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Titre :
Revue dominicaine
Éditeur :
  • St-Hyacinthe :Couvent de Notre-Dame du Rosaire,1915-1961
Contenu spécifique :
Juin
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Rosaire
  • Successeur :
  • Maintenant
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Revue dominicaine, 1956-06, Collections de BAnQ.

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[" REVUE DOAVÎNiCAlNE Pour récupérer la totalité de nos droits : « On est plus en sûreté avec ceux qui ont fait un pas important qu avec ceux qui ont reculé et reculé pendant des années ».(Maurice Duplessis, 7 mai 1956) QUÉBEC AURA À CHOISIR ENTRE UN CENTRALISATEUR (Lapalme) ET UN RÉALISATEUR (Duplessis) C\u2019EST UNE QUESTION DE SURVIVANCE ! Tél.2966 ARTHEM PELLERIN Epicier, boucher \u2014 Gros el déiail 676, 6e avenue\tGRAND-MÈRE, P, Q.Tél.3641 CONRAD LAFRANCE & FILS EMBOUTEILLEUR Kik Cola \u2014 Orange Crush \u2014 Eau minérale Sainie-Léoniine 792, 6e avenue\tGRAND'MÈRE, P.Q.Tél.2025 SALON YVETTE & GILLES Mme LUCIEN LAFRENIÈRE, PROP.Coiffures de fous genres 1060, 6e avenue\tGRAND'MÈRE, P.Q.Tél.3571 CRÊTE LIMITÉE J.ALB.CRÊTE, PRÉSIDENT Bois et matériaux de construction 1460, 6e avenue\tGRAND'MÈRE, P.Q.GEORGES LA RUE, a.p.a., a.c.i.Auditeur public accrédité \u2014 Syndic licencié Impôt sur le revenu, comptabilité et vérification QUÉREC - DONNACONA - TROIS-RIVIÈRES Tél.4452 HÔTEL DE LA SALLE LIMITÉE RAOUL DESAULNIERS, PRÉSIDENT 590, 3e rue\tGRAND'MÈRE, P.Q.Tél.office : 3141\t\t HUGH\tc.\tGODEFROY M.D.\tC.M.\tD.S.0.D.F.C.310, 6e avenue\t\tGRAND'MÈRE, P.Q.Tél.3370 HOMMAGES AUX PÈRES DOMINICAINS DR DAVID BRUNET 310, 6e avenue\tGRAND'MÈRE, P.Q.Tél.2-5291 CARRIER & GOULET EN RG.345, DU PONT\tQUÉREC, P.Q.Tél.3-2600 QUEBEC METAL PRODUCTS CO.LTD.R.L.ENGLISH, président Latte métalligue et acier 138 est, GRANDE-ALLÉE\tQUÉREC, P.Q. TABLEAU D'HONNEU GRAND\u2019MÈRE, P.Q.ALLARD LIMITÉE, A\u201e 340, 6e avenue, iél.3598 BOULIANE, Dr Roland, 500, 8e avenue, iél.3607 CAFÉ HONG KONG, mets chinois ei canadiens, 290, 6e avenue, iél.2801 COSSETTE, Georges, peinture « Spread Satin », bicycles, 1192, 6e avenue, tél.4163 CRÊTE, Marcel, avocat, 300, 6e avenue, tél.3662 DESAULNIERS, Henri, notaire, 398, 5e avenue, iél.3743 FRÉCHETTE, Lucien, meubles, 602, 6e avenue, tél.2394 GIACOMO, Cyprien, fleuriste, 930, 2e avenue, tél.5105 HOULD POOL ROOM, Gilles, restaurant, 1018, 6e avenue, tél.8978 JULIEN, J.O.A., épicier, boucher, 741, 6e avenue, tél.3361 LA BELLE SPÉCIALITÉ ENRG., exclusivement pour enfants jusqu'à 14 ans, 550, 6e avenue, tél.3597 LACROIX, Camille, courtier d'assurances aqréé, 411, 8e rue, tél.2964 PHARMACIE LAFLÈCHE, spécialité : prescriptions, 779, 6e avenue, tél.4103 MAGASIN CONTINENTAL LTÉE, Richard Vallière, aérant, 570, 6e avenue, tél.3497 MATTEAU & CIE ENRG., H., bois de construction, 891, 7e avenue, tél.3769 MILLETTE, Martial, courtier d'assurances aqréé, 530, 3e rue, tél.4751 NEAULT, Montcalm, bicyclettes, motocyclettes, vente et réparations, 705, 7e avenue, iél.4242 NORMANDIN, Jos., boucher, épicier licencié, 1390, 6e avenue, tél.3815 ROBERT, Bruno, quincaillerie, 540, 6e avenue, tél.3801 ROY & NICOLE, détaillants, 362, 6e avenue, tél.3732 SALON RITA, coiffeuse, spécialité teinture, 750, 7e avenue, tél.3549 QUÉBEC, P.Q.AMYOT & FILS, Jos., Enra., 45, Dalhousie, tél.2-1012 BIZIER, J.Lionel, ingénieur constructeur 146, Av.Belvédère, tél.MU.1-1297 LEMIEUX, Jos.E.Enra., 11, rue Saint-Pierre, tél.2-5281 MARTINEAU ÉLECTRIQUE LTÉE, 760 est, du Roi, tél.2-7065 TAXIS 2-2001, M, Grenier, gérant, 1191, rue Cartier, tél.2-2001 BANQUE CANADIENNE NATIONALE est à vos ordres pour toutes vos opérations de banque et de placement ACTIF, PLUS DE $600 000 000 578 bureaux au Canada TERREAU è RACINE LIMITÉE 196, RUE SAINT-PAUL QUÉBEC, P.Q.GROS ET DÉTAIL MOUNT ROYAL PAVING & SUPPLIES LIMITED 3701, Côte Saint-Michel Saint-Michel, Comté Laval, P.O- IV Tel.2288 IMPRIMERIE DU ST-LAURENT LTÉE GILLES PARÉ, PROP.193, LAFONTAINE\tR1VIÈRE-DU-LQUP,\tP.\t0.Tél.4-1113 J.BOUCHARD & FILS Directeurs de funérailles ef ambulanciers 320, 5e rue\tQUÉBEC,\tP.\tQ.Tél.2-1239\tEUGÈNE BARRY, PRÉSIDENT O.PICARD & FILS INCORPORÉE Plomberie, chauffage, éleciricilé 7,SIMARD\tQUÉBEC,\tP.\tQ.Tél.2-3976 G.H.MONTM1NY INC.ENTREPRENEURS GÉNÉRAUX 367, RICHELIEU\tQUÉBEC.\tP.\tQ.Tél.5-8157 MENUISERIE DESLAURIERS INC.MANUFACTURIERS Ameublemenf d'église 268, LALEMANT\tQUÉBEC,\tP.\tQ.Tél.2383 MÉTHOT & GAGNÉ LTÉE Emboufeilleurs autorisés COCA-COLA 68, FRASER\tR1VIÈRE-DU-L0UP,\tP.\tQ.Tél.3-8974-4-7717\tISOLATION AMICO INC.MARCEL BROCHU, PROP.Isolation de tous genres 70, 6e avenue\tQUÉBEC,\tP.\tQ.HOMMAGES DE GRAND\u2019MÈRE KNITTING CO.LTD.Canada's First Family of Sweaters GRAND'MÈRE, P.0.HOMMAGES À LA REVUE DOMINICAINE MONSIEUR VACHON No 1283\tQUÉBEC, P.Q.LA PELE Les hommes de chez nous avaient créé des institutions: politiques Juridiques, éducationnelles.Au-dessus, leurs institutions religieuses.J\u2019ai dit, plus tôt, le sort financier qu\u2019on a fait à certaines d\u2019entre elles.Je voudrais rappeler le sort politique qui est leur lot.Sous le titre LA PEUR, un journaliste qui n\u2019est pas libéral écrivait cette semaine : « Les octrois abandonnés au caprice d\u2019un gouvernement engendrent la peur.Les présidents de Commissions scolaires craignent, s\u2019ils expriment certaines opinions, que leurs écoles ne soient privées d\u2019octrois.Les curés n\u2019osent pas dénoncer certains abus parce qu\u2019ils ont peur que leur œuvre de terrain de jeux, leur salle paroissiale, ne bénéficient plus du petit octroi gouvernemental qui permet de boucler le budget, de grouper la jeunesse pour de saines récréations, etc.» « Le Devoir », 24 avril 1956.C\u2019est cela, le climat de la peur.Et puisque cet article réfère aux institutions religieuses, disons ici et bien haut, ceci : le parti libéral, reconnaissant que l\u2019Eglise a rendu, tant par les directives de la hiérarchie que par les activités de ses œuvres et organismes, des services inappréciables dans le domaine de l\u2019éducation, du bien-être social et même dans l\u2019ordre économique de la province, lui assurera toujours le caractère privé de ses œuvres, de ses collèges, de ses universités, de ses institutions, en ne leur imposant aucune obligation de reconnaissance ou autre envers le pouvoir, mais au contraire en contribuant financièrement, au moyen d\u2019octrois statutaires, dans la mesure dii possible et partout où besoin sera, au développement de ses œuvres éducationnelles et sociales en pleine et entière liberté.Cette pleine et entière liberté, nous la rendrons également aux corporations municipales et scolaires présentement sous le joug.Georges Lapalme, à Québec, le 28 avril 1956.V BONNES ADRESSES À CONSULTER Accessoires Electriques : Bizier & Caron Ltée, 431.St-Joseph, Tel.4-1081, Québec, P.a Roland Electrique Enrg., 3190, 1ère avenue, Tél.3-0895, Québec Agents d'affaires : Robert Prudent, 390, 20e rue, Limoilou, Tél.2-4027, Québec Agents Manufacturiers \u2014 Importateurs : Lortie, J.R., 88, boul.Orléans, Tél.2-7736 Giffard.P.Q.Compliments : Compliments d\u2019un ami Compliments d\u2019un ami Compliments d\u2019un ami Complimenta de J.M.Compliments d\u2019un ami Succession J.P.Laberge.Un ami de la Revue.Un ami de la Revue : A.J.E.S.J.B.R.P.et Cia Inc.J.G.D.& Fils Ltée.Québec, P.Q.Québec, P.Q.Architectes \u2022 Larue, J.-Albert, 6711, Durocher, Tél.CR.2784 \u2014 \u2014 Montréal Arpenteurs-Géomètres et Ingénieurs Forestiers : Boucher, Germain, 72, Ste-Ursule, Tél.5-6166, Québec, P.Q.Articles de Sports : Le Palais des Sports, 67, Côte d\u2019Abraham, Tél.3-2341 Québec 419, 3e avenue, Limoilou, Québec, P.Q.Articles de Sports & Accessoires D\u2019Automobiles i Gravel, Ludger & Fils Ltée, 7906, boul.St-Laurent, Tél.VE.2681, Montréal Ascenseurs : La Cie F.-X.Drolet, 245, Du Pont Tél.4-5257, Québec, P.Q.Assurances Générales : Chalifour, Jean, 870, du Roi, Tél.3-9052 .Québec, P.Q.Assurance : National Life Assurance Co.: Arsenault, Bona, Gérant, 80, St-Pierre, Tél.2-5785 .Québec Autobus : Autobus Lemelin, 101 ouest, Arago, Tél.5-7146, Québec, P.Q.Autobus à Lorette, Aérodrome.Champigny, Lac St-Joseph, Ste-Catherine : Drolet, A., Ltée, 505, boul.Charest, Tél.2-8494, Québec, P.Q.Automobii.es -\u2014 Vente a- Service : Giguère Automobile Ltée, 249 est, St-Vallier, Tél.8230, Québec Jarry & Frère Cie Ltée, G.R.Jarry, prés., A.G.Jarry, vice-prés., 7275, St-Laurent, Tél.CR.3141 Montcalm Auto Inc., 901, 1ère av., Tél.2-6676 \u201e.Québec, P.Q Avocats : Bhérer, Wilbrod, 79, rue d\u2019Auteuil, Tél.2-1281, Québec, P.Q.Charbonneau, Charbonneau & Charlebois, HA 1196-1197, 21 ouest, St-Jacques, Montréal.P.Q.Honorable Yves Prévost, Ministère des Affaires Municipales, 509, Royale, Tél.MO.8-5314, Beauport, P.Q.Bureau : Tél.2-5608, Québec, P.Q.St-Jacques, Henri, 18, Rideau.Tél.2-5055 .Ottawa, Ont.Banque : Banque Canadienne Nationale, Place d'Armes .Montréal Bijouterie : Marcoux, René, 466, de la Couronne, Tél.4-8722, Québec, P.Q.Blocs de Béton, Tailleurs de Pierre : Côté, Valère, Inc., 325, Dorchester, Tél.4-4491, Québec, P.Q.BOUT.ANGERS (Gâtümix et Pâtisskriks) : Boulangerie Nationale, boulevard Saint-Sacrement, C.P.62, Québec, P.Q.Hethrington Inc., 358-366, St-Jean, Tél.2-2081, Québec.P.Q.Café, Thé.Confitures : J.A.Désy Ltée, 1459, Delorimier, Tél.FR.2147 .Montréal Charbon et Huile à Chauffage : Madden & Fils Ltée, 319, boul.Charest, Tél.4-3578, Québec Comptable Agréé :\t\u201e Turgeon, Paul, 852, St-Vallier, Tél.4-7426 .Quebec, P.Q.Courtiers :\t,\t, Lagueux & Desrochers Ltee.105,\tP.Q.Courtiers D\u2019Obligations : La Corporation de Prêt* de Quebec, 132, St-Pierre C.P.68, Tél.2-4765, Québec, P.Q.Courtiers en Immeubles & assurances *\t_ t a»Ativ n K9.R avenue.Tél.4-3836 .- \u2014 Quebec, P.Q.Décorateur \u2014 Ensemblier : Dussault, Roger Limitée, 190 ouest,\tQuébeC( P< q.Députés : Angers, Dr Antonio, Alma, P.Q.\tt» r» Bédard, Jean-Jacques, Tél.6-8191 .Charlesbourg.P.Q.Fleury, E., M.A.L.(Cultivateur), St-Léonard d Aston, r.Q.Fox, C.J.W.Foster, Co.Brome, P.Q.Gérin, Denis, Coaticook, P.Q.\t.\t.\t\u201e .\t_\t.Lévesque, J.R.M.A.L., prop.(Epicene Moderne Enrg.).Ste-Anne des Monts.Co.Gaspe-Nord, P.Q.Marquis, Antonin.325, 18e rue, Limoilou Tél 2-2091 Québee Rivard, L\u2019Hon.Antoine, Solliciteur Général.Tél.4-8411.Local : 863, Hôtel du Gouvernement, Québec, P.Q- Directeurs de Funérailles: Bouchard & Fils, J., 320, 5e rue, Limoilou, Te';\u201e4-11^.Quebec Cloutier & Fils.Arthur, 262, rue d\u2019Aiguillon Tél.2-4088\u201e Qué.n____\u2022 t ' :_t 4-Aa nk oct mp Sf-Vallipr.Tel.2-6466.Quebec ÉCOLES \u2022 Bart School, 109, Côte d\u2019Abraham, Tél.2-5889 - 7-6412, Québec ElMTIONS^.^ Livri0r> B375 Av n.-D.de Grâce, WA.0369.Mtl.Québee, P.Q.Entrepreneurs-Électriciens : T atn\u2019ippe.T.-P.124.Bayard.Tél.2-7644 Po.Ua & FU, Enr,.5, rue Thom,,^\u201c«072.Québec.P.Q.Sui\u201e;n t iiuiun 486 Kte-Aenès.Tél.2-2987 .Québec, P.Q.Entrepreneurs Généraux :\t,\t_ Dubé et Dubé, 14, Place d\u2019Aiguillon, Tel.3-8322,JQ^ekfc\u2019r.P:l3' Lamontagne, F.-X., 417, boulevard Charest.Tel.3-0590, Quebec Les Entreprises Bergerville Ltée,\t0*0 rv -u - n 111, Côte de la Montagne, Tel.2-6268.Quebec, Mathieu & Sylvain, 44.Sainte-Ursule.Tel.2-2240 Québec P.Q.Parent & Gosselin Enrg., 270, des Oblats, Tel.3-5875, Quebec Entrepreneurs de Menuiserie Générale : Bégin.Alphonse, 275, 13e rue, Limoilou.Tél.4-3980 .Quebec Epiciers : Blouin Paul, 160, avenue Murray .Québec, P.Q.Épiceries en Gros « Lamarche J.H.Enrg., Rioux & Pettigrew, 48, 5345.Ferrier, Tél.CR.2155.Montréal St-Paul, Tél.2-1212 .Québec.P.Q- Chauffage et Plomberie : Couture, Odilon Enrg., 27, Lavigueur, Tél.6-8073, Québec, P.Q.Chauffage.Réfrigération Ventti.ation, Et.kotriotté : Bouchard, J.-A.-Y.Ine.97, Côte d\u2019Abraham, Tél.4-2421.Québec Chaussures : Rousseau, M.J.E., 211_213 est, St-Joseph .Québec, P.Q.Chirurgien.Dentiste : Trottier, Dr Jea-n, 37, St-Eustache, Tél.3-6675 .Québec.P.Q.Cierges, Chandelles, Bougies : F.Baillargeon Ltée, 51 ouest, Notre-Dame, PL.9467, Montréal Cire à Plancher Liquide et en pâte : Les Produits Sylvia Enrg., 187, des Commissaires, Tél.6768, Québec, P.Q.arages \u2014 Réparations Générales : Tanguay, H., 64, 1ère avenue .Gros Pin, P.Q.t rage \u2014 Réparations Générales de Carrosseries D\u2019Automobiles : Beaulieu & Filion Enrg., 207, Ste-Hélène, Tel.2-2256.Quebec îains.Moulées.Provisions : nÔTFT.R : Hôtel Montcalm et Importateurs et Génin, Trudeau et Restaurant, 161, St-Jean, Tél.2-1287, Québec Fabricants d Objets de piété : Cie-, 38 ouest, N.-Dame, LA.2261, Montréal VI BONNES ADRESSES À CONSULTER Lait.Crème.Beurre, œufs et fromage : La Ferme St-Laiarent Ltée, 6720, Garnier, Tél.CR.2188-89.Montréal Laiterie Artic Ltée, 165, du Sacré-Cœur, Tél.6-7101, Québec Laiterie Borden, 2701, Chemin St-Louis.Tél.7-2661, Québec La Laiterie Lara! Enri., 876, 4e avenue, Limoilou, Tél.4-3661, Québec.P.Q La Librairie Dominicaine : 5376, avenue Notre-Dame de Grâce, Tél.WA.0369 .Montréal 96.avenue Empress, Tél.2-7363 ~~ .- .Ottawa, Ont.Magasins à Rayon : Dupais Frères Ltée.Tél.PL.6151 .- .Montréal Mozart Ltée, 210-212, St-Joseph, Tél.2-6484 .Québec.P.Q.Magistrat : Simard, Juge Gérard, Palais de Justice.Tél.4-9290, Québec Manufacturier de Biscuits : Les Biscuits Dion Inc., 700, 2e rue, Tél.4-4191, Québec, P.Q.Marchand de Bois de Construction : Louis Canac-Marquis Ltée, 25, Marie de l\u2019Incarnation, Tél.MU.3-3628, Québec Marchand de Tapis : Rochette, Emilien, 352 est, Saint-Vallier, Tél.2-5233, Québec Matelas i Matelas Frontenac, 223, Boisseau, Tél.6-5347, Québec, P.Q.Maternité Privée : Ouellette, Mme J.T., 10 d\u2019Artigny, Tél.2-1966, Québec, P.Q.Médecins : Castonguay, Dr E.-J., 4231 est, Ste-Catherine, CH.0660, Mtl.Gratton, Dr Albert, 781, du Couvent, Tél.WE.6476, Montréal Membres Artificiels : Duckett, J.A., 3651, Park Ave.Tél.HArbour 0630, Montréal Musique : Procure Générale de Musique, 92, d\u2019Aiguillon .Québec, P.Q.Négociants en Gros D\u2019Appareils Électriques : Vandry Inc., 470, des Capucins, Tél.2-5656 .Québec, P.Q.Négociants en Gros : (BISCUITS, CHOOOI.ATS, TABAC.CIGARETTES) Vermette, M.F., 671, rue St-Bernard, Tél.6-7270, Québec, P.Q.Notaires : Bélanger, Raymond, 32, de la Couronne, Tél.3-5352, Québec Labrèche et Labrèche, 10 ouest, St-Jacques, MA.3373, Montréal Opticiens D\u2019Ordonnances : Derouin, O.L., 37, Metcalfe, Tél.2-4976 .Ottawa, Ont.Optométristes et Opticiens : Beaulieu, Rémy, 94, de la Couronne, Tél.4-2413, Québec, P.Q.PÂTISSERIE \u2014 PAIN : Joe.Vaillancourt Inc., 356-358, St-Joseph, Tél.2-2085, Québec Pharmaciens : Pharmacie P.-H.Soucy, 999, Av.Cartier, Tél.2-1235, Québec Pharmaciens en Gros : Gérant : J.-André Gaulin, Dist.pour Caagrain & Charbon neau Plombier : Chiquette, R.et Fils Inc., 428, de la Reine.Tél.4-3782, Québec Pneus : Michaud Tire Service Ltée 207, de la Couronne, Tél 3-3901, Québec, P.Q.Produits de Salon de Beauté : Lemieux Beauty Products, 16, rue de l\u2019Eglise, Tél.3-6320, Qué.M.A.Lemieux, résidence, Tél.2-3073, Québec, P.Q.Provisions Générales pour Bateaux : Quebec Ship Riggers & Sail Makers Reg\u2019d., 17, Sault-au-Matelot.Tél.3-6717, Québec.P.Q.Professeur de Musique (Guitare, ma.vdot.ine, violon) : Gagnon, T.W., 208, N.-D.des Anges, Tél.2-3700, Québec, P.Q Quincaillerie Générale : Cantin & Fils Ltée, 175 est, St-Vallier, Tél.5-7123, Québec Grégoire, J.-R-, 3606 est.Ontario, Tél.FA.1167-68.Montréal Quincaillerie en Gros et Détail : Lemieux, Jos.-E.Enrg.Québec, P.Q Radio Technicien \u2014 Haut-Parleur : Gagnon, Jean-Paul, 960, 1ère avenue, Tél.2-1736, Québec, P.Q.IAXIS : Taxis Maguire Enrg., 1463, Maguire, Tél.3-1474, Sillery, Qué.Terra-Cotta : Montreal Terra-Cotta Ltd., 1010 ouest, Ste-Catherine, MA.6912, Montrée.] Viande Gros et Détail : Lafleur Alp.Ltée, 360, 6ième rue, Tél.4-3524, Québec, P.Q.Viandes et Provisions en Gros : Sylvain, Edmond, 70, Dorchester, C.P.1905, Tél.2-2035, Qué.Blondeau, Alphonse, 500, 1ère avenue .Québec, P.Q.Tel.OR.4-0707 910, LASALLE BERNARD FAVREAU Huile à chauffage MONTREAL-SUD, P.Q.7.RUE SIMARD O.PICARD & FILS, INCORPORÉE EUGÈNE BARRY, phésidbitt LE BOUQUINISTE ENR 28, rue des Jardins Québec, 4 \u2014 Tél.3-6760 Catalogue périodique de livres d\u2019occasion Recherche d\u2019ouvrages épuisés Plan spécial de vente aux bibliothèques Compliments de DAMIEN BOILEAU Ltée, Entrepreneurs 705, Beaumont\tMontréal, P.Q.\tTél.CResc* Vil Sommaire Juin 1956 Charles Doyon : Beauce « Salut, lieu façonné pour le plaisir de l\u2019Homme Où la plaine déroule ses océans de blé ».Clément Lachance : Propos sur Ici religion (IV) Le milieu vital, l\u2019ordre surnaturel, les vertus théologales trouvent éminemment ici leur justification et leur nécessité.Jeannine Bélanger : Le Miserere de Moïse Moins connu que celui de David, le Miserere de Moïse n\u2019en demeure pas moins l\u2019exaltation de la Miséricorde divine toujours prête à pardonner les trahisons de son peuple.Guy Robert : Mon inquiétude d homme Essai sur YInquiétude humaine de Jacques Lavigne, professeur à l\u2019Université de Montréal.Benoît Pruceie : Climat de révolte Analyse des causes et des événements qui créent un état de révolte dans le monde.G.DE Champris : Une réception académique : Daniel-Rops, et un nouveau prix de Littérature.Où l\u2019on voit M.Siegfried exploiter gauchement une circonstance pour justifier une opposition radicale entre deux doctrines : le catholicisme et le protestantisme.Le sens e s faits Benoît Lacroix, O.P.: « Radio-Collège 1955-56 ».M.G.: « Festival de Mozart ».M.Gavrel : «L\u2019Echange de Claudel».Guy Robert : « Vie des Arts : nouvelle venue et bienvenue ».Guy Faucher : « Les disques ».e s p r i t d e s ivres Jacques Bur : « Méditation mariale ».Pierre Termier : «Lettres de voyage».J.-M.Perrin, O.P.: «La virginité chrétienne».A.Niedermeyer : «Précis de médecine pastorale».Louis Ott : « Précis de théologie dogmatique ».Eugène Walter : « Sources d\u2019eau vive ».Honoré Mazué : « La Madone qui pleure ».G.Hunermann : « Le fils du facteur de Riese : saint Pie X ».Michel Gasnier, O.P.: «Je professe, je renonce, je m\u2019attache ».Louis de Wohl : « Mars ne veut pas la guerre ».Morten Korch : « Le roi du marais de Karholm ».En collaboration : « Moïse, l\u2019homme de l\u2019alliance ».Tables des matières du semestre : janvier à juin 1956. REVUE DOMINICAINE Directeur : R.P.ANTONIN LAMARCHE, O.P.Maison Montmorency, Courville (Québec-5), P.Q.Vol.LXII Tome I Juin 1956 Salut, lieu façonné pour le plaisir de Ihomme, Où la plaine déroule ses océans de blé Où r amour et le pain dégagent même arôme, Pays où le soleil dans une arche cintrée Tourne autour d une flèche et de faîtes de chaume ! Des robins, des manants et des rois exaltés, Avec Pantagruel, Beau ce pays je nomme 1 Les vallons se profilent à l horizon l\u2019automne, Anneaux de ce massif qu on nomme bouclier Ici, plus d Eure et Loire, plus d Indre ni de Somme ; Niais un dévalement d érables et de huiliers, Où l hiver et l été s appuient sur une paume l Pays de bonhomie et de franche gaieté, Avec Pantagruel, Beau ce pays je nomme ! * * * Pays de buissons et de haies, De dévalements immuables De prés mouvants et de forêts Succulentes comme l\u2019érable Succulentes comme l érable Qui s égoutte sous le soleil, Faite au décalque de la feuille Et des moulures de la table.257 Revue Dominicaine Faîte à l exemple d une épaule, Ayant le galbe d\u2019une nuque, D\u2019 une gorge que I on reluque, Des névées que la brise frôle.Des névées que la brise frôle, Tantôt réceptacle ou coupole Enfoncement ou balustrade, Terre de ruisseaux en arcade 1 Terre de ruisseaux en arcade, D' alluvions et de forêts Qui se répercutent en cascades Entre le mil et les entailles.Entre le mil et les entailles Le bouleau et les graminées, Entre la cueille et les semailles, Les emblavures et les guérets.Pays de la tire et de l or Des produits couleur de vermeil, Sur tes flancs la sève sommeille, Dans tes rus la pépite dort.Dans tes rus la pépite dort, Dont une parcelle s effrite.Un jet en silence t invite Eau pure au sablier du sort I Charles Doyon 258 Propos sur la religion IV.Son milieu vital 1 L homme est un être complexe.Aussi, se plaît-on parfois à le représenter comme un résumé, ou mieux comme une synthèse harmonieuse de I univers : le petit cosmos.Doué d intelligence et de volonté, il s\u2019apparente au monde spirituel, alors que sa sensibi Iité et sa vie végétative marquent son appartenance au monde matériel.Dans cet univers organique que Dieu a conçu et réalisé pour manifester le plus adéquatement possible I infini de sa Bonté, il est en quelque sorte « le pont » qui établit la continuité entre I esprit et la matière, tenant et de Lun et de I autre.Cette complexité au plan de l\u2019être entraîne, 1 on s en doute bien, plusieurs particularités ou singularités au plan de l action.L\u2019on connaît I\taxiome : operatio sequitur esse.Aussi, semblable aux végétaux dans une partie de son activité, il est soumis d\u2019autre part, à une foule de lois qui régissent le règne animal, ce qui ne l\u2019empêche pas, seul parmi tous les êtres de la création visible, de posséder l\u2019insigne privilège de la pensée.II\tcumule en lui toutes les perfections éparses dans la création entière.Le penseur qui entreprend de percer le mystère de l\u2019homme et qui veut arriver à prendre une connaissance quelque peu précise de son être ou de son activité, se doit, par un procédé d\u2019ailleurs tout naturel à son esprit, de dégager ou d\u2019isoler les uns des autres, différents aspects pour les étudier séparément.C est ce qu on appelle communément le procédé de I abstraction.Procédé très légitime d\u2019ailleurs, puisqu\u2019il consiste à ne considérer qu\u2019un plan, qu\u2019un aspect, sans pour autant nier ou méconnaître les autres qui, dans la réalité se fusionnent pour donner lieu à I être concret, sujet d étude.C est précisément cette méthode qui permet, en morale » la morale étant déjà une considération particulière ou « abstractive » de l\u2019homme total et concret d isoler de son contexte infiniment riche et complexe, 1.Cf.Revue Dominicaine, décembre 1954 mai 1955 janvier 1956.259 Revue Dominicaine une vertu quelconque à laquelle on s intéresse plus spécialement.Alors que la vie morale ou vertueuse de l\u2019homme met en œuvre toutes ses puissances humaines et fait appel au concours diversifié de ses ressources de surcroît qu\u2019on appelle les vertus, le philosophe et le théologien semblent se comporter comme si la vertu de justice, de force ou de tempérance, par exemple, étaient en quelque sorte des entités distinctes, sortes de nomades closes sur elles -mêmes, possédant leurs lois, leurs propriétés, voire leur autonomie.Mais ce n est là qu\u2019apparence, ou plutôt résultat d un procédé conscient et voulu.Le penseur, en effet, n est pas dupe du phénomène.Aussi, après cet effort nécessaire d\u2019isolement ou d abstraction, se plaît-il à « recomposer » I homme, mais à le recomposer après avoir obtenu la connaissance la plus parfaite possible de chacune de ses facultés et de chacune de ses vertus, tant intellectuelles que morales, tant acquises qu infuses.Après I analyse, c est la synthèse.Notons bien qu\u2019en plus d\u2019être une nécessité imposée par notre esprit, ce procédé se révèle éminemment pratique ce dont on doute parfois.II est en effet de nature à promouvoir I exercice pur et simple de la vertu humaine.« Si nous distinguons si soigneusement les vertus en précisant exactement leurs objets et leurs motifs, c est que cette vue nette est profitable à notre effort moral qu elle oriente.Chaque vertu a sa manière propre de se cultiver, ses méthodes, son ascèse, précisément parce que les motifs d agir y sont distincts et diverse la matière qu il lui faut ordonner ».Conscient de la nécessité de la deuxième démarche -\u2014 la synthèse -\u2014 nous voudrions à l\u2019occasion de la vertu de religion que nous avons jusqu\u2019ici essayé d\u2019isoler, c\u2019est-à-dire d étudier pour elle-même ou dans ses composantes essentielles, nous voudrions faire le travail de « recomposition ».Si toute vertu, dans son exercice fait appel à un ensemble de principes et à quantité d\u2019autres vertus, il faut bien remarquer toutefois que la coordination de ces principes et de ces vertus ne se réalise pas tou- 260 Propos sur la religion jours selon une formule unique et toujours la même.Ce qu il importe souverainement de souligner, croyons-nous, dans le cas de la vertu de religion.La religion, en effet, qu on s est parfois hasardé à qualifier de théologale à cause de sa très kaute valeur et de sa particulière affinité avec Dieu, doit, pour atteindre son objectif de culte par excellence, être baignée d une atmosphère bien spéciale et s\u2019appuyer sur ce qu il y a de plus noble, de plus grand et de plus élevé en l'homme.C est ce contexte sui generis de la religion que nous voudrions souligner ici en parlant de ce qu on qualifierait volontiers d « atmosphère », de « milieu vital » ou encore d « harmoniques de la vertu de religion ».Cette étude sera de nature, nous osons I espérer, à mettre en relief la manière toute spéciale de cultiver et de développer cette vertu de nos obligations envers Dieu.Correctif nécessaire, estimons-nous, de ce que pourrait avoir de trop rigide, de trop froid et de trop calculateur, une vertu de religion « logée à I enseigne de la justice ».Religion et ordre surnaturel La vertu de religion, nous I avons déjà dit, trouve son fondement dans le fait de la création et du gouvernement divin.Dieu étant cause première et « gouverneur » de toutes choses, il en résulte de notre part une dette absolue et une soumission totale.La singularité de sa Seigneurie non moins que la singularité de sa Paternité donnent à nos relations avec lui leur caractère propre.Cette affirmation \u2014 on ne le réalise pas toujours »\u2014 situe la religion dans un contexte qui fait abstraction, comme on dit en termes d école, du plan surnaturel.Plus précisément, 1 on veut signifier par là que la vertu de religion et ses comportements sui generis valent déjà au plan naturel avec toute la rigueur que nous avons dite, 1 ordre surnaturel de la grâce chrétienne ne venant pas lui donner sa structure, ses implications et ses exigences.Ce qui ne veut pas dire, loin de là, que la religion chrétienne surnaturelle, c est-à-dire celle qui de fait prend place en une économie toute dominée par le Christ et sa grâce salvatrice, 261 Revue Dominicaine n aura pas une modalité toute nouvelle et infiniment supérieure à celle que pourrait et devrait susciter une raison strictement humaine et naturelle.Car même la Paternité d\u2019adoption qui fait Ihomme enfant de Dieu ne constitue pas en un sens strict des fondements de surcroît pour la religion, puisque, en fait, c\u2019est la seule Paternité créatrice qui rend l\u2019homme totalement dépendant de Dieu et dans son être et dans son action, cette Paternité, dis-je, doit être signalée.En effet, parce que I homme bénéficie plus largement, infiniment plus largement de la Bonté bienfaisante de Dieu, son attitude en sera transformée, transfigurée et prendra une dimension nouvelle.La religion, comme on I a justement souligné, ayant désormais à répondre à des bienfaits surnaturels de Dieu ,\u2014' nous pensons en ce moment au don du Verbe Incarné, prolongé dans les sacrements et d\u2019une certaine manière jusque dans son Eglise, non moins qu\u2019au don de la grâce >\u2014 l\u2019attitude qu elle exigera de nous comportera des modalités qui la distingueront nettement de ce qu eût été une religion purement naturelle.Mais encore une fois, la religion, « indépendamment de la communication de la nature divine qui la fait s\u2019épanouir au sein de I amitié surnaturelle de la charité, découvre ainsi l\u2019urgence de ses devoirs en notre intime et radicale liaison au Dieu créateur ».Une fois bien marqué le caractère rigoureusement naturel de la religion, il importe maintenant d en dégager quelques-unes des modalités nouvelles consécutives au fait de la grâce.Religion et don de crainte La première réaction de 1 âme religieuse, et que 1 on confond parfois avec la vertu de religion proprement dite, est celle que 1 on appelle communément la crainte révérentielle et qui est en étroite dépendance du don de crainte.Cette dépendance est tellement marquée et tellement intime que l\u2019on argue parfois de cela pour faire de la religion non pas une vertu, mais un don.Déjà S.Thomas se posait I objection en ces termes : « II appartient à la religion de témoigner révérence à Dieu, ce 262 Propos sur la religion témoignage de révérence étant précisément I acte de la crainte, qui est un don ».Pour mieux voir à quel titre le don de crainte intervient dans la religion - et cela pour lui assurer une « allure » vraiment caractéristique /\u2014' il est bon de se souvenir que si Dieu est I autre envers qui I on a contracté une dette, il n est tout de même pas de notre monde.II n est pas comme le voisin, le compagnon, le concitoyen envers qui nous sommes liés et qui composent notre milieu.II est, lui, le Transcendant, celui qui dépasse tout, celui qu\u2019on serait presque tenté de qualifier de Différent.Comme le répète souvent le Psalmiste, Dieu n habite pas le monde.Il n\u2019est pas inclus dans cet ensemble qu est I univers.Cependant de lui à nous et de nous à Lui, nous savons qu il y a une certaine communication et que par ailleurs, nous devons avoir à son égard une attitude correcte juste, et qui est celle d un « endetté » au sens le plus fort du mot.C\u2019est là cas insolite.Toutes les religions cependant, alors même qu elles n\u2019ont pas su découvrir de façon exacte ce qui en était, ont eu ce sentiment : a)\td une distance incommensurable d une part, b)\td une proximité très grande d autre part ou a)\td une transcendance absolue d une part, b)\td une présence très réelle d autre part.En somme, elles ont eu le sentiment d une communication mystérieuse dans laquelle le monde visible entier entre en rapport avec I Au-delà.C\u2019était en somme la perception plus ou moins approximative de ce que la Révélation nous dit être le prénomène consécutif au fait de la création.L on comprend alors que I on ait été tenté de croire que le don de crainte dont I acte est de manifester révérence à Dieu puisse en I occurence trouver davantage à s\u2019exercer qu une religion-justice l En fait, les deux, don de crainte et religion, ont leur part respective à assurer, bien 265 Revue Dominicaine distincte, même si elles s\u2019appuient I une sur l\u2019autre dans cet effort de I âme religieuse en face de son créateur.Voici brièvement comment fonctionnent et se coordonnent leurs deux activités.La crainte qu\u2019inspire le don n\u2019a évidemment rien de la crainte servile.II suffit de le dire une fois pour toutes.Par ailleurs, contrairement à ce qu\u2019on pourrait peut-être croire, elle ne consiste pas tant à « craindre la séparation d avec Dieu qu\u2019à se « retirer » pour ainsi dire de devant lui, dans ce sentiment d effroi respectueux de sa grandeur inaccessible : la révérence ».Pour mieux faire comprendre ce réflexe de l\u2019âme, nous avons cru pouvoir emprunter à un professeur de théologie protestante, Rudolf Otto, certaines remarques qui, même si elles ne sont pas toujours en tout point exactes mettent en valeur certains aspects psychologiques de la crainte 2 3.II peut tout d abord y avoir, à la perception de F absolue inaccessibilité de Dieu, une certaine terreur : il est le tremendum.Et de fait, il semble que certaines religions dites primitives aient été nettement marquées par cette réaction, Dieu inspirant la terreur.Terreur toutefois d une qualité toute particulière, ressemblant quelque peu à la peur, mais qui est bien autre chose que le fait d avoir peur.C est, nous dit Otto, « une frayeur pleine d une horreur interne qu\u2019aucune chose créée, même la plus menaçante et la plus puissante, ne peut inspirer ».Ce serait probablement cet élément que I Ecriture Sainte qualifie de « frayeur de Dieu» (Exode, 25, 27).De plus, cet être terrible possède puissance, force, prépondérance, et prépondérance absolue.Ce que le mot majestas semblerait ajouter à celui de tremendum : « Car c\u2019est à toi qu\u2019appartient la force et la gloire, L\u2019empire et la sainteté.J\u2019en suis saisi d épouvante.Tu as une majesté Et qui est trois fois sainte » °.2.\tOtto, Rudolf, Le Sacré, traduction française par André Jundt, Pavot, Paris, 1929, (pp.28-53).' 3.\tA.Bartels, cité par Otto, p.55.264 Propos sur la religion Tels sont quelques-uns des éléments qui constituent ce que nous, nous appelons la grandeur inaccessible de Dieu, grandeur qui suscite la crainte révérentielle.En somme, même si la crainte d être séparé de Dieu existe, ce qui prime c est le mouvement de retrait.A vrai dire, chez nous, les deux mouvements existent et se subordonnent I un à 1 autre.Si I âme veut comme se retirer de devant cette majesté inaccessible et terrible, c est en réalité, et en dépit de la contradiction apparente, pour lui demeurer unie, lui étant soumise de la façon qui convient.En effet, braver cette majesté semblerait une attitude irrespectueuse et entraînerait semble-t-il un risque de rejet.Aussi, dans un mouvement de révérence, 1 âme veut comme s anéantir.Ce que S.Thomas décrit comme la resilatio in pro-priam parvitatem.Que ce soit ce mouvement de retrait, d anéantissement qui soit le plus caractéristique de la crainte dont nous parlons, encore que 1 autre existe cbez-nous i\u2014> et pour cause ! que nous avons déjà cité à maintes reprises jusqu\u2019ici -\u2014 ne fait que commenter : « II restera toujours un acte de I bomme regardant Dieu comme arduum : la crainte disparaîtra relativement à cet acte qui s effraie de la séparation, mais demeurera dans I acte d admirer ou de révérer cet arcluum, ce qui arrive, lorsque considérant une telle altitude on se ramasse frissonnant en sa propre petitesse » (cf.Sent., I.5, d.54, qu.2, a.5, ql.4, cité dans La Religion, t.I, Edition de la Revue des Jeunes, pp.505ss).265 Revue Dominicaine Ce sentiment de crainte révérentielle, chez nous, a sa racine ou sa raison d être dans la charité et se plie aux conditions concrètes de notre nature défectible et malheureusement déchue et pécheresse.Or, comme c est en raison de son profond attachement et de sa grande amitié pour Dieu que I âme éprouve certaines craintes, la première à se manifester, dans notre situation, c\u2019est celle du péché qui consommerait la séparation du Dieu aimé : timor separationis, nous dit S.Thomas, pour décrire ce premier « choc en retour de nos amours ».De plus, l\u2019amitié authentique et la charité est de ce type à un degré éminent r\u2014 est un amour de bienveillance et d\u2019une bienveillance qui va jusqu\u2019à nous faire identifier avec l\u2019être aimé.Dès lors, le péché et l\u2019offense ne sont plus tant le mal de notre amitié qu ils détruiraient que le mal de l ami offensé : timor offensœ, et qui se traduit spontanément par cet aveu : «Je lui ai fait cela à lui ».La crainte révérentielle, nous le voyons par ces brèves remarques, est chose assez complexe.Ce qu il faut bien remarquer, c\u2019est qu elle peut se présenter abstraction faite de l\u2019idée même du péché \u2014> la tempérance est mesurée par le bien de la raison et peut sur ce seul considérant faire agir vertueusement >\u2014> la religion, elle, qui fait également appel au bien raisonnable pour entrer en lice, ne peut y parvenir toutefois sans avoir un regard sur Dieu auquel elle destine ses hommages et son culte.Or, c est grâce à cette particularité de la religion d avoir toujours pour ainsi dire « un œil fixé sur Dieu » que nous apparaît en pleine lumière la valeur spécifique de l\u2019apport surnaturel dans cette vertu.Et cela à 1 encontre jusqu\u2019à un certain point des autres vertus morales qui ne bénéficient pas aussi directement du fait de leur insertion dans une économie surnaturelle.En d\u2019autres termes, alors que les vertus théologales sont à la source de toutes nos activités morales en ce sens qu elles causent tous les actes en les commandant et en les ordonnant à la fin de la charité, ici, le caractère très immédiat de cette influence est souligné par le fait singulier que Dieu est le destinataire des actes de la vertu de religion.Or ce destinataire, les vertus théologales, dont il est formellement I objet, nous le présentent sous un jour tout nouveau, et chacune selon un aspect suc-ceptible de transformer du tout au tout nos relations dites de justice envers lui.Ces considérations prenant déjà des proportions par trop considérables, nous nous bornerons à quelques brèves annotations relatives à la foi.268 Propos sur la religion Religion et vertu de foi La foi est connaissance de Dieu.En ce qui regarde la religion, elle nous apporte donc une certitude de surcroît au sujet de ce qui la motive.Comme le dit S.Thomas, « on ne se déterminerait point à rendre culte à Dieu, si 1 on ne tenait de la foi qu il est créateur, gouvernant et rémunérateur des actes humains ».« Ce sera même un des motifs qui exigeront que la foi porte sa lumière sur des vérités accessibles à la raison naturelle, que cette urgence de nos devoirs envers Dieu et la nécessité où nous sommes d être parfaitement renseignés à son sujet pour les lui rendre ».En outre, à côté de cet apport de la foi en ce qui, de droit, relève de la connaissance naturelle, il y a les grandes et sublimes vérités touchant le mystère de la vie trinitaire.Nous apprenons que Dieu, de toute éternité, produit en se connaissant, un Verbe qui est le Fils et que de l\u2019amour du Père et du Fils, procède le Saint-Esprit.Mystère insonda ble de vie et d amour que la raison, il est vrai, est impuissante à scruter, mais que néanmoins la foi lui livre pour en faire son bien.Vérités qui, sans ajouter de nouveaux motifs à notre culte, nous donnent en fait une plus haute et plus parfaite conception de ce qui est, et partant, suscite de notre part une attitude plus déférente, une référence plus profonde, et à vrai dire d une toute autre facture.De plus, sachant par la foi que Dieu s\u2019est incarné pour nous, qu il nous a adoptés, que nous sommes devenus ses cohéritiers, notre gratitude y puise de nouvelles raisons de se faire délicate et perspicace.II en est ainsi d ailleurs pour les vertus d espérance et de charité.Le fait que Dieu devient l\u2019objet de nos désirs et de notre amitié de charité ne peut bénéficier à la religion.Elles mettent « au cœur un désir plus ardent de rendre à Dieu notre Ami, tout ce que nous lui devons », le créancier ne perdant rien, loin de là, à se doubler d\u2019un ami à nul autre comparable.La vertu théologale de foi joue donc relativement aux vérités sur lesquelles la religion se fonde ainsi que sur celles d\u2019où elle tire ses raisons 269 Revue Dominicaine de révérence, de gratitude et d hommage, un rôle de toute première importance.Dernière remarque.Les vertus théologales, en plus de « modifier » 1 objet de la religion au sens susdit, offrent à son effort d hommage et de culte une matière de choix et la plus pure qui soit, les actes de la vie théologale ou divine faisant I objet même du culte et d hommage.C est en ce sens que S.Augustin I entendait lorsqu il écrivait : Deus colitur fide, spe et caritate 5.Clément-M.Lachance, O.P.5.A ceux qu\u2019une étude plus approfondie intéresserait, nous conseillons, en plus des ouvrages déjà cités : A.Gardeil, O.P., Le gouvernement de soi-même par la vertu de religion, dans Revue Thomiste, 1919 et 1920 ; A.Lemonnyer, O.P., dans Vie Spirituelle, 1936, série d\u2019articles sur la religion, ses actes et son rôle dans notre vie.270 Le M iserere de M oïse Ce qui, Lien que d inspiration divine, peut être considéré comme la plus belle prière tombée de lèvres d\u2019homme \\ le Miserere de David, avait déjà cbez Moïse, depuis des millénaires, son pendant glorieux, dans une suite d éblouissantes laisses qui nous ont été conservées des grandes compositions lyriques du Législateur : savoir, le Premier Cantique, de I Exode 1 2 3, le Second et Dernier Cantique, dit aussi de la mort du Barde et qui figure au Deutéronome \\ ainsi que deux fragments, prologue et épilogue, de la Bénédiction prophétique 4.On connaît les thèmes de base, les principaux leit-motiv qu\u2019exploitera et condensera le Roi-Propbète dans son admirable Psaume LI de la Pénitence, et qui feront de cette œuvre un sommet, sinon la cime par excellence, de I adoration bumaine.D abord, l\u2019appel à la miséricordieuse bienveillance de Dieu, « Aie pitié dans Ta bonté » ; I aveu contrit des fautes personnelles, « Je reconnais mes transgressions » ; et I hommage rendu à I équité des divins courroux, « Tu montres Ta justice ».Mais le poète royal va rappeler aussitôt le néant de la créature : « Je suis né dans I iniquité », invoquant les dons insignes de Dieu envers cette dernière : « Dans le secret Tu me fais connaître la sagesse », dons qui engagent en quelque sorte, croit-il, I honneur divin à combler toujours davantage I indigence du serviteur : « Fais-moi entendre des paroles de joie, Ne me rejette pas loin de Ta face », pour la glorification même de Yab et le retour des hommes à Lui : « Et 1 impie Te sera ramené ».Bref, « délivre-moi » devait crier en substance David à la Toute-Puissance transcendante, « et ma bouche célébrera Ta louange ; on immolera des victimes sur Ton autel » 5.1.\tU Oraison dominicale, d\u2019origine christique, et la Salutation angélique, comme l\u2019atteste également ce vocable, n\u2019en étant point.2.\tExode, XV, 1-18.3.\tDeutéronome, XXXII, 1-43.4.\tDeutéronome, XXXIII, 1-5 et 26-29.5.\tPsaumes, Livre Deuxième, LI, 3, 4, 6, 7, 8, 10, 13, 15, 16, 17 et 21.271 Revue Dominicaine Le Miserere die Moïse, lui, s ouvre par le brûlant exorde usuel de tout hymne digne de monter comme I encens jusqu au trône du Seigneur des Seigneurs : Ma f orce et mon cantique, c est Y ah.Qui est comme Toi parmi les dieux, ô Yaweh ?Qui est comme Toi, majestueux en sainteté, terrifiant la louange, auteur de prodiges ?°.L\u2019épique sortir de la mer Rouge ne fut-il pas, en effet, la manifestation de la g'randeur de Yah, et la délivrance du peuple sur lequel le nom au-dessus de tous éloges avait été invoqué: Il (Yahweh) a jeté dans la mer les chars de Pharaon et son armée.Au souffle de Tes narines, les eaux se sont amoncelées.Les flots se sont tenus comme un monceau; Les vagues se sont figées au cœur de la mer.Tu as soufflé Ton vent, la mer les a couverts; ils se sont abîmés, comme du plomb, dans les eaux majestueuses.Tu as étendu Ta droite, la terre les a engloutis.En Ta bonté Tu conduis ce peuple que Tu as délivré ; par Ta puissance Tu le diriges vers Ta demeure sainte.Les peuples Font appris, ils tremblent ; la terreur a saisi les habitants de la Philistie ; Déjà les princes d Edom s\u2019épouvante; les béliers de Moab sont pris de tremblement ; ils se fondent, tous les habitants de Chanaan, terreur et angoisse tombent sur eux ; par la grandeur de Ton bras, ils deviennent inertes comme une pierre jusqu\u2019à ce que Ton peuple ait passé, ô Yahweh, jusqu\u2019à ce qu\u2019il ait passé, ce peuple que Tu as acquis 1.Et pourtant, le fait demeurait là, brutal.Malgré tant de merveilles opérées en faveur des Juifs par le Dieu de tout refuge, l\u2019ingratitude et les trahisons hébraïques étaient du même coup formellement dénoncées : 6.\tPremier Cantique, 2, 11.7.\tPremier Cantique, 4, 8, 10, 12, 13-16.272 Le « Miserere » de Moïse Ils ont forfait contre Lui, non Ses enfants, mais leur difformité, une race perverse et dévoyée.Est-ce là votre reconnaissance à Yahweh, peuple insensé et dépourvu de sagesse ?N\u2019est-Il pas ton père, ton créateur, Celui qui t a fait et affermi ?s * * * Heureusement comme après lui le Roi-Propkète, le Conducteur du Peuple élu n est pas komme à se laisser akattre par la conscience, fût-elle frénétique, de ses égarements et de ceux de I\u2019assemklée qu\u2019il gouverne.Nous disons ses égarements, Lien que lui-même, en sa personne, ait été un grand ami de Dieu, ait correspondu magnifiquement, tout au long de son orageuse existence, aux prévenances célestes.Pour David, il y aura un jour le drame de Rakka ; dans le cas de Moïse, plus tard aussi, la tragédie de Merika.Pour l\u2019instant, on mesure seulement la solidarité magnanime de ce géant de vertu avec la race dont il a été oint le guide et I intercesseur.En voilà un qui sait assumer ses responsakilités de ckef, et ne recule devant aucun geste d\u2019envergure sociale, au mépris aksolu de I intérêt propre ! Israël a pécké.Mais avec une kumilité consommée, une confiance sans korne au pouvoir et à la mansuétude de Dieu, Moïse est prêt à dresser à genoux le kilan des erreurs commises.Sûr qu\u2019en principe I komme se lasse plus tôt d\u2019offenser Yak que Celui-ci de pardonner.Quitte à jeter en I occurrence toutes ses iniquités dans la fournaise du Cœur miséricordieux, dont les kattements ne se sont pas encore fait entendre, c\u2019est vrai, d\u2019un Jean l\u2019Evangéliste ou d\u2019une Marguerite-Marie Alacoque, mais qui, pour Moïse, n\u2019a guère plus de secrets que pour les familiers de kaute prédilection sous la Loi nouvelle.« Souviens-toi », dit-il à l\u2019élite juive qui l\u2019environne, Souviens-toi des jours de jadis, considère les années des diverses générations.Interroge ton père pour qu\u2019il te raconte, 8.Dernier Cantique, 5-6. Revue Dominicaine tes vieillards pour qu ils te disent : Quand le Très-Haut assigna leur domaine aux nations quand 11 sépara les enfants des hommes, Il détermina les territoires des peuples d\u2019après le nombre des enfants d\u2019Israël.Car la portion de Yahweh, c\u2019est Son peuple ; Jacob est Son domaine propre J.Le choix divin, telle est la première raison d\u2019espérer dans le secours d En-Haut.La fidélité de Dieu est prise à partie.Est-ce en vain que Yah, à F aurore des temps et de nouveau aux jours deutéronomiques, a conclu alliance avec les Juifs, gratifié ceux-ci de Ses promesses, en jurant par Lui-même qu\u2019ils seraient Son peuple et que Lui serait leur Dieu ?Sans Dieu, Israël n\u2019est rien ; en Lui il peut tout.Encore plus que le choix divin, la Providence divine, qui a veillé comme une omhre tutélaire sur le berceau de cette nation tour à tour perfide et repentie, est, pour Moïse, le deuxième mobile d espoir, un gage de bénédictions renouvelées, et oblige par avance, si l\u2019on peut dire, la parole même de Yahweh.Cette providence, Dieu n en a-t-il pas comblé Israël dès le début de son histoire : n r a trouvé dans une région déserte, dans un pays perdu, désolé, rempli de hurlements ; Il l a entouré de Son attention, Il l a gardé comme la prunelle de Son œil.Pareil à l aigle qui excite sa couvée et qui volette au-dessus de ses petits, Il a déployé Ses ailes, Il l a pris, n r a porté sur Ses plumes ; Yahweh seul l\u2019a conduit, il n\u2019y avait pas avec Lui de dieu étranger 9 10 Présence exclusive, ombrageuse, enivrante, qui ne se contente pas de pourvoir à la conservation de Son objet, mais le couvre d une surabon- 9.Dernier Cantique, 7-9.10.Dernier Cantique 10-12.274 Le « Miserere » de Moïse dance de Liens, comme la chronique séculaire d Israël en fait foi.Le Cantique de la mort nous donne là le troisième motif de I espérance mosaïque : Il (Y ah) l a transporté sur les hauteurs du pays, pour le nourrir des produits des champs ; Il lui a fait sucer le miel du rocher, l huile qui sort de la roche la plus dure, la crème de la vache et le lait des brebis, avec la graisse des agneaux, des béliers de Bachan et des boucs, avec la fine fleur du froment ; et tu as bu le sang de la grappe, le vin écumantlx.Hélas I Moïse, ayant jeûné sans doute quarante jours et quarante nuits, s empresse d élever en croix ses Lras dynamiques ou de plonger le front dans la poussière, et bat sans plus de façon la coulpe juive, sous un nom d emprunt par lequel il désigne symboliquement la patrie bien-aimée et cependant criminelle : Mais Yechouroun est devenu gras, et il a regimbé ; >\u2014\u2022 tu es devenu gras, épais, rebondi ! >\u2014> et il a rejeté le Dieu qui l avait formé et injurié le Rocher de son salut.Ils ont excité Sa jalousie par des (dieux) étrangers, ils L ont irrité par des abominations ; ils ont sacrifié à des démons qui ne sont pas Dieu, à des dieux qu\u2019ils ne connaissent pas, des nouveaux, venus depuis peu, devant lesquels vos pères n\u2019avaient pas tremblé.Tu as négligé le Rocher qui t avait engendré et oublié le Dieu qui t avait mis au monde 12.Alors, la colère de Dieu a éclaté, et le brasier des célestes vengeances s est mis à flamber à l\u2019entrée du camp : 11.\tDernier Cantique, 13, 14.12.\tDernier Cantique, 15-18.275 Revue Dominicaine Yahweh l\u2019a vu, et II a rejeté, tout irrité, Ses fils et Ses filles.Il a dit : « Je leur cacherai ma face, je verrai quel sera leur avenir ; car c\u2019est une race perverse, des fils en qui il n y a pas de fidélité.Ils ont excité ma jalousie par ce qui n\u2019est pas Dieu, ils m ont irrité par leurs inanités ; et, moi, j exciterai leur jalousie par ce qui n est pas un peuple, je les irriterai par une nation insensée.Car un feu par ma colère s\u2019est allumé, il brûle jusqu\u2019au fond du cheol ; il dévore la terre et ses produits, il embrase les fondements des montagnes 13.Et un incendie d\u2019étincelantes menaces pleuvait de ïa boucke de Yak sur la race destinée au déicide : J entasserai sur eux les maux, sur eux j épuiserai mes flèches.Ils seront exténués par la famine, consumés par la fièvre et par une peste maligne ; et j\u2019enverrai encore contre eux la dent des bêtes, avec le venin de ceux qui rampent dans la poussière.Au dehors l\u2019épée supprimera les enfants, et au dedans c\u2019est la terreur : le jeune homme comme la vierge, le nourrisson comme le vieillard 14.* * * Autre interprétation profondément davidique, Moïse suppose que Dieu késite soudain, qu\u2019il envisage les terribles effets du retrait de Sa présence du milieu des Juifs sur les peuples qui les persécutent.On sent, cbez le Législateur, quel formidable argument il va tirer de cette per- 13.\tDernier Cantique, 19-22.14.\tDernier Cantique, 23-25.276 Le « Miserere » de Moïse plexité divine pour le salut et la réconciliation, avec le suprême Pasteur, des brebis dont il a la charge.Yab, dans le psaume mosaïque, prend donc îa parole en ces termes : Je dirais : «Je les mettrai en pièces, je ferai disparaître de l\u2019humanité leur souvenir », si je ne redoutais l\u2019arrogance de l\u2019ennemi, que leurs adversaires ne se méprennent et qu ils ne disent : « Notre main s\u2019est exaltée, et ce n est pas Yahweh qui a fait tout cela » l0.La gl oire de Dieu est, pour ainsi dire, garante de bienfaits subséquents, elle réclame le maintien, si ce n est la progression, des faveurs de marque que le Seigneur a déversées jusqu ici sur les Juifs.Yabweb a comme les mains liées, pour des raisons qu on dirait de conformité à soi, de conséquence avec soi-même et d honneur.Mais malheur à ceux qui useront de cette munificente Condescendance pour se moquer de la grâce ! Car c est une nation dénuée de sens, et ils n ont pas d intelligence.S ils étaient sages, ils le comprendraient, ils considéreraient la suite (de leur destinée).Gomment un homme en poursuivrait-il mille, Gomment deux en feraient-ils fuir dix mille, si leur Rocher ne les avait vendus, si Yahweh ne les avait livrés ?16 La colère de Dieu est fondée.Moïse, au nom des Juifs, le comprend et en rend grâces, dans son sens inné de droiture et d amour.II entonne alors un Te Deum de la tribulation, et bénit, comme David, la main qui le frappe et lui a tout enlevé.II ose même puiser, dans la reconnaissance de cette écrasante justice, des ressources pour exalter Yah toujours davantage : Car leur rocher n\u2019est pas comme notre Rocher, nos ennemis en conviennent.15.\tDernier Cantique, 26-27.16.\tDernier Cantique, 28-30.277 Revue Dominicaine Mais leur vigne provient de la vigne de Sodome et des champs de Gomorrhe ; leurs raisins sont des raisins vénéneux, et ils portent des grappes amères ; leur vin, c est le venin des dragons, c est le poison mortel des aspics 17.Comment va s\u2019exercer, triompher en définitive cette justice souveraine de Yah, pour ce qui est des pécheurs contrits et humiliés ?« Cela », fait dire à Dieu le Conducteur d Israël, Cela n\u2019est-il pas réservé près de moi, scellé dans mes trésors ! A moi la vengeance et la rétribution, au temps où leur pied chancellera ! Car le jour de leur ruine est proche, et leur destin se précipite.Car Yahweh fera droit à Son peuple, et II se repentira à l égard de Ses serviteurs, quand II verra que leur force a disparu et qu\u2019il ne reste plus ni esclave, ni libre.Il dira : « Où sont leurs dieux, le rocher de leur refuge, qui mangeaient la graisse de leurs sacrifices, qui buvaient le vin de leurs libations ?Qu\u2019ils surgissent, qu ils vous secourent, qu\u2019ils vous soient un abri ï 1S.Dieu se repentira : quelles délices dans cette affiance cîe mots inouïe I Le Seigneur se repent, la Toute-Sagesse, la Toute-Sainteté regrette, songe seufement à regretter quelque chose I Or ce retour, chez Yah, s accompagne d un serrement de cœur, et d un serrement de cœur qui Le presse, non de punir, mais de bénir, par pur amour, là où fa 1 oute-Justice était pourtant en droit de déchaîner Ses foudres et de poursuivre d une haine tenace tout ce qui respire.Mystère insondable, consolante certitude des éternelles amnisties du Dieu vivant pour f ame brisée et repentante.17.\tDernier Cantique, 31-33.18.\tDernier Cantique, 34-38.278 Le « Miserere » de Moïse A vouloir, non pas la mort du pécheur mais qu il vive, le Maître de I ancienne Loi montre effectivement Son infinie grandeur, I infinie rectitude de Ses voies et de Ses sentences : Voyez maintenant que c est moi, moi qui existe et qu il n y a pas de Dieu à côté de moi.C est moi qui fais mourir et qui fais vivre ; J ai blessé, et c est moi qui guérirai, et il n\u2019y a personne qui délivre de ma main.Oui, je lève ma main vers le ciel, et je dis : Je vis à jamais J Quand j\u2019affilerai mon glaive fulgurant et que ma main saisira le jugement, je tirerai vengeance de mes ennemis, et je paierai de retour ceux qui me haïssent.J enivrerai mes flèches de sang, et mon épée dévorera de la chair : du sang des tués et des captifs, de la tête des chefs de l ennemi ».Nations, acclamez son peuple ! Car Yahweh venge le sang de Ses serviteurs, Il tire vengeance des adversaires, et II fait l expiation pour la terre de Son peuple l9.Déjà, I ancêtre du Psalmiste exulte à la pensée de I amitié divine reconquise et des intimités renouées avec I Etre de toute dilection et délectation ineffables : Tu les amèneras et les planteras à la montagne de Ton domaine, au lieu dont Tu as fait Ta demeure, ô Yahweh, au sanctuaire, Seigneur, que Tes mains ont fondé.Yahweh est roi à jamais et toujours ! °.Dans une préfigure sillonnée de révélations et d éclairs, Moïse, ivre des splendeurs divines, ne repasse éperdument, sur le ton de 1 accla- 19.\tDernier Cantique, 39-43.20.\tPremier Cantique, 17-18.279 Revue Dominicaine mation, les bienfaits antérieurs de Yab que pour mieux esquisser Ses faveurs futures, et s élève jusqu\u2019à une doxologie de Dieu-Roi qui annonce I empire messianique des temps modernes : II (Yahweh) aime aussi les peuples ; tous ses saints sont dans Ta main ; eux aussi sont assis à Tes pieds, et chacun recueille Ta parole.L assemblée de Jacob est Sa possession.Il devint roi en Yechouroun, lorsque s assemblèrent les chefs du peuple, toutes ensemble les tribus d Israël 21.Deux ou trois versets de la Bénédiction ont des résonances presque eucharistiques, sont une anticipation de nos obligations pacifiques et des inépuisables jaillissements occultes de la grâce : Personne n est comme le Dieu de Y echouroun, qui s avance dans les deux à ton secours et, dans Sa majesté, sur les nues.C est un refuge que le Dieu des temps antiques, et ici-bas (s étendent) Ses bras éternels ; Il chasse devant toi l\u2019ennemi, et II dit : « Extermine ! » Israël habite en sécurité ; à part est la source de Jacob, arrosant un pays de blé et de vin, et son ciel distille la rosée 22.Enfin, la Iaude se couronne par la prévision réconfortante d\u2019une victoire décisive d Israël, où il fait bon entrevoir le triomphe éventuel assuré de I âme chrétienne sur les légions d\u2019anges liguées pour sa perte : Heureux es-tu, Israël J Qui est, comme toi, un peuple sauvé par Yahweh, 21.\tBénédiction prophétique, 3-5.22.\tBénédiction prophétique, 26-28. Le « Miserere » de Moïse le bouclier de ton secours et l épée de ta gloire ?Tes ennemis te flatteront, et toi, tu marcheras sur leurs hauteurs 23 * * On lit que Moïse, lorsqu il descendit de la montagne de Sinaï avec les deux tables du témoignage, ne savait pas que la peau de son visage était devenue rayonnante en suite de son entretien avec Yabweb ; mais elle I était de fait.Aaron et les enfants d Israël s en aperçurent et ils craignirent d approcher de lui.Moïse leur parla et, quand il eut achevé de leur parler, il mit un voile sur son visage.Chaque fois qu il entrait devant Yahweh pour parler avec lui, Moïse ôtait le voile jusqu à ce qu il sortît ; puis il sortait et disait aux enfants d Israël ce qui lui avait été commandé.Les enfants d Israël voyaient au visage du Législateur que la peau de son visage était rayonnante ; et Moïse remettait le voile sur son visage, jusqu à ce qu il entrât pour parler avec Yahweh 24.O Soleil de justice ! fouille de Tes rayons nos âmes envahies par I épaisseur charnelle et la ténèbre amortissante du péché.Fais de nous des apôtres de Ta lumière, qui, à leur tour, sans savoir qu\u2019ils brillent ainsi de Ton éclat, ou mieux peut-être, le sachant, diffuseront l ardent message à travers le voile de leurs imperfections et de leurs faiblesses.Dans le cas des moins indignes, c est au travers de leur propre pudeur, amoureusement jetée comme un manteau sur les secrets du Roi, qu\u2019ils Te réfléchiront.En sorte que d innombrables âmes s allument à leur contact et que, de myriades en myriades, le feu prenne vraiment sur la terre entière, selon I attente expresse de Ton Christ : « Que veux-je, sinon qu\u2019il brûle I » 2o.Jeannine Bélanger 23.\tBénédiction prophétique, 29.24.\tExode, XXXIV, 29-35.25.\tLuc, XII, 49.281 Mon inquiétude d\u2019homme L homme est à lui-même un formidable problème.Et plus l\u2019homme s interroge sur sa condition existentielle et sa destinée, plus le problème prend de l\u2019ampleur, de la profondeur, et du mystère.Que I homme aborde son mystère ontologique et existentiel du côté théorique ( : les principes et règles de la conduite rationnelle de la vie), ou du côté pratique ( : les événements quotidiens et les phénomènes d observation courante), les difficultés sont inévitables ; et s\u2019il a I audace de conjuguer les deux méthodes, il en arrivera certes à une prise de conscience plus complète et plus adéquate de son mystère, mais aussi d\u2019autant plus complexe et déroutante.J ai cherché, honnêtement, et avec toute 1 ouverture d\u2019esprit dont j étais capable, une solution aux problèmes de ma vie (bien conscient du fait que les problèmes des jeunes sont les plus dramatiques et les plus importants, parce que leurs solutions engagent la vie qu\u2019ils auront dans quelques années) ; j ai passé des vieux grecs et latins à saint Augustin, à saint Thomas, à Pascal, à Descartes, à Marx, à Nietzsche, à Blondel, à Bergson, à Freud, à Mouroux, à Guitton, à Carrel, à du Nouy, à Sartre, à Gabriel Marcel sans jamais trouver une pensée qui comblât complètement mes exigences ; pourtant, après plusieurs excursions dans le Yoga hindou, dans la philosophie chinoise, dans le merveilleux domaine de I Art, avec les maîtres anciens et modernes, avec Malraux et Alain, Baudelaire et Leclerc, dans les romans de Huxley, de Lawrence, de Lange-vin, de Dostoievsky, j en arrivais, par un travail personnel de réflexion sur I accumulé et de construction synthétique, à une ébauche de solution qui répondait de plus en plus, dans sa structure, sa cohésion interne, à mes exigences profondes.Car Gabriel Marcel m\u2019avait appris à chercher en moi-même les éléments que rien de l\u2019extérieur ne peut jamais donner : I élan vital personnel, I engagement positif et dynamique de sa destinée.1- Essai sur le livre de Jacques Lavigne professeur à l\u2019Université Inquiétude humaine, chez Aubier, Paris, 1953.de Montréal : Mon inquiétude d\u2019homme L inquiétude humaine C est à ce moment que j ai rencontré I Inquiétude humaine de Jacques Lavigne.Synthèse lumineuse, large, aérée, profondément collée à la double condition humaine : ontologique et existentielle ; et qui, en plus de ses nombreuses qualités intrinsèques, venait d un penseur canadien.(En passant : quand donc serons-nous débarrassés, nous, canadiens français, en art, en littérature, en philosophie, en industrie, en commerce, etc., du complexe néfaste de I importation impérative ?) Synthèse déjà très dense, tassée, émondée, qu il est difficile de résumer à travers ses plus grandes lignes dans un bout d article.J ose cet essai pour me résumer à moi-même cette sympathique et attachante pensée de 1 un des nôtres, et pour la présenter dans sa généralité à ceux qui ne la connaissent pas encore, et qui cherchent une solution à leur inquiétude humaine.Une introduction solidement documentée nous présente la méthode d abordage du complexe humain concret que Fauteur emploie : dans la perspective de cette inquiétude humaine (résultat d une prise de conscience aiguë du tragique de notre condition entre la déception du passé et I angoissant avenir), on approche I homme sous son double aspect synthétique de I être et de I existence, dans son contexte à la fois ontologique et existentiel, aux confluents de I augustinisme et du thomisme, à la lumière de Blondel et de G.Marcel (peut-être fortuitement et inconsciemment de la part de I auteur, en ce qui regarde Marcel).Equilibre des valeurs La vie de I homme commence avec son inquiétude, du moins sa vie pleinement consciente, dans sa dimension d engagement de pensée, et de recherche de dépassement.L inquiétude est pour I homme « un point de départ : celui de sa vie spirituelle autonome ».Mais qui dit inquiétude dit recherche, et recherche souvent angoissante.et évasion d\u2019autant plus attrayante de ce tragique existentiel conscient : comme il est facile, et fréquent, de solutionner le problème humain en le niant au plan de la conscience personnelle ! Les « techniques d avilissement », comme les 283 Revue Dominicaine appelait G.Marcel, sont toutes là pour libérer l\u2019homme de son dur et âpre métier de penseur ; l\u2019ennemi le plus dangereux de l\u2019homme sera donc toujours ce si sympathique moi, fatigué de lutter pour devenir lui-même, « tel qu en lui-même enfin sa liberté le change » (Mouroux), et qui se contente si facilement de l\u2019acquis, du médiocre.Combien n\u2019entrent-ils pas de multiples petits équilibres dans ce phénomène aussi merveilleux que rare d\u2019une personnalité bien équilibrée I Comment en elfet tenter un équilibre stable dans un être composé de principes aussi opposés que chair et esprit ?Dans une modalité et une direction qui rappellent Le Sens Chrétien de l Homme, de Mouroux, Jacques Lavigne exécute cette montée en travers de I être vivant, sensible et conscient qu est I homme.Et nous en arrivons à une perspective humaine dynamique et intégrale, car « se donner à la terre après en avoir fait le tombeau de Dieu, c est diminuer I homme, I éparpiller, le perdre ».La vie humaine ne prend son sens authentique que dans une conscience aiguë de toutes ses valeurs et de toutes ses dimensions (matérielle, charnelle, sensible, sexuelle, intellectuelle, artistique, morale, sociale, religieuse).C est alors que 1 auteur s apprête à aborder les grands chapitres de la Science, de I Art, de la Société, de la Vie spirituelle.Science, Art, Société « L homme cherche un système pour son esprit et une puissance pour son action : une double libération : celle du mystère et celle de la nécessité matérielle », dit M.Lavigne.Et la science positive a l\u2019attrait particulier d offrir à 1 homme I une et I autre ; mais cette double libération peut vite et inconsciemment se métamorphoser en une double servitude.La philosophie médiévale a refusé droit de cité à la science (un peu alchimique, il est vrai) de l\u2019époque : aujourd hui c est la science qui ne veut pas reconnaître la philosophie (un peu prétentieuse et hermétique, avouons-Ie) et ses prétendues valeurs.Pourtant, I homme de toujours ne peut se passer de philosophie, qu elle soit de Confucius, de Lénine, du Christ, de Sartre, de Maritain, de don Juan, du financier- 284 Mon inquiétude d\u2019homme corsaire, du cynique indifférent, de I obsédé du laboratoire, etc.)» et I homme d aujourd hui ne peut se fouter de la science, à I heure même où elle met en jeu le problème de la survivance de la race humaine.Mais le philosophisme n\u2019est pas plus désirable que le scientisme, ou que I art pur érigé en système, ou que le mysticisme, ou que le grégarisme politique : il ne suffit pas de jongler avec des idées métaphysiques, des éprouvettes meurtrières, des tableaux naturalistes ou abstraits, des méditations cosmiques, ou des masses abruties.II faut vivre.Vivre la vie d un homme.Intégralement (Dangereusement).Et reconnaître les limites de la philosophie, de la science, de la société, de I art.Les limites de l\u2019Art ! Pourtant, combien ont cru et croient que I Art est la voie de libération idéale, d intégration complète ï Jusqu à la belle utopie de I art pur, absolu.II faut reconnaître qu à travers l\u2019art, « c\u2019est I existence qui invente un moyen nouveau de chercher sa fin ».L\u2019art libère en transfigurant, il est une magnifique « tentative de réconciliation », de cohésion interne dans une expression satisfaisante ; mais I art voit ses limites « en bas, dans la vie utilitaire dont il nous délivre sans nous en séparer, et en haut dans une réalité supérieure dont il nous donne le pressentiment sans nous la livrer ».Grandeur et misère de l\u2019homme : condition humaine, et dur métier d\u2019être humain.La Société.Je me souviens de cette dissertation qu\u2019un professeur nous avait demandé de faire au sujet de « la société : réponse aux indigences et exigences de la personne ».Oui, réellement, la société est « un fait ambigu : un objet d espérance et de déception », comme l\u2019a dit M.Lavigne, une promesse de merveilleuses réalisations et une constante menace à I autonomie personnelle.Inévitable.Conflit continuel (et progressif, avec I organisation plus serrée du système-société) entre bien commun et cause individuelle.D où une projection de I inquiétude humaine fondamentale dans le contexte social, tout comme dans les autres plans de la vie humaine.Et I histoire, miroir déformant du passé, ne nous guide que bien peu sûrement.Présentement, la solution capitaliste est-elle préférable à la solution communiste ?Entre deux maux, choisir le Revue Dominicaine moindre ?Ou Lien choisir la voie royale, mais difficile, de I aventure spirituelle ?Vie spirituelle « La Science crée un pouvoir qu elle ne peut contrôler ; F Art, une âme qu il ne peut satisfaire ; et la société oscille entre la communauté et les personnes.L homme procède d un élan qui vient de I au delà de 1 homme et ne peut se satisfaire de ce que I homme produit ».Jacques Lavigne situe dans ces termes heureux 1 homme de notre siècle.Une conscience aiguë de la vie ouvre sur I inquiétude humaine, et 1 inquiétude provient du vide intérieur ; non pas néant, comme le voulait Sartre ; mais vide, qui peut et doit être comblé, dans 1 alternative : pour ou contre 1 Infini ; et c est alors I espérance ou le désespoir.Et 1 auteur, en penseur chrétien largement ouvert sur la réalité humaine authentique et intégrale, débouche chez Dieu ; car telle est la seule voie qui permet à 1 homme d apporter une solution réaliste et adéquate à son mystère ontologique et existentiel ; une solution pleinement humaine, qui conduit à un humanisme intégral, où I espérance de Péguy tient une bonne place.Si j ai cité Mouroux et G.Marcel à côté de Jacques Lavigne, ce n était certes pas pour témoigner d un attachement colonial envers les penseurs européens ; bien au contraire ; je voulais d abord laisser sous-entendre que le livre de M.Lavigne était digne de figurer à côté des leurs ; et ensuite, qu il n\u2019est pas souhaitable que nous vivions en économie intellectuelle close, parce que notre pensée est encore jeune, et parce que nous gagnons toujours à conserver une dimension universelle aussi ouverte que possible.Cet essai en marge du livre important de M.Lavigne ne voulait pas être une analyse ou une longue recension ; j ai voulu en faire un lieu de rencontre et de communion, d échange et d enrichissement.Au delà de mon inquiétude d homme, dans la grande et tragique inquiétude humaine que nous partageons tous, et qui fait que nous sommes pleinement des hommes.Ou du moins que nous essayons de l\u2019être, car l\u2019homme est à faire.\tGuy Robert 286 Climat de révolte La révolte gronde dans le monde.C est un fait.Depuis la révolution de 1917, un peuple démontre à la face de la terre qu on peut vivre en état de révolte et que les fruits n\u2019en sont point tous mauvais.L essor économique et industriel, 1 équipement national du peuple russe et I arrivée à l\u2019âge adulte de millions d êtres jusque-là très peu civilisés en font foi.La Russie compte aujourd hui parmi les pays les plus puissants du monde.Les autres peuples déjà la craignent ou I admirent, mesurant ses réactions, se pliant à ses désirs, et se font attentifs à ses moindres caprices.L Histoire dira peut-être, demain, qu elle a mené à sa guise, en ce vingtième siècle finissant, les destinées des hommes.Les sous-développés, ce sont les deux tiers de 1 humanité, ont faim.Ils ont pris conscience de I injustice de leur misère et apprécient désormais à sa juste valeur l écart grandissant chaque jour qui les sépare des privilégiés.La conférence de Bandoeng, événement majeur de notre siècle, le prouve et eût dû nous faire réfléchir.Là aussi gronde la révolte, celle des affamés.Un simple calcul des forces en présence pourrait suffire à nous en faire supputer la gravité.L\u2019aide généreuse, peut-être, mais dérisoire, des nations riches, se trouve hypothéquée lourdement de 1 égoïsme des bilatéralismes.Nous rassurons notre conscience en donnant au pauvre Lazare, couché à notre porte, les miettes de notre table.Le russe, qui a compris le parti à prendre, donne plus que nous, sans exiger en retour le coton et I huile, I uranium et I acier.Dans ce monde en porte-à-faux, le chrétien d aujourd hui se doit d être efficace sans retard, sous peine pour lui, demain, d avoir cessé d\u2019être.II faut secouer notre apathie, renvoyer notre paresse, décider de voir plus loin que nos horizons nationaux.Pas un problème actuel ne se pose, en aucun pays du monde civilisé, dont la solution ne se trouve hors des frontières.Et nous dormons.II est urgent de s éveiller, nous qui avons la Lumière, et de comprendre la conjoncture présente du monde.Nous n avons pas le droit de 287 Revue Dominicaine mettre le candélabre sons la table, mais le devoir impérieux de le faire briller.Il est urgent de connaître le climat du monde, de prendre conscience des raisons qui en font, sur toute la surface de la terre, un climat de révolte.Tel est 1 objet de ce présent propos.Si I on ouvre un dictionnaire au mot révolte, on y voit qu il désigne un soulèvement, une rébellion contre l autorité établie, ce qui implique que cette autorité soit vécue comme injuste ou écrasante.Notons de suite un élément important de l\u2019attitude du révolté : point n\u2019est besoin que l\u2019autorité soit en fait injuste ou écrasante ; il suffit qu elle soit vécue comme telle.En ce sens, on parlera d une révolte de collégiens ou, au sens figuré, de la révolte des sens ou des passions contre la raison.Si I autorité possède ou déploie la force, ou si, simplement, elle babite des sphères inaccessibles, la révolte s accompagnera de violence et le soulèvement se fera par le meurtre et le sang.Révolte devient alors synonyme d émeute, d insurrection.Se révolter sera donc, au sens fort, se retourner, se soulever contre, et de cette attitude la violence n\u2019est point exclue.On dira, par exemple, que les ouvriers se révoltent contre leur patron, ou le peuple contre leurs gouvernants.Ce qui veut dire que le patron, ou les chefs de gouvernement sont psychologiquement vécus comme insupportables.C\u2019est là un autre caractère de la révolte : elle comporte un élément d\u2019irritation, d\u2019indignation, qui la provoque, la hante et l\u2019entretient.Dans le langage courant le mot s emploie dans ce sens pour désigner les formes bénignes de la révolte.On parlera d une chose, d une conduite révoltantes, c\u2019est-à-dire propres à déchaîner l\u2019indignation.On dira de telle personne que son attitude nous révolte pour laisser entendre qu elle nous comble d ir ritation.On voit apparaître ici, à la racine de la révolte, un troisième élément, de choc, celui-là : on est vivement frappé, peut-être bouleversé, angoissé, par l\u2019objet révoltant, parce qu\u2019il se présente d\u2019une façon insolite et inhumaine, sous le jour de l\u2019insurmontable, et ne peut qu\u2019inspirer du dégoût.Le révolté sera donc l\u2019homme qui, éprouvant un insurmontable dégoût devant l\u2019objet jugé, dès lors, révoltant, en est vivement choqué.288 Climat de révolte puis s irrite et s indigne, pour se retourner enfin et se soulever contre lui dans la volonté, peut-être farouche, de I anéantir.Notons en passant que le mot révolution, dont le sens étymologique est paisible, car il vient du latin revolvere, rouler sur soi-même, évoquant I image sereine d un mobile lancé sur une trajectoire fermée ou de la terre roulant sur son orbite autour du soleil, n en est venu que sur le tard à désigner la révolte violente, sanglante et meurtrière.^ ^ Essayons de mettre un peu d ordre en nos premières glanes.Ce qui paraît d abord, c est que la révolte implique un refus.Se révolter, c\u2019est toujours refuser ce contre quoi on se révolte.On le juge irrecevable ou inhumain, ou, s il s agit de personnes, impossibles et invivables.Nous dégageons ainsi un premier caractère de la révolte : à sa base, il y a une volonté de refus.Ce qui implique que la situation révoltante, les personnes contre qui on se révolte, apparaissent inacceptables.II est donc nécessaire à I éclosion de la révolte que le climat soit étouffant et vécu comme tel.Une volonté de libération se fait jour alors pour reconquérir à tout prix une liberté méconnue ou supprimée, affirmer les droits d une existence qui entend se faire librement et se vit douloureusement en esclavage, injustement comprimée.On ne peut vivre en carcan.Si les prisonniers se révoltent contre 1 autorité qui les tient enfermés, c est pour recouvrer leur liberté.Tels sont les trois caractères de la révolte : volonté de refus ; volonté de libération ; décision de faire craquer des frontières devenues trop étroites et jugées étouffantes.Si les conditions de la révolte se trouvent réunies : situation vécue comme inacceptable ; liberté d existence opprimée ou méconnue ; climat étouffant, alors la révolte éclate et gronde.Telles sont, exactement, les conditions de notre monde.Remarquons que, de soi, la révolte n est ni bonne, ni mauvaise.Elle apparaît simplement secourable, en ce sens qu elle vient décupler les forces pour sauver le révolté de la menace permanente d\u2019étouffement 289 Revue Dominicaine qui pèse sur son existence et sa liberté, donc sur sa vie.Elle est une réaction psychologique de légitime défense.Et si le révolté, s\u2019identifiant avec tout un peuple souffrant du même accablement que lui, déchaîne la révolte non seulement pour se libérer, mais pour, en se libérant, délivrer aussi les autres, sa révolte sera salvatrice et lui donnera un visage de sauveur de 1 Humanité.II y a des révoltes nécessaires.Jésus s est révolté contre le péché et la misère morale des hommes, pour 1 anéantir en toute I humanité.Il s est révolté contre la cupidité hypocrite des Pharisiens et l\u2019étranglement rigide et inhumain de la morale qu ils prétendaient faire observer aux hommes « sans remuer du bout du doigt » 1 insupportable fardeau qu ils imposaient aux épaules des autres.Il a eu pour les riches, les capitalistes du temps, des paroles terribles, au point de dire qu il leur serait impossible d entrer dans le Royaume des cieux, si Dieu ne s en mêlait pas.11 y a des révoltes obligatoires, et la révolte, dans les situations désespérées, se donne pour une planche de salut, la seule, peut-être, qui soit possible.Nous vivons, à notre époque, une de ces situations-là.Elle est la conjoncture du monde présent.Et nous n avons pas le droit de ne pas nous révolter contre la misère, qui tue les petits enfants et empêche les adultes de vivre, de fonder un foyer, de se donner du loisir pour penser à d autres choses qu à celles de la Terre.Il nous faut nous lever de toutes nos forces réunies, nous les chrétiens, contre la misère des affamés et I injustice des repus, en nous identifiant à ceux qui souffrent, pour les libérer de I esclavage que font peser sur eux les privilégiés.Nous ne pouvons pas dormir tranquilles tant qu il y aura sur la surface de notre planète un milliard six cent millions de nos frères qui meurent de faim, pour huit cents millions seulement qui vivent dans I opulence.Il y a quelque part, dans la Bonne Nouvelle que nous avons mission de prêcher au monde, une parabole du mauvais riche et du pauvre Lazare.Celui-ci est légion, et nous lui donnons moins que nos miettes.290 Climat de révolte Car nous exigeons, nous les privilégiés, en retour, que cela nous profite.Donnant, donnant, c est la loi du bilatéralisme en matière de commerce, mais ce n est pas la loi de la ckarité.Nous ne nous soucions pas même que nos miettes répondent aux vrais besoins des pauvres, et nous lui volons en retour, car c\u2019est un vol, son charbon et ses minerais, ses textiles et les produits de son agriculture, dont il a besoin tout autant que nous et sans doute plus que nous.La révolte sera bonne qui déchaînera sa fureur et toutes ses forces, celles de tous les hommes de bonne volonté, contre la cupidité et l\u2019avarice pour les réduire à néant.Et la révolte signifiée par le fait de Bandoeng est bonne, comme est bonne et salutaire la révolte déchaînée par I abbé Pierre contre le taudis et la déchéance du sous-prolétariat d\u2019Europe et d ailleurs, au nom d\u2019une fin de non-recevoir absolue et sans appel contre tout ce qui empêche un homme digne de ce nom de vivre librement et dignement sa vie de personne humaine.Nous sommes très forts pour discuter à perte de vue des droits imprescriptibles de la personne humaine et, autour de nous, des personnes humaines meurent de faim, de froid, d absence de travail.Mauvaise la révolte qui dresse les hommes les uns contre les autres pour une mauvaise cause, et dont le but avoué est d\u2019obtenir, peut-être par le moyen d une bonne cause, la domination de 1 humanité, fût-ce pour une classe sociale souffrante ou prédominante.De ce point de vue le marxisme, généreux à sa base dans sa volonté farouche de réduire la misère des hommes, tourne court et n offre plus qu un humanisme tronqué.fl vise, en effet, à la domination de la terre par une classe de prolétaires établissant leur pouvoir sur le meurtre et la spoliation, rétablissant ainsi pour toute une partie de I humanité, celle des privilégiés d\u2019au-jourd hui, le climat étouffant d oppression et d esclavage que la classe dirigeante actuelle laisse ou fait peser sur les autres, l immense peuple des travailleurs, des petites gens, de tous ceux qui ne peuvent se défendre et doivent subir.II nous faut prendre conscience que le climat de notre monde favorise I éclosion de la révolte.Les trois conditions sont réunies, aujour- 291 Revue Dominicaine d hui, qui font du monde actuel un monde en révolte.Elles sont d ailleurs préparées de loin et c\u2019est sur cette préparation lointaine des esprits qu\u2019il faut d\u2019abord fixer son attention pour comprendre le complexe d\u2019étouffement de nos contemporains, celui qui décide, justement, de la révolte.>:< * * Réfléchissons d abord à cette dimension de la révolte : une réaction instinctive contre I étouffement.La science moderne nous a appris les dimensions du monde dans lequel nous vivons.Pour nous qui sommes arrivés à l\u2019âge adulte, c\u2019est une chose affolante de supputer le nombre de fois que la Physique, pour ne point parler des autres sciences, s\u2019est vu bouleversée depuis le moment où nous l\u2019apprenions sur les bancs de I école.Aujourd hui nous connaissons, ou nous pensons connaître, les dimensions du monde où nous vivons.Les prospections photographiques des grands télescopes du mont Wilson ou du mont Palomar, pourtant, nous promettent, dans les années à venir, devant l\u2019état actuel de notre science, à peu près le même ébahissement que nous avons, nous, quand nous ouvrons nos traités de Physique d il y a vingt, trente, ou trente-cinq ans.La science moderne nous habitue à nous concevoir dans un monde dont le rayon de courbure dépasse deux milliards et demi d\u2019années lumière.La lumière fait quelque trois cent cinquante mille kilomètres à la seconde.Nous ne pouvons plus imaginer de telles dimensions.Les toutes dernières photographies du mont Palomar ont été publiées.Elles ont été prises dans les coins du ciel que 1 on n avait pas pu prospecter jusqu\u2019à présent.Une seule de ces photographies révèle l\u2019existence de cinq mille galaxies comparables à la Voie lactée.On ne les avait jamais vues.Un de ces calculs simples dont les mathématiciens sont coutumiers donne le chiffre total des galaxies contenues dans le monde actuel comme approchant des centaines de millions.Ce sont des mondes semblables au nôtre.Quand, petit enfant, nous jettions les yeux sur la Voie lactée, on nous expliquait que c\u2019étaient les frontières du monde.Et 292 Climat de révolte ce n est pas plus que les frontières d une bulle d air dans 1 Océan Atlantique 1 Les petits enfants d aujourd hui sont habitués à cela, comme une chose qui va de soi.Les dimensions du monde ont craqué, et craqué de toute part.On nous apprend aujourd hui à concevoir le monde comme une sorte de bulle de savon en expansion.Psychologiquement, nous sommes les habitants d\u2019un monde dont nous savons qu il n a pas de frontières fixes ; qu il n en aura jamais.II est en voie d expansion continuelle, à une vitesse supérieure à celle de la lumière, si bien qu on ne peut plus connaître rien de ce qui se passe au delà de ces deux milliards et demi d années-lumière.Cela se passe si vite, trop vite, que la lumière produite, pourtant, n atteint plus les plaques photographiques ni les télescopes, c\u2019est-à-dire nous échappe à jamais.Nous nous habituons à cette vision, pour nous assez ahurissante et neuve, mais, pour les jeunes qui apprennent aujourd hui leur Physique, parfaitement normale.Lorsque nous venons leur parler, ensuite, d\u2019un monde dans lequel tout serait fixe, la vive impression psychologique de contrainte, voire : d étouffement, qu ils éprouvent aussitôt, est inévitable, fl y a là une réalité d ordre physique, exigeant une réadaptation psychologique difficile à faire, devant les conditions d existence d un monde auquel nous ne sommes pas habitués.On nous a tellement appris que tout est fixe ; nous sommes tellement sûrs que le monde existe déjà demain, tout-fait ! Qu il nous attend quelque part et que nous allons nous y insérer en nous éveillant ; alors qu il n\u2019existe encore rien du tout, que tout celà ne commencera à exister que demain, en même temps que nous, à notre réveil ! Et pour une aventure qui se jouera à des milliers de mille de distance, dans I espace, de I endroit où nous existions hier, dans un temps qu une vitesse accrue fera nécessairement plus rapide ! On a I impression de perdre pied, de s\u2019enfoncer dans I inconnu.Les jeunes intelligences d aujourd hui, les jeunes philosophes, eux, les littérateurs actuels ont pris parti.Nous risquons bien fort de les faire vivre en état de contrainte et de provoquer, par conséquent, en eux, les réflexes instinctifs de la révolte.Ils ne veulent plus d un monde clos, 293 Revue Dominicaine car ils savent que le monde n est pas clos.Us ne veulent pas entendre parler d un petit univers terminé au mystère solaire, parce que leur pensée est à la pointe avancée des deux milliards et demi d années lumière du rayon de courbure de I Univers, pour se demander comment faire afin de savoir ce qu il y a plus loin.Si maintenant, nous envisageons le monde dans 1 autre dimension, celle de I atome, la mentalité montante est la même.Certains esprits ont déclaré qu à partir du moment où la bombe atomique avait éclaté sur Hiroshima et Nagasaki, I idée de Dieu avait reçu le coup fatal : la philosophie dite traditionnelle et la théol ogie étaient du coup choses enterrées, dont plus jamais on n entendrait parler.C est, évidemment, naïf et enfantin.Mais, devant les découvertes étonnantes qui font de notre monde un monde à I orée de ce qu on appelle I ère atomique, la mentalité n est pas naïve, ni enfantine, qui fait percevoir ce monde à naître, ce monde qui va se faire, comme une magnifique chose, dont on ne sait à peu près rien de ce qu elle sera, sinon qu elle sera.La mentalité du jeune moderne d aujourd hui n est point celle de la peur, ni de quel-qu un qui regretterait que 1 on ait découvert la fission nucléaire.C est entendu : cela peut faire exploser le monde.La découverte de 1 avion, aussi, a détruit le monde.Ce n est pas ce qui compte.Sur ce point, aussi, cette mentalité subit une contrainte.Nous sommes profondément déçus d\u2019habiter un monde possédant le secret de 1 atome et de n être point capables de le maîtriser.Nous sommes humiliés, écrasés par les forces que nous avons libérées.Il y a quelque chose de révoltant pour l\u2019intelligence, au sens où I on a défini plus haut la révolte, d avoir été assez grande pour libérer un monde et de ne pas être suffisamment maître de ces forces libérées pour éviter qu elles ne se retournent contre nous et nous écrasent.Dans le monde des chercheurs d aujourd hui, il y a des savants qui n osent se mettre devant la nécessité de certains aveux.Par exemple, personne encore n a trouvé le moyen de rendre inoffensifs les déchets radio-actifs qui, par milliers de tonnes, sortent des usines atomiques actuelles.On ne sait qu en faire, littéralement.C est 294 Climat de révolte sans doute un secret de polichinelle ; c est pourtant un secret dont on n\u2019a pas la clé.II est révoltant pour une intelligence qui, fière d elle-même, peut se rendre le témoignage qu elle a enfin trouvé le secret de la matière, de voir que ce secret reste capable de la plonger dans les ténèbres définitives d un monde qui pourrait bien crouler demain sous l épaisseur, la pesanteur du secret découvert.Nous subissons cela comme une contrainte inavouable, car nous serions obligés, pour être loyaux, de reconnaître que nous n avons pas de solution.La révolte est donc possible, comme réaction contre I étouffement.Le climat d\u2019éclosion de la révolte est créé, de par les conditions même des connaissances physiques du monde nouveau.II faut en prendre conscience : c est dans ce monde-là que nous vivons ; c est dans ce monde-là que vivent nos contemporains.L inquiétude, I angoisse, montent de plus en plus.On pensera ce qu on voudra des « soucoupes volantes » : conte de fées, phénomènes d hallucinations collectives ou réalité.N empêche que la question est posée et qu elle est singulièrement troublante : Car, à partir du moment où la question est posée, elle nous oblige à réfléchir et à comprendre que nous ne sommes peut-être pas les seules intelligences existant dans le monde.Cela aussi est une contrainte : nous avons aussitôt I impression d une sorte de vol, de préjudice opéré au détriment de la nature humaine : on nous a volé I intelligence.Si nous pensons loyalement, calmement, qu il n y a pas de contradiction à admettre I existence d autres êtres intelligents, incarnés comme nous, et qui ne soient pas des hommes, les dimensions de notre monde humain deviennent singulièrement restreintes.Si nous nous prenons à penser, »\u2014 plaisanterie ou pas plaisanterie \u2014 que les soucoupes volantes existent, qu elles sont maniées par d autres intelligences que des intelligences humaines, il nous faut bien reconnaître en ces intelligences-là une connaissance de secrets nous échappant encore complètement.Ht c est, de nouveau, la contrainte.La pire des contraintes : la contrainte obscure, dont on ne voit pas comment sortir.C est aussi le plus favorable des 295 Revue Dominicaine climats à l\u2019éclosion du complexe de révolte, comme réaction contre la menace étouffante.S il faut à la révolte que la contrainte s appesantisse sur 1 être révolté, il est sûr qu elle plane aujourd Hui sur tous les Hommes.L inconnu règne sur le monde de demain ; c\u2019est l\u2019inconnu dans l\u2019avenir de l\u2019Univers en expansion ; c\u2019est l\u2019inconnu sur la pullulation, possiHIe, proHaHIe, d\u2019autres intelligences que la nôtre.Et point n est Hesoin, pour nous cHrétiens, de nous rassurer à Hon compte en déclarant contraire à la foi I existence effective d\u2019autres intelligences que la nôtre dans le monde.Ce n\u2019est pas contraire à la foi du tout qu il y ait de multiples intelligences incarnées.E n très gros problème serait posé au théologien sur la nature pécheresse ou non de ces intelligences, mais c est un autre problème : leur existence n a rien à voir avec la foi.Tel est le climat, mettons : physique, dans lequel nous vivons.II porte à la révolte.Dans la ligne d un vouloir-vivre, aussi, le monde actuel favorise I éclosion de la révolte.Les littérateurs, les philosophes qui font état du thème de la révolte, sont originaires, tous ou presque tous, d\u2019Europe.Leurs œuvres principales, celles du plus grand succès, ont vu le jour au moment le plus douloureux de I Histoire de I Europe, soit tout de suite avant la dernière guerre, soit pendant, soit surtout après.Pour bien comprendre ce qu on voudrait suggérer ici, il est hon de reconstituer ce climat.Il fut profondément marqué par une très grave crise d\u2019intelligence.On a vu s échafauder les uns sur les autres un nombre incalculable de systèmes économiques, politiques et philosophiques.Tous prétendaient à être le « meilleur » système du monde.On a vu le nazisme, système philosophique à incidences politiques, préparé d\u2019ailleurs de longue date par les plus grands philosophes allemands, présenter une vue du monde très charpentée, bien construite, et crouler sans laisser de traces.II a mené, au nom de la plus grande Allemagne, l\u2019Allemagne dans le gouffre, dont elle n est pas sortie encore.Pour les jeunes intelligences allemandes, c\u2019est I impasse.II y eut, pourtant, des quantités de gens pour croire au système hitlérien.II suffit d évoquer les années 1936-1938, où toute I Allemagne 296 Climat de révolte emboîtait le pas.II y eut le fascisme italien et, pour ne parler que de la France, nn pullulement de systèmes qui présentaient tous une certaine vue du monde, assez divergente en fait.Tous, pourtant, ont croulé.II y eut la grande faillite du laïcisme, qui était, lui aussi, un système du monde, avec ses philosophes, ses incidences politiques et sociales, ses dogmes, auxquels tant de gens de la génération d entre les deux guerres ont cru très fort, auxquels plus personne, aujourd hui, ne croit.Reste le système marxiste, qui tient toujours.II peut passer, à certains yeux, pour avoir fait ses preuves.La question est irritante.Il est, pour beaucoup, la grande tentation, car ce n\u2019est pas tant un « système » de pensée, une vue du monde, qu\u2019une méthode d\u2019action, garantie par le succès apparent du passé et promis à de nouvelles réussites.Les jeunes philosophes et littérateurs, arrivant aujourd hui à I âge où I on écrit, où I on fait école et qui, au moment où toutes ces situations se sont enchevêtrées étaient encore à I âge où 1 on peut faire sa vie, n\u2019hésitent pas à parler d\u2019une faillite générale de I intelligence.Cette génération est marquée, en effet, par une sorte de méfiance de tout ce qui est intellectuel, de tout ce qui peut sortir de l\u2019intelligence humaine.Ils ny croient pas.C\u2019est peut-être ce qu\u2019il y a de plus frappant dans le système de Sartre, cette faillite de la connaissance intellectuelle.Ils ny croient, car ils pensent que si I intelligence est ce que I homme a de plus beau, de plus grand, c est aussi ce qu il a de plus fragile.L événement a démontré qu il suffit d être assez intelligent pour pouvoir défendre avec le même brio le pour et le contre du même problème, du même parti, de la même question.Affaire de brio.Ils ont vu et mesuré, douloureusement, l\u2019absence totale d\u2019efficacité des systèmes intellectuels et les ont rejetés, en bloc.C est une des marques de I existentialisme sartrien, pour ne parler que de celui-là.La révolte, ici, se fait contre I intelligence, accusée, à tort ou à raison, qu importe, mais accusée, en fait, d être la grande responsable de tous les malheurs contemporains.Lorsque, un peu plus tard, il a fallu opter, en dehors de tout système intellectuel, pour que les pays dits « occupés » puissent vivre, lorsque ces 297 Revue Dominicaine jeunes se sont retrouvés avec une volonté absolue de vivre et de continuer à faire vivre la France, ils se sont réunis, au hasard des rencontres, mais en faisant abstraction totale de tout système et de toute conception intellectuelle, et même religieuse.II fallait travailler ensemble, en se mettant d accord sur un certain nombre de petits principes, extrêmement clairs, et qui étaient tous des principes d action, acceptables par tous.Qu\u2019on soit communiste, ou catholique, qu on soit pour Pétain, contre Pétain, qu\u2019on soit hitlérien ou fasciste, qu on soit ce qu on voudra, tant qu on voudra, c est absolument inoffensif.A la condition, précisément, qu\u2019on n\u2019aille pas arguer de principes ou de systèmes pour se permettre de faire de la politique ou d engager une action directe soit d un point de vue social, soit d\u2019un point de vue économique ou politique.A ce moment, on entendait les communistes dire aux catholiques : pourquoi ne pas travailler ensemble, nous faisons les mêmes choses I Qu importe les idées pour lesquelles nous les faisons I II a fallu que I Eglise s en mêle pour dire aux catholiques français : attention, nous n avons pas les mêmes idées.Mais le catholique français pensait, lui, au même moment : qu est-ce que cela peut bien faire ?Qu importe que I on n ait pas les mêmes idées, pourvu qu on fasse les mêmes choses et qu on soit d accord pour les faire I La Résistance a mis tous ces jeunes d accord sur les principes suivants : l\u2019Allemand est l\u2019ennemi ; il est I injuste occupant du sol, par conséquent on peut lui faire tout le mal possible par tous les moyens possibles.Là-dessus, I accord était facile, et il s est fait : il ne s agissait ni de grands thèmes philosophiques ni de principes sociaux.C\u2019est pourtant avec ces principes-là que la Résistance a réussi.C étaient des principes d\u2019action.A la base du marxisme, aussi, il y a des principes d action, d action simple et concertée.Et c est pourquoi le marxisme, dans les perspectives actuelles du monde, représente un très grand danger.C est pourquoi aussi, il réussit.II incarne à merveille la mentalité de nos jeunes contemporains.298 Climat de révolte Révolte contre les valeurs intellectuelles, et mise en place des valeurs d action.Depuis lors, on nous parle de philosophie « engagée », d\u2019« engagement », etc.Les valeurs d action, et d action à court terme, prennent le premier pas, au nom d une révolte contre I intelligence qui n\u2019est que la manifestation d un vouloir-vivre, d une volonté de vivre.L-ne « réaction » contre I étouffement, le mot le dit assez, c\u2019est une « action ».Si la révolte est une réaction, elle n\u2019est donc pas une valeur intellectuelle.Et c\u2019est encore un des thèmes majeurs de la littérature contemporaine : elle est une littérature d action.Le salut de I homme n\u2019est pas à chercher dans les systèmes ni les doctrines, le salut de 1 homme consiste en lui-même, dans I action.C est en agissant que I on se révolte efficacement contre 1 hostilité, 1 adversité étouffante du monde environnant ; c est dans l\u2019action que se manifeste le vouloir-vivre d une personne, d une race ou d un peuple, voire : de I humanité entière.Cela nous amène à envisager la troisième dimension de la révolte, la volonté libératrice qu elle implique et le refus qui I anime.Il faut avoir vécu sous la botte d un occupant, pendant cinq années, pour savoir ce que veut dire le mot « libération ».Il faut avoir été privé de liberté de toute manière, en tous domaines, pour savoir ce que cela veut dire : refus de l\u2019esclavage.Nous disions tantôt que la littérature de révolte provient d Europe, et d Europe occupée.Ce n est peut-être pas un hasard.II est sûr que les conditions militaires, économiques et sociales d une occupation étrangère, avec les contraintes, les violences, et la mise en esclavage qu elle comporte, réalisent le climat idéal de la révolte comme volonté libératrice d un peuple qui ne veut pas mourir.Le révolté s identifie alors au peuple opprimé et sa révolte est volonté de salut dans le refus même des conditions d existence qui sont faites à ce peuple.La situation étant vraiment impossible, inhumaine, en tout cas jugée telle, le climat de contrainte est créé et la révolte gronde, comme dernier ressort psychologique d une liberté atteinte dans ses ultimes profondeurs, dans ses droits les plus inaliénables, comme ceux d accéder à une culture, 299 Revue Dominicaine d\u2019opter pour cette culture et de la défendre, ou simplement : de vivre.Liberté devient synonyme exact de libération.Ne nous étonnons pas que la littérature de notre temps et la philosophie qu\u2019elle exprime ou dont elle fait état soit une littérature, une philosophie de révoltés.La tentation de la révolte, en pareil climat, est inévitable, et nous savons d expérience que de la tentation au soulèvement salutaire, il n y a qu un pas.La Résistance française est née du refus de ces conditions étouffantes, hostiles, et la révolte dont elle se nourrissait fut, en effet, salutaire et libératrice.La volonté de salut manifestée par les affamés du monde, groupés à Bandoeng, a même signification, plus grave encore.Car il s agit pour eux non pas même encore d\u2019être libres, mais de vivre et de continuer à vivre, tout simplement.On voulait évoquer les conditions lointaines, mettons, climatiques, qui font aujourd hui que la révolte éclate.La mentalité contemporaine est une mentalité de révolte.C est une mentalité d opprimés, d affamés, nourrie de toute une littérature d action simple à réussir coûte-que-coûte.Elle s explique en fait par les conditions réunies qui font de la révolte à la fois une réaction contre 1 étouffement menaçant, une valeur d\u2019action s exprimant dans une volonté farouche de vivre, un refus libérateur des conditions oppressantes d un monde hostile et dont I adversité est jugée et vécue ,\u2014- comme irrecevable, insurmontable.* * * Les conditions qui font le climat de la révolte étant réalisées, la révolte éclate, il fallait s y attendre.Elle gronde actuellement partout dans le monde.La guerre et la liquidation de la guerre ne sont pas finies.L Europe est toujours en état de guerre, avec les modifications de frontières que cela entraîne, la privation de libertés élémentaires, les destructions, le rationnement, la délation, les prisons et l\u2019obligation de vivre et travailler pour un maître étranger détesté mais puissant.II y a les pays derrière le rideau de fer, réduits en esclavage depuis dix ans, et qui n ont plus d espoir.Il y a les milliers d irréductibles, les hommes loyaux à leur pays ou simplement jugés dangereux, les prêtres, les religieux et 500 Climat de révolte religieuses, les pasteurs d églises, condamnés aux travaux forcés dans les mines, chez eux ou dans les bagnes de Sibérie.II y a les immenses camps de concentration, où I on entre pour souffrir et mourir, dénué de tout.Tout cela existe, quelque part sur notre terre, et des gens pleurent, douloureusement, pendant que nous mangeons et dansons, à satiété, sans plus nous soucier de ce qui se passe au delà des limites de notre nation.La volonté absolue de refuser ces conditions inhumaines se durcit chez tous ces opprimés et devrait naître, pour eux, chez nous.Elle s\u2019accompagne d une décision de se libérer à tout prix.Quant au climat, il n\u2019est pas seulement vécu comme étouffant, il l\u2019est en fait, et de façon irrespirable et sans espoir : les trois conditions de la révolte et de la révolte libératrice I Des philosophes ont cherché à la justifier comme une conception possible, voire : normale de I existence humaine.Les thèmes de I exis-tence, de la liberté, du refus de la contrainte, emplissent les écrits de notre temps.II y a, par-dessous, une conception très concrète de F existence absurde qui est la nôtre, une idée de la liberté qui doit se conquérir dans I angoisse et le refus de l\u2019absurde, et se faire par ses actes.Tout cela est étrangement loin des conceptions chrétiennes ï Nous avons donc, nous les chrétiens, à réagir devant ces thèmes-là et d abord à les bien comprendre : ce ne sont pas des quantités négligeables.Beaucoup ne sont pas sans valeur.II faut nous secouer dans notre christianisme et prendre conscience de ce que nous devrions faire dans le monde et ne faisons pas.Nous avons I obligation absolue, aujourd hui, d un christianisme mondial, au courant de tous les problèmes angoissants de I heure, lucide, engagé, généreux, accessible à tous.On a voulu simplement, ici, évoquer ce climat du monde, essayer d y réfléchir loyalement.C est le climat du monde dans lequel nous vivons, un climat qui pousse, à n\u2019en point douter, à la révolte : et comme réaction salutaire, mais qui peut être mal dirigée, contre l\u2019étouffement ; et comme valeur d action attestant une volonté de vivre ; et comme entreprise de libération intégrale des hommes de toute I adversité ambiante d un monde malsain, dans le refus formel de tout ce qu\u2019il a d\u2019hostile et de mauvais.\tBenoît Pruche, O.P.Ottawa, Collège dominicain.501 Une réception académique : Daniel-Rops Un NOUVEAU GRAND PRIX DE LITTERATURE Depuis trois cents ans et plus, l\u2019Académie Française suscite des convoitises et des mépris, inégalement sincères, mais également tenaces.C est donc qu elle représente quelque ckose, cette grande dame dont les jaloux rabâchent qu elle n est plus qu une duègne revêche et figée.Figée ?Voire ! 11 y a quelques mois, elle s amusait ou feignait de s\u2019amuser aux arlequinades de M.Jean Cocteau ; aujourd bui, elle accueille M.Daniel-Rops, historien d Israël et de N.-S.Jésus-Christ lui-même.Hier, c était le Tout-Paris des salons, des palaces, des grands bars, du jazz, de Picasso, de Diaghiïew et de Stravinsky.Bref, la Tour de Babel et « Le Bœuf sur le 7 oit ».Aujourd hui, c est le Nonce du Pape, doyen du Corps diplomatique à Paris ; deux Cardinaux, 1 un siégeant seul devant « Le Bureau » de la Compagnie, Son Eminence le Cardinal Feltin, Archevêque de Paris, 1 autre servant de parrain au récipiendaire, le Cardinal Grente, Archevêque-Evêque du Mans ; plusieurs Evêques, des Prélats et quelques soutanes noires.Le nouvel élu lui-même arbore, avec la Légion d Honneur, la plaque de Grand-Officier de I Ordre de Malte.On se serait cru au Vatican.Pour une heure environ.Car, tout à 1 heure on pourra se croire au Tempi e, à la Faculté libre de Théologie protestante, voire en ce grand Désert cévenol où les « huguenots » de France tiennent leurs assises annuelles.En effet, un démon malicieux a voulu qu un protestant notoire fût Chancelier de l\u2019Académie quand mourut le grand philosophe Edouard Le Roy ; c est donc M.André Siegfried qui, réglementairement devait recevoir le successeur du disparu.Edouard Le Roy étant lui-même un catholique fervent, mais dont certaines théories, certaines formules du moins, avaient provoqué quelque émoi au temps du modernisme, la situation était piquante de M.Siegfried appelé à faire l\u2019éloge officiel de deux catholiques aussi nettement affichés.Encore qu\u2019il ait beaucoup d esprit, mais parce qu il n est pas un bel esprit, M.Siegfried 502 Une réception académique : Daniel-Rops prit la conjoncture au sérieux et saisit I occasion de s expliquer avec une courtoise fermeté même sur ce qu il croit I opposition radicale, peut-être même irréductible, des deux doctrines en présence.Dans son bel uniforme neuf, l\u2019auteur de « Bacchus » écoutait.A qui, à quoi pensait-il ?à Colette, à Radiguet, à cette « Machine à écrire » dont, à cinq cents mètres de là, les « Comédiens-Français » préparaient une reprise ?CJii lo sa ?Toujours est-il que le spectacle était significatif, de sa frivolité, d ailleurs intermittente, assistant à ce grand débat de deux conceptions chrétiennes, devant un public où le sérieux, la gravité, l\u2019emportaient nettement sur la curiosité mondaine et I impatience d « informateurs » avides de passagères sensations.Peut-être cependant les auditeurs les mieux disposés durent-ils s imposer un véritable effort pour suivre E.Le Roy non pas à travers sa carrière qui fut des plus unies, mais à travers son œuvre.Ce mathématicien dont la thèse doctorale attira I attention d un Henri Poincaré, fut aussi un moraliste, un psychologue, un métaphysicien qu Henri Bergson choisit comme suppléant au Collège de France ; une espèce de mystique enfin qui, après avoir observé I univers et, sans cesser de se replier dans une méditation profonde, s élevait aux cimes les plus ardues de la pensée religieuse.II y fut quelquefois téméraire et côtoya d un peu près les précipices.Quand Rome refusa de le suivre ; il rallia sans discuter le droit chemin et sa docilité attesta la qualité de sa foi.II avait prouvé, par ailleurs, qu « un savant peut croire et qu un croyant peut être chrétien ».Peut-on imaginer plus belle leçon ?A propos du fameux article Qu\u2019est-ce qu\u2019un Dogme ?M.Daniel-Rops dit seulement qu il parut dans une Revue.Cette revue, c était La Quinzaine dirigée par Georges Fonsegrive, professeur agrégé de philosophie au lycée Buffon, et fort bon chrétien.Ce nom ne dira pas grand chose, non seulement aux jeunes d aujourd hui, mais aux Intellectuels catholiques qui lui ont succédé ; du moins semblent-ils l\u2019ignorer, ce qui est parfaitement injuste.505 Revue Dominicaine Catholique de gauche ?P our 1 époque peut-être ; encore faudrait-il ne pas donner à ce mot le sens qu il a pris aujourd hui et encore moins le sens de « progressiste ».Beaucoup plus simplement après Etienne Lamy, avec ces jeunes qu\u2019étaient alors les G.Goyau, les Jean Brunhes, les René Pinon, les Victor Giraud, les P.de Labriolle et, hien entendu, avec Henri Lorin, il estimait que la question constitutionnelle ne se posant plus de chez nous les catholiques devaient ne pas se laisser absorber par les luttes politiques mais que, sans renoncer à la défense de leurs droits civiques, ils devaient porter leur effort sur d autres terrains, conquérir une large place dans les domaines social, scientifique, philosophique, voire proprement religieux.Je ne vois pas quelles erreurs, quels excès on pourrait reprocher à cette magnifique équipe de précurseurs.En les accueillant largement, eux et quelques autres, Fonsegrive rendit à la pensée catholique française un service considérable.La publication de « Qu est-ce qu un Dogme ?» fut une de ses très rares erreurs ; et qui d ailleurs fournit à La Quinzaine l\u2019occasion de manifester, elle aussi, sa parfaite soumission à l\u2019autorité pontificale.Nous devions, je crois, cet hommage à la mémoire de ceux qu\u2019on appelait alors « Les Catholiques sociaux » et qui, non contents d\u2019avoir institué derrière Henri Lorin les Semaines Sociales, furent les premiers à mettre en honneur le très beau nom d\u2019Universitaires Catholiques \\ C\u2019est leur souci d orthodoxie et leur docilité hiérarchique, si je puis dire, qui soulève la protestation d un protestant convaincu comme André Siegfried.II le déclare avec une franchise infiniment respectable, mais qui, il ne le cache pas, rend à peu près illusoire toute tentative d\u2019œcuménisme pratique.Pour lui, le problème est exclusivement historique : quand il serait absolument établi que Pierre fut Evêque de Rome, il ne le serait pas que le Christ ait confié au Premier Pontife romain une primauté transmissible à ses successeurs.Les prétentions vaticanes sont arbitraires, et parfaitement gratuite la docilité de l\u2019Episcopat catholique.1.Tous ceux que je viens de citer étaient d\u2019anciens élèves de l\u2019Ecole Normale Supérieure, sauf René Pinon, sorbonnard, et le seul survivant de leur génération.504 Une réception académique : Daniel-Rops Je n ai pas qualité pour ramener M.Siegfried à ce « Tu es Petrus et super hanc petram œdificabo Ecclesiam meam.» où le protestantisme refuse de voir la justification de l\u2019établissement d une Eglise fondée sur I autorité.Mais, voici d un de ses coreligionnaires importants, un aveu significatif : « II n y a pas de protestantisme, me disait un très cher ami, porteur d un nom fameux dans IEglise réformée ; il y a autant de protestantisme que de protestants ».Et encore : « Il ne peut y avoir d Eglise sans autorité, je le reconnais ; mais, en même temps, je ne peux accepter aucune autorité en matière de foi ».C était résumer très exactement le drame où se débattent certains réformés à qui leur individualisme intellectuel interdit de réaliser cette unité spirituelle dont ils éprouvent le douloureux besoin.Leur vie religieuse repose sur un porte-à-faux.Comment ne pas les plaindre ?Si M.Siegfried ne semble pas partager leurs regrets, du moins reconnaît-il la loyauté, I impartialité de Daniel-Rops, historien du protestantisme.II laisse même entendre, discrètement, que, sur Luther et Calvin, plus d un, calviniste ou luthérien, formule les mêmes réserves que son interlocuteur.Enfin, sur les exigences particulières de I Histoire religieuse, il s explique en toute simplicité.S arrêtant à la personne du Christ, il proclame que, même négatives, les conclusions d un Guignebert satisfont sa raison plus que les conclusions du R.P.Lagrange, O.P., ou de Mourice Goguel, doyen de la Faculté de Théologie protestante de Paris ; car, seules elles découlent d une étude objective menée selon des principes purement scientifiques.Cependant, le fait religieux étant bien, semble-t-il, un fait à part, la méthode critique ne suffit peut-être pas à I expliquer et la foi préalable qui préside aux travaux scientifiques d un théologien nous aide à comprendre, à accepter ce que la science s applique à nier, sans pouvoir le supprimer.Et M.Siegfried de conclure : « le sceptique, l\u2019adversaire peut réussir plus aisément à élucider les faits » ; mais, dénué de « sens religieux », il n\u2019aura pas pénétré à I intérieur de faits dont la signification véritable lui reste fermée : I antipathie analyse mieux, mais la sympathie seule comprend ».505 Revue Dominicaine C\u2019est reconnaître qu\u2019il faut avoir de l\u2019âme pour comprendre ce qui nous dép asse.II y a quelque mérite à le reconnaître quand on est comme M.Siegfried un maître de l\u2019intelligence analytique, et un observateur éminent des phénomènes sociaux.On ne s\u2019étonnera pas, dès lors, que la réception de M.Daniel-Rops ait été un peu plus recueillie que telle autre, plus riche en fusées multicolores et détonantes.Elle honore davantage l\u2019Académie et la France même.Aussi le récipiendaire a-t-il été hien inspiré en la plaçant, pour ainsi dire, sous le patronage d\u2019un habitant de Chicoutimi, de Rimouski ou de Trois-Rivières.Ce vieil homme lui avait dit voilà quatre ans : « L Académie, c est le Conservatoire des fidélités françaises, et c\u2019est pourquoi nous 1 admirons, nous qui devons la vie à la France ».Je vous laisse à deviner quels applaudissements accueillirent cet hommage, lis exprimaient la gratitude que nous inspire, en retour, cette fidélité à ce qui reste chez nous le meilleur de la France.Un nouveau Grand Prix de littérature II y a dix ou douze ans, le Syndicat des Ecrivains français (catholiques) fondait le prix du Renouveau français (50.000 francs).Celui-ci était destiné à un ouvrage récent où se manifesteraient les qualités les plus caractéristiques de I âme française.Faute de publicité, peut-être, ce prix ne perça pas facilement ; le choix des lauréats ne fut pas toujours heureux ; certains élus se montrèrent assez peu reconnaissants, et encore moins leurs éditeurs.Cependant le jury qui, le premier, attira l\u2019attention sur Les Gens de Mogador ; qui, plus tard, couronna un romancier comme H.Queffel ec, un essayiste come P.-H.Simon, méritait, je crois, la considération publique aussi bien que celui du Renaudot ou même du Femina.Malheureusement, ce n\u2019était pas un syndicat de « camarades » ; il ne débouchait ni sur les salles de rédaction, ni sur les cafés, encore moins sur les salons à prétentions révolutionnaires.On lui faisait grise mine L\u2019an dernier, une intervention amicale permit de réagir.Directeur d Ecclesia, Daniel-Rops souhaitait fonder un Prix de Littérature, sinon catholique, du moins d irréprochable inspiration morale.II proposa de le 506 Une réception académique : Daniel-Rops fondre avec celui du Renouveau français.La proposition fut acceptée et le montant du Prix porté à 100.000 francs.Le premier bénéficiaire fut le philosophe P.-H.Simon, c\u2019est-à-dire un écrivain d\u2019une rare qualité.On ne voit pas que son éditeur ait été sensible à ce choix.En tout cas, il n en a rien témoigné aux membres d un jury qui, cependant, compte parmi ses membres Jean-Jacques Bernard, dramaturge renommé et vice-président de la Société des Auteurs dramatiques, le grand philosophe Gabriel Marcel, membre de l lnstitut, Daniel-Rops enfin qui compte tout de même dans le monde intellectuel et même dans le monde de I édition.Cette année, faute d\u2019un ouvrage de toute première valeur, on a partagé le prix entre deux œuvres de mérite incontestable : Le Voyage de Tobie, quatrième et dernier tome d\u2019un roman cyclique, Les Rambourg, de Mme Yvonne Chauffin (Amiot-Dumont, édit.), et La Barre aux Faucons de Mlle Louise Bujeau (Stock, édit.).Celle-ci, une débutante ; celle-là, en pleine possession de son talent.Et voilà qui vaut bien tel choix fait au Café Drouant, à la Brasserie Lip, ou même sous la haute protection d\u2019un Mécène magnifique.Mais quoi I « Grand Prix Catholique de Littérature », qu\u2019est-ce que cela peut bien être, sinon prix de patronage pour bondieuseries ?Le préjugé est tel qu\u2019avec son habituelle légèreté \u2014 mais n\u2019est-ce bien que légèreté ?le Figaro Littéraire a, une fois de plus, modifié les textes et annoncé un Grand Prix de Littérature Catholique.Malheureusement, Mlle Bujeau serait, dit-on, protestante.Quoi qu\u2019il en soit, son œuvre n\u2019a rien de confessionnel, et le jury responsable s est tenu pour satisfait de I émouvante honnêteté de son inspiration.II est si rare aujourd hui qu une femme écrivain ne balance pas entre Emile Zola, Choderlos de Laclos ou.la divine Sapho I Je crois donc pouvoir recommander aux lecteurs avertis et I ouvrage considérable de Mme Y.Chauffin et le livre plein de promesses de Mlle Bujeau.Ils verront que le Grand Prix Catholique de Littérature mérite tout de même quelque considération.^\t^ Gaillard de Ghampris Correspondant de U Institut 507 Le sens des faits Radio-Collège 1955-56 Après le prix que lui avait décerné, Ian dernier, la « Canadian Association for Adult Education », Radio-Collège avait toutes les raisons d\u2019être optimiste et d\u2019aller de l\u2019avant.Echo de cet optimisme et de cet entrain : la liste des émissions promise entre le 11 septembre 1955 et le 20 avril dernier.Qu en penser ?fl faut juger en fonction du public et en fonction de 1 objet.En fonction du public : celui-ci aime le changement; d autre part, if se renouvelle.11 y a deux sortes de public : le public habitué, facilement sévère, capricieux à ses heures, inégal dans ses jugements mais assez exigeant pour imposer un niveau.Puis il y a le jeune public, celui qu\u2019on forme, qu\u2019on éduque en fe conquérant.Quels problèmes pour les réalisateurs ! On se doit d être tout à tous, sans cependant sacrifier l\u2019objet qui est 1 éducation populaire entendue à un niveau supérieur de haute vulgarisation.Problèmes magnifiquement résolus, à notre avis, par les réalisateurs de Radio-Collège 1955-1956.ïl y a eu du nouveau, et plusieurs anciens, qui ont fait leur preuve, sont revenus.Signalons en particulier un élargissement des horizons qui nous paraît important : les émissions réalisées par la British Broadcasting Corporation, la Radiodiffusion-Télévision Française et la Radio- Ielevisione Italiana ; Défense et illustration de l\u2019opéra.L\u2019on nous amène ainsi à sortir un peu de nous-mêmes et cl une façon qui ne déshonore personne.Enfin, signalons I inspiration spiritualiste de Chacun sa vérité, alors qu il nous a été donné d entendre des chroniques, conférences et discussions sur des questions religieuses par des hommes, prêtres et laïques, dont on sait déjà qu ils ont mis tout leur cœur.\u2014 Radio-Collège est un enseignement et une directive.Nous sentons par delà les noms, titres et sujets, une pensée profondément sérieuse dont nous ne pouvons que féliciter ceux qui I ont conçue et réalisée.Benoît Lacroix, O.P.Festival de Mozart Le 17 et 18 avril 1956 au Plateau, I Orchestre Symphonique de Montréal donna un concert en hommage à Mozart, à 1 occasion du 200e anniversaire de sa naissance.Sous la direction de Joseph Krips, les auditeurs du Plateau ont pu écouter en première partie la Symphonie No 7 en do majeur de Schubert, 508 Le SENS DES FAITS et 1 Ave Verum Corpus, K-618, et le Requiem, K-626 en ré mineur de Mozart.Le chœur des disciples de Massenet a offert sa participation sous fa direction de Charles Goulet.La Symphonie en do majeur No 7, est une œuvre posthume de Schubert.Cette symphonie comprend des thèmes triomphants et établit une atmosphère musicale parfaitement rythmique, analogue à ceux de la 9e Symphonie de Beethoven.(Il est étonnant que cette symphonie figure dans le festival Mozart).L\u2019Ave verum corpus de Mozart est une œuvre religieuse à cordes, orgue et voix.On retrouve dans cette œuvre une profonde influence de Josef Haydn.Le Requiem est une messe extrêmement belle.On y trouve une symphonie musicale où tout concourt à la gloire de Dieu.Elle fut chantée aux funérailles de Mozart.Cette œuvre fut donnée au Plateau par J_ois Marshall, soprano de Toronto ; par Maureen Forrester, contre-alto de Montréal ; Léopold Simoneau, ténor, et Denis Harbour, basse d Oha.Leur participation s ajoutant aux disciples de Massenet fut un précieux concours et assura le succès à ces deux soirées inoubliables consacrées à Mozart.M.C.« L\u2019Echange » de Claudel La dernière pièce de la saison théâtrale du T.N.M.à Montréal fut présentée du 10 au 28 avril au Gésu.Claudel nous démontre dans son théâtre que Involution de l\u2019être va, du moins organisé au plus organisé, vers la spiritualité où le pôle supérieur est celui de la création.C est en 1894, à Boston, où il dirigea le Consulat de France qu il a écrit cette pièce.Les quatre personnages de 1 Echange sont quatre aspects de 1 âme divisée et tourmentée de Claudel.Ce sont des vivants plein de significations, de secrets, de rvthmes, d harmonie et de chants.N\u2019est -on pas surpris de saisir Claudel tout entier quand on a la persévérance de suivre la pièce avec une attention soutenue jusqu à la fin.C\u2019est une exploration symbolique de I âme claudélienne.Le plus étonné aurait été que cet écrivain apprenne qu il était de constitution schizoïde.Cela lui permettait d analyser profondément ses personnages très divers en se concentrant sur sa propre nature.La pièce se divise en trois actes : le matin, I après-midi et le soir, et le tout reste éternel.Les acteurs sont au nombre de quatre, deux 509 Revue Dominicaine hommes, deux femmes.D\u2019 abord, Louis Laine et sa femme, mariés depuis six mois.Laine, (Jean-Louis Roux), est un jeune aventurier.Le rôle de Laine est joué avec une souplesse extraordinaire et transmet avec une grande précision fa pensée de I auteur.Martke (Françoise Faucker), est une jeune fille docile, discrète religieuse, et son nom de « Douce-amère » exprime la douceur de son âme et I amertume de son cœur.Cette actrice a splendidement incarné le rôle de Martke, avec douleur, simplicité et joie.Thomas Pollock Nageoire, (Jean Gascon), est I homme du dollar et du négoce, naïf et simple ; il croit aux choses et leur attache une importance considérable.Le rôle de Jean Gascon est joué avec beaucoup de dignité et d intensité.Lechy Elbernon, (Denise Pelletier), maîtresse du négoce est en proie à 1 anarchie de I esprit, des délires et de la démence.Ce couple est en faux-ménage et ronge le jeune couple Marthe-Laine.Et malgré l incendie et le cadavre de Laine, la pièce ne s arrête pas sur la destruction.Elle est cette grâce : que Marthe ait le dernier geste et le dernier mot.Rien de plus honnête, rien de plus profond que l\u2019âme éclairée de Marthe ; Marthe se découvre imprudente, mais devient entière par le mariage.Elle arrive à brûler 1 égoïsme pour accéder à I union qui sera celle de I Eglise à son Dieu.Elle révèle le champ de l\u2019amour conjugal dans la vie cl épouse exigeante et impuissante, ce que le public n a pas manqué de faire ressortir par des applaudissements.« Et je suis devenue ta femme, Et voici qu en moi est entré la passion de servir ».Le dialogue est des plus pathétiques et des plus religieux.Son vœu sincère est de tout connaître de I autre : « Mets-toi à genoux et je me mettrai à genoux ! » Et considère mon âme, et m émerveillant Je prendrai la tienne avec vénération.E)ans mes bras, m étant mise à genoux parce qu elle est la création de Dieu.Et son dépit contre mon cœur est entre mes deux bras ».Et de plus grand témoignage d amour que cette assurance : « Car il n y a pas une qui t aime comme moi, et qui te connaisse comme je le fais ».310 Le sens des faits La pièce de I Echange jouée au F.N.M.est un hommage à la jeunesse de Claudel après les quelques mois qui ont suivis sa mort.L Echange a une portée sur toute vie, elle est comme le symbole de nos unions dans la pureté chrétienne.Cette pièce est un hommage à I épouse fidèle, comme Marthe, dont la passion est de servir.Claudel ne s est pas préféré à son œuvre ou son œuvre à lui, mais il a été assez simple pour s aimer lui-même dans son œuvre, ainsi que Dieu dans sa création.L Echange de Claudel est une pièce spirituelle et humaine.A.Gavrel Vie des Arts : nouvelle venue et bienvenue 1956 s annonce fertile en revues canadiennes : fin 1955, on a accueilli Images, puis Points de vue ; et maintenant Vie des Arts, aurore qui s élève sur le couchant de Arts et Pensées.Vie des Arts est publiée par la Société des Arts, sous la direction de Gérard Morissette, et nous y retrouvons avec confiance le Père Déziel.(Abonnement : $5.00 par an ; C.P.606, Place d Armes, Montréal).Dans le courant de la renaissance artistique canadienne, surtout dans 1 ambiance des arts plastiques ; le regain de vie des formes et des couleurs exprime un réveil concret de 1 âme artistique, et doit passer des artistes au côté du public ; c est justement ce rôle de contact, de rencontre, de communion, de plus grande compréhension mutuelle, que veut remplir dans la vie artistique canadienne actuelle Vie des Arts.Le numéro 1, janvier-février 1956, présentait des articles, avec nombreux clichés et mise en page soignée, sur plusieurs sujets, dont : les Concours artistiques de la Province depuis 1945, la Société des Arts plastiques, le projet de tapisserie de Jean Dallaire, Auguste Perret pionnier de notre architecture contemporaine, contribution à une théorie de I architecture.On attend impatiemment les autres numéros.Guy Robert Les disques La symphonie no 5 de Beethoven et la Symphonie inachevée de Schubert sont parmi les œuvres le plus souvent enregistrées.II est difficile de faire un choix scrupuleux, mais la dernière interprétation de I Orchestre de Cleveland dirigé par Georges Szell est I une des meilleures (Epic.LC-5195).Par les mêmes artistes, deux symphonies de Haydn : no 88 («Paris») et no 104 («Londres»).Après audition de ce disque, on 511 Revue Dominicaine constatera que l\u2019Orchestre de Cleveland peut maintenant être classé parmi les meilleurs aux Etats-Unis (EP ic.LC-5196).L interprétation du Concerto double pour violon et violoncelle de Brahms par Isaac Stern et Leonard Rose possède toute la chaleur qu\u2019y avaient mise Heifetz et Feuermann il y a quelques années.Mais en plus ce disque Columbia (ML-5076) bénéficie d une bonne sonorité.Au verso, les Variations sur un thème de Haydn et l\u2019Ouverture Tragique de Brahms.Orchestre de New York dirigé par Walter.Le New Music Quartet interprète 4 Quatuors de Mozart : K-155, 156, 157 et 158.Un bon disque (Columbia ML-5005).Le pianiste Cor de Groot joue quelques œuvres de compositeurs espagnols : Albeniz, De Falla et Mompou.Musique charmante et qui s écoute avec plaisir (Epic.LC-5175).Ormandy et 1 Orchestre de Philadelphie reprennent une pratique popularisée par Leopold Stokowsky : 1 orchestration d œuvres de Bach.Quoi qu en disent les puristes, I effet est merveilleux.Bach lui-même aurait peut-être aimé entendre ses œuvres jouées par un grand orchestre (Columbia ML-5065).Columbia (ML-5077) vient de sortir le premier enregistrement du récent Concerto pour violon de Shostakovich, avec Oistrakh, Mitro-poulos et 1 Orchestre de New York.L œuvre est peut-être trop près de nous pour qu on puisse prononcer un jugement valable.Notons qu\u2019elle s écoute avec plaisir et qu elle est plutôt de facture classique.Lily Pons chante quelques extraits d opéras et des chansons, comme les Filles de Cadix, Après un Rêve, Bleu Danube, Je suis Titania.Ce sont des œuvres reposantes et Lily Pons reste 1 une des meilleures sopranos (Columbia ML-5073).Waldemar Kmentt, ténor, interprète des Airs de Concert de Mozart : Va, Dal furor portata, Si mostra la sorte, Con ossequio, Per pieta, Se al labbro, Misero.Œuvres peu connues, mais dignes d être entendues plus souvent.Orchestre de Vienne dirigé par Paumgartner (Epic.LC-5076).Leon Fleisher interprète la Sonate en si bémol majeur et Landler pour piano de Schubert.Même dans ses œuvres pour piano, Schubert reste un compositeur de chansons : l\u2019élément virtuosité est absent.Fleisher 1 a bien compris (Col umbia ML-5061).Les Saisons de Vivaldi par Cantelli et 1 Orchestre de New York.Peut-être moins de clarté qu\u2019avec Munchinger sur London, mais plus élégant et plus riche.Enregistrement de première classe (Col umbia ML-5044).512 G.F. des livres L esprit Jacques Bur « Précis
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