenue.et c\u2019est à toi mon Canada, qui m\u2019a faite ce que je suis, que j\u2019appartiens toute entière.Ta grave beauté m\u2019enchante et me soulève.Je trouve ton ciel clair et ton contour si vaste ! J\u2019aime ton corps tout neuf que la nature habille de tous ses aspects, et ton espace sans borne a été offert à mes regards d\u2019enfant ! Je te rapporte mon cœur intact, tout plein de ton histoire ; mon esprit où sont inscrites à jamais tes fières devises ; ma foi en ton destin toujours plus grand, toujours plus beau.Et, si tu le veux, pour que tous soient heureux.tendons aussi la main à la grande nation qui nous abrite sous son drapeau.Sur une image inachevée nous fermerons le livre.Marcelle Chabot-Kousseau 269 Le Sens des Faits Le 19 mars an Théâtre des Ambassadeurs Au lendemain du haut brigandage subi par l\u2019Autriche, à la vue de leur pays sans gouvernement \u2014 ou avec un Ministère qui avoue dès son entrée 11e pas répondre au désir de la nation \u2014 beaucoup de parisiens ont profondément souffert.« Nous sommes dans une attitude de perpétuels vaincus, pour ne pas dire dans une attitude d\u2019écrasement.» Non qu'ils se sentent spécialement liés à courir aux armes pour la circonstance, mais parce qu\u2019ils voient que cette terre de France, sur qui tant d\u2019hommes portent leur espoir, n\u2019a plus le droit de laisser entendre que les valeurs spirituelles et les valeurs de civilisation se seraient lentement éteintes en elle et seraient disparues de son sein.Ils savent pertinemment que ces valeurs sont ici présentes, mais aussi qu\u2019ils rendent facile à l\u2019étranger cette croyance qu\u2019ils en seraient désormais dépourvus.Entre bien d\u2019autres, un des redressements les plus significatifs en ces jours de deuil, fut cette coulée unanime d\u2019auditeurs
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