Revue dominicaine, 1 février 1950, Février
[" REVUE DOMÎNiCVlNE BONNES ADRESSES A CONSULTER Accessoires, Appareils Photographiques : Cameras, Cine-Cameras, Projecteurs, Lanternes à Vues Fixes, Etc.t Au Royaume de la Camera Inc., 3, St-Jean, Tel.3-4327, Québec Accessoires Électriques : Bizier & Caron Ltée, 43i, St-Joseph, Tél.4-1081, Québec P.Q-Roland Electrique Enrg., 3190, 1ère avenue, Tél.3-0895, Québec Agences Commerciales Diverses « Bouffard, Mme S., 19, Foisy, Tél.1156 .Lévis, P.Q Agents Manufacturiers \u2014 Importateurs : Lortie, J.R., 88, boul.Orléans, Tél.2-7736 .Giffard, P.Q.Aluminium î Martel, Richard, 596, 1ère av., Tél.3-9403, Limoilou, .Québec Appareils Électriques t Marquette Electrique Inc., 28%, Ch.Ste-Foy, Tél.3-2114, Québec Appareils de Chauffage : Volcano Ltée, 96, Côte d\u2019Abraham, Tél.3-2572, Québec, P.Q.Architectes \u2022 Bouchard & Rinfret, 400, boul.Charest, Tél.4-0734, Québec, P.Q.Desmeules, Gabriel, 226, St-Jean, Tél.4-3864 .Québec, P.Q.Larue, J.-Albert, 5711, Durocher, Tél.CR.2734 .Montréal Architectes Lemieux, 760, Square Victoria, LA .287 0, Mte.Ludger Lemieux \u2014 A.A.Q.P.\u2014 M.R.A.I.C.Paul M.Lemieux \u2014 B.A.\u2014 M.R.A.I.C.\u2014 A.A.P.Q.\u2014 D.P.L.G.F.Arpenteurs-Géomètres et Ingénieurs Forestiers : Boucher, Germain, 26, St-Louis, Tél.4-1841 .Québec, P.Q.Blanchet, Jos., 97, Laurentide, Tél.3-1330 .Québec, P.Q.Articles Religieux, Jouets, Libraire, Etc.: Kirouac, Marcel, 479, 6e rue, Tél.2-6383 .Québec, P.Q.Articles de Sports i Le Palais des Sports, 67, Côte d\u2019Abraham, Tél.3-2341, Québec Ascenseurs : La Cie F.-X.Drolet, 206, Du Pont, Tél.4-4641 .Québec, P.Q.Assurances Généralesi Bernardin Frères, Edifice Aldred, Ch.305, 505, Place d\u2019Armes, Tél.HA.6258, Montréal Boutin, P.A., 80, St-Pierre, Tél.2-8884 .Québec, P.Q.Assurance : National Life Assurance Co.i Arsenault, Bona, Gérant, 80, St-Pierre, Tél.2-6785 .Québec Assurance î La Solidarité, Cie D\u2019Assurance-Vie : Siège Social, 126, St-Pierre, Tél.4-4034 .Québec, P.Q.Autobusi Autobus Lemelin, 170, Commerciale, Tél.Zone 6-327, Lévis, P.Q.Autobus à Lorette, Aérodrome.Champigny, Lac St-Joseph, Ste-Catherine : Drolet, A., Ltée, 606, boul.Charest, Tél.2-8494, Québec, P.Q.Autobus Fournier Ltée s Québec au Camp Val-Cartier, Ste-Foy, Lac St-Charles, St-Raymond i Terminus, 601, boul.Charest, Tél.6182-34, St-Augustin, 2-6946 AUTOMOBILES (Soudure, Débossage, Peinture, Etc.) : Boutet & Fils, 131, Caron, Tél.3-3370 .Québec,\tP.\tQ.Ferland, Ludger, 661, 1ère av., Tél.4-2920 .Québec,\tP.\tQ.Automobiles \u2014 Vente & Service : Giguère Automobile Ltée, 601, St-Vallier, Tél.8230 .Québec Montcalm Auto Inc., 901, 1ère av., Tél.2-5676 .Québec, P.Q.Avocats : Bélanger, P.E., 937, Père Albanel, apt 5, Tél.4-8772, Québec Boutin, J.Pierre, 80, St-Pierre, Tél.2-7004 .Québec,\tP.\tQ.Champeau, Armand, 6585, Canterbury, Tél.AT.9717, Outremont Dumontier, Albert, 105, Côte de la Montagne, Tél.2-1502, Qué.St-Jaeques, Henri, 18, Rideau, Tél.2-5055 .Ottawa, Ont.Biscuits et Gâteaux : Cie de Biscuits Stuart Ltée, Alf.Allard, prés., CR.2167, Mtl.Blocs de Béton, Tailleurs de Pierre t Côté, Valère, Inc., 325, Dorchester, Tél.4-4491, Québec, P.Q.Bois de Pulpe et Bois de Sciage s Coulombe, J.A.& Cie Ltée, 126, St-Pierre, Tél.2-1533, Québec Bois et Matériaux de Construction « Grier, G.A.& Sons Ltd., 2120 ouest, N.-Dame, WL 6118, Mtl.Bois de Construction.Manufactuhiers de Piaxchsb» en Bois Franc, Portes et Châssis s Dupuis, J.-P.Ltée, 1084, Av.de l\u2019Eglise, Tél.YO.0928, Verdun Bonbons en Gros : Bonbons Yolande Enrg., Mme J.-B.Cloutier, propr., 57, Dalhousie, Tél.4-1167 .Québec, P.Q.Boulangers (Gâteaux et Pâtisseries) i Boulangerie Nationale, 540, 1ère av., Tél.2-5244, Québec, P.Q.Hethrington, T., Ltée, 358-364, St-Jean .Québec, P.Q.Brique, Terra-Cotta, Tuyaux, Chaux, Bloc de Béton : Giroux & Fils Enrg., 311, Dorchester, Tél.3-1660, Québec, P.Q.Brûleurs à l\u2019Huile : Beaudet, J.-L., 400, Charest, Tél.3-0950 .Québec, P.Q.Desroches, Eug.& Fils, 1039, St-Vallier, Tél.3-8014 .Québec.Buanderies : Buanderie St-Paul, 2020, Roberval, Tél.WE.6791 .Montréal Buanderie « Impériale », 6, Des Bains, Tél.2-1856, Québec, P.Q.Drolet, J.A., 12, St-Sacremeht, Tél.7-1513 .Québec, P.Q.Café, Thé, Confitures : J.A.Désy Ltée, 1459, Delorimier, Tél.FR.2147 .Montréal CARROSSERIES D\u2019Auto (Débossage, Rembourrage, Etc.) : Normandeau, A.et Fils, 01152, Charlevoix, WI.5662, Montréal Chapeaux » Guimont, Mlle Imelda, 121, St-Jean, Tél.2-1903, Québec, P.Q.Charbon : Quebec Coal Co.Ltd., 411, boul.Charest, Tél.2-8472, Québec CHARBON (Anthracite et Bitumineux) s The Canadian Import Co.Ltd., 83, Dalhousie, Tél.2-1221, Qué.Charbon et Huile à Chauffage s Madden & Fils Ltée, 244, boul.Charest, Tél.4-3578 .Québec Charcuterie s Charcuterie Hygienic Enrg., 437, St-François, Tél.8-7438, Qué.Chauffage et Plomberie : Germain & Frères Ltée, 237, St-Antoine, Tél.76, Trois-Rivières Chiquette, Rosario, 28, Lavigueur, Tél.4-3782, Québec, P.Q.Couture, Odilon Enrg., 27, Lavigueur, Tél.6-8073, Québec, P.Q.Chauffage et Plomberie (entrepreneur) : Jetté, J.-W.Limitée, 860 est, Rachel, Tél.MA.4184, Montréal Chauffage, Réfrigération, Ventieation, Électricité : Bouchard, J.-A.-Y.Inc., 97, Côte d\u2019Abraham, Tél.4-2421, Québec Chaussures .\u2022 Létourneau, Emile, 96, de la Couronne, Tél.3-7403, Québec, P.Q.Rousseau, J.E., S17-a, St-Joseph, Tél.3-0100 .Québec, P.Q.Roy & Roy, 10-B, St-Joseph .Lauzon, P.Q.CHIRURGIEN-DENTISTE î Trottier, Dr Jean, 87, St-Eustache, Tél.3-6675 .Québec, P.Q.Chocolats (fins \u2014 minuscules) Livraison : Denyse, 4927 ouest, Sherbrooke, Tél.EL.4877 .Montréal Cierges.Chandelles, Bougies s F.Baillargeon Ltée, 51 ouest, Notre-Dame, PL.9467, Montréal Cire à Plancher Liquide et en Pâte : Les Produits Sylvia Enrg.187, des Commissaires, Tél.6768, Québec, P.Q.Compliments : Compliments d\u2019un ami : C.et G.Québec, P.Q.Compliments d\u2019un ami : J.E.S. BONNES ADRESSES A CONSULTER Compliments d\u2019un ami : J.B.R.et Cie Inc.Compliments d\u2019un ami : P.Québec, P.Q.Compliments de J.M.Québec, P.Q.J.P.Laberge Enrg.Compliments d\u2019un ami : O.S.-P.Don d\u2019un particulier.L\u2019Honorable Sénateur Cyrille Vaillancourt .Lévis, P.Q.Mlle V.Langlois .Lauzon, P.Q.Un ami de la Revue.Un ami de la Revue : A.D.& Fils Ltée.Comptable Agréé : Turgeon, Paul, 852, St-Vallier, Tél.4-7426 .Québec, P.Q.Confection et Réparation de Chapeaux pour Dames : Le Papillon d\u2019Or (Mlle J.d\u2019Arc Emond), 109, St-Jean, Tél.2-4314, Québec, P.Q.Confection pour Dames x Houde, Mme A., 84, D\u2019Artigny, Tél.3-8714 .Québec, P.Q.CONFISERIF s Boutin, L.P., 1585, 8e avenue, Tél.4-0851 .Québec, P.Q.CONTRACTEURS : (Construction de Chemins et D'Édifices Pubeics) : Les Entreprises Lechasseur Ltée .Mont-Joli, P.Q.CONTRACTEURS - ÉLECTRICITÉ - CHAUFFAGE - Constructions, Démolition, Matériaux à Vendre i Tétrault Frères, 1200, Av.de l\u2019Eglise, Tél.TR.6611-6612, Montréal Courtiers x Lagueux & Desrochers Ltée, Casier Postal 218, 106, Côte de la Montagne, Tél.2-8271, Québec, P.Q.Courtier en Immeuble : Thibodeau, L.P.R., 323, boul.Charest, Téls.2-8115 \u2014 4-2316, Québec, P.Q.Courtiers d-Obligations t La Corporation de Prêts de Québec, 132, St-Pierre, C.P.68, Tél.2-4765, Québec, P.Q.Courtiers en Épiceries i Brault, Anastase, 1891, Roberval, Tél.WE.4237 .Montréal Courtier en Immeubles & Assurances i Leroux, O., 525, 3e avenue, Tél.4-3836 .Québec, P.Q.COUVREURS x Falardeau, Eugène Ltée, 141, Dorchester, Tél.5-9677 .Québec Crème Glacée x Crémerie Mont Blanc Enrg., 149, Renaud, Tél.2-6841 .Québec Dactylos, Calculateurs, Miméographes : Martineau, N.& Fils, 1019, Bleury, Tél.BE.2318, Montréal.Députés x Fleury, E., M.A.L.(Cultivateur) .St-Léonard d\u2019Aston, P.Q.L\u2019honorable T.Labbé, M.A.L.(Epicier en Gros).644, Notre-Dame, Tél.89, Thetford-Mines, P.Q.Lévesque, J.R., M.A.L., prop.(Epicerie Moderne Enrg.) Ste-Anne des Monts, Comté de Gaspé-Nord, P.Q.Matte, Jos., M.A.L., 124, de l\u2019Eglise, Tél.3-0701, Québec, P.Q.Bernard, Robert, 12, Marier, Drummondville, P.Q.Bernatchez, René, agronome, St-Flavien, Co.Lotbinière, P.Q.Blanchard, J.-L., notaire, Ste-Thérèse, Co.Terrebonne, P.Q.Cossette, Philippe, notaire, Causapscal, Co.Matapédia, P.Q.Desjardins, Gérard, C.P.260, Maniwaki, P.Q.Fox, C.J.W., Foster, Co.Brome, P.Q.Gérin, Denis, Coaticook, P.Q.Johnston, Raymond, Otter Lake, Co.Pontiac, P.Q.Lizotte, Fernand, Docteur, St-Jean Port-Joli, Co.L\u2019Islet, P.Q.Ouellette, Pierre, 108, La Salle, Baie Comeau, P.Q .Rémy, J.G., Assurances, Huntingdon, P.Q.Directeurs de Funérailles: Bouchard, J.& Fils, 320, 6e rue, Limoilou, Tél.4-1113, Québec Thibault, J.P.Enrg., 9, Commerciale, Tél.131 .Lévis, P.Q.Cloutier, Charles Enrg., 174, D\u2019Aiguillon, Tél.6-6210, Québec Doreurs-Argenteurs-Orfèvres x Beaugrand, Gilles, 846, de l\u2019Epée, Tél.DO.2950 .Montréal Galvanoplastie Canadienne, Côte Samson des 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411, Boulevard Charest, Tél.8-0590, Québec Les Entreprises Bergerville Ltée, 111, Côte de la Montagne, Tél.2-5268, Québec, P.Q.Parent & Gosselin Enrg., 270, des Oblats, Tél.8-6876, Québec Entrepreneurs-Menuisiers x Blouin & Blouin Enrg., 120, Châteauguay, Tél.6-8687, Québec Entrepreneurs de Menuiserie Générale x Bégin, Alphonse, 275, 13e rue, Limoilou, Tél.4-3980, Québec Entrepreneurs-Peintres i Boisvert, Charles & Fils, 1701, Ch.St-Louis, Tél.7-2884, Québec Entrepreneurs de Pompes Funèbres : Bureau, J.C., 2, Durocher, Tél.5-5298 .Québec, P.Q.ÉPICIERS x Blouin, Paul, 110, Bourlamaque, Tél.2-3964 .Québec, P.Q.Pakenham Enrg., 976, 8e avenue, Tél.2-5681 .Québec, P.Q.Pelletier, Alphonse, 340, St-Vallier, Tél.2-0088 .Québec, P.Q.ÉPICERIES EN Gros : Lamarche, J.-H., 6749, St-Laurent, Tél.CR.2165 .Montréal Letellier, J.-B.-E.Enrg., 112, Dalhousie, Tél.2-8931 .Québec Rioux & Pettigrew, 48, St-Paul, Tél.2-1212 .Québec, P.Q.Épicerie-Boucherie i Magasin St-Louis Enrg., 26, St-Louis .Québec, P.Q.Estampes en Caoutchouc x A.Derome et Cie Enrg., 25 est, N.-Dame, LA.2892, Montréal Ferronnerie d-Art x Les Frères Lebrun, 456, Niverville .Trois-Rivières, P.Q.Marchand, Adélard, 68, St-Vallier, Tél.2-2870 .Québec, P.Q.Ferronnerie en Gros x Demers, J.L.Ltée, 57, Commerciale, Zone 6-1070 \u2014 Québec, 5-6177, Lévis, P.Q.Fleuristes : Gardenia Enrg., 136, St-Jean, Tél.4-2128 .Québec, P.Q.Fonderie : Quebec Brass & Iron Foundry, 53, Commerciale, Tél.Zone 5-259, Lévis, P.Q.Fourrures : Alain, P.A.Ltée, 203, St-Joseph et 79, de l\u2019Eglise, 6106, Qué.Bernard, Léo, 810, St-Vallier, Tél.8-1329 .Québec, P.Q.Desjardins Chas, et cie, 1170, St-Denis, Tél.BE.8711, Montréal Jobin, Arthur, 96, St-Joseph, Tél.5-9016 .Québec, P.Q.Fourrures, Haute Qualité, Réparation, Voûte i Nadeau, J.-O., 160, Côte d\u2019Abraham.Tél.2-6429, Québec, P.Q.Sanfaçon, Honoré, 264, St-Joseph, Tél.5-7419 .Québec, P.Q.Turcotte, N.-Geo., 201, boul.Charest, Tél.4-1459, Québec, P.Q.IV BONNES ADRESSES À CONSULTER Fruits et 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.Québec, P.Q.Marchands de Fourrures : Emond, Chs-N.Enrg., 86, des Commissaires, Tél.6741, Québec, P.Q.Marchand de Fruits i Vézina, Adélard & Fils Enrg., 71, St-André, Tél.2-5258, Québec Marchands de Meubles « Cantin, J.-W., 446, St-Joseph, Tél.8007 .Québec, P.Q.Marchand de Tabac » Gagnon, Henri, 66, Côte du Palais, Tél.2-4285 .Québec, P.Q.Marchands-Tailleurs : Lefebvre, Ph., 63, Buade, Tél.3-1433 .Québec, P.Q.Mathieu, Lucien Enrg., 2251, Frontenac, FR.1803 .Montréal Matelas, Sommiers, Etc.: Matelas Frontenac Enrg., 15, Boisseau, Tél.6347, Québec, P.Q.Maternité Privée : Ouellette, Mme J.T., 10, d\u2019Artigny, Tél.2-1966, Québec, P.Q.Matériaux de Construction , Les Industries G.-I.Lachance Inc., 263, St-Paul, Tél.2-6403, Québec, P.Q.Mécaniciens « Després, Alfred, 66, St-André, Tél.2-8419 .Québec, P.Q.Médecins « Castonguay, Dr E.-J., 4231 est, Ste-Catherine, CH.0560, Mtl.Gratton, Dr Albert, 781, du Couvent, Tél.WK 5476 .Montréal Pilon, Dr Henri, 251, boul.St-Joseph .Hull, P.Q.Pouliot, Dr Antoine, 69, Ste-Ursule, Tél.2-4455 .Québec, P.Q.Membres Artificiels s Duckett, J.A., 3651, Park Ave, Tél.HArbour 0630, Montréal Merceries pour Hommes : Julien, Albert, 556, 3e avenue, Limoilou, Tél.4-9474, Québec V BONNES ADRESSES À CONSULTER Négociant en Gros D\u2019Appareils Électriques î Vandry Inc., 470, des Capucins, Tél.2-5656 .Québec, P.Q.Négociants en Gros (épiceries, farine, grains) t Bégin, Noël Inc., 94, Commerciale, Tél.Lévis, 176, Québec 6-9686 Négociants en Gros \u2014 Jobbers : Bourget & Léveillé, 59, Commerciale, Tél.Zone 5-216 .Lévis Nettoyeurs, Buanderie s Pfeiffer, P., 4, McMahon, Tél.2-2021 .Québec, P.Q.Notaires : Baillargeon & Baillargeon, 38, des Jardins, Tél.2-1390, Québec, P.Q.Labrèche et Labrèche, 10 ouest, St-Jacques, MA.3373, Montréal Notaires & Assurances i Roy & Roy, Tél.Zone 6032 .Lauzon, P.Q.Nouveautés, Merceries, Tapis, Prélarts « Alepin, J.et Frère Ltée, 4295 ouest, Notre-Dame, Tél.WE.1108 ; 4719, Wellington, Tél.YO.1144, Montréal Opticiens D\u2019Ordonnances « Derouin, O.L., 37, Metcalfe, Tél.2-4976 .Ottawa, Ont.Lamontagne, Etienne, 1065, St-Prosper, Tél.2178, Trois-Rivières Optométristes et Opticiens i Beaulieu, Remy, 94, de la Couronne, Tél.2-3592, Québec, P.Q.Mignault, J.-Ed.& René Beauséjour, 62, St-Jean, Tél.2-1803, Québec, P.Q.Papier Asphalt \u2014 Matériaux de Construction « Bishop Asphalt Papers Ltd., 162, St-Paul, Tél.2-3681 \u2014 2-6193, Québec, P.Q.Pharmaciens i Frenette, Arthur, 1501, de la Canardière, Tél.3-6009, Québec Guertin, Paul, 1400, 4e avenue, Tél.8-7667 .Québec, P.Q.Pharmacie Aimé Roussin, 2823, Masson, CH.2103 .Montréal Pharmacie P.-H.Soucy, 85, Cartier, Tél.2-1235, Québec, P.Q.Pharmacie Canadienne, 1661 ouest, N.-Dame, Tél.WI.1771, Mtl.Pharmacie Roy Enrg., 121, Royale, Tél.2-3736, Giffard, P.Q.Pharmaciens en Gros i Ontario Medical Supply, 139, Queen, Tél.2-6309, Ottawa, Ont.Gérant : J.-André Gaulin, Dist.pour Casgrain & Charbonneau Placage Industriel, Chrome, Nickel, Or, Argent : Garand & Thibault Enrg., 7, D\u2019Argenson, Tél.5-9232, Québec Plombiers « Asselin, J.A., 37, Hermine, Tél.5-9670 .Québec, P.Q.Morin, L.-P., 31, Sault-aux-Matelots, Tél.4-3617, Québec, P.Q.Rouillard, J.E.Enrg., 465, St-Jean, Tél.6-7941, Québec, P.Q.Turcotte et Létourneau, 270, du Roi, Tél.6-9198, Québec, P.Q.Plombiers-Couvreurs-Électriciens » Dorion, Jules Ltée, 11, rue Ramsay, Tél.4-2916, Québec, P.Q.Morin, J.-B.& Cie Ltée, 18, Champlain, Tél.2-5548 .Québec Pneusi Michaud Tire Service Ltée, 207, de la Couronne, Tél.3-3901, Québec, P.Q.Produits de Salon de Beauté : Lemieux Beauty Products, 16, rue de l\u2019Eglise, Tél.3-6320, Québec, P.Q.M.A.Lemieux, résidence, Tél.2-3073, Québec, P.Q.Provisions, Poisson, Fruits, Etc.: Dominion Fish & Fruit Ltd., Tél.2-7036 .Québec, P.Q.Provisions en Gros : Turgeon, Jos., 189, Commerciale, Tél.177 .Lévis, P.Q.Provisions Générales pour Bateaux : Quebec Ship Riggers & Sail Makers, Reg\u2019d., 17, Sault-au-Matelot, Tél.3-6717, Québec, P.Q.Professeur de Musique (Guitark, mandoiine, vioiok) ¦ Gagnon, T.W., 208, N.-D.des Anges, Tél.2-3700, Québec, P.Q.Quincailleries Générales : Cantin & Fils Ltée, 655, St-Vallier, Tél.6-7123, Québec, P.Q.Giroux & Frère Enrg., 370, St-Jean, Tél.2-8337, Québec, P.Q.Gravel, Ludger & Fils Ltée, 7906, boul.St-Laurent, Tél.VE.2581, Montréal Grégoire, J.-R., 3605 est, Ontario, Tél.FA.1167-8 .Québec Rhéaume, Paul, 111, Royale, Tél.3-6484 .Giffard, P.Q.Quincaillerie en Gros et Détail i Lemieux, Jos.-E.Enrg.Québec, P.Q.Lajeunesse, Gaud.Enrg., 721, St-Vallier, Tél.2-6473, Québec O\u2019Neil & Richard Ltée, 134, du Pont, Tél.2-1694, Québec, P.Q.Quincaillerie et Ferronnerie : Terreau Racine Ltée, 196-220, St-Paul, Tél.2-2711 .Québec Radio Technicien \u2014 Haut-Parleurs : Gagnon, Jean-Paul, 960, 1ère avenue, Tél.2-1735, Québec, P.Q.Réfrigérateurs i Brindamour, W., 67, Ste-Marguerite, Tél.3-2449, Québec, P.Q.Brousseau, Albert, 3, des Bains, Tél.3-2503 Québec, P.Q.Rembourrage de Meubles de tous genres : Michaud, Jos., 92, d\u2019Aiguillon, Tél.2-8497 .Québec, P.Q.Réparation de Ressorts D\u2019Autos t Léon Drolet & Fils, Enrg., 12-14, rue Caron, Tél.3-0979, Québec Ressorts D\u2019Autos et Camions s Drolet, Léon & Fils, Enrg., 12-14, rue Caron, Tél.3-0979, Qué.Ressorts \u2014 Pour Autos & Camions : Blondeau, Alphonse, 600, 1ère avenue, Tél.4-1209, Québec, P.Q.Restaurants t Boulevard Restaurant, 3830, Décarie, Tél.DE.0097 .Montréal Restaurateur i Doré, Sarto, 30, Bon-Air, Tél.7-2143 .Québec, P.Q.Savon s La Savonnerie Bourbeau Enrg., 345, Dorchester, Tél.4-2960, Québec, P.Q.Soudure, Débossage, Peinture, Etc.: Beaulieu, L.P., 15, boul.Roosevelt-Churchill, Tél.4-4924, Qué.Stores Vénitiens î Méthot, Raoul, 213, 6e rue, Tél.2-6174 .Québec, P.Q.Syndic Licencié : LaRochelle, Victor, 111, Côte de la Montagne, Tél.3-7258, Qué.Tannerie : Tannerie Daigle Ltée, 7, Lee, Tél.5-7523 .Québec, P.Q.Taxis « Taxis Maguire Enrg., 1463, Maguire, Tél.3-1474, Sillery, Qué.Terra Cotta : Montreal Terra Cotta, 1010 o., 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Gustave Lépine INCORPORÉ DIRECTEURS DE FUNÉRAILLES SALONS MORTUAIRES MODERNES 42.CHEMIN SAINTE-FOY VIS-A-VIS DES «RABLES\tQUÉBEC .¦ -.\u2014 La Buanderie Lévis Ltée À L\u2019ÉPREUVE DE L\u2019EAU ET DES TACHES EMPLOYEZ NOTRE PROCÉDÉ D R A X TÉL.: 4-4603 7.RUE SIMARD.QUÉBEC HOMMAGES DE O.PICARD & FILS DESSIN CLICHES ELECTROS } Photogravure Artistique enl /Z nus AK AGO.QUÉBEC.7ZS f-2438 PHOTOS RETOUCHE FLANS VII Sommaire Février 1950 Joseph Dandurand : Le charnel et son hôte Un avocat délaisse momentanément ses causes pour écouter les Muses.Et cela nous vaut un poème riche de sens et bien équilibré.1 homas-A.Audet, O.P.: Etudes médiévales et Culture canadienne Ce professeur et Directeur des études à l\u2019Institut d\u2019études médiévales de l\u2019Université de Montréal a bien voulu nous livrer le rapport qu\u2019il présenta à la Commission Royale d\u2019enquête sur les arts, les sciences, les lettres.Nous savons que cet exposé enthousiasma les honorables membres de la Commission et nos lecteurs le liront sûrement avec une égale ferveur.Jean Le Moyne : Ringuet et le contexte canadien-français Un de nos meilleurs critiques littéraires nous dit franchement et avec preuves à l\u2019appui ce qu\u2019il pense de ce roman : Le poids du jour.Robert Elie : Les poésies .complètes de Saint-Denys-Garneau Grâce au zèle de MM.Robert Elie et Jean Le Moyne, nous avons enfin l\u2019œuvre poétique de Saint-Denys-Garneau que les Editions Fides ont eu l\u2019heureuse idée d\u2019insérer dans leur luxueuse collection du Nénuphar.Cette étude nous montre l\u2019ascension de cette âme vers la lumière à travers les ombres, disons sa nuit obscure.Charles-D, Boulogne, O.P.: Le message suprême de Bernanos «Curieux et inquiétant docteur enrobé de vapeurs et de soufre, à la fois soldat de Dieu et son calomniateur» a écrit Henri Clouard de Bernanos.Cet article nous le montre, sous un autre jour, dans sa dernière œuvre : Dialogue des Carmélites.Gaillard de Champris : Silhouettes d autrefois Ces silhouettes sont les belles esclaves de Jean de La Varende.Figures d\u2019Histoire, belles esclaves ont des taches que notre critique signale.ces Le sens des faits A.Papillon, O.P.: « En mémoire du T.R.Père Benoît Mailloux, O.P.».Th.-A.Audet, O.P.: « Noël chez les Compagnons ».Gilles Marcotte : « Une après-midi avec John Ford ».L\u2019esprit des livres S.Thomas Aquinas : « Opuscula omnia necnon opera minora» (L.-B.Geiger, O.P.).Louis Bourgoin : «Histoire des Sciences et de leurs applications» (Elie Goulet).Albertine Laperle-Bernier : «Le Château des illusions» (André Tilly).Henri Peyret : «Le plan Marshall peut-il sauver l\u2019Europe \u201c?» (André Diotte).VIII REVUE DOMINICAINE Directeur : R.P.ANTONIN LAMARCHE, O.P.3500, Av.Laval, Montréal-18, P.Q.Vol.LVI\tTome I\tFévrier 1950 Le charnel et son hôte Ils marchaient deux, l un visible Et l\u2019autre invisible, L un charnel, l autre aérien, Liés, mais sans lien.Ils cheminaient sur la terre Ombre et lumière.Ils marchaient deux, l\u2019un mortel et l autre immortel, Sans qu\u2019il parût, côte à côte.L\u2019esprit était l\u2019hôte Que I homme ne voyait pas Soutenir ses pas.Ils allaient ainsi, ensemble Le charnel qui tremble Et trébuche, et son gardien Lui offrant la main.L un était pétri de fange Et l autre était l ange.Joseph Dandurand, avocat Etudes médiévales et Culture canadienne1 En 1950, à la suggestion de M.Etienne Gilson et sous la direction des Dominicains canadiens, fut fondé à Ottawa un Institut d\u2019Etudes médiévales.L\u2019équipe de spécialistes qu\u2019il rallia occupa d\u2019emblée sa place dans les milieux scientifiques par la publication de divers ouvrages d histoire et de doctrine du moyen âge.De 1932 à 1941, dix forts volumes vinrent ainsi s\u2019aligner sur le rayon des Publications de l\u2019Institut d\u2019Etudes médiévales d Ottawa.En 1942, à la requête des autorités de I Université de Montréal, ] Institut d Ottawa fut transféré dans la métropole et réorganisé en vue d assumer toutes les charges d\u2019un enseignement régulier.C\u2019est à ce moment qu il prit le nom : Institut d Etudes médiévales Albert-le-Grand.Corps universitaire, I lnstitut désormais possède concrètement la liberté et l\u2019autonomie d une faculté dans I organisation et les objets de son régime pédagogique.II se compose actuellement d une équipe de vingt-deux professeurs, canadiens et étrangers, recrutés selon leur spécialité.La nature même des disciplines inscrites au programme de I Institut permet à celui-ci d\u2019offrir un complément idéal et indispensable aux trois facultés universitaires de Théologie, de Philosophie et des Lettres.L Institut offre un programme complet d études sur les diverses disciplines de I histoire du moyen âge.L\u2019histoire des langues et des littératures, des arts et des institutions, est donc l\u2019objet de l\u2019enseignement de l\u2019Institut, même si on accorde une priorité de valeur et de fait à I histoire des doctrines théologiques, philosophiques et juridiques.Cette priorité est d\u2019ailleurs le résultat d un partage du travail.Les études médiévales ont acquis désormais dans le monde scientifique une telle extension qu\u2019un certain taylorisme est devenu inévitable.Les chercheurs ou les équipes disséminés 1.Cet article reprend, les recommandations en moins, le texte du mémoire présenté par l\u2019Institut d\u2019Etudes médiévales de l\u2019Université de Montréal à la Commission royale d\u2019enquête sur l\u2019avancement des Arts, des Lettres et des Sciences au Canada, le 23 novembre 1949.66 Etudes médiévales et Culture canadienne dans l\u2019Europe scientifique continuent d\u2019accumuler I inventaire littéraire et historique du moyen âge.La position géographique du Canada et un déterminisme de notre histoire nous privent de retrouver dans notre civilisation les manuscrits et les monuments du moyen âge.Nous avons de la sorte plus de liberté pour travailler à l\u2019interprétation doctrinale de 1 immense matériel que d\u2019autres ont exploré pour nous.Nous avons conscience que cette fin que nous avons choisie et le service que nous lui assurons consacrent la place et l\u2019originalité de l\u2019Institut dans le monde des études médiévales.Nos relations de voyage et de correspondance ainsi que la collaboration de nos professeurs étrangers nous permettent de suivre dans une information toujours actuelle le progrès et les tendances des études historiques du moyen âge dans le monde, comme elles nous engagent à coordonner notre effort et nos recherches avec les divers milieux scientifiques, d Europe notamment.Par 1 ensemble de son programme, I lnstitut poursuit une fin générale de culture, s attachant à retrouver et à exprimer la continuité spirituelle de 1 humanisme depuis ses origines classiques jusqu\u2019aux renaissances médiévales, malgré la rupture historique des invasions ainsi que la persévérance d un même héritage spirituel depuis le moyen âge jusqu\u2019à nos temps modernes, malgré les prétentions abusives de la Renaissance et de ses historiens.Par ses méthodes pédagogiques, l\u2019Institut poursuit une fin de spécialisation dans les disciplines historiques, selon la rigueur technique que la science moderne impose à toute recherche objective et sérieuse.L objet du présent article n est pas de décrire le régime pédagogique et universitaire de I Institut.Notons seulement que les auteurs du rapport, The Humanities in Canada, ont jugé ainsi l\u2019Institut d\u2019Etudes médiévales de Montréal: it is a research institute of advanced character 2.On voudrait plutôt traiter ici de la fonction positive que les études historiques du moyen âge peuvent assumer dans l\u2019édification d\u2019une culture canadienne qui serait soucieuse de retrouver et d\u2019affirmer son identité spirituelle et historique.2.W.Kirkconnell and A.S.P.Woodhouse, The Humanities in Canada, Humanities Research Council of Canada, Ottawa, 1947, p.122.67 Revue Dominicaine I ^ Moyen âge et Culture Cette association pourrait paraître illégitime, tant il fut courant, depuis Burcldiardt, d opposer dans une antinomie absolue moyen âge et puissance psychologique de culture, et de rétablir une continuité fictive de Ihistoire en raccordant directement la Renaissance à l\u2019Antiquité.On pourrait accuser le nominalisme sociologique qui a permis d édifier une philosophie des âges de la culture en éliminant systématiquement un millénaire d histoire et en empruntant ses catégories au domaine très extrinsèque de I histoire de la philologie latine.Heureusement qu on a quitté I illusion de ces relativismes fragiles.Ce n\u2019est pas sans fierté qu\u2019il faudrait noter la contribution généreuse qu ont apportée les historiens américains à cette réhabilitation du moyen âge dans I histoire de la culture, dans I histoire tout court.l) Education et culture ou Humanisme.>\u2014¦ Tout en pressentant le péril de côtoyer ici une frontière juridique ou de verser dans I idéologie, nous croyons devoir maintenir entre éducation et culture une distinction implicite que les faits pourraient bien amplifier.Car, s\u2019il y a, entre éducation et culture, ce rapport permanent que I éducation pourvoit normalement I initiation à la culture ; il faut pourtant constater qu un régime éducationnel peut se donner pour fin de former I homme en soi, disponible ultérieurement pour n importe quelle tâche, mais que rien ne limite par avance à une spécialisation déterminée, et alors I éducation introduit effectivement à I humanisme ; ou bien un système éducationnel par ses institutions pédagogiques, ou par des déterminismes utilitaires, peut être contraint de former avant tout les spécialistes que réclame une civilisation prodigieusement différenciée et à la technique envahissante, et alors I éducation sacrifie progressivement I homme au technicien.Sur cette base la plus empirique de leurs résultats, on pourrait donc dire, dans une approximation légitime, que l\u2019éducation ou I instruction se doit d\u2019offrir à I homme tout ce qu\u2019il réclame pour sa propre utilité et pour servir plus efficacement les fins que lui impose son être social : concrètement les besoins de sa famille et de la société.D\u2019autre part, la culture ou l\u2019humanisme 68 Etudes médiévales et Culture canadienne s\u2019adresse à l\u2019homme en tant que personne, lui offrant tout ce qui est requis au plein épanouissement de son humanité d après ses exigences les plus instinctives et dans le rayonnement de toutes ses potentialités : art, science, philosophie et religion, ^ dans la présomption qu\u2019une utilité concrète peut découler de cette plénitude de perfection personnelle.II y a donc un conflit possible entre les tendances de I éducation et de la culture : conflit entre utilitarisme social et gratuité spirituelle et personnaliste.De fait, l\u2019histoire de la culture à ses divers paliers témoigne de cette antinomie latente.Toute Fhistoire de la culture gréco-latine, en effet, tient à une tension dialectique entre deux formes d éducation : I art oratoire et la philosophie.Ne nous laissons pas abuser par les relations spéculatives et pacifiques que notre enseignement moderne établit entre rhétorique et philosophie.Sans doute, chez les Anciens, l\u2019éloquence représente l\u2019idéal de l\u2019homme cultivé.Mais il faut voir que I histoire de la rhétorique, à Athènes comme à Rome, est liée au progrès de la démocratie, alors que toute la politique est réglementée par la parole.Ce ne sera qu avec T avènement des royautés que la rhétorique passera de la vie réelle au plan de la littérature : les rhéteurs succéderont aux orateurs.Ne versons pas dans Tabus du système : constatons toutefois que les fins utilitaires de la rhétorique, ses fonctions politiques et judiciaires, s\u2019opposent à l\u2019idéal solitaire du philosophe.Un conflit beaucoup plus profond a déterminé I histoire de la culture au moyen âge.Cette fois, ce fut la difficulté de concilier une éducation païenne, dont on récupère progressivement toute la tradition pédagogique, avec l\u2019idéal d une culture chrétienne.Le Christianisme ne pouvait pas accepter sans transposition théologique les solution aux problèmes de la vie et du bonheur que proposait la culture philosophique des Anciens.La tâche et la réussite du moyen âge fut de retenir toutes les virtualités éducatives de la pédagogie et de la culture gréco-latine et de les mettre au service d\u2019un humanisme chrétien.Notre âge moderne connaît une autre division, parfois plus anar- 69 Revue Dominicaine chique : les Lettres et les Sciences.Nous croyons qu\u2019il y a place et fonction pour les sciences dans un humanisme intégral.Sans vouloir déterminer les composantes essentielles de l\u2019Humanisme, on peut penser que I\thumanisme hellénistique, en ce qu il fut trop exclusivement littéraire et idéologique, ne soit pas un idéal absolu ni qu\u2019il doive s\u2019imposer comme norme de toute éducation possible.L\u2019expérience de notre temps nous prévient cependant que les sciences risquent toujours d\u2019être asservies à l\u2019impérialisme de la technique, alors que l\u2019objet même des lettres, * entendons les arts, les littératures et l\u2019histoire, la philosophie et la théologie, >\u2014> les engagent mieux à maintenir ou à sauvegarder les valeurs personnalistes et sociales de la culture.Serions-nous trop pessimistes en jugeant que dans I histoire de la culture, c\u2019est notre âge contemporain qui éprouve la plus dure tension entre les exigences utilitaires de 1 éducation et les fins absolues de la culture ?D autre que nous l\u2019ont exprimé pourtant3.II\tpeut même devenir dangereux que le scientisme se substitue à la culture : les lettres elles-mêmes ne sont-elles pas parfois vidées de tout leur contenu humaniste par une technique dévorante et purement utilitaire ?Or, pour la solution de ce conflit, une solution qui serait autre chose que la suppression de l\u2019un des termes en cause, le moyen âge suggère certaines options spirituelles que nous croyons encore valables et opportunes, et dont la fécondité ne se limite pas à une seule réalisation historique.Une récupération de I expérience médiévale dans I histoire de la culture peut être essentielle à un moment où il ne s\u2019agit de rien de moins que de poser les assises d\u2019une culture canadienne.2) Culture médiévale : éducation classique et humanisme chrétien, i\u2014' On peut discuter ou refuser le titre très suggestif qu\u2019un grand historien américain a donné à I un de ses ouvrages : The Renaissance of the twelfth century 4.Tout dépend du concept de Renaissance qu\u2019on accepte et des 3.\tCf.W.Kirkconnell and A.S.P.Woodhouse, The Humanities in Canada, pp.7 et sq.4.\tCh.H.Haskins, The Renaissance of the twelfth century, Cambridge, Harvard University Press, 1933.\u2014 Notre Institut d\u2019Etudes médiévales a publié sous le même titre, mais sur un objet plus limité, un livre qui fait autorité dans tous les milieux scientifiques où l\u2019on traite de l\u2019histoire de la culture médiévale et de ses institutions : G.Paré, A.Brunet, P.Tremblay, La renaissance du Xlle siècle.Les écoles et Venseignement.(Publications de l\u2019Institut d\u2019Etudes médiévales d\u2019Ottawa, III), Paris-Ottawa, 1933.70 Etudes médiévales et Culture canadienne i prestiges historiques qu\u2019on lui confère.II faut pourtant rendre compte de cette vérité : les Xlle et XHIe siècles émergent en histoire comme une glorieuse renaissance : I âge de la première chanson de geste, du premier fahliau, du premier roman, de la première ogive, de la première commune, de la première université, de la première grammaire, de la première logique, de la première théologie, de la première mystique.« L\u2019architecte, l\u2019imagier et le peintre sont unis au philosophe et au poète, et tous concourent à élever une sorte de cité de l\u2019esprit dont les fondations reposent sur les assises de la vie historique ».Henri Focillon, car c\u2019est lui que nous citons, a raison de nous assurer que « cette puissance de cohésion entre les divers ordres de la recherche et de I invention est le trait des grandes époques » 5.Le moyen âge a été une époque décisive dans I histoire de la culture.II faut mesurer la densité spirituelle de cette expérience extraordinaire de I esprit humain qui, parti d\u2019une grammaire, aboutit à une métaphysique.Ce fut une expérience d\u2019humanisme dont tout l\u2019effort fut, pour une part, de retrouver ses sources dans les œuvres et son inspiration dans les Humanités de I Antiquité.On a tendance à définir I Humanisme en mettant I accent sur son élément le plus extérieur, c est-à-dire sur une forme de culture centrée sur I étude des littératures latine et grecque.En fait, on ne saurait définir ni I humanisme, ni le moyen âge, ni la Renaissance par une référence exclusive à I étude scientifique des littératures de l\u2019Antiquité classique.A cette étude, il faut joindre la prise de conscience des valeurs humaines, d un idéal de I homme que proposent ces littératures, ainsi que les transformations psychologiques et morales que subissent ou recherchent ceux qui se consacrent à ces études.La relation du moyen âge et de la Renaissance à l\u2019Humanisme de I Antiquité s explique par un dosage différent de ces deux quantités : étude scientifique des lettres classiques et recherche de leur valeur hu- L H.Focillon, Histoire du moyen âge, t.VIII : La civilisation occidentale du Xle siècle au milieu du XVe siècle, Paris, Presses universitaires de France, 1933, p.419.71 Revue Dominicaine maine.Ce n est pas mépriser les services que les humanistes de la Renaissance ont rendus à la culture occidentale d\u2019exprimer que leur effort a porté sur une redécouverte des monuments littéraires de I Antiquité et sur une étude pkilologique et critique des littératures anciennes.On ne peut nier non plus leur effort ambitieux de retrouver I Humanisme dans les kumanités.Mais si I on abstrait les incidences tkéologiques de cette reckercke, qui n\u2019ont rien à voir kistoriquement avec F Antiquité et qu\u2019explique plus immédiatement une réaction contemporaine contre I état plus ou moins décadent des pkilosopkies et des tkéologies scolastiques, on est bien tenté de juger que ce que les historiens nous rapportent de I huma-nisme de la Renaissance n est au fond qu un arckéologisme assez fermé, un retour matériel au naturalisme le moins évolué.Au contraire, au moyen âge et ckez les artisans de sa culture.Ceux-ci furent dépourvus de tout esprit critique.II ne faut pas les en féliciter.II y aurait lieu toutefois de reviser nos statistiques sur F état et l\u2019extension du matériel littéraire de I Antiquité qui était parvenu jusqu au moyen âge et que les médiévaux ont exploité.Sans doute, un optimisme alarmant invite les grammairiens du moyen âge à mettre sur un plan d égalité Virgile et Stace, ou Cicéron et Martianus Capella, comme, du reste, leur optimisme tkéologique les engage à christianiser trop tôt Sénèque et Virgile, à voir en ceux-ci un philosophe ou un prophète déjà chrétiens.Le moins qu\u2019on puisse dire, c\u2019est que leur christianisme ne leur suggérait pas impérieusement de refuser les Anciens.De même on ne pourrait opposer à ce point la psychologie à I histoire en prétendant que ces médiévaux auraient été complètement insensibles à la beauté littéraire des textes qu ils lisaient : les intentions et les exemples, entre autres, de Gerbert au Xe siècle ou de Jean de Salisbury au Xlle siècle, nous dissuaderaient d exprimer de tels jugements, moins sommaires que naïfs.Quelle qu\u2019ait été la vigueur critique de ces esprits, il faut mesurer dans toute son audace et dans ses risques féconds F aventure où ils ont entraîné la culture occidentale.Dans les écoles qu on recommence à édifier dans I Europe du Xlle siècle après les institutions sans durée du Etudes médiévales et Culture canadienne renouveau carolingien, par la pédagogie essentiellement livresque qui asservit les maîtres à leurs textes, dans I état d enfance et dans les requêtes les plus immédiates de la grammaire, les hommes réapprennent les lois les plus primitives de leur esprit dans 1 étude de la parole et de sa logique.Ils acquièrent ainsi une discipline de I intelligence, en même temps que leur curiosité les entraîne à restaurer, puis à exploiter toutes les ressources intelligibles du trivium et du quadrivium.Leur expérience est assez profonde pour les diviser déjà en humanistes et en antihuma-nistes.Quand ils ont éprouvé toutes les recettes de la grammaire, de la dialectique et de la rhétorique, les médiévaux tentent de s\u2019assimiler les données philosophiques morales qu ils trouvent dans leurs textes de Sénèque et de Cicéron.Par ce détour, le De Amicitia de Cicéron fait partie intégrante de I histoire du mysticisme médiéval.Cette référence inattendue montre à elle seule, \u2022\u2014> on pourrait le prouver de bien d autres manières, i\u2014\u2019 que c est avec une conscience aiguë de ce qu\u2019ils cherchent que les penseurs médiévaux demandent aux Anciens de leur apprendre ce qu est I homme.Bientôt, ils l\u2019apprendront plus profondément ; et leur humanisme moral atteindra ses dernières dimensions.A mesure que 1 aristotélisme se répand sur le moyen âge en trois crues successives, les hommes de ce temps découvrent une philosophie de la nature, une philosophie de l\u2019esprit et une métaphysique.On discutera peut-être I authenticité intrinsèque de cet Aristote que les médiévaux exploitent.Reconnaissons du moins qu\u2019ils F exploitent dans un discernement des critiques augustinistes et averroïstes et qu\u2019ils n ignorent ni Themistius, ni Philopon, ni Alexandre d Aphrodise, qu\u2019en tout cas le moyen âge a parfaitement connu I Aristote que la Renaissance devait retenir.Or, « quoi de plus grec qu\u2019Aristote ?En mettant l\u2019étude de sa philosophie au programme de toutes les universités, en le faisant lire et commenter par tous ses professeurs de philosophie, en introduisant sa terminologie, et nombre de ses doctrines les plus importantes, non seulement dans sa philosophie mais au cœur de la théologie même, le moyen 73 Revue Dominicaine âge n\u2019a-t-il pas tenté et peut-être accompli cette grande œuvre : assurer la continuité de la civilisation occidentale, sauver l\u2019héritage de la civilisation antique en incorporant à la morale chrétienne tout ce qu elle pouvait en assimiler ?Pourquoi ne prendrions-nous pas acte d\u2019un tel fait ?Avoir introduit dans la conscience occidentale I Ethique à Nicomaque et I idéal moral qu elle apportait, c\u2019est peut-être avoir fait autant pour assurer I influence de la pensée hellénique que d avoir découvert et traduit Sophocle et Thucydide.Mais ne cherchons pas à peser les services ; disons simplement que celui-là en fut un, et qu à moins de fausser systématiquement I histoire, c est le moyen âge qui nous 1 a rendu » 6.Telles sont les références historiques de I humanisme médiéval.II y a là une expérience humaine dans I histoire de la culture qui vaut par elle-même, par son audace, par ses conquêtes et par sa tradition.II ne s\u2019agit pas, sous la pression d\u2019une apologie du moyen âge, de vouloir éliminer la Renaissance ou de renier ses apports au patrimoine historique de la culture.II s agirait peut-être, avant tout procès ou du moyen âge ou de la Renaissance, d assumer tout le capital culturel de I Humanisme « ne le réduisant pas au culte de la forme pour la forme, ce qu\u2019il n a jamais été.n\u2019en éliminant pas le culte des idées, dont il ne s\u2019est jamais séparé ».L Humanisme ainsi restauré dans son contenu et dans ses droits, il deviendrait assez vain de se demander si un humanisme sans philologie est préférable à une philologie sans humanisme.II »\u2014 Institut d\u2019Etudes médiévales et Culture canadienne Nous croyons que la culture, en son état moderne, serait appauvrie si elle refusait de se reporter à l\u2019expérience du moyen âge.Le moyen âge est en lui-même un objet autant qu\u2019un moment de la tradition culturelle 6.E.Gilson, Philosophie médiévale et humanisme, Communication faite le 24 avril 1935, au Congrès Guillaume Budé, Nice, 1935.Voir du même auteur, Humanisme médiéval et Renaissance, Conférence faite le 5 nvembre 1929 à l\u2019Institut scientifique Franco-Canadien de Montréal, dans Revue trimestrielle canadienne, mars 1930, pp.1-17 : « Si donc l\u2019on admet que, par delà l\u2019Humanisme de la lettre et de la forme, il y a un humanisme de l\u2019esprit, avec tout ce qu\u2019il implique de confiance dans la stabilité, la valeur, l\u2019efficacité de la nature et de l\u2019homme, on ne peut plus méconnaître qu\u2019en assimilant Aristote le moyen âge assimilait l\u2019hellénisme même dans ce qu\u2019il a d\u2019éternellement valable et opérait une révolution bien plus profonde que celle de l\u2019art d\u2019écrire, une révolution dans l\u2019art de penser ».74 Etudes médiévales et Culture canadienne dans l\u2019histoire de Ihomme.Aussi bien, il importe à I intégrité de la culture au Canada que les médiévistes, par un effort sincère de dépasser les frontières techniques de leur spécialité pour en libérer les valeurs spirituelles permanentes, sans céder pour autant aux compromissions d une vulgarisation prématurée, raccordent les résultats de leurs recherches aux principes universels de I Humanisme.A ce titre, nous croyons que le Canada peut se féliciter de compter deux institutions d enseignement supérieur, consacrées aux études médiévales : le Pontifical Institute of Mediaeval Studies de Toronto et notre Institut de Montréal.Par eux, la culture canadienne obtient une présence dans le monde international des recherches historiques.Par eux, le Canada a ses représentants à la Mediaeval Academy of America.Par eux, le Canada, de préférence même aux centres universitaires américains, est devenu un lieu de rencontre des plus réputés des médiévistes européens.Du reste, les étrangers eux-mêmes témoigneraient au besoin que le moyen âge représente un objet de culture.L estime qu il porte à notre Institut, I aveu qu ils en font en recensant ses travaux, les requêtes de personnel et de matériaux que lui adressent certaines institutions universitaires d Amérique et d Europe prouvent bien que I Institut détient certaines valeurs de culture auxquelles le Canada lui-même ne saurait rester étranger.l) Problèmes d une culture canadienne.>\u2014> Nous croyons en outre que des affinités plus intimes devraient engager notre culture à se reporter plus concrètement à I expérience des renaissances médiévales.Voyons les conditions temporelles et spirituelles où se pose pour nous le problème d une culture canadienne.D abord, depuis vingt ans, plus profondément depuis la dernière guerre, notre pays éprouve une crise de croissance vers la maturité politique.C\u2019est même en parvenant à cette majorité que le Canada prend conscience d une étape décisive de sa vie spirituelle et que se pose pour lui, et inévitablement, le grave problème des besoins, de I orientation et de I identité de sa propre culture.II y a plus.L histoire du Canada associe dans un même idéal politique les descendants de deux grandes races : des Anglais et des Français. Revue Dominicaine Que nous le voulions ou non, et tout nous interdit de ne pas le vouloir, r\u2014> nous sommes faits pour vivre ensemble en ce pays, et nous sommes engagés ensemble dans un même destin historique.D\u2019autre part, Anglais et Français, nous maintenons et nous devons maintenir une fidélité jalouse à chacune de nos traditions culturelles.C\u2019est un privilège bien rare qu un même pays puisse ainsi se rallier à la fois à deux cultures unies dans leurs origines et dont la permanence n a jamais cessé d enrichir I humanité.C est aussi un bénéfice inappréciable que deux groupes ethniques aussi homogènes que les nôtres soient invités à échanger leurs richesses spirituelles, dans 1 attrait d un respect mutuel et dans I intérêt d\u2019un capital commun.Nous croyons que la loi de ces deux rapprochements devrait être plus impérieuse que toutes les divisions que peuvent entretenir des souvenirs ou des fatalités historiques.C est aussi notre conviction profonde que nous parviendrons plus tôt à I union par des avenues spirituelles, par la culture plus efficacement que par la politique.La culture n\u2019acquerra son identité propre au Canada que dans la tendance à réaliser une alliance entre le génie saxon et anglais et le génie latin et français.De part et d autre, nous avons dépassé 1ère d un colonialisme culturel.Sans verser dans des polémiques récentes qui, à notre avis, eurent le tort d\u2019identifier trop exclusivement la culture avec la production littéraire, nous croyons que nos deux cultures, par une loi spirituelle de vitalité autant que par des déterminismes géographiques et historiques, sont parvenues à une maturité capable désormais de s\u2019affirmer elle-même.La culture des Canadiens anglais n\u2019est plus authentiquement la culture anglaise ni la culture des Canadiens français la culture française.Une permanence de la langue maintient sans doute les références historiques et spirituelles de chacune de nos cultures à leur lieu d origine.Mais les conditions concrètes de notre vitalité et de notre survivance autant que 1 éloignement géographique et psychologique des capitales spirituelles de nos deux cultures, d\u2019autre part notre rapprochement historique et politique en terre d Amérique ne pouvaient pas ne pas 76 Etudes médiévales et Culture canadienne estomper sérieusement I individualité nationale des génies dont nous sommes les héritiers.Cette métamorphose était prérequise à I étahlissement d une culture propre aux Canadiens.L\u2019autonomie permanente d une culture à I image de notre personnalité nationale ne pourra être définitivement conquise que par Iinfluence et I attraction réciproque des génies de nos deux races.Aucune loi ne peut être imposée à la liberté de cette immanence spirituelle, et il serait vain d\u2019en vouloir prévoir le mouvement et les conditions physiques.Enfin, nous sommes engagés dans Iorbite d\u2019une puissante attraction.La culture américaine séduit bien des intellectuels canadiens.Nous ne pensons pas un instant que la culture américaine ne soit que scientifique.Mais il n\u2019est pas sûr, non plus, que la culture de nos voisins ait surmonté efficacement un conflit aigu entre les humanités et les exigences de la spécialisation technique dans un âge de I industrie.De toute manière, quelle que soit la synthèse que la culture américaine ait pu réaliser, il nous apparaît que celle-ci a acquis une identité, pour ainsi dire autochtone, en tout cas incommunicable dans son fond, supposant une rupture historique avec l\u2019Europe sous la pression de requêtes politiques et idéologiques complètement étrangères à I histoire du Canada.Or, nous croyons que I lnstitut d Etudes médiévales, par la culture même qu il répand, a un rôle à remplir dans I édification d une culture canadienne, qu il peut aider celle-ci à trouver sa réelle identité malgré ou par delà les déterminismes qui I affectent et que nous avons brièvement recensés.2) Rôle de l Institut dans l édification d\u2019une culture canadienne, i\u2014* Qu on veuille croire que nous n avons pas la naïveté de rêver d\u2019un nouveau moyen âge.Nous sommes engagés avec trop de réalisme dans l\u2019histoire pour en répudier les progrès.Mais l\u2019histoire elle-même suggère certains parallélismes que la même attitude optimiste nous prévient d\u2019écarter.Nous nous gardons d\u2019insinuer que la culture au Canada n\u2019aurait pas encore dépassé son âge carolingien.II reste cependant que, même si nos 77 Revue Dominicaine institutions d éducation sont contemporaines de nos origines, les besoins et les organismes de diffusion d une culture propre sont des initiatives, sinon nouvelles, du moins récentes au Canada.Or, le moyen âge lui-même a restauré en Occident la tradition classique de l\u2019humanisme, à un moment où il fallut, sinon tout créer, du moins tout recommencer.Pourquoi I état d\u2019enfance ou de jeunesse de la culture canadienne ne gagnerait-elle pas à se référer à une expérience culturelle passée, vécue elle aussi dans les indéterminations originelles d\u2019un état d\u2019enfance, de renouveau et dont l\u2019évolution rejoint la structure historique de notre communauté nationale ?II n\u2019est pas jusqu\u2019à un régime commun d\u2019éducation qui ne nous y invite.Gardons-nous, en effet, d\u2019 oublier que I expérience médiévale a finalement instauré sa tradition culturelle dans un système d éducation entièrement original, inconnu de I Antiquité classique, mais qui maintient des prolongements historiques et institutionnels jusqu\u2019à nous : I Université.D\u2019autre part, la culture médiévale, objet des études de l\u2019Institut, est une source commune des deux traditions culturelles de ce pays.Elle est antérieure aux nationalismes qui divisent et opposent.Elle est même antérieure aux divisions plus profondes qui ont déchiré la Chrétienté.Or, nous croyons qu\u2019au moment où se posent les problèmes d\u2019une harmonie et d\u2019une synthèse vivante de nos deux traditions culturelles, il devient particulièrement nécessaire et qu\u2019il peut être éclairant de retrouver dans tout son réalisme et dans ses réalisations les plus fécondes un état historique où ces deux traditions étaient unies dans une même communauté spirituelle.Même I universalité propre au moyen âge et le caractère international de 1 Université de Paris au XlIIe siècle seraient ici bien suggestifs pour définir les dimensions de notre culture en rappelant opportunément I exemple et les fruits d\u2019une coopération intellectuelle que I on s efforce aujourd\u2019hui, et si péniblement, de rétablir parmi les peuples du monde.Ainsi apparaît plus prévisible ce que pourrait apporter à la culture canadienne une promotion des études médiévales.78 Etudes médiévales et Culture canadienne Enfin, la culture canadienne, en se référant à l\u2019expérience médiévale, ne pourrait plus éviter d apprécier à leurs justes mérites les valeurs littéraires et philosophiques de I humanisme, Par là, nous pourrions affirmer Ioriginalité native de notre culture contre les sollicitations de la civilisation américaine et nous libérer d un pragmatisme trop matériel.Par là, le Canada se rallierait plus étroitement à sa double tradition européenne.Nous croyons invinciblement que I originalité de la culture canadienne ne pourra atteindre toutes ses dimensions spirituelles que par une telle fidélité à notre vocation historique.C\u2019est ce que les études médiévales peuvent rappeler opportunément.Pour ce seul service, elles auraient droit à leurs institutions propres, au Canada.En ce qui nous concerne, tels sont les buts que nous assignons à un enseignement de l\u2019histoire du moyen âge aussi poussé qu\u2019il est permis, avec une rigueur scientifique de méthode et de recherche ennemie de toute compromission comme de vain opportunisme apologétique, avec une sérénité optimiste et le désir de retrouver les sources traditionnelles de notre culture, avec cette foi invincible que la primauté de l\u2019esprit doit être maintenue dans l\u2019histoire de l\u2019homme.Th.-André Audet, O.P. Ringuet et le contexte canadien-f rançais La matière est riche : un gros village québécois autour de 1900 ; une enfance et une jeunesse dans cette atmosphère ; un héros plein de possibilités ; Montréal de 1914 à nos jours ; une arrivée dans la grande ville ; la conquête d\u2019une fortune ; l\u2019accession aux frontières de la bourgeoisie ; une fatigue ; une réussite compromise ; une suite amorcée.Avec des variantes secondaires, I histoire de la plupart de nos familles bourgeoises, crus sociaux à peine fermentés, est conforme à ce schéma et surgit d\u2019éléments analogues.II suffit de penser aux différents contextes pour entrevoir un thème extraordinairement substantiel.C est une chaîne capitale, apte à s intégrer une infinie diversité de trames et capable de rendre compte à elle seule d une somme immense de nos réalités.Nous croyons de plus en plus que sur un canevas semblable à celui du dernier roman de Ringuet s\u2019inscrira naturellement notre future comédie humaine.Nous ne prétendons pas enfermer le romancier dans ces perspectives, si amples soient-elles ; d autres romans sont évidemment nécessaires et souhaitables, et qu\u2019importe le sujet en art ?Mais ceux dont l\u2019intention (ne commence-t-elle pas à se faire jour ?) va outre à l\u2019instant ou à quelque localisation précise, ceux qui désirent rendre compte d\u2019un ensemble très étendu dans le temps et dans l\u2019espace, verront les éléments de leur matière converger et se résoudre, après toutes sortes d écarts, de hauts et de bas, en une certaine courbe ascendante, encombrée, fortement caractérisée, presque obligatoire, car le registre de notre dynamisme est forcément modeste.Qu on oriente son regard dans la direction de la vie, c\u2019est-à-dire vers nos réalisations supérieures, on touchera le terme actuel de notre évolution, le but conscient ou inconscient de toutes nos ascensions.Quel est-il ?La bourgeoisie entendue dans un sens très accommodant.Le mieux-être n aboutit guère à autre chose chez nous et hêtre-bourgeois contient à peu près tout ce que nous avons acquis de « mieux » et lui donne forme, dans tous les ordres et toutes les disciplines imaginables.II n importe guère que la bourgeoisie comme style social soit condamnée 80 RiNGUET ET LE CONTEXTE CANADIEN-FRANÇAIS et se modifie déjà rapidement : elle restera jusqu à sa totale abolition la norme et la scène principale de notre petit drame (le plus grand intérêt réside là où il existe le plus de conscience et d achèvement, chez nous, monopoles bourgeois).Disparaîtrait-elle demain que I histoire resterait à raconter de la constitution de ses variétés, de 1 interdépendance de celles-ci et de leurs rôles culturels.Au seul point de vue behaviouriste, cette matière est passionnante.Rien de statique, du mouvement partout ; sur un arrière-fond de campagne encore neuve, des départs, des montées, des reculs, une bousculade, une mésalliance générale qui fait penser à un inceste universel tellement tout ce monde est parent.Des millions de tiges qui se partagent quelques milliers de racines I Et ces parentés, à quels itinéraires surprenants elles invitent î Elles tissent un réseau de liens indéniables entre les villas les plus chics, les plus haut juchées, et les faubourgs les plus crasseux et les hameaux les plus isolés.Tel qui hésite à donner sa fille à un fils de paysan devenu industriel ou avocat, est lui-même fils ou petit-fils de cocher.Les physiques sont merveilleusement indiscrets : une belle peau transparente et lisse, des yeux superbes, mais un cou de vache ; une tête de patricien, mais des battoirs pour mains ; un visage fin, mais une nuque creuse, dure et tendue où flamboie encore le soleil des moissons ancestrales ; des délicatesses qui sont des épuisements, des vertiges, et qui attendent mort et résurrection de quelque taurillon à I herbe pour I instant.Quoi de plus plaisant que le snobisme de cette roture « bien élevée » ?Quoi de plus excusable que les fiertés de ces manants « à I aise » ?La conquête n\u2019est pas tellement assurée, ni si exclusive, qu on se puisse passer de vigilance, de pipage et de morgue.Aussi, ne saurait-on voir ici le pendant des grandes bourgeoisies française ou anglaise : la nôtre, bon gré mal gré, est fille publique : elle reçoit énormément, mais ne tient pas salon et n\u2019a pas son jour ; on arrive chez elle sans s annoncer : chacun n est-il pas chez soi ?Il lui manque invariablement quelque chose pour être la vraie : ou la fortune, ou l\u2019ancienneté, ou les traditions, ou la culture.Telle qu elle se présente chez nous dans son devenir (quelle n aura peut-être pas le temps de mener à ! \u2019 81 Revue Dominicaine terme), c\u2019est autour de I\u2019« instruction » qu elle se constitue surtout ; parfois la fortune, à condition de durer le maximum de temps alloué par les notaires désabusés, lui confère à elle seule des apparences sérieuses.Mais le « cours », ou quelque discipline humaniste équivalente, est la clef finale de 1\u2019accomplissement : qu on entre par la cave, le bail ou le toit, il la faut.Pourvu qu\u2019il ne rétrograde pas, le bacbeiier est déjà à demi bourgeois et ses possibilités d\u2019entrée sont sûres et variées.Question de temps et de vitalité, règle générale.Cela fait une bourgeoisie plus « petite » que « grande », multiforme, remuante et mêlée ; de toutes ses sections, le clergé constitue la mieux assise, et il y a la médicale, la cbicanière, la financière, la commerciale, I artiste, I intellectuelle, chacune plus ou moins en danger de succomber à de nobles tentations.On les rencontre aisément les unes et les autres, car le dénominateur est commun et elles ne peuvent s exclure sans périr.Une brève tournée de quelques lieux et on a vu « tout le monde ».La convergence spirituelle et spatiale est inévitable en raison de notre petit nombre, de 1 étroitesse de notre milieu et de la rareté des auges où s alimenter.Les distinctions sont apparentes, ou bien arbitraires, ou très fragiles.Rencontre-t-on chez nous des exemples de véritables couches bourgeoises capables de subsister d elles-mêmes et d échanges choisis et, advenant 1 intrusion d un élément étranger, prêtes à une assimilation complète ou à une mutation supérieure selon le besoin ?II ne s agit pas d\u2019un ensemble de corps organisés en voie de déve loppement harmonieux, mais d une agglomération et d une ruée.Sauf en un petit nombre de cas isolés, tout arrive en quelque sorte pour la première fois ; on ne continue pas, on inaugure, on conquiert, on s\u2019hab itue, on s\u2019acclimate, on se confirme désespérément.On cherche des traditions, on en invente, ou on les remplace par des attitudes et des prétentions d occasion : reste toujours, quelle que soit la façon dont on parvienne, une fois acquise la souplesse initiale que confèrent la gymnastique sociale, les premières lumières et les loisirs indispensables, reste à éveiller sa conscience et à donner le jour à sa liberté.Sans pourtant tout récuser et 82 RiNGUET ET LE CONTEXTE CANADIEN-FRANÇAIS se renier soi-même, voilà qu\u2019on redevient pionnier (ce sera longtemps une fatalité américaine) et qu on se remet à essouclier autour de soi.Cette fois les souches s\u2019appellent pères, mères, frères, sœurs, oncles, tantes, patrons, maîtres, pasteurs, opinions, certitudes, croyances, sécurités, frousses et tabous.Tandis que la bousculade se poursuit, c est ce à quoi nous assistons aujourd bui, c est la limite actuelle de notre évolution et du sujet que nous envisageons : notre regard ne peut aller plus loin sans perdre contact avec la réalité.L\u2019intérêt prodigieux de notre ligne de vie f Nous nous accomplissons, nous devenons quelqu\u2019un, puis un bomme.Et nous le savons, nous avons la conscience antérieure, le mètre et le critère d\u2019un incomparable héritage.Nous ne croissons pas dans les ténèbres, nous mesurons notre croissance en pleine clarté.Quelle clarté 1 Interviennent ici les grands contextes de notre comportement.Un seul mot les résume : IEurope.En effet la principale caractéristique de notre peuple n\u2019est autre qu\u2019une parenté européenne au premier degré, laquelle réunit le faisceau complet des conjonctures historiques de notre formation et de notre évolution.Ceci reconnu i\u2014* chose au premier abord inconcevable, certaines gens veulent faire pâlir le soleil avec une chandelle ^ notre originalité nous apparaît dans sa fascinante réalité, environnée d harmoniques et de prolongements indissociables et combien féconds I Le reste du continent se comprend d\u2019ailleurs de la même façon : les Amériques sont une invention, une postérité de I Europe et par rapport à 1 Europe les sociétés américaines sans exception sont des fœtus marsupiaux, inégalement développés mais tous fixés à la mamelle.Nous autres Américains, nous n avons réellement en propre que la géographie.Nonobstant 1 hérédité européenne, une différenciation irrésistible est amorcée qui se produit sur tous les plans à la fois.Nous œuvrons lentement notre différence, nous nous façonnons graduellement une identité nouvelle.Au Canada, pas de prestiges pour égarer et séduire le regard : cela s impose durement à I esprit.A la lumière de cette constatation, beaucoup de choses qui nous paraissent souvent drôles prennent un sens grave 83 Revue Dominicaine et s expliquent aussi sérieusement que possible.Le Canadien français évolué que nous imaginons maintenant est un personnage tragique.L\u2019itinéraire social de Michel Garneau nous a tout naturellement entraîné à ces réflexions.Nous ne croyons pas avoir forcé les choses en exprimant les échos qu il soulève en nous : Ringuet lui-même en éveille un grand nombre et son sujet le porte à fureter à peu près partout dans notre demeure.Voyons dans Le poids du jour ce que Fauteur a rapporté de cette exploration.La malédiction d un don pèse sur Michel Garneau.La poésie l\u2019habite qui jaillit de lui en musique, mais l\u2019enfant grandit dans un désert humain où rien ne répond à son chant, sauf la curieuse joie de sa mère.On croit tenir l\u2019essentiel du drame : quoi qu\u2019il arrive à Michel, le milieu lui fera payer cher sa différence.Les choses s annoncent sur un plan élevé et comme à 1 orgue, avant 1 exécution de quelque noble composition, on compte que la registration sera à la hauteur.Hélas ! Attente illusoire : les premiers événements réduisent toute la donnée aux proportions d\u2019une longue anecdote.On ne sortira plus de cette ornière.Hélène Garneau sent déjà I amante autant que la maman : elle a le regard en dedans et elle caresse un peu trop bien son fils.Le parrain n a pas la bobine très catholique et le mari boit comme un cocu.Nous sommes fixés.La carrière symbolique de notre musicien ne durera pas ; voici bientôt le violon en miettes et le symbole aussi.Après le violon, adieu au père de Michel, débité par un train (depuis Urie, ces encombrants exercent ordinairement des métiers dangereux).Le providentiel oncle Lacerte, maintenant installé à Montréal, arrange les choses si bien que durant notre long séjour à Louiseville nous serons sans inquiétude.Michel entre à la banque, manipule sous et billets que c\u2019est merveille de le voir, et découvre la belle balance de sa mère, ce qui nous comble d aise.Hélène est devenue modiste et coiffe poétiquement les commères du village ; les exigences de son « commerce » la conduisent à Montréal chaque semaine.C est tout à fait compréhensible et la fréquence est normale.84 RiNGUET ET LE CONTEXTE CANADIEN-FRANÇAIS Michel vieillit, gagne plus.Sa mère aussi.La notairesse provoque jusqu\u2019au vertige le jeune homme qui ira ensuite tâter I amour chez une Georgette, laquelle lui « donnera » surtout des mauvaises pensées.Epi-sodés qui n ont rien de troublant, mais ce n est pas en vertu du détachement créateur.On nous présente plusieurs notables que nous ne connaîtrons pas.Quant à Zéphirin Legendre, le sage du village, il est laïque au point qu\u2019on aurait envie de lui envoyer les bustes de tous les auteurs défendus ; inoffensif, il ne fera perdre la foi à personne.Et il y a des élections qui ne sont pas celles d\u2019Eatanswill.Et Louisevilïe n\u2019est pas Chaminadour.Bref, Mme Garneau meurt, ayant tourné à la dévotion, et Michel, ayant pleuré sa mère, va à Montréal en vue de son avancement.II découvre un « parrain » calamiteux.Sans exagération.Notre héros ouvre le fatal album ; quelques photos, des dates, un rapide calcul, addition, soustraction, somme : il est bâtard en majuscules.En substance : ma mère soyez maudite ; mon père je vous renie ; pitié pour les Ludovic, etc.Vous croyiez ces vieux ressorts aplatis ?Erreur, ils se détendent et vous catapultent Michel à la tête d une industrie et aux frontières de la bourgeoisie, avenue Bernard, Outrement, P.Q.aux Antipodes.Le petit commis de banque est devenu Robert M.Garneau et a résolument tourné le dos à Louisevilïe.Ici on se sent frustré.Elle n\u2019offrait donc pas d intérêt I ascension de Garneau ?Le fait accompli d\u2019une transformation I escamote.Vains regrets, poursuivons.Le passé est liquidé, la vengeance compensatrice a pris forme.Robert M.Garneau va montrer qu il est un dur de dur.Entre autres occasions : quand il refuse de reconnaître son père en la personne d un clochard crevé ; il ne lui rendra même pas anonymement les derniers devoirs.L\u2019auteur place feu Lacerte sur les infatigables ressorts du bon vieux mélo et le séducteur finira sur une table de dissection à l\u2019Université.Une grande ville offre plus de ressources que la province ; il y a plus de monde et les événements sont plus considérables.Mais deviendrons-nous les intimes de ces citadins ?Non, nous ferons des visites.Ces 85 Revue Dominicaine événements, allons-nous les vivre ?Non, auraient-ils l\u2019ampleur de la catastrophe financière de 1929 que nous les lirons comme nous feuilletons de vieux journaux.Nous brasserons des affaires, nous alignerons des chiffres, nous jouerons notre va-tout sans la moindre angoisse.Nous achèterons des livres sans rien découvrir, nous entendrons des disques « classiques » sans migraine et nous nous rendrons aux concerts symphoniques sans rencontrer Mme Verdurin.Nous irons à certain club de golf faire sans rire de fort plaisantes connaissances.Robert Garneau touche assez tôt son plafond.II ne parviendra pas à la fortune ambitionnée ; des émissaires du passé le rejoignent qui sauront se faire agréer ; il mollit, il recule.II perd sa femme ; son fils tourne mal ; sa fille tourne si bien qu elle I achèvera en quelque sorte dans une poisse de bonté.Une dernière fois les choses s arrangent ; la fée Jocelyne remplace avantageusement le parrain aboli et on va habiter à St-Hilaire un Nid dont toutes les brindilles sont nommées à mesure qu on I aménage.Robert M.Garneau se soumet ?II nous paraît malade : c est le docteur qui le dit.Enfin, nous avons plus I impression d\u2019une victoire de la sentimentalité que d une réconciliation avec soi et le monde.Et le violon ?Les petits-enfants de Garneau le remplaceront.Ce qui fait qu\u2019on ne croit plus du tout à la musique intérieure de ce héros et qu\u2019on oublie son ressentiment.Nous fermons le livre comme dans la vie réelle nous arrivons au terme d une de ces journées ordinaires, entièrement remplies de quotidien, minutieusement vécues, étales, dont le souvenir t\u2014> si on y tient et pourquoi y tiendrait-on ?peut ramener tout, pensées, gestes, actions, une de ces journées sans visitation, sans résonance spirituelle, sans rédemption.Le poids du jour, un énorme effort, une immense déception.D\u2019 un bout à F autre nous côtoyons la vérité profonde sans jamais y pénétrer ; nous revenons avec une moisson d\u2019apparences, d\u2019apparences exactes, nous le reconnaissons volontiers et c\u2019est un des mérites de Ringuet d en avoir relevé un si grand nombre et tant de capitales.Peu de choses dans le comportement de nos gens échappent à son regard.Nous ne songeons 86 Ringuet et le contexte canadien-français pas à chicaner ce clinicien sur le syndrome qu il nous expose, mais nous nous attendions qu\u2019il aille au delà de la symptomatologie.Tout est précis, tout est juste, tout est conforme ; les points sont mis sur tous les « i » ; tout est identifié, relevé, expliqué, décrit, tout est « Lien ça ».Et rien ne vit.Aucune magie, aucun relief, pas d\u2019atmosphère, une seule dimension.Un compte rendu, des pfiotograpfiies.C\u2019est pourquoi à mesure que les cLoses sont nommées, elles sont anéanties aussitôt reconnues.Elles manquent de l\u2019essentielle déformation esthétique.Quant aux personnages, aucun d\u2019eux ne nous trouble, aucun ne sollicite notre attention ; jamais ils ne nous surprendront.Ils n ont ni âme ni prolongements.Leur créateur les aimait-il ?Pourtant, comme ils étaient bien placés pour s\u2019imprégner de réalité, de surréalité, et prendre leur pleine charge d humanité î Hélène méritait mieux qu\u2019une pâle esquisse et de rares insinuations sur sa complexité ; elle eût été aisément surprenante et attachante.Jocelyne aurait mérité moins de « bonté ».Lacerte, on voudrait l\u2019envoyer à Balzac.Le notaire Jodoin et sa femme, combien eût été savoureuse leur fréquentation I Michel, nous I imaginions dès le début au centre même d\u2019une vaste épopée sociale ; les valeurs supérieures de notre société convergeaient toutes vers lui : il avait ce don qui eût d une complexité tellement riche et vivante complété le drame de sa montée ; il entrait en scène à un moment de choix ; les plus hauts d entre nos mobiles le guettaient partout.Cent fois I occasion se présente à I auteur d\u2019ouvrir les digues qui retiennent une mer d humanité.Le vaste essentiel n\u2019est pas admis, une petite particularité interviendra à sa place : pour dramatiser une carrière qui en soi est une aventure de premier ordre on aura recours au mélo.Certes une ascension comme celle de Michel peut viser un but secondaire, obéir superficiellement à des motifs sans envergure, mais outre que le cas s accompagne nécessairement d un contexte urgent, comment un écrivain de la taille de Ringuet a-t-il pu se contenter d aussi pauvres déterminations ?Elles ne peuvent plus nous émouvoir et elles ne sont plus intéressantes.Dans ce que la vie quotidienne offre à I observateur, il y avait de quoi choisir un point de départ susceptible de correspondre 87 Revue Dominicaine aux implications de I histoire de Michel.Le registre de I œuvre en est déplorablement abaissé : maints passages pourraient être signés Magali ou Delly.Ecrit avec une assurance de drapier déroulant une longue, longue pièce, le récit dure longtemps, longtemps sur le ton d un roman feuilleton.Le style est terne, sans sursauts de vigueur et tout à fait dépourvu de cette netteté de trait propre aux eaux-fortes de 50 arpents, sommet initial que Ringuet n\u2019a jamais ni dépassé ni rejoint.Poète, Ringuet n\u2019eût sans doute point succombé à la tentation d une dramatisation si extérieure, si facile et si vaine.II n\u2019eût pas invariablement manqué son rendez-vous avec I essentiel et la profondeur.II n est pas poète et sa sentimentalité compromet son réalisme, voile sa note juste, exacte.Encore une fois son thème contenait tant de virtualités qu il exigeait d être développé et varié autrement que d un seul doigt ; le doigt virtuose d un Sinclair Lewis n y eût d\u2019ailleurs pas suffi : il fallait le magistral contrepoint d un Henry James.Le cas du Poids du jour ne s\u2019explique cependant pas que par Ringuet.Nos lettres sont presque entièrement faites d échecs analogues.La plupart de nos romanciers atteignent très souvent du premier coup une hauteur respectable qu il approcheront rarement ensuite ; ils se répètent, ils piétinent, s affaiblissent, ou se taisent.Tous ensemble, les meilleurs dans leurs meilleures œuvres, se rencontrent à un certain niveau, jamais dépassé, et ils constituent une moyenne de réussite invariablement inférieure à ce qui serait un comble, une plénitude.Rien ne laisse prévoir que ces fusées, au lieu de jeter leur bref éclat au bout d un court élan, échapperont bientôt à la gravité pour une carrière éternelle, classique.A cette heure, on ne saurait I espérer d aucun nom connu.A cela nous ne voyons pas d autre explication que le contexte même dont le roman de Ringuet est dépourvu.Notre situation est singulière : nous disposons de I héritage humain le plus complet qui fût et nous n habitons pas en lui.Si bien rentés que nous soyons, nous sommes ailleurs et occupés à une différenciation profonde qui, au regard élevé de l\u2019histoire, est excessivement rapide.Les loisirs et la fermentation inconsciente d un 88 Ringuet et le contexte canadien-français lent moyen âge ne nous ont pas été donnés.Les biens de la famille Europe bâtent merveilleusement notre développement, mais à mesure que nous devenons autres nous échappons à la continuité européenne et les valeurs reçues s\u2019entachent subtilement de caducité, car nous avons inauguré une autre expérience.Sous quelle lumière sommes-nous forcés de grandir et d agir, disions-nous plus haut ! Elle nous est une nécessité, un salut, une paralysie, une tentation tout à la fois.D autre part, rien ne remplacera notre expérience.Or notre expérience propre est petite dans les trois ordres de l\u2019être, de I avoir et du faire.N\u2019ayant même pas terminé l occupation de notre milieu naturel, longtemps repliés sur nous-mêmes par les exigences de la survivance, comment serions-nous libérés des réalités immédiates dont nous émergeons à peine ?Comment les dominerions-nous déjà ?Serait-il déjà possible de prendre les distances nécessaires à la création authentique ?C est une question d\u2019être ; nous ne sommes pas assez, nous n\u2019existons pas assez distinctement.Les consciences intérieurement libérées sont de plus en plus nombreuses parmi nous ; on s étonne que les fruits de leur labeur soient si pauvres : outre qu elles sont souvent épuisées par I ouvrage même de leur propre libération (nos révolutions sont toutes personnelles et affreusement solitaires), elles s exercent sur une matière inachevée, insaisissable en sa totalité parce que pas entièrement en acte.Cette vision de notre identité en gestation nous donne notre âge réel.Dans 1 ordre humain, pas de maturité sans la confirmation de I acte suprême de liberté, la re-créa-tion du monde.En ce moment nous nommons les choses sans leur donner vie, sans leur rendre une vie autonome ; nous dessinons les contours des individus sans révéler le mystère personnel.Nous essayons constamment.Aussi pouvons-nous dire, en reprenant un mot de Montaigne, que nous sommes capables de beaucoup d essais mais de peu d effets.Jusqu\u2019ici F œuvre de nos romanciers consiste à dresser des inventaires.Ringuet vient d\u2019en faire un des plus considérables.Combien ne faut-il pas lui en savoir gré T Nous nous acheminons ainsi petit à petit vers une libération définitive en 89 Revue Dominicaine disant : voici, voilà, il y a ceci, il y a cela.Le public vérificateur peut s\u2019écrier de plus en plus fréquemment : c est bien cela (et on sait avec quelle satisfaction généreuse il vient justement de le dire).Quand nous saurons tout ce que nous avons, nous referons tout.Pour vrai.La tâcbe écrasante de nos romanciers I Attachés à la plus explicite des disciplines artistiques (toujours la dernière « arrivée », ce que les premiers romanciers européens ignoraient bienbeureusement), ils doivent souvent se dire : je fabrique nécessairement des pièces d archéologie, je suis enfermé dans une sorte de protohistoire littéraire I Nos entêtements et nos persévérances sont d\u2019autant plus admirables et précieux, nos désespoirs et nos rages vaniteuses d\u2019autant plus compréhensibles.Une loi de vie s\u2019impose à nous, inflexible : Rabelais, Montaigne, Racine, Molière, Stendhal, Balzac ont beau être nos ancêtres, il va falloir tout expérimenter par nous-mêmes, tout, si rapidement que ce soit.Nous n avons pas encore supporté le poids du jour et nous avons affaire à un maître qui n\u2019est pas celui de la parabole : nous ne serons payés que demain soir.Jean Le Moyne 90 Les poésies complètes de Saint-Denys-Garneau On a commémoré le 24 octobre le sixième anniversaire de la mort de Saint-Denys-Garneau dont les « Poésies complètes » viennent de paraître dans la belle collection du « Nénuphar » des Editions Fides.Les rares lecteurs qui ont connu et aimé « Regards et jeux dans l\u2019espace », le seul recueil paru du vivant de l\u2019auteur, attendaient la publication des poèmes posthumes comme on attend le retour d un ami, sans doute avec une joie mêlée d inquiétude.Saint-Denys-Garneau avait laissé ses amis connus et inconnus sur une impression magnifique mais difficilement définissable.Son mince recueil se terminait par un bref poème, « Accompagnement », qu\u2019on a souvent commenté et reproduit, mais, semble-t-il, sans cbercber à découvrir le fond de sa pensée.Voici qu\u2019une cinquantaine de poèmes viennent définir cette impression, prolonger l\u2019expérience intérieure, dont « Accompagnement » ne marquait qu une étape, et nous livrer en même temps que le vrai visage de la poésie de Saint-Denys-Garneau le sens profond de sa vie.Après une longue fréquentation, ces nouveaux poèmes de Saint-Denys-Garneau ne sont plus de simples textes mais, chacun, une parole vivante dont I accent importe plus que le sens et qui nous révèle plus que des intentions, plus même qu une pensée, le désir profond d une âme et le secret d une destinée humaine au moment où elle s\u2019accomplit.Le lecteur le moins perspicace verra que ces poèmes ne sont pas de simples divertissements.D ailleurs la vraie poésie n\u2019est jamais un divertissement, malgré les apparences, et elle nous introduit, insensiblement ou brutalement, dans un mystère qui est celui de toute destinée humaine et où se découvre le vrai sens de notre vie si nous avons le courage de garder les yeux ouverts.Nous parlions du dernier poème de « Regards et jeux dans I espace », « Accompagnement ».II serait bon d y revenir car il occupe une place 91 Revue Dominicaine centrale dans l\u2019œnvre de Saint-Denys-Garneau.II suffit de citer le premier vers « Je marche à côté d\u2019une joie.» pour que les autres nous reviennent aussitôt à la mémoire.Savons-nous s\u2019il rejoindra jamais cette joie ou s\u2019il doit s\u2019avancer dans un désert, toujours plus loin de la source de lumière ?Le lecteur attentif s\u2019est sûrement posé cette question à chacun des poèmes de « Regards et jeux ».Ailleurs le poète nous dit que son regard embrasse l\u2019espace mais, après un moment d\u2019exaltation, il avoue qu\u2019il ne peut rien retenir.S\u2019il nous parle de la danse, il nous montrera que chaque bond est une victoire sur la loi de la pesanteur mais, au moment où il vient pour proférer un cri de délivrance, un véritable cri de joie, il s aperçoit que I espace lui manque et que I horizon trop proche arrête comme un mur I élan du danseur et le regard du peintre.Les jeux des enfants ne sont pas moins tragiques : Les enfants ont le cœur plus grand que le monde et s ils n apprennent pas à vieillir, c\u2019est-à-dire à renoncer à leurs ambitions divines, ils étoufferont sur la terre comme dans une cage.L enfant est pour Saint-Denys-Garneau l\u2019image même du poète, mais la situation de ce dernier est en un serns plus désespéré car il ne peut pas vieillir, ni diminuer son ambition, ni refroidir I ardeur de son désir.D autres poèmes de « Regards et jeux » évoqueront la nuit de I esprit mais il nous faut attendre les poèmes posthumes pour répondre à la question que nous nous posions après avoir lu « Accompagnement ».Eh bien I oui c\u2019est dans un désert que le poète s enfonce, toujours plus loin de cette source de lumière que lui avaient révélée ses premières émotions au contact de la nature, ses premières amitiés, son premier amour.A I accompagnement des choses succédera bientôt b absence.II constate que le désir de possession est illusoire mais ce ne sera pas sans déchirement qu\u2019il se détournera de tout ce que lui promettait la vie.Par quoi remplace-ra-t-il ce qui vient de lui être enlevé ?II ne le sait pas encore et le désert où il se trouve est vraiment aride et la nuit sans consolation.Un de ses poèmes se termine sur ces vers désolés : 92 Les poésies complètes de Saint-Denys-Garneau Dans quel désert faut-d s en aller Pour mourir de soi-même tranquillement ?« Accompagnement » se trouve à prendre un sens différent de celui qu\u2019on lui a donné parfois.Dans l\u2019ennui et dans le désespoir de l\u2019exil, le poète a pu entrevoir un autre univers et, par les seuls pouvoirs de la poésie, il a pu discerner quelque chose au delà des apparences.Comment s élever à ce plan ?Est-il seulement possible à I\u2019homme d\u2019y vivre ?II ne le sait pas encore mais, dans sa désolation, cette lointaine promesse de salut éclate comme une joie que l\u2019on ne goûte pas, mais qui éclaire notre nuit comme les premières lueurs du matin.Est-ce plus qu\u2019un jeu et ne se moque-t-il pas un peu de lui-même dans ce poème ?Deux ans plus tard, il écrira dans son Journal : « Cette inquiétude et curiosité de quelque chose de caché qui veut être exprimé, comme on voit au fond des yeux des bêtes, est-ce seulement un piège, un appât pour m amener à jouer avec ces vaines apparences sourdes et muettes, et m\u2019épuiser et me perdre dans ce jeu ?» Peut-être, mais il y a le mot joie qu il prononce pour la première fois, cet éclair dans sa nuit, tellement imprévisible qu il n\u2019ose croire à la lumière.Mais comment n aurait-il pas frémi à cet appel : une joie qui n est pas à moi, sans doute, mais non pas le plaisir, une promesse au moins de paix.Comment la rejoindra-t-il ?Par toutes sortes d\u2019opérations, des al-chimies, par des transfusions de sang.Peu importe la voie.Ce qui compte, c est la joie entrevue, I espérance qui vient au secours de la foi.Mais n allons pas croire maintenant, pour un mot, que le voyage sera facile.La menace du désespoir grandissait et nous avons eu avec le poète une telle crainte de voir tous les horizons se boucher que nous sautons sur ce mot, comme si c\u2019était plus qu\u2019une promesse, sur cette lueur, comme si c\u2019était déjà le grand jour.Le chant est vif, allègre pourrait-on dire, mais le poète n\u2019oublie pas qu\u2019un lourd fardeau l\u2019empêche d accorder son pas au rythme de la joie.II sera toujours un étranger et il ne trouvera pas en lui-même de refuge assuré.II marche encore sans but 95 Revue Dominicaine et il se prépare à entrer dans une nuit où cette joie ne sera plus qu\u2019une « étoile problématique ».Saint-Denys-Garneau nous a laissé un autre poème sur le thème d accompagnement, vision aussi authentique et précise, qui nous explique sa situation.II a probablement été composé immédiatement avant celui qui termine « Regards.» II y développe plus complètement le thème des pas perdus, mais il n entrevoit pas encore la joie.II commence par nous avertir que la vie est impossible : L\u2019avenir nous met en retard Demain c\u2019est comme hier on n\u2019y peut pas toucher On a la vie devant soi comme un boulet lourd aux talons Le vent dans le dos nous écrase le front contre l\u2019air.Demain, c\u2019est comme hier, le passé et l\u2019avenir se rejoignent dans le néant.II ne reste plus que le moment présent, mais qu\u2019en faisons-nous ?Tout simplement : On se perd pas à pas On perd ses pas un à un On se perd dans ses pas Ce qui s\u2019appelle des pas perdus.Comme ces images et ces mots familiers deviennent saisissants, et quelle angoisse, quel désarroi ne laissent-ils pas deviner I Plus nous nous agitons, plus la corde se resserre, et bientôt nous serons immobilisés, prisonniers des pas que I on croyait perdus, de tous nos actes irréfléchis.Encore une fois, « le jeu se fait terriblement pur », la cruelle poésie détruit les apparences et dissipe les illusions.*\t*\t4= Sa solitude est maintenant complète et ses derniers poèmes, quel qu\u2019en soit le sujet, nous en décrirons les divers aspects.Saint-Denys-Garneau nous avertit que toutes les solitudes ne se ressemblent pas.II y a une solitude fermée, qui est une infidélité où nous mène l\u2019illusoire désir de posses- 94 Les poésies complètes de Saint-Denys-Garneau sion.Cette nuit est lourde, fiévreuse, habitée de fantômes qui humilient notre désir.II y a aussi une solitude ouverte, récompense de notre fidélité, ce pari que I on fait tout d\u2019abord contre soi >\u2014> le moi changeant et toujours prêt à céder aux tentations qui s\u2019engendrent indéfiniment i\u2014 et que l\u2019on fait aussi pour ce qu\u2019il y a de permanent en nous et dans la vie, qui est plus nous-mêmes que nous-mêmes, mais qui ne se découvre que lentement.Un absolu s affirme que I on ne reconnaît et n approche que par l\u2019amour, et sous sa forme la plus haute, l\u2019abandon à ce qui nous dépasse, le renoncement à toutes les consolations.La poésie ne peut faire plus que d établir le silence dans lequel tout notre être est tendu dans une interrogation décisive.La réponse n appartient pas à l\u2019homme et n\u2019est pas affaire de mots.II n\u2019existe pas non plus de paroles humaines qui puissent percer la nuit de la charité et ne nous étonnons pas si le poète nous abandonne au seuil de son univers : c\u2019est assez, pour en mesurer la profondeur, qu il nous fasse entendre des appels déchirants.Le paysage est inhabitable, I espace est vide et nous serons emportés quand même nous ferions un nœud au fil du temps.II faut établir sa demeure dans un monde sans fleurs et sans oiseaux où notre vie se réduit à un cri qui persiste, un déchirant appel à l\u2019absolu qui sera peut-être entendu à cette heure de notre mort.Le poète doit se détourner du monde qui, d ailleurs, I abandonne à son sort.Nous venons d emprunter quelques images à « Autre Icare », mais nous en trouverions de semblables dans tous ses derniers poèmes.Dans une brève vision, qui a la netteté d\u2019« Accompagnement », il nous dit qu il ne reste plus qu\u2019à « accentuer les distances ».Autant en finir tout de suite par « un bon coup de guillotine » et placer sa tête sur la console de la cheminée avec son sourire d un autre monde.S\u2019il regarde attentivement autour de lui, il s\u2019aperçoit que l\u2019ombre ronge la lumière, que tous les objets tournent dans le vide, que des trous apparaissent au plus épais de la terre (« On lève les yeux.»).Notre 95 Revue Dominicaine propre réalité n\u2019est plus assurée, et nous allons nous dissoudre avec le reste si nous refusons de partir.Dira-t-il son secret dans ses derniers poèmes, le mot de la fin ?Peut-être, mais ne lui demandons pas la description mesurée de chacune des étapes de son aventure.C est une voie sans fin qui se perd dans la nuit et le regard du voyageur ne part plus en chasse.Les poèmes nous permettent de mesurer le progrès du dépouillement, mais les moments d espoir et de désespoir alterneront jusqu à la fin.Saint-Denys-Garneau n\u2019a pas écrit un traité de la vie mystique ou une somme poétique.II a vécu sa vie, et c était assez.II a écrit ses poèmes pour lui-même parce qu\u2019il voulait rester lucide et qu il ne pouvait établir d\u2019autres points de repère.Si la prière se mêle au chant magique des mots, c est qu elle intervient dans sa vie.Ses poèmes nous permettront de le rejoindre sur sa route.Le tlième de l\u2019absence succède à celui de l\u2019accompagnement des choses, car tout s éloigne maintenant.Pourtant, le grand départ s\u2019organisera, car il y a des « aventures de bout du monde ».Le mot joie revient, « la joie d\u2019embrasser l\u2019espace » qui est promise à ceux qui refusent le sommeil.II faut se bâter de partir et laisser la terre aux rongeurs.Les derniers thèmes s imposent à notre esprit avec une telle urgence que nous nous savons très près du dénouement.Ces visions se condensent en quelques vers, brefs éclairs qui déchirent le ciel de la nuit pour nous en rappeler I insondable profondeur.On n\u2019y trouve plus de ces longs développements qui étaient comme des moments de repos, et l\u2019esprit ne peut plus se détendre en s\u2019abandonnant au fil des images.Nous n\u2019assistons pas à un drame où s\u2019affrontent la lumière et les ténèbres, où le poète s avance entre deux abîmes vers la terre promise.Non, nous ne sommes plus un simple spectateur, que le jeu intéresse mais qui se croit à l\u2019abri des coups, car chacun de ces poèmes nous conduit à une solitude si complète que l\u2019on peut s\u2019attendre à tout, où il n\u2019y a plus qu\u2019à attendre.96 Les poésies complètes de Saint-Denys-Garneau Nous en arrivons à un autre groupe Je poèmes, aux plus saisissantes visions que I on puisse lire.Le thème Jes os s affirme ici.II s agit Je se Jépouiller Je cette enveloppe qui a participé aux mensonges Je la vie, aux mensonges Je notre propre vie.Notre squelette n a pas été souillé ni Jéformé et c est la seule image vraie Je nous-même.Ainsi Jépouillé, nous saurons vraiment ce que nous sommes.Les reflets Jes sens ne vien-Jront plus troubler notre intelligence, tellement incertaine quanJ elle s\u2019exerce Jans nos relations avec nos semblables et le monJe.C est I épreuve Jécisive Je notre réalité, bien au Jelà Jes intentions et Jes Jésirs qui ne sont que Jes illusions.Sur le plan Je I art, aller au squelette J une œuvre, c est aller à sa vérité, comme si nous hésitions Jevant la forme colorée Jont I éclat peut nous tromper, comme cette chair qui sait trop bien Jevancer notre Jésir.Saint-Denys-Garneau connaissait cet attrait particulier Ju Jessin et il aimait la forme nue.Ce n est là qu\u2019une lointaine comparaison avec ce Jépouillement intérieur qui est Je I orJre Je la charité, mais elle nous explique un peu son Jésir Je pureté.Ce n est pas encore la fin, car I âme possèJe Jes ressources que I on ne soupçonne pas toujours.II y eut un long silence, Ju moins rien n\u2019in-Jique qu il ait écrit Jes poèmes au printemps et à l\u2019été Je 1938, puis voici un poème qui porte une Jate : 10 octobre 1938.Huit mois séparent ce poème Jes terribles visions que nous venons Je consiJérer ; le Journal et la corresponJance nous Jiront que cette périoJe n\u2019a pas été plus heureuse que les autres.Le 10 octobre, il connaît un moment Je paix et J\u2019espoir.Ce ne fut pas le seul, mais le bonheur se raconte mal et peut-il jamais être aussi vif que I angoisse ?Ce n est pas qu il songe à rentrer en possession Je son Jomaine ou à reprenJre avec assurance le jeu magique Jes mots.II se contente Je la manifestation J une présence, aussi lointaine et mystérieuse soit-elle, il espère une réponse à son amour qui ne trouve plus Je repos, une promesse J\u2019accueil au Jelà Je la mort à laquelle il consent.Nous I avons vu se tourner vers la Croix ; aujourJ\u2019hui, il ne vient pas se 97 Revue Dominicaine plaindre, car peu lui importe de souffrir, mais il demande que son espérance soit soutenue, un peu de nourriture pour apaiser sa faim qui devient parfois intolérable.De quoi rend-il grâce au ciel « après tant et tant de fatigue», mais du simple «espoir d un sommeil d enfant » : Un repos enfin meilleur Après tous les sommeils noirs Un bon repos nous invite.Il suffit d un moment de confiance pour que reparaissent I enfant et I oiseau, ses plus fraîches images : De s endormir en oiseau D\u2019être enfant pour s\u2019endormir.Et nous retrouvons, sous les traits de la Vierge, la sœur aînée que nous avons déjà rencontrée : Qui nous a renouvelé Sainte Vierge ?Mes souliers Sont sous mon lit doucement.Le bonbeur s accompagne d un sourire, d une impression d allègement, d\u2019une fraîche lumière d aurore, toutes choses insaisissables et qui invitent au chant.De fait, les mots se remettent à sonner clair comme au temps des reconnaissances émerveillées, et, après les noirs fusains, voici la fine pointe d argent, la claire et discrète mélodie de la flûte : S endormir à cœur ouvert Mince feuille, endroit, envers.* * * Chez Saint-Denys-Garneau, la période de création commence et se termine en même temps que I expérience décisive de sa vie.Dès la sortie du collège, une crise intérieure, comme en traversent tous ceux qui sont promis à une haute vocation, lui découvre sa voie et le sens de sa 98 Les poésies complètes de Saint-Denys-Garneau vie.Sa personnalité s affirme d un coup et fes premières méditations de son Journal nous révèlent une pensée d une étonnante maturité.II serait vain de se livrer au jeu des influences.Sa vie et son œuvre se transforment subitement à la faveur de cette crise et, du jour au lendemain, il se détournera d écrivains qui I avaient ébloui pour aller vers d autres qui avaient connu son angoisse.II ne lira plus ni Musset, ni Loti, mais il découvrira Baudelaire, qui I accompagnera jusqu au bout de son aventure.Les jeux sont déjà faits quand il rencontre ceux qui auraient pu le guider et qui ne feront que le soutenir par leur exemple.Remarquons encore que la musique et la peinture ont contribué à sa formation autant que la littérature.Les quelques tableaux et dessins qu\u2019il nous a laissés ont les qualités de sa poésie et rien ne F aurait arrêté dans cette voie s il avait eu une meilleure santé.De plus, il a certainement accordé plus d heures de loisir aux musiciens qu aux poètes, et il serait difficile de déterminer si sa poésie doit plus à Beethoven qu\u2019à Baudelaire, à Mozart qu à Verlaine.S il transportait partout « Les Fleurs du mal », il ne pouvait non plus entreprendre un long voyage sans apporter plusieurs albums de disques, entre autres les concertos brandebourgeois de Bach, les quatuors de Mozart ou de Beethoven, les chansons de Debussy.On trouvait encore dans ses bagages les lithographies de Rambrandt et d autres ouvrages illustrés sur Cézanne, Renoir, et des maîtres plus anciens ou plus modernes.Parmi les poètes contemporains, Supervielle est le seul dont la voix lui parut fraternelle.Il lui doit même quelques images, mais la découverte de « Gravitation » ne fera que préciser le caractère de sa poésie.Dès qu il commença à s interroger sur sa vie, Saint-Denys-Garneau ne put imaginer trouver ailleurs que dans le christianisme une réponse à son angoisse.Baudelaire, le cher Baudelaire des journaux intimes, lui indiquait le chemin mais de grandes voix contemporaines devaient reprendre et poursuivre le dialogue jusqu\u2019à la fin.A ce moment, Saint-Denys-Garneau découvrait « Sous le Soleil de Satan », et cette rencontre 99 Revue Dominicaine avec Bernanos a été bouleversante.Quelque temps après, une autre venait I équilibrer, celle de Joubandeau, le magnifique et terrible joueur dont les pages de lumière ne font qu\u2019accentuer les ombres d une œuvre qui est souvent blasphématoire.Quelle rencontre à faire en pleine nuit ! II n est certes pas indifférent qu un jeune bomme découvre en même temps Bernanos et Joubandeau, surtout s il vit un drame spirituel qui doit décider de sa vie.Saint-Denys-Garneau, on le comprendra, était sensible à I atmosphère troublée d une époque misérable, mais qui avait aussi ses grandeurs.Pendant que sévissait la peste du chômage, des voix passionnées et prophétiques se faisaient entendre, Claudel criait sa foi, Mauriac demandait à I Evangile un apaisement à sa fièvre, Maritain, Berdiaeff cherchaient à nous ramener à des sources pures.Je pourrais en nommer d autres, mais c\u2019étaient ceux-là surtout qui l\u2019intéressaient.Saint-Denys-Garneau est le poète de la solitude et de la nuit intérieure, mais n\u2019est-ce pas dans le silence que nous atteignent les témoignages essentiels ?On ne peut douter que ces rencontres aient approfondi sa vision, même si elles n ont pas modifié I orientation de sa vie.Enfin, les derniers quatuors de Beethoven, certains cris étouffés de Mozart n avaient pas une moins profonde résonance que les brûlantes paroles d un Baudelaire ou d un Bernanos.Nous n évoquons ces présences que pour établir le climat d une aventure dont les poèmes et le Journal nous décrivent la courbe.La poésie de Saint-Denys-Garneau, d apparence assez frêle, nous découvre des profondeurs qu un chant plus coloré et plus sonore nous cacherait.Cependant, aussi dépouillée qu elle devienne, elle n en conserve pas moins la magie du chant et elle nous touche par des accents inimitables.Saint-Denys-Garneau aimait une poésie simple qui exprime avec la plus grande exactitude possible, non pas des idées claires, mais des aspects du réel qui peuvent être parfois fort mystérieux.II renonce à certains prestiges de l\u2019art, mais sans jamais négliger la forme.D innombrables textes sur la magie de I art ou les pouvoirs de la parole indiquent chez lui 100 Les poésies complètes de Saint-Denys-Garneau une constante préoccupation des moyens d expression.II savait que le mot devait se transformer dans le chant du poète et devenir parole, parole non seulement conductrice de pensée mais aussi de vie.Les divers états de ses poèmes nous le montrent hésitant sur un mot, sur une image ; il lui arrivait de transformer plusieurs vers, de réserver des zones de silence dans une masse trop compacte de mots, et cela afin d élargir et d approfondir sa vision.En voici des exemples.Dans « Spectacle de la Danse », un seul vers : « La danse suit l\u2019élan du regard » devient cette strophe magnifique : La Danse est seconde mesure et second départ Elle prend possession du monde Après la première victoire Du regard.Ailleurs, nous assistons à une complète transformation.Dans le brouillon de « Petite Fin du Monde », le sujet n arrive pas à se préciser : Et nous deux sommes bouleversés Devant le silence de quatre colombes Devant la mort de ces quatre mains Tombées Etal ées en rang Quatre oiseaux sans vie.II reprendra tout le poème pour arriver à cette strophe : J ai goûté à la fin du monde Et ton visage a paru périr Devant ce silence de quatre colombes Devant la mort de ces quatre mains Tombées En rang côte à côte.Toutefois, cette poésie nous retient moins par ses qualités d\u2019expression que par l\u2019expérience à laquelle elle nous fait communiquer.101 Revue Dominicaine Celui qui a quelque chose à dire le dit comme il peut et non pas comme il veut, et le virtuose n\u2019est souvent qu\u2019un assez pauvre poète.Saint-Denys-Garneau nous entraîne au delà de ce qu\u2019il appelait « les vaines apparences sourdes et muettes » jusqu à des régions où I on peut appréhender certaines réalités essentielles.C est une destinée que nous racontent ces poèmes et une destinée qui devient exemplaire par suite de la lucidité de celui qui la vit.C est toujours la même voix que nous entendons dans « Les Poésies complètes » et nous pouvons établir un lien entre les charmantes images du début et les terribles visions de la fin.Sans doute, le lecteur serait déçu s il ne connaissait que ces merveilleux petits poèmes qu il a groupés sous le tire d « Esquisses en plein air ».Certes, il serait ravi à suivre ces métamorphoses où l\u2019eau devient lumière, et la lumière eau, miroir qui s\u2019exprime dans le son vert et fluide de la flûte.Mais elles promettent plus qu elles ne semblent tenir, ces transparentes images.Pourtant, si nous connaissons toute l\u2019œuvre, nous savons immédiatement que c\u2019est la voix du poète-enfant que nous entendons, que I oiseau de I esprit traverse ce paysage, que certaines inflexions sont des échos d\u2019une solitude totale, que cet oiseau ira bientôt, comme la mort, faire son nid dans les os, seule assurance de notre authenticité, hors cette Parole que nous n entendons pas toujours dans la nuit où il nous faut bien mourir.Saint-Denys-Garneau nous décrit les divers états d une solitude qu il jugeait irrémédiable.Toutefois, ce poète aimait la beauté de la terre et il n aurait pas cherché d\u2019autre nourriture si la vie même n avait pas eu des exigences surhumaines.II a pu dire à son tour que la vraie vie est absente et qu\u2019il nous faut aller au bout de la nuit pour trouver des vérités et des beautés substantielles, mais il n a jamais renié les plus humbles joies.Souvenons-nous qu il est le poète de la lumière, des arbres et de l\u2019eau autant que de la nuit et de la solitude ; il est le poète du regard libre et pur qui part en chasse avec allégresse.Même après qu il eût cessé d écrire, il parlait souvent d\u2019un projet de poème sur I\u2019« Habitation du paysage ».Cette 102 Les poésies complètes de Saint-Denys-Garneau expression revenait si souvent dans sa conversation et dans ses lettres que nous en espérions tout un recueil.Pourtant, on n a retrouvé dans son Journal qu\u2019un bref poème en prose, cKant très pur et très dense qui n a pu être repris.Le poète jette un regard confiant sur le paysage qu\u2019il aime, mais il y surprend aussitôt une présence humaine qui lui révèle de « surhumaines exigences ».La centaine de poèmes que Saint-Denys-Garneau nous a laissés nous conduisent sans la moindre rupture de I éveil de la conscience jusqu\u2019à la mort.Si nous consultons son Journal, nous voyons que chaque groupe de poèmes que nous avons pu constituer correspond à une étape décisive de sa vie.Rappelons que Saint-Denys-Garneau a écrit son œuvre en trois ans, de 1935 à 1938.C\u2019est dire qu il avait 22 ans quand il I a commencée et 25 ans quand il fut réduit au silence, et c\u2019est vraiment I expression qui convient ici, car aucun mot ne pouvait traduire ce qu\u2019il pressentait.Robert Elie 103 Le message suprême de Bernanos Dialogue des Carmélites 1 Entre son dernier livre et nous, il y a la mort de Bernanos, cette mort où nous savons qu il est entré avec une si poignante vaillance.Elle nimbe d une majesté singulière cette œuvre dont le sujet est précisément la mort des Carmélites de Compiègne.Atrocement malade, Bernanos l\u2019a écrite, obsédé par sa propre mort.Il voulait à tout prix achever ce scénario de film inspiré par « la dernière à 1 écbafaud » de Gertrud von le Fort.Ce qu\u2019il lui en a coûté, Dieu seul le sait.Ses amis qui connaissaient 1 angoisse qu en pleine euphorie physique il éprouvait devant 1 acte d écrire, ne peuvent sans émoi lire la réflexion qu il place sur les lèvres de la Prieure mourante : « Se voir mourir passe pour un dicton de bonnes gens.hé bien, ma Mère, il est vrai que je me vois mourir.Rien ne me distrait de cette vue ».Comment ne point admirer une telle fidélité à sa mission ?Jusqu au bout, Bernanos a été 1 inflexible et consciencieux serviteur de sa vocation d écrivain.M.Albert Béguin nous dit combien Bernanos a laissé de cahiers, de brouillons, de ce texte.Ceci ne surprendra point ceux qui connaissaient 1 homme, son sens aigu, presque morbide, de sa responsabilité.Lui, que tant de gens imaginaient écrivant sous I empire d une inspiration fiévreuse, devait arracher un à un les mots du tréfonds de lui-même.Jamais il n eût accepté une expression qui n eût exactement correspondu à ce qu\u2019il sentait ou pensait.Comme Nietzsche il n aimait que « les vérités sanglantes ».D où l accent unique de ses œuvres, et aussi, qui ne le sait ?les limitations de ses propos dès qu il s agissait de ce domaine passionné entre tous qu\u2019est la politique.* * * Chose extraordinaire, nous avons ici affaire à un Bernanos sans véhémence, mais au contraire d\u2019une sérénité infiniment plus impression- 1.Aux Editions du Seuil, Paris.Collection «les cahiers du Rhône».104 Le message suprême de Bernanos nante.Son sujet qui était pour lui autre ckose qu un tkème littéraire lui a comme imposé sa calme simplicité.Que, si procke lui-même de la Mort, Bernanos ait pu en parler avec un tel dépouillement est peut-être sa plus autkentique grandeur.« Un roi parle kien du pouvoir, un capitaine de la guerre.» disait Pascal.Bernanos pouvait parler de la mort, car elle fut, depuis toujours, sa compagne.Les lettres d enfance publiées par les soins de M.A.Béguin nous le montrent kanté par I idée de la mort \\ Tout au long de son œuvre, ce tkème lui inspire ses pages les plus émouvantes.II en porte I empreinte indélébile, et c\u2019est ce qui explique son sens étrange de la « troisième dimension » du drame kumain dont les répercussions invisibles ont, à ses yeux, plus d importance que les autres.Qui lui en parlait directement, voyait aussitôt apparaître un Bernanos que sont loin de soupçonner ceux qui ne I\u2019approckèrent qu\u2019à titre d enquêteurs littéraires ou politiques.Alors que la plupart des autres sujets éveillaient sa verve et fouaillaient sa prodigieuse éloquence verbale, celui de la mort avait le don de révéler un autre komme.Soudain calmé, le regard comme détacké et lointain, son visage perdait son masque torturé, redevenait presque timide.Un silence affluait, plus compact que le débit torrentiel accoutumé.Seules I interrompaient quelques réflexions faites avec une voix d une douceur de rêve.C\u2019est ce Bernanos-Ià que j ai eu le bonkeur de connaître, dont je me souviens surtout et que je tiens à rappeler, car il complète et rectifie bien des « portraits » même célèbres.Je ne I ai vu ainsi que parce que j\u2019étais prêtre et que je lui soumettais un manuscrit sur la mort.C est le Bernanos qui me disait : « Je crois qu il faudrait parler de la mort comme d une épreuve que Dieu lui-même a traversée », que j ai tout entier retrouvé dans « le dialogue des Carmélites ».* * * Non, Bernanos n était pas le « méprisant » que certains littérateurs ont dit.Certes il n a guère ménagé les « Iâckes » et les « imbéciles », 1.Collection «les cahiers du Rhône».105 Revue Dominicaine mais il ne les méprisait point pour autant.En tout cas, sa dernière œuvre nous montre ce qu il pensait du courage et de la peur.Blanche de la Force qui porte en elle, comme un signe mystérieux et accablant, une sorte d angoisse congénitale, « cette crainte refoulée au plus profond de I être, ce gel au fond du cœur », entre au Carmel.La Prieure lui apprend qu elle ne doit point s attendre à y trouver un refuge.Solitaire, il lui faudra mener une bataille autrement âpre que celles du monde : « Notre affaire est de prier, comme I affaire d une lampe est d éclairer.II ne viendrait à I esprit de personne d allumer une lampe pour en éclairer une autre.Chacun pour soi, telle est la loi du monde, et la nôtre lui ressemble un peu : Chacun pour Dieu I.Vous ne savez rien de la solitude où une véritable religieuse est exposée à vivre et à mourir ».Blanche accepte et demande à prendre le nom de Sœur Blanche de I Agonie du Christ.Gravement malade, la Prieure va mourir mais d une mort précédée d une agonie déconcertante, scandaleuse tant elle est angoissée, si peu digne d une telle âme : « Hélas I j\u2019ai plus de trente ans de profession, douze ans de supériorat.J\u2019ai médité sur la mort chaque heure de ma vie, et cela ne me sert maintenant de rien I » Seule, la petite sœur Constance, dont la fraîche spontanéité et le courage souriant sont la réplique lumineuse de la sombre tension de sœur Blanche, comprend la leçon d une telle mort : « Oh I j\u2019ai beau être jeune, je sais bien déjà qu\u2019heurs et malheurs ont plutôt I air tirés au sort que logiquement répartis I Mais, ce que nous appelons hasard, c est peut-être la logique de Dieu ?Pensez à la mort de notre chère Mère, sœur Blanche I Qui aurait pu croire qu elle aurait tant de peine à mourir, qu elle saurait si mal mourir I On dirait qu au moment de la lui donner, le bon Dieu s\u2019est trompé de mort, comme au vestiaire on vous donne un habit pour un autre.Oui, ça devait être la mort d\u2019une autre, une mort pas à la mesure de notre Prieure, une mort trop petite pour elle, elle ne pouvait seulement pas réussir à enfiler les manches.On ne meurt pas chacun pour soi, mais les uns pour les autres, ou même les uns à la place des autres, qui sait ?».Plus tard, la 106 Le message suprême de Bernanos même petite sœur aura, à la pensée de mourir elle-même, cette réponse exquise à qui lui demande ce qu elle fera : Moi ?Oh ï rien du tout ! /-Quoi, pas même une prière ?>\u2014> Je ne sais pas.Mon bon ange la dira pour moi.J aurai Lien assez de mourir.» Les événements se précipitent.La menace révolutionnaire atteint le Carmel.Pour des êtres consacrés, la tentation prend une autre forme que celle de la terreur physique : celle de la pensée exaltante du martyre.La nouvelle Prieure, Mme Lidoine, veille à ce que ses filles ne s écartent en rien de leur mission authentique.La fidélité à Dieu relève d un ordre autre que celui de la tristesse ou de l\u2019enthousiasme, du courage ou de la peur : « Parlons franc 1 Une carmélite qui souhaite le martyre est aussi mauvaise carmélite que serait mauvais soldat le militaire qui chercherait la mort avant d\u2019avoir exécuté les ordres de son chef.Quoi qu\u2019il arrive, ne comptons jamais que sur cette espèce de courage que Dieu dispense au jour-Ie-jour, et comme sou par sou.C est ce courage-là qui nous convient, qui s accorde le mieux à I humilité de notre état.Encore est-ce peut-être trop de présomption que de le Lui demander.Mieux vaut le prier humblement pour que la peur ne nous éprouve pas au delà de nos forces, que nous n en sentions que I humiliation sans qu elle nous puisse pourtant pousser à quelque action blâmable.Lorsqu\u2019on les considère de ce jardin de Gethsémani où fut divinisée, en le Cœur adorable du Seig neur, toute 1 angoisse humaine, la distinction entre la peur et le courage ne me paraît pas loin d être superflue et ils nous apparaissent I un et I autre comme des colifichets de luxe ».Sous une forme très simple, quelle force revêtent en de tels moments, ces réflexions de la Prieure soucieuse de maintenir ses filles dans leur devoir présent : « II ne faut pas plus courir après le mépris qu\u2019après le martyre.Chaque chose vient en son temps ».Contre Mère Marie qui, pour renforcer les courages et stimuler sœur Blanche propose que toutes fassent le vœu du martyre, la Prieure, au nom de sa maternité même qui doit tenir compte des plus faibles, exige que rien ne soit changé : « Oh ! je ne suis qu une pauvre religieuse très terre-à- terre et pourtant j\u2019ai tou- 107 Revue Dominicaine jours volontiers pensé que si la force est une vertu, il n y a pas assez de cette vertu pour tout le monde, que les forts sont forts aux dépens des faibles et que la faiblesse sera finalement réconciliée et glorifiée dans 1 universelle rédemption ».En I absence de la Prieure, retenue à Paris, Mère Marie a fait prononcer le vœu, non sans en avoir référé à I aumônier et à la communauté.Sœur Blanche elle-même Ta accepté, alors que toutes s attendaient au contraire.Prévoyant la faiblesse de son amie, sœur Constance a eu la cbarité héroïque de voter « non ».Chaque jour amène de nouvelles tracasseries de la part des commissaires.Les offices sont interdits et I aumônier ne peut qu exercer clandestinement son ministère.Le jour du Vendredi-Saint, il tient aux religieuses un discours sur le sens de la conduite de Dieu dans I histoire : « Désormais chacune de nos réunions se fera selon le bon plaisir de Dieu, nous devons I en remercier comme d\u2019un miracle.Que voulez-vous ! En des temps moins sombres, l\u2019hommage à Sa Majesté prend aisément le caractère d un simple cérémonial, trop semblable à celui qu on observe en 1 honneur des rois de ce monde.Je ne dis pas que Dieu n agrée pas ces sortes d hommages, bien que I esprit qui les inspire soit plutôt de I Ancien Testament que du Nouveau.Mais il arrive qu II s en lasse, pardonnez-moi cette expression.Le Seigneur a vécu et vit toujours comme un pauvre, le moment vient toujours où II décide de nous faire pauvres comme Lui, afin d être reçu et honoré par les pauvres, à la manière des pauvres, de retrouver ainsi ce qu II a connu jadis tant de fois sur les routes de Galilée, l\u2019hospitalité des misérables, leur simple accueil.II a voulu vivre parmi les pauvres.II a aussi voulu mourir avec eux.Car ce n\u2019est pas comme un comte à la tête des hommes de sa ménie qu\u2019il a marché vers la mort, c\u2019est-à-dire vers Jérusalem, le lieu de son sacrifice, dans ces sinistres jours qui précédèrent la Pâque.C était parmi de pauvres gens qui, bien loin de songer à défier personne, se faisaient tout petits, afin de passer inaperçus le plus longtemps possible.Faisons-nous donc aussi maintenant tout petits, non pas, comme eux, pour échapper à 108 Le message suprême de Bernanos la mort, mais pour la souffrir, le cas échéant, comme II I a soufferte Lui-même, car Il fut vraiment, selon le mot de la Sainte Ecriture, I agneau qu on mène au bouclier.Nous allons procéder maintenant à I adoration de la Croix ».Contre toute attente, la Prieure a pu rejoindre la Communauté et autorise Mère Marie à partir à la recherche de Sœur Blanche que I on est venue chercher pour délivrer son père emprisonné.Désespérée, la pauvre enfant ne veut plus entendre parler de rien : cette atmosphère de drame I épouvante.Patiente, Mère Marie reste pour la convaincre.Mais pendant ce temps, la Communauté a été emprisonnée.Groupées autour de la Prieure, elles attendent d elle un mot d ordre concernant la conduite à tenir devant le tribunal, non pour échapper à la sentence mais pour savoir si elles doivent condescendre à discuter : « N\u2019aurions-nous pas grand honte de disputer nos pauvres vies à des assassins de prêtres et à des pilleurs d églises ?» remarque sœur Valentine.Alors la vieille Mère a cette réponse, si humble, si digne : « II n\u2019y a pas de honte à se justifier, fût-ce devant des juges sans foi.L innocent qui se justifie rend plus témoignage à la vérité qu à lui-même ».Elle assume la responsabilité du vœu qu elles ont en son absence prononcé : « J\u2019ai toujours répondu de vous en ce monde, et je ne suis pas aujourd hui d humeur à me tenir moi-même quitte de quoi que ce soit.Si j\u2019ai tort, Dieu me pardonnera.Les mères des saints Martyrs, après tout, sont rarement au calendrier.».Et le lendemain c est la condamnation à mort.Une dernière fois, la Prieure met ses filles dans I obéissance.Mère Marie et sœur Blanche arrivent juste au moment de l\u2019exécution.Ainsi, la plus ardente et la plus ferme, la mieux douée, celle qui a voulu, aux yeux de ses sœurs, magnifier par le vœu du martyre, l\u2019événement sordide, se trouve laissée pour compte I D\u2019un mot, l\u2019aumônier rencontré dans la foule la dissuade de se dénoncer : « Qu\u2019importe votre volonté en cette affaire ?Dieu choisit ou réserve qui Lui plaît ».Elle implore : « Leur dernier regard me cherchera en vain ».Lui : « Ne pensez qu\u2019à un autre regard, auquel vous devez fixer le vôtre ».Le moment est venu, 109 Revue Dominicaine pour Mère Marie, de vivre la parole où elle définissait au docteur de la communauté la raison d être du Carmel : « Les personnes consacrées à Dieu ne se réunissent pas entre elles pour jouir de la paix, elles tâchent de la mériter pour les autres.On n\u2019a pas le temps de jouir de ce qu on donne.» Et cependant Dieu a pitié d\u2019elle.Son sacrifice est agréé puisque, au moment même où la dernière carmélite s agenouille devant la guillotine, une voix, étrangement claire et calme, reprend dans la foule la dernière stropke du Veni Creator interrompu.C est Blancke, sœur Blancke de l\u2019Agonie que l\u2019on pousse vers le couperet et qui tombe à son tour, mourant d une mort dont 1 héroïsme a été acheté par 1 angoisse de sa première Prieure et le renoncement de Mère Marie.Sœur Constance 1 avait entrevu : « La mort d une autre, qu\u2019est-ce que ça peut bien vouloir dire, sœur Constance ?» avait demandé Blanche.« Ça veut dire que cette autre, lorsque viendra I heure de la mort, s étonnera d y entrer si facilement, et de s y sentir confortable.».Car la communion des Saints implique des compensations et des échanges auprès desquels ceux de Tordre visible ne sont rien.* * * Nul ne saurait prévoir le surcroît de puissance que la réalisation cinématographique apportera un jour au scénario.L\u2019admirable est qu\u2019un tel texte puisse s imposer à ce point.II suffit par lui-même 3 à nous plonger au cœur même de notre propre drame.A travers les carmélites, chacun de nous est en cause.Leurs voix et leurs propos sont ceux des personnages qui s agitent en nous.Aux heures où I idée de ma mort surgit, elle suscite un tel bouleversement et une telle angoisse que, si assuré que je sois, je ne puis, en toute sincérité, répondre de mon courage.Contre cette remise en question de tout eux-mêmes qu\u2019inévitable-ment la pensée de la mort provoque, la plupart se défendent par une phraséologie, politique ou religieuse, dont le sublime dissimule bien mal le 1.On ne saurait trop remercier M.Albert Béguin d\u2019avoir, dès maintenant, publié le texte.Les vrais amis de Bernanos lui doivent une gratitude fervente.110 Le message suprême de Bernanos vide.II est un courage verbal plus dangereux encore que la peur la plus IâcLe : « Le courage peut bien être aussi une fantasmagorie du démon.Une autre (la première est la peur).Chacun de nous risque ainsi de se débattre avec son courage ou sa peur comme un fou qui joue avec son ombre ».Autre chose est l\u2019acceptation de la mort, autre chose dresser entre elle et soi des sentiments factices.De nous-mêmes, nous ne savons nous défendre contre l\u2019angoisse qu elle suscite qu en adoptant des attitudes, lesquelles ne sont que la sublimation de nos dispositions de tempérament.Tâche vaine et puérile que I approche même de la mort a tôt fait de dissiper.La mort est la remise de soi-même à Dieu : elle engage trop de choses pour que nous y ayons le temps de songer à nous comporter en témoins de nous-mêmes et de surveiller nos réactions : de nous regarder mourir I II n est qu une solution : dégager son âme de tout autre souci que de celui de faire la Volonté de Dieu et de répondre à son appel.« Une seule chose importe, enseigne Mère Marie à sœur Blanche de I Agonie du Christ, c\u2019est que, braves ou lâches, nous nous trouvions toujours là où Dieu nous veut, nous fiant à Lui pour le reste ».De la nouvelle de G.von Le Fort dont les éléments, à I exception du personnage de Blanche de la Force, sont empruntés à la relation de la seule religieuse qui échappa à la guillotine, Bernanos a tiré un dialogue où chacun se retrouve.Qu importent ici les visages, les habits et le cadre ?L atmosphère est celle même du silence intérieur, de ce silence dont il disait dans la Joie qu il était « plus absolu que l\u2019immense stellaire, celui où se consomme la divine acceptation ».Nous sommes d\u2019emblée situés par delà la zone des problèmes de nos personnages : des âmes seules sont en cause, décidant de leur raison d\u2019être, face à l\u2019unique réalité capable d éprouver leur vérité dernière, la mort.Quand un auteur a réussi une telle entreprise, il peut mourir.Ch.-D.Boulogne, O.P.111 Silhouettes d autrefois (1) Avant de dire tout I intérêt de ce recueil, ou plutôt de cette Galerie de portraits, on me permettra j espère de regretter quelques procédés, quelques artifices un peu déplaisants.Comment avec son horreur de tout ce qui sent le pédagogue, comment J.de la Varende appuie-t-il si lourdement sur les formules qu\u2019il juge importantes.Les italiques ne lui suffisent pas ; ni même les majuscules assorties à la typographie du livre.Il arbore ici et là des capitales démesurées.Croit-il donc son lecteur si balourd qu il ait besoin de ce tire-1 œil pour fixer son attention et ouvrir son intelligence ?Ou se défie-t-il de son expression au point de la renforcer d un coup de gong ?II y a là une indiscrétion indigne de son talent.Autre querelle.Que, se conformant à ce qui est devenu une mode, notre auteur ait cru devoir dater et son recueil (1941-1947) et chacun de ses chapitres, ses commentateurs futurs lui en sauront certainement gré.A nous-mêmes n est pas indifférent de savoir que divertissement dominical « d années noires », ce livre reflète des émotions, et même des passions violentes, qui n ont rien à voir avec I impartialité.Un La Varende n écrit pas sine ira, sine studio.Félicitons-Ie de le proclamer si spontanément.Mais on s\u2019étonne du calendrier auquel il se réfère pour dater ses différentes études.Les belles esclaves, dit-il.Sans doute.Mais ces esclaves I ont été, pour la plupart, de leurs passions et on peut aussi bien les ranger parmi les belles et même les grandes pécheresses.Or, dédaigneux du calendrier vulgaire, mois et quantième, l\u2019écrivain suspend leur portrait sous un signe toujours et exclusivement liturgique.Pour Diane de Poitiers, c est le Dimanche de l Exaltation.Exaltation de la sainte Croix, je pense ; et voilà qui contraste étrangement avec le monogramme fameux où le double D de Diane enserre amoureusement l\u2019H d\u2019Henri II.C est le Dimanche de la Pentecôte que l\u2019inspiration a visité le portraitiste de la Pompadour.Celui-ci a peint la du Barry le Dimanche de la Trinité ; 1.Les belles esclaves, par J.de La Varende, Flammarion.112 Silhouettes d\u2019autrefois il s\u2019est attardé à Mme Récamier le jour de l\u2019Assomption ; à la seule Grande Mademoiselle, il a consacré les quatre Dimanches de Lætare, de la Passion, des Rameaux et de Pâques.Cette façon de célébrer le Jour du Seigneur surprend d abord.Au vrai, elle convient assez au personnage que veut être et qu est effectivement le Vicomte de La Varende.C\u2019est un « grand » au sens qu\u2019avait ce mot au Grand Siècle.Aristocrate-né, exilé malgré lui dans un siècle de médiocrité démocratique, il croit à I importance capitale de la naissance, à la qualité du sang, d\u2019où dépend, avec la « qualité » sociale, la qualité morale elle-même.Bien entendu, cette qualité donne droit à certains privilèges, immunités et exemptions, et cela dans tous les domaines.II en coûtera bien quelques obligations particulières et, singulièrement, I interdiction de toute bassesse, petitesse et vulgarité.Mais, leur dignité sauvegardée, les grands peuvent prendre bien des libertés avec la coutume, la loi, la morale même, comme avec le vocabulaire et la syntaxe.La tenue n est pas nécessairement la retenue, et une certaine désinvolture convient à qui n est pas du commun.Dieu lui-même parce qu\u2019il est le Seigneurs des Seigneurs, a le sens de la biérarcbie.Celui qui a créé les sept cbœurs des Anges, réserve aux Ducs et Paris une indulgence qui s égarerait mal à propos sur des croquants.C est pourquoi, appuyé sur la double supériorité de son talent et de sa naissance, un La Varende peut associer à l\u2019image des belles esclaves le souvenir de l'Exaltation de la Croix, de la Passion du Cbrist, de la Descente du Saint-Esprit au Cénacle, et ou de l\u2019Assomption de la Sainte Vierge.Ne protestez pas, ne vous étonnez même pas.L admirateur de Saint-Simon qu est M.de La Varende, écraserait de son dédain vos scrupules de petit esprit, sinon votre grimace de dévot.Explication hypothétique ?Peut-être.Mais de ces explications hypothétiques, M.de La Varende use trop volontiers, ici-même, pour ne pas les autoriser chez les autres, même si on les lui propose cum grano salis.D autant que les siennes ne laissent pas d\u2019être parfois, bien auda- 115 Revue Dominicaine cieuses.Dans la malveillance comme dans la bienveillance.On s en aperçoit à propos de Madame de Maintenon et de Lauzun.Madame de Maintenon est proprement sa bête noire.Sans reprendre contre elle les grossièretés de Saint-Simon, il ne manque pas d une occasion de I avilir.A propos de son mariage avec Scarron, il invoquera contre elle cet aveu : « Le cœur n y était pas pour grand chose, et le corps pour rien du tout.II fallait choisir entre Scarron et le couvent ».Cette dernière phrase lui apparaît à la fois sotte et déshonorante.Elle le serait peut-être si Françoise d Aubigné s était placée d elle-même devant ce choix ; mais qui nous garantit qu on ne le lui a pas imposé ?On connaît d autres exemples de pareilles contraintes exercées par des parents, par des tuteurs tyranniques, voire par des directeurs de conscience bien intentionnés, mais indiscrets au double sens du mot.Or, de la malheureuse petite, née, dit -on, dans la prison paternelle, on sait comment une tante abusive fit une gardeuse de dindons, à peine vêtue, à peine nourrie.Encore une fois, qui nous garantit qu après cette enfance sordide, I adolescente n ait pas subi la tyrannie suprême d une parente uniquement soucieuse de se débarrasser d elle ?Et pourquoi, ayant connu tant de misère, ne se serait-elle pas senti quelque pitié pour le stropiat qu\u2019on lui imposait comme époux ?En tout cas, à I accepter, elle ne pouvait être plus malheureuse que chez Madame de Neuillant ; et mieux valait, sans doute, se prêter à Scarron que se prêter à Dieu sans vocation.Un mariage désespéré n est pas nécessairement un mariage déshonorant.Pas davantage, certaines missions délicates.Quand, au ménage Colbert Louis XIV confie les enfants que lui a donnés Louise de La Vallière, M.de La Varende félicite le ministre et sa femme de leur docilité.Mais que Françoise d Aubigné se soit chargée des enfants nés de Mme de Montespan, il ne voit là que complaisance servile, cupidité sordide ; bref, « empressement scandaleux ».Car, d après lui, elle aurait posé sa « candidature » à ce poste infamant, en « pique assiette supérieur » que son « intelligence facile, moyenne et retenue humblement », 114 Silhouettes d\u2019autrefois son art de flatter avec discrétion », son honorabilité rendaient « indispensable aux bonnes compagnies ».Etrange parti-pris, en vérité.Car ces affirmations ne s appuient sur aucune preuve ; et d autres hypothèses, pour le moins aussi vraisemblables, permettraient d expliquer honorablement I entrée de Madame Scarron au service, même clandestin, des futurs « légitimés ».Veuve, sans enfants, ne pouvait-elle saisir avec joie I occasion de reporter sur de jeunes princes moralement abandonnés son besoin de tendresse, de dévouement maternels ?Chrétienne, n avait-elle pas une œuvre à accomplir ?Admettons qu au delà et au-dessus des enfants, elle ait pensé qu\u2019un jour, elle pourrait, peut-être, faire du bien au roi lui-même.Qu a cette ambition de méprisable ?Et si, sans penser à I âme de Louis XIV, elle a tout simplement subi le prestige de ce souverain que tous au XVIIe siècle, honoraient d\u2019un culte presque idolâtrique, en quoi était-elle plus vile que tant d autres ?La fondatrice de Saint-Cyr n excuserait-elle pas, s\u2019il le fallait après coup, la gouvernante du duc du Maine et Mademoiselle de Nantes ?Mais non.Cet « ennui » incurable qui la poursuivait au faîte de sa puissance et qui prouve peut-être l\u2019insatisfaction d\u2019une âme supérieure, cet ennui ne fut, dit notre portraitiste, que « la punition de ceux qui ont singé I amour ».Pour le galant homme qu est J.de La Varende, en effet, Madame de Maintenon ne fut « qu un pauvre singe, une guenon bien dressée, sans pitié ni âme, sans tempérament autre que sensuel.sans grandeur, aucune intelligence vive.servile et souriante, frileuse.vraiment la mégère acide dont la sueur rougit le tournesol.».Décidément, Saint-Simon est un maître dangereux.Avec l\u2019art de manier I outrage, on contracte près de lui l\u2019incompréhension de certaines infortunes et de certaines valeurs morales.Cet aveuglement dans la haine s aggrave d un non moindre aveuglement dans l\u2019indulgence.Quand de cette indulgence le bénéficiaire est 115 Revue Dominicaine un Lauzun, on demeure confondu.Que ce petit homme sans beauté, ait été un homme à bonnes fortunes, voilà ce que seule une femme pourrait expliquer.Mais qu un La Varende ne lui refuse pas son estime, voyant en lui un « petit démon » plutôt qu un extravagant, courageux parfois, mais d une vanité ridicule, d\u2019une insolence grossière et sans dignité vraie, voilà qui demeure pour nous incompréhensible.Pourquoi ?Parce que, malgré le mot de Lamartine « En France, on se relève de tout, même d\u2019un canapé », il y a des gestes qu on ne fait pas, des postures qu\u2019on ne prend pas, sans se déshonorer pour jamais.Non content de payer de sa personne r\u2014> c\u2019est le cas de le dire >\u2014> certaines indiscrétions ancillaires, Lauzun se glissa une nuit, sous le lit qui accueillait disons Jupiter et Alcémène.Ce mode d espionnage lui permit ensuite de jeter quelques injures popula-cières à la tête de la Marquise de Montespan.Sans doute, avait-il pris le temps d épousseter son habit et de rajuster ses rubans.Mais avait-il pu épousseter aussi son honneur ?Estimant 1 insolence, J.de La Varende semble excuser parfois qu elle devienne celle de la valetaille.Nous le regrettons d autant plus qu\u2019il vaut mieux, croyons-nous, beaucoup mieux que telles de ses amitiés rétrospectives.En tout cas, son talent reste ici hors de cause.C\u2019est celui d\u2019un artiste débordant de vie, ardent, dévorant et qui, plein de souvenirs, de traditions, d images, riche d émotions et de passions, restitue, exprime tout ce qu\u2019il sent avec une liberté, une vigueur irrésistibles.Capable de l\u2019application nécessaire pour une miniature, il enlève récits, portraits, tableaux d ensemble avec une fougueuse maîtrise.Avec cela, susceptible de délicatesse, de pitié, de tendresse.Surtout, sensible à la grandeur.II peut ne pas toujours la voir où elle se cache et, parfois, la supposer là où elle n existe guère.II n est jamais médiocre, ni dans son inspiration ni dans son art ; pas même dans ce qu on peut croire ses erreurs.Ce n est pas un mince mérite.Gaillard de Champris 116 Le sens des faits En mémoire du T.R.Père Benoît Mailloux, O.P.Le samedi 17 décembre 1949, à Ottawa, mourait, âgé de cinquante-trois ans, le T.R.Père Benoît Mailloux, O.P., Maître en théologie.Dans cette Revue Dominicaine, où il a plus d une fois écrit et qu il a toujours appuyée dans son effort d apostolat doctrinal comme dans son rayonnement, je voudrais retracer brièvement un aspect de sa physionomie dominicaine.* * * Né à Saint-Hilarion de Charlevoix le 8 avril 1896, Jean Mailloux avait fait ses études secondaires au Petit Séminaire de Chicoutimi.Le 5 août 1917, à Saint-Hyacinthe, il recevait l\u2019habit des Frères Prêcheurs avec le nom de Benoît.Prêtre à Ottawa le 7 mai 1922, lecteur en théologie au mois de juin 1924, il devait bientôt partir pour Rome d où il nous reviendrait docteur agrégé de l\u2019Ange Iicum à 1 été 1927.Dès lors il sera toujours professeur de théologie, soit au Studium Generale de son Ordre dans la Capitale, soit à la Faculté de 1 Université Laval.Plus encore, pendant seize ans, de 1929 à 1939 puis de 1942 à 1948, il dirigera le Studendat dominicain : Studiorum Regens, ainsi que nous disons depuis I époque du Docteur angélique.Voici deux ans, le degré suprême de Maître en saint Thomas venait couronner sa carrière.Vers la fin de son noviciat, une retraite faite auprès de lui et de ses frères avec d autres élèves des collèges classiques me valut de connaître le motif de sa venue chez les Dominicains.Dès le début de ses études secondaires, il s était senti appelé à la prêtrise.En approchant du terme, il se posait souvent la question : sous quelle forme, dans quel genre de vie devrai-je étayer et faire fructifier en moi et par moi la grâce sacerdotale ?Peu expansif, déjà porté à la réflexion en profondeur, le jeune homme pensait volontiers en creusant le présent «\u2014 à I avenir religieux de ce peuple canadien-français pour lequel il voulait offrir son existence.Des controverses autour du livre de Louis Hémon plus vives en milieu chicoutimien comme de constatations poursuivies pour son propre compte, il avait déduit qu après 1760 la religion avait été pour les nôtres La Mère aux conseils d espoir et de salut.Mais cent cinquante ans plus tard, notre christianisme, naguère cultivé à des températures tragiques, devenait de plus en plus un beau dehors, trop exclusivement épousseté par Revue Dominicaine des prédications et des mesures disciplinaires.C est qu entre temps Lien des ferments anti-ckrétiens avaient réussi à s introduire en douceur dans un organisme autrefois à I aLri des contacts délétères.Réagir pendant que nous en avons les moyens.Saisir et décider qu il nous faut notre foi chrétienne à chacun de nous, notre foi invinciblement personnelle.Non pas seulement parce que le curé 1 a dit ou parce que nos ancêtres furent chrétiens.Connaître par soi-même la vérité révélée à croire pour la transfuser dans notre vie vivante et vivifiante.Cette vérité divine à nous confiée par le Christ, la pétrir en agir personnel dans le cadre concret de notre existence quotidienne.Telle est la hase sur laquelle le finissant de 1917 décida de Lâtir sa vie sacerdotale pour y arc-Louter celle des autres.Une influence aimée lui indiqua, comme réponse directe à son désir, cet Ordre des Prêcheurs dont Thomas d Aquin a précisé avec une filiale lucidité la profonde vocation doctrinale.Après avoir pénétré, à Ottawa d abord, puis à Rome auprès du T.R.Père Garrig ou-Lagrange, I aliment de vie que doit être toujours la sainte théologie, le Père Mailloux fut appliqué à I enseignement.Professeur de la doctrine à nous par Dieu révélée, il le sera jusqu à son dernier jour terrestre.A 1 occasion une occasion qui ne sera pas rare \u2014 il 1 exposera à des auditoires du dehors dans des récollections sacerdotales, devant des communautés religieuses ou en présence de groupements d Action catholique.Devant ces âmes, il aimait à poser dès l\u2019abord le problème de fond.A une époque où l\u2019on proclame la nécessité d un dynamisme catholique des plus vigoureux pour enrayer tant de courants païens répandus même chez nous, est-ce bien 1 heure de nous retourner vers les mystères les plus élevés et les plus profonds de notre condition de chrétiens ?Il répondait oui, puis, avec lenteur et solidité, établissait et infi Itrait à ses auditeurs le bien-fondé de sa réponse.A ceux et à celles pris chaque jour dans un engrenage d occupations dites extérieures, il montrait comment il leur fallait se défaire de cette idée et de cette pratique si tenaces chez nous que toutes les modalités des devoirs d état s opposeraient de soi à notre vie divine profonde et continue.Quand cesserons-nous de vouloir quitter nos occupations journalières, nos besognes de gagne-pain pour nous croire chrétiens ?Chrétiens inférieurs par une messe dominicale ou une prière quotidienne ?De façon habituelle, d abord et avant tout, le Père Mailloux fut I apôtre des futurs apôtres du Verbe divin.Ce qu il a été dans la plus haute des vocations professorales, une plume autorisée le décrira.Nous ne pouvons pas ne pas rappeler aujourd hui les contributions substan- 118 Le sens des faits tielles publiées ici même, la collection de brochures religieuses lancées grâce à sa fondation des Editions du Lévrier, et surtout son initiative des Etudes et Recherches, Cahiers de Théologie et de Philosophie.Dans { érection par lui préconisée d\u2019un Institut d\u2019Etudes Médiévales (Ott awa 1930 r\u2014 Montréal 1942), il voyait le moyen d\u2019aider l\u2019élite intellectuelle d aujourd hui à consolider le présent pour l\u2019avenir en étudiant par contact direct, selon tous les critères scientifiques, une époque où les plus grands docteurs de I Eglise travaillèrent à réaliser la société internationale chrétienne.Qu\u2019il me soit permis d ajouter combien avaient rencontré le pur vouloir de son âme les pages publiées dans cette revue, au mois de septembre 1948, à I occasion du soixante-quinzième anniversaire des Dominicains au Canada.Cette volonté inlassable des évêques et prêtres de chez nous, au dernier quart du dix-neuvième siècle, d introduire dans notre catholicisme un élément vital de doctrine toujours plus accentuée lui paraissait le plus beau et le plus sûr signe d espoir pour notre avenir chrétien.Et en même temps, une obligation à la fois lourde et glorieuse pour les blancs ouvriers de ce message de vérité à vivre pour en faire vivre leurs compatriotes.Pour sa part, il a su voir à ne jamais démériter de cette tâche primordiale.Dans sa vie religeuse indivi duelle comme dans son apostolat d enseignement conventuel ou extérieur, le Père Mailloux est allé de 1 avant.Discret, simple, secret même, s effaçant volontiers une fois que le ferment de vie avait été communiqué.II avait le sens très vif du ridicule de ceux qui occupent leur temps à faire la théorie sonore de ce qu ils pratiquent moins que plus.Travail persévérant, réalisme de surnaturel aloi, simplicité de parler et d agir s alliant à une vraie dignité religieuse : trois des constantes de son efficacité dans l\u2019action dominicaine à lui dévolue.* * * La veille de Noël 1925 voyait le Père Benoît Mailloux à Rome, présent à la fermeture de la Porte sainte par Pie XI en conclusion du premier Jubilé ordinaire de notre vingtième siècle.Puisse cette vigile de Noël 1949 le trouver au-delà des portes éternelles dont la liturgie de I Année jubilaire rappelle avec instance la bienheureuse et suggestive évocation.C est le souhait de nos cœurs.C est notre prière fraternelle.Que nos lecteurs et amis nous y aident dans leurs suffrages offerts pour lui au Christ Sauveur par sa Mère Immaculée, Janua Cœli.A.Papillon, O.P.119 Revue Dominicaine Noël chez les Compagnons Le 29 décembre dernier, le R.Père Leganlt invitait I Institut d\u2019Etudes médiévales à la représentation du Mistère de la Nativité de Notre Sauveur, d Arnoul Gréban.Je n aurai pas I impertinence de Iouanger les Compagnons pour la qualité de leur admirable spectacle.Le recueillement liturgique où ils m ont entraîné n a pas empêcbé mon souvenir de capter ces belles images qui m enchantent encore : cette Annonciation contemporaine de Fra Angelico ; cet Ange d une apocalypse apaisée apparaissant aux bergers, >\u2014< un tableau génial qui suffirait à classer Claude Perrier parmi les artistes de la mise en scène \u20141 du pur point de vue cinéma \u2014 que bouillie pour les chats.C est à quoi je songeais, I autre après-midi, en voyant deux beaux films de John Ford réunis par un extraordinaire bonheur au même programme d un petit cinéma.Si je n avais été prévenu de leur valeur, je n y serais jamais entré ; un film de guerre et un western me plongent dans une panique à laquelle je sais que vous êtes sympathiques.Est-ce que Ford a voulu racheter ces genres détestables en y superposant des considérations philosophiques ou des leçons morales et pourquoi pas une crise psychiatrique ?Que non : il a pris tout simplement la vieille matière première, qui avait servi à tous les films du genre, et il 1 a ordonnée selon les principes du conte de fées : action, images.Il en est résulté deux chefs-d œuvre : Long Voyage Home et Stagecoach.Ce n est pas que 1 après-midi ait très bien commencé : Long Voyage Home au début, s avère trop loquace pour être le cinéma parfait.II y a une thèse Ià-dedans, à savoir que la vie en mer est plus pure, mieux dégagée des servitudes humaines que celle du terrien.Heureusement, cette pénible loquacité ne dure pas de façon exagérée ; et si la thèse ne disparaît pas pour autant, elle s inscrit par la suite dans les images et dans les faits, plus que dans les mots.La thèse, c est I épopée des marins du Glencairn, ce vieux sabot qui ramène une cargaison de dynamite en Grande-Bretagne durant la guerre.L action de Long Voyage Home se soumet, ou plutôt s identifie à 1 image ; celle d\u2019une mer capricieuse, tantôt favorable et tantôt rageuse (qui est d ailleurs le personnage principal du film), d un cargo peu reluisant, d une équipe de « durs », d\u2019un ciel généralement sombre.C est tout cela qui nous entraîne, ce mouvement un peu confus d images incantatoires qui nous introduisent aux mystères de la mer.Et sont-elles superbes, les images ! Balayé par les vagues, le poussif cargo prend par moment une allure de vaisseau-fantôme ; et je me souviens comme d une 122 Le sens des faits bénédiction de cette image d après I orage, où le bateau émerge lentement de la brume, comme une présence lentement affirmée et tout à coup si intime.Le principal mérite que je reconnais aux acteurs, quelque brillants qu ils soient (Jobn Wayne et Thomas Mitchell sont des maîtres), est de s intégrer sans effort à ce mouvement qui n est pas le leur.* * * Avec Stagecoach, renversement de la technique : ici c est I action, l\u2019action brutale, qui asservit I image à ses fins.Le film a tout d une gageure.Jobn Ford a réuni dans la diligence obligatoire tous les personnages du western classique : le sbérif, le cocker jovial et couard, la femme qui va rejoindre son mari-soldat, le crook, le bon bandit repentant, la fille de douteuse réputation et les autres.L événement central ne montre pas plus d originalité : une attaque de sauvages, repoussée par des soldats venus d on ne sait où.Et le film se termine sur fa scène classique du bon bandit et de la fille qui s en vont, libérés miséricordieusement par le sbérif, refaire leur vie sur un ranch.Stagecoach ne se distingue en rien des autres western, sinon par.l\u2019excellence.Le rythme captivant de son action, Jobn Ford I a emprunté, c\u2019est celui-là même de la diligence.Voyez le plan du film : la diligence arrive en ville, embarque ses passagers et.part sous la menace d une attaque d Indiens ; le ciel s assombrit progressivement (comme dans les romans de Pampbile Le May !) comme pour nous donner I impression que le malbeur approche.Fausse peur, la diligence arrive sans encombre à I étape.C est un temps de repos au milieu du film, le temps qu il faut pour corser I intrigue, ajouter quelques éléments nouveaux (dont un nouveau-né I), appesantir la menace de I attaque sur les voyageurs.Reprend le rythme de la diligence, dans la crainte d abord, puis dans un allègement progressif jusqu à ce que, au moment où I on croit enfin tout danger passé, survienne I attaque qui se termine de la façon que j\u2019ai déjà dit.Un moment de répit pour dénouer tous les fils de l\u2019intrigue, et le film.Ça n est pas plus compliqué.Le vrai mérite du film est de concentrer I action sur les deux étapes du voyage en diligence.Les trois temps fixes »\u2014 ceux du commencement, du milieu et de la fin ne sont là que pour nouer ou dénouer une intrigue qui se joue au rythme de la diligence.C est dans cette traditionnelle voiture, hantise du cinéma de I Ouest, que les personnages prennent la vraie dimension qui leur est dévolue par I action.Stagecoach est au fond I épopée de la diligence, comme Long Voyage Home était celle du vieux 123 A II Revue Dominicaine sabot ; et c est leur légende, leur « mythe » qui commande la tonalité du fil m.II est à noter là-dessus que John Ford a fait la lumière abondante dans Stagecoach, au contraire de Long Voyage Home, qui est très sombre.Cela tient à la différence des mythes exploités : le premier, né d hier avec le cinéma lui-même, est neuf et dynamique, il appelle une fin agréable.Tandis que le deuxième est antique, pessimiste comme toutes les chansons de marins, et il appelle la catastrophe.Mais tous deux ont cette qualité d être parfaitement identifiés au cinéma, par une habitude de films authentiques.* * * Un tel cinéma a-t-il valeur d art ?Mon Dieu, on s est bien chicané sur la question de savoir si le cinéma comme tel pouvait prétendre à I art, ou s\u2019il n\u2019était au contraire qu un divertissement populaire, destiné tout au plus à une perfection nécessairement inférieure.Pour ma part, je ne vois pas pourquoi les conditions générales de I œuvre d art >\u2014> une matière durement conscrite par une forme d aimables proportions >\u2014> ne pourrait pas s appliquer au cinéma comme aux autres domaines de l\u2019activité de représentation.II me paraît d ailleurs indubitable qu il peut opérer cette katharsis qu Aristote (lui-même I) assignait comme effet de I art, les deux films en question m\u2019en sont une preuve.Plus que les autres arts peut-être, le cinéma devra se souvenir de ses origines peuple, à cause de ses moyens d expression qui I obligent à plus de réalisme, à cause aussi de ses mythes propres.Mais je ne vois pas que cela puisse présenter d objection ; ce serait même une plus forte garantie d authenticité, de communion au réel.De toute façon, si I on peut considérer un film comme une œuvre d art, je crois qu il faut accorder ce titre aux deux pellicules de John Ford dont je viens de vous entretenir.Et il faut tirer son chapeau bien bas devant ce monsieur qui, dans I atmosphère de facilité qui règne à Hollywood, sait construire avec une pareille rigueur.Gilles Marcotte 124 L esprit des livres S.Thomas Aquinas » « Opuscula omnia necnon opera minora ad fidem codicum restituit ac edidit R.P.Joannes Perrier, O.P.» Tomns primus.Opuscula pliilosophica.Paris, Lethielleux, 1949.25 cm.620 pages.Il serait assurément superflu d\u2019apprendre aux lecteurs de la Revue Dominicaine ce que représente cette partie de l\u2019héritage littéraire de saint Thomas d\u2019Aquin qu\u2019on appelle les opuscules, c\u2019est-à-dire un ensemble d\u2019ouvrages, de nature et de dimensions diverses, groupés très tôt, et réunis dans une collection sous le titre assez vague de opuscula.Les historiens sont loin d\u2019avoir résolu tous les problèmes que pose l\u2019ensemble de la collection aussi bien que tel ou tel opuscule en particulier.En attendant que l\u2019étude de la tradition manuscrite et des monographies consacrées aux œuvres les plus difficiles aient jeté la lumière sur ces problèmes il fallait que ceux qui s\u2019intéressent à la pensée de saint Thomas pussent disposer d\u2019un texte facilement accessible.M.Lethielleux, qui en 1927 avait confié au P.Mandonnet la publication de cette partie de l\u2019œuvre de saint Thomas, avait mis à notre disposition cet instrument de travail indispensable.L\u2019édition était certes imparfaite.Elle se contentait de reproduire les éditions précédentes, en y ajoutant, malheureusement des fautes nouvelles.Telle qu\u2019elle était, elle a cependant rendu de réels services.Elle était épuisée depuis de nombreuses années.Au lieu de procéder à une simple réimpression, ce qui eût été la solution facile, M.Lethielleux a voulu profiter de l\u2019occasion qui s\u2019offrait à lui, pour nous donner un texte revu et corrigé d\u2019après les manuscrits.C\u2019est le P.Perrier qui a bien voulu se charger de cette tâche.Il ne s\u2019agissait pas d\u2019anticiper sur le travail des éditeurs de la commission romaine.L\u2019édition préparée par le P.Perrier n\u2019est donc pas une édition critique au sens précis du mot.On s\u2019est contenté de consulter les meilleurs manuscrits parisiens, d\u2019en choisir celui qui paraissait le plus sûr, d\u2019en reproduire le texte, tout en donnant, dans l\u2019apparât, les variantes les plus intéressantes des autres manuscrits, ainsi que les leçons des éditions antérieures.On peut regretter assurément qu\u2019on ait dû se contenter d\u2019une base relativement étroite.On peut discuter également la valeur du manuscrit retenu comme témoin le plus sûr.Mais, d\u2019une part, les circonstances dans lesquelles le travail a été entrepris ne permettaient pas de recourir aux manuscrits étrangers.D\u2019autre part, l\u2019apparat permet de discuter, dans presque tous les cas, le texte adopté par le P.Perrier.Il suffit d\u2019ailleurs de comparer la présente édition avec les éditions antérieures pour se convaincre des améliorations notables qu\u2019elle nous apporte, tant pour l\u2019établissement du texte que pour l\u2019identification des sources et l\u2019indication des références.Tel qu\u2019il est, avec ses qualités et ses limites, dont d\u2019ailleurs l\u2019éditeur nous avertit loyalement, le travail du P.Perrier rendra aux travailleurs les services qu\u2019on en attend. Revue Dominicaine L\u2019édition comportera 3 volumes.Le premier, qui vient de paraître, contient les opuscules philosophiques, c\u2019est-à-dire : de principiis natures, de mixtione elementorum, de ente et essentia, de ceternitate mundi, de motu cordis, de unitate intellectus, de substantiis separatis, de operationi-bus occulis natures, de regimine subditorum et la partie authentique du de regno.Pour ce dernier il semble bien, d\u2019après les spécialistes, que c\u2019est à tort qu\u2019on a rejeté comme inauthentique les paragraphes 55-60 du 2e livre.Un premier appendice donne la partie inauthentique du de fallaciis, de pro-positionibus modalibus, de demonstratione, de IV oppositis, de natura acci-dentis, de natura generis, de natura materice, de principio individuationis, de natura verbi intellectus, de differentia verbi divini et humani, de instan-tibus.Le tome II, actuellement en préparation, contiendra les opuscules théologiques.Le dernier réunira les commentaires de saint Thomas sur les Noms divins, les opuscules de Boèce et le de causis.Souhaitons que leur parution ne se fasse pas trop attendre.L.B.Greiger, O.P.Louis Bourgoin t\u2014* « Histoire des Sciences et de leurs applications ».Les Editions Ckantecler, Montréal, 1949.19.5 cm.Tome II : 208 pages.Tome III : 200 pages.Ce nous est une grande joie de pouvoir lire aujourd\u2019hui les causeries que M.Bourgoin prononça à Radio-Collège.En les écoutant nous avons souvent regretté la lenteur du crayon ou de la plume à noter les belles phrases chargées de la substantive moelle de l\u2019érudition.Heureusement la publication de ces travaux nous permettent d\u2019avoir toujours sous la main ces savants cours.Le premier volume, d\u2019une étonnante densité, contient de vastes fresques hautes en couleurs de l\u2019histoire de la médecine, de l\u2019exploration de la terre, des découvertes célestes.Il enchâsse dans ses récits des biographies judicieusement documentées d\u2019Hippocrate, de Ptolémée, de Léonard de Vinci, de Copernic, de Tycho-Brahé, de Képler, d\u2019Olivier de Serres, de Paracelse, d\u2019André Vésale.Nous avons lu avec un très vif intérêt les chapitres riches de renseignements intitulés : L\u2019invention de la boussole et ses conséquences, et L\u2019astronomie nautique et les découvertes maritimes des XVe et XVIe siècles.Le second volume continue l\u2019enchantement.L\u2019histoire de la chirurgie, illustrée par Ambroise Paré, celle de la découverte de la circulation du sang par William Harvey nous captivent.L\u2019auteur évoque dans un autre chapitre Le rôle des grandes académies dans le développement des sciences au XVIIe siècle.Nous revenons à la médecine avec Leeuwenhoek et les microbes.C\u2019est ensuite l\u2019histoire de la géologie scientifique et de la mesure de la terre.Les derniers chapitres sont consacrés à la botanique avec Malpighi, Tournefort, Linné, Buffon.Le volume se termine avec l\u2019histoire d\u2019une dynastie de savants, celle des De Jussieu.126 L\u2019esprit des livres Voici un extrait de cet ouvrage qui nous permet de constater le style classique et toujours facile de M.Bourgoin : « C\u2019est une joie qu\u2019il n\u2019est pas souvent donnée aux savants de goûter que de s\u2019installer à leur guise pour travailler ! Tycho fit construire (grâce à la générosité de Frédéric II, roi de Danemark) au milieu d\u2019un parc le fameux observatoire qu\u2019il baptisa Uranibourg.C\u2019est là que l\u2019astronome, spécialement doué pour la mécanique instrumentale, accumula les instruments d\u2019observation et de mesure les plus parfaits qu\u2019il put faire construire.Entre autres, un globe de 6 pieds de diamètre qu\u2019il avait fait faire à Augsbourg ; un quart de cercle de 18 pieds de rayon ; une horloge gigantesque, en cuivre, marquant les secondes et qui avait une roue dentée de 1 200 dents ; des horloges à écoulement de mercure, etc., etc.Et c\u2019est avec ces richesses bien utilisées que Tycho-Brahé fit tant d\u2019observations plus précises que les autres, dressant un catalogue de 777 étoiles, publié en 1603 ; donnant une table pour tenir compte du phénomène si important de la réfraction atmosphérique qui provoque un aplatissement apparent du disque solaire au levant et au couchant ; accumulation des mesures qui, si elles étaient entachées d\u2019erreurs, car il ne connaissait pas encore les lunettes, ne marquent pas moins des progrès qui lui ont permis, par exemple, de perfectionner la théorie de la lune en découvrant une autre inégalité dans son mouvement, puis le mouvement des nœuds et l\u2019inclinaison de l\u2019orbite.( .) Tycho-Brahé mourut le 24 octobre 1601 en répétant sur son lit de mort cette phrase : Il me semble que je n\u2019ai pas vécu en vain.L\u2019Histoire des sciences et de leurs applications est un ouvrage de vulgarisation que l\u2019on aime lire et que l\u2019on aimera relire et consulter.Elie Goulet Albertine Laperle-Bernier « Le Château des illusions ».Roman.Montréal, 1949.18.5 cm.192 pages.Voici un roman composé à la manière de Magali.L\u2019intrigue, loin d\u2019être banale, se situe dans une ambiance plutôt artificielle, exotique même, que l\u2019auteur évoque comme étant l\u2019atmosphère de la haute bourgeoisie de la métropole.On y mène la grande vie : les difficultés financières, s\u2019il en surgit, sont vite comblées par les Parques bienveillantes qui se chargent d\u2019occire quelque mortel fortuné qui comblera ses héritiers.Geoffroi Vigeant est un misogyne convaincu.Ce sentiment s\u2019est enraciné en lui à vivre près d\u2019une mère sans cœur qui ne l\u2019a jamais aimé.Il accepte de remplacer André Jasmin, son meilleur ami, à un mariage en qualité de garçon d\u2019honneur.Geoffroi y accompagnera Gisèle Marion.Le jeune homme serait certainement tombé amoureux de Gisèle, mais il est victime d\u2019une mystification montée par Yvon Bernard, mystification qui menace la belle amitié qui a toujours existé entre lui et André, mystificaton qui surtout l\u2019éloigne de la sympathique Gisèle.Puis, Geoffroi hérite de la grande fortune de son oncle Gustave Vigeant.Cet oncle lui laisse plusieurs propriétés dont un superbe chalet rustique sis sur les bords 127 Revue Dominicaine du lac Simon, appelé le Château des Illusions.Son oncle lui a encore écrit un long document où il lui raconte comment il a dû essayer d\u2019oublier le grand amour de sa vie et où il le charge d\u2019une mission : Dans Le Château des Illusions tu trouveras, dans un coffre en acajou caché tout au fond du grand placard de la chambre bleue, sa photographie, une rose fanée qu\u2019elle me donna un soir dans le jardin ; tu y trouveras aussi quelques lettres d\u2019amour et enfin tu connaîtras sa vraie personnalité.Son nom d\u2019épouse est inscrit dans maintes découpures de journaux qui se trouvent de même dans le coffre en bois d\u2019acajou ».Et l\u2019oncle Gustave chargeait Geoffroi de retrouver cette personne.C\u2019est ici que réside le grand intérêt de l\u2019intrigue que je laisse au lecteur à découvrir.Ce roman intéressant est écrit en un style directement issu de la chambre bleue de l\u2019Hôtel de Rambouillet.André Tilly Henri Peyret >\u2014 « Le Plan Marshall peut-il sauver I Lurope ?» S.E.F.I., Paris.19 cm.240 pages.Témoignage chrétien du 18 novembre dernier rapporte qu\u2019une semaine plus tôt, le jour même du Souvenir, trois soldats américains venus d\u2019Allemagne à Paris furent injuriés et pourchassés par des manifestants surchauffés.Le motif ?Ces trois permissionnaires se voyaient attribuer, à leur corps défendant, le rôle de représentants patentés du Plan Marshall.Leurs agresseurs parisiens n\u2019avaient certes pas lu l\u2019ouvrage de M.Peyret.Ils y auraient trouvé une synthèse objective et puisé une appréciation irénique du fameux Plan : ses origines, son fonctionnement, son application.Dans ce documentaire clair et net, chaque point est décrit avec une minutie scrupuleuse, un soin d\u2019anatomiste soucieux de mettre en évidence les détails qui ont souvent une grande importance.Bien loin de verser dans la philosophie de l\u2019histoire ou de se laisser tenter par l\u2019attrait des commentaires prophétiques, l\u2019auteur s\u2019en tient à sa fonction d\u2019informateur.Ce sont précisément cette modestie et cette modération qui feront apprécier son volume par les lecteurs de notre revue.Même s\u2019ils ont ouvert « Pourquoi le Plan Marshall » de James Warburg (Paris, Self, 1948) ou « L\u2019Amérique en Europe.Le plan Marshall et la coopération internationale » de M.Bertrand de Jouvenel (Paris, Plon, 1948), qu\u2019ils veuillent bien s\u2019intéresser à l\u2019ouvrage de M.Henri Peyret.Ils lui trouveront trois principaux mérites : plénitude, clarté, objectivité.André Diotte 128 |4AAâAi Paraîtra bientôt : LES TRIBULATIONS DU CURÉ DE SAINT-TRISTAN Roman par Jean Bousquet, O.P.Cet ouvrage emprunte au roman son cadre et ses personnages.Il exagère les travers et certains ridicules des paroissiens de Saint-Tristan, de même que les qualités du pasteur.Les Canadiens français aiment leurs prêtres et ils savent qu\u2019ils leur doivent d\u2019être aujourd\u2019hui une race croyante et fortç qui déjà porte haut, en terre d\u2019Amérique, le flambeau de sa civilisation, de sa culture et de sa foi.Un livre qui fera réfléchir tout en intéressant le lecteur.PRIX : $1.25 En vente à : LA LIBRAIRIE DOMINICAINE 5375, AV.N.-D.DE GRÂCE - TÉL.WAlnut 6765 - MONTRÉAL-28 IX La Compagnie Mutuelle d\u2019immeubles Ltée\t\tCh.-Auguste Gascon, Prés.(Incorporée par Charte Fédérale en 1903)\t\t \t\tJ.-Ed.Jeannotte, La caisse d\u2019épargne pour prêts mutuels\t\tVice-Prés.Versé à ses membres : près $11 000 000\t\tJ.-Art.Tremblay, Siège Social : 1306 est, rue Sainte-Catherine\tMontréal\tSec.tél.CR.99 5 7\t©2©6.Rue ST* ANDRÉ.Montrai LES PRODUITS MADELON ENRG.EXCELLENT CONTRE: MAL de TÊTE,de DENTS,d\u2019OREILLES 7 GRIPPE .RHUMATISME .TÉL.3-9472 PHOTO - LITHOGRAPHIE ING.Création et impressions lithographiques en une ou plusieurs couleurs 30, avenue Conway\tQuébec.P.Q.\t\tA.DESLAURIERS & FILS Ltée MANUFACTURIERS DE: Portes et Châssis \u2014 Ameublements d'église, tels que : bancs, stalles, confessionnaux, eic.\u2014 Mobiliers scolaires 68, rue Lalemani \u2014 Québec, P.Q.\t= FRS.POULIOT\t.\tBUREAU 1 2-5212 GÉRANT\tTEL.RÉSIDENCE 1 2-5251 La Maison SYLVIO MARCEAU Enrg.DIRECTEURS DE FUNÉRAILLES AMBULANCE JOUR ET NUIT 182.MARIE DE L\u2019INCARNATION 800.RUE ST-VALLIER\tQUÉBEC\tü\tTél.5-9739 LAGUEUX, E.& FILS Ltée OPÉRATION FORESTIÈRE - ROIS - PULPE 35, Côte du Palais \u2014 Québec, P.Q.\tü ¦.y.T»s>r^ Tél.DExter 116 3 COLLES DE TOUTES SOKTES En poudre, en flocons, flexible, en pâte, liquide \u2022 MEREDITH, SIMMONS & Co.Ltd.2 12 5 Remembrance Road Lacbine WELLINGTON p*ui-r niQRCiL 2-94II \\ FERRONNERIE FIXEZ-VOUS UN BUT Prenez la résoluiion d'économiser $50, $100, $500 ou $1 000 en irois mois, six mois ou un an.Ce but fixé, ne le perdez jamais de vue.Persévérez, malgré les difficultés du début.Vous l'atteindrez.Vous le dépasserez.Ouvrez aujourd'hui un compte d'épargne à la BANQUE CANADIENNE NATIONALE 540 BUREAUX AU CANADA 67 SUCCURSALES À MONTRÉAL X Jeunes gens qui songez à entrer dans une carrière industrielle, la sécurité et le succès de votre avenir dépendent de votre formation technique.Devenez des techniciens ou des ouvriers spécialisés en fréquentant l\u2019une ou l\u2019autre des écoles d\u2019enseignement industriel de la province.Ecoles Techniques, à Montréal, Québec, Trois-Rivières, Hull, Rimouski et Shawinigan-Falls.Ecole des Arts Graphiques, à Montréal.Ecole du Meuble, à Montréal.Ecole de Papeterie, à Trois-Rivières.Ecole des Textiles, à Saint-Hyacinthe.Ecole d\u2019Automobile, à Montréal.Ecole de Marine, à Rimouski.Ecole Centrale, à Montréal.Ecole des Métiers Féminins, à Montréal.Ecoles d\u2019Arts et Métiers dans toute la province.Demandez les prospectus Renseignez-vous sur les conditions d admission La province de Québec possède maintenant le système le plus complet d\u2019écoles industrielles.Toutes ces écoles relèvent du MINISTÈRE DU BIEN-ÊTRE SOCIAL ET DE LA JEUNESSE L\u2019HON.PAUL SAUVÉ\tMe GUSTAVE POISSON MINISTRE\tSOUS-MINISTRE fWWWWWWWWVWVWWVVVVWV^V%VWWVWVVWVVWWVVVVWV\\VVVVVWVWVWWV1 cO ROME On D ANNÉE SAINTE DANS LA VILLE ÉTERNELLE.*\t*\t* Magnifique album à prix populaire 32 pages richement illustrées *\t*\t* A répandre dans les paroisses, écoles, couvents, collèges.*\t*\t* A donner aux employés *\t*\t* Format : 9 x 12 pouces Prix : l\u2019unité, $0.25
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