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Titre :
Revue dominicaine
Éditeur :
  • St-Hyacinthe :Couvent de Notre-Dame du Rosaire,1915-1961
Contenu spécifique :
Mars
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Rosaire
  • Successeur :
  • Maintenant
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Revue dominicaine, 1952-03, Collections de BAnQ.

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Gabriel, 226, St-Jean, Tél.4-3864 .Québec.P.Q.Larue, J.-Albert, 5711, Durocher, Tél.CR.2734 .Montréal Architectes Lemieux, 760, Square Victoria, LA.2870, Mti.Ludger Lemieux \u2014 A.A.Q.P.\u2014¦ M.R.A.I.C.Paul M.Lemieux \u2014 B.A.\u2014 M.R.A.I.C.\u2014 A.A.P.Q.\u2014 D.P.L.G.F.Arpenteur : Bélanger, Henri, 85, Monk, apt 2, Tél.2-3848, Québec, P.Q.Arpenteurs-Géomètres et Ingénieurs Forestiers : Boucher, Germain, 72, Ste-Ursule, Tél.5-6156, Québec, P.Q.Bourget, Albert, 40^ Des Braves, Tél.2-3848 .Québec, P.Q.Articles de Sports : Le Palais des Sports, 67, Côte d\u2019Abraham, Tél.3-2341, Québec Articles Religieux, Jouets, Libraire, Etc.: Kirouac, Marcel, 479, 5e rue, Tél.2-5383 .Québec, P.Q.Ascenseurs \u2022 La Cie F.-X.Drolet, 206, Du Pont, Tél.4-4641 .Québec, P.Q.Assurances Générales : Bernardin Frères, Edifice Aldred, Ch.305.505, Place d\u2019Armes, Tél.HA.6258, Montréal Assurance : National Life Assurance Co.: Arsenault, Bona, Gérant, 80, St-Pierre, Tél.2-5785 .Québec Assurance ¦.La Solidarité, Cie d\u2019Assurance-Vie : Siège Social, 71, St-Pierre, Suite 607, Tél.5-8116, Québec, P.Q.Autobus : Autobus Lemelin, 147, Arago, Tél.5-7146 .Québec, P.Q.Autobus à Lorette, Aérodrome, Champigny, Lac St-Joseph, Ste-Catherine : Drolet, A., Ltée, 505, boul.Charest, Tél.2-8494, Québec, P.Q.Autobus Fournier Ltée : Québec au Camp Val- CARTIER, STE-FOY, LAC ST-CHARLES.ST-RAYMOND : Terminus, 501, boul Charest, Tél.6182-34, St-Augustin, 2-5946 Automobiles (sodddbe, débossage, peinture, etc.) : Boutet & Fils, 131, Caron, Tél.3-3370 .Québec, P.Q.Ferland, Ludger, 661, 1ère avenue, Tél.4-2920, Québec, P.Q.Automobiles \u2014 Vente & Service : Giguère Automobile Ltée, 501, St-Vallier, Tél.8230 .Québec Montcalm Auto Inc., 901, 1ère av., Tél.2-5676 \u2014 Québec, P.Q.Avocats : Bélanger, P.E.\u2014 M.A.L\u201e 937, Père Albanel, Tél.4-8772, Qué.Boutin, J.Pierre, 80, St-Pierre, Tél.2-7004 .Québec.P.Q.Charbonneau, Charbonneau & Charlebois, HA.1196-1197, 21 ouest, St-Jacques, Montréal, P.Q.Hon.Morand, Alleyn, Labrèque & Bemier, \u201e\t126, St-Pierre, Tél.2-6831, Québec, P.Q.St-Jacques, Henri, 18, Rideau, Tél.2-5055 .Ottawa, Ont.Banque s Banque Canadienne Nationale, Place d\u2019Armes .Montréal Batteries : Limoilou Batteries Ltée, 249, 2e rue, Tél.5-8228, Québec, P.Q.Bijouterie ex Gros Spéciai.ité : B4gues de Fiançailles \u2022 Marcoux, René, 37, de la Couronne, Tél.4-8722, Québec, P.Q.Biscuits et Gâteaux : Cie de Biscuits Stuart Ltée, Alf.Allard, prés., CR.2167, Mtl.Blocs de Béton, Tailleurs de Pierre : Côté, Valère, Inc., 325, Dorchester, Tél.4-4491, Québec, P.Q.Bois et Matériaux de Construction : Grier, G.A.& Sons Ltd., 2120 ouest, N.-Dame, WI.6118, Mtl.Bois de Construction, Manufacturiers de Planchers en Bois Franc, Portes et Châssis : Dupuis, J.-P.Ltée, 1084, Av.de l\u2019Eglise, Tél.YO.0928, Verdun Boulangers (gâteaux et pâtisseries) : Boulangerie Nationale, 540, 1ère av., Tél.2-5244, Québec, P.Q.Hethrington, T.Ltée, 358-364, St-Jean .Québc, P.Q.Brûleurs à l\u2019Huile : Desroches, Eug.& Fils, 1039, St-Vallier, Tél.3.8014 .Québec Café, Thé, Confitures : J.A.Désy Ltée, 1459, Delorimier, Tél.FR.2147 .Montréal Charbon : Quebec Coal Co.Ltd., 411, boul.Charest, Tél.2-8472, Québec CHARBON (Anthracite et Bitumineux) : The Canadian Import Co.Ltd., 83, Dalhousie, Tél.2-1221, Québec, P.Q.Charbon et Huile à Chauffage : Madden & Fils Ltée, 244, boul.Charest, Tél.4-3578 .Québec Chauffage et Plomberie : Couture, Odilon Enrg., 27, Lavigueur, Tél.5-8073, Québec, P.Q.Germain & Frères Ltée, 237, St-Antoine, Tél.76, Trois-Rivières Chauffage et Plomberie (entrepreneur) : Morency, Alphonse, 110, de la Ronde, Tél.3-4590, Québec, P.Q.Chauffage a- Ventilation Ltée : Langlais & Frère Inc., 253, St-Paul, Tél.2-8224, Québec, P.Q.Chauffage, Réfrigération, Ventilation, Électricité : Bouchard, J.-A.-Y.Inc., 97, Côte d\u2019Abraham, Tél.4-2421, Québec Chaussures\u2022 Leclerc, Georges, 41*4, St-Joseph, Tél.4-2380 .Québec, P.Q.Létourneau, Emile, 96, de la Couronne, Tél.3-7403, Québec, P.Q.Rousseau, J.E., 317-a, St-Joseph, Tél.3-0100 .Québec, P.Q.Chirurgien-Dentiste : Trottier, Dr Jean, 37, St-Eustache, Tél.3-6675 .Québec, P.Q.Cierges, Chandelles, Bougies ; F.Baillargeon Ltée, 51 ouest, Notre-Dame, PL, 9467, Montréal Cire à Plancher Liquide et en Pâte : Les Produits Sylvia Enrg., 187, des Commissaires, Tél.6768, Québec, P.Q.Compliments : Compliments d\u2019un ami : C.et G.Québec, P.Q.Compliments d\u2019un ami : J.E.S.Compliments d\u2019un ami : J.B.R.et Cie Inc.Compliments d\u2019un ami : P.Québec, P.Q.Compliments de J.M.Québec, P.Q.Compliments d\u2019un ami : O.S.-P.Don d\u2019un ami : L.T.J.P.Laberge Enrg.Un ami de la Revue.Un ami de la Revue : A.D.& Fils Ltée.Comptable Agréé : Turgeon, Paul, 852, St-Vallier, Tél.4-7426 .Québec, P.Q.Comptable Public Enrg.: Juneau, Gaston, 1320, 1ère avenue Limoilou, Tél.5-5501, Québec CONTRACTEURS : (Construction de Chemins et d\u2019Édifices Publics) : Les Entreprises Lechasseur Ltée .Mont-Joli, P.Q.Sévigny, Antonio, 31, des Remparts, Tél.3-2701, Québec, P.Q.CONTRACTEURS - ÉLECTRICITÉ - CHAUFFAGE - Constructions, Démolition, Matériaux à Vendre î Tétrault Frères, 1200, Av.de l\u2019Eglise, Tél.TR.6611-6612, Mtl.Courtiers : Lagueux & Desrochers Ltée, Casier Postal 218, 105, Côte de la Montagne, Tél.2-8271, Québec, P.Q.Courtiers D\u2019Obligations : La Corporation de Prêts de Québec, 132, St-Pierre, C.P.68, Tél.2-4765, Québec, P.Q.Courtiers en Immeubles & Assurances : Leroux, O., 525, 3e avenue, Tél.4-3836 .Québec, P.Q.Thibodeau, L.P.R., 325, boul.Charest, Tél.2-8115 .Québec ' V V BONNES ADRESSES A CONSULTER Couvreurs : Falardeau, Eugène Ltée, 141, Dorchester, Tel.5-9677 .Québec Crème Glacée : Crémerie Mont Blanc Enrg., 149, Renaud, Tél.2-6841 .Québec Députés : Bernard, Robert, 12, Marier, Drummondville, P.Q.Bematchez, René, agronome, St-Flavien, Co.Lotbinière, P.Q.Blanchard, J.-L., notaire, Ste-Thérèse, Co.Terrebonne, P.Q.Cossette, Philippe, notaire, Causapscal, Co.Matapédia, P.Q.Desjardins, Gérard, C.P.260, Maniwaki, P.Q.Fleury, E., M.A.L.(Cultivateur), St-Léonard d\u2019Aston, P.Q.Fox, C.J.W., Foster, Co.Brome, P.Q.Gérin, Denis, Coaticook, P.Q.Lévesque, J.R., M.A.L., prop.(Epicerie Moderne Enrg.), Ste-Anne des Monts, Co.Gaspé-Nord.P.Q.L\u2019honorable T.Labbé, M.A.L.(Epicier en Gros), 644, Notre-Dame, Tél.89, Thetford-Mines, P.Q.Lizotte, Dr Fernand, M.A.L., St-Jean-Port-Joli, P.Q.Ouellette, Pierre, 108, La Salle, Baie Comeau, P.Q.Plourde, Alfred, M.A.L., Mont-Carmel, P.Q.Rémie, J.G., Assurances, Huntingdon, P.Q.Directeurs de Funérailles : La Maison Sylvio Marceau Enrg., 182, Marie de l\u2019Incarnation, Tél.2-5212, Québec, P.Q.Thibault, J.P.Enrg., 9, Commerciale, Tél.131 .Lévis, P.Q.Éditions : Editions du Lévrier, 5375, Av.N.-D.de Grâce, WA.0369, Mtl.ÉLECTRICIENS \u2014 LAVEUSES, ETC.: Gravel Electrique, 511, 1ère avenue, Limoilou, Tél.3-7371, Qué.Simard Electrique Enrg., 317r, 3e rue, Tél.3-7701, Québec, P.Q.Entrepreneurs-Constructeurs : Lambert, F.-X., 14, Place d\u2019Aiguillon, Tél.2-8588, Québec, P.Q.Mobec Ltée, 466, St-Vallier, Tél.2-1297 .Québec, P.Q.Entrepreneurs Électriciens : Asselin Electrique, 317-B, de la Canardière, Tél.3-2002, Québec Latulippe, J.-P., 124, Bayard, Tél.2-7644 .Québec, P.Q.Poulin & Fils Enrg., 692, 1ère avenue, Limoilou, Tél.4-2706, Québec, P.Q.Sylvain, Lucien, 92, Ste-Agnès, Tél.2-2987 .Québec, P.Q.Entrepreneurs-Couvreurs : Bureau, Antonio, 240, boul.des Capucins, Tél.6334 .Québec La Rue, D.Ltée, 5, Centre Industriel, St-Malo, Tél.3-7500, Qué.Entrepreneurs Généraux : Bédard, Albert, 375, Dorchester, Tél 2-3623 .Québec,\tP.\tQ.Bilodeau, Ltée, 82, Richelieu, Tél.2-1143 .Québec,\tP.\tQ.Deslauriers, A.& Fils Ltée, 68, Lalemant, Tél.5-8157, Québec Dubé et Dubé, 14, Place d\u2019Aiguillon, Tél.3-8322,\tQuébec,\tP.\tQ.Lambert, J.-O., 6, Garagonthier, Tél.4-4498\t.\tQuébec,\tP.\tQ.Lamontagne, F.-X., 411, boulevard Charest, Tél.3-0590, Québec Les Entreprises Bergerville Ltée, 111, Côte de la Montagne, Tél.2-5268, Québec, P.Q.Parent & Gosselin Enrg., 270, des Oblats, Tél.3-5875, Québec Entrepreneur \u2014 Joints de Gtproc - Tirage de Joints : Tremblay, Paul-Arthur, 1086, Defondville, Tél.2-6104, Québec Entrepreneur de Menuiserie Générale t Bégin, Alphonse, 275, 13e rue, Limoilou, Tél.4-3980 .Québec Entrepreneurs de Pompes Funèbres : J.Wilfrid Dubois Inc., 2, Durocher, Tél.5-5298 .Québec, P.Q.Épiciers : Pakenham Enrg.975, 3e avenue, Tél.2-5681 .Québec, P.Q.ÉPICERIES EN Gros : Lamarche, J.H.Enrg., 5345, Ferrier, Tél.CR.2155, Montréal Letellier, J.-B.-E.Inc., 112, Dalhousie, Tél.2-3931 .Québec Rioux & Pettigrew, 48, St-Paul, Tél.2-1212 .Québec, P.Q.Ferronnerie D\u2019Art : Les Frères Lebrun, 456, Niverville .Trois-Rivières, P.Q.Marchand, Adélard, 68, St-Vallier, Tél.2-2370, Québec, P.Q.Ferronnerie en Gros : Demers, J.L.Ltée, 57, Commerciale, Zone 5-1070 \u2014 Québec, 5-5177, Lévis, P.Q.Fleuristes : Gardenia Enrg., 107, St-Jean, Tél.4-2128 .Québec, P.Q.Fourrures : Alain, P.A.Ltée, 203, St-Joseph et 79, de 1 Eglise, 5106, Qué.Bernard, Léo, 810, St-Vallier, Tél.3-1329 .Québec, P.Q.Jobin, Arthur, 96, St-Joseph, Tél.5-9016 .Québec, P.Q.Fourrures, Haute Qualité, Réparation.Voûte : Nadeau, J.-O., 297, Sainte-Foy, Tél.2-6429 .Québec, P.Q.Sanfaçon, Honoré, 264, St-Joseph, Tél.5-7419 .Québec, P.Q.Turcotte, N.-Geo., 201, boul.Charest, Tél.4-1459, Québec, P.Q.Garage \u2014 Réparations Générales : Garage Paradis Enrg., 78, D\u2019Aiguillon, Tél.2-8777 .Québec Garage \u2014 Réparations Générales de Carrosseries D\u2019Automobiles : Beaulieu & Filion Enrg., 207, Ste-Hélène, Tél.2-2256, Québec Garagistes : Fradette, Amédée, 45, Franklin, Tél.3-2828 .Québec, P.Q.Garage Cloutier, 93, boul.Langelier, Tél.9034 .Québec, P.Q.Grains, Moulées, Provisions : Larochelle & Fils Inc., 65, St-Roch, Tél.5-7494 .Québec, P.Q.Hôtels : Château Champlain, 401, St.Paul, Tél.2-2061 .Québec, P.Q.Hôtel Louis XIV Ltée, 3, Place Royale, Tél.2-0228 .Québec Hôtel Montcalm, Inc., 161, St-Jean, Tél.2-1287, Québec, P.Q.Importateurs et Fabricants D\u2019Objets de Piété : Génin, Trudeau et Cie, 38 ouest, N.-Dame, LA.2261, Montréal Imprimeur : Bégin, J.Maurice, 9, Chabot, Tél.683 .Lévis, P.Q.Médéric Parent, 50$, St-François, Tél.3-1252.Québec, P.Q.Ingénieurs-Conseils : Demers, Georges, 71, St-Pierre, Tél.3-6736 .Québec, P.Q.Langlais, Zachée, 105, Côte de la Montagne, Tél.3-6661, Québec Ingénieurs Constructeurs : Komo Construction Ltée, 1500, St-Vallier, Tél.2-6839, Québec Institutrice : Sturton, Mlle Ethel, 93, Crémazie, Tél.5-9571 .Québec, P.Q.Laboratoire Farley \u2014 Hull, P .Q.: Fabricant des « Antalgines » contre les maux de tête.Lait, Crème, Beurre, Œufs et Fromage : La Ferme St-Laurent Ltée, 6720, Garnier, CR.2188-9, Montréal Laiterie Arctic Ltée, 76, du Sacré-Cœur, Tél.5-7101 .Québec La Librairie Dominicaine : 5375, avenue Notre-Dame de Grâce, Tél.WA.0369 .Montréal 95, avenue Empress, Tél.2-7363 .Ottawa, Ont.Librairie (en gros seulement) : Librairie J.A.Parent, 472, St-Vallier, Tél.5630, Québec, P.Q.Libraires : Granger Frères Ltée, 56 ouest, N.-Dame, LA.2171 .Montréal MACHINERIES D\u2019IMPRIMERIE (Réparation, Soudure, Etc.) : Le Matériel d\u2019imprimerie Ltée (Demandez M.Langlais), 970, de Bullion, Tél.PL.9011, Montréal Magasins à Rayon : Bouchard, L\u201e 750-760, St-Vallier, Tél.2-5638 .Québec, P.Q.Dupuis Frères Ltée, Tél.PL.5151 .Montréal Magasin St-Louis Enrg., 26 rue St-Louis, Tél.2-4791, Québec Moncion, Thomas, Suce.J.Pharand, 85-91, Champlain, Tél.2-5316, Hull, P.Q.Manufacturier de Biscuits : Les Biscuits Dion Inc., 700, 2e rue, Tél.4-4191, Québec, P.Q.Manufacture de Chaussures : Samson, J.E., Inc., 469, St-Vallier, Tél.5-8765, Québec, P.Q.Manufacturier de Monuments : Gingras, Roch, Enrg., 2139, Chemin Ste-Foy, Tél.7-3147, Qué.Manufacturiers de Portes et Chassis, Bois : Pilon, Jos.Ltée, 79, boul.du Sacré-Cœur, Tél.3-1116, Hull, P.Q.Manufacturiers de Tuyaux en Ciment : Tuyaux Vibrés Inc., 370, Dorchester, Tél.6325, Québec, P.Q.Manufacture de Vinaigre » La Cie de Vinaigre Lion Ltée, 74, Renaud, Tél.3-0405, Québec Marbre, Terrazzo, Tuile & Ciment : La Cie de Marbre & Tuile de Québec Ltée.327, Dorchester, Tél.2-6900, Québec, P.Q.VI BONNES ADRESSES A CONSULTER Marchand de Fer, Etc.« Compagnie Chinic, 55, St-Pierre, Tél.2-8293 .Québec, P.Q.Marchands de Fourrures : Cardinal, Arthur, 8, boul.Pie XII, Tél.66 - 3030, Beauport, P.Q.Marchand de Fruits : Vézina, Adélard & Fils Enrg., 71, St-André, Tél.2-5258, Québec Marchands de Meubles : Cantin, J.-W., 446, St-Joseph, Tél.8007 .Québec, P.Q.Marchands de Sable et Pierre Concassée : Robert & Dufour Enrg., 390, 20e rue Limoilou, Tél.2-4027, Qué.Marchands-Tailleurs : Lefebvre, Ph., 63, Buade, Tél.3-1433 .Québec, P.Q.Mathieu, Lucien Enrg., 2251, Frontenac, Tél.FR.1803, Montréal Matelas, Sommiers, Etc.: Matelas Frontenac Enrg., 15, Boisseau, Tél.5347, Québec, P.Q.Maternité Privée s Ouellette, Mme J.T., 10, d\u2019Artigny, Tél.2-1966, Québec, P.Q.Médecins : Castonguay, Dr E.-J., 4231 est, Ste-Catherine, CH.0560, Mtl.Gratton, Dr Albert, 781, du Couvent, Tél.WE.5476 .Montréal Pouliot, Dr Antoine, 69, Ste-Ursule, Tél.2-4455, Québec, P.Q.Membres Artificiels : Duckett, J.A., 3651, Park Ave, Tél.HArbour 0630, Montréal Merceries pour Hommes : Julien, Albert, 656, 3e avenue, Limoilou, Tél.4-9474, Québec Négociant en Gros D\u2019Appareils Électriques : Vandry Inc., 470, des Capucins, Tél.2-5656 .Québec, P.Q.Négociant en Gros (épicehies, fahim, ghains) : Bégin, Noël Inc., 94, Commerciale, Tél.Lévis, 175, Québec, 5-9686 Négociants en Gros \u2014 Jobbers : Bourget & Léveillé, 59, Commerciale, Tél.Zone 5-216 .Lévis Nettoyeur, Buanderie s Pfeiffer, P., 4, McMahon, Tél.2-2021 .Québec, P.Q.Notaires : Baillargeon & Baillargeon, 38, des Jardins, Tél.2-1390, Québec Labrèche et Labrèche, 10 ouest, St-Jacques, MA.3373, Montréal Nouveautés, Merceries, Tapis, Prélarts : Alepin, J.et Frère Ltée, 4295 ouest, Notre-Dame, Tél.WE.1108 ; 4719, Wellington, Tél.YO.1144, Montréal Opération Forestière \u2014 Bois \u2014 Pulpe : Lagueux, E.& Fils Ltée, 35, Côte du Palais, Tél.5-9739, Qué.Opticiens D\u2019Ordonnances : Derouin, O.L., 37, Metcalfe, Tél.2-4976 .Ottawa, Ont.Lamontagne, Etienne, 1065, St-Prosper, Tél.2178, Trois-Rivières Optométristes et Opticiens : Beaulieu, Remy, 94, de la Couronne, Tél.2-3592, Québec, P.Q.Mignault, J.-Ed.& René Beauséjour, 52, St-Jean, Tél.2-1803, Québec, P.Q.Papier Asphalt \u2014 Matériaux de Construction : Bishop Asphalt Papers Ltd., 201, du Pont, Tél.2-3581-2-6193, Québec, P.Q.PÂTISSERIE - PAIN : Jos.Vaillancourt Inc., 356-358, St-Joseph, Tél.2-2085, Québec Vachon, J.A.& Fils Ltée, .Ste-Marie de Beauce, P.Q.Pharmaciens : Pharmacie P.-H.Soucy, 85, Cartier, Tél.2-1235, Québec, P.Q.Pharmacie Canadienne, 1661 ouest, N.-Dame, Tél.WI.1771, Mtl.Pharmacie Roy Enrg., 121, Royale, Tél.2-3736, Giffard, P.Q.Pharmaciens en Gros : Ontario Medical Supply, 139, Queen, Tél.2-5309, Ottawa, Ont.Gérant : J.-André Gaulin, Dist.pour Casgrain & Charbonneau Photographie Artistique et Commerciale : Michel Studio Enrg., 354, St-Jean, Tél.4-2798 .Québec, P.Q.Plombiers : Asselin, J.A., 37, Hermine .Québec, P.Q.Bédard, Roger, .25-27, Côte dAbraham, Tél.4-3263, Québec, P.Q.Pneus : Michaud Tire Service Ltée, 207, de la Couronne, Tél.3-3901, Québec, P.Q.Produits de Salon de Beauté : Lemieux Beauty Products, 16, rue de l\u2019Eglise, Tél.3-6320, Qué.M.A.Lemieux, résidence, Tél.2-3073, Québec, P.Q.Provisions Générales pour Bateaux « Quebec Ship Riggers & Sail Makers Reg\u2019d., 17, Sault-au-Matelot, Tél.3-6717, Québec, P.Q.Provisions, Poisson, Fruits, Etc.: Dominion Fish & Fruits Ltd., 45, St-Paul, Tél.2-7036, Québec Professeur de Musique (Guitare, mandoline, violon) : Gagnon, T.W., 208, N.-D.des Anges, Tél.2-3700, Québec, P.Q.Quincaillerie Générale : Cantin & Fils Ltée, 555, St-Vallier, Tél.5-7123, Québec, P.Q.Gravel, Ludger & Fils Ltée, 7905, boul.St-Laurent, Tél.VE.2581, Montréal Grégoire, J.-R., 3605 est, Ontario, Tél.FA.1167-8 .Montréal Quincaillerie en Gros et Détail : Lemieux, Jos.-E.Enrg.Québec, P.Q.O\u2019Neil & Richard Ltée, 134, du Pont, Tél.2-1594, Québec, P.Q.Quincaillerie et Ferronnerie : Terreau Racine Ltée, 196-220, St-Paul, Tél.2-2711 .Québec Radio Technicien \u2014 Haut-Parleurs : Gagnon, Jean-Paul, 960, 1ère avenue, Tél.2-1735, Québec, P.Q.Réfrigérateurs : Brindamour, W., 415, 1ère avenue, Tél.3-2449, Québec, P.Q.Rembourrage et Fabrication de Meubles : St-Hilaire, Alfred, 382, St-Vallier, Tél.3-4446 .Québec, P.Q.Restaurants s Boulevard Restaurant, 3830, Décarie, Tél.DE.0097 .Montréal Chez Marino Enrg., 34, Dauphine, Tél.3-0675 .Québec, P.Q.Service Aérien : Les Ailes du Nord Ltée, Tél.30s.3-7-47, Sept-Iles.P.Q.Tél.7-4362 .Québec, P.Q.Service Électrique : Bourque Electrique Ltée, 4, rue St-Jean, Tél.2-2759 .Québec Soudure, Débossage, Peinture, Etc.: Beaulieu, L.P., 15, boul.Roosevelt-Churchill, Tél.4-4924, Qué.Soupe : Habitant Soup, 8455, St-Domrinique, Tél.DU.1115, Montréal-14 Stores Vénitiens : Méthot, Raoul, 213, 5e rue, Tél.2-6174 .Québec.P.Q.Syndic Licencié : LaRochelle, Victor, 111, Côte de la Montagne, Tél.3-7258, Qué.Tannerie : Tannerie Daigle Ltée, 7, Lee, Tél.5-7523 .Québec, P.Q.Taxis : Taxis Maguire Enrg., 1463, Maguire, Tél.3-1474, Sillery, Qué.Terra-Cotta : Montreal Terra-Cotta Ltd., 1010 ouest, Ste-Catherine, MA.6912, Montréal Terrazzo Mosaïque & Tuile : Terrazzo Mosaïque & Tuile, 25, av.St-Sacrement, Tél.3-1071, Québec, P.Q.Transports : La Traverse de Lévis Ltée, 71, St-Pierre, Tél.4-8938, Québec St-Hyacinthe Transport, 350, Duclos, Tél.356-122, St-Hyacinthe Transport R.Dumas Enrg., 250, Ste-Hélène, Tél.3-3824, Qué.Valeurs de Placement : Dubé, Oscar & Cie Inc., 105, Côte de la Montagne, Tél.2-4061, Québec, P.Q.Valises et Bois de Construction : Ruel, Edouard Ltée, 416, St-Joseph, Tél.286W, Lauzon, P.Q.Viandes en Gros : Marché de Québec Enrg., 342, 1ère rue, Tél.2-2016, Québec, P.Q.Vitres et Peinture : Franklin Glass & Paint Co., 305, St-François, Tél.2-4982, Qué.Vitres et Peinture Pittsburgh : Hobbs Glass Ltd., 90, Côte de la Montagne, Tél.2-1538, Québec VII Sommaire Mars 1952 Julien Péghaire, P.S.Sp.: Il y a cent ans, mourait un Juif Il importait de ne pas passer sous silence le centenaire de la mort \u2014 31 janvier 1952 \u2014 du Vénérable François-Marie-Paul Liebermann, fils de rabbin, converti au catholicisme, prêtre, fondateur de la Congrégation des Missionnaires du Très Saint Cœur de Marie, supérieur de la Congrégation du Saint-Esprit, directeur spirituel émérite, apôtre des nègres, etc.Salus ex Judeis est.Evoquer cette belle figure d\u2019apôtre du XIXe siècle est le but de cet article qui s\u2019av'ère une belle réussite.Geneviève de Grave : Le Cardinal Mercier Hommage au grand Cardinal dont l\u2019Université de Louvain célébrait en novembre dernier le centenaire de sa naissance : 22 novembre\t1851.I.-André\tVincent, O.P.: A la recherche du sacré\tdans\tl\tArt Cette esquisse d\u2019histoire authentique de l\u2019art devrait dissiper bien des préjugés et donner confiance à ceux qui cherchent à dépasser l\u2019homme\tpour trouver Dieu.A.-M.Perreault, O.P.: Les Foyers de l Unité en\tItalie C\u2019est à Trente, en 1943, en face des désastres matériels et spirituels de la guerre, qu\u2019une jeune fille comprit que Dieu seul pouvait sauver le monde.D\u2019où retour à l\u2019Evangile intensément vécu, communauté de biens, pratique de la perfection chrétienne dans le monde, sans autre loi que la Charité, comme les premiers chrétiens au lendemain de la Pentecôte.Le sens des iaits G.\t-A.Saint-Denis, O.P.: « Au milieu la montagne ».Bertrand Vag : « Le céramiste Claude Vermette ».André Latreille : « Le Canada s\u2019interroge sur son destin ».Annette Décarie : « Note : Théologie et poésie ».Conrad Letendre : « Le livre d\u2019accompagnement des 400 cantiques choisis ».H.\tBordeaux : « Mort du poète Louis Mercier ».L esprit des livres 1 ertullian : « 1 reatises on Marriage and Remarriage » (B.L.).Louis C.O Neil : « Contes de Noël » (Jean-Marc Gay).P- Beeckman : « L\u2019Evangile selon saint Jean » (M.-J.Lestang).R.de Vaux, O.P.: « La Genèse » (A.L.).Jean Bousquet, O.P.: « Lacordaire » (Elie Goulet).Léon Moreel : « Le R.P.Frédéric Janssoone » (A.Tilly).Ghislaine Reid : «Il vit en face » (Elie Goulet). REVUE DOMINICAINE Directeur : R.P.ANTONIN LAMARCHE, O.P.3500, Av.Laval, Montréal-18, P.Q.Vol.LVIII\tTome I\tMars 1952 Il y a cent ans, un Juif mourait C était le 51 janvier 1852.Dans une chambre du Séminaire du Saint-Esprit, à Paris, en plein quartier latin, un homme de cinquante ans, un prêtre, agonisait.Autour de son lit, ses collaborateurs dans le gouvernement de la Congrégation du Saint-Esprit dont il est le Supérieur Général, depuis quatre ans.« Dieu l a ramené de loin, devait dire de lui du haut de la chaire, M.Desgenettes, fondateur de lArchiconfrérie de N.-D.des Victoires, il I a converti du judaïsme ».Et, dans le silence de cette chambre mortuaire, une voix s\u2019élève : « que nous recommandez-vous pour que nous soyons de bons religieux ?» Ee moribond se recueille alors, fait effort pour parler et lentement balbutie : « Etre fervents.fervents.toujours fervents.et surtout la charité.la charité.la charité surtout.charité en Jésus-Christ.charité par Jésus-Christ.charité au nom de Jésus-Christ.Ferveur, charité.union en Jésus-Christ.» II s arrête épuisé par I effort.Et 1 agonie continue, dans cette chambre où I on touche la mort.La nuit est venue ; il est neuf heures.Sortant de son assoupissement, le malade ouvre les yeux ; ses enfants, tous ses enfants sont là.« Je vous vois pour la dernière fois, leur dit-il.pour la dernière fois.Sacrifiez-vous pour Jésus.pour Jésus seul.avec Jésus.avec Jésus seul.Sacrifiez-vous avec Marie .avec Marie.Dieu, c est tout I.I bomme, c est rien.L\u2019esprit 65 Revue Dominicaine de sacrifice.zèle pour le salut des âmes.» Et il s arrête en disant « Je n en puis plus I.» La nuit passe, lente.La journée du 1er février aussi, durant laquelle les yeux du malade commencent à s éteindre : c est le coma ; qui dure jusqu au lendemain, fête de la Purification de la Vierge.Vers deux fleures de I après-midi, I agonisant se réveille ; on lui présente un crucifix et une image de Marie tenant dans ses bras son Enfant Jésus.Ses yeux brillent alors d une expression ineffable de tendresse ; il semble écouter queîqu un qui lui parle et entendre une harmonie céleste qui le transporte hors de lui.Cette sorte d extase dure une heure.A la chapelle sur laquelle ouvre une petite fenêtre, on chante Vêpres.« Il va mourir pendant le Magnificat.» dit un assistant.Et de fait « comme on chantait au chœur, écrit le Cardinal Pitra, son premier biographe, ces paroles très distinctement entendues Et exaltavit humiles, Marie recevait sa belle âme.Ses enfants I embrassèrent une dernière fois, en disant le Gloria Patri du saint cantique avec le chœur ».Le Vénérable brançois-Marie-PauI Libermann avait remis son âme de prêtre entre les mains du Dieu d Abrah am, d Isaac et de Jacob.* * * Dieu I avait ramené de bien loin î avait dit le bon Curé de N.-D.des Victoires.C est bien vrai ! Cinquième fils du rabbin cle Saverne, en Alsace, Jacob Libermann était né en 1802.A vingt ans, il ne connaît encore que son milieu juif ultratraditionaîiste.Ne parlant que le dialecte alsacien, il n a fait que des études talmudiques dont il possède parfaitement la langue et les déconcertantes subtilités, car son père rêve pour lui d une carrière rab-binique remarquable.C est pour I y préparer qu il envoie son Jacob à Metz à I Ecole supérieure israélite.Dans cette ville, le contact avec un monde nouveau pour lui, la réception plutôt froide d un rabbin à qui il avait été recommandé, 1 isolement et la tristesse qui s en suit, tout cela pousse notre Il y a cent ans, un Juif mourait étudiant à chercher un dérivatif vers la culture des chrétiens, II apprend le français, le latin et le grec.Bientôt le doute religieux se glisse dans son âme et il déclare à son frère aîné, Samson, qui, lui, est déjà chrétien « qu en regardant de près la Bihle, on en découvre la fausseté » et il conclut « Tout ce que Dieu exige de nous, c est de le reconnaître, d\u2019être justes et humains ».Le voilà devenu déiste I La place est nette de tout le fatras talmudique.Jésus va lui apparaître par la lecture de I Evangile traduit en hébreu.Si les miracles du Christ le rebutent, sa divine Personne I impressionne profondément.Aussi quand, dans la Profession de foi d\u2019un Vicaire Savoyard de J.-J.Rousseau, il lit un résumé des preuves de I authenticité des Evangiles et ce défi qui termine le morceau : « Je n ai pas été à même jusqu à ce jour de savoir ce que répondrait à cela un rabbin d Amsterdam », lui, le fils du rabbin de Saverne, le savant spécialiste du Talmud, s avoue incapable de fournir la réponse.De plus en plus rebuté par ses études hébraïques, il décide de renoncer à la profession de rabbin et de partir à Paris se préparer un avenir.A son père il donnera comme raison de ce voyage son désir de se perfectionner dans la science de la Thorah.Par Intermédiaire de son frère Samson, il s était mis en relations épistolaires avec M.Drach, rabbin converti devenu I apôtre de ses anciens coreligionnaires.II lui avait parlé de son état d âme au point de vue religieux, sans lui cacher cependant qu il n avait nulle envie de devenir chrétien.Il était encore dans les dispositions qui lui avaient fait écrire à son frère, quelques mois plutôt : « Je t assure que je ne serai pas meilleur chrétien que je suis bon juif.« Persuadé cependant que Notre-Seigneur avait déjà vaincu dans ce cœur, M.Drach lui offre une situation, mais à la condition de se convertir.Libermann accepte la situation ; quant à la conversion, il verra bien une fois dans la capitale I C\u2019est vers la fin de novembre 1826 qu il y arrive.Après quelques jours passés chez son frère Félix, baptisé à Pâques de cette année, il se laisse faire, quand M.Drach le conduit au Séminaire annexé au col- 67 Revue Dominicaine lège Stanislas, où, toujours dans la pensée d une conversion assurée, le savant orientaliste lui avait trouvé une chambre.Le Supérieur n a-vait-il pas couvert les frais du voyage Saverne-Paris ?Mais c est Jacob Libermann, lui-même qu il faut entendre ici.A Stanislas, racontait-il plus tard, « on me renferma dans une cellule, on me donna 1 Histoire de la doctrine chrétienne par Lhomond, ainsi que son Histoire de la religion, et on me laissa seul.Ce moment fut extrêmement pénible pour moi.A la vue de cette solitude profonde, de cette chambre où une simple lucarne me donnait le jour, la pensée d être si loin de ma famille, de mes connaissances, de mon pays, mon cœur se sentit oppressé par la plus pénible mélancolie.C est alors que, me souvenant du Dieu de mes pères, je me jetai à genoux et le conjurai de m éclairer sur la véritable religion.Je le priai si la croyance des chrétiens était vraie, de me le faire connaître ; si elle était fausse, de m en éloigner tout aussitôt.Le Seigneur exauça ma prière.Tout aussitôt je fus éclairé ; je vis la vérité ; la foi pénétra mon esprit.M étant mis à lire Lhomond, j adhérais facilement à tout.Le mystère de I Eucharistie lui-même, bien qu assez imprudemment offert à mes méditations, ne me rebuta nullement.Je croyais tout sans peine ».A Noël suivant, il était baptisé sous les noms de François-Marie-Paul.Au moment des exorcismes, racontera-t-il plus tard, il sentit physiquement sa délivrance de IEsprit des Ténèbres, « et quand 1 eau sainte coula sur ma tête de Juif, il me semblait que j étais au milieu d un immense globe de feu, et à I instant j ai aimé Marie que je détestais auparavant ».\t, * * * De telles grâces, reçues dès le seuil de la vie chrétienne, laissent présager, dans le nouveau François-Marie-Paul, plus qu un chrétien ordinaire.Ce fut donc sans surprise autour de lui qu on I entendit déclarer qu il serait prêtre.II fait un an de philosophie à Stanislas, où il est tonsuré, le 9 juin 1827, et, en octobre de la même année, il entre à Saint- 68 Il Y A CENT ANS, UN JuiF MOURAIT Sulpice, où il devait rester jusqu\u2019en 1837.Pourquoi ce séjour au Séminaire, d une anormale longueur ?Depuis toujoLirs l\u2019on avait remarqué, en Libermann, une certaine faiblesse du côté des nerfs, mais rien de bien inquiétant î Or voici qu a-près un an de théologie, après la réception des ordres mineurs (décembre 1828), il est appelé au sous-diaconat pour les Quatre-Temps de décembre 1829.Et soudain, le voilà terrassé par plusieurs crises d épilepsie.Dès lors il ne peut plus être question pour lui d avancer aux Ordres majeurs.Dans I espoir d\u2019une amélioration, les Messieurs de Saint-Sulpice le gardent cependant.Avec bien des ménagements, il suit tant bien que mal les cours de théologie.Mais, en décembre 1832, tout espoir est perdu et les directeurs du Séminaire se voient obligés de le renvoyer dans le monde.A I annonce de cette décision qui le met, lui, I épileptique, renié et maudit par son père et sa famille, littéralement sur le pavé, il se contente de répondre avec un calme héroïque : « Je ne puis rentrer dans le monde.Dieu, je I espère, voudra bien pourvoir à mon sort ».Un tel abandon dans une telle détresse émeut les Supérieurs qui décident de le garder, à Issy, aux frais de la Compagnie, tant que Dieu le voudra.Ce fut pendant ces dix années durant lesquelles il mange le pain de I aumône, que le simple minoré, exclu probablement pour toujours du sacerdoce, devint, non seulement le modèle des élèves, mais leur entraîneur dans la marche vers la sainteté sacerdotale, et leur apôtre.Déjà, au début, vers 1829, on n avait pas pu ne pas remarquer sa ferveur dans la prière, sa charité délicate, et surtout sa manière tout imprégnée de paix et de suavité dont il parlait de Dieu.« Avez-vous entendu le petit juif parler du Bon Dieu ?» se disaient entre eux les séminaristes ?Bientôt quelques uns, avec la permission et même sur le conseil de leur directeur officiel, lui ouvrent leur âme et reçoivent de lui des directives d une prudence consommée et d une efficacité qu on ne peut méconnaître.Sans le chercher, il devient par la force même de sa sainteté, le centre et le rénovateur de ce qu on appelait les Bandes de piété, véritable J.E.C.cléricale, avant la lettre, qui redonna au Séminaire la ferveur que les Revue Dominicaine événements de 1850 avaient fait quelque peu Laisser.Peu à peu se forme en lui un directeur d âmes sacerdotales qu un spécialiste de la tLéologie ascétique et mystique, le P.de GuilLert S.J., n a pas craint dans ses leçons de I Université Grégorienne de Rome, de proclamer « le premier des directeurs spirituels du XIXe siècle ».Comme il restait à Issy pendant les vacances, ses dirigés lui écrivaient, et, quand ceux-ci, devenus prêtres, rentraient dans leurs diocèses, ou que, Sulpiciens, ils allaient enseigner dans les Séminaires de province, ils continuaient à demander au petit juif de Saint-Sulpice conseils, lumières et encouragements.Et celui-ci répondait.Plus de 1 700 de ces réponses ont été conservées par leurs destinataires qui les trouvaient après Lien des années, selon le mot de 1 un d eux « toujours aussi nouvelles, aussi intéressantes, aussi utiles qu au commencement ».Séparées ou recueillies dans des caLiers, autograpLes ou polycopiées, elles ont circulé dans les monastères et les communautés religieuses, même parmi les personnes du monde.On les trouvait « si excellentes, si admiraLIes et si remplies de FEsprit de Dieu qu il me semLle que la seule lecture de ces précieux écrits suffit, pour faire reconnaître que celui qui a exprimé de telles pensées était intimement uni à Dieu, éclairé des lumières de 1 Esprit-Saint et dépendant de la conduite de Dieu en toutes cLoses ».Et ce jugement d un Carmélite rejoint celui d un prince de I Eglise, le Cardinal Donnet, de Bordeaux.Un peu plus de 500 seulement ont été puLliées en 1889.Elles forment quatre gros volumes qui, avec un autre de divers Ecrits Spirituels et un Commentaire spirituel, inacLevé Lélas I de saint Jean offrent des trésors, malLeureusement trop peu exploités, aux âmes éprises de sainteté \\ 1.Les écrits du Vénérable Libermann sont difficiles à atteindre.Il reste encore quelques collections des Lettres Spirituelles et des Ecrits Spirituels.On pourrait les demander à la Maison-Mère des PP.du Saint-Esprit, 30 rue Lhomond, Paris V (France) ou au Provincial du Canada, 3136 boulevard Westmount, Montréal 6.Une nouvelle édition, des Lettres surtout, s\u2019impose d\u2019ailleurs, mais qui contienne toutes les lettres spirituelles du Vénérable, publiées dans leur texte intégral et présentées selon toutes les exigences de la critique textuelle.Le bien des âmes, l\u2019exaltation de leur auteur et la gloire de Dieu le demandent, sans compter que la cause de canonisation du P.Libermann en recevrait un élan nouveau, capable de la faire aboutir.Ce serait l\u2019édition du Centenaire ! 70 Il y a cent ans, un Juif mourait Sans être un théologien mystique, le Vénérable Libermann, de I avis des maîtres compétents, est un directeur d une fine psychologie, d une prudence surnaturelle rare qui connaît à fond les profondeurs de la vie surnaturelle dans les âmes qu\u2019il traite avec tact et suavité.De son séjour prolongé à Saint-Sulpice, il a gardé I empreinte de I Ecole française de M.Olier, complétée plus tard par celle de saint Jean Eudes.Sans doute, comme le fondateur de Saint-Sulpice, il a des mots bien durs sur la nature humaine, et c est ce qui explique cette austérité qui frappe et parfois risque de rebuter le lecteur, même le plus superficiel, et son insistance inlassable à prêcher un renoncement perpétuel et absolu.Ce serait cependant une grande erreur de voir en lui uniquement le Docteur du renoncement.Autant et plus que cette vertu austère, c\u2019est la paix intérieure qu il prêche, la confiance en Jésus et Marie.Il n y a peut-être pas une page de ses Lettres Spirituelles où ne reviennent, en clair ou en filigrane, les mots de paix, suavité, douceur, calme, abandon, confiance amoureuse, foie tranquille, repos en Dieu.Le renoncement lui-même n\u2019est, à ses yeux, qu un moyen pour acquérir la paix et la paix à son tour n\u2019est pour tous, commençants, progressants et parfaits, que le chemin vers la sainteté authentique.Le texte suivant est typique à cet égard : « Si vous établissez votre âme en Dieu, écrit-il en 1857, à un Séminariste, en toute paix, toute douceur et toute suavité, tout le reste se fera facilement, car l\u2019Esprit de Notre-Seigneur, agissant en vous au milieu de cette paix, de cette douceur, de ce calme et de cette docilité intérieure de votre cœur, ne manquera pas de vous façonner selon le bon plaisir de ce Père et bien-aimé Seigneur Jésus » (Lettres Spirituelles, vol.I, pp.579-380).Ce n est pas seulement de sa vie personnelle, mais aussi de sa correspondance de directeur qu est parfaitement vraie cette phrase d un de ceux qui ont le mieux connu et compris la doctrine de notre Vénérable, le R.P.Liagre, O.S.Sp.: « Je ne crois pas exagéré de dire que 1 impression la plus pénétrante qu\u2019on ressent à la lecture de la vie (et d es Lettres) de notre Vénérable Père, c est une impression de paix.Impression invincible, impression de plus 71 Revue Dominicaine en plus douce, impression qui va croissant, à mesure que I on avance dans le récit de cette existence si tourmentée, et dans laquelle tout tourne en paix ! » 1 De cette paix, Libermann n est pas seulement le modèle, mais il en est le Docteur.Pour compléter cet aperçu de sa doctrine spirituelle, il faudrait montrer comment il a merveilleusement compris et exposé la vie d oraison et ses secrets ; avec quelle justesse il a conçu le rôle du directeur qui n est pas d imposer ses propres vues, mais de constater le travail intérieur de 1 Esprit-Saint, d en saisir 1 orientation et I intensité et ainsi de pouvoir le seconder, le favoriser, en aidant 1 âme à se rendre de plus en plus docile à son guide divin ; avec quel sens aigu d une théologie sûre, il a souligné la place centrale de la charité théologale et a montré que tout le reste, renoncement, vertus, vie d oraison, dévouement au salut des âmes, etc.n est qu un moyen ou une manière d aimer Dieu et lui seul.II y faudrait un volume.Ajoutons donc simplement que lors de 1 examen canonique des écrits du P.Libermann, en vue de sa béatification, sa doctrine fut trouvée parfaitement orthodoxe et le Cardinal Oreglia, rapporteur, a pu décl arer que « dans les causes de béatification, il est rare que I examen des reviseurs aboutisse à un résultat si favorable ».* * M.Lib ermann était toujours à Issy, son avenir toujours bouché.Quand, en 1857, tout change soudain.Les Eudistes, dispersés par la Révolution, se reforment ; ils avaient besoin d un auxiliaire à leur Maître des novices.Consulté, M.Mollevault, Supérieur de Saint-Suïpice recommande chaudement le juif minoré : sa sainteté, son expérience des âmes suppléeront à I infériorité de son rang dans les ordres.C est ainsi qu il passa à Rennes les deux années 1858 et 1859, deux années de transition et de souffrances.Pendant ce temps, à Saint-Suïpice toujours, deux séminaristes fervents, MM.Levavasseur et Tisserand, rêvent de se consacrer au service des 1.Louis Liagre, des PP.du Saint-Esprit : Le Vénérable Libermann, l'Homme, la Doctrine, Paris, 1948, Alsatia, 140 pages, en vente chez le Provincial des PP.du Saint-Esprit. Il Y A CENT ANS, UN J LU F MOURAIT esclaves noirs, lun de la Réunion ou Ile Bourbon, où il était né, I autre de Haïti d où venait sa mère, lis étaient les dirigés de M.Libermann ; ils lui parlèrent de leurs projets.Par quelle suite d événements extérieurs et intérieurs, celui-ci en arriva à voir que Dieu le voulait à la tête de cette œuvre, il est impossible de le dire ici.Toujours est-il que, non seulement avec I approbation de son propre directeur, mais sous sa poussée, M.Lib ermann quitte Rennes et les Eudistes et se donne tout entier à un projet à peine conçu.On a parlé à ce propos d imprudence et de folie ; on I a traité d aventurier.Du point de vue naturel, on a eu raison ; du point de vue de la prudence surnaturelle ordinaire, on pouvait le juger ainsi.Mais du point de vue des Dons du Saint-Esprit, c était sagesse authentiquement divine.II s agissait de former en association quelques prêtres qui iraient évangéliser les noirs de la Réunion et de Haïti.Saint-Sulpice jugea que la première chose à faire, c était de connaître la pensée du Saint-Siège.M.Libermann arrive donc à Rome, le 6 janvier 1840.II y restera un an, seul, sans appui humain, en butte à la défiance de personnages qui auraient dû I aider, dans une pauvreté voisine de la misère.II présente à la Propagande un mémoire dans lequel, avec un esprit de foi admirable mais très peu de diplomatie humaine, il expose son projet avec ses avantages et ses difficultés.Informations prises à Paris, la Propagande approuve, mais lui déclare qu avant tout il doit être prêtre.Cette réponse ne vint pas tout de suite.Les longues journées d attente, il les passait, dans la pauvre mansarde qu on appelle aujourd hui la camera del santo, la chambre du saint, où il rédige sa première règle et médite, en mystique, I Evangile de saint Jean.C est le fruit de ces méditations qu il a consigné dans ce Commentaire sur l Evangile de saint Jean dont le Cardinal Pitra a dit qu il se rattache à ceux des Pères et des anciens Docteurs de l\u2019Eglise.Rome exigeait qu il fût prêtre I Lui, il hésitait : était-il appelé de Dieu ?II gardait le souvenir (dirons-nous) d\u2019une « vision », pendant la grand messe de la fête sulpicienne du Sacerdoce de Jésus (29 juillet 75 Revue Dominicaine 1850) dont il avait conclu qu il était destiné, non pas au sacerdoce, mais au service des prêtres.Son directeur avait beau lui avoir déclaré formellement que cette conclusion ne s imposait pas, il ne pouvait se défaire de cette conviction.Pour sortir de cette incertitude, il eut recours à Marie et, en novembre 1840, il fait, à pied et dans des conditions de pauvreté totale, le pèlerinage de Lorette.II en revint, sinon parfaitement guéri, du moins sérieusement soulagé et surtout convaincu de son appel au sacerdoce et plus résolu que jamais à se donner à I œuvre des Noirs.Les obstacles qui se dressaient entre lui et les Ordres majeurs tombent comme par enchantement.Sous-diacre le 15 juin 1841, diacre le 10 août, à Strasbourg, il est ordonné prêtre à Amiens, le 18 septembre.II peut donc maintenant se donner tout entier à sa Société qu\u2019il a baptisée Congrégation des Missionnaires du Très Saint Cœur de Marie, par dévotion à la Vierge invoquée au sanctuaire parisien de Notre-Dame des Victoires et tout de suite, à la Neuville, près d Amiens, il commence le noviciat avec trois confrères.Par un concours de circonstances dans lesquelles M.Lib ermann et ses disciples ont toujours vu une protection spéciale du Saint-Cœur de Marie, des champs d apostolat s ouvrent devant eux.Le premier départ est pour 1 Ile Maurice : M.Laval, médecin devenu curé près d Evreux, part en 1841 et c\u2019est là-bas qu il deviendra I apôtre des esclaves, menant jusqu en 1 864 une vie de curé d Ars doublée de celle d un saint Pierre Claver \\ En 1842, les deux promoteurs de I œuvre vont réaliser leurs rêves de Séminaristes, 1 un, M.Levavasseur, à la Réunion, son île natale, et I autre, M.Tisserant, en Haïti.Enfin, le 50 novembre 1845, fête de saint André, date mémorable pour les sP iri-tains, I Afrique continentale recevait les premiers missionnaires du Saint-Cœur de Marie.Si les missions de Maurice et de la Réunion se développent normalement, celle de Haïti échoue devant la mauvaise volonté du Gouvernement de ce pays et les révolutions chroniques dont il est le théâtre.Mais 1.Son tombeau est devenu un véritable pèlerinage.Sa cause est introduite et Benoît XV signait, en 1918, le décret d\u2019héroïcité de ses vertus.74 Il Y A CENT ANS, UN JuiF MOURAIT en Afrique, c\u2019est le désastre.Débarqués au Cap des Palmes, dans le Liberia, cinq sur sept sont morts en juillet 1844 ; le sixième rentre en France et sort de la Congrégation ; un dernier est transporté par un navire français au Gabon.Ce fut un coup terrible pour le fondateur quand ces nouvelles funestes finirent par atteindre Paris.Mais il avait trop d esprit de foi, trop de zèle pour les âmes, surtout trop d\u2019amour de Dieu, pour se laisser abattre.Au contraire, l\u2019épreuve ne fit que l\u2019ancrer davantage dans sa volonté de sauver l\u2019Afrique.« Vous savez nos malheurs dans la Guinée, écrivait-il à un de ses dirigés, ô Malheureuse Guinée ! fi me semble que je l\u2019ai tout entière dans mon cœur I Les malheurs de ces pauvres âmes m\u2019oppressent et m\u2019accablent I Faut-il les abandonner ?Jamais ! Cela ne se peut.Je suis plus rempli d\u2019espérance que jamais.II y a dans ces vastes contrées peut-être plus de quinze millions d âmes qui n ont jamais entendu parler de la bonne nouvelle que Notre-Seigneur nous a apportée sur la terre : il me semble que Notre-Seigneur nous en charge.Abandonnerons-nous ces millions d âmes jusqu à la fin du monde ?Impossible, j en mourrais de douleur.Aussi je suis persuadé que ce ne sont que des victimes que la Divine Bonté nous a fait envoyer dans ces pays pour y attirer sa bénédiction.Ce coup, loin de décourager nos confrères, n a fait qu augmenter leur ardeur.Tous m ont demandé d aller en Guinée ; plusieurs m ont fait de fortes instances ; j ai été obligé de déf endre qu on continue à me persécuter pour cela.Je ne puis envoyer des gens à la boucherie I Les missionnaires sont trop précieux I » Et tout aussitôt il se met à préparer, avec toute la prudence possible, une nouvelle expédition qui, elle, réussira et sera le germe de toutes les missions spiritaines en Afrique.Pour comprendre la portée de ces paroles, il faut se remettre devant les yeux ce quêtait I Afrique de 1842 : un vaste continent qui est terra incognita, en dehors de la côte méditerranéenne, de quelques comptoirs espagnols, portugais, anglais et français situés depuis le sud marocain au Cap de Bonne-Espérance.Ni Livingstone, ni Stanley n\u2019avaient encore 75 Revue Dominicaine paru.Du point de vue religieux, c est pis encore.Une carte du Dictionnaire de Théologie Catholique (article Afrique) est suggestive à cet égard.En fait de juridictions ecclésiastiques, ii y a, en 1844, un évêché à Alg er (1852), un autre vers I embouchure du Congo, Saint-Paul de Loanda, un vicariat apostolique au Cap (1837), une prélature portugaise au Mozambique (XVIe siècle) et, en 1846, s ajouteront deux vicariats en Ethiopie, 1 un lazariste et I autre capucin.Les prêtres qui y travaillent sont très peu nombreux ; ils sont souvent même ignorants et indisciplinés.D ailleurs ils s occupent uniquement des Blancs déjà baptisés.Sur le reste de 1 Afrique, c est-à-dire sur sa presque totalité, domine, sans rival, le paganisme, au centre et à I ouest, mêlé à I Islam, à l\u2019est et au nord.Aussi, quand, en 1844, Mgr fruffet, le premier des fils du Vénérable Libermann à recevoir I épiscopat, fut nommé Vicaire Apostolique des deux Guinées, son diocèse s étendait-il depuis l\u2019embouchure du Sénégal et du Congo, à I ouest jusqu à la côte de Zanzibar à l\u2019est, depuis le sud algérien au nord jusqu au Vicariat du Cap au midi ! C\u2019était toute I Afrique, terra incognita, qui était confiée à Libermann.Dans cet immense territoire, combien de baptisés ?Quelques milliers à peine.Ce ne sera qu en 1858 que les Pères des Missions Africaines de Lyon arriveront en Sierra-Leone ; qu en 1872, viendront les Pères italiens de Vérone ; qu en 1876, les Pères Blancs débarqueront à Bagamoyo, en face de Zanzibar, où les fils de Libermann recruteront leur première caravane qui les conduira au Grands-Lacs.Aujourd hui, cent ans après la mort du Juif converti d Alsace, il n\u2019y a pas une seule société religieuse de I Eglise qui n ait son coin d\u2019Afrique à évangéliser.Quatorze millions de catholiques confiés à 9 402 prêtres sont gouvernés par 182 évêques ou préfets apostoliques.Quelle gerbe magnifique offerte au Vénérable Libermann pour son centenaire î Mais cette gerbe ne peut pas nous faire oublier que I Afrique compte 188 millions d habitants h 1.Statistiques officielles de la Propagande.76 Il Y A CENT ANS, UN JuiF MOURAIT C est donc à juste titre que le Vénérable Libermann est regardé comme I initiateur de I évangélisation moderne de I Afrique.II en est aussi le tbéoricien.Lui-même n est jamais allé en Afrique.Mais le soin avec lequel il s est documenté, autant du moins qu on le pouvait à son époque, son sens pratique qu il tenait de sa race, sa souplesse d esprit et son réalisme, surtout son esprit de foi et son amour de Dieu lui ont fait deviner, dans une intuition qui touche au génie, la méthode la plus efficace pour donner ces immenses contrées au Cbrist Jésus.On peut relever, dans sa correspondance à ses missionnaires, dans ses rapports soit au gouvernement français, soit au Saint-Siège, tout un ensemble de vues que I expérience a confirmées et qu ont entérinées les directives missionnaires d un Benoît XV, d un Pie XI, d\u2019 un Pie XII.C\u2019est lui qui veut que ses missionnaires étendent autant que possible leur action : « Moi, je crois que 1 esprit apostolique consiste plutôt à étendre les bornes de I Eglise qu\u2019 à perfectionner une petite portion » (Lettres Spirituelles, IV, p.86) ; lui aussi qui exige que I on fonde des écoles : « Mon avis, écrit-il encore, est qu abandonner les écoles, c est détruire I avenir des missions.Autant I œuvre est difficile, autant il est important de les entreprendre dès le commencement » (Lettres, IV, p.580) ; lui encore qui demande que I on forme des catéchistes qui, munis d une solide instruction, iront là où I on ne peut envoyer des prêtres (il demande même qu on leur donne la tonsure) ; lui toujours qui comprend, dès le début.la nécessité absolue d\u2019un clergé indigène qui « nous paraît être un besoin immense et de la plus grande nécessité pour remédier aux maux de ces pays », écrit-il dans son mémoire à la Propagande, dès 1840, alors qu il n\u2019est pas encore prêtre ; lui enfin qui appelle de ses vœux le jour où les églises africaines seront gouvernées par des évêques noirs et qui travaille en ce sens.Ces idées aujourd hui nous paraissent banales et comme allant de soi.En 1848, elles étaient d une audace qui faisait reculer beaucoup d excellents esprits.Quant aux prêtres qui devront mettre en œuvre ces méthodes, ils les veut hommes de Dieu avant tout, hommes d oraison et hommes de zèle : « Ce peuple africain ne sera pas converti, écrit-il quelques mois 77 Revue Dominicaine avant sa mort, par les efforts de missionnaires Labiles et capables ¦\u2014- il n en a pas besoin -\u2014- mais par la sainteté et le sacrifice de ses pères qui doivent le sauver » (Lettre du 8 mai 1851, vol.IV, p.656).11 veut qu ils sachent s adapter aux peuples qu ils évangélisent, regarder et voir, surtout juger, non pas d après les habitudes et la mentalité européenne et, en 1847, il donne ces admirables consignes : « Ne jugez pas du premier coup d œil, ni non plus d après ce que vous avez vu en Europe, d\u2019après ce à quoi vous avez été appliqués en Europe ; dépouillez-vous de 1 Europe, de ses mœurs, de son esprit ; faites-vous nègres avec les nègres et vous les jugerez comme ils doivent être jugés ; faites-vous nègres avec les nègres pour les former comme ils le doivent être, non à la façon de l\u2019Europe, mais en leur laissant ce qui leur est propre.pour les perfectionner, les sanctifier, les relever de leur bassesse et en faire, peu à peu, à la longue, un peuple de Dieu.C est cela que saint Paul appelle se faire tout à tous afin de les gagner tous à Jésus-Christ » (Lettre du 9 nvembre 1 848, vol.IV, p.464).Aussi pousse-t-il ses missionnaires à posséder parfaitement les langues indigènes, à composer grammaires, dictionnaires, à traduire catéchisme, Histoire Sainte, Evangiles et cantiques.11 ne conçoit même pas un missionnaire qui ignorerait le dialecte de ses Noirs ! * * * Telle est trop brièvement esquissée la physionomie du mourant du 2 février 1852.La chambre même dans laquelle il agonise témoigne de son humilité, de son désintéressement, de son obéissance au Pape.Cette Congrégation du Saint-Esprit dont il meurt Supérieur, il I avait rencontrée sur les routes de son apostolat.Une sorte de concurrence n avait pas pu ne pas s élever entre sa Congrégation du Sacré-Cœur de Marie et elle.Elle était agonisante avec ses cinq ou six membres vieillis et désemparés.Il avait, lui, une trentaine de jeunes apôtres, pleins de vie et d allant.Elle était le passé qui s\u2019effondre ; lui, il était l\u2019avenir qui conquiert.Et cependant, quand, en 1848, Rome lui impose, pour le bien supérieur des âmes et celui de I Eglise, de dissoudre sa propre Congrégation, pour en Il y a cent ans, un Juif mourait incorporer individuellement chacun des membres dans la vieille Société spiritaine qui se meurt, il avait obéi en silence et s était fait le défenseur de la volonté pontificale devant les critiques et les paroles parfois amères de ses collaborateurs et de ses enfants.L bomme obéissant, dit I Ecriture, racontera ses victoires.Grâce au sacrifice héroïque de I Œuvre des Noirs, la Congrégation du Saint-Esprit a été revivifiée, et, rajeunie, pleine du dynamisme de I équipe liberman-nienne, elle repartait vers I épanouissement splendide qu en cette année du Centenaire, elle peut offrir en hommage à son Restaurateur : douze provinces, 2 790 Pères, 890 Scolastiques profès, 798 F rères.Sur ce nombre 1 677 Pères et 228 Frères travaillent en pays de mission, répartis en 56 districts dont huit en Amérique et vingt-huit en Afrique, lesquels sont gouvernés par deux archevêques, cinq évêques, vingt-deux vicaires apostoliques et cinq préfets apostoliques.Le nombre de leurs ouailles est de vingt et un millions dont trois millions cinq cent mille sont baptisés.Devant cette vie d un bomme dont le nom est presque inconnu au monde, mais qui a laissé dans I ordre spirituel un sillon qui n\u2019est pas près de s\u2019effacer, I\u2019 on se prend à songer au mot du Christ Jésus : salus ex Judeis est.Une fois de plus encore, c\u2019est d\u2019un Juif qu\u2019est venu le salut de millions d êtres humains.Et r on comprend pourquoi la Providence qui dirige tout a voulu que ce Juif rendit son dernier soupir alors que près de lui, la liturgie chantait : Et exaltavit humiles I Exalté au ciel, puisse-t-il être exalté bientôt aux yeux de l\u2019Eglise et de la terre et que le jour ne soit pas trop éloigné où, le contemplant dans la gloire du Bernin, nous puissions I invoquer : Bienheureux P.Libermann, priez pour la sanctification des prêtres, pour le salut de l\u2019Afrique, et aussi, pour vos frères en Abraham qui ne connaissent pas encore le Messie î Julien Péghaire, P.S.Sp.Montréal, 25 décembre 1951 79 Le Cardinal Mercier (1851-1826) Désiré-Joseph Mercier était né le 22 novembre 1851 à Braine IAÎ-Ieud non loin de Bruxelles dans une famille estimée appartenant à la bourgeoisie aisée.Malheureusement la mort de Monsieur Mercier mit lin-dustrie dont il s occupait en péril.Si bien que la veuve dut quitter le petit château du Castegier, demeure ancestrale, pour occuper avec ses nombreux enfants une modeste maison près de 1 église, au centre de la ville.Celle qu on appelait maintenant « la sainte madame Barbe » déjà mère de quatre filles avait eu après, Désiré, une fille Jeanne qui resta célibataire, puis un enfant prématuré décédé le jour même de sa naissance, une fille Elise morte à six semaines, et enfin un fils Léon qui n\u2019était encore qu un tout petit garçon à la mort du père.Ce second fils deviendra médecin et sera le seul des enfants Mercier à continuer la filiation.Au foyer familial reconstitué par la veuve, à ce foyer où 1 on s aime, où 1 on se soutient, les départs, les épreuves se suivent.Estelle et Emé-rence s orienteront vers un Ordre enseignant, Clara s immolera chez les Clarisses ; Léontine mourra à vingt et un ans.Désiré a donc connu dès son adolescence une vie austère, centrée sur le sacrifice et la souffrance chrétiennement acceptée.* * * Très tôt madame Mercier avait discerné chez I aîné de ses fils des qualités exceptionnelles, entrevoyant I appel d une vocation sacerdotale.Un vicaire de Braine l Alleud nommé à Malines avait emmené avec lui le jeune garçon ; celui-ci suivrait comme externe les cours du Collège Saint-Rombaut.A moins de dix-sept ans, le collégien sortait deuxième de rhétorique et après des vacances passées en famille entrait au Petit Séminaire de Mal ines.C est un jeune homme très grand et très mince, aux traits accusés, au regard bleu ardent et pur ; une mèche blonde frôle son large front.80 Le Cardinal Mercier C est un adolescent qui a grandi trop vite mais qui a conservé un équilibre parfait et dont lâge ingrat n\u2019a pas altéré les qualités natives de bonté et de générosité.On 1 appelle « Sa Sérénité » tant son humeur est égale, et encore « Monsieur Panorama », tant il aime au cours de longues randonnées pédestres s arrêter devant un beau paysage.C est aussi un travailleur acharné, un élève discipliné et surtout un modèle de piété.* * * Le Chanoine Du Rousseaux, directeur du Petit Séminaire, futur évêque de Tournai, malgré un résultat moyen en philosophie, voit en Désiré Mercier une grande âme, un noble caractère et pressent un grand esprit que les années d études à venir et la maturité développeront de façon éclatante.Après trois années de théologie au Grand Séminaire de Malines, I abbé Mercier est ordonné prêtre en la chapelle de la Nonciature à Bruxelles, le dimanche de Pâques 4 avril 1874.Le lendemain, il chantera sa Première Messe en 1 église paroissiale Saint-Etienne de Braine 1 Alleud.Celle qu il appelle « ma sainte mère » malheureusement retenue chez elle par la maladie, ne verra pas monter à 1 autel ce fils dont la vocation est un peu son œuvre.N a-t-elle pas, consciencieuse et désintéressée, préféré confier I éducation de son fils à un simple vicaire plutôt qu\u2019à un membre influent de la famille qui s offrait à « le pousser » vers une carrière lucrative ?Après des années d études à 1 Université de Louvain où il obtiendra brillamment les grades de bachelier et de licencié en théol ogie ; il aura désormais accès à 1 enseignement supérieur et occupera la chaire de philosophie logique et psychologie au Petit Séminaire de Malines ; il deviendra bientôt directeur de conscience des séminaristes.Durant cinq ans, il mène une vie de travail acharné, levé à 3 h.30, célébrant à 4 h.30 une messe pour les Sœurs qui desservent le Séminaire, prolongeant jusque tard dans la soirée ses heures d études, même pendant les vacances. Revue Dominicaine « II se cultivait pour les âmes qu il aurait un jour à cultiver et concevait I étude comme un apprentissage de I action, non comme une jouissance cérébrale, sa vocation gouvernant son travail intellectuel ».(G.Goyau).La vie universitaire a élargi ses horizons, lui a valu des contacts avec des étudiants de diverses facultés : dans les milieux estudiantins on 1 appelle « le Grand Sympathique ».En septembre 1882, il devient docteur en théologie et en philosophie.L abbé Mercier sera bientôt mûr pour une grande entreprise intellectuelle et spirituelle.* * * Léon XIII que I enseignement philosophique de son époque ne satisfaisait guère, au cours d une encyclique Æterni Patris pressait la chrétienté de remonter aux sources pures du thomisme, à la scholastique de saint Thomas d Aquin.L abbé Mercier lui aussi partageait les points de vue du grand pontife et entrevoyait avec espoir la création à I Université de Louvain d une chaire de philosophie thomiste.Léon XIII avait été Nonce à Bruxelles et connaissait I Université de Louvain, réputée alors la plus complète du monde.Dans sa simplicité, I abbé Mercier projetait déjà de suivre les cours dès qu un titulaire serait désigné.Ce fut sur lui cependant que se porta le choix des évêques ayant à leur tête le cardinal Deschamps, archevêque de Malines, consulté par le Pape.I out nouvellement revêtu de son titre de chanoine, Désiré Mercier donne en octobre 1882, dans la salle des Halles Universitaires de Louvain, sa première leçon de philosophie thomiste.C était un « cours libre » ; cependant il attira et captiva des élèves si bien, qu après trois années d existence, le dixième des étudiants déjà inscrits aux diverses Facultés y assistaient.D innombrables difficultés surgirent, mais les capacités du jeune chanoine et aussi sa tenace volonté permirent à la nouvelle Faculté de Le Cardinal Mercier s intégrer dans la vie universitaire et de grouper des élèves accourus des divers points du monde.Sept années après cette leçon inaugurale, une petite équipe spécialisée entourait le fondateur, 1 Institut de Philosophie prenait corps, Mgr Mercier devenait Président de « I Institut Supérieur de Philosophie ».«De loin Léon XIII I observait ; il lui donnait en 1887 une prélature romaine.II contemplait avec amour le magnifique labeur de ce pionnier qui d un geste audacieusement solitaire jetait un pont entre les spéculations du M.A.et les méthodes d observation les plus modernes » (G.Goyau).A côté de son Institut, il fonda bientôt à Louvain, le Séminaire Léon XIII interdiocésain où des aspirants à la prêtrise pourraient, tandis que se pousuivait leur formation sacerdotale, suivre les cours de philosophie de saint Thomas.Puis, afin de diffuser son enseignement la Revue Néo-Scolastique vit le jour.C est vers la fin de ses années de professorat à Louvain que Mgr Mercier confia le soin de son âme à un Bénédictin célèbre par ses connaissances théologiques et sa vie monastique exemplaire : dom Columba Marmion, prieur de I Abbaye du Mont César.La paix bénédictine exerce un puissant attrait sur I âme contemplative du « Président », mais dom Marmion avec un noble désintéressement détourne son dirigé de son Ordre, lui affirmant que telle n est pas sa voie, que d\u2019autres tâches I attendent (O.Raymond 1 hibault, O.S.B.: Dom Columha Marmion).C\u2019est, en effet, au cours d une retraite au Mont César que Mgr Mercier apprend son élévation au siège de Saint-Rombaut rendu vacant par la mort du Cardinal Goossens, cardinal-archevêque de Malines.Sa carrière scientifique et professorale est terminée, sa vie apostolique va s ouvrir et révéler au monde une des plus grandes figures du XXe siècle.* * * L année suivante, en 1907, le nouvel archevêque fut créé cardinal-prêtre au titre de Saint-Pierre-ès-Liens.A son retour de Rome, effrayé 83 Revue Dominicaine par les tâches matérielles qui lui incomberaient désormais et menaceraient sa vie spirituelle, il eut avec dom Columba Marmion un très grave entretien.A son directeur de conscience, très expert en la matière, il demanda de lui indiquer la Prieure d un Carmel qui répondrait le mieux à sa requête.Peu de temps après une émouvante entrevue réunit au Carmel d Uccle-Bruxelles, le chef du diocèse et Mère Madeleine de Jésus, prieure du monastère.La Carmélite s engagea à offrir au profit du Cardinal toutes les souffrances, toutes les mortifications de sa vie expiatoire.Elle devint « 1 Orante du Card inal Mercier » (Cf.Van Overbergh : Carmélite cl aujourd hui).A I archevêché de Malines vaste bâtisse qui extérieurement ressemble à un grand établissement religieux \u2022\u2014> le Cardinal menait une vie très simple de travail et de prière ; une table très frugale soutenait les forces physiques et intellectuelles du très grand prélat.Le vaste et calme jardin 1 accueillait souvent aux beaux jours, car il aimait réciter son bréviaire en marchant autour des pelouses.Il célébrait la Messe dans sa chapelle privée, officiait aux grandes fêtes dans la splendide église métropolitaine et primatiale de Saint-Rombaut, datant de 1250, et dont la célèbre tour s érige haute et massive au-dessus de la cité.II aimait la pompe et la liturgie romaines, officiant avec une piété et une grandeur impressionnantes.Un labeur écrasant, de lourdes responsabilités qui s accroissaient avec les années pesaient sur ses épaules.Un diocèse peuplé de deux millions et demi de fidèles et.d infidèles, trois mille prêtres et des séminaristes vers qui allaient le meilleur de sa doctrine et de son cœur.* * * Pie X était décédé le 20 août 1914, tandis que I armée allemande déferlant sur la Belgique, pénétrait dans la capitale ; le Cardinal Mercier Le Cardinal Mercier quittait le pays pour Rome afin d aller rendre ses derniers devoirs au pontife défunt et « de s acquitter d une obligation de conscience à laquelle il ne pouvait se soustraire : I élection du successeur de Pie X ».A Rome de tragiques nouvelles lui étaient parvenues : des prêtres avaient été fusillés, des religieuses outragées, des hommes, des femmes et des enfants avaient été massacrés, Louvain et ses bâtiments universitaires étaient devenus la proie d un incendie volontairement allumé par des troupes ennemies, Malines avait subi un bombardement.« Eloigné de mon diocèse, écrivait-il, sans moyens de communication avec vous, je dus concentrer en mon âme la douleur et la porter avec votre souvenir qui ne me quittait point au pied du Crucifix.« La Belgique saigne, ses fils tombent par milliers dans nos forts, sur les champs de bataille pour défendre son droit et I intégrité de son territoire ; bientôt il n y aura plus sur le sol belge une seule famille qui ne soit en deuil : Au jour de la victoire finale, nous serons tous à I honneur, il est juste qu aujourd hui nous soyons tous à la peine ».A son retour il parcourt les régions les plus éprouvées du diocèse.« Est-il un patriote qui ne sente que la Belgique a grandi, clame la grande voix ?Qui de nous aurait le courage de déchirer la dernière page de notre histoire ?Qui de nous ne contemple avec fierté le rayonnement de la patrie meurtrie ?Le pouvoir qui a envahi notre sol n\u2019est pas une autorité légitime.Et dès lors dans I intime de notre âme, vous ne lui devez ni estime, ni attachement, ni obéissance ».Haut et fier, le cardinal se dressait devant 1 occupant, donnait des directives à ses fidèles.Ses lettres que le clergé courageusement lisait en chaire sonnaient la résistance et 1 espoir.Leur titre « Patriotisme et Endurance » devint la devise des croyants comme des incroyants.II se souvenait de la noble fermeté de Mgr Freppel, au cours de la guerre franco-prussienne ; l\u2019évêque d\u2019Angers n\u2019avait-il pas fièrement dénoncé à Bismarck I abus de la force brutale ?Face à h envahisseur, il s inspirait du geste lointain, mais si proche dans sa mémoire du prélat français.85 Revue Dominicaine Le Cardinal Mercier entrait dans IHistoire, devenait une gloire internationale.Son visage émacié resplendissait de spiritualité, portait la marque des privations volontairement endurées pour se mettre à I égal des plus pauvres de son peuple, ses charités d une infinie délicatesse s\u2019élargissaient encore.* * * Une ère nouvelle s ouvrit : celle de 1 après-guerre avec ses illusions et ses désenchantements.Le Primat de Belgique lançait des Pastorales qui relevaient les courages défaillants.Des personnages illustres s annonçaient à Malines.pèlerins plutôt que visiteurs.Entre 1 archevêché et Saint-Romhaut où s élevait la chaire cardinalice on les avait vus, le visage grave, encore sous 1 emprise de 1 homme de Dieu devant qui s étaient ployés leurs genoux.On les identifiait : le Président Poincaré qui, au nom de la France, venait remettre au Cardinal la croix de guerre, le Président Wilson, la reine d Angleterre, Haakon de Norvège, Ferdinand de Roumanie, Alphonse XIII, le Prince Impérial du Japon, des Présidents de républiques sud-américaines, de hauts militaires des armées alliées.Puis I Amérique voulut le posséder sur son sol.Ce fut un voyage d apothéose et de légende.Après les Etats-Unis (New-York, Boston, Philadelphie, etc.) il fut au Canada.A Montréal, à Québec, où tant d églises catholiques s ouvraient, où I on parlait sa langue, il fut accueilli avec un enthousiasme indescriptible.Les enfants de la capitale du Canada français, dans le jardin de I archevêché étaient placés de telle façon qu ils formaient les lettres de son nom : MERCIER.II ne pouvait détacher ses yeux émus de cette manifestation juvénile, lui qui aimait les jeunesses.* * * Un Lazariste français, I abbé Portai, ancien Supérieur de Grand Séminaire, en convalescence à Madère y rencontra lord Halifax qui avait renoncé à tout avenir politique pour s\u2019occuper, depuis de nombreuses 86 Le Cardinal Mercier années, de 1 English Church Union.Le prêtre catholique et h anglican britannique possédés tous deux d\u2019un même et grand idéal se prirent bientôt de sympathie I un pour l\u2019autre et leur amitié qui dura quarante ans ne fut rompue que par la mort.Tous deux se préoccupaient de 1 union des catholiques et des anglicans et après de longs pourparlers projetèrent une réunion officieuse de certains membres des deux Eglises.Il fallait trouver une demeure accueillante pour établir les préliminaires des « Conversations », il fallait surtout trouver un protecteur de classe dont la réputation serait une garantie.Le palais archiépiscopal de Malines et le cardinal-archevêque répondaient pleinement à tout ce qu on pouvait souhaiter.La cité de Saint-Rombaut vit donc les 6, 7 et 8 décembre 1921 arriver les participants.L\u2019abbé Portai du côté catholique, lord Halifax, le Dr Armitage Robinson, doyen de Wells, et le Dr Frère supérieur des Résur-rectionnistes, futur évêque de Truro.On chercha d abord à créer un « climat » de sympathie et de confiance, à provoquer des contacts.Les 14 et 15 mars 1925 se déroulèrent les deuxièmes «conversations » ; on abandonne bientôt les questions dogmatiques pour entrer dans le domaine du pratique.Puis les 7 et 8 novembre de la même année, nouve Iles réunions avec un plus grand nombre de participants.L archevêque de Cantorbéry a demandé qu\u2019on aborde la question cruciale : la suprématie du Souverain Pontife.Lord Halifax commente à I intention de ses coreligionnaires une traduction de la lettre sur la Papauté écrite par le Car dinal en 1922, après I élection de Pie XI.Le Cardinal Mercier a prié Mgr Battifol et 1 abbé Hemmer de compléter le groupe catholique, tandis que les docteurs Kidd d Oxford et Ch.Gore s intègrent dans le groupe anglican. Revue Dominicaine Les deux partis ou plutôt les deux conceptions ne peuvent s accorder sur la question du chef de la chrétienté ; on se sépare sans avoir rien résolu.Les 19 et 20 mai 1925, reprennent les « conversations ».Mgr van Roey, vicaire général, qui assiste le Cardinal à chaque entrevue, lit un exposé sur les rapports entre I épiscopat, ie Souverain Pontife et I infaillibilité doctrinale.Les Anglicans participants conservent la même attitude.Dès les premiers entretiens on relève du côté catholique une soli de unité de doctrine, tandis que la partie anglicane dévoile un manque total de stabilité et de cohésion dans les croyances.Au cours de la réunion du 20 mai, le Cardinal insistant sur le caractère absolument privé et confidentiel des entretiens présente lui-même des pages non signées deux années plus tard on identifiera leur auteur : dom Lambert Beauduin, O.S.B.»\u2014 dont le titre seul est déjà une suggestion : « L Eglise anglicane unie, non absorbée ».Le Dr Gore d une part, Mgr Battifol de 1 autre, exposent leurs idées.Aucun accord ne se réalise ; on se quitte en bons termes mais divisés par des vues inconciliables.Une seule chose est décidée : une nouvelle réunion destinée à la rédaction des textes à publier pour compte-rendu officiel.Car « les conversations de Malines » se sont déroulées en dehors de tout contact avec la presse, comme l\u2019a exigé le Primat de Belgique.Cette entrevue projetée n aura pas lieu ; les symptômes de la maladie mortelle dont souffre le Cardinal s étant intensifiés, toute cause de fatigue lui sera désormais interdite.* * * Monseigneur Mercier ne s était guère illusionné du reste sur un accord possible ; des difficultés insurmontables s étaient encore révélées au cours des discussions.Mais il avait voulu offrir sa protection à ces hommes de bonne volonté, il avait voulu leur ouvrir sa demeure épiscopale, favoriser des rapprochements ; grâce à son accueil compréhensif des 88 Le Cardinal Mercier préjugés s étaient dissipés, un pont avait été jeté, des sympathies étaient écloses, des contacts individuels furent maintenus dans la suite.Après la mort du Cardinal, Mgr van Roey, son successeur, convoqua à I évêché de Malines les anciens participants afin de discuter ensemble de I opportunité d un texte à publier.Du côté anglican un mémoire parut rédigé par lord Halifax, tandis que le groupe catholique se renfermait dans un silence officiel.* * * Monseigneur Mercier, écrivant à la Prieure du Carmel de Lisieux, lui faisait part de la gravité du mal interne qui le minait, ajoutant encore : « J ai sur le métier plusieurs travaux que je désirerais certes poursuivre pour la gl oire de Dieu et pour mon clergé.Mais d en faire le sacrifice personnel n est-ce pas mieux encore servir les intérêts de la gloire divine ?» Depuis plusieurs années sa ferveur redoublait.« Souvent, dit le chanoine Vrancken qui fut de son proche entourage, il suspendait ses écritures pour s agenouiller sur le prie-Dieu de frêne sur lequel était couchée la Croix avec laquelle il est mort ».Quand il célébra le cinquantième anniversaire de sa prêtrise, le 12 mai 1924, il confia à une haute personna lité politique et littéraire : « Comme tout le monde j ai joui et j ai souffert en ma vie.Mais jamais je n ai été malheureux.Ni aux années de guerre, ni dans les épreuves, ni dans les succès, je n\u2019ai cessé de garder au plus intime de mon être, le repos, I assurance, la paix.Voulez-vous le secret d aller à la source de la sérénité chrétienne : il réside dans la donation complète de soi à la bonté de Dieu.» Au début de décem bre 1925, le Card inal apprend de la Faculté que la tumeur qu il porte à l\u2019estomac requiert une intervention chirurgicale.Le mal se révèle, hélas î incurable.Le cancer mine I organisme déjà affaibli, toute alimentation devint impossible.Durant près d un mois le Prélat attire autour de son lit de malade de nombreux visiteurs de marque.Le Roi Albert et la Reine Elizabeth, le 89 Revue Dominicaine Nonce du Pape, Mgr M icara, des personnalités religieuses, des hommes politiq ues.Au lendemain de I opération, I abté Portai et lord Halifax sont accourus.Le noble anglais s\u2019est abattu au pied du lit, a assisté à la Messe célébrée dans la chambre de clinique.Le Cardinal lui ouvre ses grands bras, lui promet après sa mort I anneau pastoral reçu de sa famille, celui qu il porte toujours.Quelques jours avant sa mort il traçait péniblement au crayon quelques lignes à ses prêtres.Pathétique et inoubliable message : « C est le sacerdoce que j aperçois en vous.La célébration de la Messe est I acte par excellence de chacune de vos journées et doit en être I acte central; Vous êtes devenu prêtre en vue de célébrer le saint Sacrifice de la Messe.Vivre de votre sacerdoce c est avant tout célébrer saintement la Messe ».Le samedi 23 janvier à trois heures de I après-midi, la vie de Désiré-Joseph, cardinal-archevêque, primat de Belgique s est éteinte.« Jamais je n\u2019ai ressenti plus profonde émotion, écrira le Cardinal Micara, Nonce Apostolique, qu au moment inoubliable où le samedi 23 janvier je fermais pour toujours les yeux au grand et vénéré Cardinal Mercier.Ces yeux, je les avais vus s\u2019animer si souvent, j avais vu s y allumer la flamme de l\u2019amour à chaque fois que je lui parlais de l\u2019Eglise, du Pape, de la Belgique.J y avais lu I ardente passion de son cœur pour toutes les nobles causes.Je les fermais à la lumière d ici-bas, mais je sentis que les yeux de son âme s ouvraient aux clartés éternelles ».Geneviève de Grave Louvain 1952 90 A 1 a rec herche du sacre dans 1 Art Même non chrétiens, les artistes s engagent volontiers dans une œuvre d art sacré.Ce sont les plus marquants (et les plus marqués), parmi les contemporains qui collaborent aujourd hui à l\u2019église d Hodin-court comme hier à celle d Assy.Est-ce hasard ?Matisse, en consacrant quatre années de sa carrière à la chapelle de Vence, déclare avoir obéi à une nécessité.Voilà un symptôme.II coïncide avec la résurrection par le livre et par le musée de tous les arts sacrés du monde.Des Vierges de France aux idoles polynésiennes la photographie nous donne une ample documentation sur les œuvres de I Art.Or presque toutes sont d art sacré.L Asie bouddhique et I Amérique des Aztèques, le monde musulman et les civilisations chrétiennes nous envoient par mille images le même leitmotiv : Fart est chose sacrée.Pourtant il y eut, six siècles avant notre ère, dans un petit coin de la Méditerranée une merveilleuse floraison d art d où le sacré semble absent.La Grèce de Phidias n avait-elle d autre religion que celle de 1 homme ?On le dirait.Son art n est pas un signe vers 1 au-delà, mais une présence.Les lignes du beau sont celles du corps humain.Et elles sont la mesure du monde.Sur quatre siècles de I Empire romain cet art régna presque sans partage.Le canon grec rejeté par Byzance et par le monde roman ne retrouva son empire sur les artistes de 1 Occident chrétien qu au XVIe siècle.L art profane ne commence pas avec les gargouilles des cathédrales gothiques mais avec les vierges de Léonard de Vinci qui sont fleurs d\u2019humanisme et non de chrétienté.Encore la sève chrétienne aura des rejaillissements prestigieux avec Rubens et Rembrandt, Le Greco et Georges La Tour, pour ne citer que des peintres.Dans Fhistoire universelle I art profane tient beaucoup moins de place que 1 art sacré.Le siècle de Phid ias et celui de Vinci ne sont que brefs instants d une longue histoire.L art de I Occident humaniste ne Revue Dominicaine serait-il qu une anomalie ?En répudiant la tradition humaniste, nos contemporains retrouvent la tradition de I humanité.Au fait, les artistes d aujourd hui se soucient-ils de tradition ?S\u2019ils la trouvent c\u2019est sans la chercher.Ce qu\u2019ils poursuivent de leurs efforts n est rien d autre que leur art.Mais dans cette poursuite ils sont captivés par quelque chose de plus grand qu une tradition humaine et de plus grand que leur art.Devant I œuvre qu il considère comme son chef-d œuvre Matisse nous dit qu elle est « I aboutissement de toute une vie consacrée à la recherche de la Vérité ».L artiste est un chercheur d Absolu.Sa révolte contre I humanisme anthropocentrique est le premier stade de cette recherche qui le conduit au seuil du Sacré.* * * L Académisme est la systématisation plastique de I humanisme.Si i homme est la mesure du monde, le corps humain est la mesure du beau.La peinture alors sera lignes plutôt que couleurs.1 oute beauté se ramènera à des lignes et ces lignes, aux proportions du corps humain.L Apollon du Belvédère, la Vénus de Milo sont les archétypes de toute eurythmie : temple grec, palais Louis quatorzien ou église « jésuite ».Une mise en scène de i homme ou de la femme, tel est le monde de la peinture.Avec moins d emphase que ne le fit Le Brun, mais non moins de complaisance, David représente 1 homme.Le triomphe de la représentation est « le Panthéon des grands hommes » d Ingres.Cette grande toile de la galerie du Louvre évoque toute la pompe et tout I ennui d une séance d apparat à I Institut.C est un théâtre où I homme est dieu et dont la vie est absente.L humanisme antropocentrique trouve ici une de ses expressions les plus exactes.Avec une couleur et une poésie dont M.Ingres était très éloigné, Delacroix célèbre lui aussi la tragédie humaine.Apparemment I homme est toujours le centre.Mais les formes olympiennes cèdent à une couleur dramatique.Le monde moderne est moins sûr de ses bases : I Homme 92 A LA RECHERCHE DU SACRÉ DANS l\u2019Art en est-il le dieu ?Un dieu étrangement divisé contre lui-même, ennemi de sa chair et de son sang et qui mourra dans une hécatombe cosmique dont « La mort de Sardanapale » est la préfiguration.Dans cette toile tragique où le monarque agonisant trône sur des chairs pantelantes, rougeoient des forces mystérieuses qui sont plus grandes que 1 Homme.Le hennissement victorieux du cheval est la trompette de ce jugement dernier où il n y a ni Dieu ni anges.Delacroix est le peintre de la tragédie humaine.Son mouvement plastique est une insurrection contre 1 immobilisme de 1 Académie.Son pessimisme dramatique proteste contre le mensonge de 1 accord naturel de 1 homme avec lui-même et avec I Univers.Mais sa révolte reste dans les frontières de 1 humanisme.Son inspiration n est qu humaine, même lorsqu il passe le Styx avec Dante et Virgile.II n est jamais au delà du tragique ; et s il peint le Christ c est en agonie.II n atteindra jamais au climat spirituel de la « Pieta » d Avignon.C est en lui tournant résolument le dos que les artistes du XIXe siècle vont se libérer de I humanisme.Coloriste, Delacroix est le père de I impressionisme mais moins que Corot, dont les paysages vont provoquer la longue suite de recherches qui, partie d une réflexion sur la couleur, aboutit à I angoisse ou à I espoir d un au-delà.Les paysages de Manet et les danseuses de Degas aboutissent à la fuite de Gaugin vers les îles et de van Gogh au delà de I horizon.En ch erchant le secret de son art, I artiste se heurte au secret du monde ; et il en vit.Au début de cette évolution, on ne voit chez I artiste d autre anxiété que de trouver le secret de son art ; et il le cherche dans son art.La peinture semble se replier sur elle -même : elle n est ni la sculpture, ni I architecture, ni le dessin, encore moins la philosophie ou la littérature, elle est la couleur.La lumière est-elle autre chose qu un tourbillon de couleurs ?L artiste désintégrera ce tourbillon.II retrouvera les notes fondamentales qui font choc sur la rétine.Rien de moins métaphysique.Mais cette technique de la couleur était sans rapport avec le monde des formes olympiennes dont I homme est le dieu.A la différence de Dela- 93 Revue Dominicaine croix, un Sisley ou un Monet n ont pas à réagir contre I humanisme de 1 Académie : ils n ont aucun contact avec lui.S ils retrouvent le corps humain c est comme partie du monde existant ; et ce monde pour le peintre est celui de la couleur : I Homme ne risque pas d y être dieu.Cézanne est Lien dans la ligne de cette recherche.II fait la géométrie de 1 impressionnisme.Avec lui la couleur trouve son volume.II déclare que tout se ramène au cube, à la sphère et au cylindre donnant le secret d un art surgi des formes de la terre et non de celles du corps humain.Quand I homme paraît dans le monde de la couleur il y jette une interrogation qui est proche de I angoisse.Le visage hagard de van Gogh encadré par le pansement macabre après sa tentative de suicide, voilà la face humaine de I impressionnisme.Pourquoi ?Mais van Gogh est un cas extrême.Remontons à la source.Manet est le classique de I impressionnisme.Son équilibre psychique est parfait.Rien d halluciné dans ses œuvres.Son petit joueur de flûte n est pas un anxieux.Mais avançons dans le cours de son œuvre telle que nous I offre le musée des Tuileries : après une suite de paysages où vibrent les couleurs finement juxtaposées, voici la danseuse espagnole, et surtout, émergeant d une masse nocturne, cette femme affalée sur un divan et dont le corps disparaît parmi les riches étoffes aux formes indistinctes : de son regard intensément vide elle semble fixer I absurde.Nous retrouverons ce regard avec une nuance de stupidité chez les buveurs de Cézanne, avec une nuance d ennui chez les enfants de la promenade en barque de Bonnard ; les clowns et les Christ de Rouault y ajouteront une expression de nausée ; les monstres de Picasso, une horreur inintelligible.M.Sartre n\u2019a rien inventé.C est le regard existentialiste.Le monde dont I humanité est le centre était sans désordre et sans mystère.Depuis qu il avait cessé d être le vêtement de Dieu il était devenu tout naturellement le vêtement de I Homme.S il y avait encore des mystères, c était ceux de 1 homme.Les paysages de Watteau sont psychologiques.Au fond pour lui comme pour Le Brun, la nature n est qu un décor.94 A LA RECHERCHE DU SACRÉ DANS L?ArT Dans le monde de la couleur, la nature est un mystère ; et s\u2019il y a mystère dans I homme c est qu il appartient à ce monde.La couleur ne cerne pas I essence des êtres : elle manifeste leur existence : elle les unit, elle les fond dans cette atmosphère dont ils sont tous participants.L atmosphère a toujours fait partie du portrait ; mais ici elle le domine.On ne s étonne pas de 1 emprise de 1 atmosphère chez les Tahitiennes de Gauguin ou dans les visions exotiques du douanier Rousseau.Mais cette femme de Manet est dans un monde fait de main d hommes.Ces étoffes lourdes qui 1 enveloppent, ces coussins où ses formes disparaissent, ce mur tapissé d éventails inutiles et de choses indistinctes, tout ce luxe enfin n est que le décor d une vie ; et il compose une atmosphère étouffante : c est un monde accablant pour 1 homme et le noir y domine.Les « intérieurs » de Braque, malgré la fermeté du dessin et I élégance des lignes donnent la même impression d inutilité métaphysique et d envoûtement cosmique.La couleur fait corps avec le sentiment de I existence comme le dessin avec celui des essences.Pourquoi le sentiment de I existence dé-bouche-t-il ordinairement dans la vision des modernes sur le sentiment du néant ?On serait tenté de F expliquer par le refus de I essence et le mépris du dessin.Mais quel dessin plus ferme que celui de Picasso ?Pour lui comme pour van Gogh 1 existence est circonscrite rigoureusement dans ses lignes essentielles mais, non sans violence ; elle y éclate.Coloristes et non métaphysiciens les premiers impressionnistes n a-vaient probablement pas entrevu ce qu à travers eux van Gogh verra.En refusant de demander le secret de leur art à autre chose qu à leur art ne s étaient-ils pas fermés à toute métaphysique ?« Peu importe que le monde ait un sens, il existe » n est-ce pas la philosophie sous-jacente aux paysages de Sisley ou de Claude Monet aussi bien qu aux danseuses de Degas ou aux natures mortes de Cézanne ?Mais cette a ffirma-tion de I existence est le fond même de toute métaphysique.Les vibrations de la lumière sur la cathédrale de Monet nous orientent vers l in-quiétant soleil de van Gogh.95 Revue Dominicaine « J existe et je n existe pas » déclare le monde des nymphéas.Ces couleurs crépusculaires dont les tourbillons s allument et s\u2019éteignent tour à tour, sont les signes de la contingence universelle.Et l\u2019Homme n\u2019est qu une parcelle de ces tourbillons.Parcelle consciente et capable d angoisse L artiste est parvenu à ce seuil où il doit trouver le secret du monde ou mourir.Mais peu d esprits arrivent au bout de leur idée.Van Gogh est seul dans son suicide.Les autres ont-ils donc renoncé à la poursuite du secret ?Les impressionnistes n avaient pas cherché le secret du monde mais, plus modestement, le secret de leur art.Cependant, par la couleur ils avaient prise sur le monde.Quel monde, sinon celui-là qui impressionne 1 œil, le physique, 1 existant ?Il n est d art que de I existant.Mais I existant est métaphysique.Ils s en étaient bien aperçus lorsque, rencontrant I Homme, ils I avaient enveloppé dans un mouvement qui venait de plus loin que lui, qui allait à plus grand que lui.Celui de la couleur ?Voire I Celui de la couleur existante et du monde existant.Parce que l\u2019Homme n\u2019est pas I existence même le secret de 1 art est plus grand que I Homme.Mais I artiste est-il plus qu un homme ?Le secret de l\u2019art est plus grand que l\u2019art.* * * Pour être fidèle à sa recherche l\u2019artiste doit chercher résolument au delà de lui-même, au delà de son art.Les artistes d aujourd hui le sentent-ils ?Obéissent-ils à cette nécessité de dépassement quand ils se tournent vers I art sacré ?Toutes les routes de I art mènent au sacré.Celle de 1 impressionnisme n était pas la plus directe.Celui qui s\u2019y engageait devait être cruellement soumis à la tentation de I art pur.Si le secret de I art est la couleur I artiste n a pas d autre maître que sa palette.Par nature I artiste est un créateur.Son monde n est-il pas celui qu il va créer ?Et s\u2019il perd de vue celui qu il a contemplé il se voudra 96 A LA RECHERCHE DU SACRÉ DANS l\u2019Art créateur absolu.Un artiste qui cesse d être contemplatif risque fort de s enfermer dans son univers et d en être le dieu.L impressionnisme était loin d avoir libéré I artiste de 1 idolâtrie de 1 homme.Affranchi de 1 humanisme de 1 Académie I artiste allait retrouver 1 humanisme en lui-même.Faute de référence à Dieu le monde avec lequel il dialoguait ne se référait plus qu à son art.C est en lui-même artiste et en lui seul que résidaient les mesures du beau.Un antidote à pareil égocentrisme était donné par I impressionnisme lui-même.L art impressionniste c est la sensation.La sensation c\u2019est le contact avec le monde existant.L artiste n est pas créateur absolu parce qu il ne part pas de rien.II part de ce qui est ; et ses tours les plus personnels nous y ramènent.La Provence de Cézanne n est pas la Provence ; et pourtant elle nous y reconduit.Un créateur aussi personnel que Cézanne ne pouvait cependant s abandonner aux caprices d une création arbitraire.Par lui les lignes du corps humain comme celles du paysage se trouvent parfois étonnamment simplifiées, jamais défigurées.Ses constructions tiennent au sol.L art de Cézanne tient au monde existant.Mais il en abstrait des formes si impérieuses qu il semble en être la mesure plutôt que mesuré par lui.La Provence de Cézanne ressemble à ses natures mortes : c est un fruit purement plastique : la vie n y est que forme.Et ces formes sont les créatures du maître.Qu un génie moins équilibré intervienne : il aura vite rompu le lien de ces formes avec le monde existant.L art pur devient pur artifice.Les formes ne seront alors que l\u2019expression d un rêve ou d un cauchemar plus ou moins plastique.L irréel ne peut pas nourrir 1 esprit de 1 Homme.A travers I œuvre de van Gogh se lit F appétit d\u2019une réalité.Et cette réalité est au delà des formes.ici r académisme est vaincu.La Provence de van Gogh n est pas moins personnelle que celle de Cézanne.Elle l est davantage.Dans les oliviers agités par le mistral ne passe pas seulement le souffle de la puissance créatrice mais toute I an- 97 Revue Dominicaine goisse d une âme.Et cette angoisse mord au mystère du monde.L artiste ici ne cherche plus seulement le secret de son art mais le secret de 1 univers.L inquiétant soleil qui flamboie dans les dernières œuvres de van Gogh n est pas celui de I art pur mais de I art vivant.Les flammes sortent du regard halluciné de I artiste.Et rien n est plus réel que la lumière dont 1 artiste est halluciné : ce soleil qu il a poursuivi dans les grands incendies de l\u2019été provençal et qui 1 a terrassé.Réalité symbolique, sans doute.Car la trame du monde est déchirée des mille feux du soleil ; et c est au delà d elle que 1 artiste poursuit cet absolu dont ses paysages sont tourmentés comme son âme.Mais cet au delà même est réel au suprême degré.Le suicide de van Gogh devant sa dernière ébauche est le plus éclatant manifeste de 1 art vivant.L engagement de 1 artiste dans son œuvre va jusqu au bout de sa vie.Sa mort est un phénomène d aliénation mentale.Elle témoigne donc d une rupture avec 1 existence, mais aussi d une recherche : 1 angoisse d une surexistence.L art de van Gogh ne témoignerait pas de cette angoisse s il n avait été sa vie autant que son œuvre.II était le mouvement de son âme, sa respiration haletante vers l\u2019absolu.Son suicide est un signal d impuissance : le créateur ne trouve pas dans sa création le secret qui nourrit son âme.II faut qu il le cherche au delà.Et c est un appel au dépassement.L art de van Gogh n aurait pas ete englouti par 1 au delà s il n avait d abord été polarisé par la Vérité.Cette recherche de la Vérité est-elle infi délité à son art ?Elle le dépasse semble-t-il, mais en le traversant tout entier.Et n est-ce pas son art qui alimente cette quête héroïque de la Vérité, sa vie ?Du même élan il cherche le secret de son art et le secret du monde.S il passe au delà de I un et de l\u2019autre c est pour être fidèle à cet élan.Avec van Gogh l\u2019inquiétude métaphysique est entrée dans la peinture.Line instabilité se révèle dans le monde des formes plastiques.Même 98 A LA RECHERCHE DU SACRE DANS l\u2019Art la joie de vivre semble frappée de contingence et d ennui.Les odalisques de Matisse sont mortellement ennuyées.1 el bouquet de fleurs nous offre sa joie comme une surprise d un instant, d el fauteuil n est qu\u2019un piège.Dans le paresseux décor de la vie il semble toujours que quelque chose va tomber.Cbez Matisse même le monde est inquiétant.Ce sentiment de la contingence universelle est le biais par où le mystère du monde s insère dans 1 œuvre d art.Désormais le monde est présent.Les formes n ont pas une vie propre : elles ne sont que les moyens d expression plastiques d un mystère qui est celui de 1 univers.Les formes ne sont plus que des signes.Etre signe pour une forme ce peut être son suprême épanouissement par un rayon surnaturel, i ous les êtres sont reflets de 1 Etre créateur ; leur existence est toute tournée vers lui.Cbez I être Iiumain le rayonnement de la beauté divine se révélera dans 1 affleurement d une perfection surhumaine : les sculptures de Chartres et de Reims sont des signes de Dieu : les formes humaines y sont transformées par une expression divine.Mais le monde moderne est un monde sans Dieu.Même chrétien 1 artiste a par-dessus tout le sentiment de cette absence.Baigné d\u2019une espérance humaine un paysage de Rouault est toujours noirci par le mal.Et c\u2019est un mal métaphysique.Le plus moraliste des peintres modernes est aussi métaphysicien.Ses clowns ne sont pas seulement la conscience écœurée d un monde injuste et frivole : ils sont le regard d un monde absurde.Quand on achève pour la première fois la visite du musée d\u2019art moderne à Paris, on éprouve une sorte d oppression.On a respiré I air d un monde sans Dieu.A travers ces panneaux où sont rassemblées les œuvres jugées les plus représentatives de notre temps on pourrait lire toutes les nuances que suscite dans le cœur humain le sentiment de 1 absurde : 1 ennui de vivre, dur et sec, dans les paysages et les intérieurs de Vuillard, se colore chez Bonnard d une incurable mélancolie, d une tristesse douce et funèbre PP Revue Dominicaine chez Vlaminck ; il devient nausée tragique pour les clowns de Rouault et dans les monstres de Picasso, il ricane diaboliquement, tandis que Matisse le refoule dans le décor de la joie mais pour le ramener au centre de la scène dans tel pli de la Louche, tel froncement du sourcil où se concentre subtilement la détresse, II y a certes des bouffées d air pur parmi ces miasmes.L œuvre de Maurice Denis surgit de cette nuit, lumineuse, comme un lys qui aurait poussé sur les décombres.Le Christ flagellé de Desvallières, tout hachuré d opprobres est plus à I unisson de cette décomposition humaine.Mais il est encore trop humain.Pour faire face au monde absurde il n y a que le Christ hagard de Rouault.* * * Les moins chrétiens des artistes contemporains ne sont pas sans éprouver cette absurdité d un monde sans Dieu.C est par le sentiment de ce désordre qu ils aspirent à I ordre.Le gouffre laissé par I absence de Dieu se creuse vers I enfer mais comme un appel au Dieu qui sauve.Les œuvres même dont I espérance est absente sont au seuil du divin par I angoisse ou par 1 ennui à moins qu elles ne soient au seuil du néant.L art contemporain souffre d\u2019être profane.Les impressionnistes ont balayé I humanisme de I Académie : ils ont détrôné I Homme : ils ne I ont remplacé par rien.Et ce rien est au centre de I art en réponse à une demande d absolu.La figure humaine pour les artistes d aujourd hui n est qu un signe.Par là e Ile rejoint I art sacré.Et si la forme semble souvent bien appauvrie c est qu elle signifie une grande pauvreté.Les schèmes de Matisse ou de Picasso sont-ils orgueil et volonté de paraître ou aveu d impuissance ?Le visage de I Homme a eu du temps de Périclès une signification purement humaine.Depuis le Christ il est chose sacrée.Non la seule figure humaine mais toutes les formes de la terre ont été éclairées par le Dieu qui s est fait chair.Elles ne trouveront pas leur plénitude plastique sans la plénitude de leur signification qui est divine.I.André-Vincent, O.P.100 Les Foyers de 1 Unité en Italie Le 19 avril 1951, paraissait dans I « Osservatore Romano » un article intitulé : I Focolari dell Uriità, et dont on peut lire ici la traduction.Suivront ensuite quelques commentaires qui permettront de mieux connaître la genèse de ces « Foyers de I Unité » et d en saisir un peu I\tesprit original.« Dans la prière qu II adresse au Père, après ses dernières paroles aux Apôtres, au Cénacle, avant sa mort, Jésus demande avec insistance qu\u2019ils soient un, comme le Père et Lui-même ; Lien plus, que tous soient un : ut omnes unum sint ».C est là son testament.Un peu auparavant, II avait dit : « Voici, je vous donne un commandement nouveau : c est que vous vous aimiez les uns les autres, comme je vous ai aimés ».Quelques heures après, II monte au Calvaire, et là, sur la Croix, II\ts immole totalement à la volonté du Père, accomplissant I acte suprême d amour envers Dieu et envers les hommes, pour que nous aussi, comme Lui, nous nous aimions les uns les autres, et que nous arrivions ainsi, nous, les membres, à constituer avec Lui, la Tête, le Christ total, son Corps Mystique.En ceci se trouve tout l\u2019Evangile, toute la Loi et les Prophètes.Tel est I Idéal chrétien.Assurément, le monde d aujourd hui est bien loin de cet idéal.On peut dire que la note dominante de notre temps est la désunion entre les hommes et entre les peuples.C est pourquoi il faut vraiment considérer comme une grâce toute particulière de I amour de Dieu à I égard des hommes ce fait que, en Italie surtout, mais aussi en dehors, des milliers d âmes aient fait de cet idéal, I idéal de leur vie, qu elles aient trouvé en lui la plénitude de la vie.Ces âmes ne vivent que pour réaliser le Testament de Jésus.D' aucunes, qui ne sont qu une faible minorité, sont allées jusqu\u2019à laisser « père, mère.et champs » et se sont réunies pour vivre ensemble, mettant tout en commun et suivant les conseils évangéliques.Elles n\u2019ont 101 Revue Dominicaine qu un Lut, celui de s aimer réciproquement comme Jésus les a aimées, jusqu à devenir une seule cLose, pour que tous soient un.Cette cLarité parfaite les maintient continuellement dans le surnaturel et, par consé-quant, dans la joie parfaite.Jésus vit au milieu d elles, car II a déjà dit : « Où deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là, au milieu d eux ».Ce semble presque un miracle de voir vivre ensemble, dans une unité parfaite, des hommes, ou ailleurs des femmes, arrivant de milieux différents, possédant éducation, culture, caractère, personnalité parfois tout à fait opposés.Mais ils ont choisi Jésus seul, ils ont tout perdu pour être à Jésus seul : le vieil homme est disparu, et I homme nouveau n est plus ni grec, ni juif, ni ingénieur, ni ouvrier, ni savant, ni ignorant.Les « Foyers », comme I écrivaient récemment « Vita Cristiana » et « La Via », ne font aucun apostolat particulier, ne recherchent personne, ne demandent rien à qui que ce soit : ils portent témoignage au Christ par leur unité : « afin que le monde reconnaisse que tu m as envoyé ».Et cet Evangile vécu intégralement s avère I apostolat le plus efficace.II suffit d en contempler les fruits.Ces fruits, les voici.Autour de ce feu (le feu est Jésus, venu pour incendier toute la terre), des centaines et des centaines d âmes, de toutes les vocations, converties d une vie mauvaise ou renouvelées dans leur vie chrétienne, ouvriers, professionnels, députés, prêtres, religieux, religieuses, hommes et femmes, jeunes et vieux, gens mariés et célibataires, toutes ces âmes vivent le commandement nouveau de Jésus jusqu à I unité; ces âmes réalisent en elles-mêmes son Testament, pour qu il soit réalisé de tous.Dans les « Foyers », on vit ensemble tout en continuant chacun son propre travail et vivant du fruit de ce travail ; tout le superflu va aux pauvres.Les « Foyers » forment donc une communauté, mais sans aucune organisation nouvelle.Ces organismes sont liés du seul lien de la charité.La doctrine, elle existe déjà : I Evangile.L organisation, elle est déjà toute prête : I Eglise.Les « Foyers » vivent l\u2019Eglise, ils sont membres vivants du Corps du Christ.Ils apportent dans le monde I unique chose 102 Les Foyers de l Unité en Italie qui y manque : I amour, I unité, I unique chose demandée par Jésus au Père comme fruit de la Rédemption.Chacun dans son propre milieu (la famille, 1 école, le lieu de son travail, le couvent) aime Dieu concrètement, seconde par seconde, dans le prochain dans lequel il voit Jésus, et dans sa Volonté, qu il accomplit de tout son amour.Et en aimant le prochain, il perd son propre moi, il se sanctifie lui-même et sanctifie les autres.Ce n est donc pas là un mouvement, mais hien 1 âme de toutes les organisations et de toutes les sociétés.C est un esprit, un souffle de vie nouvelle.On pourrait dire que c est la réponse concrète à I Encyclique Mystici Corporis du Saint-Père glorieusement régnant.Et, coïncidence remarquable, cette vie nouvelle est née à 1 rente, précisément dans le mois qui voyait naître I EncycIique, en juin 1943.Ce fut en effet en cette année de guerre qu une jeune fille, voyant tout crouler autour d elle, sentit de façon aiguë la vanité de toutes choses et, avec quelques compagnes de la première heure, décida de s attacher à Dieu seul, Lui qui seul ne pouvait être touché par cette débâcle.Avec une simplicité d enfants, elles commencèrent à aimer Dieu de tout leur cœur, de toute leur âme, et à chercher dans 1 Evangile vécu à la lettre la lumière pour 1 aimer toujours davantage.A le vivre, elles redécouvrirent 1 Evangile phrase par phrase, jusqu à la prière sacerdotale de Jésus, où elles trouvèrent l\u2019essence du christianisme et I idéal de leur vie.Dès le début, 1 Archevêque de Trente connut, approuva et protégea la vie des « Foyers ».Les fruits abondants portés par ces « Foyers », la providence qui les alimenta continuellement, les persécutions qu ils subirent, leur très grand amour de la Vierge, et surtout leur soumission totale à 1 Eglise, témoignent de la façon la plus efficace qu il s agit là vraiment d\u2019une œuvre de Dieu ».\tGM * * * Ainsi s exprimait I auteur de cet article de I « Osservatore Romano ».Et il parlait en connaissance de cause : il est lui-même membre de l\u2019un de ces Foyers, où il vit avec d autres hommes qui sont animés du même 103 Revue Dominicaine esprit.Lui-même est ingénieur ; un autre, médecin ; un autre, étudiant en pliilosopkie ; et chacun de ses compagnons exerce pareillement une profession déterminée, lis s habillent comme tout le monde, ils habitent un appartement ordinaire, dans une maison comme toutes les autres.Rien ah solument ne les distingue extérieurement des autres hommes.Mais il y a ceci de particulier, que ces hommes ont tout mis en commun, biens matériels et biens spirituels, lis vivent une vie commune profonde, chacun s oubliant totalement pour ne penser qu aux autres, chacun apportant à tout le groupe tout ce qu il possède, depuis le fruit de son travail quotidien jusqu à celui de sa sanctification personnelle.Ils vivent ainsi dans cette communion, au jour le jour, distribuant régulièrement aux pauvres tout leur superflu et se communiquant les biens de leur vie chrétienne.Pas de société religieuse nouvelle Que sont donc au juste ces Foyers ?L une quelconque de ces nouvelles formes de vie religieuse, qu on a vu naître de nos jours pour répondre à certaines exigences nouvelles de la vie moderne ?Non pas ; il ne s agit pas d une congrégation religieuse de nouveau genre, ni même d un de ces instituts séculiers ou d assistance sociale qui se répandent aujourd hui.Toute communauté religieuse, toute « religion », on le sait, se définit fondamentalement par la vie en commun, soumise aux trois vœux de religion et réglementée par certaines observances déterminées.Or, si les Foyers constituent foncièrement des centres d une vie commune intense, ils ne possèdent cependant aucune réglementation fixe, et leurs membres ne prononcent aucun vœu, bien qu ils vivent les conseils évangéliques, observant la chasteté parfaite, pratiquant une authentique pauvreté, et obéissant au chef du Foyer comme au représentant et au promoteur de I unité qui est leur idéal.Voil à sûrement quelque chose qui n\u2019est pas banal, pensera-t-on.Comment peut-on mener une vie commune sans règlement ?comment, et pourquoi, s astreindre aux conseils évangéliques sans les affermir par 104 Les Foyers de l\u2019Unité en Italie les vœux ?La chose peut paraître insolite, mais pourtant les « Focola-rini » 1 I ont crue possible, si bien qu ils I ont réalisée selon une forme parfaitement viable, qui ne cesse de se développer depuis plus de huit ans.II y a bien dans le monde une forme absolument fondamentale et naturelle de vie commune, la famille, et qui s épanouit sans règlement, au rythme d un amour humain ; pourquoi alors les fils du même Père céleste ne pourraient-ils pas vivre en commun au sein d une famille essentiellement surnaturelle, et qui s alimenterait à I amour de Dieu et du prochain ?Une histoire vécue On ne peut se défendre d un certain étonnement devant cette réalisation audacieuse d une vie chrétienne, qui semble vouloir concilier à la fois vie religieuse et vie laïque, et qui désire même offrir tant à 1 une qu à I autre I élan qui leur est nécessaire, la source de vie où elles puissent et doivent s alimenter pour parvenir à un épanouissement total.Un rapide aperçu historique permettra de juger de la valeur et de 1 opportunité d une pareille forme de vie.C est à Trente, en 1945, vers la fin de la guerre en Italie, qu a commencé cette aventure spirituelle.La débâcle emportait tout irrésistiblement : maisons et familles, vies humaines et vies spirituelles.Jamais la fragilité du monde n était apparue aussi évidente.Ft jamais n était apparu avec une telle urgence le besoin pour les âmes de se raccorder à quelque chose de ferme, d inébranlable, au milieu et au-dessus de ce chaos universel.C est alors qu une jeune fille à la foi entreprenante comprit, par une grande grâce du Ciel, que c était vers Dieu seul qu il fallait se tourner, qu il fallait se jeter dans ses bras avec une confiance aveugle.Sans plus tarder, avec quelques-unes de ses amies, elle se mit donc à la recherche de ce Dieu, de ce Père, dont elles éprouvaient toutes un si ardent besoin.1.On ne peut rendre en français par un seul mot cet heureux néologisme, que permet si facilement l\u2019italien.«Focolarino» est naturellement formé du mot « Focolare », foyer, et la Variation de ses désinences selon les genres et les nombres se fait normalement.On devrait dire en français : membres des Foyers.105 Revue Dominicaine Comment trouver Dieu de façon vive, immédiate, au point que Lui seul suffise à combler tous les désirs de chaque moment, à rassurer continuellement une humanité aussi cruellement déchirée ?Dieu, c\u2019est Jésus qui I a manifesté ; et Jésus lui, nous est parvenu à travers son Evangile ; et enfin, Jésus et son Evangile, c\u2019est I Eglise qui nous les rend accessibles.Voilà donc ces jeunes filles, qui vivaient depuis toujours dans I Eglise, mais qui se rendaient compte que Dieu ne leur était quand même pas assez présent, voilà donc qu elles se mettent en quête d une compréhension plus approfondie de I Evangile, afin de mieux vivre leur vie chrétienne au sein de I'Egl ise.Ce n est pas une intelligence abstraite de l\u2019Evangile qu elles veulent, c est la réponse à leurs inquiétudes et à leurs exigences d une vie supérieure, c est une force nouvelle, c\u2019est une parole de vie capable de les soutenir au sein de la débandade générale et de les porter jusqu à Dieu.Elles sont donc disposées à vivre pleinement et immédiatement 1 Evangile, au point que, si tous les textes en venaient à disparaître, on puisse les recomposer uniquement à les regarder vivre.« Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait », avait dit Jésus.N est-ce pas précisément ce qu elles désirent le plus, être parfaites ?Et Jésus commande justement cette perfection si haute : c est donc qu elle est possible, et cela, dès maintenant.Car le passé n est plus, et 1 avenir demeure caché dans le mystère de Dieu ; c est dans le présent par conséquent qu\u2019il faut être parfait, c est en chacun de ces instants que le Père accorde à ses enfants.Si bien que la mort pourrait venir les prendre en n\u2019importe lequel de ces instants, ils devraient être prêts, ces enfants du Père céleste, à entrer sans plus tarder dans leur bonheur, celui même de Dieu.Ces âmes assoiffées de perfection continuent d interroger I Evangile, stimulées par ce commandement de Jésus.Elles vont tout de suite à 1 essentiel.Elles entendent tomber des lèvres du Christ ces paroles : «Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, et de toute ton âme, et de tout ton esprit.Tu aimeras ton prochain comme toi-même.106 Les Foyers de l\u2019Unité en Italie De ces deux commandements toute la Loi dépend, et tous les Prophètes ».Enfin, c\u2019est dans le Testament de Jésus quelles trouvent l\u2019expression de ses dernières volontés, qui se ramènent toutes à un seul et immense désir : I unité.Dans son discours aux siens, Jésus avait précisé encore davantage le grand commandement de 1 amour : «Je vous donne un commandement nouveau : c est que vous vous aimiez les uns les autres, comme je vous ai aimés.C\u2019est à cela que tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples, si vous avez de 1 amour les uns pour les autres ».Et en conclusion de tout son ministère parmi les hommes, dans la prière dite sacerdotale où Jésus remet à son Père le soin d achever I œuvre qu il est venu faire sur la terre, il ne demande plus qu une chose comme fruit de la Rédemption : « .Que tous soient un, comme toi-même, ô Père, tu es en moi et moi en toi, afin qu eux aussi soient en nous, de façon que le monde croie que tu m as envoyé ».Ainsi, toute la Loi et les Prophètes trouvaient leur achèvement dans les deux commandements de 1 amour de Dieu et du prochain.Et maintenant, comme couronnement de sa mission, ce n\u2019est plus, d une certaine manière, qu un seul commandement que Jésus laisse aux siens : qu ils s aiment les uns les autres.Qu ils s aiment de telle sorte qu ils en arrivent à une unité aussi profonde et incompréhensible que celle qui unit le Père et le Fils : « Qu ils soient un, comme nous sommes un, moi en toi et toi en moi, afin qu ils soient consommés dans I unité, de façon que le monde sache que tu m\u2019as envoyé et que tu les as aimés comme tu m as aimé ».La conséquence de cette unité de tous dans I amour, c est que I unité doit être le signe distinctif des disciples de Jésus, et en même temps le gage de l\u2019amour de Dieu pour les hommes.Convaincues de 1 importance de cette unité dans 1 amour réciproque, ces âmes en quête de Dieu se mirent à vivre sur-le-champ ce commandement de I amour fraternel, afin de réaliser au milieu d elles le grand désir d unité de Jésus : elles avaient enfin trouvé le secret de la vie parfaite qu elles cherchaient.Et avec une intrépidité vraiment toute surnaturelle, elles décidèrent de le mettre en pratique sans hésitation.Car 107 Revue Dominicaine elles se rendaient compte que cet amour total des autres ne s offre pas comme un plan à longue échéance, à réaliser seulement dans un avenir lointain, mais qu il est un principe d agir immédiat, qui demande à être appliqué instant par instant, dans toutes les circonstances concrètes de la vie quotidienne, garantissant I acquisition de cette perfection qu il faut posséder à tout instant selon la mesure du don de Dieu à chacun.Naissance des Foyers Peu à peu, sous la pression de circonstances où elles voyaient le doigt de Dieu, ces jeunes filles de Trente quittèrent leur famille pour vivre ensemble, pour tout mettre en commun, afin de mieux vivre ce commandement de 1 amour fraternel en s unissant effectivement.Trouvant que même leurs modestes revenus constituaient pour elles un certain superflu, elles se mirent à en distribuer le surplus aux sinistrés de la guerre qui faisait rage, aux pauvres innombrables d\u2019une cité en destruction.Mais plus elles donnaient, plus elles recevaient, par des voies admirables, des dons qu elles transformaient aussitôt en offrandes aux misérables.Animées de la conviction qu elles étaient protégées par la Providence, elles se lancèrent décidément de 1 avant, créant ainsi spontanément ces groupes de vie commune qui prirent plus tard le nom de Foyers : appellation commode, qui ne se veut absolument pas comme le titre de quelque nouvelle organisation sociale, mais uniquement comme une dénomination pratique pour la vie courante.C\u2019était donc sous la poussée de leur désir de perfection chrétienne que ces âmes s étaient réunies, qu elles avaient commencé de vivre selon I esprit des conseils évangéliques, animant toute vie d un amour mutuel fervent et réaliste.Leur idéal avait germé et s était épanoui comme un fruit mûr : il allait de même se propager par une expansion toute naturelle, ou plutôt surnaturelle, sans qu\u2019aucun calcul humain ait à intervenir.C\u2019est à cela que tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples, si vous avez de I amour les uns pour les autres.» Une fois de plus se vérifiait la parole de Jésus.Les « Focolarine » avaient suivi 1 élan qui les poussait, sans chercher à faire du prosélytisme, sans rien deman- 108 Les Foyers de l\u2019Unité en Italie der ni rien imposer a personne.Mais la réalisation de leur idéal transformait leur vie ; une joie nouvelle les illuminait, une union très étroite les rapprochait, les faisait vivre comme si elles n avaient vraiment qu une âme.Dans un monde mordu par la haine, en proie aux souffrances et aux divisions infinies de la guerre, I exemple d une pareille vie ne pouvait passer inaperçu.Peu à peu, on commença à venir à elles, à s enquérir du secret de leur bonheur, à s informer des motifs qui les avaient ainsi amenées à cette vie en commun.Interrogées, les « Focolarine » répondaient de bonne grâce, disant tout simplement que c était Jésus qui faisait leur bonheur, que c était Lui, vivant au milieu d elles, qui opérait cette transformation qui frappait les regards.Et elles racontaient leur histoire, I histoire de leur découverte de I unité dans I amour fraternel.Pas de doctrine compliquée, pas de théories abstraites et difficiles, mais des faits.Elles ne faisaient en somme que manifester I action de Dieu dans leur vie, s\u2019effaçant elles-mêmes pour laisser libre cours à I expansion et à I action de fa grâce divine.Ce qu elles apportaient au monde, conformément au grand désir de Jésus, c était le témoignage de leur vie chrétienne authentique, vécue dans un amour vraiment source d\u2019une unité très profonde.Elles n\u2019étaient somme toute, que des témoins de Dieu, lui rendant témoignage par leur unité, et réalisant ainsi le Testament de Jésus.Cet id éal si simple, à la portée de tous, et dont les premières « Focolarine » démontraient I efficacité par leur exemple, attira rapidement une foule d âmes désireuses d un renouvellement spirituel.Le groupe primitif de Trente commença à croître, à se répandre dans d\u2019autres villes d Italie, sans que les membres des nouveaux Foyers aient eu à faire ou à subir quelque propagande ou publicité que ce soit.Ils allaient tout simplement là où on les appelait, se laissant en tout guider par la Providence, et n exerçant aucun apostolat direct, si ce n\u2019est celui de leur exemple.L action divine faisait tout, créant des oppositions qui ne servaient qu à mettre en relief I authenticité de la vie chrétienne de ces Foyers, et aplanissant toujours au moment voulu les difficultés innom- 109 Revue Dominicaine brables qui auraient été plus que suffisantes pour anéantir tout mouvement qui ne se fût appuyé que sur des ressources humaines.L Eglise, gardienne des Foyers On ne peut nier à ces Foyers, dira quelque esprit averti, une générosité d intention et une hardiesse de réalisation vraiment admirables.Mais qui peut garantir la droite orientation de ce renouveau de vie évangélique ?De grands hommes ont déjà voulu retourner à 1 Evangile, et ils n\u2019ont réussi qu à entraîner dans I hérésie et le schisme des peuples entiers.Qui préservera les Foyers de déviations toujours possibles, particulièrement s il s agit de laïcs ?L Eglise, I Eglise seule.Et les membres des Foyers professent à son endroit une soumission aveugle, dans laquelle ils reconnaissent leur sauvegarde.Car c est au sein de I Eglise que les Foyers veulent vivre leur vie d unité dans I amour fraternel, c est afin de vivre plus parfaitement leur vie de chrétiens dans I Eglise qu ils se sont constitués en groupes de vie commune.L Evangile constamment approfondi est leur nourriture quotidienne, mais c est IEvangile tel que I Eglise le leur présente et le commente ; c\u2019est dans I Eglise que s\u2019épanouit leur vie évan-gél ique, dans la fréquentation des sacrements et dans I obéissance aux autorités ecclésiastiques, dans lesquelles les « Focolarini » voient continuellement I expression de la volonté de Dieu sur eux.Aussi n entreprennent-ils jamais rien sans I autorisation expresse des évêques, et restent-ils toujours soumis très fidèlement au clergé paroissial.Leur obéissance est telle, qu ils seraient prêts, si 1 Eglise le leur demandait, à abandonner immédiatement leur vie en Foyers, convaincus que ce serait là la manifestation de la volonté du Père éternel, et que ce renoncement ultime ne serait que I achèvement de I anéantissement du moi au sein de I Eglise, qui forme le fond de leur vie d unité.La vie des « Focolarini » Sous la protection constante de I Eglise, qui, si elle ne les a jamais approuvés officiellement, leur permet quand même une existence et une 110 Les Foyers de l\u2019Unité en Italie diffusion toujours soumises à une observation bienveilfante, les Foyers se sont multipliés, et quelques grandes villes d Italie en possèdent déjà un ou plusieurs.D autres sont à I état de projet ou en voie de réalisation, même en pays étrangers.La seule Kiérarcbie interne qu\u2019ils connaissent, c\u2019est la soumission au cbef de chaque Foyer, chargé de veifler à la réalisation toujours plus étroite et plus intense de I unité du Foyer.Chaque « Focolarino », dans I obéissance au chef du Foyer, cherche à se libérer de I amour de lui-même pour se retrouver agrandi dans I amour de tous ; et en aimant concrètement tous ceux qu il côtoie dans la journée, tant au Foyer qu en dehors, il tend toujours à s oublier personnellement pour réaliser davantage I unité de toute I Eglise.A 1 intérieur du Loyer, aucune réglementation, pas d exercices ou d observances ; seulement la vie des fidèles dans 1 Eglise, mais vécue dans une unité fondée sur une charité effective, qui fusionne toutes les âmes dans leur union à D ieu.C est dans cette unité très haute, unité dans le même amour de Dieu, unité dans un amour de Dieu où tous sont solidaires, s\u2019aident mutuellement, c est dans cette unité qu il faut chercher la caractéristique fondamentale des Foyers, c est de là que découlent pour eux, comme une conséquence toute naturelle, la pratique des conseils évangéliques, leur pauvreté toujours soucieuse d\u2019aider les pauvres : toutes choses qui ont pour but de les détacher d eux-mêmes pour leur permettre une unité supérieure, toujours grandissante.Sans doute, le grand commandement de l\u2019amour doit-il animer la vie de tous les chrétiens ; et I unité désirée par Jésus doit englober tous les hommes.Mais combien, parmi les chrétiens, vivent à fond le commandement de I amour, au point de se sacrifier totalement, et jusque dans les moindres détails, pour les autres ?Combien en arrivent à un renoncement complet, qui les fasse se perdre à eux-mêmes pour se retrouver en communion avec tous les autres dans cette unité de l\u2019Eglise voulue par le Christ ?Le mérite des membres des Foyers est qu\u2019ils ont cru possible la réalisation intégrale de l\u2019Evangile, jusqu\u2019au Testament du Christ, dans I accomplissement parfait du commandement de l\u2019amour 111 Revue Dominicaine réciproque.Et tous s accordent pour placer leur « conversion » au moment précis où ils \u2019ont entrepris de vivre ce commandement, qu\u2019ils connaissaient certes fort Lien auparavant, mais qu ils ont appris alors à pratiquer de façon nouvelle.Et de cette redécouverte de I amour a jailli dans toute leur vie une source libérée de grâces nouvelles ; ce que chacun s efforce de perdre dans sa donation au groupe se transforme en un don supérieur du groupe à chacun de ses membres.Chacun se perd autant qu il le peut ; mais il ne perd que ses limites.Ce qu il découvre en retour, c est un agrandissement de tout lui-même par une participation encore plus élevée à 1 amour de Dieu dans l\u2019unité de I amour de ses frères.C est là, en définitive, 1 idéal, quotidiennement vécu et incessamment poursuivi en même temps, qui constitue la raison d être des Foyers.Diffusion de l ideal des F o y ers Cet idéal, un nombre considérable d âmes aujourd\u2019hui s\u2019efforcent de le réaliser selon 1 esprit des Foyers de I Unité, et cela, dans divers pays du monde, y compris le Canada.Sans doute, toutes ne vivent-elles pas dans des Foyers ; toutes ne vivent pas à la lettre les conseils évangéliques.Fes membres des Foyers se reconnaissent en cela une vocation spéciale, une espèce de mission qu ils assument librement : celle d entretenir avec le plus grand soin et la plus grande ferveur ce feu de 1 amour que Jésus est venu jeter sur la terre.Fes Foyers veulent offrir à ce feu une atmosphère plus propice où il puisse se développer, en concentrant tous leurs efforts pour intensifier au milieu d eux cet amour qui doit rayonner sur tout le monde.Fes Foyers désirent donc être à la fois les témoins et les instruments de la diffusion de I unité.Fes autres ensuite viennent à eux pour se réchauffer, pour raffermir et faire rayonner autour d eux aussi la flamme des Foyers.Des hommes et des femmes de toutes conditions sociales, de toutes vocations et professions, restent ainsi en contact avec les Foyers, tout en poursuivant leur vie normale, vie conjugale ou vie religieuse, tout en exerçant leur ministère sacerdotal ou religieux, ou en continuant de mener 112 Les Foyers de l\u2019LJnité en Italie leur vie d'ouvriers, de professionnels, de malades, etc.L\u2019amour réciproque dans l\u2019unité, qui est l\u2019idéal des Foyers, n\u2019est-il pas au fond l\u2019idéal de tous les chrétiens, celui même de la perfection de la charité ?Voilà donc pourquoi les Foyers croient pouvoir rayonner aussi bien dans le monde chrétien que dans le monde déchristianisé, et tant auprès des laïcs qu\u2019auprès des religieux et des prêtres.Ils vivent de la conviction que leur esprit doit être celui de tous, et eux-mêmes s en sont faits les instruments.Ils ont profondément conscience que c\u2019est Dieu qui a tout fait, qui fait toujours tout en eux ; eux ne font que vivre cette action de Dieu et la raconter aux autres.Et dans la mesure où ils sont fidèles à cette action, et à I idéal des Foyers, c est Dieu qui parle par eux, qui se fait connaître par leur parole, qui attire à Lui par leur air transformé, par I accent de persuasion toute simple et directe qui anime leur conversation, par cette assurance et cette aisance avec laquelle ils parlent des réalités surnaturelles comme de valeurs désormais devenues comme naturelles pour eux, tellement elles entrent profondément dans leur vie.Bref, les membres des Foyers ne désirent que vivre leur vie de laïcs dans I Eglise, et ils reconnaissent que ce n est qu ainsi, qu\u2019en conservant leur place de fidèles soumis à I autorité de I Eglise, qu\u2019ils réaliseront pleinement leur idéal et qu ils le feront rayonner à travers le monde, non par un apostolat qui empiéterait sur les fonctions du clergé ou des religieux, mais bien par leur exemple de chrétiens entièrement conquis par I amour de Dieu en communion avec tous.Les Foyers semblent comme une nouvelle Pentecôte en plein XXème siècle, faisant revivre la vie des premiers chrétiens par un retour vivifiant et ordonné à la vie évangélique telle que prêchée par Jésus.Le témoignage qu apportent à notre monde souffrant les Foyers de l Unité, c est celui de la véracité, de I authenticité, de la mission de l\u2019Eglise, mission toujours actuelle, et aujourd hui plus que jamais.A.-M.Perreault, O.P.Rome, décembre Î951 115 Le sens des faits Au milieu la montagne 1 « .ce qu un auteur doit faire avec les « personnages ordinaires », « vulgaires », pour les rendre tant soi peu intéressants au lecteur.On ne peut pas s en passer tout à fait dans un récit, car la plupart de ces personnages constituent à tout moment un chaînon indispensable dans la suite des événements ; Iaissez-Ies de côté et vous nuirez à la vraisemblance.Remplir les romans des seuls personnages typiques ou, pour feur donner du coloris, simplement des gens étranges, n ayant jamais existé, aboutirait à les rendre invraisemblables et je crois même assez ennuyeux.A notre avis, il faut s efforcer de rechercher des nuances intéressantes et instructives même parmi les médiocrités.Lorsque, par exemple, la raison d être de certains personnages « ordinaires » est constituée par leur banalité constante et inamovible ou mieux, lorsque, malgré tous les efforts dépi oyés par ces personnages pour sortir coûte que coûte de 1 ordinaire, ils restent néanmoins dans la routine éternellement et irrévocablement, ils finissent par acquérir un certain caractère propre en tant que banalités, qui ne veulent sous aucun prétexte rester ce qu elles sont en réalité et qui tendent à I originalité et à 1 indépendance sans en posséder les moyens » (Dostoievsky, L idiot, trad, nouvelle et intégrale de Nicolas Poltavtzev, nouvelle édition, Editions « La Béotie », Bruxelles, 1948, p.486).Cette longue citation me convainc que les personnages de M.Viau, tout en restant dans leur « routine éternellement et irrévocablement », auraient pu « acquérir un certain caractère propre en tant que banalités ».Pourquoi I auteur d Au milieu la montagne a-t-il échoué ?Après avoir engagé son œuvre sur le chemin tout simple du roman populiste, il se met à hésiter et bifurque sur le grand boulevard du roman de psychologie sociale.Inquiet de la direction qu il imprimera à ses personnages, il ne se résout pas à couper le cordon ombilical qui les retient entés sur son esprit.Continuellement, il interpose sa présence entre nous et ses héros.II gâche comme à plaisir des pages qui auraient pu être belles car on voit même la main qui tire les ficelles des marionnettes.Je pense, par exemple, à cette dissertation sur les « sacres » (p.116) oùl auteur, non pas Jacqueline Malo sûrement, nous parle de métathèse, d aphérèse et d épen-thèse.Ces personnages qui se veulent vivants et le cadre dans lequel ils évoluent ne sont pas « charnels », au meilleur sens de Péguy.Rien d étonnant à ce que fourmillent, au cœur de ces hommes et des événe- 1.Roger Viau.Roman.Editions Beauchemin.329 pages.114 Le sens des faits merits, des invraisemblances qui ne pousseraient pas dans la bonne terre grasse de la vie.L absurde, I illogisme, I imprévu que nous ménage la vraie vie, ou la création de I écrivain /\u2014¦ ce qui est la même chose sur un autre plan sont d une qualité différente.L intrigue, banale, se noue difficilement.Il faut attendre à la page 142 pour que le titre prenne un sens : c est là seulement que l\u2019ouest, dans la personne de Gilbert Sergent, rencontre l est, incarné par Jacqueline Malo.Alors il y a bien Au milieu la montagne.Et le rythme du temps change brusquement : combien de débuts de chapitres ressemblent à I invariable conversation du coiffeur et de son client sur les sautes de la température ! C est I hiver dans toute sa rigueur et voilà que, quelques lignes plus bas, la neige est fondue et tous se sentent « revivre sous le soleil de mai » : « ce fut I hiver.ce fut le printemps » (pp.48, 62).Les amours de la petite fille de la rue Plessis et de I inconsistant étudiant d Outremont sont un véritable barrage qui coupe le fleuve du temps.On s en ira ensuite tortueusement vers la rupture finale, assistant comme un spectateur détaché à un drame dont on devine la scène qui vient.La phrase volontairement brève nous laisse diagnostiquer que hauteur a le souffle court.Il semble incapable d exploiter une situation pour la développer par I intérieur.II craint de pousser une description : le marché Bonsecours, 1 île Sainte-Hélène, la rue Sainte-Catherine, deux coups de pinceau.Dans les dernières pages enfin, M.Viau se décide à arracher le bâillon à sa sensibilité.La mort de Jeannette et de son bébé, la colère douloureuse de Florian après la visite de Madame Sergent, la rentrée désolée de Jacqueline chez elle « comme dans un refuge où échouent les épaves pour y pourrir » : on finit donc par oublier l\u2019auteur I Et ce que je donnerais au typographe qui aurait commis la distraction de laisser tomber les trois dernières lignes qui se sont malencontreusement glissées avant le mot FIN ! Je ferme le livre.Je ne vois plus que la famille Malo perdue, imprécise, hargneuse et souffrante, dans fa grisaille monotone de la grande crise du chômage.Si c était, par hasard, tout ce que M.Viau avait voulu nous montrer ! Sans trop savoir pourquoi, j ai I impression de connaître beaucoup mieux la famille Malo que les membres qui la composent.La forêt cache-t-elle ici les arbres ?J allais oublier que le lecteur aura rencontré, dans ces pages, deux personnes, accueillantes et discrètes, que les Montréalais coudoient chaque jour sans même les apercevoir malheureusement : la montagne port.\tGérard-A.Saint-Denis, O.P.115 Revue Dominicaine Le céramiste Claude Vermette\tt Claude Vermette nous attendait dimanche après les vêpres, dans son atelier.Son atelier ?une cave remplie d instruments de travail, de terres ocres et grises, de pâtes ; sur les étagères, des pièces qui refroidissent, d autres à cuire, des dessins aux murs, des couleurs, des projets, un four qui ne dérougit pas, de la fumée.On se serait cru aux enfers si le diatle nous était apparu en personne, trident au poing, cornes, et tout.Mais I artiste n a rien de diabolique.Au contraire, c est Claude Vermette, un jeune homme qui passe à peine 20 ans, I œil limpide, le calme et la sérénité même malgré une moustache qui n arrive pas à nous en imposer.Etait-il intimidé ?anxieux ?Nous ne pourrions pas le dire puisque à peine descendus aux enfers nous nous étions déjà précipités sur ses œuvres : des céramiques.Avec lui les couleurs sont sobres, ce qui est la marque d un goût bien dompté surtout lorsqu on manipule une matière aussi déchaînée que la céramique.En effet, le moindre laisser-aller vous conduit à une orgie de couleurs.Chez Vermette, le ton veille sans bruit.Mais ne vous y laissez pas prendre.Car si vous approchez une pièce de la lumière, la pâte se met à bouger, rit, s illumine.I oute la modestie que vous leur croyiez se moque de vous.Claude Vermette ne nous jette pas la poudre aux yeux, il nous demande qu on se donne la peine de le découvrir, et il a raison.L\u2019œuvre d art ne perd pas à se donner une approche difficile, puisqu elle échoit ainsi aux gens qui ne s arrêtent pas à la surface.Les œuvres que nous examinions, dimanche, sont très simples de lignes.Parfois tout le dessin est dans le contour de la pièce, sans plus.Ailleurs, un trait dans la pâte même dessine un sujet délibérément décanté.D autres pièces jouent avec la couleur surtout, mais nulle part la matière n est laissée à elle-même.Des plats, des cendriers, des assiettes, des pots, tous différents les uns des autres, et qui tous ont des qualités.Vermette fait surtout horizontal.Pourtant les quelques pièces en hauteur sont tellement réussies qu on lui en veut de ne pas s y être laissé aller davantage.I outes les œuvres souffrent qu on y revienne plusieurs fois.Et celle-là qu on avait négligée, se découvre tout-à-coup avec un atout qui s impose aussi.Vous cherchez une faute de goût sans la trouver.Les céramiques de Vermette ont le charme de I œuvre élaborée dans la patience et la sérénité.Bien sûr, elles vous demandent d aller à elles, de faire le premier 116 Le sens des faits pas vers elles.Mais si vous les aimez, elles vous le rendent au centuple.Votre humeur est-elle grise ?elles attendent en veilleuse que vous ouvriez la fenêtre au soleil.Souriez-vous ?que toute leur pâte s éclaire.Elles ont l\u2019âme d une bonne bête, mais d une bête de race.La visite terminée, nous sommes passés à son studio.Là, les murs sont blancs, nus, le plafond tête de nègre ; éclairage indirect ; de la jute aux fenêtres et sur les divans ; des tapis rayés ; une table de travail dessinée par un maître.Le tout est du meilleur goût et du plus sobre à la fois.Pourquoi ne faites-vous pas de grands machins jaunes, verts et rouges et violets ?de mauvais goût, autant que possible, ça plairait, ça se vendrait bien ?On en verrait dans tous les endroits publics, lui disions-nous plus tard.Vermette sourit sans répondre.Non I il ne pourrait pas.La question ne se pose même pas.L honnêteté chez lui déborde les cadres de son métier.Mais pourquoi ne vous vengeriez-vous pas un peu du public qui le mérite ?Non ï Vermette ne s\u2019abaisse pas jusque là.Tout à 1 heure, il nous a regardé palper ses dernières œuvres, sans timidité, calme.Pourquoi aurait-il été inquiet ?N avait-il pas donné le meilleur de lui-même ?Nous étions contents, nous aussi.La vie I amuse beaucoup parce qu il se bat avec elle et gagne souvent son point malgré elle.II part bientôt pour Vallauris.Nous lui souhaitons tout ce qu il va rapporter, avec ou sans nos meilleurs vœux.Offrons-Ies lui quand même puisqu il faut dire un peu notre reconnaissance en le quittant.Bertrand Vac Le Canada s\u2019interroge sur son destin Les vieux pays de I Europe occidentale ont quelque peine à se représenter les conditions dans lesquelles les peuples du Nouveau Monde travaillent à forger leur unité nationale.Nous vivons sur 1 héritage d une tradition spirituelle si riche qu à peine avons-nous conscience du long travail indispensable pour fond re des éléments disparates au creuset d une culture et d un idéal communs.Neuf millions cinq cent mille kilomètres carrés, quatorze millions d habitants : le Canada n a qu une population inférieure à celles de la Belgique et de la Hollande sur un territoire grand comme l\u2019Europe.Dix provinces, dont les plus vastes couvriraient deux fois la France, dont les plus éloignées sont, sur 5 000 kilomètres de distance est-ouest, reliées 117 Revue Dominicaine seulement par le fil ténu du chemin de fer et de I avion ; la dispersion des hommes, la diversité des éléments ethniques, I isolement matériel et moral de groupements, dont les uns relativement denses et cohérents gravitent dans la zone d attraction d un voisin puissant, tandis que les autres s éparpillent sur une immense frange pionnière : telles sont les conditions qu affronte le jeune Canada pour conquérir, au delà d une indépendance politique que personne ne lui conteste, une personnalité nationale.Jusqu ici la lutte pour une culture nationale avait été menée presque exclusivement par les corps comme les universités ou par ces sociétés « bénévoles » qui fleurissent presque en chaque ville.Au lendemain de la guerre mondiale, où le peuple canadien avait été appelé pour la seconde fois à faire la preuve de sa vigueur nationale, il a semblé qu il appartenait au gouvernement fédéral d encourager « les institutions qui expriment le sentiment de la collectivité ».La chose n allait point de soi dans une confédération où les autonomies provinciales admettent mal les interventions du pouvoir central, surtout dans le domaine culturel.Sur 1 initiative du premier ministre, le très honorable Louis Saint-Laurent, le gouvernement d Ottawa décid a de constituer une commission royale d enquête sur I avancement des arts, des lettres et des sciences au Canada.Cinq personnalités de premier plan se réunirent, sous la présidence du chancelier de I Université de Foionto, Vincent Massey : un ingénieur civil de Montréal, M.Arthur Surveyer, le président de I Université de Colombie, M.Norman Mac Kenzie ; le doyen de la Faculté des sciences sociales de Québec, le R.P.Lévesque, O.P.; un professeur de 1 Université de Saskatchewan, Mlle Hilda Neatby.Pendant une année, de 1949 à avril 1950, la commission Ma ssey procéda à une enquête extrêmement approfondie auprès du public de toutes les parties du Canada.Parcourant près de 10 000 milles (16 000 kilomètres) à travers le continent, elle tint 224 séances, reçut plus de 1 200 témoignages oraux, dépouilla 462 mémoires de sociétés et de comités divers.Sur ces bases, elle vient de dresser le rapport qui présente les résultats de son enquête et la série des recommandations qu elle avait mission de soumettre non seulement aux autorités, mais au public lui-même.Rien de moins ennuyeux que ce volumineux compte rendu dont 1 édition française contient 600 pages.Rien de moins administratif et de moins impersonnel.Directe, imagée, bonhomme parfois, la forme même trahit le souci constant de travailler en contact avec le concret.Comme il convient quand on traite de I homme, les commissaires ne formulent de diagnostic qu avec tact, avec discrétion, avec amitié.Je crois vraiment 118 Le sens des faits qu\u2019il existe aujourd hui peu de documents aussi imagés et aussi précis sur la vie morale du Canada au vingtième siècle.Par quoi croyez-vous que doive s ouvrir, en pays neuf, de notre temps, une enquête sur la vie intellectuelle ?Par une étude de 1 état de la radiodiffusion, de la télévision et du cinéma.Car ces moyens d information r\u2014 et de formation ,\u20141 collective sont ceux qui peuvent seuls atteindre les Canadiens d\u2019un bout à 1 autre de leur territoire.Aux confins du pays leur influence précédera celle des livres et des journaux, d une manière aussi décisive qu il y a un siècle la voie ferrée précédait la route pour opérer 1 unité du dominion.Certes le rapport fera ensuite leur place aux universités et aux académies, aux musées et aux archives, aux galeries d art, aux compagnies musicales et théâtrales.Mais il faut convenir que ces instruments d initiation à la culture resteront longtemps hors de portée du grand nombre.A une question des enquêteurs, un goupement des prairies, peut-être de cet Alberta séparé d Otl awa par deux jours et deux nuits de chemin de fer, répond sans amertume : « Nous avons trouvé bien amusant de lire, sous la rubrique Musée national, qu\u2019il est situé dans un endroit central, facile d accès par autobus et tramway.Faut-il prendre cette affirmation au sérieux ?» Pour les colons, et pour les masses, radio et télévision offriront un accès immédiat à certains avantages immatériels de la civilisation, à certains soucis et à certaines aspirations de la communauté.Les organiser représente une tâche d autant plus urgente que la presse pour le moment se trouve hors d état de faire la même besogne d\u2019unification morale.Voyageant 1 an dernier de Québec jusqu aux rives du Pacifique, j\u2019ai pu faire la constatation qu enregistre le rapport Massey : un Canadien de Vancouver, en résidence à Toronto, ne trouve dans la presse locale à peu près rien qui puisse lui rappeler que la province dont il est originaire existe toujours.« Dans n importe quelle ville canadienne 1 incendie d une boulangerie locale ou un scandale municipal quelconque chasse immanquablement de la une du journal les résultats électoraux d\u2019une autre province ou la première exécution d une symphonie canadienne à Londres ».Quant aux nouvelles internationales, les journaux les donnent rarement d un point de vue proprement canadien parce que des feuilles locales ont meilleur compte à les recevoir des agences et des organes des Etats-Unis.Lorsqu on se trouve à Québec ou à Winnipeg, on est amené, pour avoir des notions sérieuses sur les événements internationaux, à se reporter au New York Times ou au Chicago Daily News. Revue Dominicaine Forts d immenses tirages et d énormes ressources, revues et illustrés américains submergent d ailleurs d\u2019un flot de papier le Canada, de même qu Hollywood submerge d un flot de pellicule villes et campagnes, jusque dans les comtés les plus français.Le Canada se trouve dans cette situation paradoxale d être le seul parmi les pays d importance dans le monde dont les habitants lisent plus de périodiques étrangers que de périodiques nationaux, si I on excepte les journaux locaux.Paradoxe et danger.L américanisme imprègne les manières, contamine la langue parlée, menace toute expression d une culture originale.La commission Massey, qui enregistre ces faits, ne songe point à renoncer à une collaboration culturelle, qui a été de la part des Etats-Unis généreuse et désintéressée : les bilans des « octrois » accordés par la Carnegie Corporation ou la Dotation Rockfeller, que le rapport publie, attestent que ces subventions ont parfois permis aux Canadiens de sauver à temps certaines reliques de leur passé, de recueillir les traditions de leur Folklore.Mais il n y aura de canadianisme, comme on dit là-bas, que si les deux groupes originels, français et britannique, savent rester eux-mêmes, résister aux tentations de 1 américanisme, forger à partir de leurs traditions une culture commune et vraiment nationale.\\ out au long du rapport Massey s affirme cette volonté, avec une franchise absolue.Au reste, la loyauté de la commission ne se dément jamais.Elle sait se tempérer d humour pour brosser des tableaux attendris du passé, pour retenir les traits plaisants des situations locales.Elle avoue les retards de ce grand peuple, si jeune, dans le domaine culturel, sans vouloir le nourrir d\u2019illusions.Mais elle ignore les condamnations sans équité, parle sans esprit de récrimination, avec ce bel accent de confiance que tout pédagogue doit avoir pour entraîner ses disciples à un effort de longue haleine.Une œuvre aussi lucide, aussi virile, fait infiniment d honneur à ceux qui I ont menée à bien.Elle en fait aussi au pays dont elle reflète 1 image et dont elle traduit les plus hautes aspirations.André Latreille Le monde, 15 déc.1951 Note : Théologie et Poésie Je remercie d abord le Révérend Père Directeur d accepter cette note intempestive, inactuelle tout au moins au sens matériel.Théologie et poésie.II s agit pour moi de répondre ici à certain théologien laïque qui s objectait à un poème mien de Noël où I Evénement n y était considéré 120 Le sens des faits que poétiquement.Bien entendu, je ne saurais le faire ici qu au nom du sens commun, car, en théologie \u2014 et je crois I avoir fort Lien dit, au cours de ce morceau dont il est ici question \u2014 mon attitude ne saurait être que de la plus entière humilité.A chacun son champ de bataille, et celui-ci m est trop inconnu et impressionnant pour que j y prétende y exercer là mes pauvres armes.Mais ce poème, dont je suis le modeste auteur, et qui a peut-être pour mérite assez pauvre >\u2014> mais original non pas tant de faire parler tous les bœufs et ânes de I étable et de la création que de faire entendre la voix authentique d une âme, ne relève pas plus de I hérésie, il me semble, que les délicieuses cartes de Noël (pour ne prendre que cet exemple entre mille autres, inspirés par I aspect poétique de Noël) que personnellement j ai reçues et dont les auteurs, des religieux, n ont pas encore, à ma connaissance, été répudiés de leur monastère.Le traitement de ces cartes n avait rien de théologique mais quant à la poésie, par exemple, elle était fort bien servie.Lt c est bien ainsi, même si, de prédication i\u2014 à I occasion \u2014 il s agit.Car, il y aura toujours, chez le peuple, plus de poètes que de théologiens, et partant 1 image garde pour lui une éloquence à laquelle la démonstration abstraite ne saurait prétendre.II reste néanmoins que tout chrétien sait fort bien que Noël n est pas un événement poétique mais un événement théologique ; mais, il y a plusieurs demeures dans la maison du Père, car je maintiens, sans reprendre pour cela la querelle du quiétisme et du jansénisme, que Dieu fit également les romantiques et les classiques (car, avant que d être des écoles, le romantisme et le classicisme sont des complexions) les poètes et les théologiens, les mathématiciens et les musiciens, etc.Pas plus qu on ne saurait exiger que le mathématicien parle techniquement de musique, on ne doit s attendre à ce que le poète emploie le langage strict du théol ogien.Dès lors, il n y aurait plus de poètes.Mais j y connais là de très heureuses >\u2014> et très orthodoxes r\u2014 combinaisons.Ce que Dieu veut, je crois, c est que chacun s\u2019efforce dans la voie que lui fait sa nature, toujours déficiente, vers une foi en Lui plus éclairée, moins incarnée, plus désintéressée.Et là, je puis assurer que bien des romantiques, conscients, s y emploient ardemment et souffrent, non moins ardemment, de n y point parvenir, ou de n y parvenir qu\u2019à demi.Et s\u2019ils souffrent, s ils cherchent en gémissant, comme le veut et I entend Pascal, je crois que Dieu leur en tiend ra un compte exact et aussi miséricordieux qu il tiendra compte des certitudes du théolo gien qui, lui, a trouvé.Puisque je fais intervenir ici Pascal, dans cette petite querelle toute amicale autour du berceau de I Enfant-Dieu, je ne crois pas qu on le puisse soupçonner d un romantisme échevelé.Et cependant, I idéal de la foi pasca- 121 Revue Dominicaine Iienne, c est le Dieu sensible au cœur, et non le Dieu des théologiens et des savants.Et pour tout ce qui est sensible au cœur, allons voir le poète, de temps en temps.Enfin, et pour clore, devant Dieu, théologiens ou poètes, et soit dit sans la moindre intention d irrévérence, nous sommes tous des pécheurs, et si, de bonne volonté, des pécheurs s efforcent, je le redis, dans les demeures différentes de la maison du Père.Un poète humble sera plus apprécié de Dieu, je crois, qu un théologien orgueilleux (J affirme que cet exemple est pris au hasard, et absolument théorique).Car, au-dessus du poète -\u2014 et de I artiste en général >\u2014 et dans la hiérarchie des créatures de plus en plus près de leur Créateur, ce n\u2019est pas le théologien que je vois, mais le saint, c est-à-dire et pour tout dire un plus grand poète, un poète qui a.trouvé.Annette Décarie Le livre d\u2019accompagnement des 400 « Cantiques choisis » Une dizaine de compositeurs canadiens, jeunes ou relativement jeunes, travaillant en collaboration, viennent d écrire selon les principes rythmiques de Dom Mocquereau et d après les théories tonales, modales et harmoniques les mieux assises (inspirées des traités de Vincent d Indy, de Rieman et de Gaevaert, à la fois), plusieurs centaines de pages magnifiquement réussies et qui renferment de véritables petits chefs-d œuvre.Un autre jeune (le seul graveur de musique au pays) terminait il y a quelques semaines sa part de I entreprise : il s agit là du premier ouvrage d envergure, entièrement gravé au Canada.Pour entreprendre dignement la diffusion de cette musique, il ne fallait rien moins qu une maison de publication canadienne encore jeune, hardie et toute dévouée à la propagation de la pensée musicale saine, claire et bien écrite : cette maison de publication, c est « La Bonne Chanson ».Ces compositeurs, ce graveur et cette maison bien connue offrent donc à I attention de tous les musiciens, des organistes plus spécialement, un fort volume très intéressant : le livre d\u2019accompagnement des 400 « Cantiques Choisis », œuvre véritablement canadienne.De tout temps, la musique d église a eu une grande influence sur l\u2019art musical : cette fois, les barres de mesures, le rythme, les cadences, les proportions tonales et modales, les harmonies, tout tient compte des paroles, obéit aux théories et aux principes déjà cités de même qu aux exigences du bon goût et de la liturgie.122 Le sens des faits Dans un quart de siècle, le critique compétent, embrassant I\u2019en-semble de notre évolution musicale, écrira sans doute (il n est pas téméraire de l\u2019affirmer) : « L\u2019apparition de 1 accompagnement pour orgue des 400 « Cantiques Choisis » est un événement d une portée considérable dans I histoire de la musique au Canada ».Conrad Letendre Mort du poète Louis Mercier Louis Mercier est mort le 27 novembre, à Saint-FIour, à I âge de quatre-vingt-un ans.I! a été enterré à Coulouvre, dans le Roannais, où il était né le 6 avril 1 870.Personne ne sait plus qu il a été un grand poète, un poète classique dans Le Poème de la maison et Pierres sacrées.Aucun critique dramatique n a rappelé, à propos de Lazare d André Obey, qu\u2019il a été I admirable poète de Lazare le ressuscité.II est né sur un domaine paysan que ses parents cultivaient.Dans un roman, un peu gris, un peu terne, mais qui porte en lui cette force d émotion secrète à quoi se reconnaissent les maîtres, Hélène Sorbiers, il nous a donné, de toute évidence, le récit de son enfance dans ce milieu terrien pieux, presque rigoriste, et d une tendresse cachée.Louis Mercier reçut tout d abord des leçons de latin du vicaire de la paroisse, puis entra au petit séminaire de Saint-Jodard, où il fit ses études secondaires, qu il compléta ensuite en suivant les cours de la Faculté catholique de Lyon.Vint le service militaire : trois années qu\u2019il passa à Tunis, au soleil qui fit mûrir sa vocation de poète.Quelques années plus tard (1897), il entrait à la rédaction du Journal de Roanne, qu il n a pas quittée pendant trente ans.Sauf, toutefois, 1 interruption de la guerre ; ce territorial des dernières classes fit modestement et bravement son devoir dans un régiment qui combattit sur la Somme.Telle est sa brève biographie.J ai gardé le goût que nous ont transmis Sainte-Beuve et Lemaître de rapprocher la vie et I œuvre d un écrivain.Comme on I a pu voir, la vie d un Louis Mercier est simple, honnête, laborieuse, grave et limitée.Mais, d une vie limitée, un poète, par la méditation intérieure, tire I essentiel de la vie humaine.Nos limites sont en nous, et non hors de nous.L exploitation de la terre est mêlée à la suite des saisons et à la marche des astres.La pensée et I art tiennent dans quelques che fs-d œuvre que se transmettent les siècles.Et la force de notre amour dépend de notre cœur.Louis Mercier nous apporte la preuve que la fixité peut être une source d inspiration supérieure au changement et à la mobilité.123 Revue Dominicaine Je croîs bien que ses débuts datent de 1890, à I occasion d un concours organisé par le Journal de Roanne.En 1897, il publiait son premier recueil : L Enchantée.Ce recueil passa inaperçu.Or, il contenait en puissance toute I œuvre future de Louis Mercier : des poèmes rustiques, des poèmes philosophiques, des poèmes religieux.Un certain orientalisme qui pouvait paraître artificiel venait, chez ce sincère, incapable d une tricherie, du séjour militaire à Tunis.L échec de L Enchantée n arrêta point ce tenace formé par la dure école de la terre à attendre patiemment la moisson.Et d ailleurs, il n\u2019était plus, tout de même, un inconnu.André J heuriet ayant lu, dans L Ermitage, un de ses poèmes, Laus Herbarum, le signalait avec enthousiasme dans sa critique littéraire du Journal (12 janvier 1898).Mercier mit un intervalle de cinq ans entre son premier et son second recueils.Celui -ci, Les Voix de la terre et du temps, reçut de I Académie, sur I insistance de José-Maria de Hérédia, auquel Theuriet se joignit, le prix Arch on-Despérouse.Hérédia allait citant partout, avec son demi-bégaiement qui imprimait aux vers un rythme sautillant, pareil à une série de dactyles et de spondées, Le Poème du Vent, et même, ne pouvant se tenir de causer quelque plaisir à un poète >\u2014> car il aimait tous les poètes comme ses enfants < il avait confié à celui-ci le projet de I Académie avant que la récompense fût officielle.Le succès qui n était pas venu avec L Enchantée vint aux Voix de la terre et du temps.Et c est son Lazare le ressuscité.Lazare, revenu de la mort, essaye en vain de rentrer dans le monde des vivants.II est celui qui a connu I au-delà, et, s il ne peut révéler sa vision, il est maintenant hors de la vie commune.On le fuit comme une apparition.Poème étrange, digne d être classique.Rien n est plus émouvant que la série des poèmes de La Maison, où Louis Mercier s extasie ou s attendrit sur la porte, la cheminée, la table, le lit, I horloge, la lampe, le Christ qu ont vus ses yeux d\u2019enfant et dont il n a compris que tard la réconfortante influence.Avec Pierres sacrées, il donne à toute son œuvre un sens plus élevé, un but plus haut.II semble qu\u2019il réalise le vœu de sa race paysanne.Dans nos campagnes de Savoie, les cimetières entourent I église.On pense à ses morts quand on va recueillir les paroles de vie.Les Pierres sacrées se dressent parmi Les Voix de la terre et du temps et Le Poème de la maison comme I église au milieu des tombes fleuries.H.Bordeaux Nouvelles Littéraires, nov.195t 124 esprit ivres < Tertullian.Treatises on Marriage and Remarriage.To his Wife.An Exhortation to Chastity.Monogamy ».Translated and annotated by William P.Le Saint, S.J., S.D.1.(Ancient Christian Writers, no.13).The Newman Press, Westminster, Maryland, 1951.196 pages.$3.00.Nous ne conseillerons pas à celui qui veut s\u2019initier aux premiers secrets d\u2019une spiritualité du mariage chrétien, de s\u2019en remettre exclusivement aux De exhortatione castitatis, Ad uxoretn, De Monogamia, de Tertullien.Mais avec les notes, les mises au point et l\u2019introduction que le Père W.P.Le Saint, S.J., professeur de théologie au West Baden College (Indiana), vient d\u2019écrire en marge de sa traduction anglaise des trois traités en questions, le vigoureux polémiste africain, que Labriolle surnomme le « Père de la littérature latine chrétienne », devient un auteur accommodant pour savoir ce que l\u2019on devrait penser du mariage chrétien, de son indissolubilité et de la juridiction de l\u2019Eglise en pareilles matières.Le texte latin critique du Corpus de Vienne (celui de Groymann, 1942) a servi de base au travail du P.Le Saint.B.L.Louis C.O Neil >\u2014' « Contes de Noël ».Apostolat de la Presse, Sherbrooke.19 cm.161 pages.Louis C.O\u2019Neil, journaliste à la Tribune de Sherbrooke, nous offre deux douzaines de beaux contes de Noël.Je ne crois pas que ces récits puissent intéresser les enfants, sauf peut-être quelques-uns d\u2019entre eux comme « Marie parle aux fleurs ».Ce sont, à mon avis, des contes pour les grandes personnes, non pas pour les grandes personnes compliquées qui ne comprennent jamais rien et qui ont tant exaspéré le Petit Prince, mais pour les grandes personnes qui ont conservé avec leur cœur d\u2019enfant le sens du merveilleux.Si certains de ces récits manquent de charme et de poésie \u2014 « Mouffette fait de la pâte au Paradis » par exemple \u2014 tous sont d\u2019une tournure fort originale et portent un message aimable et souvent émouvant.Jean-Marc Gay P.Beeckman \u2014 « L Evangile selon saint Jean ».Collection Renaissance et Tradition.Edition Ch.Beyaert, Bruges, rue Notre-Dame, 8, 1951.M.l\u2019abbé P.Beeckman vient de nous donner dans YEvangile selon S.Jean un commentaire destiné aux laïcs cultivés.Le but qu\u2019il s\u2019est proposé nous interdit donc d\u2019y chercher une très grande originalité, encore moins l\u2019étude approfondie des problèmes critiques que soulève le quatrième évangile.Toutefois, il faut bien reconnaître que ce nouveau commentaire 125 Revue Dominicaine de saint Jean est excellent et que sa diffusion devrait dépasser le cercle des lecteurs que vise immédiatement son auteur.La collection elle-même dont cet ouvrage fait partie : la collection Renaissance et Tradition nous avait déjà présenté dans Y Année du Seigneur de D.Æmiliana Loehr et la Sainte Messe expliquée dans son Histoire et sa Liturgie de Dom Pius Parsch deux initiations à la liturgie qu\u2019on s\u2019est accordé à louanger ; dans Notre Bible, Source de Vie de N.Peters-J.Decarreaux, elle nous offrait une bonne introduction à l\u2019Ecriture Sainte.Avec l\u2019ouvrage de M.Beeckman, elle nous livre encore un ouvrage sérieux qui permettra au chrétien \u2014 laïc ou prêtre \u2014 de goûter, cette fois, le véritable esprit johannique.Gomme il le dit dans sa préface, l\u2019auteur s\u2019est largement inspiré des travaux du P.Lagrange.Il pouvait difficilement choisir meilleur guide.Et il a su y puiser une riche nourriture spirituelle.Après avoir parcouru les 450 pages de texte que renferme Y Evangile selon saint Jean nous sommes assurés que le lecteur cultivé y trouvera ce que l\u2019auteur souhaite : un attachement plus grand « au héros du livre, Jésus, le Fils de Dieu» et à «son disciple que Jésus aimait».M.-J.Lest an g R.de Vaux, O.P.« La Genèse ».Les Editions du Cerf, Paris, 1951.19 cm.224 pages.Le premier livre du Pentateuque, la Genèse, raconte l\u2019histoire des promesses depuis la création du monde jusqu\u2019à la mort de Joseph.Les pages les plus palpitantes et angoissantes de l\u2019histoire de l\u2019humanité.La création et la chute, le déluge, l\u2019histoire d\u2019Abraham, d\u2019Isaac, de Jacob, de Joseph nous sont offertes dans une traduction de première valeur avec notes explicatives au bas des pages.La splendide introduction, à elle seule, vaut tout le livre et l\u2019explique magistralement.On y voit les lignes directives, le plan et l\u2019intention de l\u2019auteur sacré, le genre historique, la place de la Genèse dans la vie de l\u2019Eglise.Notre gratitude va à l\u2019Ecole Biblique de Jérusalem pour avoir si bien réussi ce chef-d\u2019œuvre où traduction et explications sont de nature à satisfaire les esprits les plus exigeants.A.L.R.Père Jean Bousquet, O.P.>\u2014> « Lacordaire », Les Editions du Lévrier, Montréal, 1951.19.5 cm.144 pages.Une autre biographie signée par le R.Père Jean Bousquet ! C\u2019est toujours une joie de recevoir un livre intéressant, mais c\u2019est une double joie lorsqu\u2019il est signé par un écrivain de qualité.L\u2019auteur des vies de Saint Dominique et de Saint Thomas d\u2019Aquin est l\u2019un de nos excellents auteurs.Il excelle dans la biographie.Il sait l\u2019art difficile d\u2019être concis sans sécheresse, dense sans cesser d\u2019être complet.126 L\u2019esprit des livres Quel tableau magnifique nous présente ici le Père Bousquet ! Le sujet était vaste quand on songe à la vie extraordinairement bien remplie de Lacordaire.L\u2019auteur nous présente un Lacordaire qui nous étonne par son activité.Entre 1802 et 1861, Lacordaire fut avocat, prêtre, journaliste, orateur sacré, restaurateur de l\u2019Ordre de saint Dominique en France, fondateur, et partout il manifeste une âme de feu ! Ce sont là les grandes lignes de cette vie.Mais l\u2019auteur met en lumière la vie spirituelle de Lacordaire, les luttes qu\u2019il eut à soutenir contre l\u2019indifférence et la mauvaise foi.Lacordaire reste surtout célèbre par ses Conférences de Notre-Dame.Il s\u2019y révèle l\u2019un des plus grands orateurs de tous les temps.Quelle fougue ! quelle conviction il apporte à pulvériser les ennemis de la religion ! Lacordaire, dans la chaire de Notre-Dame, c\u2019est le chevalier du Christ, du Droit, de l\u2019Honneur, c\u2019est aussi le chevalier de la France, cette fille aînée de l\u2019Eglise ! Lacordaire, c\u2019est encore l\u2019ami de la jeunesse.Cet homme avait une haute opinion de l\u2019amitié.Parce qu\u2019il aimait la jeunesse, Lacordaire trouvait les accents propres à la guider vers les sommets de l\u2019Idéal.Lacordaire demeure un apôtre formé à un humanisme où le cœur a autant de part que l\u2019intelligence.La jeunesse de ce milieu du XXe siècle trouverait un profond enrichissement pour son âme à lire et à méditer les Conférences de ce grand apôtre, qui était aussi un orateur magnifique ! Le beau livre du Père Bousquet devrait se trouver dans toutes les bibliothèques.Il nous aide à mieux connaître Lacordaire et fait naître en nous le désir de lire son œuvre.\t, Elle Goulet Léon Moreel ;\u2014' « Le R.P.Frédéric Janssoone, O.F.M.».Les Editions Internationales, Paris, 1951.18 cm.192 pages.Tous les amis du bon Père Frédéric se réjouiront de cette intéressante biographie écrite par Léon Moreel.La vie du R.Père Frédéric Jansoone (1838-1916) présente plusieurs points de similitude avec saint François d\u2019Assise.On le constate une fois de plus à lire ce livre consacré au grand apôtre de la Terre Sainte et du Canada.Il nous semble que l\u2019auteur est beaucoup plus complet sur la partie de cette existence passée en France et en Terre Sainte.Nous ne pouvons nous empêcher de citer ces magnifiques lignes qui terminent cette biographie : « Crois-tu pas, pourtant, que sa vie, écrit Léon Moreel s\u2019adressant au lecteur, valait la peine d\u2019être contée et son visage d\u2019être esquissé?N\u2019eût-il pas mérité d\u2019être peint à fresque, d\u2019une main pieuse et légère, par le petit frère de saint Dominique Giovanni da F'iesole, ou même par Giotti di Bordone, aux murs d\u2019une basilique du Quattrocento entre François et Claire d\u2019Ortalana ?Ou, si tu le préfères, vois-tu pas sa robe de bure, ses traits émaciés et ses yeux pleins d\u2019au-delà, reproduits aux gothiques vitraux d\u2019une de nos cathédrales, tournés vers l\u2019Orient ?Pour que le soleil d\u2019or puisse, chaque matin, faire briller à nouveau son regard en le baignant de la lumière du Seigneur ».Voilà un beau livre dont la lecture est un enrichissement pour l\u2019âme ! André Tilly Revue Dominicaine Ghislaine Reid « II vit en face ».Roman.Les Editions Beauchemin, Montréal, 1951.19 cm.216 pages.Mlle Ghislaine Reid, bien connue dans les cercles artistiques de Québec, vient de publier son premier roman.Elle y manifeste toutes les qualités d\u2019un écrivain qui n\u2019en restera pas à ce seul et unique ouvrage.Les personnages de ce livre nous reposent de ces chevaliers à la Triste Figure que sont les héros du roman moderne ! L\u2019action est toute simple : une jeune fille voit s\u2019installer en face de chez elle un ancien prétendant.Guillaume Chouinard, qui a épousé Luce Méthot.Elle reconstitue les Grandeurs et les Misères des époux Chouinard.Guillaume et Luce, après avoir élevé sept enfants au milieu de multiples difficultés, connaissent une vieillesse paisible dans une confortable aisance.Et lorsque meurt Luce, Guillaume la regrette sincèrement : il oublie les peines qu\u2019elle lui a causées.« Elle fut parfaite » : Luce morte, Guillaume ne pense plus qu\u2019aux joies que lui a apportées la compagne de sa vie.De la première page à la dernière, Mlle Reid révèle de véritables dons de romancière.Elle sait insuffler une vie autonome à ses personnages qui nous deviennent vite familiers.Elle fait preuve d\u2019une psychologie profonde et d\u2019un sens rare du dialogue.Elle manifeste aussi une profonde sympathie pour ses héros.Ce qui nous frappe encore, c\u2019est la sobriété de moyens qu\u2019emploie l\u2019auteur.Il nous semble que lorsqu\u2019elle sera pleinement maîtresse de son art, Mlle Reid pourra exploiter complètement tous ses dons.Quant à nous, nous souhaitons qu\u2019elle fasse revivre à nos yeux ce coin de pays si pittoresque qu\u2019est le Moulin des Mères.Lorsque jadis nous y avons passé de belles vacances, le bourg se composait de quelques maisons, d\u2019un garage, d\u2019une forge, d\u2019un magasin et d\u2019une renardière.Mais, c\u2019est surtout la vallée de la rivière qui présentait un aspect très sauvage : des ruines, un étang ombragé d\u2019arbres centenaires, une mare verte où coassaient les grenouilles, une rivière dont les eaux tumultueuses s\u2019encaissaient tout à coup entre deux hautes falaises.Voilà un paysage riche d\u2019inspiration ! Il vit en face est une belle réussite qui nous permet d\u2019attendre beaucoup de Mlle Ghislaine Reid.Elie Goulet Revue mensuelle publiée à St-Hyacinthe, P.Q.«Autorisé comme envoi postal de la deuxième classe, Ministère des Postes, Ottawa» ABONNEMENTS : CANADA : «3.00 ; ÉTRANGER : $4.00 ; AVEC LE ROSAIRE : 50 SOUS EN PLUS ; LE NUMÉRO : $0.30 ; ABONNEMENT DE SOUTIEN :\t$10.00 DIRECTION : 3 500, AVENUE LAVAL, MONTRÉAL-18 ADMINISTRATION: 5375, AV.NOTRE-DAME DE GRÂCE, MONTRÉAL-28 La Revue n\u2019est pas responsable des écrits des collaborateurs étrangers à l\u2019Ordre de Saint-Dominique IMPRIMÉ À L\u2019ŒUVRE DE PRESSE DOMINICAINE, NOTRE-DAME DE GRÂCE.MONTRÉAL-28 128 "]
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