Voir les informations

Détails du document

Informations détaillées

Conditions générales d'utilisation :
Protégé par droit d'auteur

Consulter cette déclaration

Titre :
Revue dominicaine
Éditeur :
  • St-Hyacinthe :Couvent de Notre-Dame du Rosaire,1915-1961
Contenu spécifique :
Septembre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Rosaire
  • Successeur :
  • Maintenant
Lien :

Calendrier

Sélectionnez une date pour naviguer d'un numéro à l'autre.

Fichier (1)

Références

Revue dominicaine, 1951-09, Collections de BAnQ.

RIS ou Zotero

Enregistrer
[" (?\\ >t> REVUE DOAVÎNiCVlNE Savez-vous ce que demande actuellement Son Excellence Mgr P.-E.Léger, Archevêque de Montréal ?C\u2019est à chacun de nous que s\u2019adresse ce message : Votre Evêque vous parle.« Nous demandons à toutes les âmes de bonne volonté qui cherchent le salut, de commencer dès aujourd\u2019hui, si ce n\u2019est déjà fait, l\u2019étude sérieuse de la Bible ».Pourquoi ?Parce que « certains faux prophètes se sont introduits dans notre bergerie pour contredire notre enseignement, sous prétexte, à les entendre, que notre message n\u2019est pas l\u2019authentique message du Christ aux hommes.Pour eux, l\u2019Eglise ne serait pas divine et les prêtres actuels ne prêcheraient plus le véritable enseignement de Dieu, la véritable doctrine du Christ.« Par une fausse interprétation de la Bible, ils veulent laisser croire que les fidèles obéissant à l\u2019Eglise, ne seraient pas sur le chemin du salut ».Parce que « votre devoir d\u2019apostolat exige de vous une étude sérieuse de la vérité », et que la vérité est dans la Bible bien interprétée.« Pour une œuvre aussi délicate, ayant des répercussions éternelles, il ne faut pas s\u2019en remettre au premier venu.» Alors, ayez votre Bible.La Librairie Dominicaine, 5375, Av.N.-D.de Grâce, est heureuse de pouvoir vous offrir une belle Bible, édition-bijou, version complète par les Moines de Maredsous.PRIX NET : $2.50 WÉm.mjj® .- ' s\tVf - ¦ ¦ ¦¦ .¦ Vf/' ' ' , ¦¦¦ f - wm, % Devenez propriétaires.\tCh .-Auguste Gascon, \tPrés.La Compagnie Mutuelle d\u2019immeubles Ltée\tJ.-Ed.Jeannotte, (Incorporée par Charte Fédérale en 1903)\tj\t!\tVice-Prés.Certificats d\u2019épargne\tJ.-Art.Tremblay, Sec.Versé à ses membres : $11 500 000 Siège Social : 1306 est, rue Sainte-Catherine\tMontréal\t Tél.DExter 116 3 colles de Toutes sortes En poudre, en flocons, flexible, en pâte, liquide National Adhesives (Canada) Ltd, 2 12 5 Remembrance Road Lacbine UN BON MOYEN Dans votre budget personnel ou familial, faites la part de l'épargne aussi large que possible.Dès que vous touchez quelque argent, commencez par prélever tout es que vous pouvez mettre de côté.Déposez-le tout de suite à votre compte en banque.C'est le meilleur moyen d'éviter les dépenses inutiles.BANQUE CANADIENNE NATIONALE ACTIF, PLUS DE $400,000,000 547 BUREAUX AU CANADA 70 SUCCURSALES À MONTRÉAL CIERGES \u2014 CHANDELLES \u2014 BOUGIES Nos produits priment par leur qualité, leur fini et leur apparence.Ils incarnent la réputation et la confiance dont jouit notre maison depuis plus d\u2019un demi-siècle.P JSAÎLLftRGEON XÎMÎTÉÉ Saint-Constant Co.Laprairie.P.Q.Montréal 5 1.Notre-Dame O.SUCCURSALE A OTTAWA SUITE 103 \u2014 18.RIDEAU TÉL.2-9872 QUÉBEC 89.rue Fleurie Tél.5-7881 LimiTEE SPECIALITES OUVRAGES D\u2019ÉGLISES, COUVENTS, ÉCOLES, ÉDIFICES PUBLICS Tél.DOllard 5512 933 RUE ST-ROCH MONTRÉAL Tél.\t-LA>T£|J\t2565 frontenac PERFECTION! chambly 3186* HOTEL SAINT-LOUIS H.L.J.AUBIN, gérant général 33, RUE SAINT-LOUIS\tQUEBEC, P.Q.MONTRÉAL DAIRY vfcjglffg Résidence : BELAIR 2876 RAYMOND LAMARCHE, L.Sc.0 Ca£abant Jrrères limitée FACTEURS D'ORGUES St-Hyacxnthe, P.Q.ÉT A RI.TR UN 1RRO OPTOMETRISTE 9 h.a.m.à 9 h.p.m., sur rendez-vous Bureau : LAncaster 1352\t4934, Si-Denis, Montréal MULTIPLIEZ VOS CHANCES DE SUCCÈS OUVREZ UN COMPTE D\u2019ÉPARGNE À Tél.2-2771 MENUISERIE DESLAURIERS Inc.MANUFACTURIERS Ameublement de Laboratoires \u2014 Ameublement d'église Mobilier Scolaire \u2014 Finition Intérieure 68, me Lalemanl \u2014 Québec\t\tTel.: 5-8216\tDiplômé General Motors j.S.Rnéllaml CARROSSIER ^ Réparations d'Automabi/es 1\tSpécialité:\u2014 et de Rambourage r I\tPeinturage Duco Dupont' Carrosserie endommages\tVitrage des Chars et debossoge de tous genres.|\tMécanique.2,Christophe Colomb,\tQuébec, RQ.\t\t ^ KELI^LEDuc^\u20ac\u201c\t\t 77\u201964\u2019 Y ferronnerie /j\u201c\t\t \t\tt HOMMAGES DE M.J.O\u2019BRIEN Spécialités pour Bâtisses et Constructions Représentant de Truscon Steel Co.of Canada Ltd.Spécialistes en charpente de bâtisse Truscon Laboratories Canada Ltd., Canadian Cork Co.Ltd., K.V.Gardner Ltd.Tél.5992\t13, RUE D'AIGUILLON\tQUÉBEC, P.Q.\t\t \t\t ARMAND MATHIEU\tEDMOND\tSYLVAIN (TÉL.3-3776)\t(TÉL.\t9898) IÏIATHIeu a Sylva in errm\u20acPR\u20acneuR6 44, Ste-Ursule.Québec.P.Q.\ttél.\t2-2240\t\tGHARLAND ET BERNARD Ltée Soudure au gaz et à l\u2019électricité de tous les métaux Réparation et nettoyage de radiateurs d\u2019automobile Fabrication de réservoirs 251, 2e AVENUE \u2014 Tél.4-2772\t\u2014 QUÉBEC, P.Q.\t\t Tél.3-9472 PHOTO - LITHOGRAPHIE ING.Création et impressions lithographiques en une ou plusieurs couleurs 30.avenue Conway\tQuébec.P.Q.\t\tFRS.POULIOT\t.\tBUREAU l\t2-5212 GÉRANT\tTEL.RÉSIDENCE 1 2-5251 La Maison SYLVIO MARCEAU Enrg.DIRECTEURS DE FUNÉRAILLES AMBULANCE JOUR ET NUIT 182.MARIE DE L\u2019INCARNATION 800.RUE ST-VALLIER\tQUÉBEC \t¦¦¦ ¦ * 1 h\t\u2014\t\t\t,\t\t 2 2656\tservice SERVICE JOUR ET NUIT\tD\u2019AMBULANCE Adélard & Gustave Lépine INCORPORÉ DIRECTEURS DE FUNÉRAILLES SALONS MORTUAIRES MODERNES \u2022 42.CHEMIN SAINTE-FOY VIS-A-VIS DES ÉRABLES\tQUÉBEC\t\tHOMMAGES DE 0.PICARD & FILS INCORPORÉE 7, RUE SIMARD.QUÉBEC EUGÈNE BARRY, président \t\t \t\tLa Buanderie Lévis Ltée lO, RUE DE COURCELLES, QUÉBEC TÉL.: 4-4603 EMPLOYEZ NOTRE PROCÉDÉ D R A X A L-ÉPREUVE DE L\u2019EAU ET DES TACHES DESSIN CLICHES ELECTROS râP A enr./2 RUE A R AGO, QUÉBEC.7t£ 9-2936 ^ / PHOTOS RETOUCHE FLANS IV BONNES ADRESSES A CONSULTER Accessoires, Appareils Photographiques : Cameras, Ciné-Cameras, Projecteurs, Lanternes À Vues Fixes, Etc.: Au Royaume de la Camera Inc., 3, St-Jean, Tel.3-4327, Quebec Accessoires Électriques :\t^\t» Bizier & Caron Ltée, 43*.St-Joseph, Tél.4-1081, Quebec P Q.Roland Electrique Enrg., 3190, 1ère avenue, Tel.3-0895, Quebec Boulangers (gâteaux et pâtisseries) s Boulangerie Nationale, 540, 1ère av., Tél.2-5244, Quebec, r Q.Brûleurs à l\u2019Huile : Desroches, Eug.& Fils, 1039, St-Vallier, Tél.3.8014 .Québec Café, Thé, Confitures : J.A.T>ésv Ltée.1459.Delorimier, Tel.FR.214 < Montréal Agences Commerciales Diverses : Bouffard, Mme S., 19, Foisy, Tél.1156 .Lévis, P.Q.Charbon : Quebec Coal Co.Ltd.All.boul.Charest, Tél.2-8472, Québec Agents Manufacturiers \u2014 Importateurs s Lortie, J.R., 88, boul.Orléans, Tél.2-7735 .Giffard, P.Q.Agent Willard Batteries : Guay, Gérard, M.A.L., 101-103, Côte d\u2019Abraham,\t_ Tél.2-3707, Quebec, P.Q.Charbon (anthracite et bitumineux) : The Canadian Import Co.Ltd., 83, Dalhousie,\t\u201e Tél.2-1221, Quebec, P.Q Charbon et Huile à Chauffage = Madden & Fils Ltée, 244, boul.Charest, Tel.4-3578 Québec Architectes \u2022 Bouchard & Rinfret, 400, boul.Charest, Tél.4-0734 .Québec Chabot, Germain, 226, St-Jean, Tél.2-6511 .Quebec, P.Q.Desmeules, Gabriel, 226, St-Jean, Tél.4-3864 .Quebec P.Q.Larue, J.-Albert, 5711, Durocher, Tél.CR.2734 .Montreal Architectes Lemieux, 760, Square Victoria, LA.2870, Mtd.Ludger Lemieux \u2014 A.A.Q.P.\u2014 M.R.A.I.C.Paul M.Lemieux \u2014 B.A.\u2014 M.R.A.I.C.\u2014-A.A.P.Q.\tD.P.L.G.F.Arpenteur :\t\u201e ^ Bélanger, Henri, 85, Monk, apt 2, Tél.2-3848, Quebec, P.Q.Arpenteurs-Géomètres et Ingénieurs Forestiers : Boucher, Germain, 72, Ste-Ursule, Tél.5-6156, Québec, P.Q.Bourget, Albert, 40, Des Braves, Tél.2-3848 .Québec, P.Q.Articles Religieux, Jouets, Libraire, Etc.: Kirouac, Marcel, 479, 5e rue, Tél.2-5383 .Québec, P.Q.Chauffage et Plomberie :\t\u201e ^\t\u201e Couture, Odilon Enrg., 27, Lavigueur, Tél.5-8073, Quebec, P.Q.Germain & Frères Ltée, 237, St-Antoine, Tél.76, Trois-Rivieres Chauffage et Plomberie (entrepreneur) = Jetté, J.-W.Limitée, 360 est, Rachel, Tél.MA.4184 Montreal Morency, Alphonse, 110, de la Ronde, Tél.3-4590, Quebec, P.Q.Chauffage & Ventilation Ltée : Langlais & Frère Inc., 253, St-Paul, Tél.2-8224, Quebec, P.Q.Chauffage, Réfrigération, Ventilation, Électricité: :\t_ Bouchard, J.-A.-Y.Inc., 97, Côte d\u2019Abraham, Tél.4-2421, Quebec Chaussures :\t\u201e\t_ ,,\t\u201e o Leclerc, Georges, 41^4, St-Joseph, Tél.4-2380 .Quebec, P.Q.Létourneau, Emile, 96, de la Couronne, Tél.3-7403, Quebec, P.Q.Rousseau, J.E., 317-a, St-Joseph, Tél.3-0100 .Quebec, P.Q.Roy & Roy, 10-B, St-Joseph .Lauzon, P.Q.Ascenseurs \u2022 La Cie F.-X.Drolet, 206, Du Pont, Tél.4-4641 .Québec, P.Q.Chirurgien-Dentiste : T™*!,»,- Dr Jpan.37.St.-Eustache.Tél.3-6675 Assurances Générales : Bernardin Frères, Edifice Aldred, Ch.305.505, Place d\u2019Armes, Tél.HA.6258, Montréal Assurance : National Life Assurance Co.: Arsenault, Bona, Gérant, 80, St-Pierre, Tél.2-5785 .Québec Assurance : La Solidarité, Cie d\u2019Assurance-Vie : Siège Social, 71, St-Pierre, Suite 607, Tél.5-8116, Québec, P.Q.Autobus : Autobus Lemelin, 147, Arago, Tél.5-7146 .Québec, P.Q.Autobus à Lorette, Aérodrome, Champigny, Lac St-Joseph, Ste-Catherine : Drolet, A., Ltée, 505, boul.Charest, Tél.2-8494, Québec, P.Q.Autobus Fournier Ltée : Québec au Camp Val- CARTIER, STE-FOY, LAC ST-CHARLES, ST-RAYMOND : Terminus, 501, boul Charest, Tél.6182-34, St-Augustin, 2-5946 AUTOMOBILES (Soudure, Débossage, Peinture, Etc.) : Boutet & Fils, 131, Caron, Tél.3-3370 .Québec, P.Q.Ferland, Ludger, 661, 1ère avenue, Tél.4-2920, Québec, P.Q.Automobiles \u2014 Vente & Service : Giguère Automobile Ltée, 501, St-Vallier, Tél.8230 .Québec Montcalm Auto Inc., 901, 1ère av., Tél.2-5676 \u2014 Québec, P.Q.Avocats : Boutin, J.Pierre, 80, St-Pierre, Tél.2-7004 .Québec, P.Q.Hon.Morand, Alleyn, Labrèque & Bernier, 126, St-Pierre, Tél.2-6831, Québec, P.Q.St-Jacques, Henri, 18, Rideau, Tél.2-5055 .Ottawa, Ont.Banque : Banque Canadienne Nationale, Place d\u2019Armes .Montréal Cierges, Chandelles, Bougies: F.Baillargeon Ltée, 51 ouest, Notre-Dame, PL.9467, Montreal Cire à Plancher Liquide et en Pâte : Les Produits Sylvia Enrg., 187.des Commissaires.Tél.6768, Québec.P.Compliments :\t\u201e Compliments d\u2019un\tami : C.\tet\tG.Quebec,\tP.Compliments d\u2019un ami : J.E.S.Compliments d\u2019un\tami : J.\tB.\tR.et Cie Inc.\t__ Compliments d\u2019un\tami : P.Quebec,\t?\u2022 Compliments de J.\tM.Quebec,\tP.Compliments d\u2019un ami : O.S.-P.Don d\u2019un ami : L.T.J.P.Laberge Enrg.Un ami de la Revue.Un ami de la Revue : A.D.& Fils Ltée.Q- Q- Q.Q.Comptable Agréé : Turgeon, Paul, 852, St-Vallier, Tél.4-7426 .Québec, P.Q.Comptable Public Enrg.: Juneau, Gaston, p320, 1ère avenue Limoilou, Tél.5-5501, Quebec Confection et Réparation de Chapeaux pour Dames : Le Papillon d\u2019Or (Mlle Jeanne d\u2019Arc Emond), 220, St-Jean, Tél.2-4314, Québec, P.Q.Confection pour Dames : Gil Houde Enrg., 84, D\u2019Artigny, Tél.3-8714 .Québec, P.Q.CONTRACTEURS : (Construction de Chemins et d\u2019Édifices Pubt.tcs) : Les Entreprises Lechasseur Ltée .Mont-Joli, P.Q.CONTRACTEURS - ÉLECTRICITÉ - CHAUFFAGE - Constructions, Démolition, Matériaux à Vendre : Tétrault Frères, 1200, Av.de l\u2019Eglise, Tél.TR.6611-6612, Mtl.Biscuits et Gâteaux : Cie de Biscuits Stuart Ltée, Alf.Allard, prés., CR.2167, Mtl.Blocs de Béton, Tailleurs de Pierre : Côté, Valère, Inc., 325, Dorchester, Tél.4-4491, Québec, P.Q.Bois de Pulpe et Bois de Sciage : Coulombe, J.A.& Cie Ltée, 126, St-Pierre, Tél.2-1533, Québec Bois et Matériaux de Construction : Grier, G.A.& Sons Ltd., 2120 ouest, N.-Dame, WI.6118, Mtl.Bois de Construction, Manufacturiers de Planchers en B ois Franc, Portes et Châssis : Dupuis, J.-P.Ltée, 1084, Av.de l\u2019Eglise, Tél.YO.0928, Verdun Courtiers : Lagueux & Desrochers Ltée, Casier Postal 218, 105, Côte de la Montagne, Tél.2-8271, Québec, P.Q.Courtiers D\u2019Obligations : La Corporation de Prêts de Québec, 132, St-Pierre, C.P.68, Tél.2-4765, Québec, P.Q.Courtiers en Immeubles & Assurances : Leroux, O., 525, 3e avenue, Tél.4-3836 .Québec, P.Q.Thibodeau, L.P.R., 325, boul.Charest, Tél.2-8115 .Québec Couvreurs : Falardeau, Eugène Ltée, 141, Dorchester, Tél.5-9677 .Québec Crème Glacée : Crémerie Mont Blanc Enrg., 149, Renaud, Tél.2-6841 .Québec V BONNES ADRESSES A CONSULTER Députés : Bernard, Robert, 12, Marier, Drummondville, P.Q.Bernatchez, René, agronome, St-Flavien, Co.Lotbinière, P.Q.Blanchard, J.-L., notaire, Ste-Thérèse, Co.Terrebonne, P.Q.Cossette, Philippe, notaire, Causapscal, Co.Matapédia, P.Q.Desjardins, Gérard, C.P.260, Maniwaki, P.Q.Fleury, E., M.A.L.(Cultivateur), St-Léonard d\u2019Aston, P.Q.Fox, C.J.W., Foster, Co.Brome, P.Q.Gérin, Denis, Coaticook, P.Q.Lévesque, J.R., M.A.L., prop.(Epicerie Moderne Enrg.), Ste-Anne des Monts, Co.Gaspé-Nord, P.Q.L\u2019honorable T.Labbé, M.A.L.(Epicier en Gros), 644, Notre.Dame, Tél.89, Thetford-Mines, P.Q.Lizotte, Dr Fernand, M.A.L., St-Jean-Port-Joli, P.Q.Ouellette, Pierre, 108, La Salle, Baie Comeau, P.Q.Plourde, Alfred, M.A.L., Mont-Carmel, P.Q.Rémie, J.G., Assurances, Huntingdon, P.Q.Directeurs de Funérailles : Cloutier, Charles Enrg., 174, D\u2019Aiguillon, Tél.5-6210, Québec Thibault, J.P.Enrg., 9, Commerciale, Tél.131 .Lévis, P.Q.Éditions : Editions du Lévrier, 5375, Av.N.-D.de Grâce, WA.0369, Mtl.ÉLECTRICIENS \u2014 LAVEUSES, ETC.: Gravel Electrique, 511, 1ère avenue, Limoilou, Tél.3-7371, Qué.Simard Electrique Enrg., 317r, 3e rue, Tél.3-7701, Québec, P.Q.Entrepreneurs-Constructeurs : Lambert, F.-X., 14, Place d\u2019Aiguillon, Tél.2-8588, Québec, P.Q.Entrepreneurs Électriciens : Asselin Electrique, 317-B, de la Canardière, Tél.3-2002, Québec Latulippe, J.-P., 124, Bayard, Tél.2-7644 .Québec, P.Q.Poulin & Füs Enrg., 592, 1ère avenue, Limoilou, Tél.4-2706, Québec, P.Q.Sylvain, Lucien, 92, Ste-Agnès, Tél.2-2987 .Québec, P.Q.Entrepreneurs-Couvreurs : La Rue, D.Ltée, 5, Centre Industriel, St-Malo, Tél.3-7500, Qué.Entrepreneurs Généraux : Bédard, Albert, 375, Dorchester, Tél 2-3623 .Québec, P.Q.Bilodeau, Ltée, 82, Richelieu, Tél.2-1143 .Québec, P.Q.Deslauriers, A.& Fils Ltée, 68, Lalemant, Tél.5-8157, Québec Dubé et Dubé, 14, Place d\u2019Aiguillon, Tél.3-8322, Québec, P.Q.Lambert, J.-O., 6, Garagonthier, Tél.4-4498 .Québec, P.Q.Lamontagne, F.-X., 411, boulevard Charest, Tél.3-0590, Québec Les Entreprises Bergerville Ltée, 111, Côte de la Montagne, Tél.2-5268, Québec, P.Q.Parent & Gosselin Enrg., 270, des Oblats, Tél.3-5875, Québec ENTREPRENEURS GÉNÉRAUX - IMPORTATEURS DE ClOCFES : Morissette, C.E.Ltée, 236, Latourelle, Tél.5-5023 .Québec Entrepreneur \u2014 Joints de Gypeoc - Tirage de Joints : Tremblay, Paul-Arthur, 1086, Defondville, Tél.2-6104, Québec Entrepreneur de Menuiserie Générale : Bégin, Alphonse, 275, 13e rue, Limoilou, Tél.4-3980 .Québec Entrepreneurs de Pompes Funèbres : Bouchard, F X., 90, boul.d\u2019Orléans, Tél.66-5838, St-Grégoire de Montmorency, P.Q.Bureau, J.H., 2, Durocher, Tél.5-5298 .Québec, P.Q.Épiceries en Gros : Lamarche, J.H.Enrg., 5345, Ferrier, Tél.CR.2155, Montréal Letellier, J.-B.-E.Inc., 112, Dalhousie, Tél.2-3931 .Québec Rioux & Pettigrew, 48, St-Paul, Tél.2-1212 .Québec, P.Q.Ferronnerie D\u2019Art : Les Frères Lebrun, 456, Niverville .Trois-Rivières, P.Q.Marchand, Adélard, 68, St-Vallier, Tél.2-2370, Québec, P.Q.Ferronnerie en Gros : Demers, J.L.Ltée, 57, Commerciale, Zone 5-1070 \u2014 Québec, 5-5177, Lévis, P.Q.Fleuristes : Gardenia Enrg., 107, St-Jean, Tél.4-2128 .Québec, P.Q.FOLTRRURES : Alain, P.A.Ltée, 203, St-Joseph et 79, de 1 Eglise, 5106, Qué.Bernard, Léo, 810, St-Vallier, Tél.3-1329 .Québec, P.Q.Jobin, Arthur, 96, St-Joseph, Tél.5-9016 .Québec, P.Q.Fourrures, Haute Qualité, Réparation, Voûte : Nadeau, J.-O., 297, Sainte-Foy, Tél.2-6429 .Québec, P.Q.Sanfaçon, Honoré, 264, St-Joseph, Tél.5-7419 .Québec, P.Q.Turcotte, N.-Geo., 201, boul.Charest, Tél.4-1459, Québec, P.Q.Garage \u2014 Réparations Générales : Garage Paradis Enrg., 78, D\u2019Aiguillon, Tél.2-8777 .Québec Garage \u2014 Réparations Générales de Carrosseries D\u2019Automobiles : Beaulieu & Filion Enrg., 207, Ste-Hélène, Tél.2-2256, Québec Garagistes : Fradette, Amédée, 45, Franklin, Tél.3-2828 .Québec, P.Q.Garage Cloutier, 93, boul.Langelier, Tél.9034 .Québec, P.Q.Tanguay, H., 64, 1ère avenue, Tél.2-6788 .Gros Pins, P.Q.Grains, Moulées, Provisions : Larochelle & Fils Inc., 65, St-Roch, Tél.5-7494 .Québec, P.Q.Hôtels : Château Champlain, 401, St.Paul, Tél.2-2061 .Québec, P.Q.Hôtel Louis XIV Ltée, 3, Place Royale, Tél.2-0228 .Québec Hôtel Montcalm, Inc., 161, St-Jean, Tél.2-1287, Québec, P.Q.Importateurs et Fabricants D\u2019Objets de Piété : Génin, Trudeau et Cie, 38 ouest, N.-Dame, LA.2261, Montréal Imprimeur : Médéric Parent, 50i, St-François, Tél.3-1252, .Québec, P.Q.Ingénieurs-Conseils : Demers, Georges, 71, St-Pierre, Tél.3-6736 .Québec, P.Q.Langlais, Zachée, 105, Côte de la Montagne, Tél.3-6661, Québec Ingénieurs Constructeurs : Komo Construction Ltée, 1500, St-Vallier, Tél.2-6839, Québec Institutrice : Sturton, Mlle Ethel, 93, Crémazie, Tél.5-9571 .Québec, P.Q.Instruments de Musique : Brodrigue, Wilfrid, 37, Ch.Ste-Foy, Tél.5-6888, Québec., P.Q Laboratoire Farley \u2014 Hull, P .Q.: Fabricant des « Antalgines » contre les maux de tête.Lait, Crème, Beurre, Œufs et Fromage : La Ferme St-Laurent Ltée, 6720, Garnier, CR.2188-9, Montréal Laiterie Arctic Ltée, 75, du Sacré-Cœur, Tél.5-7101 .Québec La Librairie Dominicaine : 5375, avenue Notre-Dame de Grâce, Tél.WA.0369 .Montréal 95, avenue Empress, Tél.2-7363 .Ottawa, Ont.Librairie (en gros seulement) : Librairie J.A.Parent, 472, St-Vallier, Tél.5630, Québec, P.Q.Libraires : Granger Frères Ltée, 56 ouest, N.-Dame, LA.2171 .Montréal MACHINERIES D\u2019IMPRIMERIE (Réparation, Soudure, Etc.) : Le Matériel d\u2019imprimerie Ltée (Demandez M.Langlais), 970, de Bullion, Tél.PL.9011, Montréal Magasins à Rayon : Bouchard, L-, 750-760, St-Vallier, Tél.2-5638 .Québec, P.Q.Dupuis Frères Ltée, Tél.PL.5151 .Montréal Magasin St-Louis Enrg., 26 rue St-Louis, Tél.2-4791, Québec Moncion, Thomas, Suce.J.Pharand, 85-91, Champlain, Tél.2-5315, Hull, P.Q.Manufacturier de Biscuits : Les Biscuits Dion Inc., 700, 2e rue, Tél.4-4191, Québec, P.Q.Manufacture de Chaussures : Samson, J.E.Inc., 469, St-Vallier, Tél.5-8765 .Québec, P.Q.Manufacturier de Monuments .\u2022 Gingras, Roch, Enrg., 2139, Chemin Ste-Foy, Tél.7-3147, Qué.Manufacturiers de Portes et Châssis, Bois : Pilon, Jos.Ltée, 79, boul.du Sacré-Cœur, Tél.3-1116, Hull, P.Q.Manufacturiers de Tuyaux en Ciment : Tuyaux Vibrés, Enrg., 370, Dorchester, Tél.6325, Québec, P.Q.Manufacture de Vinaigre : La Cie de Vinaigre Lion Ltée, 74, Renaud, Tél.3-0405, Québec Manufacturiers D\u2019Insecticides, Désinfectants, Déodorant : Produits Marquette Ltée, 21, Courcelette, Tél.7-6747, Québec Marbre, Terrazzo, Tuile & Ciment : La Cie de Marbre & Tuile de Québec Ltée, 327, Dorchester, Tél.2-6900, Québec, P.Q.Marchand de Fer, Etc.: Compagnie Chinic, 55, St-Pierre, Tél.2-8293 .Québec, P.Q.VI BONNES ADRESSES A CONSULTER Marchands de Fourrures :\t\u201e n Cardinal, Arthur, 8, boul.Pie XII, Tél.66 - 3030, Beauport, P.Q.Marchand de Fruits :\t,\t\u201e -9,R ni.=hw Vézina, Adélard & Fils Enrg., 71, St-Andre, Tel.2-5258, Quebec Marchands de Sable et Pierre Concassée = Robert & Dufour Enrg., 390, 20e rue Limoilou, Tel.2-4027, Que.Marchands-Tailleurs :\t_ ,, v n Lefebvre, Ph., 63, Buade, Tél.3-1433 .Qu\u201eebt^- P7 .Q; Mathieu, Lucien Enrg., 2251, Frontenac, Tél.FR.1803, Montreal Matelas, Sommiers, Etc.: Matelas Frontenac Enrg., 15, Boisseau, Tel.5347, Quebec, P.Q.Maternité Privée :\t\u201e n Ouellette, Mme J.T., 10, d\u2019Artigny, Tel.2-1966, Quebec, P.Q.Médecins :\t\u201e ,\t.\tnecn Castonguay, Dr E.-J., 4231 est, Ste-Catherme CH.0560, Mtl Gratton, Dr Albert, 781, du Couvent, Tel.WE.5476 .Montreal Pouliot, Dr Antoine, 69, Ste-Ursule, Tél.2-4455, Quebec, P.Q.Membres Artificiels: Duckett, J.A., 3651, Park Ave, Tel.HArbour 0630, Montreal Membre de l\u2019Association des Fire Chiefs International : Quebec Stop Fire Enrg., 1427, 1ère avenue, Tel.3-7155, Quebec Provisions en Gros :\tT\t^ Turgeon, Jos., 189, Commerciale, Tél.177 .Levis, P.Q.Provisions Générales pour Bateaux : Quebec Ship Riggers & Sail Makers Reg\u2019d., 17, Sault-au-Matelot, Tél.3-6717, Québec, P.Q.Professeur de Musique (Guitare, mandoline, violon) : Gagnon, T.W., 208, N.-D.des Anges, Tél.2-3700, Québec, P.Q.Quincaillerie Générale : Cantin & Fils Ltée, 555, St-Vallier, Tél.5-7123, Québec, P.Q.Gravel, Ludger & Fils Ltée, 7905, boul.St-Laurent, Tél.VE.2581, Montréal Grégoire, J.-R., 3605 est, Ontario, Tél.FA.1167-8 .Montréal Quincaillerie en Gros et Détail : Lemieux, Jos.-E.Enrg.Québec, P.Q.Lajeunesse, Gaud.Enrg., 721, St-Vallier, Tél.2-6473, Québec O\u2019Neil & Richard Ltée, 134, du Pont, Tél.2-1594, Québec, P.Q.Quincaillerie et Ferronnerie : Terreau Racine Ltée, 196-220, St-Paul, Tél.2-2711 .Québec Radio Technicien \u2014 Haut-Parleurs : Gagnon, Jean-Paul, 960, 1ère avenue, Tél.2-1735, Québec, P.Q.Rembourrage et Fabrication de Meubles : St-Hilaire, Alfred, 382, St-Vallier, Tél.3-4446 .Québec, P.Q.Merceries pour Hommes : Julien, Albert, 556, 3e avenue, Limoilou, Tél.4-9474, Québec Négociant en Gros D\u2019Appareils Électriques : Vandry Inc., 470, des Capucins, Tél.2-5656 .Québec, P.Q.Négociant en Gros (épiceries, fabine, Grains) : Bégin, Noël Inc., 94, Commerciale, Tél.Lévis, 175, Québec, 5-9686 Négociants en Gros \u2014 Jobbers : Bourget & Léveillé, 59, Commerciale, Tél.Zone 5-216 .Lévis Nettoyeur, Buanderie : Pfeiffer, P., 4, McMahon, Tél.2-2021 .Québec, P.Q.Notaires : Baillargeon & Baillargeon, 38, des Jardins, Tél.2-1390, Québec Labrèche et Labrèche, 10 ouest, St-Jacques, MA.3373, Montréal Nouveautés, Merceries, Tapis, Prélarts : Alepin, J.et Frère Ltée, 4295 ouest, Notre-Dame, Tél.WE.1108 ; 4719, Wellington, Tél.YO.1144, Montréal Restaurants : Boulevard Restaurant, 3830, Décarie, Tél.DE.0097 .Montréal Chez Marino Enrg., 34, Dauphine, Tél.3-0675 .Québec, P.Q.Service Aérien : Les Ailes du Nord Ltée, Tél.30s.3-7-47, Sept-Iles.P.Q.Tél.7-4362 .Québec, P.Q.Service Électrique : Bourque Electrique Ltée, 4, rue St-Jean, Tél.2-2803, Québec Soudure, Débossage, Peinture, Etc.: Beaulieu, L.P., 15, boul.Roosevelt-Churchill, Tél.4-4924, Qué.Soupe : Habitant Soup, 8455, St-Dominique, Tél.DU.1115, Montréal-14 Stores Vénitiens : Méthot, Raoul, 213, 5e rue, Tél.2-6174 .Québec.P.Q.Syndic Licencié : LaRochelle, Victor, 111, Côte de la Montagne, Tél.3-7258, Qué.Opération Forestière \u2014 Bois \u2014 Pulpe : Lagueux, E.& Fils Ltée, 35, Côte du Palais, Tél.5-9739, Qué.Opticiens D\u2019Ordonnances : Derouin, O.L., 37, Metcalfe, Tél.2-4976 .Ottawa, Ont.Lamontagne, Etienne, 1065, St-Prosper, Tél.2178, Trois-Rivières Optométristes et Opticiens : Beaulieu, Remy, 94, de la Couronne, Tél.2-3592, Québec, P.Q.Mignault, J.-Ed.& René Beauséjour, 52, St-Jean, Tél.2-1803, Québec, P.Q.Papier Asphalt \u2014 Matériaux de Construction : Bishop Asphalt Papers Ltd., 201, du Pont, Tél.2-3581-2-6193, Québec, P.Q.PÂTISSERIE - PAIN : Jos.Vaillancourt Inc., 356-358, St-Joseph, Tél.2-2085, Québec Vachon, J.A.& Fils Ltée, .Ste-Marie de Beauce, P.Q.Pharmaciens : Pharmacie P.-H.Soucy, 85, Cartier, Tél.2-1235, Québec, P.Q.Pharmacie Canadienne, 1661 ouest, N.-Dame, Tél.WI.1771, Mtl.Pharmacie Roy Enrg., 121, Royale, Tél.2-3736, Giffard, P.Q.Pneus : Michaud Tire Service Ltée, 207, de la Couronne, Tél.3-3901, Québec, P.Q.Produits de Salon de Beauté : Lemieux Beauty Products, 16, rue de l\u2019Eglise, Tél.3-6320, Qué.M.A.Lemieux, résidence, Tél.2-3073, Québec, P.Q.Tannerie : Tannerie Daigle Ltée, 7, Lee, Tél.5-7523 .Québec, P.Q.Taxis : Taxis Maguire Enrg., 1463, Maguire, Tél.3-1474, Sillery, Qué.Terra Cotta : Montreal Terra Cotta, 1010 ouest, Ste-Catherine, MA.1816, Mtl.Terrazzo Mosaïque & Tuile : Terrazzo Mosaïque & Tuile, 25, av.St-Sacrement, Tél.3-1071, Québec, P.Q.Transports : St-Hyacinthe Transport, 350, Duclos, Tél.356-122, St-Hyacinthe Transport R.Dumas Enrg., 250, Ste-Hélène, Tél.3-3824, Qué.Valeurs de Placement : Dubé, Oscar & Cie Inc., 105, Côte de la Montagne, Tél.2-4061, Québec, P.Q.Société Générale de Finance, Inc., 57 ouest, St-Jacques, Tél.HA.5168, Montréal Valises et Bois de Construction : Ruel, Edouard Ltée, 416, St-Joseph, Tél.286W, Lauzon, P.Q.Vitres et Peinture : Franklin Glass & Paint Co., 305, St-François, Tél.2-4982, Qué.Vitres et Peinture Pittsburgh : Hobbs Glass Ltd., 90, Côte de la Montagne, Tél.2-1538, Québec Viandes en Gros : Marché de Québec Enrg., 342, 1ère rue, Tél.2-2016, Québec, P.Q.VII Sommaire Septembre 1951 Etienne Fougeron : Eternité Un poète de France, resté classique, sonde l\u2019éternité et nous en donne la résonance.Jeanne Daigle : Marguerite Bourgeoys nous invite à répondre Pour avoir vécu pleinement sa vie quotidienne, heure par heure, jour par jour, dans des conditions particulièrement difficiles, notre Bienheureuse demeure un exemple et un guide qu\u2019il importe de suivre et d\u2019écouter.Daniel-Rops : « Un grand homme », la Mère Javouhey Cette bienheureuse de l\u2019Année sainte dont la charité légendaire lui servait partout de passeport et lui valut même de traverser triomphante ces mêmes barricades où allait tomber sous les balles Mgr Affre, archevêque de Paris, le roi Louis-Philippe résumait son héroïsme par ces mots : un grand homme.André Patry : Le Canada français d aujourd hui Nos lecteurs nous sauront gré de reproduire, en exclusivité, l\u2019importante conférence de notre compatriote, prononcée à Nice, au Centre d\u2019études internationales.Aux sources greco-romaines et chrétiennes, qu\u2019avons-nous puisé comme peuple et que nous reste-t-il \u201c?Guy Sylvestre : Le Rapport Massey Un autre aspect de cette enquête royale.Est-ce vraiment la voix de tout un peuple qui s\u2019y fait entendre *?Le sens des faits A.Lamarche, O.P.: « LL.EE.NN.SS.Desrochers, Coderre, Frenette ».J.M.Parent, O.P.: « L\u2019Assomption et nous ».A.-M.Lemay, O.P.: « Maria Goretti.un fait divers ?».H.Lemaître : « Un Salon d\u2019Art Sacré à Paris ».L * esprit des livre s Gustave Proulx : «Chambre à louer» (J.N.T.).Pierre Ménard : «L\u2019exemption des séminaires de la juridiction paroissiale» (Louis Gravel).J.-E.Ménard : «Les Dons du Saint-Esprit chez M.Olier » (H.-M.D.).Saint Augustine : « Against the Academies » (B.L.).J.Leif : «Esprit et évolution des civilisations» (Elle Goulet).G.Roger : «Situation du Roman régionaliste français» (A.Tilly). REVUE DOMINICAINE Directeur : R.P.ANTONIN LAMARCHE, O.P.3500, Av.Laval, Montréal-18, P.Q.Vol.LVII\tTome II\tSeptembre 1951 Eternité « Ego sum qui sum ».(Exode, III, 14) Au sein de la clarté sans ombre et sans nuage, Dans un présent sans fin, dominant tous les âges, Plus ancien que les jours, plus ancien que les nuits, Je suis.Il n\u2019était pas d étoile, il n\u2019était pas de monde, Il n\u2019était pas de mer, ni d océan qui gronde, Avant qu\u2019ait été fait tout ce que tu connais.J étais.Avant que soit le temps, avant que soit l\u2019aurore, Avant le premier jour, quand rien n\u2019était encore, Dans l éternel silence et l éternelle paix, J étais.Et lorsque tout était chaos, néant, abîme Qui ne se peut traduire et que nul mot n exprime, Dans la confusion de ce brouillard épais, J\u2019étais.65 Revue Dominicaine Grand Dieu, que faisiez-vous en cet abîme immense, De b éternelle paix et l éternel silence Toujours enveloppé comme d un grand linceul, Tout seul ?Mais je n\u2019étais pas seul, mon fils.Chose insensée, Déjà je te portais, vivant, dans ma pensée.Quand tout était néant, oui, je songeais à quoi ?A toi ! Etienne Fougeron Marguerite Bourgeoys nous invite à répondre Vouloir, c\u2019est pouvoir L appel à faire quelque chose retentit pour tous, et chacun peut être l\u2019appelé.Mais, comme l\u2019a si bien écrit un auteur : « Les personnes sur le concours desquelles on compte en organisant tel ou tel mouvement ne justifient que rarement nos espérances.Ce sont précisément celles dont on attend le plus, celles auxquelles on s\u2019adresse en premier heu qui trompent notre espoir et ne viennent pas à notre secours au moment où nous en avons un pressant besoin ».Tiendrions-nous là l\u2019explication du fait que tout ce qui s est réalisé de grand, dans l\u2019Eglise comme ailleurs, l\u2019a été, le plus souvent par d humbles gens, parfois dépourvus, et forts de leur seule détermination.\u2014 Ah ! se récrierait la totalité, que voulez-vous que je puisse entreprendre, je suis pauvre, je suis malade, je n ai pas d amis, encore moins de relations d importance ; comment arriver à quelque chose sans protection ? J\u2019ai essayé, je me suis découragé, avoueront quelques-uns, il y a une limite pour travailler, batailler, endurer.^ Enfin, ajouteront d autres, ça irait pour un temps, mais on n en finit plus de s\u2019organiser.Voilà, je crois, le point faible de cette bonne volonté, la même sans doute qui pava I enfer de bonnes intentions.Pourtant, travailler d arrache-pied jour après jour, heure après heure, dans le succès comme dans I échec, quand le pied est solide comme lorsqu il enfonce, demeure I u-nique moyen de bâtir, que ce soit une place, une œuvre, une réputation ou une fortune ; rien ne grandit si on ne le cultive.Telle est la leçon que nous donne Marguerite Bourgeoys, femme de condition si modeste qu on reste stupéfié, à considérer par le recul du temps qu elle ait pu ainsi braver la mentalité de son époque et répondre 67 Revue Dominicaine si résolument à un appel, d abord imprécis et qui ne s est affirmé qu à travers des difficultés inouïes.« Contrairement à l\u2019impression fausse que nous laisse tant de vies de saints à l\u2019eau de rose, Marguerite Bourgeoys est une sainte palpable, matérialisée en quelque sorte sous nos yeux, que nous pouvons suivre de près et dont le niveau de vie conforme au nôtre, nous permet de partager les espoirs parce qu on en touche pour ainsi dire la fragilité.Loin de la rapetisser, cette vie pleine de lutte et d action nous rattache à son héroïne.Allons d\u2019abord la chercher à Troyes où elle partage les travaux journaliers de la maisonnée.Son père est fabricant de chandelles et Marguerite connut sûrement les hauts et les bas de la vie commerçante, avec ses périodes heureuses et gênées.A cette époque, il n\u2019était pas question de cours d étude pour les jeunes filles.Les plus avancées savaient tout juste lire et écrire.Marguerite était donc plutôt rivée au terre-à-terre quotidien d où elle ne serait probablement jamais sortie sans sa réponse à I appel d\u2019En Haut.Quel chemin elle dut se frayer pour y réussir ! Ce fut au point que sa vie devint une suite d impossibilités qu elle réalisa cependant, et qui entrelacèrent sa route jusqu au but lointain et glorieux que nous connaissons maintenant.A 1 heure de la jeunesse, Marguerite Bourgeoys, comme toutes les autres, posséda la beauté du diable.Avec la santé de fer que fut la sienne, on ne peut douter de la force de son tempérament et 1 appel des sens dut sonner pour elle comme pour toutes.On dit « qu elle aimait la parure et 1 élégance et qu elle refusait d appartenir à la Congrégation externe de sa ville par crainte de passer pour bigote ».Selon sa propre expression, c est la « touche d âme » de la Vierge qui la transforma et toute sa vie s y trouve rattachée.Cette faveur se produisit un jour d octobre en la procession du Rosaire, chez les Dominicains de sa ville, alors que la statue de la Reine du Ciel lui sourit au passage.Du coup, elle découvre le néant de toutes choses.Elle revient à la maison complètement transformée.Fort bien, pour quelques jours, Marguerite Bourgeoys nous invite à répondre quelques mois, quelques années même, mais se fut-elle fiée à ce seul secours sensible, Marguerite Bourgeoys fut retombée dans la bonté fade qui I eût à coup sûr, préservée de cbutes graves, mais non de faillir à la mission entrevue.C est son esprit de résolution qui la fit se river de corps et d âme au but entrevu.Et c\u2019est la lutte à mort contre ses aises, contre la noncbalance spirituelle, contre Dieu même, je dirais et auquel elle s\u2019obstine à s\u2019offrir malgré ses oppositions.Refusée au Carmel et cbez les Clarisses, plus d une se serait alors contentée d un mari.Marguerite, elle, s essaie encore, toujours d après les données de son confesseur à fonder une communauté laïque.Et quand ce projet écboue, la laissant désemparée, elle recommence à cbercber sa mission ne doutant pas que Dieu lui en ait préparé une, par ce que son âme a déjà ressenti.Combien d entre les nôtres tiennent ainsi cas d une ferveur passée ou simplement de la ferveur présente ?En attendant et en dépit peut-être de moqueries plus ou moins avouées, Marguerite Bourgeoys poursuit son œuvre auprès des malheureux de son temps.Elle se donne à ce que nous appelons les œuvres de charité.Les duperies, les petites et grandes méchancetés, les hypocrisies qui s y rencontrent quelquefois de nos jours ne devaient pas y faire défaut à une époque où la guerre sévissait avec son cortège de loques humaines physiques et morales.La future bienheureuse canadienne y apprit à visiter les malades, à les soigner, les soulager, les assister et même à ensevelir les morts ; elle pratiquera cette dernière œuvre de miséricorde toute sa vie.Elle dut entendre souvent ce qui se dit en pareille occurrence : « J aimerais bien avoir soin des malades, mais je ne peux les voir souffrir », ou encore : « La mort, cela ne me va pas du tout ».Durant ce temps, Marguerite trouvait le courage que « ça lui aille ».Et pourtant, 1 hygiène de son époque n aidait guère les choses.On entassait les cadavres sur la place et ils dégageaient une odeur insupportable quand le corbeau >\u2014> sorte de fourgon funèbre \u2014 passait les prendre.Il va sans dire qu on n avait alors ni maîtres d écoles ni instituteurs pour les campagnes.Ce fut le point de départ de la vocation qui disposera 69 Revue Dominicaine de toute la vie de notre future Fondatrice.Bientôt, elle s\u2019occupe des « petites écoles », enseignement distribué dans ces endroits par des personnes émues de la pitié de leur temps et qui s\u2019y consacraient par pure charité.Marguerite Bourgeoys y apprit aux enfants les rudiments du catéchisme et quelques autres éléments indispensables.C est à partir de ce moment qu elle commença à porter le nom de Sœur Bourgeoys.Et c est à ce moment-là aussi qu elle entendit parler de la Nouvelle-France et des besoins multipliés de nos sauvages.Une nature moins généreuse se serait dit que son œuvre était déjà plus que suffisante et sa bonne volonté à l\u2019endroit de la Providence plus que prouvée.Pourtant, Marguerite Bourgeoys n hésite pas, dès qu elle pressent que c est au Canada que Dieu la veut.Elle a vu en rêve, le futur fondateur de Montréal, ce qui rend extraordinaire sa rencontre avec M.de Maisonneuve ; pourtant I angoisse de 1 incertitude eut quand même fait Iâcber prise à toute autre persistance.Cet bomme bésite à 1 amener, eu égard à la situation en notre pays, il lui refuse d amener une compagne en lui faisant comprendre clairement que Ville-Marie n\u2019a pas les moyens de nourrir de boucbes inutiles.II I accepte, seule, parce qu elle est laïque et par conséquent capable de s\u2019assujettir aux misères et surtout aux dangers qui I attendent là-bas où la situation eût été intenable pour des religieuses.De plus, elle doit organiser son voyage presque complètement seule.Imaginons le désarroi de la pauvre fille à certaines heures où ces préparatifs semblaient s enchevêtrer de difficultés qui eussent découragé les plus opiniâtres.Elle avait déjà 35 ans.En apparence, sa vie n avait pas bougé et pourtant, que de chemin parcouru, du simple fait de n avoir pas lâché prise.Son père est mort, ses frères et sœurs placés.Elle eut dû pouvoir agir en toute liberté et tranquillité et cependant, il semble au contraire, que tous eussent pris à cœur de la décourager dans la voie nouvelle où elle désirait s engager.Madame de SchuIIy, la propre sœur de M.de Maisonneuve, combat son projet à outrance.Elle met tout en mouvement 70 Marguerite Bourgeoys nous invite à répondre pour 1 arrêter et appelle à la rescousse en plus des parents, tous les amis et connaissances de la famille Bourgeoys.Sœur Marguerite est assiégée de toutes parts de lettres de protestations capables d ébranler dix courages comme le sien.Mais elle est, depuis si longtemps, résolue à n écouter que la voix de sa conscience que les difficultés coulent sur sa volonté comme la foudre sur un paratonnerre.Sa résolution n en est point affectée, même lorsque la sœur du Provincial des Carmes s avise de convaincre son frère de I accepter maintenant cbez les Carmélites, ce qui plonge pourtant la pauvre fille dans une grande détresse morale.Qui niera qu elle n ait mérité et pleinement, cette fois, que la Vierge vienne encore à son secours.Un matin qu elle venait de s éveiller et repassait sans doute dans sa mémoire tous les empêchements qu on lui suscitait, elle supplie Marie de lui manifester dans la journée même, par un signe ou un fait particulier que son dessein rencontre ou non sa volonté.Au même instant, une grande forme blanche se dresse près de son lit ; elle n en aperçoit point le visage, mais sa robe lui est clairement visible et une voix lui dit : « Va, je ne t\u2019abandonnerai point ».A travers le regain d énergie que lui donne un pareil encouragement, Marguerite Bourgeoys ne laisse cependant pas la présomption s emparer de son esprit.Ces faveurs ne lui font jamais perdre 1 humilité de douter d elle-même et de consulter ceux qui la maintiendront, coûte que coûte, dans la voie où elle allait devenir la première et la plus importante des fondatrices canadiennes, puisqu\u2019on a pu dire qu elle et son œuvre ont plus fait pour implanter la foi dans le Nouveau-Monde que tout le clergé réuni.Alors qu une âme ordinaire se serait laissé emporter par 1 orgueil à la vue de ces signes de Dieu sur elle, la future fondatrice des Religieuses de la Congrégation de Notre-Dame n hésite pas à confier ses vues pour s assurer de leur droiture ; son naturel se révolte, on le sent, parfois, mais elle ne cesse de le soumettre à F autorité.Après son inaltérable volonté, ce fait est, à mon sens, ce qui frappe le plus dans la vie de la bienheureuse Marguerite Bourgeoys.71 Revue Dominicaine Et nous voyons se multiplier les embûches et les contrariétés du voyage, du départ de Troyes à Ville-Marie.On se défie de cette femme remarquable, on la ridiculise, on la tient pour suspecte.Une dame doit lui céder son lit dans une hôtellerie où on refuse de I admettre, pour la même raison, un compatriote doit payer pour elle dans une autre et tout cela sans considération pour la dignité de son maintien, simplement parce que, par exemple, elle est obligée de voyager dans la voiture publique, en contact avec des hommes.Personne ne prend peine de son embarras et de son humiliation ; sa droiture cependant, déroute ses persécuteurs et parfois les convertit.On tente de mettre entraves à son départ jusqu\u2019au moment de I embarquement alors que M.de Maisonneuve reçoit une lettre anonyme qui essaie d alarmer sa conscience en lui signifiant que cette fille avait une vocation marquée pour être Carmélite et qu\u2019il risquait fort de contrarier les desseins de la Providence en la transportant au delà des mers.II n est pas jusqu\u2019aux traversées du temps qui ne fussent des cauchemars inimaginables.Elles duraient huit, dix et parfois douze semaines.Les provisions d eau douce s épuisaient rapidement, les vivres s\u2019altéraient, les maladies se déclaraient et c\u2019est souvent au milieu de circonstances extrêmement pénibles qu\u2019on arrivait au port quand enfin on y arrivait.Sœur Bourgeoys connut tous ces déboires doublés d un quasi-naufrage et de la peste à bord.Aussi, quelle joie de débarquer enfin à Ville-Marie.Pourtant, l\u2019instant d après, la réalité s\u2019acharnait de nouveau sur elle.Elle était venue à Montréal pour y enseigner.C\u2019était la voie qu elle se croyait tracée.Mais, en attendant de pouvoir se rendre utile aux enfants (ils mouraient tous en bas âge à cause de la rigueur du climat et de la vie en général) elle dut prendre soin de la maison de M.de Maisonneuve, le fort de Montréal et y rendre mille et un services aux soldats dont elle ravaudait les habits, blanchissait le linge, etc., en plus de leur glisser à l\u2019occasion le mot qui fait réfléchir.Elle s\u2019occupait de la préparation des repas dont le problème se renouvelait à chaque fois à 72 Marguerite Bourgeoys nous invite à répondre cause de la pauvreté des vivres ; le menu ne variait pas beaucoup et en 20 ans, elle et ceux qui l\u2019entouraient mangèrent invariablement du blé d\u2019inde, du blé de France, du lard, des fèves, de I anguille salée et quelques citrouilles pour les desserts de fêtes.Ces jours-là on avait parfois l\u2019avantage d un peu d orignal et de poisson frais.II y aurait bien eu les fraises et les framboises, mais il aurait fallu aller les cueillir au risque de sa vie.Et Sœur Bourgeoys trouvait le moyen de faire, là-dessus, la part du pauvre.Car elle ne manquait pas, à travers les moustiques qui dévoraient gens et bêtes, l\u2019été, ou sous les poudreries de 1 biver d aller secourir ses sauvages ; et nous pouvons nous représenter cette vaillante femme allant d\u2019un wigwam à F autre, assistant les mourants, redressant les erreurs de ceux qui les entouraient, consolant ceux qui en avaient besoin, se faisant le support de tous, n ayant parfois pour se réconforter au retour, qu un peu de bouillon qui figeait avant qu elle ait pu le porter à sa boucbe.On avait beau chauffer les demeures avec les moyens en usage au Canada en 1650, on ne parvenait pas à vaincre le froid et tout au long de 1 biver, les habitants de Ville-Marie pouvaient voir leur baleine s échapper en vapeur au sein même des habitations.On comprend mieux pourquoi tant de missionnaires, chez les Sœurs de la Congrégation, souffrirent à un moment donné de rhumatismes, d arthrite et de tant d autres infirmités qui les laissaient impotentes.Il semble que, seule, la santé extraordinaire de Sœur Bourgeoys peut passer à travers tout cela sans paraître en souffrir physiquement.Peut-être son courage surhumain surmontait-il constamment ses forces et la trempe de son caractère fut-elle sa plus grande force.Quoi qu\u2019il en soit, cette femme étonnante trouvait, aux heures de liberté.1 occasion d\u2019aller secourir Mlle Mance en son hôpital.Tout se touchait dans la Ville-Marie des débuts ; on sortait du fort, on sautait le fossé et, hop, on était au futur Hôtel-Dieu, dont les patients, à certaines heures devenaient tout autant ceux de Marguerite Bourgeoys.Quatre années se 73 Revue Dominicaine passèrent ainsi et c est au bout de ce temps, seulement, que M.de Maisonneuve put enfin lui donner un local (combien modeste) pour y faire la classe.Ecoutons ce qu en dit elle-même Marguerite Bourgeoys : « M.de Maisonneuve voulut me donner une étable de pierres pour en faire une maison et y loger celles qui feraient l\u2019école.Cette étable avait servi de colombier et de loge pour les bêtes à cornes, fl y avait un grenier au-dessus où il fallait monter par une échelle par dehors pour y coucher.Je la fis nettoyer, j y fis faire une cheminée et tout ce qui était nécessaire pour loger les enfants.J y entrai le jour de la Sainte-Catherine, le 25 novembre 1657 avec ma sœur Marguerite Picaud (devenue plus tard Mme La Montagne) qui demeurait alors avec moi et tâchai de recorder le peu de filles et de garçons capables d apprendre ».II semble qu enfin, Marguerite Bourgeoys peut respirer et se livrer tranquillement à une tâche, ardue évidemment, mais au moins exempte des problèmes et des soucis du passé.Idumble maîtresse d école, elle eut voulu le rester toute sa vie n eût été les exigences du temps, les besoins nouveaux, les griefs que I on osa faire à elle et ses compagnes de n être point religieuses.Pourtant, la prière, le silence, la pauvreté, la chasteté et I obéissance qu elle sut faire pratiquer à ses aides en faisaient une communauté à laquelle il ne manqua plus un jour, que la grille, I habit de religion et la profession publique.Nous pouvons maintenant le reconnaître, ce grand pas lui fut commandé, à travers ce réseau de demandes, par la Providence, qui dirigeait le travail de celle qui lui servait d instrument.En sept ans, de quatre institutrices, le nombre était monté à douze.Dans I idée de leur Eondatrice, c est toujours une Compagnie de Maîtresses d Ecoles, mais dix ans plus tard, par un mandement de I Evêque de Québec et des lettres patentes du roi, que lui avait fait solliciter Marguerite Bourgeoys, cette Compagnie est autorisée à vivre à I état de Filles Séculières de la Congrégation de Notre-Dame.Dix-huit ans ne s étaient pas écoulés que c était une vraie communauté dont I existence tenait presque du miracle.74 Marguerite Bourgeoys nous invite à répondre La Fondatrice a maintenant 56 ans.Ni la règle ni la question des vœux n avaient encore été touchées, mais Sœur Marguerite Bourgeoys y travaillait avec ardeur comme à toutes les autres tâches que le Ciel lui avait dévolues.Parckemins et diplômes assuraient une place à son œuvre dans l\u2019Eglise, mais il fallait qu elle continuât à lutter pour elle.Et les ackats de terrains, les ventes, les constructions se mêlent et s entremêlent aux fondations diverses dans 1 Ile de Montréal, à la Montagne, à La-ckine, à la Pointe-aux-Tremkles, à Laprairie, à Ckamplain, à Batiscan, à File d\u2019Orléans, à Quékec et sur les côtes avoisinantes, sans parler de la construction de Bonsecours, cette ckapelle qu elle tient à offrir en reconnaissance à la Vierge et dont le ckantier se ferme a 1 automne pour reprendre au printemps, faute de matériaux, d ouvriers, etc., et sur lequel, comme ses sœurs, elle brouette le mortier.A travers tout cela, Sœur Bourgeoys prend sa part des alertes causées par les sauvages, subit le ckoc de leurs assauts en partageant le deuil et la terreur qu\u2019ils sèment dans Ville-Marie.Et ses petites écoles qu elle multiplie et son ouvroir La Providence qu elle a fondé pour l\u2019enseignement ménager des filles, comme elle suit de près leur fonctionnement.Ce ckamp d œuvres, peut-être trop diverses et surtout trop distancées, eût plus que suffi à gruger ses forces.Pourquoi fallut-il en plus, pour elle, les contrariétés et les révoltes du dedans, sans parler de cette persécution odieuse dont elle devint 1 objet de la part de l\u2019une de ses sœurs.Sans doute afin que rien ne lui ait été épargné.Il n\u2019est pas jusqu à 1 incendie qui ne vînt mettre un moment, la communauté naissante à deux doigts de sa perte.Mère Bourgeoys tenait toujours bon, mais les épreuves 1 avaient ébranlée à tel point qu elle dut supplier la communauté de la remplacer comme Supérieure et elle entra à 1 infirmerie.Elle aurait dû y connaître enfin la paix, mais durant 4 ans, « cinquante mois » comme elle 1 écrit, elle fut livrée à des tentations de damnation dont elle fut délivrée « aussi subitement, explique-t-elle, qu\u2019une clarté renfermée à qui I on ouvre une fenêtre ».Peu avant sa mort, elle eut encore à lutter contre une 75 Revue Dominicaine dernière et grave menace d ordre religieux qui faillit ruiner sa communauté au point de vue temporel.On voulait faire un état dans I état en fondant une autre communauté avec des membres de la sienne.La volonté et le droiture de Sœur Bourgeoys surent encore appliquer le coup de barre protecteur de F écueil.Elle n\u2019eut pas, cette fois, la consolation d\u2019en voir le résultat puisqu elle mourut avant la fin des négociations qui tournèrent à l\u2019avantage de la Congrégation de Notre-Dame.Et la fin de cette sainte fut digne de son œuvre puisqu elle fit le sacrifice de sa vie à celle d\u2019une petite sœur pour laquelle elle avait dit à Dieu : « Pourquoi ne me prenez-vous pas plutôt que cette pauvre Sœur qui peut encore servir dans cette maison ?Et moi qui y suis inutile et ne sers à rien ».Subitement, sans présage, la maladie se déclare et après douze jours de souffrance au cours desquels elle sembla retrouver dans toute sa plénitude, le courage invincible qui avait toujours soutenu sa vie, 47 ans après que la Mère de Dieu lui eut dit : « Va, je ne t abandonnerai point », Mère Bourgeoys décédait, à Ville-Marie, le 12 janvier 1700.Toute la Nouvelle-France fut en émoi.Du plus bumble au plus renommé, chacun envahit I église de la colonie pour les funérailles au lendemain desquelles un ecclésiastique éminent déclarait : « Si les saints se canonisaient comme autrefois, par la voix du peuple et du clergé, on dirait demain, la messe de sainte Marguerite du Canada ».Jeanne Daigle De la Société des Ecrivains canadiens De la Société des Ecrivains pour la Jeunesse De l\u2019Association des Ecrivains dramatiques 76 «Un grand homme», la M ère Javouhey Il y a eu exactement cent ans le 15 juillet, mourait, dans un couvent encore peu notoire, une femme dont la figure n a pas cessé de grandir depuis un siècle, au point que I Eglise, 1 an passé, I a placée au rang des bienheureuses, la Mère Javouhey.Et ce ne sont pas seulement les catholiques qui, en elle, peuvent reconnaître la puissance de l\u2019exemple, mais tous ceux qui, hommes, savent admirer un témoignage donné aux vertus par lesquelles l\u2019homme se dépasse, le courage, l\u2019intelligence créatrice, la fraternité et le dévouement.Qu\u2019a-t-elle donc fait, cette religieuse dont maintenant le vêtement est célèbre aussi bien dans sa Bourgogne natale qu\u2019en maints pays où ses sœurs poursuivent sa tâche apostolique ?Voici : Rien ne semblait désigner pour un destin hors série Anne-Marie, surnommée Nanette, l\u2019une des quatre filles de Maître Balthazar, le gros propriétaire paysan de Chamblanc, non loin de Chalon-sur-Saône.Mais, dès l\u2019adolescence, elle avait révélé une nature de feu.Aussi, durant la période révolutionnaire, on I avait vue, guidant quelque vieux curé au passage de la Saône, ou organisant elle-même des messes clandestines pour des fidèles courageux.Les révolutionnaires soupçonnaient bien que, si leur gibier leur échappait, la faute en était à la futée gamine, mais comment arrêter une enfant de treize ans ?Et Nanette, librement, avait continué ses exploits.Un jour qu une horde avait envahi le château de Chamblanc et y avait mis le feu, une petite silhouette était apparue, avait couru jusqu à la chapelle en flammes et en était ressortie, serrant sur sa poitrine les vases sacrés et I ostensoir : encore un coup de la petite Javouhey I Cette inquiétude, cette intrépidité, elle allait les mettre au service de la plus haute cause, celle de I amour de Dieu et de la charité fraternelle.Après avoir tâtonné quelque temps à la recherche de sa vocation, elle finit par avoir I idée de créer une Congrégation qui se consacrerait à la fois à enseigner la doctrine chrétienne aux enfants des villages et à la porter aux peuples encore païens des quatre continents : double création 77 Revue Dominicaine missionnaire à laquelle sont demeurées noblement fidèles les religieuses nées de son effort.Celles de Saint-Josepk de Cluny.Après des essais encore modestes en Bourgogne, où la robe bleue doit dès l\u2019abord se faire aimer, la Mère Javoubey s en vient à Paris créer une école, dans le quartier du Marais, qui réussit fort bien.Et c\u2019est alors que le hasard i\u2014 ce hasard dont I autre nom est Providence /\u2014\u2022 la lança sur la voie de la plus grande aventure.C était sous la Restauration.On parlait beaucoup de la religieuse du Pont de Lodi, de son école et de ses audaces quand Entendant de I île Bourbon >\u2014< la Réunion actuelle >\u2014 arriva à Paris.II venait mettre au courant le gouvernement de la situation dans b île, matériellement prospère, mais où les indigènes croupissaient dans I ignorance et le pire laisser-aller.« J ai ce qu\u2019il vous faut I » lui dit le comte Laîné, ministre de I ln-térieur.La Mère Javoubey fut convoquée et, sans montrer de surprise \u2014' s entendit proposer de prendre en mains I éducation et les œuvres charitables dans I\u2019île.Ce qu elle accepta instantanément.Et quelques mois plus tard, quatre religieuses de Saint-Joseph en robes bleues s embarquaient pour le long voyage : la première pierre d un grand édifice missionnaire était posée.La Mère Javoubey n était point partie elle-même : ce n était pas que I envie lui en manquât I Mais outre qu\u2019il lui paraissait difficile de quitter si tôt son œuvre en France, elle se réservait pour un autre dessein.Son rêve ne lui avait-il point appris que « ses enfants » seraient les nègres ?C était au continent noir qu elle pensait, à I Afrique, où elle voulait implanter la croix.La France était bien loin alors de posséder les immenses domaines qui, de la Méditerranée au Congo, composent aujourd hui son empire africain, mais elle avait déjà une porte d entrée sur le monde noir, le Sénégal.Peu de chose encore, malheureusement : une colonie mal administrée, livrée aux mercantis les plus suspects ; une population nègre qui n avait guère pris des Blancs que leurs mauvaises habitudes ; une capitale délabrée, Saint-Louis, encerclée par la brousse, où tout semblait à I abandon, où I hôpital tombait en ruines.Bien entendu, les âmes étaient 78 « Un grand homme », la Mère Javouhey dans le même état, un si triste état que le préfet apostolique quittait les lieux, découragé.Mais on ne décourageait pas aussi facilement la Mère Javouhey et ses sœurs I Un premier peloton de six religieuses s embarqua, sous la direction de la plus jeune des filles Javouhey, Claudine, devenue, en religion, Mère Rosalie.Pierre Javouhey partit aussi, mais de caractère faible, réussit mal et rentra en France.Les religieuses, elles, tinrent bon.Tracasseries de l\u2019administration, manque d\u2019argent, épidémie de dysenterie ; rien ne les fit lâcher pied.Pendant ce temps à Paris, la Mère Javouhey se démenait pour qu\u2019on envoyât au Sénégal un nouveau préfet apostolique et des secours en vivres et en médicaments.Elle était en passe de devenir un personnage, la chère Mère I Le duc Decazes aimait à s entretenir avec elle et il n était ministre qui ne I eût en considération.Les vocations affluaient à Cluny, tant et tant qu\u2019elle pouvait renforcer ses communautés de la Réunion et du Sénégal, tout en faisant des fondations non seulement en divers coins de France, mais en Guyane, à la Guadeloupe.On pouvait lui demander n importe quoi pour le Christ : elle répondait toujours : « Présente ! » Tout cela était bien beau, mais ce n était pas encore son rêve.Son rêve, c\u2019était d\u2019aller elle-même en Afrique, de travailler elle-même pour « ses enfants ».Soigneusement elle prépara son départ, pour que la Congrégation ne souffrît pas de son absence, et un beau matin elle en avisa ses sœurs.Elles n\u2019eurent même pas le temps de soulever une objection que I énergique fondatrice voguait déjà à bord de la « Panthère », en direction de Saint-Louis du Sénégal.C était le 1er février 1822.Le temps d Afrique devait être pour la Mère Javouhey, malgré les difficultés et les peines innombrables, un temps de bonheur et de plénitude.Elle éprouvait le sentiment d être vraiment là où Dieu voulait qu\u2019elle fût.Elle avait aussitôt appris à connaître les indigènes.« J aime beaucoup les noirs, avouait-elle, ils sont bons, simples ; ils n\u2019ont de malice que celle qu ils tiennent de nous ; ils imitent facilement ce qu ils voient faire aux Blancs ».C était fort bien juger.Donner 1 exemple aux nègres ; 79 Revue Dominicaine faire d eux des chrétiens : tel allait désormais être son Lut, son seul Lut, et pour y atteindre, les aimer d\u2019un grand amour.Ce que devait faire cette femme, ce qu elle devait inventer, préludant aux réalisations de 1 avenir, est tout simplement incroyaLIe.Alors qu il advient que de très grands missionnaires un saint François Xavier par exemple f\u2014> soient uniquement des défricheurs, des pionniers, la Mère Javouhey était en même temps une constructrice, une Lâtisseuse.Elle savait affronter tous les oLstacIes et les vaincre ; elle savait se donner entière aux grands desseins : « Ayons l\u2019âme grande et généreuse, disait-elle, ne nous arrêtons jamais aux petitesses ».Mais elle était aussi loin que possiLle des chimères, les pieds Lien sur le sol, en paysanne de Bourgogne, et à qui I on ne fait pas prendre vessies pour lanternes.L\u2019hôpital était en délabre ?Elle le remonta.Les noirs souffraient du mépris des Blancs ?Malg ré tout ce qu on put lui dire, la Mère Javouhey décida que chez elle tous les hommes seraient également traités, sans distinction de couleur de peau.Les mœurs à la colonie sont déplorables ?Elle créerait, elle, une exploitation agricole modèle, en pleine brousse, où tous les cultivateurs vivraient fraternellement dans 1 honnêteté et la morale, le respect de la loi du Christ, partageant les produits des terrains exploités.Cette femme de génie alla jusqu\u2019à découvrir toute seule une idée que saint Lrançois Xavier avait eue aux Indes, mais à laquelle il n avait pu donner suite : 1 idée du clergé indigène, qui ferait de l\u2019apostolat parmi ses frères de race, et, dans ce dessein, elle créa, même en France, un séminaire où furent envoyés de jeunes hommes de couleur qui deviendraient prêtres.Tout le monde la connaissait en Afrique ; les administrateurs anglais de la Sierra Leone lui demandaient de venir chez eux prolonger son œuvre.Cela dura deux ans.Mais la Lrance la réclamait, où la croissance rapide de la Congrégation exigeait sa poigne solide.Mère Javouhey dut accepter de rentrer.Quand elle se rembarqua à Saint-Louis, plus d un millier de nègres raccompagnèrent au port, dans un cortège tumultueux où les sanglots se mêlaient aux cris d enthousiasme.Certains baisaient la trace de ses pas « Un grand homme », la Mère Javouhey sur la route.Et tant que le navire fut visible à I\u2019horizon, ils restèrent tous là, douloureux et pleurant.Ce que fut, tout le temps qu elle vécut, l\u2019activité de cette femme, semble dépasser F imagination.On dirait un semeur qui, à pleines poignées, jette le grain autour de lui, jour et nuit, sans relâche, en tous sens.Que la terre le reçoive et qu il lève î Les Sœurs de Saint-Josepb, leur robe bleue et leur plastron blanc sont partout où du bien est à faire.Les voici à Cayenne, à la Martinique, à la Guadeloupe, tout de suite après aux îles Saint-Pierre et Miquelon.Regardent-elles donc seulement vers I ouest du monde ?Que non, car Pondichéry dans I Inde les voit débarquer en 1817 sur sa jetée.La métropole n est pas oubliée pour autant : c est 1 asile de fous de Rouen qu elles reprennent en mains, ce sont les maisons de Carcassonne, de Cbalabre dans F Aude, de Limoux, de Fontainebleau, de Brest qui sortent de terre.Quant au cher village natal Cbamblanc, le voici doté de deux bonnes sœurs qui, tout en faisant l école, soigneront le père de la fondatrice, Maître Balthazar, devenu vieux et fort fatigué.La part que prit personnellement la Mère Javouhey dans cette œuvre ne saurait se mesurer, mais elle fut immense.Sans cesse prête à partir aux quatre coins du monde, cette terrienne née dans un vignoble bourguignon n était heureuse que sur les océans.Ce n\u2019était point qu elle y fut à 1 aise, car elle avait toujours le mal de mer.Mais, assurait-elle entre deux crises où elle souffrait mort et passion, « la mer et son mal ne me font pas plus peur que la terre î » >\u2014> « C est mon plus vieux matelot I » s écriait 1 amiral Tréhouart, sur le vaisseau de qui elle se trouvait quelque jour embarquée, en la voyant si ferme au milieu des tempêtes.Guadeloupe, Saint-Pierre et Miquelon, l\u2019Inde, Madagascar, les îles Mayotte et Nossi-Bé, l\u2019Océanie, voilà quelques-unes de ses étapes.La planète semblait bien petite pour cette femme infatigable.Soixante mille Idlomètres par terre, cinquante mille par mer, tels furent ses records I Dans ce palmarès étonnant de succès, s\u2019il fallait en choisir un, celui qui s imposerait à I esprit serait 1 extraordinaire travail qu elle réalisa sur 81 Revue Dominicaine la Mana.La Mana est une des rivières de la Guyane française qui débouche dans l\u2019Atlantique un peu au sud du Maroni.Le pays, mal connu, mal famé, n\u2019a rien de très plaisant ; une température chaude et lourde de 26 à 28° toute l\u2019année débilite la santé ; des pluies énormes déversent trois mètres d eau en six mois ; dans la savane aux hautes herbes, insectes et serpents pullulent.La gomme et le bois de rose, le manioc et les bananes sont les principales ressources, en dehors de I or que vont chercher dans le sable des rivières des aventuriers plus ou moins bandits.Tout cela ne paraît pas offrir un cadre bien facile aux œuvres d une congrégation de religieuses.Mais la Mère Javouhey n avait pas coutume de se laisser arrêter par les obstacles.Le pays était difficile : tant mieux, il y aurait plus à faire ; les hommes ne semblaient pas très accueillants, un ramassis d Indiens, de nègres et d\u2019Européens sans foi ni loi : tant mieux encore, puisque le Christ a dit que c\u2019était aux brebis perdues qu\u2019il fallait donner ses meilleurs soins.Et quand le gouvernement lui demanda de faire une fondation en Guyane, tout simplement la courageuse femme accepta.Aussitôt elle se mit au travail, réfléchit, médita, rédigea une sorte de rapport, où elle expliquait ses projets : fonder en Guyane, mais en mieux encore, une colonie modèle où des cultivateurs et des artisans venus de France vivraient en une communauté fraternelle, où des orphelins, recueillis et élevés avec soin, seraient les futurs colons destinés à renouveler la population du pays.Ceux qui voudraient tenter avec elle la grande aventure s\u2019engageraient pour trois ans, seraient, pendant ce temps, nourris, logés, vêtus, soignés par I entreprise qui leur allouerait, en plus, trois cents francs par an (c\u2019étaient des francs-or, environ deux cent mille francs de notre monnaie).Cette femme de tête prévoyait tout, organisait tout.Et le 26 juin 1828, du port de Brest s éloignait, à bord de la Bretonne et de la Ménagère, une expédition formée de neuf sœurs, vingt-cinq chefs de famille et cinq femmes, onze enfants, douze ouvriers, au total une centaine de personnes que la Mère Javouhey commandait en personne.82 « Un grand homme », la Mère Javouhey Sur les rives de la Mana, où il lui était proposé de s installer, rien ne restait, ou presque, de deux tentatives de colonisation faites antérieurement par l\u2019administration : les quelques colons demeurés étaient redevenus sauvages et la brousse avait reconquis la terre sur les cultures.Seules subsistaient quelque quinze maisons abandonnées.Voilà le point de départ : et l\u2019œuvre fut semée, elle germa, elle grandit î Un an après, les alentours défrichés se couvraient de cultures de bananiers et de manioc ; de grands troupeaux étaient parqués dans de vastes enclos ; un port florissant, sur la rivière, avec chantier de construction et docks, voyait se développer une activité étonnante ; une église somptueuse nommée : la cathédrale, se dressait au-dessus des maisons.1 oute la communauté, encadrée par les religieuses, vivait dans une discipline et une joie qui stupéfiaient les visiteurs ; tout le monde assistait à la messe le dimanche, tout le monde faisait, le soir, la prière en commun.Pas besoin de gendarmes ni d\u2019agents de police ; les fonctionnaires de Saint-Laurent du Maroni n\u2019en croyaient ni leurs yeux ni leurs oreilles.Ce troupeau de travailleurs où, maintenant, il y avait de tout, des nègres, des indiens et des Blancs à qui il valait mieux ne pas trop demander leurs papiers, obéissait à la Mère Supérieure comme des enfants ! Cette situation paradisiaque ne dura pas très longtemps cependant.La Révolution de 1850 eut de fâcheuses conséquences pour Mana, car le nouveau gouvernement ne s intéressa guère à cette admirable tentative.Des colons s\u2019écartèrent pour essayer leur chance, seuls.La Mère Javouhey reporta tout son effort sur les orphelins, espoir de I avenir, puis, quand la loi de 1831 supprima définitivement 1 esclavage dans tout I Empire français, elle accepta de faire de Mana une sorte d\u2019asile, d école, où les anciens esclaves qui le voudraient seraient recueillis, éduqués, dirigés pendant cinq ou six ans pour qu ils pussent faire l\u2019apprentissage de la liberté avant d être livrés à eux-mêmes.Comme toujours, elle avait de grands projets, la Mère Javouhey ! On ferait venir des femmes d Afrique pour que ces esclaves libérés puissent fonder des familles ; on créerait des villages nouveaux, entièrement noirs, avec, dans chacun, un blanc ou une blanche 83 Revue Dominicaine pour les diriger et les protéger : plan grandiose, qu\u2019un homme travailla de toutes ses forces, enthousiaste, à faire accepter du gouvernement, Lamartine, alors ministre.Et r on vit, en effet, les noirs arriver à Mana et les villages sortir de terre, et la règle de vie chrétienne s appliquer comme toujours, et les cérémonies liturgiques rassembler dans un même élan les religieuses, fes colons blancs, les anciens esclaves nègres.Lorsqu on demandait à la Mère Javouhey comment elle avait fait pour réussir mille fois mieux que tous les administrateurs de Cayenne avec leurs gendarmes et leurs prisons, elle répondait avec son meilleur sourire : « Je me suis placée comme une mère au milieu de ses enfants.» Lorsqu\u2019elle revint en France, rappelée par le développement prodigieux de son institut et la nécessité pour elle de voir de près toutes les fondations nouvelles qu on réclamait aux quatre coins du monde, les journaux parlèrent d\u2019elle, on se montra dans la rue cette forte religieuse vêtue de bleu dont le visage frais et rose riait à 1 ombre de sa coiffe, et les passants la saluaient : « La Mère Javouhey ?C est un grand homme I » devait dire d\u2019elle le roi Louis-Philippe, qui avait très soigneusement étudié tout ce qu elle avait accompli.Durant les plus dures journées de 1848, losque 1 émeute gronda puis éclata dans Paris, on put mesurer quelle était la popularité de cette femme.Accourue aux premières nouvelles de 1 agitation, pour voir si elle ne pouvait pas faire du bien, calmer les esprits, soigner les blessés, elle trouva la capitale couverte de barricades sur lesquelles des hommes armés se tenaient prêts à faire feu.Tranquillement, sa coiffe flottant au vent et sa croix de supérieure battant sur son plastron blanc, elle alla de barricade en barricade.Les ouvriers insurgés la reconnurent ; on avait entendu parler de Mana, et de la charité inépuisable de cette femme.« C\u2019est la Mère Javouhey I » crièrent-ils, et ils I acclamèrent.Lin d eux jeta même : « C\u2019est la générale Javouhey î Laissez-la passer I » Et la Mère Javouhey passait, souriante à travers ces mêmes barricades où allait tomber sous les balles, Mgr Affre, Archevêque de Paris.84 « Un grand homme », la Mère Javouhey Dans sa lointaine fondation, dans sa chère Mana, on ne 1 oubliait pas davantage, On eût dit qu\u2019invisible sa présence, celle de son souvenir, suffisait à maintenir l ordre.Lorsque la République de 1848 eut décidé de faire de Mana un bourg libre, et que, du coup, il fallut ramener la cbère communauté aux habitudes administratives des communes françaises, les noirs se révoltèrent : ils voulaient comme chefs leurs religieuses et personne d autre ï Ce fut la Mère Isabelle, représentant la fondatrice, qui les apaisa.Et quand on leur dit d élire un député, tous ceux de Mana votèrent en bloc pour la Mère Javouhey ï On eut beau leur expliquer que les femmes n étaient pas éligibles ; ils répondirent aux pouvoirs publics qu\u2019en ces conditions ils ne voteraient pas du tout ! Telle était cette femme de Dieu, digne émule des plus grands missionnaires ; telle était cette Française.Devant de tels exemples de simplicité dans le courage et de noblesse dans le sacrifice, les mots défaillent.« Un grand homme.» oui ; et tout est dit par là.Daniel-Rops Le Canada français d aujourd hui Notre présence en ces lieux est un acte de foi.En outre de certifier notre fidélité aux principes dont la Méditerranée a vu la naissance et assuré la diffusion, elle témoigne notre confiance indéfectible dans une forme de pensée qui, combattue en maints endroits par les erreurs les plus redoutables, résiste une fois de plus aux obstacles que suscitent à toutes les époques son développement et les œuvres qui en résultent.Personne ici ne songera à nier I importance de la crise contemporaine, et personne ne cbercbera davantage à sous-estimer les conséquences qui peuvent en découler.Les valeurs dont I bomme était depuis deux mille ans le symbole et le gardien ont maintenant perdu dans une grande partie du monde le respect qu elles avaient commandé jusqu\u2019ici en raison de leur excellence et de leur ancienneté.Le désordre qui règne aujourd hui dans I humanité démontre bien la gravité du mal dont elle souffre et la nécessité d un retour aux pratiques qui ont fait la grandeur de ces civilisations dont la Méditerranée s honore toujours d avoir été le berceau.Comment prétendre qu il puisse exister de vrai bonbeur pour Ihomme en dehors de l\u2019héritage que lui ont laissé Athènes, Rome et tant de cités illustres dont le renom jette une si grande lumière sur I histoire humaine ?Où trouver, sinon dans les leçons que nous ont données ces villes, les seuls enseignements susceptibles de restituer au monde I équilibre et la dignité auxquels il aspire désespérément ?La civilisation gréco-romaine, ennoblie par le christianisme, reste toujours la source des vertus les plus hautes et des pensées les plus éminentes ; en elles se rencontrent également les seules consolations véritables qui soient offertes à I humanité au milieu de ses souffrances actuelles.Si tant d hommes rejettent maintenant les principes qui, hier encore, faisaient la gloire et la force de leurs pères, il en est d autres qui n\u2019ont pas perdu confiance dans la pensée gréco-romaine et la sagesse chrétienne, 1.Conférence prononcée au Centre international d\u2019études françaises, Nice, août 1951.86 Le Canada français d\u2019aujourd\u2019hui et qui ont foi en leur triompfie procfiain.Nous appartenons à ce dernier groupe et notre présence à Nice entend bien le prouver.Peu de villes de la France méditerranéenne pouvaient, en effet, mieux que Nice, aspirer à la haute mission de réunir en un seul lieu des hommes de toutes langues et de toutes nations pour leur offrir les meilleurs fruits d\u2019une civilisation qui a conservé et développé avec tant de bonheur le vieil héritage de Rome et d\u2019Athènes.Nous n\u2019avons pas oublié que c\u2019est dans cette région que s\u2019établirent les Grecs qui fondèrent, il y a plus de vingt-cinq siècles, les villes de Massilia et de Nihaia.Nous savons également que c\u2019est par ici que les Romains entrèrent dans la Gaule dont ils devaient plus tard entreprendre la conquête.Nous connaissons de même toutes les luttes que Nice livra au moyen âge pour conserver sa liberté et nous ne pouvons penser à ces faits héroïques sans évoquer le souvenir de Catherine de Segurane dont le courage décida la victoire du 15 août 1543.Nous sommes aussi conscients d être dans cette ville où naquirent et travaillèrent les frères Bréa qui dirigèrent une école de primitifs, à laquelle nous devons de magnifiques retables et un grand nombre de peintures religieuses.Nous savons, enfin, que c est ici que virent le jour plusieurs personnages que 1 histoire nous a rendus familiers : le peintre Carle Vanloo, 1 astronome Cassini, le maréchal Masséna et le général Garibaldi.Cet exposé des mérites de Nice, pourtant si incomplet, nous fait mieux comprendre les raisons qui ont pu déterminer Paul Valéry, l\u2019un des grands esprits de ce siècle, à établir ici son Centre méditerranéen dont le prestige et 1 éclat rejaillissent non seulement sur la France, mais sur l\u2019Europe tout entière.Vraiment, en songeant à toute cette gloire qui entoure la ville de Nice, en pensant à I autorité considérable dont jouissent la F acuité des Lettres d\u2019Aix-Marseille, son distingué doyen et ses professeurs, en voyant, enfin, tant de noms illustres figurer sur la liste des conférenciers des cours de vacances du Centre international d études françaises, je me suis demandé si ma présence à cette tribune ne serait pas 1 indice d une prétention difficilement excusable.Mais en considérant 1 intérêt que vous portez 87 Revue Dominicaine à la culture française, j ai décidé d ignorer les raisons qui auraient dû me persuader de ne dire mot, et de vous prier plutôt d accepter qu un Canadien vous parle de sa patrie, où le nom de la France est toujours haute-ment vénéré.L Américain ou I Européen qui viennent à Québec pour la première fois sont frappés d étonnement.L un découvre la France, l\u2019autre la retrouve.Aucune autre ville, en effet, sur le continent américain, n offre un visage aussi authentiquement français que la cité de Québec.Ses remparts d où s avancent des canons d un autre âge, ses ruelles tortueuses encadrées de maisons à lucarnes, ses côtes sinueuses et escarpées, ses petites places qu animent, sous le soleil d été, des rondes d enfants, ses multiples églises aux clochers sonores, ses nombreux collèges et couvents groupés, dans le quartier latin, autour de I Université centenaire, bref, cette atmosphère européenne qui enveloppe le vieux Québec, tout évoque ces villes anciennes de la France septentrionale dont les fils vinrent jadis habiter les rives du Saint-Laurent.Québec est resté fidèle à son passé, et de ses murs rayonne sur tout le continent américain la culture française que son rôle de capitale politique et intellectuelle lui enjoint de diffuser.C est de Québec que les Canadiens de langue française reçoivent souvent leurs directives nationales, et c\u2019est là surtout qu\u2019ils aiment à revoir l\u2019image véritable de leur patrie.La province de Québec, pour sa part, renferme environ qualre-vingt pour cent des Canadiens de langue française.Ceux-ci, au nombre de quatre millions et demi, représentent près du tiers de la population canadienne.En dehors du Québec, on les trouve surtout au Nouveau-Brunswick où leur influence grandit rapidement, en Ontario et dans les provinces de I Ouest.Dans cette dernière région, on rencontre même des villes presque entièrement françaises.Bien que la découverte officielle du Canada remonte à 1534, ce n est qu au début du XVIIe siècle que furent fondés les premiers villages de Port-Royal et de Québec.La colonisation du Canada fut motivée par deux raisons fondamentales : d une part, le zèle qui animait alors cer- 88 Le Canada français d\u2019aujourd\u2019hui tains Français, tant religieux que laïques pour la diffusion du christianisme parmi les indigènes, et, d autre part, la nécessité éprouvée par la France d\u2019agrandir son empire colonial et de s\u2019enrichir de certains produits économiques qui lui faisaient défaut.Ces deux facteurs principaux qui ont amené I existence du Canada, ainsi que I époque où ils agirent, ont exercé une profonde influence sur la formation de la nation canadienne-française dont ils ont façonné la personnalité et déterminé, dans une large mesure, le développement politique, social et économique.Le Canada français est né de la France du XVIIe siècle et c est dans cette France qu\u2019il faut chercher, en partie, une réponse à cette question que I on se pose parfois : pourquoi le Canada français est-il souvent si différent de la France contemporaine ?Avant d aborder ce sujet, cependant, il me paraît nécessaire de dire un mot de la composition ethnique du peuple canadien-français.Ce dernier descend surtout des colons normands, picards, poitevins et bretons qui vinrent s établir aux XVIIe et XVIIIe siècles sur les rives du fleuve Saint-Laurent et qui ne purent en être délogés, dans la suite, ni par la rigueur du climat ou la haine des Indiens, ni par la conquête britannique.Ce sont les Normands qui contribuèrent le plus à la formation de l ame canadienne-française.O r, ces Français de Normandie étaient, pour la plupart, des paysans, c est-à-dire des hommes foncièrement conservateurs, solidement attachés à leur foi, à leur langue et à leurs traditions.C est donc de cet esprit qu héritèrent les Canadiens de langue française, et c est cette fidélité à leurs origines qui leur a permis de survivre au milieu des pires difficultés qu un peuple puisse éprouver au cours de son histoire.De nos jours encore, les Canadiens de langue française possèdent, dans I ensemble, une mentalité paysanne qui se manifeste par la persistance chez eux de certaines opinions et certaines attitudes que I on ne trouve généralement que dans les campagnes ou les petites villes.Au fond, le Canadien français ressemble beaucoup à son cousin de Normandie, dont il possède même l\u2019accent et une partie du vocabulaire.On 89 Revue Dominicaine a souvent prétendu que le français du Canada forme un dialecte spécial.Certains en ont fait un patois.Et malheureusement ces erreurs grossières ont été répandues à I étranger par d illustres écrivains à I endroit desquels les Canadiens s étaient pourtant montrés très aimables.On ne peut vraiment apprécier le langage employé au Canada si 1 on ne se rend d abord compte que le français des Canadiens a subi fortement 1 influence du parler normand, qu il est en contact quotidien avec 1 anglais et qu il est le mode d expression d\u2019un peuple dont le milieu géographique et les habitudes de vie rappellent beaucoup plus les pays nordiques que les contrées méditerranéennes.La permanence d une âme paysanne chez les Canadiens a maintenu leur langue dans un certain statisme qu expliquent également la rupture de 1765 avec la France et les luttes qui s ensuivirent pour la conservation du français.Après la conquête britannique, les Canadiens durent chercher par tous les moyens à sauvegarder 1 usage de leur langue et de leurs coutumes.Ces circonstances historiques les ont rendus conservateurs et ont contribué, de même, à unifier leur langue et leur pensée.Encore à 1 heure présente, il n y a guère de différence au Canada entre 1 accent de 1 élite et celui des classes populaires.C est toujours la paysanne qui prédomine.meme saveur D autre part, 1 américanisation du Canada est une menace constante et souvent même un fait accompli.La langue des Canadiens n est évidemment pas à 1 abri de ce danger.Le vocabulaire et la syntaxe du français canadien offrent bien des exemples de I influence américaine ou anglaise.Mais il convient de reconnaître qu il s\u2019agit là d\u2019un phénomène normal auquel les langues vivantes sont toujours exposées.Dans telle ville franco-alémanique de Suisse, par exemple, le langage populaire participe à la fois de I allemand et du français.II ne faudrait pas croire que les Canadiens se désintéressent de la pureté de leur langue.Des sociétés culturelles se sont donné la mission de surveiller la pénétration des anglicismes dans le langage et de mettre le peuple en garde contre I emploi de termes étrangers ou de tournures incorrectes.Ainsi, dans 90 Le Canada français d\u2019aujourd\u2019hui certains cas, les Canadiens sont allés jusqu à traduire dans leur langue des mots d\u2019origine anglaise dont l\u2019Académie française avait sanctionné l\u2019usage.Par exemple, au Canada, on entend perche au lieu de trolley, traversier pour ferry-boat, billet à la place de ticket, veste de laine au lieu de pull-over.D\u2019autre part, la guerre aux anglicismes est d autant plus difficile qu elle fait appel à la connaissance de la syntaxe.Cette dernière n est vraiment possédée au Canada, comme d ailleurs dans la plupart des pays, que par un nombre restreint d individus.Même si les obstacles à surmonter, dans la lutte aux anglicismes, restent considérables, les résultats obtenus démontrent qu\u2019un grand nombre de Canadiens sont véritablement soucieux de conserver au français sa pureté originelle.Enfin, le climat et le mode de vie du Canada ne ressemblent guère à ceux de la France, et comme le milieu géographique exerce une influence indéniable sur le développement physique et moral des hommes, il ne faut pas s étonner que les Canadiens semblent parfois différents de leurs cousins français.Ainsi, en outre d être en général plus grands que ces derniers, ils sont, au point de vue psychologique, plutôt froids et taciturnes.En ce qui concerne la langue, les Canadiens ont une tendance presque universelle à durcir les voyelles et à manquer de finesse dans leur langage.II est permis, je crois, d\u2019attribuer en partie aux rigueurs du climat et des conditions de vie la rudesse du parler canadien.Bref, on peut reprocher au français du Canada de ne pas être aussi harmonieux et aussi raffiné que celui de certaines régions de France ; on peut également blâmer les Canadiens de ne pas soigner leur diction.Mais il ne peut être question d affirmer qu ils parlent un dialecte ou un patois.Leur langue vient de France et elle est restée absolument française.En plus du milieu, d\u2019autres facteurs, principalement d ordre historique, ont contribué à créer une âme canadienne.Parmi eux, se trouve, en premier lieu, I Eglise catholique.Tandis qu en France, 1 influence de cette dernière se manifeste à I intérieur de certaines limites dont I étendue varie suivant les époques et les régions, au Canada 1 Eglise possède sur toute la nation une autorité considérable.Même les protestants n y peu- 91 Revue Dominicaine vent échapper entièrement, comme le démontrent, par exemple, l\u2019attitude du Parlement d Ontario lors de I élévation au cardinalat de Iarche-vêque de Toronto et le comportement du gouvernement canadien à l\u2019occasion du Congrès marial qui eut lieu, en 1947, à Ottawa.Cette situation privilégiée de l\u2019Eglise au Canada n\u2019est le résultat d\u2019aucune violence.Elle s explique par la nature des événements qui ont entouré la découverte et la colonisation du Canada, ainsi que le rôle capital joué par le clergé à travers toute l\u2019histoire de mon pays.Le Canada a reçu ses premiers colons européens, peu de temps après les guerres de religion et au moment de la naissance du jansénisme, en pleine époque, par conséquent, d effervescence religieuse.Les gouverneurs et les prêtres qui lui vinrent de France furent d ardents catholiques et se montrèrent soucieux de convertir les indigènes.Les premiers missionnaires, des jésuites et des franciscains, furent de véritables explorateurs, qui ne craignirent ni le froid ni la faim, et s aventurèrent très loin, en pays inconnu, pour évangéliser les Indiens et étendre en même temps les possessions françaises.Sept d entre eux, aujourd hui canonisés, endurèrent les pires tourments aux mains des tribus iroquoises.Tous ces missionnaires qui n avaient nullement peur de vivre avec les Indiens, furent les premiers blancs à se familiariser avec la langue et les coutumes indigènes et ils servirent bientôt d intermédiaires entre les représentants du gouvernement français et les chefs indiens.Ils furent donc appelés, dès les débuts de la colonie, à jouer un certain rôle politique dont il faut se souvenir si l\u2019on veut s\u2019expliquer le prestige dont l\u2019Eglise catholique jouit encore au Canada.D autre part, la conquête du Canada par les Anglais, en 1760, fournit de nouveau au clergé I occasion de se mêler intimement à la vie nationale et de rendre aux Canadiens des services inappréciables.Quand, en effet, les troupes anglaises eurent achevé I occupation du pays, un traité fut signé entre la France et I Angleterre, stipulant la cession du Canada aux Anglais et assurant le libre exercice du catholicisme en terre canadienne, dans la mesure où les lois anglaises le permettaient.92 Le Canada français daujourdhui Cette dernière condition interdisait 1 accès des catholiques aux charges administratives, à moins qu ils ne consentissent à prêter le fameux serment du Test.D\u2019autre part, il n\u2019existait dans le traité anglo-français aucune garantie quant à 1 usage de la langue française au Canada.Ltant donné que la plupart des nobles et des militaires avaient quitté le pays, le clergé resta la seule classe instruite et le seul groupe vraiment organisé.C\u2019est donc vers lui que se tournèrent les quelques 60 000 colons français habitant le Canada et c\u2019est à lui qu\u2019ils s\u2019adressèrent pour recevoir les directives nécessaires à leur survivance.A partir de ce moment, le prêtre devint à la fois le médecin, 1 instituteur, le conseiller, en un mot, le chef moral de son village ou de sa paroisse.Et il ne pouvait en être autrement.Ces paysans, des illettrés pour la plupart, savaient fort bien les dangers auxquels ils exposeraient leurs descendants s ils négligeaient de se grouper et de lutter pour le maintien de leurs droits.Sous la conduite de leurs prêtres, ils organisèrent, comme ils le purent, des écoles où ils vinrent acquérir un peu d instruction.Ce fut 1 époque la plus glorieuse de notre histoire.Représentez-vous, en effet, cette poignée de pauvres paysans vaincus, privés de leurs chefs, noyés au sein d un million et demi d Anglo-Saxons hostiles au catholicisme et à la langue française, et vous comprendrez ce qu\u2019il leur a fallu d\u2019héroïsme pour survivre et devenir, en moins de deux siècles, une nation de plusieurs millions d hommes.En vous rappelant, de même, les débuts de notre histoire sous le régime anglais, vous pourrez vous expliquer plus facilement l\u2019influence que l\u2019Eglise exerce toujours au Canada.C est elle qui a veillé à la diffusion de l\u2019instruction et c\u2019est elle également qui a fondé tous les collèges et toutes les universités du Canada français.De nos jours, l\u2019Eglise catholique dirige encore 1 enseignement universitaire et l\u2019enseignement secondaire français.Elle possède également ses représentants au Conseil supérieur de I Instruction publique de la province de Québec, de qui relèvent l\u2019enseignement primaire et plusieurs écoles d\u2019arts et métiers.La participation des laïques à 1 enseignement supérieur prend une importance de plus en plus grande.Dans les univer- 93 Revue Dominicaine sités, les laïques sont en immense majorité ; dans l\u2019enseignement secondaire, toutefois, leur nombre est encore peu considérable.Quelques collèges n en possèdent aucun.Cette situation comporte évidemment de sérieux désavantages : elle nuit, par exemple, à la formation d une élite véritable chez les Canadiens de langue française.Mais il serait inexact de croire que le clergé, dans I ensemble, s oppose à la collaboration des laïques à l\u2019enseignement secondaire.C\u2019est plutôt pour des raisons économiques que les professeurs laïques sont peu nombreux dans les collèges classiques.Les prêtres qui s\u2019y trouvent reçoivent une rémunération dérisoire et ils s\u2019en contentent.II faudrait que le gouvernement et les philanthropes se montrent encore plus généreux à l\u2019endroit des collèges pour leur permettre d\u2019employer un plus grand nombre de professeurs laïques.Cette nécessité semble d ailleurs mieux comprise que jamais et il est permis de croire que les laïques seront bientôt plus nombreux dans l\u2019enseignement secondaire au Canada français.Dans ce dernier domaine, l\u2019Eglise catholique, en plus de veiller à la diffusion de l\u2019instruction religieuse, a assuré également le maintien de la tradition classique.Dans tous les collèges de langue française, affiliés aux universités de Québec, Montréal et Ottawa, les élèves sont tenus d apprendre les langues grecque et latine dont l\u2019étude est sanctionnée par les épreuves des baccalauréats d immatriculation et de rhétorique.Les meilleures pages de Pindare, Sophocle, Démosthène et Lucien, de Lucrèce, Cicéron, Virgile et Tacite sont traduites et commentées, ce qui rend possible une connaissance convenable de la pensée gréco-romaine, et facilite également I examen approfondi des classiques français.Cette fidélité de notre enseignement secondaire à la tradition gréco-romaine et à la littérature du XVIIe siècle a été, à maintes reprises, I objet de critiques assez vives.Certains éducateurs ont prétendu que le Canada devait imiter les Américains et accorder une importance plus considérable aux mathématiques et aux sciences pratiques au détriment du grec et du latin.L enseignement scientifique au Canada français a été sensiblement développé au cours des dix dernières années et ils est absolument com- 94 Le Canada français d'aujourd\u2019hui parable maintenant à celui qu\u2019on dispense dans les écoles pré-universitaires de l\u2019Amérique anglo-saxonne.Mais on s est refusé jusqu ici à restreindre pour autant I étude des langues grecque et latine.Ces dernières forment toujours, avec le français et les mathématiques, le fondement même des six premières années du cours classique.D autre part, quelques écrivains se sont parfois demandé si I enseignement poussé des humanités ne contribuait pas, dans une certaine mesure, à donner aux Canadiens une formation intellectuelle quelque peu incompatible avec la nature même de leur âme et de leur milieu.Sar\\s vouloir mettre en doute la valeur objective et permanente de la pensée classique, ces écrivains ont rappelé les affinités qui existent entre 1 âme canadienne et celle des peuples nordiques, en raison du climat et des conditions de vie, et ils ont émis l\u2019opinion qu\u2019un enseignement qui voudrait donner aux Canadiens une formation complète ne saurait ignorer les besoins spirituels particuliers aux habitants d un pays dont 1 aspect physique ne ressemble en rien à ces paysages harmonieux et sereins qui abondent dans les contrées méditerranéennes et symbolisent cette forme de pensée dont elles ont favorisé la naissance ou facilité le développement.Ce dernier point de vue mérite qu on s y arrête plus longuement.S\u2019il est vrai que I attachement des Canadiens à la langue et à la culture française se manifeste, dans le domaine de 1 enseignement secondaire, par I importance accordée à la tradition classique et aux œuvres du XVIIe siècle, il reste indéniable que les fruits d\u2019une telle éducation ne peuvent être rigoureusement les mêmes chez un peuple qui vit au sein d une nature sauvage et grandiose que chez une nation dont le milieu physique est fait de douceur et d équilibre.L âme humaine se nourrit de ces bois, de ces lacs et de ces plaines qui 1 environnent et finit par acquérir à leur contact séculaire quelque chose de leur vie et de leur langage.Le Canada n\u2019a rien de méditerranéen.Aussi, n est-il pas étonnant que les Canadiens, en dépit de leur formation toute classique, montrent parfois des tendances affectives offrant tous les caractères de la sensibilité nordique.Leur peinture et plusieurs de leurs œuvres littéraires en four- 95 Revue Dominicaine nissent la preuve.C est pourquoi, il est permis de se demander si I en-seignement que les Canadiens reçoivent répond vraiment à tous leurs besoins intellectuels, et s\u2019il ne tend quelquefois à ignorer le développement de la sensibilité, en accordant une importance trop exclusive à celui de la raison.Quoi qu il en soit, par leur fidélité héroïque à une foi, une langue et une culture qui leur furent apportées de France, il y a plus de trois siècles, les Canadiens ont clairement démontré qu ils n avaient pas oublié leur mère patrie et qu ils entendaient, au contraire, perpétuer sa présence en terre d Amérique.Un rapide coup d œil sur quelques-uns des meilleurs écrivains de la littérature canadienne d expression française nous dira maintenant dans quelle mesure les Canadiens ont eux-mêmes contribué à I enrichissement de leur héritage culturel.Je me bornerai, faute de temps, à la poésie et au roman.Parmi les poètes, j\u2019ai choisi Emile Nelligan et Saint-Denys-Garneau, décédés il y a quelques années, Alfred Des-Rochers, Alain Grandbois et Anne Hébert, les meilleurs de nos poètes actuels.Né à Montréal, en 1879, d un père irlandais et d une mère cana-clienne-française, Emile Nelligan fut pendant longtemps la seule gloire véritable de la poésie canadienne.Intelligent, rêveur, d'une sensibilité maladive, il sombra, à l\u2019âge de dix-neuf ans, dans la folie.Sa poésie, influencée par Gérard de Nerval, Baudelaire, Rollinat et Verlaine, révèle un tempérament poétique exceptionnel, constamment secoué par la névrose.Comme Rimbaud, qu\u2019il rappelle d\u2019une certaine manière, Nelligan a laissé une œuvre d\u2019adolescent, remplie d\u2019images éclatantes et de bruits mystérieux qui sont l\u2019écho de son âme angoissée.Conscient du mal qui le menaçait, Nelligan a fait de son génie, dans un sonnet devenu classique, une description ainsi imaginée : Ce fut un grand Vaisseau taillé d or massif : Ses mâts touchaient l azur, sur des mers inconnues ; La Cyprine d amour, cheveux épars, chairs nues, S étalait à sa proue, au soleil excessif.96 Le Canada français d\u2019aujourd\u2019hui Mais il vint une nuit frapper le grand écueil Dans l\u2019océan trompeur où chantait la Sirène, Et le naufrage horrible inclina sa carène Aux profondeurs du gouffre, immuable cercueil.Ce fut un Vaisseau d Or dont les flancs diaphanes Révélaient des trésors que les marins profanes, Dégoût, Haine et Névrose, entre eux ont disputés.Que reste-t-il de lui dans la tempête brève ?Qu est devenu mon cœur, navire déserté ?Hélas ! Il a sombré dans l abîme du Rêve ï Un autre jeune poète canadien, Saint-Denys-Garneau, mort en 1943, à I âge de 31 ans, a laissé, par sa disparition, un deuil profond dans nos lettres.Sa poésie, 1 une des plus rigoureuses de la littérature canadienne, reste fort attachante.Elle est essentiellement le fruit d une expérience.Dans son œuvre, formée de deux recueils : Regards et Jeux dans F espace et Solitudes, Garneau s achemine en lui-même dans I espoir d y trouver une vérité absolue qui pourra apaiser sa soif de I infini.Au terme de sa recherche, il découvre la mort : Je suis une cage d oiseau Une cage d os Avec un oiseau L\u2019oiseau dans sa cage d os C\u2019est la mort qui fait son nid Lorsque rien n arrive On entend froisser ses ailes Et quand on a ri beaucoup Si l on cesse tout à coup On l entend qui roucoule Au fond Comme un grelot 97 Revue Dominicaine C\u2019est un oiseau tenu captif La mort dans ma cage d os Voudrait-il pas s envoler Est-ce vous qui le retiendrez Est-ce moi Qu est-ce que c est Il ne pourra s\u2019en aller Qu après avoir tout mangé Mon cœur La source du sang Avec la vie dedans Il aura mon âme au bec.L œuvre de Saint-Denys-Garneau a un accent de sincérité unique dans notre jeune poésie.Parmi les poètes actuels du Canada français, le plus célèbre est sans doute Alain Grandbois.On I a rapproché de Saint-John Perse.Après avoir parcouru le monde et plus particulièrement la Chine, il a fait de ses voyages un récit poétique dont les paysages viennent de lui-même et sont davantage le reflet de son âme que la description des contrées qu il a visitées : Pris et protégé et condamné par la mer Je flotte au creux des houles Les colonnes du ciel pressent mes épaules Mes yeux fermés refusent larchange bleu Les poids des profondeurs frissonnent sous moi Je suis seul et nu Je suis seul et sel Je flotte à la dérive sur la mer J\u2019entends I nspiration géante des dieux noyés J écoute les derniers silences Au del à des horizons morts.98 Le Canada français d\u2019aujourd\u2019hui L\u2019œuvre poétique de Grandbois comprend, entre autres, les Iles de la Nuit et Rivages de l Homme.Le plus authentiquement canadien des poètes actuels est incontestablement Alfred DesRocbers.Dans son recueil A lombre de l Or ford, d a décrit avec une précision toute réaliste et une sonorité un peu étourdissante, des scènes de vie paysanne et forestière, quelquefois enveloppées d un lyrisme de grande inspiration.On connaît également de lui quelques tableaux de chasse, comme celui-ci : C est l heure où le chevreuil vient boire à la rivière.Le couchant, au milieu de l horizon transi, Fleuve d or et de sang que la nuit rétrécit, Dévale de l Orford vers l abîme polaire.Le chasseur, à l affût, au bord d\u2019une clairière, Aplati dans le foin bleu que l été roussit, L œil seul mobile, ayant épaulé son fusil, Vise un vieux mâle qui galope à la lisière.Soudain, un coup de feu corrompt l air forestier ; L animal détendu, croule dans le sentier, Vibrant, le cœur brûlé, dans le soir qui l embaume ; Et là-bas, aux confins des lointains éclatants, Entre le ciel de pourpre et la terre de chaume, Les bois sont mouchetés de roux, comme au printemps.II y a enfin Anne Hébert, cette jeune poétesse dont la vie intérieure a été exprimée dans Songes en équilibre.Anne Hébert est toute spontanéité et fraîcheur, mais sa poésie est souvent symbolique.Son vers est très musical.L un de ses premiers poèmes, Eveil au seuil d une fontaine, est digne des meilleures anthologies : O l spacieux loisir, Fontaine intacte, Devant moi déroulée, 99 Revue Dominicaine A l\u2019heure Où, quittant du sommeil La pénétrante nuit, Dense forêt Des songes inattendus, Je reprends mes yeux ouverts et lucides, Mes actes coutumiers et sans surprises : Premiers reflets en l eau vierge du matin.La nuit a tout effacé mes anciennes traces.Sur r eau égale.Devant moi s étend La surface plane, Pure, à perte de vue, D une eau inconnue.Et je sens dans mes doigts, A la racine de mon poignet, Dans tout le bras, Jusqu à lattache de l épaule, Sourdre un geste Qui se crée, Et dont j ignore encore L\u2019enchantement profond.II est évidemment encore impossible de vous faire une idée convenable de la poésie canadienne après ces brefs commentaires.En vous donnant quelques noms, en vous lisant quelques poèmes, j ai simplement voulu vous indiquer les grands noms de notre Parnasse, dans I espoir que certains d\u2019entre vous seront curieux d en connaître les meilleures productions.Longtemps tributaire de la France, la poésie canadienne prend maintenant conscience de ses ressources et s acbemine vers une émancipation graduelle qui lui permettra, sans doute, d enrichir bientôt la littérature d\u2019expression française d\u2019œuvres comparables à celles qu\u2019ont déjà données 100 Le Canada français d\u2019aujourd\u2019hui les Belges Maeterlinck, Rodenback et Verkaeren, I Haïtien Jacques Roumain et le Martiniquais Aimé Césaire.Mais déjà le Canada possède des poètes qui font konneur à la culture et à la langue françaises.Dans le domaine de la prose, je m en tiendrai à deux romans et à quatre romanciers.Les deux œuvres d imagination canadiennes les mieux connues dans mon pays et peut-être aussi à l\u2019étranger sont, outre Maria Chapdelaine, qui fut écrit par un Français, Un Homme et son péché et Trente Arpents.Un Homme et son péché, œuvre de Claude-Henri Grignon, publiée en 1928, est le portrait d un paysan avare, Sérapkin Poudrier, dont la vie racontée minutieusement donne à I auteur I occasion de dresser un tableau exceptionnellement vivant et précis de la vie rurale au Canada, il y a un demi-siècle.A côté d une analyse pénétrante de I avarice, qui rappelle celle de Balzac, Claude-Henri Grignon a laissé dans son ouvrage plusieurs descriptions, souvent romantiques, de la nature canadienne.Sérapkin Poudrier est devenu le personnage le plus populaire de notre littérature, et le roman lui-même a été adapté à la T.S.F.où il a remporté jusqu ici un succès incroyable.Trente Arpents, pour sa part, œuvre de Ringuet, est une étude de mœurs rurales, dépourvue de tout romantisme, qui donne une idée assez exacte de la vie dans la campagne canadienne.Ecrit dans une langue vigoureuse et alerte, cet ouvrage contient également de belles descriptions des paysages canadiens, plus particulièrement de notre kiver.Les quatre plus grands romanciers actuels du Canada sont probablement : Roger Lemelin, Germaine Guèvremont, Gabrielle Roy et Mgr Félix-Antoine Savard.Lemelin, qu\u2019on a comparé parfois à Clockemerle, est le peintre des quartiers ouvriers de Québec.II a un sens remarquable de I observation et un don de vie peu commun ; de plus, son ironie qui se retrouve partout a quelquefois provoqué la colère de certains bons citoyens qui croyaient se retrouver dans l\u2019un ou I autre des personnages de ses romans.Lemelin débuta dans la littérature avec Au pied de la Pente douce, description 101 Revue Dominicaine amusante du quartier où il a passé son enfance, puis écrivit dans la suite Les Plouffe, portrait pittoresque d\u2019une famille d ouvriers, et enfin Fantaisie sur les sept péchés capitaux, contes drolatiques dont la valeur est nettement inégale.II prépare actuellement un autre roman de mœurs.A côté de Lemelin se trouve Mme Gabrielle Roy, qui lui est souvent supérieure par le style.Cette Montréalaise, gagnante du prix Pemina de 1947, a publié Bonheur d Occasion, qui est une peinture réaliste des habitants d un quartier pauvre de Montréal.Cette œuvre, fort connue au Canada et aux Etats-Unis où elle a été traduite, est considérée comme le meilleur roman canadien-français.Une autre Canadienne, Mme Germaine Guèvremont, s est rendue célèbre par la publication de deux romans : le Survenant et Marie Didace.Ces ouvrages, qui sont peut-être les cbefs-d\u2019œuvre de notre terroir, sont pleins de poésie et absolument dénué de ridicule, contrairement à tant de romans rustiques publiés au Canada.Un critique québécois, Bertbelot Brunet, s est demandé si le Survenant n était pas notre Grand Meaulnes.Je trouve personnellement cette question très pertinente.II y a enfin Mgr Félix-Antoine Savard, le doyen de notre Faculté des lettres, dont les trois romans : Menaud, maître-draveur, l Ahatis et La Minuit sont, à vrai dire, de purs poèmes en prose, animés d\u2019un souffle épique.Mgr Savard est le cbantre de la forêt canadienne, de sa vie rude et pleine de sacrifices ; il est aussi le poète des défricheurs et des colons.Mieux que tous nos autres écrivains, il a compris notre âme nationale, dont il a exprimé les croyances et les aspirations dans des pages qui évoquent le meilleur Ramuz.Menaud, maître-draveur est peut-être le plus beau poème de la littérature canadienne.Cette dernière a à peine un siècle d existence.Elle a vu le jour péniblement.Fa vie de nos ancêtres n était guère propice aux arts et aux lettres.Il fallait d abord survivre I Aujourd bui, la littérature canadienne s émancipe peu à peu de la mère patrie et s efforce de présenter un visage canadien.Ce qu elle a produit jusqu ici n est évidemment pas extraordinaire.Mais elle justifie maintenant les espoirs les plus encourageants.102 Le Canada français d\u2019aujourd'hui Avant de posséder d\u2019authentiques chefs-d\u2019œuvre, elle devra sans doute sortir de cette espèce de conformisme qui l\u2019enveloppe et rend impossible la composition d\u2019ouvrages profondément humains.Elle a déjà réussi à s\u2019affranchir d\u2019une conception toute conventionnelle du terroir qui 1 avait longtemps paralysée ; elle s intéresse maintenant à 1 homme lui-même et aux problèmes qui découlent de son milieu, comme l\u2019attestent les romans d\u2019André Giroux, Clément Lockquell et Yves Thériault ; bientôt, sûrement, elle offrira, en plus grand nombre, à la littérature d\u2019expression française, des œuvres de toute première valeur.Dans 1 intervalle, en dépit de ses faiblesses, elle joue en Amérique un rôle de grande importance .elle maintient au milieu des peuples anglo-saxons le prestige d une culture dont elle a jalousement conservé les meilleurs éléments.Le Canada français a subi depuis dix ans des trasformations dont il est encore impossible de mesurer 1 ampleur.11 montre, en maints endroits, les signes d une maturité indéniable.Dans le domaine économique, par exemple, il se développe considérablement ; grâce à ses richesses naturelles, encore largement inexploitées, il est en train de devenir l une des principales régions industrielles de 1 Amérique du Nord.Montréal se glorifie autant d être la deuxième ville française du monde que de venir immédiatement après New-Y ork, sur le continent américain, comme port de mer.Le Canada français évolue rapidement et personne ne sait quel visage il présentera dans un demi-siècle.II est sûr, néanmoins, qu il n aura pas oublié ses origines.Fidèle à son passé, il rappellera toujours en terre d Amérique le courage et la noblesse de cette grande nation française dont il est si fier d être né.André Patry Nice, août 1951.105 Le rapport Massey Le Luit avril 1949, le gouvernement fédéral établissait une commission royale d\u2019enquête sur l\u2019avancement des arts, des lettres et des sciences au Canada.Composée du très honorable Vincent Massey, chancelier de I Université de Toronto ; de M.Arthur Surveyer, ingénieur civil de Montréal ; de M.Norman MacKenzie, président de IUniversité de la Colombie britannique ; du révérend Père Georges-Henri Lévesque, O.P., doyen de la Faculté des sciences sociales de 1 Université Laval de Québec, et de mademoiselle Hilda Neatby, professeur d histoire à I Université de Saskatchewan, cette commission recevait instructions d étudier les organismes fédéraux qui s occupent de travaux culturels et de soumettre au gouvernement des recommandations en vue d en rendre le fonctionnement plus efficace.Le premier juin dernier, le premier ministre déposait à la Chambre des Communes le rapport de six cents pages que venait de lui communiquer le président.Ce rapport comprend deux parties, l une étant un inventaire de nos ressources culturelles, 1 autre se composant des recommandations nombreuses et précises que les commissaires ont jugé à propos de faire à la lumière de cet inventaire.Etudiant les instructions qu ils avaient reçues, les commissaires se sont vite rendus compte que les organismes qu ils devaient étudier n\u2019étaient que « les parties d un vaste ensemble » et que « pour apprécier leur signification et leur importance » il leur fallait considérer cet ensemble.Ils ont alors décidé de siéger dans seize cités réparties dans les dix provinces, et ils ont ainsi tenu 224 séances, dont 114 séances publiques, au cours desquelles des sociétés nationales ou locales et des individus ont comparu devant eux et leur ont présenté 462 mémoires.Au cours de leurs voyages d un océan à I autre, les commissaires ont encore rencontré des milliers de citoyens qui leur ont communiqué leurs vues sur les uns ou les autres des problèmes dont la commission était saisie.« De fait, c\u2019est le grand public qui nous a tracé notre programme, ont-ils été amenés à 104 Le rapport Massey écrire dans leur rapport : Nous nous sommes occupés et des producteurs et des consommateurs de culture ».C est pourquoi la valeur documentaire de leur inventaire est si grande : c\u2019est vraiment la voix de tout un peuple qui s\u2019y fait entendre.La complexité et la ricKesse du rapport Massey en fait un document qu\u2019on ne saurait épuiser à une première lecture et qui dépasse de loin la compétence d\u2019un seul homme.Pendant longtemps encore on glosera sur l\u2019un ou l'autre des nombreux problèmes qui sont soulevés dans ce rapport, et il faudra attendre encore longtemps sans doute pour saisir toute Importance et toutes les dimensions de cette charte culturelle du Canada.Le rapport Massey est, en effet, un document d une valeur unique auquel il nous faudra toujours nous reporter pour étudier I un ou 1 autre des aspects de la culture au Canada.Ce que je voudrais consigner ici après une première lecture, c\u2019est un certain nombre d\u2019observations sommaires ou de constatations générales au sujet de 1 opportunité de ce rapport, de l\u2019esprit dans lequel l\u2019enquête a été poursuivie, et des constatations fondamentales que les commissaires ont été amenés à faire à la suite de ce bilan de nos ressources morales et spirituelles.« Un peuple est un groupement d êtres raisonnables qui s unissent pour jouir paisiblement ensemble de ce qu ils aiment.En conséquence, si I on veut connaître la qualité d\u2019un peuple, il faut examiner ce qu il aime ».Cette phrase de la Cité de Dieu de saint Augustin, que les commissaires ont mise en exergue de leur rapport, indique combien il est opportun pour un peuple de connaître ses valeurs culturelles.Un peuple n\u2019est pas une simple agglomération d individus, un simple troupeau que l\u2019instinct grégaire réunit sur un territoire commun ; c est une communauté de personnes qu unissent des traditions, des aspirations et des sentiments communs.De même que, dans une petite famille, chacun des membres conserve sa personnalité propre en partageant avec ses proches un patrimoine unique, ainsi, dans un peuple, les individus, les familles et les collectivités plus larges perpétuent des traditions qui les distinguent en 105 Revue Dominicaine même temps qu ils communient avec les autres dans une solidarité nationale qui fait du peuple tout entier un être moral doué d une personnalité distinctive.Ce patrimoine national n est pas composé seulement de ces tiens matériels que la Providence a répartis sur tous les continents pour que les tommes les exploitent et en jouissent ; il est aussi fait de ces ricfiesses morales et spirituelles, de ces valeurs spécifiquement fiumaines, qui sont notre Lien propre et qui témoignent de notre dignité.Le territoire immense dont nous n occupons qu\u2019une partie recèle d inestimables ri-cLesses naturelles que nous n avons pas encore toutes découvertes et dont nous n avons exploité qu une fraction.Nous avons néanmoins réussi à devenir en très peu de temps une des puissances industrielles et commerciales du monde, et une des petites puissances politiques dans les affaires internationales.Nous savons cependant que nous n\u2019avons pas atteint un rang comparable dans aucun des domaines culturels, et qu\u2019il existe entre notre corps et notre âme, entre notre développement matériel et notre stature spirituelle, un écart considérable, une disproportion inquiétante que nous devons cbercber à réduire si nous ne voulons pas devenir un peuple purement matérialiste.La tâcbe que nous avons devant nous à ce sujet est d autant plus difficile que les progrès scientifiques extraordinaires du dernier siècle ont réussi à établir dans tout l\u2019Occident une prédominance du scientifique sur I bumain qui est une menace très grave pour I avenir de la civilisation.Le recul des humanités devant I expansion des sciences naturelles n est pas un phénomène local, c\u2019est un phénomène qui s étend à tout I Occident et qui se dessine jusqu\u2019en Orient.Les hommes et les peuples doivent donc trouver en eux des forces morales et spirituelles très grandes, s ils ne veulent pas devenir les esclaves de ces puissances matérielles énormes qu\u2019ils ont libérées et qu\u2019ils ne savent pas toujours dominer.Si nous voulons rester des hommes au sens plein du mot, il nous faudra donc réaliser sur le pi an spirituel et moral des progrès comparables à ceux que nous avons faits sur le plan matériel et technique.Conscient de ce danger et désireux d encourager dans la mesure de ses pouvoirs les sociétés bénévoles qui travaillent à I avancement des 106 Le rapport Massey divers aspects de la vie culturelle chez nous, le gouvernement fédéral a demandé aux membres de la commission qu il a instituée, de faire enquête sur toutes ces valeurs culturelles qui se retrouvent partout sur notre immense territoire et de suggérer des moyens de les protéger et de les approfondir et étendre encore davantage.Si elles sont moins tangibles que nos ressources physiques, nos ressources spirituelles ne sont certes pas moins importantes qu\u2019elles, et partout dans leur rapport, les commissaires ont démontré qu ils en reconnaissaient la primauté.« Ces valeurs intangibles, ont-ils écrit, non seulement donnent à une nation son caractère original, mais encore lui communiquent sa vitalité.Certaines choses peuvent paraître sans importance, voire superflues en regard des exigences de la vie quotidienne, mais il se peut que ce soit précisément celles qui durent, qui confèrent à la collectivité sa puissance de survie ».Ce sont ces « valeurs intangibles » dont nous vivons qui ont fait I objet de l\u2019enquête de la commission Massey, et les recommandations nombreuses et précises que ses membres ont soumises au gouvernement tiennent toutes compte de cette primauté de I humain sur le technique.« Nous devons, bien entendu, renforcer nos défenses militaires, écrivent-ils encore ; mais nos défenses culturelles requièrent également I attention de la nation ; on ne saurait dissocier les unes des autres ».Quand un peuple consent des sacrifices très lourds pour collaborer au maintien de la paix et doit aller jusqu\u2019à la participation militaire dans des conflits armés, il importe qu\u2019il sache pourquoi il accepte ces sacrifices et quelles sont ces valeurs pour la défense desquelles beaucoup des nôtres sont amenés à verser leur sang.Au cours des deux dernières guerres mondiales, nous ne savions pas tous ni toujours avec netteté quelles étaient ces valeurs civilisatrices que nous défendions contre les Etats totalitaires, et aujourd\u2019hui encore nous ne comprenons pas toujours adéquatement quelle menace constitue le communisme impérialiste pour certaines de nos traditions les meilleures.Ces valeurs qui font la dignité de I homme et sans lesquelles la vie ne vaut pas d être vécue, le rapport Massey les met en lumière, il en fait un inventaire objectif et détaillé, et il nous suggère 107 Revue Dominicaine des moyens efficaces de les incarner encore davantage dans nos vies personnelles et nos institutions.Le rapport Massey est un document inestimable qui justifie pleinement la décision qu\u2019avait prise le gouvernement de constituer cette commission d enquête.Pour la première fois, dans I histoire de notre pays, jUn relevé complet a été entrepris et mené à bonne fin de toutes ces richesses culturelles dont nous disposons, exception faite des maisons d enseignement qui relèvent des autorités provinciales.Si des enquêtes sérieuses avaient déjà consigné nos réalisations dans un domaine donné sur le plan national, ou dans plus d un domaine sur le plan local, jamais encore n avions-nous eu un document qui nous donnât une vue d ensemble de toute la vie culturelle dans la totalité du pays.Nous trouvons dans le rapport Massey des études sur la musique et la peinture, le théâtre et le ballet, la sculpture et I architecture, les lettres et I histoire, la radio et le cinéma, les sciences sociales et les arts populaires ; mais nous y trouvons aussi des rapprochements entre ces divers domaines, des recoupements qui soulignent comment certains problèmes se posent partout et comment certaines tendances se retrouvent dans tous les domaines et dans toutes les régions.Pour la première fois, nous pouvons prendre nettement conscience de la richesse et de la complexité de notre patrimoine culturel, des dangers qui en menacent la survie et des facteurs qui en ralentissent le progrès, des forces vives qui animent nos efforts et du nombre d organismes gouvernementaux et de sociétés bénévoles qui facilitent les travaux personnels.Nous avons désormais une charte culturelle où sont consignés les traits de notre visage collectif et où nous pouvons découvrir ces richesses morales et spirituelles qui, plus que nos mines, nos forêts et nos industries, peuvent faire du Canada une grande nation.Une seconde constatation générale qui ressort du rapport Massey et qui y est très clairement mise en lumière, est quç le Canada est un pays à double culture, et que ces deux cultures se retrouvent, à des degrés variables sans doute, dans toutes les provinces du pays.Nulle part dans ce rapport, il n est question de « la culture canadienne », mais toujours 108 Le rapport Massey des « cultures canadiennes » et toujours sur le plan national.Aux yeux des commissaires, il n y a pas de réserve française du Québec, et aucune des deux cultures n est confinée dans un territoire limite , les deux se retrouvent partout, elles se superposent et parfois se compénètrent et, malgré les échanges inévitables entre elles, elles restent distinctes.C est la première fois Que la dualité de culture au Canada est reconnue et mise en évidence avec autant de netteté et d objectivité.Le fait fiançais et le fait britannique ont été reconnus dans toutes les provinces, et les recommandations qui forment la seconde partie du rapport vont beaucoup plus loin en ce sens que tout autre document officiel connu.Ce que les commissaires suggèrent, par exemple, dans les domaines de la radio et du cinéma et relativement au Conseil national pour les arts, lettres, humanités et sciences sociales dont ils recommandent 1 établissement, tient toujours compte de cette dualité de culture à un degré sans précédent dans notre histoire.Cette dualité de culture, les commissaires ne 1 ont d\u2019ailleurs pas reconnue seulement dans leur rapport, mais dans toutes les séances publiques qu ils ont tenues.Chaque fois qu une société de langue française s est présentée devant la commission, non seulement dans le Québec, mais dans toutes les provinces où les francophones ne sont qu\u2019une petite minorité, les commissaires ont eux-mêmes demandé que les mémoires soient soumis en français et que la discussion se poursuive ensuite en français.Cette manière d agir a d ailleurs provoqué dans certains endroits des provinces maritimes et des provinces de 1 Ouest un étonnement considérable, et de tels actes acquièrent ainsi une rare valeur d exemple qu il importait de souligner ici.Une autre observation générale qui s est imposée aux commissaires et dont le rapport traite longuement est le danger que constitue pour l\u2019avenir de notre double culture l\u2019influence démesurée qu exerce sur notre population la grande nation américaine.Une telle influence est inévitable certes, et elle n\u2019est pas toujours mauvaise.Nous devons beaucoup à la générosité des grandes dotations américaines, et les sommes considérables qu elles ont dépensées chez nous ont été pour beaucoup de nos institu- 109 Revue Dominicaine tions un précieux appui.Les commissaires estiment toutefois que nous nous sommes trop souvent reposés uniquement sur cette générosité américaine et que nous n avons pas toujours su nous imposer à nous-mêmes certains sacrifices qui manifesteraient un intérêt plus profond pour l\u2019avancement de la culture cKez nous.Mais il est des domaines où l\u2019influence américaine s est fait sentir à un degré alarmant, c\u2019est le domaine de ce qu on appelle les mass media.Par le cinéma, la radio et la presse, la mentalité américaine nous pénètre à un degré troublant et pourrait, si nous ne réagissons pas, nous américaniser à un tel point que, malgré le maintien de la frontière et malgré un gouvernement distinct, nous cesserions d être en fait une nation vraiment autonome, nous ne deviendrions qu une partie indistincte du grand tout américain.Un indice révélateur de cette pénétration américaine ckez nous est le fait que le tirage annuel global de nos revues n\u2019est que de 42 000 000 d\u2019exemplaires, tandis que les revues américaines vendent cbez nous chaque année plus de 86 000 000 d exemplaires.Ce sont là des chiffres qui font réfléchir.Si nous voulons garder notre entité nationale propre et perpétuer nos meilleurs particularismes régionaux, il faut que nous apprenions à penser davantage par nous-mêmes et ne nous satisfassions pas autant de ces moyens de diffusion de la pensée qui ne reflètent pas nos traits distinctifs et ne sont pas conformes à toutes nos traditions.Il ne s\u2019agit évidemment pas de fermer notre frontière à toute influence étrangère ni de tomber dans un chauvinisme étroit et appauvrissant.Mais il faudrait que nous sachions réduire à un rôle secondaire I influence de nos puissants voisins du sud et trouvions d abord en nous-mêmes la force nécessaire pour faire notre avenir.II faut que nous soyions assez forts pour opposer une fin de non-recevoir à tout ce qui ne nous convient pas et pour n\u2019accueillir que ce qui peut être un heureux complément de nos valeurs propres.Ce danger est d\u2019autant plus grand que nous n occupons qu\u2019une mince bande de terre étendue sur tout un continent et que notre frontière ouverte est beaucoup plus un pont qu\u2019une barrière.De plus, Montréal et Toronto sont beaucoup plus près de New-York, de Boston, de Washing- Le rapport Massey ton et Je Chicago que Je Halifax, Winnipeg, LJmonton et Vancouver.Enfin, la communauté Je langue est encore un facteur Je rapprochement entre les Américains et la majorité Jes CanaJiens.InJépenJamment Je ce voisinage Je la plus granJe puissance politique, inJustrielIe et financière Ju monJe, cette Jispersion Je notre population sur la moitié J un continent est elle-même un facteur Je faiblesse.Sans Joute, la raJio, le cinéma et la presse sont aujourJ\u2019hui Je puissants instruments Je communication et Je rapprochement et nos compatriotes Jes provinces maritimes et Je la Colombie britannique sont beaucoup moins éloignés les uns Jes autres qu\u2019ils ne l\u2019étaient il y a un quart Je siècle.II reste toutefois que l\u2019éloignement Jes granJs centres constitue un obstacle souvent insurmontable à ces échanges entre tous précieux que sont les contacts personnels.Alors que Jans presque tous les pays européens, les écrivains, les artistes et les travailleurs Jans tous les Jomaines Je la vie Je I esprit peuvent facilement se rencontrer et s\u2019organiser, ce qui est une source J\u2019enrichisse-ment pour tous en même temps qu\u2019un encouragement à une féconJe émulation, ces contacts personnels sont chez nous excessivement Jifficiles et très rares, lorsqu\u2019ils ne sont pas impossibles.La solituJe Je I intellectuel canaJien est beaucoup plus granJe que celle Je I intellectuel Jes autres pays civilisés.Le rapport Massey Jémontre très bien que nous avons au pays Je nombreux noyaux Je culture qui, séparés les uns Jes autres par la Jistance, ne se Jéveloppent que lentement et ne trouvent que rarement Jans les autres cet appui qui leur serait si précieux.Mais, en même temps qu il nous rappelle tous ces obstacles, le rapport Massey nous révèle que nous avons au pays Jes noyaux Je culture beaucoup plus nombreux que nous ne le savions généralement, et ceci console Je cela.En ce siècle où les loisirs sont Jevenus pour toutes les classes sociales un problème Jont la solution ne saurait être laissée au hasarJ ; à ce stage Je notre évolution où nous avons atteint à la pleine souveraineté nationale et où nous jouons Jans les affaires internationales le rôle J une petite puissance, il importait que nous prenions Javantage conscience Je nos valeurs, Je nos traJitions, et aussi Jes menaces qui pèsent sur elles, et il 111 Revue Dominicaine est heureux que le gouvernement fédéral ait manifesté d\u2019une manière positive son désir de venir en aide à toutes ces sociétés bénévoles qui s intéressent au sort et aux travaux de nos travailleurs de l\u2019esprit.Cette charte culturelle que nous avons désormais et où nous pouvons découvrir les traits de notre visage en même temps que les faiblesses et les forces vives qui nous attirent vers la mort et nous projettent dans l\u2019avenir, restera un document national précieux pour plusieurs générations, et le 1er juin 1951 restera une date historique.Cette charte, elle est l'œuvre sans doute de ces cinq commissaires dont l\u2019histoire conservera le nom et des spécialistes qui leur ont aidé à I élaborer, mais elle est aussi et surtout F œuvre de tout un peuple qui, par 1 entremise de ses délégués, ont fait part aux enquêteurs de leurs problèmes et de leurs aspirations, des difficultés qui paralysent leurs travaux et des forces intimes qui les animent.L\u2019inventaire qui nous est communiqué renferme des biens précieux et des biens qui le sont moins ; il nous permet de faire le point et de mieux organiser nos efforts en connaissant mieux les conditions dans lesquelles il nous faut travailler.C est un document dont ne sauraient se désintéresser tous ceux qui aspirent à être de vrais citoyens et il est consolant de constater, au terme de cette enquête objective, que la voix de tout un peuple qui se fait entendre dans ce rapport monumental est la voix d un peuple qui malgré tout ne veut pas mourir.Guy Sylvestre 112 Le sens des faits Son Excellence Mgr Bruno Desrochers Originaire de Saint-Lonis de Lotbinière, Iévêque-élu du nouveau diocèse de Sainte-Anne-de-Ia-Pocatière poursuivit ses études classiques et théologiques à Québec et les compléta dans les Institutions romaines et à Washington.Docteur en Droit canonique, licencié en théologie, exprofesseur de Procédure ecclésiastique et de Droit liturgique à la Faculté de Droit canonique de Laval, Mgr Desrochers fut d\u2019abord assigné à l\u2019archevêché de Québec comme secrétaire du regretté cardinal Villeneuve et ensuite comme vice-chancelier et chancelier du diocèse.C\u2019est donc dire qu\u2019il connaît bien le rouage administratif d un archevêché dont une partie importante vient d être confié à ses soins de par la volonté explicite de Rome.On a déjà dit que c\u2019était déchirer le grand manteau de l\u2019Eglise de Québec que de la diviser.Mais quand des épaules sont dignes d\u2019en être recouvertes, quand le tout y trouve une vigueur plus intensive et la partie amputée une vie nouvelle, déchirer équivaut à émonder, diviser à multiplier.Bien plus celui que l\u2019Eglise a choisi pour porter ce lambeau du manteau n\u2019entre pas dans un monde nouveau, il ne fait que restreindre son zèle à un territoire déterminé sur lequel déjà il vivait mais qui devient son domaine exclusif.Renommée par ses connaissances des lois ecclésiastiques, habitué à tous les problèmes nombreux et variés d une chancellerie, Mgr Desrochers ne tardera sûrement pas à s imposer dans 1 administration et J organisation de son diocèse.Par sa grande distinction, sa courtoisie, ses manières affables, son grand cœur, il va conquérir vite le respect et 1 affection de tous : prêtres et fidèles.Daigne Son Excellence Mgr Desrochers agréer les meilleurs vœux et les respectueux hommages de la « Revue Dominicaine » et des Dominicains de Québec en lesquels Elle trouvera de fervents collaborateurs.Ad multos et faustissimos annos.Antonin Lamarche, O.P.Son Excellence Mgr Gérard Coderre Ceux qui ont eu l\u2019avantage de connaître ce prêtre distingué et modeste du beau diocèse de Joliette ont accueilli avec ferveur sa nomination au poste d évêque coadjuteur de Saint-Jean, Québec, avec le tire d évêque d Egée.Pour I avoir connu sur « le banc des écoliers » du collège de l\u2019Assomption où il poursuivit son cours classique avec succès, où il édifia 113 Revue Dominicaine ses confrères par sa conduite exemplaire, son esprit droit, ses manières affables qui en faisaient un élève recherché, sa soif de connaître et de tout comprendre, surtout pour avoir suivi la courbe de sa vie apostolique : vicaire à Lavaltrie et à Saint-Félix de Valois, professeur au Scolasticat Saint-Cbarles et au Pensionnat Amélie Fristel, aumônier des scouts du Séminaire, de la J.A.C., de la J.E.C., premier directeur de 1 Office catéchistique et de 1 Œuvre des Vocations en 1946, fondateur du terrain de Jeux Saint-Jean Bosco, directeur diocésain de I Action catholique en 1947, et j en oublie sûrement.je suis le moins surpris des hommes du geste de Rome en le nommant évêque.A vrai dire, une carrière si complète avec une montée progressive vers des responsabilités toujours plus grandes et toujours si bien portées, peut-elle trouver un aboutissement plus normal que 1 épiscopat ?Ces multiples occupations ont amené I abbé Coderre à approfondir le problème social.Les questions d éducation et de pédagogie occupaient cependant la première place dans son esprit et je sais qu il pouvait se prononcer en maître sur les besoins religieux, moraux, sociaux de la jeunesse.Aussi plus d\u2019un recherchait-il ses conseils et une conversation avec ce prêtre compétent et accueillant n était jamais vaine.L interlocuteur en sortait toujours enrichi, sûr du problème, prêt à I action.Durant ses années de collège, le jeune Coderre eut I insigne faveur d avoir comme préfet des études 1 homme dont il est désormais chargé de soutenir la vie montante et chancelante.Le maître d hier verra, sans doute, avec joie son ancien élève mettre son expérience, sa santé, sa science, son zèle apostolique au service de 1 important diocèse de Saint-Jean.« Un frère uni à son frère est une ville forte », dit I Ecriture.Le « Revue Dominicaine », en formulant d abord des vœux de santé et de longévité pour Son Excellence Mgr Forget, est heureuse d offrir ensuite à Mgr Coderre ses hommages les plus sincères avec 1 assurance d une fervente collaboration de la part des Dominicains du Canada.Ad multos et faustissimos annos.Antonin Lamarche, O.P.Son Excellence Mgr Emilien Frenette Au temps du curé Labelle et jusqu aujourd hui, nombreux ont été les prophètes qui ont prédit que Saint-Jérôme deviendrait un évêché.R.ome se serait-elle laissée attendrir par toutes ces voix nombreuses et variées qui prophétisent depuis plus de cinquante ans, ou est-ce coïncidence de I Esprit qui souffle où il veut et quand il veut ?En fait, c est comme la Le sens des faits réponse de Dieu aux appels des hommes.Et Saint-Jérôme, de par la volonté explicite de Rome, est bel et bien évêcbé avec son premier titulaire en la personne de Son Excellence Mgr Emilien F renette.Ce jeune prêtre qui fut nommé professeur au collège Saint-Jean, au lendemain de son ordination sacerdotale, 30 mai 1951, et rêvait de consacrer sa vie à l\u2019enseignement, connut son premier dérangement lorsqu\u2019il fut promu Supérieur de cette institution, en décembre 1947, succédant au regretté Mgr Armand Chaussé, emporté dans un accident de route.A ce moment, il se vit éloigné de ce qu il aimait : l\u2019enseignement, tout en restant au milieu de ceux qu il aimait.A son insu, la Providence le préparait à un autre détachement encore plus grand dont les hommes voient aujourd\u2019hui toute la tragique grandeur.De ce rêve de jeunesse : vivre et mourir professeur, que reste-t-il à celui qui quitte les quatre murs de son collège pour s\u2019en aller ailleurs, organiser, diriger un diocèse naissant ?Il lui reste la science de ses nombreuses années d\u2019enseignement, l\u2019enrichissement de ses prières et méditations, l\u2019expérience dans le gouvernement en tant que Supérieur, et en faut-il davantage pour être digne de diriger selon les vues de Dieu et les lois de l\u2019Eglise ce nouveau diocèse de 75 000 fidèles, de 115 prêtres et de 44 paroisses ?J\u2019imagine facilement les regrets des prêtres du collège Saint-Jean en voyant leur Supérieur les quitter et je comprends qu ils s en consolent à la pensée de le voir exercer dans un champ plus vaste les dons éminents qu\u2019il reçut en partage.Puissent les vœux et prières de ses diocésains, les regrets de ceux qu\u2019il quitte, les hommages de la « Revue Dominicaine » et des Dominicains canadiens soutenir le nouveau Pasteur et I aider à conduire à bon port cet enfant du Nord, dernier-né de I Eglise canadienne qu est I évêché de Saint-Jérôme.Ad multos et faustissirnos annos.Antonin Lamarche, O.P.L\u2019Assomption et nous 1 Le Père Doncœur rapporte ce propos de Péguy : « Toutes les questions, spirituelles, éternelles et charnelles, gravitent autour d un point central auquel je ne cesse de penser et qui est la clé de voûte de ma religion.Ce point, c\u2019est 1 Immaculée Conception ».On ne pouvait mieux dire.L\u2019auteur de si émouvantes supplications adressées à la Vierge en des circonstances particulièrement tragiques se gardait bien d assimiler la Mère de Dieu aux saints à miracles qu on assiège de prières lorsque la mort 1.Cet article a paru dans Le Devoir, 14 août.115 Revue Dominicaine rôde autour d êtres chers ou, de façon encore moins désintéressée, quand les affaires vont mal.II avait compris la place unique et irremplaçable de Marie dans le christianisme : chacun de ses privilèges en apparence si strictement personnels nous concerne tous au plus haut degré.Péguy estimait à bon droit que I Immaculée Conception renverse le cours de I histoire et par conséquent modifie notre vision du monde.Que dans I humanité de plus en plus éloignée de Dieu par sa faute apparaisse une créature échappant à toute emprise du péché, intégralement orientée vers son Créateur, établie d emblée dans 1 amitié divine pour s y épanouir éternellement, n est-ce pas la meilleure preuve de la miséricordieuse toute-puissance de Dieu et de sa volonté de nous sauver ?N\u2019est-ce pas un très ferme motif d espérance ?* * * Ce qui est vrai de 1 Immaculée Conception l\u2019est également de l\u2019Assomption, car ce sont les deux pôles d un même mystère dont l\u2019axe est la maternité divine de Marie.L Eglise vient de souligner cette correspondance entre les points extrêmes de la destinée de Marie par la définition du dogme de 1 Assomption, le jour de la Toussaint 1950.Le Souverain Pontife ayant engagé son autorité infaillible dans cette définition, nous avons désormais la plus parfaite certitude que 1 Assomption appartient aux vérités révélées par Dieu lui-même pour guider notre marche vers Lui.Est -ce à dire que les catholiques aient maintenant une vérité de plus à croire ?Non, car nous n avions pas attendu cette intervention solennelle du Magistère pour croire que Marie, dès sa sortie de cette vie, a été glorifiée en corps et en âme, aussi intimement associée à la gloire céleste de son Lils qu elle 1 avait été à ses souffrances rédemptrices.C\u2019était là, en Orient comme en Occident, une croyance traditionnelle qui ne fut jamais sérieusement mise en question.Mais alors pourquoi l\u2019Eglise l a-t-elle sanctionnée par une définition ?Pour que notre foi, peut-être trop habituée aux réalités les plus sublimes, prenne davantage conscience de leur portée, pour qu elle devienne une conviction qui, en s\u2019emparant de I esprit et du cœur, retourne la vie et I élève décidément.C est le bienfait durable que 1 Eglise attend de I affirmation solennelle du plus glorieux privilège de Marie, et qu elle désire nous voir demander avec elle.Car, si la célébration liturgique, sur ce point comme sur d autres, a précédé la proclamation du dogme proprement dit, par contre celle-ci confère à la fête un éclat nouveau.D\u2019autant plus que le Saint-Siège, dans le dessein évident de le transformer en une profession de foi explicite, a renouvelé le formulaire de la messe de 1 Assomption.116 Le sens des faits Les textes de cette nouvelle messe sont admirablement choisis et chacun serait à méditer.Retenons-en seulement un qui nous livre toute la pensée de l Eglise, car, en plus de formuler exactement le mystère, il indique la grâce que nous devons solliciter.II s agit de 1 oraison dite collecte parce qu elle collige c\u2019est-à-dire réunit et conclut les demandes de tous.D ordinaire la liturgie condense ainsi en une brève formule le contenu doctrinal et spirituel d\u2019une solennité.Nous en avons un bel exemple dans le texte suivant : « Dieu tout-puissant et éternel qui avez élevé 1 Immaculée Vierge Marie, mère de votre Fils ; faites, nous vous en prions, que toujours attentifs aux biens d\u2019en-haut, nous méritions d être associés à sa gloire».La secrète et la postcommunion implorent, elles aussi, par I intercession de la Vierge de- l\u2019Assomption, la même grâce : que tout notre être aspire profondément vers Dieu jusqu\u2019à la gloire de la résurrection.* * * Nul doute que cette attitude salutaire doive être le fruit du mystère que nous célébrons.Saint Paul écrivait déjà aux Colossiens : « Si vous êtes ressuscités avec le Christ, recherchez les choses d en-haut, là où se trouve le Christ assis à la droite de Dieu.Songez aux choses d en-haut, non à celles de la terre ».Comme pour nous faciliter cette attention nécessaire aux réalités surnaturelles, I Eglise nous exhorte maintenant à contempler Marie élevée au ciel, corporellement présente auprès de son Fils.Certes, la présence du Christ nous importe encore davantage et, fût-il seul à être présentement glorifié dans sa chair, il demeurerait le fondement inébranlable de notre foi en la résurrection.Mais, quel surcroît d\u2019assurance ne trouvons-nous pas dans la certitude que déjà I une de nous, la femme bénie entre toutes, participe à cette gloire corporelle du Christ, et, puisqu elle est notre Mère, s emploie à nous y amener tous ?L Assomption nous transporte dans 1 autre monde : grâce à elle, ce séjour mystérieux nous devient réel et proche parce que notre Mère s\u2019y trouve déjà, non à I état d âme séparée \u2014 la traduction des studios français : La fille clés marais, est déplorable autant qu\u2019insignifiante.Et le Saint-Père y faisait certainement allusion au soir du 24 juin 1950, après la canonisation de sainte Maria Goretti : « Au-dessus des marécages malsains et de la boue du monde s étend un ciel infini de beauté.C est le ciel qui a fasciné la petite Maria, le ciel où elle a voulu monter par 1 unique chemin qui y conduit : par la religion, l\u2019amour du Christ, 1 héroïque obéissance à ses commandements ».Le chapitre sur l\u2019actualité du message de Maria vaut d être signalé.Puisque c est en vue de notre progrès personnel que 1 Eglise de Dieu nous présente ses saints, il est attachant et suggestif de voir, dans le concret, comment la sainteté s\u2019accommode des situations les plus humbles: n\u2019étant somme toute que la réponse fidèle à 1 amour du Père, qui veut nous voir fleurir là où il nous a semés.L auteur a bien le droit de dire en 119 Revue Dominicaine conclusion que « la simple présence de Maria nous plonge dans la gêne où nous nous trouverons au Jour du Jugement ».Plus spécialement, nous savons gré à I auteur pour deux choses.On sera tenté de les trouver accidentelles, mais en réalité elles s insèrent à leur place dans la perspective de I ouvrage.La première, c est de nous avoir présenté en hors-texte le profil d Ersilia, la jeune sœur de Maria.On sait en effet que « les deux enfants se ressemklaient comme deux gouttes d eau » (p.34).Voir à ce propos le numéro 9-10 de l\u2019Art Sacré (mai-juin 1931 ) sur les Vendeurs et le Temple : on y met en regard, à la page 14, la pkoto d Ersilia, le portrait « classique » de Maria (I artiste avait pris pour modèle la sœur de la sainte) et les falsifications qu\u2019on en a faites au nom d un idéal, pour le moins étonnant, de la sainteté.Non, la vérité est plus aimakle que les embellissements de mauvais goût ,\u2014 à vous ôter toute envie de devenir saints ou du moins de le paraître .\u2014 conséquences de préjugés tenaces sur la véritable nature cle la sainteté.Comme si elle n était le lot que des religieuses, des religieux et des enfants Lien sages.Même s il est vrai que la série des béatifications et canonisations de I Année Sainte et de 1931 ait pu contribuer ckez d aucuns à renforcer cette impression.L autre mérite de I auteur à notre particulière gratitude c est d avoir, en appendice, démêlé au profit du cinéphile I art et la réalité, I imaginaire et le vrai dans la trame de cet « écrit spirituel » qu\u2019est le film d Augusto Genina.Cette mise au point, d ailleurs appelée par I avant-propos de I ouvrage, était devenue nécessaire.Un critique autorisé ne présentait-il pas dans Te Monde du 18 mai 1951 « Ta fille des marais » : vitrail mystique comme une « histoire vraie », sans plus de nuances ?Nous savons que d autres I ont suivi et que bien des spectateurs s y laissent prendre eux aussi.Grâce au livre du Père Menu, la légende autour de Maria Goretti a bel et bien vécu, espérons-Ie.Cet ouvrage se recommande enfin par la sobriété du style et son effacement devant la grandeur du sujet ; par sa pensée claire et souple, baignée du souvenir de beaux textes bibliques, qui donnent à l\u2019œuvre son climat et son inspiration ; par sa discrétion surtout, chaque fois que I auteur touche au mystère de la vie.II avoue tout de même avoir écrit de préférence pour les adultes occupés de I éducation des jeunes.Ces qualités indéniables valent bien qu on oublie quelques nécessaires faiblesses et qu on souhaite à cette biographie la diffusion qu elle mérite.A.-M.Lemay, O.P.120 Le sens des faits Un Salon d\u2019Art Sacré à Paris Le mouvement qui, au cours des dernières années, a profondément marqué la vie artistique française et qui s\u2019est manifesté par de multiples et souvent audacieuses expériences dans le domaine de 1 art sacré moderne, vient de trouver en quelque sorte son couronnement officiel avec l\u2019ouverture d\u2019un Salon d\u2019Art Sacré qui est en France la première manifestation de ce genre.Et les organisateurs ont bien l\u2019intention de faire de ce Salon une manifestation régulière qui permettra chaque année de faire le point de la situation de l\u2019art religieux moderne.De cette façon aussi, l\u2019Art Sacré prend sa place parmi les grands événements de la vie artistique française et les artistes trouvent dans ce Salon le moyen d établir un contact, qui devrait être fécond, avec le grand public.C\u2019est le mercredi 2 mai que ce premier Salon consacré à l\u2019Art religieux a été officiellement inauguré par Son Excellence Mgr Feltin, archevêque de Paris et par M.Claudius Petit, Ministre de la Reconstruction, dans les salles du Musée d Art Moderne de la Ville de Paris.Une part importante de l\u2019exposition est consacrée à la reconstruction des églises ; et ce n\u2019est que justice car c est là un des problèmes les plus urgents qui se posent aujourd\u2019hui.Aussi I architecture religieuse tient-elle ici une place de premier plan : comme pour les autres secteurs de 1 art religieux on trouve ici une preuve du large libéralisme dont se sont inspirés les organisateurs du Salon : les projets architecturaux, maquettes, plans ou dessins, sont d une extrême diversité.On y discerne cependant un souci commun d\u2019accorder le fonctionnalisme moderne à la fois avec les exigences esthétiques et religieuses qui varient selon les artistes et selon les lieux.Le vétéran de 1 architecture religieuse moderne, Auguste Perret, est ici représenté par un beau projet pour 1 église Saint-Joseph du Havre.Plus modeste par ses dimensions mais fort intéressante par la puissante simplicité du parti architectural qui 1 a inspirée est 1 église de Bernes-sur- O ise telle que la projette I architecte Paul E.Koch.Signalons aussi, parmi bien d\u2019autres projets, celui de I architecte Moreux pour I église Notre-Dame de France à Londres : elle reprend dans son plan comme dans son élévation une tradition classique mais ce n est cependant pas un pur pastiche ; et en tout cas on notera 1 intérêt que présente dans ce projet une utilisation très intelligente du plan circulaire, celui même qui avait tenté quelques-uns des plus grands architectes de la Renaissance Italienne : Bramante ou Michel-Ange.Le même classicisme se manifeste sous une forme moins traditionnelle mais avec un remarquable souci de pureté et d harmonie à travers des formes et une composition fortement spiritualisées dans une 121 Revue Dominicaine œuvre qui est sans doute la plus récente manifestation de la renaissance moderne de l\u2019architecture en France : le projet de l\u2019architecte Maurice Novarina, un de ceux qui ont le plus travaillé pour une authentique architecture religieuse moderne, pour l\u2019église d'Alby sur Chéran (dans le département de la Savoie).Si de 1 architecture on passe à la peinture, on sera encore plus frappé de la diversité des genres et des styles.Entre La Mort de Jean Couty et la Crucifixion de Manessier, il y a toute la différence qui sépare deux conceptions techniques presque opposées : mais c est aussi la preuve qu une spiritualité commune peut réunir les artistes les plus différents ; cette différence même est un signe de vitalité.Les deux tableaux que nous venons de citer sont incontestablement deux chefs-d\u2019œuvre de J art religieux moderne : Couty avec une technique solide, avec une matière picturale d une extraordinaire richesse, en particulier en ce qui concerne la couleur, réinvente une sorte de réalisme lyrique qui est sans doute en rapport avec une très profonde tradition française, celle qui avait triomphé au XVïIe siècle chez des peintres comme La Nain, ou Georges de la Tour et qui extrait de la réalité apparemment la plus humble, grâce à la magie de la matière picturale, le contenu sacré qui y est toujours plus ou moins enfermé.Manessier au contraire est bien connu pour sa tentative de création d\u2019un art religieux « abstrait » ; à cet égard la Crucifixion est un de ses plus remarquables succès ; la façon même dont le peintre a su extraire la figure du Christ crucifié de la composition abstraite de ses lignes et de ses couleurs, par le jeu suggestif des différents plans qui se superposent à chaque instant en une sorte de prisme complexe, témoigne d une volonté de dépouillement, d un effort de choix, d\u2019analyse et de synthèse, dont I unité et la concentration sont la source du caractère proprement religieux de cette très émouvante Crucifixion.A ces deux maîtres que sont Couty et Manessier bien d autres artistes s adjoignent qui confirment leur témoignage : il y a des tentatives de néo-réalisme, il y a aussi toute la gamme des expériences non-figuratives à propos desquelles il faut sans doute remarquer qu\u2019un nouvel académisme guette les jeunes artistes.Les expériences les plus intéressantes sont celles qui tentent de dominer cet académisme en retrouvant les valeurs du modelé et de la structure, sans pour autant négliger les découvertes issues de I art abstrait.II faut sans doute distinguer à cet égard les œuvres de Maurice Rocher I un des plus doués des jeunes peintres religieux, et en particulier sa Prière dont I intensité fait songer à un Rouault d une plus jeune génération.La peinture religieuse est sans doute le domaine où I art moderne est le plus inégal, celui surtout où il n en est encore qu au 122 Le sens des faits stade des expériences ; c est celui aussi où I artiste souffre le plus de faire du travail purement individuel et on remarquera que ce premier Salon d\u2019Art Sacré ne fait qu\u2019une place minime à la décoration : il témoigne de ce fait incontestable qu\u2019il n\u2019y aura pas de véritable renaissance de la Pâture religieuse tant que les artistes seront contraints de se borner à des tableaux de cbevalet, et c\u2019est sur les murs d une grande église que pourra seulement se manifester toute la vitalité qui s\u2019exprime ici sous forme de promesse.\t, Par contre si, comme nous venons de le dire, la peinture ne donne pas entièrement satisfaction, ce Salon d Art Sacré manifeste le triomphe du vitrail moderne : il est clair que c est dans cet art du vitrail que 1 art religieux moderne atteint déjà sa perfection et sa plénitude : nous retrouvons ici Maurice Rocher et avec fui des artistes déjà largement connus comme Paul Bony, Jacques Lechevalier ou le R.P.Couturier : par la couleur, par le dessin comme par le symbolisme des sujets ou de la composition, leurs vitraux sont dignes de la grande tradition médiévale, qu\u2019ils se gardent cependant de vouloir pasticher.II y a là de la vigueur, du colorisme authentique, de la reserve aussi, une resistance volontaiie aux tentations du mélodrame ou du pittoresque, un sens du métier qui est peut-être la valeur la plus solide que ces artistes aient eu souci de redécouvrir, et tout cela donne naissance à la sincérité la moins suspecte dans l\u2019expression d\u2019un sentiment sans exagération théâtrale comme sans préciosité technique.Si I art du vitrail paraît bien être la forme la plus accomplie de l\u2019art religieux moderne, c est que, comme on le constate sans peine en visitant ce Salon, 1 harmonie entre la recherche artistique et F expression religieuse s y accomplit tout naturellement, un peu comme si le stade provisoire des expériences, où en est encore resté la peinture malgré quelques exceptions, était ici définitivement dépassé.II semble bien qu on puisse beaucoup attendre des artistes français qui ont redonné au vitrail toute sa splendeur et toute sa qualité.Le Premier Salon d\u2019Art Sacré, en faisant connaître à un plus large public des œuvres de cette qualité, peut contribuer, et ce sera là sa plus sûre justification, à multiplier dans les églises françaises des œuvres d art authentiques qui en transformeront I atmosphère et pourront satisfaire les goûts les plus exigeants.Henri Lemaître 123 L esprit des livres Gustave Proulx \u2014 « Chambre à louer ».Les Editions de I Institut littéraire de Québec, 1951.18 cm.Encore un livre qui se veut roman de moeurs et ne parvient qu\u2019à donner une vision incomplète sinon fausse du milieu qu\u2019il se propose de peindre.JL auteur s\u2019essaye à tracer le portrait d\u2019une humble famille de la ville de Quebec, celle d\u2019Origène Lirette, livreur de lait.Dans un récit qui se soutient à peine, il met en scène le traditionnel mari sans caractère et soumis à la tutelle autoritaire de sa femme.Viennent les enfants, répétitions des clichés les plus usés de notre littérature
de

Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.

Lien de téléchargement:

Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.