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Titre :
Revue dominicaine
Éditeur :
  • St-Hyacinthe :Couvent de Notre-Dame du Rosaire,1915-1961
Contenu spécifique :
Novembre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Rosaire
  • Successeur :
  • Maintenant
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Revue dominicaine, 1952-11, Collections de BAnQ.

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[" REVUE DO/HiNitViNE / I \u2018Mli'r.Q V TABLEAU D'HONNEUR de nos bienfaiteurs insignes ^ SAINT-HYACINTHE ARCHAMBAULT & FILS ENRG., Service d'autobus Sorel-St-Hyacinihe, terminus Grand Hôtel, tél.4-9575, rés.4-8360 AREL, Marcel, photographe, 1535, Sl-Anloine ATLAS ELECTRIC REG'D., G.Paquette, prop.Réparation : outils et moteurs électriques.Spécialité : filage d'armatures, 1390, 24e avenue de la Bruère, tél.4-6396, rés.4-679 BEAUDRY, Armand, 1000, des Cascades BEAUREGARD.Dr G., 1155, Girouard BEAUREGARD & MORIN, machines agricoles Massey Harris, 370, St-Simon BELLAVANCE, J.A., pâtissier, 2085, rue St-Joseph BÉRARD, Dr Henri, directeur de l'Ecole de Laiterie de Si-Hyacinthe BÉRARD, LEATHER WORKS REG'D., 2445, Lafontaine BIENVENU AUTOMOBILES ENRG., 2850, Dessaules BOUCHARD & FILS LIMITÉE, E., marchands en gros, 1750.des Cascades, tél.4-6688 BRABANT, Georges, confection pour hommes, 440.Hôtel-Dieu BROUSSEAU, Marcel, remèdes brevetés de pharmacie, 2090, Morison, tél.4-6030 BUANDERIE À VAPEUR ST-HYACINTHE, 1655.4e rue Si-Anioine LA CAISSE POPULAIRE, 1697, Girouard CANADA RADIO SERVICE ENRG., A.Lussier, prop., 383, Sle-Anne CAZES & McDUFF, nouveautés, 725, Laframboise CHAGNON, Gérald, teinturier et nettoyeur, réparations, 1375, Sl-Antoine, tél.4-7254 CHARBONNEAU, Mlle L., lingerie, 588, rue Ste-Marie CHOQUETTE ENRG., Louis, bijoutier, 2060, des Cascades CIE D'EAU MINÉRALE ROYALE, La, 2795, Dessaules COMPAGNIE DE TRANSPORT MODERNE LIMITÉE, Roland Gagnon, prop., 1555, Si-Anioine COURCHESNE.Victor, boucher, 2650, Sicotie COUVENT DU PRÉCIEUX-SANG, 2520, Girouard COUVENT SS.ST-JOSEPH, 805, Raymond COUVOIR ST-HYACINTHE, Simon Matte, prop., 375.14e avenue Mondor DÉLORME, Henri, président de Cie Machinerie Oméga, 390, rue Mondor CROISSANT D'OR ENRG., restaurant, 2045, rue Lafontaine CUSSON & CUSSON, J.Laval Cusson, prop., spécialités en vêtements et chaussures pour hommes et garçons, 1570-1590, 5e rue des Cascades DAUDELIN, Roland, monuments, 1395, Si-Anioine, tél.4-7607 DAVID & CIE ENRG., L.Lamoureux, prop., 472, St-Simon DEMERS, Marie-Hélène, coiffeuse, 1080, Hôtel de Ville DESGROSEILLIERS, E., assurances générales, 625, av.St-Denis, tél.bureau, 1314 DESLAURIERS, Dr Gabriel, 1595, rue Girouard DESLAURIERS, Dr L., dentiste, 456, rue St-Simon DESLANDES, A., boucher, 2710, St-Pierre DESROSIERS, J.A., chaussures, 1460, des Cascades DOLBEC LIMITÉE, J.G., manufacturier d'auvents, 1260.5e rue des Cascades DUBUC SHOE REG'D., 2627, Dessaules DUMONT, André, notaire, 515.rue St-Denis DUSSAULT, L., chaussures, 1767, des Cascades DUVAL, S., magasin de journaux, 1820, des Cascades FONTAINE ENRG., H., draperies, 1741, des Cascades GAUCHER, L.P., B.Ph., pharmacien-chimiste, 1790.des Cascades GENERAL AUTO PARTS OF ST-HYACINTHE INC., A.Rondeau, prés., L.Mélançon, vice-prés, accessoires pour autos et camions, 2695, Dessaules, tél.4-5329 GIRARD, J.Alphonse, pire, curé, paroisse Christ-Roi, 320, de la Concorde GOBEILLE & BROUILLETTE, Léon Brouilleiie, gérant, 1191, des Cascades, tél.4-6424 GRÉGOIRE, Alphonse, confection pour enfants, 556, rue de la Concorde GRÉGOIRE, Michel, physiothérapiste, massages scientifiques, 2035, rue Girouard HAMEL & FILS ENRG., Napoléon, vitres, ferronnerie, peinture, La Providence, tél.4-6556 HÔTEL NOUVEAU CANADA, angle des Cascades et St-Denis HÔTEL UNION, W.Dupont, prop., 1185, Laframboise IRONCRAFT CO., LTD., H.L., H.Lemoine, prés., 1375, St-Louis, tél.1244 JETTÉ, J., marchand de meubles, 1605, 4e rue St-Ànloine JOUBERT, J.M., épicier-boucher, 1261, Bourdages LA FLÈCHE D'OR, Wilirid Beauregard, 400, St-Simon LALIME, Ubald, directeur de funérailles, 900, Bourdages LAPALME, Damien, épicerie, 1200, des Cascades LARIVÉE, Lucien, 2680, Laframboise LAZURE, Fernand, 1385, Choquette LEBLANC, Lucien, nettoyeur-presseur, 485, de Vaudreuil LOCAS, Jean, B.A., pharmacien, 1600, rue des Cascades LUSSIER, Hector, épicier, 2490, rue Dessaules MAGASINS FÉDÉRAL 5 exige autre chose que des exhortations, des études et des statistiques.Saint Dominique le savait, qui, au bénéfice des misérables atteints par la famine, vendit ses livres.A la d ifférence de certains idéalistes, dont I ingéniosité et la sublimité de pensée sont une justification de la peur d agir, le Fondateur des Prêcheurs avait un sens aigu de la positivité du concret.II vécut rien moins qu\u2019isolé.Grand voyageur, if parcourut bien des pays et fréquenta bien des milieux.Son humilité ne prit jamais la forme d un effacement timide.Vis-à-vis de tous, humbles ou puissants, nous le voyons conserver cette inimitable aisance à quoi I on reconnaît immanquablement les natures racées.Bien mieux : il possédait une personnalité dont le rayonnement s\u2019imposait à des hommes cependant habitués à juger et à diriger leurs semblables.Grands abbés diplomates, capitaines réputés, maîtres de I Université, princes de la Curie romaine le traitaient non seulement en égal mais en conseiller.Peu de Saints dans I Eglise furent aussi intimement mêlés aux affaires et aux événements de leur temps.A sa sainteté, saint Dominique joignait une expérience humaine (au sens complet du mot) qui confère à sa décision une portée particulière.II eut l\u2019occasion et les possibilités de mieux observer son époque que la majorité de ses contemporains.De la myriade de problèmes soulevés par ce grouillement formidable d\u2019idées 199 Revue Dominicaine et d institutions, qu était, en tous domaines, le XHIe siècle commençant, la prédication lui parut le plus urgent à résoudre.Ainsi décida-t-il de fonder un Ordre dont elle serait le but exclusif.Ceci constituait une innovation telle que, seule, I autorité papale la pouvait faire accepter.Les très grands pétrisseurs d Histoire que furent Innocent III et Grégoire IX n hésitèrent pas : non contents d approuver et d\u2019encourager I entreprise de leur ami personnel, ils la prirent à leur compte.Ils savaient qu ils relançaient ainsi dans la mêlée humaine, une force spirituelle dont trop longtemps on avait laissé s émousser le tranchant et négligé I entretien, mais dont saint Dominique avait redécouvert la puissance intacte et I efficacité vraie.La prédication n\u2019est-elle point en effet la part la plus précieuse de 1 héritage vivant du Verbe fait chair ?La mission de la Parole est 1 une des toutes premières dont ses représentants ont la charge.Or, qu est la prédication, sinon la parole humaine mise au service de Dieu et du prochain ?Elle est I instrument naturel auquel, pour se faire comprendre de ses contemporains et les instruire, Jésus-Christ eut recours.Certes son souverain pouvoir lui permettait de ne point passer par cet intermédiaire dont nous ne saurions nous dispenser.Il ne l\u2019a point voulu.Il n\u2019a point jugé les mots de chaque jour indignes de transmettre aux esprits des vérités sans commune mesure avec leur contenu habituel.Ainsi nous apprend-il I estime dans laquelle, Lui, Créateur et Sauveur, tient ce pouvoir de parler que trop souvent nous galvaudons.Son exemple nous incite à réfléchir davantage à la puissance et à la gravité de l\u2019action des mots.Du coup, il restaure en nous une manière de voir et d\u2019estimer les humains dont nous ont déshabitués nos modernes meneurs de foules.Là où ces derniers découvrent un public qu il suffit d exciter et de distraire, Jésus-Christ voit des intelligences et des cœurs capables de discerner la vérité de Dieu, des personnalités qui ont à décider d elles-mêmes, capables du bien et du mal, et susceptibles de s améliorer.200 La parole instrument de Dieu Aussi bien, quiconque entreprend d aider le prochain en lui proposant la Parole de Dieu est tout le contraire d un illusionniste verbal ou d un cynique exploiteur des humains qu il méprise.La nature des vérités enseignées est fonction des qualités que 1 on prête à ceux qui écoutent.Présenter Dieu aux hommes suppose qu on les en croit capables.Sans Jésus-Christ qui nous l\u2019a révélé, l\u2019eussions-nous seulement soupçonné ?Tout bien pesé, de toutes les démarches qu un homme soit susceptible d accomplir pour ses semblables, la prédication est celle qui implique l\u2019estime et le respect les plus authentiques de ce qu\u2019ils sont aux yeux de Dieu.^ I ^ Puissance de la parole «Je vise rarement au-dessous de la tête, et jamais au-dessous du cœur.» Léon Bloy Le pouvoir des mots s\u2019exerce sur un domaine tout autre que celui des forces dont I énergie s inscrit sur les cadrans.Nous ne saurions le capter directement, ni même le surprendre à I œuvre.Nous en percevons seulement les effets.Or, parmi les choses humaines, il en est si peu qui, de près ou de loin, ne dépendent de la parole, que la puissance de cette dernière nous inspire une stupéfaction confinant à l\u2019effroi.La fortune, la gloire, les alliances, le commerce, * Dieu sait quoi encore ! résultent en grande partie du langage.II accompagne, permet, amplifie, modifie, facilite ou ruine tout ce qui naît de l\u2019intelligence.II y a plus ! Instrument universel d échange et de cohésion sociales, la parole I est également de compénétration.Elle atteint ceux qui la reçoivent en une part d eux-mêmes à laquelle ne saurait accéder la pression des puissances les plus formidables.Elle pénètre au dedans des imaginations, des esprits et des cœurs, et, par leur intermédiaire, intervient dans la formation, les décisions et I orientation de la personnalité.En dépit de ses dérisoires apparences, elle permet à celui qui veut et sait en disposer, d exercer sur les autres une influence infiniment plus 201 Revue Dominicaine profonde >\u2014< et pins redoutable >\u2014> que celle de la supériorité physique.A quoi bon user de comparaisons ?II me suffit de tenter le bilan de ce que, pour mon compte, j ai, par son intermédiaire, reçu.Que saurais-je sans I apport de ce que j ai entendu ou lu ?A travers le temps et I espace, les mots m ont appris I existence de pays que d autres ont visités, des sciences qu ont édifiées des génies qui me dépassent, une sagesse ricbe d apports millénaires.Sans la parole autorisée qui rassure et délivre, aurais-je seulement su formuler les problèmes, résoudre les doutes, corriger les préjugés ?Si, par des échanges je ne les savais partagés, combien de temps dureraient mes enthousiasmes ?En vérité, je dois à la parole un univers intérieur infiniment plus vaste et nombreux, mieux inventorié et ordonné, que celui que j\u2019eusse été capable d édifier ou de reconstituer ^ par moi-même.Elle fait de moi, pour peu que je me donne la peine de I assimiler, le bénéficiaire des travaux des penseurs et des artistes.A travers elle, ils m imprègnent du meilleur d eux-mêmes.Servante de l\u2019esprit, la parole l\u2019est également des sentiments.J\u2019ai beau savoir qu\u2019en pareil domaine, et pour de multiples raisons, les déclarations sont loin de toujours adéquatement traduire les dispositions véritables, une confiance néanmoins subsiste qu\u2019aucune désillusion n anéantira.J attends, de ceux qui m\u2019aiment, les paroles qui réchauffent, encouragent ou consolent.Exigeant et injuste, j ai tendance à douter de I ami qui préfère se taire plutôt que de prononcer un mensonge flatteur.Par contre, ma vanité blessée me porte à majorer 1 importance des critiques de la malveillance.En réalité, je suis loin de l\u2019assurance et de I\u2019impavidité auxquelles je prétends I Ma tristesse ou ma joie, mon courage ou mon abattement intérieurs sont à la merci d un mot ï Que dire de I autonomie dont je revendique si âprement la maîtrise ?De la magnifique « indépendance » et objectivité d\u2019appréciation, de jugement et de décision, que je proclame posséder, que reste-t-il, Iorsqu\u2019en toute honnêteté j examine mes « raisons » de plus près ?La peur de trop déplaire, celle du blâme ou du ridicule, 202 La parole instrument de Dieu le désir d\u2019obtenir la bienveillance d\u2019autrui, y ont plus de part que la volonté d être fidèle à moi-même ! Le souci des on dit m influence au moins autant que la conscience î Les manieurs d hommes connaissent bien I extrême vulnérabilité de la masse au pouvoir des mots.Aussi ont-ils soin de compléter le pouvoir que la police leur permet d\u2019exercer sur les corps par celui, autrement profond que leur confère la propagande.Qui tient l\u2019opinion publique, règne sur la spontanéité même des gens.De sujets et d administrés plus ou moins dociles, il fait des partisans dévoués jusqu au fanatisme.Que, pour parvenir à un envoûtement pareil, la propagande recourre à des moyens plus que douteux, ne fait certes aucun doute.Elle repose sur une exploitation sans scrupules de I absence de culture de la foule.Elle met toute son habileté à présenter les problèmes sous l\u2019angle le plus capable d émouvoir la sensibilité, l\u2019instinct de conservation, le besoin de justice et de grandeur charnelles.Elle s\u2019assure la connivence des passions de revendications et de combat.Elle s arrange pour fournir aux esprits une vision qui à la fois les absorbe et les endort.Qui a I habileté >\u2014> et le cynisme \u2022\u2014< d exploiter à son profit son savoir de la psychologie de la foule, tient à sa merci la sincérité, la bonne foi et la générosité de ceux dont il a su anesthésier >\u2014< et leurrer \u2022\u2014> l\u2019esprit critique.Son influence, hélas ï survit à sa disparition.Les sensibilités restent marquées, les passions orientées, les mémoires pleines de souvenirs et les imaginations de rêves.A quelles profondeurs et pour combien de temps ?Dieu seul le saurait dire.Quoi qu il en soit, I expérience des propagandes représente l\u2019illustration tragique de l\u2019incroyable pouvoir du langage.îjî îjî En bien comme en mal, la parole est l\u2019instrument de l\u2019action la plus haute dont Dieu ait fait la créature humaine capable.Elle permet à un homme d\u2019intervenir dans la vie intime des autres, d\u2019influencer leurs opinions, leurs passions, leur orientation.Qui sait la manier, possède un glaive autrement pénétrant que ceux qui transpercent les corps.Il exerce 203 Revue Dominicaine une maîtrise infiniment plus haute et durable que celle des princes et des rois.Encore faut-il qu il sacke utiliser au mieux son pouvoir et travailler ckez autrui les zones les plus kautes.A cet égard, la prédication représente la forme suprême de la collaboration avec Dieu : celle qui atteint les autres en ce qu ils ont de plus sacré pour leur faire accepter le don qui conditionne leur devenir éternel : la Vérité révélée.Or, de par la nature même de 1 instrument qu elle utilise, elle exige, de la part de celui qui 1 exerce, le don du meilleur de lui-même.La transmission de la Vérité divine au moyen du langage diffère de tout au tout de la transmission de I eau au moyen d un canal.La parole est un acte vivant : le fruit vital de la sève intérieure, de I\u2019al-ckimie de 1 esprit et du cœur.La vérité ne se transmet point de main à main, comme un kijou ou un remède : elle n\u2019est audible que si elle est dite ; et, elle n est dite que si elle a été vécue.Même appliquée au service de Dieu, la parole garde Failure et les conditions propres à la causalité kumaine.L\u2019assistance divine ne saurait dispenser de leur respect.Qui entend exercer ce ministère délicat et sublime en doit, sous peine d éckec, connaître les difficultés propres, lesquelles sont d ordre technique tout autant que moral.^11^ La parole, moyen difficile La parole ne peut en aucune façon se permettre la tranquille désinvolture avec laquelle la supériorité physique traite ses inférieurs.Le peintre et le sculpteur n\u2019ont point à se soucier de séduire la toile ou le marbre.Le chirurgien travaille à sa guise son patient, endormi et attaché.L\u2019auditeur est un partenaire qui exige un traitement autrement subtil I Qui vise en lui ce qu\u2019il a de plus haut, doit faire appel à sa lucidité la plus aiguë, à ses exigences les plus rigoureuses.II l\u2019affronte à découvert, en toute loyauté.La sincérité de I adhésion et la fermeté de conviction qu\u2019il entend obtenir ont, pour condition essentielle, le renoncement de sa part à tout effet de surprise ou d équivoque ainsi 204 La parole instrument de Dieu qu\u2019aux arguments d intimidation ou de contrainte.De tous les instruments d action, la parole est le plus dépouillé.Son efficacité est strictement proportionnée à ses mérites.Les mots représentent son indispensable moyen de contact.De leur agencement dépendent h éveil et la fixation de I attention de I auditoire.S\u2019ils n\u2019y parviennent, rien d\u2019autre ne pourra avertir les esprits de la valeur de ce qu\u2019on leur propose.Si relative qu on la juge, la présentation verbale n est donc point négligeable.En dépit des analyses de la rhétorique, nous connaissons mieux les causes d\u2019échec que le dosage exact des qualités requises ! Trop rugueux, un discours rebute 1 oreille.Esotérique, il reste incompris.Vulgaire, il suscite le mépris.1 rop simple, il porte à minimiser b importance de son objet.Trop brillant, il accapare I intérêt.Trop grave, il effraie.Trop monotone, il ennuie.Encore faut-il qu\u2019une fois accepté par l\u2019oreille, le discours le soit par I esprit I Ici se pose la question du contenu, laquelle ne met point seulement en cause la qualité des vérités proposées.II en est de la parole comme des semailles : seule a quelque chance de fructifier, la graine jetée sur un sol propice.Le semeur judicieux tient compte des conditions de ses terres.Mieux encore qu Aristote, le Verbe fait chair savait que si, de par sa nature, chacun des humains porte en lui une soif d\u2019apprendre et de comprendre infinie, cette soif, en fait, les tourmente très diversement.Aussi, le voyons-nous, tout au long de son Evangile, se garder d employer une méthode unique.Quelle que fût sa sollicitude à l\u2019égard de tous, il ne répandit point la vérité également sur les justes et les injustes.A la différence du soleil et de la pluie que sur tous le Seigneur dispense indifféremment, la vérité exige un plus exact discernement.Plus précieuse que les perles qu on ne saurait jeter aux pourceaux, elle doit être mesurée aux possibilités d accueil de ceux auxquels on I enseigne.II est des naïvetés que la générosité ne saurait excuser.Prendre au pied de la lettre les magnifiques déclarations des humains concernant leur amour de la vérité, expose à des surprises sévères I Malheur à qui 205 Revue Dominicaine e ne se fie à la bienveillance avec laquelle la plupart accueillent ce qui flatt leur goût die la nouveauté, du pittoresque ou de l\u2019extraordinaire.Il tardera point à s apercevoir que dès qu il s agit d eux-mêmes, les auditeurs de « bonne foi » réagissent bien différemment ! II n est rien au monde à quoi les auditoires les mieux intentionnés tiennent autant qu à leur sécurité intérieure.Aux soucis de la vie (matérielle I), nul n aime ajouter ceux de I esprit : la remise en question des opinions reçues, des habitudes mentales, des jugements tout faits.De toutes les susceptibilités, celle des positions spirituelles est la plus vivace.Qui accepte volontiers de voir discuter son bon droit ou douter qu il ait raison ?Pour se faire en pareil sujet écouter, d\u2019autres qualités sont requises que celles qui assurent la seule maîtrise intellectuelle.Ici, loin d assurer I autorité, la supériorité d esprit exaspère.Dès qu\u2019il s\u2019agit de ses problèmes personnels, de ses convictions ou de ses décisions, personne ne cède à un argument, fût-il le mieux fondé et le plus irréfutable.Mais, imprenable de front, la citadelle de I esprit ne I est point du côté du cœur.Qui sait le toucher obtient plus que ceux qui se prévalent de leur savoir, de leur expérience ou de leur vertu.II n\u2019en est certes point dispensé, mais cell e-ci ne joue que dans la mesure où elle se fait oublier.Est seule profondément efficace, la maîtrise qui entend non pas dominer mais servir.Aussi bien, le Fils de Dieu fait bomme a moins fait reposer son autorité sur son savoir que sur son amour : «.car je suis doux et bumble de cœur » ; « le Fils de 1 Homme est venu non pour commander mais pour servir.» Ceux-là seuls ont été à même d instruire les bommes, de les marquer au plus intime de leur esprit et de leur cœur, qui ont le moins cbercbé à le faire, persuadés qu\u2019ils étaient, les premiers, de n\u2019être que des serviteurs très indignes.L enseignement n\u2019est efficace que s\u2019il est fraternel.En effet, s\u2019il n inspire toujours le génie ou I éloquence, l\u2019amour vrai évite d\u2019instinct les maladresses qui blessent ou irritent.Tout autant que le mauvais goût, 206 La parole instrument de Dieu il exclut la morgue prétentieuse, la suffisance intellectuelle ou spirituelle.Il possède le secret des mots qui vont au cœur, des délicatesses qui font accepter la sévérité et les encouragements qui raniment le courage.Jamais « il n\u2019éteint la mècke qui fume encore et ne brise le roseau froissé ».Et, s\u2019il ne désarme toujours les préjugés, la mauvaise foi ou le vouloir pervers, du moins il leur enlève tout motif valable de protestation.Vu sous cet angle, le ministère de la parole revêt des exigences telles que nous cessons d\u2019être étonnés de voir qu\u2019un saint Dominique ait pu centrer sur elles les articulations maîtresses de son Ordre.\u2014 III \u2014 La prédication, œuvre suprême de la charité L œuvre de saint Dominique a ceci d original que loin d être une occupation plus ou moins surérog\u2019atoirement ajoutée à I activité religieuse proprement dite, le ministère de la parole i\u2014< la prédication ,\u2014¦ en conditionne strictement les articulations maîtresses : la structure et Failure.Essentiellement personnelle, la parole exprime ce qui a été intimement pensé et vécu.Faute de quoi, elle ne diffère en rien d un jeu verbal.Ceci explique la place primordiale voulue par le fondateur des Prêcheurs aux institutions destinées à assurer le contact personnel avec Dieu.Mais, à la d ifférence du contemplatif pur à qui suffit 1 union à Dieu pour elle-même, le prêcheur entend partager la sollicitude du Seigneur pour ses créatures.Dieu est moins pour lui, ici-bas, I Ami en qui 1 on se complaît que 1 Ami dont on assume le tourment, au service duquel on se dévoue.Encore s agit-il de savoir comment î Saint Dominique choisit le service de la Vérité par le verbe.Mais c était là une fonction d une telle gravité qu\u2019à eux seuls le talent ni la bonne volonté n eussent suffi à la justifier.II y fallait un mandat de l\u2019Eglise, gardienne officielle de la Révélation.Voilà pourquoi, le premier dans I Histoire, saint Dominique voulut un Ordre dont les membres seraient revêtus de 1 investiture du sacerdoce. Revue Dominicaine es Toutefois son sens aigu du plan voulu par Dieu ainsi que I leçons de I expérience, lui démontraient la nécessité de compléter cette investiture officielle par I acquisition d\u2019une compétence proportionnée.La ckarité engendre le dévouement mais non point nécessairement les qualités techniques.Grande est la marge laissée par Dieu aux efforts humains.Les vertus infuses ne sauraient suppléer aux vertus acquises.A la bonne volonté, le serviteur fidèle doit, pour être efficacement utife, joindre sinon le talent du moins Ihabileté.Voilà pourquoi saint Dominique voulut qu\u2019à l\u2019union intime à Dieu s ajoutât, chez les siens, un savoir qu elfe vivifierait mais qui, à son tour, lui permettrait d\u2019avoir sur autrui une efficacité bienfaisante.D\u2019où, parmi les « observances de son Ordre », I importance hors-pair de l\u2019étude.Comme toute activité intellectuelle, le savoir requis par la mission d enseignement apostolique obéit aux lois propres à la pensée.Mais il est orchestré dans un contexte et finalisé par un but qui en modifie profondément l\u2019ampleur et le style.L\u2019intelligence est ici au service de la charité.Or, les exigences de celle-ci sont infiniment plus vastes que celles du simple désir de savoir.Qui n\u2019étudie que pour soi, n\u2019a d\u2019autres stimulants que sa curiosité de percer l\u2019énigme des choses, son besoin de clarté, le tourment causé par les problèmes, la passion de la découverte, la fierté d organiser et de construire.L\u2019usage qu\u2019il fait de son esprit est fonction du degré de son acuité.Ses raisons de travailler sont toutes personnelles.Autre est le rythme imposé par la charité î L\u2019amour de Dieu et des hommes découvre à l intelligence un champ sans limites.A ceci se reconnaît 1 amitié véritable qu elle crée dans I esprit une avidité de pénétration sans commune mesure avec la vigilance froide de l'analyse.Car il ne s agit plus de connaître Dieu seulement pour soi mais encore pour autrui, dont la charité fraternelle fait prendre en charge les tourments.Qui se consacre au ministère de la Parole de Dieu s\u2019oblige en conscience à faire, de sa faculté la plus haute, la servante exclusive des légitimes exigences de l\u2019esprit de ses frères.S il est une vertu caracté- 208 La parole instrument de Dieu ristique de son devoir d état, c est bien la studiositas si magnifiquement analysée par saint Thomas d Aquin.* * * Si paradoxale que la chose paraisse, ce grand scrutateur des ressorts de I action humaine, ne fait point de la « studiosité » une vertu de l\u2019intelligence mais de la volonté.II la définit quœdam vehemens intentio ad studendum, c\u2019est-à-dire, la décision continue et forcenée de tirer de son intelligence le maximum de rendement, de ne point la laisser abandonnée à ses seules exigences mais de lui imposer de travailler à satisfaire les requêtes de la charité.Le « studieux », tel qu\u2019après saint Dominique il le conçoit, est celui qui s interdit de détourner quoi que ce soit de ses ressources intellectuelles de la fin qu il s est assignée.Toute soustraction de ce genre revêt la gravité d une faute et fait figure de « curiosité », c\u2019est-à-dire de gaspillage d un capital à jamais réservé pour une œuvre plus haute et plus urgente : le service de la Vérité de Dieu.De toutes les ascèses, celle qu implique la fidélité à une pareille mission est, en dépit de sa discrétion apparente, 1 une des plus redoutables que puisse consentir l\u2019être humain.Elle l\u2019atteint en une zone autrement intime que la chair : au cœur même de ses facultés les plus personnelles, I intelligence et le vouloir.Au reste, le corps lui-même est aussi engagé, puisqu il n est d activité intellectuelle possible sans une forte discipline de concentration, de silence et de solitude.D\u2019où l\u2019allure typique des couvents conçus par le Fondateur des Prêcheurs : au cœur des cités, des lieux de silence au cœur desquels seul en sa cellule chacun poursuit son labeur.A cette bataille contre soi-même à laquelle s\u2019est voué le serviteur de la Parole de Dieu, doit s\u2019ajouter une lutte non moins constante contre tout ce qui, en lui ou autour de lui, peut venir pervertir la pureté de sa mission.De tous les mandats, celui de la transmission de la Vérité révélée constitue I un des plus hauts.Qui en est investi en mesure la responsabilité et le prix, mais aussi parfois, s\u2019il n\u2019y prend point garde, en tire une 209 Revue Dominicaine assurance prompte à dégénérer en vanité ou en morgue.Sans une humilité vraie et un sens vivace de sa propre faiblesse, le témoin de Dieu risque fort de faire, de sa fonction, un privilège, et de son autorité, un titre mérité.De là, à composer, entre la Vérité divine et ses opinions à lui, une mixture aussi douteuse qu\u2019insupportable, I écart n\u2019est point si grand ï Seule peut préserver d une telle déviation, la mise en pratique du conseil du Seigneur qui, venu « non pour être servi mais pour servir », pressait les siens de ne point imiter « ceux qui se font appeler maîtres et docteurs ».A vrai dire, la prétention, en quelqu\u2019ordre que ce soit, ne dupe jamais qu ell e-même.Humble ou savant, tout auditoire a tôt fait de se rendre compte de quel esprit procèdent les conseils, les avis, les reproches ou les enseignements qu on lui propose.Peu lui chaut qu en ces matières de science pure, le maître soit ou non prétentieux : on n attend de lui que la compétence.Mais d un prédicateur, il exige, à bon droit, une lucidité et une exactitude dont une sollicitude vraiment fraternelle sache faire accepter la rigueur.De quel droit ses représentants recourraient-ils à une sévérité plus ou moins méprisante, là où la Vérité faite homme déclarait : « recevez mes enseignements, car je suis doux et humble de cœur » ?Dits sur un ton de colère, peut-être légitime mais âpre ou hargneuse, les propos les plus justes perdent leur chance d\u2019être acceptés.Non sans raisons, le mauvais vouloir y découvre un relent de ressentiment qui légitime son refus.La violence est, pour la vérité, une alliée dangereuse et trouble.Les remous qu elle suscite empêchent la sérénité du regard, le calme de la réflexion qui seules permettent la rectification des jugements et l\u2019affermissement des convictions.La douceur a sur la véhémence au moins I avantage d enlever à la mauvaise foi toute excuse.Comment, sans étaler sa malhonnêteté, refuser toute considération et tout respect à un exposé dépouillé d acrimonie ?Devant 1 honnêteté, loyale et magnanime, tout sarcasme immanquablement se retourne contre lui-même.210 La parole instrument de Dieu Seuls, un immense amour et une ardente compassion sont capables, en présence de tant de causes d irritation ou de découragement, d inspirer aux serviteurs du Christ le secret d être vrais sans blesser.« Je suis venu, non pour juger mais pour guérir.» Les cœurs humains sont ainsi faits que la miséricorde a sur eux plus de prise que les menaces ou les condamnations.Jésus-Christ a-t-il jamais agi autrement, lui qui a pu s appliquer la prophétie d Isaïe : « il ne brisera pas le roseau froissé et n\u2019éteindra pas la mèche qui fume encore » ?* * * En réalité, I action par la parole est celle dont le style devrait directement s\u2019inspirer des caractéristiques mêmes de l\u2019Action de Dieu.De toutes les causes qui nous influencent, Dieu n\u2019est-il point la plus discrète ?De ceux qu\u2019il marque, il respecte tellement le rythme qu ils n ont aucune conscience de ce qu ils lui doivent.Ainsi en est-il des bénéfices dus à la parole.Les discours les plus efficaces sont bien ceux auxquels nous devons des idées, des convictions, des certitudes ou des sentiments qui font désormais tellement partie de nous-mêmes que nous ne songeons plus à nous demander qui a pu nous les inspirer.Nous les devons cependant à quelques êtres dont la lucidité fut assez pénétrante pour les découvrir ou les percevoir, le cœur assez pur pour ne les point gauchir, la générosité assez grande pour nous les transmettre et I humilité assez vraie pour accepter de les servir sans s\u2019imposer.Saint Dominique fut I un d eux.Et non des moindres.Sa vie et son œuvre démontrent I inflexible droiture avec laquelle il servit la Parole du Christ.Du dépassement et de I oubli de soi-même qu il sut inspirer, ne fut-il point la toute première victime ?II ancra tellement dans l\u2019esprit des siens, I idée du primat absolu de leur mission qu\u2019à sa mort, ils en oublièrent de conserver ses propres œuvres ! Si elle ne la justifie pas toujours, la sollicitude à l\u2019égard des vivants excuse en partie la désinvolture vis-à-vis des morts.II est des oublis qui ont grande allure.Ch.-D.Boulogne, O.P.211 Humanisme et Sciences sociales « Dès que nous prétendons, écrivait un jour P.-H.Simon \\ découvrir au delà de nos désaccords, une ligne de convergence possible, nous sommes fatalement conduits à parler d humanisme.Humanisme avec ce que le mot implique assez confusément de confiance dans I espèce humaine, d attachement à son passé, d espérance en son progrès et de disposition à vouloir son bien, semble désigner le carrefour par où passent tous nos itinéraires spirituels.Seulement, quand on veut presser le sens du mot, on s aperçoit que les difficultés demeurent.Humanisme est une de ces abstractions, dangereuses à force d être commodes, où I on peut tout mettre, Marx et I Evangile, le libre examen et le sentiment de I autorité, la tradition et la révolution ».Cependant malgré I infinie et souvent contradictoire variété des définitions que les auteurs ont jusqu ici essayées de I humanisme, il semble qu\u2019on puisse clarifier un peu le sujet en les ramenant toutes à trois types principaux selon qu on envisage I humanisme comme philosophie des humanités, comme métaphysique de 1 homme ou comme attitude humaine.^ I ^ L humanisme comme philosophie des humanités.C est comme philosophie des humanités que l\u2019humanisme est né.il est apparu dans I histoire comme une préoccupation nouvelle des hommes de la Renaissance qui, dans un effort pour se libérer des perspectives théocentriques dans lesquelles, sous I influence du moyen âge, on avait jusque-là envisagé les problèmes humains, cherchèrent à trouver dans I homme lui-même la réponse aux questions que leur posaient la culture et la civilisation de leur temps.Cet effort d\u2019explication de l\u2019homme s est développé en un ample mouvement de retour à 1 étude de ce qu on estimait être les types classiques d humanité.Ce mouvement d esprit, illustré par les 1.De Vhumanisme, Temps présent, 27.12.46.212 Humanisme et Sciences sociales grands noms de cette époque : Pétrarque, Poggio, Laurent Valla, Erasme, Budé, Ulrich de Hutten, etc., fut caractérisé par une tentative d\u2019émancipation de l\u2019intelligence humaine, dont on prétendait libérer les puissances endormies par la scolastique du moyen âge, en retournant, par delà la nuit de cet « âge noir », à la lumière de I antiquité gréco-latine.« L kuma-nisme, dira Pkilippe Monnier \\ n est pas le goût de I antiquité, il en est le culte ; culte poussé si loin qu il ne se borne pas à adorer, qu il s efforce de reproduire.Et I kumaniste n est pas I komme qui connaît les antiques et s\u2019en inspire ; il est celui qui est tellement fasciné par leur prestige qu il les copie, les imite, les répète, adopte leurs métkodes et leurs modes, leurs exemples et leurs dieux, leur esprit et leur langue.Un pareil mouvement, poussé à ses extrémités logiques ne tendait à rien moins qu à supprimer le pkénomène ckrétien ».Ce mouvement de retour aux études gréco-latines, qui apparut aux XVe et XVIe siècles en Europe occidentale et que l\u2019on a par la suite appelé kumanisme classique, a instauré une tradition culturelle très répandue selon laquelle la connaissance des kumanités gréco-latines constituait le principal critère d appréciation de la valeur intellectuelle des kommes.11 n\u2019est que juste de reconnaître 1 apport aussi fécond que brillant de l\u2019humanisme classique au patrimoine intellectuel de 1 kuma-nité.Pour notre culture occidentale en particulier, ce retour aux sources fut certes fructueux autant que fut profitable la fréquentation de types kumains extraordinaires, de ckefs-d œuvre littéraires et artistiques qui inspirent encore aujourd kui bien des kommes.Et I kumanisme comme pkilosopkie des kumanités représente toujours un magnifique instrument de culture intellectuelle et estkétique.Mais il reste que, tout valable qu\u2019il soit, les avenues qu il ouvre sur l\u2019univers sont devenues trop étroites et les cadres qu il propose à I éducation contemporaine sont visiblement trop restreints.Connaître les réalisations grandioses du monde gréco-latin, c\u2019est très bien, mais s il faut pour cela rester fermé à ce que 1 histoire nous offre d autre et parfois d aussi 1.Monnier, Philippe, le Quattrocento, livre II, chap.I : U Humanisme, p.124.215 Revue Dominicaine parfait, cela devient une sorte de monisme méthodologique conduisant au sectarisme intellectuel qui est la négation de Ihumanisme lui-même.Les civilisations égyptienne, chinoise et hindoue, par exemple, ont elles aussi eu leur incontestable grandeur, et en ignorer les principales réalisations philosophiques, littéraires et artistiques sous prétexte de fidélité à des sources plus prochaines de notre culture, n\u2019est-ce pas plutôt une infidélité à I humanisme ?Homo sum, proclamait Térence lui-même, et humani nihil a me alienum puto.Aussi bien, pour passer à un ordre d\u2019idées plus contemporain, I admiration et le respect dus à la valeur objective indiscutable de Fhu-manisme classique ne doivent pas nous empêcher de procéder avec une prudente audace aux réformes de structures que demande chaque époque en ce qui concerne les méthodes d\u2019éducation.Autres temps, autres méthodes, c est la loi du progrès.Au XXe siècle, un esprit vraiment cultivé doit avoir remué d autres terres que celles où fleurissent les humanités gréco-latines.Les hommes ont pensé depuis le moyen âge et la Renaissance, ils ont créé aussi dans tous les domaines ; et nos contemporains ont le droit de profiter des fruits de leur effort culturel et civilisateur.En pratique, cela peut vouloir dire en certains cas une réorganisation des programmes d études ; pourquoi en aurions-nous peur ?En éducation, ce qui compte d\u2019abord et qu\u2019il faut avant tout sauver, ce ne sont pas les programmes qui n\u2019en sont que les provisoires et variables instruments, mais bien 1 homme qui en est la fin.Autrement, où serait l\u2019humanisme ?L humanisme comme métaphysique de l\u2019homme. De simple philosophie des humanités qu\u2019il était à son origine, I humanisme s est élargi et est devenu pour plusieurs une théorie métaphysique dont I embryon était d ailleurs contenu dans les mobiles eux-mêmes qui animaient les humanistes de la Renaissance.Si, en effet, ces hommes ont voulu renouer la culture moderne aux valeurs antiques, c\u2019était pour 1 émanciper de sa dépendance de la théologie où, selon eux, l\u2019avait enfermée le moyen âge.Le climat délibérément naturaliste de leurs travaux a imprégné les recherches philosophiques qui ont suivi d une atmosphère d émancipa- 214 Humanisme et Sciences sociales tion spirituelle qui devait en faire dévier la ligne.Désormais, la philosophie allait de plus en plus se détourner de Dieu pour se retourner vers rkomme devenu le seul objet de ses préoccupations.Et l\u2019on a adopté la maxime de Protagoras « L bomme est la mesure de toute chose », en lui donnant un sens absolu qui faisait de I bomme le centre unique et la fin ultime de I univers, I\u2019alpba et I omega de toutes choses et lui donnait en somme ici-bas la place de Dieu.On pourrait citer, pour illustrer la vérité historique de cet avancé, des centaines de noms et d\u2019ouvrages célèbres.Qu\u2019il suffise d\u2019en présenter ici quelques-uns des plus marquants.C est, par exemple, Auguste Comte qui, dans sa Politique positive, propose en détail au monde sa chimérique « systématisation sociale » fondée sur I Humanité-Dieu ; c est Karl Marx qui, considérant toute croyance religieuse comme une aliénation, soutient que « I homme est pour I homme I être suprême », homo homini deus ; c est Jean-Paul Sartre qui, annonçant lui aussi la mort de Dieu, présente ensuite I homme « comme existant, absolu, transcendant ».Tous posent pratiquement l\u2019homme, et exclusivement lui, au centre et à la fin du monde.Ils assignent pour objet premier aux préoccupations humaines I homme qui cherche et découvre en lui-même, et pas ailleurs, ses moyens de connaissance, ses raisons d être et d agir.Que penser de I humanisme ainsi entendu ?Reconnaissons d abord à son actif, qu il est, dans I histoire de la pensée humaine, à I origine d un remarquable et nécessaire réveil des sciences de I homme, de I essor prodigieux des recherches qui se continuent aujourd hui, portant sur I homme, sa nature, ses ressources subjectives et ses mystérieuses puissances, son histoire, ses œuvres, sa destinée, etc.L inventaire total de I homme, qui est le but de cet humanisme métaphysique, constitue pour les autres philosophes un stimulant dans les efforts qu\u2019ils poursuivent dans d\u2019autres directions.Cependant tous les bienfaits qu\u2019il a pu amener n\u2019empêchent pas qu il soit lui aussi un système étroit et indûment restrictif.Si, en effet, on définit I humanisme par la théorie et la doctrine philosophiques de 215 Revue Dominicaine ceux qui considèrent I homme comme 1 être suprême, il devient impossible d être appelé humaniste si, en plus de croire en Ihomme, on croit en Dieu.Par ailleurs, considérer 1 homme comme un absolu, qui ne vaut que par et pour lui-même, équivaut à en faire un Dieu.Mais alors ne sort-on pas de I humanisme pour retomber dans une théologie à rebours ?Car I humanisme qui referme I homme sur lui-même est forcément un humanisme hermétique, impliquant une limitation arbitraire de la puissance cognoscitive de I intelligence humaine qui a pour objet toute la vérité, cette vérité même qu ici-bas les hommes n ont jamais fini de découvrir et sur laquelle peuvent seuls déboucher les chemins qu\u2019on n\u2019a pas obstrués au départ par les barrières de I apriorisme et de I absolutisme doctrinal.La foi aussi est une lumière.Un Augustin et un Thomas d Aquin, par exemple, ont-ils été de moins grands hommes pour avoir été de grands croyants ?L humanisme comme attitude humaine.>\u2014 Si I humanisme ne peut être que partiellement et donc partialement défini comme philosophie des humanités et comme métaphysique de l\u2019homme, comment donc le présenter pour lui garder le caractère universel que sa réalité elle-même exige ?Je crois qu un humanisme authentique doit alors être défini comme une attitude de I âme selon laquelle on considère I homme comme le centre d intérêt de son esprit et le principal objet de fa sympathie de son cœur.La première caractéristique de I humanisme ainsi entendu, c est qu il soit tout centré sur l\u2019homme.Ce qui ne veut pas dire pour autant qu\u2019il fait nécessairement de I homme le centre absolu et exclusif de I univers.II laisse au contraire la possibilité de le considérer aussi comme un centre relatif, comme une fin intermédiaire.L anthropocentrisme qu il représente implique la possibilité d une ouverture non seulement sur tout ce qui est humain mais aussi sur tous les êtres avec lesquels I homme entre en relation, Dieu compris.Seul un aussi large humanisme permet, que dis-je, appelle un dialogue efficace entre les hommes, quelles que soient leurs idées philosophiques et religieuses ou leurs options politiques, 216 Humanisme et Sciences sociales et favorise dans un monde que tant de choses tendent par ailleurs à diviser, la coexistence pacifique et sainement émulatrice de formes de culture et de civilisation diverses.II s incarne en un pluralisme qui assure à toutes les familles spirituelles et politiques de I humanité la liberté qui fonde leur mutuel respect et favorise leur indispensable amitié.L unité dans la liberté de la diversité, voilà sa formule, qui est en même temps, pour les chrétiens, celle de la charité.Non seulement cet humanisme est tout centré sur I homme, mais il est centré sur tout l homme : c est sa deuxième caractéristique.U est-à-dire qu\u2019il s\u2019intéresse à tout ce qui contribue à valoriser I être humain : à sa santé physique, à sa prospérité matérielle qui conditionne si largement le reste de sa vie, et surtout à ce qui le fait proprement homme, son âmé spirituelle.II s\u2019attache à la culture de son intelligence et à la rectitude de sa volonté libre pour faire de lui I être intellectuellement le plus évolué possible et moralement le plus vertueux.C est pour cela aussi qu il doit rester ouvert sur I infini, le mystère, I éternité, Dieu.Quant à nous, chrétiens, notre choix est fait : notre humanisme ne s achève qu en Dieu.Tout centré sur I homme, considéré comme la première des réalités terrestres, centré sur tout I homme et principalement sur son âme raisonnable et libre, cet humanisme est enfin centré sur tout homme.En quoi il est authentiquement un humanisme démocratique.En effet, les richesses qu\u2019il apporte avec lui, il veut en faire bénéficier tous les hommes.Pour lui, les valeurs de culture et les conquêtes de la civilisation sont des biens communs destinés non seulement aux aristocraties intellectuelles ou aux grands possédants, mais à I humanité entière sans exception.Un véritable humaniste ne peut pas vivre dans le repos tant qu il reste sur la terre de I inculture et de la misère humaines, précisément parce qu il se sent en communion fraternelle avec tous ceux qui ont la même nature, la même origine et la même fin que lui.C est pourquoi I humanisme ne s achève que dans I effort d engagement de I homme en I immense et, au 217 Revue Dominicaine fond, la seule aventure sociale qui soit, celle du progrès de toute I\u2019huma-nité dans la paix universelle.En somme, I humanisme dont je viens d esquisser, trop sommairement je m en rends Lien compte, les traits essentiels est une attitude d ame qui, intégrant en les dépassant les réelles valeurs contenues dans I humanisme classique et I humanisme philosophique, se propose à I humanité comme un anthropocentrisme ouvert jusqu\u2019au divin, un pluralisme respectueux de la liberté et un universalisme spirituel et politique qui le fait se réaliser concrètement dans l\u2019organisation sociale de la justice et de la fraternité humaines.^ II ^ L\u2019humanisme authentique que nous avons essayé de définir ne peut, en effet, que déboucher logiquement sur le social.Comment pourrait-il en être autrement puisque I homme est naturellement un animal politique et que la société de ses semblables est son habitat normal ?C est pourquoi les sciences sociales sont étroitement liées à 1 humanisme, elles qui ont pour objet la connaissance de ce que sont et doivent être les sociétés.A ce sujet une double question surgit spontanément : qu\u2019est-ce que Ihumanisme apporte aux sciences sociales et, d autre part, qu est-ce que celles-ci apportent à I humanisme ?L\u2019apport de I humanisme aux sciences sociales.>\u2014> La contribution majeure de I humanisme aux sciences sociales consiste à situer celles-ci dans une perspective de travail qui donne sur l\u2019homme.La primauté de l\u2019humain dans la hiérarchie des valeurs qui intéressent les sociologues, les économistes, les politiques, les travailleurs sociaux, bref tous ceux qui sont engagés dans les recherches ou les réformes sociales, voilà en effet 1 essentiel de ce qu\u2019apporte 1 humanisme aux sciences sociales.Quelle que soit la forme du travail accompli en ces différents domaines, le concevoir et le réaliser comme un service de I homme, telle est I attitude humaniste en face des problèmes sociaux à étudier et à résoudre.Car les biens matériels, les institutions, les lois et les systèmes sont fondamentalement choses qui existent pour I homme.Ce ne sont que des 218 Humanisme et Sciences sociales moyens essentiellement ordonnés à une fin qui les dépasse tons : l'homme.En faire le Lut de ses préoccupations, c est pervertir I ordre nature! des choses et vouer les sciences sociales à un formalisme stérilisateur, à un matérialisme pratique radicalement incompatible avec ! humanisme.II a perdu le sens de l\u2019homme l\u2019économiste qui ne reconnaît pas, théoriquement et pratiquement, que la vie économique, objet de son étude, est un travail d adaptation des biens matériels aux besoins humains ; que la fin de l\u2019activité économique, c est le bien commun de tous et non pas seulement le profit de quelques-uns ; que la première et fondamentale exigence de ce bien commun, c est que le plus de citoyens possible aient la plus grande sécurité économique possible sans que pour cela en souffre leur inaliénable liberté de personnes humaines ; que tous les hommes ont le droit au travail, et à un travail dont la nécessaire rationalisation ne détruit pas la qualité humaine ; qu ils ont aussi droit à la propriété, sans laquelle la liberté, fût-elle proclamée dans les textes constitutionnels, n\u2019est qu\u2019un luxe inutile pour ne pas dire une cruelle illusion.Il a perdu le sens de 1 homme le sociologue oublieux qu au delà de I observation des faits, des compilations statistiques et de I élaboration des plus savantes théories, il y a la société vivante des hommes au bien de qui tout cet appareil scientifique doit servir sans quoi il perd sa justification.Car une sociologie et une philosophie sociale dont la synthèse n\u2019aboutit pas à la proposition des normes d\u2019une politique de bien commun sont des sciences sociales déviées et inutiles.II a perdu le sens de l\u2019homme, le juriste dont I attachement à la lettre de la loi a déformé et desséché I âme au point qu il n en voit plus I esprit.Car la loi doit être une ordonnance de la raison en vue du bien commun.Or comme les conditions de ce bien commun changent au rythme des progrès spirituels et techniques de I humanité, les lois doivent s adapter constamment aux variables conditions des sociétés qu elles ont pour fonction de servir.Et les politiques qui édictent des lois qu on est aujourd hui convenu d appeler « réactionnaires », c\u2019est-à-dire dont le contenu et les prescriptions ne tiennent pas compte et quelquefois même Revue Dominicaine vont à rebours de I évolution sociale normale de Ihumanité, portent sur leurs épaules la responsabilité morale des désordres sociaux que leur attitude rétrograde et antibumaniste peut provoquer.La loi est un service public : lorsqu elle se corrompt en une oppression de la juste liberté du peuple, elle ne mérite plus le respect car, de I avis même de saint Thomas d Aquin, ce n est plus une loi, c\u2019est une iniquité.Ils ont perdu le sens de I bomme enfin tous les savants, en un mot, qui ne voient pas plus loin que I horizon borné de leur spécialité, dont la science ne s épanouit pas en amour et que leur tour d ivoire empêche d entendre I appel que depuis toujours leur adresse I humanité à la recherche de son mieux-être et de son bonheur temporels.Ce que I humanisme exige des savants aujourd hui, et surtout de ceux qui font des sciences sociales, c\u2019est bien plus qu\u2019une compétence reconnue dans un domaine précis du savoir humain.II exige qu ils mettent à la disposition du peuple les fruits de leurs recherches et, lorsque c est possible, qu ils prolongent leur connaissance scientifique en action sociale en s engageant à leur façon dans les combats de la vérité et de la justice, en apportant leurs lumières et leur prudence à la solution pratique des problèmes qui confrontent leurs contemporains.Car de nos jours, les sciences qui ne se mettent pas au service de I humain se tournent fatalement contre lui.C est en même temps I honneur et I angoisse du XXe siècle d avoir la tâche urgente et magnifique d instaurer parmi des hommes traqués par la peur et souvent opprimés d injustice mais encore capables d espérance et de fraternité, une société renouvelée qui porte dans son corps et son âme la marque lumineuse de I homme régénéré par I amour, réalisation qui ne peut être que le fruit d\u2019un humanisme politique pensé et réalisé à la mesure de sa vraie grandeur.L apport des sciences sociales à I humanisme.\u2022\u2014> Mais cet immense bienfait que l\u2019humanisme apporte aux sciences sociales en leur fournissant une perspective de travail où domine la primauté de I humain, ne va pas sans tourner à son profit puisque les sciences sociales I enrichissent lui-même d un apport vivifiant.220 Humanisme et Sciences sociales Sans elles par exemple, sans l\u2019insistance qn elles mettent sans cesse à rappeler la naturalité et les modalités du fait social lui-même ainsi que les normes de toute vie collective nécessaire, 1 fiumanisme aurait sans doute plus de difficultés à lutter contre la grande tentation qui le guette : celle d\u2019être défiguré par l\u2019individualisme.Les sciences sociales lui aident à être plus fidèle à lui-même, le nourrissent en somme de tout I\u2019fiumain qu elles remuent et le maintiennent dans un climat de compréfiension et de générosité sans lequel il perdrait sa valeur de salut.Car aujourd\u2019hui plus que jamais dans l\u2019histoire humaine, l\u2019humanisme sera social où il ne sera pas.Nous assistons en effet à une « socialisation » progressive de I homme.Qu\u2019il le veuille ou non, il est engagé dans un réseau de plus en plus étendu de relations sociales ; les moments de sa vie s insèrent dans le rouage complexe d\u2019un nombre grandissant d institutions diverses, allant de la famille où il naît jusqu\u2019à la société internationale où se joue aujourd\u2019hui le plus tragique de son destin.Or, c\u2019est lui qui se trouve au centre de tout ce gigantesque aménagement construit par lui et qui de l\u2019extérieur conditionne sa vie.Les institutions, c\u2019est lui qui les crée sans toujours prévoir jusqu\u2019à quel point il est en retour façonné par elles.L homme est à la fois le créateur et le produit du milieu où il vit.Et l\u2019humanisme, qui, comme nous l\u2019avons vu, saisit tout I homme, ne peut pas se permettre de méconnaître les implications diverses qui résultent de son appartenance de plus en plus grande à la société, ni d ignorer les conditions particulières que lui crée son insertion dans une vie sociale dont l\u2019organisation progressive augmente la complexité et donc les problèmes.C\u2019est justement ici que les sciences sociales sont du plus précieux secours à I humanisme.C est grâce à elles, en effet, si l\u2019humaniste peut connaître une des dimensions les plus importantes de I homme : sa dimension sociale.Par elles, il saisit 1 homme total, dans toutes ses relations et avec toutes ses communions.11 le comprend à sa place dans l\u2019ensemble des liens organiques qui le rattachent au reste Revue Dominicaine de ses frères.C est là un apport essentiel que seules les sciences sociales peuvent fournir à I\u2019humanisme.Nous savons de plus que pour être véritablement social, 1\u2019humanisme doit être universel et devenir le fait de toute I humanité.Etre centré sur tout I homme, avons-nous dit, mais aussi mis à la portée de tout homme.Le monopole de la culture conçue comme un privilège de caste est en effet radicalement incompatible avec l\u2019humanisme.Mais il serait utopique de penser qu un tel idéal peut être réalisé autrement que dans des modalités aussi différentes que les personnes humaines elles-mêmes.C\u2019est pourquoi seules des techniques appropriées aux situations différentes des groupes humains peuvent constituer des moyens efficaces de pénétration de l\u2019humanisme dans toutes les classes de la société.Ces techniques, c est proprement aux sciences sociales qu\u2019il appartient de les découvrir et de les éprouver pour ensuite les mettre à la disposition de ceux à qui il revient de droit de faire 1 éducation humaniste du peuple.Là encore elles apportent des instruments indispensables à un humanisme pensé comme service du bien commun.* * * L humanisme de Dieu.>\u2014< Synthèse des puissances spirituelles de I homme, ouverture de son intelligence et de son cœur sur tout le monde qui 1 entoure et spécialement sur ses compagnons du voyage terrestre, I humanisme est, de toutes les valeurs temporelles, celle qui constitue le plus bel accomplissement de sa vocation.Mais I humanisme intégral, pour nous, ne peut être qu un humanisme chrétien.Qu ils se détrompent ceux qui croient que, parce que cet humanisme est ouvert à 1 intervention de Dieu dans les choses humaines, il est une aliénation de l\u2019homme.Au contraire, quand Dieu vient au secours de 1 homme, ce n est pas pour I aliéner mais pour le rendre encore plus maître de lui-même, plus fort de toutes les ressources divines ajoutées à ses faibles puissances, plus éclairé et plus sage parce qu\u2019il participe alors de la lumière même de Dieu, plus libre aussi de cette liberté que 222 Humanisme et Sciences sociales donne la vérité, en un mot plus grand dans tout son être parce que sa nature, tout en restant authentiquement elle-même, est divinisée par la grâce.« Cet homme, écrit Emmanuel Mounier, qui porte au creux de ses mains le destin de I univers entier, non pas seulement pour en tirer des antennes plus puissantes et des avions plus confortables, mais pour l\u2019entraîner dans une œuvre divine dont il sera le roi, est-ce un komme diminué ?.Le ckristianisme donne vraiment à I komme toute sa kauteur et plus que la kauteur d homme.II I appelle à être un dieu, et il 1 appelle dans la liberté.C\u2019est là la dernière et suprême signification pour le chrétien de I histoire progressive » \\ Un humanisme qui divinise I komme reste encore fidèle à lui-même, parce qu\u2019il lui donne une grandeur à laquelle il ne cesse et avec raison de prétendre mais qu\u2019il ne peut se donner seul.Aussi bien peut-on dire avec certitude que 1 humanisme le plus authentique est greffé sur 1 Incarnation, sur ce que j\u2019oserais appeler I humanisme de Dieu : Et homo factus est.Si, en effet, Dieu a pris la peine de se faire komme, ce n est certes pas pour rien.C est pour que par Lui et en Lui s\u2019achève I humanité et se réalise à la fin un humanisme aux horizons d\u2019éternité.C est à cet humanisme-là que tous les hommes sont définitivement appelés, parce que, qu ils le reconnaissent ou qu ils le nient, ils sont tous des enfants de Dieu.G.-H.Lévesque, O.P.P.S.\u2014 Cette étude a été présentée, le 5 juin 1952, à la réunion conjointe de la Société d\u2019Histoire du Canada et de la Société canadienne des Sciences politiques.1.Mounier, Emmanuel, Le christianisme et la notion du progrès, dans La petite peur du XXe siècle, Editions du Seuil, Paris, 1948. leurs spirituelles Psychanalyse et va Pour nombre de personnes encore, accoler la psychanalyse anx valeurs spirituelles quelles qu elles soient, est plus qu\u2019un paradoxe, presque une infamie.Et il y a peu de jours encore je m entendais dire avec presque autant d indignité que je courais le plus grand risque de perdre la foi en m adonnant à la science psychanalytique.Il y a des années que je suis versé dans le domaine psychologique et ce n est peut-être que depuis cette époque que j ai commencé à réaliser pleinement ce qu était Dieu et ce qu était un homme.II est toujours difficile et délicat d accepter comme science véritable une découverte qui a tout juste un demi-siècle, et en particulier quand cette jeune science se permet d apporter quelques lumières nouvelles sur le comportement humain.L on se montre très pointilleux et suspect sur la question et ce pessimisme est tout à fait de mise.Mais si le monde des thérapeutes répugne encore à considérer la psychanalyse comme une science exacte et efficace, la masse porte ses principaux griefs sur la valeur morale et spirituelle de la psychanalyse.Quand on nous apprend depuis des générations que nous avons été créés par Dieu et que nous sommes des êtres libres, et qu un médecin viennois veut nous démontrer deux mille ans plus tard que I être humain n est qu un atome reconstitué essentiellement instinctif, mu par une âme collective et tenaillé par une névrose non moins collective qu on appelle religion, on trouve la farce plutôt scandaleuse et 1 on a raison.Seulement, I on me permettra de joindre ma voix à celle de plusieurs confrères et membres du clergé, canadiens ou non, et de renouveler un reproche que j appellerai méprise pour être plus juste.Viendrait-il à I esprit de quiconque de porter un jugement sur la médecine telle qu elle se formulait à I époque des clystères ?absolument pas, car nous avons la notion de ses prestigieux progrès.L erreur, vis-à-vis de la science psychanalytique du milieu de ce siècle, est presque aussi monumentale.L\u2019entretenir ou juger cette science selon ses normes freudiennes, c est-à- 224 Psychanalyse et valeurs spirituelles dire lorsqu\u2019elle en était encore à ses premiers pas, n est plus admissible à Iheure actuelle.Pour avoir une idée rationnelle de sa place et de sa valeur, il faut absolument tenir compte de son évolution et cette évolution est capitale, autant pour son avenir que pour le rôle qu elle est appelée à jouer.Mais la méprise vient précisément de ce que I on confond, dans les découvertes de Freud, et sa technique et sa métaphysique.Aujourd hui, I on a conservé la première qui est un chef-d œuvre comme rarement génie humain a pu nous en offrir de plus intègre, et i on rejette définitivement la seconde, complètement inadmissible, surtout pour un chrétien.« L avenir d une illusion» (1927) n a plus aucune valeur pour les esprits tant soit peu avertis.Et si I on parle couramment de méthodes freudiennes, on doit les considérer exclusivement comme thérapeutique et non comme philosophie.Si Freud s\u2019est imprudemment et même ridiculement avancé à tirer de ses découvertes une philosophie matérialiste et déicide, cette dernière est complètement indépendante de I admirable psychologie des profondeurs qu\u2019il a mise en relief.Cependant I évolution du mouvement psychanalytique de notre époque consiste encore à soustraire de sa psychologie l\u2019abus qu\u2019il en a fait, abus résultant autant de son athéisme que de l\u2019époque très biologique où il vivait et travaillait.C est dire que la psychanalyse actuelle s\u2019est dépouillée de toute empreinte philosophique et en plus de la prépondérance de I instinct sexuel, facteur terriblement freudien qui faisait d une névrose la maladie de la sexualité, alors qu elle est en réalité la maladie de I affectivité.II y a également une autre difficulté qui s\u2019oppose à la pénétration spirituelle de ce mouvement rénovateur de psychologie, c est qu on n en peut saisir le véritable sens qu en connaissant parfaitement la psychologie du névrosé autant d ailleurs que celle de I homme normal.C\u2019est pourquoi I on déplore I ignorance trop répandue qui fait dire ou écrire : mais alors la psychanalyse excuse toutes nos erreurs, la culpabilité n\u2019est qu\u2019un sentiment morbide et à I instant où nous croyons avoir fait triompher l\u2019esprit sur la matière nous pouvons supposer que nous n avons été que le jouet 225 Revue Dominicaine d une satisfaction inconsciente et que notre sacrifice n\u2019a qu\u2019une valeur d auto-punition ï C est I instant de poser le problème ou plutôt d\u2019en présenter la solution, à savoir, la psychanalyse actuelle est-elle une science qui s\u2019oppose à la morale et à toute spiritualité, ou est-elle au contraire un mouvement, une libération capable de nous inciter à cette spiritualité ?Nous ne prendrons évidemment que la position du catholique et, pour cela, nous tiendrons compte des éléments majeurs de la légitimité de la conscience, de la liberté et de la grâce.Concevoir la psychanalyse en regard de la morale et de la religion, c est d abord s intéresser à son essence même et aux rapports étroits qu elle entretient avec 1 homme depuis sa naissance, puisque nous savons que sa technique consiste à retrouver dans l\u2019enfance les causes du déséquilibre de l\u2019individ u.Quand un enfant vient au monde, c\u2019est un être absolument primitif dont le seul souci, comme tel, est la satisfaction de ses instincts.11 pleure quand on a oublié I heure du biberon ou qu\u2019on le sépare de sa mère.Et sa notion du bien et du mal représente la satisfaction ou la douleur éprouvées.Et cette satisfaction des appétits consiste à obéir à toutes les sensations que sa personnalité lui inflige.N\u2019ayant et ne connaissant aucune discipline, il est esclave de la matière.Mais I on remarquera que c\u2019est dans cette obéissance primitive à l\u2019ensemble de ses fonctions que se situent ses élans vitaux.Sans plus tarder I éducation viendra mettre bon ordre à ces pulsions.Et quand nous parlons d éducation, nous n\u2019entendons pas conscience morale.L éducation est 1 organisation de nos tendances, c\u2019est-à-dire ce qui nous permet de vivre en société, mais c\u2019est la conscience morale qui donne la valeur à notre discipline.Naturellement, pour le catholique, l\u2019une ne va jamais sans l\u2019autre.C\u2019est alors qu intervient la tâche délicate de I éducation ou la mainmise sur les instincts de l\u2019enfant.Mais sous prétexte que certaines tendances seront considérées comme mauvaises par I adulte, il ne s agira pas de vouloir supprimer la couleur de la tendance et l\u2019élan qui l\u2019anime, car ce serait stopper la vie 226 Psychanalyse et valeurs spirituelles même de I être en plein développement.II est urgent avant tout de liquider l\u2019énergie primitive en déplaçant les tendances vers des objets admis par la société et la morale.L\u2019agressivité première mise au compte de leffort, de la persévérance, ne peut que donner d excellents résultats.Et ce déplacement des tendances, cette nouvelle orientation de l\u2019essence même de la vie sont illimités, si I on considère que la perfection et la sainteté n\u2019ont pas de fin en face de Dieu.La vie continue donc avec toute sa force et sa hardiesse.Mais à côté de cette vitalité constructive, l\u2019enfant a une vitalité réceptive.Ce qui l\u2019entoure, personnes et objets, prennent vite un sens, et ce sens n est pas obligatoirement celui de sa propre satisfaction, mais une hiérarchie personnelle des valeurs humaines.Sa mère est sans doute le premier personnage important sur la terre, mais pas seulement parce qu elle lui donne soins et nourriture mais parce qu elle l\u2019aime et parce qu il I aime, ensuite il y a le père, les frères, les sœurs, sans oublier son ours, personnage sensible aux confidences.Puis il interprète tout ce qui I entoure, selon qu on lui aura présenté les événements et selon qu\u2019il les aura perçus, et la religion prend dès lors une réelle signification et une non moins réelle orientation.Son âme commence à vibrer, mais ces vibrations intérieures ne sont pas forcément d\u2019ordre esthétique ou familiale, car un enfant peut atteindre des étapes surnaturelles alors même que personne ne l\u2019a mis au courant du phénomène de la grâce.Et il localise et universalise des conceptions biologiquement, psychiquement et spirituellement ressenties, avec I aide de 1 éducation parentale.C\u2019est ainsi que si on lui fait entrevoir un Dieu qui a toujours le bâton à la main, il sera troublé par ce personnage divin si paradoxal : II fait preuve d\u2019une ultime générosité en mourant sur la croix et II ne se montrerait pas plus compréhensif aujourd hui à propos d une bénigne désobéissance I Ce trouble a une origine spirituelle puisqu il provient de l\u2019attitude divine, mais également une origine affective parce qu\u2019il constitue dans I âme de I enfant un sentiment, celui d incompréhension mêlée à un désarroi qui ne demande qu\u2019à empirer sous l\u2019effet d\u2019occasions semblables.227 Revue Dominicaine Le sentiment est I extériorisation des liens, passagers on durables, que nous avons avec les personnes et les objets que nous atteignons par notre choix, et I ensemble des sentiments, que l\u2019on nomme affectivité, donne la couleur à I appréciation que nous nous faisons du monde en général.Toute notre personnalité agissante est baignée par I affectivité, et selon que cette dernière sera plus ou moins développée par l\u2019éducation et la société, nous porterons des jugements plus ou moins différents.Et puisque la conscience morale, qui est à l\u2019origine un instinct de défense contre toute notre personnalité et en particulier contre la tendance originelle à faire le mal autant que le bien, est en partie tributaire de notre affectivité, en partie de nos principes spirituels, il est de toute efficacité que ceux qui s occupent de rééduquer l\u2019affectivité, non seulement ne négligent pas cette conscience morale, mais la respectent et utilisent au maximum I énergie qui s\u2019en dégage, énergie qui a la même valeur que dans les autres instincts du sujet.C\u2019est confirmer que, même s\u2019il raisonne en scientifique, le psycbanaliste est obligé, s\u2019il veut parvenir à un résultat probant, de tenir compte de I ensemble de la personne bumaine, de tout ce qui 1 anime et la met en relation avec ce qui lui est extérieur.L\u2019âme bumaine est un tout indivisible dont chaque élément est actif.Et ce sont précisément tous ces éléments réunis qui sont à l\u2019origine de son comportement dans la société.Mais 1 homme équilibré, le jour où il se lance au milieu de cette société, il y arrive en maître, et absorbe facilement, sans contrainte, la discipline et les lois de la société.11 les assimile d autant mieux que sa discipline personnelle est pratiquement achevée.II est habitué à combattre sous des cieux dont I authenticité est reconnue et il a épuré toute la primitivité de son enfance.11 est libre dès lors de jouir de la société selon son âme et d en respirer I âme.11 s\u2019est élevé au-dessus de la matière et peut se permettre d espérer atteindre le plus haut sommet dans la hiérarchie des valeurs, c est-à-dire Dieu.Atteindre Dieu, ce n est pas vouloir I égaler, mais c est percevoir avec un réalisme admiratif tout ce que comporte sa majesté divine.Or, quiconque ne peut prétendre regarder le Ciel en face, s il porte en lui doute, regret, incommensurable 228 Psychanalyse et valeurs spirituelles culpabilité, lassitude, baine, crainte morbide, etc.Regarder Dieu avec le seul revêtement de sa croyance et de sa foi, c\u2019est être automatiquement dépouillé de son caractère primitif.La primitivité est avant tout un lieu terrestre.Et c est précisément l\u2019obstacle constant du névrosé.II ne perçoit ni Dieu ni les hommes ni les réalités de la vie comme il devrait les atteindre, parce qu il n est pas libre.A l\u2019aurore de son développement on lui a coupé les ailes, on lui a escroqué une partie de ses élans vitaux, élans que I on n a pas reconnus comme faisant éminemment partie de la création.On a confondu objet et spontanéité.L\u2019être a vu son existence très restreinte, et sa conscience morale habituée à ce rigorisme l a maintenue dans ces primitives restrictions.II est resté à ce stade infantile c\u2019est-à-dire primitif, et on lui demande aujourd \u2019hui de se comporter comme un homme I un débat douloureux se livre inexorablement en son âme : il voudrait faire des actes d\u2019adulte mais il ne sait que concevoir l\u2019amour comme une passion sensuelle, la fraternité comme un inceste, l\u2019amour familial selon le complexe d GËdipe, et Dieu comme un impitoyable réprobateur, et pour cause, en face de ce qu\u2019il devrait éprouver et de ce qu il éprouve, il ne peut que se recroqueviller sous le faix d\u2019une implacable culpabilité.Et ce n\u2019est pourtant pas la bonne volonté qui lui manque quand il désire agir.Mais agir en vertu de quelle liberté puisqu on l\u2019a gardé prisonnier de lui-même depuis qu il est né, puisqu\u2019on ne l\u2019a pas débarrassé de la satisfaction grossière dont se contentaient ses premiers ébats ?Agir comme tout le monde est son vœu le plus cher, atteindre les êtres, les choses dans toute leur pureté, c est son espoir le plus irradiant, mais il ne peut pas, il est condamné, rivé comme un ivrogne à sa bouteille, il faut qu il s enivre du jus du fruit défendu avant de s\u2019apercevoir qu il est véreux, et même en sachant que le fruit est gâté il a la sensation que toutes les forces du monde sont liées contre lui et l\u2019obligent à boire jusqu\u2019à la lie.Et cette amertume et ce regret éternels qui orientent son affectivité font dévier sa conception du reste du monde.II devient hargneux, vindi- 229 Revue Dominicaine catif et c est son aggressivité primitive qui se retourne contre lui et le punit de la médiocrité qu\u2019il affiche en société.D\u2019ailleurs, il ne tarde pas à en vouloir à tout le monde, et accuse tous et ckacun, tenant l\u2019univers entier responsable de son sort malheureux.Pourquoi lui parler d une échelle des valeurs, quand il est obligé de rester sur le palier des sensations animales, pourquoi I émoustiller par des émanations artistiques, intellectuelles et même spirituelles, quand il est triste et qu\u2019il doit satisfaire des besoins primitifs par ces mêmes émanations avant d\u2019atteindre toute transcendance ?II n a vraiment plus qu\u2019un seul espoir, Dieu ; mais il a le sentiment que Dieu lui-même lui tourne le dos.Son indignité serait-elle à ce point monstrueuse que Dieu la prenne en horreur ?Et cette angoisse jaillissante qui fait croire au névrosé que Dieu I abandonne, que Dieu ne veut plus l\u2019aider, est une angoisse que bien des sujets éprouvent, et qu ils livrent au psychanalyste comme étant une preuve torturante.Or, à ce point délicat mais précis, l\u2019attitude du psychanalyste ne doit pas être hésitante, encore moins choquante.En effet, s\u2019il lui avance crûment que sa vertu n\u2019est que la manifestation et la satisfaction d un sentiment inconscient, I homosexualité par exemple, et non le résultat certain d une aussi certaine spiritualité, il commet la plus impardonnable erreur, et il fait de sa douleur lancinante un désarroi tragique, qu il aura toutes les peines du monde à réprimer même avec le secours d\u2019un directeur de conscience.Comment l\u2019épouvantable équivoque a-t-elle pu s introduire, lui qui croyait vivre en somme pour Dieu, lui qui pensait avoir reçu la grâce de croire en Dieu ! Et depuis des années il s est laissé aveugler, mystifier au point de confondre Dieu avec ce sentiment corrosif et répugnant ?Mais où est Dieu alors, où est la grâce, puisque toutes mes pensées, toutes mes intentions n étaient qu\u2019une comédie ?qui croire et que croire aujourd\u2019hui ?Et l\u2019imprudent psychothérapeute a ouvert, par un scientisme de mauvais augure, le plus profond abîme qu un être puisse contempler, la perte de sa raison de vivre, de sa foi.Ceci est pire qu\u2019un assassinat, car si vous lui ôtez la vie vous lui laissez le devoir de souffrir.230 Psychanalyse et valeurs spirituelles Au nom de quel principe, de quelle loi simplement humaine, a-t-on le droit de frustrer un individu de ses croyances, et qui autorise avec tant de désinvolture et de maladresse, à déclarer qu un tel sujet n a obéi qu à un sentiment inconscient ?C\u2019est peu connaître la psychologie du névrosé et c\u2019est faire du déterminisme psychologique partiel observé dans les actes manqués ou les lapsus, un déterminisme intégral qui voudrait expliquer toute notre existence.Ni la grâce, ni la liberté n\u2019existeraient plus, mais la liberté est le fait d\u2019agir ou de ne pas agir et quand on parle du déterminisme psychologique, on n\u2019englobe que les différentes façons d\u2019agir.Et quand on soutient que la vertu n\u2019est qu\u2019une satisfaction inconsciente, on n\u2019a pas le droit d exclure pour autant la notion de spirituel, parce que la première et l\u2019unique intention du sujet a bien été d\u2019être vertueux en vue d\u2019un principe de religion.Son sentiment inconscient lui a peut-être facilité cette vertu pour laquelle il aurait eu plus de mérite s il I avait observée en surmontant une sexualité normale, mais peu importe le moyen, son intention était bonne, même s\u2019il devait servir une satisfaction inconsciente.Faut-il nécessairement passer sa vie dans une église pour devenir un saint ?Et celui qui fait de ce déterminisme causal I obsession de tous ses actes, outrepasse la question autant scientifique que spirituelle et atteint des limites où la discussion n est plus possible parce qu il n y a rien à discuter : peut-être que le triomphe de I esprit, la joie que j éprouve à faire tel acte ne sont-ils que les échos d\u2019un sentiment inconscient de culpabilité ?C est une critique sans aucune valeur et qui est due encore à l'ignorance de la psychologie du névrosé.Comment en effet concevoir qu\u2019un névrosé quel qu il soit, soit capable de ressentir un triomphe et une joie, même si ses troubles sont inconscients ?C est oublier un peu vite qu\u2019il vit toujours dans une atmosphère de crainte continuelle, d insécurité, de peur, d impuissance, qui le rendent inapte à I approche d un triomphe ou d une joie.Un triomphe, le mot est presque ironique et laisse supposer une maîtrise dont le malade psychique est incapable, étant prisonnier de sa névrose, et la joie lui est tout aussi lointaine, inaccessible.La vraie joie est une émotion pure, c est-à-dire libre de s épanouir, et avant 251 Revue Dominicaine d atteindre cette valeur, le névrosé commence par se dire qu\u2019il n\u2019a pas le droit d être joyeux, ce qui le coupe instinctivement des batteries de I homme normal qui accepte la joie comme il accepte les rayons du soleil, c est-à-dire comme un bienfait de Dieu.Le sentiment de culpabilité est une question dont abuse le profane quand il I introduit et le conçoit en psychanalyse : la psychanalyse, dit-il, excuse toutes nos fautes.La psychanalyse n\u2019excuse pas toutes les fautes, elle ne juge pas la faute, elle ramène le sentiment de culpabilité à sa valeur normale, c est dire qu elle lui laisse toute sa légitimité.Par ailleurs, si le psychanalyste n\u2019est pas un juge, il se trouve dans l\u2019obligation quelquefois de renseigner un patient qui ne peut s\u2019empêcher de lui demander conseil sur ce sujet : et de son attitude peut dépendre la confiance et 1 orientation du traitement ; le névrosé, dont le psychanalyste est souvent le dernier espoir, prend ce dernier pour un magicien qui doit être au courant de tout, et s il hésite, même en matière de foi et de religion, le sujet malade sera déçu, perdra même sa confiance et repartira avec ses troubles torturants.Puisqu\u2019il a hésité, se dira-t-il, c\u2019est donc que ma culpabilité est très grande, que ma foi est peu profonde ! Son indignité, sa crise s aggraveront.Devant des névroses religieuses en particulier, même si le névrosé est suivi par un directeur de conscience, il est de toute première prudence que le psychanalyste soit également catholique pour être au même diapason religieux que son patient.II est évident qu\u2019il ne peut porter un maximum de respect à des principes, à des croyances dont il ne comprend pas la valeur, ce qui les lui fait minimiser et croire inutiles.Mais quand le profane détermine aussi aveuglément que la psychanalyse excuse toutes les fautes, il se trouve à éliminer d office l\u2019existence de 1 homme normal, et à penser que la psychanalyse bâtit et reconstitue la normalité d après I anomalie.Or, 1 homme normal qui est libre et responsable de ses actes, parce qu\u2019il en a la pleine maîtrise, serait-il un imbécile qui irait accuser des péchés au confessionnal, et ce confessionnal ne serait-il construit que pour les obsédés de la faute ?C\u2019est un autre concept psychanalytique que le profane saisit à rebours, avec la grande 232 Psychanalyse et valeurs spirituelles facilité qu\u2019il a Je généraliser Jes faits Jont il ne connaît pas toujours le sens véritable.Non, la psyclianalyse n\u2019excuse que ce que la morale excuse elle-même, c\u2019est-à-Jire les erreurs commises sans Je consentement Ju sujet.Et le névrosé est peut-être l\u2019être Joué Jes meilleures intentions Ju monJe, mais il ne peut pas bien faire, impitoyablement tiraillé qu il est par ses pulsions primitives Jont il n\u2019a jamais pu contrôler I énergie, parce qu on ne lui en a pas Jonné les moyens.La psychanalyse n\u2019excuse pas I bomme normal parce que sa volonté est plus forte que ses faiblesses qui sont Jes relents Je sa faute originelle, et que si ces faiblesses existent c est bien parce qu\u2019il les a voulues, c\u2019est parce qu il est entièrement responsable Je ses négligences, alors qu\u2019il aurait pu faire autrement.Ajoutons que I bomme, Jit normal, n est jamais parfaitement normal au sens strict Ju mot, parce qu\u2019il est soumis Jès sa naissance aux tenJances qui le portent vers le mal autant que vers le bien et qu en Jépit Je mille précautions il y a toujours Jes keurts, Jes surprises qui blessent son âme, mais ces blessures, même si elles l\u2019affaiblissent, ne le renJent pas esclave.II reste libre Je lui-même, libre Je s élever au-Jessus Je ses faiblesses.Celui qui étuJie consciemment et sérieusement la psychanalyse à partir Je son évolution et non en la limitant aux traJitions freuJiennes, est à même Je reconnaître que non seulement elle ne s oppose pas à I éclosion et à I existence Je valeurs spirituelles, mais au contraire qu elle facilite leur évolution et leur accession.Bien souvent, inJifférent ou athée, I homme I est parce qu il est posséJé, hanJicapé par J autres passions qui sont Jevenues le centre et la raison Je sa vie.Le but J\u2019un traitement psychanalytique est justement Je Jébarrasser l\u2019homme Je ce qui l\u2019empêche Je s élever au-Jessus Je ses passions et Je I\u2019aiJer à entrevoir Je nouveaux horizons qu il imprégnera Je valeurs spirituelles, car il est impossible que 1 homme qui a réussi à surmonter toutes ses énergies primitives consente à I univers en tant que matière et instinct, et non comme représentant J une valeur. Revue Dominicaine En mettant I homme en face de lui-même, en l\u2019enlevant à l\u2019infantilisme dans lequel il croupissait, la psychanalyse lui fait prendre conscience de son état de créature et de ses faiblesses innombrables, elle ne peut que faire taire toutes ses prétentions métaphysiques dont l\u2019aboutissant n est pas Dieu.Son désir d égalité lui apparaît comme une scandaleuse utopie, et loin de le détourner de la Foi, elle F avive, en rendant plus crue son indignité et plus évidente la Majesté Divine.L\u2019amour de Dieu est une grâce sans doute, mais il est également le fruit d un dynamisme primitif que I on doit éduquer en conséquence.Mal éduquer cet élan, ou vouloir le supprimer, c est s\u2019attendre à une dérivation de la trajectoire qui nous conduit à Dieu.La psychanalyse n est pas une philosophie, elle reste uniquement une science et une thérapeutique, et même si le surnaturel est indissoluble des mécanismes vitaux, elle laisse à Dieu sa part et ne s\u2019occupe que de ce qui lui est palpable.C\u2019est pourquoi elle n\u2019a nullement la prétention d\u2019expliquer I homme, et si sa psychologie des profondeurs explique le comportement humain, c\u2019est lorsqu\u2019elle se base sur des activités humaines dont elle connaît la limitation et quand il y a limitation.Le totalitarisme de ses premières années, qui est arrivé à une hypertrophie du moi, a abouti inévitablement à se retourner dans un cercle vicieux.L\u2019homme étant fabriqué de toutes pièces, il oscillait dans le cosmos comme un pantin au bout d\u2019une ficelle.Une angoisse lancinante ne pouvait que le reprendre devant cette contemplation du moi à qui l\u2019on refusait tout perfectionnement.Le mystère qui nous entoure depuis toujours est insondable, et la psychanalyse, depuis son évolution, a retrouvé la vieille sagesse des anciens et ne parle de psychologie qu en admettant 1 intégration des forces vives de la morale et de la religion, élans indiscutables qui donnent souvent le ton à la névrose.André La Rivière Montréal, 8 octobre 1952 La sagesse de Léonard de Vinci La vie ardente et productive de Léonard de Vinci (1452-1519) couvre tous les domaines de I humanisme pratique.Aussi peut-on dire avec raison que ses travaux et ses idées ouvrent l\u2019épanouissement de la Renaissance et I ère féconde de la science moderne.La place importante qu\u2019il occupe dans l\u2019évolution de l\u2019art, de la science et de la méthodologie se précise de plus en plus, grâce à des recherches et à des travaux définitifs.La consécration de son génie et de son influence apparaît cette année qui correspond au cinquième centenaire de sa naissance, par les multiples manifestations artistiques et scientifiques qui célèbrent sa mémoire et son œuvre.Dès le mois d avril de cette année, Florence et Milan organisèrent d\u2019importantes manifestations internationales Iéonardiennes.Un détail touchant : le curé de la petite ville de Vinci baptisa solennellement dans son église un enfant né le même jour que Léonard ; et comme le gouvernement voulut s associer à ce geste, le bébé reçut les noms de Mario, d Alcide et de Léonard, correspondant à ceux du président de la république italienne, du chef du gouvernement, et de I immortel humaniste florentin.Les fêtes Iéonardiennes en Italie trouvèrent un digne complément en France surtout pendant I été dernier ; car c\u2019est à Amboise sur les bords de la Loire que mourut Léonard de Vinci, dans le charmant Clos de Lucé que lui donna François 1er, son protecteur, et dans lequel le grand homme passa les quatre dernières années de sa vie.Ainsi, c\u2019est bien sous le nom de Léonard de Vinci que se réunit dans le Val de Loire le premier congrès international des historiens de la Renaissance, dont il nous a été donné de suivre les travaux et les réjouissances.Mais si l\u2019art et l\u2019architecture étaient surtout à I honneur dans les réunions et les expositions d Amboise, de Tours et d ailleurs, c est bien Léonard le savant et le penseur qui fut discuté et glorifié au cours du Colloque Vinci, qui réunit à Paris des spécialistes internationaux de I histoire des sciences. Revue Dominicaine Nous savons tous ce que l\u2019art doit au talent et à la technique de Léonard.La pratique du clair-obscur, qui consiste à utiliser les ombres pour mettre en relief d autres couleurs par contraste, se trouve magnifiquement illustrée dans La Vierge aux Rochers en particulier.D autre part, sa connaissance de I anatomie et sa perception des états psychologiques, se manifestent brillamment dans toutes ses peintures, dans la composition des mains par exemple ; bien que certains de ses sujets, comme Saint Jean par exemple, aient une certaine empreinte de la sensualité qui caractérise toute 1 époque.Enfin, on peut admirer sa technique du coup de crayon, de la perspective et des formes dans ses nombreux dessins et croquis.Ajoutons tout le symbolisme qu\u2019il exprime dans ses études, en particulier son utilisation de I eau comme élément de catastrophe et de régénération.De la peinture et de la sculpture, où Léonard s est également illustré, on peut aisément passer à I architecture, et plus spécialement dans le cas de Vinci qui devait travailler pour ses protecteurs princiers, à 1 architecture militaire et à ses inventions théoriques.Les plans du château de Romorantin, prototypes de plusieurs châteaux de la Loire, et son projet d assèchement de la Sologne, manifestent cet esprit pratique qui sait allier l\u2019art fondamental du dessinateur à certains besoins urgents de la vie de I époque.Enfin, les machines de guerre que Léonard a conçues, ne sont qu une extension de sa capacité de voir par I imagination dans F avenir, en utilisant les expériences du moment et 1 analyse des forces de la nature.* * * Mais nous voudrions insister davantage ici sur la pensée profonde de Léonard, sur la structure même de sa méthode de penser pour 1 action, qui est en somme à la hase de ses réalisations magistrales.N oublions pas tout d abord que Vinci est un autodidacte dans le domaine des humanités proprement dites.Ceci se remarque en particulier dans son initiation au latin : il utilisait des grammaires et des vocabulaires de 1 époque, en notant sur ses tablettes les mots et les tournures difficiles qu il con- 236 La sagesse de Léonard de Vinci fiait à sa mémoire.Disons en passant que c est là I explication toute simple des mots disparates et des phrases Radiées qu on trouve dans ses cakiers, et que des érudits s\u2019étaient vainement efforcés d interpréter jusqu\u2019ici en faisant appel à de somkres tkéories presque cabalistiques.Mais outre les livres qu\u2019il pouvait aisément consulter, Léonard avait à sa disposition une autre source de connaissance : c est 1 expérience même, la patiente et attentive observation et utilisation de la nature qu il comprenait si bien.C\u2019est d ailleurs par là surtout qu il s affirme comme l initiateur de l esprit moderne, comme le véritable béraut de la méthode scientifique qui place la Renaissance à 1 aube de la grande époque qui continue à s\u2019épanouir jusqu à nos jours.On a I habitude d\u2019attribuer à Galilée, à Harvey et surtout à François Bacon I introduction de la méthode expérimentale dans la science.Mais en regardant de près 1 œuvre de Léonard, en méditant sur ses Cahiers qu on est en train de déchiffrer encore en ce moment1 on est surpris de voir que c est là qu on trouve clairement exprimés les principes généraux que Bacon devait plus tard ériger en système.Pour en donner une idée, nous essayerons de grouper ensemble quelques textes Iéonardins.En se plaçant inconsciemment peut-être dans la grande tradition aristotélicienne et albertine, Vinci met dans les sens la source de toute connaissance.« Tout notre savoir débute dans notre sensibilité.Et bien que les sens s attachent à la terre, notre raison leur est différente et s attache à la contemplation » (p.67).Dans cette même tradition encore, il nous dit que « le mouvement est la cause de toute vie » (p.72) ; et en cherchant 1 origine du mouvement, il le trouve dans 1 interaction de la chaleur et du froid (p.79) ; et il développe sa pensée en précisant que le mouvement est un incident provoqué (créé) par I inégalité du poids et de la fonction (p.79).C\u2019est ici que Léonard pose les deux principes essentiels de la mécanique sur lesquels Newton et Leibniz devaient bâtir plus tard leurs systèmes mécaniques : d\u2019abord le principe de I inertie de 1.The Notes book of Leonardo da Vinci, arranged and rendered into English with introductions by Edward MacCurry.One vol.1247 pages (New York 1939, Reynal and Hitchcock).\u2014 Les chiffres dans le corps de notre étude se réfèrent aux pages de cet ouvrage.237 Revue Dominicaine la matière : « Nul élément n est par lui-même lourd ou léger » (p.77) ; et puis celui de la moindre action : « Toute action accomplie par la nature est faite par le plus court chemin » (p.73).Mais quand il dit que la pesanteur et la légèreté sont créées avec les éléments (p.79) il reste fidèle à la physique ancienne, sans voir encore la gravité comme une force indépendante des corps.La confusion de ses idées sur les relations du mouvement et de la gravitation se manifeste encore dans cette affirmation que le mouvement est la cause de la gravitation (p.77).II faut attendre Galil ée pour préciser ces concepts fondamentaux.Cependant Léonard avait posé des principes précis au sujet de la causalité.Pour lui, il ne saurait y avoir de résultat naturel sans une cause ; et il va même dire que celui qui comprend une cause n a point besoin de recourir à une expérience (p.64).Sa conception de la causalité touche à la métaphysique, quand il nous dit que la nature est pleine de causes infinies qui ne sont pas perceptibles dans I expérience (p.72).Cela se confirme en un certain sens par I idée que Vinci se faisait de la force, qu\u2019il définit « comme une puissance spirituelle, incorporelle et invisible, par laquelle une vie brève est produite dans ces corps qui, à la suite d une violence accidentelle, sont changés de leur état et de leur condition d\u2019origine» (p.68).On remarque le caractère mixte de ces concepts de base, mais qui satisfaisait aussi bien les convictions de Léonard que ses besoins empiriques.Nous voyons en effet, qu\u2019avec ces catégories encore peu précises, Vinci était capable d intuitions géniales en mécanique, en astronomie, en physique et même en physiologie.Si ses notes se bornaient à quelque heureuse prévision de découvertes futures ici ou là, on aurait pu dire que ses intuitions étaient un effet du pur hasard.Mais la multiplicité de ses intuitions vérifiées dans la suite, aussi bien dans la science pure que dans ses applications \\ semble prouver une certaine vision de la vérité que Léonard cherchait passionnément.1.Les anticipations pratiques de Léonard sont trop nombreuses pour être commentées ici.Il aurait découvert la loupe (la luna grande), le pédomètre, une machine pour excavation, le moyen de surnager après un naufrage, l\u2019horloge à siphon, le moyen de rougir le vin en ajoutant un certain liquide au vin blanc, l\u2019usage scientifique de gaz empoisonnés, la construction de béliers mécaniques pour faire des brèches (tanks), l\u2019idée d\u2019armes à feu à tir rapide, de parachutes, d\u2019hélicoptères et de machines volantes.238 La sagesse de Léonard de Vinci Cette vision intuitive des rouages de la nature se rattachait d ailleurs à des thèses Iéonardiennes sur la connaissance empirique qu il convient de mentionner.II commence par affirmer que « le désir de savoir est naturel à I homme » tout comme le fait Aristote au début de sa Métaphysique, et I auteur de I Imitation de Jésus-Christ (ch.II).Mais il se hâte de déclarer, contrairement à I attitude des scolastiques décadents, que « la science résulte de I observation, et non de I autorité », en précisant cependant qu elle n est pas exclusivement empirique, et qu il faut aussi cultiver l\u2019autorité.Sa pensée se précise quand il affirme que « l\u2019expérience n\u2019est jamais en défaut ; c est uniquement notre jugement qui est dans l\u2019erreur quand il veut tirer de l\u2019expérience des choses qu\u2019il n\u2019est pas de son ressort de nous donner.Les hommes n ont pas raison de s insurger contre l\u2019expérience et de I accuser en d amers reproches de les tromper.Laissez l\u2019expérience à elle-même ; et dirigez vos plaintes contre vous-mêmes » (p.64).Et encore, « Celui qui attend de l\u2019expérience des choses qu elle n\u2019a point, prend congé de la raison » (p.66).Dans l\u2019application de cette distinction, Léonard nous conseille, lorsque nous voulons obtenir un résultat en utilisant un instrument, de ne point compliquer ce dernier en le complétant par de nombreuses pièces secondaires, mais de suivre le plus court chemin possible (p.65).Bacon et Descartes en diront autant.Dans la pratique, Vinci ne se bornait pas à suivre vaguement ses propres préceptes.Il tenait à les habiller d un langage exact et opératoire.Comme son ancêtre spirituel Roger Bacon, il avait une vénération pour la valeur et l\u2019emploi des mathématiques, et malgré que ses propres connaissances dans ce domaine ne fussent pas extraordinaires.Tel Platon exigeant des géomètres comme élèves, Léonard nous affirme solennellement « Que nul ne me lise s il n est d abord un mathématicien » (p.85).Et encore, « Etudiez les mathématiques, et ne construisez pas sans de solides fondations » (p.82).II complète sa pensée en nous disant : « II n\u2019y a point de certitude là où I on ne peut pas appliquer des mathématiques ou des considérations basées elles-mêmes sur les sciences mathé- L\u2019esprit des livres matiques » (p.619).Et pins précisément, «La géométrie s\u2019étend jusqu aux transmutations des corps métalliques, dont la substance est susceptible d expansion et de contraction selon les besoins de I observateur » (p.65).II retrouve ainsi son domaine propre où son génie s\u2019est manifesté le plus fortement, quand il écrit : « La mécanique est le paradis des sciences mathématiques, parce qu \u2019elle nous permet de cueillir les fruits des mathématiques » (p.615).En somme, il suffit de mettre ensemble les réflexions de Vinci sur I organisation de I expérience, pour aboutir à un système de méthodologie moderne.* * * Artisan de génie et penseur profond, Léonard de Vinci nous a donné des œuvres et des principes directeurs décisifs.Son rôle n était point de construire soit un système de I expérience scientifique, soit une philosophie complète.Pourtant même dans ce domaine, son intuition et ses croyances lui permettent de noter dans ses Cahiers des aphorismes lourds de signification.Ainsi se pose-t-il comme partisan des formes et de la substance quand il affirme que « toute partie d un corps tend à s unir au tout, pour échapper ainsi à sa propre condition d être incomplet ».Aussi, « chaque partie d un élément séparé de son tout désire retourner à cette unité par le plus court chemin » (p.65).Et s élevant de ces considérations générales sur l\u2019être matériel jusqu\u2019à l\u2019être humain, il nous dit que « l\u2019âme tend à vivre dans le corps, parce que sans les membres du corps, elle ne peut ni sentir, ni agir ».Encore un palier, et nous sommes en morale.« Si vous conservez votre corps selon les directives de la vertu, vos désirs seraient les meilleurs dans ce monde » (p.68).Et de là, nous retrouvons les commandements de Dieu.« C\u2019est une chose d une atrocité infinie que de prendre la vie d\u2019un homme ».On voit par ces aphorismes philosophiques, que nous choisissons parmi plusieurs autres, que Léonard de Vinci avait une sagesse naturelle qui pourrait expliquer d une certaine manière son attitude générale dans la vie et l\u2019inspiration même de son œuvre d artiste.240 La sagesse de Léonard de Vinci Pour se rendre compte de l\u2019importance de cette sagesse par rapport à son époque, il faudrait évoquer l\u2019atmosphère intellectuelle de la seconde moitié du quinzième siècle dans lequel Léonard de Vinci vivait, en même temps que Savonarole (né la même année que lui), Machiavelli, Pom-ponace, Pic de la Mirandole, le Cardinal Bessarion, Erasme, Budé, Fisher et Thomas More.Il faudrait rappeler les conditions de la vie sociale et politique dans les cours où Léonard était reçu : à Florence d abord avec les Médicis, puis à Milan avec les Sforza, ensuite à Rome à la cour papale, et enfin pendant les quatre dernières années de sa vie au Clos de Lucé à Iombre majestueuse du château d Amhoise, où François 1er l\u2019avait fait venir.Si la vie de l\u2019esprit était dominée par les grandes écoles mystiques de la fin du moyen âge, l\u2019élan de la première Renaissance avait débordé des textes anciens dans la vie sociale et personnelle de leurs admirateurs (le sequere naturam s opposant à la spiritualité chrétienne) et provoqué un éblouissement artistique et un souci de richesse et de plaisirs matériels.La recherche des principes naturels susceptibles de justifier en quelque mesure et de développr ces tendances nouvelles, devait amener nécessairement à l\u2019exaltation de I expérience et par suite à une systématisation de ces principes.C\u2019est au croisement de ce vaste mouvement que Léonard de Vinci se place avec son génie, sa vie facile, ses œuvres multiples et son souci d\u2019expliquer ses méthodes.On comprend par là toute I importance de son œuvre et la signification profonde de la sagesse dont ses Cahiers nous donnent les directives essentielles.Sa mémoire célébrée avec magnificence en cette année de son cinquième centenaire de naissance, ne néglige point cependant le sens chrétien qui domine sa vie comme son époque.A la fin du premier congrès international des historiens de la Renaissance, qui a été marqué de son nom, une messe solennelle était célébrée dans la petite Collégiale d\u2019Amboise par le curé même du village de Vinci venu en France pour la circonstance, en présence des autorités religieuses et civiles et des représentants officiels de plusieurs pays et de nombreuses universités à travers le monde.\tThomas Greenwood Professeur à l'Université de Montréal 241 Viens, douce mort sens des f aits Viens, douce mort, partageons la robe sans couture Puisqu\u2019un dernier rêve de mourant nous en assure.Un dernier rêve a creusé ma fosse dans les deux ; J ai creusé ma fosse dans les deux au temps pluvieux.J ai creusé un sol rocailleux dans mon ermitage, J ai tiré des ronces pour éclaircir le feuillage, Et le vert feuillage n\u2019était pas ce qu\u2019il montrait.Seul le regard ailé de l orbite s élevait.S\u2019élevait en planant loin du sel qui s\u2019affadit ; Mort, j ai coupé la branche morte au figuier maudit l Viens, douce mort, toi qui remets la vie à sa place, Tu ne viendras pas en vain et je suivrai tes traces.Le dernier regard d un dernier rêve a succombé Pour recommencer aussitôt dans l\u2019éternité.Le f euillage à découvert laissait une ouverture : Viens, douce mort, n\u2019oublie pas la robe sans couture.Jacques Racette Culture chrétienne et Thomisme La culture ckrétienne n\u2019est pas seulement attaquée par la technique.Elle est, de nos jours, attaquée aussi par le laïcisme.Un laïcisme subtil, bien camouflé et parfois même « baptisé », qui s insinue jusque dans les rangs des catholiques.Pratiquement I Eglise peut et doit souvent subir le laïcisme de l\u2019école et des institutions sociales.Jamais, cependant, elfe ne pourra céder sur les principes.Le laïcisme est une vivisection de I esprit, une mutilation de I bomme comme tel.Une culture laïque ressemble à un arbre coupé.Pour y remédier, il ne suffit pas de quelques heures de Catéchisme qui viennent s ajouter, comme un appendice, à I horaire hebdomadaire de la classe ou de tout travail.C est I idée chrétienne elfe-même qui doit imprégner toute la vie de I école et de la société, afin d être à même de vaincre, par une conduite digne et exemplaire, I indifférence et I hostilité de l\u2019esprit moderne.242 Le sens des faits D autre part, la culture chrétienne est attaquée également du dedans.Le principal piège, aujourd hui, est la tendance évolutionniste qui, transportée du domaine intellectuel, favorise et entretient une conception relativiste de la vérité en général et des principes premiers en particulier, principes qui régissent la structure de toutes les disciplines du savoir humain.Monseigneur s\u2019élève ensuite contre le « conservatisme insolent, rigide et fermé », tout comme il dénonce le « progressisme insolent et hautain » ; puis il défend le I homisme qui est devenu aujourd hui un signe de con-tradition.II précisera ensuite : Etre thomiste, aujourd hui, ne consiste pas à répéter mécaniquement les thèses et les formules de saint Thomas.Si le Docteur Angélique revenait parmi nous, il serait tout le premier à s élever contre une telle attitude.Etre thomiste, c est bien plutôt adopter les idées-maîtresses de son système en même temps que son esprit et sa méthode.Et n est-il pas opportun de souligner, ici, au moins les principes caractéristiques de ce grand Docteur, comme par exemple : 1.\t¦\u2014' Son sens du mystère et sa profonde vénération à I égard de la vérité révélée ; 2.\t,\u2014¦ Son respect et sa soumission sans réserve au Magistère de I Eglise, principalement lorsqu il s agit du domaine théologique ; 3.\ti\u2014i Son estime de la tradition, même simplement humaine.Sans oublier, par ailleurs, son estime sincère de la sagesse païenne.Excellente leçon pour tous les jeunes iconoclastes du passé !.4.\ti\u2014 Sa confiance dans la nature humaine et ses possibilités et particulièrement sa confiance dans la raison.En tout cela se trouve précisément la hase d un vrai, sain et authentique Humanisme chrétien, seul capable de lutter efficacement contre tout scepticisme de mode et contre toute négation de la dignité de la personne humaine.Et le Délégué du Saint-Siège termine : M inspirant de I exemple de saint Thomas, je me fais une grande et profonde joie de former les vœux les plus ardents et les plus sincères pour la grandeur et la prospérité, matérielle et spirituelle, de cette belle Université Catholique Laval.Crescat, frondeat, floreat !.Et cela pour la gloire de la culture chrétienne et pour la sauvegarde et le salut de l\u2019humanité.Que le Seigneur, auteur de tout bien, réalise pleinement ces vœux, en fécondant de sa grâce les travaux et les projets des Maîtres et des Elèves !.243 Revue Dominicaine Contre la folie évolutionniste et le danger d un relativisme délétère, il s agit de tenir ferme et inébranlable le principe de la valeur intrinsèque de la vérité divine et, toute proportion gardée, de la vérité humaine.Que I\u2019 on affirme donc énergiquement la valeur de fa vérité et de la culture contre les menaces de la mécanique et de la technique qui sont souvent un matérialisme larvé appliqué à la vie.Pour le sort de 1 humanité, il est nécessaire d avoir confiance dans la culture, se rappelant, sans cesse, que ce sont les idées qui mènent le monde.Que 1 on garde et que I on entretienne soigneusement le sens de la tradition.La pensée et la civilisation humaines ne sont ni une mosaïque ni une aventure, comme le voudraient certains modernes.Pensée et civilisation sont, au contraire, un organisme vivant, semblable à un grand arbre séculaire qui se dépouille de ses feuilles à chaque automne et qui se revêt de nouveaux rameaux et de fleurs à chaque printemps.Oui, elles sont semblables à un grand arbre qui se développe sans cesse et qui acquiert de nouvelles formes, tout en restant, substantiellement le même.Dans ce grand arbre sont gravées et imprimées les traces de générations millénaires.Chacune d entre elles a apporté sa propre contribution et, toutes ensemble, elles ont travaillé dans un même sentiment de foi et de confiance pour atteindre le but assigné par Dieu \\ Mgr Pietro Parente Le Centenaire de Laval Les fêtes qui viennent de couronner ce Centenaire, avec un éclat incomparable, sont déjà choses du passé.Mais le souvenir et I impression qu elles ont laissés à tous ceux qui ont eu la bonne fortune d y assister ne sont pas prêts de s\u2019effacer.Elles continuent leur présence dans la mémoire, animent les conversations les plus sérieuses, illuminent 1 avenir.Que des savants réputés, des recteurs des plus célèbres universités d Europe et d Amérique, des représentants d à peu près tous les pays de I univers, aient tenu à participer au centenaire de Laval, voilà un témoignage non équivoque du prestige de Québec à 1 étranger et de la lumière que le monde en attend.Pour ma part, je confesse avoir assisté à des événements que le Canadien ne voit qu une fois dans sa vie.Les organisateurs de ces fêtes, le Comité du Centenaire, méritent des félicitations spéciales pour avoir tout prévu et agencé dans un ordre 1.Extrait du discours prononcé au Capitol, le 20 septembre, lors des fêtes du Centenaire de Laval, par Mgr Pietro Parente, délégué du Saint-Siège.« 244 Le sens des faits facile, sans encombrement, les nombreuses manifestations, réceptions, séances qui sollicitaient l\u2019invité, tout en lui laissant le temps de respirer.Les délégués reçurent, au bureau de I inscription, une large enveloppe rouge et or contenant le programme complet des fêtes, f insigne du délégué, des cartes d invitation aux diverses cérémonies, des dépliants géographiques et touristiques de Québec et des environs que I étranger surtout a bien appréciés.Puis dans un étui rouge, la médaille de bronze du Centenaire, pièce historique où apparaît le germe de Laval dans la fondation du séminaire par Mgr de Laval, 1665, son érection juridique, 1852, et sa glorification dans son .centenaire de 1952.*\t*\t4= Une Institution que la Providence a conduite presque par la main, depuis ses origines, se devait, au matin de ces fêtes, de rendre à Dieu un éclatant témoignage de gratitude, d actions de grâces.Aussi, en 1 église de Saint-Roch, I imposant cortège de délégués, notables, professeurs, suivi de Son Excellence Mgr I Archevêque de Québec, y pénétra-t-il solennellement pour glorifier Dieu \u2014 dans toute la splendeur de la liturgie épiscopale.On attendait une pièce d éloquence de Son Excellence Mgr Emile Blanchet, recteur de I Institut Cathol ique de Paris.Personne ne fut déçu.L orateur agença dans I histoire du pays les 1 00 ans de Laval, fit le contraste entre le début et la fin de ce siècle, entre les quatre facultés des origines et les onze facultés d aujourd hui avec leurs neuf écoles ou instituts, puis brossa un vaste tableau de la mission de I Université : prendre tout I humain et le ramener à sa Cause première, ordonner la pensée au service de Dieu et de 1 humanité, former une élite supérieure qui dirigera les hommes vers leur destin temporel et éternel.>i\u2014 à présenter leurs hommages, avec les messages dont ils étaient porteurs, au Grand Chancelier, Mgr Maurice Roy qu\u2019entouraient sur la scène Mgr Pietro Parente, délégué du Pape, Mgr Vandry, recteur, Mgr Mario Ginetti, représentant du Vatican et les doyens des quatre facultés centenaires.Des discours prononcés par Mgr le Recteur de Laval, par M.W.A.MacKintosh, 245 Revue Dominicaine président de la Conférence nationale des Universités canadiennes, par M.Léon Binet, chef de la délégation de I Université de Paris, discours qui mériteraient d être analysés, je veux signaler l\u2019éloquente allocution du délégué du Saint-Siège, Mgr Pietro Parente.« La portée morale de ces solennités dépasse de beaucoup les frontières de I illustre nation canadienne et prend vraiment un caractère d universalité.Dans cette évocation de la naissance et de I existence déjà centenaire de votre Université, je vois la reconnaissance et I exaltation de la valeur de la culture elle-même et de sa continuité à travers le temps qui passe ».Puis Mgr Parente dressa une fresque de I évolution historique de la culture, signalant au passage quelques-unes des théories qui ont abouti au laïcisme, un fruit véreux, et félicita Laval de sa fidélité à la tradition thomiste.* * * L hommage religieux du peuple envers I Université Laval s est manifesté d une façon spéciale par cette messe pontificale, en plein air, en face du Parlement, dite par le Délégué du Saint-I^iège.Des décorations de circonstance, un reposoir royal, ajoutaient un cachet de splendeur à cette cérémonie.Comment ne pas en féliciter les artistes responsables : architectes, décorateurs.Pour cette prière de la nation, prière de remerciements et d espérance, le site ne pouvait être mieux choisi et I officiant mieux désigné.L\u2019union solide du peuple avec l\u2019Eglise de Rome était visible dans le Sacrifice par excellence de notre Rédemption.Le Recteur Magnifique de I Université de Louvain, Mgr Waeyenberg, avec tout le sens pratique qui caractérise les Belges, rappela les grandes dates de 1 histoire canadienne, le tragique Traité de Paris, 1763 et montra que Laval était I œuvre de I Eglise et du peuple, avec preuves à I appui.* * * A la Cité Universitaire, dimanche après-midi, 21 septembre, sous un ciel radieux, la minute inoubliable fut ce silence que rendait encore plus éloquent les sons en sourdine de la fanfare de l\u2019Aviation royale canadienne.Musique d outre-tombe, voix du passé que venait d évoquer si brillamment Mgr le Recteur.Le premier recteur de 1852, l\u2019abbé Louis-Jacques Casault semblait revivre sur son stèle de pierre avec tous ses collaborateurs et tous les dévouements obscurs que renferme une institution centenaire consacrée à la plus noble des causes : celle de la Vérité.Comment dans cette minute ne pas penser à ceux qui viendront, qui seront là en 2052 et auxquels vient d adresser un message d avenir Mgr Vandry, au nom de I Université et I honorable juge Gérard Lacroix, 246 Le sens des faits un message-souvenir au nom des anciens, messages qui furent cimentés dans le monument au premier recteur.Selon I expression de I orateur, nous venions d assister à la deuxième fondation de Laval, à sa bénédiction par Mgr le Grand Chancelier.Peu d\u2019entre nous, sans doute, en verront-ils le parachèvement ?La présence du Premier Ministre du Canada et de nombreux dignitaires civils et ecclésiastiques rendaient encore plus émouvante cette minute de silence qui contenait le passé et I avenir.* * * L\u2019hommage civil du peuple qui s\u2019était transporté au Colisée, le soir du 20 septembre, plus de 12 000 personnes, pour accueillir les professeurs de Laval et de l\u2019étranger qui y entrèrent en procession et en tenue académique fut un succès complet.La voix de la France fit entendre son ambassadeur, Son Exc.M.Flubert Guérin, Laval celle de son Grand Chancelier, la ville de Québec celle de son maire suppléant, M.René Caumartin.Deux grands artistes canadiens : MM.Raoul Jobin et Wilfrid Pelletier, les chanteurs de la Colline, les folldoristes de Québec firent honneur à I art et au public.Manifestement nos vieilles danses canadiennes reçurent le plus chaleureux accueil du public et sa plus fervente approbation.* * * Le 21 septembre après-midi, la remise des diplômes d honneur à 60 professeurs du Canada et de l\u2019étranger, les allocutions du Gouverneur Général du Canada, le T.H.Vincent Massey allocution bien pensée et en bon français < de Son Exc.Mgr McCormick, recteur de I Université de Washington, de M.Etienne Gilson, délégué de I Académie Française, avaient fait du Palais Montcalm un vrai sénat académique.Mais comme il convenait de clôturer ces fêtes sur une note d humanisme intégral, un banquet groupa plus de 800 convives au Château Frontenac « Et rien ne manquait au festin ».Un nombre imposant de nos évêques ayant à leur tête Son Exc.le Cardinal McGuigan, la présence du Gouverneur Général et des autres dignitaires que nous avons déjà cités constituaient des convives de choix.Et l\u2019esprit eut sa part.Le Premier Ministre du Canada, dans un solide discours bien pensé et bien conduit fit honneur à son pays et à son Université.Suivirent les allocutions remarquables de I\u2019Honorable Onésime Gagnon, premier ministre intérimaire de la Province de Québec, de Son Exc.Mgr Roy, de M.Paolo D ore, délégué de l\u2019Université de Bologne et de Son Eminence le Cardinal McGuigan.247 Revue Dominicaine Puis-je conclure cette chronique déjà trop longue, quoique déficitaire, sans signaler l\u2019exaltant message de S.S.Pie XII à Mgr Roy.« Maintenez fidèlement I enseignement supérieur dans le rayonnement de la foi et, en retour, honorez celle-ci par la qualité intellectuelle et technique de vos travaux ».De I ensemble de ses fêtes, je me permets de dégager un fait que bien d autres ont dû constater : fa supériorité manifeste des orateurs de culture latine sur ceux de culture anglo-saxonne.Vivent nos humanités I En offrant ses félicitations et ses vœux à 1 Université Laval, la « Revue Dominicaine » formule le souhait que le siècle nouveau féconde ses grandioses projets.Puisse le nouvelle Cité Universitaire devenir le paradis des intellectuels et des savants, un centre de recherches scientifiques et de formation doctrinale ! Antonin Lamarche, O.P.Laval et Pax Romana Il s en est tellement dit sur les universités, sur leur nature et leurs fonctions, au Centenaire de Laval et au Congrès de Pax Romana, que nous sentons le besoin de résumer : 1 université chrétienne (catholique) se distinguerait, à notre avis, de toute autre université du fait qu elle donne sa toute première attention à I homme.Des maîtres compétents et autorisés ont le devoir d apprendre à ce dernier le discernement dans les idées et les faits, dans les essais et les expériences, du vrai et du faux.Peu importe le prestige (tant de façons de 1 acquérir !) et tant mieux si cette université contribue notoirement au progrès scientifique général de l\u2019humanité, la fonction première et essentielle de toute université est de fournir à ceux et à celles qui la fréquentent une formation qui les rende capables de voir et de prévoir, de dire et de montrer là où se trouve la vérité et là où elle n est pas.« Catholique » indique qu elle vit dans le climat de la foi qui inspire et surélève des activités que I Eglise oriente.Benoît Lacroix, O.P.En marge de la dernière Semaine sociale Le besoin de sécurité se retrouve assez loin dans I Histoire, quoique de nos jours la sécurité soit devenue un système assez complexe, sous un régime de lois qui embrasse à peu près toute 1 activité humaine, surtout économique.248 Le sens des faits La société féodale, née du désordre et de la confusion qui suivirent la décadence carolingienne, rechercha avidement la sécurité.On vit alors les impuissants, les faibles, les déshérités, les isolés, rechercher la protection des forts, de ceux qui étaient en mesure de les défendre, contre toute agression, par la force, leurs armes, leurs murs.Celui qui était sans protection s\u2019estimait heureux de tout sacrifier à un chef qui lui garantissait, en retour, la vie et la sécurité.« Ne pas être tué, dit Stendhal, et avoir l\u2019hiver un bon habit de peau, tel était pour beaucoup de gens le suprême bonheur au dixième siècle ».Ces chefs deviennent vite des seigneurs qui exercent sur leurs subordonnés une autorité paternelle, basée sur la confiance, et que ne limitent pas des textes juridiques.Cet état de dépendance une fois assuré, le pouvoir central ayant réussi progressivement à concentrer tous les services de sécurité publique entre ses mains : armée royale, police royale, les seigneurs féodaux perdent peu à peu leur prestige, la sécurité devient si normale qu on oublie qu elle puisse ne pas exister.Au début du XVIile siècle, personne ne s\u2019étonne de pouvoir sortir sans s\u2019exposer à être pillé et assassiné.Avec 1789, la sécurité est déjà oubliée et la liberté devient le bien suprême qu\u2019il faut acquérir, s\u2019il le faut, par la révolution, les armes, le sang (Cf.Taine, L\u2019Ancien Régime ; Rocquain, L\u2019esprit révolutionnaire avant la révolution).Les grandeurs et misères du Libéralisme, d une part, qui laisse toute initiative à 1 individu, et du Socialisme, d autre part, qui attire tout à lui, ont conduit le monde à repenser le problème de la sécurité en des dimensions nouvelles, ainsi que viennent de le faire les savants conférenciers de la dernière Semaine sociale.11 sera bon d y revenir quand paraîtra le texte complet de ces travaux, en décembre.A.Lamarche, O.P.De réducalion des filles Le Père Marie-Joseph d Anjou, dans le numéro de juin 1952 de la revue « Collège et Famille », a consacré plusieurs pages très pertinentes au livre de l\u2019abbé Joseph Houyoux, publié en avril dernier sous le titre : Pour ou contre les Ecoles de Bonheur.Cette fois nous sommes d accord avec le Père d Anjou : nous ne voyons pas en quoi cette polissonnerie de très mauvais goût va servir la cause, si sympathique, des Ecoles Ménagères dans le Québec.249 Revue Dominicaine Non seulement ce prêtre, accouru de France pour préserver la Société de Jésus « d imposer I habit au Féminisme» (sic), étale des talents assez douteux de faiseur de bons mots mais il se révèle un penseur très médiocre.II prend beaucoup de peine à nous prouver en 146 pages qu il ignore tout de la psychologie.Les quelques idées justes qu\u2019il émet en matière d éducation sont empruntées, à quelques fautes près, au livre de Jacques Maritain : L'Education à la Croisée des Chemins.Le reste est d un simplisme désolant.Mademoiselle Monique Bécbard, contre qui ce c.ber abbé se met en frais de sécréter tout son fiel clérical, a eu tort probablement de disserter de la psychologie de la femme en une langue trop technique, qui peut paraître prétentieuse et absolument déroutante aux profanes.Mais elle a raison d en discuter, et nul abbé français ne peut lui en refuser le droit.La psychologie n est pas une science infuse, mais une science péniblement acquise, très jeune encore, n offrant que des lumières incertaines sur des problèmes déjà vieux mais tellement complexes.Le mérite de Mademoiselle Bécbard est grand d en discuter avec autant d application et de continuité.Car notre seul espoir de pouvoir définir un jour, de faç on satisfaisante, ce qui constitue en propre la psychologie de la femme et en quoi spécifiquement elle complète la psychologie de I homme, c est d encourager les esprits les plus compétents, et pour cette tâche les femmes elles-mêmes ne sauraient se démettre ni s en remettre au « premier sexe.», d explorer très humblement les faits et de nous en donner une meilleure intelligence.C est discréditer la théologie que de proposer dogmatiquement en son nom une formule d éducation qui répondrait de toute éternité à l\u2019essence de la femme.Bernard Mailhiot, O.P.Montréal, le 9 octobre 1952.Evénements et informations Communisme el religion.\u2014 A ce titre la Documentation Catholique consacre son double exemplaire de septembre.On y trouve la doctrine, la méthode, les faits, en l'an de grâce 1952.Exposé clair, complet, bien documenté et surtout d'une brûlante actualité.Après lecture de ces pages, on redit avec Pie XI : « Le communisme est intrinsèquement pervers ».La messe du Saint-Esprit à Montréal.\u2014 Dans un sermon solide, bien conduit, de belle facture, d'un style vivant et distingué, le Père Raymond Voyer, 0.P., a rappelé aux universitaires, plus nombreux que jamais, que la recherche de la vérité, dans une pensée libre, doit orienter toute leur vie.Il développa ce thème d'une façon pratique, lumineuse et conquérante.Nul doute qu'il portera ses fruits.Les Bénédictins de Saini-Benoîl-du-Lac.\u2014 Leur monastère vient d'être élevé au rang d\u2019Abbaye.Dom Odule Sylvain y a été élu Premier Abbé et reçut la bénédiction solennelle de sa nouvelle dignité des mains de Son Excellence Mgr Cabana, archevêque de Sherbrooke, samedi, 18 octobre, en l'église Saint-Jean Bosco, de Magog.Cérémonie touchante qui a beaucoup impressionné l'assistance choisie qui remplissait le temple.Au Révérendissime Père Abbé, la Revue Dominicaine redit : « Ad multos el faustissimos annos ». Le sens des faits Les limites morales des méthodes médicales.\u2014 La Documentation Catholique, 5 octobre 1952, nous apporte le discours prononcé en français par S.S.Pie XII, au Congrès des Neurologistes.Le' Pape analyse les trois principes : 1) l'intérêt de la science médicale ; 2) l'intérêt du patient ; 3) l'intérêt de la communauté, qui justifient de nouvelles méthodes et en indiquent les limites.Tout est dit avec nuance et prudence, sans opposition au progrès médical, en conformité avec la dignité de l'homme.Son Excellence Monseigneur Léger et les livres.\u2014 À l'occasion du quinzième anniversaire de Fides, Son Excellence a mis le public en garde contre le besoin de tout lire.Beaucoup de livres ont une puissance constructive et enrichissent la dignité humaine, d'autres ont une puissance destructive, avilissent l'homme.L'Eglise veille à ce que les sources soient pures et signale de son Index les eaux polluées.Question d'hygiène intellectuelle aussi importante et plus que l'hygiène physique.Inquiry Forum.\u2014 Très peu de catholiques savent qu'au numéro 1182, rue Bleury, des cours sont donnés, les lundis et vendredis, de 8 à 9 heures, aux non-catholiques qui veulent connaître l'Eglise.Ils y reçoivent un exposé impartial et clair de la doctrine catholique.Et une bibliothèque et des personnes compétentes pour les renseigner.Hommage à M.Edouard Monlpeiii.\u2014 Le 30 septembre, les anciens de la Faculté des Sciences sociales, économiques et politiques ont exprimé brillamment leur gratitude à leur premier maître et fondateur de la dite Faculté.MM.Esdras Minville, Jean Désy, Son Excellence Mgr Léger ont loué hautement et finement l'œuvre et l'homme.M.Montpetit répondit à ces éloges avec beaucoup de tact, retraça l'histoire de l'école devenue Faculté, évoqua le souvenir de ses premiers collaborateurs, déjà disparus, dont le Père M.-A.Lamarche, 0.P., ancien professeur et ancien directeur de la « Revue Dominicaine ».« Espril ».\u2014 Dans son numéro de septembre, cette importante revue de France, nous apporte la pensée d'un groupe de Canadiens sur les problèmes du présent et de l'avenir du Canada français.Dans l'ensemble, ces articles sont bien écrits, bien conduits, intéressants.On y trouve des affirmations discutables et contestables.Il serait intéressant de justifier d'autres points de vue.Le Salon du Livre.\u2014 Grâce à l'initiative de la Société d'étude et de conférences, aura encore lieu cette année cet événement culturel qu'est le Salon du Livre.Du 22 au 26 novembre, à l'Hôtel Windsor, artistes, intellectuels, écrivains, lecteurs, tous ceux qui s'intéressent aux joies de l'esprit et au plaisir de l'œil, sont invités à contempler les plus belles réussites de nos Maisons d'éditions.La Semaine du Livre.\u2014 Le 19 février 1948, au Congrès des Editeurs tenu à Québec, le représentant des Editions du Lévrier suggéra d'établir chaque année une Semaine du livre.De cette initiative sont nés le Salon du livre et la Journée du livre que dirige la Société d'étude et de conférences.La Semaine du livre, du 22 au 29 novembre, a pour but de favoriser la diffusion du livre canadien d'abord, français ensuite, et d'encourager nos écrivains et éditeurs.Au public de répondre ! Sir Mathias Tellier.\u2014 Il est décédé subitement le 18 octobre.Né le 15 janvier 1861, il fit ses études classiques au collège de Joliette et son Droit à Laval.Avocat en 1884, député à l'Assemblée législative de 1892 à 1912, chef de l'Opposition conservatrice en 1909, il y mena des joutes épiques en compagnie de Bourassa, Lavergne, Jean Prévost, contre Lomer Gouin et ses ministres.Nommé juge de la Cour Supérieure en 1916, promu à la Cour du Banc du Roi en 1920, juge en chef de la Province en 1932, chevalier grand-croix de Saini-Michel et Saint-Georges en 1934, il prit sa retraite le 1 janvier 1942, après 26 ans de magistrature.Grand chrétien, il vivait de sa foi et la maintenait par une piété exemplaire.Député remarquable, quoique appartenant à un parti politique, loin d'en être l'esclave, il sut le dominer, rester dans la justice et la vérité, s'attirant ainsi l'admiration de ses opposants et celle plus discrète de ses partisans.Juriste droit, informé, consciencieux, il était respecté et écouté.Peu d'hommes publics laissent un souvenir aussi intègre.La Revue Dominicaine offre à la famille Tellier, et tout particulièrement au R.Père Gabriel-M.Tellier, 0.P., ses plus religieuses sympathies.251 L esprit des livres Dom Guéranger »\u2014 « L Année liturgique».Vol.III, Temps pascal, 1 058 pages ; vol.IV, Temps après la Pentecôte, 1ère partie, 1 056 pages ; vol.V, Temps après la Pentecôte, 2e partie, 972 pages.Edition nouvelle revue et mise à jour par les moines de Solesmes.Les Editions Desclée & Cie, Tournai, Belgique, 1952.17.5 cm.Dans cette revue-ci, mai 1952, page 256, nous avons louangé le volume II, Septuagésime, Carême et Passion.Aujourd\u2019hui nous recevons les derniers volumes, attendus depuis longtemps.Cette Année liturgique est sûrement la mieux élaborée, la plus impressionnante et la plus complète de toutes celles actuellement existantes.Depuis 1841, date de la parution du premier volume, combien de générations de laïcs, de séminaristes, de prédicateurs, de prêtres y ont puisé la ferveur de leur vie intérieure et apostolique ?Dieu seul pourrait le dire.Nous savons cependant que, depuis un siècle, le nom de Dom Guéranger est dans toutes ou presque toutes les grandes bibliothèques du monde, comme dans toutes les communautés religieuses et la plupart des presbytères.Un travail bien fait est toujours actuel.La présente édition, rajeunie, enrichie de toutes les nouvelles fêtes de l\u2019Eglise, tant pour le propre du Temps que pour le commun des Saints, et des dernières découvertes archéologiques, contient, à la fin de chaque volume, un florilège de textes liturgiques et patristiques qui réjouiront tous ceux qui aiment s\u2019abreuver aux sources.Les Pères Bénédictins et la Maison Desclée méritent des félicitations spéciales pour une si belle réussite de fond, de forme, de présentation.Antonin Lamarche, O.P.Chanoine Crampon ,\u2014¦ « La sainte Bible ».Société Saint-Jean I Evangéliste, Tournai (Belgique), 1952.1 166 pages pour I Ancien 1 esta-ment, 296 pour le Nouveau Testament.20 cm.Cette Bible est assez connue du public pour que je sois dispensé d\u2019en faire l\u2019éloge.Cette nouvelle édition cependant s\u2019est enrichie des dernières découvertes et précisions de nos meilleurs exégètes.En un mot elle est à la page.Je ne saurais mieux faire que de reproduire la présentation des éditeurs.Une introduction d\u2019une densité remarquable ramasse, en quelques chapitres, l\u2019essentiel de ce qu\u2019un lecteur cultivé doit savoir pour comprendre.Une traduction gardant au texte français toute la saveur hébraïque, réfléchissant le texte original, et que certaines sommités n\u2019ont pas craint d\u2019appeler un chef-d\u2019œuvre.Des cartes et des notes, avec l\u2019établissement des concordances, font de cette édition un outil de travail idéal et à la portée du grand public.252 L\u2019esprit des livres Voilà ce que nous offre la nouvelle édition de la Bible de Crampon, refondue et mise à jour par les RR.PP.Bonsirven et Lefèvre, S.J.et par MM.Tricot et Robert.Bien plus, détail important, cette nouvelle édition est présentée dans un choix de reliures qui va de l\u2019élégante et sobre reliure « Bibliothèque » en pleine toile, aux reliures de luxe en maroquin du Cap.A.L.Marc Oraison »\u2014 « Vie chrétienne et problèmes de la sexualité ».P.Lethielleux, Paris, 1952.19 cm.300 pages.Ancien interne des Hôpitaux de Bordeaux durant de longues années, aujourd\u2019hui prêtre, Marc Oraison nous présente la thèse qu\u2019il a brillamment défendue à la Faculté de Théologie de Paris et qui lui valut son doctorat.Docteur en médecine et docteur en théologie, voilà deux titres qui doivent rassurer les lecteurs consciencieux.Le P.Tesson, S.J., écrit dans son Introduction exhaustive que « l\u2019auteur a voulu aider des êtres déséquilibrés, névrosés à retrouver une plus grande liberté ».La première partie considère la sexologie en général, dans son développement, ses variations, ses déviations ; la seconde partie fournit des observations cliniques avec appréciations médicales, morales, pastorales ; la troisième partie applique la doctrine générale aux problèmes angoissants: continence, homosexualité, mariage, vocation religieuse.Au cours des siècles, la morale théorique s\u2019est développée jusqu\u2019au raffinement.Quelle sensation n\u2019a-t-elle pas cataloguée et jugée irrévocablement ?Mais combien de moralistes, de psychologues, de psychanalistes ont réussi à explorer jusque dans ses profondeurs, le sujet de la morale, l\u2019homme cet inconnu d\u2019hier et d\u2019aujourd\u2019hui ?Avec ce volume, un grand pas a été fait.Sans être complet et définitif, il apporte du neuf, ouvre la voie à de nouveaux progrès, à d\u2019autres précisions.A conseiller aux éducateurs : prêtres et laïcs.Antonin Lamarche, O.P.Daniel-Rops \u2014 « L Eglise de la Cathédrale et de la Croisade ».Collection Les grandes études historiques.Librairie Arthème Fayard, 18, rue Saint-Gothard, Paris-XIV ; La Librairie Variétés Ltée, 1456, av.Union, Montréal.19 cm.830 pages.Daniel-Rops poursuit, sans fléchissement aucun, son exploration historique et littéraire des grands siècles de l\u2019Eglise à travers les âges.Parti de la Bible et de Jésus, passant par les Apôtres et Martyrs, et les Temps barbares (4 volumes de valeur imposante) l\u2019infatigable chercheur vient d\u2019entrer dans Y Eglise de la Cathédrale et de la Croisade.Cette «grande période du moyen âge est le résultat évident des efforts accomplis par l\u2019Eglise durant les siècles obscurs qui l\u2019ont précédée.On ne peut apprécier l\u2019une sans se référer à l\u2019autre : L\u2019Eglise des Temps barbares ».Dans ces 253 Revue Dominicaine trois siècles de chrétienté (1050-1350), la foi qui soutient tout engendre un saint Bernard et son Ordre.Sous les vices courants de l\u2019incontinence, de la simonie, etc.le levain dans la pâte lève et produit d\u2019autres grands Ordres religieux.A côté de François d\u2019Assise, je trouve une vingtaine de fort belles pages sur saint Dominique, athlète et constructeur de Dieu, sa prédication en Languedoc, ses fondations et l\u2019approbation pontificale de son Ordre.Les conflits entre les pouvoirs civils et temporels sont toujours nombreux et souvent tragiques.Mais l\u2019homme est placé sous le regard de Dieu, l\u2019Eglise guide la pensée, la pensée dirige la main et les cathédrales se construisent en formes majestueuses inégalées.Les Croisades s\u2019organisent.Byzance tombe, des guerres politico-religieuses éclatent, la Papauté s\u2019installe à Avignon.Un ordre nouveau se construit sur un monde qui chancelle.Le moyen âge est fini comme époque mais il continuera de subsister par ses cathédrales, ses croisades, ses saints, ses grands et incomparables théologiens : Thomas d\u2019Aquin, Albert le Grand, Bonaventure, mais l\u2019homme cesse de regarder et d\u2019écouter le passé.Pareille histoire ne se résume pas.Il faut la lire dans le livre de maître que vient de nous donner Daniel-Rops, l\u2019historien qui possède l\u2019art de ressusciter les morts et de confondre les vivants.Antonin Lamarche, O.P.Dom E.Flicoteaux, O.S.B.\u2014 « Fêtes de gloire : Avent, Noël, Epiphanie ».Fes Editions du Cerf, Paris, 1951.18.5 cm.160 pages.Grâce à Radio-Collège, la voix de Dom P'licoteaux nous est familière.Ce timbre chaud, chargé d\u2019émotion, plein de convictions, mettait en lumière les beautés de chacune des facettes d\u2019un texte liturgique.Ce nous est un enchantement nouveau de lire les pages magnifiques de ce livre où l\u2019auteur dégage l\u2019esprit liturgique de ces fêtes de gloire que sont l\u2019Avent, Noël et l\u2019Epiphanie.« Après avoir précisé le sens de l\u2019Avent, écrit Dom E.Flicoteaux, nous nous sommes appliqué à mettre en pleine lumière l\u2019aspect glorieux des deux solennités de Noël et de l\u2019Epiphanie.Si nous ne nous sommes pas étendu longuement sur la fête de Noël, dont nous avons déjà parlé ailleurs, nous avons cru devoir insister sur l\u2019Epiphanie qui constitue la véritable conclusion de l\u2019Avent, et dont l\u2019objet propre est l\u2019adoration des Mages, en laquelle il faut voir bien autre chose qu\u2019un joli petit épisode de l\u2019enfance du Seigneur, puisqu\u2019elle marque le point de départ du grand mystère de l\u2019avènement du règne de Dieu, dont la réalisation se poursuit dans l\u2019Eglise ».Comment ne pas être ému en notre âme de croyant lorsque Dom Flicoteaux commente les textes qui préfigurent « l\u2019avènement glorieux de Notre-Seigneur Jésus-Christ», lorsqu\u2019il dégage la beauté des grandes antiennes de l\u2019Avent ou lorsqu\u2019il nous entretient de l\u2019Epiphanie de Notre-Dame ! Nous aimerons relire et méditer un ouvrage aussi bien écrit, aussi instructif.De telles pages transforment l\u2019âme et l\u2019élèvent vers les sommets ! Elie Goulet 254 L\u2019esprit des livres Mgr Joseph Gross >\u2014> « Plus près de vous, Seigneur ».Conférences aux religieuses.Editions Salvator, Mulhouse ; Casterman, Paris.20 cm.272 pages.Un livre impatiemment attendu depuis plus de dix ans par les ferventes lectrices de « Religieuse de toute son âme ».Elles ne seront pas déçues.Ce nouvel ouvrage de Mgr Gross leur vient avec les mêmes qualités que le premier.Tout y est pratique, immédiatement pratique : Comment assister à la Messe.\u2014 Comment se confesser.\u2014 Comment faire oraison.\u2014 La Bonne Providence.\u2014 Gros défauts et petites vertus.\u2014 L\u2019art d\u2019utiliser ses fautes etc.Et tout y est traité en termes faciles et familiers, à la portée de tous les esprits, de toutes les âmes de bonne volonté.L\u2019éloquence de Mgr Gross procède de sa sincérité absolue, de sa franchise sans apprêt ; son aimable originalité de son naturel même.Sa fine bonhomie rappelle en maints endroits l\u2019esprit de saint Vincent de Paul, « l\u2019admirable simplicité de Monsieur Vincent » dont s\u2019émerveillait Bossuet.P.Lorenzo Sales ^ « Un appel du Christ au monde ».Editions Saint-Canisius, Fribourg, Suisse : Casterman, Paris, 1952.19 cm.192 p.Ce petit livre du P.Lorenzo Sales a pour but de présenter à tous les chrétiens désireux de mener une vie d\u2019union à Dieu un programme de spiritualité basé sur les révélations du Christ à une religieuse capucine italienne, Sœur M.Gonsolata (1903-1946).A l\u2019exemple de sainte Thérèse de l\u2019Enfant-Jésus qui par sa doctrine de la voie d\u2019enfance spirituelle convertit tant d\u2019âmes, Sœur M.Gonsolata, sous l\u2019impulsion de dons extraordinaires, de visions et de paroles intérieures, s\u2019est attachée à développer dans sa vie propre et à faire connaître aux autres cette caractéristique essentielle de la voie d\u2019enfance spirituelle : la vie d\u2019amour.Gette vie d\u2019amour et de perfection chrétienne est favorisée dans l\u2019œuvre des Petites Ames révélée par le Christ à Sœur Gonsolata.Une bonne partie du présent ouvrage est consacrée à expliquer l\u2019utilité et le fonctionnement de cette œuvre à la portée de toute âme de bonne volonté qui veut se sanctifier spécialement en se consacrant à l\u2019amour continuel de Dieu.En collaboration /- « Dictionnaire de spiritualité ascétique et mystique ».Fascicule XIV-XV : Contemplation.Beauchesne, Paris, 1952.Lentement mais sûrement, ce Dictionnaire a atteint la lettre C.La Contemplation y occupe les trois quarts du volume ou à peu près.Après avoir exposé sa nature, les auteurs fouillent les écoles : dominicaine, franciscaine, ignatienne, bénédictine, sulpicienne et les théories : Mgr Waffelaert et Mgr Saudreau.Puis apparaissent les fondements dogmatiques et théologiques. Revue Dominicaine Conversion est très élaborée.Cor et cordis affectus termine ce fascicule et commencera l\u2019autre.Des maîtres réputés ont signé ces articles.Hélas ! j\u2019ai bien peur de mourir avant de voir la lettre Z.A.L.Chanoine Jean Dermine « La dévotion an Cœur de Jésus ».Caster-man, Tournai, Belgique, 1952.19 cm.152 pages.Le sous-titre, Foyer de vie sacerdotale et religieuse, indique assez l\u2019esprit de ce livre.L\u2019auteur y présente au Clergé un idéal de vie centré sur la foi au Cœur de Jésus.Modèle du cœur sacerdotal, la dévotion au divin Cœur est assez compréhensive pour alimenter la vie intérieure et féconder tout apostolat.Dans le chapitre Sacerdoce et perfection, l\u2019auteur passe en revue la finalité des trois vœux de religion, établit leur différence dans le prêtre et le religieux.Il y a un bel effort de compréhension et de propos nouveaux sur des thèmes antiques.A L Simone Patris ,\u2014 « Jeunes filles au carrefour ».Casterman, Paris-1 ournai, 1951.20 cm.218 pages.Comme l\u2019indique le titre, ce livre décrit les divers états de vie ou diverses conditions qui attendent une jeune fille : mariage, célibat ; carrières féminines : infirmière, institutrice, auxiliaire sociale.Le chapitre quatrième, Carrefour tmiversitaire, est tout particulièrement désigné pour la jeune fille qui se sent une vocation intellectuelle.Bien des illusions tomberont devant le labeur qui l\u2019attend.Il y faut des aptitudes spéciales et une rare volonté pour gravir la voie austère de la vérité.La vocation religieuse en ses critères, dans les obstacles à vaincre, autant que l\u2019orientation vers les récents Instituts séculiers, se prépare dans la vision totale du but suprême de la vie.Et l\u2019on sait tout le dépouillement que cela comporte.Un livre qui rendra service à toutes les jeunes filles au carrefour, et toutes doivent y passer.A.L.Revue mensuelle publiée à St-Hyacinthe, P.Q.« Autorisé comme envoi postal de la deuxième classe, Ministère des Postes, Ottawa > ABONNEMENTS : CANADA : *3.00 ; ÉTRANGER : *4.00 ; AVEC LE ROSAIRE : 50 SOUS EN PLUS ; LE NUMÉRO : *0.30 ; ABONNEMENT DE SOUTIEN : *10.00 DIRECTION : 3500, AVENUE LAVAL, MONTRÉAL-18 ADMINISTRATION : 5375, AV.NOTRE-DAME DE GRÂCE, MONTRÉAL-28 La Revue n\u2019est pas responsable des écrits des collaborateurs étrangers à l\u2019Ordre de Saint-Dominique IMPRIMÉ À L\u2019ŒUVRE DE PRESSE DOMINICAINE.NOTRE-DAME DE GRÂCE.MONTRÉAL-28 256 V V;- "]
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