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Titre :
Revue dominicaine
Éditeur :
  • St-Hyacinthe :Couvent de Notre-Dame du Rosaire,1915-1961
Contenu spécifique :
Janvier
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Rosaire
  • Successeur :
  • Maintenant
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Revue dominicaine, 1942-01, Collections de BAnQ.

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[" « REVUE DOMiNitVÎNE ECOLE TECHNIQUE DE QUEBEC 185, Boulevard Lanqglier-Téléphone 2-6864 Les COURS SONT ORGANISÉS COMME SUIT:?\tBOURSES AUX ÉLÈVES MÉRITANTS 1° COURS RÉGULIERS :\tJr (fëlÈm %\t2° COURS ABRÉGÉS D'AUTOMOBILE: ® TECHNIQUE, 4ANNÉES D'ÉTUDES\t3?\t\u2014 IO MOIS D\u2019ÉTUDES- © DES MÉTIERS, 3 ANNÉES D\u2019ÉTUDES\t3 ° COURS DE SOIRS Diplôme Officiel PROSPECTUS sur DEMANDE .COMPRENANT DE NOMBREUX COURS LIBRES ENTREPRENEURS Tuile, Terrazzo, Marbre, Ardoise, Pierre Artificielle, Pavages, Trottoirs, etc.J.IGN.BILODEAU PRÉS.ETOCRAMT TEL.2-11-43 32, RUE RICHELIEU, QUEBEC.-J.LA9ELU\u2014 Tél.8216 1 S.Ru\tDiplômé General Motors lellanrf il \u2022 U \u2022 A CARR< Réparations d Automobiles' et de Rembourage Carrosserie endommagée et dé bossage de tous genres\tÎSSIER.__ Spécialité:\u2014 Peinturage Duco DuponU Vitrage des Chars Mécanique.\tt 2,Christophe Colomb\tQuébec,RQ.\u2022 ® \u2022 SERVICE JOUR ET NUIT Tel.6210 \u2022 ® \u2022 CHARLES CLOUTIER DIRECTEUR DE FUNÉRAILLES EMBAUMEUR.ETC.\u2022 ® \u2022 174.D'AIGUILLON QUÉBEC P.Q.\u2022 \u2022 \u2022 flwrwno iriflTHiaittei.5-37?6) Éomono syiVflinuèi 9898) INïïHIEU 6 SYlVRin enTR6PR\u20acn6URS, 44,Ste-ürsuls, Quebec, RQ, tel.2-22-40 Tél.Zone 7-036 J.VILLENEUVE LIMITÉE ENTREPRENEURS-SCULPTEURS ET MANUFACTURIERS Sculptures dans tous les genres, Dorure, Statues en Bois Autels, Ornements d\u2019églises, Etc.St-Romuald.\t\u2014\tCo- Lévis.P.Q.CORSETS SPENCER Un dessin est créé spécialement pour vous.Tout genre de Corsets, Ceintures pour Dames, Hommes et Enfants, Brassières, Corsets, Supports Orthopédiques, Maternité, etc.Démonstration gratuite à domicile Votre corset gardera sa forme tant qu\u2019il durera.Mme C.-E.PELLETIER CORSETIÈRE MÉDICALE DIPLÔMÉE 75.St-Jean\tTél.2-7553\tQuébec Spécialité : Ceintures chirurgicales v.Tél.4-2772 CHARLAND ET BERNARD Liée Soudure au gaz et à l\u2019électricité Fabrication de réservoirs Angle 1ère Avenue ET 4ième Rue LIMOILOU - QUÉBEC Tél.Bureau : 3-2572 Tél.Rés.: 3-4129 P.E.LAROCQUE REPRÉSENTANT CHAUFFEUR MÉCANIQUE \u201cVOLCANO\u201d 86, Côte D\u2019Abraham\tQuébec FABRIQUÉ À SAIXT.HYACINTHE ENCOURAGEZ NOS ANNONCEURS O.PICARD & FILS INC.Plomberie \u2014 Chauffage \u2014 Electricité Ventilation \u2014 Air climatisé Gérant : J.-C.LACHANCE 78, ST-AUGUSTIN Tél.2-1239 QUEBEC Tél.6642 EMILE COTE ENRG.ENTREPRENEUR GENERAL 211, rue ST-CYR1LLE QUEBEC III Bonnes resses a cons er Accessoires contre l Incendie : The Canadian Fire Hose Co.Ltd., 827 ouest, Notre-Dame, Tel.PL.6416-17, Montreal Ameublement Général : Corbeil, Paul, 434 est, boul.Crémazie, DU.5737-5738, Montréal Architectes : Desmeules, Gabriel, 226, St-Jean, Tél.4-3864 .Québec Larue, J.-Albert, 5711, Durocher, Tél.CR.2734 .Montreal Arpenteurs-Géomètres et Ingénieurs Forestiers: Bélanger et Bourget, 86, Côte de la Mont., Tél.2-5180, Québec Gastonguay, Jules-P., 71, St-Pierre, Tél.2-3400 .Québec Arroseurs Automatiques : \u201cAutomatic\u201d Sprinkler Co., of Canada, Ltd., 6998, Jeanne Mance, Tél.DO.3546-7, Montréal Articles de Sport : Le Palais des Sports, 67, Côte d\u2019Abraham, Tél.3-2341, Québec Ascenseurs : La Cie F.-X.Drolet, 206, Du Pont, Tél.4-4641 .Québec Assurances Générales : Courville, Georges E., 139, Principale, Tél.3-1056, Hull, P.Q.ASSURANCES ET IMMEUBLE : Côté, H.J.E.et Cie, 120, Clarence, Tél.4-0670 .Ottawa ASSURANCES : La Sauvegarde, Cie d\u2019assurance sur la vie .Montréal AUTOMOBILES ET ACCESSOIRES : RÉPARATIONS : Morrisset et Frère.337, Prince-Edouard, Tél.7158 .Québec AVOCATS : Beauregard et Beaudry, 507, Place d\u2019Armes, HA.4139, Montréal Boisvert et Corriveau, 80, St-Pieri'e, Tél.2-3420 .Québec Boyer, Aug., 4 est, Notre-Dame, Tél.MA.7031 .Montréal Champeau, Armand, 2206, Plessis, Tél.AMherst 1458, Montréal Duguay, René, 276 ouest, St-Jacques, Tél.HA.5111, Montréal St-Jacques, Henri, 18, Rideau, Tél.2-5055 .Ottawa, Ont.Banques : La Banque Provinciale du Canada, 221 ouest, St-Jacques, Tél.HA.7151, Montréal Biscuits et Gâteaux : Cie de Biscuits Stuart Ltée, Alf.Allard, prés., CR.2167, Mtl.Bois et Matériaux de Construction : Dupuis, J.-P.Ltée, 1084, Av.de l\u2019Eglise, Tél.YO.0928, Verdun BOULANGERS (Gâteaux et PÂTISSERIES) : Hethrington, T., Ltée, 358-364, St-Jean .Québec Brique, Terra-Cotta, Tuyaux : La Brique de Scott Enrg., Tél.National 7, Scott Jet.P.Q.Buanderies : Buanderie St-Paul, 2020, Roberval, Tél.WE.6791 .Montréal Calices, Ciboires : Atelier Beaugrand, Gilles, 846, de l\u2019Epée, DO.2950, Montréal CHARBON (Axtukacite et Bitumineux) : Madden et Fils Ltée, 3, boul.Charest, Tél.4-3578 .Québec Chauffage et Plomberie (entrepreneur) : Jetté, J.-W.Limitée, 360 est, Rachel, Tél.MA.4184, Montréal Chaussures : Talbot, Alphonse, 7, 29 et 45, St-Joseph .Québec Cheminées, Ingénieurs-Constructeurs : Pelletier, Arthur & Cie, 167, Saint-Sauveur, Tél.8040, Québec Chocolats (fins \u2014 minuscules) Livraison.- Denyse, 4909 ouest, Sherbrooke, Tél.EL.4877 .Montréal Ci.avigkaphes - Rubans - Réparations - Papier Carbone : N.Martineau et Fils, 1019, Bleury, Tél.BE.2318 .Montréal Clôtures : Frost Steel & Wire Co.Ltd., 1105 o., N.-Dame, WI.1149, Mtl.Collège Versailles : Fortin Business Colleges, 840, Cherrier, Tél.AM.6440, Montréal Compliments : Un ami de la Revue.Compliments d\u2019un ami : C.N.E.W.A.Baker, Palais de Justice .Montréal Cours Anglais, sténographie bilingue et dactylographie: Sturton School, 93, Crémazie, Tél.9571 .Québec Cours Préparatoire au Collège Stanislas : Girard, Mlle Marie, Dir., 118, boul.St-Joseph, CR.1791, Mtl.Courtiers en Épiceries : Brault, Anastase, 1891, Roberval, Tél.WE.4237 .Montréal Couvreurs : Falardeau, Eugène Ltée, 141, Dorchester, Tél.9677 .Québec Directeurs de Funérailles : Cloutier, Charles, 174, D\u2019Aiguillon, Tél.6210 .Québec Doreurs-Argenteurs-Orfèvres : Belleville, J.Arsène Ltée, 47, Sous-le-Fort (Basse-ville) Québec Drive Yourself : Jobidon, Robert, 250, St-Paul, Tél.2-5317 .Québec Eaux Gazeuses : Claire Fontaine Ltée, 88, Côte d\u2019Abraham, Tél.2-8171, Québec Eau de Javelle : L\u2019Eau Merveilleuse Enrg., 39-7e rue (Limoilou) 4-2661, Québec Entrepreneurs Généraux : Lamontagne, F.-X., 411, Boulevard Charest, Tél.3-0590, Québec Ouellet, Ludger, 87, St-Cyrille, Tél.2-1710 .Québec Entrepreneurs-Menuisiers : Maranda, Delphe, 812(4, St-Valier, Tél.2-3808 .Québec Épiciers-Bouchers : Gougeon, J.B., 175, Rochester, Tél.8-0030-8-0031, Ottawa, Ont.Épiceries en Gros : D\u2019Aoust, P.Ltée, 11, York .Ottawa, Ont.Lamarche, J.-H., 6749, St-Laurent, Tél.CR.2155 .Montréal Laporte, Hudon, Hébert, 640 ouest, St-Paul, MA.3761, Montréal Letellier, J.-B.-E.Enrg., 112, Dalhousie, Tél.2-3931 .Québec Estampes en Caoutchouc : A.Derome et Cie Enrg., 25 est, N.-Dame, LA.2392, Montréal Fourrures : Alain, P.A.Ltée, 203, St-Joseph et 79, de l\u2019Eglise, 5106, Qué.Desjardins.Chas, et Cie, 1170, St-Denis, Tél.HA.8191, Mtl.Laliberté, J.-B.Ltée, 145, St-Joseph, Tél.6191 .Québec Robitaille, Jos., Enrg., 108, Richelieu, Tél.2-3288 .Québec Sanfaçon, Honoré, 110, rue de la Couronne, Tél.7419, Québec Turcotte, N.-Geo., 162, Côte d\u2019Abraham, Tél.4-1459 .Québec Habits et Merceries .- Cusson et Cusson, Place du Marché, rue Cascades, St-Hyacinthe Hôpital Privé \u2014 Maternité : Hôpital Sainte-Marguerite, 1435, Amherst, FR.7623, Montréal a consu %êj! Importateurs et Fabricants D\u2019Objets de Piété : Génin, Trudeau et Cie, 38 ouest, N.-Dame, LA.2261, Montréal %î: outra! 3, Mil IMPRIMERIE-RELIURE (Impressions de tous genres) : Presses Sociales Ltée, 194, Latourelle, Tél.5913 .Québec Imprimerie Economique Enrg., 473, St-Vallier, Tél.3-3408, Que.Industrie Laitière (Machines, ustensii.es, app.frig.) : Trudel, B.et Cie, 304, Carré Youville, Tél.MA.8067, Montréal JOURNEAUX: Le Droit .Ottawa, Ont.outra' irai Qnébs LE Laboratoire Farley \u2014 Hull, P.Q.Fabricant des \u201cAntalgines\u201d contre les Maux de Tête.Lait, Crème, Beurre, Œufs et Fromage : \u201cClark Dairy Ltd., 634, Av.Bronson, Tél.5-1811, Ottawa, Ont.La Ferme St-Laurent Ltée, 6768, Garnier, CR.2188-9, Montréal Laiterie de Québec Ltée, 75, av.du Sacré-Cœur, Tél.7101, Québec Lames de Rasoir \u201cGoldtone\u201d : Lachance, J.-M., 126, St-Pierre, Tél.4-1528 Québec (life: Libraires : Granger Frères Ltée, 56 ouest, N.-Dame, LA.2171 Montréal );fe Magasins à Rayon : Bouchard,\tL.,\t750-760, St-Vallier, Tél.2-5638 .Québec Dubuc, T.\tD\u201e 214-218, St-Jean, Tél.\t2-3961 .Québec Dupuis Frères\tLtée, Tél.PL.5151 .Montréal Paquet et\tCie\tLtée, 157, St-Joseph,\tTél.8131 .Québec Pharand, J., 85, Champlain, Tél.2-5315 .Hull, P.Q.Syndicat de Québec Ltée, 215, St-Joseph, Tél.4-3561, Québec Mobiliers D\u2019Églises \u2014 Menuiserie Générale : Verrette, Philippe Enrg., 2008, Bellefeuille, Tél.3252, T.-Riv.Nettoyeurs et Buandiers .\u2022 Pfeiffer, 4, rue McMahon, Tél.2-2021 .Québec Négociants de Papier et ses Produits : MacGregor Paper & Bag Co., Inc., 451, St-Sulpice, Tél.LA.2274-2275, Montréal Notaires : Labrèche, Albert, 10 ouest, St-Jacques, Tél.MA.3373, Montréal McKay, R.E., 4948, av.Verdun, Tél.YO.5322 .Verdun Nouveautés, Merceries, Tapis, Prélarts : Alepin, J.et Frère Ltée, 4295 ouest, Notre-Dame, Tél.WE.1108 ; 4719, Wellington, Tél.YO.1144, Montréal Opticiens D\u2019Ordonnances : Lamontagne, Etienne, 1065, St-Prosper, Tél.2178, Trois-Rivières Optométristes et Opticiens : Derouin, O.L., 37, Metcalfe, Tél.2-4976 .Ottawa, Ont.Ledoux, Arthur, 180, Cascades, Tél.10 .St-Hyacinthe Pharmaciens : Pharmacie Boulevard (J.-E.Maynard, prop.), 3857, Boul.Décarie, Tél.WA.8117, Montréal Pharmacie Aimé Roussin, 2823, Masson, CH.2103 .Montréal Pharmacie P.-H.Soucy, 85, Cartier, Tél.2-1235 .Québec Pharmaciens en Gros : Durocher, G.E., 139, Queen, Tél.2-5309 .Ottawa, Ont.Photographes : Edwards, W.B., 259, St-Jean, Tél.2-7595 .Québec )A Manufacturiers de Fournitures Funéraires : Girard et Godin Ltée, T.-Riv.et 34 o., St-Paul, LA.9214, Mtl.i'jfe jjfk ]îfe jri* Manufacturiers de Portes et Châssis, Bois : Pilon, Jos.Ltée, 79, Boul.du Sacré-Cœur, Tél.3-1116, Hull, P.Q.Marchands de Bois : Grier, G.A.& Sons Ltd., 2120 o., Notre-Dame, WI.6118, Mtl.Marchands de Chaussures : Desrosiers, J.-D., 141-143, Cascades, Tél.401 .St-Hyacinthe l'Iii Marchands de Poisson : \u201cLapointe Fish Market\u201d, Marché \u201cByward\u201d, Tél.3-9309, Ottawa ,0s ,0:: *» ifr- !# irlii* Marchands de Thés et Cafés : Désy, J.-A., 1459, Delorimier, Tél.FR.2147 .Montréal Simard, J.A.et Cie, 1 est, St-Paul, Tél.LA.1950 .Montréal Marchands Tailleurs : Mathieu.Lucien Enrg., 2251, Frontenac, FR.1803, Montréal Matelas, Sommiers, Etc.: Matelas Frontenac Enrg., 15, Boisseau, Tél.5347 .Québec Matériaux de Construction -.Les Industries G.-I.Lachance Inc., 263, St-Paul, 2-6403, Québec Médecins : Castonguay, Dr E.-J., 4231 est, Ste-Catherine, CH.0560, Mtl.Gratton, Dr Albert, 781, du Couvent, Tél.WE.5476, Montréal Lafortune, Dr P.-E.(fils), 2017, St-Germain, FR.8701, Mtl.Pouliot, Dr Antoine, 68, Ste-Ursule, Tél.2-4455 .Québec Membres Artificiels : Duckett, J.-A., 2014, Bleui\u2019y, Tél.HArbour 0630 .Montréal Pierre de Taille, Pierre Concassée \u2022.Martineau Fils Ltée, Bureau-Chef, 517 est, Marie-Anne, Tél.FR.8181, Montréal Plombiers-Couvreurs-Électriciens : Dorion, Jules, 11, rue Ramsay, Tél.4-2916 .Québec Produits Alimentaires (Manufacturiers) : Old City Mfg.Co.Ltd., 4, Mgr Gauvreau, Tél.2-5273, Québec Produits Pharmaceutiques : Sylvain Ltée, 406 est, Notre-Dame, Tél.HA.5374 .Montréal Provisions, Poisson, Fruits, Etc.: Dominion Fish & Fruit Ltd., Tél.2-7036 .Québec Quincailleries en Gros : Lemieux, Jos.-E.Enrg.Québec Prud\u2019homme, A.et Fils Ltée, 338 est, Craig, Tél.HA.7141, Mtl.Quincailleries Générales : Gravel, Ludger et Fils, 3447, Av.du Parc, Tél.HA.5211, Mtl.Grégoire, J.-R., 3605 est, Ontario, Tél.FA.1167-8 .Montréal Nettoyeurs et Teinturiers : Breton, J.-H., 2461, des Carrières, Tél.CR.4168 .Montréal Teinturerie Dorchester Enrg., 116, Dorchester, Tél.4-2484, Québec Terra Cotta : Montreal Terra Cotta, 1010 o., Ste-Catherine, MA.1816, Mtl.Transports : St-Hyacinthe Transport, 34, Piété, Tél.356-122 .St-Hyacinthe Valeurs de Placement: Société Générale de Finance, Inc., 57 ouest, St-Jacques, Tél.HA.5168, Montréal DEVOIR Directair-îêranfcfe)®sPE.LLfTHi fflIS Cf OUf DOIS Rédacteurenchef: 0merl TROIS 501)5 IE NUMERO RBonnEmEnTS par la poste EDITIOn QUOTIDIEnriE CANADA.*6.00 (Sauf Montréal et banlieue) E.Unis etEmpireBriUnnique 8.00 UNION POSTALE.10.00 Tél.calumet 2479 427 est.Laurier MONTRÉAL J.HÉBERT ÉPICIER-BOUCHER ATTENTION SPÉCIALE AUX COMMUNAUTÉS RELIGIEUSES au Têl.'.ELiuood 1232 4421, ave Oxford 0flT»STe s i'ofüvre de presse DoimnicfWiE SUCCURSALE A OTTAWA SUITE 406-18, RIDEAU TÉL.: 2-9872 Québec: 104 St-Jean suite io Tél.7881 \u2022 SPÉCIALITÉS : OUVRAGES D\u2019ÉGLISES, COUVENTS, ÉCOLES, ÉDIFICES PUBLICS.\u2022 Tél.DOllard 5512 961a, RUE ST-ROCH, MONTRÉAL t économie est Une Vertu cardinale dont la pratique facilite celle de toütes les abtres.peut conduis au succès,parfois niênieaU bonheur ÊPRIMIEZet OUVREZun COMPTE à TÉLÉPHONE: CALUMET 9572 LUNETTES - LORGNONS - RÉPARATIONS REMPLISSONS PRESCRIPTION\u2019S D\u2019OCULISTES OPTICIEN D\u2019ORDONNANCE LICENCIÉ I.A.RACETTE AUTREFOIS À L\u2019EMPLOI DE D\u2019OPTIQUE CHEVRIER 6528, RUE ST-DENIS \u2014 MONTRÉAL GRAVEURS z Photoqravure Nationale m OUiST.RUI OITIRIO - Mis DI BltURY \u2022 MCI TÉL.FRontenac 3186* LAtTSRIg iPERFE CTIOHl jjAIRV tiS.'fflj 2565 CHAMBLY MONTRÉAL EL.KEUMEDUC 2-9411\\ FERRONNERIE LPRUl-r mORtlL _ U) ELLINGTON HULL, P.Q.N.MARTWEAU&FILS Tél.BE.2318\t1019, BLEURY ÜflOEPiliJOOD PiOVpl PiEfTIinGTOn flOlSELLSS STPnOP80&POPUPTIF J.O.BROCHU, prop.t> tuitt l AM.Mi'i'i, mm.G.LftCHônCE, ^Cront Fabrication de Bouilloires, Réservoirs et Tuyaux //S-._\t,7\\\\ inGÉnitÜRS-fTIÉCfirilCI-EnS B! 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Annoncée comme inévitable depuis une douzaine de jours, on n\u2019y voulait pas croire, on espérait contre l\u2019espérance.Quand le fait tragique fut connu, ce fut comme un coup de foudre en plein soleil, abattant un chêne ! Et la trouée reste ! On ne remplace pas un chêne en peu de jours ! La consternation qui a frappé les Canadiens français, le deuil de tout un peuple, les hommages des plus grands et des plus petits, les milliers et les milliers de Canadiens de tout âge et de tout rang qui ont défilé devant son cercueil, à Montréal, à Québec et à Rivière-du-Loup : des riches et des pauvres ; des hommes d\u2019Etat et d\u2019humbles paysans ; des fonctionnaires et des ouvriers ; des femmes et des enfants ; pas de curieux, tous des gens qui se sentaient eux-mêmes frappés ; les larmes qui ont coulé ; la foule compacte qui bordait les rues sur tout le parcours funèbre, de l\u2019Hôtel du Gouvernement à l\u2019église Saint-Koch et de là à la gare du Palais, foule où l\u2019on sentait et la douleur du cœur et la piété reconnaissante, à Québec comme à Rivière-du-Loup ; l\u2019éloge d\u2019une si poignante grandeur de Son Eminence le 1 Revue Dominicaine Cardinal Villeneuve, comme l\u2019émouvante recommandation aux prières du vieux curé de Saint-Patrice : « Mes frères, allez voir M.Lapointe, allez prier pour lui ; amenez vos enfants, montrez-leur M.Lapointe afin qu\u2019ils gardent le souvenir de cet homme, de sa foi, de son honnêteté, de son patriotisme » ; les amas de télégrammes et de lettres, depuis celui du Roi George YI jusqu'à celles de pauvres gens inconnus, éprouvant le besoin de dire leur peine à Madame Lapointe ; tout cela et encore le vide immense que nous ressentons, puis, j\u2019allais dire, la sottise de quelques rares exceptions, tout cela est un hommage sans précédent au grand disparu, tout cela marque la place qu\u2019il avait dans le cœur de ses compatriotes, même de ses adversaires politiques, celle aussi qu\u2019il tenait dans le Parlement et aux conseils de la Nation.Tout cela dépasse ce qui s\u2019est vu jusqu\u2019ici.J\u2019ai été témoin des funérailles de deux lieutenants gouverneurs à Québec et de celles de Sir Wilfrid Laurier à Ottawa ; celles de M.Lapointe, tombé en plein pouvoir, avec tout son prestige de grand homme d\u2019Etat, à un moment tragique où, non seulement ceux de sa race, mais tous ses concitoyens avaient le plus besoin de lui, ont revêtu un cachet de sympathie, de grandeur, de deuil national et individuel qui ne pourra être dépassé.11 est des sentiments qui ne se dépassent jamais et le Canada tout entier, touché au plus profond, a donné ce qu\u2019il y a de meilleur dans le cœur humain.La Providence a été bonne et très généreuse pour Ernest Lapointe.Elle l\u2019a doué des plus beaux dons d'intelligence, de cœur, physiques même.Mais combien d\u2019hommes aussi richement dotés ont fait une faillite de leur vie, gaspillant les dons de Dieu ! Si Ernest Lapointe est arrivé au faîte des honneurs et du pouvoir, s\u2019il a donné à sa province et à son pays les services d'un 9, Ernest Lapointe grand homme d\u2019Etat, s\u2019il s\u2019est donné lui-même jusqu\u2019à la mort, c\u2019est qu\u2019il a eu, dès les premières heures, le sens profond du devoir, la haute ambition, non pas des honneurs, non pas du pouvoir, non pas de la fortune, mais celle, infiniment plus noble, de servir au sens plein du mot, au sens tragique du mot : jusqu\u2019à en mourir.C\u2019est qu\u2019il a fait fructifier les talents qu\u2019il avait reçus, c\u2019est qu\u2019il a travaillé avec acharnement.Tout ce qu\u2019il a eu, il l\u2019a noblement mérité, il l\u2019a gagné de haute lutte.Il n\u2019y a personne qui, scrutant sa vie, ses activités et ses succès, puisse dire qu\u2019Ernest Lapointe a été indûment favorisé, que c\u2019est la protection qui l\u2019a mis en place.Il est parti de loin, il a fait son chemin n\u2019écrasant personne, indéfectiblement loyal à ses chefs en des circonstances favorables à l\u2019ambition naturelle, qui eussent tenté des caractères moins noblement trempés ; au-dessus des intrigues et des mesquineries de coulisses, il a monté grâce à son « Labor Improbus », à son honnêteté foncière, à son respect des hommes.Quand l\u2019heure des responsabilités a sonné, Ernest Lapointe était au premier rang, capable au moral comme ail physique de les porter ; personne 11e pouvait l\u2019ignorer, il eut été injuste de n\u2019en pas tenir compte.Il s\u2019est imposé d\u2019emblée à ceux de sa race, mais aussi à tous les Canadiens.On avait pour Ernest Lapointe la même estime, le même respect et la même confiance dans les provinces anglaises du Canada comme dans la province de Québec.Profondément humain, il connaissait à fond le cœur de l\u2019homme, ses réactions, ses faiblesses et ses grandeurs et il n\u2019est pas d\u2019auditoire, si complexe qu\u2019il fut, qu\u2019Ernest Lapointe 11e gagnait pas là où les autres échouaient.Il avait le bon mot, l\u2019histoire qui déridait, la fine psychologie qui inspirait ce qu\u2019il fallait dire à telle foule en telle circonstance, puis la force des idées qui com- 3 Revue Dominicaine mandait le respect des opinions adverses, même si elles 11e convertissaient pas.Puis, rassemblée finie, même les adversaires aimaient aller serrer la main de Lapointe, de cet liomme jovial, au rire sain et franc, qui éprouvait plus de plaisir à causer avec un paysan ou un ouvrier qu\u2019avec les plus haut placés, car toute sa vie, malgré les honneurs, il est resté près du peuple qu\u2019il aimait.Il a toujours eu ce solide bon sens.Il a travaillé avec acharnement, ai-je dit.Fils de terrien, élevé dans le rang, à Saint-Eloi, il avait eu l\u2019exemple de l\u2019âpreté au travail et reçu dans le sang cet amour du labeur.Au Collège de Rimouski, il se classe premier et décroche le prix du Prince de Galles, au baccalauréat.A l\u2019université, il fait un solide cours de Droit, en même temps qu\u2019il noue de fortes amitiés qui ont survécu aux ans, à la diversité des carrières, à la distance : un de ses amis de Laval vint en avion d\u2019Edmonton pour assister à ses funérailles.La licence en Droit obtenue avec honneurs, il retourne vers la petite patrie, « en bas de Québec », pour y pratiquer le Droit.Il travaille et le succès lui sourit.En 1904, il entre au Parlement fédéral, député de Kamouraska.Il est jeune, très jeune, vingt-huit ans! Il eût pu perdre la tête et perdre son temps.Pendant que des collègues flânent, jouent aux cartes, tuent le temps, Ernest Lapointe travaille, il fréquente la bibliothèque, étudie l\u2019anglais dont il n'a que les éléments, le Droit constitutionnel, les questions internationales ; il lit beaucoup les meilleurs orateurs anglais, l\u2019histoire politique d\u2019Angleterre et du Canada.Il accumule les connaissances et se forge des armes.Il parle peu, ne se fait pas remarquer sur le parquet de la Chambre autrement que par son physique, qui en impose, ou par ses chefs qui l'ont déjà jugé.Ce travail en étendue en même 4 Ernest Lapointe temps qu\u2019en profondeur a duré plusieurs années.C\u2019est en 1913 qu\u2019il fit son premier discours en anglais dans la Chambre des Communes.Ce fut une révélation.Il avait maîtrisé la langue anglaise, il la perfectionnait encore dans la suite, par la pratique, au point de devenir un des meilleurs orateurs en cette langue, rendant des points à plusieurs de ses collègues de sang anglais.C\u2019est un brillant exemple de ce que la volonté et le travail peuvent faire.Il allait maintenant occuper une banquette de première rangée et s\u2019imposer à l\u2019attention de la Chambre et du Canada.On écrit de lui : « When he spoke in French, Mr.Lapointe was as the very voice of the Province of Québec ; when he orated in English he not only thought in that language, he spoke in an unequivocal and understanding manner that put upon him the stamp of approval he preferred above all others, a great Canadian.As an orator, he came second only to the silver-tongued spokesman from St.Lin ; in patriotism he took second place to none ».On a même dit qu\u2019il dépasse Laurier, car, dans l\u2019ensemble, il fut plus canadien et aussi parce qu\u2019il est resté plus près de son peuple.Monsieur Lapointe a d\u2019abord suivi une politique, puis, dans la même ligne peut-être, mais avec toute sa personnalité, il a fait la politique de son parti et du Canada.Les vingt dernières années de vie parlementaire ont été fortement marquées par l\u2019influence d\u2019Ernest Lapointe.On a pu n\u2019être pas de son opinion, le discuter, le combattre même, c\u2019est le jeu de la politique, il n\u2019en reste pas moins que la politique canadienne, intérieure et extérieure, a été grandement influencée par sa personnalité.Je crois qu\u2019on peut dire en toute vérité que le Parlement ne sera plus le même sans Ernest Lapointe.Tl manquera quelqu\u2019un. Revue Dominicaine L'influence de Monsieur Lapointe 11e s\u2019est pas fait sentir seulement au Canada, mais dans le monde international, à Genève, à Londres, à Washington.A la longue l'épée use le fourreau et les plus forts finissent par faiblir à la tâche.Ernest Lapointe semblait taillé pour défier les ans.Ce n'est pas toujours une promesse de longévité, il est parti prématurément à l\u2019âge de 65 ans.Le travail fait sa part d\u2019usure, mais aussi les responsabilités, les angoisses et les souffrances morales.Ernest Lapointe a connu tout cela.Depuis deux ou trois ans il était sourdement miné.J\u2019ai été témoin, vers la fin de 1939, d\u2019un assaut fait par des amis pour l\u2019engager à se retirer de la vie publique aussi active.Il n\u2019a pas faibli ; le sens du devoir et des responsabilités grandissantes, surtout à cause de la guerre, l\u2019attachait â son poste.Il répondit carrément : « Quitter en ce moment serait une trahison.Je me dois à mon pays ».C'est pourquoi il a ressenti si vivement et cela lui a été, sur son lit d\u2019hôpital, une souffrance additionnelle dont il eût pu se passer, le soupçon de maladie diplomatique en vue d\u2019une retraite ! A la vérité, il était bien là pour préparer une retraite, mais pas celle qui eut été une trahison, c\u2019était pour la grande Retraite et il était rongé par autre chose que par le désir de se mettre à l\u2019abri ! Pour attendre jusque-là, il avait dû faire des efforts surhumains.Son apparition à la Chambre des Communes, le 3 novembre, était un dernier effort, un acte de courage et de volonté extraordinaire.Dès le 5 il entrait à l\u2019hôpital pour faire face à la mort et pour entrer, non au Sénat, mais dans l\u2019éternité et dans la demeure du Père éternel.6 Ernest Lapointe Je fais ici appel au témoignage de ceux qui l'ont vu et suivi pendant ces trois semaines de souffrances et de lutte, ses méde- cins, ses gardes, ses intimes.Admirable spectacle d\u2019un homme qui sent qu'il est dangereusement frappé, d'un chrétien qui réalise que tout espoir est perdu et qui se prépare à paraître devant Dieu.Si les journaux n\u2019ont pas publié plus tôt la nouvelle de la gravité de sa maladie, c'est que pendant les premiers jours d'hospitalisation M.Lapointe lisait les journaux et écoutait la radio.Quand il n\u2019en fut plus capable, son état critique fut annoncé.Pendant près de quarante ans Ernest Lapointe avait mené bien des luttes qu\u2019il avait toutes gagnées, il ne connut jamais une défaite personnelle.Dès qu\u2019il fut averti que sa maladie était très grave et qu'il était en danger, il comprit que cette bataille, il ne la gagnerait pas ! Alors, avec le calme et la sérénité qui l\u2019ont caractérisé pendant toute sa vie, avec une résignation parfaite à l\u2019inéluctable décret de Dieu parce qu\u2019inspirée par la foi et l\u2019espérance chrétienne, il a accepté le sacrifice de la mort.Pendant les dix derniers jours, pas un instant il ne s'est raccroché à l\u2019espoir de survivre.Tl parlait de sa mort comme d\u2019une loi qui aurait été votée par le Parlement, le Sénat et n\u2019attendant que la sanction royale.Il n\u2019eut plus de préoccupation que de se bien préparer, que de prier, de se recommander a la miséricorde de Dieu avec la foi forte du paysan et l\u2019espérance chrétienne du crovant.«y Il n\u2019eut qu\u2019un regret : partir au moment le plus tragique de l\u2019histoire du pays, en des circonstances ou il aurait pu servir encore si efficacement.Aussi bien a-t-il prié et prié beaucoup pour son pays et ses compatriotes.Aux hommes d'Etat qui l\u2019ont visité, à ses colia- ( Revue Dominicaine borateurs intimes, à ses amis il a fait son testament spirituel en des conseils portant la sagesse de cette heure suprême, ou on ne joue pas la comédie, éclairée qu\u2019elle est déjà des lumières de l\u2019au-delà.C\u2019est à ce moment qu\u2019il m\u2019a confié un message pour la jeunesse de son pays, de sa Province surtout : « Mon Père, dites à mes jeunes compatriotes de travailler, de se préparer afin de pouvoir servir leur pays, de prendre les responsabilités qui les attendent, de les porter honorablement pour le bien de leurs compatriotes et du Canada.Dites-leur que j\u2019ai confiance en eux, que c\u2019est pour eux et pour mon pays que j\u2019offre au bon Dieu le sacrifice de ma vie ».C\u2019est afin de transmettre ce message que j\u2019ai écrit cet article, montrant en Ernest Lapointe l\u2019homme, le Canadien qui a travaillé, qui a servi, qui a exercé une influence très grande dans sa Province et son pays, qui a porté des responsabilités écrasantes.A tous ces points de vue il peut être donné en exemple à toute la jeunesse de sa Province et de son pays.C\u2019est aussi pour donner à tous l\u2019exemple de sa mort chrétienne dans la résignation calme et sereine, dans la confiance en Dieu comme en son Père, en la Vierge comme en sa Mère.Il eut la faveur d\u2019une bénédiction apostolique avec indulgence plénière de Sa Sainteté Pie XII, à la demande de Son Excellence le Délégué Apostolique.Il reçut cette bénédiction avec une poignante émotion, baisant les mains du prêtre qui la lui donna et le télégramme qui lui en communiquait la nouvelle.11 chargea son confesseur de ce message : « Dites à Son Excellence le Délégué Apostolique à quel point ! à quel point î j\u2019apprécie cette bénédiction.Je ne méritais pas cette faveur, mais elle m\u2019est une suprême consolation ! » S Ernest Lapointe Puis, ce furent les dernières heures ! Il les vécut en pleine lucidité.Enfin, le mercredi matin, 26 novembre, à 9 heures 15, le Très Honorable Ernest Lapointe, ministre de la Justice du Canada, un des plus distingués fils de sa race, un grand Canadien, un grand croyant, fermait les yeux à la lumière de ce monde, In spem vitæ œternœ ! Fr.Pie-M.Gaudrault, O.P.Provincial des Dominicains « Une entrée triomphale » Constantinople ( 1918-1919) « Consolez-vous de 11e pouvoir assister à l\u2019entrée des troupes françaises à Strasbourg », m\u2019avaient dit mes collègues de l\u2019ambassade à Berne.« Vous allez faire vous-même une entrée triomphale à Constantinople ».Peu après l\u2019armistice du 11 novembre 1918, un télégramme m\u2019expédiait, en effet, de Suisse en Turquie.J\u2019avais un délai d'une dizaine de jours pour arriver à Tarente, d\u2019où un navire de guerre devait transporter la première mission envoyée à Constantinople veiller aux intérêts français, fortement compromis par quatre années d\u2019hostilités.L\u2019idée de voyager dans des conditions aussi anormales remplissait de fierté les jeunes secrétaires ; leurs aînés se montraient moins enthousiastes.Sur le quai de Tarente, le hasard nous fit croiser un détachement d\u2019officiers anglais débarquant d\u2019Egypte.Minces, élégants dans leur uniforme kaki, la peau bien vernissée, les genoux nus, balançant à bout de bras un casque colonial, ils regardèrent avec un étonnement courtois notre petit groupe de civils, les traits tirés par quatre jours de chemin de fer et encore frileusement attardés dans des manteaux et des fourrures.Le bâtiment affecté à notre voyage était un vieux croiseur fatigué, le « du Chavla », qui devait à la guerre d\u2019être encore en service.Son commandant nous souhaita dans un salon-arrière une aimable bienvenue.Puis, après avoir conduit notre chef dans sa propre cabine, qu'il lui abandonnait pour s\u2019installer au poste de secours sur la passerelle, nous désignant d\u2019un geste hospitalier les canapés et le plafond, il nous dit gracieusement : 10 « Une entrée triomphale » « Messieurs, vous êtes cliez vous ».C\u2019était une invitation à dormir, à notre choix, couchés sur des coussins ou suspendus dans des hamacs.Un bateau de guerre n\u2019est pas un paquebot.L\u2019honneur de voyager sur l\u2019un exclut le confort de l'autre.Nous en faisions l\u2019expérience.A défaut de cabines, du moins la table était-elle excellente et la traversée d\u2019ailleurs assez courte.Quarante-huit heures après, le « du Chayla », précédé d'un chalutier indiquant le chenal libre de mines, entrait avec prudence dans les Dardanelles.Mus par une même pensée de recueillement, nous nous étions joints aux officiers et aux marins qui, au garde-à-vous, saluaient ce sinistre cap de Sed-ul-Bahr où tant des leurs avaient trouvé une mort glorieuse.C'est sur cette pointe de rochers que, trois ans auparavant, des milliers d\u2019hommes s\u2019étaient fait tuer en vain au cours de la folle tentative de forcer l\u2019entrée des Détroits.Cinq ou six grandes carcasses gisant sur le flanc faisaient de ce coin tragique un cimetière de bateaux, qui dramatisait encore l'aspect de cette terre d\u2019horreur.Seule la « River Clyde » était restée d\u2019aplomb en allant s\u2019échouer volontairement pour servir aux troupes de ponton de débarquement.En peu de minutes, le «du Chayla» avait franchi les quelques kilomètres gagnés à grand\u2019peine par l\u2019armée franco-britannique, finalement arrêtée par un monticule sans apparence, Atchi-baba, qu\u2019aucun sacrifice n'avait réussi a enlever.Et cette héroïque équipée avait abouti a un rembarquement.Nous songions, le cœur serré, au courage et aux souffrances de ces malheureux soldats accrochés pendant cinq mois sur cette pointe étroite, bombardés non seulement de face, mais sur les flancs, de la côte d\u2019Asie, avec un obstacle insurmontable devant eux, la mer derrière eux, sans abri, sans repos, sous un soleil de plomb, tenaillés par la perspective d'être jetés a l'eau.11 Revue Dominicaine Comme pour prolonger la tristesse cle ces évocations, la pluie sous un ciel gris et bas nous accueillait le lendemain à Constantinople.Sans soleil, l\u2019Orient perd tout son charme ; il n\u2019en reste que la misère et le délabrement.D\u2019autant plus que si Constantinople n\u2019avait pas eu à souffrir de faits de guerre, la situation économique y était déplorable.L\u2019aspect de la foule en donnait un attristant témoignage.C\u2019est au milieu de gens déguenillés, à la mine patibulaire, pataugeant dans une boue visqueuse, que nous remontions les pentes de Péra pour arriver à l\u2019ambassade.* * * Curieuse époque que cette brève période de transition.D\u2019alliée de l\u2019Allemagne, la Turquie se transformait en pays occupé par les Alliés.Sa capitale changeait brusquement de contenu.Elle se remplissait d\u2019uniformes français, anglais, italiens, grecs, serbes, américains et même japonais, tandis qu\u2019elle se vidait d\u2019uniformes allemands.Encore ceux-ci n\u2019avaient-ils pas complètement disparus dès l\u2019entrée de ceux-là.La terrible pénurie de charbon dont souffrait alors la ville avait quelque peu retardé le transport des troupes allemandes sur la côte d\u2019Asie.Toujours hermétiquement turc et musulman, Stamboul demeurait silencieux et digne.Mais de l\u2019autre côté de la Corne d\u2019Or, les quartiers levantins de Péra et de Galata se hâtaient de s\u2019adapter à la situation nouvelle et d\u2019en tirer parti.Les commercants effaçaient les enseignes allemandes de leurs boutiques pour les remplacer par des enseignes françaises.Le cercle « Teutonia » reprenait son nom primitif de « Cercle Gaulois », et le faisait savoir par la voie de la presse.Les anciens protégés allemands ou autrichiens se précipitaient vers les missions civiles alliées pour protester de leur loyalisme et s\u2019efforcer d\u2019obtenir de changer de camp.12 « Une entrée triomphale » Tous faisaient le siège des hauts-commissariats que les Puissances victorieuses avaient installés, en attendant que la reprise des relations diplomatiques permit de nouveau l\u2019envoi d\u2019ambassadeurs.A la tête de celui de Grande-Bretagne se trouvait le jeune et flegmatique amiral Galthorpe ; c\u2019était à lui que les Turcs s\u2019étaient adressés pour solliciter l\u2019armistice.Aussi jouis-sait-il d\u2019un prestige particulier.La France avait suivi cet exemple en désignant l\u2019amiral Amet.lie même, les Etats-Unis.Mais l\u2019amiral Bristol préférait le pont de son yacht et le vent vivifiant du Bosphore aux pavés défoncés et gluants de Péra et à ses senteurs fades.On le voyait fort rarement à terre.Il «y remplissait à son bord son rôle d\u2019« observateur américain ».Seule l\u2019Italie avait délégué un civil.Ce n\u2019était autre que le comte Sforza, qui portait avec élégance un grand nom et soutenait brillamment sa réputation d\u2019habile diplomate.Dans les premiers temps, tous se réunissaient de temps à autre, avec quelques-uns de leurs collaborateurs, pour discuter des intérêts qui auraient dû rester communs, mais qui, la victoire une fois acquise, redevenaient déjà des intérêts divergents.Ces réunions avaient lieu à tour de rôle au siège d\u2019un des hauts-commissariats.Un après-midi de janvier, l\u2019une d\u2019elles se tenait à l\u2019ambassade de France dans un salon dont une énorme verrière encadrant le Bosphore formait la plus belle parure.Peu à peu, la nuit était venue.Le ciel et la mer jusque-là magnifiquement bleus s\u2019étaient assombris, l\u2019arrière-plan des montagnes d\u2019Asie couvertes de neige avait rosi, le soleil couchant avait allumé mille incendies dans les vitres des maisons de Scutari et l\u2019obscurité s\u2019était faite.Seule la trouaient le faible clignotement des lumières de la côte et les feux des nombreux navires de guerre 13 Revue Dominicaine mouillés dans la rade, qu'un projecteur venait de temps à autre balayer d'un faisceau brillant.Tout à coup, une immense lueur rouge embrasa quelques secondes le Bosphore, suivie du bruit d\u2019une forte explosion.Toutes les têtes se dressèrent avec inquiétude, cherchant à deviner la catastrophe.L\u2019attente ne fut pas longue.Un marin se présenta.Après avoir salué, et s\u2019être mis au garde-à-vous, il récita d\u2019une voix blanche : « Le commandant fait dire qu\u2019un cuirassé anglais a sauté ».D'un seul geste, la plupart avaient esquissé le mouvement de se lever pour se porter vers l\u2019amiral Calthorpe, tandis que, persuadés que la séance était terminée, les secrétaires pliaient hâtivement leurs papiers.Mais, impassible à sa place, le chef de la marine britannique se contenta de dire d\u2019une voix grave : « Aoh ! » Après un court moment de désarroi, chacun, un peu confus de son émotion devant ce calme parfait, s\u2019efforça d\u2019imiter cet exemple en reprenant, non sans une certaine gêne, la discussion.Mais bientôt, le même marin reparut, et, après avoir accompli les mêmes gestes, dit avec simplicité : « Ce n\u2019est pas un cuirassé anglais qui a sauté ; c\u2019est un pétrolier ».\u2014 « Aoh ! » répéta l\u2019amiral Calthorpe, sur un tout autre ton, cette fois.Et c'est dans une atmosphère allégée que se poursuivit cette mémorable séance au cours de laquelle le sang-froid britannique avait paru faire violence au destin.Ce n\u2019étaient là qu\u2019occupations accessoires à côté de la tâche essentielle des hauts-commissariats qui consistait à sauvegarder la situation de leurs pays respectifs et à veiller aux intérêts de leurs nationaux.Celui de la France avait à faire face à une tâche considérable en raison de la traditionnelle influence de notre pays en Orient et des sommes énormes qu\u2019il avait investies dans des entreprises de tout genre.Banque ottomane, dette publique, régie des tabacs, 14 « Une entrée triomphale » lignes de chemin de fer, tramways, quais, ports, usines à gaz, compagnies des eaux avaient fait largement appel à nos capitaux et à nos techniciens.Aussi la mission française s\u2019était-elle adjoint des financiers, des ingénieurs, des juristes à titre d'experts.Une autre tâche, et non la moindre, lui incombait encore : rétablir notre influence intellectuelle, la primauté de notre langue et restaurer notre œuvre humanitaire et civilisatrice, c\u2019est-à-dire assurer le rapatriement de nos missionnaires et leur retour dans leurs établissements.A côté de leurs églises et de leurs couvents, un grand nombre d'Ordres religieux avaient fondé, sur tout le territoire de l\u2019Empire ottoman, d\u2019Andrinople à Bassorah, de Smvrne à Mossoul, une foule d\u2019orphelinats, de dispensaires, d\u2019hôpitaux, d\u2019écoles, de collèges auxquels il importait de rendre au plus tôt la vie pour que la France reprit sa place en Orient.Au début des hostilités, ordre avait été donné de fermer les établissements français et d\u2019en renvoyer les membres.Quelques religieuses, en particulier les Filles de la Charité, avaient cependant trouvé grâce.Leur dévouement, simple et entier, leur avait valu de telles sympathies parmi les populations qu\u2019il eût été difficile de chasser celles qui ne demandaient qu\u2019à continuer de faire le bien.A Constantinople, elles étaient restées.L\u2019un des premiers soins de la mission française avait été de rendre visite aux « bonnes sœurs ».Leur émotion en revoyant, après quatre ans, des compatriotes, des Français en uniforme, faisait trembler les ailes de leurs grandes cornettes blanches.On les sentait à la fois fières de nous voir revenir en vainqueurs et pleines de pitié pour la population locale à laquelle elles étaient si attachées et dont elles avaient partagé les misères.Si par leur présence, celles-là avaient réussi à préserver leurs maisons, dont elles faisaient les honneurs avec leur bonne Key UE Dominicaine grâce coutumière, que de dégâts dans les autres établissements ! Au cours de ces quatre années, les Turcs avaient saccagé plusieurs d\u2019entre eux.Des portes, des fenêtres, des lits, des pupitres gisaient pêle-mêle dans les cours.Dans Tun, le réfectoire avait été transformé en salle de bains.D\u2019autres, en moins mauvais état, étaient occupés par les troupes alliées qui, à la recherche d\u2019un gîte, avaient trouvé tout naturel de s\u2019installer dans de grands bâtiments vides.Leur présence 11e contribuait pas à les améliorer, et il était fort difficile de les déloger.Cependant, les religieux, les Frères des Ecoles chrétiennes surtout, qui possédaient dans la région de superbes établissements très florissants, revenaient petit à petit.Chaque bateau en débarquait un nombre croissant, impatients de reprendre l\u2019œuvre interrompue.Ce fut une consternation à la nouvelle qu\u2019un de ces bateaux, la « Chaouïa », avait sauté sur une mine dérivante dans le détroit de Messine.Heureusement la plupart des passagers avaient été sauvés.En arrivant, ils contemplaient souvent avec une tristesse poignante ce qu\u2019était devenu l\u2019école à laquelle ils avaient consacré le meilleur d\u2019eux-mêmes et dont ils étaient fiers.Ils n\u2019en montraient que plus d\u2019ardeur à relever leurs œuvres.Nul besoin de les réconforter ni de les encourager.Ils 11e demandaient qu\u2019une aide matérielle : quelque argent et le concours de nos soldats pour réparer hâtivement les dégâts et improviser des installations de fortune.Aussitôt, les élèves étaient accourus s\u2019asseoir autour d\u2019eux dans des salles nues et sur des bancs moisis, en attendant mieux.Dès le début de janvier, une grande nouvelle s\u2019était répandue.Le général Franchet d\u2019Esperey avait décidé de transférer 16 « Ui\\E ENTRÉE TRIOMPHALE » son quartier général de Salonique à Constantinople.Ainsi, le commandant en chef de l'armée d\u2019Orient, celui qui, en effectuant sur le front de Macédoine la première trouée dans le front ennemi et en menaçant Vienne, avait si puissamment contribué au succès des Alliés, allait mettre le sceau définitif à sa victoire par son installation dans la prestigieuse capitale de l\u2019Empire ottoman.Le premier soin était de lui trouver une résidence digne de lui : ce fut, sur les bords du Bosphore, le palais d\u2019Enver Pacha, le brillant aventurier, chef des Jeunes Turcs, maître de l\u2019armée, gendre du Sultan, dont l\u2019influence avait poussé son pays à entrer en guerre aux côtés de l\u2019Allemagne.Le 7 février, par un beau tenqis clair et un petit froid sec, le général Franche! d\u2019Esperey débarquait du croiseur « d\u2019Entre-casteaux ».Une salve de 21 coups de canon, comme pour un chef d\u2019Etat, faisait savoir aux populations que le vainqueur foulait le sol de l\u2019Empire abattu par ses armes.Du débarcadère à l\u2019ambassade de France, le parcours avait été allongé autant que possible afin de frapper les imaginations.A pied, à cheval, des troupes françaises, métropolitaines et coloniales, des troupes anglaises, écossaises, italiennes, grecques, quelques Serbes faisaient la haie.Les maisons s\u2019étaient subitement couvertes de drapeaux de toutes les nationalités, grecs surtout, parfois immenses, mais aussi beaucoup de français, et des anglais, des italiens, des américains, des belges, des tchèques, jusqu\u2019à des arméniens et des juifs sionistes.LTne extraordinaire palette de tour de Babel.Précédé d\u2019un peloton de cavaliers, suivi de son état-major à cheval, le général passait lentement au pas, les brides de son cheval tenues de chaque côté par un poilu.Sévère, un peu farouche même, il avait l\u2019air d\u2019un empereur romain faisant dans 17 Kevue Dominicaine Byzance une entrée victorieuse.La foule l'acclamait.Nombre criaient : « Vive la France », parmi d\u2019autres cris : « Zito i Hellas » (Vive la Grèce).Les applaudissements crépitaient à mesure que le cortège avançait.Des balcons, des femmes jetaient des fleurs.Devant le porche de l\u2019ambassade, où attendait l'escorte des janissaires, chamarrés et rutilants d\u2019or, on avait mis pied à terre.La musique de la flotte avait attaqué la « Marseillaise », accompagnée du vrombissement de deux avions qui se livraient dans le ciel à une chasse vertigineuse, faisant des cabrioles étourdissantes comme de grands oiseaux ivres.Bien qu'ayant dépassé la soixantaine, le général donnait une extraordinaire impression de vigueur.Petit, large et trappu, il avait Pair d'un bloc solide.De fait, sans cesse en mouvement, bondissant de Salonique a Vienne, de Constantinople à Bucarest ou Odessa, il fatiguait ses jeunes officiers sans jamais donner lui-même un signe de lassitude.Courts cheveux grisonnants, courte moustache, teint un peu coloré, petits yeux fixant droit devant eux, nez aquilin, forte encolure, c\u2019était un beau type de militaire qu'on sentait à la fois énergique, impulsif, bourru et généreux.Sa tenue était très simple : un grand manteau à pèlerine s'ouvrant sur un dolman décoré de la seule plaque de la Légion d\u2019Honneur.Les membres du haut-commissariat étaient massés à l\u2019entrée de l\u2019ambassade où avait réussi à se faufiler une grande jeune fille escortée de deux fillettes, toutes en blanc, et portant une bannière avec ces mots : « La Chaldée reconnaissante à la France généreuse ».Après les présentations, le cortège se disposait a pénétrer dans l\u2019immeuble, quand, barrant résolument le chemin, la jeune fille lut un petit discours disant l\u2019amour de la Chaldée pour la France, tandis que ses compagnes jetaient des fleurs 18 « Une entrée triomphale » sur les bottes du général.Un peu interloqué, celui-ci attendit patiemment la fin.Avec un sec merci, il prit brusquement le papier qui lui était tendu pour le passer, sans se retourner, à l\u2019officier d\u2019ordonnance placé derrière lui.La voie étant libre, le général s\u2019était débarrassé de son képi et de sa pèlerine.Il apparut accroché à un grand sabre auquel il allongeait sans cesse des coups de pied en se retournant.Frappant du poing dans la paume : « Qu\u2019on ne perde pas de temps », dit-il.Les premiers introduits furent les officiers de la 122ième division française, à laquelle était échu l\u2019honneur d\u2019occuper les Dardanelles et Constantinople.Casque en tête, l\u2019allure de vrais guerriers, ils se rangèrent en demi-cercle, figés au garde-à-vous, avec leur chef, le général Topard, à deux pas devant eux.« Ah ! brave Topard s\u2019écrie le général Franchet d\u2019Esperey, j\u2019ai plaisir à vous revoir ».Comme l\u2019autre restait immobile, la main au képi : « Approchez donc », et il lui serra vigoureusement les deux mains en le regardant dans les yeux : « Vous devez sentir, vous et ceux de la 122ième combien je suis heureux de vous retrouver ici.Je n\u2019oublie pas que c\u2019est avec vous que j\u2019ai tiré les premiers coups de feu, le 12 août 1914.Ce sont des souvenirs ça ! » Et, après un regard circulaire sur les guerriers : « Merci, Messieurs.Vous pouvez disposer ».Puis, se tournant vers son officier d\u2019ordonnance : « Allons, allons, dépêchons-nous ».Curieux défilé, rapide comme un film.Passèrent successivement l\u2019état-major anglais, élégant comme une réunion d\u2019hommes du monde partant pour une partie de chasse, l\u2019amiral italien à la tête d\u2019une délégation d\u2019officiers de terre et de mer, bruns, glabres et solennels, l\u2019amiral américain, ses officiers et son Revue Dominicaine commissaire, sévère comme un pasteur, les Grecs, petits et pressés, et pour terminer, un Serbe qui était un colosse.Vint le tour des Turcs.On ne pouvait s'empêcher de les plaindre.Des généraux, des délégués du Grand Vizirat et de la Sublime Porte s'avancèrent dignement.Après avoir touché de leur main droite leur cœur et leur front, ils s'inclinèrent devant le vainqueur qui leur tendit généreusement la main.Ils saluèrent encore et se retirèrent.Alors que dans le cadre de Péra, la Turquie acceptait ainsi sa défaite et paraissait souscrire d\u2019avance aux conditions des vainqueurs, Stamboul méditait silencieusement la résistance.En Asie mineure, un certain Mustapha Reniai se préparait déjà a organiser la révolte de l'Islam.Pour le moment, ce défilé était l\u2019hommage rendu à un général victorieux auquel tous, alliés et vaincus, venaient faire acte de déférence ou de soumission.Après le vainqueur, c'est le libérateur qui s\u2019offrit à la reconnaissance des populations opprimées.Les portes de la grande salle de réception, où attendaient les diverses délégations, s\u2019ouvrirent.Tour à tour se présentèrent les Arméniens catholiques, ayant à leur tête leur Patriarche au long bonnet enveloppé d\u2019un voile rouge, et encadré de ses évêques au voile violet ; les Arméniens grégoriens, les Protestants, les Orthodoxes au long chapeau cylindrique, les Syriens, les Clialdéens, enfin les Juifs avec un petit rabbin à barbe grise.C\u2019était une succession de saints, de courbettes qui devenaient des génuflexions devant le Français qui les avait délivrés du joug musulman.Le général les recevait brièvement, disant un mot à chacun, subissant sans trop d\u2019impatience de petits discours de la part de ceux (pii se retiraient ensuite en saluant jusqu\u2019à terre.20 « Une entrée triomphale » Pour clore, vinrent les Français.D'abord, les religieux, conduits par le Nonce apostolique, Mgr Dolci, Italien, dont la présence à leur tête marquait éloquemment le caractère d\u2019universalité du protectorat français.Derrière lui, se pressaient Lazaristes, Jésuites, Capucins, Assomptionnistes, Frères des Ecoles Chrétiennes, Maristes, puis les religieuses avec l\u2019envol des cornettes blanches des « bonnes sœurs » et le bruissement des chapelets.Enfin, les chefs des grands établissements : banques, dette ottomane, messageries maritimes, chemins de fer, etc.Au déjeuner qui eut lieu à l\u2019issue de ces réceptions, l'un des officiers, qui avait assisté à l\u2019entrée de nos troupes à Strasbourg, évoquait ce jour de triomphe : nos soldats frénétiquement accueillis, empoignés eux-mêmes par l\u2019émotion de la foule, les vieux Alsaciens sanglotant de joie, Foch et Pétain pouvant à peine retenir leurs larmes.«C'est curieux, disait-il, aujourd'hui, si loin de la France, dans cet Orient où des populations si diverses viennent de nous accueillir comme des libérateurs, j\u2019ai un peu l'impression de revivre cette journée ».Les passagers du « du Chavla », qui avaient cru faire à Constantinople une entrée triomphale, avaient dû attendre plus de deux mois pour éprouver le sentiment d\u2019être réellement des vainqueurs : mais «le jour de gloire» était enfin arrivé.Aujourd'hui, au milieu de la tristesse des jours sombres, ce souvenir jette un rayon lumineux et réconfortant comme une aurore.Après la nuit, le soleil luira de nouveau sur l\u2019histoire de France.René Eistelîileber Ottcnca, Je 11 novembre 19J}1 21 Montréal vu du Ciel Une chose banale maintenant la perspective aérienne d\u2019une grande ville.Combien n\u2019en reproduit-on pas tous les jours, du haut d\u2019un avion, pour la seule ville de Montréal ! Et certaines de ces images sont splendides.La technique de la photographie en couleurs et le coup d\u2019œil spécialisé des artistes modernes de l\u2019aviation nous livrent des réussites saisissantes en ce domaine.Toutefois, je vais surprendre, rien n\u2019a sûrement jamais égalé jusqu\u2019ici, en largeur et pittoresque de perspective, le premier « Montréal vu du ciel ».Ce fut l\u2019œuvre d\u2019un artiste comme il ne s\u2019en rencontre guère de nos jours.La technique qui le servit n\u2019était certes pas nouvelle.Mais d\u2019un maniement délicat, redoutable même, on l\u2019a toujours tenue en suspicion.Ce n\u2019est qu\u2019après coup, longtemps après, devant la précision exacte jusque dans le détail des lieux et objets perçus, qu\u2019on consentait à croire au procédé mis en œuvre.Et remarquez que cette vue extraordinaire de Montréal dont je parle ne date pas d\u2019hier.Elle est d\u2019avant l\u2019aviation qui permet aujourd\u2019hui de dominer si facilement la ville, avant l\u2019invention de la photographie et ses facilités de fixation.Plus exactement, elle date d\u2019un peu plus de trois siècles, avant l\u2019existence même de la ville de Montréal ! Cela devient incroyable, sinon ridicule.Mais rien a y faire, c\u2019est arrivé comme cela.Lisez plutôt : En 1631, dans la ville de la Flèche, il/.Jérôme de la Dauver-sière, marié et père de quatre enfants, exerçant la fonction de receveur des finances de la ville, un jour de la Chandeleur alors qu\u2019il était âgé de trente-trois ans, reçut du Christ Vordre dfinstituer une communauté de religieuses hospitalières et d\u2019établir un 22 Montréal vu du Ciel hôpital qu'elles déserviraient en Vile de Montréal, solitude dont il ne connaissait pas meme à cette époque l\u2019existence au cœur de la Nouvelle France, que Dieu lui faisait voir de loin dans ses détails au point qu'il pouvait en décrire la géographie exacte, où surgissait déjà à ses yeux d\u2019abord la bourgade rayonnant la charité et l\u2019Evangile, puis la grande ville au nom de la Mère de Dieu, la grande ville chrétienne fondée sous le patronage de la Sainte Famille et qui faisait dominer la croix au carrefour des trois grandes vallées du Saint-Laurent, de l\u2019Outaouais et du Richelieu (Résumé libre des Relations de Couanier de Launay ).Est-ce que ce n\u2019est pas cela et très exactement : Montréal vu du ciel ! Je jouais bien un peu sur les mots au début.C\u2019est toutefois en regard de cette vision qu\u2019ils ont leur plein sens.La métaphore n\u2019existe plus.Le ciel n\u2019est pas ici la stratosphère ou même seulement le nuage.Tel est donc le fait.11 est de qualité.11 a le piquant du merveilleux.Il devient de la plus grande actualité avec notre tricentenaire.Surtout il est capable de faire infiniment songer.C\u2019est un signe de plus, après tant d\u2019autres, de l'état de grâce de nos origines en ce Nouveau Monde.Qu'est-ce qu'il manifeste au juste celui-là ?Jusqu\u2019à quel point marque-t-il une intervention divine ?Ce qu'il révèle de l'âme du visionnaire et de nous-mêmes qu\u2019il aperçoit dans le lointain du dessein providentiel ?Autant de problèmes pas très simples \u2014 pour ces quelques courtes pages.* * Nous avons affaire à un saint homme.Lisons, pour ne pas empiéter sur le privilège de la canonisation réservée à l\u2019Eglise, qu\u2019il s\u2019agit d'un mystique.Tl est de belle race, de l\u2019authentique et très noble école française, ami et émule de N.Olier, contenu IIevue Dominicaine porain de Marie de l'Incarnation et liante du même rêve d'une Xouvelle-France chrétienne.Avec les gens de cette espèce on peut s\u2019attendre à tout.Ce qu\u2019ils retournent habituellement est déjà extraordinaire, du moins pour le commun des mortels ou chrétiens peu exercés à l'intimité divine.Ce sera même parfois de l\u2019extraordinaire tout court, et ils en sont capables comme personne.Ce qui l\u2019est le moins toutefois pour eux, ne devrait pas l\u2019être en fait pour tout baptisé, c\u2019est précisément le gros et le sublime de leur vie, c\u2019est leur vie même en contact immédiat avec le divin, avec tout ce que cela peut comporter d\u2019ineffables expériences et de transformations dans un cœur et un esprit humains.Une fois abandonné à l\u2019action de la grâce, et le mystique l\u2019est en permanence, ces états d\u2019âme deviennent de l\u2019habituel, du convenu, de l'ordinaire.Ses perceptions et ses réactions sont mystiques comme celles du poète sont poétiques.Mais les visions ?Et c\u2019en est une indiscutablement dont est favorisé M.de la Dauversière.Il voit à distance dans l\u2019exactitude de ses contours cette île de Montréal qu\u2019aucun document imprimé ne lui a fait connaître, où il devra, lui est-il révélé en plus avec précision, promouvoir la fondation d\u2019une communauté et d\u2019une ville.Notre mystique est-il là encore uniquement dans son rôle ?De telles interventions divines sont-elles au programme des grâces dont il est nécessairement enrichi du fait de son union à Dieu ?Visions et miracles de tout genre nous semblent si bien tenir, dans les vies où ils se rencontrent, aux grâces mêmes de sainteté, au même courant de faveurs célestes.Eh bien ! non, et c\u2019est rien que cela en vérité qui est Vextraordinaire de la vie des saints.Tout le reste, et ce n\u2019est pas peu de 24 Montréal vu ou Ciel choses : degré élevé d\u2019oraison, purification des sens et de l\u2019esprit, pratique héroïque des vertus, union transformante et même extatique, tout cela, oui, et quelqu\u2019autre chose encore ! c\u2019est du surnaturel certes, c\u2019est un état dame éminent auquel nous ne parvenons pas tous, peut-être par défaut de grâce de choix et plus certainement par défaut de correspondance aux grâces données, mais c\u2019est l\u2019aboutissant normal de la grâce du baptême, ce sont les conditions ordinaires, quoiqu\u2019elles puissent être plus ou moins manifestes, de la vie parfaitement chrétienne à laquelle nous sommes tous appelés.Tandis que ces grâces sont au programme de la vie qui s\u2019élève vers Dieu et de la sanctification personnelle, le privilège des visions, des révélations, des miracles, des prophéties, etc., est ordonné non plus au bien de l'âme qui en jouit mais à l'utilité du prochain et au profit d\u2019une œuvre ou d\u2019une mission spéciale.C\u2019est précisément pour cela que de tels charismes sont extraordinaires dans l\u2019évolution d\u2019une vie chrétienne même arrivée aux états mystiques.En conséquence \u2014- apparente contradiction \u2014 ils sont inférieurs à ces grâces sanctifiantes, puisqu'ils ne donnent pas comme elles une participation à la vie divine, mais 11e sont que les signes d\u2019un dessein de Dieu sur une âme ou une œuvre et 11e veulent que favoriser du dehors une conversion ou une grande entreprise.Et voilà que n\u2019en deviennent que plus intéressantes et plus inquiétantes pour nous, ainsi bien comprises, ces visions et révélations du prophète de Montréal.Aucun doute alors, le fait rapporté plus haut et d\u2019autres dont nous parlerons témoignent moins en faveur de la sainteté de Jérôme le Dover de la Dauver-sière que des hauts et particuliers desseins de Dieu sur notre ville.Ce n\u2019est pas précisément une mauvaise note pour notre Kevue Dominicaine liomiue toutefois.Déjà une chose enviable que cl'être constitué confident des projets divins, fussent-ils ordonnés à favoriser d\u2019autres que soi-même.Il n\u2019est guère non plus dans les règles du jeu que la Providence choisisse pour ses instruments les plus mauvais chrétiens.Et nous savons par ailleurs la très haute piété du visionnaire de la Flèche.Mais ses révélations mettent tout de même en cause uniquement la sainteté de l\u2019entreprise qu\u2019elles viennent suggérer.Car si une intervention miraculeuse de Dieu n\u2019est pas une preuve de la vertu du thaumaturge, elle en est une toujours et nécessairement de la qualité de l\u2019œuvre ou de la mission qu\u2019elle sanctionne ainsi officiellement.Il répugne, en effet, à la sagesse et à la véracité de Dieu qu\u2019il approuve manifestement et appuie d\u2019un prodige une entreprise non inscrite en ses providentiels desseins.Il se porte garant de l\u2019œuvre qu'il a fait sienne par une spéciale intervention.Ce n\u2019est pas tous les jours et pour toute personne que Dieu fait les frais de déranger l\u2019ordre de sa création.Aussi le point important et difficile, lorsqu\u2019un entreprenant se réclame pour son œuvre d\u2019une telle sanction divine, est-ce de se prouver à lui-même et surtout de prouver aux autres l\u2019authenticité du signe céleste.M.de la Dauversière 11e pouvait s\u2019en dispenser.Et ce n\u2019est pas peu de chose pour nous qu\u2019il ait assez clairement établi que nous étions voulus de Dieu ! * * * Imagine-t-on ce petit fonctionnaire chargé de famille qui se rend compte à un moment donné qu\u2019il a en tête la vue nette et certaine d\u2019une telle œuvre à accomplir ?Il est assez difficile de savoir la façon exacte dont ces sortes d\u2019idées peuvent arriver à l\u2019esprit d\u2019un homme : images directement perçues ou montées 26 Montreal vu du Ciel dans l\u2019imagination, intuitions intellectuelles ou compréhension subite d\u2019un devoir ?Saint Paul lui-même racontant sa grande vision pouvait dire : « si ce fut en mon corps, je ne sais ; si ce fut sans mon corps, je ne sais ; Dieu le sait ».tTne chose que nous savons pour M.de la Dauversière, que nous aurions facilement supposée, c\u2019est que son désarroi ne fut pas moins grand que sa certitude.Il fit alors tout juste ce qui s\u2019imposait : s'en ouvrit à son confesseur, avec le succès que rencontrent du premier coups ces sortes de confidences.Le P.Chauveau fut lent à croire, comme il convenait.Ce n\u2019est qu\u2019après huit ans d\u2019hésitations et d\u2019épreuves imposées à son pénitent qu\u2019il se rendra.Et tout ce temps-là, l'abbé le Royer, parent du visionnaire, le P.Etienne, gardien du couvent de Franciscains, l\u2019incitaient de leur côté à « penser à autre chose », selon la formule de psychothérapie.Ce n\u2019est pas faire insulte à la foi de M.de la Dauversière, mais bien plutôt témoigner en faveur de sa prudence que de l\u2019imaginer s\u2019efforçant parfois de n'y plus penser.Dieu est patient et consent presque toujours à s\u2019accommoder pour un certain temps de nos humaines prudences.Mais quand il en a assez de ces sages précautions ou qu\u2019il décide d\u2019emporter le morceau d'un coup, les garanties s\u2019accumulent, les preuves éclatent de tous côtés en faveur de son message, il n\u2019y a plus d\u2019obstacles qui tiennent, l'œuvre demandée se réalise.Le témoignage d\u2019un visionnaire ne suffit pas à convaincre.ou à embarrasser tout à fait ces Messieurs, Dieu va en susciter un autre, une autre cette fois.A la Flèche même, cinq ans après les révélations faites au receveur des finances de la ville, la pieuse fille Marie de la Ferre s'entend appeler par le ciel « à fonder une société de religieuses hospitalièrès sous le patronage 27 Revue Dominicaine de saint Joseph ».Elle aussi ! Les deux se connaissent, échangent leurs confidences et se fortifient mutuellement dans la certitude de leur divine mission.Trois ans plus tard ils sont à Paris tout exprès pour communiquer leurs projets à la sainte veuve Marie Rousseau, que toute la France connaît pour son intérêt aux œuvres pieuses et sa grande clairvoyance en ces sortes d\u2019initiatives.M.de la Dauversière a à peine nommé le Canada, Montréal, que la pieuse femme complète le récit par ce que M.Olier vient de lui raconter de semblables projets missionnaires en ce même coin du monde.Quelque temps après, les deux hommes, qui ne se connaissaient pas, se rencontrent, se reconnaissent, s\u2019embrassent, parlent du Canada, prient ensemble, et M.Olier remet à M.de la Dauversière le premier argent « pour commencer à Montréal l\u2019œuvre de Dieu », lui dit-il.La convergence des volontés et des événements est maintenant manifeste ; ordalie suprême qui emporte les dernières hésitations.Nos têtus rêveurs vont passer à l\u2019action, en montrant un sens pratique dont pourraient être jaloux les hommes d\u2019affaires les plus avisés.Ce sont alors les étapes connues : en 1639, Marie de la Ferre a fondé ses Hospitalières qui s\u2019entraînent à la Flèche à l\u2019apostolat, auquel elles se dévoueront bientôt à Montréal : le soin des malades ; en 1640, le trio de la Dauversière, Olier et de Faucamp s\u2019est, porté \u2014 deux fois, par précaution \u2014 acquéreur légal de l\u2019île de Montréal ; avant la fin de la même année M.de Faucamp doit faire traverser des tonneaux de vivres et d\u2019outils pour les colons qui vont bientôt s\u2019embarquer ; vers le même temps M.de Renty a, a son tour, ses révélations sur le grand rôle qu'il doit jouer « en la fondation de l\u2019Eglise dans File de Montréal » et, avec les trois associés d\u2019hier, crée la Société de Notre-Dame de Montréal.28 Montréal vu du Ciel Comme il l\u2019avait été révélé, comme on s\u2019était obstiné à le vouloir parce que Dieu le voulait, en 1642 serait fondée, sous le nom de Ville-Marie et sous le patronage de la Sainte Famille, la ville chrétienne vue en rêve par M.de la Dauversière.Devant ces faits, on se croirait perdu en quelque récit de légende dorée si les documents historiques n\u2019étaient pas là multiples, précis et corroborés par la grande histoire de notre pays.Encore, n\u2019est-ce là que la promesse de la cité prédestinée.D\u2019autres grâces, infiniment plus précieuses, vont lui être données à sa naissance.Elle aura surtout bénéficié de la sainteté des âmes groupées au pied du Mont Royal, le 18 mai 1642, pour la fondation par d\u2019autres présagée ; la présence des anges de Dieu sur un berceau vaudra toujours plus au nouveau-né que les éclats de trompette dans les nuages annonçant l\u2019événement.Le prodige dans le ciel a toutefois pour lui l\u2019avantage d\u2019être un signe.C\u2019est à ce titre qu\u2019il nous intéressait ici.Et un signe sensible, visible, fait d\u2019un peu de bruit et de lumière, intéresse toujours nos myopes esprits.C\u2019est pour cela du reste qu\u2019il est donné, pour attirer notre attention, pour nous laisser soupçonner quelque chose des grands desseins cachés de Dieu.Quels étaient ces desseins dans la fondation de Montréal ?Nous n\u2019en saurons jamais tout.Mais aucun doute qu\u2019ils allaient au salut des âmes.11 n\u2019y a que cela qui ait jamais remué le ciel, pour quoi, en définitive, Dieu soit sorti de son éternel repos et, une fois, s'est donné tant de peines.C\u2019est bien l\u2019impression que nos voyants rapportent de leurs communications avec l\u2019au delà.Les bienfaits de la civilisation ! L\u2019honneur du drapeau français ! Oh ! non, et jamais il ne fut si clair qu\u2019on ne mêlait pas la phi- 29 Revue Dominicaine lanthropie et le patriotisme au zèle apostolique.En témoignent assez les entretiens de MM.Olier et de la Dauversière.On voit dans la suite M.de Maisonneuve et Jeanne Mance défendre contre le gouverneur, en arrivant au Canada, la pureté de cette pensée initiale.Ce que Dieu veut \u2014 et s\u2019ils en sont tous convaincus ! \u2014 c\u2019est l\u2019œuvre chrétienne en Nouveau Monde par cette ville qui doit être fondée, non sur Pile d\u2019Orléans comme le voudrait le gouverneur Montmagny, mais sur Pile de Montréal.Notre ville 11e saurait donc désormais échapper à sa prédestination de cité chrétienne.Il est impossible que Dieu n\u2019ait pas raison.Les sociétés petites ou grandes comme les individus choisis pour une œuvre précise qu\u2019ils leur a désignée 11e peuvent s\u2019esquiver.Tant pis pour eux s\u2019ils veulent ignorer ou combattre les volontés divines.Ils les réaliseront alors sans mérite et pour leur malheur, mais ils les réaliseront ; à la manière dont le peuple juif, qui devait donner au monde son propre Sauveur, l\u2019a donné malgré lui et pour se perdre.On a vu dans les faits rapportés des signes authentiques, comme il en a rarement été donné chez d\u2019autres peuples et à aucune ville du Canada, de cette spéciale élection divine de Montréal à l\u2019œuvre chrétienne en terre d\u2019Amérique.Il y a donc là autre chose qu'une religieuse littérature et une série de traits historiques \u2014 édifiants tant qu\u2019on le voudra.Et même, n\u2019oublions pas que, d\u2019après les lois de ces révélations sur notre vocation chrétienne, c\u2019est à nous qu\u2019il incombe d\u2019être édifiants et d\u2019écrire des pages d\u2019histoire religieuse, plus que 11\u2019y étaient obligés ceux qui prophétisaient sur notre compte.Toute la tâche de ces derniers consistait, en réalité, à prouver que telles étaient bien les vues divines, nous laissant la plus facile : celle de les réaliser.Ravmond-M.Voyer, O.P.30 res ca tholi ques américains Les Etats-Unis se flattent d\u2019ignorer les querelles religieuses.Pays de la liberté et du « fair-play », tous les citoyens jouissent, au moins en théorie, des avantages de l\u2019égalité sociale.C\u2019est déjà beaucoup à notre époque.Personne 11e leur reproche leur foi ni leurs caractères ethniques ; au reste, qui serait en mesure de jeter la pierre à son voisin ?L\u2019esprit de caste 11\u2019existe pas, alors qu\u2019il subsiste toujours en Europe, malgré les plus éclatantes professions de foi démocratique.L\u2019argent est roi, mais c\u2019est une souveraineté que chacun peut convoiter, puisqu\u2019au départ, les chances sont à peu près égales.Pour jeter quelque ombre au tableau, il y a bien le douloureux problème des Noirs, qiii 11\u2019est certes pas à l\u2019honneur de nos voisins ; c\u2019est là une bien longue histoire.Dans l\u2019ensemble cependant et à ne pas examiner de trop près les détails, les Américains n\u2019ont pas connu les campagnes de fanatisme et de sectarisme qui ont déchiré tant de pays européens et qui ont contribué pour une large part à déterminer leur ruine actuelle.Il ne s\u2019ensuit pas toutefois qu\u2019à l\u2019occasion, dans les périodes de crise notamment, alors que la nation est soumise à une excitation collective, la majorité n\u2019ait pas tendance à imputer des motifs religieux ou nationaux aux minorités qui divergent d\u2019opinion sur certaines questions fondamentales.Réflexe d\u2019inquiétude ?Besoin de sentir qu\u2019on 11e fait pas fausse route ?Il se peut.Il semble acquis aujourd\u2019hui, autant que nous puissions apprécier équitablement le mouvement des idées chez nos voisins, que le gros de la population des Etats-Unis appuie fermement la cause des Alliés ; non pas sans doute par le fait d\u2019une sympa- Revue Dominicaine tliie débordante pour les Britanniques et du désir de conserver à l\u2019Empire anglais ses prérogatives politiques et ses privilèges commerciaux.Les Américains sont plus réalistes ; ce qui les pousse à faire peser du côté de Londres le poids de leurs ressources immenses et de leur appui moral, c\u2019est un sentiment très naturel de solidarité entre les sociétés anglo-saxonnes, c\u2019est-à-dire un patrimoine commun de traditions, d\u2019idéal, de conceptions politiques et de méthodes d\u2019affaires, c\u2019est aussi et surtout la conscience du danger qui menace les Amériques, si l\u2019Allemagne réussit à établir de façon permanente son hégémonie en Europe et en Afrique et le Japon, en Asie.Sans redouter, de façon immédiate ou prochaine, l\u2019invasion du continent américain, plusieurs observateurs craignent une strangulation économique dont les résultats sur l\u2019économie et le système de gouvernement des Etats-Unis 11e seraient pas davantage rassurants.C\u2019est ce qui explique que certains groupes importants et influents, qui exercent leur prestige jusqu\u2019à la Maison Blanche, se déclarent sans ambages en faveur d\u2019une politique résolument interventionniste.En face d\u2019eux, nous trouvons des gens comme Lindbergh, Wheeler, Nye et quelques vedettes qui font campagne pour empêcher leur pays de s\u2019engager sur le sentier de la guerre.Après la passation de la loi du prêt-bail et l\u2019abrogation de la loi de neutralité, les événements les ont sûrement dépassés.Jusqu\u2019à plus ample informé, il est injuste d\u2019accuser ces hommes de félonie et de servilité à une puissance étrangère ; leur point de vue est nettement américain.Leur grand tort, semble-t-il, c\u2019est d\u2019oublier de tenir compte, dans leur argumentation, de ce fait capital : quoi qu\u2019ils disent, quoi qu\u2019ils fassent, les Etats-Unis font partie de la planète Terre et ne peuvent envisager l\u2019histoire du même angle que l\u2019homme de Sirius.L\u2019étroite interdépendance Les catholiques américains des nations est un phénomène de notre époque, c\u2019est le fruit des progrès de la science qui a mis entre les mains des hommes des instruments de rapprochement.Nous pouvons le regretter pour notre repos et notre sécurité, il demeure vain néanmoins de vouloir nous y soustraire.Dans ce conflit d\u2019opinions, conflit qui s\u2019aggravera au fur et à mesure de la prolongation de la guerre, quelle est la position des catholiques américains ?On commence à faire courir le bruit qu\u2019ils seraient des isolationnistes avérés ; de là à les accuser de sympathies nazistes, il n\u2019y a qu\u2019un pas que les agents provocateurs et les accusateurs publics n\u2019hésitent pas à faire.C\u2019est trop simplifier le problème ; comme dans toutes les généralisations, il y a là de l\u2019exagération manifeste et une injustice flagrante.Il apparaît clair, de prime abord, que les catholiques comme tels ne peuvent éprouver aucune sympathie pour la doctrine hitlérienne ni pactiser en aucune façon avec cette idéologie ; rien, en effet, n\u2019est aussi incompatible avec les principes fondamentaux et éternels du christianisme.Les Nazis, personne n\u2019a plus le droit de l\u2019ignorer, ont odieusement traité en Allemagne et dans tous les pays conquis les cultes chrétiens.Pour accéder au pouvoir, ils ont usé de subterfuges, ils ont donné des garanties aux Eglises, ils ont même signé un concordat avec le Vatican.Une fois solidement installés, ils 11e se sont guère souciés de ces promesses, ils se sont révélés sous leur jour véritable.L\u2019interprète Kosenberg n\u2019a jamais été officiellement récusé, bien au contraire.Le pasteur Niemoller, qui faisait entendre récemment, du fond de sa prison, un avertissement à tous les hommes libres, témoigne éloquemment et douloureusement en faveur de l\u2019impossibilité de convertir le nazisme, lui-même une religion qui se 33 Revue Dominicaine dresse contre toutes les autres formes de culte en qui il voit des rivaux.Dans une livraison récente de F« American Mercury », un écrivain catholique, le professeur Theodore Maynard, essaie de démêler le vrai du faux dans les reproches adressés aux catholiques des Etats-Unis.Il y a, en effet, plusieurs équivoques à dissiper, surtout dans l\u2019esprit de ceux qui, 11e connaissant pas l\u2019Eglise, portent sur elle des jugements incomplets ou injustes.Certaines gens eussent souhaité que le Vatican prononçât une condamnation formelle et définitive du système politique et économique érigé par les Nazis, comme si c\u2019était là le rôle normal de l\u2019Eglise.Le Souverain Pontife 11e s\u2019attaque qu\u2019aux hérésies et aux déviations de la doctrine catholique pour rappeler aux fidèles où se trouve la vérité dont il demeure le dépositaire.Son rôle s\u2019arrête là ; ce n'est pas à lui d\u2019intervenir dans les matières qui 11e sont pas de son ressort.S il 11e peut pas approuver la conduite antireligieuse de l\u2019Allemagne nazie, comment pourrait-il jeter l\u2019anathème sur un pays où vivent des millions de catholiques ?N\u2019oublions pas qu\u2019il est le chef de toute la chrétienté et qu'il lui est impossible de prendre ouvertement parti, sur le terrain politique, sans blesser profondément nombre de ses fils.Comme le soulignait Jacques Maritain dès 1939, la guerre que nous faisons au nazisme est essentiellement une guerre juste, elle n\u2019est pas cependant une guerre sainte, une croisade qui suppose l\u2019engagement collectif, dans tous les pays, de la hiérarchie catholique.Au reste, sommes-nous suffisamment purs pour nous croire les représentants authentiques de la justice et de la vérité absolues ?A cet égard, le professeur Maynard fournit une excellente explication quand il écrit : L\u2019Eçjlise doit réprouver l'athéisme Les catholiques américains avoué et le matérialisme clu bolchévisme, mais elle doit également condamner Vathéisme et le matérialisme qui prévalent souvent chez les défenseurs du capitalisme et elle est loin d\u2019identifier complètement les droits de la propriété avec notre système économique actuel.Meme dans les conditions présentes, le Saint Siège a essayé à maintes reprises de conclure un concordat, d\u2019en venir à un modus vivendi, avec le Kremlin, tout comme il a signé des concordats avec Hitler, Mussolini et Franco.Car l\u2019Eglise est toujours prête à s\u2019entendre avec tout gouvernement.Elle nest pas liée avec une forme particulière de régime politique, quoique j la démocratie moderne, issue de la philosophie scolastique, apparaît le système le plus rapproché de sa propre constitution et celui sous lequel elle bénéficie de plus de liberté d\u2019action.On l\u2019a bien vu quand Léon XIII, esprit ouvert aux courants de la pensée moderne, a recommandé le ralliement à la République aux catholiques français, naturellement conservateurs et monarchistes, à cette époque du moins.La position de l\u2019Eglise 11e souffre donc aucune ambiguïté ; la sagesse et le souci du salut commun des hommes la lui commandent.Voilà ce que doivent comprendre les non-catholiques à travers le monde et notamment aux Etats-Unis, pour apprécier avec équité l\u2019attitude du Vatican.Pour écarter tout soupçon, s'il en est besoin, sur les sentiments du Souverain Pontife, qu\u2019on se rappelle ceci : en mars 1937, Pie XI publiait trois encycliques.De quoi traitaient-elles ?La première, Divini Redemptoris, condamnait le communisme athée et recommandait la reconstruction du monde sur des bases chrétiennes.Dans Mit brcnnender Sorge, il protestait contre les persécutions infligées à l'Eglise d\u2019Allemagne dans son magistère et dans ses ministres, en même temps qu\u2019il réprouvait le racisme et les théories fascistes sur la Revue Dominicaine déification de l\u2019Etat.Nos es muy était une lettre au clergé mexicain où le Pape revendiquait les droits civiques des chrétiens.Depuis la guerre, dans des conditions, faciles a comprendre, qui ne permettent pas au Vatican de faire entendre sa voix comme autrefois, Pie XII a néanmoins repoussé, dans son encyclique d\u2019octobre 1939, l'autorité civile qui se substitue à Dieu et élève l'Etat ou un groupe comme fin suprême de la vie, comme critère definitif de Tordre moral et juridique, et interdit ainsi tout appel aux principes de la raison naturelle et de la conscience chrétienne.X\u2019est-ce pas assez clair pour permettre aux catholiques de soutenir que le Pape n\u2019a pas hésité à condamner le nazisme et les systèmes analogues ?Plus récemment, à la mi-novembre, c\u2019était au tour des évêques des Etats-Unis de s\u2019élever, dans un mandement collectif sur la crise de la chrétienté, contre le nazisme et le communisme.Si plausibles que soient leur constitution et leur propagande, notaient-ils, la vérité alarmante, c'est qu'aucun de ces systèmes ne comprend ni ne permet la liberté dans son sens véritablement chrétien.Les deux systèmes usurpent un pouvoir arbitraire sur la vie et la destinée des hommes ; leurs chefs assument un pouvoir qui n'appartient qu\u2019ci Dieu.En fait, les catholiques américains se partagent, comme le reste de la population, en interventionnistes, en isolationnistes et en indifférents.Ce n\u2019est pas leur croyance religieuse qui détermine leur attitude politique.Les trois publications catholiques les plus influentes témoignent de cette diversité.Les rédacteurs de Commonweal soutiennent des thèses différentes au sujet de la guerre, les uns sont pacifistes, les autres sont ardemment pro-alliés.La revue des Jésuites, America, qui était au début modérément isolationniste, évolue peu à peu.Le Catho- 36 Les catholiques américains lie World, qui combat énergiquement la politique de Roosevelt pour des motifs particuliers, a néanmoins condamné fermement toutes les formes de totalitarisme.Il est donc permis de conclure ainsi : Les Fascistes catholiques américains ne sont ni américains ni catholiques.Il n\u2019existe pas deux systèmes de pensée plus inconciliables que le catholicisme et le totalitarisme.Il serait donc malhonnête de faire porter à tout un groupe religieux les péchés de quelques égarés.Même les déclarations enflammées de l\u2019antisémite abbé Coughlin, qui n\u2019est pas naziste, ne représentent pas le sentiment général de nos coreligionnaires des Etats-Unis.Il importe de s\u2019en souvenir avant d\u2019accepter sans examen des jugements lapidaires qui sont à la fois injustes et faux.Roger Duhamel o Montréal, le 26 novembre 19J/1 Sur le front invisible Chaque matin et chaque soir le journal et la radio nous apportent une image quelconque d\u2019un multiple front.Cette image indécise, et combien schématique, il convient de la recevoir sans excès de crédulité ou d\u2019incrédulité.Comme l\u2019Aumônier du Congrès américain en demandait la grâce, le 8 décembre, efforçons-nous d\u2019être sane and true.S\u2019il y a de la sottise à suivre puérilement toutes les fluctuations contradictoires des nouvelles, il n\u2019y en a pas moins à leur refuser toutes espèce de valeur testimoniale.D\u2019après la teneur et la provenance d\u2019un bulletin, il n\u2019est pas téméraire de se former une opinion provisoire en attendant que le faisceau de preuves donne droit à la certitude quasi-physique du fait.Ce qu'il importe surtout d\u2019éviter, c\u2019est de suivre les événements avec un esprit léger et de muer en passe-temps le grave intérêt que nous devons prendre aux nouvelles.Cette inconscience frivole, quand le sang humain abreuve les continents, n\u2019est rien moins qu\u2019odieuse.Il faut aussi se bien garder d\u2019oublier que, derrière et au-dessus de nos lignes de feu, se poursuit la mêlée indescriptible des esprits.De ce vaste front invisible, le journal et la radio ne donnent pas de nouvelles ni 11e peuvent en donner.On parle quelquefois, employant une métaphore hardie, de front intérieur, de home front, désignant par ces mots l\u2019effort géant de l'industrie et de tous les services civils de guerre, depuis la propagande jusqu\u2019à l'agriculture.En tout cela, il serait stupide et tragique de méconnaître l\u2019importance de la matière et des réalisations matérielles, mais cet arsenal étroit n\u2019enferme pas toute la puissance de l\u2019homme, et l\u2019oublier serait une maladresse impie.Tout, depuis le cuirassé jusqu\u2019à la prière du petit enfant, doit être mis à contribution pour assurer et hâter la victoire.Par son 38 Sur le front invisible âme, c\u2019est-à-dire son esprit et sa volonté, ses désirs et sa foi qui sont, on mieux peinent être, en même temps forces magnétiques et prières, l\u2019homme exerce une mystérieuse action qui, étant invisible, n'en est que plus étendue et plus certaine.En temps de guerre, surtout si elle a le caractère que nous lui voyons aujourd\u2019hui, cette action occulte des pensées, des désirs et même des jiaroles peut devenir, si elle est concertée et ardente, comme une immense chape de plomb jetée sur le camp ennemi.Hitler, qui est initié à l\u2019hermétisme, a savamment joué de cette arme qui, avec l\u2019exploitation satanique de la bassesse humaine, s\u2019est montré aussi efficace que le tank et l\u2019avion.Par la clameur hystérique de son éloquence, par l\u2019habileté perverse de ses mises en scène, le Führer a excité jusqu\u2019à la rage et canalisé par sa propre image et celle de la Swastika les forces noires d\u2019une brute innombrable qui rêvait de vengeance et de domination.C\u2019est là le grand secret de sa puissance et aussi, comme contre-épreuve, le secret de la faiblesse de Mussolini en qui l\u2019Italie, trop humaine, n\u2019a pas voulu se reconnaître.(Le jour où tous ceux qui sont dans le camp ennemi de l'Allemagne auront l'esprit et le courage de mépriser Hitler et ses satellites autant qu'ils méprisent le compère Benito, ces aventuriers sanguinaires 11e seront pas loin de leur chute verticale.) D\u2019un autre côté, si l\u2019Empire britannique n\u2019avait pas trouvé le chef réaliste et éloquent qui fut capable de rallier tous les esprits et tous les cœurs, il est probable que Londres subirait aujourd\u2019hui le sort de Paris.Sur le front invisible, tout le monde peut et doit être soldat.Ceux qui le désertent et 11e rougissent pas de le laisser voir par-toute sorte d\u2019indices, n\u2019ont, pour justifier leur conduite, que de vains ou vils prétextes.Leurs âmes sont parasitées par l\u2019ignoble vermine des sentiments amers et égoïstes, et seules l\u2019indifférence, 39 Revue Dominicaine l\u2019animosité, la rancœur et l\u2019envie les empêchent cl\u2019opter de tout leur cœur et de toutes leurs forces pour la victoire des Alliés.Ils préfèrent plaider pour le mensonge et le banditisme international.Tout ce qui est violation de droit et abus de force les trouvent indulgents et charitables (d\u2019une charité si touchante !), tandis que pour le côté du maintien des droits, pour l\u2019héroïque entreprise de libération, menée par des hommes qui détestent la guerre, ils se montrent réticents, insinuateurs et, à huis clos, bêtement agressifs.Ces misérables avocats du diable n\u2019ont que l\u2019excuse, assez pauvre, de leur ignorance.Ils ne soupçonnent peut-être pas la portée ~\t~\t\" e et ne mesurent jias le gaspillage d\u2019énergies vitales qu\u2019elle représente.Sans s\u2019en douter, ils grossissent le tourbillon qui monte de l\u2019enfer et beaucoup d'entre eux portent, en secret, cette croix gammée qui est le signe de la Bête.Cet antagonisme sournois ou déclaré pour les soldats du droit n'est pas la seule forme de trahison sur le front invisible.L\u2019apathie et l'inconscience en sont d\u2019autres.Sans angoisse mais aussi sans légèreté, il serait toutefois grand temps d\u2019ouvrir les yeux et de constater que nous sommes engagés dans la guerre la plus importante de l'histoire du monde.La Défense de VAmérique ne nous donne qu\u2019une faible idée des intérêts profonds qui sont en jeu, lorsqu\u2019elle nous apprend que le triomphe du plan panger-maniste signifierait, pour tous les peuples soumis à l\u2019Allemagne, l\u2019avènement d'un esclavage scientifiquement organisé.Il est grand temps que nous nous mettions à penser et à sentir à la taille des événements qui nous confrontent.A l\u2019exemple des grands politiques qui conduisent l\u2019Empire britannique et les Etats-Unis, commençons par nous hausser à une juste vision du tournant historique où nous sommes a la fois spectateurs et 40 ^ Sur le front invisible acteurs.L'inconscience est partout l\u2019ennemie de l'homme et, en cette heure tragique, elle l\u2019est encore davantage.Secouons notre torpeur, non pour tomber dans la haine et l\u2019anxiété, mais pour rompre les digues de notre désir et de notre foi.Désir véhément et confiance inébranlable, nourris par le spectacle poignant des peuples victimes î Que notre âme s\u2019épuise et se renouvelle en mouvements puissants et continus de désir et de prière ! Je dis désir avant prière, parce qu'il n\u2019y a pas de vraie prière sans désir.De tout le ressort, de toute la potentialité de notre être, nous devons désirer la victoire et croire, de cette certitude toute-puissante, de cette foi qui peut transporter les montagnes, que l\u2019heure de la victoire et de la délivrance ne peut manquer de venir et qu\u2019elle viendra bientôt.Il faut qu\u2019il n\u2019y ait pas de place en nous pour le doute.Indéfectiblement, malgré nos péchés, malgré les levers, malgré les surprises, malgré la trahison intérieure, nous devons être certains que Dieu 11e permettra pas le triomphe complet d\u2019une ignoble et sinistre barbarie, que rien 11e peut empêcher l\u2019heure de la justice de venir.De nos pensées, de 110s désirs, de notre foi, de notre prière et aussi de 110s sacrifices, est et sera fait en grande partie le moral de nos pauvres soldats.Refuserons-nous de les aider et de les aider passionnément ?Nous chargerons-nous plus longtemps du crime de déserter le front invisible et de retarder ainsi la fin de cette immonde tuerie ?Songeons à ceux qui étouffent et agonisent sous le monstre de fer, et pensons que nos esprits et nos cœurs, s\u2019ils sont purs et intrépides, incorruptibles et véhéments, peuvent hâter l'heure où, délivré de l\u2019horreur nazie, le monde pourra de nouveau entendre les cloches de ses églises sonner la victoire et le retour de la paix dans la liberté.Gabriel-M.Lussier, O.P.41 En souvenir du père Bernadot, o.p.directeur des « Editions du Cerf » Ces quelques pages veulent être un hommage à la mémoire du P.Bernadot, directeur des Editions du Cerf, animateur d\u2019une équipe de religieux dont le travail ne fut pas sans importance, pour la vie spirituelle, intellectuelle, la vie publique même, dans la France d\u2019avant le désastre.N\u2019ayant ni qualité pour m\u2019instituer biographe d\u2019un religieux, ni les moyens d\u2019écrire l\u2019histoire d\u2019une œuvre complexe et multiforme, je peux simplement rendre témoignage à l\u2019esprit du P.Bernadot, dire pourquoi tant de laïques, mes contemporains, sont venus chercher une inspiration dans la maison dominicaine de Juvisy, puis de la Tour-Maubourg.Entre toutes les publications qu\u2019ont assumées les Editions du Cerf, la Vie Spirituelle fut l\u2019œuvre fondamentale ; celle qui.d\u2019après le Père, permettait de comprendre toutes les autres, même les entreprises les plus différentes apparemment d\u2019une revue de spiritualité.Le besoin de leur pays, de leur époque, auquel ces religieux ont d\u2019abord répondu, avec grand succès, ce fut un besoin spirituel, étendu, profond.En ces dernières années de la troisième République, des milliers de laïques, spécialement un grand nombre de jeunes foyers, étaient en quête, avec ardeur et constance, non d\u2019une piété facile ou fantasque, mais d\u2019une vie intérieure solide, méthodique, fondée en bonne théologie : la Vie Spirituelle sut unir dans ses fascicules l\u2019histoire, la doctrine, la pratique.Une publication aussi substantielle 11e s\u2019adressait évidemment qu\u2019à un public cultivé.Et le peuple fidèle qui n\u2019est 42 En souvenir du Père Bernadot, O.P.pas préparé à ces difficiles lectures ?Il ne dispose d'ordinaire, pour son édification, que de périodiques où l'esprit divin doit transfigurer des formes médiocres, laides.Il y avait au contraire, un double joie des yeux et du cœur à considérer la Vie Chrétienne avec Notre-Dame, magazine dirions-nous de piété populaire qui, pour orienter les âmes, savait utiliser l'héliogravure, reproduire opportunément les chefs-d\u2019œuvre de l'art chrétien.Editeur moderne, le Père Bernadot 11e montrait pas cette publication sans quelque fierté.Ce goût d\u2019une belle présentation m\u2019a touché comme un signe d\u2019humanisme réel, vivant chez ce spirituel.Car le Père m\u2019apparaît, avant tout, comme un spirituel : cela explique l\u2019attrait qu\u2019il exerçait sur nous, jeunes hommes d\u2019entre les deux guerres ; cela explique ses succès, ses épreuves aussi.Ardents et critiques, nous attendions, nous exigions beaucoup d\u2019une action conduite par des religieux.Une œuvre, comme celle des Dominicains de Juvisy devait à nos yeux, réaliser et, pour ainsi dire, révéler le grand paradoxe du Christianisme dans le monde, qui demeure transcendant tandis qu'il 11e cesse de s\u2019incarner.Pour nous rappeler cette transcendance, nous disposions de la Vie Spirituelle, des sections de la Vie Intellectuelle consacrées aux questions religieuses et à la philosophie : quand il vient animer l'action sociale, la vie publique, l\u2019esprit chrétien se change facilement en une inspiration vague ou une morale toute pratique ; il y a grand risque de perdre de vue le mystère chrétien, tel qu\u2019il s'exprime dans le dogme, dans la liturgie, dans l\u2019enseignement des théologiens et le témoignage des mystiques.C\u2019est pourquoi par sa complexité, sa diversité même, l\u2019œuvre d\u2019édition du P.Bernadot était admirablement équilibrée et principe d\u2019équilibre.D\u2019une part, elle nous ramenait, par des voies Revue Dominicaine raisonnées, éprouvées, vers la source de vie au fond de nos âmes ; d\u2019autre part, elle nous accompagnait dans nos responsabilités extérieures, non seulement d\u2019action catholique, mais même d\u2019action temporelle.Le futur historien du sentiment religieux en France, au XXe siècle, devra expliquer comment l\u2019homme de la Vie Spirituelle fut aussi le fondateur d\u2019un Hebdomadaire du Temps Présent.Sept eut une carrière brillante, mais courte : il était très difficile que des religieux, dans une époque exceptionnellement trouble, assument la responsabilité d\u2019une publication qui, par nature, devant suivre l\u2019actualité, même politique, se trouvait immédiatement engagée dans les luttes temporelles.Ce fut un groupe de laïques qui, après la disparition de Sept, et pour continuer son œuvre, publia Temps Présent, puis après l\u2019armistice Temps Nouveau.A ces publications l\u2019esprit du Père Bernadot était encore présent : cette spiritualité assez forte pour vouloir transformer l\u2019homme tout entier, l\u2019homme du XXe siècle, individuel et collectif.Karl Barth fit un jour visite aux Pères de Juvisv : je fus le témoin prodigieusement intéressé de cette rencontre entre des Prêcheurs et le grand théologien et prédicateur protestant qui a repris, des mains infidèles des Libéraux, l\u2019héritage de la Réforme, les pures, les dures conceptions de Calvin ou de Luther.Les « colloques » du XYIe siècle furent nombreux, longs et violents ; sans doute n\u2019eurent-ils jamais la clarté de ce court et pacifique entretien, qui alla tout droit à l\u2019essentiel : deux conceptions de la grâce.Barth exposait, en une image saisissante, que l\u2019homme qui est ténèbres et reste ténèbres, adhère simplement au Dieu de lumière, grâce incréé, extérieure.Rendant toute sa valeur de vie à Y habitus vilipendé par Luther, les Dominicains rappelaient que le don divin commence, dès ici-bas, la divinisa- 44 En souvenir ou Père Bernaoot, O.P.tion de l\u2019homme, le travaille et le transforme.L\u2019action dn Père Bernadot et de ses confrères s\u2019explique tout entière par cette idée que la vie chrétienne est transformation de l\u2019homme tout entier.Ces spirituels et ces théologiens constataient avec joie la présence de cette idée chez les hommes d\u2019action catholique ou même temporelle.Un des chefs politiques du catholicisme européen n\u2019avait-il pas dit, en 1919 ou 1920, que la fin de son action, c\u2019était l\u2019union de son peuple à Dieu ?Des religieux devaient naturellement chercher à rendre plus vigoureux cet esprit diffus dans les milieux catholiques sociaux.C\u2019était d\u2019ailleurs l\u2019époque ou la jeunesse s\u2019orientait vivement dans la même direction : à la suite de la Jeunesse Ouvrière Chrétienne, Faction catholique spécialisée se développait dans les différents milieux sociaux.C\u2019était reconnaître que la vie chrétienne dans le monde pose un problème de transformation non seulement des individus, mais des milieux, non seulement des âmes, mais des collectivités.L\u2019importance accordée par une revue comme la Vie Intellectuelle aux questions sociales et politiques (c\u2019était le titre d\u2019une de ses rubriques) signale ce fait contemporain : la découverte par des théologiens, des spirituels, des réalités collectives.Il y avait sans doute des années que des hommes pieux, savants et actifs traitaient de la doctrine sociale de l\u2019Eglise, mais, à l\u2019époque où le P.Bernadot et son équipe devenaient attentifs aux choses temporelles, cet enseignement avait grand besoin d\u2019être renouvelé, non certes dans ses principes, mais dans ses méthodes : la morale sociale, enseignée aux militants catholiques, était d\u2019une part trop détachée de la connaissance, du sentiment même des complexités psychologiques et économiques auxquelles l\u2019action doit l\u2019appliquer ; et d\u2019autre part, cet enseignement à la fois abstrait et d\u2019intention immédiatement pratique, manquait de plus en Revue Dominicaine plus de force d\u2019inspiration et de pensée.De là le succès de la revue neuve, vivante et solide que fut la Vie Intellectuelle.L\u2019attrait de la revue venait de l\u2019universalité de ses intérêts : à côté de la religion et de la philosophie, des questions sociales et politiques, les lettres et les arts.C\u2019était un humanisme vivant, lié moins à l\u2019idée d\u2019un type humain classique, fixe, qu\u2019à la conception plus moderne d\u2019un humanisme historique, toujours en travail.Dans un admirable article, paru en janvier 1940, le Père Chenu, régent du Saulchoir et grand ami des Pères de la Tour-Maubourg, montrait dans le développement industriel et les nouvelles formes sociales qui en résultent une croissance de cette matière humaine que l\u2019esprit \u2014 l\u2019Esprit Divin, joint à l\u2019esprit humain \u2014 doit sauver, c\u2019est-à-dire, pour des catholiques, transformer.« La vie divine, écrivait-il, s\u2019incarne, elle s\u2019incarne de plus en plus, à mesure qu\u2019apparaît la matière humaine ».Autour du P.Bernadot, on ne craignait pas de suivre, de chercher même, dans tous les champs d\u2019activité, cette « croissance communautaire de l\u2019homme », parce qu\u2019on sentait, par delà la nouveauté du temps, l\u2019éternelle nouveauté de l\u2019Evangile, qui est d\u2019un autre ordre.C\u2019est la raison pourquoi on y déliait si facilement le Christianisme de toute solidarité avec les choses humaines qui apparaissaient vieillies ou vieillissantes.De là vient que le P.Bernadot fit, en quelques circonstances, figure de non-conformiste.Dans l\u2019opinion commune, un religieux, homme de la Tradition, doit être l\u2019ami de toutes les traditions, sans trop distinguer.Mais comment un spirituel clairvoyant n\u2019apercevrait-il pas, entre ces choses, une différence qui échappe au vulgaire ?De même que l\u2019Eglise diffère par essence de toute société purement humaine, la tradition religieuse est sans commune mesure avec un conformisme social.En réaction contre 46 En souvenir du Père Bernadot, O.P.une vue extérieure, mondaine de la religion, un spirituel comme le P.Bernadot voyait et faisait voir immédiatement le rapport entre les formes disciplinaires, liturgiques, dogmatiques de l\u2019Eglise et l\u2019Esprit qui lui est présent et agit au fond des âmes.Quand on a été d\u2019abord attentif à la vie spirituelle, à la mystique catholique, on craint naturellement de réduire le catholicisme à un ensemble de règles extérieures ou même intellectuelles.Quand on a fortement senti la différence entre la tradition religieuse et toute autre tradition, on se trouve obligé à un discernement fort délicat.Chacun de nous, en effet, a une double histoire, spirituelle et terrestre, qu\u2019il ne vit pas, qu\u2019il ne fait jamais seul, mais toujours avec d\u2019autres, comme une œuvre commune.D\u2019où il résulte qu\u2019une collectivité quelconque de catholiques, constituant une réalité historique \u2014 par exemple « les catholiques français » \u2014 présente une double appartenance : à l\u2019Eglise d\u2019une part, société religieuse indivisément mystique et visible, à un milieu social, d\u2019autre part, dont la composition, les habitudes, les opinions dépendent de toute l\u2019histoire humaine des croyants, dans un pays, à une époque déterminée.Cette réalité sociologique, c\u2019est le milieu catholique, dont beaucoup de déterminations apparaissent tout à fait contingentes par rapport à l\u2019essence du catholicisme.Si délicat soit-il, ce discernement s\u2019impose au spirituel dans le monde, apôtre du monde : des hommes cominë le P.Bernadot voyaient de nombreux incroyants attirés à la fois par la vérité de l\u2019Eglise, et gênés ou rebutés par tel ou tel trait commun, mais accidentel, des catholiques qu\u2019ils avaient sous les yeux.Ceux d\u2019entre nous qui avaient bien connu des incroyants, nous comprenions pourquoi le P.Bernadot et ses collaborateurs, distinguant entre la tradition religieuse et telle habitude, telle opinion, devaient parfois rompre le conformisme du milieu catho- 47 He vue Dominicaine ligue.Cela, ils le firent parfois avec éclat ; on peut évidemment discuter l\u2019une ou l\u2019autre de leurs prises de position.L\u2019idée dont ils s\u2019inspiraient avait cependant été comprise et retenue : comme la transmutation du vieil homme n\u2019est, ici-bas, jamais achevée, un chrétien n'est jamais, en toutes choses, également chrétien.Si cela est vrai de la vie privée, que penser de la vie sociale et publique, où se trouvent engagées des forces complexes, mal connues, combien plus difficiles à maîtriser, à christianiser ?Là, les catholiques sont engagés plus ou moins collectivement, ayant en groupe pris part à certaines luttes, rivalités politiques et sociales qui ont laissé, dans leur milieu, de profonds souvenirs.I)e telles luttes séparent les hommes pour des générations, de tels souvenirs s\u2019accompagnent de ressentiments, de préjugés ; à cette triste condition des groupes humains, le milieu catholique n\u2019échappe pas.Pourquoi le spirituel qui, en lui et autour de lui, travaille à purifier les vies individuelles, n\u2019envisagerait-il pas une purification de la vie sociale et publique ?Purger cette vie des ressentiments et des préjugés qui font persister des luttes aveugles : voilà la tâche éminemment spirituelle que les Pères de Sept et de la Vie Intellectuelle s\u2019étaient donnée dans les matières sociales et politiques.Avec beaucoup de simplicité et une belle candeur, ils s\u2019étonnaient, ils s\u2019indignaient de voir trop de catholiques refuser, par conformisme, de discuter une idée acceptable, voire repousser une conception plus conforme au christianisme que leurs vues habituelles.Quoi qu\u2019il en soit du détail de ces conflits, il fallut beaucoup d\u2019intrépidité au P.Bernadot pour heurter les habitudes de milieux où le profane se mêle au sacré et s\u2019abrite parfois à son ombre.Dans les controverses d\u2019avant cette guerre, certains ont cru ou paru croire que le P.Bernadot et ses confrères étaient eux- 48 En souvenir jdu Père Bernadot, O.P.mêmes animés par quelque sentiment politique.Pour ma part, je ne le crois pas et j\u2019ai de bonnes raisons de ne pas l\u2019admettre.Du simple point de vue des faits, il me paraît faux d\u2019assimiler l\u2019équipe de la Vie Intellectuelle et de Sept aux « démocrates chrétiens » de l\u2019Aube.La formation des Pères n\u2019avait rien d\u2019une formation politique de gauche ; les laïques qu\u2019ils prirent pour collaborateurs appartenaient aux tendances politiques les plus diverses, de la Jeune République au Courrier Royal ; au point de vue social, même diversité entre les hommes qui construisaient la profession et l\u2019économie organisées sur le syndicalisme libre et d\u2019autres, à la recherche de nouvelles formes communautaires.En matière temporelle, le milieu de la Vie Intellectuelle et de de Sept ne présentait pas d\u2019homogénéité : j\u2019y rencontrais par exemple le brillant économiste François Perroux dont les vues politiques et sociales étaient foncièrement opposées aux miennes ; l\u2019un et l\u2019autre, nous nous sentions des amis de la maison.Dans la mesure où, en ces matières, il y eut, à Juvisy ou à la Tour-Maubourg, un état d\u2019esprit commun, ce 11e fut jamais une simple attitude de défense de la démocratie : les Pères avaient suivi avec sympathie le mouvement antiparlementaire du 6 février ; ils s\u2019intéressaient beaucoup à la revue Esprit, dont le personnalisme voulait s\u2019opposer à l\u2019idéologie démocratique traditionnelle.Autour de Sept, de la Vie Intellectuelle, on était naturellement attiré par tout effort pour dépasser le régime existant.A mesure que les années avançaient, que l\u2019Europe s\u2019ébranlait, le Père Bernadot sentait davantage la profondeur de la crise dans son propre pays, qu\u2019il aimait.Pour faire connaître des œuvres, qu\u2019il jugeait admirables, il préparait, quelques semaines avant le désastre, une collection de brochures, sur la France, Terre Chrétienne.Au même moment, il 11e méconnaissait pas la gravité de Revue Dominicaine la situation.Dans la Vie Intellectuelle du 15 niai 1940, on peut lire ces deux phrases : « tout ce que nous aimons, d\u2019acquis, est devenu enjeu » \u2014 « on n\u2019a pas assez demandé à ce peuple ».La politique \u2014 si on peut ainsi parler \u2014 du P.Bernadot était faite seulement d\u2019exigence spirituelle et de lucidité patriotique.S\u2019il parut quelquefois passionné, impatient, c\u2019est qu\u2019il avait senti l\u2019immensité, l\u2019urgence du péril.Qui oserait lui faire reproche, devant l\u2019Europe et la France d\u2019aujourd\u2019hui ?Alors qu\u2019il nous a quittés, en cette hora et pot est as tenebra-rum son esprit demeure assez fort pour nous aider à traverser cette heure, à vaincre cette puissance, à 11e voir dans l\u2019énorme épreuve qu\u2019un moment plus difficile dans la croissance du monde et son unification pour le Christ.Nous qui avons à lutter encore, nous devons évoquer l\u2019image du P.Bernadot, ramassé, ardent, critique : sa combativité toute dominicaine n'était que « la ferveur de l\u2019amour ».Paul VlGNAUX Directeur d\u2019Etudes à l\u2019Ecole des Hautes Etudes (Sorbonne) 50 Directives pratiques Consultation canonique La célébration des mariages mixtes : Un correspondant prend occasion de l\u2019arrêt rendu en cour d\u2019appel dans la cause Bergeron-Kirklow, pour demander les raisons sur lesquelles s\u2019appuie l\u2019Eglise catholique, quand elle exige sous peine de nullité que les mariages mixtes soient célébrés devant le prêtre dûment autorisé par elle.Nous pouvons invoquer plusieurs motifs, et si l\u2019occasion se présente de discuter la chose avec des non-catholiques, comme c\u2019est le cas soumis par notre correspondant, ces arguments auront l\u2019avantage, nous le souhaitons, de manifester la sagesse de l\u2019Eglise.D\u2019abord le mariage est quelque chose d\u2019essentiellement sacré, et pour autant intimement mêlé à l\u2019ordre de la religion.Il suffit pour s\u2019en convaincre de rappeler que « le mariage n\u2019a pas été institué ni restauré par les hommes, mais par Dieu ; ce n\u2019est point par les hommes, mais par l\u2019Auteur même de la nature et par le Restaurateur de la nature, le Christ, Notre-Seigneur, que le mariage a été muni de ses lois, confirmé, élevé» (encyclique « Casti Connubii » de Pie NI).La considération de la fin du mariage, « qui est d\u2019engendrer et de former pour Dieu des enfants, et de rattacher pareillement à Dieu les époux pour l\u2019amour chrétien et l\u2019aide mutuelle» (Ibidem), emportera la même conviction.Or les lois divines du mariage ont été remises à la garde de l\u2019Eglise, avec mission de les faire connaître au monde et d\u2019en surveiller l\u2019application.Aussi est-ce en signe de cette mission que Pie XI condamne l\u2019erreur de ceux qui présentent « le mariage comme une chose absolument profane et purement civile, 51 Revue Dominicaine et qui ne saurait en aucune façon être confiée à la société religieuse, l'Eglise du Christ, mais à la seule société civile ».C\u2019est encore en signe de cette mission que l\u2019Eglise a réglementé la célébration du mariage des catholiques entre eux, et même des mariages mixtes.Dès qu'un catholique est en cause, la célébration de son mariage relève de la loi canonique.Il est vrai que la forme canonique actuelle de la célébration des mariages mixtes n'a pas été toujours en vigueur.Même imposée par le concile de Trente, elle a subi des exceptions.Mais aujourd'hui, elle est appliquée universellement, et il est permis d\u2019y voir un effort de la part de l'Eglise pour raffermir la défense sévère qu'elle fait aux catholiques de contracter mariage avec des non-catholiques.On peut y voir aussi la volonté de l\u2019Eglise de s\u2019assurer que les garanties exigées par elle seront fournies, quand, pour des motifs sérieux, elle lève cette défense.En effet, en accordant la dispense de contracter un mariage mixte, l\u2019Eglise exige des garanties valables, ordinairement par écrit, de la part des futurs conjoints.Ceux-ci doivent promettre de faire baptiser et élever dans la religion catholique tous les enfants qui naîtront de leur union, et la partie non-catholique doit s\u2019engager à ne mettre aucun obstacle à l'accomplissement des devoirs religieux de la partie catholique.Or comment l\u2019Eglise aura-t-elle l\u2019assurance de ces promesses, si les conjoints ne s\u2019unissent pas devant ses représentants officiels, s\u2019il leur est loisible de se marier validement devant le ministre religieux de la partie non-catholique ?On peut ajouter une dernière considération.Justement inquiets du nombre sans cesse grandissant des mariages mixtes dans nos milieux catholiques, nos évêques ont voulu opposer un nouveau rempart aux périls de la foi chrétienne dans les foyers mixtes.Ils ont décidé, ainsi que l\u2019avaient déjà fait plusieurs évêques des Etats-Unis et d\u2019Angleterre, de n'accorder la dispense nécessaire que si les parties intéressées acceptent de suivre une série d\u2019instructions sur la doctrine chrétienne.« La fin première 52 Directives pratiques de ces instructions sera d\u2019amener l\u2019époux ou l\u2019épouse non-catholique à une connaissance au moins sommaire du dogme et de la morale que professe son conjoint ; de lui donner l\u2019intelligence parfaite des promesses que l\u2019Eglise exige concernant l\u2019intégrité de la foi religieuse de son conjoint et l\u2019éducation catholique de leurs enfants ; et enfin d\u2019assurer par là toute l\u2019efficacité morale et juridique de ces mêmes garanties.Xous aimons à croire aussi que, la grâce aidant, ces instructions prépareront plus d\u2019une conversion à la foi catholique » h Or est-il vraisemblable qu\u2019on se soumette à ces exigences, si on peut contracter validement mariage autrement que selon la forme imposée par l\u2019Eglise ?Il y a tout lieu de croire qu\u2019au moins la partie non-catholique choisirait la voie la plus facile.C\u2019est pourquoi l\u2019Eglise agit sagement quand elle exige que tous les mariages mixtes soient célébrés devant un prêtre dûment approuvé.Elle veut par ce moyen s\u2019assurer que les garanties demandées seront fournies, et que la série d\u2019instructions religieuses prescrite sera donnée.Raymond Charland, O.P.1.Communiqué de Son Eminence le cardinal Villeneuve, paru dans la Semaine religieuse de Québec du 22 avril 1937. Le Sens des Faits Message a u peuple français 1 Français, je n\u2019ai aucun titre particulier à l\u2019honneur et au plaisir qui me sont accordés de vous parler aujourd\u2019hui, sinon mon amitié pour vous, et mon amour pour votre patrie.Je ne suis ni un politicien, ni un propagandiste à gages, ni le délégué d\u2019un groupe quelconque.Je suis tout simplement un jeune Canadien français qui a été ému jusqu\u2019aux dernières fibres de son cœur par les malheurs qui ont broyé la patrie de ses ancêtres, par les épreuves dont vous portez encore en ce moment le poids écrasant.Religieux, je veux vous redire combien sont précieuses les valeurs spirituelles dont vous demeurez, malgré vos entraves actuelles, les grands défenseurs dans le monde.Français d\u2019Outre Atlantique, descendant lointain de ces héros sans peur et sans reproche qui, il y a trois siècles, partirent de vos rivages pour venir fonder par delà les mers une France nouvelle, je viens vous assurer que jamais votre pays ne m\u2019a paru plus indispensable, plus digne d\u2019amour.Ces déclarations, je le sens bien, auraient une valeur fort minime, si je les formulais en mon seul nom personnel.Mais je suis assuré d\u2019être l\u2019interprète de tous mes compatriotes, de ces quatre millions de Canadiens dont l\u2019esprit et le cœur sont demeurés français, quand je vous dis ma très profonde et très sincère sympathie et ma confiance indéfectible dans l\u2019avenir de la France.* * * Avec vous, nous aArons vécu, en juin 1940, des jours affreux.La T.S.F.et la presse nous renseignaient d\u2019heure en heure sur les progrès de l\u2019invasion, sur les tueries de femmes et d\u2019enfants par les barbares, sur la résistance courageuse mais impuissante de vos soldats, sur les misères de ces colonnes interminables de réfugiés que des avions-plongeurs mitraillaient à bout portant.L\u2019armistice qui vint consacrer officiellement votre défaite militaire nous parut une gigantesque catastrophe et après dix-huit 1.Causerie prononcée sous les auspices de Radio-Canada et diffusée par le poste WRIJL de Boston, le dimanche 7 décembre.54 Le Sens des Faits mois, nous en sentons encore la blessure clans nos âmes endeuillées.Mais serions-nous Français, si nous laissions s\u2019éteindre en nous la flamme de l\u2019espérance, de cette « petite espérance », si bien chantée par Péguy ?En dépit des tristesses présentes, nous gardons foi en l\u2019avenir.Nous sommes certains que le droit finira par triompher de la force brutale et injuste, que les serviteurs de l\u2019esprit finiront par déjouer les menées ténébreuses des idolâtres de la matière, de la race et du sang, en un mot, nous sommes certains que l\u2019humanisme chrétien finira par vaincre le paganisme hitlérien.Car \u2014 votre cardinal Verdier vous l'avait dit et notre cardinal Villeneuve nous l\u2019a répété \u2014 il s\u2019agit bien dans la guerre présente d\u2019une lutte entre civilisations.Sans doute, des intérêts économiques considérables sont en jeu.Mais ce serait une impardonnable erreur de penser que toute cette guerre n\u2019est que le corps à corps de deux forces financières, nue lutte à mort entre l\u2019impérialisme britannique et le pangermanisme.Nos soldats, nos marins, nos aviateurs 11e partiraient pas par centaine de mille vers les champs de bataille, ils 11e se battraient pas avec tant de courage, ils ne tomberaient pas au champ d\u2019honneur avec tant d\u2019héroïsme s\u2019ils se croyaient les vulgaires instruments de monopoles égoïstes, les misérables mercenaires d\u2019oligarchies plou-tocratiqnes.Ce qui les soutient au moment où ils quittent leurs foyers, où ils s\u2019arrachent aux baisers de leurs enfants, de leurs épouses, de leurs mères ou de leurs fiancées, c'est la pensée qu\u2019ils sont les défenseurs de valeurs spirituelles sans lesquelles la vie ne vaudrait sûrement pas la peine d\u2019être vécue.Ils partent pour sauvegarder un idéal que la France s'emploie depuis des siècles à affiner chez elle et à diffuser à travers le monde, 1111 idéal fait de respect pour la personne humaine quelle qu\u2019elle soit et de charité fraternelle, même et surtout pour les plus déshérités du monde.Comme vos époux, comme vos pères, comme vos enfants, comme vos fiancés en 1939 et en 1940, 110s soldats sont prêts à faire le sacrifice de leur vie pour empêcher l\u2019établissement dans l\u2019univers de la conception naziste de l\u2019existence.Pour aider nos militaires dans cette œuvre nécessaire, notre population civile engage à fond toutes ses richesses, se soumet à un rationnement de plus en plus sévère et se dévoue sans compter pour que 110s usines fonctionnent vingt-quatre heures par jour.OO Revue Dominicaine Tous, militaires et civils, tous, Canadiens anglais et Canadiens français, unis dans une même volonté farouche, nous repoussons la perspective d\u2019un monde où il n\u2019v aurait plus de respect de la parole donnée, où le mensonge, la calomnie, la trahison seraient admis comme des moyens normaux de poursuivre des buts inavouables, où une nation puissante pourrait envahir et dominer à son gré les pays plus faibles, sous prétexte de les protéger contre des adversaires chimériques.Nous ne voulons pas d\u2019un monde où les populations seraient soumises à des migrations forcées, où les familles seraient dispersées au gré de fonctionnaires sans entrailles, où les faibles seraient impitoyablement supprimés, où les individus ne constitueraient plus ([ue des rouages dans l\u2019inhumaine machine de l\u2019Etat.Et surtout, nous ne voulons pas d\u2019un monde fermé sur lui-même, sans ouverture sur l\u2019au-delà, d\u2019un monde où il serait défendu de songer à une vie future, d\u2019adorer le Dieu bon qui nous a créés et qui nous maintient dans l\u2019existence, de servir le Christ Jésus qui nous a aimés jusqu\u2019à donner sa vie pour notre salut.En un mot nous 11e voulons pas d\u2019un monde transformé en un vaste camp de concentration sous la surveillance de la Gestapo.* * \u2022A ces motifs d\u2019ordre général, que nous partageons avec nos compatriotes de langue anglaise s\u2019ajoutent pour nous, Canadiens du Québec, des motifs plus particuliers, qui expliquent notre ardeur dans la lutte présente et notre volonté de participer jusqu\u2019à la limite de nos forces à la défaite du paganisme hitlérien.Français, mes frères, nous voulons vous débarrasser du joug qui pèse lourdement sur vous, nous voulons briser vos chaînes, nous voulons que votre patrie reprenne sa place privilégiée à la tête des nations civilisées.Vous pouvez peu vous-mêmes pour votre délivrance.Ce n'est pas armés seulement de courage et de vaillance que vous réussirez à venger vos morts et à repousser l\u2019envahisseur au delà de vos frontières.Vos soldats, les fils des vainqueurs de la Marne et de Verdun, malgré toute leur bravoure, n\u2019ont pas réussi à arrêter les hordes hitlériennes.Que peuvent des armements désuets, que peuvent des bras, des jambes, des poitrines contre les ruées infernales des chars d\u2019assaut lanceurs de flammes, contre les mitrailleuses des avions, contre les obus des bombardiers géants ?Mais justement, ces 56 Le Sens des Faits armements ultra-modernes qui vous manquaient, la Grande-Bretagne, les Etats-Unis et nous-mêmes les fabriquons en nombre chaque jour plus considérable.Le ruisseau s\u2019est grossi en rivière et deviendra bientôt un torrent qui submergera la terre et la lavera de la souillure naziste.* * * Encore une fois, ce qui nous incite à participer de toutes nos forces à cet effort titanique, c\u2019est notre amour pour la France.Nous l\u2019aimions glorieuse, nous l\u2019aimons encore davantage éprouvée.Catholiques, disciples d\u2019un Dieu crucifié, nous redisons avec ferveur ces paroles de Mauriac qui ont eu l\u2019honneur d\u2019être condamnées par les autorités allemandes : « Nous avons appris, dès l\u2019enfance, à adorer une Face souffletée et couverte de crachats à cause de nos crimes ; nous n\u2019avons donc qu\u2019à suivre notre pente pour redoubler d\u2019amour à l\u2019égard de la France liée au poteau, pour écarter les cheveux qui retombent sur sa figure humiliée, pour essuyer la sueur sur ce front rayonnant de génie ».Mauriac a exprimé là, en des mots magnifiques, non seulement vos sentiments, mais les nôtres.Nous pensons avec émotion à tous vos guerriers, « Couchés dessus le sol à la face de Dieu, .ceux qui sont morts sur un dernier haut lieu, Parmi tout Vappareil des grandes funérailles» (Péguy) Nous pensons à tous vos blessés, au million de vos prisonniers, à la foule innombrable des réfugiés.Nous pensons à votre faim, à votre soif, au froid qui engourdit vos membres.Et toutes ces pensées, tous ces souvenirs stimulent notre volonté de participer à l\u2019effort de la Grande-Bretagne et par là même de hâter votre libération.Nous sommes assurés que de votre côté vous gardez une espérance indéfectible en la victoire finale.Nous sommes assurés que Paul Claudel traduisait vos sentiments lorsqu\u2019il disait (Paroles au Maréchal) : « .il y a un devoir pour les morts qui est de ressusciter.Ce n\u2019est pas un coup de trompette d'un seul coup qui fait revivre les morts ! 57 Revue Dominicaine C\u2019est l\u2019exigence d\u2019aujourd\u2019hui même et l\u2019idée poignante du devoir à faire.Ce n\u2019est pas parce que nous sommes beaux qu\u2019il faut vivre, c\u2019est parce que nous sommes nécessaires !.(France) Lève la tête et vois dans le ciel quelque chose d\u2019immense et de tricolore ! Quelque chose èi jamais dans le ciel qui ne peut pas s\u2019empêcher d\u2019être le plus fort.Quelque chose qui ne fait pas exprès d\u2019être plus fort que la nuit, et c\u2019est l\u2019aurore ».Oui, vraiment, Français du Canada, nous entrevoyons déjà pour vous, Français de France, l\u2019aurore invincible d\u2019un jour glorieux et fécond.Marcel-M.Desmarais, O.P.58 Gérard de Catalogne \u2014 « Notre Révolution ».Tome 1er : « Tragédie dans le monde ».1 vol.in-16 de 214 pages.Tome JI : « Hommes et doctrines du vingtième siècle ».1 vol.in-16 de 178 pages.Montréal, Editions Bernard Valiqnette, 1941.Aux jours heureux où je vivais en France, j\u2019avais lu un solide article de M.Gérard de Catalogne sur : Notre Jeunesse dans le premier fascicule de La Revue du Siècle.Les idées majeures s\u2019en retrouvent au début du premier des deux volumes que publie aujourd\u2019hui l\u2019auteur, âgé maintenant de trente-cinq ans, et réfugié en Haïti où il fait du journalisme.Dans son premier bouquin, M.Gérard de Catalogne joint son effort à bien d\u2019autres efforts pour élaborer une refonte salutaire des institutions publiques, particulièrement en France.Plusieurs projets sont devenus, quant à l\u2019essentiel, l\u2019objet d\u2019un acquiescement presque unanime chez les promoteurs d\u2019une réforme de l\u2019Etat français.On retrouvera ici des conceptions analogues.L\u2019auteur passe en revue la plupart des questions posées à la présente inquiétude de l\u2019univers civilisé.Il parle de l\u2019ordre et de la révolution, de la démocratie et de l\u2019internationalisme, de la paix et de la guerre, du capitalisme et de l\u2019économie dirigée, des idées et des mœurs, des ententes souhaitables et des espoirs permis.M.de Catalogne ne cache pas ses préférences politiques.Maurrassiste convaincu, il envisage l\u2019avenir sous les couleurs du régime de son choix (pp.109-209).Mais ceux-là mêmes qui lui chercheraient chicane à ce propos, devront reconnaître qu\u2019il fait preuve d\u2019un esprit assez compréhensif pour éviter les solutions arbitraires et pour tenir compte de plusieurs données très complexes.Je dois cependant avouer que je n\u2019ai pas retiré de ces cent pages une lumière décisive.Dans son deuxième volume, l\u2019auteur trace les portraits de Hitler, Mussolini, Staline, Franco, José Antonio Primo de Rivera, Roosevelt, puis de deux minores : Fulgencio Batista, président de Cuba, et Stenio Vincent, président de Haïti.Chaque fois, l\u2019homme et l\u2019œuvre sont étudiés à fond.Les lecteurs de la Revue Dominicaine seront reconnaissants à M.Gérard de Catalogne de donner aux individus et à leur « mystique », dont il a été tant et si mal parlé, une interprétation où l\u2019équité, le sens des valeurs humaines, l\u2019esprit chrétien conservent toujours leurs droits.Albert Lacroix Gaston Monin \u2014 « La vie intime des époux ».1 vol.de 190 pages.Montréal, Editions Beanchemin, 1941.Ce petit livre français, déjà assez répandu avant la guerre, vient d\u2019être réimprimé par la Maison Beauchemin en vertu des autorisations 59 Revue Dominicaine gouvernementales.Il présente une certaine utilité pour le médecin, en lui rappelant les enseignements de la morale catholique sur tout ce qui touche à la vie conjugale.De son côté, le confesseur y puisera une information médicale qui complétera avantageusement ses connaissances théologiques.Après avoir montré l\u2019immoralité et les dangers des pratiques anticonceptionnelles, l\u2019auteur propose aux époux qui, pour des raisons graves, ne peuvent assumer la charge d\u2019une famille nombreuse, la solution chrétienne de la continence périodique, et cela avec toutes les précisions pratiques désirables.Les questions de la stérilité, de la fécondation artificielle, de l\u2019avortement, du baptême des enfants sont aussi envisagées du double point de vue de la morale et de la médecine.Malheureusement, trop absorbé par des préoccupations d\u2019ordre pratique, l\u2019auteur ne nous livre sur les devoirs des époux et sur les fins du mariage que quelques considérations hâtives et très superficielles.De même, comment ne pas reprocher à l\u2019auteur son recours abusif à la citation ?Ce procédé de composition, vraiment trop commode, laisse apercevoir, outre une certaine nonchalance, une maîtrise insuffisante du sujet traité.Pour ce qui est de la bibliographie que l\u2019on trouvera à la fin de l\u2019ouvrage, ne convenait-il pas, si on la voulait utile à quelque chose, d\u2019y apporter la précision qu\u2019exigent les règles de la méthode scientifique ?Enfin, l\u2019embryologie a apporté trop de consistance à la théorie de l\u2019épigénèse pour que l\u2019on ne s\u2019étonne pas de rencontrer çà et là (pp.18, 139, 141, 170), des affirmations aussi absolues sur l\u2019animation (il s\u2019agit ici de l\u2019infusion de l\u2019âme spirituelle) au moment de la conception.Nos connaissances actuelles exigent, de la part de ceux qui prétendent soutenir cette thèse, une formulation beaucoup plus nuancée.Noël Mailloux, O.P.Robert Rumilly \u2014 « Histoire de la Province de Québec, I \u2014 Georges-Etienne Cartier, II \u2014 Le « Coup d'Etat », III \u2014 Chapleau, IY \u2014 Les « Castors », Y \u2014 Riel, VI \u2014 Les « Nationaux ».6 volumes in-12 de 365, 239, 211, 241, 315 et 346 pages.Montréal, Editions Bernard Valiquette, 1940-1941.Lorsque, il n\u2019y a pas deux ans de cela, les journaux annoncèrent que Robert Rumilly, auteur d\u2019une bonne douzaine de monographies canadiennes récentes, était prêt à confier à un éditeur une Histoire de la Province de Québec en quinze volumes, on fut tenté d\u2019accueillir la nouvelle avec scepticisme.Elle était pourtant fondée.Car voici qu\u2019en moins d\u2019un an six des volumes promis ont paru coup sur coup aux Editions Bernard Valiquette, laissant tout juste le temps au lecteur de prendre haleine et à sa bourse de se regarnir.On ne s\u2019attend pas à ce que je résume ici, même à grands traits, cette histoire qui commence avec les débuts du régime confédératif et qui, à son sixième volume, en est rendue à la chute de Mercier (1892), mais plutôt à ce que je réponde à une question que la rapidité même de sa parution fait immanquablement poser : que vaut-elle, cette histoire ?60 L\u2019Esprit des Livres On a beau voir sans enthousiasme ce Français naturalisé sujet canadien exploiter les plus riches filons de notre passé, on doit convenir qu\u2019il y met un acharnement au travail qui n\u2019est pas monnaie courante chez nous, et que la lecture de ses bouquins est fort captivante, pour ne pas dire passionnante.Il faut l\u2019avoir vu, sa journée de traduction finie, entrer en hâte dans la bibliothèque du Parlement, à peine évacuée par les touristes qui viennent s\u2019ébahir devant ses rayons chargés à pleine capacité.Il s\u2019installe dans une alcôve où quelques instants auparavant causait tel sénateur ou tel député non encore brouillé avec les livres et leurs gardiens.Il a devant lui une table où s\u2019empilent des journaux anciens qu\u2019il feuillette avec une sorte de rage sacrée.Il lit et écrit, lit encore et écrit de même, jusqu\u2019à une heure avancée de la soirée.Vous croiriez qu\u2019il bâtit sur le champ, à même les matériaux qui lui arrivent à pleines mains de cette source féconde, quitte à faire ensuite quelques légers compléments et remaniements.Simple opération de tri et de mise en place, pensez-vous, besogne facile quand par ailleurs on sait tenir une plume et qu\u2019on est rompu aux artifices de la composition.Essayez-vous-y.Vous verrez ce qu\u2019il faut d\u2019attention et de patience pour démêler l\u2019écheveau des événements quotidiens, et de dextérité pour en confectionner un tissu consistant au dessin harmonieux.Rumilly a un avantage sur beaucoup : il est déjà initié à la connaissance de cette époque, et c\u2019est sans doute d\u2019avoir écrit Mgr Laflèche et son Temps et Mercier qui l\u2019a mis en veine.Il en a un autre, celui de regarder ce passé récent avec des yeux neufs.Dès lors, ne fait-il pas bien de s\u2019empresser d\u2019en écrire sous la poussée d\u2019impressions toutes fraîches ?Evidemment, son genre tient plus de la chronique que de la grande histoire.Mais il faut bien commencer par là.Des historiens plus graves s\u2019emploieront à dégager les perspectives, à marquer davantage les causes et les conséquencs.Lui, il se contente d\u2019aligner de menus faits.Et, en le lisant, on voit se dresser devant soi des figures d\u2019animateurs de foules ; on voit à l\u2019œuvre des brasseurs d\u2019affaires payantes comme Sénécal, des tripoteurs de fonds électoraux comme Pacaud ; on voit rebondir sans cesse l\u2019affaire Guibord, l\u2019affaire de la succursale montréalaise de Laval ; on assiste aux interrogatoires des procès en influence indue, aux acrobaties de Tarte, aux premières armes de Dandurand, de Ghapais, de Bourassa, de Taschereau, etc., etc.Au vrai, il ne manque pas une occasion de relever un trait de mœurs pittoresques, d\u2019épingler une repartie fine, une anecdote piquante.Mais tout cela ne peint-il pas à merveille une société, un homme ?On lui reproche de s\u2019être complu dans l\u2019étalage des petits côtés, des chicanes et des scandales.Mais a-t-on fait autre chose que de se chicaner depuis 1867 jusqu\u2019à.Lomer Gouin ?N\u2019est-ce pas ce qui domine la politique ?N\u2019est-ce pas celle-ci qui rapetisse tout le reste quand elle s\u2019y mêle ?L\u2019appel de Mercier (« Cessons nos luttes fratricides ») a été étouffé et son effort pour réaliser l\u2019unité nationale a été brisé par la vivacité des ambitions mesquines.Rumilly a pu forcer la note ici et là, dans son désir de faire intéressant, mais de là à prétendre qu\u2019il a voulu ridiculiser tel élément de la société, 61 Revue Dominicaine voire le clergé, il y a une marge.Tout au plus, ai-je eu l\u2019envie de lui reprocher les réflexions de salonnard dont il parsème son récit, mais il faut bien lui laisser de quoi authentiquer ses ouvrages.J\u2019avoue que son Histoire de la Province de Québec est plus faible que ses monographies au point de vue littéraire.Par contre, je la trouve beaucoup plus étoffée au point de vue historique.L\u2019écart est considérable entre elle et Papineau, et surtout ce pauvre Laurier, qu\u2019il reprendra sans doute.Je signale pour finir que chaque volume est muni d\u2019un index qui en facilite la consultation.Thomas Charland, O.P.Marie Bonenfant \u2014 « Canadiennes d\u2019hier ».1 vol.in-12 de 224 pages.Montréal, Editions Bernard Yaliqnette, 1941.En 1912, une demoiselle encore jeune (puisque née le 15 mars 1890), fille d \u2019un avocat de Québec, elle-même B.A.et diplômée en Littérature française, s\u2019arrête pendant ses vacances à Saint-Jean-Port-Joli, pays d\u2019origine de son père.A l\u2019église, elle entend chanter un jeune paysan, Jean Leblanc, que les circonstances ont forcé à quitter le collège de Sainte-Anne de la Pocatière après sa rhétorique pour se consacrer à la culture de la terre paternelle.Comment la « superbe voix de baryton » de ce « fort joli garçon » peut provoquer chez Mlle Sylvie Carrière, B.A., une irrésistible envie de mieux connaître M.Jean Leblanc.Comment cette connaissance, à peine réalisée, se transforme en un grave et radieux amour.Quels sentiments de curiosité, de joie, d\u2019espérance agiteront dès lors le cœur de l\u2019héroïne, hier paisible, aujourd\u2019hui frémissant.Comment la péronnelle Bellanger sait réaliser son propre plan de mariage avec J.Leblanc sous le couvert de doter celui-ci de « la femme qu\u2019il lui faut ».Voilà ce que nous décrit le recueil de lettres publié par Marie Bonenfant.Car correspondance il y a.Au fait, comment Sylvie aurait-elle pu tout savoir sur le compte de Jean, entrer en relations avec lui puis revenir dans son village, sans avoir une alliée et plénipotentiaire prompte à la renseigner, à favoriser ses desseins et à l\u2019accueillir en personne à l\u2019occasion ?Ce rôle est joué par Mme Valérie Anctil-Tessier, veuve d\u2019un notaire local et ex-aspirante-fiancée de Me Jacques Carrière, père de Sylvie.Si ces lettres ne sont pas sûrement authentiques, le procédé n\u2019est pas sûrement nouveau, non plus, de décrire une idylle et ses suites sous la forme intermittente et enjouée d\u2019une longue correspondance entre une bénigne dame déjà mûre et une jeune fille en plein éveil d\u2019amour.Après tout qu\u2019importe, si le lecteur est intéressé, voire captivé ?De ci de là, telle remarque ou telle analyse paraît friser l\u2019arbitraire et la virtuosité.De même, l\u2019une ou l\u2019autre description (v.g.la tirade de la p.28 : « le ciel est gris perle.») nous plonge dans la plus authentique littérature couventine.L\u2019ensemble, toutefois, n\u2019est pas trop Zénaïde Fleuriot.L\u2019auteur aurait gagné à ne pas prolonger aussi longtemps devant nous le film de son héroïne après la « rupture ».A.Papillon, O.P.62 L\u2019Esprit des Livres Jacques Bousseau \u2014 « Notions élémentaires de Génétique » Un volume de 155 pages.Montréal, Bulletin du Jardin Botanique de Montréal, No 2,1941.J.-W.Laverdière et L.-G.Morin \u2014 « Initiation à la Géologie ».Un volume de 158 pages.Montréal, Editions Fides, 1941.A mesure que la guerre se prolonge, c\u2019est de plus en plus cruellement que la pénurie des livres français est ressentie par nos étudiants.Conscients de leur responsabilité, des maîtres mal rétribués et ayant déjà peine à suffire à la tâche s\u2019efforcent, du mieux qu\u2019ils peuvent, de combler cette lacune.Comme il est assez improbable que les statistiques officielles tiennent jamais compte de cet « effort de guerre », il importe que ceux qui savent ce qu\u2019il comporte de sacrifices obscurs le remarquent et s\u2019emploient à en faire apprécier tout le prix.Mais, cette raison n\u2019est pas la seule qui nous amène à attirer l\u2019attention de nos lecteurs sur deux petits ouvrages parus au cours de l\u2019année.1.\tLimpide et sobre, l\u2019excellent exposé de M.J.Rousseau met à la portée de tous les principes et les résultats fondamentaux de la Génétique.Ce n\u2019est pas seulement au médecin, au pédagogue, au moraliste, que ces notions sur l\u2019hérédité paraîtront indispensables, comme l\u2019auteur le laisse entendre dans son introduction ; de nos jours, elles éveillent la curiosité de tous les esprits cultivés.Remarquable par la sûreté de son information, ce petit livre l\u2019est peut-être davantage encore par la perfection de sa présentation didactique.Il ne laisse absolument rien à désirer sous ce rapport.Illustrations et tableaux ont été préparés avec art ; des problèmes dont on trouve la solution à la fin de l\u2019ouvrage, aident à mieux saisir le mécanisme d\u2019application des lois ou des techniques exposées dans les divers chapitres ; un glossaire facilite la maîtrise rapide du vocabulaire technique ; une bibliographie critique oriente vers une étude plus approfondie.2.\tOn rencontre à peu près le même ensemble de qualités dans le petit manuel dû à la collaboration des professeurs de géologie de Laval et de Montréal.Mais, il faut surtout féliciter les auteurs d\u2019avoir fait une œuvre originale, car le sol dont ils nous « racontent les vicissitudes », dont ils font revivre l\u2019histoire à travers leurs clichés ou leurs croquis, est celui-là même que nous foulons.L\u2019étudiant qui lira ces pages ne voyagera plus en étranger dans son propre pays ! Noël Mailloux, O.P.R.P.Francis Goyer, S.S.S.\u2014 « Sois fort ».Un volume de 178 pages.Québec, 850, Chemin Sainte-Fove, 1941.Pour la deuxième année consécutive, le R.Père vient de réunir en un volume attrayant ses causeries de l\u2019Heure Dominicale.Nous avons dit, déjà, toute notre admiration pour cette prédication doctrinale dont nos auditoires chrétiens ont le plus pressant besoin.L\u2019ignorance religieuse, 63 Revue Dominicaine il ne faut pas nous le cacher, apparaît comme le grand mal du temps présent.Depuis que l\u2019on se croit obligé d\u2019annoncer au prône toutes les réunions et tous les faits divers de la semaine, il ne reste plus, trop souvent, que quelques minutes employées en considérations d\u2019une banalité décevante sur l\u2019Evangile du dimanche.Le résultat, nous le connaissons : le sens chrétien s\u2019évanouit et les consciences sont de plus en plus envahies par le naturalisme pratique qui trouve son expression dans les colonnes du journal ou du magazine.En réaction contre ce courant, le Père Goyer revient au sermon substantiel, étoffé, où la vérité est présentée comme elle doit l\u2019être, intégralement et avec le souci de la précision et des nuances.En apôtre qui connaît les misères de son peuple, il enseigne une vertu dont on parle rarement et que l\u2019on ne sait plus pratiquer : la force.Après la lecture de ces pages, ceux qui sont tentés de mésestimer leur foi parce qu\u2019elle apparaît trop souvent comme le refuge des faibles et des bafoués, sentiront leur fierté revivre.Quant à ceux qui admirent l\u2019ambition et l\u2019esprit d\u2019initiative du jeune Anglo-Saxon, nous les invitons à lire les pages que l\u2019orateur chrétien de Radio-Canada consacre à la magnanimité.A leur grande surprise, sans doute, ils s\u2019apercevront que la morale catholique leur propose un idéal à la fois plus dynamique et plus pur que celui-là.Noël Mailloux, O.P.Henry Torres \u2014 cle 312 pages.« La France trahie.Pierre Laval ».1 vol.in-12 Montréal, Editions Bernard Valiquette, 1941.Ceux qui ont entendu Me Torrès au Palais ou à Radio-Canada ont été à même de se faire une idée de son éloquence et de ses partis pris.S\u2019il leur prend fantaisie d\u2019ouvrir le présent volume, ils seront encore mieux partagés.La passion patriotique du grand avocat parisien s\u2019y exprime avec une verve toujours incisive, parfois enragée.Cette verve est elle-même servie par une phrase souvent ailée, rarement triviale.Me Henry Torrès aime ou hait puissamment.Et il se trouve que parmi ses haines, Pierre Laval occupe une place de surchoix.C\u2019est pourquoi le premier criminaliste du Barreau de Paris, plaidant par écrit dans son exil d\u2019Amérique, charge le bougnat pacifiste et défaitiste avec une franchise d\u2019allure et une sorte de tragique allégresse qui emportent le lecteur, quoi qu\u2019il en ait.Au passage (p.209), l\u2019auteur rend un particulier hommage à la perspicacité de notre compatriote, M.Percy J.Philip (dont Me Torrès orthographie par distraction le nom : Philips).Le 10 décembre 1933, alors que Laval n\u2019occupait aucun rôle en évidence et que Fernand de Brinon était, lui, complètement inconnu, M.Philip, dans une de ses correspondances au New York Times, signala l\u2019alliance intime des deux compères, leur plan de « rapprochement » avec l\u2019Allemagne et l\u2019importance que 1 on devait accorder désormais à leurs agissements.A.Papillon, O.P.64 Paraîtra dans quelques mois la Theologiae Moralis R.P.H.MERKELBAGH, O.P.J\t 3 volumes reliés toile .\t\t : $10.00 \tPar la poste : $11.00 \t\t/ XCCCOCCCOSOCCCCCCCCOK Une nouvelle édition de la SlIMMA THEOLOGIAE DE S.THOMAS D\u2019AQUIN dite PI AN A 5 volumes reliés toile.: $24.00 Prix de souscription, payable d\u2019avance : $18.00 Les deux premiers tomes paraîtront bientôt.les autres suivront plus tard.En vente à LA LIBRAIRIE DOMINICAINE 5375, Av.N.-D.DE GRÂCE\t95, Avenue EMPRESS MONTRÉAL\tOTTAWA 11 DU BON LAIT DE CHEZ NOUS LA BANQUE CANADIENNE NATIONALE eugemE côté est a vos ordres pour toutes vos opérations de banque et de placement.PRÉSIDEnT (JA&M.CÔTÉ LTEE Actif : plus de $160 000 000 534 BUREAUX AU CANADA fïlanüfacbüriei/ de cfiatimbre/ ENREGISTREE Lait et Crème \u2014 Montréal 4101 est, Notre-Dame AMherst 2171 Succursale a St-Hyacinthe E.-O.DESJARDINS, gérant /T-HYPciriTHÉ Tél.CRescent 4137 MAISON JOSEPH CORBEIL MAGASIN A RAYONS 6500, rue Saint-Hubert Une quatrième édition paraîtra bientôt Comment préparer son mariage?par le R.P.Arthur-M.Granger, O.P.Voulez-vous savoir comment préparer un mariage heureux et comment conserver ce mariage heureux ?Procurez-vous ce volume sans tarder.PRIX : $0.60 (taxe en plus) En vente à LA LIBRAIRIE DOMINICAINE x \tTéléphone AMherst 2121 O.St-Jean Limitée\t HORLOGER - 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:¦ 111 A H ! .¦ ¦ iSi ¦ ¦ I.WÊËmm ¦ mm m mm - IWVv Louis Riei était-il coupable ou non-coupable ?Lisez ce volume d\u2019actualité qui vous renseignera pleinement Volume grand format de 312 pages en vente à La Librairie Dominicaine Prix : $1.50 ; par la poste : $1.65 XII LIVRES CONCRETS, PRATIQUES ET MODERNES L\u2019Amour et les Chrétiens PRIX : $0.50 (taxe en plus) Catholiques d\u2019Aujourd\u2019hui PRIX : $1.00 (taxe en plus) par le T.R.Père M.-M.Desmarais, O.P.Prieur des Dominicains d\u2019Ottawa Tous les jeunes, même les moins jeunes, devraient se procurer ces deux volumes, les lire, les méditer et les faire lire à leurs amis.LA 5375.AV.N.-D.DE GRÂCE MONTRÉAL En vente à LIBRAIRIE DOMINICAINE 95.Avenue EMPRESS OTTAWA Deuxième édition \u2014 Douzième mille /Uée Sfiiùtuel A Mulâtre.Aed Xf&u&eA-malcîAei.^et Aeà.snaleAeA.par un religieux dominicain Petit livre à recommander aux gardes-malades et aux malades.Il a sa place parmi les livres que Von doit retrouver dans tout foyer chrétien.PRIX : broché, $0.25 (plus taxe) ; relié, $0.50 (plus taxe) Remise spéciale par quantité en vente a LA LIBRAIRIE DOMINICAINE Deuxième édition \u2014 Cinquième mille POUR RESTAURER LE FOYER par le R.Père D.-A.Turcotte, O.P.« Je voudrais le voir franchir le seuil de toutes nos maisons et prendre place sur les rayons de cette bibliothèque du foyer que vous recommandez si opportunément ».S.E.le Gard.Villeneuve, o.m.i.Archevêque de Québec PRIX : $0.50; par la poste: $0.55 (taxe en plus) En vente à LA LIBRAIRIE DOMINICAINE 5375.Av.N.-D.de GRÂCE\t95.Avenue EMPRESS MONTRÉAL\tOTTAWA XIV \u201cTV\\ "]
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