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Titre :
Revue dominicaine
Éditeur :
  • St-Hyacinthe :Couvent de Notre-Dame du Rosaire,1915-1961
Contenu spécifique :
Février
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Rosaire
  • Successeur :
  • Maintenant
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Revue dominicaine, 1947-02, Collections de BAnQ.

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[" REVUE DOAÎNKAiNE ENTREPRENEURS ENTREPRENEURS Tuile, Terrozzo, Marbre,Ardoise, Pierre Artificielle, Pavages, Trottoirs, etc.- J.IGN.BILODEAU- PRÉS.ETOÉRAMT TEL.2-11-4-3\tÔ2, RUE RICHELIEU, QUÉBEC.-J.LABEUE- Tél.ô2l6 j.S.Ru\tDiplômé General Motors leîlanri CARRi Réparations dAutomobiles et de Rambourage Carrosserie endommagée et dé bossage de tous genres.2, Christophe Golomb,\t3SSIER _ Spécialité:\u2014 Peinturage Duco Dupont Vitrage des Chars Mécanique.Québec, RQ.HOMMAGES DE\tTÉL.4-2473 M.J.O\u2019BRIEN Spécialités pour Bâtisses et Constructions\t* LA CIE HUBERT MOISAN Représentant de Truscon Steel Co.of Canada Ltd.\tASSURANCE FUNÉRAIRE DE QUÉBEC Spécialistes en charpente de bâtisse Truscon Laboratories Canada Ltd., Canadian Cork Co.Ltd., K.V.Gardner Ltd.\tSERVICE D\u2019AMBULANCE Tél.5992\t13, rue d\u2019Aiguillon\tQuébec, P.Q.\t297, rue St-Joseph\tQuébec.P.Q.ARMAND MATHIEU\tEDMOND SYLVAIN (TÉL.3-3776)\t(TÉL.9898) (TlflTHIEU a SYlVRin errmepueneuRS 44, Ste-Ursule, Québec, P.Q.\tTél.2-224 FAVORITE SMALLWARES, LTD.P.-M.LACOMBE, Président Bibelots, nouveautés, articles de toilette et de beauté.PRODUITS ALIMENTAIRES 101, Av.des Oblats, \u2014 Tél.7584 \u2014 Québec, P.Q.2 2656\tSERVICE SERVICE JOUR ET NUIT\tD'AMBULANCE Adélard & Gustave Lépine INCORPORÉ DIRECTEURS DE FUNÉRAILLES SALONS MORTUAIRES MODERNES 42, CHEMIN SAINTE-FOY VIS-À-VIS DES ÉRABLES\tQUÉBEC CHARLAND ET BERNARD Ltée Soudure au gaz et à l\u2019électricité de tous les métaux Réparation et nettoyage de radiateurs d\u2019automobile Fabrication de réservoirs Angle 1ère Avenue et 4ème Rue \u2014 Tél.4-2772 \u2014 Québec\t0.PICARD & FILS INC.PLOMBERIE \u2014 CHAUFFAGE \u2014 ÉLECTRICITÉ VENTILATION \u2014 AIR CLIMATISÉ gérant .J.-C.LACHANCE 78, St-Augustin Tél.2-1239 Québec, P.Q.\t Tél.: 6325\tJ.-B.HENRI MATTE\t MANUFACTURIERS DE TUYAUX EN CIMENT\tPEINTURE \u2014 TAPISSEUR\t TUYAUX VIBRÉS ENRG.\tSpécialités : ouvrage au fusil, lettrage et imitation Prix modérés.\t 370, Dorchester\tQuébec, P.Q.\tBureau \u2014 849, rue St-Vallier, Tél.: 2-3164 \u2014 Québec, P.Q.\t LES PRODUITS SYLVIA ENRG.JOS.GIGNAC, prop.Brille en séchant ! 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Architectes : Côté, Philippe, 219, St-Jean Tél.2-5177 .Québec, P.Q.Desmenles, Gabriel, 226, St-Jean, Tél.4-3864 .Québec, P.Q.Drouin, J.-C., 104, St-Jean, Tél.2-8618 .Québec, P.Q.Larue, J.-Albert, 6711, Durocher, Tél.CR.2734 .-.Montréal Rousseau & Turcotte, 308, St-Jean, Tél.3-6747, Québec, P.Q.Architectes Lemieux, 760, Square Victoria, LA.2870, Mti,.Ludger Lemieux \u2014 A.A.P.Q.\u2014 M.R.A.I.C.Paul M.Lemieux \u2014 B.A.\u2014 M.R.A.I.C.\u2014 A.A.P.Q.\u2014 D.P.L.G.F.Arpenteurs-Géomètres et Ingénieurs Forestiers : Bélanger et Bourget, 86, Côte de la Mont., Tél.2-5180, Québec Gastonguay, Jules-P-, 71, St-Pierre, Tél.2-3400 .Québec, P.Q.Articles de Sport : Le Palais des Sports, 67, Côte d\u2019Abraham, Tél.3-2341, Québec Ascenseurs : La Cie F.-X.Drolet, 206, Du Pont, Tél.4-4641 .Québec, P.Q.Assurances Générales : Bernardin Frères, 1285, Visitation, Tél.CHerrier 3195, Montréal Assurance : National Life Assurance Co.: Arsenault, Bona, Gérant, 80, St-Pierre, Tél.2-5785.Québec, Assurance : La Solidarité, Cie D\u2019Assurance-Vie : Siège social, 126, St-Pierre, Tél.4-4034 .Québec, P.Q.Autobus à Lorette, Aérodrome, Champigny, Lac ST-JOSEPH, STE-CATHERINE : Drolet, A., Ltée, 155, boul.Charest, Tél.2-8494 .Québec, P.Q.Autobus Fournier Ltée : Québec au Camp Val- CARTIER, STE-FOYE, LAC ST-CHARLES, ST-RAYMOND: Terminus, 601, boul.Charest Tél.6182-34, St-Augustin, 2-5946 AUTOMOBILES (Soudure, Débossage, Peinture.Etc.) : Boutet & Fils, 131, Caron, Tél.3-3370 .Québec, P.Q.Ferland, Ludger, 95-105, 1ère av.Tél.4-2920, Québec, P.Q.Genest & Frères Enrg., 12, 4ème av.Tél.9858, Québec, P.Q.Automobiles (Hudson et camions reo) s Racine, J.R.Inc., 27, Arago, Tél.2-2019 .Québec, P.Q.Automobiles-Vente & Service : Montcalm Auto Inc., 187, 1ère av.Tél.2-5676, Québec, P.Q.Avocats : Boyer, Auguste, 159 ouest, Craig, Tél.MA.7031 .Montréal Champeau, Armand, 5585, Canterbury, Tél.AT.9717, Outremont St-Jacques, Henri, 18, Rideau, Tél.2-5055 .Ottawa, Ont.Banquesi La Banque Provinciale du Canada, 221 ouest, St-J'acques, Tél.HA.7161, Montréal Bicyclettes et Accessoires : Gendron et Frères Enrg., 19%,Prévost Tél.3-1223, Québec, P.Q.Biscuits et Gâteaux : Cie de Biscuits Stuart Ltée, Alf.Allard, prés., CR.2167, Mtl.Blocs de Béton, Tailleurs de Pierre : Côté, Valère, Inc-, 325, Dorchester, Tél.4-4491, Québec, P.Q.Blocs de Ciment : Blocs de ciment pressé Ltée, 333, Dorchester, Tél.7421, Québec, P.Q.Bois et Matériaux de Construction : Grier, G.A.& Sons Ltd., 2120 o., Notre-Dame, WI.6118, Mtl.Bois de Construction, Manufacturiers de Planchers en Bois Franc, Portes et Châssis : Dupuis J.-P.Ltée, 1084, Av.de l\u2019Eglise, Tél.YO.0928, Verdun Bois de Chauffage : Cour à Bois Ste-Marguerite Enrg., 27, Mgr Gauvreau, Tél.2-6991, Québec, P.Q.Bonbons en Gros : Bonbons Yolande Enrg., Mme J.-B.Cloutier, propr., 57, Dalhousie, Tél.4-1167 .Québec, P.Q.Bouchers, Épiciers, Quebec Marine Grocers : Massé, Philippe, 93, Sault-au-Matelot, Tél.2-8505, Québec, P.Q.Boulangers (gâteaux et Pâtisseries) : Hethrington, T., Ltée, 358-364, St-Jean .Québec, P.Q.Buanderies : Buanderie St-Paul, 2020, Roberval, Tél.WE.6791 .Montréal Café, Thé, Confitures : J.A.Désy Ltée, 1459, Delorimier, Tél.FR.2147 .Montréal Carrosseries D\u2019Auto (débossage, rembourrage, etc.: Normandeau, A.et Fils, 01152, Charlevoix, WI.5562, Montréal CHARBON (Anthracite et Bitumineux) : The Canadian Import Co.Ltd., 83, Dalhousie, Tél, 2-1221, Québec Charbon et Huile : Madden & Fils Ltée, 244, boul.Charest, Tél.4-3578, Québec Chauffage et Plomberie : Germain & Frère Ltée, 237, St-Antoine, Tél.76, Trois-Rivières Chauffage et Plomberie (entrepreneur) : Jetté, J.-W.Limitée, 360 est, Rachel, Tél.MA.4184, Montréal Chauffage, Réfrigération, Ventilation, Electricité : Bouchard, J.-A.-Y.Inc., 97, Côte d\u2019Abraham, Tél.4-2421, Québec, P.Q.Chaussures : Létourneau, Emile, 96, de la Couronne, Tél.3-7403, Québec, P.Q.Rousseau, J.-E., 317a, St-Joseph, Tél.3-0100, Québec, P.Q.Chirurgien-Dentiste : Trottier, Dr Jean, 37, St-Eustache, Tél.3-6675, Québec, P.Q.Chocolats (fins -\u2014 minuscules) Livraison : Denyse, 4927 ouest, Sherbrooke, Tél.EL., 4877 .Montréal Cire à Plancher Liquide et en Pâte : Cire Succès Ltée, 518, St-Vallier, Tél.6731 .Québec, P.Q.Les Produits Sylvia Enrg., 187, des Commissaires, Tél.6768, Québec, P.Q.Clavigraphes Smith-Corona : Poulin, Gérard, 92, Côte d\u2019Abraham, Tél.2-7917, Québec, P.Q.Clavigraphes .- - Location - Vente - Réparation.Clavigraphe Impérial, C.P.428, 53 Buade, Tél.4-3698, Québec, P.Q.Coffre-Forts Portes Voûtes Clefs et serrures, réparation.Burque, Ant.93, de la Reine, Tél.2-2878 .Québec, P.Q.College O\u2019Sullivan : Chevrier, J.-P., Principal, 136, St-Jean, Tél.3-5505, .Québec Compliments : Compliments d\u2019un ami : C.et G.Québec, P.Q.Compliments d\u2019un ami : C.N.E.Compliments d\u2019un ami : J.E.S.Compliments d\u2019un ami : J.B.R.et Cie Inc.Compliments d\u2019un ami : La Compagnie Paquette Ltée, Québec Compliments de J.M.Québec, P.Q.J.P.Laberge Enrg.Un ami de la Revue.Un ami de la Revue : A.D.& Fils Ltée.Compliments d\u2019un ami : M.B.Québec, P.Q.Confection et Réparation de Chapeaux pour Dames: Le Papillon d\u2019Or (Mlle J.d\u2019Arc Emond), 109, St-Jean, Tél.2-4314, Québec, P.Q.Confection Pour Dames, Robes, Manteaux, Bas, Etc.: Chabot, Mme L., 376, St-Jean, Tél.3-6055 .Québec, P.Q.Contracteurs \u2014 Electricité \u2014 Chauffage \u2014 Plomberie \u2014 Air-Climatisé : Mobec Ltée, 181, St-Jean, Tél.2-1297 .Québec, P.Q.Constructions, Démolition, Matériaux à Vendre : Tétrault Frères, 1200, Av.de l\u2019Eglise, Tél.WI.8152, Verdun Constructions Générales : Succession Delphe Maranda, 814, St-Vallier, Tél.2-3808 .Québec, P.Q.Corsets, Brassières, Lingerie : Salon Elégant, 353%, rue St-Jean, Tél.3-0543, Québec, P.Q.Trempe, Mlle M.-Flore, 152, av.Cartier, Tél.3-3960, Québec, P.Q.Coton à Tisser, Coton à Broder, Rouets, Etc.: L\u2019Art Paysan du \u201cVieux Québec\u2019\u2019, 31, McMahon, Tél.2-1475, Québec, P.Q.V BONNES ADRESSES A CONSULTER Cours Privés D'Anglais (jour et soir) : Ecole Labrosse, 72, de l\u2019Eglise, Tel.4-6304 .Québec, P.Q.Courtiers D\u2019Obligations : Frs Letarte, Prés., L.-A.Pedneault, Vice-Prés.La Corporation de Prêts de Québec, 132, St-Pierre, Tél.2-4765, Québec, P.Q.Courtiers en Épiceries : Brault, Anastase, 1891, Roberval, Tél.WE.4237 .Montréal Couvreurs : Falardeau, Eugène Ltée, 141, Dorchester, Tél.9677, Québec, P.Q.Crème Glacée : Crémerie Mont Blanc Enrg., 149, Renaud, Tél.2-6841, Québec Dactylos-Calculateurs-Miméographes : Martineau, N.& Fils, 1019, Bleury, Tél.BE.2318 .Montréal Directeurs de Funérailles : Bouchard, J.& Fils, 54 \u2014 5e rue, Tél.4-1113 .Québec, P.Q.Doreurs-Argenteurs-Orfèvres : Beaugrand, Gilles, 846, de l\u2019Epée, Tél.DO.2950 .Montréal Drive Yourself : Jobidon, Robert, 250, St-Paul, Tél.2-5317 .Québec, P.Q.Jobidon Drive Yourself, 63, 1ère av., Tél.4-2200, Québec.P.Q.Eau de Javelle : L\u2019Eau Merveilleuse Enrg-, 39-7e rue (Limoilou), 4-2661, Québec ÉDITIONS : Editions du Lévrier, 6375, Av.N.-D.de Grâce, WA.6765, Mtl.Enseignes Lumineuses au Neon \u2014 Réparations : National Sign Co., 558, St-Vallier, Tél.5189, Québec, P.Q.Modem Neon Regd., 1220, St-Vallier, Tél.4-1191, Québec, P.Q.Entrepreneurs : Bilodeau Ltée, 82, Richelieu, Tél.2-1143 .Québec, P.Q.Entrepreneur Electricien : Asselin Electrique, 17%, de la Canardière, Tél.3-2002, Québec, P.Q.Entrepreneurs-Couvreurs : La Rue, D.Ltée, 111, Côte de la Montagne, Tél.3-7500, Québec Entrepreneurs Généraux : Cadorette, J.-E.-L., 117, 1ère rue, Tél.3-3987, Québec, P.Q.Cauchon, Magloire Ltée, 311, de la Salle, Tél.6179, Québec Lamontagne, F.-X., 411, Boulevard Charest, Tél.3-0590, Québec Michaud & Simard, 460, Arago, Tél.6244 .Québec, P.Q.Dubé & Dubé, 2, Côte d\u2019Abraham, Tél.3-8322, Québec, P.Q.Bédard, Albert, 138, St-Patrick, Tél.2-3623 .Québec, P.Q.Entrepreneurs de Menuiserie Générale : Laberge, Roland, 62, Lamontagne, Tél.9221 .Québec, P.Q.Bégin, Alphonse, 275, 13e rue, Limoilou, Tél.4-3980, Québec, P.Q.Épiciers s Blouin, Paul, 110, Bourlamaque, Tél.2-3964, Québec, P.Q.Giguère, Eugène, 142, St-Sauveur, Tél.4-0125 .Québec, P.Q.Pelletier, Alphonse, 340, St-Vallier, Tél.2-0033 \u2014 Québec, P.Q.Épicier Boucher (gros et détail) : Faucher, Georges, 1, Notre-Dame, Tél.2-1472 .Québec, P.Q.Épiceries en Gros ! D\u2019Aoust, P.Ltée, 11, York .Ottawa, Ont.Epiciers Unis, 128, St-Dominique, Tél.4-2448 .Québec, P.Q.Lamarche, J.-H., 6749, St-Laurent, Tél.CR.2165 .Montréal Letellier, J.-B.-E.Enrg., 112, Dalhousie, Tél.2-3931.Québec Rioux & Pettigrew, 48, St-Paul, Tél.2-1212 .Québec, P.Q.Estampes en Caoutchouc : A.Derome et Cie Enrg., 25 est.N.-Dame, LA.2392, Montréal Ferronnerie D\u2019Art : Les Frères Lebrun, 456, Niverville .Trois-Rivières Fleuristes : Gardenia Enrg., 135, St-Jean, Tél.4-2128 .Québec, P.Q.Fourrures et Chapeaux (gros et détail) : Ches Charlebois, 708 ouest, Notre-Dame, Tél.MA.5029, Mtl.Fourrures\u2022 Alain, P.À.Ltée, 203, St-Joseph et 79, de l\u2019Eglise, 5106, Qué.Bernard, Léo, 810, St-Vallier, Tél.3-1329 .Québec, P.Q.Desjardins, Chas, et Cie, 1170, St-Denis, Tél.HA.8191, Mtl.Laliberté, J.-B.Ltée, 146, St-Joseph, Tél.6191 .Québec, P.Q.Sanfaçon, Honoré, 110, rue de la Couronne, Tél.7419, Québec Turcotte, N.-Geo., 162, Côte d\u2019Abraham, Tél.4-1459 .Québec Fourrures, Haute Qualité, Réparation, Voûte : Nadeau, J.-O., 160, Côte d\u2019Abraham, Tél.2-6429, Québec, P.Q.Grains, Moulées, Provisions : Frenette & Fils Enrg., 176, St-Pierre, Tél.2-8070, Québec, P.Q.Habits et Merceries : Cusson et Cusson, Place du Marché, rue Cascades, St-Hyacinthe Horlogers-Bijoutiers : Couture, R.Enrg., 250, St-Joseph, 3e étage, Appt 19, Tél.4-3954, Québec, P.Q.Hôtel : Hôtel St-Louis, rue St-Louis, Tél.2-2771 .Québec, P.Q.Immeubles : Thibodeau, L.P.R., 323, boul.Charest.Tél.3-5322 .Québec IMMEUBLES (Vente, Achat, Expertise.Finance) : Laliberté, P.-F., 243, St-Cyrille, Tél.8281 .Québec, P.Q.Paquet, Geo., 351, boul.Charest, Tél.4-4221 .Québec, P.Q.Importateurs et Fabricants D'Objets de Piété : Génin, Trudeau et Cie, 38 ouest, N.-Dame, LA.2261, Montréal Importateurs D\u2019Articles de Fumeurs ET DE PÊCHE EN GÉNÉRAL : Thomassin, Jos., 179, boul.Charest, Tél.4-4441, Québec, P.Q.Importateurs de Ferronnerie, Matériaux de Construction : Cantin & Fils Ltée, 555, St-Vallier, Tél.7123, Québec, P.Q.Imprimeurs (médéric parent et onil paré, prop.) : Imprimerie Bégin Enrg., 40, St-François, Tél.3-1252, Québec Industrie Laitière (Machines, ustensu.es, app.frig.) : Trudel, B.et Cie, 304, Carré Youville, Tél.MA.8067, Montréal Ingénieur Constructeur : Komo Construction Ltée, C.P.79, St-Sauveur, Tél.2-6839, Québec, P.Q.Insecticides, pour Punaises, Coqueret.des, Mouches, Mites, Rats : Produits Supérieurs Enrg.40%, 4e avenue, Tél.3-1222, Québec, P.Q.La Cie D\u2019Autobus de Charlesbourg Ltée .- Québec \u2014 Notre-Dame des Laurentides : \u2022 256, Du Roi, Tél.8513 .Québec, P.Q.Laboratoire Farley \u2014 Hull, P.Q.: Fabricant des « Antalgines » contre les maux de Tête.Lait, Crème, Beurre, Œufs et Fromage : Clark Dairy Ltd., 634, Av.Bronson, Tél.5-1811, Ottawa, Ont.La Ferme St-Laurent Ltée, 6768, Garnier, CR.2188-9, Montréal Laiterie de Québec Ltée, 75, Av.du Sacré-Cœur, Tél.7101, Québec La Laiterie Frontenac Ltée.142, de l\u2019Eglise, Tél.7175, Québec, P.Q.Librairie (en gros seulement) : Librairie J.A.Parent, 472, St-Vallier, Tél.5630, Québec, P.Q.Libraires : Granger Frères Ltée, 56 ouest, N.-Dame, LA.2171 .Montréal La Librairie Dominicaine : 5375, avenue Notre-Dame de Grâce, Tél.WA.6765 .Montréal 96, avenue Empress, Tél.2-7363 .Ottawa, Ont./* Liqueurs Douces s Fortier, Elséar Ltée, 115, St-Dominique, Tél.2-3891.Québec BONNES ADRESSES À CONSULTER Machineries de Buanderie.Etc.s Langlais et Frère Enrg., 162, de la Couronne, Tél.2-8224, Qué.Machineries d'Imprimerie (réparation-, soudure.Etc.) : Le Matériel d\u2019imprimerie Ltée (Demandez M.Langlais), 970, de Bullion, Tél.PL.9011, Montréal Magasins à Rayon : Bouchard, L., 760-760, St-Vallier, Tél.2-6638 .Québec, P.Q.Dubuc, T.D., 214-218, St-Jean, Tél.2-3961 .Québec, P.Q.Dupuis Frères Ltée, Tél.PL.5161 .Montréal Moncion, Thomas, Suce.J.Pharand, 85-91, Champlain, Tél.2-5315, Hull, P.Q.Syndicat de Québec Ltée, 215, St-Joseph, Tél.4-3561 .Québec Manufacturiers de Fournitures Funéraires : Girard et Godin Ltée, T.-Riv.et 34 o., St-Paul, LA.9214, Mtl.Manufacturiers de Portes et Châssis, Bois : Pilon, Jos.Ltée, 79, Boni, du Sacré-Cœur, Tél.8-1116, Hull, P.Q.Marchands de Bois : Giguère, Albert, 109, Lavigueur, Tél.4-1250, Québec, P.Q.Marchand de Fourrures : Zicat Lauréat, Enrg., 28, chemin Sainte-Foy, Tél.9627, Québec Marchands de Meubles : Au Meuble Moderne Enrg., 188, St-Jean, Tél.2-5616, Québec Cantin, J.-W., 446, St-Joseph, Tél.8007 .Québec, P.Q.Marchands de Thés, Cafés et Épices en Gros : Bourque, A., 262 est, St-Paul, Tél.HArbour 7630 .Montréal Marchands-Tailleurs : Mathieu, Lucien Enrg., 2251, Frontenac, FR.1803 .Montréal Meunier, Ernest, 994 est, Rachel, Tél.FR.9343 .Montréal Matelas, Sommiers, Etc.: Matelas Frontenac Enrgr., 15, Boisseau, Tél.5347, Québec, P.Q.Matériaux de Construction : Les Industries G.-I.Lachance Inc., 263, St-Paul, 2-6403, Québec Médecins : Castonguay, Dr E.-J., 4231 est, Ste-Catherine, CH.0560, Mtl.Gratton, Dr Albert, 781, du Couvent, Tél.WE.5476 .Montréal Pilon, Dr Henri, 261, boul.St-Joseph, Tél.2-0563, Hull, P.Q.Pouliot, Dr Antoine, 68, Ste-Ursule, Tél.2-4455, Québec, P.Q.Membres Artificiels : Duckett, J.-A.2014, Bleury, Tél.HArbour 0630 .Montréal Nettoyeurs, Buanderie : Pfeiffer, P., 4, McMahon, Tél.2-2021 .Québec, P.Q.Nettoyeurs, Presseurs.(pendant que L\u2019on attend) Jacques Valet-Service, 92 boul Charest, Tél.9824, Québec, P.Q.Notaires : Labrèche et Labrèche, 10 ouest, St-Jacques, MA.3373, Montréal Nouveautés, Merceries, Tapis, Prélarts : Alepin, J.et Frère Ltée, 4295 ouest, Notre-Dame, Tél.WE.1108 ; 4719, Wellington, Tél.YO.1144, Montréal Nouveautés en Gros et Importations : Spécialités Unie Enrg., 94, de la Couronne, Tél.3-0911, Québec, P.Q.Onguent Velvet pour Hémorroïdes (Jarre) si.oo : Attention spéciale aux commandes par la poste (C.O.D.) Onguent Velvet, 144, d\u2019Aiguillon, Tél.2-8417 .Québec, P.Q.Opticiens D\u2019Ordonnances : Derouin, O.L., 37, Metcalfe, Tél.2-4976 .Ottawa, Ont.Lamontagne, Etienne, 1065, St-Prosper, Tél.2178, Trois-Rivières Opticiens \u2014 Ordonnances médicales St-Jean et Lesage, 400 est.Sherbrooke, Tél.HA.8305, Montréal Optométristes et Opticiens : Beaulieu, Remy, 94, de la Couronne, Tél.2-8692, Québec, P.Q.Massicotte, Marcel, 15y2, St-Joseph, Tél.2-2656, Québec, P.Q.PÂTISSERIES * Pâtisserie Frontenac, 300, St-Jean, Tél.2-5721, Québec, P.Q.Pharmaciens s Pharmacie André Lachance, 144, Cartier, Tél.4-4882, Québec Pharmacie Aimé Roussin, 2823, Masson, CH.2103 .Montréal Pharmacie P.-H.Soucy, 85, Cartier, Tél.2-1285, Québec, P.Q.Pharmaciens en Gros : Durocher, G.E., 139, Queen, Tel.2-5309 .Ottawa, Ont.Pianos, Radios, et Accessoires Électriques : Lavigueur & Hutchison Ltée, 81-85, St-Jean, Tél.2-2123, Québec, P.Q.Pierre \u2022 Carrière Gravel Ltée, 282, St-Paul.Tél.2-4122 .Québec, P.Q.Plombiers : Morin, L.-P.31, Sault-aux-Matelots, Tél.4-3617, Québec, P.Q.Turcotte & Létourneau, 217, de la Salle, Tél.9198, Québec Plombiers-Couvreurs-Électriciens : Asselin, J.-A., 37, Hermine, Tél.9670 .Québec, P.Q.Dorion, Jules, 11, rue Ramsay, Tél.4-2916 .Québec, P.Q.Produits Pharmaceutiques : Sylvain Ltée, 406 est, Notre-Dame, Tél.HA.6374 .Montréal Professeur de Musique (guitare, mandoline, violon) : Gagnon, T.W., 208, N.-D.dea Anges, Tél.2-8700, Québec, P.Q.Provisions, Poisson, Fruits, Etc.s Dominion Fish & Fruit Ltd., Tél.2-7036 .Québec, P.Q.Quincaillerie en Gros et Détail : Lemieux, Jos.-E.Enrg.Québec, P.Q.Lajeunesse, Gaud.Enrg.721, St-Vallier, Tél.2-6473, Québec, P.Q.O\u2019Neil & Richard Ltée, 134, du Pont, Tél.2-1694, Québec, P.Q.Quincailleries Générales : Giroux & Frère Enrg., 370, St-Jean, Tél.2-8337, Québec, P.Q.Gravel, Ludger et Fils, 3447, Av.du Parc, Tél.HA.5211, Mtl.Grégoire, J.-R., 3605 est, Ontario, Tél.FA.1167-8 .Montréal La Ferronnerie Crémqzie Enrg., 158, Crémazie, Tél.2-2506, Qué.Queen Mary Hard.Ltd., 6323 Queen Mary Rd., *EL.1129, Mtl.Rembourage de Meubles de tous genres : Michaud, Jos., 92, d\u2019Aiguillon, Tél.2-8497 .Québec, P.Q.Quebec Upholstering Reg\u2019d, 19, St-Dominique, Tél.3-3647, Québec, P.Q.Revues \u2014 Magazines \u2014 Journaux : Service général d\u2019Editeurs, 6, Côte d\u2019Abraham, Tél.3-6350, Québec, P.Q.Restaurants : Boulevard Restaurant, 3830, Décarie, Tél.DE.0097, Montréal Salon de Beauté : Salon Mario, 271/4, Morin Tél.3-0593 .Québec, P.Q.Stores Vénitiens : Méthot, Raoul, 2, 3ième avenue, Tél.2-6174 .Québec, P.Q.Taxis (demandez toujours) : Taxis Red Diamond de Luxe, Tél.8128 .Québec, P.Q.Terra Cotta ; Montreal Terra Cotta, 1010 o., Ste-Catherine, MA.1816, Mtl.Transports : St-Hyacinthe Transport, 84, Piété, Tél.856-122 .St-Hyacinthe Ustensiles de Cuisine \u2014 Aluminium : Waterless Kitchen Equipment Reg\u2019d., 286, St-Joseph, Tél.6355, Québec, P.Q.Valeurs de Placement : Dubé, Oscar & Cie Inc., 105, Côte de la Montagne, Tél.2-4061, Québec, P.Q.Société Générale de Finance, Inc., 57 ouest, St-Jacques, Tél.HA.5168, Montréal VII Sommaire Février 1947 Victoria Cartier : Intermezzo En marge des Concerts symphoniques de Montréal.Musique ! blottie sur ton cœur, j\u2019écoute le battement de la Vie éternelle.Jeannine Bélanger :\tLe Pouerello à l écran C\u2019est par un chef-d\u2019œuvre que la littérature hagiographique prend d\u2019assaut la citadelle du film.Le drame de sublimité et de douceur que fut la vie du pauvre d\u2019Assise, est tourné au Mexique, sous les auspices de cinéastes et d\u2019acteurs dont l\u2019art gçnial satisfait les critiques les plus intransigeants.Quelques réflexions, en marge de ce spectacle, sur l\u2019avenir du cinéma catholique, couronnement et fleuron du théâtre religieux.Jean Le Moyne : Les Juif : Canada On en parle beaucoup.Qui connaît leur histoire Un destin spirituel sans égal, une existence tourmentée, des souffrances sans nom, une armée de pauvres, etc.qu\u2019il importe de reconnaître.Puis dans tout cela, c\u2019est Dieu qui a commencé.Louis-Marcel Raymond : Dans la cour du Vieux-Colombier Ceux qui ont pérégriné dans Paris reverront dans ces pages des noms connus, moins l'évocation historique que seul un Louis-Marcel Raymond, de sa baguette magique, peut susciter.Paul Lacoste : Une nouvelle science La sémantique est à l\u2019honneur chez nos voisins.Cette étude nous montre l\u2019importance qu\u2019elle prend aux yeux de certains Américains et surtout les promesses ou déceptions quelle laisse soupçonner.Francis Jeanson : Albert Camus ou le mensonge de F Absurde Le Mythe de Sisyphe ou l\u2019Absurde érigé en principe reçoit, ici, le coup de mort qu\u2019il mérite.Logiquement, Albert Camus devrait se suicider ! Le sens des faits A.Papillon, O.P.: « S.E.le Cardinal Villeneuve ».Ant.Lamarche, O.P.: « La Semaine du dimanche ».M.-A.Lamarche, O.P.: «Voici des fleurs, voici des fruits ».Marc Samson : « Cri d\u2019alarme ».L*esprit des livres Ch.Arthur Sideleau : «Chansons de Gestes» (André Diotte).F.-X.Garneau : «Histoire du Canada» (Claude Clément).Victor Many : «La vraie vie» (Aur'ele Daoust).Honoré de Balzac : «César Birotteau » (Annette Décarie).Delly : «Le Mystère de Ker-Even » (Annette Décarie).Gustave Cohen : «Ceux que j\u2019ai connus» (Annette Décarie).François Mauriac : «Les anges noirs» (Annette Décarie).André Maurois : «Ariel ou la Vie de Shelly» (G.-M.Lussier, 0.P.).Arthur Saint-Pierre : «Témoignages sur nos orphelinats» (A.Saint-Pierre, 0.P.) Alfred Charpentier : «Ma conversion au syndicalisme catholique» (Th.-M.Richard, 0.P.).Henri Troyat : «Le signe du taureau» (A.Saint-Pierre, 0.P.).VIII \\ r REVUE DOMINICAINE Directeur : R.P.ANTONIN LAMARCHE, O.P.3500, Av.Laval, Montréal - 18 Volume LUI\tTome 11\tFévrier 1947 Aux Amis de l\u2019Art Intermezzo En marge des Concerts Symphoniques de Montréal Musique ! blottie sur ton cœur j\u2019écoute le battement de la Vie éternelle !.R.R.Sur l estrade sacrée, l héroïque Phal ange des grands soirs a célébré en une splendide apothéose les mystères de la bonne Déesse.Sous sa baguette évocatrice, le Magicien qui préside aux incantations a fait revivre les accents de la grande voix béthovénienne, et les notes exultantes de la Cinquième Symphonie ont vibré dans la vaste enceinte.Mais mon âme est envahie par le doute, et le thème du Destin, malgré son éblouissante transformation finale, ne m apporte, en cette heure d obsession, qu une plainte lugubre, angoissée.65 Revue dominicaine C est l Intermède.Officiants et fidèles ont vidé le temple me laissant à ma rêverie.Le silence règne à la tribune.Seule, une rumeur subtile persiste dans l air comme un parfum vaporisé.Et je perçois attentive, émue, le murmure d une confidence.« Dans la forêt natale, mes fibres s enfonçaient au sol.j eus de longs jours heureux bercés par les caresses de la brise et les doux refrains des nids.Hélas ! la hache cruelle vint un sombre matin me jeter aux aventures de l\u2019exil, pauvre arbre meurtri.Et les oiseaux n\u2019eurent plus de chansons.Et r air s alourdit de tristesse.Longtemps je fus traîné à travers monts et plaines, lorsque soudain, au détour d un sentier, Euterpe, majestueuse et belle, apparut entourée d un cortège mystérieux.Elle sourit, et dès l instant, mon pâle destin se transfigura.Vivant >\u2014< j étais muet, mort i\u2014 je chante délicieusement ! Mes accents nostalgiques ont réveillé les échos des bois familiers, et fait accourir des pays du Rêve les messages ailés de l lnfini.66 Intermezzo Je suis IOrchestre aux mille voix, l\u2019instrument fidèle et docile qu\u2019anime le souffle de l\u2019être humain, le frémissement de ses cordes sensibles.Et mes concerts sont le Prélude de la Fête éternelle ! L\u2019adversité n\u2019est qu\u2019une étape vers la vie montante.» « Per angusta ad augusta l » Mais les instrumentistes sont revenus à leur pupitre.Le rite musical se poursuit « con amore », Anches et archets ourdissent en nappes lumineuses la magnifique fresque sonore de Ravel.Une à une les harmonies de la nature acclament en un crescendo délirant le Lever du Jour ! Et V enchantement se prolonge par delà les heures ensoleillées.Voix consolatrices, voix annonciatrices, Soyez à jamais bénies l Victoria Cartier 67 Le Povere llo à 1 écran L\u2019Esprit souffle où II veut.En novembre dernier, dans I\u2019atmospbère plus ou moins propice d\u2019une bumble salle de spectacle d\u2019Ottawa \\ avait lieu ce que je suis tentée d appeler un événement extraordinaire sur le plan de la Grâce.Une foule de toute race et de toute doctrine, accourue d un peu partout sous la dictée de je ne sais quelle surnaturelle inspiration, assistait en pleurant à la vie filmée de saint François d\u2019Assise et se découvrait chrétienne.Et pendant que cet auditoire écoutait, ravi, les cascades d\u2019un dialogue conçu dans une langue qu\u2019il ne comprenait pas, ou épelait hâtivement des yeux une légende anglaise de fonction trop imparfaite, chacun n éprouvait pas moins de surprise, et ne sentait pas s opérer en soi un moindre phénomène, que le peuple de Paris ovationnant à la Comédie-Française, il y a trois ans, Claudel lui-même, et accueillant avec des applaudissements frénétiques la version Jean-Louis Barrault du SOULIER DE SATIN, œuvre jugée auparavant, pour son prétendu hermétisme, inapte à la satisfaction du grand public.Contrairement par exemple à la représentation de la pièce de même nom d un Ghéon, portée à la rampe par nos Compagnons de Saint-Laurent et où, à travers une série de tableaux incomparables, se dévoile la trame un peu languissante des épisodes, le film que nous offre au-jourd hui le cinéma mexicain étale devant nous une affabulation, dramatique au possible, exécutée avec un brio qui tient du prodige, sous la baguette d un cinéaste dont l\u2019art est à deux doigts du génie, par une pléiade d acteurs tels que Hollywood ne nous avait guère habitués d\u2019en voir évoluer sur la pellicule sonore.Des palais, des églises ont été reconstitués et lambrissés, des rues d ancienne mosaïque, pleines de degrés et de dédales des plus pittoresques, simulées, un décor médiéval authentique monté pour servir d encadrement à ces figures dont la puissante 1.On peut se demander si l\u2019obscurité et le silence qui régnent en pareille salle ne confèrent pas au cinéma cet avantage sur le théâtre qu\u2019on y est aveugle et sourd à point pour que le cœur voie et entende.68 Le Poverello à l\u2019écran stature et les traits touillés au burin s y détachent avec un relief sculptural.Au nombre de buit \\ les personnages que la distribution nous présente comme allant apparaître, respectivement, dans les rôles de Pedro et de Pica, père et mère du béros, dans les rôles d Honorio, son ami de cœur, d Ugolino, le perfide de la pièce, dans ceux de Clara et d Inès, jeunes filles de la noblesse destinées à devenir plus tard sainte Claire et sainte Agnès d Assise 1 2, ont pour coryphée le sublime José Luis Jiménez, qui accomplit vraiment ce chef-d œuvre de puiser dans la vie et dans la personne de saint François la matière d une contribution impérissable au répertoire tragique dit de 1 universel et de I humain.Le rideau se lève sur trois sages-femmes qui trottinent vers le palais clés Bernardone pour se rendre au chevet de dona Pica en mal d enfant.D épais flocons de neige papillonnent.Mais le passage de ces visiteuses sur le seuil opulent sera immédiatement suivi de celui d un mystérieux personnage en vaste manteau noir, dont la démarche flottante déplace à peine les pans de sa redingote, et dont les traits disparaissent sous le feutre rabattu d\u2019un sombre chapeau.Le célèbre émissaire gravit avec majesté I immense escalier qui conduit à la chambre de la noble dame, et les deux battants de la porte s ouvrent spontanément devant lui.L enfant dont vous êtes grosse, annonce-t-il à la malade, naîtra seulement si vous vous faites transporter sur I heure dans une étable.Et il se retire, au respectueux ébahissement des accoucheuses.Tel est le prologue de ce drame, prologue qui ne constituera pas le seul point d analogie avec le drame de la vie du Christ.Pica obéit en effet à I ordre d En-Haut, et 1 enfant naît dans une grange, comme le Sauveur sous le toit indigent de Bethléem.C\u2019est aussi auprès d une crèche que I ange s introduit de nouveau pour délivrer une prophétie 1.\tJ\u2019omets les personnages secondaires et les figurants, dont le moindre se comporte avec une aisance impeccable.Chez tous ceux qui ouvrent la bouche en cette tragédie, et particulièrement dans le mélodieux babil des femmes, l\u2019élocution espagnole \u2014 je le signale entre parenthèses \u2014 est un gazouillis continuel, un véritable concert d\u2019oiseaux.2.\tDeux sœurs par la naissance appelées à prendre le voile sous la direction de François ; la première fondera l\u2019Ordre monial des Sœurs Clarisses, comme pendant à celui des Frères Mineurs.69 Revue dominicaine qui prend la forme d une espèce de monologue au spectateur, et dont la réalisation doit amener Ienchaînement subséquent du récit : à savoir que le nouveau-né sera le plus doux des hommes, et un autre, enfanté le même jour, le plus pervers.N était-ce pas, en quelque sorte, pressentir par là le duel du Bien et du Mal, de la Puissance des lumières aux prises avec fa Puissance des ténèbres, lutte dont le dénouement ne saurait s effectuer en fin de compte que par le triomphe de la Croix ?Le lieu a changé.Pedro, l\u2019époux, rentre au foyer après un voyage prolongé, apprend des lèvres de Pica qu\u2019il est père d\u2019un fils et court vers le berceau.Ce fils, s\u2019écrie-t-il dans sa jubilation, recevra le nom de François, en I honneur de la belle France.Il sera de tous les hommes le plus fier, le plus loué, le plus intrépide.La mère, elle, inondée d un inexplicable avertissement, baisse la tête en silence.Puis vingt et un ans passent.A une fête donnée pour célébrer 1 anniversaire de François, Pica et Pedro causent dans une embrasure, et le père se plaint de la prodigalité de son fils, dont les folles largesses pour fins de charité, remontre-t-il à son épouse, vont ruiner la maison.François paraît, en pure tenue princière du XlIIe siècle, sous les plis presque borgianesques d\u2019une ample écharpe, les reins ceints de la dague italienne, les jambes fermes et hautes, son candide visage couronné des boucles molles d une chevelure qui lui tombe juste au-dessus des épaules.Mais c est le rayonnement intérieur diffus sur cette physionomie qui a certainement créé chez 1 auditoire une impression inoubliable.Dans une fascinante biographie de Charles de Foucauld, je me souviens que quatre portraits du personnage, à diverses étapes de son existence, faisaient, aussi bien et mieux sans doute que le texte imprimé de 1 ouvrage, 1 histoire de cette âme tour à tour se cherchant, puis qui se trouve, ensuite s immole, et atteint enfin au serein équilibre de la sainteté.Or que ne pourrait-on écrire sur l\u2019histoire de I âme du Poverello telle que nous la retracent les différentes figures assumées l\u2019une après l\u2019autre par Jiménez dans sa magistrale incarnation du jeune mondain adulé d abord, puis ému pour la première fois devant la misère humaine, et ainsi de suite, jusqu à son 70 Le Poverello à l\u2019écran emprunt des traits paisibles de I ascète ckez son modèle et surtout jusqu à la pétrification finale, dans la mort, de ce suave masque, le mieux évocateur peut-être de ce que dut être ici-bas l\u2019image physique du Fils de I Homme.François descend donc les somptueux parvis qu\u2019avait escaladés I ange il y a un peu moins d un quart de siècle ; sur le dernier degré 1 accueillent les vivats d\u2019une joyeuse assemblée venue pour I élire, par la boucbe d Honorio, roi de la jeunesse d Assise, et il boit à la santé du jeune comte Ugolino, né jadis le même jour que lui.La scène nous fait pénétrer aussitôt après dans l\u2019intérieur du magasin de Pedro.Pendant que François écoute les confidences romanesques d Honorio, un pauvre s\u2019avance et demande une aumône pour 1 amour de Dieu.Le visage de François s\u2019illumine.II donne de I argent et une pièce de ricbe étoffe.Le pauvre se retire pourtant et croise à la porte don Pedro, qui entre dans une violente colère de voir que cette précieuse marchandise a été donnée, non achetée \u2014 ni même volée, tant est complète la cécité du drapier >\u2014 et semonce François.Mais le futur mendiant volontaire se contente de répondre : « Mon père, si un comte vous sollicitait, vous voudriez être généreux.Et lorsque Dieu Lui-même.» II n aurait pas eu besoin d achever sa phrase en présence d un cœur très dévoué : celui-ci toutefois est endurci, et le malheureux père ne comprend pas.I out de suite, brusque changement de scène.Sur la place publique retentit I appel aux armes, dont un héraut vient donner avis : la chrétienté, proclame-t-il, est en proie au péril des invasions des infidèles.Qui ira combattre le bon combat pour sauver le monde catholique et libérer le saint Sépulcre ?François n hésite pas.Il coiffe le heaume, endosse la cotte de mailles, et, dans la livrée de soldat de Dieu, avec une grande croix blanche en double sautoir sur la poitrine, prend le commandement de la jeunesse d\u2019Assise.Oh! combien cet adolescent n était-il pas préparé à trouver sur la route de Palestine son chemin de D amas ! Le jeune guerrier fait halte 71 Revue dominicaine au Lord d un ruisseau pour étancher un peu sa soif et s y rafraîchir.Il a déposé par terre son casque.Dans la calme enceinte d un rideau de peupliers qui poussent vers le ciel le jet droit de leur feuillage, il s assied et, les yeux clos, la tête renversée en arrière, tombe dans 1 une de ces douloureuses songeries auxquelles il a coutume de succomber quand il rentre intensément en lui-même.« Mon Dieu, dissipez les angoisses de mon âme », a I air de signifier le pénible sillon qui lui barre le front.Dès lors, un orage s élève dans la nature, miroir trouble de cette âme.Le fût des hauts arbres bat sur leur tige comme un roseau.L eau furieuse est secouée de remous.Le sol même tremble et le jour s obscurcit ainsi qu\u2019il est toujours arrivé, à travers les âges, chaque fois que le ciel a visité la terre.Et une voix, fendant la nue, éclate à l oreille du rêveur qui sursaute : François, reconstruis mon Eglise î Cet enfant, à peine un adulte, était mal équipé, je le répète, pour résister aux complaisances de son Créateur.Il s agenouille, sa silhouette martiale rappelant beaucoup le mâle profil de Jeanne de Lorraine quand elle écoutait les Voix.Son âme n a jamais cherché, envers Dieu, de compromissions : elle prononce un nouveau Fiat, dans le don absolu d elle -même.Maintenant, 1 heure n est pas loin où Satan va diriger contre cette âme ses armes définitives, et où il essuiera sa suprême défaite.La narration abonde en tableaux tous plus prenants les uns que les autres : j essaye simplement de dégager le fil conducteur du récit.Le croisé François fait volte-face.Sa décision est irrévocable.Les répercussions de son acte, il ne les mesure pas encore.11 calcule naturellement sans la malice venimeuse du monde, lui qui n a jamais aperçu que de la bonté dans les êtres et les choses.Il ignore qu au moment où il refranchit à dos de cheval les murailles de la ville natale, don Pedro, entouré de son cercle quotidien d encenseurs et d aristocrates, s étend avec orgueil sur les prouesses probables du fils absent, et que chacune de ces présomptions, une fois éjaculée, soulève immédiatement 1 écho mielleux d un membre de la petite cour qui enchérit sur les paroles du marchand.On devine le coup de théâtre que produira devant ces Pharisiens assemblés 1 entrée du 72 Le Poverello à l écran jeune chevalier sur sa monture.Au milieu de la place publique, ce dernier saute à terre et s avance, à l\u2019hypocrite inquiétude des flatteurs confondus qui le reconnaissent et murmurent : François î François ! Son père lui demande s il est malade.\u2014> du même âge, Ugolino a donc passé, non seulement sa jeunesse, mais sa maturité à prendre au piège de la perfidie toute droiture et toute innocence : la chasteté des femmes, la confiance des hommes, rien n\u2019a trouvé grâce devant ses yeux.A I heure où François, aidé de deux frères de son Ordre, traverse la place publique pour rejoindre quelque part son pauvre grabat, un lépreux, agitant une clochette qui sème la terreur et met tout en fuite sur ses pas, s avance à 1 autre extrémité de la place.L infâme Ugolino, à moitié ivre entre les complices quotidiens de sa débauche, est indigné à la vue d une nouvelle loque humaine qui erre de par la ville, et, incitant les autres 75 Revue dominicaine à lapider cette plaie ambulante, lui jette la première pierre.Sa pierre, avec le pauvre persécuté, vient rouler aux pieds de François.Le stigmatisé se penche.Oh I ce visage qu\u2019envahit et nimbe déjà, dans la cagoule, le reflet des corps glorieux, combien le spectateur doit faire effort sur soi pour en détacher son regard î * 1 On songe à certaine tête barbue d\u2019évangéliste sculptée par notre Louis Jobin, sinon au célèbre Moïse de Michel-Ange, alors peut-être que, suivant la fresque grandiose et anthropopa-tbique de I EXODE, le patriarche venait de contempler Yahweh par derrière.C est le visage de justice de Moïse, mais adouci par Jésus.Le sinistre rire d'Ugo] ino a plané sur la scène de la guérison du lépreux qu il traquait.II continue d égrener son carillon diabolique durant une soirée d apparat qui a lieu au château comtal.Ugolino saisit les pincettes pour attiser le feu, car une dame de ses convives a froid.Et soudain, ô horreur I ô rétribution épouvantable I ô châtiment d une succession ininterrompue de sacrilèges I L hôte infernal s écroule, les yeux rivés sur ses cinq doigts qui, au contact accidentel de la flamme, ne lui ont causé aucune sensation de brûlure.Un son rauque sort de sa gorge : La lèpre I Ce cri, en creusant le vide autour de la table, fait un désert autour du monstre.Mais, édifiant retour des choses I Victoire exquise de la charité, au lendemain de 1 assouvissement de la justice : Ugolino malade se repent et, sans rien demander que le pardon du Poverello mourant, sera guéri dans son corps et dans son âme aux mains transpercées de François.1.Je ne puis résister au plaisir de tenter de mémoire l\u2019analyse du jeu de physionomie indéfinissable de Jiménez en cette occasion de la première guérison qu\u2019il opère au nom du Pauvre d\u2019Assise.L\u2019art consommé de l\u2019acteur se serait bien gardé de reconstituer le miracle initial exactement comme il jouera par la suite les répétitions de cette circonstance.Plus tard, son attitude en prodiguant les faveurs dont une délégation de pouvoirs du Très-Haut le rend dépositaire ne respirera qu\u2019un sentiment : la Foi ! Mais l\u2019impression ici est toute différente.En effet \u2014 ineffable paroxysme de cette humilité sans alliage ! \u2014 le premier mouvement du thaumaturge après l\u2019Acte est de s\u2019accuser intérieurement : « Qu\u2019ai-je fait, ô mon Dieu ! pour mériter ce terrible exercice du droit de vie et de mort sur mes semblables *?» Son regard où, avant et durant l\u2019Intervention, l\u2019on a pu saisir de la pitié, la lueur d\u2019une incertitude, puis 1 unique recueillement de l\u2019oraison, à présent dis-je, aussitôt l\u2019imposition manuelle terminée, quand l\u2019infirme régénéré s\u2019écrase en sanglotant aux pieds du guérisseur et que lui-même peut douter de l\u2019irrésistibilité de son propre attouchement, ce regard s\u2019excuse, semble-t-il, d\u2019attester ainsi le secret apanage d\u2019une Force d\u2019élection ; on sent que l\u2019extrême pudeur de François, que sa simplicité totale souffrent, pour une seconde, d\u2019avoir eu à porter personnellement témoignage de la Divinité.76 Le Poverello à l\u2019écran Car François se meurt.« Je sens que l\u2019instant est proche », a confié le Bienheureux dans un soupir.Une foule recueillie se presse aux portes du monastère, dans l attente de quelque sourire du ciel qu elle croit devoir saluer l essor vers F Au-delà de cette belle âme.François dit encore : « Que 1 on me porte dans le verger 1 » Et une fois dehors, pendant que les oiseaux chantent, au milieu de la nature qu il a tant chérie, son cœur exhale une hymne d\u2019amour et de gratitude envers 1 Auteur de la création : « J\u2019ai voulu revoir la munificente mansuétude des choses ; le feuillage des arbres ; la fuite des nuages ; le soleil.Père, reçois mon âme I » Et il expire.II expire dans son corps.Le rideau tombe en effet sur sa mort, qui est comme une ode à la joie, une exubérance, une lévitation de tout l\u2019être par le désir, tellement cette apothéose baigne tout entière dans la tendre atmosphère de l\u2019abandon à la Volonté supérieure, et tant il s\u2019en dégage une leçon dynamique comme un jaillissement : la chrétienne leçon de l\u2019Espérance 1 Mais quand ce serviteur du Seigneur a rendu le dernier souffle, son âme, une transparence de son âme qu\u2019il avait si béatifiquement recommandée à Dieu, surgit tout à coup, ainsi qu\u2019un symbole, marchant sur le tapis ouaté des nuées, avec la transparence, le fantôme du loup ami à ses côtés.Et le message qui vient, de fait, gratifier I auditoire suspendu aux lèvres de François tient en quatre mots : Mes Frères ï Paix et Charité î Voilà quel spectacle nous a présenté en fin d\u2019année 1946, au programme d un modeste cinéma de la capitale canadienne \\ le réalisateur mexicain Calderon, servi à souhait par une interprétation qui emporte d assaut les suffrages les plus récalcitrants, et par un scénario dans lequel I histoire et le folklore rivalisent de documentation et de charme pour mettre sur pied une œuvre où la véridicité s allie à une rare valeur esthétique.De tels motifs n\u2019autorisent-ils pas la conclusion qu\u2019il faut à tout prix r\u2014 et j insiste intentionnellement sur le terme >\u2014> que, loin de moisir dans 1.Le film avait déjà tenu l\u2019affiche dans la métropole, mais sans encaisser, pensons-nous, là ou ailleurs, les acclamations ni la recette qu\u2019il mérite.77 Revue dominicaine les tiroirs de nos cinéthèques outaouaises ou montréalaises, ce film fasse une petite fortune ckez nous, particulièrement en notre orthodoxe province française.Ce serait une manière de donner I accolade, par-dessus des milliers de milles de continent, à une nation australe de l\u2019Amérique en qui se reconnaissent bien les fils de la catholique Espagne et les héritiers du souverain génie de cette race radieusement vivante sur notre hémisphère.Et à I exemple du pauvre François comment, en terminant, formuler ici nos vœux enthousiastes d avenir mieux que par une prière ?Puissent ces magnifiques promesses ne pas mourir, mais qu elles portent, selon l\u2019austère parole de Psichari : des fruits d\u2019éternité J Jeannine Bélanger ! 78 Les Juifs au Canada De tons les groupes ethniques dont se compose la population canadienne, I élément israélite est certainement le moins connu et le plus méconnu.Ce fait, cette attitude ne nous est point particulière : expression statique de I antisémitisme, elle est universelle comme lui.L antisémitisme est une maladie de I esprit que le chrétien a reçu de peuples anciens et qui s aggrave chez lui de surnaturelles complications.Car à nous chrétiens les Juifs sont unis par l\u2019héritage commun de la Révélation, par les promesses sans repentance concernant Israël et les nations et enfin par la personne du Christ.Par ses prophètes, ses législateurs, ses poètes saints, et par les apôtres, Israël est inséparable de I Eglise ; nous sommes pénétrés de lui jusqu\u2019en nos sources les plus profondes, jusqu\u2019en nos règles de vie les plus exigeantes.A l\u2019image du Christ qu\u2019il figure de tant de façons, Israël demeure un signe de contradiction.La prédilection de Dieu lui accorde un droit d\u2019aînesse sur l\u2019humanité entière, lui confère le don de l\u2019Esprit et lui confie I œuvre de I Incarnation et la tâche messianique.Ce choix, ces honneurs divins comportent des risques tels qu\u2019aucun peuple n\u2019en courut jamais.Notre envie sans pudeur lui reprochera plus tard d\u2019avoir trébuché sur la pierre d\u2019achoppement.Ainsi donc les Juifs, tour à tour fidèles et idolâtres, récompensés et punis, maudits et pardonnés, visités et apparemment livrés à eux-mêmes, se sont-ils pour ainsi dire installés dans la jalousie de Dieu ; puis, quand le Christ s\u2019est montré parmi les siens, ils ne Font pas reconnu et leur aveuglement le mit à mort.Du point de vue de l\u2019éternité, ils agissaient comme bourreaux-délégués de l\u2019humanité, mais la prédestination n\u2019empêche pas le crime et les prophéties se réalisent à la lettre : la dispersion, commencée avant Jésus-Christ, éparpille Israël sur toute la terre où il est partout malvenu et victime de la haine, de la médisance, de la calomnie et de l\u2019ignorance.Cependant, tandis que le temps abolit une à une les civilisations, Israël, qui n\u2019est ni une civilisation ni 79 Revue dominicaine une nation, subsiste toujours, assuré d\u2019une irréductible identité.En cela il n est pas seulement signe de contradiction pour le monde, mais contradiction pour lui-même.L\u2019heure de la plénitude annoncée par l\u2019Apôtre n est pas venue et d ailleurs ni les Juifs ni les Gentils ne semblent vouloir la bâter.Mais, en attendant la conversion prédite, ne faut-il pas qu\u2019Israë! soit fidèle à sa propre infidélité sous peine de perdre et sa personnalité et son droit d aînesse ?Quel destin plus tragiquement providentiel ?Si nous autres Gentils nous sommes constamment remplacés, si notre nécessité est passagère et si les contingences de I histoire nous bouleversent, nous ensevelissent et parfois nous renouvellent, Israël, lui, est unique, irremplaçable et son risque est à jamais absolu.Les mystérieuses implications surnaturelles du destin juif échappent à 1 emprise de la conscience populaire, obscure et simpliste.L âme opaque des masses (instruites ou non) et leur à peu près intellectuel (qui n\u2019a rien d une véritable approximation) les rendent aisément perméables à I influence démoniaque, laquelle en certains cas agit comme un infaillible instinct.Un instinct de conservation à l\u2019endroit de la vérité qui délivre, trouble, dérange et met en danger.L\u2019antisémitisme est ignorant et son refus entêté de savoir va bien au delà de son but après l avoir atteint, révélant ainsi une habileté surhumaine.A l ab ri de la lumière, 1 antisémitisme s exerce avec assurance, qu\u2019il soit passion violente ou, comme le plus « normalement », attitude, état d\u2019esprit ; en outre il juge Dieu, déplore les préférences divines, s arroge la « vengeance » de Dieu (oubliant et le pardon du Calvaire qui fait suite aux malédictions et le sort terrible invariablement réservé aux persécuteurs du peuple à jamais choisi) et enfin détourne du Livre où parle I Esprit.En effet, que Marie et Jésus soient juifs gêne 1 antisémite comme une ineffable inconvenance ; I énormité de cet impair de Dieu le porte à négliger l\u2019humanité du Sauveur remplacée par un schéma plus ou moins artificiel ou abstrait.Un réflexe analogue le détache de la Bible dont, par une diabolique prudence, la majorité des catholiques se méfient.Pour le chrétien la haine du Juif entraîne invariablement un appauvrissement spirituel.80 Les Juifs au Canada En plus Je sa valeur en tant que livre Je la Révélation, la Bible est le principal Jocument israélite sans lequel toute connaissance Jes Juifs porte à faux.Quant au reste, quant aux œuvres profanes Je tout orJre par lesquelles les Juifs s expriment, ici comme ailleurs, on y oppose une fin Je non-recevoir ou un parti pris J à peu près, Je Jéformation hypocrite et sournois.II y a certes Jes exceptions que nous n oublions pas, surtout parmi les savants et les artistes, et la situation actuelle Jes Juifs au CanaJa est telle que certaines éviJences ne souffrent pas Je refus.Mais ce qui n\u2019est pas éviJent, ce qui exige quelque recbercbe, ce qui suppose un intérêt humain intègre, préservé Jes mutilations bien-pensantes, on se garJe soigneusement Je s en convaincre.S il en est ainsi Jes réalités contemporaines, que Jire Ju passé ?Hormis quelques spécialistes et curieux on ne savait rien jusqu ici Ju rôle plus qu honorable Jes Juifs Jans I histoire Ju CanaJa.Reconnaissons J autre part qu il appartenait J abor J aux Juifs eux-mêmes Je nous révéler leur présence historique.L ouvrage Je M.B.G.Sack1 arrive opportunément et contribuera, espérons-Ie, à une compréhension, à un rapprochement que non seulement la religion impose, mais aussi un élémentaire Jevoir social.Le premier volume seul étant paru, nous nous contenterons Je quelques inJica-tions sur le caractère et I aspect Je cette histoire Jes Juifs au CanaJa.L auteur est le premier à tenter un travail J ensemble et lorsqu\u2019il 1 entreprit la bibliographie existante consistait en quelques monographies, articles et notices, Jont le point Je Jépart était généralement l\u2019occupation anglaise.Personne n ayant encore étuJié le régime français par rapport à I histoire juive, la Jocumentation, éparpillée en Je multiples sources, étenJue en pistes ténues et bien souvent Jécevantes, allait être encore plus Jifficile à réunir pour cette époque.Labeur J autant plus ingrat que 1 auteur n ignorait pas qu il se trouverait longtemps limité à la petite histoire, puisqu en 1831 on ne comptait encore que cent sept Juifs Jans le Bas C anaJa.La première partie Je I ouvrage se ressent fâcheusement 1.Edité par le Canadian Jewish Congress, Montréal, 1945.81 Revue dominicaine d\u2019une accumulation de menus faits et d incidents dignes des livres de raison.Cependant, comme presque partout dans le monde, les Juifs prirent bientôt au Canada une importance sans proportion avec leur nombre, toujours fort restreint jusqu à la fin du siècle dernier.On verra quel sûr patriotisme les animait et comment, loin d agir en étrangers sans attaches avec leur pays d adoption, ils s insérèrent tout naturellement dans le double courant de notre évolution historique.Et c\u2019est ce qui fait Ioriginalité de leur position, car peu sollicités par les antagonismes anglo-français, ils semblent avoir éprouvé très tôt le juste sentiment de la vraie nationalité canadienne.Les premiers Juifs dont on découvre les traces en Nouvelle-France furent des descendants de Marranos, Israélites de la péninsule ibérique plus ou moins convertis au catholicisme et largement assimilés dans le sud-ouest de la France et ailleurs.D après M.Saclc, un des premiers missionnaires débarqués au Canada, le jésuite Biart serait d origine juive.«His name », écrit-il, « recalls a place in Spain where a Jewish community existed before the expulsion of 1492.This name had infiltrated into France through the Marranos who everywhere adopted the names of the places from which they had been expelled, such as « Tole-dano », « Valenci », « Almereydo », and so on.The Jews of Bej ar, which was situated south of the Spanish province of Salamanca, had migrated there by way of Navarre.In the course of time their name underwent various modifications such as Bérard, Brard, Bérardi, Bérardo, Bart, Biard or Biart, and others ».Quant aux autres descendants de Marranos leur assimilation, facilitée par le lien religieux, fut rapide et quelques noms seulement permettent de les retracer.A vrai dire, l\u2019immigration juive commence avec 1 arrivée, en même temps que le général Amherst, d\u2019un petit groupe de Juifs séphardiques.Certains d entre eux se virent confier I approvisionnement de I armée.Après la conquête, les Juifs vinrent s\u2019établir à Montréal, à Québec et à Trois-Rivières, où la famille Hart allait devenir célèbre.82 Les Juifs au Canada Avant d\u2019entamer I histoire du régime anglais, l\u2019auteur, consacre deux chapitres remarquables au Juif Abraham Gradis, armateur et commerçant de Bordeaux dont le père avait été fait citoyen de la ville en vertu d un privilège insigne.Personnalité exceptionnelle.Abraham Gradis avait cette qualité qui manquait tellement à l\u2019entourage de Louis XV : le sens de I empire.S étant voué à la sauvegarde des colonies négligées, sa prévoyance et son sentiment très aigu des intérêts vitaux de la France I incitèrent à se soucier particulièrement du Canada.Aussi, de 1744 à la capitulation, ses navires ne cessèrent d amener des secours à la colonie.Durant la guerre de Sept Ans, Gradis se dépensera sans compter pour la Nouvelle-h rance, multipliant les démarches à la cour et auprès des ministres du roi, frétant à grands frais des navires dont beaucoup étaient interceptés ou coulés, recrutant même des troupes, intervenant à Londres en faveur des prisonniers français, assumant les frais de l\u2019amélioration de leur sort et s endettant et compromettant sans hésitation sa fortune.Par lettres patentes de Louis XVI accordant la pleine citoyenneté à la famille Gradis et par les témoignages de ses historiens, la France reconnut les services de 1 armateur de Bordeaux.Nous ne pouvons en dire autant.Les débuts de la colonie juive furent très humbles.La synagogue érigée à Montréal en 1777, la seule au pays durant quatre-vingts ans, fut longtemps le centre d\u2019une vie aride et stérile selon la « manière » séphar-dique aux principes aristocratiques, minutieux et sévèrement orthodoxes.Ainsi Israël, partagé entre la stagnation d une foi périmée et le dynamisme économique et intellectuel de sa race, commençait à jouer en terre d Amérique son drame éternel.Dès lors on trouve les Juifs mêlés à tous les événements importants.Durant la guerre de l\u2019Indépendance américaine ils se rangent en majorité du côté anglais et plusieurs figureront parmi les Loyalistes.Une fois de plus on leur confie I intendance de l\u2019armée.Ils se répandent petit à petit bien que I immigration soit nulle.La question juive se pose pour la première fois en 1 807 lors de I élection d Fzéchiel Hart à I Assemblée législative et les débats subséquents ont à nos oreilles un son tristement familier. Revue dominicaine Mais en 1832 les Juifs accédaient à la pleine citoyenneté, vingt-cinq ans avant leur émancipation en Angleterre.Entre-temps ils combattent avec nous durant la guerre de 1812, simple soldats, officiers, voire commandants de régiments.Les influences contraires des milieux français et anglais et une double reconnaissance les divisent lorsqu il s agit de prendre parti en 1837.Ils ne peuvent oublier I égalité des droits accordés par le parlement, ni I appui de Papineau et de la majorité canadienne-française à I Assemblée.On complotait chez Ezécbief Hart, à Trois-Rivières, et son fils Adol plie assumait la défense des rebelles arrêtés.Mais, d origine anglaise pour la plupart, les Juifs se rangèrent en majorité dans le camp loyaliste.L histoire ne leur a-t-elle pas donné raison ?Vers le même temps on relève les noms des premiers médecins et avocats juifs.Puis, sous I impulsion du rabbin Abrabam de Sola, la vieille congrégation sépbardique de Montréal connut un moment d\u2019éclat.Ce qu il dut bouleverser ses vénérables aînés ce jeune bomme ardent, lettré, savant bibliste et écrivain fécond î II fut professeur d bébreu et de littérature rabbinique et lecteur en littérature espagnole à 1 université McGill.Un an après son arrivée à Montréal, l\u2019extraordinaire rabbin avait publié un traité de zoologie biblique, ce qui doit expliquer en partie que la Société d histoire naturelle du Canada le compte parmi ses anciens présidents ! Le cas du rabbin de Sola et plusieurs autres assez surprenants supposent un climat remarquablement libéral.Nous ne pouvons nous empêcher de citer un petit fait significatif à cet égard : de 1858 à 1882, le maire du Cap des Rosiers, en Gaspésie, fut William Hyman, un Juif.Une immigration lente et continue augmenta sensiblement le nombre des Juifs ashénaziques (d origine anglaise, allemande et polonaise) et modifia I aspect de la colonie.A I encontre des sépbardiques les nouveaux venus étaient pauvres et taxaient lourdement les modestes ressources des associations de bienfaisance juives.L\u2019immigration s accrut notablement en 1877 et devint massive sur la fin du siècle, au temps des pogromes 84 Les Juifs au Canada russes et des crises antisémites européennes.Un autre Juif arrive, celui de I est, moins touché encore que ses prédécesseurs par la culture occidentale, plus instruit de sa religion, plus attacké à ses traditions, plus fier encore de ses origines.Grâce à cet apport et du fait de la création d une coucke prolétarienne parmi les Israélites canadiens, I élément juif s apprêtait à faire d énormes progrès en tous les domaines et à acquérir sa pkysionomie définitive.Car le Juif, en dekors de ses caractères permanents, de ses fidélités essentielles, est I komme de la Diaspora au visage toujours reconnaissable mais innombrable.Débordé par un afflux soudain de réfugiés, les communautés d Angleterre, encouragées en cela par la politique accueillante du gouvernement, se déchargèrent d\u2019une part « généreuse » de leur fardeau sur celles du Canada.Terrible le sort de ces pauvres errants qui épuisaient, qui usaient par leur nombre la ckarité de leurs coreligionnaires, qui pour vivre durent se plier à une honteuse exploitation de la part des leurs, qui se virent refoulés d une ville à F autre, qui souvent commencèrent leur nouvelle vie sur cette terre promise de paix et de dignité en des conditions préfigurant les camps de triage de I Europe contemporaine.Mais qu est-ce que la simple misère à côté de la persécution systématique ?Avec la persévérance et F opiniâtreté qu\u2019on leur envie, avec cette incroyable dureté envers soi qui inquiète et indispose les superficiels, ils se débrouillèrent, comme on dit.A ce propos, I auteur déclare qu aucun immigrant juif ne fut jamais à charge au pays.Tels étaient les envahisseurs menaçants dont parlait la presse du temps.Ce temps, c était celui de I affaire Dreyfus, des débuts du Sionisme.Sentant le besoin de s affirmer et de se défendre devant une hostilité grandissante, les Juifs fondèrent leur premier journal à Montréal.Les dernières années du siècle virent également la fondation d une congrégation appartenant à la réforme libérale.Sur ces événements se clôt le premier volume de l\u2019ouvrage de M.Sack.Notre bref aperçu laisse dans 1 ombre quantité de questions et de faits importants et ne saurait donner une juste idée du travail très fouillé 85 Revue dominicaine de M.Sack.Nous voulions surtout dégager une conclusion qui s impose dès maintenant à I esprit, à savoir que les Juifs ne sont pas étrangers à notre histoire et que les vieilles communautés étaient capables de transmettre aux tard venus une authentique tradition judéo-canadienne.Sans doute passionnant pour I Israélite, fort intéressant pour I initié, le premier volume de cette histoire des Juifs au Canada paraîtra peut-être d une lecture laborieuse au grand public.Les nombreuses listes de noms, plusieurs esquisses biographiques, les copieux extraits de minutes et d archives risquent de nintéresser que médiocrement.A côté de I ensemble cela est sans gravité.Nous reprocherons plutôt à 1 auteur de ne pas éclairer suffisamment 1 aspect religieux de son sujet.Par exemple, il ne dit que quelques mots sur les particularités séphardiques et aské-naziques.Le non initié ignore en quoi les séphardin diffèrent des aské nazin, par quelles caractéristiques rituelles, culturelles, etc.Le profane se demande quelles nuances distinguent les orthodoxes des conservateurs.Que sait-il du libéralisme et de la réforme, de cette tentative (nous allions dire tentation) d abolir le drame d Israël en sortant de 1 impasse traditionaliste ?Questions du plus haut intérêt, puisqu elles expriment la foncière originalité juive.M.Sack devra y répondre s il veut atteindre son but ; il ne peut ignorer à quel point la connaissance du Juif est vague et fausse chez nous.Reproches peut-être trop hâtifs, le second volume abordant une période presque contemporaine on ne voit pas comment I auteur négligerait ces problèmes essentiels.On ne s offusquera pas de 1 intransigeance que manifeste ici et là 1 auteur en matière de foi.Cette fermeté est un gage de vérité.Et n est-ce pas le vrai Juif, le Juif à la nuque raide qu il s\u2019agit pour nous de connaître ?A notre avis seule une invincible antipathie, c est-à-dire de mauvaise foi, trouvera au ton de M.Sack une désagréable allure d apologie.Toute affirmation contraire à un préjugé ambiant frappe toujours comme une exagération ou un plaidoyer en faveur d une cause douteuse.A ce point de vue les chrétiens qui s efforcent de rendre justice à Israël sont dans le même cas que les écrivains juifs.Quant à nous, notre sympa- 86 Les Juifs au Canada thie à J endroit des Juifs ne provient pas d nn parti pris de pliilosémitisrne aveugle ou d une sentimentalité quelconque dénuée de tout esprit critique.Inutile de chercher bien loin pour trouver à redire aux Israélites, comme d ailleurs à qui que ce soit.Mais la bonne foi ne saurait se laisser arrêter ni par les suspicions les plus graves et les plus justifiées de I histoire ni par un style de vie, souvent fort détestable, commandé par un atavisme oriental encore prédominant (la bonne volonté de beaucoup se brise sur cette « différence » purement extérieure ; elle ne résisterait pas plus au comportement des peuples orientaux depuis les Arabes, frères de sang des Juifs, jusqu\u2019aux Indous, parents des peuples aryens).La curiosité objective va au delà et découvre en Israël un destin spirituel sans égal, une permanence humainement inexplicable, des souffrances sans nom, une angoisse deux fois millénaire, une contribution magnifique au bien commun de F humanité, de remarquables qualités de race et une majorité de pauvres que la malveillance lui dénie.Refuser de reconnaître tout cela, c est se faire complice des pires bassesses humaines, car qui peut se vanter d indifférence devant le Juif ?Quand il s\u2019agit d Israël on ne devrait jamais oublier que, dans cette histoire, c est Dieu qui a commencé.Et qui veut être juste se dit que depuis Abraham, Isaac et Jacob, Israël est un peuple provoqué.En terminant, formulons le vœu que M.Sach donne un jour de son histoire des Juifs au Canada une version allégée, spécialement adaptée au public de langue française.Sa sympathie intelligente à l\u2019endroit des Canadiens français devrait lui rendre facile une tâche qui complétera son œuvre en lui conférant le rayonnement qu elle mérite.Jean Le Moyne 87 Dans la cour du Vieux-Colombier Promenade dans Paris avec Madame Gustave Cohen.Au départ, un spectacle de rue nous impressionne défavorablement : une pauvresse, vêtue d\u2019un vieux « trench-coat » masculin en lambeaux, penchée sur une poubelle.Elle mord à une arête de poisson avec une avidité bestiale.Un gamin passe et repasse derrière elle en criant de sa voix acide toute proche de la mue : « L Humanité J Lisez L Humanité ! » Le contraste est si grotesque entre la prétendue humanité exprimée noir sur blanc par les politiciens et les journalistes et 1 inhumanité de cette scène que nous en aurons le cafard pour une partie de la journée et que longtemps j\u2019entendrai la voix traînante et faubourienne du petit crieur de journaux.Et impossible de rien faire pour cette malheureuse.Car non seulement les tickets d alimentation sont nécessaires pour acheter quoi que ce soit, mais il faut également être inscrit chez les marchands des diverses denrées.A Paris, les petites gens dont le maigre revenu ne permet pas de se ravitailler au marché noir, sont captifs de leur misère.Nous voici au Vieux-Colombier, sur la rue du même nom, pour y voir une exposition de peinture surréaliste, qui se tient dans le hall d\u2019 entrée, préparée par une grande conférence de Maurice Nadeau, qui vient de publier une remarquable et anecdotique Histoire du Surréalisme.Mais nous trouvons porte close.II faut se contenter de s écraser le nez sur la vitre pour essayer de voir un peu à I intérieur.Ce n est sans doute pas la bonne heure ou la bonne journée.Ici, on ne sait jamais.En veine de pèlerinage, nous entrons tout de même dans la coût du Vieux-Colombier.Diverses portes conduisent au bureau du directeur, aux ateliers, au secrétariat.Tant de fantômes peuplent encore cette cour.Ici, Jacques Copeau, il y a trente ans, commença sa croisade contre la médiocrité, la veulerie, le naturalisme, la tranche de vie, le faisandé des pièces de boulevards.Ici sont venus La Duse, Blanche Albane, Suzanne Bing, Ludmilla Pitoëff, Valentine Tessier, Charles DuIIin, Louis Jouvet, Georges Pitoëff, André Obey, Henri Ghéon, Jules Romains, Georges » 88 Dans la cour du Vieux-Colombier Duhamel, Gordon Craig, Adolph Appia, André Gide, Roger Martin du Gard, pour ne nommer que ceux-là.La promenade mélancolique du début se transforme en cortège funèbre, en procession de fantômes, revenants d un monde qui se défait au fur et à mesure qu il se crée et qui vit par le souvenir.Ingratitude du métier de comédien.Le long du mur, on a appuyé les décors du dernier spectacle, toiles peintes maintenant dépouillées de leur poésie et de leur mystère, et qui sont I envers du rêve.Dans un coin de la cour, grignotant des feuilles de choux, deux lapins blancs remplacent les colombes symboliques.Et tout ceci serait bien mélancolique si, soudain, ne venait à nous, s appuyant à sa canne, Suzanne Bing, que j ai rencontrée la veille, et qui me reconnaît malgré ses faibles yeux, Suzanne Bing qui toujours parle de Copeau comme d un dieu.Elle n a pas le temps de causer, nous lui ferions manquer la messe à Saint-Sulpice, mais si je veux bien aller chez elle, en fin d après-midi, boire une tasse de café, elle a quelque chose à me dire.Nous la quittons pour aller à Notre-Dame regarder une fois de plus les beaux vitraux et tout le peuple innombrable des statues qui ornent les divers portails.Voici, une fois de plus, les vierges sages et les vierges folles, saint Michel pesant bonnes et mauvaises actions et toutes ces allégories dont le moyen âge raffolait et dont son théâtre témoigne : saisons, travaux agricoles, vertus et vices, la synagogue, yeux bandés.Et voici saint Marcel, saint Etienne, la Vierge, Salomon, la reine de Saba.Dernière surprise : au tympan du portail nord, rue du Cloître, Le miracle de Théophile fixé dans la pierre par un tailleur d images contemporain de Rutebeuf, en même temps que ce dernier, sur le pupitre incliné, le burinait dans des vers inoubliables, dignes du meilleur Villon.Des souvenirs du Vieux-Colombier, nous voici, sans le vouloir, évoquant les débuts des Théophil iens.De Notre-Dame, nous traînons un peu le long des quais, où les petites boîtes de livres, couvercles dressés, nous retiennent.Des gens pêchent à la ligne et des badauds, penchés sur le pont, regardent passer 89 Revue dominicaine les péniches.Des feuilles mortes s en vont à la dérive, comme les saisons.Depuis quelques jours, les marronniers perdent abondamment leurs feuilles.L âcre odeur des feux parfume délicieusement Paris.Nous feuilletons un Huysmans de luxe, édition numérotée, avec gravures.Je mets la main sur la première plaquette de vers de Robert Goffin, Jazz- Band (1922), préfacée par Jules Romains.Dans une autre boîte, une étude déjà ancienne sur Villon et l\u2019argot.Un vieux bouquiniste nous offre une édition de Rabelais.« Cet éditeur était un génie, nous dit-il.II a compris que Rabelais écrivait pour le peuple ; il est le premier à avoir fait une édition bon marché de son œuvre complète ».Nous n a-vons pas le temps de vérifier.Midi approche : il faut rentrer.Mais pas avant d\u2019avoir fait un grand tour dans le Paris vieillot.Nous resaluons les ruines de Cluny, Saint-Julien-Ie-pauvre, Saint-Sévérin, que monograpbia Huysmans.L Impasse Rassemblière excite notre curiosité : un étroit couloir crasseux, sans sortie, véritable invitation au crime.Villon dut s\u2019y embusquer pour navrer le guet ou lanterner les passants attardés.Délicieuse litanie des vieilles rues de Paris : Gît-1 e-cœur, évocateur de drame d\u2019amour et de mort ; de la Hucbette, plutôt mal famée ; de Buci, grouillante de bonnes femmes, filet au bras, qui vont aux provisions : odeur de poissons et de vieux légumes ; de Hautefeuille, hantée par Baudelaire.* * * Tel que convenu, je retourne au Vieux-Colombier, vers quatre heures, voir Suzanne Bing.Elle veut me dire que la tradition de Jacques Copeau n est pas morte, d abord parce que tout ce qui se fait aujourd hui de bien et de propre, même si on ne le dit pas toujours, est sorti de son enseignement et de son exemple.Et qu ensuite il y a Jean Dasté, I époux de Marie- Hélène Copeau, qui continue I œuvre de son beau-père.Le théâtre est d\u2019ailleurs une tradition dans la famille Copeau.Marie-Hélène a contribué à la réalisation de plusieurs spectacles de valeur, soit comme comédienne, soit comme costumière.Je me rappelle avec quelle grâce, quelle fermeté 90 Dans la cour du Vieux-Colombier et quel naturel elle interprétait le rôle die la Marquise Cibo, dans Lo ren-zaccio, chez Baty.La scène où elle tient tête à son beau-frère de cardinal, qui oublie trop facilement ce qu\u2019est le sacrement de pénitence, est un grand moment de théâtre et la longue robe rouge de l\u2019homme d Eglise se détachant sur le velours noir drapé par Baty a quelque chose de machiavélique et d infernal.Jean Dasté, qui a été des Quinze, issus du cuvier de Pernand, a fondé la Compagnie de la Saison Nouvelle, qui a parcouru la Touraine et la Bourgogne, du 6 août au 6 septembre 1942, avec Le médecin malgré lui de Molière et Arlequin magicien, écrit par Jacques Copeau en s inspirant d un canevas de la Commedia dell Arte.Les 21 et 22 juillet 1945, nous trouvons la jeune compagnie à Beaune, en Bourgogne, pour célébrer le 500e anniversaire du célèbre hospice fondé par le chancelier RoIIin, en 1443.Jacques Copeau avait écrit un texte pour la circonstance : Le Miracle du pain doré qu il monta sur un dispositif d André Barsacq, en un spectacle grandiose qui durait toute la journée.II tenait même le rôle du meneur de jeu, costumé en héraut qui vient lire à la population rassemblée la charte de 1 hospice.Tout était réglé minutieusement.L entrée du public.le défilé des autorités religieuses et civiles faisaient partie du spectacle.Copeau retrouvait ses grands moments du Mystère de sainte Ulive et du Savonarole qu il alla monter en Italie, en 1933 et en 1935, à I occasion du Mai florentin.Installée maintenant à Grenoble, dans la Maison de la Culture, la jeune compagnie prépare son premier spectacle.Ce sera Noé d André Obey, spectacle d ouverture des Quinze en 1931.Jean Dasté y tenait le rôle de Japheth.Jacques Copeau y avait prononcé deux émouvantes conférences qui parurent en volume sous le titre : Souvenirs du Vieux-Col ombier.Il viendra aussi à Grenoble inaugurer la saison de la nouvelle troupe par une conférence.Ainsi se renoue la tradition.II leur a d ailleurs confié une pièce que les Quinze ont présentée en tournée, en Suisse et en Belgique, mais qui n a jamais été donnée à Paris.91 Revue dominicaine C est L\u2019Illusion qu il a adaptée de La Célestine de Rojas (1492), un joyau de la littérature dramatique espagnole.La peinture de ce monde équivoque, au-dessus duquel vole I amour pur de Calixte et Mélibée, et le titre même, n\u2019est-ce pas là tout le drame de Copeau et de ses disciples ?« C\u2019est sans doute Jean Dasté, conclut Suzanne Bing, qui montera la pièce que Copeau vient d écrire et qu il a longuement travaillée : Le petit pauvre, épisodes de la vie de saint François, son saint préféré ».La lumière déserte lentement le petit logis qui s égaie bientôt du papillon lumineux et tremblotant d\u2019un bec de gaz.Suzanne Bing raconte toujours.Elle évoque le souvenir de Gbéon, qui fut son parrain.Elle tint le rôle d Emilie dans Le Pauvre sous l escalier et elle aussi fut la comédienne prise à son jeu.Sa fille est maintenant religieuse et son fils vient d entrer cbez les Dominicains.Devant une telle flamme intérieure, un tel amour de Dieu et du tbéâtre, j en oublie le froid Kumide qui me grimpe aux jambes et dans lequel cette pauvre femme doit vivre, au fond de la deuxième cour du Vieux-Colombier, où elle kabite depuis 25 ans, « depuis le retour d\u2019Amérique », précise-t-elle, cramponnée à ce lieu peuplé pour elle de si riches souvenirs.Alerte, sa pensée et sa mémoire vont de I un à l autre.Elle a fait lire les rôles aux Théophiliens, lors de la préparation d Abraham sacrifiant.Elle évoque New-York, pendant l\u2019autre guerre.Jamais elle a été aussi impressionnée de sa vie que lors du premier spectacle.Elle devait toute seule paraître en scène et dire quelque chose comme : « Messieurs, je vous apporte, au nom de mes camarades et en mon nom, le salut de la France.».« Je tremblais comme une feuille.», me raconte-t-elle.Pendant qu elle s affaire à préparer le café, je regarde au mur une peinture de Ghéon, datée d Orsay, 1902.C est un intérieur, des fleurs blanches sur une table ronde recouverte d un tapis longuement retombant.Une large porte-fenêtre s ouvre sur un jardin.Les teintes sont claires ; I ensemble est beau comme un après-midi de soleil ou un rire 92 Dans la cour du Vieux-Colombier J\u2019enfant.Cela respire la santé, la joie Je vivre.Et je me rappelais une chanson ancienne Je Ghéon (1897) : Sais-tu toute la beauté J une fenêtre qui s\u2019ouvre.et une autre Je la même Jate qui commençait ainsi : Un petit bouquet sur un coin Je table.ce serait tout le bonheur Je mon âme.Le café fume Jans les verres et, impitoyable, je questionne maintenant Suzanne Bing sur ses Jébuts au théâtre.AlIemanJe, mariée à un musicien, elle a fait Ju conservatoire puis est venue à Paris jouer au Théâtre Jes Arts Je Jacques Rouché.Elle reçoit un jour une lettre Je Charles DuIIin, la convoquant chez lui, à Montmartre, pour un projet Jont le programme comporte entre autres Je purifier le théâtre et Je Jécabotiner l\u2019acteur.II Jevait y avoir Blanche Albane et quelques autres.Elle s\u2019y renJ.et il y avait là Jacques Copeau.« Et voilà », termine-t-elle en souriant.Mais il me faut partir, abeille lour Je Je butin, trébuchant à chaque marche Je l\u2019escalier sombre.Mais j\u2019apprenJrai aussi, avant que la porte ne se referme, que Jacques Copeau Joit bientôt entreprenJre un granJ voyage auquel il tient beaucoup : à MaJagascar, voir sa fille EJi , religieuse bénéJictine, qui est supérieure au couvent- J Ambositra, et qu\u2019il n\u2019a pas vue Jepuis très longtemps.Louis-Marcel Raymond (Extrait de : Un Canadien à Paris, à paraître sous peu en volume.Reproduction interdite).« 95 Une science nouvelle On se demande souvent dans nos milieux universitaires : « Que font les Américains en pkil osopkie ?» On sait vaguement que nos voisins sont partagés entre diverses tendances, que leurs pkilosopkes les plus originaux sont, ou furent, les pragmatistes.Parfois des nouvelles nous parviennent, faisant écko à des mouvements de réaction : certains penseurs, originaux et dynamiques, essaieraient de détourner la pkilosopkie américaine du positivisme, qui la caractérise d\u2019une façon générale, pour tenter un retour vers une pensée plus spéculative et plus voisine de la pkilosopkie traditionnelle.Mais très souvent, nous n en.savons guère plus sur le travail qui se poursuit dans les universités américaines.Il n\u2019y a d\u2019ailleurs rien de très étonnant à cela, car ckez les Américains eux-mêmes, les divers milieux pkilosopkiques se connaissent parfois très mal les uns les autres, et au Canada, les relations entre les universités anglo-saxonnes et françaises sont très peu poussées dans le domaine qui nous intéresse.II ne faut donc pas être surpris si d\u2019un pays à I autre on se connaît assez mal.Mais cet article n a pas pour okjet la pensée américaine en général.Il ne s agit ici que d attirer I attention sur une des œuvres les plus suggestives et les plus typiques produites aux Etats-Unis en ces derniers temps.Le titre « Une science nouvelle », fait allusion à un ouvrage puklié il y a quelques mois à New-York par M.Ckarles Morris, professeur à I Université de Ckicago.Le volume s\u2019intitule : « Signs, Language and Bekavior », et il nous propose les bases dune sémantique nouvelle.La sémantique, comme on le sait, peut se définir d\u2019une façon générale : la science des signes.L\u2019komme, et même 1 animal, utilise constamment une multitude de signes dans les différentes formes de ses activités : ainsi, nos connaissances s expriment par des propositions, certaines de nos émotions se traduisent par des œuvres d art, notre vie sociale tout entière n\u2019est possible que par le langage.Or ces propositions scientifiques, ces œuvres d art et ce langage sont autant de signes très complexes et très variés.Et puisqu ils jouent un si grand rôle dans notre vie, il ne fait pas de doute qu\u2019une connaissance approfondie de la nature de tous ces signes et des lois qui président à I usage que I on en fait, 94 Une science nouvelle nous aiderait grandement à comprendre l\u2019activité humaine elle-même et serait un enrichissement précieux pour la philosophie.C est une telle connaissance que voudrait élaborer cette branche de la phil osophie connue aujourd hui sous le nom de sémantique, et le livre de M.Charles Morris ne représente qu\u2019une des tentatives que 1 on a faites dans ce sens.Cette idée d élaborer une science des signes n est évidemment pas neuve.Plusieurs sémanticiens contemporains reconnaissent comme leur grand ancêtre Aristote, et en effet, I « Organon » nous offre bien 1 exemple d une réussite extraordinaire dans le domaine de la sémantique.On mentionne aussi parmi les essais antérieurs, la logique des Stoïciens et la « scientia sermocinalis » des scolastiques, qui ont fait des recherches très approfondie sur bien des problèmes que pose I usage des signes.Et notant que les Stoïciens ont élaboré leur sémantique au cours de la période hellénistique, qui fut une époque de transition, et que d autre part, les scolastiques ont développé la leur surtout au XlVe siècle, qui fut une autre période marquée de profonds changements.M.Morris conclut que cette partie de la philosophie tend à prendre de Iimportance surtout aux époques d évolution rapide, alors que bien des « signes » en usage dans la société ne satisfont plus les esprits.Et il fait remarquer qu\u2019à ce point de vue, notre vingtième siècle plus que tout autre, a besoin d une sémantique, puisque jamais le sens des mots n\u2019a été aussi discuté qu à notre époque de complète anarchie culturelle.Après Aristote, Leibniz est souvent considéré comme le grand initiateur, à cause de sa fameuse « caractéristique universelle », et l\u2019on pourrait nommer bien d\u2019autres prédécesseurs des sémanticiens d\u2019aujour-d hui, par exemple, les commentateurs d\u2019Aristote, comme saint Thomas.Ces phil osophes ont réussi à nous donner une connaissance très approfondie des processus par lesquels I homme exprime et communique sa pensée.Cependant, la plupart d\u2019entre eux ont examiné surtout l\u2019aspect purement logique de la sémantique.Ils ont analysé le langage scienti-lique et philosophique ; mais dans les autres domaines, par exemple dans celui des arts, ils ont fait des enquêtes beaucoup moins poussées.95 Revue dominicaine De même, si l\u2019on vent étudier, par exemple, la nature des signes employés dans la publicité, la propagande, les méthodes modernes d éducation, on trouvera très peu de renseignements chez les vieux auteurs, et pour cause ï On pourrait noter cependant qu en dehors du domaine de la logique proprement dite, les théologiens du moyen âge, et saint I homas en particulier, ont poussé très loin I étude des signes utilisés par la pensée religieuse.Mais c\u2019est là un fait exceptionnel, et tous les aspects de la sémantique n ont pas suscité de telles recherches.De sorte que les séman-liciens modernes ont hérité d un grand nombre de travaux très précieux sur certains problèmes que pose l\u2019usage des signes ; mais par contre, ils ont trouvé un champ à peu près inexploré à d autres points de vue.Devant cet état de choses, certains ont songé qu il y avait lieu de reprendre à pied d œuvre, tout le travail fait jusque là.Cette fois, on ne s attacherait pas à tel ou tel aspect de la sémantique, on considérerait la question d\u2019une façon plus compréhensive : on étudierait la notion même de signe, et à partir de cette notion très générale, on trouverait des conclusions s appliquant à toutes les espèces de signes ; ceux de la science, de l\u2019art, de la morale, etc.Tel est l\u2019objet de la sémantique contemporaine.Elle innove donc non pas en ce qu elle étudie les signes, car on le fait depuis plus de deux mille ans, mais en ce qu elle envisage 1 étude des signes comme l\u2019objet d\u2019une science distincte, qui aura à rendre compte de toutes les activités qui impliquent l\u2019usage de symboles.Et ajoutons que cette conception de la sémantique s applique surtout à celle de M.Morris lui-même, car d\u2019autres philosophes contemporains, considérés aussi comme sémanticiens, ont des préoccupations plus restreintes et font surtout de la logique proprement dite.Mais chez M.Morris, le programme est nettement tracé, et c est pour cette raison que ses travaux sont très suggestifs : il s agit cl examiner d abord les formes les plus simples de phénomènes sémantiques, et de pousser I enquête le plus loin possible, dans tous les domaines, de façon à obtenir une science générale et complète.Examinons donc quelques aspects de cette sémantique nouvelle.96 Une science nouvelle Un premier trait qui frappe le lecteur de « Signs, Language and Behavior », c\u2019est précisément le caractère de nouveauté de cet ouvrage.L auteur veut vraiment faire table rase de toutes les notions transmises par les divers systèmes de logique et de psychologie.II partira d un fait précis, d une expérience, où I on trouve un exemple bien déterminé de I usage d un signe, et ensuite, par un examen toujours très personnel d exemples plus complexes, il élaborera sa théorie.On songe à Descartes concevant sa métaphysique après avoir eu grand soin d en éliminer tous les éléments étrangers.Cependant, M.Morris ne considère pas que la nouvelle sémantique devra être l\u2019œuvre d un seul homme.Au contraire, elle exigera la collaboration de plusieurs.Ce sera une science progressive.Mais à son point de départ, elle doit être absolument libre de toute attache avec les notions reçues jusqu ici.Et voici la raison de ce point de départ tout-à-fait personnel, et qui nous paraît faire bien bon marché du travail de tant d auteurs, qui, au prix d efforts si laborieux, ont pu nous donner une foule de données précieuses sur les problèmes de la sémantique.C\u2019est que M.Morris veut une « science » des signes, c est-à-dire une connaissance purement expérimentale, et non pas la connaissance philosophique que peut donner, par exemple, la psychologie rationnelle.Cette tendance à identifier science et science expérimentale est trop connue, pour qu il soit nécessaire d en donner des explications.Notons simplement que nous en avons ici un exemple typique.Or, pour avoir cette connaissance purement expérimentale, il est bien entendu qu on ne peut guère utiliser les notions élaborées par la psychologie traditionnelle, cell e-ci ayant été construite à I aide d une méthode utilisant non seulement des données vérifiables par I expérience, mais aussi le raisonnement déductif, qui dépasse I expérience proprement dite : en acceptant les termes et les distinctions reçues dans une telle psychologie, le séman-ticien craindrait de sortir du domaine de I expérience, et de « vicier » ainsi la science dès le point de départ.Pour être tout à fait certain d\u2019élaborer une sémantique vraiment scientifique, on devra négliger toutes les 97 Revue dominicaine interprétations « impures » selon les critères positivistes, et s\u2019en tenir toujours à des données vérifiables et de première main.Voilà pourquoi M.Morris préfère tout recommencer au début.Comment donc établir un point de départ convenable pour la nouvelle science ?L auteur procède avec prudence.II ne donne pas d abord une définition exbausive de ce qu\u2019est un signe, car cette définition risquerait d\u2019être a priori.II se contentera plutôt d\u2019isoler un phénomène comportant très clairement l\u2019usage de ce que tout le monde appellerait un signe : il extraira ce qui, dans le phénomène en question, lui paraît être le caractère essentiel et vérifiable du signe, et à partir de cette donnée tout expérimentale, il développera les notions requises à 1 interprétation des différents phénomènes où un signe quelconque entre en jeu.L\u2019exemple choisi par M.Morris retient notre attention.II s agit là du reste d une expérience bien connue : un chien est habitué à se rendre à un endroit déterminé lorsqu\u2019il sent de la nourriture.Or, on peut amener le chien à se rendre à cet endroit même s il ne perçoit aucune odeur, mais au simple son d\u2019un timbre.En d autres termes, le chien a, vis-à-vis du timbre, une réaction analogue à celle qu il aurait s il percevait I odeur de la viande elle-même.L auteur ajoute à cette constatation quelques précisions sur la nature exacte du comportement du chien, complète le tout par quelques conclusions tirées d\u2019une expérience du même genre, faite cette fois avec des rats, et propose ce qui lui tiendra heu d une définition de la nature du signe : un signe sera toute chose, causant chez un sujet une disposition à réagir de telle façon, dans telles conditions etc.Nous ne pouvons étudier longuement la définition proposée, mais ce que nous avons dit suffit à suggérer quelques remarques.La sémantique nouvelle, avons-nous vu plus haut, se propose de donner une interprétation générale des signes humains.Et pour atteindre ce résultat, d où part-elle ?D\u2019expériences faites sur des animaux.Notre réaction est immédiate : comment pourra-t-on aller aussi loin, en s appuyant sur une base aussi étroite ?II faut noter d ailleurs que M.Morris n affirme nullement que l\u2019aspect sous lequel il envisage le problème lui permettra 98 Une science nouvelle vraiment de donner toute une sémantique.II admet que son point de départ est très discutable ; mais enfin, il affirme qu\u2019il faut faire une tentative dans ce sens, et cette tendance à se placer au point de vue que nous venons d\u2019indiquer revient un peu partout dans son livre.On peut donc considérer comme très typique de la science nouvelle, ce point de départ où l\u2019on fait résolument appel au comportement animal.Pourquoi donc M.Morris a-t-il choisi ce point de départ ?II nous le dit lui-même avec insistance : c\u2019est qu\u2019il veut étudier les signes en les regardant de F extérieur, et non pas de I intérieur.On devine les raisons de cette préférence : c est que d abord des conclusions tirées de I examen de phénomènes extérieurs sont beaucoup plus vérifiables que les données obtenues par introspection.II est ainsi plus facile d éliminer I élément subjectif et d obtenir une science plus rigoureusement expérimentale.Et à ce point de vue, I étude du comportement des animaux offre une parfaite sécurité, car on ne peut que le décrire objectivement.Mais il y a ici beaucoup plus qu une simple question de méthodologie scientifique ; cette conception de la nature du signe vient de I esprit même dans lequel la science nouvelle envisage les problèmes posés par la sémantique.L auteur répète plusieurs fois qu il veut étudier les signes en partant d un «behavioral approach», c est-à-dire en les considérant dans les différentes réactions qu ils provoquent, dans les résultats qu ils produisent sur le comportement des individus.Et il appose avec instance ce point de vue « descriptif » à la méthode traditionnelle employée dans 1 étude de la sémantique.Cette méthode traditionnelle, utilisée par les Grecs, les scolastiques et un grand nombre de penseurs modernes, consiste à procéder surtout par introspection, à analyser surtout à l\u2019intérieur de la conscience les phénomènes que chacun peut expérimenter lorsqu\u2019il utilise ou perçoit un signe quelconque.M.Morris, tout en ne niant pas la valeur de cette façon de procéder, qu il appelle « mentalistic approach », lui préfère de beaucoup sa propre méthode, même si elle paraît étroite.Pourquoi veut-il donc se borner à une étude toute descriptive, se 99 Revue dominicaine contentant d enregistrer les phénomènes extérieurs qui accompagnent la production et l\u2019usage des différents signes ?Pourquoi tient-il à envisager sous cet aspect même les signes les plus complexes, même ceux qui semblent les plus étrangers à une simple réaction extérieure, comme par exemple, les signes employés dans le langage de la métaphysique ou de la religion ?C est que l\u2019objection fondamentale que nous pouvons faire à cette méthode n est aucunement considérée par M.Morris comme décisive.Cette objection serait à peu près celle-ci : la méthode en question nous semble inadéquate en ce qu elle néglige I aspect interne, le caractère typiquement immanent des phénomènes dans lesquels I homme utilise certains signes ; en d autres termes, nous voyons mal comment on pourra expliquer la nature du langage et des symboles employés dans les plus hautes formes de I activité humaine, si on se borne à les étudier en fonction des effets extérieurs qu ils produisent.Considérons, par exemple, la connaissance philosophique >\u2014> voilà un exemple de phénomène purement interne, s il en est un.Comment pourra-t-on 1 expliquer en se bornant à la méthode proposée par notre auteur ?N\u2019est-il pas absolument nécessaire ici de procéder plutôt par introspection ?Mais M.Morris ne croit pas cette objection décisive, parce que précisément, il ne croit pas qu\u2019il soit nécessaire de tant insister sur l\u2019aspect purement interne des phénomènes en question.Selon lui, par exemple, la connaissance n est pas un acte essentiellement immanent, utilisant des signes qui n ont avec le comportement extérieur que des relations plutôt accidentelles.II croit au contraire que si 1 on examine la connaissance dans les réactions qu elle provoque et si 1 on interprète dans ce sens les symboles qui servent à la connaissance, on aura touché le point essentiel, et le phénomène sera suffisamment expliqué.Nous voici au point central de cette courte étude \u2014> mais d aller de 1 avant, de se manifester.Jusque-là, 1 esprit de système avait été fort malmené ; à partir de là, on s aperçoit de la difficulté qu il y a à faire une philosophie qui ne soit point systématique.C est qu en fait le phil osophe demeure jusqu au bout victime de la tentation de faire une philosophie qui soit à la fois la sienne
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