Revue dominicaine, 1 mars 1954, Mars
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Tél.2-1966, Québec, P.Q.Médecins : Castonguay, Dr E.-J., 4231 est, Ste-Catherine, CH.0560, Mtl.Gratton, Dr Albert, 781, du Couvent, Tél.WE.5476, Montréal Pouliot, Dr Antoine, 69, Ste-Ursule, Tél.2-4455, Québec, P.Q.Membres Artificiels : Duckett, J.A., 3651, Park Ave.Tél.HArbour 0630, Montréal Mercerie pour Hommes : Julien, Albert, 556, 3e avenue, Limoilou, Tél.4-9474, Québec Négociant en Gros D\u2019Appareils Électriques : Vandry Inc., 470, des Capucins, Tél.2-5656 .Québec, P.Q.Négociant en Gros (épiceries, farine, grain) : Bégin, Noël Inc., 94, Commerciale, Tél.Lévis, 175, Québec, 5-9686 Négociants en Gros : (BISCUITS, CHOCOLATS, TABAC, CIGARETTES) Vermette, M.F., 571, rue St-Bernard, Tél.5-7270, Québec, P.Q.Nettoyeurs et Teinturiers : Morin, H.Inc., 203, Du Pont, Tél.2-4795 .Québec, P.Q.Ferland, P.Inc., 157, Du Pont, Tél.4-3531 .Québec, P.Q.Notaires : Baillargeon & Baillargeon, 38, des Jardins, Tél.2-1390, Québec Labrèche et Labrèche, 10 ouest, St-Jacques, MA.3373, Montréal Opération Forestière -\u2014- Bois \u2014 Pulpe : Lagueux, E.& Fils Ltée, 35, Côte du Palais, Tél.5-9739, Qué.Opticiens D\u2019Ordonnances : Derouin, O.L., 37, Metcalfe, Tél.2-4976 .Ottawa, Ont.Optométristes et Opticiens : Beaulieu, Remy, 94, de la Couronne, Tél.2-3592, Québec, P.Q.Pâtisserie \u2014 Pain : Jos.Vaillancourt Inc., 356-358, St-Joseph, Tél.2-2085, Québec Peinture \u2014 Tapisserie : Gauthier Ltée, 292, rue Saint-Joseph, Tél.4-4626, Québec, P.Q.Pharmaciens : Marquis, J.Ant, 501, 3e avenue, Limoilou .Québec, P.Q.Pharmacie P.-H.Soucy, 85, Cartier, Tél.2-1235, Québec, P.Q.Pharmaciens en Gros : Ontario Medical Supply, 139, Queen, Tél.2-5309, Ottawa, Ont.Gérant : J.-André Gaulin, Dist.pour Casgrain & Charbonneau Placage-Industriel-Chrome : Garant & Thibault Enrg., 11, d\u2019Argenson .Québec, P.Q.Plombiers : Asselin, J.A., 37, Hermine .Québec, P.Q.Chiquette, Rosario, 23, Lavigueur, Tél.4-3782, Québec, P.Q.Pneus : Michaud Tire Service Ltée 207, de la Couronne, Tél 3-3901, Québec, P.Q.Produits de Salon de Beauté : Lemieux Beauty Products, 16, rue de l\u2019Eglise, Tél.3-6320, Qué.M.A.Lemieux, résidence, Tél.2-3073, Québec, P.Q.Provisions Générales pour Bateaux : Quebec Ship Riggers & Sail Makers Reg\u2019d., 17, Sault-au-Matelot, Tél.3-6717, Québec, P.Q.Professeur de Musique (Guitare, mandoline, violon) : Gagnon, T.W., 208, N.-D.des Anges, Tél.2-3700, Québec, P.Q Quincaillerie Générale : Cantin & Fils Ltée, 555, St-Vallier, Tél.5-7123, Québec, P.Q.Grégoire, J.-R., 3605 est, Ontario, Tél.FA.1167-68.Montréal Quincaillerie en Gros et Détail : Lemieux, Jos.-E.Enrg.Québec, P.Q Quincaillerie et Ferronnerie t Terreau Racine Ltée, 196-220, St-Paul, Tél.2-2711 .Québec Radio Technicien \u2014 Haut-Parleur : Gagnon, Jean-Paul, 960, 1ère avenue, Tél.2-1735, Québec, P.Q.Réfrigérateurs : Brindamour, W., 415, 1ère avenue, Tél.3-2449, Québec, P.Q.Rembourrage et Fabrication de meubles : St-Hilaire, Alfred, 686, 1ère avenue, Tél.3-4446, Québec, P.Q.Restaurants : Arsenault, Arthur, 1402, de la Canardière, Tél.4-8855, Québec Aux Délices, 11, Buade, Tél.2-0695 .Québec, P.Q.Bastogne Enrg., 22, rue Couillard, Tél.2-0214, Québec, P.Q.Beaver Ltée et Hôtel Castor, 66, St-Jean, Tél.2-0170, Québec Café de la Paix, 44, Des Jardins, Tél.4-6430 .Québec, P.Q.Boulevard Restaurant, 3830, Décarie, Tél.DE.0097 .Montréal Child\u2019s Good Food, 2Î, St-Joseph, Tél.2-0189 .Québec, P.Q.« Chez Philip », 53, Du Pont, Tél.3-0793 .Québec, P.Q.Chez Marino Enrg., 34, Dauphine, Tél.3-0675 .Québec, P.Q.Cagney, Georges, 43, Av.Plante, Tél.7-0962, Québec-Ouest George\u2019s Grill Reg\u2019d., 28-32, St-Louis, Tél.4-1230, Québec, P.Q.Golden Gloves, 96, boul.Charest, Tél.4-0206 .Québec, P.Q.Kerhulu, 22, de la Fabrique, Tél.2-6401 .Québec, P.Q.La Porte St-Jean, et, Chez Gérard, 355, St-Paul, Québec, P.Q.Laurentien, Place Youville, Tél.2-3635 .Québec, P.Q.« Miss Quebec » Drive In, et « Café Buade Restaurant », 3003, boul.Wilfrid Laurier, Tél.7-8534, Québec Monaco, 193, St-Jean, Tél.2-1321 .Québec, P.Q.Nick\u2019s Chicken Barbecue, 22, Côte du Palais, Tél.4-0508, Québec Normandie, 204, St-Jean, Tél.2-0271 .Québec, P.Q.Select Coffee Shop, 12-14, du Fort, Tél.2-5139, Québec, P.Q.The Old Homestead Hotel, 16-20, Ste-Anne, Tél.4-1849, Québec Service Aérien : Les Ailes du Nord Ltée, Tél.30s, 3-7-47 .Sept-lies, P.Q.Tél.7-4362, Québec, P.Q.Soupe : Habitant Soup, 8455, St-Dominique, Tél.DU.1115, Montréal-14 Stores Vénitiens : Méthot, Raoul, 213, 5e rue, Tél.2-6174 .Québec, P.Q.Syndic Licencié : LaRochelle, Victor, 111, Côte de la Montagne, Tél.3-7258, Qué.Taxis : Taxis Maguire Enrg., 1463, Maguire, Tél.3-1474, Sillery, Qué.Teinturerie : Teinturerie Française, 1480, De la Canardière, Tél.4-4686, Qué.TERRA-COTTA : Montreal Terra-Cotta Ltd., 1010 ouest, Ste-Catherine, MA.6912, Montréal Transports : La Traverse de Lévis Ltée, Marché Champlain, Tél.2-3897, Qué.Valises et Bois de Construction : Ruel, Edouard, Ltée, 416, St-Joseph, Tél.7-6114, Lauzon, P.Q.Viande Gros et Détail : Lafleur Alp.Ltée, 350, 5ième rue, Tél.4-3524, Québec, P.Q.Vinaigre : La Cie de Vinaigre Lion Ltée, 115, Renaud, Tél.3-0405, Québec Vitres et Peinture : Franklin Glass & Paint Co., 305, St-François, Tél.2-4982, Qué.VII Sommaire Mars 1954 Fernand Ouellette : Envol de Tours Hommage à Gilbert Picard.Bernard Lambert, O.P.: A propos de la controverse autour du film « Martin Luther » Une étude très élaborée où la loi civile, l\u2019histoire, la morale et l\u2019art nous disent ce qu\u2019il faut savoir de cette immense et somptueuse caricature de l\u2019Eglise et du Luthéranisme.Jean Ménard : Saint-Denys-Garneau et le drame de la jeune poésie canadienne Un jeune canadien de Paris nous dit franchement et judicieusement ce qu\u2019il pense d'un poète et de notre poésie d\u2019aujourd\u2019hui.Annette Décarie : Préface à « La révolution athée contre la civilisation chrétienne » Il s\u2019agit d\u2019un essai qu\u2019un jeune auteur très cultivé vient de lancer sur le marché canadien.Gaillard de Champris : Deux héroïnes du théâtre d aujourd hui A Paris, viennent de passer Y Alouette de Jean Anouilh au théâtre de l'Atelier et Pour Lucrèce de Giraudoux au théâtre des Champs-Elysées.Deux héroïnes opposées et qui s\u2019imposent.Que faut-il en retenir ?Ignace André-Vincent, O.P.: L\u2019Art sacré figuratif Quels sont les monstres qui ornent nos églises ?Ce procès de l\u2019art qui dure depuis plus de vingt ans, heureux qui en verra la fin.Le sens des faits La Direction : In memoriam : « Son Excellence Mgr Duprat, O.P.».T.R.P.Gérard Paré, O.P.: « Le Sanctuaire de Notre-Dame du Rosaire et de Saint Jude ».Bernard Mailhiot, O.P.: « Suis-je le gardien de mon frère ?» A.-M.Perreault, O.P.: « Le développement psychologique de l\u2019enfant ».Gatien Lapointe, O.P.: « Hymnes, Isabelle » de Georges Cartier.La Charmondière : « Un alerte vétéran de l\u2019Eglise de France : Pierre l\u2019Ermite ».La Charmondière : « Un hagiographe : Gaétan Bernoville ».L\u2019esprit Jeanne Moret : «L\u2019Immaculée Conception» (A.L.).Philippe de Zara : « Marie et l\u2019Islam ».Dom J.-M.Beaurin : «Notre-Dame des Psaumes».Lionel Groulx : «Pour bâtir» (A.L.).En collaboration : « Problèmes humains du travail ».En collaboration : « Ceux qu\u2019on prie dans le secret » (E.Goulet).Jean Bruchési : «L\u2019Université».Arnold Toynbee : «Le Monde et l\u2019Occident».L.-P.Audet, O.P.: « Ceux qui nous servent» (A.L.).Françoise Gaudet-Smet : « M'en allant promener » (A.L.).Thomas Merton : «Quelles sont ces plaies U> Etienne Fougeron : «La Beauce » (A.L.).N.-D.Poinsenet : « Sous la motion de l\u2019Esprit ».M.-G.Perras : « Message de Mère Marie-Léonie Paradis ».René Ouvrard : «Débâcle sur la Romaine» (A.-M.Perreault).André Chouraqui : « Le Cantique des Cantiques » (Elle Goulet).Nino Salvaneschi : «Savoir souffrir».R.Légaré, O.F.M.: «Le Père Frédéric Janssoone» (E.Goulet).Dino Bigongiari : « The Political Ideas of St.Thomas Aquinas» (A.-M.Perreault).Renée Tramond : « L\u2019enfant des montagnes ».Henriette Robitaille : « Gwenola ».Rose Dardennes : « Le sorcier du Ceylan ».G.Catalin : « Rivière d\u2019or ». REVUE DOMINICAINE Directeur : R.P.ANTONIN LAMARCHE, O.P.3980, rue Saint-Denis, Montréal-18, P.Q.Vol.LX Tome I Mars 1954 Envol de Tours A Gilbert Picard Quelle aube a rêvé mon refuge ?quelles crêtes cristallines ont crevé son front ?quelle cathédrale est surgie de ces cimes ?J\u2019étreins sa solitude, je consume son silence : tout n\u2019est qu\u2019envol de ses tours au profond d une mousse de lune, tout est présence aux confins de mon désir.O temple inconnu î où je ne puis cerner mon présent, entends-tu au creux de tes stalles, dans le mystère de tes murs, à l\u2019infini de ta voûte vierge la montée vibrante de mes hymnes futures ?Au chant de ton élan sans cesse cramponné, sans cesse je croule en moi comme un aigle aux ailes foudroyées par sa faim ; je suis piétiné de clameurs ne pouvant déchirer, je suis tout ruisselant de plaintes ne baignant que les pierres.Fernand Ouellette 65 A propos de la controverse autour du film «Martin Luther» Depuis que le Bureau de Censure de Québec a refusé de laisser présenter le film protestant Martin Luther, on assiste à des controverses tenaces surtout dans les milieux montréalais sur cette interdiction.Le débat porte tant sur îe principe de cette décision que sur le contenu du film lui-même.Ceux qui argumentent pour la levée de I interdiction soutiennent que des catholiques suffisamment formés n ont rien à craindre d\u2019un film par ailleurs contraire à leurs convictions.Même s\u2019il est certaines scènes historiques désagréables pour eux, bien d\u2019autres, fait-on remarquer, encore plus désagréables et non moins réelles eussent pû être représentées.L injure ne serait donc pas si forte.En outre, la minorité protestante, jouissant de la liberté religieuse et de ce qui s\u2019ensuit, n\u2019a-t-elle pas le droit de voir ce qui est conforme à ses convictions, quitte aux catholiques de s abstenir ?Par contre, les opposants croient que ce film, tel qu\u2019il est, est injurieux pour la majorité catholique qui a droit au respect de ses croyances.Ce à quoi d autres ajoutent qu on n aurait aucun avantage à exposer la foi du grand nombre pour un bénéfice problématique qui pourrait être obtenu plus avantageusement d\u2019ailleurs.Divers jugements peuvent donc être portés.II y a d\u2019abord un jugement prudentiel.II est fondé sur la tolérance sociale.Si l\u2019objet de la tolérance sociale est de permettre sans l\u2019approuver un mal réel ou apparent en vue d\u2019obtenir une certaine fin, bonne, vaut-il mieux pour la minorité protestante tolérer que ne soit pas présenté un film conforme à ses convictions, mais capable d\u2019exposer la croyance de la majorité de ses concitoyens catholiques ?Si la minorité protestante, tout en se croyant lésée, accepte de ne pas réclamer tous les avantages possibles de la liberté religieuse, ne peut-elle pas considérer que la charité chrétienne 66 A PROPOS DE LA CONTROVERSE AUTOUR DU FILM « MARTIN LuTHER » envers ses concitoyens catholiques ne peut constituer un motif suffisant de tolérance ?Ou, vaut-il mieux que la majorité catfiolique, pour le bénéfice de la croyance de la minorité protestante, tolère la présentation d\u2019un film qui, croit-on, dans son ensemble constituerait pour elle un détriment ?Le Bureau de Censure a déjà fait remarquer que le principe du respect des diverses croyances avait déjà joué en faveur de la minorité juive et protestante ; pourquoi ne jouerait-il pas maintenant en faveur des catholiques ?Ce jugement prudentiel est de la compétence du Bureau de Censure, sur le principe qu\u2019il a adopté.II y aurait à ajouter plusieurs autres considérations.Et d\u2019abord ce film historique est-il historique ?Oui, il est historique, mais il n\u2019est pas toute l\u2019histoire de Luther.Qui dira combien ce film eût gagné en sincérité, en vérité, en pathétique s il nous eût permis de confronter Luther avec lui-même aux diverses périodes de sa vie ?On nous le montre jusque vers la quarantaine.Mais n aurait-il pas été saisissant de nous faire assister au drame de cette conscience vieillissante qui s\u2019arrête pour juger son œuvre à ses effets, qui est torturée à mesure qu elle sent approcher sa fin ?Ne serait-ce pas la crainte que cette deuxième moitié de la vie de Luther affaiblisse la première partie de l\u2019exposé qui a conduit les auteurs à faire un choix ?Le luthéranisme est une abstraction de Luther.La vérité, historique, c\u2019est Luther et le luthéranisme, l\u2019abstrait et le concret, tout comme dans la christianisme, la vérité, c\u2019est le Christ et le christianisme.Choisir, c\u2019est diminuer la vérité et la réalité.Les auteurs ont cru mieux faire de choisir.De ce point de vue, on peut se demander, même abstraction faite de la considération de tolérance sociale, si les auteurs du film ne desservent pas plus leur cause qu\u2019ils ne la servent en insistant à tout prix pour le présenter.Ce à quoi on fait observer que trop rechercher l\u2019exactitude historique c\u2019est oublier que le cinéma est un art.Pas plus que tout autre art, il ne saurait copier le réel.II reste donc une possibilité d interprétation et de présentation personnelle.Et alors, on en arrive ainsi à porter un jugement sur ce film tel qu\u2019il est dans son contenu et sa présentation ; et c\u2019est ce à quoi il fallait arriver.67 Revue Dominicaine Un FILM PATHÉTIQUE Lorsqu on est sensible aux destinées de l\u2019Eglise, ce film apparaît réellement comme pathétique, car il restaure sous nos yeux la genèse de cette déchirure en profondeur de la Chrétienté par la Réforme, à la Renaissance.Ce n est d abord qu\u2019une mince ouverture dans la conscience luthérienne, mais à mesure que se déroule le film, selon les diverses étapes de la vie de Luther : l\u2019entrée chez les Augustins, les études à Rome, le professorat à Wittemberg, l\u2019affichage des 95 thèses sur les indulgences à la porte de l\u2019église de Wittemberg, l\u2019autodafé de la Bulle Exsurge E)omine de Léon X, la déclaration solennelle d opiniâtreté à la diète de Worms, le concours officiel des princes allemands contre la volonté de Charles-Quint, la sortie des ordres suivie du mariage avec Catherine de Bora, religieuse défroquée, la prédication de la nouvelle Eglise, alors, de plus en plus, l\u2019ouverture s\u2019élargit et devient une blessure profonde.La logique des auteurs du film veut que l\u2019œuvre s\u2019achève par une apothéose de Luther dans sa nouvelle Eglise réformée.Serait-il permis de mettre sérieusement en doute le bien-fondé de cette apothéose et de la croire déplacée quand, aujourd hui même, les meilleurs des protestants s interrogent avec anxiété sur la division opérée par la Réforme ?Un catholique, lui, sûrement, ne pourra éprouver dans son cœur que tristesse devant ce crépuscule de 1 unité religieuse.Car, ce qui est présenté comme un sommet religieux, n\u2019est-ce pas, en fait, un abîme tragique ouvert au cœur de la chrétienté sur les siècles à venir.Désormais, partout où s\u2019étendra la chrétienté, elle devra emporter cette blessure dans son flanc.C\u2019est le drame du Cœur entrouvert qui se prolonge de siècle en siècle.Or, ce suspens pathétique devant l\u2019abîme qui se creuse dans l\u2019aveuglement progressif, et pourtant au nom de la sincérité véhémente de la conscience, c est à travers un homme qu\u2019il apparaît.Le luthéranisme ?c est Luther, comme le Christianisme, c\u2019est le Christ dans toute son extension.Le protestantisme luthérien, n\u2019est-ce pas, en effet, autre chose que 68 A PROPOS DE LA CONTROVERSE AUTOUR DU FILM « MaRTIN LuTHER » l\u2019expérience personnelle d\u2019un seul homme, qui vécue, explicitée, codifiée, est devenue l\u2019essence même du protestantisme ?Certes, la Réforme Iuthé-rienne croit y trouver sa vérité fondamentale ; mais, précisément, ne serait-ce pas là plutôt que gît sa faiblesse interne dans le fait de ne reposer que sur l\u2019expérience d un homme ?Un film essentiellement protestant On ne pouvait donc s\u2019attendre à autre chose qu\u2019un film radicalement protestant.Tout I essentiel du protestantisme est là : la justification par la foi seule, I autorité unique de 1 Ecriture Sainte, interprétée personnellement.Sur ce corps central, se développe logiquement I attitude réformatrice de Lutfier, qui sera aussi celle de toutes les tendances protestantes postérieures jusqu à aujourd fiui au sein des catholiques imprudents : vouloir réformer I Eglise en dehors de la hiérarchie, vouloir être fidèles à l\u2019Eglise contre l\u2019Eglise elle-même, prétendre le faire en s\u2019appuyant sur I autonomie absolue et inconditionnée de la conscience individuelle conçue comme justifiant tout.Dans son cœur, ce film est donc essentiellement protestant, et il est, par le moyen de la vie de Luther, un exposé, à mon sens tellement authentique du protestantisme, que du fait même qu il est protestant à ce point, il devient pour le protestantisme la révélation même de sa nudité et de son erreur ; car, si pour lui, il est une apologie de la démarche spirituelle de Luther vers l\u2019Eglise réformée, il est, pour le catholique, qui le juge avec la théologie authentique de l\u2019Eglise la présentation fidèle de la genèse de l\u2019hérésie.Et, donc de ce point de vue, poLir quelqu un qui est averti, ce film retourne contre ceux-là mêmes qui I ont conçu : ils croyaient présenter la justification de 1 hérésie, mais ils I ont voulue tellement réaliste qu elle devient la manifestation même de I erreur protestante dans sa genèse historique dans un homme qui se sépare progressivement de la vérité catholique.Le film aura beau se terminer par une tentative d\u2019apothéose pour Luther, il reste vrai que cet homme on le voit sous nos yeux se séparer de 1 unité catholique.Ce n\u2019est pas le christianisme qui lui a manqué, c est Luther qui a failli au christianisme.69 Revue Dominicaine Une justification de Luther et une condamnation de l\u2019Eglise catholique Cependant, pour Lien s en rendre compte, il faut posséder une connaissance exacte de I essence du cfiristianisme et du protestantisme.Voilà pourquoi ce film ne pourrait faire que du tort à des catholiques non avertis, et comme il est plus sage de ne pas se croire trop averti en ce domaine, que cLacun croit que c\u2019est un plus grand avantage de conserver intacte sa foi que de I exposer imprudemment pour de simples raisons de curiosité.Et d ailleurs ne serait-ce pas encourager financièrement une présentation anticatkolique de par son contenu même ?Si l\u2019erreur une fois dégagée apparaît dans toute sa déficience, elle n\u2019existe pas cependant à l\u2019état pur, mais dans des sujets.Or, dans ce film, le sujet, c\u2019est Lutker et s\u2019il est vrai qu\u2019étant averti, on peut suivre le ckeminement logique qui a conduit cette inteî'Iigence passionnée et unilatérale, cette volonté opiniâtre, ce tempérament passionné, angoissé, pessimiste et probablement névrosé, ce génie illuminé, par une suite de désaffectation graduelle vis-à-vis de la Tradition catholique, du magistère ecclésiastique, de la communion catholique jusqu\u2019à l\u2019hérésie formelle au nom même de la pureté de la conscience et de la vérité de l\u2019Eglise, il reste quand même que ce film est et se veut une apologie de Luther : il y a là I essentiel du protestantisme et présenté de manière à donner raison à Luther, un Luther montré comme un champion de la conscience religieuse, un mystique sain et ardent, une victime de la persécution, un Luther dont l\u2019on s\u2019attache à faire ressortir la noblesse de l\u2019attitude en supprimant tout ce qui est sa condamnation.Et de là dans la présentation des rapports de Luther avec l\u2019Eglise un ensemble de traits de nature à justifier I attitude de Luther ; et on s y attache par la présentation ironique et unilatérale de certaines scènes >\u2014> dans leur fond historique < comme la vénération des reliques dans I église du château de I Electeur de Saxe, la prédication des indulgences de Tetzel, la nomination à certaines charges ecclésiastiques par Léon X, le luxe de la cour de Rome.Tout est 70 A PROPOS DE LA CONTROVERSE AUTOUR DU FILM « MARTIN LuTHER » reconstitué de manière à faire conclure que tout cela est la papauté et le catholicisme ; que la papauté et le catholicisme sont une corruption de la pureté de l\u2019Evangile, une substitution de l\u2019homme au divin, une exploitation de la religion à des fins profanes et financières.Pourquoi Luther s\u2019est-il trompé ?Un catholique, étudiant l\u2019histoire de l\u2019Eglise à la Renaissance, éprouvera souvent une peine profonde devant certains faits, hélas ! véridiques ; mais, ces faits, au lieu d en faire une pierre d achoppement, et un prétexte de rébellion comme dans le cas de Luther, il saura comprendre, sans vouloir tout justifier, ce qu il y a d humain dans 1 Eglise du Christ.Mais aussi et surtout, il saura voir ce qu il y a de divin dans 1 Eglise du Christ jusque dans son humanité.Le mystère de 1 Eglise se rend jusque-là, et la foi du chrétien doit aller jusque-là : croire que l\u2019Eglise, dans sa visibilité même, est 1 Eglise du Christ, et que 1 Eglise tout entière est le sacrement du Christ.L Eglise est sans péchés, mais elle n\u2019est pas sans pécheurs.Sous le prétexte de pécheurs, Luther a fait de l\u2019Eglise un corps de péchés, et c\u2019est là son propre péché.Et comment ne pas voir jusqu où va 1 aveuglement de Luther ?Cette même Eglise qu\u2019il croyait si corrompue, il ne voyait pas en elle les forces de renaissance chrétienne et de réforme catholique présentes qui allaient aboutir au concile de Trente.Car, dans l\u2019histoire de 1 Eglise, s il y a des accélérations, il n\u2019y a pas de mutations brusques, absolument non préparées.Chiniquy au Canada et aux Etats-Unis a dit des choses pires que Luther, et qu\u2019en est-il resté ?La réforme protestante a eu lieu parce que le terrain était prêt.C\u2019est la diffusion et la profondeur de la foi qui sauvent l\u2019Eglise, comme c\u2019est la superficialité et 1 anémie qui peuvent la perdre.Le succès de Luther ne saurait donc s expliquer par la seule force de sa nouveauté et de sa réponse à certains besoins ; il faut y ajouter la coopération intéressée des princes, I opposition anti-italienne, I ambiguïté même de sa réforme qui, charriant des éléments catholiques avec des éléments anticatholiques, pouvait se présenter comme étant au nom de 1 Eglise 71 Revue Dominicaine véritable.Certes, on pourra bien dire que cela est distinct au plan des principes, mais que lorsque I on est engagé existentiellement et affectivement surtout dans des situations bistoriques, il est difficile de voir où est le vrai et où le faux.Mais, la réponse encore là est celle de la foi éclairée.La foi est une lumière.Quand la foi devient une lumière fumeuse, elle conduit de I ambiguïté à la confusion, à l\u2019aveuglement et finalement à la dissidence ouverte ou cacbée.Pourquoi Martin Luther n\u2019est-il pas devenu saint Martin Luther ?Lutber ne fut pas le seul à gémir sur bien des imperfections dans I histoire de I Eglise.Saint Bernard et sainte Catherine de Sienne l\u2019ont fait bien avant lui.Mais comment se fait-il que Bernard est devenu saint Bernard et Catherine de Sienne sainte Catherine de Sienne ?tandis que Luther est devenu hérétique et a entraîné dans I hérésie et la dissidence une portion immense du peuple de Dieu ?Eh bien, c\u2019est qu\u2019il a manqué à Luther, mais non aux autres certaines dispositions fondamentales pour tout chrétien qui veut le plus grand bien de l\u2019Eglise : une charité suffisamment grande pour recouvrir et racheter la multitude clés péchés ; une volonté inébranlable de se situer et de rester dans la communion catholique au lieu de vouloir se placer en dehors d elle pour la réformer ; une patience invincible fondée sur la foi en la présence indéfectible du Christ et de I Esprit-Saint dans 1 Eglise qui seuls sont à la source profonde des rajeunissements et des réformes de I Eglise ; enfin, une intelligence assez sereine et une volonté assez humble pour se mettre à l\u2019école de la Tradition, des sources du christianisme et croire qu\u2019on peut y trouver tous les remèdes nécessaires à la Rénovation.En sortant de ce film, un protestant concluera peut-être : voici en Martin Luther un témoin authentique de Dieu qui a eu le courage de s élever au nom de la conscience chrétienne et de la parole de Dieu contre I institution ecclésiastique la plus importante de son temps, et qui renversant le croyant de siècles de christianisme faussé par le catholicisme, 72 A PROPOS DE LA CONTROVERSE AUTOUR DU FILM « MaRTIN LuTITER » a réussi en s appuyant sur Dieu à rénover I Eglise Je Dieu.Par contre, un catholique, lui, ne saurait que conclure : voici en Martin Luther un homme qui pour avoir mal compris le mystère Je l'Eglise i\u2014' établi sur le moJèle Ju Verbe incarné, en humanité et en Jivinité - et s être appuyé sur son jugement seul contre toute une traJi-tion Je Joctrine et Je sainteté, interprétée par un magistère infaillible, sacrement Ju magistère Ju Christ, a mis en cause, contre la promesse même Ju Christ, la présence permanente Ju Christ Jans son Eglise, et finalement, n ayant pas su reconnaître le Christ Jans son Corps mystique, n\u2019a pas su reconnaître non plus son Eglise.Loin J avoir rénové I Eglise, il a Jéchiré le peuple Je Dieu, et, pour avoir couru après un mirage J\u2019Eglise, il est passé à côté Je I Eglise véritable sans la reconnaître.Ce film nous fait mesurer une fois Je plus le prix Je I Unité et la tristesse infinie Je la Jivision religieuse.BernarJ Lambert, O.P.75 Saint-Denys-Garneau et le drame de la jeune poésie canadienne « La jeune poésie canadienne vous intéresse, m\u2019a-t-on dit ?Mais lisez donc Saint-Denys-Garneau.C est lui le plus fort ».Nous I avons lu et, connaissant le coryphée, nous connaissons maintenant cent fois mieux le chœur.1.rw Saint-Denys-Garneau L œuvre de Saint-Denys-Garneau a aujourd hui grande presse : elle a reçu les honneurs d une réimpression, et dans une collection de demi-luxe \\ Nos critiques patentés, souvent féroces, ont désarmé devant elle.Ln climat aussi sympathique suffirait à nous la rendre moins aimable, à nous sujet très récalcitrant.Mais nous nous fîmes violence et avant que de I aborder, nous congédiâmes l\u2019homme à parti pris.Au physique, et d après la photographie liminaire de la dernière édition, une tête séduisante : lèvres serrées, moustache d\u2019abondance bien latine, regard triste, mais ferme, aucun défi au bourgeois, dans le costume et la chevelure.Un peu plus et nous souhaiterions que la poésie de I auteur ressemblât à sa photographie ! Nous lûmes.Nous relûmes, un peu par plaisir, surtout par équité.Nous cherchions le poète aux lèvres serrées et franches, et parfois nous découvrions un danseur battant l\u2019entrechat dans le vide absolu.Un poète resté enfant (Garneau n a-t-il pas écrit à un âge guère plus avancé que Nelligan ?) construisant ses poèmes avec autant de fantaisie qu\u2019un bambin ses châteaux de cartes.Et puis, à côté, l\u2019esthète décadent qui pour raffiner, substitue aux habituelles exclamations du lyrisme traditionnel, des borborygmes, des cris à peine articulée.En voilà assez pour une première impression.En définitive, I œuvre ne vaut-elle pas davantage par sa partie primitive que par sa partie posthume, et même, des Regards et jeux dans L Poésies complètes, collection du Nénuphar, Fides, 1949.74 Saint-Denys-Garneau et le drame de la jeune poésie canadienne l\u2019espace, ne devons-nous pas dégager les réussites des échecs et des insuccès ?Cette poésie, tout accidents, s expose à ce tri presque spontané.Les premières suites : Jeux, Enfants, Esquisses en plein air, souvent adorables, trahissent les frais vingt ans de I auteur : Joie de jouer l paradis des libertés ! ( p.37) Nous aimons assez cet enfant que le poète flanque devant une « piastre de papier vert » (p.38) : un art tout allusif fuit I anecdote, mortelle en poésie.Rivière de mes yeux n est pas indigne des haïkaï que Paul Claudel rapporta du Japon.Le reste du recueil, de moindre valeur, contient cependant une angoissante Maison fermée, très canadienne d inspiration.Plus loin, une image de grand poète nous peint un homme devant la mer : Et nos bras sont à nos côtés Comme des rames inutiles, (p.90) Malgré l\u2019intérêt quelque peu décroissant du recueil, l\u2019auteur, au lieu d une queue de poisson, nous menage pour la fin Accompagnement, de loin la pièce la plus forte du recueil : Je marche à côté d une joie.(p.101 ) Rien de plus rare que le monologue chez un homme d un haut idéal : à côté d\u2019un moi qui vit, un moi qui juge.Dans I hallucinante Nuit de décembre (à notre avis, de loin la plus belle, la seule que ne gâte pas la rhétorique) Un pauvre enfant vêtu de noir s\u2019était penché sur la vie de Musset.Il lui ressemblait comme un frère : ce qui s\u2019appelle en psychologie dédoublement de la personnalité.Le poème de Garneau, cl un art évidemment inférieur, apporte néanmoins quelques nuances.Certaines âmes, bornées ou jouissant d une heureuse pénurie de vie intérieure, n\u2019ont jamais de sentiments « à côté » : elles 73 Revue Dominicaine rient et pleurent, mais successivement.Ce n\u2019est pas le cas de Garneau ! Parfois le témoin se dissocie de I acteur, non par opposition, mais par impartialité.Ainsi ce romancier qui notait dans son journal intime : « Je ne me révolte pas contre la mort possible : mais l\u2019extinction de cette flamme sensible que j\u2019ai toujours vue briller à côté de moi me terrifie comme la perte d un de ces êtres ^ tel qu\u2019il y en a ^ et qui nous sont plus cbers que nous-mêmes ».Le recueil posthume Solitudes me paraît de qualité inférieure.Regards et jeux, d une hermétisme temperé, déplaçaient encore beaucoup d air : maintenant on ne respire plus.On aperçoit quelques lignes, quelques surfaces, jamais la sphere totale.Presque plus de jeux dans I espace ; au contraire beaucoup et trop de départs à grand tapage pour conquérir le monde : et I on n étreint que de mornes fantômes ! Il semble que I art de Garneau soit arrivé a un complet découragement que traduirait une non moins complète aliénation verbale.Ombre errante, avant d atteindre le pays des ombres : Garneau ne serait-il pas devenu cela ?On le dirait, à lire le plus beau des posthumes : Il y a certainement quelqu\u2019un qui se meurt, (p.204) Il aura donc été par excellence le poète de I enfance et des jeux.Lncore de I enfance if semble avoir eu une nostalgie, quelques retours de flamme, plutôt qu une présence.On conserve l\u2019enfance : on ne la conquiert pas.Orphée aux Lnfers perd son Eurydice en se retournant vers elle.Marcel Proust et Alain-Fournier, les yeux tendus sur le « vert paradis », ont tous deux subi le sort d Orphée.Benda, à coup sûr, qualifierait leur quête de « belphégorienne », puisqu\u2019elle les livre à l\u2019impossible et à I irréel.Autant que Proust et Fournier, la plupart d\u2019entre nous avons perdu notre Eurydice.Durant quelques expériences poétiques, Garneau a porté en lui ses quinze ans.Mais la mort, la mort qui rôde, a tout accaparé, avant de tuer.Poète de la solitude, il a fini par n\u2019engager de dialogue qu\u2019avec lui seul.Une taie lui a caché I univers.Fe fait s explique.Un Garneau et 76 Saint-Denys-Garneau et le drame de la jeune poésie canadienne un Nelligan ont vécu dans un monde qui leur était ou qui leur semblait (il l\u2019était souvent) hostile : pratique et réaliste, il ne pouvait accepter leur poésie.Mais Nelligan n\u2019était pas hermétique.Garneau abolit de son art toute versification, toute rime, et quelquefois toute raison.Que de poèmes, il est vrai, dans les Regards et jeux se laisseraient ponctuer, voire analyser aussi clairement que du Verlaine.Ce sont les meilleurs du recueil et ils ne doivent à peu près rien au surréalisme.Garneau est bon poète dans la mesure où il échappe à ses partis pris esthétiques.Ne sollicitons pas les textes, mais n\u2019a-t-il pas lui-même fait le procès de sa propre poésie, lorsqu il écrivait : A-t-on le droit de faire la nuit Nuit sur le monde et sur notre cœur Pour une étincelle.Son œuvre, heureuse par fragments, ne réussit pas à « brûler ».Malgré quelques étincelles, elle constitue un demi-échec que nous masquera la publication du fameux journal, et cet échec symbolise en quelque sorte celui de la poésie canadienne actuelle qui ne produit rien de grand, qui piétine sur place.Nous aurons maintenant à en parler.II r\u2014 Le drame de la jeune poésie canadienne Notre poésie multiplie comme à souhait les traquenards.On a renvoyé à Louis Fréchette et autres rimeurs d illustre mémoire les délicatesses versifiées.La ponctuation s en va et qui sait si l\u2019orthographe, l\u2019espace entre les mots, les mots ne subiront bientôt le même sort ?Tyrannie du poète I Le lecteur est rétif, mais la muse apparaît au premier signal et ses balbutiements passent sur le papier sans la plus petite modification, à moins qu\u2019on ne veuille faire plus primitif, plus spontané.Au contraire de l ange de Valéry qui chante : Calme, calme, reste calme, notre muse mo dern-style murmure : Trouble, trouble, reste trouble.77 Revue Dominicaine On n a jamais vu encre plus noire.Tourmentés d\u2019une « désespérance existentielle », nos poètes nous invitent à descendre dans leur subconscient.On ne les y a pas suivis évidemment, mais ils ont paru si forts, si profonds, si originaux qu\u2019on leur a déniché les parrains les plus étonnés de se voir rassemblés : Kafka, Rimbaud, Jean de la Croix.II en est résulté ceci, disons-Ie en toute franchise : Si le roman agreste et folklorique a produit un nombre limité, mais incontesté d\u2019œuvres de premier ordre : Trente arpents, Menaud, le Survenant, si d\u2019autre part, le roman de mœurs commence de fructifier (le roman psychologique demeurant notre partie faible) pas une complète réussite poétique depuis A l ombre de l\u2019Orf ord (je n excepte pas Saint-Denys-Garneau).« Crise de croissance et fièvre sourde » : Pierre-Henri Simon intitule ainsi un article sur le Canada français dans le Monde du 22 décembre 1953.Cet observateur perspicace a constaté dans nos milieux montréalais la naissance de cercles existentialistes, plus nocifs peut-être que leurs équivalents parisiens.Aurions-nous perdu notre « sagesse » légendaire ?Notre jeunesse compte maintenant toute une bohème réactionnaire : sans-culottes, suicidés et apprentis suicidés.Les manifestes genre « refus global », produits du désaxement, ne sont pas des canulars de collégiens.Mais ne croyons pas sottement que nos « poètes d avant-garde » appartiennent tous à ses groupes ï Chez bon nombre d\u2019entre eux, l\u2019esthétique est plus en cause que l\u2019éthique ou la Métaphysique.Cependant il reste acquis que la débandade poétique coïncide avec une anarchie morale et intellectuelle.Sans toucher davantage ce problème, nous nous contenterons ici de suggérer quelques orientations, ainsi que de dénoncer quelques erreurs.Mais pourquoi d abord faisons-nous toujours écho ?Les Français qui veulent bien nous lire, flattés de leur voir revenir de I autre côté de I Atlantique du Rimbaud et du Claudel, ne peuvent réprimer ce sourire indulgent qui nous agace tant.Quand enrichirons-nous la culture française, sans que Paris nous donne le ton ?Nelligan, lui-même, 78 Saint-Denys-Garneau et le drame de la jeune poésie canadienne notre grand Nelligan, souffre de n\u2019avoir pas oublié ses Flamands et ses symbolismes : trop de cygnes wagnériens, trop de navrances et de noncbaloirs, trop de princesses des songes en allées, un lys à la main.Sans doute il se fût corrigé, s\u2019il n\u2019avait subi le sort que l\u2019on sait.Mais nos copistes, à les prendre en bloc, n ont même pas le piètre mérite de la fidélité.Aux mainteneurs de traditions, quoique innovateurs en maint domaine : par exemple Valéry, le Valéry du Cimetière marin, et Moréas, le Moréas des Stances, nous avons préféré les surréalistes, les futuristes et, pour être à la page, les existentialistes.Devenu existentialiste du jour au lendemain, on ne s\u2019est pas aperçu que l\u2019existentialisme périclite en France, du moins son avatar sartrien.Autant qu\u2019un système philosophique, il est devenu une élégance retournée d\u2019adolescent.« Je suis existentialiste », dit la chanson.Notre mendicité littéraire nous expose à toutes sortes de ridicules.Il eût fallu oublier un peu Paris et conserver, continuer ce qui était nôtre.Fréchette et Crémazie avaient chanté la patrie avec un grand P, sur le mode abstrait et oratoire.Plus avisés, Nérée Beauchemin et Alfred Desrochers l\u2019ont peinte dans ses aspects régionalistes, et en sonnets plutôt qu\u2019en odes.C\u2019était modeste, peut-être mineur, mais au moins original.Restait à élargir le cadre, à lui donner des aspects épiques, à insuffler vie à nos arbres et à nos toundras.Mais c\u2019est un prosateur, Mgr Savard, non un poète, qui a libéré les nymphes de nos fleuves et de nos forêts.Les Français, versificateurs et chansonniers, célèbrent leur Seine depuis mille ans et nous laissons sans consécration notre Saint-Laurent.Certes les jardins de Régnier, les trois marches de Musset supposent un large fond d histoire.N importe I Que la poésie suive le parcours de la charrue et de la hache.J\u2019aime assez cet écrivain qui, compagnon des défricheurs, défricheur lui-même, procède à un abatis poétique.Nous sommes un peuple pratique, positif, bourgeois.Qu à cela ne tienne ! Nos poètes eussent dû conserver le réalisme de I esprit, au lieu 79 Revue Dominicaine de bousculer une clientèle friande de confort moderne, ou plus souvent, profiter de son inexpérience littéraire pour exploiter son snobisme.Pourquoi notre poésie ne se ressentirait-elle pas du bel équilibre économique de notre pays, de la grosse sagesse paysanne de nos classes ?C est quelque chose, le réalisme poétique, même si Eluard et Aragon l\u2019ont conquis au prix de bien des platitudes bolchévistes.Nous exécutons des ronds de jambe au moindre rappel de nos crigines latines, mais nos poètes ont le lyrisme teutonique et Scandinave.Assez de gratuités I Nous crions : « Vivent nos humanités » (encore que nous envoyons les auteurs grecs aux Enfers) mais où trouver, et dans quelles strophes, la sagesse lucide des Anciens ?Pour un Grec, le beau se confond avec le bon et le vrai.Le jeune héros Spartiate de Lycurgue « garde sa beauté s\u2019il vient à succomber dans les premières lignes ».A Nauplie et à Capri, la mer est belle parce qu elle ne cède rien du fond de 1 eau.Pourquoi faut-il que nos poètes se meuvent en eau trouble ?Les drapés de la statuaire grecque, les tragédies de Sophocle et les épîtres de Sénèque nous enseignent la sagesse.L homme, jeté dans l\u2019univers, conserve, devant le mystère et la mort, son calme, sa placidité^ son eurythmie, son égalité d\u2019humeur.La révolte ne sert à rien.Après avoir participé à toutes les folles équipés symbolistes, un Moréas pudique, quoique souffrant, enfin apaisé, écrit ses Stances où plus rien ne subsiste du cabotinage antérieur.Mais tant de stoïcisme inquiète.La sagesse, renfermée sur elle-même, confine à I ataraxie.Où se termine la sagesse, la sainteté doit commencer.Pas avant.Que nos poètes se le rappellent avant de tenter les voies de saint Jean de la Croix, ou les voies du « surréel » qu\u2019ils confondent naïvement avec celles du surnaturel.Paris 1954 Jean Ménard 80 La révolution athée contre la civilisation chrétienne Préface C\u2019est un honneur pour moi d\u2019avoir à signaler à I attention de mes compatriotes le présent essai : La révolution athée contre la civilisation chrétienne.Je dis bien honneur.Car le livre de K.N.Iordan se situe pour le lecteur, et pour le lecteur chrétien en particulier, Lien loin par delà le bien et le mal de toute littérature ou esthétique bien que fort heureusement réalisé quant à leurs disciplines /\u2014« dans la zone du primordial et de 1 essentiel : le sort de la civilisation qui l\u2019a mis au monde de la prédestination ; lui a donné la protection la plus efficace quant aux biens terrestres dans ce qu ils ont d\u2019authentique ; réconfort enfin et espoir pour toujours, en transcendant sa destinée humaine.C est un lourd sujet, mais 1 époque n est guère aux frivolités.Il est naturel qu\u2019aux heures tragiques de Fhistoire de l\u2019humanité comme de l\u2019individu, le primat des préoccupations intellectuelles soit la métaphysique.Premier livre de l\u2019auteur, le choix du thème atteste donc amplement du sérieux de son esprit, de la hauteur de son souci d écrivain et de la conscience qu il a de sa mission.K.N.Iordan est un jeune bulgare, au pays depuis deux ans ; maître ès arts chez nous, il joint à une vaste culture générale et sociale, philosophique en particulier, une expérience directe /\u2014 les ayant vécues sur place, derrière le rideau de fer ' des révolutions marxiste et communiste.J\u2019insiste sur la culture générale de l\u2019auteur.En fait, il eût pu tout aussi bien, tant foisonne sa riche personnalité, se faire musicien, philosophe, sociologue, critique, etc., que sais-je.quelques éminentes personnalités impressionnèrent le jeune intellectuel et, à leur insu, orientèrent ses recherches.En Bulgarie d\u2019abord, où il attribue volontiers au Dr Mla-denov l\u2019imprégnation de son esprit de toute la richesse philosophique du christianisme ; puis à un parent, Petar Bratkov, son intérêt marqué pour les sciences sociales.K.N.Iordan aime évoquer la pluralité des aspects 81 Revue Dominicaine intellectuels chez le Dr MIadenov.C\u2019est un brillant médecin, un linguiste distingué, un bibliophile passionné d éditions originales, dit-il.Mais, sans conteste, le titre majeur du Dr MIadenov à l\u2019admiration, c\u2019est d\u2019avoir publié des ouvrages importants comme sur Beethoven, Wagner, etc., tout en étant un commentateur plein d autorité de la pensée de Bergson dont il fut d ailleurs 1 élève.Pour ce qui est de Bratkov \u2014 éminent avocat, économiste, sociologue et politicien son nom devint célèbre lors du retentissant procès du grand tribun démocrate Nicolas Petkov, condamné en 1948.Cependant, une autre providentielle rencontre pour le développement intellectuel de I auteur devait bientôt se produire.Alors qu\u2019ayant fui la Bulgarie, afin de sauvegarder sa liberté de conscience, il poursuivait en Yougoslavie des études de droit, il eut le bonheur d\u2019être remarqué de M.Svetoslav Bojovicb, professeur de droit constitutionnel à I Université de Belg rade.Esprit de grande envergure et essentiellement critique /\u2014* de culture universelle et d un dynamisme entraînant, M.Bojovicb s intéressa à son élève, îe conseillant sur la voie à suivre, après qu il eut constaté la vigueur de son raisonnement, la flamme de sa conviction et de son éloquence ; bref, ses dons incontestables pour la dialectique sociale et politico-philosophique.K.N.Iordan aime rappeler ces noms prestigieux comme étant les Sourciers de ses meilleures possibilités.4-\t»{' 'K Esprit objectif, pénétrant, et comme empreint de cette gravité prématurée que donne une jeunesse passée au sein de bouleversements politiques et sociaux aux conséquences vitales, M.Iordan ajoute ici, dans la première partie de son ouvrage, à une maturité exceptionnelle de la pensée, le fruit d une érudition considérable où d ailleurs il se meut avec infiniment de dextérité la critique dira sûrement avec autorité comme à travers tout le livre d\u2019ailleurs combien l\u2019esprit du Cbrist respect de l\u2019homme, fraternité, liberté, solidarité \u2014 se confondant avec la loi morale non écrite et le droit naturel, combien l\u2019esprit du Christ, dis-je, suffit à tout ; si bien que même les révolutions soucieuses de bonheur humain n\u2019ont pu mieux faire que lui emprunter inconsciemment ses valeurs.Toute cette première partie semble un immense panorama de l\u2019histoire de la civilisation chrétienne, panorama à l\u2019intérieur duquel il s\u2019agit d une non moins vaste synthèse avec toutes les incursions qui s imposent dans les domaines connexes de l\u2019art, de la littérature, de la sociologie, de la philosophie.Synthèse d\u2019abord ; mais déjà là l\u2019on découvre l\u2019analyste des idées, définition par excellence du talent de K.N.Iordan et que la seconde partie de l\u2019ouvrage nous affirmera de façon si péremptoire.Tout y est substance.Oui, le texte est dense (mais le sujet 1 est-il moins ?), même touffu parfois.Car on imagine ce que l\u2019envergure d\u2019un tel thème entraîne de ramifications dans toutes les manifestations de I esprit humain et d\u2019irruptions répétées dans les époques, les nations, les idéologies.C est à l\u2019honneur de l\u2019auteur d\u2019avoir quand même pu conserver, en dépit de l amas des matériaux, la clarté dans l\u2019exposé et dans les déductions.Cette réussite, sans doute la doit-il à sa méthode d\u2019avoir conçu et réalisé son ouvrage avec un sens aigu de la morphologie de I histoire et comme un tout organique, dans les cadres du temps historique certes, mais aussi de la durée interne, sans fissure.De fait, la cohérence, la continuité intérieure, l\u2019unité de l\u2019ensemble comme aussi une sorte de chaleur sous-jacente rendent vivant et ainsi de consommation moins austère pour le lecteur, ce qui n\u2019eût pu être autrement que schématique information historique.83 Revue Dominicaine Quand à la deuxième partie, I auteur a mis là non seulement les connaissances théoriques dont il est si Lien nanti >\u20141 incidemment, j aimerais souligner qu il connaît de source directe les philosophies de Marx et de Engels, ce qui n\u2019est pas aussi courant qu\u2019on le pourrait croire mais les réflexions longuement mûries que lui a fournies une expérience sur place de la révolution communiste.L auteur eût pu exploiter ici l\u2019argument concret et pathétique de l\u2019épreuve surhumaine que le régime communiste impose aux peuples qu il assujettit, mais l\u2019aptitude de son esprit pour le maniement des diverses idéologies, en le contraignant à une objectivité rigoureusement scientifique, lui fit chercher refuge au havre de la pensée pure.M.Iordan ny est pas là non plus que 1 historien de ces révolutions contemporaines.Comme à son habitude, il en donne une analyse énergique, serrée.Trop souvent et même l\u2019élite de nos intellectuels \u2014> ou n a pas vu.Dans les perspectives d un humanisme de choc et de sang, le sacré ne peut être conçu comme une harmonie, il a autant d affinité avec I horrible qu avec le beau.Les monstres dans lesquels il s exprime sont la face tragique du destin, les signes accusateurs du désaccord de 1 homme et du monde.Dans ce désaccord est pour Malraux la racine du sacré : I angoisse en est le sentiment ; I art sacré, cette angoisse incarnée \\ La déformation tragique du masque serait donc essentielle ici ; on lirait 1 action déformante du sacré à travers tous les arts du monde.Et voici le Parthénon rejeté dans le monde profane.La procession des Panathénées est une harmonie.Elle n est composée que de rythmes humains, mais elle est belle.Et la beauté ici n\u2019est pas tellement dans les visages : elle est dans tout.II n y a rien que de naturel.Nulle déformation dans le corps, même pas dans le vêtement : les plis tombent selon leurs lois.Ce sont les 2.Malraux, Psychologie de l\u2019Art, II, 126.Skira.101 Revue Dominicaine formes humaines dans leur intacte beauté.C\u2019est leur accord avec le monde.Et voilà le sacré.Pour Malraux le sacré n est qu au prix d un désaccord : il est le masque d un destin tragique.Pour nous il est vrai qu il y a désaccord : il y a péché.Mais le péché ne détruit pas la nature et son ordre que fa grâce relèvera.Déjà la beauté de cet ordre est un reflet de Dieu ; « les créatures, comme le dit saint Thomas, par leur beauté manifestent la divine sagesse » \\ Par le seul rythme de leurs formes les Panathénées nous mettent sur le chemin d une beauté plus haute.Les visages grecs parlent peu ; agissent peu.Ceux qui subsistent sur la frise du Parthénon n ont pas la puissance expressive du masque d Aton-en-Aton ou même du sphynx : un seul est vivant, celui de la première jeune fille qui va présenter son offrande.Qu a-t-elle vu ?On n approche pas la divinité sans effroi.Pour un grec I au-delà est chose horrible à voir ; fa sagesse devant le destin est de fermer les yeux.Nous n avions vu que la face apollinienne du Sacré ; la face dionysiaque et infernale demeure dans l ombre mais la voici.Sur le marbre du Parthénon les yeux des autres jeunes filles sont sans vie.Le regard de celle-ci dit une horreur sacrée 1 2.La procession des Panathénées évoque le plus grand que I homme ; mais elle ne nous y mène pas.Le beau chemin s arrête sur h abîme.L Inde donne-t -elle un autre conseil que la Grèce ?Sans aucune déformation, par la seule immuabilité, la tête de Bouddha est un visage du Sacré.La figure humaine en Asie a pour signifier I au-delà un pouvoir inconnu des grecs.Le sourire énigmatique et les yeux clos de Bouddha semblent nier ce monde-ci pour un autre ou pour le néant.Le visage de la Bodisatva est la splendeur d\u2019une béatitude.Mais son ironie est moins humaine que celle de I ange de Reims.Pourtant 1.\tCo.in Is., I, V.2.\t«Il serait intéressant de rapprocher ce regard horrifié de tel ou tel des masques de Picasso ou de Céramique mystique de Paul Klee » (Cf.L\u2019Art moderne, chez Skira).102 L Art sacré figuratif le rapprochement s'impose.La fleur de la spiritualité hindoue semble nous dire comme celle des cathédrales : le destin de 1 homme est plus grand que l\u2019homme.II y a une différence.Pour le peuple des cathédrales ce destin surhumain n est pas ailleurs : il est dans I homme : et il y est vivant.Rien n\u2019est plus suggestif que de comparer un visage de Bodisatva avec une figure chrétienne.A Chartres, à Reims, à Strasbourg, comme à Florence ou à Rome \u2014 l\u2019énigmatique au-delà signifié par le mince sourire devient chose vivante.Le surnaturel n\u2019est pas de l\u2019éther : il a des muscles.Le Moïse de Michel-Ange est un saint de l\u2019ancien testament mais il est fils de Michel-Ange ; il appartient à I ère de I Incarnation.Dieu s est fait chair ; la grâce de Dieu circule avec le sang de 1 homme.Et voici un homme nouveau.Devant le Moïse de Michel-Ange comme en présence des figures de Chartres ou de Pise on assiste à la transfiguration du visage humain.De tout l\u2019homme.La main, les muscles du bras, les volutes de cette barbe chargée d\u2019orage, tout dit une puissance surhumaine.Le sacré n est plus un au-delà de I homme : il est dans I homme.Et l\u2019art sacré est investi de ce redoutable pouvoir : manifester dans î homme la vie divine.Pour saisir la difficulté à son point crucial il faut que 1 art sacré rencontre cette vie divine et humaine là où elle est dans sa plénitude : chez le Fils de Dieu fait homme.La figure du Christ est la croix de l\u2019Art Sacré.Puisque Dieu a pris figure humaine i\u2014> la forme humaine est, semble-t-il, le meilleur moyen d exprimer le mystère de Dieu.Pourtant saint Clément d Alexandrie, Tertullien, Origène s opposent à la représentation du Christ sous la forme humaine1.Pourquoi ?Parce que la forme corporelle cache la Personne divine.Le mystère du Christ est spirituel : il ne peut être entendu que par I esprit.Ce n est pas en voyant 105 Revue Dominicaine Jésus et en le touchant que les apôtres l\u2019ont connu : c\u2019est en entendant sa parole, comme nous, dans la foi.Cependant le Verbe s\u2019est fait chair : ses paroles ont forme et couleurs.Les paraboles ne pourraient-elles être illustrées ?Elles sont des images.Et I histoire du Christ est une succession de tableaux : Dieu en se faisant chair est descendu comme le dit saint Bernard « jusque dans notre imagination ».Avec sa grâce nous pouvons imaginer Dieu.Nous pouvons donc le peindre.L\u2019art chrétien sera cette grande parabole écrite par les artistes en marge de l\u2019Evangile.Parabole vécue par 1 Eglise, nourrie de sa vie, elle s\u2019inscrira dans les figures de son culte, les formes et 1 ornement de ses églises, elle sera l\u2019orchestration de sa liturgie.Et au centre de la parabole il y a le visage du Christ.Les premiers artistes chrétiens étaient habitués aux formes, aux styles du paganisme.De la même main qu ils peignaient un Apollon ils interprétaient le Christ.Et cela se voit, même au tombeau de Galla Placidia qui serait selon Bréhier le premier monument de I art chrétien F La beauté corporelle n est pas au niveau du mystère du Christ.1_ e corps humain peut être une gêne pour aller à Dieu.Pour dire la beauté intérieure du Christ la beauté du corps si elle ne lui est accordée n\u2019est qu une dissonance.Michel-Ange lui-même n a-t-il pas été pris au piège ?Son Christ à la colonne est le prototype des « sulpiceries » contemporaines : parfaitement inexpressif, presque laid.La beauté du Christ ne peut être séparée de son mystère.Cet homme auprès d une colonne est un homme quelconque.Et il a perdu 1 humaine beauté pour n avoir pas gagné la divine : il n\u2019a pas de sens.Devant ce Christ comme devant nos Sacré-Cœur de pacotille on se demande si I ordre habituel des lignes ne doit pas être brisé pour être sauvé du vulgaire, du laid.Et F on se tourne vers le Christ d Assy.N\u2019est-il pas autrement expressif du drame de la Passion ce corps indiscernable 1.Louis Bréhier, L\u2019Art chrétien, 1926, Paris, éd.Henri Laurens.J\u2019ai exposé mon avis sur ce point dans un article de la Vie, Spirituelle (août 1951).En réalité le Christ du mausolée de Galla Placidia est un Apollon habillé en Christ.C\u2019est de l\u2019art profane sur un thème sacré.104 L\u2019Art sacré figuratif du bois de la croix ?Déchiqueté, tordu comme un tronc d\u2019arbre frappé de la foudre ; il ouvre de grands bras qui disent encore la puissance salvatrice I Peut-être y a-t-il plus de vérité dans ce monstre \u2014 et plus de beauté \u2014 que dans le Cbrist de MicLel-Ange.Mais est-ce bien la vérité du Cbrist ?Le corps ouvert comme une viande de boucherie, les jambes coupées, la tête écrasée font de cette charogne un instrument d\u2019épouvante.L aspect terrible du mystère est ici tout entier, mais 1 admirable ?Ce n est plus du sacré, c est du sinistre.Reposons-nous de cet horrible spectacle.Le Cbrist de Gauguin étend ses bras exsangues sur une paisible campagne bretonne.L abstraction de la forme ne laisse pas d\u2019exprimer la paix en même temps que le dénuement.Ce Cbrist est humain, un peu falot peut-être.Le drame disparaîtrait et rien ne resterait de sa grandeur divine si la tête n était admirablement expressive de pardon et de paix.Et ceci démontre aux artistes le danger de tenter une image du Christ sans respecter la forme humaine.Ln peintre contemporain conscient de son impuissance à exprimer le mystère de Jésus se refusait à peindre son visage : « on ne peint pas la figure du b ils de Dieu ».Mais il avait peint son corps.Alors ?Il remplaça la tête par un triangle I En vérité la figure humaine ne peut évoquer le mystère du Christ sans être changée.A tous les âges les artistes ont cherché le secret de cette transformation.Pour conquérir son originalité, 1 Art chrétien a exploité tous les arts.A l\u2019Egypte et à l\u2019Orient, il a emprunté la géométrie hiératique des formes sacrées.Le Christ de Baouit en Haute-Egypte, nous donne la même impression de transcendance que les christs des absides byzantines, celui de Monreale, par exemple.Les techniques sont diverses : fresques à Baouit, Mosaïque à Monreale.Diverses les formes.Mais ici et là, on est conduit à un dépassement des techniques et des formes par un même mouvement.A Baouit, les yeux grands ouverts, I arcade sourcilière, le front, la chevelure, dessinent des zones concentriques qui nous entraînent dans une 105 Revue Dominicaine sorte de spirale, enfin épanouie dans le nimbre circulaire.Le nimbe s impose à Monreale comme à Baouit mais plus subtilement.Dans la mosaïque byzantine, le dessin est cacbé dans Tunage.Et nous ne savons comment ce « Pantocrator », penché sur le monde, nous enveloppe.Cette main qui nous bénit, cette main qui offre le Livre, épousent si parfaitement le mouvement de I abside qu\u2019on ne songe pas à les en séparer.Et elles prolongent exactement le long regard sous la vaste chevelure en bandeau.Le cœur, les mains, le regard sont un message de tendresse.Sentiment humain ?Et si grandiosement associé à une immobilité monumentale qu il évoqué un au-dela de tout sentiment.On va au mystère de la Personne divine.Au delà de toute psychologie humaine, l\u2019Art chrétien, pour évoquer le mystère du Christ, a dû atteindre à une grandeur métaphysique.Cette grandeur n est-elle pas en germe dans les arts sacrés qui ont précédé le christianisme ?On retrouve des procédés identiques dans T Art chrétien et dans I Art aztèque.Ce ne peut être influence réciproque.L\u2019allongement du nez dans un masque précolombien ou dans un Christ roman ne peut provenir que d une même nécessité interne.Les formes ont un sens.Et si Rouault impose à ses christs le même allongement, n\u2019est-ce pas pour signifier la même transcendance ?Cette déformation hiératique n\u2019est pas caprice.A vrai dire, elle n est pas une déformation.C est la nature qui déforme dans un visage contracté par la douleur : et c est le hiératisme qui sauve la forme en lui imposant son dessin.Si I Art n\u2019était qu\u2019imitation de la nature la beauté du Christ se perdrait dans sa Passion.Merveille du hiératisme I La face la plus ravagée est aussi la plus belle.Dans la peinture de la mort du Christ, l\u2019art chrétien est allé au terme de l\u2019horreur et il l\u2019a dépassé.Plus que le Christ Tlsenheim, celui de Perpignan exprime l\u2019intensité de la lutte, et l\u2019horreur d\u2019une bouche convulsée se cristallise dans la stylisation de ces lèvres.Le hiératisme 106 L\u2019Art sacré figuratif accentue la tension de toute la face : il la fait plus affieuse, et en meme temps, il en fait saillir la surhumaine beauté.L art chrétien a eu toutes les audaces.La vérité de I Incarnation et des souffrances du Christ a parfois revetu la forme la plus hideuse et I a transfigurée.Le Christ de Marcovaldo serait la bestialité même : cette masse de chair molle et malade, ce cou goitreux, cette face lourde, n auraient plus rien d\u2019humain s ils ne rayonnaient le Divin.L allongement des traits s\u2019apparente au mystère des yeux exagérément fendus et clos sur leur douleur.Un nimbre doré enveloppe cette chair tuméfiée et son poudroiement sur elle est celui d une gloire supra-terrestre.Nul reflet divin ne sauve le Christ de Grünewald de 1 abomination, mais la seule grandeur de la tragédie.N est-ce pas dans la même orientation tragique que Rouault a cherché le mystère du Christ ?.\u2014¦ Mais Dieu est au delà du tragique.L\u2019angoisse humaine de Jésus se fond dans un abîme de sagesse.Le premier Christ de Rouault a I œil hagard de ses clowns.Le dernier, celui d Assy, serait désespéré si 1 harmonie des lignes du corps ne rachetait par son hiératisme l\u2019horreur de son œil exorbité.Le monde moderne semble tenté par I aspect le plus misérable de l\u2019humanité du Christ.A ce Crucifié pâle et pantelant que peint Chagall, il ne reste rien, même plus la royauté de sa Croix, ce bois vermoulu qui est renversé au bord de la route.Et quand il se dresse au-dessus d un monde indifférent, c\u2019est comme un tragique mannequin : il n est plus que le Prince du Fantastique.Sommes-nous dans le profane ou dans le sacré ?Dans ces zones vagues, l\u2019imagination fuit à travers une féerie qui I amuse ou tombe dans le chaos.Quand le Christ apparaît, c est à travers le prisme déformant d\u2019une sincérité ambiguë.Est-ce le Christ que 1 artiste a peint, ou lui-même?Même inspiré par la foi, le créateur n\u2019est pas dominé par elle mais, semble-t-il, par la tyrannie de sa subjectivité.Ce que Germaine Richier a exprimé dans son crucifix, n est-ce pas 1 horreur des camps de concentration plutôt que celle de la Passion du Christ ?107 Revue Dominicaine Le Christ de Perpignan perdrait sa divinité si la beauté d'un visage humain ne nous portait au delà de l\u2019horreur.Dans ce visage, quelque chose nous apparaît qui survivra à toute destruction.Ce gage d\u2019éternité est absent du crucifix d\u2019Assy.Les bras tragiques qui nous enveloppent sont impuissants à nous sauver : ils sont comme la matière : ils n\u2019ont pas de visage.L anthropoïde de Germaine Richier a un visage, mais tellement déformé qu on ne le voit pas quand on regarde le crucifix de face ; et quand on le découvre I horreur s\u2019accroît : ce visage n\u2019est pas humain.Même défigurée par les outrages, la face humaine est une composante essentielle du drame de la Passion.Mettons un anthropoïde sans tête à la place du Christ de Grünewald nous ne voyons plus dans le rétable d Isenheim qu une scène de terreur panique.Ne savions-nous pas, au moins depuis 1 apparition des mosaïques de Ravenne, que pour dire les choses divines, l\u2019art n\u2019a pas de moyen plus subtil et plus fort que les lignes d\u2019un visage humain ?C\u2019est le réalisme de I Incarnation.II est vrai, Dieu est bien caché dans la chair.Des yeux déshabitués de la foi ne savent plus le voir dans son image.Le sentiment d\u2019exquise humanité que suggèrent les christs de Fra Angelico ne conduit au delà de I humain que les chrétiens, il est surnaturel.Un sens rien que naturel de Dieu réagit plus spontanément a un monstre babylonien qu à une forme grecque, même si la transfigure le miracle de Chartres ou de Reims.Shiva aux douze bras dansant au centre de sa roue de feu, parle plus haut que la Vierge de Reims.Pour tous les hommes, le beau ouvre un chemin vers Dieu.Par sa perfection plastique, une Pieta comme celle du Vatican nous approche du mystère de la Passion.La tragédie >\u2014¦ quand elle est celle de Dieu 1\u20141 est au delà du tragique : I Amour domine le drame et I harmonise.C est pourquoi la beauté peut nous y introduire.Dans le Christ à la colonne, il semblait que la forme corporelle fut pour Michel-Ange un piège : et elle perdait sa beauté.Ici, au contraire, sa beauté affleure radieusement, mais dans la pénombre d une atmosphère sacrée.108 L\u2019Art sacré figuratif La beauté plastique aurait-elle ce pouvoir par elle seule ?D autres « Pieta » qui ne sont pas plus belles nous émeuvent encore plus profondément.Le rétable de Villeneuve-les-Avignon r- qui est d\u2019une main inconnue r\u2014 n\u2019est pas moins savamment composé que le cbef-d œuvre de Michel-Ange.Mais la composition s\u2019oublie ici plus vite.Les formes nous portent d\u2019emblée au delà d\u2019elles.Est-ce l\u2019expression des visages ?Ceux de Jean et de Marie-Madeleine sont endoloris d\u2019amour ; celui de la Vierge, dans sa gravité religieuse, exprime une plus profonde tendresse.II y a ici plus de piété : le mouvement plus simple des plis enrobe une âme plus oublieuse d elle.Comparons seulement les deux saintes faces.On n en saurait voir de plus belle que celle du Vatican.Le profil y est réduit à cette ligne qui dit tout sans mouvement.Par la seule beauté d\u2019une vie que la mort a figée, MicLel-Ange accède au mystérieux triomphe d\u2019un Dieu mort.Mais l\u2019inconnu d\u2019Avignon nous ouvre plus grand I accès à ce triomphe en nous suggérant d avantage la profondeur du drame humain.Cette face n\u2019a pas l\u2019impassibilité marmoréenne de celle du Vatican.Elle est toute labourée par la douleur ; ses yeux sont cernés de sillons : ils sont clos sur une tragédie ; et sa paix n en est que plus grande.Dieu a laissé son empreinte sur cette chair : elle rayonne et les doigts qui I approchent semblent jouer avec sa gloire.André-Vincent 109 Le sens des faits In memoriam : Son Excellence Mgr Duprat, O.P.II repose, depuis le 18 février, dans le cimetière de notre monastère de Saint-Hyacinthe, au milieu de ses nombreux frères qui l\u2019ont précédé dans la tombe.Grand et maigre, droit et vif d allures, les années ne semblaient pas I avoir touché.Bien rusé qui aurait deviné, sous cette tête grisonnante, I âge respectable de 76 ans.Un large sourire, un œil allègre, une parole rassurante, une main franche et paternelle qui s\u2019empare prestement de la vôtre, voilà ce qu\u2019admiraient chez Mgr Duprat ses frères, ses amis, ses invités.Esprit nuancé et cultivé, grand liseur et fin causeur, il savait animer une conversation et la maintenir sur le plan théologique ou social, quoique sa ferveur allât de préférence à I histoire, à la littérature, même aux derniers exploits sportifs.En contraste avec ce côté humain, se révélait une âme profondément religieuse et sacerdotale.Son éloquence lui venait de ses convictions religieuses et, sans être un orateur véhément, il savait intéresser, instruire, émouvoir, selon le procédé de l\u2019Evangile.Les postes de commande qu\u2019il occupa chez les Dominicains, soit comme Supérieur à Québec ou à Prince-Albert, soit comme Prieur à Fall River, Mass., ou à Notre-Dame de Grâce lui ont permis d affirmer ses principes religieux.Fervent des observances monastiques, il pratiquait ce qu il enseignait.Soutenu par la contemplation et la prière il s\u2019avançait vers les âmes pour leur déverser le trop plein de son cœur d\u2019apôtre.Devenu évêque de Prince-Albert, SasL, Mgr Duprat resta ce qu\u2019il avait toujours été comme religieux, avec cette particularité que son dévouement prit les dimensions de son diocèse.II se donna tout entier à cette tâche de pasteur.Prêtres et fidèles ont bénéficié de ses sages directives, toujours opportunes, jamais jansénistes, où se révélait l\u2019esprit de I Eglise qui est avant tout lumière et vie.II n\u2019avait que des amis, et ceux qui sont accourus nombreux à ses funérailles, malgré le vent, la neige et des routes impraticables, affirmaient bien haut leur attachement à cet évêque.Cette page qui ne veut être qu\u2019un modeste hommage au grand disparu avant que ne paraisse sa biographie que rédige le T.R.P.Pro- 1 10 Le sens des faits vincial, cette page nécessairement incomplète les journaux ayant signalé les grandes dates de sa vie \u2014 voudrait exprimer les regrets et les sympathies de tous les amis de Mgr Duprat et, d une façon spéciale, de tous les lecteurs de la Revue Dominicaine.La Direction Le Sanctuaire de Notre-Dame du Rosaire et de Saint-Jude 1 La visite de Son Eminence est pour nous tous un insigne honneur et une cause de très grande joie.Je suis certain d\u2019exprimer vos sentiments en lui disant que nous le recevons non seulement comme un pasteur estimé et vénéré, mais aussi comme un père tendrement aimé, dont la présence est toujours désirée et la vibrante parole toujours appréciée.Ai-je besoin de vous dire, Eminence, que vous êtes ici chez vous ?Vous l\u2019êtes à bien des titres, mais particulièrement parce que vous avez été le principal artisan de l\u2019établissement de ce nouveau sanctuaire marial dans votre ville archiépiscopale.Si nous sommes ici, s il y a ici aujourd\u2019hui un sanctuaire du Rosaire, c est grâce à vous.Les théologiens nous disent que Dieu récompense d ordinaire ses fidèles serviteurs en leur demandant plus de sacrifices et un détachement plus grand, en leur fournissant des moyens parfois douloureux de l\u2019aimer davantage et de travailler plus efficacement à sa cause.De même, semble-t-il, la meilleure récompense qu\u2019un chef religieux puisse accorder à ses collaborateurs, ce n\u2019est pas le repos ni les honneurs, mais 1 action apostolique et les moyens de mieux travailler au salut des âmes et à leur propre sanctification.En nous confiant cette chapelle, Eminence, vous nous récompensez à la manière du Bon Pasteur ; vous nous fournissez des moyens de mieux travailler au salut des âmes ; vous nous permettez de remplir plus fidèlement notre vocation dominicaine, dont I une des principales caractéristiques est la dévotion et la prédication du saint Rosaire.Depuis plus de sept siècles notre Ordre a été constamment mandaté par I Eglise pour répandre et prêcher cette admirable dévotion.Et nous entendons toujours au fond de nos âmes l\u2019appel de saint Dominique à la fidélité à cette mission dont il a été le premier apôtre et le grand chevalier, l\u2019appel aussi de tous nos frères aînés qui ont été de grands dévots de Notre-Dame du Rosaire, depuis le Bx Alain de la Roche, sainte Catherine de Sienne et saint Pie V jusqu\u2019au Père Lacordaire et au Cardinal 1.Discours du T.R.P.Provincial des Dominicains, le 11 février, à l\u2019occasion de l\u2019inauguration officielle de ce Sanctuaire, 3980, rue Saint-Denis, Montréal.111 Revue Dominicaine Rouleau.Vous nous avez donné, Imminence, un moyen excellent de répondre à cet appel à la fidélité.Nous vous en exprimons notre vive gratitude.Cette chapelle sera donc dédiée à Notre-Dame du Rosaire, et nous espérons qu elle deviendra un lieu privilégié de dévotion mariale et plus particulièrement de la prière du Rosaire.Nous y tiendrons aussi périodiquement des exercices de piété en l\u2019honneur de l\u2019apôtre saint Jude et de saint Vincent Ferrier.Ces exercices favoriseront sans doute la dévotion à ces deux grands saints, mais avec eux et avec la Vierge du Rosaire, nous apprendrons à mieux prier Dieu.Appuyés de leur patronage et favorisés de leur secours, nous pourrons rendre à Dieu un culte plus fervent, plus digne, plus sincère et plus puissant.Car le culte des saints doit être ordonné au culte divin.Aussi trouverez-vous dans cette chapelle tous les moyens de sanctification et les exercices du culte divin que 1 Eglise met à la disposition de ses enfants : la célébration de la sainte messe à des heures favorables, l\u2019administration des sacrements, particulièrement I Eucharistie et la Pénitence, la distribution de la parole de Dieu par des prédications appropriées aux besoins et aux circonstances.Je viens de parler des exercices de piété en l\u2019honneur de saint Jude.Eminence, c est pour répondre aux pieuses sollicitations des fidèles et certainement aussi aux désirs de saint Jude lui-même que nous avons entrepris, il y a déjà quelques années, de favoriser et de diriger le culte à ce saint apôtre.Le patron des causes désespérées, le saint de l\u2019impossible comme on l\u2019appelle parfois, a déjà réussi à convaincre les plus hésitants parmi nous.Ceux qui redoutaient une dévotion trop sensible ou trop intéressée et même une déviation de la piété ont pu se rendre compte par eux-mêmes que saint Jude obtient en faveur de ceux qui le prient bien, non seulement des bienfaits extraordinaires de l\u2019ordre temporel, mais surtout des grâces de sanctification, des lumières spirituelles, des grâces de conversion.C est pourquoi nous avons voulu qu\u2019un autel de ce sanctuaire du Rosaire fût spécialement dédié à saint Jude.C\u2019est pourquoi aussi, avec votre permission, Eminence, cette église s\u2019appellera désormais : Sanctuaire de Notre-Dame du Rosaire et de Saint-Jude.Mes frères, vous viendrez souvent vous reposer l ame dans ce sanctuaire, y prier Dieu par 1 intercession de Notre-Dame du Rosaire, de saint Jude et de saint Vincent Ferrier.Grâce à la bénédiction et aux directives de Son Eminence, votre prière sera plus juste et plus sincère ; elle trouvera plus facilement accès auprès du cœur de Dieu.Au nom de tous les religieux de cette maison, je remercie nos invités.Leur présence nous est très sensible.Elle nous permet de recevoir I 12 Le sens des faits Son Eminence d une manière plus digne et plus ckaleureuse.Je vous remercie profondément vous aussi, mes Frères, qui êtes venus si nombreux et qui êtes animés dune piété communicative.Vous avez bâte d entendre Son Eminence ; je lui cède la parole en lui exprimant notre commune gratitude.Le 11 février 1954.Suis-je le gardien de mon frère ?La solidarité humaine est en voie de devenir un cliché, tant on a ergoté sur ce thème depuis la fin de la deuxième guerre mondiale.11 devient urgent de lui restituer son sens authentique et de faire tomber les équivoques qu\u2019ont créées et entretenues autour de ce thème les opportunistes à 1 affût des engouements à la mode.Pour y voir clair il faudrait commencer par définir ce par quoi on reconnaît qu un homme est socialement adulte, car lui seul est capable de véritable solidarité humaine.Les A-Sociaux Pour l\u2019enfant normal de deux à quatre ans, les êtres qui I entourent n\u2019existent pas vraiment pour lui.Ils ne lui apparaissent pas encore comme distincts de lui.II les croit à sa disposition, et les parents savent bien à quel point les enfants disposent d'eux, au rythme de leurs caprices et de leurs fantaisies.En ce sens, les psychologues disent que I enfant est égocentrique.Son entourage n\u2019a pas d\u2019existence propre.Les êtres qui le constituent n ont pas de droits, d\u2019autonomie réelle.Ils n existent qu en fonction de lui.L\u2019enfant à ce stade est a social.Et tous les adultes qui n\u2019ont pas dépassé ce stade d évolution lui ressemblent.Ce sont les égotistes pour qui les autres n\u2019existent que dans la mesure où ils en disposent à leur gré.Tous ceux qui échappent à leur contrôle ne sont rien pour eux.Autrui n existe que dans la mesure où il peut être dominé et asservi.Ces gens peuvent parler de solidarité humaine, ils ne sont capables que d exploitation humaine.Du point de vue socialisation, ce sont des primaires.Les Anti-Sociaux Tout adolescent, s\u2019il est normal, passe par une phase de narcissisme aigu.II se prend, pour une année ou deux, quelquefois plus, tragiquement au sérieux.II déval orise tout ce que jusqu à présent il a adoré.Il s en prend à tout symbole d\u2019autorité.Durant ces mois très sombres il fait l\u2019apprentissage de sa liberté, de son indépendance, de son autonomie.115 Revue Dominicaine Et le plus souvent pour y parvenir il adopte des attitudes extrêmes.II veut secouer tous les jougs.II pose à la suffisance.C est I âge de la révolte.Son drame, c est qu il n\u2019est plus un enfant et qu\u2019il n\u2019est pas encore un adulte Et dans son impatience de passer pour un adulte, il se grandit, il singe, il craint sans cesse de n\u2019être pas pris au sérieux, d\u2019être traité en enfant.II est vite enclin à se déclarer incompris et persécuté par le monde des adultes.Aussi en groupe a-t-il tendance à faire preuve d\u2019une extrême susceptibilité, à s isoler dès qu\u2019on paraît le négliger.Ce sont là pour I observateur autant d indices de son évolution psychologique.Mais qu\u2019on présente ces traits à un âge plus avancé, qu\u2019on vive toujours en marge de son milieu, qu on soit encore un révolté à l\u2019âge de trente ans ou plus cela devient un symptôme alarmant de retardement psychologique.L\u2019adulte qui fuit les contacts avec autrui par peur de dispersion ou de compromission est un adolescent qui n a pas mûri, qui n\u2019a pas appris à vaincre sa peur d autrui et dont la vie sociale est encore dominée par des instincts de défense.Beaucoup de nos solitaires ne sont que des isolés, nombre de nos réformateurs ne sont que des révoltés, comme souvent nos esprits dits avancés ne sont de fait que des retardés.Les anti-sociaux ne rêvent de solidarité humaine qu\u2019avec eux pour centre.Les conformistes Socialement on peut ne pas évoluer ou encore on peut dévier.Les égotistes en ce sens sont des « pré-sociaux » tandis que les révoltés sont des « para-sociaux ».Les premiers n ont jamais eu d\u2019expérience sociale authentique ; les seconds n\u2019ont eu que des échanges négatifs, ils n\u2019ont été qu en conflit avec autrui et ne trouvent place qu\u2019en marge de leur milieu.Les conformistes eux sont des « pseudo-sociaux ».Tandis que les égoïstes et les révoltés ne cherchent au fond qu\u2019à dominer leur milieu, à le réformer, les conformistes n\u2019ont de désir que de se faire accepter de leur milieu.Mais les mobiles latents qui inspirent le conformiste dans ses attitudes sociales ne sont guère pi us adultes.C est par besoin qu il est social.II cherche le plus souvent en groupe des substituts, des évasions à ce qu il devrait chercher et trouver à l\u2019intérieur de lui-même.Autrui est un divertissement au vide de sa vie personnelle.Le révolté a peur d autrui, le conformiste a peur de soi.Sous des dehors souvent de parfaite adaptation sociale, de grande facilité de contacts avec autrui, le conformiste est souvent un émietté qui a échoué une intégration quelque peu satisfaisante de sa vie profonde. Le sens des faits Les Altruistes Les altruistes sont rares.Autant que les adultes authentiques.Car pour être socialement un adulte, il faut avoir réussi à vaincre ses anxiétés latentes, avoir triomphé de ses instincts de défense et être parvenu à accepter autrui avec tout ce qui le fait autre : son âge, son sexe, sa culture, sa religion.Et cela n\u2019est possible que le jour où quelqu\u2019un a réussi à s\u2019accepter soi-même avec tout ce qui le fait un être absolument unique : son tempérament, ses possibilités, ses limites, son passé, sa propre prédestination.Alors il devient ouvert à autrui.Non plus seulement par besoin, en quête de support, mais par dévotion à autrui, en quête d occasions d échanger avec lui.Plus autrui lui est autre, plus il est attiré, plus il y voit des possibilités d\u2019échanges, jusqu\u2019au jour où l\u2019altruisme par un dépassement atteint à l\u2019héroïsme, où il n\u2019est plus question d\u2019échanges avec autrui, ni même de donner à autrui, mais de se donner à lui.Le seul altruiste authentique est celui que la « charité presse », pour qui la solidarité humaine n est plus pensée en termes de droits et de devoirs, ni même de mutuelle dépendance, mais de communion au même Amour transcendant.Ainsi nous relatent les Saints Livres : A Caïn qui dans le livre de la Genèse insolemment demande : « Suis-je le gardien de mon frère ?» Dieu lui répond en saint Jean : « Si quelqu un dit : « J aime Dieu », et qu il haïsse son frère, c est un menteur ».Bernard Mailhïot, O.P.« Le développement psychologique de l\u2019enfant » Sous ce titre, Mme Thérèse Gouin-Décarie vient de publier ses causeries données à Radio-Canada, saison 1952-1953 \\ Le programme en est vaste : on y suit le déroulement de la destinée du petit de I homme, depuis sa vie intra-utérine jusqu\u2019à l\u2019acquisition définitive, vers I âge de 10-12 ans, des ressources et des traits qui feront désormais progressivement de lui l\u2019adulte qu\u2019il est appelé à devenir.Or Mme Gouin-Décarie a su accomplir avec une maîtrise parfaite la tâche qu\u2019elle s\u2019est imposée.Le lecteur qui, sans initiation psychologique particulière, parcourra cet ouvrage, y découvrira tout un monde dont il était loin de soupçonner la richesse et la complexité.Et bien loin d é-prouver la désorientation et le sentiment d\u2019impuissance que ne manquent pas de lui infliger habituellement les travaux scientifiques, il goûtera au contraire un véritable plaisir à lire ce petit livre sobre et attachant, qui est pourtant, lui aussi, un ouvrage scientifique.1.Fides, Montréal, 1953.20 cm.177 pages.115 Revue Dominicaine Car il n est aucun avancé en ce travail qui ne repose sur des recherches rigoureuses et prolongées, menées par les maîtres de la psychologie de I enfant, tels Gesell, Piaget, Spitz et tant d\u2019autres.Les résultats de ces recherches, présentés le plus souvent sous une forme austère, et pratiquement inaccessibles au profane, apparaissent dans l\u2019ouvrage de Mme Gouin-Décarie sous un jour si clair, et d\u2019une lecture si facile, qu\u2019ils ne laissent guère soupçonner le travail immense qu\u2019a dû s\u2019imposer l\u2019auteur pour en arriver à une présentation aussi simple et aussi vraie.Par ses travaux personnels en effet, Mme Gouin-Décarie a su s\u2019assimiler de façon originale les découvertes de la psychologie de l\u2019enfant ; mais surtout, elle en a réussi une intégration solide, qui veut situer à leur vraie place les éléments divers de ce domaine encore si accidenté, leur conférant ainsi leur signification décisive dans l\u2019unité du développement psychologique de l\u2019enfant.Pour être une œuvre de vulgarisation par conséquent, le travail que nous offre Mme Gouin-Décarie n\u2019en demeure pas moins hautement scientifique.Et profondément humain aussi.L\u2019auteur possède en effet un don enviable d\u2019adaptation et de présentation.Sa langue est irréprochable, et sa phrase ne manque jamais de souplesse ni de clarté.Mais par-dessus tout, on sent tout au long de ce livre la présence de l\u2019auteur, qui est une mère à qui ses enfants « ont appris ce que ni les livres ni les laboratoires ne sauraient révéler ».On ne saurait trop recommander la lecture de cet ouvrage de haute vulgarisation scientifique et d une si belle tenue.Les parents et les éducateurs n auront désormais plus le droit d ignorer certains facteurs d\u2019importance capitale dans le développement psychologique de l\u2019enfant, lis ne seront d ailleurs pas les seuls à tirer profit de cet ouvrage, unique en son genre dans notre littérature scientifique canadienne adressée au grand public : le méditera avec intérêt quiconque sent encore en lui-même à certains jours I enfant qu il fut et s interroge sur les dynamismes qui ont fait de lui I adulte qu il est aujourd hui.A.-M.Perreault, O.P.« Hymnes, Isabelle » de Georges Cartier «Hy nines, Isabelle » 1 s ouvre avec un poème au souvenir, le plus beau du recueil, peut-être : Un livre de poésie est une sorte de manne ou le poète a mis ensemble ses plus précieux instants de vie.On y entre comme dans un 1.Aux Editions de Muy, Montréal, 1954.«t 116 Le sens des faits temple nouveau, avec par la main une âme étrangère, qui voudrait se faire amie.II ne reste plus aux lecteurs attentifs que d écouter parler cette âme et d accorder leurs pas à la musique des siens.En lisant les poèmes de Georges Cartier, on a cette vive impression d entrer dans un monde nouveau où chacun des paysages fait surgir en soi de vieilles images d enfance.Où des yeux vont pleurer leurs anciens regards.Te souviens-tu, ma bien-aimée, de ce soir originel de notre amour, soir initial et premier où en expiation de mes fautes je reçus ton être craintif pour l offrir à mon Seigneur ! « Te souviens-tu », il y a dans ce mot tant de choses oubliées qui vont monter à la mémoire I II y a l\u2019écho de quelques ferventes prières comme en adressait le poète Tagore à son Seigneur.Mais bien que le poète se livre à tant de repentirs devant ses fautes anciennes, il est impossible de conclure à son péché ; I âme qui se détache de ce chant montre une trop grande force.Plus loin, le poète rêve à la façon baudelairienne de partir vers de grands éclens blancs où cette femme serait et le ciel et la terre et la mer.Tout ça dans une grande pureté cl images.Une expression transparente et fluide comme I eau.La grandeur de T amour chez Cartier nous rappelle souvent certains beaux vers d Eluard.Il y a cette étonnante simplicité du symbole qui désarme aussitôt le lecteur.Une irrésistible fascination.Encore, qui ne sentirait sur sa poitrine cette exquise ombre de bonheur grande comme une main ?Mais que de mélancolie dans cette ombre I Voilà de beaux hymnes qui font tant de bien au cœur parce qu ils ont à la fois l\u2019âme d\u2019une prière et F âme d\u2019un magnifique chant d amour.Avec « Isabelle », dans la seconde partie du volume, on ne retrouve plus ce calme, cette certitude, qui dominaient dans Hy mnes.Ici, le thème tourne autour d une âme inquiète, dont les péchés de la vie ont sali les songes.II y a Gilbert, il y a Simon et François, tous ces personnages qui jadis ont fait partie de cette âme avec chacun son rôle à jouer.Aujourd hui, cette âme est triste, n ayant plus ses premiers jouets d enfant.Et le cœur a froid.C est la solitude amère et difficile.C est le regret des ciels d antan.Le cœur a mal dans sa solitude.Puis le péché, c est les mouches qui viennent souiller le regard des songes.L\u2019enfance.Après, ce sera la honte d une solitude stérile.Pourtant, il n\u2019y a plus de retour sur le passé.Plus de réhabitation possible 117 Revue Dominicaine de ce vide.Et I âme ira jusqu\u2019à tuer ses rêves qui l'accablent obstinément, cbercbant en vain un sortilège de liberté.Elle est même lasse des mots, lasse des supplications.Mais les rêves reviendront toujours creuser I amertume de ses nostalgies.De ces deux pièces, notre préférence va d\u2019emblée à la première.Car là, dans « Hymnes », les sentiments sont peut-être plus à fleur de peau, plus près de tous, et la simplicité de la forme plus fascinante ; mais la trame idéologique est plus forte dans ce drame de la seconde partie.Si Georges Cartier s\u2019évade de ce romantisme d\u2019adolescent, s\u2019il raffermit davantage la couleur des rythmes et la structure du vers, il nous donnera une œuvre plus digne encore de sa vocation certaine de poète.Nous I attendons avec intérêt dans une prochaine tentative.Gatien Lapointe Un alerte vétéran de l\u2019Eglise de France : Pierre l\u2019Ermite Mgr Edmond Loutd, curé de Paris ; Pierre l\u2019Ermite, journaliste A le voir marcher, ou plutôt glisser à petits pas menus, le bras en avant comme pour écarter d\u2019invisibles obstacles, on le croirait fragile ; et il est bien vrai que ses amis lui imposent des précautions contre lesquelles il se révolterait volontiers.Mais voyez-Ie monter en chaire prendre place comme à son poste de commandement, et dominer aussitôt l\u2019auditoire qui emplit sa vaste église : vous serez émerveillé.Lucidité de l\u2019intelligence, fidélité de la mémoire, sens de là-propos, fermeté du geste, finesse de I esprit, grâce du sourire, rien ne manque à ce nonagénaire, qui devrait succomber sous le poids des ans, du travail, des soucis, et des honneurs.Mais on n\u2019a pas pour rien, vers vingt-sept ans, choisi le pseudonyme de Pierre l\u2019Ermite : l\u2019action apostolique appuyée sur le roc.C était tout un programme ; ce programme on y est fidèle en 1955 comme au jour lointain de l\u2019ordination.Soixante-cinq ou soixante-six ans de ministère sacerdotal, soixante-trois ans de collaboration hebdomadaire au journal La Croix, soit plus de 3 000 articles répandus à travers le vaste monde, faisant certainement de Pierre 1 Ermite le journaliste le plus connu de notre planète : voilà sa carrière.Comment s étonner que son dernier anniversaire lui ait valu en une semaine plus de 10 000 lettres ?Et combien diverses, si lune, très modeste et sentant le poisson, venait de Elle Saint-Pierre, tandis que l\u2019autre, 118 Le sens des faits magnifique et paternelle, venait du Vatican, écrite tout entière de la main du Souverain Pontife.Pareillement, à la messe jubilaire assistaient fraternellement les plus bumbles paroissiens, un Ministre, le Président du Conseil Municipal, des parlementaires, des journalistes éminents, qui sais-je encore ?Et, bien entendu, c\u2019est le R.P.Gabel, rédacteur en chef de La Croix qui prononça le sermon de circonstance.Mais il me semble deviner d\u2019autres présences.Là-baut tous ceux qui, au cours de ces soixante dernières années, ont été ne fût-ce qu un jour, un instant, les paroissiens de I abbé Edmond Loutil : maraîchers ignorants de Saint-Vincent-Paul-de-CIichy, hommes d affaires et lorettes de la Trinité, artistes de Saint-Rocb (paroisse de la Comédie Française) ; aristocrates et grands bourgeois de Saint-Pierre-de-Chaillot ; menu peuple, petit bourgeois, pègre lamentable, artistes célèbres, ratés et filles de joie, de Saint-Jean-de-Montmartre (paroisse du Moulin Rouge) ; et de nouveaux financiers, ingénieurs, intellectuels, gros bourgeois, aristocrates de Saint-François-de-Sales ; jeunes et vieux, hommes et femmes, pères de famille et célibataires, mécréants, dévergondés, indifférents, médiocres, apôtres, riches et misérables, infirmes, mala des, moribonds, combien ont reçu du jeune vicaire, du curé dans la force de I âge, du prélat chevronné, la parole consolatrice, le conseil salutaire, 1 onction suprême et la dernière absolution ! Des noms, il pourrait en citer des centaines peut-être.Un seul suffira, celui de cette extravagante et géniale Sarah Bernhard dont la petite-fille, naguère, lui léguait le crucifix.Et ceux qui depuis soixante-trois ans ont lu I article dominical de La Croix, croyez-vous qu\u2019ils fussent absents, il y a quelques semaines, au jubilé de Pierre I Ermite ?Le jour, tardif, nous l\u2019espérons, où il se présentera là-haut, les trois coups de hallebarde frappés sur le sol par un suisse empanaché, sera bien inutile, pour lui faire ouvrir les lourdes portes du Ciel I Un geste y suffira : celui d une pauvre fille, d un vieillard grelottant, ou d un mécréant repenti qui aura rencontré sur sa route I abbé Loutil, pêcheur d\u2019âmes.La Charmondière Un hagiographe : Gaëtan Bernoville Il y a quelques mois, à un court intervalle, le Saint-Siège et le Gouvernement français rendaient à Gaétan Bernoville un double hommage, mérité entre tous : l\u2019un le faisait Commandeur de Saint-Grégoire ; 1 autre Chevalier de la Légion d\u2019Honneur.Quelques semaines plus tard, ses 119 Revue Dominicaine amis, dont sauf erreur, deux ambassadeurs, lui exprimaient, au cours d un banquet délicat et chaleureux, leur joie et leur fierté.Béarnaises, françaises, catholiques, ces agapes furent telles que pouvait le souhaiter Je parfait lettré, I écrivain généreux, le novateur hardi qui, depuis plus de quarante ans, n a jamais travaillé que pour son petit pays, sa grande Patrie et l\u2019Eglise.Novateur hardi, on l\u2019oublie un peu trop, celui qui fonda la revue Les Lettres, y accueillit les talents inconnus aussi bien que les aînés déjà célèbres, y institua de généreux débats et s\u2019y prit parfois aux maîtres prétendus.Novateur aussi, celui qui fonda cette Semaine des Ecrivains catholiques où, dans un commun amour des Lettres françaises, pouvaient s affronter ceux qui avaient suivi le premier Sillon et les tenants de l Action Française.D\u2019autres ont, depuis, élargi son œuvre, J ont adapté à des besoins nouveaux ; peut-être ont-ils, parfois, donné à cette relève un caractère excessif d invention ou de conquête.Les regrets de Bernoville \u2014 il ne pouvait pas ne pas en éprouver ,\u2014 demeuraient silencieux ; il ne s\u2019effaça que pour se consacrer à une entreprise magnifique.lout jeune encore, toujours curieux de l\u2019actualité vivante, il se tourne vers le passé, pour refaire ce qu\u2019il appelle l Itinéraire spirituel de la France.Tantôt il l\u2019a fait seul, derrière ces grands fondateurs que furent un Augouard et une Mère Javouhey, le R.P.Bonhomme, Je Père Caracoïs et Amélie de Vialar ; tantôt il dirige une équipe de spécialistes pour poursuivre l\u2019histoire des Grands Ordres Religieux.Personnellement, il en est, pour le moins, à une bonne trentaine de volumes.Quand on songe à ce que ses enquêtes exigent de voyages dans le temps et I espace, on demeure confondu d\u2019un pareil labeur.Sa facilité, d ailleurs, ne tourne pas à la hâte, encore moins à la négligence, pas plus que ses hagiographies à I image pieuse et fade.Son bon sens, son esprit critique sont toujours en éveil, et quand il nous introduit au « surnaturel », il ne le fait pas en naïf.Sa foi n en est que plus persuasive.Ainsi aura-t-il édifié un véritable monument.Cela sans fracas, presque dans le silence.II ne sollicite pas, il brigue moins encore.Il ignore les moyens de parvenir et s en remet à la Providence du succès de son œuvre.Cela lui vaut I estime et I amitié des vrais connaisseurs d hommes : un Léon Bérard, par exemple et un Jean Calvet.De tels garants répondent d une œuvre et d\u2019un homme.La Charmondière 120 L'esprit des livres Jeanne Moret \u2014 « L Immaculée Conception ».56 pages.Philippe de Zara i\u2014¦ « Marie et I Islam ».52 pages.Dom Jean-Marie Beaurin \u2014 « Notre-Dame des Psaumes ».52 pages.Les excellents tracts du Centre marial canadien se suivent avec une régularité digne de tout éloge.Le plus bel hommage, parce que doctrinal, qu\u2019aura reçu la Vierge de ses enfants du Canada, en ces dermeres années, sera sûrement cette série d\u2019études mariales que M.Roger Brien a lancee, il y a déjà quatre ans.Dans L\u2019Immaculée Conception, Jeanne Moret nous donne la definition de ce dogme, expose l\u2019enseignement des Pères et les opinions des Docteurs de l\u2019Eglise orientale et de l\u2019Eglise romaine.Elle nous décrit dans un fort beau chapitre : un siècle de piété à l Immaculée.Dans Marie et l\u2019Islam, Philippe de Zara\tnous montre\t1 honneur rendu à Marie dans le Coran\tet le\tdéveloppement\tde son culte\tchez les\tmusul- mans.« Tu seras la Dame des femmes du Paradis apres Marie », aurait dit Mahomet sur son lit de mort, à sa fille chérie Fatima.Et voila que la Vierge apparaît à Fatima.Est-ce le signe d\u2019une invasion prochaine de la Vierge en pays musulman ?Il est juste de l\u2019espérer.Le dernier tract, no 46, a pour titre: «Notre-Dame des Psaumes».Dom Jean-Marie Beaurin analyse le psaume VII et nous en revele toute la profondeur mariale.Les mystères du Rosaire trouvent ici leur source première et l\u2019auteur l\u2019exploite avec une audace qui plaira beaucoup aux amants de la Vierge.\t, , .\t,\t., ,\t,\t£.JM Ces tracts mariais,\ts\u2019ils\tsont destines a\teclairer la piete des\ttideles, sont aussi recommandés aux prédicateurs que l\u2019Année mariale exhorte a clamer haut les grandeurs de Marie.Sans elle à qui irions-nous .A.L.Lionel Groulx \u2014 « Pour bâtir ».Editions de l\u2019Action Nationale, Montréal, 1955.25 cm.216 pages.Au début de sa carrière d\u2019écrivain, soit en 1916, l\u2019abbé Groulx nous donna « Les Rapaillages ».Evocations bucoliques des menus faits de notre vie canadienne où jaillissait une poésie originale et pure.On appelait ça, dans notre candeur d\u2019adolescent, les contes de l\u2019abbé Groulx.Quel ecolier n\u2019a récité ou appris pour sa joie personnelle Les adieux de la Crise, L\u2019Heure des vaches, et.sans sentir la nostalgique beauté de « la chanson des choses ».Dans cette œuvre il nous donnait alors la primeur de sa première excursion dans le passe.Sous sa plume enjouee et vive, « Les petites choses de notre histoire » devenaient grandes et conquérantes.Devenu septuagénaire, sans n\u2019avoir jamais déposé les armes de 1 historien, il offre aujourd\u2019hui à ses lecteurs de nouveaux rapaillages pour bâtir.Après avoir, durant plus de cinquante ans, « travaillé, creusé, fouille, 121 Revue Dominicaine beche ne laissant nulle place où la main passe et ne repasse », il rapaille les pierres de son champ, celles que les années et la sagesse ont remuées avec le plus d amour et d aprete, et il les offre à la jeune génération pour l\u2019édi-tication dune veritable cite canadienne-francaise.Cette fidélité au passé, quoique discutée, il la défend avec l\u2019ardeur et la vision d un homme qui aime sincèrement son pays.Il l\u2019expose et la développe en tenant compte des nuances et des progrès d\u2019un monde toujours en evolution et si le sociologue refuse parfois de le suivre, il lui saura quand meme sûrement gré d\u2019avoir signalé les écueils et les difficultés qui menacent notre croissance ethnique et religieuse.Si le chanoine Groulx lance des pierres aux attardés dans « Sommes-nous isolationnistes ?» aux novateurs dans «Professionnels et culture classique » ; aux catholiques émancipés dans « Catholicisme et action nationale » ; aux femmes modernes \u2014 quelle singulière audace \u2014 dans « Restez femmes » ; s il justifie son action religieuse et sociale dans « Au soir de mon cinquantenaire de sacerdoce », il n\u2019en reste pas moins vrai que toutes ces pierres de choix qu\u2019il offre aux jeunes Pour bâtir, les architectes de notre destin les utiliseront, mais les placeront-ils à l\u2019endroit désigné par notre grand historien ?Qu il me soit permis, pour terminer, de reprendre en le défigurant quelque peu, un vers que cite Son Eminence le Cardinal Léger dans le touchant discours-préface qui ouvre le livre, et dire au Chanoine Groulx : « (Juand vous ne chanterez plus, nous vous écouterons encore ».Antonin Lamarche, O.P.En collaboration « Problèmes humains du travail ».Les Presses Universitaires Laval, 1955.23 cm.160 pages.Rapport du huitième Congrès des Relations industrielles.Le but de ce volume est de prolonger les bienfaits de ces conférences dont l\u2019intérêt est d extrême actualité.Qui peut aujourd\u2019hui se désintéresser de la classe ouvrière ?C\u2019est elle qui mène le monde .En collaboration r- « Ceux qu\u2019on prie dans le secret ».Editions du Bon Père Frédéric, Trois-Rivières, 1953.22.5 cm.184 pages.Cette série de dix-neuf biographies des fondateurs de l\u2019Eglise canadienne a la saveur de La légende dorée.Le Père Onésime Lamontagne, O.F.M., compilateur des différents travaux, écrit en avant-propos : « Les canadiens.n\u2019oublient pas leurs glorieux devanciers dont on a pose la candidature à la sainteté officielle.Ils recourent à leur puissante intercession.Surtout depuis la pastorale collective de 1942 sur la glorification des fondateurs de l\u2019Eglise au pays.Peut-être les exigences canoniques et l\u2019éloignement de Rome, plus le voisinage anglo-protestant et notre tempérament nordique, certainement notre jeunesse nationale ont-ils créé ce climat d\u2019indifférence antérieur au document épiscopal.Il faut se réjouir de l\u2019enthousiasme présent au sujet des 122 L ESPRIT DES LIVRES causes de Béatification.C\u2019est là un signe de maturité en meme temps qu\u2019un moyen pratique d\u2019élever les yeux au ciel.La compilation que voici contribuera un peu à la prise de conscience commune de la sainteté de l\u2019Eglise canadienne et des démarches entreprises pour 1 aureo ement de ses héros spirituels.On admirera en eux les caractéristiques de la sainteté énumérées par le Bon Père Frédéric : vues surnaturelles sublimes, courage invincible, œuvres immortelles ».Un tel livre devrait se trouver dans tous nos foyers.La lecture de Ceux qu\u2019on prie dans le secret permettra à tous de cultiver les hautes vertus des ancêtres.Grâce à ces vertus, notre peuple survivra en tant que nation catholique et française.mj f / c U (J Ttl' f/1' Jean Bruchési «L\u2019Université».Collection Culture Populuire, no 8, Université Laval, Québec, 1955.19 cm.120 pages.Du 26 au 30 mai 1952, s\u2019est tenue à Québec, à l\u2019occasion du Centenaire de Laval, la neuvième Conférence Hazen où étaient piesents une cinquantaine de professeurs représentants neuf universités de langue anglaise et trois de langue française.Un de nos intellectuels les plus distingues et les plus « atomiques », M.Jean Bruchési, y prononça quatre remarquables conférences qui orientèrent heureusement les débats.On y trouve : 1 _ Origine et évolution de l\u2019Université ; 2.\u2014 Université, religion et culture ; 3._ l\u2019Université au sein de la nation ; 4.\u2014 L\u2019Umversite canadienne.Etude bien conduite à laquelle il sera bon de se référer pour reorganiser l\u2019enseignement en vue des besoins de notre temps.Arnold J.Toynbee ' « Le Monde et I Occident ».Desclée De Brouwer, Paris, 1955.19 cm.186 pages.Le grand historien anglais Toynbee publie sous ce titre une série de conférences données à la B.B.C.en 1952.Ces pages se présentent comme une sorte de compte-rendu abrégé du diagnostic détaille porte par auteur dans les derniers volumes de \u201cA Study of History sur la situation de l\u2019Occident en face du reste du monde.Servi par sa connaissance inégalée de l\u2019histoire universelle, l\u2019auteur essaie de dégager la signification et l\u2019orientation des rencontres successives de l\u2019Occident avec la Russie, l\u2019Islam, l\u2019Inde et l\u2019Extrême-Orient au cours des siècles derniers.Vision d\u2019une ampleur vertigineuse, qui ne peut que fournir matière à serieuses réflexions de la part de ceux que n\u2019hypnotise pas la peur d une guerre atomique éventuelle et qui ont encore foi au destin de la civilisation occidentale.\t.\t,\t.Le lecteur trouvera, en guise d\u2019introduction a ce beau livre, un long essai de M.J.Madaule sur « La pensée historique de Toynbee ».L\u2019appréciation bien informée et nuancée de M.Madaule, qui formule un juge-ment sympathique pour l\u2019auteur et à la fois incisif et compréhensif a l\u2019égard de son œuvre, initiera avec autorité à l\u2019œuvre de Toynbee ceux qui ne la connaîtraient pas suffisamment.125 Revue Dominicaine Louis-Philippe Aueæt - « Ceux qui nous servent ».Editions de l'Erable, r.183, Haute-Ville, Québec.24 cm.190 pages.Il y a un art de présenter les animaux \u2014 et les hommes aussi \u2014 qui, d avance, les rend attachants et sympathiques.M.Audet possède cet art et en use avec un raffinement digne d\u2019un Buffon ou d\u2019un Claude Mélançon.Chaque animal nous est présenté dans la lumière de l\u2019Histoire de ses particularités zoologiques et surtout, ce qui m\u2019enchante et m\u2019attendrit, dans son «milieu littéraire ».Même les rats et les souris, dans leur utilité negative, deviennent de « charmants voisins ».D un style simple, clair et vif, « Ceux qui nous servent » comblera a curiosité des jeunes, leur apprendra l\u2019art de la description, et rajeunira les vieux.Ln livre pour tous.Une charité pour les animaux.A.L.Françoise Gaudet-Smet ~ « M\u2019en allant promener ».Librairie Beau-chemin, Montréal, 1953.21 cm.162 pages.S\u2019en allant promener en Suède, fin d\u2019août 1948, Madame nous dit à son retour, ce qu\u2019elle a vu là-bas d\u2019un œil averti qui sait mesurer les choses et explorer leur ame.Les richesses de détails que seule l\u2019intuition féminine sait voir et exprimer en un luxe d\u2019images et de mots font de ce récit un documentaire plein d\u2019intérêt et surtout très original.» , ^our connaître la Suède, aussi pour apprendre à penser, à voyager, a ecnre sans ennuyer, il faut lire M\u2019en allant promener.Un livre débordant de vie et d\u2019intelligence comme son auteur.A.L.Thomas Merton - « Quelles sont ces plaies ?» Desclée De Brouwer, Paris, 1953.20 cm.92 pages.La^ réputation de Thomas Merton n\u2019est plus à faire.Les lecteurs qui ont goûte « La nuit privée d\u2019étoiles » et « Sentences de contemplation » aimeront cette biographie de sainte Lutgarde d\u2019Aywières, moniale cister-cienne du XlIIieme siècle.Cet ouvrage est d\u2019ailleurs le premier écrit par Lather Louis après son entrée à la trappe.Il y adopte un genre qui peut ne pas plaire aux esprits férus de disciplines historiques, puisqu\u2019il se propose moins de fournir une reconstitution historique qu\u2019une présentation adaptée de la « Vie de sainte Lutgarde» de Thomas de Cantimpré, ce Dominicain du Xlïlième siecle lui aussi, et qui a laissé une réputation de cm omqueur honnête et d écrivain aussi édifiant que savoureux.Ceux qui cherchent leur bien spirituel en grande simplicité recevront de la lecture de ce livre la même édification et consolation que les bonnes âmes médiévales auxquelles s\u2019adressait le bon Thomas de Cantimpré, tout en jouissant style eL de la composition de Thomas Merton qui, lui, est bien du XXieme siecle.124 L\u2019esprit des livres Etienne Fougeron.*\u2014¦ «La Beauce ».L Ame d un Pays de France (Poèmes).Lettre-préface par Henry Bordeaux.Au Pigeonnier, 14, Place des Halles, Chartres, France.17 cm.92 pages.Ce recueil évoque, en des accents plus bucoliques que lyriques, l\u2019âme forte et généreuse d\u2019une région de France.Plaine uniforme, créee pour la culture et non pour l\u2019alpinisme, la Beauce française ressemble beaucoup à la Beauce canadienne, ou encore à nos régions agricoles des comtés Montcalm, Assomption, Joliette.La poésie jaillit du sol, du travail de ses habitants, de diverses coutumes, de son immensité territoriale qui l\u2019apparente à la mer.Un peuple heureux y vit paisiblement.11 vient de se trouver un nouveau chantre en la personne de Monsieur Etienne Fougeron.Sous la forme classique des vers se meut, en toute liberté, l\u2019inspiration riche et pure d\u2019un poète qui aime tendrement son pays.A.Lamarche, O.P.N.D.Poinsenet >\u2014 « Sous la motion de l\u2019Esprit : Anne de Guigné ».Casterman, Tournai, 1955.20 cm.198 pages.Cette biographie pourrait presque se présenter comme une thèse.L\u2019auteur veut y montrer à quel point une enfant peut se sanctifier sous la motion de l\u2019Esprit-Saint.Morte âgée d\u2019à peine onze ans, Anne de Guigné a eu le temps, durant une vie si brève, d\u2019effectuer les renonciations et les gestes d\u2019amour qui devaient l\u2019amener à un degré de perfection nettement extraordinaire à un âge si précoce.Il faut remercier l\u2019auteur de nous avoir présenté cette « Vie » avec la même simplicité que l\u2019a vécue cette enfant prédestinée.Le lecteur n\u2019a pas à craindre ce style lamentablement doucereux qui a déjà défiguré tant de ces histoires d\u2019enfants supposés extraordinaires.Ce livre se recommande au contraire par sa sobriété et sa vigueur, pour son accent de franchise et son tact dans la reconstitution de cette vie d\u2019enfant.Même les esprits les plus exigeants y trouveront leur profit.Marie-Gabriel Perras r\u2014 « Message de Mère Marie-Léonie Paradis, Fondatrice des Petites Sœurs de la Sainte-Famille ».Apostolat de la Presse, Sherbrooke, 1955.21.5 cm.205 pages.Ce livre est solidement étoffé des résultats du procès informatif diocésain concernant la Mère-Léonie.Si la présentation matérielle de cet ouvrage est quelque peu austère, le contenu, lui, mérite une lecture attentive.En une suite de conférences, le R.P.Perras expose la vie de Mère Marie-Léonie moins comme une biographie méthodique que sous la forme d\u2019un itinéraire spirituel de la Fondatrice des Petites Sœurs de la Sainte-Famille.L\u2019auteur peut ainsi insister davantage sur l\u2019aspect proprement surnaturel de la personnalité de Mère Marie-Léonie, atteignant ainsi d\u2019emblée l\u2019objectif qu\u2019il s\u2019est proposé, de faire mieux connaître et invoquer celle qui montera vraisemblablement un jour sur les autels.125 Revue Dominicaine René Ouvrard \u2014 « Débâcle sur la Romaine ».Fides, Montréal, 1955.21.5 cm.254 pages.Roman à la lecture vraiment captivante.Le décor prestigieux du nord du Québec ; toutes les grandeurs et les menaces d\u2019une nature encore sauvage ; des personnages fortement charpentés, depuis les coureurs de bois prêts à tous les coups jusqu\u2019au prêtre qui achève d\u2019agoniser, gelé, et qui donne sa vie simplement, sans témoins, abandonné de tous, sauf de son ancien ennemi a qui il redonne la paix de l\u2019ame ; et le conflit des intérêts divergents de ces hommes au milieu des violences de leurs passions et de celles de la nature.Il faut reconnaître à l\u2019auteur un souffle véritable ; il sait ménager l\u2019intérêt du début à la fin, en sorte qu\u2019il n\u2019est pas facile de laisser la lecture en cours de route.On souhaiterait voir M.Ouvrard s\u2019attaquer à un type de roman plus «intérieur», où l\u2019aventure d\u2019une destinée humaine ait moins besoin de ces manifestations extrêmes des corps et des éléments, et où il pourrait sûrement donner sa mesure, si l\u2019on en juge par la valeur de la « Débâcle sur la Romaine ».A.-M.Perreault, O.P.André Chouraqui ^ « Le Cantique des Cantiques ».Desclée De Brouwer, Paris, 1955.17 cm.118 pages.En introduction à la nouvelle traduction du Cantique des Cantiques par André Chouraqui, le R.P.Lucien-Marie de Saint-Joseph O.C.D.met en lumière les multiples facettes de ce poème immortel.Ce petit livre est indispensable aux âmes d\u2019oraison qui éprouveront les plus hautes et les plus pures joies spirituelles à mieux comprendre et à méditer Le Cantique des C antiques.Et nous faisons nôtre cette réflexion de l\u2019auteur de l\u2019introduction et des notes : « Heureux sont ceux et celles qui, après avoir humblement essayé de vivre le Cantique durant leur vie, mourront en murmurant une dernière fois les versets inspirés par l\u2019Amour ».Elie Goulet Nino Salvaneschi *\u2014> « Savoir souffrir ».Salvator-Casterman, Mulhouse (Haut-Rhin), 1955.18.5 cm.188 pages.Comment résumer un tel chef-d\u2019œuvre ?Cet ouvrage de Nino Salvaneschi, poète aveugle, chante l\u2019enrichissement qu\u2019apporte à l\u2019homme la souffrance, souffrance du corps, du cœur ou de l\u2019âme.Je veux du moins vous faire respirer quelques-unes des fleurs splendides qui foisonnent dans ce livre.« La vie c\u2019est une trame que nous tissons, l\u2019amour un conte de fées que nous rêvons.Seule la douleur donne de la lumière, de la chaleur, du relief au conte et à la broderie.Le temps passe, le fleuve court vers son embouchure.Il est nécessaire de vivre avant de mourir et de comprendre avant d\u2019arriver au but.Sans amour on ne vit pas, sans douleur on n\u2019aime 126 L ESPRIT DES LIVRES pas.Il faut apprendre à aimer pour mieux vivre.Et à souffrir pour aimer davantage ».« Une femme sans douleur est une reine sans couronne.Une femme qui ne se penche pas sur celui qui souffre est une rose sans parfum ».« Heureux ceux qui souffrent avec toi, ô Seigneur.Plus encore que sur les routes de Galilée ou devant la mer de Tibériade, au Cénacle ou sur le Thabor, au puits de Sichar ou sur le chemin d\u2019Emmaüs, c\u2019est dans la Passion que tu es la douleur qui est, a été et sera ».Un classique de la souffrance que tous se doivent de lire et de mé- ^ter '\tElie Goulet Romain LegarÉ, O.F.M.« Le Père Frédéric Janssoone ».Librairie Saint-François, Montréal, 1953.20.5 cm.388 pages.Cette biographie du bon Père Frédéric (1838-1916) est la plus complète parue à date.Le R.P.Romain Légaré a réussi à nous donner l\u2019impression de revivre la vie de celui que l\u2019on surnommait de son vivant un saint à faire des miracles, ou encore le saint Père ! Nous sommes reconnaissants à l\u2019auteur de nous expliquer lumineusement les fonctions délicates qui incombaient au Père Frédéric comme vicaire custodial de Terre Sainte.Mais la partie la plus intéressante de cet ouvrage est celle qui ressuscite la carrière apostolique si étonnante du Père Janssoone, au Canada.L\u2019art du Père Romain Légaré nous rappelle celui de Mgr Trochu à qui nous devons les hagiographies définitives du Curé d\u2019Ars et de saint Francois de Sales !\t\u201e\t, 3\tthe Goulet Dino Bigongiari « The Political Ideas of St.Thomas Aquinas ».Representative Selections.Hafner Publishing Company, New York, 1953.20 cm.xxxvn-217 pages.Les efforts multipliés que l\u2019on fait aujourd\u2019hui pour pénétrer la pensée de saint Thomas d\u2019Aquin provoquent de nouvelles présentations des œuvres du Docteur Angélique.Ce sont ses principaux passages concernant la loi (I-II, qq.90-97, 105), divers aspects sociaux de la justice et de l\u2019obéissance (II-II, passim) et une partie importante du « De Regimine Princi-pum », qui sont ici offerts aux lecteurs de langue anglaise.En guise d\u2019introduction, M.Dino Bigongiari propose un extrait de l\u2019ouvrage qu\u2019il prépare sur la philosophie politique de saint Thomas.Cette introduction veut dégager les principaux aspects de la pensée du Docteur Commun en cette matière et fournir au lecteur des indications complémentaires tirées d\u2019autres œuvres de saint Thomas.Le choix des textes est judicieux, la traduction excellente (pour la Somme, celle des Dominicains d\u2019Angleterre ; pour le De Regimine Principium, traduction Phelan-Eschmann) : on souhaiterait la multiplication d\u2019ouvrages analogues destinés à livrer au grand public d\u2019autres aspects de la pensée de saint Thomas d\u2019Aquin.A.M.Perreault, O.P.127 Revue Dominicaine Renée 1 ramond >\u2014< « L enfant des montagnes ».19 cm.126 pages.Henriette Robitaille ^ « Gwenola ».19 cm.126 pages.Rose Dardennes a\u2014 « Le sorcier du Ceylan ».19 cm.126 pages.Collection Monique, Maison Marne, Tours, France ; Editions Fieu-rus, 51, rue de Fleuras, Paris-VI, France.Ces quatre volumes d\u2019aventures sensationnelles où les intrigues se succèdent d\u2019une page à l\u2019autre combleront de joie l\u2019imagination des jeunes de 7 à 14 ans.L\u2019adulte fatigué y revivra les heures enchanteresses de son adolescence révolue.Georges Catelin « Rivière d\u2019or ».Maison Marne, Tours, France.21 cm.218 pages.En vérité, quatre nouvelles en un seul volume.Rivière d\u2019or évoque la tragique atmosphère que les chercheurs d\u2019or faisaient régner en Patagonie au début du siècle.Les Domadores décrit un autre aspect de la terre de feu.Le gisement perdu raconte la lutte sournoise des sociétés pétrolifères et des intérêts gouvernementaux qui s\u2019affrontent.L\u2019estancia de pico alto, anecdote indienne.Aventure amusante et légère où se révèle le caractère roublard et matois des indigènes.Ce volume paraît, à bon endroit, dans la collection Succès et jeunesse.A.L.Revue mensuelle publiée à Saint-Hyacinthe, P.Q.ABONNEMENTS : CANADA : $3.0 0 ; ÉTRANGER : $4.00 ; AVEC LE ROSAIRE : 50 SOUS EN PLUS ; LE NUMÉRO : $0.3 0 ; ABONNEMENT DE SOUTIEN : $10.00 DIRECTION :\t3980, RUE SAINT-DENIS, MONTRÉAL-18 ADMINISTRATION : 5375, AV.NOTRE-DAME DE GRÂCE, MONTRÉAL-28 « Autorisé comme envoi postal de la deuxième classe, Ministère des Postes, Ottawa » La Revue n\u2019est pas responsable des écrits des collaborateurs étrangers à l\u2019Ordre de Saint-Dominique 128 "]
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