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Titre :
Revue dominicaine
Éditeur :
  • St-Hyacinthe :Couvent de Notre-Dame du Rosaire,1915-1961
Contenu spécifique :
Novembre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Rosaire
  • Successeur :
  • Maintenant
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Revue dominicaine, 1956-11, Collections de BAnQ.

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avenue, Tél.4-3836 .\u201e .Québec, P.Q.Importateurs et Fabricants D'Objets de piété : Génin, Trudeau et Cie., 38 ouest, N.-Dame, LA.2261, Montréal Lait, Crème, Beurre, œufs et fromage : La Ferme St-Laurent Ltée, 6720, Garnier, Tél.CR.2188-89.Montréal Laiterie Artic Ltée, 155, du Sacré-Cœur, Tél.6-7101, Québec Laiterie Borden, 2701, Chemin St-Louis, Tél.7-2551, Québec La Laiterie Laval Enrg., 875, 4e avenue, Limoilou, Tél.4-3551, Québec, P.Q.La Librairie Dominicaine : 5375, avenue Notre-Dame de Grâce, Tél.WA.0369 .Montréal 96.avenue Empress, Tél.2-7363 .Ottawa, Ont.Magasins à Rayon : Dupuis Frères Ltée, Tél.PL.5151 .Montréal Mozart Ltée, 210-212, St-Joseph, Tél.2-6484 .Québec.P.Q.Magistrat : Simard, Juge Gérard, Palais de Justice.Tél.4-9290, Québec Manufacturier de Biscuits : Les Biscuits Dion Inc., 700, 2e rue, Tél.4-4191, Québec, P.Q.Marchand de Tapis : Rochette, Emilien, 352 est, Saint-Vallier, Tél.2-5233, Québec Matelas t Matelas Frontenac, 223, Boisseau, Tél.5-5347, Québec, P.Q.Maternité Privée : Ouellette, Mme J.T., 10 d\u2019Artigny, Tél.2-1966, Québec, P.Q.Médecins : Castonguay, Dr E-J., 4231 est, Ste-Catherine, CH.0560, Mtl.Gratton, Dr Albert, 781, du Couvent, Tél.WE.6476, Montréal Membres Artificiels : Duckett, J.A., 3651, Park Ave.Tél.HArbour 0630, Montréal VI BONNES ADRESSES A CONSULTER Musique : Procure Générale de Musique, 92, d\u2019Aiguillon .Québec, P.Q.Négociants en Gros D\u2019Appareils Électriques : Vandry Inc., 470, des Capucins, Tél.2-5656 .Québec, P.Q.Négociants en Gros : (BISCUITS, CHOCOLATS, TABAC, CIGARETTES ) Vermette, M.F., 571, rue St-Bernard, Tél.6-7270, Québec, P.Q.Notaires : Bélanger, Raymond, 32, de la Couronne, Tél.3-5352, Québec Labrèche et Labrèche, 10 ouest, St-Jacques, MA.3373, Montréal Opticiens D\u2019Ordonnances : Derouin, O.L., 37, Metcalfe, Tél.2-4976 .Ottawa, Ont.Pâtisserie \u2014 Pain : Joa.Vaillancourt Inc., 356-358, St-Joseph, Tél.2-2085, Québec Pharmaciens : Pharmacie P.-H.Soucy, 999, Av.Cartier, Tél.2-1235, Québec Pharmaciens en Gros : Gérant : J.-André Gaulin, Dist.pour Casgrain & Charbonneau Plombier : Chiquette, R.et Fils Inc., 428, de la Reine, Tél.4-3782, Québec Pneus : Michaud Tire Service Ltée 207, de la Couronne, Tél.3-3901, Québec, P.Q.Professeur de Musique (Guitare, mandoline, violoni : Gagnon, T.W., 208, N.-D.des Anges, Tél.2-3700, Québec, P.Q Quincaillerie Générale : Cantin & Fils Ltée, 175 est, St-Vallier, Tél.5-7123, Québec Grégoire, J.-R., 3606 est, Ontario, Tél.FA.1167-68.Montréal Radio Technicien \u2014 Haut-Parleur : Gagnon, Jean-Paul, 960, 1ère avenue, Tél.2-1736, Québec, P.Q.Taxis : Taxis Maguire Enrg., 1463, Maguire, Tél.3-1474, Sillery, Qué.Terra-Cotta : Montreal Terra-Cotta Ltd., 1010 ouest, Ste-Catherine, MA.6912, Montrétl Viande Gros et Détail : Lafleur Alp.Ltée, 350, 5ième rue, Tél.4-3524, Québec, P.Q.Viandes et Provisions en Gros : Sylvain, Edmond, 70, Dorchester, C.P.1905, Tél.2-2035, Qué.Blondeau, Alphonse, 500, 1ère avenue .Québec, P.Q.Tél.4-5181 TERREAU é RACINE LIMITÉE GROS ET DÉTAIL 196, RUE SAINT-PAUL QUÉBEC, P.Q.LA BANQUE CANADIENNE NATIONALE est à vos ordres pour toutes vos opérations de banque et de placement ACTIF, PLUS DE $600 000 000 578 bureaux au Canada LE BOUQUINISTE ENR.28, rue des Jardins Québec, 4 \u2014 Tél.3-6760 Q Catalogue périodique de livres d\u2019occasion 0 Recherche d\u2019ouvrages épuisés £ Plan spécial de vente aux bibliothèques CALENDRIER DU BONdPASTEUR dédié aux familles chrétiennes, approuvé par Son Eminence le Cardinal Paul-Emile Léger, Archevêque de Montréal \t\tPrix l'uniié :\tPar la posie :\t\t\tPrix l'uniié :\tPar la posie Sur carlon\tariisiique \t\t\t $2.00 \t\t\t $2.15\tLibre\tbroché \t\t.$0.85 \t\t$0.90 Sur carton\tavec gravure .\t1.15 \t\t\t 1.25\tBloc\tde bureau (avec appui)\t.0.9C \t\t.1.00 Livre relié\t\t\t 1.35 \t\t\t 1.45\tBloc\tseul \t\t.0.65 \t\t.0.70 En vente à la Maison provinciale du Bon-Pasteur 104 est, rue Sherbrooke, Montréal-18, P.Qs VII Sommaire Novembre 1956 Alain Vervàl : Autel (poème) Evocation des grands personnages de 1 Eglise triomphante auxquels viennent se joindre les miséreux de l\u2019Eglise militante.Jeannine Bélanger : Fille de nonnes ou Brigitte, histoire vécue Quelque part dans un monastère de nonnes, durant la dernière guerre, un juif poursuivi est accueilli, puis son épousé enceinte.Un enfant naît bientôt et cet événement insolite en ces lieux y est source de joie, de dévouement, de charité.Une histoire vraie qui pourrait devenir un grand et bouleversant film.Puis la plume est celle d\u2019un maître.Guy Robert : L âme du théâtre Sous forme de dialogues entre les divers personnages de la scène, la vie théâtrale nous montre ses grandeurs, ses risques, ses espoirs.Le spectateur sait-il la somme de labeur dépensée pour amuser et reposer son œil et son oreille ?André La Rivière : Erreurs en psychanalyse Psychologue et psychanalyste consultant depuis de nombreuses années, l\u2019auteur est particulièrement bien qualifié pour nous dire jusqu\u2019où peut aller la psychanalyse, cette science nouvelle que calomnient ceux qui ne la connaissent pas.G.-H.Lévesque, O.P.: Service Social, industrialisation et famille A la demande d\u2019un grand nombre de lecteurs, nous reproduisons ici la conférence que donna son auteur, à Munich, au Congrès international de Service Social, en août dernier.Le sens des faits La Direction : « L\u2019Eglise et la Bible ».H.-M.Robillard, O.P.: « Procès d\u2019une Prédication ou d\u2019une Génération ».B.Lacroix, O.P.: « L\u2019Union Saint-Dominique, 4 août 1956 ».A.Lamarche, O.P.: « In memoriam : Dr Jacques Blagdon ».N.Greenwood : « Pèlerinage à Vinci ».A.Lamarche, O.P.: «Retraite individuelle à la Maison Montmorency».G.Faucher : « Les disques ».espri t d e s ivres A.F.Utz : « Relations humaines et société contemporaine ».Ch.M.de Wilmars : « Psycho-pathologie de l\u2019anti-conception ».Paul Passelecq : « Les erreurs des Témoins de Jéhovah ».Marcel Lévèque : « Mon curé chez les visionnaires ».R.de Chantal : « Chroniques de Français ».C.de Loverdo : « J\u2019ai été moine au Mont Athos ».Roger Verneaux : « Philosophie de l\u2019homme ».En collaboration : « Elie le Prophète ».A.G.L\u2019Heureux, O.S.U.: «The Mystical Vocabulary of Venerable Marie de l\u2019Incarnation».En collaboration : « Responsabilités internationales des chrétiens ».G.\tde Saint-Tuierry : «Lettre d\u2019or.Traité de la vie solitaire ».S.-M.Viau, O.P.: «Chemin de Croix».H.\tJongen, S.M.M.: «Pourquoi la Mère de Dieu pleura-t-elle à Syracuse ?».Amédée Hue, C.M.: « A des religieuses ».Georges Brunet : « Le pari de Pascal ».André Dagenais : « L\u2019Emmanuel ». REVUE DOMINICAINE Directeur : R.P.ANTONIN LAMARCHE, O.P.Maison Montmorency, Courville (Québec-5), P.Q.Vol.LXII Tome II Novembre 1956 AUTEL Au loin je vois l Autel où demeure la Vie : Un nuage mystique encercle son pourtour Où convergent sans hâte, en leurs plus beaux atours, Des justes et des saints les longues théories, Je distingue Abraham, Jacob, David, Elie ; Et par delà le trône où rayonne Jésus Se pressent les martyrs, les vierges, les élus Depuis Pierre l Apôtre à toutes les Marie.Bientôt les conquérants et les princes du monde Tressaillent dans leur tombe ; et l humble paysan A retrouvé son corps, tout comme l artisan : Tous marchent dans la gloire.Et pourtant quand je sonde Mon cœur plein de remords, je cherche encor le rang Pour placer ma personne auprès de ces vivants.Alain Verval 195 de nonnes ou Brigitte, histoire vécue « Le vrai peut quelquefois n être pas vraisemblable ».Jardin de cloître, au cœur de l\u2019Europe.On sait quelle paix y règne, et ce, doublement à l\u2019heure de la sieste urbaine.Avant-dernière année de la guerre de 19.La petite commune en cause, ayant été déclarée ville ouverte, par une très ostensible protection du ciel, filait des jours d une tranquillité relative.A peine si quelque échauffourrée de temps à autre, dans ses ruelles pierreuses, venait empourprer la chaussée, comme pour permettre à cette population privilégiée de payer tout de même le tribut du sang.Par ce milieu torpide de journée, soudain, des pas se précipitent, entrecoupés de respirations haletantes.Une détonation crépite.Puis, silence.La cible est manquée.Le peloton reprend la chasse, tout au long du vieux mur monacal.Ne serait-ce pas une bête que l\u2019on traque ainsi, police militaire et limiers en tête ?Non, mais plutôt un homme.Sur le dallage du porche, une ombre a glissé en rampant dans la direction du tour.Une cloche discrète retentit à l\u2019intérieur, imperceptible de la rue.A la voix étouffée de la Sœur portière, qui salue de la bénédiction usuelle le visiteur invisible pour elle, celui-ci a lancé dans une espèce de sifflement : « Au nom de Dieu, ouvrez, ou I on me tue ».L espace de deux interminables minutes, et la grille quadrillée du parloir contigu éclate dans le mur, laissant voir, au travers de sa dentelle de fer, un délicat menton féminin à demi engoncé dans la guimpe haute.D yeux point de trace, sous le voile noir qui recouvre tout le haut du visage, jusqu aux ailes fines du nez.C\u2019est l\u2019abbesse du couvent, et elle interroge.Dialogue-éclair, après lequel I homme est aussitôt conduit, par la Sœur externe, vers la vaste porte d\u2019allure sépulcrale, dont les deux battants s écartent avec un geste de bras immenses pour engouffrer le fugitif.Clôture papale, clôture tombale.194 Fille de nonnes ou Brigitte, histoire vécue Si la rapide scène qui précède a échappé à la vigilance de I\u2019escouade, cette dernière ne se tient pas quitte pour autant.Une soixantaine de hottes lourdes font halte devant le monastère, et le commandant, d\u2019un pas fier mais déçu, I œil vivement agressif, s\u2019avance seul, à son tour, en martelant puissamment la marqueterie du portique.Nouvelle sonnerie interne, mais qui, cette fois, semble ébranler et le cloître et la rue, sous la violence des doigts, gantés, dirait-on, de métal.Le ton est loin de plaisanter, quand, à la religieuse qu il ne voit pas, le major ennemi présente hommages et excuses ; puis, en arrive, sans plus de détours, à l\u2019essentiel.Le passage d\u2019un homme a-t-il été décelé aux abords du couvent ?Le nouveau venu n\u2019ignore pas que le seuil du cloître est infranchissable, mais enfin, on fouillera, moyennant autorisation p\u2014i n est-ce pas ?le jardin externe.La piste du fuyard, un Juif, un chien, se perd ici.Plus morte que vive, la Sœur, qui a demandé quelques secondes de sursis, rapporte I autorisation requise.La chasse s engage dans le jardin, sous les tonnelles et jusque dans les cuisines de I hôtellerie conventuelle.Deux pavillons pour pèlerins sont visités de la cave aux combles.Personne.Pourtant.Le commandant écrase rageusement une cigarette à demi grillée sous son talon, et donne l\u2019ordre bref de vider la place.Voyons le contre-pied de cette dramatique enquête à I intérieur de la clôture.A peine introduit dans l\u2019enceinte sacrée, notre homme s\u2019affaisse contre le mur, sous le coup de la crainte, sans doute, et aussi du choc.De toute évidence, il n\u2019est pas blessé.Une potion chaude cordiale, c est, ou jamais, le cas de l\u2019écrire ! eut vite raison d\u2019une défaillance passagère, et bientôt le malheureux reprit connaissance.Mais l\u2019esprit des moniales, pendant l\u2019éclipse du sien, s\u2019était montré déjà très alerte.Une chose pressait surtout : assurer la sécurité ultérieure immédiate de cet hôte, qui courait encore, on pouvait le croire, l\u2019imminent péril.Car, dans ces agglomérations d\u2019Europe centrale, à l\u2019architecture moyenâgeuse, qui nichent d\u2019ordinaire au haut ou sur le flanc d\u2019une montagne, pas de claustration murale possible comme en terre plane.Le Revue Dominicaine regard le plus mortifié embrasse constamment, à son insu, des pans de paysage qui feraient frémir d envie un alpiniste invétéré.Mais, bêlas I en I occurrence, nulle cachette sûre, non plus, contre la malveillance des hypothétiques perquisitions visuelles d\u2019une troupe d\u2019occupation déprédatrice.Les vêtements masculins, ou plutôt laïques, qui avaient connu jadis une coupe élégante, durent donc consentir à disparaître incontinent sous le froc, grossier en somme, de I Ordre.En même temps, un voile noir réglementaire, rabattu bas sur le visage, eut tôt fait de parachever le déguisement improvisé.La Très Révérende Mère respirait maintenant plus à I aise.On passa sur l\u2019heure à la salle du Chapitre, où notre rescapé, devant le discrétoire convoqué d urgence, fit, en quelques phrases brisées par l\u2019émotion, le poignant récit.Marié et emmené en captivité hors de son pays avec sa femme enceinte, le pèlerin forcé avait goûté aux horreurs du camp de concentration, pour s\u2019évader, une nuit, sur un train militaire à destination d\u2019un point sis au delà du ci-devant Rideau de fer.Le débarquement s\u2019était opéré sans encombre, à la faveur de circonstances qui tenaient du prodige.Puis, ce fut la fuite vers I Ouest, de kilomètre en kilomètre.Itinéraire de la peur.Plusieurs lignes hostiles heureusement franchies, les deux jeunes gens avaient traversé diverses villes, pour venir échouer dans la commune de X.Grâce à la charité de bons vieillards du lieu, une alcôve exiguë donnait, depuis peu, asile aux dépatriés.Mais, elle, oui, elle ! Actuellement au deuxième mois de sa grossesse.Mon Dieu ! Et notre homme éclata en sanglots.A ce stade, un rapport rassurant de l\u2019Externat était parvenu à la Très Révérende Mère, comme quoi, au jardin, tout paraissait, depuis une heure, rentré absolument dans I ordre.Rien de louche aux alentours, pour le moment.Aucun espionnage manifeste.Les Sœurs choristes réprimèrent un soupir de soulagement : de leurs cœurs reconnaissants montait, comme I encens, vers le ciel une muette mais ardente action de grâces.196 Fille de nonnes ou Brigitte, histoire vécue Aviser aux démarches instantes qui s imposaient ensuite fut I affaire du reste de la journée.Après un réconfortant repas au pauvre réfectoire des malades, sous les combles, notre homme prit possession d un grabat préparé à son intention dans la modeste cuisine, que, décidément, I on devait convertir en cellule nouveau genre pour I intrus qui s y enferma.Nous apprîmes par la suite qu épuisé d angoisse ce dernier y fut incessamment gratifié d\u2019un long sommeil réparateur.Deux Sœurs quêteuses sortaient, à trois heures, du monastère et escaladaient I antique rue tortueuse.Destination officielle, le marché ; secrète, le 80 de la rue N.On revint deux sur le soir, les sacs remplis de provisions.Les apparences étaient donc sauves, mais, en réalité, 1 une des religieuses du midi demeurait en arrière, au foyer, pour veiller un enfant malade.Qu\u2019en était-il, dans ce cas, de celle des deux nonnes, auparavant inconnue, qui agitait, en ce moment même, la sonnerie du tour conventuel ?Elle fut introduite, avec une célérité voisine de la prestidigitation, par I huis central aux immenses bras.La clôture papale ouvrait, une fois de plus, ses portes de miséricorde et, pour ainsi dire, de mort.Pas une parole ne fut échangée, mais I arrivante, gravissant le triple escalier de bois doux sur les pas de la Sœur portière, la suivit à droite le long du couloir.Une porte s entrebâillait.La femme y fut droit, comme d instinct, et, d un cœur qui battait à se rompre, courut vers 1 étreinte qui I y attendait dans les transes indescriptibles d un désespoir mêlé d\u2019espoir.Le commissionnaire des Sœurs, dépêché sur-le-champ à I Evêché avec un pli éminemment confidentiel, en revint porteur d\u2019un document scellé à la cire écarlate.C était la sanction, en hauts lieux ecclésiastiques, du geste d hospitalité héroïque posé par I\u2019ahhesse : toute latitude était en outre accordée d\u2019héberger ces errants du Christ jusqu\u2019à disparition du danger suspendu sur leur tête.A bref délai, les cloîtres purent entendre sous leurs arceaux des propos, secrets certes, mais bien insolites.Le jeune ménage a sa clôture 197 Revue Dominicaine dans la clôture : ie minuscule réfectoire du dernier étage, une fois désaffecté, avec I indispensable suite d humbles pièces attenantes, sera en effet le providentiel nid d\u2019amour de nos oiseaux de passage.Quel limpide bonheur n y coulèrent-ils pas quand, I émoi de la T ourmente passé, ils recommencèrent à se raccrocher à la vie.Quiétude extérieure et stabilité avaient, pour leurs cœurs déshabitués, des ivresses insoupçonnées.Là, la future maman apprit à fredonner sa première berceuse, au rythme de I Opus Dei, et de la cloche carillonnant les Petites et les Grandes Heures canoniales.Surtout, la paix intime, doublement claustrale pour ces mondains de naguère, pénétrait goutte à goutte, suavement, leurs âmes comme éveillées, pour la première fois de toute une existence, à la Grâce d en haut.Simultanément, I\u2019ouvroir « adulte » des moniales prit l\u2019aspect d\u2019une pouponnière, et les plus adroites à l\u2019aiguille, qui se trouvaient aussi d austères religieuses, furent bientôt du projet : il s\u2019agissait de confectionner une layette en vue de cette mignonne nativité sans précédent anticipée pour Noël.Dans leur atelier de fortune, ou plutôt sans fortune, un bijou de trousseau va naître sous les doigts amusés des contemplatives.Ces doigts, rendus calleux par un pelage presque ininterrompu de légumes, et les onéreuses lessives manuelles, à l\u2019acide, auxquelles on vaque chaque semaine, éprouvent d onctueux enchantements à manier les laines pastel ou blanches à douceur d huile.Ces « lionnes » i\u2014 jeunes et vieilles des combats spirituels, que voici muées en tricoteuses ou en brodeuses, et qui n ont manipulé, depuis leur quart ou demi-siècle de libre séquestration, que la bure sordide mais consacrée, retrouvent des naïvetés extatiques à ouvrer maintenant dans le duvet des soies bleue ou rose.La doyenne du groupe a I âge d aïeule.Sur son visage buriné par toutes les tempêtes du cœur, une mansuétude céleste est répandue.Les yeux gris fané ont un vague reflet de I Eden perdu.Ce sera trop gentil, vraiment, se répète-t-elle, cette « chose » remuante entre les bras, cet « enfant Jésus », bien en chair celui-là, qui, dit-on, doit être là, fin dé- Fille de nonnes ou Brigitte, histoire vécue cembre, en même temps que le petit Dieu ! Et, avec la gauckerie sublime des vieillards ayant désappris par vœu, au seuil même de I adolescence, I art des caresses, elle, qui, depuis quarante ans, berce le divin Poupon en symbole, va, tantôt, le bercer vivant I Toutes \u2014> elles qui n ont pas vu 1 autel depuis vingt ou quarante ans, et qui n entendent la messe qu à travers le mur, esquissent, sans le vouloir, des caresses d enfance ignorées, et se surprennent à puérilement sourire.Tandis qu\u2019une chanson inouïe, et peut-être oubliée, sourd, que dis-je ?resourd intérieurement jusqu\u2019à fleur des lèvres.Que sera cet enfant ?Et, de leur trentaine d âmes brûlantes, une supplication continuelle appelle sur le panier d osier destiné au rôle immémorial de berceau, mille bienfaits qui ne sont point de la terre.Lorsque, un matin de décembre, aux petites heures, I infirmière mandée en toute hâte annonça à la Très Révérende Mère I heureux avènement d une fille sous son toit, mille hymnes d\u2019allégresse saluèrent cette échéance tant désirée.On avait tellement prié, qu\u2019une seconde merveille n allait pas tarder à suivre le consolant augure.Le papa et la maman, sans qu on eût pu prévoir ce dénouement inespéré, réclamaient pour leur trésor 1 honneur insigne du baptême.Ce soir-là, quand, à I avant-chœur, où se communiquent les bulletins d intérêt commun, la Mère Abbesse mit les Sœurs au courant de la prochaine fête familiale, plus d\u2019une paupière se sentit devenir humide.Etait-ce si tôt, Seigneur, le centuple promis, dès ce monde, à la moindre obole versée généreusement pour votre amour ?Au tout début de janvier, à I aube, un mutin carillon fut de convier les anges du paradis à un rendez-vous qui semblait plus du ciel que de la terre.Dans la corbeille à linge, le poupon avait, à la lueur des cierges, des grâces de petit Noël ; et, en présidant la cérémonie auguste, le vieil aumônier Déchaussé, à qui sa longue barbe descendant jusqu\u2019à la taille donnait des airs, moins d un Roi mage que de Dieu le Père lui-même, eut aussi des gestes de Père Eternel, comme on en voit aux fresques immortelles d Andrea della Robbia.Chez la mignonne, un doux vagisse- 199 Revue Dominicaine ment accueillit seul 1 eau et le sel.Enfin, au sortir des fonts, les moniales défilèrent une à une devant la nouvelle clirétienne gazouillant sur les genoux de sa jeune mère.L\u2019abbesse était sans crosse, mais franchement, quand même, dans I ensemble, on eût dit Bethléem, avec sa procession révérencieuse de bergers transformés, pour les besoins de la cause, en une pastoure majeure et ses pastourelles.Fut -ce 1 intercession de ce chérubin qui allait remettre sous peu en branle les cloches monastiques pour un deuxième et troisième baptême ?1 oujours est-il qu au lendemain de I inoubliable événement de janvier, les parents avaient sollicité la faveur de recevoir des leçons de catéchisme.L aumônier et 1 abbesse s\u2019instituèrent aussitôt maître et répétitrice ; ou mieux, le papa allait à Técole du moine, la maman à l\u2019école de Mère M., marraine de leur fille.Et ce fut de nouveau Pâques, avec des fleurs plein le jardin.Les branches des figuiers craquaient sous 1 avalanche embaumée de leurs bouquets roses.Une rosée attendrie perlait sur toute végétation, argentant la prolifique verdure des oliviers tors à feuilles bleues.Les néo-chrétiens voulurent d un prénom neuf, sans rappel de leur origine antérieure, puisqu aujourd hui ils étaient frais engendrés, I un et 1 autre, aux splendeurs exaltantes de la Loi.Ainsi aura fait, à Rome, le grand Rabbin Israël Zolli, prénommé au baptême Eugène, en I honneur de Sa Sainteté Pie XII : on sait en effet que cette âme si élevée fut amenée à Tunique Bercail par le spectacle des charités du Souverain Pontife envers les infortunés de la race hébraïque, souche primordiale du balut pour tous (Jn, IV, 22).La Terreur aussi allait prendre fin.Le jour tant souhaité d\u2019une trêve internationale satisfaisante entre les Puissances aux prises ne se leva pourtant pas sans amertume pour les héros de cette incroyable idylle.Le rétablissement mondial de la paix, c était, pour la nichée, la perspective d essors inentravés vers les sommets indéfiniment accessibles ; c était aussi celle d un adieu au gîte qu à plus d un titre nos fuyards d antan étaient en droit d appeler natal.200 Fille de nonnes ou Brigitte, histoire vécue Avec des larmes dans la voix, les partants, qui se dirigent vers le Nord du continent, ont demandé à prendre congé de la Communauté réunie, et le jeune papa insiste pour témoigner aux Sœurs sa gratitude en donnant à chacune 1 accolade.Mais la Très Révérende Mère a estimé peu prudent de mettre, en son Conseil, cette motion aux voix.Donc, Monsieur se contentera de tenir dans ses bras Brigitte, que, tour à tour, baiseront les religieuses, et la maman, elle, sera pressée, au nom des deux conjoints, sur tous les cœurs.Le jardin a refleuri sept fois.La vie monastique, troublée plusieurs mois par cette inconcevable aventure, a repris promptement son rythme rigoureux de régularité absolue.L incident est clos, presque effacé.On se souvient, tout au plus, des obligés devenus d insignes bienfaiteurs, pour prier à leurs très particulières intentions.L affectionnée famille a élu domicile dans la ville de Z., et un petit frère est venu rejoindre la fille des moniales de X.Une carte de la lointaine capitale entretient seule, à intervalles fixes, les rapports avec le monastère : un chèque l accompagne invariablement, toujours au nom de « filleule Brigitte », et « marraine (M ère) M.» remercie.Les hébergés de la Terreur habitent un vaste hôtel à proximité d\u2019un parc immense, dont tous les oiseaux viennent chanter sous les fenêtres de Brigitte, comme avaient fait par myriades, sous les cloîtres bénis, les hirondelles de son premier berceau.Ce matin d avril, à 1 avant-chœur, Mère M.donne avis du courrier d intérêt communautaire aux moniales assemblées.Lettre de Z.« L abbesse de X.est respectueusement invitée, en I église-cathédrale de Z., le 15 courant, pour 7 heures, à la cérémonie de Première Communion solennelle, que présidera Mgr Y.» Sur la carte, une frimousse câline de petite fille sourit, peinte en couleurs tendres, avec, comme vignette, ces mots, pour une telle assistance, d une signification éloquente : « Brigitte va recevoir Jésus.» Ces femmes de Dieu, rompues à 1 art de faire montre au dehors du moins de sensibilité possible, étaient assises sur leurs talons, durant la 201 Revue Dominicaine lecture, et elles n ont pas bronché.A présent que la voix abbatiale s\u2019est tue, elles se relèvent et, une a une, avec les révérences cl usage, entrent cérémonialement au chœur.Mais, dans leurs âmes en fleur à l\u2019unisson du beau printemps, une fibre mélodieuse a tout à I heure vibré.Et le verset sixième du Psaume CXXVÏ de Vêpres, qu elles sont sur le point d entonner, aura ce soir, pour elles, des résonances inaccoutumées qui, se prolongeant, transfigureront longtemps leur oraison nocturne : Beatus vir qui implevit desiderium suum ex ipsis.Non confundetur cum loquetur inimicis suis in porta.Jeannine Bélanger 202 ame du théâtre Scène : une salle de théâtre entre deux exercices.Un vieux comédien, un critique dramatique, un dramaturge, un metteur en scène, un spectateur, une jeune comédienne.On converse familièrement, entre amis.Vieux Comédien : Le théâtre est à la fois courtisan et poète.Critique : Qu est-ce à dire, vieux comédien ?Vieux Comédien : Le théâtre est à la fois objet de plaisir public et agent créateur ; à la fois chose non nécessaire mais recherchée, délectée, et nouveauté renaissante.Le théâtre est comme une courtisane, mais une courtisane un peu poète.Spectateur : C est pour cela qu il y a beaucoup de courtisanes au théâtre ?Dramaturge : Non.C est parce qu il y en a beaucoup dans la vie : le théâtre est à I image de la vie, une mise en scène de certains aspects de la vie.Metteur en scène :C est une vie domptée, arrangée, une vie qui n est plus libre, plus spontanée, plus créatrice ; c est une vie artificielle.Vieux Comédien : Pas si artificielle que tu le voudrais, metteur en scène.La vie, c\u2019est toujours la vie : tu le sais bien, toi qui as tant de difficultés à essayer de nous faire rendre les personnages tels que tu les voudrais : mécaniques, précis, sans âme, esclaves du décor et du texte, décors eux-mêmes.Dramaturge : Le théâtre, c est une vie dont on sait la trajectoire et la destinée, mais qui reste libre dans ses mouvements secondaires, dans ses détails : c est bien là le souci de 1 auteur ! Il voudrait pouvoir indiquer les intonations sur une portée musicale, dessiner les gestes, fabriquer les accessoires, réaliser l\u2019éclairage : il doit se contenter d écrire les dialogues et de suggérer les données importantes.Vieux Comédien : Mais les détails, c\u2019est de ce tissu qu\u2019est faite la vie ! Tu voudrais bien mener un théâtre de marionnettes, toi aussi, tout 203 Revue Dominicaine comme le metteur en scène ! Mais les ficelles de la liberté des comédiens sont moins souples et moins dociles que celles du théâtre de poupées.Critique : Et c\u2019est bien là ce qui rend le théâtre passionnant I Vieux Comédien : Grandeur et misère du comédien.Critique : Que veux-tu dire encore, vieux comédien ?Vieux Comédien : Grandeur : le comédien a la liberté d\u2019imposer au personnage sa propre personnalité, en faire sa version bien à lui.Misère : sa personnalité ne convient qu\u2019exceptionnellement au personnage, d où une lutte, des pourparlers, des compromis : chaque rôle est un vrai duel entre le comédien et le personnage.Spectateur : C est donc pour ça qu il y a tant de duels au théâtre : qui est vainqueur ?Metteur en scène : Souvent le comédien, qui tue le personnage ; parfois le personnage, qui envoûte le comédien.Dramaturge : Ce devrait toujours être le personnage qui s\u2019impose au comédien.Critique : Et quand la personnalité du comédien est assez forte pour dompter 1 ascendant du personnage, n est-ce pas à ce rare instant que nous atteignons au faîte de I interprétation ?Vieux Comédien : Non.Critique : Pourrais-tu t expliquer, vieux comédien ?Vieux Comédien : L harmonie entre la personnalité du comédien et I ascendant du personnage, c\u2019est ce qui compte.Synthèse difficile à réaliser.Coïncidence psychologique rare, même chez les grands comédiens : peut-être surtout chez les grands comédiens ; leur personnalité est trop vigoureuse, trop prononcée, aussi trop orgueilleuse pour épouser celle du personnage.Critique : Tu ne voudrais tout de même pas que le comédien s identifie servilement.Dramaturge : Pourquoi pas ?Le personnage a été créé de telle façon par I auteur, et pour être authentique, il doit vivre de telle façon.Autrement.204 L\u2019âme du théâtre Vieux Comédien : Autrement dit, vous comprenez mal.Il y a le drame de la pièce qui se joue entre les personnages inventés par I auteur ; il y a aussi et surtout le drame du comédien qui concrétise ce personnage de fiction, qui lui donne F existence, la vie.ou la mort.Spectateur : II y a en effet souvent de la mort au tliéâtre I Dramaturge : Tout comme dans la vie ! Jeune Comédienne : Parle-nous donc du drame du comédien, vieux maître ?Vieux Comédien : Tu es là, toi, jeune comédienne : toi, tu pourras me comprendre.Tu sais bien déjà que le comédien est continuellement aux prises entre le naturel et I artificiel.II se produit : il devient ce qu il n\u2019est pas, tout en ne pouvant cesser d\u2019être ce qu\u2019il est.Le comédien prostitue sa personnalité par métier (alors que beaucoup d autres le font par Iâcbeté, pour sauver la face) : il se met dans la peau d un autre, ou plutôt il met un autre personnage dans sa peau.Dans les coulisses de la prostitution, I on sait I importance du costume, du tape-à-I œil, du maquillage ; il en est de même au théâtre : les artifices, les babits d\u2019époque, les accessoires truqués, les grimages élaborés, les éclairages viennent masquer le faux qui pourrait se glisser dans un travesti psychologique avorté.Critique : Travesti psychologique ?Un instant, vieux comédien, je prends ça en notes pour mon article.Dramaturge : Tiens, ce serait là un beau titre de pièce : ça ferait bien chez les snobs.Metteur en scène : Difficile en diable à mettre en scène ï Spectateur : Moi, je n y comprends rien I Dramaturge : On ne te demande pas de comprendre, spectateur : on te demande de payer ï Spectateur : Ah I mais non I Je veux comprendre, moi ï Ou alors, si on n\u2019y voit rien, je ne paie plus I Et vous en mangerez, de votre histoire spykologique.205 Revue Dominicaine Metteur en scène : Mais oui, tu as raison, spectateur : c'est là mon ouvrage à moi I Rendre les pièces de théâtre, élucubrations de théoriciens intellectuels, de dompteurs de marionnettes, compréhensibles pour le grand public, afin de l\u2019attirer et de ne pas trop le décevoir, pour qu il revienne : je t\u2019assure que ce n\u2019est pas une mince affaire, avec les pièces récentes î Critique : Continue donc ton développement sur le travesti psychologique, vieil ami ?Vieux Comédien : Tu le comprendrais abstraitement, toi, critique à la chasse d\u2019expressions frappantes, de mots de passe.Attache-toi plus aux réalités qu aux mots.Critique : Bien sûr ! Mais il faut que je me serve de mots pour les habiller, ces réalités.Vieux Comédien : Hélas I oui.Mais ne les habille pas trop, ne les camouffle pas.Critique : Pour me rendre à ton désir, je citerai textuellement tes paroles dans mon article : ainsi je serai assuré de ne pas trahir ta pensée I Vieux Comédien : On trahit toujours sa pensée quand on la traduit en mots ; mais puisqu il n est pas cl autre procédé de rendre nos pensées, nous devons prendre le risque.Spectateur : C est ça : enfin parle-nous de ton machin spykolo-gique.Vieux Comédien : Ne t en fais pas, spectateur : je ne suis ni dramaturge ni ciitique pour t éblouir de mots que tu ne comprends pas.Vois-tu, le comédien, en rendant le personnage qu on lui a demandé d incarner, doit devenir un peu ce personnage.Alors il est un peu moins lui-même et un peu plus I autre, à force de compréhension, de travail.C est de 1 équilibre de ces deux forces en présence que jaillit le succès réel d une pièce.II faut que I équilibre soit satisfaisant dans chacun des.comédiens : autrement, ça ne va pas.Toi, jeune comédienne, tu verras en mûrissant à I ouvrage comment c\u2019est difficile.Spectateur : Là, je comprends.206 L\u2019âme du théâtre Critique : Mais revenons à ton travesti psychologique, veux-tu ?Vieux Comédien : Pauvre critique I C est ça que je viens d\u2019expliquer au spectateur, à celui qui permet à tous ceux qui sont ici de vivre : lui, il a compris ; mais c était trop simple pour que tu comprennes, toi, et le metteur scène, et le dramaturge.Dramaturge : Alors, comédien, développe un peu plus ta théorie ?Vieux Comédien : Ma théorie : mais ce n est pas une théorie ! Je ne lance pas des choses en I air, moi ; je fais du vivant, du concret, je ramène sur les planches, au niveau du public, vos envolées théoriques : c est à cause de ça que le public connaît bien les comédiens, qu\u2019il I es aime, il est vrai d une affection un peu capricieuse et inattendue, tandis qu il ignore souvent jusqu au nom du dramaturge et du metteur en scène ; si vous étiez des comédiens, si vous saviez les difficultés d accrocher des dialogues intellectuels à la réalité quotidienne, de communiquer des idées aux modes d avant-garde aux spectateurs attirés irrésistiblement par le dramatique concret, alors il y aurait moyen de s\u2019entendre, peut-être, dans la confection d un théâtre populaire.Spectateur : Et moi, je pourrais vous comprendre, je viendrais plus souvent vous voir : car j aime ça, le théâtre, vous savez ; comme vient de le dire le comédien, il y a quelque chose là-dedans qui m attire irrésistiblement : j y cherche un élément qui manque dans ma vie ordinaire.Vieux Comédien : Tu y cherches, comme nous tous, une émotion dramatique, qu elle soit comique ou tragique ; d ailleurs la limite entre le comique et le tragique est assez difficile à indiquer clairement : le sentiment dramatique les confond quand ils sont d une qualité, d une intensité suffisantes.Les drames ont toujours attiré irrésistiblement la foule aussi bien que I individu : aujourd hui cette attirance se manifeste surtout par les multiples journaux qui dévoilent au grand public les dessous des affaires les plus strictement personnelles à côté des grandes histoires du monde officiel ; la radio et la télévision accentuent cet état de choses ; et le cinéma lui donne une expression particulière.Spectateur : En parlant de cinéma, comédien, moi, tu sais, j\u2019aime mieux ça que le théâtre.207 Revue Dominicaine Vieux Comédien : Je te comprends bien, et moi aussi, je suis de ton avis.Critique : Toi, comédien ! Te voilà à la fin de ta carrière, et tu trahis ! Dramaturge : Alors, c est pas la peine de perdre son temps ici.Vieux Comédien : Mais le théâtre et le cinéma, c\u2019est du pareil au même ; après tout, le cinéma, ce n est qu\u2019une manière moderne et technique de faire du théâtre î Pour le comédien comme pour le dramaturge et le metteur en scène, comme pour le spectateur, rien n\u2019est fondamentalement changé et les valeurs sont toujours les mêmes.Et le comédien ne peut pas honnêtement bouder le cinéma : c\u2019est pour lui un autre moyen d\u2019expression, qui a plusieurs avantages et quelques inconvénients, qui lui offre des opportunités intéressantes, dont celle de rembourser ses dettes 1 Critique : Dans ces conditions-là on ne s\u2019entend plus : ça devient vraiment trop vulgaire ! Dramaturge : Oui, il vaut mieux se retirer.Vieux Comédien : Mais non ! On a toujours été de bons amis, on a fait du bon travail ensemble : pourquoi ne pas continuer ?Critique : Mais c est toi qui parles de lâcher I Vieux Comédien : On ne lâche plus à mon âge : le passé a fait une marque trop profonde.Et je découvre une fois de plus, avec un peu de peine, qu il est dangereux et presque impossible d être fondamentalement sincères avec les autres, comme avec moi-même I Mon métier me demande quotidiennement de me mettre dans la peau des autres, d\u2019agir comme ils le feraient : allons-y une fois de plus, même si j espérais ne pas être obligé à ce lugubre travesti avec de si vieux amis.Voyez-vous, le nœud du drame au théâtre, il est là, dans 1 âme du comédien.Et vous, messieurs les dramaturges et critiques, ça vous offusque que le théâtre soit populaire : mais autrement, il lui devient impossible de survivre, comme c est souvent le cas de nos jours : on fait des pièces accessibles à un tout petit groupe et on ne s explique pas comment il se fait qu\u2019un tout 208 L\u2019âme du théâtre petit groupe seulement y assiste I Notre théâtre contemporain manque de vie, de dimension concrète, d intérêt quotidien ; pourtant les modèles ne manquent pas ckez Molière et Shakespeare I Votre esprit d abstraction a gâté votre sens du concret existentiel.Puisque vous ne comprenez que le langage des mots, employons des mots : spectateur, tu peux te boucher les oreilles, ou te retirer, comme tu le fais d\u2019habitude en pareille circonstance, et toi aussi, jeune comédienne : je m adresse maintenant à ceux qui souffrent d angélisme.Metteur en scène : Tu te moques de nous, comédien : ce n est pas chic ï Vieux Comédien : Vous m\u2019avez obligé à me moquer de bien des gens et de bien des choses dans vos pièces : parfois c étaient là des réalités que je respectais au fond de moi-même.Mais je devais me prêter à votre jeu, sinistre souvent.Voilà que ça vous retombe un peu dessus, maintenant : soyez donc bons joueurs aussi ï Dramaturge, ne manque pas de broder une jolie intrigue pour ton cénacle ! Critique, prends des notes, que tu traduiras en langage indéchi ffrable pour épater ton patron et les snobs.Metteur en scène, prévois tes effets artificiels.Mais au fait, je ne me sens pas le talent ou le génie de parler de manière à ne pas être compris I Spectateur, reviens donc ici, je te raconterai une petite histoire : c\u2019est encore le meilleur moyen de te plaire ; et si ces messieurs n ont pas complètement perdu derrière eux les souvenirs de leur lointaine simplicité d enfance, ils pourront peut-être comprendre.« Il était une fois un homme qui se promenait sur le rivage de la mer.Les vagues miroitaient au soleil, et prenaient un dernier élan pour venir se coucher docilement dans le sable ; le vent lui disait d étranges choses à l\u2019oreille.II marchait et se regardait marcher ; il gesticulait et se regardait gesticuler ; il n en était pas encore rendu à ce degré d évolution ou d écœurement où I on s ennuie avec soi-même.Il se croyait seul, mais il sentait bien qu\u2019il ne l\u2019était pas.II y avait en lui deux êtres : un qui agissait et un autre qui le regardait agir : un qui vivait et un qui se regardait vivre.L\u2019homme observait attentivement ce drôle de phénomène 209 Revue Dominicaine de dualité intérieure : ce n est évidemment que plusieurs siècles plus tard qu\u2019il appela ça une dualité intérieure : dans ces temps reculés, primitifs, on préférait les réalités aux mots.II se demandait jusqu\u2019où la marge pouvait aller entre ces deux lui-même.En revenant de sa promenade, il se mit à observer les étranges choses que font les hommes quand ils se croient tout seuls, et à les imiter avec son moi-acteur : son moi spectateur en avait un plaisir fou I II poussa ses expériences jusqu\u2019à incarner des personnages qu\u2019il se fabriquait dans son imagination : mais ça ne dépassait jamais la copie de ce qu\u2019il avait observé réellement I Un jour, un de ses rares amis arriva sans faire de bruit et le regarda faire en retenant autant que possible le rire irrésistible qui le gagnait : n\u2019en pouvant plus, il éclata.» Et maintenant la morale, à I intention de ceux qui ne sont pas assez simples pour entendre l\u2019histoire : le travesti psychologique, phénomène naturel cultivé artificiellement (et aujourd hui d\u2019usage très courant) a donné le théâtre, ou l\u2019art du comédien.Dramaturge : C est bien gentil, ta théorie.je veux dire ta manière de penser le théâtre, comédien.Metteur en scène : Ce qui me frappe, vieux comédien, c\u2019est ta souplesse sur les planches.Il y a bien longtemps que je me demande pourquoi tu rends différemment le même personnage, à des représentations successives ou à des reprises différentes ?Vieux Comédien : Parce que je ne suis pas satisfait de mon incarnation précédente et je pense qu il y a peut-être moyen de faire mieux : alors, j\u2019essaie.Critique : II y a donc différentes manières de rendre le même personnage ?Dramaturge : Oui, mais il n y en a qu\u2019une de bonne : celle que I auteur a voulue ! Metteur en scène : Ou celle que le metteur en scène suggère.Spectateur : Et pourquoi pas celle que le public préfère ?210 L ÂME DU THÉÂTRE Critique : A ce compte-là, c est le critique qui devrait avoir le dernier mot ! Vieux Comédien : Vous êtes tous mûrs pour le théâtre de marionnettes.Qu est-ce qui est le plus important au théâtre : le dramaturge, le metteur en scène, le comédien ou le critique ?Spectateur : C est le spectateur ! Vieux Comédien : Tu as raison.Le public n est pas simplement un élément embarrassant mais nécessaire ; c est une force avec qui il faut compter ; on fait du théâtre pour le spectateur.Le rôle du critique est celui d\u2019intermédiaire entre le plateau et la salle : fonction ambiguë et dangereuse ; le rôle de I auteur est de fabriquer des situations et des personnages pouvant intéresser les spectateurs ; le rôle du metteur en scène est de concrétiser ces situations pour que le spectateur réagisse favorablement.Jeune Comédienne : Et notre fonction, vieux comédien ?Vieux Comédien : C est là le plus difficile, ma jeune amie.II s\u2019agil d incarner les personnages de I auteur, de les faire passer la rampe, de véhiculer le sentiment dramatique dans une existence charnelle jusqu\u2019au spectateur qui attend.C est un lien complexe que celui qui relie le dramaturge et le public à travers le comédien.Le comédien doit conserver sa sincérité psychologique devant la dualité de son métier, il doit plaire au spectateur et ne pas trop trahir le dramaturge tout en tenant compte des indications du metteur en scène I Et ce personnage, souvent ce monstre, avec lequel le comédien vit intimement pendant quelque temps, chacun le comprend à sa manière.C\u2019est là l\u2019essentiel d\u2019un type : un type ne ressemble à personne mais on le trouve chez un peu tout le monde, et alors un peu tout le monde le comprend à sa façon.L\u2019intérêt du théâtre, ce qui explique qu il existe depuis des siècles et qu il a trouvé un nouvel élan de jeunesse chez le grand public par le cinéma, c\u2019est que par lui I homme s observe lui-même à travers les personnages qui évoluent sur la scène ou à I écran : et il est tout naturel que I homme trouve intéressant d épier I homme, car c\u2019est pour lui un moyen de se connaître, de pénétrer Revue Dominicaine un peu son mystère personnel.Je disais tout à I\u2019keure que le dramatique est aussi Lien tragique que comique : en fait, mon expérience ne me permet pas de conclure qui du comique ou du tragique toucke le plus profondément I komme de la salle et I komme du masque, car les deux m ont fait toucker le fond, le mystère ; et je ne connais pas de comique qui ne soit teinté de tragique, ni de tragique qui ne soit pas d une certaine façon comique.Jeune Comédienne : Continue, vieux comédien ! Vieux Comédien : J\u2019en ai déj à dit trop pour ces messieurs et j\u2019ai peur de les ennuyer : regarde ce critique qui s ennuie tellement qu\u2019il en oublie de prendre des notes ! Critique : C est pourtant vrai : tu m\u2019intéressais tellement que j\u2019en ai oublié mon article ! Vieux Comédien : Tiens, tu aimes les pensées frappantes, en voici une : la pantomime n est pas la décadence ou un genre inférieur du tkéâtre, c en est bien au contraire l\u2019apogée, le sommet le plus dense.Critique : Explique-toi donc un peu, vieux comédien ! Vieux Comédien : Je crois sincèrement que tu es assez intelligent et que tu connais assez le tkéâtre pour t\u2019expliquer ça à toi-même ! Viens, ma jeune amie, allons travailler dans l\u2019ombre de ce cker Molière, de ce maître à penser.et à vivre ! Guy Robert 212 Erreurs en psychanalyse Pour se reconnaître dans le cKaos de 1 expérience, 1 exigence naturelle de l\u2019esprit le porte à recourir au principe de causalité.La découverte de 1 origine d\u2019un fait, c est déjà sa meilleure explication.Dans une situation psychologique, il faut s efforcer de voir si I élément psychique quantitatif et qualitatif peut se réduire à une cause unique dont il découlerait, s il est une réalité ou s\u2019il exprime une réalité autre que lui-même.Cette dernière hypothèse est généralement la plus négligée par la psychanalyse.S\u2019il est vrai que le point de vue psychanalytique est devenu, à notre époque, une des grandes possibilités d identifier le MOI intérieur de l\u2019individu, il est aussi évident que la société reconnaît l\u2019évaluation morale comme le premier mode de considération du comportement humain.Quant aux intellectuels, leur credo est tout entier contenu dans 1 attitude philosophique de leur pensée.Le psychanalyste associera cet état de fait à tous les mobiles qui peuvent s\u2019imposer dans chaque situation psychologique, tout en évitant de faire cette relation sous le seul angle logico-scientifique, erreur fréquente du philosophe envers la philosophie, du médecin envers la médecine et de l\u2019analyste envers la psychanalyse.Cette dernière ne représente pas uniquement la science des déficiences psychiques et particulièrement des névroses, c est-à-dire la recherche et l\u2019application thérapeutiques, ce qui lui imposerait d étroites frontières, mais elle est le symbole de la recherche de toute source, de toute expression humaine, individuelle et collective, à partir de la source psychologique.Cette portée illimitée la met nécessairement en rapport avec d autres méthodes de recherches, d autres disciplines, d autres principes reconnus et admis depuis des millénaires comme des vérités évidentes.Quel que soit le degré de maturité psychologique d un individu, sa pensée est capable de percevoir « naturellement » des vérités essentielles sans qu elles soient obligatoirement le produit d\u2019un mécanisme et d une compréhension psychologiques.Dans ce cas, seul le psychanalyste détiendrait le sérum de vérité.Et nous tombons dans l\u2019absurde.213 Revue Dominicaine Certains psychanalystes, certaines recherches sur la connaissance positive, déterminisme et rationalisme, touchent cependant à cette absurdité.L « authenticité » du fait psychique et humain est-elle toujours systématiquement au cœur de l'inconscient ?La psychanalyse peut-elle alors réfuter cet empirisme dégradant quon lui attribue ?Fenichel insiste sur ce procédé « qui a toutes les chances d\u2019être une identification narcissique ».Car toute connaissance est une « orientation dans le monde ».Mais la psychanalyse n aurait pas sa raison d\u2019être si cette connaissance du monde était « instinctive », et cette perception des phénomènes individuels, collectifs, universels, serait incomplète et souvent impossible sans la « croyance » aux mécanismes de l\u2019inconscient.L esprit psychanalytique n est pas scientifique s\u2019il prend les résultats scientifiques comme I expression de la réalité.L évidence d un fait ne signifie pas que ce fait soit vrai, il lui reste à subir I épreuve de la réalité.Un mensonge mis au jour ne nous permet pas de juger son auteur consti- tutionnellement menteur.Dans quelles conditions a-t-il été amené à mentir, et ce mensonge est-il un moyen ou une fin ?La timidité, déficience psychique, est-elle irréductiblement la preuve que celui qui en est affligé soit un névrosé, c\u2019est-à-dire un individu dont l\u2019horizon ressemble à une rue sans issue ?Cette timidité ou ce qu\u2019on appelle telle peut être la grande possibilité, le meilleur facteur de régulation qui permettent au sujet d« équilibrer » sa personnalité et de faire jaillir ce qu\u2019il a de meilleur en lui.Elle peut lui imposer une pondération, une justesse dans le jugement, un enthousiasme réfléchi, toutes qualités non essentiellement filles de I intelligence, puisque I affectivité colore toujours plus ou moins heureusement cette intelligence.Or tout élément névrotique, qu il procède d un sentiment d infériorité ou d\u2019une déficience sexuelle, n\u2019est jamais un facteur de régulation dans les comportements humains.L\u2019homme normal est incapable de faire admettre son authenticité d\u2019après un barème pathologique.On constate alors que ce travail d organisation psychologique pour arriver à I épreuve de la réalité, ajoute aux considérations psychologiques 214 Erreurs en psychanalyse Je base Jes points Je contact avec la pbilosopbie, la sociologie, la morale.comme si la recherche psychologique, pour s assimiler la réalité, Jevait au préalable s assimiler ce qui lui est étranger : I auteur J un mensonge est-il réellement un menteur, est-il moralement aJmissible Je le croire ?Dans une même société, pourquoi accueillir favorablement un être et mépriser l\u2019autre alors qu\u2019ils sont psychologiquement iJentiques ?Un révolté et un poète n\u2019ont-ils pas au Jépart une commune frustration affective ?L\u2019homme normal et le névrosé sont tous Jeux soumis à Jes forces J intégration plus ou moins positives, conséquentes et valables.L inJiviJu s\u2019intégre Jans la société qui le fait vivre.La première est sa famille, la seconJe est le groupement social qui lui impose ses lois, ses restrictions, ses amenJements, sa liberté.C\u2019est ici que commence la Jifférenciation.Trop habitués à IinJiviJualisation, nous perJons Je vue que nous obéissons à un patrimoine commun Je mœurs, Je traJitions, Jont la communauté se limite à un peuple, à une race, voire à une religion, et non à toute l\u2019espèce humaine.Ce qui est normal pour un noir J Afrique ne Lest plus pour un sauvage Je I Amazonie et vice versa.Les rites occiJen-taux ne se réfèrent pas à la même échelle Je valeurs que les rites orientaux.L\u2019anomalie varie selon la culture et l\u2019histoire, selon 1 espace et le temps.Les relations J un groupe sont aussi fertiles que I amour J un couple.Elles possèJent une plus ou moins granJe capacité J intégration ou Je Tésintégration Je la psyché humaine, pour la paix ou pour la haine, pour I évolution ou la régression.Il y a Jonc un inJéterminé antérieur à la première Jifférenciation, inJéterminé qui s accentue à Jifférentes époques historiques, selon les exigences et les bouleversements collectifs.L\u2019homme réponJra à I impératif J une société J une manière qui lui est particulière, après avoir riposté selon le vieux fonJs pulsionnel commun à sa race.II apportera un ensemble Je Jispositions psychiques, une structure personnelle unique tout au long Je sa vie qui s est transformée en fonction Je I éJucation reçue et Je ses propres expériences.Un caractère n est jamais fixe, ce qui ne se traJuit pas par instable.II 215 Revue Dominicaine accepte, refuse, compense.II est aussi mouvant que les circonstances de la vie.Il façonne la vie et la vie le façonne.Jusqu\u2019à quel point les expériences multiples du sujet modifient-elles les traits originaux ?Notre déterminisme psychique que certaine psyckanalyse tient souvent pour un critère de normalité est, en fait, le critère de I anormal.Le degré d adaptation à une collectivité n\u2019a rien de statique et I homme est sain quand il s adapte au plus grand nombre de circonstances données.II se recrée chaque jour, on le reconnaît à h expression spontanée de son adhésion aux milieux les plus variés.L\u2019anormal ne visera qu une situation de sécurité, trop content d\u2019avoir la chance d\u2019être en mesure de suivre la routine que la vie quotidienne dicte à chacun comme un minimum vital.D où I erreur d étendre aux sujets sains cette perspective d\u2019une unique adaptation à une existence bien déterminée.L adaptation au réel, constante psychanalytique, devient dangereusement relative : ce qui est une prouesse pour un psychisme qui a régressé depuis des années, devient un appauvrissement, une impossibilité pour un psychisme en perpétuel évolution.Pour I homme normal, le présent est déjà du passé et la santé n\u2019est jamais un bien acquis définitivement ; elle est un gain quotidien de l\u2019organisation individuelle sur l\u2019organisation collective, une victoire d une unité sur un nombre.Au \\ieux postulat freudien qui convertit la psyche en une somme d automatismes et de mécanismes, on oppose un « réel » qui ne peut pas être réduit à une survie de I individu, mais représenté par une collaboration avec la vie.Systématiquement, encore pour sauver l\u2019espèce, on classe comme asocial tout individu qui ne peut vivre que de l\u2019autre côté des normes rigoureusement établies.Distinction essentielle : il y a des asociaux, en révolte contre le conformisme de leur époque ^ l\u2019abbé Pierre en est un vibrant exem pie qui ont véritablement une fonction sociale.Cette fonction est historiquement reconnue et non simplement découpée dans un temps, une circonstance, un lieu donnés.Tous les pionniers de toutes civilisations ont été des asociaux, psychologiquement parlant, mais non point des anormaux sur le plan des réalités.Qui doit primer 216 Erreurs en psychanalyse du code psychologique ou de la réalité collective ?A l\u2019empirisme de certaine psychanalyse, à des règles établies on peut en établir d autres qui ne viendront pas en contradiction avec les premières mais les confirmer.Ainsi I orthodoxie analytique s attache à balancer I économie psychique de chaque individu.Cette économie doit-elle se faire systématiquement par une diminution au niveau de toutes les énergies ?N aurait-elle pas autant de valeur si I individu commençait par rompre aussi systématiquement avec I une ou I autre de ses énergies pour préserver toutes les autres ?Et son adaptation au réel ne serait pas manquée.Si certains ont réduit le potentiel de toutes leurs énergies pour arriver à un minimum vital commun, les autres ont rompu avec des traditions et des calculs pour dépasser ce minimum vital.C\u2019est la source de tout progrès.Parce qu\u2019il veut s\u2019adapter à un réel plus réel, le progressiste doit-il être qualifié d anormal ?E)es sublimations sexuelles parfaitement réussies ne sont pas autre chose qu une rupture avec les besoins sexuels, rupture compensée par un élargissement illimité au niveau de la société, de la religion, de I intellect.Le contenu de cet élargissement a dorénavant son échelle de valeurs autonome.Et I axe économique n a pas été déplacé.Le dynamisme humain dont toute collectivité a besoin pour progresser, n a pas été mis à mort.La différence entre le sujet sain et le sujet anormal qui a toujours été une différence quantitative restera encore une différence quantitative : I asocial névrosé est toujours au-dessous du minimum vital commun, I asocial progressiste se donne pour objectif de toujours le dépasser.II rompt précisément avec ce minimum imposé arbitrairement pour assurer un nouveau rendement qui deviendra à son tour dénominateur commun.C\u2019est I\u2019 évolution d une génération sur la précédente.La rupture individuelle, reproduite à plusieurs exemplaires aboutit à I équilibre de la majorité.Le respect du destin d une poignée d asociaux, d idéalistes, permet de sauver le destin de toute la société.Exiger de ces idéalistes, attraction de l\u2019avenir, qu ils s\u2019adaptent à une société déjà existante, c est contraindre toute la société à un éternel Moy en Age.217 Revue Dominicaine La psychanalyse est une science de I homme et non des faits étudiés, même si elle ne prétend pas savoir d où nous venons et où nous allons, et l\u2019homme est toujours plus total que des faits étudiés.A quoi l\u2019adapter quand on se contraint à ignorer une dialectique de ses valeurs sociales, religieuses, éthiques ?Dans cet élargissement, la psychanalyse reste une science du comportement.L erreur de I éthique personnaliste est compensée par I irremplaçable fusion de I homme « existentiel », avec ses tendances naturelles, son éducation, son intimité, avec I homme « essentiel ».« L\u2019existence de chaque homme, celle de chaque faculté psychique, se justifieront par la fin du tout» (S.S.Pie XII).Même si la psychanalyse, qui n est pas une philosophie, reste silencieuse sur la fin de chaque existence humaine, Freud n a jamais rejeté radicalement I homme « essentiel » : « La civilisation est un processus à part se déroulant au-dessus de l\u2019humanité» («malaise dans la civilisation»).En conséquence, la psychanalyse actuelle, où la conscience prend de plus en plus le pas sur I inconscient, se doit d admettre avant tout diagnostic, des différences individuelles, les caprices de î histoire et de la géographie, et I « instinctive » pénétration des réalités par les « élus ».Le réel du musicien, qui est la substance de son rêve musical, n est pas le réel du mystique qui se situe au-delà des théories et contre-théories quotidiennes.Avec sa personnalité, son intimité, son mystère, chacun gravit les échelons de I évolution, et par des voies différentes et tout aussi respectables, s\u2019achemine vers le perfectionnement.Peut-on décl arer un poète « névrosé » parce qu\u2019il voit le premier se lever le soleil et venir l\u2019ombre de la nuit ?La compréhension intuitive peut le mener aussi sûrement dans les ultimes profondeurs de I inconscient et de la réalité.Pourquoi concéder à certains phénomènes une valeur de réel et la mépriser pour d\u2019autres ?Quand un être est supérieur à la moyenne, doit -on le ramener, le réduire aux normes d\u2019une mesure ordinaire, sous prétexte qu il ne doit pas sortir des cadres ?Cet irrespect de la personne humaine n est-elle pas identique à une régression infantile ? Erreurs en psychanalyse A un congrès catholique de psychothérapeutes, le professeur suisse Rochedieu jeta un argument majeur dans la discussion : « Ce qu on entend par équilibre psychique c est une adaptation du sujet à son milieu.Or, toute vocation comporte une certaine inadaptation : il s\u2019agira de lutter contre les faiblesses, les tares, I immoralité, I injustice du milieu où vit le sujet.Ne risque-t-on pas en adaptant le sujet à son milieu, de lui faire accepter également les tares de ce milieu ?Chez celui dont la vocation religieuse comporte une lutte pour transformer ce milieu ambiant, cette adaptation au milieu obtenue par la cure analytique, ne va-t-elle pas I amollir et l\u2019entraîner à des compromis qui seront une négation de sa vocation ?Plus tard, il est vrai, en accédant à un niveau plus élevé, le sujet retrouvera la possibilité de récupérer une deuxième innocence.Toutefois, on est en droit de se demander s il retrouvera un dynamisme égal à I arrivée ».Dans le cas d une vocation, quand on parle d une certaine inadaptation, on pourrait poursuivre en disant qu il y a en plus, en face d\u2019une vocation authentique, une dépersonnalisation très significative : « Ce n est plus moi qui vis en LUI, c est LUI qui vit en moi ».Le moi intime se dénude, s estompe, pour faire place à I image de l\u2019idéal.Tout narcissisme a disparu.Aimer et non pas exclusivement être aimé.Ce n est pas à la société ambiante que I analyste cherchera à adapter le sujet qui désire sauver sa vocation d un conflit psychique, mais à sa propre hiérarchie des valeurs et à son appel.Le respect de la personne humaine et la liberté 1 exigent.Et les échecs sont-ils toujours de caractère névrotique ?Des âmes particulièrement choisies font des obstacles et des échecs les atouts suprêmes de leur jeu : parvenir à rencontrer leur idéal est leur unique préoccupation, dût-elle être le résultat d\u2019une rupture avec le monde et épuiser jusqu à I extrême limite leur capacité de souffrir.Cette rencontre avec I idéal équivaut à une volonté ferme de s engager sur une voie.Que reproche-t-on au névrosé si ce n est celte 219 Revue Dominicaine peur de s\u2019engager, cette indécision, cette perpétuelle késitation entre un moins et un plus qui cacke une non moins perpétuelle angoisse de perdre une part de lui-même ?La vocation autkentique a dépassé cette insécurité.Le sujet renonce à son propre néant, dont il a conscience sans angoisse morkide, pour aller s\u2019unir dans l\u2019amour à un tout qui est Dieu.La suklimation a dépassé le plan psyckologique : ce n\u2019est plus seulement le retour à une unité dans un moi disloqué, c\u2019est le kesoin d\u2019une unité totale, suprême réalité, au delà du moi unifié.Dieu au delà d une moyenne d\u2019énergie psyckique.C\u2019est une réalité vivante au-dessus d\u2019une tkéorie empirique.II résulte que la psyckologie positive, qui se fonde sur une constatation des faits, cesse d être okjective en ne considérant pas comme un « fait » I irréductikilité de la totalité de la personnalité dès qu'il y a okservation de la personnalité « vivante ».La tkéorie de la réductikilité n est malkeureusement pas un proklème en anatomie psyckique ou dans la genèse des névroses.II s agit ici d un « individu » ou d\u2019un malade, c est-à-dire d une moyenne qui restera toujours tkéorique, et d\u2019un état régressif.L komme « personnel » impose sa « complexité personnelle » qui dépasse le cadre des tkéories et devient une « action » kumaine.A I intérieur du psyckisme, les facteurs culturels, sociaux, organiques, sukissent des influences réciproques okservées psyckologiquement ; cependant si la psyckologie n\u2019intervient pas dans « l\u2019existence » de la totalité de la personnalité, elle préside à I\u2019« action » de cette totalité de la personne sur les activités et les kesoins kumains.Ainsi le dynamisme de la personnalité n est pas contenu dans la seule force positive de I énergie psyckique.Une autre erreur est de considérer l\u2019organisation kiologique ou psyckique comme une entité kumaine.Elle constitue un kesoin fondamental parmi les forces intérieures ; elle ne résume pas I ensemkle des kesoins qui sont à la kase des conduites.Pour la psyckologie freudienne on réclamait cette émancipation.La Iik re expression des tendances est un proklème intime difficile à 220 Erreurs en psychanalyse résoudre.II lui faut un cadre très large qui va au-delà de celui des excitations intérieures.Le monde en tant que collectivité, progrès, culture, résoud ce difficile problème tant que I individu réussit à se maintenir en étroite collaboration avec la collectivité et reconnaît que les besoins de cette dernière sont confondus avec ses propres besoins.Le besoin de communication, d\u2019adhésion au groupe, qui favorise I bomme et son milieu, est plus qu\u2019organique, il est une nécessité qui convient à toute évolution, qui se situe au cœur du drame psychologique de I bomme normal et du névrosé.Les relations de I individu et du groupe s imposent autant que ses exigences sexuelles.Le besoin de donner ou de trouver une biérarcbie des valeurs, une signification à l\u2019existence quotidienne, n est pas seulement favorisé par la métaphysique, la philosophie, la théologie.Une science constate des faits, en développe d\u2019autres, en répudie d autres encore.Le besoin de profonde connaissance, de vérité scientifique ou mathématique, ne naît pas d\u2019une discussion, il est le résultat de la considération que I individu entretient pour son milieu, son groupe.Sur le plan physiologique, les relations ont également pour objet cette considération.Sur le plan psychologique, le besoin souligne un type de comportement qui n\u2019est pas autre chose, dans les cas normaux, que le lien indissoluble entre l\u2019unité et le groupe.La psychologie individuelle d Adler supposait également ce groupe et son influence, en autant qu elle maintenait la supériorité individuelle et la conservation du moi.Nous concevons que le besoin social de I individu engage plus que I individu, il engage toute la société.Le besoin est réciproque.L unité a besoin de son groupe comme le groupe a besoin de chaque individu.Plus les relations psychophysiologiques sont nombreuses, plus impérieux est le besoin d adhérer l\u2019un à l\u2019autre.Cet impératif n\u2019est, cependant, pas aussi shématique dans la réalité quotidienne.II ne se dessine pas aussi vigoureusement chez tous les individus.Avant d\u2019être un réel besoin de l\u2019être profond et humain, il est précédé de formules relationnelles établies avant la connaissance et la prise de conscience.Le moi intime, la personnalité se doivent de s adapter à des lois sociales qui régissent les rapports entre 091 \u2014* * Revue Dominicaine 1 individu et le groupe.L équilibre est fragile, ces lois existant avant I evolution du sujet menacent ses relations organiques avec son milieu.Les lois, qui constitueront dans I avenir I essence de ses tendances supérieures, provoquent un conflit, I éternel conflit, avec les tendances inférieures.Quelle conduite I individu supportera-t-il ?Réduire, supprimer les lois existantes ou n y point consentir ?C est le jeu du névrosé.L homme normal les modifiera, dans ce sens que son conflit intime provoquera les lois sociales établies et les obligera à devenir individuelles et personnelles.Le conflit concrétisera le besoin social qui préside à l'élaboration de certains types de comportement.« On peut dire ainsi que la conduite est la forme concrète que prend et crée le besoin en passant de l\u2019existence intra-organique et cognitive à I existence fonctionnelle dans le monde du sujet.Ce passage est I\u2019abré-action même, au moins partielle, de la tension\u2019ou du besoin» (Joseph Muttin, Psychanalyse et conception spiritualiste de l homme).Toutefois, cet angoissant effort d\u2019assimilation à une totalité qui ne devra pas engloutir I individualité, reste déterminé par le dynamisme psychique.En conséquence, aussi considérable, aussi dramatique soit-il, il n aboutit pas irrémédiablement à I agonie psychique.La prise de conscience des problèmes de la destinée humaine se mesure au degré d\u2019évolution de la personnalité.Progressivement libéré des servitudes premières, I individu, même s il est toujours marqué du sceau de l\u2019instinct, découvre une dualité différente de celle de la nature des instincts.Une « intuition essentielle » le « pousse » à la réflexion, à l\u2019approfondissement de théories vieilles comme le monde, de disciplines qui lui paraissent quelque peu insolites.Il se sent radicalement « étouffé » par un enchaînement de faits et de circonstances qu il ne comprend pas et dont il se sait étranger.Son système énergétique entretient son besoin de connaître la filiation naturelle existant entre les parties de la totalité et cette totalité, et le déterminisme qui I explique comme il expliquerait sa solidarité avec autrui et le besoin qu il en a pour se « réussir » soi-même.André La Rivière Psychologue et psychanalyste consultant 222 Les nouvelles tâches du Service social en face des problèmes que 1 industrialisation pose à 1 institution et à la vie familiales Mesdames et messieurs, Les Conférences internationales du Service social me font un grand honneur en m\u2019invitant à prendre la parole au cours de leur présente session.Pourtant, je ne suis pas, professionnellement, un travailleur social, même si je crois de tout cœur au service social.Je ne suis qu un sociologue, ou plutôt un philosophe égaré dans les sciences sociales.Mais un philosophe qui a assez Lien compris l\u2019importance des sciences sociales, pour fonder lui-même, avec une équipe de spécialistes, une Faculté de sciences sociales.Et un sociologue qui a suffisamment reconnu 1 indispen-sahilité du service social et sa parenté naturelle avec les sciences sociales pour instituer, avec le concours de travailleurs sociaux qualifiés et à l\u2019intérieur de cette même faculté, une Ecole de Service social.Aussi hien, c est à la fois à titre de philosophe social par protession, de sociologue par nécessité et de travailleur social par goût, que j aborderai le grave sujet qu on m a demandé de traiter devant cette imposante et sympathique assemblée.« Les nouvelles tâches du service social en face des problèmes que l\u2019industrialisation pose à 1 institution et à la vie familiales » : voilà certes, un sujet aussi vaste que varié, aussi délicat que difficile à traiter.Tout d\u2019abord, l\u2019industrialisation elle-même est un phénomène multiforme dont l\u2019ampleur diffère dans 1 espace et dans le temps, un phénomène qui apporte partout avec lui les mêmes exigences essentielles mais qui trouve à ces exigences des réponses variables selon le développement économique social, politique et culturel des milieux où il se produit.11 y a des données universelles, communes à toute industrialisation ; il y a aussi des données particulières propres à 1 industrialisation de chaque pays.Discours prononcé à Munich, le 7 août 1956, à 1 occasion des Conférences internationales du Service social, par le T.R.P.Georges-Henri Lévesque, O.P.de l\u2019Université Laval, Quebec.225 Revue Dominicaine Par exemple, en ce qui concerne les effets de I industrialisation sur la famille, il est clair que, là-bas dans mon lointain Québec, la famille ouvrière, généralement francophone et catholique mais souvent au service de patrons anglophones et protestants, ne réagira pas de la même façon que la famille ouvrière d Angleterre travaillant pour des employeurs de même langue et de même religion ; pas plus que, en Afrique, une famille naguère nomade qui s établit dans une ville industrielle ne réagira de la même façon que 1 ancienne famille paysanne des Indes qui a trouvé de I emploi dans une soierie de Bénarès.Evidemment, le temps nous manque pour décrire avec détails et précisions toutes ces particularités.Là d ailleurs n est pas notre propos.Qu il suffise de rappeler brièvement les conséquences universelles que l\u2019industrialisation entraîne habituellement chez la famille.II faut les rappeler parce qu elles constituent le point de départ, la raison d\u2019être même de notre étude.Et les rappeler brièvement parce que les conférenciers qui m ont précédé les ont déjà éloquemment évoquées.Les sociologues et les historiens, tantôt avec mélancolie tantôt avec enthousiasme, présentent habituellement comme suit l\u2019ensemble des effets de I industrialisation sur la famille.C est la transplantation massive de familles paysannes déracinées de leur milieu naturel.C\u2019est l\u2019immigration aventureuse de nombreux ménages qui changent de pays.C\u2019est la stabilité du foyer sans cesse menacée par la mobilité professionnelle et les aléas du marché du travail.C\u2019est la dislocation de l\u2019institution économico-sociale que constituait jadis la famille du fermier et de l\u2019artisan, famille qui « était une unité de production en même temps qu\u2019une unité de consommation.Mais 1ère industrielle a transporté l\u2019unité de production à I usine.la famille urbaine tend à se désintégrer en multiples unités de travail qui se retrouvent plus ou moins associées pour le repas, le sommeil ou le loisir » \\ C\u2019est la désintégration des cadres traditionnels de la société domestique par l\u2019allégeance nouvelle et concurrente que 1.Stanislas de Lestapis, Le bouleversement de la famille traditionnelle.Relations, Montréal, juillet 1956.224 Les nouvelles tâches du Service social.l\u2019entreprise impose au père ; par le travail de la mère hors de la maison ; par l\u2019indépendance précoce des enfants entrés tôt aux ateliers ; par I affaiblissement de l\u2019autorité des parents ; par la substitution quotidienne des motifs intéressés à l\u2019esprit de sacrifice ; par l\u2019augmentation inquiétante des divorces et des désertions ; par 1 amenuisement des dimensions du groupe familial : I on considère désormais comme normale la famille nucléaire, qui compte peu d\u2019enfants et laisse hors de ses cadres la parenté maternelle ou paternelle.Constatations peu encourageantes, me direz-vous.Mais par bonheur, F industrialisation signifie aussi pour la famille, à la longue, une prospérité accrue ; des tâches domestiques rendues plus faciles par I invention des machines et 1 abondance des produits ; de meilleures maisons ; plus d\u2019hygiène et de santé ; de plus grandes chances d éducation ; plus de loisirs aussi et plus de moyens de les occuper, etc.Et maintenant, en face de ces avantages et de ces inconvénients que I industrialisation apporte à la famille, que peut donc faire le Service social pour aider celle-ci à éviter les uns et à mieux profiter des autres ?Cette question nous amène au cœur même de notre sujet.Mais comment y répondre convenablement ?J\u2019ai longuement hésité, je vous l\u2019avoue, lorsqu\u2019il s\u2019est agi de choisir la forme et le contenu de ma réponse.Devais-je vous présenter un programme complet et détaillé des réformes institutionnelles, des mesures administratives, des méthodes et des techniques professionnelles qui permettraient au Service social d aider la famille à résoudre les problèmes que nous venons d énumérer ?Une courte allocution de 45 minutes ne m\u2019en aurait pas laissé le temps.Je ne m\u2019en serais pas senti non plus la capacité, n étant ni expert, ni professionnel en la matière.J\u2019ai préféré essayer de donner à ma réponse plus de largeur, de profondeur et de hauteur, plus de dynamisme aussi, j espère, en insistant plutôt sur certaines conditions essentielles préalables à 1 élaboration et à l\u2019application du programme que je viens d\u2019évoquer, ou, plus précisément, en mettant l\u2019accent sur l\u2019impérieuse nécessité des attitudes mentales et 225 Revue Dominicaine affectives sans lesquelles le Service social ne saurait aborder convenablement les problèmes présents de la famille.Au delà des techniques, des méthodes, des organisations et des institutions, il y a les exigences de I homme et de la vie qui marchent et évoluent, de I homme et de la vie que toute technique, toute méthode, toute organisation, toute institution a précisément pour unique but de servir.C\u2019est à ces exigences que je veux m arrêter avec vous aujourd hui.En m y confinant, j\u2019ai conscience de mieux servir le Service social et la Famille et de rester davantage dans mon rôle de sociologue et de philosophe.A mon humble avis, ce qui presse le plus, en face des graves problèmes de la famille moderne et du désarroi actuel de la pensée et de I action sociales dans le monde, ce qui presse le plus, dis-je, c\u2019est que le Service social mobilise les forces prodigieuses de son esprit, de son imagination et de son cœur pour les tendre toutes, dans un élan collectif, rationnel, puissant et créateur, en un gigantesque effort de pensée, de recherche et de dévouement.Si le Service social veut aujourd\u2019hui secourir plus efficacement la famille, il faut avant tout qu\u2019il la « repense », et qu\u2019il renouvelle, pour la mieux servir, ses capacités d\u2019invention et de générosité.Voilà ce que je crois être actuellement les principales tâches du Service social : une pensée rajeunie, une imagination plus inventive et un dévouement plus poussé.Ou encore, pour être plus précis, l\u2019élaboration d une nouvelle pensée familiale, une recherche créatrice de meilleurs moyens d aider la famille et une régénération du dévouement aux intérêts familiaux.I L\u2019élaboration d\u2019une nouvelle pensée familiale Loin de moi, vous le devinez bien, 1 idée de croire que jusqu\u2019ici, et avant nous, personne n\u2019a déjà beaucoup réfléchi sur la famille.Je sais bien au contraire que dans les Vedas, la Bible et le Coran, il y a toute une richesse de considérations sur la famille.Je sais bien que nombreux sont les grands penseurs religieux et profanes qui ont abondamment Les nouvelles tâches du Service social.exprimé leurs idées sur la famille, de Confucius à Gandfii et Pie XII, en passant par Aristote, Cicéron, Augustin, Schmidt, Myrdal, Lacroix, pour n en citer que quelques-uns.Je sais bien aussi que de nos jours une foule de sociologues, d bistoriens et de psychologues, particulièrement en Europe, en Amérique et au Japon, ne cessent d\u2019accumuler une foule d\u2019observations précieuses.Mais je n\u2019ignore pas non plus qu\u2019il s agit là d\u2019un ensemble de connaissances éparses qu\u2019il est bien difficile à un travailleur social d\u2019aller cueillir là où elles sont ; d innombrables données parfois contradictoires entre lesquelles il n\u2019est pas si aisé de faire un choix ; de théories où l\u2019essentiel est souvent peu discernable de l\u2019accidentel ; de conceptions dont beaucoup sont déjà évidemment dépassées et qu\u2019il faut laisser tomber.II faut pourtant que le Service social finisse par voir clair en tout cela.Dans la connaissance de la famille, il est temps plus que jamais de faire le point et de mettre au point.Prenant comme base tous ces travaux dont je viens de parler, après les avoir examinés judicieusement pour n\u2019en retenir que ce qui doit être retenu, le Service social doit se construire une pensée familiale qui corresponde vraiment aux réalités d\u2019aujourd\u2019hui.Autrement dit, il importe qu\u2019il se donne d\u2019abord une philosophie de la famille.Nous en sommes fortement convaincus : il ne peut y avoir de service social authentique sans une philosophie qui le fonde et I inspire.Qui dit Service social, en effet, dit action, poursuite humaine d\u2019un idéal humain.O r, cela implique, essentiellement, la fixation et l\u2019évaluation d un tel objectif ainsi que des normes rationnelles de sa poursuite.Mais n est-ce pas justement I objet, I œuvre propre de la philosophie morale ?Par exemple, est-il vraiment possible de travailler au bien de la famille sans avoir dans sa tête, au moins implicitement, une conception de la famille et de ce qu est son bien, c\u2019est-à-dire une philosophie de la famille ?Même ceux qui professionnellement se refusent à faire de la philosophie ne cessent d en faire en réalité ; ils en font même au moment précis où ils la nient ! Combien ai-je lu de volumes sur la famille où les auteurs Revue Dominicaine prétendent ne vouloir donner que des jugements de fait sans pouvoir réussir toutefois à éviter, au sein même de leurs jugements dits de réalité, la présence sournoise de vrais jugements de valeur.Quand on a une raison fiumaine et qu on veut faire d un sujet fiumain une étude complète, on ne peut pas éviter les jugements de valeur, on ne peut pas ne pas en faire la philosophie, même si on ne le veut pas.C est donc être sincèrement fidèle à notre nature d fiomme que d opter franchement et carrément, tous, qui que nous soyons, pour une pkilosopkie familiale.« D accord, me direz-vous peut-être, nous reconnaissons Lien la nécessité d une pkilosopkie de la famille, mais croyez-vous *-> ou plutôt rêvez-vous i\u2014< qu il soit possible que tous les travailleurs sociaux de la terre aient la même pkilosopkie, eux qui sont de races, de religions, de traditions, de cultures, d\u2019allégeances politiques si différentes ?»\t» Ek bien, oui, je le crois, et j y croirai toujours même si cela ne devait être qu\u2019un beau rêve.Devant les grands devoirs de I kumanité, j\u2019aime mieux continuer de rêver plutôt que d\u2019accepter I impuissance de mes frères les kommes.Je crois donc à la possibilité, pour les travailleurs sociaux de tous les pays, de s entendre au moins sur un minimum de données philosophiques concernant la famille.La famille, mais n est-ce pas une des premières, une des plus profondes réalités humaines : le premier cadre social naturel de tout homme ?C\u2019est une institution directement liée à la condition humaine elle-même, qui vaut par elle-même indépendamment de toute connotation raciale, religieuse, culturelle ou politique.C est le même amour réciproque de I homme et de la femme qui, sous tous les cieux, fonde définitivement la famille, amour que les grands poètes de tous les temps et de tous les lieux ne peuvent chanter qu\u2019avec des accents pathétiquement semblables, les Omar Kkayâm, les Lamartine, les Goethe, les Tagore, les Dante, les Browning, et qui sais-je encore ?Et pour tous les époux de la terre, devenir père c\u2019est fondamentalement la même chose, qu\u2019ils habitent une chaumière, un palais ou un iglou.II n\u2019y a rien non plus qui ressemble davantage au cœur maternel d\u2019une blanche que le cœur maternel d\u2019une 99« Les nouvelles tâches du Service social.noire.Et tons les petits enfants du monde ressentent tragiquement dans leur âme et dans leur corps le même besoin de leurs parents.Sur toutes ces choses foncièrement communes à toute nature humaine, n\u2019y a-t-il donc pas moyen de s entendre entre hommes de bonne volonté ?Dans le monde du travail social, notamment, n y a-t-il pas assez d\u2019hommes de bonne volonté pour entreprendre et même réussir, malgré des divergences inévitables, l\u2019élaboration d\u2019un minimum de principes communs sur la nature et les caractères fondamentaux de la société familiale, sur ses besoins essentiels d\u2019unité, de solidarité, de stabilité, de liberté, d intimité, de prospérité, de santé, de vertus et de culture ; pour formuler en somme une déclaration des droits de la famille ?Les Nations-Unies ont bien réussi, elles, à rédiger une déclaration des droits de I homme.Evidemment, pour éclairer et compléter cette synthèse principiale sur la famille et en assurer une meilleure application, il faudrait en outre examiner à fond I ensemble des études faites sur la famille par les historiens, les psychologues et les sociologues, pour y choisir les observations les plus sérieuses, les constatations les plus éprouvées et les conclusions les plus sûres, et en faire un recueil spécialement destiné aux travailleurs sociaux.Il est clair, mesdames et messieurs, que si le Service social veut réussir cette grande tâche de repenser la famille, il lui faut ab solument compter sur l\u2019étroite collaboration des Sciences sociales et de la Philosophie.Heureusement, parmi les travailleurs sociaux, il y a plusieurs sociologues et philosophes, et d\u2019excellents.J\u2019oserais dire que c est principalement à eux qu\u2019incombe le devoir d\u2019élaborer cette nouvelle pensée familiale.Pourquoi la communauté des travailleurs sociaux ne les en chargerait-elle pas officiellement ?Pourquoi n\u2019en choisirait-elle pas quelques-uns pour les constituer en comité ad hoc ?Et si l\u2019on me permet d\u2019exprimer ici toute ma pensée, j\u2019oserais souhaiter qu\u2019il y ait plusieurs Européens dans ce Comité.J\u2019estime que, pour ce travail de pensée, 1 Europe fournit un arrière-plan et des ressources humaines exceptionnelles, des expériences extrêmement 229 Revue Dominicaine diversifiées et remarquablement approfondies, des richesses culturelles de première valeur.Cependant, même si un tel Comité était fondé, il faudrait que son travail restât la préoccupation de tous les travailleurs sociaux.La profession de Service social atteint présentement sa maturité.II importe que tous ses membres attachent de plus en plus d importance au travail de la pensée ; ils n ont plus le droit de se contenter d\u2019un vague empirisme et de quelques recettes pratiques.II faut aussi que la profession compte dans ses rangs un plus grand nombre de vrais penseurs.II le faut, si elle veut accomplir dignement son rôle dans la société et obtenir de celle -ci la place d honneur qui lui revient.C est donc d abord un grand effort de pensée qui s impose à l\u2019heure actuelle ; c est lui qui permettra au Service social de mieux aborder les problèmes pratiques qui le confrontent, tout particulièrement celui qui nous intéresse aujourd hui.Pouvons-nous parler des effets de l\u2019industrialisation sur la famille, sans les juger bons ou mauvais ?Mais comment les juger tels sans se référer à une conception idéale ou à des formes exemplaires de la famille ?Comment aussi travailler à corriger les mauvais effets et utiliser les bons si I on n a pas une juste idée du bien familial idéal que l\u2019on veut alors protéger ou promouvoir, c est-à-dire sans une philosophie de la famille ?II Une recherche plus dynamique des moyens d\u2019aider la famille Cependant, si important que soit ce travail de pensée, il ne saurait suffire.II faut encore qu\u2019il soit accompagné, ai-je dit au début, d\u2019un puissant et inlassable effort d\u2019imagination, de recherche, d invention.Ce n\u2019est pas tout de savoir qu\u2019il faut faire quelque chose, quels buts poursuivre, quelles règles et quels principes respecter ; il reste à trouver comment faire ce « quelque chose », quels moyens peuvent vraiment conduire au but visé, quelles méthodes et quelles techniques permettront Les nouvelles tâches du Service social.Je bien appliquer les règles et principes en jeu.Par exemple, ce n est pas tout Je songer à ramener le plus possible Jans la famille la cobésion, l\u2019intimité et la soliJarité qui y ont été gravement compromises par 1 indus-trialisation ; l\u2019on Joit encore Jécouvrir le ou les moyens capables Je favoriser effectivement cette cobésion, cette intimité et cette soliJarité : sera-ce un réaménagement Jes relations familiales, une rééducation Jes parents et Jes enfants, ou même, vu les changements profonds Je I\u2019 ordre économique et social, l\u2019avènement Je nouvelles modalités de cobésion, Je soliJarité et J intimité ?Vous le savez plus que quiconque, vous qui avez longtemps peiné sur les chantiers du travail social, elle est loin J être chose facile cette recherche Jes meilleurs moyens, cette invention Jes méthodes et Jes techniques les plus efficaces.Elle exige énormément J application et Je soin, autant d\u2019imagination que Je réalisme.Et pourtant le Service social Joit, continuellement et plus que jamais, être hanté par un vigoureux esprit Je recherche, sous peine Je tomber Jans I anémie ou la stérilité.C\u2019est cet esprit qui le gardera vivant et créateur comme il doit I être ; qui le prémunira contre la sclérose, le formalisme et la routine qui menacent toujours Je paralyser une organisation humaine déjà établie.En agissant ainsi, il ne fera d\u2019ailleurs que marcher sur les traces Jes pionniers de toutes les formes Je travail social qui ont eu, eux aussi, eux surtout, tellement à inventer.C\u2019est Jans la recherche que les sciences Je la nature puisent leur formidable vitalité ; c\u2019est la recherche qui donnera au Service social toute la fécondité dont il a besoin pour vivifier la famille humaine.Vous vous êtes sans Joute déjà rendu compte, mesdames et messieurs, que le sens que je donne présentement au mot recherche est plutôt limité.Il s agit moins Je recherches portant sur les faits sociaux présupposés à l\u2019action du Service social que Je recherches sur cette action elle-même.Les premières sont évidemment extrêmement importantes comme celles, par exemple, qui étudient les effets Je l\u2019industrialisation sur la famille, mais elles n\u2019entrent qu\u2019indirectement Jans le cadre Je ce discours tel que défini au commencement.De plus, en ce domaine, des travaux sérieux 231 Revue Dominicaine et considérables ont déjà été faits en plusieurs pays.Pour le moment, qu\u2019il suffise de souhaiter, en passant, que ces recherches se développent en extension et en profondeur et qu elles aboutissent un jour, si possible, à une sorte de tableau international des effets de l\u2019industrialisation sur la famille, un tableau comparatif qui mettrait surtout en relief, en les expliquant, les similitudes et les dissemblances de ces effets selon les différents pays.Quand j insistais, il y a un instant, sur l\u2019esprit de recherche, c\u2019est donc surtout aux recherches à faire sur I action même du Service social que je pensais ; le titre de ma conférence m y invite d ailleurs clairement.Dans le cas des pays peu ou non industrialisés, mais en voie de développement, il semble bien que leur premier devoir, c est de s\u2019informer, et le mieux possible, de ce qui s est passé ailleurs, dans les pays déjà industrialisés, en prenant connaissance des résultats des recherches sociologiques que je viens juste de nommer.C\u2019est aussi de s\u2019enquérir, préférablement par des enquêteurs envoyés sur place, de tout ce que ces pays ont fait pour parer aux effets de l\u2019industrialisation sur la famille.C\u2019est enfin de juger, par eux-mêmes et pour eux-mêmes, de ce qui doit être essayé et réalisé chez eux, selon leurs conditions et leurs besoins.Le plagiat social n\u2019est pas plus de mise que le littéraire.Qu ils estiment donc à son juste prix la grande chance qu\u2019ils ont de profiter de I expérience des autres, d\u2019éviter leurs erreurs et même de faire mieux qu\u2019eux.Qu\u2019ils profitent, par exemple, de la possibilité qu\u2019il y a aujourd\u2019hui, techniquement et économiquement, d\u2019industrialiser sans nécessairement centraliser.Plusieurs industries peuvent fort bien, actuellement, n être pas centralisées.Quant à celles qui doivent I être, il y a moyen de disperser leurs unités comme cela se fait actuellement dans le cas de l\u2019aluminium.Ces pays, en effet, ne doivent pas songer uniquement à l\u2019aspect économique et technique de l\u2019industrialisation.Qu\u2019ils pensent aussi à ses aspects humains, surtout à la famille que l\u2019industrie doit en fin de compte servir ; l\u2019industrie n\u2019est-elle pas d ailleurs elle-même très inté- 232 Les nouvelles tâches du Service social.ressée à pouvoir puiser sa main-d œuvre dans des familles saines, solides, stables et heureuses ?Qu\u2019ils intègrent, dans leur politique même d\u2019industrialisation, la prévision des conséquences que celle-ci aura sur les familles ainsi que les mesures appropriées qui devront parer à ces conséquences.Qu à cette fin, ils s\u2019assurent d avance, la collaboration de tous les intéressés : I Ltat, les entreprises, les communautés locales et les agences privées.Quant aux pays plus industrialisés où le Service social est déjà à l\u2019œuvre, là aussi 1 esprit de recbercbe doit être le plus possible à 1 honneur.En disant cela, on songe tout d\u2019abord et avec raison d ailleurs, à la manifestation plus spectaculaire de cet esprit : celle de I invention.Comme toute recbercbe, en effet, celle du Service social doit tendre à la découverte; elle doit être audacieuse et prête à prendre des risques.Elle ne doit pas avoir peur d\u2019essayer du neuf, de tenter des expérimentations.A ce sujet, je trouve très intéressantes les expériences qui se font, ici et là, sous la forme de projets-pionniers, comme celles, par exemple, que propose le Dr Hunt dans son article Toward an integrated program of research on Psychotherapy 2.N\u2019y aurait-il pas de grands avantages à utiliser plus fréquemment ce procédé, à condition évidemment de bien assurer toutes les conditions de sa validité, de prendre aussi les précautions qui s imposent pour ne compromettre ni le Service social, ni ses bénéficiaires, ni les tiers intéressés.II y a aujourd bui, surtout dans certains pays, tant de ressources matérielles disponibles ; les progrès techniques et scientifiques offrent tant de possibilités ; les sciences sociales et le Service social possèdent eux-mêmes déjà tant de savoir qu\u2019il serait vraiment malheureux de ne pas mieux utiliser tous ces avantages pour en faire bénéficier la famille.L\u2019esprit de recbercbe doit encore prendre une autre forme, plus simple et sans doute moins enthousiasmante : celle d un examen continuel des méthodes et moyens que I on emploie présentement dans son action 2.J.McVicker Hunt, Toward an Integrated Program of Research on Psychological Therapy.Social Casework, Chicago, September 1951.235 Revue Dominicaine sociale, d une évaluation incessante de leur efficacité, d une autocritique soigneuse et objective de ce que I on fait.Ce qui ne va pas sans peine ni essoufflement.II est toujours douloureux de mettre en cause ses propres efforts et des méthodes en lesquelles on a grande confiance.II est tellement plus commode de se fixer dans une routine et des procédés bien classés.Pourtant, le vrai travailleur social doit être en inquiétude constante sur les résultats de son travail, s\u2019il veut être le fidèle et fructueux serviteur de la famille.Le Casework a bien raison de mettre cette autocritique perpétuelle au nombre de ses procédés essentiels.A propos de cet esprit de recherche, me serait-il permis de dire que je suis très frappé de ce qui se passe actuellement aux Etats-Unis.Plusieurs agences privées, plusieurs services communautaires et gouvernementaux de bien-être social adjoignent à leur personnel régulier des spécialistes dont la seule fonction est de faire de la recherche sur leurs propres activités.Arlien Johnson constatait récemment qu en Amérique Research continues to grow in interest, and is one of the most significant development of the present time.At least one article on the subject appears in almost every issue of a social work journal, in whatever area of practice 3.Serait-il déplacé de féliciter chaleureusement ici la Russell Sage Foundation qui consacre des sommes généreuses à ces recherches ?C\u2019est donc notre vœu que cet esprit de recherche se développe partout où il y a Service social pour que celui-ci soit vraiment dynamique et créateur, pour qu\u2019il puisse répondre en toute objectivité et précision, à la grande question que nous posons ce matin : Est-ce que l\u2019action actuelle de nos services sociaux donne vraiment à la famille en proie à l\u2019industrialisation toute la protection qu elle a droit d en attendre, sinon comment corriger cette action, ou quoi encore inventer ?Pourquoi faudrait-il donc que notre imagination qui est si ingénieuse à bien organiser le monde matériel le soit moins lorsqu\u2019il s\u2019agit d\u2019aménager l\u2019ordre humain ?3.Arlien Johnson, Development of Basic Methods of Social Work Practice and Education.Social Work Journal, New York, July 1955.254 Les nouvelles tâches du Service social.III r-w Une régénération du dévouement aux INTÉRÊTS FAMILIAUX Elle le sera, si elle sait puiser son inspiration, son élan et son ardeur là où ils sont : dans un cœur dévoué.Ne I oublions jamais, c est d abord dans le cœur des hommes que le Service social a pris naissance, non dans leur esprit.Méditez I\u2019bistoire de tous les pionniers du travail social, et vous verrez qu à F origine même de chacune de leurs initiatives, il y a leur cœur.Un cœur que 1 egoïsme n a pas etroitement referme sur lui-même ; un cœur ouvert, sensible et sympathique à la souffrance et aux malheurs d\u2019autrui ; un cœur assez bienveillant pour se révolter contre cette souffrance et ces malheurs des autres et assez généreux pour vouloir les en délivrer ; un cœur sincère, courageux et fort qui ne s en tient pas à cette bienveillance sentimentale mais qui décide effectivement d\u2019agir.Et ce cœur demande alors à I esprit de trouver pour lui, de lui indiquer les voies et moyens.C est ainsi qu il a provoqué petit à petit la prodigieuse élaboration de la science et des techniques du Service social.Et il l a fait non seulement en lançant I esprit dans ce travail d invention, mais aussi en l\u2019aidant dans cette recherche même, grâce à ses mystérieuses puissances d intuition.On trouve toujours plus vite et mieux quand on cherche avec son cœur.Le cœur a des finesses, des « esprits » que l\u2019esprit ne connaît pas ! Sous son impulsion, l\u2019esprit s\u2019est évertué à couvrir le monde d innombrables institutions de bien-être et à mettre au point I art de secourir l\u2019humanité malheureuse.Si bien qu aujourd hui le Service social nous apparaît comme une formidable machine aux rouages complexes, délicats et variés.Qui ne serait émerveillé, par exemple, devant tous les services établis pour venir en aide à la famille ?lis sont solidement structures.Ils ont leurs lois.Ils se sont donnés des techniques appropriées.Ce sont vraiment de belles machines à faire le bien.Niais n y a-t-il pas le danger qu ils ne soient précisément que de belles machines ?Et ils le deviendront 255 Revue Dominicaine s\u2019ils cessent d\u2019être animés par le cœnr qui leur a donné naissance, si un sincère et généreux dévouement ne continue pas d\u2019inspirer toute leur activité.A ce propos, j ai vu récemment en Asie, particulièrement aux Indes, des exemples magnifiques d\u2019œuvres sociales prodigieusement fécondées par de grands dévouements, des exemples dignes d\u2019être proposés au monde entier.Souhaitons que, dans la solution de ses graves problèmes sociaux, I Asie multiplie ces exemples pour son propre salut et pour l\u2019édification du reste du monde.Nous nous préoccupons avec angoisse du poids que la machine industrielle fait peser sur la famille kumaine, et nous inventons des ma-ckines sociales pour I en soulager.II serait kien décourageant que ces machines deviennent à leur tour déshumanisées.Or, c\u2019est précisément le dévouement, 1 esprit de service qui les maintiendra humaines.Nous touchons là I essence même du service social.II est d\u2019abord service, c\u2019est-à-dire dévouement d un homme à un autre homme.Même dans le cas du travailleur social professionnel rémunéré, c\u2019est son dévouement qu\u2019il donne en retour, comme le dit M.Charles Lebeaux : In exchange for this latitude (salary) the professional submits himself to the service norm which guarantees to the client not results, but devotion to his interest and his cause 4.II semble bien que plus le Service social se développe et plus il rationalise son organisation et son activité, plus il est nécessaire d\u2019y renouveler l\u2019idéal du dévouement.Sinon, sa fécondité risque de se perdre dans I amoncellement des paperasses, les dédales bureaucratiques ou la simple agitation technique.II serait bon d\u2019examiner sérieusement les reproches que I on fait parfois au Service social à ce sujet.II lui importe plus que jamais de retourner à sa source et de s\u2019y retremper sans cesse : I esprit de dévouement.C\u2019est ce dévouement qui lui permettra de donner à ses activités présentes leur maximum d\u2019efficacité comme aussi d\u2019en 4.Charles N.Lebeaux and Harold L.Wilensky, Industrialization and Social Welfare.Report prepared at the request of the United States Committee, International Conference of Social Work, Russell Sage Foundation, New York, November 1955.236 Les nouvelles tâches du Service social.créer de nouvelles pour répondre à de nouveaux besoins.C est lui enfin qui en fera une machine vraiment humaine et humanisante dans ce monde que d\u2019autres machines ont cruellement déshumanisé.Et comme il semble bien que cette déshumanisation affecte surtout la famille, n est-ce pas principalement vers elle que le Service social doit tourner toutes ses ressources humaines et sa puissance d humanisation ?Elle est le premier et le plus grand sanctuaire des valeurs humaines : ne conviendrait-il pas que le Service social mette tout son cœur à protéger ces valeurs ?Soyons-en bien convaincus, il serait assez vain de discuter des différentes mesures à prendre pour sauver la famille des méfaits de l\u2019industrialisation si nous ne commencions pas par aviver, augmenter, fortifier, dans notre cœur, notre dévouement à la cause de la famille.Conclusion Effort d\u2019intelligence d\u2019abord pour repenser la famille en fonction des exigences de notre temps ; effort d\u2019imagination ensuite pour inventer les moyens de solidifier ses structures et d assurer I efficacité de sa fonction ; effort de cœur enfin pour éveiller à son endroit toutes les sympathies et tout le dévouement qu\u2019elle mérite, voilà, à mon avis, les tâches primordiales auxquelles sont conviés les travailleurs sociaux dans un monde que l\u2019industrialisation a radicalement transformé et où la famille ne peut vivre en plénitude que si elle sait tout en restant fidèle à son être ^ s\u2019adapter aux conditions nouvelles créées par l\u2019immense révolution industrielle qui se poursuit en ce moment sous le regard inquiet des hommes.De même que pour être un réel progrès humain cette révolution doit respecter et fortifier la base sur laquelle s\u2019appuie l\u2019homme : la famille, ainsi cette dernière doit, pour être à son tour fidèle à sa mission, rester ouverte et largement accueillante à tout ce que le nouveau peut apporter de bon à la société.Le Service social qui est par définition même voué au service de la société, ne peut atteindre son but qu\u2019en assurant d\u2019abord la force de la 237 Revue Dominicaine famille qui est la première de toutes les sociétés.La famille est un centre et une source.Elle est mère.C\u2019est dans son sein que naît la personne humaine et c\u2019est chez elle que se forme l\u2019homme et que se prépare le citoyen.Elle est la première Ecole où par I éducation I homme ouvre son intelligence à la vérité et son cœur à l\u2019affection.Elle est par sa nature même le foyer où s\u2019allument à la fois la lumière de la connaissance et la flamme de l\u2019amitié.C\u2019est là que l\u2019homme enfant apprend la fraternité humaine et devient déjà un citoyen du monde.C\u2019est elle, j\u2019oserais dire, qui est le premier exemplaire de la société internationale, puisque c\u2019est elle qui, la première dans la vie d un homme, lui apprend à vivre en paix avec d\u2019autres hommes qui sont différents de lui.Et c est parce qu elle est si précieuse au bonheur de I humanité que toutes les puissances sociales du monde doivent se pencher sur son sort.La valeur de la civilisation de demain est liée au sort qu elle fera à la famille.Et comme il semble bien que le monde s achemine vers des formes d organisation de plus en plus vastes, anonymes et impersonnelles, et que pour autant l\u2019humanité se trouve en danger de voir ses racines et ses forces vives dévorées par les « monstres froids » de l\u2019Etat, des bureaucraties et des machines sociales, une chose importe qui doit être la devise du Service social contemporain : Sauver la famille, ce qui veut dire, pratiquement, Sauver la personne humaine.Voilà bien une mission digne de l\u2019intelligence et du cœur ardent des travailleurs sociaux du monde entier.lis contribueront ainsi pour une large part à apprendre au monde la puissance et la gloire de la fraternité.Georges-Henri Lévesque, O.P.238 Le sens des faits L\u2019Eglise et la Bible Autrefois, Dieu parla aux hommes par les Prophètes, ensuite, par son Fils Jésus-Ckrist.Aujourd kui, il nous parle par son Eglise.En nos heureux temps de ferveur biblique, il est opportun d unir ces deux thèmes : L\u2019Eglise et la Bible que la Société catholique de la Bible offre à notre méditation et prédication pour ce dimanche du 1 l novembre 1956.Le Nouveau Testament vient compléter 1 Ancien.« Je ne suis pas venu abolir mais compléter », dit Jésus.If est parfois regrettable que des âmes pourtant ferventes agissent comme celles qui sont mal intentionnées et s\u2019aventurent dans 1 Ancien Testament bien plus pour y trouver une certaine justification, à la manière protestante, qu un perfectionnement.Rejetant toute autorité, elles se confient à leur inspiration qu elles confondent avec celle du Saint-Esprit.II y a là un grave danger.Dans 1 Ancien Testament, la poésie est séduisante, la vie morale est à 1 état d ébauche, on y trouve des histoires palpitantes que Dieu toléra un temps « à cause de la dureté de leur cœur ».Et combien d autres choses exercent un attrait qui peut devenir un arrêt en vie chrétienne.L Ancien Testament est un commencement qui trouve son complément et sa fin dans I Eglise chargée par Jésus-Christ lui-même de veiller sur le dépôt révélé.On peut et on doit admirer I immense miséricorde divine qui revient constamment tout remettre en ordre chez le peuple choisi de Dieu, mais on ne peut fermer les yeux sur la justice de Diëu qui poursuit de châtiments terribles les infidélités de son peuple.Quand les prophètes apparaissent c\u2019est bien plus souvent pour réprimander que bénir au nom de Dieu.La justice ne cède pas toujours sa place à la miséricorde.Quand on cherche Dieu >\u2014 on 1 a déjà trouvé >\u2014 on peut à la rigueur, si on a une culture solide et générale, aborder le premier chapitre de la Bible : la création du monde.et continuer jusqu à la fin qui est Jésus-Christ.Mais, même alors, à moins d\u2019être un maître, on risque de rester en panne dans les mystères de 1 Ancien Testament.Et un voyage qui ne conduit pas à son terme, est plus souvent une perte de temps, une aventure malheureuse.Le plus sûr moyen de trouver Dieu, ou de mieux le connaître pour mieux I aimer, est de s adresser à son Eglise et d y entrer de plein pied.Là on trouve une vie divine organisée, une autorité dûment établie qui guide le chrétien dans ses recherches, dans ses pensées, dans ses actions et lui montre la merveilleuse économie du salut ébauchée dans 1 Ancien Testament et parachevée dans le Nouveau.Vingt siècles de 259 Revue Dominicaine tradition ont consolidé et enrichi cette vie spirituelle de l'Eglise où la présence du Christ vivifie tout.Ne I oublions jamais, et sans rejeter les lumières du passé qui illuminent le présent et le rendent divinement fécond, n oublions pas que Dieu, aujourd bui, nous parle par son Eglise où se trouve I achèvement de tous les vouloirs divins ébauchés depuis I origine du monde.En ce dimanche du 11 novembre, réfléchissons sur ces deux réalités qui se complètent : l Eglise et la Bible.D ailleurs, la radio, les sermons du jour, les écrits de circonstance nous y aideront généreusement.Il s\u2019agira d\u2019être aux écoutes de L\u2019Eglise et la Bible.Antonin Lamarche, O.P.Procès d\u2019ime Prédication ou d\u2019une Génération ?Les malaises ont du bon, à la condition qu\u2019on en sorte.Et le seul moyen d\u2019en sortir est d\u2019y appliquer tout son esprit et tout son savoir, et non pas seulement les ardeurs ou les aigreurs d\u2019un cœur trop facilement entraîné ou meurtri.Quatre invités laïques, à l\u2019occasion d\u2019un Congrès de Prédicateurs, tenu à la Maison Montmorency, en février dernier, ont exprimé sur notre prédication des vues tantôt générales ^ nous voulons dire qui valent aussi bien pour tous les prédicateurs de tous les temps \u2014 tantôt si profondes et si révolutionnaires, qu elles seraient comme une fin de non-recevoir opposée à la manière la plus ordinaire de nos prédicateurs actuels.Laissant tomber les premières, nous voudrions essayer d analyser brièvement le sens et la portée des secondes.On nous a enseigné, à nous, une méthode de prédication, qui puisait à la fois dans les disciplines classiques et romantiques.Cette méthode, certains de nos intellectuels ne la comprennent plus, ne la goûtent plus.Ils y trouvent même des éléments qui les choquent : qui pourraient, à la longue, en les irritant contre le mode de présentation, les détourner aussi du contenu de la parole.Le fait est-il si nouveau ?si déconcertant ?Toutes les générations ne s\u2019opposent pas avec la même force.Tout le XVIIIe siècle paraît avoir accepté sans réserve la méthode classique de prédication.Le XIXe siècle voit se lever une génération que cette prédication ne touche plus.Quelques têtes folles, si I on veut, qui allaient devenir toute une nation.Devant cet état de chose, le Père Lacordaire eut le talent et le courage, fondés sur un grand idéal apostolique, de s adapter et de prêcher l\u2019Evangile éternel dans la langue des temps nouveaux.II vit que le problème n était pas de décider si la méthode 240 Le sens des faits classique était supérieure à la méthode romantique, mais de « se faire tout à tous » et d appeler au salut les hommes de son temps, comme Bossuet I avait fait pour les hommes du sien.Pauca doctis.Essayons donc de préciser en quoi s opposent notre propre manière et celle que des circonstances nouvelles paraissent réclamer.La manière ancienne était : 1 ) une méthode d autorité : le prédicateur, représentant de I Eglise infaillible, vient, avec sa synthèse achevée et arrêtée, au-devant des aspirations de son époque : il n a rien à recevoir d elle, mais tout à lui apporter ; son dogme et sa morale suffisent à tout ; 2) une méthode argumentative : le prédicateur vise à être clair, définitif ; ses preuves veulent être à I emporte-pièce, solides, irréfutables, scientifiques : on démontre l'existence de Dieu en trois points, on réfute le divorce en trois autres, et les gens intelligents n ont qu à se rendre ! 5) une méthode oratoire : le prédicateur cherche à imposer sa conclusion ; il presse, il pousse, il inspire ; il a sa période brillante, à la fois lucide et émotive, au terme de chaque partie de son discours et, s il n appelle pas les applaudissements (Lacordaire lui ayant appris à les écarter modestement), il n en fait pas moins tout ce qu il peut pour enlever d\u2019enthousiasme son auditoire.La manière nouvelle serait toute autre.Nos jeunes intellectuels attendent du prédicateur : 1 ) un dialogue : ils n\u2019acceptent plus la méthode d autorité.Ils reconnaissent bien, dans la mesure où ils ont la foi, que tout est contenu dans le dogme et la morale, mais non pas nécessairement dans ce que chaque prédicateur leur fait dire.La méthode d autorité leur déplaît autant à l\u2019église que dans leur milieu social.Ils y voient un relent du « paternalisme clérical », qui fait pendant, pour eux, au « paternalisme capitaliste ».Ils sont prêts à écouter le prêtre, à la condition qu il leur parle comme un « frère à des frères » (M.Pelletier), comme un croyant à des croyants, et non comme un Apôtre à des Barbares.Ils veulent qu\u2019il réfléchisse avec eux sur le donné de la foi ou de la morale, non qu il leur impose ses réflexions au nom de sa seule supériorité de clerc ; 2) une dialectique : une belle formule ne résout pas un problème.Et, par delà le problème, il reste toujours, surtout en matière de croyance, le mystère.On attend donc du prédicateur qu il reconnaisse « les limites de sa théologie » (Mlle Lapointe).A chaque seconde, les problèmes se déplacent, et le prédicateur doit en conséquence renouveler ses méthodes d approche et de présentation des arguments traditionnels.Qui se refuse à ce renouvellement, à ce progrès constant, se voit aussitôt acôusé, par la génération nouvelle, de « malhonnêteté intellectuelle » 241 Revue Dominicaine (M.Pelletier), c\u2019est -à-dire d embourgeoisement, d encrassement spirituel.3) une attitude d engagement personnel : on veut que la conclusion pratique soit proposée, non imposée, et que I auditoire y soit amené, non par la force d\u2019un exposé intellectuellement brillant, mais plutôt par la force interne de conviction et le degré d\u2019engagement du prédicateur.Au fait, on accepterait volontiers que le prédicateur soit nébuleux, faible en théologie, qu il exagère ou tronque les vérités, qu il « n\u2019ait pas toujours I air d\u2019un homme que poursuit l\u2019Inquisition » (Mlle Lapointe) à la condition qu il soit un « témoin » (M.Boisvert), qu il y mette sa peau d abord.En ce sens, on préfère la prédication du Trappiste à celle du Prêcheur, dans la mesure du moins, je le suppose, où I on prête sommairement à I\tun I essence de 1 engagement, et à l\u2019autre l\u2019essence de l\u2019éloquence.Ces exigences nouvelles sont-elles vraiment si déconcertantes I II nous semble qu on y pourrait satisfaire sans déroger en rien au dogme et à la morale, ni aux exigences de l\u2019apostolat.Sans doute faudrait-il y mettre de la nuance, en tenant compte des milieux et des circonstances.II\ty a, dans la nouvelle méthode, du tape-à-1 œil, comme il y en avait dans I ancienne : on peut bien dialoguer avec le prédicateur, mais on ne dialoguera pas avec le Verbe ! Et, en ce qui a trait à I engagement, à côté de ces « saints » communistes qu on nous cite avec emphase, qu\u2019on n oublie pas les « rats » du parti, bien fourrés et bien gras.Enfin, un intellectuel qui accepte d appliquer toute sa lucidité et toute sa raison à 1 analyse et I intelligence du contenu de sa foi, afin de s en pénétrer et d en éclairer les hommes, ses frères, est bien, aussi, l\u2019engagé d\u2019une aventure de réflexion et de silence qui vaut la Trappe.On n efface pas à la légère I apostolat par la parole du registre des valeurs chrétiennes primordiales.« Comment I invoquer, sans d abord croire en lui ?Et comment croire sans d abord I entendre ?Et comment entendre sans prédicateurs ?» Saint Antoine n\u2019aurait pas gagné le désert, s il n eut entendu l\u2019énoncé du texte évangélique : « Si quelqu un veut venir après moi.» Et, si les Trappistes ne prêchent pas, ils se font prêcher.Mais, enfin, ces réponses faciles n\u2019éliminent pas le problème.11 y a, dans la génération nouvelle, des exigences nouvelles.Un Apôtre n a pas le droit de les ignorer.Plutôt que d y opposer ses rancœurs, il se doit d\u2019y appliquer son cœur et son intelligence.Qu à la sincérité généreuse de ceux qui ont voulu nous exposer leurs soucis et leurs besoins, réponde de notre part la sincérité généreuse de ceux qui sont, par vocation, appelés à faire resplendir de toutes manières « I Evangile de la gloire du Christ, qui est l\u2019image de Dieu ».Efyacinthe-Marie Robillard, O.P.242 Le sens des faits L\u2019Union Saint-Dominique : 4 août 1956 « Une date dans I histoire de IOrdre dominicain», écrit La Croix dn 14 août dernier.Les uns avaient dit que ça ne pourrait pas se faire ; d autres, que ça prendrait bien du temps avant que le Saint-Esprit ait le dernier mot.Pourtant, croyez-Ie ou non, le samedi 4 août 1956, en la chapelle de Mortefontaine (Oise, France), sous la présidence de I envoyé spécial du Souverain Pontife et trois évêques l\u2019assistant, quatre congrégations de religieuses dominicaines se sont réunies en une seule qui portera désormais le titre canonique de lUnion Saint-Dominique.La nouvelle nous intéresse parce que nos religieuses dominicaines de Lewiston, Valleyfield et de Montréal (N.-D.du Foyer), ont participé à ce grand mouvement d\u2019église.Elles ont toutes accepté, d un commun accord avec les autres et avec une grande charité, vu F importance de cette fusion.II est toujours plus facile, même pour les communautés et comme pour les individus, de mener sa petite vie chrétienne seule sans déranger personne et stirtout sans être dérangés, mais Dieu a voulu l\u2019homme social.La société moderne nous impose de plus en plus le fait des unions.L Eglise encourage, recommande, devrait-on dire, l unité des communautés religieuses lorsque celle-ci est possible.Nos dominicaines ont vu juste.Disons qu elles ont donné un exemple magnifique que I histoire cle I Eglise retiendra.D autres fusions ont déjà été réalisées dans le passé, sur I ordre des autorités ou par nécessité.Cell e-ci, au contraire, a été voulue à cause d un désir de I Eglise et pour répondre à un vœu du Saint-Père.Ajoutons qu il a fallu une grande confiance en I avenir et une grande humilité à ce millier de religieuses pour voter à l\u2019unanimité un changement qui n est pas sans entraîner dans la vie courante la création de nouvelles habitudes communautaires.Mais quand on a le sens de l\u2019Eglise, on devient vite unanime.Disons et sans vantardise de clan, que I esprit de saint Dominique lui-même, même s il accentue les vocations individuelles et recommande le développement des personnalités, reste, cependant, un esprit souple et assez large, « assez royal » dirait sainte Catherine de Sienne, pour faire de 54 maisons religieuses de France, de Suisse, de Belgique, d Espagne, d\u2019Italie, du Maroc et du Canada, des Etats-Unis et du Brésil, du Japon enfin, UNE seule communauté, de cœur et d esprit.O.P.245 Revue Dominicaine In memoriam : le Dr Jacques Blagdon Le Dr Jacques Blagdon, chirurgien en gynécologie à l\u2019Hôpital Notre-Dame, Montréal ; fellow du Collège royal des médecins et chirurgiens du Canada, depuis 1952 ; membre de l\u2019Association des obstétriciens et gynécologues du Canada, est décédé, le 2 octobre dernier, à 1 âge de 58 ans.Ce jeune médecin dont la réputation avait déjà franchi les frontières de son pays, était toujours écouté et consulté tant dans les reunions médicales que dans les cas d urgence.En mai dernier ne se distingua-t-il pas au Congrès des gynécologues tenu au Manoir Richelieu, à la Maïbaie ?D un physique imposant et accueillant, esprit fin, pénétrant et nuancé, jugement sûr, mémoire fidèle, parfait gentilhomme en ses gestes et paroles, tout dans ce jeune médecin imposait le respect et la confiance.Bien équipé physiquement et intellectuellement pour les études classiques et universitaires, il y décrocha toujours les premières places.et les premiers prix.Ces succès, s il les doit, d une part, à ses talents naturels, il les doit, aussi, d autre part, à son labeur persévérant.Jugeant que l\u2019amour et I\tétude ne pouvaient marcher ensemble, il sacrifiait au début de chaque année universitaire les amitiés féminines des vacances pour être tout entier à ses études.Ce sacrifice fut amplement récompensé par les solides et persévérants succès qu\u2019il remporta.Pendant toute sa courte existence, il a travaillé fort.On aurait dit cependant qu\u2019il s\u2019appliquait à dissimuler aux yeux des hommes sa rare compétence médicale et sa belle érudition musicale et littéraire.Le moment venu de choisir une spécialité, il opta pour la gynécologie et I obstétrique, ces spécialités cliniques qui montrent des rapports multiples avec la médecine pastorale.Et avec amour et avidité, il s\u2019adonna tout entier aux études et aux recherches du spécialiste, au Jefferson Hospital, Philadel phie.II joua, en somme, avec la vie, non pour la créer, mais pour la protéger et la sauver en ses tout premiers commencements.II\tsavait utiliser tous les progrès de la science et de I hyg'iène et son diagnostic presque infaillible ainsi que son extrême habileté manuelle en faisaient un chirurgien éminent.Sa clientèle toujours trop nombreuse à laquelle il consacra, par devoir professionnel, toutes ses journées, toujours trop courtes, et combien de nuits entières ?cette clientèle est encore là pour rendre hommage, sans restriction, non seulement à la science du médecin, mais encore à la noblesse, à la dignité, à la délicatesse de 1 homme, parfait humaniste.Toujours il sut concilier, sans abdiquer ni les unes ni les autres, les exigences de la science et de sa foi catholique.Combien de patientes, pour avoir subi l\u2019ascendant de sa personne, ne 244 Le sens des faits juraient que par le Dr Blagdon, se refusaient même à lui trouver un égal I Parole de gratitude, dira-t-on, mais aussi parole de vérité.L imposant défilé de parents, d amis, de médecins, de gardes-malades, de religieuses qui assiégea durant trois jours la dépouille mortelle exposée au salon des Gouverneurs de I Hôpital Notre-Dame ainsi que la suite presque interminable qui accompagna le corps à 1 église Saint-Damase en disent assez long, et plus que les mots sonores, sur le prestige et I influence de ce jeune médecin disparu en plein midi de sa carrière.Maintenant qu il repose, attendant I heure de la résurrection, au cimetière de la Côte-des-Neiges, à côté de son père le Dr Albert Blagdon décédé subitement lui aussi en 1927, à Iâge de 39 ans, nous ignorons quel dialogue tiendra, de nouveau, le père avec son fils, mais nous savons que le monologue de l épouse éplorée, de la mère affligée, de la sœur attristée, de tous les parents et amis, dans la solitude et la méditation, se terminera par une prière d espérance dans le dernier rendez-vous promis à ceux qui meurent dans le Seigneur.Antonin Lamarche, O.P.Pèlerinage à Vinci La route de Florence à Vinci grimpe aimablement à travers les collines de la campagne toscane.Après quelques villages affairés qui exigent une courte étape, elle devient plus primitive et se perd dans les vallons ombrageux qui portent les vignes des plus grands crus du pays.On avait roulé presque deux heures, quand au dernier coude de la chaussée, on aperçut le double symbole de 1 Eglise et de 1 Etat qui couronne l antique village de Vinci : le clocher pointu de 1 église et la vieille tour carrée du château dont le campanile silencieux domine le paysage.C est à dessein que nous faisons allusion à ce double symbole.Car la municipalité de Vinci est communiste, présidant bénévolement et sans se presser au progrès de la petite ville de dix mille âmes, et tenant ses assises dans une des salles du château dont elle est le seigneur.Tandis que le vaillant curé de la paroisse, Don Emilio Eulignatti, mène la rechristianisation de son petit empire avec les dernières méthodes de I action sociale.II vient de faire bâtir une belle salle de fêtes avec un bar, pour faire pendant à I énorme édifice que le parti communiste achève pour fournir à ses adhérents des moyens de récréation, avant de donner une canalisation moderne d eau potable à la ville.Mais les deux groupes s entendent pour vivre ensemble ; puisque les épouses et les enfants des nababs communistes vont fidèlement faire leurs devoirs religieux à I église paroissiale.245 Revue Dominicaine Le château de Vinci est une attraction vivante pour tous les admirateurs de Maître Léonard.En dépit des hésitations de l\u2019académie et de I université à lui prêter main-forte, le citoyen Renzo Cianchi est arrivé à fonder une belle bibliothèque Iéonardienne dans le château, ainsi qu\u2019un musée bien achalandé de modèles des inventions du grand maître toscan.On peut y voir l\u2019appareil de ventilation construit pour Béatrice d\u2019Este, la vis d Archimède et la roue à palettes, des appareils de projection, la presse à main, une machine volante et un parachute, des ponts tournants et des machines de guerre, dont une mitrailleuse à plusieurs canons.Mais les toiles et les esquisses de Maître Léonard se trouvent ailleurs.Aussi est-ce par piété sentimentale que les humanistes et les artistes prennent le chemin de Vinci, comme ce fut le cas du Congrès International d Histoire des Sciences en septembre.Ce sont là des occasions qui permettent aussi de faire des amis sur place et de se faire raconter les temps terribles de la guerre et les moments glorieux de la libération, quand toute la population du village avait dû camper dans les montagnes, en attendant le résultat de la bataille locale qui nettoya la Toscane des troupes allemandes.Le culte de Maître Léonard est d autant plus remarquable à Vinci, que cette bourgade n en garde que le nom et le vieux fonds baptismal où la tradition veut qu\u2019il ait reçu l\u2019onction sainte.C\u2019est dans ce même récipient historique que l\u2019abbé Fulignatti baptisa en avril 1952 (jour anniversaire du cinq centième anniversaire de la naissance de Léonard) un bébé auquel il donna le nom de Luigi-Alcide-Léonard en honneur de ses illustres parrains, le président de la République Luigi Einaudi et le premier ministre Alcide Gasperri, qui étaient présents à la cérémonie et aux fêtes inoubliables du centenaire.On sait que Léonard de Vinci a laissé ses chefs-d\u2019œuvre à Rome, à Florence, à Milan et au Val-de-Loire où il mourut au service du roi de France.En dépit de son nom de famille, Léonard est né dans le petit village d Anchiano, à moins d une lieue de V inci.La petite maison de pierre qui I a vu naître est préservée avec vénération comme monument historique, avec toutes les plaques officielles nécessaires à son identité perpétuelle.Nous y fûmes accompagnés par nos amis maestro Vergilio Gandi et sa charmante fille Wanda, qui ont tenu I école de Vinci pendant deux générations, et qui enrichissent leur vocation par une connaissance subtile des réalisations Iéonardiennes.A I ombre des cyprès de la maison historique d Anchiano, nous avons bu le vin rouge et parfumé des mêmes vignes qui avaient coloré les lèvres du plus célèbre personnage de la région.246 Nina Greenwood Le sens des faits Retraite individuelle à la Maison Montmorency La Maison Montmorency (I ancien Kent-House) à quelques milles de Québec, est non seulement un lieu de rencontres religieuses, intellectuelles et sociales, mais encore un lieu de retraite individuelle ou collective.Bien des gens, accablés de problèmes personnels, se sentent mal à l\u2019aise dans la retraite fermée officielle et craignent même d y aller.Sans aucun doute, ils ont tort.A la Maison Montmorency, I bomme accablé d épreuves morales, spirituelles, d\u2019angoisse religieuse ou simplement épris de soif de perfection, en plus de la solitude et du confort d une maison située dans un site enchanteur, y trouve quelqu\u2019un à qui parler.D bomme à bomme, en toute discrétion, dans la cordialité et la fraternité d\u2019une conversation amicale, l\u2019âme s\u2019ouvre naturellement, sans effort, et la lumière se fait, apporte sa paix.Trouver quelqu\u2019un à qui l\u2019on peut parler librement et sans crainte, n\u2019est-ce pas déjà 50% de la paix conquise ?On peut venir à la Maison Montmorency pour une fin de semaine ou pour une semaine entière, seul ou en groupe, selon les cas.Et pour avoir connu la charité éclairée, fraternelle, compréhensive, on en sort apaisé moralement et spirituellement, reposé physiquement.Comme un homme neuf, on est prêt à reprendre la vie normale avec courage et surtout confiance en un Dieu mieux connu et mieux aimé.Pour tout renseignement, écrire au R.P.Antonin Lamarche, O.P.2490, Av.Royale, Courville (Québec-5), P.Q.Les disques David Oistrahh interprète la Sonate no 10 de Beethoven (Lev Oborin au piano), Chaconne de Vitali, Berceuse et Danse hongroise no 11 de Brahms, On Wings of Song de Mendelssohn.Le grand violoniste russe met autant de ferveur et de perfection dans les pièces faciles de Brahms que dans la magnifique sonate de Beethoven (Columbia ML-5090).Beethoven : Symphonie no 5, Mozart : Symphonie no 40.Interprétation de première valeur d Ormandy et 1 Orch de Philadelphie, qui pour une fois ne pèchent pas par luxuriance de sonorité.Bon enregistrement (Columbia ML-5098).L\u2019Orch Je New York dirigé par Mitropoulos joue deux œuvres modernes ; la suite Lieutenant Kije de Prokofieff et la suite LIarry Janos de Kodaly.Mitropoulos se trouve dans son élément avec l\u2019œuvre de Prokofieff qu\u2019il rend à perfection (Columbia ML-5101).247 Revue Dominicaine On connaît le pianiste Oscar Levant surtout par son interprétation merveilleuse de Gershwin.On retrouve les mêmes qualités sur un disque Columbia (ML-5094) consacré à quelques œuvres de Liszt : Sonetto del Petrarca, Valse Oubliée, Danses hongroises no 4, 10, 12 et 15.Musique de virtuose exécutée par un virtuose.Arthur Grumiaux interprète les Concertos no 1 et 7 pour violon de Mozart.L Orch de Vienne est dirigé par Bernhard Paumgartner.Mozart devrait être connu autant par ses concertos pour violons que par ses dernières symphonies.II est difficile de comprendre pourquoi ces œuvres sont tant délaissées.Disque honnête (Epic LC-3250).Je signale à tous ceux qui s\u2019intéressent à la musique de Sibelius et aux amateurs de musique en général, qu\u2019ils peuvent se procurer plusieurs œuvres du gland maître finlandais sur disques Angel, enregistrement et interprétations supérieurs.La Symphonie no 3 avec I\u2019Orch Philharmonia dirigé par Paul Kletzki, au verso le Concerto pour violon avec le fougueux David Oistrakh.Qui pourrait demander pour jouer ce Concerto qui est comme I incarnation du dynamisme vital, de la force passionnée ?(Angel 35515).Encore avec Kletzki et I Orch Philharmonia, la Symphonie no 2.Cet enregistrement détrône facilement celui de Barbirolli et égale même celui de Koussevitzky, le grand maître de la musique slave.Enfin, Von Karajan dirige I Orch Philharmonia dans I execution de la Symphonie no 4 et du poème symphonique Tapiola (Angel 35514 et Angel 55082).Enfin, le Quatuor de Franck reçoit un traitement convenable par le Quatuor Parrenin.Si cet ensemble n est pas très connu, ce n\u2019est sûrement pas à cause de sa compétence qui éclate sur ce disque Westminster (WN-18136).Recommandé.248 L esprit des livres A.F.Utz, J.F.Groner, A.Savignat « Relations humaines et société contemporaine ».Lettre-préface de Son Em.le Cardinal Feltin.Editions Saint-Paul, Fribourg, Suisse, 1956.20 cm.1510 pages.Dans l\u2019histoire de l\u2019Eglise, aucun pape n\u2019a abordé avec autant de maîtrise et d\u2019universalité que S.S.Pie XII, les multiples aspects de notre question sociale, à la lumière de la philosophie et de la théologie.Nous sommes donc en présence de l\u2019élaboration de la doctrine sociale chrétienne.Tous les problèmes concernant l\u2019homme en lui-même, au foyer, en société, dans la vie internationale, tous ces problèmes ont été exposés avec une si rare compétence et une générosité si extraordinaire que les forces humaines seules ne peuvent réaliser à moins d\u2019être soutenues par l\u2019Esprit-Saint.Il importait de rassembler et de grouper dans un ordre logique ces textes pontificaux qui demeureront La Somme sociale de Pie XII, selon le titre allemand.La clarté des divisions, le groupement des sujets identiques, la précision des tables analytiques font de ce volume non seulement un document indispensable, mais encore un véritable instrument de travail que voudront posséder et consulter sans cesse tous ceux qui s\u2019intéressent au problème social et à ses progrès.Les auteurs comme les éditeurs méritent de sincères félicitations pour la réussite de ce labeur gigantesque.Nous souhaitons le même succès au second volume annoncé pour la fin de l\u2019année.Antonin Lamarche, O.P.Ch.Mertens de Wilmars « Psycho-pathologie de I anticonception ».Lethielleux, Paris, 1956.18.5 cm.107 pages.Ce volume a mérité à son auteur le prix Jean XXI, à l\u2019occasion du Congrès international des Médecins catholiques tenu à Dublin en 1954.L\u2019auteur démontre dans cet ouvrage que toute perversion de la fonction sexuelle aboutit à une dégradation plus ou moins profonde de la personne des conjoints et de leur vie conjugale.Il démontre également que les lois chrétiennes concernant les rapports sexuels des époux, loin de nuire à la nature, tendent à l\u2019équilibrer et à l\u2019engager dans la voie du dépassement.Or ce dépassement est le moyen le plus efficace de joie et d\u2019épanouissement.Ce travail éclairera tous ceux qui cherchent une méthode de bonheur et de vertu dans la vie conjugale.Les médecins qui ont à conseiller les épouses en matière de maternité, trouveront dans cette œuvre des aperçus nouveaux et des arguments extrêmement sérieux qui les aideront à guider leurs patientes, selon les lois de la morale chrétienne.Robert-M.Piuze, O.P.249 Revue Dominicaine Paul Passelecq « Les erreurs des Témoins de Jéhovah » (Point de vue catholique).Editions de Maredsous, Belgique, 1956.17.5 cm.30 pages.Ce que sont ces prétendus chrétiens d\u2019un nouveau genre ; d\u2019où ils viennent ; ce qu\u2019ils croient, ce qu\u2019ils veulent ; ce qu\u2019il faut en penser, tel est l\u2019objet de cette brochure, écrite sans animosité, avec l\u2019unique souci d\u2019informer les chrétiens et de les mettre en garde contre la séduction d\u2019une doctrine aussi absurde que dangereuse, bien que ses propagandistes soient animés de la plus sincère bonne foi.Les protestants refusent de reconnaître les Témoins de Jéhovah comme des leurs.Ils n\u2019ont même pas droit au titre de « chrétiens » quoiqu\u2019ils soient de bonne foi, convaincus et courageux « Méconnaissant la justice de Dieu, cherchant à établir la leur propre, car le Christ c\u2019est le but de toute loi pour la justification de tout croyant (Ep.aux Rom.X, 3).A.L.Marcel Levêque « Mon curé chez les visionnaires ».La Colombe, Paris, 1956.18 cm.182 pages.En 1951, Mgr Ottaviani, pro-secrétaire du Saint-Office, publiait une lettre d\u2019une portée considérable de laquelle nous extrayons ceci : « Qu\u2019on ne vienne pas nous accuser d\u2019être ennemis du surnaturel, si nous devons mettre en garde les fidèles contre les affirmations non vérifiées de prétendus événements surnaturels qui, de nos jours, pullulent un peu partout et risquent de jeter le discrédit sur le vrai miracle.Un prêtre développe ce thème en établissant une discrimination entre ce qu\u2019il qualifie de faux merveilleux et de vrai miracle.Sous forme de conversation très souvent teintée d une ironie subtile, il se pose en fervent disciple de saint Thomas, en un certain sens, du moins, et fait table rase de certaines légendes pourtant consacrées par l\u2019histoire religieuse, comme la « danse » du soleil de Fatima.Quoi qu\u2019il en soit, son livre est une sorte de petit chef-d\u2019œuvre d\u2019esprit dont l\u2019influence salutaire, par bien des côtés, ne se discute assurément pas.Robert Brassy René de Chantal i\u2014 « Chroniques de Français ».Editions de I Univer-sité d Ottawa, 1956.18 cm.272 pages.Ce livre est un nouvel effort pour la purification de notre langue canadienne-française.Si nous voulons lutter efficacement contre l\u2019envahissement de l\u2019anglais, nous devons rester en contact permanent avec tout ce qui peut nous aider à mieux connaître notre langue propre.L\u2019auteur nous met en garde contre nos archaïsmes, nos néologismes, nos anglicismes et nous conseille « d\u2019aligner notre français régional sur le français métropolitain ».A condition de ne pas adopter les termes d\u2019argot de la basse classe parisienne.Ainsi il serait dommage que sous prétexte de 250 L\u2019esprit des livres nous refranciser, nous introduisions dans notre langue des mots ou des expressions comme celles-ci : Messieurs-Dames, bécane, bagnole, bouquin, copain, proprio, rigoler, bachot, galette.Tout ceci se situe très exactement au niveau de la classe parisienne la plus vulgaire et évoque l\u2019atmosphère des cafés de troisième ordre.L\u2019argot, d\u2019après le dictionnaire Quillet, se définit : « Langage spécial aux vagabonds, aux voleurs.Langage peu châtié des personnes mal élevées ».Lisons « Chroniques des Français » et nous saurons quels sont nos canadianismes à répudier ou à conserver.Nous apprendrons à traduire en français les mots anglais que nous avons malheureusement introduits dans notre langue par ignorance des mots équivalents.C\u2019est par les efforts concertés de tous, particulièrement des professeurs à tous les degrés de l\u2019enseignement, que nous arriverons à doter notre peuple d\u2019une langue de culture qui soit du français authentique et non pas un vulgaire dialecte incompréhensible en dehors du Canada.Robert Piuze, O.P.Costa die Loverdo >\u2014> « J\u2019ai été moine au Mont Athos ».La Colombe, Paris, 1956.18 cm.155 pages.Comprendre l\u2019Athos n\u2019est d\u2019ailleurs pas simple.Pour le comprendre il faut être Grec, d\u2019abord, et moine ensuite.Il faut avoir vécu ici, foulé ce sol, connu les gyrovaques, les bigoumènes lettrés, connu les ermites analphabètes, qui ont besoin d\u2019une ficelle à nœuds pour compter leurs prières et répéter inlassablement : « Jésus-Christ, mon Dieu, bénissez-moi ».L\u2019auteur, grec d\u2019Athènes, d\u2019une famille qui compte sept archevêques des Iles Ioniennes, n\u2019a cependant rien épargné pour nous initier aux secrets de la montagne sainte aux cent couvents.En nous relatant son expérience personnelle et celle d\u2019un moine de sa connaissance, il nous donne une synthèse harmonieuse de la célèbre presqu\u2019île du Mont Athos.Robert Brassy Rog er Verneaux ;\u2014- « Philosophie de I homme ».Beauchesne, Paris, 1956.25 cm.190 pages.(Cours de philosophie thomiste).Je commence par une illustration : « la théorie de l\u2019agape chez Nygren, en portant à l\u2019absolu l\u2019idée de générosité, tombe dans l\u2019absurde ; elle n\u2019est qu\u2019une application de la théorie de Sartre selon laquelle la liberté est le fondement des valeurs » fp.134).J\u2019ai voulu illustrer comment ce bel ouvrage de philosophie thomiste qui sera indispensable à tant de jeunes et pourra aider un grand nombre de leurs aînés, intervient avec force, c\u2019est-à-dire avec précision et aisance dans les problèmes débattus.Il le fait pour le problème de l\u2019amour pur (pp.132-136).Saint Thomas ménageait ici une réalité complexe.Si on considère « Dieu comme fin dernière, on ne le traite pas en moyen d\u2019atteindre autre chose, ce qui est une proposition analytique ».Alors chercher Dieu même, pour demeurer en lui, habiter près de lui « non pour que de lui quelque chose nous revienne ».C\u2019est juste.251 Revue Dominicaine Cependant impuissance, ou encore ironie du langage : cette habitation près de lui est le plus grand bien, elle donne à l\u2019âme le Bien suprême.D\u2019où l\u2019exacte conclusion d\u2019ensemble : « Le bien propre d\u2019un être n\u2019est pas toujours Un bien qui est rapporté à cet être, ce peut être un bien auquel cet être est rapporte.Ainsi dans une famille, le bien propre et la perfection des parents est de se dévouer à leurs enfants.Dans une société, la perfection d\u2019un citoyen est de se subordonner au bien commun.Plus profondément, le bien d\u2019une créature est de se référer à son créateur ».L\u2019auteur interviendra, en terminant, dans le débat individu et personne.« Il ne nous paraît pas admissible de durcir la distinction en une opposition, ni surtout d\u2019identifier l\u2019individualité au corps et la personnalité à l\u2019esprit » (p.187).L\u2019homme est une personne, c\u2019est-à-dire un individu d\u2019une espèce particulière, un individu de nature raisonnable.La personnalité, loin de diminuer l\u2019individualité, l\u2019accuse.L\u2019individualité de l\u2019homme est plus stricte, plus parfaite que celle des corps bruts et que celle des animaux, en vertu de la liberté fondée sur la raison, (p.188).Par ailleurs, cet ouvrage étant appelé sûrement à plusieurs éditions, nous suggérons deux améliorations à l\u2019auteur.8a classification des passions (p.64) tirerait avantage d\u2019un tableau analogue à celui qui était présenté dans la petite somme, volume de l\u2019Espérance (p.192).De même sa présentation des douze phases de l\u2019acte humain profiterait immensément d\u2019un tableau, et le temps appelé Consilium serait mieux placé au paragraphe cinquième.Arcade-M.Mouette, O.P.En collaboration \u2014 « Elie le Prophète ».Tome I, selon les Ecritures et les Traditions chrétiennes ; tome II, au Carmel, dans le Judaïsme et I Islam.270 et 518 pages.Etudes Ccirmélitaines, Desclée De Brouwer, Bruges, 1956.12 cm.Grâce aux Etudes Ccirmélitaines que dirige avec beaucoup d\u2019intelligence et d\u2019équilibre, le R.P.Bruno de Jésus-Marie, O.C.D.et grâce surtout aux éminents collaborateurs dont il a su s\u2019entourer, Elie le Prophète devient un personnage actuel par l\u2019étonnante et savante biographie qu\u2019on vient de lui consacrer dans un volume en deux tomes.A vrai dire Elie n\u2019a jamais connu la mort, pas même celle de l\u2019oubli puisque des disciples fidèles et zélés ont ramassé son manteau et ont continué de vivre in spiritu et virtute Elice.Personnage puissant et séduisant, mystérieux et redoutable, Elie domine son époque et tous les siècles, même le nôtre.Sans doute, sa disparition mystérieuse et l\u2019annonce de son retour ont toujours tenu le monde en alerte.L\u2019enlèvement d\u2019Elie par un char de feu attelé de chevaux de feu est une vision extatique d\u2019Elisée.Son retour reste obscur.Est-il revenu ou re-viendra-t-il ?« Es-tu Elie ?» demande-t-on à Jean-Baptiste.Il dit « Je ne le suis pas» (Jean I, 19).Dans Matthieu XI, 7, on lit : «Il est cet Elie qui doit revenir » ; dans Marc IX, 12 : « Elie est déjà venu et ils l\u2019ont traité à leur guise ».Sans doute au Thabor, on l\u2019a vu à côté de Moïse et de Jésus.S\u2019agit-il de ce retour ?252 L ESPRIT DES LIVRES Personnage énigmatique mais combien attachant ! C\u2019est bien la salutaire impression qui nous reste après avoir parcouru le tome I où sous la plume d\u2019exégètes réputés, l\u2019exégèse catholique et les traditions chrétiennes nous en livrent des aperçus insoupçonnés.Un grand disparu dont l\u2019influence n\u2019est pas disparue et s\u2019étend d\u2019âge en âge.Le tome II, Au Carmel, dans le Judaïsme et ïIslam, on voit que durant plusieurs siècles, les Carmes ont revendiqué Elie pour fondateur de leur Ordre.Ce que l\u2019Histoire ne saurait prouver, la Psychologie peut en donner l\u2019explication.C.G.Jung et Charles Baudoin ont confirmé au Père Bruno la puissance archétypale du Prophète Elie dont René Laforgue tente d\u2019expliquer la violence.Elie a progressivement informé le Carmel de « son double esprit».On verra combien curieusement Elie influence le Judaïsme.Louis Massignon le montrera.Selon une tradition arabe, plus fin que Moïse, il pénètre le secret des cœurs.Le chapitre I, Puissance de l\u2019archétype, intéressera vivement tous les psychologues.Surtout quand c\u2019est Jung qui parle et écrit.Les distingués collaborateurs de ce grand volume méritent de sincères félicitations pour la réussite audacieuse de ce livre qui appartient autant a la légende qu\u2019à l\u2019histoire.A.Lamarche, O.P.M.Aloysius Gonzaga L\u2019Heureux, O.S.U., B.A., M.A.- « The Mystical Vocabulary of Venerable Mère Marie de l\u2019Incarnation and its problems » (Tbe Catholic University of America.Studies in Romance, Languages and Literature, vol.LUI).Washington, D.C., 1056.195 pages.Le langage des saints est souvent déroutant.Exceptons S.Augustin, S.Bernard, S.François de Sales et quelques autres qui ont pu se permettre d\u2019être à la fois de grands mystiques et de grands hommes de lettres.En général, les saints ne s\u2019occupent guère de beau style et la tradition chrétienne les encourage plutôt à la simplicité.Mais il y a des gens qui écrivent bien malgré eux : et parce qu\u2019ils ont naturellement un esprit clair et parce qu\u2019ils savent ce dont ils parlent.Pour sa part Mme Acarie avoue qu\u2019elle n\u2019a pas grand talent littéraire.Elle est une de celles qui écrivent bien malgré elles.« J\u2019avoue que je n\u2019ai pas de dictions propres, mais pour les grands excès de miséricorde d\u2019un si grand et bon Dieu dans mon endroit, dans les communications, qu\u2019il lui.a plu de faire à mon âme, il n\u2019y a langue humaine qui le puisse exprimer ».Comme c\u2019est bien dit ! Pour nous faire apprécier ce langage et nous introduire à la lecture de la Relation de 1654, un glossaire n\u2019était pas de trop ; une comparaison avec l\u2019école bérullienne pouvait aider ; une étude de l\u2019évolution de la langue de Mère Marie était un risque.L\u2019auteur de la présente étude s\u2019en tire honnêtement et nous invite à lire les textes dans le contexte qui leur est propre.Bref, un ouvrage utile : aux spécialistes surtout.B.L.253 Revue Dominicaine En collaboration r\u2014 « Responsabilités internationales des chrétiens ».Casterman, Tournai, Belgique, 1955.22 cm.226 pages.L\u2019Esprit est à l\u2019œuvre partout dans l\u2019Eglise.En Occident chrétien, un souffle nouveau parcourt les hommes.Le monde s\u2019unifie à une vitesse prodigieuse.Les chrétiens prendront-ils leurs responsabilités de chrétiens, à l\u2019échelle de l\u2019univers ?Ou les refuseront-ils, rendus aveugles par leurs sécurités, n\u2019étant plus attentifs à la première béatitude ?Pays économiquement sous-développés, surpopulation, famines endé-1H1QU6S, révoltés nationalistes, anticolonialisme, racisme, communisme, guerre et paix, chacun de ces mots doit resonner dans le cœur du chrétien avec une ^telle force que sa vie quotidienne doit s\u2019en trouver transformée.La charité du Christ prend ses vraies mesures : elle est catholique, ou elle n\u2019est pas.Il faut d abord voir clair, se mettre a l\u2019ecoute des pulsations du monde.Les mouvements d\u2019Action catholique choisissent un peu partout comme thème de reflexion celui des responsabilités internationales des chrétiens.C\u2019est un signe que quelque chose bouge, que quelque chose va changer.La mentalité chrétienne se transforme.L\u2019Esprit agit : il adapte l\u2019Eglise aux exigences de notre temps.Le livre que nous publions aujourd\u2019hui veut aider à cette urgente prise de conscience.Il est l\u2019œuvre d\u2019une équipe, car seule une équipe est capable de mettre sur pied une telle entreprise.Il rendra de très grands services à tous ceux qui désirent réformer leur mentalité et aider les autres à réformer la leur.Guillaume de Saint-Thierry \u2014 « Lettre d\u2019or ».Traité de la Vie Solitaire.Introduction et notes par J.-M.Décbanet, O.S.B.Desclée De Brouwer & Cie, 22, Quai au Bois, Bruges, 1956.19 cm.190 pages.Ce directoire de vie monastique, adressé par Guillaume aux Chartreux du Mont-Dieu, près de Reims, a été attribué jusqu\u2019au XVIIIe siècle à saint Bernard.Guillaume y fait d\u2019abord l\u2019éloge de la vie cartusienne et vante les charmes du désert.Puis, c\u2019est la description célèbre des trois « états » qui jalonnent la voie de la perfection.Guillaume trace aux Frères du Mont-Dieu un programme ascétique.Entrant dans le détail des obligations monastiques, il donne toutes les directives pour l\u2019office divin, la lecture, le travail manuel, la nourriture et le sommeil.C\u2019est la partie la plus développée, celle qui, sans doute, a retenu davantage l\u2019attention et qui fait de la Lettre d\u2019Or un manuel d\u2019ascétisme dans le sens plénier du mot.Après un chapitre d\u2019une grande élévation sur la prière, il passe à l\u2019état rationnel et à l\u2019état spirituel.Plus spéculative, cette partie de la Lettre d\u2019Or se présente comme la synthèse des doctrines anthropologique, théologique et mystique de Guillaume de Saint-Thierry : une sorte de théorie, réservée aux plus parfaits, complétant et couronnant la praxis qui s\u2019adressait de préférence aux débutants.254 L\u2019esprit des livres Stanislas-M.Viau, O.P.\u2014* « Chemin de Croix ».Oeuvre de Presse Dominicaine, 5375, Av.N.-D.de Grâce, MontréaI-28.22 cm.36 p.« En ces quelques pages, point de sentimentalité énervante, mais la démarche sûre qui conduit à la contemplation de l\u2019Homme-Dieu, injustement livré, abandonné à la folie criminelle de son peuple et des bourreaux, laissé tout seul pour porter le péché des hommes », écrit le Père L.-J.Lebret, O.P., directeur-fondateur d'Economie et Humanisme, dans la Préface.La doctrine est sûre, le style simple, la phrase très cadencée des vers libres en rendent la lecture facile.Un bon diseur aura du succès en chaire mais c\u2019est surtout dans la méditation privée que ce Chemin de Croix donnera son plein rendement.Les âmes pieuses qui ont l\u2019habitude quotidienne ou hebdomadaire de cette dévotion trouveront difficilement ailleurs une meilleure inspiration.Le Chemin de Croix y prendra tout son sens.Félicitations à l\u2019auteur qui nous annonce une méditation du même genre sur les Mystères du Rosaire.A.Lamarche, O.P.H.Jongen, S.M.M.r- « Pourq uoi la Mère de Dieu pleura t-elle à Syracuse ?».Editions Ch.Bayeart, Bruges, Belgique, 1956.21 cm.170 pages.Une statue de plâtre, reproduisant la Vierge au Cœur Immaculé, a troublé la Cité.A Syracuse la Vierge a pleuré du 29 août au 1 septembre 1953.Dans la première partie, l\u2019auteur étudie ce miracle.Une statue pleurante, un peuple bouleversé, l\u2019impuissance de la science, la voix du clergé local donne son approbation et l\u2019Eglise accepte ce fait sans se prononcer sur sa nature.Dans la deuxième partie, Le Message, l\u2019auteur donne les raisons du pourquoi de ces larmes : elles nous remémorent les larmes que Marie versa au temps où elle était encore sur la terre.Et il justifie ce prodige en transcrivant le poème le plus émouvant de la liturgie mariale : St abat Mater Dolorosa.Livre bienfaisant qui nous sort de notre monde trop matériel ! A.Lamarche, O.P.Amédée Hue, C.M.
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