Revue dominicaine, 1 juin 1940, Juin
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McNabb : Eleven, thank God ! (R.M.) Pire : Pitié ou Insensibilité ?(A.P.) Archambault : Charles Péguy (J.-M.P.) Borne : Options sur Demain (J.-M.P.) Fenton : The Theology of Prayer (A.P.) Démaret : Indulgences à l'usage de tous les fidèles (A.P.) Marie-Aimée-de-Jésus : L\u2019enseignement à l'Institut de la Présentation-de-Marie (G.P.) Brey : Si je t'oubliais (J.-M.G.) Goyer : Sois tempérant (N.M.) Richer : Silhouettes du inonde politique (A.S.-P.) Autres publications.Table des Matières, 1er semestre. 'Rlcalÿicnt yiaiuïel \u2022flnoclin CELESTINS la Plus Renommée des Sources Alcalines Naturelles &!.-# Tattement tecommandlée pat La faculté contte LE RHUMATISME, L\u2019ARTHRITISME, LA DYSPEPSIE ET LES AFFECTIONS VESICALES HEPATIQUES ET RENALES.Spécifiez VICHY- CELESTINS L\u2019embouteillage sur place est contrôlé par l'état français Jda Pan.jjU*ne/Ue.L.T.PIVER PARIS\tMONTRÉAL ET TOUS PAYS DU MONDE MAISON FONDÉE EN 17 74 vous suggère Le Trèfle Incarnat Parfum Lotion Poudre de Beauté Savon Sachet Dans les bonnes Pharmacies Tél.\tj\tj COLLES DE TOUTES SORTES J\t5 5 6 5 FItzroy\tEn poudre, en flocons, flexible, en pâte, liquide 1\tChemin de la \t\u2022 (\tCôte St-Paul 8 5 8 5\t1\t! 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E CANADA.*6.00 (Sauf Montréal etbanllepe) E.Unis etEmpireBritanniquo 8.00 UNION POSTALE.10.00 VIII Problème d'un art religieux canadien Le problème qui se pose n\u2019est pas un problème spécifiquement canadien : il y a seulement certaines données canadiennes d\u2019un problème général qui est le problème de l\u2019art chrétien dans le monde moderne.Mais il en est de ce problème-là comme de presque tous les autres : il se pose pour certains esprits, il ne se pose pas pour tous.Si noies interrogions la très grande majorité des ecclésiastiques et des paroissiens généreux qui assument, en fait, la charge de l\u2019édification et de Vornementation de nos églises, ils seraient très surpris d\u2019apprendre qu\u2019il y a un « un problème ».Quand ils désirent une statue, un vitrail, un tableau d'autel, ils n\u2019ont pas plus d\u2019embarras qu\u2019ils n\u2019en ont à commander des radiateurs ou des parquets : il y a des maisons spécialisées dans ce genre de productions.Et ils y trouvent très exactement ce qu\u2019ils désirent, dans les dimensions, les formes, les couleurs et les prix les plus précisément adaptés à leurs désirs, à leurs goûts et à leurs bourses : il ne se pose donc absolument aucun problème \u2014 et pas plus en Amérique qu\u2019en Europe, pas plus au Canada qu\u2019en France ou en Angleterre.Du moins pour ces ecclésiastiques-là, pour ces paroissiens-là.Car il y a un malheur : c\u2019est qu\u2019ci ce régime-là, si bien établi, l\u2019immense majorité de nos églises, de nos chapelles et de nos couvents, en sont arrivés (en dépit des sommes souvent énormes qui ont été dépensées) à un degré de médiocrité et de bêtise artistiques proprement scandaleux.Et alors le « problème » se pose tout de même : clan^s les faits, dans la réalité.Et comme de raison, il se pose d\u2019autant plus Revue Dominicaine sérieusement qu\u2019il ne s\u2019est pas posé pour ceux qui ont été responsables de cet état de choses.Car c'est alors justement le fait même qu\u2019il ne se soit pas posé pour eux qui fait naître dans des esprits plus exigeants une interrogation, mie inquiétude plus grave : « Comment ce clergé, par ailleurs fervent et dévoué, comment ces catholiques, sincères et capables de sacrifices.peuvent-ils aimer, goûter de telles choses ?Comment ne voient-ils pas la nullité, la niaiserie de tout ce qu\u2019ils mettent dans leurs églises ?A quel état d\u2019âme, ci quel état du cœur cela répond-il donc en eux ?.» Et sans doute on sait bien qu\u2019ils ont d\u2019autres soucis, plus immédiatement apostoliques, et qu\u2019ils sont souvent accablés de travaux, et qu'ils vont au plus pressé.Pourtant la question demeure.* * * En Europe, jusqu\u2019à ces dernières années, on ne pouvait guère échapper à ces inquiétudes : en entrant dans la moindre église de village, ou dans la plus illustre cathédrale, il fallait bien constater que tout ce qui était ancien (et souvent tous les styles, toutes les époques s\u2019y mêlaient) y était admirable ou émouvant \u2014 et que tout ce qui datait de moins de cent ans, peintures, vitraux, statues, vêtements liturgiques, n\u2019avait plus aucune valeur ni d'art, ni de piété.Je dis «en Europe», parce que les témoignages du passé, plus nombreux, plus glorieux, y sont aussi plus pressants, forcent davantage la réflexion ; mais si on considère ici, au Canada, les plus vieilles églises, celles du « régime français », n\u2019est-on pas obligé de constater aussi que ces vieilles églises-là, comme les humbles maisons paysannes du même temps, sont encore ce qu\u2019on a de mieux, en dépit des sommes inouïes qu\u2019aura coûté aux 282 Problème d\u2019un art religieux canadien fidèles ce qu'on a bâti depuis ?Là aussi ne faudra-t-il pas se bouclier les yeux pour ne pas voir que les statues, les peintures, les vitraux, qu'on a rajoutés aux choses du passé, y mettent des notes discordantes, et une sorte de vulgarité vraiment désolante f Là aussi, là surtout, l'étranger de passage, l'anglais, le protestant ne vont-ils pas se poser les mêmes questions, se demander si ceux qui ont maintenant la charge de ces vieilles églises, sont bien les fils, les héritiers spirituels de ces prêtres et de ces f idèles qui avaient inspiré, aimé et bâti les grands monuments du passé ou ces humbles merveilles de piété, de finesse et de goût ?Dès lors, comment le vrai problème ne se poserait-il pas et l'esprit non settlement des incroyants cultivés, mais aussi de tous ceux dont la foi un peu hésitante, s'interroge sur la valeur humaine, sur la valeur actuelle de civilisation du christianisme f Et si le problème que pose ainsi l'état présent de l'art chrétien se pose sur ce plan-là, et s'il est posé dans les esprits, non par des tendances personnelles à la critique ou à l\u2019inquiétude, mais posé par des faits objectivement, communément constatés, comment ne serait-il pas un problème grave pour les consciences catholiques de ce pays f Nous savons bien, en effet, que pas plus en art qu\u2019en tout autre domaine il n\u2019est de génération spontanée : l\u2019art est toujours lié à un certain état de civilisation.Et ses caractères et sa vie en dépendent et témoignent pour elle.Il y a un art chrétien quand il y a une civilisation chrétienne.Et s\u2019il y a dans un pays décadence de l'art chrétien, c'est donc qu\u2019il y a en dépit des apparences une décadence secrète de la civilisation chrétienne dans ce pays-là.Et cela demande d'autant plus réflexion que le pays est plus chrétien, plus généralement, plus officiellement chrétien.Car en 283 Revue Dominicaine France, par exemple, il est bien entendu que du moment que nous avons fait la révolution de 1789, et que nous sommes décidément un peuple « païen, maçon, juif », etc.Il est normal et « juste» que nous ayons eu l\u2019art religieux décadent que nous méritions.lout cela est entendu, réglé, mais ici f Ici, où on n\u2019a pas fait 89, où la discipline de la foi et des mœurs ne s\u2019est pas relâchée, où la puissance du clergé est demeurée intacte, comment se fait-il que la même décadence se soit produite ?Et cela ne fait-il pas un beau sujet de réflexions f.Autre problème tout à fait connexe : comment se fait-il que ce soit précisément dans cette même France, anarchiste, impertinente, insubordonnée, que la renaissance ait commencé \u2014 et que tout vienne encore d elle et non pas des saints pays concordataires, conformistes, vertueux ?Ne voilà-t-il pas encore de beaux problèmes ?Je les pose ici, parce qu\u2019ils révèlent un autre aspect essentiel de tous les problèmes du domaine des arts.Fans ce domaine-là il faut se garder de systématiser : les choses n\u2019y sont pas si simjjles et deux et deux n'y font que rarement quatre, Dès qu\u2019on entre dans ce royaume, il faut se souvenir que tout, ou presque tout, y est hasards, aventures et miracles.Les sources les plus pures y sont aussi les plus cachées et elles font naître à la surface des fleurs disparates et qui poussent pourtant toujours ensemble.* * * Des beaux problèmes que j\u2019ai posés je n\u2019aurai pas l\u2019impertinence de proposer la solution.A chacun de regarder et de conclure, sans se hâter.J e voudrais pourtant en guise de conclusion, dire encore quelque chose : s\u2019il y a aujourd\u2019hui une renaissance 284 Problème d\u2019un art religieux canadien française cle l\u2019art chrétien, elle est due à ces petites équipes d\u2019indépendants qui se sont succédé à Paris depuis cent ans : c\u2019est parce qu\u2019il y a eu Delacroix et Daumier, Corot et Manet, Degas et Cézanne, Guauguin et le Douanier Rousseau \u2014 et même Braque, Matisse et Bonnard que la tradition française est demeurée vivante.Et en dépit de toutes les Académies, elle n\u2019est restée vivante qu\u2019en eux.Admirable revanche de la vie : ce sont ces fous, ces révoltés, ces réfractaires qui ont tout rendu possible, même l\u2019action de Denis et de Desvallières, et par eux, la renaissance de l\u2019art chrétien.Car pour qu\u2019il y ait un art chrétien dans un pays, il faut d\u2019abord qu\u2019il y ait dans ce pays un art vivant.Avec tout ce que cela comporte de liberté et de risques acceptés.M.-A.Couturier, O.P.285 Pour une organisation meilleure des études philosophiques Le temps est aux projets de réforme.Et c\u2019est notre enseignement, notre enseignement secondaire spécialement, qui le plus souvent est visé.On y a tout critiqué : manuels et professeurs, choix et distribution des matières enseignées, méthodes et résultats.Pour chacun de ces points, nombreux ont été projets et suggestions.Une discipline cependant semble avoir presque échappé, sinon aux critiques, du moins aux projets et suggestions, c\u2019est la philosophie.Aussi quand, sur la bienveillante invitation de son Directeur, j\u2019acceptai de dire mon mot dans l\u2019enquête, menée cette année dans la Revue Dominicaine, sur l\u2019enseignement dans le Québec, je crus que quinze années de professorat en philosophie m\u2019autorisaient à faire en toute sincérité une suggestion pour une meilleure organisation de nos études philosophiques.* * * Partons des faits.Premier fait : dans les classes de philosophie de nos collèges canadiens-français, un peu plus de la moitié des élèves se destinent au monde et le reste au clergé séculier ou régulier.Exactement, parmi les finissants de 1938, 372 contre 274, et parmi ceux de 1939, 420 contre 308.Deuxième fait : les premiers (appelons-les les «laïcs» pour abréger) sentent, les uns confusément, les autres plus nettement, que notre enseignement philosophique ne répond pas à leurs légi- 286 Pour une organisation meilleure des études philosophiques times aspirations d\u2019avenir.S\u2019ils admettent l\u2019intérêt pour leur vie religieuse de la théodicée et de la morale, ils ne y oient par contre dans les autres traités que des thèses pratiquement inutiles pour eux.Indispensables peut-être à leurs camarades futurs théologiens, ces thèses 11e sont à leurs veux qu\u2019une condition sine qua non (et qu\u2019en toute équité 011 11e devrait pas leur imposer) du baccalauréat exigé pour préparer à l\u2019Université la carrière de leur choix.Par une conséquence psychologiquement inévitable, ils n\u2019étudient la philosophie que dans la mesure minima, jugée par eux indispensable à l\u2019obtention du diplôme ; donc sans en chercher l\u2019intérêt vital ; donc pratiquement en dégoûtés.Ajoutez-y l\u2019obligation de travailler sur des manuels latins, où des thèses subtiles, classées par eux dans la rubrique « inutile », sont présentées dans l\u2019appareil le plus didactique, le plus sec et le plus abstrait qu\u2019on puisse rêver.Si par-dessus le marché le professeur s\u2019obstine à donner en classe, en un latin que ses élèves traitent volontiers de latin de cuisine, sinon les explications, du moins les thèses, définitions et arguments, comment voulez-vous que ces pauvres jeunes gens, qui souvent n\u2019ont appris le latin qu\u2019à leur corps défendant et à coups de dictionnaires, 11e sortent pas de 110s collèges dégoûtés pour la vie de cette oiseuse, obscure et accablante discipline qu\u2019011 leur a présentée sous le nom de philosophie thomiste ?Comment voulez-vous que si, chez nous ou ailleurs, ils prennent contact avec une autre philosophie plus attrayante, ils 11e souhaitent pas d\u2019instinct la voir remplacer celle qu\u2019ils ont subie ?En 1938, parallèlement à mon cours normal, je dirigeais deux jeunes Français dans la préparation du baccalauréat français.E11 mai, je demandais séparément à deux de mes élèves çana- 287 Revue Dominicaine diens quelles modifications ils souhaiteraient dans leur programme québécois (je devais assister, quelques jours après, au comité chargé de mettre au point ce programme) : « Suppression totale du latin, me répondirent-ils sans se concerter, introduction de la méthodologie et de la psychologie comme dans le programme de France, moins de métaphysique \u2014 Certes ces questions sont intéressantes, leur dis-je, mais impossible de rogner sur la métaphysique et le temps manque pour tout voir ».J\u2019eus alors cette réplique : « Ainsi donc, nous, les laïcs, nous sommes sacrifiés aux soutanes » ! Sans attacher à l\u2019incident plus d\u2019importance qu'il ne mérite, je le cite, car il garde à mes yeux valeur de symbole et de symptôme \\ Troisième fait : depuis deux ou trois ans, nos Evêques ont imposé une troisième année de philosophie à faire au grand séminaire.Pourquoi ?Les professeurs de dogme et de morale n\u2019en ont jamais fait mystère, en particulier aux Journées Thomistes d\u2019Ottawa, en 1935.On désire chez les clercs une préparation philosophique plus poussée à la théologie telle qu\u2019au jour d\u2019hui elle s\u2019enseigne.Il est à croire que cette préparation, nous, les professeurs de collèges, nous ne la donnons pas et nous ne pouvons pas la donner.Serait-ce fausser la réalité que de conclure de ces trois faits que notre enseignement ne satisfait aucun des deux groupes dont sont constituées nos classes f Evidemment, ce n\u2019est pas normal.* * * Que faire ?Séparer les deux groupes, adapter renseignement philosophique, programmes et méthodes, au but différent 1.Je m\u2019en tiens \u2014 qu\u2019on le remarque bien \u2014 au seul exposé des faits ; je ne juge pas.Je n\u2019ignore pas non plus qu\u2019il y aurait des exceptions à signaler et des nuances à introduire.Le peu de pages dont je dispose m\u2019interdit d\u2019y songer.288 Pour une organisation meilleure des études philosophiques que chacun prétend atteindre : les « laïcs », une formation générale humaine et une connaissance suffisante des motifs rationnels qui basent toute vie religieuse ; les clercs, une forte préparation à une formation théologique à la hauteur des exigences modernes.Tous nos jeunes gens donc, destinés ou non au sacerdoce, continueraient comme par le passé à faire ensemble leurs six années d\u2019études grammaticales et littéraires.Comme par le passé ils subiraient en fin de rhétorique le même examen \\ Comme par le passé, ils auraient largement le temps de se connaître et de nouer cette bonne camaraderie et ces fortes amitiés qui durent toute une vie.Ainsi l'avantage d\u2019une éducation première commune à notre clergé et à notre élite laïque serait conservé intact et continuerait à produire ses heureux effets pour le plus grand bien de la religion et de la société canadienne-française.Seulement, la rhétorique faite, tandis que les laïcs feraient leur philosophie au collège, les aspirants au sacerdoce la feraient toute entière au grand séminaire ou dans les scolasticats.Et en cela il n\u2019y aurait rien d\u2019extraordinaire, puisque c\u2019est ainsi que les choses se passent dans le reste de l\u2019Eglise.Le Droit Canon et ses commentateurs conçoivent toujours la philosophie des clercs faite au grand séminaire comme la théologie 1 2.Les Evêques des 1.\tA moins que l\u2019on préfère, comme l\u2019idée en flotte en l\u2019air, faire bifurquer après la 3e, scientifiques et littéraires, vers un examen spécial.2.\tCf.Codex Juris Canonici, canon 1365, n.1 et Vermeersch-Creusen, Epitome Juris Canomci, t.II, p.429, Louvain, 1927 ; Cance, Le Code de Droit Canonique, t.III, p.143, Paris, 1929 ; Guido Cocchi, Commentanum in Codicem Juris Canonici, t.VI, p.tt, Turin, 1924.Et surtout lire le canon 1354, n.2 : « Curandum ut in majoribus præsertim dioecesibus bina constituantur Seminaria ; minus scilicet pro pueris litterarum scientia imbuendis, majus pro alumnis philosophiae et theologiæ vacantibus ».Ces pages étaient complètement rédigées quand m\u2019est tombé sous la main le long commentaire de ce canon 1354 par l'Ami du Clergé, 1920, pp.497-505.Ce fut pour moi une profonde satisfaction que de constater la parfaite concordance de mes vues avec celles de cette Revue dont l\u2019autorité est si grande.289 Revue Dominicaine Etats-Unis qui nous confient leurs petits séminaristes franco-américains nous les retirent après la rhétorique pour les envoyer aux grands séminaires de Baltimore, Rochester ou au Séminaire de philosophie des Sulpiciens à Montréal, considéré comme une section du Grand Séminaire.Et elles 11e sont pas rares, au pays, les familles religieuses qui réservent la philosophie pour le sco-lasticat.Citons les Rédemptoristes, les Capucins, les Franciscains, les Servites, les Montfortains, et souvent les Oblats et les Jésuites.Comme ordinairement, dans 110s collèges, 011 attend la deuxième année de philosophie pour faire son choix définitif entre le monde et la cléricature, il faudra donc habituer 110s jeunes gens à prendre leur décision au plus tard pendant la rhétorique.Mais il n'y a là, semble-t-il, aucune difficulté véritable.A dix-huit, vingt ans on doit savoir que faire de sa vie.D\u2019ailleurs la grosse majorité des aspirants au sacerdoce sait fort bien, longtemps avant la rhétorique, que sa présence au collège n\u2019a d\u2019autre raison que la préparation à la prêtrise.Beaucoup 11\u2019y seraient jamais venus sans cela.Si actuellement ils 11e prennent pas en rhétorique la décision finale, c\u2019est que rien ne les y pousse.Qu\u2019on le leur demande pour des raisons sérieuses, ils le feront très volontiers.Quant à ceux qui sont vraiment indécis, ils seront toujours l\u2019infime minorité.Ceux-là, rien ne les empêche de faire leur philosophie au collège ; ils auront deux ans pour réfléchir.Faudra-t il, s\u2019ils se décident enfin pour le séminaire, leur faire recommencer leur philosophie selon le programme ecclésiastique ?Il ne saurait y avoir de réponse générale ; elle dépend totalement des circonstances personnelles et de la sagesse des Evêques.290 Pour une organisation meilleure des études philosophiques La séparation suggérée aurait de précieux avantages pour les clercs comme pour les laïcs.Aux premiers elle donnerait deux années de plus pour leur formation spécifiquement sacerdotale : six ans au lieu de quatre, sans que la durée totale de la préparation au sacerdoce en soit modifiée, les deux dernières années de collège devenant deux années de grand séminaire \\ Deux années de grand séminaire de plus ! C\u2019est-à-dire, deux années de plus durant lesquelles, en soi et autour de soi, tout tend uniquement à former le prêtre de demain : le port de la soutane avec ce qu\u2019il signifie ; l\u2019oraison, l\u2019examen particulier, la lecture spirituelle, la visite au Saint Sacrement chaque jour ; à intervalles réguliers et fréquents, la direction spirituelle, les retraites mensuelles ou non, toujours dominées par le sacerdoce ; la vue et la conversation des aînés qui, ordination par ordination, s\u2019approchent de l\u2019autel de leur première messe ; l\u2019appel des âmes et de leurs besoins immenses qui, de mille manières, s\u2019impose au cœur et à l\u2019esprit ; le règlement austère peut-être mais joyeusement observé ; les luttes intimes enfin pour toujours plus de pureté, de zèle, de ferveur ; bref toute cette atmosphère de paix, de silence et de recueillement dont je me sentis pénétré, l\u2019autre jour encore, dans les corridors du Séminaire à Montréal.C\u2019est donc dans cette atmosphère-là que l\u2019on plongerait deux ans plus tôt nos prêtres de demain ! Et à quel moment ?Au moment le plus critique peut-être dans l\u2019évolution de leur vocation.Car enfin il a dix-huit, vingt ans, notre philosophe.Sans doute depuis longtemps, il veut être prêtre, mais après tout, le dernier mot n\u2019est pas dit ! Chaque jour, il sent son intelligence 1.Dans notre hypothèse, l\u2019année supplémentaire de philosophie imposée dernièrement aux séminaristes n\u2019aurait plus sa raison d\u2019être et se résorberait tout naturellement dans les deux années prescrites par le Droit Canon.291 Revue Dominicaine s\u2019enrichir, et sa sensibilité s\u2019affiner.L\u2019examen passé, devant lui des horizons sans fin s\u2019ouvrent brillants.La vie est belle, elle lui sourit.les jeunes filles aussi.Pourquoi, souvent mieux doué et plus travailleur, ne pourrait-il pas rêver ce que rêve son voisin, le « laïc ».Il est libre encore ! Quel est le directeur qui oserait nier, dans son cœur, que ce n\u2019est pas là l\u2019écueil où se brisa plus d\u2019une vocation sérieuse ?Certes toutes, loin de là, n\u2019y succombent pas, Dieu merci, mais ces deux dernières années de collège sont-elles aussi formatrices et aussi fécondes pour l\u2019âme de nos futurs prêtres que deux années de grand Séminaire ?Pour leur intelligence aussi et leur préparation philosophique ?A identité de programme, le séminariste-philosophe étudiera mieux et plus profondément que le collégien.Et cela à cause d\u2019une plus grande maturité d\u2019esprit acquise grâce à la fréquentation journalière de ses aînés, les théologiens ; à cause de l\u2019atmosphère de recueillement où il vit, de la vie surnaturelle plus intense à laquelle il s\u2019efforce et qui produit plus d\u2019attention à son travail, plus de conscience aussi ; à cause du sentiment plus aigu de l\u2019intérêt surnaturel des problèmes philosophiques, de leur répercussion sur sa formation dogmatique, morale et ascétique, et en définitive sur ses responsabilités pastorales de demain devant les âmes et devant Dieu.Mais il est clair que transportée au grand séminaire, la philosophie devra adapter son programme à son nouveau cadre.Là en effet nos jeunes philosophes font, si je puis dire, partie intégrante de la vie spirituelle de la maison, toute entière centrée sur le sacerdoce.Il faut qu\u2019il en soit de même pour la vie intellectuelle.Leurs études, loin d\u2019être purement et simplement juxtaposées à la théologie, devraient être au contraire conçues 292 Pour une organisation meilleure des études philosophiques uniquement en fonction de la science des sciences, servante elle-même du sacerdoce.Dès lors bien des questions du programme actuel qui occupent le temps et l\u2019esprit de nos philosophes pourraient et devraient prendre leur place normale dans l\u2019exposé du dogme, de la morale et de l\u2019Ecriture Sainte.Je pense, non seulement à l\u2019apologétique, mais aussi à la théodicée, aux doctrines sur l\u2019âme humaine, sur l\u2019origine de l\u2019homme, à plus d\u2019un chapitre de l\u2019éthique \\ Devra-t-on exclure aussi les sciences, mathématiques, chimie, physique, sciences naturelles ?La place me fait défaut pour répondre avec toute les nuances nécessaires.Voici du moins les principes sur lesquels je baserais ma réponse, si je pouvais la nuancer et la justifier comme elle le requiert.Le Prêtre, comme tout homme cultivé, doit avoir un minimum de culture scientif ique.D\u2019autre part, un programme d\u2019études doit être établi d\u2019après le but poursuivi par ceux à qui il sera imposé.Dans le cas présent, il s\u2019agit de préparer directement des jeunes gens au sacerdoce.C\u2019est donc avant toute autre la science spécifiquement sacerdotale qu'il faut leur imposer : dogme, morale, droit canon, exégèse, histoire de l\u2019Eglise, tout cela étayé sur une forte formation philosophique.Cela admis, voici la question qui domine tout : Pour la moyenne des intelligences est-il possible d\u2019assurer cette formation philosophique solide et en même temps de développer la culture scientifique déjà reçue ?Si oui, que nos séminaristes-philosophes fassent des sciences ! Si non \u2014 et à mon humble avis c\u2019est la réponse que l\u2019expérience imposera \u2014 il me semble évident que c\u2019est aux scien- 1.Evidemment je n\u2019ai pas la place pour préciser et détailler, mais il y a là une idée qui me paraît essentielle et qui n\u2019est au fond qu\u2019un retour à une plus grande fidélité à saint Thomas.293 Revue Dominicaine ces profanes à être sacrifiées.On ne fera jamais grief à un prêtre d\u2019ignorer la géométrie analytique ou le calcul infinitésimal même dans leurs éléments, ou encore la théorie cinétique des gaz, les lois de combustion des acides ou des bases, le nom et la description des muscles de l\u2019abdomen ou du dos.Mais on lui reprochera une connaissance médiocre des sciences de son état.Et cependant il faut assurer ce minimum de culture que je persiste à regarder comme indispensable au prêtre contemporain.11 n\u2019a qu\u2019un moyen : l'avoir acquis à la fin de la rhétorique.Mais cela exigera d\u2019abord la réorganisation de renseignement scientifique depuis la sixième jusqu\u2019en rhétorique, ensuite le contrôle de cet enseignement par une épreuve ajoutée à la première partie du baccalauréat \\ Pour la seconde partie, les Universités de Québec et de Montréal ne refuseraient pas d\u2019instituer un programme spécial pour les Séminaristes.De cette façon le clergé pourrait continuer à obtenir le baccalauréat classique et les Universités, tant canadiennes qu\u2019étrangères, resteraient ouvertes à l\u2019élite de nos prêtres ; nous pourrions continuer à former les spécialistes nécessaires en littérature, histoire, sciences physiques et naturelles.* * * Ce n\u2019est pas seulement l\u2019avantage des séminaristes qu\u2019assurerait cette séparation, c\u2019est aussi \u2014 et autant \u2014 celui de leurs camarades laïques.D\u2019abord disparaîtra de leur esprit cette impression décourageante et paralysante qu\u2019on les « force » à étudier une disci- !¦ Cette reorganisation d ailleurs est en bonne voie déjà j il suffirait de l\u2019orienter vers le but dont je parle ici.294 Pour une organisation meilleure des études philosophiques pline, inutile aux carrières dont ils rêvent.Il leur sera désormais impossible de se croire « sacrifiés aux séminaristes et victimes du monopole ecclésiastique de renseignement secondaire ».Certes je suis archiconvaincu que cette impression est pure illusion, mais, basée ou non, elle existe et leur fait prendre en grippe notre enseignement de la philosophie.Evidemment, nous, les professeurs, nous devrions nous adapter à ce groupe d\u2019élèves, à sa mentalité, à ses aspirations.Nous devrions concevoir notre enseignement en fonction de ce qu'ils attendent légitimement de la philosophie.Or j\u2019aime autant le dire tout de suite, il est probable que nous ne parviendrons à une organisation satisfaisante qu\u2019après une série de tâtonnements et l\u2019un ou l\u2019autre échec partiel.Raison de plus pour commencer le plus tôt possible.Voici comment, après bien des réflexions, je concevrais la chose, sans d\u2019ailleurs m\u2019imaginer présenter un plan ne varietur.D\u2019abord substitution d\u2019un manuel français au manuel latin.Je dis « manuel français » et non traduction littéraire d\u2019un manuel latin.Manuel soigné dans sa typographie et son style, débarrassé de cet appareil ultra-didactique et sec de nos manuels scolastiques.Donc plus d\u2019énoncés de thèses, plus de définitions dépecées mot par mot, plus d\u2019arguments bâtis en syllogismes qui trop souvent apparaissent artificiels et purement verbaux.Que l\u2019on m\u2019entende bien.Je parle de l\u2019apparence extérieure du manuel.Loin de moi l\u2019idée absurde de renoncer à bien poser un problème et à le faire surgir, sous les yeux de l\u2019élève, de la réalité vivante, à prouver solidement et dans toutes ses nuances une doctrine énoncée en termes précis ! Seulement cet énoncé précis devrait, non pas précéder, mais suivre tous les arguments, se présenter comme la conclusion imposée par ces arguments.Notre 295 Revue Dominicaine scolastique perdrait ainsi cet aspect d\u2019apriorisme qui détourne d\u2019elle tant de bons esprits.Bref, il faudrait un manuel que l\u2019élève ouvre avec plaisir après la classe et même une fois sorti du collège.Manuel en français, donc cours en français aussi et uniquement en français.Ce 11e sera d\u2019ailleurs qu\u2019entérinement d\u2019une pratique à peu près générale aujourd\u2019hui.Je connais parfaitement toutes les raisons que l\u2019on peut accumuler en faveur des classes en latin.J\u2019en ai même fait l\u2019expérience pendant cinq ans, durant lesquels je n\u2019ai pratiquement pas dit un mot de français dans mes cours ; mais j\u2019avais affaire à des religieux destinés au sacerdoce.Si pour les clercs, il y a d\u2019excellentes raisons pour maintenir renseignement de la philosophie en latin, il n\u2019y en a aucune quand il s\u2019agit des laïcs.Il y aurait même de graves inconvénients à s\u2019y obstiner.Mais cette question de langue n\u2019est pas la principale.Ce qu\u2019il faudra adapter, surtout c\u2019est le programme.Pour cela le même principe qui nous a guidés pour les séminaristes, nous guidera encore pour les laïcs : un programme d\u2019études doit être établi d\u2019après le but poursuivi par ceux auxquels il sera imposé.Or le but des laïcs dans l\u2019étude de la philosophie, c\u2019est, nous l\u2019avons précisé plus haut, une formation générale humaine et une connaissance suffisante des motifs rationnels qui basent toute une vie religieuse.En conséquence, voici à peu près à quoi nous devrions aboutir : 1.\tMaintien absolu du caractère thomiste de notre enseignement sur la base de la métaphysique de l\u2019acte et de la puissance.2.\tElagage de toute question dont tout l\u2019intérêt serait une application théologique ou trop éloigné des préoccupations contemporaines.296 Pour une organisation meilleure des études philosopliiques 3.\tSuppression de cette accumulation de définitions, divisions et subdivisions, règles, etc.qu'on appelle aujourd\u2019hui « logique formelle ».4.\tIntroduction de la méthodologie scientifique.5.\tExposé d'après les principes thomistes des problèmes suivants : conscience et subconscience, association des idées, habitude, langage, caractère et personnalité, etc.6.\tExposé plus attentif des problèmes moraux propres à notre époque, sans pénétrer toutefois dans le domaine de la politique ou de l\u2019économie sociale.L\u2019énumération n'est pas exhaustive, mais elle montre suffisamment sur quoi l'on pourrait s\u2019entendre assez facilement.En tout cas, on ne découvrira pas là un opportunisme de mauvais aloi.Pour ma part, j\u2019en suis convaincu, nous ne ferions là, au XXe siècle, que ce que saint Thomas a réalisé si splendidement au XlIIe : connaître très bien les problèmes de son temps pour les résoudre par les principes éternels de l\u2019immuable Sagesse.Grâce à cette adaptation, l\u2019enseignement donné à nos élèves destinés aux carrières libérales sera vraiment fait pour eux, il -*?îvniïAii ri v» notre époque ; il leur donnera les doctrines fondamentales pour leur vie morale individuelle, professionnelle et sociale.Et eux, ils auront perdu tout motif de se plaindre.Une fois ces concessions faites, nous pourrons exiger d\u2019eux un travail personnel et exclure impitoyablement tout psittacisme et tout bachotage.*\t* >K Ceux qui ne sont pas chaque jour aux prises avec les.problèmes soulevés par le besoin profondément senti d\u2019améliorer 297 Revue Dominicaine notre enseignement philosophique penseront peut-être qu\u2019il y avait clés suggestions plus pratiques et surtout plus immédiatement réalisables à proposer.C\u2019est possible.Mais chaque fois que l'on examine Tune de ces améliorations sur la langue ou sur le programme, sur la méthode ou la préparation des classes, on finit toujours par se buter à cette réflexion : Si je n\u2019avais affaire qu\u2019à des futurs prêtres, voilà la solution cherchée ; si c\u2019est à des laïcs, voici au contraire ce qu\u2019il faudrait faire.C\u2019est tellement vrai que j'en suis venu à cette conviction intime que la question qui doit être résolue avant toutes les autres, c'est celle-ci : « Faut-il continuer à donner un enseignement identique et commun à deux catégories d\u2019élèves aussi différents ?» C\u2019est la négative, nous l\u2019avons vu, qui semble s\u2019imposer.Et pas seulement à moi.En 1938, dans les comités qui, silencieusement peut-être mais avec dévouement et compétence, s\u2019efforcent de perfectionner toujours davantage nos études classiques, la question s\u2019était posée sous un aspect un peu différent, mais très voisin de celui que ces pages ont exposé.Et la réponse \u2014 ce me fut une joie de le constater \u2014 était cherchée dans une direction semblable.Il y a cinq ans, le hasard d\u2019une conversation m\u2019amenait à développer ces idées devant un dignitaire ecclésiastique, ancien directeur de séminaire, aujourd\u2019hui placé à la tête d\u2019un diocèse.Il voulut bien s\u2019y intéresser et m\u2019en conseiller même la publication.« Si l\u2019occasion s\u2019en présente, répondis-je, je ne m\u2019y refuserai pas ».Cette occasion, la Revue Dominicaine me l\u2019a offerte par son enquête sur notre enseignement.Qu\u2019elle en soit remerciée.Je ne m'attendais pas à ce que, du premier coup, chacun de ceux qui ont charge et compétence de traiter ces matières acceptent mon point de vue.Il y aura des objections et des contradic- 298 Pour une organisation meilleure des etudes philosophiques fions.C\u2019est normal ; c\u2019est désirable.Mais je suis convaincu que tôt ou tard, précisée et perfectionnée par la réflexion et la discussion, l\u2019idée finira par devenir réalité.Et je suis sûr que notre clergé comme l\u2019élite de notre laïcat, le pays tout entier par conséquent, y gagneront, et beaucoup.Julien PéghairE; C.S.Sp.Professeur de Philosophie au Collège Saint-Alexandre et à l\u2019Université de Montréal La famille et le milieu du travail Une erreur assez répandue consiste à voir uniquement dans la religion un ensemble de prescriptions et de défenses et dans la morale un catalogue de pécliés.Cette vue singulière, outrageusement limitée, a pour cause l\u2019ignorance religieuse.Un professionnel assez âgé, de conduite exemplaire et apôtre à l\u2019occa-sion, m\u2019avouait un jour qu\u2019il venait seulement d\u2019apprendre, au cours d\u2019une lecture, que la religion est avant tout une vie, une vie surnaturelle greffée sur notre vie naturelle et qui nous fait produire ici-bas des actes divins fructifiant pour l\u2019éternité.Il est possible également que nos retraites de paroisses, où il s\u2019agit en premier lieu de corriger les désordres, de retirer les fidèles des voies mauvaises, aient contribué à propager cette idée d\u2019une religion toute négative, opposée au libre épanouissement de l\u2019être et multipliant les consignes dont la principale serait : On ne passe pas.En tout cas, au moment de porter un jugement sur cet ennemi de la famille : le milieu du travail, je rencontre ce préjugé sur ma route ; et pour rien au monde voudrais-je lui procurer plus de faveur et d\u2019extension.Des lecteurs des deux sexes pourraient, à la simple annonce du sujet, me rétorquer : Allez-vous prétendre qu\u2019en travaillant au dehors pour consolider les pierres du foyer, nous travaillons à sa ruine ?Si j\u2019osais écrire dans ce sens, pareil propos porterait en soi sa condamnation.La vie au dehors en général, ne fait péricliter la vie au dedans que dans la mesure où l\u2019excès et le désordre s\u2019y mêlent.Ce n\u2019est même pas une question de temps.Un chômeur incrusté à son domicile pourrait, dans une brève sortie, causer plus de tort à sa famille qu\u2019un voyageur de com- 300 La famille et le milieu du travail merce toujours en tournée, isolé des siens aux heures où le sollicite davantage l\u2019intérêt domestique.S\u2019agit-il de divertissements, sports ou spectacles, tout dépend encore de leur utilité, de leur caractère moral, et du partage qu\u2019on sait en faire avec ceux qu\u2019une tâche monotone retient à la maison.Tempérance et prudence doivent régler toute cette vie d\u2019extérieur.Voilà pourquoi je 11e croirai pas sortir de mes attributions ni dépasser la juste norme en constatant des faits, en rappelant des principes qui relèvent ni plus ni moins de l\u2019hygiène morale.Chose étrange, la J.O.C.française, au cours d\u2019une enquête nationale sur le milieu du travail, eut également à se défendre contre un soupçon d\u2019étroitesse ou d\u2019exagération à teinte janséniste.N\u2019allait-elle pas sans disce\t'\t' '\te la ques- tion morale à la moralité sexuelle ?Je trouve un écho de ces appréhensions dans un résumé d\u2019enquête, publié le 25 octobre 1939, par le K.P.Mesnard, O.P., dans la Vie Intellectuelle (fusionnée pour cause de guerre avec la Revue des Jeunes).« La J.O.C.11e verse nullement dans le travers d\u2019un moralisme qui serait devenu chez elle une idée fixe : si grave que puisse leur paraître cette question, les jocistes savent bien que c\u2019est la charité, et non la pureté, qui est la première des vertus ».Mais ils savent aussi «les terribles répercussions qu\u2019ont certains abus et certains vices ; ils remarquent chaque jour que l\u2019absence de moralité entraîne un profond égoïsme et jusqu\u2019à la disparition de tout sens humain ».Aussi bien le rapport dont j\u2019ai pris connaissance démontre par ses considérants que l\u2019enquête fut menée par une jeunesse lucide, au cœur vraiment apostolique, mêlée elle-même au travail ouvrier, constatant sur place les dangers qu\u2019il offre et s\u2019efforçant d\u2019y remédier ; et non pas par une sorte de gendarmerie officieuse où la délation et l\u2019espionnage 301 ^ Revue Dominicaine auraient eu leur triste rôle à remplir.Notre J.O.C.locale a entrepris de son côté un travail d\u2019examen et d\u2019épuration des mœurs dans les usines et manufactures.Elle a recueilli un bon nombre de fiches dont le classement méthodique n\u2019est pas encore terminé.Nul doute que suivant jusque dans sa lettre un mouvement de sa grande sœur de France, elle ne veuille également le suivre dans son esprit.De part et d\u2019autre l\u2019objectif était le même ; chez nous le terrain d\u2019enquête se trouvait, grâce aux circonstances, un peu plus restreint.Entouré, en général, d\u2019une « atmosphère hyper -sexualisée », selon l\u2019expression d\u2019un enquêteur, le travail manuel subit en France les inconvénients des transports mal organisés, des vestiaires communs, et parfois d\u2019une obscurité quasi complète, imposée par les circonstances de guerre.De plus il arrive assez souvent que la nature même de la tâche à exécuter comporte un péril immédiat.On signale dans le sud de la région parisienne une grande imprimerie où des apprentis de quinze à seize ans travaillent à des clichés et pellicules pour revues légères ou franchement pornographiques.Toutefois, si de telles conditions ne se rencontrent chez nous qu\u2019à titre exceptionnel, nous verrons à l\u2019instant qu\u2019il y a lieu de réfléchir sur ces paroles angoissées de Sa Sainteté Pie XI dans Quadragesimo Anno : « On est effrayé quand on songe aux graves dangers que courent dans les ateliers modernes la moralité des travailleurs, celle des plus jeunes surtout, la pudeur des femmes et des jeunes filles ».Puis cette phrase si impressionnante et contenant à elle seule tout un monde de pensées : « La matière inerte sort ennoblie de l\u2019atelier, tandis que les hommes s\u2019y corrompent et s\u2019y dégradent ».En d\u2019autres termes, la matière vivante, ce qu\u2019on appelle aujour- 302 La famille et le milieu du travail d'hui le capital humain, s\u2019y transforme à la suite de l'autre, mais cette fois pour le pire.Parmi cette matière vivante, on compte en bon nombre des apprentis des deux sexes, de jeunes chômeurs plus ou moins éduqués, d\u2019autres préparés à des tâches plus nobles, mais qui n\u2019avaient pas l\u2019embarras du choix.Ils sont venus au magasin, à l'iisiiie ou à la manufacture dans le but de gagner leur pain, de soulager leur famille, avec l\u2019idée du mariage au moins à l'arrière-plan.La perspective d\u2019un risque moral à encourir, loin d'alarmer leur conscience, touchait à peine leur imagination.Vous les auriez vivement surpris en leur déclarant que leur vie désormais allait devenir un traquenard journalier.Les Amici maintenant face à la réalité, une réalité qu'on trouve détaillée sans phrases dans les carnets jocistes et qui, du reste, n\u2019apprend rien au psychologue ni au prêtre receveur de confidences, même en dehors de son ministère.Le travail mixte \u2014 et quel travail aujourd\u2019hui ne devient pas mixte au moins temporairement ?\u2014 donne occasion sur place au scandale assidu de la parole et du geste, en attendant l\u2019exécution au dehors des complots tramés au dedans.Hommes et femmes mariés, chargés de responsabilités vis-à-vis des leurs, ont l'audace de mettre leur expérience (au singulier comme au pluriel) au service d\u2019une jeunesse fragile, étourdie peut-être et, sinon complètement ignorante du mal (ce qui n\u2019est guère avantageux), du moins jusque-là préserArée.La leçon est aussitôt comprise, même sans porter des fruits immédiats.L\u2019apprentissage technique commence à peine que déjà, du triste point de vue qui nous occupe, il n\u2019y a plus d\u2019apprentis.Je ne Areux pas m\u2019attacher longtemps sur les procédés, toujours les mêmes, de cette infâme pédagogie.Propos orduriers, 303 Revue Dominicaine basses plaisanteries lancées an hasard des rencontres, brimades, violences passagères, énervent constamment le travailleur et la travailleuse en leur faisant respirer nue atmosphère deux fois impure.Comme si la jeunesse qui vit là n\u2019avait pas assez de lutter contre ses propres penchants, sans qu\u2019on vienne conspirer pour hâter sa défaite.Il est vrai que souvent les jeunes gens eux-mêmes se mettent de la partie ; car la carrière enseignante dont je parle est ouverte à tons ; elle n\u2019exige (pie l\u2019âge, le talent et les grades que confère le vice.Un jeune cynique, élevé sans nul respect de la femme, répondit froidement au contremaître qui l\u2019avait pris en flagrant délit de scandale : « Il est entendu que toute jeune fille entrant dans ce lieu sera un jour insultée.Que l\u2019insulte lui vienne de moi ou d\u2019un autre, peu importe ».Ecoutez, pères et mères de famille qui voyez sans appréhensions partir votre enfant le matin, en imaginant qu\u2019elle reviendra le soir dans un accoutrement sale, peut-être, mais le cœur frais comme la rose et velouté comme l\u2019iris.Ecoutez, prêtres du ministère qui recevrez plus tard sa contrition indécise et ses aveux camouflés.Ecoutez, patrons insouciants qui, sans égard au point de mie moral, ne vo3rez chez la petite ouvrière que ses mains qui triment, l\u2019argent qu\u2019elle vous rapporte et l\u2019ouvrage qu\u2019elle abat.Ecoutez cette déclaration d\u2019un jeune apache : Que l\u2019affront lui soit infligé par moi ou par un autre, peu importe ! Il importe au contraire et beaucoup.S\u2019il y a une bouche capable d\u2019éructer de ces mots que je n\u2019appelle pas à double sens \u2014 car ces derniers s\u2019entendent plutôt dans des bureaux de professionnels où la séduction prend un caractère mondain \u2014 mais de ces mots à sens unique qui mettent pour des heures le camarade ou la compagne sous la complète obsession du mal, il importe, ô jeune homme, que cette bouche 11e soit pas la tienne ! 304 La famille et le milieu du travail Et si le drôle existe pour qui la vertu n\u2019est qu\u2019une parade, l\u2019hon-neur qu\u2019un préjugé et la beauté qu\u2019un jouet profane, il importe, ô jeune homme, que ce drôle ne soit pas toi ! Serez-vous tentés de répondre que l\u2019ouvrière, en toute circonstance, peut sauver sa dignité si elle en prend soin elle-même, puisque les hommes, en général, se montrent audacieux ou timides, libres ou contraints, fidèles ou traîtres, selon que la femme autour de soi, par sa tenue, ses discours ou sa toilette, autorise ]es hardiesses ou commande le respect.Le principe est orthodoxe et la pratique vient parfois le justifier.On peut supposer qu\u2019une réponse abrupte, cinglante comme la gifle, quand celle-ci n\u2019intervient pas, peut écarter l\u2019agresseur qui n\u2019ira pas s\u2019en vanter.La difficulté, dans certains cas, ne vient pas seulement de la faiblesse ou de la coquetterie féminine, mais d\u2019un risque tout matériel, appréciable quand même.Les fiches de la J.O.C., malgré leur caractère incomplet, m\u2019apprennent que parfois l\u2019employée distante sans raideur et droite sans scrupule, aura en partage le mauvais lot, la tâche ingrate, dans l\u2019espoir qu\u2019elle f inira par partir.Un jeune ouvrier de même trempe a manqué sa promotion, parce que, redoutant son commerce, les compagnons du futur milieu avaient organisé une mauvaise presse à son sujet.Qui n\u2019a pas rencontré de ces cas de conscience mettant une personne en service aux prises avec la sauvegarde de l\u2019honneur et la nécessité du gagne-pain.Et ce n\u2019est pas l\u2019aspect le moins sombre du tableau que j\u2019avais à esquisser dans ces pages.Reste l\u2019autre panneau du diptyque : le retour à la maison après une journée où l\u2019affaissement moral redoubla la fatigue corporelle, tout en diminuant, par le fait même, le rendement économique du travail. Revue Dominicaine Ici encore, je serai bref.L\u2019on n\u2019est pas sans soupçonner du moins les conséquences d\u2019un tel régime vis-à-vis de la famille, de ses exigences matérielles et surtout morales.Le père qui revient an foyer, après avoir manqué durant tout le jour au respect dû à soi-même et aux autres, aura beau afficher une certaine intransigeance, il verra, par un subtil retrait de la grâce, son autorité affaiblie et son commandement méprisé.Si la mère se trouve dans le même état d\u2019âme et de conscience et si, comme la chose est normale, son amour pour les siens a décru pour autant, où puisera-t-elle le courage et la force pour reprendre les tâches domestiques ?Quant à l\u2019amour conjugal, on sait ce qu\u2019il devient à la longue, ayant subi de part et d\u2019autre ces assauts répétés.Mais comme le travail au dehors des mères de famille demeure à l\u2019état d\u2019exception, il arrive en pratique que ce sont elles qui souffrent davantage des désordres signalés dans la première partie de cet article.Que voulez-vous ?Quand le mari a vidé son cœur, durant le jour, en toutes sortes d\u2019épanchements illicites, il en rapporte une aigreur que trahit l\u2019indifférence et le mutisme.Il n\u2019a même pas la décence de saluer sa femme, de s\u2019enquérir des nouvelles ou d\u2019en communiquer.Homme du dehors, il se réserve pour le dehors ; il se ménage pour la soirée qui ressemblera au jour et pour le lendemain qui ressemblera à la veille.A moins que, par penchant contraire, mais tout aussi naturel, il 11e s\u2019enflamme an moindre choc ou désagrément, et que la maison entière ne retentisse de cris tumultueux, d\u2019injures et de blasphèmes.Comme cette vie de club et de cabaret, jointe aux liaisons contractées, nécessite une part d\u2019un salaire déjà peut-être insuffisant, c\u2019est l\u2019entretien domestique et l\u2019éducation des enfants qu\u2019il sacrifie à sa passion.Autre conséquence immédiate, sinon fatale : les divers 306 La famille et le milieu du travail abus du mariage dénoncés par Sa Sainteté Pie XI, dans Castî Connubii.Il y a dans la morale et dans le code un mot tout désigné pour qualifier ce genre de conduite, et c\u2019est le mot forfaiture.Pendant ce temps, si le lecteur s\u2019imagine que garçons et filles, dont le labeur aussi fut souillé par la faute, vont s\u2019employer à améliorer le sort des parents, tout en songeant à leur propre avenir, sa générosité le trompe.Ou bien le scandale, actif ou passif, leur a laissé goût de cendre, ou bien ils s\u2019y livrèrent sans remords.Dans le premier cas, ils rapportent à domicile un cœur affadi, inerte et blasé.Souvent ils gardent pour eux-mêmes leur salaire intégral.De fréquentations sûres, de mariage prudemment organisé, il 11e saurait être question.Expérience faite, selon le mode décrit, les garçons déclarent qu\u2019il n\u2019y a plus de bonnes filles, et les filles leur accordent un égal degré de confiance.Dans le second cas, ils partent allègrement à la recherche de nouvelles aventures.Ils reviennent tard dans la nuit.Les jours de congé et les dimanches, ils recommencent.On ne les voit guère qu\u2019à l\u2019heure des repas, si bien que le foyer, la demeure ou l'on vit, où l'on aime, devient une pension qn\u2019on ne peut même pas appeler une pension de famille.Et maintenant, faisant retour sur la situation d\u2019ensemble, je me permets de désigner les responsables, sans néanmoins fixer, chose impossible, le partage de ces diverses responsabilités.Les parents oublient de faire l\u2019éducation sexuelle des enfants bientôt mûrs pour la vie de travail et de les prémunir contre les dangers de ce nouvel état.Les patrons pour la plupart \u2014 saluons ies exceptions \u2014 11e considèrent que le rendement économique de l\u2019ouvrier, sans s\u2019occuper du comportement moral, sans même s\u2019aviser que le succès de l\u2019entreprise dépend aussi de la conduite 307 Revue Dominicaine du personnel.Contremaîtres et gérants, négligeant toute surveillance, ou fermant les yeux sur ces désordres, seraient surpris d\u2019entendre dire qu\u2019ils assument en partie les responsabilités des parents.Enfin les inspecteurs nommés par le Gouvernement bornent leur office aux questions d\u2019hygiène physique, de ventilation et d\u2019éclairage.Et même limitée à ce domaine, il arrive que leur inspection soit d\u2019autant plus sommaire et bienveillante que plus cordial et magnifique fut l\u2019accueil du patron.Je crois opportun, pour combler en partie ces diverses lacunes dans le milieu du travail, qu\u2019un délégué représentant les jeunes y soit nommé et accrédité comme inspecteur.Déjà, du reste, et ce sera l\u2019éclaircie au tableau, toute une jeunesse d\u2019apôtres a vu ici ou là ses efforts récompensés.La situation des jeunes travailleurs s\u2019améliore peu à peu.On cite le fait d\u2019une manufacture dont le climat moral a été transformé.Tandis que les jocistes de France sont en passe d\u2019obtenir une refonte du Code de l\u2019apprentissage, les nôtres, par l\u2019exemple personnel, par des revendications sages et en comptant sur l\u2019appui de l\u2019Etat, laissent entrevoir au prolétariat des conditions nouvelles, où la jeunesse pourrait travailler à l\u2019édifice économique sans ruiner les bases du foyer.Ainsi se réaliserait le vœu de Pie XI : l\u2019ouvrier sauvé par l\u2019ouvrier.M.-A.Lamarche, O.P.308 Le Sens des Faits Neutralité Nous recevons depuis quelques mois des voyageurs de marque, venus de France et d\u2019Angleterre, qui nous entretiennent de la présente guerre, nous montrant, documents en mains, ce que déjà nous savions : comment c\u2019est bien T Allemagne qui a forcé leurs pays à prendre les armes.Nos hôtes s\u2019enhardissent même parfois, surtout si ce sont des amis de vieille date, jusqu a nous faire pressentir les répercussions d\u2019ordre matériel, moral et culturel que pourrait avoir, même pour nous, Canadiens français, une victoire du monstre germano-soviétique \u2014 ce monstre enfin révélé à tous par la « réunion de sa gauche et de sa droite ».On leur en fait grief en certains milieux.On croit devoir les avertir, non sans une nuance d\u2019acrimonie, que si le Canada n\u2019est pas juridiquement neutre, la grande majorité des Canadiens, surtout des Canadiens français, l\u2019est moralement.On voudrait leur faire savoir que « leur » guerre ne nous intéresse pas, la France et l\u2019Angleterre ne nous paraissant pas moins responsables de la guerre actuelle que le gouvernement nazi, et qu\u2019en toute hypothèse, les sentiments qui nous animent ne sauraient être ceux de leurs compatriotes qui se battent là-bas, près de la ligne de feu.Que faut-il penser d\u2019une telle attitude ?Est-ce vraiment celle de la majorité des Canadiens français ?Doit-elle l\u2019être ?Il ne peut être question de neutralité juridique pour nous, Canadiens.La neutralité juridique est celle par laquelle un peuple s\u2019engage officiellement, par la voix d\u2019un gouvernement légitimement établi, à ne prêter son concours, pour des actes de guerre, à aucun des pays belligérants.Or, notre gouvernement a déclaré la guerre à l\u2019Allemagne.Nous sommes officiellement et effectivement du côté des Alliés.Il va de soi, cependant, que la participation officielle n\u2019exige pas l\u2019approbation intérieure de tous les individus.Personnellement, les citoyens peuvent trouver qu\u2019un gouvernement, en engageant son pays dans telle guerre agit avec plus ou moins de sens politique, que les mesures qu'il 309 Revue Dominicaine prend n\u2019apparaissent pas toujours ordonnées au véritable bien commun de l\u2019Etat dont il a la change.On ne nie pas pour autant que, dans l\u2019ordre des actes extérieurs, un gouvernement légitimement établi n\u2019ait parfois le droit et le devoir d\u2019imposer des directives qu'un citoyen vertueux 11e saurait transgresser.Mais un gouvernement, fût-il légitimement établi, n'a pas de pouvoir direct sur nos pensées et 110s jugements.Un citoyen canadien, par exemple, partant de ce principe indubitable que la participation d'un pays à une guerre ne peut se justifier que si le bien commun de ce pays l'exige, jugera que notre effort actuel peut arriver à contredire le bien commun de notre pays, si on l\u2019exagère au point de compromettre la situation financière du Canada et, partant, son autonomie.Il pourra être d\u2019avis que l\u2019imposition de la conscription au peuple canadien serait un désastre, parce qu'elle saperait l\u2019unité canadienne ; il pourra même être convaincu intérieurement que le Canada eût mieux fait de se tenir en dehors du conflit actuel, autrement dit qu\u2019il eût dû choisir la neutralité juridique.Je répète cependant que dans l\u2019ordre des actes extérieurs, un gouvernement légitime a le droit d\u2019imposer des directions auxquelles tout citoyen consciencieux a le devoir de se soumettre.Mais, on peut être d\u2019avis que le Canada eût mieux fait de demeurer officiellement neutre, sans être soi-même moralement neutre.Ce sont là deux attitudes bien différentes.Dans le premier cas, on juge que le bien commun du Canada exigerait la non-participation à la guerre européenne.Le critère de jugement porte ici sur le bien commun de notre peuple.Dans le second, on considère, qu\u2019au regard de la morale, la cause d\u2019un parti n\u2019est pas plus juste que celle de l\u2019autre et l'on estime en conséquence que les Alliés ne méritent pas plus que l\u2019Allemagne la sympathie et l\u2019appui efficace des hommes sérieux et libres.C\u2019est la qualité morale des causes respectives qui est ici le critère.Dans certains milieux, on paraît confondre ces deux neutralités, en mêlant bien commun du peuple canadien et valeur morale de la cause des Alliés.Or, si la première attitude est justifiable, la seconde, je n\u2019hésite pas à l\u2019affirmer, serait une injustice et une bassesse.C\u2019est ce qu\u2019un journal belge, le Vingtième Siècle, a appelé, non sans raison, la «neutralité à plat ventre ».Je ne puis exposer ici au long et au large les raisons et 310 Le Sens des Faits les faits qui démontrent que l\u2019Angleterre et la France ont pour elles le bon droit et que leur guerre est une juste guerre.Ce serait d\u2019ailleurs favoriser l\u2019équivoque que nous cherchons à dissiper.La question n\u2019est pas de savoir si l\u2019Angleterre et la France ont été exemptes de toute faute politique depuis leur victoire de 1918, ni d\u2019examiner si leurs gouvernants sont des hommes impeccables ; mais si, oui ou non, elles avaient, en septembre 1939, une raison qui justifiât de leur part le recours aux armes.Il n\u2019est pas nécessaire, pour que leur cause soit juste, qu\u2019ils se soient levés, en palatins de l\u2019héroïsme désintéressé, pour rétablir l\u2019autonomie de la Pologne et de la Tchécoslovaquie.Il suffit que leur propre bien commun ait été sérieusement menacé.Or c\u2019est leur existence même qui est mise en péril par les forces hitlériennes.L\u2019Allemagne officielle n\u2019a même pas la pudeur de dissimuler ses convoitises.Qu\u2019on lise « Mein Kampf » et qu\u2019on médite ce qu\u2019Hitler y dit de la nécessité « d\u2019un règlement de comptes avec la France », « cette mortelle ennemie de la nation allemande ».Ce ne sont pas là menaces purement verbales.Le programme de mort pour les petits peuples et de déchéance pour les grands, exposé cyniquement dans « Mein Kampf » a déjà trouvé une bonne part de sa réalisation.L\u2019Autriche, la Tchécoslovaquie, la Pologne ont été envahies et brutalement annexées.Puis ce fut le tour de la Norvège et du Danemark.Et voici que la Belgique et la Hollande viennent d\u2019être attaquées malgré les engagements solennels du gouvernement allemand.Le masque est complètement enlevé.Après de tels actes, il est visible pour tous que d\u2019un côté se trouvent des professionnels du cambriolage international, de l\u2019autre des hommes qui ont la dignité de défendre leur droit et même le désintéressement de défendre celui des autres.Or quiconque a encore du bon sens et du cœur ne peut s\u2019astreindre à regarder d\u2019un œil égal la rapine et la défense du droit, la justice et l\u2019injustice.Un diplomate du siècle dernier disait que l\u2019Europe vivait en état de péché mortel depuis le partage de la Pologne.En septembre 1939, le péché mortel a été de nouveau perpétré.Que des peuples se soient levés pour effacer cette souillure \u2014 même si c\u2019est en poursuivant leur bien propre qu\u2019ils le font1 \u2014 cela ne peut pas et ne doit pas nous laisser indifférents.1.Et même si des intérêts financiers individuels (ou de Compagnies) viennent salir l\u2019idéal des défenseurs du droit (N.D.L.R.).311 Revue Dominicaine J\u2019ajoute que pour un Canadien français, des raisons d\u2019intérêt et de gratitude sont engagées dans le conflit actuel qui doivent entraîner sa sympathie d\u2019un côté plutôt que de l\u2019autre.Je pense surtout à la France.Une victoire complète de l\u2019hitlé-risme équivaudrait pratiquement à son anéantissement.Pareil événement ne changerait peut-être pas sensiblement notre vie matérielle.Goering et Goebbels ne viendraient probablement pas instaurer au pays de Québec la picaresque formule : « des canons à la place du beurre ».Mais, dans l\u2019ordre de la pensée, ce serait la mort pour les Canadiens français.Autant dire que nous perdrions toute raison d\u2019être comme nation.Dans l\u2019ordre spirituel \u2014 je prends le mot au sens large \u2014 nous 11e pouvons pas nous passer de la France, parce que nous n\u2019avons pas de personnalité propre et que nous ne sommes pas encore en état de nous en créer une.Pour nous en convaincre, nous 11\u2019avons qu\u2019à regarder les livres dont nous nous servons chaque jour ou à repasser dans notre esprit les noms des hommes qui ont eu le plus d\u2019influence sur notre esprit et qui ont marqué 110s vies.Qui nous a découvert le sens de la vie intellectuelle ?Qui nous a fait comprendre la profondeur du christianisme ?Qui a répondu à nos doutes ?Ceux de mon âge penseront à Claudel, Péguy, Psicliari, Maritain, Sertillanges, et à tous ces théologiens, philosophes et littérateurs français qui ont inspiré nos maîtres du Canada, avant d\u2019être pour nous-mêmes les compagnons assidus de 110s méditations quotidiennes.De tels hommes resteraient-ils encore possibles en régime hitlérien ?Le seraient-ils déjà chez nous ?Je laisse au bon sens le soin de répondre.Et puis.il existe une vertu très belle dont parle S.Thomas dans sa Secunda Secundœ et qu\u2019il serait peut-être bon de rappeler à notre mémoire en ces jours de tristesse.Elle s\u2019appelle la piété, pietas.Son rôle est double : dicter à un fils les sentiments et les actes de reconnaissance dus à son père et à sa mère : c\u2019est la piété filiale ; inspirer aux citoyens les attitudes que leur impose leur devoir envers la patrie : c\u2019est le patriotisme.Le rayonnement de cette vertu, S.Thomas le suggère, peut même atteindre une autre nation.Qu\u2019aurait-il dit des obligations d\u2019un peuple jeune comme le nôtre qui a le privilège de posséder encore sa mère.Je ne me sens pas le goût de faire de la grandiloquence sur ce thème.Mais je suis sûr que ces paroles répondent, dans l\u2019âme de tout Canadien français, à un sentiment sacré.C\u2019est 312 Le Sens des Faits pourquoi voyant la France menacée, nous sommes remués jusqu\u2019aux entrailles.Tout notre être nous dit que, dans le conflit actuel, nous ne pouvons pas être moralement neutres.Ottawa, 10 mai 1940 Gérard Paré, O.P.Un congrès scientifique à Ottaiva Il se tiendra au monastère des Dominicains, du 19 au 22 juin.On entreprendra, nous rapporte-t-on, d\u2019y travailler, cette année et annuellement, pour le développement des méthodes scientifiques dans l\u2019éducation au Ca7iada.Le sujet à l\u2019étude pour cette fois est l\u2019hygiène mentale dans l'éducation.Je vois au programme de ces séances d\u2019étude des titres de travaux capables de susciter des discussions et échanges de vues intéressants, par exemple : « Les déviations de la personnalité et la délinquence », du Dr A.Barbeau ; « La mésadaptation scolaire et la personnalité de l\u2019enfant », du Dr E.C.Webster, de l\u2019Université McGill ; « Hygiène mentale et éducation sexuelle », du Père Noël Mailloux, O.P.; « L\u2019hygiène du travail mental », du Dr A.G.Bills, de l\u2019Université de Cincinnati.« La pratique de l\u2019hygiène mentale à l\u2019école », du Dr J.E.Marcotte.« Le rôle du maître dans le développement de la personnalité », du Dr J.A.Long, de l\u2019Université de Toronto.Le Père Bégis, régent des Etudes au Couvent d\u2019Ottawa, dira, à la séance d\u2019ouverture du congrès, « Les raisons de cette initiative dans les circonstances actuelles ».Je suis convaincu qu'il en trouvera de très plausibles, d\u2019urgentes.Et on aurait bien tort de s\u2019étonner que ce métaphysicien têtu et de si belle race se charge d\u2019un plaidoyer en faveur des « méthodes scientifiques ».Ne suffit-il pas au philosophe d\u2019être bon philosophe \u2014 ce que l'on a toujours le droit d\u2019exiger de lui \u2014 pour reconnaître à la science expérimentale un champ d\u2019action bien à elle ! La philosophie la plus rationnelle et la plus raisonnable a depuis 313 Revue Dominicaine toujours distingué des méthodes de savoir propres à l\u2019observation scientifique et d\u2019autres réservées à la spéculation philosophique.Pas un manuel de philosophie d\u2019ailleurs qui n'omet sa petite dissertation sur Y objet formel de la science expérimentale.11 semblerait si facile, après s\u2019être donné toute cette peine pour dire aux savants le domaine exact de leurs recherches, de leur permettre de s\u2019occuper de leurs affaires et de croire qu\u2019ils font œuvre sérieuse en s\u2019en occupant.Il nous importe même grandement que nous nous intéressions à leur travail, que nous y collaborions dans la mesure du possible.Le savant observe le monde à travers une autre lunette que la nôtre sans doute.Et c\u2019est précisément pour cela que sa recherche nous est profitable.De la même façon du reste il a besoin que les principes de notre philosophie éclairent et prolongent ses découvertes.Si on s\u2019était toujours souvenu de part et d\u2019autre que la philosophie est aussi incapable, à la lumière de ses propres principes, d\u2019observer exactement le réel, que le savant peut l\u2019être d\u2019atteindre aux raisons profondes des choses aAœc ses instruments de précision ! C\u2019est pour l\u2019avoir naïvement oublié que le pseudo-scientisme de la scolastique décadente s\u2019est condamné au ridicule et que le faux philosophisme des savants du siècle dernier a conduit le monde au désastre.Puisqu\u2019on 11e peut vraiment plus aujourd\u2019hui se payer le luxe d\u2019un tel pédantisme et d\u2019une telle naïveté, et surtout parce qu\u2019une intelligente collaboration procurerait aux uns et aux autres d\u2019immenses avantages, le geste de ce congrès d\u2019Ottawa devient fort opportun.On a voulu d\u2019ailleurs y aborder, par un de ses multiples aspects, l\u2019une des questions scientifiques qui touchent le plus près possible à notre philosophie.La Pstychologie expérimentale, en effet, par ses données positives sur le comportement humain, a mis en cause des conclusions traditionnelles de la philosophie qui lui semblaient vitales.En réalité, cette science nouvelle renouvelait d\u2019abord et fort heureusement les supposés scientifiques de la philosophie, pour se permettre ensuite, avec beaucoup moins de bonheur, des généralisations hâtives qui dépassaient évidemment sa compétence.Les philosophes du temps étaient bien les grands responsables de cette faute.Ces généralisations relevaient uniquement de leurs principes certes.Mais ils n\u2019étaient pas là, n\u2019ayant rien voulu accepter des observations les mieux établies de la psychologie expérimentale, la boudant du fond de Le Sens des Faits leur tour d\u2019ivoire.Il faut se féliciter qu\u2019il n\u2019en soit plus ainsi aujourd\u2019hui et depuis plusieurs années déjà, du moins dans les milieux avertis et consciencieux.S\u2019il en était encore chez nous qui fussent capables \u2014 par un tour de force digne d\u2019une meilleure cause \u2014 d\u2019ignorer jusqu\u2019à l\u2019existence d\u2019une psychologie scientifique ou de douter du sérieux de ses recherches, de la sûreté de méthodes éprouvées depuis 50 ans, aussi bien que de ses bonnes intentions et du service inappréciable que rendrait une mutuelle compréhension, ceux-là se rendraient à eux-mêmes et rendraient aussi un immense service à la cause de la philosophie qu\u2019ils aiment en se rendant à ce congrès d\u2019Ottawa.Ils y verraient que ce n\u2019est pas si mal qu\u2019un comité d\u2019organisation des journées thomistes s\u2019occupe cette année des rapports sur le développement des méthodes scientifiques dans Véducation.Ravmond-M.Voyer, O.P.«/\ty Visites Interprovinciales Nous, Canadiens français, considérons avec raison l\u2019héritage de la langue française comme une de nos principales richesses.Jaloux de la conserver, nous avons peu songé cependant à en propager l\u2019usage chez nos compatriotes d\u2019origine anglaise.Ce sont les Universités anglaises qui, les premières, ont organisé des « French Summer Schools » dans la province de Québec.C\u2019est aussi un Canadien anglais, Mr.J.H.Biggar, professeur à « Upper Canada College», Toronto, qui a institué en 1936 les Visites Inter provinciale s.Mr.Biggar s\u2019est inspiré de l\u2019expérience européenne qui, depuis longtemps déjà pratique l\u2019échange d\u2019étudiants entre les familles de différents pays, dans le but de faciliter à la jeunesse, l\u2019étude des langues étrangères.Dans un bref exposé que j\u2019ai sous les yeux, Visites Inter provinciales déclare poursuivre, en même temps qu\u2019un but éducateur, un idéal patriotique, celui de « créer une véritable entente entre les Canadiens ».Le nombre de visites, limité à trois en 1936, s\u2019est élevé à cinquante en 1939.Ce développement de l\u2019initiative personnelle de Mr.J.H.Biggar a nécessité la formation de deux comités, celui de Montréal et celui de Toronto.315 Revue Dominicaine Le comité de Montréal fut fondé le 4 janvier dernier, chez M.Emile Vaillancourt, sous le distingué patronage de Mgr Olivier Maurault, de M.l\u2019abbé Arthur Mahenx, du Révérend Père Joseph Paré et de M.Victor Doré, Surintendant de l\u2019Instruction publique de la Province de Québec.Le Bureau des Visites Interprovinciales sert d\u2019intermédiaire entre les familles d\u2019Ontario et de Québec, qui désirent échanger leurs enfants, et aussi entre les familles qui sont prêtes à accueillir chez elles, moyennant une pension (qui varie de $4.00 à $12.00 par semaine) des personnes désireuses d\u2019apprendre soit le français, soit l\u2019anglais.Ce Bureau des Visites Interprovinciales est sous la direction générale de Mr.J.H.Biggar, Upper Canada College, Toronto.L\u2019administration du bureau des Visites Interprovinciales est indépendante de toute influence politique ou commerciale ; ses services sont gratuits et les renseignements qu\u2019elle donne sont sérieux et confidentiels.L\u2019ombre débordante d\u2019angoisses projetée par la guerre a rendu plus impérieuse notre soif de paix et d\u2019harmonie dans nos propres frontières.De même qu\u2019une famille trouve dans le danger l\u2019élément d\u2019une solidarité à toute épreuve, de même aussi, un peuple menacé doit anéantir le mur séparateur créé par ses différences d\u2019origine et de langue.Ce mur aura disparu quand tous les Canadiens anglais et les Canadiens français apprendront à parler aussi bien que leur langue maternelle, la deuxième langue officielle du Canada.L\u2019incompréhension, ce produit détestable de l\u2019ignorance et du préjugé, qui a persisté à nous désunir, cédera le pas, espérons-le, grâce aux multiples rapprochements des Visites Interprovinciales, à une communion d\u2019être jeunes qui apprendront à se connaître et à s\u2019aimer fraternellement, dans l\u2019atmosphère familiale de nos familles respectives.Emile Rinfret Projections Le P.Couturier Jeune encore, le R.P.Marie-Alain Couturier, à notre aide l\u2019invité de notre Institut franco-canadien, possède néanmoins une forte culture artistique, revue et corrigée par une 316 Le Sens des Faits très valable expérience.Il fit de la peinture durant les douze années qui précédèrent son entrée dans l\u2019Ordre des Frères-Prêcheurs ; et sa silhouette de laïc apparaît dans l\u2019Histoire de la Nation Française (Beaux Arts, T.XI) de M.Gabriel Hanotaux.Depuis, même au cours de sa formation religieuse, les supérieurs, en souvenir sans doute de Fra Angelico et de Fra Bartolomeo, lui donnèrent les latitudes voulues pour la pratique de son art qui se tourna naturellement vers le sacré.Ainsi furent décorés de sa main les appartements du Bme P.Général à Saint-Sixte de Borne puis à Sainte-Sabine.La gravure a popularisé des compositions du jeune maître parmi lesquelles j\u2019admire en particulier son Prope est Dominus, qui représente un moine prosterné dans la peine, paraissant ne pas sentir la Présence penchée sur lui ; et cette autre, si originale de conception : sainte Catherine de Sienne marchant en compagnie du Christ qui récite avec elle les versets alternés de l\u2019Office.Ainsi la cathédrale d\u2019Oslo, peut-être en ce moment ruinée ou endommagée par les bombes, reçut du P.Couturier sa splendide décoration.A lui fut confié également la direction de l\u2019« Art sacré », dont chaque livraison était une caresse pour l\u2019œil, un régal pour l\u2019esprit.Mais ce qui dut réjouir plus profondément le moine-artiste, sinon en tant que reflet authentique de gloire, du moins comme témoignage de confiance, ce fut sans doute la commande de nouveaux vitraux, d\u2019esprit moderne, pour les fameuses cathédrales de Notre-Dame de Paris et de Chartres.Des additions de ce genre peuvent donc s\u2019accomplir, en dépit de tout contraste, selon le style régnant.Blâme indirect pour ceux des nôtres qui, dans la décoration ou l\u2019ornementation des églises, veulent toujours procéder en hâte et d\u2019un seul coup, sous prétexte d\u2019uniformité ou de bon marché.Ne vaudrait-il pas mieux avancer pas à pas, attendre patiemment de nouvelles ressources, et n\u2019introduire que du beau véritable bien que disparate dans nos temples.La grande pitié des édifices religieux au Canada, expliquée en partie, selon le P.Couturier, par une décadence universelle de l\u2019art sacré depuis un siècle, doit nous faire apprécier davantage son séjour dans notre ville.« A quand la prochaine conférence » ?demandait-on en divers cercles.Mais un savant ou un artiste façonné par la discipline et conscient de son rôle, fera toujours passer la conférence au second rang.Si le public eut 317 Revue Dominicaine l\u2019avantage d\u2019entendre le distingué religieux dans quelques synthèses \u2014- d\u2019ailleurs à tendance pratique \u2014 c\u2019est aux cours appliqués qu\u2019il accorde ses préférences et le meilleur de son temps.Les anciens de l\u2019Ecole des Beaux Arts le savent qui l\u2019ont vu détailler, matériel en mains, dans une lente progression, les secrets de leur métier.Les religieuses chargées dans leur communauté d\u2019un enseignement ou d\u2019une exécution d\u2019arts plastiques, le savent également.Elles ne regretteront pas leurs pèlerinages à l\u2019Institut de l\u2019avenue Westmount.Avec un sérieux qui n\u2019est autre que ce qu\u2019on appelle distraitement le « culte de l\u2019art », mais que vient détendre le trait d\u2019humour, la « petite remarque en passant », avec une franchise nuancée d\u2019indulgente compréhension et un tact à l\u2019abri des surprises qui guettent d\u2019ordinaire l'hôte de passage, le cher Père se prodigue à tous et à chacun.Il commente, redresse, corrige, multiplie les conseils, accumule les mises au point.S\u2019il constate des lacunes ou des interversions malheureuses dans l\u2019enseignement officiel, on finit par l\u2019apprendre au moins par déduction.Si une frêle petite religieuse a reçu en commande une toile géante, réservée à l\u2019effort masculin, ou tout autre travail dépassant son stage de formation, l\u2019artiste, en face de tels abus retrouve d\u2019instinct son vocabulaire de prêcheur : 1 apprentie saura que c\u2019est un péché et qu\u2019elle court à sa perte.Il y a lieu de présumer que Mère Supérieure l\u2019apprendra a son tour.Et qu\u2019elle voudra agir en conséquence.Car, en de telles entreprises, non seulement l\u2019œuvre est gâchée, mais celle a qui on la confie ne réalise aucun progrès.Ou le professeur, cependant, retrouve son optimisme, c\u2019est quand il découvre ça et là quelque vif talent spontané.Cette bonne fortune lui est échue plusieurs fois, comme il le déclare sans réticence, et davantage peut-être dans le groupe féminin.Ah ! quand les Sœurs s\u2019y mettent ! écrivais-je dernièrement.C\u2019était même à propos de philosophie.Travailler avec quelques élèves studieux, faire du «séminaire», selon l\u2019expression en vogue et si juste, est l\u2019idéal du P.Couturier, comme c\u2019est le profit majeur que nous pouvons attendre de son engagement.Les conférences trouvent dans la presse un écho plus ou moins prolongé : les cours d\u2019application, les exercices jettent dans les esprits si malléables des jeunes une semence qui germera.Les progrès qu\u2019on signale depuis peu dans l\u2019art dramatique et dans l\u2019architecture sont dus à des ini- 318 Le Sens des Faits tiatives de ce genre.C\u2019est pourquoi notre amicale gratitude est acquise au K.P.Couturier, ainsi qu\u2019au président de l\u2019Institut, M.Etienne Gilson, qui, après une réponse favorable de New-York, où son compatriote s\u2019appliquait à peindre en chaire les vérités quadragésimales, déclarait avec un large sourire et un geste sec : J\u2019ai trouvé mon homme ! Cure de soleil Bientôt ils seront là, les « allongés », semés en files irrégulières sur la plage marine, plongés dans une demi somnolence ou filtrant du sable à travers leurs doigts.Ce qui contraindra les passants à zigzaguer pour 11e pas trébucher sur ces corps inertes, basanés ou en train de le devenir.Ils feront de l\u2019exposition, dans l\u2019attente, pour certain nombre d\u2019entre eux, d\u2019une cure de soleil.Sur les bienfaits ou les méfaits de cette thérapeutique, les médecins 11e s\u2019entendent pas assez pour qu\u2019011 puisse espérer sous peu un verdict unanime.Mais la mode s\u2019est prononcée qui prévaut sur la médecine et les Eglises et qui suffit aux snobs pour courir les plus grands risques, sanitaires et autres.Il y a là des catholiques en proportion variée selon les milieux.Songent-ils parfois qu\u2019il brille sur le monde un autre soleil : soleil vivant dont ils pourraient attendre profit ou guérison : le soleil eucharistique ! Les lamelles d\u2019or de l\u2019ostensoir sont là pour en figurer les rayons.Inutile d\u2019insister sur les effets certains de cette cure.Les théologiens les énumèrent avec preuves théoriques à l\u2019appui ; les prédicateurs les développent en apportant le témoignage des faits.Mais il faut pour en bénéficier autre chose et plus que faire de l\u2019exposition \u2014 bien que cette dernière suffise en général à une fructueuse action de grâces.Tandis que la cure des plages, si cure il y a, suppose l\u2019entière passivité des baigneurs, la cure de soleil eucharistique exige un clairvoyant effort, une recherche assidue, et cela en toute saison.Or il arrive ceci que le commerce de la Sainte Table prend des vacances à l\u2019heure où le patient en éprouve le plus cruel besoin, c\u2019est-à-dire à l\u2019époque de l\u2019année où se multiplient les occasions de chute et de scandale.A l\u2019heure également où le scandale international de la guerre hitlérienne mettrait en péril la foi de millions de catholiques, si celle-ci 11e s\u2019appuyait sur les divines promesses d\u2019indéfectibilité.C\u2019est là où je voulais en venir.319 Revue Dominicaine Ne sommes-nous pas responsables, dans la mesure de nos manquements personnels, de ce qui se passe entre pays belligérants, le nôtre compris ?Et voulez-vous du Mauriac à ce sujet ?« Le meurtre \u2014 le seul crime dont la plupart des hommes aient horreur \u2014 apparaît, multiplié par la guerre, comme le fruit naturel de toutes les autres abominations qu\u2019il leur est si doux de commettre.Et ceci n\u2019est pas de la sombre théologie : un économiste qui cherche les raisons des guerres finit toujours par démasquer les sept têtes du serpent, les péchés capitaux.Le mal est la mort : le péché est la mort et il engendre la mort.Nous ne reconnaissons pas comme venant de nous tous ces cadavres que nous enfantons.Nous demandons compte à l\u2019Auteur de la vie de ces hécatombes qui sont à la mesure de l\u2019avarice, de la luxure, de la colère, et de l\u2019orgueil humain» (La Vie chrétienne avec Notre Dame, avril 1940).Après cela, quiconque refuse, sous prétexte de vacances, de recourir au traitement eucharistique, remède aux sept péchés qui dominent le monde, et source de joie, quand la joie s\u2019avère aujourd\u2019hui si mêlée et si lourde : Votre gaîté, mortels, a le poids de vos peines, tait figure non pas de malade, mais de bien portant imaginaire.Criticus fivres A.Desquerat \u2014 « La Propriété » \u2014 in-12, 215 pages, Spes, Paris, 1939.C\u2019est une nouvelle contribution de l\u2019Action Populaire dont A.Desquerat fait partie, à la pensée sociale catholique.Ce petit volume d\u2019apparence modeste laisse mal soupçonner toute sa valeur.C\u2019est une mise au point complète de la discussion sur le problème de la propriété privée.L\u2019ouvrage est divisé en deux parties : Ce qu\u2019est la propriété ; ce qu\u2019elle doit être.Ce qu\u2019est la propriété est un résumé complet de l\u2019idée courante qu\u2019on se fait du droit de propriété, de son exercice en France et de son expression dans les textes législatifs qui l\u2019appuient.L\u2019étude a son importance dans la province de Québec où le code civil est la reproduction textuelle du code Napoléon en maints endroits ; par ailleurs en France comme au Canada les applications toutes modernes du droit de propriété privée, tel que les brevets, sont régies par les mêmes ententes internationales.On y saisit bien au clair une évolution juste de la conception du droit de propriété qui satisfait mieux aux exigences de la justice sociale.La seconde partie de l\u2019ouvrage : ce que doit être la propriété, possède la même clarté.Résumé précis des positions considérées comme acquises par l\u2019école sociale catholique, elle indique en plus les points à éclaircir et oriente les travailleurs qui voudraient approfondir certains principes des encycliques sociales.Basée sur Renan Novarum et Quadragesima Anno elle propose certaines interprétations très judicieuses de passages discutés.La portée de la preuve personnaliste de Léon XIII en faveur du droit de propriété privée y est bien soulignée, chose rare chez la plupart des auteurs qui en parlent.C'est pourtant la seule qui justifie de façon satisfaisante la propriété non seulement du nécessaire mais aussi du superflu.Du même coup les preuves apportées couramment en faveur du droit de propriété privée retrouvent leur force dans le champ restreint qu\u2019elles peuvent couvrir.Ouvrage de mise au point solide et sérieux, à la portée de tous.André-M.Guillemette, O.P.Fr.Vincent McNabb, O.P.\u2014 « Eleven, thank God ! » 1 vol.in-16 de 80 pages.New-York, Skeed and Ward, 63, Fifth Avenue, 1940.Vous vous demanderez sans doute ce que c\u2019est que ce titre bizarre.C\u2019est tout simplement la prompte et alerte réponse que la maman du R.P.McNabb faisait à ceux qui lui demandaient combien elle avait eu d\u2019enfants.« Onze, Dieu merci ! » Et parmi eux, le futur Father Vincent occupe le dixième rang.Pour celui-ci, on est tenté de s\u2019écrier : « Mon Dieu, trois fois merci ! ?, 321 Kevue Dominicaine Dans son mince volume d\u2019aujourd\u2019hui, Father McNabb nous livre une partie de ses souvenirs d\u2019enfance.11 parle peu de son père qui était capitaine au long cours, et se trouvait ainsi à s\u2019absenter longuement de la maison familiale.Mais que de jolies choses sur sa mère ! Ce sont des notations d\u2019une grâce à la fois frêle et vigoureuse, où toutes les pages sont comme baignées de lumière.L art filial du narrateur est si délicat qu'on ne songe point d\u2019abord à l\u2019admirer j on est conquis par le courage, par la joie, par la vitalité radieuse de cette âme de maman irlandaise.L auteur a encore beaucoup de choses intéressantes à nous raconter, et il le fera certainement dans son même style alerte de jeune septuagénaire c*vec le même sens des réalités intimes, et surtout avec la même chaleur d\u2019âme.Regis McNeely II.P.H.-D.Pire, O.P.\u2014 « Pitié ou Insensibilité ?Le témoignage de Clément d\u2019Alexandrie ».1 brochure in-8 de 48 pages.Editions Orientations, Thuillies (Hainault), Belgique, 1939.A la fin de 1937, un jeune dominicain de la province de Belgique le R.P.Henri-Dominique Pire, soutint, à l\u2019Angelicum de Rome, une thèse\u2019 de doctorat sur le sujet formant le titre de sa brochure d\u2019aujourd\u2019hui.Les œuvres de Clément d\u2019Alexandrie rendent une résonance stoïcienne.Au carrefour de deux cultures \u2014 la culture grecque et la culture chrétienne \u2014 il semble avoir întégré dans son système moral l'apatheia ou insensibilité stoïcienne.En a-t-il exclu Veleos ou miséricorde chrétienne, qui semble opposée.L\u2019étude du R.P.Pire fournit une réponse négative à cette dernière question, et montre comment Clément d Alexandrie crut pouvoir sur ce point particulier concilier Christianisme et Stoïcisme.Les anciens de l'Angelicum d\u2019avant 1931 seront heureux de constater combien le champ d\u2019horizon des thèses doctorales en Théologie s\u2019est élargi pour le plus grand progrès des candidats dans la formation historique.Que le temps semble loin où les aspirants-docteurs étaient forcément cantonnés CJan?,la ^ausaiité des sacrements ! Page 21, l\u2019auteur a ajouté une s au nom de Mgr Duchesne, et a omis le mot : ancienne dans le titre de l\u2019ouvrage du savant prélat.\t& A.Papillon, O.P.Lettres de sainte Thérèse \u2014 Traduction nouvelle, épurée des lettres apocryphes, par la Mère Marie du Saint-Sacrement, carmélite.Tome II.Paris, Blond et Gay, 1939.In-8, 484 pages.50 francs.L\u2019Epistolaire est probablement, de tous les écrits de la sainte, celui qui nous donne la connaissance la plus directe de sa vie quotidienne Durant les années 1575-1577 auxquelles appartiennent les 105 lettres de ce volume la grande fondatrice est aux prises avec les innombrables soucis et oppositions que lui suscite son activité.Elle écrit en hâte, sans se relire, avec une spon- 322 L\u2019Esprit des Livres tanéité qui, loin d\u2019exclure une entière maîtrise de soi, en découle.Elle est bien de ces mystiques dont Bergson a écrit qu\u2019ils manifestent leur santé intellectuelle par « le goût de l\u2019action, la faculté de s\u2019adapter et de se réadapter aux circonstances, la fermeté jointe à la souplesse, un esprit de simplicité qui triomphe des complications, enfin, un bon sens supérieur ».b y a toujours profit à entrer en contact avec de telles âmes, surtout lorsqu\u2019on y est aidé par une spécialiste de l\u2019histoire et de la mystique théré-sienne.J.-M.Parent, O.P.Paul Archambault \u2014 « Charles Péguy, Images cVune vie héroïque».Paris, Blond et Gay, 1939.In-8 écu, 160 pages.18 fr.Péguy, la patrie charnelle et la cité de Lieu.Paris, Bloud et Gay, 1940.64 pages.5 francs.L\u2019Imagier de Péguy a eu la main heureuse, puisque la première édition de son livre vient de s\u2019enlever en quelques mois.Ce rapide succès est mérité car nous avons là une magnifique série d\u2019évocations concrètes où biographie et pensée sont adroitement liées et s\u2019expliquent l\u2019une par l\u2019autre.Le procédé est d\u2019autant plus juste que chez Péguy les idées ne sont jamais en marge de la vie ; elles tendent constamment à s\u2019incarner dans un engagement total, comme le montrent les beaux textes cités dans ce livre.Estimant que « l\u2019heure est à ceux qui ont quelque chose à dire, quelque chose de vivant, de clair et de fort, susceptible de se traduire tout de suite en réconfort, en énergie, en œuvres », M.Archambault a voulu, dans une brochure toute récente, interroger Péguy sur un certain nombre de valeurs essentielles : le foyer, la justice, la patrie, la culture, la liberté, la charité, l\u2019espérance, l\u2019honneur, l\u2019héroïsme.Ces mots dont on abuse trop souvent retrouvent ici leur sens profond.J.-M.P.Etienne Borne \u2014 Jean Lacroix, etc.\u2014 « Options sur Demain ».Collection « La Nouvelle Journée », no 6.Paris, Bloud et Gay, 4939.In-8 écu, 200 pages.18 francs.Cet ouvrage dû à la collaboration d\u2019un groupe de jeunes Français, dans le bilan qu\u2019il dresse comme dans les solutions qu\u2019il propose, envisage surtout les problèmes sociaux et politiques de la communauté française.11 est cependant d\u2019un intérêt universel parce qu\u2019il établit clairement les principes et les exigences d\u2019une rénovation chrétienne de l\u2019ordre temporel.Il pourra donc guider les options de tous ceux qui veulent que leur activité sociale et politique soit vraiment chrétienne.J.-M.P.323 Revue Dominicaine M.Nedoncelle \u2014 « La Souffrance, Réflexions d\u2019un chrétien » Paris, Bloud et Day, 1940.64 pages.5 francs.Ces réflexions sur le paradoxe de la souffrance, sur la mort, la solitude morale, le sentiment d\u2019être loin de Dieu, traitent de façon neuve des sujets graves entre tous.Au lieu d\u2019une rhétorique revêtue de dévotion, un tour personnel et proche de l\u2019expérience, que les âmes éprouvées sauront apprécier.J.C.Fenton \u2014 « Tlie Theology of Prayer ».1 vol.in-8 de 257 pages.Milwaukee, Bruce Publishing Company, 1939.Les prêtres canadiens-français qui ont à assurer une prédication bilingue trouveront ici, pour la section anglaise de leur enseignement dominical, un exposé très clair, élégamment disposé, et rédigé dans un style agréable jusqu\u2019au chatoyant.Mais, sur la façon de penser, de creuser et de s\u2019approprier la doctrine de la prière pour en faire quelque chose de vivant, de palpitant, que l\u2019on ne recherche ici rien de nouveau.Le livre de M.l\u2019abbé Joseph Clifford Fenton est un de ceux où la théologie et la piété se répandent en considérations qui répètent en plus mou ce que les maîtres ont écrit durablement.A.Papillon, O.P.Dom Gaston Démaret, O.S.B.\u2014 « Indulgences à l\u2019usage de tous les fidèles, suivies d\u2019un manuel de piété ».1 vol.in-18 de 311 pages.Paris, Librairie Téqui, 1940.Le R.P.Dom Démaret, moine bénédictin de Solesme, a délaissé, pour un bref laps de temps, la publication de son traité français de théologie mariale en quinze volumes.On sait que les trois premières unités déjà parues de ce grand ouvrage renferment de respectables longueurs et plus d\u2019un à-côté du sujet.Le présent opuscule, s\u2019il vient retarder cette continuation, se fait au moins remarquer par une rédaction plus condensée et davantage ad rem.Le monde ecclésiastique connaît bien le recueil officiel : Preces et pia opera.indnlgentiis ditata, publié à Rome en 1938.Les nombreux textes latins de cette petite encyclopédie la rendent peu apte à être fréquemment consultée par la majeure partie des laïcs.Plus encore, l\u2019abondante et touffue littérature italienne qui encombre le recueil romain pourra dérouter les clercs et les fidèles qui, « de par le vaste univers », n\u2019ont rien à voir avec l\u2019Italie et les hyperboles de sa langue dévote.Il importait donc d\u2019adapter le catalogue de la Sacrée Pénitencerie à la langue et à la mentalité de chaque nation.C\u2019est ce que Dom Démaret vient de réaliser pour les pays de langue française.Son petit volume forme comme un tryptique dont le premier volet expose longuement la doctrine des indulgences : qu\u2019est-ce qu\u2019une indulgence, quelle en est l\u2019utilité pour les fidèles vivants et trépassés, quelle est la législation présente de l\u2019Eglise à leur sujet, et comment doit-on procéder pour s\u2019en assurer le gain.Le panneau central contient, avec l\u2019indication précise pour chacune d\u2019elles des conditions exigées, les prières, invocations, oraisons jacu- 324 L\u2019Esprit des Livres latoires, pratiques indulgenciées, les plus usuelles et les plus avantageuses : deux cent trente, extraites des sept cent quinze numéros de la collection de la Sacrée Pénitencerie, et groupées sous trois titres : a) Prières et invocations ; b) La journée, le mois, l\u2019année catholique ; c) Indulgences spéciales.Le troisième volet nous fournit la matière d\u2019un petit manuel de piété : prières du matin et du soir (en leurs longues et solennelles formules du dix-septième siècle), l\u2019Ordinaire de la sainte Messe dans une traduction intégrale et vraiment réussie, les Vêpres et Complies du dimanche, les Mystères du Rosaire, le Chemin de la Croix.Des tables détaillées viennent clore ce clair et pratique manuel.Le présent ouvrage de Dom Démaret pourra donc fournir un successeur idoine, revêtu de toutes les garanties officielles, au Précieux Trésor des Indulgences du R.P.Lacan, S.C.J., dont la deuxième édition avait paru en 1932.A.Papillon, O.P.Sœur Marie-Aimée-de-Jésus \u2014 « L\u2019Enseignement à l\u2019Institut de la Présentation-de-Marie » \u2014 Saint-Hyacinthe, 1939.Ce livre contient à la fois l\u2019histoire d\u2019une institution religieuse et l\u2019exposé d\u2019une méthode d\u2019enseignement.Une première partie est consacrée à l\u2019histoire de l\u2019Institut de la Présentation-de-Marie, dans ses phases principales, depuis les modestes débuts sous la direction de la Vénérable Mère Rivier jusqu\u2019aux plus récents développements, en Europe et en Amérique.Les sources d\u2019information de cette partie, nous sont indiquées par une référence unique (p.7) : les « Archives de la Maison » ; F.Mourret, Vie de la Mère Rivier ; A.Moulard, Vie apostolique de M.Rivier.Les « Archives de la Maison », constituent évidemment la source la plus sûre et la plus neuve.C\u2019est là sans doute, que l\u2019auteur a surtout puisé.Il ne nous est pas toujours possible de le savoir, cependant, n\u2019ayant pas de références précises.Nous aurions voulu être informés avec plus d\u2019exactitude.D\u2019autant plus que les extraits des lettres et des œuvres de la fondatrice, cités au cours du récit, sont d\u2019un grand intérêt.Sœur Aimée-de-Jésus y ajoute de copieux commentaires.Je ne suis pas sûr qu\u2019elle ne soit pas tombée parfois dans l\u2019exagération.On ne lui en voudra pas trop, cependant.Elle ne va jamais jusqu\u2019à travestir la vérité, et ses considérations s\u2019inspirent d\u2019un sentiment d\u2019admiration bien compréhensible.L\u2019exposé des méthodes pédagogiques, en usage dans l\u2019Institut, occupe la majeure partie du travail.Sans doute, les procédés ont évolué depuis le temps où Mlle Rivier enseignait la lecture et le catéchisme aux enfants pauvres du Vivarais.Les cadres de l\u2019instruction se sont élargis jusqu\u2019à embrasser désormais un programme d\u2019humanités grecques et latines, destiné aux jeunes filles de « bonnes familles ».Mais, le même esprit se retrouve à la base, l\u2019esprit de la fondatrice dont l\u2019œuvre a toujours eu pour but essentiel de « buriner le Christ au cœur de l\u2019enfant » et de préparer les jeunes filles « à être un jour de bonnes mères de famille ».C\u2019est fort bien dit.Et il importe de ne pas l\u2019oublier, même et surtout lorsque l\u2019instruction sera poussée jusqu\u2019aux études grecques et latines.Les conquêtes du féminisme n\u2019atteindront jamais 325 Revue Dominicaine en grandeur et en valeur réelles, le noble rôle qui a été départi à la femme par le Créateur : être la reine du foyer, donner naissance à des enfants et les élever, au sens fort du terme.Certaines parties de ces chapitres consacrés plus particulièrement à l\u2019enseignement paraîtront faibles.Quand l\u2019auteur tente de justifier l\u2019étude des langues grecque et latine, par la nécessité de connaître l\u2019étymologie de certains mots de la langue française ou l\u2019utilité de faire des néologismes, il est loin d\u2019emporter notre conviction.Ce ne serait vraiment pas la peine de sécher pendant des années sur des textes arides : il y a de nos jours tant de bons dictionnaires étymologiques.Heureusement que nous avons d\u2019autres raisons d\u2019étudier Sophocle et Euripide, Virgile et Cicéron.De même, on aurait désiré plus de précision sur le bilinguisme (p.211).Le texte contient de trop nombreuses fautes de typographie, et je relève une fâcheuse répétition de 15 lignes à la page 203.Cette étude qui a valu à son auteur le titre de Docteur en pédagogie de l\u2019Université de Montréal, rendra service à tous ceux qui s\u2019intéressent^ l\u2019éducation, surtout à l\u2019éducation des jeunes filles.Elle les aidera à résoudre l\u2019angoissant problème de l\u2019éducateur chrétien qui est d\u2019introduire les jeunes dans le monde de la pensée, sans jeter le trouble dans leur âme.Gérard Paré, O.P.Henriette Brey \u2014 « Si je t\u2019oubliais » \u2014 Editions Alsatia, Paris \u20147 En vente à la Librairie Beauchemin, Montréal, et à la Librairie Dominicaine, Montréal-Ottawa.C\u2019est un roman biblique d\u2019un charme étrange et prenant, dont le thème principal est cette lamentable lamentation des juifs exilés : « Nous sommes assis au bord des fleuves de Babylone, Nous avons suspendu nos harpes aux saules de leurs\u2019vallées.Nos vainqueurs nous ont dit de chanter nos hymnes de victoire et de joie.Comment chanterions-nous un cantique à l\u2019Eternel Nous qui sommes sur la terre étrangère ?Si je venais à t\u2019oublier Chère ville de Jérusalem Ficre princesse d\u2019autrefois, Que ma droite se paralyse Que ma langue se dessèche et s\u2019attache à mon palais.Ville sainte, ma lumière, ma vie, mon plus grand trésor Si je t\u2019oubliais !» Beaucoup de personnages intéressants dans ce roman.C\u2019est Jérémie, le prophète à la haute stature qui s\u2019avance sur les rocs de granit au bord des précrpices, sans jeter un regard sur leur profondeur.C\u2019est'Jonathan, le prêtre rigide chargé de conserver dans l\u2019intégrité de sa foi, le petit noyau d\u2019Israélites échappé à 1 exil.C est le fier Azaël, fils aîné de Jonathan, pareil à une statue de marbie, élance, inaccessible et froid.C\u2019est Esron, son frère, beau comme 326 L\u2019Esprit des Livres David ou Absalon qui savait gagner tous les cœurs.C\u2019est Istar, la voluptueuse Chaldéenne, tantôt femme, ange ou démon.C\u2019est Chrysothémis, la Grecque auréolée d\u2019or qui consent pour l\u2019amour d\u2019Esron à devenir prosélyte de la Thora \u2022 Suzanne, la fille du gouverneur, pâle infirme au tragique destin ; Ruth, Ùragu, Sulamite, Nubta.De ces personnages, les uns évoluent dans un décor de jardins.jardin suspendu, de platanes et de térébinthes, de massifs de mimosa.Les autres se meuvent dans un somptueux palais aux fiises d\u2019émail, aux colonnes de porphyre.Tous partent de l'amour ou vont à l\u2019amour en montant et descendant la gamme des passions.Un beau livre où se déroule une page héroïque de l\u2019histoire du peuple de léhovah et qui nous inspire le désir d'en savoir plus long sur cette émouvante histoire.Il sort des Editions Alsatia.C\u2019est dire qu\u2019il se présente de façon impeccable, dans ses 330 pages.Quant à l\u2019adaptation de Marie-Ange Lan-finger, elle ne semble rien enlever à la saveur de l\u2019original.Bien au contraire.Jeanne-Marie Gay R.P.Francis Goyer, S.S.S.\u2014 « Sois tempérant.tu seras heureux » \u2014 Secrétariat des œuvres eucharistiques, Québec, 1940.Pp.155.Rien n\u2019est plus mystérieux que l\u2019histoire intime d\u2019une âme qui vient de reconnaître le message du Christ dans une parole tour à tour méditative et frémissante.Cette expérience bien des jeunes l\u2019ont vécue au contact de ce prêtre toujours souffrant et priant, et, comme les auditeurs attentifs de Y heure dominicale, ils sont déjà familiarisés avec l\u2019expression virile dont il sait revêtir une pensée très dense.Pour engendrer la conviction, c\u2019est-à-dire, mieux que la persuasion, il faut la lumière.C\u2019est pour cela que le P.Goyer a voulu tenir ce langage austère, parler avant tout à l\u2019esprit.Nous aimons cet optimisme qui fait confiance au sens chrétien des foules et n\u2019hésite pas à le nourrir du pain des forts : la doctrine.Que l\u2019on prêche ainsi toujours et on ne tardera guère à voir une charité agissante se substituer à un sentimentalisme vide ! Au lieu de tonner contre le vice, que l\u2019on enseigne donc une bonne fois la vertu, et surtout cette vertu ample et souple comme la vie humaine que nous propose la morale ! S\u2019il frappe moins l\u2019imagination, cet équilibre serein \u2014 c\u2019est la note habituelle de ces exposés alertes autant que sobres \u2014 apaise plus sûrement l\u2019inquiétude des esprits et des cœurs.Et c\u2019est ici surtout qu\u2019éclate une compréhension nuancée du mécanisme de notre vie surnaturelle.Le P.Goyer ne se lasse pas d\u2019insister sur le caractère infus de la vertu de tempérance afin de mieux montrer comment la grâce envahit jusqu\u2019aux parties les plus troubles de notre être.Et l\u2019aisance avec laquelle il nous décrit cette spiritualisation progressive de nos puissances charnelles laisse deviner qu\u2019il est de ceux qui en discernent sans peine les plus délicates manifestations dans un maintien ou dans un î egard.Dynamisme surnaturel déposé au cœur du baptisé, la tempérance infuse doit pourtant se plier dans son exercice aux exigences de la condition humaine 327 Revue Dominicaine de ce dernier.Hésitation du jugement, faiblesse du vouloir, inertie de la chair, la grâce doit compter avec tout cela.Conscient de cette réalité, le P.Goyer songe avant tout à rendre au jugement de conscience la saine fermeté et la lectitude profonde qui en feront la meilleure sauvegarde de la vertu.Une dernière remarque aidera à saisir la signification intégrale de cet enseignement.Chez plusieurs, le titre inscrit sur la couverture de ce petit livre évoque peut-être un souvenir plutôt terne, celui de quelque pieux recueil de pensionnat.Mais le lecteur averti ne saurait céder à une impression qui méconnaît le sens théologique de l\u2019auteur.En écrivant : Sois tempérant.tu seras heureux », ce dernier ne cherche pas un mot à effet, il parle avec une rigueur toute formelle.Pour s\u2019en convaincre, que l\u2019on prête attention à cette remarque de saint i homas : « Les choses qui sont l\u2019objet de la tempérance sont, plus que toutes les autres, capables de troubler l\u2019âme, parce qu\u2019elles font partie essentiellement de la nature humaine.Apaiser l\u2019âme est donc attribué par excellence à la tempérance, encore que ce soit un effet commun à toutes les vertus» (II-1I, q.141, a.2, ad.2um).Tel est le message que le prêtre, au nom du Christ, adresse aux âmes qui écoutent sa voix.Etrange coïncidence, le prophète lui aussi, parlait de même : « Oh ! sois attentif à mes commandements, et ta paix sera comme un fleuve » (Is., 48, 18).Noël Mailloux, O.P.Léopold Richer \u2014 « Silhouettes du monde politique » \u2014 Les Editions du Zodiaque, Montréal, 1940(Prix : $0.75).La revue mensuelle toujours devancée par les quotidiens n\u2019a pas souvent l\u2019avantage de servir des primeurs à ses abonnés.Cela comporte des inconvénients et des avantages.Si le chroniqueur de la revue se voit souvent invité à revenir sur des thèmes dont les journaux ont déjà épuisé l\u2019actualité, il se console en croyant pouvoir fournir la synthèse définitive et nourrit quelque temps l\u2019illusion que son boniment demeurera plus longtemps sous les yeux du lecteur.S\u2019il s\u2019agit du dernier livre de M.Richer, d\u2019autres événements sont venus entre l\u2019édition quotidienne et l\u2019édition mensuelle modifier des manières de voir pourtant fort apparemment fondées.Je crois avoir lu une bonne partie de ce qui s\u2019est écrit dans les journaux de langue française au sujet de « Silhouettes politiques » et les analystes m\u2019ont semblé se rencontrer à l\u2019unanimité sur la conclusion suivante qui ressort du reste avec évidence de l\u2019ensemble de l\u2019ouvrage.« Toute 1 activité de nos hommes politiques est en majeure partie dominée par le souci de conserver leur mandat et l\u2019appui de leur parti.Pour un certain nombre, la fidélité au parti est tout le mot d\u2019ordre de la vie politique ; pour d\u2019autres, ce sont bien souvent des intérêts étrangers à la prospérité générale de l\u2019Etat ».La cause première de cette situation ne serait-elle pas dans le suffrage populaire universel, où la voix du père de famille, du payeur de taxes, du primat, du juge en chef est étouffée par la voix nécessairement plus massive et partant moins éclairée de la foule des irresponsables de tout genre ?La preuve n\u2019en serait-elle pas que le dernier verdict électoral vient de 328 L\u2019Esprit des Livres contester, trop brutalement, je l\u2019avoue, plusieurs des manières de voir de M.Richer.Outre cela, il reste un doute qui m\u2019intrigue et que l\u2019auteur me permettra d\u2019exprimer.M.Richer est-il tellement « anti-participationniste » \u2014 les circonstances permettent de créer des mots \u2014 qu\u2019il en vienne à douter de la sincérité de tout homme politique qui exprime l\u2019opinion contraire ?La neutralité complète du Canada serait-elle d\u2019après lui, la seule lumière qui permette de juger de la prudence et de l\u2019habileté de nos législateurs ?Et puis, ces quelques lignes relevées dans le portrait de M.Drew et qui semblent avoir échappé aux appréciations des journaux, qu\u2019en faut-il penser ?« Nous vivons dans une ère où l\u2019on nie le droit qu\u2019a chaque homme de posséder un foyer, mais l\u2019on ne voit pas que l\u2019on accueille partout le communisme comme formule d\u2019organisation de vie économique et sociale » (page 51).Le livre de M.Richer, excellent document pour les ultra-neutres, n\u2019en offre pas moins à ceux qui pourraient hésiter entre deux attitudes trop absolues des renseignements fort précieux et d\u2019un intérêt captivant sur ce qu\u2019on pourrait appeler le clair-obscur de la politique fédérale et ceux qui en composent les jours et les ombres.A.Saint-Pierre, O.P.R.P.J.Grimal, S.M.\u2014 « La vraie conversion du cœur ».1 vol.in-16 de XXIV-184 pages.Lyon et Paris, Librairie Emmanuel Vitte, 1940.Dans son Avant-Propos, page VI, l\u2019auteur déclare que le trait original et utile de son volume, « si originalité et utilité il peut y avoir », sera de centrer, dans la première étape de sa vie spirituelle, l\u2019âme du lecteur sur le Christ présent et agissant en elle.Soit dit immédiatement : originalité il n\u2019y a pas, pour employer l\u2019elliptique langage du R.P.Grimal.Que Notre-Seigneur Jésus-Christ soit tout dans une existence surnaturelle commençante (incipiens), c\u2019est l\u2019enseignement traditionnel jamais remis autant en lumière et en valeur que depuis vingt ans, dans le grand mouvement originé de la revue : La Vie Spirituelle.De ce point de vue, les cent quatre-vingts pages du vénérable auteur présentent surtout une suite de formules et de considérations dont le relief s\u2019est usé à passer de mains en mains.Mais, à défaut d\u2019originalité, ce volume du R.P.Grimai présente une appréciable utilité.Car nulle part plus que dans le domaine spirituel, ne s\u2019avère faux le vieil adage : assueta vilescunt.Les séminaristes, les novices et les scolastiques viendront donc puiser dans ce petit livre, avec une doctrine un peu filandreuse de la conversion, le secret du vouloir qui est au point de départ de toutes les réalisations dans notre vie divine.' La manière a quelque chose de trop constamment tendu.On désirerait un peu plus d\u2019éclaircies, et d\u2019un genre plus adapté au but que l\u2019histoire de Rosanna (page 132).Ce dernier récit prouve une seule chose : l\u2019auteur, ayant séjourné chez les Franco-Américains, s\u2019imagine être original en tirant de ce terroiryles exemples, des.cas, narrés avec le style populaire local, qui seront d intérêt nul pour la quasi totalité de ses lecteurs.De même, aussi, cette manie 329 Revue Dominicaine d\u2019employer des paroles ou des expressions anglaises, complètement inutiles ici, et qui ont, d\u2019ailleurs, leur équivalent dans la langue de l\u2019auteur et dans celle de ses lecteurs éventuels.Ce travers ravivera une des souffrances de nos compatriotes des Etats-Unis ayant comme pasteurs des religieux de France : ces bons Pères, malgré une aptitude remarquable à écorcher la langue de Shakespeare, ne voudraient pour lien au monde manquer de farcir leurs conversations d\u2019expressions ou de mots anglais._ Enfin, le R.P.Grimai en prend un peu à son aise avec l\u2019orthographe des initiales ou des noms propres eux-mêmes : Legaudier, au lieu de Le Gaudier (page 75, note 1) ; J.-M.Lagrange, au lieu de M.-J.(page 121, note 1) \u2022 Mauièze, au lieu de Manrèze (page 149, note 1 ) ; S.P.Desurmont (pao-e 168, note 1) qui doit probablement désigner le P.Achille Desurmont, C.SS.R.A.Papillon, O.P.R.P.H.-M.Guindon, S.M.M.\u2014 « Une âme mariale : Marie de Sainte-Cécile de Rome ».1 vol.in-12 de 111 pages.Ottawa-Eastview, Les Editions Montfortaines, 1940.En vente également à la Librairie de L\u2019Action Catholique, 1, boulevard Charest, Québec.Le R.P.Dom Léonce Grenier, prieur de Saint-Benoît-du-Lac, a publié en deux volumes, à la fin de 1934, les notes de spiritualité de Dina Bélanger en îeligion Mère Marie de Sainte-Cécile de Rome, de la Congrégation de Jésus-Marie (1897-1929).Des cahiers de la jeune religieuse, le R.P.Henri-Marie Guindon, Montfortain, vient d\u2019extraire toutes les données mariales qui s y peuvent rencontrer en acte ou même en puissance.Excellente idée Réalisation édifiante.Les deux premiers chapitres ne prouvent pas grand\u2019chose.Après M
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