Revue dominicaine, 1 avril 1954, Avril
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J.-^, îî Tuesflt-Joseph.Tél.8007, Québec .P.Q-Marchand de Sablei\t\u201e La Compagnie de Sable Ltee,, _20,\tQuébec.p.Q.MARochett^> EmiÜML1852 est, Saint-Vallier, Tél.2-5233, Quebec MA M^telL' Frontenac, 15, Boisseau, Tél.5-5347 .Québec, P.Q.Ouelbettei Mme J.T., 10 d\u2019Artigny, Tél.2-1966, Québec, P.Q.MÉCaston?uay.Dr E.-J 4231 est, Ste-Catherine ^\t0560, MtL Cratton.Dr Albert, 781, du Couvent, Tel.WE.5476, Montreal Pouliot, Dr Antoine, 69, Ste-Ursule, Tél.2-4455, Quebec, P.Q.MBMÆS.A™»S:SPU Ave.Té.HA*» 0630, Montré.MEHj££?APi!ïï! S?M3*éE«eno.Ltaoilou.Tél.4-94,1, «uébee Négociant en Gros D\u2019Appareils Électriques : Vandry Inc., 470, des Capucins, Tél.2-5656 .Quebec, P.Q.Négociant en Gros (épiceries, fa™, Grain) : Bégin, Noël Inc., 94, Commerciale, Tel.Levis, 175, Quebec, 5-9686 NÉGOCIANTS EN GROS : (BISCUITS, CHOCOLATS, TABAC, CIGARETTES)\tx> Cl Vermette, M.F., 571, rue St-Bernard, Tel.5-7270, Quebec, P.Q.Nettoyeurs et Teinturiers : Morin, H.Inc., 203, Du Pont, Tél.2-4795 .Quebec, P.Q.Ferland, P.Inc., 157, Du Pont, Tél.4-3531 .Quebec, P.Q.^ ° Baülargeon & Baillargeon, 38, des Jardins, Tel.2-1390, Québec Demers & Demers, 16 est, rue Saint-Joseph, Tél.5-7785 Quebec Labrèche et Labrèche, 10 ouest, St-Jacques, MA.3373, Montreal Opération Forestière \u2014 Bois \u2014 Pulpe : Lagueux, E.& Fils Ltée, 35.Côte du Palais, Tél.5-9739, Que.Opticiens D\u2019Ordonnances : Derouin, O.L., 37, Metcalfe, Tél.2-4976 .Ottawa, Ont.OFï»M,S.\" ÏÏS».Té.2-3592.Québec.P.«.1 ATJoHSFVaV.!ancuurt 'iiic., 356-358, St-Joseph, Tél.2-2085.Québec Peinture \u2014 Tapisserie :\t^ \u201e\tT.\t_ Gauthier Ltée, 292, rue Saint-Joseph,\tTél.4-4626, Quebec,\tP.\tQ.Pharmaciens :\t,.\t\u201e ,,\t\u201e n Marquis, J.Ant, 501, 3e avenue, Limoilou .Quebec, P.Q.Pharmacie P.-H.Soucy, 85, Cartier, Tel.2-1235, Quebec, P.Q.Pharmaciens en Gros :\t^\t^ .Ontario Medical Supply, 139, Queen, Tél.2-5309, Ottawa, Ont.Gérant : J.-André Gaulin, Dist.pour Casgram & Charbonneau PLACAGE-lNDUSTRIEL-CHROME : Garant & Thibault Enrg., 11, d\u2019Argenson .Quebec,\tP.\tQ.Plombiers :\t_ ,,\t\u201e\t~ Asselin, J.A., 37, Hermine .\u2022\t\u2022\u2022\u2022\u2022 \u2022\u2022\u2022\u2022 \u2022\u2022\u2022\u2022 Quebec, X\u2019 S' Chiquette, Rosario, 23, Lavigueur, Tel.4-3782, Quebec, P.Q.Pneus : Michaud Tire Service Ltée\t_ 207, de la Couronne, Tel 3-3901, Quebec, P.Q.Produits de Salon de Beauté ; Lemieux Beauty Products, 16, rue de l\u2019Eglise, Tél.3-6320, Qué.M.A.Lemieux, résidence, Tél.2-3073, Québec, P.Q.Provisions Générales pour Bateaux : 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Tél.2-0214, Québec, P.Q.Beaver Ltée et Hôtel Castor, 66, St-Jean, Tél.2-0170, Quebec Café de la Paix, 44, Des Jardins, Tél.4-6430 .Québec, P.Q.Boulevard Restaurant, 3830, Décarie, Tél.DE.0097 .Montreal Child\u2019s Good Food, 2i, St-Joseph, Tél.2-0189 .Québec, P.Q.« Chez Philip », 53, Du Pont, Tél.3-0793 .Quebec, P.Q.Chez Marino Flnrg., 34, Dauphine, Tél.3-0675 .Québec, P.Q.Cagney, Georges, 43, Av.Plante, Tél.7-0962, Québec-Ouest George\u2019s Grill Reg\u2019d., 28-32, St-Louis, Tél.4-1230, Québec, P.Q.Golden Gloves, 96, boul.Charest, Tél.4-0206\t.\tQuebec,\tP.\tQ.Kerhulu, 22, de la Fabrique, Tél.2-6401\t.Québec,\tP.\tQ.La Porte St-Jean, et, Chez Gérard, 355,\tSt-Paul, Québec,\tP.\tQ.Laurentien, Place Youville, Tél.2-3635 .Québec,\tP.\tQ « Miss Quebec » Drive In, et « Café Buade Restaurant », 3003, boul.Wilfrid Laurier, Tél.7-8534, Québec Monaco, 193, St-Jean, Tél.2-1321 .Québec, P.Q.Nick\u2019s Chicken Barbecue, 22, Côte du Palais, Tél.4-0508, Quebec Normandie, 204, St-Jean, Tél.2-0271 .Québec, P.Q.Select Coffee Shop, 12-14, du Fort, Tél.2-5139, Québec, P.Q.The Old Homestead Hotel, 16-20, Ste-Anne, Tél.4-1849, Québec Service Aérien : Les Ailes du Nord Ltée, Tél.30s, 3-7-47 .Sept-Iles, P.Q.Tél.7-4362, Québec, P.Q.Soupe : Habitant Soup, 8455, St-Dominique, Tél.DU.1115, Montréal-14 Stores Vénitiens : Méthot, Raoul, 213, 5e rue, Tél.2-6174 .Québec, P.Q.Syndic Licencié : LaRochelle, Victor, 111, Côte de la Montagne, Tél.3-725'8, Qué.Taxis : Taxis Maguire Enrg., 1463, Maguire, Tél.3-1474, Sillery, Qué.Teinturerie : Teinturerie Française, 1480, De la Canardière, Tél.4-4686, Qué.Terra-Cotta : Montreal Terra-Cotta Ltd., 1010 ouest, Ste-Catherine, MA.6912, Montréal Transports : La Traverse de Lévis Ltée, Marché Champlain, Tél.2-3897, Qué.Valises et Bois de Construction : Ruel, Edouard, Ltée, 416, St-Joseph, Tél.7-6114, Lauzon, P.Q.Viande Gros et Détail : Lafleur Alp.Ltée, 350, 5ième rue, Tél.4-3524, Québec, P.Q.Vinaigre : La Cie de Vinaigre Lion Ltée, 115, Renaud, Tel.3-0405, Québec Vitres et Peinture : Franklin Glass & Paint Co., 305, St-François, Tél.2-4982, Qué.VII Sommaire Avril 1954 Gatien Lapointe : Des laines de lumière \u2014 Solitude de nos mains Deux poèmes où se manifestent la jeunesse, la fraîcheur, la sincérité d\u2019un jeune auteur.ClÉment-M.Lachance, O.P.: Le triomphe de Jésus et l\u2019ombre de la Croix Parmi les grands conquérants qui ont cherché à vaincre le monde, en est-il un plus glorieux et plus humble que Celui que l\u2019Eglise nous présente le Dimanche des Rameaux Drouin, O.P.: Formation dynamique et morale du caractère L éternel problème de 1 éducation, sous la plume alerte de l\u2019auteur, jaillit de feux nouveaux qui changeraient le monde par 1 individu, si chaque éducateur chrétien le voulait sincèrement et pleinement.Bernard Lambert, O.P.: L unité de l Eglise importe-t-elle à l unité du monde ?Cette étude qui prend sa source à la célèbre allocution de Sa Sainteté Pie XII, 20 février 1946, aux.trente-deux nouveaux cardinaux qu\u2019Elle vient de créer, cette étude complète et fort bien conduite expose les conditions actuelles de cette unité tant recherchée par les chrétiens et tous les sociologues.Madame André La Riviere : Henry Bordeaux : un écrivain bien français Que dira la postérité de cette longue vie uniquement passée à écrire et dont l\u2019œuvre compte plus de soixante volumes J C\u2019est de ce Savoyard que Pierre Benoît disait «qu\u2019il avait les deux qualités eminentes du vrai romancier : la vie et la fécondité ».Le sens des faits La Direction : « Son Excellence Mgr Giovanni Panico ».B.Lambert, O.P.: « Le laïque chrétien dans un monde qui change ».H.Lemaître : «La poésie sacrée dans l\u2019œuvre de Jean-Claude Bernard».A.Ch.de Guttenberg : « L\u2019homme et la causalité ».L esprit des livres En collaboration : « Le corps humain » \u2014 « La Paix intérieure des nations ».R.P.Lhoumeau : «La vie spirituelle à l\u2019école de saint Louis-Marie Grignion de Montfort».C.E.Closen : «Clefs pour la Sainte Ecriture».Chanoine Beaudenom : « Formation à l\u2019humilité ».Chanoine A.Croegaert : « Commentaire liturgique du Catéchisme de Belgique-Canada-France-Suisse G.Cerbelaud-Salagnac : « Un hivernage à Stadaconé » \u2014 « Le canon gronde à Saint-Eustache ».Edgard Sottiaux : « Situation de la liberté humaine ».B.Lavaud et G.Dantinne : « Adventistes et Témoins de Jéhovah ».G.Vfrmfs : « Les manuscrits du Désert de Juda ». REVUE DOMINICAINE Directeur : R.P.ANTONIN LAMARCHE, O.P.3980, rue Saint-Denis, Montréal-18, P.Q.Vol.LX Tome 1 Avril 1954 Des laines de lumière Sur le chaume transi il neige des laines de lumière Et le mcitin dessine des échos sans figure Fruits amers dans les miroirs de 1 automne Mais nous ferons du vin A la mesure de nos chansons notre espoir Derrière le ciel quelqu\u2019un danse Avec des fantômes de parfums Musiques oubliées dans le givre des mots Et que des enfants écriront aux murs de leurs songes Bientôt l\u2019hiver passera à travers tes mains Tes yeux Ecoute la tiédeur du four pénétrer tes membres Et la couleur assoiffée du vent Demain, a l odeur insensée des fêtes foraines Soudain le désert a pris source Aux rochers abrupts de nos longs désirs Et les ruines de la solitude Recouvrent nos cimes trop décharnées Ce f eu blanc impérissable qui multiplie le soleil Dans les pluies de l oubli.129 Revue Dominicaine Solitude de nos mains Les pieds lourds de mémoire Je rôde dans les ravins feutrés de mes désirs Pavots blottis contre le songe des grands matins Qu un chant intérieur déchire ces cloisons Etouffant le ciel Nos tourmentes les triomphes obstinés de la mer Aux coquillages des saisons Le temps brûle nos secrets et les rythmes amers L azur qui se souvient de tout Niais dans l âpre endimanchement de nos rires Ont germé des soleils de pierre et tant d automnes Perdus dans les solitudes de nos mains.Gatien Lapointe Le triomphe de Jésus et 1 ombre de la Croix Le Dimanche des Rameaux II y a quelques années à peine, un conquérant faisait, avec une rapidité étonnante, son entrée triomphale dans les grandes capitales de I Europe.L air arrogant, dominateur, entouré de ses armées fanatisées, superbement équipées, et jusque là invincibles, il obligeait les peuples vaincus à courber le dos, et inspirait à ceux que sa folie de domination n avait pas encore frappés, une terreur indescriptible qui tenait parfois de la panique.Son nom, un peu comme celui d Attila, était synonyme de génie militaire, soit ; mais il était surtout synonyme d ambition, d arrogance, d orgueil et de cruauté.II se croyait, lui aussi, à sa manière, «le fléau de Dieu».N avait-il pas dit lui-même, au lendemain d un attentat qui avait fauché la plupart des collègues qui I entouraient, qu il considérait ce fait miraculeux de sa survie « comme la confirmation de la mission qui lui avait été confiée par la Providence ».II y a dix-neuf cents ans, un autre conquérant, Jésus, celui-là, le fils du charpentier, faisait, lui aussi, une entrée triomphale dans la capitale de la Judée, Jérusalem.Les Juifs, venus de toutes parts pour y célébrer la Pâques, I acclamaient et le proclamaient roi d Israël.Alors que le triomphe dont nous évoquions à l\u2019instant la rapidité et I ampleur n a laissé qu un vague souvenir, et surtout un souvenir de destruction, de dévastation, de massacre et de carnage, celui de Jésus, au contraire, a traversé les siècles aussi précis, aussi vivace et aussi souverainement significatif qu\u2019au jour même où il s\u2019est réalisé.Son souvenir, ainsi qu\u2019on le chantera le Samedi Saint, est un souvenir de paix.Aussi, nous ne pouvons pas nous empêcher, à l\u2019occasion du Dimanche des Rameaux, alors que I Eglise, par sa liturgie, nous invite précisément à revivre avec elle le triomphe de son chef, nous ne pouvons pas nous 131 Revue Dominicaine empêcher d esquisser certains rapprochements qui seront de nature, croyons-nous, à nous mieux faire pénétrer le sens de cette fête.D ailleurs, nous pourrions étendre notre enquête aux triomphes de tous les grands de la terre, à toutes les époques, et presque toujours le résultat serait identique.Toujours nous constaterions qu\u2019à la hase même de leurs conquêtes et de leurs victoires, se trouvaient une ambition folle et orgueilleuse, un désir effréné de domination, de pouvoir et de richesse.Aussi leurs empires ont-ils duré ce que durent les choses humaines, fragiles et éphémères.Fondés sur les passions essentiellement instables ; conquis au prix d injustices et de brimades éhontées, ils devaient bien vite s écrouler avec le fracas et les répercussions désastreuses que nous savons.Jésus, au contraire et nous avons pour reconstituer la scène de son entrée triomphale à Jérusalem, le témoignage même de l\u2019Evangile i\u20141 Jésus, dès le matin de cette journée, laissant à Béthanie Marie, sa mère, Marthe et Marie-Madeleine ainsi que Lazare, se dirige à pied vers la ville, accompagné de ses seuls disciples et de quelques personnes, vraisemblablement attirées par sa renommée.Sans doute, il devait être quelque peu triste, quelque peu angoissé, surtout au moment de quitter sa Mère qui savait, elle aussi, qu\u2019il allait en quelque sorte se jeter dans les mains de ses ennemis qui avaient décidé de sa mort.Le Pontife et les Pharisiens, en effet, rassemblés en conseil, s\u2019étaient déjà alarmés depuis quelque temps, de ce que cet homme faisait tant de miracles : « Si nous lui permettons d agir de la sorte, disaient-ils, tous croiront en lui.Les Romains viendront, détruiront notre pays et notre nation.Et voici que 1 un d eux, Caïphe, prophétisa et leur dit : II vous est avantageux qu un seul homme meure pour le peuple entier, et que toute la nation ne périsse pas ».II n en fallait pas plus, pour que la mort de Jésus fût décidée.Aussi dès le jour, on se mit à songer sérieusement aux moyens de le faire mourir.152 Le triomphe de Jésus et l ombre de la Croix Cependant, ce n\u2019est pas la mort que Jésus va ckercker aujourd kui à Jérusalem, mais bien plutôt le triompke.Alors se pose à nous une question.Pourquoi Jésus reckercke-t-il cette espèce d\u2019apotkéose.momentanée, puisqu il sait pertinemment que déjà depuis quelques jours, se trame le complot qui doit le conduire nécessairement à la mort sur le calvaire ?Pourquoi ?L Evangile nous apprend que c était pour que s accomplisse la pro-pkétie de Zackarie qui avait prédit cette ovation préparée de toute éternité pour le Fils de I\u2019komme, à la veille de ses kumiliations : « Tressaille d allégresse, Fille de Sion ; livre-toi aux transports de la joie, Fille de Jérusalem, car voici ton roi qui vient vers toi ; il est le juste et le Sauveur.Il est Dauvre, et il s avance monté sur 1 ânesse et sur le petit de 1 ânesse ».Cette explication, toutefois, ne fait que déplacer la question pour la reporter plus loin.Et à vrai dire, nous devons pour y répondre, tout téméraire que cela puisse paraître, nous devons nous kasarder à scruter les desseins éternels de Dieu, et nous demander pourquoi en définitive Jésus voulait tellement cette entrée triompkale à Jérusalem ?Aurait-il cédé, lui aussi, dans un instant de faiblesse kumaine, à I attrait d un triompke terrestre, à la griserie des cris de la foule I acclamant et le proclamant « Fils de David, roi d Israël » ?Nous nous souvenons, qu au moment de la naissance de Jésus, les Mages solennels, majestueux et opulents étaient venus du fond de l\u2019Orient, escortés d\u2019un cortège imposant, pour lui rendre leurs kommages et lui offrir leurs présents : « Ils entrèrent dans la maison, dit I Evangile, trouvèrent l\u2019Enfant avec Marie sa mère, et, se prosternant, ils I adorèrent ».Or aujourd\u2019kui, c\u2019est Jérusalem elle-même qui se lève spontanément pour aller le rencontrer sur la route et proclamer sa royauté.Rapprockant ces deux événements, les Pères de I Eglise nous expliquent qu il fallait que s\u2019accomplissent ainsi les desseins de D ieu le Père sur son Fils.II fallait que les Gentils et les Juifs fassent monter Revue Dominicaine vers lui leurs hommages, reconnaissent sa royauté pour que son holocauste du Calvaire prenne une signification d universalité qu\u2019il n\u2019eût pas eu sans cela.Ce Jésus mourant sur la croix, c\u2019était vraiment le roi des Gentils, le roi des Juifs, c est-à-dire le roi de 1 humanité entière.Sur la route qui le conduisait à Jérusalem, alors qu\u2019il causait fami-lièiement a\\ ec ses disciples, Jesus devait repasser et méditer ces choses clans son cœur.Aussi, est-ce avec une solennité triste et grave à la fois, que voyant arriver I heure de I accomplissement de cet oracle, il envoie deux de ses apôtres, leur ordonnant de lui amener une ânesse et un ânon qu ils trouveraient à un certain endroit qu\u2019il leur désigne.Et voici que les disciples étendant leurs vêtements sur I\u2019ânon, Jésus le monte et se prépare à faire son entrée dans la ville.Déjà le hruit se répand dans Jérusalem que Jésus, le fils du charpentier, celui qui faisait tant de miracles, approche.Comme poussée par l\u2019Esprit-Saint la multitude des Juifs qui était accourue de toutes parts dans la cité sainte pour y célébrer la fête de Pâques, sort à sa rencontre portant des palmes et faisant îetentii I air d acclamations.On etend ses vêtements sur son passage, on coupe des branches d arbres et on les jette sur la route.Et de cette foule émue, transportée de joie et en quelque sorte délirante sort cette acclamation : « Hosannah au Fils de David ! Béni celui qui vient au nom du Seigneur ».Aucune arrogance, aucune ostentation, aucun orgueil de la part de Jésus.II n est pas le conquérant qu\u2019une folle ambition aurait lancé dans une aventure de conquête et de domination.C\u2019est que son royaume, comme il le dit lui-même, n\u2019est pas de ce monde.Et la conquête qu\u2019il est venu faire car il est venu en réalité pour faire la conquête du monde \u2014 c est celle des âmes par la vérité et l\u2019amour.« Tu le dis, je suis Roi », répondra-t-il à Pilate.« Je suis né et je suis venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité ».Et à ses apôtres, dans quelques jours, il léguera, en guise de testament spirituel, le commandement 154 Le triomphe de Jésus et l ombre de la Croix de s\u2019aimer les uns les autres.Et il ajoutera que c est à ce signe qu on reconnaîtra qu ils sont ses disciples.Voilà pourquoi, après dix-neuf cents ans, nous commémorons encore cette entrée triomphale de Jésus à Jérusalem.A vrai dire, le sens de la fête dite des Rameaux, n est pas uniquement la commémoration du triomphe de Jésus.Cette fete, comme toutes celles d\u2019ailleurs que nous offre la liturgie, n est pas uniquement, ni même à titre premier, un rappel historique de cet événement qui se serait déroulé dans le recul des temps, mais elle est aussi et surtout une invitation, une exhortation pour chacun de nous à revivre en son actualité le mystère même de Jésus dont elle fait partie.Toute la liturgie du jour, en effet, a pour but de nous faire réellement accompagner le Seigneur dans son entrée solennelle à Jérusalem, tout comme elle s efforcera, pendant la Semaine Sainte de nous le faire suivre pas à pas dans sa passion jusqu\u2019à son immolation sur la Croix.II se peut que de nos jours, nous ayons quelque peu perdu le sens profond de cette liturgie, et que nous n arrivions que très difficilement ou même pas du tout, à être vraiment acteurs dans le drame meme de notre Rédemption, en toutes ses phases.Et cependant, nous devons tendre à cette participation active, et essayer de retrouver cette réalité chrétienne de notre incorporation actuelle et personnelle à chacun des actes de la vie du Christ.II suffit de jeter un regard sur les siècles passés pour nous rendre compte de notre déficience sur ce point.Au moyen âge, par exemple, à cette époque où la foi semble avoir trouvé son expression la plus vivace et peut-être aussi la plus réaliste, nous assistons à une mise en scène vraiment émouvante, et qui avait précisément pour but, de permettre aux fidèles de se faire une âme dont les sentiments reproduisent 155 Revue Dominicaine le plus exactement possible, ceux des acteurs mêmes du drame de la Rédemption.Aussi en beaucoup d églises, on portait avec pompe le livre des saints Evangiles qui représentait Jésus-Christ dont il contient les paroles.Au lieu marqué et préparé pour une station, la procession s\u2019arrêtait : un diacre ouvrait alors le livre sacré, et chantait le passage où I entrée du Sauveur dans Jérusalem est racontée.Ensuite, comme pour rendre Jésus encore plus présent, on découvrait la croix, qui jusqu\u2019alors était demeurée voilée ; tout le clergé venait solennellement lui rendre ses adorations, et chacun déposait à ses pieds un fragment du rameau qu il tenait à la main.N allait-on pas i\u2014 et cela toujours dans b intention de reproduire avec plus de réalisme possible la scène qui eut lieu en ce jour, à Jérusalem \u2014 n allait-on pas jusqu à porter en triomphe la sainte Eucharistie elle-même.Ce sont là, semble-t-il, autant d indices que l\u2019Eglise veut que nous honorions Jésus, comme présent au triomphe qu elle lui décerne en ce jour.II est là au milieu de nous, et c\u2019est à lui que s\u2019adressent nos hommages, à lui, I humble et doux Sauveur qui vient visiter la fille de Sion, selon I expression du prophète.Tel est, en plein drame de I aventure douloureuse de notre rédemption, le glorieux et joyeux mystère du Dimanche des Rameaux.Et I Eglise veut, alors que déjà nous nous acheminons graduellement vers la Semaine Sainte, la Semaine des Douleurs, I Eglise veut que nos cœurs se dilatent par une cérémonie d\u2019allégresse et de joie, et que Jésus au-jourd hui soit reconnu et salué par nous comme notre Roi.Allégresse et joie qui nous sont d\u2019autant plus faciles que la scène mystérieuse qui se déroule sous nos yeux et à laquelle nous participons, veut aussi représenter et surtout reproduire l\u2019entrée du Sauveur dans une autre Jérusalem dont celle de la terre n\u2019est que la figure.Et cette Jérusalem, c\u2019est la Patrie céleste dont Jésus nous a procuré l\u2019entrée par sa mort sur la croix.Et c est pour cela que son triomphe comme sa nais- 136 Le triomphe de Jésus et l ombre de la Croix sance, et comme toute sa vie d ailleurs, est dominée et en quelque soi te marquée de la Croix.Sur son berceau, sur son enfance, sur sa vie entière, le Sauveur voyait toujours se profiler l\u2019ombre même de la Croix qui devait être le point culminant de sa mission, et d où devait partir, comme d\u2019une source intarissable, la vie divine, la vie de la grâce qu il venait nous mériter.« Hosannab au Fils de David I Béni celui qui vient au nom du Seigneur.Hosannab au plus baut des cieux ».P.Clément-M.Lachance, O.P.157 Formation dynamique et morale du caractère I oute profession, disait 8>a Sainteté Pie XII, comporte une mission, celle de mettre en pratique dans le domaine de la profession même, les pensées et les intentions du Créateur et d\u2019aider les hommes à comprendre la justice et la sainteté du dessein de Dieu et le Lien qui découle pour eux-mêmes de son accomplissement \\ Or en éducation chrétienne, « la fin propre et immédiate est de concourir à I action de la grâce divine, dans la formation du véritable et parfait chrétien, c est-à-dire à la formation du Christ lui-même dans les hommes régénérés par le baptême.En effet le vrai chrétien doit vivre sa vie surnaturelle dans le Christ.et la manifester dans toutes ses actions.II s ensuit que I éducation chrétienne embrasse toute la vie humaine sous toutes ses formes : sensible, spirituelle, intellectuelle et morale, individuelle, domestique et sociale, non certes pour la diminuer en quoi que ce soit, mais pour l\u2019élever, la régler, la perfectionner d\u2019après les exemples et la doctrine du Christ.Le vrai chrétien, fruit de I éducation chrétienne, est donc T homme surnaturel qui pense, juge, agit, avec constance et avec esprit de suite, suivant la droite raison éclairée par la lumière surnaturelle des exemples et de la doctrine du Christ ; en d\u2019autres termes, c\u2019est un homme de caractère 1 2.Dans un premier article de la Revue Dominicaine, octobre 1955, nous avons souligné la légèreté avec laquelle on abordait l\u2019éducation morale des enfants et l\u2019avantage de recourir à la psychologie analytique pour mieux comprendre la complexité du problème.Le but de l\u2019éducateur, tel qu\u2019il apparaît dans les documents pontificaux, est nettement circonscrit.Dans une réflexion théologique sur le problème, nous voudrions, tout en respectant l\u2019apport si riche de la psy- 1.\tPie XII, Cong.des Sages-femmes* Rome, 29 oct.1951.2.\tPie XI, Divini Illius Magistri, 31 déc.1929.158 Formation dynamique et morale du caractère chologie analytique, proposer, aux éducateurs chrétiens contemporains, la méthode dynamique de la grande renaissance médiévale qui a fait fleurir tant de saints dans la chrétienté de I époque.Le moi conscient et inconscient L\u2019on a trop considéré la caractériologie comme une galerie de portraits figés, comme un commun dénominateur s appliquant à une série d individus et exprimant la constante de leur comportement.La psychologie analytique répudie les classifications anciennes et regarde le caractère dans son aspect dynamique : la vie du moi, en rapport avec motifs et pouvoirs d action, au sein de la communauté.C est la conception qui s accorde le mieux avec la morale thomiste des vertus.« Nos désirs, nos habitudes, et tous nos pouvoirs ont un régime de vie, une façon de naître, d\u2019éclater, de traîner, de survivre et de s\u2019éteindre, comme disait Riccœur \\ qui sont propres à notre moi ».Si le caractère est notre manière propre de penser et d agir, il ne nous révèle pas les motifs qui donnent ce style et cette manière permanente dans le comportement.Or c\u2019est la motivation qui importe et cette motivation dépend des valeurs qui sollicitent et entraînent.Toutes les valeurs sont accessibles au caractère.II n y a pas un côté de valeurs plus propres à certaines personnalités et la moralité n\u2019est pas le monopole des unes plus que des autres.Qu\u2019il y ait des complicités dans telle nature à certaines vertus et des répugnances dans d\u2019autres pour la même vertu, rien n est plus vrai.Mais cette loi a aussi sa réciproque et la vertu sous I aspect de disposition éloignée n\u2019est pas une vertu proprement dite.II est bon de remarquer immédiatement aussi que notre façon propre de penser peut avoir une double régulation : I une du côté du sujet, comme dans le cas des crises affectives, et I autre du côté de I objet de connaissance.La volonté libre de I homme peut lancer clans la poursuite d un idéal tout le dynamisme des forces dont il a conscience.Mais il ne faudrait 1.Paul Riccœur, Phil, de la volonté.Aubier, Paris, 1949.159 Revue Dominicaine pas cioiie comme Descartes que la conscience est « transparente » à elle-même.II est des couches profondes de l\u2019âme dans l\u2019ordre de l\u2019affectivité où la conscience ne pénètre pas facilement.Considérons en effet tous les besoins de Fhomme.C\u2019est là un domaine confus et indéterminé, obscur en son fond et tout chargé d\u2019anticipations et d appels pour combler un vide dont on a une vague intuition.Ces besoins font sentir leur vide dans I ame avant toute représentation intelligente de son objet précis.Cet état d\u2019âme n\u2019appartient pas à la conscience claire et il est motivé par des événements de vie volontaire antérieure qui forment conflits, opposent des résistances obscures tels ressentiments, ou rancunes dont l\u2019existence est réelle sans être consciente \\ En outre, n oublions pas les habitudes acquises, mais dont le sou-\\ enir est perdu.C est là un redoutable pouvoir : celui des choses oubliées, du refoulé, du contracté.C\u2019est ce qu\u2019on appelle l\u2019automatisme affectif, existant en dehors du champ de la conscience claire et transparente, et exerçant une influence positive sur Faction.Un éducateur non averti peut facilement confondre la névrose avec un défaut de volonté et aggraver ainsi des troubles mentaux que la psychothérapie peut parfois faire rentrer dans le champ de la morale 1 2.C est là tout le domaine du pathologique dont on ne peut faire abstraction et qui relève de la compétence de la médecine et de la psychologie.L éducateur pourra utiliser cette matière, quand et si elle a été intégrée dans I optique de la conscience claire et de la moralité.Les études de psychologie analytique ont attiré l\u2019attention sur le problème de la maturité psychologique.Le niveau d\u2019aspiration d\u2019une conduite morale objectivement fondée sur des arguments sociaux, métaphysiques et théologiques suppose un autre niveau \u2014 celui de I auto-nomie psychologique de cette même conduite.C\u2019est ce que Odier appelle la morale psychologique ou la moralité de base.Elle établit l\u2019autonomie 1.2.140 Mac Avoy, Dictionnaire de Spiritualité ascétique et mystique : au mot Crise.G.Thibon, Le Caractère en spiritualité, loc.cit.au mot Caractère. Formation dynamique et morale du caractère c(u sujet par la liquidation des structures infantiles et permet 1 évolution vers la personnalité adulte On évoquera ici avec profit 1 effort de saint Thomas d\u2019Aquin pour définir l\u2019acte humain, objet matériel de la morale.Mais puisque nous devons traiter ici de la formation morale du caractère, nous nous attacherons au rôle des valeurs spirituelles dans 1 orientation consciente de la personnalité pour l\u2019acquisition d\u2019un comportement moral stable et permanent.Caractère et liberté Ce qui fait incontestablement la grandeur et la dignité de 1 homme dans cet univers c\u2019est sa liberté.Il en prend immédiatement conscience dès l\u2019âge de trois ans, lorsqu\u2019il substitue le pronom « je » à la troisième personne, dont il faisait usage jusque-là.Mais cette liberté n\u2019est pas un absolu, comme en Dieu, qui est Iui-meme son propre bonheur.Créature de Dieu, l\u2019homme est appelé à partager le bonheur même de Dieu.C est là sa vocation première.Il ne peut ni choisir, ni créer sa nature ou ses puissances, ni leur destination ni sa vocation qui dépend directement de Dieu.« Vous nous avez faits pour vous, ô mon Dieu, et nos cœurs sont inquiets jusqu à ce qu ils reposent en vous ».C est dans ce déterminisme de fond, au milieu d\u2019incalculables nécessités, physiques, biologiques et physiologiques, que s\u2019insère sa liberté : pouvoir de choisir ce qui peut le mener à Dieu.L\u2019homme est maître de ses actions et de leur cause prochaine : les habitudes qui stabilisent sa poursuite de la fin dernière et son comportement social.La création de ces habitudes vertueuses, de ces réflexes sûrs et permanents, est l\u2019œuvre personnelle d un chacun, une initiative de la volonté libre qui permet aux hommes de « devenir ce qu\u2019ils sont » et demeurer « fidèles à eux-mêmes » ; à leurs innéités, leur nature et leur vocation.Dans le cas des vertus infuses ces habitudes sont données au baptême.2.Odier, Les deux sources, consciente et inconsciente de la morale.Neufchatel, 1947 ; « Revue Dominicaine », oct.1953.141 Revue Dominicaine Le rôle de I éducateur est de motiver le libre exercice de la liberté, par une présentation dramatique et vitale du vrai bien de la nature humaine, le bien sans mélange, Dieu, pour qu il exerce effectivement une attraction puissante sur I bomme, commande toutes ses démarches et se trouve à I abri de tous ses choix.C est cette motivation qui mettra la liberté à I abri de ses contrefaçons l apparente liberté du bandit, liberté hors la loi, qui n est en vérité que l\u2019esclavage des passions, des ambitions et de I égoïsme \\ La liberté sans contrainte et sans loi est la liberté de Dieu.C est la liberté parfaite dont la conquête s\u2019obtient ici-bas par la discipline et I ascèse.En se pliant aux règles du jeu, aux lois morales qui régissent 1 ascension de I homme vers Dieu, on protège la liberté défaillante dans la poursuite du bien et l\u2019on prépare son plein épanouissement.F ormer des jeunes à la liberté des enfants de Dieu est un programme, rempli d\u2019aventures, d'espérances et de risques.Mais tout éducateur doit avoir le courage de risquer I aventure.Car se contenter de protéger la jeunesse c est la rendre irresponsable et incapable de se donner.Puisque la fin de I homme, son vrai bonheur, est en dehors et au-dessus de lui, il devient nécessaire, pour l\u2019atteindre, de se dépasser continuellement et de polariser vers ce bien, tout le dynamisme intérieur des forces vitales qui cherchent en lui leur plein assouvissement.Comme le disait un grand chrétien, « le christianisme apparaît comme la religion de I inquiétude, puisque le chrétien n ayant point de demeure permanente ici-bas, ne peut connaître ni l\u2019installation, ni la satisfaction ; la religion de l\u2019aventure, puisque la vocation du disciple est de suivre le maître sur le chemin étroit, montant et incertain de la croix ; la religion du risque, puisque sans périmer les risques de la nature, elle y ajoute des risques surnaturels infinis.Cependant il appa- 1.Lire l\u2019article du R.P.F.Bourassa sur : Liberté sous la loi.Sciences Ecclésiastiques.Montréal, mai 1953.142 Formation dynamique et morale du caractère raît comme une religion de paix, puisque la foi ancre le chrétien sur la certitude même de D ieu » \\ La tâcfie essentielle de l\u2019éducation est vraiment de former des hommes capables et soucieux de considérer personnellement le Seigneur et de discerner librement tout ce qu il attend de ceux qui veulent le servir en esprit et vérité .Ce que nous pouvons faire comme éducateur c est d effectuer Ici rencontre personnelle du Christ et de 1 âme «\u2014' et l\u2019exhorter à répondre librement aux engagements d\u2019une telle rencontre.A LA RENCONTRE PERSONNELLE DU CHRIST VlVANT Foi et charité Nous qui avons vécu au contact des âmes pendant un certain nombre d\u2019années, nous sommes, à certaines heures, particulièrement frappés de la médiocrité des masses chrétiennes, en face de la grande réalité du Seigneur et de sa religion.On a souvent l\u2019impression pénible que le monde religieux est, pour un trop grand nombre, un monde irréel, un refuge pour les tempêtes de la vie et, qu en dehors de certaines pratiques à jours fixes, son influence n\u2019est guère vitale.La religion doit être un engagement personnel de la liberté ; la réponse totale de 1 homme à un appel personnel du Seigneur.Tant que la foi restera un ensemble d\u2019habitudes et de sentiments inspirés par un milieu, elle ne pourra exercer une action profonde sur la vie ni marquer les âmes de son empreinte sacrée.Et pourtant, les enfants qui fréquentent nos écoles sont des baptisés _ c est-à-dire des êtres privilégiés que Dieu a élus ^ qu il a marqués par la grâce, à l\u2019image de son Divin Fils, pour qu ils puissent reproduire dans leur vie sa figure bien-aimée, penser en lui toute chose, agir en lui \u2014 dans le même esprit d\u2019amour qui unit le Père et le Fils.1.\tJoseph Folliet \u2014- Sécurité et responsabilité, Semaine Sociale Montpellier, 1951.2.\tA.Brien, Les Adolescents et la Foi.Revue Evangéliser, juillet 1952.143 Revue Dominicaine Ces enfants ont la foi.lis ont donc le pouvoir de croire, c\u2019est-à-dire de connaître les secrets que Dieu, leur Père, veut révéler à ses amis pai son Fils Jesus.Ces enfants ont un droit inalienable à se nourrir de I objet de leur foi ; et 1 objet de foi c\u2019est une personne vivante la personne de Jésus dont il ont faim et soif .On leur fait injure si I on ne fait déboucher dans la foi, toutes les forces vivantes de leur nature, toutes les aspirations de leur cœur, tout le dynamisme des vertus dont le baptême les a enrichis pour le plein épanouissement de leur vie divine.L éducation chrétienne a comme fin de nourrir la foi en effectuant la rencontre du croyant avec 1 objet de sa croyance.Et cette rencontre est d une importance capitale dans l\u2019orientation de la vie et dans la formation du caractère.Si elle est vitale, dramatique, enthousiaste et cordiale, 1 acceptation du croyant en sera fortement marquée.Rappelez-vous les paroles du grand éducateur des Gentils : « Mes petits enfants, pour lesquels j éprouve les douleurs de l\u2019enfantement jusqu à ce que le Christ soit formé en vous » 1 2.On ne forme pas le Christ dans les âmes en présentant des thèmes abstraits, mais en jetant pour ainsi dire le Christ à la face des enfants ^ comme nouveau chef de l\u2019humanité, restaurant tout en Dieu ^ appelant les hommes un à un, à une communion de vie en lui, afin de répondre aux desseins amoureux de Dieu sur eux.Et ces desseins amoureux de Dieu sur les hommes c\u2019est avant tout la vision face à face de Dieu, but suprême, destinée finale et raison d\u2019être de chaque personne humaine.La foi amorce en nous cette vision, comme dans un miroir, en nous faisant adhérer fermement à la personne même de Jésus dans son Eglise, vaste corps dont il est la tête et la vie.Cette vision du Christ allume en tous l\u2019espérance du salut.Le salut n est pas un vain mot, puisque les énergies de la Rédemption sont déjà à I œuvre dans le monde, au sein même de la société des amis et familiers de Dieu.Et le Christ pénétrant dans l ame par la foi met en branle tout le faisceau des forces vitales de l\u2019affectivité qu\u2019il embrase de sa présence.1.\tSaint Thomas d\u2019Aquin, II-IIœ, qu.82, a.3, ad 2 ; I Cor., c.1, lect.3 \u2014 Le salut par le Christ est la principale réalité dans la doctrine de foi.2.\tS.Paul.Galates, c.4, v.19.144 Formation dynamique et morale du caractère Quiconque sait présenter ainsi le Christ comme source de toute vie, comme fin de toutes activités humaines, comme centre de I histoire humaine qu\u2019il achemine, malgré les déficiences des hommes, leurs défaillances et leurs refus constants, vers une transfiguration ultime celui-là donne le sens de Dieu le sens de 1 Eglise et le sens de 1 histoire comme des valeurs et des motivations existentielles qui engagent la liberté humaine \\ S.Augustin reste encore le maître de cette catéchèse.Ce qu il propose pour la formation du parfait chrétien, c est la narration vivante, émouvante et joyeuse des nombreuses démarches amoureuses de Dieu pour gagner les cœurs ^ à partir de l\u2019œuvre créatrice issue de sa bonté, jusqu\u2019à la merveille des merveilles cl amour : 1 Incarnation Rédemptrice 1 2 3.La foi est d\u2019abord Dieu qui vient à la rencontre de 1 homme pour lui proposer un engagement irrémissible, une alliance éternelle, une vie noble et pleinement épanouie L\u2019éducateur chrétien a pour mission sacrée d effectuer cette rencontre émouvante, cette « audition vitale et agissante » du Christ, pour les engager dans la grande aventure de la vie, sur une voie qu Il leur a tracée et qu II veut refaire avec eux.Cette grande figure rayonnante du Christ, s implantant dans les âmes, peut seule orienter les vouloirs humains et exiger, par la force de son grand amour, les options et les choix d une liberté défaillante qui cherche sa pleine indépendance.Réponse personnelle à l\u2019appel du Christ Charité : capacité surnaturelle d aimer Le caractère, on le sait, dépend de la qualité des dispositions de la volonté.Mais ce qu on oublie trop souvent, c est que la volonté est capacité d aimer, avant d être puissance d exécution et motrice de toutes les activités humaines.Elle est d abord puissance d aimer.Et de I\u2019inten- 1.\tJ.Maritain : Une foi par quoi l\u2019on vit.Nova et Vetera, Avril-Juin, 1953.2.\tDaniélou, S.J., Catéchèse dans Véconomie du Salut, dans Maison-Dieu, no 30, Paris.3.\tMichalon, Nouv.Rev.Théol.Juin 1953.145 Revue Dominicaine sité comme de la stabilité de ses amours dépendent la ferveur et la promptitude de ses initiatives, dans la poursuite constante des divers moyens de manifester et de prouver son amour.Quand un amour véhément s empare d une personne il prend occasion de tout : circonstances, milieu, épreuves, sacrifices jusqu\u2019à Ihé-roïsme, pour s affirmer.La grande préoccupation c\u2019est d\u2019être constamment d accord avec cet amour, dans ses gestes, ses sentiments, ses pensées et ses attitudes.II s agit d organiser tout autour de lui, de ramener tout à lui comme à une valeur absolue, valeur voulue pour elle-même, valeur qui subjuge tout, qui unifie tout le moi intérieur, le polarise, pour un comportement en sens unique, toujours fidèle aux exigences de l\u2019amour.C est une doctrine cbère à Saint d bornas d\u2019Aquin que celle de la connexion de toutes les vertus dans la charité, « racine, mère et reine de toutes les vertus » \\ Elle est, comme le dit saint Paul, le lien de la perfection chrétienne.(Col.III, 14).Quand le Christ devient le grand amour d un cœur humain, la charité travaille ce cœur sons l\u2019action de I Esprit-Saint pour mettre en branle, exprimer et épanouir toute la richesse des énergies divines et humaines qui I animent.Charité : Reine des vertus La charité devient une reine qui commande à toutes les autres vertus, les fait grandir harmonieusement comme dans tout organisme vivant, pour rendre hommage au Christ.L humilité est une vraie prise de conscience de notre totale dépendance divine.Sous I inspiration de l\u2019amour, la justice s exerce envers Dieu, le prochain, les parents et la patrie ; car ce sont là des instruments de la Providence divine, pour faire fleurir la communion entre les enfants de Dieu.La vertu de religion, ses actes de prière, d adoration, de dévotion et de sacrifice liturgique, tout cela devient des moyens d hommage, de 1.Saint Thomas d\u2019Aouin, II-IIæ, qu.23, a.8, corps de l\u2019article et solutions.II-IIœ, qu.23, a.4 et 5.146 Formation dynamique et morale du caractère respect, de révérence et de plus grande intimité divine.La charité embrasse tout le domaine de la tempérance et fait épanouir, jusque dans la cbair, la délicatesse de son amour pour Dieu : continence, chasteté, abstinence, selon les exigences des appels variés qui retentissent dans le cœur.L amour est fort comme îa mort, « il est patient, il ne cbercbe pas son bien propre, il explique tout, il pardonne tout ».C est toute la gamme des vertus qui vibrent sous l\u2019emprise de I amour, répandant partout ce que saint Paul appelle « la bonne odeur de Jésus-Cbrist ».Enfin I amour inspire la prudence dans le retour des créatures vers Dieu.Or, nos enfants baptisés ont reçu tout un organisme surnaturel >\u2014> ils sont extrêmement riches des vertus tbéologiques et morales, ils ont la capacité surnaturelle d aimer.Mais tout le dynamisme de ces pouvoirs surnaturels et naturels ne peut se déclencher en eux, que par le puissant stimulant des considérations conscientes de la foi, par la motivation d un exposé émouvant de la grande réalité vivante de ce Pasteur qui laisse les quatre-vingt-dix-neuf brebis fidèles, pour arracher à sa tristesse la pauvre brebis errante.Tant qu on n a pas su inspirer aux enfants le sens de I amour divin, le sens de Dieu et du péché, on ne peut véritablement pas parler de mortifications, de sacrifices et de renoncement.Ce serait fausser les perspectives du christianisme et paralyser I élan vital d un être qui n\u2019aspire qu à la vie et au don de soi.C est la soif de Dieu et de son Divin Fils qu\u2019il faut d abord allumer dans les cœurs ; le désir de se réaliser pleinement, en imitant les mœurs divines, puisque c est là la destinée de I homme et toute la raison d être de I image que Dieu a imprimée dans son âme.Charité et œuvres L appel personnel du Christ à le suivre, lorsqu il éclate avec vigueur dans une âme, réveille un jaillissement conscient d\u2019amour et un choix personnel, des options, des initiatives libres, qui s imposent, pour faire transparaître, dans toutes les activités de la vie humaine, la sagesse et la beauté morale du Christ.147 Revue Dominicaine C est dans cette perspective qu il faut placer I étude et le désir du savoir, qui malheureusement ne suscitent guère de ferveur enthousiaste parmi la jeunesse.Quand on a fait naître un besoin et une soif de Dieu dans une âme, on a allumé un bûcher inextinguible.Une âme éprise de Dieu ne peut se désintéresser du monde que Dieu a fait >\u2014 des lois par lesquelles il le conduit à sa destinée suprême : Dieu en lui-même, Dieu dans I homme, Dieu dans la nature.L étude de la science sacrée explore les desseins cachés en Dieu, le mystère cle sa vie intime, les manifestations multiples de son amour.Les sciences profanes cherchent à arracher à la nature les lois secrètes que leur auteur a déposées en elle i\u2014> loi de la constitution des êtres >\u2014< reproduction des idées divines \u2014 harmonieuse disposition des forces et des énergies cosmiques >\u2014> interdépendance du monde sidéral.Tout cet univers est rempli de la présence de Dieu.II est pensé par lui et poursuit 1 impulsion que Dieu a inscrite dans les profondeurs de son être.« Peuplez la terre et subjuguez-Ia », mettez-Ia au service de l'homme, afin que cet univers inconscient puisse par une créature consciente et libre chanter son créateur.L amoureuse considération de la personne du Christ rappellera aussi sa tendre sollicitude pour les besoins temporels des hommes, son ardent désir de soulager leurs misères physiques comme leurs misères morales.C\u2019est l\u2019appel à l\u2019amour apostolique, à I action sociale, aux œuvres de miséricorde spirituelle et temporelle, au don de soi pour que Jésus soit tout en tous par 1 édification de l\u2019Eglise, son corps mystique.Pour mortifier 1 amour déréglé de soi, combattre la recherche de ses aises, de ses intérêts propres, des plaisirs grossiers, les tyrannies de la sensualité et toutes les pulsions intérieures d\u2019une nature déchue, le plus court chemin restera toujours d\u2019allumer au cœur, un amour plus ardent, plus profond et plus durable, par une présentation enflammée du Christ.Et cette œuvre par excellence prend sa source dans la foi de I éducateur chrétien.148 Formation dynamique et morale du caractère Conclusion Pour former un homme de caractère \u2014 « un Iiomme qui pense, juge, agit, avec constance et esprit de suite, suivant la droite raison éclairée par la lumière surnaturelle des exemples et de la doctrine du Christ » \u2014 il faut avoir une certaine expérience de la vie de la grâce.Pour présenter un Christ vivant, un témoin encore tout bouleversé de la vision amoureuse qui brûle son cœur et dont il ne peut pas ne pas parler.L on ne parle avec conviction que des choses qu on a vécues : on n enflamme les cœurs que de la flamme dont on brûle pour les valeurs dont on vit soi-même.Quelles que soient les disciplines scolaires qu on enseigne il ne faut jamais oublier qu on traite de la vérité et toute chose n est vraie qu en relation avec l'intelligence divine qui les a conçues et appelées à I existence.Toute vérité est ainsi divine.Les sciences naturelles ne rechercheraient pas les lois physiques, biologiques et chimiques si elles ne croyaient d\u2019abord à l\u2019existence de lois par lesquelles le créateur conduit la nature vers son épanouissement.L homme lui -même cherche à se réaliser selon le type que Dieu a pensé et vers lequel sa nature elle-même tente de l\u2019acheminer.Si I histoire humaine est écrite par les hommes, il est facile d\u2019y découvrir la main de Dieu qui la dirige dans sa progressive évolution vers une réalisation définitive.Les arts pratiques trouvent dans la nature leur plus grand stimulant et les arts libéraux ne sont qu\u2019une approximation des merveilles de beauté que le créateur a semées à pleines mains dans ce vaste univers ^ reflet lointain et vestige grossier de cette beauté divine, cachée dans les profondeurs du mystère de Dieu.L\u2019éducation est l\u2019art des arts >\u2014> une véritable naissance à la vie de l\u2019esprit, et des valeurs qui donnent à la vie son sens et sa direction.Pour la mener à bonne fin, il faut se maintenir à la source de toute vérité, de toute bonté et de toute beauté : la personne auguste du Seigneur, dans le climat de l\u2019Eglise son épouse, témoin et instrument de I effusion de ses tendresses.F.-M.Drouin, O.P.Ottawa 149 L unité de 1 Eglise importe-t-elle à 1 unité du monde ?Le problème de l\u2019unité \u2014 L\u2019unité politique du monde \u2014 L\u2019accord, de tous les chrétiens \u2014 L\u2019heure du protestantisme \u2014 Peut-on vouloir une fin sans en prendre les moyens ?\u2014 Catholicité et société universelle.Avec I Eglise catholique tout entière et nos « frères séparés », nous avons prié en I Octave consacrée à I Œcuménisme, du 18 janvier, fête de la chaire romaine de saint Pierre, au 25, conversion de saint Paul, pour la réunion de tous les chrétiens en une seule et même Eglise.I.^Le PROBLEME DE L UNITE Ce n est pas sans des raisons de la plus haute gravité que de telles prières universelles montent vers les cieux.Pour poser tout de suite le problème : tous les chrétiens croient, en s appuyant sur le grand entretien du Christ avec ses disciples à la dernière Cène, que la voie royale du salut pour le monde, c est l\u2019unité religieuse.Or, le monde est divisé politiquement et religieusement.Peut-il être indifférent à l\u2019Eglise que le monde soit divisé politiquement jusqu\u2019au danger de mort ?Et peut-il être indifférent au monde que les grandes religions qui se réclament du Christ soient divisées jusque contradictoirement en des points essentiels ?L Eglise a-t-elle quelque chose à attendre de l\u2019unité politique du monde pour I accomplissement de sa mission ?Et l\u2019humanité a-t-elle quelque chose à attendre de I unité religieuse de tous les chrétiens pour la réalisation du bien commun mondial ?L Eglise a révélé au monde l\u2019idée d tine société universelle.Serait-il possible que I unité religieuse de tous les chrétiens, en une seule Eglise, soit la condition la plus stable et la plus radicale de l\u2019unité politique du monde ?ou bien le monde devrait-il chercher ailleurs, et vers quoi, après tant de déboires pour avoir voulu fonder ultimement son unité sur autre chose que ce qui apparaît aux yeux de l\u2019espérance de l\u2019histoire et de la théologie comme son unique fondement ?Le sens de l\u2019histoire du monde 150 L\u2019unité de l\u2019Eglise importe-t-elle à l unité du monde ?et de lEglise est-il toujours orienté vers une plus haute unité, ou Lien, tout est-il appelé à la contradiction, à la division, à la catastrophe ?Certes, nous croyons que même avec 1 unité, I Eglise et le monde devront faire leur propre chemin de la croix pour arriver à la Résurrection.Mais c est une foi profonde au cœur des croyants que la prière du Christ pour l\u2019unité n\u2019a pas dû être une prière vaine, pas plus que n\u2019a pu être vaine la croix qui l a suivie.La division politique et religieuse du monde n est pas voulue de Dieu.Cette croix est la conséquence du péché des hommes : hommes d Eglise et hommes du monde.La division, 1 hérésie, le schisme, étant des péchés, ne peuvent être voulus de Dieu.La division est une croix que les hommes se sont faite eux-mêmes.Tandis que la grande Croix du Christ est le principe unique d\u2019unité, parce que celui de la réunion et de la restauration universelle.La division du monde politique et religieux est une conséquence du péché.La réunion religieuse et 1 union politique ne pourront être que les effets de la puissance unifiante de la Croix, seule capable de réaliser le vœu de la prière pour I unité.Le plus grand bien que notre monde moderne attend, c est 1 unité en profondeur et l\u2019unité en extension.L\u2019unité de l\u2019homme avec lui-même au plan psychologique, religieux et vital ; I unité de tous les hommes au plan du bien commun humain et religieux.Parmi les œuvres de miséricorde temporelle et spirituelle qui sollicitent la charité de l\u2019Eglise et des chrétiens, c\u2019est aujourd\u2019hui la plus grande, car elle engage la question même non seulement du salut temporel, mais éternel.L unité politique est la condition de la paix et de la survivance.Mais quel est exactement le rôle de l\u2019unité religieuse vis-à-vis de l\u2019unité politique ?C est la question.Il ^ L\u2019unité politique du monde Le cœur du débat auquel il faut arriver un jour ou I autre n est pas autre que celui-ci : suffit-il d agrandir la maison ?suffit-il de faire plus mais de la même espèce ?suffit-il d en assurer une communication universelle pour que l\u2019unité du monde soit assurée ?151 Revue Dominicaine Certes nous croyons que J unité de nature du genre humain est de soi apte à fonder une communauté de vie internationale.L\u2019homme n\u2019en a-t-il pas les moyens naturels proportionnés au plan de la technique, de la culture, de la civilisation ?et la science, Fart, le droit, la littérature, ne sont-ils pas de par leur universalité même des moyens efficaces d unité, tout au moins de rapprochement et de collaboration ?La politique est I art du possible.On ne dit pas que jamais I unité idéale sera réalisée.Mais une chose est sûre, c\u2019est qu\u2019il ne pourra y avoir de société universelle que dans la mesure où I effort vers la bonne entente et le rapprochement sera fondé et finalisé par ce qui est l\u2019essentiel de toute société : I union des intelligences et des cœurs, ou si Fon veut, par une communauté d\u2019esprit international Supposons idéalement l\u2019unité politique déjà fondée ; de quoi tien-dra-t-elle son autorité, puisqu\u2019il n\u2019y a aucune société sans une autorité réelle et efficace ?De quoi tiendra-t-elle la puissance de ses liens, si ce n est de la reconnaissance d\u2019une puissance liant et soutenant sa volonté, disciplinant ses passions et ses intérêts, orientant son intelligence vers un certain ordre international et vers un certain idéal humain.Or, cela ne peut être que le fruit d un certain esprit commun.11 ne peut donc y avoir d unité politique dans une société universelle, sans une communauté d esprit international.Si nous regardons, cependant, ce qui existe, nous constatons que cette unité n est pas encore fondée et n est sans doute pas à la veille de 1 être efficacement, malgré les généreux efforts de la S.D.N.et de I O.N.U.Nous n en sommes vraisemblablement qu\u2019aux tout débuts de la société internationale.L âge mondial est une réalité nouvelle exigeant une longue éducation internationale à cause de la présence de tant de diversité d intérêts, de traditions, de cultures, de races, de religions, de civilisations et d âge mental des peuples.L\u2019homme est sur la terre depuis cinq cent mille ans.Quelles que soient les accélérations de l\u2019histoire, et la convergence des civilisations qui font mûrir plus vite les hommes d\u2019au-jourd hui, il reste qu il y a sans doute plus d\u2019étapes à franchir avant que 152 L unité de l\u2019Eglise importe-t-elle à l unité du monde ?ne s enracine la communauté internationale dans le cœur des hommes, qu\u2019on ne le croit habituellement.Et alors, nous revenons à la même hypothèse, ce monde uni ne pourra se construire sans que n existe une communauté desprit intei national Acceptant cette proposition, nous sommes conduits à une autre : quels peuvent être les fondements de cette communauté d espiit et com ment peuvent-ils réaliser concrètement la société universelle ?Diverses hypothèses sont possibles : a)\tSera-ce la prédominance des sociétés à liberté éprouvée ?Monsieur John Eoster Dulles déclarait, lors de I A.ssemblee GEcu-ménique d\u2019Amsterdam en 1948, que « les autres nations qui constituent la majorité ne consentiraient jamais à ce que quelques sociétés reçussent la suprématie mondiale.Et dans un sens, elles auraient raison.En effet, si les sociétés libres ont fait preuve de leur capacité à se gouverner, elles n\u2019ont pas montré la même capacité à gouverner les sociétés de culture et de race différentes.Cela ne nous avancerait guère de recréer et d\u2019étendre un système colonial, sous prétexte de gouvernement mondial ».b)\tSera-ce la force et la coercition ?« La majorité des populations dti monde, continue M.Dulles, ne veLit pas et ne doit pas consentir à être dominée par les sociétés libres.Celles-ci ne veulent pas et ne doivent pas retourner au despotisme.Cette impasse est la source d\u2019un grand péril.Elle abandonne une grand part du changement international à la force et à la coercition.Elle le fait en un moment où les moyens de corrompre 1 âme humaine et de détruire le corps humain sont devenus bien plus grands qu ils n ont jamais été ».Et Léon XIII dans T encyclique Sapientiœ Christianœ démontre qLie : « Rien n\u2019est faible comme la force quand elle ne s appuie pas sur la religion.Plus propre, dans ce cas, à engendrer la servitude que 1 obéissance, elle renferme en elle-même de grands troubles sociaux ».Rien ne servirait donc, pour réaliser 1 unité du monde, d aboutir aux dépens de la liberté des peuples, à un totalitarisme supérieur.155 Revue Dominicaine c)\tSera-ce la technique ?S.S.Pie XII, dans son dernier radio-message de Noël, nous avertit que la conception technique cle la vie qui prédomine actuellement rend I homme aveugle aux vérités religieuses ; elle corrompt l\u2019ordre naturel de la vie des hommes modernes, leur dignité personnelle, l\u2019économie générale, les relations réciproques entre les nations.Que peut-il en résulter ?« Tout au plus, dit-il, la paix de la peur et non pas la paix qui est la sécurité de l\u2019avenir.II faut le répéter sans se lasser et en persuader ceux qui dans le peuple se laissent facilement balluciner par I illusion, que la paix consiste dans l\u2019abondance des biens, alors qu une paix saine et stable est surtout un problème d\u2019unité spirituelle et de dispositions morales ».Si I on ci oit que I unite du monde pourrait résulter de la communauté d un matérialisme « éclairé » commun aux deux grands blocs politiques actuels, les événements contemporains nous remettent devant les yeux ce que déjà saint Augustin disait de son temps : « La matière est principe de division ; c est I esprit qui unit ».d)\tSera-ce une idée laïcisée de la « Cité de Dieu » ?On veut dire par cela : un universalisme politique qui étant «neutre» serait capable de par sa laïcité, sa temporalité même de réaliser l\u2019unité clu genre bumain, en faisant abstraction du particularisme des religions et de la question particulièrement divisante de la primauté pontificale en matière de juridiction religieuse universelle.Se fondant sur I autonomie du temporel, clu rationnel, du profane, du laïc, de la nature dans leur ordre, elle croit pouvoir concevoir la possibilité d assurer le bien efficace d une société temporelle unique du genre bumain.Or, ici nous arrivons au cœur du débat.Aucun des moyens cités précédemment ne s\u2019est révélé capable de constituer une unité politique, parce que ne pouvant même pas constituer une communauté d\u2019esprit international.L idée laïque le pourrait-elle mieux ?154 L unité de l Eglise importe-t-elle à l unité du monde ?III ^ Accord de tous les chrétiens Ici, l'expérience de l\u2019histoire, comme le jugement des Eglises protestantes et catholiques s élèvent pour proclamer qu aucune laïcisation cle l\u2019idée de la Cité de Dieu ne peut assurer au monde son unité stable et radicale.Car, la question n\u2019est pas d\u2019agrandir la maison, d avoir plus de sociétés unies par des liens sociaux de même nature.La question est essentiellement dans cette maison qui est le monde habité par l homme moderne d\u2019ouvrir une fenêtre vers le ciel.La question n\u2019est pas simplement d\u2019avoir plus, mais d avoir quelque chose d autre.Seule une société universelle autonome, certes, dans son ordre, mais reconnaissant que sa fin est orientée vers la fin de la société religieuse universelle qu\u2019est l\u2019Eglise peut être sûre de trouver son unité stable et garantie dans cette union sans confusion du naturel au surnaturel, dans cette subordination à un principe transcendant toute division de culture, de race, de tradition, de temps, d espace et de civilisation.Il y a un ensemble d\u2019observations communes faites par protestants comme par catholiques qui constituent une orientation en vue de la réalisation de la société universelle en même temps qu un terrain de rapprochement entre les diverses Eglises, et c est : { __La constatation de la laïcisation, de la déchristianisation et de la paganisation du monde provenant de la séparation de la vie à tous ses plans individuel, familial, culturel, social, national, international, d\u2019avec la religion.Et, en contre-partie, la nécessité de la restauration de 1 union de la vie et de la religion.En cela, les encycliques des Souverains Pontifes et des meilleurs théologiens protestants se rencontrent.2 \u2014 L\u2019angoisse commune devant la division du monde, et I exigence vitale cle l unité et de la paix pour la survivance.Or, comme condition essentielle, on pose 1 union de la religion avec la vie internationale.5 ^ La responsabilité des églises chrétiennes pour la restauration de l\u2019union de la religion et de la vie.S\u2019il arrive aux diverses églises \u2014 155 Revue Dominicaine et certes pas à tort pour I Eglise catholique r\u2014 de se rendre mutuellement responsables de la division du monde et de la sécularisation de la vie, I accent qui domine peut-être, est celui d'une tâche commune à accomplir et d une unité à restaurer ensemble.4 ^ La conscience renouvelée du mystère de l\u2019Eglise tant ckez les catholiques que chez les meilleurs protestants, comme fondement à leur action indispensable de salut dans le monde.Ces convergences et ces accords fondamentaux ne doivent pas nous voiler les différences considérables.Mais il apparaît sûrement que pour toutes les églises on ne peut fonder une communauté d'esprit international sur aucun des moyens énumérés antérieurement.Seule une unité de dispositions morales et religieuses permet de la réaliser.Ses éléments en sont : L n esprit de communauté et de solidarité humaine dans la poursuite d un Bien commun mondial.Un esprit de justice et de paix dans la tranquillité de l\u2019ordre international.LU esprit de vérité, de sincérité et d honnêteté dans les rapports et les engagements mutuels.Un esprit de compréhension réciproque et de charité dans la reconnaissance des différences et des nécessités.LU esprit de liberté et de respect de la personne humaine dans la reconnaissance de la dignité suréminente qui lui vient de sa qualité d image de Dieu et de sa destinée transcendante.Ces dispositions fondamentales pour la création d une communauté d esprit international \u2014 et sur lesquelles quiconque voulant la fin est prêt à en accepter logiquement les moyens \u2014¦ mais une condition commune ouverte à tous les groupes, pourvu que se réalise la double condition de 1 allégeance doctrinale au Seigneur et du témoignage chiétien.Ce ne serait donc pas l\u2019adhésion à un groupe privilégié qui rendrait catholique, 159 Revue Dominicaine mais une pure adhésion intérieure au Christ, centre intemporel et source transcendante de la catholicité.Jésus-Christ lui-même serait celui qui, par la foi et la vie qu il crée en ceux qui professent être ses disciples, détermine ultimement qui appartient à la sainte Eglise catholique.De même que le salut s obtient par la foi en lui, ainsi le catholicisme.Le catholicisme romain, au contraire, croit que 1 engagement au Christ passe par rengagement dans le sacrement sensible du Christ qu est l\u2019Eglise catholique.Quel serait donc le sens de l'oecuménisme protestant dans son ensemble ?Faire adhérer toutes les églises à cœur de l\u2019Eglise catholique conçue comme une réalité transcendante invisible, génératrice d\u2019unité intérieure ; et amener, au plan de l\u2019unité visible, les diverses organisations ecclésiastiques à se fédérer en un organisme visible mondial des églises.Destiné à coordonner les forces chrétiennes en vue d une stratégie commune concernant la charité et I organisation du temporel en général, cet organisme ne serait pas partie essentielle du mystère de l\u2019Eglise, mais son meilleur conditionnement extérieur.La grâce de l\u2019Unité serait donc ainsi seulement la grâce d\u2019une réunion commune autour de la théorie de l\u2019Eglise invisible où tous pourraient s accorder en réduisant leurs différences actuelles à un commun dénominateur ; et la grâce d une réunion commune en une fédération résultant d accords humains.L\u2019Egl ise catholique a une autre conception de l Eglise et de son Unité.L\u2019Egl ise est le grand sacrement du Christ, et cette présence du mystère du Christ dans 1 Eglise pénètre sa visibilité même.En d\u2019autres termes, I unité visible de l\u2019Eglise n\u2019est pas pour elle le résultat d\u2019accords contractuels, mais le resplendissement de 1 Incarnation du Christ dans son corps mystique.Par conséquent, unité visible et unité invisible sont un seul et même mystère.L une ne peut pas exister sans l\u2019autre.Le mystère de 1 unité de 1 Eglise est un comme le mystère du Christ lui-même.L unité de 1 Eglise comme miracle, mystère et comme fait ne peut donc provenir des hommes, mais de la diffusion du mystère de I unité du Christ présent sacramentellement dans son Eglise.160 L unité de l\u2019Eglise importe-t-elle à l\u2019unité du monde ?L Unité de IEglise n\u2019est donc pas à reconstruire puisqu\u2019elle existe déjà dans l\u2019Eglise catholique.L Unité des chrétiens, elle, est à reconstruire.La tâche des hommes vis-à-vis de ce mystère n est pas de prétendre le refaire, mais d en assurer la conservation, la dispensation, la fructification : le communiquer aux hommes et amener les hommes à lui.VI Catholicité et société universelle L Eglise catholique croit donc que I unité fondamentale des hommes doit être d ahord une unité dans la vérité de la foi catholique.Elle considère que le type d unité visible tel que le propose le protestantisme actuel : unité de stratégie, unité de charité, unité de fédération, même avec une primauté d honneur ou, au plus, de direction du pape, ne saurait être qu une illusion d unité.Comment une unité pratique pourrait-elle naître réellement sans un accord préalable des esprits dans la vérité ?II y a trop de points essentiels et contradictoirement opposés entre catholicisme et protestantisme pour que I unité puisse sortir d un compromis dogmatique ou pratique.Comment le plus, qui est I unité, pourrait-il sortir du moins qui est la division en conceptions opposées ?Y a-t-il intolérance de la part des catholiques à penser ainsi ?S\u2019il y en a une, elle n est pas autre que d être totalement logique avec I lncarna-tion et de faire observer qu on ne peut vouloir une fin universelle qu\u2019à la condition de prendre un moyen proportionné, à moins qu\u2019on ne veuille réellement pas la fin ; ce qui est une autre question.Il est impossible de réunir les hommes en une unité religieuse à moins que ce ne soit dans un principe catholique, c est-à-dire, universel, qui par sa transcendance peut réconcilier les oppositions.La preuve encore une fois ?C\u2019est l\u2019opposition contradictoire entre sectes protestantes, malgré leur accord en points fondamentaux, qui les empêchera à coup sûr de jamais arriver à une unité réelle entre eux, à moins de se dépasser dans la vraie conception de I Eglise qui seule pourra unifier leurs vérités partielles.Or, comment, à plus forte 161 Revue Dominicaine raison, une unité serait-elle réalisable au plan du regroupement du protestantisme, catholicisme et orthodoxie ?Et plus encore au plan mondial ?Alors que tant d intérêts, tant de diversité de races, de culture, de tradition, de civilisation, d\u2019âge mental des peuples séparent, il faut, pour qu\u2019il y ait unité, trouver un principe adéquat d unité, un principe qui transcende les divisions et réalise un accord essentiel entre les esprits.Nous ne disons pas qu\u2019il n\u2019existe aucun lien universel capable d unities hommes au plan humain.Nous disons simplement que la question de l\u2019unité du monde n\u2019est pas simplement d élargir ou d étendre les liens humains, de les universaliser.La question est de savoir si ces liens peuvent unifier sans qu\u2019ils soient moraux.La question est encore de savoir s ils peuvent, même en étant moraux, unifier sans être religieux ; et même en étant religieux, s ils peuvent unifier sans qu il y ait un principe d unification religieuse ; et alors, la question est encore de déterminer si ce principe sera réellement catholique, universel, capable de réunir tous les hommes, ou bien s\u2019il ne sera qu\u2019un compromis, ou encore une juxtaposition de forces religieuses diverses qui se rencontrent en certains points chrétiens, mais dans leur globabilité sont spécifiquement différents.Il nous revient de choisir.Veut-on une unité sur une telle base de compromis, de juxtaposition, de rivalité spirituelle ?Alors, 1 unité politique du monde, qui a contre elle les meilleures chances de ne pouvoir se réaliser par ses strictes ressources naturelles à cause de la blessure du péché originel et des fautes subséquentes des hommes, ne pourrait non plus se réaliser si les forces religieuses elles-mêmes continuaient d être divisées.Situation tragique du monde actuel.Notre monde est divisé politiquement et religieusement.L union des chrétiens et 1 union des hommes sont des problèmes liés vitalement et nécessairement.On ne réalisera pas I unité du monde en laïcisant 1 idée de la Cité de Dieu, car alors, on sépare la religion de la vie internationale, sous le fallacieux prétexte d unifier le monde sous un même dénominateur com- 162 L unité de l\u2019Eglise importe-t-elle à l\u2019unité du monde ?mun.Ce faisant, la nature se trouverait à se couper des sources mêmes de la restauration de son unité.L\u2019expérience a été faite en Europe que toute tentative de laïciser la Cité de Dieu en substituant au lien fondamental religieux un pur lien humain est vouée à un échec.Pourquoi voudrait-on répéter à I échelle mondiale une formule désastreuse ?Si d autre part, on veut créer un lien commun dans un esprit commun ne faut-il pas aussi en accepter les conditions ?A la société politique universelle de travailler de façon autonome au Bien commun mondial sur la base des liens et des moyens naturels ; mais à IEglise catholique de faire le dernier lien dans 1 unité d\u2019une même vérité religieuse, d\u2019une même foi catholique, d une même force capable de réaliser et de maintenir la communion des esprits.Une étape nécessaire doit être franchie pour cela, et c est la réunion de tous les chrétiens.Dans notre monde tel qu il existe, 1 unité des hommes ne saurait provenir d\u2019en-bas, de la nature, si n intervient en même temps d\u2019en-haut, de la grâce et de la grande Médiatrice de grâce qu est 1 Eglise, un principe capable de fortifier, corriger, discipliner et finalement unifier dans une unité supérieure les liens humains.h aire mûrir par la prière et la collaboration le mouvement œcuménique protestant vers 1 unité catholique est donc I une des tâches primordiales et des plus urgentes de I heure.Et alors, les chrétiens étant réunis dans une seule Eglise, le reste du monde devant ce miracle de charité et de foi pourra croire davantage, sur un tel motif de crédibilité, que le Christ est venu sur terre lui apporter le salut, parce que le salut temporel et éternel lui sera devenu plus accessible encore par 1 unité de tous les chrétiens.Et pour conclure, c est un grand honneur que de pouvoir citer ces paroles de Sa Sainteté Pie XII dont le présent exposé n est qu\u2019un humble commentaire.Elles sont tirées de la fameuse allocution consistoriale du 20 février 1946 aux trente-deux nouveaux cardinaux venus de toutes les parties du monde.« Si donc aujourd hui tant d hommes de toutes parts, 165 Revue Dominicaine dans une attente anxieuse et une espérance haletante, se tournent vers I Eglise, et lui demandent quelle est sa part dans le salut de la société humaine, dans I étaklissement de ce bien inestimable, plus précieux que tous les trésors qu est une paix durable à 1 intérieur et à 1 extérieur des pays, la réponse de l\u2019Eglise peut être multiple et variée, comme sont variées ses possibilités.Toutefois, la grande, la définitive réponse, à laquelle peuvent se ramener toutes les autres, reste toujours 1 unité et F intégrité de l\u2019Eglise fondée en Dieu et dans le Christ.D où la nécessité t-i pour les fils de l\u2019Eglise tout d\u2019abord, mais aussi pour la société humaine en général >\u2014 d avoir une notion claire et exacte de I influence qu exercent pratiquement cette unité et cette intégrité ».Bernard Lambert, O.P.Professeur d\u2019Ecclésiologie Couvent des Dominicains, Ottawa 164 Henry Bordeaux : un écrivain bien français Dans un article sans indulgence, Bernard de Fallois écrivait il y a quelques mois au sujet de Paul Bourget : « II fut autrefois le Kéros d\u2019une énorme erreur littéraire., C\u2019est son œuvre entière qui a été plongée avec lui dans le domaine de la mort, où elle acKève de se décomposer.On a toujours le tort d écrire trop tôt.S\u2019il avait attendu, peut-être aurions-nous écKappé à tant d adultères mondains, de drames de famille.Il est terrible de se trouver perdu, au milieu de générations inconnues, d être en retard sur son époque.» Bien qu\u2019ayant pris le meilleur cKez son maître et ami, bien qu ayant assoupli, poétisé ses doctrines sociales et religieuses, on a raison de craindre qu\u2019Henry Bordeaux ne soit devenu cet arbre qui sommeille pendant un long Kiver et sur lequel est rejetée une partie de semblable ingratitude, en attendant une saison plus propice.Mais qui doit honnêtement supporter le discrédit ?Le lecteur insatiable dont les présentes lectures sont plus souvent un enfièvrement qu un enrichissement, la recherche d\u2019une classification des instincts et non des besoins légitimes, acceptant qu on viole publiquement la chambre secrète où s élabore sa vie intime, ou bien l\u2019écrivain qui a mis un point d honneur à rester fidèle à lui-même et à des principes impérissables ?Si la force d âme, la volonté tenace, I acceptation résignée, I amour de la patrie, le sens de la famille et des responsabi Iités ne sont plus des qualités très attrayantes aujourd hui, à qui la faute ?A-t-on vraiment jeté un voile sur cette œuvre romanesque qui compte présentement plus de soixante volumes, sur toutes ces héroïnes, ces femmes tendrement aimées par I écrivain qui les retrouve chaque fois comme des amies, et dont la noblesse du regard, même après leur péché, interdit tout désir malsain ?Commence-t-on déjà à oublier ce Savoyard toujours lucide et intelligent, dont Pierre Benoît disait « qu\u2019il avait les deux qualités éminentes du vrai romancier : la vie et la fécondité » ?165 Revue Dominicaine Que cette modeste clarté projetée aujourd\u2019hui sur l\u2019illustre écrivain soit avant tout une reconnaissance et un hommage adressés à Dieu et à un grand Français.L\u2019Homme En 1860, au lendemain de 1 annexion de la Savoie à la France, Me Lucien Bordeaux, qui avait prématurément perdu tous les siens, vint se fixer à Thonon-Ies-Bains.Il épousa 1 année suivante celle qui devait être 1 admirable compagne de sa vie, celle que 1 écrivain dessina d\u2019un si fin crayon dans un de ses meilleurs romans, « La Maison » sous les traits de Mme Rambert.C est là également que naquit Henry Bordeaux le 25 janvier 1870.11 n est pas sans importance pour un individu et encore moins pour un écrivain tout en sensibilité comme lui, de naître dans l\u2019une des plus belles régions de France marquée d\u2019un passé d\u2019aristocrate et dans une maison étourdie par les échos familiers de ses ancêtres, d\u2019un saint François de Sales par exemple et de Mme de Charmoisy, la Philothée de « 1 Introduction à la vie dévote ».Toute 1 œuvre d\u2019Henry Bordeaux est une constante résurrection de ce qu il avait appris à aimer et à respecter dès sa plus tendre enfance : 1 amour de la famille, du foyer, l\u2019honneur de sa race, de son nom, l\u2019intégrité et l\u2019autorité ; et ce père, parfait gentilhomme, dont la devise était le devoir au-dessus de tous et que 1 on retrouve dans «Les Roquevillard » (1906).C\u2019est M.Roquevillard en personne « qui déteste les abstractions, va droit au but quand il plaide et enfonce I argument dans la tête des juges comme un clou dans un mur ».Dans son premier roman « Le pays natal » (1900) il livre au grand jour sa profonde nostalgie de son havre ancestral et de ses montagnes qui se dessinent dans presque toute son œuvre comme la mer dans celle de P.Loti : « J aime mon pays parce que j y ai mis mes racines, ces profondes et délicates racines qui attachent 1 homme à la terre où sont nés ses aïeux, qui I attachent à ce qu on pense et ce qu on mange, aux 166 Henry Bordeaux : un écrivain bien français usages comme aux nourritures, aux locutions locales, aux intonations des paysans, aux odeurs du sol, du village, de 1 air lui-même ».Il fit ses études au collège des Frères de Marie et se nourrit de très sérieuses lectures : Joseph de Maistre et Fustel de Coulanges.Et dès son plus jeune âge il eut la passion de noircir du papier.A 15 ans, guidé par le bon Banville, il adressa quelques feuilles à de petites revues.Poèmes réunis par la suite sous le titre charmant : « Amours, délices et orgues ».« C est une presque vieille femme, Car elle a passé la trentaine.Sa chanson d amour est lointaine Et ne parle plus qu\u2019à son âme ».Il lui fallait cependant songer pour 1 instant à des études sérieuses, son père qui ne prisait pas beaucoup ces premiers ébats, le lui rappela.A 16 ans, il obtient son baccalauréat, à 17 il part pour Paris, s\u2019inscrit à la Sorbonne, à la faculté de droit, obtient sa licence à 19 ans, est reconnu comme étant le plus jeune avocat de France.Me Bordeaux voyait en lui son légitime successeur.Mais à Paris sa muse l\u2019a suivi.A 18 ans, « à I âge où les Parisiens croient n\u2019avoir plus rien à connaître, après avoir goûté les beautés de la nature, il contemplait la beauté de l\u2019industrie humaine.De la terrasse des Tuileries, où il s\u2019attardait le soir, les couchants somptueux qui dorent les Champs-Elysées et l\u2019Arc de Triomphe, lui figuraient l\u2019apothéose réservée aux grands hommes ».Et il adressa au « Magasin littéraire » de Gand, en Belgique, un premier essai sur Villiers-de-I Isle Adam que le bric-à-brac spirituel de son âge lui avait fait prendre tout à fait au sérieux.Néanmoins ce premier article avait été salué avec beaucoup de sympathie.Encouragé, le jeune homme publia « Ames modernes », une série de portraits contemporains, Ibsen, Loti, France, Rod, Bourget.qui marqua ses vrais débuts littéraires, la diversité de sa culture, 1 affirmation de son intelligence et son goût prononcé pour l\u2019étude psychologique.Paul Bourget 167 Revue Dominicaine fut un des premiers à le remarquer.Puis il se lia avec quelques-uns de ses premiers personnages en particulier avec ceux du groupe de l\u2019Ermitage où I on faisait plus que remuer des idées : René Boylesve, Henri Mazel du,Mercure de France, Charles Maurras.Mais ses 20 ans savoyards ne se laissèrent pas uniformément influencés par tous ceux qu il fréquentait.S il admirait I art achevé d\u2019un Anatole France, il avouait publiquement, mais avec simplicité, que son âme ne rencontrait pas la sienne et que son scepticisme lui déplaisait.Cette attitude personnelle, précocement déterminée, lui fut favorable quand il voulut sérieusement aborder la critique, car il ne faut pas oublier qu en marge du romancier, le critique et l\u2019essayiste ont droit à une très large part dans son œuvre.Au début du siècle on lui confia la critique des pièces de théâtre et des livres.II s\u2019 y montra impartial et compréhensif, « négligeant volontairement de condamner les défauts et les fautes ».Ce travail était plutôt une classification d\u2019inflexions humaines, morales, qu un penchant pour l\u2019esthétique.II réunit plus tard ces critiques de 1907 à 1914 dans « Fa vie au théâtre ».Charles Maurras disait à ce sujet : « Henri Bordeaux s y est préoccupé de définir des hommes, j\u2019entends des caractères, des tendances morales plutôt que des esprits, des talents et des goûts.tout ce qui donne aux chefs-d œuvre non point leur valeur esthétique, mais certaine couleur morale ».En 1896 une pénible réalité vint briser la ferveur de ses premiers succès : son père mourut, et comme l\u2019éducation de ses frères n\u2019était pas terminée, il quitta aussitôt Paris pour la Savoie, instinctivement soumis à I honneur du nom, au sentiment du foyer et de ses brusques responsabilités.Toute la force de sa îace le guida vers ce premier renoncement, car c en était un assez pénible pour un romancier déjà si épris de son art.C\u2019est dans son roman « Fa croisée des chemins » qu il transposa cet épisode.II prit ainsi la succession paternelle durant cinq ans, mais n avait pu renoncer à la littérature et continuait d\u2019envoyer des articles à « Fa Revue Hebdomadaire ».Il épousa I une des descendantes des plus anciennes fa- 168 Henry Bordeaux : un écrivain bien français milles de Chambéry, qui lui donna trois garçons et trois filles dont la Comtesse Paule de Masclarv, la gracieuse historienne de « Lady Stanhope en Orient ».Alors, abandonnant les succès du barreau à son frère qu il avait initié et imposé, il remonte à Paris et entre à la « Revue des deux mondes ».II publie en 1902 un nouveau roman « La peur de vivre », puis « l\u2019Ecran brisé », en un acte, créé à la Comédie française, et à une époque où la propagande et la réputation d un pays étaient basées sur des valeurs et non des produits, if dirige la Société des Conférences du Foyer dont le but principal était de répandre en France et à I étranger I idée exacte de la famille, de la race, afin de faire mieux comprendre la nation française.La guerre de 1914 interrompit encore sa carrière.Officier d\u2019infanterie territoriale, versé dans le service des chemins de fer, il ne trouva pas son rôle assez utile à son gré et fut envoyé comme officier de liaison.A Verdun, après l\u2019offensive du 21 février 1916, il fut chargé d écrire un historique destiné aux ambassades et aux états-majors.C est là qu if écrivit en des pages d\u2019une vibrante émotion « Les derniers jours du Fort de Vaux ».Là, également qu\u2019il connut Guynemer dont il devait écrire la biographie en 1918.Il fut alors reçu chevalier de la Légion d honneur après avoir eu la médaille militaire, récompense pour son sang-froid et son courage.Démobilisé en mai 1919, il fut élu à F Académie française au fauteuil de Jules Lemaître.Henri de Régnier l\u2019y reçut comme le plus jeune académicien de l\u2019heure, le 27 mai 1920, et il eut pour parrains le Maréchal Joffre et Paul Bourget.La première préoccupation fut de reprendre sa plume, et avec une maturité teintée d\u2019un humanisme qu\u2019il n\u2019avait encore jamais atteint.Le démon du papier qui lui avait fait connaître de retentissants succès avec «Les yeux qui s ouvrent » (1908) «La robe de laine» ( 1 91 1 ) «La neige sur les pas » (1912) « La maison » (1913) lui fit exprimer la part la plus achevée de son œuvre romanesque : « La résurrection de la chair » (1920), «La chair et I esprit » ( 1921 ), «La maison morte» (1922), 169 Revue Dominicaine « Yamilé sous les cèdres » (1923), La chartreuse du reposoir » (1924), « Le calvaire de Cimiez » ( 1928) .Passionné par les voyages, toujours avide de ce que la nature et les êtres peuvent lui apporter en complétant ses possibilités personnelles, en accroissant ses forces multiples, il scrute la plupart des pays européens, maintes fois la Suisse et Tltalie, puis le Canada en 1934, l\u2019Egypte, la Palestine, la Syrie, 1 A.O.F.où il rencontre à Dakar le Cardinal Verdier pour la consécration de la cathédrale, ce qui nous vaut, avec de remarquables conférences, les pages exquises de « Voyageurs d Orient », « Un printemps au Maroc », « La claire Italie », « Châteaux en Suède ».A 84 ans, après avoir publié le premier tome de ses Mémoires, une quarantaine de volumes, hormis les romans, sur I histoire, la littérature, les voyages, les récits de guerre, méthodiquement construits au gré des besoins individuels ou collectifs, il entretient, avec des articles de revues et de journaux, au fond de sa Savoie natale, une sérénité qui l\u2019avait fait naître.Récemment, dans la revue Ecclesia, il écrivit à propos du général Weygand ce qui se prête très bien à sa personnalité : « un seul amour, un seul but, une seule Foi : c\u2019est là toute la profondeur, toute la force de sa vie et cïe son caractère.Cette vie n\u2019est que droiture, mais il s est dompté ».L\u2019Ecrivain Par sa ligne de conduite forte et équilibrée, il est aisé de se faire une idée de son œuvre romanesque.Qu\u2019est-ce que le roman pour Henry Bordeaux ?C est en premier lieu un effet de sa sincérité, puis un enchaînement de principes traditionnels sur lesquels reposent la tranquillité de notre conscience et 1 inflexion salutaire qui nous porte au bien.Mais il n écrit pas pour démontrer une thèse, même si ses romans expriment le combat de 1 homme entre ses défroques et son âme ; ce sont essentiellement des romans à idées.II peint la société avec ses couleurs naturelles et après nous I avoir montrée, il essaie à son tour de la comprendre 170 Henry Bordeaux : un écrivain bien français avant de nous la faire comprendre.Mais si son œuvre est moralisatrice, lui n est pas et se défend cl être un moraliste, car il ne juge pas, il propose à tous ce qu il voit à travers sa foi et son intelligence.II ne dépose pas ses principes, son idéal, dans des discours mais avant tout dans les sentiments.Epris de la nature, il a compris que c\u2019est près d\u2019elle que 1 on trouve plus facilement le bonheur et I équilibre : « la campagne, c est la possibilité de se ressaisir, de reprendre un peu de bon sens dans ses jugements et ses sentiments, sans cesse faussés par les exemples d une vie artificielle ».Un roman d\u2019Henry Bordeaux n\u2019est pas qu\u2019une simple histoire habilement contée, elle devient un exemple parce qu\u2019elle est née d\u2019une recherche consciencieuse, autour d un drame familial vraisemblable, que Fauteur mène avec dextérité et vérité jusqu à ce que 1 ordre traditionel triomphe et que le lecteur ait la preuve de I efficacité constante de la religion.Chaque personnage est un cas typique mais non pathologique, ce qui n existe guère chez Zola, et représente les divers échelons de la psychologie humaine normale, celle d hier, celle d aujourd hui, celle de demain.Tout ce petit peuple d anges et de démons se meut dans un cadre très bien étudié.L\u2019auteur ne décrit jamais les gens d une province sans connaître préalablement les caractéristiques de leur race, leur histoire, leurs coutumes, leurs métiers.C est pourquoi I on s attache d autant plus à eux qu\u2019ils sont vrais, et vraies également les montagnes qui les dominent par ses mille aspects, ses âpretés, ses joies.La Savoie est le cadre familier des romans de 1 écrivain et il nous 1 a décrit avec un don remarquable de paysagiste.Relisons la fête du printemps dans 1 Engadine de « La robe de laine » ainsi que la scène des vendanges qui précède le drame des Roquevillard.Nous retrouvons ces belles évocations, ces tons chauds, cette vie saine et attrayante, au cours des trois cents pages « Sur le Rhin ».Voyageur curieux et lettré, longeant les rives du fleuve, il évoque les êtres qui habitaient là jadis : Hugo, Beethoven, Heine.Quels sont ses personnages ?Des bourgeois de province pour la plupart, et surtout des bourgeoises, car Henry Bordeaux se laisse guider 171 Revue Dominicaine par les femmes.Mais ces femmes, que son regard suit toujours fidèlement, ne sont pas que tentation.Femmes de cœur, elles sont parfois d abord femmes de tête, viriles quand la sauvegarde de l\u2019honneur le réclame.1 outes sincères dans leurs comportements divers, elles sont très souvent émouvantes, autant la mère de Pascal Rouvray de « La croisée des chemins » que Raymonde Mairieux de « La robe de laine », la plus belle âme parmi les héroïnes du romancier, parce que la plus discrète dans son renoncement et la plus élevée dans ses pensées.Quels sont ses thèmes favoris ?la charpente solide de son œuvre est le dogme de la famille, unité religieuse et obligatoire d\u2019une société pensable et vivable.On peut croire encore ici ce qu\u2019il nous supplie d admettre et de comprendre.L épreuve de son expérience nous confirme que la pierre angulaire de la société n est pas I individu en tant qu unité mais la famille.C est elle qui doit le nourrir, I éduquer, le faire homme.Vue à travers 1 égoïsme ou le désintéressement de soi, la famille est ce que 1 on peut avoir de meilleur ou de pire.Epaulé solidement par Le Play, Henry Bordeaux conduisit ce credo familial jusqu\u2019au traditionalisme : « nous prenons de ceux qui nous précèdent le flambeau de la main gauche pour le transmettre par la droite à ceux qui nous suivent.C\u2019est dire qu à aucun moment nous n en serons vraiment possesseurs : nous sommes simplement usufruitiers d\u2019un bien qui n\u2019appartient à personne et qui est à tous ».Tout effort de chacun doit consister à augmenter constamment la puissance et la dignité de la famille, de la race et de la nation.Effort familial, effort social, effort politique.Mais tant d\u2019efforts rencontreront 1 éternel conflit moral de 1 individu désirant se réussir lui-même, mais butant contre le devoir, ordonnant aux passions de se taire.D où la très belle théorie de I écrivain sur la discipline, le renoncement, le sacrifice librement et joyeusement accepté.Un roman d Henry Bordeaux est un drame de la conscience.La présence d une poésie adoucit les drames les plus forts, avec un don inné de peindre et de conter, une phrase courte, simple, mais qui ne s effraye pas devant un sentiment rare ou une affection déréglée 172 Henry Bordeaux : un écrivain bien français Elle ne ridiculise pas et ne maudit personne.Elle dissèque avec assurance, s\u2019épargnant les détails inutiles pour ne conserver que l\u2019essentiel, l\u2019idée dominante, crime ou passion ; peu importent les mobiles secrets de 1 instant du crime ou de la passion, elle ne se reconnaît pas le droit de les divulguer ; elle sait qu\u2019il y a eu crime ou passion, elle insiste pour une réparation et pour une réparation non seulement individuelle mais collective.Son dernier roman « La brebis égarée » (1953) autant que les « Roquevillard » (1906) n échappe pas à cette muette solidarité dans le pardon et dans l\u2019indulgence : après la mort de Mélanie Corbier, Dom Béranger rencontrant les gens du bameau de Reverdy, s irrite en ces termes : « vous avez eu le tort, vos femmes et vous, de lui faire mauvais accueil ».Et Fauteur de poursuivre : « Dom Béranger ne perd pas de temps pour retourner l\u2019opinion publique qui en a besoin.II prépare ainsi son sermon : « Vous autres, honnêtes gens de la Rucbère, vous ne vous êtes pas réjouis parce que la brebis perdue était revenue : au contraire vous lui avez montré de I hostilité hypocrite ».Tant de psychologie et de compréhension sincèrement chrétiennes ne furent cependant pas admises délibérément par le public.En 1928, l\u2019écrivain était même très discuté : « M.Henry Bordeaux, tout célèbre qu\u2019il soit, est poursuivi par une légende qui fausse sa réputation.Pour trop de gens, il est un auteur de récits destinés à n\u2019effaroucher point les timidités provinciales.II peut avoir publié « Yamilé sous les Cèdres », « La maison morte », « La chartreuse du reposoir » qui sont parmi les plus véhémentes peintures des passions de l\u2019amour dans les lettres françaises, rien n\u2019y fait.M.Henry Bordeaux passe, d\u2019ordinaire, pour un romancier bien pensant.Cependant, M.I\u2019abbé Bethléem, avide de la renommée d\u2019un nouveau TertuIIien, ne s\u2019y est pas trompé.Lui, il a lu M.Bordeaux, il le suspecte, sans aller jusqu\u2019à le proscrire entièrement, et le signale à la défiance publique, « comme susceptible d\u2019être dangereux pour les mœurs et de corrompre les âmes » I Quelles expressions I abbé Behléem devrait-il inventer pour décrire la littérature contemporaine ?L écrivain doit-il nécessairement se détourner de la vie sous prétexte qu elle n est pas toujours recommandable ?A dépeindre le péché % 173 Revue Dominicaine sous ses couleurs vraies on ne risque pas de le rendre Lien attrayant.Certes I écrivain dès qu il surprend le mal ne s\u2019en éloigne pas.Mais aussi loin qu il aille dans ses drames familiaux il ne décrit pas la passion elle-même, il la contourne, se permettant seulement de discrètes allusions, pour ne retenir que Je Louleversement qu elle entraîne, cLez la victime surtout à qui va sa sympathie.Sa littérature est d\u2019abord une littérature sociale avant d être romanesque.Sa sensibilité aiguë perçoit toutes les grâces, toutes les beautés, mais toutes les erreurs, toutes les faiblesses.Elle a saisi le drame qui naît de 1 affranchissement du désir et de la volonté.Ce que n admettra jamais le romantisme essentiel qui bouscule toutes les lois pour justifier l\u2019amour.Henry Bordeaux a su exprimer l\u2019apothéose de I éternelle sentimentalité, mais il n\u2019a pas fui les instinctifs sursauts de I individu, leurs plus catastrophiques conséquences.« Le peintre des passions, s il sait les voir sans les déformer, est un moraliste bienfaisant ».L adultère est le drame familier de ses romans avec toutes les irrégularités, l\u2019irrespect qu\u2019on lui connaît envers le conjoint et les enfants.Avec sa vision pénétrante et nuancée du cœur humain, le romancier le décrit avec vérité, mais ses héros, jusque dans l\u2019abandon, derrière leur culpabilité, ne perdent jamais la notion du bien.Ils sont spontanés et faibles, mais leur amour, parce qu\u2019il est fait de souffrance, ne les conduit pas à I irréparable.« L amour est un mal s\u2019il n\u2019est fait de sacrifices, et il faut la réciprocité du sacrifice pour qu\u2019il devienne un bien ».Ce sacrifice va jusqu\u2019au sublime chez Raymonde Mairieux, l\u2019exquise héroïne de « La robe de laine ».Avec toutes les ferveurs de l\u2019amour pour un mari qui la trahit, elle meurt silencieuse et transfigurée.Elle meurt d\u2019avoir trop souffert moralement, mais elle meurt heureuse à l\u2019idée que sa mort, laissant son mari à nouveau libre, lui ôtera toute culpabilité.Evocateur émouvant du péché, de l\u2019expiation, Henry Bordeaux par sa sensibilité et son art profondément chrétien est le poète de la souffrance, de I amour rédempteur et de la charité.Charité également cette connaissance profonde et réciproque des âmes entre elles dont l\u2019absence 174 Henry Bordeaux : un écrivain bien français détruit toute harmonie affective au foyer.« Les yeux qui s ouvrent » donne une note très juste de cette incompréhension.Charité encore qui seule peut sauver du désastre l'épreuve, la solitude psychologique qu une guerre peut apporter dans une famille.« La résurrection de la chair », roman riche de sens et de vérité, est un témoin éloquent de la gravité du problème et de l\u2019espérance vers laquelle l\u2019auteur conduit toujours ses personnages, même lorsqu ils sont descendus jusqu au péché le plus atroce.« La chartreuse du reposoir » est assurément 1 un des meilleurs romans qu\u2019ait écrit Henry Bordeaux.Sans doute, « La maison » libre de toute faiblesse de la chair et de l\u2019esprit est un bel exemple des vertus et des traditions familiales ; elfe est à hauteur ce que le « Poème de la maison » est à Louis Mercier, un pur chef-d\u2019œuvre de la raison, de la paix d\u2019un foyer.Mais cette paix, cet ordre logique, hauteur veut dans cette Chartreuse du reposoir nous en faire connaître le prix et ce qu ils peuvent, le plus souvent, coûter de sacrifice, de déchirement et de repentir.Le bonheur qui suit l'acceptation des événements est peut-être un trophée, mais on ignore le plus souvent l\u2019entraînement héroïque auquel on a dû se soumettre pour être capable de le mériter.L auteur nous révèle avec ce roman l\u2019intensité d\u2019une vie humaine, capable des plus lucides erreurs mais combien plus puissante dans la souffrance.Chantal Fougère est cette souffrance, cette salvatrice charité qui se dresse en face des pécheurs, cette rédemption qui purifie ce qu on appelle le mal et qui se dresse parfois comme une grâce.Par ces pages émouvantes Henry Bordeaux a atteint l\u2019essence même de sa personnalité morale : h amour et le bonheur ne s opposent pas si le but de I amour n est pas le bonheur mais la charité des êtres entre eux.Conclusion Toujours actuel, grand réaliste, Henry Bordeaux a mis son talent, sa foi, sa sincérité, son art, au service de toutes les idées saines, de toutes les nobles causes.Puissante par son intelligence et la morale de I expé- 175 Revue Dominicaine rience, son œuvre et son œuvre romanesque particulièrement pourrait porter en épigraphe ces mots de saint Thomas d\u2019Aquin : « La Vertu n est donc rien de moins que le prolongement des inclinations naturelles ».Ce qu il y a de remarquable chez l\u2019écrivain, à côté d\u2019un solide bon sens, c est la lidélité dans son propre équilibre qui fait que chacune de ses œuvres peut être considéré comme une bonne œuvre.Mesurons un instant le débat intérieur d\u2019un Barrés délaissant son culte du MOI au pied de la Colline Inspirée ! De sa Savoie natale, de son cabinet de travail donnant sur une rangée de platanes, Henry Bordeaux, montagnard toujours robuste et heureux, peut renouveler à propos de la littérature d\u2019aujourd\u2019hui la préface du « Gouffre » : « J ai le goût de la beauté, celle de la nature, celle des femmes, celle des œuvres d\u2019art où elle se reflète, celle des grandes actions.Elle n est pas à la mode aujourd hui.Les monstres lui sont préférés.J ai trop visité la terre et la vie, l\u2019art et ses secrets, et même la guerre et ses miracles dans l\u2019horreur pour changer ».Pourquoi changerait-il ?Il a sans cesse eu le goût de servir, il sert encore.Si Dieu lui prête vie, il lui donnera toujours et sa Foi et son enthousiasme, cette confiance dans l\u2019avenir que l\u2019on trouve seulement sur les hauteurs.Madame André La Rivière 176 Le sens des faits Son Excellence Mgr Giovanni Panico Né à Trécase, au sud de la péninsule italienne, le 12 avril 1895 ; études classiques à Rome, dès 1910 ; ordonné prêtre en la basilique Saint-Jean-de-Latran, le 14 mars 1919 ; docteur en droit civil et en droit canonique, en 1925.Cette même année, à Iâge de 27 ans, il commence sa carrière diplomatique.De 1925 à 1950, on le trouve au secrétariat des nonciatures de Bogota (Col ombie) et de Buenos-Ayres (Argentine) ; auditeur aux nonciatures de Prague et de Munich.1951 à 1932 ; observateur du Saint-Siège durant le plébiscite de la Rubr, 1954, où le Gouvernement français lui décerne, à cette occasion, le ruban de la Légion d\u2019honneur ; nonce à Prague en cette même année, il dirige les négociations qui devaient aboutir à un heureux accord entre l\u2019Eglise et l\u2019Etat.En octobre 1935, il est nommé délégué apostolique en Australie, Nouvelle-Zélande, Océanie, et est consacré archevêque titulaire de Justi-niana, le 8 décembre 1955.Le 9 septembre 1948, il est nommé nonce au Pérou.II s\u2019y fait remarquer par son zèle pour la formation d un clergé local et par ses succès dans les rapports entre le Vatican et le Gouvernement.II y reçoit même la décoration de I Etat : Ea Croix de l\u2019Ordre du Soleil.C est de Lima qu il est parti pour nous arriver ici, à Montréal, en ce jour béni du 2 mars 1954.Son Eminence le Cardinal P.-E.Léger et de nombreuses personnalités ecclésiastiques s\u2019étaient portés à sa rencontre, à I aéroport de Dorval.« Priez bien pour que la santé du Saint-Père s\u2019améliore » fut une des premières paroles du nouveau Délégué apostolique en mettant le pied sur la terre canadienne.Personnalité très accueillante, esprit distingué et très cultivé, le Saint-Père aurait-il pu choisir un meilleur successeur à Son Excellence Mgr Ildebrando Antoniutti qui laisse ici le souvenir d\u2019un des plus grands et des plus estimés Délégués apostoliques que le Canada ait eus ?A Son Excellence Mgr Panico, la « Revue Dominicaine » souhaite un long et heureux séjour sur la terre canadienne et l\u2019assure d\u2019une collaboration aussi fervente que déférente pour la gloire et l\u2019expansion de I Eglise.La Direction 177 Revue Dominicaine Le laïque chrétien dans un monde qui change 1 Depuis que nous avons 1 avantage de nous réunir pour travailler ensemble à I examen et à la solution des problèmes qui ressortissent à votre condition de laïques catholiques dans le monde, vous sentez, j\u2019en suis sûr, ce désir qui a toujours été le mien de vous communiquer en abondance les richesses du mystère de J Eglise afin que vivant dans ce Temple qui est IEglise vous puissiez vous sentir non pas comme tenus »\u2014 même involontairement -\u2014¦ à distance, mais invités près du chœur où se déroulent les saints Mystères ; vivant dans cette Maison qui est I Eglise vous ne souffriez pas de faim, mais receviez un pain abondant ; vivant dans ce Corps mystique qui est I Eglise vous vous sentiez non pas étrangers mais membres constitutifs de ce grand organisme où circule une même vie qui passe de chacun de vous-mêmes aux autres et des autres à vous-mêmes dans l\u2019unité d\u2019un même Esprit et d\u2019un même Christ Sauveur des hommes.Or, qu\u2019est-ce que cela revient à dire, sinon qu il n y a pas lieu de considérer que le mystère de I Eglise serait quelque chose sur lequel le clergé aurait des droits réservés et où vous n auriez que des miettes.Le mystère de l\u2019Eglise a été donné à tous les hommes et par conséquent tous les hommes ont à le recevoir et à le porter dans le monde.Et pourquoi ?si ce n\u2019est parce que le mystère de 1 Eglise est la réalité qui peut et doit vous faire découvrir le meilleur de vous-mêmes.A cette découverte, il y a une condition.C est que vous cessiez et que vous tous et moi-même nous cessions de nous situer vis-à-vis de l\u2019Eglise comme vis-à-vis d une certaine société même spirituelle, même surnaturelle où nous serions certes introduits mais sans être introduits jusque dans son cœur, jusque dans son mystère, sans être assimilés à ce et sans nous être assimilés ce mystère.Or, aujourd\u2019hui, pour des laïques d\u2019une certaine condition, il faut plus que par le passé s\u2019être assimilé le mystère de 1 Eglise, 1 avoir intériorisé, en avoir fait notre substance spirituelle, nos yeux, notre âme, en un mot le cœur de notre vie.Et la raison en est que le monde aujourd hui est un monde nouveau qui parce qu il est plus caractérisé et plus centré sur lui-même qu autrefois appelle plus de réponses décisives.Comment donc le laïc pourrait-il ne pas s y perdre ou tout au moins s y retrouver s il n a pas pour règle le sens de l Eglise dans un monde qui change ?Aussi est-ce dans la connaissance du sens de l engagement de I Eglise dans le temps que le laïque a le plus de chances de pouvoir régler sa propre attitude, son propre engagement dans le temps et le temporel.1.Allocution aux membres de la Ligue indépendante catholique, Ottawa, 7 mars 1954.178 Le sens des faits Comment se comporte donc lEglise dans un monde qui change ?Dès que I Eglise est apparue, elle a été située dans un monde qui change et il serait banal de le répéter pour notre temps, si l\u2019importance même de ce changement, son extension mondiale, sa profondeur en tous les ordres temporels, son caractère de fin de civilisation et d\u2019apparition d une nouvelle ne situait le mystère de l\u2019Eglise aujourd hui en face de conditions dramatiques.Si 1 on regarde ce qui constitue l\u2019essentiel de ce drame, on se rend compte que cela tient à une double tension : la tension du mystère de I Eglise présent dans le monde et la tension de la crise de conscience moderne.D abord, la tension à I intérieur du mystère de l\u2019Eglise dans le monde : Qu est-ce que I Eglise en ce monde ?Elle est le Royaume qui n est pas de ce monde, mais elle est en même temps le Royaume qui est de ce monde.Elle est incarnée, mais elle est en même temps transcendante.Elle est la grâce du présent, mais en même temps le sacrement du futur.Elle est de 1 ordre de I « accompli », du « déjà réalisé », mais en même temps de I ordre de I « encore à faire ».Elle se meut dans le présent, mais elle possède sans cesse dans ce présent une conscience permanente qui n\u2019est pas autre que celle du Christ lui-même qui fait la synthèse du passé et du futur et oriente vers I achèvement transcendant auquel doit aboutir tout ce qui n est pas encore terminé.L Eglise porte les espoirs de la création physique renouvelée, mais elle porte d abord et avant tout les espoirs de la « créature renouvelée » par la grâce qu\u2019est l\u2019homme.Elle est grâce même pour le salut temporel des nations, mais elle est principalement la grâce du salut éternel.Lieu de rencontre de Dieu et de I homme, de la création et de la Rédemption, du Royaume des Cieux et du monde, du péché et de la sainteté, elle demeure toujours à deux plans.Elle refuse aussi bien de se laisser dénaturer en un messianisme temporel que de se laisser enfermer dans une conception purement eschatologique du Royaume de Dieu, comme si elle n\u2019avait pas à instaurer sur terre le Royaume de Dieu sans toutefois I y engloutir.Faite pour aiguiser et combler 1 insatisfaction de 1 homme au sein même de ses satisfactions temporelles, elle relève davantage de l\u2019ordre 179 Revue Dominicaine du dépassement que de I ordre de I épanouissement de la nature.Charitable et maternelle pour toutes les misères, elle ne saurait cependant se mettre au service d un perfectionnement indéfini de la nature.II y a donc une tension intérieure au mystère de lEglise sur terre.Cette tension on ne saurait la réduire à I une de ses composantes et surtout pas à son élément temporel.C est un équilibre délicat et voilà pourquoi il est tant nécessaire que le magistère de I Eglise veille à ce que soit sauvegardé dans les moments les plus périlleux le sens même du mystère de I Eglise dans le monde, I ordre des proportions et des finalités.Mais, ici se pose une question : Qu\u2019est-ce que c\u2019est qui va rendre 1 Eglise présente dans le monde ?Peut -on concevoir une Eglise qui existerait sur terre sans avoir de membres visibles ?L Eglise ne peut exister qu\u2019à la condition d être visible et c\u2019est le clergé et les laïques qui rendent l\u2019Eglise visible.Mais comment porter en son cœur et en sa vie le mystère de I Eglise en voulant le rendre présent au monde ?La réponse réside essentiellement en ce que je vous laissais entrevoir antérieurement : Il faut porter en son cœur le mystère de l Eglise, le porter selon toutes ses dimensions, le porter selon l ordre même des proportions qui le constituent : A savoir que le chrétien dans le monde, et particulièrement le laïque engagé dans le temporel, doit réaliser que s il est engagé au service du salut temporel de sa nation, il est aussi responsable à son plan de laïque de la grâce du salut éternel des hommes ; s il est engagé dans des tâches de collaboration à la création, il est aussi solidaire de tâches de Rédemption ; s il porte les espoirs de la création matérielle et du développement nécessaire qui s\u2019en suit, il porte aussi et avant tout la responsabilité et les espoirs de la destinée immortelle de I homme ; s il est en ce monde il doit être comme le Royaume de Dieu qui est en ce monde et qui n est pas de ce monde.II n\u2019est pas toujours facile de savoir où l\u2019on va et ce qu\u2019on fait, car pour bien des choses que l\u2019on fait pourtant consciemment, on ne réalise pas d\u2019où en vient 1 inspiration, L\u2019ambiance nous tient lieu de critère, consciemment ou inconsciemment.Pourtant, il y a une règle sûre et infaillible qui nous guidera sûrement si nous voulons bien y porter nos regards, et c\u2019est I Eglise.C est elle qui nous donne Celui qui est la voie, la vérité, la vie ; c est elle qui restaure le plus profondément l\u2019unité du monde.C est elle qui peut nous dire jusqu\u2019à quel point et comment nous devons nous engager dans le temporel.180 Le sens des faits Elle nous donne le meilleur de nous-mêmes, notre existence chrétienne au milieu du monde, mais en retour elle attend de nous une chose : que nous la rendions présente au milieu du monde, présente d une présence actuelle sans nous laisser aller à la contemplation nostalgique d un passé idéalisé ou à la projection de nos espoirs dans un futur considéré comme un âge d or.N accusons pas 1 Eglise de ne pas être présente suffisamment dans le monde actuel.N accusons pas l\u2019Eglise de ne pas avoir été suffisamment présente dans telle période du temps passé.Ces accusations retomberaient sur nous.Car I\u2019Egl ise ne peut être présente au monde que si ses membres, clercs et laïques, la rendent présente au monde.Or, être présente au monde est actuellement pour I Eglise la grande question car c est ce monde actuel qu\u2019il s\u2019agit de sauver.On ne sauve pas le passé ou le futur.Ou plutôt on sauve le passé et le futur en sauvant d abord le présent.Rendre 1 Eglise présente dans le temps actuel est clone pour les laïques Ja grande question car c\u2019est ce monde présent qu il s agit de sauver.Vous ne la rendrez présente qu à la condition de posséder bien en vos cœurs et vos vies ce qu est le mystère de 1 Eglise.B.Lambert, O.P.La poésie sacrée dans l\u2019œuvre de Jean-Claude Renard La période 1940-1944 a vu en France une floraison poétique, dont la raison principale était sans doute la prise de conscience des valeurs spirituelles, imposée au pays par les circonstances.Parmi ces valeurs, les valeurs religieuses étaient au premier plan, comme en témoigne par exemple 1 œuvre d un Pierre Emmanuel.Mais il est vraisemblable que cette poussée poétique a profondément influencé des poètes d\u2019une génération plus jeune, qui n avaient alors guère plus d une vingtaine d\u2019années, et dont le talent a atteint sa maturité dans les années qui ont suivi la guerre.Dès 1947 on pouvait apercevoir dans un recueil, publié par un jeune poète jusque-là peu connu, Jean-Claude Renard, le départ d\u2019une expérience poétique pleine cle promesses.Ce recueil, intitulé Cantique des pays perdus, développait dans un climat d absolue pureté, et dans un langage, dont le rythme et les images alliaient la cohérence à l\u2019originalité, le thème fondamental de la nostalgie mystique.A chaque instant y 181 Revue Dominicaine affleurait un drame poétiquement symbolisé par l\u2019image constante du pays perdu, et dont le ressort profond était la bantise d une interprétation sacrée de la condition humaine.Ce n était là qu un point de départ : obéissant à la loi de lente maturation, caractéristique d une authentique expérience poétique, Jean-Claude Renard attendit trois ans avant de produire un nouveau recueil, Métamorphose du monde, qui parut en 1 950, et qui constitue un des événements majeurs de la poésie française contemporaine.Le sens initial de ce recueil est contenu dans ces deux vers : Un mal ensorcelé suce les nostalgiques ; Qui me délivrera du cri des terres froides ?et dans un autre vers, qui est la réponse à cette angoisse : Mon beau mystère est mûr au milieu des raisins.On voit quelle est la dialectique inhérente à cette expérience : l\u2019appréhension^ vitale et concrète du sacré, selon le mode même du langage poétique, c est-à-dire dans une conscience accrue de la densité spirituelle des symboles, est à la fois expérience du mystère et découverte de la beauté.Et ce n\u2019est sans doute pas par hasard qu\u2019on voit apparaître au même instant les symboles de la vigne et de f\u2019arbre, dont il est sans doute inutile de souligner les origines scripturaires ou évangéliques.De I angoisse nostalgique des pays perdus à la possession du mystère.le chemin passe en effet par la métamorphose du monde, c\u2019est-à-dire l\u2019acte par excellence.Jean-Claude Renard prend donc ici clairement position en face de I éternel problème des rapports entre poésie et mystique, le vieux problème d Orph ée : 1 expérience et I expression poétiques sont comme des ouvertures sur le sacré ; il ne saurait donc y avoir aucune confusion de nature entre la poésie et le sacré ; mais la poésie comporte déjà en elle-même une sorte de sacré naturel, elle est comme une vision sacrée de la nature ce pourquoi son langage est nécessairement symbolique : sa nature propre et originale est d opérer ainsi cette métamorphose du monde, qui est comme une fissure du sacré surnaturel, et, en ce sens, 1 expérience poétique est une forme privilégiée de la promesse du salut : ô sur tout cela qui brûle et qui tue et qui est encor muré dans la terre.I Esprit descendra \u2014 et J Esprit ouvert.miraculera en éternité.le Monde nouveau, la plus haute Terre, les soleils vivants du septième jour.182 Le sens des faits Par le double miracle de la métamorphose poétique et du salut spirituel \u2014 dont il convient de souligner que la poésie n est pas I organe opérateur mais la figure symbolique \u2014 se réalise la fonction sacrée de la poésie.A cet égard, Métamorphose clu Monde marque une date dans la poésie française d aujourd bui : Jean-Claude Renard y affirme son originalité à la fois par rapport à ses grands prédécesseurs, tel Paul Claudel, et par rapport à celui de ses aînés immédiats qui avait f expérience la plus proche de fa sienne, Patrice de la d our du Pin, qui avait écrit pour les Cantiques des pays perdus une belle préface : si la tentation promé-théenne n est pas absente de Métamorphose du monde, elle y est dramatiquement compensée par l'humilité devant le mystère humain et le mystère cosmique, figures et symboles du mystère divin.Ainsi s\u2019explique l\u2019une des obsessions les plus caractéristiques de cette poésie : l\u2019obsession de l\u2019altitude, qui imprègne à chaque instant le langage : le haut amour, la plus haute terre.C\u2019est peut-être l\u2019une des intuitions poétiques les plus valables de Jean-Claude Renard que sa découverte et son expression de cette nostalgie élémentaire de 1 altitude, qui vient démentir le désespoir existentiel des terres froides.Alors le poète accède à cette Connaissance du troisième temps, qui donne son titre au dernier poème du recueil, et qui opère la conversion religieuse de la poésie : .et l homme nocturne l homme extérieur se soude à soi-même, unit l\u2019homme-Christ à l homme terrestre Et V homme d Ici à I homme d Ailleurs.Poésie de 1 Incarnation, tel est désormais le terme de 1 expérience, terme qui est à son tour un commencement : en ma fin est mon commencement, selon 1 admirable vers de T.S.Eliot qui pourrait être placé en épigraphe du prochain recueil, encore inédit, de Jean-Claude Renard : Père voici que l Homme.\\ La poésie se consacre désormais à la contemplation et à cette forme de I action spirituelle qu est la consécration du langage : Quand chaque homme ici-même uni déjà au Christ et recevant de lui la force de l\u2019amour aura pu dans le monde ou l enfer le saisit être affranchi du sang et le vaincre à son tour.1.Ce recueil doit prochainement paraître aux Editions du Seuil, Paris.C\u2019est avec l\u2019autorisation de l\u2019éditeur que sont ici cités quelques vers de ce recueil inédit.185 Revue Dominicaine relais la contemplation n est pas ici simple possession : elle conserve en elle la tension humaine de I angoisse, et c est dans ce recueil, où s opère cependant la prise de possession du salut, que se manifeste le plus pathétiquement la conscience de la mort et de son risque ! le contre-point du Jugement Dernier et du Paradis, organisé autour de ce pivot cential quest le Christ, n est pas sans rappeler le symbolisme sacré de la sculpture gothique aux portails des cathédrales.II faudrait souligner aussi la part croissante prise par l\u2019inspiration biblique dans I œuvre de Jean-Claude Renard : inspiration non pas plaquée de I extérieur mais véritablement exigée par la démarche même du poète.Il serait possible de déceler même une influence directe de la poésie des Psaumes sur le langage du poète français.Personnelle par ses origines, mais largement universelle par sa portée, cette expérience poétique témoigne de la vitalité de l\u2019inspiration sacrée dans la poésie française d aujourd\u2019hui, et prend place dans une tradition dont la permanence n\u2019exclut ni l\u2019originalité ni la puissance.Henri Lemaître L\u2019homme et la causalité Les observations que nous faisons tous les jours paraissent nous démontrer I existence d\u2019un rapport qui unit la cause à son effet.Dans la rue nous avons déjà vu un homme glisser à cause du verglas et en tombant il s est fracturé la jambe.Nous lisons dans notre journal qu\u2019une personne avait jeté une cigarette allumée dans la forêt et l\u2019effet de cette inadvertance était un incendie.Quelqu\u2019un a acheté dans la loterie un billet gagnant ce qui était sans doute la cause de sa chance.II est donc généralement admis que la marche du monde est un développement de cause à effet.1 outefois il est peu remarqué qu\u2019en acceptant cette opinion nous attribuons à cette relation de cause à effet les qualités de la nécessité et de I universalité, ou avec un autre terme nous en faisons une loi.Bien entendu il ne peut pas s agir d une loi naturelle proprement dite parce qu il manque encore une troisième condition.Pour être une véritable loi naturelle il lui fallait encore la réversibilité.Bien qu\u2019un incendie peut allumer et consumer une cigarette, une jambe fracturée ne peut produire du verglas et ce n était pas le billet gagnant qui a choisi son acheteur.Il s agit donc plutôt d une loi qui est restreinte à un développement en sens unique, c est-à-dire d une loi du domaine de l\u2019histoire et de la biologie.184 Le sens des faits Essayons encore à établir si, oui ou non, nous devons réellement attribuer à cette forme de causalité les qualités de la nécessité et de l\u2019universalité.Nous croyons que les trois exemples que nous venons de citer 1 ont amplement démontré qu il n en est pas ainsi.Heureusement les cas sont légion où des personnes tombent sans se casser des membres et où une cigarette va s éteindre au beau milieu des feuilles desséchées sans allumer un incendie.Par contre I exemple n est pas rare où le billet gagnant, perdu ou égaré, s est transformé en une cause de malcbance pour son propriétaire cbanceux.II n y a donc pas ni nécessité ni universalité pour qu\u2019une cause produise toujours et nécessairement le même effet.L on pourrait peut-être dire encore qu une cause produise nécessairement et universellement un effet quelconque que nous ne sommes pas en mesure de déterminer mais qui, en dernière analyse, s\u2019avère toujours étant un effet de cette cause.Cela semble si logique et si clair que nous sommes tentés de prendre ce postulat comme un axiome.Nous avons dit « comme un axiome » et cela en conscience du fait que pour la relation de cause à effet il n existe pas de preuves.C\u2019est comme pour le reste des axiomes, une affaire à prendre ou à laisser, qu il faut croire ou simplement ne pas croire.On nous demande aussi de croire à l\u2019existence du cercle dans la nature, mais en regardant plus près il existe bien une foule d approximations à la forme géométrique du cercle et il n\u2019en existe pas une seule ligne qui réponde exactement aux exigences euclidiennes de la définition d un cercle.II en est de même dans la relation de cause à effet et cela pour la bonne raison que, comme nous I avons déjà constaté, la même cause peut produire un nombre incalculable d\u2019effets divers.II est peut-être utile de se demander d abord ce que c est une cause.Le mot même est d une étymologie incertaine.II semble dériver du mot latin cavere qui appartenait au jargon des juristes romains et c\u2019est pourquoi « chose » en français est un doublet de cause.Si nous regardons dans le trésor linguistique de I antiquité grecque nous trouvons que le philosophe Aristote emploie le mot cause en quatre sens différents.Le philosophe Leibniz ne fait qu ajouter à cette incertitude par sa définition : « La cause n est autre chose qu une raison réelle », car on n est non plus parvenu à s entendre sur ce qui est la notion d une raison.Saint Thomas, par exemple, à côté de la « raison-faculté » en distingue 18 autres et en langue française le mot raison transcrit trois notions différentes : ratio, logos et nous.Même si tout le monde tombait d accord sur une seule notion du mot raison cela n expliquerait en rien la cause, car la relation de cause à effet est plus, selon Kant, qu\u2019une simple succession invariable et à la 185 Revue Dominicaine synthèse de la cause et de I effet s attacherait de pfus une dignité qu il est absolument impossible d exprimer empiriquement.Elle consisterait en ce que l\u2019effet ne surviendrait pas seulement à la suite de la cause, mais qu il soit posé par elle et qu\u2019il résulterait d\u2019elfe.Mais si, toujours d après Kant, I effet est passé par la cause, ce qui semble plausible, celui-ci perd son existence indépendante et devient une faculté de la cause.De ce fait il ne faut pas être grand clerc pour remarquer que la cause et son effet aboutissent dans ce cas en une tautologie qui les efface tous les deux.iNïous rencontrons la même tautologie dans les définitions mathématiques qui, elles aussi, présupposent toujours le concept qu elles ont l\u2019air de construire.Nous trouvons ainsi une des raisons pourquoi un éminent savant, un des plus brillants physiciens de l\u2019atome, M.Niels Bohr, pouvait écrire : « Puisqu il est impossible en principe de connaître toutes les conditions ou causes d un événement isolé, c est un bavardage tout à fait inutile de prétendre que tout événement ait une cause ».On peut présumer que I opinion de M.Bohr ne vient précisément pas d une réflexion d\u2019ordre philosophique.Elle vient à l\u2019appui des conclusions philosophiques du domaine de la physique atomique où, en effet, par des raisons dont I explication dépasserait le cadre de notre petite étude, 1 on peut seulement calculer la vitesse ou la trajectoire d\u2019un électron mais où l\u2019on ne peut jamais établir les deux à la fois.II est donc à tout jamais impossible que nous connaissions dans ce cas la relation de cause à effet.D après tout ce que nous venons de dire il semble que la vraie réalité de la cause est celle d une idée platonicienne, c\u2019est-à-dire qu elle joue le rôle d une simplification que nous avons le droit de faire parce que nous distillons par ce procédé d\u2019une quantité innombrable de faits isolés une sorte de dénominateur commun qui, tout naturellement, n\u2019est qu\u2019une abstraction.Bien entendu nous ne disons pas qu\u2019il n\u2019y ait pas des causes.La conclusion vers laquelle nous mène notre analyse dit seulement qu\u2019il ne faut pas confondre la multitude de causes éventuelles et réelles avec une notion abstraite et qu il serait en vain si nous fondions sur une telle confusion une relation générale de cause à effet.II se peut qu\u2019il existe du point de vue d une optique donnée et en pleine dépendance d elle, pour des événements isolés une causalité.Nous ne contredisons pas.Nous reconnaissons seulement que nous sommes dans I impossibilité \u2014< l\u2019exemple de I électron I a prouvé >\u2014< d établir d une manière scientifiquement contrôlable une liaison réelle et générale entre ce qui paraît être un effet et ce qui semble être une cause.Comme personne n est en mesure de prouver 186 Le sens des faits I existence d une telle liaison celle-ci ne se fonde sur aucun fait dans la nature mais uniquement sur notre volonté, notre désir et notre sentiment.Comme la philosophie est par définition I amour de la sagesse il conviendrait mieux que nos philosophes s abstiennent de fonder une loi générale sur des hases si incertaines et si individuelles qui en ce qui concerne la nature physique s est avérée comme absurde et en ce qui concerne l\u2019homme ressemble plutôt à ces généralisations arbitraires qui, au fond, constituent les idées platoniciennes.Depuis la fameuse loi d\u2019une gravitation universelle de Newton c est le déterminisme antique qui a rebondi dans nos sciences modernes.Actuellement il passe par un autre crépuscule des idoles parce que les physiciens de notre siècle sont parvenus à démontrer que cette prétendue loi n était qu une illusion.En nos jours la loi de la causalité ensemble avec la loi newtonienne a été entraînée dans la chute générale de la physique classique.La loi de la causalité, après avoir régné en dictateur sur nos sciences et dans notre philosophie pendant plusieurs siècles se voit dans l\u2019obligation de redevenir ce qu elle est en réalité, c est-à-dire une des nombreuses hypothèses de travail, un autre outil occasionnel et temporaire dont se sert l\u2019homme pour pénétrer plus profondément dans les ténèbres dont s entoure une nature énigmatique.A.Ch.de Guttenberg 187 L esprit des [ivres Lu collaboration ,\u2014¦ « Le corps humain ».17.5 cm.242 p.Index, 48 p.« La Paix intérieure des Nations ».17.5 cm.650 p.Collection « Les enseignements pontificaux ».Présentation et tables par les Moines de Solesmes.Desclée et Cie, éditeurs, Tournai, Belgique.Pourquoi cette Collection ?Pour diffuser l\u2019enseignement des Papes.Dans chaque volume les collaborateurs ont disposé les documents par ordre de date, mais y ont ajouté une table logique détaillée, qui donne une vue d\u2019ensemble de la pensée pontificale sur la matière et permet de retrouver rapidement les enseignements recherchés.La collection a pris pour point de départ le pontificat de Benoît XIV (1740).C est en effet ce grand Pape qui a ouvert la voie à ses successeurs, en reprenant l\u2019usage des Encycliques pour enseigner l\u2019Eglise sur les problèmes posés par la pensée moderne.Le lecteur trouvera, à côté des Encycliques et des Radio-Messages, pour les éclairer et les compléter, les autres enseignements doctrinaux émanant des Souverains Pontifes.Chaque texte est replacé dans son cadre par l\u2019indication de la date, du destinataire, et, au cas où une partie seule intéresse le sujet du volume, par le résumé des parties omises.Un double jeu de renvois facilite le travail : le premier, au moyen d\u2019une numérotation en caractères gras courant tout le long du volume, conduit, sans^ peine, à partir des tables, jusqu\u2019aux passages recherchés ; le second, grâce au report, en marge du texte, des chiffres en italique divisant la table logique, permet de remonter à celle-ci et d\u2019y trouver les connexions doctrinales et les lieux parallèles.Le premier volume, Le Corps humain, est une somme complète de tous les organes qui constituent l\u2019homme physique, de leur utilité et dignité respective et de leur valeur morale.Il importe de signaler les chapitres consacrés aux organes de la génération, au soin du corps, à la parure, aux sports, au problème de la souffrance, etc.La Paix intérieure des Nations comprend tous les documents pontificaux concernant la mission de l\u2019Eglise, la Cité chrétienne, la Paix chrétienne, le Naturalisme politique et ses effets.Ges deux premiers volumes constituent un véritable instrument de travail que tout catholique devra se faire un devoir de posséder.Les Editions Desclée méritent nos félicitations et nos vœux pour le succès d\u2019une si noble et charitable entreprise.R.P.Lhoumeau >\u2014< « La vie spirituelle à l\u2019école de saint Louis-Marie Grignion de Montfort ».Beyaert, Bruges, Belgique.19 cm.464 p.On a déjà beaucoup écrit sur la parfaite dévotion à la Sainte Vierge ; mais on n\u2019a pas encore montré, croyons-nous, dans un travail suivi et avec l\u2019ampleur convenable, qu\u2019elle est, selon la pensée de saint Louis-Marie de 188 L ESPRIT DES LIVRES Montfort, un système de spiritualité, une forme spéciale de vie intérieure, et non pas seulement un ensemble de pieuses pratiques.Le présent ouvrage, dont l\u2019objet est d\u2019exposer les fondements dogmatiques de cette dévotion et d\u2019en expliquer la portée ascétique, comblera cette lacune.C\u2019est le mérite du Père Lhoumeau de montrer brièvement au cours de ces pages que la spiritualité de saint Louis-Marie de Montfort se distingue par une forme particulière dont il est véritablement l\u2019auteur.Cette dévotion nous présente en effet une fin \u2014 l\u2019union divine, \u2014 un moyen \u2014 Marie, \u2014 des procédés et des effets qui ont un caractère spécial et constituent une spiritualité distincte ; ce sont les deux pratiques, l\u2019une extérieure et l\u2019autre intérieure, qui sont longuement expliquées et dont le lecteur verra, à la lecture de cet ouvrage, les effets particuliers.Ce livre est destiné d\u2019abord aux ecclésiastiques, voués par état aux études théologiques ; puis à tous ceux qui, dans les couvents et les maisons d\u2019instruction, s\u2019occupent de la formation spirituelle des âmes et veulent leur inculquer la dévotion à la Sainte Vierge ; enfin aux fidèles qui dans la vie religieuse ou dans le monde veulent s\u2019instruire et puisent volontiers aux sources.G.E.Closen >\u2014< « Clefs pour la Sainte Ecriture ».Collection Renaissance et tradition.Editions Beyaert, Bruges, Belgique, 1954.22 cm.512 p.L\u2019œuvre de Closen, traduite de l\u2019allemand, est un ensemble de 22 chapitres qui relatent des faits bibliques et commentent des textes de la Bible.D\u2019une manière très pertinente, l\u2019auteur nous découvre la richesse de certains passages.Son attention se porte en ordre principal sur la valeur théologique des sujets.Ces notions théologiques ayant été profondément méditées, le sens, qui échappe certainement au lecteur moyen de la Bible, en est dégagé d\u2019une manière lumineuse.L\u2019enchaînement entre l\u2019Ancien et le Nouveau Testament est particulièrement bien marqué et c\u2019est ce qui fait qu\u2019il ressort très clairement que l\u2019Ancien Testament est la grande préparation au Christ mystique, le corps dont le Fils de Dieu est la tête.De là naît une profonde synthèse de l\u2019explication collective et individuelle de différentes prophéties messianiques.Non seulement les prophéties ; mais également les parties historiques de l\u2019Ancien Testament sont présentées comme étant une préparation de l\u2019attitude que l\u2019homme adoptera en face de la grâce du Christ.Le but principal de l\u2019auteur est d\u2019aider les hommes à leur faire mieux comprendre l\u2019Ancien Testament.Il se limite à analyser quelques idées maîtresses de l\u2019Ancien Testament tirées du monde des Patriarches, de la prédication et de la vie des prophètes, ainsi que des psaumes, et s\u2019efforce de les transposer en quelque sorte dans l\u2019optique et dans l\u2019esprit de l\u2019homme moderne qui cherche et qui croit.C\u2019est précisément dans cette transposition que l\u2019auteur a excellé.Son grand mérite a été de regagner à la cause biblique beaucoup d\u2019hommes modernes du 20ème siècle qui, tout en ayant une curiosité biblique hésitaient à reprendre contact avec la Bible par Revue Dominicaine suite des difficultés qu\u2019ils avaient à surmonter pour en saisir tout le sens.Introduire l\u2019homme de formation moyenne à la lecture de l\u2019A.T.n\u2019est pas chose facile.On peut lui mettre en main une de nos instructions classiques Mais ne risque-t-on pas ou bien de décourager par l\u2019amas des questions disputées qu\u2019on y rencontre, ou bien de l\u2019intéresser à l\u2019archéologie ou a la critique littéraire, plutôt qu\u2019à la Bible elle-même ?De toute façon celle-ci resterait pour lui un livre fermé.Cet écueil, le P.Closen l\u2019évite, en mettant le lecteur directement en contact avec l\u2019âme même de la Bible\u2019 la vente religieuse qu\u2019elle enseigne.En une vingtaine de méditations il dégagé, au moyen d\u2019une science très bien informée, les vérités fondamentales que Dieu a révélées à son peuple, et dont le monde actuel peut encore aujourd hui tirer le plus grand profit.Un autre mérite de ce livre remarquable est qu\u2019il ne s\u2019éloigne pas de son sujet : cela reste des considérations sur 1 Ancien Testament et ne devient jamais des considérations à propos de ou autour de l\u2019Ancien Testament.Ckanoine Beaudenom « Formation à I\u2019kumilité ».Edition revisée et adaptée par le R.P.Adrien Pépin, A.A.P.Letkielleux, éditeur, 10, rue Cassette, Paris-VL 18.5 cm.264 p.Cet ouvrage classique, épuisé depuis 10 ans, alors qu\u2019il était parvenu à son 50e nulle, méritait d\u2019être réédité.Le R.P.Pépin l\u2019a adapté aux esprits et aux moyens de notre temps, en l\u2019allégeant, surtout dans sa forme.Ce livre est conçu comme une série d\u2019études et de méditations à faire quotidiennement pendant un mois ; il est fait pour les âmes qui ont compris qu il n\u2019y a aucune perfection réelle sans humilité ; en nos temps d\u2019action et d agitation, cette vertu est traitée souvent comme parent pauvre dans la famille des vertus.Et pourtant la charité active, la constance dans l\u2019apostolat ne peuvent réussir sans l\u2019humilité.Ckanoine Aug.Croegaert ^ « Commentaire liturgique du Catéckisme de Belgique-Canada-France-Suisse».H.Dessain, Malines, 1955.20 cm.Le tome I commente les Vérités de la Foi et compte 920 pages.Le tome II traite de la Vie chrétienne et des Commandements.Le tome III étudie les Moyens de salut (prière, sacrements).L\u2019accueil enthousiaste réservé à l\u2019édition similaire flamande universellement répandue parmi le clergé en Belgique, aux Pays-Bas, et dans les missions ; les encouragements prodigués par de nombreux évêques, vicaires et préfets apostoliques, professeurs de séminaires, dirigeants d\u2019Action catholique ; les recensions élogieuses publiées par un grand nombre de revues ecclésiastiques ; les demandes instantes d\u2019une édition française adaptée, ont engagé l\u2019auteur à repenser entièrement son travail, à le recomposer, à le développer, à le mettre au point des dernières publications.Ce commentaire présente : 1) un plan méthodiquement divisé et subdivisé donnant d\u2019emblée un aperçu général sur les matières traitées.190 ? L\u2019esprit des livres 2)\tla documentation elle-même traitée sous des intitulés typographiquement appropriés aux divisions et subdivisions du plan; 3)\tpour chaque Leçon une vaste bibliographie d\u2019ouvrages, articles, études facilement accessibles et où les prêtres, les catéchistes pourront développer leur documentation.L\u2019ordre des matières varie selon les Catéchismes : l\u2019auteur a suivi celui des Leçons du Catéchisme de Belgique.Un tableau encarté, dressé selon l\u2019ordre numérique des Leçons, renvoie pour les Catéchismes respectifs du Canada, de France et de Suisse à la pagination correspondante du Commentaire de sorte que, sans recherches aucunes, le volume est immédiatement utilisable dans chaque pays.Pour l\u2019explication des cycles ou des fêtes liturgiques, une table dressée selon l\u2019ordre de l\u2019année liturgique renvoie aux passages correspondants.A la fin du tome III une table onomastique très détaillée et éminemment pratique, facilitera encore la consultation des trois volumes.Georges Cerbelaud-Salagnac «Un kivernage à Stadaconé ».21.5 cm.123 p.« Le canon gronde à Saint-Eustacke ».25.5 cm.130 p.Fides, Montréal.1934.Voici deux intéressants romans historiques pour les jeunes.Et canadiens avant tout, puisqu\u2019il s\u2019agit, dans l\u2019un, du très dur hiver 1535 que Jacques Cartier passa à Stadaconé, aujourd\u2019hui Québec, victime de la perfidie des Indiens et, en plus, du scorbut ; dans l\u2019autre, de l\u2019Insurrection de 1837.Mieux que dans les meilleurs de nos manuels, nos écoliers y apprendront deux épisodes douloureux de notre Histoire.Sur ce fond historique, par une heureuse fiction, l\u2019auteur a su reconstituer l\u2019atmosphère de ces temps héroïques.Excellent pour la lecture du soir en famille.Edgard Sottiaux \u2014 « Situation de la likerté kumaine ».Ses entraves, son épanouissement.La Pensée catkolique, Bruxelles, 1955.19 cm.250 p.Cet excellent petit volume sera le bienvenu chez tous ceux qui, préoccupés par le problème de la liberté de l\u2019homme, souhaitent en voir dénouer la complexité.L\u2019auteur ne se contente pas de justifier l\u2019existence de la liberté et de la situer dans l\u2019ensemble des tendances humaines, mais décrit concrètement ses entraves psychologiques, physiques et sociales, avant d\u2019aboutir aux règles d\u2019or de son épanouissement humain et chrétien.L\u2019enrichissement des apports de la philosophie de saint Thomas par les précisions positives des sciences modernes, donne au livre, agréablement écrit, une sûreté doctrinale et un caractère de synthèse pratique qui le fera vivement apprécier.191 Revue Dominicaine B.Lavaud et G.Dantinne ^ « Adventistes et Témoins de Jéhovah ».La Pensée catholique, Bruxelles, 1953.19 cm.56 p.3°n trouve dans cette brochure, sous la rubrique «Les origines de lAdventisme », une biographie du fondateur, William Miller, une étude du Credo adventiste comparé à la foi catholique.Sous le titre « Les Témoins de Jehovah » apparaît l\u2019origine de ce nom, la biographie du fondateur, Charles Russell, la violente opposition des Témoins à toutes les églises et tout particulièrement à l\u2019Eglise catholique, leur propagande et ses° succès, etc.La partie dogmatique a dû demander un long travail de réflexion tant est obscure la théologie de cette secte dans le fond et la forme.Vu l\u2019activité fébrile des Témoins en notre Province de Québec, cette brochure vient à son heure et rendra de grands service à mes concitoyens.G.Vermès \u2014 « Les manuscrits du Désert de Juda ».Desclée et Cie, 1 ournai-Paris, 1953.23 cm.216 pages et 8 photos.La découverte des Manuscrits de la Mer Morte a été qualifiée de « la plus sensationnelle des temps modernes ».Grâce à ces vieux rouleaux deux fois millénaires, le Judaïsme du temps de Jésus-Christ, le Christianisme primitif ainsi que leur rapport de l\u2019un à l\u2019autre apparaîtront dans un éclairage nouveau et inespéré.Tous ceux qui cherchent a connaître les nouveaux documents et les problèmes qu\u2019ils soulèvent, trouveront dans l\u2019ouvrage du P.Vermès la réponse claire et nuancée aux questions qu\u2019ils se posent.L\u2019auteur retrace l\u2019histoire des découvertes successives, aborde la question de la datation, fait revivre la « Communauté de l\u2019Alliance » _____ une congrégation de
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