Revue dominicaine, 1 février 1942, Février
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Tél.401 .St-Hyacinthe Marchands de Poisson : \u201cLapointe Fish Market\u201d, Marché \u201cByward\u201d, Tél.3-9309, Ottawa Marchands de Thés et Cafés : Désy, J.-A., 1459, Delorimier, Tél.FR.2147 .Montréal Simard, J.A.et Cie, 1 est, St-Paul, Tél.LA.1950 .Montréal Marchands Tailleurs .\u2022 Mathieu.Lucien Enrg., 2251, Frontenac, FR.1803, Montréal Matelas, Sommiers, Etc.: Matelas Frontenac Enrg., 15, Boisseau, Tél.5347 .Québec Matériaux de Construction : Les Industries G.-I.Lachance Inc., 263, St-Paul, 2-6403, Québec Médecins : Castonguay, Dr E.-J., 4231 est, Ste-Catherine, CH.0560, Mtl.Gratton, Dr Albert, 781, du Couvent, Tél.WE.5476, Montréal Lafortune, Dr P.-E.(fils), 2017, St-Germain, FR.8701, Mtl.Pouliot, Dr Antoine, 68, Ste-Ursule, Tél.2-4455 .Québec Membres Artificiels : Duckett, J.-A., 2014, Bleury, Tél.HArbour 0630 .Montréal Mobiliers D\u2019Églises \u2014 Menuiserie Générale : Verrette, Philippe Enrg., 2008, Bellefeuille, Tél.3252, T.-Riv.Nettoyeurs et Buandiers : Pfeiffer, 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ÉTRANGER : $3.25 ; AVEC LE ROSAIRE : 25 SOUS EN PLUS ; LE NUMÉRO : $0.30 ; ABONNEMENT DE SOUTIEN : $10.00 RÉDACTION L\u2019ŒUVRE DE PRESSE DO 5375.AV.N.-D.DE GRÂCE, COLLÈGE DOMINICAIN 95.AV.EMPRESS.OTTAWA ADMINISTR ATIO N L\u2019ŒUVRE DE PRESSE DOMINICAINE 5375.AV.N.-D.DE GRÂCE, MONTRÉAL La Revue ne sera pas responsable des écrits de collaborateur* étrangers à l\u2019Ordre de saint Dominique.VIII Revue Dominicaine Directeur : MARCEL-M.DESMARAIS, O.P.Secrétaire de rédaction : ANTONIN PAPILLON, O.P.Volume XLVIII Tome I Février 1942 Père de tous les hommes Les vérités les plus connues, je veux dire les plus courantes sont presque toujours les moins comprises.Bans le demi-sommeil de l\u2019inconscience, tout le monde les répète sans en entrevoir le contenu, sans en soupçonner les implications souvent infinies.Ainsi en est-il de cet incommensurable fait que Dieu est le Père de toute créature et le Père, plus encore, de tout être humain.Chaque jour, nous disons : « Notre Père qui ôtes aux Cieux.», et chaque jour, sans meme nous en douter, hélas ! nous ne comprenons pas.C\u2019est à peine si d\u2019éclair en éclair, dans la nuit de notre opacité, il nous est donné d\u2019apercevoir la frange lumineuse de ce mystère qui devrait nous chavirer le cœur et le noyer dans un océan de gratitude ! Mais ce que nos longues veilles d\u2019études ne parviennent pas èi nous rendre sensible au cœur, il arrive que nous le touchions tout à coup dans les yeux purs d\u2019un petit enfant.Alors sans que nos lèvres aient besoin de remuer, quelque chose en nous se met ù murmurer : Abba ! Pater ! Avec un délice singulier, comme s\u2019il n\u2019y avait plus d\u2019autre paternité que celle-là, nous écoutons cette voix en nous plus profonde encore que la voix du sang dire tout bas : Abba ! Pater ! Les mêmes larmes de ravissement qui empêchaient la petite vachère de la mère de Ponçonas d\u2019aller plus avant dans son pater lorsqu\u2019elle avait dit : Notre Père, se pressent à nos paupières arides, et nous 65 Revue Dominicaine tressaillons au souvenir de cette royale simplesse d'un malheureux poète : « On me dit que je suis fils de l'homme et de la femme.Pourtant, je croyais être hien davantage ! » Dans Personality, Tagore consacre un chapitre à la méditation d\u2019une sorte d\u2019oraison dominicale védique ou brahmanique, où Dieu est appelé d\u2019un nom qui signifie à la fois père et mère.Cette synthèse, en l\u2019image de Dieu, de la paternité et de la maternité me semble le fruit d\u2019une perception admirable.Ces païens auraient deviné le cœur qui ne cesse pas d\u2019être avec nous pour nous maintenir dans l\u2019existence, le cœur de Celui en qui la clairvoyance ferme du père s\u2019identifie avec l\u2019infinie tendresse de la mère.Il ne s'agit pas, on le pense bien, d\u2019apporter une retouche à la prière que nous enseigna le Maître, mais seulement d\u2019ouvrir davantage les yeux à l\u2019océan de délice qu\u2019elle contient.Là est le commencement et la fin de toute religion subjectivement vraie, tii Harnack se trompe en voulant faire d\u2019une nouvelle saisie, d\u2019une notion et d\u2019un sentiment plus adéquats de la paternité de Dieu envers les hommes, l\u2019essence même non seulement du message évangélique, mais de toute la réalité du christianisme, il reste vrai que la découverte intérieure de notre filiation divine forme la base de toute expérience religieuse un peu profonde.Celte reconnaissance surnaturelle du vrai Père est à la religion ce que la saisie analogique de l\u2019être est à la métaphysique.Avec elle s\u2019ouvre la porte du temple et nous pouvons dire avec le poète : « Et voici que vous êtes quelqu\u2019un tout-à-coup ! Vous avez foudroyé Moïse de votre puissance, mais vous êtes à mon cœur ainsi quun être sans péché ».Une des premières conséquences de ce sentiment vivifienteur que Dieu est mon père, c\u2019est de me faire sentir aussi qu\u2019il est notre père, père de tous les hommes et de toutes les créatures 66 PÈRE DE TOUS LES HOMMES dont je suis par conséquent le frère.Si je n'accueille pas cette universelle fraternité, c\u2019est que je n\u2019ai encore rien compris ci la paternité de Dieu.« Si quelqu\u2019un dit : J\u2019aime Dieu, et qu\u2019il haïsse son frère, c\u2019est un menteur ».Dans cette voie ardente d\u2019accueil catholique, les saints sont allés plus ou moins loin selon la grâce ou selon la plasticité de leur cœur, mais tous ont senti les liens de fraternité qui les unissaient à toute créature et plus encore à tout être humain.De saint François d\u2019Assise qui prêchait aux oiseaux à saint Dominique qui gémissait sur les damnés, de saint Vincent de Paul qui recueillait les bambins abandonnés à saint Benoît Labre qui hébergeait la vermine, la distance au fond n\u2019est pas si grande.Chacun èt sa manière épouse la paternité universelle de Dieu.Les saints répudient tout ostracisme, tout sectarisme de quelque nom qu\u2019il se pare.Dans la mesure de leur fidélité, ils s\u2019interdisent toute prévention de caste ou de classe, tout parti pris contre ceux-ci ou ceux-là.En eux, on ne trouve aucun esprit de clan, qu\u2019il soit aux dimensions d\u2019une province ou d\u2019un continent, d\u2019une famille ou d\u2019une race.Tout est étroit qui ne coïncide pas avec les limites extrêmes de Vhumanité, plus encore avec celles de la création entière, et cela les saints Vont compris mieux que personne.En tant que chrétien, en tant que catholique, si je veux mériter ces titres, je me dois d\u2019aimer Anglais et Allemands, Chinois et Japonais, Russes et Juifs.Je me dois même d\u2019aimer les idolâtres et les hérétiques qu\u2019ils se nomment communistes ou nazis.Ce sont au fond de pauvres victimes que je n\u2019ai pas le droit de haïr.Leurs bourreaux seuls méritent toute la haine, toute l\u2019exécration dont je suis capable.Et ces bourreaux ce ne sont pas les tyrans infcimes qui ne craignent pas de sacrif ier des millions de vies humaines à de criminelles utopies, ce sont ces utopies 67 Revue Dominicaine elles-mêmes faites de mensonge et de haine.Autant nous aimons Vhumanité, autant nous devons exécrer ces plaies qui la rongent et craindre par-dessus tout qu\u2019elles ne contaminent notre cœur et notre esprit.A tout prix, nous devons nous garder purs de ces idéologies inhumaines que la mêlée effroyable et confuse de cette guerre, malgré ses déviations et ses misères, doit rejeter en enfer d\u2019où elles sont sorties.En un temps comme celui où nous vivons, rien n\u2019est plus nécessaire et rien n\u2019est plus dangereux que la haine.C\u2019est une halle décisive qu\u2019il faut loger au bon endroit, si nous ne voulons pas qu\u2019elle ricoche sur nous.Il importe avant tout d\u2019aimer ce qui doit être aimé, si nous voulons pouvoir haïr ce qui doit être haï, et le haïr avec ce flair infaillible que nous donne seul un très grand amour.Seul un amour violent, une option profonde pour l\u2019humanité et les cou dit ions indispensables à son épanouissement peuvent nourrir et donner une direction efficace et toutes les puissances de lutte qui dorment en nous.Aimer et haïr avec Dieu ; aimer tous les hommes ses fils et nos frères qui se font une guerre fratricide dont les uns répondront comme d\u2019un crime abominable et les autres comme d\u2019un devoir sacré ; de tout l\u2019amour qui suscite et justifie cette haine, haïr le mensonge et la cruauté qui asservissent et déciment les hommes ! Ne laissons pas notre colère et notre haine s\u2019égarer odieusement sur de pauvres victimes.Ce serait agir en fils dénaturés de Celui qui est le Père de tous les hommes, même des criminels, même de nos ennemis.On parle souvent de la colère de Dieu, du courroux de Dieu, mais songe-t-on assez à cette image aussi vraisemblable et combien plus profonde d\u2019un Dieu Père qui douloureusement regarde les champs de bataille où ses enfants s'entre-tuent et agonisent dans d\u2019indicibles tourments ?.Gabriel-M.Lussier, O.P.68 La patrie Suisse L\u2019usage est de dire : il y a trois Suisse, Pallemande, la française, l\u2019italienne, par ordre d\u2019importance.C\u2019est inexact.Il y en a vingt-deux.Ce sont les vingt-deux cantons formant la Confédération helvétique.Voilà les divisions essentielles, les cellules originelles du pays, restées distinctes et vivaces à travers les siècles.Si la Suisse ne se fut réellement composée que de trois parties, son unité et son indépendance eussent été infiniment précaires.Les oppositions se seraient marquées avec netteté.A trois, la dispute est facile.La partie la plus massive eut cherché à exercer son action sur les autres et provoqué par là de dangereuses réactions.Tentatives de prépondérance d\u2019une part, mécontentement de l\u2019autre.D\u2019où des dissensions fatales à la collé sion nationale.Ou bien elles eussent subi l\u2019attraction d\u2019un de leurs puissants voisins en écoutant les voix, semblables aux leurs, qui les appelaient du Nord, de l\u2019Ouest, du Sud.C\u2019eut été un autre genre de démembrement, par l\u2019extérieur celui-là : l\u2019intégration dans des pays infiniment plus vastes où leur particularisme eut sombré.Mais, il y a vingt-deux Suisse, souvent minuscules.Poussière d\u2019Etats ; Etats tout de même, chacun avec son appareil gouvernemental et législatif, qui plus est, avec son histoire, son orgueil national et, mieux encore peut-être, avec ses montagnes, ses vallées et ses lacs auxquels les habitants sont farouchement attachés.Ces vingt-deux volontés d\u2019indépendance s\u2019équilibrent aisément.Les cantons sont à la fois trop nombreux et trop petits pour chercher à s\u2019influencer.S'ils veulent le tenter, ils doivent 69 Revue Dominicaine se liguer.Cette erreur, ils Font parfois commise, \u2014 mais rarement.Ils ne Font plus renouvelée depuis bientôt un siècle, se rendant compte que s\u2019allier, c\u2019est déjà, dans quelque mesure, aliéner son indépendance.Donc vingt-deux parties distinctes, avec des contours nets, sans aucun lien particulier, mais toutes fortement encastrées dans le cadre fédéral qui les unit.Ainsi les morceaux d\u2019une mosaïque possèdent chacun leur couleur et leur forme ; ils représentent un tout complet ; c\u2019est cependant leur assemblage qui constitue un dessin.Par un curieux paradoxe, l\u2019unité de la Suisse tient en définitive à la multiplicité et à la diversité de ses éléments constitutifs.Cette unité a pour base un même amour de la liberté.Des paysans qui, à l\u2019abri de leurs montagnes, vivaient jusque-là paisiblement dans une contrée morcelée à plaisir par la Nature, se révoltèrent, il y a près de 7 siècles, contre l\u2019étranger, le Habsbourg dominateur.Les conjurés se rencontrèrent sur les bords du lac de Lucerne \u2014 cœur et joyau de la Suisse.En unissant trois des Cantons riverains, leur serment de chasser en commun l\u2019envahisseur donna naissance à la Confédération.A la suite de leurs premiers succès, des voisins se joignirent à eux.Ils étaient huit quand ils parvinrent à s\u2019affranchir du joug autrichien.Ce centre de résistance devint le point de cristallisation autour duquel s\u2019agglomérèrent des populations partageant le même idéal.Peu à peu, avec le consentement des anciens participants, d\u2019autres cantons furent successivement admis dans cette sorte de « Club des hommes libres ».Le vingt-deuxième fut la ville de Genève.Ce fut aussi le dernier.La Confédération jugea qu\u2019elle était alors au complet.D\u2019autres adhésions eussent risqué de lui faire perdre son caractère d\u2019union spontanée de petits peuples indépendants.Et comme sa volonté de ne pas se mêler des affaires des autres 70 La patrie Suisse n\u2019avait cl\u2019égale que son désir d\u2019empêcher ceux-ci d\u2019intervenir dans les siennes, elle proclama sa neutralité perpétuelle et la fit reconnaître par l\u2019Europe.Ce fut une des stipulations des Traités de 1815.L\u2019autorité fédérale n\u2019est qu\u2019une délégation des pouvoirs de 22 Cantons.A elle revient la haute main sur les questions essentielles exigeant une direction unique : armée, affaires extérieures, monnaie, etc.Mais chaque Canton a sa constitution particulière comportant un Gouvernement et un Parlement.La plus curieuse est celle de l\u2019Appenzell.Elle applique les principes démocratiques dans leur forme pure et primitive.Chaque année, aux premiers beaux jours, descendant des hauteurs environnantes, les citoyens du Canton se réunissent sur la place du bourg principal pour discuter de leurs affaires et en décider à main levée.Réplique moderne de l\u2019Agora antique où les Alpes sauvages ont pris la place des collines de l\u2019Attique et les rudes montagnards suisses celle des Athéniens diserts et subtils.Si petit qu'il soit, chaque Canton a le droit de légiférer sur un grand nombre de questions.La Suisse n\u2019a que 4 millions environ d\u2019habitants ; sa plus grande étendue couvre 230 milles seulement.Cependant cet espace restreint et cette faible population sont fractionnés en 22 parties.Le Canton de Zug n\u2019a qu\u2019une quinzaine de milles de largeur ; ceux d'Unterwald et de Schwyz couvrent à peine 600 milles carrés ; celui d\u2019Uri compte moins de 25 000 habitants.Ils n\u2019en sont pas moins souverains.Une simple promenade en automobile en convainc aisément.Ici est punie comme excessive une vitesse jugée normale quelques milles plus loin ; là est interdite le Dimanche une circulation que le voisin admet.Et il n\u2019v a pas si longtemps encore que le Canton des Grisons fermait tout simplement son territoire aux automobiles privées.71 Revue Dominicaine Diversité qui n\u2019est que le reflet de celle de la nature et des hommes.Sans doute la Suisse est une contrée presque entièrement montagneuse.Un gentilhomme français du XVIIè siècle, peu amateur de pittoresque, comme la plupart de ses contemporains, la décrivait comme « un pays d\u2019aspect inégal ».Toujours « inégal » en effet, mais quand même très varié, malgré son exiguïté.Rien de commun entre les vallées larges et verdoyantes des environs de Bâle, les collines boisées qui entourent Zurich et la majesté redoutable des monts de l\u2019Oberland Bernois ou du Valais.Ici des cultures, là des pâturages, plus loin des cimes altières ensevelies sous la neige et la glace.Traverser le tunnel du Go-thard, c\u2019est, en vingt minutes, passer d\u2019Allemagne en Italie.Le ciel gris devient lumineux, l\u2019air s\u2019attiédit, les hauts toits triangulaires s\u2019aplatissent en terrasses, les orangers et les palmiers tiennent lieu de sapins, et, sur les visages brunis, un sourire indolent remplace les stigmates de l\u2019effort.Car les races qui peuplent ce petit pays sont également différentes.Germaniques, Latins, Celtes y vivent depuis des siècles côte à côte.Dans une région où la nature a établi des cloisons longtemps difficiles à franchir, elles se sont peu mélangées.Chacune a apporté ses qualités et ses défauts.Leurs caractères distinctifs ont, il est vrai, atténué ce qu\u2019ils avaient d\u2019excessif et une longue vie en commun les a amenées à s\u2019influencer réciproquement.Ainsi, le Germanique reste discipliné mais perd de sa violence, tandis que le Latin acquiert du sérieux au détriment de sa vivacité.L\u2019ensemble forme un peuple consciencieux et travailleur.La religion le sépare également.Les Protestants l\u2019emportent par le nombre sur les Catholiques.Fort heureusement pour l\u2019u- 72 La patrie Suisse nité du pays, la différence des croyances ne se superpose pas à celle des races.Parmi les Cantons français, Fribourg est entièrement et ardemment catholique tandis que, non loin, Genève est d\u2019un protestantisme intransigeant.De même Zurich, patrie du réformateur Zwingli, Bâle et d\u2019autres Cantons « allemands » sont en majorité protestants, alors que ceux de Lucerne, de Schwyz, de Zug comptent exclusivement des catholiques.Chez d\u2019autres, comme à Berne, les deux confessions coexistent presque de pair, sans que la question de la race soit à l\u2019origine de cette différence.Seul le Tessin est à la fois « italien » et catholique.Aussi, à côté de l\u2019austère citadelle calviniste qu\u2019est Genève, la Suisse compte des « lieux saints » du catholicisme, comme l\u2019abbaye des Bénédictins d\u2019Einsiedel, le fameux monastère de Saint-Gall, fondé par le moine irlandais de ce nom, Fribourg enfin, ville essentiellement religieuse, où églises, couvents, monastères, écoles et université catholiques se dressent sur le promontoire creusé par une profonde rivière.Dire, toujours suivant l\u2019usage, que trois langues sont parlées en Suisse n\u2019est qu\u2019une approximation.Pour être complet, a joutons-y d\u2019abord une quatrième, le Romanche, d'origine latine mais ayant un caractère spécial, et qui est répandu dans le Canton des Grisons.En outre, si le français et l'italien ne diffèrent pas de ces langues telles qu\u2019elles sont parlées dans leur patrie d origine, il en est tout autrement de l\u2019allemand.Certes, tous les Suisses un peu cultivés parlent le « bon allemand », mais la masse emploie un véritable dialecte distinct qui déforme la langue au point de la rendre presque méconnaissable.Bien plus, il existe presque autant de patois que de Cantons.A leur seule façon de parler, un Suisse reconnaîtra aussitôt à quelle région appartiennent ses compatriotes.Bien que distants de quelques milles seule- 73 Revue Dominicaine ment, Zurichois, Bâlois, Bernois etc.ont chacun leur forme de patois et leur accent spécial.C\u2019est là un aspect du particularisme auquel ils tiennent si fort.Pourtant, ce sont tous des « Suisses allemands », dira-t-on.Erreur.S\u2019ils ont tellement à cœur de parler un dialecte, c\u2019est qu\u2019ils mettent également un point d\u2019honneur à s\u2019appeler « Suisses alémaniques » et non point Suisses allemands.\t, A ces différences essentielles, l\u2019effort de l\u2019homme en a ajouté d\u2019autres en transformant une partie de ce pays agricole en une région de manufactures.Terre classique des pâturages, du bétail et des produits laitiers, la Suisse est devenue une puissance industrielle.L\u2019horlogerie, depuis longtemps réputée, de la Chaux de Fonds n\u2019était guère qu\u2019une industrie familiale.C'est l\u2019électricité qui a révolutionné le pays grâce à l\u2019utilisation pour la force motrice des nombreux cours d\u2019eau dévalant des pentes montagneuses.Aussitôt, sauf dans les hautes régions difficilement accessibles, se sont développés des centres usiniers connus dans tout l\u2019univers : fabriques de machines électriques Brown-Boveri à Baden, de locomotives à Winterthur, d\u2019armes à Oerlikon, soieries et teintureries à Zurich, produits chimiques à Bâle, filatures à Schaffouse, pour n\u2019en citer que quelques unes.De là une grande diversité dans le caractère des villes.Certaines continuent de vivre lentement à un rythme semi-rural, quand la fièvre des affaires secoue les autres.A Berne, c\u2019est la solennité assez morne d\u2019une capitale fédérale à prétentions aristocratiques; à Zurich, l\u2019agitation d\u2019un grand centre industriel et financier; à Bâle, un cercle assez fermé de vieille bourgeoisie commerçante au faste discret; à Genève, la politique et les belles-lettres prennent le pas, tandis qu\u2019à Lausanne, c'est une floraison d\u2019écoles et de pensionnats.Lucerne, Lugano, Saint-Moritz, et tant 74 La patrie Suisse d\u2019autres localités enfin, se consacrent au tourisme.Diversité d\u2019autant plus frappante qu\u2019elle s\u2019épanouit sur une très faible étendue.Un Suisse est donc avant tout un citoyen de tel ou tel canton.Il est d\u2019abord Genevois, Bernois ou Tessinois et c\u2019est cette qualité qui le fait Suisse.Son patriotisme est à base de particularisme ; il est essentiellement régional.La patrie, c'est son lopin de terre qu\u2019il trouve le plus beau du monde, en quoi il a souvent raison, la Suisse étant, avec la Norvège, une des merveilles de la nature en Europe.Pour l\u2019un, c\u2019est un coin de forêt entouré de pâturages ; pour l\u2019autre, un village posé au bord d\u2019un lac dominé de hauteurs neigeuses ; pour le troisième, c\u2019est un quartier d\u2019une ville moderne bruissante de la trépidation des machines.L'un pense en français à sa vieille petite église perchée sur un rocher où les ors de l\u2019autel luisent dans la pénombre sous les ogives gothiques ; l\u2019autre pense en allemand à son temple clair et nu avec ses livres de psaumes soigneusement rangés sur les bancs.Tous cependant pensent a la même Suisse.Ce patriotisme local, on l\u2019enseigne dès l\u2019école.L'enfant apprend la géographie en lisant d\u2019abord le plan de son village ou de son quartier.Puis il fait connaissance avec les environs, enfin avec le Canton.Il en connaît la carte à fond.Et les maîtres sont fiers de conduire à travers le pays des bandes joyeuses d\u2019écoliers et d\u2019écolières impatients de voir les localités dont ils ont appris les noms.De même en histoire, on prend soin d\u2019évoquer en premier les figures des héros et des hommes qui ont joué un rôle dans la lutte pour l\u2019indépendance de la région ou qui l\u2019ont illustrée par leurs talents.Comme se propagent les cercles concentriques produits par-une pierre jetée dans l\u2019eau, l\u2019enseignement s\u2019élargit peu à peu Revue Dominicaine par ondes successives pour s\u2019étendre à l\u2019ensemble de la Suisse, à l\u2019Europe, au Monde.L\u2019enfant va du connu à l\u2019inconnu, du proche au lointain.Mais le point de départ initial, le germe de toute connaissance, c\u2019est le coin de terre où il vit.L\u2019enseignement évite ainsi le danger de l\u2019abstraction.Au contraire, il s\u2019efforce de faire corps avec la réalité et de la suggérer.C\u2019est là une des idées, alors originales, du grand pédagogue Pestalozzi, véritable réformateur des méthodes scolaires dès la fin du XVIIIe siècle.Sous son influence, la Suisse porte une attention vigilante à tout ce qui touche à l\u2019enfance, à l\u2019enseignement en particulier \\ De 6 à 14 ans, l\u2019enfant doit fréquenter régulièrement l\u2019école.La police y veille.On s\u2019occupe non seulement de l\u2019instruction, mais tout autant de l\u2019éducation.Les Suisses doivent beaucoup à leurs écoles.C\u2019est là que, tout jeunes, ils contractent ces habitudes de propreté, de soin, ce sens de la solidarité, ces qualités de conscience qui les suivront toute leur vie.C\u2019est là aussi qu\u2019ils acquièrent le goût des choses de l\u2019esprit, de l\u2019art \u2014 de la musique en particulier \u2014 qui est répandu même dans les milieux très modestes.Aussi, quand par la voix du plébiscite, ce peuple, au niveau intellectuel élevé, est appelé à donner son avis sur les questions politiques les plus graves, il se prononce en connaissance de cause.Le particularisme des Suisses n\u2019a rien d\u2019étroit ni de mesquin.Ayant l\u2019habitude de coudoyer plusieurs races, d\u2019entendre, et souvent de parler, plusieurs langues, ils sont tout naturellement européens.La vaste culture de leur élite est remarquable.Un simple exemple : Winterthur, près de Zurich, est le siège de la grosse maison d\u2019importation Reinhardt.Vers 1920, trois frères 1 Dans la seule ville de Zurich, le Pestalozianum, bibliothèque uniquement consacrée aux ouvrages pédagogiques, réunissait, en 1920, 42 000 volumes.76 La patrie Suisse la dirigeaient.L\u2019un, amateur de peinture, avait réuni des Goya, des Daumier, des Cézanne, des Lenoir qui faisaient du Musée de sa petite ville un étonnant centre d\u2019art.Le second, qui s\u2019était voué à la musique, subventionnait généreusement des concerts.Le dernier encourageait les poètes.Ces Mécènes auraient mérité de porter le nom de trois Muses, si les Grecs n\u2019avaient négligé d\u2019en imaginer une pour la peinture.Le Suisse 11e se contente pas d\u2019être européen.Son activité industrielle et commerciale le met en relations d\u2019affaires avec le monde entier.Bien qu\u2019habitant un très petit pa}^s, il n\u2019en a pas moins l\u2019habitude des Amstes horizons.Il Aroyage beaucoup.Il émigre souvent.De nombreuses colonies suisses sont disséminées sur tout le globe, aussi bien en Europe qu\u2019en Asie ou en Amérique.Ce sont d\u2019excellents éléments qui se distinguent par leur correction et leur labeur.Au surplus, pour être européen, le Suisse n\u2019aurait pas besoin de sortir de son pays.De tous les côtés, celui-ci attire à bon droit une foule de touristes étrangers.L\u2019hôtellerie, a-t-011 dit, est son industrie nationale.Il en a d\u2019autres, heureusement ; mais il pratique celle-là avec une bonne grâce et une honnêteté qui justifient sa réputation.Les derniers touristes, et non les moindres, ont été les Délégués de 52 pays à la Société des Nations.Microcosme européen, la Suisse était désignée pour leur donner à la fois un abri et un exemple.Si, malgré son inspiration généreuse, cette entreprise a échoué, faute de réalisme et, parfois, de courage, le pays qui l\u2019a fait bénéficier de sa traditionnelle hospitalité 11e saurait en être rendu responsable.L\u2019existence de ce petit peuple qui, malgré ses différences de race, de religion, et de langue, s\u2019obstine à rester uni au cœur d\u2019une Europe acharnée à s\u2019entredéchirer, paraît une gageure.77 Revue Dominicaine Cette unité est-elle solide ?Sans doute, car elle a résisté à l\u2019épreuve des siècles comme à celle de périlleuses crises.L\u2019une des plus graves s\u2019est produite au cours de la dernière guerre.A plusieurs points de vue, la Suisse devait logiquement se trouver écartelée entre deux camps de belligérants : d\u2019un côté, quinze Cantons alémaniques ; de l\u2019autre cinq français, plus un italien et un romanclie.De fait, les sympathies étaient très partagées.A Genève, à Lausanne surtout, on ne se cachait pas de souhaiter la victoire des Alliés.A Râle, à Zurich, on admirait la force allemande et dans la capitale fédérale, à Berne, le moins qu\u2019on puisse dire est que cette force inspirait un énorme respect.Cependant, il n\u2019y a pas eu de fissure ; l\u2019unité a triomphé de l\u2019épreuve.Les divergences de vue, les préférences régionales se sont révélées moins fortes que l\u2019attachement général à la patrie suisse.Ce dernier sentiment l\u2019a emporté en faisant taire les autres.Le patriotisme suisse, ancien et célèbre, est plus complexe que les autres.Il consiste dans un attachement ardent et réfléchi à un petit terroir, à une des vingt-deuxièmes parties du pays et, en même temps, à F entité « Suisse ».Celle-ci n\u2019est pas une nation, mais bien ce que l\u2019on se plaît aujourd\u2019hui à appeler un « climat » spirituel.C\u2019est une ambiance de liberté, de tolérance et de respect mutuel dont les Suisses ont besoin pour se sentir à l\u2019aise.Altruistes, ils font partager ce sentiment à ceux qui viennent séjourner parmi eux.Aussi leur pays est-il devenu la terre d\u2019élection des réfugiés politiques.Les proscrits, les représentants des peuples meurtris y trouvent asile et réconfort.C\u2019est sur les bords du lac de Zurich, à Rapperswill, qu\u2019un petit Musée polonais entretenait pieusement l\u2019espoir de la délivrance.D\u2019autres réfugiés étaient moins inoffensifs.Fuyant la police de leur pays, Lénine et Mussolini, dans deux villes voisines, Genève et 78 La patrie Suisse Lausanne, rêvaient, presque en même temps, de retourner chez eux pour y porter la révolution sous des formes opposées.Les traditions de libéralisme de la Suisse leur assuraient un refuge, à condition de ne pas troubler l\u2019ordre public.Car si le Suisse apprécie la liberté, il aime également l\u2019ordre.L\u2019équilibre est une des formes de l\u2019ordre.Du moment que 22 Cantons sont parvenus, depuis près d\u2019un siècle et demi, à mener en commun une vie harmonieuse, dans des conditions répondant aux désirs de la niasse, c\u2019est là un équilibre auquel il importe de ne pas toucher.Tout ce qui risque de faire chanceler une des pièces de l\u2019édifice peut provoquer l\u2019écroulement de l\u2019ensemble.Aussi le patriotisme suisse est à la fois cantonal et fédéral.Il est la démonstration vivante de cette vérité première, à savoir que la façon la plus efficace de manifester son attachement à son pays, c\u2019est d\u2019aimer passionnément son clocher.René Ristelhuebeii 79 Figures de patriarches Notre tradition et celle des Frères Mineurs ont popularisé le thème du baiser de saint François et de saint Dominique.Elles ont même encouragé la légende de leur amitié.Malheureusement la critique historique, cette guastamestiere, est venue et s\u2019est crue en droit de formuler des réserves contre cette édifiante histoire.Toutefois, même la science la plus exigeante n\u2019a pas encore opposé d\u2019objections définitives à la possession tranquille de cette commune tradition de deux Ordres.Elle-même, elle a dû admettre la très grande probabilité de quelques rencontres, et particulièrement une influence réciproque de l\u2019œuvre de l\u2019un sur l\u2019œuvre de l\u2019autre, surtout par l\u2019intermédiaire du cardinal Hugo-lin qui fut le conseiller et le soutien des deux fondateurs.A l\u2019historien, soucieux de surprendre dans la trame de l\u2019histoire de l\u2019Eglise, l\u2019adorable prédestination d\u2019un Dieu-Amour, saint François et saint Dominique, pères d\u2019une nombreuse postérité, apparaissent comme singulièrement près l\u2019un de l\u2019autre.Tous deux furent chargés d\u2019une mission unique dans le monde médiéval à un moment où la chrétienté semblait en péril.En effet, au début du XlIIe siècle, les anciennes populations fortement hiérarchisées de la féodalité perdirent définitivement leur prédominance ; ce furent les nouvelles classes sociales rassemblées dans les communes grâce à la renaissance du commerce, qui, à leur place, prirent l\u2019initiative dans la culture et la vie spirituelle.Ces dernières manifestèrent, dès leur origine, une grande ardeur spirituelle ou mystique qui s\u2019exprimait, principalement, par l\u2019aspiration, presque collective, à vivre une vie exactement calquée sur celle des Apôtres.Beaucoup cherchaient 80 Figures de patriarches à recréer l\u2019atmosphère et les gestes des Actes.Malheureusement, le clergé ne suivit pas cette évolution.11 demeura féodal, collectivement riche, et sauf pour une élite, déplorablement inculte.Et pour cette raison les populations urbaines se détournèrent de lui et, s\u2019étant groupées en confréries laïques, elles s\u2019efforcèrent de vivre par elles-mêmes selon un esprit nouveau, tendant à revenir aux sources évangéliques.Elles étaient, suivant le mot souvent repris par le pape Innocent III, des brebis errantes sans pasteurs, exposées aux loups, c\u2019est-à-dire aux Cathares manichéens.Saint François et saint Dominique furent choisis par le Saint-Esprit qui gouverne l\u2019Eglise pour mettre à la disposition d\u2019Honorius III et de son successeur Grégoire IX (auparavant le cardinal Hugolin) une armée d\u2019apôtres zélés et instruits sachant s\u2019adapter aux populations des communes.Ainsi, même pour l\u2019historien le plus critique, les chefs-d\u2019œuvre où Fra Angelico et Andrea della Robbia réunissent François et Dominique restent une expression de la vérité.Rien toutefois de plus différent que les qualités naturelles de ces deux saints, rien de plus dissemblable que les voies par lesquelles l\u2019Esprit de Dieu les a conduits.* * * Saint François naquit dans la commune italienne d\u2019Assise d\u2019une famille de marchands.Dès son enfance il fut destiné au commerce.Ne devant pas être clerc, il ne reçut qu'une instruction élémentaire.On lui apprit la lecture, l\u2019écriture, le calcul ainsi que des rudiments de latin.De plus, il fut initié, on ne sait sous quelle influence, à la première culture laïque de l\u2019Europe, celle des trouvères.Cette culture, après s\u2019être épanouie en Provence, > 81 Revue Dominicaine venait alors de pénétrer en Italie.L\u2019auteur du cantique de « Messor lo frate sole » fut donc à même de développer ses dons poétiques.Il gardera de cette formation première une marque profonde.Sa vision des choses sera toujours directe et concrète.Son expression aura recours à la métaphore et peu à la logique.Les manifestations affectives y auront toujours la plus grande place.Le patriarche d\u2019Assise rayonne et s\u2019épanche.Il va chantant ou pleurant, au gré d\u2019un cœur sensible et toujours brûlant.Avant sa conversion, il aimait à régaler ses amis de joyeux banquets.Spontanément on faisait cercle autour de lui.Au point de vue spirituel, il est un autodidacte.Son seul maître, son seul livre, c\u2019est l\u2019Evangile, et il l\u2019entend à la lettre.Il y trouve Jésus qu\u2019il voit très concrètement, tout comme s\u2019il avait vécu dans son entourage immédiat, et c\u2019est ainsi qu\u2019il l\u2019aime.En ce début du XlIIe siècle, il est disciple de la toute première Eglise, l\u2019un de ceux qui ont vu Jésus.Cette vision de Jésus, cet amour sensible, humain, pour l\u2019homme Jésus, « homo Jesus Christus », voilà le leit-motiv de la vie de François.C\u2019est un amour entier, total, doucement tyrannique, qui exige l\u2019imitation du petit enfant né dans une étable, du prédicateur chemineau qui n\u2019avait pas une pierre où poser sa tête, l\u2019imitation aussi de la victime sanglante mourant sur l\u2019autel de la croix pour le salut de tous les hommes.Comme imitateur de la vie humaine de Jésus saint François représente peut-être une réussite inégalée.Il ressemble au divin Sauveur jusque par les stigmates, il lui ressemble aussi par le charme souverain qu\u2019il exerce sur les créatures.Que l\u2019on se souvienne du sermon aux oiseaux ! On dirait que lui et ses compagnons ont éludé les suites si lourdes du péché originel.Le 82 Figures de patriarches lecteur des légendes franciscaines respire une liberté édénique, un parfum de paradis terrestre.Ses sœurs les créatures, saint François les aime comme un poète qui n\u2019aurait pas péché originellement, mais aussi comme un chrétien qui les plonge dans le Verbe-Jésus dont il trouve partout les traces.Sœur Eau est l\u2019instrument du baptême.Frère Rocher est l\u2019image du Christ, pierre angulaire de l\u2019Eglise.« Messor lo frate sole », beau et radieux, symbolise le Très-Haut.« Et ellu e bellu e radiante cum grande splendore.Di te, Altissimo, porta significatione ».* * * Saint Dominique naquit en Espagne dans le château féodal de la très grande famille de Guzman.Dès son jeune âge il fut destiné à la cléricature par les soins de parents pieux et eut comme précepteur un oncle maternel qui était archiprêtre.Le temps venu, il fut envoyé à l\u2019école épiscopale de Palencia qui connaissait alors sa période la plus florissante, ainsi que l\u2019atteste le grand nombre de ses docteurs.Saint Dominique s\u2019y appliqua pendant quelques années à l\u2019étude des arts libéraux, notamment à celle de la grammaire, de la logique et de la musique.Après cette préparation, cette propédeutique} il passa à l'étude de la théologie, appelée alors sacra pagina.Il suivit donc une lectio de la Bible, commentée surtout à l\u2019aide de la Glose d\u2019Anselme de Laon et préparée par les Sentences de Pierre Lombard.Le bienheureux Jourdain nous apprend qu\u2019en dehors des leçons des maîtres, le saint se livrait à part lui, même pendant la nuit, à une étude ardente, s\u2019efforçant d\u2019incorporer à sa mémoire le plus grand nombre possible de vérités entendues, et pénétrant dans les arcanes des questions les plus subtiles.83 Revue Dominicaine Aussi plus tard sa science théologique se manifestera-t-elle profonde.Pendant la prédication en pays albigeois, lorsqu\u2019il y aura controverse écrite avec les hérétiques, on préférera généralement ses compositions à celles de ses compagnons pourtant plus élevés en dignité, et plus avancés en âge.Loin de nous cependant la pensée de faire de saint Dominique un intellectuel dans le sens étroit qu\u2019on donne souvent à ce mot.On serait plus près de la vérité en disant qu\u2019il ne l\u2019était pas du tout.Car il engageait dans chacun de ses actes toute sa personne.On nous dit qu\u2019il rayonnait toujours la gaieté et la clarté.On nous parle d\u2019une étoile sur son front.Comparable en cela à saint François, il ne savait pas garder secrète sa prière, mais il l\u2019exprimait par des gémissements, des cris et des gestes de tout son corps.La componction dont son cœur était rempli s\u2019exprimait par des larmes.Il ne pouvait ni célébrer la messe, ni chanter l\u2019office, ni prêcher sans que son visage 11e se baignât de larmes, et ses larmes étaient communicatives.U11 témoin au procès de canonisation nous apprend que personne 11e réussissait comme lui à faire pleurer une foule.La seule vue d'un village ou d\u2019une ville dans le lointain suffisait à le troubler, car tout de suite il sentait sur son cœur le poids conjugué de toutes les souffrances qu\u2019il pressentait parmi les habitants du lieu où il allait entrer.La sollicitude sociale, ou mieux l\u2019amour Adgilant du prochain, voilà un autre caractère de la physionomie de saint Dominique.Dès sa jeunesse cette qualité se manifestera par des sacrifices héroïques.Ainsi afin de secourir les victimes d\u2019une dure famine à Palencia, ce clerc passionné d\u2019étude au point d\u2019y consacrer ses nuits, va jusqu\u2019à vendre son trésor de livres, partiellement écrits de sa main, et, comme dit un témoin, « manu sua glossatos ».A cette époque des manuscrits, une telle géné- Figures de patriarches rosité faisait courir à l\u2019étudiant le risque de ne plus avoir de livres pour longtemps.A des personnes qui lui exprimaient leur étonnement devant cette imprévoyance, il fit cette réponse que nous devons saisir dans toute sa vivacité : « Eli ! que voulez-vous que j\u2019étudie sur des peaux mortes, alors que des hommes meurent de faim ».Un dévouement si rare, si élevé 11e vient pas de la nature.Le bienheureux Jourdain nous a révélé que saint Dominique l\u2019avait reçu de Dieu comme « singularis gratia ».Depuis saint Paul peut-être aucun saint n\u2019a éprouvé aussi vivement, aussi primordialement, l\u2019aiguillon de ce charisme du cœur.Alors que les Pères de l\u2019Eglise eux-mêmes, saint Ambroise, saint Jean Chrysostome, saint Augustin, saint Grégoire le Grand ne sont venus au ministère des âmes qu\u2019à leurs corps défendant, lui, encore voué à la vie contemplative, il pleure sans cesse sur les pécheurs, les malheureux, les affligés, et, très vivement il sent en son âme toutes les souffrances d\u2019autrui.L\u2019objet habituel de ses suppliques, c\u2019est d\u2019obtenir la charité véritable qui le mettra en état de procurer efficacement le salut de tous les hommes.C\u2019est alors qu\u2019il croira avoir rempli sa vocation particulière.Plus tard, hospitalisé chez un hérétique, il ne pourra se résigner à partir sans l\u2019avoir gagné au Christ.Puis c\u2019est cette sublime folie qu\u2019il inspire à l\u2019évêque Didace d\u2019Osma : ce vieillard se rend, avec lui, aux pieds d\u2019innocent III pour le supplier d\u2019être déchargé de son épiscopat et de lui permettre, à lui vieillard ignorant tout de ce peuple, de s\u2019en aller annoncer la foi aux peuplades barbares et lointaines des Cumans.Ensuite pendant huit longues années, saint Dominique supporte seul le poids de la prédication que le grand pape sollicite pour les Albigeois.Au concile du Latran de 1215, il propose une solution permanente au problème jusque-là insoluble de l\u2019enseignement de la foi aux fidèles et aux 85 Revue Dominicaine clercs eux-mêmes et offre d\u2019y consacrer sa vie entière.L\u2019Ordre des Prêcheurs venait de naître par la flamme apostolique de Dominique de Guzman.* * * Nous lisons dans une légende dominicaine du milieu du XlIIe siècle qu\u2019une nuit saint Dominique eut la vision de Notre-Seigneur Jésus-Christ.Il était debout dans l\u2019espace et brandissait trois glaives contre les habitants de la terre.Prosternée à ses pieds, la Vierge Marie essayait de l\u2019apaiser en lui présentant deux serviteurs fidèles qui, envoyés de par le monde, réussiraient à ramener à Lui le cœur des hommes.Dominique se reconnut lui-même dans l\u2019un des deux hérauts de Dieu.Quant à l\u2019autre, il ignorait complètement qui il était.Mais le lendemain il rencontra dans une église un humble mendiant en qui il eut la conviction de reconnaître son compagnon d\u2019apostolat.Se jetant alors dans ses bras, il l\u2019étreignit avec une sainte effusion en disant : « Tu es mon frère d\u2019arme, tu marcheras avec moi du même pas et aucun ennemi ne prévaudra contre nous ».Cette prévision de Dominique l\u2019histoire l\u2019a ratifiée.Car s\u2019il a, pour sa part, principalement assuré aux populations des communes le pain de la doctrine dont elles étaient affamées, François a surtout vécu l\u2019élan mystique dont elles étaient travaillées depuis un siècle et demi.L\u2019un et l\u2019autre ont réalisé les aspirations les plus profondes du moyen âge urbain.Doucement ils ont su s\u2019imposer au clergé, désormais plus instruit et l\u2019amener à une réconciliation profonde et durable avec ses ouailles.Tous deux, avec une éducation et des moyens très différents, ont prêché, pour le renouvellement du monde, un même Amour et une même Vérité.Ils l\u2019ont fait en eux-mêmes, mais surtout en leurs 86 Figures de patriarches innombrables postérités.Est-il surprenant que dans un salutaire échange des deux Pères et des deux familles l\u2019Ordre des Mineurs et l\u2019Ordre des Prêcheurs aient quelquefois accusé des traits communs ?Le bienheureux Jourdain de Saxe, successeur immédiat de saint Dominique au généralat de notre Ordre, n\u2019était-il pas, par l\u2019humour et la grâce, beaucoup franciscain, tandis que d\u2019un autre côté, saint Antoine de Padoue ne s\u2019est-il pas montré largement dominicain par la manière de sa prédication ?Grâce à Dieu et pour l\u2019enrichissement de leurs fils respectifs, le patriarche d\u2019Assise et le patriarche d\u2019Osma n\u2019ont pas rompu, après sept siècles, l'accolade symbolique dont Franciscains et Dominicains chantent deux fois par année, le souvenir et la réalité : « Seraphicus pater Franciscus et apostolicus pater Dominicus ipsi nos docuerunt legem tuam, Domine ».Pierre Tremblay, O.P.Collège dominicain d\u2019Ottawa 87 Le médecin En un sens, le médecin est l\u2019homme dont parle Eddington : placé entre l\u2019atome et l\u2019étoile.Pour la compréhension de sa science, pour l\u2019exercice de son art, il lui faut posséder des clartés sur tout.Chimie, physique, biologie générale, anatomie, embryologie, génétique, physiologie ne sont, pour lui, que des sciences de base, sur lesquelles s\u2019édifient la pathologie générale et les différentes spécialités.Au surplus, l\u2019être sur lequel et pour lequel il œuvre est l\u2019individu humain avec sa psychologie singulière et touffue, avec sa biotypologie très versatile et très complexe, l\u2019être humain baigné dans un milieu physique aux ondes excitantes sans cesse en mouvement.Certes, cet ensemble de connaissances liminaires ouvre au médecin sur de multiples horizons de multiples fenêtres.,.Mais ce n\u2019est pas là toute sa culture.C\u2019est une de ses cultures, sa culture médicale.D\u2019un certain point de vue, ce n\u2019est encore que de la bonne encyclopédie ou du bon métier.L\u2019un et l\u2019autre peuvent être, à l\u2019heure actuelle, puisés à n\u2019importe quelle source, à toutes les sources.On remarque d\u2019habiles praticiens, de brillants scientifiques en France, en Allemagne, en Angleterre, aux Etats Unis, au Japon, ici, encore une fois, partout.Tel centre excelle en telle discipline, tel autre en telle technique.Sous des climats intellectuels et physiques différents, l\u2019accent est mis sur tel aspect d\u2019un problème, la même vérité cristallisée en des systèmes polymorphes.Bien sûr, tel pays possède présentement la meilleure et la plus active des écoles neurologiques, tel autre, la plus savante agglomération 88 Le médecin de physiologistes, de chimistes, tel autre, la plus brillante phalange de phtisiologues, etc., etc.: supériorité relative et d\u2019ailleurs historiquement transitoire.Quant à la supériorité absolue, intégrale d\u2019un pays sur tous les autres, elle n'a jamais existé ; en dépit des inégalités de richesses matérielles et intellectuelles momentanées, des envers et des revers de fortune occasionnels, elle est humainement impossible.Aucun continent, aucune nation n\u2019eut jamais et n\u2019aura jamais le monopole du génie, de tous les génies.Il découle de là que, du point de vue culture exclusivement professionnelle, le médecin est forcé d\u2019aller quérir son bien où il se trouve, de communier en quelque sorte avec tout l\u2019univers dans l\u2019orbite de ses préoccupations spéciales.Dans la poursuite de cette fin idéale, il bute à de multiples obstacles : la distance à parcourir, la diversité des langues qu\u2019il ignore pour la plupart, le temps très court que lui laisse le soin de sa clientèle, la nécessité cl\u2019une relâche mentale.Les analyses bien faites des travaux étrangers qu\u2019offrent les revues spécialisées, les « abstracts » dans les principales disciplines scientifiques et médicales, les livres et les revues générales, les contacts humains très stimulants que font naître les voyages et les stages ailleurs, les échanges de professeurs et d\u2019élèves, les congrès nationaux et internationaux pallient, pour autant, les difficultés intrinsèques et extrinsèques d\u2019une culture médicale complète, jamais réalisable, mais toujours éminemment désirable.En d\u2019autres termes, ce par quoi le médecin véritable se distingue du charlatan, de l\u2019officier de santé supérieur, du technicien pur, ce en quoi il se spécifie pour ainsi dire, c\u2019est précisément dans cette alerte inces santé de l'esprit, dans cette préoccupation vigilante de tout savoir de son métier, dans cette quasi-nécessité d\u2019être une voile 89 Revue Dominicaine sensible à tous les vents des constatations et des découvertes nouvelles.Chacune est susceptible de guider son diagnostic et sa thérapeutique.Chacune peut éventuellement lui permettre de mieux comprendre et de mieux agir au bénéfice de son client d\u2019abord, de la société ensuite.On admettra que dans ces conditions, la culture médicale puisse accaparer tous les instants d\u2019une vie, qu\u2019une telle matière puisse remplir tout un crâne humain.Certains médecins le croient, qui s\u2019enferment obstinément dans le petit cosmos de leur coquille et qui font l\u2019adorable découverte du monde, dans le classique voyage autour de leur chambre.Cette claustration volontaire est d\u2019ailleurs l\u2019une des causes nécessaires de l\u2019enrichissement matériel en médecine.Mais, c\u2019est un état nettement anormal, un gain de la profondeur au détriment de la surface ; ce qui n\u2019est vraiment possible et peut être profitable que dans des limites et des acceptions restreintes.Charles Richet n\u2019écrivait-il pas naguère : « C\u2019est aux confins des sciences que se font les grandes découvertes ».Au demeurant, avant d\u2019être médecin, on est homme.On ne peut pas ne pas le rester.Dès lors, selon le mot célèbre, rien de ce qui est humain ne saurait nous être étranger.A plus forte raison, puisque l\u2019homme est l\u2019objet de la médecine et que la médecine le rencontre, avec sa protéiforme culture humaine à la croisée de ses préoccupations journalières.Récemment, deux physiologistes connus ont, après tant d\u2019autres, exprimé le sens profond de cette vérité vieille comme le monde.Bronck dit en substance : « Le milieu le plus important dans le milieu de l\u2019homme, c\u2019est l\u2019homme ».Carrel précise : « Par la force de son psychisme, l\u2019homme se fait un autre milieu auquel il devra répondre ».Ce milieu, né de l\u2019homme pour l\u2019homme est-ce autre chose que toute la civilisa- 90 Le médecin tion matérielle, intellectuelle et morale ?Ainsi, qu\u2019il le recherche ou non, le médecin est-il sans cesse plongé dans un intense milieu de culture générale, dont il subit l\u2019action et sur lequel il agit, en tant qu\u2019homme pour sûr, peut-être aussi en tant que médecin.Car il est un fait certain : la médecine qui est une culture entraîne à la culture, comme le goût de la culture peut conduire à la culture médicale.C\u2019est parmi les médecins que, proportion nellement, l\u2019art et les sciences paramédicales sous toutes leurs formes, recrutent leurs adeptes et leurs admirateurs les plus nombreux et les plus fervents.Pour combien de nos confrères, la musique, la peinture, la sculpture, la littérature, la philosophie, n\u2019ont-elles pas été, ne sont-elles pas encore de merveilleux violons d\u2019Ingres ?Combien furent des transfuges de la médecine \u2014 Sainte-Beuve, Benaudot, C.Perron, Richer, Duhamel, etc.\u2014 qui apportèrent dans leurs nouvelles occupations la technique de leur formation précédente ?.Or cette propension des médecins à la culture générale apparaît dans tous les pays du monde.La beauté, comme la vérité, est universelle, et l\u2019une et l\u2019autre, comme le bien, sont de soi diffusibles.Cependant la réceptivité du médecin est à leur égard variable selon les pays.Elle s\u2019avère d\u2019autant plus grande, et cela se comprend, qu\u2019on a, en tel endroit, poussé d\u2019avantage le culte et la pratique des « humanités », qui soucieuses de l\u2019homme en tant qu\u2019homme, s\u2019essaient de le saisir dans toutes ses manifestations.Par ailleurs, les œuvres aimées ou produites par les médecins de telle ou telle contrée n\u2019ont jamais et ne peuvent pas échapper à la règle commune ; elles sont, à de rares exceptions près, la résultante et le choix d\u2019une civilisation réalisée dans le concret, donc soumises aux données de race et d\u2019ambiance.Et par suite, si, comme la culture médicale, la culture générale est en un sens universelle, elle est, beaucoup plus 91 Kevue Dominicaine que la première, liée aux conditions de temps, de personnes et de lieu.Moins encore toutefois que la philosophie de la vie que tout homme, médecin ou non, porte en soi.A-t-on remarqué que les différentes doctrines sociales : totalitarisme, socialisme, démocratie de teintes variées, communisme, etc, ne germent pas avec une égale facilité partout, qu'il y a comme un état de réceptivité très diverse des milieux humains à leur endroit.Fleurissent-elles soudain quelque part comme des exubérances paradoxales, on découvre à l\u2019analyse soignée qu\u2019il y eut au préalable, sourde, inapparente, mais réelle et profonde, une modification fondamentale du terrain.L'ennemi ou l\u2019étranger n\u2019entre dans la place que par la force d\u2019une trahison, ou par l\u2019action d\u2019une cinquième colonne.Aucun peuple, et partant aucun individu qui le compose, n\u2019est absolument libre de son destin.Un peuple païen pensera et agira en païen, un peuple athée pensera et agira en athée, un peuple protestant et anglo-saxon concevra son existence sous le signe de sa langue et de sa religion.De même fera un peuple catholique et français.Certes, un peuple peut se modifier, changer son allégeance et sa foi, subir une infiltration culturelle différente, être assimilé, voir la vie sous un autre jour, concevoir et réaliser pour son compte une autre forme de civilisation.Tantôt pour le pire.Dans l\u2019un et l\u2019autre cas, il ne sera plus tout à fait lui-même.Et presque toujours, quand s\u2019opère un tel changement, il 11e s\u2019agit pas d\u2019un hiatus entre hier et demain, mais du produit naturel d\u2019une lente évolution, du résultat d\u2019une adaptation à des conditions physiques ou morales nouvelles, ou si l\u2019on veut, de la floraison à même la sève du vieux tronc, d\u2019un bourgeon original et neuf.Dès qu\u2019un peuple a vraiment pris conscience de lui-même et dès qu\u2019il a choisi ou accepté la formule de son être, 92 Le médecin sa conception essentielle cle la vie, sa réalisation d\u2019œuvres variées sont marquées au coin d\u2019un cachet distinctif.Tout ce qui est en lui, tout ce qui viendra en lui ne servira en dernière anatyse qu\u2019à la réalisation de ses fins essentielles.Et il est bien qu'il en soit ainsi.Et il est bien que l\u2019individu, médecin ou non, qui est de ce peuple, qui a reçu en naissant le fatal héritage de ses inimités poursuive dans l\u2019avenir la trajectoire de son passé.Chez le médecin, il y a donc trois sagesses, celle de son métier, de sa culture générale, de sa philosophie de la vie.Trois sagesses dont la proportion relative, pour un individu donné, est extrêmement variable.Dans l\u2019ordre de Tutilité pragmatique, il est clair que la première, celle du métier, prime toutes les autres.On ne demande pas au médecin, quand le ventre fait souffrir, une dissertation sur la peinture moderne, sur la philosophie de Nietzsche ou sur la mission providentielle de son peuple.Ce qu'on exige de lui, c\u2019est un diagnostic précis et une thérapeutique adéquate, c'est en somme de faire descendre de la stratosphère culturelle, l'application concrète de sa science et de son art.Ce geste, tous les médecins l\u2019accomplissent.Le rendement en est divers, pour sûr, car la culture médicale et l'habileté de tous les praticiens ne sont pas identiques.Mais, à qualités égales, je ne crois pas que jamais un chirurgien typiquement anglais ait procédé tout à fait comme un chirurgien franchement américain ou celui-là comme un chirurgien nettement français.Même plus, au sein d\u2019une même école, deux médecins n\u2019agissent pas selon un thème inexorable.Chacun met dans l'acte médical, sa touche personnelle, qui se marque dans le choix des moyens, dans l\u2019ambiance créée, dans la forme de contact de médecin à malade, bref dans tout un ensemble d'impondérables dont la somme n\u2019est pas indifférente au résultat recherché.Car, en fait, le médecin, pas plus 93 Revue Dominicaine que l\u2019avocat, le sociologue, le prêtre, etc, pas plus que l\u2019homme de la rue n'échappe à la loi de la synthèse personnelle.A l\u2019arrière plan de toutes ses pensées, de toutes ses actions, il y a toute sa personne.Dans son geste médical il y a, conscientes ou non d\u2019elles-mêmes, toute sa culture générale, toute sa philosophie de la vie.Et cela, je le répète, n\u2019est pas absolument indifférent pour le malade qui lui aussi, en plus de sa maladie, possède sa culture générale et sa conception de l\u2019existence humaine.Cela est encore moins indifférent quand le médecin fait office de sociologue.On l\u2019a souventes fois répété : le médecin est, à un moment ou l\u2019autre de son existence, le confident et le conseiller de presque tous ses clients.Il exerce sur eux, pour le mieux ou pour le pire, une influence indéniable et souvent décisive.Or, ce rôle de confident et de conseiller, voici que de plus en plus l\u2019Etat lui demande de le jouer, au bénéfice de la communauté.Il n\u2019y a guère besoin d\u2019être prophète pour affirmer qu\u2019après la guerre, la participation de la médecine, et partant du médecin, à la réorganisation et au fonctionnement de notre nouvelle vie sociale sera décuplée.Cela universellement.On verra alors maints faits, maintes théories, sortir de la cage dorée où nous les gardons présentement pour gagner les législatures et les codes.Faits et théories, venus de partout, universels comme la culture médicale, mais qui devront, dans l\u2019application, se nuancer à la couleur des cultures particulières, se couler dans le moule des philosophies singulières de la vie, propres à chaque peuple, à chaque race.Or sur ce plan des applications sociales, la hiérarchie des valeurs change.La médecine n\u2019est plus, comme la culture générale, qu\u2019un instrument au service d\u2019une conception supérieure.Et le médecin, tout en restant médecin, vaudra d\u2019autant plus pour la société dont il est, pour qui il est, qu\u2019il sera d\u2019avantage l'homme complet, 94 Le médecin produit de sa propre civilisation.De sa propre civilisation, toujours vivante, puisque capable de toujours assimiler l\u2019extérieur en demeurant toujours elle-même.Ce long exposé doctrinal \u2014 dont nous nous excusons \u2014 on le recevra différemment selon les milieux.Certains en nieront le bien fondé.D\u2019autres n\u2019y trouveront que le rappel d\u2019une série de lapalissades.Nous dirions plus volontiers de vérités premières, de ces vérités premières que la fièvre des jours présents jette si facilement dans l\u2019oubli.C\u2019est une doctrine, non un dogme.Mais une doctrine que nous croyons vraie et riche de conséquences pratiques.Seule, par exemple, elle peut, dans les jours tragiques où la France nous manque, où l\u2019assimilation anglo-saxonne et américaine s\u2019annonce plus persistante, plus menaçante, conser-ver à notre médecine canadienne-française ses caractéristiques essentielles.Seule, elle peut assurer l\u2019orthodoxie des directives sociales et légales que le médecin sera de plus en plus appelé à donner dans la cité future.Antonio Barbeau 95 Le sens du fait juif L\u2019individu est ineffable.Chaque destinée humaine est un mystère.Et \u2014 tontes proportions gardées \u2014 il en est des peuples connue des individus, sauf que la perspective des premiers est seulement temporelle tandis que celle des derniers est éternelle.Or y a-t-il destinée plus extraordinaire que celle de ce petit peuple, issu des patriarches Abraham, Isaac et Jacob, transplanté en Egypte avec Joseph, et de là conduit par Moïse, émigrant dans la vallée du Jourdain (la Terre Promise) pour en faire sa patrie ; devenu un royaume glorieux sous David et Salomon ; puis soumis à toutes sortes de vicissitudes, luttes intestines, tracasseries de la part de ses petits voisins, envahissement par les grands conquérants, déportation même en territoire étranger ; finalement vaincu par les Romains en l\u2019an 70 de notre ère, et éparpillé dès lors aux quatre vents ; mais toujours irréductible, toujours impérissable \u2014 malgré les persécutions les plus acharnées : tel un ver qui, coupé en morceaux, se survit en se multipliant d\u2019autant \u2014 toujours mystérieusement vivace, singulièrement fécond et combien puissant ?.C\u2019est un fait : les Juifs ont continuellement été montrés du doigt, honnis, voire maltraités.Mais cette animosité contre les membres de la race judaïque s\u2019est manifestée de multiples façons.Elle a connu des hausses et des baisses.Or, en notre temps, les persécutions antijuives sévissent avec une brutalité méthodiques en Allemagne, en Pologne, en Roumanie, en somme dans tous les pays dominés par les Nazis ; et il y a quelques mois, le gouvernement de la France vaincue décrétait plusieurs mesures antisémitiques ; ici et là, les influences judéo-maçonniques \u2014 réelles ou imaginaires \u2014 sont dénoncées ; certains magnats juifs 96 Le sens du fait juif de la finance, de l\u2019industrie ou de la politique voient les secrets de leur jeu percés à jour, leur véritable identité révélée et même leurs biens confisqués : certes ils ne l\u2019ont point volé, ces suceurs du sang du pauvre \u2014 sortes de pieuvres internationales ! De toutes façons, il souffle un vent de tempête contre les misérables Israélites.Et la plupart des gens entonne le refrain de Laine à leur endroit.Cette attitude est-elle justifiée et justifiable ?.11 serait téméraire en tous cas, d\u2019opter sans aucune restriction sur un problème aussi complexe.Car, si une foule d\u2019injustices, de perfidies, de crimes de toutes sortes sont imputables à des Juifs \u2014 et puis est-ce bien en tant que Juifs que certains Juifs sont méchants ?\u2014 il reste que, par ailleurs, tous les Juifs ne sont point des mécréants.Il y a, parmi eux, de braves citoyens dont le seul crime est d\u2019avoir une dose de sang israélite dans les veines ; bien plus, nombre d\u2019entre eux sont de pauvres gens qui n\u2019ont rien à voir avec les forfaits de certains de leurs congénères et qui sont plutôt les victimes d\u2019un état de choses pitoyable.En outre, il y a tous les convertis, tous ceux qui, étant nés d\u2019« Israël selon la chair» (I Cor., X, 18), sont «renés» (qu\u2019on me pardonne \u2014 par référence au suggestif prénom de René \u2014 ce néologisme, qui est une traduction littérale du latin «renati») «de l\u2019eau et de l\u2019esprit» (Jo., III, 5), tous ceux qui ont réassumé, pour leur compte personnel, cette vocation au Christ, qui était celle de tout leur peuple, le peuple messianique, et qui loin d\u2019abdiquer leur personnalité juive l\u2019ont, au contraire, réalisée dans toute sa plénitude en devenant chrétiens.Par exemple, on n\u2019ignore point que le fondateur des Pères du Saint-Esprit est un Juif alsacien, le Vénérable Libermann.L\u2019on sait aussi que deux autres Juifs convertis, les frères Théodore et Marie-Alphonse Ratisbonne, ont fondé les religieuses et les Prêtres-Missionnaires 97 Bevue Dominicaine de Xotre-Dame-de-Sion, spécialement voués à l'apostolat d Israël.Et, depuis un certain nombre d\u2019années, le mouvement de retour au bercail de l\u2019Eglise des brebis égarées de la Maison d\u2019Israël semble prendre une tournure plus accentuée, faisant ainsi surgir des espoirs nouveaux.Et il serait bon de relire, à propos de tout cela, les fameux chapitres IX, X et XI de l\u2019épître de saint Paul aux Bomains.«Je dis donc : est-ce que Dieu a rejeté sou peuple ?Xon certes ! et en effet je suis moi-même Israélite, de la race d\u2019Abraham, de la tribu de Benjamin.Xon, Dieu n\u2019a pas rejeté son peuple, qu\u2019il a discerné d\u2019avance.Je dis donc : ont-ils trébuché de façon à tomber à plat ?Xon certes, mais grâce à leur chute, le salut est parvenu aux Gentils, afin de les rendre jaloux.Or si leur chute est une richesse pour le monde, et leur déchéance une richesse pour les Gentils, que ne sera pas leur plénitude ! Or je le dis à vous, nés parmi les Gentils : en tant même que je suis apôtre des Gentils, je fais honneur à mon ministère, dans l\u2019espérance de rendre jaloux ceux de ma chair, et sauver quelques-uns.Car si leur rejet a été la réconciliation du monde, que sera leur réintégration, sinon la résurrection des morts ?.Car je ne veux point, frères, que vous ignoriez ce mystère, afin que vous ne soyez pas sensés pour vous seuls : c\u2019est que l\u2019endurcissement n\u2019a été le fait d\u2019une partie d\u2019Israël que jusqu\u2019à ce que la masse des Gentils soit entrée.Et ainsi tout Israël sera sauvé, comme il est écrit : Le libérateur viendra de Sion, et il écartera les impiétés de Jacol) ; et ce sera mon alliance avec eux, lorsque f enlèverai leurs péchés » (Bom.XI, 1-2, 11-15, 25-27).De sorte que le trop célèbre dilemme : pour ou contre les Juifs, cette affaire à la mode de l\u2019antisémitisme et du prosémitisme, n\u2019est qu\u2019un faux problème ou du moins un problème mal 98 Le sens du fait juif posé.Car d\u2019abord, les Sémites ce sont tous les descendants de Sem, donc autant les Arabes, les Syriens, etc.que les Juifs.Ensuite les Juifs sont nos frères en Adam, ce sont des hommes comme nous, et si nous pouvons haïr leurs défauts et leurs méfaits, nous ne devons jamais haïr leurs personnes, chacune d\u2019elles étant, comme la nôtre, créée à l\u2019image de Dieu, rachetée par Jésus-Christ et destinée au bonheur éternel.Puis il y a ceci : toute notre civilisation occidentale, dont nous sommes si fiers, est due en majeure partie à l\u2019influence du christianisme, lequel tire son origine de Jésus, fils de David et fils d Abraham, et fut introduit en Europe par des Juifs, les apôtres Pierre et Paul.Il est des choses qu\u2019un homme n\u2019a pas le droit d\u2019ignorer, et il est des choses qu\u2019un chrétien ne peut pas ne pas respecter.Or Notre-Seigneur et sa Mère, la Vierge Marie et saint Joseph, sainte Anne et saint Joachim, saint Jean-Baptiste, les douze apôtres, Luc et Marc, Marthe et Madeleine, saint Etienne, les saints Innocents, en somme tous les plus grands saints du calendrier, sont bel et bien des Juifs.Sans oublier tous les Justes de l\u2019Ancien Testament^ en particulier les Patriarches et les Prophètes.Et sans compter que la Bible en entier fut écrite par des Juifs, que toute notre liturgie est nourrie d\u2019apports juifs, qu\u2019en définitive, selon la parole du Christ, « le salut vient des Juifs » (Jean, IV, 22).Pourtant, lorsqu\u2019un écolier, par exemple, étudie l\u2019Histoire Sainte, c\u2019est-à-dire l\u2019histoire du peuple de Dieu ; lorsqu\u2019il lit dans les Evangiles la vie de Jésus, avec autour de lui ses apôtres et ses disciples ; lorsqu'au début de l\u2019histoire de l\u2019Eglise, il esl renseigné sur l\u2019héroïsme des premiers chrétiens : se doute-t-il vraiment que tous ces hommes qu\u2019il admire et qu\u2019il vénère, eh bien ! ce sont des Juifs authentiques comme ceux de 1942, 99 Revue Dominicaine qu\u2019il apprend à exécrer dès qu\u2019il commence à les connaître ?.Enfin, l\u2019on ne saurait oublier \u2014 soit dit en passant \u2014 que l'antisémitisme a été condamné par un décret du Saint-Office (25 décembre 1938).J\u2019irai même plus loin.J\u2019ajouterai qu\u2019il est de notre devoir comme catholiques, de nous intéresser à la conversion des Juifs, au moins en priant pour eux.D'ailleurs rien de plus conforme aux intentions de l\u2019Eglise.Et voici à titre d illustration, l\u2019émouvante supplication que celle-ci fait monter vers le ciel au matin du Vendredi Saint.« Prions aussi pour les Juifs infidèles, afin que notre Dieu et Seigneur enlève le voile de leurs cœurs et qu\u2019eux aussi reconnaissent Jésus-Christ Notre-Seigneur.Dieu tout-puissant et éternel qui ne repoussez pas de votre miséricorde les Juifs infidèles, exaucez les prières que nous vous adressons pour ce peuple aveuglé, afin que, reconnaissant la lumière de votre Vérité qui éclate dans le Christ, ils soient arrachés des ténèbres où ils sont plongés ».Cependant tel n\u2019est point précisément l\u2019aspect que je m'étais proposé d\u2019envisager ici.Le salut des Juifs, en effet, reste d'ordre individuel, en ce sens que la béatitude éternelle s\u2019adresse à une personne et non pas à un peuple.Or, le point d\u2019interrogation qui vient se dresser devant notre esprit s\u2019avère d\u2019une portée plus générale.Il concerne plutôt le peuple juif que chacun des Juifs en particulier.Il s\u2019agit de ce que j\u2019appellerais 1 énigme juive ou le mystère d\u2019Israël.Le seul fait que, depuis des siècles, les Juifs soient l'objet d\u2019un si grand nombre d\u2019écrits, de discours et de controverses, est déjà très significatif.Qu'on le veuille ou non, qu'on soit sympathique ou antipathique, il existe un problème juif.Et même il existe avec un relief si saisissant que personne ne saurait se vanter d\u2019y demeurer indifférent.Le Juif est partout, on le ren- 100 Le sens du fait juif contre partout.Type qui est un paradoxe vivant : homme sans patrie et faisant sienne celle des autres ; à la fois assimilé et non assimilable \u2014 éternel « Juif errant » ! Mais toujours identique à lui-même.Et qui 11e connaît, pour employer un ternie vague, le dynamisme des Israélites ?Leur patience au travail, leur endurance, leur ténacité, leur esprit débrouillard, leur facilité de s\u2019adapter à n\u2019importe quelle situation ?.On les trouve occupant des positions à tous les degrés de l\u2019échelle sociale, mais ils sont de préférence banquiers ou financiers, marchands ou boutiquiers, commerçants, négociants ou trafiquants.Actuellement, les descendants des Hébreux sont environ 16 millions dans le monde entier : c\u2019est relativement peu.Et il faut tenir compte de leur immense dispersion, car \u2014 mis à part le récent mouvement sioniste, dont les résultats sont encore précaires et dont la portée en tout cas semble devoir rester plutôt restreinte \u2014 c\u2019est toujours la Diaspora.Malgré tout, nous sommes témoins de ce prodige, qui est comme un défi permanent à toutes les vraisemblances naturelles comme à toutes les malveillances humaines : la survivance juive.Or ce prodige \u2014 le miracle d\u2019Israël \u2014 pourrait constituer, avec le miracle de l\u2019Eglise et tous les autres miracles, l\u2019une des preuves de la divinité du Christianisme.E11 effet, quand je cherche à pénétrer la signification profonde d\u2019un tel phénomène \u2014 le plus étonnant, peut-être, de toute l\u2019histoire humaine \u2014 je ne puis guère aboutir qu\u2019a ceci : à savoir que le problème juif est avant tout un problème d\u2019ordre surnaturel.C\u2019est qu\u2019en vérité, il est inexplicable tant que l\u2019on reste sur un plan purement naturel.Il faut décidément faire appel à une intervention divine.En somme, pour situer ce problème dans son véritable contexte et pour, sinon en comprendre, du moins en entrevoir le sens et la portée, il faut juger en chré- 101 Revue Dominicaine tien : c\u2019est-à-dire « croire en Dieu, le Père tout-puissant, créateur du ciel et de la terre, et en Jésus-Christ, son Fils unique, Xotre-Seigneur, qui a été conçu du Saint-Esprit, est né de la Vierge Marie.» Car le nœud de toute l\u2019aventure juive, c\u2019est, à n\u2019en point douter, la naissance de Jésus.Jésus, Messie annoncé dès l\u2019origine du monde (Genèse, III, 15), prédit par les prophètes, espéré par toute la nation hébraïque, mais officiellement renié par elle et mis à mort \u2014 pour devenir aussitôt le centre dune religion nouvelle, le Christianisme succédant au Judaïsme, l\u2019Eglise remplaçant la Synagogue, la réalité se substituant aux figures.De sorte que les Juifs se trouvent à croire \u2014 comme nous \u2014 en un seul Dieu, créateur et rémunérateur : et c\u2019est même par leur intermédiaire que nous, chrétiens, nous tenons cette primordiale vérité religieuse, puisqu\u2019ils furent les gardiens du monothéisme primitif, à travers les peuples païens encombrés d'idoles de toutes sortes ; mais ils se distinguent de nous quant à cette autre vérité, non moins capitale, et qui est la clef de voûte du Christianisme, et qui était la raison d\u2019être en même temps que l\u2019aboutissement normal du Judaïsme : à savoir la divinité de Jésus-Christ.En niant que ce Jésus, issu de leur race, fut le Fils de Dieu et Dieu lui-même, les Juifs sont restés en route.Figés dans leur aveuglement, gens « au cou raide, à la nuque dure» (Exode, XXXII, 9 et XXXIII, 3) ; mais en même temps ballotés par tous les contre-coups de cette trahison à leur vocation religieuse.Et ce peuple minuscule, qui a toujours fait groupe à part et qui se distingue de tous les autres peuples ; qui conserva farouchement, à travers bien des péripéties, la croyance au Dieu unique et le dépôt authentique de la Révélation ; mais qui, depuis la mort du plus illustre de ses enfants et précisément pour avoir 102 Le sens du fait juif méconnu la mission divine de Jésus, s\u2019est vu frustrer de ses prérogatives de peuple élu, de peuple choisi de Dieu, j\u2019oserais dire de peuple-prêtre, ce même peuple est devenu depuis lors, à travers les âges et parmi les nations, il est devenu en quelque sorte le peuple-martyr de l\u2019humanité, continuant ainsi, mais à rebours, à être le témoin de la Divinité.Or, cette espèce de malédiction qui poursuit les Juifs sans relâche, en quelque coin du globe où ils se réfugient, elle n\u2019est autre que celle même appelée sur leurs têtes par leurs propres ancêtres, meurtriers de Jésus de Nazareth : « Que son sang retombe sur nous et sur nos enfants » ! (Matt., XXVII, 25).Terrible imprécation, qui se réalise depuis 19 siècles avec une stupéfiante exactitude ! Car désormais, ceux qu'on nomme avec mépris des Juifs (la Juiverie), disséminés par toute la terre et sans cesse inquiets, seront en butte à l\u2019hostilité universelle, tant que leur front restera marqué du signe rouge.Etrange phénomène (qu'il ne faudrait pas trop généraliser, mais qui en tout cas caractérise bien une portion fort représen tative sinon la majorité des Israélites) : les adorateurs du vrai Dieu sont devenus \u2014 par vocation manquée, j'allais dire par contre-vocation \u2014 les esclaves du monde et de ses idoles, en particulier du Veau d\u2019or.Transposition du plan spirituel au plan temporel ! Quoi qu\u2019il en soit, le châtiment de la nation déicide est toujours là devant nos yeux.Son châtiment, mais en même temps son rôle unique dans l\u2019économie de la Rédemption.Israël apparaît, parmi nous, comme un signe de contradiction.Et sa présence, inévitable et redoutée, demeure comme un rappel incessant de cette attire Présence, trop souvent méconnue, mais indispensable et divine.Marcel-M.Veilleux, O.P.108 Pilotes de raids Il s\u2019agissait ce jour-là de franchir, dans un avion minuscule et rudimentaire, la plus longue distance possible en ligne droite, sans escale.C\u2019était Noël et l\u2019épreuve devait être accomplie avant le 31 décembre.Dans les hangars transpercés par le vent glacial, mécaniciens et ingénieurs s\u2019affairaient ; des réservoirs supplémentaires étaient installés partout, et, tour à tour, on essayait, dans la carlingue réduite aux dimensions d\u2019un trou de rat, les plus petits formats d\u2019homme.Le pilote, soucieux de tout, revoyait les calculs avec les ingénieurs et pesait les compromis toujours nouveaux de ses chances de succès ou de catastrophe.Rude métier que celui de pilote de raid ! Si le vol à voile demande à ses champions les sens les plus délicats pour capter les souffles les plus imperceptibles, affinant ainsi en eux l\u2019émotion artistique, si le pilote d\u2019essais doit avoir la force d\u2019âme capable d\u2019affronter vingt fois par jour la mort violente, le pilote de raid doit ajouter à ces qualités déjà rares celles d\u2019un technicien accompli, d\u2019un froid calculateur et d\u2019un terrible lutteur.Remplacera-t-on cet encombrant mais solide raidissage d\u2019aile par un réservoir-caisson alourdissant encore la machine mais donnant la chance de tenir en l\u2019air deux heures de plus ?A la place de ce capotage efficace mettra-t-on un bidon extérieur larguable, moins bien profilé mais ajoutant encore trente minutes de vol ?Cet instrument de bord, variomètre ou barographe, utile mais lourd, ne pourrait-on pas le supprimer sans accroître à l\u2019excès les risques de l\u2019équipage ?Cette soute des vivres, déjà minuscule, 11e pourrait-elle pas être combinée avec celle des cartes aériennes ?Ici entre les jambes du pilote ne pourrait-on pas placer un tout petit compas de route ?Autant de questions 104 Pilotes de raids que le pilote soulève, étudie et résoud dans une discussion parfois chaude niais toujours cordiale avec les ingénieurs.Le temps presse et les concurrents s\u2019annoncent redoutables.Le pilote, devenu comme le bouc émissaire de tous les techniciens qui veulent autant que lui gagner l\u2019épreuve, voit ses aises réduites, son confort sacrifié, remplacement de ses jambes raccourci, ses vivres rognées, ses instruments simplifiés.On parle même de lui faire larguer ses roues dès le décollage comme on fit pour Nungesser et Coli.Alors, là, c\u2019est trop.« Vous voulez décidément me faire casser la figure !.» grogne-t-il, bourru.Mais il sait bien qu\u2019au fond tous ces calculateurs pensent : « Avec lui on peut y aller.Il connaît sa machine à fond et saura décoller même sans rien voir et sans instruments.Les frémissements de l\u2019avion lui suffiront pour connaître le moment exact où il devra, à la limite du terrain, solliciter doucement son appareil pour lui faire quitter le sol en rasant les piquets de clôture.Pendant les longues heures de vol, il saura certainement s\u2019accommoder des instruments strictement nécessaires et grâce à son prodigieux entraînement suppléer à leurs insuffisantes informations.Les vivres seront rares, mais il a su déjà tenir plusieurs jours avec quelques biscuits.Quant au froid terrible qui va le tenailler pendant d\u2019interminables heures d\u2019immobilité, dans une carlingue ouverte, à travers les altitudes glacées, il pourra le supporter grâce à sa robuste constitution et éviter la syncope.» Au fond, lui aussi pense la même chose.Et tous, fiévreusement, coupent, rognent, soudent des réservoirs et ajoutent des tuyaux, allègent et alourdissent tour à tour.Ils arrivent ainsi à mettre au monde une mécanique inquiétante, méprisant dans ses formes et dans ses dimensions les principes mêmes de la sécurité, n\u2019offrant pour toute habitation que deux trous exigus encombrés Revue Dominicaine de tubes et de commandes.C\u2019est là que le pilote et son passager, un bout d\u2019homme de rien du tout, devront se placer, sans espoir d\u2019y pouvoir faire le moindre mouvement pendant toute l\u2019équipée.Aux heures de solitude dans son bureau, le pilote déchiffre les messages de la météo et crayonne de nouvelles routes célestes sur les cartes bleues.Les régions d\u2019orage sont marquées par ces innombrables fléchettes mystérieuses qui se précipitent vers les centres de dépression comme des anguilles vers la proie du vivier.Les chiffres verts, donnant l\u2019altitude des points culminants, tyrannisent eux aussi le pilote.Tl ne doit pas oublier que le plafond d\u2019une machine surchargée est vite atteint.Que le vent souffle au sud, on pourra suivre cette vallée sans coupure, mais risquer, s\u2019il faiblit, d\u2019être en panne avant le rivage de l\u2019Afrique et de se perdre dans l\u2019impitoyable mer bleue.Qu\u2019il souffle au nord et Ton devra chercher un lieu d\u2019atterrissage à travers les bois Scandinaves.S\u2019il nous pousse vers l\u2019ouest, il faudra perdre quelques heures à contourner ces hauts monts insurvolables au départ et risquer de périlleux accueils sur les plateaux espagnols.Tour à tour les routes difficiles sont reprises, au caprice du vent incertain de l\u2019hiver.Chaque soir, à l\u2019heure où les autres dorment ou s\u2019amusent, le pilote étudie encore les itinéraires possibles.A quatre pattes dans son salon dont les tapis et les divans disparaissent sous les cartes étendues, il modifie avec précaution les routes les plus probables et apprend les détails des grandes cartes qu\u2019il ne pourra emporter : à Montfort, les pylônes de T.S.F.et à Chartres, la Cathédrale qu'il faudra éviter ; aux Pyrénées, le passage de Puigcerda et aux Alpes la trouée de Moretz qu\u2019il faudra retrouver ; les monts de Ligure ou les plateaux de Logra-no qu'il faudra fuir ; les rivages andalous ou la vallée du Danube 106 Pilotes de raids où l\u2019on peut atterrir.La tête lourde de tant de noms, rêvant des plus belles équipées, le pilote s\u2019attarde à veiller pendant que sa femme prie en silence près d\u2019un berceau paisible.* * * La nuit pâlit, quelques falots s\u2019agitent sur le terrain où une forme mystérieuse cahote sur la terre gelée.L\u2019avion gagne lentement le fond obscur de la piste.Seul avec son passager mal affermi, le pilote recueille, avant de s\u2019élancer, les dernières odeurs de la terre qu\u2019il va quitter pour un interminable voyage.Après cette boue et ce gel, sur quels sables brûlants marchera-t-il de nouveau et sur quels rivages inconnus sa frêle machine va-t-elle le faire échouer à l\u2019aube prochaine ?Les braves compagnons, et la chaude maison, et l\u2019épouse bien-aimée, et le petit enfant qui dort, tous ces êtres chers sont déjà séparés de lui par le brouillard glacé qui l\u2019enveloppe comme un linceul et le fait frissonner.A Dieu vât î Le moteur ronfle et la machine tangue sur la piste durcie.Tout au loin clignotent, à travers le brouillard, les deux feux qui marquent le passage des basses clôtures.Ils étaient bien loin tout à l\u2019heure encore, mais comme ils arrivent vite et comme l\u2019avion est lent à prendre sa vitesse.Quelle inquiétante inertie ! Les feux sont presque là et je ne sens pas encore le grattement significatif des roues soulagées.Malgré la peur de ces maudites barrières qui m\u2019affolent, je dois laisser mon appareil courir encore.Les voilà ! Les voilà ! Je ne décollerai donc jamais ! Si je heurte, je flambe comme une torche.Ces lanternes, les voilà, les voilà î Seigneur, soulevez-moi ou je vais m\u2019écraser.Par un geste instinctif ou grâce à une rafale providentielle, la machine quitte lourdement le sol, non sans frôler dangereusement les palissades ni sans raser la mince file de spectateurs, i 107 Revue Dominicaine invisibles jusque-là.Qui a bien pu faire connaître mon départ alors que je refusais toute publicité ?Ce ne peut être que cet animal de Guéry, ce Guéry, fidèle et plein d\u2019admiration, qui veut absolument me faire connaître.Comme si ça en valait la peine.Il en sera quitte pour sa peur, car je suis sûr qu\u2019il est plus encore que moi terrifié par cet envol parfaitement tangent, où l\u2019avion touche presque les broussailles des prairies, contourne les arbustes qu\u2019il ne peut survoler, fait un grand cercle pour éviter la forêt insurmontable et disparaît enfin dans la grisaille de la vallée de Bièvres.Maintenant seul avec son compagnon derrière lui, le pilote mesure calmement le péril : les charges excessives d\u2019essence empêchent l\u2019avion de prendre la moindre altitude ; les réservoirs ajoutés à l\u2019extérieur freinent la machine qui s\u2019enfonce parfois mollement, perdant ainsi les quelques pieds d\u2019altitude péniblement gagnés.La moindre manœuvre nerveuse ou une traction trop hâtive sur la commande de profondeur se traduirait immédiatement par la perte de vitesse, l\u2019écrasement au sol et l\u2019embrasement général.Immobile et bien maître de lui, le pilote attend.Il sait qu\u2019il peut sortir à l\u2019instant de cette terrible angoisse : il lui suffirait de crier à son compagnon qui ajuste ses lunettes : « Larguez deux bidons ».L\u2019appareil allégé prendrait aussitôt l\u2019altitude salvatrice.Mais il sait aussi que s\u2019il largue cette essence il réduira sa course.Alors comme un patient sous le scalpel, il serre les dents et continue froidement à jouer avec la mort, Le jour grandit.Avec un moteur plein-gaz dont il est sûr, le pilote se glisse le long des vallées et se faufile entre les masses boisées.Puis acculé dans une impasse, le voilà qui se risque au-dessus d\u2019une forêt dont les branches égratignent presque son fuselage.Le moteur tient sans faiblesse et dans son cœur le 108 Pilotes de raids pilote lui envoie tous ses vœux : « Tiens bon, vieux compagnon.Si tu lâches seulement d\u2019un tour, nous sommes tous perdus ».La forêt s\u2019éclaircit et la Loire apparaît.Tout le monde dort encore sauf ce pêcheur qui pousse sa barque et pourrait presque nous toucher avec sa perche.Enfin la plaine ! On va s\u2019en tirer ! Le premier réservoir, vidé déjà par cette course à plein-gaz, s\u2019écrase au bord d\u2019une route et l\u2019avion libéré tire sur la main du pilote comme un cheval impatient.La montée commence.Désormais rassuré, le pilote se cale bien et commence à rêver.Le plus dangereux est fait, mais tout n\u2019est pas fini.Ce terrible décollage et cette marche rapide pendant deux longues heures ont brûlé plus d\u2019essence que je n\u2019avais prévu.Comment Am se terminer cette équipée ?Le froid déjà me pince et mes mains engourdies pourront-elles jusqu\u2019au bout accomplir les manœuvres nécessaires ?La faim va me prendre aussi.Comment pourrai-je, a\\œc cet accoutrement rigide, atteindre le coffre à l\u2019arrière de mon siège ?Mon compagnon est bien calme.Le pauvre enfant ne se doute pas que dans quelques heures l\u2019air raréfié, le froid, la fatigue, la faim, l\u2019immobilité vont le plonger dans une demi-somnolence.Alors il 11e pourra m\u2019être d\u2019aucun secours.Seul désormais, absolument seul, a\\œc ce paquet de sable, je dois veiller à tout : à cette aile qui frémit, à ce moteur qui ronronne douce\tais pourrait me lâcher, à ces instru- ments incomplets qui m\u2019obligent à deAÛner ce qu\u2019ils n\u2019indiquent pas, au parcours difficile au-dessus d\u2019une terre méconnaissable.Pourtant je suis passé bien des fois dans ces parages.Ces pays m\u2019étaient familiers.Mais déjà, par moments, je n\u2019y reconnais plus rien.Ce fleuve immense 11e peut pas être la Loire laissée déjà derrière nous.La Garonne est loin encore.Alors, quelle est cette eau nouvelle ?Me suis-je fourvoyé ou bien n\u2019est-ce là qu\u2019un 109 00 Revue Dominicaine ruisseau démesurément grossi par les dernières pluies ?Ces gros monts à droite me rassurent.Je les survole à peine et, par mon altimètre qui indique 2 000 pieds, je me devine près de Limoges.Où donc est la ville ?Cette grisaille matinale me l\u2019aurait-elle cachée ?Suis-je passé trop à gauche ?Je n\u2019ose appuyer devan-tage sur la droite car la brunie perfide peut me cacher les hauteurs de Millevaches qui doivent être toutes proches maintenant et sur lesquelles j\u2019irais m\u2019écraser.Il y a deux ans, par une manœuvre de ce genre, Génin se brisa sur les Pyrénées.La montagne devient rude et Dieu veuille que j\u2019en sorte, car la panne par ici serait la mort sans phrase.Pourvu que la glace n\u2019alourdisse pas trop la machine et 11e me plaque pas au sol comme Le Prix en Sibérie.Si tout va bien, dans quelques heures ce sera le vol monotone sur la 111er.Pendant toute la nuit je devinerai, au-dessous de moi, l\u2019eau sombre où la défaillance d\u2019un boulon pourrait me plonger sans témoin.Mermoz y est resté.Mais, si rien n\u2019arrive, l\u2019aube de demain me verra aborder un rivage inconnu.Mon avion sera peut-être détruit sur la plage par le choc contre une pierre.Alors, laissant là cette carcasse désormais inutile, nous essaierons par une longue marche de rejoindre les hommes.J\u2019ai bien froid déjà et 111a jambe engourdie 11e m\u2019obéit pas.Le risque de 11e plus pouvoir diriger l\u2019avion m'affole tout à coup et je lâche les commandes pour soulever à deux mains ce genou gelé.Mes doigts dégantés quelques instants saignent de froid et de blessures faites par la carlingue trop étroite.Inutile de s\u2019attarder à ces petites misères : il faut encore tenir vingt heures et aller jusqu\u2019à la dernière goutte d\u2019essence.Le ciel maintenant laiteux laisse passer les premières lueurs d\u2019un soleil hésitant.Les bêtes comme les hommes vont parcourir la terre à la recherche de leur pain quotidien.Pendant que je 110 Pilotes de raids tracerai clans un ciel solitaire le sillon impeccable cle mon vol rectiligne, le cultivateur arpentera cle ses sabots sonores les ornières durcies, rocailleuses.« Cher frère paysan, le bruit cle mon moteur sera plus fort que les claquements de tes sabots.Dans ta marche tranquille tu regarderas sans cloute ma fuite éperdue clans ton grand ciel.gelé.Regarde bien, homme obstiné, cet autre cultivateur têtu.Dans un champ limité tu plantes et sèmes sans cesse, confiant clans le Créateur.Le rude hiver couvrira ton vieux patrimoine.Mais ton cœur est tranquille, car tu sais cle quelle graine tu as semé ton champ.Courage.Sème et resème encore, envers et contre tout.Peut-être tes voisins t\u2019ont-ils traité cle vieux fou.Mais je connais ton cœur et sais qu\u2019il ne fléchira point.De longs jours glacés rendront inertes pour un temps les bonnes graines ancestrales.Un printemps viendra et son débordement cle jeunes pousses éclatantes remplira comme un chant toute cette terre aujourd'hui dévastée.Tes fils se réjouiront et ton cœur de grand-père pourra se reposer près cle tes petits-enfants.Et moi pendant ce temps je poursuivrai ma route.Par-dessus les mers, je volerai jusqu\u2019à l\u2019aube.Sans calcul et sans haine, je pourrai parcourir des terres pauvres d\u2019amour et cle parfaits déserts.L'heure viendra où je poserai mes ailes engourdies sur une terre fraternelle.Riche d\u2019un pur froment dont tu sus me nourrir, je viendrai pour donner le trésor cle vingt siècles cle labours, que tu m\u2019avais confié.Comme tes missionnaires, des terres brûlantes d\u2019Afrique jusqu\u2019aux huttes glacées cle l\u2019Arctique, livrent leur cœur ardent comme des propitiatoires, je donnerai sans compter le peu qu\u2019il restera clans mes coffres troués, des graines impérissables que Dieu prête aux Français pour qu\u2019ils volent les semer par toute la terre ».Gaston Lavoisier 111 Directives pratiques Notes de théologie pastorale Des fautes commises dans l\u2019état de demi-sommeil.Quand sommes-nous à l\u2019état de veille ?Quand sommes-nous à l\u2019état de demi-sommeil ?La réponse à cette question peut encore faire l\u2019objet d\u2019études et d\u2019expériences nombreuses et variées de la part des psychologues de toutes nuances.Nous ne l\u2019envisagerons ici qu\u2019au point de vue moral, dans l\u2019espérance d\u2019éclairer bon nombre de consciences inquiètes.L\u2019état parfait de veille est celui pendant lequel les impressions venues, soit du dehors soit du dedans, sont perçues par les sens ou par la pensée et où il est possible d\u2019agir volontairement.L\u2019état de sommeil se définit par la suspension de toute activité psychique qui relève des opérations propres à l\u2019âme raisonnable.Pendant le sommeil les fonctions de la vie végétative s\u2019exercent seules : la circulation, la respiration, la digestion, etc.A l\u2019état de sommeil se rattache l\u2019état de rêve caractérisé par l\u2019usage partiel et fragmentaire de certaines facultés sensibles.Entre l\u2019état de veille et celui de sommeil complet l\u2019âme peut passer par une infinité de degrés de lucidité.Or c\u2019est une vérité certaine en théologie que l\u2019homme ne peut commettre aucune faute grave sans un mouvement parfait de sa volonté décidant, en toute connaissance de cause, de son attitude vis-à-vis de la loi.D\u2019où il suit que les fautes commises dans le demi-sommeil ne peuvent être que vénielles et que leur degré de vénialité varie selon le degré de perfection du consentement, selon l\u2019exercice plus ou moins libre de la volonté.Je fais ici abstraction du volontaire dans la cause (jugement formulé à l\u2019état parfait de veille avec connaissance des conséquences possibles et probables dans le demi-sommeil ou le som- 112 Directives pratiques meil complet).Je ne considère pas non pins le cas des consciences trop larges qui ont pris l\u2019habitude de considérer tous les doutes en leur faveur et de se raccrocher à la moindre circonstance pour excuser ou légitimer la satisfaction de n\u2019importe quel appétit.Je ne veux considérer que les consciences normales habituellement ordonnées au bien et qui déplorent sincèrement à l\u2019état parfait de veille les fautes qu\u2019elles croient avoir commises dans un état voisinant le sommeil.Il ne s\u2019agit pas non plus de l\u2019état certain de rêve.Dans l\u2019état de rêve, même si la mémoire enregistre plus ou moins fidèlement les sensations, jamais la moralité des actes ne parvient à la conscience claire.Celle-ci peut ensuite s\u2019inquiéter à l\u2019état de veille, mais comme le rêve est parfaitement discernable, un jugement sain doit dissiper entièrement ces doutes.Mais quand est-on à l\u2019état de veille ?Quand est-on à l\u2019état de demi-sommeil ?En pratique le pénitent et le confesseur devront juger du demi-sommeil d\u2019après les signes suivants : a) S\u2019il s\u2019écoule entre notre désir de sommeil et le sommeil véritable, un temps beaucoup plus prolongé que celui qu\u2019exige habituellement un état normal.Dans cette circonstance il se produit toujours un certain engourdissement des facultés sensibles et il y a tout lieu de croire que la volonté perd plus rapidement sa force de commandement que l\u2019intelligence sa lucidité, de telle sorte que le sujet peut encore percevoir assez clairement la malice de ses actes, quand sa volonté a déjà perdu sa force normale de résistance, ou de commandement ; b) dans les instants qui suivent immédiatement le réveil ; alors nous pouvons présumer que les circonstances sont les mêmes ; c) quand le pénitent affirme sincèrement qu\u2019à l\u2019état parfait de veille, il n\u2019aurait jamais commis telle faute.Il est évident dans ce cas que l\u2019acheminement vers le sommeil a lié au moins partiellement le libre exercice de sa volonté.En pratique, comme nous ne pouvons juger avec sécurité que de l\u2019état certain de veille et de l\u2019état certain de rêve, les fautes commises dans l\u2019état de demi-sommeil entrent dans la catégorie 113 Revue Dominicaine des fautes douteuses et doivent être considérées comme telles tant du côté du pénitent que du côté du confesseur.Lorsqu\u2019il s\u2019agit de consciences scrupuleuses ou trop larges la présomption de demi-sommeil devra être diversement interprétée.A.Saint-Pierre, O.P.Les romans à l\u2019Index.Un lecteur de la Revue Dominicaine nous écrit : « Je ne réussis pas à mettre d\u2019accord le Répertoire alphabétique de 9 000 auteurs de G.Sagehomme, S.J.avec le catalogue officiel de l\u2019Index.Voici ma difficulté.Dans le catalogue de l\u2019Index, je vois que les romans de Balzac, Dumas, père et fils, Sand, etc., sont nommément condamnés par la formule omnes fabulœ amatoriœ.Or Sagehomme, à s\u2019en tenir aux sigles qu\u2019il emploie, permet de lire plusieurs romans de ces auteurs en question ».Votre difficulté provient de la façon dont vous comprenez la formule omnes fabulœ amatoriœ.Elle n\u2019a pas le sens absolu que semblent indiquer les termes mêmes employés.Pas plus d\u2019ailleurs que cette autre formule du même catalogue, opera omnia, accolée au nom d\u2019Anatole France, par exemple.Ces deux expressions sont semblables et admettent des exceptions.En ce qui concerne l\u2019expression omnia opera, on trouve une explication autorisée dans la préface du catalogue de l\u2019Index de 1925, page XVII.Elle dit à peu près ceci : lorsque tous les écrits d\u2019un auteur sont atteints par une condamnation globale, omnia opera, on n\u2019est pas téméraire d\u2019estimer que tel ou tel ouvrage de cet auteur échappent à la condamnation, pourvu toutefois que ces ouvrages ne soient pas atteints par un décret général ou par un décret particulier.Quant aux écrits postérieurs à la condamnation, qu\u2019il s\u2019agisse de volumes faisant partie d\u2019un même ouvrage ou de livres différents, le même texte, page XX, dit qu\u2019ils ne sont pas atteints par le décret, mais seulement sont considérés comme suspects et présumés à juste titre tomber sous quelqu\u2019un des 114 Directives pratiques décrets généraux, à moins que le repentir bien connu de l\u2019auteur ne fasse céder cette présomption.Sur le sens de l\u2019expression omnes fabulce amatoriœ, la préface du même catalogue ne fournit aucune explication.Pouvons-nous dès lors lui donner une interprétation analogue à la formule plus générale omnia opera, et admettre des exceptions ?Il semble bien, car dans une occurrence semblable, il faut recourir aux lieux parallèles, ainsi que l\u2019exigent les lois d\u2019interprétation du code.Nous croyons donc que la formule omnes fabulæ amatoriœ ne doit pas avoir un sens plus absolu que la clause omnia opera.Si à la condamnation des œuvres d\u2019un écrivain par la formule omnia opera échappent les écrits non atteints par décret général ou par décret particulier, ainsi que nous l\u2019avons expliqué, à la condamnation globale de l\u2019œuvre romanesque d\u2019un romancier échappent ceux de ses romans qui ne sont pas des romans d\u2019amour impur, ou des récits formellement obscènes.Qui alors fera connaître les exceptions ?Des critiques dont il n\u2019y a pas lieu de mettre en doute l\u2019honnêteté \\ Vous pouvez certainement recourir à Sagehomme ou encore à l\u2019ouvrage bien connu de l\u2019abbé Bethléem : Romans à lire et Romans à proscrire, et à La Revue des lectures.Raymond Charland, O.P.«/ * 1.N.D.L.R.\u2014 Le R.P.Raymond Charland, O.P., a traité plus au long cette question dans son livre sur l\u2019Index.115 Le Sens des Faits Le Canada et la guerre du Pacif ique.Plus que tout autre événement survenu jusqu\u2019ici 1 entree Cl.f/\tJL\t/ en guerre du Japon, a semé le désarroi dans les esprits.Sans doute, faut-il attribuer cette inquiétude à l\u2019ampleur des opérations militaires en cours, à leur caractère aéro-naval et aux circonstances particulièrement dramatiques qui ont marqué le début des hostilités.Peut-être aussi, est-ce le fait que la guerre européenne, pour déconcertante qu\u2019elle soit, ne manque pas de précédents qui donnent l\u2019illusion du connu et du prévisible ; tandis que la guerre du Pacifique, mettant en jeu des forces que nous connaissons mal, pose à l\u2019esprit des problèmes dont plusieurs données lui échappent.Il n\u2019y a, en tout cas, guère de circonstances qui soient autant de nature à provoquer des spéculations.Comment l\u2019issue du conflit européen va-t-elle en être modifiée ?Assistons-nous au pré- lude inquiétant de l\u2019intégration et de l\u2019essor des races jaunes ?Quel sera le sort des Indes ?Jusqu\u2019à quel point ce conflit va-t-il marquer la conscience du peuple américain et son destin politique ?Surtout, de quelle manière le Canada sera-t-il affecté ?De toutes ces interrogations nous ne retiendrons que celle qui a trait aux effets probables de la guerre du Pacifique sur la politique canadienne.Il est indéniable que le conflit en cours nous rend la réalité de la guerre plus concrète que la bataille de l\u2019Atlantique ne l\u2019a fait.La chose peut surprendre au premier abord, car, en somme, nos intérêts en Asie sont relativement minimes et les opérations militaires qui se déroulent dans le Pacifique s'effectuent bien plus loin de nos côtes que celles dont l\u2019Atlantique est le théâtre.Pourtant l\u2019ouverture des hostilités a provoqué chez nous le sentiment physique que nous étions immédiatement menacés.Cette inquiétude qui a envahi l\u2019âme canadienne est extrêmement significative : elle laisse présager l\u2019intérêt sans cesse grandissant que nous prendrons aux réalités internationales.Les terribles effets qu\u2019auront eu pour nous les événements des der- 116 Le Sens des Faits nières années nous auront appris qu\u2019il est désormais impossible d\u2019ignorer ce qui se passe dans le Monde.Il semble bien que l\u2019époque de la splendide indifférence à l\u2019égard de la politique d\u2019Orient ou d\u2019Europe sera révolue, aussi bien pour nous que pour nos voisins.La leçon de cette guerre sera de nous avoir fait accéder plus avant dans l\u2019idée de solidarité internationale, idée qui deviendra surtout féconde après la liquidation du conflit actuel.Rapprocher de nous les réalités internationales pendant la guerre, n\u2019est-ce pas en effet, les rapprocher pour l\u2019après-guerre alors que nous aurons à contribuer à l\u2019équilibre d\u2019un monde dont l\u2019établissement nous aura coûté tant de sacrifices.Il est désormais possible de prévoir que l\u2019opinion publique canadienne sera plus disposée à voir notre pays assumer sa part de responsabilités dans l\u2019édification de l\u2019après-guerre ; il apparaîtra logique aux Canadiens, après avoir accepté une politique de participation à la guerre, de réclamer également une politique de participation à la paix.Cette guerre nous aura permis d\u2019ajouter aux instruments permanents de notre politique, entre autres choses, un appareil militaire et des accords américains qui nous aideront à atteindre nos objectifs de paix et de liberté dans le monde, objectifs considérés désormais comme indispensables à notre sécurité nationale.Nous accéderons à cette conception adulte du gouvernement qui veut influencer tous les éléments, même internationaux de notre destin.C\u2019est un fait remarquable que le Canada ait déclaré la guerre au Japon avant la Grande-Bretagne.Ce geste rappelle que nos intérêts en tant que nation nord-américaine sont solidaires de ceux des Etats-Unis.Mais justement ce parallélisme des intérêts des deux nations, souligné par l\u2019attaque japonaise, rend probable une association encore sans précédent dans leur histoire.Notre collaboration déjà intime avec les Etats-Unis dans tous les domaines et qui vise à mener la guerre le plus économiquement possible, ne peut que s\u2019intensifier d\u2019ici quelques années, sous le coup de facteurs nouveaux qui entreront désormais en jeu dans les relations canado-américaines.Le premier de ces facteurs a trait à la défense commune des deux pays.Pour la première fois, le Canada confie sa protection a la flotte américaine.De même que les Etats-Unis ont dû reviser Pevue Dominicaine leur politique le jour où il ne leur fut plus possible de compter sur la flotte britannique clans l\u2019Atlantique, ainsi c\u2019est un fait pour nous lourd de conséquences que nous soyons devenus pres-qu\u2019entièrement dépendants de la flotte américaine pour notre protection clans le Pacifique.Ce nouvel état de choses a d\u2019ailleurs sa contre-partie en ce que les Etats-Unis 11e peuvent envisager la défense de leur propre territoire sans faire appel, pour une large part, à la coopération canadienne.Ainsi donc, les problèmes de défense canado-américaine deviendront-ils sans cesse de plus en plus importants clans les relations des deux pays.Ils seront d\u2019ailleurs envisagés, par le Canada du moins, clans la perspective d'une politique de solidarité continentale encore plus nettement conçue.C\u2019est là, en effet, un autre élément nouveau que la guerre du Japon a déterminé et qui pourra modifier notre attitude vis-à-vis les Etats-Unis.Il aura fallu un événement de ce genre pour que les Canadiens acceptent cl\u2019emblée l\u2019iclée d\u2019une participation active à la défense de l\u2019hémisphère.Nous découvrons le sens de ces mots, que nous n\u2019étions guère disposés à entendre, il n\u2019y a pas si longtemps.Jusqu\u2019où cela nous conduira-t-il ?Personne 11e peut le dire encore, mais il semble sûr que nous envisagerons sous un autre angle, désormais, les problèmes panaméricains.Le conflit du Pacifique ne sera pas non plus sans influencer la politique intérieure canadienne.Pour une chose, il menace de faire durer la guerre européenne.Avant l\u2019attaque d\u2019Hawaï, les Alliés pouvaient compter sur toutes les ressources de l\u2019industrie américaine pour réduire la puissance allemande ; il faudra maintenant répartir cette production de manière à alimenter nos armées sur les fronts européen et asiatique à la fois.Le pronostic du Président des Etats-Unis qui a parlé dès le premier jour, de guerre longue et ardue, est à retenir.Or, ce qu\u2019il importe de noter c\u2019est que la prolongation de la guerre affecte profondément la vie intérieure du Canada.Il suffit pour le comprendre de se rappeler qu\u2019elle crée une situation d\u2019urgence qui polarise toutes les activités de la nation et dont l\u2019état fédéral assume la direction.Tant que notre pays fait la guerre, tous les yeux sont tournés vers l\u2019Etat central et les préoccupations d\u2019ordre provincial, municipal, voire professionnel, passent au second plan.Cette situation d\u2019urgence se traduit par une 118 Lb Sens des Faits altération de l\u2019équilibre constitutionnel de notre état qui se transforme jusqu\u2019à un certain point en état unitaire, d\u2019organisme fédératif qu\u2019il était auparavant.En nul autre domaine, par exemple, ce changement n\u2019est plus apparent que dans celui de l\u2019industrie.Ce champ qui est d\u2019ordinaire réservé aux provinces, devient avec la guerre un domaine sur lequel le gouvernement fédéral a la haute main.Et il pourrait fort bien arriver que le Canada se trouve, après le conflit, en possession d\u2019une industrie vraiment nationale organisée d\u2019après un critère d\u2019efficacité plutôt qu\u2019en vue de satisfaire aux particularismes régionaux.Cette armature industrielle, née de J a guerre, sera peut-être à son tour un puissant facteur cl\u2019unité nationale.Ce n\u2019est là qu\u2019un exemple, qui montre cependant jusqu\u2019à quel point, le régime d\u2019exception que la guerre nous impose et que le conflit du Pacifique menace de prolonger, peut être lourd de conséquences pour la vie intérieure du pays.Ce progrès vers l\u2019unité qui résultera peut-être indirectement de la guerre reste pourtant difficile à apprécier et pourrait même se révéler éphémère.Mais le conflit du Pacifique aura aussi avancé d\u2019une manière plus manifeste l\u2019unité du pays : Avant que la guerre ne se propageât dans le Pacifique, une certaine partie de la population canadienne considérait notre participation au conflit européen comme une mesure de prudence plutôt que comme la réponse à une provocation directe.D\u2019où le caractère forcément compromissoire de notre politique qui devait tenir compte de l\u2019opposition isolationiste.Depuis l\u2019éclatement de la bombe japonaise, l\u2019imminence du danger ne fait plus aucun doute pour tous les Canadiens ; chacun sait que la sécurité du pays est liée à celle de la nation américaine qui, elle, a serré les rangs derrière son Président et au sein de laquelle toutes velléités isolationistes ont disparu.D\u2019avoir ainsi combattu pour une cause acceptée désormais sans arrière-pensée, les Canadiens se rallieront plus facilement à l\u2019idée nationale.Tandis que dans le passé, la guerre était la pierre d\u2019achoppement de l\u2019unité canadienne, elle pourrait bien devenir maintenant un des principaux facteurs de sa réalisation.Marcel Cadieux Paul Tremblay L Esprit des Livres P.Fridericus Saintonge, S.J.\u2014 « Summa Cosmologiæ, seu Philosophia naturalis generalis ».1 vol.in-8 de 546 pages.Montréal, Imprimerie du Messager, 1941.On saura gré au R.P.Saintonge de sa Summa Cosmologiæ.Sous forme manuscrite, le contenu en était destiné aux Scolastiques de la Société de Jésus (p.7), devant lesquels professe le Révérend Père.On l\u2019offre maintenant au public canadien en un vigoureux bouquin de 546 pages, titre, préface et tables inclus.Ce gros volume rendra confiance aux professeurs sans matière prédicable et aux esprits désabusés (cf.præf., p.8).Le R.P.Saintonge était désigné pour tenter la synthèse ardue que tout manuel suppose.Docteur en Philosophie et Maître aggrégé de l\u2019Université Pontificale Grégorienne, il enseigne au Canada depuis plusieurs années ; et sa réputation de travailleur consciencieux, de penseur religieusement thomiste a précédé depuis longtemps la publication de la Summa Cosmologiæ.Quatre pages de préface (pp.7-10), cinq de bibliographie (pp.11-15), trois de « animadvertenda » (pp.16-18), vingt d\u2019introduction à la Cosmologie (pp.19-38), et nous voilà à pied d\u2019œuvre.Deux parties, du reste fort inégales, se divisent la matière : De principiis intrinsecis rerum materia-Hum (pp.39-452), De causis extrinsecis ultimis corporum (pp.453-513).La première partie traite, dans une première section, des prédicats accidentels de l\u2019être matériel : quantité, espace, lieu ; qualité ; action et passion, mouvement, temps (pp.40-284).L\u2019étude de la substance corporelle vient en second lieu : dix-huit pages de considérations sur les théories électroniques modernes et leur interprétation philosophique (pp.288-306), puis le traité classique de l\u2019hylémorphisme.La seconde partie considère d\u2019abord la finalité naturelle des corps (pp.456-504), et ensuite la cause efficiente de toutes choses (pp.505-513).Voilà pour les cadres généraux du travail.Certaines qualités de l\u2019œuvre méritent qu\u2019on les relève.Tout d\u2019abord, on sent chez l\u2019auteur un grand amour de la vérité et une fidélité absolue à saint Thomas ; le reproche d\u2019éclectisme adressé à certains manuels (præf., p.7) et le choix judicieux parmi les opinions controversées en font déjà foi.Les thèses les plus raides et les plus délicates de la Philosophie Naturelle sont parfaitement assimilées et présentées au lecteur dans un latin sans prétentions, aux formules exactes.Certains milieux regretteront la brièveté des sections consacrées aux problèmes modernes et à leur discussion ; mais un traité de Cosmologie n\u2019est pas une Philosophie des Sciences, et les Philosophes ont tout intérêt à maintenir cette distinction pour leur autonomie et pour l\u2019honneur de la philosophie.La bibliographie dénote une information complète et beaucoup d\u2019à-propos ; en plus de 120 L\u2019Esprit des Livres l\u2019index initial, chaque chapitre, et même chaque thèse ou affirmation importante comporte sa propre bibliographie : renvoi exact aux ouvrages précités, ou à d\u2019excellents livres et articles de revue.Peut-être formulerait-on quelques réserves sur le plan général de l\u2019œuvre.Je sais que d\u2019autres auteurs procèdent semblablement ; mais on a donné, ces dernières années, l\u2019exemple d\u2019une Philosophie Naturelle selon les lignes de la physique aristotélicienne, et j\u2019avoue préférer ce dernier type, la meilleure logique étant encore celle de la nature.Egalement, on gagnerait à marquer plus nettement le caractère métaphysique et l\u2019indice d\u2019emprunt de certaines thèses, comme la possibilité du miracle (p.485), la fin dernière et la perfection du monde (pp.490-496), la réfutation du matérialisme, du panthéisme, et la création (p.506).Mais cela est fort peu, et on excuse l\u2019auteur d\u2019intégrer ces belles choses en son œuvre : la philosophie naturelle veut être la plus captivante des philosophies, et à cette fin n\u2019hésite pas devant les emprunts opportuns.Une douzaine d\u2019images et plusieurs dessins agrémentent le volume du R.P.Saintonge : natures mortes diurnes et nocturnes, portraits, vitraux, fresques, constructions moléculaires et atomiques, etc.La toilette typographique est très bonne.Une curiosité : dans les syllogismes, on a remplacé le atqui ou sed traditionnel par deux points, et le ergo par trois points disposés en équerre.Quelques menus détails tout à fait au hasard : p.12, note 1, les titres demanderaient sans doute l\u2019italique, selon le système adopté ; à la p.61, un M doit à une mauvaise fonte son allure lamentable ; p.12, ligne 15, il faudrait lire VII-IX, au lieu de 7-10 ; ligne 17, on lira 1768 et non 1769 ; le point final vient généralement avant le guillemet ou la parenthèse, mais on trouve parfois une disposition contraire, v.g.p.96, ligne 5, p.97, lignes 33 et 36 ; p.81, lignes 25 et 38, etc.; à la page 480, lignes 18 et 21, on ponctue diversement deux formules analogues, etc.Le R.P.Saintonge a droit à l\u2019admiration et à la reconnaissance de ses étudiants, des philosophes et du public canadien-français pour l\u2019œuvre qu\u2019il vient de nous donner.Richard-M.Mignault, O.P.Ernest W.Tiegs and Barney Katz \u2014 « Mental Hygiene in Education ».Pp.XIV-418.New-York, The Ronald Press Co., 1941.Il se rencontre bien peu de maîtres de l\u2019enseignement primaire ou secondaire qui, chez nous, soupçonnent l\u2019importance de l\u2019hygiène mentale dans le milieu scolaire.Rarement, on s\u2019arrête à penser que, dans chaque classe, plusieurs élèves \u2014 souvent parmi les plus brillants \u2014 souffriront un jour de troubles mentaux ou présenteront des mésadaptations de la personnalité susceptibles de faire d\u2019eux des délinquants, des malheureux ou des ratés.Plus rarement encore, on prend conscience que certaines situations scolaires sont à l\u2019origine de ces déviations plus ou moins graves, Revue Dominicaine ou en favorisent le développement.Ceux qui liront la première partie de l\u2019ouvrage de Tiegs et Katz ne tarderont guère à mesurer la gravité et l\u2019étendue du danger.En même temps, ils acquerront, des mauvaises habitudes psychologiques, une connaissance assez précise pour les rattacher aux circonstances qui les font naître ; ils se familiariseront avec les critères qui permettent de juger plus exactement de la normalité d\u2019une conduite ; ils se débarrasseront de certaines conceptions erronées sur le caractère qui, assez probablement, influencent encore leurs jugements, pour adopter un point de vue plus scientifique.Dans une deuxième partie, les auteurs étudient les conditions d\u2019une adaptation meilleure et le problème que pose la réadaptation.Ils exposent ce que l\u2019on peut attendre du traitement psychologique et décrivent les méthodes de diagnostic, les agents de reconstruction, les instruments de mesure communément employés.Enfin, dans une troisième partie, ils traitent de l\u2019étiologie et du traitement : 1) de certains comportements « nerveux », v.g.des tics, du bégaiement ; 2) des déviations de la sexualité ; 3) de la rêverie et du sentiment d\u2019infériorité ; 4) des névroses ; 5) des psychoses.Sur beaucoup d\u2019autres livres excellents, consacrés à l\u2019hygiène mentale, celui-ci a l\u2019avantage de contenir un exposé limpide des éléments de la psychologie de la personnalité.Par là, il sera particulièrement utile aux parents et aux éducateurs qui ne prétendent guère à la spécialisation.Dans l\u2019enseignement, il pourra fort bien servir d\u2019amorce à un cours sur la personnalité ou sur l\u2019hygiène mentale.Parmi les ouvrages récents, dans ce domaine, nous n\u2019en connaissons aucun qui, à la fois, soit aussi compréhensif et réponde aussi adéquatement aux besoins des étudiants.Noël Mailloux, O.P.Alain Grandbois \u2014 «Les Voyages de Marco Polo».1 vol.in-ld de 232 pages.Montréal, Editions Bernard Valiquette, 1941.En Agente à : La Librairie Dominicaine, Montréal-OttaAva.Marco Polo a raconté lui-même ses extraordinaires, pour ne pas dire fantastiques expéditions en Asie centrale et en Chine pendant les trente dernières années du treizième siècle.Ce récit, plusieurs fois publié en de savantes éditions critiques, est peu accessible au grand public, même si le texte original avec son appareil scientifique est accompagné d\u2019une excellente traduction.D\u2019où l\u2019opportunité des résumés qui condensent l\u2019essentiel et le plus palpitant du livre célèbre de Marco Polo.En langue française, la plus récente adaptation de ce genre est, je crois, celle de Monsieur A.Aniante : Vie et Aventures de Marco Polo, un volume in-16 de 308 pages publié à Paris, au Mercure de France, en 1937.On y joindra maintenant celle que vient de publier Monsieur A.Grandbois.De II Milione, notre compatriote a su extraire des pages bien venues, de passionnants récits, des descriptions pleines de vie et de couleur.Au total, mélange curieux de réalisme, de lyrisme et d\u2019épopée.A.Papillon, O.P.122 L\u2019Esprit des Livres Louis Bouhier,, P.S.S.\u2014 « Une mystique canadienne.Vie extraordinaire de Madame Brault ».1 vol.in-8 de 336 pages.Montréal, Editions Beauchemin, 1941.Madame Galixte Brault, née Marie-Louise Richard, est décédée à Montréal le 14 mars 1910, et elle fut inhumée à la Pointe-Glaire, sa paroisse, deux jours plus tard.Un vénérable sulpicien, M.Louis Bouhier, lui consacre une biographie de cent cinquante-huit pages, elle-même suivie d\u2019un florilège de quatre-vingts lettres et d\u2019une pièce (que l\u2019on peut matériellement appeler : poésie) intitulée : U union mystique.Sans doute, l\u2019auteur sait et précise que les grâces extraordinaires ou gratis datce ne constituent nullement la vie mystique.Il cite à l\u2019occasion le bon Tanquerey et son maigre Précis de théologie ascétique et mystique.Mais le titre lui-même de l\u2019ouvrage prête à confusion : Une mystique.Vie extraordinaire.Et la composition des divers chapitres ne fait qu\u2019augmenter une telle équivoque.D\u2019ailleurs, ceux qui ont observé savent quelle est l\u2019impression de cette lecture sur le catholique moyen.Aussi les directeurs et confesseurs ont-ils saisi parfaitement l\u2019à-propos de telle haute et vénérée intervention.Donc la vie de Madame Brault est sensée s\u2019être déroulée dans une atmosphère extraordinaire : relations avec Notre-Seigneur Jésus-Ghrist dans son Sacré-Cœur, rapports suivis et prolongés avec les âmes du purgatoire, lecture des pensées, révélation des secrets les plus intimes, et tout particulièrement interventions du démon qui la frappe, la mord, la traîne par les cheveux, la projette à des distances assez considérables, comme la chose arriva pour sainte Rose de Lima ou pour sainte Gemma Galgani.Les rapports avec les âmes du purgatoire rappellent, eux, et de très près, ce qu\u2019on lit dans la vie du Bienheureux Jean Massias, O.P.Les interventions supposées démoniaques posent un problème qui restera insoluble, car le contrôle médical ne fut ni profond ni continu.Seul un examen attentif et prolongé par des sommités de la science aurait permis de savoir à quoi s\u2019en tenir sur le cas Brault.Même pour un profane, l\u2019existence, par exemple, d\u2019une sinusite aiguë semble expliquer le fait d\u2019un nez enflé, tuméfié, sans que ce fait soit à attribuer à une morsure de Satan.Tout le monde sait avec quelles précautions minutieuses procèdent les enquêtes ecclésiastiques officielles dans toutes ces occurrences.La lecture de tel ou tel cas examiné dans les Etudes Carmélitaines d\u2019octobre 1938 ou encore celle du livre récent du R.P.Joseph de Tonquédec : Les maladies nerveuses ou mentales et les manifestations diaboliques montrent combien souvent des faits naturels peuvent être pris pour du préternaturel diabolique.Dans le cas présent, la question demeure entière tant que l\u2019Eglise n\u2019aura pas estimé si elle a à se prononcer sur des faits qui sont avant tout de son ressort.C\u2019est ce qu\u2019a sagement pratiqué une autorité, M.Charles Lecoq : « Même sans discuter la valeur des grâces supposées et autres faits merveilleux.» (page 13).D\u2019ailleurs, M.Bouhier précise que lui-même se contente d\u2019apporter un témoignage.C\u2019est un document loyal.123 Revue Dominicaine Les curieux ou les dévots que ces sortes de faits intéressent ne manqueront pas de le recueillir.Il enrichira, détaillé et net, leurs dossiers.Dans les quatre-vingts lettres de Madame Brault aujourd\u2019hui livrées à la publicité, M.Bouhier a supprimé les noms des personnes vues au purgatoire.Il suffit de remplacer ces indications nominales par quelques points de suspension, afin que tout indique l\u2019omission acceptée pour des raisons majeures.Mais le distingué compilateur eût mieux fait, à mon sens de ne pas « corriger certaines fautes et incorrections », ni de « supprimer des longueurs » (page 161).Sa foi sincère et émouvante au préternaturel diabolique dans la vie de son héroïne aurait dû respecter religieusement les récentes Normce servandœ in construendis processibus ordinariis saper causis historicis (Acta Apostolicce Sedis, vol.XXXI, année 1939, page 175), où il est enjoint de « Nullum documentum aut textuum adultérasse vel mutilasse ».A.Papillon, O.P.Gilmard \u2014 « La vraie France ».1 vol.in-12 de 208 pages.Montréal, Editions Fides, 1941.En vente à : La Librairie Dominicaine, Montréal-Ottawa.Ce volume s\u2019ouvre par un poème boursouflé et asthmatique de Roger Brien : France de Notre-Dame, lève-toi (pp.7-10).Suivent dix médaillons consacrés à des contemporains diversement célèbres : Psichari, Péguy, Bloy, Claudel, Mauriac, Maintain, Pétain, Copeau, Ghéon et Dom Beilot.Le médaillon de Jacques Copeau a été exécuté par le R.P.Emile Legaulî, directeur des Compagnons de saint Laurent.Il n\u2019ajoute pas grand\u2019chose à l\u2019étude bien connue de Léon Chancerel sur le fondateur du Vieux-Colombier.Les autres, signés du pseudonyme Gilmard, s\u2019avèrent fort inégaux.En général, la touche est assez habile et le trait suffisamment exact.Le titre présente l\u2019inconvénient de sembler réserver le titre de « vrais Français » aux dix élus de ce mince et terne recueil.L\u2019auteur se défend _3 d\u2019un tel exclusivisme dans son Introduction (page 13).Le texte, lui, donne l\u2019impression du déjà vu et déjà lu dans des livres et des revues de France.Un « déjà lu » repris ici dans un style parfois pâteux, plus souvent brillanté.Albert Lacroix R.P.Joseph-H.Ledit, S.J.\u2014 « Politique et Education ».1 vol.in-8 de 342 pages.Montréal, Editions Beaucliemin, 1941.En vente à : La Librairie Dominicaine, Montréal-Ottawa.Ce fort volume est aussi un solide ouvrage.Le R.P.Ledit y étudie avec une compétence et une précision de maître le problème de l\u2019éducation de la jeunesse dans cinq pays du Vieux-Monde : France, Russie, Allemagne, Belgique et Italie.Seuls, les catholiques belges avaient réussi jusqu\u2019en 1939 à sauvegarder envers et contre toutes les attaques ouvertes ou sournoises, officielles ou privées, l\u2019authentique conception chrétienne de la L\u2019Esprit des Livres formation scolaire.Ce nous est à la fois un exemple et un stimulant, de même que constituent pour nous autant d\u2019avertissements salutaires les situations survenues dans d\u2019autres contrées où la religion chrétienne comptait pourtant des adhérents nombreux et apparemment dévoués et influents.Le R.P.Ledit n\u2019est pas seulement un maître, il a la flamme d\u2019un apôtre, aussi son livre n\u2019a-t-il rien de sévère.L\u2019érudition très dominée ne fait point tort à l\u2019intérêt, bien au contraire.Je sais peu de livres sur ce sujet si important qui se lisent avec autant d\u2019attention que de profit.Albert Lacroix Guy Sylvestre \u2014 « Situation de la poésie canadienne ».Lettre préface de Kaïssa Maritain.In-8 de 32 pages.Ottawa, Le Droit, 1941.Monsieur Guy Sylvestre que je lis toujours avec intérêt m'a depuis longtemps et dès le premier contact divisé contre moi-même et jeté dans une sorte de petit conflit intérieur qui se renouvelle sans cesse.Ce jeune intellectuel d\u2019un peu plus de vingt ans, à la fois journaliste et conférencier, nous séduit d\u2019emblée par le mouvement vif de sa phrase, le tour ingénieux et hardi de ses raccourcis, la profonde justice de quelques-unes de ses préférences, l\u2019étendue surprenante de son savoir et enfin par cette allure désinvolte de plain-pied qu\u2019il prend avec tous.Mais au même instant que nous sommes emportés par cette verve brillante et hardie, copieusement truffée de réminiscences livresques, un déplaisir intime et persistant nous persuade qu\u2019à tout cela il manque quelque chose d\u2019essentiel.Une telle assurance, une telle présomption, disent certains, jointe à une exhibition si continue de lectures indigérées ne tardent pas à nous donner sur les nerfs.Pour moi, j\u2019affirme nettement qu\u2019il ne s\u2019agit pas surtout de cela.L\u2019impression sournoisement pénible que m\u2019impose une première et surtout une seconde lecture d\u2019un article ou d\u2019une plaquette de M.Sylvestre me paraît venir de plus loin et d\u2019une cause plus grave.Sous sa plume, je décèle, partout présent, ce vide secret qui est au fond de tout automatisme littéraire, de toute virtuosité dialectique qui est à elle-même sa propre fin.Je crains fort que nous soyons devant un cas rare, un phénomène, si vous voulez, de mimétisme littéraire où l\u2019accent profondément personnel ne perce nulle part l\u2019agencement habile des appparences.En dépit de ses déclarations de principes, anciennes et futures, tout se passe chez M.Sylvestre comme si la parole s\u2019organisait en fonction du paraître, du m\u2019as-tu vu.Situation de la poésie canadienne, ai-je besoin de le dire, n\u2019évite pas l\u2019importante réserve générale que je viens de faire pour toute l\u2019écriture de M.Sylvestre.C\u2019est de plus une plaquette de pauvre composition qui amalgame tant bien que mal, un bref panorama de la poésie canadienne de langue française, à deux études, non moins brèves, dont l\u2019une est consacrée à Regards et Jeux dans l\u2019Espace de Saint-Denys-Garneau et l\u2019autre à Axe et Parallaxes de François Hertel.Pour donner un peu d\u2019unité à sa 125 Revue Dominicaine brochurette, M.Sylvestre s\u2019est armé d\u2019une distinction arbitraire, et même un peu ridicule, qui divise les poètes en horizontaux et en verticaux.Si j\u2019admets pour un instant que les poètes « horizontaux sont plutôt des mystiques, des affectifs » et « les verticaux plutôt des intellectuels, des angéliques », quelle galerie voulez-vous que j\u2019assigne à Maurice de Guérin, à Baudelaire, à Rimbaud, à Verlaine et même à Claudel, quoi qu\u2019en dise M.Sylvestre ?De toute évidence, cette division nage dans le pur arbitraire.Le journaliste pressé avait besoin d\u2019un truc pour réunir sous une même rubrique deux écrivains, Saint-Denys-Garneau et Hertel, qui n\u2019ont rien de commun, si ce n\u2019est la langue avec laquelle ils s\u2019expriment, et, à cet effet, il a trouvé cette merveille de profondeur qui oppose mystiques à intellectuels et affectifs à angéliques.Il y aurait aussi beaucoup à dire sur les jugements sommaires que M.Sylvestre distribue à nos poètes ainsi que des palmarès, mais ce compterendu sera déjà trop long, et je ne voudrais pas laisser à personne l\u2019impression que je ne trouve à M.Sylvestre que des défauts.Ce que j\u2019ai dit plus haut de ses qualités doit être retenu et j\u2019ajouterai que les études sur Regards et Jeux et Axe et Parallaxes, en particulier, ne manquent pas de mérite.Il n\u2019est pas si commun de rencontrer, même chez de plus âgés, autant de cran, de mouvement, et parfois de sagacité.Les pages touchant à la poésie de Saint-Denys-Garneau me plaisent d\u2019autant plus qu\u2019elles rendent justice à la voix la moins bruyante et la plus juste qui se soit élevée chez nous.« Par la sensibilité et le goût, écrit M.Sylvestre, par les préoccupations dont elle naît, qui sont les plus hautes de l\u2019âme humaine, par le dépouillement ultime de sa forme et le rythme cycnoïde de son vers, cette poésie est une des plus parfaites de chez nous, et incontestablement la plus haute ».Quant aux pages où il étudie le dernier bric-à-brac de François Hertel, elles sont moins cohérentes et l\u2019auteur s\u2019y dandine de façon un peu énervante.«.œuvre où se manifestent.une puissante originalité, une intelligence vive, une fantaisie triomphante, mais une œuvre avortée, hybride et intéressante ».Pourquoi ce cliquetis de contradictions tout au moins apparentes à l\u2019aide d\u2019incontestables poncifs ?De plus, est-ce bien vrai que tout le mal de Hertel vient de son désir de poésie abstraite ?« En somme, écrit Sylvestre, il veut faire de la poésie abstraite (ce qui est une contradiction dans les termes) ; il avait pourtant écrit : Heureux l\u2019auteur facile qui peut contenir en la forme pleine sa pensée ronde comme une orange.Hélas ! Axe et Parallaxes fait davantage penser au citron.Cette poésie est sèche, ou ce n\u2019est pas de la poésie pure : on ne suit pas Claudel, il précède trop (c\u2019est Hertel lui-même qui le dit) ».Quel sautillant fatras ! On voltige pimbêchement autour de l\u2019essentiel en prenant bien garde d\u2019y toucher.Le déchet et la dissonance à\u2019Axe et Parallaxes ne s\u2019expliquent pas seulement par un abus de mots abstraits.Cherchons encore.Avec une aisance qui le grise, M.Sylvestre se précipite dans le sillage de Faguet et de Souday, mais avec un peu plus d\u2019indiscrétion dans l\u2019étalage de ses connaissances, et surtout avec un souci bien moindre d\u2019objectivité.Parler à travers son chapeau, n\u2019est pas chez lui un accident, c\u2019est une méthode, qui lui réussit assez bien d\u2019ailleurs, puisque les gens capables de le contrôler sont plutôt rares parmi ses lecteurs.Je n\u2019en veux comme preuve 126 L\u2019Esprit des Livres que l\u2019arrogante leçon d\u2019exactitude qu\u2019il prétend donner au R.P.A.Pinard, G.S.V.dans Le Droit du 13 décembre.Le Père avait écrit incidemment dans un article des Carnets V iatoriens, que le caractère tourmenté et cryptique de Tête d\u2019Or s\u2019explique par le fait que cet ouvrage appartient à la période la plus douloureuse de la vie de Claudel, celle qui va du coup de grâce reçu près du pilier de Notre-Dame à la rentrée complète dans l\u2019Eglise par la fréquentation des sacrements.M.Sylvestre de se récrier : «Ceci est inexact, car Tête-d\u2019Or date de l\u2019époque franchement païenne de Claudel, alors qu\u2019il n\u2019était nullement question de conversion, cela date d\u2019avant la découverte de Rimbaud ».Où diable notre Pic a-t-il pris cette chronologie ?C\u2019est pourtant Claudel lui-même qui a écrit dans Ma Conversion, (après avoir raconté l\u2019événement du 25 décembre 1886, où il recouvre, d\u2019un seul coup au cœur, la foi), ces lignes assez claires par elles-mêmes : « Chose curieuse ! L\u2019éveil de l\u2019âme et celui des facultés poétiques se faisaient chez moi en même temps, démentant mes préjugés et mes terreurs enfantines.C\u2019est à ce moment que j\u2019écrivis les premières versions de mes drames Tête d\u2019Or et la Ville.Quoique étranger aux sacrements, déjà je participais à la vie de l\u2019Eglise, je respirais enfin et la vie pénétrait en moi par tous les pores ».Est-ce assez clair ?Pourtant je ne suis pas bien sûr que M.Sylvestre n\u2019aura pas l\u2019audace de soutenir que Claudel a la berlue ! M.Sylvestre a du talent et de la facilité.Trop de talent, trop de facilité et pas assez de problèmes, ni de tourments à un âge où il est indispensable d\u2019en avoir, si l\u2019on ne veut pas être tout à fait bourgeois à trente ans.Je suis convaincu toutefois qu\u2019il n\u2019est pas trop tard, si, au lieu de sacrifier à l\u2019idole de la quantité, le jeune écrivain, suivant l\u2019exemple d\u2019un penseur qu\u2019il admire, Paul Valéry, se met à exiger de lui-même la perfection qui est à la mesure de ce qu\u2019il a reçu.Gabriel-M.Lussier, O.P.François Mauriac \u2014 « La Pharisienne ».1 vol.in-12 de 296 pages.Paris, Grasset ; Montréal, Pony, 1941.En vente à : La Librairie Dominicaine, Montréal-Ottawa.Brigitte Pian possède presque toutes les caractéristiques des héroïnes mauriaciennes.Mais elle est moins humaine.Moins accessible à la miséricorde divine.Sa physionomie n\u2019a pas le relief de Thérèse Desqueyroux, par exemple, qui, malgré d\u2019insondables ignominies, offrait encore à Dieu une âme vivante.L\u2019âme de Brigitte Pian est un poids mort.Son cœur est desséché d\u2019orgueil.Apre dans la vertu, choisissant Dieu comme bien personnel, elle dirige dans ce qu\u2019elle appelle le chemin de la sainteté, le destin des êtres qui l\u2019entourent.Sa vie se consume dans une sécheresse intérieure que rien ne vient jamais désaltérer ; pas même l\u2019amour humain qu\u2019elle rencontre au déclin de sa vie et que l\u2019auteur nous représente comme la guérison finale.La Pharisienne n\u2019a pas le destin logique que le lecteur attend d\u2019elle.Mauriac nous avait habitués sur ce point, à beaucoup plus d\u2019absolu.Cette 127 Revue Dominicaine femme qui, par orgueil, commet dans sa vie les plus grands crimes, nous la retrouvons, vieillissante, « détachée même de ses fautes », l\u2019âme incapable d\u2019un rebondissement final.Parmi les êtres que Brigitte Pian conduit à leur salut ou à leur perte, un seul résiste à sa domination.Un prêtre.Un curé de campagne.A notre point de vue, voilà la figure centrale du roman.La figure de ce prêtre place, cette fois encore, le livre de Mauriac parmi ceux qui donnent aux âmes l\u2019inquiétude dont elles ont besoin pour tendre vers la vie de la Grâce.A cause du curé Galou « La Pharisienne » renferme un nouveau témoignage.Car qui pourra dire, après avoir connu ce prêtre, que l\u2019auteur de Thérèse Desqueyroux est un romancier uniquement intéressé à peindre les mauvais côtés d\u2019une humanité déchue ?Qui pourra dire, après avoir vu cette lumière, que Mauriac se complaît dans les ténèbres ?Le curé Galou réussit à émouvoir le lecteur même dans la plus complète faillite de son apostolat.Qu\u2019adviendra-t-il de Jean de Mirbel qu\u2019il a aimé comme un fils et qui pourtant l\u2019a si bassement trompé ?Mauriac nous prédit qu\u2019un jour il écrira son histoire.Malgré toutes les tares, Jean de Mirbel a des chances de salut parce qu\u2019il aura subi l\u2019ascendant spirituel du curé Galou et que les mérites de cette vie sacrifiée lui seront attribués.Des deux destins que François Mauriac dans « La Pharisienne » a voulu juxtaposer, l\u2019un, celui de Brigitte Pian reste inachevé.Il est comme suspendu entre le bien et le mal.Quant à l\u2019autre, celui du curé Galou, il s\u2019accomplit dans la certitude.Julia Richer Robert Charbonneau \u2014 « Us posséderont la terre ».1 vol.in-12 de 224 pages.Westmount \u2014 Montréal, Les Editions de l\u2019Arbre, 1941.J\u2019arrive bien tard pour rendre compte de ce roman, un vrai, le premier qui ait encore été publié chez nous.Je n\u2019entreprendrai donc pas d\u2019en résumer ici la trame ni d\u2019en silhouetter les personnages.Mais je m\u2019en voudrais de ne point signaler que M.Robert Charbonneau est un véritable écrivain.Il a des images à lui, une vigueur d\u2019expression rare au Canada français, et un don remarquable de pénétration psychologique.Son livre renferme un ou deux poncifs (par exemple, page 89, les « figures angulaires et ascétiques, calquées sur celles d\u2019Ignace de Loyola»).Il contient des gaucheries en nombre moins réduits.Mais il possède une âme, plus et mieux que ses personnages ne « posséderont la terre ».Albert Lacroix 128 Les deux premiers tomes paraîtront dans quelques jours Summa Theologiae Moralis R.P.H.MERKELBACH, O.P.A\t\t\t¦\t\t=\t 3 volumes reliés toile .\t\t : $10.00 Par la poste : $11.00 \t\t\u2014 11 ' '! 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