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Titre :
Revue dominicaine
Éditeur :
  • St-Hyacinthe :Couvent de Notre-Dame du Rosaire,1915-1961
Contenu spécifique :
Mars
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Rosaire
  • Successeur :
  • Maintenant
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Revue dominicaine, 1944-03, Collections de BAnQ.

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[" REVUE DOMÎNiCViNE RP7 ECOLE TECHNIQUE DE QUEBEC 185, Boulevard La nqelier-Téléphone 2-6864 Les COURS SONTORGANISÉS COMME su^jjjgf & BOURSES AUX ÉLÈVES MÉRITANTS 1° COURS RÉGULIERS :\tS\t%\t2° COURS ABRÉGÉS D'AUTOMOBILE: ® TECHNIQUE, 4ANNÉES D'ÉTUDES iÇjgSggk\t\u201c /6.00 (Sauf Montréal et banllqpe) E.Unis etEmpireBritannique 8.00 UNION POSTALE.10.00 ÉlIGEflE CÔTÉ PRÊSIDEnï d.AAM.CÔTÉ LIÉE (Hanüfacküriei/ de diai^W AhVpdntHe consuiTfiTionsj ySt^pni Dr IP.(del Vecclhî© 1ÉL/.FM895 ÎOOe/t./herbrnke /WCIRLITÉ: IMIt/CHMIUQUE/' CfinCth.TUBERCULQ/E.fl/THIPE, fiHl)(HflT!/ITIE La sauvegarde de la famille L\u2019économie est l\u2019art d\u2019ordonner ses dépenses.Sans la pratique de cette vertu sociale, la famille ne connaît aucune sécurité, elle est vouée, tôt ou tard, à la ruine.Protégez votre foyer, préparez l\u2019avenir des vôtres, assurez-vous une vieillesse heureuse et digne en vous constituant petit à petit les réserves nécessaires.Prenez dès aujourd\u2019hui l\u2019habitude de l\u2019épargne.Banque Canadienne Nationale S-Hyacinthe, P.Q.TÉL.\tLA1TRWIC ^\t2565 FRONTENAC PERFECTION CHAMBLY 3,8S* MONTBÉAL KELlMEDUC FERRONNERIE pRuu-r.anRcu.UU ELLINGTON SUCCURSALE À OTTAWA SUITE 406-18, RIDEAU TÉL.: 2-9872 Québec: 104 St-Jean Suite 10 TÉL.7881 \u2022 SPÉCIALITÉS : OUVRAGES D\u2019ÉGLISES, COUVENTS, ÉCOLES, ÉDIFICES PUBLICS.\u2022 TÉL.DOllard 5512 9 61A, RUE ST-ROCH, MONTRÉAL marcel martel enrg.couturier pour hames 1519, rue ^ackag, ^tîoutrial\ttEéL \u201cJlancasirr 356S* \t\tHENRI GHÊON P\t\t \tttFjifti cnioa\tprésente \tSAINT VINCENT FERRIEZ\tSaint Vincent tf-evueb \t\tGhéon ne s\u2019éloigne pas de notre temps en nous présentant saint Vincent Ferrier \t\t\tqui prêche la pénitence à un monde puéril et troublé.\t\u2014\"~-J\tUn volume de 200 pages \u2014 Prix : $1.00 y B onnes adresses a cons ult er Accessoires contre l\u2019Incendie : The Canadian Fire Hose Co.Ltd., 827 ouest, Notre-Dame, Tel.PL.6416-17, Montréal Accessoires et Ameublement de Bureau : Laliberté, G., 124, Durocher, Tél.3-3430 .Québec Ameublements : Dupont, A.L.Ltée, 4020 est, Ste-Catherine, FR.0828, Montréal Ameublements, Lessiveuses, Radios, Etc.: Viau, H.O., 4270, ouest, St-Jacques, Tél.WE.2142 .Montréal Architectes : Desmeules, Gabriel, 226, St-Jean, Tél.4-3864 .Québec Larue, J.-Albert, 5711, Durocher, Tél.CR.2734 .Montréal Architectes Lemieux, 7 60, Square Victoria, la.2 870, Mt.Ludger Lemieux \u2014 A.A.P.Q.\u2014 M.R.A.I.C.Paul M.Lemieux \u2014 B.A.\u2014 M.R.A.I.C.\u2014 A.A.P.Q.\u2014 D.P.L.G.F.Arpenteurs-Géomètres et Ingénieurs Forestiers : Bélanger et Bourget, 86, Côte de la Mont., Tél.2-5180, Québec Gastonguay, Jules-P., 71, St-Pierre, Tél.2-3400 .Québec Articles de Sport : Le Palais des Sports, 67, Côte d\u2019Abraham, Tél.3-2341, Québec Ascenseurs : La Cie F.-X.Drolet, 206, Du Pont, Tél.4-464i .Québec Assurances Générales : Tougas, Aimé, 500, Place d\u2019Armes, Tél.BElair 2041, Montréal Assurance : National Life Assurance Co.: Arsenault, Bona, Gérant, 80, St-Pierre, Tél.2-5785 .Québec Assurance sur la Vie \u2022.La Solidarité, 126, St-Pierre .Québec Autobus à Lorette, Aérodrome, Champigny, Lac St-Joseph, Ste-Catherine : Drolet, A., Ltée, 155', boul.Charest, Tél.2-8494 .Québec Autobus Fournier Ltée : Québec au Camp Val- CARTIER, STE-FOY, LAC ST-CHARLES : Terminus, 501, boul.Charest, Tél.6182-34, St-Augustin, 2-5946 AUTOMOBILES (Soudure, Débossage, Peinture, Etc.) : Boutet & Fils, 131, Caron, Tél.3-3370 .Québec Gagnon, J.-E., Enrg., 65, Charest, Tél.4-2500 .Québec Automobiles (Hudson et camions reo) : Racine, J.R.Inc., 27, Arago, Tél.2-2019 .Québec Avocats : Boisvert et Corriveau, 80, St-Pierre, Tél.2-3420 .Québec Boyer, Auguste, 159 ouest, Craig, Tél.MA.7031 .Montréal Champeau, Armand, 5585, Canterbury, Tél.AT.9717, Outremont St-Jacques, Henri, 18, Rideau, Tél.2-5055 .Ottawa, Ont.Banques : La Banque Provinciale du Canada, 221 ouest, St-Jacques, Tél.HA.7151, Montréal Beurre D\u2019Érable : Cie Nationale de Beurre d\u2019Erable Inc., 51 ouest, Laurier, Tél.DOllard 2433, Montréal Biscuits et GAteaux : Cie de Biscuits Stuart Ltée, Alf.Allard, prés., CR.2167, Mtl.Blocs de Béton, Tailleurs de Pierre : Côté, Valère Inc., 187-lère avenue, Tél.4-4491 .Québec Bois et Matériaux de Construction : Grier, G.A.& Sons Ltd., 2120 o., Notre-Dame, WI.6118, Mtl.Bois de Construction, Manufacturiers de Planchers en Bois Franc, Portes et Châssis : Dupuis, J.-P.Ltée, 1084, Av.de l\u2019Eglise, Tél.YO.0928, Verdun Bonbons en Gros : Bonbons Yolande Enrg., Mme J.-B.Cloutier, prop.83, Sault-au-Matelot, Tél.4-1167, Québec Bouchers, Épiciers : Québec Marine Grocers : Massé, Philippe, 93, Sault-au-Matelot, Tél.2-8505 .Québec Swift Canadian Co.Ltd., 153, St-Roch, Tél.4-2461 .Québec Boulangers (gâteaux et pâtisseries) : Hethrington, T., Ltée, 358-364, St-Jean .Québec Buanderies : Buanderie St-Paul, 2020, Roberval, Tél.WE.6791 .Montréal Carrosseries D\u2019Auto (débossage, rembourrage, etc.) : Normandeau, A.et Fils, 01152, Charlevoix, WI.5562, Montréal CHARBON (Anthracite et Bitumineux) : Madden et Fils Ltée, 3 boul.Charest, Tél.4-3578 .Québec The Canadian Import Co.Ld., 83, Dalhousie, Tél.2-1221, Québec Syndicat National du Combustible Inc., 67, Buade, Tél.7111, Québec Chauffage et Plomberie (entrepreneur) : Jetté, J.-W.Limitée, 360 est, Rachel, Tél.MA.4184, Montréal Chocolats (fins \u2014 minuscules) Livraison: Denyse, 4909 ouest, Sherbrooke, Tél.EL.4877 .Montréal Collège Bilingue Commercial : O\u2019Sullivan Bilingual College, 132, St-Jean, Tél.3-5505, Québec Collège Versailles : Fortin Business Colleges, 840, Cherrier, Tél.AM.6440, Montréal Compliments : Compliments d\u2019un ami : C.N.E.Compliments d\u2019un ami : J.E.S.J.P.Laberge Enrg.Un ami de la Revue.Un ami de la Revue : A.D.& Fils Ltée.W.A.Baker, Palais de Justice .Montréal Constructions, Démolition, Matériaux à Vendre : Tétrault Frères, 1200, av.de l\u2019Eglise, Tél.WI.8152, Verdun Corsets, Brassières, Lingerie : Mademoiselle Enrg., 89, Cartier, Tél.5522 .Québec Salon Elégant, 353ÿ2, rue St-Jean, Tél.3-0543 .Québec Cours Anglais, sténographie bilingue et dactylographie : Sturton School, 93, Crémazie, Tél.9571 .Québec Cours par Correspondance : International Correspondance Schools Canadian Ltd., 115, St-Jean, Tél.2-5905, Québec Courtiers D\u2019Obligations : Frs Letarte, Prés., L.-A.Pedneault, Vice-Prés.La Corporation de Prêts de Québec, 132, St-Pierre, Tél.2-4765, Québec Courtiers en Épiceries : Brault, Anastase, 1891, Roberval, Tél.WE.4237 .Montréal Couvreurs : Falardeau, Eugène Ltée, 141, Dorchester, Tél.9677 .Québec Crème Glacée : Crémerie Mont Blanc Enrg., 149, Renaud, Tél.2-6841 .Québec Directeurs de Funérailles : Bouchard, J.& Fils, 54\u20145e rue, Tél.4-1113 .Québec Doreurs-Argenteurs-Orfèvres : Beaugrand, Gilles, 846, de l\u2019Epée, Tél.DO.2950 .Montréal Belleville, J.Arsène Ltée, 47, Sous-le-Fort (Basse-ville) Québec Drive Yourself : Jobidon, Robert, 250, St-Paul, Tél.2-5317 .Québec Eau de Javelle : L\u2019Eau Merveilleuse Enrg., 39-7e rue (Limoilou), 4-2661, Québec Electriciens, Moteurs, Générateurs et Réparations : Guay & Frère Enr., 7, de la Salle, Tél.4-1811 .Québec Entrepreneurs Généraux : Cauchon, Magloire Ltée, 311, de la Salle, Tél.6179 .Québec Lamontagne, F.-X., 411, Boulevard Charest, Tél.3-0590, Québec Michaud & Simard, 460, Arago, Tél.5244 .Québec Ouellet, Ludger, 87, St-Cyrille, Tél.2-1710 .Québec Épiciers-Bouchers : Gougeon, J.B., 175, Rochester, Tél.8-0030-8-0031, Ottawa, Ont.Épiceries en Gros : D\u2019Aoust, P.Ltée, 11, York .Ottawa, Ont.Lamarche, J.-H., 6749, St-Laurent, Tél.CR.2155 .Montréal Letellier, J.-B.-E.Enrg., 112,Dalhousie, Tél.2-3931 .Québec Estampes en Caoutchouc : A.Derome et Cie Enrg., 25 est, N.-Dame, LA.2392, Montréal Farine, Engrais, Grains, Foin, Bois, Charbon : Gervais, Paul et Frère, 5298, Henri-Julien, CA.1157, Montréal VI B onnes adresses a cons ult er Ferronnerie b\u2019Art : Les Frères Lebrun, 456, Niverville Trois-Rivières Membres Artificiels : Duckett, J.-A., 2014, Bleury, Tél.HArbour 0630 .Montréai Fourrures : Alain, P.A.Ltée, 203, St-Joseph et 79, de l\u2019Eglise, 5106, Que.Bernard, Léo, 810, St-Vallier, Tél.3-1329 .Québec Desjardins, Chas, et Cie, 1170, St-Denis, Tél.HA.8191, Mtl.Fourrures de Luxe, 7, Ste-Ursule, Tél.4-0864 .Québec Laliberté, J.-B.Ltée, 145, St-Joseph, Tél.6191 .Québec Sanfaçon, Honoré, 110, rue de la Couronne, Tél.7419, Québec Turcotte, N.-Geo., 162, Côte d\u2019Abraham, Tél.4-1459 .Québec Zicat, Laurent, 579, St-Jean, Tél.9627 .Québec Fruits et Légumes : Leblanc, A., 93, St-André, Tél.2-3981 .Québec Grains, Moulées, Provisions : Frenette & Fils Enrg., 176, St-Pierre, Tél.2-8070 .Québec Gravures (images et cartes gravées) Embossage : Fréchette, Louis, 46, Côte de la Montagne, Tél.2-7775', Québec Habits et Merceries : Cusson et Cusson, Place du Marché, rue Cascades, St-Hyacinthe Huile à Brûleurs : Trudelle Petroleum Enrg., 195, Franklin, Tél.3-1352 .Québec Immeubles : Thibodeau, L.P.R., 325, boul.Charest, Tél.3-5322 .Québec Immeubles (vente, achat, expertise, finance) : Paquet, Geo., 351, boul.Charest, Tél.4-4221 .Québec Importateurs et Fabricants D\u2019Objets de Piété : Génin, Trudeau et Cie, 38 ouest, N.-Dame, LA.2261, Montréal Imprimeurs (médéric parent et onil paré, prop.) : Imprimerie Bégin Enrg., 40, St-François, Tél.3-1252, Québec Industrie Laitière (Machines, ustensiles, app.frig.) : Trudel, B.et Cie, 304, Carré Youville, Tél.MA.8067, Montréal Laboratoire Farley \u2014 Hull, P.Q.Fabricant des « Antalgines » contre les Maux de Tête.Lait, Crème, Beurre, Œufs et Fromage : Clark Dairy Ltd., 634, Av.Bronson, Tél.5-1811, Ottawa, Ont.Coopérative Lait et Crème, 4101 est, N.-Dame, AM.2171, Mtl.La Ferme St-Laurent Ltée, 6768, Garnier, CR.2188-9, Montréal Laiterie de Québec Ltée, 75, av.du Sacré-Cœur, Tél.7101, Québec Librairie (en gros seulement) : Librairie J.A.Parent, 310%, St-Joseph, Tél.5630 .Québec Libraires : Granger Frères Ltée, 56 ouest, N.-Dame, LA.2171 .Montréal La Librairie Dominicaine : 5375,avenue NotrerDame de Grâce, Tél.EL.4677 .Montréal 95, avenue Empress, Tél.2-7363 .Ottawa Liqueurs Douces : Fortier, Elzéar Ltée, 115, St-Dominique, Tél.2-3891 .Québec Magasins à Rayon : Bouchard,\tL.,\t750-760, St-Vallier, Tél.2-5638 .Québec Dubuc, T.\tD.,\t214-218, St-Jean, Tél.\t2-3961 .Québec Dupuis Frères\tLtée, Tél.PL.5151 .Montréal Paquet et\tCie\tLtée, 157, St-Joseph,\tTél.8131 .Québec Pharand, J., 85, Champlain, Tél.2-5315 .Hull, P.Q.Syndicat de Québec Ltée, 215, St-Joseph, Tél.4-3561 .Québec Manufacturiers de Fournitures Funéraires : Girard et Godin Ltée, T.-Riv.et 34 o., St-Paul, LA.9214, Mtl.Manufacturiers de Portes et Châssis, Bois : Pilon, Jos.Ltée, 79, Boul.du Sacré-Cœur, Tél.3-1116, Hull, P.Q.Marchands de Thés et Cafés : Désy, J.-A., 1459, Delorimier, Tél.FR.2147 .Montréal Marchands de Thés, Cafés et Épices en Gros : Bourque, A., 262 est, St-Paul, Tél.HArbour 7630 .Montréal Marchands Tailleurs : Mathieu, Lucien Enrg., 2251, Frontenac, FR.1803 .Montréal Matelas, Sommiers, Etc.: Matelas Frontenac Enrg., 15, Boisseau, Tél.5347 .Québec Matériaux de Construction : Les Industries G.-I.Lachance Inc., 263, St-Paul, 2-6403, Québec Meubles, Divans, Studios, Matelas à Ressorts, Peélarts : Vézina & Filion Enrg., 227 \u2014 3e avenue, Tél.4-2300 .Québec Nettoyeurs et Teinturiers : Breton, J.-H., 2461, des Carrières, Tél.CR.4168 .Montréal Notaires : Labrèche et Labrèche, 10 ouest, St-Jacques, MA.3373, Montréal McKay, R.E., 4948, av.Verdun, Tél.YO.5322 .Verdun Nouveautés, Merceries, Tapis, Prélarts : Alepin, J.et Frère Ltée, 4295 ouest Notre-Dame, Tél.WE.1108 ; 4719, Wellington, Tél.YO.1144, Montréal Opticiens D\u2019Ordonnances : Derouin, O.L., 37, Metcalfe, Tél.2-4976 .Ottawa, Ont.Lamontagne, Etienne, 1065, St-Prosper, Tél.2178, Trois-Rivières Optométristes et Opticiens : Ledoux, Arthur, 180, Cascades, Tél.10 .St-Hyacinthe Lemire, André, 4226, St-Denis, Tél.HArbour 8856 .Montréal PÂTISSERIE, Mme ALPH.MALOUIN, PROP.: La Pâtisserie Enrg., 34%, Victoria, Tél.3-0901 .Québec Pharmaciens : Pharmacie Aimé Roussin, 2823, Masson, CH.2103 .Montréal Pharmacie P.-H.Soucy, 85, Cartier, Tél.2-1235 .Québec Pharmacie Canadienne, Mme L.Lippens, propr., 1661 ouest, Notre-Dame, Tél.WI.1771, Montréal Pharmaciens en Gros : Durocher, G.E., 139, Queen, Tél.2-5309 .Ottawa, Ont.Photographes : Edwards, W.B., 259, St-Jean, Tél.2-7595 .Québec Studio Bell, 59, St-Joseph, Tél.4-2106 .Québec Pierre : Carrière Gravel Ltée, 282, St-Paul, Tél.2-4122 .Québec Plombiers-Couvreurs-Électriciens : Asselin, J.-A., 37, Hermine, Tél.9670 .Québec Dorion, Jules, 11, rue Ramsay, Tél.4-2916 .Québec Morin Enrg., J.B., 14, rue Champlain, Tél.2-5548 .Québec Plombiers \u2014 Ouvrage de Marine : Morin, L.-P., 31, Sault-au-Matelot, Tél.4-3617 .Québec Produits Alimentaires (Manufacturiers) : Old City Mfg.Co.Ltd., 4, Mgr Gauvreau, Tél.2-5273, Québec Produits Pharmaceutiques : Sylvain Ltée, 406 est, Notre-Dame, Tél.HA.5374 .Montréal Professeur de Musique (GUITARE, MANDOLINE, VIOLON) : Gagnon, T.W., 208, N.-D.des Anges, Tél.2-3700 .Québec Provisions, Poisson.Fruits, Etc.: Dominion Fish & Fruit Ltd., Tél.2-7036 .Québec Quincaillerie en Gros et Détail : Lemieux, Jos.-E.Enrg.Québec O\u2019Neil & Richard Ltée, 134, du Pont, Tél.2-1594 .Québec Quincailleries Générales : Gravel, Ludger et Fils, 3447, Av.du Parc, Tél.HA.5211, Mtl.Grégoire, J.-R., 3605 est, Ontario, Tél.FA.1167-8 .Montréal Restaurants : Le Roi du Chien Chaud Enrg., 1478 est, Sainte-Catherine, Tél.AM.6969, Montréal Terra Cotta : Montreal Terra Cotta, 1010 o., Ste-Catherine, MA.1816, Mtl.Transports : St-Hyacinthe Transport, 34, Piété, Tél.356-122 .St-Hyacinthe Valeurs de Placement : Dubé, Oscar & Cie Inc., 105, Côte de la Montagne, Tél.2-4061, Québec Société Générale de Finance, Inc., 57 ouest, St-Jacques, Tél.HA.5168, Montréal Médecins : Castonguay, Dr E.-J., 4231 est, Ste-Catherine, CH.0560, Mtl.Gratton, Dr Albert, 781, du Couvent, Tél.WE.5476 .Montréal Pilon, Dr Henri, 251, boul.St-Joseph, Tél.2-0563, Hull, P.Q.Pouliot, Dr Antoine, 68, Ste-Ursule, Tél.2-4455 .Québec VIANDES EN Gros (Fraîches et Fumées) : Marché de Québec Enrg., 26-28,1ère rue, Tél.2-2016 .Québec Violon (Cours Théoriques) : Talbot, J.Robert, 255, Fraser, Tél.5244 .Québec VIT Sommaire Mars 19 ^ Th.-André Audet, O.P.: Souffrance et bonheur du théologien «Je lis la vie du saint et du docteur à son achèvement, ravi devant son crucifix.«Tu as bien écrit de moi, Thomas.Quelle récompense attends-tu ?» \u2014 «Nulle autre que vous, Seigneur».C\u2019est la réponse du théologien, peut-être tenté de brûler ses œuvres, mais qui n\u2019abandonne pas son objet ».M.-A.Lamarche, O.P.: La manne sacrée de nos dogmes « L\u2019essentiel est de découvrir dans nos dogmes cette manne secrète qui soutient l\u2019Eglise en marche et la mène plus loin que celle qui tombait sur les camps d\u2019Israël en fuite ».G.-LI.Lévesque, O.P.:\tLe bon serviteur « L\u2019argent est fait pour servir.Retenu dans son rôle de serviteur, il peut accomplir, grâce à nous, de grandes choses, mais à condition que nous soyons assez grands seigneurs pour nous conduire à son égard, comme Dieu se conduit à l\u2019égard de sa création ».Loger Duhamel : La culture intellectuelle et les professions libérales «Trop d\u2019entre nos professionnels s\u2019imaginent que la fin de la culture consiste à citer à plus ou moins bon escient quelques phrases latines empruntées aux pages roses du petit Larousse ! » Lex Desmarchais :\tLes colonialismes nécessaires «Nous sommes coloniaux.Prenons cette assertion pour la vérité.Et puis, après ?Est-ce pour nous le pire des maux ?Nous pourrions, je crois, en éprouver un plus funeste : celui d\u2019être libres.Paradoxe ?En apparence seulement ».Guy Sylvestre :\tLouis Aragon « Ce qui nous prouve le mieux peut-être que la domination allemande n\u2019est en France que physique, c\u2019est le chant des poètes qui s\u2019élève, pur et dépouillé, à la gloire de la Patrie et de la Liberté ».Directives pratiques Raymond Charland, O.P.: Peut-on se confesser à un laïque ?Père Y.: Réponse à une lettre.Le sens des faits A.-M.Brunet, O.P.: L\u2019Association catholique d\u2019Etudes bibliques au Canada.M.-V.Masson, O.P.: Mes impressions sur La Trappe de Rogersville en Acadie.Philippe Deschamps, C.S.V.: Pour que la France vive.L\u2019esprit des livres Dom G.Mercure, O.S.B.: «Rythmique grégorienne » (Richard-M.Mignault, 0.P.).R.P.Lorenzo Gauthier, C.S.V.: «Maman médite » (Albert Lacroix).R.P.Jacques Tremblay, S.J.: «Constantes» (Albert Lacroix).Paul Vignaux : «France, prends garde de perdre ton âme» (Claude Clément).T.R.Père Louis Lachance, O.P.: «Philosophie du Langage» (A.Papillon, 0.P.).Abbé Arthur Maheux : «Pourquoi sommes-nous divisés \u2018?»(Yves Filfe).Marie de Villers : «Réponse à Désespoir de Vieille Fille» (Gabriel-M.Lussier, 0.P.).Alice Lévesque-Dubé : « Il y a soixante ans» (Claude Clément).VIII REVUE DOMINIUINE Directeur : MARCEL-M.DESMARAIS, O.P.Volume L Tome I Mars 1944 Souffrance et bonheur du théologien Telle formule du journal et du peuple, à la réflexion, délivre toute une philosophie spontanée.Ainsi, le slogan des publicistes : « les idées mènent le monde » ; ainsi, chez l\u2019homme de la rue, sa version : « être esclave d\u2019une idée ».Je dis, de même : la théologie est une servitude.C\u2019est la vérité qui libère et c\u2019est la foi qui vainc le monde ; mais la théologie est une servitude.Et le paradoxe \u2014 non, entendez plutôt le mystère \u2014 c'est d'asservir la théologie à la vérité et à la foi.Glorieuse de cette allégeance spirituelle, la théologie ne déchoit pas èi ne plus être qu\u2019un esclavage de la raison ; c\u2019est une servitude du cœur, car j\u2019accepte les catégories de Pascal.Saint Thomas d\u2019Aquin, parce qu\u2019il fut un génie et un saint, a pu oser ce paradoxe et ce miracle.Le moyen âge, celui des clercs puisqu\u2019il n'y eut que celui-là, avait connu une discussion périlleuse.L\u2019invasion totalitaire de la dialectique péripatéticienne menaçait l\u2019hégémonie de la théologie sur le savoir humain.Mépris sceptique ou optimisme fabuleux, toutes les tendances extrêmes qui saluent mie renaissance, divisaient les esprits.Un concordisme naïf crut faire droit aux 129 Revue Dominicaine prétentions clés maîtres et des disciplines compromises : ce fut la théorie opportuniste des « deux vérités ».La vérité théologique pouvait être fausse parfois, toujours provisoire, chez les philosophes et les dialecticiens.La philosophie déposait son bagage de vérités profanes avant de franchir le seuil de la théologie.Dieu avait ses vérités, la raison les siennes, et les esprits forts cachaient leurs préférences secrètes, s'accommodant de la contradiction.Ce fut une autre destinée de VAquinate de démasquer cet artifice aventureux.Non point dualisme rebelle et dissensions irréductibles de certitudes et de vérités, puisque Dieu est Vunique soleil du vrai ; mais vérité d\u2019évidence en philosophie jamais insurgée contre la vérité du témoignage en théologie.Ainsi se réconciliaient les deux savoirs en préservant leur autonomie clans une soumission hiérarchique et sans dissentiment possible.L\u2019histoire connaît tous les reculs, et les gens d\u2019église de notre temps ont ravivé la chicane médiévale.Je ne sais si l\u2019on a vraiment réalisé l\u2019impasse tragique et infiniment douloureuse où se sont engagées certaines âmes.Bien de plus navrant que leur décision exaspérée de répudier la théologie, non plus cette fois au nom d\u2019une philosophie émancipée, mais bien sous la pression d\u2019une révolte, peut-être d\u2019une faillite spirituelle.Soit, il y a la catégorie de la certitude abstraite, et c\u2019est la théologie en soi.A côté \u2014 et voilà bien le monstrueux que ce soit à côté \u2014 il y a la vie, la vie tout court, la vie chrétienne surtout et son évasion mystique.Les postulats, les critères, le vocabulaire de la théologie en soi perdent ici leur sens et leur valeur ; le système n\u2019est pas transposable dans l\u2019expérience.La vie doit enfanter elle-même sa doctrine et sa vérité.Cette ferveur, naïve parfois jusqu\u2019aux excès de l\u2019encratisme, ce retour délectable à l\u2019Evangile 130 Souffrance et bonheur bu théologien et à sa simplicité sans ergotage, c\u2019est l\u2019exultation de qui recouvre l\u2019air et peut enf in respirer.Pouvait-on dénoncer plus amèrement qu\u2019une certaine théologie ne s\u2019adresse pas aux vivants f Pourquoi cette régression désenchantée dans le dilemme des deux vérités : la vérité de la théologie en soi, la vérité de la vie et de la mystique ?Ces dernières années ont connu hien des discussions spéculatives et historiques autour de la notion de philosophie chrétienne.Contre ces contempteurs modernes de l\u2019enseignement sacré, faudrait-il donc s\u2019aviser un jour d\u2019amorcer le débat de leur théologie laïque ?Rien n\u2019est vivant comme de naître, et précisément Johannes Kuhn, le maître de Tubingue, a pu écrire : « Pas de théologie sans nouvelle naissance ».Je le mettrais volontiers en exergue à la Somme tliéologique de saint Thomas d\u2019Aquin.Serait-ce aveuglement de ma ferveur thomiste si je prétends que l\u2019expérience théologique de mon patron apporterait aux âmes ardentes qui cherchent la vie à côté de leur science cléricale, l\u2019exemple et l\u2019offrande d\u2019une conciliation vitale entre la vérité en soi et la vérité de la vie ?Qu\u2019on ne se laisse pas abuser par la gaine d\u2019aristotélisme qui enveloppe certains articles du Docteur concernant la nature de la théologie.A la lettre, pour lui, la théologie naît de la foi et comme toute naissance, celle-ci est douloureuse : elle est surtout vivante.L\u2019optimisme thomiste, que je sache, n\u2019a jamais débouté la théologie de ses prétentions èt la maturité technique d\u2019une science.Et si le thomisme est, en même temps, une présence spirituelle dont la première exigence réclame que la croissance du savoir théologique dans l\u2019âme du théologien se doit de rester inquiète et fervente comme la vie, comme la foi, pourquoi faudrait-il y voir un conflit avec les options spéculatives et les droits humains de la science et de la Revue Dominicaine sagesse ?Le théologien n\u2019a pas deux esprits : l\u2019un pour croire, l\u2019autre pour spéculer.Dans sa foi, c\u2019est toute sa vie humaine, toute sa passion d\u2019espérer et d\u2019aimer qui s\u2019attache, dans le plus exaltant des risques surnaturels, à la vérité de Dieu, ci la Personne de Dieu, Une expérience telle, pour peu qu\u2019elle soit intensément vécue, se prolonge en de frémissants échos dans l\u2019âme chrétienne.Le thomisme n\u2019a pas d\u2019autre origine spirituelle: la conscience et les objets de la foi sont le départ, psychologique autant que théologal, de sa démarche théologique.Quant au théologien, la rançon pour avoir quitté ce principe, serait d\u2019errer, dans tous les sens du mot : comme l\u2019égaré qui marche à l\u2019aventure, comme le sectaire qui a perdu le pôle de la vérité.Servitude du cœur, disais-je, servitude ardente et vitale de la théologie à la foi, à ce point que, pour le Docteur dominicain, l\u2019hérétique le mieux rompu aux syllogismes orthodoxes ne serait jamais un théologien.L\u2019hérétique a perdu, avec la foi infuse, l\u2019objet vivant de la théologie.Sans la foi, pas de théologie.J\u2019ajoute qu\u2019une foi sans théologie, plus encore une mystique de la foi sans théologie, est inconcevable.L\u2019intelligence humaine est un organe de vision, et prenez garde que vous ne la mutileriez pas impunément, La foi reste une certitude obscure et la condition de son réalisme humain veut un effort persévérant pour contempler sa vérité, non pas au gré d\u2019intuitions fatales, mais bien dans l\u2019angle de certitudes éprouvées et familières.Effort douloureux qui est la souffrance du théologien, parce que les promesses de sa foi sont trop béati-fiques pour être vues sans mourir.La théologie m\u2019apparaît comme cette tentative angélique où l\u2019esprit voudrait réduire aux espèces de sa lumière des objets qui ne sont invisibles que pour être trop fulgurants.132 Souffrance et bonheur du théologien Ce fut la tâche ardente du Docteur Angélique.Saint Thomas d\u2019Aquin écrivait dans la dernière partie de sa Somme, aussi la dernière partie de sa vie, que l\u2019achèvement de toute la théologie \u2014 theologici negotii \u2014 doit se consommer dans le Christ Sauveur.Negotium theologicum, cette expression porte un aveu : l\u2019affaire de la théologie ; la théologie, une profession, un état de vie.Je consens que vous discutiez ma traduction.J\u2019accorde que le maître trouvait toute faite cette alliance des termes dans la version à son usage des Noms Divins du pseudo-Dcnys.Le sens calqué sur le grec est même prosaïque : le traité de théologie.Pour une fantaisie de la critique, ne faites pas enchère de la vérité des choses, de la vérité de l\u2019histoire.Chez ce théologien qui fut un saint, la théologie a été vraiment l\u2019affaire professionnelle de sa vie.Son enseignement de la doctrine sacrée est estimé un devoir plus responsable et une tâche plus fructueuse que la prédication à l\u2019église: il a mis un zèle tenace \u2014 et c\u2019est la seule violence qu'on lui ait connue \u2014 à revendiquer le droit d\u2019enseigner pour l\u2019Ordre des Prêcheurs.Sur ce point, il ne consentait pas à se considérer Mendiant.Le théologien, il le compare à l\u2019architecte sur le chantier qui dirige les artisans et les maçons : c\u2019est sa fierté de sa corporation.Non, sa théologie n\u2019était pas à côté de sa vie, à côté de sa sainteté.Je lis la vie du saint et du docteur à son achèvement, ravi devant son crucifix.« Tu as bien écrit de moi, Thomas.Quelle récompense attends-tu f » \u2014 « Nulle autre que vous, Seigneur ».C\u2019est la réponse du théologien, peut-être tenté de brûler ses œuvres, mais qui n\u2019abandonne pas son objet.Sa théologie et sa vie ensemble ont trouvé leur consommation dans le Christ, et c\u2019est l\u2019allégresse du saint de ne l\u2019avoir jamais perdu.Sa science est restée asservie cl sa foi.la souffrance 133 Revue Dominicaine des yeux qui ne voient pas.Le bonheur de la vision l\u2019attendait au terme.Il n\u2019y a qu\u2019une vérité où communièrent la souffrance et le bonheur du théologien.Th.-André Audet, O.P.Mars-avril 12^-19\t: Vile centenaire de la vocation dominicaine et théologique de saint Thomas d\u2019Aquin.134 La manne cachée de nos dogmes Nos dogmes sont dits « générateurs de piété », selon une formule d\u2019abord employée par l\u2019abbé Gerbet, contemporain de Lacordaire, et reprise de nos jours par l\u2019abbé Tanquerey, sulpi-cien.Il convient que la mystique et la prédication s\u2019en emparent, puisque l\u2019influence du dogme sur la vie pieuse et sur la vie vécue paraît, à l\u2019heure actuelle, une vérité oubliée du plus grand nombre, en pratique du moins, et pourtant plus opportune que jamais.Les dogmes catholiques sont des vérités révélées, c\u2019est-à-dire extraites de l\u2019Ecriture ou de la Tradition, ou des deux, puis définies, proposées et imposées par l\u2019Eglise.A ces vérités surnaturelles un chrétien adhère par la foi ou devient anathème en s\u2019v refusant.Ces dogmes du credo sont générateurs de la piété, non pas en ce sens qu\u2019ils la produisent directement, c\u2019est le rôle de la grâce, mais parce qu\u2019ils la provoquent, la stimulent, la nourrissent, et l\u2019empêchent de tomber dans l\u2019illusion ou le mensonge.Par là même ils constituent, en temps normal comme en temps de crise, une base indispensable à la vie intérieure.L\u2019expérience quotidienne en fait foi.Combien souvent il arrive qu\u2019on se sente bloqué dans l\u2019oraison, muet de parole ou de pensée.Les distractions affluent.En supposant qu\u2019à la longue on s\u2019en débarrasse, on se retrouve quand même en présence d\u2019un mur et l\u2019entretien avec Dieu paraît tout un problème.Encore si notre silence était un silence plein, chargé d\u2019attention, comme celui que nous observons parfois en ouvrant le radio pour une émission d\u2019importance ; il y aurait lieu de s\u2019en féliciter : nous serions pour une fois dans l\u2019attitude des âmes parfaites.Mais non, il s\u2019agit d\u2019un silence vide qui 11e sait ni parler ni écouter.Que n\u2019appelons-nous un ou plusieurs dogmes familiers à 135 Revue Dominicaine notre aide.En commençant, par exemple, par le premier article du Symbole : Je crois en Dieu le Père tout-puissant.La paternité de Dieu, voilà une vérité de nature à changer le climat et l\u2019horizon de la prière ; de nature à desceller nos lèvres en libérant nos facultés et surtout notre cœur.Nous traitons encore avec un pur esprit sans doute, mais un esprit que nous pouvons contempler sous les traits aimables d\u2019un père selon la chair.Nemo tam pater, nul n'est père à si haut degré.Il est vrai que ce concept appliqué à Dieu surpasse infiniment nos idées communes sur la paternité.Mais le rapport subsiste et correspond en partie à ce que nous en connaissons.Voilà pourquoi Notre-Seigneur ne craint pas de pousser l\u2019idée jusqu\u2019au bout quand, parlant de la prière, il interroge : Lequel parmi vous, s\u2019il demande un morceau de pain à son père, en recevra une pierre ?Lequel, demandant un poisson, en recevra un serpent ?Mais tandis qu\u2019un père de la terre se verra parfois, faute de ressources, empêché dans ses largesses, notre demande ici monte vers un donateur tout-puissant, Patrem omnipotentem.Alors le cœur se dilate et s\u2019établit dans la confiance.L\u2019esprit s\u2019anime à son tour, car les intérêts se précisent, comme dans la prière dominicale.Les intérêts divins : nous demandons que le nom du Père soit sanctifié, son règne instauré, sa volonté accomplie sur la terre comme au ciel.Et nos propres intérêts : le pain quotidien, le pardon des offenses, la délivrance des tentations et du mal sous toutes ses formes.Il sera peut-être superflu de pour-suire jusqu\u2019à la fin de la supplique pour y puiser les vitamines de la journée.L\u2019abbé Bremond rapporte ce trait d\u2019une petite bergère du Dauphiné dont la prière resta cinq ans suspendue au premier mot : notre Père.Et voici l\u2019explication naïve qu\u2019elle en donnait : « Lorsque je prononce ce mot Père et que je consi- 136 La manne cachée de nos dogmes dère que Celui qui est là-haut, que Celui-là même est mon Père, je pleure et demeure tout le jour en cet état en gardant mes vaches ».On conçoit que le Père Garrigou-Lagrange ait pu recourir à Inexpérience pour consolider sa thèse sur l\u2019appel général des âmes à la contemplation infuse.Mais un chrétien peu entraîné à la prière mentale aura peut-être besoin de méditer ensuite la finale de ce premier article : Greatorem cœli et terrœ.Dieu créateur, qui niera que cette vérité, à la fois naturelle et surnaturelle, soit excitatrice de dévotion.La plupart des gens paraissent sincères quand ils proclament trop bruyamment leur amour de la nature.Il y a autre chose que la mode ou le souci d\u2019hygiène dans la ruée estivale vers le chalet de la montagne au bord d\u2019un lac.Sentiment simple, accessible à tous, très humain dans ses racines, mais que la foi aime à transposer.En présence du fond stable ou des scènes mobiles de la création, l\u2019âme se recueille et monte, et la prière de demande se transforme aisément en prière de louange.Il devient facile, même à qui veut se taire, de prêter aux objets de la nature la voix qui leur manque et surtout le cœur qu\u2019ils n\u2019ont pas.Quoi de plus simple que le cantique de saint François, ou le poète mystique exhorte à louer le Seigneur, notre sœur la lune, notre sœur la terre, notre sœur l\u2019eau \u2014 et nul doute qu\u2019habitant le Canada ou la Savoie, notre saint eût ajouté notre sœur la neige.Quoi de plus simple, dans l\u2019Ecriture et le Missel, que le cantique des trois jeunes hommes : Bénédicité omnia opera Domini Domino, cet appel aux éléments, aux planètes, à bénir le Seigneur par la puissance dynamique, les prestiges de beauté, de mystère, d\u2019harmonie et de grâce qui résident en eux.Ah ! oui, Dieu créateur, encore un de ces dogmes abstraits, aux rigides contours, qui aident à prier, au point que sans eux la prière AKv.137 Kevue Dominicaine demeure un pur instinct, un cri de lâcheté vers un ciel problématique.Il faut en effet à l'oraison et à la prière commune autre chose qu\u2019une nourriture et des stimulants.Il leur faut une direction, une sauvegarde intellectuelle, un terrain d\u2019appui.Si ce terrain n\u2019est pas la vérité, gare aux illusions, à l\u2019illuminisme et aux scandales.Combien d\u2019hérésies, suivies de condamnations formelles, ont commencé à genoux, dans et par la fausse piété.Le message du Christ est assez chargé de mystère, sans que l\u2019imagination en délire de tel individu vienne diluer ce message en mille incantations, supercheries et frénésies dont l\u2019impudicité parfois n\u2019est pas absente.Plusieurs groupements soi-disants religieux ont pris naissance en Canada de cette façon et mis en branle la machine judiciaire.Voilà pourquoi notre Eglise se méfie des dévotions nouvelles et s\u2019oppose, par exemple, à ce qu\u2019on publie des prières de forme liturgique non revêtues de son approbation.Qu\u2019est-ce qui manquait aux initiateurs de ces confréries, à part l\u2019humilité et l\u2019obéissance chrétienne ?Le dogme, le dogme authentique, figé dans la formule, encore que susceptible d\u2019évolution.Le dogme, terrain d\u2019appui assez solide pour prévenir les enlisements ou les chutes, assez riche pour permettre à la piété individuelle de s\u2019épanouir, fût-ce en exhibant des traits à part comme on voit fréquemment dans la vie des Saints.C\u2019est dans la liturgie que se manifeste avec le plus de force et d\u2019éclat l\u2019irradiation du dogme sur la piété commune ou privée.Pourquoi cette insistance de l\u2019Eglise à la promouvoir de toutes façons, jusqu\u2019à présenter aux fidèles un feuillet du missel à leur entrée au temple ?Sans doute pour l\u2019onction, la douceur intime et l\u2019élan vital qu\u2019elle contient, mais avant tout comme garantie 138 La manne cachée de nos dogmes doctrinale de la piété.Pourquoi disons-nous de tel rite plus ou moins étrange, de telle formule plus ou moins audacieuse : « Ne craignez rien, c\u2019est une cérémonie liturgique, c\u2019est du vocabulaire liturgique », comme si liturgie officielle était synonyme d\u2019orthodoxie ?C\u2019est parce que la liturgie puisant largement dans l\u2019Ecriture et la Tradition et le dogme résultant de l\u2019une et de l\u2019autre, il faut admettre que la liturgie est à base dogmatique \u2014 tout en offrant avec la théologie cette différence que le donné révélé s\u2019y exprime dans une langue pleine d\u2019images et dans des rites pleins de symboles.Ainsi le missel protège la dévotion populaire tout en donnant satisfaction aux esprits les plus cultivés.Quand parut vers 1850 l\u2019Année Liturgique de Dom Gué-ranger, un journal sectaire de Paris publia cette sorte de réclame : « Voilà un ouvrage qui fera autant de mal que les Contes de Voltaire ont fait de bien ».Clairvoyance de la haine, sans doute, mais ce journal voyait clair et sa prédiction se réalise.Que d\u2019âmes redressées, affermies, orientées, à la lecture de ces chapitres de longue haleine où la liturgie prête aux saisons son rythme et sa couleur, en rattachant la vie chrétienne, comme aussi, bon gré mal gré, la vie mondaine, aux diverses phases de la vie terrestre de Jésus-Christ.Il n\u2019est pas interdit de recourir, pour s\u2019assimiler le dogme, à une information plus directe et plus profonde, comme la fête de saint Thomas nous y convie.Le ton de certaines revues, comme l\u2019allure de certains mouvements, semble indiquer chez les jeunes un renouveau de ferveur thomiste.Chacun peut suivre son attrait.L\u2019essentiel est de découvrir dans nos dogmes cette manne secrète qui soutient l\u2019Eglise en marche et la mène plus loin que celle qui tombait sur les camps d\u2019Israël en fuite.M.-A.Lamarche, O.P.139 Le bon serviteur Nous le rappelions, ici même, le mois dernier, l\u2019argent est un mauvais maître, non seulement parce qu\u2019il est un usurpateur, mais aussi parce qu\u2019il est un corrupteur.Lorsque nous devenons ses esclaves, son pouvoir illégitime nous avilit.Son effigie, imprimée sur notre âme, y remplace l\u2019image du Dieu qui nous a pourtant constitués maîtres et seigneurs de sa création, comme Tl l\u2019est Lui-même.C\u2019est que l\u2019argent est fait pour servir.Retenu dans son rôle de serviteur, il peut accomplir, grâce â nous, de grandes choses, mais â condition que nous soyons assez « grands seigneurs » pour nous conduire à son égard, comme Dieu se conduit à l\u2019égard de sa création.Pour cela, une attitude d\u2019âme est requise : elle consiste à garder son cœur libre et sans attache, selon la forte expression de Huxley, â rompre en nous les chaînes secrètes de l\u2019égoïsme, à nous dégager de l\u2019empire des intérêts obsédants et mesquins.Léon Bloy, je crois, écrivait à un ami qu\u2019il invitait : « Ma femme et moi nous vous ferons un accueil magnifique, un accueil de pauvres ».Mot profond ! Ce qui rend un accueil vraiment grand, ce n\u2019est pas la vaisselle d\u2019argent, ni les salons luxueux, c\u2019est la libéralité du cœur.La veuve, dans sa chaumière paysanne, n'a peut-être à offrir qu\u2019un morceau de pain, une place sur le banc au soleil, un coin auprès de l\u2019âtre ; mais ce qu\u2019elle donne, elle le donne facilement, avec un cœur libre de regrets, en pauvre du Seigneur.Car la pauvreté du Seigneur ne se mesure pas à l\u2019indigence et à la privation, mais au détachement intérieur, à la joie de donner, à l\u2019amour qu\u2019on joint au don.Si le pauvre donne en moindre quantité, il donne avec plus de liberté d\u2019âme et il s\u2019élève, malgré l\u2019humilité de sa condition, à une maîtrise de 140 Le eon serviteur soi, à une domination des richesses, à une distinction et à une élégance d\u2019âme où Dieu lui-même reconnaît l\u2019image de sa propre liberté et de sa souveraineté à l\u2019égard de ses créatures.Ne nous est-il pas arrivé à tous de recevoir ce don du simple ?Celui-ci était peut-être pauvre, il était peut-être riche, mais il était libre dans son cœur.Et même s\u2019il avait à s\u2019imposer un sacrifice coûteux, nous n\u2019en étions point humiliés ; nous nous sentions au contraire ennoblis par cette grâce, et notre égoïsme fondait à sentir cette liberté, dégagement que nous devons tous acquérir si nous voulons pouvoir user de l\u2019argent, comme le maître de son serviteur.D\u2019autre part, si l\u2019argent est un serviteur, il faut qu\u2019il travaille.N\u2019est-ce pas le devoir du serviteur ?Fruit du travail humain, l\u2019argent est d\u2019ailleurs lui-même, dans une large mesure, du travail mis en réserve pour l\u2019avenir.Et il ne continuera à jouer son rôle qu\u2019en se remettant au travail.Alors se manifestera son inépuisable utilité : non seulement lorsqu\u2019il fera jaillir de nouvelles productions, mais aussi parce qu\u2019il fournira aux hommes du travail.Il faut donc convertir l\u2019argent en travail, car c\u2019est celui-ci et non l\u2019argent qui est fécond.Les pièces d\u2019or ou le papier à l\u2019effigie des dollars ne produisent rien par eux-mêmes s\u2019ils ne se muent, grâce à l\u2019échange, en machines, en terre, en prairies, en troupeaux d\u2019animaux.Alors l\u2019argent, de soi stérile et mort, prend vie : la machine est déjà du mouvement, de la vie ; la terre est vivante, son sein se gonfle au printemps et sa fécondité fait germer les moissons, et l\u2019animal, lui, nous donne le croît du troupeau, son lait et sa chair.C\u2019est donc en s\u2019investissant pour le travail que l\u2019argent joue son rôle de serviteur et il mérite alors respect et louange.Il mérite aussi son profit.Car tout serviteur qui travaille Revue Dominicaine a droit à ses gages.Seulement, remarquons-le bien, le profit qui lui revient lui appartient au titre du travail.Si l\u2019argent ne se convertit pas, d\u2019une façon ou d\u2019une autre, en activité laborieuse, s\u2019il demeure enfermé dans la stérilité du métal ou du papier-monnaie, ne servant de rien, ne produisant rien, il ne mérite pas le salaire du bon serviteur.Exige-t-il ce salaire qu\u2019il se transforme en usurier.L\u2019usure, c\u2019est l\u2019argent déshumanisé.L\u2019usure réclame pour ce qui est stérile la reconnaissance due à la fécondité, et c\u2019est pourquoi elle est, en même temps qu\u2019une injustice, une hideuse inversion des valeurs.Par contre, n\u2019avez-vous pas remarqué que l\u2019habitude de travailler avec un bon serviteur introduit peu à peu à son égard dans notre cœur comme une sorte d\u2019amitié ?Si paradoxal que cela puisse paraître, voici que l\u2019argent mis au travail par nous s\u2019humanise et qu\u2019un sentiment noirveau, tout autre que l\u2019instinct du lucre, apparaît dans notre âme.C\u2019est une chose naturelle, belle, grande, que de voir l\u2019artisan, le maître de la ferme, le chef d\u2019industrie, éprouver de la fierté, avoir une attache sentimentale, non seulement pour l\u2019entreprise qu\u2019il dirige mais aussi, disons-le, pour la richesse qu\u2019elle lui met entre les mains.Et ce sentiment est noble aussi longtemps que, dans son cœur, la pensée de la richesse n\u2019est pas séparée de celle du travail et du service, aussi longtemps qu\u2019il voit en elle son travail d\u2019hier et celui de demain.Il faut que l\u2019argent reste le serviteur des travailleurs, des familles, des pays et de la communauté humaine.Ce n\u2019est pas la multiplication des richesses que l\u2019Eglise a blâmée, c\u2019est sa séparation monstrueuse d\u2019avec le travail et le service de rhomine ; c\u2019est le régime où l\u2019homme domine l\u2019honune uniquement parce qu\u2019il a de l\u2019argent dans les mains ; c\u2019est l\u2019accaparement des 142 Le bon serviteur richesses par quelques-uns au détriment de Futilité de tous.Cette utilité de tous, elle n\u2019est pas seulement d\u2019ordre économique.L\u2019argent est un serviteur aux possibilités multiples.Quand il nous a permis de défricher la terre, de faire tourner l\u2019usine, de manger notre pain quotidien, son rôle ne fait encore que commencer.Il doit aussi et surtout travailler pour les valeurs spirituelles dans le monde.L\u2019argent doit être au service du Christ : N\u2019emportez ni bourse, ni trésor, dit Notre-Seigneur, à ses disciples qu\u2019il envoie prêcher l\u2019Evangile.C\u2019est qu\u2019il en a appelé d\u2019autres à une vocation temporelle.Et à ceux-ci II a confié le travail de la terre, la possession et l\u2019usage des richesses.Dans cette répartition des vocations, le Christ compte sur ces derniers pour soutenir la prédication de l\u2019Evangile et l\u2019exercice de son culte.L\u2019argent doit être au service de la miséricorde.Quelle faveur de la Providence que d\u2019avoir entre ses mains un peu de cette fortune qui permet d\u2019être bon, de calmer la faim, de secourir la misère, d\u2019aider un adolescent à guérir sa santé compromise ou à poursuivre son instruction, de permettre à d\u2019autres d\u2019être heureux enfin ! C\u2019est un privilège dont il faut bénir Dieu que de pouvoir faire monter, derrière soi, vers le Ciel, la bénédiction des misères soulagées, du bonheur semé par le ministère intelligent de ce bon serviteur, qu\u2019est l\u2019argent.L\u2019argent doit être au service de la vérité, de la culture et de la beauté.A quoi bon le progrès matériel sans celui de l\u2019esprit ?A quoi bon l'exploitation des richesses de la nature, si elle doit enlaidir le monde et défigurer la face de la terre sans permettre à la culture, à la science et au rayonnement de la civilisation d\u2019élever des âmes et de magnifier l\u2019homme spirituel dans sa gloire de maître de la terre ? Revue Dominicaine L\u2019argent doit être enfin au service de la liberté.Lui qui peut devenir un mauvais maître, le tyran de l\u2019homme cupide, le despote inhumain d\u2019une société sans âme, il peut aussi devenir le serviteur qui aide à l\u2019affranchissement.Liberté et dignité de celui qui possède son champ et sa maison ; liberté et dignité de celui qui ne craint ni le besoin, ni le chômage, ni la maladie, ni la vieillesse.Liberté et dignité de toutes les classes sociales devenues plus prospères.Liberté et dignité de tous les peuples enfin ! Et je pense tout particulièrement aux peuples opprimés, pillés et ruinés.Leur libération ne dépendra pas seulement de leur fermeté psychologique et de leur héroïque résistance à l\u2019oppresseur.Leur libération aujourd\u2019hui par la victoire, et demain la reconstruction de leur liberté dépendront d\u2019un aménagement de la richesse collective conforme à la destination providentielle qui la veut au service de toute la communauté humaine.Plus qu\u2019aucune autre dans l\u2019histoire du monde, notre société a multiplié les richesses qui se concrétisent dans l\u2019argent ou qui en proviennent.Malgré le gaspillage intense qui tourne actuellement le fruit de son travail vers la mort et la destruction, jamais elle n\u2019a eu entre les mains une telle possibilité de fortune, de tels moyens de produire et d\u2019accumuler.Et la puissance de l\u2019argent a grandi à mesure que l\u2019homme augmentait sa maîtrise sur l\u2019univers.Non seulement l\u2019histoire, mais Dieu même jugera notre société selon qu\u2019elle aura su ou non mettre cette puissance de l\u2019argent au service de l\u2019homme dans chaque classe, dans chaque pays, dans le monde entier.Mais souvenons-nous que lorsque Dieu jugera notre société, c\u2019est chacun de nous qui devra répondre pour elle.Georges-H.Lévesque, O.P.144 La culture intellectuelle et les professions libérales La presse canadienne est tombée d\u2019accord, ces semaines-ci, pour louer les mérites exceptionnels de sir Lyman Duff, qui vient de prendre sa retraite comme juge en chef de la Cour suprême du Canada.Ce juriste, qui a accédé à ce tribunal à l\u2019âge de 41 ans, a été le plus jeune avocat à recevoir pareille consécration de sa valeur juridique.Pendant 38 ans, il a exercé avec autorité ses hautes fonctions de magistrat et il a eu l\u2019occasion d\u2019influer considérablement sur l\u2019évolution constitutionnelle de notre pays.Dans sa vie privée, sir Lyman, malgré son âge avancé, demeure ce qu\u2019il a été toute sa vie, un liseur effréné, qui s\u2019intéresse vivement à tous les domaines du savoir.Ce qu\u2019on ignore davantage, c\u2019est qu\u2019il est un érudit de grande classe.Pendant des années, il a entretenu avec lord Haldane, membre du comité judiciaire du Conseil privé, une correspondance exclusivement en grec.C\u2019est un tour de force qui fera sans doute hausser les épaules aux collégiens qui sèchent d\u2019ennui sur leurs thèmes grecs.On admettra toutefois que cette prouesse est peu commune, à une époque où des réformateurs à la manque se targuent de professer dédain et mépris pour les études classiques, qui ne sont pas pratiques.Evidemment ! Le point à retenir et qui possède une valeur exemplaire, c\u2019est que la culture générale de sir Lyman Duff ne l\u2019a nullement empêché d\u2019exceller dans sa profession et de devenir Lun des plus brillants cerveaux juridiques de notre pays.J\u2019ajouterais volontiers, quitte à m\u2019attirer des sourires sceptiques des techniciens 145 Revue Dominicaine et des spécialistes, que c\u2019est dans une large mesure grâce à cette culture humaine que l\u2019ancien juge en chef est parvenu à un tel degré d\u2019excellence dans la connaissance et la pratique de son métier.Dans notre pays, nous avons trop tendance à dresser des cloisons étanches et arbitraires entre les diverses disciplines intellectuelles.Nous n\u2019aurions guère confiance en un avocat qui serait poète, même si nos préventions commencent à tomber à l\u2019égard d\u2019un médecin qui est romancier (Ringuet nous a peut-être aidés à cet égard à reviser nos préjugés).Sir Georges Gar-neau, mort octogénaire à Québec et qui occupait une situation de premier plan dans la vie financière canadienne, n\u2019avait pas craint de s\u2019initier à tous les secrets de la chimie et de participer aux travaux savants du Conseil national des recherches.Oublie-t-on par hasard qu\u2019un monsieur aussi uniformément solennel et grave que l\u2019ancien président de la République française, M.Raymond Poincaré, « le notaire de la France » écrivait avec humour Wladimir d\u2019Ormesson, a publié au début de sa carrière un recueil de vers ?La diplomatie française contemporaine a-t-elle en quelque façon souffert de l\u2019œuvre immense d\u2019un Claudel, des ouvrages d\u2019une fantaisie ailée de Jean Giraudoux ou des livres agréables et légers de Paul Morand ?Le grand peintre florentin, Léonard de Vinci, fut surtout illustre à son époque comme ingénieur et architecte.Les exemples pourraient se multiplier à l\u2019infini.Le violon d\u2019Ingres n\u2019est pas toujours un simple dérivatif, un hobby, comme disent les Anglo-Saxons.Une œuvre d\u2019homme peut fleurir en plusieurs sens.* * * Il est éminemment malheureux que pour beaucoup de nos hommes de professions censées libérales, les exigences strictes 146 La culture intellectuelle et les professions libérales du métier paraissent suffire à tout.Ils deviennent, les plus doués d\u2019entre eux, des experts très compétents.D\u2019accord.Ils ne sont jamais des hommes complets, à qui rien de ce qui est humain ne devrait être étranger.A quoi attribuer cette carence intellectuelle ?Comme toujours, crions haro sur le baudet : l\u2019enseignement.Ce n\u2019est pas par manque d\u2019égards pour nos éducateurs que nous les mettons si souvent en cause et que nous paraissons nous décharger de nos fautes et de nos responsabilités sur eux.C\u2019est tout simplement parce que nous comprenons l\u2019importance primordiale de leur rôle et que nous formons des vœux pour qu\u2019ils s\u2019en acquittent le mieux possible.Jamais personne ne songerait à les incriminer de quelque façon ; ils possèdent notre respect, notre admiration et notre confiance.Il n\u2019en reste pas moins que tout ce qui est humain est perfectible et que renseignement est lui aussi susceptible de s\u2019améliorer.Il ne s\u2019agit pas ici d\u2019entrer dans les détails, mais d\u2019indiquer un esprit qui devrait informer toute notre éducation.On nous prêche dans tous les milieux que notre enseignement n\u2019est pas suffisamment pratique et réaliste.Il se peut.Pour ce qui a trait au cours classique, ce n\u2019est pas là son plus grand tort.Ceux qui lui préfèrent le cours scientifique ou le cours commercial n'ont qu\u2019à y diriger leurs enfants.Si le cours classique a commis des erreurs, ce n\u2019est pas d\u2019avoir refusé de s\u2019adapter aux tendances nouvelles \u2014 il le fait au reste de plus en plus \u2014 c\u2019est peut-être de n\u2019être pas demeuré fidèle à sa mission.Je m\u2019explique.Les études classiques ont pour but d\u2019apprendre à penser et à juger, de nourrir l\u2019imagination et la sensibilité, de fournir en un mot une culture.Et cette culture n\u2019est pas, 11e peut pas être, utilitaire et pragmatique.Elle doit être humaniste ; 147 Revue Dominicaine sinon, le cours classique n\u2019a plus de sens, il n\u2019est que perte de temps et gaspillage d\u2019énergies mal employées.Or, il arrive trop souvent que des maîtres de bonne volonté, mais de culture limitée, ne savent pas ouvrir toutes grandes les portes du domaine intellectuel dont ils doivent être pour leurs élèves les gardiens et les guides.Rivés aux manuels, esclaves d\u2019une pédagogie terre-à-terre et par ce fait toute primaire, ils ont surtout en vue le steeple-chase des examens et gavent leurs jeunes auditeurs de notions toutes faites et de sèclies énumérations qui s\u2019oublient plus vite qu\u2019elles n\u2019ont été retenues.On voit ainsi des forts en thème, des premiers de classe, qui quelques années après la fin de leurs études, sont devenus des intelligences stériles, incapables de renouvellement et proies faciles de tous les conformismes.Leur vernis de culture s\u2019est tôt écaillé ; il n\u2019a pu résister aux vents âpres des cimes où souffle l'esprit.Pour être un enrichissement, la traduction d\u2019Homère et de Virgile doit dépasser infiniment le sens littéral des mots et des expressions ; elle doit concourir à dégager les éléments d\u2019une civilisation.Trop de professeurs, reconnaissons-le sans nullement leur en conserver rancune, sont passés maîtres dans la technique grammaticale ; ils se jouent avec une souveraine habileté de tous les traquenards de la grammaire et de la syntaxe.Ils s\u2019attardent donc indûment sur cette gymnastique, qui a bien son prix, mais qui ne doit pas faire perdre de vue l\u2019objet premier de cette formation.Il est évidemment assez facile, pour un cerveau docile et méthodique, d\u2019exceller au jeu des déclinaisons.Combien plus fructueux cependant le lent travail de pénétration, qui permet de cerner une œuvre et d\u2019en retirer les sucs nourriciers qui alimentent à jamais une intelligence éveillée à un ordre de connaissances supérieures ! 148 La culture intellectuelle et les professions libérales Après s\u2019être soumis huit années durant au dressage du cours classique, la majorité de nos hommes de profession tournent le dos à des disciplines auxquelles on n\u2019a pas su les initier vraiment et qui leur paraissent maintenant tellement en dehors de la vie, tout à fait gratuites et intemporelles.Qui d\u2019entre eux songerait à goûter un plaisir de qualité à lire un drame de Sophocle ou quelques odes d\u2019Horace ?Je ne dis pas dans le texte original peut-être, qui exige une connaissance trop déliée de la langue, mais dans une bonne traduction, fidèle à la pensée du dramaturge ou du poète.Je connais un avocat qui possède une belle clientèle et qui se ménage toujours, au milieu de l\u2019après-midi, quelques minutes de repos qu\u2019il emploie à lire Baudelaire et Verlaine.Et ses affaires ne s\u2019en trouvent pas plus mal.Ce goût profond pour les belles-lettres, cette exigence toujours inassouvie de culture, se prennent dans l\u2019adolescence.Plus tard, il est souvent trop tard.* * * S\u2019il convient de souligner une carence de notre éducation, ne commettons pas l\u2019injustice de reporter sur nos maîtres tout l\u2019odieux de la situation.La famille porte sa part de responsabilités.Le milieu familial, au Canada, n\u2019est pas d\u2019un niveau intellectuel qui permette le développement et l\u2019épanouissement de la personnalité.Que chacun cherche des confirmations de cette constatation dans son propre entourage et il ne tardera pas à être édifié.La conversation familiale porte trop souvent sur des sujets d\u2019une absolue futilité et sur des détails mesquins.Le père se renferme dans un mutisme distrait ou raconte ses embêtements de la journée, la mère se plaint des agaceries des enfants ou des 149 Revue Dominicaine imperfections cle la bonne.Tout cela n\u2019est pas très formateur.N\u2019y aurait-il pas moyen d\u2019élever le niveau des conversations au foyer ?Cela faciliterait d\u2019autant la tâcbe des éducateurs qui se butent trop souvent à l\u2019apathie, quand ce n\u2019est pas à la médiocrité de la famille.Il y a là, admettons-le, un cercle vicieux.Pour ma part, j\u2019estime que c\u2019est aux éducateurs de le briser et de commencer l\u2019œuvre de culture qui s\u2019impose.Il n\u2019empêche toutefois que les parents les plus soucieux de la formation de leurs enfants pourraient efficacement concourir à cette tâche commune.Ils en seront les premiers bénéficiaires.Nous ne reprochons guère à un manœuvre de limiter ses préoccupations à un ensemble de petits problèmes immédiats, sans grande envergure.Ce qui s\u2019explique plus mal, ce qui nous dessert considérablement, c\u2019est qu\u2019à cet égard beaucoup d\u2019hommes de profession soient à peu près du même niveau.Trop d\u2019entre eux s\u2019imaginent que la fin de la culture consiste à citer à plus ou moins bon escient quelques phrases latines empruntées aux pages roses du petit Larousse ! Combien de fois l\u2019a-t-on répété : ce n\u2019est que par la culture que nous ferons notre marque originale en Amérique.Nous n\u2019avons pas la supériorité numérique, nous n\u2019aurons peut-être jamais la puissance économique.Ce qui nous distingue, c\u2019est d\u2019être les héritiers de la civilisation française qui survit toujours à la défaite des armes.C\u2019est par des victoires spirituelles que nous nous imposerons, que nous assurerons notre rayonnement.C\u2019est là la tâche des élites.Or, une élite se recrute dans les rangs de toutes les professions, parmi les hommes qui ont eu le privilège de communier aux sources pures de la culture gréco-romaine, enrichie par l\u2019apport du christianisme.Ce sont là nos véritables 150 La culture intellectuelle et LES PROFESSIONS libérales lettres de noblesse ; ne cberclions pas ailleurs, nous n\u2019en avons point d\u2019autres.Elles nous suffisent.Elles doivent faire notre fierté.Si le sel de la terre s\u2019affadit, avec quoi le salera-t-on ?.Notre goût de la rhétorique nous pousse souvent à nous gargariser de phrases ronflantes sur notre mission.Une mission, nous en avons une, comme tout peuple.Encore importe-t-il, avant de nous en targuer, de poser quelques gestes concrets pour l\u2019accomplir.Pour emprunter de nouveau à l\u2019Evangile, rendons-nous bien compte que ce ne sont pas ceux qui crient Seigneur ! Seigneur ! qui entrent dans le royaume des cieux.Nos hommes de profession forment nos chefs de file naturels.Us exercent, qu\u2019ils le veuillent ou non, une influence considérable.Pour être féconde, cette influence doit se fonder sur une culture étendue à tous les domaines du savoir.J\u2019éprouve un respect sans bornes pour l\u2019homme honnête ; je souhaiterais qu\u2019il fût aussi un honnête homme.Roger Duhamel 151 s CO lonial ismes necessaires On ne saurait parler du Canada français sans évoquer les deux grandes ombres (ou foyers lumineux, comme on voudra) de la France et de l\u2019Angleterre.Notre vie nationale se développe toujours sous le signe de ces deux puissances européennes.Politiquement, nous appartenons à l\u2019Angleterre ; spirituellement, nous sommes un fief de la France \u2014 et financièrement, ajoute un sarcastique ami, nous relevons des Etats-Unis.Alors, que nous reste-t-il ?En apparence peu de chose.Ceci, pourtant : l\u2019instinct, la volonté de vivre.Nous sommes de ces êtres très misérables à qui, cependant, il reste la force salvatrice de ne pas vouloir mourir.* * * Depuis que nous formons dans le Québec un noyau de peuple, nous avons toujours voulu nous affranchir, obscurément conscients que nous sommes du fait qu\u2019un peuple ne saurait vivre, croître, s\u2019épanouir dans l\u2019asservissement.Il lui faut, entre des frontières définies, ses coudées franches.De là ce vieux rêve, toujours combattu, jamais détruit, de l\u2019Etat français du Québec.Si on l\u2019étudie de près, on constate que notre vie nationale se compose d\u2019une suite ininterrompue de tentatives, plus ou moins déguisées, pour nous libérer de la tutelle anglaise.L\u2019insurrection de 1837-1838 marque un épisode armé et sanglant de l\u2019esprit de libération qui travaille notre peuple.Les luttes parlementaires soutenues à Ottawa, les campagnes de presse poursuivies dans le Québec, les manifestations publiques tenues en certaines occasions, les agissements des diverses sociétés nationales et de grou- 152 Les colonialismes nécessaires pements politiques indépendants visent à nous affirmer comme nationalité distincte et à arracher de nouvelles franchises à la poigne anglaise.Le Québec tend instinctivement à une vie autonome ; il s\u2019intégre mal dans la vie canadienne et, au fond, il répugne à l\u2019esprit de la Confédération ; il se hérisse contre les emprises anglaise et étatsunienne qui réussissent pourtant à le déformer.Depuis 1760, nous n\u2019avons cessé d\u2019élever des revendications de toute nature, nous sommes ceux qui revendiquent.Et les Canadiens français revendiqueront jusqu\u2019à leur complet affranchissement ou jusqu\u2019à leur disparition totale.Un peuple, à mesure qu\u2019il prend conscience de lui-même, de ses forces, de ses possibilités, supporte avec une impatience croissante toute tutelle, si bénigne soit-elle.Les Anglais auraient tort de nous en vouloir.Eux-mêmes, qui composent une grande et fière nation, accepteraient-ils, par exemple, de dépendre de l\u2019Allemagne ?Si nous descendions de peuplades arriérées, sans doute pourrions-nous nous résigner à la tutelle d\u2019une nation civilisée, la servitude nous paraîtrait peut-être une sorte de bien, en tout cas, une nécessité* inéluctable.Mais nous descendons de Français, c\u2019est-à-dire d\u2019un peuple libre, civilisé depuis plusieurs siècles, et capable de rivaliser dans tous les domaines avec les Anglais.Nos origines, le sang qui coule toujours dans nos veines, nous interdisent une soumission passive, le morne consentement des peuples habitués à servir.* % * Les Canadiens français ne font pas que s\u2019insurger contre la tutelle politique de l\u2019Angleterre.Ils tendent aussi à se dégager de l\u2019emprise spirituelle de la France.Dans le domaine de la pensée, de la littérature et de l\u2019art, nous n\u2019avons fait que suivre 153 Revue Dominicaine pas à pas les maîtres français et copier plus ou moins habilement les modèles qu\u2019ils proposent au monde.Avons-nous innové en poésie, en philosophie, en roman, en musique, en peinture, en sculpture, en architecture ?Nous ne faisons que suivre, avec un retard de longueur variable, les diverses écoles françaises.Lorsque Paris enterre un isme, il commence à fleurir à Montréal et à Québec.Observez le déroulement de notre histoire littéraire depuis 125 ans et le déroulement de l\u2019histoire littéraire en France depuis le romantisme : nous avons inconsciemment plagié les modèles français en les affadissant et en les édulcorant.Nous n\u2019avons rien créé d\u2019original, qui porte le sceau distinctif du Canadien français.Certains de nos esprits avisés ont dénoncé cette imitation, ont réclamé l\u2019affranchissement.Quelques-uns se sont élevés avec vigueur contre ce colonialisme spirituel et ont prêché à nos écrivains, à nos artistes l\u2019indépendance.« Détournez vos regards de la France, ont-ils dit, observez le spectacle qui vous entoure et soyez résolument vous-mêmes dans vos œuvres ».Des écrivains de chez nous n\u2019ont-ils pas été jusqu\u2019à soutenir que nous devions abandonner graduellement la langue française et nous appliquer à l\u2019élaboration d\u2019une langue canadienne ?C\u2019est assurément « pousser un peu fort », comme on dit vulgairement.On peut se demander si nous aurions un réel profit à couper toute relation spirituelle avec la France, surtout à renoncer de gaieté de cœur à l\u2019une des plus belles langues vivantes pour une langue à naître et qui, peut-être, ne saura jamais naître ?Il est permis d\u2019hésiter avant de consentir à la périlleuse opération de « lâcher la proie pour l\u2019ombre ».* * J\u2019ai intitulé ces pages : « Les colonialismes nécessaires ».Qu\u2019est-ce à dire ?Ce titre demande explication.C\u2019est une réponse 154 Les colonialismes nécessaires à une récrimination que j\u2019ai souvent entendue : « Nous ne sommes que des coloniaux ! » Plusieurs de nos compatriotes répètent cela avec amertume, avec colère.A y réfléchir, il est vrai qu\u2019actuellement, nous sommes coloniaux et doublement coloniaux : de l\u2019Angleterre et de la France, sans préjudice de notre vassalité économique envers les Etats-Unis.Nous sommes coloniaux.Prenons cette assertion pour la vérité.Et puis, après ?Est-ce pour nous le pire des maux ?Nous pourrions, je crois, en éprouver un plus funeste : celui d\u2019être libres.Paradoxe ?En apparence seulement.Que l'Angleterre, demain, nous donne notre complète indépendance et nous en verrons de belles au pays du Québec ! Sous la tutelle anglaise, nous sommes habitués à nous manger entre nous (il 11e s\u2019agit pas là d\u2019un avancé gratuit) ; libres, nous nous dévorerions à belles dents.Pour le Canadien français, la chair de son compatriote a une saveur exquise.Le jeu des partis nous a accoutumé aux luttes fratricides.Nous n\u2019avons pas su apporter à ce jeu l\u2019esprit sportif qui le rend inoffensif et même roboratif pour les Anglais.Nous avons pris le jeu au sérieux et attaché une importance démesurée aux couleurs des deux camps ; nous avons consacré au parti des sentiments et des énergies que nous aurions dû réserver à la patrie.Privés d\u2019un drapeau national, nous nous sommes fabriqués des drapeaux de partis.Puis, il y a notre fameux individualisme, hérité, paraît-il, de nos ancêtres français, et qui rend si difficile chez nous l\u2019union, la coopération, l\u2019accord pour l\u2019accomplissement d\u2019une œuvre commune.Enfin, nous n\u2019avons jamais su au juste si notre patrie, c\u2019était le Québec ou le Canada tout entier.Nous nous sommes toujours demandé si le groupe canadien-français survivrait dans l\u2019océan anglo-saxon du continent américain, si l\u2019assimiliation ne constituait 155 Revue Dominicaine pas la seule solution raisonnable.Notre patriotisme repose sur un instinct mais nous 11e l\u2019avons jamais raisonné, pensé à fond.Sur notre destin national, nous demeurons incertains, indécis.Un Français, un Anglais ne discutent pas leur patrie : ils savent ce que c\u2019est, ils sont prêts à tout sacrifier, leurs biens et leur vie, pour elle.Si, demain, nous jouissions d\u2019une entière liberté politique qu\u2019en ferions-nous ?Trouverions-nous les hommes cl\u2019Etat capables de régler de façon satisfaisante tous les problèmes d\u2019organisation intérieure et de relations extérieures qui se poseraient, exigeraient des solutions immédiates ?La liberté politique demande une longue préparation, un peuple n\u2019y atteint qu\u2019à la suite d\u2019épreuves, de souffrances, de tâtonnements, d\u2019essais, de repentirs et de reprises.Avant de se gouverner lui-même, il doit pouvoir démontrer qu\u2019il peut se gouverner.Le colonialisme politique nous défend contre nous-mêmes ; par ses zizanies et ses vexations, il tient notre patriotisme en baleine, il nous empêche de nous endormir dans une satisfaction mortelle.Nous devons sans cesse réagir, revendiquer, veiller sur la brèche.Nous nous tenons en forme parce qu\u2019il y a toujours devant nous un puissant adversaire qui nous harcèle.Nous ne pouvons ni nous assoupir ni suspendre notre vigilance.D\u2019ici au jour où nous serons prêts à la liberté, c\u2019est pour nous l\u2019état idéal.Un état dur, qui commande de la tension, un courage soutenu.Mais quel grand bien s\u2019est jamais conquis sans effort et sans lutte ?« Si nous passions aux Etats-Unis ! » soupirent certains.Si nous passions aux Etats-Unis, c\u2019en serait bientôt fait de notre existence comme peuple.Les Etats-Unis nous laisseraient tranquillement nous défaire dans une vie facile, amollissante, qui nous absorberait sans que nous nous en apercevions.Le colonialisme permet à un noyau de peuple de conserver son homo- 15G Les colonialismes nécessaires généité, de préparer durement sa future liberté.Familier des tiraillements, toujours en alerte, il apprend les lois de la vie et se trempe pour l\u2019avenir.* * Devons-nous secouer notre dépendance spirituelle de la France ?C\u2019est-à-dife renoncer aux maîtres et aux modèles de la pensée, de la littérature et de l\u2019art français ?Il conviendrait avant de répondre à cette question de nous demander à quoi nous renoncerions et par quoi nous remplacerions ce à quoi nous avons renoncé.A quoi renoncerions-nous ?Considérons les noms des philosophes qui vont de Descartes à Bergson et à Maritain ; des essayistes, de Montaigne à Daniel-Kops ; des critiques, de Boileau à du Bos et à André Kousseaux ; des poètes, de Chénier et Vigny à Valéry et Claudel ; des dramaturges, de Racine et Molière à Ghéon et Pagnol, des romanciers, de madame de La Fayette à Mauriac, des conteurs de Rabelais et de La Fontaine à Francis Jammes.Regardons tous les noms illustres et les œuvres magnifiques qui forment des sommets entre les extrêmes de chacune de ces séries.Voilà ce que nous rejetterions en littérature.En peinture, en sculpture, en sciences, les richesses françaises sont a peine moindres.Ces trésors nous y accédons de plain-pied par la nature même de notre sang, de notre esprit, de notre langue.Vous n\u2019avons pas besoin de traductions pour comprendre les chefs-d\u2019œuvre de la littérature française ; et nous en sentons toutes les nuances les plus ténues, les finesses les plus subtiles, ce qui est impossible à presque tous les étrangers.Je n\u2019ai aucune objection à renoncer aux richesses spirituelles de da France si l\u2019on me prouve que nous trouvons ici des richesses égales, si Revue Dominicaine l\u2019on me cite des noms canadiens-français qui rivalisent avec ceux que je viens de mentionner.Nos écrivains nous ont-ils donné des nourritures assez variées et substantielles pour nourrir notre intelligence ?Prenons un manuel de la littérature canadienne-francaise et parcourons-le.Choisissons la douzaine d\u2019ouvrages qu\u2019il nous propose comme les meilleurs et lisons-les.Cette petite expérience nous fera réfléchir et nous éclairera sur la valeur humaine de nos richesses spirituelles.Dans les autres arts, la même expérience 11e produira pas des résultats très différents.\u2014 Vous méprisez 110s auteurs, nos artistes ?\u2014 Il 11e s\u2019agit pas de ça, mais de voir clair} de déchiffrer où réside notre intérêt véritable.\u2014 Alors ?\u2014 Alors, puisons aux réserves françaises aussi longtemps qu\u2019elles seront indispensables à la vie, à la formation, au mûrissement de notre esprit.Quand nous aurons notre Rabelais et notre Montaigne, notre Racine et notre Descartes, notre Vigny et notre Valérj^, notre Claudel et notre Mauriac, eh bien, notre dépendance spirituelle de la France tombera d\u2019elle-même.Il y a, je le répète des colonialismes bienfaisants, nécessaires.Tout dépend du degré d\u2019évolution politique et spirituelle d\u2019un peuple.Nous réclamons à grands cris la liberté ?N\u2019oublions pas que, jusqu\u2019aujourd\u2019hui, l\u2019Angleterre et la France nous ont accordé celle de ne pas disparaître.En d\u2019autres conditions, il est probable que nous aurions eu la liberté de mourir tout doucement, de nous résorber dans le grand tout anglo-saxon du continent américain.* * * Est-ce à dire que nous serons toujours sous la coupe de l\u2019Angleterre et de la France, que notre politique dépendra éternellement de Londres et notre vie spirituelle de Paris ?Certes, 158 Les colonialismes nécessaires non ! Une heure sonnera qu\u2019il est impossible de déterminer où nos liens se détendront, tomberont, où notre peuple atteindra à la liberté parce qu'il sera mûr pour elle, qu'il pourra en éprouver les bienfaits sans en trop ressentir les inconvénients et les périls.Cette heure bénie, n\u2019y aurait-il pas moyen de l\u2019avancer ?Est-il désirable de forcer le développement d\u2019un enfant, de vouloir le transformer en homme mûr sans qu\u2019il connaisse les troubles de l\u2019adolescence, les inquiétudes de la jeunesse ?Nos gens manifestent de l\u2019impatience parce qu\u2019ils oublient les enseignements de l\u2019histoire, les lois de la croissance des peuples, qu\u2019ils veulent des réalisations immédiates, s\u2019accomplissant sous leurs yeux.Ils se décident malaisément à se dire : «Nous (notre génération), nous préparons seulement le terrain où nos arrière-petits-fils élèveront le temple de la liberté et de la grandeur de la nation.Nous ne sommes que les obscurs et pourtant nécessaires ouvriers, les manœuvres, les tâcherons des commencements ».La tâche des Canadiens français d\u2019hier et d\u2019aujourd\u2019hui est ingrate, ne reçoit guère de récompense sensible.Un voile épais s\u2019étend sur l\u2019avenir et obscurcit de son ombre le temps présent.Notre patriotisme s\u2019énerve et s\u2019affaiblit, les doutes nous envahissent, des questions nous assaillent l\u2019esprit auxquelles il est impossible de fournir de sûres et précises réponses.Les défaitistes sont ceux qui montrent le plus d\u2019assurance et crient le plus fort.« Voyez, disent-ils, toutes nos entreprises de rénovation finissent dans le marasme, les programmes de réformes sérieuses 11e se peuvent jamais appliquer.Chaque fois que surgit un nouveau mouvement national, il aboutit bientôt à un échec pitoyable.Instruits par tant de fiascos, ne devrions-nous pas tout lâcher, devenir tout simplement de braves Anglais et de bons Etatsu-niens ?Ne serait-ce pas plus sage que de nous buter à sauver 159 Revue Dominicaine / un peuple qui ne veut pas du salut ?» Le langage des défaitistes sème le découragement dans les esprits superficiels et les caractères faibles.Convient-il d\u2019attacher une importance aussi considérable aux mouvements nationalistes, aux programmes de réformes, aux doctrines qui ne sont que des vues de l\u2019esprit ?Les mouvements politiques de renaissance nationale ont leur utilité : ils galvanisent un moment les énergies, ils provoquent de passagers réveils.Mais ils n\u2019ont pas l\u2019importance vitale que plusieurs leur prêtent ; ce ne sont pas eux qui assureront l\u2019a survivance de la nation.Remarquons d\u2019ailleurs que ces poussées de fièvre qui provoquent comme une piqûre l\u2019organisme de la nation le laissent abattu et déprimé lorsqu\u2019elles tombent.* * * Au fond, la survivance de la nation, sa persistance dans l\u2019être ne dépendent ni de la politique ni des doctrines et des programmes élaborés par les doctrinaires et les théoriciens.Une politique saine inspirée de principes définis, des programmes rationnels en sociologie et en éducation favorisent la vie d\u2019un peuple.A eux seuls, ils ne suffisent pas à la maintenir, à l\u2019accroître.La nation subsiste, se développe par J a vertu de son instinct vital.Elle vit parce qu\u2019elle ne veut pas mourir ; elle vit parce que ceux qui la composent procréent, font des enfants, alimentent généreusement la génération prochaine.Voilà le secret de la survivance, sa raison la plus profonde.Des familles nombreuses en très grand nombre, cela vaut mieux pour nous que toute doctrine, tout programme de rénovation \u2014 car doctrine et programme requièrent des êtres vivants.Plus nous ferons nombre, plus nous aurons de chances de survivre.Aucune 160 Les colonialismes nécessaires théorie, aucune politique ne sauraient compenser la diminution des naissances.Je préfère assister au baptême d\u2019un petit Canadien français qu\u2019entendre un beau discours patriotique.Les idéologies ont leur valeur mais ne croyons pas qu\u2019elles nous dispensent de la nécessité primordiale de la procréation.Un peuple qui procrée peu devient rapidement un peuple de vieillards, voués bientôt à l\u2019extinction.Un sociologue à qui j\u2019exposais ces vues de bon sens élémentaire m\u2019objecta : « Oui.mais.si nos familles nombreuses vivent en de mauvaises conditions ?Si le capital humain, faute cl\u2019un milieu propice, se gaspille ?Songez au déchet lamentable.» Je trouvai que mon interlocuteur s\u2019exprimait en sociologue.Il recherchait les conditions idéales, recherche louable et probablement chimérique.Peut-être n\u2019existeront-elles jamais.En tout cas, en attendant qu\u2019elles se réalisent, il importe que la vie se propage, continue.Dans une famille de huit à douze enfants, il y aura toujours plus ou moins de déchet humain.et de bons éléments, propres à vivifier, à enrichir, à grandir la nation.lies conditions de la vie familiale pourraient être meilleures dans nos milieux ouvriers, par exemple ?Assurément.Telles qu\u2019elles furent, pourtant, notre capital humain intéressant n\u2019a jamais cessé de s\u2019accroître.Pourquoi cesserait-il brusquement ?Un homme qui ne pouvait plus procréer croyait tristement que la nation était devenue stérile.Les berceaux vivants couvrent le Québec.N\u2019y a-t-il pas là une raison péremptoire d\u2019espérer, en dépit des pessimistes et des défaitistes de tout poil ?La survivance s\u2019accomplira, disait un ironiste de chez nous, malgré les doctrines et les programmes de restauration.Boutade.Et pourtant !.Un jeune couple passe devant moi.Elle porte à l\u2019annulaire la bague de fiançailles et 161 Revue Dominicaine Panneau cle mariage.Ils n\u2019ont pas Pair riche et ils semblent si jeunes ! Lui doit pratiquer un métier manuel.1944 : l\u2019appel militaire le guette, peut-être ?L\u2019avenir 11e déroule pas devant eux des couleurs engageantes.Pourtant, ils se sont épousés, ils s\u2019aiment visiblement, leur union promet de continuer la vie.Et je me dis en les regardant aller que l\u2019instinct vital de la nation triomphera des épreuves, que les Canadiens français s\u2019épanouiront en des jours meilleurs, dans un demi-siècle, dans un siècle, non pas parce que nous comptons d\u2019illustres réformateurs, mais parce qu\u2019il y a parmi nous des jeunes qui aiment la vie, qui veulent vivre et transmettre la vie.Chaque fruit mûrit à son heure.Il y a l\u2019heure des semailles qui n\u2019est pas celle de la récolte.Il faut semer, même dans une terre ingrate et sous un ciel pluvieux.Nous n\u2019avons pas encore assez semé.La moisson ondulera aux champs de l\u2019avenir.Rex Desmarchais 162 Louis Aragon Ce qui nous prouve le mieux peut-être que la domination allemande n\u2019est en France que physique, c\u2019est le chant des poètes qui s\u2019élève, pur et dépouillé, à la gloire de la Patrie et de la Liberté.Bien que la France soit plongée dans une misère telle que «tous ses fruits moisissent de peur» (Yvan Goll), ses poètes transforment en cristaux de joie l\u2019immense douleur de la Patrie.Comme si elle voulait exprimer qu\u2019elle dépasse son corps physique, l\u2019âme de la France subsiste et chante.Partout surgissent de nouveaux poètes, et cette effloraison est si riche et si éclatante qu\u2019André Rousseaux y voit « une sorte de grâce accordée à l\u2019âme de la France ».André Gide remarque pour sa part qu\u2019il 11e faut point nous étonner si tant de jeunes gens, comme d\u2019autres « entrent en religion », sont, eux, entrés en poésie : ils ne cherchent pas seulement ainsi à « échapper aux hideurs environnantes», mais ils chantent surtout «par besoin de communion, de réconfort, puis par delà l\u2019immense déboire, pour ressaisir une part de la France immarcessible ».Gide voit en effet dans la fonction poétique une « cléricature » et il ajoute que « nul livre, hormis l\u2019Evangile, n\u2019eût été de plus grand secours au combattant qu\u2019un recueil de nos meilleurs poèmes ».L\u2019accent sincère et douloureux des pages qui ont pu nous atteindre indique que la poésie 11\u2019est pas un luxe, mais qu\u2019elle répond à un besoin d\u2019exprimer l\u2019homme.Devant l\u2019immensité du malheur et l\u2019extraordinaire des événements, le poète n\u2019a d\u2019autre choix que se taire ou crier sa douleur.Il est vrai que certains \u2014 se sentant sans doute impuissants à embrasser le réel aujour- 163 Revue Dominicaine cl\u2019kui trop grand pour l\u2019homme \u2014 ont préféré se réfugier dans le passé ou la légende, comme un François Mauriac qui, après avoir chanté le Sang d\u2019Atys, célèbre aujourd\u2019hui le Sommeil d\u2019Endy-mion ; mais la plupart ont tenté d\u2019exprimer la tristesse quotidienne des terribles années d\u2019invasion et d\u2019occupation.Prisonnier de guerre, un Patrice de la Tour du Pin travaille à quelque nouvelle quête de joie, mais refuse de publier un seul vers avant l\u2019heure bénie de la libération; un Jean Vivier « creuse un tunnel vers l\u2019âpre avenir » ; un Pierre Emmanuel proclame que la France n\u2019a pas « trahi le visage de Dieu » et un Paul Eluard affirme n\u2019être plus que le chantre de la Liberté, tandis que les aînés travaillent à un Faust ou songent à quelque nouvelle Annonce faite à Marie.En terre américaine, d\u2019autre part, un Saint John Perse poursuit un discours hautain et ésotérique et un Alain Bosquet s\u2019engage dans une voie exaspérée, pendant que Jules Supervielle, « la France sur les bras », persiste à vivre « sous un ciel qui n\u2019a plus mémoire de l\u2019aurore ».Mais le plus grand des poètes de ces nouvelles années terribles, c\u2019est Louis Aragon, dont le Crève-Cœur (x) et les fragments connus du Cantique èi Eisa sont les plus belles pages de poésie que la guerre ait inspirées.M.Malcolm Cowley nous a raconté dans Cants du Ciel comment l\u2019antimilitariste qu\u2019était Aragon a, devant la menace allemande, assumé ses devoirs de patriote, comment il a, après avoir langui derrière la ligne Maginot, pénétré en territoire belge avec les armées d\u2019avant-garde, pris part à la Bataille des Flandres, été témoin et acteur de Dunkerque, traversé en Angleterre puis de nouveau en France pour subir, une seconde fois, le choc des Panzerdivisionen ; comment, après avoir été deux fois décoré pour bravoure (Croix de Guerre, Médaille Militaire), il a été p) Réédité à Montréal par les Editions Variétés, 1943.164 Louis Aragon démobilisé lors de l\u2019armistice et s\u2019est,retiré «dans un château rose en Corrèze », pour y attendre, comme tous les Français amis de la Liberté, l\u2019arrivée des armées de libération.Les poèmes qui composent le Crève-Cœur ont été écrits, d\u2019octobre 1939 à octobre 1940, soit au front, soit à Paris, soit en Corrèze après l\u2019armistice, et tous ils chantent, avec une sincérité et une simplicité émouvantes, l\u2019amour et la douleur de la Patrie et d\u2019Eisa, double objet d\u2019une unique affection.Louis Aragon, qui avait fait la première Grande Guerre en qualité d\u2019aspirant officier, a été mobilisé de nouveau avec le rang de sergent, l\u2019automne de mil neuf cent trente-neuf, et ses premiers poèmes de guerre disent la tristesse de voir les plus jeunes s\u2019engager dans une aventure qui semble devoir être plus terrible encore que celle qu\u2019il a vécue vingt ans auparavant.Aujourd\u2019hui, la Gare de l\u2019Est « mange leurs amants » et demain les femmes connaîtront enfin comme nous « le paradis perdu de nos bras dénoués ».Mais, derrière la Ligne Maginot, ce n\u2019est point seulement Eisa qui est absente, mais toute la joie de vivre, les lieux chers, et jusqu\u2019à cette chanson « qu\u2019on ne pouvait entendre sans que le cœur battît et le sang fût en feu » : Absence abominable absinthe de la guerre, qui donne le mal du pays et l\u2019ennui de vivre.C\u2019est la lettre de l\u2019épouse qui n\u2019arrive pas, c\u2019est l\u2019inaction des mois d\u2019automne qui rappelle les temps carolingiens et qui fait de chaque soldat un roi lâche dont les rêves se sont mis au « pas mou de nos vaches » : Le temps a retrouvé son charroi monotone Et rattelé ses bœufs lents et roux c\u2019est l\u2019automne.165 Revue Dominicaine Cette drôle de guerre continue jusqu\u2019au printemps et Aragon désire son ciel, sa musique et sa femme sans Qui rien n\u2019a chanson ni couleur Sans qui Mai n\u2019est pour moi que le désert physique Le soleil qu\u2019une insulte et l\u2019ombre une douleur.Les émotions exprimées par Aragon dans ses poèmes de guerre sont humbles et vraies, on n\u2019y trouve point de rhétorique, mais pour ainsi dire le battement lui-même de son cœur malheureux.Il V a dans ses vers une profonde détresse, avec ici et là un sourire ou un grain d\u2019espérance : Peut-être pas pour nous mais cessera l\u2019orage Un jour et reviendra le temps des mots croisés.Les poèmes qui suivent décrivent l\u2019invasion de la Belgique puis de la France, l\u2019occupation, la désorganisation du pays, la défaite et la secrète résistance française.Les Belges accueillent avec enthousiasme les chars d\u2019assaut français Et ceux qui vont mourir debout dans les tourelles Entourés de lilas par un peuple grisé mais l\u2019avance nazie sème rapidement la consternation et le désordre et les vers d\u2019Aragon nous montrent les mitrailleuses au carrefour des routes, la grande épicerie en cendres, les morts qui dorment avec la photo de leur promise, l\u2019envahisseur qui trouve la table du repas qu\u2019on n\u2019a pas desservie, les portraits de famille, les bibelots sans charme aux yeux indifférents, IGG Louis Aragon Tout ce pauvre trésor qui sent la camomille Ils riront sans comprendre Ils sont les conquérants.Un des plus beaux poèmes, infiniment émouvant dans sa nudité et son dépouillement, nous décrit une nuit en plein jour du nouveau Walpurgis : Avec son grand transport de pleurs et de pâleurs Reconnais-tu les champs la ville et les rapaces Le clocher qui plus jamais ne sonnera l\u2019heure Les chariots bariolés de literies Un ours Un châle Un mort comme un soulier perdu Les deux mains prises dans son ventre Une pendule Les troupeaux échappés les charognes les cris Des bronzes d\u2019art à terre Où dormez-vous ce soir Et des enfants juchés sur des marcheurs étranges Des gens qui vont on ne sait où tout l\u2019or des granges Aux cheveux Les fossés où l\u2019effroi vient s\u2019asseoir.C\u2019est, comme dit le titre magnifique, toute la Tapisserie de la Grande Peur.Un des plus beaux poèmes du Crève-Cœur, je veux dire la Valse des vingt ans, constate, sur un ton légendaire qui rend le sujet supportable, que le poète est Bon pour le vent bon pour la nuit bon pour le froid Bon pour la marche et pour la boue et pour les balles Bon pour l\u2019amour et pour la mort et pour l\u2019oubli Dans le manteau de pluie et d\u2019ombre des batailles Enfants-soldats roulés vivants sans autre lit Que la fosse qu\u2019on fit d\u2019avance à votre taille.167 Revue Dominicaine C\u2019est la valse des vingt ans, la valse des conscrits, et le pauvre Aragon, quarante ans passés, trouve que leurs vingt ans lui sont proches.Mais il a accepté son devoir, l\u2019a accompli courageusement quoique sans enthousiasme, et sa douleur s\u2019est identifiée à celle de la Patrie défaite : Ma patrie est comme une barque Qu\u2019abandonnèrent ses haleurs Et je ressemble à ce monarque Plus malheureux que le malheur Qui restait roi de ses douleurs.Mais l\u2019oiseleur qui veut mettre en quarantaine les chants de la France est impuissant à faire taire les poètes de la Liberté.Il peut brûler les cahiers de poèmes trop patriotiques sur la place publique, le peuple sait par cœur les plus beaux et se les chante à lui-même comme des promesses de liberté.Louis Aragon déclare qu'il est un tenqis pour la souffrance et que lorsque Jeanne vint à Vaucouleurs le jour avait cette pâleur ; ailleurs, il raconte que « c\u2019est dans quelque Syrie que les Croisés comprirent vraiment les vocables sonores Et blessés à mourir surent qu Eléonore C\u2019était ton nom Liberté Liberté chérie.C\u2019est en recourant à des sujets légendaires et historiques que Louis Aragon a exprimé sa résistance et chanté la Liberté, car toute forme directe de propagande patriotique aurait été refusée dans les journaux et revues contrôlés par le gouvernement d\u2019oc- 168 Louis Aragon cupation.Ce recours à la légende n\u2019enlève aucunement à l\u2019actualité des poèmes et chaque vers est vraiment, selon le mot d\u2019Aragon lui-même, « le sang de sa coupure ».Ce que Louis Aragon chante sous un ciel de France que les oiseaux ont déserté, c\u2019est l\u2019espérance en la victoire finale et en la libération du territoire occupé, « où l\u2019on trime où l\u2019on saigne où l\u2019on crève de froid », et où son poème veut être Comme un air murmuré qui rend les pieds moins lourds Un café noir au point du jour Un ami rencontré sur le chemin de croix.Mince plaquette de soixante pages, le Crève-Cœur est une image très émouvante et très belle de cette « drôle de guerre » qui, après avoir démoralisé par ennui le peuple de France, l\u2019a écrasé impitoyablement avant même qu'il n\u2019ait pu se rendre compte de ce qui lui arrivait, et qui, maintenant, ne lui permet plus que la douleur et l\u2019espérance.L\u2019inspiration est ici chez Aragon si constante et son chant est si rempli d\u2019amertume qu\u2019il peut sembler sacrilège de parler technique, après avoir écouté cette voix d\u2019homme.Mais le Crève-Cœur est une œuvre qui apporte tant de nouveautés techniques et ouvre tant de possibilités d\u2019écriture qu\u2019il n\u2019est guère possible de se taire à ce sujet.D\u2019ailleurs \u2014 Aragon prend le soin de nous en avertir lui-même \u2014 toute innovation technique est ici légitimée par le besoin d\u2019exprimer des réalités nouvelles, car « cette guerre étrange qui est le paysage d\u2019une poésie inconnue et terrible, est nouvelle au langage et étrangère encore à la poésie ».Aragon utilise une grande multitude de formes de vers et les découvertes d\u2019un Apollinaire font partie de son acquis ; mais Bevue Dominicaine c\u2019est dans le domaine de la rime qu\u2019il innove, de la rime qu\u2019il considère comme un progrès, dont la dégénérescence ne vient que de sa fixation et qu\u2019il vent restaurer dans sa dignité, «parce qu\u2019elle est l\u2019introductrice des choses nouvelles dans l\u2019ancien et haut langage qui est soi-même sa fin, et qu\u2019on nomme poésie ».Aragon sait que la poésie est scandale à ceux qui ne sont pas poètes, que la majorité des lecteurs sont dégoûtés de la rime ; mais il s\u2019empresse d\u2019affirmer que cela est dû aux abus qu\u2019on en a faits dans un but de pure gymnastique et aussi parce que le vers libre a voulu usurper la liberté créatrice avec son laisser-aller, et que ce n\u2019est point la rime qui est usée, mais « seulement le cœur lâche de ceux qui croient que tout a été rimé », tandis que « la vie et l\u2019histoire broient les hommes dans des creusets modernes et barbares ».Aragon cherche donc à conquérir la forme poétique adéquate au réel non dans le laisse-aller, mais dans le travail d\u2019invention, et ses poèmes du Crève-Cœur ont un tel accent de vérité qu\u2019il n\u2019est guère permis d\u2019imaginer qu\u2019il n\u2019ait pas réussi.C\u2019est que pour lui le perfectionnement de la rime et de la technique du vers n\u2019a d\u2019autre but que de mettre au service de l\u2019inexprimable les ressources de ses nuances infinies.Et ses poèmes sont de telles réussites que son jeu aux confins de la pensée et de la chanson déconcerte la raison pratique, mais nous touche tout de suite par le ton d\u2019authenticité de cette parole.Louis Aragon ne se contente pas ici de morceler le vers, ce qu\u2019ont fait Hugo, Verlaine et Apollinaire dans un crescendo libérateur, mais il morcelle encore la rime elle-même.La guerre lui donne pour éternel une nouvelle rime : shrapnell ; il fait ailleurs rimer elle avec V ; il introduit des rimes complexes : aînesse et et n\u2019est-ce, ivresse et est-ce, M où et moue, rade Jo et radio, moi je et outrageuæ, les aide et Groupe Z ; il décompose aussi des 170 Louis Aragon rimes i fils aiment, défi sème et emphysèmes, ou encore emblèmes, DLM et problèmes ; mais son innovation la plus audacieuse est sans doute celle de la rime enjambée, la première consonne du vers suivant complétant la rime, comme dans : .battre ./à-bas Trop proche.ou encore : L ivide .cérémonial l\u2019excommunia ou cette strophe entière qui donne trois rimes au mot Ourcq : Que les heures tuées Guerre à Crouy-sur-Ourcq Meurent mal Et tu es Mon âme et mon vautour Camion de buées Mélancolique amour Qui suit l\u2019avenue et Capitaine au long cours Quitte pour les nuées Les terres remuées.Surtout que l\u2019on n\u2019aille pas voir dans ces innovations techniques purs amusements de rimailleur ; si Aragon tente d\u2019introduire ces techniques nouvelles dans la versification française, ce n\u2019est que pour libérer davantage le poète, car une lettre de Revue Dominicaine plus à la rime peut être « une porte ouverte sur ce qui ne se dit point » autrement.Ce n\u2019est point dans ces innovations que réside le plus grand mérite du poète du Crève-Cœur ; s\u2019il a assoupli davantage encore le vers français sans lui enlever de sa puissance incantatoire, sa grandeur première consiste à avoir su forger une arme d\u2019expression dont le métal est assez puissant et assez résistant pour transformer en beauté l\u2019immense douleur d\u2019un pays qui n\u2019est plus que faim, misère et amour.Le poète a d\u2019ailleurs répondu lui-même à ceux qui ont attaqué sa poétique et je ne saurais mieux faire que le citer pour terminer : Ah si l\u2019écho des chars dans mes vers vous dérange S\u2019il grince dans mes deux d\u2019étranges cris d\u2019essieu C\u2019est qu\u2019à l\u2019orgue l\u2019orage détruit la voix de l\u2019ange Et que je me souviens de Dunkerque Messieurs.C\u2019est ainsi que le poète de la révolte est entré dans l\u2019ordre.Guy Sylvestre 172 Directives pratiques Consultation canonique Peut-on se confesser à un laïque ?La question 11e manquera pas cl\u2019étonner 110s lecteurs.On trouve déjà assez dur de se confesser à un prêtre, sans qu\u2019on envisage l\u2019hypothèse de le faire à son prochain.Qu\u2019on se rassure.Si nous abordons la question de la confession aux laïques, ce 11\u2019est pas pour en recommander la pratique, mais uniquement pour répondre à un correspondant qui nous assure avoir entendu dire que l\u2019aveu de ses fautes à son prochain a été pratiqué communément autrefois.Il est bien vrai que la confession aux laïques a été une pratique courante au moyen âge.Les fidèles y voyaient un moyen d\u2019obtenir la rémission de leurs péchés.Même plus, de nombreux canonistes et théologiens en ont étudié la nature et les effets, et plusieurs d\u2019entre eux ont imposé aux fidèles l\u2019obligation de s\u2019y soumettre, en cas de nécessité et en l\u2019absence de tout prêtre.Si l\u2019on veut connaître l\u2019histoire de cette pratique, et surtout l\u2019histoire de la doctrine de la confession aux laïques, l\u2019on pourra consulter avec grand profit l\u2019ouvrage scientifique du K.P.Améclée Teetaert, Ord.Cap., publié sur le sujet à Louvain en 192(>.Nous y puiserons les renseignements jugés essentiels à la réponse à notre question.Tout d\u2019abord la confession aux laïques ne comportait que l'aveu des fautes légères et quotidiennes.Ainsi conçue, elle ressemblait à la coulpe monastique, à savoir l\u2019accusation publique que les moines faisaient au Supérieur, devant la communauté réunie, de toutes les imperfections qu'ils avaient commises.Or c\u2019est par les moines que la confession de ses fautes légères à son prochain a été répandue au milieu des fidèles, à partir du Ville siècle.Ceux-ci se soumettaient à cette pratique dans l\u2019espérance d\u2019obtenir le pardon de leurs fautes ; l'humiliation et la contrition 1 10 I/o Revue Dominicaine du cœur et du corps qu\u2019elle provoquait ou augmentait, et aussi les prières du confesseur en étaient une garantie.Au commencement du Xle siècle, alors que, selon la doctrine des théologiens, la confession n\u2019est plus subordonnée à la pénitence, mais faite pour elle-même, et pour ainsi dire indépendamment de la satisfaction, l\u2019aveu des péchés graves aux laïques fait son apparition.Les premiers témoignages d\u2019une telle confession dans l\u2019Eglise latine datent de cette époque.Et encore les faits apparaissent-ils isolés et extraordinaires.Exceptionnelle au début, la pratique en devint générale aux siècles suivants.Reconnaissant la confession comme une nécessité et une obligation pour obtenir le pardon des péchés, les fidèles prirent l\u2019habitude de se confesser entre eux, à défaut de pouvoir le faire à un prêtre.La chose se pratiquait surtout sur les champs de bataille et dans les naufrages.Chez les chevaliers et les marins, en effet, le besoin de se confesseur au prochain se faisait sentir plus impérieusement que chez les autres fidèles.Ayant remis d\u2019ordinaire la confession de leurs péchés à une occasion favorable, ils cherchaient et aspiraient à purifier leur âme, quand ils gisaient blessés sur les champs de bataille ou se voyaient exposés au péril du naufrage.Jetant les yeux sur leur entourage pour y découvrir un prêtre et ne pouvant la plupart du temps en apercevoir, ils avouaient leurs fautes à un compagnon d\u2019armes ou de voyage, dans l\u2019espérance d\u2019en recevoir le pardon, à cause de la grande confusion et de la profonde humiliation qu\u2019ils éprouvaient à poser cet acte.On trouve de nombreux exemples de cette pratique dans les chroniques et les chansons de gestes des Xlle et XlIIe siècles.En voici deux exemples que cite le P.Teetaert (1.c., p.487).Dans le roman de Raoul de Cambrai, le baron Aleaume, blessé grièvement, se confesse, à défaut d\u2019un prêtre, à deux de ses compagnons d\u2019armes : «Le baron se confesse de ses péchés Aux deux barons qu\u2019il vit tout près, Parce qu\u2019il n\u2019était pas secouru par un prêtre ».174 Directives pratiques Dans la chanson de Roland, le comte Olivier, blessé à mort par le Kalife, ayant appelé Roland, son ami et son pair, met pied à terre et, couché sur le sol, s\u2019accuse à haute voix de ses fautes.« Olivier sent l\u2019angoisse de la mort, Ses deux yeux chavirent dans sa tête, Il perd Vouie, et achève de perdre la vue, Met pied à terre et sur le sol se couche, A haute voix s\u2019accuse de ses fautes, Joint ses deux mains qu\u2019il lève vers le ciel, Implorant Dieu de lui accorder le Paradis, Et de bénir Charles et la douce France, Et son compagnon Roland par dessus tous les hommes ».Il ne faudrait pas croire cependant que la confession de ses fautes à son prochain avait lieu seulement sur les champs de bataille.Elle était aussi entrée dans les mœurs du peuple.Un récit savoureux tiré d\u2019une collection d\u2019aventures du moyen âge nous en convaincra.Nous tenons à le rapporter, parce qu\u2019il nous indique la façon de pratiquer cette confession.« Un homme habitait avec son épouse dans une forêt, loin de l\u2019église paroissiale.Un dimanche des Rameaux, jour où tous les habitants avaient l\u2019habitude d\u2019aller à confesse, comme la terre était couverte d\u2019une épaisse couche de neige, l\u2019homme propose à sa femme de rester chez eux et de s\u2019avouer mutuellement leurs fautes.La femme consent, se met à genoux et se confesse entre autres de plusieurs manquements graves à la fidélité conjugale ; elle exprime son repentir et promet de se corriger.L\u2019homme s\u2019incline alors vers elle, lui donne trois petits coups et lui pardonne au nom de Dieu les fautes commises.La femme invite ensuite son mari à lui avouer à son tour ses péchés.Celui-ci lui assure qu\u2019il ne lui a jamais été infidèle, excepté une fois, quand séduit par les charmes de la petite servante Adélaïde, il n\u2019a pu y résister.Après cet aveu, la femme reproche durement au mari sa conduite infidèle, le prend par les cheveux, le traîne jusqu\u2019à la porte et l'accable de coups de balai » (cf.1.c., p.491).Les théologiens et les canonistes se sont emparés peu à peu de la confession aux laïques et l\u2019ont incorporée dans les doctrines Revue Dominicaine pénitentielles de leur époque.On peut dire d\u2019une façon générale qu\u2019aucun d\u2019eux n\u2019a jamais considéré la confession aux laïques comme une confession sacramentelle, lias plus celle des péchés mortels que celle des fautes légères et quotidiennes.Tous, en effet, font une distinction nette et explicite entre la confession faite à des semblables et la confession faite au prêtre.Cette dernière seule est appelée sacramentelle, au sens propre du mot, parce que seule elle met le pénitent en relation avec le pouvoir des clefs.Le pouvoir d\u2019absoudre, en vertu duquel la rémission de la faute et de la peine éternelle ou simplement le pardon des peines temporelles est opéré, n\u2019est conféré qu\u2019aux seuls prêtres.Dans la confession aux laïques il n\u2019y a donc pas d\u2019absolution.C\u2019est la contrition, provoquée ou augmentée par l\u2019humiliation de révéler ses fautes à son prochain, qui est censée justifier le pécheur.Les théologiens cependant ont enseigné que les fidèles étaient obligés en cas de nécessité et en l\u2019absence du prêtre, de se soumettre à cette pratique.Les raisons théologiques qu\u2019ils ont fait valoir pour justifier cette obligation ont varié avec le développement de la doctrine de la Pénitence.Nous n\u2019avons pas à les exposer ici.On nous permettra seulement de mentionner les raisons apportées par saint Thomas d\u2019Aquin sur ce sujet.D\u2019abord la confession des péchés véniels n\u2019est pas obligatoire ; il n\u2019existe aucun précepte d\u2019en faire l\u2019aveu à un prêtre, encore moins à son prochain, bien qu\u2019il soit avantageux et plus parfait de les confesser.La rémission des fautes vénielles, en effet, peut être obtenue ou par l\u2019infusion de la grâce, comme cela se fait dans la réception des sacrements ; ou par un acte qui, extérieurement, signifie la détestation de ses péchés, comme c\u2019est le cas de la confession générale, la récitation du Notre Père ; ou par un acte de révérence envers Dieu ou les choses divines, comme la bénédiction épiscopale, l\u2019aspersion de l\u2019eau bénite (cf.Ilia pars, qu.87, art.3).Quant aux péchés mortels, la confession en est nécessaire de nécessité de salut.Si le pécheur ne peut s\u2019acquitter de fait de 176 Directives pratiques cette obligation, il doit avoir au moins la volonté de confesser ses péchés.Ce désir, indu dans la contrition, suffit pour obtenir la rémission des péchés en cas de nécessité.Contritio cam propo-sito confitendi et desiderio absolutionis sufficit ad liberandum a morte œterna (cf.IV Sent., dist.XVII, qu.3, art.3).Cependant le pénitent est obligé de réaliser et d\u2019accomplir, autant qu\u2019il est en son pouvoir, le vœu qu\u2019il a de se confesser, s\u2019il 11e peut de fait recevoir le sacrement.Or celui qui se confesse à un laïque réalise plus parfaitement ce vœu que celui qui ne le conçoit qu\u2019intérieurement.Il est donc nécessaire d\u2019avouer ses fautes à son prochain, dans le cas où l\u2019on ne peut s\u2019adresser à un prêtre.C\u2019est pour cette raison que la confession aux laïques est imposée au pécheur qui veut obtenir le pardon de ses péchés.Il reste que celui qui s\u2019est confessé à un laïque doit refaire même confession à un prêtre, dès qu\u2019il en aura l\u2019occasion.Et cela pour un triple motif : d\u2019abord pour obtenir la réconciliation avec l\u2019Eglise, ensuite pour acquérir un effet sacramentel plus grand et plus étendu, enfin pour observer le précepte de la confession.Voilà donc, aussi brièvement que possible, l\u2019idée que saint Thomas se fait de la confession aux laïques.A ses veux elle n\u2019est pas une confession sacramentelle, mais quodammodo sacramen-talis, en tant, notamment, qu\u2019elle constitue la partie subjective du sacrement de Pénitence.On peut dire qu\u2019avec lui elle acquiert une importance inconnue jusque-là ; elle parvient au point culminant, à l\u2019apogée de son évolution.Après lui, elle commence à diminuer et à déchoir.« Chose curieuse, fait remarquer le P.Teetaert (1.c., p.330), la cause de cette déchéance progressive est à chercher en grande partie dans les principes posés par le Docteur angélique lui-même, en tant qu\u2019il place l\u2019efficacité sacramentelle dans l\u2019absolution et dans le pouvoir des clefs.Les théologiens postérieurs, appliquant cette théorie à la confession aux laïques, concluront peu à peu à sa non-nécessité et même à son inutilité ».Raymond Charland, O.P.«/ Revue Dominicaine Notes de théologie pastorale Mon révérend Père, Le bon Dieu veut-il les guerres ?On entend diverses versions sur ce point.Les uns prétendent que c\u2019est Dieu qui envoie ou suscite les guerres, pour punir ; les autres sont d\u2019avis que ce sont les hommes qui veulent et font les guerres pour satisfaire leurs ambitions, leur orgueil, et le reste, et le reste.Si les guerres sont la cause de tant de mal, de tant de désordres, la source de tant de péchés, le bon Dieu peut-il vouloir les guerres ?Est-ce pour tirer du mal un plus grand bien ?C\u2019est un sujet qui se discute \"souvent et qui semble difficile à expliquer.(S\u2019il n\u2019y a pas de rationnement sur les questions, puis-je en soumettre une autre ?) Le fait de laisser un montant d\u2019argent après sa mort en vue de faire dire des messes pour le repos de son âme, indique-t-il un motif d\u2019égoïsme, comme le prétendent bien des gens ?On affirme alors que le Ciel s\u2019achète \u2014 avec de l\u2019argent \u2014 et que ceux qui n\u2019en ont pas devront nécessairement rester en purgatoire plus longtemps que ceux qui ont les « moyens » de se faire dire des messes après leur mort.Mademoiselle Y.Mademoiselle, Dieu veut-il les guerres ?Avant de répondre, commençons par distinguer deux choses dans une guerre.D\u2019abord, il y a les péchés que commettent ceux qui déclarent injustement la guerre et tous ces innombrables péchés dont la guerre est la cause.Eh bien ! Dieu ne peut pas vouloir le péché et, à ce point de vue, Dieu ne veut pas la guerre mais II la permet afin d\u2019en tirer de plus grands biens.Ni directement ni indirectement, Dieu 11e peut vouloir le péché, car Tl se détruirait lui-même, étant le Bien absolu.L\u2019homme seul est responsable du péché et s\u2019il fait la guerre pour satisfaire ses ambitions, son orgueil, etc.il en est le 178 Directives pratiques seul coupable.Ce triste pouvoir de pécber nous appartient en propre, nous le devons à notre liberté, mais celle-ci est un bien.Mais si Dieu ne fait que permettre les péchés qui sont commis dans une guerre, Il veut cependant tous les maux physiques, les souffrances corporelles et morales, les désastres, etc.Oui, et c\u2019est peut-être ici que vous serez surprise, Dieu veut positivement tous les maux dont la guerre est la cause (à l'exception du péché, bien entendu).Mais comment peut-il vouloir tant de maux pour les hommes qu\u2019il a tant aimés ?Pour l\u2019expiation du péché.Tout homme a péché et tout péché mérite une peine, en cette vie ou en l\u2019autre.Et remarquez bien que c\u2019est une grâce d\u2019expier durant la vie présente qui est bien courte alors que l\u2019autre vie sera éternelle.Un païen disait : « Après la perte de l\u2019innocence par le péché, le plus grand des biens, c\u2019est le châtiment».Oui, les souffrances, les peines, les croix, la mort qui nous permettent d\u2019expier nos fautes.C\u2019est tous les jours que l\u2019amour de Dieu rencontre le refus et la résistance, c\u2019est tous les jours aussi que l\u2019homme doit expier.C\u2019est parce qu\u2019il est un Père qui nous aime que Dieu nous fait souffrir pour nous corriger et nous sauver.Des parents qui aiment leurs enfants les châtient souvent et c\u2019est pour leur bien qu\u2019ils le font.Nous sommes tous de ces enfants rebelles que Dieu doit souvent punir s\u2019il veut que nous arrivions au ciel.Sans la souffrance, l\u2019homme se détourne si vite de Dieu ! Je sais bien, Mademoiselle, que ces considérations ne vous enlèveront pas toute angoisse devant tant de maux qui affligent le monde, car il y a là un mystère.Mais soyez bien sure que tout ce que Dieu fait est pour le mieux.Et je vous cite ici une page d\u2019un grand théologien, dominicain français : « Nous ne voyons, dit-il, que l\u2019envers des choses, comme dans une broderie dont le beau dessin nous reste indéchiffrable du côté du canevas ou s\u2019entrelacent les fils dans un subtil désordre.C\u2019est là pourtant que la brodeuse travaille, et il la faut laisser faire, patiemment, sans préjuger à tort et à travers de ses intentions ou de ses dé- 179 Revue Dominicaine faillances.Vous savez bien qu\u2019une pièce en son lieu placée va donner tout d\u2019un coup son sens à un ensemble qui sans elle restait informe ».De même, ce monde est un cbaos informe, car nous n\u2019en voyons que l\u2019envers ; nous ignorons les grandes intentions de Dieu.Chacun de nous n\u2019a-t-il pas, un jour ou l\u2019autre dans sa vie, reconnu après plusieurs années, que tel événement qui l\u2019avait déconcerté, s\u2019était produit pour son plus grand bien.Ainsi, attendons et nous verrons un jour que Dieu a bien fait toutes choses.Quant à votre deuxième question, j\u2019y réponds brièvement, car vous voyez que je ne rationne pas mes explications, au risque de vous faire perdre votre temps.Le fait de laisser de l\u2019argent pour se faire dire des messes après sa mort n\u2019indique pas d\u2019égoïsme mais de la prudence.Cependant, il ne faudrait pas croire qu\u2019on ira plus vite au ciel si on a payé beaucoup de messes, et cela de façon nécessaire.Non ! le ciel ne s\u2019achète pas.C\u2019est Dieu qui applique le « fruit » des messes et II les applique selon les mérites du défunt.Il peut arriver qu\u2019une personne qui ne laisse pas même un dollar pour se faire dire des messes, aille plus vite au ciel qu\u2019une autre qui en a payé des centaines.C\u2019est que les messes ne remplacent pas les bonnes œuvres d\u2019une vie.Le plus important, ce sont les bonnes dispositions d\u2019après lesquelles Dieu applique le mérite des messes.La messe n\u2019a rien cl\u2019une machine automatique ; elle est une réalité spirituelle qui agit selon un ordre spirituel et selon que Dieu le veut.Ce qui est sûr, c\u2019est que Dieu secourt plus particulièrement ceux qui l\u2019ont mérité de leur vivant.Les messes peuvent servir au repos de notre âme, et c\u2019est bien d\u2019en faire dire, mais n\u2019allons jamais croire qu\u2019elles remplacent les mérites personnels, de sorte qu\u2019en se faisant dire des messes, on n\u2019ait plus rien à faire.Et je termine avec l\u2019espérance de vous avoir été quelque peu utile.Si oui, souvenez-vous de moi dans vos prières.Bien vôtre en Notre-Seigneur, Père Y.180 /WNAAAAA/WWWWWWVNAAA/VS/SAA/WWSAAAA/ XIV 4VHV J ¦MP ¦HP "]
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