Revue dominicaine, 1 septembre 1943, Septembre
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Palais des Sports, 67, Côte d\u2019Abraham, Tél.3-2341, Québec Ascenseurs : La Cie F.-X.Drolet, 206, Du Pont, Tél.4-4641 .Québec Assurances Générales : Tougas, Aimé, 600 Place d\u2019Armes, Tél.BElair 2041, Montréal Assurance : National Life Assurance Co.: Arsenault, Bona, Gérant, 80, St-Pierre, Tél.2-5785 .Québec Assurance sur la Vie : La Solidarité, 126, St-Pierre .Québec Autobus à Lorette, Aérodrome, champigny, Lac St-Joseph, Ste-Catherine : Drolet, A., Ltée, 155, boul.Charest, Tél.2-8494 .Québec Autobus Fournier Ltée : Québec au Camp Val- CARTIER, STE-FOY, LAC ST-CHARLES : Terminus, 501, boul.Charest, Tél.6182-34, St-Augustin, 2-5946 AVOCATS : Boisvert et Corriveau, 80, St-Pierre, Tél.2-3420 .Québec Boyer, Auguste, 159 ouest, Craig, Tél.MA.7031, Montréal Champeau, Armand, 5585, Canterbury, Tél.AT.9717, Outremont St-Jacques, Henri, 18, Rideau, Tél.2-5055 .Ottawa, Ont.Banques : La Banque Provinciale du Canada, 221 ouest, St-Jacques, Tél.HA.7151, Montréal Beurre D\u2019Érable : Cie Nationale de Beurre d\u2019Erable Inc., 51 ouest, Laurier, Tél.DOllard 2433, Montréal Biscuits et Gâteaux : Cie de Biscuits Stuart Ltée, Alf.Allard, prés., CR.2167, Mtl.Blocs de Béton, Tailleurs de Pierre : Côté, Valère Inc., 187-lère avenue, Tél.4-4491, .Québec Bois et Matériaux de Construction : Grier, G.A.& Sons Ltd., 2120 o., Notre-Dame, WI.6118, Mtl.Cos DE CONSTRUCTION, MANUFACTURIERS DE PLAN CHERS EN BOIS FRANC, PORTES ET CHÂSSIS : Dupuis, J.-P.Ltée, 1084, Av.de l\u2019Eglise, Tél.YO.0928, Verdun Bouchers, Épiciers : Quebec Marine Grocers : Massé, Philippe, 93, Sault-au-Matelot, Tél.2-8505 .Québec Swift Canadian Co.Ltd., 153, St-Roch, Tél.4-2461 .Québec Boulangers (gâteaux et pâtisseries) : Hethrington, T., Ltée, 358-364, St-Jean .Québec Buanderies ; Buanderie St-Paul, 2020, Roberval, Tél.WE.6791 .Montréal VI Carrosseries D\u2019Autos (débossage, rembourrage, etc.) Normandeau, A.et Fils, 01152, Charlevoix, WI.5562, Montréal CHARBON (Anthracite et Bitumineux) : Madden et Fils Ltée, 3.boul.Charest, Tél.4-3578 .Québec The Canadian Import Co.Ld., 83, Dalhousie, Tél.2-1221, Québec Syndicat National du Combustible Inc., 67, Buade, Tél.7111, Québec Chauffage et Plomberie (entrepreneur) : Jetté, J.-W.Limitée, 360 est, Rachel, Tél.MA.4184, Montréal Chocolats (fins \u2014 minuscules) Livraison : Denyse, 4909 ouest, Sherbrooke, Tél.EL.4877 .Montréal Collège Bilingue Commercial : O\u2019Sullivan Bilingual College, 132, St-Jean, Tél.3-5505, Québec Collège Versailles : Fortin Business Colleges, 840, Cherrier, Tél.AM.6440, Montréal Compliments : Compliments d\u2019un ami : C.N.E.Compliments d\u2019un ami : J.E.S.J.P.Laberge Enrg.Un ami de la Revue.Un ami de la Revue : A.D.& Fils Ltée.W.A.Baker, Palais de Justice .Montréal Constructions, Démolition, Matériaux à vendre : Tétrault Frères, 1200, av.de l\u2019Eglise, Tél.WI.8152, Verdun Corsets, Brassières, Lingerie : Mademoiselle Enrg., 89, Cartier, Tél.5522 .Québec Salon Elégant, 353%, rue St-Jean, Tél.3-0543 .Québec Cours Anglais, sténographie bilingue et dactylographie: Sturton School, 93, Crémazie, Tél.9571 .Québec Cours par Correspondance : International Correspondence Schools Canadian Ltd., 115, St-Jean, Tél.2-5905, Québec Courtiers D'Obligations : Frs Letarte, Prés., L.-A.Pedneault, Vice-Prés.La Corporation de Prêts de Québec, 132, St-Pierre, Tél.2-4765, Québec Courtiers en Épiceries : Brault, Anastase, 1891.Roberval, Tél.WE.4237 .Montréal Couvreurs : Falardeau, Eugène Ltée, 141, Dorchester, Tél.9677 .Québec Directeurs de Funérailles : Bouchard, J.& Fils, 54\u201415e rue, Tél.4-1113 .Québec Doreurs-Argenteurs-Orfèvres : Beaugrand, Gilles, 846, de l\u2019Epée, Tél.DO.2960 .Montréal Belleville, J.Arsène Ltée, 47, Sous-le-Fort (Basse-ville) Québec Drive Yourself : Jobidon, Robert, 250, St-Paul, Tél.2-5317 .Québec Eau de Javelle : L\u2019Eau Merveilleuse Enrg., 39-7e rue (Limoilou) 4-2661, Québec Électriciens, Moteurs, Générateurs et Réparations : Guay & Frère Enr., 7, de la Salle, Tél.4-1811 .Québec Entrepreneurs Généraux : Lamontagne, F.-X., 411, Boulevard Charest, Tél.3-0590, Québec Ouellet, Ludger, 87, St-Cyrille, Tél.2-1710 .Québec Épiciers-Bouchers : Gougeon, J.B., 176, Rochester, Tél.8-0030-8-0031, Ottawa, Ont.Épiceries en Gros : D\u2019Aoust, P.Ltée, 11, York .Ottawa.Ont.Lamarche, J.-H., 6749, St-Laurent, Tél.CR.2155 .Montréal Letellier, J.-B.-E.Enrg., 112, Dalhousie.Tél.2-3931 .Québec B onnes adresses a consulter lt.Estampes en Caoutchouc s A.Derome et Cie Enrg., 25 est, N.-Dame, LA.2392, Montréal Farine, Engrais, Grain, Foin, Bois, Charbon : Gervais, Paul et Frère, 5298, Henri-Julien, CA.1157, Montréal Ferronnerie D\u2019Art : Les Frères Lebrun, 456, Niverville .Trois-Rivières Fourrures : Alain, P.A.Ltée, 203, St-Joseph et 79, de l'Eglise, 5106, Qué.Bernard, Léo, 810, St-Vallier, Tél.3-1329 .Québec Desjardins Chas, et Cie.1170, St-Denis.Tél.HA.8191.Mtl.Fourrures de Luxe.7, Ste-Ursule, Tél.4-0864 .Québec Laliberté, J.-B.Ltée, 145, St-Joseph, Tél.6191 .Québec Sanfaçon, 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Ltd., 634, Av.Bronson, Tél.5-1811, Ottawa, Ont.Coopérative Lait et Crème, 4101 est, N.-Dame, AM.2171, Mtl.La Ferme St-Laurent Ltée, 6768, Garnier, CR.2188-9, Montréal Laiterie de Québec Ltée, 75, av.du Sacré-Cœur, Tél.7101, Québec Librairie (en gros seulement) : Librairie J.A.Parent, 310%, St-Joseph, Tél.5630 .Québec Libraires : Granger Frères Ltée, 56 ouest, N.-Dame, LA.2171 .Montréal Magasins à Rayon : Bouchard,\tL.,\t750-760, St-Vallier, Tél.2-5638 .Québec Dubuc, T.\tD., 214-218, St-Jean, Tél.\t2-3961 .Québec Dupuis Frères\tLtée, Tél.PL.5151 .Montréal Paquet et\tCie\tLtée, 157, St-Joseph,\tTél.8131 .Québec Pharand, J., 85, Champlain, Tél.2-5315 .Hull, P.Q.Syndicat de Québec Ltée, 215, St-Joseph, Tél.4-3561, Québec Manufacturiers de Fournitures Funéraires : Girard et Godin Ltée, T.-Riv.et 34 o., St-Paul, LA.9214, Mtl.Manufacturiers de Portes et Chassis, Bois : Pilon, Jos.Ltée, 79, Boul.du Sacré-Cœur, Tél.3-1116, Hull, P.Q.Marchands de Thés et Cafés s Dé»y, J.-A., 1459, Delorimier, Tél.FR.2147 .Montréal Marchands de Thés, Cafés et Épices en Gros : Bourque, A., 262 est, St-Paul, Tél.HArbour 7630, Montréal Marchands Tailleurs : Mathieu, Lucien Enrg., 2251, Frontenac, FR.1803, Montréal Matelas, Sommiers, Etc.: Matelas Frontenac Enrg., 15, Boisseau, Tél.5347 .Québec Matériaux de Construction : Les Industries G.-I.Lachance Inc., 263, St-Paul.2-6403, Québec Médecins : Castonguay, Dr E.-J., 4231 est, Ste-Catherine, CH.0560, Mtl.Gratton, Dr Albert, 781, du Couvent, Tél.WE.5476, Montréal Pilon, Dr Henri.251, boul.St-Joseph, Tél.2-0563, Hull, P.Q.Pouliot, Dr Antoine, 68, Ste-Ursule, Tél.2-4455 .Québec Membres Artificiels : Duckett, J.-A., 2014, Bleury, Tél.HArbour 0630 .Montréal Nettoyeurs et Teinturiers : Breton, J.-H., 2461, des Carrières, Tél.CR.4168 .Montréal Notaires : Labrèche et Labrèche, 10 ouest, St-Jacques, MA.3373, Montréal McKay, R.E., 4948, av.Verdun, Tél.YO.5322 .Verdun Nouveautés, Merceries, Tapis, Prélarts : Alepin, J.et Frère Ltée, 4295 ouest, Notre-Dame, Tél.WE.1108 ; 4719, Wellington, Tél.YO.1144, Montréal Opticiens d Ordonnances : Derouin, O.L., 37, Metcalfe, Tél.2-4976 .Ottawa, Ont.Lamontagne, Etienne, 1065, St-Prosper, Tél.2178, Trois-Rivièras Optométristes et Opticiens : Ledoux, Arthur, 180, Cascades, Tél.10 .St-Hyacinthe Lemire, André, 4226, St-Denis, Tél.HArbour 8856 .Montréal PÂTISSERIE, Mme ALPH.MALOUIN, PROP.: La Pâtisserie Enrg., 34%, Victoria, Tél.3-0901 .Québec Pharmaciens : Pharmacie Aimé Roussin, 2823, Masson, CH.2103 .Montréal Pharmacie P.-H.Soucy, 85, Cartier, Tél.2-1235 .Québec Pharmacie Canadienne, Mme L Lippens, prop., 1661 ouest, Notre-Dame, Tél.WI.1771, Montréal Pharmaciens en Gros : Durocher, G.E., 139, Queen, Tél.2-5309 .Ottawa, Ont.Photographes : Edwards, W.B\u201e 259, St-Jean, Tél.2-7595 .Québec Studio Bell, 59, St-Joseph, Tél.4-210-6 .Québec Plombiehs-Couvreurs-Élf.ctriciens : Asselin, J.-A., 37, Hermine, Tél.9670 .Québec Dorion, Jules, 11, rue Ramsay, Tél.4-2916 .Québec Produits Alimentaires (Manufacturiers) : Old City Mfg.Co.Ltd., 4, Mgr Gauvreau, Tél.2-5273, Québec Produits Pharmaceutiques : Sylvain Ltée, 406 est, Notre-Dame, Tél.HA.6374 .Montréal Provisions, Poisson, Fruits, Etc.: Dominion Fish & Fruit Ltd., Tél.2-7036 .Québec Quincaillerie en Gros et Détail : Lemieux, Jos.-E.Enrg.Québec O\u2019Neill & Richard Ltée, 134, du Pont, Tél.2-1594 .Québec Quincailleries Générales : Gravel, Ludger et Fils, 3447, Av.du Parc, Tél.HA.5211, Mtl.Grégoire, J.-R., 3605 est, Ontario, Tél.FA.1167-8 .Montréal Restaurants : Le Roi du Chien Chaud Enrg., 1478 est, Sainte-Catherine, Tél.AM.6969, Montréal Terra Cotta : Montreal Terra Cotta, 1010 o., Ste-Catherine, MA.1816, Mtl.Transports : St-Hyacinthe Transport, 34, Piété, Tél.356-122 .St-Hyacinthe Valeurs de Placement : Dubé, Oscar & Cie Inc., 105, Côte de la Montagne, Tél.2-4061, Québec Société Générale de Finance, Inc., 57 ouest, St-Jacques, Tél.HA.5168, Montréal VII Sommaire Septembre 191^3 Jacques Maritain :\tSur le jugement artistique « Notre attitude devant les oeuvres d\u2019art dépend de notre goût naturel et de notre éducation artistique, mais elle dépend aussi, et plus fondamentalement, de la conception même que nous nous faisons de l\u2019art ».M.-A.Lamarche, O.P.: Franz Werfel et Vesprit de Lourdes « Le nouveau converti a trop bien mérité de nos saintes croyances, trop brillamment professé dans cette chaire d\u2019apologétique qu\u2019est devenu Lourdes, pour qu\u2019on le laisse attaquer sans riposte ».Rex Desmarchais :\tLa balance délicate «Vous exigez beaucoup de ces pauvres critiques ! a remarqué un ami après avoir lu ma conclusion.\u2014 Eux, exigent-ils moins des romanciers, des conteurs, des poètes \u201c?» Guy Sylvestre :\tPaul Verlaine « Paul Verlaine, ce perverti entre les pervertis, fut aussi l\u2019auteur du plus catholique des livres de poésie française avant ce siècle, et incontestablement un des initiateurs du renouveau catholique qui est l\u2019honneur des lettres françaises contemporaines ».Félix Leclerc :\tL\u2019écriteau « En tout cas, le malheur a passé.Il a brûlé une grange.Il a brûlé d\u2019autre chose aussi.Tu sais ce que je veux dire.Celui qui envoie les feux sait ce qu\u2019il fait.Ça soude le monde ensemble ».Directives pratiques A.Saint-Pierre, O.P.: Notes de théologie pastorale : « La part du diable ».Le sens des faits A.Papilllon, O.P.: En mémoire du P.McNabb, O.P.L\u2019esprit des livres S.E.le Card.Villeneuve, O.M.I.: « Le péché » (A.Papillon, 0.P.).Charles de Koninck : «Ego Sapientia.La Sagesse qui est Marie» (A Papillon, 0.P.).Paul l\u2019Ermite : «La Science d\u2019aimer» (A.Papillon, 0.P.).Robert E.Brennan, O.P.et alii : « Essays in Thomism » (Noël Mailloux, 0.P.).«Histoire sainte en cent vingt images» (Albert Lacroix).Frère M.-Cyrille, E.C.: «Rendre heureux.Vie du Fr.Théophanius-Léo, E.C.» (A.Papillon, 0.P.).Mgr Olivier Maurault, P.S.S.; « Moisson de Ville-Marie » (A.Papillon, 0.P.).Serge Fleury: «Talleyrand» (Maurice-C.Cusson).Auguste Viatte : «Victor Hugo et les illuminés de son temps» (Albert Lacroix).Guy de Pourtalès : « Chopin ou le poète » ( Serge Houle).Pertinax : «Les Fossoyeurs» (Albert Lacroix).Léon Marchal : «De Pétain à Laval» (Albert Lacroix).Vladimir Pozner : « Deuil en 24 heures » (Serge H ouïe).J.-P.Petges : «Bataille d\u2019Amiens 1940 » (André Diotte).Constantin Joffé : «Les enterrés vivants du Stalag XVII A» (A.Papillon, 0.P.).Marcel Haedrich : «Baraque 3, chambre 12» (Serge Houle).Léon Bloy : « La Femme pauvre » (Albert Lacroix).Jules Romains : «Les Hommes de Bonne Volonté.XXI : Journées dans la montagne» (André Diotte).Antoine de Saint-Exupéry : «Terre des hommes» (A.Papillon, O.P.).Jacques Sauriol : «Le désert des lacs» (Albert Lacroix).Claude Eylan : « Combat avec l\u2019inconnue» Albert Lacroix ).Isabelle Tonarelli : «Jeunes femmes» (A.Papillon, O.P.).Roger Brien : «Sourires d\u2019enfants» (André Diotte).Jeanne L\u2019Archevêoue-Duguay : «Offrande» (Albert Lacroix).Françoise Gaudet-Smet : «Heures d\u2019amour» (André Diotte).Abbé Albert Tessier : «Notre mère la terre » (A.Papillon, O.P.).Arthur Lepage : «Normandie et Bretagne.Récit de Voyage au Royaume de l\u2019Herbage» (André Diotte).Robert Considine : «MacArthur the magnificent» (A.Papillon, O.P.).Maurice Kerdrue : « Joliff et Magadur, hommes de mer» (André Diotte).Jean Bulair : «Rencontres» (Albert Lacroix).Charles Oberling : «Le problème du cancer» (Albert Lacroix).C.-V.Johnson : «A travers le temps et l\u2019espace avec le pendule» (André Diotte).J.-M.Gaudet : « Que vaut la Chiropratique \u201c?» (Albert Lacroix).Claude-M.Laurent : «Etes-vous malin \u201c?» (Maurice-C.Cusson).VIII Revue Dominicaine Directeur :\tSecrétaire de rédaction : MARCEL-M.DESMARAIS, O.P.\tANTONIN PAPILLON, O.P.Volume XLIX\tTome II________Septembre 1943 Sur le jugement artistique Notre attitude devant les œuvres d\u2019art dépend de notre goût naturel et de notre éducation artistique, mais elle dépend aussi, et plus fondamentalement, de la conception même que nous nous faisons de l\u2019art.Si nous croyons que l\u2019art est un simple exercice d\u2019habileté destiné à plaire, ou à nous distraire un moment, ou à nous présenter sous une forme agréable et facile une image des idées que nous portons déjà en nous, nous réclamerons d\u2019un tableau ou d\u2019une symphonie qu\u2019ils nous confirment dans notre propre vision des choses ; c\u2019est le sujet traité qui nous intéressera en eux, et nous demanderons que ce sujet soit traité conformément au lot de concepts préalablement formés qui nous semblent exprimer la vérité à son égard.Nous jugerons l\u2019œuvre d\u2019art comme un objet qui nous est soumis, et dont notre disposition d\u2019esprit est la mesure.En pareil cas à vrai dire nous ne jugeons pas l\u2019œuvre d\u2019art, c\u2019est nous qui sommes jugés par elle.Il en va tout autrement si nous pensons que l\u2019art est un effort créateur dont la source est spirituelle, et qui nous livre tout à la fois le soi le plus intime de l\u2019artiste et les secrètes correspondances qu\u2019il a perçues dans les choses, par une vision ou 65 Revue Dominicaine intuition qui lui est propre et qui est inexprimable en idées et en paroles \u2014 exprimable seulement dans une œuvre, Alors cette œuvre nous apparaîtra comme chargée du double mystère de la personnalité de l\u2019artiste et de la réalité qui a touché son cœur.Et ce que nous lui demanderons, c\u2019est de nous manifester ce mystère dans la joie toujours neuve que produit le contact avec la beauté.Nous jugerons l\u2019œuvre d\u2019art comme le véhicule vivant d\u2019une vérité cachée à laquelle cette œuvre et nous sommes ensemble soumis, et qui est la mesure à la fois de l\u2019œuvre et de notre esprit.En pareil cas nous jugeons vraiment parce que nous ne nous érigeons pas nous-mêmes en juges, mais tâchons d\u2019être dociles à ce que l\u2019œuvre, si elle est bonne, nous apprendra.La première condition d'un tel jugement est une sorte de consentement préalable aux intentions générales de l\u2019artiste et aux perspectives créatrices dans lesquelles il est placé.Car juger une œuvre d\u2019art c\u2019est avant tout avoir l\u2019intelligence d\u2019une autre intelligence ; et avant cle juger l\u2019œuvre il nous faut savoir \u2014 et non seulement savoir, mais accepter \u2014 les voies que l\u2019esprit de l\u2019artiste a choisies pour pénétrer dans les secrets du réel et pour les exprimer.Alors seulement nous pouvons discerner si l\u2019artiste avait vraiment quelque chose à dire : ce qui est la première et la plus indispensable étape du jugement artistique.Si habile que soit un artiste et si parfaite que soit sa technique \u2014 si par malheur il n\u2019a rien à nous dire son œuvre n\u2019a aucun intérêt.La grande conquête cle l\u2019art moderne et de la poésie moderne, c\u2019est qu\u2019ils sont devenus, à un degré non atteint jusqu\u2019alors, conscients cl\u2019eux-mêmes et du mystère spirituel enveloppé en eux.Ils ont compris \u2014 parfois à un terrible prix \u2014 que le premier devoir de l\u2019artiste et du poète est d\u2019être inébranlablement fidèles à leur vérité, à la vérité singulière et incommunicable qui leur 66 Sur le jugement artistique est obscurément révélée cl\u2019eux-mêmes et clés choses, et qui doit prendre forme dans l\u2019œuvre.Il faut beaucoup de courage à Vartiste et au poète \u2014 il faut de l\u2019héroïsme au grand artiste et au grand poète \u2014 pour être fidèles jusqu\u2019au bout à cet insaisissable élément spirituel qui a toutes les exigences d\u2019un absolu et qui ne pardonne pas la moindre défection.Car plus cette vérité qui leur est personnelle est profonde et décisive, plus elle a chance de paraître d\u2019abord à leurs contemporains quelque chose de négligeable ou d\u2019insensé : puisque l\u2019artiste la voit et qu\u2019eux ne l\u2019ont pas encore vue \u2014 plus tard ils la verront, grâce à lui et à ses souffrances.Nous savons tous maintenant cle quel héroïsme de la vertu cle peintre l\u2019œuvre cl\u2019un Cézanne est sortie.Il est bien entendu qu\u2019ci ce compte-là l\u2019artiste court tous les risques, et que pour qu\u2019un grand et authentique créateur triomphe dans cette étrange lutte avec l\u2019Ange, beaucoup cle moins grands auront dû être brisés.Mais d\u2019abord, si ceux-là ont été vraiment fidèles à leur intuition, même de petite envergure, et à leur amour, même chétif, quelque chose cle plus grand qu\u2019eux-mêmes, un petit morceau du ciel aura été atteint par eux.Ensuite, même s\u2019ils échouent et sont irrémédiablement brisés, leur effort et leur défaite elle-même méritent d\u2019être respectés.Le respect devant l\u2019effort cle l\u2019artiste, le sens du mystère spirituel clans lequel est engagé son travail créateur d\u2019homme aux prises avec la beauté, sont les préréquisits de tout jugement artistique cligne cle son objet.Le seul artiste qui ne mérite pas le respect est celui qui travaille pour plaire au public, pour le succès commercial ou pour les succès académiques.Je ne plaide pas ici pour l\u2019indulgence envers toute œuvre d\u2019art, même sincère ; encore moins envers celles qui exploitent les vérités que je viens d\u2019essayer de rappeler, pour étaler une 67 Revue Dominicaine espèce de cabotinage du moderne ou du génie méconnu.Je ne demande pas qu\u2019on se montre facile.Je pense que plus le jugement artistique est pur, plus il est exigeant, voire impitoyable.Mais ce qu\u2019on est en droit de demander aussi, c\u2019est que ce jugement soit réellement un jugement artistique, qu\u2019il ne prétende pas juger l\u2019art des hauteurs d\u2019une incompétence sûre d\u2019elle-même et ignorante des lois et de la réalité interne de la chose jugée ; c\u2019est que lui-même il soit conscient de la dignité humaine et spirituelle de cet univers à part qu\u2019est l\u2019univers de la création artistique, et qu\u2019il s\u2019appuie sur une connaissance authentique de la structure et des principes d\u2019un tel univers.Il faut pour cela, comme pour toute chose, une éducation appropriée \u2014 fondée à la fois sur une étude approfondie du passé et sur une attention vigilante aux recherches du présent.Ces remarques sont valables pour l\u2019art sacré comme pour l\u2019art profane.Les arts liturgiques sont par essence attachés à une tradition sainte ; mais celle-ci n\u2019est pas la tradition d\u2019une école artistique quelle qu\u2019elle soit, si grande qu\u2019elle ait pu être dans le passé ; c\u2019est la tradition sacrée du dogme et de la vie de l\u2019Eglise, qui transcendent toute forme de l\u2019art humain.C\u2019est pourquoi l\u2019Eglise a fait siennes, pour ses édifices et pour leur ornementation, les grandes formes d\u2019art qui se sont succédées au cours des siècles, art byzantin, art roman, art gothique, art de la Renaissance, art baroque.Cependant, comme chacun peut aisément s\u2019en rendre compte, c\u2019est dans l\u2019évolution de l\u2019art profane que les recherches, les inquiétudes et les conquêtes du moment présent se manifestent le plus librement, et peuvent être étudiées le plus clairement.Jacques Maritain 68 Franz Werfel et 1 esprit de Lourdes Franz Werfel, quand il écrivit ce Chant de Bernadette, « accomplissement d\u2019un vœu », appartenait déjà à l\u2019âme de l\u2019Eglise envers qui il professait le plus total respect.N\u2019allait-il pas jusqu\u2019à défendre, ou expliquer par de bonnes raisons, sa tolérance à l\u2019égard du laid architectural sévissant à Lourdes.Pour ce qui concerne l\u2019attitude sceptique, spontanée ou de commande, les durs procédés, les manœuvres tâtillonnes des autorités religieuses vis-à-vis de Bernadette, il en tire comme les autres biographes un argument pour l\u2019authenticité des faits.De même, le ciseau maladroit de Sœur Yauzoux devient-il un instrument providentiel apte à sculpter dans l\u2019âme de la novice l\u2019image du Dieu souffrant.Car Werfel croyait à la Providence et au miracle (cf.préface).Doué d\u2019un sens spirituel qui non seulement lui rendait familières la morale et l\u2019ascèse, mais l\u2019aidait depuis ses premiers vers à percevoir « le secret de Dieu et la sainteté humaine » (préface), possédant un don d\u2019observation réaliste, une souplesse et un mordant comparables à ceux des plus grands romanciers de l\u2019époque, il apparut soudain en météore, mais mieux équipé que des centaines d\u2019écrivains catholiques pour présenter la Sainte à tout un monde d\u2019incrédules, en la campant avec art dans son milieu géographique, familial et départemental.Ajoutons que tout prestige d\u2019éloquence mise à part, il pouvait utiliser cette sorte d\u2019autorité à rebours que donne en pareil domaine une réputation d\u2019incroyant.Il en est résulté un chef-d\u2019œuvre qu\u2019on ne saurait louer sans impertinence, et mes lecteurs vont bien se demander pourquoi je viens rôder autour du monument.Il s\u2019agit d\u2019en faire dispa- 69 Revue Dominicaine raître au plus tôt une éclaboussure que le temps du reste se fût chargé de laver.N\u2019a-t-on pas osé prétendre que le surnaturel était trop absent de l\u2019œuvre du maître ou n\u2019y paraissait que noyé dans l\u2019humain ! Si une réfutation s\u2019avère facile à l\u2019excès, elle s\u2019impose quand même.Le nouveau converti a trop bien mérité de nos saintes croyances, trop brillamment professé dans cette chaire d\u2019apologétique qu\u2019est devenu Lourdes, pour qu\u2019on le laisse attaquer sans riposte.Et dire qu\u2019une simple lecture de cet ouvrage \u2014 pas en diagonale écourtée \u2014 suffisait à démontrer que le surnaturel y éclate dans l\u2019ensemble comme dans le détail, que l\u2019adversaire y succombe sous les flots d\u2019une ironie tranquille et féroce, et qu\u2019en dépit du nécessaire accompagnement terrestre, le Chant de Bernadette demeure, dans toute la plénitude du terme, un chant sacré.Accompagnement.mieux vaut dire cacophonie, musique infernale où Satan utilise tout, même la voix de personnages honnêtes, pour étouffer le murmure de la Source.La plus candide enfant de la région devra subir, en séries répétées, les interrogatoires, les menaces, les pièges et brimades des officiels, sans compter la sourde opposition des proches ou leur encombrante sympathie.Vit-on jamais, depuis Jeanne d\u2019Arc et Catherine de Sienne, une fille de la plèbe mêlée à tant d\u2019événements religieux, sociaux, politiques même.Dignitaires de l\u2019Eglise, juges et médecins, procureurs et ministres, préfets et sous-préfets, gendarmes, commerçants, chimistes, interviennent tour à tour, prenant parti pour et surtout contre la Dame et sa messagère.Pie IX, Napoléon III, l\u2019impératrice Eugénie se préoccupent de l\u2019affaire qui remplit les colonnes de la presse étrangère et locale.Vouloir éliminer ce cadre historique, ou le réduire à l\u2019accidentel, serait la pire erreur de la part d\u2019un hagiographe.A moins d\u2019in- 70 Franz Werfel et i/esprit de Lourdes cliquer en titre ou en sous-titre le point de vue spécial, objet de son étude.Werfel avait un dessein plus ample d\u2019après lequel, sans prétendre nous livrer, comme le P.Cros et le chanoine Ber-trin, une histoire documentaire des événements de Lourdes, il ne pouvait isoler le Chant de Bernadette du contexte des faits.Comment va-t-il échapper à la noyade dans l\u2019humain ?Et d\u2019abord, comment la fillette elle-même va-t-elle de son vivant y échapper ?Simplement par son humilité, je devrais dire sa vérité, à quoi la disposent tous ses antécédents.C\u2019est une fruste gamine, foncièrement bonne, ignorante de tout, y compris sa religion, qui a vu une éblouissante Dame, en ramassant du bois mort, qui a reçu cl\u2019Elle un message et le transmet.Elle aurait dû perdre la tête comme tant d\u2019autres qui n\u2019avaient rien vu ni entendu.Mais elle a conscience de n\u2019être qu\u2019une petite commissionnaire faisant ses commissions.Elle ne vise à rien d\u2019autre et rien ne l\u2019intéresse à part le souvenir de la Dame et son retour éventuel.Elle va répétant son histoire chaque fois qu\u2019il est requis.Mais la moindre publicité l\u2019exaspère et son martyre commence avec les premières indiscrétions de ses compagnes.Il s\u2019aggrave lorsque, toutes barrières rompues autour de la Grotte, des processions s\u2019organisent où l\u2019on acclame la voyante.Cette humilité native est devenue en elle œuvre de l\u2019Esprit qui lui suggère tout, attitudes et réponses.Bernadette peut résister au flot humain, elle a son appareil respiratoire.Elle peut comparaître devant des hommes, voire devant un homme, sans autre chaperon que son ange gardien.Mais aujourd\u2019hui elle est morte.La voici livrée sans défense aux mains des biographes qui pourraient, d\u2019une touche maladroite, volontairement ou non, porter atteinte à son caractère, à sa conduite, à son esprit ; de même qu\u2019ils pourraient « natura- 71 Revue Dominicaine liser » les événements en cours, en les attribuant en tout ou en partie, à diverses influences où celles cle la Grâce resteraient dans une ombre équivoque.Je défie qui que ce soit de prendre notre auteur en faute sur ce point.Bernadette demeure dans sa vie écrite ce qu\u2019elle fut dans sa vie vécue : fidèle à soi-même et à sa mission, résistant à la pression des événements hostiles ou favorables, et cantonnée dans son humilité.Puisque un chaperon devient alors nécessaire, Franz Werfel assume le rôle.Il mène sa protégée partout, jusqu\u2019à la chambre noire du psycliiâtre, l\u2019œil ouvert, l\u2019oreille tendue, la main sur l\u2019épaule de l\u2019enfant.Il enregistre avec leur intonation précise chacune de ses paroles, surtout ses vives ripostes à la Jeanne d\u2019Arc, jaillies à la fois de sa conscience chrétienne et des sédiments du terroir.Et quant aux faits et gestes, comment dissimuler ou amoindrir leur portée surnaturelle ?Ils n\u2019en ont point d\u2019autre et l\u2019exactitude suffit.S\u2019agit-il comme ici d\u2019un « poème historique », on exige simplement que la fiction demeure dans l\u2019esprit de Lourdes.Il y a une autre souillure que Bernadette écarte, et cette fois avec indignation : la souillure de l\u2019argent.Son frère Jean-Marie a su escamoter un louis d\u2019or offert par un espion en échange d\u2019une bénédiction de la voyante et refusé par la famille.L\u2019affaire est portée devant le juge d\u2019instruction.Pris de panique, Jean-Marie avoue son larcin.M.Rives 1 renonce à infliger une peine, mais non pas Bernadette.Il faut lire ce chapitre intitulé : « Un louis d\u2019or et une gifle », où la nature et la grâce agissent de concert.L\u2019ouvrage entier, du reste, témoigne d\u2019un constant désir de joindre harmonieusement le spirituel et le sensible, la chair et l\u2019esprit.1.D\u2019après le P.Cros, ce magistrat serait M.Clément Ribes.72 Franz Werfel et i/esprit de Lourdes Ce qui devient impossible quand il s\u2019agit d\u2019un noyau d\u2019adversaires de Lourdes, lancés à fond de train contre la fillette et ses apparitions.Combattre ceux d\u2019entre eux, c\u2019est-à-dire la plupart, dont la mauvaise foi n\u2019a d\u2019égales que la bêtise, l\u2019ambition et la peur, pour qui le rejeton des Soubirous ne saurait être qu\u2019une hystérique, une menteuse-née, une « mineure criminelle ou psychopathe », n\u2019est-ce pas une façon, l\u2019unique façon en l\u2019instance, de défendre le surnaturel et ses droits ?Tâche aisée pour un maître ironiste tel que Werfel.Pas la peine de se mettre en colère, mais il prodigue à pleins paragraphes la piqûre qui dégonfle, le portrait qui déshabille, le trait d\u2019esprit qui assomme.« Le psychiâtre est un homme aimable à la barbe rouge.Ses cheveux flamboyants couronnent artistiquement sa tête.On pourrait dire de lui que c\u2019est un bel homme, n\u2019était que le coin de sa bouche, en raison cl\u2019une paralysie musculaire, est quelque peu tiré vers le haut.Il y a aussi ses yeux gris qui errent de droite à gauche, car les aliénistes empruntent toujours un peu de folie à leurs malades ».Le baron Massy, préfet des Hautes-Pyrénées, lui explique le cas de Bernadette et le point de vue de l\u2019Etat.« Barbe rouge, à la grande satisfaction du Baron, comprend étonnamment à demi-mot.Bien que les questions philosophiques le laissent totalement indifférent, tout ce qui apporte une brèche supra-sensible à la possibilité d\u2019expliquer le monde, l\u2019irrite.Pour lui, Bernadette Soubirous n\u2019a que l\u2019alternative bien connue entre l\u2019imposture et la folie.Comme la folie est son métier, il plaide volontiers pour elle.Il ne conçoit pas non plus que, par ces temps difficiles, les puissances célestes se mêlent de faire des cures sans l\u2019aveu de la médecine» (p.294).Il y a des cas où l\u2019indignation s\u2019impose.Et comme Werfel, quant à soi, en tient pour l\u2019ironie non moins dévastatrice, il a recours au légendaire abbé Peyra- 73 Revue Dominicaine male.Le Baron voulait, en vertu de la loi du 30 juin 1838, faire interner la voyante, au préalable déclarée folle et constituant un danger public ; ou du moins, sur le conseil du psycliiâtre, commencer par la mettre sous observation à l\u2019hôpital.L\u2019entrevue du savant avec Bernadette échoue de façon grotesque.Tout en mesurant son crâne il constate à ses dépens la mesure de son esprit.Aussi la vitesse de ses jambes, car elle s\u2019enfuit éperdument, le laissant avec ses compas et son carnet.Deux heures plus tard, il se présente au domicile des Soubirous, accompagné du Procureur impérial Yital-Dutour.Et qui est-ce qu\u2019ils aperçoivent en entrant ?Marie-Dominique Peyramale barrant le passage avec sa carrure granitique et « tous les registres de sa fureur ».Il tonne connue si les deux visiteurs l\u2019écoutaient de la roche Massabielle.« Je connais cette enfant, et le Procureur impérial la connaît aussi.Tous deux, nous avons régulièrement causé avec elle.Celui qui prétend que Bernadette Soubirous est folle, est lui-même un fou ou un coquin.L\u2019esprit de la loi de 1838 vise les furieux et les écumants.Est ce que vous allez oser l\u2019appliquer ?Très bien ! Soyez sûrs dans ce cas que je ne quitterai pas cette enfant.Et maintenant, vous pouvez aller chercher les gendarmes, c\u2019est moi qui les recevrai» (p.295 et ss.).Le soir même, le curé-doyen, dans une voiture de poste fermée, conduisait Louise Soubirous et sa fille en villégiature gratuite à Cauterets.Ce plaidoyer indirect en faveur du surnaturel à Lourdes se poursuit, mêlé aux autres épisodes, durant plus de trois cent cinquante pages.Maintenant que l\u2019Evêque de Tarbes, Mgr Laurence, tout en soumettant son propre jugement au Pape, a dans un écrit pastoral « tout étincelant de pénétrante intelligence » (p.354), reconnu le caractère surnaturel des apparitions, et des guérisons de Lourdes, Franz Werfel peut quitter la ville avec sa 74 Franz Werfel et l\u2019esprit de Lourdes protégée, laquelle, détachée de tout, et ne gardant de ces merveilles qu\u2019un souvenir d\u2019extase, dira bientôt : « Ce n\u2019est pas pour moi que coule cette source ».Il n\u2019y ramènera ses lecteurs qu\u2019une vingtaine d\u2019années plus tard, en compagnie de l\u2019écrivain Hyacinthe Lafite.Ce dernier, atteint d\u2019un cancer, a gâché son existence de toutes façons.Il ignore s\u2019il possède un reste de foi, un lambeau d\u2019espoir.Et l\u2019on entend sa plainte déchirante au pied de la statue de l\u2019immaculée, à cette heure nocturne où la chanson du Gave devient plus légère et liquéfie le silence.Le pauvre homme repasse sa vie égoïste et malheureuse, il s\u2019efforce à croire, au fond il croit encore, car ayant récité l\u2019Ave Maria, il ajoute : « Bernadette Soubirous, priez pour moi » ; tandis que ' là-bas, à Saint-Gilde, Sœur Marie-Bernard est à la veille d\u2019entrer en agonie.C\u2019est là un des sommets de l\u2019œuvre et l\u2019on s\u2019arrête pour pleurer.Au monastère Saint-Gilde de devers, la cacophonie tombe, bien qu\u2019il subsiste de faux accords intermittents.L\u2019auteur n\u2019a plus guère qu\u2019à écouter et transcrire le chant de Bernadette, chant presque sans paroles, intime et douloureux.Souffrir et se taire est la devise vécue de la sainte portant déjà au visage « le noble sceau de la perfection ».Obéissante et douce, humble et discrète, se dérobant à toute curiosité profane, connaît-elle vraiment d\u2019autre apostolat que celui de la souffrance.« Comme autrefois, la jeune fille de Lourdes ne dit jamais un mot qui dépasse l\u2019ordinaire et le vraisemblable.Aucune parole édifiante, aucun enseignement mystique ne sort de la bouche de Bernadette.Et cependant, dans la plus simple de ses réponses, se cache de temps à autre, une signification éblouissante qui ne sera perçue que plus tard et qui fera alors venir les larmes aux yeux de Sœur Nathalie et même de Mère Imbert» (p.418). Revue Dominicaine Parfois l\u2019auteur invente un fait tragique et solennel, connue la visite in extremis cle Mgr Peyramale, devenu prélat, niais alourdi par l\u2019âge et courbé sous mainte épreuve.Bernadette achève de vivre, elle peut à peine soutenir un bout de conversation.« Monsieur le Curé, je ne vous ai pas dit de mensonge.\u2014 Dieu le sait, ma Sœur, vous ne m\u2019avez pas menti, mais c\u2019est moi qui n\u2019étais pas digne de vous ».Chose étrange, toute trace de remords disparaît chez ce rude homme quand, l\u2019instant d\u2019après, les saints rites accomplis et le sacrifice consommé, il perçoit une lumière subite, infiniment douce et reposante, sur le visage de la morte où semble incrustée pour toujours la primitive vision de Massabielle.Il se retire alors en murmurant ces mots : « Ta vie commence, ô Bernadette ».Et voici le commentaire de l\u2019écrivain suspect d\u2019égarer le surnaturel de Lourdes parmi des intrications purement humaines.« Ces mots dits à mi-voix ne signifient pas seulement : Maintenant tu es au ciel, ô Bernadette.Ils veulent dire : Tu es maintenant au Ciel et sur la terre.Tes yeux ont vu plus de choses que les nôtres.Ton cœur a contenu plus d\u2019amour que nos cœurs endurcis ont jamais pu le concevoir.C\u2019est pourquoi tu es agissante et présente tous les jours, toutes les heures, et non seulement à la Source de Massabielle, mais dans chacun de ces arbres en fleurs, là-dehors.Ta vie commence, ô Bernadette» (p.460).Libre à lui cependant de plaider coupable, car il a tout de même commis un crime, celui d\u2019avoir osé écrire au sujet d\u2019une vie intéressante, un livre intéressant.M.-A.Lamarche, O.P.y 76 La balance délicate Je suis plongé jusqu\u2019au cou \u2014 entendez par-dessus la tête \u2014 dans la lecture des critiques français.Je me promène des Lundis de Sainte-Beuve aux Portraits historiques et littéraires de Mérimée, des Contemporains de Lemaître à La vie littéraire de France, des Approximations de Du Bos à La vie de l\u2019esprit de Jaloux.Après lecture d\u2019une étude, d\u2019un portrait, je pose le livre ouvert et je jette sur un bloc-notes mes impressions, mes commentaires.Je ne suis pas un critique de métier et je ne voudrais aucunement empiéter sur un terrain qui ne m\u2019appartient pas.Toutefois, il n\u2019est pas interdit au romancier de s\u2019intéresser à la critique.Ne se voit-il pas dans l\u2019obligation de s\u2019y livrer lui-même sur ses propres fictions ?Lorsqu\u2019il corrige, retouche parfois au point de les transformer, ses textes successifs avant de les confier à l\u2019impression, que fait-il sinon de l\u2019auto-critique?Il fait le premier examen du roman ou de la nouvelle que, bientôt, il offrira aux critiques de métier et au public.Qu\u2019il s\u2019agisse de philosophie, de littérature ou d\u2019art, la critique remplit une fonction éminente.On a tort de lui attacher un sens péjoratif.Cette opération de l\u2019intelligence \u2014 indispensable à la santé de la pensée et de l\u2019art \u2014 mérite d\u2019être réhabilitée, définie avec précision.On confond couramment critique et dénigrement ; on 11e se donne pas la peine de saisir la nette différence qui existe entre la critique d\u2019une part, le pamphlet, la polémique, la satire, de l\u2019autre.L\u2019état d\u2019esprit essentiel du critique, lorsqu\u2019il entreprend l\u2019étude d\u2019un livre, d\u2019une œuvre ou d\u2019un écrivain, c\u2019est de n\u2019être point prévenu.Certes, il dispose de 77 Bevue Dominicaine principes généraux, de critères de jugement qu\u2019il ne doit pas oublier et qui lui serviront de mesure, de règle d\u2019or.Mais il doit être pur de tout parti pris contre le livre qu\u2019il a sous les yeux, contre l\u2019écrivain qu\u2019il se propose de juger.Contre ou en faveur cle.Ce n\u2019est pas là un état d\u2019esprit qu\u2019il est aisé d\u2019acquérir et de maintenir en toute circonstance.La critique mesure, pèse son objet, en souligne les beautés et les qualités, en indique les laideurs et les faiblesses.Il le définit, il lui assigne son juste rang parmi les livres de même veine ou les écrivains de même famille.Le critique réunit à la fois la perspicacité de l\u2019analyste et la science de l\u2019historien.Il devient tout naturellement l\u2019éducateur du goût.Il guide le lecteur, lui enseigne à distinguer la valeur d\u2019un ouvrage ou d\u2019un écrivain, à découvrir les nuances de la pensée et du style.Il donne au romancier, au conteur ou au poète des indications qui, souvent, permettent à ceux-ci de s\u2019améliorer, d\u2019éviter, dans leurs prochains ouvrages, des fautes, de faire des progrès et d\u2019arriver à réussir, à défaut d\u2019un chef-d\u2019œuvre, un livre estimable.Ainsi conçue, la critique exige de qui s\u2019y consacre l\u2019étendue et la solidité de la culture, la sûreté du goût, la perspicacité de l\u2019intelligence, une générosité à l\u2019épreuve des tentations de l\u2019envie, un désintéressement incorruptible et, surtout, un caractère intransigeant.Le critique ne connaît ni amis ni adversaires.Son jugement 11e s\u2019inspire d\u2019aucune sympathie ou antipathie personnelles, d\u2019aucune considération étrangère aux Lettres et à l\u2019Art.L\u2019amitié, l\u2019antipathie, l\u2019esprit de calcul ou de lucre, lorsqu\u2019on s\u2019v abandonne, défigurent la critique, l\u2019abaissent parfois au niveau de la réclame commerciale, lui font perdre sa première raison d\u2019être.Peu de lecteurs réfléchis acceptent littéralement les louanges outrées de la réclame commerciale.Ils savent à quoi 78 La balance délicate s\u2019en tenir à son sujet.La critique, lorsqu\u2019elle tombe à l\u2019étiage de la publicité, égare le public, corrompt son goût au lieu de le former, et rend à l\u2019écrivain d\u2019imagination, sous prétexte de lui complaire, de mauvais services.Elle ne l\u2019éclaire point sur ses erreurs, elle risque de l\u2019endormir dans une satisfaction béate* ennemie de tout progrès.Si le critique estime que le livre d\u2019un ami est médiocre ou insignifiant, mieux vaut qu\u2019il le passe sous silence que de le louer par pure amitié.Jamais les sentiments d\u2019ordre personnel, si légitimes soient-ils dans les relations humaines, ne le justifient de sacrifier le respect dû à la pensée et à l\u2019art.Au Canada français, depuis 1940-1941, la production littéraire est très abondante et, fatalement, comporte un déchet considérable.Le critique littéraire dispose, dans nos journaux et nos revues, de cadres plutôt étroits et, chaque semaine, une imposante pile de livres récents orne sa table de travail.Comment parler de tout \u2014 et en parler convenablement \u2014 en deux ou trois colonnes, en deux ou trois pages ?Difficile problème ! Il n\u2019existe qu\u2019une façon de le résoudre pour le plus grand bien des Lettres et des lecteurs : ne pas s\u2019occuper des ouvrages inférieurs, l\u2019étude des livres appréciables prenant un espace suffisant et imposant une tâche assez lourde.Dans la pile de livres élevée sur la table, il s\u2019en trouve toujours un ou deux qui s\u2019impose par des qualités particulières, soit profondeur de la pensée, éclat de l\u2019expression, etc.Ce livre instruira ou charmera le lecteur, il a chance de rester, il honore les Lettres françaises au Canada, il dépasse manifestement en valeur les ouvrages voisins.Certes, nous 11e reprocherions pas au critique de nous faire connaître ce livre, de nous en entretenir longuement, fallût-il, au besoin, qu'il ignorât tous les autres parus durant la semaine, la quinzaine ou le 79 Revue Dominicaine mois.Il est puéril cle croire que tous les livres qu\u2019éditeurs et imprimeurs déversent hebdomadairement dans nos librairies survivront, sont dignes de survivre, apportent à nos Lettres une contribution réelle.Aux yeux clu critique littéraire, l\u2019ouvrage est autre chose qu\u2019une liasse de cent ou de deux cents feuilles noircies d\u2019encre.* * * Un Sainte-Beuve, un Lemaître, un Du Bos exercèrent une souveraineté dans les Lettres françaises et ils portèrent avec dignité le sceptre de leur fonction.Lorsqu\u2019il juge ses contemporains, ses rivaux en gloire, Sainte-Beuve laisse parfois une pointe d\u2019envie déformer la pureté de sa critique.Il est bon de constater qu\u2019une intelligence très aiguë et qu\u2019une âme somme toute généreuse n\u2019a pas su éviter tout à fait cet écueil.Baudelaire, poète vibrant et profond, possédait un esprit critique aussi aiguisé que juste : on s\u2019en convaincra à la lecture de ses Salons.Il avait la faculté très rare de retourner sur ses propres créations le regard acéré de l\u2019esprit critique.De là, le parachèvement des Fleurs du mal et des Petits poèmes en prose.Mais le cas de Baudelaire demeure l\u2019exception parce qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019une sorte de surhomme, d\u2019un monstre, si l\u2019on veut, en qui se consommait l\u2019union de la puissance créatrice et de la finesse critique.Tous nos poètes ne bénéficient pas de ce privilège.Quelques-uns que j\u2019ai lus récemment paraissent s\u2019apparenter à Hugo plutôt qu\u2019à Baudelaire.Doués d\u2019une imagination effervescente, quelquefois d\u2019une certaine fantaisie, ils paraissent n\u2019avoir aucune notion de l\u2019auto-critique.Ils débrident la folle du logis.Leurs poèmes procurent la sensation d'une course dans les montagnes russes des parcs d\u2019amusement.Leur bateau gréé d\u2019une puissante voilure 80 La balance délicate manque de gouvernail et tous les capitaines affirment que ça compte, l\u2019invisible et modeste gouvernail.Si nos poètes et nos romanciers, lancés sur la mer houleuse de l\u2019imagination, sont victimes d\u2019une voilure démesurée, il importerait, du moins, qu\u2019un pilote, muni d\u2019une bonne boussole, leur enseignât les routes, leur signalât les récifs.Que les critiques veillent ! * * * Notre littérature, frêle tige de l\u2019arbre français à peine acclimatée en terre canadienne, ne saurait compter des monuments de critique comparables aux Lundis, aux Contemporains, aux Approximations.Notre littérature, dans tous les domaines, tâtonne, hésite, cherche ses voies vers la lumière.Les grands modèles français nous éblouissent, nous séduisent, que nous le voulions ou non, et, presque toujours, pèsent sur nous de leur poids écrasant.Nous les acceptons avec amour ou nous les repoussons avec colère mais, dans un cas comme dans l\u2019autre, nous subissons leur influence, nous les imitons consciemment ou à notre insu.Cet état de choses crée pour le critique de nombreuses difficultés propres à nos Lettres.Ainsi, il doit être versé non seulement dans la littérature canadienne d\u2019expression française mais, de plus, il doit avoir une connaissance approfondie de la littérature de France.En effet, les romans, les nouvelles, les contes, les poèmes qu\u2019il a à étudier et à juger se rapprochent tous, dans une mesure variable, des modèles français.Lorsque le critique, par exemple, eut à se prononcer sur le roman Un homme et son péché de Claude-Henri Grignon, il lui était bien difficile de ne pas rappeler l\u2019Avare de Molière et Eugénie Grandet de Balzac.Et, s\u2019il désirait un rapprochement plus moderne, il évoquait Le nœud de vipères de 81 Revue Dominicaine Mauriac.A propos de 30 arpents, on pouvait rappeler les meilleurs ouvrages de l\u2019école réaliste et même de l\u2019école naturaliste.Quant à nos poètes, ils doivent tous quelque chose au romantisme.L\u2019un des plus en vogue parmi les derniers, M.Roger Brien, participe à la fois de Hugo et des symbolistes.Le critique, chez nous, a la double tâche de classer l\u2019écrivain et son oeuvre non seulement dans la littérature canadienne mais encore dans la française.Jusqu\u2019aujourd\u2019hui, nous n\u2019avons créé ici aucune école littéraire nouvelle.Nous ne sommes les inventeurs ni du classicisme ni du romantisme, ni du réalisme ni du naturalisme, ni du symbolisme ni de l\u2019exotisme, ni de l\u2019impressionnisme ni du régionalisme.Nous nous contentons d\u2019illustrer plus ou moins heureusement dans nos ouvrages ces diverses théories.Le régionalisme a beaucoup prospéré dans la littérature du Québec.Mais il s\u2019agissait d\u2019un régionalisme de formule étroite qui produisait des ouvrages étriqués, vides de substance, ennuyeux, d\u2019un ton morose et moralisateur.Nos romanciers manquent trop de science et d\u2019esprit d\u2019observation pour tirer du régionalisme littéraire les fruits savoureux qu\u2019il pourrait donner.Ce qui nous entoure nous paraît morne et banal parce que nous le regardons distraitement, d\u2019un œil ignorant.Il nous semble qu\u2019ailleurs existent des richesses incomparables et que nous saurions les découvrir.Illusion ! La pauvreté n\u2019est pas dans le monde qui nous sert de milieu naturel mais en nous-mêmes.Nous ne vovons rien d\u2019inté- «/ ressant autour de nous parce que nous ne savons pas regarder, fixer sur les êtres et les choses de notre entourage un regard pénétrant, patient, aiguisé par une solide culture.Comme l\u2019enfant, l\u2019ignorant ne perçoit que les grandes lignes d\u2019un spectacle ou d\u2019infimes détails qu\u2019il ne sait pas relier entre eux.De là la 82 La balance délicate !¦ rÆMtr, ¦ «f */\u2022 misère, la platitude des ouvrages d\u2019imagination, inspirés du régionalisme, qui viennent encombrer la table du critique.De là également, parfois, la mauvaise humeur, le dégoût compréhensible de celui-ci.* * * Ne parlons que des morts afin de ne pas éveiller la susceptibilité des vivants.Nous avons eu de bons esprits critiques, des hommes intelligents, cultivés, courageux, capables de vues larges.Jules Fournier, Olivar Asselin, Henri d\u2019Arles ont incidemment fait d\u2019excellente critique littéraire et nous retrouvons de belles études dans Mon Encrier, L\u2019œuvre de Vabbé Lionel Groulx, Estampes, Miscellanées.Louis Dantin n\u2019est pas mort ; cependant, il n\u2019écrit plus guère.Nous relisons avec plaisir et profit sa préface au recueil de Nelligan et certaines pages de ses Gloses critiques.Albert Pelletier ne publie plus.Pourtant, ses Egrappages et quelques articles non recueillis des Idées révélaient en Pelletier un critique perspicace, judicieux, énergique qui, malheureusement, se laissait parfois entraîner par son goût du paradoxe et de l\u2019originalité à tout prix.Jean-Charles Harvey semble avoir renoncé à la critique littéraire.Ses Pages de critique (1926) laissaient prévoir un esprit sagace, mordant, capable de disséquer un livre ou un écrivain.Si l\u2019on parcourt les ouvrages que je viens de rappeler, on sera frappé d\u2019un fait : nos meilleurs critiques sont des railleurs ; leur critique frôle toujours la satire ou le pamphlet.Ils distribuent l\u2019éloge avec parcimonie et le blâme, l'ironie aveç largesse.Injustice de leur part ?Non pas.Fournier, Asselin, d\u2019Arles, Dantin, Pelletier, Harvey auraient préféré admirer plutôt que railler, leur nature les portait plus à s\u2019émouvoir de la beauté qu\u2019à dénoncer la laideur.Hélas ! nos écrivains d\u2019imagination ne 83 Revue Dominicaine leur offraient pas grancl\u2019chose de beau, d\u2019émouvant, de vraiment humain.Leur bonne volonté se heurtait à des ouvrages où la pauvreté le disputait à l\u2019exagération, l'incohérence au ridicule.Comment pouvaient-ils approuver, louer, s\u2019extasier ?Aujourd\u2019hui, mettons depuis une dizaine d\u2019années, nos romanciers et nos conteurs semblent avoir fait quelques progrès.Il n\u2019y aurait qu\u2019à citer 30 arpents, Un homme et son péché, Ils posséderont la terre, Courrier des villages, La vie en rêve.C\u2019est là, il est vrai, le dessus du panier.Mais, autrefois, le dessus du panier offrait-il ces fruits délectables qui pourraient très bien avoir mûri dans un verger de la vieille France ?S\u2019il est vrai de dire que les bons critiques favorisent l\u2019éclosion des bons romanciers, il n\u2019est pas moins exact d\u2019affirmer que les romanciers de valeur aident à l\u2019épanouissement des critiques excellents.Tout se tient dans une littérature et il est rare qu\u2019on atteigne au chef-d\u2019œuvre en un genre alors que les autres en sont encore à la période des balbutiements.Les critiques pertinentes encouragent les romanciers et les poètes ; les romans et les poèmes vivants, émouvants, stimulent les critiques.Je me rappelle toujours ce mot qu\u2019Edouard Montpetit me disait au terme d\u2019une entrevue : « Le moyen d\u2019atteindre à la supériorité comme peuple ?Que chacun de nous s\u2019applique à devenir une compétence dans son domaine ».Peut-être l\u2019auteur du Front contre la vitre s\u2019exprima-t-il avec une plus concise élégance ?Si j'ai oublié les mots de sa pensée, je suis sûr d\u2019en avoir retenu le sens.J\u2019étais tout jeune homme, à une phase de ma vie où je cherchais ma voie, où j\u2019hésitais, tiraillé entre divers appels, tous séduisants.* * * Si Sainte-Beuve n\u2019avait eu à étudier et à juger que des ouvrages médiocres ou nuis, des écrivains de dixième ordre, serait-il La balance délicate devenu le grand critique qu\u2019il est, aurait-il pu élever ce monument des Causeries du Lundi ?La question demeure en suspens et il est permis de pencher vers une réponse négative.On peut constater en relisant Sainte-Beuve que l\u2019intelligence la plus aiguë, la plus tranchante ne nuit aucunement à l\u2019admiration, à l\u2019amour de l\u2019art.Au contraire, sa force et sa finesse d\u2019analyse apportent au critique de nouvelles et de sérieuses raisons d\u2019admirer, cl\u2019ai-mer.Mais il est nécessaire ici de remarquer que Sainte-Beuve se penchait sur les chefs-d\u2019œuvre du génie français, tant classique que romantique, sur des objets vraiment dignes d\u2019admiration et d\u2019amour, sur des hommes et des œuvres qui ont fourni et une assiette et la fine pointe à la civilisation contemporaine.Nos ouvrages littéraires n\u2019ont pas cette solidité et ce brillant, cette influence et ce ravonnement.Ils s\u2019émiettent aisément sous la V pointe du scalpel de la critique et l\u2019œil n\u2019a point besoin d\u2019un microscope pour saisir leurs failles, les pailles qui brisent la pureté du métal.Devant ces ouvrages d\u2019imagination inconsistants, flasques, pauvres de pensée et ternes de style, on comprend l\u2019énervement, le manque d\u2019enthousiasme de nos critiques et la tentation \u2014 à laquelle ils succombent parfois \u2014 de se livrer à des charges, à de cruelles railleries.Ils se disent : « Fouettons romanciers, conteurs et poètes ; c\u2019est le seul moyen de les éveiller et de les inciter au progrès ».* * * On a dit et on a répété que notre littérature était riche surtout de romans campagnards.Il faudrait s\u2019entendre sur le mot riche.Elle compte un bon nombre de romans campagnards.Sur ce nombre, à peine pourrait-on en indiquer trois ou quatre qui méritent mention : 30 arpents et Un homme et son péché, déjà cités.Ajoutons La terre du huitième, Sources et Menaud, maître 85 Revue Dominicaine clraveur (récit d\u2019ailleurs grandement surfait).Et puis ?Peut-on dire que notre littérature est riche en cette variété de roman ?Le roman social d\u2019inspiration citadine est plus absent encore.A ce propos, qu\u2019on me permette de rapporter une menue anecdote ' qui se rattache à la critique et qui montre bien qu\u2019une critique éclairée guide le romancier, lui évite les faux pas.Il y a une douzaine d\u2019années, après publication de mon premier roman L\u2019Initiatrice, je soumis à Olivar Asselin le texte du Feu intérieur.Le polémiste considéra un moment la liasse de feuilles et, brusquement, me demanda : « Quel est le fond de votre roman, Desmarchais ?» « Une étude de mœurs sur la société de la métropole, monsieur ».Une ombre de sourire inclina la cigarette au coin de la lèvre d\u2019Asselin : « Vous avez découvert une société à Montréal, vous ?» «Mais, monsieur.» «Eh ! bien, j\u2019espère que votre roman est satirique.Il n\u2019y a que la satire qui puisse peindre ce que vous appelez notre société ».LIélas ! mon Feu n\u2019était guère une satire.Sur le moment, le mot d\u2019Asselin me parut une boutade, injuste comme toutes les boutades.Plus tard, aujourd\u2019hui, j\u2019ai réfléchi là-dessus et j\u2019ai compris combien Asselin avait raison.On imagine ce qui n\u2019existe pas, on le rêve ; on ne saurait le peindre, le reproduire sur le plan artistique.« Notre société montréalaise, me disait je ne sais plus quel snob, attend son romancier ».Eh ! non, c\u2019est le romancier qui attend la naissance de notre société montréalaise ! Cela viendra.lorsqu\u2019il y aura, entre le salon et la charrue, quatre ou cinq générations de plus.Asselin ne manquait pas de jugeotte, même si ses jugements adoptaient volontiers une tournure caustique.* * * Résumons les considérations que nous venons d\u2019exposer.La littérature française au Canada ne peut se glorifier ni d\u2019un 86 La balance délicate Sainte-Beuve ni d\u2019un Lemaître ni d\u2019un Faguet ni d\u2019un Du Bos.Les critiques rétorqueront : A-t-elle produit un Balzac, un Flaubert, un Stendhal, un Mauriac, un Duhamel ?Certes, non ! Et, dans mon esprit, il ne s\u2019agit aucunement d\u2019ouvrir une polémique stérile, funeste, entre écrivains d\u2019imagination et critiques.Au contraire, je voudrais faire voir nettement que les principes du roman, de la poésie et de la critique restent à naître \u2014 ou à se manifester \u2014 chez nous.Les possibilités en notre pays neuf, en notre pays intellectuel frais découvert, demeurent immenses.Romanciers et poètes, nous ne faisons qu\u2019ouvrir les yeux sur le monde en gésine qui nous entoure.Ce monde nouveau, nos regards éblouis ne commencent qu\u2019à le percevoir vaguement dans son ensemble, à en saisir quelques détails.FTos premières, nos rudimentaires observations se transforment en romans, en contes, en poèmes.Nos critiques ont pour fonction de les juger.Ils tiennent en main la balance, la balance délicate.Le parti pris, la hâte, l\u2019ignorance, les considérations étrangères à l\u2019art la fausseraient, jetteraient de faux poids dans un plateau.Ils doivent demeurer libres, purs, animés du seul amour des Lettres.\u2014 Vous exigez beaucoup de ces pauvres critiques ! a remarqué un ami après avoir lu ma conclusion.\u2014 Eux, exigent-ils moins des romanciers, des conteurs, des poètes ?Et ce qu\u2019il me faut confesser, en dépit d\u2019une nervosité qui me rend parfois injuste devant certains jugements, c\u2019est qu\u2019ils ont raison, profondément raison.Aujourd\u2019hui, des historiens autorisés de la littérature commencent à se demander si la perfection de Racine ne doit pas quelque chose (peut-être beaucoup) à l\u2019amitié, à l\u2019amitié clairvoyante et sans faiblesse de Boileau ?Rex Desmarchais 87 Paul Verl aine à Alfred DesRochers Jules Lemaître a écrit que Sagesse était « le seul poème catholique », ce qui non seulement n\u2019est plus vrai, comme l\u2019établit incontestablement l\u2019étude de quelques poètes contemporains, mais ne l\u2019a jamais été, à moins d\u2019ignorer un chef-d\u2019œuvre comme la Divine Comédie, pour ne citer que celui-là.Ce sommet de l\u2019œuvre de Paul Verlaine n\u2019en est pas moins un des plus beaux livres de poésie de toute l\u2019histoire littéraire française, et le plus beau poème catholique du dix-neuvième siècle.Peut-être faut-il remonter jusqu\u2019au moyen âge pour trouver des accents si mystiques.Il y a sans doute dans certaines traductions de Racine et de Corneille des accents émouvants et l\u2019on ne peut biffer d\u2019un trait, dans l\u2019histoire de la poésie catholique, comme certains le veulent faire, certaines pages de Lamartine, de Hugo, de Musset, de Vigny, de Baudelaire et de Rimbaud.Mais aucun de ces poètes n\u2019a publié un cahier de poèmes que l\u2019on puisse qualifier de catholique.L\u2019inspiration religieuse ne fut chez ces géants de la poésie qu\u2019occasionnelle.L\u2019Hymne au Christ, Le Crucifix, certaines pages de Jocelyn; Jehovah ou La Prière pour tous ; L\u2019Espoir en Dieu de Musset, tous ces poèmes très beaux sont perdus dans une œuvre parfois païenne, parfois tout simplement a-religieuse ; quant à Alfred de Vigny, ses poèmes religieux sont dépourvus de toute sensibilité catholique.Il fallut attendre Baudelaire pour trouver des accents vraiment nouveaux et personne n\u2019avait encore chanté comme il le fit dans sa Bénédiction : 88 Paul Verlaine Soyez béni, mon Dieu, Qui donnez la souffrance Comme un divin remède à nos impuretés Et comme la meilleure et la plus pure essence Qui prépare les forts aux saintes voluptés.Je sais que vous gardez une place au poète Dans le sein bienheureux des saintes légions Et que vous l'invitez à Véternelle fête Des Trônes, des Vertus, des Dominations.Cependant la poésie de Baudelaire fut plus diabolique qu\u2019angélique ; il aura néanmoins joué un rôle important dans la naissance d\u2019un mouvement poétique catholique en ressuscitant, dans une littérature amoraliste, la conscience du péché.Le poète des Fleurs du mal retrouva le sens surnaturel au moment où Leconte de Lisle et Heredia tentaient \u2014 et, malheureusement, réussissaient \u2014 d\u2019établir la poésie sur une base purement naturaliste.C\u2019est grâce au génial Arthur Kimbaud, qui venait de retrouver l\u2019éternité, que Paul Verlaine fut arraché au Parnasse qui menaçait de l\u2019absorber et de l\u2019anéantir.Celui qui, comme il le dit lui-même, ciselait des vers comme des coupes et faisait des vers émus très froidement, et qui, d\u2019un ton péremptoire, demandait Est-elle en marbre ou non, la Vénus de Milo ?celui-là, dis-je, ne se connaissait pas, car déjà dans ses vers perçaient ici et là des musiques que la poésie n\u2019avait pas connues depuis bien longtemps.Le plus parnassien de ses cahiers \u2014 Les Poèmes saturniens \u2014 contenait déjà des pages d\u2019une sensibilité qui ira se développant sans cesse.On trouve déjà dans cette première œuvre des vers aussi musicaux que la célèbre Chanson d\u2019automne, que Mon rêve familier, que Crépuscule du soir mys- Kevue Dominicaine tique.Et n\u2019est-ce pas l\u2019âme de François Villon qui revit dans le fameux Effet de nuit : La nuit.La pluie.Un ciel blafard que déchiquette De flèches et de tours à jour la silhouette D\u2019une ville gothique éteinte au lointain gris, La plaine.Un gibet plein de pendus rabougris Secoués par le bec avide des corneilles Et dansant dans l\u2019air noir des gigues non-pareilles, Tandis que leurs pieds sont la pâture des loups.Cependant ni Les LJoèmes saturniens, ni Les Fêtes galantes, ni même La Bonne Chanson n\u2019annonçaient le chef-d\u2019œuvre catholique qui les allait suivre.Ces poèmes avaient un charme très particulier avec leur mélange d\u2019ironie et de sensibilité fade et c\u2019est presque miracle que le pauvre Lélian ait pu atteindre, après avoir chanté ses Romances sans paroles, à la fermeté d\u2019expression et à l\u2019austérité d\u2019émotion de Sagesse, qui reste un miracle de poésie que personne n\u2019a encore réussi à expliquer \u2014 et il n\u2019est pas prouvé qu\u2019il puisse l\u2019être \u2014 au milieu de l\u2019œuvre si informe du pauvre Verlaine.L\u2019extraordinaire diversité de cette œuvre s\u2019expliquerait peut-être par le curieux mélange de bons mouvements et de vices indéracinables que nous offre la vie de ce poète livré à la débauche et à l\u2019ivrognerie et qui venait pleurer au pied des madones dans les églises.Car Verlaine réalise, comme dit Marcel Dugas, le paradoxe d\u2019un homme qui n\u2019a pas disparu entièrement sous le poète.S\u2019il fut, comme dit le même critique, soumis à toutes les infirmités terrestres, il ne fut aucunement, comme le voudrait encore ce même critique, un surhomme chrétien.Est-ce à dire que le catholicisme de Sagesse soit une attitude littéraire ?Je ne le crois pas et je ne crois pas que l\u2019on puisse, 90 Paul Verlaine après étude attentive de la correspondance du poète, mettre sa sincérité en doute.Il y a d\u2019ailleurs dans Sagesse des accents qui ne trompent pas.Les biographes les plus consciencieux du pauvre Lélian soutiennent qu\u2019il fut, de 1874 à 1891 \u2014 à quelques moments près \u2014 un catholique pratiquant.L\u2019ancien anticlérical, après avoir promené une vie de débauche de Paris à Londres via Bruxelles \u2014 où eut lieu la fameuse affaire Rimbaud-Verlaine \u2014 se convertit dans la prison de Mons où il fut détenu dix-huit mois.Cet événement spirituel se produisit lentement au cours de l\u2019année 1874, grâce à la solitude, à l\u2019eau pure, à la paix et à la méditation.C\u2019est dans sa cellule que naquirent les poèmes de Sagesse, qui sont d\u2019inspiration et d\u2019expression essentiellement chrétiennes.Paul Verlaine n\u2019est pas, comme a voulu nous le faire croire un critique, un Père de l\u2019Eglise, mais son œuvre catholique suppose une connaissance sûre du dogme et de la morale.Il fréquente d\u2019ailleurs les sacrements, lit saint Thomas et sainte Thérèse et désire comprendre cette religion qui l\u2019a soudain transformé.Il renie son passé : Il fut un athée, un brutal, un parisien fade, Race de théâtre et de boutique, dont les vices Eux-mêmes, avec leur odeur rance et renfermée, Lèveraient le cœur à des sauvages leurs complices, Race de trottoir, race d\u2019égout et de fumée.et il est rempli de sentiments chrétiens.Envoyant un poème a son ami Lepelletier, il lui écrit : « C\u2019est absolument senti, je t\u2019assure.Il faut avoir passé par tout ce que je viens de souffrir depuis trois ans, humiliations, dédains, insultes, pour sentir tout ce qu\u2019il y a d\u2019admirablement consolant, de raisonnable, de logique dans çette religion si terrible et si douce.Oh ! terrible, 91 Revue Dominicaine oui ! mais l\u2019homme est si mauvais, si vraiment déchu, et puni par sa seule naissance ; et je ne parle pas des preuves historiques, scientifiques et autres, qui sont aveuglantes, quand on a cet immense bonheur d\u2019être retiré de cette société abominable, pourrie, vieille, sotte, orgueilleuse, damnée.Si tu savais comme je suis détaché de tout hormis de la prière et des méditations ! » Sorti de prison, Verlaine travailla les poèmes de Sagesse qu\u2019il publia en 1880 et qui furent accueillis par le plus religieux silence de la critique.Seul Léon Bloy en fut ému et il exprima son dégoût de la critique qui ignorait un chef-d\u2019œuvre comme celui qui venait de paraître alors qu\u2019elle ne tarissait pas d\u2019éloges sur les romans retroussés du naturalisme.Pour la grande honte de cette époque \u2014 la plus basse de l\u2019histoire française \u2014 il ne se vendit pas un seul exemplaire de l\u2019édition originale de Sagesse, qui est le plus beau livre de poésie catholique du siècle.Quelle disgrâce pour celui que Paul Valéry lui-même a affirmé être « l\u2019auteur des musiques poétiques les plus délicates, des mélodies verbales les plus neuves et les plus touchantes qu\u2019il y ait dans notre langue ».Comment expliquer \u2014 j\u2019y renonce \u2014 qu\u2019au simple point de vue humain on ait ignoré des vers aussi beaux que Ecoutez la chanson bien douce, que Verlaine chanta en se ressouvenant de son épouse qui n\u2019avait pas su le comprendre et qui l\u2019avait quitté, et à qui aujourd\u2019hui il demande de faire le geste qui pardonne.Car il aspire à la perfection, cet être pétri de vices, et il veut faire taire en lui les voix de l\u2019Orgueil, de la Haine, de la Chair, de la Colère : Ah ! les voix, mourez donc, mourantes que vous êtes, Sentences, mots en vain, métaphores mal faites, Toute la rhétorique en fuite des péchés, Ah ! les voix, mourez donc, mourantes que vous êtes ! 92 Paul Verlaine Nous ne sommes plus ceux que vous auriez cherchés.Mourez à nous, mourez aux humbles vœux cachés Que nourrit la douceur de la Parole forte, Car notre cœur n est plus de ceux que vous cherchez ! Mourez parmi la voix que la prière emporte Au ciel, dont elle seule ouvre et ferme la porte Et dont elle tiendra les sceaux au dernier jour, Mourez parmi la voix que la prière apporte, Mourez parmi la voix terrible de l\u2019Amour ! Plein de confiance dans la miséricorde divine malgré les péchés dont il est chargé, Paul Verlaine implore le pardon du Christ et ne craint pas de se jeter à genoux pour converser simplement avec son Dieu.Il lui avoue avoir peu de choses à Lui offrir, mais « ce que j\u2019ai, mon Dieu, je vous le donne ».Dieu en demande-t-il davantage ?Verlaine aura contribué à ramener dans la littérature la notion d\u2019un Dieu miséricordieux, contrairement à ses prédécesseurs qui préféraient parler de la divinité implacable.Y a-t-il quelque chose de plus beau que le grand dialogue mystique, qui termine la deuxième partie du recueil ?Jamais encore poète n\u2019avait trouvé de tels accents pour parler à Dieu.Il faudrait tout citer de ce long entretien mystique ; mais en voici au moins un sonnet : \u2014 Seigneur, c\u2019est trop ! Vraiment je n\u2019ose.Aimer qui ?Vous ?Oh ! non ! Je tremble et n\u2019ose.Oh ! vous aimer je n\u2019ose, Je ne veux pas ! Je suis indigne ! Vous, la Rose Immense des purs vents de l\u2019Amour, ô vous, tous Les cœurs des saints, ô vous qui fûtes le Jaloux D\u2019Israël, Vous la chaste abeille qui se pose 93 Revue Dominicaine Sur la seule fleur d\u2019une innocence mi-close, Quoi, moi, moi pouvoir vous aimer ! Etes-vous fous, Père, Fils, Esprit ?Moi, ce pécheur-ci, ce lâche, Ce superbe, qui fait le mal comme sa tâche Et n\u2019a dans tous ses sens, odorat, toucher, goût, Vue, ouïe, et dans tout son être \u2014 hélas ! dans tout Son espoir et dans tout son remords \u2014 que l\u2019extase D\u2019une caresse où le seul vieil Adam s\u2019embrasse P \u2014 Il faut m\u2019aimer.Je suis ces fotis que tu nommais, Je suis l\u2019Adam nouveau qui mange le vieil homme.Hélas ! en Verlaine le vieil homme n\u2019était pas mort ; le pauvre Lélian n\u2019avait pu vivre jusqu\u2019au bout le conseil de l\u2019Apôtre : meurs et renais ! Après un séjour de quelques années à la campagne et en Angleterre, où il fut successivement professeur de français et agriculteur, il retomba malheureusement dans ses vices, découragé par la mort de son meilleur ami, Lucien Lelinois, et par l\u2019insuccès de Sagesse, et il revint à Paris pour y mener jusqu\u2019à sa mort une existence affreuse, ruiné par le rhumatisme, l\u2019ivrognerie et la luxure.Ses dernières oeuvres expriment ses découragements, ses efforts et ses désespoirs au milieu des vices dont il était redevenu la victime.Un grand sommeil noir Tombe sur ma vie : Dormez, tout espoir, Dormez, toute envie ! 94 Je ne vois plus rien, Je perds la mémoire Paul Verlaine Du mal et du bien.O la triste histoire ! Je suis un berceau Qu\u2019une main balance Au creux d\u2019un caveau : Silence, silence ! Malgré des élans mystiques à certaines heures, Paul Verlaine est redevenu cet athée, ce brutal, cet ivrogne des rues, ce cœur à tous les vents qu\u2019il avait été, mais à un degré beaucoup moindre, en sa jeunesse oisive et pervertie.Les dernières années du poète sont une des plus lamentables histoires de la littérature.Il faut espérer que le pauvre Lélian, qui avait été toute sa vie « roulé dans le pernod et les étoiles », comme dit Marcel Dugas, a vu descendre sur lui le pardon du Père, car il est mort en chrétien, le 8 janvier 1896, encadré comme le Christ par deux larrons : l\u2019Alcool et la Luxure, selon le mot de son ami Cazals.Paradoxe de la vie et de la fécondité de l\u2019âme capable de dépasser les limites que la chair semble lui imposer, Paul Verlaine, ce perverti entre les pervertis, fut aussi l\u2019auteur du plus catholique des livres de poésie française avant ce siècle, et incontestablement un des initiateurs du renouveau catholique qui est l\u2019honneur des lettres françaises contemporaines.L\u2019oubli où veulent le reléguer Charles Maurras et son disciple Thierry Maulnier (qui sont pourtant des critiques intelligents), il lui échappe de toute la puissance d\u2019émotion que ses œuvres les plus remarquables communiquent et communiqueront longtemps encore à l\u2019humanité charnelle à la quête du divin.Anatole France a dit que Verlaine était un poète comme il ne s\u2019en rencontrait pas un par siècle.C\u2019est l\u2019honneur du catholicisme que de lui avoir inspiré 95 Revue Dominicaine ses poèmes les plus humains.S\u2019il y a un charme très sensible clans clés pages très connues comme II pleure dans mon cœur, l\u2019Art poétique et la Chanson d\u2019automne, n\u2019est-il pas temps que l\u2019on découvre que le plus grand Verlaine est celui des poèmes mystiques qui ont une plénitude et une élévation qui atteignent au sublime dans la simplicité ?Laissez-moi, faites-moi de toutes mes faiblesses Aimer jusqu\u2019à la mort de votre perfection, Jusquà la mort des sens et de leur mille ivresses, Jusqu\u2019à la mort du cœur, orgueil et passion, Jusqu\u2019à la mort du pauvre esprit lâche et rebelle Que votre volonté dès longtemps appelait Vers l\u2019humilité sainte, éternellement belle, Mais lui, gardait son rêve infiniment laid, Son gros rêve éveillé de lourdes rhétoriques, Spéculation creuse et calculs impuissants Ronflant et s\u2019étirant en phrases pléthoriques.Ah ! tuez mon esprit et mon cœur et mes sens ! Place à l\u2019âme qui croie, et qui sente et qui voie Que tout est vanité fors elle-même en Dieu ! Place à l\u2019âme, Seigneur, marchant dans votre voie Et ne tendant qu\u2019au ciel, seul espoir et seul lieu !.Pitié, Dieu pitoyable ! et m\u2019aidez à parfaire L\u2019œuvre de votre Cœur adorable en sauvant L\u2019âme que rachetaient les affres du Calvaire ; Père, considérez le prix de votre enfant.Guy Sylvestre 96 L écriteau Un vent dur râpait la campagne.Les tiges d\u2019avoine oubliées dans les coins de clôtures et les rares brins de foin debout dans le givre de novembre n\u2019en finissaient pas de grelotter et de courber la tête.La froidure passait en sifflant.Dans les allées de jardins, dans les traces de voitures, des feuilles de glace luisaient.A genoux sur le plancher de sa remise, des clous dans la bouche, un homme à barbe, marteau au poing, clouait des planchettes sur le dos d\u2019un piquet.Il achevait un écriteau.Il coucha les clous qui dépassaient, affila la partie qui irait dans la terre et attendit.Quatre heures.De loin sur la route, des points noirs grossissaient en se balançant : c\u2019était des écoliers qui revenaient chez eux.L\u2019homme attendait sa f ille ; elle parut, toute rose dans le vent, monta dans la cour à la course, et entendit son père lui crier : « Denise, tu viendras m\u2019aider.Va porter ton sac avant ».Et la petite disparut dans la maison.Elle ressortit presqu\u2019aussitôt, une beurrée à la main.L\u2019homme s\u2019avança vers l\u2019armoire, au-dessus de l\u2019établi, prit un petit pot de peinture noire, le déboucha, y trempa un pinceau, et dit cl l\u2019enfant : Georges : Denise : Georges : Denise : Georges : Denise : Georges : Es-tu capable cl\u2019écrire des lettres sur cette planche-là ?Quelle planche ?Là, à terre.Qu\u2019est-ce que c\u2019est ça ?C\u2019est un écriteau que je viens de faire.Ecrire des lettres dessus ?pourquoi ?C\u2019est une affiche que je veux piquer sur ma terre à N.D.L, R.\u2014 Ce conte a été présenté par Radio-Canada aux auditeurs du programme «Je me souviens».Tous droits réservés.Copyright.97 Revue Dominicaine Denise : Georges : Denise : bois, parce que je me fais voler du bois.Es-tu capable d\u2019écrire : Défense de passer ?Oui.Finis ta beurrée.T\u2019écriras ça comme il faut : Défense de passer.Tu as compris ?Fais de ton mieux.Bien oui.Et quand les lettres noires furent bien alignées, l\u2019homme renvoya sa fille dans la maison, prit l\u2019écriteau, une hache, et froid comme le soir, il se faufila derrière ses bâtiments, fila dans la direction de la terre de son voisin.Rendu au clos de ligne, il s\u2019arrêta, regarda autour.Personne.Vite, ci grands coups rapides, il enfonça son écriteau dans un petit sentier qu\u2019il y avait là.Défense de passer.C\u2019était clair.Il avait menti à sa fille.Cet ordre allait au voisin, pas à d\u2019autres, et le voisin serait obligé de faire le tour par la route pour porter son lait le matin.Tant mieux.Il y avait de la méchanceté clans cet écriteau.Une méchanceté dite ouvertement, une méchanceté qui éclatait et faisait contraste avec l\u2019humilité du sol.Défense de passer.L\u2019homme à barbe riait seul, et savourait son invention.L\u2019ouvrage fini, il s\u2019éloigna à reculons, les clents serrées, le chapeau sur les sourcils, en jouant clu marteau clans ses mains.Il rentra chez lui.La noirceur était venue.On soupait à la lumière clans toutes les maisons.C\u2019était la fin du jour.Chez l\u2019homme à barbe, on mangeait sans parler.Chez le voisin qui ne se cloutait de rien, on parlait.Le fils tranquillement disait à son père : Le Le Le Le fils :\tTantôt, j\u2019ai longé le clos de ligne en revenant du bois.J\u2019ai vu quelque chose.voisin : Vrai ?fils : Y rai.voisin : Un renard ?98 L\u2019écriteau Le fils : Non.Pas un renard.Quelque chose pas en vie, mais qui m\u2019a fait peur.Le voisin : Où ça ?Le fils :\tDans le sentier de monsieur Georges.Le voisin : Ne l\u2019appelle pas monsieur ; c\u2019est un hypocrite.Le fils :\t.quelque chose qui m\u2019a saisi.Le voisin : Qu\u2019est-ce que c\u2019est que t\u2019as vu ?Le fils : .Ça ne vous fera pas plaisir.Le voisin : Quoi ?.Parle.Le fils : Une affaire pour nous-autres, piquée là dans le sentier, à deux pieds du clos.Le voisin : Une barrière ?Le fils : Non.Un écriteau.Le voisin : Un écriteau ?Le fils : Trois petites planches grises dans le front d\u2019un piquet, avec des mots noirs dessus, face à chez-nous.Le voisin : Qu\u2019est-ce qu\u2019il y a d\u2019écrit ?Le fils : Défense de passer.Le voisin : Qu\u2019est-ce que tu dis ?Le fils : Défense de passer.Le voisin : ])éfense de passer ?Tu as vu ça, toi ?Le fils : Oui.Le voisin : Dans le sentier chez eux ?Le fils : Oui.Le voisin : Pour moi, cette affaire-là ?Le fils : Oui.Le voisin : L\u2019as-tu écrasée à terre ?Le fils : Non.Le voisin : Tu n\u2019as pas jeté de boue dessus ?Le fils : Non.Le voisin : J\u2019y vais.Il faut que je la voie.Le fils : Vous ne verrez rien, il fait noir.Le voisin : Il ne veut plus que je passe sur son petit bout de chemin ?99 Revue Dominicaine Le fils :\tÇa en a l\u2019air.Le voisin : Il pense que je vais faire le détour par en avant tous les matins, me rallonger d\u2019une demi-heure sans dire un mot ?Quand ça fait des années que je passe là ?C\u2019est pas vrai.Notre voisin, ça serait-il un chien malade ?Va-t-il falloir que je me ferme les poings ?Ça, c\u2019est pas mal fort.Défense de passer ?Lui ?Il a fait ça ?Il m\u2019a déclaré la guerre ?C\u2019est ça ?Il me hait.Il me le dit dans la face.Correct.Il veut haïr ?Je vais lui montrer que je peux haïr, moi aussi.Des plans de même, je vais m\u2019en inventer.Défense de passer ?J\u2019ai compris.Depuis quelques années qu\u2019on ne se parle pas.Dernièrement on a commencé les injures.Il A^eut en venir aux coups ?Je suis prêt.Comme un lièvre qu\u2019on poigne, je vais le faire venir dans mes serres, puis quand son cou sera bien dans mes deux paumes de mains, je fermerai tranquillement, comme l\u2019étau.Je veux lui voir le fond de la langue.Le fils :\tVous en avez dit assez.Le voisin : Je suis fâché pour quelque chose.Penses-tu que ça m\u2019amuse ?Le fils :\tJamais vous 11e manquez votre chance de lui rendre le mal pour le mal.Le voisin : Je vais me laisser écraser comme une motte de terre?Par lui ?Le f ils :\tVous êtes trop orgueilleux pour vous expliquer avec lui.Le voisin : Lui ?Me courber la tête en bas ?Le faire rire avec mon front courbé ?Non ! Pas moi ! Jamais ! Le fils :\tContinuez.Enragez-vous.Ecumez si ça vous fait du bien.Le voisin : C\u2019est un hypocrite qu\u2019il faut dompter.Le fils :\tIl pense peut-être la même chose de vous.100 L\u2019écriteau Le voisin : Laisse-moi m\u2019enrager comme il faut.Si je veux mâcher de la rancune, c\u2019est de mon affaire.C\u2019est du trouble qu\u2019il veut ?Il va en avoir.Comme une roue de voiture, je vais passer dessus.Moi aussi, je le hais.Je vais lui dire.Je le hais ce voisin-là, comprends-tu ?Il ne me mènera pas.Il va le savoir.Il va débouler aussi.Je suis décidé de haïr.J\u2019en ai assez.Qu\u2019il s\u2019écrase, qu\u2019il se cache comme un serpent, qu\u2019il rampe, je ne veux plus le voir debout.Le fils : Achevez-vous ?Le voisin : Ne tremble pas pour moi.Tiens-toi loin si tu as peur.C\u2019est ma bataille à moi.J\u2019ai le goût de casser quelque chose.Je vais lui brasser les os comme on secoue de la cendre.Le fils : Aujourd\u2019hui j\u2019ai travaillé dur.Dehors, je pensais à la chaleur de la maison.Mais là, je n\u2019ai plus l\u2019envie de me reposer.J\u2019ai peur que le découragement me prenne.Le voisin : Tu es un enfant.Tu ne connais pas le monde.Dans les collèges, ils ne vous l\u2019expliquent pas, la vie.Le fils : Je n\u2019aime pas la haine.Le voisin : C\u2019est ça, la vie.Tu es trop sensible.Le temps de haïr est venu.Quand on n\u2019est pas un mouton, on hait.On s\u2019affile les griffes, les dents, puis on guette.Le fils : Tous n\u2019avez pas le droit de punir un homme, quand c\u2019est vous qui l\u2019avez rendu à bout de colère.Pensez-vous que ça l\u2019amuse, lui aussi ?Haïr, c\u2019est fatigant pour tout le monde.Il fait ça pour quelque chose.Il a ses raisons, pour ne pas vous aimer.Tous faites le loup avec lui, c\u2019est normal qu\u2019il hurle.Belle vie ici.Piloter sa terre, les poings fermés de rage, si c\u2019est ça le métier d\u2019habitant, j\u2019aime autant dételer.Jaunir quand on voit son voisin à l\u2019autre bout du champ.101 Revue Dominicaine Le voisin : Le fils : Le voisin : Le fils : Le voisin : L\u2019envie, la jalousie, le diable au bout : bel avenir.Enseignez-moi la baine.Ne nie fais pas de sermons.Ça me glisse sur le bord de l\u2019oreille.Fatigue-toi pas.Je 11e veux pas faire de sermons.Ne t\u2019éloigne pas du sujet : on parle de l\u2019écriteau.C\u2019est écrit : Défense de passer.Fait par le voisin.Pour moi.La bataille, voilà le point.N\u2019allonge pas l\u2019histoire, c\u2019est clair et court.Il va payer.J\u2019ai été élevé à écraser les mouches qui me mangeaient le corps l\u2019été.Paf ! à terre.Elles roulent à terre vis-à-vis ta semelle de bottine.C\u2019est fini.Après, on continue.Chacun sa manière.Bonsoir.Chacun sa manière.Et c\u2019était complètement la nuit.La nuit noire, sans lueur, qui bouche les yeux et rend inquiet.La nuit complice, qui avive la haine et empêche de dormir.La nuit mauvaise dehors.La nuit dans le cœur des deux voisins.L\u2019un caressait sa haine, l\u2019autre réveillait la sienne.La rancune entra avec sa compagnie de démons, s\u2019installa dans l\u2019âme du voisin insulté et lui conseilla des choses ignobles.Puis le silence et le vent s\u2019en mêlèrent.Vivre devenait une plaie.Les minutes collaient dans le temps et ne se décidaient plus J passer.L\u2019un après l\u2019autre, bons sentiments et vertus prenaient la fuite.Principes et souvenirs se noyaient dans cette vague bousculeuse qui s\u2019appelle la haine.Le père et le fils, sans une parole de plus se séparèrent.Lentement, le f ils monta dans sa chambre.Le père resta à la noirceur, à veiller seul en face du poêle.Par le grillage de côté, le feu se sortait la langue et grimaçait des signes.L\u2019homme songeait.Le f ils : Cette nuit-là, je ne m\u2019endormis pas tout de suite.D\u2019ordinaire, aussitôt couché, aussitôt parti.Mais ce soir-là, j\u2019étais mal à l\u2019aise.Les couvertes me pesaient sur le dos.102 L\u2019écriteau Les murs de ma chambre étaient laids.Jusqu\u2019à mes chères guenilles de cultivateur qui me dégoûtaient.J\u2019essayais d\u2019oublier l\u2019écriteau, de me souvenir des vacances, de mon temps de collège, de mes amis.Il semblait que j\u2019étais seul au monde, loin de la vérité et de l\u2019amour, égaré dans la nuit de novembre.Le père ne dormait pas non plus.Je l\u2019entendais remuer dans sa chambre, se rouler et bâiller et souffler.Des bouts de phrases s\u2019échappaient de dessous sa porte : « Je passerai pareil, chien.» Non.Je n\u2019étais pas heureux.Je croyais ma jeunesse plus forte que la haine, et ma jeunesse avait envie de pleurer, comme une vaincue, comme une qui a tort.Enfin, une lourdeur m\u2019écrasa ; mes muscles se délièrent.Une à une, mes pensées s\u2019éteignirent comme des cierges à bout de mèche et je m\u2019endormis.Nous avions l\u2019habitude de nous lever très tôt, avant le soleil pour faire le train.Ainsi, nous avions le temps de faire refroidir le lait de nos vaches, pour la livraison du matin.Vers cinq heures, le père venait frapper à ma chambre.C\u2019était son habitude.Ce matin-là, il ne vint pas.Je me suis réveillé en sursaut dans mon lit ; j\u2019avais passé tout droit, et ça ne m\u2019arrivait jamais.Il devait être neuf ou dix heures de l\u2019avant-midi, parce que le soleil frappait dans ma fenêtre.Je le voyais tout clair et joyeux à travers ma vieille toile verte.Il faisait bon dans ma chambre, et cette belle lumière dehors, couleur de juillet, me rendit ma jeunesse et mon courage.Enfin, la nuit avait été bonne.Le passé était dans le néant.Vite en bas du lit.Je fis trois pas, m\u2019étirai à la hâte.Je crois que je riais.Puis je donnai un petit coup à la toile qui bondit jusqu\u2019en haut.Alors là, j\u2019ai vu une chose que jamais de ma vie je n\u2019avais vue et que jamais je ne veux revoir.Non, jamais.Il n\u2019v avait pas de soleil dehors, ni d\u2019avant-midi.Il y avait le feu.La grange de notre voisin était en feu.Il était quatre heures du matin.Ce que je fis ?Je regardai.Je me frottai les yeux avec 103 Kevue Dominicaine mon ponce.Je touchai la vitre comme pour effacer une mauvaise image.Je tournai autour de ma chaise ; je ne trouvais plus mon linge.La plus odieuse supposition me dansait dans l\u2019esprit : papa aurait mis le feu pour se venger ?En une minute, j\u2019étais dégrisé, de ma nuit, de mes rêves.J\u2019avais le cerveau lavé comme un savon qui sort de l\u2019eau.La réalité était bien là : la grange de monsieur Georges se faisait manger par un grand feu rouge et jaune.Il me semblait voir les animaux dans l\u2019étable, les pieds dans leur crèche, l\u2019œil blanc, le naseau ouvert, crier à l\u2019aide en essayant de casser leur chaîne.Vite je sautai dans le passage.Sans frapper, j\u2019ouvris la porte chez mon père.Il était assis dans son lit, très calme, les yeux bien ouverts, et regardait brûler la grange de son ennemi.« Venez ! » que je lui dis.J\u2019avais peur qu\u2019il réponde : « Que le chien brûle avec ».Mais non.Il ne dit pas un mot, même qu\u2019il s\u2019énerva.Il ramassa ses bas et ses chaussures, et sa chemise et tout, et se vêtit en un rien de temps.J\u2019étais très ému, parce que je venais de reconnaître l\u2019homme que j\u2019avais perdu et que j\u2019aimais.J\u2019étais content de voir sa charité plus forte que sa rancune, et j\u2019eus le temps de remercier Dieu en me précipitant dans l\u2019escalier.Ensemble, on sortit à la course.Ça sentait le feu dehors.C\u2019était sinistre avec le froid qu\u2019il faisait.Le père me suivait sans parler, et je courais sur les feuilles de glace dans l\u2019allée du jardin, résolu à me dépenser dans le feu, s\u2019il le fallait.D\u2019un saut, j\u2019enjambai la clôture, et je retombai à pieds joints près de l\u2019écriteau.Entre deux coups de lumière, je l\u2019ai entrevu, mais il était à peine visible, à cause des buissons qui le cachaient.Il me fit moins mal au cœur que la veille.Plus que ça, il me fit pitié.Le père sauta aussi.Moi, j\u2019avais sur lui une avance de quelques verges.Tout à coup, je l\u2019entendis tomber derrière moi, de tout son long par terre, la face dans l\u2019herbe givrée.Je revins 104 L\u2019écriteau sur mes pas, le pris par les aisselles, l\u2019aidai, puis brusquement debout, il dit très sérieux : « C\u2019est rien.Continuons.C\u2019est l\u2019écriteau.Marche ».Il me poussa dans le dos ; je me souviendrai toujours de sa figure quand il me dit : « Marche ».J\u2019ai vu qu\u2019il était solide.J\u2019avais là dans mes mains, la forme de son épaisse charpente, et mes yeux venaient de voir aussi la belle forme de son âme.A la course, on repartit encore.Moi, mon idée fut tout de suite d\u2019aller à la maison, voir les gens, et recevoir des ordres pour faire le plus pressé.Je vis dans la fenêtre de la cuisine, madame Georges, debout, qui regardait le brasier, immobile comme une statue, en cachant sa petite sous son tablier.Je me retourne ; mon père n\u2019était plus avec moi.Alors je m\u2019approche du feu, le visage dans mon coude pour éloigner la chaleur.Je fis le tour de la grange, et en arrière, où le feu était moins fort, des animaux sortaient en beuglant et en se pressant, par la porte qui donnait sur la prairie.Je m\u2019approche, me glisse entre les bêtes, et je parviens à pénétrer dans la grange.A droite de l\u2019étable, il y avait monsieur Georges qui détachait les vaches.Je le voyais à travers la fumée.Et à gauche, mon père qui détachait les bêtes, sur le côté gauche.Moi, je guidais les animaux dehors en criant de toutes mes forces.Le feu craquait au-dessus de nos têtes.Monsieur Georges était très nerveux.Il frappait les bêtes lui aussi, et les dirigeait vers la sortie.Tout à coup, je vis les deux hommes se rencontrer presque front à front, au cou de la dernière vache qui restait à sortir.Ils étaient très près l\u2019un de l\u2019autre.Je les ai vus comme deux géants qui cessent de se battre, s\u2019unissent, et mêlent leurs forces pour sauver de la mort, des bêtes, les amies de l\u2019homme, des bêtes sans défense qui restaient là, affolées et beuglant leur tristesse, leur envie de vivre, et surtout leur faiblesse.J\u2019ai vu le 105 Revue Dominicaine courage de deux hommes.Mais ce que j\u2019ai vu de plus beau cette nuit-là, j\u2019ai vu la haine de ces deux voisins, fondre comme de la cire.Entre eux deux, il s\u2019est passé des choses qu\u2019eux seuls emporteront dans la vie, de ces choses qui brûlent à jamais l\u2019envie de détester qui que ce soit.Et je me disais en moi-même : Bienvenue à toi malheur, quoique tu fasses des dommages.Tu viens de Dieu, puisque tu transformes en amitié ce qu\u2019il y a de plus laid sur terre.Malheur, sois le bienvenu.Fais-nous mal, purifie-nous.Au lever du soleil, le feu achevait de manger des restes de grosses poutres.Tout était rasé, effondré, comme enlisé sous terre.La grange était retournée en cendres.Dans la cour, le village entier circulait par groupes.On poussait des traîneaux, des voitures.Des chevaux hennissaient et se cabraient follement, sans savoir où on les menait.Les voisins se partagèrent les animaux de monsieur Georges, en attendant l\u2019autre grange qu\u2019une corvée aiderait à bâtir.Peu à peu et rapidement, chacun s\u2019habitua au malheur.Chacun sut que monsieur Georges avait renversé son fanal dans le foin.Chacun raconta la tragédie.Des visiteurs allaient et venaient.Les curieux ralentissaient leur auto sur la route, puis continuaient.Des inspecteurs, avec des dossiers de cuir sous le bras, vinrent calculer les pertes ; et tout, et tout.Je ne vis monsieur Georges qu\u2019une fois cette journée-là.Il était désemparé et se cachait comme un enfant malheureux qui demande au silence pourquoi la vie est si bête parfois.Je le vis vers les trois heures dans l\u2019après-midi ; les deux mains dans les poches, le coupe-vent boutonné jusqu\u2019au cou, s\u2019approcher de sa grange, remuer les ruines avec le bout de son pied, cracher dans la cendre, regarder tristement autour, puis s\u2019avancer vers notre clos de ligne.J\u2019étais dans le bord de la batterie chez nous, et je l\u2019ai vu se pencher, ramasser l\u2019écriteau, le briser vigoureusement sur 106 L\u2019éqriteau ses genoux, et lancer les morceaux loin dans les buissons, comme on lance une pourriture.Cette seule journée m\u2019avait fait réfléchir sur la vie, plus que des mois de collège, et je me disais : Si jamais j\u2019aime quelqu\u2019un, je veux le connaître dans le malheur.Il m\u2019éprouvera, et je l\u2019éprouverai.Ce soir-là, avant le souper chez nous, on entendit frapper quelqu\u2019un à la porte de la cuisine.C\u2019était la fillette de monsieur Georges qui venait, toute gênée et triste, nous faire une grande commission.Les }^eux baissés, elle s\u2019adressa à mon père.L'enfant : Papa m\u2019envoie vous dire que le sentier est libre.Le voisin : Oui ?L\u2019enfant : L\u2019écriteau est parti.Le voisin : Bon.Comment ça va chez vous ?L\u2019enfant : Après-midi, papa pleurait.Le voisin : Oui ?.Dis-lui qu\u2019on va lui aider.L\u2019enfant : Dimanche prochain, peut-on avoir votre voiture pour aller à la messe ?Le voisin : Dis-lui qu\u2019il l\u2019aura.L\u2019enfant : Merci.Bonsoir.Le voisin : Tu ne restes pas à souper ?L\u2019enfant : Non.Bonsoir, monsieur.Le voisin : Dis-lui que j\u2019irai le voir, demain.Le fils : Bonsoir, Denise.Le voisin : Le feu, on sait que c\u2019est dur.Ça mange tout.Je l\u2019ai vu, je le sais.Plus de grange, plus rien, le bonhomme.Il y en a des coups de marteaux dans une grange, des sueurs, de la tôle coupante, posée feuille par feuille, des calculs, des histoires dans chaque coin.Une grange, ça en a enduré.Puis le feu arrive : fff, deux heures, fini.Non, je ne lui ai pas parlé à lui, ce matin, au-dessus des animaux.On s\u2019est vu par exemple, mais pas un mot.On s\u2019est compris pareil.Nos quatre mains se sont rencontrées sur le collier de la même bête, la dernière qui 107 Revue Dominicaine restait.Je 11e peux pas dire ce qui s\u2019est passé, mais c\u2019était doux dans le fond de nous autres comme un matin de printemps, avec les toits qui dégoûtent au soleil.Si j\u2019ai pu lui donner une chance, tant mieux ; je n\u2019ai rien fait d\u2019extraordinaire.Je n\u2019ai pas pensé au toit qui nous branlait au-dessus de la tête.J\u2019ai juste pensé que c\u2019était ma grange à moi qui brûlait.J\u2019y suis allé, c\u2019est tout.Chaque bête que je sauvais, c\u2019était comme mon troupeau à moi que je sauvais.Tu les entendais beugler ?C\u2019est ça.Ça nous supplie.Le feu n\u2019avait pas d\u2019affaire à les étouffer.Le feu n\u2019avait pas d\u2019affaire à avaler le foin d\u2019hiver, à engouffrer les planches une après l\u2019autre, à empoisonner les carrés de provisions, à percer les poches d\u2019avoine, à cerner des voitures, à faire du mal ; pas d\u2019affaire.C\u2019est pour ça que j\u2019y suis allé : pour tuer le fléau qui brûlait le travail d\u2019un homme.Un homme comme moi.Qui a donné sa vie à la terre.Qui sait ce que c\u2019est : le froid, le chaud, la faim, la pauvreté, la lutte.Un homme qui voyait là devant lui la pesanteur de son existence s\u2019échapper dans l\u2019air, déserter, prendre le large, disparaître sur des houles de fumée.Je 11e suis pas allé là avec mes petites haines, avec mon cerveau calculeux, avec une commande dans ma poche.Je suis allé là librement, comme un volontaire, un frère.Comme un pauvre qui voit souffrir un autre pauvre.Un humain qui voit faiblir un autre humain.Si je n\u2019avais pas eu d\u2019âme, je me serais rendormi dans 111a chambre, en me bouchant les yeux avec mes couvertes, pour pas que la lumière me dérange.Je suis allé pour aider.Aider, ça réjouit.Je suis réjoui.Je suis content d\u2019avoir risqué.Mais lui, il a risqué sa vie bien plus que moi, lui, Georges.Tu l\u2019as pas vu, toi, se faufiler dans le port de sa pouliche.Elle tirait au renard, toute nerveuse.Il a grimpé debout dans sa crèche.Il lui a arraché son licou de force.Puis il s\u2019est battu avec.Il l\u2019a sortie en luttant, en la poussant sur le poitrail, comme quand 011 pousse sur un mur.Quand on a vu ça, les petites histoires d\u2019écriteau sont loin.C\u2019est un bonhomme, lui.108 L\u2019écriteau En tout cas, le malheur a passé.Il a brûlé une grange.Il a brûlé d\u2019autre chose aussi.Tu sais ce que je veux dire.Ça va nous faire un bon voisin.Celui qui envoie les feux sait ce qu\u2019il fait.Ça soude le monde ensemble.Non, je n\u2019ai pas envie de répéter ce que je disais hier.J\u2019écu-mais pour rien.C'est petit, la haine.C\u2019est clôturé.Ça serre, ça poigne à la gorge, ça t\u2019enfièvre, ça empêche de respirer.Ce soir, tout est parti.Dans la fournaise, ce matin, malgré la chaleur, le danger, le risque, le cœur me battait égal.Un par un, les diables me lâchaient : jalousie, envie, méchanceté.Un par un ils me lâchaient.Je pense qu\u2019on était deux hommes corrects, qui se donnaient la main dans une sorte de purgatoire, comme deux morceaux de fer s\u2019unissent dans le charbon rouge.Ce soir, je me sens propre.Je n\u2019ai peur de rien.Je suis sûr que Georges, malgré sa perte, se sent net lui aussi.Il pleurait cet après-midi.On sait ce que ça veut dire.Moi, après-midi.En tout cas, maintenant ça va marcher.J\u2019ai juste mal à la jambe un peu.Je vais me frotter avec du liniment.C\u2019est rien.C\u2019est une entaille que je me suis faite ce matin, quand j\u2019ai culbuté sur l\u2019écriteau.Je me suis coupé, mais c\u2019est rien.Dans deux jours, on n\u2019en parlera plus.Le principal, l\u2019écriteau est mort.J\u2019ai le droit de passage.Je suis un homme libéré.Le fils : Profitez des malheurs qui passent ; eux décideront si votre amour pèse plus que votre haine.Les belles vies sans incidents sont sèches comme le Sahara noyé de soleil.Les vies les plus riches sont les vies de souffrances, comme les terres les plus fertiles sont les terres à tempêtes.Félix Leclerc 109 Directives pratiques Notes de théologie pastorale « La part du Diable ».C\u2019est le titre cl\u2019un ouvrage fort intéressant de Denis de Rougement édité chez Valiquette à Montréal, au cours de l\u2019année 1942.Appuyé sur la révélation, la théologie et l\u2019expérience, l\u2019auteur soulève le voile qui dissimule au commun des mortels l\u2019intelligence et la perfidie de leur antique ennemi.Le Diable y est découvert et caractérisé de mains de maître.On trouverait grand profit à cette lecture pour sa conduite personnelle dans les tentations.On pourrait juger aussi de l\u2019originalité, ou mieux de l\u2019ingéniosité de l\u2019auteur, lorsqu\u2019il diagnostique la part du diable dans les mouvements sociaux et politiques qui agitent le monde contemporain.Le Diable ne s\u2019applique-t-il pas également, plus que jamais, de notre temps, à détourner une foule de mots de leur sens propre pour leur faire couvrir de subtiles erreurs en suggérant aux hommes de leur donner des significations nouvelles plus conformes à leurs intérêts, à leurs préjugés ou à leurs ambitions du moment.Qu\u2019on me permette de citer ici, à ce sujet, un passage qui regorge d\u2019actualité.Il est emprunté à Joseph Folliet dans un petit livre peu connu, mais frais comme les premiers jaillissements d\u2019une source sur la mousse, au printemps.Il s\u2019agit de la prostitution du mot mystique.« Aussi je ne puis réprimer quel-qu\u2019humeur lorsqu\u2019on parle à tort et à travers de mystique.Il n\u2019y a qu\u2019une mystique : la science douloureuse et joyeuse des voies qui ramènent l\u2019homme à la Sainte Trinité, par l\u2019union transformante avec Jésus-Christ.Ce brave Péguy, au fond, nous joue un mauvais tour, en dilatant le sens du mot à la signification générale d\u2019idéalisme, d\u2019élan désintéressé, antithèse de la poli- 110 Directives pratiques tique des combines et des dosages, des places à conserver ou à gagner.Quant aux épigones du Maître (sur le Racine mort, le Campistron pullule), ils ont transgressé les frontières du bon goût et du bon sens.A propos de tout et de rien, de la pluie et du beau temps, de bottes ou de bérets basques, on farcit d\u2019un clicbé commode des phrases bombinantes ; ça fait riche, comme des truffes, et ça coûte moins cher.Nous avons appris qu\u2019il existait une mystique de la mutualité, une mystique du parti radical ou de la solidarité française, une mystique du syndicat de la charcuterie détaillante.j\u2019en passe.On peut regretter que les voleurs à la tire ou les carambouilleurs ne constituent pas un ordre de leur profession : non moins gracieusement qu\u2019immédia-tement, orateurs et journalistes leur attribueraient une mystique.Pauvres mots, dépouillés de leur vie, gouttes d\u2019esprit changées en boue.A force de passer par des mains douteuses, ces pièces d\u2019or ont perdu la devise de leur tranche ».Tout cela n\u2019est qu'une ruse du démon pour essayer de tromper les hommes sous le couvert de vertus héroïques.Denis de Rougement insiste sur le fait que l\u2019on ne céderait jamais aux suggestions du démon s\u2019il présentait le mal tel qu\u2019il est en réalité et s'il se présentait lui-même tel que nous le savons être aux lumières de la théologie.Pour présenter le mal sous couleur de bien et se présenter lui-même d\u2019une manière engageante, il se sert d\u2019un grand nombre de trucs dont les deux plus communs en même temps que les plus utiles à discerner sont l\u2019alibi et l'incognito.L\u2019alibi qui consiste à démontrer que l\u2019on ne se trouve pas où tout le monde nous croit être.Denis de Rougemont a bien fait voir comment aux yeux des partisans des démocraties, le diable est apparu dominant les régimes totalitaires, voire s\u2019incarnant dans la personne d\u2019Adolphe Hitler, alors, qu\u2019aux yeux des totalitaristes, il s\u2019est affiché comme le souteneur des vices des 111 Revue Dominicaine démocraties.Ou se tenait-il en fait et ou se tient-il encore ?Il est certainement trop malin pour se trouver là où nous le cherchons.«.Nous oublions, note de Rougemont, ce fait fondamental : c\u2019est qu\u2019en réalité nos adversaires ne diffèrent pas essentiellement de nous.Car tout homme porte dans son corps (et dans son âme) les microbes de toutes les maladies connues et de bien d\u2019autres.Anéantir les signes extérieurs de la menace ne serait nullement suffisant pour nous en délivrer.Ces signes \u2014 Hitler, Staline, ou les Capitalistes, selon les cas, les méchants en général \u2014 ces signes personnifient des possibilités qui existent en nous aussi, des tentations latentes qui pourraient fort bien se développer un jour, à la faveur de la misère ou de la fatigue, ou de quelque déséquilibre temporaire.L\u2019adversaire est toujours en nous.Et c\u2019est pourquoi je pense que le chrétien véritable, s\u2019il existait, serait cet homme qui n\u2019aurait pas d\u2019autre ennemi à craindre que celui qu\u2019il loge en lui-même.Enfin \u2014 et ceci doit me rendre prudent, personnellement \u2014 le diable est l\u2019être qui, lorsqu\u2019une dénonciation le fait déguerpir de sa cachette, va se loger de préférence chez celui qui l\u2019a dénoncé et qui se tient pour assuré dans sa bonne conscience.Au moment où vous croyez l\u2019attraper chez un autre et lui régler son compte, voici qu\u2019il est devenu vous-même ! Mais alors ?.» Le deuxième truc familier du démon, c\u2019est l\u2019incognito : apparaître et agir sans se faire reconnaître, ou mieux en se faisant prendre pour un autre.Les récits légendaires de nos ancêtres nous donnent de ce deuxième truc, une illustration singulièrement fidèle, dans le beau cavalier qui apparaissait soudain au milieu des veillées de danse, quand, dans la nuit du mardi gras, on poussait la témérité jusqu\u2019à s\u2019amuser sur les petites heures du mercredi des cendres.Qui n\u2019a pas gardé de ses lectures ou des contes des 112 Directives pratiques anciens, le souvenir de ce beau jeune homme élégamment vêtu de noir qui faisait tout à coup son apparition auprès de la fille de la maison ?On ne savait d\u2019où il venait, mais il déployait toujours les manières d\u2019un parfait gentilhomme.Ce n\u2019était qu\u2019a-près son départ que les hôtes se communiquaient sur son compte des observations étranges.On avait remarqué qu\u2019il pouvait boire indéfiniment sans s\u2019incommoder, qu\u2019il pouvait danser interminablement sans se fatiguer, que ses mains étaient brûlantes à travers ses gants qu\u2019il avait refusé d\u2019enlever.Lorsque les hommes sortaient, ils remarquaient que toute la neige était fondue sous les sabots de son cheval blanc.Tel est le diable.Il est tellement laid, tellement repoussant, que jamais il ne parviendrait à induire les hommes au mal, s\u2019il se laissait surprendre là où il est, ou se laissait voir tel qu\u2019il est.Une certaine imagerie naïve, en accumulant les traits grossiers, nous a défiguré l\u2019aspect que cet esprit présente généralement aux hommes.S\u2019il était tel, il se garderait bien de se montrer tel.Je préfère l\u2019autre représentation qui nous le fait voir offrant un bouquet de lis d\u2019une main et cachant une fourche dans l\u2019autre.«.Si vous voulez, conclut de Rougemont, déjouer le premier tour du diable, et son second tour du même coup, si vous tenez sérieusement à l\u2019attraper, je vais vous dire où vous le trouverez le plus sûrement : dans le fauteuil où vous êtes assis ».A.Saint-Pierre, O.P.113 Le sens des faits En mémoire clu P.McNabb, 0.P\u2022 Le T.R.P.Vincent McNabb, des Frères Prêcheurs, est mort à Londres le jeudi 17 juin dernier.Il aurait eu soixante-quinze ans le 8 juillet.Beaucoup de catholiques canadiens-français soi-disant cultivés portent de si rétrécissantes oeillères que la mention, ici, de ce nom et de cette carrière leur paraîtra tout uniment une pieuse commemoratio familiale.Qu\u2019ils daignent se renseigner pour se détromper.Les futurs historiens de la pensée chrétienne et de la vie catholique dans toutes les contrées de langue anglaise pendant les quarante premières années du vingtième siècle attribueront à « Father Vincent » \u2014 comme il était universellement désigné \u2014 une place et une influence de première grandeur.Dans cette Revue Dominicaine qu\u2019il suivit chaque mois depuis sa fondation en 1895 et son renouvellement en 1917, je voudrais rappeler en deux ou trois pages le lumineux rendement du P.McNabb pendant ce demi-siècle 1893-1943 si enténébré et inquiet dans le domaine spirituel comme dans la vie publique des nations.>K *\t* Father McNabb était le dixième des onze enfants d\u2019une famille irlandaise (que de fois n\u2019a-t-il pas rectifié l\u2019orthographe de son patronyme : McNabb, non point : Mac Nabb !) émigrée en Angleterre.line entre des milliers.Comment les plus authentiques qualités ancestrales se trouvaient cultivées et intensifiées dans son milieu familial, le Père l\u2019a raconté lui-même dans un délicieux petit volume : « Eleven, thank God ! » paru chez Sheed and Ward en 1940.Notre collaborateur Regis McNeelv en a présenté ici-même (juin 1940, pp.321-322) un bref compte rendu pour lequel il reçut de l\u2019auteur un mot débordant de délicate affection.A dix-sept ans, en fin novembre 1885, le jeune homme entra chez les Prêcheurs.Les recrues étaient alors accueillies et formées en ce Couvent de l\u2019Annonciation, à Woodchester, dans le 114 Le sens des faits Gloucestershire, où, trente-cinq années auparavant, s\u2019était épanoui le « second printemps » des Dominicains anglais.Le 28 novembre 1886, le Frère McNabb émettait ses vœux de religion.Ce fut aussitôt l\u2019étude de la philosophie puis de la théologie thomistes.Ce n\u2019est pas une boursouflure de style d\u2019affirmer que le nouveau venu s\u2019y adonna de toute son âme.Plus tard, en présence d\u2019élèves, et souvent, hélas ! de professeurs de grands séminaires qui ne voulaient pas lâcher tel ou tel manuel édulcoré pour adopter la Somme soi-disant trop abrupte, que de fois le P.Mc-Nabb n\u2019a-t-il point tonné contre la mollesse des esprits qui préfèrent la guimauve au bon pain de blé ! Il déclarait volontiers que si, à dix-huit ou vingt ans, une intelligence moyenne mord aux deux Sommes (Summa contra Gentiles et Samma Theolo-giœ), la compénétration de saint Thomas et de son néophyte s\u2019affirme un succès si plénier et stimulant que la vie de l\u2019esprit en est influencée, organisée et tonifiée pour toujours.De la vérité de cette affirmation il a fourni lui-même un exemple des plus attirants.Prêtre en 1892, lecteur en théologie l\u2019année suivante, le P.Vincent fut appliqué à l\u2019enseignement dans le collège théologique de sa Province.La générosité d\u2019une famille convertie allait bientôt assurer aux étudiants dominicains anglais et à leurs maîtres, une belle et vaste maison d\u2019études dans la propriété de Hawkes-yard près Rugelev, dans le Staffordshire.L\u2019endroit est magnifique, et parfaite la tranquillité nécessaire au travail intellectuel en profondeur.En connaisseur du passé de son Ordre, le P.McNabb ne trouvait au nouveau monastère qu\u2019un désavantage : son site loin de tout centre important, surtout universitaire.Dès 1894, naquit chez le jeune professeur ce désir de réintégrer la présence dominicaine dans le courant direct des grands milieux intellectuels anglais qui devait être comblé par la résurrection à Oxford, en 1928-29, du Studium generale jadis fermé par la Réforme.Mais l\u2019éloignement et la paix de Hawkesvard permirent au jeune maître de travailler longuement, d\u2019amasser plus de matériaux, d\u2019étoffer ses recherches et ses essais.Le P.McNabb y développa son goût naturel du travail sérieux.Le superficiel l\u2019agaçait, dans la pensée comme dans les hommes.Toute tâche bâclée lui semblait une faute capitale.A ses étudiants, parfois peu enclins, en vrais Anglais, aux recherches substantielles dans 115 Revue Dominicaine leur fond mais arides dans la forme et prolongées dans le temps, il citait volontiers le mot fameux de Lacordaire : « Jeunes gens, détournez-vous de ces pages médiocres par le style et milles par le fond.» Il apporta la même clairvoyance à diagnostiquer le climat spirituel de son époque.Ce fut pour s\u2019apercevoir que cliez beaucoup de catholiques l\u2019accessoire occupait la place de l\u2019essentiel et que plus cl\u2019un se faisait bien vite un credo à sa taille où les grands dogmes de notre foi ne fournissaient plus le « moteur vital », comme il aimait à répéter.Le Père s\u2019attaqua donc au grand œuvre de mettre la doctrine scripturaire et la doctrine ecclésiastique à la portée de toute âme loyale.Pour cela, un programme « trine et un », comme il déclarait en souriant : a) des conférences-types du plus real preaching tant dans les églises pour les catholiques que sur les estrades de Hyde Park ou de Whitechapel pour tous ; h) des cours de texte des deux Sommes de saint Thomas d\u2019Aquin pour le grand public de toutes dénominations religieuses à VExtension de l\u2019Université de Londres ; c) de nombreux articles dans les revues de culture générale et dans les journaux, mais surtout des livres, aussi brefs que solides, où le meilleur de cet enseignement oral serait condensé et propagé au loin.Ce triple programme aboutit à une triple réalisation qui s\u2019affirma elle-même un triple succès.L\u2019espace me manque pour traiter des conférences du P.Mc-Nabb, en particulier celles de la cathédrale de Westminster où il égala Monsabré et Janvier dans l\u2019exposé de la doctrine pour les dépasser par un don extraordinaire de vie.J\u2019ai encore moins la place d\u2019enumérer tous les ouvrages du Père ; le dernier : Old Principles and the New Order nous est parvenu peu avant l\u2019annonce de la mort de son auteur.J\u2019aurais voulu aussi décrire Father Vincent dans l\u2019intimité de la vie monastique, avec le dédain qu\u2019il affichait de la fraîcheur de son habit dominicain, et toutes ses théories historiques sur le tissu, la couleur et la forme de l\u2019habit des Prêcheurs aux premières années de leur fondation.Plus encore, il me serait agréable de le camper tel qu\u2019il apparaissait sur l\u2019estrade surmontée d\u2019un grand Christ de bois, tout près de Marble Arch, dans cet angle de Hyde Park où on s\u2019attendra encore longtemps à le voir surgir pour distribuer cette parole directe, psychologique, « réelle », qui le caractérisait entre tous.On sait qu\u2019il s\u2019v rendait toujours revêtu de son habit religieux.Je me contenterai de souligner qu\u2019avec une piété profonde, la 116 Le sens des faits sérieuse préparation évoquée plus liaut, et le sens de l\u2019auscultation des âmes à un degré rare, Dieu avait donné au P.McNabb une intelligence éprise de lumière dont l\u2019intuition de la vérité dépassait souvent les formules qui l\u2019expriment ; un sens aigu de l\u2019adaptation de la vérité aux âmes de son temps ; et, pour rendre cette vérité plus pénétrante, un cœur d\u2019une jeunesse magnifique toujours prêt à s\u2019ouvrir pour se mieux donner.A ces dons divins la réponse de Father Vincent a été totale et constante.C\u2019est l\u2019explication du bien qu\u2019il a fait aux catholiques, dont les plus brillants comme Mgr Ronald Knox, Belloc et Chesterton furent ses dirigés et ses intimes.C\u2019est la raison, aussi, des très nombreuses conversions qu\u2019il a opérées.Il fallait entendre G.K.Chesterton vanter la pénétration d\u2019âme que Father Vincent apportait dans l\u2019exposé de la vérité, son souci scrupuleux d\u2019adapter cette doctrine, et cette flamme de charité enjolivée par le plus « delicious Irish humour » qui désarmait les résistances pour provoquer bien vite les plus beaux élans ! * * * En 1846, Newman écrivant à Dalgairns se demandait si l\u2019Ordre des Frères Prêcheurs n\u2019était pas « une grande idée éteinte ».Quatre ans plus tard, la restauration dominicaine commençait à fleurir sur le sol anglais.Ses fruits ont été aussi abondants que variés.S\u2019il me fallait absolument choisir et citer tel ou tel alarum et venerabile nomen, je mentionnerais le P.Reginald Buckler, qui amena Mgr Benson à la véritable Eglise du Christ ; le P.Bede Jarrett, le Provincial à la voix et au cœur d\u2019or ; et notre P.Vincent McNabb, qui par la profondeur de sa vie mystique et l\u2019étendue de son apostolat intellectuel demeure la figure la plus remarquable de la Province dominicaine d\u2019Angleterre pendant ce premier siècle de son rétablissement.A.Papillon, O.P.117 L esprit des livres S.E.le Gard.Villeneuve, O.M.I.\u2014 « Le péché ».Québec, Editions de l\u2019Action Catholique, 1943.19cm.80 pp.Tous nos lecteurs savent avec quelle persévérance et quel succès l\u2019Eminentissime Cardinal-Archevêque de Québec travaille à mettre le dogme chrétien à la portée des fidèles.Fini le temps où les vérités de notre religion pouvaient sembler à trop de catholiques un formulaire sans vie ! Ces grandes vérités doivent fournir la nourriture de l\u2019intelligence et du cœur.Les instructions de Son Eminence sont conçues pour répondre à ce besoin.On a pu se plaindre, non sans quelque raison, que les sermons, les cours d\u2019instituts de théologie pour les laïcs ou les exposés devant des cercles d\u2019A.C.soient, d\u2019ordinaire, un simple résidu, mort et sec, des thèses de manuels de grand séminaire.Aux fils de l\u2019Eglise qui demandent toujours plus de vérité, l\u2019auteur n\u2019est certes pas de ceux qui se contenteraient d\u2019offrir cette alimentation coriace.Comme celles qui les ont précédées, les trois conférences que voici sont pleines de substance théologique, et que l\u2019on sent puisée aux meilleures sources.En même temps la doctrine s\u2019y présente vivifiée par une réflexion très personnelle, éclairée par une longue expérience de la direction des âmes, servie par une forme souple et distinguée qui en fait valoir la profondeur sans en noyer les contours.Aux chrétiens qui veulent vivre toujours plus loin du péché, à ceux qui, se débattant contre lui, voudront en triompher définitivement, sans parler des prêtres qui ont à les y aider, il sera très utile de méditer ce petit livre élégant et portatif où l\u2019esprit et l\u2019âme acquerront lumière et courage.A.Papillon, O.P.Charles De Koninck \u2014 « Ego Sapientia.La Sagesse qui est Marie ».Québec, Editions de l\u2019Université Laval.\u2014 Montréal, Editions Fides, 1943.19cm.180 pp.L\u2019amour de la Sainte Vierge est si naturel au christianisme véritable que les auteurs peuvent écrire sans cesse : nous n\u2019aurons jamais trop de leurs livres.Mais ceux-là surtout ont chance de plaire davantage qui, à l\u2019exemple de M.De Koninck, savent unir une théologie solide à la plus délicate piété.« Ego Sapientia » réalise, en effet, l\u2019antique union de^ la prière avec la doctrine, comme on savait si bien la pratiquer au moyen âge.L\u2019auteur connaît et utilise les commentaires jusque dans leurs raffinements.Ecartant délibérément toute discussion technique, il vise à instruire et à charmer.Nul doute que ceux qui le prendront pour guide ne goûtent encore plus profondément « la Sagesse qui est Marie ».A.Papillon, O.P. L\u2019esprit des livres Paul I\u2019Ermite \u2014 « La Science d\u2019aimer ».Montréal-Ottawa, Les Editions du Lévrier, 1943.19cm.224 pp.Avec autant de finesse de style que de compétence critique, le R.P.Gabriel-M.Lussier précise, dans une courte préface, la quiddité de ce nouveau volume de Paul l\u2019Ermite.On ne trouvera point ici une suite d\u2019envolées plus ou moins poétiques sur des thèmes aptes entre tous à provoquer moult amplifications littéraires.Il ne s\u2019agit pas non plus d\u2019un docte exposé en forme, tiré directement des viscères de la scolastique.Ce sont les méditations d\u2019un religieux-prêtre à la vie intérieure intense, à la culture spirituelle profonde, ouvert depuis quarante ans à la pensée de saint Thomas.Voilà pourquoi ce volume nous apporte beaucoup dans les pages peu nombreuses de sa trilogie (une soixantaine traitant de l\u2019amour, vingt de l\u2019amitié, quatre-vingt-dix du bonheur).Chacune de ces études en profondeur satisfait à la fois l\u2019esprit, le cœur, l\u2019imagination.Chacune sait évoquer ce qu\u2019on n\u2019exprime pas, nous enchanter tout en nous demandant notre collaboration.Lisez en contemplatif La Science d\u2019aimer : vous verrez combien ce livre vous laissera sous l\u2019active influence d\u2019une mélodie intérieure, d\u2019un parfum puissant et doux.A.Papillon, O.P.Robert E.Brennan, O.P.et alii \u2014 « Essays in Thomism ».New York, Skeecl & Ward.1 vol.de 427 pages.Devant un ouvrage aussi dense, dû à la collaboration d\u2019une quinzaine de penseurs parmi lesquels figurent J.Maritain, R.Allers, H.Carpenter, A.C.Pegis, M.J.Adler, Y.R.Simon et W.Farrell, le recenseur s\u2019efforcerait vainement de dissimuler son embarras.Une analyse, même superficielle, d\u2019essais aussi divers ne pouvant tenir en quelques lignes, il lui faut se contenter d\u2019une modeste présentation s\u2019il veut éviter de commettre une injustice.Pour caractériser cet ensemble de contributions disparates, l\u2019éditeur parle de « samplings in the Thomistic synthesis ».Rien de plus exact, si on se place au point de vue des sujets traités et des préoccupations communes à ce groupe d\u2019auteurs.A côté de questions maintes fois débattues dans l\u2019Ecole, mais toujours actuelles, se trouvent discutés des problèmes que les événements de l\u2019époque moderne ont fait surgir.Ainsi, sans être une synthèse de la philosophie thomiste, cet ouvrage ne laisse pas d\u2019apporter des contributions fort intéressantes à la métaphysique, à la psychologie, à l\u2019épistémologie, à la morale individuelle et sociale.En voici d\u2019ailleurs l\u2019énumération complète : Rélexions sur la nécessité et la contingence ; La connaissance intellectuelle ; Le problème de la vérité ; Les racines ontologiques du thomisme ; le rôle de l\u2019habitus dans la métaphysique thomiste de la puissance et de l\u2019acte ; La nature des anges ; Le dilemme de l\u2019Etre et de l\u2019Un ; La prudence, sagesse incommunicable ; Une question à propos de la loi ; La philosophie économique de l\u2019Aquinate ; Au delà de la crise 119 Revue Dominicaine du libéralisme ; Le sort du gouvernement représentatif ; Le concept thomiste de l\u2019éducation ; Le thème toujours nouveau de la beauté.Notons que le but visé est tout autre que de fournir un nouvel exposé de thèses déjà maintes fois rabâchées.On a surtout voulu montrer comment, sans s\u2019écarter de la pure tradition thomiste, on pouvait atteindre à une vision de problèmes anciens et modernes qui fût à la fois critique et originale.Dans son essai-préface, le P.Brennan, maintenant professeur à l\u2019Institut de Psychologie de l\u2019Université de Montréal, expose sa foi en la tradition thomiste au sein de laquelle il découvre les principes d\u2019une solution durable aux problèmes de l\u2019heure présente.Il ne veut pas, toutefois, d\u2019un thomisme mort.La véritable tradition thomiste doit conserver toute sa vitalité, c\u2019est-à-dire qu\u2019elle doit demeurer ouverte aux amplifications comme aux redressements que suggèrent les découvertes de l\u2019ère moderne.Le nouveau ne doit lui inspirer aucune crainte ; elle doit se l\u2019assimiler comme saint Thomas s\u2019assimilait l\u2019aristotélisme retrouvé au XlIIe siècle.Le vrai thomiste est donc celui qui, en outre d\u2019approfondir la doctrine du Maître, s\u2019efforce de la développer en s\u2019aidant de l\u2019apport de la pensée moderne.Rédigés dans cet esprit, les «Essays in Thomism » retiendront l\u2019attention des professionnels du thomisme, disons mieux, de tous ceux qui réfléchissent et gardent le souci de restaurer les véritables valeurs humaines dans le domaine de l\u2019esprit.Ils fourniront particulièrement aux éducateurs et aux étudiants de nos collèges une abondante matière à réflexion.Cette méthode rajeunie et ce vocabulaire moins soucieux de technique que de clarté et de vie, les aideront sans doute à prendre goût à la spéculation philosophique.Aussi, souhaitons-nous à cet ouvrage une large diffusion au sein du public cultivé du Canada français et anglais.Noël Mailloux, O.P.« Histoire sainte en cent vingt images ».Montréal, Librairie Granger Frères, 1943.35.5 cm.46 pp.Garçons et fillettes trouveront dans cet album un commentaire vivant et instructif de l\u2019Ancien Testament.Ils y apprendront à connaître, d\u2019après les scènes de la Bible, les fondements historiques de notre foi, et, d\u2019autre part, les récits des pp.30-45 leur montreront, en des exemples familiers, comment la religion doit être pratiquée en chaque circonstance de la vie.Albert Lacroix.Frère M.-Cyrille, E.C.\u2014 « Rendre heureux.Vie du Fr.Théopha-nius-Léo, E.C.».Montréal, Procure des FF.des E.C., 1942.23 cm.226 pp.La sainte figure du Frère Théophanius ne pouvait disparaître de la mémoire des nouvelles générations qui ne l\u2019ont pas connu.Pour tous ces jeunes, le livre du Frère Cyrille sera la révélation d\u2019une âme vraiment choisie.J\u2019ai rencontré le Frère Théophanius en France, à Bordeaux, dans 120 L\u2019esprit des livres les premiers jours d\u2019octobre 1928, au moment où il se dirigeait comme moi vers le sanctuaire de Lourdes.Il ne me fallut pas de bien longs entretiens pour constater que nous avions toujours des saints parmi nous.Les conversations que j\u2019eus avec lui me font regretter encore plus la rareté des notes spirituelles intimes recueillies après sa mort.Malgré cette absence on trouvera dans les pages intelligentes et justes que voici l\u2019âme d\u2019un formateur de jeunes religieux qui fut profondément chrétien et humain dans la pleine réalisation de sa devise : « rendre heureux pour rendre meilleurs ».A.Papillon, O.P.Mgr Olivier Maurault, P.S.S.\u2014 « Moisson de Ville-Marie ».Montréal, Editions Fides, 1943.20 cm.204 pp.Mgr le Recteur de l\u2019Université de Montréal a réuni dans ce volume les principaux exposés d\u2019histoire qu\u2019il a prononcés ou écrits à l\u2019occasion du troisième centenaire de sa ville.L\u2019ensemble forme un beau livre, étoffé dans sa documentation, vigoureux dans sa forme.L\u2019auteur a puisé aux meilleures sources, mais son étude consciencieuse a la coquetterie d\u2019éviter un trop solennel apparat d\u2019érudition qui viendrait interrompre ou alourdir le récit.Mgr Maurault devait être spécialement à l\u2019aise dans ce domaine de l\u2019histoire montréalaise qui lui est si familier.Gomment n\u2019aurait-il pas évoqué en connaisseur l\u2019histoire de cette entreprise de Ville-Marie avec ses vicissitudes, ses difficultés de tout ordre et ses actions d\u2019éclat ?Jamais, d\u2019ailleurs, il n\u2019a cru devoir se confiner au rôle de rapporteur.Sans faire irruption indiscrète dans les événements qu\u2019il rapporte, il marque, ici ou là, d\u2019un trait sobre mais net, la leçon utile qui s\u2019en dégage.Pp.49-50 et en d\u2019autres endroits, Mgr Maurault tient à se désolidariser de cette « initiative » d\u2019un quelconque sous-comité d\u2019organisation qui a fixé au 17 mai 1642 la date de la messe de fondation de Ville-Marie.Il cite en particulier l\u2019étude de M.Victor Morin : « Aux sources de l\u2019histoire de Montréal » dans : MSRC, 1942, 83-94.La date du 18 mai est de tout point plus recevable.C\u2019était après mûre enquête que notre revue l\u2019avait adoptée en son numéro de mai 1942, p.260.A.Papillon, O.P.Serge Fleury \u2014 « Talleyrand ».19 cm.264 pp.Montréal, Editions Variétés, 1942.Nonobstant un peu trop d\u2019indulgence mondaine et beaucoup de superficialité dans la recherche documentaire proprement dite, ce portrait de Talleyrand par le comte Serge Fleury est une oeuvre de patience et de discernement.On apprend à situer le personnage et à mieux comprendre les milieux aussi divers qu\u2019insidieux où il a évolué.Maurice-C.Cusson 121 Revue Dominicaine Auguste Viatte \u2014 « Victor Hugo et les illuminés de son temps ».19.5 cm.288 pp.Montréal, Editions de l\u2019Arbre, 1942.Une étude très détaillée et bien menée qui complète et parfois redresse l\u2019ouvrage de M.Denis Saurat : « La religion de Victor Hugo » (Paris 1929).On y voit sous quelles influences politiques, philosophiques, cabalistes, Victor Hugo se détacha peu à peu non seulement du catholicisme, mais du christianisme et de toute religion révélée ; quelles traces, aussi, cette ferveur spirite, cabaliste, néo-messianique a laissées dans l\u2019œuvre du poète.Plus d\u2019un vers, resté jusqu\u2019ici obscur ou attribué à la seule grandiloquence, s\u2019en trouve singulièrement éclairé.Albert Lacroix Guy de Pourtalès \u2014 « Cliopin ou le poète ».19.5 cm.256 pp.Montréal, Editions Variétés, 1943.Il faut écouter les œuvres de Chopin, seul, dans un cadre familier, mais non sans une certaine « préparation ».On l\u2019a souvent rappelé : la musique ne doit jamais s\u2019écouter passivement, et moins qu\u2019une autre cette musique romantique, si chargée d\u2019images et de sentiments.Nous devons donc accueillir avec joie la littérature psycho-biographique apte à nous « situer ».Depuis sa parution dans la Revue des Deux Mondes en 1927, l\u2019essai d\u2019introspection que voici s\u2019est démontré susceptible d\u2019établir entre Chopin et nous cette désirable intimité.Sa réimpression est bienvenue.Serge Houle Pertinax \u2014 « Les Fossoyeurs ».2 y.19.5 cm.380 et 320 pp.New York, Editions de la Maison Française, 1943.Critique implacable et mordante des erreurs, des défaillances et des gabegies qui ont fini par précipiter la Troisième République dans l\u2019écrasement de juin 1940.Ces deux gros volumes débordent de considérations, d\u2019anecdotes, de traits, de mots et de faits notés par un journaliste de grande classe, observateur sagace et bien renseigné.Il faut laisser à M.André Géraud la responsabilité de ses jugements et critiques.Le genre de son travail comporte presque fatalement une part de système et d\u2019arbitraire.Mais il y a certainement, dans ce volume, bien des vues profondes et des appréciations exactes.Albert Lacroix Léon Marchai, \u2014 « De Pétain à Laval ».Montréal, Editions Beauchemin, 1943.20.5 cm.304 pp.Considérations et portraits abondent en ces trois cents pages de lecture agréable.Nous n\u2019y apprenons d\u2019ailleurs rien de nouveau ni sur les hommes ni sur les événements.C\u2019est le témoignage d\u2019un observateur sagace et 122 L\u2019esprit des livres délicat écrivain, mais retenu par la force des choses loin du théâtre des faits.D\u2019où les qualités de ce livre, d\u2019où aussi sa portée restreinte.Albert Lacroix Vladimir Pozner \u2014 « Deuil en 24 heures ».New York, Librairie Brentano \u2014 Montréal, Editions Beauchemin, 1942.19 cm.334 pp.Une suite d\u2019instantanés de la retraite des troupes françaises en mai et en juin 1940.Le tout forme un « roman », c\u2019est-à-dire une œuvre composée, possédant son rythme, ses personnages-vedettes et ses situations culminantes.Les sympathies de l\u2019auteur vont nettement aux idées et aux hommes de la gauche la plus gauche.C\u2019est son affaire, mais dommage qu\u2019il n\u2019ait pas tenté de percer certaines vieilles équivoques.Pages 252, une amicale allusion à nos soldats canadiens français.Serge Houle J.-P.Petges \u2014 « Bataille d\u2019Amiens 1940 ».New York, Editions de la Maison Française, 1943.19 cm.160 pp.Exposé sec, incolore, mal écrit.On y sent le résumé hâtif d\u2019impressions trop rapides et de considérations techniques non suffisamment assimilées.André Diotte Constantin Joffé \u2014 « Les enterrés vivants du Stalag XVII A ».New York, Editions de la Maison Française, 1943.19 cm.224 pp.Ici, le camp de concentration nazi à visage découvert, sans les fards avantageux du roman savamment orchestré, sans le secours même de la littérature la plus simple.Parce qu\u2019elles sont ainsi dépouillées de tout artifice de composition et de rédaction, le lecteur appréciera ces pages émouvantes, écrites par un authentique combattant-prisonnier sous l\u2019inspiration de la souffrance.A.Papillon, O.P.Marcel Haedrich \u2014 « Baraque 3, chambre 12 ».Montréal, Editions Variétés, 1942.19 cm.224 pp.Encore un recueil d\u2019impressions de prisonnier de guerre.Cette fois, il s\u2019agit d\u2019un officier franco-alsacien et de ses collègues.Les anecdotes de l\u2019auteur sont d\u2019un intérêt inégal.Son style, ici et là boursouflé, s\u2019avère toujours de la plus incolore banalité.Le seul avantage de ce mince volume, c\u2019est de suivre l\u2019officier aux états d\u2019âme complexes et mouvants ; non pas le type exceptionnel, le héros cornélien ou le bravache de la légende, mais 123 Revue Dominicaine un pauvre être pitoyable et humain qui souffre ordinairement en silence, cherche à s\u2019enfuir de sa geôle, crie son ennui et sa détresse aux heures de dépression, se reprend, tient et espère quand même magnifiquement.Serge Houle Léon Bloy \u2014 « La Femme pauvre ».Montréal, Editions Beau-cliemin, 1943.18.5 cm.304 pp.Le meilleur livre de Bloy.Il faut remercier la Maison Beauchemin de nous le redonner en un vêtement typographique des mieux réussis.Cette propagande canadienne servira à faire connaître toujours plus chez nous un écrivain catholique dont l\u2019incontestable talent, le courage, la foi sincère méritent notre respect.Mais j\u2019espère aussi que les lecteurs de cet ouvrage réfléchiront à un aspect non négligeable de leur « initiation » : des esprits ardents et sans expérience risquent, s\u2019ils attribuent trop de crédit aux paroles de Bloy, de porter à sa suite, sur nombre d\u2019hommes ou d\u2019institutions, des jugements d\u2019une outrance fâcheuse.Tel exemple connu prouve que ce danger n\u2019a rien de chimérique au Canada français.Albert Lacroix Jules Romains \u2014 « Les Hommes de Bonne Volonté.XXI : Journées dans la montagne ».18.5 cm.308 pp.New York, Editions de la Maison Française, 1942.La R evue Dominicaine a rendu compte du tome XIX dans son fascicule de novembre 1942, p.256.Le volume suivant ne nous est point parvenu.Le tome XXI qui nous arrive aujourd\u2019hui est consacré, dans sa plus grande partie, aux incidents principaux et secondaires de la campagne électorale de Jerphanion devenu candidat à la Chambre des Députés de la Troisième République.Cet épisode longuement développé nous vaut d\u2019échapper au morcellement, à la juxtaposition de bouts de récits indépendants, comme c\u2019est le cas en maints volumes précédents.Une fois de plus, on admirera le talent de l\u2019auteur.Il prend chaque personnage \u2014 mettons, ici Félicien Grousson \u2014 et nous fait assister, soit à une conversation importante, soit au déroulement intérieur des pensées, images, sentiments, sensations qui traversent cette conscience.Le présent volume fourmille d\u2019exemples de cette remarquable puissance d\u2019imagination.André Diotte Antoine de Saint-Exupéry \u2014 « Terre des hommes ».Montréal, Editions Bernard Valiquette, 1943.19 cm.224 pp.C\u2019est une idée heureuse entre toutes que dans la présente épidémie de réimpressions l\u2019éditeur Valiquette ait pensé à nous redonner ce texte émouvant.On y découvre bien plus que des aviateurs courageux \u2014 cela est quotidien \u2014 et qui bravent la mort à cause de leur courage.On y trouve, avec le document sur l\u2019aviation, un des plus beaux caractères d\u2019homme 124 L\u2019esprit des livres moderne, une personnalité extrêmement riche où se fondent dans un parfait équilibre le viril et le poétique.Dois-je répéter que ces notations révèlent un grand écrivain ?Conter de manière si simple et si poignante est le fait d\u2019un artiste.A.Papillon, O.P.Jacques Sauriol \u2014 « Le désert des lacs ».Montréal, Editions de l\u2019Arbre, 1942.19 cm.206 pp.Le titre est suivi de l\u2019indication : « roman ».En fait, comme l\u2019a remarqué M.Jean Vallerand, nous avons ici un ouvrage qui se trouve être à la fois un roman policier et un documentaire de géographie humaine.C\u2019est peut-être beaucoup.En tout cas, ce n\u2019est pas ce que nous attendions.Mais prenons le livre, tout hybride qu\u2019il soit.Le thème est traité avec plus de brio que de vraisemblance.Et, surtout, l\u2019étude des personnages n\u2019est pas assez poussée.En plus, abondance descriptive, jeunesse de ton et d\u2019agencement.Tous signes d\u2019un talent qui n\u2019a point maîtrisé le domaine où il avait voulu s\u2019engager.Albert Lacroix Claude Eylan \u2014 « Combat avec l\u2019inconnue ».Montréal, Editions Variétés, 1942.19 cm.264 pp.De toutes les écritures de Madame Eylan, je préfère, et de beaucoup, ses récits de voyage.Tout de même, voici d\u2019elle un roman, ni bon ni mauvais.Ce livre renferme, il faut le reconnaître, quelques pages d\u2019une belle venue, finement écrites.Mais l\u2019inspiration manque d\u2019envol.J\u2019ai regretté aussi d\u2019y voir le sentiment religieux exploité seulement dans son mécanisme et dans ses apparences.Albert Lacroix Isabelle Tonarelli \u2014 « Jeunes femmes ».Montréal, Editions Bernard Valiquette, 1942.19 cm.304 pp.Du talent, un sens psychologique assez fin, un art déjà maître de ses nuances.Dommage que le tout soit imprégné de la hantise du Montherlant de Jeunes filles.L\u2019ensemble laisse une paradoxale impression d\u2019imitation appuyée et de charme un peu vide.A.Papillon, O.P.Roger Brien \u2014 « Sourires d\u2019enfants ».Montréal, Editions Fides, 1942.20 cm.168 pp.« Chant d\u2019amour ».Même librairie, 1942.21.5 cm.140 pp.Les deux opellce que voici ont tiré profit des remarques du R.P.Lussier dans la Revue Dominicaine de juin 1942, pp.380-381.L\u2019auteur a manifestement cherché à brider le fatras et le fracas de son exubérance.125 Revue Dominicaine Ses nouveaux poèmes n\u2019ont pas grand relief, mais ils Sont gais, frais, alertes.\t1 André Diotte Jeanne L\u2019Archevêque-Duguay \u2014 « Offrande ».22 cm.112 pp.Montréal, Editions Fides, 1942.Cent pages de délicats petits poèmes en prose cadencée.Le thème de l\u2019enfance s\u2019y trouve explicité avec un remarquable don d\u2019évocation, une délicatesse de touche admirablement maternelle.Ici et là quelque longueur.mais aucun piétinement ne vient atténuer le charme de pure simplicité et de foi chrétienne inconfusible qui consacre le talent de Madame L\u2019Archevêque-Duguay.Albert Lacroix Françoise Gaudet-Smet \u2014 « Heures d\u2019amour ».19 cm.172 pp.Montréal, Editions Fides, 1943.Quarante-quatre pièces de prose rimée ou rythmée.Ce sont de claires et gracieuses aperceptions d\u2019une maman aussi attentive qu\u2019aimante.Mais si l\u2019inspiration se révèle du meilleur aloi, le tour manque souvent d\u2019aise, le souffle se fait asthmatique, la phrase devient tout autre qu\u2019ailée.Peut-être Madame Gaudet-Smet aurait-elle gagné à s\u2019exprimer en prose réelle.Car il est des proses charmantes et pleines qui priment les vers libres.et prolongés.André Diotte Abbé Albert Tessier \u2014 « Notre mère la terre ».Montréal, Editions Fides, 1942.22 cm.48 pp.C\u2019est le deuxième des «beaux albums Tavi » les bien nommés.Mentionner ce nom, c\u2019est déjà faire l\u2019éloge de l\u2019exposé si vivant et si varié, des descriptions colorées et fidèles, de la psychologie très fine et des applications morales fort heureusement présentées.Sans oublier l\u2019apport photographique qui constitue à lui seul un apostolat.A.Papillon, O.P.Arthur Lepage \u2014 « Normandie et Bretagne.Récit de Voyage au Royaume de l\u2019Herbage ».19.5 cm.284 pp.Chez l\u2019auteur, Baie-des-Sables (P.Q.), 1943.Vrai, simple, souriant, ce volume, doté d\u2019une abondante et agréable illustration, rassemble une foule de renseignements de tout ordre, depuis les œuvres d\u2019art jusqu\u2019aux recettes gastronomiques en passant par les engrais et les procédés de culture.Cette marchandise hétéroclite est, pour comble, présentée en vrac, littéralement déchargée sur le pauvre lecteur.De plus le style ne s\u2019élève jamais au-dessus du médiocre.Mais l\u2019auteur est L\u2019esprit des livres un honnête homme, et vous goûterez l\u2019atmosphère de bonhomie où s\u2019accumulent ses informations et se déroulent ses réflexions.André Diotte Robert Considine \u2014 « MacArthur the magnificent ».20 cm.126 pages.Philadelphia, David McKay Co.; Toronto, The Mus-son Book Co., 1942.Une esquisse des plus vivantes en attendant le portrait définitif de l\u2019histoire.L\u2019auteur a réussi à saisir le grand style militaire, le sérieux profond, la conscience, la religion solide, l\u2019impeccable tenue du général MacArthur.Il résume avec sympathie et clarté la carrière de ce soldat qui, malgré certains déficits du haut commandement américain et certaines lacunes de sa formation personnelle, fut à la hauteur d\u2019un étrange et glorieux destin.A.Papillon, O.P.Maurice Kerdrue \u2014 « Joliff et Magadur, hommes de mer ».Montréal, Editions de l\u2019Arbre, 1943.19 cm.240 pp.Ce « roman » (comme porte la mention imprimée au dos du volume) est une pauvreté.Il ne vaut ni par l\u2019intérêt du récit qui est de la plus décevante platitude, ni par le moindre aperçu tant soit peu vivant sur les mœurs et la mentalité des gens de mer.Il ne faudrait pas que tous les étrangers réfugiés en Amérique se mettent en tête qu\u2019ils peuvent écrire un livre.A défaut de Vercel trop au-dessus de lui, l\u2019auteur aurait pu fréquenter Maurice Guierre : « Seul maître à bord» (Paris 1939).Il y eût sans doute puisé la résolution de radouber, sinon de remiser sa prose maritime.André Diotte Jean Bulair \u2014 «Rencontres».19.5 cm.180 pages.Montréal, Editions Bernard Valiquette, 1942.Cette pauvre histoire d\u2019un marin norvégien échoué aux bords du Saint-Laurent, prenant femme chez nous puis recommençant à courir les océans, n\u2019a rien qui puisse apporter profit au lecteur.Personnages et événements s\u2019accrochent tant bien que mal en une succession qui elle-même marivaude dans un style d\u2019une mièvre platitude.Albert Lacroix Charles Oberling \u2014 « Le problème du cancer ».19.5 cm.304 pages.Montréal, Editions de l\u2019Arbre, 1942.Formé de leçons destinées aux médecins et aux étudiants en médecine, ce livre a gardé une allure et beaucoup de termes techniques.Mais que 127 Revue Dominicaine ceci ne vous décourage pas.Une fois vaincue cette légère difficulté, vous trouverez ici une somme rare d\u2019informations scientifiques et de renseignements pratiques.Le tout présenté avec clarté et sobriété.Albert Lacroix C.-Y.Johnson \u2014 « A travers le temps et l\u2019espace avec le pendule ».Montréal, Editions Beaucliemin, 1943.19 cm.224 pp.C\u2019est en 1937, dans un village de Gaspésie, que M.Johnson s\u2019est initié aux mystères du pendule et de la baguette.Il nous raconte ici les misères, les servitudes, mais aussi les grandeurs du métier.On goûtera l\u2019ingéniosité de son exposé, l\u2019abondance des renseignements recueillis, le piquant de certaines remarques.Peut-être l\u2019auteur n\u2019a-t-il pas digéré à point tous les éléments d\u2019information historique et.journalistique par lui ingurgités.On aimerait aussi lui voir garder plus de sérénité à l\u2019égard des « soi-disant savants, spécialisés en physique ou en psychologie» (p.14).André Diotte J.-M.Gaudet \u2014 « Que vaut la Chiropratique ?» 19 cm.176 pp.Montréal, Editions Bernard Valiquette, 1942.Ceci n\u2019est qu\u2019un petit volume, mais rempli d® renseignements et d\u2019un intérêt des plus pratiques.L\u2019auteur dissèque devant nous le domaine d\u2019étude qui est devenu sa spécialité.Puis il expose et oppose le traitement officiel octroyé à la chiropratique dans le Québec et dans les autres provinces du Canada.En finale, un ardent plaidoyer pour que l\u2019ambiance médicale québécoise se fasse plus hospitalière à la collaboration des chiropraticiens.Albert Lacroix Claude-M.Laurent \u2014 « Etes-vous malin ?» Montréal, Librairie Granger Frères, 1943.19 cm.146 pp.Vous trouverez dans ce pimpant petit livre trois cent soixante-cinq questions et soixante-cinq problèmes destinés à stimuler votre imagination, votre mémoire et votre sens de l\u2019observation.Surtout ne recourez pas trop prestement au « livre du maître » qui remplit les pp.89-137 ! Maurice-C.Cusson 128 LES RECENSIONS DU MOIS « Le péché », par S.E.le Card.Villeneuve, O.M.I.$0.35 Ego Sapientia.La Sagesse qui est Marie, par Charles de Koninck .1.00 La Science d\u2019Aimer, par Paul l\u2019Ermite .1.00 Histoire Sainte en cent vingt images.1.00 Moisson de Ville-Marie, par Mgr Olivier Maurault.\t1.00 Talleyrand, par Serge Fleury .1.25 Victor Hugo et les illuminés de son temps, par Auguste Viatte .1.50 Chopin ou le poète, par Guy de Pourtalès.1.25 Les Fossoyeurs, par Pertinax, 2 volumes .3.50 De Pétain à Laval, par Léon Marchai.1.50 Deuil en 24 heures, par Vladimir Pozner.1.50 Bataille d\u2019Amiens 1940, par J.-P.Petges .1.25 Les enterrés vivants du Stalag XVII A, par Constantin Joffé .1.50 Baraque 3, chambre 12, par Marcel Headrich .1.25 La femme pauvre, par Léon Bloy.1.25 Les hommes de Bonne Volonté.XXI, par Jules Romains 1.75 Terre des hommes, par Antoine de Saint-Exupéry .1.00 Le désert des lacs, par Jacques Sauriol .1.00 Combat avec l\u2019inconnue, par Claude Eylan .1.25 Sourires d\u2019enfants, par Roger Brien .1.00 Offrande, par Jeanne l\u2019Archevêque-Duguay .1.00 Heures d\u2019amour, par Françoise Gaudet-Smet .1.00 Notre mère la terre, par l\u2019abbé Albert Tessier .0.25 Normandie et Bretagne.Récit de voyage au Royaume de l\u2019Herbage, par Arthur Lepage .\u201e.1.50 Joliff et Magadur, hommes de mer, par Maurice Kerdrue 1.25 Rencontres, par Jean Bulair .1.00 Le problème du cancer, par Charles Oberling .1.50 A travers le temps et l\u2019espace avec le pendule, Par C.-V.Johnson .1.25 Que vaut la chiropratique, par J.-M.Gaudet.0.75 Etes-vous malin ?, par Claude-M.Laurent .0.60 En vente à : LA LIBRAIRIE DOMINICAINE 5375.Av.N.-D.de GRÂCE\t95.Avenue EMPRESS MONTRÉAL\tOTTAWA Tél.CRescent 4137\t#\t.MAISON JOSEPH CORBEIL MAGASIN A RAYONS -\t\u2022\t6500, rue Saint-Hubert COVll» (ANTN Avec les compliments de The Sherwin-Williams Co.of Canada, Limitai xovm THt CARTH \\Z&c 2875, rue CENTRE\tMONTRÉAL\tWllbank 7121 V Wj\tT rn érand quotidien français de la capitale du I -\tIl B[^\tB B Canada, est non seulement l\u2019organe officiel des Canadiens français d\u2019Ottawa et de tout l\u2019Ontario, il est aussi le journal quotidien français ayant la plus forte circulation dans tout l\u2019Ouest de la Province de Québec.Par delà la rivière Outaouais, dans les comtés de Papineau, Hull, Gatineau et Pontiac, sur les bords de La Lièvre comme le long de la Gatineau, dans le Témiscamingue comme dans les régions minières de l\u2019Abitibi, partout circule Le Droit, le seul quotidien français publié à l\u2019ouest de Montréal.Pour les meilleures nouvelles de la capitale fédérale et tous renseignements sur l\u2019activité des vôtres dans cette partie du pays abonnez-vous au journal Le Droit, 98, rue Georges, Ottawa.Achète bien qui achète chez Au service du public depuis 1868 X Tel.HArbour 7251 LA PLUS GRANDE PHARMACIE DE DÉTAIL AU MONDE Ouvert jour et nuit SERVICE RAPIDE NE FERME JAMAIS 916 est, rue Sainte-Catherine PHARMACIE MONTREAL PHARMACY CHARLES DUQUETTE .PHARMACIEN-PROPRIÉTAIRE PRESCRIPTIONS, PRÉPARATIONS FRANÇAISES, ARTICLES DE TOILETTES, DROGUES Montréal Peinture de haute qualité MANUFACTURIERS 4340, Papineau \u2014 Montréal \u2014 Tel.ATlantic 1988 Manufacturiers spécialistes\t\t\t\t d\u2019ornements d\u2019églises et accessoires funéraires en tous métaux\t\u2022\tARTHUR GUYOT, ENRG.\t\u2022\tNOS TABERNACLES Placage or, argent, chrome\t\u2022\t\t\u2022\tSONT EXCLUSIFS EN \t\t1031 EST, RUE RACHEL \u2014 CHerrier 6577\t\t Réparations générales\t\u2022\tMONTRÉAL\t\u2022\tMODÈLE ET QUALITE Atelier et Bureau : Tél.DOllard 4694* 6641, rue Saint-Hubert LINGERIE DU MANUFACTURIER AU CONSOMMATEUR 16 MAGASINS À VOTRE SERVICE Montréal « Cordiale invitation à tous les amis des Pères Dominicains à visiter notre vaste magasin à rayons et à profiter de notre politique de qualité supérieure aux plus ba; prix ».1 4 8 0 - 9 0 Mt-Royal est CADIEUX, prés.\tJ.-C.AUBRY, sec.-très.^IE55IEI|£ 32 rayons FAlkirk 3541 XI Rééditions : L'AMOUR ET LES CHRÉTIENS par le R.P.M.-M.Desmarais, O.P.¦ .Et voilà quelques réponses à la question : L\u2019AMOUR EST-IL UN PÉCHÉ ?PRIX : $1.00 PCINTE AL CHENE ROMAN SCOUT par le T.R.Père A.Saint-Pierre, O.P.« Au nom de quelle excuse ou de quel prétexte, négligerait-on de former nos enfants, garçons et filles, selon cet idéal et cette méthode ?».Chanoine Lionel Groulx PRIX : $1.00 Ces ouvrages et nombre d\u2019autres sont en vente à LA LIBRAIRIE DOMINICAINE 5375.AV.N.-D.DE GRACE MONTRÉAL 95.Avenue EMPRESS OTTAWA XII Rééditions : \u2022*«*¦*¦ LA FOI VIVANT par Paul PErmite « La FOI sans les œuvres est une foi MORTE » PRIX : $0.75 VWNAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAA/SAAAAAAAAAAAAA/S/VAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAA^A^VSAAAA/ >ccccccccocccccocccccosccocccccoooccooccoccoccccccccoosoccoa A/NAAAAAAAAA/VVAAAAA/SA/>AAAAAA/VVVVVVVV\\A/VVV\\A/VVVVVSAAAAAAAAAAAAAAA^AAAAAAA^VVVVVVVV COMMENT EDUQUER VOS ENFANTS par le R.P.Jean Bousquet, O.P.« L\u2019éducation est un travail trop difficile, une besogne trop délicate, pour qu\u2019on l\u2019aborde sans y avoir sérieusement pensé : les bons éducateurs ne s\u2019improvisent pas ».PRIX : $0.75 En vente à : LA LIBRAIRIE DOMINICAINE 5375.Av.N.-D.de GRÂCE\t95.Avenue EMPRESS MONTRÉAL\tOTTAWA NOUVEAUTES Miracles, par Alain-Fournier .Comment éduquer vos enfants, Par le R.P.Jean Bousquet, O.P.Maîtres et témoins de l\u2019entre-deux-guerres, par Pierre Brodin .L\u2019idéal chrétien du mariage, par le chanoine Cardijn La Lumière sur la route, par l\u2019abbé F.Charavay .L\u2019exilée, par Delly.Ma robe couleur du temps, par Delly .L\u2019amour et les chrétiens, par le R.P.M.-M.Desmarais, O.P.Vivez donc en paix, par Achille Desbuquoit Au Dieu inconnu, par le R.P.Dillard.L\u2019irréprochable providence, par Dohet.Plantes curieuses de mon pays (en couleurs), par J.-M.Gauvreau .Peintres et sculpteurs que j\u2019ai connus (1900-1942), Par Michel Georges-Michel .Images d\u2019Alain-Fournier, par Isabelle .Confiance (2 volumes), par Paul de Jaegher, S.J.Comment vivre sa vie, par Mgr Henri Jeannotte .Français, voici la vérité, par Henri de Kérillis .Monsieur Vincent, aumônier des galères, par Henri Lavedan .La foi vivante, par Paul l\u2019Ermite .Le Bon Père Alfred, par V.Marchai, C.S.V.Histoire des Etats-Unis, tome I, par André Maurois Comment former des hommes, par Henri Pradel .La direction spirituelle des enfants, par E.Poppe .Le jeu retrouvé, par Marcel Raymond .Pointe au Chêne (roman scout), par le R.P.A.Saint-Pierre, O.P.Mon journal à Berlin, par William-L.S hirer .Hitler et le christianisme, par Henri Vermeil .Demain que vaudront nos placements sur obligations et actions.$1.25 0.75 25 25 00 00 00 00 60 90 90 1.00 00 50 00 00 00 25 75 60 00 .75 50 50 00 00 60 1.00 Ces ouvrages et nombre d\u2019autres sont en vente à LA LIBRAIRIE DOMINICAINE 5375.Av.N.-D.DE GRACE MONTRÉAL 95.Avenue EMPRESS OTTAWA Revue mensuelle publiée à St-Hyacinthe, P.Q.ABONNEMENTS: CANADA: 83.00 i ÉTRANGER: 83.25; AVEC LE ROSAIRE: 25 SOUS EN PLUS; LE NUMÉRO : 80.30 ; ABONNEMENT DE SOUTIEN : 810.00 RÉDACTION ET ADMINISTRATION : 53 75, AV.NOTRE-DAME DE GRÂCE, MONTRÉAL La Revue ne sera pas responsable des écrits de collaborateurs étrangers b l\u2019Ordre de Saint-Dominique.« Ne jetez pas cette revue au feu ni ne la détruisez d\u2019autre façon.Retournez-nous-la, ou donnez-la à un organisme de récupération.Vous contribuerez ainsi à la victoire ».IMP.À L'ŒUVRE DE PRESSE DOMINICAINE, NOTRE-DAME DE GRÂCE, MONTRÉAL w\t\u2019 et "]
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