Voir les informations

Détails du document

Informations détaillées

Conditions générales d'utilisation :
Protégé par droit d'auteur

Consulter cette déclaration

Titre :
Revue dominicaine
Éditeur :
  • St-Hyacinthe :Couvent de Notre-Dame du Rosaire,1915-1961
Contenu spécifique :
Février
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Rosaire
  • Successeur :
  • Maintenant
Lien :

Calendrier

Sélectionnez une date pour naviguer d'un numéro à l'autre.

Fichier (1)

Références

Revue dominicaine, 1944-02, Collections de BAnQ.

RIS ou Zotero

Enregistrer
[" REVUE DOAÎN \\m E ÉCOLE TECHNIQUE DE QUEBEC 1Q5, Boulevard La n gel ier-Téléphone 2-6864 Les COURS SONTORSANISÉSCOMME\t& BOURSES AUX ÉLÈVES MÉRITANTS J° COURS RÉGULIERS \u2022\tJr\tX\t2° COURS ABRÉGÉS D'AUTOMOBILE: ® TECHNIQUE, 4 ANNÉES D\u2019ÉTUDES\t\u201c 10 M0,S D'ÉTUDES- © DES MÉTIERS, 3 ANNÉES D\u2019ÉTUDES\t3 * COURS DE SOIRS Diplôme Officiel\t.comprenant de nombreux cours libres \\j rJ l ivi c wrr.\tPROSPECTUS sur DEMANDE SUmiUü ENTREPRENEURS ENTREPRENEURS Tuile, Terrazzo, Marbre, Ardoise, Pierre Artificielle, Povoges, Trottoirs, etc.- J.IGN.BILODEAU- PRÈS.ETOÉRAMT TEL.2-11-4-3\t32, RUE RICHELIEU, QUÉBEC.Tél.32lô 1 S.Rv\tDiplômé Generol Motors lellanH JiU*1 CARJM Réparations d\u2018Automobiles' et de Rembourage Carrosserie endommagce et dé bossage de tous genres.\tÎSSIER.__ Spécialité:\u2014 Peinturage Duco Duponr Vitrage des Ctiars Mécanique.2,Christophe Colomb\t,\tQuébec,RQ.HOMMAGES DE M.J.O\u2019BRIEN Spécialités pour Bâtisses et Constructions Représentant de Truscon Steel Co.of Canada Ltd.Spécialistes en charpente de bâtisse Truscon Laboratories Canada Ltd., Canadian Cork Co., Ltd., K.V.Gardner Ltd.Tel.5992\t13, rue d\u2019Aiguillon\tQuébec, P.Q.Aux Communautés et Membres du Clergé Demandez-nous un échantillon gratuit de notre Delecto liquide.C\u2019est un substitut du sucre, et peut avantageusement le remplacer dans la préparation des aliments où il est requis.J.E.LAVOIE ENRG.Tél.3-2475\t251, St-Joseph.Québec MiriflOD (ÏÏfiTHifu(tei.3-37r6)\tÉD7ÏÏÛÏÏD bylVAm'ud.ïïÈ9g) fïlPTHiEu a syivflin enTRePRcneuRS,, , 44, S te-ü rsu le, Québec, Rg.tel.2-2240 TÉL.3-0194 ANTONIO TRUDEL ASSURANCES GÉNÉRALES VIE - FEU - VOL - AUTOMOBILES .ACCIDENTS 70, RUE FRASER\tQUÉBEC CORSETS SPENCER Un dessin est créé spécialement pour vous.Tout genre de Corsets, Ceintures pour Dames, Hommes et Enfants, Brassières, Corsets, Supports Orthopédiques, Maternité, etc.Démonstration gratuite à domicile Votre corset gardera sa forme tant qu\u2019il durera.Mme C.-E.PELLETIER SPÉCIALISTE EN CORSETTERIE MÉDICALE 75.St-Jean\tTél.2-7553\tQuébec Spécialité : Ceintures chirurgicales \tTÉL.4-2772 CHARLAND ET BERNARD Ltée Soudure au gaz et à l\u2019électricité Fabrication de réservoirs Angle 1ère Avenue ET 4ième Rue LIMOILOU \t QUÉBEC\t0.PICARD & FILS INC.Plomberie \u2014 Chauffage \u2014 Electricité Ventilation \u2014 Air climatisé Gérant : J.-C.LACHANCE 78, ST-AUGUSTIN\tTél.2-123»\tQUEBEC\t\t \tCASAVANT FRÈRES Ltée FACTEURS D\u2019ORGUES St-Hyacinthe, P.Q.ÉTABLIE EN 1880\tTéL 6842 ÉMILE CÔTÉ ENRG.ENTREPRENEUR GENERAL 211, rue ST-CYR1LLE\tQUEBEC\t\t III MESSIEURS, La ceinture Spencer éloigne la fatigue, soulage les maux de dos dus à une entorse, à un effort excessif, au mauvais maintien.HERNIE \u2014 SURMENAGE FAIBLESSE DORSALE ETC., ETC.CORSETS SPENCER DESSIN CRÉÉ SPÉCIALEMENT POUR VOUS M.-JEANNE MORIN GÉRANTE DU DISTRICT DE QUÉBEC TÉL.2-2287\t8, DE LA FABRIQUE.QUÉBEC MESDAMES, Demandez toujours un corset Spencer.Spécialement dans les cas de maternité.TÉL.6070 Arthur Cloutier et Fils Enrg, DIRECTEURS DE FUNÉRAILLES DEPUIS QUATRE GÉNÉRATIONS # 252, D\u2019AIGUILLON QUEBEC Gardienne fidèle des épargnes en temps de paix, la Banque assume une double mission en temps de guerre : elle concourt à la sécurité financière du pays et elle protège l\u2019avenir de chacun de ses déposants.E JA A .___\tGRAVEURS ,ûW?ït5\u2014 /k' Photoqravui-e Mafionale /imité X«2 0 U K ST.IUI 'ONTARIO- PRÉS OK OllOIV COURS PRIVÉS Prof.J.-L.AREIQUE, B.A.Cours complets : classique, commercial Préparation spéciale des examens collégiaux \u2014 Deux cours par jour : avant-midi et après-midi \u2014 JOUR ET SOIR Etudes surveillées, 4567, rue St-Denis \u2014 Montréal Compliments de DAMIEN BOILEAU Ltée, Entrepreneurs 245, avenue McDOUGALL\tOutremont, P.Q.\tTél.CRescent 4183 * { ( spécialité:\tBOULANGERIE C.LANGEVIN | Pains et Gâteaux de fantaisie\t1003, AVENUE EGAN \u2014 TÉL.: YOrk 6863\t( \u2022\t|\tVERDUN\t)\t\t\u2022 Essayez-les, vous aurez entière satisfaction \u2022 \t\t \t.CR.995 7\t©296,Rue ST- ANDRÉ, Montreal ^ .ES PRODUITS MADELON EN RG ÆÊÉ EXCELLENT CONTRE: MAL de TETE.de DENTS,d\u2019ORElLLESr GRIPPE .RHUMATISME.\t \t\t Tél.FItzroy 8 5 8 5\tCOLLES DE TOUTES SORTES :! En poudre, en flocons, flexible, en pâte, liquide \u2022 1 MEREDITH, SIMMONS & Co.Ld.!\t5 5 6 5 Chemin de la Côte St-Paul Montréal IV IE DEVOIR DirGcteur-^GranbQeorges PELLfTIfR ff)l5ffl]Uf DOIS Rédacteur en chef : 0mer HEROUX TROIS SOUS tE NUMÉRO RBonnEfiiEnTS m la poste EDITIOn QUOTIDIENIE CANADA.>6.00 (Sauf Montréal et banl lape) E.UnlsetEmpireBritannique 8.00 UNION POSTALE.10.00 EUffi CÔTÉ PRÉSIDEIIT d A AM.CÔTÉ LTÉE (Hanüfacfcüriei/ de dial^üre/ /T-hVpdriTHE- COnSUlTRTIOns{ Dr IP» del Vecchio TÉLFFU895 900e/t./herbrooke /tëCIALITÉ: dlRUDIE/ CHhOniQU^/\u2019 CfinCEh.TUBERCULQ/E.fl/THiïlE.RHUIÏlRTî/fTIE La sauvegarde de la famille L\u2019économie est l\u2019art d\u2019ordonner ses dépenses.Sans la pratique de cette vertu sociale, la famille ne connaît aucune sécurité, elle est vouée, tôt ou tard, à la ruine.Protégez votre foyer, préparez l\u2019avenir des vôtres, assurez-vous une vieillesse heureuse et^ digne en vous constituant petit à petit les réserves nécessaires.Prenez dès aujourd\u2019hui l\u2019habitude de l\u2019épargne.Banque Canadienne Nationale S-Hyacinthe, P.Q.TÉL.FRontenac 3186* LAITERIE IPE R FICTION! DAIRY tiStTfL 2565 CHAMBLY MONTRÉAL KÜJMEDUÇ FERRONNERIE pnuL-r.mRRcu.WELLINGTON LIIÜITEE SUCCURSALE À OTTAWA SUITE 406-18, RIDEAU TÉL.:\t2-9872 Québec: 104 St-Jeat-Suite lO Tél.7881 \u2022 SPÉCIALITÉS : OUVRAGES D\u2019ÉGLISES, COUVENTS, ÉCOLES, ÉDIFICES PUBLICS.\u2022 TÉL.DOllard 5512 9 61A, RUE ST-ROCH, MONTRÉAL marcel martel enrg.couturier pour hautes 1519, rue jEîtrkaç, ^Montréal%!¦ ffantasto 35E8 * m» A.Derome et Cie Enrg., 25 est, N.-Dame, LA.2392, Montréal Farine, Engrais, Grain, Foin, Bois, Charbon : Gervais, Paul et Frère, 5298, Henri-Julien, CA.1157, Montréal Ferronnerie D'Art : Le» Frères Lebrun, 456, Niverville .Trois-Rivières Fourrures\u2022 Alain, P.À.Ltée, 203, St-Joseph et 79, de l\u2019Eglise, 6106, Qué.Bernard, Léo, 810, St-Vallier, Tél.3-1329 .Québec Desjardins, Chas, et Cie, 1170, St-Denis, Tél.HA.8191, Mtl.Fourrures de Luxe.7, Ste-TJrsule, Tél.4-0864 .Québec Laliberté, J.-B.Ltée, 145, St-Joseph, Tél.6191 .Québec Sanfaçon, Honoré, 110, rue de la Couronne, Tél.7419, Québec Turcotte, N.-Geo., 162, Côte d\u2019Abraham, Tél.4-1459 .Québec Zicat, Laurent, 579, St-Jean, Tél.9627 .Québec Fruits et Légumes : Leblanc, A., 93, St-André, Tél.2-3981 .Québec Grains, Moulées, Provisions : Frenette & Fils Enrg., 176, St-Pierre, Tél.2-8070 .Québec Gravures (images et cartes gravées) Embossage : Fréchette, Louis, 46, Côte de la Montagne, Tél.2-7775, Québec Habits et Merceries î Cusson et Cusson, Place du Marché, rue Cascades, St-Hyacinthe Huile à Brûleurs : Trudelle Petroleum Enrg., 195, Franklin, Tél.3-1352 .Québec Immeubles : Thibodeau, L.P.R., 325, boul.Charest, Tél.3-5322 .Québec Immeubles (vente, achat, expertise, finance) : Paquet, Geo., 351, boul.Charest, Tél.4-4221 .Québec Importateurs et Fabricants D\u2019Objets de Piété : Génin, Trudeau et Cie, 88 ouest, N.-Dame, LA.2261, Montréal Imprimeurs (médéric parent et onil paré, prop.) : Imprimerie Bégin Enrg., 40, St-François, Tél.3-1252, Québec Industrie Laitière (Machines, ustensiles, App.frig.) : Trudel, B.et Cie, 304, Carré Youville, Tél.MA.8067, Montréal Laboratoire Farley \u2014 Hull, P.Q.Fabricant des \u201cAntalgines\u201d contre les Maux de Tête.Lait, Crème, Beurre, Œufs et Fromage s \u201cClark Dairy Ltd., 634.Av.Bronson, Tél.5-1811, Ottawa, Ont.Coopérative Lait et Crème, 4101 est, N.-Dame, AM.2171, Mtl.La Ferme St-Laurent Ltée, 6768, Garnier, CR.2188-9, Montréal Laiterie de Québec Ltée, 75, av.du Sacré-Cœur, Tél.7101, Québec Librairie (en gros seulement) : Librairie J.A.Parent, 310%, St-Joseph, Tél.5630 .Québec Libraires : Granger Frères Ltée, 56 ouest, N.-Dame, LA.2171 .Montréal La Librairie Dominicaine : 5375, avenue Notre-Dame de Grâce, Tél.El.4677 .Montréal 95, avenue Empress, Tél.2-7363 .Ottawa Liqueurs Douces : Fortier, Elzéar Ltée, 115, St-Dominique, Tél.2-3891 .Québec Magasins à Rayon ! Bouchard, L., 750-760, St-Vallier, Tél.2-5638 .Québec Dubuc, T.D., 214-218, St-Jean, Tél.2-3961 .Québec Dupuia Frères Ltée, Tél.PL.6161 .\u2022.Montréal Paquet et Cie Ltée, 167, St-Joseph, Tél.8131 .Québec Pharand, J., 85, Champlain, Tél.2-5315 .Hull, P.Q.Syndicat de Québec Ltée, 215, St-Joseph, Tél.4-3561, Québec Manufacturiers de Fournitures Funéraires : Girard et Godin Ltée, T.-Riv.et 34 o., St-Paul, LA.9214, Mtl.Manufacturiers de Portes et Châssis, Bois : Pilon, Jos.Ltée, 79, Boul.du Sacré-Cœur, Tél.3-1116, Hull, P.Q.Marchands de Thés et Cafés : Déay, J.-A., 1469, Delorimier, Tél.FR.2147 .Montréal Marchands de Thés, Cafés et Épices en Gros : Bourque, A., 262 est, St-Paul, Tél.HArbour 7630, Montréal Marchands Tailleurs : Mathieu.Lucien Enrg., 2251, Frontenac.FR.1803, Montréal Meunier, Ernest, 994 est, Rachel, Tél.FR.9343 .Montréal Matelas, Sommiers, Etc.s Matelae Frontenac Enrg., 15, Boisseau, Tél.5847 .Québec Matériaux de Construction s Lee Industrie» G.-I.Lachance Inc., 268, St-Paul, 2-6408, Québee Médecins î Castonguay, Dr E.-J., 4231 est, Ste-Catherine, CH.0560, Mtl.Gratton, Dr Albert, 781, du Couvent, Tél.WE.5476, Montréal Pilon, Dr Henri, 251, boul.St-Joseph, Tél.2-0563, Hull, P.Q.Pouliot, Dr Antoine, 68, Ste-Ursule, Tél.2-4455 .Québec Membres Artificiels : Duckett, J.-A., 2014, Bleury, Tél.HArbour 0630 .Montréal Mettbi.es, Divans, Studios, Matelas à Ressorts, Prélarts : Vézina & Filion Enrg., 227 \u2014 3e avenue, Tél.4-2300 .Québec Nettoyeurs et Teinturiers : Breton, J.-H., 2461, des Carrières, Tél.CR.4168 .Montréal Notaires : Labrèche et Labrèche, 10 ouest, St-Jacques, MA.3373, Montréal McKay, R.E., 4948, av.Verdun, Tél.YO.5322 .Verdun Nouveautés, Merceries, Tapis, Prélarts : Alepin, J.et Frère Ltée, 4295 ouest, Notre-Dame, Tél.WE.1108 ; 4719, Wellington, Tél.YO.1144, Montréal Opticiens D\u2019Ordonnances : Derouin, O.L., 37, Metcalfe, Tél.2-4976 .Ottawa, Ont.Lamontagne, Etienne, 1065, St-Prosper, Tél.2178, Trois-Rivières Optométristes et Opticiens : Ledoux, Arthur, 180, Cascades, Tél.10 .St-Hyacinthe Lemire, André, 4226, St-Denis, Tél.HArbour 8856 .Montréal Pâtisserie, Mme Alph.Malouin, Prop.: La Pâtisserie Enrg., 34%, Victoria, Tél.3-0901 .Québec Pharmaciens : Pharmacie Aimé Roussin, 2823, Masson, CH.2103 .Montréal Pharmacie P.-H.Soucy, 85, Cartier, Tél.2-1235 .Québec Pharmacie Canadienne, Mme L Lippens, prop., 1661 ouest, Notre-Dame, Tél.WI.1771, Montréal Pharmaciens en Gros : Durocher, G.E., 139, Queen, Tél.2-5399 .Ottawa, Ont.Photographes : Edwards, W.B., 259, St-Jean, Tél.2-7595 .Québec Studio Bell, 59, St-Joseph, Tél.4-210-6 .Québec Pierre * Carrière Gravel Ltée, 282, St-Paul, Tél.2-4122 .Québec Plombiers-Couvreurs-Électriciens : Asselin, J.-A., 37, Hermine, Tél.9670 .Québec Dorion, Jules, 11, rue Ramsay, Tél.4-2916 .Québec Morin Enrg., J.B., 14, rue Champlain, Tél.2-5548 .Québec Plombiers \u2014 Ouvrage de Marine : Morin, L.-P., 31, Sault-au-Matelot, Tél.4-3617 .Québec Produits Alimentaires (Manufacturiers) : Old City Mfg.Co.Ltd., 4, Mgr Gauvreau, Tél.2-5273, Québec Produits Pharmaceutiques : Sylvain Ltée, 406 est, Notre-Dame, Tél.HA.6374 .Montréal Professeur de Musique (guitare, mandoline, violon) : Gagnon, T.W., 208, N.-D.des Anges, Tél.2-3700, .Québec Provisions, Poisson, Fruits, Etc.: Dominion Fish & Fruit Ltd., Tél.2-7036 .Québec Quincaillerie en Gros et Détail : Lemieux, Jos.-E.Enrg.Québec O\u2019Neill & Richard Ltée, 134, du Pont, Tél.2-1594 .Québec Quincailleries Générales : Gravel, Ludger et Fils, 3447, Av.du Parc, Tél.HA.5211, Mtl.Grégoire, J.-R., 3605 est, Ontario, Tél.FA.1167-8 .Montréal Restaurants : Le Roi du Chien Chaud Enrg., 1478 est, Sainte-Catherine, Tél.AM.6969, Montréal Terra Cotta : Montreal Terra Cotta, 1010 o., Ste-Catherine, MA.1816, Mtl.Transports : St-Hyacinthe Transport, 34, Piété, Tél.356-122 .St-Hyacinthe Valeurs de Placement .- Dubé, Oscar & Cie Inc., 105, Côte de la Montagne, Tél.2-4061, Québec Société Générale de Finance, Inc., 67 ouest, St-Jacques, Tél.HA.5168, Montréal Viandes en Gros (fraîches et fumées) : Marché de Québec Enrg., 26-28, 1ère rue, Tél.2-2016 .Québec Violon (Cours Théoriques) : Talbot, J.Robert, 255, Fraser, Tél.5244 .Québec VII Sommaire Février 1944 H.-M.Robillard, O.P.:\tLa poursuite « Et toi, pourquoi courir, ma pauvre âme insensée ! Comment la fuirais-tu, la main qui t\u2019a blessée \u201c?Il ne poursuit pas, il attend, le chasseur Dieu ».Gr.-H.Lévesque, O.P.:\tLe mauvais maître « Nous gémissons sous ses chaînes, mais avec une perversité où entrent des délices ».Clément Morin, P.S.S.: A la manière de.L\u2019Heure dominicale « Dimanche \u2014 Cinq heures \u2014 L\u2019Heure dominicale » Berthelot Brunet : '\tLettre à Joseph Ouvrard sur Chesterton et le lyrisme du hon sens « Allons à la pêche chez Chesterton.La rivière est maligne, elle a du courant : mais je ne connais pas d\u2019eau plus claire et plus saine».H.-M.Robillard, O.P.:\tAmitié « Lui, comme c\u2019est lui ! Rien n\u2019est changé en lui, pas même la couleur préférée de l\u2019habit, Pas même ce patois grognard qui annonçait sa venue, pas même cette contrainte majestueuse Et ce grognement intérieur par quoi on pouvait l\u2019écouter penser».Rex Desmarchais :\tLe plus pur de nous tous « Il n\u2019appartenait ni à la race innombrable des assis ni à la race sans nombre des accroupis mais à celle, très clairsemée, des sauteurs, des coureurs de risques ».Directives pratiques J.-M.Parent, O.P.: L\u2019encyclique « Mystici Corporis ».A.Saint-Pierre, O.P.: « L\u2019heure de M.Tronson ».H.-M.Robii .lard, O.P.: Une lettre et sa réponse au sujet de la limitation des naissances.Le sens des faits Albert Lacroix : La Société canadienne d\u2019Histoire de l\u2019Eglise.Criticus : Autour de « L\u2019abatis ».\u2014 A quoi rêve un évêque chinois.L\u2019esprit des livres R.P.G.-C.Rutten, O.P.: «La doctrine sociale de l\u2019Eglise» (Albert Lacroix).Abbé Clément Baribeau : «Leçons sociales» (A.Papillon, 0.P.).R.P.Lorenzo Gauthier, C.S.V.: «Pour un ordre social chrétien» (A.Papillon, 0.P.).R.P.L.-J.Lebret, O.P.: «Mystique d\u2019un monde nouveau» ( Albert Lacroix).Charles de Koninck : «De la primauté du bien commun contre les personnalistes» (Yves Filfe).François Hertel : «Pour un ordre personnaliste» (Yves Filfe).Ernest Hamburger et alii : «Le droit raciste à l\u2019assaut de la civilisation» (Serge Houle).John M.Œsterreicher : «Racisme, Antisémitisme, Antichristianisme» (Albert Lacroix).Edmond Vermeil : «Hitler et le Christianisme» (A.Papillon, O.P.).R.\tP.Paul de Rooy, O.P.: «L\u2019ordre nouveau de Hitler» (A.Papillon, 0.P.).Chanoine Joseph Cardyn : «L\u2019idéal chrétien du mariage» (Claude Clément).Abbé Jean Viollet : «Petit traité du mariage» (Claude Clément).Anne-M.Couvreur : «Comment aimer pour être heureux» (Claude Clément).S.\t-A.Larochelle and C.T.Fink : « Handbook of medical ethics for nurses, physicians and priests» Abbé Gérard Dion : «L\u2019Œuvre des Terrains de Jeux de Québec» (Serge Houle).\t(Regis McNeely).Thérèse Tardif : «Désespoir de Vieille Fille» (Gabriel-M.Lussier, 0.P.).«Gants du Ciel» (Yves Filfe).Florence Conrad : «Camarades de combat» (Albert Lacroix).Jean Malaquais : «Journal de guerre» ( Albert Lacroix).VIII REVUE DOMINICAINE Directeur : MARCEL-M.DESMARAIS, O.P.Volume L Tome I Février 1944 La poursuite « Quand le cerf est atteint d\u2019un trait empoisonné, il n\u2019y a plus pour lui ni paix ni repos.Il court en vain çà et là, cherchant sa guérison, et plonge inutilement dans toutes les eaux qu il trouve sur son passage ^ (S.Jean de la Croix, CüïitiQUG Spiritucl, strophe IA).Quand le cerf porte au flanc l\u2019éclatante blessure, C\u2019est en vain, qu\u2019à travers bois, se précipitant, Pour faire lâcher prise à la rauque morsure Il court, et s\u2019illusionne être libre un instant.Oh ! non, phis de liberté : la main était sûre, Et la plaie est béante, et le sang palpitant Tache le poil doux de chaudes éclaboussures : Fuis ! la mort ne te poursuit pas, elle t\u2019attend.Car tu n\u2019éteindras pas ton feu rouge aux fontaines, Car tu n\u2019atteindras pas les retraites lointaines : Dans les bras du chasseur tu vas fermer les yeux.Et toi, pourquoi courir, ma pauvre âme insensée ! Comment la fuirais-tu, la main qui t\u2019a blessée ?Il ne poursuit pas, il attend, le chasseur Dieu.Hyacinthe-Marie Robillard, O.P.65 ig mauvais maître Il existe sur la terre un objet qui a l'étrange pouvoir de devenir pour les hommes le pire des maîtres ou le meilleur des serviteurs.En tous cas, maître ou serviteur, il veut absolument piendre place dans nos vies, et nous, nous ne pouvons nous passer de lui, nous ne cessons de le rechercher, de penser à lui, d\u2019aimer sa présence ou de maudire sa disparition.Cette chose nécessaire, c\u2019est l\u2019argent.Fatale indispensabilité de l\u2019argent, oui ! Mais sera-t-il notre maître ou notre serviteur ?A oila toute la question.Pnisse-t-il ne jamais être notre maître parce qu\u2019il ne peut être qu\u2019un maître mauvais.Mauvais, il l\u2019est tout d\u2019abord et essentiellement parce qu\u2019il n\u2019a pas le droit de commander aux hommes.Lorsqu\u2019il se donne ce pouvoir, il n\u2019est qu\u2019un usurpateur.En effet, qui est-il en lui-même ?D où vient-il ?Il n\u2019est pas une création immédiate de Dieu.Le bon Dieu ne s\u2019occupe pas de battre monnaie.Il n\u2019a pas besoin d argent.Il a pour lui toutes les splendeurs de sa création : la beauté des fleurs du printemps et l\u2019éclat des couleurs d\u2019automne, le chant des oiseaux et la voix de la mer, la fraîcheur de l\u2019âme des enfants et toutes les tendresses du cœur de l\u2019homme et de la femme.Il a surtout les richesses de sa vie intérieure, son Fils et son Amour.L\u2019argent, c\u2019est une invention humaine, c\u2019est nous qui le fabriquons.En ce faisant, nous n\u2019avons d\u2019ailleurs pas tort, même aux yeux de Dieu.Celui-ci a mis le monde matériel à notre disposition, nous laissant le soin d\u2019y multiplier et d\u2019y aménager les 66 Le mauvais maître richesses naturelles qu\u2019il y a répandues ici et là.Il a aussi déposé dans nos cœurs et nos esprits des talents divers et des aptitudes différentes qui nous permettent de nous rendre service les uns aux autres, comme à des frères.Mais comment échanger ensemble ces services et tous ces biens matériels sans le truchement d\u2019un médium approprié, d\u2019un instrument propre à faciliter de telles communications ?Alors apparaît l\u2019argent, fruit de notre travail, heureux développement humain de la divine création.Et ainsi l\u2019argent qui ne vient pas directement de Dieu acquiert à travers nous et par nous une certaine filiation divine qui nous révèle du même coup sa mission essentiellement sociale et humaine.L\u2019argent, de par sa nature, n\u2019existe donc que pour permettre à toute l\u2019humanité une utilisation plus parfaite et plus sociale des biens matériels.Il n\u2019est qu\u2019un moyen.C\u2019est l'homme qui est fin.Or, s\u2019il appartient en propre à la fin de dominer, il appartient au moyen de servir.Ce dernier n est qu\u2019une utilité, qu\u2019un outil ordonné à une fonction.Il ne peut donc jouer le rôle d\u2019un maître.Mais nous, nous n\u2019avons rien de plus pressé que de nous constituer ses esclaves.Et voici que nous nous précipitons vers lui, notre créature, pour devenir la sienne, pour nous aliéner, pour le servir d\u2019abord avec une joie hâtive et fébrile et bientôt avec une frénésie dont nous ne voulons plus guérir.Nous l\u2019instituons, même malgré lui, usurpateur, tyran, despote, idole et dieu.En vérité, c\u2019est bien de nous qu\u2019il tient son pouvoir et nous ne le subissons pas comme un malheur venu du dehors.Nous le laissons s\u2019établir au dedans de nous comme un vice.Nous gémissons sous ses chaînes, mais avec une perversité où entrent des délices.Et c\u2019est ce qui rendrait incurable cet étrange péché, n\u2019était la grâce de Dieu.67 Revue Dominicaine Mauvais maître, l\u2019argent l\u2019est encore parce qu\u2019il est dur.C\u2019est un dieu de métal, sans cœur de chair et sans entrailles.Et même lorsqu\u2019il s\u2019incarne dans la souplesse du papier, il n\u2019en devient pas plus humain.Gagnant petit à petit notre esprit et notre cœur, il les dessèche progressivement, installant pour ainsi dire en eux sa propre dureté.C\u2019est là, semble-t-il, l\u2019effet le plus frappant du règne de l\u2019argent.Bien rares sont ceux d\u2019entre nous qui, tout en refusant son empire, ne peuvent pas observer en eux quelques-unes de ces tentatives.Est-ce un ami qui vient vers nous ?Habituellement aimable pour lui, voici pourtant qu\u2019au sein même de notre amabilité se fait entendre subitement je ne sais quel son de cloche avertisseur qui nous met en garde.Et nous voici détournant la conversation, coupant une confidence, nous fermant à une ouverture, prenant de petits chemins mensongers.parce qu\u2019une misère allait nous apparaître à laquelle il eût été trop difficile de nous refuser, parce que nous allions nous trouver sollicités à entrer dans les voies de la miséricorde et de la générosité.Ce sont là des tentations que peuvent éprouver les plus honnêtes gens, et ceux-ci luttent loyalement contre elles en leur opposant les forces de l\u2019amitié et de la bonté.Mais, hélas ! chez ceux où l\u2019argent s\u2019est installé en maître, la bonté i n\u2019a plus place.La misère d\u2019autrui ne trouve plus dans leur âme un espace intérieur où elle puisse résonner ; elle se heurte au contraire à un mur qui, comme un écho, 11e renvoie que le ricanement sec des cœurs durs.Heureux encore quand la vue de la misère d\u2019autrui 11e provoque pas chez eux une autre aberration : la joie d\u2019une belle occasion, l\u2019empressement à profiter du malheur pour l\u2019exploiter, car la misère d\u2019autrui permet de faire de l\u2019argent.Elle livre le prochain.Et alors quelle occasion propice d\u2019imposer une baisse 68 \\ Le mauvais maître de salaire, d\u2019acheter au-dessous de la valeur, de racheter à hou marché, de suggérer une combinaison louche, de s\u2019emparer d\u2019un patrimoine, de spolier une famille ou de dépouiller un pays.L\u2019honneur de son propre foyer et de sa propre femme, l\u2019avenir de ses enfants semblent peut-être garder encore une place de choix dans les considérations de l\u2019homme d\u2019argent, mais ce n\u2019est là qu\u2019une façade.Derrière elle, il y a un lieu secret de son âme où l\u2019avare a déjà accepté d\u2019en trafiquer.Oui, dès qu'il a consenti à la domination de l\u2019argent, il reste au fond de son être une corde secrète qui cesse de vibrer, et c\u2019est la plus profonde, la plus humaine : celle qui rendrait le son de la merci, de la bonté et de l\u2019honneur.Quand vous rencontrez l\u2019homme d'argent, vous le reconnaîtrez habituellement à son visage durci comme son cœur.Il n\u2019a pas souvent la tête plantureuse de l\u2019être charnel.Mais il a cette physionomie austère que cause l\u2019ascétisme d\u2019une épargne sans utilité.Son péché est un péché de l\u2019esprit.Sa joie est de compter, de mesurer, d\u2019évaluer et de posséder.Son objet préféré est aussi sec que son cœur ; c\u2019est un titre, une obligation, un billet, une richesse thésaurisée et soustraite à la vie.De là l'étrangeté et la gravité de sa passion.Bien que se complaisant dans les richesses matérielles, elle est de nature spirituelle.C\u2019est pourquoi elle atteint l\u2019esprit et le cœur et les durcit.C\u2019est aussi le secret de l\u2019extension de sa puissance, puissance qu\u2019elle étend jusqu\u2019au mal inclusivement.Et voilà, pour l\u2019argent, la dernière façon d\u2019être un mauvais maître : il coin-mande le mal.iSTous l\u2019avons dit au début, l\u2019argent, création humaine, est pour ainsi dire la manifestation la plus importante de la maîtrise de l\u2019homme sur le monde matériel.L\u2019argent est entre ses mains 69 Revue Dominicaine comme l\u2019instrument magique capable de mobiliser tous les êtres de la création.Il peut les représenter tous eu exprimant leur valeur, comme il peut les féconder tous en devenant capital.Mais si un jour cet instrument de domination, au lieu de servir l'homme, en devient le maître, il gardera sa puissance universelle, mais ce sera la puissance de tout transformer en péché.-L\u2019argent deviendra un capital de péché.un péché capital ! Dès lors le mal peut rayonner de lui dans toutes les directions comme il peut travailler pour lui en venant de tous les points cardinaux.Il enseigne la ruse, pousse à la fraude, viole les barrières de la justice et trahit la parole donnée.Toutes ses voies deviennent tortueuses.Il organise le mensonge formel aussi bien que la publicité éhontée.Il exploite la débauche, car la débauche paie.elle est du moins un moyen de faire payer les gens.Peu importe que les hommes soient minés dans leur corps et dans leur âme, les familles désagrégées, la natalité tarie dans sa source, la jeunesse souillée dans son imagination et dans ses mœurs ! Certes le serviteur de l\u2019argent 11e veut pas ces souillures et ces fautes pour elles-mêmes, mais il les utilise et les exploite, en fermant les yeux sur les conséquences désastreuses et profitables de son commerce, sans même avoir le courage de s\u2019avouer qu\u2019au dedans de lui-même un vice secret et cruel rit et se réjouit de tant d\u2019argent gagné.Non ! nul ne peut servir deux maîtres : Dieu et l\u2019argent.Mais il faut savoir choisir le bon.Et celui-ci, ce n\u2019est pas l\u2019argent.Georges-Henri Lévesque, O.P.70 A la manière de.I/He ure domimca le Dimanche \u2014 Cinq heures \u2014 L\u2019Heure dominicale.Père Desmarais : Plusieurs auditeurs nous demandent si nos invités savent d\u2019avance les questions qui leur seront posées.Oui, mesdames et messieurs, ils savent les questions.et surtout ils savent les réponses.Un jour, quelqu\u2019un félicitait le Père Lacordaire de pouvoir parler, et bien parler, sans être prévenu longtemps à l\u2019avance.Et l\u2019illustre Prêcheur de répondre : « Mes improvisations, il v a plus de vingt-cinq ans que je les prépare ».De même, si l\u2019on tient compte de leurs études philosophiques et théologiques, on peut dire de nos spécialistes qu\u2019il y a dix, quinze ou vingt ans qu\u2019ils se préparent aux programmes actuels de L\u2019Heure dominicale.Et même, dans le cas du Père Forest, je pourrais peut-être parler de trente à trente-cinq ans.N est-ce pas, Père Forest ?Père Forest : C\u2019est exact.Mais j\u2019ai bien peur que nos auditeurs me considèrent comme un nouveau Mathusalem.Père Desmarais : .donc préparation éloignée solide.J\u2019ajouterai que la préparation immédiate est très soignée.Xos invités étudient à fond les problèmes que vous leur soumettez de façon à pouvoir vous offrir des réponses qui vous donnent entière satisfaction, par leur exactitude et leur clarté.Continuez donc, en toute confiance, à nous communiquer vos questions religieuses.Veuillez les adresser à L\u2019Heure dominicale, 71 Revue Dominicaine Radio-Canada, Montréal.\u2014 Et maintenant, Père Forest, je vous cède la parole.* * * Père Forest : Tout d\u2019abord, une question de liturgie.Ce sera, dimanche prochain, la Septuagésime.D\u2019où vient, Père Malo, cette appellation pour le moins étrange ?Père Malo : Septuagésime signifie soixante-dix.Depuis la Septuagésime jusqu\u2019au dimanche de la Quasimodo, appelé aussi Pâques closes, il y a exactement dix semaines.Dix semaines de sept jours font soixante-dix.Père Legault : Ce chiffre a sans doute ici une signification symbolique ?Père Malo : Justement, ils évoquent les soixante-dix semaines d\u2019années dont parle le prophète Daniel, et vers la fin desquelles aura lieu l\u2019immolation du Messie.D\u2019autres y voient les soixante-dix ans de la captivité des Juifs à Babylone.Cet exil est comme une miniature du nôtre, puisque «fils d\u2019Eve, nous gémissons et pleurons, exilés dans cette vallée de larmes », comme on chante au Salve Regina.Monsieur Morin : Tous donnez deux explications fort intéressantes.Peut-être avez-vous une préférence pour la seconde ?Père Malo : A ous devinez juste.A l'office de la Septuagésime, les textes tirés du livre de la Genèse racontent l\u2019histoire d\u2019Adam, de sa faute et des malheurs qui ont suivi.Père Forest : Nous sommes de votre avis.Et puisque ce dimanche forme avec les deux suivants comme un triduum préparatoire au temps du Carême, qui lui-même prépare à la fête de Pâques, nous comprenons mieux ainsi le désir de l\u2019Eglise : nous bien disposer à célébrer dignement et fructueusement la fête de 72 A LA MANIÈRE DE.Pâques, la plus grande cle toutes.Ainsi l\u2019Eglise nous invite et nous aide à préparer nos cœurs, pour recevoir une abondance de grâces.* * * Père Forest : Un auditeur, qui a signé « Sceptique », nous demande ce qu\u2019il faut penser de la formule suivante : Nul ne sait s\u2019il est digne d\u2019amour ou de haine.Père Legault, est-ce vrai ou faux ?Père Legault : Puisque vous demandez une réponse catégorique, je réponds : c\u2019est faux.On peut savoir, dans bien des cas, si l\u2019on est digne d\u2019amour ou de liaine.Père Malo : Est-ce qu\u2019on en est bien certain ?Père Legault : Oui, Père Malo, Je parle ici d\u2019une certitude pratique qui suffit.Monsieur Morin : Certains auditeurs auraient sans doute grand intérêt à connaître les signes de la grâce de Dieu en nous.Père Legault : Les théologiens en donnent plusieurs.On a l\u2019embarras du choix.En voici un qui nous vient de sainte Thérèse d\u2019Avila, au chapitre quarantième de son Chemin de la Perfection.Elle y transpose sur le plan surnaturel la psychologie de l\u2019amour humain.Celui-ci se manifeste dans le désir attentif de plaire à l\u2019être aimé et la crainte instinctive de lui déplaire.« Ceux qui aiment Dieu véritablement, dit-elle, 11e cherchent qu\u2019à contenter celui qu\u2019ils aiment.Ils meurent du désir d\u2019être aimés de lui ; aussi n\u2019aspirent-ils qu\u2019à trouver des moyens de lui plaire davantage ».Elle dit même : « C\u2019est un signe de la grâce évident, ce me semble, aux aveugles eux-mêmes ».Père Forest : En ceci, sainte Thérèse rejoint saint Paul et nombre d\u2019autres saints.Ajoutons, pour terminer, que le fait d\u2019a- 73 Revue Dominicaine voir la conscience en paix et de ne se sentir coupable d\u2019aucune faute mortelle, est un signe bien suffisant de l\u2019état de grâce.* * * Père Forest : Et maintenant, Monsieur Morin, une auditrice a trouvé intransigeante votre réponse à sa question de dimanche dernier.Tous aviez dit, avec raison, que les femmes ne peuvent faire partie du chœur de chant, puisqu\u2019on y remplit un office liturgique.Cette fois, elle nous écrit : « De quel droit nous refusez-vous toute participation au culte ?» Qu\u2019en pensez-vous, Monsieur Morin ?Monsieur Morin : Il y a ici une équivoque.Nous 11e refusons pas à nos mères, à nos sœurs et à toutes les autres femmes, le droit de participer aux offices du culte.C\u2019est même pour elles un devoir de prendre une part active au sacrifice liturgique, par conséquent d\u2019être prêtres avec Jésus et victimes avec lui.Elles n\u2019ont qu\u2019à s\u2019unir aux intentions, aux prières du prêtre et aux sentiments du Christ qui s\u2019immole.Père Legault : Mais enfin, elles ne peuvent tout de même pas être ordonnées prêtres et célébrer la messe ?Monsieur Morin : Il faut bien se résigner : c\u2019est la volonté de Dieu.Sous l\u2019Ancienne Loi, il a choisi Aaron et ses fils.Sous la Nouvelle, Jésus est l\u2019unique Pontife.Il s\u2019est choisi des continuateurs, les Apôtres, et les a ordonnés prêtres pendant la dernière Cène.Leurs successeurs, jusqu\u2019à la consommation des siècles prolongeront le sacerdoce du Christ.L\u2019Eglise n\u2019a donc fait que confirmer la volonté de son fondateur.Père Forest : Oui, et tel est l\u2019usage constant de la liturgie.La messe est le sacrifice du Christ reproduit pour nous et avec nous.Tous doivent y prendre part.Mais pour représenter le 74 A LA MANIÈRE DE.Souverain Prêtre, il convenait de choisir des hommes comme lui.Enfin, pour consoler notre auditrice, ajoutons qu\u2019au Calvaire, il n\u2019y avait qu\u2019un homme, saint Jean.Par contre, quatre femmes, la T.S.Vierge et les trois Marie, se tenaient au pied de la croix, unies au sacrifice rédempteur.* * * Père Forest : La même correspondante ajoute : « Peut-on assister à la messe, en écoutant à la radio la messe de L\u2019Heure dominicale ?» Monsieur Morin : Il est bien entendu qu\u2019on ne peut satisfaire ainsi au précepte.Il faut pour cela être présent au lieu où la messe se célèbre.La messe de L\u2019Heure dominicale s\u2019adresse avant tout, à ceux qui sont retenus à leur foyer, ou reposent sur un lit d\u2019hôpital.Les autres ont aussi grand profit à l\u2019écouter.Sans parler du sermon qui satisfait un besoin bien légitime de mieux connaître les vérités du salut, on sait comme il est facile de s\u2019unir avec ferveur et dévotion au Pontife invisible et à la Victime de l\u2019autel.On doit même ajouter que certains auditeurs participent au fruit de la messe, avec un plus grand profit, que certaines personnes présentes de corps à l\u2019église, mais peu attentives à ce qui se passe à l\u2019autel.Père Forest : Voilà pourquoi nous engageons tous nos auditeurs à profiter de cet avantage incomparable.Nous ne pouvons aller à l\u2019église.L\u2019Eglise vient à nous par la voie des airs.Sachons l\u2019accueillir avec foi, amour et religion.Voici encore une question, sur un sujet de.Clément Morin, P.S.S.75 Lettre à Joseph Ouvrard et le lyrisme du b sur Ch esterton on sens Vous aimez les anciens, cher Ouvrard, et cette humilité qui souvent n\u2019était que prudence et matoise habileté, cette modestie qui les faisait s\u2019effacer devant un plus grand.Leurs livres parfois ne semblaient qu\u2019une plus libre édition d\u2019un vieil ouvrage, avec commentaires nouveaux.Ils citaient, et puis glosaient, pour réciter et paraphraser encore.Je confesse volontiers, prévoyant la remarque que vous avez sur les lèvres, que la différence entre les anciens et les modernes n'est qu\u2019apparente, et qu\u2019elle tient aux guillemets.Plus polis et fidèles aux prescriptions de la civilité comme de l\u2019honnêteté, les anciens avouaient ainsi leurs sources, tandis que les modernes s\u2019emparent de leur bien partout où ils le trouvent.Ils dédaignent en grands seigneurs d\u2019indiquer leurs références (s\u2019ils ne sont historiens et ne tombent dans l'excès contraire de noyer le texte sous des notes innombrables).Les modernes disent qu\u2019ils assimilent, qu\u2019ils ont assimilé.Ainsi le plagiat n\u2019est plus qu\u2019une affaire de digestion.Quant à moi, cher Ouvrard, si le problème m\u2019amuse, ce n\u2019est pas pour longtemps.J\u2019estime que la République des lettres n\u2019a pas à craindre le communisme : la vanité de l\u2019écrivain saura toujours mettre contre-poids à la désinvolture des pilleurs et des pirates trop pressés.Lorsque l'on prendra le bien de l\u2019un, il s\u2019en trouvera toujours quatre ou cinq pour faire valoir un droit de propriété éventuel, ne fut-ce que celui du premier occupant dans l\u2019imitation.Nous ne donnerons donc point mauvais exemple si, aujourd\u2019hui, nous nous plaisons à discourir et à deviser par 76 Lettre à Joseph Ouvrard sur Chesterton et.le truchement d\u2019extraits et de pensées choisies.Allons à la pêche chez Chesterton.La rivière est maligne, elle a du courant : mais je ne connais pas d\u2019eau plus claire et plus saine.Ce qui me ravit, c\u2019est qu'en se jouant, Chesterton aborde des questions pour l\u2019amour desquelles se battirent des générations de pédants et de sectaires et qu'en un tournemain il les résout cl\u2019un sourire ou d\u2019un sarcasme.Autrement dit, ce gros homme ouvre les fenêtres, et vous savez que les sophistes sont frileux.Ecoutez plutôt notre Chesterton, et dites-moi s'il ne bouche un coin définitif aux fols trop présomptueux qui proclament que l'Eglise a fait son temps : « Le christianisme est toujours démodé parce qu\u2019il est toujours sain, et toutes les modes sont des insanités.Quand l\u2019Italie a la folie de l\u2019art, l\u2019Eglise semble trop puritaine ; quand l\u2019Angleterre a la folie du puritanisme, l'Eglise passe pour trop artiste.Quand vous disputez avec nous, vous nous classez avec la royauté et le despotisme ; mais notre première querelle est née parce que nous n'avons pas voulu subir le despotisme divin d\u2019Henri VIII ».Est-il possible de marquer mieux, cher Ouvrard, que tout à la fois l'Eglise va de l\u2019avant, comme s\u2019expriment les orateurs, et que sa tempérance évite les extrêmes ?L\u2019ironie de l\u2019humoriste enlève ce que cette prudence pourrait avoir de terre à terre pour le dédain des délicats.Et s\u2019il vous plaît de continuer aA^ec moi cette lecture en vrac et sans suite, admirez cette formule que je trouve plus loin : « Celui qui veut être fort doit mépriser le fort ».Je n'insiste pas sur l\u2019urgence toujours actuelle de la maxime et je passe tout de suite à la critique la plus juste dans son sans-gêne que j'aie lue sur les méthodes détectives de la philolopliie 77 Bevue Dominicaine renanienne et de l\u2019exégèse biblique telle qu\u2019un vain peuple incrédule l\u2019entend : «Je ne doute pas un instant que d\u2019ici quelques centaines d\u2019années les étudiants de folklore se refuseront totalement à croire qu\u2019Elizabetli Barret s\u2019est enfuie avec Bobert Browning et qu\u2019ils justifieront leur thèse jusqu\u2019au bout par le fait indéniable que tous les romans de l\u2019époque étaient remplis de ces sortes d\u2019enlèvement ».Si la Congrégation de l\u2019Index vous donne licence de lire un jour ce livre ennuyeux, je vous défie maintenant, cher Ouvrard, de parcourir la Vie de Jésus sans éclater de rire.Cependant Chesterton pousse plus loin et les théories sur l\u2019origine des religions ne lui font point perdre le nord.Ces théories dont, hier encore, on aurait pu affirmer avec notre aimable Binguet qu'un monde était leur empire : « De toutes les erreurs que nourrissent les étudiants de croyances primitives la plus pathétique est peut-être la notion de ce qu\u2019ils appellent anthropomorphisme.Ils croient que l\u2019homme primitif attribuait les phénomènes à une divinité à forme humaine afin de pouvoir les expliquer, parce que son esprit maussade et borné ne pouvait s'élever au-dessus de sa nature rustre.Le tonnerre était la voix d\u2019un homme et les éclairs étaient les yeux d\u2019un homme, parce que cette explication rendait ces phénomènes plus naturels et plus rassurants.Le remède radical pour ce genre de philosophie consiste à se promener dans un sentier le soir.Quiconque le fera découvrira bien vite que les hommes imaginaient quelque chose d\u2019à moitié humain au fond de tout phénomène, non parce que cette pensée était naturelle, mais parce qu'elle était surnaturelle ; non parce 78 Lettre à Joseph Ouvrard sur Chesterton et.qu\u2019elle rendait les choses plus compréhensibles, mais parce qu\u2019elle les rendait cent fois plus incompréhensibles et plus mystérieuses.L\u2019homme qui marche dans un sentier, la nuit, se rend parfaitement compte que la nature, tant qu\u2019elle suit son cours normal, n\u2019a aucune prise sur nous.Tant qu\u2019un arbre reste un arbre, c\u2019est un monstre à grosse tête, aux cent bras, aux mille langues, à une jambe.Mais aussi longtemps qu\u2019un arbre reste un arbre, il ne nous effraie pas.Il ne commence à devenir une chose étrange, une chose bizarre que lorsqu\u2019il se met à nous ressembler.Dès qu\u2019un arbre ressemble vraiment à un homme, nos genoux tremblent.Et quand l\u2019univers entier ressemble à un homme, nous tombons la face contre terre ».Voilà.Cette explication toute simple vaut plus pour le bon sens de l'homme qui tient à marcher d\u2019un pied ferme sur le plancher des vaches que ce vers de Lucrèce que l\u2019incrédulité universelle n'a fait que commenter deux millénaires durant : Primus in orbe divos fecit timor et les grosses thèses sur le totémisme de Durkheim et Cie.Chesterton est toujours l\u2019homme des explications toutes simples, auxquelles nous sommes trop bêtes pour penser.Mon camarade Emile Benoist me disait que, rencontrant un jour le grand Anglais et l\u2019interviouant, il lui demandait s\u2019il écrivait ses ouvrages à la machine : « Vous ne me poseriez pas cette question, si vous aviez regardé mon ventre », fit l\u2019écrivain, qui n\u2019était ni mince ni fluet.La supériorité de Chesterton, c\u2019est qu'il a toujours observé avant nous et, souvent, il n'est paradoxal et comique que parce que nous ne sommes pas fins.Vous ne changerons pas de sujet si nous passons à la politique, qui faisait la joie de ce vieux «radical» \u2014 radical à l\u2019anglaise, ce qui n\u2019est plus la même chose \u2014 et aussi bien la politique tend-elle de toutes ses forces, qui 11e sont pas petites, à devenir Bevue Dominicaine une religion.Chesterton réfutait à l'avance tous les racismes, voire le jingoïsme : « Ce qui peut rester du sang des Angles et des Saxons ( quels qu\u2019ils aient pu être) dans notre race mélangée de Bretons, de Romains, de Germains, de Danois, de Normands, de Picards, est un sujet qui ne peut guère intéresser que des archéologues forcenés, et ce qui peut rester de ce sang dilué dans le tourbillon mugissant d\u2019Amérique, où vient se déverser perpétuellement une cataracte de Suédois, de Juifs, d\u2019Allemands, d\u2019Irlandais et d\u2019Italiens, est une question qui 11e saurait intéresser que les aliénés ».Sur ce propos, souvenons-nous que Chesterton avait sa façon d\u2019être patriote et qu\u2019il défendait son pays d\u2019une manière paradoxale qui vaut bien toutes les propagandes.Par exemple, il détestait la Prusse, vu que la Prusse avait tous les défauts de l\u2019Angleterre, en plus gros et en plus grand, et la guerre qu\u2019il faisait aux préjugés des siens, il la continuait contre les vices des autres.Ironie bien ordonnée commence par soi-même.Cependant, comme Chesterton était un homme sain et sensé, nullement « sophisticated », il n\u2019en venait pas a aimer l\u2019étranger, parce que les siens lui donnaient mal au ventre.Exactement et précisément le contraire de la cinquième colonne.Parce qu\u2019il aimait bien, il châtiait, et, châtiant, il continuait d\u2019aimer.Chesterton gardait le fair play de sa colère.Il 11e faudrait pas trop me pousser pour que je dise que, de tous les polémistes, c\u2019est le seul que je sache qui demeure toujours charitable, charitable à sa façon, d'une bonne grosse charité bourrue.Comme je le préfère aux pamphlétaires français qui ne savent porter l'ironie puisque, si souvent, ils perdent foi en leur religion ou en leur pays.Le rire de Chesterton donnait plus de force â sa 80 Lettre à Joseph Ouvrard sur Chesterton et.foi, et loin de dépoétiser le monde, il lui rendait une virginité féerique.Voyez comme sa plaisanterie peut atteindre la profondeur (il parle de saint François) : « La transformation de l\u2019homme juste en un saint est une espèce de révolution par laquelle celui pour qui tout ce qui illustre et illumine Dieu devient celui pour qui Dieu illustre et illumine tout ce qui existe.Elle est assez semblable au revirement par lequel un amoureux pourrait dire au premier coup d\u2019ceil qu\u2019une femme ressemble à une fleur et dire ensuite que toutes les fleurs lui rappellent sa dame».Et comme son paradoxe éclaire la psychologie des saints : « Ce fut par cette idée délibérée de partir de zéro, du noir néant de ses propres déserts, qu\u2019il (toujours saint François) en vint à jouir des choses terrestres comme peu de personnes en ont joui ».Xon pas que Chesterton minimise les austérités des saints.D\u2019un sourire encore, il les confesse : « Pour tout dire, il était disposé à vivre de détritus ; et c\u2019était sans doute quelque chose de beaucoup plus affreux comme expérience que cette simplicité raffinée que les végétariens et les buveurs d\u2019eau claire appellent la vie simple ».Chesterton ne minimise pas les saints, il les explique, et pour une fois Y explication de la sainteté n\u2019est pas ridicule : « Cette vie ordinaire est une chose admirable en soi tout comme l\u2019imagination est une chose admirable en soi.Mais c'est beaucoup plus la vie ordinaire qui est faite d\u2019imagination que la vie contemplative (je souligne moi-même, cher Ouvrard, et je crois que cela en vaut la peine).C\u2019est celui qui a vu le monde entier suspendu à un cheveu de la Miséricorde de Dieu, qui a eu 81 Revue Dominicaine la vision de sa cité la tête en bas, qui l\u2019a vue dans sa position véritable ».Accordez-moi que l\u2019ironie touche en ce moment à la grandeur et qu\u2019il a parfois le dilemme impitoyable : «L\u2019esprit moderne est difficile à satisfaire et il traite en général de féroce la méthode de Godefroy de Bouillon et de fanatique celle de François.Autrement dit, il traite toute méthode morale d\u2019impraticable, après qu'il vient précisément de traiter d\u2019immorale toute méthode pratique».C\u2019est que Chesterton ne se fait pas d\u2019illusions sur les lumières de ce siècle lumineux (et pour autant il n\u2019en reste pas moins démocrate convaincu et personne 11e dira qu\u2019il est apparenté à Maurras ou qu'il soit l\u2019un des pères du fascisme).Il proclame très haut son admiration du moyen âge et de saint Thomas : « Le treizième siècle fut certainement une période de progrès, peut-être la seule véritable époque de progrès de l\u2019histoire humaine.Elle est réellement et véritablement le modèle d\u2019une époque de réforme sans révolution ».A ceux qui pensent que le monde est né d\u2019hier, à M.ILomais ou à son petits-fils de Montréal, il répond du reste par une image plaisante : « Les hommes demanderaient quelle femme égoïste pouvait exiger si impitoyablement tribut sous forme de fleurs (le jour des mères et celui des pères et le samedi de la blonde étaient-ils inventés au temps de Chesterton ?), ou quelle avaricieuse créature pouvait se faire donner sous forme d\u2019amour du bon or solide (une bague, quand l\u2019or n\u2019était pas rationné), exactement comme ils demandent quel Dieu cruel peut avoir demandé le sacrifice et l\u2019abnégation ».82 Lettre à Joseph Ouvrard sur Chesterton et.Décidément si M.Homais ne comprend pas et qu\u2019il moque encore les ordres monastiques, c\u2019est qu\u2019il est indécrottable.Du reste, Chesterton ne compte pas trop vaincre M.Homais.Il sait que « La Croix ne peut connaître la défaite, parce qu\u2019elle est la Défaite», et il sait que M.Homais prendra en mal sa petite phrase.Peu lui importe et peu lui importent les objections de détail : « Le monde se donne le mal de faire une grosse erreur à propos de chaque petite erreur faite par l\u2019Eglise ».Encore un coup, cher Ouvrard, je ne me lasse pas du bon sens joyeux de Chesterton.Il n\u2019a pas son pareil pour remettre en place les pièces du jeu de l'histoire que les tricheurs à fiches dérangent constamment : « Il est un fait capital dans les rapports du christianisme et du paganisme (.) que l\u2019un vient après l'autre.M.Lawes Dickinsen en parle comme d\u2019idéaux parallèles ou même comme si le paganisme était le plus récent des deux et le plus adapté à un âge nouveau.Il suggère que l'idéal païen sera le souverain bien de l'homme.S\u2019il en est ainsi, nous devons, pour le moins, lui demander, avec plus de curiosité qu'il n'en montre, comment il se fait qu\u2019ayant trouvé le souverain bien sur terre, sous les étoiles, le monde l\u2019ait rejeté.» Votre esprit moqueur, cher Ouvrard, 11e laisse pas, je le devine, de songer à d\u2019autres parallèles historiques et à un autre traditionalisme que le païen : mais, chut ! contentons-nous, comme Chesterton nous l\u2019a indiqué, de revivre par admiration, au raisonnable treizième siècle : ce 11'est qu'en comparaison de celui-là qu\u2019on peut estimer les autres stupides.Changeons de sujets et revenons par la blague à des thèmes plus quotidiens : 88 Kevue Dominicaine «Nietzsche (et ses petits-fils, les primaires cruels de 1943) et les Bov/ Bells Novelettes ont évidemment un caractère fondamental commun : tous deux, ils ont le culte de l\u2019homme à la haute stature, aux moustaches frisées (à la Chaplin, en 1943), à la force physique herculéenne et leur culte à tous deux a quelque chose de féminin et d\u2019hystérique.Ici même, les Novelettes gardent aisément leur supériorité philosophique parce qu\u2019elles attribuent à l\u2019homme fort les vertus qui sont généralement son apanage : la paresse, la bonhomie, une bienveillance insouciante et une grande aversion à blesser le faible.Nietzsche au contraire attribue au fort le mépris de la faiblesse qui n\u2019existe que chez le débile » Sur ce propos, je me rappelle que Louis Veuillot (qui, à l\u2019occasion, n\u2019était pas bête), répondait en vers, assez lourds du reste, aux doctrinaires qui voulaient revenir à l\u2019ancienne Grèce : « A Sparte, ces philosojùies débiles et maigrichons, auraient été précipités, disait-il à peu près, aux lieux où l\u2019on se débarrassait des nourrissons mal conformés ».Les thèses philosophiques ou sociologiques de ces rêveurs pédants n\u2019impressionnent point Chesterton, qui réplique carrément : « On se demande pourquoi le roman est le genre de littérature le plus goûté, on se demande pourquoi il est plus lu que le livre de science ou de métaphysique.La raison est très simple, c\u2019est que le roman est plus vrai».Et rien n\u2019est plus vrai, dans ces décades de doctrinaires.Ce n\u2019est pas vous, cher Ouvrard, qui nieriez que la plupart des grands systèmes qu\u2019on propose aux gogos de toutes les intelligentzias ne sont que des romans sans intrigues \u2014 parce que l\u2019intrigue on la met a faire passer le roman.% 84 Lettre à Joseph Otjvrard sur Chesterton et.Pourtant, parce que Chesterton n'est pas respectueux, il n\u2019en va point jusqu'à refuser les conventions nécessaires.Il en profite pour lancer une pointe aux puristes de l'histoire des religions : « Si le rite social obligeait un homme à ôter son gilet devant une darne, tout homme sensé et courtois ôterait son gilet devant une dame.Bref M.J.A.Kensit et tous ceux qui partagent sa façon de voir peuvent penser très sincèrement que les hommes entourent de trop d\u2019encens et de cérémonies leur adoration de l\u2019autre monde, mais il n\u2019est personne qui peut croire qu\u2019il puisse entourer de trop d\u2019encens et de cérémonies l\u2019adoration de ce monde-ci ».Ne voilà-t-il pas d\u2019excellente apologétique ad hominem ?Contre certaines gens, cela porte mieux que de gros traités.Et je veux terminer par une phrase qui enchantera celui qui, non seulement pour la religion, mais pour le cœur aussi et l\u2019imagination, estime que ce n\u2019est pas la peine de vivre, s\u2019il n\u2019est pas un autre monde : «Etre constamment hanté par des images pratiques et des problèmes pratiques, considérer toujours les choses comme actuelles, urgentes et en voie d\u2019achèvement, ce ne sont pas des preuves qu\u2019un homme est pratique, ce sont les signes les plus ordinaires de la folie ».L\u2019ironie, cher Ouvrard, ce n\u2019est pas seulement le bon sens, c\u2019est aussi la poésie de ce monde.Et nous avons vu, par Chesterton, que ce peut être de l\u2019apologétique.Chacun de notre côté, allons de ce pas lire Chesterton, et le relire.Berthelot Brunet N.B.\u2014 Sheed and Ward (63 Fifth Avenue, New York) vient de publier «G.K.Chesterton » par Maisie Ward.C\u2019est une biographie dont on a écrit avec raison : « Fat with Chestertonian facts.intelligent, exhaustive ».« A plum pudding of a book.stuffed with anecdotes and correspondence ».85 Amitié Seigneur, ceci est mon ami à qui j\u2019ai serré la main après des jours et des jours d\u2019absence, Et qui soudain là devant moi se tient, et qui m\u2019apporte dans ses yeux vifs et ce front chargé Et ces gestes rudes et ces intonations comme ressuscitées du fond des âges La révélation de ce que je suis moi-même devenu, et l\u2019abondance inépuisable du souvenir, Et la fraîcheur d\u2019un bain nouveau à la fontaine de vie.Lui, comme c\u2019est lui ! Rien n\u2019est changé en lui, pas même la couleur préférée de l\u2019habit, Pas même ce patois grognard qui annonçait sa venue, pas même cette contrainte majestueuse Et ce grognement intérieur par quoi on pouvait l\u2019écouter penser.Pas une ligne n\u2019a été modifiée, pas un trait altéré dans cette architecture Qu\u2019on ne l\u2019ait senti se dessiner autrefois sous le frêle édicule de l\u2019adolescent (Ah ! que les longs bras ne dépassent-ils encore de ces manches trop courtes Et nous repartons aussitôt vers la campagne, comme au temps jadis, loin du Collège, Malpropres, malpeignés mais dans l\u2019œil l\u2019éclair de la liberté !).Comme la voix est sombre cependant.Tout à l\u2019heure j\u2019avais honte presque de mon timbre léger 86 Amitié Mais un même flot cle pensées nous a maintenant envahis qui veut nous harmoniser.Nous causerons désormais sans peine, n'ayant plus rien d\u2019étranger dans ce que nous avons à dire.Est-ce moi qui parle ?Est-ce lui ?D\u2019où ces accents reconnus comme d\u2019une moitié de mon cœur qui s\u2019entretient avec l\u2019autre ?Mon allure de prêtre n\u2019a plus rien qui puisse l\u2019effrayer, et me voilà moi-même assis Parmi sa femme et ses enfants et tous me reconnaissent et je récite leurs noms Et personne ne m\u2019est présenté que je ne lui découvre quelque ressemblance et son portrait esquissé dans ma mémoire ! Qu\u2019est-il advenu de lui que je ne le lise sur sa face, et qu\u2019ignore-t-il de moi dans cette chambre sans recoins ?Pour se retrouver tellement ne valait-il pas la peine de tellement s\u2019éloigner ?Or c'est aujourd\u2019hui qu\u2019il fait bon de reprendre la route et de scander d\u2019un pas égal les sentiers très chers que la vie nous a tracés.Voici le présent que nous remontons d\u2019un pied alerte et le passé surtout qui nous réclame Et l\u2019avenir même ne résiste pas à l\u2019instance de nos soupirs et de nos railleries : Tiens, là-bas, regarde ! c\u2019est toi qui m\u2019appelles à jouer et qui m\u2019offres à la dérobée des pommes et des bonbons ; Et c\u2019est moi ici qui te cherche querelle une fois de plus, et tu revenais toujours le premier ! 87 Revue Dominicaine Et cette irruption de la jeunesse dans l'indolente enfance qui nous avait séparés pour un temps, Mais l\u2019âge d\u2019homme nous a rapprochés, plus semblables et plus sûrs.Rappelle-toi comme il était éclatant ce jour de rhétorique, au bois, quand les corneilles poussaient des cris sinistres (Espérant notre départ pour se gaver des restes du festin) Et qu\u2019une voix chaude lisait \u2014 en alexandrins bien marqués \u2014 le dévoilement l\u2019un après l\u2019autre de nos rêves d\u2019avenir.Combien étions-nous ?Vingt, trente ! et c\u2019était comme deux seulement tant nous nous tenions ensemble.Et déjà pourtant la caresse de toutes ces mains viriles qui s\u2019encourageaient vers un idéal d\u2019or fauve et de désir, souriantes, Elle persiste maintenant dans cet au revoir qui n\u2019est peut-être qu\u2019un adieu qui s\u2019ignore : « Ah ! qui sait ! jusques à quand ?» Nous pensions quitter un cloître et combien n'ont trouvé qu\u2019au dehors la première solitude et des horizons fermés.Mon ami rit et s\u2019exclame et tant de bonnes blagues lui reviennent ! et il rit encore Comme il est manifeste qu\u2019il n\u2019a pas ri depuis ce temps-là.Et pendant qu\u2019il profane de fumée âcre une atmosphère jusque-là respectée, Entre ces quatre murs qui l\u2019emprisonnent et cette petite table et ces livres et le portrait de ma sœur, Je le vois qui s\u2019étonne secrètement de retrouver dans ce peu d\u2019espace les dimensions oubliées d\u2019un monde Et de réveiller dans ce silence des échos seuls en accord avec les exclamations de son cœur longtemps retenu.88 Amitié Il ne me croira pas si je lui dis que dans une lieure ce sera matines et que les cloches vont à toute volée sonner Xoël : Il erre éperdu parmi les siècles écoulés, au hasard de cette existence innombrable qui fut la sienne, Sa seule authentique et véritable vie que les ans dilataient et n\u2019alourdissaient point encore.Il s\u2019inquiète, il se rassure, il interroge, il veut savoir s\u2019il est bien vrai que je me souviens ! Et c\u2019est mon orgueil de le convaincre que lui seul avait oublié.Car celui qui s\u2019est refusé aux joies passagères de la minute présente (Femme, enfants, plaisirs, richesse, et ces amis qui sont comme le vin nouveau), Que lui reste-t-il pour se souvenir ?Sinon ces seules joies-là qui furent sa joie et ces seules années qui furent ses années.(Emportées au gré d\u2019un rythme très doux qui ne mesure point la marche des autres hommes) Et ces seuls amis qu\u2019il emporte avec lui cachés sous sa bure vers Dieu, Comme la même substance de son cœur tout entier accroché à ses promesses d\u2019une jeunesse intarissable et d\u2019une communion éternelle Dans l\u2019Amitié.Hyacinthe-Marie Robillard, O.F.89 Le plus pur de nous tous Au T.R.P.Ceslas Forest, O.P.Je sais que vous gardez une place au poète Dans les rangs bienheureux des saintes légions Et que vous l'invitez à l\u2019éternelle fête Des 1 rônes, des Vertus, des Dominations.Baudelaire St-Denys-Garneau est mort.Mince événement dans le tumulte de notie temps, de notre milieu ?Saint Paul nous avertit que nous voyons toutes choses « en énigme et comme dans un miroir ».Qui osera juger de l\u2019importance ou de l\u2019insignifiance du moindre événement ?Je me demande, ce soir, dans le calme de ma bibliothèque et feuilletant le petit volume qu\u2019il a laissé \u2014 son œuvre complète ! je me demande : « Combien de gens ont lu le jeune poète ?» Quelques-uns.Mais qui l\u2019ont aimé ! Cela vaut mieux qu\u2019une foule de lecteurs qui ne s\u2019attachent point, repoussent le livre, cherchent ailleurs.Cette mort prématurée, fauchant dans le bouton une promesse de poésie, appauvrit nos espérances littéraires.Nous ne saurions évaluer le préjudice que nous portent de tels coups.Si un poète vraiment grand naissait parmi nous, il exhausserait notre peuple entier devant les regards et dans l\u2019estime des nations civilisées.Depuis des siècles, les noms et les entreprises des négociants hellènes sont oubliés ; Homère subsiste, la Grèce antique resplendit à nos veux dans l\u2019Hiade et l\u2019Odvssée.Le bouton s\u2019est entr\u2019ouvert, laissant pointer les pétales.Au soleil levant, un clair matin d\u2019été, le promeneur s\u2019arrête devant 90 Le plus pur de nous tous un bouton de rose qui éclate.L\u2019écrin vert se détend un peu : voici la cliair de nouveau-né, d\u2019un coloris suave, où se fondent le rosé et le pâle ivoire.Sur l\u2019épiderme nacré palpite, perle claire, une larme de la nuit.Les narines bument une fraîcheur parfumée, à peine matérielle.Le soleil monte.Le promeneur songe : « Je reviendrai admirer la splendeur de la rose, épanouie dans la gloire du midi, dans la pourpre mourante du couchant ».Hélas ! bientôt le ciel se ternit, le vent siffle, les grêlons hachent le parterre.La rose ne se dilatera pas.Quel eût été l\u2019éclat de son épanouissement ?Avec le promeneur, nous ne pouvons que donner cours à notre imagination, ressasser nos regrets.* * * J\u2019ai peu connu le poète disparu.Nous fûmes collégiens de Sainte-Marie durant les mêmes années.Mais non pas confrères.De «l\u2019élève» Garneau, je garde une image confuse, inexacte, peut-être.Ma mémoire me montre un adolescent de taille moyenne que sa sveltesse grandissait dans un complet d\u2019étoffe neutre ; le cheveu noir et fourni est rebelle, l\u2019œil sombre, vif, a des reflets de lumière.Cette silhouette correspond-elle à la réalité ?Plus tard, je rencontrai Garneau dans une librairie.L\u2019image de cette rencontre n\u2019est ni plus complète ni plus précise que celle du collégien.Les traits du visage, les particularités de la physionomie, les lignes du corps se perdent dans l\u2019oubli.D\u2019ailleurs, qu\u2019importe l\u2019apparence périssable, ce que Léon Bloy nomme « la configuration dans l\u2019espace » ?Le poète ne se résume pas en sa guenille.St-Denys-Garneau, ce n\u2019est plus pour moi qu\u2019une image vague ; moins encore : un nom qui s'efface.Mais, de lui, ceci demeurera dans ma mémoire aussi longtemps que je vivrai : 91 Bevue Dominicaine Je ne suis pas bien du tout assis sur cette chaise Et mon pire malaise est un fauteuil où l\u2019on reste Immanquablement je m\u2019endors et j\u2019y meurs Mais laissez-moi traverser le torrent sur les roches Par bonds quitter cette chose pour celle-là Je trouve l\u2019équilibré impondérable entre les deux C\u2019est là sans appui que je me repose.Au milieu cl\u2019une page blanclie \u2014 la première d\u2019une plaquette \u2014 ces sept lignes ne trompent pas : elles ouvrent un aperçu sur la qualité d\u2019une âme, l\u2019originalité d\u2019un talent, la trempe d\u2019un caractère propre aux plus liantes réalités.Voix confidentielle mais directe, fière, riche de sourdes vibrations, et qui promettait une fleur de beauté.La rose ne s\u2019épanouira pas.L\u2019équilibre du poète, « l\u2019impondérable équilibre » au-dessus d\u2019un abîme entre deux tremplins, n\u2019a rien de commun avec la stabilité massive, inébranlable dans un fauteuil, du rentier.C\u2019est une stabilité incertaine, menacée, amie du risque, et qui, parfois, ne trouve son assiette que dans la folie ou dans la mort.Des êtres élus connaissent une tension, un halètement vers la beauté, une soif du Paradis perdu qui les consument et les tuent aussi sûrement qu\u2019un poison.Garneau méprisait le confort de la chaise et du fauteuil.C\u2019est dans le mouvement, le saut qu\u2019il trouvait son équilibre.Il n\u2019appartenait ni à la race innombrable des « assis » ni à la race sans nombre des « accroupis » mais à celle, très clairsemée, des sauteurs, des coureurs de risques.Il faut aimer le risque, ne pas craindre le vertige pour tenter la grande aventure de l\u2019œuvre d\u2019art, pour s\u2019y livrer jusqu\u2019au sacrifice de sa vie.Bappelons-nous Bimbaud : ces feux du génie adolescent, puis l\u2019ensevelisseinent 92 Le plus pur de nous tous dans le désert, le silence ininterrompu.Evoquons Nelligan : crépuscule qu\u2019on croyait annoncer le matin et qui était celui du soir.L\u2019idolâtrie de la beauté a tué Rimbaud, Nelligan, Garneau.Dans cet amour déréglé, dénonçons une erreur.Mais signalons que c\u2019est une erreur assez rare, assez noble pour qu\u2019elle ne cause pas le scandale et ne détermine pas une pléiade d\u2019imitations.On peut célébrer sans crainte Rimbaud, Nelligan, Garneau.Notre jeunesse ne suivra pas leurs traces périlleuses : elle est immunisée, persuadée que son équilibre ne réside pas au-dessus du gouffre.Notre jeunesse et nous-mêmes.* * * On m\u2019a conté que Garneau avait retiré de la librairie Regards et Jeux dans l'Espace, le seul recueil qu\u2019il avait publié.Pourquoi l\u2019a-t-il retranché de la circulation ?Le volume se compose de quelques brefs poèmes qui occupent d\u2019emblée le sommet (pas très élevé) de notre poésie.On croirait ouïr un son de pipeau, mais si pur, si cristallin ! Ce n\u2019est qu\u2019un filet de voix, mais qui fuse sincère, dédaigneux des règles étroites, soucieux uniquement d\u2019exprimer le chant intérieur.Lhie légèreté tout aérienne, une finesse exquise distinguent l\u2019art de Garneau : le trait est net sans être appuyé, le coloris délicat sans être mièvre.Le poète annonce-t-il le jeu de l\u2019enfant, écoutez la simple phrase aux résonances prolongées qu\u2019il trouve : Ne me dérangez pas je sais profondément occupé Plus loin, évoquant la « Maison fermée », cinq lignes lui suffisent pour créer une atmosphère de poignante mélancolie : 93 Revue Dominicaine Je songe à la désolation de l\u2019hiver Aux longues journées de solitude Dans la maison morte \u2014 Car la maison meurt où rien n\u2019est ouvert \u2014 Dans la maison close, cernée de forêts Ces Aœrs manquent de clinquant, de tire-l\u2019œil.Recueillons-nous, redisons-les doucement lorsque nous sommes dans la solitude : un monde de souvenirs, de nostalgie, de regrets émanera de nos profondeurs.La baguette de fée a effleuré en nous la lyre secrète.Pourtant, le poète n\u2019emploie que des mots ordinaires.Il i ne cherche ni à étonner ni à éblouir.Il transcrit scrupuleusement, dirait-on, un chant qui vient de très loin en lui, de plus loin que lui-même.Le secret du poète, les causes de l\u2019enchante-ment poétique se dérobent à l\u2019analyse la plus serrée.On voit un résultat, on s\u2019efforce ingénieusement d\u2019expliquer l\u2019élaboration qui s\u2019est faite dans le poète, mais, au terme de l\u2019analyse, on n\u2019arrive jamais à Aroir clair, à formuler les règles de la création de la beauté.Parce qu'il n\u2019y a pas de règles, pas de recettes valables pour renouveler à Arolonté un miracle.Comment, avec des mots usés, pollués par l\u2019usage quotidien, émouvoir aussi profondément la sensibilité, ouvrir d\u2019aussi spacieuses avenues à l\u2019imagination ?Comment ?Le poète lui-même ne saurait le dire.Dans une intelligente étude sur Vinci, Léo Ferrero dit du mystère poétique : « Ce sont les mots qui se surpassent eux-mêmes : c\u2019est l\u2019infini prisonnier des sons.Un beau vers est le miracle d\u2019un sentiment, d\u2019une idée, d\u2019une vision infinies, que deux mots rapprochés capturent ».Le subtil analyste a dû recourir au mot de miracle.Inspiré par l\u2019Esprit qui souffle où il veut, le poète reçoit le surnaturel pouvoir de rajeunir les mots Adeillis, de leur donner la fraîcheur de la rose au matin 94 Le plus pur de nous tous et l\u2019éclat de For par des rapprochements inédits que lui suggère l\u2019inspiration.Ce n\u2019est pas là un pouvoir commun ! Le poète n\u2019en dispose pas à son gré.Le travail, l\u2019acharnement ne suffisent pas à l\u2019obtenir, à mériter cette grâce gratuite.Comme les langues de feu de la Pentecôte, elle descend sur certaines têtes privilégiées, à certaines heures.Brève visitation ! Le poète ne dépasse pas l\u2019humaine mesure du premier au dernier vers de son poème.Relisez Baudelaire, relisez Vigny ; relisez Nerval, Rimbaud, Verlaine, Valéry.Souvent vous parcourrez un grand nombre de vers, adroitement fabriqués, certes, mais qui 11e vous arrêtent pas et, soudain.Vous suspendez la lecture.Voici un vers ou un distique ou un quatrain qui chante divinement, vous bouleverse, vous fait frissonner : l\u2019étincelle a jailli, l\u2019infini a été coincé entre deux mots.Vous avez senti passer le miracle.Le sens du vers, du distique, du quatrain n'est pas toujours limpide, intelligible.La merveille, n'est-ce pas que chacun le comprend à sa façon, qu\u2019il ouvre pour chacun le royaume du souvenir, du songe et du regret, le pays féerique ?La poésie, à sa plus pure et envoûtante puissance, n\u2019a rien de la fanfare, du vacarme guerrier.Elle se rapproche plutôt d\u2019une musique lointaine, assourdie, persistante, qui a le mystérieux pouvoir de charmer le plus intime de notre être et de nous arracher à la médiocrité des jours.Elle 11e touche pas que les âmes faibles ou blessées ; elle pénètre les âmes fières et fortes.Tout humain \u2014 quelle que soit son apparente impassibilité \u2014 caresse dans son sanctuaire intérieur des amours inavouées, vénère des dieux cachés.La poésie, un seul vers parfois, c\u2019est la clé d\u2019or qui meut le pêne et nous introduit dans le temple de porphyre.* * * 95 Revue Dominicaine Waterloo, Waterloo, Waterloo, morne plaine Comme une onde qui bout dans une urne trop pleine.Ce verbalisme se martèle agréablement, j\u2019en conviens, s\u2019apparente à un appel vibrant de clairon, à un roulement rapide de tambour.Mais ces tirades ne nous versent qu\u2019une ivresse brutale, passagère.Elles 11e font pas beaucoup rêver, elles ne descendent pas en nous-mêmes et 11e nous y font pas descendre.Si, lorsque je suis seul dans un endroit paisible, je murmure : Bientôt nous plongerons dans les froides ténèbres, Adieu ! vive clarté de nos étés trop courts ! c\u2019est bien autre chose qu\u2019une émotion à fleur de peau que j\u2019éprouve.Mon passé surgit aA^ec son cortège de beaux souvenirs, d\u2019heures enchanteresses, de miracles qui furent dans mes étés d\u2019autrefois et qui ne seront jamais plus.Ailleurs, le poète s\u2019adresse à sa douleur : .Vois se pencher les défuntes années, Sur les balcons du ciel, en robes surannées ; Surgir du fond des eaux le regret souriant.Ces accents n\u2019ont-ils pas une vertu d\u2019incantation ?On les prononce et aussitôt les plus chers fantômes se lèvent, se pressent à la mémoire.Il y a beaucoup de ces éclairs dans Baudelaire.En regard de ces fulgurations d\u2019azur et d\u2019or, le reste des Fleurs du mal paraît un ciel gris.Maintenant, le poète parle à Eva, son aimée et, lui ayant décrit en un langage inspiré les attraits de la maison roulante du berger, il termine : 96 Le plus pur de nous tous Nous marcherons ainsi, ne laissant que notre ombre Sur cette terre ingrate où les morts ont passé ; Nous parlerons d\u2019eux, à l\u2019heure où tout est sombre, Où tu te plais à suivre un chemin effacé, A rêver, appuyée aux branches incertaines, Pleurant comme Diane au bord de ses fontaines Ton amour taciturne et toujours menacé ! Le dernier vers se passerait du point d\u2019admiration.Son charme indéfinissable nous enivre.Et peut-être nous enivre-t-il dans la mesure où nous ne pouvons le définir, expliquer sa magie.Les poèmes de Vigny 11e comportent pas beaucoup de vers aussi émouvants.Et même la littérature universelle n\u2019offre pas une profusion de tels vers.Accompagnons le poète qui se promène et rêve parmi les stèles d\u2019un cimetière au bord de la 111er.Tendons l\u2019oreille à son chant : Ce toit tranquille, où marchent des colombes, Entre les pins palpite, entre les tombes ; Midi le juste y compose de feux La mer, la mer toujours recommencée ! O récompense après une pensée Qu\u2019un long regard sur le calme des dieux ! La splendide incantation se poursuit, se déroule en plusieurs strophes, semblables aux multiples plis d\u2019une draperie de somptuosité et de délicatesse inouïes.Valéry n\u2019eût-il reçu et donné aux hommes que le Cimetière marin qu\u2019il se situerait parmi les poètes rois de l\u2019humanité, ceux qui consolent, élèvent et enno- blissent.Voici enfin, chaque vers baigné d\u2019un halo de mystère, un désir et une confession de poète : 97 Key UE Dominicaine Dans la nuit du tombeau toi qui m\u2019as consolé Rends-moi le Pausilippe et la mer d\u2019Italie, La fleur qui plaisait tant à mon cœur désolé Et la treille où le pampre à la rose s\u2019allie.Et j\u2019ai deux fois vainqueur traversé l\u2019Achéron Modîdant tour à tour sur la lyre d\u2019Orphée Les soupirs de la sainte et les cris de la fée.Nous redisant ces vers de Nerval qu\u2019avons-nous à faire des explications et des éclaircissements de ceux qui ont la manie de vouloir tout expliquer, réduire le mystère à la norme de l\u2019intelligence ?Nous tenons ici, à l\u2019état pur, l\u2019essence de la poésie, nous buvons à la source de consolation et d\u2019encliantement.Au fond du creuset brille le rubis éblouissant, dégagé de toute scorie.Par quel mystère une simple pierre s\u2019est-elle transformée en cette goutte lumineuse de sang ?De pauvres mots, en ces vers merveilleux ?Par quel mystère ?Par un mystère, précisément, c\u2019est-à-dire par une opération qui défie l\u2019intelligence.Si le cœur nous en dit, essayons de refaire l\u2019équivalent de : Les soupirs de la sainte et les cris de la fée.En vain nous épuiserons notre ingéniosité et le contenu des dictionnaires.Il 11e faut jias beaucoup de mots au poète ; il n\u2019a pas besoin de mots rares.* * * Ne croyez pas, quoi qu\u2019il puisse sembler, que j\u2019aie perdu de vue St-Denys-Garneau.Je suis tout près de lui, dans l\u2019atmosphère de son petit livre.Par quelques citations et des commentaires, j\u2019ai voulu donner une idée du poète pur et isoler en 98 Le plus pur de nous tous pleine lumière cinq ou six gouttes du miel précieux qu\u2019il distille.Ecoutons encore une fois Garneau : Tous les champs ont soupiré par une flûte Tous les champs à perte de vue ondulés sur les buttes Tendus verts sur la respiration calme des buttes Toute la respiration des champs a trouvé ce petit ruisseau vert de son pour sortir A découvert Cette voix presque marine Et soupiré un son tout frais Par une flûte.Simple ingéniosité ?Rare habileté technique ?Sens inné de la valeur des mots, connaissance judicieuse des ressources de la svntaxe ?Souvenir de Jammes ?Réminiscence de Verlaine ?Il y a autre chose.Rappelons-nous la « Maison fermée » dont j\u2019ai cité les premiers vers.Il y a autre chose : la grâce gratuite, accordée au tout petit nombre, le don divin de capturer 1 infini entre deux mots furent départis à St-Denys-Garneau.'t'\t^\t¥ La question se pose de nouveau : « Pourquoi a-t-il retiré de la librairie Jeux et Regards dans l'Espace ?» Je formerai une hypothèse qui s\u2019accorde, me semble-t-il, avec la qualité exceptionnelle de sa poésie.St-Denys-Garneau n\u2019appartenait pas à notre temps d\u2019ambition haletante et d\u2019arrivisme exaspéré.Il répugnait à une époque et à un milieu où les hommes jouent sauvagement des coudes et échangent de venimeuses morsures.Il appartenait à l\u2019éternité, comme Vigny, Baudelaire, Nerval, Rimbaud, Valéry, Nelligan.Le poète : si près de l\u2019enfant et de l\u2019ange ; qui se souvient nostalgiquement et de l\u2019enfant et de l\u2019ange.99 Revue Dominicaine Garneau ignorait qu\u2019il était un homme social, si je puis ainsi dire.Il n\u2019attachait aucune importance à son personnage social, en quoi il différait profondément de nous qui y attachons une importance démesurée.Je me regarde et nous regarde tous, nous qui avons entre trente et trente-cinq ans, et qui écrivons.Nous n\u2019avons pas renoncé à être écrivains, nous désirons \u2014 d\u2019un désir modéré : l\u2019équilibre de la chaise ou du fauteuil \u2014 réussir l\u2019œuvre d\u2019art.Mais le feu sacré ne nous embrase pas, nous ne sommes pas les flambeaux qui brûlent devant l\u2019autel de la Beauté.Nous recherchons (et avec quelle douloureuse ardeur, quelle amertume, parfois !) la réussite temporelle, cette réussite faite de fortune, d\u2019honneurs, de titres, de décorations, d\u2019applaudissements : le laisser pour comjite de la gloire.Divisant notre énergie vers deux buts, nous l\u2019affaiblissons.Notre grand péché \u2014 il m\u2019apparaît dans une brutale évidence en songeant à St-Denvs-Garneau \u2014 c\u2019est le manque de pureté dans l\u2019intention.Lui, il était pur, vide des ambitions qui nous détournent du but.Voilà pourquoi, sans doute, il a retiré de la librairie son unique livre.Nos livres qui 11e valent pas le sien, l\u2019idée nous effleure-t-elle de les soustraire au public ?Combien nous sont étrangers ce besoin de la perfection, ce respect de la beauté ! Au contraire, nous souhaitons des éditions nombreuses, nous n\u2019hésitons pas devant une production sans cesse accélérée.Le livre s\u2019il a du succès, pensons-nous, nous fera connaître, nous rapportera de la considération et des sous, nous vaudra une place confortable où nous nous assolerons, où nous nous accroupirons pour ne pins nous relever.Manque de pureté.Une fois de plus, on me taxera peut-être de romantique, on me rappellera qu\u2019à vouloir trop faire l\u2019ange, on risque.Oh ! je Le plus pur de nous tous sais ! Je 11e recommande à personne et ne pratique pas moi-même, hélas ! cette pureté qui n\u2019accepte aucun compromis.Mais n\u2019avoir pas l\u2019héroïsme de la pratiquer, cela interdit-il de l\u2019admirer ?Qu\u2019un poète tombe à trente ans, tué par son amour excessif de la perfection et de la beauté, je crois que sa mort peut nous incliner à quelque réflexion et émouvoir nos puissances d\u2019admiration.* * * St-Denvs-Garneau a brûlé vif dans la fournaise du beau.Et lorsque, l\u2019enveloppe charnelle calcinée, le feu s\u2019est éteint, il est resté un brillant résidu : Jeux et Regards dans l\u2019Espace Des jeux qui furent mortels au joueur, nous le savons maintenant ; des regards si tendus vers l\u2019espace qu\u2019ils ont aspiré l\u2019âme, l\u2019ont déprise de son écorce.Le plus pur de nous tous : pur jusqu\u2019à la folie, jusqu\u2019à la mort.Je suis tranquille pour nous : nous ne tendrons jamais notre arc jusqu\u2019à l\u2019éclatement.Nous sommes sages, pas romantiques ; nous calculons nos forces et nos coups ; nous deviendrons de beaux vieillards ; depuis une dizaine d\u2019années il y a en nous d\u2019actifs ferments de beaux vieillards.Je suis bien tranquille.Et pourtant !.Je contemple la tombe fraîche du poète et une voix sourde me dit qu\u2019il y a là un exemple ; que c\u2019est dans la mesure où nous l\u2019imiterons que nous aurons chance de réussir une certaine chose : un poème immortel pour la consolation, la joie, l\u2019exhaussement de l\u2019homme.Rex Desmarchais 101 Directives pratiques L\u2019Encyclique « Mystici Corporis » Au moment où la communauté humaine des peuples est profondément divisée par une guerre prolongée, le Pape s\u2019adresse au monde chrétien pour lui parler de la fraternité divine à laquelle tous les hommes sont appelés et dont la réalisation serait la meilleure garantie de paix.Le 29 juin 1943, S.S.Pie XII promulguait à Rome une lettre ei^clique sur Le Corps Mystique de Jésus-Christ et notre union en lui avec le Christ.L\u2019Ecole sociale Populaire l\u2019a récemment mise à la portée de tous en publiant la traduction française officielle.Rien ne saurait remplacer la lecture et la méditation de l\u2019encyclique et nous n\u2019avons d\u2019autre but que d\u2019inciter à ce contact immédiat, en soulignant ici l\u2019importance de ce document.On y trouve d\u2019abord un exposé doctrinal d\u2019une remarquable clarté sur l\u2019Eglise, Corps mystique du Christ.En voici les principales articulations : Que l\u2019Eglise soit un Corps, la Sainte Ecriture le dit à plusieurs reprises.Il ressort de ces diverses affirmations que l\u2019Eglise est un corps un, indivisible et visible, constitué organiquement et hiérarchiquement ; il est pourvu de moyens vitaux de sanctification ou sacrements ; composé de membres déterminés qui lui sont adjoints par le baptême, il n\u2019exclut pas les pécheurs, du moins ceux qui n\u2019ont pas rompu avec l\u2019Eglise par une adhésion personnelle à l\u2019hérésie ou au schisme.L\u2019Eglise est appelée à bon droit le corps de Jésus-Christ.Il en est non seulement le fondateur, mais aussi la tête, le soutien et le sauveur.Le deuxième de ces titres retient spécialement l\u2019attention ; les arguments invoqués par saint Thomas pour l\u2019établir sont repris et développés.Vient ensuite l\u2019explication du mot mystique qui dans la formule traditionnelle sert à distinguer l\u2019Eglise du corps physique du Christ et de tout corps naturel soit physique, soit moral.Tout cet exposé dont nous avons indiqué le plan, est nourri de textes tant de l\u2019Ecriture que des grands docteurs chrétiens : 102 Directives pratiques saint Augustin et saint Thomas sont les plus souvent cités.Leurs textes difficilement accessibles clans les éditions originales sont ici traduits, glosés et présentés aux fidèles sous une forme immédiatement assimilable.Puissent-ils les méditer et voir leur notion de l\u2019Eglise, parfois bien superficielle, se renouveler ! La deuxième partie de l\u2019encyclique leur apprendra combien l\u2019union des fidèles avec le Christ et entre eux est intime.Au delà des liens juridiques qui suffiraient à faire de l\u2019Eglise une société plus parfaitement une que les sociétés humaines, les vertus théologales, et principalement la charité, établissent entre la Tête et les membres du Corps mystique une liaison plus profonde que toute autre.Elle découle, en effet, de l\u2019Esprit Saint qui remplit l\u2019Eglise et en assure l\u2019unité.L\u2019Eucharistie est le sacrement de cette unité : « il nous communique l\u2019Auteur même de la grâce céleste, pour que nous puisions en Lui cet Esprit de charité par lequel nous vivons non plus notre vie mais la vie du Christ, et par lequel aussi dans tous les membres de son Corps social nous aimons notre Rédempteur lui-même ».Dans l\u2019exhortation finale, le Pape dénonce le faux spiritualisme ou le quiétisme malsain qui, sous prétexte d\u2019abandon à l\u2019Esprit divin, néglige la coopération que Dieu attend de nous et méprise les moyens surnaturels qu\u2019il nous a donnés, comme la confession et la prière.Puis il engage les fidèles à toujours voir le Christ dans l\u2019Eglise, à Le considérer comme modèle d\u2019amour envers l\u2019Eglise, à L\u2019imiter dans cet amour, en joignant à d\u2019in- cessantes prières l'apostolat et la souffrance acceptés pour le Christ.A ceux que la guerre a cruellement éprouvés, le Pape rappelle que « leur souffrance n est point vaine, mais qu elle leur sera très avantageuse à eux-mêmes et à l\u2019Eglise si, les regards tournés vers le but, ils la supportent avec patience ».La dernièie page, consacrée à la bienheureuse A ierge Marie, évoque son rôle éminent dans le Corps mystique et sa puissance d\u2019intercession.Pour compléter cet aperçu de l\u2019encyclique, nous relèverons les points sur lesquels le Souverain Pontife nous paraît insistei 103 Revue Dominicaine davantage.D\u2019abord une vérité fondamentale que l\u2019Eglise romaine a toujours professée et qu\u2019elle ne pourrait abandonner sans trahir la volonté de son Fondateur : à savoir la relation nécessaire de l\u2019unité du Corps mystique avec l\u2019unité de l\u2019Eglise-société, celle-ci étant l\u2019expression, sous forme humaine et sociale, de celle-là, de sorte qu\u2019on ne peut appartenir au Corps mystique sans appartenir à l\u2019Eglise visible.A ceux qui voudraient se contenter d\u2019une unité purement spirituelle, le Pape répond : « Il ne peut y avoir aucune opposition, aucun désaccord réel entre la mission dite invisible du Saint-Esprit et la fonction juridique, reçue du Christ, des Pasteurs et des Docteurs ; car \u2014 comme en nous le corps et l\u2019âme \u2014 elles se complètent et s\u2019achèvent mutuellement, elles proviennent d\u2019un seul et même Sauveur, qui n\u2019a pas seulement dit en insufflant l\u2019Esprit divin : « Recevez le Saint-Esprit », mais qui a encore ordonné clairement : « Comme mon Père m\u2019a envoyé, ainsi je vous envoie » et « celui qui vous écoute, m\u2019écoute ».Il ne faut pas, non plus, s\u2019étonner des imperfections attribuables aux éléments humains de l\u2019Eglise.« Que si l\u2019Eglise manifeste des traces évidentes de la condition de notre faiblesse humaine, il ne faut pas l\u2019attribuer à sa constitution juridique, mais plutôt à ce lamentable penchant au mal des individus, que son divin Fondateur souffre jusque dans les membres les plus élevés de son Corps mystique dans le but d\u2019éprouver la vertu des ouailles et des pasteurs, et de faire croître en tous les mérites de la foi chrétienne ».On pense ici à la remarque de saint Augustin dans ses Rétractations (livre I, c.18) : « Chaque fois que j\u2019ai fait mémoire de l\u2019Eglise sans tache ni ride, il ne faut point l\u2019entendre en ce sens qu\u2019il en serait déjà ainsi, mais comprendre qu\u2019il en sera ainsi lorsque l\u2019Eglise apparaîtra dans toute sa gloire.Maintenant, en effet, à cause des ignorances et des faiblesses de certains de ses membres, elle a de quoi demander à Dieu tous les jours : Pardonnez-nous nos offenses ».Mais, s\u2019il maintient les exigences imprescriptibles de l\u2019unité ecclésiastique et son caractère humano-divin, le Pape manifeste 104 Directives pratiques une paternelle et touchante sollicitude à l\u2019égard des chrétiens dissidents.« Nous avons confiance, écrit-il, que même à ceux qui sont séparés du giron de l\u2019Eglise catholique, notre exposé ne déplaira pas et ne sera pas inutile ».Puis à la fin de l\u2019encyclique, tous et chacun sont invités « à céder librement et de bon coeur aux impulsions intimes de la grâce divine et à s\u2019efforcer de sortir d\u2019un état où nul 11e peut être sûr de son salut éternel ; car, même si par un certain désir et souhait inconscient ils se trouvent ordonnés au Corps mystique du Rédempteur, ils sont privés de tant et de si grands secours et faveurs célestes, dont 011 ne peut jouir que dans l\u2019Eglise catholique.Sans jamais interrompre nos prières à l\u2019Esprit d\u2019amour et de vérité, Nous les attendons les bras grands ouverts, comme des hommes qui se présentent à la porte, non d\u2019une maison étrangère, mais de leur propre maison paternelle ».Tous les catholiques voudront s\u2019associer à cette prière de leur Père et s\u2019inspirer de sa charité universelle (Qu\u2019on relise à ce sujet l\u2019article de la Revue Dominicaine, mars 1943.sur La Division des Chrétiens, par le Père Paré).Cette prière pour le retour à l\u2019unité des chrétiens dissidents sera, parmi beaucoup d\u2019autres, une manière d\u2019accomplir le devoir qui s\u2019impose à tous les fidèles de collaborer à la croissance du Corps mystique, devoir que le Pape rappelle avec une particulière insistance.Sans doute, le Christ, comme Tête du Corps mystique, est la cause principale de sa croissance.Mais, par pure bonté, Il veut recevoir l\u2019aide de ses membres pour leur permettre d\u2019être ses coopérateurs dans la distribution des fruits de la Redemption.D\u2019où l\u2019obligation pour tous d\u2019être apôtres.Joseph-Marie Parent, O.P.Notes de théologie pastorale « L'heure de M.Tronson » C\u2019est l\u2019intitulé plein de mystère du Lie chapitre de l\u2019histoire de Marguerite Bourgeoys par Dom Albert Jarnet.Il est incon- 105 Revue Dominicaine testable que ce chapitre clôt, sur la mysticité des fondateurs de Ville-Marie, une série de renseignements sinon tout à fait inédits, du moins passablement originaux et certainement fort intéressants.L\u2019auteur réfère à Faillon qui en aurait parlé eu termes plutôt voilés.Je n\u2019ai pas pris le temps de contrôler.Si la piété orthodoxe et splendide des pionniers de Montréal était connue, la crise de fausse spiritualité qui troubla la jeune Eglise l\u2019était beaucoup moins.On ne savait guère jusquà ce jour qu\u2019une compagne de Marguerite Bourgeoys, Marie Tardy, une hystérique, avait bouleversé l\u2019équilibre de trois Messieurs de Saint-Sulpice qui s\u2019étaient laissés prendre à ses supercheries.Il est dommage que Bremond ait ignoré cet épisode du sentiment religieux.Quel chapitre littéraire supérieurement élaboré ne nous en eut-il pas laissé ! On reprochera peut-être vivement à l\u2019auteur de s\u2019être étendu comme à plaisir sur cette misère.Au strict point de vue historique, sou but lui interdisait d\u2019escamoter le récit de ces éAréne-ments, puisqu\u2019il devait faire ressortir la vertu de son héroïne aux lumières de l\u2019épreuve et rien n\u2019a maintenu Marguerite Bourgeoys « à l\u2019ombre de la croix », comme les communications occultes de Marie Tardy avec les âmes du purgatoire.Que d\u2019excellents Messieurs s\u2019v soient laissés prendre au point où les archives en font foi, il n\u2019v a pas lieu de s\u2019en étonner, encore moins de s\u2019en scandaliser, si l\u2019on se rappelle que saint Vincent Ferrier, le grand thaumaturge espagnol, s\u2019est laissé prendre lui aussi aux manigances cl\u2019une religieuse qui avait recours à des procédés mécaniques pour simuler des extases.Du reste, M.Tronson.Supérieur général, se chargea de rétablir l\u2019équilibre traditionnel de la Compagnie, en crevant ces bulles à coups d\u2019autorité pour le plus grand bien du clergé, des communautés religieuses et des fidèles de l\u2019Ile de Montréal.Ce récit n\u2019a pas pour unique mérite de dévoiler des faits intéressants et partiellement ignorés, il est plein de leçons salutaires pour le présent et l\u2019avenir.L\u2019homme est naturellement 106 Directives pratiques religieux.Parce que conscient de sa dépendance en tous domaines, il éprouve un irrésistible besoin de référer son être et son activité à un absolu qui le dépasse.C\u2019est pourquoi, chaque période de l\u2019histoire de l\u2019humanité a connu ses courants de spiritualité généraux et plus particuliers.Chez les païens le culte de l\u2019absolu a revêtu au cours des âges et revêt encore aujourd\u2019hui toutes les fantaisies dont peut le colorer une imagination sans frein : d\u2019où ces rites étranges, occultes ou évidents qui accompagnent toutes les mythologies.Il faut voir aussi comment les spiritualités d\u2019inspiration chrétienne, si elles naissent et se développent en dehors du catholicisme, finissent de même par s\u2019entacher d\u2019une foule de convictions et de pratiques qui répugnent, elles aussi, autant au bon sens qu\u2019aux plus élémentaires convenances.La spiritualité catholique authentique n\u2019assimile pas ces produits de l\u2019imagination parce qu\u2019elle est réglée par un autre principe que celui de l\u2019illumination intérieure, le principe d\u2019au torité.L\u2019Eglise 11e reconnaît pour authentique que la sainteté qui se soumet.Les saints qu'elle canonise ont pu mener des vies extraordinaires, étonner le monde par leurs miracles, voire parfois, par leur originalité, mais jamais tout cela 11\u2019a été présumé provenir d\u2019une sainteté authentique, avant qu\u2019un long et rigoureux procès sur l\u2019orthodoxie de la doctrine et le sage équilibre de toutes les vertus ne l\u2019ait péremptoirement démontré.« L\u2019histoire est maîtresse de vie ».Marie Tardy est un triste exemple d\u2019illuminisme.Mais l\u2019Eglise catholique qui se défie toujours des voies extraordinaires, comme des doctrines nouvelles, veillait en la personne de M.Tronson, homme pieux et sage, pour mettre fin au triomphe (1e l\u2019imposture.Quant à Marguerite Bourgeoys, elle cheminait silencieusement dans les voies qui conduisent à la sainteté véritable.Aux deuils, s\u2019ajoutaient les dommages temporels qui affligeaient aussi la communauté.En 1692, la grange de A erdun passait au feu.L\u2019année suivante, la maison brûlait à son tour.Epreuves ou châtiments ?Mère Bourgeoys y faisait sa réponse.Toutes ces 107 Revue Dominicaine « croix de Providence » appesantissaient sur la supérieure coupable la Justice de Dieu.Par sa faute, la vie intérieure périclitait à la congrégation.Dieu l\u2019avait menacée de lui reprendre son œuvre.Il la lui enlèverait un jour pour la punir de son infidélité.En attendant, il la frappait dans ses filles et dans ses biens.Elle s\u2019enfoncait dans un chemin sans lumière et sans douceur.Devant elle, il n\u2019y avait plus que « le Calvaire et sa désolation » (Tom.Il, p.666 ).\tA.Saint-Pierre, O.P.Une lettre et sa réponse au sujet de la limitation des naissances \u2014\t¦\u2014\u2014\u2014\u2014-\u2014-j Mon Révérend Père, Je m\u2019excuse de vous donner les détails suivants, mais je les crois essentiels au problème que nous nous posons, mon mari et moi.Notre cas est d\u2019ailleurs celui de beaucoup d\u2019autres.Mariés depuis six ans, nous avons, grâce à Dieu, trois enfants qui font notre joie, et aussi nos soucis, lorsque nous envisageons leur avenir et celui des autres enfants qui normalement devraient venir se joindre aux premiers.Dieu m\u2019a fait la grâce d\u2019une bonne santé, et les maternités successives ne m\u2019effrayent pas.Du reste, mon mari et moi appartenons à des familles nombreuses.Mais il y a tant de choses qui ont changé depuis trente ans qu\u2019on peut se demander si cette tradition de chez nous n\u2019est pas en train de perdre son prestige.Ce n'est d\u2019ailleurs pas affaire de sentiment, puisqu\u2019en ville surtout les parents de notre condition doivent faire face à des difficultés très concrètes : logement, instruction des enfants, surveillance, etc.Et voici notre question : quand la famille ne dispose que du modeste revenu du mari \u2014 le mien reçoit le salaire d\u2019un ouvrier spécialisé \u2014 vaut-il mieux n\u2019avoir que 4 ou 5 enfants auxquels on donnera une éducation soignée et une instruction plus poussée, de manière â ce que plus tard ils soient à même d\u2019accomplir des tâches plus agréables que celles de leurs parents ; 108 Directives pratiques ou bien faire confiance à la Providence, comme on dit, avoir une dizaine d\u2019enfants qui, par la force des choses, ne pourront recevoir, au moins plusieurs d\u2019entre eux, qu'une instruction primaire.Ancienne institutrice, je sais que cela ne va pas très loin, pour affronter la vie d\u2019aujourd\u2019hui.Mais enfin est-il nécessaire ou seulement souhaitable que les enfants trouvent dans leur héritage familial des avantages qne les parents n'ont pas eus.Xotre problème est également celui de beaucoup de gens de notre condition.A les entendre (et parfois nous nous sentons portés à les approuver), on croirait que les familles nombreuses, c'était une chose bonne autrefois, ou tolérable encore aujourd'hui, mais seulement à la campagne.Pourtant n'est-il pas vrai que le bon Dieu se plaît encore aujourd'hui à y semer les vocations ?Que penser de cela ?Vous pourriez apporter la lumière dans bien des foyers inquiets, comme le nôtre.En vous remerciant respectueusement, Madame X.Madame, La question que vous posez pourrait, il me semble, se ramener a ce point précis : « Vaut-il mieux n'avoir que peu d\u2019enfants auxquels on soit en mesure d\u2019assurer une éducation supé- rieure et de préparer en conséquence un avenir meilleur, ou en avoir beaucoup au risque de ne pouvoir leur assurer qu une éducation ordinaire et un avenir également assez précaire ?» A cette question délicate il n'est pas possible \u2014 vous le comprenez facilement \u2014 de répondre immédiatement par un oui ou par un non.Trop de conditions et de considérations diverses entrent en jeu.Les cas concrets variant à l\u2019infini, il nous est permis seulement de poser ici quelques principes généraux, en vous laissant à vous-même le soin de les appliquer et d'en tirer les conclusions dernières.Tout d\u2019abord lorsque vous introduisez dans la question l'idée ou l'implication d'un certain « contrôle des naissances » qui re- 109 Revue Dominicaine lèverait de la décision arrêtée des parents, nous voulons supposer d\u2019emblée (pie vous n\u2019entendez par là qu\u2019un mode régulier et légitime de limitation des naissances : soit abstinence totale, soit abstinence périodique.En second lieu, serrant le problème de plus près, nous faisons remarquer que, si par la nature même de leurs engagements les époux sont tenus de donner la vie aux enfants que Dieu veut bien leur envoyer, l\u2019Eglise ni aucune détermination explicite de la loi morale ne fixent aux époux un nombre même approximatif d\u2019enfants auxquels ceux-ci devraient s\u2019efforcer de donner naissance.Sur ce terrain, pleine liberté est accordée aux époux.Le seul point qu\u2019il reste à mettre au clair est donc le suivant : Reconnue la liberté foncière des conjoints, et supposé l\u2019usage exclusif de moyens légitimes dans le processus de régulation des naissances, est-il plus parfait pour des époux chrétiens de n\u2019avoir (pie peu d\u2019enfants et de leur préparer une vie meilleure ; ou d\u2019en avoir beaucoup en poursuivant cette fin très honorable qui est de donner l\u2019existence au plus grand nombre possible d\u2019êtres humains, appelés à participer un jour à la béatitude éternelle et déjà ici-bas à être de fidèles serviteurs de Dieu, peut-être des prêtres et des religieux ?Les données générales ayant été ainsi précisées, vous voudrez bien reconnaître tout d\u2019abord, madame, que les fins proposées par ceux qui entendent suivre l\u2019une ou l\u2019autre a-oie sont toutes deux louables et légitimes, en sorte qu\u2019il n\u2019y aurait aucunement lieu de qualifier de mauvais chrétiens ou même de chrétiens égoïstes et bourgeois les conjoints qui préféreraient délibérément de poursuivre la première de ces fins, comme plus adaptée à leur idéal de Ade humaine et chrétienne et plus conforme à leur condition sociale.Le désir de donner à l\u2019enfant une éducation supérieure, d\u2019en faire un homme plus complet et peut-être plus tard un prêtre plus instruit ou un chef laïc, est un désir très honnête et pleinement justifiable en soi.Dans son encyclique sur le mariage chrétien, le pape Pie XI 110 Directives pratiques s\u2019est exprimé sur ce point en termes précis qu'il fait bon de méditer : « Il ne faut pas accuser d\u2019actes contre nature les époux qui usent de leur droit suivant la droite et naturelle raison, même si, pour des causes naturelles, dues soit au temps soit à certaines défectuosités physiques, une nouvelle vie n\u2019en peut pas sortir ».Il paraît donc légitime d\u2019inférer de ce texte que pour des raisons bonnes et suffisantes \u2014 et celle que vous nous avez signalée est sûrement suffisante \u2014 un certain contrôle des naissances soit permis aux parents.Par ailleurs, l\u2019expression « faire confiance a la Providence et avoir beaucoup d\u2019enfants » que vous employez relativement à la seconde attitude renferme une certaine équivoque.Il arrive en effet qu\u2019on veuille lire dans cette « confiance a la Providence » la justification de toutes les imprévoyances et de toutes les négligences : lorsque par exemple les époux se contentent de donner l\u2019existence à une multitude d\u2019enfants, sans se soucier de leur procurer une condition de vie normale, en sorte que ces familles délabrées deviennent bientôt pour la société une surcharge, même parfois un danger plutôt qu\u2019une assistance.Cependant cette même expression peut aussi être la manifestation d\u2019une héroïque charité et d\u2019une soumission entière aux libéralités de cette divine Providence « qui nourrit les oiseaux du ciel et vêt les lis des champs.» Alors cette « confiance en la Providence » se recommande d\u2019une sagesse éprouvée et témoigne en faveur du dévouement et de l\u2019abnégation de chrétiens qui, ayant accompli tout leur devoir, savent que Dieu ne leur manquera pas de son côté dans les choses nécessaires.Essayons maintenant de comparer objectivement l\u2019un et l\u2019autre cas.Le premier, à ce qu\u2019il nous semble, suppose l\u2019exercice méritoire d\u2019une vertu surnaturelle particulière : la vertu de prudence ; vertu dont Xotre-Seigneur nous fait implicitement le précepte lorsqu\u2019il dit (Luc, XIV, 28) : «Qui de vous s\u2019il veut bâtir une tour, ne s\u2019assied pas auparavant pour calculer la dépense et s\u2019il a de quoi l\u2019achever ?» Le second supposerait ap- 111 Revue Dominicaine proximativement l\u2019exercice du don de conseil, et la mise en pratique non plus seulement d\u2019un précepte mais même d\u2019un conseil évangélique, signifiant par là l\u2019appel à une perfection plus élevée et qui ne peut être exigée de tous, bien que tous doivent y tendre.L\u2019exemple type est ici celui du jeune homme riclie à qui il est dit : « Si tu veux être parfait, va, vends tout ce que tu as, donne-le aux pauvres, puis viens et suis-moi ! » Ainsi, toutes proportions égales par ailleurs, la voie choisie par le deuxième père de famille nous paraîtrait la plus parfaite, parce que supposant un plus grand esprit de foi, l'exercice d\u2019une plus profonde charité et sûrement la démonstration d'une soif plus vive d\u2019abnégation et de sacrifice.A tout prendre d\u2019ailleurs, madame, le bien de l\u2019existence est un bien si grand qu\u2019aucun autre en toute rigueur de justice ne peut lui être comparé, et qu\u2019il vaudra toujours infiniment mieux pour un enfant naître pauvre que de ne pas naître, être baptisé et devenir héritier du royaume de Dieu et membre de l\u2019Eglise, même s\u2019il lui faut accepter pour un temps une vie plus rude et plus amère, que d\u2019être privé de ces biens incomparables par une juste limitation des naissances.X\u2019est-il pas vrai encore que même au seul point de vue naturel les avantages moraux et sociaux qui sont attachés à l\u2019accroissement constant du nombre des naissances sont tels qu\u2019aucun honnête homme, aucun citoyen ne peut rester indifférent à leur endroit.Nous, Canadiens français, savons en particulier que le salut de notre nationalité est tout entier suspendu à la solution apportée au problème de la famille nombreuse.Cette nécessité de pratiquer la limitation des naissances, pour ceux qui veulent une meilleure éducation à leurs enfants, est de plus, anormale de soi, inhumaine et anti-sociale, car la société devrait veiller à favoriser principalement les familles nombreuses et leur rendre accessible \u2014 au moins au même titre qu\u2019aux autres familles \u2014 les débouchés vers une vie plus facile et plus intégralement humaine.112 Directives pratiques Il reste également, les inclinations de la nature étant ce qu\u2019elles sont, que bien souvent un secret motif d\u2019égoïsme pousse les parents de condition plus élevée à n\u2019avoir qu\u2019un nombre restreint d\u2019enfants, voulant s\u2019exempter à eux-mêmes des charges lourdes et rêvant donner en héritage à leurs enfants la fortune plutôt que la vertu, faire d\u2019eux des bourgeois cossus plutôt que des chrétiens militants.C\u2019est pourquoi, madame, quant à nous, nous préférons de beaucoup la solution que vous paraissez accepter vous-même comme la meilleure, parce que la plus héroïque, la plus surnaturalisée, la plus recommandée aussi tant au point de vue social qu\u2019au point de vue chrétien.Hyacinthe-M.Robillard, O.P.113 Le sens des faits La Société canadienne d\u2019Histoire de l\u2019Ec/lise Avec la fin de mil neuf cent quarante-trois, la Société canadienne d\u2019Histoire de l\u2019Eglise catholique terminait les dix premieres années d un travail appreciable par les fructueux résultats déjà obtenus et par ceux encore plus abondants et solides dont les germes commencent à percer.On sait que 1 initiative de cette fondation appartient à nos compati iotes de langue anglaise, aiguillonnés d\u2019ailleurs par l\u2019exemple des catholiques américains.Mais dès le premier congrès, tenu à Ottawa en 1934, les membres de langue française étaient invités à constituer une section autonome, avec pouvoir de désigner, tous les deux ans, et le président général et le lieu de la réunion des sociétaires.Un tel organisme s\u2019est révélé, en pratique connue en théorie, la solution idéale pour un pays à dualisme ethnique.Le cas est assez rare dans nos organisations canadiennes soi-disant bilingues pour que je le signale hautement ici.Par une heureuse inspiration du Conseil, le Président Géné- .ral élu en fin de^ cette première décennie, le E.P.Thomas Char-land, se trouve être : a) un ouvrier de la première heure et des plus ardents de notre Société nationale d\u2019Histoire de l\u2019Eglise ; d) un professionnel du travail historique, formé, auprès des grands maîtres européens, aux meilleures méthodes de la recherche critique qu\u2019il enseigne comme professeur titulaire à l\u2019Université de Montréal.Il m\u2019est deux autres fois agréable de mentionner ici le E, P.Charland comme membre de l\u2019Ordre des Fi ei es Pi echeurs et collaborateur a notre Revue Jdouiiuicaiue.Dans son discours prononcé au congrès tenu à Hamilton le 23 septembre dernier, le E.P.Charland a marqué avec beaucoup de Jus tes se les heureux résultats obtenus par la section française grâce à la décentralisation de ses réunions annuelles.Ainsi furent suscitées et encouragées de nombreuses bonnes volontés qui s\u2019intéressèrent à l\u2019histoire religieuse de telle localité ou de telle région.Mais la bonne volonté n\u2019est pas tout dans le travail historique, bien qu\u2019on ait été trop porté à s\u2019en contenter jusqu\u2019ici au Canada français.Qu\u2019un notaire ou un professeur de collège 114 Le sens des faits s\u2019attaque à la publication des registres de la Fabrique paroissiale et de la municipalité scolaire de telle petite ville ou de tel village, c\u2019est un geste à apprécier, puisqu\u2019il assure la conservation de documents et de souvenirs toujours exposés à disparaître.Mais il y a une manière de publier les documents, de les éditer avec l\u2019appareil critique susceptible de leur procurer pleine et stricte valeur d\u2019information, de les encadrer de préfaces et d\u2019annotations pertinentes.C\u2019est là un des apports très précieux que la Société canadienne d\u2019Histoire de l\u2019Eglise tient à la disposition des intéressés.Puissent seulement ces derniers recourir davantage à elle et lui faciliter la tâcbe ! Aiguiller et contrôler le travail des groupements locaux et régionaux, continuer et terminer ce qui a été seulement esquissé, redresser les monographies et les biographies boiteuses, la S.C.H.E.ne désire exercer ce vaste et très opportun rayonnement qu\u2019en vue de hâter la réalisation de son grand objectif : par toutes les recherches locales ainsi provoquées, encouragées, redressées, complétées, conduire à bonne fin l\u2019histoire de tel diocèse puis de telle province ecclésiastique pour en arriver finalement à dresser une grande Histoire de l\u2019Eglise catholique au Canada : notre Ditto Canadensis Christiana ! Pour aider à ce résultat, le nouveau Président a demandé aux membres : d\u2019apporter une collaboration plus intense aux relevés bibliographiques et aux inventaires d\u2019archives ; puis de garder toujours et de répandre autour d\u2019eux la pratique d\u2019une méthodologie sérieuse, expression d\u2019une vraie conscience scientifique.Dans ce souci de préserver et de développer le seul véritable travail historique digne de ce nom, unissant à une documentation toujours exacte le respect scrupuleux de l\u2019impartialité loyale et objective, se trouvent résumées la carrière et l\u2019action du E.P.Thomas Charland depuis la fondation de la Société.Nul doute que son ternie de présidence générale ne soit marqué par de nouveaux et fructueux enrichissements.Albert Lacroix Projections Autour de L\u2019art le plus soigné en musique, peinture ou sculp-« L\u2019abatis » ture, commet une traîtrise quand il s\u2019applique à faire oublier l\u2019univers concret, la création originelle dont il 115 Revue Dominicaine s inspiï e, bon gré mal gré, et a laquelle il doit tout, à commencer pai sa propre existence.A plus forte raison les lettres humaines, y compris le genre fiction, seraient condamnables si l\u2019évasion momentanée qu\u2019elles procurent n\u2019incitait le lecteur à retourner ensuite, avec des yeux plus avides, vers la réalité du monde tenestie.Si le livre nous détaché de la vie observée et vécue, il manque son objet le plus final ; et cela, du consentement même des partisans de l\u2019art désintéressé.Que l\u2019imprimé donc nous mène à la nature, que la pulpe retourne à la forêt (\\).C\u2019est un cas de restitution et de justice, en même temps qu\u2019un postulat de la vérité qui n\u2019est jamais complète dans 110s écrits.Autrement, gare à l\u2019esprit livresque par quoi l\u2019individu le plus prometteur, annihilant ses ressources, demeure captif de l\u2019analyse ou du rêve, assiste à sa vie au lieu de la vivre.4 ce désastre, car c\u2019en est un, peuvent contribuer les dispositions trop passives du lecteur soucieux uniquement de reconnaître les signes inscrits dans la pulpe.Malheur, dit S.Augustin, a ces inconscients qui se complaisent dans les siqnes que Dieu leur envoie sans s\u2019occuper autrement de la chose signifiée.Mais je parle sur l'heure des écrivains.Un auteur livresque façonne des esprits livresques.Comment pourrait-il, ignorant des réalités concrètes ou les tenant de plein gré à distance, en suggérer le goût ?L\u2019imagination à elle seule n\u2019y suffit guère.On connaît l\u2019amusant, mais fâcheux paradoxe de Th.Gautier : Si je vais en Espagne, je ne pourrai plus en parler ! L\u2019indolence naturelle jointe à une facilité dangereuse provoque et nourrit pareil penchant.Comme aussi la formation première.Qui ne s\u2019est réjoui de voir disparaître peu à peu dans nos collèges l\u2019usage d\u2019imposer aux étudiants, comme thèmes de composition, des sujets hors de leur portée sensible.Il reste que bon nombre de nos écrivains, romanciers, poètes, essayistes en divers genres, sont encore atteints de cette maladie.Au lieu d\u2019amasser, soupeser, classer et ordonner des matériaux, ils se mettent, comme disait Henri de Bornier, dans l\u2019état littéraire avant d\u2019écrire.Combien plus saine et fructueuse la méthode qui consiste, après un tour de campagne, à établir une nomenclature de personnages vus du dedans comme du dehors et d\u2019objets captés par tous les sens.(x) Formule employée à propos de la science par le docteur J.-A.Mireault, dans un oarage a paraître dont le titre à lui seul : « viriculture », devrait surprendre et exciter 1 interet.116 Le sens des faits Bloc informe et rebutant cl\u2019aborcl, matière ou fragments de matière promis aux déchets, si l\u2019écrivain refuse de se donner, mais auxquels ne manquent, pour éclore en souvenirs et poèmes, que le travail ordonnateur et le spiramentum vitœ.« Souvenirs et poèmes », tel devait être en premier lieu le titre de l\u2019ouvrage publié récemment aux Editions Fides, par l\u2019abbé Félix-Antoine Savard.Il y a substitué « L\u2019abatis », soit que ce souvenir fût demeuré en lui plus vivace, soit qu'il se dressât à ses yeux comme un symbole de son œuvre littéraire et de la mission colonisatrice des nôtres.Or ce maître écrivain ne connaît ni ne prône d\u2019autre méthode que celle que je viens de signaler.Voilà pourquoi, en dépit d\u2019un art très appliqué, très consciencieux, vous ne sauriez à son contact appréhender l\u2019esprit livresque : on ne donne que ce qu\u2019on a.Mon principal hommage sera de lui appliquer sans réserve ce qu\u2019il dit du poète dans une Introduction magnifique ou jamais, si ce n\u2019est sous la même plume, la théorie du nationalisme littéraire n\u2019a rencontré pareille force d\u2019expression : « Le cœur du vrai poète est tout entier à son pays.Il aime en profondeur ; il a l\u2019intelligence des merveilles qui l\u2019entourent.Inlassable dans son désir, il part, il pénètre, il absorbe.Mais c'est plus qu\u2019une documentation qu\u2019il amasse, c\u2019est son butin de poésie qu\u2019il fait.C\u2019est un naturaliste longtemps au guet, un observateur des mœurs dans leur instant le plus expressif, un curieux subtil de l\u2019essentiel.Il a reçu de voir une part invisible de sa patrie : celle qui monte de la terre, de l\u2019histoire et des travaux de tous les siens.Il élabore au-dessus des réalités visibles et des contingences un chant qu\u2019il a fait jaillir des êtres situés dans l\u2019ambiance et dont il a pénétré la vie intime ».Portrait du peintre par lui-même.M.Savard va toujours plus loin et plus avant que ces « accessoires de la paysannerie » dont les pâles esthètes se contentent et qu\u2019il traite avec un condescendant mépris.Mêlé au peuple du comté-type de Charlevoix, conduisant les défricheurs jusqu\u2019au lieu du campement, y séjournant en leur compagnie, non seulement a-t-il palpé la glaise neuve sans crainte des ongles noirs, des pieds boueux, mais il a surtout, en les voyant à l\u2019œuvre, en écoutant leurs chansons et leurs dires, ausculté l\u2019âme de ces robustes colons.Rien d\u2019étonnant qu\u2019il en est tiré un fruit immortel, poème de foi et d\u2019amour, chant comparable pour l\u2019accent à celui qui jaillit du cœur de Thomas l\u2019Apôtre, 117 Revue Dominicaine quand le Christ ressuscité eut offert de se soumettre à son expertise.La merveille, en effet, c\u2019est que ce pragmatique, cet écrivain d\u2019action, prêchant directement, dans ses cours et discours, le retour à la terre, demeure en poésie un pur esthète.Puisant à sa source favorite, il se contente alors de faire de l\u2019achevé, du définitif.Il croit, il a raison de croire que l\u2019exemple confirme la théorie et que tout cet éclat sonore a nom prédication.Je me sens ravi et secoué par cette prose poétique, ces vers libres ou classiques, ces courts récits, sculptés comme des camées dans une langue savante où les plus rares subtilités, les plus violents caprices, les plus bondissantes surprises restent quand même soumis à la règle française.Tradition et progrès s\u2019unissent en permanence, l\u2019un et l\u2019autre émergeant du terroir.Ah ! oui, cet homme a conquis le droit de dire à la jeunesse : « Ouvre les yeux sur l\u2019être près de toi vivant et parlant.Voici qu\u2019au pays natal la source des grands thèmes universels a jailli et t\u2019invite à chanter dans la langue naïve et suave de ton cœur» (Introduction).Aussi n'est-ce pas là un ouvrage à lire en diagonale, encore qu'il s\u2019absorbe à petites doses, comme les trop riches liqueurs.Comment pourriez-vous ne frôler que d\u2019un regard distrait, passager, ce prélude à « La poudrerie » : « Une matière déliée, ténue, en proie au délire du tourbillon et de la spirale.« Cela fut précédé d\u2019une neige calme, muette.Floraison de l'eau ! Opulence et grâce et grappes sur toutes les branches et ramifications de l\u2019air ! » Ou cette finale d\u2019un groupe de pièces modestement intitulé : « Notes » : « Je lui rappelle sa montagne de Charlevoix, Miscoutine au sol froid et rocliu.Mais il a, maintenant, dans son regard, le lot neuf qu\u2019il s\u2019est choisi, la butte qu\u2019il vient d\u2019élire pour être le trône de sa maison.La Lélie herbeuse en fait lentement le tour ; et, bientôt, à ce qu\u2019il m\u2019annonce, sa vache Noiraude et Marbré, son bœuf, y donneront, tout le jour, alternativement, deux coups de têtes contre les mouches et deux coups de langues dans les foins bleus ».118 Le sens des faits A quoi rêve un La Chine sera prête après la guerre pour une évêque chinois\tnouvelle invasion d\u2019apôtres, Mgr Yu Pin l\u2019a dit.Il cause avec une trentaine de religieux dont quelques-uns reviennent du Japon.Ce n\u2019est pas nue conférence de presse, mais combien de reporters seraient heureux de remplir leur carnet des pensées graves, et parfois souriantes, tombant par lentes saccades, en un français correct, bien que certains mots semblent d\u2019articulation plus difficile.Et quelle émotion de voir surgir des antipodes un évêque habillé comme nos évêques et parlant avec toutes les nuances attendues le langage chrétien.C\u2019est surtout pour la foi, plus unifiante que les réseaux de l\u2019air, que les distances ne comptent plus.Avec cela que le Vicaire apostolique de Nankin, conseiller du gouvernement national pour les affaires sociales et diplomatiques, unissant dans sa personne la foi et le patriotisme, sa parole émue traverse toutes nos fibres.Son Excellence nous expose ses ambitions et ses projets \u2014 le mot rêve sonne moins juste, puisqu\u2019Elle 11e table que sur des réalités présentes.Ainsi la Chine sera prête pour un renouveau d\u2019apostolat chrétien (protestant ou catholique, selon le zèle et les ressources de chaque confession), parce que les principes sociaux de la République admettent la fraternité universelle des hommes, tandis que les services des Alliés durant la guerre ébranlent fortement d\u2019anciens préjugés.Ces principes, remontant par leur origine première à plusieurs siècles avant Jésus-Christ, demeurèrent longtemps entachés de racisme ; mais aujourd\u2019hui ils ne demandent qu\u2019à être baptisés pour devenir chrétiens.Au reste, il ne s\u2019agit plus d\u2019implantation, mais d\u2019expansion du catholicisme en terre chinoise parmi cinq cents millions d\u2019habitants.Une hiérarchie déjà constituée, un clergé peu nombreux, mais plein de zèle, des universités, des écoles, quatre millions de catholiques., plus une moyenne de cent mille conversions par année, voilà qui suffit à préparer les voies.Il serait futile d\u2019attendre de la part de l\u2019autorité gouvernementale autre chose qu\u2019une tolérance intéressée.Pas plus qu\u2019en d\u2019autres pays, l\u2019Etat païen n\u2019envisage en pareilles circonstances le point de vue strictement religieux.Si, à l\u2019époque de saint François Xavier, le Japon fut ouvert aux missionnaires de la foi, c\u2019était en vue d\u2019obtenir le commerce portugais.Si, après quatre siècles d\u2019ostracisme, ils furent admis une seconde fois, ce fut à cause des relations intellectuelles déjà existantes, et 119 -Revue Dominicaine parce que le mot « païen » était mal porté.De même en Chine, la sociabilité clés missionnaires, leurs aumônes en nature, prédisposaient les cœurs et, par cette brèche humaine, s\u2019introduisait l\u2019Evangile.Monseigneur nous avoue qu\u2019il doit à ses interventions en faveur des pauvres, des prisonniers et des blessés, d\u2019être reçu avec tant d'honneurs par ses compatriotes d\u2019Amérique, la plupart des infidèles.En sorte que, pour le succès de l\u2019entreprise future, il ne manque que l\u2019argent et les hommes.« Mais il y aura aussi la façon de présenter l\u2019Evangile aux Chinois en tenant compte de leur mentalité ».L\u2019on peut commettre des impairs.Son Excellence nous raconte l\u2019amusante histoire de cet envoyé politique à Washington qui demandait leur âge à toutes les dames qu\u2019on lui présentait I Geste de déférence en Chine et coutume qui fait loi.Monseigneur Yu-Pin est un haut gradé scientifique et un thomiste.I] nous confie, disons cette fois son rêve de faire traduire en chinois, par des équipes compétentes, les œuvres complètes de S.Thomas.Les introductions et commentaires de la Somme suffiraient aux intellectuels.« Ce qu\u2019il faut aux savants, dit-il, c'est une édition critique intégrale.Qu\u2019elle soit l\u2019œuvre de cent ans, s\u2019il le faut, mais qu'elle soit ! » Et Amilà qui s\u2019appelle penser de haut et de loin.Criticus 120 L esprit des livres Questions sociales E.P.G.-C.Eutten, O.P.\u2014 « La doctrine sociale de l\u2019Eglise ».Montréal, Granger, 1943.16.5 cm.408 pp.Depuis le passage chez nous du P.Rutten à l\u2019automne 1914, les Canadiens ont gardé le meilleur souvenir du grand sociologue catholique.C\u2019est dire avec quelle joie et quel profit ils accueilleront la présente réimpression montréalaise de la Summa du christianisme social.Seul un vrai maître peut rédiger un abrégé à la fois plein et sobre comme celui-ci.A l\u2019heure où, en terre canadienne, nombre de confusions risquent de se produire sur des questions sociales graves entre toutes, ces pages constituent une mise au point qu\u2019on doit recommander.Albert Lacroix Abbé Clément Baribeau \u2014 « Leçons sociales ».Montréal, Editions Fides, 1943.19 cm.216 pp.E.P.Lorenzo Gauthier, C.S.V.\u2014 « Pour un ordre social chrétien ».Montréal, Ecole Sociale Populaire, 1943.19 cm.206 pp.1.\t\u2014 Après avoir signalé les «faux remèdes» (pp.49-69), M.l\u2019abbé Baribeau entame l\u2019étude de la question sociale d\u2019après les documents pontificaux.Ce sont des cours donnés à certains groupes d\u2019A.C.du diocèse d\u2019Ottawa : ils visent donc à la vulgarisation, mais ils évitent avec grand soin d\u2019être vulgaires.Leur souci de clarté n\u2019a pas été au détriment de l\u2019exactitude que sacrifient parfois ailleurs les simplifications outrancières de certains apôtres des questions sociales.Comme avant-propos a son travail, l\u2019auteur reproduit une sienne conférence publique sur Reruni novarum et Quadragesimo anno.Ce premier livre du jeune professeur du Grand Séminaire d\u2019Ottawa trace une ligne de lumière que M.Baribeau tiendra, je le souhaite respectueusement, à poursuivre et à intensifier.2.\t_Quatorze causeries radiophoniques consacrées à commenter la lettre des évêques de la Province de Québec, en date du 11 mars 1941, sur la restauration de l\u2019ordre social.Sur chacun des principaux passages du document en question, le R.P.Gauthier attire l\u2019attention ou la méditation de ses auditeurs et aujourd\u2019hui de ses lecteurs.Cette étude successive n\u2019en reste pas à un examen superficiel ; simple et limpide, elle est pourtant pi o-fonde.Puisse-t-elle combattre les poisons assez subtils pour faire leur œuvre même en certains milieux canadiens-français qu on pourrait croire immunisés !\t.\t\u201e\t^ n A.Papillon, O.P. Revue Dominicaine R.P.L.-J.Lebret, O.P.\u2014 «Mystique d\u2019un monde nouveau».Montréal, Editions Variétés, 1943.19 cm.178 pp.Analyse du Bien Commun temporel (pp.1-56).Bien Commun spirituel et Bien Commun temporel (pp.59-91).Politique du Bien Commun (pp.95-171).Telle est la trilogie développée par le R.P.Louis-Joseph Lebret.Ancien officier de marine devenu dominicain, l\u2019auteur s\u2019est surtout consacré à l\u2019apostolat social et corporatif dans les milieux maritimes.De cette préoccupation majeure on trouvera dans le présent volume plus d\u2019une trace.Le P.Lebret s\u2019est toujours senti peu d\u2019aptitudes à la spéculation élaborée.Mais c\u2019est un apôtre courageux, plein de la charité du Christ et désireux d\u2019appliquer de plus en plus les directives sociales de la papauté.En un exposé théorique comme celui-ci, il ne se trouvait donc point dans son domaine préféré.Aussi se pique-t-il moins de réflexion personnelle que de fidélité.Comme aurait dit notre P.Gonthier, nous réentendons ici « les meilleures leçons des plus excellents maîtres ».Lorsque le disciple veut y ajouter une rare glose de son cru, il n\u2019est pas toujours heureux : n\u2019affirme-t-il pas, par exemple, que le régime démocratique et parlementaire est incapable de réaliser la notion de Bien Commun ! Trop pénétrant effluve du pétainisme de fin 1940 et du début 1941 ! Albert Lacroix Charles de Koninck \u2014 « De la primauté du bien commun contre les personnalistes .Le principe de l\u2019ordre nouveau ».Québec, Editions de l\u2019Université Laval \u2014 Montréal, Editions Fides, 1943.20 cm.198 pp.Dans son retentissant ouvrage « Our Present Philosophy of Life », Montgomery Belgion entend prouver que la morale hétéronome cède de plus en plus la place parmi nous, chrétiens, à une morale personnaliste n\u2019ayant de loi que notre instinct individuel, dont la satisfaction totale est le but et la récompense de la vie même.Contre le personnalisme, intégral ou mitigé, on trouvera ici une étude de base, c\u2019est à dire moins passionnée et plus scolastique, ce qui la rend plus profonde et plus solide que les pages de Belgion.« Le principe de l\u2019ordre nouveau » (pp.83-123) étudie les sources et les aboutissants de la théorie marxiste.Critique aussi vive que pénétrante.Yves Filfe François Hertel \u2014 «Pour un ordre personnaliste».Montréal, Editions de l\u2019Arbre, 1943.19 cm.336 pp.Des positions comme des propositions de l\u2019auteur, il y aurait beaucoup à écrire.Je ne dispose pas, en ce moment et en ce lieu, de l\u2019espace nécessaire.Peut-être la R.D.reviendra-t-elle, un de ces mois, aux idées exposées et défendues dans le livre de M.l\u2019abbé Dubé.Mais je ne puis passer aujourd\u2019hui sous silence une constatation déjà relevée par un ancien 122 L\u2019esprit des livres maître de l\u2019auteur, le R.P.Saintonge, S.J.: François Hertel a perdu les bénéfices immenses d\u2019une étude plus poussée, plus soutenue, plus solide de la lettre et de l\u2019esprit de la doctrine thomiste, dans le Doctor communis comme chez ses principaux commentateurs de tous les temps.Parmi ceux-ci, à notre époque et dans notre pays, prend place et occupe un rang majeur le T.R.P.Louis Lachance, O.P., comme l\u2019a souligné encore le même P.Saintonge, professeur au Scolasticat des Jésuites de Montréal, dans Relations III (1943) 54.Quoi qu\u2019il en soit de ce point important, je n\u2019ai pas besoin de relever que François Hertel ne prétend imposer à personne d\u2019irréformables opinions ; il invite ses compatriotes à penser, et ils n\u2019accepteront l\u2019invitation ni sans secouer leur engourdissement intellectuel ni sans enrichir leur spéculation philosophique.Yves Filfe Ernest Hamburger et alii \u2014 « Le droit raciste à l\u2019assaut de la civilisation ».New York, Editions de la Maison Française, 1943.19.5 cm.144 pp.Sous les auspices de l\u2019Institut de Droit Comparé de l\u2019Ecole Libre des Hautes Etudes de New York, quatre professeurs dissèquent cette « parodie de Droit » qu\u2019est l\u2019idéologie raciste.M.Hamburger en retrace les origines dans les décrets hitlériens proscrivant les Juifs (pp.19-35).M.Max Gottschalk traite de «la législation raciste en Droit comparé» (pp.39-52).M.Paul Jacob relève les applications de la théorie raciste en France asservie (pp.55-93).Enfin M.Jacques Maritain dégage « la vraie signification du racisme» (pp.97-137).Ce sont de beaucoup les meilleures pages de ce tétrastyle.Serge Houle Jolm M.Œsterreicher \u2014 « Racisme, Antisémitisme, Antichristianisme ».New York, Editions de la Maison Française, 1943.19 cm.248 pp.L\u2019auteur est un prêtre autrichien actuellement réfugié aux Etats-Unis.A son texte primitif rédigé en 1939, il a joint un post-scriptum (pp.215-242) décrivant les menées antisémites de l\u2019hitlérisme depuis cette date.Rien qui n\u2019ait déjà été publié ailleurs.Albert Lacroix Edmond Vermeil \u2014 « Hitler et le Christianisme ».Montréal, Editions Variétés, 1943.19.5 cm.106 pp.R.P.Paul de Rooy, O.P.\u2014 « L\u2019ordre nouveau de Hitler ».Québec, Editions du Cap Diamant, 1943.18.5 cm.36 pp.1.\u2014 Ouvrage déjà publié à Paris en 1939.Précise bien l\u2019opposition foncière du dictateur allemand à toute conception et organisation véri- 123 Revue Dominicaine tablement chrétienne de la société.Mais l\u2019auteur est dépassé, écrasé par les divers aspects qu\u2019il lui faut étudier.Il ne possède pas la compétence nécessaire pour dominer l\u2019ensemble du problème.Gomme cela arrive toujours en semblable occurrence, il se dilue en gloses incolores et ne sait plus s\u2019arrêter.2.\u2014 Ici, au contraire, on trouvera un raccourci \u2014 mais de quelle précision et de quelle plénitude \u2014 tracé par un maître des questions de politique nationale et internationale, le R.P.De Rooy, professeur de philosophie sociale à l\u2019Angelicum de Rome et à l\u2019Ecole libre des Hautes Etudes de New York.Les anciens élèves canadiens de l\u2019illustre professeur tiendront à répandre cette alerte brochure, pleine de notions solides et étayée d\u2019une information documentaire de première valeur.Page 6, ligne 25, lire : Gobineau.A.Papillon, O.P.C hanoine Josepli Cardyn \u2014 « L\u2019idéal chrétien du mariage ».Montréal, Editions Fides, 1943.17 cm.48 pp.Abbé Jean 4 iollet \u2014 « Petit traité du mariage ».Montréal, Editions Fides, 1943.17 cm.48 pp.1- \u2014 Le mariage est un sacrement.Il faut conquérir toujours plus le monde ouvrier à la doctrine sacramentaire du mariage.L\u2019avenir de la classe ouvrière est attaché à cette condition.Telles sont les trois grandes idees que développe ici le fondateur de la J.O.G.Pages moins étayées en doctrine solide que brûlantes de flamme apostolique.2.\u2014 On connaît la manière de M.Viollet dans ses brefs exposés d\u2019éducation et de psychologie matrimoniales.L\u2019auteur cherche à y allier la précision concrète et simple dans les conseils à la clarté pédagogique dans l\u2019expression.On retrouvera dans la présente brochure ces qualités précieuses, non sans quelque simplification parfois un peu rapide.Claude Clément Anne-M.Couvreur \u2014 « Comment aimer pour être heureux ».Montréal, Editions Fides, 1942.19.5 cm.190 pp.Ce mince volume est un recueil d\u2019articles et de causeries.Il rappelle des vérités élémentaires trop souvent méconnues.Il est écrit avec une simplicité cordiale que l\u2019on voudrait imprégnée d\u2019un esprit plus ouvertement chrétien.Sans doute nous est-il déclaré que l\u2019auteur dissimule l\u2019expression de ses croyances afin de favoriser la percée de son livre dans des milieux de France rongés par le laïcisme.Mais alors pourquoi rééditer ces pages dans notre pays qui ne cherche qu\u2019à garder et à fortifier son âme catholique ?Claude Clément 124 L\u2019esprit des livres S.-A.Larochelle and C.T.Fink \u2014 « Handbook of medical etbics for nurses, physicians and priests ».Montréal, Catholic Truth Societ}7, 1943.14 cm.364 pp.Le texte original de ce manuel a été analysé et loué par le R.P.Joseph-Marie Parent dans la R.D.d\u2019octobre 1941, page 165.Avec cette garantie, il ne me reste à formuler qu\u2019un souhait pour la bienfaisante diffusion de la présente édition anglaise.La traduction laisse surtout paraître sa probité méticuleuse.Régis McNeely Abbé Gérard Dion \u2014 « L\u2019Œuvre des Terrains de Jeux de Québec ».Québec, Editions du Cap Diamant, 1943.18 cm.124 pp.L\u2019O.T.J., fondée à Québec en 1929, administre aujourd\u2019hui plus de dix terrains dans les quartiers pourtant très divers de la vieille capitale.Elle cherche également à organiser les loisirs des adultes tout au long de l\u2019année.M.Dion marque les étapes du chemin parcouru, enregistre les résultats obtenus, ouvre les perspectives d\u2019avenir.Et c\u2019est bien à raison.L\u2019intelligence de cet effort et l\u2019estime de ce succès ne conditionnent-elles pas le développement de l\u2019œuvre, à Québec même comme dans les villes tendant à l\u2019imiter ?Serge Houle Littérature Thérèse Tardif \u2014 «Désespoir de Vieille Fille».Montréal, I^es Editions de l\u2019Arbre, 1943, 18.5 cm.124 pages.Quand on nous refuse le droit de choisir un travail utile, il faut accepter beaucoup de petites besognes dont on ne voit pas bien à quoi elles nous conduisent.Aussi arrive-t-il que le cœur manque \u2014 et nous disons alors : demain ; et encore : demain.Cet obscur début est pour nous placer tout de suite dans la manière allusive et élusive de Désespoir de Vieille Fille.Et, je m\u2019en doute, c\u2019est bien peu pour y réussir : il n\u2019est pas facile de syntoniser à pareille originalité.Si Mlle Tardif a visé un sommet ou, plus justement, un record, elle n\u2019a pas manqué son coup.Son livre ne sera pas facilement surpassé.Par la morbidesse et l\u2019extravagance de la pensée, par l\u2019arbitraire et le néant de la composition, par l\u2019obscurité et la bizarrerie fréquente de l\u2019élocution, Désespoir de Vieille Fille nous conduit presque aux limites non seulement du permis, mais même du possible.L\u2019insolite et l\u2019arbitraire y tiennent une telle place qu\u2019il est impossible de lui trouver un quelconque principe d\u2019unité objective.L\u2019œuvre d\u2019art vit tout entière de l\u2019unité que lui confère l\u2019artiste, à partir d\u2019un certain point.Cela lui est aussi essentiel que la respiration pour l\u2019homme, mais Mlle Tardif ignore cette loi.Comme elle \\ 125 Revue Dominicaine l\u2019avoue elle-même candidement, elle semble n\u2019avoir écrit que « pour se rassasier de ses propres discours ».La seule unité que l\u2019on puisse reconnaître à Désespoir est l\u2019unité de provenance et une certaine unité de style et d\u2019atmosphère.Sans cette unité assez matérielle, tout cela ne tiendrait ensemble que par le papier crème.Je ne m\u2019en prends pas au nombre des sujets touchés, au nombre des choses évoquées ou suggérées dans ces 124 pages, mais je ne puis admettre un pareil défaut de continuité, une telle absence d\u2019unité logique ou psychologique.Certains appelleront cela de la fantaisie ; pour moi, je n\u2019y vois que du chaos et un chaos qui nous assaille avec fureur.Chaotique et inexistant par la composition, Désespoir de Vieille Fille se rachète, autant que cela se peut, par le style ou l\u2019élocution.A ce point de vue, malgré ce que j\u2019appellerai son contorsionnisme, le livre de Mlle Tardif est un véritable phénomène.De la première à la dernière ligne, même dans la faiblesse de la pensée et la vilenie des sentiments, le style de Mlle Tardif exerce sur nous une étrange emprise où l\u2019agacement croise l\u2019intérêt et la sympathie.On dirait que les mots nous atteignent et nous retiennent par une force tout à fait étrangère à leur signification.C\u2019est quelque chose qui pourrait être comparé au magnétisme de certains prédicateurs par ailleurs étonnamment dépourvus.Ses phrases ont un accent et une résonance indiscutables que seuls le talent, l\u2019effort et la sincérité peuvent expliquer.Elle est sincère, en ce sens qu\u2019elle vit imaginativement, et parfois jusqu\u2019aux confins de l\u2019hallucination, ce qu\u2019elle écrit.C\u2019est le secret de sa force, de cette véhémence à la fois contenue et martelée qui nous aiguillonne et nous exaspère.Son style a le mordant d\u2019une limaille d\u2019acier ; il en a aussi le charme.On se lasse très vite de cet émiettement forcené et comme agressif de la pensée dont voici quelques exemples pour votre édification.« Life is a jlying arrow ».« Le péché porte sa punition ; l\u2019épreuve est dans la vertu ».« Le cœur et les intestins du monde ne font qu\u2019un ».« L\u2019amour est la ruse de la chair ».« La fausse promesse de l\u2019amour ».« L\u2019amour est la promesse de la chair ».« L\u2019amour, c\u2019est le consentement à l\u2019enfant ».« Le mensonge de la femme ».« Il n\u2019y a que la chair ».«Tout de même ! », etc.Oui, tout de même ! Assez de ce laconisme oraculaire ! Ce démembrement systématique de la pensée est l\u2019exacte antithèse de la beauté littéraire, de la parole nombreuse et déployée qui traduit l\u2019émotion poétique.Mlle Tardif nous dit dans le rythme haché et cinglant dont elle ne sort pas : « L\u2019amitié.Ou l\u2019amour.Je ne suis pas vide d\u2019âme, moi ; je ne suis pas vide 126 L\u2019esprit des livres de ventre ».Laissons là ce rapprochement pour le moins inattendu, et disons que, s\u2019il y a, dans Désespoir, du ventre, du sentiment, de la passion et même de la pensée, il n\u2019y a pas trace d'âme.L\u2019âme, Vanima, telle qu\u2019entrevue par Claudel dans sa délicieuse parabole, me paraît infiniment étrangère à cet aboiement pythique.Je concéderai à ce livre la rigueur logique avant de lui reconnaître l\u2019ombre d\u2019une émotion poétique, quelque chose qui soit apparenté à la divine chanson d'Anima.Cela ne signifie pas que je dénie tout talent à Mlle Tardif.Je l\u2019ai assez dit plus haut.Désespoir de Vieille Fille contient d\u2019excellentes choses : paragraphes, alinéas, phrases d\u2019une densité et d\u2019un réalisme rares.Toute la pièce intitulée : Augustin renvoyant la femme et qui vaguement aspire à la forme du vers (lequel est à jamais interdit à Mlle Tardif), brille d\u2019un éclat dur, et, par la magie de l\u2019allusion, fait lever sous nos yeux tout un monde inexprimé.Je n\u2019ai pas à justifier toute la teneur de cette pièce, si je dis qu\u2019elle atteint par moments à une réelle profondeur.Je relève encore un bon nombre de notations brèves, qui, sans exceptionnelle originalité, me paraissent pleines de muscles et de sens.En voici une couple : «Amitié, degré supérieur de l\u2019amour, sanctuaire où l\u2019on se retire pour méditer le bonheur de l\u2019être aimé ».« Certaines dignités d\u2019hommes ne trompent que l\u2019œil naïf.Il est un rayon perverti de leur regard qui ne peut échapper à l\u2019œil qui le défie ».Mais pourquoi faut-il que ces trouvailles soient l\u2019exception dans ce fouillis où le potin et le logogriphe voisinent avec de grossiers paradoxes qui sont de véritables défis à la plus élémentaire vérité ?« Il n\u2019y a que la chair ».« Jouillance charnelle, unique jouissance, unique certitude ».« La vérité est monstrueuse, et je la connais».« A moi le rêve ! » Mlle Tardif aura beau me dire, avec un air dédaigneux, qu\u2019elle note des états d\u2019âmes passagers, je lui refuse, non pas au nom de la morale chrétienne, mais de la plus élémentaire probité intellectuelle, le droit de le faire sur ce mode.On a reproché à Mlle Tardif des expressions ordurières ou crûment suggestives, on s\u2019est voilé la face parce qu\u2019elle affiche le tourment de sa chair et son dépit de n\u2019être pas, comme elle dit, dans « l\u2019axe de la vie », mais je passerais volontiers l\u2019éponge sur tout cela, si son livre ne violait pas les lois fondamentales de la vie de l\u2019esprit et, par la fausseté et la contradiction, n\u2019offensait pas mortellement la vérité.(« Réponse à Désespoir de vieille fille » aura son tour le mois prochain).Gabriel-M.Lussier, O.P.127 Revue Dominicaine « Gants du Ciel ».Fasc.1er : 23 cm.128 pp.Fasc.II : 23 cm.112 pp.Montréal, Editions Fides, 1943.La présentation extérieure de cette nouvelle revue trimestrielle, lancée et dirigée par M.Guy Sylvestre, reproduit exactement celle de la défunte revue française Vigile.Les deux plus notables études du premier cahier, La Conquête de la Liberté par M.Jacques Maritain (pp.85-109) et Aragon.poète de cette guerre (pp.73-83) ne sont que des traductions et adaptations, même « à répétition » dans le premier cas.Du reste du sommaire, on retiendra une brève mais intéressante contribution de M.Gilles Hénault.Les autres collaborateurs n\u2019étaient sans doute point dans leur veine la plus propice.Le deuxième cahier nous apporte une tranche du nouveau volume de Souvenirs de Madame R.Maritain, quatorze pages vives et alertes de M.Clément Marchand, deux études solides et pertinentes du directeur, M.Guy Sylvestre, et de M.Jean Vallerand.Dans le secteur bibliographique un apport des plus appréciables est celui du T.R.P.Louis Lachance, O.P.L\u2019ensemble invite à penser, et l\u2019on n\u2019acceptera l\u2019invitation ni sans travail des plus utiles ni sans enrichissement des plus désirables en notre Canada français.j» Yves Filfe Livres de guerre Florence Conrad \u2014 « Camarades de combat ».Montréal, Editions Bernard Valiqnette, 1942.19.5 cm.350 pp.Les commérages d\u2019une Américaine qui se dévoua pour la France en trois temps : pendant la « drôle de guerre » 1939-1940, en organisant les loisirs du soldat ; au moment de l\u2019invasion hitlérienne, en soignant les blessés ; après l\u2019armistice, en nourrissant les rationnés.Triple affirmation d\u2019une noble générosité qui mérite tous nos hommages.Mais Mrs.Conrad n\u2019entend point nous laisser ignorer la moindre bribe de ses charitables entreprises ! Son égocentrisme atteint parfois au lyrisme.Que nous sommes loin du talent fin, délicat, nuancé d\u2019une compatriote de l\u2019auteur, Mrs.Helen Mackay, dans son beau livre : « La France que j\u2019aime » (cf.R.D., mars 1943, pp.191-192).Albert Lacroix Jean Malaquais \u2014 « Journal de guerre ».New York, Editions de la Maison Française, 1943.19 cm.336 pp.Tranche nettement sur le mare magnum des livres du genre.A retenir.Albert Lacroix 128 LES RECENSIONS DU MOB.La doctrine sociale de l\u2019Eglise, par G.-C.Rutten, O.P.$1.00 Leçons sociales, par l\u2019abbé Clément Baribeau .75 Pour un ordre social chrétien, par L.Gauthier, C.S.V.1.00 Mystique d\u2019un monde nouveau par L.-J.Lebret, O.P.\t1.00 De la primauté du bien commun contre les personnalistes, Par Charles de Koninck .1.25 Pour un ordre personnaliste, par François Hertel .1.25 Le droit raciste à l\u2019assaut de la civilisation, par Ernest Hamburger et alii .1.00 Racisme, Antisémitisme, Antichristianisme, par J.M.Œsterreicher .1.50 Hitler et le Christianisme, par Edmond Vermeil .60 L\u2019idéal chrétien du mariage, par Chan.J.Cardyn .25 Petit traité du mariage, par l\u2019abbé Jean Viollet .25 Comment aimer pour être heureux, par Anne-M.Couvreur .60 Camarades de combat, par Florence Conrad .2.00 U incomparable \u201cPRIE AVEC L\u2019ÉGLISE\u201d selon le rite dominicain Ça veut dire : pas de gros missel à « traîner », pas de renvois à exécuter, pas de grosses sommes à débourser, « Prie avec l\u2019Eglise » contient : 1.\t\u2014 La messe complète de chaque dimanche (le propre et le commun, et, s\u2019il y a lieu, le propre d\u2019une fête dont la solennité doit être transférée au dimanche).2.\t\u2014 Une petite lettre « personnelle » très vivante qui est comme un message direct au lecteur.3.\t\u2014 Deux pages de méditations ou réflexions appropriées pour chaque jour de la semaine.4.\t\u2014 Les indications de Y attitude des fidèles (assis, debout, à genoux).En un mot, « Prie avec l\u2019Eglise » est le missel-miniature qu\u2019il faut avoir pour bien suivre.ou au moins pour ne pas s\u2019« embêter ».Il se vend : 2 sous à la porte de l\u2019église tous les dimanches.Pour plus amples renseignements, écrivez-nous : CENTRE CATHOLIQUE, 125, rue Wilbrod, OTTAWA, Canada \u2014 ou \u2014 LIBRAIRIE DOMINICAINE, 5375, av.N.-D.de Grâce, Montréal Tél.CRescent 4137\t#\t:\t¦ MAISON JOSEPH CORBEIL MAGASIN A RAYONS ¦\u2014.\te\t\u2022\t6500, rue Saint-Hubert rcov*iT TM* CARTH Avec les compliments de The Sherwin-Williams of Canada, Limited coven- TH* 'rît' 2875, rue CENTRE\tMONTRÉAL\tWllbank 7121 ï \"P\tW\tle grand quotidien français de la capitale du JLb Ij\tJl-Ü\tJ| j| Canada, est non seulement l\u2019organe officiel des .\tCanadiens français d\u2019Ottawa et de tout l\u2019Ontario, il est aussi le journal quotidien français ayant la plus forte circulation dans tout l\u2019Ouest de la Province de Québec.Par delà la rivière Outaouais, dans les comtés de Papineau Hull, Gatineau et Pontiac, sur les bords de La Lièvre comme le long de la Gatineau\u2019 dans le Ténuscamingue comme dans les régions minières de l\u2019Abitibi, partout circule Le Droit, le seul quotidien français publié à l\u2019ouest de Montréal.Pour les meilleures nouvelles de la capitale fédérale et tous renseignements sur l\u2019activité des vôtres dans cette partie du pays abonnez-vous au journal Le Droit, 98, rue Georges, Ottawa.Achète bien qui achète chez I IMITEE Au service du public depuis 1868 X Tel.HArbour 7251 LA PLUS GRANDE PHARMACIE DE DÉTAIL AU MONDE Ouvert jour et nuit SERVICE RAPIDE NE FERME JAMAIS 916 est, rue Sainte-Catherine PHARMACIE MONTREAL PHARMACY CHARLES DUQUETTE, pharmacien-propriétaire PRESCRIPTIONS, PRÉPARATIONS FRANÇAISES, ARTICLES DE TOILETTES.DROGUES Montréal Peinture de haute qualité MANUFACTURERS 4340, Papineau \u2014 Montréal \u2014 Tél.ATlantic 1988 Manufacturiers spécialistes d'ornements d\u2019églises et accessoires funéraires en tous métaux Placage or, argent, chrome Réparations générales 1031 EST, RUE RACHEL \u2014 CHerrier 6577 MONTRÉAL NOS TABERNACLES \u2022\tSONT EXCLUSIFS EN #\tMODÈLE ET QUALITE Atelier et Bureau : Tél.DOllard 4694 * 6641, rue Saint-Hubert Montréal DU MANUFACTURIER AU CONSOMMATEUR LINGERIE 16 MAGASINS À VOTRE SERVICE « Cordiale invitation à tous les amis des Pères Dominicains à visiter notre vaste magasin à rayons et à profiter de notre politique de qualité supérieure aux plus ba: prix ».1 4 8 0 - 9 0 Mt-Royal est ^IE55IER^ 32 rayons FAlkirk 3541 J.-E.CADIEUX.prés.J.-C.AUBRY, sec.-très.XI NOTRE AMÉRICANISATION Influence de Vaméricanisation dans notre vie religieuse, familiale et nationale.PRIX : $0.75 Eve Lavallière VIE ET CONVERSION (1866-1929) Du théâtre à l'église par Orner Englebert \u2022 \u2022 \u2022 (avec gravures hors-texte) PRIX : $1.25 COMMENT ÉDUQUER VOS ENFANTS par le R.Père Jean Bousquet, O.P.« Les enfants n\u2019écoutent plus rien.Pourquoi ?A qui la faute ?.Les bons éducateurs ne s\u2019improvisent pas ».PRIX : $0.75 En vente à : LA LIBRAIRIE DOMINICAINE 5375, Av.N.-D.DE GRACE MONTRÉAL Tel.EL.4677 95.Avenue EMPRESS OTTAWA Tel.2-7363 XII SUR LES RAYONS DE MA BIBLIOTHÈQUE.Collection Catholique : Rejoindre Dieu, par R.-M.Bruckberger .$0.40 Ainsi donc encore une fois, par Paul Claudel .40 Ecoute, ma fille, par Paul Claudel.40 La retraite aux hommes chez les Dominicains, par André David.40 Les signets du missel, par René Fernandat.40 Sa Sainteté Pie XII, par M.-S.Gillet, O.P.40 Dieu, l\u2019âme et le sentiment, par Francis J am mes .60 Lacordaire et nous, par F.Mauriac .40 Prières, par Charles Péguy .60 La France, par Charles Péguy.45 Pensées, par Charles Péguy .60 Souvenirs, par Charles Péguy .60 Le Sang, la Croix, la Vérité, par sainte Catherine de Sienne .40 Hommes, mes frères, par A.-D.Sertillanges, O.P.40 Vie de Jeanne d\u2019Arc, par Elle-même, présentée par O mer Englebert .40 Chronique des Pasquier, par Georges Duhamel : Le notaire du I lavre .$1.25 Le jardin des bêtes sauvages .\t1.25 Vue de la terre promise .1.25 La nuit de la Saint-Jean .1.25 Le désert de Bièvres .1.25 Les maîtres .1.25 Cécile parmi nous .1.25 Le combat contre les ombres .1.25 Suzanne et les jeunes hommes .1.25 Albertine Morin-Labrecque : La vie de Franz Liszt .$0.60 La destinée glorieuse de Mozart .La vie de Beethoven .Franz Schubert .Félix Mandelssohn Vie et mort de Frédéric Chopin .Jean Sébastien Bach.L\u2019art de vivre, par Franc-N ohain .Batoche (Louis Riel), par Jules Le Chevalier, O.M.I.Comment éduquer vos enfants, par Jean Bousquet, O.P.Chacun sa vie, par Bert helot Brunet .Pointe au Chêne, par A.Saint-Pierre .Consultez notre catalogue général pour choisir vos volumes En vente à : LA LIBRAIRIE DOMINICAINE 5375.Av.N.-D.de GRÂCE\t95, Avenue EMPRESS MONTREAL\tOTTAWA Tél.EL.4677\tTel.2-7363 .20 .35 .35 .35 .35 .25 1.25 1.50 .75 1.00 1.00 XIII / NOUVEAUTES Le Mariage blanc d\u2019Armandine, par Berthelot Brunet (contes) .L\u2019entrée en lutte, par Winston Churchill.La lutte sans relâche, par Winston Churchill .La fin du commencement, par Winston Churchill .Les morts nous regardent, par G.Kersh .Cœurs généreux, par N.Shute (roman) .Borduas, par Robert Elie .La discipline préventive, par L.Riboulet .De l\u2019Eucharistie à la Trinité, par M.-V.Bernadot, O.P.L\u2019épopée de la France combattante, par R.Aglion .Secrets et ressources des bois du Québec, par J.-M.Gauvreau .Opinions, par R.Tanghe .L\u2019abatis, par F.-A.Savard.La harpe de S.François, par F.Timmermans .Originaux et détraqués, par Louis Fréchette .Le Rosaire, par F.-L.Barclay (roman) .Combat de l\u2019exil, par Henri Laugier .Mission française, par R.Ristelhueber .Adagio, contes de Félix Leclerc .Mermoz, par J.Kessel.La musique intérieure, par C.Maurras .Le monde est un, par Wendell L.Wilkie .Molière, par P.Brisson .Brésil, terre d\u2019avenir, par S.Zweig.Le diable au corps, par R.Radiguet.Le premier péril, par R.Bergeron.Mille regrets, par E.Triolet.Eve Lavallière, par Orner Englebert .Saint Vincent Ferrier, par Henri Ghéon .Pointe au Chêne, par A.Saint-Pierre, O.P.Le carême sanctifié, par P.Wittebolle, C.SS.R.Les âmes confiantes, par J os.Schrijvers, C.SS.R.2.50 2.50 2.00 2.00 2.00 .80 1.25 .50 2.25 1.25 .50 1.00 1.00 1.25 1.25 1.25 1.25 1.00 1.50 1.25 2.00 1.50 1.50 1.25 .50 1.25 1.25 1.00 1.00 .50 .75 Notre catalogue général contient les publications de tous les éditeurs de livres en français \\AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAA*VVVVVVVSAAAAAAAAAAAAAAAAA/VNAAAAAAAAAAAAAAA(V>AAAAAAAAAAAA/ /JAan+teÿ-aaud «LE ROSAIRE» Bulletin mensuel des Pères Dominicains \u2022\timprimé en couleurs \u2022\tillustrations variées et de bon goût \u2022\tarticles courts, doctrinaux, simples Abonnement Canada : .Etats-Unis $0.35 $0.50 Abonnement de bienfaiteur : Canada (2 ans) : .Etats-Unis (3 ans) Revue mensuelle publiée à St-Hyacinthe, P.Q.ABONNEMENTS: CANADA: S3.00 ; ÉTRANGER: S3.25: AVEC LE ROSAIRE: 23 SOUS EN PLUS « LE NUMÉRO : SO.30 ; ABONNEMENT DE SOUTIEN : $10.00 RÉDACTION ET ADMINISTRATION : 53 75, AV.NOTRE-DAME DE GRÂCE.MONTRÉAL La Revue ne sera pas responsable des écrits de collaborateurs étrangers à l\u2019Ordre de Saint-Dominique.« Ne jetez pas cette revue au feu ni ne la détruisez d\u2019autre façon.Retournez-nous-la, ou donnez-la à un organisme de récupération.Vous contribuerez ainsi à la victoire ».IMP.À L\u2019ŒUVRE DE PRESSE DOMINICAINE.NOTRE-DAME DE GRÂCE.MONTRÉAL r&$r# .itiHHH' "]
de

Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.

Lien de téléchargement:

Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.