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Titre :
Revue dominicaine
Éditeur :
  • St-Hyacinthe :Couvent de Notre-Dame du Rosaire,1915-1961
Contenu spécifique :
Octobre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Rosaire
  • Successeur :
  • Maintenant
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Revue dominicaine, 1944-10, Collections de BAnQ.

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sécurité, elle est vouée, tôt ou tard, à la ruine.Protégez votre foyer, préparez l\u2019avenir des vôtres, assurez-vous une vieillesse heureuse et digne en vous constituant petit à petit les réserves nécessaires.Prenez dès aujourd\u2019hui l\u2019habitude de l\u2019épargne.Banque Canadienne Nationale S-Hyacinthe, P.Q.fvvuwwwwuvmunwuwwwwvmwvvwuvuv vwwwwwvvwvwvwwwwwww vww VENEZ VCLZ EEECZEE par le R.Père Jean Bousquet, O.P.A ceux et celles qui n\u2019ont pas encore compris les bienfaits d\u2019une retraite fermée Brochure de 64 pages \u2014 Prix : $0.15 En vente à LA LIBRAIRIE DOMINICAINE 5375, AV.N.-D.DE GRACE -TÉL.ELwood 4677 95, AVENUE EMPRESS - TÉL.2-7363 - - MONTREAL - 28 OTTAWA j»W»^'V»\\WWWWWWWWVWWVWWVWV»WVWVVWWW'VW< B onnes adresses a consulter Accessoires contre l\u2019Incendie : The Canadian Fire Hose Co.Ltd., 827 ouest, Notre-Dame, Tel.PL.6416-17, Montréal Articles Religieux : Imperial Novelty Mfg.Co.Ltd., 389 o., St-Paul, HA.4946, Mtl.North American Sales Co.Regd., 649 ouest, Notre-Dame, Tél.HA.3029, Montréal Architectes : Desmeules, Gabriel, 226, St-Jean, Tél.4-3864 .Québec Larue, J.-Albert, 5711, Durocher, Tél.CR.2734 .Montréal Ahchitectes Lemieux, 7 60, Square Victoria, la.2 870, Mt.Ludger Lemieux \u2014 A.A.P.Q.\u2014 M.R.A.I.C.Paul M.Lemieux \u2014 B.A.\u2014 M.R.A.I.C.\u2014 A.A.P.Q.\u2014 D.P.L.G.F.Arpenteurs-Géomètres et Ingénieurs Forestiers : Bélanger et Bourget, 86, Côte de la Mont., Tél.2-5180, Québec Gastonguay, Jules-P., 71, St-Pierre, Tél.2-3400 .Québec Articles de Sport : Le Palais des Sports, 67, Côte d\u2019Abraham, Tél.3-2341, Québec Ascenseurs : La Cie F.-X.Drolet, 206, Du Pont, Tél.4-4641 .Québec Assurances Générales : Bernardin Frères, 1285, Visitation, Tél.CHerrier 3195, Montréal Assurances (Moins assurance-vie) : Caron, Hector A., Edifice Canada Cernent, HA.3877, Montréal Assurance : National Life Assurance Co.: Arsenault, Bona, Gérant, 80, St-Pierre, Tél.2-5785 .Québec Assurance : La Solidarité, Cie d'Assurance-Yie Siège social, 126, St-Pierre, Tél.4-4034 .Québec Autobus à Lorette, Aérodrome, Champigny, Lac St-Joseph, Ste-Catherine : Drolet, A., Ltée, 155', boul.Charest, Tél.2-8494 .Québec Autobus Fournier Ltée : Québec au Camp Val-cartier, Ste-Foy, Lac St-Charles : Terminus, 501, boul.Charest, Tél.6182-34, St-Augustin, 2-5946 AUTOMOBILES (Soudure, Débossage, Peinture, Etc.) : Boutet & Fils, 131, Caron, Tél.3-3370 .Québec Gagnon, J.-E., Enrg., 65, Charest, Tél.4-2500 .Québec Automobiles (Hudson et camions reo) : Racine, J.R.Inc., 27, Arago, Tél.2-20Î9 .Québec Avocats : Boisvert et Corriveau, 80, St-Pierre, Tél.2-3420 .Québec Boyer, Auguste, 159 ouest, Craig, Tél.MA.7031 .Montréal Champeau, Armand, 5585, Canterbury, Tél.AT.9717, Outremont St-Jacques, Henri, 18, Rideau, Tél.2-5055 .Ottawa, Ont.Banques : La Banque Provinciale du Canada, 221 ouest, St-Jacques, Tél.HA.7151, Montréal Beurre D\u2019Érable : Cie Nationale de Beurre d\u2019Erable Inc., 51 ouest, Laurier, Tél.DOllard 2433, Montréal Biscuits et Gâteaux : Cie de Biscuits Stuart Ltée, Alf.Allard, prés., CR.2167, Mtl.Blocs de Béton, Tailleurs de Pierre : Côté, Valère Inc., 187-lère avenue, Tél.4-4491 .Québec Bois et Matériaux de Construction : Grier, G.A.& Sons Ltd., 2120 o., Notre-Dame, WI.6118, Mtl.Bois de Construction, Manufacturiers de Planchers en Bois Franc, Portes et Châssis : Dupuis, J.-P.Ltée, 1084, Av.de l\u2019Eglise, Tél.YO.0928, Verdun Bonbons en Gros : Bonbons Yolande Enrg., Mme J.-B.Cloutier, prop.83, Sault-au-Matelot, Tél.4-1167, Québec Bouchers, Épiciers : Québec Marine Grocers : Massé, Philippe, 93, Sault-au-Matelot, Tél.2-8605 .Québec Swift Canadian Co.Ltd., 153, St-Roch, Tél.4-2461 .Québec Boulangers (gâteaux et pâtisseries) : Hethrington, T., Ltée, 358-364, St-Jean .Québec Buanderies î Buanderie St-Paul, 2020, Roberval, Tél.WE.6791 .Montréal Carrosseries D\u2019Auto (débossage, rembourrage, etc.) : Normandeau, A.et Fils, 01152, Charlevoix, WI.5562, Montréal Chapeaux : Chez Charlebois, 708 ouest, Notre-Dame, Tél.MA.5029, Mtl.CHARBON (Anthracite et Bitumineux) : Madden et Fils Liée, 3 boul.Charest, Tél.4-3678 .Québec The Canadian Import Co.Ld., 83, Dalhousie, Tél.2-1221, Québec Chauffage et Plomberie : Germain & Frère Ltée, 237, St-A^itoine, Tél.76, Trois-Rivières Chauffage et Plomberie (entrepreneur) : Jetté, J.-W.Limitée, 360 est, Rachel, Tél.MA.4184, Montréal Chocolats (fins \u2014 minuscules) Livraison : Denyse, 4909 ouest, Sherbrooke, Tél.EL.4877 .Montréal Collège Versailles : Fortin Business Colleges, 840, Cherrier, Tél.AM.6440, Montréal Compliments : Compliments d\u2019un ami : C.N.E.Compliments d\u2019un ami : J.E.S.J.P.Laberge Enrg.Un ami de la Revue.Un ami de la Revue : A.D.& Fils Ltée.W.A.Baker, Palais de Justice .Montréal Constructions, Démolition, Matériaux à Vendre : Tétrault Frères, 1200, av.de l\u2019Eglise, Tél.WI.8152, Verdun Corsets, Brassières, Lingerie : Mademoiselle Enrg., 89, Cartier, Tél.5522 .Québec Salon Elégant, 353%.rue St-Jean, Tél.3-0543 .Québec Cours Anglais, sténographie bilingue et dactylographie : Sturton School, 93, Crémazie, Tél.9571 .Québec Courtiers D\u2019Obligations : Frs Letarte, Prés., L.-A.Pedneault, Vice-Prés.La Corporation de Prêts de Québec, 132, St-Pierre, Tél.2-4765, Québec Courtiers en Épiceries : Brault, Anastase, 1891, Roberval, Tél.WE.4237 .Montréal Couvreurs : Falardeau, Eugène Ltée, 141, Dorchester, Tél.9677 .Québec Crème Glacée : Crémerie Mont Blanc Enrg., 149, Renaud, Tél.2-6841 .Québec Directeurs de Funérailles : Bouchard, J.& Fils, 54\u20145e rue, Tél.4-1113 .Québec Directeurs de Funérailles et Fleuristes : Bouvette & Fils.Trois-Rivières et Shawinigan-Falls, P.Q.Doreurs-Argenteurs-Orfèvres : Beaugrand, Gilles, 846, de l\u2019Epée, Tél.DO.2950 .Montréal Belleville, J.Arsène Ltée, 47, Sous-le-Fort (Basse-ville) Québec Drive Yourself : Jobidon, Robert, 250, St-Paul, Tél.2-5317 .Québec Eau de Javelle : L\u2019Eau Merveilleuse Enrg., 39-7e rue (Limoilou), 4-2661, Québec Entrepreneurs Généraux : Cauchon, Magloire Ltée, 311, de la Salle, Tél.6179 .Québec Lamontagne, F.-X., 411, Boulevard Charest, Tél.3-0590, Québec Michaud & Simard, 460, Arago, Tél.5244 .Québec Ouellet, Ludger, 87, St-Cyrille, Tél.2-1710 .Québec Épiciers-Bouchers : Gougeon, J.B., 175, Rochester, Tél.8-0030-8-0031, Ottawa, Ont.Épiceries en Gros : D\u2019Aoust, P.Ltée, 11, York .Ottawa, Ont.Lamarche, J.-H., 6749, St-Laurent, Tél.CR.2155 .Montréal Letellier, J.-B.-E.Enrg., 112,Dalhousie, Tél.2-3931 .Québec Estampes en Caoutchouc : A.Derome et Cie Enrg., 25 est, N.-Dame, LA.2392, Montréal Farine, Engrais, Grains, Foin, Bois, Charbon : Gervais, Paul et Frère, 5298, Henri-Julien, CA.1157, Montréal Ferronnerie D\u2019Art : Les Frères Lebrun, 456, Niverville .Trois-Rivières VI onnes a d resses a consu it er Fourrures : Alain, P.A.Ltée, 203, St-Joseph et 79, de l\u2019Eglise, 5106, Que.Bernard, Léo, 810, St-Vallier, Tél.3-1329 .Québec Desjardins, Chas, et Cie, 1170, St-Denis, Tél.HA.8191, Mtl.Laliberté, J.-B.Ltée, 145, St-Joseph, Tél.6191 .Québec Sanfaçon, Honoré, 110, rue de la Couronne, Tél.7419, Québec Turcotte, N.-Geo., 162, Côte d\u2019Abraham, Tél.4-1459 .Québec Grains, Moulées, Provisions : Frenette & Fils Enrg., 176, St-Pierre, Tél.2-8070 .Québec Habits et Merceries : Cusson et Cusson, Place du Marché, rue Cascades, St-Hyacinthe Huile à Brûleurs : Trudelle Petroleum Enrg., 195, Franklin, Tél.3-1352 .Québec Immeubles : Thibodeau, L.P.R., 325, boul.Charest, Tél.3-5322 .Québec Immeubles (vente, achat, expertise, finance) : Paquet, Geo., 351, boul.Charest, Tél.4-4221 .Québec Importateurs et Fabricants D\u2019Objets de Piété : Génin, Trudeau et Cie, 38 ouest, N.-Dame, LA.2261, Montréal Imprimeurs (médéric parent et onil paré, prop.) : Imprimerie Bégin Enrg., 40, St-François, Tél.3-1252, Québec Industrie Laitière (Machines, Ustensh.es, app.frig.) : Trudel, B.et Cie, 304, Carré Youville, Tél.MA.8067, Montréal Laboratoire Farley \u2014 Hull, P.Q.Fabricant des « Antalgines » contre les Maux de Tête.Lait, Crème, Beurre, Œufs et Fromage : Clark Dairy Ltd., 634, Av.Bronson, Tél.5-1811, Ottawa, Ont.Coopérative Lait et Crème, 4101 est, N.-Dame, AM.2171, Mtl.La Ferme St-Laurent Ltée, 6768, Garnier, CR.2188-9, Montréal Laiterie de Québec Ltée, 75, av.du Sacré-Cœur, Tél.7101, Québec Librairie (en gros seulement) : Librairie J.A.Parent, 472, St-Vallier, Tél.5630 .Québec Libraires : Granger Frères Ltée, 56 ouest, N.-Dame, LA.2171 .Montréal La Librairie Dominicaine : 5375,avenue Notre-Dame de Grâce, Tél.EL.4677 .Montréal 95, avenue Empress, Tél.2-7363 .Ottawa Liqueurs Douces : Fortier, Elzéar Ltée, 115, St-Dominique, Tél.2-3891 .Québec Machineries D\u2019Imprimerie (réparation, soudure, etc.): Le Matériel d\u2019imprimerie Ltée (Demandez M.Langlais), 970, de Bullion, Tél.PL.9011, Montréal Magasins à Rayon : Bouchard,\tL.,\t750-760, St-Vallier, Tél.2-5638 .Québec Dubuc, T.\tD., 214-218, St-Jean, Tél.\t2-3961 .Québec Dupuis Frères\tLtée, Tél.PL.5151 .Montréal Paquet et\tCie\tLtée, 157, St-Joseph,\tTél.8131 .Québec Pharand, J., 85, Champlain, Tél.2-5315 .Hull, P.Q.Syndicat de Québec Ltée, 215, St-Joseph, Tél.4-3561 .Québec Manufacturiers de Fournitures Funéraires : Girard et Godin Ltée, T.-Riv.et 34 o., St-Paul, LA.9214, Mtl.Manufacturiers de Portes et Châssis, Bois : Pilon, Jos.Ltée, 79, Boul.du Sacré-Cœur, Tél.3-1116, Hull, P.Q.Marchand de Fourrures : Zicat, Lauréat, Enrg., 28, chemin Sainte-Foye, Tél.9627, Québec Marchands de Thés et Cafés : Désy, J.-A., 1459, Delorimier, Tél.FR.2147 .Montréal Marchands de Thés, Cafés et Épices en Gros : Bourque, A., 262 est, St-Paul, Tél.HArbour 7630 .Montréal Marchands Tailleurs : Mathieu, Lucien Enrg., 2251, Frontenac, FR.1803 .Montréal Matelas, Sommiers, Etc.: Matelas Frontenac Enrg., 15, Boisseau, Tél.5347 .Québec Matériaux de Construction : Les Industries G.-I.Lachance Inc., 263, St-Paul, 2-6403, Québec Médecins.: Castonguay, Dr E.-J., 4231 est, Ste-Catherine, CH.0560, Mtl.Gratton, Dr Albert, 781, du Couvent, Tél.WE.5476 .Montréal Pilon, Dr Henri, 251, boul.St-Joseph, Tél.2-0563, Hull, P.Q.Pouliot, Dr Antoine, 68, Ste-Ursule, Tél.2-4455 .Québec Membres Artificiels : Duckett, J.-A., 2014, Bleury, Tél.HArbour 0630 .Montréal Meubles, Divans, Studios, Matelas à Ressorts, Prélakts : Vézina & Filion Enrg., 227 \u2014 3e avenue, Tél.4-2300 .Québec Notaires : Labrèche et Labrèche, 10 ouest, St-Jacques, MA.3373, Montréal McKay, R.E., 4948, av.Verdun, Tél.YO.5322 .Verdun Nouveautés, Merceries, Tapis, Prélarts : Alepin, J.et Frère Ltée, 4295 ouest Notre-Dame, Tél.WE.1108 ; 4719, Wellington, Tél.YO.1144, Montréal Opticiens D\u2019Ordonnances : Derouin, O.L., 37, Metcalfe, Tél.2-4976 .Ottawa, Ont.Lamontagne, Etienne, 1065, St-Prosper, Tél.2178, Trois-Rivières Optométristes et Opticiens : Ledoux, Arthur, 180, Cascades, Tél.10 .St-Hyacinthe Lemire, André, 4226, St-Denis, Tél.HArbour 8856 .Montréal Pharmaciens : Pharmacie Aimé Roussin, 2823, Masson, CH.2103 .Montréal Pharmacie P.-H.Soucy, 85, Cartier, Tél.2-1235 .Québec Pharmaciens en Gros : Durocher, G.E., 139, Queen, Tél.2-5309 .Ottawa, Ont.Photographes : Studio Bell, 59, St-Joseph, Tél.4-2106 .Québec Pianos : À vendre \u2014 Accordage Marcoux, J.-C., 609, St-Vallier, Tél.9775 .Québec Pierre : Carrière Gravel Ltée, 282, St-Paul, Tél.2-4122 .Québec Plombiers-Couvreurs-Électriciens : Asselin, J.-A., 37, Hermine, Tél.9670 .Québec Dorion, Jules, 11, rue Ramsay, Tél.4-2916 .Québec Morin Enrg., J.B., 14, rue Champlain, Tél.2-5548 .Québec Plombiers \u2014 Ouvrage de Marine : Morin, L.-P., 31, Sault-au-Matelot, Tél.4-3617 .Québec Produits Alimentaires (Manufactbrhss) : Old City Mfg.Co.Ltd., 4, Mgr Gauvreau, Tél.2-5273, Québec Produits Pharmaceutiques : Sylvain Ltée, 406 est, Notre-Dame, Tél.HA.5374 .Montréal Professeur de Musique ( GUITARE, MANDOLINE, VIOLON) : Gagnon, T.W., 208, N.-D.des Anges, Tél.2-3700 .Québec Provisions, Poisson, Fruits, Etc.: Dominion Fish & Fruit Ltd., Tél.2-7036 .Québec Quincaillerie en Gros et Détail : Lemieux, Jos.-E.Enrg.Québec O\u2019Neil & Richard Ltée, 134, du Pont, Tél.2-1594 .Québec Quincailleries Générales : Gravel, Ludger et Fils, 344J, Av.du Parc, Tél.HA.5211, Mtl.Grégoire, J.-R., 3605 est, Ontario, Tél.FA.1167-8 .Montréal Restaurants : Le Roi du Chien Chaud Enrg.1478 est, Sainte-Catherine, Tél.AM.6969, Montréal Taxis : (demandez toujours) Dominion Taxis, Tél.8123 .Québec Terra Cotta : Montreal Terra Cotta, 1010 o., Ste-Catherine, MA.1816, Mtl.Transports : St-Hyacinthe Transport, 34, Piété, Tél.356-122 .St-Hyacinthe Valeurs de Placement : Dubé, Oscar & Cie Inc., 105, Côte de la Montagne, Tél.2-4061, Québec Société Générale de Finance, Inc., 57 ouest, St-Jacques, Tél.HA.5168, Montréal \\IANDES EN GROS (Fraîches et Fumées) : Marché de Québec Enrg., 26-28,1ère rue, Tél.2-2016 .Québec Violon (Cours Théoriques) : Talbot, J.Robert, 255, Fraser, Tél.5244 .Québec VIT Sommaire Octobre 191/Ji Baissa Mar r ta in :\tPierre et Christine «Au printemps de 1911 nous reçûmes de Dieu, et par les mains de notre parrain, un présent infiniment doux et précieux : deux êtres merveilleusement dignes d\u2019être aimés nous furent donnés pour frère et sœur, selon les plus profondes aspirations de notre cœur».Th.-A.Audet, O.P.:\tTrois Pharisiennes «Ces derniers temps, par besoin de répit, en quête d\u2019évasion, j\u2019ai relu trois livres, trois romans : La Pharisienne de Mauriac, Le Chant de Bernadette de Werfel, The Keys of the Kingdom du Dr A.J.Cronin.De l\u2019enchantement passé où s\u2019estompent ces belles hsitoires, quel caprice ou quelle perversité de mon souvenir fait surgir trois fantômes, toujours les mêmes : Brigitte Pian.Sœur Marie-Thérèse Vauzous et Mother Maria Veronica \u201c?» Abbé Llewellyn :\tPortraits de tous les temps « Nous avons feuilleté les Fables de La Fontaine et notre journal en même temps.Avez-vous trouvé quelque chose qui ne soit pas d\u2019une étonnante actualité Oui ! Une seule : ce petit sourire et fin et désabusé, cette petite malice du coin de l\u2019œil qui manque terriblement à vos maris, Mesdames, quand ils lisent devant vous le journal, aujourd\u2019hui ».M.-A.Couturier, O.P.: Vers une peinture canadienne « Que se passe-t-il pour le voyageur venu d\u2019Europe, d\u2019Amérique ou d\u2019Asie et qui débarqué à Vancouver, à Toronto ou à Montréal s\u2019enquiert de la peinture canadienne ?» Marcel Raymond :\tDisparition d'un maître « Dire en quelques mots ce que représente la mort du Frère Marie-Victorin n\u2019est pas chose facile.Un éloge officiel : écrire qu\u2019il était un grand savant, avouer même qu\u2019il était le seul savant canadien-français dont on pût, à l\u2019étranger, parler avec quelque fierté, ne suffit pas.Car il était surtout un maître, le père spirituel d\u2019une grande famille de jeunes chercheurs».Le sens des faits L Dantinne : L\u2019Eglise et les autorités allemandes en Belgique.Pie-M.Gaudrault, O.P.: Un apôtre est mort.A.Lacroix : « Traditio ».M.-M.Desmarais, O.P.: Ici, l\u2019Heure dominicale.L\u2019esprit des livres S.Albert le Grand : «Traité de l\u2019union à Dieu» (A.Papillon, O.P.).Louis Lallemant : «Doctrine spirituelle» (A.Papillon, 0.P.).R.P.Marie-Vincent Bernadot, O.P.: «De l\u2019Eucharistie à la Trinité» (A.Papillon, 0.P.).R.P.Achille Desbucquoit : «Vivez donc en paix» (A.Papillon, 0.P.).R.P.Maurice H.-Beaulieu, S.J.: «Le mariage chrétien» (Albert Lacroix).Abbé L.Jaud : «Vie des saints pour tous les jours de l\u2019année» (Albert Lacroix).R.P.Reginald Coffey, O.P.: «The Man from Rocca Sicca » (Regis McNeely).Robert Rumilly : «Histoire de la Province de Québec» (Thomas Charland, 0.P.).Augusto J.Durelli : «Libération de la liberté» (Albert Lacroix).François Mauriac : «Journal» (Albert Lacroix).Wallace Fowlie : «Clowns and Angels» (Regis McNeely).Edwin Morgan : «Flower of evil» (Regis McNeely).Guy Pourtalès : «Berlioz et l\u2019Europe romantique» (Albert Lacroix).Le même : «Wagner, histoire d\u2019un artiste» (Albert Lacroix).Claude Anet : «Mayerling» (Albert Lacroix).Marcelle Gauvreau : «Plantes curieuses de mon pays» (Albert Lacroix).Accusés de réception.VIII REVUE DOMINICAINE Directeur i MARCEL-M.DESMARAIS, O.P.Volume L\tTome II\tOctobre 1944 Pierre et Christine Au printemps de 1911 nous reçûmes de Dieu, et par les mains de notre parrain, un présent infiniment doux et précieux : deux êtres merveilleusement dignes d\u2019être aimés nous furent donnés pour frère et sœur, selon les plus profondes aspirations de notre cœur.De quelques années plus âgés que nous, Pierre van der Meer de Walcheren et sa femme Christine, \u2014 lui hollandais de famille protestante, elle belge de famille catholique ; lui écrivain, elle peintre \u2014 après une évolution singulièrement semblable à la nôtre, étaient venus comme nous, n\u2019avant rien trouvé ailleurs qui les satisfît, étaient venus frapper à la porte du « Mendiant Ingrat ».Comme nous ils furent secourus, et comblés dans leur espérance, et ils vinrent comme nous à l\u2019Eglise, dépositaire de la divine paix.Notre parrain fut aussi le leur, et le 24 février 1911, en la fête de l\u2019Apôtre saint Matthias, Pierre et son fils âgé de sept ans furent baptisés à l\u2019église Saint-Médard ; Christine se joignait à eux dans la foi retrouvée de son enfance.Pierre a décrit dans le Journal d\u2019un Converti1, qui couvre environ quatre années de sa vie \u2014 de novembre 1907 à juin 1911 \u2014 son évolution spirituelle, depuis les jours de recherche angoissée jusqu\u2019aux premiers jours de sa vie chrétienne.1.Traduit du hollandais par l\u2019auteur.Introduction par Léon Bloy.129 Revue Dominicaine « Alors que je notais depuis nombre d\u2019années, dit-il dans l\u2019Introduction écrite en 1913, ce qui m\u2019était joie ou douleur, tout ce vers quoi tendait mon esprit plein d\u2019angoisse et d\u2019espérance ou torturé d\u2019un affreux désespoir, bouleversé par le spectacle tragique de l\u2019humanité et celui de ma propre âme, j\u2019écrivais sans m\u2019en apercevoir l\u2019histoire de ma recherche inlassable de la Vérité.Je regardais avidement la vie, je voulais l\u2019étreindre entièrement, avec tous ses contrastes ; je croyais m\u2019élever au-dessus d\u2019elle, et pouvoir ainsi la dominer comme un roi, me forgeant, avec ma volonté, un système de résignation ironique.Mais je ne pouvais pas étouffer le douloureux désir de la Vérité.» * * * Jacques rencontra pour la première fois les van der Meer chez Léon Bloy, le 22 février 1911, deux jours seulement avant le baptême de Pierre et de son fils, auquel il assista et dont il revint très ému, frappé surtout par l\u2019attitude si joyeuse, si consciente et si déterminée de l\u2019enfant \u2014 le petit Pierre-Léon, prédestiné à une vie d\u2019exceptionnelle perfection.Ils vinrent chez nous à Versailles, un peu plus tard.Nous ne pouvions savoir encore quel bel avenir était réservé à notre amitié naissante ; dès lors cependant commença entre nous cette entente parfaite que rien jamais n\u2019est venu troubler ni démentir.Je les aimai tout de suite pour leur beauté.Ils semblaient un couple de légende, un peu romantiques, un peu wagnériens \u2014 et ils devaient devenir des chrétiens de Légende Dorée.Tous les deux sont grands et sveltes, blonds, aux yeux bleus ; Christine a d\u2019abondants cheveux aux reflets roux, et le teint, clair et chaud des Flamandes.Pierre a un noble et calme visage, 130 Pierre et Christine à l\u2019expression à la fois ironique et flegmatique des Hollandais.En 1911 Pierre a trente et un ans.Il vient de vivre avec sa femme quatre années d\u2019ardente inquiétude à la recherche d\u2019une vérité pressentie et désirée avant d\u2019être connue \u2014 cherchée, a pu dire Pierre, à chaque battement de son cœur.Très épris l\u2019un de l\u2019autre, leur amour, leur bonheur, ne les ont pas rendus sourds aux criants problèmes de la connaissance ; ne les ont pas aveuglés sur leur ignorance des vérités essentielles ; n\u2019ont pas étouffé l\u2019aspiration de leurs âmes à une plénitude d\u2019un ordre étranger à la fragilité de la vie, et n\u2019ont pas comblé leur solitude.« Un homme sans Dieu est amèrement seul », pense Pierre, et il s\u2019étonne de n\u2019entendre chez aucun de ceux qu\u2019il rencontre « le cri sourd du désespoir qui cherche ».Poursuivant leur quête à travers l\u2019expérience de la vie et l\u2019œuvre des hommes, Pierre et Christine avaient fait un assez long séjour en Italie.Là ils avaient découvert la puissance de l\u2019inspiration religieuse dans l\u2019art des Primitifs ; et leur joie d\u2019artistes avait été certainement imprégnée dès lors d\u2019un pressentiment de la foi.Mais rien de décisif ne s\u2019était encore accompli en eux, et après tant de jours de vibrant enthousiasme ils s\u2019en revinrent déçus à leur nordique demeure : selon leur propre aveu tout cela n\u2019était pas ce qu\u2019il avaient attendu.Mais une autre influence, plus profonde et plus mystérieuse que celle de l\u2019art, agissait depuis longtemps, semble-t-il, sur eux, et augmentait en eux cette sorte de fructueuse inquiétude qui aboutit généralement à la paix stable et sans déception.Depuis plusieurs années déjà ils lisaient Léon Bloy avec une grande admiration pour son œuvre.Si grande était cette admiration qu\u2019il est difficile de croire qu\u2019elle s\u2019adressât seulement au style de l\u2019écrivain.Du reste, Pierre, lorsqu\u2019il se trouvait devant des Bevue Dominicaine homines de lettres qui à leur habitude traitaient Léon Bloy de fanatique et de fou, dans le même temps qu\u2019il affirmait ne voir en Blov « que le grand artiste qui a quelque chose à dire, et qui le dit magnifiquement », ajoutait : « Parfois il me paraît plus grand poète, quand il étale devant nous, dans des éclairs, d\u2019étranges beautés du monde spirituel.Il jette par ses paroles, parfois même pour moi, une étrange lumière sur les mystères qui sont la vie et la mort.Il a la Foi.» Je vois aussi l\u2019influence de Léon Bloy dans le fait que les van der Meer sont parmi les très rares qui lisent alors Anne Catherine Emmerich, sainte Angèle de Foligno, sainte Thérèse cl\u2019Avila, la Vulgate, et même « l\u2019Année Liturgique» de Dom Guéranger, lecture réservée semble-t-il aux seuls catholiques.Pierre a fait une première visite à Bloy en décembre 1909.Bloy ne l\u2019a pas notée dans son journal, mais Pierre écrit : « Ce fut une grande joie pour moi qui le connais si bien par ses livres.Comme je l\u2019avais pensé, je 11e sentais chez lui aucune aigreur, aucune amertume.Son esprit est humble et d\u2019une infinie tendresse, d\u2019un infini amour.» Pierre et Christine commencent alors à fréquenter la chapelle des Bénédictines de la rue Monsieur.Et par la liturgie ils apprennent à connaître l\u2019attitude de l\u2019Eglise à l\u2019égard des Mystères qu\u2019elle a pour fonction de célébrer, d\u2019illuminer et de garder.Puis ils retournent à Uccle, en Belgique, où est leur demeure depuis sept ans.Mais Paris les attire de nouveau, et plus qu\u2019il ne l\u2019a jamais fait encore ; ils forment le projet de s\u2019y établir et en novembre 1910 ils sont installés à Paris, et cette fois pour longtemps.Pierre 11e tarde guère à écrire à Blo^y, et à la date du 5 décembre 1910, Léon Bloy note dans Le Pèlerin de VAbsolu, l\u2019un de ses « journaux » : 132 Pierre et Christine « Lettre cle Pierre van der Meer de Walcheren, ce Hollandais aimable, écrivain célèbre dans son pays, qui vint me voir Pan passé.Il demande la permission de venir, ce qui est accordé spontanément et avec joie ».Puis, le 11 décembre : « Evénement immense.Pierre van der Meer me demande un prêtre pour l\u2019instruire.Il est catholique de désir et voudrait le devenir tout à fait.» Pierre connaît encore des heures d\u2019obscurité et de doute, mais bientôt la certitude s\u2019établit et le baptême est décidé.Seule une maladie de leur fils oblige les van der Meer à en reculer la date.Il a lieu enfin, et Bloy écrit de nouveau dans Le Pèlerin de l\u2019Absolu : « Saint Matthias.Baptême des van der Meer à Saint-Médard, paroisse actuelle de nos filleuls.Le père a reçu les noms de Pierre-Matthias et le fils ceux de Pierre-Léon, patronages offerts par moi, et les voici chrétiens lumineux.Il me semble que je deviens aveugle de joie.Je ne sais plus le temps qu\u2019il fait.C\u2019est comme s\u2019il pleuvait de l\u2019or et des parfums.Suis-je donc quelqu\u2019un du ciel pour avoir pu donner ces âmes à Dieu, ces chères âmes qui parleront pour moi contre tous les chiens de l\u2019enfer à l\u2019heure de mon agonie ?» Les six dernières années de la vie de Léon Bloy sont remplies de ces chères amitiés.Le nombre de ceux que ses livres conduisent à Dieu s\u2019accroît sans cesse \u2014 et depuis sa mort il n\u2019a pas cessé de croître \u2014 et son cœur douloureux en reçoit lui-même un accroissement de paix.Il a beaucoup désiré qu'une amitié fraternelle s\u2019établît entre les van der Meer et nous, et c\u2019est ce qui arriva sans peine.A cette époque de notre vie nous ne fréquentions personne autant qu\u2019eux, 133 Revue Dominicaine et tout ce qui les touchait, joie ou peine, nous atteignait aussi profondément.* * Ces êtres d'une nature si riche et si belle restent, dans la paix de l\u2019âme, aussi sensibles qu'ils l\u2019étaient dans leur inquiétude ; et plus que jamais ils sont capables d\u2019enthousiasme et d\u2019amour.Pierre est heureux dans son travail, et son influence grandit dans son pays, surtout auprès des jeunes artistes.Ils habitent Paris.L\u2019été ils nous succèdent dans une maison que nous avions découverte plusieurs années auparavant, dans le charmant village de Bures, en Seine-et-Oise, près d\u2019Orsay.Parfois nous y passons ensemble les vacances.C\u2019est là que naît Jean-François, le 17 septembre 1915.C'est là qu\u2019un matin, revenant de la messe avec Jacques, le petit Pierre-Léon lui déclare qu\u2019il vient de lui être dit intérieurement qu\u2019il sera bénédictin.Et il le charge de ce message pour ses parents.Pierre-Léon a neuf ans ; mais son assurance n\u2019est pas puérile.Rassuré par la réponse de son père qui lui laisse toute liberté, l\u2019enfant vit heureux, étudie et s\u2019amuse à plein cœur, mais ne cesse de penser à sa vocation.Dès l\u2019âge de quinze ans il veut entrer chez les Bénédictins d\u2019Oosterhout, en Hollande, qui ont à leur tête un moine français de l\u2019Abbaye de Solesmes.Le Père Abbé, Dom Jean de Puniet, qui le juge trop jeune, veut en tout cas l\u2019éprouver ; il lui demande donc de passer deux ou trois ans dans un collège du Luxembourg, où il pourra terminer le cycle de ses études secondaires.Pierre-Léon accepte, et sort victorieux de cette épreuve.Nous nous demandions comment cet enfant qui ne supportait pas d\u2019être 134 Pierre et Christine séparé de sa mère même un seul jour, pourrait vivre si loin d\u2019elle.Mais sa paix fut parfaite dès le commencement ; et il était si heureux et si gai, sentant venir à lui la vie religieuse, qu\u2019on lui envoyait les enfants du collège qui avaient besoin d\u2019être encouragés et réconfortés.Du collège il passa au couvent, où il devait mourir en odeur de sainteté a l\u2019âge de trente ans, emporté en trois jours par une grippe infectieuse.La douleur de Pierre et de Christine fut tragique, dans une parfaite résignation.Trop parfaite, trop merveilleusement rapide, cette résignation : elle les brisait.Ils avaient eu trois enfants, et ils restaient seuls.Déjà leur petit Jean-François, un bébé de trois ans, que nous adorions tous, leur avait été enlevé en quelques jours rapides et foudroyants.Et cette plaie, dans leur cœur, n\u2019était pas guérissable.Mais alors, et après le départ de Pierre-Léon pour le couvent, il leur restait leur fille, Anne-Marie.Elle était devenue une jeune fille exquise, pleine de talents, douée pour la peinture et pour la musique, allant d\u2019instinct à leurs formes modernes, comme si elle en avait reçu l\u2019esprit en respirant.Mais en elle aussi la vocation irrésistible avait surgi, et lors de la mort de son frère Léon, elle était depuis deux ans déjà religieuse au monastère des Bénédictines d\u2019Oosterhout.Pierre et Christine avaient généreusement accepté le sacrifice ; leurs deux enfants donnés à saint Benoît étaient heureux, leurs âmes qui n\u2019avaient jamais connu aucune espèce de trouble, pures et fortes, s\u2019épanouissaient au climat de la contemplation et de la discipline, et portaient comme naturellement des fruits de grâce et de sagesse.Deux ou trois fois par an Pierre et Christine allaient passer quelques jours, rarement quelques semaines, dans le voisinage des deux couvents, à Oosterhout.A leur retour 135 Revue Dominicaine nous les sentions chaque fois plus courageux et plus forts, et comme rayonnants de l\u2019humble et douce gloire de leurs enfants.Tout en portant en eux la blessure inévitable d\u2019une telle séparation ils vivaient dans la paix du sacrifice consenti, avec le sentiment que tout était donné et que Dieu ne pouvait rien leur demander de plus.Mais l\u2019amour de Dieu est insatiable \u2014 ah ! certes, « ce n\u2019est pas pour rire qu\u2019il nous a aimés !» \u2014 Y oici qu\u2019il retirait définitivement de ce monde le jeune moine si vite arrivé à la perfection.Lorsque, coup sur coup, nos amis reçurent l\u2019annonce de la maladie, de l\u2019agonie et de la mort de leur fils, Jacques n\u2019était pas là pour les aider à porter leur lourde croix \u2014 Jacques était en Amérique.Oh ! comme il leur a manqué ce jour-là ! Yéra et moi recevions atterrées les coups de téléphone qui nous venaient d\u2019Issy-les-Moulineaux où les van der Meer habitaient alors.Nous courûmes chez eux, pour les trouver comme deux grands Pauvres, cette fois dépouillés de tout.Où puisaient-ils la force d\u2019être debout ?Ils embrassaient à plein cœur la loi de la douleur.Ces deux êtres nobles et fiers ne disputaient pas avec Dieu.Une résolution farouche naissait en eux dès lors, les inclinait à Le vaincre en générosité, à Le prendre au mot, Lui qui a dit : « Si quelqu\u2019un te demande ton manteau, donne-lui aussi ta tunique ».* * * Lorsqu\u2019ils revinrent des funérailles de leur fils ils avaient résolu de donner à Dieu et la tunique et la peau, et le cœur de leur vie, de rompre \u2014 sinon leur vraiment indissoluble amour \u2014 du moins leur vie commune, leur bienheureuse vie de parfaite plénitude et de beauté.Us avaient conçu cette folie ; s\u2019en aller 136 Pierre et Christine chacun au monastère pour y agoniser jusqu\u2019à la mort du martyre de leur séparation.C\u2019était un défi à Dieu.Dieu l\u2019accepta.Le Père Abbé de l\u2019Abbaye d\u2019Oosterhout à qui ils s\u2019en ouvrirent les fit d\u2019abord attendre un an.L\u2019année écoulée, leur résolution était toujours aussi ferme.Ils se séparèrent donc.Pierre conduisit sa femme au Couvent de Sainte-Cécile de So-lesmes ; puis il partit pour Oosterhout.Aucun héroïsme ne pouvait nous étonner de leur part ; mais leur résolution ne nous paraissait pas vraiment sage.Nous pensions que si le Père Abbé avait connu comme nous la connaissions la sainteté et la beauté de leur union, il n\u2019aurait jamais autorisé leur séparation.Il ne pouvait non plus se rendre compte du bien qui se faisait autour d\u2019eux, du prix d\u2019une telle présence rayonnante et tranquille parmi les ténèbres troublées du monde.Et puis, leur bonheur, d\u2019une qualité si rare, nous paraissait en lui-même une chose sacrée sur laquelle il ne fallait pas porter la main.Mais Dieu avait accepté leur défi et pendant un an et demi ils vécurent séparés, et torturés dans leur âme, sans crier grâce.C\u2019est seulement lorsque la date de leurs vœux approchait que le Père Abbé, avant d\u2019accorder son autorisation définitive, voulut, une dernière fois, se rendre compte de la réalité de ces vocations.Christine lui donna à lire les lettres qu\u2019elle avait reçues de Pierre durant tout ce temps, avec l\u2019autorisation de leurs supérieurs respectifs.Les ayant lues, il connut réellement ce qu\u2019était leur amour, et il leur dit de retourner en paix dans le monde.Ils se rencontrèrent chez nous.A Meudon.Pierre venait de Hollande, et Christine de Solesmes.Elle arrivait, découronnée de sa magnifique chevelure, vieillie et amaigrie, mais si humble et si touchante dans sa fragilité qu\u2019on ne pouvait la regarder 137 Revue Dominicaine sans pleurer.Physiquement Pierre avait mieux supporté leur terrible épreuve ; mais cela au prix cVune certaine exaltation des nerfs.Ils rentrèrent dans la vie avec la plus grande simplicité.En quelques semaines Christine retrouvait sa jeunesse et Pierre son calme hollandais.Ils s\u2019installèrent dans notre voisinage, à Bellevue.Christine eut de nouveau un jardin à cultiver, et des broderies à inventer et à broder.Pierre reprit, à Paris, la direction de la maison d\u2019éditions Desclée de Brouwer, où Stanislas Fumet l\u2019avait remplacé.De nos chers Stanislas et Aniouta Fumet j\u2019espère pouvoir parler plus tard, dire l\u2019amitié qui nous unit, leur rôle dans la renaissance catholique en France, le travail mené en commun par Stanislas et Jacques, rappeler l\u2019œuvre accomplie par Stanislas Fumet à l\u2019hebdomadaire Temps Présent, et surtout depuis les jours ténébreux de 1940.Nous savons avec quelle fermeté et grandeur d\u2019âme il a souffert et lutté pour la cause sacrée \u2014 française et chrétienne de la résistance.Mais tout cela est fort éloigné de l\u2019époque dont il s\u2019agit dans le présent article.Tous les anciens collaborateurs de Pierre le virent revenir avec joie.Jacques lui donna à éditer plusieurs de ses livres et continua à diriger avec lui la collection « Les Iles » qui avait succédé à celle du « Roseau d\u2019Or ».Nous fûmes de nouveau d\u2019accord en toutes choses, et nous vîmes ensemble et avec une même angoisse venir la nouvelle guerre qui, en 1939, nous sépara, les van der Meer a}rant dû retourner en Hollande.Pierre a récemment publié le second et le troisième volumes du journal de sa vie.Raïs s a Maritain 138 Trois Pharisiennes Ces derniers temps, par besoin de répit, en quête d\u2019évasion, j\u2019ai relu trois livres, trois romans : La Pharisienne de Mauriac, Le Chant de Bernadette de Werfel, The Keys of the Kingdom du Dr A.J.Cronin.De l\u2019enchantement passé où s\u2019estompent ces belles histoires, quel caprice ou quelle perversité de mon souvenir fait surgir trois fantômes, toujours les mêmes : Brigitte Pian, Sœur Marie-Thérèse Vauzous et Mother Maria Veronica, qui hantent ma pensée et me provoquent à écrire pour les figer dans leur bigotisme farouche ?Je 11e sais quelle timidité à la fois et quelle provocation me saisissent devant ces Maintenons bilieuses, faites pour le commandement, trop mortifiées pour s\u2019appuyer au dossier de leur fauteuil quand elles comptent les mailles au tissu de leur perfection.Comme Father Chisholm, le malaise me ferait fuir du regard ces statues de chair, pétries dans quelque argile inhumaine.Avec Bernadette fascinée dans l\u2019insomnie, j\u2019ai pourtant cette passion curieuse de scruter leur figure lasse de vertu et de prière désolée.Comme tant d\u2019âmes chétives qu\u2019elles ont dominées impitoyablement, j\u2019éprouve bien que je n\u2019échapperais pas à leur despotisme amer.Ces femmes altières et mortifiées, la fille du général, la sœur du colonel prussien, la première plus belliqueuse encore, c\u2019est peut-être dans cette hérédité qu\u2019elles ont trouvé leur spiritualité de milice et de conquête, la mystique du Centurion.Car, d\u2019où leur vient cette impulsion clairvoyante d\u2019embrigader toutes les âmes qui croisent leur destin ?Et pourquoi chez les autres cette obéissance panique à toutes leurs volontés ?Voyez la douloureuse Octavie prosternée, vaincue par l\u2019inquisitrice, et 139 Bevue Dominicaine sanglotant dans le giron de Brigitte Pian.Dans l\u2019alcôve d\u2019hôpital, c\u2019est Bernadette trop confuse pour couvrir son épaule dénudée devant « l\u2019Amazone du Christ ».C\u2019est Father Chisholm abandonné par sa bonhomie coutumière, tremblant devant Sister Maria Veronica, quand il faut avec elle discuter son autorité contentieuse.Toutes trois furent cruelles, acharnées à saccager les bonheurs fragiles qui offusquent la stérilité de leur propre cœur.Brigitte Pian, dans les embuscades de sa charité, peut tuer Octavie Tronche et son propre mari, compromettre un prêtre et briser l\u2019existence de sa belle-fille.Marie-Thérèse Vauzous persécute Bernadette pour surmonter le tumulte de son incrédulité et de son envie.Sister Maria Veronica, la plus vraie, la moins intrigante, accable pour un temps de sa morgue aristocratique le missionnaire aux pieds crottés, coupable de prendre au sérieux la pauvreté chrétienne.Plus que les deux autres, peut-être, elle a cette méchanceté comblée qui sait rebuter la bienfaisance, la sympathie, décourager les autres d\u2019être bons.Ces trois pharisiennes travestissent la sainteté.Brigitte Pian, malgré la chaleur, porte une guimpe et un col de guipure qui lui enserre le cou jusqu\u2019aux oreilles.L\u2019œil est noir, fixe et dur, la démarche majestueuse, la voix timbrée comme un métal de glaive.Elle s\u2019est cru une vocation religieuse de fondatrice.Son couvent fut une Babel, dispersé, avant même que la construction fut achevée, par l\u2019échec et la confusion.Mais elle est restée supérieure toute sa vie, n\u2019allant jamais « contre sa vocation qui était de révéler aux autres les vues que Dieu avait sur eux ».Malheur aux âmes qui tentaient de se dérober à la grâce, c\u2019est-à-dire à ses directions ! Toutes ses énergies, ses mobiles, ses actes sont incurvés par l\u2019introspection la plus perspicace et ré- Trois Pharisiennes fléchis dans un miroir intérieur, le miroir de sa justice satisfaite.D\u2019ailleurs, tout est miroir pour elle, sa propre estime, l\u2019estime des autres, où elle veut contempler toujours l\u2019image familière de son impeccabilité.« Ils vont me prendre pour une commençante, se disait Brigitte, qui progressait dans la vie spirituelle comme elle eût fait dans l\u2019étude d\u2019une langue étrangère.Elle enrageait à l\u2019idée que les Puybaraud ne se faisaient aucune idée de son ascension depuis quelques mois, et que sur l\u2019apparence d\u2019un mouvement d\u2019humeur, ils la classeraient parmi les dévotes de l\u2019espèce la plus commune ».Le milieu familial de Marie-Thérèse Yauzous fut d\u2019une austérité presque huguenote.Elle porte la cornette, le seul vêtement qu\u2019elle quitte durant la nuit.Son personnage de sainteté s\u2019affublerait plutôt du manteau de poil, discrédité par des projxhètes imposteurs dès l\u2019âge de l\u2019Ancien Testament.Son âme est habitée par la hantise et la psychologie des ermites du désert: elle sait parler délectablement à Bernadette et à ses élèves des diètes surnaturelles de racines, de miel et de gorgée d\u2019eau : « Nous appelons ce que faisaient ces hommes saints Vascèse, mes chers enfants.N\u2019oubliez pas ce mot ».L\u2019intérieur de Mother Maria Veronica est moins postiche, aussi moins péné-trable.Son domaine mystique est circonscrit dans les bornes de l\u2019orthodoxie, de la règle.Elle sait déployer toutes les œuvres de la sainteté juridique pour confondre opportunément son supérieur ecclésiastique, ce gavroche surnaturel, Father Chisholm.Maria Veronica aurait été la novice parfaite de Marie-Thérèse Vauzous.Il y a des lézardes pourtant dans ces temples laborieux et sombres.L\u2019enfance spirituelle n\u2019y fut jamais conviée pour chanter la béatitude des pacifiques.Ces trois âmes ploient sous la malédiction de l\u2019inquiétude : leur conscience lucide dessine sur 141 Bevue Dominicaine le inur « le visage inconnu et horrible des actes passés, comme un Mané Thécel Pharès vengeur.Les scrupules harcèlent, flagellent Brigitte Pian déjà cernée par l\u2019hystérie.« Cette sourde inquiétude la travaillait (qui sommeillait parfois mais sans jamais tout à fait disparaître) de n\u2019avoir point tous ses comptes bien apurés, et d\u2019être jugée elle aussi avec cette rigueur infinie qui, à ses yeux, caractérisait l\u2019Etre incréé.Au-dedans d\u2019elle, à certains jours, des éclairs déchiraient les ténèbres au-dessus de son âme, et tout à coup, elle se voyait.Elle découvrait avec une évidence aveuglante (cela ne durait qu\u2019un instant) qu\u2019il existait une autre vie que la sienne, un autre Dieu que son Dieu.Cette satisfaction d\u2019être Brigitte Pian dont elle débordait, se retirait d\u2019elle d\u2019un seul coup, et elle grelottait misérable et nue, sur une plage aride et sous un ciel d\u2019airain ».Le doute, un dépit secret, tiraillent la Sœur Yauzous, et l\u2019insécurité de son désert lui fait chercher refuge auprès de Bernadette.Elle mendie un signe de la prédestinée.« Tout au fond de son âme, elle ne peut arriver à concevoir que ce soit cette nature, à son avis, vulgaire, superficielle et secrètement têtue qui ait été choisie entre toutes.Dans les ténèbres inconnues de son être, la terrible question s\u2019épanouit : pourquoi elle et pourquoi pas moi ?Et une autre question encore plus terrible que la première : est-ce que ma voie, celle de la volonté éternellement tendue, est la bonne voie, quand un autre être existe qui peut, à travers toutes les difficultés, gagner le Ciel d\u2019un pas léger et comme inconsciemment ?» De son côté, Mother Maria Veronica trahit également son trouble, elle pourtant si compassée.Father Chisholm l\u2019aigrit, et elle demandera un changement d\u2019obédience lors de la prochaine visite canonique.Elle ne peut plus se maîtriser, et elle avoue, brutale : « Vous m\u2019avez bouleversée dans ma vie intérieure, je suis ébranlée dans 142 Trois Pharisiennes mes convictions spirituelles ».Et elle écrit : « Je viens tout juste de lui annoncer le projet de mon déplacement.C\u2019est venu soudainement, comme une exaspération, comme une menace aussi.J\u2019étais étonnée de moi-même, surprise de mes propres paroles.L\u2019occasion est venue toute seule et je n\u2019ai pu résister à ce besoin de le heurter, de lui faire mal.Mais le triomphe a été bien court, et déjà je n\u2019en suis plus heureuse.Il m\u2019est arrivé d\u2019écrire qu\u2019il était méprisable : je me trompais.Je 11e puis plus le mépriser ; je me méprise plutôt moi-même.Mais je ne le laisserai pas, non, je ne le laisserai pas m\u2019abaisser au niveau de son outrageante simplicité ».Ainsi parfois, sous la pression de la grâce de Dieu, le colosse aux pieds d\u2019argile qu'on a érigé de soi-même s\u2019écroule, jonchant l\u2019âme de ses débris douloureux.De ces ruines, les trois pharisiennes émergent, repenties.Toutes trois, elles ont rencontré un saint et, devant lui, elles ont lacéré le masque de leur sainteté feinte, de leur orgueil tragique.L\u2019orgueil est tragique : il est la tragédie du personnage contre la personne.L\u2019étymologie a de ces ironies.Du mot personne, nous avons fait personnage ; mais dans sa sémantique native, il signifie masque.L\u2019orgueil est ce masque durci, étranger à notre propre figure, mais plus adhésif que notre chair même.La tragédie, c\u2019est qu\u2019on devient dupe de ce masque, de ce personnage, qu\u2019on 11\u2019a plus le courage d\u2019arracher ce maquillage onéreux de politesse, de déférence, les grimaces de vertu et de justice, le mensonge de l\u2019âme hostile et close.Gabriel Marcel a porté à la scène cette tragédie du personnage contre la personne avec Un homme de Dieu.La vie elle-même a dépouillé le carton collé au visage de Claude Lemoyne.Trop veille pour confronter son dégoût du mensonge où il s\u2019était enfermé, pour échapper à la 143 Revue Dominicaine terreur cle sa figure inconnue, il veut mourir dans son personnage : « Etre connu tel qu\u2019on est.ou alors dormir.Tu te rappelles au-dessus de Saint-Loup, cet endroit où le sol s\u2019affaisse brusquement.Il y a une grande cassure verte au fond de laquelle coule la Ravenouze.Quand il fait clair on aperçoit les Trois Becs tout au bout de la vallée.On irait là un soir après dîner comme dans les tout premiers temps, et puis.» Ce suicide serait la suprême victoire du personnage de Claude Lemoyne.La tragédie, le mystère de la sainteté c\u2019est la victoire de la personne sur le personnage, le désistement de la personne devant la Personne de Dieu : cet abandonnement de l\u2019homme nu entre les mains de Dieu dont a parlé Péguy.La grâce y pourvoit en nous remettant dans la sincérité, en nous restituant une âme d\u2019enfant pour que nous recommencions l\u2019Mstoire de notre vie.Mais l\u2019orgueil est si insinuant qu\u2019il peut usurper toutes les sincérités, brûler de tous les zèles et mimer Dieu lui-même, dans une histoire à rebours.Ce fut le péché de Lucifer, et il a gardé cette subtilité angélique.La Règle de saint Augustin, que j\u2019entends lire chaque samedi au réfectoire, me rappelle ce parasitisme de notre orgueil : « Car, tandis que les autres vices s\u2019exercent dans les œuvres mauvaises qu\u2019ils font commettre, l\u2019orgueil s\u2019attaque même aux œuvres bonnes pour les faire périr ».L\u2019orgueil peut prendre tous les masques.Dans l\u2019aventure des trois pharisiennes, il a pris le masque de la sainteté austère, répulsive.Ce qu\u2019il y a de navrant, c\u2019est que toutes trois se croient sincères.Seraient-elles si dures à elles-mêmes, si elles ne croyaient pas sincèrement chercher le Royaume de Dieu et sa justice ?Mauriac particulièrement a fouillé le repaire d\u2019immoralité où s\u2019abrite la sincérité de Brigitte Pian, l\u2019origine ténébreuse de ses intentions où l\u2019introspection la plus affinée ne sait plus 144 Trois Pharisiennes elle-même discerner les complicités de l\u2019égoïsme et de la charité, de la vengeance et de la générosité.Daniel-Rops a bien tenté la clinique de cette Maladie des sentiments, mais chez lui les déterminismes littéraires n\u2019ont pu que produire un diagramme géométrique de la conscience.A mon souvenir, personne mieux que Du Bos dans ses Approximations du Salavin de Duhamel n\u2019a projeté une lumière aussi drue, aussi dévastatrice dans cette retraite du cœur humain.Dans la destinée de la grâce, l\u2019orgueil n\u2019est pas un simple drame de démoralisation.Sa tragédie, c\u2019est d\u2019être une méchanceté métaphysique, parce qu\u2019il s\u2019insurge contre l\u2019ordre immanent de l\u2019être, parce qu\u2019il nie le réalisme de la personne en refusant la transcendance du Créateur.Idéalisme tyrannique, il est Vidée de soi-même qui expulse la réalité vivante de l\u2019âme, l\u2019objectivité de l\u2019univers.Tout doit s\u2019accorder à l\u2019idée créatrice de ce qu\u2019on veut être, dans l\u2019égocentrisme le plus fatal et le plus négateur.L\u2019introspection maladive, pourrait-on croire, est une culture propice de l\u2019orgueil.Au contraire, c\u2019est la logique implacable de l\u2019orgueil, car les facultés de constatation ne peuvent que s\u2019exaspérer dans leur attention à ne pas mentir au personnage, à écarter les événements, les intentions et les êtres qui pourraient attenter à la royauté de soi-même.L\u2019orgueilleux exige sa propre sincérité pour devenir réel à lui-même.Brigitte Pian, Marie-Thérèse Yauzous, Mother Maria Veronica sont sincères précisément à cause de la monstruosité de leur orgueil.Leur sincérité, presque gidienne, ce n\u2019est que leur fidélité à elles-mêmes, à leur passion de n\u2019être pas ce qu\u2019elles sont, l\u2019hommage de leur conscience complaisante à l\u2019idole de leur sainteté.Même pour leurs actes les plus noirs, leur psychologie surhumaine peut trouver des mobiles de charité, de pénitence, d\u2019héroïsme : tou- 145 / Revue Dominicaine jours elles peuvent se réfugier clans l\u2019alibi de leur perfection.Leur personnage a assimilé leur âme.Xon, les auteurs spirituels ne se sont pas trompés en dénonçant l\u2019orgueil comme le premier ennemi à vaincre dans le combat mystique.L\u2019orgueil n\u2019est pas d\u2019abord le contraire de l\u2019humilité : il est la trahison de la grâce, de l\u2019amour, parce que la grâce et l\u2019amour ont une loi d\u2019extase, de sortie de soi-même et d\u2019abandon.Orgueil et charité sont psychologiquement inverses, comme un écartèlement de l\u2019âme.Aussi bien, on ne peut pas vaincre l\u2019orgueil en soi simplement par une comptabilité journalière des actes d\u2019humilité.Que ce serait facile, mon Dieu ! Il faut d\u2019abord aimer : l\u2019amour est la seule issue pour sortir de soi-même.Ne croyez pas à un accident épisodique si les trois pharisiennes furent cruelles.L\u2019orgueil avait muré préalablement leur cœur : c\u2019était une stratégie défensive.Certain lecteur trop moraliste et d\u2019une théologie à courte vue se rebelle contre la donnée finale de La Pharisienne.La patronnesse a démissionné de toutes ses présidences, elle se délecte dans les feuilletons et commence à vivre son roman d\u2019amour à cinquante ans passés.Cette déchéance serait arbitraire, invraisemblable.Mais non, ce n\u2019est pas une déchéance : ce n\u2019est que le commencement hésitant d\u2019une ascension.Dans toutes ses charités, dans sa pudeur, dans ses oraisons, dans ses catéchismes, la pharisienne n\u2019avait jamais aimé ni les pauvres, ni Dieu ; elle n\u2019avait aimé qu'une image monstrueuse d\u2019elle-même.Maintenant que l\u2019épreuve a démasqué son personnage de sainteté, il est sans attrait pour elle et elle découvre tout ce qu\u2019il y a à aimer, tout ce qu\u2019elle n\u2019a pas aimé.Deux pensées du Journal de Mauriac justifient le dénouement de son dernier roman, comme je pense qu\u2019elles expliquent 14G Trois Pharisiennes toute son œuvre.« Il n\u2019est pas d\u2019autre route pour apprendre à aimer autrui que la connaissance de soi-même, que ce regard sans illusion qui, à travers nous-mêmes, atteint toute l\u2019humanité misérable ».La mort de l\u2019orgueil est la naissance de l\u2019amour.« L\u2019être qui aime paraît parfois féroce à l\u2019être qui est aimé car son désir est sans mesure ; il est, à la lettre, inhumain ; il déborde de partout et dépasse infiniment ce pauvre corps, cette petite proie facile.La disproportion est telle que certains hommes y découvrent, avec une éblouissante évidence, le secret de leur filiation divine ».Brigitte Pian, dans son amour ridicule, découvrira la splendeur de Dieu.La dernière phrase du roman ouvre sur cette, espérance : « Elle savait maintenant que ce n\u2019est pas de mériter qui importe mais d\u2019aimer ».Marie-Thérèse Vauzous a eu la révélation déchirante de l\u2019amour dans le cri de Bernadette : « J\u2019aime ».Maria Veronica a découvert l\u2019amour dans le dévouement et l\u2019enfance de Father Chisholm.L\u2019amour a tué le personnage des trois pharisiennes.La complicité fortuite de ce tryptique, la bienfaisance de ces trois livres que j\u2019ai retrouvés, c\u2019est de honnir notre orgueil, de nous infliger, comme un remords, la grande tristesse de n\u2019être pas des saints qui est la tristesse de ne pas aimer.Th.-André Audet, O.P.147 Portraits de tous les temps (suite) La page sociale Cette nouvelle feuille a une allure réjouissante : elle est ornée de nombreuses photos jumelées, de costume généralement uniforme, en temps de paix comme en temps de guerre : le blanc et le noir pour la paix, les couleurs militaires et les uniformes inégalement seyants aujourd\u2019hui.Et l\u2019on songe que l\u2019amour comporte quelques petits inconvénients, inévitables depuis cet accident funeste qui lui arriva alors qu\u2019il était encore tout enfant.Un jour qu\u2019il jouait avec une petite fille de son âge, aussi vieille et aussi dangereuse que lui dans l\u2019histoire du monde, la Folie, il fut atteint par une pierre et devint aveugle.Drames dans le monde des dieux : Vénus, sa mère pousse les hauts cris, fait une scène maternelle et parfaitement légitime, et assaille de ses récriminations le tribunal suprême, celui de Jupiter : sanctions, compensations, indemnités, gros procès ! Quand on eut bien considéré L\u2019intérêt dti public, celui de la partie, Le résultat enfin de la suprême cour Fut de condamner la Folie A servir de guide à l\u2019Amour.Et voilà ! Et depuis lors, on ne rencontre jamais l\u2019un sans l\u2019autre ! Et les preuves abondent, et pas seulement dans les liages de La Presse du lundi ! 148 Portraits de tous les temps Une autre chronique est aussi profondément humaine, c\u2019est-à-dire aussi ancienne : si, lorsque deux êtres humains se trouvent ensemble, ils s\u2019entre-déchirent, que sera-ce lorsqu\u2019ils seront plusieurs, lâchés en liberté dans une de ces réceptions que nous annoncent les notes mondaines ?Ne croiriez-vous pas entendre des bribes de ces conversations à la cour du Lion : Le Singe, invité à se comparer aux autres animaux et à faire changer en lui ce qui ne lui plaît pas, se déclare satisfait : « Mon portrait jusqu ici ne m'a rien reproché : Mais, pour mon frère, l\u2019ours, on ne l\u2019a qu\u2019ébauché.L\u2019ours glosa sur l\u2019éléphant, dit qu\u2019on pourrait encor Ajouter à sa queue, ôter à ses oreilles, Que c\u2019était une masse informe et sans beauté.L\u2019éléphant jugea qu\u2019à son appétit Dame baleine était trop grosse ».Et de conclure que le Créateur nous créa besaciers, tous de même manière : Il fit pour nos défauts la poche de derrière Et celle de devant pour les défauts d\u2019autrui.Les discours politiques Nous abordons les longues colonnes du journal dans lesquels de nombreux orateurs de toutes les couleurs expriment de façon nébuleuse parfois, incomplète généralement et longue toujours, les sentiments et convictions qu\u2019on croit qu\u2019il est bon qu\u2019ils expriment, discours dont chaque journal d\u2019ailleurs donnera uniquement les extraits qui lui conviennent, qui lui permettront 149 Revue Dominicaine un enthousiasme dithyrambique ou des attaques.Il est inutile d\u2019ailleurs que j\u2019insiste : vous lisez autant, sinon plus que moi ces pages de politique intérieure, qui vont se contredisant, se détruisant d\u2019une façon telle qu\u2019après en avoir parcouru un certain nombre, comme de nos journaux de tout à l\u2019heure, nous en arrivons à conclure par la formule scolaire : Travail nul.Ces discours ne sont pas chose récente, et déjà du temps de La Fontaine, il y en avait d\u2019inutiles, d\u2019inopportuns et de singulièrement flatteurs.Et le poète porte sur eux un jugement particulièrement sévère : Je blâme ici plus de gens qu\u2019on ne pense : Tout babillard, tout censeur, tout pédant Se peut connaître au discours que j\u2019avance.Chacun des trois fait un peuple fort grand : Le Créateur en a béni l\u2019engeance.En mainte affaire ils ne font que songer Au moyen d\u2019exercer leur langue.Assistez donc au compte-rendu d\u2019un Congrès au temps du Roi Louis le Grand : Un chat faisait des rats telle déconfiture Que l\u2019on n\u2019en voyait presque plus Tant il en avait mis dedans la sépulture.Un jour que le Chat est allé convoler en justes noces, les Rats tiennent un Congrès, dans les formes.Et le vœu de ce Congrès est émis par leur doyen, personne fort prudente, qui Opina qu\u2019il fallait, et plus tôt que plus tard Attacher un grelot au cou de Rodillard ; Qu ainsi, quand il irait en guerre De sa marche avertis, ils s\u2019enfuiraient sous terre.150 Portraits de tous les temps Plus cle blitzkrieg, ni de Pearl Harbour.Chacun fut de l'avis de Monsieur le Doyen : Chose ne leur parut à tous plus salutaire./ Mais comme personne ne veut se charger d\u2019attacher le grelot, on discute longtemps.Si bien que sans rien faire On se quitta.J\u2019ai maints chapitres vu Qui pour néant se sont ainsi tenus.Lorsque le Roi, ou tout autre personnage officiel est présent, le ton change, mais rien ne va beaucoup mieux.Vous connaissez le magnifique Congrès des Animaux, qui débute par un discours du trône des plus émouvants : Mes chers amis, dit le Lion, Je crois que le Ciel a permis Pour nos péchés cette infortune.Pour La Fontaine, cette infortune, c\u2019est la peste : mais ce pourrait aussi bien être la guerre, le rationnement, ou même une crise politique à changement de couleur.Il faut des moyens radicaux et violents pour sauver la cour ; Que le plus coupable de nous Se sacrifie aux traits du céleste courroux ; Petit-être il obtiendra la guérison commune.On croirait qu\u2019il va changer de ministre î Et il commence par un examen de conscience vraiment royal ! Pour moi, satisfaisant mes appétits gloutons J\u2019ai dévoré force moutons.151 Revue Dominicaine Que triavaient-ils fait ?Nulle offense ; Même il m\u2019est arrivé quelquefois de manger Le berger.Re-discours et réponse au discours du trône : Sire ! dit le Renard, vous êtes trop bon roi ! Vos scrupules font voir trop de délicatesse.Eh ! bien, manger moutons, canaille, sotte espèce Est-ce un péché ?Non, non.Vous leur fîtes, Seigneur, En les mangeant, beaucoup d\u2019honneur.Les moutons, vous savez qui c\u2019est, n\u2019est-ce pas ?Alors, au lieu d\u2019en gémir ensemble, sourions-en et passons.A quoi servirait-il de pleurer et de gémir ?Le Renard a été applaudi vigoureusement.On n\u2019osa trop approfondir Du tigre, ni de l\u2019ours, ni des autres puissances Les moindres pardonnables offenses.La victime, ce sera l\u2019âne \u2014 il v en a partout.J\u2019ai souvenance, dit-il, Qu\u2019en un pré de moines passant La faim, l\u2019occasion, l\u2019herbe tendre, et je pense Quelque diable aussi me poussant Je tondis de ce pre la longueur de ma langue.A ces mots on cria haro ! sur le baudet.Discours encore pour prouver Qu\u2019il fallait dévouer ce maudit animal, Ce pelé, ce galeux d\u2019où venait tout le mal.152 Portraits de tous les temps Et c\u2019est ce qui sera fait.Nous avons toujours été les mêmes.Témoins ce mot délicieux de Madame de Sévigné, alors qu\u2019on annonçait des impôts nouveaux, et pourtant rien n\u2019est moins nouveau qu\u2019un impôt, puisqu'il sert à défrayer une guerre : « Nous avons poussé des cris de Vive le Roi.Nous avons fait des feux de joie et chanté le Te Deum de ce que sa Majesté a bien voulu accepter notre argent ! » Et puis, un gouvernement ou un autre.Un vieillard sur son âne aperçoit en passant un pré ; il est fatigué et décide donc que son âne l\u2019est aussi.C\u2019est très humain : je commence à connaître maintenant le moment de l\u2019existence où lorsque mes Routiers me font gravir un peu vite une côte laurentienne, je m\u2019arrête au milieu, n\u2019en pouvant plus, pour in- « viter mes garçons à regarder le paysage ! L\u2019âne est donc lâché dans un pré.Est-ce que cette détente ne présage pas une période électorale ?L\u2019ennemi arrive.Le vieillard appelle son âne qui lui répond : « Me fera-t-on porter double bât, double charge ?» Et comme son honnête vieillard de maître lui répond que non : Et que m\u2019importe donc, dit l\u2019âne, à qui je sois ?Sauvez-vous et me laissez paître.Notre ennemi, c\u2019est notre maître : Je vous le dis en bon français.Elections, propagande électorale : je n\u2019entends que ces mots, je les découvre sans cesse derrière les négations que leur .opposent tous ceux qui y sont intéressés : vous savez comme moi comment cela se passe : 153 Revue Dominicaine Les animaux au décès d\u2019un lion En son vivant prince de la contrée Pour faire un Roi s\u2019assemblèrent, dit-on.De son étui la couronne est tirée.Il se trouva que sur tous essayée A aucun d\u2019eux elle ne convenait.Vous voyez ! Plusieurs avaient la tête trop menue, Aucuns trop grosse, aucuns même cornue, Le singe fait aussi l\u2019épreuve en riant, Et par plaisir, la tiare essayant, Il fit autour forces grimaceries, Tours de souplesse et mille singeries, Passe dedans ainsi qu\u2019en un cerceau.« Aux animaux cela sembla si beau qu\u2019il fut élu ! Et puisque nous parlons cl election, je pense non sans mélancolie à un vieux Sénateur qui faisait sa campagne électorale (c\u2019était donc en France).Il promettait la lune à ses électeurs.A quelqu\u2019un qui lui demandait comment il tiendrait sa promesse, il répondait avec un peu de cynisme : « Je ne la leur donnerai pas : j\u2019en ai pour neuf ans s\u2019ils m\u2019élisent.D\u2019ici là ce ne seront plus les mêmes électeurs, ni peut-être le même candidat ! » Affreux, direz-vous ! Scandaleux ! Cynique ! Pas plus que l\u2019autre charlatan, celui qui promettait à un souverain de faire parler son âne, Oui, Messieurs, un lourdeau, un animal, un âne : Que l\u2019on m\u2019amène un âne, un âne renforcé Je le rendrai maître passé Et veux qu\u2019il porte la soutane ! On lui confie l\u2019âne royal, une certaine somme et on lui donne un délai de dix ans : s\u2019il échoue, il sera pendu.Et comme un Portraits de toits les temps courtisan ironise et lui fait des recommandations pour le jour où il fera son discours, avant la pendaison, L\u2019autre reprit : Avant l\u2019affaire Le roi, l\u2019âne ou moi, nous mourrons.Chacune des autres pages du journal est aussi riche en cette philosophie souriante et pratique qui, en regardant le monde tel qu\u2019il est, peut-être même, trouverez-vous, avec un peu trop de pessimisme, le juge comme du dehors, et ne se trouble pas un instant de ce que peut inventer l\u2019animal humain.Il y a la page sportive, où les résultats de la course Lièvre vs Tortue sont donnés jusqu\u2019au détail.Il y a la publicité : voyez-vous ce large chemin, disent les entrepreneurs de voyages de la Royal Airways de l\u2019époque à la Tortue, personne décidément plus agitée que ne le laisserait supposer sa forme plutôt stable : Nous vous voiturerons par l\u2019air en Amérique, Vous verrez mainte république Démocratique.Quant au Singe et au Léopard, ils se chargent de la réclame pour toutes sortes de spectacles, théâtres et cinémas, et même expositions.Il y a le coin des enfants, avec les histoires marseillaises : Marius était.un de ces conteurs Qui n\u2019ont jamais rien vu qu\u2019avec un microscope ; Tout est géant chez eux : écoutez-les, l\u2019Europe, Comme l\u2019Afrique, aura des monstres à foison.Celui-ci se croyait l\u2019hyperbole permise : 155 Revue Dominicaine « J\u2019ai vu, dit-il, un chou plus grand qu\u2019une maison ».« Et moi, dit Vautre, un pot aussi grand qu\u2019une église ».Le premier se moquant, l\u2019autre reprit : « Tout doux, On le fit pour cuire vos choux ! » Tous les types sociaux des petites annonces sont représentés depuis les deux servantes (rationnement non compris !).l\u2019avare, le financier, le médecin (MM.les médecins vous irez lire vous-mêmes ce que La Fontaine dit de vos prédécesseurs, Ces gens n\u2019ont point de honte De faire aller le mal toujours de pis en pis !) le profiteur de guerre, le joueur à la bourse, le commerçant, le charlatan.* * * Mais le temps passe.Nous avons feuilleté les Fables de La Fontaine et notre journal en même temps.Avez-vous trouvé quelque chose qui ne soit pas d\u2019une étonnante actualité ?Oui ! Une seule : ce petit sourire et fin et désabusé, cette petite malice du coin de l\u2019œil qui manque terriblement à vos maris, Mesdames, quand ils lisent devant vous le journal, aujourd\u2019hui.Ne croyez pas que j\u2019aie voulu faire de l\u2019ironie à bon marché sur les institutions les plus vénérables de notre siècle, ne croyez surtout pas que j\u2019aie voulu faire de l\u2019esprit à d\u2019autant meilleur marché que ce n\u2019était pas le mien, mais celui de La Fontaine \u2014 du véritable esprit.J\u2019ai simplement voulu, de la part de ce poète qui a vraiment écrit notre épopée nationale \u2014 je dit notre car le Canada était alors province de France au même titre que la 15G Portraits de tous les temps Champagne où il naquit \u2014 vous offrir un peu cle cette sagesse sereine qui est, à tout prendre, un don des dieux.Tous vous rappelez l\u2019histoire de ces deux vieux à qui le génie familier de la maison offrait de réaliser trois souhaits.Ils demandent comme premier don la richesse.Elle leur cause un terrible souci : Quels registres, quels soins, quel temps il leur fallut.Les voleurs contre eux complotèrent, Les grands seigneurs leur empruntèrent, Le prince les taxa.Voilà les pauvres gens Malheureux par trop de fortune.Ils redemandent la médiocrité.Deuxième souhait.Et quand le lutin fut sur le point de partir, Ils demandèrent la sagesse : C\u2019est un trésor qui n\u2019embarrasse point.G est celui que je vous souhaite.Les Fables sont un trésor qui en est plein.Il n\u2019est que d\u2019aller l\u2019y quérir, d\u2019en user.Et alors, vous moquant des sots, riant des méchants comme Figaro, vous vous empresserez de rire de tout de peur d\u2019avoir à en pleurer.I ous lirez les journaux, il le faut bien.Mais vous aurez cet œil à la fois désintéressé et critique, qui remet à sa place dans l\u2019échelle des valeurs ces événements minimes qui voudraient tant avoir toute la place.Parce qu\u2019au fond, une seule chose est nécessaire et tout le reste nous est donné par surcroît.Robert E.Llewellyn 157 Vers une peinture canadienne On m\u2019a demandé d\u2019indiquer les conditions de développement de la « peinture canadienne ».Et je suis embarrassé car, au fond, je 11e sais pas très bien ce qu\u2019on entend par « peinture canadienne ».Si l\u2019on entend par là, les œuvres qui ont pour sujet la représentation fidèle des paysages, des types et des mœurs du Canada, alors nous aurions bien, en effet, une peinture spécifiquement « canadienne », mais je ne suis pas qualifié pour en parler, connaissant mal ces paysages et ces mœurs et encore moins les peintres qui y ont consacré leurs travaux.Et je pense que cela relève plutôt du domaine des spécialistes de la géographie, de la psychologie ou de la sociologie.Si, au contraire, on entend par peinture canadienne, cette peinture en tant que telle, c\u2019est-à-dire comme « peinture », et très précisément en tant qu\u2019elle enqidoie certaines formes, certaines couleurs, certaines lignes, certaines matières, alors nous devons dire qu\u2019une peinture « canadienne » serait une peinture dans laquelle la conception des formes plastiques elles-mêmes, le sens des valeurs des lignes, des couleurs en tant que telles (c\u2019est-à-dire en tant que lignes, couleurs, etc.), seraient essentiellement modifiés, déterminés par les caractères ethniques et géographiques du pays et du peuple canadien, par ses traditions, ses convictions et ses mœurs.Le rouge, le bleu, lé jaune, les traits et les valeurs du dessin ne seraient pas les mêmes au Canada qu\u2019au delà des frontières.Dans ce cas-là nous aurions, en effet, en tant que peinture, une peinture authentiquement et spécifiquement canadienne.158 Vers une peinture canadienne Alors deux questions se posent : 1.\u2014cette peinture existe-t-elle ?2.\u2014Doit-on la promouvoir ?* * * Que se passe-t-il pour le voyageur venu d\u2019Europe, d\u2019Amérique ou d\u2019Asie et qui débarqué à Vancouver, à Toronto ou à Montréal s\u2019enquiert de la peinture canadienne ?En vérité, il verra dans les musées, les ateliers, ce qu\u2019il verrait à peu près dans tout autre pays : non pas une « peinture canadienne » mais des œuvres diverses peintes par des peintres canadiens : des bons et des mauvais comme partout ailleurs à travers le vaste monde.La mauvaise peinture canadienne n\u2019est pas spécifiquement différente de la mauvaise peinture allemande, anglaise ou française.Elle a les mêmes caractères.Elle coule des mêmes sources : naturalisme, académisme, mode et plagiat on comprendra que je me garde de citer des noms.Quant à la bonne peinture, elle est, elle aussi, au Canada à peu près semblable à ce qu\u2019elle est dans les autres pays.« Mais alors, il n\u2019y a pas en peinture, d\u2019école canadienne, comme il y a une école italienne, hollandaise ou française ?.» Xon, il n\u2019y en a pas.Mais il n\u2019y a pas non plus actuellement d école hollandaise, italienne, etc.Et cela tient, sans doute, à 1 évolution générale des arts, qui par l\u2019élimination progressiste du « sujet » a de plus en plus ramené la peinture à ses caractères éventuels et communs.Mais cela tient surtout à un phénomène historique et géographique de localisation : depuis un siècle il n y a eu dans le monde qu\u2019une seule école de peinture qui se soit imposée a 1 attention et au consentement universels.Et cette école, qu\u2019on le veuille ou non, qu\u2019on s\u2019en réjouisse ou non, c\u2019est 150 Revue Dominicaine l\u2019école française des Indépendants, c\u2019est « l\u2019Ecole de Paris ».Et quand on parle aujourd\u2019hui de peinture moderne, il s\u2019agit toujours de cette peinture-là : ce qui s\u2019était vu autrefois à Athènes, à Florence et à Rome se réalisait à nouveau pour Paris.Depuis plus d\u2019un siècle, rien dans le monde n\u2019a véritablement compté en fait de peinture, qui ne relevât de l\u2019autorité débonnaire, fantaisiste mais sans appel qui régnait sur les bords de la Seine.De près ou de loin, rien de ce qui était « art vivant » n\u2019échappait à cette influence, à cette grande clarté.Mais si nous examinons attentivement ce phénomène « géographique », nous verrons qu\u2019il ne s\u2019agit pas tellement d\u2019un phénomène « géographique » ou national.Et c\u2019est pourquoi, tout en étant Français, on peut en parler librement : il ne s\u2019agit pas ici d\u2019une réalité géographique ou nationale, il s\u2019agit d\u2019une réalité spirituelle.Ce qui régnait à Paris ce n\u2019était pas l\u2019autorité impériale d\u2019une race, d\u2019une nation ou même d\u2019une doctrine : c\u2019était un certain esprit.Il n\u2019y avait pas d\u2019école hollandaise, mais il y avait un peintre hollandais qui était venu vivre et mourir en France comme dans la vraie patrie de son âme et de son art.Il s\u2019appelait Van Gogh : il dort aujourd\u2019hui son dernier sommeil dans les herbes folles et le vent d\u2019un petit cimetière de l\u2019Oise.Il n\u2019y avait pas d\u2019école italienne, mais Modigliani et Chirico vivaient à Paris.Il n\u2019y avait pas d\u2019école espagnole, mais un certain peintre espagnol qui s\u2019appelle Picasso est venu il y a quarante ans s\u2019installer à Paris et depuis n\u2019a plus jamais accepté d\u2019en bouger.Et, par ailleurs, un pur Français comme Gauguin est allé vivre et mourir à Tahiti, et le père et l\u2019inspirateur et le maître de tout l\u2019art moderne, Paul Cézanne, aura vécu toute sa vie sauvage à Aix-en-Provence.160 Vers une peinture canadienne Eli î bien, tous ceux-là, Gauguin et Cézanne, Picasso et Van Gogh, avec Matisse, Braque et Bonnarcl, avec Renoir, Degas et Manet, avec Rouault et Maillol, avec Seurat et Léger, tous ceux-là, si différents les uns des autres, c\u2019est « l\u2019école de Paris ».Je dois dire que c\u2019était une étrange et merveilleuse école : personne n\u2019y enseignait, personne ne voulait y avoir d\u2019élèves.Ce qu\u2019on cherchait et trouvait à Paris, ce qu\u2019on en emportait à l\u2019autre bout du monde, c\u2019était cet esprit et cette vie hors desquels il n\u2019y avait qu\u2019à mourir de médiocrité et d\u2019ennui.Voilà pourquoi « la bonne peinture » au Canada n\u2019a pas de caractères particuliers.Si originaux, si personnels, si indépendants qu\u2019aient été les meilleurs artistes canadiens, ils relevaient et relèvent encore de l\u2019esprit et de la vie qui régnaient à Paris.Ou pour parler plus exactement c\u2019est précisément parce qu\u2019ils étaient fidèles à cet aspect et à cette vie qu\u2019ils ont pu être indépendants, personnels, divers.Dans ce sens-là la bonne peinture, au Canada, c\u2019est encore de la peinture de l\u2019Ecole de Paris.Et honni soit qui mal y pense ! * * * Mais maintenant je voudrais répondre à notre seconde question.Il n\u2019y a pas de peinture spécifiquement canadienne : est-il désirable d\u2019en promouvoir une ?Est-il désirable d\u2019aller selon une formule qui devient, paraît-il, à la mode, «vers un art canadien » ?Eh ! bien, je répondrai franchement : non et non.Et même je voudrais mettre en garde contre de telles formules et de telles entreprises ; elles visent à flatter dans le public des particularismes, des singularités où il n\u2019y a pour les Canadiens aucune 161 Revue Dominicaine chance de grandeur véritable.Ce qu\u2019on leur fabriquerait avec cela, c'est une espèce d\u2019art régionaliste, de la peinture ou de la sculpture pour touristes, sans valeur humaine et dont les Canadiens eux-mêmes seraient bientôt écœurés.Jamais aucun grand peuple, aucun grand artiste n\u2019ont eu de pareilles idées ?Pense-t-on que Renoir ou Cézanne aient jamais pensé à faire de la peinture française ?Degas, Manet ou le douanier Rousseau de la peinture parisienne ?Mais jamais ! On ne trouverait pas un mot d\u2019eux revendiquant de pareilles bêtises.Croit-on que Gide ou Proust ou Claudel aient jamais délibérément accepté de pareilles limitations.Tous, d\u2019instinct, cherchaient, au contraire, à atteindre des expressions universelles, communes à tous les hommes.Et ici quelque chose reste à dire, qui se vérifierait peut-être à quelque degré dans tous les domaines de l\u2019esprit mais qui, en art, est un principe absolu.Et c\u2019est ceci : en art, c'est le maximum de singularité, c\u2019est le maximum de l\u2019individualisme qui assure le maximum d\u2019universalité.Rien, en art, ne touche profondément et universellement que ce qui est sorti du plus profond, du plus secret, du plus personnel d\u2019un être.Rien ne nous émeut, rien ne nous ouvre le cœur que ce qui rend le son irremplaçable, inoubliable des « âmes singulières » comme dit précisément Valéry.Et c\u2019est là finalement ce qui condamne sans merci, non seulement au nom des lois de l\u2019art, mais aussi au nom de la vérité humaine, tout académisme, tout nationalisme en art.Mais c\u2019est aussi cela qui exige de tout artiste une liberté, une audace, une intransigeance qui, dans d\u2019autres domaines, suffiraient à faire des héros et des saints.Ce qu\u2019il faut de courage et de conscience à tout artiste pour défendre contre le monde et Vers une peinture canadienne contre soi-même la liberté et la singularité de ses dons personnels, atteint souvent aux limites des forces humaines.Si l\u2019école française des grands Indépendants, l\u2019école de Cézanne, de Renoir, de Matisse, de Rouault, de Picasso, si « l\u2019école de Paris » tout entière a fini par s\u2019imposer au inonde, c\u2019est que ses maîtres, contre le monde officiel et politique, contre toutes les écoles officielles et toutes les académies, ont maintenu héroïquement dans le travail, la pauvreté et la lutte de tous les jours, la mission première de l\u2019art et ses vertus essentielles.Ce que l\u2019école de Paris a donné au monde, ce ne sont pas des formules ou des formes, c\u2019est cl\u2019abord un exemple.Un exemple de liberté, un exemple de dignité et de grandeur humaine.Si on désire un art canadien qui soit digne du Canada et de son histoire, qu\u2019on ne lui donne pas pour but et pour limites telles ou telles matières, telles ou telles formes nationalistes ou locales, qu\u2019on assure aux artistes canadiens des conditions normales de vie où la liberté de l\u2019art et l\u2019intégrité de la conscience 11e soient pas synonvmes de solitude et de misère.«/\t«y M.-A.Couturier, O.P.163 Disparition d un maître Dire en quelques mots ce que représente la mort du Frère Marie-à ictorin n\u2019est pas cliose facile.Un éloge officiel : écrire qu\u2019il était un grand savant, avouer même qu\u2019il était le seul savant canadien-français dont on pût, à l\u2019étranger, parler avec quelque fierté, ne suffit pas.Car il était surtout un maître, le père spirituel d\u2019une grande famille de jeunes chercheurs.Ceux qui, il y a déjà deux mois, lui ont fermé les yeux ne sont pas près de l\u2019oublier.Le miraculeux dans sa vie c'est le contraste entre cette santé précaire, misérable et chancelante, et la somme de travail inouïe que ce cerveau de géant a pu fournir.Ces deux dernières années, toutefois, il avait beaucoup moins de résistance.Sa correspondance avec ses amis montre que l'état de sa santé le préoccupait constamment.Il mettait une hâte fébrile à finir tout ce qu\u2019il avait entrepris dans la crainte inavouée de manquer de temps.En juin dernier, il était rentré de Cuba plus faible que jamais : toujours essoufflé, un œil qui baissait, l\u2019artério-sclérose qui avait déjà commencé en lui ses manœuvres sournoises, une inguéris- sable mélancolie.Il avoua avoir beaucoup travaillé à La Havane, mais s\u2019être aussi beaucoup ennuyé.Il n\u2019était d\u2019ailleurs plus le même, 11e voulait pas rester seul.Son moral était si bas que ses amis les plus ingénieux 11e parvenaient pins à le remonter.N\u2019eût-il pas succombé au sinistre accident du 15 juillet qu\u2019il n\u2019eût probablement pas passé l\u2019année.Quelques jours avant sa mort, nous l'avions accompagné dans le Parc National des Laurentides, toute une belle journée de soleil, dans ce paysage sévère d\u2019épinettes sombres sur lequel une sorte de fatalité semble peser.Pourtant hi voyage avait été botaniquement fructueux et agréable.Nous avions trouvé un 164 Disparition d\u2019un maître chèvrefeuille, dont la distribution comprend les Rocheuses et quelques points isolés en Gaspésie ; une graminée : une des-champsie arctique, ornement des prairies alpines de l\u2019est du Canada.Et aussi, complément pittoresque de la journée : un orignal, surpris à boire dans un lac, et certaine source près de laquelle nous avions fait halte, dans une grande auréole bruissante de mouches noires donneuses de fièvre.Un geai du Canada était venu effrontément se mêler à nous pour becqueter les miettes d\u2019un gâteau qui nous avait servi de collation, accompagné de l\u2019inséparable café noir.Les profanes, insoucieux des lois rigoureuses de la géographie botanique, comprennent sans doute mal l\u2019enthousiasme que peuvent soulever une herbe ou un arbrisseau trouvés à un endroit où on ne les attend pas : problèmes qui passionnent le botaniste impatient.C\u2019est la même exubérance qui le fait se pencher sur un trou d\u2019eau pour recueillir un potamot flottant ou une utriculaire gourmande, une naïade, une fontinale ou une littorelle.Ces petits gestes inoffensifs, ces observations minutieuses, accumulées, font qu\u2019un beau jour paraît une « flore », c\u2019est-à-dire un livre dans lequel sont consignées, décrites, illustrées, commentées, toutes les plantes qui constituent la flore d\u2019un pays.Ainsi reculent les bornes de l\u2019ignorance.Grâce au Frère Marie-Victorin, la Province de Québec n\u2019est plus un terra ignota botanique.Déjà, au cours de cette traversée du Parc National, le Frère Marie-Victorin était très malade, le visage bouffi de froid, le teint mauvais.Ses facultés créatrices n\u2019en restaient pas moins intactes.D\u2019hypothèse en hypothèse, il cherchait à expliquer la présence, dans les Laurentides, de plantes qui normalement ne devraient pas s\u2019v trouver.Le botaniste M.L.Fernald, de Boston, ¦ y : ¦ 165 Revue Dominicaine a écrit sur les origines de la flore de Test du Canada des pages importantes qui viennent recouper et étayer les observations des géologues.Il semble, jusqu\u2019à preuve du contraire, que certaines régions montagneuses du bas Saint-Laurent aient été épargnées par les dernières glaciations.Ainsi s\u2019expliquerait l\u2019endémisme si frappant de leur flore.« J\u2019écrirai un article dans Rhodora, nous disait le Frère Marie-Victorin, pour piquer la curiosité de Fernald : Is there a laurentian nunatak ?» Le soleil tombé, il faisait, comme à l\u2019accoutumée dans les Laurentides québécoises, un froid de loup.Le Frère Marie-à ictorin, si sensible aux brusques sautes de température, avait bien bâte d\u2019être à Montréal.Pendant qu\u2019il somnolait, appuyé d\u2019une main sur sa canne, mon regard abaissé découvrait soudain avec effroi une main inerte, pendante, sans vie.La nuit précédente, à l\u2019accueillante « Volière », à L\u2019Ancienne-Lorette, il n\u2019avait presque pas fermé l\u2019œil.Sa sœur inquiète l\u2019avait vu jusqu\u2019au petit jour faire la navette entre son lit et une table de travail provisoire, où il essayait de tromper son angoisse en écrivant sur la flore de Minganie et d\u2019Anticosti, travail en cours depuis vingt ans.t A un degré que seuls ses familiers connaissent, le Frère MarieA ictorin avait la passion d enseigner, de révéler, de faire aimer II appartenait à cette lignée d\u2019humanistes dont les représentants se font de plus en plus rares, lignée précieuse qui menace de s\u2019éteindre, tuée par l\u2019ultra-spécialisation.Toutes les disciplines \u2022 se rejoignent.Le savant véritable est celui qui sait trouver en profondeur les points de contact, ces carrefours de l\u2019intelligence où le poète donne la main au géologue, l\u2019éthnologue au botaniste.Pour le Frère MarieA ictorin, des choses aussi disparates que les civilisations égyptiennes, l\u2019art de Léonard de Disparition d'un maître Vinci, les dessins de cavernes, riiomme préhistorique, les romans de Rosny aîné, la littérature française, le folklore cubain ou le plant-lore antillais, sans compter la flore du monde qu\u2019il connaissait personnellement, ne se contredisaient pas.Il était de plain-pied avec toutes les disciplines et rien d\u2019humain ne lui était étranger.Il répétait d\u2019ailleurs volontiers le mot de Térence.Ses cours étaient toujours une fête de l\u2019esprit.Il était de ceux qui rendent le savoir attrayant.Il aurait fait un botaniste du plus buté des politiciens.Il donnait, chaque semaine, durant l\u2019automne, un commentaire sur la flore du Québec qu\u2019il a décrit ainsi : « .un peu à la façon des Commentaires sur Dioscoride que faisaient les botanistes dans les universités du moyen âge et de la Renaissance.Tenant lieu du vétuste Dioscoride, c\u2019est ici l\u2019expérience amassée par les générations de botanistes des deux mondes, par cet homme universel de Pascal qui apprend toujours.Les étudiants n\u2019écrivent plus sur des tablettes, et le flou des descriptions se précise par la présence même des plantes étudiées, ou de leur image photographique.Le cours de floristique est mon cours favori.J\u2019éprouve toujours un intense plaisir à voir rassemblée pour cette heure hebdomadaire, pour cette espèce de catéchisme de persévérance, une fidèle famille qui s\u2019accroît toujours, et qui répandra la connaissance individuelle des plantes parmi notre génération.Depuis cinq ans qu\u2019il existe (en 1940), le cours de floristique n\u2019a disposé que de cent quatre-vingt-dix pages de la Flore laurentienne.A ce compte, si je ferme le livre avant que l\u2019on me ferme les yeux, ce sera en 1955» x.Le cours est resté en panne vers la page cinq cents.Ces entretiens d\u2019une heure étaient uniques.Un rameau apporté en classe, un panier de fabrication indienne, une plante 1.Marie-Victorin, Frère, Histoire de l'Institut botanique de l\u2019Université de Montréal.1920-1940.Contrib.Inst.Bot.Univ.de Montréal, No 40, p.30.1941.167 Revue Dominicaine tropicale venue des serres, une fleur ou un cône fournissaient la matière d\u2019une glose qui était bien souvent un petit poème.On ouvrait ensuite la Flore laurentienne ; le Frère Marie-Victorin présentait les espèces une à une, dans leur cadre respectif et dans leur atmosphère propre.Souvenirs, anecdotes, appelés par ces repères vivants que sont les plantes, se levaient de sa mémoire, au fur et à mesure que tournaient les pages du grand livre : « Quand j\u2019ai vu pour la première fois l\u2019habénaire à grandes feuilles, nous nous étions égarés dans les bois.».Il décrivait, s\u2019aidant de ses mains, ses deux grandes feuilles luisantes posées sur les aiguilles de pins, comme deux assiettes.Aux botanistes qui l\u2019entouraient, il confiait des secrets : où aller chercher tel saule rare, telle orchidée convoitée, telle gentiane capricieuse.Comment les reconnaître ?Le savant prenait alors la place du poète pour donner les caractères techniques ou expliquer le fonctionnement de la clé analytique.Une modeste acanthacée de notre flore indigène, dont le nom était prononcé durant le cours, lui suffisait pour nous entraîner au cœur de la civilisation grecque et nous initier à son architecture.La distribution géographique un peu excentrique d\u2019une aracée faisait surgir devant nous de séduisantes hypothèses sur la migration des espèces, les origines de la flore américaine : de grandes rêveries de savant-poète, qui nous plongeaient dans un émoi délicieux, dans la fièvre de connaître, de travailler, d\u2019apprendre.L\u2019heure hebdomadaire passait rapidement.On faisait circuler des spécimens d\u2019herbier afin que chacun se familiarisât avec les plantes qui avaient fait l\u2019objet du cours.Des diapositives fixaient ensuite sur les rétines fidèles de beaux paysages, les plantes dans leur milieu, des particularités écologiques ou téra- 168 Disparition d;un maître tologiques.Le Frère Marie-Victorin commentait aussi les photos, les siennes la plupart du temps.Il demandait l\u2019avis de son public sur ceci ou cela, afin de le faire travailler avec lui, selon la méthode socratique.Son savoir était extrême.Toute sa vie, il trouva le temps de lire beaucoup, de prendre d\u2019innombrables notes.Quelques heures avant sa mort, il lisait Joseph the Provider, de Thomas Mann.Au début de sa carrière, il étudiait tout ce qui était végétal.On a retrouvé dans ses papiers des petits travaux minutieux, vieux de quarante ans, sur l\u2019anatomie des poils, des dissections de plantes, des notes en marge d\u2019identification de mousses, dont il avait fait de nombreuses récoltes, ainsi que de lichens.Il vit bientôt qu\u2019il ne pouvait être à la fois bryologue, lichénologue, botaniste, physiologiste, cytologiste.Il se concentra sur la systématique des plantes à fleurs et des cryptogames vasculaires : fougères, lycopodes, prêles, groupes sur lesquels son jugement fait autorité et qu\u2019il a monographiés de main de maître.Il était loin de la systématique à œillère, de la botanique à coups de poils comptés ! Il savait s\u2019élever aux ensembles, dégager les synthèses.A ce titre, les pages sur lesquelles s\u2019ouvre la Flore laurentienne, véritable philosophie floristique du Québec, sont suggestives.Une de ses dernières études, restée manuscrite, est une longue monographie écologique du fleuve Saint-Laurent considéré comme l\u2019axe de toute la flore de l\u2019est du Canada et dont il étudie les variations, des Grands Lacs à la mer.Il ne fut pas de ces savants orgueilleux qui se refusent à faire école.Il a de son vivant distribué le travail.C\u2019est ainsi qu\u2019à Jules Brunei il confia l\u2019étude des algues et des champignons, à Emile Jacques celle des maladies des plantes, à James Kucyniak celle des mousses et des hépatiques.Jacques Rousseau fut orienté 109 Revue Dominicaine vers la botanique économique, la paléobotanique et la génétique, Roger Gauthier vers la morphologie, Marcel Cailloux vers la physiologie, cependant qu\u2019il eu intéressait d\u2019autres à des groupes difficiles de plantes à fleurs : le Frère Rolland-Germain aux graminées, Ernest Rouleau aux salicacées, saules et peupliers, etc.Ainsi, grâce à ses soins, le personnel de l\u2019Institut et du Jardin botaniques peut répondre maintenant à toutes les exigences du domaine botanique.Le Frère Marie-Victorin a forgé les outils, ouvert les premiers sillons et mis chacun au travail.Il pouvait mourir en paix.Qu\u2019on ajoute maintenant à cette vie déjà surchargée d\u2019œuvres scientifiques l\u2019influence que ce botaniste exerça sur l\u2019enseignement primaire, secondaire, universitaire, par ses articles, ses conférences, et le rôle qu\u2019il joua dans l\u2019orientation de notre littérature canadienne en la forçant à tenir davantage compte de son milieu, et on verra que le Frère Marie-Victorin était un des grands Canadiens de notre époque.Il s\u2019était mis, il y a une quarantaine d\u2019années, à l\u2019école de la route, dont il aimait toujours se dire humblement l\u2019élève et dont il avait beaucoup appris, et voici que la route est venue le reprendre, à l\u2019issue de la dernière leçon de choses qu\u2019elle lui ait donnée.Vide soudain de la disparition d\u2019un maître, dans le cœur de ses disciples.Plus encore : vide dans la nature.La disparition d\u2019un savant-poète, d\u2019un homme qui a passé sa vie à commenter la nature et à y lire à livre ouvert, à la faire comprendre et aimer, est un appauvrissement du cosmos.Pour longtemps, des pans entiers de la nature resteront encore fermés parce que celui-là n\u2019est plus qui savait déchiffrer, pour les autres, le visage apparemment impénétrable de la grande muette.Marcel Raymond Montréal, 10-15 août 1944.170 Le sens des faits Jlr£
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