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Titre :
Revue dominicaine
Éditeur :
  • St-Hyacinthe :Couvent de Notre-Dame du Rosaire,1915-1961
Contenu spécifique :
Mai
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Rosaire
  • Successeur :
  • Maintenant
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Revue dominicaine, 1942-05, Collections de BAnQ.

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[" REVUE DO/AiNÎCAÎNE ECOLE TECHNIQUE DE QUEBEC 185, Boulevard LanqeIier-Télephone 2-6864 LES COURS SONT0R6ANISÉS COMME SUIT: r COURS RÉGULIERS ® TECHNIQUE, 4ANNÉES D'ÉTUDES © DES MÉTIERS, 3 ANNÉES D'ÉTUDES Diplôme Officiel PROSPECTUS sur DEMANDE BOURSES AUX ELEVES MERITANTS 2* COURS ABRÉGÉS D'AUTOMOBILE.\u2014 IO MOIS D'ÉTUDES 3° COURS DE SOIRS .COMPRENANT DE NOMBREUX COURS LIBRES sumusu ENTREPRENEURS Tuile, Terrazzo, Marbre, Ardoise, Pierre Artificielle, Povoges, Trottoirs, etc.- J.IGN.BILODEAU- PIAÉ3.ETOCRAMT TEL.2-11-43\tÔ2,RUE RICHELIEU, QUÉBEC.-j.labelle «\u2014 Tél.8216 J.S-Ru\tDiplômé General Motors lellanri CAKRi Réparations dAutomobiles et de Rembourage Carrosserie endommagée et dé bass âge de tous genres 2,Christophe Colomb,\tJSSIER ** Spécialité:\u2014 Peinturaqe Duco D upon U Vitrage des Chars Mécanique.Québec,RQ.fl&ITlARD itl RÎH If U (te l.3 - 3776)\tCDOlOnD SYLVA UUtêî.'ô899) 44, S te-Ursule, QujLUec^RQ.\ttel.2-2240 eriTF\\ePR\u20acneuRS Tél.Zone 7-036 J.VILLENEUVE LIMITÉE ENTREPRENEURS-SCULPTEURS ET MANUFACTURIERS Sculptures dans tous les genres.Dorure, Statues en Bois Autels, Ornements d\u2019églises, Etc.St-Romuald,\t\u2014\tCo- Lévis, P.< Un dessin est créé spécialement pour vous.Tout genre de Corsets, Ceintures pour Dames, Hommes et Enfants, Brassières, Corsets, Supports Orthopédiques, Maternité, etc.Démonstration gratuite à domicile Votre corset gardera sa forme tant qu\u2019il durera.Mme C.-E.PELLETIER CORSETIÈRE MÉDICALE DIPLÔMÉE 75, St-Jean\tTél.2-7553 Spécialité : Ceintures chirurgicales CORSETS SPENCER Québec SERVICE JOUR ET NUIT TÉL.6210 CHARLES CLOUTIER DIRECTEUR DE FUNERAILLES EMBAUMEUR, ETC.174, D\u2019AIGUILLON QUÉBEC Tél.4-2772 Tél.Bureau: 3-2572\tTél.Rés.: 3-4129 P.E.LAROCQUE REPRÉSENTANT CHAUFFEUR MÉCANIQUE \u201cVOLCANO 86, Côte D'Abraham __________FABRIQUÉ À SAINT-HYACINTHE CHARLAND ET BERNARD Ltée Soudure au gaz et à l\u2019électricité Fabrication de réservoirs Angle 1ère Avenue ET 4ième Rue LIMOILOU - QUÉBEC Québec Tél.6642 211, rue ST-CYRILLE 78, ST-AUGUSTIN Gérant : J.-C.LACHANCE Plomberie \u2014 Chauffage \u2014 Electricité Ventilation \u2014 Air climatisé O.PICARD & FILS INC ÉMILE CÔTÉ ENRG ENTREPRENEUR GENERAL Tél.2-1239 QUEBEC QUEBEC III Accessoires contre l\u2019Incendie : The Canadian Fire Hose Co.Ltd., 827 ouest.Notre-Dame.Tel.PL.6416-17, Montréal Ameublements, Lessiveuses, Radios, Etc.: Viau, H.O., 4270 ouest, St-Jacques, Tel.WE.2142, Montréal Architectes : Desmeules, Gabriel.226, St-Jean, Tél.4-3864 .Québec Larue, J.-Albert, 5711, Durocher, Tél.CR.2734 .Montréal Arpenteurs-Géomètres et Ingénieurs Forestiers : Bélanger et Bourget, 86, Côte de la Mont., Tél.2-5180, Québec Gastonguay, Jules-P., 71, St-Pierre, Tél.2-3400 .Québec Arroseurs Automatiques : \u201cAutomatic\u201d Sprinkler Co., of Canada, Ltd., 6998, Jeanne Mance, Tél.DO.3546-7, Montréal ARTICLES DE SPORT : Le Palais des Sports, 67, Côte d\u2019Abraham, Tél.3-2341, Québec ARTICLES RELIGIEUX : Lefebvre, Gérard Enrg., 3774, St-Denis, Tél.LA.8016, Montréal Ascenseurs : La Cie F.-X.Drolet, 206, Du Pont, Tél.4-4641 .Québec Assurances Générales : Courville, Georges E., 139, Principale, Tél.3-1056, Hull, P.Q.Tougas, Aimé, 500 Place d\u2019Armes, Tél.BElair 2041, Montréal Assurances et Immeuble : Côté, H.J.E.et Cie, 120, Clarence, Tél.4-0670 .Ottawa AVOCATS : Boisvert et Corriveau, 80, St-Pierre, Tél.2-3420 .Québec Boyer, Aug., 4 est, Notre-Dame, Tél.MA.7031 .Montréal Chamipeau, Armand, 2206, Plessis, Tél.AMherst 1468, Montréal Duguay, René, 276 ouest, St-Jacques, Tél.HA.5111, Montréal St-Jacques, Henri, 18, Rideau, Tél.2-5055 .Ottawa, Ont.Banques : La Banque Provinciale du Canada, 221 ouest, St-Jacques, Tél.HA.7151, Montréal Biscuits et Gâteaux : Cie de Biscuits Stuart Ltée, Alf.Allard, prés., CR.2167, Mtl.Bois et Matériaux de Construction : Dupuis, J.-P.Ltée, 1084, Av.de l\u2019Eglise, Tél.YO.0928, Verdun Boulangers (gâteaux et pâtisseries) : Hethrington, T., Ltée, 358-364, St-Jean .Québec Brique, Terra-Cotta, Tuyaux : La Brique de Scott Enrg., Tél.National 7, Scott Jet.P.Q.Buanderies : Buanderie St-Paul, 2020, Roberval, Tél.WE.6791 .Montréal Calices, Ciboires : Atelier Beaugrand, Gilles, 846, de l\u2019Epée, DO.2950, Montréal Carrosseries D'Autos \t\u2014\u2014 /KCIBLIÏÉ:\t\tJ.Lfi'dhwi BûmqmL,o.d.TÉL.'.F h.1895\tïïlRLRDIÊ/CHftOniQUt/\t\tHEURESdeBUREAu:\t,11, Consultation surdemdnde 9hres fl.(Tl.à 9hres R (Tl.\t11 , ,\t1\tJ57I esl.mOnT-ROVflL 900e/t,/Ti8rbrooke\tCfiflCEPi.T UBEPiC ULQ/E.\t\t fl/rHmE,PiHümflT!/niE\t\ttel.:RflTherst 29'27\tmonTRÉRi\t2e étrge Ch.-Aug.Gascon \u2014 J.-Ed.Jeannotte \u2014 J.-Art.Tremblay Président\tVice-Président\tSecrétaire La Cie Mutuelle d\u2019immeubles, Ltée (Incorporée par charte fédérale en 1903) La caisse d'épargne pour prêts mutuels Prêts aux membres : $7,500,000.00 \u2022 \u2022 \u2022 Siège Social : 1306 est, rue Ste-Catherine MONTRÉAL CASAVANT FRÈRES Ltée FACTEURS D'ORGUES St-Hyacinthe, P.Q.ÉTABLIE EN 1880 ENCOURAGEZ NOS ANNONCEURS marcel martel enrg.couturier pour frames 15X9, rue ifflackag, jflflontreat\tLancaster 3568 ?VII Sommaire Mai 1942 A.Papillon, O.P.:\tClimat marial Pour moins de gongorisme et plus de vérité vécue dans notre culte de la Sainte Vierge.M.-A.Lamarche, O.P.:\tDogme, piété, action Pages concises et fermes d\u2019un maître de la prédication comme de la direction spirituelle.Elles équilibrent et synthétisent les divers points de vue étudiés ici au cours de 1941.M.-C.Forest, O.P.:\tExamen de conscience Alerte et suggestif, sur le seul profit légitime, le profit éternel, que nous pouvons et devons retirer de la guerre.Julia Richer :\tSaint Paul, Vhumain et Vabsolu Etude solide, profonde, qui, espérons-le, enrayera définitivement « la démission des laïcs » au Canada français.A.Saint-Pierre, O.P.:\tLe baccalauréat Notations vives et colorées, pleines de relief et d\u2019humour.René Ristelhueber :\tL\u2019Œuvre française en Tunisie Suite de l\u2019intéressante étude commencée le mois dernier et dont nous terminerons la publication en juin.Annette Lasalle-Leduc :\tLéonard de Vinci « .Léonard, élevé loin de la tendresse et des attentions maternelles, eut une enfance plus vagabonde que studieuse.La nature fut le premier et le seul maître de Léonard enfant ».Séraphin Marion : Le journalisme, berceau des lettres canadiennes Avant-propos d\u2019un ouvrage de parution très prochaine où M.Marion poursuit ses exhaustives recherches sur « Les lettres canadiennes d\u2019autrefois ».Directives pratiques : R.-M.Charland, O.P.: Non-catholiques témoins au mariage de catholiques ?Le Sens des Faits : A.Papillon, O.P.: Pie XII, Pape.A.Papillon, O.P.: S.E.Mgr Douville.Albert Lacroix : La «Fédération ».Criticus : Projection : Chopines de sang.L\u2019Esprit des Livres : Joseph C.Fenton : «The concept of Sacred Theology » (A.Papillon, 0.P.).Paul Lachapelle : « Quinze leçons de psychiatrie pastorale » (N.Mailloux, O.P.).Charles P.Bruehl : «This Way Happiness» (A.Papillon, 0.P.).François Mauriac : «Les pages immortelles de Pascal » (A.Papillon, 0.P.).Antoine de Saint-Exupéry : «Pilote de guerre» (A.Papillon, 0.P.).René Benjamin : «Le printemps tragique» (A.Papillon, 0.P.).Gottfried Leske : «J\u2019étais un aviateur nazi» (Albert Lacroix).L.Francœur et Ph.Panneton : «Littératures à la manière de.» (Albert Lacroix).Revue mensuelle publiée à St-Hyacinthe, P.Q.ABONNEMENTS: CANADA: $3.00; ÉTRANGER: $3.25; AVEC LE ROSAIRE: 25 SOUS EN PLUS; LE NUMÉRO : $0.30 ; ABONNEMENT DE SOUTIEN : $10.00 RÉDACTION j COLLÈGE DOMINICAIN ADMINISTRATION ^ L ŒUVRE DE PHESSE DOMINICAINE ?95.AV.EMPRESS.OTTAWA\t( 5375, AV.N.-D.DE GRÂCE, MONTRÉAL La Revue ne sera pas responsable des écrits de collaborateurs étrangers à l\u2019Ordre de Saint-Dominique.VIII Revue Dominicaine Directeur :\tSecrétaire de rédaction : MARCEL-M.DESMARAIS, O.P.\tANTONIN PAPILLON, O.P.Volume XLVIII\tTome I\tMai 1942 Climat marial «Mère aimable, mère admirable, mère présente et cachée, mère très pure, mère éblouissante, à jamais f ixée dans la jeunesse du Ciel, ce n\u2019est pas pour rien que vous nous fûtes léguée dans les douces et déchirantes minutes qui précédèrent le Consummatiim est.Le rond de vos bras entoure vos enfants, comme les mères terrestres encerclent sans les toucher les bébés à leurs premiers pas.Ils croient ne vous point voir alors que votre discrétion ne fait que respecter l\u2019allure de leur démarche et Vautonomie de leur âme.Pour apercevoir votre ineffable visage, il leur suffirait de se retourner.» Ce souhait de Joseph Malègue dans sa Petite Suite Liturgique, je le formulais pour nous tous, catholiques canadiens-français, le vendredi 3 avril dernier, pendant la méditation silencieuse qui suivit le chemin de croix commémoratif de la mort de Jésus.L\u2019après-midi lumineux et doux centrait sa clarté sur un tableau représentant la Sainte Vierge au pied de la Croix du Calvaire.Ce Vendredi Saint ne ramenait-il pas Vanniversaire du grand jour où Notre-Seigneur Jésus-Christ non seulement se sacrifia Lui-même pour tous ceux qu\u2019il aimait, mais encore leur donna Sa Mère?257 Revue Dominicaine Pour nous établir dans ces pensées et nous en faire une doctrine de vie, nul temps ne peut certes s'avérer plus favorable que ce mois de mai qui commence.L'Eglise l'a tout spécialement « marial is é ».Et s'il ne dépend point de nous qu'il apparaisse dans l'atmosphère extérieure comme le mois le plus beau, c'est bien à chacun de nous qu\u2019il importe de le rendre tel par le climat de notre vie intérieure, de notre vie profonde.La place de la Sainte Vierge dans notre vie d\u2019adultes est souvent loin d\u2019être ce qu\u2019elle devrait.A cela il y a plusieurs causes.Les pratiques de dévotion et les exercices de Mois de Marie que l\u2019on nous a fait ingurgiter aux années de notre adolescence contenaient vraiment trop de lectures ennuyeuses ou de sermons filandreux.La littérature mariale, prières et cantiques, est encore trop souvent remarquable par sa fadeur, quand elle ne se perd pas en subtilités.Des légendes accordent un monopole merveilleux et quasi exclusif au port de la médaille-scapulaire, à l\u2019eau miraculeuse, ou ci la récitation-fétiche de trois Ave Maria avant le repos nocturne, quel qu'ait été l\u2019emploi des heures du jour ou de la soirée.Puérilité et sentimentalité.L\u2019une et l\u2019autre trouvent leur point culminant dans l\u2019arcleur avec laquelle beaucoup voient uniquement dans la Vierge Marie la pourvoyeuse par excellence des grâces matérielles de guérisons et d\u2019obtention de «bonnes places» dans la lutte pour la vie.Triomphe de la quémanderie comme telle.Ajoutez-y, clans certaines villes, l\u2019influence souvent insensible de nos amis et compagnons de travail protestants.Avec une clarté qui ne laisse rien à désirer, l'Eglise a pourtant établi la place de la mère de Jésus clans l\u2019accomplissement de notre Rédemption, comme son rôle mystique clans le jeu de la grâce.Le principe fondamental de la mariologie est la maternité 258 Climat marial divine.Maternité divine essentiellement corédemptrice, dans la ligne d\u2019une Incarnation rédemptrice du Fils de Dieu.Maternité divine qui s\u2019étend par surcroît sur tout un monde de rachetés dont Jésus est la tête.En bref : maternité corédemptrice sur le Christ total.Vérité d\u2019importance majeure.Cette importance, nous allons décider de la lui accorder enfin dans nos vies, à partir de ce mois de mai mil neuf cent quarante-deux.Notre recours à la Sainte Vierge ne tiendra donc pas lieu ni des commandements, ni des vertus, ni des sacrements.Nous allons au Père par Jésus-Christ dans VEsprit-Saint, en observant la loi et en répondant aux inspirations de la Trinité bienheureuse, de « nos trois ».Mais c\u2019est la Vierge Marie qui est médiatrice de cette vie divine en nous, de sa conservation, de son progrès.De sa conservation par son progrès de chaque jour, par son épanouissement dans tous les domaines de notre activité.Nous ne pourrons donc jamais dynamiser notre vie catholique si nous ne comprenons pas et si nous ne vivons pas les valeurs spirituelles représentées par Marie.Puisse le présent mois de mai apporter à nos compatriotes la réalisation personnelle, vitale, de la parole bien connue de Péguy : « Toutes les questions, spirituelles, éternelles et charnelles, gravitent autour d\u2019un point central auquel je ne cesse de penser.» La pratique journalière et en profondeur de notre catholicisme nous oblige à poser de courageux efforts contre telle ou telle tentation.Elle postule la décision qui mortifie et la croix qui fait mourir.Plongés de la sorte dans Vépaisseur de notre aventure humaine, nous nous rappellerons ceci : quel que soit le mensonge en nous et autour de nous dans notre milieu catholique, si pesante que soit la loi de la trahison de l\u2019esprit et de la chair, si gauchies que soient devenues les pensées, les paroles et He vue Dominicaine les attitudes morales de tant de catholiques officiels, procès sion-nant et tonitruant, il fut parmi nous, il est parmi nous « un être intact, charnel et absolument pur, temporel et cependant dans la vérité absolue ».Nos lecteurs se rappellent les beaux développements que donnait à cette certitude le P.Doncœur.S\u2019il y a une pureté parfaite, il y a des purifications possibles.S\u2019il y a une rectitude, il peut y avoir des redressements.Ce dégagement de nos compromissions, c\u2019est le fait de la Sainte Vierge.Telle est encore, sous cet aspect si immédiat et si pratique, la place de Marie dans notre existence intime.Rappels et réalisations qui rendront moins superficielle, moins mensongère notre commémoration du troisième centenaire de la fondation de Ville-Marie, en plein cœur de ce mois de la Sainte Vierge, le lundi 18 mai prochain.A.Papillon, O.P. Do gme, piété, action Nos dogmes catholiques sont dits « générateurs de la piété », non pas en ce sens qu\u2019ils la produisent directement (c\u2019est le rôle de la grâce), mais en ce sens qu\u2019ils la provoquent, la stimulent, la nourrissent, et l\u2019empêchent de tomber dans l\u2019illusion et le mensonge.Tout comme les rênes ou les guides qui stimulent le coursier, préviennent les faux pas et le maintiennent dans la bonne direction.Combien de fois il nous arrive de nous sentir bloqués dans notre prière, muets de parole et muets de pensée.Les distractions affluent pendant ce temps ; même une fois chassées, nous restons quand même en présence du vide.Que dire au bon Dieu ?cela devient tout un problème.Oh ! si notre silence était un de ces silences pleins, chargés d\u2019attention, comme celui que nous observons parfois en ouvrant le radio pour une émission d\u2019importance, il v aurait lieu de nous en féliciter.Nous serions dans l\u2019attitude des âmes parfaites : tel ce vieillard dont parle le curé d\u2019Ars, qui passait des heures devant le Tabernacle sans rien dire à Notre-Seigneur et qui s\u2019en expliquait de la sorte : « Je Le vise et Tl m\u2019avise ».Mais non, il s\u2019agit dans notre cas d\u2019un silence vide, qui ne sait ni parler ni écouter.Que n\u2019appelons-nous un ou plusieurs dogmes à notre secours ! En commençant, par exemple, par le premier article du Symbole : Credo in Deum Patrem Omnipotentem, je crois en Dieu le Père Tout-Puissant.La paternité divine, voilà une vérité de foi qui change l\u2019horizon et le climat de la prière ; voilà un dogme de nature à desceller nos lèvres en libérant notre esprit et notre 261 Revue Dominicaine cœur.Nous traitons encore avec un pur esprit, niais un esprit que nous pouvons contempler sous les traits aimables d\u2019un père selon la chair.Nemo tam pater, personne n\u2019est père à un pareil degré, au degré de l\u2019infini.Et il est vrai que ce concept divin surpasse infiniment nos idées communes sur la paternité.Mais c\u2019est une réalité quand même.Et voilà pourquoi Notre-Seigneur ne craint pas de pousser cette idée jusqu\u2019au bout, quand, parlant de la prière, il interroge : « Lequel parmi vous demandant un morceau de pain à son père, en recevrait un caillou ?Lequel, lui demandant un poisson, en recevrait un serpent ?» Mais tandis qu\u2019un père de la terre sera parfois empêché dans ses libéralités par le manque de ressources, nos propres demandes montent vers un Père tout-puissant : Patrem omnipotentem.Alors le cœur se dilate et s\u2019établit dans la confiance, tandis que l\u2019esprit s\u2019anime à son tour et que les intérêts se précisent.Les intérêts divins : nous demandons au Père que son nom soit sanctifié, son règne agrandi, sa volonté accomplie.Et nos propres intérêts : le pain quotidien, le pardon des offenses, la délivrance des tentations et du mal sous toutes ses formes.Et qu\u2019est-ce qui nous empêche, toujours en vue d\u2019alimenter notre piété, de continuer plus avant dans ce Symbole que nous savons par cœur ?Credo in Deum.Creatorem cœli et terrœ ?Dieu créateur, allons-nous prétendre que cette vérité, à la fois naturelle et surnaturelle, n\u2019est pas excitatrice de dévotion ?Nous aimons « la belle nature » et ce n'est pas simplement la mode ou un souci d\u2019hygiène qui nous pousse chaque été à fuir notre demeure pour habiter un chalet de montagne.Au spectacle si varié de la création, la prière de demande peut devenir si aisément prière de louange.Laissant aux peintres leurs couleurs, aux poètes leurs images, leurs subtiles inventions verbales, il nous 262 Dogme, piété, action suffit de prêter aux objets de la nature la voix qui leur manque et surtout le cœur qu'ils iront pas.Quoi de plus simple au fond que le fameux cantique de S.François.Il consiste à louer le Seigneur pour notre sœur la lune, notre sœur la terre, notre sœur l\u2019eau ; et nul doute qu\u2019habitant notre continent, il eût ajouté : notre sœur la neige.Et quoi de plus simple, dans l\u2019Ecriture et le Missel, que ce Cantique des trois jeunes hommes : Bénédicité omnia opera Domini Domino.C\u2019est l\u2019énumération des divers éléments de la planète avec une exhortation à bénir le Seigneur pour la puissance dynamique et le prestige de beauté, d\u2019harmonie et de grâce qui réside en eux.Ah ! oui ! Dieu Créateur, encore un dogme qui nous aiderait à prier.Mais il faut à la prière, pour qu\u2019elle ne cesse pas d\u2019être honorable pour Dieu et utile aux hommes, autre chose qu\u2019un stimulant ou une nourriture.Il lui faut une direction, une sauvegarde intellectuelle, ou, si l\u2019on veut, un terrain d\u2019appui.Si ce terrain d\u2019appui n\u2019est pas la vérité, gare aux illusions, aux superstitions, aux scandales.Combien d\u2019hérésies, suivies de condamnations formelles, ont commencé à genoux, dans et par la fausse piété.Le message du Christ est déjà assez chargé de mystère, sans que l\u2019imagination en délire de tel ou tel individu vienne diluer ce message en mille incantations, supercheries et frénésies dont l\u2019impudicité parfois n\u2019est pas absente.Plusieurs groupements soi-disants religieux ont pris naissance de cette façon au Canada et mis en branle la machine judiciaire.Voilà pourquoi notre Eglise se méfie tellement des dévotions nouvelles et s\u2019oppose, par exemple, à ce qu\u2019on répande des prières écrites non revêtues de son approbation.Eh ! bien, qu\u2019est-ce qui manquait à ces illuminés, à part l\u2019humilité et l\u2019obéissance chrétienne ?Le dogme, le dogme authentique, figé dans la formule, quoique sus- 268 Revue Dominicaine ceptible encore d\u2019évolution.Le dogme, lisière conductrice et rampe de sûreté.Le dogme, terrain d\u2019appui assez solide pour prévenir les enlisements, assez riclie pour permettre à la piété individuelle de s\u2019épanouir, même en exhibant des traits à part, comme on voit dans la vie des saints.Pourquoi la liturgie nous est-elle tant recommandée, non seulement pour l\u2019onction, la richesse intime et l\u2019élan vital qu\u2019elle contient, mais aussi comme garantie doctrinale de la piété ?Pourquoi disons-nous de tel rite plus ou moins étrange, de telle formule plus ou moins audacieuse : «Ne craignez rien, c\u2019est une cérémonie liturgique, c\u2019est une dévotion liturgique » ?C\u2019est parce que la liturgie puisant largement dans l\u2019Ecriture et la Tradition, et le dogme à son tour étant construit à même ces matériaux de la Tradition et de l\u2019Ecriture, on peut dire que la liturgie est à base dogmatique \u2014 tout en offrant avec la théologie cette différence que la série de nos dogmes s\u2019y exprime dans une langue pleine d\u2019images et dans un rite plein de symboles.Ainsi notre Missel protège la piété populaire tout en donnant satisfaction aux esprits les plus cultivés.« Initiation pour les petits, catéchisme de persévérance pour les grands, trésor d\u2019intellectua-lité pour les intellectuels et trésor d\u2019émotion pour les tendres » (Dom Festugière), notre liturgie nous apparaît vraiment comme la source première et indispensable de la vraie piété.* * * Mais la piété n\u2019est pas le dernier aboutissant du christianisme.Il faut y joindre sa conséquence logique : l\u2019action.Croire, prier, agir, cela fait un chrétien.Et « malheur, s\u2019écrie Bossuet, malheur à la connaissance qui ne tourne pas à l\u2019amour » ! Saint 2G4 Dogme, piété, action Augustin avait dit auparavant : « Leæ orandi, leæ vivendi, telle prière, telle vie ».Le dogme catholique est-il également générateur d\u2019action ?Ce sera notre interrogation finale.Nous savons tous que la direction de nos vies relève immédiatement de la morale.Mais que vaut la morale sans le dogme ?Parmi toutes ces faillites d\u2019idées auxquelles nous assistons périodiquement, il n\u2019en est guère de plus lamentables et de mieux avérées que la faillite de la morale indépendante.Indépendante, ici, veut dire attachée à aucune révélation, soumise à aucune sanction.J\u2019aimerai mon prochain, oui, mais non pas à cause du commandement nouveau apporté par le Christ, ni à cause de l\u2019image divine reflétée dans l\u2019âme de mon semblable, mais en vertu du principe de fraternité naturelle.J\u2019éviterai le mal, certains excès du moins, non à cause des châtiments et récompenses de l\u2019au-delà, mais par souci de ma propre dignité.Tout n\u2019est pas faux dans cette théorie.Certains commandements (comme l\u2019amour des parents), certaines proscriptions (connue celle du mensonge), précèdent l\u2019Evangile et la loi mosaïque.Leur ensemble constitue la Loi naturelle, écrite non pas sur du parchemin, ni sur des tables de pierre, mais sur les tablettes du cœur, comme dit S.Paul.Et de fait, l\u2019histoire rapporte que certains païens ont vécu en conformité avec cette loi de nature, pratiquant la justice, aimant leur famille et leur patrie.De nos jours encore, un petit nombre d\u2019incroyants nous édifient et parfois nous humilient par leur fidélité aux préceptes naturels.Leur morale privée demeure donc, sur divers points, indépendante des dogmes révélés.Mais les autres ! Aux autres qui sont légion, S.Paul reproche les pires excès contre nature, pour avoir méconnu ce Dieu qu\u2019ils pouvaient atteindre par le simple spectacle de l\u2019univers et 265 Revue Dominicaine les seules forces de la raison.De nos jours encore, nous pouvons juger par nous-mêmes de ce qu\u2019opère sur la masse, en d\u2019immenses contrées, une morale détachée des dogmes.Il suffit d\u2019aller voir ce qui se passe de l\u2019autre côté de la frontière ou simplement cl\u2019en chercher le reflet dans certains journaux et magazines non prohibés par la censure, ou dans certaine musique marquée du signe de la bête.Comment le dogme catholique peut-il orienter, fixer et modeler la conduite humaine ?Est-ce par mode de coercition ou de contrainte ?Evidemment non, puisqu\u2019on peut croire aux dogmes tout en péchant.Le dogme agit par mode de présentation.Il présente la vérité, un faisceau de vérités.Non pas de vérités quelconques, scientifiques ou autres, mais de ces vérités primordiales, seules capables de fournir un sens à la vie, et dont l\u2019acceptation ou le rejet pratique va régler le sort d\u2019une éternité.En présence de ces idées, idées-forces, s\u2019il en fut jamais, est-il possible au croyant de rester constamment froid, inerte et les bras croisés ?Ne faudra-t-il pas qu\u2019un jom1 ou l\u2019autre, en dépit des préjugés et des passions, ces vérités le saisissent, l\u2019enveloppent et le pénètrent jusqu\u2019aux «dernières divisions de l\u2019âme» ?(S.Paul).Pour emprunter une comparaison à la chirurgie, nos dogmes agissent à la longue comme ces appareils orthopédiques dans lesquels on emprisonne un membre brisé, perclus ou difforme.Opération longue et douloureuse parfois.Mais peu à peu le membre s\u2019adapte à la paroi rigide et salutaire ; peu à peu les moelles fonctionnent et se rétablit la circulation sanguine.Une fois sorti de sa gangue, le voici duement restauré et prêt à reprendre sa fonction dans l\u2019organisme.Ainsi des grandes vérités religieuses.« Je me suis laissé faire par la vérité », disait Brunetière après sa conversion.266 Dogme, piété, action Quelles cures merveilleuses on obtiendrait, quels redressements, quels miracles, si on voulait se laisser faire ou refaire par les vivants appareils que sont nos dogmes ! Eux seuls, avec la grâce, peuvent corriger nos difformités et nos laideurs, nous remettre sur pieds, spirituellement parlant, et nous rendre ensuite à notre fonction normale dans le Corps mystique.M.-A.Lamarche, O.P.2G7 Examen de conscience Pour le temps de guerre L\u2019un des résultats heureux bien qu\u2019imprévus de la guerre sera sans doute de nous faire reviser notre conception de la vie.Une civilisation nouvelle était en train de s\u2019installer définitivement chez nous.Civilisation industrialisée à l\u2019excès, fiévreuse, dévorante, dont la machine était le symbole.Sous prétexte de libérer 1 homme de tout effort, elle avait encombré et compliqué sa vie.Ramenant le bonheur à une simple question de confort, elle avait cherché à mettre le superflu, le luxe à la portée de tous.Elle n\u2019avait réussi le plus souvent qu\u2019à exaspérer le désir, qu\u2019à créer des besoins nouveaux qu\u2019elle ne pouvait pas satisfaire.L'homme lui-même s\u2019était mis au rythme de la machine et fonçait dans la vie jusqu\u2019à ce qu'une panne presque toujours préma- turée vînt mettre un ternie à sa course.Ici et là, une voix isolée pouvait bien s\u2019élever pour protester, elle était vite recouverte par le fracas d\u2019une réclame éhontée.Mais la guerre est venue, guerre totale, unique dans l\u2019histoire du monde.Le monstre qu'on avait créé pour les œuvres de vie a été tourné tout entier vers les œuvres de mort, La liste ira s\u2019allongeant tous les jours de ces choses pourtant récentes mais déjà indispensables dont l\u2019Etat sera obligé de nous priver.Pour peu que la guerre dure, nous allons revenir à vingt-cinq, à cinquante ans en arrière.Au début, au moins, nous allons nous sentir désorientés, appauvris, malheureux.Peaucoup vont pester, sinon contre le gouvernement, du moins contre la guerre.Est-ce qu'il ne serait pas plus sage de faire un bon examen de conscience sur nos façons anciennes de vivre ?C\u2019est pour aider à cet 268 Examen de conscience examen que j'ai jeté à vont suivre.la hâte sur le papier les réflexions qui L\u2019une des ambitions de la civilisation moderne, ai-je dit, a été de mettre à la portée de tous ce qui, il n\u2019v a pas encore si longtemps, eût été regardé comme un luxe.La marge entre le superflu et le nécessaire, entre les exigences des riches et celles des pauvres, devenait chaque jour plus imprécise.Comparez l\u2019existence d\u2019un cultivateur ou cl\u2019un ouvrier d\u2019aujourd\u2019hui à celle que nous avons connue il n\u2019y a pas encore cinquante ans et vous pourrez mesurer le chemin parcouru.L'aisance cl\u2019alors paraîtrait de nos jours de la pauvreté, presque de la misère.Le niveau de vie n'a cessé de s\u2019éleArer et il 11e saurait être question de revenir à l\u2019ancien.Par contre, l\u2019occasion 11e serait-elle pas favorable de faire, avant même que l'Etat ne nous y contraigne, le départ entre ce qui était un enrichissement et ce qui 11\u2019était qu un encombrement, entre ce qui était vraiment utile et sain et ce qui n\u2019était qu\u2019un superflu trop souvent nuisible.Jetez un simple regard sur votre existence de chaque jour.A côté des besoins naturels, combien vous en êtes-vous créés de factices et d\u2019artificiels ?A côté des choses nécessaires à la vie, combien y en a-t-il que vous 11'avez acquises que par crainte de l\u2019effort, par vanité, par entraînement, pour faire comme les autres ?Faites le bilan de toutes les privations que vous imposerait une saine hygiène, de tous les plaisirs coûteux et malsains que vous pourriez remplacer par d'autres plus profitables et qui ne coûtent rien, et vous serez surpris du résultat.L\u2019erreur moderne a été de réduire le problème infiniment complexe du bonheur à une simple affaire de confort.Autrefois, on acceptait, une fois pour toutes, que la fatigue, les privations, la souffrance elle-même étaient inséparables de 1a, vie.Il s'agis- 269 Revue Dominicaine sait donc, avant tout, de s\u2019aguerrir contre l\u2019inévitable.Le fatalisme oriental, l\u2019insensibilité des stoïciens, la résignation chrétienne constituèrent autant d\u2019abris au milieu de cette vallée de larmes.C\u2019était une sorte de bonheur négatif auquel s\u2019ajoutaient, du côté de l\u2019âme surtout, des joies que la vie 11e peut nous refuser parce qu\u2019elles 11e dépendent de personne autre que de nous.La civilisation moderne a pris le contre-pied des civilisations antiques.Elle ne s\u2019est pas résignée à ce que la terre fût et demeurât une vallée de larmes.Elle a \u2014 et c\u2019est son bon côté \u2014 cherché à supprimer graduellement la maladie, la souffrance, la fatigue inutile ou excessive.L\u2019effort qu\u2019elle a fait dans ce sens constitue un réel progrès et la place d\u2019emblée au-dessus de toutes celles qui l\u2019ont précédée.Son tort a été de 11e se développer que dans un sens, au hasard des inventions, sans tenir compte de l\u2019infinie complexité de la nature humaine, de ses besoins et de ses aspirations.Elle a cru qu\u2019il suffirait de fournir à chacun une nourriture abondante, des plaisirs faciles, une auto, un téléphone, un appareil de T.S.F., etc., pour résoudre le problème du bonheur.Elle a oublié que le bonheur n\u2019est pas dans les choses, mais dans l\u2019âme.Je disais, un jour, devant un auditoire de jeunes : « S\u2019il y avait encore des fées et si j\u2019en étais une, je vous dirais : faites un souhait, faites-en deux, trois, à A^otre fantaisie ; donnez-nous la vie que auuis rêA^ez en secret.Je repasserais dans six mois, un an, et je trouverais, chez les uns, le même courage ou la même joie ; chez les autres, la même amertume et le même ennui.Pourquoi ?Parce que, dans un cadre nouveau, xos âmes seraient restées les mêmes, et que le bonheur est avant tout une chose d\u2019âme ».Ce qu\u2019il faudrait transformer, ce n\u2019est pas tant notre vie extérieure que notre Arie intérieure.Il faudrait corriger notre 270 Examen de conscience caractère, refréner 110s désirs, balayer de notre cœur toutes ces choses qui l\u2019empoisonnent : rancîmes, ambitions déçues, chagrins vains et stériles, et mettre à la place la bonté, le courage, l'espoir et la prière.Je ne dis pas que les biens extérieurs ne concourent nullement au bonheur.Ce que j\u2019affirme, c'est d\u2019abord qu\u2019ils ne s\u2019identifient pas avec lui : il y a des pauvres heureux et des riches malheureux, des malades joyeux et des gens en santé rongés par la tristesse.C\u2019est, en second lieu, qu\u2019il est plus facile d'apprendre à souffrir que d\u2019échapper à la douleur, plus facile de se rendre maître de son âme que de conquérir les biens extérieurs.Plus facile ?Je 11e sais trop.Mais, en tout cas, plus important, et c'est ce que la civilisation moderne semble avoir ignoré.Dans son livre : « L\u2019homme, cet inconnu », le Dr Alexis Carrel écrivait : « Nous devons libérer l'homme du cosmos créé par le génie des physiciens et des astronomes, de ce cosmos dans lequel il a été enfermé depuis la Renaissance.Malgré sa beauté et sa grandeur, le monde de la matière inerte est trop étroit pour lui».Il ajoutait plus loin : «Il (l'homme) s\u2019étend, au delà de l\u2019espace et du temps, dans un autre monde.Et de ce monde, qui est lui-même, il peut, s'il en a la volonté, parcourir les cycles infinis.Le cycle de la Beauté, que contemplent les savants, les artistes et les poètes.Le cycle de l\u2019Amour, inspirateur du sacrifice, de l\u2019héroïsme, du renoncement.Le cycle de la Grâce, suprême récompense de ceux qui ont cherché avec passion le principe de toutes choses.Tel est notre Univers ».* * * Une autre ambition de la science moderne a été de supprimer l\u2019espace et le temps.Pour nos ancêtres, l\u2019univers c\u2019était le 271 Revue Dominicaine coin de terre où ils vivaient.Leurs soucis, leurs joies restaient enfermés dans le cercle étroit de la famille ou des amis intimes.Les échos du monde lointain ne leur arrivaient qu'amortis, avec des retards qui en émoussaient l'intérêt.On vivait tout près de la nature dont on partageait le calme et dont on adoptait le rythme.La presse, la T.S.F.ont modifié tout cela.Nous apprenons, à quelques minutes d\u2019intervalle parfois, ce qui vient de se passer aux quatre coins du monde.Nous assistons, devant une vaste scène, à toutes les convulsions de l'univers.Les événements les plus étrangers à notre propre existence ont leur répercussion en nous.Ils dispersent notre attention et tendent nos nerfs.Et, comme si ce n\u2019était pas assez, la manie, l'obsession de la vitesse est venue ajouter encore à cette fièvre.Je parlerai en particulier de l\u2019auto, non seulement parce que les restrictions qui la concernent seront les plus pénibles de toutes, mais surtout parce qu'elle est un symbole de notre vue moderne qu\u2019elle a concouru d\u2019ailleurs largement à façonner à sa ressemblance.Durant les mois d\u2019été, les jours de congé, des milliers de citadins s\u2019évadent vers la campagne.Qu\u2019est-ce qui les attire ?La solitude, l\u2019air pur, la beauté de la nature ?Parfois, mais rare- ment.Yoyez-les passer.Ils filent à toute vitesse sans être le moins du monde pressés.Ils se déplacent sans but, tout simplement pour être ailleurs.L\u2019auto a tué la vie intérieure et la vue du fover, aboli la flânerie et la familiarité avec les choses.On est de plus en plus sans attaches dans ce monde soudain agrandi.Ce besoin d\u2019être ailleurs est passé du corps à l\u2019âme.Il a fait ces gens mécontents, avides d\u2019autre chose, brûlant leur vue sans raison.Quand j\u2019aurai atteint tel chiffre d\u2019affaires, disent les Examen de conscience uns, quand j\u2019aurai décroché telle situation, disent les autres, je m\u2019arrêterai, et ce désir est à peine réalisé que déjà l\u2019imagination a bondi plus loin.Fous traversons ainsi l\u2019existence à toute vitesse, indifférents à la tâche du moment, incapables d\u2019en exprimer la joie.Sans doute, il faut, devant nous, sur la route, un idéal, comme un point lumineux vers lequel on marche.Mais il doit féconder l\u2019heure que nous vivons, au lieu de nous en distraire et de nous en dégoûter.Vivre, c\u2019est-à-dire laisser les heures, les jours s\u2019égrener lentement, au lieu de foncer, tête baissée, vers cette croix qui marque le terme de notre route.Vivre, c\u2019est-à-dire mettre toute son intelligence et tout son cœur dans la tâche du moment.Vivre, c\u2019est-à-dire demander notre joie aux choses que nous possédons, au lieu de la faire dépendre de celles qui nous manquent.Demain ressemblera à aujourd\u2019hui, comme aujourd\u2019hui ressemble à hier.Il j aura des heures sombres et des heures lumineuses, mais la plupart seront grises, et ce n\u2019est qu\u2019à notre âme qu\u2019elles pourront emprunter un peu de clarté.M.-Ceslas Forest, O.P. Saint Paul, 1 h umain et 1 absolu « Cependant, de quoi que ce soit qu\u2019on ose se vanter, je parle en insensé, moi aussi je l\u2019ose.Sont-ils Hébreux ?Moi aussi, je le suis.Sont-ils Israélites ?Moi aussi.Sont-ils de la postérité d\u2019Abraham ?Moi aussi.Sont-ils ministres du Christ ?\u2014 Ah ! je vais parler en homme hors de sens : je le suis plus qu\u2019eux ; bien plus qu\u2019eux par les travaux, bien plus par les coups, infiniment plus par les emprisonnements ; souvent j\u2019ai vu de près la mort ; cinq fois j\u2019ai reçu des Juifs quarante coups de fouet mtoins un ; trois fois j\u2019ai été battu de verges ; une fois j\u2019ai été lapidé ; trois fois j\u2019ai fait naufrage ; j\u2019ai passé un jour et une nuit dans l\u2019abîme.Et mes voyages sans nombre, les périls sur les fleuves, les périls de la part des brigands, les périls de la part de ceux de ma nation, les périls de la part des Gentils, les périls dans les villes, les périls dans les déserts, les périls sur la mer, les périls de la part des faux frères, les labeurs et les peines, les nombreuses veilles, la faim, la soif, les jeûnes multiples, le froid, la nudité ! Et sans parler de tant d\u2019autres choses, rappellerai-je mes soucis de chaque jour, la sollicitude de toutes les Eglises ?Qui est faible que je 11e sois faible aussi ?Qui vient à tomber sans qu\u2019un feu me dévore ?» Cette citation, tirée de la deuxième épître aux Corinthiens, reste, à dix-neuf siècles d\u2019éloignement, le vivant témoignage d\u2019un homme absolu, sûr de sa force intérieure parce qu\u2019en lui la grâce divine n\u2019avait pas été vaine.Paul, sur le chemin de Damas, s\u2019était donné une fois pour toutes.Sans hésitation, dans l'effroyable agitement du miracle 274 Saint Paul, l\u2019humain et l\u2019absolu opéré en lui, il répondit à Jésus qu\u2019il voyait pour la première fois : « Seigneur, que voulez-vous que je fasse ?» Se relevant, il n\u2019était déjà plus Saul, le pharisien de Tarse, mais bien Paul, « le plus parfait des hommes » comme l\u2019appelle saint Jean Chry-sostome, qui gravit de ses pas d\u2019aveugle la montée vers l\u2019avenir.Le don est total.Absolu.L\u2019âme que Dieu vient d\u2019étreindre de force ne retournera jamais plus en arrière.Elle est choisie.En elle tout s\u2019est accompli.Voilà pourquoi Paul, au cours de son ministère, n\u2019hésite pas, pour raffermir ses frères défaillants, à faire l\u2019apologie de son œuvre, sachant bien qu\u2019en tout, depuis sa conversion, il a été l'instrument de Dieu.Sa certitude a quelque chose de surnaturel, comme s\u2019il osait prétendre, en échange de sa parfaite soumission, à la reconnaissance divine.Paul est tendu vers l\u2019avenir.S\u2019il se souvient du persécuteur qu\u2019il était autrefois c\u2019est pour dire : « Dieu a eu pitié de moi parce que j\u2019avais agi sans le savoir, n\u2019ayant pas la foi ».Choisi \u2014 comme « un avorton » \u2014 le dernier parmi les apôtres, il travaillait d\u2019autant plus passionnément qu\u2019il arrivait plus tard.Il n\u2019avait pas comme soutien dans les défaillances, les souvenirs que les autres disciples chérissaient.Il savait que Jésus était ressuscité parce qu\u2019il lui était apparu sur la route de Damas et par des révélations subséquentes.Mais il n\u2019avait pas partagé la vie quotidienne, laborieuse et intime de Jésus.Il n\u2019avait pas été témoin des souffrances du Christ.Pourtant, le Calvaire était pour Paul le centre d\u2019irradiation de la doctrine.Le Christ ressuscité était la seule vérité qu\u2019il fallait répandre par tout l\u2019univers.« Portons toujours, écrivait-il, dans notre corps, la mort de Hotre-Seigneur ». Revue Dominicaine Paul était inébranlable clans raccomplissement du ministère qui lui était imposé.« Malheur à moi, clisait-il souvent, si je n\u2019annonce pas l\u2019Evangile ».Il allait donc, tranquille et sûr de sa vocation, en tout un parfait instrument de Dieu.Il parachevait une œuvre.« Mourir pour l\u2019Evangile, écrit saint Jean Chrvsos-tome, ne lui apparaissait rien de grand, à moins qu'il ne dût en résulter un grand bien.Quoique personne n\u2019eut autant que lui le désir de voir le Christ il n\u2019aspirait pas à cette vision avant d\u2019avoir rempli sa mission envers les hommes ».Et quelle mission ! D\u2019Antioche de Syrie à Chypre, de Chypre à Antioche de Pisidie, à Iconium, à Lystres, à Derbé ; puis de la Cilicie en Troade, en Macédoine, en Thessalie, en Attique, en Achaie, de Corinthe à Ephèse, il va, pendant trente ans, fonder des églises, les stabiliser, les redresser lorsqu'elles faiblissent sous les forces remontantes cl\u2019une civilisation agonisante, les établir définitivement dans le temps qui vient.« Un homme de trois coudées, écrit encore saint Jean Chry-sostome, sans apparence, avec des yeux brûlés par la fièvre, une parole sans art, une phrase sans éclat et pour couronner le tout des inimitiés acharnées contre lui : quel prédicateur pour tant de nations ! » Dieu l\u2019avait réservé pour annoncer son Evangile aux étrangers.Tiré du sein même de la race d\u2019Israël, il avait été choisi pour attirer au Christ les ouvriers de la onzième heure.Pourtant nul n\u2019était plus Juif que lui.Il aimait ses compatriotes d\u2019un amour farouche, désespéré.« Je voudrais être anathème pour mes frères », s\u2019écriait-il devant leur invincible aveuglement.Moïse avait demandé avant lui de subir avec ses frères le châtiment mérité.L\u2019immense amour de Paul pour ceux qui lui étaient unis par les liens du sang plongeait plus avant dans l\u2019abîme de Saint Paul, inhumain et l\u2019absolu la charité.Il désirait non seulement partager leur sort mais le subir à leur place, perdre même sa part de gloire éternelle pourvu que les siens y fussent admis.Paul apportait dans son apostolat le même besoin d\u2019absolu qui le tenaillait aux jours de sa jeunesse.Car Paul était non seulement Juif mais pharisien, c\u2019est-à-dire membre de la secte exécrée par Jésus et tant de fois maudite au long de sa vie publique.Mais Jésus qui honnissait les pharisiens ajoutait également qu\u2019ils étaient assis sur la chaire de Moïse et qu\u2019il fallait écouter leurs enseignements.Leur origine remontait très loin en arrière et déjà leur nom figurait à l\u2019époque des Macchabées, au milieu du lie siècle avant Jésus-Christ.Leur influence devint considérable lorsque les Juifs revinrent dans leur pays, après la captivité.A ce moment-là toute la nation israélite sentait le besoin de refaire ses forces en puisant à la source même des Livres sacrés.Les Pharisiens qui devinrent bientôt la caste savante du Judaïsme s\u2019appliquaient alors à réunir par écrit les doctrines et les interprétations de la Loi jusque-là transmises verbalement.Ils enseignaient l\u2019existence d\u2019êtres spirituels, supérieurs à l\u2019homme, la distinction de l\u2019âme d\u2019avec le corps, l\u2019existence propre de l\u2019âme et son immortalité, la résurrection des corps, enfin les récompenses et les peines de la vie éternelle.Ils étaient les vrais représentants de la Loi et pratiquaient avec austérité les préceptes qu\u2019ils enseignaient au peuple.Peu à peu cependant au cours des siècles les Pharisiens remplacèrent l\u2019esprit premier de la Loi par une sainteté de commande, cachant sous ce mensonge, l\u2019envie, la cupidité.Ils en vinrent à se croire infaillibles, transformant les préceptes divins en un joug pesant dont la pratique était aussi difficile que ridi- Retue Dominicaine cule.Malgré leurs vices qui devaient en faire les adversaires de Jésus, ils demeuraient les gardiens fidèles des traditions ancestrales, opposant une résistance acharnée aux forces envahissantes de l\u2019héllénisme.Parmi eux se trouvaient des hommes de noblesse et de vertu.Le père de Paul en était un exemple d\u2019autant plus frappant qu\u2019il était un Juif de la Diaspora, perdu avec sa famille au sein d\u2019une ville étrangère, tassé avec ses compatriotes dans les ghettos de Tarse, gardant jalousement les coutumes, les souvenirs, les traditions de ses ancêtres.Tarse était alors l\u2019une des villes les plus actives du monde.Déclarée par les Romains ville libre, exempte d\u2019impôts, ses universités supportaient heureusement la comparaison avec ses deux rivales : Athènes et Alexandrie.Il était difficile pour des Juifs de vivre dans une semblable atmosphère sans être touchés par l\u2019influence païenne.Ils vivaient cependant dans leur quartier, organisés en communautés, ayant leurs propres tribunaux, se réunissant dans la Synagogue pour les prières liturgiques.Ils croyaient tous au Messie promis.Loyaux au pays qui les avait adoptés ils passaient leur vie, l\u2019âme tournée du côté de Jérusalem, leur seule patrie.Le père de Paul gagnait largement sa vie d\u2019une industrie prospère.Il tissait avec le poil des chèvres de Tarse des étoffes grossières, imperméables, que l\u2019on utilisait dans la fabrication des tentes.Très tôt, malgré qu\u2019il désirât réserver à son fils la profession de scribe et qu\u2019il le destinât à la ville sainte, il lui apprit son métier.Et après quelques années passées à la Synagogue dans l\u2019étude de la Loi, il envoya Paul à Jérusalem.Paul y demeura assez longtemps, gagnant sa vie en pratiquant son métier, réservant les heures de loisir à l\u2019étude.Son 278 Saint Paul, u\u2019humain et l^absolu maître était Gamaliel, l\u2019homme le plus éclairé de Jérusalem, d\u2019une orthodoxie absolue, mais quand même tolérant envers les Grecs.C\u2019était une âme droite, profondément religieuse.Plus tard lorsque Pierre et les apôtres, au début de l\u2019Eglise, comparaîtront devant le Sanhédrin, Gamaliel prendra leur défense.Il dira à ses compatriotes : « Laissez-les aller.Si cette idée ou cette œuvre vient des hommes, elle se détruira d\u2019elle-même ; mais si elle vient de Dieu vous ne sauriez la détruire.Ne courez pas le risque d\u2019avoir lutté contre Dieu même ».Gamaliel était un homme juste qui exerça sur Paul une profonde influence.Lorsqu\u2019il revint dans sa famille, Paul prit place parmi les anciens, enseignant dans la Synagogue.Tout de suite il s\u2019affirma.Pleinement convaincu de son pliarisaïsme, vivant rigoureusement les préceptes qu\u2019il enseignait, il affirma nettement ses positions, s\u2019opposant aux progrès du paganisme dans la communauté juive de Tarse.Ce fut vers ce temps que Jésus, après trois ans de vie publique, s\u2019immobilisa dans le sacrifice définitif et que du haut de sa Croix, Il se mit à attirer tout à Lui.Ses disciples, d\u2019hommes pusillanimes qu\u2019ils étaient durant la vie mortelle du Christ, devinrent après sa résurrection, des lions rugissants.L\u2019Eglise naissante prenait forme, s'organisait, criait miracle et certitude.Des membres zélés du pliarisaïsme passaient du jour au lendemain à cette religion de scandale.Etienne, un Juif helléniste, converti audacieux, osa pour la première fois affronter les Juifs dans la Synagogue.Paul, arrivé récemment à Jérusalem pour s\u2019v établir définitivement, se mesura avec lui, outragé de voir à quel point la nouvelle religion prenait de l\u2019importance, scandalisé des traîtres qui y adhéraient.Lorsque la 279 Revue Dominicaine foule, déchaînée, lapida Etienne, Paul était là, tacitement meurtrier, enflammant son prosélytisme à ce spectacle d\u2019horreur.Son zèle, après la mort d\u2019Etienne, devint du fanatisme.,De son propre témoignage « il persécutait à outrance et ravageait l\u2019Eglise de Dieu».Il traquait les Nazaréens, les faisait battre, les emprisonnait, obligeant les timides à renier leur foi.Pour bien remplir sa mission qu\u2019il croyait justicière, il obtint du grand-prêtre l\u2019autorisation de se rendre à Damas où la religion du Christ faisait de nouveaux adeptes, afin de les ramener, enchaînés, à Jérusalem.Il partit donc, escorté cl\u2019une poignée d\u2019hommes armés.On voyageait alors par étapes, marchant le jour, faisant halte durant la nuit.Ils suivirent ainsi la route de Samarie, de Galilée, de Syrie.Une fois arrivés sur le haut plateau de Hauran, le cortège s\u2019arrêta pour le Sabbat dans une grande plaine avoisinant Damas.Dieu avait choisi cette heure pour se frayer un chemin de lumière dans l\u2019âme obscure du persécuteur.Environnés tout à coup d\u2019une clarté aveuglante, Paul et sa suite tombèrent la face contre terre.Une voix se fit entendre, en araméen.Seul Paul l\u2019entendit.« Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu ?» Ineffable mystère d\u2019un Dieu qui se révèle à sa créature et qui, loin de la violenter, se plaint d\u2019être méconnu ! La bouche tremblante d\u2019effroi Paul ose questionner : « Qui êtes-vous, Seigneur ?» Mais l\u2019âme était déjà soumise et lorsque la voix reprit : « Je suis Jésus que tu persécutes.Il n\u2019est pas bon pour toi de regimber contre l\u2019aiguillon ».Paul, déjà captif, demanda : « Seigneur, que voulez-vous que je fasse ?» L\u2019âme tournée au dedans, car il était subitement devenu aveugle, Paul fut conduit à Damas chez Judas, 280 Saint Paul, l'humain et l\u2019absolu le Juif où il devait loger.Trois jours il y demeura sans boire ni manger.Trois jours en colloque intime avec la voix qui ne se taisait plus.Le Clirist, insinueux, s\u2019incorporait à l\u2019âme qu\u2019il avait choisie, à l\u2019âme en qui Sa grâce ne serait point vaine.Car le miracle de Damas était plus qu\u2019un don gratuit.Paul, persécuteur, agissait de bonne foi.Sa vie antérieure faite de convictions, d\u2019étude, d\u2019austérité, le prédisposait à la clémence divine.N\u2019v avait-il pas, ajouté à ce commencement d\u2019abandon spirituel, la mort d\u2019Etienne qui criait miséricorde pour les meurtriers ?« Ne leur imputez pas ce péché », avait dit Etienne avant de s\u2019endormir dans le Seigneur.Qui sait si cette dernière pensée ne servit pas à la conversion de Paul ?Quoi qu\u2019il en fut des desseins mystérieux de la Providence divine, l\u2019âme de Paul devint le terrain fertile dans lequel la grâce, en longue moisson, germa.Julia Richer (à suivre) 2S1 «Le b accalauréat » (Aux bacheliers, aux aspirants.et aux autres) Quand Frédéric Mistral, dans un de ces jolis contes, comme son compatriote Alphonse Daudet et lui ont su en écrire, rapporte comment il se rendit à Nîmes pour « passer bachelier », il environne son récit d\u2019une telle atmosphère de poésie que le lecteur enthousiasmé en oublie les malices décochées ici et là à l\u2019adresse de l\u2019épreuve, comme les fervents éloges que lui décerne le poète.« Au petit Saint-Jean », où le garçon est venu prendre pension parmi les gens de son pays, un groupe de maraîchers et de bateliers l\u2019interrogent sur les raisons de son séjour à Mmes.Il parvient à leur faire comprendre qu\u2019il est venu subir un examen important et leur récite avec une pointe d\u2019ironie tout ce qu\u2019on doit savoir pour ne pas faillir.Cette énumération n\u2019a pas l\u2019heur de plaire à l\u2019un des maraîchers qui s\u2019écrie : « Qu\u2019est-ce que cela peut bien nous faire ?Ah ! si vous me parliez de la lune pour semer le céleri, ou bien d\u2019ôter les poux des fèves ou de guérir le mal des porcs, je vous dirais : voilà une science, mais tout ce que vous a conté ce garçon c\u2019est des fariboles ».\u2014 « Tais-toi donc va, gros bouc, cria toute la bande, ce jeune dégourdi en a plus oublié peut-être que tout ce que tu peux savoir.C\u2019est égal, mes amis, il faut une fameuse tête pour pouvoir y serrer tout ce qu\u2019il vous a dit !» \u2014 « Pauvre petit, disaient de moi les jeunes filles, regardez comme il est pâlot.On voit bien que la lecture allez, ça ne fait pas du bien.S\u2019il avait passé son temps à la queue de la charrue, il aurait assurément plus de couleur que ça.Puis à quoi ça sert d\u2019en savoir tant ?.» \u2014 « Eh ! bien, les camarades, 282 « Le baccalauréat » conclut le Remontrant, savez-vous ce qu'il faut faire?Quand nous allons à quelques fêtes où l\u2019on fait courir les tauraux, soit qu\u2019il y ait de belles luttes, il nous arrive souvent de rester un jour de plus pour voir qui enlèvera le prix ou la cocarde.Nous sommes à Mmes.Voilà un gars de Maillane qui, demain matin, va passer bachelier.Au lieu de partir ce soir, Messieurs, couchons à Mmes.Et, demain, nous saurons au moins, si notre Maillanais a passé bachelier ».\u2014 « Ça va, dirent les autres, de toutes les façons la journée est perdue : allons il faut voir la fin.» \u2014 « Il y a de cela, cinquante-huit ans passés, conclut Mistral.Toutes les fois que je vais à Mmes et que je vois de loin l\u2019enseigne du « petit Saint-Jean », ce moment de ma jeunesse reparaît à mes yeux dans toute sa clarté, et je pense avec plaisir à ces braves gens qui, pour la première fois, me firent connaître la bonhomie du peuple et la popularité ».Si vous avez perdu le souvenir des journées de votre baccalauréat \u2014 je ne parle pas des lendemains d\u2019écliec, ça ne s\u2019oublie pas \u2014 il faut relire en entier le récit de Mistral, et vous vous rappellerez qu'au delà des tâches quotidiennes si souvent entachées d\u2019égoïsme, au delà des problèmes économiques, de la vie chère, des taxes et de la démocratie, il reste encore des valeurs dont l\u2019intérêt et la culture dominent la vie et possèdent toujours la puissance de la faire aimer.On a pensé, exprimé et écrit beaucoup de mal du baccalauréat.En France, d\u2019aucuns ont même voulu le supprimer absolument comme une épreuve immorale.« Il convient de prévenir, écrit Gonzague Truc, dans « Les idées vivent » par la suppression des examens, l\u2019avilissement du travail intellectuel, et l\u2019exaltation de fausses supériorités.Que par des concours où l\u2019on dosera la part à faire aux connaissances techniques et à la cul- 283 Revue Dominicaine ture générale, on ouvre l\u2019accès des administrations publiques, voire des corps de métiers, rien de plus raisonnable.Mais de grâce, plus d\u2019épreuves qui 11e mènent à rien qu\u2019à un surmenage stupide, plus de certificats d\u2019étude ou de baccalauréat.Que l\u2019on trouve pour les élèves, cela ne sera point difficile, d\u2019autres sources d\u2019émulation ».« Le baccalauréat, s\u2019écrie de son côté Ernest Lavisse dans un discours de fin d\u2019année à l\u2019Ecole normale, introduit prématurément dans les jeunes esprits le culte immoral de la chance.C\u2019est pourquoi, j\u2019exprime ici, en mon nom personnel, le vœu qu\u2019il ne soit pas toléré longtemps dans un pays où les roues de fortune et les loteries sont presque défendues ».D\u2019autres, sans vouloir supprimer l\u2019épreuve dans son ensemble, prétendent que les sujets de composition qu\u2019on y propose ne sont pas convenablement adaptés à l\u2019âge et aux conditions des candidats.Un curieux article anonyme publié dans « Le Figaro» au cours de l\u2019année 1937, rapportait trois sujets de composition soumis aux aspirants français de cette année-là.« Le troisième sujet, note l\u2019auteur de l'article, nous jette dans la stratosphère des connaissances littéraires ».Rivarol écrit dans le « Discours sur l\u2019Universalité de la langue française » : « Si le monde finissait tout à coup pour faire place à un monde nouveau, c\u2019est un excellent livre français qu\u2019il faudrait lui léguer, afin de lui donner de notre espèce humaine une idée heureuse ».« Quel livre français choisiriez-vous pour donner de l\u2019homme l\u2019idée la plus favorable ?Expliquez les raisons de votre choix ».Je parierais cent pour un que nos écoliers canadiens d\u2019origine française préfèrent encore à ce sujet la traditionnelle lettre du marquis de Vaudreuil à la cour de Versailles pour demander le secours qui aurait peut-être assuré le salut de la Nouvelle- 284 « Le baccalauréat » France ou cette autre lettre qu\u2019aurait pu écrire Denis-Benjamin Figer à Louis-Josepli Papineau pour le ramener à de meilleurs sentiments religieux.Quoi qu'il en soit de nos sujets de composition ou plus fréquemment de discours pour témoigner de nos ascendances gallo-romaines, les doléances qui se sont éleA^ées, en France, autour du baccalauréat, se sont répercutées chez nous en échos variés.On lui a reproché d\u2019ouvrir par un seul examen uniforme l\u2019entrée de toutes les carrières, ou plutôt, de ne conduire à rien de pratique en vue de la position à obtenir et de la lutte pour le pain quotidien, de multiplier le nombre des ratés et des blasés, de porter, particulièrement le baccalauréat ès-lettres, sur des programmes dépourvus de toute utilité immédiate, de ne pas tenir compte des conditions générales du candidat représenté par un chiffre à la correction, de faire tenir à deux ou trois jours de surmenage et au même nombre de nuits d\u2019insomnie, le résultat d'une ou de plusieurs années scolaires, de poser à des adolescents encore mal équilibrés de corps et d\u2019esprit, des problèmes qui embarrasseraient les examinateurs eux-mêmes dans les mêmes circonstances, de charger l\u2019âme du candidat d\u2019une appréhension qui au lieu de l\u2019aider, l\u2019énerve et le réduit, d\u2019exposer à des chances tout à fait inégales, des aspirants également quali- fiés, enfin, par-dessus tout, d\u2019ouvrir des carrières par un brevet de connaissances qui leurs sont tout à fait étrangères h Et pourtant, ces reproches pris ensemble et d\u2019autres encore ne parviennent pas plus à ternir la poésie du récit de Mistral, qu\u2019à assombrir dans la mémoire des bacheliers le souvenir de 1.Depuis une quinzaine d\u2019années, la forme de l\u2019épreuve s\u2019est grandement améliorée.Elle permet aujourd\u2019hui de se former sur la valeur du candidat un jugement mieux fondé en faisant couvrir à l\u2019examen un plus grand nombre de matières dont plusieurs sont d\u2019utilité immédiate.285 Kevue Dominicaine l\u2019âge, de la journée de printemps, du chant des oiseaux, du parfum des tulipes, du sujet de composition ou de discours, du sens réel ou subjectif de la version grecque.On ne tente pas l\u2019épreuve du baccalauréat sans avoir découvert en toutes choses une beauté supérieure et sans s\u2019être élevé d\u2019un degré dans la compréhension et l\u2019amour des hommes.C\u2019est qu'il y a dans l\u2019épreuve du baccalauréat autre chose que cet utilitarisme vers lequel un courant moderne semble vouloir à tout prix faire dévier la culture traditionnelle des peuples latins.C\u2019est qu'il y a autre chose que l\u2019ouverture d\u2019une carrière, qu\u2019un certificat d\u2019étude quelconque, qu\u2019un brevet d\u2019aptitudes, que la garantie visible d\u2019une science invisible et plus ou moins réelle, qu\u2019un témoignage tout à fait contestable de supériorité, tout cela peut n\u2019être de fait qu'accidentel.Tandis qu\u2019il faut voir dans l\u2019épreuve du baccalauréat le terme normal d\u2019une culture qui porte en elle-même ses résultats et sa perfection, qui n\u2019attend pas d\u2019autre récompense que le parachèvement désintéressé de l'homme et qui place d\u2019emblée l\u2019adolescent dans l\u2019ambiance de ceux qui ont l'avantage et l\u2019agrément de participer à la vie supérieure de l\u2019esprit.Certes, voilà un sujet qui cadre mal avec les nécessités de l\u2019heure quand la nation de qui nous tenons en ligne directe l\u2019épreuve du baccalauréat, la nation qui fut la plus civilisée au monde, qui fut la lumière de la civilisation, qui nous a légué « le cœur le plus humain de tous les cœurs humains », selon l\u2019expression de Louis Hémon, se voit aujourd\u2019hui vaincue, asservie, ruinée, presqu\u2019étouffée.Il est vrai qu\u2019on ne tue pas l\u2019esprit, que les chars d\u2019assaut ne peuvent rien contre l\u2019intelligence, que l\u2019homme demeure toujours ce roseau pensant qui, selon la splendide image de Pascal, possède sur la matière brutale qui 286 « Le baccalauréat » l\u2019écrase cette supériorité de connaître sa faiblesse ; cependant, il faudra plusieurs années à la France pour se relever de ses ruines et pour projeter de nouveau sur le monde les flots de ses lumières, pour restaurer l\u2019ordre et faire renaître la vie dans ses villes et ses provinces, pour combler les vides qu\u2019a faits la guerre parmi ses savants, ses philosophes, ses historiens, ses romanciers et ses poètes.Le progrès de l\u2019esprit français en sera retardé d\u2019autant.Peu ou point de nourritures intellectuelles françaises d\u2019ici un certain nombre d\u2019années.Privés de l\u2019atmosphère qui convient à nos poumons, du sang que requièrent nos veines, nous risquons de périr d\u2019inanition et de trahir nos devoirs à l\u2019endroit de la civilisation qui nous a fait ce que nous sommes \u2014 peu riches il est vrai, mais capables de goûter la poésie de Virgile et de lire une pièce de Racine \u2014 si nous abandonnons pour des prétextes d\u2019ordre absolument transitoire, la culture gréco-latine et les valeurs éminemment spirituelles qu\u2019elle comporte.L\u2019expérience a prouvé du reste que le baccalauréat n\u2019empêchait pas de porter crânement le costume militaire, d\u2019apprendre rapidement à manier une mitrailleuse, à manœuvrer les manettes d\u2019un avion, à supporter avec honneur les fatigues et les horreurs d'une campagne.Et puis savoir mieux que tout autre pourquoi on se bat, et savoir mourir en beauté.Dans la réponse qu'il faisait au discours de réception d'André Bellessort à l\u2019Académie française, André Chaumeix citait le trait suivant : « Lui vieux chroniqueur dont on 11e dit pas le nom, et dont la relation enchantait notre maître Gaston Boissier et Anatole France, raconte que, à la fin du XYe siècle, des ouvriers lombards qui creusaient la terre près de Rome, sur la voie Appienne découvrirent un tombeau de marbre blanc.« Quand on souleva le couvercle, 011 trouva une jeune vierge qui, par l\u2019ef- 287 Revue Dominicaine fet clés aromates, reposait toute fraîche clans cette couche fidèle.Eperdu d\u2019enthousiasme et d\u2019amour, le peuple la porta clans son lit de marbre jusqu\u2019au Capitole où la ville entière vint la contempler en silence.Et Rome fut si fort agitée que le pouvoir, ayant pris de l\u2019ombrage, fit ensevelir durant la nuit, et en secret, cette merveilleuse inconnue ».« Mais ce n\u2019était pas en vain que les hommes avaient un moment contemplé son visage.Elle était la beauté antique et, pour l\u2019avoir seulement entrevue, le monde se mit à refleurir ».« Tel est le prestige de ces humanités.» que couronne le baccalauréat.A.Saint-Pierre, O.P.288 L'O euvre f rançaise en rp\t\u2022\t\u2022 1 unisie II Les résultats Le premier des résultats atteints par le Protectorat a été sans contredit la rapide et complète pacification du pays.Là où régnaient l'anarchie et le pillage, le nouveau régime a réussi à établir en relativement peu d\u2019années l\u2019ordre et la sécurité.Un important réseau de police, dans lequel l\u2019élément indigène est très largement représenté, assure la tranquillité, le respect de la liberté individuelle, comme celle de la propriété jusque dans les régions les plus reculées.Aujourd\u2019hui, même aux abords de l\u2019extrême sud, voisin du Sahara, le voyageur peut circuler sans risquer d\u2019être attaqué par des bandes de nomades.L\u2019entière sécurité ainsi assurée sur son territoire a permis à la Tunisie de mettre en valeur les ressources exceptionnelles qu\u2019elle offre comme pays de tourisme.Elle séduit non seulement par le charme de son climat, tempéré sur la côte, chaud dans l\u2019intérieur, par le pittoresque de la vie arabe qui reporte brusquement le voyageur en plein moyen âge, comme dans la vieille « cité sainte » de Kairouan.Mais elle est riche de spectacles naturels complètement différents de ceux des paysages européens.La sauvagerie de ses sites, les étonnants contrastes d\u2019aridité et de verdure tels que la brusque apparition d\u2019oasis de palmiers au milieu de sables désertiques, la féerie du soleil et la magie des couleurs y attirent depuis longtemps de nombreux 289 Revue Dominicaine touristes de même que l'originalité des mœurs musulmanes et l'évocation de tout un long et glorieux passé.Tout près de Tunis, Carthage n\u2019est plus guère qu\u2019un nom prestigieux.L\u2019œuvre du temps a complété la destruction commise par les hommes, si bien qu\u2019il faut beaucoup d\u2019imagination ou de fortes connaissances archéologiques pour reconstituer à l\u2019aide de quelques pierres et de quelques fûts de colonnes brisées, ce qui fut la splendeur de la rivale de Rome.Tout au moins le cadre de ces glorieux restes n\u2019a-t-il pas changé.A côté de la cathédrale Saint-Louis et du riche musée où les Pères Blancs ont recueilli les résultats de leurs fouilles, la colline de Byrsa domine la pente dévalant doucement vers une toute petite baie arrondie qui fut le port de Carthage.Et au loin, sur le bleu intense du ciel se profile la haute silhouette du Bou Kornine.Sur toute l\u2019étendue du pays de nombreuses ruines romaines ont été peu à peu mises à jour.C\u2019est, non loin de Tunis, Thuburbo Majus, où, sont conservées presque intactes, d\u2019étonnantes mosaïques ; plus loin, Dougga où l\u2019on admire les gradins d\u2019un vaste amphithéâtre et des thermes, si en vogue chez les Romains, Sbeitla célèbre par ses majestueuses colonnades, enfin le grandiose Colisée d\u2019El Djem que l\u2019on aperçoit de loin dans la plaine et dont la masse gigantesque grandit peu à peu jusqu\u2019à devenir plus impressionnante encore au milieu de cette étendue désolée, que celle du Colisée de Rome.En permettant de reconstituer l\u2019alignement des rues, l'emplacement des temples, des bibliothèques, des bains publics, des magasins, comme l\u2019agencement des maisons, ces vestiges témoignent de la brillante civilisation qui s\u2019était autrefois développée dans ces régions.Pour qu\u2019elle pût s\u2019épanouir à ce degré, il fallait que le pays fut singulièrement riche.290 L\u2019Œuvre française en Tunisie S\u2019il avait été prospère dans l\u2019antiquité, pourquoi 11e le serait-il plus aujourd\u2019hui ?La nature du sol, les influences du climat sont demeurées les mêmes.Qu\u2019une administration intègre et prévoyante dirige le pays et les hommes reprendront goût au travail et trouveront de nouveau un intérêt à faire produire la terre.Telle a été l\u2019œuvre entreprise par le protectorat français.Peu à peu, les terres abandonnées se sont transformées en espaces cultivés.Comme dans l\u2019antiquité, la terre tunisienne ne s\u2019est pas montrée ingrate.Réveillée par le labeur, sa fertilité s\u2019est révélée favorable au développement de plusieurs cultures.Dans les plaines du Nord-Ouest, vers les confins de l\u2019Algérie, pousse le blé.Blés tendres, blés durs sont produits en quantités considérables.Ce qui était le grenier de Rome est devenu un des greniers de la France.Ses colons s\u2019v sont installés et y ont prospéré.Les indigènes ont suivi leur exemple, abandonnant la primitive charrue de bois, qui ne faisait qu\u2019égratigner le sol, pour adopter les tracteurs, batteuses et autres machines agricoles dont l\u2019emploi est parfois mis en commun.Aussi cette région, la vallée de la Medjerda en particulier, est devenue une des plus riches du Protectorat.Déjà chère aux Romains, la culture de la vigne s\u2019est développée cl\u2019une façon intense.Elle est plus spécialement pratiquée par les Français et les Italiens, la religion musulmane interdisant aux Indigènes l\u2019usage du vin.Produit plus spécialement sur la côte maritime du Nord-Est, en particulier dans la pointe du Cap Bon, ce vin, tout comme celui de l\u2019Algérie voisine, est expédié en grande quantité en France.Sans être de qualité à concurrencer celui des vignobles de la métropole, il est largement utilisé dans des coupages.291 Revue Dominicaine Dans la même région, le climat marin et tempéré favorise des cultures on excellent les Indignées ; orangers, citronniers, fleurs destinées à produire des essences parfumées, comme celles de la rose ou du jasmin si appréciées des Orientaux.Bien que se rencontrant également dans le Nord du pays, l\u2019olivier règne en maître dans le centre, vers les côtes sablonneuses avoisinant les ports de Sousse et de Sfax.Il est le roi du riche Sahel.Sans doute sa culture se pratiquait-elle déjà avant l\u2019occupation française, mais d'une façon négligée et intermittente en raison de l'insécurité, alors que l'olivier est un arbre exigeant qui réclame des soins assidus et constants.Son extraordinaire développement dans une région jusqu'alors à peu près désertique est dû à l\u2019heureuse initiative d'un journaliste français, Taul Bourde.Visitant en 1892 les environs de Sfax, il avait été frappé de la fréquence avec laquelle se trouvaient dans les ruines des environs de petites cuves de pierre semblables à celles utilisées dans la campagne romaine pour la fabrication de l'huile.Leur présence sur ce territoire à apparence semi-désertique prouvait que le sol devait y être favorable à la culture de l\u2019olivier.Paul Bourde tenta l\u2019expérience.Ce fut un succès au delà de toute espérance.Une dizaine d\u2019années plus tard, une forêt d'oliviers commençaient à étendre son feuillage gris-argent sur une région où il n\u2019y avait jusque là que du sable.Et aujourd'hui la production de l\u2019huile est une des plus importantes sources de richesse de la Tunisie.Sa qualité très appréciée la fait expédier au loin, jusqu\u2019en Norvège où elle est utilisée dans la fabrication des conserves de poisson.Plus au sud, la chaleur et la sécheresse augmentant, les cultures deviennent rares.C'est la terre d\u2019élection du palmier dattier.Il suffit d\u2019une source, d\u2019un petit cours d\u2019eau, parfois 900 \u2014 U mâ L\u2019Œuvre française en Tunisie d\u2019un simple puits, dont la précieuse eau est jalousement répartie, pour faire jaillir d\u2019un désert une étonnante palmeraie.Les dattes qu\u2019elle produit sont soigneusement triées et mises en boîtes.Leur exportation à travers le monde procure un bien-être relatif à des populations dont les besoins sont encore très limités.Les résultats ainsi acquis dans le domaine agricole sont un des exemples les plus frappants du succès de cette collaboration qui est la base même du Protectorat.Les Français, nouveaux venus, n\u2019ont, en effet, pu les obtenir qu\u2019en faisant appel au concours de la population locale.Leur premier effet a été d\u2019enrayer les habitudes de nomadisme et d\u2019amener peu à peu les Indigènes à devenir sédentaires.Pour y réussir, il s\u2019agissait de les convaincre qu\u2019il était inutile d\u2019errer sans cesse à la recherche de leur subsistance et qu\u2019à condition de faire choix d\u2019un emplacement approprié, ils pouvaient améliorer leurs movens d\u2019existence.Tel a été le début d\u2019une «/ œuvre que l\u2019on nomme « la fixation au sol des Indigènes », appellation inexacte dans son raccourci brutal.Car cette fixation n\u2019implique, bien entendu, aucune sorte de contrainte.L'ensemble des mesures comprises sous ce nom consistent tout simplement à offrir aux habitants au moyen de prêts d\u2019argent et de semences, des facilités pour l\u2019établissement de communications et de constructions de cabanes et pour l\u2019irrigation, le moyen de s\u2019installer dans un centre reconnu à la fois salubre et apte à la culture, de s\u2019y fixer et d\u2019y vivre des produits du sol.René Ristelhueber (à suivre) 293 Leona rd de V i inci L'enfance de l\u2019artiste Si nous cherchons à évoquer les souvenirs les plus lointains de l\u2019enfance de Léonard, à nous approcher de cette enfance mystérieuse et secrète qui fut la sienne, dans ce petit village toscan où il grandit, enfant illégitime, au milieu des préoccupations uniquement terre à terre et bourgeoises de la famille des Vinci, nous ne pouvons nous empêcher de songer avec tristesse que si nous possédions, pour nous guider à travers cette période mal connue de son existence, des renseignements aussi abondants que Mozart nous en fournit dans ses lettres, aussi précis que Montaigne nous en a donnés dans son autobiographie, nous serions sans doute les témoins éblouis d\u2019une infinité de prodiges.Non pas que Léonard ait connu les triomphes qui ont marqué d\u2019un sillage éclatant l\u2019enfance de celui qui composait à quatre ans des menuets, de celui qui, à sept ans, émerveillait ses maîtres en traduisant les auteurs latins \u2014 pas plus qu\u2019il ne connut les cajoleries d\u2019une reine, les gâteries d\u2019un père qui faisait éveiller son fils au son des instruments les plus mélodieux, afin qu\u2019il puisse continuer le matin les songes agréables de la nuit.Nous savons, bien au contraire, que Léonard, élevé loin de la tendresse et des attentions maternelles, eut une enfance plus vagabonde que studieuse, et que, dans la petite province où son père exerçait les fonctions de notaire, il connut peu le monde, comme il connut peu les bancs de l\u2019école.Tl y apprit à lire, à écrire.Il savait un peu 294 Léonard de Vinci compter, il observait la nature, il dessinait.La formation artistique et intellectuelle du jeune Léonard n\u2019alla pas au delà de ces connaissances primaires jusqu\u2019à ce qu\u2019il entrât dans l\u2019atelier de Verrocchio, pour y commencer, vers l\u2019âge de quatorze ans, l\u2019apprentissage de la peinture et de la sculpture.Cette déficience, cette erreur fondamentale dans sa vocation d\u2019artiste et de savant, Léonard ne cessera de les déplorer au cours de sa vie.Ainsi que le disait Antonina Vallentin dans son livre sur Léonard « le savoir gigantesque qu\u2019il acquit par la suite fut tout entier une lente et pénible conquête ; il fut obligé d\u2019assimiler laborieusement les principes de chaque science au moment même où il se trouvait déjà au seuil de découvertes décisives » et l\u2019historien ajoute : « à une époque où la connaissance des langues et des auteurs classiques, où « les lettres », comme on les appelait, constituaient la clef qui ouvrait la porte d\u2019une élite sociale, Léonard dut rester en dehors de ce cercle d\u2019initiés ».Jusqu\u2019à quel point Léonard dépassa ces initiés, il serait superflu de le dire.Par ses découvertes de savant, par le rayonnement de son esprit universel, par sa vision poétique et philosophique du monde, et même par ses écrits, reflet et miroir de son âme et de son splendide génie, Léonard s\u2019inscrit au tout premier plan parmi les artistes les plus grands de la Renaissance.ijî\tî{î Malgré une facilité extraordinaire, une mémoire étonnante, il semblait \u2014 durant son enfance \u2014 peu porté à l\u2019étude, peu persévérant.C\u2019est donc que son esprit s\u2019intéressait à autre chose.La nature fut le premier et le seul maître de Léonard 295 Revue Dominicaine enfant.Et c'est ici que commence le prodige.L'enseignement et les leçons qu\u2019il puisait sans cesse au grand livre de la nature le passionnaient bien autrement que l\u2019ennuyeux travail scolaire.Il est impossible que cette enfance ne fut point marquée des signes du merveilleux, qu'elle ne fut point, dans ses mille détails, plus émouvante que les autres par ses réactions dans l\u2019âme et la sensibilité du futur Léonard, par tout ce qui se pressait dans son imagination d\u2019enfant d\u2019aspirations confuses, d\u2019étonnement grave, d\u2019interrogations pathétiques, d\u2019infini.Dans cette campagne toscane ou le paysage est l\u2019un des plus beaux et des plus poétiques du monde, l\u2019artiste qui est en lui trouve une inspiration, un aliment pour le rêve, un enrichissement de sa nature profonde ; et cette musique divine et impondérable des lignes et des couleurs, de l\u2019ombre et de la lumière, se retrouvera plus tard dans tout ce que le Vinci a signé de sa main, dans ses œuvres où la libre inspiration et les règles subtiles se conjuguent dans la plus merveilleuse des alchimies, dans ces créations où le rythme du monde s\u2019inscrit comme un symbole.La beauté du paysage qui l\u2019entoure, il ne la sent encore que confusément, sans doute ; il arrive parfois que les impressions d\u2019enfance dorment durant des années dans l\u2019inconscient de l\u2019artiste avant de passer dans son œuvre.Mais ce qui, dès sa première enfance, attire irrésistiblement Léonard, c\u2019est le côté fantastique, féerique et mystérieux de la nature, sa variété, sa prodigalité, c\u2019est le mouvement toujours renouvelé qui engendre la vue, ce sont les aspects multiformes, infinis de l\u2019univers et du monde qui frappent son imagination d\u2019enfant.Un instinct presque primitif guidait l\u2019enfance de Léonard à travers ce qu'il appelait « les mystères de l\u2019artificienne nature ».Il se sent déjà appelé, plus que les autres, à comprendre le sens des choses cachées, 20 O Léonard de Vinci à saisir d\u2019impénétrables secrets.Et c'est sans doute pourquoi la passion des livres et la passion de la science furent toujours étayées chez lui par l\u2019amour du réel, de la nature, de la vie, amour qui date de son enfance et qu\u2019il eut tout le loisir de cultiver, de développer en lui.Et c'est aussi ce qu\u2019Elie Faure résuma magnifiquement par ces mots : « Léonard posséda, à une époque oïl l\u2019idéalisme platonicien égarait les intelligences, le sens de la vie réelle qui conduit seul aux plus grandioses abstractions ».* * * Le paysage jouera un rôle extrêmement important dans les œuvres de maturité de Léonard, et pour créer l\u2019atmosphère de poésie qui règne autour de la Vierge aux Rochers, de la Joconde et de la Sainte Anne, il se souviendra du paysage natal et en reproduira les traits nostalgiques en les baignant d\u2019irréalité et de rêve.« Le village de Vinci s\u2019agrippe aux flancs du Mont Al-bano, disait Antonina Vallentin.Les tours du château et du clocher pointent au-dessus des petites maisons, éparpillées sur un contrefort de la montagne comme sur un socle.De l\u2019autre côté se dresse la chaîne du Mont Albano ; au seuil même du village commence la vie mystérieuse et séduisante de la montagne.Entre de hauts rochers les torrents se précipitent ; ils roulent des pierres pointues qui s\u2019usent, s\u2019arrondissent et vont plus bas se déposer sur les rives des fleuves assagis ».Ce paysage de montagnes, de torrents, de rivières et de vallées, Léonard lui donnera plus tard dans ses œuvres un caractère impersonnel, le montrant généralement dépouillé d\u2019arbres, dépouillé de tout ce qui indique la présence de l'homme.Il en fera un paysage presque lunaire.297 Revue Dominicaine Revenons une dernière fois à l\u2019enfance de Léonard.On raconte qu\u2019un jour, dans ses explorations à travers la montagne, après avoir marché durant des heures, il se trouva tout à coup, recru de fatigue, à l\u2019entrée d\u2019une caverne ou d\u2019une grotte, dans un endroit si isolé de la montagne qu\u2019il doutait qu\u2019un être humain ait jamais pénétré jusque-là.La solitude immense resserre son étreinte autour de l\u2019enfant.Il songe qu\u2019il a sans doute atteint les lieux inaccessibles où les aigles font leurs repaires, solitudes éternelles où la nature cache ses plus profonds mystères.Malgré l\u2019angoisse et la peur, une curiosité, un désir irrésistible le pousse à entrer dans cette caverne.Et Léonard racontera lui-même, quelques années plus tard, les détails de cette expérience extraordinaire, encore si vivace dans son souvenir.« Telle, écrit-il, une trombe de vent qui souffle sur le creux d\u2019une vallée sablonneuse et dans sa course rapide balaye tout ce qui lui résiste vers le centre.une mer en tempête ne mugit pas autrement quand un vent du Nord bat ses ondes écumantes, ni le Stromboli ou le Mongibello quand les flammes sulfureuses éventrent les grandes montagnes et vomissent en l\u2019air des pierres et de la terre avec du feu.Tiré par son désir ardent, avide de voir le grand mélange des formes variées et étranges créées par l\u2019artificieuse nature, je m\u2019aventurais parmi les sombres écueils.Et quand je m\u2019y fus attardé pendant un moment, ajoute-t-il, se réveillèrent en moi brusquement deux choses : peur et désir, peur de cet antre obscur et menaçant, désir de voir s\u2019il ne décelait pas quelque chose de merveilleux ».L\u2019on a cru voir en ce récit de Léonard un symbole, celui-là même de ses propres tourments et de ses propres angoisses dans la poursuite de la Connaissance, dans la recherche ardente pour la possession du Beau, lui qui dira plus tard, après avoir beau- 298 Léonard de Vinci coup souffert, beaucoup appris, beaucoup créé : « Le grand amour naît de la grande connaissance de la chose qu\u2019on aime : et si tu ne la connais pas tu ne pourras l\u2019aimer ou sinon pauvrement ».A côté de l\u2019amour de la nature, une autre passion se faisait jour chez Léonard enfant, et c\u2019était la passion de dessiner.Reproduire l\u2019aspect des choses belles, plaisantes ou fantastiques qu\u2019il rencontrait était pour lui beaucoup plus qu\u2019un amusement, et il s\u2019y appliquait avec toute l\u2019ardeur et toute la joie de la découverte.Que ne donnerions-nous pour pouvoir retrouver les dessins de Léonard enfant ! Nous savons que Léonard aimait à s\u2019entourer d\u2019un certain mystère, et que, dès cette époque, personne n\u2019avait accès à la chambre où il travaillait et où il amassait, avec ses dessins, ce qu\u2019un historien appelle « le butin merveilleux de ses randonnées », fleurs, animaux, cailloux, bestioles, qu\u2019il observe et dessine tout à son aise.Ce mystère que Léonard aimait à créer autour de lui et à répandre dans son œuvre, comme pour en accentuer la signification poignante, ce mystère s\u2019est lentement refermé sur lui et rien ne nous renseignera désormais, malgré la piété et la curiosité des historiens, sur les prodiges inouïs, les souvenirs adorables de l\u2019enfance de Léonard de Vinci.Mme Annette Lasalle-Ledtjc 299 Le journalisme, berceau des lettres canadiennes La phase canadienne L\u2019année 1806 marque une étape décisive dans la voie pénible du journalisme au Canada français pendant le dernier siècle.C\u2019est le 21 juin 1761 que parut, en terre canadienne, le premier journal français, ou plutôt bilingue : la Gazette cle Québec ; mais cet hebdomadaire anglo-saxon, rendez-vous occulte d\u2019informations défraîchies, métissage de mauvais anglais et de mauvais français, ne reflétait qu\u2019accidentellement les idées et les opinions de nos pères.En 1778 \u2014 près d\u2019un quart de siècle plus tard \u2014 la Gazette de Montréal, hebdomadaire dirigé par des Français de France, voulut être le porte-parole du Canada français ; tentative vaine et vouée à l\u2019insuccès, puisque des propos acariâtres et mâtinés de voltairianisme ne pouvaient, quelques années après la conquête, rallier tous les suffrages en faveur de Fleury Mes-plet et de Valentin Jautard.Il faut attendre jusqu\u2019en 1806 pour trouver chez nous un journal franchement canadien-français qui s\u2019intitulera bellement : Le Canadien.Avec ce périodique publié à Québec par Michel Bibaud, nous entrons dans la phase cana-dienne-française proprement dite du journalisme, berceau des lettres au Canada français.Phase militante assurément ! Il ne fallait plus fureter de droite ou de gauche.Trêve des logogriphes vains ou de phraséolo-gies soporifiques dont les gazettes de Montréal ou de Québec avaient fait trop ample consommation.Les positions canadiennes-françaises devenaient menacées au début du XIXe siècle._> 300 Le journalisme, berceau des lettres canadiennes Un journal canadien de langue anglaise vit le jour en 1805 ; il s'appelait le Mercury.Un chauvin anglo-saxon n\u2019avait-il pas déversé sa bile antifrançaise dans les colonnes du périodique et mis, noir sur blanc, une phrase cinglante : « Cette province est déjà trop française pour une colonie britannique ».Il y avait belle lurette que certains marchands de Montréal et de Québec s\u2019en étaient rendu compte et souscrivaient à cette opinion, dans le privé du moins.Mais voici que cette vérité, déprimante pour bon nombre de trafiquants, réconfortante pour les fils du sol, s\u2019étalait dans une « gazette ».Voici qu'elle sonnait le ralliement des forces francophobes du pays.Une minorité agissante 11e voulait-elle pas mettre une majorité bonasse en demeure de se dessiller les yeux, d'opter pour un avenir prometteur au lieu de rester attachée à ces vieilles lunes qui avaient noms langue, coutumes, traditions et esprit français.Il n'en fallait pas plus pour piquer au vif les Canadiens authentiques.Une riposte prompte s'imposait et s'effectua avec la fondation du Canadien, premier défenseur attitré des droits naturels, historiques, politiques et religieux du Canada français.La meilleure défensive, c\u2019est l'offensive ; les Canadiens de 1806 n'ignoraient pas cet axiome.Le nouveau journal 11e ressemblera pas seulement à un grand vitrail dans lequel flamboiera le soleil des croyances ancestrales des Canadiens français ; il sera aussi une épée, une fine lame au service des vaincus.Et il était écrit que la première victime du nouveau combattant 11e serait autre que cet audacieux Mercury, ce « Mercure » comme disaient les Canadiens de 1806, déjà traducteurs malgré eux.Les premiers numéros du journal canadien-français sont, à cet égard, significatifs.Le 29 novembre 1806, une fable dédiée au Mercury se lit comme suit : Revue Dominicaine L'Erable dit un jour à la ronce rampante : Aux passans pourquoi t'accrocher ?Quel profit, pauvre sotte, en comptes-tu tirer ?Aucunj lui repartit la plante : Je ne veux que les déchirer.L\u2019Erable, c\u2019est-à-dire le Canada français ; la ronce, c'est-à-dire les ennemis du Canada français et, au premier chef, le Mercury.L\u2019Erable, symbole des forces vives du pays ; la ronce, image de l\u2019envie, de la jalousie et de la haine entreprenant une œuvre frappée de stérilité dès son berceau.Evidemment le Canadien, à peine né, avait pris la détermination de porter le fer dans l\u2019abcès.Au Canada français comme en France, les mots d\u2019esprit ne perdent jamais leurs droits.Deux semaines plus tard, le Canadien changea de ton et substitua une malice à la fable apparemment innocente.Il monta en épingle une épigramme qui méritait vraiment de l\u2019être à une époque où l\u2019esprit boulevardier n\u2019avait en aucune façon émigré au Canada français.Le 13 décembre 1806, les abonnés du Canadien purent lire ce qui suit sur la quatrième page du journal : L\u2019effet connu du mercure, Est douloureux mais puissant, Il répare la nature, Purge la masse du Sang ; Mais celui que nous apprête, L\u2019Ap oth i c aire-impri meur, Ne fait qu'étourdir la tête, Et nous faire mal au cœur.302 Le journalisme, berceau des lettres canadiennes Tous ces traits, toutes ces ripostes composeront au Canadien une originalité d\u2019excellent aloi.Les auteurs des articles qui seront plus tard rédigés pour servir les intérêts de Sa Majesté la Langue française s\u2019effaceront presque toujours devant une signature impersonnelle, selon la mode alors en vogue ; ils n\u2019en donneront pas moins des coups de sape à la boutique du Mercury.En outre, la fondation du premier journal canadien-français constituera un précédent sur lequel viendront s\u2019appuyer, au cours du XIXe siècle, bon nombre de hardis imitateurs.Le Canadien fera souche.Plusieurs des descendants, malingres et souffreteux, mèneront, il est vrai, une existence éphémère.L\u2019un d\u2019entre eux cependant aura une longue vie.Si la chance l\u2019eût favorisé, il serait devenu centenaire : il s\u2019agit de La Minerve vénérable fondée en 1826.Cet important journal retiendra bientôt notre particulière attention.On nous saura peut-être gré de feuilleter tous ces anciens journaux et de suivre l\u2019évolution des théories et des opinions littéraires au Canada français depuis le début du XIXe siècle jusqu\u2019à l\u2019insurrection de 1837.Pour se reconnaître dans le maquis des informations complexes et.des notations enchevêtrées qui s\u2019offre à lui, l\u2019historien des lettres canadiennes dispose ici de plusieurs poteaux indicateurs.En 1764, un seul journal québécois lui sert de fil d\u2019Ariane ; en 1778, un journal montréalais lui fournit pendant quelques années, un autre fil conducteur ; en 1806 le Canadien, en 1807 le Courrier de Québec, en 1810 le Vrai Canadien, en 1813 le Spectateur canadien, en 1817 VAurore, en 1818 V Abeille canadienne, surtout la Minerve en 1827 et Y Ami du Peuple en 1832, présentent aux amateurs et aux spécialistes autant de sources révélatrices et encore peu utilisées de notre petite histoire littéraire.A côté de beaucoup de paille, il s\u2019y 303 Revue Dominicaine trouve un peu de grain dont il convient d\u2019être avare.A petit mercier, petit panier.Faut-il encore une fois donner au lecteur un loyal avertisse-ment ?Faut-il répéter que les chercheurs de chefs-d\u2019œuvre perdront leur temps à parcourir les pages qui vont suivre ?Nous n\u2019éprouvons, quant à nous, aucune gêne à ressasser un argument présenté à plusieurs reprises.Tant pis s\u2019il prend figure de rengaine aux yeux des purs esthètes.Si les littératures coloniales remportaient quelquefois sur les littératures métropolitaines, ce serait vraiment dommage pour ces grands centres de culture que sont Paris, Londres, Rome et combien d\u2019autres capitales européennes.Si le Canada français avait, dès 1800, attiré sur lui l\u2019attention du monde lettré par l'excellence de ses productions littéraires, tous les savants en us auraient perdu leur latin à expliquer ce phénomène.Ils n\u2019ont jamais eu, Dieu merci, l'occasion de s\u2019astreindre à une pareille besogne ni chez nous.ni dans aucun autre petit pays.La Suisse, par exemple, s\u2019enorgueillit d'une histoire séculaire ; ses traditions, sa mentalité, son âme offrent, semble-t-il, une ample matière à l\u2019ingéniosité de ses écrivains français vivant à quelques pas de Paris.Or, de l\u2019aveu de tous les critiques, la littérature suisse d\u2019hier et d\u2019aujourd\u2019hui est incontestablement pauvre.Chez elle, dit-on, le souci de moraliser passe avant le culte de la forme.Si tel est bien le cas \u2014 et l\u2019on ne voit guère à quoi rimerait le mensonge d\u2019auteurs suisses eux-mêmes qui ont consigné cette observation \u2014 les lettres canadiennes et les lettres suisses se ressemblent comme deux sœurs ; deux sœurs depuis longtemps éloignées de la maison paternelle, par la force des circonstances, et désireuses de préserver dans leurs chaumières quelques vestiges d'un passé cher.304 Le journalisme, berceau des lettres canadiennes C\u2019est entendu : les délicats sont malheureux ; rien ne saurait les satisfaire.A eux comme aux chercheurs de chefs-d\u2019œuvre il faut des écrits qui se rapprochent d'un idéal établi d'avance.Plutôt que de lire de la prose ou des vers écrits d\u2019une main inexperte, ils aiment mieux fermer les yeux, faire la moue et vaquer à des occupations plus sérieuses.Grand bien leur fasse ! Nous persistons à croire que l'œuvre littéraire canadienne \u2014 comme d\u2019ailleurs l\u2019œuvre littéraire française, anglaise, belge, japonaise ou chinoise \u2014 offre un vif intérêt à qui l\u2019étudie simplement dans le milieu intellectuel, politique, social et religieux où elle est née ; ainsi élargie et approfondie, elle révèle tous les mille et un liens qui la rattachent à l\u2019histoire d\u2019une civilisation et de l\u2019humanité.Un grand élément de beauté dans un ouvrage littéraire, c'est la nature humaine qui s\u2019y montre.A-t-on oublié les graves préceptes que Renan formula en 1890 dans son Avenir de la Science ?Il osait affirmer que toute œuvre n\u2019a de valeur que dans son encadrement et que l\u2019encadrement de toute œuvre, c\u2019est son époque.Sans doute avons-nous depuis quelque peu déchanté.Indépendamment du milieu d\u2019où il est sorti, un chef-d\u2019œuvre a une beauté propre, permanente, rayonnante et impondérable, du moins à certains égards.Si l\u2019époque et l\u2019ambiance expliquent tout, Thomas Corneille devient l\u2019égal de son frère Pierre.Toutefois l\u2019axiome renanien s\u2019applique encore \u2014 avec certaines réserves \u2014 à l\u2019œuvre dépourvue de hautes prétentions artistiques.Elle aussi révèle un aspect de la nature humaine ; elle aussi, pour être bien comprise, ne saurait être séparée de son milieu.Certains bas-reliefs de cathédrales gothiques ne sont pas beaux, au sens hellénique du terme, puisqu\u2019ils représentent même des animaux immondes ; les têtes égyptiennes du Louvre, de même que les êtres grotesques et imaginaires dont les sculp- 305 Revue Dominicaine teurs du moyen âge ont peuplé la France, pris en eux-mêmes, sont franchement laids.Qui voudrait cependant les transformer, au nom de je 11e sais quel idéal esthétique ?Ces têtes égyptiennes rappellent les splendeurs d'une civilisation remarquable.Ces bas-reliefs, ces statues font partie intégrante du temple qui les abrite ; ils aident à comprendre l\u2019esprit et les mœurs du temps ; à l\u2019homme du XXe siècle, ils apportent un irrécusable témoignage sur l\u2019homme d\u2019antan.Ils reconstituent indirectement une certaine atmosphère de beauté et de magnificence au sein de laquelle se réalisèrent et s\u2019épanouirent, il y a plusieurs siècles, de sublimes rêves.Les rêves de nos pères valent bien ceux des anciens Egyptiens ou des bâtisseurs de cathédrales.Eux aussi voulurent s\u2019agripper à ce qui est éternel.Le présent ouvrage 11\u2019a d\u2019autre ambition que de relater les généreuses tentatives des intellectuels canadiens-francais du XIXe siècle naissant et de souligner l'originalité du petit patrimoine littéraire qu'ils ont su constituer.Même dans le Canada français du XXe siècle, les paroles et les écrits de ces chers anciens éveilleront de profondes et d'émouvantes résonances.Séraphin Marion 306 Directives pratiques Consultation canonique Non-catholiques témoins au mariage de catholiques ?Le mariage entre catholiques doit être contracté, sous peine de nullité, devant le curé de la paroisse, ou l\u2019Ordinaire diocésain, ou encore devant un prêtre délégué par l\u2019un des deux.Avec le prêtre qui assiste au mariage, il doit y avoir au moins deux autres témoins : forme normale de la célébration du mariage imposée par la loi de l\u2019Eglise (c.1094), obligatoire même dans le cas d\u2019un mariage mixte, c.-à-d.entre un catholique et un non-catholique.On demande : les non-catholiques peuvent-ils servir de témoins au mariage des catholiques f Le mariage consiste essentiellement dans l\u2019échange du mutuel consentement des époux en vue de la vie conjugale.Il devrait exister dès que l\u2019homme et la femme expriment et réciproquement acceptent leur consentement.Mais parce qu\u2019il intéresse au plus haut point l\u2019Eglise et la société civile que le mariage soit reconnu comme un fait public, celui-ci doit être contracté devant des témoins.La présence des témoins, en effet, est exigée à cette seule fin qu\u2019ils puissent rendre témoignage du consentement mutuel des époux et faire la preuve que le mariage a vraiment été célébré.Quelles sont les qualifications requises pour jouer un tel rôle ?Il faut tout d\u2019abord distinguer entre les qualifications requises pour la validité du témoignage et celles requises pour la licéité.Pour être validement témoin, il suffit qu\u2019une personne ait l\u2019usage de la raison et soit capable de rendre compte de ce qui s\u2019est fait en sa présence.Il n\u2019est pas même nécessaire qu\u2019elle ait 307 Revue Dominicaine été priée ou ait l\u2019intention de remplir ce rôle.L'on fait donc abstraction de la religion du témoin, de son sexe, de son âge.Une seule chose est requise de sa part : l\u2019usage de la raison en vue du témoignage à apporter de la cérémonie elle-même du mariage.Mais pour la licéité de l\u2019acte, il est requis que le témoin soit catholique.Un non-catholique ne saurait être admis sans une autorisation spéciale.Ainsi en a décidé le Saint-Office le 19 août 1891.Selon la teneur du décret, un non-catliolique 11e peut servir de témoin au mariage d\u2019un catholique que si un motif sérieux, au jugement de l\u2019autorité diocésaine, milite en sa faveur, et à condition que le scandale soit é\\rité \\ La raison de cette décision provient de ce que le mariage est une cérémonie religieuse.Il est célébré dans l\u2019église et selon les rites de la liturgie sacrée.Or il a toujours été défendu d\u2019admettre les non-catholiques à prendre une part active aux fonctions liturgiques de l\u2019Eglise.Si l\u2019on fait exception à cette règle générale, en permettant à un non-catholique de servir de témoin au mariage d\u2019un catholique, c'est qu\u2019il 11e prend pas une part active à un office liturgique ; il n\u2019y joue qu\u2019un rôle purement passif.Il est facile d\u2019obtenir la permission requise, quand il s\u2019agit par exemple du mariage d\u2019un converti dont toute la parenté est protestante.Etant donné que c'est ordinairement un proche parent qui sert de témoin au mariage, 011 11e sera pas étonné de voir un non-catholique en remplir le rôle.Dans le cas d'un mariage mixte, la permission sera accordée encore plus facilement, car alors il n\u2019v a pas de cérémonie religieuse.Tous les rites sacrés doivent être omis (c.1102).Le prêtre 11e porte ni surplis, ni étole ; il 11e récite aucune prière liturgique ni 11e donne la bénédiction nuptiale.Tout simplement il demande et reçoit le mutuel consentement devant les deux témoins dont la présence est requise.Raymond Charland, O.P.*; / 1.Cf.Gasparri : Fontes Juris canonici, vol.IV, p.469. Le Sens des Faits PIE XII, Pape.Le « fait » qui dominera tous les autres au cours de ce mois de mai mil neuf cent quarante-deux, c\u2019est le jubilé épiscopal de Sa Sainteté Pie XII.Il y aura, en effet, vingt-cinq ans, le mercredi 13 prochain, que Monseigneur Pacelli reçut la plénitude du sacerdoce, dans la chapelle Sixtine, des mains de Benoît XV lui-même.Conformément aux désirs et aux volontés de ses pasteurs, le Canada catholique va célébrer cet heureux anniversaire par une semaine entière, du dimanche 10 au samedi 16 mai, consacrée à prier pour le Souverain Pontife comme à exalter son œuvre dans l'univers.Ce nous sera une réalité très douce, à nous, Canadiens de langue française.Comment ne pas évoquer avec émotion la ferveur que nos mamans ont apportée à nous initier à l'amour et à la vénération de « Notre Saint Père le Pape », comme on dit chez nous avec une si filiale et si profonde tendresse ?Si jamais nous avons causé quelque ennui au Vicaire du Christ ou à son entourage immédiat, c\u2019a été en recourant trop fréquemment à Lui pour des motifs qui n\u2019en valaient pas la peine.On admettra que c\u2019est peu de chose.Et après la récente parution de volumes où un folliculaire a ressassé à l'excès les petits côtés de ce grand amour du Pape, qu'il me soit permis de mettre aujourd\u2019hui Lac-cent sur le principal, sur cette intime soumission au Souverain Pontife et sur ce respectueux et profond amour de Pierre qui est la caractéristique par excellence de l\u2019âme catholique canadienne-française.Le fondement solide d\u2019une telle dévotion, c'est que le Pape est le « doux Christ en terre », comme aimait à le proclamer sainte Catherine de Sienne.Derrière le Pontife visible, l'hommage conscient de tous nos compatriotes monte vers Celui que saint Pierre lui-même, dans sa première lettre (II, 25) appelait «le Pasteur et l\u2019Evêque de (nos) âmes», Xotre-Seigneur Jésus-Christ.Si néanmoins l\u2019amitié vitale et vivifiante avec le divin Maître, l'esprit de foi en tout et partout, la hauteur et le désintéressement des vues, le zèle actif et prudent, couronnent par surcroît celui qui est le Vicaire du Christ \u2014 l'amour dans Lobéis- 309 Revue Dominicaine sance est facilitée aux catholiques, le respect, imposé aux chrétiens dissidents et aux païens.Ce serait travail superflu de relever dans la personne de Notre Saint Père le Pape Pie NIT quelques-unes des raisons qui rendent plus aisée à ses fils la vénération qu\u2019ils lui doivent.Gesta Dei per Piurn : combien c\u2019est vrai, et combien ce le sera encore plus demain, à l'heure de cette paix qui, espérons-le avec notre Père commun, s\u2019avérera un opus justitiœ.L\u2019union mystique, intime, profonde du Vicaire du Christ avec son Maître a rarement été une réalité plus solide et plus agissante que dans le cas de S.S.Pie XII.Son programme de toujours, qu\u2019il ne faut pas se lasser de rappeler parce que c\u2019est là le secret de sa vie, portait qu'il ne voulait être qu'un instrument de Dieu et son ami.La dignité suprême de la Papauté lui a simplement fourni son total épanouissement intérieur et extérieur.Ceux des nôtres qui ont vu prier et entendu prêcher le Cardinal Pacelli ont deviné quelque chose de son amitié avec l\u2019Epoux.Comment 11e pas rappeler ici le Te Deum du jubilé de Pie XI à Saint-Jean de Latran, le 20 décembre 1929, où le Cardinal paraissait si profondément uni à Dieu ?Ou les grandes journées de Lourdes en fin avril 1935 ?Ou, le 26 décembre de la même année, la réception du Cardinal Secrétaire d\u2019Etat dans le Tiers-Ordre de Saint-Dominique, à Rome, en la chapelle du Maître Général des Prêcheurs, devant les tableaux si évocateurs du Père Couturier ?Ou la légation de Lisieux et l\u2019émouvant sermon à Notre-Dame de Paris en juillet 1937 ?Ou les panégyriques de saint Albert le Grand et de saint Dominique, dans la chaire de l\u2019église de la Minerve à Rome, où le futur Pape laissa transpercer malgré lui quelque chose du « secret du Roi » dans sa vie personnelle ?Ou enfin, dans la même basilique, l\u2019éloge de sainte Catherine de Sienne par le Pontife Suprême, le 5 mai 1940 ?C\u2019est donc du meilleur de nos âmes que nous prierons pour Sa Sainteté Pie XIT pendant toute la deuxième semaine de ce mois.Vraiment, 110s chefs religieux ont été on 11e peut mieux inspirés en assignant la journée jubilaire elle-même du mercredi 13 à la supplication de tous les enfants du Canada.Interprètes de 110s âmes filiales, que des voix innocentes, des voix d\u2019enfants de chez nous, brisent leur pur cristal aux voûtes de nos églises : Oremus pro Pontifier nostro Pio ! Dominus conservât eum et vivificet eum et beatum faeiat eum in terra ! A.Papillon, O.P.310 Le Sens des Faits Son Excellence Mgr Douville.L\u2019Annonciation de Notre-Dame nous a apporté l\u2019heurense nouvelle de l\u2019élévation de Son Excellence Monseigneur Arthur Douville à la coadjutorerie de Saint-Hyacinthe « cum futura successione ».D\u2019un cœur respectueux, nous exprimons à Son Excellence les félicitations, les prières et les vœux des abonnés comme des rédacteurs de la Revue Dominicaine.Déjà, il y a un peu plus de deux ans, à propos de l\u2019élection de l\u2019Auxiliaire de Saint-Hyacinthe, le T.R.P.Gaudrault, Provincial des Dominicains, soulignait ici même les caractéristiques du nouvel évêque : l\u2019alliance de la haute culture intellectuelle avec la profonde vertu sacerdotale, une pratique solide et fructueuse des sciences sacrées comme des mouvements d\u2019Action catholique, une très ferme et lucide orientation doctrinale, particulièrement utile en ces temps tourmentés.Toutes qualités dont les catholiques maskoutains ont pu constater l\u2019emprise sagace, probe et sereine.L\u2019alliance désormais indissoluble de Monseigneur Douville avec l'Eglise de St-Hvacinthe nous rappelle que ces deux noms établissent une parfaite équation dominicaine, l\u2019évêque comme le protecteur céleste du diocèse étant fils de Dominique.Cette équation se réalise en cette année mil neuf cent quarante-deux qui marque le centenaire des premières démarches de Mess ire \u2022Joseph-Sabin Raymond auprès du P.La corda ire (Nancy, début décembre mil huit cent quarante-deux) pour obtenir des Frères-Prêcheurs à la terre maskoutaine.Double présage heureux, entre beaucoup d\u2019autres, d'une carrière d\u2019évêque déjà remarquable par le rôle personnel de l'ouvrier et par l'ampleur de son œuvre pastorale.A.Papillon, O.P.La « Fédération ».Tout le monde sait de quelle magnifique organisation il s\u2019agit.Donc la Fédération des œuvres de charité canadiennes-françaises a entrepris son obligatoire campagne de souscriptions volontaires en plein milieu de mars, juste après qu\u2019eut été bouclé le second emprunt national pour la victoire.A ce dernier appel du gouvernement canadien nos compatriotes avaient répondu 311 Revue Dominicaine plus que généreusement.Qu\u2019allait-il advenir de l'appel consécutif lancé par nos œuvres charitables de la métropole ?Les résultats ont dépassé le total demandé.Les différents secteurs ont fait preuve d\u2019un sens remarquable de l\u2019organisation, non moins que d\u2019un courage hors ligne, comme ce fut spécialement le cas en ce «dimanche de l\u2019inondation» (22 mars).L\u2019impression sur nos concitoyens d\u2019origine britannique ou irlandaise en a été des plus solides.A force de nous regarder nous déprécier nous-mêmes à propos de notre enseignement ou de tout ce que nous pouvons dénicher, ils en étaient venus à croire, souvent malgré eux, à un réel complexe d\u2019infériorité de notre part.L\u2019élan final provoqué par cette campagne de la Fédération, engagée dans des circonstances si peu favorables, leur a fait modifier leur point de vue.Ils ont contrôlé à l\u2019œuvre les chefs des différentes sections et des délégations paroissiales.Ils ont regardé agir le président général : un homme d\u2019affaires canadien-fr aurais, au regard clair et décidé, à l\u2019équilibre magnifique, à l\u2019imperturbable bon sens, possédant l\u2019intelligence autant que l\u2019amour des responsabilités.Un chef et un réalisateur.Ses collègues furent à son image.Et c\u2019est tant mieux pour notre réputation auprès des Canadiens d\u2019autre origine.Comme aussi, espérons-le, pour enrayer notre neurasthénie.Albert Lacroix Projection.Chopines Colas Cantin n\u2019a pas tenu jusqu\u2019à Pâques, il a changé de sang de phobie, tout simplement.Le voici qui m\u2019arrive au soir du Jeudi Saint, plus morne, plus abattu si possible qu\u2019en nos précédentes rencontres.Ne dirait-on pas qu\u2019au lieu d\u2019une discussion au comptoir avec ses intellectuels de café, il vient de subir un hold up ?Et toujours cette moiteur autour d'une bouche qui devient en ces moments-là, triangulaire.Cette fois, c\u2019est un ouvrier de la voirie, aisément reconnaissable : teint saccagé, boîte à lunch, coupe-vent, casquette et cigarette, qui l\u2019a mis à quia par une simple formule, abrupte et colorée.Il venait d\u2019apprendre, en lisant les nouvelles d\u2019Ottawa, que l\u2019immunité du service militaire était maintenue pour le clergé, et il déclarait scandale de la sorte : « J\u2019calcule qu\u2019une 312 Le Sens des Faits chopine de mon sang vaut la chopine de sang d'un prêtre ».Sur quoi l\u2019honnête marchand, interloqué, mêlé dans ses comptes, se trompe en faisant le change, et mêlé dans ses idées, se sent inca- pable de lui rendre la monnaie de sa pièce.Il y a de ces réflexions qui du coup s\u2019installent chez vous, après s\u2019être ouvert la voie par une pénétration insidieuse, rapide et ferme comme celle d\u2019une aiguille hypodermique.Me voici donc engagé avec Colas dans un exposé de faits et de principes que je résume ici pour le bien de certains lecteurs.L\u2019unique distinction à établir, la distinction entre l\u2019individuel et le social, mon ami la connaissait de longue date ; et seule la surprise de l\u2019aiguille l\u2019avait empêché d\u2019y recourir.Si vous considérez les personnages comme individus, la thèse des chopines de sang ne se pose guère ; le sang d\u2019un laïc vaut celui d\u2019un prêtre, le sang d\u2019un débardeur, celui d\u2019un magistrat : la vie pour chaque homme est le premier des biens.Mais pourquoi recueille-t-on chaque jour des réflexions comme la suivante ?: « Xe vous exposez pas à tel danger, votre vie est plus précieuse que la nôtre ! » Pourquoi l\u2019état-major d\u2019une armée, avec l\u2019approbation commune, se tient-il constamment à l\u2019abri des coups ?Parce que la valeur sociale d\u2019un homme, due au rang qu\u2019il occupe, aux fonctions qu\u2019il exerce, augmente à un degré incalculable le prix de son sang, mêlé en quelque sorte à celui des autres.Je n\u2019envisage pas de façon exclusive la prééminence du titre ou du métier.Il peut arriver qu\u2019à un certain tournant de guerre ou de crise économique, le rendement social d\u2019un paysan dépasse celui d\u2019un professionnel, en les supposant tous deux à la hauteur de leur tâche.Mais toujours et partout le sacerdoce contient une valeur, une utilité sociale supérieure aux autres, au point de défier toute comparaison.Je ne dis pas tout rapprochement, car on ne saurait mieux exalter une fonction, celle du médecin par exemple, qu\u2019en la présentant comme «une manière de sacerdoce».Sans la religion, impossible à l\u2019homme d\u2019atteindre surnaturellement sa fin dernière.Sans la religion, impossible à l\u2019immense majorité des hommes de vivre vertueux et honnêtes, et d\u2019ambitionner la paix dans une société devenue alors « un coupe-gorge et un mauvais lieu» (Taine).D\u2019autre part, et l\u2019histoire universelle en témoigne, pas de religion sans prêtres ; et surtout, pas de religion catholique, car sans eux il n\u2019v aurait plus ni Eglise, ni sacrements, ni sacrifices, ni enseignement de la foi.313 Kevue Dominicaine Quoi d\u2019étonnant à ce qu'un gouvernement soucieux du droit naturel se croie tenu de seconder la législation canonique en exemptant du service militaire ceux qui ont reçu les Ordres ou se préparent à les recevoir.« S\u2019il est nécessaire que l\u2019Etat dispose d\u2019une force matérielle suffisante pour maintenir le bon ordre à l\u2019intérieur et repousser les attaques de l\u2019étranger, il est nécessaire aussi qu\u2019il satisfasse aux besoins religieux de la nation, et laisse aux citoyens les moyens sans lesquels ils ne croiraient pas pouvoir rester vertueux, ni atteindre leur fin dernière » (Diet.Apol., au mot «Immunités»).L\u2019objection du « l\u2019un n\u2019empêclie pas l\u2019autre » ne résiste pas à la force des principes et à la brutalité des faits.L\u2019Eglise a horreur du sang.Elle interdit aux lévites le port des armes.L\u2019exercice continu des vertus de piété, de douceur et de chasteté réclame des conditions que la vie des camps ne peut offrir.Le Pape Léon XIII a mis ces vérités en haute lumière clans l\u2019encyclique Jampridem adressée aux évêques de Prusse, le 6 janvier 1886.Quand au recrutement sacerdotal, si d\u2019une part il s\u2019avère de plus en plus indispensable, à cause de la multiplicité croissante des œuvres, l\u2019asservissement du clergé au service militaire le rend d\u2019autre part impossible, ou le réduit à l\u2019ingrat minimum.C\u2019est à peine si l\u2019autorité peut pourvoir aux services d\u2019aumônerie.La seule absence du prêtre-soldat durant une guerre comme celle-ci cause un tort incalculable aux diocèses et aux paroisses, en supposant qu\u2019il en revienne sain et sauf.On compte, depuis l'ouverture des hostilités jusqu\u2019à l\u2019automne 1941, environ 4800 prêtres et séminaristes français retenus en Allemagne ou déportés ailleurs.La pénurie sacerdotale se fait sentir jusque dans notre Province, en dépit de l\u2019exemption militaire et des augures de faux prophètes laissant prévoir un sauve-qui-peut de la jeunesse vers les cloîtres à la seule idée du camp d\u2019entraînement.Et pour conclure, je dis à mon visiteur réconforté, mais confus de m\u2019avoir dérangé pour une consultation par trop simpliste : « N\u2019oublie pas, Colas, que chez eux comme en terre canadienne, les prêtres offrent sans cesse à l\u2019Eglise et à la Patrie le sang de l\u2019âme qui ne se mesure pas à la ehopine ».Critic us Erratum.\u2014 Dans l\u2019article « Evangile ou Eglise ?» livraison d\u2019avril (p.209), une erreur typographique a échanpé aux correcteurs : le Code de Droit Canonique contient 2 414 articles et non pas 2 244.\u2014 N.D.L.R. L Esprit d es Livres Joseph C.Fenton \u2014 « The Concept of Sacred Theology ».1 vol.in-8 de 276 pa ges.Milwaukee, The Bruce Publishing Company, 1941.Du Docteur Joseph Clifford Fenton, devenu assistant-professeur de dogme à la Faculté de Théologie de l\u2019Université de Washington, j\u2019ai déjà recensé ici The Theology of Prayer (R.D., juin 1940, page 324).Le présent volume renferme, légèrement radoubée et allongée, la dissertation doctorale présentée par l\u2019auteur à l\u2019Angelicum de Rome, voici douze ans.C\u2019est la diligente compilation d\u2019un bon élève, peu formé au travail scientifique.Un exposé tel que le permettaient l\u2019ardeur plutôt restreinte et le degré d\u2019investigation historique chez maint docteur placide d\u2019avant la Constitution Dens Scientiarum Dominus.Division traditionnelle : sujet, objet, énumération détaillée des lieux théologiques, systèmes et écoles, unité de la théologie, et enfin son histoire quadripartite : patristique, médiévale, moderne et américaine du Nord.Auteurs de chevet pour poser la notion même de théologie : Lépicier, Tanquerey, Felder, et, ce qui est moins pauvre : Schultes.Dans son énoncé des lieux théologiques et son résumé de l\u2019histoire de la théologie, M.l\u2019abbé Fenton répète ce que l\u2019on trouve partout.Une des rares phrases inédites, je crois bien, concerne notre distingué compatriote, M.Auguste Ferland, P.S.S., dont le thomisme est qualifié d\u2019« eminently irenic and exact » (page 262).De toutes les études récentes sur la nature de la théologie, l\u2019auteur connaît seulement celle du R.P.Louis Charlier, O.P.: Essai sur le Problème Théologique.Il eût gagné, et ses élèves avec lui, à repérer et à étudier l\u2019ensemble de ce mouvement dont la genèse se trouve dans un cours de M.le chanoine R.Draguet à l\u2019Université de Louvain pendant l\u2019année scolaire 1935-36.Les points essentiels de ces leçons louvanistes ont été publiés, sous le titre : Méthodes théologiques d\u2019hier et d\u2019aujourd\u2019hui, dans La Revue catholique des idées et des faits (Bruxelles) en janvier et février 1936.Suivirent les contributions de M.Jean Rivière, des RR.PP.Jean-François Bonnefoy, O.F.M., Louis Charlier, O.P., Paul Wyser, O.P., Rosaire Gagnebet, O.P.et Marie-Joseph Congar, O.P., sans compter plusieurs autres moins remarquables mais cependant utiles à quiconque veut dégager « le concept de la sainte théologie ».Le Dr Fenton ne semble pas soupçonner qu\u2019en 1941 la théologie puisse encore s\u2019interroger sur elle-même, sur son objet et sur sa méthode ; que, loin de penser avoir tout dit et n\u2019avoir plus qu\u2019à se répéter, elle puisse connaître une faculté de renouvellement par accroissement et adaptation, dans la fidélité à sa tradition propre, selon la loi de progrès qui convient à un vivant.C\u2019est là la déficience majeure de son livre.315 Revue Dominicaine Gomme lacune mineure, on ne peut ne point relever les nombreuses erreurs dans l\u2019orthographe des noms propres, par exemple : Medices (p.251), Freithoff (p.255), Charier (p.267), ou dans les dates: v.g.le P.Buonpensiere est mort en 1929, non en 1924, comme écrit l\u2019auteur (p.254).Les titres d\u2019ouvrages français échappent rarement à un écorchement.A propos de la place occupée par le T.R.P.Garrigou-Lagrange dans le domaine de la théologie spirituelle (p.216), il fallait citer Les trois âges de la vie intérieure, et non pas seulement un ouvrage paru en 1923.On doit donc souhaiter à l\u2019auteur une information critique plus étendue et plus poussée, avec, surtout, une pensée personnelle et pénétrante.A.Papillon, O.P.Abbé Paul Lachapelle \u2014 « Quinze leçons de psychiatrie pastorale ».1 vol.in-12 de 294 pages.Montréal, Editions Beau-ehemin, 1942.En vente à : La Librairie Dominicaine, Montréal-Ottawa.En entreprenant d\u2019écrire ce petit traité de psychiatrie pastorale l\u2019auteur a formé le très heureux dessein d\u2019initier ses confrères, les plus jeunes surtout, à l\u2019étude de la pathologie mentale.Personne n\u2019ignore que, parmi les délicats problèmes qu\u2019il faut s\u2019attendre à rencontrer dans l\u2019exercice de notre ministère, il en est beaucoup auxquels on ne saurait apporter une solution pratique sans une rudimentaire connaissance des principaux symptômes qui trahissent la présence du désordre psychique.Des recherches persévérantes et une expérience de première main ont inspiré à M.l\u2019abbé Lachapelle la très utile synthèse qu\u2019il vient de nous offrir.Disons tout de suite que son effort a été en grande partie couronné de succès.Il a su dresser des schèmes nosographiques qui condensent une observation précise et abondante et les illustrer par des histoires de cas qui présentent, pour la plupart, une réelle valeur didactique.Bien que très sommaires et parfois superficielles, les considérations à l\u2019adresse des directeurs de conscience rendront d\u2019appréciables services à tous les débutants.Nous aimerions disposer d\u2019un espace plus ample, car un tel ouvrage pourrait supporter la minutie d\u2019un examen attentif et les réflexions qu\u2019il suggère vaudraient qu\u2019on s\u2019y arrête.L\u2019auteur ne doit donc pas nous en vouloir si nous nous contentons de formuler ici quelques remarques que nous souhaiterions plus nuancées.Ceux qui ont une connaissance sérieuse et étendue de la littérature tout à fait récente, dans ce domaine, estimeront quelque peu retardataire une explication du désordre psychique qui s\u2019appuie exclusivement sur la neuropathologie et sur la constitution individuelle.Depuis un certain nombre d\u2019années, on a compris un peu partout que les faits nous contraignent d\u2019envisager cette causalité sous un angle plus dynamique.Aussi, pareil point de vue a-t-il été délaissé par la plupart des psychologues contemporains et même par bien des neurologistes de renom.Pour son compte, un psychologue thomiste, même s\u2019il n\u2019a pris contact avec la pensée du L'Esprit des Livres Maître que par le truchement des manuels, le jugera nécessairement insuffisant.De même, abstraction faite des multiples inconvénients auxquels on s\u2019expose tant sur le plan logique que sur le plan psychologique en voulant définir le normal à partir de l\u2019anormal, l\u2019étude expérimentale du développement a projeté trop de lumière sur le rôle que joue l\u2019intégration dans l\u2019évolution d\u2019une personnalité humaine normale pour qu\u2019il se rencontre encore un grand nombre de psychologues qui consentiraient à souscrire à l\u2019affirmation suivante : « .il n\u2019est que de « dégrossir » les symptômes pathologiques, de les amenuiser toujours davantage pour arriver ainsi à la psychologie normale d\u2019un caractère.Nous aurons la clef d\u2019une mentalité » (p.194).A notre sens, le chapitre IV où l\u2019auteur se propose d\u2019esquisser une rapide synthèse psychologique est de beaucoup le plus faible de l\u2019ouvrage.On y trouve, assemblés pêle-mêle, quelques axiomes scolastiques assez artificiellement introduits et des fragments de théories modernes dont l\u2019utilisation témoigne d\u2019un sens critique fort peu en éveil.Ces gaucheries assez puériles, auxquelles vient s\u2019ajouter une étonnante imprécision dans l\u2019usage du vocabulaire psychologique, ne trahissent que trop un pénible défaut de maîtrise tant à l\u2019égard de la psychologie scolastique que de la psychologie moderne.Mais, le grief principal qui s\u2019impose à un esprit un tant soit peu exigeant, en refermant ce livre, se justifie beaucoup moins par un ensemble d\u2019imperfections de détail sur lesquelles nous aurions mauvaise grâce de nous appesantir que par une intolérable nonchalance qui finit par aigrir le lecteur le mieux disposé.Bien à raison, on a reproché aux professeurs de chez nous de ne pas inculquer suffisamment à leurs élèves le sens de la rigueur et de la perfection dans le travail de l\u2019esprit.Mettons-nous, un instant, à la place de l\u2019étudiant qui parcourt ce traité que l\u2019un de ses maîtres vient d\u2019écrire pour son usage.Quelle sera sa réaction en lisant des phrases comme celle-ci : « Mais, actuellement, quand un malade meurt après avoir été un psychopathe constitutionnel toute sa vie durant, si on fait l\u2019autopsie après sa mort, on ne trouve aucune lésion décelable dans les centres nerveux » (p.34) ?Gomment apprendrait-il à se soucier des règles d\u2019une élémentaire méthodologie scientifique lorsque, dans les renvois rencontrés au bas des pages, rien n\u2019indique s\u2019il s\u2019agit d\u2019une citation ou d\u2019une référence (Gf.pp.36 et 39), ou encore, lorsque tel ou tel passage est emprunté à un autre auteur sans aucune indication précise des sources ?Enfin, si on a habitué l\u2019élève qui prépare une bibliographie, à reproduire intégralement les prénoms des auteurs et à indiquer minutieusement après le titre exact d\u2019un ouvrage : le nom de l\u2019éditeur, le lieu et la date de publication, n\u2019éprouvera-t-il pas quelaue surprise devant l\u2019inconsistance de celle qu\u2019il consultera à la fin du traité qu\u2019il vient d\u2019étudier ?En résumé, cet ouvrage révèle des dons d\u2019observation et une abondance d\u2019information clinique auxquels il faut rendre hommage ; mais c\u2019est loyauté envers le lecteur à qui nous le recommandons vivement, que de souligner le caractère superficiel des considérations morales qu\u2019on y rencontre et l\u2019insuffisance des développements psychologiques que l\u2019auteur destine à .317 Revue Dominicaine servir de fondement à son interprétation des divers symptômes pathologiques.Noël Mailloux, O.P.Charles P.Bruehl \u2014 « This Way Happiness ».1 vol.in-8 de 242 pages.Milwaukee, The Bruce Publishing Company, 1941.Ce n\u2019est pas un Chemin du Bonheur genre Pauchet ni même genre Payot, mais bien un exposé complet de la philosophie morale.Pages 3-156 : éthique générale.Pages 159-228 : éthique spéciale.Une matière aussi vaste présentée en aussi peu de pages d\u2019ailleurs aérées à l\u2019américaine, cela constitue vraiment un raid, et un raid vertigineux.Aucun étalage d\u2019érudition.A certaines allusions on sent cependant l\u2019information de l\u2019auteur très complète, un effort continuel pour pénétrer et illustrer la vraie pensée de saint Thomas.De même on sera heureux de voir les moralistes invités à accueillir, à étudier et à intégrer à leur synthèse tous les résultats philosophiquement certains des sciences expérimentales modernes.Un des plus brillants professeurs du Grand Séminaire de Philadelphie, collaborateur emerite de The Homiletic and Pastoral Review, le Docteur Bruehl n\u2019en est point à son premier essai.Nos lecteurs, surtout les laïcs, trouveront profit à « pratiquer » sa synthèse claire, bien conduite, présentant une vue intelligente et suggestive de la philosophie morale thomiste.A.Papillon, O.P.François Mauriac \u2014 « Les pages immortelles de Pascal ».1 Ami.in-12 de 224 pages.Neav-York, Editions de la Maison Française, 1941.La page 7 présente un bref curriculum vitce de Biaise Pascal.Les pages 9-32 renferment l\u2019introduction, d\u2019une exceptionnelle valeur.Puis en cent quatre-vingt-sept pages du format le plus maniable, à la typographie nette, au dispositif bien aéré, nous trouvons le meilleur de Pascal.On aimera comparer ce choix mauriacien au recueil : L\u2019Œuvre de Pascal, colligé et annoté par M.Jacques Chevalier pour la Bibliothèque de la Pléiade (Paris, Editions de la N.R.F., 1936).Je ne dirai pas ici ma préférence.Peut-être suis-je porter à «cultiver» le premier pour l\u2019avoir bien souvent feuilleté, à Château-Thierry, tout au cours de l\u2019année mil neuf cent trente-sept, dans l\u2019agréable et stimulante compagnie d\u2019un vénérable chanoine, aussi charmant que disert, un de ces chanoines intelligents et cultivés dont l\u2019espèce s\u2019éteignait même en France.Ainsi n\u2019ai-je jamais pascalisé autant qu\u2019au pays du bon La Fontaine.Au reste, l\u2019un et l\u2019autre florilège est tressé de main de maître.Le second en date est moins volumineux et plus facile à trouver.Puissent sa lecture 318 L\u2019Esprit des Livres et l\u2019étude méditée de l\u2019introduction de Mauriac amener beaucoup de nos jeunes à la fréquentation directe et durable des Pensées.A.Papillon, O.P.René Benjamin \u2014 « Le printemps tragique ».1 vol.in-16 de 264 pages.Montréal, Librairie Pony, 1941.En vente à : La Librairie Dominicaine, Montréal-Ottawa.Au lieu de s\u2019embarquer, comme tant d\u2019autres, dans des vaticinations pompeuses ou larmoyantes sur les causes de l\u2019écrasement de la France, M.René Benjamin a réussi à dire tout ce qu\u2019il pensait là-dessus, mais dans le cadre le plus délicat et le plus émouvant.En ses huit tableaux du « printemps tragique », l\u2019émotion coule sous les mots et la lumière joue dans la pénombre.Avec quel art se trouve analysée l\u2019âme de Fiamma ! Et combien de silhouettes prises sur le vif, par exemple (p.181) cette « certaine jeunesse qui ne sait rien, ne fait rien, ne veut rien ».Plus encore que dans ses autres ouvrages on notera ici la promptitude que possède l\u2019auteur à discerner les traits essentiels et à se pencher sur les êtres pour entendre les paroles révélatrices.Les lecteurs de la R.D.goûteront enfin la peinture franche et vive des mœurs rustiques de la Touraine, dans la « lumière toute en or de la Loire », comme aussi les menus croquis de la campagne et de la cité de Tours, où l\u2019on reconnaît le coup d\u2019œil sagace et la sûreté de main d\u2019un artiste consommé.A.Papillon.O.P.Antoine de Saint-Exupéry \u2014 « Pilote de Guerre ».1 vol.in-16 de 256 pages.New-York, Editions de la Maison Française, 1942.En vente à : La Librairie Dominicaine, Montréal-Ottawa.L\u2019auteur est parmi nous.Sa présence et sa parole entraîneront les jeunes et les moins jeunes à ouvrir cet alerte récit où ils retrouveront, dans l\u2019atmosphère de guerre, le maître écrivain de Vol de nuit et de Terre des hommes.C\u2019est une destinée peu commune que celle du capitaine de Saint-Exupéry.Aviateur et poète, les événements de 1939-1940 lui fournissent aujourd\u2019hui l\u2019occasion d\u2019exprimer son viril dévouement envers la France.Ces deux cent-cinquante pages nous content quelques-unes des péripéties qui auraient pu devenir des accidents tragiques, et qui ont mis à rude épreuve la science et le courage des hommes d\u2019acier en lutte avec les éléments autant qu\u2019avec l\u2019aviation allemande.Les détails circonstanciés de ces récits contribuent à les rendre plus évocateurs.C\u2019est une belle leçon d\u2019énergie.Une émouvante leçon d\u2019espérance, aussi.« Demain, pour les témoins, nous serons des vaincus.Les vaincus doivent se taire.Comme les graines ».A.Papillon, O.P.319 Revue Dominicaine Louis Francœur et Philippe Panneton \u2014 « Littératures à la manière de.» 1 vol.in-16 de 120 pages.Troisième édition.Montréal, Editions Variétés, 1941.La présentation de cette troisième édition est de beaucoup supérieure aux précédentes.On reconnaît là l\u2019heureuse intervention des Editions Variétés.Le succès de cet ouvrage est venu de son unicité au Canada français.Ce caractère unique existant en 1942 comme 1924, l\u2019intérêt des lecteurs demeurera acquis au petit livre de Francœur-Panneton, Ceci n\u2019enlève rien à la critique remarquable qu\u2019en a fait jadis le T.R.P.M.-A.Lamarche dans sa et notre Revue Dominicaine, fascicule de janvier 1925, pages 53-56.La parodie est un genre où la mécanique joue un rôle éminent.Dans le cas présent, la rareté de ce genre chez nous fait accorder par beaucoup une importance très exagérée à la brochure des deux auteurs.De plus, ceux-ci ont colligé en abondance grivoiseries et grossièretés de langage.Ils auraient pu exhiber un choix de farces moins débridées.Reste qu\u2019on trouve dans ces cent vingt pages un esprit d\u2019observation fort peu cultivé chez nous.Esprit d\u2019observation enveloppé parfois dans un humour, une verve et une drôlerie irrésistibles.Albert Lacroix Gottfried Leske \u2014 «J\u2019étais lin aviateur nazi».1 vol.in-12 de 256 pages.Montréal, Editions Bernard Valiquette, 1941.En vente à : La Librairie Dominicaine, Montréal-Ottawa.Journal d\u2019un sergent-pilote de bombardier allemand, aujourd\u2019hui prisonnier dans un camp canadien.Le document a été traduit de l\u2019original en anglais, puis de cette dernière langue en français.Différents indices donnent à penser que ce journal, dont le manuscrit original n\u2019a pas été publié, a été arrangé un peu après coup.Quoi qu\u2019il en soit, ces notes s\u2019avèrent, dans leur ensemble, directes et vivantes.On y discerne le tempérament d\u2019un jeune hitlérien authentique, c\u2019est-à-dire fanatisé, énergique, courageux, pour qui le grand sport de l\u2019expédition aérienne nocturne et du pilonnement représente l\u2019idéal de l\u2019existence.Ses exploits témoignent d\u2019une jeune et inépuisable intrépidité.L\u2019on ne peut toutefois se défendre d\u2019un malaise devant des idées et des gestes meurtriers si complaisamment décrits ou exaltés.Le passage consacré aux aviateurs italiens (page 242) ne manque point de saveur.Et dire que Y arma azzurra représentait la grande création du Régime ! Au total, diaire dont la lecture est instructive, et qui, n\u2019étaient quelques lignes, pourrait être dévoré par les plus jeunes.Une petite manie de puriste pour finir : pourquoi le traducteur s\u2019est-il acharné à toujours orthographier : bolchévisme au lieu de : bolchevisme ?Albert Lacroix 320 H.Merkelbach, O.P.Summa Theologiae Moralis en 3 volumes reliés toile Copie authentique de la dernière édition parue en 193S pour les tomes I et II et en 1940 pour le dernier tome.PRIX : $10.00 « Piana » SUMMA THEOLOGIAE en 5 volumes reliés toile «L\u2019édition nouvelle, unique en son genre en Amérique, se distingue des éditions précédentes par la richesse de l'appareil scientifique qui accompagne le texte ».PRIX : $24.00 En collaboration Témoignages de la jeunesse (journées thomistes) $1.00 Essais et Bilans (journées thomistes) .\t.\t.\t$1.00 Cahier de Philosophie I.$1.00 Cahier de Philosophie\tII.$1.50 Cahier de Théologie.$1.50 m « Nos entreprises nationales, religieuses, philosophiques ou théologiques ne produiront des fruits durables que si elles sont appuyées sur de fortes études supérieures ».en vente a LA LIBRAIRIE DOMINICAINE 5375, Av.N.-D.DE GRÂCE MONTRÉAL 95.Avenue EMPRESS OTTAWA IX DU BON LAIT DE CHEZ NOUS COOPERATIVE ENREGISTRÉE Lait et Crème \u2014 Montréal 4101 est, Notre-Dame AMherst 2171 EUGfllE COté PRÉsiDEirr dA&M.CÔTÉ LTÉE iïlanlifacküriei/ de cha timbre/ /r-HVpcirïïH& LA BANQUE CANADIENNE NATIONALE est à vos ordres pour toutes vos opérations de banque et de placement.Actif : plus de $170,000,000 534 BUREAUX AU CANADA Succursale à St-Hyacinthe E.-O.DESJARDINS, gérant Tel.CRescent 4137 MAISON JOSEPH CORBEIL MAGASIN A RAYONS \u2022\t6500, rue Saint-Hubert ENCCURAUEZ NUS ANNONCEURS Apprenez ï mieux connaître LE BÉTON Le béton est le matériau moderne par excellence et, grâce à la variété de ses applications, il joue d\u2019une année à l\u2019autre un rôle de plus en plus important dans la construction.Le béton est aujourd\u2019hui spécifié pour toutes sortes de travaux : usines génératrices d\u2019énergie électrique, quais et hangars, ponts et grandes routes.C\u2019est parce qu\u2019il se travaille avec facilité, qu\u2019il est incombustible et permanent.La connaissance pratique de cet excellent matériau et de ses multiples usages peut vous être d\u2019une grande valeur.Nous vous aiderons volontiers à l\u2019acquérir.Ecrivez à notre Département de Service pour obtenir des renseignements ; 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