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Titre :
Revue dominicaine
Éditeur :
  • St-Hyacinthe :Couvent de Notre-Dame du Rosaire,1915-1961
Contenu spécifique :
Juin
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Rosaire
  • Successeur :
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Revue dominicaine, 1957-06, Collections de BAnQ.

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[" PER JUIN 1957\tST-HYACINTHE, P.Q.'mum SOMMAIRE CHRISTIANE RAMEAU : Pourquoi je travaille CLAUDE PARADIS : Moi un saint.belle utopie BERNARD MAILHIOT : Crise de croissance de nos milieux hospitaliers THOMAS GREENWOOD : Evolution de la poésie canadienne-anglaise G.de GRAVE : Le Père Lataste SENS DES FAITS Des croisades qui portent à faux : l\u2019instruction sexuelle à l\u2019école \u2014 Heaven knows Mr.Allison \u2014 Notes sur un faux thème poétique \u2014 Le tricentenaire de M.Olier \u2014 Où en est le catholicisme français \u2014 Congrès internationaux de la Presse en Europe \u2014 Les disques.ESPRIT DES LIVRES ADMINISTRATION : 5375.AV.N.-D.DE GRÂCE MONTRÉAL-28.P.O.DIRECTION : MAISON MONTMORENCY COURVILLE (QUÉBEC-5).P.Q. 1 I I 1 1 1 1 1 Nous recommandons ET SOCIÉTÉ CONTEMPORAINE 2 tomes par A.-F.UTZ, J.-F.GRONER ET A.SAVIGNAT Synthèse chrétienne.Directives de S.S.Pie XII.Version française d après les documents originaux par A.Savignat, selon l édition allemande de F.-A.Utz, O.P.et 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sentiment de la nature, puis celui de l\u2019homme dans la nature, puis de l\u2019homme dans son environnement social s\u2019affirment de plus en plus dans les thèmes et la technique des poètes ».Geneviève de Grave : Le Père I.ataste La vie et l\u2019œuvre d\u2019un grand dominicain dont le nom reste lié à la grande œuvre de la réhabilitation des prisonnières.Le sens des faits H.-M.Robillard, O.P.: « Une croisade qui porte à faux : l\u2019instruction sexuelle à l\u2019école ».Gilles Marsolais : « Heaven knows Mr.Allison ».J.-G.Pilon : « Notes sur un faux thème poétique ».Jean Galvet : « Le tricentenaire de M.Olier ».Gaétan Bernoville : « Où en est le catholicisme français ?».Nina Greenwood : « Congrès internationaux de la Presse en Europe ».Guy Faucher : « Les disques ».L esprit clés livre s J.Chevalier : «Histoire de la pensée», tome IL Maria Montessori : « L\u2019éducation religieuse ».Victor de la Vierge : « Le réalisme spirituel de sainte Thérèse de Lisieux ».Etienne de Sainte-Marie :\t« Conversation avec Dieu ».Henry Dumery : « La Foi n\u2019est pas un cri ».Maurice Villain : «L\u2019abbé Paul Couturier».Ian Dobraczynski : « Celui qui vient la nuit ».J.de Tonouedec, S.J.: «La philosophie de la nature ».Mgr R.Grosche : « La fin du Ghetto ».L.-P.Audet : « La cité des animaux ».Claude Dabi,on : « Le verger ».Michelle Le Normand : « Dans la toile d\u2019araignée ».C.Cerbei aud-Salagnac : « La cagoule verte ».Table des matières : janvier à juin 1957.VIII REVUE DOMINICAIN Directeur : R.P.ANTONIN LAMARCHE, O.P.Maison Montmorency, Courville (Québec-5), P.Q.Vol.LXIII\tTome I\tJuin 1957 Pourquoi je travaille Tu me demandes, passant, pourquoi je me courbe sur ce métier, chaque saison, chaque jour, chaque nuit ?Pourquoi, lorsque tu ris, lorsque tu danses ou que tu songes, mes yeux restent rivés à ces mains qui tissent la soie, le fil ou la laine ?Je te dirai : J aime, passant, donc je travaille.Tu me demandes pourquoi mon amour se traduit ainsi envers mon père et ma mère ?Pourquoi je reste occupée d eux pendant leur sommeil ou leurs voyages, lorsqu ils peinent loin de moi, donnés à de mystérieuses besognes ?Je ne sais.quand j aime, passant, je travaille.257 Revue Dominicaine Tu me demandes encore pourquoi je continue les mêmes gestes pour Maryse, Serge ou Yuan ?Pourquoi lorsque leurs pas sont affermis je me penche attentive malgré leurs chants, leurs prières et ne relâche pas le brin ?Mais je les aime, passant, alors je travaille.Tu me demandes pourquoi les générations en marche ne m\u2019absorbent pas entièrement ?Pourquoi, lorsqu\u2019on me découvre un berceau où un ange sourit je me jette à genoux heureuse et recommence ?Je l aime ce petit, passant, pour lui je travaille.Tu me demandes enfin pourquoi je pèse une à une les misères de notre humanité ?Pourquoi, à la beauté du jardin je préfère ce spectacle hallucinant qui rappelle l\u2019ancien Israël lorsque Yahweh le rejetait de sa face ?Mon cœur est immense, passant, il faut que j\u2019aime, que je travaille. Pourquoi je travaille Tu ne demandes plus pourquoi je respecte les heures que me prête mon Dieu ?Pourquoi, lorsque je suis si petite je veux les offrir toutes remplies pour ceux qui, sans force, sans lumière souffrent dans la cité nouvelle ?C est si simple, passant, quand on aime, on travaille.Christiane Rameau Moi un saint.belle utopie?« Je veux devenir un saint ».Qui d\u2019entre nous n\u2019a pas un jour ou 1 autre bâti un tel idéal ?Rêve de jeunesse, désir d une communion fervente, moments de ferveur d\u2019une visite au Saint Sacrement, résolution de retraite.Et la vie a repris ses activités : on s\u2019est lancé dans le travail, au profit de sa famille.Les années passent : on a trente, quarante ou cinquante ans.Qu\u2019est devenu I idéal ?Chacun peut-il encore dire du fond de son cœur : « Je veux devenir un saint » ?Où SONT LES SAINTS ?On pourrait se le demander.La sainteté est-elle possible ?Puis-je, moi, conserver ce désir ?Si je regarde dans notre « Sainte Eglise », il semble que la perfection ne transpire pas tellement ! Je n\u2019ai pas grand effort à faire pour énumérer bien des déficiences : manque de charité, de zèle, de piété, de pureté, de patience, etc., etc.Ce que ni les autres ni moi-même n avons pu encore réaliser, pourquoi continuer d\u2019en rêver ?Mais pas de ciel sans sainteté Tous les chrétiens espèrent aller au ciel.C est un fait.Ceux-là mêmes qui ne pensent jamais à devenir des saints, veulent bien faire leur salut.Et voilà la contradiction.« Rien de souillé n entrera au royaume des cieux ».Tous les élus sont des saints, même ceux qui sont « très près de la porte ».On entend souvent dire : « On peut aller au ciel sans ça » ! C\u2019est absolument faux : autrement des âmes non saintes seraient admises à la vision de Dieu, ce qui est une aberration.Gagner son ciel veut dire devenir un saint.Si la vie terrestre n\u2019y suffit pas, le purgatoire y pourvoira.260 « Moi un saint.» belle utopie I Deux aspects de la sainteté Mais au purgatoire, aucun mérite ne se gagne.Comment y acquérir cette sainteté qu on aura négligée sur terre ?C est que la perfection peut se considérer sous deux angles : la ferveur et I intensité de vie divine.L\u2019état de ferveur rendu à sa perfection consiste à n avoir aucune mauvaise habitude, aucune attache désordonnée aux biens de la terre ; elle comporte aussi I absence habituelle du moindre péché véniel délibéré : c\u2019est là son aspect négatif.Positivement cet état suppose que toutes les forces de 1 esprit et du cœur soient tournées vers Dieu : qu on se donne à Lui de tout son être, avec une entière générosité qui ne se dément jamais.C est surtout en considérant cet aspect que 1 on a distingué les différents âges de la vie intérieure qui conduisent à la perfection de l\u2019union totale à Dieu, à travers les épreuves purificatrices.Parallèlement à cette ferveur, grandit dans le chrétien, la vie divine, la grâce sanctifiante : c est I augmentation de la vie de Dieu en nous, une plus forte participation à sa nature, inaugurée au baptême.La vie de la Vierge Marie illustre très bien la distinction entre ces deux aspects.Dès le début de son existence elle possédait déjà une parfaite ferveur ; à ce point de vue, elle n\u2019a pas fait de progrès.Par contre, la grâce ne cessait de croître en elle tout au cours de sa vie terrestre.Nous avons un autre exemple si nous comparons les enfants baptisés qui n\u2019ont pas encore atteint I âge de raison, au chrétien très parfait parvenu à I union avec Dieu.Dans les deux cas nous trouvons une ferveur totale \\ mais une grande différence d intensité de vie divine : très faible chez 1 enfant et très élevée chez le chrétien parfait.Celui-ci nous donne un troisième exemple : sa ferveur est totale (un peu comme celle de la Vierge), mais il continue de croître en vie divine jusqu à sa mort.1.Une sous-distinction apparaît dans cette ferveur : fragile chez l\u2019enfant, sans vertus acquises (ou naturelles) pour la soutenir, elle est devenue très robuste chez l\u2019adulte, sous l\u2019influence de l\u2019exercice prolongé des vertus.De passive ou réceptive qu\u2019elle était au bien et au mal, elle est devenue fixée (actuée) dans la perfection.On peut juger par là de l\u2019importance d\u2019une éducation chrétienne très soignée.261 Revue Dominicaine Différence entre les deux aspects Entre ces deux aspects, existe une certaine corrélation, mais aussi une certaine indépendance.L intensité de grâce sanctifiante, (tout comme la charité divine dont elle dépend comme de sa cause dispositive) 2 3, ne peut pas diminuer.Même le péché véniel très fréquent ne la fait pas Laisser.Elle va toujours en augmentant au cours de la vie, surtout par la réception des sacrements, la prière et tous les actes méritoires de la vie quotidienne.Sans doute, elle peut se perdre entièrement : c est le terrible effet du péché grave.Mais elle ne Laisse pas graduellement °.La ferveur, au contraire, admet des hausses et des Laisses selon la générosité des années.Sous cet aspect, quelqu un peut descendre ou rester stationnaire, dans la médiocrité : ainsi un époux tiède a pu être un jeune homme très fervent4.Avec le temps, il s\u2019est relâché et attaché à Lien des plaisirs profanes : il commet Leaucoup plus de péchés véniels qu anciennement et n a presque plus aucun désir de perfection.«La mystique », il ne croit plus en ça ! Et pourtant, à cause de tous les actes de charité de son travail, il possède un plus grand degré de grâce qu a-vant son mariage 5.La ferveur peut donc Laisser, tandis que 1 intensité de grâce augmentera.C\u2019est là, semLIe-t-il, I explication de tant d imperfections chez certains prêtres moins jeunes.Leur vie divine est comme une lumière dont la force interne (le wattage) a toujours monté, mais qui serait recouverte de mille poussières (attaches, mauvaises habitudes, etc.).Ces obstacles 2.\tLa grâce habituelle augmente par un acte de charité plus intense qu\u2019elle-même, fait sous l\u2019influence de la grâce actuelle.3.\tCe n\u2019est pas le lieu dans cet article de donner la preuve de cette vérité théologique.Cf.S.Thomas, sum.th.lia Ilæ, q.24, a.10.4.\tOn ne doit pas confondre ferveur de la volonté et ferveur sensible.Il est normal que celle-ci disparaisse.La première est la promptitude de la volonté à répondre sans hésitation à l\u2019appel de la grâce.Sans doute, la ferveur sensible favorise cette ferveur de la volonté.5.\tCela suppose tout de même qu\u2019il n\u2019a pas péché gravement depuis ce temps-là.Si ce malheur était arrivé, tout son trésor de vie divine et de mérites se serait évanoui, et le degré de son repentir aurait déterminé le degré de grâce recouvrée.Mais par la miséricorde de Dieu, il peut bien arriver qu\u2019une chute mortelle occasionne un resaisissement de 1 âme, un renouveau de ferveur.Celle-ci, après le repentir, pourra être plus grande qu\u2019avant la chute : la tiédeur aura disparu.Le degré de grâce lui-même pourra remonter d\u2019autant plus vite.262 « Moi un saint.» belle utopie I empêchent la lumière de rayonner comme elle le pourrait : la charité est captive, et I apostolat moins fructueux.L âme peut encore se comparer à un jardin : la grosseur des fleurs représente I intensité de vie divine ; I absence de mauvaises herbes, la ferveur.L on peut trouver des roses bien développées mais tout entourées de chiendent : leur beauté et leur parfum rayonnent beaucoup moins que ceux du simple bouton de rose du voisinage tout seul au milieu d\u2019un espace de terre pas mal nette, sans mauvaise herbe, (mais gare aux mauvaises racines).Ainsi, il peut fort bien arriver que des chrétiens sur terre aient un degré de grâce plus élevé que des élus du ciel, (en particulier que les enfants morts après leur baptême) ; il va sans dire que leur ferveur est moins grande.Corrélation entre les deux aspects Ces deux éléments s\u2019influencent tout de même réciproquement : l ame, par le détachement de la terre et le don d elle-même à D ieu, pose des actes d\u2019amour qui lui valent une augmentation de grâce sanctifiante et c\u2019est pourquoi il est impossible que sur terre, une âme soit presque parvenue à l\u2019union totale avec Dieu, sans posséder en même temps un très haut degré de vie divine G.Mais par suite d une tiédeur prolongée, comme il est dit plus haut, l\u2019âme a pu perdre sa ferveur, sans pour cela diminuer dans la vie divine : durant des mois, sinon des années, l\u2019on produit beaucoup d\u2019actes « remissi », et très peu d actes fervents.Cette tiédeur amène la stagnation de la vie divine qui pour grandir a besoin d actes fervents.Enfin, elle conduit au péché grave, à la ruine totale de I âme, peut-être à la damnation.Pourquoi n\u2019y a-t-il pas plus de saint Louis ?C\u2019est là une question fréquente.C est que si tous les chrétiens sont appelés à la sainteté de I union transformante (même si cet état sur terre 6.Mais c\u2019est possible au ciel : les enfants baptisés, morts en bas âge sont (normalement) dans ce cas.De même les pécheurs «sauvés de justesse», parvenus au ciel après un long purgatoire, où ils n\u2019ont rien mérité.265 Revue Dominicaine suppose un très haut degré de vie divine), tous, loin de là, ne sont pas appelés au degré de grâce de tel ou tel saint dont la vocation était exceptionnelle.Plusieurs fidèles peuvent, en effet, être parvenus à la même ferveur, totale ou presque, et n\u2019avoir pas du tout le même degré de vie divine (les élus du ciel le prouvent Lien).Ce degré de vie divine, dont dépend beaucoup le rayonnement apostolique dans le corps mystique, dépend lui-même uniquement de la libre miséricorde de Dieu.Tout comme la Vierge, chaque grand saint (le curé d Ars, Jean Bosco, le roi saint Louis, Vincent de Paul) avait une vocation privilégiée qu il ne faut pas nous étonner de ne pas avoir.En outre, la fécondité apostolique, celle du Curé d Ars ou d un autre, peut être un don destiné avant tout au bien des autres, et que Dieu dispense selon son bon plaisir (charisme).Ces saints avaient des missions spéciales.Quelqu\u2019un peut être avancé en sainteté et n\u2019avoir pas ce don de toucher les cœurs ou de réaliser de grandes œuvres : du moins d\u2019une façon visible et extérieure.Mais cette âme sainte ignorée fera sûrement beaucoup de bien d une façon invisible ; par son amitié avec l\u2019Auteur de la grâce, elle obtiendra beaucoup de grâces pour le monde, sans que rien y paraisse.II peut même exister ainsi des curés d Ars ignorés : on ne saura qu\u2019au ciel le bien qu\u2019ils ont fait à travers le monde.De même chez les religieux et les laïques, il peut exister, sans qu\u2019on les connaisse, des Anna Maria Taigi (mère de famille), des Jean-Baptiste de La Salle, des Maria Goretti et des Dominique Savio.Notre ferveur dépend de notre générosité.Ici moins que jamais, on peut dire : si je ne me corrige pas, c est que je n ai pas la grâce ; ce qui importe, c est la générosité forte et persévérante à longueur d'années '.7.Il ne faut toutefois pas oublier que la blessure originelle (surtout doublée de nos péchés personnels) ne se guérit pas du jour au lendemain.Comme toute chose héréditaire «nous l\u2019avons dans le sang».Il ne faut donc pas nous étonner si nous mettons beaucoup de temps à nous corriger.Il pourrait y avoir beaucoup d\u2019inconvénients à vouloir aller trop vite : orgueil, découragements, maladies psychiques ou physiques, refoulements, etc.L\u2019essentiel c\u2019est la fidélité dans la prière, le devoir d\u2019état et l\u2019exercice des œuvres de charité tant spirituelles que temporelles, en particulier de l\u2019Action catholique.Sur le progrès spirituel, cf.le magistral article du Père J.C.Callens dans la revue, La Vie Spirituelle, août-septembre 1950.264 « Moi un saint.» belle utopie ! C\u2019est ainsi que s\u2019il dépend de notre générosité d atteindre 1 union parfaite à Dieu, il ne dépend pas de nous que cette union parfaite nous confère tel degré élevé de grâce ou d influence apostolique.Sans doute, ceux-ci seront plus élevés que si nous avions croupi dans la tiédeur, mais pas nécessairement, loin de là, aussi élevés que ceux de tel ou tel saint.Notre ferveur influence tout de même grandement notre rayonnement apostolique.Nos attaches, nos mauvaises habitudes (impatiences, août immodéré des distractions, manque d affabilité, insouciance des choses divines, etc.) causent parfois un scandale grave, et très souvent, des omissions dans l\u2019apostolat.En obscurcissant notre degré de charité et de grâce, elles les empêchent de rayonner.Des petits bonshommes de saints Si tous nous sommes appelés à la sainteté, chacun a par ailleurs sa place dans l\u2019Eglise et ne doit pas ambitionner une place plus élevée.II est possible que, même parvenu à l\u2019union transformante, un chrétien reste confiné dans un apostolat restreint et ignoré de I Eglise visible.C est un petit bonhomme de saint, tranquille dans son coin, ignoré du monde, et souriant avec bonheur à la Beauté Divine.Les deux saintes Thérèse parlent souvent de telle ou telle carmélite très proche de Notre-Seigneur, et qui n\u2019a laissé aucune trace visible.De même tel ou tel père de famille.En somme, il s\u2019agit d\u2019imiter les grands saints sur une petite échelle.Cette distinction entre I intensité de vie divine et la ferveur explique ce fait déconcertant que bien des prêtres, religieux ou « pieux laïques » offrent le Très Saint Sacrifice, reçoivent durant des années la Sainte Hostie, accomplissent aussi beaucoup d œuvres méritoires (toutes les actions du ministère), et par ailleurs ne progressent pas dans la perfection.Leur intensité de grâce augmente ; leur ferveur reste stationnaire ou diminue.Par suite de cette augmentation de vie divine, ils auront une plus haute place au ciel que s\u2019ils étaient morts plus jeunes, mais leurs péchés véniels répétés et leur médiocrité leur infligeront un plus long purgatoire.265 Revue Dominicaine Que dire alors des « grands désirs » ?D abord, tous nous devons avoir ce grand désir de parvenir à l\u2019union transformante : tous, nous y sommes appelés.C est même une condition pour aller au ciel.Normalement, nous devrions « aller au ciel tout droit » ; le purgatoire n est qu accidentel (causé par les « accidents » de nos péchés, que nous aurions pu éviter).Si nous ne parvenons pas sur terre à la purification et union parfaite, nous devrons le faire au purgatoire : avec cette différence que sur terre, cette montée vers Dieu augmente en même temps notre degré de grâce sanctifiante et partant, notre bonheur pour I éternité, et la gloire de la Trinité, tandis qu\u2019au purgatoire, en plus de payer bien cher toutes nos lâchetés, nous ne mériterons rien du tout.Pouvons-nous espérer sauver des milliers d âmes et devenir de grands saints ?Oui.Pouvons-nous aspirer à la sainteté de tel ou tel saint qui eut une mission spéciale ?Oui encore, mais d un désir inefficace, dont la réalisation est en dehors totalement de notre portée (contrairement à I union parfaite) : Dieu seul pourrait nous élever ainsi et cette élévation (contrairement encore à 1 union transformante) n appartiendrait pas à la ligne normale de notre vie chrétienne, mais constituerait comme un privilège surajouté.Parvenir à I union totale avec Dieu est déjà un idéal très élevé, que nous pouvons, que nous devons chercher à atteindre.Si tous les chrétiens étaient fidèles à cet idéal, la face de la terre serait sûrement changée.Car même si nous ne devions pas atteindre les sommets du Curé d Ars ou d autres saints, nous ferions tellement plus de bien que dans notre médiocrité paresseuse.Que faire en pratique ?Ces considérations, en plus de placer notre ambition dans une saine humilité, déterminent clairement I objectif de nos efforts : nous purifier 1 âme et nous unir à Dieu de toutes nos forces.Et cela avec la même générosité que dans une retraite fervente.266 « Moi un saint.» belie utopie ! Tout d abord, entretenir un grand désir de perfection.C est là un des points les plus importants.Qu\u2019en dépit de toutes les chutes, les attirances terrestres, les exemples funestes, I on garde cette soif des âmes, cette nostalgie de la sainteté.D ailleurs même notre bonheur terrestre est en jeu.Les saints sont les plus joyeux et les plus heureux.Si nous savions toutes les délices de la contemplation plus élevée \\ Ce serait presque le ciel sur la terre : « Bienheureux les cœurs purs car ils verront Dieu ».Cette persévérance suppose que nous ne capitulions pas avec nos mauvaises tendances : les mauvaises herbes repoussent toujours, même dans un beau jardin aux fleurs épanouies.II faut toujours recommencer à sarcler.Jamais de découragement : il faut nous y attendre : nos défauts ont la vie de sept chats I Notre orgueil ne sera jamais complètement mort.C est en ce sens que la vie spirituelle est un perpétuel recommencement.II faut aussi prendre garde, qu avec les années, ne se développent en nous des mauvaises tendances que nous n\u2019avions pas plus jeunes : goût exagéré du confort ou du luxe, entêtement, brusquerie, etc.Rappelons-nous aussi qu il n est jamais trop tard pour commencer.Sainte Thérèse d Avila, malgré des grâces insignes, mena, jusqu à 57 ans, une vie religieuse plus ou moins fervente.Il faut à tout prix garder confiance : très souvent le Bon Dieu nous laisse nos défauts durant de longues années pour nous humilier.Humilions-nous en particulier de notre orgueil.Puis posons-nous cette question : qu est-ce qui dans ma vie, concrètement, déplaît le plus à Dieu ?Quelle action, quelle parole, quel désir m empêchent le plus de m\u2019unir à Lui ?Et travaillons sur ce point avec générosité.De FAIT, Y A-T-IL DES SAINTS ?C est plutôt bien difficile à dire I Dieu seul mesure la responsabilité de nos imperfections ; seul II connaît nos intentions et I intensité de notre vie divine.Mais rappelons-nous que le mal fait beaucoup plus de 8.Cf.Dom Chevalier : Le Cantique spirituel de saint Jean de la Croix, Desclée De Brouwer, 1933, p.200 et suivantes.267 Revue Dominicaine bruit que le bien.Nous avons tous connu des chrétiens fervents.A quel stage des « Sept Demeures » sont-ils rendus ?Personne ne peut le dire, sinon Dieu.Imitons leurs vertus, et, comme eux, montons vers le bonheur de la transformante union à la Beauté Trinitaire.Supplions souvent I Esprit-Saint par ces mots de I Oraison de I Immaculée-Concep-tion : Ut nos quoque mundos e/us intercessione ad te pervenire concédas.« Accordez-nous par I intercession de la Vierge, que purifiés, nous aussi nous parvenions jusqu à vous ».Claude Paradis, ptre, T.O.P.1105, boul.Gouin, est, Montréal 268 Crise de croissance de nos mdieux hospitaliers Faut-il rappeler que les administrateurs, les médecins, et les infirmières de tout hôpital ont ce problème en commun : assurer pendant le séjour à l\u2019hôpital le rétablissement du patient ?C\u2019est la raison d\u2019être des hôpitaux dans une communauté humaine, la fonction ultime de leurs administrateurs, la tâche spécifique de tout médecin qui y pratique et de chaque infirmière qui s y dévoue.Niais tandis que la préoccupation dominante du médecin et de l'infirmière c\u2019est de procurer la santé à tel malade, de lui assurer grâce à l\u2019ambiance appropriée de 1 hôpital tous les secours de la science médicale, l\u2019administrateur hospitalier, de par ses fonctions, est constamment appelé à penser les problèmes du mieux-être de I hospitalisé à un autre plan : ce sont les besoins communs, permanents de tout malade entrant à 1 hôpital dont il doit se soucier, et non plus seulement les besoins particuliers de tel ou tel patient.Pour qu un hôpital soit ce lieu où 1 on trouve les conditions idéales de refaire sa santé, il importe que les administrateurs connaissent parfaitement les exigences médicales, minima et optima, qui doivent être satisfaites en pareil cas.Aussi est-ce leur devoir de se tenir au courant des progrès médicaux, et à leur lumière, d opérer 1 amélioration constante des milieux hospitaliers qui leur sont confiés.En ce sens bien précis on peut affirmer que les administrateurs sont au service des infirmières et des médecins.C est leur fonction de faciliter de plus en plus le travail des infirmières et des médecins pratiquant dans leur hôpital, de les libérer de toute préoccupation à propos des prérequis essentiels dont tout hospitalisé a besoin.Ainsi médecins et infirmières pourront-ils se consacrer aux besoins individuels de chacun de leur cas.Administrateurs, infirmières et médecins ne peuvent se concerter et coopérer au bien des malades qui séjournent dans leur hôpital que s il existe entre eux des réseaux de communications nettement articulés et suffisamment flexibles pour parer à tout imprévu.Il importe en plus que 269 Revue Dominicaine périodiquement ils se rencontrent et aient la possibilité de confronter leurs problèmes respectifs.Et cela dans un climat aussi démocratique que possible.Dans nos hôpitaux pour le moment, comme ailleurs dans beaucoup de milieux institutionnels du Québec, les structures de travail et les structures de pouvoir sont trop souvent autocratiques.De ce fait elles rendent impossibles les échanges et elles ne tolèrent entre administrateurs, infirmières et médecins que des relations rigidement hiérarchiques.Seules les exigences médicales des patients ont raison d être tyranniques dans un hôpital ! Aussi leurs rencontres et leurs échanges n ont chance d être féconds et de vraiment bénéficier aux malades, que si infirmières, administrateurs et médecins assurent constamment dans leurs délibérations un primat des tâches sur les personnes.Les susceptibilités professionnelles, les ambitions personnelles doivent toujours être subordonnées et, au besoin, sacrifiées à toute décision qui peut assurer le progrès de 1 hôpital.II est inévitable, et le plus souvent souhaitable, qu à 1 occasion de ces rencontres, des divergences d opinions surgissent.II serait stérile et néfaste que des désaccords d idées dégénèrent en conflits de personnalités.Mais il deviendrait tragique qu\u2019on veuille en pareils cas trancher le débat et imposer des solutions d autorité.Pour que ces rencontres s amorcent et se poursuivent dans un climat de confiance et de parfaite liberté d expression, il serait important qu administrateurs, infirmières et médecins n y participent qu une fois bien documentés sur les problèmes qu on entend y soulever.Trop souvent ces rencontres ne donnent lieu qu\u2019à d interminables palabres, qui découragent les esprits sérieux d y prendre part, cependant qu elles offrent aux intelligences dites « verbales » I occasion de satisfaire leurs tendances exhibitionnistes.Ces rencontres ne seront constructives que si les participants consentent à une exploration systématique des situations à améliorer.Une fois ces relevés des données factuelles complétés, les personnes concernées seront à même d en discuter avec intelligence et d apporter, à leur lumière, les compléments et les correctifs les plus adéquats.Un procédé très efficace, exploité avec avantage en beaucoup de mi- Crise de croissance de nos milieux hospitaliers lieux industriels, pour alimenter de données objectives leurs délibérations serait de les faire précéder et suivre de sondages périodiques.II ne faudrait pas bésiter alors à s en remettre à des experts en enquête d opinions publiques pour opérer ces sondages, si I on veut disposer de données validement recueillies.Ces sondages devraient atteindre les différentes strates du monde hospitalier ainsi que la population qui constitue la communauté humaine desservie par l\u2019hôpital.Leur but serait de dégager périodiquement ce qu\u2019on souhaite voir apporter d améliorations au régime hospitalier.Ces sondages offriraient une source unique d informations pour la régie interne d\u2019un hôpital : médecins, administrateurs, infirmières, grâce à eux deviendraient davantage conscients et lucides des desiderata légitimes de leurs malades.En confrontant ce qu ils apprendraient ainsi avec ce qu\u2019on a réussi à mettre à point dans les milieux hospitaliers les plus progressifs, ils posséderaient peu à peu les multiples données concrètes, susceptibles de les objectiver les uns et les autres à I égard des problèmes souvent complexes, abordés au cours de leurs discussions et de leurs délibérations.II est toutefois nécessaire de distinguer entre ces rencontres périodiques entre infirmières, médecins et administrateurs qui ont pour objet I élaboration et la planification graduée de tout projet d amélioration, et ce que peut dans la suite exiger de réunions leur mise en application.S il est essentiel que médecins, administrateurs et infirmières mettent à point conjointement ce qu il serait souhaitable d opérer comme changements, il nous semble que la transposition dans I ordre du possible, si fortement conditionnée par les ressources financières disponibles, devrait être la tâche spécifique et exclusive des administrateurs.Le plus souvent, ils sont les seuls à connaître explicitement les possibilités et les limites de transformation, inhérentes au milieu hospitalier qu ils administrent.C est en se consacrant à cette tâche de faire passer au plan des réalisations ce qu avec médecins et infirmières ils ont convenu être de nécessité pour I amélioration de l\u2019hôpital, que les administrateurs parviendront à assurer des conditions de plus en plus idéales dans lesquelles infirmières et médecins pourront exercer leur profession.271 Revue Dominicaine Comment alors les relations entre administrateurs, infirmières et médecins d un même hôpital ont-elles chance d\u2019être ou, selon les cas, de devenir plus fonctionnelles ?Dans la mesure, il faut y insister, où leurs relations évoluent dans des perspectives et une optique exclusivement centrées sur le bien-être des malades.Le public qui ne perçoit que du dehors certaines querelles entre médecins, administrateurs et infirmières, le plus souvent n y comprend rien, s\u2019en étonne, s\u2019il ne s\u2019en scandalise point.II n bésite pas chaque fois à les juger sévèrement et à les trouver aussi ridicules que puériles.Cet état de malaise lui apparaît, d\u2019où il 1 observe, comme dominé par des luttes de prestige, des conflits d\u2019ambition ou de mesquines vanités en brouille.Le public peut si aisément se méprendre.Maintes fois il s\u2019est inquiété à tort de fausses rumeurs.Avec ses clichés et ses préjugés de profane, il s est hâté de diagnostiquer certains malaises comme constituant I état chronique de nos milieux hospitaliers.Quand le plus souvent il ne s agissait que d une crise de croissance.De fait nos milieux hospitaliers du Québec sont en voie de conquérir leur autonomie.Nombre d entre eux ont su récemment acquérir un statut social ainsi que le prestige scientifique qui les ont « accrédités » de façon enviable dans le monde médical nord-américain.Trop longtemps notre groupe ethnique a dû se débattre à tous les plans pour survivre à I asservissement économique le plus étouffant qu on puisse imaginer I Au cours de cette période, nos hôpitaux n ont pu exister et se maintenir que grâce à un bénévolat, souvent héroïque.Mais, Dieu merci, depuis peu notre émancipation économique a permis d établir notre régime hospitalier sur une base financière plus saine.Mais nos hôpitaux, en se modernisant, doivent songer à renouveler leurs structures, en parties désuètes et mal adaptées aux dimensions nouvelles de leur expansion.Ces structures du passé menacent de compromettre I évolution de nos services hospitaliers, si elles ne deviennent pas plus souples et davantage démocratiques.Beaucoup de nos administrateurs, de nos infirmières et de nos médecins doivent apprendre à faire 272 \\ Crise de croissance de nos milieux hospitaliers équipe à I intérieur de I hôpital où ils travaillent.Comme les bureaux de direction de nos grandes industries s appliquent depuis nombre d années à le faire avec des profits inespérés I Mais le travail d équipe comporte ses exigences psychologiques.Avant tout, ceux qui désirent faire équipe doivent être capables entre eux de loyauté et de solidarité.Ce n'est qu à cette condition qu une coopération authentique pourra s établir entre eux.La diversité des talents, la disparité des points de vue, les différences de personnalité, la différenciation des rôles et des fonctions s'intégreront alors spontanément et graduellement, fl s en suivra une complémentarité vraie des compétences et I émergence d une identité toujours plus parfaite des préoccupations.Nos hôpitaux, ayant ainsi atteint l\u2019âge adulte, pourront alors servir d\u2019infra-structures à une charité, enfin capable de se dépenser dans la vérité ! Bernard Mailhiot, O.P. Evolution de la poésie canadienne-angflaise Le caractère distinctif de la littérature canadienne, c\u2019est qu elle est née adulte et double.A I exception du folklore indigène, toutes les littératures du continent américain sont nées adultes.Car les colons venus d\u2019Europe avaient apporté avec eux leurs langues particulières et des traditions ricfies en expériences sociales et en realisations littéraires.De plus les premiers émigrants comme leurs descendants n ont jamais cessé de conserver des liens affectifs avec leurs pays d\u2019origine.Aussi sont-ils entrés de plain-pied dans les genres évolués, dès qu\u2019ils ont eu le loisir et l\u2019occasion d écrire, sans passer par les phases des littératures primitives.Leurs premiers moyens d expression n ont pas été les incantations religieuses ou 1 épopée héroïque, mais les récits de voyage des grands capitaines et des missionnaires, ainsi que les sermons et les discours politiques, d\u2019où l\u2019histoire et le roman se sont développés naturellement.Parallèlement à cette évolution, les ballades ancestrales adaptées à leur nouveau milieu par les chants populaires, avaient maintenu chez eux le goût du rythme et alimenté leur imagination créatrice, conditions indispensables à I\u2019avène-ment d une vraie poésie.Enfin, les rudes circonstances de leur vie nouvelle en face d\u2019une nature sauvage et d\u2019indigènes souvent hostiles, leur avaient fourni les premiers thèmes spécifiques et originaux de leurs essais narratifs et de leurs élans lyriques.Mais en plus de ce caractère particulier aux lettres du continent américain, la littérature canadienne est double dans son expression : car depuis trois cents ans, Français et Anglais s\u2019affrontent dans les vastes régions du Canada oriental.Les Anglais furent les premiers à les toucher avec Cabot en 1497 abordant Terre-Neuve et réclamant les côtes du pays pour la couronne anglaise.En 1534, Cartier pénétra dans le Saint-Laurent et tenta d y établir une colonie française.II a fallu attendre cent ans encore pour qu Anglais et Français s accrochent solidement en 274 Evolution de la poésie canadienne-anglaise Amérique du Nord, avant de commencer à lutter entre eux pour la possession exclusive de ces rickes domaines.Après le Traité d Utreckt en 1715 qui donna une partie de I Acadie et Terre-Neuve à I Angleterre, les premiers émigrants britanniques vinrent des colonies américaines et de la mère-patrie pour s installer dans les nouveaux territoires.Pris entre les postes anglais de l est et du sud, les colons français devaient bientôt s engager dans une série de guerres qui finirent en 1760 après la cbute de Québec.Mais s ils durent alors changer d allégéance et de régime politique, ils ont su retenir leur langue et leur identité nationale et religieuse, bases inébranlables d\u2019une littérature qui épanouit aujourd hui sa richesse dans tous les genres.C\u2019est pendant ces luttes, que les Anglais apportèrent leur langue en Acadie et dans le Haut-Canada.De l emploi d une langue, on parvient naturellement à I affirmation d une littérature : c est justement I évolution de la poésie canadienne d expression anglaise, que nous allons esquisser dans cette étude, à I occasion d\u2019un livre 1 portant sur cette intéressante question.L\u2019immigration britannique augmente après la fondation d Halifax en 1749 et surtout avec 1 annexion de toute la Nouvelle-France après la Guerre de Sept Ans.Mais on ne saurait dire que les conditions générales du pays à cette époque favorisaient les lettres.A part quelques sermons et quelques poésies pieuses de missionnaires protestants, rien d original à signaler à I aube des lettres anglaises au Canada, bien que les colonies américaines aient eu déjà des écrivains sérieux et originaux à cette époque.C est la révolte des colonies américaines en 1775 qui valut au Canada ses premiers chroniqueurs, ses premiers maîtres de l\u2019éloquence et ses premiers poètes.Loyalistes et puritains de la Nouvelle-Angleterre désireux de conserver leur suzerain royal, durent s\u2019exiler en Acadie et dans le Haut-Canada, profitant de la fidélité des Canadiens français auxquels 1 Acte de Québec de 1774 avait confirmé la jouissance de leurs droits.Avocats, prédicateurs, professeurs, journalistes, imprimeurs et poètes, 1.Desmond Pacey : Creative Writing in Canada, 220 pages.The Ryerson Press, 1952, Toronto.275 Revue Dominicaine c est surtout dans la Nouvelle-Ecosse et le Nouveau-Brunswick que vinrent s établir les premiers chefs intellectuels du pays.Le prédicateur Henry Alline (1748-1784) surnommé I apôtre de la Nouvelle-Ecosse nous a laissé un journal religieux dans la manière de Bunyan ainsi que des hymnes.Le journal intime de Jacob Bailey (1751-1808) a capté pour nous les impressions et les expériences des loyalistes.Les satires et les poésies de Jonathan Odell (1757-1818) dans la tradition des classiques anglais, ainsi que les poèmes patriotiques ou sentimentaux de Joseph Stans bury (1740-1809) constituent les premiers efforts des serviteurs de la Muse.Enfin le Nova Scotia Magazine qui a tenu de 1789 à 1791 a marqué les débuts du journalisme dans le pays.Le Haut-Canada devait attendre encore une génération avant que les lettres prennent leur essor dans cette partie de la nouvelle colonie.Mal g ré ces débuts hésitants et faciles, il serait préférable de faire commencer la littérature canadienne anglaise au dix-neuvième siècle, avec Oliver Goldsmith (1794-1861) arrière-petit-neveu du grand poète anglais du même nom.Alors que son illustre aiëul avait donné au monde The Deserted Village, lamentation d allure romantique sur I abandon de la terre par les paysans attirés par les promesses de 1 industrie, Oliver Goldsmith écrivit The Rising Village en 1825 pour décrire les sentiments, les espoirs et les premières réalisations des colons canadiens.A la même époque Joseph Howe nous donnait des discours, des articles de journal et des poèmes ; et Thomas Chandler Haliburton (1796-1865) inventait le sympathique Sam Slick et les contes du Clockmaker qui restent toujours un des meilleurs exemples de la satire dans un cadre nouveau.La poésie nationale à ses débuts était imitative des anglais, un peu simple et gauche, photographique plutôt que subjective.Le goût canadien n\u2019était pas encore formé, et les cadres naturels et sociaux n avaient pas encore influencé pleinement les auteurs.Charles Sangster dans The St.Lawrence and the Saguenay (1856) décrit les vastes paysages qu il contemple, mais sans s\u2019identifier avec eux, sans vivre leur grandeur, en les contemplant de 1 extérieur, pourtant, il sait montrer de I ardeur pa- 276 Evolution de la poésie canadienne angl aise triotique dans B rock (1859) et même de la tendresse comme dans le sizain suivant : * We never sa y Good Night ; / For our eager lips are fleeter / Than the tongue, and a kiss is sweeter / Than parting words / That cut like swords ; / So we always kiss Good Night .Ayant eu l\u2019avantage d une instruction supérieure, Charles Mair nous a donné des vers plus travaillés, un langage plus souple et varié, Lien que son style soit un peu guindé et son goût parfois incertain.Son recueil Dreamland (1868) et surtout son drame lyrique Teoumseh (1890) révèlent une nouvelle méthode de traiter la nature.Son impressionisme à la manière de Keats et sa considération des moindres détails de la nature comme ayant de l\u2019étoffe poétique, lui permettent de décrire le monde en l\u2019interrogeant.Ses sujets sont empruntés à la perspective canadienne : selon les thèses romantiques de l\u2019appréciation subjective de la nature et de l\u2019admiration de l homme primitif, son Tecumseh est un poème original.Comme Longfellow, il fait parler le « sauvage » et il nous donne ainsi l\u2019occasion de confronter sa psychologie propre et la nôtre.Cette confrontation n est pas toujours en notre faveur, restant dans la ligne générale du primitivisme si bien vu des romantiques.Mais il faut faire aussi une mention bien particulière à son gracieux poème The Firefl ies où il utilise toute une théorie de mots comprenant 1 idée de lumière (light, beam, gleam, glitter, translucent, flickering, fire, et d autres) pour décrire les mouvements des lucioles (mouches-à-feu) graciles.Sans nous arrêter à Charles Heavysege qui nous a donné Saul (1857) drame lyrique à 1 esprit miltonien, et à Georges Cameron, dont les Lyrics (1887) ont une saveur byronienne, nous constaterons le progrès de l\u2019utilisation poétique de la scène canadienne avec Isabella Crawford, qui a su introduire la manière de Tennyson dans son imagination féminine.Son Old Spookses pass et son Malcolm s Katie (1884) manifestent une richesse et une vitalité comparable à celle de la nature sauvage qu elle nous décrit, avec les bisons, les grands bois et les sentiments de base d\u2019un bûcheron et de sa belle.Des mots indiens enrichissent naturellement son vocabulaire et donnent une note locale que confirme la Revue Dominicaine description de phénomènes naturels propres au Canada.Mais ces cadres romantiques appellent les réalités du progrès.Comme le dit le bûcheron : \u201cMy axe and I, we do immortal tasks / We build up nations, this my axe and l / Bite deep and wide, O axe, the tree / Tell wider prophecies to me .La période de maturité de la littérature canadienne commence avec le quatuor Charles Roberts, Bliss Carman, Archibald Lanpman et Duncan Scott, peu après la réalisation de la Confédération Canadienne.Le premier a lancé un programme courageux avec l\u2019exemple d'Orion (1880) et d une série de poésies où le subjectif commence à s infiltrer fortement dans la structure poétique.Sans être nécessairement tendre, l\u2019attitude de Roberts envers la nature est humaine, compréhensive, riche et courageuse.Alors que Crawford avait ajouté des êtres humains aux cadres grandioses de la forêt canadienne, Roberts sent lui-même avec la nature, et arrive à enrichir ainsi les détails qu\u2019il en observe, fl n\u2019a certes pas le substantialisme charnu de Whitman ; mais il fait mieux qu\u2019Emerson et Lowell, et il nous annonce ainsi des possibilités que ses trois amis vont exploiter à leur tour, chacun avec son tempérament particulier.Le plus connu est Bliss Carman qui a vécu sa vie de poète avec une liberté qu il a su mettre au service de son imagination poétique.Ses deux créations les plus appréciées sont Low Tide on Grand pré et The White Gull, parmi tant d autres aux titres évocateurs.Un symbolisme modéré donne à ses poèmes un flou, une imprécision qui croient prendre une allure philosophique ou mystique, mais qui indiquent peut-être un manque de maîtrise dans la fixation des détails, et un manque de variation dans son rythme poétique.Certains critiques n\u2019ont-ils pas même dit que Bliss Carman a un effet de musique endormante ?Pourtant, si nous le voyons dans la perspective cïe son époque et par rapport au passé immédiat des lettres canadiennes, son mérite est grand et sa renommée s affirme stable.En fait, il sait toujours nous intéresser par ses thèmes et ses images.Dans Low Tide on Grand pré, il compare le va et vient de la marée à I inquiétude de son esprit à la recherche de la fille qu il 278 Evolution de la poésie canadienne-anglaise a perdue ; et d image en image, il achève avec la mer conquérante de la terre et du plaisir du poète qui reste avec sa douleur.The White Gull est une élégie sur Shelley, ou Carman montre tout son art à choisir et à utiliser des symboles.Plus près de la nature dont il semble faire partie, Archibald Lamp-man se révèle un maître ardent et délicat.Ses nombreux sonnets et ses poésies descriptives et subjectives comme Among the Millet ou At the Long Sault frappent par F exactitude du détail et son utilisation sensuelle dans un sens large.II s\u2019est même aventuré à écrire des poèmes tendres avec autant de délicatesse que de succès.On peut s en rendre compte par ces vers empruntés d Arnulph où il exprime I amour d un vassal pour sa dame encore dans I innocence de la jeunesse : I must die, or with my whole soul drink ; Unless between my hungering arms I fold Her whole dear loveliness to have to hold Forever ; I can no more rest or hear This broken life, or breathe the sunless air.Mais son élan est plus majestueux quand il se borne à chanter la nature.Voici les derniers vers de Sunset, un de ses plus beaux sonnets : Soon will the first star shine ; yet, ere the night Heach onward to the pale green distances, The sun\u2019s last shaft beyond the gray sea- floor Still dreams upon the Kamuraska shore And the long line of golden villages.Au commencement du vingtième siècle, quelques poètes indépendants forment une sorte d interlude avant I éclosion de I école suivante.Parmi ces rimeurs sympathiques, Robert Service a immortalisé le nord-ouest par ses Ballads aussi nombreuses que pittoresques.C est un monde rugueux et difficile d hommes, où les femmes n ont presque pas de rôle actif.Mais quel coloris, quelle saveur dans la présentation des caractères Revue Dominicaine et des cadres.II suffit de relire la célèbre ballade Fhe Shooting of Dan McGrew qui a été transposée en musique et même en ballet.Si Robert Service vit maintenant dans le midi de la France, il ne faut pas oublier qu il a passé une grande partie de sa vie dans ces régions désolées qu\u2019il nous décrit si bien dans ses poèmes.On ne saurait manquer de mentionner tout spécialement W.H.Drummond qui a immortalisé le patois du canadien-français essayant de parler anglais.Dans son recueil The Habitant (1897) comme dans sa ballade The Wreck of the Julie Plante il nous initie à un langage qu\u2019on ne trouve plus que dans les villages éloignés qui ont subi la pénétration anglaise.Voyez comme il présente la cuisinière de la péniche : De cook she s name was Rosie, / She come from Montreal, / Was chambermaid on lumber-barge / On the Grande Lachine Ganal \u2019.Le second essor caractéristique de la poésie canadienne commence après la première guerre mondiale sous le signe du cosmo-politisme.Les voyages nombreux de nos écrivains en Europe et les expériences de ceux qui I ont connue avec la guerre ont élargi les horizons littéraires.La Maple T ree School s oppose à I autorité des poètes plus anciens et surtout à leurs tendances romantiques.Les désillusions et le cynisme qui caractérisent I après-guerre ont provoqué I apparition du réalisme et des problèmes humains dans les manifestations de la Muse.Des modes de pensée étrangers pétrissent I imagination créatrice de la jeune école, qui admire les formes compliquées de Hopbins et de Fliot, auxquelles il s\u2019agit d appliquer ou de mouler des sentiments et des sujets canadiens.Deux écoles tiennent la scène : celle de Montréal et celle de Toronto, avec quelques satellites originaux jusqu à I ouest du pays.C est autour du McGill Fortnightly après la première guerre, que se groupent des poètes comme A.J.M.Smith, Frank Scott, Albert Klein et Léo Kennedy, tous adonnés au culte de T.S.Eliot, d Ezra Pound et d Emily Dickinson.En mûrissant, quelques uns de ces poètes ont donné des œuvres durables et fidèles à 1 esprit du temps.Voici par exemple The Shrouding (1935) de Kennedy, qui joue sur le vieux thème 280 Evolution de la poésie canadienne anglaise die I amour physique, I horreur de la mort et le mystère de la résurrection.La concentration des consonnes et I intensité des vers leur donnent une musicalité particulière, laquelle s accorde bien avec la variété des stances, la rapidité du mouvement et le charme de I honnêteté du poète.Ce souci de vérité directe et parfois pathétique se remarque aussi dans les œuvres de Klein qui utilise à fond le judaïsme, ses symboles et son histoire pour nous donner des poèmes uniques dans les lettres canadiennes.The Hitleriad, Hath not a Jew font un lourd pendant à des poésies « catholiques » comme The Cripples évoquant I Oratoire Saint-Joseph et The Sisters of the Hotel Dieu où Klein avait été soigné dans sa jeunesse.La grande figure d Edwin Pratt domine non seulement I école de Toronto, mais encore la littérature canadienne contemporaine.Bien qu il ait passé sa jeunesse en Terre-Neuve où il est né (1883), Edwin Pratt a fait sa carrière dans I Ontario où il a enseigné jusqu à sa retraite.Mais la nostalgie et les silences de la grande île ont imprégné I imagination et la poésie de Pratt, qui a su pourtant transformé toute cette matière grâce à des symboles hardis et une musicalité de grand style.Dans les Titans (1926) ils nous donne deux pièces, The Cachalot et The Great Feud qui sont restées aussi puissantes que classiques.Courageusement, il met en scène les monstres gigantesques de la mer profonde, tout comme Melville le fit avec Mohy Dick et son symbolisme.Malgré ses proportions, la haleine prend presque la sensibi lité humaine grâce à I art du poète qui nous présente son odyssée avec des réflexions de haute sagesse.De même dans The Great Feud, la haleine et la pieuvre géante se livrent un combat épique et mortel qui permet à Pratt de jouer sous des régistres divers pour nous donner sa pensée profonde.Et quelle oppression dans Silences où il parle de la vie et de la mort : There is no silence upon the earth or under the earth Like the silence under the sea.No cries annoucing birth, No sounds declaring death.281 Revue Dominicaine There is silence when the milt is laid on the spawn In the weeds and fungus of the rock-clefts ; And silence in the growth and struggle for life.L utilisation du blank verse dans l\u2019épopée de Brebeuf and His Brethren au service des martyrs jésuites de la colonisation française est une des réussites les plus heureuses et les plus édifiantes de Pratt.Soucieux du détail, sohre dans les manifestations de sa sensibilité, animé d\u2019un esprit religieux intense, le poète nous livre en quelque deux mille vers la merveilleuse et sainte histoire qui constitue pour le Canada français un vrai titre de gloire.L acceptation de la souffrance pour 1 amour du Christ est le thème central du poème ; tandis que le détail et Iapplica-tion de cette idée maîtresse sont fournis par les Relations des Jésuites qui rapportent en toute simplicité les actes héroïques de Brebeuf et de ses compagnons.Voici d ailleurs le commencement et la fin de cette narration.II débute par la description des conditions religieuses en Europe : une brise divine soufflait sur la terre de France, réchauffant les cœurs, entraînant les esprits vers les idéaux surnaturels, et la sainteté quittait les socles pour reprendre chair : 7 he winds of God were blowing over France, Kindling the hearts and altars, changing vows Of rote into an alphabet of flame.The air was charged with song beyond the range Of larks, with wings beyond the stretch of eagles.Parmi ces conquérants apostoliques Jean de Brébeuf illustre le Canada.Ses actes, ses pensées, son apostolat, ses misères, les contrastes avec la culture primitive des Indiens qu\u2019il veut évangéliser, ses voyages, enfin sa capture, son martyre et sa mort tout cela est dit avec une simplicité étonnamment effective.Et le poète achève sur une vision contemporaine, trois cents ans plus tard, quand le christianisme est profondément implanté dans une terre fécondée par le sang des martyrs : 282 Evolution de la poésie canadienne-anglaise The Mission sites have returned to the fold of the Order Near to the ground where the Cross broke under the hatchet, And went with it into the soil, to come back at the turn Of the spade with the carbon and the calcium char of the bodies, The shrines and altar are built anew ; the Aves And prayers ascend, and the Holy Bread is broken.On voit le trajet accompli par la poésie canadienne depuis ses débuts.Après la simple imitation et la description froidement objective, le sentiment de la nature, puis celui de Ihomme dans la nature, puis de I bomme dans son environnement social s affirment de plus en plus dans les thèmes et la technique des poètes.Sans verser dans un réalisme parfois osé, comme certaines littératures étrangères, la poésie canadienne sait étendre ses ailes sans s abaisser à des choix trop communs pour sa nourriture.En poésie comme en prose, 1 atmosphère généralement chrétienne du pays déteint heureusement sur les efforts de nos écrivains.Nous marchons ainsi vers une poésie originale, universelle tout en restant canadienne, utilisant à fond tous les cadres de la vie nationale et tous les grands principes généraux pour affirmer avec hardiesse sa beauté sobre autant qu effective dans la république des lettres.Thomas Greenwood Professeur à l'Université de Montréal. Le Père Lataste Quand en 1855, Frédéric Ozanam à peine âgé de vingt ans songea à réunir entre eux quelques jeunes hommes « de ces fils de mères chrétiennes dont I incrédulité voulait faire sa proie » et qui vivaient comme lui, solitaires et modestes dans leurs petites chambres du quartier latin à Paris, il chercha d abord à fixer un but à leur association.Ce lyonnais, étudiant en Sorb onne, fraîchement débarqué à Paris d une grande cité industrielle où les plaies sanglantes du paupérisme suscitaient des vocations de « bon Samaritain » arraché à un climat familial baigné de tendresse et de piété, en arriva très vite à conclure : Le principe d une amitié véritable, c\u2019est la charité ; elle ne peut exister dans le cœur de plusieurs sans s\u2019épancher au dehors, elle s\u2019éteint faute d aliments, I aliment ce sont les bonnes œuvres ».Aussi bien, il donna le nom de « Conférences de Charité » à cette nouvelle assemblée qu animaient sept membres enthousiastes et généreux, « sept jeunes intelligences disséminées au milieu d\u2019une foule inerte et sensuelle ».Selon la suggestive expression du Père Lacordaire qui devint le guide de cette jeunesse au cours d une époque entre toute périlleuse, « ils plaçaient leur chasteté sous la sauvegarde de la charité ».Une tradition rapporte qu au soir même de la première réunion, Ozanam allant voir la pauvresse que depuis quelque temps il avait pris I habitude de visiter lui porta la bûche destinée à chauffer sa propre chambre, bûche symbolique dira plus tard Monseigneur Julien, qui allumerait par le monde un immense incendie de charité ».De ce buisson ardent qui depuis plus d un siècle embrase la chrétienté de nombreuses vocations d apôtres laïcs ont surgi, mais encore des vocations sacerdotales destinées à porter très haut le flambeau de la foi, de I espérance et de la charité.Ernest Psichari, petit-fils de Renan qui voulut monter à I autel afin de racheter la faute de son grand-père et que la mort surprit avant 284 Le Père Lataste son entrée dans I Ordre de S.Dominique, fut un membre fervent des Conférences de S, Vincent de Paul.Un peu avant lui, Olivier-Georges Destrée, élevé dans I incroyance et qui devait mourir moine bénédictin au Mont César à Louvain, révélait qu il n\u2019imaginait pas que les maximes de I Evangile pussent être suivies avec autant de fidélité par nombre de gens vivant dans le monde.Et il ajoutait : « Je compris alors qu il me fallait changer de vie et vivre plus charitablement et plus pieusement ».Ce fut pour lui le premier pas vers la vie religieuse, vers Je sacerdoce.Lorsque Frédéric Ozanam devenu par la suite professeur d Université à Paris mourut le 8 septembre 1853, après avoir « aimé les pauvres jusqu au martyre » plus de deux cents conférences étaient fondées.Aujourd hui leur nombre s élève à plus de vingt trois mille.* * * Le jeune fonctionnaire aux contributions qui en I année 1852 se présente à la Conférence de la paroisse Saint-André à Bordeaux se nomme Alcide Lataste et appartient à une famille patriarcale établie à Cadillac sur Garonne.Son père propriétaire de vignobles cumule en même temps un commerce de draps.Bourgeoisie aisée sans grandes ambitions semble-t-il.Sa sœur aînée est fille de la Sagesse et il entretient avec elle une correspondance suivie.Une crise d adolescence assez aiguë lui a fait entrevoir la fragilité humaine, les abîmes du péché, mais il a résolument combattu des tendances nuisibles et se trouve dès sa vingtième année à peu près maître d un tempérament impétueux et passionné.Les luttes soutenues au cours de son adolescence lui démontrent la difficulté de mener une existence ordonnée en dehors d un mariage d amour et le détournent d une vocation religieuse entrevue dès sa prime jeunesse.La mission du prêtre lui paraît si grande si haute et si pure qu il n ose plus I envisager qu en tremblant et se maintient dans un état d\u2019humilité crucifiant.285 Revue Dominicaine Bordeaux n est guère éloigné de sa ville natale, la Garonne qui a charmé son enfance s\u2019étale ici dans toute sa splendeur, la grande cité lui est connue et offre à sa solitude de multiples ressources.Son stage terminé, Alcide Lataste est nommé surnuméraire à Privas.Dans la cité ardéchoise assise aux pieds des monts du Vivarais, le jeune homme mène une existence en apparence monotone ; consciencieusement penché sur les besognes ingrates de sa profession, il consacre ses heures de liberté aux œuvres de charité, il lit, il écrit.Bientôt une maison s ouvre devant lui, une maison attirante entre toutes ; une jeune fille de seize ans en est la lumière.Cécile de Saint-Germain a bientôt conquis le cœur d Alcide Lataste, des projets d avenir s\u2019ébauchent approuvés par le comte et la comtesse de Saint-Germain, ses parents.Cette jeune fille est une nature d élite ; son prétendant I aime avec le respect que devrait manifester tout jeune homme envers celle dont il veut faire sa femme, la mère de ses enfants.Mais hél as, le beau rêve se trouve soudain brisé par I opposition formelle des parents d Alcide Lataste.Les fiancés sont jugés trop jeunes pour contracter un engagement.La jeune fille est sans fortune, la situation surnuméraire ne pourra de longtemps encore faire vivre un ménage.avec enfants î II faut abandonner ce projet édifié trop vite ! Monsieur et Madame Lataste intransigeants et humainement très sages, obtiennent le déplacement de leur fils.Cécile de Saint-Germain se soumet sans murmurer ; elle ne veut pas être pour celui qu elle aime une source de discorde et de troubles familiaux.Avant de quitter Privas pour Pau sa nouvelle résidence, Alcide remet à la jeune fille une Vierge toute blanche ouvrant les bras et couronnée de fleurs.îjî î|î A Pau comme à Privas le jeune fonctionnaire s adonne avec zèle aux œuvres de charité et fonde un « centre » pour les soldats assisté de 286 Le Père Lataste certains membres de la Conférence de Saint-Vincent dont il fait partie.A cette époque I obligation scolaire est inexistante, les illettrés voire les analphabètes sont légion.Des leçons de lecture, d écriture, de calcul, de grammaire leur sont données ; une conférence religieuse à ceux qui ie désirent ainsi que des causeries d actualité.Les « bleus » et les professeurs travaillent dans une atmosphère accueillante et sereine.Les locaux deviennent bien vite trop exigus.Mais ses désirs d apostolat prennent de I altitude.Alcide Lataste sait que I homme ne vit pas seulement de la nourriture de I esprit et du corps mais que le pain de I âme doit soutenir ses forces vacillantes.Auprès des recrues il se fait I apôtre de 1 Eucharistie.Ln ce matin de Pâques 1854 le jeune homme éprouve une joie incommensurable : tous les soldats de son œuvre se sont approchés de la Sainte Table.Cependant le fiancé déçu demeure inconsolable ; sa souffrance s exprime selon I époque en vers romantiques : « J avais une sœur, une amie, « La mort cruelle l a ravie « Nos deux cœurs n avaient qu une vie « Mais elle n\u2019est plus et je vis ! On dirait que de sombres pressentiments I assaillent.Un soir un attrait irrésistible amène le jeune homme dans une église, au pied de I autel de la Vierge.Une crise de larmes le terrasse.II songe à cette vie à deux qui ne sera peut-être jamais la leur, à ce bonheur terrestre qui n\u2019est sans doute pas fait pour eux.« Je ne demande pas ce bonheur tant souhaité, prie-t-il, s il n entre pas dans Vos desseins sur nous, mais ce que je sollicite avec insistance, c est que Votre volonté nous soit connue.Si vous n approuvez pas notre union, faites « qu elle se détache de moi ».Et là-bas à Privas, Cécile de Saint-Germain aimante et fidèle, à genoux devant la Vierge blanche des adieux prononce cette émouvante prière : « O Rosée délicieuse qui calmez I ardeur des passions, protégez Revue Dominicaine celui que Dieu me destine pour époux.Faites, ô tendre Mère, qu\u2019après avoir été unis en ce monde et avoir traversé ensemble cette mer orageuse, nous arrivions guidés par Vous à la Jérusalem céleste où nous ne cesserons de vous louer et de vous bénir.Les funèbres pressentiments d Alcide Lataste se sont réalisés.Rosie Lataste, en religion Sœur Saint-Crescentien, s est éteinte en son couvent de la Rochelle.Un mois plus tard, Cécile de Saint-Germain est emportée à son tour par une fièvre typhoïde.Alcide Lataste a revu la petite ville triste au pied des montagnes, la petite ville triste qui renferme la dépouille de sa bien-aimée.Sur la tombe de Cécile, il s agenouille en sanglotant, mais c est dans la chambre de la jeune morte qu il se rapproche d elle davantage.Il s attarde à Privas durant ses jours de congé.« C est là aux pieds de la petite Vierge que je lui ai donnée en partant, à côté de son portrait chéri que je fais mes prières du matin et du soir.Je me sens meilleur dans cette chambre, je me sens plus fort ».Le cœur désormais fermé à tout amour humain, mûri par la douleur, le jeune fonctionnaire écoute dans la solitude de sa vie retentir un appel.« Jamais je n ai été plus calme qu ici, confie-t-il à son frère et cependant j\u2019ai plus que jamais le désir arrêté d entrer dans quelque Ordre religieux.Cette pensée me revient plus forte chaque fois qu agenouillé dans son petit oratoire, je prie Dieu et je pense à elle.Alcide Lataste a été nommé contrôleur à Nérac ; il est âgé à cette époque de vingt-quatre ans ; son physique très séduisant, sa personnalité transcendante, la régularité qu il apporte à exercer ses fonctions, le dévouement sans bornes qu\u2019il témoigne aux œuvres de charité le placent bien vite en vedette ; des familles le recherchent.Mais sa vocation se précise et après avoir longuement réfléchi, il donne sa démission de fonctionnaire et entre dans l\u2019Ordre de Saint-Dominique restauré en France par le Père Lacordaire.288 Le Père Lataste Sa nature ardente s est pacifiée, il ne redoute plus « le vide d amour humain » que lui infligera le cloître.II ne songera plus au mariage qui lui paraissait jadis le seul remède aux aspirations de son cœur, à la faiblesse de sa nature trop aimante.Un acte de renonciation d\u2019une émotion poignante daté du 11 septembre 1857 I\u2019arracke complètement au monde.II Le noviciat des Frères-Prêckeurs s ouvrait à cette époque à quinze lieues au N.O.de Dijon, à Flavigny sur Ozerain dans cette Bourgogne qui avait déjà donné tant de gloires à l\u2019Egl ise Catholique.Bâtie sur une terrasse, une large maison avait servi de Petit Séminaire au diocèse de Dijon ; quelques ecclésiastiques poussés par une pieuse et délicate pensée l\u2019avaient acquise en commun et I avaient offerte en 1948 au restaurateur des Frères-Prêckeurs, fils de la Bourgogne.C est là que précédant d une année Alcide Lataste, 1 abbé Henri Cormier devenu Frère Hyacinthe-Marie revêtit la robe et le scapulaire des Prêcheurs : il devait illustrer l\u2019Ordre par la sainteté de sa vie et par l\u2019efficience de son généralat.Pour Alcide Lataste, le noviciat de Flavigny s\u2019ouvre comme une oasis.A son père, il confie aussitôt : « Depuis que j ai eu le bonheur de revêtir la livrée du Bon Dieu, je n\u2019ai pas éprouvé un moment de peine, de tristesse, d\u2019ennui, de souffrance physique quelconque ».« La main sur la conscience, écrit-il encore, s il m était donné de rappeler à la vie celle qui n\u2019est plus et que je crois parfaitement heureuse, eh bien I je ne le ferais pas et si, ce qui est plus encore, il m\u2019était donné avec mes idées d aujourd hui de revenir aux anciens jours, je lui dirais à elle que j aimais plus que ma sœur, vous voulez mon bonheur et moi le vôtre n est-ce pas ?Eh bien consacrons tous deux notre jeunesse au Seigneur et nous serons unis dans I Eternité ».289 Revue Dominicaine Son grand désir sera de recevoir en religion le nom de Marie-Vincent, car confie-t-il, si j ai échappé au naufrage où tant de jeunes gens de mon âge se perdent dans le monde, c est à Marie et à saint Vincent de Paul que je le dois ».Mais ses supérieurs en décideront autrement et il deviendra Frère Jean-Joseph Lataste.Dès le début de son noviciat, le Frère Jean-Joseph se révèle un modèle de ferveur, d humilité, d exactitude, d obéissance, de charité fraternelle.La souffrance physique ne I épargne pas, semblant compromettre un moment la réalisation de tous ses espoirs : son élévation au sacerdoce.Un panaris mal soigné exige une intervention chirurgicale qui maladroitement exécutée lui ouvre toute la main ; il supporte sans une plainte toutes les souffrances qui en résultent.L amputation de I index, empêchement au sacerdoce, est envisagée.Le novice déclare qu il est prêt à devenir frère convers plutôt que de rentrer dans le monde.Avec saint Thomas, il redira que la vie claustrale est le don le plus grand, après le Baptême, que le Très-îdaut puisse faire à 1 homme.L amputation pourra être évitée, mais un nouveau mal atteint le jeune religieux : une coxalgie qui provoquant un déboitement de la hanche droite avec déviation et allongement de la jambe, nécessitera de longs mois en cellule et jusqu\u2019après son ordination, une cure aux eaux de Barège.Son noviciat simple terminé, il est envoyé à Toulouse dont le climat plus doux lui permettra de se préparer à la profession religieuse qui aura lieu le 10 mai 1859 à Chalais dans le Dauphiné.Dans ses notes de retraite on a retrouvé cette émouvante imploration : « O mon Dieu puisque vous êtes si bon que de m\u2019attirer à Vous malgré mon indignité, coûte que coûte désormais, je veux travailler à devenir un de Vos Saints ».* * * Le couvent d\u2019études de Chalais placé dans un site admirable avait été jadis un monastère bénédictin, puis une maison de repos pour les 290 Le Père Lataste religieux de la Chartreuse que l\u2019âge et les infirmités ne permettaient plus de vivre dans le rude climat de leur cloître ; il n avait pu cependant échapper aux tourments de la révolution et en 1/95 avait été vendu comme bien national.Le Père Lacordaire ayant terminé son noviciat en Italie, désireux d\u2019établir en France ses premiers fils fut tout heureux de les placer dans un cadre favorable à leur formation spirituelle.La cloche qui avait sonné jadis les heures bénédictines se balançait encore dans le clocher et alertait dès trois heures du matin les jeunes ascètes dominicains pour le lever de nuit.Ceux-ci descendaient alors dans l\u2019église aux murs épais du Moyen Age qui au temps où le Père Lacordaire I avait visitée n était plus qu\u2019un grenier à foin, chanter Matines jusqu\u2019à quatre heures.Un peu de repos leur était ensuite accorde jusqu à six heures ; ils redescendaient alors pour la Méditation suivie de Prime, et la Messe chorale réunissant tous les religieux.La matinée jusqu à onze heures et demie était consacrée à l\u2019étude.Puis le chant des Petites Heures précédait le repas de midi qu agrémentait une récréation qui se terminait à l heure des Vêpres, à une heure trois quarts.Jusqu à sept heures, le temps était réservé à l étude ou au ministère apostolique ; le souper réunissait alors la communauté et après la récréation du soir, I église au toit de tuiles et de sapin résonnait aux accents des Complies.La méditation du soir inclinait les têtes encapuchonnées vers les mains jointes, puis le repos de la nuit étendait les corps las sur les dures couchettes.Le régime alimentaire comprenait le maigre perpétuel-sauf cas de maladie ; du 14 septembre jusqu à Pâques le grand jeûne privait les religieux du déjeûner et du souper que remplaçait une maigre collation.Une fois chaque semaine, les Dominicains devaient s accuser au chapitre des coulpes, en présence de toute la communauté, des plus petites atteintes à la règle et s\u2019entendaient reprocher par leurs frères les fautes négligées ou oubliées.Bientôt à la suite du travail intellectuel intensif et des prédications de plus en plus nombreuses qui usaient les tempéraments les plus 291 Revue Dominicaine résistants, également à cause du climat assez rigoureux l\u2019hiver, certains points de la règle furent élargis ; c est ainsi que les moines purent user d œufs, de beurre et de laitage durant le Carême et I\u2019Avent, mais ils ne voulurent pas déchoir en générosité et à partir de ce jour les habitants du monastère couchèrent sur une planche et allongèrent la durée de la Méditation.Cependant à la longue Chalais se révèle situé à une trop haute altitude, d un abord difficile et de plus devient trop étroit pour recevoir les religieux de plus en plus nombreux qui sortent du noviciat simple de Flavigny.Le Frère Lataste est à peine acclimaté à Chalais que le Père La-cordaire y arrive à I\u2019improviste et de grand matin.Après la Sainte Messe qu il célèbre avec sa ferveur accoutumée \u2014 il disait chaque fois la Messe comme au premier jour de son Ordination soulignent ses contemporains ¦\u20141 il réunit tous les religieux au chapitre.II vient d acquérir le couvent royal de Saint Maximin, entre Aix, Marseille et Toulon dans un climat d une température moins âpre que la haute altitude de Chalais.Et il fixe au surlendemain le départ pour la Provence.Sur la route qui descend à Voreppe les charriots de montagne tirés par des bœufs convoient les bagages de la communauté.Avant leur départ les Dominicains chantent avec une émotion inaccoutumée le Salve Regina, puis ils se rendent en procession devant une statue de la Vierge posée au creux d\u2019un rocher et adressent une dernière prière à Notre-Dame des Adieux.Les moines ont laissé Chalais non sans regret, Chalais où selon les dires du Père Lacordaire « les privations étaient douces, au milieu d une nature élue depuis plus de sept siècles par la grâce de Dieu » mais la nouvelle résidence leur réserve d autres merveilles.* * * Cette partie de la Provence où règne le climat le plus doux et le plus égal de la France est également I un des coins les plus pittoresques d un pays où abondent les beaux sites et les lieux de pèlerinage.292 Le Père Lataste La tradition rapporte que les Juifs après avoir jeté sans pitié Marie-Madeleine, Marthe, leur servante Marcelle, Lazare, Maximin, Sidoine, Marie-Salomé, Marie-Jacobé et leur servante Sarah dans une barque qu\u2019ils avaient ensuite lancée à la mer, eurent la conviction que l\u2019esquif sombrerait.Miraculeusement semble-t-il, la barque arriva sans encombre sur le littoral méditerranéen, là où le Rhône se jette dans la mer.Le groupe se dirigea sur Tarascon, Avignon, Marseille où Maximin devint évêque, mais Madeleine attirée par la vie contemplative se retira au désert dans une grotte appelée « baume » ; durant trente années elle y vécut errante et solitaire et fut ensevelie au village de St-Maximin à proximité de ce qu\u2019on appelle maintenant la « Sainte Baume ».Bâtie aux XHIème et XIV siècles sur une crypte mérovingienne, élevée dit-on par les moines cassianites sur la tombe même de sainte Madeleine, une étrange basilique s\u2019élève sans clocher, sans façade principale, mais à l\u2019intérieur des trésors de piété et d art attirent les pèlerins à commencer par les quatre sarcophages ornés de sculptures et datant du XVe siècle, celui de sainte Madeleine en albâtre, ceux de saint Maximin, de sainte Marcelle, de sainte Suzanne en marbre.Puis ce sont les vingt-deux chapelles qui s\u2019incrustent autour de 1 abside, le maître-autel monumental, les stalles, la chaire, les orgues, les tableaux anciens.De grands personnages, de grands saints, se sont aussi succédés à la Sainte Baume : Louis IX, Jean de Matha, Brigitte de Suède, Catherine de Sienne, Vincent Ferrier, Vincent de Paul, Jeanne de Chantal, M.Olier, J.-B.de la Salle, Benoît Labre en furent les pèlerins émus et fervents.La grotte de sainte Madeleine s ouvre à 1 5 1cm au S.O.de Saint-Maximin dans le roc blanc teinté de violet, à près de 1 000 mètres d altitude ; six autels, quelques statues en sont 1 unique ornement et cette sobriété n en est que plus éloquente.(à suivre) Geneviève de Grave 295 Le sens des faits Des croisades qui portent à faux : l\u2019instruction sexuelle à l\u2019école Une critique non pas saine et vivifiante, mais, hélas ! amère, naïve, et mesquine pèse chaque année un peu plus lourdement sur notre système d éducation et particulièrement sur nos éducateurs religieux.Critique qui est, d ailleurs, à sa manière, une autre face de notre jansénisme héréditaire, révélant l'incroyable pessimisme d\u2019un peuple qui aurait, à 1 heure présente, toutes raisons d être confiant et sûr de sa force ; révélant aussi notre besoin constant de faire la « chasse aux sorcières », et notre parti pris d être insatisfait quoi qu\u2019il arrive et quoi qu\u2019on nous serve.On a déjà fait remarquer jusqu\u2019à quel point la France radicale avait été jansénistement anticléricale ; on n aurait pas grand\u2019peine à faire voir jusqu à quel point nos grands réformateurs sont aussi des jansénistes à rebrousse-poil.Un récent débat a ramené 1 attention sur la question de l\u2019éducation sexuelle, avec tendance à établir que nos instituteurs religieux, parce que célibataires, sont vraiment impuissants à rien entendre au débat.Qui voudrait bien se donner le trouble de s élever un peu par la pensée au-dessus des contingences de I heure, s apercevrait assez vite que 1 importance accordée à ce problème, dans son excès même, témoigne bien d un certain infantilisme très particulier à notre époque.On imaginerait mal Bossuet, Pascal ou Claude Bernard consacrant vingt ans de leur vie à 1 initiation sexuelle de leur génération.Notre monde a tout de même plus besoin de métaphysique que d\u2019anatomie, et d\u2019une morale authentique que de méthodes à ampli fier les excitations sensorielles.Mais à des classes sociales, autrefois fermées à la culture, et qui découvrent en même temps le syllabaire et le journal à sensations, il est pécunièrement plus profitable de servir des curiosités que des principes.La question de 1 éducation sexuelle \u2014> ou plutôt de F instruction sexuelle, car c est la seule chose à laquelle on pense ordinairement a certes son importance, mais combien relative encore et combien réservée ! Toute personne mariée depuis quinze ans ^ nous ne nous soucions pas des réformateurs de quinze vingt ans qui n\u2019y connaissent rien reconnaîtra que le plus grand problème de sa vie conjugale ne fut pas de l\u2019ordre de ceux qui concernent l\u2019art et la manière de faire les enfants.Depuis le temps que le monde existe, l\u2019humanité s\u2019est passée sans grande souffrance des mille volumes sur le sujet dont inonde aujourd\u2019hui notre mar- 294 Le sens des faits ché aux livres.Qui veut surveiller les courriers du cœur, les comptes-rendus des procès de divorce, les enquêtes faites sur les causes des succès et insuccès de la vie de mariage, s apercevra vite qu aujourd hui comme hier les mariages se brisent, non sur le roc de 1 ignorance en matière sexuelle, mais sur celui de l\u2019égoïsme, du plaisir à tout prix, de l\u2019injustice brutale et du manque absolu de charité et de sincérité.Donnez-nous un mari et une femme vraiment chrétiens, capables donc d oubli de soi, de patience, de générosité, et nous vous assurons qu ils résoudront sans difficulté le problème de leur vie sexuelle, lis agiront en cette matière, comme pour le reste, avec bon sens, délicatesse et ce respect naturel et surnaturel qui garde de tous les excès ruineux.Mais donnez-nous ces couples maintenant par trop communs, initiés depuis leur tendre enfance à tous les secrets du sexe, mais incapables d autre chose que de pure jouissance sans amour et sans domination de soi, nous vous certifions que leur vie conjugale ne leur apportera pas une heure de bonheur, et peut-être pas même une heure de plaisir.Cela on ne 1 écrit pas souvent dans les livres d initiation sexuelle, mais le fait qu on 1 omet si systématiquement prouve ou la mauvaise volonté ou le manque absolu d expérience de ceux qui les écrivent.Chose certaine, et qui crève les yeux, jamais on n\u2019a tant initié, et jamais on n a tant divorcé.Et je pourrais citer le cas d une High School américaine où I on initie à grand renfort de démonstrations scientifiques garçons et filles, de douze à seize ans, et qui fournit sa très haute cotisation annuelle de filles-mères.Non, surtout en ce domaine, le bonheur et la paix de I âme n ont pas été promis aux hommes d\u2019un « long savoir », mais d abord et avant tout aux hommes de « bonne volonté », ayant un autre idéal dans la vie que celui d augmenter un budget et d augmenter leurs plaisirs.Et qu\u2019ont à faire, dans cette galère, nos « célibataires » ?.J avoue que je me sens un peu ridicule d avoir à rappeler ici des notions si primaires et si méconnues.Je n en dirai pas moins, pour commencer, que le célibat volontaire est, à lui seul (plus éloquent et plus probant que les démonstrations parlées ou écrites), I affirmation que le vrai bonheur de I homme »\u2014 non pas seulement dans 1 au- delà, mais dès ici-bas -\u2014< repose sur des valeurs bien supérieures à celles qui concernent le sexe et ses circonstances.Pour silencieuse qu elle soit, cette leçon vaut mieux pour I humanité que les traités les plus méticuleux de psychanalyse et physiologie sexuelles.Elle est, justement, une leçon de « bonne volonté », et quand des futurs mariés ne retiendraient que celle-là elle leur vaudrait mieux que bien d autres, pour plus de choses et pour plus de temps.205 Revue Dominicaine En deuxième lieu, nous ferons remarquer que s\u2019il se donne, dans la Province de Québec, depuis plus de vingt ans, des cours de Préparation au Mariage (auxquels rendent hommage ceux qui ont d abord eu I honnêteté objective de les suivre), c est à des « célibataires » que nous les devons.Personne, je suppose, ne refusera d admettre que cette initiative, fait infiniment plus et mieux, pour résoudre ce problème particulier de 1 instruction sexuelle, que cette honteuse prolifération d œuvres sans intelligence et sans conscience, qu on répand de plus en plus dans notre peuple, pour son plus grand égarement et son plus grand malbeur.Je doute fort que nos cours de Préparation au Mariage aient conduit à la Crèche aucune de nos futures mariées, mais je sais pertinement que certains petits livres dégoûtants, exposés encore quotidiennement dans les étalages de libraires idiots ou criminels (on n\u2019a plus ici le choix des qualificatifs) ont conduit au déshonneur, et même au suicide et à I infan-ticide, des enfants de dix-buit ans.En troisième et dernier lieu, je demanderai si c\u2019est la faute de nos « célibataires » que des enfants de médecins, d avocats, de gens supposés instruits, viennent nous demander à nous, religieux, de les renseigner sur « la chose » ?Et que dire quand ces enfants nous confient qu ils n ont jamais eu de leur vie un moment de conversation, de cœur à cœur véritable, avec leur père, et même avec leur mère ?qu\u2019on ne s\u2019est jamais intéressé à leur vie intellectuelle ou sentimentale ?qu on les a laissés sur des fauteuils de peluche et des parquets cirés vivre en délaissés, en isolés, en orphelins, sans aucun contact humain avec ceux qui devaient être leurs initiateurs au mystère de toute la vie et non pas seulement de la vie du sexe ?Non, c est bien dommage, mais I Eglise ne civilise pas les peuples malgré eux, pas plus que Notre-Seigneur ne sauve les hommes malgré eux.Depuis vingt ans et plus que les cours de Préparation au Mariage se donnent dans nos villes et dans nos villages, que tous nos prédicateurs de Retraites et directeurs de conscience répètent et rappellent aux parents chrétiens leurs obligations sous ce rapport, que Religieux et Religieuses font ce qu ils peuvent pour faire comprendre aussi, le cas échéant, aux parents de tels ou tels élèves, les périls de l\u2019heure et les exigences du milieu, si les résultats ne sont pas meilleurs qu\u2019on veuille bien nous le dire, la faute, j\u2019en ai peur, n\u2019est probablement plus chez nous à I Eglise enseignante, mais à l\u2019Eglise enseignée.On nous narguait, en classe de philosophie, à nous rappeler que le professeur peut donner I intellectum, mais non pas I intelligere ; il reste bien plus vrai encore que I Eglise peut enseigner aux hommes leurs de- 296 Le sens des faits voirs, mais elle ne pent les pratiquer pour eux.La « bonne volonté » est incommunicable et aussi longtemps que pères et mères se déchargeront aussi légèrement sur les instituteurs religieux ou laïques de leurs propres obligations, faisant d eux non pas leurs auxiliaires, mais leurs remplaçants, les critiques actuelles sur notre système d éducation seront aussi fondées que les commentaires d un aveugle sur les progrès ou regrès de notre réseau national de télévision.Hyacinthe-Marie Robillard, O.P.Heaven Knows Mr.Allison Le cinéma ne nous gâte pas de chefs-d œuvre.Et comme le chef-d\u2019œuvre cinématographique est encore essentiellement périssable, il faut aller voir et applaudir les bons films, ceux qu\u2019Henri Agel classe dans le dixième de la production qui mérite d être vu.C est dans cette catégorie que se situe Heaven Knows Mr.Allison de John Huston.Un marin et une jeune religieuse missionnaire se trouvent seuls sur une île du Pacifique durant la dernière guerre.Lui a échappé sur un radeau au coulage de son sous marin ; elle a vu mourir le vieux prêtre qu elle accompagnait.Le destin, ou plutôt la Providence les réunit : que leur arrivera-t-il ?Chacun révèle la mystique de sa profession : lui, marin jusque dans la moelle, que la passion de son métier a ramené à une vie normale quand il s apprêtait à devenir un « bum » ; elle à qui le désir de servir a apporté la paix et le bonheur.Et non sans un sourire malicieux ils réalisent que Tannée et la communauté ont bien des choses en commun, surtout quant à la discipline.Puis ils sont pris dans une série d\u2019aventures cocasses ou périlleuses : Tile est occupée deux fois par les japonais ; ils doivent se réfugier dans une grotte peu confortable, d où ils ne peuvent sortir que la nuit, encore que cela soit dangereux.Deux fois 1 île est bombardée.A travers des moments de paisible détente dans 1 abondante végétation de ce petit paradis terrestre, des moments d angoisse durant les fouilles des japonais ou les sorties nocturnes de ravitaillement.Mais ce qui devait arriver arriva : à travers toutes ces péripéties le cœur de ce dur à cuire s épanouit devant cet être fragile mais doué d une force insoupçonnée dépassant Tordre physique.Pour la première fois de sa vie, celui qui n\u2019avait jamais « senti quelque chose par en dedans » aime.Il aime cette « nonne » qui n a rien de commun avec le portrait grimaçant qu il se faisait de toutes les religieuses.Un soir, en termes dé- 297 Revue Dominicaine licieusement gauches, il lui demande de renoncer à faire ses derniers vœux et de devenir son épouse quand ils seront sortis de I\u2019île : « Dites-moi si je peux espérer un peu ?» ,\u2014< « Non, monsieur Allison ».Et elle lui montre I anneau d argent à son doigt, signe d\u2019un « engagement » déjà pris qu elle ne veut pas rompre : il a compris, il n\u2019insiste pas.Pourtant elle n est pas restée insensible au dévouement et à la générosité du marin : si elle a su dissimuler son trouble, elle n\u2019en a pas moins été bouleversée.Que s\u2019en va-t-elle dire le lendemain matin à son protecteur qui se promène rêveusement sur le rivage ?Va-t-elle accepter sa proposition ?Mais c est lui qui parle le premier : « A propos d\u2019hier TOUk^eZ ; J aurais dû me fermer la boîte ».Il s\u2019éloigne un peu, elle le suit du regard ; peu à peu elle retrouve son calme.Cependant quand le marin, avant bu un peu trop du vin laissé par les japonais, lui dira assez crûment que peut-être ils passeront bien des années seuls sur 1 île, et qu ils ne sont pas pour se tourner les pouces tout ce temps, elle ne trouve rien de mieux que de fuir sous une pluie torrentielle, craignant non pas son rude protecteur mais la réalité cle ce qu\u2019il lui dit.Lorsqu à la fin de leurs prouesses, les deux héros sont libérés par les américains, le « happy ending » est vraiment le triomphe de l\u2019amour, mais d un amour qui dépasse l\u2019amour humain.Entre les deux s\u2019est imposé au cours du drame un troisième personnage, celui qui est Amour.^?œur Angèle Le connaissait déjà ; Allison a appris à Le connaître.Si maintenant « le ciel connaît monsieur Allison », celui-ci a découvert, par une présence, la force qu il soupçonnait mais qu\u2019il n\u2019avait pas rencontrée.Dépasse-t-on ici les intentions du film ?C\u2019est peut-être le film qui dépasse ses propres intentions.John Huston a dirigé la production en plus de collaborer à la réalisation et au livret.II a tiré des comédiens Deborah Kerr et Robert Mit-chum le meilleur de leur talent.Huston avait I habitude d employer Humphrey Bogart.On se rappelle African Queen qui valut un trophée à I acteur, fl y aurait tout un parallèle à faire entre ces deux films dont les thèmes se ressemblent beaucoup.Observons seulement la supériorité spirituelle de Mr.Allison ; de plus le caractère invraisemblable d\u2019African Queen a fait place à une trame plus plausible, toujours colorée de poésie.Le décor naturel facilitait la prise de belles images : les scènes d\u2019extérieur sont toujours agréables même si le déplacement de la caméra ne sort pas du conventionnel.Les scènes d intérieur, soit dans la grotte, soit dans les baraques abandonnées par les Japonais, sont plus difficiles et plus faibles.Le Cinémascope se prête mal aux gros plans, surtout ceux d un seul personnage.L image perd alors sa force de concentration à 298 Le sens des faits cause des vides latéraux.Mais on a souvent contourné la difficulté en montrant les deux interprètes côte à côte ou à proximité l\u2019un de l\u2019autre dans plusieurs images d angles différents.Pour une rare fois, la couleur n\u2019est pas surajoutée au film ; elle constitue un élément positif, aidant à créer le climat d\u2019ensemble.L éclairage en général bien soigné est parfois trop intense dans les scènes d intérieur.II faut noter aussi une certaine recbercbe de I effet lumineux qui n est pas toujours motivée.Le film comporte des redites : quelques situations reviennent sans changements substantiels.Mais le jeu sensible et nuancé des interprètes soutient 1 intérêt du commencement à la fin.Je pense à ces scènes charmantes où le vocabulaire délicat de la religieuse a peine à s accorder à I argot du marin : d où nécessité d amusantes explications.Ce qui surprend dans ce film et ce qui fait sa valeur c est une chaleur toute simple, une élévation sans emphase qu on rencontre rarement au cinéma américain.Au lieu de forcer 1 adhésion du spectateur à grand renfort de technique on a mis la technique au service de sentiments délicats et sains.Cette atmosphère de santé sans mièvrerie, ce respect conscient de la personne, cette relation à un ordre de valeur dépassant celui des hommes donnent à la vie sa vraie dimension.Sœur Angèle n essaie pas de convertir Mr.Allison : d\u2019ailleurs il n\u2019a pas besoin d\u2019être converti.Il lui suffit de voir ce qu\u2019il n\u2019avait pas encore vu.Apologétique par présence, plus forte que l\u2019apologétique théorique.On pardonne bien quelques invraisemblances (celle par exemple d un frêle pont de bois que deux bombardements laissent intact alors que tout autour est dévasté) quand I ensemble est réussi.Un bon film comme celui-ci est encore la meilleure preuve que le cinéma, art populaire, n\u2019est pas de ce fait un art inférieur.Gilles Marsolais Notes sur un faux thème poétique Certains arts demandent au spectateur une minime complicité sans laquelle il ne serait pas possible d entrer dans le jeu.de part et d autre.Ainsi, au théâtre.Que les spectateurs refusent de croire à 1 histoire d Andromaque, refusent de prêter à la jeune femme qui est sur la scène le nom et l ame d Andromaque, et rien ne va plus.Que les comédiens refusent de croire à leur personnage respectif et nous aboutissons à la même impasse.La complicité des uns et des autres est nécessaire.En ce qui concerne les personnages et en ce qui a trait aux conventions scéniques et dramatiques. Revue Dominicaine Ce qui est tellement évident au théâtre, l\u2019est moins en poésie, et ce que nous nommions complicité, au théâtre, devient ici confiance.Nous acceptons de faire abstraction d\u2019un certain nombre de choses, nous accordons notre confiance au poète.De là peut-être le point de départ de plusieurs faux problèmes, de là la source de faux drames.Je n\u2019en citerai qu un exemple, très répandu dans la poésie contemporaine, et plus spécialement ici, au Canada, chez les jeunes poètes.Le thème de l\u2019enfance est peut-être celui qui est susceptible de retenir le plus rapidement l\u2019attention du jeune homme qui commence à écrire.C est un thème facile, d abord parce que nous l\u2019avons tous en mémoire que cette période de notre vie est relativement près de nous, parce qu évoquer le personnage de I enfant que nous avons été comporte une grande part d\u2019émotion immédiate et de sentimentalité à bon marché.Le thème de l\u2019enfance fait partie de l\u2019imagerie collective, facile et littéraire, et il est assez rare que ce thème ait représenté une réalité vraiment sentie et profondément assimilée, dans la poésie canadienne-française.A quelques grandes exceptions près.Ce thème, très riche en soi, a été galvaudé parce qu\u2019il n\u2019est pour plusieurs écrivains, que 1 occasion de se retremper dans une mélancolie gluante.Nostalgie vacillante d un retour impossible vers un âge et une époque enjolivés à distance, mais qui ne furent pas toujours tels.L enfance I On veut n\u2019y voir que de la pureté, de la lumière, de la grâce, de la beauté, de la paix.II faudrait d abord savoir exactement ce que fut notre enfance.Un temps de joie ou une contrée triste, effroyablement égale et terne ; un temps de paix ou une époque de petits déchirements intérieurs ; un temps de pureté et de lumière ou un âge glissant vers le trouble ; un temps d amour ou un âge d\u2019ingratitude et de haines mesquines ?Un mélange informe de tout cela sans doute, mélange tellement difficile à décanter que I on n est plus intéressé à y perdre sa ferveur.Et je me demande souvent, en lisant des poèmes où les allusions à I enfance se suivent inlassablement, s il n\u2019y a pas un grave danger pour les poètes que de piétiner constamment la même plate-bande.Je me demande s il ne s agit pas là d un paravent de démission et de refus du monde.II est beaucoup plus facile de ressusciter I image falote de l\u2019enfant que d affronter la vie d homme, avec tout ce que cette vie comporte de risque, de grandeur d âme, d attention et d amour.Tout nous appelle à la vie, peu de choses nous rattachent à nos premiers pas.Et si « l\u2019honneur d être homme », dont parle Malraux, signifie quelque chose, si la vie bruyante, pleine de contrastes, fertile en joies hautes et en douleurs profondes, nous marque suffisamment pour que nous engagions avec elle 500 Le sens des faits un combat de tous les jours, si l\u2019amour ou la baine sont des réalités à la mesure de 1 homme, je me demande pourquoi nous restons attachés à une enfance morte par quelque cordon ombilical oublié.Quelques poètes canadiens de la jeune génération ont cependant eu le courage de dire adieu à 1 enfance et de regarder en face d eux, d\u2019un regard d homme et d adulte.Je songe par exemple à Roland Giguère qui écrivait à la dernière page des Armes Blanches : Pour avoir une image claire de l homme à tous les ans il fallait briser sept miroirs et effacer de la mémoire un nombre incalculable de visages et après des années de ruine de bris et d oubli apparaissait à la surface d un étang parmi tant de cadavres un ovale blanc un visage d enfant comme un cerceau retrouvé.Ici, I image du « cerceau retrouvé » illustre bien le dépassement nécessaire qui est exigé de I homme et le poème s intitule très justement L\u2019Effort humain.Gilles Hénault, pour sa part, dans un magnifique poème intitulé Notre jeunesse, et publié dans le Cahier de I Académie canaclienne-française, écrit : Nous avons quitté ces climats où la terre s étend nue sous un ciel qui ne sourit pas où l homme est un inconnu.pour l homme, où le monde est irréel et grimaçant où la sonde plonge au mirage d un impossible océan.Nous étions sourds au monde et insonores, vieilles guitares désaccordées nous disions la vie finie, le ciel incolore 301 Revue Dominicaine et le bonheur, pur coup de dé.Notre sécheresse nous rendait les yeux vitreux.Notre petit monde intérieur devenait sec et sonnait creux notre petit monde intérieur dont nous étions les demi-dieux n était que vieille calebasse de faux complexes, de vieux mythes et préjugés tenaces.Ici 1 enfance est dépassée, et de très loin, et la jeunesse est accusée, montrée du doigt, comme une vilaine fille citée à la barre.Voilà la santé.Voilà la ferme prise de position pour laquelle un Iiomme ne peut s'empêcher de choisir.Poètes, votre vie d homme ! J.-G.Pilon Le tricentenaire de M.Olier Paris, la France et le monde catholique vont célébrer le tricentenaire de la mort de M.Olier (1657).Pour le chrétien moyen, même en Prance, M.Olier n est qu un nom sans relief, qui n\u2019éveille aucune curiosité.Si on ajoute qu\u2019il est le fondateur de la compagnie de S.Sulpice, c est tout un domaine de notre passé spirituel qui sort de l\u2019ombre et cherche ses lignes de précision ; et si on étudie même superficiellement son histoire, on s aperçoit qu il a été et qu il reste une des grandes sources de notre vie religieuse en Prance et par la France dans un très grand secteur du monde chrétien.La célébration du tricentenaire et les études qu elle provoquera nous permettront de prendre conscience de la densité d une réalité que nous vivons sans nous douter que nous en vivons.M.Olier fait partie de ce groupe d hommes de génie, hommes à la fois de pensée et d action qui entre 1600 et 1650 ont construit la France chrétienne moderne.Son visage est de tous celui dont le temps a le plus effacé les traits ; et il fut pourtant dans sa génération peut-être le plus accentué et le plus original, à côté d Etudes, de Vincent de Paul, de Condren et de Bourdoise qui certes ne manquent pas d originalité.502 Le sens des faits II était d une noble famille qui le destinait au métier des armes où il avait fait merveille par son adresse et par une véhémence d exécution que I âge atténuera sans I éteindre.Mais il jeta toutes ses ardeurs dans une autre bataille, pour se conquérir et pour conquérir à Dieu des territoires spirituels.Sur ces deux terrains il rencontra les difficultés auxquelles se heurtent tous les agissants et surtout les violents.Pour se conquérir, il se bouscula si rudement qu il en devint malade et entra dans une neurasthénie dont nous serions tentés de dire qu elle avait une couleur moderne d « après-guerre ».II guérit de son mal par Faction.II dépensa ses forces sans compter dans les missions populaires auxquelles I employait M.Vincent ; mais la préoccupation de modération et d attente de M.Vincent était un corset trop rigide pour cette âme exubérante.II se donna à M.De Condren pour réaliser à sa manière et peut-être sans plan préconçu la méthode de M.de BéruIIe leur père commun à tous les trois.Son activité multiforme fut canalisée par trois organismes : la Compagnie du Saint-Sacrement, la paroisse de Saint-Sulpice et la Compagnie des Prêtres de Saint-Sulpice.On a parlé beaucoup, et à tort et à travers, de la Compagnie du Saint-Sacrement que certains ont prétendu écrasée sous le nom de « Cabale des Dévots » en donnant à ces mots, malhonnêtement des sens modernes qu ils n\u2019avaient pas au XVIIe siècle.Pour parler français la Compagnie du Saint-Sacrement était une association de chrétiens fervents pour une action religieuse d apostolat concerté ; c était notre « action catholique ».Elle groupait des laïques cle I aristocratie et de la bourgeoisie autour de quelques prêtres d\u2019élite, et pouvait ainsi suivre dans leurs incidences sociales ou même politiques toutes les questions religieuses cl un caractère urgent.Sans connaître son activité, on ne peut rien comprendre à l\u2019histoire religieuse du centre du XVIIe siècle et peut-être faudrait-il à cette limite revoir certains contours cle la querelle janséniste.Voilà M.Olier à un de ses centres.C\u2019est dans un autre centre, celui de la paroisse Saint Sulpice qu\u2019il fut le plus remuant.Ce quartier était le rendez-vous des balad ins, des montreurs de marionnettes, des turlupins et des mauvais garçons.II en fit une paroisse modèle.II avait ses moyens à lui, qui ne plaisaient pas à tous et qui lui valurent des mécontentements bravants et des avanies.II avait dressé des jeunes gens, des militants qui faisaient la police des mœurs en employant même la force.Ils chassaient ainsi du pays de M.Olier les ribaudes et les baladins de mauvais aloi.Ils bousculaient indifférera ment tous les pitres, et Molière lui-même, avec ses camarades, dut aban- 50\" Revue Dominicaine donner les lieux.On comprend qu il en ait gardé mauvais souvenir et que dans ce qui touchait aux « dévots » entre eux et lui soit restée établie la question préalable des voies de fait.Mais ceci n est que 1 aspect pittoresque de 1 apostolat de M.Olier.C est en profondeur et dans les âmes qu il s exerça et les bases furent jetées de cet esprit Saint-Sulpice, de cet esprit de religion, que nous retrouvons maintenu autour de la noble église, dont I architecture peut déplaire à nos goûts modernes mais qui abrite la pratique d\u2019un christianisme authentique.Cet apostolat, par delà le quartier, s inséra dans une réalisation générale de la volonté du Concile de Trente pour la réforme de I'Egl ise et du Clergé.Trente est bien cela : pour refaire et vivifier 1 Eglise, il faut faire son clergé.Et on fait le clergé dans les séminaires.Tous les fervents y pensaient en même temps comme y avait pensé déjà saint Charles Borromée : M.Vincent et M.Olier fondèrent les premières institutions durables.Il n est plus question de rechercher à qui des deux appartient 1 initiative et ils ne sont jamais entrés en rivalité sur ce point.Puis, après avoir établi I œuvre des séminaires, en même temps et d un même esprit, il se trouva que tandis que M.Vincent continuait à y donner sa main et son cœur tout en s occupant à d autres travaux, M.Olier en fit sa chose propre et y attacha le nom de sa compagnie.Le séminaire, le noviciat des prêtres séculiers tient de lui ses cadres, ses principes, son règlement, son esprit, ses coutumes, son coutumier et pourrait-on dire jusqu à ses manies pittoresques, précieuses et touchantes.De là sortit la création d un type, le prêtre séculier français, enfermé dans sa soutane comme dans une clôture, lié à son bréviaire, et même extérieurement à une certaine tenue ascétique et liturgique qui est proprement ecclésiastique, et intérieurement à des règles indiscutées, nées de I expérience et de la raison, qui assurent le sérieux de la vie religieuse.Ce n est pas faire preuve de nationalisme exagéré que de dire que ce type de prêtre, par son prestige propre, s est imposé pour leur bien à d autres pays, en particulier au Canada qui considère M.Olier comme un de ses patrons et les Messieurs de Saint-Sulpice comme ses pères.Deux guerres qui ont bouleversé le monde, une économie folle qui a transformé sous toutes les latitudes le comportement social, ont modifié le type traditionnel dans ses lignes extérieures, peut-être même dans quelques-unes des coutumes de sa vie intérieure.Mais lesprit de M.Olier reste au fond comme un postulat : c est proprement l esprit ecclésiastique, sans lequel il n y a pas de clergé cohérent et efficient.A partir de cet 504 Le sens des faits esprit, toutes les méthodes modernes d apostolat, même celles qui auraient étonné M.Vincent et M.Olier et qui peut dire qu\u2019ils seraient étonnés de quelque ckose ?Pourront s\u2019adjoindre à la tradition ou la remplacer sans changer la nature du courant spirituel qui a jailli de cette source.La silhouette a pu ckanger, le curé, le vicaire de nos villes et de nos campagnes, sortis de la race pour le kien de la race, et pour le kien de tous les peuples qui le veulent, sont kien les fils de Saint-Sulpice et de M.Olier.Qui peut se glorifier d une plus noble paternité, ou d une plus noble descendance ?Jean Calvet Où en est le Catholicisme Français II n est pas un esprit, en France, quelque peu soucieux du problème religieux, qui ne se demande où en est le catkolicisme français, particulièrement au lendemain de J énorme brassage opéré par la dernière guerre et ses suites dans les intelligences et dans les mœurs : nul qui ne se demande, du même coup, s il est possible de se faire, de son destin, une idée valable.Ckacun, à vrai dire, en reste à son point d interrogation : comment s y reconnaître, dans la multiplicité et la variété des expériences tentées, des initiatives prises pour adapter l\u2019Eglise de France à une évolution générale aussi profonde que précipitée ?Si, à cet égard, les informations sont très nombreuses, elles ne sont pas moins dispersées, fragmentaires, au surplus obscurcies par des controverses dont le caractère, trop souvent passionnel, n aide guère à se former un jugement.Une synthèse manquait, qui indiquât les grandes lignes de force où s\u2019exprime I effort présent de I Eglise de France.Cette synthèse, M.Ad rien Dansette, dont les ouvrages précédents du même ordre, avaient été très remarqués \\ l a courageusement tentée et, à mon sens, aussi réussie qu elle pouvait Fêtre, en un ouvrage intitulé : Destin du Catholicisme français (1926-1956) 1 2.Certaines lacunes y sont aussi évidentes qu inévitables ; ce sont celles que désigne l\u2019auteur lui-même dans son Avant-propos.Notamment, rien n est dit sur les rapports de I Eglise et de I Etat, non plus que sur le régime scolaire, questions majeures s il en fût.M.Dansette nous en donne les raisons.«Ce livre, nous dit-il, n est qu un essai historique où les proportions relatives des développements ne sont pas toujours respectées.Sur tel problème impor- 1.\tHistoire religieuse de la France contemporaine : 1) De la Révolution à la 3e République.2) Sous la 3e République.Flammarion, édit., Paris.2.\tFlammarion, édit., Paris, 493 pages.505 Revue Dominicaine tant, ) ai gardé le silence ou je me suis contenté d\u2019indications très générales, soit qu il n ait que des rapports lointains avec la renaissance apostolique, soit que je n aie pu réunir sur lui une documentation suffisante ».Un peu plus loin, il souligne qu il a renoncé à analyser Involution des séminaires parce que cela I eût obligé à une longue enquête à travers les diocèses.Ainsi a-t-il été amené à « assouplir le cadre de cet essai au gré, soit d une appréciation subjective de 1 intérêt des sujets, soit de la difficulté des investigations propres à les faire connaître ».Par rapport tant à I angle de vision choisi qu à 1 immensité du sujet, on ne peut ne pas reconnaître la pertinence de ces raisons.II semble pourtant qu elle eussent dû céder au moins devant une question aussi importante, aussi grave et névralgique que celle de I enseignement libre, telle qu on la pose, singulièrement dans les dix dernières années, au sein même de la hiérarchie et du Iaïcat de 1 Eglise de France.La maîtrise même avec laquelle M.Dansette a traité son propos, fait regretter vivement qu il n y ait pas inclus, au moins d une vue générale, cet aspect majeur du Catholicisme français.11 reste que l ouvrage de M.Dansette couvre une surface considérable de sujets vitaux.Le seul énoncé des titres de chapitres suffit à en convaincre : Déchristianisation et vieillesse de l Eglise >\u2014< L éveil du laï-cat et les débuts de 1 Action catholique \u2014 Prise de conscience du clergé et naissance des mouvements La Mission de Paris et le mouvement des prêtres-ouvriers -\u2014' Le progressisme chrétien et les prêtres-ouvriers ,\u2014 La réorganisation de la Mission de France et la fin du mouvement des prêtres-ouvriers La paroisse communautaire et missionnaire L évo lution de l\u2019action catholique Rechristianisation et jeunesse de l Eglise?.L\u2019éventail, on le voit, s\u2019il n\u2019est pas totalement ouvert est en très grande partie déployé.Une telle énumération prouve encore que M.Dansette n a pas fui les thèmes difficiles.II les aborde de front, avec une pleine conscience de leurs complexités, et de leurs incidences délicates.Son information est étendue, sérieuse, solide.Son exposé des faits a toute 1 objectivité désirable, et celle-ci est d autant plus remarquable qu il s agit de questions soumises, de leur nature et en raison de I état présent des esprits, aux commentaires, dans un sens ou dans I autre, les plus passionnés.Nul meilleur test, à cet égard, que celui de Prêtres-Ouvriers, expérience très limitée quant au nombre de ces derniers et quant au domaine spatial, mais dont le caractère propre et la signification spirituelle, comme la valeur spectaculaire, ont ému, en leurs profondeurs, non seulement le peuple chrétien de France, mais le peuple français dans son ensemble.506 Le sens des faits Il me semble vraiment difficile d en parler avec plus de respect de la vérité, telle qu\u2019elle ressort des faits, plus de tact, de sûr jugement et de compréhension humaine que n a fait M.Dansette.Cette objectivité est d\u2019autant plus à souligner qu\u2019elle n\u2019est pas celle, sèche, raide, et qui, par là, risque de démentir son nom, de 1 historien sans âme.Un minimum de sympathie est, à tout le moins, nécessaire à qui veut voir clair et comprendre en des faits où 1 homme est engagé par le plus noble, par I essentiel de lui-même.En refusant de les dépouiller, dans son enquête, de ce qu il appelle justement « leur atmosphère et leur chaleur humaine », M.Dansette a gagné d en donner une vue aussi juste que possible, non seulement richement instructive, mais émouvante, sans vain lyrisme.Si j\u2019appuie sur ces qualités \u2014 plutôt rares à notre époque r\u2014 de 1 ouvrage de M.Dansette, c est qu elles en font celui que nous attendions et qu\u2019enfin nous tenons ; celui qui est le plus propre (je n en sais point, jusqu ici, d\u2019analogue) à faire connaître en France et hors de France, la situation présente -\u2014- bien plus, à vrai dire, que le destin future -\u2014' du catholicisme français.Deux impressions maîtresses s en dégagent.F une est de la grandeur pathétique (ces mots ne sont pas trop forts) du double effort d adaptation et reconquête mené, avec une ténacité que les échecs n affaiblissent pas, par l\u2019Eglise de France ; l\u2019autre est des difficultés extrêmes et d\u2019une complication inédite, que son effort doit surmonter et auxquelles il bute souvent.De ceci comme de cela, M.Dansette a su dégager le sens profond.Il a été bien inspiré en donnant pour conclusion à son dernier chapitre, qu il ne faut pas seulement lire, mais méditer, les admirables paroles que prononçait, à Lisieux, en 1 9-17, le Gard inal Suhart.« Le service inouï, disait le Cardinal, que.la France va rendre au monde, c\u2019est de vivre avant lui et sans doute pour lui, une expérience décisive, dont I enjeu est tout à la fois la pérennité du christianisme et la survivance de la civilisation.Dieu semble permettre et vouloir que la France.serve de terrain d essai aux affrontements qui se préparent.Elle semble, en ces années décisives, et avant les autres nations, vivre une crise vitale, et déjà manifeste, que d autres peuples, actuellement privilégiés en apparence, portent dans leurs flancs comme un mal secret qui les ronge ».Gaétan Bernoville Revue Dominicaine Congrès internationaux de la Presse en Europe L importance croissante des moyens de diffusion et d\u2019information attire de plus en plus l\u2019attention des catholiques sur les problèmes moraux et pratiques que ces moyens comportent.Sa Sainteté le Pape Pie XII s est d ailleurs prononcé à plusieurs reprises sur ces problèmes, en particulier le 18 février 1950 dans son discours sur «La Presse Catholique et l\u2019Opinion Publique » à l\u2019occasion du Congrès International de la Presse Catholique à Rome, le 7 novembre 1954 dans son message aux Editeurs Catholiques, le 12 mai 1955 dans son allocution sur «Le Culte de la Vérité» pour la presse étrangère à Rome, le 4 juin 1955 dans son discours sur les « Responsabilités des Journalistes » et dans bien d autres occasions.De leur côté les évêques canadiens n\u2019ont jamais manqué de rappeler aux journalistes leurs obligations morales et professionnelles, en prenant part à des manifestations organisées par la presse.La nécessité pour la presse catholique à tous les degrés de se serrer les coudes et de présenter un front commun contre certaines erreurs et menaces contemporaines, n a jamais été plus grande.C\u2019est ce qui avait motivé en 1955 la création de 1 Union Internationale de la Presse Catholique à la suite des débats du premier congrès mondial de la presse catholique tenu en 1930 à Bruxelles auquel nous avions pris part.Depuis lors, trois autres congrès mondiaux ont eu lieu, avec une forte participation canadienne aux deux derniers (Rome et Paris) tenus après la guerre.Aux élections, les Canadiens ont obtenu deux vice-présidences : l\u2019une à la Fédération Internationale des Journalistes Catholiques (M.Lionel Bertrand) et I autre à la Commission Permanente Internationale des Editeurs de Journaux Catholiques (Dr Philippe Roy).Après le Congrès de Rome, un Secrétariat Permanent a été fondé à Paris où il fonctionne encore.Le cinquième Congrès Mondial de la Presse Catholique se tiendra à Vienne du 50 septembre au 3 octobre prochain.Déjà de nombreuses délégations se sont annoncées.Le Canada aura probablement une bonne représentation, puisque la Fédération Canadienne des Journaux Catholiques y enverra cinq de ses membres au moins.Le thème général du Congrès de Vienne est « La Presse Catholique dans I Eglise et dans le Monde ».Des écrivains de renom discuteront les aspects fondamentaux du problème dans des réunions plénières ; tandis que des questions pratiques et professionnelles seront traitées dans des conférences de section.De cette manière, les trois branches de I Union 508 Le sens des faits pourront prendre leurs responsabilités.Comme on le sait, I Union se compose en effet de 1 ) La Commission Permanente Internationale des Editeurs de Journaux catholiques, 2) La Fédération Internationale des Journalistes Catholiques, et 3) La Fédération Internationale des agences de presse catholiques.A ces trois organismes, il convient d\u2019ajouter le Secrétariat Permanent de I Union installé au 163 boulevard Malesherbes à Paris, qui est généreusement à la disposition des journaux et journalistes catholiques pour leur faciliter les contacts et leur fournir les renseignements qu ils pourraient désirer.Le Secrétariat publie un Bulletin mensuel de liaison et d information.La Presse Catholique Canadienne était affiliée à I Union Internationale par I entremise du Conseil Catholique de la Presse Canadienne qui avait été fondé en 1949 pour cet effet.Niais en 1956, le Conseil fut dissous en laissant à ses deux composantes principales le soin de continuer ses activités dans le cadre de l\u2019Union Internationale.Lune de ces composantes était la Fédération Canadienne des Editeurs de Journaux et Périodiques Catholiques et l\u2019autre était une association de journalistes syndiqués.La Fédération Canadienne qui a été fondée en 1956 est directement affiliée à la Commission Permanente Internationale des Editeurs de Journaux Catholiques, et à ce titre elle enverra une délégation importante au Congrès de Vienne.Cette réunion internationale aura certainement un grand succès.Nous avons eu 1 occasion 1 an dernier de causer avec ses organisateurs et de visiter le cadre enchanteur où se dérouleront ses assises et les fêtes qui les rehausseront.L archevêque de Vienne, le gouvernement fédéral, le conseil municipal de la capitale et d autres organisations prévoient de grandes réceptions en I honneur des congressistes.Une magnifique excursion en Basse-Autriche leur révélera les trésors artistiques, touristiques et historiques de ce beau pays qui s identifient avec 1 épopée européenne.Le Congrès de Vienne sera suivi du Congrès International de l A-postolat Laïque qui aura heu à Rome au début d octobre.Une importante section de ce Congrès est réservée à la presse et aux moyens de diffusion de la pensée.Aussi espère-t-on qu\u2019un grand nombre des congressistes de Vienne pourront se rendre à Rome pour rehausser I importance du mouvement de I apostolat laïque.Il convient de signaler une autre réunion internationale consacrée à la presse.II s agit de la Biennale Internationale de l Information qui se tiendra à Evian pendant la dernière semaine du mois de juin prochain.Notre expérience de ces Biennales est des plus profitables et des plus agréables.Bien que ces assises ne soient pas strictement catholiques, 509 Revue Dominicaine elles sont toujours fréquentées par des directeurs de journaux catholiques et des journalistes catholiques.D\u2019ailleurs ses organisateurs ne manquent jamais 1 occasion d inviter la nonciature apostolique de Paris et l\u2019évêché d\u2019Annecy qui envoient toujours un représentant aux brillantes manifestations de la Biennale.Les travaux de ce groupement international sont d ordre culturel et académique, bien que toujours relatifs à la presse et aux moyens d information.Des personnages importants du gouvernement, de la diplomatie, du monde des affaires et de la publicité viennent se rencontrer avec les professionnels de 1 information, pour échanger des opinions et discuter de problèmes communs dans le cadre enchanteur du Lac de Genève et de ses environs historiques.Comme on le voit donc, la presse internationale profite aussi des beaux mois de I été pour organiser des rencontres utiles et édifiantes et favoriser ainsi le rapprochement des peuples sous le grand symbole de la paix.Nina Greenwood Les disques Cari Seemann et Wolfgang Schneiderhan nous donnent une interprétation des plus satisfaisantes des Sonates pour piano et violon en mi mineur K.304, en sol majeur K.301 et en mi bémol majeur K.380 de Mozart.Cette musique de chambre est chantante et charmante.Disque recommandé (Decca DL-9886).Le grand pianiste Robert Casadesus a gardé toutes les belles qualités qui en ont fait un interprète parfait de Mozart.Sur un disque Columbia (ML-5149) il joue les Sonates no 12 en fa majeur, no 13 en si bémol majeur, no 14 en do mineur et no 17 en ré majeur (« Trompette »).La Symphony of the Air dirigée par Igor Marhevitch met beaucoup de vie et de vigueur dans la Symphonie no 1 de Brahms.On sait que la Symphony of the Air est formée des musiciens de la NBC de Toscanini, ce qui est un gage de virtuosité.Il est intéressant de voir avec quelle maîtrise Markevitch dirige un orchestre américain.Recommandé (Decca DL-9907).L\u2019Orch de Philadelphie dirigé par Ormandy interprète quelques mélodies de Tchaikovsky : Valse des Fleurs, Andante Cantabile du Quatuor en ré, Valse de la Belle au Bois Dormant, et des extraits des Symphonies no 5 et 6, Marche Slave, Sérénade pour Cordes, Roméo et Juliette.Ormandy obtient toujours le même coloris pathétique de ses musiciens (Col umbia CL-946).510 Le sens des faits Columbia (ML-5162) nous présente des chansons et monologues de Stanley Holloway, le brillant acteur anglais dont les films ne nous avaient pas révélé qu il pouvait être un grand comique.L Orchestre RIAS et Philharmonique de Berlin dirigé par Ferenc Fricsay interprètent quelques ouvertures de Rossini : I Italienne à Alger, la Pie Voleuse, L Echelle de Soie, Le Barbier de Séville, Sémiramide et II Signor Bruschino.Fricsay met beaucoup de légèreté et de velouté.Bonne prise de son (Decca DL-9902).Pour une fois, un disque « best-seller » aux Etats-Unis unit la popularité à la qualité : Appalachian Spring et Billy the Kid d Aaron Copland tels qu interprétés par I Orch de Philadelphie dirigé par Or-mandy.La musique de Copland le place d emblée à la tête des compositeurs américains.Recommandé aux amateurs de musique contemporaine (Columbia ML-5157).G.F.311 L esprit des livres Jacques Chevalier « Histoire de la pensée », tome II, « La pensée Chrétienne», 1 vol.845 p.Flammarion 1957, Paris.La synthèse monumentale entreprise par Jacques Chevalier pour nous révéler les grands traits de la pensée à travers les âges, vient de s\u2019enrichir d\u2019un volume lourd de science mais écrit avec cette plume lumineuse qui caractérise les exposés de Jacques Chevalier.Nous avions déjà signalé le premier tome de cette œuvre, consacré à la pensée antique.L\u2019ouvrage qui vient de paraître se rapporte à la pensée chrétienne et se distingue aussi par les mêmes mérites d\u2019exactitude historique, d\u2019opinions éclairées et heureuses, d\u2019une documentation sûre et d\u2019une présentation générale aussi attrayante qu\u2019effective.Les siècles parcourus dans ce volume sont particulièrement intéressants pour le penseur catholique ; car c\u2019est pendant cette période qu\u2019a été élaborée la philosophie chrétienne qui règne encore en maîtresse dans nos écoles de formation supérieure.Si les grands théologiens chrétiens, depuis Augustin jusqu\u2019à Thomas d\u2019Aquin et à ses continuateurs dominicains et même jusqu\u2019à Suarez et à ses disciples, ont pris comme bases de leurs systèmes les cadres de Platon et d\u2019Aristote, ils ont quand même donné au monde une philosophie originale qui a véritablement bouleversé les cadres de l\u2019humanisme antique en les animant d\u2019un esprit nouveau et créateur : celui de la distinction et de la relation véritables du Créateur à la créature, permettant à cette dernière de retourner à sa cause en répondant librement à l\u2019appel de la grâce fécondante.C\u2019est pourquoi Jacques Chevalier ne se contente pas d\u2019une analyse simplement didactique des grands systèmes depuis Boèce jusqu\u2019à Descartes, mais il nous donne aussi ses effets dans les enseignements des théologiens et des grands mystiques de l\u2019époque.Il étudie avec patience la rupture de l\u2019esprit chrétien dès le quatorzième siècle par l\u2019apparition de systèmes mystiques et nominalistes qui mèneront directement aux thèses de la Renaissance et de la Réforme dans ce qu\u2019elles ont de contraire à la tradition.Dans cette entrecroisement de doctrines et de thèses qui s\u2019opposent, nous reconnaissons cette sûreté du guide éloquent et objectif, qui donne à l\u2019œuvre de Jacques Chevalier sa vraie valeur.Thomas Greenwood Maria Montessori \u2014 « L Education religieuse », traduction de Georgette J.J.Bernard et Anne Marie Bernard, Editions Desclée de Brouwer, 208 pages, 24 planches en couleurs, sous couverture illustrée, 1 956.Maria Montessori jouit d\u2019une réputation tout à fait méritée d\u2019autorité dans le domaine de l\u2019éducation, autant à cause de l\u2019originalité, de l\u2019audace et du succès étonnant de sa méthode, qu\u2019à cause de son témoignage personnel d\u2019amour auprès des enfants.Elle est d\u2019abord une femme qui se 512 L ESPRIT DES LIVRES penche avec une tendresse et une compréhension de mère idéale vers l\u2019enfant : cet homme en devenir (et non pas en miniature).Ensuite, elle est cette psychologue attentive et minutieuse qui poursuit ses travaux de recherches avec une ouverture d\u2019esprit et une délicatesse soutenues.Dans son ouvrage d\u2019éducation religieuse.Maria Montessori étudie tour à tour : l\u2019enfant dans l\u2019église et dans l\u2019Eglise ; la liturgie, qui est en somme la vie en Jésus-Christ, et la sainte messe.Fidèle aux grandes lignes de sa méthode générale, elle invite l\u2019enfant d\u2019abord à une maîtrise progressive du corps et de ses réactions, puis à un exercice d\u2019assouplissement de ses facultés mentales : c\u2019est ainsi que l\u2019enfant prend des habitudes qu\u2019il accepte, et même qu\u2019il se forme à lui-même ; et que les connaissances qu\u2019on lui propose sont en fait des invites à en apprendre plus.En résumé, nous pouvons dire que la méthode Montessori consiste à développer la conscience, active, ouverte, personnelle, de l\u2019enfant.Et c\u2019est sans doute la formule idéale d\u2019éducation de l\u2019enfant, dans tous les domaines, et davantage dans le domaine religieux.Guy Robert R.P.Victor de la Vierge « Le réalisme spirituel de sainte Diérèse de Lisieux », 528 pages, 8 hors-textes, 12x18 cm., chez P.Léthielleux, Paris, 1956.Le Révérend Père Victor de la Vierge, Carme déchaussé, nous propose la conception de la sainteté de tous les jours de sainte Thérèse de Lisieux dans une ambiance d\u2019actualité.Par une étude parallèle de la vie, de l\u2019enseignement et du travail d\u2019éducation de la sainte, l\u2019auteur à travers de nombreuses citations et d\u2019habiles déductions, nous invite à pénétrer dans les trois enceintes sereines de la grande carmélitaine : la foi en l\u2019Amour, cette enfance retrouvée ; l\u2019offrande à l\u2019amour, enfance retrouvée, mais en toute conscience maintenant ; et l\u2019attitude d\u2019abandon au Christ et à son action de paix et de sanctification.C\u2019est là une oasis de sérénité qui nous fait envier, dans la complexité trépidante de nos vies tiraillées, la grande paix du cloître où enfin l\u2019humain peut se dépasser.\tQuy Roberf P.Etienne de Sainte-Marie -\u2014¦ « Conversation avec Dieu ».Editions Beyaert, Bruges, 1956.19 cm.128 pages.Est-ce bien vrai que c\u2019est de la survivance en nous de la vie contemplative que dépend l\u2019avenir de l\u2019humanité et le destin personnel de chaque homme ?Oui, sans doute, si nous donnons à la contemplatioji le sens de l\u2019auteur : approche attentive d\u2019une entité qui nous dépasse ou bien encore : vie intérieure intense, conscience réaliste du tragique de l\u2019existence humaine, tendue au-delà d\u2019elle-même.Conversation avec Dieu est d\u2019abord une conversation avec l\u2019homme, une conversation d\u2019homme à homme, qui invite le lecteur à une prise de contact plus consciente avec ce que nous appelions plus haut : entité qui nous dépasse, ou : au-delà : Dieu.Guy Robert 515 Revue Dominicaine Henry Dumery ^ « La Foi n est pas un cri ».Casterman, Tournai, Belgique, 1956.21 cm.192 pages.J\u2019ai voulu décrire, à grands traits, la première expérience chrétienne.J\u2019ai voulu montrer qu\u2019elle comporte, ou qu\u2019elle postule, l\u2019ensemble des normes qu\u2019on retrouve dans l\u2019expérience chrétienne d\u2019aujourd\u2019hui.Si un non-spécialiste, l\u2019un de mes camarades de travail, un ami, un passant, me posait la question : « mais enfin, Jésus, les apôtres, les évangiles, tout cela, comment est-il arrivé ?Gomment, au juste, cela s\u2019est-il passé ?», je voudrais qu\u2019il trouvât ici un premier élément de réponse.Je voudrais aussi qu\u2019il pût se dire que, dans ce que j\u2019avance, rien ne contredit aux règles de la recherche historique et critique.Est-il impossible de rester dans une perspective scientifiquement valable, d\u2019écarter le style « édifiant », de suspendre provisoirement la justification théologique, et néanmoins de sauvegarder le sens de l\u2019affirmation de foi ?J\u2019ai cru bon d\u2019essayer, car le christianisme n\u2019a rien à craindre du jugement des historiens, des savants, des critiques.A une condition cependant, dont nul ne peut affirmer qu\u2019elle est illégitime : respecter l\u2019objet religieux dans ce qu\u2019il a de plus spécifique ; chercher à comprendre la religion du point de vue de la religion.On a trop souvent tenté d\u2019expliquer la religion à partir de ce qu\u2019elle n\u2019est pas.Pourquoi ne pas consentir une fois pour toutes, à la laisser être ce qu\u2019elle veut être ?Henry Humer y Maurice Villain \u2014 « L Abbé Paul Couturier, apôtre de I Unité chrétienne ».Collection « Eglise vivante ».Casterman, Tournai, Belgique, 1957.21 cm.284 pages.L\u2019abbé Paul Couturier est revendiqué avec honneur, admiration, affection par tous nos frères chrétiens « séparés » : protestants, anglicans et orthodoxes.Seul prêtre au monde jouissant de ce privilège ! Catholique au sens le plus vrai et le plus complet du mot, son charisme allait discerner toutes les valeurs chrétiennes authentiques.Son message fut de proclamer l\u2019actualité de la Prière de Jésus : « Qu\u2019ils soient tous un », ouvrant ainsi tous les chrétiens à la Volonté d\u2019Unité qu\u2019elle manifeste et les rendant disponibles à toutes les réformes qu\u2019exige cette Unité.Implorer « l\u2019Unité que le Christ veut pour son Eglise » : telle est la formule de la « Semaine de l\u2019Universelle Prière » qui imprègne peu à peu, depuis vingt ans, toutes les parties du monde chrétien et que le Conseil œcuménique lui-même a assumée.Au nom de Paul Couturier restera attaché le titre de pionnier de l\u2019œcuménisme spirituel.Son zèle néanmoins ne s\u2019arrêtait pas là : il sut encore promouvoir un dialogue interconfessionnel entre spécialistes et stimuler d\u2019importantes recherches de théologie œcuménique.Ce livre devait trouver sa place dans la collection « Eglise Vivante ».A travers cette épopée spirituelle écrite par l\u2019héritier le plus authentique de la pensée de l\u2019abbé Couturier, puisse le lecteur comprendre que l\u2019œcu- 514 L\u2019esprit des livres ménisme est une dimension nouvelle de l\u2019Eglise et que sa révélation est la grâce la plus précieuse que Dieu accorde à notre temps troublé.Et en même temps, l\u2019attitude d\u2019« émulation spirituelle» dont cette « Vie » est la plus magnifique illustration, ne se révèle-t-elle pas comme devant être celle de tout chrétien, et de l\u2019Eglise elle-même, dans sa Mission présente et à venir ?ïan Dobraczynski
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