Voir les informations

Détails du document

Informations détaillées

Conditions générales d'utilisation :
Protégé par droit d'auteur

Consulter cette déclaration

Titre :
Revue dominicaine
Éditeur :
  • St-Hyacinthe :Couvent de Notre-Dame du Rosaire,1915-1961
Contenu spécifique :
Février
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Rosaire
  • Successeur :
  • Maintenant
Lien :

Calendrier

Sélectionnez une date pour naviguer d'un numéro à l'autre.

Fichier (1)

Références

Revue dominicaine, 1946-02, Collections de BAnQ.

RIS ou Zotero

Enregistrer
[" REVUE DO/nÎNiCVlNE \u2022JD71 ENTREPRENEURS ENTREPRENEURS Tuile, Terrazzo, Marbre,Ardoise, Pierre Artificielle, Pavages, Trottoirs, etc - J.IGN.BILODEAU- PRÉS.ETOÉRAMT TÉL.2-114-3\t32, RUE RICHELIEU, QUÉBEC.____________________________J.LA8ELLE- Tél.S2l6 j.S.Ru\tDiplômé General Motors IfillcUiri CARR< Réparations dAutomobile?et de Rembourage Carrosserie endommagée et dé boss age de bus genres.2,Christophe Colomb\t3SSIER _ Spécialité:\u2014 Peinturage Duco Dupontr Vitrage des Chars Mécanique.Québec, RQ.Tel.FR ONTENAC 31 86* ERFECTION DAIRY 2565 CHAMBLY MONTRÉAL enmePReneuRS 44.Ste-Ursule, Québec, P.Q.ARMAND MATHIEU (TÉL.3-3776) UIRTHieu a syivnin EDMOND SYLVAIN (TÉL.9898) TÉL.2-224 Arthur Cloutier et Fils Enrg TÉL.6070 252, D'AIGUILLON DEPUIS QUATRE GÉNÉRATIONS QUEBEC, P.Q.HOMMAGES DE M.J.O\u2019BRIEN Spécialités pour Bâtisses et Constructions Représentant de Truscon Steel Co.of Canada Ltd.Spécialistes en charpente de bâtisse Truscon Laboratories Canada Ltd., Canadian Cork Co.Ltd., K.V.Gardner Ltd.Tel.5992\t13, rue d\u2019Aiguillon\tQuébec, P.Q.TÉL.4-2473 LA CIE HUBERT MOISAN ASSURANCE FUNÉRAIRE DE QUÉBEC SERVICE D\u2019AMBULANCE 297, RUE St-Joseph Québec, P.Q.CHARLAND ET BERNARD Ltée Soudure au gaz et à l\u2019électricité de tous les métaux Réparation et nettoyage de radiateurs d\u2019automobile Fabrication de réservoirs Angle 1ère Avenue et 4ème Rue \u2014 Tel.4-2772 \u2014 Québec\t0.PICARD & FILS INC.PLOMBERIE \u2014 CHAUFFAGE \u2014 ÉLECTRICITÉ VENTILATION \u2022\u2014 AIR CLIMATISÉ GÉRANT : J.-C.LACHANCE 78.St-Augustin Tél.2-1239 Québec, P.Q.CASAVANT FRÈRES Ltée FACTEURS D'ORGUES St-Hyacinthe, P.Q.ÉTABLIE EN 1880\tTél.HArbour 3377 GASCON & PARANT ARCHITECTES 934 est.Sainte-Catherine\tMontréal PRÊTS Les demandes de prêts de tous ceux qui peuvent assurer le remboursement dans un délai raisonnable reçoivent toujours à nos succursales ce bon accueil qui est une tradition dans cette banque.UNITE E SUCCURSALE À OTTAWA SUITE 406-18, RIDEAU TÉL.2-9872 Québec: 104, St-Jean Suite 10 TÉL.7881 \u2022 SPÉCIALITÉS : OUVRAGES D\u2019ÉGLISES, COUVENTS, ÉCOLES, ÉDIFICES PUBLICS \u2022 TÉL.DOllard 5512 961A, RUE ST-ROCH MONTRÉAL Machineries de buanderie\tLANGLAIS & FRÈRE ENRG.!\t| Equipement d\u2019hôpitaux Glacière électrique\t1\t(Chauffage & Ventilation Ltée)\t;\t?Pompe Moteurs\t?152, de la Couronne\tTéléphone : 2-8224 !\t, Fours mignolets Ustensiles de cuisine\tj|\tQUÉBEC\tj\t| Fournaises Chauffage\t£\tFoyers hydrauliques JONES (stoker)\t\\\t?Compresseurs Air climatisé\tjj Foyers mécaniques FAIRBANKS MORSE\tJ Machinerie diverse Ventilation Brûleur à l\u2019huile MAZOUT\ti FAMEUX POÊLES THERMOS !\t?Brûleur à l\u2019huile légère tél.CR.9957\t©296,Rue ST- ANDRÉ , Montreal LES PRODUITS MADELON ENRG EXCELLENT CONTRE: MAL de TÊTE,de DENT S, d'ORE ILL ES 7 GRIPPE .RHUMATISME .rvS»V,\"'*V THOM»!; » BE,5984 &.*»*-________ \"graveurs /à, Photoqrawure Nationale Z \u2022 2 0 UK S Y.«UI^ONTARIO - PRIS BK B1IUBV \u2022 MOI Compliments de DAMIEN BOILEAU Ltée, Entrepreneurs 245, avenue McDOUGALL Outremont, P.Q.\tTel.GR Gautiel sH&â&led' P RIVIN E pour la prophylaxie et le traitement des rhumes de cerveau COMPAGNIE GIBA LIMITÉE \u2014 MONTRÉAL éüGÈOE CÛÎÉ préside rrr dA&M.CÔTÉ LTÉE fïlanlifactüriei/ de chali^üre/ /r-hVpdr)THE\t\tconsuiTflTions{?jiH5S Dr P.del Vecchio /MCIRLUÉ: TEL FR 1895\tfilfODIf/CHMIllOUfZ onn./i A.rhrmk.\tCfMER.TÜBEPICÜLQ/t.900 e/t./herbroske\tpyTHmEiflHyfflfiT!/-|HE\tLA BANQUE CANADIENNE NATIONALE est à vos ordres pour toutes vos opérations de banque et de placement.\u2022 Actif, plus de $300 000 000 515 bureaux au Canada \u2022 Succursale à St-Hyacinthe E.O.DESJARDINS, gérant\t \t\t\t\t Tél.\t: FItzroy 8 5 8 5\tCOLLES DE TOUTES SORTES.\ti En poudre, en flocons, flexible, en pâte, liquide \u2022 | MEREDITH, SIMMONS & Co.Ld.\t\t\t5 5 6 5 Chemin de la ; Côte St-Paul ;\tMontréal LA SCIENCE D'AIMER AMOUR AMITIÉ BONHEUR par Paul I Ermite Préface du R.P.Gabriel-M.Lussier, O.P.\u2014 Amour.\u2014 Notre loi de nature.\u2014 La raison et l\u2019amour.\u2014 L\u2019éducation chrétienne de l\u2019amour.\u2014 La mission de l\u2019amour.\u2014 Les cœurs qui voient Dieu.\u2014 L\u2019ordre de l\u2019amour et tout d\u2019abord soi-même.mais comment.\u2014 De l\u2019amour de Dieu pardessus toutes choses.\u2014 Amour de Dieu et repos du cœur.\u2014 Le rôle du cœur dans la foi.Amitié.\u2014 Ce qu\u2019elle est.\u2014 Ses devoirs.\u2014 Ses miracles.\u2014 L\u2019ineffable ami : Notre-Seigneur.Bonheur.\u2014 Bonheur.\u2014 Les recettes.\u2014 Illusions et précarité.\u2014 Sagesse.et bonheur.\u2014 La « folle du logis » et son compagnon le cœur « innombrable ».\u2014 Formules vraies du bonheur.\u2014 Bonheur de la vertu.\u2014 Le joie spirituelle.\u2014 Le dévouement au prochain.\u2014 Le travail.\u2014 Le devoir.\u2014 Le dernier mot de notre bonheur est en Dieu.Un volume de 220 pages.PRIX : $1.00 Du même auteur : La Foi vivante.$0.75 La Divine Providence .75 HYGIENE FAMILIALE ET SOCIALE par Mme G.Boudrias Ouvrage très pratique, très utile à tout individu et des plus complets sur l\u2019anatomie, les premiers soins et l\u2019alimentation rationnelle.584 pages i\u2014> 19.5 cm.^ PRIX : $1.50 En vente partout Du même auteur : LES NOUVELLES MAMANS PRIX : $0.75 DES PIÈCES DE THÉÂTRE POUR TOUS .\u2022 LES BERCEAUX VIDES (9 acteurs : 4 kommes et 5 femmes) $0.50 Une pièce en trois actes, qui fait la lutte contre ceux qui acceptent le contrôle de la maternité ou qui sont les ennemis de la famille nombreuse.LA DAME EN NOIR (5 acteurs : 5 kommes et 2 femmes) .$0.25 Comédie en un acte.\u2014 L\u2019histoire d\u2019une dégringolade morale, d\u2019une dame mystérieuse et de beaucoup d\u2019amour.LA VEUVE P AP AVOINE (4 acteurs : 2 kommes et 2 femmes) $0.25 Une comédie en un acte qui prouve qu\u2019on peut faire bien des bêtises en ne se tenant pas le cerveau lucide.L ENFANT DE L\u2019AUTRE (6 acteurs : 2 kommes et 4 femmes) $0.55 Un mélodrame impressionnant en deux actes.MADEMOISELLE S'AMUSE (5 acteurs : 5 filles) .$0.25 Une comédie en un acte qui démontre que ce n\u2019est pas la vie joyeuse qui fait le bonheur.COMMENT ON SE TROMPE (6 acteurs : 6 filles .$0.25 Une comédie en un acte pour jeunes filles.Un guide pour celles qui cherchent à se marier.En vente à LA LIBRAIRIE DOMINICAINE 5375, Av.N.-D.de Grâce (WA.6765) Montréal \u2014 95, Av.Empress (Tél.2-7363) Ottawa Hygiène familiale et sociale LES EDITIONS DU LÉVRIER BONNES ADRESSES A CONSULTER Accessoires contre l\u2019Incendie : The Canadian Fire Hose Co.Ltd., 827 ouest, Notre-Dame, Tél.PL.6416-17, Montréal Articles Religieux : Imperial Novelty Mfg.Co.Ltd., 389 o., St-Paul, HA.4946, Mtl.Architectes \u2022 Desmeules, Gabriel, 226, St-Jean, Tél.4-3864 .Québec, P.Q.Larue, J.-Albert, 5711, Durocher, Tél.CR.2734 .Montréal Architectes Lemieux, 7 60.Square Victoria, LA.2 870, Mm.Ludger Lemieux \u2014 A.A.P.Q.\u2014 M.R.A.I.C.Paul M.Lemieux -\u2014 B.A.\u2014 M.R.A.I.C.\u2014 A.A.P.Q.\u2014 D.P.L.G.F.Arpenteurs-Géomètres et Ingénieurs Forestiers : Bélanger et Bourget, 86, Côte de la Mont., Tél.2-5180, Québec Gastonguay, Jules-P., 71, St-Pierre, Tél.2-3400 .Québec, P.Q.ARTICLES DE SPORT : Le Palais des Sports, 67, Côte d\u2019Abraham, Tél.3-2341, Quebec Ascenseurs : La Cie F.-X.Drolet, 206, Du Pont, Tél.4-4641 .Québec, P.Q.Assurances Générales : Bernardin Frères, 1285, Visitation, Tél.CHerrier 3195, Montréal Assurance : National Life Assurance Co.: Arsenault, Bona, Gérant, 80, St-Pierre, Tél.2-5785.Québec, Assurance : La Solidarité, Cie D\u2019Assurance-Vie : Siège social, 126, St-Pierre, Tél.4-4034 .Québec, P.Q.Autobus à Lorette, Aérodrome, Champigny, Lac St-Joseph, Stk-Catherine : Drolet, A., Ltée, 155, boul.Charest, Tél.2-8494 .Québec, P.Q.Autobus Fournier Ltée : Québec au Camp Val- CARTIER, STE-FOYE, LAC ST-CHARLES, ST-RAYMOND: Terminus, 501, boul.Charest Tél.6182-34, St-Augustin, 2-5946 AUTOMOBILES (Soudure, Débossage, Peinture.Etc.) : Boutet & Fils, 131, Caron, Tél.3-3370 .Québec, P.Q.AUTOMOBILES (Hudson et Camions Reo) : Racine, J.R.Inc., 27, Arago, Tél.2-2019 .Québec, P.Q.Avocats : Boyer, Auguste, 159 ouest, Craig, Tél.MA.7031 .Montréal Champeau, Armand, 5585, Canterbury, Tél.AT.9717, Outremont St-Jacques, Henri, 18, Rideau, Tél.2-5055 .Ottawa, Ont.Banques s La Banque Provinciale du Canada, 221 ouest, St-Jacques, Tél.HA.7151, Montréal Beurre D\u2019Érable : Cie Nationale de Beurre d\u2019Erable Inc., 51 ouest.Laurier, Tél.DOllard 2433, Montréal Bicyclettes et Accessoires : Gendron et Frère Enrg., 19%, Provost, Tél.3-1233, Québec, P.Q.Bijoutiers : Guay, J.-A., 645, St-Christophe, Tél.5892 .Québec, P.Q.Biscuits et Gâteaux : Cie de Biscuits Stuart Ltée, Alf.Allard, prés., CR.2167, Mtl.Blocs de Béton, Tailleurs de Pierre : Côté, Valère, Inc., 325, Dorchester, Tél.4-4491, Québec, P.Q.Bois et Matériaux de Construction : Grier, G.A.& Sons Ltd., 2120 o\u201e Notre-Dame, WI.6118, Mtl.Bois de Construction.Manueacturiers de Planchers en Bois Franc, Portes et Châssis : Dupuis J.-P.Ltée, 1084, Av.de l\u2019Eglise, Tél.YO.0928, Verdun BONBONS EN Gros : Bonbons Yolande Enrg., Mme J.-B.Cloutier, propr., 83, Sault-au-Matelot, Tél.4-1167, Québec, P.Q.Bouchers, Épiciers, Quebec Marine Grocers : Massé, Philippe, 93, Sault-au-Matelot, Tél.2-8505, Québec, P.Q.Boulangers (gâteaux et pâtisseries).: Hethrington, T., Ltée, 358-364, St-Jean .Québec, P.Q.Buanderies : Buanderie St-Paul, 2020, Roberval, Tél.WE.6791 .Montréal Café, Thé, Confitures : J.A.Désy Ltée, 1459, Delorimier, Tél.FR.2147 .Montréal CARROSSERIES D\u2019Auto (Déeossage, Rembourrage, Etc.: Normandeau, A.et Fils, 01152, Charlevoix, WI.5562, Montréal Chapeaux : Chez Charlebois, 708 ouest, Notre-Dame, Tél.MA.5029, Mtl.CHARBON (Anthracite et Bitumineux) : Syndicat National du Combustible, 67, Buade, Tél.7111, Québec, P.Q.The Canadian Import Co.Ltd., 83, Dalhousie, Tél.2-1221, Québec Charbon et Huile : Madden & Fils Ltée, 244, boul.Charest, Tél.4-3578, Québec Chauffage et Plomberie : Germain & Frère Ltée, 237, St-Antoine, Tél.76, Trois-Rivières Chauffage et Plomberie (entrepreneur) : Jetté, J.-W.Limitée, 360 est, Rachel, Tél.MA.4184, Montréal Chaussures : Létourneau, Emile, 96, de la Couronne, Tél.3-7403, Québec, P.Q.Chocolats (fins \u2014 minuscules) Livraison : Denyse, 4909 ouest, Sherbrooke, Tél.EL.4877 .Montréal College O\u2019Sullivan : Chevrier, J.-P., Principal, 136, St-Jean, Tél.3-5505, .Québec Collège Versailles : Fortin Business Colleges, 840, Cherrier, Tél.AM.6440, Montréal COMPLIMENTS : C.et G.C.N.E.J.E.S.J.B.R.et Cie Inc.Québec, P.Q.Compliments d\u2019un ami Compliments d\u2019un ami Compliments d\u2019un ami Compliments d\u2019un ami Compliments de J.M.Québec, P.Q.J.P.Laberge Enrg.Un ami de la Revue.Un ami de la Revue : A.D.& Fils Ltée.W.A.Baker, Palais de Justice .Montréal Confection et Réparation de Chapeaux pour Dames: Le Papillon d\u2019Or (Mlle J.d\u2019Arc Emond), 109, St-Jean, Tél.2-4314, Québec, P.Q.Constructions, Démolition, Matériaux à Vendre : Tétrault Frères, 1200,\u201d Av.de l\u2019Eglise, Tél.WI.8152, Verdun Constructions Générales : Succession Delphe Maranda, 818%, St-Vallier, Tél.2-3808, Québec, P.Q.Corsets, Brassières, Lingerie : Mademoiselle Enrg., 89, Cartier, Tél.5522 .Québec, P.Q.Salon Elégant, 353%, rue St-Jean, Tél.3-0543, Québec, P.Q.Cours Angt.ais, Sténographie Bilingue et Dactylographie : Sturton School, 93, Crémazie, Tél.9571 .Québec, P.Q.Cours Privés D'Anglais (jour et soir) : Ecole Labrosse, 72, de l\u2019Eglise, Tél.4-6304 .Québec, P.Q.Courtiers D\u2019Obligations : Frs Letarte, Prés., L.-A.Pedneault, Vice-Prés.La Corporation de Prêts de Québec, 132, St-Pierre, Tél.2-4765, Québec, P.Q.Courtiers en Épiceries : Brault, Anastase, 1891, Roberval, Tél.WE.4237 .Montréal Couvreurs : Falardeau, Eugène Ltée, 141, Dorchester, Tél.9677, Québec, P.Q.Crème Glacée : Crémerie Mont Blanc Enrg., 149, Renaud, Tél.2-6841, Québec Directeurs de Funérailles : Bouchard, J.& Fils, 54 \u2014 5e rue, Tél.4-1113 .Québec, P.Q.Doreurs-Argenteurs-Orfèvres : Beaugrand, Gilles, 846, de l\u2019Epée, Tél.DO.2950 .Montréal Belleville, J.Arsène Ltée, 47, Sous-le-Fort (Basse-ville), Québec Drive Yourself : Jobidon, Robert, 250, St-Paul, Tél.2-5317 .Québec, P.Q.Eau de Javelle : L\u2019Eau Merveilleuse Enrg., 39-7e rue (Limoilou), 4-2661, Québec ÉCOLE DE COUPE ET COUTURE : Moisan, Mme M., 237, St-Jean, Tél.2-1458 .Québec, P.Q.Éditions : Editions du Lévrier, 5375, Av.N.-D.de Grâce, WA.6765, Mtl.Entrepreneurs : Bilodeau Ltée, 82, Richelieu, Tél.2-1143 .Québec, P.Q.Entrepreneurs Généraux : Cauchon, Magloire Ltée, 311, de la Salle, Tél.6179, Québec Lamontagne, F.-X., 411, Boulevard Charest, Tél.3-0590, Québec Michaud & Simard, 460, Arago, Tél.5244 .Québec, P.Q.Ouellet, Ludger, 87, St-Cyrille, Tél.2-1710 .Québec, P.Q.Épiciers-Bouchers : Gougeon, J.B., 175, Rochester, Tél.8-0030-8-0031, Ottawa, Ont.VI BONNES ADRESSES A CONSULTER te , Epiceries en Gros :\t.\t\u201e .D\u2019Aoust, P.Liée, 11, York .Ottawa, °?4; Lamarche, J.-H., 6749, St-Laurent, Tél.CR.2165 .Montreal Letellier, J.-B.-E.Enrg., 112, Dalhousie, Tél.2-3931, .Québec Estampes en Caoutchouc : A.Derome et Cie Enrg., 25 est, N.-Dame, LA.2392, Montreal Farine, Engrais.Grains, Foin, Bois, Charbon : Gervais, Paul et Frère, 5298, Henri-Julien, CA.1157, Montreal Ferronnerie d\u2019Art : Les Frères Lebrun, 456, Niverville Trois-Rivières fai\u2018t4 H 'l'JÏ.f;.O'P.j t, P.( I '1 ¦ )A1IE' SDBE .Vfria ( Ut Alain P.A.Ltée, 203, St-Joseph et 79, de l\u2019Eglise, 5106, Que.Bernard, Léo, 810, St-Vallier, Tél.3-1329 .Québec, P.Q.Desjardins, Chas, et Cie, 1170, St-Denis, Tel.HA.8191, Mtl.Laliberté, J.-B.Ltée, 145, St-Joseph Tél.6191 Quebec P Q.Sanfaçon, Honoré, 110, rue de la Couronne, Tel.7419, Quebec Turcotte, N.-Geo., 162, Côte d\u2019Abraham, Tél.4-1459 .Quebec Grains, Moulées, Provisions :\t\u201e\t_ Frenette & Fils Enrg., 176, St-Pierre, Tél.2-8070, Quebec, P.Q.Habits et Merceries : Cusson et Cusson, Place du Marche, rue Cascades, St-Hyacinthe MMThibodeau, L.P.R., 325, boul.Charest, Tél.3-5322, .Québec IMMEUBLES (Vente, Achat, Expertise, Finance) : Paquet, Geo., 351, boul.Charest, Tél.4-4221 .Québec, P.Q.Importateurs et Fabricants D\u2019Objets de Piété : Génin, Trudeau et Cie, 38 ouest, N.-Dame, LA.2261, Montreal Imprimeurs (médéric parent et onil paré, prop.) : Imprimerie Bégin Enrg., 40, St-François, Tél.3-1252, Québec Industrie Laitière (Machines, ustensiles, App.frig.) : Trudel, B.et Cie, 304, Carré Youville, Tél.MA.8067, Montréal Laboratoire Farley \u2014 Hull, P.Q.: Fabricant des « Antalgines » contre les maux de Tete.Lait.Crème, Beurre, Œtjfs et Fromage : Clark Dairy Ltd., 634, Av.Bronson, Tél.5-1811, Ottawa, Ont.La Ferme St-Laurent Ltée, 6768, Garnier, CR.2188-9, Montreal Laiterie de Québec Ltée, 75, Av.du Sacré-Cœur, Tél.7101, Québec Librairie (en gros seulement) : Librairie J.A.Parent, 472, St-Vallier, Tél.5630, Québec, P.Q.Libraires :\t,, , , , Granger Frères Ltée, 56 ouest, N.-Dame, LA.2171 .Montreal La Librairie Dominicaine :\t, , 5375, avenue Notre-Dame de Grâce, Tél.WA.6765 .Montreal 95, avenue Empress, Tél.2-7363 .Ottawa, Ont.Liqueurs Douces :\t^ \u201e Fortier, Elzéar Ltée, 115, St-Dominique, Tél.2-3891, .Quebec Machineries de Buanderie.Etc.: Langlais et Frère Enrg., 152, de la Couronne, Tél.2-8224, Que.MACHINERIES D\u2019Imprimerie (Réparation, soudure.Etc.) : Le Matériel d\u2019imprimerie Ltée (Demandez M.Langlais), 970, de Bullion, Tél.PL.9011, Montréal Magasins à Rayon : Bouchard, L., 750-760, St-Vallier, Tél.2-5638 .Québec, P.Q.Dubuc, T.D., 214-218, St-Jean, Tél.2-3961 .Québec, P.Q.Dupuis Frères Ltée, Tél.PL.5151 .Montréal Moncion, Thomas, Suce.J.Pharand, 85-91, Champlain, Tél.2-5315, Hull, P.Q.Paquet et Cie Ltée, 157, St-J\u2019oseph, Tél.8131 .Québec, P.Q.Syndicat de Québec Ltée, 215, St-Joseph, Tél.4-3561 .Québec Manufacturiers de Fournitures Funéraires : Girard et Godin Ltée, T.-Riv.et 34 o., St-Paul, LA.9214, Mtl.Manufacturiers de Portes et Châssis, Bois : Pilon, Jos.Ltée, 79, Boul.du Sacré-Cœur, Tél.3-1116, Hull, P.Q.Marchand de Fourrures : Zicat Lauréat, Enrg., 28, chemin Sainte-Foy, Tél.9627, Québec Marchands de Thés, Cafés et Épices en Gros : Bourque, A., 262 est, St-Paul, Tél.HArbour 7630 .Montréal Marchands-Tailleurs : Mathieu, Lucien Enrg., 2251, Frontenac, FR.1803 .Montréal Meunier, Ernest, 994 est, Rachel, Tél.FR.9343 .Montréal Matelas, Sommiers, Etc.: Matelas Frontenac Enrg., 15, Boisseau, Tél.5347, Québec, P.Q.Matériaux de Construction : Les Industries G.-I.Lachance Inc., 263, St-Paul, 2-6403, Québec Médecins : Castonguay, Dr E.-J., 4231 est, Ste-Catherine, CH.0560, Mtl.Gratton, Dr Albert, 781, du Couvent, Tél.WE.5476 .Montréal Pilon, Dr Henri, 251, boul.St-Joseph, Tél.2-0568, Hull, P.Q.Pouliot, Dr Antoine, 68, Ste-Ursule, Tél.2-4455, Québec, P.Q.Membres Artificiels : Duckett, J.-A.2014, Bleury, Tél.HArbour 0630 .Montréal Nettoyeurs, Buanderie : Pfeiffer, P., 4, McMahon, Tél.2-2021 .Québec, P.Q.Notaires : Labrèche et Labrèche, 10 ouest, St-Jacques, MA.3373, Montréal McKay, R.E., 4948, Av.Verdun, Tél.YO.5322 .Verdun Nouveautés, Merceries, Tapis, Prélarts : Alepin, J.et Frère Ltée, 4295 ouest, Notre-Dame, Tél.WE.1108 ; 4719, Wellington, Tél.YO.1144, Montréal Opticiens D\u2019Ordonnances : Derouin, O.L., 37, Metcalfe, Tél.2-4976 .Ottawa, Ont.Lamontagne, Etienne, 1065, St-Prosper, Tél.2178, Trois-Rivières St-Jean et Lesage, 400 est, Sherbrooke, Tél.HA.8305, Montréal Optométristes et Opticiens : Beaulieu, Remy, 94, de la Couronne, Tél.2-3592, Québec, P.Q.Ledoux, Arthur, 180, Cascades, Tél.10 .St-Hyacinthe P4.TISSERIES \u2022 Pâtisserie Frontenac, 300, St-Jean, Tél.2-5721, Québec, P.Q.Pharmaciens : Pharmacie Aimé Roussin, 2823, Masson, CH.2103 .Montréal Pharmacie P.-H.Soucy, 85, Cartier, Tél.2-1235, Québec, P.Q.Pharmaciens en Gros : Durocher, G.E., 139, Queen, Tél.2-5309 .Ottawa, Ont.Photographes : Studio Bell, 59, St-Joseph, Tél.4-2106 .Québec, P.Q.Pierre \u2022 Carrière Gravel Ltée, 282, St-Paul, Tél.2-4122 .Québec, P.Q.Plombiers-Couvreurs-Électriciens : Asselin, J.-A., 37, Hermine, Tél.9670 .Québec, P.Q.Dorion, Jules, 11, rue Ramsay, Tél.4-2916 .Québec, P.Q.Produits Pharmaceutiques : Sylvain Ltée, 406 est, Notre-Dame, Tél.HA.5374 .Montréal Professeur de Musique (guitare, mandoline, violon) : Gagnon, T.W., 208, N.-D.des Anges, Tél.2-3700, Québec, P.Q.Provisions.Poisson, Fruits, Etc.: Dominion Fish & Fruit Ltd., Tél.2-7036 .Québec, P.Q.Quincaillerie en Gros et Détail : Lemieux, Jos.-E.Enrg.Québec, P.Q.O\u2019Neil & Richard Ltée, 134, du Pont, Tél.2-1594, Québec, P.Q.Quincailleries Générales : Gravel, Ludger et Fils, 3447, Av.du Parc, Tél.HA.5211, Mtl.Grégoire, J.-R., 3605 est, Ontario, Tél.FA.1167-8 .Montréal Queen Mary Hard.Ltd., 5323 Queen Mary Rd., *EL.1129, Mtl.Restaurants : Boulevard Restaurant, 3830, Décarie, Tél.DE.0097, Montréal .Québec, P.Q.Québec, P.Q.Salon de Beauté : Salon Mario, 40, de Mazenod, Tél.3-0593 Taxis (demandez toujours) : Taxis Red Diamond de Luxe, Tél.8123 .Terra Cotta : Montreal Terra Cotta, 1010 o., Ste-Catherine, MA.1816, Mtl.Transports : St-Hyacinthe Transport, 34, Piété, Tél.356-122 .St-Hyacinthe Ustensiles de Cuisine \u2014 Aluminium : Waterless Kitchen Equipment Reg\u2019d., 286, St-J\u2019oseph, Tél.5355, Québec, P.Q.Valeurs de Placement : Dubé, Oscar & Cie Inc., 105, Côte de la Montagne, Tél.2-4061, Québec, P.Q.Société Générale de Finance, Inc., 57 ouest, St-Jacques, Tél.HA.5168, Montréal Viandes en Gros (fraîches et fumées) : Marché de Québec Enrg., 26-28, 1ère rue, Tél.2-2016 .Québec Sommaire Février 1946 Simone Routier : L identification Ecoute : «C\u2019est toi qui dois te fondre et te confondre et non pas moi.C\u2019est toi qui dois te retrouver et te perdre en moi ».Jeannine Bélanger : Le Retour de Titus de M.Alfred DesRochers Ce poème inédit et inachevé de M.Alfred DesRochers, mais plein de promesses, déborde les cadres du régionalisme parce qu\u2019il appartient à l\u2019humanité.L\u2019auteur du présent article nous en donne une analyse substantielle que les grands critiques seraient heureux de signer.Relations industrielles Jean-Pierre Després : Défense judicieuse et opportune du syndicalisme contre tous les préjugés dont il est victime surtout depuis la grève de Windsor.Partir de quelques faits isolés pour condamner un mouvement et surtout ignorer ses heureuses réalisations et son influence grandissante est inique et injuste.La vie unique Henri-Marie Bradet, O.P.: « Tous les vivants d\u2019aujourd\u2019hui ne possèdent qu\u2019une parcelle d\u2019existence, et ce trésor unique, on le leur demande, on le leur arrache pour ceux de demain ».Thomas-André Audet, O.P.: Propos sur l\u2019antiquité chrétienne Au terme de cette étude, l\u2019auteur « exprime l\u2019espoir, plus fragile que naïf, que nos universités catholiques du Canada, dans une louable émulation, créent à leur tour une chaire d\u2019ancienne littérature chrétienne et ouvrent ce vaste champ aux candidats du doctorat en lettres ou en théologie ».toujours progresser dans la Que I on peut Arcade-M.Monette, O.P.: connaissance de Dieu « Si les dieux s\u2019occupent de nous, remarquait déjà Aristote, ils doivent bien s\u2019attacher à ceux qui cultivent leur intelligence, la plus divine des choses quiQsemblcnt divines.Et pour saint Thomas cela s\u2019entend.» Le sens des faits Marcel Lacourcière : « Mauriac, romancier de la grâce ».Marc Aubry : « Marges : La querelle existentialiste ».X.: « Les Editions du Lévrier ».L\u2019esprit des livres Abbé Georges Thuot : «Le Christ, notre Roi» (Marc Labonté, 0.P.).François Mauriac: «Sainte Marguerite de Cortone » (Ant.Lamarche, 0.P.J Pierre Trudel, O.P.: «Vade-mecum du policier chrétien» (A.LJ.Une Ursuline : «Les trois enfants de Fatima » (A.LJ.Mgr Baunard : «Le vieillard» (A.LJ.Henri Massis : «Découverte de la Russie» (A.LJ.Robert-E.Llewellyn : «Ta personne» (A.LJ.Antoine Bon : «L\u2019art et l\u2019homme» (Paul Lacoste).Jacques Rousseau : «L\u2019hérédité et l\u2019homme » (Claude Clément).Abbé Léonce Boivin : «Le combat social» (Albert Lacroix).Jovette Bernier : «Mon deuil en rouge» (Paul Lacoste).Georges Duhamel : «Inventaire de l\u2019abîme» (Paul Lacoste).Georges Duhamel : «Biographie de mes fantômes» (Paul Lacoste).Georges Duhamel : «Chronique des saisons amères» (Paul Lacoste).Henry Bordeaux : «Le remorqueur» (Paul Lacoste).Présentations.VIII MME DOMINICAINE Directeur ; R.P.ANTONIN LAMARCHE, O.P.3500, Av.Laval, Montréal - 18 Volume LII\tTome I\tFévrier 1946 L'identification Un matin j\u2019avais compris : au Christ on s\u2019identifie ; c\u2019est Lui qui entre et s\u2019installe dans le cœur, de toute sa hauteur et de toute sa largeur, avec sa Croix et ses douleurs.Dès qu\u2019il est là tout devient normal, doux et égal ; c\u2019était de Le laisser passer qui faisait mal.Mais voilà, Il est entré.Il est le Maître de la demeure, l\u2019exigeant et tendre tuteur de notre cœur, celui qui supportera tout pour nous, tout à l\u2019heure.Et aussitôt on se sent une âme nouvelle, qui n\u2019hésite et ne marchande plus, une âme pure et quotidiennement charitable, une âme sacerdotale, oui, une âme sacerdotale.Agir devient facile parce que c est Lui qui décide.tromper quand c\u2019est Lui qui a parlé et non plus Quel danger de se l\u2019homme de péché?Quand on s interroge et se replie, ce n est plus sur soi, mais sur Lui ; quel beau jour a lui : les joies et les éloges c est pour Lui et comme il ne fait pas de bruit et petit à petit déloge l haïssable moi ! Si c\u2019est le Christ Lui-même qui au dedans est venu demeurer, plus n est besoin de penser : « Je ne suis qu un sac d ordures ; comment Dieu pourrait-ll m aimer ?» Son Fils, un père peut-il ne pas l aimer ?L humilité est-elle oubliée ?Puisqu il est là on peut se fier et aller.Plus n est question de 65 Revue dominicaine crainte, d angoisse, de refus, ni d\u2019effroi.Le Christ Lui-même en soi ! Les jours passent et l on sourit mieux parce qu on est deux et que c est Lui qui fait comme II veut, de son mieux.Tout devient tellement plus lumineux l Un moment vient pourtant, insidieusement, où tout ce que I on a dit et fait dans la journée a mal tourné, où tout ce que l on a donné nous a été retourné, parce que mal présenté.En remontant plusieurs jours devant, on voit bien que le vent, on ne sait vraiment comment, a tourné puisque nous voilà ramant à contre-courant, et vent devant, avec un cœur et des bras soudain si vieux.Mon âme, écoute, à ce moment-là, souviens-t-en, il faut vivement, oh ï vivement aller communier et L écouter, L écouter et cesser absolument de parler, d interroger ; c est l unique façon de s\u2019en tirer une fois engagé.Car alors c\u2019est dans son cœur que Jésus nous reçoit, nous regarde et nous assoit.Il demande doucement : « Qu as-tu fait de la couronne, des clous ?Qu\u2019as-tu fait du bois ?Ma charité étouffe dans ton cœur étroit, vois .Ti u me perdais moi aussi, lu n avais aonc pas compris :.d.T ?C est toi qui dois te fondre et te confondre et non pas moi.C est toi qui dois te retrouver et te perdre en moi.C est moi qui t enveloppe, qui désormais regarde, et parle et marche, pas toi.pas toi qui me soumets, moi !.Un matin, j avais compris : c est Lui qui entre et s installe dans le cœur ; on se réveille avec une âme sacerdotale ; un moment vient pourtant où tout a mal tourné et, et.pour tout le reste, c est comme j\u2019ai dit.Simone Routier 66 Le Retour de Titus de M.Alfred DesRochers Certaines œuvres sont une synthèse, une somme de I expérience personnelle, tant livresque que vécue.Elles le sont pour l\u2019auteur, qui exprime avec perfection les vérités d\u2019ordre historique ou esthétique qu\u2019il veut invoquer et communiquer ; et elles le sont pour le lecteur, qui, en saisissant le message ainsi rendu dans une forme parfaite, y répond spontanément par l\u2019immense réveil de notions et de sensations endormies que provoque chez lui le message reçu.N\u2019en a-t-il pas toujours été de même de la poésie comme de chacun des arts, et plus encore que tout autre ?Le poète est celui qui a lu et vu une infinité de choses, qui, au cours de ses insatiables périples du monde logique et ontologique, a accumulé des trésors de faits et d\u2019idées sans cesse en végétation dans son cerveau créé pour un besoin de produire ou de reproduire.Le souvenir des espoirs et des désespoirs traversés, des joies et des douleurs senties, va germer dans la conscience poétique avec la mémoire de grands vers ou de grandes proses parcourus, de belles musiques violemment éprouvées, de tableaux de la nature ou de la peinture aperçus une fois et dont le sublime ou la morbidesse vibre à jamais entre les cils éblouis.Puis soudain cet abîme, que dis-je, cet humus de pensées prend tige ou corps, perce la surface du sol intérieur, trouve les pétales des mots et s épanouit en chef-d œuvre.Voilà toute l\u2019importance que j\u2019attache au poème inédit de M.Alfred DesRochers qui s\u2019intitule : Le Retour de Titus.Dans cette œuvre, les débuts de 1 ère chrétienne et I avènement du onzième César fournissent à Alfred DesRochers le thème de 1 un des plus magnifiques chants d\u2019amour qui se soient versifiés en français.L auteur imagine que Titus, le Titus de I histoire et celui qu ont célébré les poètes Racine et Métastase, le souverain que I orgueil d un peuple surnommait « 1 Honneur et les 67 Revue dominicaine Délices du Genre humain » et qui dort depuis deux millénaires sous les somptueux décombres de I Empire romain, s éveille et que son âme renaît à la vie terrestre, Immuable, inchangée après ces deux mille ans.Ou plutôt, M.DesRochers suppose que les illustres mânes du prince antique n ont jamais existé, que ce dernier, personnification en esprit et en os de Ihomme éternel, se réincarne à tous les âges, recharge, génération après génération, son double fardeau de fange et de spiritualité, toujours avide d\u2019un assouvissement que ne lui procurent ni la gloire, ni d éphémères plaisirs, ni une philosophie sonore et creuse dont il se leurre, et que, ayant compris que I attachement d un cœur fidèle est la seule certitude sur laquelle on puisse compter ici-bas, le monarque finit par confier à Bérénice, et en elle à la femme éternelle, que, même lorsqu il troquait arrogamment I amour de cette femme contre 1 ivresse de régner, c était pour lui, 1 itus, payer trop cher .la couronne dont Rome Orna le front qu avait effleuré son baiser.Le vainqueur de Jérusalem épris d\u2019une reine orientale veut donc épouser en Italie cette princesse pour partager avec elle I empire, mais la constitution de son pays le lui interdit.Entre le bonheur et le sceptre, Titus n hésite pas : il renvoie la jeune femme et reste seul sur le trône.Pourtant la mémoire du plus pur sentiment de son adolescence le poursuit et le tourmente.A travers les siècles, cet homme symbolique cherche par tous les moyens à échapper au remords : il commence par « barrer la route des Barbares » et « retarder la mort de Rome d un moment ».II court « flamber sur un tas de fagots en Asie », ceint tour à tour « la haire et le cilice au moyen âge », « s absorbe dans les livres » et sillonne en tous sens l Europe, « corseté d une croix » ; il fait de sa plume « la torche qui luit et le feu qui consume », appelle « Valeur et courtoisie » 68 Le Retour de Titus son amour idéalisé, jusqu à ce que des pas aventureux le ramènent lui-même dans Rome, où il croit qu en confiant son rêve au marbre .l\u2019art Arracherait, un jour, Vennui de son cœur d\u2019homme.II sculpte, puis devient un rebelle « dont le verbe lacère la chrétienté crédule », avant de se constituer ensuite l\u2019un de ces épiques découvreurs qui, partis de Palos ou de Moguer, ont tenté de cercler le Pôle et les Tropiques, « brûlés du souvenir éternel d une cbair ».Il est encore le téméraire aventurier « qui monte à I abordage un poignard à la bouche » ; il « s\u2019immisce dans 1 âme des poètes », proclame I homme « bon de nature » et, pour trouver 1 énigme « atroce » du problème, « s adresse à la cornue âcre du syllogisme ».Son vers « résonne sur les places publiques » ; son éloquence « articule, devant les grands, I appel indistinct de la foule », tant que sa tête n\u2019est pas tombée sur 1 échafaud, « sans abaisser, hélas î la somme des besoins ».Il marche côte à côte avec I illusion et pour elle « roule la Maison du Berger » ; il s enivre du vin de la science, puis «jette I univers au fond d un creuset».C est alors que l\u2019ami faux et I alcool l\u2019entraînent « au gouffre où le génie en trois saisons s épuise » ; mais la flèche de son rêve « transperce le sol », celle de son regard les nues.La consolation n apparaît nulle part.Aussi Titus se décide-t-il au retour, et la réunion des amants a lieu dans toute la splendeur et dans toute la mélancolie d\u2019un crépuscule de septembre, étonnamment en harmonie avec le terme d une absence et I annonce d un recommencement : Te voici, Bérénice, et c\u2019est l\u2019automne.Laisse Ma main frôler ta chevelure.Quand les dieux Unissent deux destins, c\u2019est pour qu\u2019un fruit en naisse.Nous avons éludé cet ordre impérieux, Et mon front a porté la couronne du maître.L\u2019enfant que nous devions à l\u2019amour n\u2019a pu naître.Mais vingt siècles de peine ont embrouillé mes yeux ! Revue dominicaine Qu\u2019est-ce que notre amour pourrait attendre encore ?Nous avons eu la paix solitaire des nuits Où l\u2019être aimé se fond en celui qu\u2019il adore ; L\u2019espérance pour nous n\u2019aurait que des ennuis Si, nous laissant reprendre à de fautifs mirages, Nous tentions, après nos innombrables naufrages, De trouver une rive aux plaisirs inouïs.Je te retrouve enfin qui fus ma raison d\u2019être Quand je cherchais ton ombre au long de mes chemins ! Celui qui vient à toi, ce soir, n\u2019est plus le maître Ayant en main le sort des trois quarts des humains, Mais un amant candide et simple, sans richesse ; Je ne t\u2019apporte rien d\u2019autre que ma tendresse Qui, deux mille ans, hâta l\u2019aube des lendemains.Car, sachant qu\u2019un midi se croiseraient nos routes, Puisqu\u2019au point de départ toute course revient, J\u2019ai toujours, à travers mes deuils et mes déroutes, Gardé le souvenir du geste qui fut tien Lorsque, dans le palais ancestral de Judée, Le voile qui couvrait ta chair impossédée De sa gaze obscurcit l\u2019éclat du ciel païen.Trop de chairs ont saigné vers le rêve et la gloire Pour que je croie encore à ces ambitions Qui faisaient sous mon poing s\u2019affaler la victoire Quand je pressais ses flancs nerveux de mes talons ! Je ne chercherai plus le triomphe farouche, J\u2019astreindrai désormais mon geste à ce qu\u2019il touche Car j\u2019ai su le néant des dominations.C\u2019est pourquoi je te viens, ce soir, avec des roses, Et pourquoi je ne veux de toi rien en retour ; Jonches-en le divan moelleux où tu reposes ! Ce n\u2019est pas le tribut d\u2019un exclusif amour, Mais l\u2019accomplissement tardif d\u2019une promesse.Tu n\u2019as pas à croiser les mains sur ma tendresse : C\u2019est un bien que j\u2019avais pour te le rendre un jour.1 On aperçoit vaguement combien d imprécision et de Iâcketés ckar-rie dans son état actuel le poème à moitié ékaucké.Mais quelle maîtrise n atteste pas déjà une telle ampleur de rytkme et une pareille fécondité de souffle ckez le poète qui ckoisit, pour s exprimer, une stropke de cette envergure I Entre les mains virtuoses de DesRockers, la matière poétique 1.Présentement, stances 2, 48, 53, 57, 61 et 76.70 Le Retour de Titus fait en quelque sorte comme pour Puget, devant qui une légende prétend que le marbre tremblait : il commande et elle obéit.Son suprême instinct lyrique, en même temps qu une immense culture, le détournent d\u2019emblée des rimes encbevêtrées de septains reconnus comme inférieurs, et lui dictent ce quatrain croisé abab que complète un demi-sixain ccb, deux formes radieusement adaptables 1 une à 1 autre, parce que leurs simplicités additionnées ont donné le septain classique de grande race, nommé avec une justesse si prophétique « stance royale » par la tradition métrique française.On soulignera mieux encore l\u2019excellence de I œuvre en indiquant sous quels éminents auspices le poète la place dès le frontispice du recueil, dans une dédicace ainsi conçue : A la mémoire des anciens maîtres de la stance royale Guillaume de Machot, William Spenser, William Shakespeare, et à celle des merveilleux poètes français Alfred de Vigny et Charles Derennes qui rénovèrent la stance royale et la remirent en honneur à notre époque, ces pâles reflets des enthousiasmes que leurs oeuvres sublimes soulèvent en moi.Dans notre correspondance, Alfred DesRocbers revient à tout bout de champ sur son livre de prédilection : « Il ne me faudrait qu un peu de paix d esprit pour le terminer.Peut-être verrez-vous I idée générale du poème d\u2019après ce fragment (une soixantaine de strophes).C est que toute vie qui n est pas compatible avec le bonheur est une vie manquée, quels que soient les honneurs quelle apporte.Titus était un homme éclairé et amoureux, mais il n\u2019a pu être 1 un ET 1 autre.» Ailleurs : « Avec ce que vous avez, ça doit faire quatre-vingts stances.Il ne m en faudrait donc qu\u2019une vingtaine pour le porter au score parfait de 700 vers r\u2014 1 idéal poème à stances royales.» Et surtout, dans une lettre du 71 Revue dominicaine 7 juillet 1942 : « La première partie comprend une douzaine de stances, dont six sur le Christ persécuté par Titus.La deuxième présente plusieurs autres poèmes (que ceux du manuscrit existant).Enfin la troisième est un anathème contre la guerre (difficilement publiable de nos jours), contre le will to power, et une apologie du renoncement à tout pour I amour.» Alfred DesRochers est évidemment de ceux qui cultivent encore cette horreur, le vers régulier, et qui croient qu un art sans écueils de métier, à la portée, par conséquent, du premier venu, est un art facile, donc indigne.Le TITUS s\u2019impose moins à 1 attention par ses vertus d ensemble et de strophe, que par la qualité individuelle de chaque ligne du poème.L épithète, opulente à la rime, a presque disparu, partout ailleurs, de 1 ouvrage.Le vers de DesRochers, parvenu à sa maturité, s y révèle simultanément d\u2019une telle concision et d une telle quintessence d inspiration, il y a tant de frappé dans les vers-sentence du poète et de concentré dans ses « vers-maximum » ou « vers-mot », que 1 on se demande s il faut y admirer davantage le sobre classicisme de la forme ou quelque indéfinissable romantisme de fond que 1 on n épuise pas.L auteur écrit par exemple le vers que voici : Les nuits du rossignol muet de ton absence.Thème cher aux rimeurs, qui ont évoqué sur tous les tons ces nuits où, à cause de I éloignement d\u2019un être aimé, le rossignol, c est-à-dire la voix des choses, semble muet ; mais concrétiser, mais convertir ainsi, grammaticalement parlant, un ablatif en génitif, mais ramasser cette banalité, ces longueurs en une image fulgurante de densité et de nouveauté, n était-ce pas accomplir, à 1 échelon poétique, un exploit bien remarquable ?J épelle et retrace ici, au hasard de mon par-cœur, une série de formules nées, semble-t-il, pour durer : Posons à notre tour quelque geste éternel.Car c\u2019est en soi que l\u2019homme a trouvé le devoir.J\u2019ai fouetté les sept mers de mon fébrile espoir.72 Le Retour de Titus Mais ton souvenir même était mon châtiment.J\u2019ai marqué tant de soirs d\u2019un « Diem perdidi ».Cet unique désir a torturé mes mains.J\u2019ai salué la mort du seul regret de toi.Et ma course reprit vers ton enchantement.J\u2019ai cherché le bonheur ailleurs qu\u2019entre tes bras.Quand la nuit emplissait d\u2019ombre les cathédrales.L\u2019espérance et l\u2019amour sublimisant ta chair.En moi j\u2019ai condensé la science des temps.Et l\u2019Enfer apparut à mon œil dilaté.Un étalon d\u2019airain cambré pour le départ.Et j\u2019écoutais ainsi peut-être mes regrets.Les maux dont souffrait l\u2019homme obscur, je les fis miens.Un ciel universel succède aux deux romains.Nous étions nés tous deux pour un amour d\u2019automne.La foule n\u2019a jamais inventé de vertus.Tu vis, et la douleur de toi née est absoute.Bienheureuses les chairs sans fin multipliées ! Je ne demande rien de .tes yeux que leur joie.Ta chair, que mon amour hausse jusqu\u2019au symbole.Et l\u2019abondance encor pire que la misère.Le silence endormi de la lune sur l\u2019eau.Quand le Sénat romain me défendait tes lèvres.Je ne veux rien savoir sauf que tes bras sont blancs.Nul ver ne rongera l\u2019amour que je te porte.Tu restes le désir de mon adolescence.On devine le rang qu\u2019occupera dans la littérature canadienne-française ce poème une fois achevé.Mais le moment n est-il pas venu, aujourd hui, d étendre un peu nos perspectives comme juges, et de reporter, pour toutes fins de comparaison, une pareille œuvre sur le plan mondial de la littérature francophone ?DesRochers, ci-devant poète clu terroir par 1 Hymne au Vent du Nord et Nia Patrie >\u2014 mieux encore que dans ces sonnets paysans d A l ombre de l\u2019Orf ord que je continue de répudier avec entêtement »\u2014 DesRochers, dis-je, s oriente maintenant vers la carrière de poète international.S universaliser, c était, selon moi, élargir le mot d ordre régionaliste et faire sauter les cadres trop étroits d un nationalisme particularisé \\ Nos patriotisants m objecteront que des 1.Cf.L\u2019Hymne au Vent du Nord de M.Alfred DesRochers, livraison de décembre 1940 de la Revue dominicaine.Dans mon attitude d\u2019il y a cinq ans, je n\u2019ai pas bronché d\u2019une ligne à cet égard.73 Revue dominicaine extraits de cette œuvre ne sauraient décorer une anthologie représentative de la poésie canadienne-française ; mais je réponds que je la destine à I anthologie de 1 humanité.Alfred DesRochers termine par une émouvante figure de langage la dédicace du TITUS : Tel le vieillard de Louis Bouilhet y apporte, n ayant rien d\u2019autre, d\u2019étiques colombes au temple désert.Le temple désert, c\u2019est le sanctuaire de la poésie communément désertée de nos jours et vouée à un sort inconnu en ces prodromes de I âge atomique.A celui qui a la riche audace de vouloir revenir aux dieux abandonnés, souhaitons I ambition soutenue, les loisirs et le courage.Mais quelle reliure, d\u2019un luxe assez inouï, sera digne d enclore le texte définitif du précieux manuscrit ?Quelles mosaïques de suèdes ou de maroquins inestimables recevront ce poème qui m apparaît d avance comme une des plus belles fleurs de la latinité ?Je 1 imagine déployant aux pages d une édition de choix un gothique rare que pourraient agrémenter çà et là d admirables lettrines, et orné de bois suggestifs du regretté Gibran peut-être, dont 1 un montrerait, sur fond de marbres en ruine ou de cyprès fatidiques, I empereur qui serre d un bras la lyre et de 1 autre une femme éplorée, avec pour inscription, au bas du tableau, ce fragment d\u2019un alexandrin que j ose qualifier d immortel : Les roses de Pæstum sont en cendre.Jeannine Bélanger 74 Relations industrielles De la méfiance à la collaboration L\u2019une des caractéristiques dominantes de la vie économique et sociale de tous les Etats modernes est le développement du syndicalisme ouvrier.Jadis combattus et tolérés dans la suite, les syndicats 1 participent aujourd hui à la solution des problèmes de reconstruction qui se posent à I attention immédiate de tous les gouvernements.Ils dépassent les cadres de leur activité propre (organisation des travailleurs en vue d améliorer les conditions de travail) pour exprimer leur point de vue sur des questions strictement politiques, voire même de paix internationale et de sécurité collective.C\u2019est que le syndicalisme a atteint sa majorité.II incarne les aspirations profondes de la classe ouvrière dont il faut tenir compte à tout moment.Le Canada connaît lui aussi cette évolution du syndicalisme.Un parti politique qui tenterait de l\u2019ignorer ferait une expérience coûteuse.II suffit de jeter un coup d œil sur les statistiques du mouvement syndical pour juger I ampleur de son développement chez nous.De 358 967 qu ils étaient en 1939, les effectifs des syndicats atteignaient à la fin de 1944 le nombre de 724 188, c est-à-dire plus que le double.Mais c est en analysant les tendances de la législation ouvrière que I expansion du syndicalisme prend une signification réelle.Depuis 1944 les négociations collectives et I arbitrage sont devenus obligatoires pour les associations ouvrières et patronales.Non seulement la législation affirme le principe de la liberté syndicale, mais elle lui accorde une reconnaissance pratique en obligeant les employeurs à négocier de bonne foi des conventions collectives avec les syndicats qui groupent la majorité des travailleurs dans leurs entreprises.Bref, c\u2019est le principe 1.ou les unions ouvrières.75 Revue dominicaine démocratique appliqué aux relations industrielles.Nous sommes loin de 1871 où le fait d\u2019appartenir à un syndicat pouvait être interprété comme une restriction à la liberté du commerce punissable d emprisonnement.La position des syndicats n a pas été seulement améliorée vis-à-vis les employeurs.Le caractère tripartite des organismes gouvernementaux chargés d administrer la législation ouvrière et les lois de sécurité sociale a entraîné la participation des syndicats à I action gouvernementale, tandis que s accroissait également leur participation à la fonction consultative.Tels sont les faits.On peut se demander s il y a lieu de se réjouir des nouvelles tendances du syndicalisme au Canada.Les grèves récentes risquent de placer dans une fausse perspective l\u2019activité syndicale.Sans avoir à se prononcer sur la grève de Windsor finalement référée à un tribunal d arbitrage dont la sentence sera exécutoire par les parties, il reste que cette grève à inquiété 1 opinion publique influencée par des reportages de la grande presse, qu avec raison peut-être, on a regardé comme plus ou moins objectifs.Quoi qu il en soit, le profane, étranger aux fins et aux tactiques syndicales, peut se demander si les syndicats ne tentent pas d\u2019imiter la grenouille qui voulut se faire bœuf.II est regrettable que 1 opinion publique ne soit informée que des conflits industriels et qu elle ignore I aspect positif du syndicalisme, à savoir la collaboration franche et efficace qui résulte des conventions collectives dans des centaines et des centaines d entreprises.La nouvelle d\u2019une grève est beaucoup plus spectaculaire que la signature et 1 administration d une convention collective.II y a lieu de se demander si les Ministères du Travail ne devraient pas trouver une formule quelconque pour mieux faire connaître le bilan positif des relations patronales et ouvrières au pays.A tout événement, pareille initiative éclairerait le public et rendrait justice au syndicalisme.L\u2019bomme de la rue rumine inconsciemment toute une série de préjugés contre les syndicats et leurs dirigeants.Qui de nous n a pas en- 76 Relations industrielles tendu des affirmations aussi discutables que celle-ci par exemple : les syndicats sont des « rackets ».Ou encore celle-ci : les chefs ouvriers sont des agitateurs qui n ont pas de parole.La litanie pourrait se prolonger indéfiniment.Le syndicalisme n étant pas une institution de droit divin, il est fort possible que concrètement certains syndicats deviennent des monopoles discutables.Serait-ce une raison pour abolir le syndicalisme ?Aussi bien alors prohiber toute entreprise commerciale ou financière sous prétexte que certaines exploitent le consommateur.Que des chefs ouvriers soient des agitateurs sans parole, cela peut arriver car les syndicats sont dirigés par des hommes et non des anges.Le monde des affaires n\u2019a-t-il pas lui aussi ses agioteurs et ses escrocs ?N\u2019est -ce pas ridicule d aborder le syndicalisme avec un pareil état d esprit ?On n a pas de raison d être plus exigeant à l\u2019endroit des syndicats que des entreprises capitalistes privées.Que le syndicalisme ait à suppléer à des déficiences réelles, personne le sait mieux que le syndicalisme lui-même.En somme, il s agit de ne pas exiger plus qu\u2019il ne faut dans les circonstances.Jusqu\u2019à ces dernières années, les syndicats ont rencontré en plusieurs milieux une méfiance et une opposition quasi irréductibles.L orientation du syndicalisme s\u2019en est ressentie.Le recours aux moyens violents s est imposé souvent aux syndicats qui devinrent forcément des organes de lutte et de concurrence, alors qu\u2019ils doivent être envisagés comme des organes de négociation et de collaboration.Devant combattre pour maintenir son existence même, le syndicalisme n a pu consacrer, autant qu il 1 aurait voulu, une partie de son temps et de ses énergies à la formation de chefs ouvriers qui auraient pu apporter au patronat une collaboration loyale et permanente, plus considérable.Un fait récent illustre bien ce qui précède.A 1 occasion de la grève de Windsor, l\u2019idée d\u2019une grève générale à travers le pays fut lancée par certains groupements.Tous les corps centraux en rejetèrent la légitimité et 1 opportunité, recommandant plutôt aux syndicats de verser une journée de salaire à la caisse des grévistes.Percy Bengough, Président du 77 Revue dominicaine Congrès des Métiers et du Travail, justifia ainsi la décision du Congrès : une grève générale serait une tactique dangereuse autant que stupide ; les milliers d ouvriers qui sont régis par des conventions collectives n ont pas I intention de violer les engagements qu ils ont contractés envers leurs employeurs.Souhaitant un règlement juste du conflit de Windsor, M.Bengougk ajoutait : « Mais lorsqu ils auront obtenu satisfaction, nous ne pouvons admettre qu immédiatement après avoir conclu cette entente de travail, ils la brisent tout de suite parce qu il y aura un autre employeur hostile engagé dans un différend industriel dans une autre partie du Canada ».C est le bon sens même.Mais M.Bengougk aurait-il pu adopter la même attitude si, comme il y a vingt ans, les patrons combattaient ouvertement ou sournoisement les syndicats ouvriers par la formation de syndicats de compagnie, la pratique de la liste noire et de l\u2019espionnage industriel ! J\u2019en doute fort.La loyauté chez les employeurs appelle la loyauté chez les syndicats et vice versa.En somme, il y a lieu d\u2019être optimiste sur I avenir de 1 évolution des relations industrielles.Les campagnes d\u2019éducation populaire organisées par les syndicats eux-mêmes ou en collaboration avec les Universités sont un indice encourageant.Plusieurs universités, dont Laval, Queen s, Montréal, Dalhousie, ont mis sur pied des départements de relations industrielles dont le but est de former des techniciens qui seront d un précieux concours aux syndicats, aux employeurs, aux comités paritaires et aux commissions gouvernementales chargés d administrer la législation ouvrière.Des cours spéciaux abrégés à 1 intention des personnes déjà engagées dans les relations industrielles obtiennent un grand succès.Ainsi l an dernier, le Département des Relations Industrielles de Laval en collaboration avec le Service Extérieur d Education Sociale organisa une session intensive de quinze jours à laquelle participèrent plus de soixante-six personnes : chefs de syndicats, secrétaires et inspecteurs de comités paritaires, directeurs de personnel, contremaîtres, fonctionnaires fédéraux et provinciaux.Les résultats de cette initiative dépassèrent les espérances les plus optimistes.D autres initiatives semblables existent 78 Relations industrielles dans d autres villes canadiennes.Un pareil succès aurait-il été possible il y a seulement dix ans ?Il est permis d en douter.Cela démontre que d ici peu d années une nouvelle génération sera à I œuvre dans le domaine des relations industrielles.A 1 ignorance et à la méfiance réciproques d autrefois se substitue présentement aussi bien chez les employeurs que chez les syndicats un esprit de plus grande justice et de collaboration plus éclairée.Avant de s alarmer devant l\u2019éclosion d un conflit ouvrier, ne vaudrait-il pas mieux envisager la situation dans son ensemble et insister davantage sur les réalisations plutôt que sur les déficiences ?S inquiéter outre mesure équivaudrait à réclamer la fin de 1 aviation à cause des accidents d avions.Un signe encourageant est le soin qu apportent maintenant les employeurs à établir des relations normales et permanentes avec leurs ouvriers par 1 intermédiaire des syndicats.Alors qu bier 1 existence d un syndicat était considérée comme un élément de trouble à 1 intérieur d une usine, aujourd bui le syndicat est envisagé comme un facteur de collaboration et de stabilité industrielles.Un plus grand nombre d employeurs que dans le passé se rendent compte des avantages qu\u2019ils peuvent retirer des conventions collectives.Bien administrée, c est-à-dire avec loyauté et justice, la convention collective crée un lien de solidarité entre les travailleurs et la gérance de 1 entreprise.A 1 arbitraire et au favoritisme, la convention collective substitue des standards précis et généraux qui s appliquent à I ensemble des salariés d une même compagnie.C est pourquoi la convention collective de travail loin d\u2019être le terme des relations industrielles est le point de départ de la collaboration qui doit exister d une façon permanente entre le syndicat et le patron.Le développement des comités mixtes de production est un exemple typique de la contribution pratique que peuvent apporter les travailleurs à la solution des problèmes techniques de la production.Ces comités offrent à la direction des entreprises le moyen de connaître les idées des travailleurs qui sont en excellente position pour suggérer des améliorations à leurs procédés de travail.La suppression du gaspillage, 79 Revue dominicaine I amélioration de I efficacité, la conservation des matériaux et de l ou-tillage, I utilisation la plus complète possible des aptitudes de la main-d œuvre, la sécurité des travailleurs, la diminution de I absentéisme, voilà autant de problèmes qui sont du ressort des comités mixtes de production.Sans I appui des syndicats, leur rôle ne sauraient être réellement efficace.Un comité mixte de production où il n existe pas de syndicat et de convention collective risque fort de conduire éventuellement à la formation d un syndicat de boutique, résultat qui serait désastreux pour les ouvriers.1 oute compagnie désireuse d établir des relations stables et permanentes avec ses salariés atteindra ce but plus facilement si le syndicat est là pour canaliser et interpréter leurs besoins.Le syndicat conduit à la convention collective et au comité mixte de production, deux objectifs que doivent recbercber les employeurs conscients de leurs véritables intérêts.Parallèlement au développement du syndicalisme les employeurs ont formé des départements du personnel chargés spécialement d étudier les relations entre la gérance et le syndicat.Aussi bien que le syndicat, la gérance d une compagnie doit élaborer sa conception des relations industrielles.C est le rôle propre d un département du personnel qui, en plus, a la responsabilité d appliquer les clauses de la convention collective signée par la compagnie et le syndicat.C\u2019est encore lui qui doit informer les agents de maîtrise (surintendants, contremaîtres, etc.) des engagements pris par la compagnie à 1 égard du syndicat, porte-parole des salariés.Une erreur de jugement ou un acte de favoritisme de la part d un contremaître sont suffisants pour compromettre les relations industrielles d une compagnie.Si le syndicat a des responsabilités, un département du personnel en a également de très lourdes.C\u2019est pourquoi les employeurs doivent apporter aujourd bui autant de soins à leurs relations industrielles qu ils en apportent au choix des matières premières, à I outillage, à la recbercbe scientifique, à l\u2019expansion des marchés, etc.80 Relations industrielles Si les officiers d\u2019un département du personnel considèrent que leur rôle est de limiter au strict minimum l\u2019expansion du syndicalisme à I intérieur de l\u2019entreprise, ils peuvent être certains de provoquer une grève à brève échéance.De même s\u2019ils envisagent une convention collective comme une feuille d impôt sur le revenu, c\u2019est-à-dire s\u2019ils cherchent par tous les moyens à en violer I esprit et la lettre, les relations industrielles d\u2019une telle compagnie sont vouées à un échec inévitable.L\u2019attitude la plus paternaliste ne saurait racheter un acte de mauvaise foi ou une violation flagrante de la convention collective.D où les immenses responsabilités d\u2019un département du personnel aussi bien à 1 égard de la gérance de l entreprise que du syndicat et des ouvriers.D e ce qui précède il ressort que 1 évolution harmonieuse des relations industrielles est avant tout une question de bonne foi et de justice.La législation ouvrière la pi us parfaite fera faillite si le syndicat et l\u2019employeur, tout en respectant les grandes lignes de cette législation, sabotent petit à petit la confiance qui doit être à la base de leurs relations.11 y a lieu d\u2019espérer que les relations industrielles soient toujours envisagées par les employeurs et les syndicats ouvriers comme une collaboration et non une opposition systématique entre les agents de maîtrise et les ouvriers.Parmi bien d autres, c est là une des conditions essentielles au maintien de I entreprise privée.Jean-Pierre Després Secrétaire du Département des Relations Industrielles de Laval 81 L a vie unique Si la pluralité des existences et la réincarnation sont inadmissibles, notre vie est unique.Ce que chacun d entre nous a commencé dans le sein maternel, il le terminera définitivement avec le dernier soupir exhalé de sa bouche.Notre vie, comme les cours d eau, ignore les retours en arrière, les reprises, les arrêts ; une fois commencée, une inflexible loi la pousse vers le terme.Ni escale, ni repliement, ni rétrogression, mais un glissement continu : telle est notre aventure.Les animaux et les végétaux connaissent aussi une vie unique.Comme nous, ils n occupent qu une place dans 1 abîme du temps ; comme nous également, ils ne remontent jamais à leur origine.La bête naît, vit et meurt une seule fois ; un commencement, une durée et une fin.Les prairies et les arbres n ont de parure qu unique, et chaque parure n a qu\u2019une saison.Les fleurs, les fruits et les feuilles ne reçoivent de sève que pour une vie éphémère.Les jours de la progéniture sont mesurés par les générateurs, qui, à leur tour, sont contraints dans leur « élan vital ».Fous les vivants d aujourd hui ne possèdent qu une parcelle d existence, et ce trésor unique, on le leur demande, on le leur arrache, pour ceux de demain.Nous sommes présentement ce que nous n avons jamais été et ce que nous ne serons plus jamais.De ce point de vue, notre situation n est guère différente de celle de I univers.Sans doute, nous survivrons, mais la survie n\u2019est point la vie telle que nous I expérimentons aujourd hui.Des êtres différents dans un monde tout autre ; de nouvelles manières de connaître et d aimer ; plus de temps continu mais une durée simultanée ; une vie comme celle des anges.Cet au-delà, qu il soit plus beau ou qu\u2019il le soit moins que notre ici-bas, selon qu il sera pour nous ciel ou enfer, nous offrira une autre existence.Mais la nôtre, celle de maintenant, l\u2019éternité elle-même ne nous la rendra point.Nous la perdons sans espoir de la retrouver ; espérons mieux mais ne 1 espérons plus.82 La vie unique Pour mieux jouir de la vie, il nous faudrait prendre une conscience plus vive de son unicité.Si nous apprécions peu la condition humaine, c\u2019est que nous méconnaissons trop souvent ce point de vue.Nous oublions que nous sommes, pour aujourd\u2019hui seulement, des habitants de la terre, des êtres mêlés aux problèmes du monde.Vivre, c est tenir un avantage sur nos prédécesseurs que nos successeurs tiendront sur nous-mêmes ; c\u2019est jouir d\u2019une situation jamais goûtée avant maintenant et qui deviendra impossible durant tous les siècles futurs.Pour le seul présent et le seul ici-bas, un corps nous impose ses servitudes, un univers nous propose ses mystères, des biens sensibles nous plaisent et nous séduisent.Ici et maintenant seulement, nos cœurs choisissent leurs sources de bonheur ; pour un temps limité, nous sommes des créatures à la fois charnelles et spirituelles ; pour une rapide durée, nous sommes dans l\u2019espace et le temps.Quel privilège d être des vivants sur une terre qui nous cache tant de morts I Entre les nombreuses générations d hommes disparus et la multitude, peut-être plus grande, des vivants futurs, nous nous situons comme les seuls détenteurs de la vie.Franchement, si notre existence n était pas unique, elle aurait beaucoup moins d\u2019intérêt.Ces jours de I\u2019 ordination sacerdotale, de la profession religieuse ou du mariage, n empruntent-ils pas une large part de leur bonheur à leur caractère unique, irrévocable et d\u2019une portée immense ?Tout instant, reconnu solitaire et important, cause en nous une semblable émotion, si nous en prenons conscience.Notre vie aussi tire moins son intérêt des plaisirs qu elle nous offre que du sentiment de la vivre.Se rassasier des jouissances est assez facile, mais comment se contenter du bonheur de vivre une aventure unique I Celui qui éprouverait jusqu à la sensation physique le fait de vivre trouverait des joies inaccessibles à toute tristesse.Un charme nouveau s\u2019ajouterait même à ses actes qu il sait et sent devoir échapper un jour à son pouvoir.Ce sentiment de la vie, qui en constitue le principal intérêt, a pour compagnon inséparable et comme ombre de sa clarté, le sentiment de la mort.Deux perceptions qui se mêlent et s\u2019équilibrent, à la vue de Revue dominicaine deux ennemis qui s\u2019unissent et s\u2019entre-tuent dans notre être.La tristesse de mourir n appartient qu à ceux qui goûtent le plaisir de vivre, et la mort est le partage des seuls vivants.En ceux-ci, c est la double vie physique et psychologique qui meurt constamment.Un peu de réflexion suffit pour nous en rendre compte, pour en prendre même une conscience aiguë.Hélas I notre vie est unique, et notre corps, le premier, se refuse à la vivre.Dans son entité physique, la vie est une combustion de 1 organisme.Celui-ci se compose de pièces aux énergies mesurées, d une qualité souvent douteuse, et dont la meilleure n assure jamais un très long voyage.Les cellules du cerveau, les allées et venues du sang, les sécrétions des glandes, les pulsations du cœur, les fonctions digestives, tout, absolument tout s\u2019use, se détériore, se consume.A ce sûr travail de démolition, le sommeil, la nourriture et le repos ne remédient que pour une part.Les corps, comme les édifices, se réparent un temps ; un jour, les uns et les autres s écroulent.Dans ce conflit que se livrent la vie et la mort, celle-ci I emporte infailliblement sur celle-là ; c est la guerre d\u2019où les vivants sortent vaincus.Un célèbre médecin, Claude Bernard, disait de notre vie physiologique : « Vivre c est mourir ».C est sentir notre corps qui s arrête et s éteint, comme une lampe à bout d huile, quand notre âme, sûre de son immortalité, voudrait marcher encore et vivre toujours.Dans son aspect spirituel et conscient, notre vie est aussi une mort.En effet, nos divers états d\u2019âme, notre mentalité aux différents âges, nos pensées et nos sentiments, tout nous quitte dans une fuite éperdue.Semblables aux vagues, nos intérieurs se bousculent et se succèdent pour se perdre dans notre subconscient.Sans doute, la mémoire s efforce d enchaîner le passé au présent, mais ce passé n a plus valeur de présent, et les souvenirs qu elle ressuscite ressemblent étrangement à des fantômes.Qui a jamais réussi une reconstruction parfaite des joies naïves de son enfance, de ses passions brûlantes, de ses premières amours, une fois I âge d homme atteint ou la lave refroidie ?L atmosphère de notre âme 84 La vie unique se confine à I instant présent, et sa résurrection parfaite reste impossible.Je sais que Marcel Proust est allé « à la recherche du temps perdu » ; que d autres avant lui, comme Sainte-Beuve, de Nerval, Baudelaire, Rimbaud, Huxley, Mme Woolf, rêvèrent d une vie qui passe librement d\u2019un lieu à un autre, d un moment à un autre.Ces théoriciens de I existence enchaînée, ces « plongeurs dans le temps perdu » veulent, pour nos états conscients, un perpétuel maintenant, une éternelle actualité.C est toute la théorie symboliste qui ambitionne des explosions du passé en nous, par le moyen d\u2019une correspondance sensible.Un parfum, un son, une couleur seraient comme l\u2019étincelle par laquelle des instants passés revivent en nous, avec une valeur de présent.Telle est la tentative de quelques rares humains qui ne peuvent se consoler de mourir sans cesse.Cependant, il faut regretter pour eux et pour nous, le démenti qu apporte la condition humaine à leur projet.Le passé ne peut se cristalliser dans le présent, ni notre vie consciente tenir dans un perpétuel maintenant.En effet, cette conscience actuelle de tous nos états d âme successifs ne s accomplirait que par le rêve.Or, le rêve est une rupture avec la réalité, avec cet « ici et maintenant » ou ce « hic et nunc », qu il est impossible de méconnaître sans infidélité aux devoirs de 1 heure.On ne peut éterniser I instant sans rompre avec l\u2019espace, et entendons par là les conditions concrètes de l\u2019existence.Au fond, c est 1 illusion de I éternité que ces poètes ont voulu se donner, en oubliant qu ils y sacrifiaient leur état présent.Gérard de Nerval I avoue dans son introduction au Second Faust : « II serait consolant de penser, en effet, que rien ne meurt de ce qui a frappé I intelligence, et que I éternité conserve dans son sein une sorte d histoire universelle, visible pour les yeux de I âme, synchronisme divin, qui nous ferait participer un jour à la science de Celui qui voit d\u2019un seul coup d\u2019œil tout l\u2019univers et tout le passé ».Ce privilège divin, on 1 ambitionne pour la vie présente : « L homme, écrit Albert Béguin, pourvu qu\u2019il sache le vouloir, peut nourrir I espoir de connaître, dès cette terre, la plénitude de la joie divine ».85 Revue dominicaine Nous devons y renoncer pour ne pas sacrifier notre condition humaine.Mais alors ?II ne nous reste plus qu à mourir, dans notre âme aussi Lien que dans notre corps.Pas plus qu on ne stabilise celui-ci à un moment précis de son évolution, on ne peut fixer le continuel écoulement de ses états intérieurs.Contre le vœu de Lamartine, on ne jette jamais l\u2019ancre un seul jour et l\u2019on ne s arrête pas à la page aimée.II faut marcher, dit Bossuet, et les plus avares livrent aussi leur vie à la mort.Plus un corps a de forces, un esprit de pensées, un cœur de flammes, davantage le temps les pille, les dépouille, les détruit.Alors que les bandits et les malfaiteurs se réduisent à l'impuissance, le temps multiplie impunément ses attentats contre notre vie corporelle et consciente.Quel vivant n\u2019en pourrait souffrir ?« C est une chose terrible, écrivait Pascal, de sentir qu\u2019en soi tout s\u2019écoule, à chaque instant ».Nous reprochons quelquefois au temps de fuir, alors que nous fuyons avec lui, à une vitesse égale.« L\u2019homme, disait Brunetière, est un animal qui connaît la mort.La mort, elle n est pas seulement au bout de notre destin.Elle est installée dans notre vie, qu elle déchiquette lambeaux par lambeaux.Elle nous la prend, elle nous 1 arrache seconde par seconde.Nous ne pouvons pas penser à elle sans que déjà cette pensée ne lui appartienne.Notre passé est sa proie et notre présent nous est à peine perceptible.Si nous avons 1 oreille fine, nous pouvons entendre la chute de nos instants dans le néant, comme un vase qui se vide goutte à goutte ».Passer si vite et mourir chaque jour, voilà 1 angoisse coutumière de quiconque réfléchit et aime sa vie.Certains êtres éprouvent la sensation presque physique de leur glissement, de leur enlisement, de leur mort toujours actuelle.Le sentiment d une vie unique et fuyante provoque des réactions différentes chez les humains, selon qu\u2019ils la prennent pour 1 épave qui ne se rattache à rien ou pour le roc sur lequel s édifie I éternité.Chez tous, cependant, s allume un ardent désir d en profiter, mais pour des fins et par des moyens qui s opposent.Tous se révèlent des sages dans leur frénésie d\u2019exploiter l\u2019existence, de la piller, d en extraire le maxi- 86 La vie unique mum de Liens et de LonLeur.Rien n est plus vrai que cette formule : « II faut vivre sa vie », si on l\u2019entend d une volonté de tirer parti de toute l\u2019aventure terrestre.Le vigneron pauvre pressure le raisin jusqu à la dernière goutte de son jus, et les dépositaires d une vie brève et unique manqueraient d ardeur et de voracité à la vivre, à en exiger du cent pour cent en tout ! Unicité et rapidité de la vie, c est plus qu il n\u2019en faut pour exciter I appétit des vivants.Les hommes ne se trompent donc pas dans leur ardeur et leur passion de vivre.Ils font erreur dans le cboix des Liens qu ils réclament de leur vie.Ce n\u2019est pas l\u2019appétit que je LIâme mais les mets.Que tous en croient les poètes, quand ils leur disent : « N abandonnez pas le monde, car il regorge de joies pures et vraiment divines qui seront perdues si vous ne les moissonnez pas ».Duhamel nous enseignant « la possession du monde » et Maurois « I art de vivre » méritent d être écoutés.Il faut pourtant leur refuser notre adhésion, quand ils font de cet art et de cette possession la fin de la vie présente, et non plus le moyen de la survie.De même, nous devons rejeter, comme égarée, I ardeur de vivre des philosophes, romanciers et autres, qui les pousse à diviniser la matière, le plaisir, la vie elle-même.Si grande que soil notre soif, nous ne pouvons I étancher à toutes les sources, comme.le voudrait Oide, ni satisfaire notre appétit de toutes les nourritures.La passion cle la vie, comme toutes les autres passions, est indifférente ; elle est une force qui tire sa bonté ou sa nocivité de son orientation par des forces supérieures.C est notre foi, encore plus que notre raison et notre volonté, qui doit diriger notre ardeur de vivre.Chez les véritables croyants, le goût de la vie n est pas moins fort que chez les athées et les voluptueux.Mais leur passion est orientée par la croyance en la survie.Pour eux, cette vie est 1 escalier de 1 autre, le temps une monnaie d éternité, aujourd hui une préparation de demain.Aussi voyons-nous ces convaincus, plus ardents à vivre leurs années, que tous les partisans et apôtres d\u2019un destin qui s\u2019achèverait au tombeau.Puisque leur petite existence a pour enjeu Dieu et son royaume, les 87 i Revue dominicaine passionnés de I éternel se ment sur les jours éphémères, décidés à leur arracher tout le hien, tous les mérites, tous les profits.Ni les risques, ni les épreuves, ni les sacrifices ne paralysent leur élan, leur fièvre, leur rage, leur fureur de conquête.Leur Maître dit : « Faites-vous des trésors au ciel qui ne se dissipent pas », et on les voit marcher, courir, voler aux bonnes œuvres, aux souffrances et à l\u2019amour.Ils amassent, entassent, accumulent les richesses impérissables.Sur chaque instant qui passe, ils se préoccupent de greffer I acte de vertu et de charité qui ne passe pas.Ils veulent divine I atmosphère du moment, le corps au service de I âme et celle-ci toute tendue vers Dieu.Puisque leur vie est unique et brève, ils trouvent logique de compenser la brièveté par l\u2019intensité, l\u2019unicité par un prolongement sans fin ; ils vivent bien ce qu\u2019ils ne vivent qu une fois et s appliquent à perpétuer le transitoire.Les adeptes d un destin qui se briserait au bord de l\u2019éternité comme les partisans de I immortalité ressentent le tragique d\u2019une vie unique.Avec des jours mesurés, tous ambitionnent une existence remplie : les uns tentent I expérience de toutes les jouissances, les autres la conquête d un bonheur sans fin.Pour tous cependant, le crépuscule vient vite.Alors la crainte de manquer I aventure terrestre remplit l\u2019âme.Si le croyant peut appeler son Rédempteur pour combler les vides de sa vie, 1 incroyant se révolte à la pensée qu il cessera bientôt d être vivant, pour devenir « la chose d ombre et de silence ».Devant notre vie unique que le temps dévore, que notre tristesse ne ressemble point à celle de ceux qui n\u2019ont pas d\u2019espérance ! Henri-Marie Bradet, O.P.88 Propos sur 1 antiquité chrétienne La Revue a présenté naguère le premier volume d une série projetée d études sur l\u2019antiquité chrétienne \\ On veut parler des Studies in Christian Antiquity edited by Johannes Quasten.Professeur à la Catholic University of America, le Dr Quasten, avec les tomes de Traditio et les volumes de la présente collection, introduit définitivement les clercs américains dans le monde scientifique de 1 histoire chrétienne et de la patrologie, en même temps qu il accrédite avec plus d autorité son renom personnel d\u2019archéologue et de Iiturgiste.Quoique les cadres de la Revue ne permettent guère qu une incursion de vulgarisateur, on voudrait cette fois noter quelques impressions sur quatre nouvelles monographies de la même collection.Comme leur aîné 1 2, Tes présents volumes 3 se recommandent par leur prohité scientifique, l information et la sécurité de la méthode, autant que par leur présentation et I appareil technique des indices et de la bibliographie.* * * L histoire a traité Théodore de Mopsueste avec une cruauté moins vengeresse que l\u2019acharnement contre son disciple posthume, Nestorius.Défenseur efficace de 1 orthodoxie en théologie trinitaire, I Interprète fut couvert par un silence de vénération au concile d Ephèse, assemblé au lendemain même de sa mort.Un des plus zélés champions de sa mémoire et de sa pensée, Facundus d Hermane, pouvait écrire que I évêque avait 1.\tVoir la Revue dominicaine, vol.XLVIII, t.I (juin 1942), pp.377-379.2.\tThe Catholic University of America Studies in Christian Antiquity edited by Johannes Quasten.I.\u2014 C.Rush, C.SS.R., Death and Burial in Christian Antiquity.Pages XX\\III-282.8 plates.1941.Prices : $2.50.3.\tFrancis J.Reine, The Eucharistic Doctrine and Liturgy of the Mystagogical Catecheses of Theodore of Mopsuestia.Pages XIX - 204.4 plates.1942.Price : $2.00.Emil Schneweis, O.F.M.Cap., Angels and Demons according to Lactantius.Pages XIX - 168.1944.Price : $2.00.Ermin F.Micka, O.F.M., The Problem of Divine Anger in Arnobius and Lactantius.Pages XXII - 187.1943.Price : $2.00.Joseph C.Plumpe, Mater Ecclesia.An Inquiry into the Concept of the Church as Mother in Early Christianity.Pages XXI - 153.4 plates.1943.Price : $2.00.89 Revue dominicaine quitté la terre, « heureux par I éclat de sa vie et autant par I opportunité de sa mort ».Opportunément, pendant plus d un siècle, jusqu au désistement du pape Vigile dans 1 affaire des Trois Chapitres, sa personne, sinon ses œuvres, avait été préservée de 1 anathème.Le Livre d\u2019Héraclide, redécouvert au début du siècle, délivre une apologie, un réquisitoire sectaire de I orthodoxie de Nestorius.Cette clameur d outre-tombe n a pu pourtant, malgré les efforts complices de la Dogmengeschichte, gagner une amnistie de I hérésiarque diffamé.La tranquille assurance de certains orientalistes, trop généreux peut-être à admettre F authenticité de ce plaidoyer, s est heurtée aussi aux doutes raisonnables de quelques historiens.Beaucoup plus heureux, Théodore de Mopsueste a fait sa rentrée paisible dans 1 histoire des doctrines.Dans les années 1932-1933, M.A.Mingana a, en effet, publié des commentaires de Théodore sur le Symbole, la Prière du Seigneur et sur la liturgie du Baptême et de 1 Eucharistie.Les catalogues anciens recensaient bien ces œuvres de l'évêque compromis, mais la condamnation de 345 semblait 1 avoir à jamais exilé de I histoire littéraire.On avait compté sans une traduction syriaque, dont I authenticité cette fois est au-dessus de tout soupçon, celle même qu a exhumée et publiée M.Mi ngana.Ces commentaires, mieux des homélies, dans le genre de la catéchèse ancienne, réhabiliteraient I béodore dans la compagnie de Cyrille de Jérusalem, de Jean Chrysostome, d Ambroise et d Augustin.Ici, I exégète et le théol ogien le cèdent à 1 évêque pasteur.Les homélies sur le Credo ont pu tuer la légende de ce symbole pervers trop longtemps attribué à Théodore.On souscrirait volontiers ce verdict d orthodoxie, signé par un théologien qui ne se sent aucun goût pour I aventure ou la compromission :\t« En vérité, moyennant quelques légères corrections, les catéchèses de 1 Interprète auraient pu être prononcées devant un aéropage de docteurs et d\u2019évêques occidentaux sans produire chez les auditeurs autre chose qu\u2019une grande admiration pour la piété et la science de leur auteur ».Pareillement, les homélies eucharistiques de Théodore de Mopsueste, de 90 Propos sur l\u2019antiquité chrétienne la plus pure tradition antiochienne, le dissocient absolument du courant liturgique nestorien, je veux dire cette liturgie que les Nestoriens ont développée sous le nom de Théodore.C\u2019est aux deux catéchèses de la liturgie eucharistique que Father Reine a limité ses doctes recherches.On ne nierait peut-être pas, mais on écrirait certes avec moins d\u2019assurance que ce sont des catéchèses mystagogiques.A plusieurs indices, les instructions sur le Baptême ont été prononcées avant l\u2019initiation, ce qui, aussi bien, interdit le sens historique du terme mystagogique.II n y a pas de suggestions, ou positives ou négatives, qu\u2019il n\u2019en ait été de même pour les homélies eucharistiques.II se peut qu\u2019une comparaison très séduisante avec les Mystagogies de Cyrille de Jérusalem ait distrait I auteur de certaines évidences internes.Father Reine a divisé sa thèse en deux parties, le titre même pourvoyant le programme : doctrine et liturgie eucharistique de Théodore de Mopsueste.Trois chapitres charpentent la doctrine eucharistique : La présence réelle du Christ dans l\u2019Eucharistie ; TEucharistie-sacrement, où il est traité de la communion et de ses effets ; I Eucharistie-sacrifice.A I occasion, le critique discute certaines traductions de Mingana, leur préférant plus souvent la version latine de Rucher.A bon droit, faut-il estimer.Non pas que la traduction de Mingana, dans un anglais très élégant, soit délibérément tendancieuse ; mais il est permis de préférer une version plus rigidement littérale, en particulier plus techniquement fidèle à des équivalents fixes.La deuxième partie de la dissertation est descriptive et beaucoup plus analytique.Sur quatre colonnes, Eather Reine a dressé une synopse des liturgies de Cyrille, de Théodore, des Constitutions apostoliques et de saint Jean Chrysostome.Ces rapprochements très suggestifs sont commentés judicieusement en plusieurs paragraphes, distribués d ailleurs selon les parties historiques de la messe ancienne.On notera I explication très adroite du fait que dans le manuscrit, et peut-être dans la liturgie même de Théodore, on ne lise pas la dernière partie de la messe depuis la prière du Seigneur.J estime que Father Reine a traité le pro- 91 Revue dominicaine blême de la communion des enfants par une inférence bien abstraite.II pouvait pourtant lire un témoignage direct de cette discipline dans les Constitutions apostoliques, la liturgie la plus prochaine précisément des descriptions catécbétiques de Théodore (p.161 ).Du reste, il ne faut pas trop spéculer sur le principe, sans doute généralement admis, du baptême des enfants dans l\u2019Eglise des lVe et Ve siècles.Car, la pratique dément souvent I universalité du principe, ainsi qu\u2019en ont témoigné pour eux-mêmes les plus grands noms de la patrologie de cette époque.Les familles chrétiennes soumettaient assurément leurs enfants aux rites du catéchuménat, mais, en bien des cas, différaient le baptême jusqu après la vingtaine.Les catéchèses prébaptismales de Théodore ne sont d\u2019ailleurs adressées qu à des adultes.On n a pas toujours suffisamment noté, bien que saint Augustin s en soit expliqué avec douleur dans ses Confessions, que la discipline antique de la Pénitence dans I Eglise a largement conditionné I administration du Baptême et, conséquemment, de I Eucharistie.Les spécialistes de la théologie sacramentaire et les liturgistes trouveront dans cette étude un ample butin d information critique et d histoire doctrinale.Ceux d entre eux qui exigent une grande rigueur de méthode penseront peut-être que la thèse de Father Reine eût gagné en unité et en clarté par un autre arrangement, une distribution inverse des cadres.Délibérément, je transposerais en première place la seconde partie, qui livre le texte même de Théodore de Mopsueste.On éprouve un certain malaise à voir la pensée très simple de I évêque prédicateur coulée dans les catégories classiques des manuels de la théologie eucharistique, catégories d ailleurs trop facilement géométriques pour I\u2019ampli-tude de I objet.Comme si la sacramentalité de I Eucharistie ne recouvrait pas, autant que la communion, et la présence réelle et le sacrifice.On n a même pas évité I anachronisme de la matière et de la forme.Le résultat, c est que I auteur a produit une synthèse spéculative, je ne dis pas inadéquate, de la théologie eucharistique selon Théodore de Mopsueste.Ce reste cependant une présentation doctrinale plus ou moins 92 Propos sur l\u2019antiquité chrétienne abstraite de la liturgie qui la commande, réduite celle-ci à ses seules dimensions descriptives.Selon I arrangement que je suggère, on aurait pu déduire la doctrine des catéchèses chez Théodore de Mopsueste, quitte à user encore de la méthode comparative.C eût été transcrire une page historique de la théologie, fidèle par surcroît au genre littéraire de la catéchèse.* * * La même remarque pourrait être adressée au Père Schneweis pour son étude de I\u2019angélologie et de la démonologie de Lactance.Voici, en effet, un dyptique d une symétrie parfaite.L existence (reality) des anges ; l\u2019existence des démons.Les anges selon la nature et la grâce ; nature et puissance des démons.Les anges dans le plan de la Providence divine ; l\u2019activité des démons dans le monde.Malg ré la complaisance apparente de I auteur pour son schème, on voudrait voir, organisées dans une introduction cohérente, toutes les remarques qu\u2019il a disséminées sur le contexte historique et culturel de la pensée de Lactance.Quelque chose comme une problématique de Lactance, issue de ses textes mêmes et suggérant ses propres cadres.Un épilogue sur la fortune des idées de Lactance dans la tradition littéraire et théologique eût été un bel achèvement, car le livre s arrête bien abruptement.Ce ne sont toutefois que des remarques très extrinsèques.Travailleur consciencieux et bien informé, le Père Schneweis vient d ouvrir un chantier dans un domaine très peu exploré de la théologie positive.II est tout désigné pour continuer I entreprise et édifier une angélologie d après la patristique latine.* * * « Le problème de la colère divine chez Arnobe et Lactance ».Voici une belle et adroite monographie dont l\u2019histoire elle-même pourvoit le sujet.N attendez pas toutefois la transcendance de deux génies.Mé- 93 Revue dominicaine diocres, an sens latin, un peu aussi au sens français, les deux prosélytes, Arnobe et Lactance, n\u2019ont pas d\u2019autres prétentions.Ils ont vécu cependant à une époque intéressante de I histoire chrétienne.Par leur médiocrité même ils représentent peut-être plus typiquement un moment privilégié de I histoire de la culture.C\u2019est par là qu\u2019ils sont intéressants.Une ample introduction couvre I histoire de ce problème de théodicée, depuis I Ancien Testament jusqu\u2019au seuil du IVe siècle.Les métaphores bibliques sur la colère et la vindicte de Dieu sont-elles réductibles à la froide majesté, à I impassibilité du Dieu des philosophes /\u2014 Deus philosophorum, comme exprimait déjà TertuIIien faut-il m excuser de ne pas écrire Méthode de Phil ippes comme fait le Dr Plumpe ?>\u2014> Un dernier chapitre essaie d expliquer l\u2019usage tardif du vocable Mater Ecclesia dans I Eglise romaine.La terre d élection de cette allégorie reste I Eglise d Afrique.On aurait pu penser que cette géographie n\u2019était point sans implication théologique en ce qui concerne la primauté de Rome.Je ne crois pas toutefois qu on puisse dépasser les prudentes conclusions de I auteur.96 Propos sur l\u2019antiquité chrétienne On ne pent qu admirer la virtuosité du maître qu\u2019aucune complexité de l\u2019histoire littéraire ne semble émouvoir.II n esquive rien, dans une méthode audacieuse et sûre d\u2019elle-même au service d\u2019une information extrêmement riche.Après les remarques adressées naguère au Père Rush, je ne puis cette fois qu applaudir à I optimisme diligent de l\u2019enquête dans la littérature gnostique.Bien que sa bibliographie semble épuiser toutes les études relatives au concept de Mater Ecclesia, je signalerai pourtant à Father Plumpe le beau livre du Père De Lubac ¦\u2014¦ Catholicisme.Les aspects sociaux du dogme >\u2014 qu il ne semble pas connaître : une section est précisément intitulée : Mater Ecclesia.Mater Ecclesia suffirait à consacrer la réputation des Studies in Christian Antiquity.* * * Au terme de ce bulletin, exprimons I espoir, plus fragile que naïf, que nos universités catholiques du Canada, dans une louable émulation, créent à leur tour une chaire d\u2019ancienne littérature chrétienne et ouvrent ce vaste champ aux candidats du doctorat en lettres ou en théologie.Th.-André Audet, O.P. r on peut toujours progresser la connaissance de Dieu d ans La charité mise à son rang qui est le tout premier, 1 Iiomme ne vaut que par la pensée.Encore est-ce la pensée qui lui permet cle découvrir, parfois sur le tard, la vraie grandeur de la charité, de lui assigner son rang véritable, et de le faire pratiquement.Ce sera un nouvel agrandissement pour son intelligence.L\u2019ayant découvert, le désir de compléter ses capacités naturelles n\u2019en demeure pas moins et le devoir de les mettre en œuvre.11 désire son achèvement.Toute la réalisation de lui-même.La plénitude.Or la pensée s\u2019achève à connaître son plus noble objet, la première cause, la cause des causes, à connaître Dieu.Le moindre progrès effectué en l\u2019infini de Dieu l\u2019emporte sur un grand nombre de connaissances secondaires.Ce progrès dans la connaissance cle Dieu est-il possible ?Oui, et nous dirons il est possible indéfiniment.Les preuves de Dieu nous font affirmer son existence.Elles sont incapables de nous dévoiler le secret de la déité.La nature propre de Dieu en lui-même leur échappe.C est du mode propre de cette nature, comme nous aurons à le préciser, que nous ne pouvons avoir qu une connaissance lointaine.Par ces preuves on ne prétend donc pas donner la raison de Dieu, mais la raison de cette affirmation : Dieu existe.l out effet nous permet de remonter à 1 existence de sa cause propre.Ce lien de l\u2019effet à la cause peut nous être rendu de plus en plus manifeste et intime par I étude, la réflexion, le désir de ne pas traverser la vie en amateur, mais de lui demander chaque jour ce pas en avant dans la plus haute connaissance et notre perfection.98 Que l\u2019on peut toujours progresser dans la connaissance de Dieu Le lien qui joint I univers à son créateur peut être vu avec une évidence grandissante, pour trois raisons.On connaîtra d\u2019abord plus parfaitement l\u2019efficacité de la cause sur son effet, comment sans elle l\u2019effet ne serait pas produit.Deuxièmement viendront à notre connaissance des effets plus nobles qui par leur plus intime ressemblance avec la cause nous en feront mieux saisir la grandeur.Enfin malgré toutes les perfections que les effets peuvent ainsi révéler, la perfection de la cause nous paraîtra comme de plus en plus élevée, l\u2019emportant de beaucoup sur eux par son infinité.Pour retenir en trois lignes tout notre propos, le progrès dans la connaissance de Dieu s\u2019affirme lorsqu\u2019on saisit de mieux en mieux : 1 ) l\u2019efficacité de la cause sur l\u2019effet, la production de I effet ; 2) comment des effets plus nobles nous font mieux saisir la grandeur de la cause ; 5) que la cause l\u2019emporte de plus en plus sur tous les effets en raison de son infinité.D\u2019abord on connaîtra mieux 1 efficacité de la cause sur son effet, la production de I effet : comment il est le résultat propre de cette cause.Ainsi prend graduellement de la force le lien qui relie Dieu à 1 univers.Celui-ci ne peut relever que de Lui.Non qu il soit une propriété de la nature de Dieu, mais une fois posé dans 1 existence il ne peut relever que de Lui.Pour commencer, ce lien n est pas un lien imaginaire.Tel celui que posait cet individu qui après avoir fermé sa porte avec un bruit éclatant au moment même où se produisait un tremblement de terre se mit à se dire : « Diable I j\u2019ai fermé ma porte beaucoup trop fort, j ai déclencbé un tremblement de terre ».Le lien qu on rencontre dans les maladies mentales.Ce n\u2019est pas le lien accidentel qui se rencontre dans le cas où 1 on trouve un trésor en creusant une fosse ou en démolissant une maison.99 Revue dominicaine Dieu n est pas non plus relié à I univers parce que celui-ci se rattacherait nécessairement à son agir.Ainsi, à Faction de celui qui renverse une colonne, se joint la chute de la pierre que portait la colonne.Aucun des liens accidentels qui peuvent joindre la cause à Feffet ne peut être proposé comme reliant Dieu au monde.On verra de mieux en mieux que tout ce qui est, comme être, est Feffet propre de Dieu.Comme le médecin soigne, comme le chanteur chante, I être le plus réel réalise.Et il n\u2019y a que lui qui puisse le faire.L être en tant qu être ne peut relever que de l\u2019être premier.L\u2019être participé que de la plénitude de 1 être, de 1 être par soi.De longues réflexions sur le sujet doivent nous amener à voir la causalité de Dieu avec un minimum d inférence.La connaissance du lien qui unit le Créateur à 1 univers devient presque une connaissance immédiate.Tout approfondissement de la métaphysique, de la science de 1 être, devient un approfondissement de la preuve de Dieu.Beaucoup qui n ont pas su correctement exprimer cette preuve en ont quand même eu I idée confuse, non distincte, mais claire \\ inébranlable, et contre bien des objections tenaces 1 2.Cette production de 1 être par Dieu s étend à tout.Chaque effet le préfigure et la joie de voir toutes choses annonce la joie de la vision béatifique.Tout le bonheur de découvrir 1 ordre de la nature, la loi des choses, la grandeur de 1 espace et la profondeur du ciel ; toute joie venue de la recherche, de 1 analyse, de la découverte ; le bonheur de voir cet ordre autour de nous n est que le prélude de la contemplation de Dieu dans la bienheureuse éternité.* * * 1.\tEn bonne philosophie clair s\u2019oppose à obscur et distinct s\u2019oppose à confus.Je puis clairement savoir qu\u2019un orateur m\u2019a parlé de démocratie, mais ne le savoir que confusément : ne pouvoir donner ni une définition ni les divisions de son sujet.Il a parlé de démocratie, c\u2019est clair.Qu\u2019a-t-il soutenu au juste sur ce sujet \u201c?Ce n\u2019est pas distinct.2.\tPuis-je citer le cas de Berkeley qui effectivement, en dépit de son discours d\u2019idéaliste, vit de cette présence de Dieu, considérant nos corps et tous les autres êtres de notre univers comme « une mince pellicule transparente » située entre notre âme et Dieu.Berkeley exerce une connaissance du lien intime de la créature au créateur comme peu d\u2019autres.De là vient, à notre avis, cette grâce mystique qui se dégage de l\u2019allure et du style de ses dialogues. Que l\u2019on peut toujours progresser dans la connaissance de Dieu La connaissance d effets plus élevés nous recommandera davantage la grandeur de la cause.On arrivera d\u2019abord à valoriser cet effet, l\u2019être, l\u2019acte de toutes les autres perfections, foute parcelle d être si infime que vous la fassiez implique Dieu tout entier.II n y a pas un point de l\u2019espace fût-il petit comme un grain de mil d où Dieu soit absent.Chacun de nos jours, dans chacun de nos jours I instant ; I instant dans sa base réelle, une partie du mouvement du grand univers, ne peut être que par Dieu tout entier.Berdiaeff pensait sans doute à cette présence quand il disait : Eprouver la divine plénitude de I instant est le plus grand rêve de I homme et sa plus haute conquête.Toute la sagesse de Gœthe, toute la portée de son destin sont liées à ce don d éprouver la plénitude de I instant, à sa faculté de reconnaître le tout divin dans la plus infime parcelle de la vie de l\u2019univers.Ainsi trouvait-il le moyen de surmonter le mal du temps \\ Je dirai : connaître l\u2019être de 1 instant.Qui peut assurer qu\u2019il a parfaitement dégagé la valeur de I être en tant qu être et qu il ne peut plus enrichir la vision implicite de ses modes ?Est-on sûr de connaître la noblesse de I existence, la voit-on comme le plus universel des effets requérant immédiatement la plus universelle des causes ?Dans nos idées sur l\u2019existence des progrès réels sont possibles tout comme I humanité a progressé en métaphysique, comme elle a progressé en d autres ordres, dans l\u2019observation extérieure de la nature, et tout comme on peut avancer soi-même dans les révélations de la science.Le seul passage de l\u2019atmosphère des villes à celui de la campagne par un soir d été, ce simple changement de milieu et de rideau pour nos yeux donne une idée des transformations de point de vue qui peuvent s opérer dans I ordre profond des idées.Sur un autre plan on verra Dieu dans son action surnaturelle sur les âmes.Toute attitude d une âme qui dépasse les forces de la nature doit nous reporter à l\u2019action éminente de son Principe.1.Berdiaeff, 5 méditations sur Vexistence, Paris, Aubier, 1936, p.143.toi Revue dominicaine Un collègue m\u2019explique après avoir évangélisé un protestant jusqu\u2019au Baptême, comment c\u2019est un travail de la grâce admirable à suivre, que cet avancement graduel d une âme dans la lumière et dans la foi.Et ceux qui rencontrent de grands malades qui croient en Dieu voient dans leur résignation et leur paix à 1 approche de la mort une attitude spirituellement grandiose.Une résignation heureuse qui dépasse les seules forces de la nature.Du milieu des tourments qu ils semblent oublier leur esprit entre déjà dans l\u2019admiration silencieuse du Père qui les attend.Toute leur souffrance est expliquée par référence à des biens supérieurs et ils proclament d une seule voix : Dieu est amour.La voix des sacrifiés veut être entendue.On se rappelle comment ce fut une demande du testament littéraire du grand danois Kierkegaard.Nous traduisons librement et résumons cette page qui mérite d être considérée comme son dernier mot, son testament de penseur et d écrivain.« Gomme un cuisinier habile à l\u2019examen d\u2019un plat ou déjà un grand nombre d\u2019ingrédients ont été mêlés demande qu\u2019on ajoute une pincée de sel (et peut-être que nous pourrions difficilement dire par le goût que cette pincée de sel y a pris place, mais le cuisinier savait précisément pourquoi et comment elle affecterait la saveur de tout l\u2019ensemble) ; comme un artiste en face de l\u2019effet coloré d\u2019une peinture où il y a déjà beaucoup, beaucoup de couleurs, demande qu\u2019ici et là, sur des points précis, on applique une légère touche de rouge (et peut-être que nous pourrions difficilement découvrir que le rouge est là tellement l\u2019artiste l\u2019a appliqué avec délicatesse en sachant bien pourquoi il devait le faire) ; ainsi en est-il du gouvernement divin.Oh ! le gouvernement du monde est une prodigieuse maisonnée à nourrir et une grandiose peinture à achever.Mais le maître, Dieu, du haut du ciel, se conduit comme le cuisinier et comme l\u2019artiste.Il demande ici et là une légère pincée de sel et une légère touche de rouge.Nous les apercevons à peine et nous n\u2019en connaissons pas la raison d\u2019être tellement elles sont bien mêlées à l\u2019ensemble.Mais Dieu sait pourquoi.Une légère pincée de sel ! c\u2019est-à-dire : ici un homme doit être sacrifié.Gela est nécessaire pour conférer à l\u2019ensemble de mon œuvre une saveur particulière.Humainement parlant, quelle chose pitoyable d\u2019être ainsi sacrifié.Mais d\u2019un autre côté Dieu connaît bien l\u2019homme qu\u2019il choisit d\u2019employer en cette manière et aussi il sait comment, pour celui qui comprendra la profondeur des choses, il sait comment transformer en une telle bénédiction cet homme qu\u2019il a sacrifié que parmi les milliers de voix diverses 102 Que l\u2019on peut toujours progresser dans la connaissance de Dieu qui expriment chacune à sa manière la même chose, sa voix à lui aussi sera entendue, et peut-être particulièrement la sienne qui est une voix venue en toute vérité de profundis et qui proclame : Dieu est amour.Les oiseaux sur les branches, le lys des champs, le chevreuil dans la forêt, les poissons dans la mer, des groupements sans nombre d\u2019hommes fortunés proclament avec exultation : Dieu est amour.Mais en dessous de toutes ces voix de sopranos, comme les supportant ainsi que fait la voix de basse, l\u2019on peut entendre le de profundis qui s\u2019exhale et qui sourd de la poitrine du sacrifié : Dieu est amour ».II est utile de penser qu à un moment ou I autre de la vie c est à nous que le sacrifice total ou partiel sera demandé.Nous saurons imiter Jésus en croix et tous les grands souffrants que nous avons connus.On doit dire maintenant de quelle manière tout notre discours sur Dieu défaille et manque de l\u2019atteindre parfaitement.Le fait qui peut être ici le départ de la réflexion est I affirmation des mystiques nous disant que la contemplation négative est supérieure et préférable à la contemplation affirmative.On sait plutôt ce que Dieu n est pas que ce qu\u2019il est.Le mode de son existence est incommunicable, incompréhensible, sans limites.La raison de ce langage ?Au fond elle se ramène à notre incapacité de poser une proportion proprement dite entre le fini et I infini.La transcendance de Dieu est de plus en plus manifeste quand on voit que du fini à I infini on ne peut exprimer la proportion que bien imparfaitement.II s agit plutôt de proportionalité.L acte d un être, I acte primordial et le plus profond c est cl exister.C est une première proportion, comme on dit le nombre deux a pour double quatre.Entre deux et quatre la proportion est mathématique.Entre une chose et son acte d existence, la proportion est ontologique.Or r un des êtres connus, en qui se réalise I acte d existence, c est Dieu.La raison s appuyant sur le fait de I univers contingent affirme sans erreur son existence.Si Dieu est un être réel, on doit donc reprendre la proportion de tout à I heure.Deux a pour double quatre, et dix a pour double vingt.Et maintenant en ontologie : une chose a pour acte primordial exister.Dieu aussi aura pour acte : I exister.Quel est I exister 105 Revue dominicaine Je Dieu ?Ce qui est poser une question sur le quatrième membre Je la proportionalité qu on vient J établir et que 1 on peut Jésigner par x.Or cet x nous est connaissable positivement, par proportionalité et analogie avec la créature.Pour le moJe propre Je « l\u2019exister » Jivin il ne nous reste que la connaissance négative et relative ; négative : être non causé, relative : être suprême.Mais le moinJre avancement Jans le savoir Je cette perfection suréminente Jonne plus Je bonbeur à ceux qui le reçoivent que ne le peut toute autre connaissance.Ils en tirent également un Jésir J humilité qui leur procure une granJe paix facilement reconnaissable à leur accent.EntenJez la voix Je Rusbrocb, Jivin et excellent contemplateur, après qu\u2019il a Jécrit les quatre saisons Je la grâce : « Quiconque trouve en son esprit 1 humilité, mène une vie tranquille et suave.Car la véritable humilité est, au-Jessus et au Jelà Je tout exercice Jes vertus, la quiétuJe et la liberté ; et au-Jessus Je toute enJurance, la résignation innocente ; et au Jelà Je toute affliction, la paix Je l\u2019esprit, la Jouce et bienveillante tolérance.« Ceux qui Jans la pureté Je l\u2019esprit Jécouvrent I humilité, passent Jans la vie sans labeur, et possèJent le principe et le fonJement Je toute sainteté » b * * * Conclusion.Aller chaque jour à la conquête Je la connaissance Je Dieu.QuanJ la partance est Jifficile il suffit pour I aiJer Je monter sur les épaules Je quelque géant.L\u2019horizon est par le fait même agranJi ! Ne craignons pas J ouvrir les ouvrages Je première valeur.Un livre Je maître fournira à notre pensée le sang vivificateur.II la placera au point J où elle pourra s\u2019envoler Je ses propres ailes.Pour le plus granJ nombre possible la Somme Je saint Thomas Jans son texte latin ou Jans une I.Rusbroch, De la vraie contemplation, Paris, Chamonal, 1912, tome II, pp.137-138.104 Que l\u2019on peut toujours progresser dans la connaissance de Dieu bonne traduction française est, à n\u2019en point douter, la recommandation la plus sûre.Ainsi aidés, et de cette manière décidés, résolus, acharnés, nous permettrons à I intelligence d avancer dans la lumière.Ce sera une chance de plus d être aimés de Dieu.Si les dieux s\u2019occupent de nous, remarquait déjà Aristote, ils doivent bien s\u2019attacher à ceux qui cultivent leur intelligence, la plus divine des choses qui semblent divines.Et pour saint Thomas cela s entend.Dieu aime en I homme ce qu\u2019il a de meilleur et ce qui Lui ressemble davantage : la nature intellectuelle \\ Surtout, dirons-nous pour conclure, quand celle-ci vient à s\u2019actuer et se perfectionner par l\u2019étude progressive de son plus bel objet.Arcade-M.Monette, O.P.1.Saint Thomas, Commentaire sur les Ethiques, no 2133.105 Le sens des faits MAURIAC ROMANCIER DE LA GRÂCE Elle disait comme la chose la plus évidente : « que pourtant lui-même, Hervé, il avait reçu entre plusieurs autres, une très grande grâce.~ Moi?\u2014 Oui ; la plus grande de toutes ; tu te vois, tu te connais.Tu appelles la boue, la boue.Tu sais que la boue est la boue.\u2014 Oui.je le sais » Ce dialogue que Mauriac imagine entre une mère pieuse et son fils dégradé dans Ce qui était perdu pourrait servir à illustrer la méthode du grand romancier, s\u2019il pouvait proprement être question de métkode dans une œuvre dont I inaltérable fidélité à la vie, à toute la vie, en a fait une des plus significatives de l\u2019époque.Car Mauriac est avant tout le romancier de la grâce : le rôle essentiel qu elle joue dans son œuvre tient à ce qu\u2019il ne la superpose pas artificiellement à la vie, mais qu il 1 y incorpore comme une réalité vivante, comme une présence toujours actuelle.Certes, ce n\u2019est pas lui qui vous échafaudera une conversion avec tellement de logique, avec tant de raisons humaines que M.faine lui-même ny trouverait rien à reprendre.« 1 u te vois, tu te connais.1 u appelles la boue, la boue, l u sais que la boue est la boue » : cette illumination intérieure, cette vision de soi ; I homme s apercevant dans son dénuement, dans sa misère pro-^ fonde, dans sa boue, Mauriac y a justement vu la première infiltration de la grâce dans une âme, tant il est vrai que la grâce est, dans son opération première, une lumière de l\u2019esprit.Le personnage de Mauriac n a souvent rien de particulièrement intéressant.II est de cette masse anonyme qui compose 1 humanité et tout I art de 1 écrivain consiste à saisir cet homme encroûté dans le quotidien de la vie, à le placer dans une crise de conscience qui 1 oblige à sortir de lui-même.II le poursuit dans tous ses retranchements ; il dénonce ses prétextes ; il projette sa lumière dans tous les recoins de I âme et ne I abandonne qu après avoir obtenu de lui un aveu, un appel désespéré.II I abandonne à la grâce.106 Le sens des faits Chaque livre Je Mauriac est une preuve nouvelle Je la vérité Je cette pensée Je Pascal : I\u2019homme livré à lui-même n est qu un monstre incompréhensible.Jacques Rivière affirmait que, Jevant la vie, le catholicisme est la seule Joctrine capable Je JescenJre assez bas.puis Je remonter.La fonction Je Mauriac est précisément Je suivre I homme Jans le mouvement Je Jescente.II se fait le témoin Je la chute.Non pas qu il ait choisi ce rôle ; il lui a été imposé, plutôt, par la nature même Je son génie.Dans le Mal, il Jéplore son impuissance à Jécrire le seconJ mouvement Je la grâce, celui Je I ascension : laissant son personnage au seuil Je la vérité, il se plaint Je ne pouvoir le suivre Jans les joies qui Jécoulent Ju parJon obtenu, Je la rentrée Jans I\u2019orJre.II y a le Mauriac Je la première manière et celui Je la seconJe manière et lui-même, Jans Dieu et Mammon nous en a Jonné I avertissement.Ce livre, on le sait, est la réponse Je Mauriac à AnJré GiJe qui I avait accusé Je servir Dieu sans pour cela Jélaisser Mammon.II en profite pour Jéfinir la position Ju romancier catholique telle qu\u2019il la conçoit.II fut un temps, avoue-t-il, où il fuyait la vérité chrétienne, où il cherchait à se Jétacher Je la croix.Ohl comme il enviait alors Maritain et Psichari, ces chrétiens qui avaient vu I éJifice Je I extérieur, qui I avaient examiné sous tous les angles avant J y faire leur entrée Jéfi-nitive.Comme il aurait voulu rompre les liens invisibles qui l\u2019attachaient malgré lui à cette croix Jont il ne voulait pas I La première manière Je Mauriac corresponJ à ce refus ; aussi, les œuvres Je cette époque sont-elles imprégnées J une atmosphère Jouteuse, J une sensualité à peine retenue.Elles se ressentent Ju refus intime que I auteur opposait à la croix.Vint ensuite cette acceptation définitive Ju fait chrétien, cette conversion intime.Une formule lui fut proposée Jans laquelle il trouva la solution aux problèmes qui lui posait son changement d\u2019attitude : purifier la source.Purifier la source, c est-à-Jire, ne pas trahir la vie, mais y faire pénétrer la vérité chrétienne par la purification personnelle.C était une formule exigeante, mais qui Jouterait que Mauriac n y ait atteint après la Vie de Jésus, après le Journal et surtout après cette méditation eucharistique qu est le Jeudi Saint ?Ici, l\u2019accent ne trompe point.L expérience seule apporte cette connaissance profonde Ju sacrement Je I Eucharistie et Je ses effets.Seul un mystique authentique pouvait parler Je la petite 107 A Revue dominicaine hostie avec autant cl amour, de vénération, de discernement.La purification s est faite à la source même de toute Pureté.Si son génie ne lui permettait pas de peindre le pécheur sanctifié par la correspondance à la grâce, il pouvait du moins, dans la peinture de la chute, marquer les infiltrations de la grâce et faire écho à ces « gémissements ineffables de I Esprit en chacun de nous ».De là est sorti cet immortel chef-d œuvre du roman, le Nœud de Vipères qui, d emblée, a placé son auteur au sommet de la littérature contemporaine.Charles Du P>os a consacré un livre entier au Nœud de Vipères, et d autres viendront après lui qui essaieront d exprimer I incomparable plénitude de ce journal d un pécheur.Ils ne l\u2019épuiseront point, non plus qu ils ont épuisé Hamlet ou les Pensées.Ces œuvres-là n appartiennent pas à la littérature, mais à la vie.Ainsi nous apparaît le rôle de Mauriac dans la pensée contemporaine : il s est donné pour tâche de refaire une sensibilité et une imagination vraiment chrétiennes.D\u2019aucuns, par dépit, nient son influence, mais nous avons des témoignages d autant plus précieux qu\u2019ils nous viennent du camp adverse.Voici ce qu écrivait M.Roger Allard dans le Tableau de la Littérature française que publiait N.R.F., peu avant la guerre : « L anticléricalisme est passé de mode et le blasphème est considéré par les incroyants comme une inélégance.On n\u2019ose plus parler des Jésuites, des crimes de 1 Inquisition ou de I intolérance de l\u2019Eglise de crainte de passer pour un disciple de M.Homais.Depuis que la révolu-tion se croit habile en tendant la main aux Catholiques, les incroyants redeviennent respectueux et si Anatole Erance était encore de ce monde, il hésiterait à publier la Révolte des Anges pour ne pas contrister M.Mauriac.Mais le vent peut tourner.» M.Allard est grand admirateur de Parny, auteur des Poésies érotiques et de I innommable Guerre des Dieux.Son témoignage négatif est tout à I honneur de Mauriac et il vaut d être retenu.Si en Erance, aujourd hui, nous voyons se dessiner de puissants contre-courants et si le vent a tourné depuis qu Anatole France publiait la Révolte des Anqes, nous le devons pour une bonne part à cette avant-guerre catholique dont Mauriac est I une des figures de premier plan.Mauriac, romancier de la grâce, n a pas trahi la vie mais il lui a donné son véritable sens.Son œuvre restera, car il a vraiment découvert, il a vraiment inventé un aspect nouveau, une réalité nouvelle de la réalité éternelle.108 Marcel Lacourcière Le sens des faits MARGES La querelle existentialiste Chaque époque pose ses problèmes intellectuels ; ne les résout pas toujours.II demeure difficile de juger de la direction et de la densité d\u2019un mouvement à ses débuts ; aux professeurs de classer soigneusement, a posteriori, des phénomènes comme le romantisme ou le modernisme.Pour nous, la tâche est moins aisée de cerner le fameux existentialisme dont il est partout question : il faut opter pour ou contre Sartre î Ce jeune écrivain a conquis en peu d années un prestige exceptionnel et le talent ne lui fait pas défaut.S\u2019agit-il d un engouement passager ou d\u2019une influence durable ?Quelles sont les œuvres auxquelles se référer ?Jean-Paul Sartre lui-même a écrit il y a deux ans la première partie de sa somme philosophique, un bouquin de 700 pages, h Etre et le Néant ; il a de plus illustré ses théories dans des romans, la Nausée, la trilogie des Chemins cle la liberté (les deux premiers tomes, l\u2019Age de raison et le Sursis sont seuls parus), il fait figure de chef d école, agressif et dynamique, par la fondation dune revue mensuelle, les Temps modernes, qui souhaite hériter de la clientèle intellectuelle de la défunte Nouvelle Revue Française.A côté du « maître », on trouve surtout Simone de Beauvoir, jeune femme au talent robuste, qui s\u2019est affirmée par un essai, Pyrrhus et Cinéas, un roman, le Sang des autres, une pièce de théâtre, les Bouches inutiles, et Albert Camus qui, lui aussi, même s il refuse aujourd hui de se rattacher à I orthodoxie existentialiste, lui a néanmoins donné des gages dans un essai, le Mythe de Sisyphe, un roman, l\u2019Et ranger, des pièces de théâtre, le Malentendu et surtout Caligula (Curieux, n est-ce pas, ce souci de s exprimer tous sous trois formes différentes ?).L\u2019existentialisme ne se laisse pas saisir facilement ; non qu il soit par nature impénétrable, mais ses adeptes sont des dialecticiens agiles qui parent à tous les coups et excellent à dévier les objections.C est une école philosophique d\u2019un négativisme désespérant.Elle proclame I inanité absolue de l\u2019existence qu elle pose néanmoins au centre de ses préoccupations, elle affirme la totale absurdité de I univers (I horloge fonctionne sans horloger.et au fait, s agit-il même dune horloge?), elle nie toute création et partant toute morale.Henri Troyat n a pas mal résumé les positions existentialistes en écrivant que « le monde n est qu\u2019un chaos d\u2019idées fausses, de masques grotesques et de gestes sans lendemain » et Sartre lui-même confirme cette interprétation, quand il 109 Revue dominicaine décrète que « tontes les activités humaines sont équivalentes, toutes sont vouées par principe à I éckec ».Voilà qui n\u2019est guère tonique pour l\u2019esprit non plus que pour la volonté de vivre I II n\u2019est que de lire attentivement le manifeste de Sartre en tête du premier numéro des Temps modernes pour envisagr, non sans effroi, î\u2019ampleur de ce nikilisme métapkysique et moral.C\u2019est un réquisitoire, une ckarge terrible, contre la dignité de l\u2019esprit humain, c\u2019est aussi une condamnation violente de la bourgeoisie.Gabriel Marcel écrit en commentaire : « C\u2019est ainsi que le professeur de philosophie bourgeois prétendra s\u2019exprimer en tant qu\u2019être pensant ou que raison, et oubliera systématiquement qu\u2019il touche des revenus dont I origine reste enveloppée dans une nuée propice, qu\u2019il a tel penchant sexuel anormal, etc.A l\u2019esprit d\u2019analyse qui inspire encore, d\u2019après lui (Sartre), une psychologie comme celle de Proust étudiant chez Swann les caractères de l\u2019amour-passion pris en soi, il faut opposer une vue synthétique de la réalité d\u2019après laquelle les hommes ont en commun non une nature, mais une condition métaphysique, et constituent des totalités indécomposables ».« L\u2019homme manifeste à la fois son milieu professionnel, sa famille, sa classe, et finalement le monde lui-même».L homme, nous dit-on encore, est sa situation.Mais en même temps il est libre, car il a à porter le poids de lui-même, à assumer toutes ces conditions de fait ; il ne peut pas ne pas assumer : récuser, ce serait assumer encore, mais hypocritement.II est condamné à être libre ».Pour comprendre 1 homme, Sartre le réduit à un ensemble de facteurs physiologiques, ou mieux sociologiques, pour affirmer sa liberté, il le rend prisonnier d un complexe d\u2019où il lui est impossible, logiquement, de se dégager.Si le terme est neuf, l\u2019existentialisme n\u2019est pas entièrement inédit.Outre qu\u2019on pourrait sans trop cl\u2019effort le retrouver en germe, sous des formes plus ou moins accomplies, dans les écrits de nombreux philosophes, on peut le rattacher directement au grand penseur pessimiste du D anemarh, Kierbergaard, dont la postérité a été double.Une branche de cet arbre est demeurée chrétienne ; on y retrouve le protestant Karl Barth, les catholiques Gabriel Marcel et Léon Bloy, qui affirment tous une conception eschatologique de 1 homme, envisageant 1 homme isolé sur la terre, au cours cïe son pèlerinage, dans I attente du jugement de Dieu.L\u2019autre branche, rajeunie par FÀlIemand Heidegger et à laquelle se rattachent les sartriens, s\u2019est dirigée fermement vers un athéisme négateur de toutes les valeurs humaines.Vue partielle, fragmentaire, découronnée de I humanité, et qui se traduit bien par les œuvres d imagination de ce groupe.Leurs person- 110 Le sens des faits nages die romans sont des êtres diminués, esclaves d une liberté factice dont ils ne savent que faire, parce qu elle a perdu son sens.Il est révélateur de constater que ces fiommes et ces femmes, dans leurs comportements sociaux ou amoureux, font toujours triompher la bête en eux, s\u2019abandonnent, par une fatalité inéluctable, à la loi de leurs instincts les plus bas.Sartre a beau prétendre qu\u2019« il y a une superstition, qui est absurde, de la littérature prise en noblesse », il n en trahit pas moins l\u2019homme, en ne retenant de lui que quelques aspects et en négligeant ce qui paraît à nos yeux I essentiel, et Gabriel Marcel n a pas eu tort de parler du « fond crûment matérialiste de la doctrine ».C est ce que Camus lui-même était forcé d\u2019admettre en affirmant qu « un homme sans espoir et conscient de I être, n appartient plus à I avenir ».II n appartient qu\u2019au passé, à la mort.Nous aboutissons ainsi à une impasse, nous nous heurtons à un mur.Pourquoi agir, si plus rien ne compte ?Pourquoi même penser, si tout est absurde ?Le suicide apparaît le seul débouché ; Jacques et Raïssa Maritain y avaient pensé, pendant leur quête ardente de la vérité.Ne s\u2019agit-il en somme que d une hygiène de 1 esprit, analogue au doute méthodique cartésien, en vue d une revision des valeurs ?Camus veut le laisser entendre : « Accepter I absurdité de tout ce qui nous entoure est une étape, une expérience nécessaire : ce ne doit pas devenir une impasse.Elle suscite une révolte qui peut devenir féconde.Une analyse de la notion de révolte pourrait aider à découvrir des notions capables de redonner à l\u2019existence un sens relatif, quoique toujours menacé ».Fragile, trop fragile espoir.Une fois engagé dans cette descente aux enfers, comment se raccrocher efficacement avant la chute au fond de I abîme ?Sartre veut s\u2019en tirer par un tour de passe-passe.II a inventé de toutes pièces la théorie de l\u2019engagement.L écrivain doit s engager, témoigner, participer à la vie de la cité.Ce souci coïncide, heureusement pour lui, avec une période tourmentée de la pensée française où de nombreux écrivains veulent s\u2019imposer par des mérites plus politiques qu intellectuels, en vouant à I exécration populaire ceux d entre eux qui n ont pas résisté à l\u2019ennemi.Comme tout cela nous éloigne des hautes spéculations philosophiques I Je veux bien que Sartre ne soit pas qu un petit arriviste mû par des mobiles aussi mesquins, mais il n empêche qu il en bénéficie grandement.Et cette fameuse thèse de l\u2019engagement, comme elle paraît désuète I Ou, plus exactement, comme elle n\u2019apporte rien de nouveau, puisqu il lit Revue dominicaine n\u2019est pas d\u2019écrivain digne de ce nom dont l\u2019œuvre ne soit pas, par définition, un engagement, c\u2019est-à-dire une prise de conscience, une affirmation, un geste.« La belle découverte ! a noté Jean-José Andrieu.S\u2019engager ! Mais tous se sont engagés depuis que I on sait penser.Engagé, Socrate, jusqu\u2019à la ciguë.Engagé, Galilée, jusqu\u2019à la torture.Engagé, Montaigne, écrivant l\u2019apologie de Raymond de Sebonde.Engagé, Racine, poursuivant son dialogue avec Dieu à Port-Royal.Engagé, Pascal, malgré son pari.Engagé, Descartes, qui voulut repartir de zéro.Engagé, Voltaire, bataillant pour Calas.Engagé, Rousseau, avec son Emile et son Vicaire savoyard.Engagé, Stendhal, petit consul à Civita-Veccbia, qui écrit Lucien Lewen et le Rouge et le Noir.Engagé, Hugo, dans son exil de Jersey et de Guernesey.Engagé, Zola, criant : « J accuse ».Engagé, Renan, et sa Vie de Jésus.Engagés, Barrés, France, Péguy, Romain Rolland, Gide, Bernanos, Mauriac.tous engagés 1 Et même Brasillach, Drieu, engagés jusqu\u2019au poteau, jusqu\u2019au suicide ?Alors ?» Oui, alors ?Ce fameux engagement sartrien ne serait-il donc qu\u2019une fumisterie, qu\u2019une dérobade ?L\u2019absurdité du monde ne commande-t-elle pas au contraire un retrait définitif ?A quoi sert-il de jouer sa vie, si elle est d\u2019avance et irrévocablement dépourvue de signification ?Voilà où nous sommes rendus à prêter 1 oreille à un enseignement, souvent brillant sans doute, mais qui renferme un incontestable sophisme susceptible de plonger toute une génération de disciples dans la plus délétère désespérance.Sartre et ses adeptes ne comprendront jamais la grandeur de 1 aventure humaine précisément parce que, eux, ils refusent systématiquement l\u2019engagement.Attablés aux cafés littéraires de Saint-Germain-des-Prés, ils ne peuvent saisir la profondeur de cette phrase de Josipovici : « L\u2019homme sur cette terre jette une ombre, et dans cette ombre monte une église où sonnent des siècles de lumière ».lis se sont délibérément appauvris, ruinés, en rejetant la foi la foi en Dieu, la foi en I homme, créature de Dieu, lis n\u2019apportent même pas cette espérance d un paradis matériel qui anime les marxistes, ils jettent par terre, incapables de reconstruire, les fondements de la cité humaine.Les existentialistes sont des saboteurs de l\u2019esprit, ils vivent au sein de décombres et I entreprise de démolition une fois accomplie, ils ne peuvent découvrir en eux-mêmes aucun motif pour les inciter à déblayer le terrain et à édifier patiemment, dans la ferveur créatrice, les grandes cathédrales de I avenir.Marc Aubry 112 Le sens des faits LES ÉDITIONS DU LÉVRIER Sans bruit et modestement, parce qu elles visent surtout au solide ou à I honnête divertissement du lecteur, les Editions du Lévrier d Ottawa et de Montréal ont poursuivi leur tâche pendant les années difficil es de la librairie française, qui, s annonçant des années de facilité pour la librairie canadienne, auraient pu la prendre par surprise.Dans un domaine trop négligé chez nous, elles ont voulu que les malheurs du temps épargnent le plus possible notre culture et surtout clans ce qu elle comporte de plus important, celui de la philosophie éternelle et celui de la spiritualité, voire de la spiritualité raisonnée et réaliste.Les Editions du Lévrier ont donc tout à la fois offert au public studieux ou lettré, des livres épuisés chez nous et qui pourtant étaient indispensables aux bibliothèques qui se respectent, et présenté des œuvres nouvelles afin qu il n y eut pas de solution de continuité entre la production d avant-guerre et celle d après-guerre.Ce qui importait d abord, c\u2019était d\u2019aller au plus pressé.L\u2019expérience nous prouve que la culture a beaucoup souffert par exemple chez nous, en 1760 et pendant plusieurs décades ensuite, du fait que les relations avec la France étaient interrompues.Les éducateurs canadiens durent faire des merveilles pour permettre aux collégiens et aux .étudiants de continuer leurs études en dépit de la pénurie de livres.Qui ne connaît la belle légende, une légende qui fut la réalité même, comme plusieurs légendes ; qui ne connaît cette anecdote d\u2019un livre de classe fixé sur un lutrin qu allaient consulter tour à tour les étudiants ?Alors le livre était précieux autant qu\u2019une gourde d\u2019eau dans le désert.Nous n en étions pas réduits à ces extrémités, mais il n en reste pas moins qu après 1940, notre culture aurait été fort menacée n\u2019eût été le zèle des maisons d éditions, comme celle du Lévrier ; qui, avec calme, envisagèrent la situation et s efforcèrent, par mesures d urgence, à remplacer la France, à prendre pour ainsi dire son intérim.Plus tard, dans les années qui viendront, on lira sans doute dans les histoires du Canada et de la culture en Amérique un paragraphe, sinon un chapitre, sur la survivance du livre chez nous et qui sera le pendant des récits d après la Cession.Et les auteurs de ces ouvrages ne mancjueront pas de remarquer que les sages trouvent toujours un moyen de faire sortir le bien du mal et ils ajouteront que la guerre, loin de nuire à nos études, nous a fait avancer d un pas plus ferme.Grâce en effet aux rééditions d urgence, 113 Revue dominicaine le domaine de notre librairie s est agrandi et d importateurs, pour user des expressions commerciales, nous sommes devenus exportateurs.Les Editions du Lévrier se sont répandues ces dernières années et aux Etats-Unis et aux pays de 1 Amérique latine, où de plus en plus elles sont lues.Les grands noms des écrivains qu on rééditait étaient comme les garants des nouveaux venus que le Lévrier contribuait à faire connaître.De plus, ce n était que juste que des auteurs importants et déjà célèbres cbez nous pussent, en compagnie de leurs confrères d Europe, atteindre un plus grand public.La Summer Theol ogiœ Moral is de H.Merlœlbacb est un classique du genre et les Editions du Lévrier rendirent un immense service aux études en le rééditant, de même que le texte de la Somme thomiste qu il était impossible de se procurer.A une époque de renaissance pour la doctrine thomiste, 1 événement se serait montré un désastre, mais maintenant 1 édition est en vente partout.Ceux qui ne connaissaient pas encore les Trois âges de la vie intérieure du Père Garrigou-Lagrange se réjouirent d apprendre que les Editions du Lévrier en faisaient la distribution.Cet ouvrage en deux volumes a profité de la vogue des ouvrages brémondiens et des livres du Père de Grandmaison, qui avaient révélé à un grand public distrait l\u2019intérêt passionnant des études de mystique.Les Trois âges ajoutaient du reste quelque chose, et c était toute la doctrine thomiste sur la mystique et la spiritualité.Les Trois âges donnaient les raisons philosophiques et ï explication de cet attrait inattendu du lettré ordinaire pour des lectures de ce genre.Le temps était arrivé où une doctrine sûre devait diriger ceux qui s aventuraient au hasard dans la lecture des mystiques, auteurs qui maintenant étaient presque des auteurs à la mode.Dans un pays de religions différentes comme le nôtre, les études bibliques sont toujours d\u2019intérêt actuel voire pressant, et c est pourquoi les Editions du Lévrier ont publié Synopsis Evangelica de A.-C.Fillion.Depuis 1936, le Collège dominicain d Ottawa publie des Cahiers d\u2019Etudes et de Recherches où se mêlent harmonieusement les essais de théologie, de métaphysique, voire cle psychologie et de sociologie.Dans les sommaires on y rencontre le nom de spécialistes comme les Pères Mailloux, Régis, Ethier, Parent, Monette, Gardeil, celui d un religieux membre de 1 Académie canadienne, le Père Louis Lachance, auteur d\u2019une Philosophie du langage, celui du Père Brunet qui a traité De la moralité de la Genèse.Signalons la Vie Catholique de Sertillanges, livre très populaire en 2 tomes que les Editions du Lévrier ont réédité.114 Le sens des faits Le dernier cahier d Etudes et Recherches, le sixième de la série et le troisième de la section philosophique est peut-être le plus intéressant, surtout pour le grand public qui y trouvera son profit autant que les spécialistes.Une étude du Père Louis Lachance sur L\u2019Etre écrite avec plus de clarté qu un tel sujet ne le faisait prévoir, intéressera à coup sûr ceux qui n\u2019ont pas oublié les leçons que Jacques Maritain a publiées avant la guerre.Le Père Delos, dont le dernier ouvrage sur la Nation a été un succès de librairie, traite de la Notion juridique de la guerre, un sujet qui n a pas eu le temps de perdre son actualité, tandis que le Père Monette fait une mise au point sur la Position de l\u2019histoire de la philosophie que les lecteurs de I American Will Durant auraient sans doute intérêt à feuilleter.Le Père Arcade Monette vient de publier : La théorie des premiers principes selon Maine de Biran.C est là ce que les Américains appellent a hook of the month.L auteur a réussi à parler d un sujet à coup sûr séduisant, mais un peu rébarbatif pour le profane.Chez le Père Monette, rien de plus passionnant, le modèle et l\u2019exposition philosophique.L écrivain vit son auteur, et sans rien réduire de la vérité, il vit ce qu il avait de beau, de grand et d exquis dans l\u2019âme.Avoir compris Maine de Biran est pour un critique comme avoir compris l\u2019exquis et nous dirions même le grand Joubert.Ce livre, on l a dit, est un maître livre pour les études psychologiques et philosophiques chez nous.Quant au Père Ethier, il aborde la Vérité et rappelle, à côté des solutions de saint Thomas, non seulement les théories épistémologiques de Kant, mais les plus récents systèmes de Blondel et de Jaspers après avoir cité Bergson et bien entendu Aristote.Au catalogue, on voit encore les noms du Père Thomas Lamarche, ce sociologue chrétien si original que la Société Royale du Canada a nommé parmi ses membres, qui a publié A gui le Pouvoir ?A aui J Argent ?(épuisé) et I ouvrage qui a fait tant de bruit « Comment rendre l Argent au peuple ?», en 3 volumes ; le nom du Père Desmarais, dont les conférences radionhoniques ont dû être rééditées, celui du Père Gustave Lamarche, C.S.V., le célèbre dramaturge catholique, dont les Editions du Lévrier nous ont donné les dernier poèmes : Palinods et celui du Père M.-A.Lamarche, O.P., dont les récentes Projections sont, au dire de beaucoup de critiques, un modèle de belle langue et de beau style pour une littérature qui n\u2019est pas habituée à une correction aussi pure et aussi spirituelle.II avait publié auparavant au Lévrier : La deuxième conversion et les Laïcs clans l\u2019Eglise.Les Editions du Lévrier ne se sont pas bornées aux études philosophiques ni à la spiritualité, quelques-uns des noms que nous avons cités 115 Revue dominicaine en font foi.Elles ont présenté par exemple Jésus passait, paraphrases évangéliques d un journaliste et d un romancier, Ernest Pallascio- Morin, qui dans ce livre a gardé le style qui animait ses autres œuvres.Le Lévrier offre de ce poète un autre volume : « Je vous ai tant aimée », roman qui rappelle à la fois pour le grand public et pour le public en particulier de I écrivain qui est presque tout le grand public, ses « Brentwick » d\u2019une inspiration presque gidienne tout en étant l\u2019un des romans les plus frais et les plus généreusement romanesques qu\u2019ait produit notre littérature.Petit livre que I on peut lire à la fois très rapidement et lentement parce que les traits délicats abondent.Bon livre canadien.Mme Rutb Lafleur-Elétu publie, dans une édition de luxe qui fait honte à certaines publications bâclées, le Conte des sept Glaives, poèmes de lorme libre et toute moderne et qui chantent, avec un amour qui ne se lasse pas, la Madone du Moyen âge et de Claudel.Les Editions du L,évrier ont même songé au roman vraiment romanesque et, après avoir lu Amour tenace d\u2019Adrienne Maillet l\u2019on se demande pourquoi, à la suite de cette aimable romancière, les écrivains canadiens ne songeraient pas à écrire des livres qui pourraient fort bien remplacer les plus populaires Delly et les Ardel.Nos éditions se devaient de ne pas laisser passer inaperçus les événements du Portugal, d où le petit livre de Notre-Dame du Rosaire de Fatima par le Père Jean Bousquet Fauteur de Venez vous reposer.Les amateurs de vie romancée ont accueilli avec plaisir la réédition de Vie et conversion d Eve Lavallière, un grand succès de librairie, et le très original Saint 1 homas d Aq uin de Chesterton.Aucun genre n a laissé indifférentes les Editions du Lévrier puisqu\u2019à côté de l\u2019Action catholique du Père Michel Doran on trouve dans son catalogue les poèmes de Simone Paré Sur les routes de mon pays, et les ouvrages de médecine pratique de Mme Georges Boudrias, Hygiène familiale et sociale et les nouvelles Mamans, et des pièces de théâtre pour les jeunes, comme celles de Victor Veheman et des albums pour les petits, la Petite maison de mon âme et Comme Jésus.La section mariale des Editions du Lévrier est particulièrement riche.Le Père Bernadot par exemple a presque renouvelé le genre, et la critique la plus sévère s incline devant des ouvrages comme Notre-Dame dans ma vie, un titre à la Péguy auquel la doctrine sûre de Fauteur ajoute de la force.L orateur célèbre de sa prédication qu\u2019il qu était le Père FJy continua jusqu aux acinthe Couture se délassait derniers jours par de petits 116 Le sens des faits livres de lecture aisée et familière où il mettait toute la délicatesse et la poésie de son cœur : Les bontés de Marie par exemple.Le\tPère D.-A.Turcotte,\tI auteur d un\tvolume qui a été un succès de\tlibrairie, Pour restaurer le\tfoyer, a écrit\tdes méditations sur I Ordre dominicain qui font un commentaire délicat et d une belle spiritualité à I ouvrage indispensable qu a consacré le Père Langlais aux Frères-Prêcbeurs : Méditations sur I Idéal dominicain.L on ne saurait oublier, parlant du Père Turcotte, son Aide spirituel à l usage des malades et des gardes-malades dont on dit que non seulement il était indispensable aux infirmières mais aussi à toute famille canadienne.Le critique a accueilli favorablement le premier volume qu ait publié Bertbelot Brunet, lorsque Les Editions du Lévrier ont offert aux lecteurs curieux Chacun sa vie, mélange d aphorismes, de satires et de réflexions qui est assez difficile de classer.Le\tLévrier ne saurait oublier les scouts,\tces enfants qui veulent vivre dans la\tbelle nature de Dieu,\tet c est pour\teux qu\u2019ont été écrit : Pointe au Chêne, roman par le Père Saint-Pierre, et un drame scout du Père Piuze : L\u2019Epreuve.Henri Gbéon, qui vient de mourir, a écrit des vies de saints comme on en lit peu.II les écrit comme des romans vrais, et il y met tout son amour.On reconnaît cet art incomparable qui mêle la fantaisie à I orthodoxie la plus fidèle, et son Saint Vincent Eerrier ne fait pas exception.La deuxième conversion du Père M.-A .Lamarche, de I aveu des critiques, est un des essais spirituels les plus élégants, les plus purs et les plus subtils qui aient été écrits chez nous, et I œuvre aurait paru en France qu elle aurait été remarquée à coup sûr.Notre américanisation publié en volume rappelle une série d articles qui avaient été publié dans la Pevue dominicaine et qui a été une des enquêtes les plus effectives qui aient été faites chez nous.Sérieux, présentation élégante, tout concourait à faire de cette enquête un forum qui prit passionner le grand public, comme bien entendu les spécialistes.Pour le lecteur canadien et surtout pour le lecteur Iaurentien I affaire Riel est toujours d actualité.Du reste avec son information très sûre et avec son patriotisme le Père Le Chevallier aurait su lui donner une nouvelle actualité.Eatoche est à coup sûr un des ouvrages les plus complets et surtout les plus passionnants à lire sur ce sujet brûlant.Paul I Ermite, plus il avance dans la carrière, plus il a chance par le sérieux familier d atteindre chez nous la réputation de son homonyme Pierre I Ermite.La Divine Providence, La Foi vivante, La Science 117 Revue dominicaine d aimer en même temps qu ils sont de lecture infiniment agréable, fourmillent de formules, de réflexions et d élévations qui font de son auteur I un de nos écrivains spirituels les plus authentiques.Les Editions du Lévrier qui ont donné plusieurs ouvrages de haute culture, n ont pas pour autant négligé I instruction proprement dite et surtout ses principes directeurs.De là les volumes suivants : Les Parents et l\u2019Enfant, L Hygiène mentale, Le Maître et l\u2019élève et Regards sur les sciences expérimentales.II y a des rééditions canadiennes qui s imposent pour plusieurs.François Hertel, écrivain prolifique s il en est, ne néglige pas cependant ses premiers ouvrages et il a confié aux Editions du Lévrier une réimpression d\u2019Axes et parallaxes, ce recueil de poèmes dont la critique a tellement parlé.L\u2019on peut aussi classer parmi les ouvrages d éducation les livres du R.P.Granger, O.P.qui ont obtenu un si vif succès et qui ont été tirés à un si grand nombre d\u2019exemplaires.Comment préparer son mariage dont une édition anglaise vient de paraître et 1 Amour gui.Dans la même rubriaue, il ne serait pas téméraire d ajouter le netit livre charmant du Père Jean Bousquet qui, à auelques-uns, a rappelé les essais de Bremond sur « I Enfant et la vie », Comment éduquer vos enfants.Ayant bien travaillé pendant la guerre, les Editions du Lévrier sont donc une de nos maisons qui peuvent aborder sans trop de crainte la période d après-guerre, n\u2019ayant qu à continuer ce qu elles ont commencé.Venez en juger vous-mêmes.Les volumes des Editions du Lévrier sont distribués par la Librairie Dominicaine, 4170, boulevard Décarie, N.-D.de Grâce, Montréal - 28 ou 95, avenue Empress, Ottawa.Les Editeurs 118 esprit des ivres Abbé Georges Thuot \u2014 « Le Cbrist, notre Roi ».Les Editions Fides, Montréal, 1945.19 cm.265 pp.« L\u2019opération suit l\u2019être, operatio sequitur esse », disaient les vieux maîtres scolastiques.Parfois, j\u2019ai eu des hésitations à admettre concrètement cet adage philosophique.Qui n\u2019en a pas eu d\u2019ailleurs ?Connaissant M.l\u2019abbé G.Thuot depuis plusieurs années, et prenant contact aujourd\u2019hui avec une de ses œuvres, je suis enchanté d\u2019apercevoir avec une telle acuité la justesse d\u2019une formule aristotélicienne.J\u2019eus le plaisir de rencontrer l\u2019auteur, pour la première fois, dans un coquet village des Laurentides.C\u2019était au moment des vacances.Une chose m\u2019intrigua.Je trouvai que M.l\u2019abbé Thuot avait une méthode bien particulière de se reposer : la plupart de ses journées il les passait dans une chambrette, travaillant, je l\u2019ignorais à ce moment, à la rédaction du livre que je présente au lecteur.Erudit et laborieux, distingué et très sacerdotal, M.l\u2019abbé Thuot a communiqué à son livre les qualités de sa personne.Le Christ, notre Roi, réédité récemment chez Fides, se partage en 16 chapitres.La simple vision de la table des matières convainc le lecteur de l\u2019épuisement du sujet.Pour une conférence ce serait un défaut, mais pour un livre ce défaut devient une qualité.La Royauté du Christ étant le sujet de cette thèse (je ne sais si M.l\u2019abbé est Docteur in aliqua materia, mais je constate que ce livre indique toutes les qualités maîtresses qui font le Docteur), l\u2019écrivain a pris comme directeur de sa pensée et moniteur de son travail le Pape Pie XI, dans son Encyclique « Quas Primas ».Puis, tout ce qui pouvait jeter de la lumière et de la beauté sur le sujet est employé : théologie, philosophie, sociologie, liturgie, art.Dans le cortège imposant de ceux qui viennent témoigner en faveur de la Royauté du Christ paraissent les premiers maîtres de la pensée humaine et divine : S.Thomas et ses grands commentateurs, Bossuet, Lacordaire, les Cardinaux Pie et Mercier, etc., M.l\u2019abbé Thuot dans sa prose sobre et vivante, le témoignage indispensable de la Sainte Ecriture et des Pères.L\u2019actualité de ce livre et de la doctrine qu\u2019il expose frappe l\u2019esprit.A l\u2019heure où le Christ et ses ministres sont mis à la porte de plusieurs pays ; au moment où tant de têtes couronnées ont disparu dans la tourmente et le sang ; enfin au moment où dans notre pays les questions d\u2019Action catholique et d\u2019Action nationale se posent avec acuité, ce livre n\u2019est pas inutile et il fera son chemin de lumière et de vérité rédemptrice.A mon sens, malgré le ton nécessairement sérieux, ce livre n\u2019est pas destiné aux seuls prêtres et je ne crois pas que M.l\u2019abbé Thuot l\u2019ait écrit uniquement pour la lecture spirituelle des communautés religieuses.Il fera beaucoup de bien aux laïques qui veulent travailler à l\u2019extension du règne du Christ et qui exercent quelque judicature terrestre.Possédant la pure 119 Revue dominicaine doctrine, ils ne seront pas exposés à limiter les droits de l\u2019Eglise et du Christ sur le temporel.D\u2019autre part, ceux qui ne sont pas laïques apprendront peut-être comme S.Jean autrefois l\u2019apprit du Maître, de quel esprit ils sont.Marc Labonté, O.P.François Mauriac >\u2014¦ « Sainte Marguerite de Cortone ».Les Editions Variétés, Montréal, 1945.19 cm.212 pp.Ce romancier de l\u2019Académie française nous a déjà donné deux beaux livres d\u2019inspiration religieuse : Vie de Jésus et Le Jeudi Saint.Aujourd\u2019hui, une vie loin de la nôtre dans le temps mais très proche de nous sous d\u2019autres rapports devait le tenter, lui, l\u2019auteur du Nœud de Vipères et il y succombe.Heureuse chute, serait-on tenté de dire, puisqu\u2019elle nous vaut un captivant volume sur une sainte assez méconnue.« Cette beauté impure qui se dressait entre son désir et son Dieu, elle saurait bien l\u2019abattre ».Toute l\u2019histoire est là.Histoire d\u2019une âme descendue très bas et histoire de la miséricorde divine qui descend dans cette misère.C\u2019est le propre des êtres très grands \u2014 précisément parce qu\u2019ils sont grands \u2014 de pouvoir se pencher vers les infiniment petits, les infiniment misérables.Or Dieu se penche sur cette Marguerite, elle accepte de le suivre et son calvaire de pénitences volontairement acceptées la purifie jusqu\u2019à en faire une ardente épouse du Christ.Mauriac connaît comme pas un le cœur de l\u2019homme.C\u2019est pourquoi si ses analyses nous surprennent, c\u2019est qu\u2019elles ont la profondeur de la vie même.Ce livre peut faire beaucoup de bien, à ceux-là surtout qui ont trop vécu, c\u2019est-à-dire qui ont mal vécu \u2014 ils sont nombreux ; mais il serait inopportun d\u2019en recommander la lecture aux adolescents et à d\u2019autres.D\u2019ailleurs il n\u2019est pas fait pour eux ! Ant.Lamarche, O.P.R.P.Pierre Trudee, O.P.\u2014 « Vad e-mecum du policier chrétien ».Les Editions du Lévrier, Montréal, 1945.15.5 cm.128 pp.Quel est le policier qui ne connaît le Père Trudel ! Il suffit de citer son nom pour que le regard de justice se change en regard d\u2019indulgence sur le coupable.Et cela s\u2019explique.Le Père Trudel a vécu avec nos policiers, il leur a prêché de nombreuses retraites, il a reçu leurs confidences et surtout leur a donné de sages conseils.Ce livre est le fruit de son expérience et vient à son heure.On parle d\u2019enquête sur notre force constabulaire et le Père Trudel lui propose un idéal de vie \u2014 qui se passe d\u2019enquête \u2014 propre à rénover le policier tout entier et par lui la société.Compétence, profondeur, simplicité et clarté se retrouvent à chaque ligne et toujours en rapport avec les devoirs du policier chrétien.C\u2019est un vrai traité de morale professionnelle ! Je signale tout particulièrement le premier chapitre : Noblesse de la profession, exposé fort bien fait du rôle de la police en pays chrétien.Et 120 L ESPRIT DES LIVRES pourquoi pas les suivants ?C onscience, Sens social, Travail, Vie chrétienne, Apostolat.Puis viennent les prières que tout chrétien doit savoir et ce qui est très pratique : un résumé des devoirs du policier chrétien devant un blessé agonisant.Honoré d\u2019une lettre de Mgr l\u2019Archevêque de Montréal, ce vade-mecum mérite son nom.Dans la poche du policier et de tous ses détracteurs \u2014 ils sont nombreux \u2014 il a sa place.Ant.Lamarche, O.P.Une Ursuline \u2014 « Les trois enfants de Fatima ».Les Editions Fides, Montréal, 1945.19 cm.107 pp.Sans une pièce de théâtre il aurait manqué quelque chose à la production littéraire en l\u2019honneur de Notre-Dame de Fatima.Une religieuse ursuline comble cette lacune en nous offrant une saynète en sept tableaux qui fait revivre les célèbres apparitions de mai à octobre 1917.Les dialogues se déroulent dans une simplicité toute enfantine et dans un décor facile à monter.A la manière de Ghéon, l\u2019auteur fait précéder chaque tableau d\u2019un récit historique qui annonce le jeu, crée l\u2019atmosphère.L\u2019auditeur ainsi préparé devient inconsciemment acteur.Le contact \u2014 si cher au Père Legault \u2014 entre l\u2019homme de la scène et celui de la salle est fait.Et la pièce ne peut alors que donner ses meilleurs résultats.Nul doute que nos écoliers et écolières s\u2019empresseront de jouer ce drame qui contient la plus grande manifestation du Ciel à la terre en notre siècle.Ant.Lamarche, O.P.Mgr Baunard \u2022\u2014> « Le vieillard ».Les Editions Variétés, Montréal, 1945.19 cm.544 pp.Evoquer ses souvenirs et ses expériences personnelles, rappeler les noms et les œuvres des grands hommes d\u2019Etat, d\u2019Eglise et de Lettres qui ont voyagé avec lui, préciser le sens de cette doctrine de vie que contient le christianisme, telle est la dernière et bienfaisante clarté que projette ce vieillard avant de disparaître paré de toutes les splendeurs du couchant.Les extrêmes se touchent et c\u2019est ce qui explique pour une part la vogue de ce livre auprès de nombreuses générations d\u2019écoliers.Ce peut être aussi, d\u2019autre part, le désir de trouver le secret de la sagesse.Mais c\u2019est une surprise de le découvrir dans cette vie débordante qu\u2019est l\u2019art de rester jeune.Jeunes et vieux, lisons Le vieillard.Nous y verrons que les feuilles d\u2019automne n\u2019ont rien à envier aux luxurieuses végétations printanières.Ant.Lamarche, O.P.121 Revue dominicaine Henri Massis \u2014 « Découverte de la Russie ».Les Editions Variétés, Montréal, 1945.19 cm.219 pp.En 1925, M.Henri Massis nous présentait « Défense de l\u2019Occident » contre la nuit qui vient de l\u2019Orient.Ce livre, un vrai cri d\u2019alarme, jeta la consternation dans bien des esprits.D\u2019aucuns doutèrent de ses avancés alors que d\u2019autres mieux éclairés furent saisis d\u2019une frayeur que les événements devaient justifier.Aujourd\u2019hui, ce même M.Massis, philosophe, moraliste, psychologue, esprit ouvert à tous les événements mondiaux, complète son premier volume en se basant sur l\u2019évolution russe des dix dernières années tout particulièrement et nous livre 219 pages d\u2019histoire judicieusement commentée et du plus haut intérêt sur notre alliée orientale.Des faits, il descend à la cause et ne craint pas d\u2019affirmer que cette ennemie qu\u2019Hitler prétendait détruire en quelques semaines est une puissance formidable, parfaitement industrialisée avec une armée de chimistes, de techniciens, de spécialistes de toutes sortes aussi longtemps inconnue que l\u2019armée militaire avant ses succès sur les champs de bataille.Dans la Revue dominicaine d\u2019octobre 1945, M.Pierre Ricour nous présentant Le colosse russe signalait également cette puissance matérielle et morale de la Russie et rejoignait sans le soupçonner l\u2019auteur de Découverte de la Russie.Quatre chapitres forment le fond de ce volume.La Russie remonte vers ses sources, redevient comme à l\u2019époque des grands Khans tartares et mongols l\u2019avant-garde de l\u2019Asie en Europe ; Découverte de la Russie ou son irruption sur les territoires fécondés par la civilisation ; Bilan de la Révolution russe d\u2019après sa hausse matérielle et sa baisse morale qui dans l\u2019ensemble forment une authentique régression de civilisation ; La Russie à la conquête du monde par sa doctrine universaliste et son organisation internationale.Elle menace les destinées du genre humain tout entier.Puis viennent, en appendices, 58 pages de notes sur l\u2019industrie, la politique, les capitaux, les relations internationales, etc.Parce qu\u2019il ne se contente pas seulement de collectionner des faits mais surtout de les analyser en profondeur, dans leurs sources et leurs conséquences, en philosophe averti, M.Massis complète heureusement les épais commentaires de messieurs White et Davies.Qui veut connaître et comprendre les aspirations de la Russie au sein de l\u2019Organisation des nations unies doit lire « Découverte de la Russie ».Ant.Lamarche, O.P.Robert-E.Llewellyn « Ta personne ».Les Editions Fides, Montréal, 1945.16.5 cm.175 pp.« Ta personne « est le premier volume d\u2019une nouvelle collection pleine de promesses : Ta mission aujourd\u2019hui et comprendra trois autres volumes : «Ton milieu», «Ton mari», «Ton foyer».Destinée aux jeunes filles et 122 L\u2019esprit des livres aux jeunes épouses, et à en juger par le souffle vital qui anime chaque ligne du présent volume, cette collection ne peut être que bienfaisante parce que essentiellement moralisatrice.Sous une forme simple et variée comme la vie elle-même se cache le véritable idéal que toute jeune fille doit poursuivre.L\u2019auteur, célèbre par ses commentaires aussi cinglants qu\u2019humoristiques des Fables de La Fontaine à la radio, pince-sans-rire de tous nos travers, a le don de toucher à tout sans toucher à personne, de nous bousculer sans paraître s\u2019en apercevoir.Il a aussi le mérite de faire du neuf avec du vieux en tirant ses comparaisons de faits que tout le monde observé.La cuisine, le jardinage, la mode, le sport, les champs, la basse-cour servent de commencements à des finales de haute moralité.On tombe dans le piège, mais une flèche indique la porte de sortie : exit.L\u2019esprit gaulois abonde et c\u2019est le cas de redire : castigat ridendo mores.A cette source de féminisme authentique nos suffragettes devraient s\u2019abreuver, y faire leur plein d\u2019essence avant de s\u2019élancer à la conquête du monde par la conquête d\u2019elles-mêmes d\u2019abord et des hommes ensuite sur les routes de l\u2019éternité.Ant.Lamarche, O.P.Antoine Bon >\u2014> « L art et I homme ».Atlantica Editoria, Rio de Janeiro, 1945.186 pp.Dans cet ouvrage au titre séduisant, M.Antoine Bon nous offre des réflexions sur l\u2019art considéré non pas en lui-même et selon sa valeur purement esthétique, mais en tant qu\u2019il nous fait connaître l\u2019artiste qui le crée.L\u2019art est non seulement une œuvre de beauté, c\u2019est un document humain.L\u2019étude de cet aspect particulier de l\u2019œuvre nous aidera d\u2019ailleurs à pénétrer sa beauté.Le livre débute par un bel hommage au maître Henri Focillon.Entre autres choses, M.Bon nous rappelle les idées originales du grand historien sur l\u2019espace tel que conçu par l\u2019artiste ; c\u2019est un milieu essentiellement hétérogène, qui nous présente les mêmes formes sous des aspects infiniment variés.Focillon accorde à l\u2019espace les privilèges que Bergson et Proust réservaient à la seule durée.C\u2019est surtout dans la seconde partie du volume que l\u2019auteur nous présente ses idées sur l\u2019art et l\u2019homme.M.Bon constate avec raison que le grand intérêt manifesté aujourd\u2019hui aux choses de l\u2019art est malheureusement désordonné ; on nous présente les œuvres pêle-mêle, sans nous initier aux conditions historiques et psychologiques dans lesquelles elles ont été créées, de sorte que nous ne voyons guère leur valeur humaine.L\u2019auteur esquisse ensuite brillamment les rapports qu\u2019on peut établir entre les grandes civilisations du passé et l\u2019art qu\u2019elles ont laissé.Il explique ses idées en prenant comme exemple l\u2019évolution du style baroque.L\u2019ouvrage se termine par des considérations suggestives sur l\u2019art moderne.Paul Lacoste 125 Revue dominicaine Jacques Rousseau \u2014 « L\u2019hérédité et l\u2019homme ».Montréal, Editions de I Arhre, 1945.19.5 cm.254 pp.Trois sections.La première pose puis étudie en détail le problème de l\u2019hérédité nettement distincte de l\u2019atavisme.Puis à partir de la page 91, l\u2019auteur examine rapidement les influences possibles de l\u2019hérédité dans notre conformation physique et dans notre système nerveux.Les pages 152-195 traitent de l\u2019hérédité pathologique pouvant être repérée dans un foyer qui se fonde ; M.Rousseau y élève ses recherches jusqu\u2019à la question d\u2019une race humaine pure si chère aux défunts théoriciens nazistes.Un dernier chapitre consacré à l\u2019eugénique (pp.196-216) s\u2019inspire à la fois de l\u2019enseignement de l\u2019Eglise sur le sujet et de l\u2019excellent commentaire que le T.IL P.M.-C.Forest, O.P., Doyen de la Faculté de Philosophie de l\u2019Université de Montréal, en a donné dans notre R.D.en mai et juin 1930.Un très utile glossaire et un index suffisamment détaillé viennent compléter la valeur d\u2019information de cette monographie scientifique de substance solide et d\u2019agréable lecture.Claude Clément Abbé Léonce Boivin ^ « Le Combat Social.Tome VII : L économique.Tome VIII : L Eglise ».Les Eboulements (Charlevoix, P.Q.), chez l\u2019auteur, 1945.2 vol.20 cm.204 et 252 pp.Pour les volumes précédents, on voudra bien se reporter aux recensions parues dans la R.D.en novembre 1942, p.251, juillet-août 1943, p.63 et juillet-août 1944, p.62.Le sixième volume traitait de la politique.Le suivant veut étudier l\u2019économique qui en est une partie.Deux grandes divisions : économie sociale et économie politique.Les deux domaines chevauchent parfois l\u2019un sur l\u2019autre dans l\u2019ouvrage de M.Boivin.Ils admettent ici trop d\u2019éléments étrangers tandis qu\u2019ailleurs ils exiravaguent avec une générosité toute médiévale.Mais l\u2019ensemble est puisé aux bonnes sources et pourra rendre de très utiles services.L opportunité du tome VIII consacré à l\u2019Eglise est burinée dans les deux pages liminaires de Son Exc.Mgr Georges Melançon.Dans ce volume, la matière traitée est à la fois plus une, mieux condensée et plus complète.Nous remercions M.le Curé des Eboulements de cette synthèse en huit volumes où il a réuni le meilleur de ses lectures et de ses réflexions.Albert Lacroix Jovette Bernier « Mon deuil en rouge ».Editions Serge Brousseau, Montréal, 1945.90 pp.Mademoiselle Bernier nous présente des poèmes écrits pour la plupart il Y a déjà quelques années.On notera l\u2019originalité des titres donnés à ces pièces assez disparates.Le lecteur trouvera dans ce recueil la poésie tour- 124 L\u2019esprit des livres mentée et prenante qui est caractéristique de l\u2019auteur.Même dans les passages où il se permet quelque fantaisie, le poète garde un soupçon d\u2019incurable désabusement.Le livre présente des sujets variés, mais ils paraissent presque tous des variations d\u2019un même thème : la tristesse.Ce thème, mademoiselle Bernier en tire d\u2019ailleurs presque toujours d\u2019heureux effets.On remarquera la variété de la forme, très souple sans être relâchée.Paid Lacoste Georges Duhamel -\u2014¦ « Inventaire de I abîme ».Paul Hartmann, éditeur, Paris, 1944.Distributeur: Editions Variétés, Montréal, 208 pp.19.5 cm.C\u2019est le premier volume des mémoires de l\u2019auteur.L\u2019ordonnance de l\u2019ouvrage est assez originale.On ne trouve guère de récit suivi, et Duhamel donne à ses chapitres des titres plutôt fantaisistes.Parfois, ces « mémoires » ressemblent plus à un roman que la « Chronique des Pasquier » elle-même.Il y a d\u2019ailleurs entre les deux œuvres de frappantes analogies.Ainsi le père de Duhamel accapare notre intérêt comme dans la « Chronique des Pasquier ».On se demande par ailleurs si Duhamel ne s\u2019est pas révélé plus sous le nom de Laurent Pasquier que sous le sien.Il a eu soin parfois de mettre les choses au point et de nous indiquer un peu la part de fiction et de réalité qu\u2019il a mise dans ses « Pasquier ».L\u2019ouvrage renferme des hors-d\u2019œuvre, agréables sans doute, mais qui empiètent un peu sur les « mémoires ».On eût aimé un livre plus homogène.Paul Lacoste Georges Duhamel >\u2014- « Biographie de mes fantômes ».Paul Hartmann, éditeur, Paris, 1944.215 pp.Ce volume nous reporte aux années 1901-1906.Après nous avoir raconté son enfance, Duhamel évoque sa jeunesse.Le deuxième tome présente en général les caractères du premier.On y trouve cependant une part plus grande faite aux « mémoires » proprement dits.Les souvenirs semblent mieux reliés entre eux.L\u2019auteur nous parle de ses maîtres et de ses amis avec une émotion visible, mais qui demeure toujours discrète.Il nous transporte à cette époque fiévreuse où le rationalisme et le scientisme, triomphants jusque-là, commençaient à ressentir les « revanches de l\u2019irrationnel ».Peut-être Duhamel aurait-il pu reconstituer avec plus de puissance le milieu intellectuel dans lequel il a reçu sa formation.Mais il excelle à évoquer l\u2019atmosphère des hôpitaux où il a commencé sa carrière de médecin.On peut regretter que dans ces deux livres consacrés au passé Duhamel se soit parfois livré à des réflexions sur les malheurs de notre temps.Cet anachronisme nuit un peu au plaisir que l\u2019on éprouve à lire l\u2019« Inventaire » et la « Biographie ».Paul Lacoste 125 Revue dominicaine Georges Duhamel « Chronique des saisons amères ».Paul Hartmann, éditeur, Paris, 1940-1943.Distributeurs : Editions Valiquette, Montréal.228 pp.18 cm.Gomme l\u2019auteur nous l\u2019annonce lui-même dans sa préface, son ouvrage est disparate.Une partie relativement mince a trait aux « saisons amères » proprement dites.Mais lorsqu\u2019il en parle, Duhamel le fait avec une parfaite discrétion.Il nous épargne les remarques tendancieuses que l\u2019on a trop souvent déplorées dans les ouvrages de ce genre.Par contre, il nous livre des aspects intimes et bien humains de la vie pendant la guerre, avec la sympathie communicative qui est propre à l\u2019auteur de « Salavin ».On retrouve ici et là les préoccupations habituelles de l\u2019auteur : le rôle des humanités dans la culture contemporaine, les droits et les devoirs de l\u2019écrivain, etc.La deuxième partie du livre renferme quelques considérations suggestives sur certains éléments de notre civilisation : Les difficultés de la guerre ont fait prendre conscience à l\u2019auteur de l\u2019importance des objets modestes, et dont les écrivains parlent peu : le tissu, le feu, etc.Il nous en fait un « éloge » original.La « chronique » de Duhamel est certes une des œuvres les plus intéressantes qu\u2019ont inspirées les « saisons amères ».Paul Lacoste Henry Bordeaux \u2014 « Le remorqueur ».Librairie Plon, Paris, 1945.Distributeurs : Editions Variétés, Montréal.510 pp.Dans l\u2019énorme production contemporaine les romans ont de bonnes chances de passer inaperçus, même s\u2019ils sont originaux, car le lecteur moderne est habitué aux innovations heureuses.Mais un livre de M.Henry Bordeaux ne court jamais ce danger, car l\u2019auteur a su conserver un genre extrêmement dépourvu de cette originalité, à laquelle les romanciers de talents nous ont habitués, et qui est ainsi devenue banale.C\u2019est là chez l\u2019auteur du « Remorqueur » une certaine originalité à rebours et qu\u2019il convient de signaler.Ce roman nous présente des personnages fort bien marqués, car l\u2019auteur les fait évoluer très lentement ; non pas toutefois à la manière tourmentée d\u2019un Proust, mais de façon simple, à un rythme uniforme et de tout repos.Le style est parfaitement adapté aux idées de l\u2019auteur, et ainsi tout le livre offre une belle unité qui fera la joie de ceux qui savent goûter cette forme d\u2019art.Paul Lacoste 126 L\u2019esprit des livres Présentations : Pri ncesse Bibesco \u2014 « Images d\u2019Epinal ».Librairie Plon, Paris, 1945.Les Editions Variétés, Montréal, 1945.19 cm.213 pp.Sous ce titre, cette dame roumaine d\u2019éducation française a rassemblé les visages qu\u2019elle a connus en accentuant leurs traits dominants.Lyautey, Lindberg, l\u2019Impératrice Eugénie, C.Chaplin, Albert I, etc.défilent sous nos yeux.La raison de ce choix : « ils frappent l\u2019imagination populaire».Puis viennent «Lettres de combattants anglais».Très bien écrits et instructifs sont ces fragments de vies célèbres.A.L.Princesse Bibesco \u2014 « Feuilles de calendrier ».19 cm.226 pp.Ibidem.Pages de journal précédées d\u2019un préavis, ces feuilles sont pleines d\u2019évocation de choses et d\u2019hommes vus.Rien de bas.Tout est noble et grand.Je signale le dernier chapitre, finale grandiose sur feuille pourpre : Le Cardinal Pacelli.A.L.Abbé Albert Tessier \u2014 «Une fleur du Richelieu».Les Editions Fides, Montréal, 1945.25 cm.48 pp.Cette vie de Mère Marie-Rose (Eulalie Durocher) fondatrice des Soeurs des Saints-Noms de Jésus et Marie, illustrée à chaque page d\u2019un dessin évocatif de Rolland Boulanger, due à la plume de cet artiste laurentien qu\u2019est l\u2019abbé Tessier, ne peut décevoir le lecteur.Juste l\u2019essentiel dans une concision admirable et sans obscurité.A.L.Jeanne UArchevêque-Duguay \u2014 « Fleurs vivantes ».Les Editions Fides, Montréal, 1945.25 cm.48 pp.Une ravissante photo enfantine à chaque page et l\u2019enfant devant ce portrait demande sans cesse pourquoi telle chose.La mère répond toujours avec sagesse et finesse.L\u2019offrande de cet album Tavi à une jeune mère est de circonstance.A l\u2019enfant qui marche également.A.L.En collaboration \u2014 « La J.A.G.en action ».Le Centre diocésain d\u2019Action catholique, Québec, 1945.17 cm.72 pp.Cette brochure joliment illustrée de photos champêtres et religieuses inaugure heureusement une nouvelle collection : Pour construire.Rien d\u2019austère dans ces pages pittoresques.Mais une jeunesse active et joyeuse au service de la terre et de l\u2019Eglise travaille à l\u2019expansion du règne du Christ par l\u2019exemple et la parole.La structure de la J.A.C.nous est démontrée par le mouvement \u2014 comme il convient.Les conclusions viennent des faits.Voilà qui est conquérant.A.L.S.R.D.\u2014?« Présentations ».Société Royale du Canada.21 cm.60 pp.Les discours prononcés à Québec, le 31 octobre 1943 et à Montréal, le 27 février 1944 pour la réception de nouveaux membres à la Société Royale du Canada forment la matière de ce fascicule de haut intérêt.A.L.127 Revue dominicaine Séraphin Marion \u2014 « A la conquête du haut savoir ».Les Editions de l\u2019Université d\u2019Ottawa, 1945.25 cm.27 pp.Au sein de la «Modem Language Association» est née en 1941 la «North American French Language and Literature Association» dont le but est de stimuler la production littéraire des populations françaises de l\u2019Amérique du Nord.Et l\u2019auteur, conférencier au Congrès 1944 de la dite société, en profite pour retracer le tableau de la vie intellectuelle de nos universités en ces dernières décades.Très instructif.A.L.« Duhamel dans ses plus beaux textes ».Les Editions Fides, Montréal, 1945.17 cm.94 pp.Après avoir parcouru ces fragments hétérogènes d\u2019une grande œuvre, peut-on dire en fermant ce Pocket-book : J\u2019ai lu du Duhamel A.L.Philippe Girardet \u2014 « La psychologie appliquée aux affaires ».Chez l\u2019auteur: 102, avenue du Roule, Neuilly-sur-Seine.Distributeur au Canada: Belisle, 4, rue St-Jacques, Québec.21 cm.211 pp.L\u2019auteur aurait pu faire plus de cas de la psychologie du lecteur.On se demande à qui est destiné cet ouvrage.Est-ce un manuel pour écolier Alors passe.Il comporte tout un amas de richesses pour ceux qui ont le temps de le digérer page par page, systématiquement.Je doute fort que l\u2019homme moyen déjà dans les affaires, aie le courage d\u2019en achever la lecture.S\u2019il l\u2019a, il en retirera grand profit.Encore une fois ce livre pèche tout d\u2019abord par la trop grande abondance de matériel.L.-M.Guay M.-A.Couturier, O.P.\u2014 «Marcel Parizeau».Les Editions de l\u2019Arbre, Montréal, 1945.24 cm.68 pp.Cela paraît à la lecture de cette courte biographie : Marcel Parizeau fut un ami intime du Père Couturier.Paraît aussi le fait que le Père Couturier est non seulement un artiste consommé mais un écrivain et psychologue de première force.Les quelques pages qu\u2019il nous présente sont des plus intéressantes.On regrette que ce ne soit pas un ouvrage de plus grande dimension, qu\u2019en marge non seulement des efforts de Marcel Parizeau mais de nos autres architectes et de leurs réalisations le Père Couturier ne nous en dise pas davantage, tout spécialement sur le problème de la construction du logis au Canada.L.-M.Guay Jules-Bernard Gingras \u2014 « Initiation à la science politique ».Les Editions Fides, Montréal, 1945.19 cm.175 pp.L\u2019auteur le dit lui-même : il ne prétend pas apporter du nouveau.Il lui faut faire gré quand même de ce qu\u2019il nous donne : une synthèse fort bien faite de la science politique, vue d\u2019un œil chrétien.D\u2019une lecture facile ce petit livre peut certainement rendre grand service dans un temps où l\u2019ordre politique devient le problème de tous.Initiation à la science politique est un titre qui qualifie exactement le contenu de ce livre.L.-M.Guay Germaine Beaumont \u2014 « Agnès de rien ».Les Editions Variétés, Montréal, 1945.19 cm.230 pp.Les Editions Variétés présente au public un roman : « Agnès de rien » par Germaine Beaumont.Il faudrait s\u2019épater : c\u2019est une primeur de Paris ! Nous savons tous qu\u2019il y a des primeurs qui ne se compareront jamais aux beaux fruits récoltés en temps normal.Il se peut aussi qu\u2019actuellement Paris se contente de peu au point de vue intellectuel tout comme il est obligé de le faire dans l\u2019ordre physique.En somme, rien d\u2019épatant.Un petit roman à l\u2019eau de rose, plutôt insignifiant.Lisez-le si vous n\u2019avez rien de mieux à faire.L.-M.Guay 128 wvvwwvvvw\\v\\wvvvvvv wwwvwvvww kwvwwwwvwvwvvwwwvwvwwwvwwwwwwvi fWWWWVVWVVWWVVVVWVVVVWVWVVVWVVVVVVWWVWVVVVWVVI VWWWWVWVWWWWV1 LES RECENSIONS DU MOIS.ne R Le Christ, notre Roi, par l\u2019abbé G.Thuot .Sainte Marguerite de Cortone, par François Mauriac Les trois enfants de Fatima, par Une Religieuse Ursuli Le vieillard, par Mgr Baunard.Découverte de la Russie, par Henri Massis Ta personne, par R.-E.Llewellyn .L\u2019hérédité et l\u2019homme, par Jacques Rousseau .Inventaire de l\u2019abîme, par Georges Duhamel .Biographie de mes fantômes, par Georges Duhamel .Chronique des saisons amères, par Georges Duhamel Le remorqueur, par Henry Bordeaux.Images d\u2019Epinal, par la Princesse Bibesco .Feuilles de calendrier, par la Princesse Bibesco .Une fleur du Richelieu, par l\u2019abbé Albert Tessier (ill.) Fleurs vivantes, par Jeanne L\u2019Archevêque-Duguay (ill.) Duhamel dans ses plus beaux textes .Marcel Parizeau, par M.-A.Couturier .Initiation à la science politique, par J.-B.Gingras .^VVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVN^VVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVN AUX ÉDITIONS DU LÉVRIER LA THÉORIE DES PREMIERS PRINCIPES SELON MAINE DE DIRAS par Arcade-M.Monette, O.P.Diplômé d\u2019Etudes Supérieures de Philosophie (Paris, Sorbonne).Docteur en Philosophie.\u2022 \u2022 \u2022 La Philosophie première d un grand précurseur de Bergson «.II restera difficile de saisir le sens de la reckercke de Bergson qui remplit la première moitié de ce siècle, si, plus loin de soi, I on n\u2019a pas vu Maine de Biran par une reckercke analogue dépasser son propre siècle, le dix-kuitième, et assurer la victoire d\u2019une vraie pkilosopkie ».Un volume de 240 pages PRIX : $1.50 en vente à : LA LIBRAIRIE DOMINICAINE 5375, Av.N.-D.de Grâce (WA.6765) Montréal \u2014 95, Av.Empress (Tél.2-7363) Ottawa wvwwwwwvwwwww^wwvwwvwwwvvwvvwwvwvwvwwwvwwvwwvwwv /VWVVVVVW\\VWVVVVVVV^yVVVWVVWWWWWWVVVVVWWWVVVVWVWWWVVVVWVVVVWW Au service des Canadiens-Français de l\u2019Ontario et de l\u2019Ouest du Québec depuis plus de 30 ans 98 RUE GEORGES ABONNEZ-VOUS ET FAITES ABONNER VOS AMIS AU QUOTIDIEN Le Dboit OTTAWA, GAN.2875, rue CENTRE The Sherwin-Williams Co.Avec les compliments de of Canada, Limited MONTRÉAL Wllbank 7121 Tél.CRescent 4137 MAISON JOSEPH CORBEIL 6500, rue Saint-Hubert Achète bien qui achète chez Au service du public depuis 1868 X LE DEVOIR Direrfeür-fc'raéfieorKsPELLfIBi fflIS Cf OÜf DOIS Rédacteur en chef: Orner HfhOUX TROIS 50US LE NUf«§ft0 ABOmEIÏIEnTS PAR LA P05TE EDITIOn QUOTIDIEfinB CANADA.>6.00 (Sauf Montréal «t banftepe) E.UnisetEmpireBritanniqu* 8.00 UNION POSTALE.10.00 Peinture de haute qualité MANUFACTURIERS 4340, Papineau \u2014 Montréal \u2014 Tél.FRontenac 7424 Manufacturiers spécialistes d\u2019ornements d\u2019églises et accessoires funéraires en tous métaux \u2022 Placage or, argent, chrome Réparations générales ARTHUR GUYOT, ENKG.1031 EST, RUE RACHEL \u2014 CHerrier 6577 MONTRÉAL \u2022\tNOS TABERNACLES \u2022\tSONT EXCLUSIFS EN \u2022\tMODÈLE ET QUALITE Atelier et Bureau : Tél.DOllard 4694* 6641, rue Saint-Hubert Montréal DU MANUFACTURIER AU CONSOMMATEUR UNGBME 16 MAGASINS A VOTRE SERVICE CANADIAN MARGA PRODUCING C0.Chapelets \u2014 Crucifix \u2014 Cadres \u2014 Articles en dois Jouets \u2014 Cendriers \u2014 Poteries \u2014 Etc.Tél.LAncaster G917\t33 est, Notre-Dame, Montréal -1 XI AMOUR TENACE par Adrienne Maillet Auteur de plusieurs romans très appréciés, Mlle Maillet excelle dans un genre littéraire très captivant.Ce dernier Amour Tenace ne décevra pas plus que les autres.L\u2019auteur sait garder l\u2019intérêt qu\u2019offrent les ouvrages les plus populaires de ses sœurs de France, les romanciers pour jeunes filles les plus célèbres, tout en offrant par surcroît le plaisir de voir dans des scènes délicatement canadiennes se dérouler les aventures de nos compatriotes.Tous voudront lire cet ouvrage passionnant et pathétique.Un volume de 200 pages PRIX : $1.25 JE VOUS Al TANT AIMEE par Ernest Pallascio-Morin Essai sur l amitié, le bonheur, l\u2019amour Ce livre \u2014 qui ne veut pas être estampillé comme un essai savant sur ces trois manifestations de notre vie quotidienne \u2014 est une étude charmante et délicate qui retiendra l\u2019attention.Vous aimerez Sylvie comme il l\u2019aime lui-même.D\u2019ailleurs, c\u2019est parce qu\u2019il l\u2019aime qu\u2019il écrit franchement ses réactions et qu\u2019il tend à réaliser son rêve.Sylvie, c\u2019est peut-être votre premier amour.Vous la reconnaîtrez ! PRIX : $1.25 Du même auteur : JESUS PASSAIT Un livre évoquant la vîe publique du Christ.L\u2019auteur ne prétend pas découvrir le Christ ni encore moins remplacer les quatre évangiles.Il met en lumière la vie extraordinaire, magnifique, glorieuse de cet Homme qui a passé en faisant le bien.Il ne prêche à personne ! Il se place plutôt devant la vie magnifique du Christ et l\u2019étudie avec tendresse ; il se prêche à lui-même et cela n\u2019est sûrement pas un manque de courage.Il voit, dans le Christ, l\u2019Homme que l\u2019on cherche aujourd'hui pour tirer le monde de l\u2019horreur où il est tombé ! PRIX : $1.25 r f ¦ l .En vente à : LA LIBRAIRIE DOMINICAINE 5375, AV.N.-D.DE GRÂCE TEL.WA.6765 MONTRÉAL - 28 95.AVENUE EMPRESS - TEL.2-7363 - OTTAWA I 999999999997 999999999835 'VWVWWWWWWWWWWWWWWWWA W WWWWWWWWWWWWW WWWWWWWWWWWWWWWW wwwwwwwwwwwv'] \u201cLA PETITE SOMME DE S.THOMAS\u201d Un deuxième envoi nous arrivera d Europe bientôt C\u2019est une edition «classique» de la Somme de S.Thomas que tous les professionnels aussi bien que le clergé seront heureux de trouver au Canada, et les bibliothécaires pourront parfaire leurs séries d\u2019avant-guerre.Chaque traité est présenté par un spécialiste, avec le texte latin et la traduction française accompagnée de notes explicatives et d\u2019appendices.Les volumes sont d\u2019un format élégant, commode, soit (10 x 17 cm.), et d\u2019une typographie soignée.Brochés, ils sont présentés sous des teintes de nuances variées, afin de bien distinguer les différentes parties de la Somme.Quelques titres sont épuisés en Europe, mais seront réimprimés.(Prix à fixer) CvWWWWWVWWWWWW .wwww w w wwvwwwwwwwwwwwwwwwwwvwwwwv» % ^WWWWWWWWWWWWWWWWWWWWWWWWWWWWWWVkWWWWWWWWWWWW LES REVUES DE FRANCE chez nous LA VIE SPIRITUELLE (revue mensuelle) 1.
de

Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.

Lien de téléchargement:

Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.