Québec... /, 1 janvier 2000, 2000
[" 2000 Rétrospective du TOUTE L\u2019ANNEE politique économique sociale culturelle QUÉBEC 2000 Sous la direction de Roch Côté QUÉBEC 2000 FIDES À moins d'indication contraire, les photos proviennent du Centre de documentation du quotidien Le Devoir.Données de catalogage avant publicatwn (Canada) Vedette principale au titre : Québec 2000 ISBN 2-7621-2176-0 1.\tQuébec (Province) - Politique et gouvernement - 1985-1994 - Périodiques.2.\tQuébec (Province) - Conditions économiques - 1960-1991 - Périodiques.3.\tQuébec (Province) - Conditions sociales - 1960-1991 - Périodiques.4.\tQuébec (Province) - Politique et gouvernement - 1994-5 Québec (Province) - Conditions sociales - 1991-6.Québec (Province) - Conditions économiques - 1991- FC2925.2.Q41\t971 40405\tC96-300312-7 F1053.2.Q41 Dépôt légal : 4e trimestre 1999 Bibliothèque nationale du Québec © Éditions Fides, 1999 Les Éditions Fides remercient le ministère du Patrimoine canadien du soutien qui leur accordé dans le cadre du Programme d'aide au développement de l'industrie de l\u2019édition.Les Éditions Fides remercient également le Conseil des Arts du Canada et la Société de développement des entreprises culturelles du Québec (SODEC).IMPRIMÉ AU CANADA Sommaire Présentation\t13 LE XXe SIÈCLE QUÉBÉCOIS LA SOCIÉTÉ\t17 Ce siècle où le Québec est venu au monde Jean-Jacques Simard LA POLITIQUE\t78 La grande marche vers la modernisation René Durocher L'ÉCONOMIE\t97 Les francophones reconquièrent l'économie Paul-André Linteau LA LITTÉRATURE\t112 Une « petite littérature » d\u2019une grande vitalité Gilles Marcotte PROFIL DU QUÉBEC TENDANCES DE LA SOCIÉTÉ QUÉBÉCOISE\t125 Une révolution sociale et culturelle Simon Langlois LES ÉVÉNEMENTS CHRONOLOGIE DES PRINCIPAUX ÉVÉNEMENTS DE JUILLET 1998 À JUIN 1999\t203 Portraits : Pauline Julien \u2022 Camille Laurin \u2022 Gratien Gélinas \u2022 Pierre Perrault 242 Marie-Claude Petit LES SUITES DE LA CRISE DU VERGLAS\t246 Une société qui se croyait invulnérable Bruno Bisson VIE POLITIQUE ET SOCIALE L'ANNÉE POLITIQUE\t261 Un mandat conditionnel Michel Venue LES REVENDICATIONS SOCIALES\t268 Militantisme feutré et luttes corporatistes Louis Lafrance LES RELATIONS FÉDÉRALES-PROVINCIALES\t276 Le temps des escarmouches Manon Comellier QUÉBEC ET LES MUNICIPALITÉS\t282 Supporter le centre sans nuire à la périphérie Mario Cloutier LES RELATIONS INTERNATIONALES\t288 La doctrine Gérin-Lajoie ravivée Bernard Descôteaux L\u2019ÉDUCATION\t293 Une année mouvementée de plus Marc Thibodeau LA SANTÉ\t299 La réforme change de guide Roch Côté LAJUSTICE\t306 Délateurs, policiers et juges.sous examen Lves Boisvert LA POLITIQUE AUTOCHTONE\t313 Vers une autonomie à la pièce Mario Cloutier LE PARLEMENT ET LES PARTIS\t319 Faut-il réformer le mode de scrutin ?Michel Vernie Le personnel politique\t324 Les principales lois adoptées par l'Assemblée nationale à l\u2019automne 1998 et au printemps 1999\t331 Chronique de l'Assemblée nationale, d'août 1998 à juin 1999\t333 Les partis politiques\t337 Serge Laplante VIE ÉCONOMIQUE DÉBAT\t345 Un modèle québécois tourmenté Jean-Pierre Dupuis ÉTAT DE L'ÉCONOMIE QUÉBÉCOISE\t352 Une bonne fin de décennie François Normand LES FINANCES PUBLIQUES\t363 Le déficit zéro, enfin ! Et après ?Germain Belzile LE MOUVEMENT DESJARDINS\t369 Les colonnes de Desjardins sont-elles toujours aussi solides?Claude Turcotte LA PRESSE ÉCRITE\t373 Le temps des conquêtes extérieures Jean-Claude Leclerc VIE CULTURELLE LE DÉBAT SUR L\u2019IDENTITÉ\t381 Comment peut-on être ethnique ?Antoine Robitaiüe LA CRISE DE LA DIFFUSION DE L\u2019ART\t387 Les mauvaises fréquentations Stéphane Baillargeon POLITIQUE ET DIFFUSION DU LIVRE\t396 Les hauts et les bas du livre Marie-André Chouinard LA PRODUCTION ARTISTIQUE ET LITTÉRAIRE Le cinéma\t402 Brian Myles La littérature\t410 Francine Bordeleau Les essais\t414 Louis Comellier La télévision\t417 Jean-Pierre Desaulniers Le théâtre\t423 Solange Lévesque La danse\t425 Pascale Milot Les arts visuels\t428 Jennifer Couelle La musique\t431 François Tousignant Les variétés\t434 Jean-Christophe Laurence LES RÉGIONS DU QUÉBEC LA POLITIQUE LOCALE ET RÉGIONALE Les grands centres réaffirment leur rôle\t441 Guy Massicotte Vers une première politique rurale :\t451 aménager l\u2019avenir des campagnes au xxf siècle Bruno Jean TOUR D\u2019HORIZON Abitibi\t459 Camille Beaulieu Centre-du-Québec\t462 Gérald Prince Chaudière-Appalaches\t463 Pierre Pelchat Côte-Nord\t455 Steve Paradis Est-du-Québec\t468 Carl Thériault Estrie\t470 Michel Morin Lanaudière André Lafrenière Laurentides Henri Prévost Laval Isabelle Hockey Mauride Marc Rochette Montérégie Denis Poissant Nord-du-Québec Nathalie Truchon Outaouais Mathieu Turbide Québec Julie Lemieux Saguenay-Lac-Saint-Jean Carol Néron MONTRÉAL LA POLITIQUE MUNICIPALE La résurrection de Pierre Bourque Kathleen Lévesque LES ANGLO-QUÉBÉCOIS Scission à Alliance Québec Jean Dion LES ÉQUIPES PROFESSIONNELLES Une équipe en sursis et l\u2019autre qui se cherche Jean Dion 473 475 478 480 483 486 488 490 492 499 505 508 Présentation Une année.et un siècle es cinq ans de l\u2019annuaire Fides tombent au moment où il porte sur sa couverture le chiffre un peu mythique de 2000.L\u2019occasion est donc tout indiquée de marquer cet I / anniversaire d\u2019une touche particulière.Elle consiste pour nous à élargir notre bilan en embrassant plus que l\u2019année écoulée, .c\u2019est-à-dire tout le siècle.En une centaine de pages, le sociologue Jean-Jacques Simard, les historiens René Durocher et Paul-André Linteau ainsi que le critique littéraire Gilles Marcotte tracent, chacun dans son domaine, les grandes lignes de l\u2019évolution de la société québécoise au xx' siècle.Ces pages n\u2019ont pas la prétention de remplacer les livres d\u2019histoire ou les manuels des maîtres.Elles n\u2019ont pas pour but de couvrir le siècle dans tous ses aspects.Certains pourront regretter, par exemple, de ne pas y trouver des noms comme ceux de Paul-Émile Borduas, du frère Marie-Victorin ou de Félix Leclerc.Il fallait, pour garder notre rétrospective dans les limites d\u2019un supplément à un annuaire, nous en tenir aux grands paramètres de l\u2019histoire socio-politique.Pour l\u2019histoire culturelle, le choix de la littérature s\u2019est imposé.Cette forme d\u2019art présente l\u2019avantage de s\u2019adresser dès le début du siècle à un large public.Ces réserves faites, nous croyons que nos lecteurs sauront trouver dans cette rétrospective une bonne introduction aux changements qui ont façonné la société québécoise.Ces pages denses sont aussi riches d\u2019invitations à des lectures plus fouillées.Fidèle à sa vocation première, l\u2019annuaire Fides dresse un inventaire détaillé des tendances, événements, débats, politiques qui ont constitué l\u2019histoire immédiate de la société québécoise au cours de l\u2019année écoulée (de juillet 1998 à juin 1999).Cet inventaire s\u2019ouvre, comme dans nos éditions précédentes, avec le « rapport social » du sociologue Simon Langlois, véritable diagnostic sur l\u2019évolution de certains segments de la société québécoise : démographie, familles et modes de vie, aspects démolinguistiques, minorités, santé, éducation, économie, emploi, revenus, inégalités, consommation.Le tout est illustré de 74 graphiques et tableaux statistiques.L\u2019étude de Simon Langlois jette une lumière nouvelle sur ce qu\u2019il appelle «la révolution discrète » des modes de vie qu\u2019a connue la société ces dernières années : les types de IQ Québec 2000 Présentation familles ont profondément changé, le mariage a cessé d\u2019être une institution normative et l\u2019enfant est de moins en moins présent dans les nouveaux ménages.Cet annuaire contient enfin le tableau complet et commenté des événements qui ont fait l'histoire immédiate.Aux articles qui dressent ce bilan s'ajoutent cette année des analyses sur les thèmes autour desquels se sont déroulés les débats d'idées Le lecteur avide d'information pourra ainsi mieux connaître les tenants et aboutissants des débats qui ont cours sur l\u2019identité québécoise et sur ce qu\u2019on appelle «le modèle québécois».Il trouvera aussi matière à réflexion sur les questions qui touchent à la réforme du mode de scrutin, à l\u2019état de l\u2019économie, à la politique autochtone, à la crise de la diffusion de l\u2019art, à la politique du livre, à la politique régionale et à la future politique rurale.Bref, l\u2019annuaire Fides constitue le seul ouvrage de référence qui couvre, année après année, autant d\u2019aspects de l\u2019évolution de la société québécoise.Nous le croyons utile sinon indispensable à tout chercheur, étudiant, journaliste, instituteur ou tout simplement curieux qui veut avoir sous la main un outil de connaissance du Québec d\u2019aujourd\u2019hui.Roch Côté Le xxe siècle québécois La société\tI7 La politique\t78 Léconomie\t87 La littérature\t112 . LA SOCIÉTÉ Ce siècle où le Québec est venu au monde La vie est vécue vers l'avant et comprise vers l\u2019arrière Kierkegaard JEAN-JACQUES SIMARD* Symbole aussi puissant qu\u2019artificiel du temps qui fuit, le tournant du siècle offre un prétexte irrésistible pour s'interroger sur les lignes de force, les événements, les innovations ou les acteurs qui ont façonné la société québécoise actuelle.Malheureusement, l\u2019évolution de la vie collective n'est pas synchronisée avec les révolutions de la Terre autour de son astre favori, et encore moins respectueuse des symétries conventionnelles du calendrier1.Aussi n\u2019est-il pas certain que l\u2019intervalle 1900-2000 corresponde à une époque historique significative, s\u2019il s\u2019agit d\u2019interpréter l\u2019expérience contemporaine, d\u2019ici ou d\u2019ailleurs.Le sens de l\u2019histoire, donc sa périodisation, dépendent de ce qu\u2019on en retient à la fin, suivant le moment et l\u2019endroit où on se retourne vers l\u2019arrière pour y voir de plus près.Du temps que j\u2019étais petit, le premier « mononde » venu passait pour augure rien qu\u2019à proclamer doctement qu\u2019on vivait au siècle de la vitesse, emporté par le train (1850, disons), l\u2019automobile (1910, approximativement), et l\u2019avion (l\u2019aéropostale, fin des années 1920 ; les réactés commerdaux, fin des années 1950)2.En ajoutant la rapidité des microprocesseurs, cela donnerait un «siècle» de cent cinquante ans.Au moins, car depuis Internet, on rien voit pas de sitôt la fin.Ou prenez un autre «siède» célèbre, celui que l\u2019on dit «des Lumières».Vous aurez beau fouiller, vous ne trouverez personne pour le camper nettement entre deux dates, espacées ou non de cent ans.D\u2019autant qu'il ne s\u2019est pas allumé partout au même moment.Au Québec, par exemple, plusieurs prêchent encore qu\u2019il aura fallu attendre l\u2019enterrement de Maurice Duplessis sous un mausolée de vieilles soutanes, en 1959, pour enfin sortir de la « Grande Noirceur » \u2014 à moins que ce ne soit de « deux sièdes de patience», suivant le mot de Gérard Bergeron (1967).Les cheminées d\u2019usine * Sans le concours assidu de Paul-André Perron, Ph.D, recherchiste et infographiste, cette étude déjà rapide eût été encore plus courte. UJj Le xx* siècle québécois La société pourraient avoir contribué à assombrir l'atmosphère, remarquez, car la période qui s\u2019étend de 1860 jusqu\u2019au développement minier du Nouveau-Québec, dans la seconde moitié des années 1950, passerait aussi bien pour celle de «L'Industrialisation, I et 11 », après quoi nous serions entrés de plain-pied dans l\u2019ère « postindustrielle ».Dans les pages qui suivent, nous essaierons de faire voir que notre vingtième siècle n'a sérieusement démarré qu\u2019après la guerre de 1914-1918, pour commencer à tendre la perche au suivant après 1980.En ce pays, il aura d\u2019abord et avant tout donné naissance à une nouvelle réalité historique : la société québécoise, laquelle ne prendra vraiment conscience d'elle-même qu à partir des années cinquante.Après avoir suivi quelques-unes des principales tendances du changement séculaire, qui n'ont rien de particulièrement original, nous nous pencherons sur les façons dont elles ont modifié les rapports identitaires entre les grands acteurs du Québec contemporain.Si notre société souffre encore à ce jour d\u2019un manque d'intégration, conclura-t-on, l'horizon du xxi' siècle n\u2019interdit aucun espoir.En commençant par la fin Pour certaines des premières grandes pointures indigènes de ma tribu, celle des sociologues, le Québec n'aura vraiment chaussé ses bottes de sept lieues qu\u2019à partir du milieu du siècle actuel.Mais alors là, bonjour la visite ! D'après Guy Rocher (1979), nous serions passés d\u2019une espèce de Moyen Age à la « société technologique ».Marcel Rioux (1979), lui, dégageait trois étapes idéologiques dans le périple national: empêtrés dans la «survivance» depuis l\u2019échec des Rébellions de 1837-38 et le regain clérical qui s\u2019en était suivi, on se serait engagé dans le «rattrapage» après la Seconde Guerre pour aborder enfin glorieusement l\u2019heure du «développement» et de la «participation » vers la fin des années soixante.Tandis que Jean-Charles Falardeau (1953), encore moins timoré que ses collègues, enseignait que nous avions «court-circuité» sur quelques décennies à peine les trois grands âges successifs de l'Humanité distingués par Auguste Comte (1798-1867): théologique, métaphysique, et «positif», c\u2019est-à-dire scientifique et pragmatique.Comme de raison, ces penseurs décidément rompus à l\u2019observation empirique évoquaient surtout le déblocage des mentalités.Ils savaient mieux que quiconque à quel point, sur les terrains « concrets » de la vie quotidienne, les habitants du Québec avaient suivi leur continent.Les remous de l'Amérique contemporaine n\u2019avaient quand même pas fait exprès pour les épargner.Il commençait à presser, voulaient-ils dire, que les esprits rejoignent les pratiques.Nuance cruciale, toutefois: leur «Nous» de référence était le Canada français, à l\u2019exclusion tacite de cet Autrui privilégié1 qui avait si vigoureusement relevé le défi du général Montcalm, sur les Plaines d\u2019Abraham en 1759: «Messieurs les Anglais ».Le si bon Falardeau croit même devoir en excuser les auteurs du livre collectif qu\u2019il préface en 1953, à l\u2019issue d\u2019un colloque ayant balisé l\u2019histoire de la réflexion sur notre société, sous le titre \u2014 alors encore inaccoutumé \u2014 d\u2019Essais sur le Québec contemporain (la moitié en anglais).Ses La société Le xx* siècle québécois invités, annonce-t-il en effet avec un certain malaise, «emploient indifféremment les expressions \"province de Québec\u201d ou \"Canada français\u201d».Que voulez-vous, se presse-t-il d\u2019ajouter, «un usage populaire, répandu surtout parmi nos compatriotes anglophones et historiquement justifié, restreint le terme « Canada français » au Québec » (Falardeau, 1953: 19, je souligne).Une impression de rupture L\u2019usage d\u2019y restreindre l\u2019espace imaginaire du Canada français n\u2019est d\u2019ailleurs pas le seul que nos compatriotes anglophones aient offert au Québec afin de l'encourager à prendre conscience de lui-même.Ils lui auront aussi proposé deux idées maîtresses susceptibles d\u2019interpréter le virage en épingle par lequel il aurait enfin pris pied dans le vingtième siècle : celle d\u2019une « Quiet Revolution », amorcée en trombe à partir de 1960 par une nouvelle génération d\u2019élites éclairées lui ayant permis de tourner définitivement la page sur la « Priest-ridden Province » (adaptation locale d\u2019une étiquette originellement mise au point en Angleterre au xii' siècle pour aider l\u2019Irlande, alors, à définir son identité).Inutile d\u2019insister sur la fortune subséquente de ces images: vous croiserez un tas de moins-de-trente-ans à l\u2019université (donc en principe, parmi les mieux instruits), pour qui «le temps de Duplessis» évoque confusément une préhistoire si indéfiniment lointaine, si vermoulue, que le chanoine Lionel Groulx y côtoie Fred Cailloux (lui-même contemporain des dinosaures), et la chanson d\u2019Alys Robi, Tico Tico, y accompagne gaiement sur 78 tours l\u2019Inquisition espagnole.Ils ne font que témoigner à leur façon d\u2019une évidence convenue : ce que le Québec actuel retient d\u2019abord du vingtième siècle, c'est de l\u2019avoir soudainement rejoint sur le tard, au milieu du trajet, et par cet acte même, d\u2019être advenu au monde.Aussi a-t-on pu observer que le reniement du passé s\u2019était ici posé comme condition préalable à ce que l\u2019avenir devienne possible (Dumont, passim)4.La question est de savoir, en empruntant une dernière fois les mots de Falardeau, si, et à quel point cet « usage populaire » est «historiquement justifié».Comme il siéra au reste de cette étude, nous suivrons quelques indicateurs statistiques des tendances ayant traversé les dix dernières décennies pour essayer d\u2019y voir plus clair.En l\u2019occurrence et pour commencer, l\u2019expansion de l\u2019État provincial, puisque tout le monde s\u2019entend pour y associer le regain québécois contemporain'.Comme l\u2019a en effet souligné mon collègue Gilles Gagné (1996), la communauté française du Canada a été longtemps tiraillée entre deux modes d\u2019encadrement officiel, l\u2019Église ou l\u2019État, depuis l\u2019Acte constitutionnel de 1791 qui avait créé les provinces du Haut (Ontario) et du Bas-Canada (Québec), en reconnaissant de chaque côté les privilèges des Églises établies, anglicane ou catholique.Avec l\u2019échec du mouvement républicain de 1837-1838, et l\u2019étalement de la population française vers l\u2019Ouest canadien et le Nord des États-Unis, jusqu\u2019au premier tiers du vingtième siècle, l\u2019Église canadienne-française-catholique a gagné en légitimité \u2014 entre autres parce que son magistère transcendait les diverses juridictions politiques où vivait la diaspora.Le vent a définitivement tourné en faveur de l\u2019État à l\u2019ère contemporaine, cependant, pour un écheveau de raisons qui pourraient se résumer en quelques mots : dans une économie moderne de plus en plus placée à l\u2019enseigne de la « mise en valeur rationnelle HJjJ Le xx* siècle québécois La société des ressources humaines», les institutions religieuses se sont tout simplement retrouvées inaptes, spirituellement comme matériellement, à remplir les fonctions sociétales jadis considérées de leur ressort : l'éducation, la santé, les services sociaux.Or, ces matières relèvent justement des Provinces, selon la division constitutionnelle des pouvoirs instaurée par la Confédération de 1867.Pour autant, le seul morceau de souveraineté étatique contrôlé majoritairement par les Canadiens français, celui du Québec, tendrait à devenir l'horizon primordial de leur destin collectif, l\u2019instrument privilégié du rassemblement de leurs forces, et le centre symbolique de leur investissement identitaire comme nation historique.Quant aux franges «hors Québec» de la diaspora, elles dériveraient réciproquement, bien qu\u2019à leur corps défendant, vers un statut de minorités ethniques plus ou moins assimilées à leurs provinces de résidence, à l\u2019exception des Acadiens du Nouveau-Brunswick peut-être, mais cela reste à suivre (Dumont,1998) Regardons la courbe des dépenses du gouvernement provincial, de 1900 à 1998 (graphique 1).Elle donne une idée de l\u2019ampleur et de la rapidité du revirement qui, du vieux tuf canadien français, a fait surgir les Québécois d\u2019aujourd\u2019hui.Notons qu\u2019elle mesure aussi l\u2019importance des ressources financières6 mises par grâce fiscale à la disposition des élites francophones ascendantes, qui n\u2019avaient guère trouvé occasion de faire valoir leur compétence à gérer des affaires sérieuses, si ce n\u2019est dans les organismes cléricaux.Surtout pas dans la grande entreprise privée, essentiellement anglophone d\u2019expression, de direction et de propriété.Toute une Graphique 1 Dépenses du gouvernement québécois, 1900-1998 (en millions de dollars) Québec 60 000 -50 000 -40 000 -30 000 -20 000 -10 000 - à - 60 000 50 000 L 40 000 30 000 20 000 10 000 oooooooooooo OrHC-iro-a-incDr\u2014 ooctïcJï CT>0î0>0)0>cïcn(7)a>aîCï Source : Annuaire du Canada, 1932 ; Annuaire du Québec, 1930-1960,1970, 1974, 1978; Comptes économiques des revenus et des dépenses, 1985, 1998.Note : inclut les dépenses courantes et en capital. i\tLe xx* siecle québécois cohorte d'experts et de gestionnaires sautera dans le train de l\u2019État en partance pour la gloire.Cette Longue marche des technocrates, comme d\u2019aucuns l\u2019ont qualifiée (Simard, 1979) a pris l\u2019aspect d\u2019un «Grand bond en avant» entraînant à sa suite les masses radieuses au son des chants nationalistes ponctués à l\u2019occasion de quelques pétards felquistes.Plus globalement, elle signale une expansion sans précédent de la sphère politique de la vie collective, c\u2019est-à-dire de la capacité de la société d'agir réflexivement sur elle-même, et par là, de se penser comme totalité de destin.En ce sens, le formidable décollage de «l\u2019État du Québec »7, sur les quatre dernières décennies, consacre officiellement, si on ose dire, l\u2019émergence à l'histoire de la société québécoise elle-même.Aussi le consensus environnant n'a-t-il pas tort de faire tourner le siècle, chez nous du moins, sur la charnière de la Révolution tranquille.Ailleurs et avant Sauf que.Trois ou quatre choses au moins insinuent le doute dans cette incontestable évidence, et appellent des nuances majeures.Premièrement, le gonflement soudain de la taille de l'État après 1960 n'est pas un phénomène spécifiquement québécois.Toutes proportions gardées, les dépenses fédérales ont suivi une pente séculaire presque parfaitement parallèle, à l\u2019exception passagère des périodes de conflits mondiaux, celui de 1939-1945 surtout (graphique 2).Des deux bords, on dirait que la léthargie dure jusqu\u2019au milieu du siècle, après quoi s\u2019ébranle une croissance qui prendra l\u2019aspect d'un envol fulgurant au tournant des décennies 1960-1970.Certes, l\u2019éperon de la Seconde Guerre semble avoir lancé le mouvement une dizaine d\u2019années plus tôt du côté fédéral, mais dans l\u2019ensemble, Québec et Ottawa ont avancé à un rythme remarquablement Graphique 2 Dépenses du gouvernement canadien, 1900-1997 (en millions de dollars) Canada 160 000 140 000 120 000 100 000 80 000 60 000 40 000 20 000 0 mm\t\t\t\t JH jura mmm\t\t\t\tJH 1HI mm mm.\t\t\t\t \t\t\t\t 180 000 160 000 140 000 120 000 100 000 80 000 60 000 40 000 20 000 0 O QO iO ¦'3' CM O 00\tCD ^ LO 01\tCT> CD CD Ob en CD Source: Annuaire du Canada, 1940,1942-1999.Note : Inclut les dépenses courantes et en capital. ££J| Le xxa siècle québécois La société Graphique 3 Dépenses du gouvernement québécois, 1900-1959 (en millions de dollars) Québec O\t\"3-\t00\tCN\tCO\tO\t^\t00\tCN\tCO\tO\t^\t00\tCN\tCO\tCH OO OtH tH CN CM CN CO CO *3\"\t^\t101010 CTI\tCD\tCT)\tCD\tCD\tCD\tCD\tCD\tCD\tCD\tCD\tCD\tCD\tCD\tCD\tCD , Source : Annuaire du Canada, 1932 ; Annuaire du Québec, 1930-1959.Note : Inclut les dépenses courantes et en capital.Graphique 4 Dépenses du gouvernement canadien, 1900-1959 (en de dollars) Canada 6 000 6 000 5 000 5 000 4 000 4 000 3 000 3 000 2 000 2 000 1 000 1000 Source : Annuaire du Canada, 1940-1959.Note : Inclut les dépenses courantes et en capital.53 synchronisé tout au long du siècle \u2014 jusqu'au dégrisement qui s'annonce en même temps de chaque coté au milieu des années 1990.Ce qui reste quand même étonnant puisqu'ils ne s\u2019occupent pas des mêmes choses, ne disposent pas des mêmes moyens financiers, ne couvrent pas les mêmes territoires et surtout, répondent de leurs gestes devant des populations divergentes par l\u2019expérience historique, la composition ethnolinguistique, les intérêts ponctuels et les loyautés premières.De cette indéfectible harmonie entre les deux niveaux de gouvernement, on peut déjà tirer quelques conclusions provisoires.Si, au Québec, l\u2019État a été mis à contribution pour rattraper d\u2019un seul coup après 1960 tous les retards pris sur l\u2019esprit du temps, l\u2019écart avec le reste du Canada ne devait pas être si large puisque l\u2019appareil fédéral a connu une inflation équivalente à peu près au même moment.Et si, depuis, d\u2019aucuns prétendent ancrer le «modèle» La société le xx* siècle québécois JTJ de l\u2019État interventionniste dans « l\u2019identité québécoise» (au point que pour sauver l\u2019une il faille tenir à l\u2019autre, comme autrefois la langue et la foi), les Canadiens anglais n\u2019ont pas moins de motifs d'investir leur propre distinction dans les programmes fédéraux de santé ou de protectionnisme économique8.Enfin, principalement peut-être, retenons ceci : par delà les écumes de la place publique \u2014 les partis, les groupes d\u2019intérêt, les médias, l\u2019opinion \u2014 l\u2019élargissement et la diversification du rôle de l\u2019État ont sans doute répondu à des tendances lourdes du changement historique, poussées par l\u2019innovation technologique, les forces du marché, l\u2019évolution du travail, des entreprises et de la consommation, la transformation des valeurs et des mœurs, etc.\u2014 bref, à des lames de fond socioéconomiques que les gouvernants avaient peut-être le loisir d\u2019accélérer, de ralentir ou d\u2019orienter, mais pas celui de bloquer et Graphique 5 Dépenses du gouvernement québécois, 1900-1939 (en millions de dollars) Québec f\u2014f Source : Annuaire du Canada, 1940 ; Annuaire du Québec, 1930-1939.Note : Inclut les dépenses courantes et en capital. K'I Le xx* siècle québécois La société Graphique 6 Dépenses du gouvernement canadien 1900-1939 (en millions de dollars) Canada cn in oo r- o co co ro CD CT) o o o G) CT) CT) CT) CT) CT) CT) CT) CT) Source : Annuaire du Canada, 1940.Note : Inclut les dépenses courantes et en capital.encore moins d\u2019inventer.En passant, c'est ce qui justifie l\u2019attention apportée dans ce texte aux dépenses publiques : elles servent surtout d\u2019indicateurs de changements sociaux plus profonds que les aléas politiques (dont traite l\u2019historien René Durocher, ci-après).Deuxième révélation: le mouvement d\u2019expansion de la sphère étatique ne date pas du dernier tiers du siècle, contrairement à ce qu\u2019il en semble au premier coup d\u2019œil\u2019.En réalité, le fameux bond de 1960-1980 suivait deux poussées précédentes, ayant dû paraître à peine moins importantes aux yeux de leurs contemporains, puisqu\u2019ils n\u2019en mesuraient pas l\u2019envergure à l\u2019aulne des temps à venir, mais par rapport au passé qui leur était familier.En 1959, par exemple (graphiques 3 et 4), vous auriez dit que la naissance de l\u2019Etat actuel remontait à la Seconde Guerre mondiale : les dépenses fédérales décuplent de 1939 à 1959 (de 534 millions à 5,3 milliards), tandis que celles du Québec quintuplent (de 88,4 millions à un demi-milliard).Et en 1939 (graphiques 5 et 6), vous auriez juré la même chose, mais en vous référant, cette fois, à la Grande Guerre, celle de 1914-1918 dont les carnages étaient alors censés avoir scellé la fin de toutes les guerres: en 1913, le gouvernement très provincial ne pesait même pas 8 millions, alors qu\u2019il en dépensera 110 en 1939, près de treize fois plus; pendant ce temps, le budget fédéral se multipliait par quatre, de 144 à 553 millions'0.Les tendances séculaires Le modèle de l\u2019Etat interventionniste fait l'avant jusqu'à la flambée des dernières donc surface\u2014 très doucement\u2014 aux alen- décennies\".Si bien qu'on n\u2019aurait pas tort tours de 1920 pour ne plus cesser d\u2019aller de d\u2019y reconnaître un des traits distinctifs du La société Le XX* siècle québécois xxe siècle, entendu comme époque significative de l'histoire.Les sociologues héritiers de Marcel Mauss (1873-1950) verraient là un « phénomène social total », en ce qu'il traduit à sa manière l'ensemble de l'expérience collective en temps et lieux donnés.Des vagues de fond Aussi n'est-il pas étonnant de voir évoluer dans le même sens d\u2019autres tendances sociales propres au siècle, mais qui, de prime abord, n'ont pas grand-chose à voir avec la politique : la diffusion du téléphone et des véhicules automobiles, par exemple, ouvrant la piste de ce qu\u2019on appellera plus tard la «société de consommation».Là aussi, la croissance exponentielle des dernières décennies (graphique 7) est inaugurée par un coup d\u2019envoi dans le premier tiers du siècle (avec un fléchissement durant la Crise des années trente (graphique 8) et d\u2019une nette relance au cours des années cinquante (graphique 9).On aura également remarqué comment, malgré leurs coûts fort differents12, le téléphone et l\u2019automobile avancent littéralement du même pas.C\u2019est qu'ils nourrissent et se nourrissent de mouvances économiques et culturelles plus générales, qui balayeront la société de part en part, et à la longue, de fond en comble (car il faut tout de même attendre les lendemains de la Seconde Guerre pour que ces technologies, d\u2019abord considérées comme luxueuses, se banalisent jusque dans les plus modestes mansardes).On embrasse en vrac ces changements dans le terme «urbanisation».Encore faut-il voir ce qu\u2019il recouvre.La nouvelle économie La concentration du capital, au premier chef, qui se reflète concrètement dans la taille et la centralisation des usines'* 1, des grands magasins et «5-10-15è»'\\ des bureaux (les premiers gratte-ciel poussent à la même époque).En plus de relancer la Graphique 7 Nombre de téléphones, 1912-1962, et de véhicules moteurs, 1908-1972 Québec Téléphones Véhicules moteurs 3 000 000 2 500 000 2 000 000 1 500 000 1000 000 500 000 3 000 000 2 500 000 2 000 000 1 500 000 1 000 000 500 000 0 Source téléphones: Annuaire du Canada, 1912-1920 ; Annuaire du Québec, 1926,1931,1941,1954 et 1964-65.Véhicules moteurs : Annuaire du Québec, 1950,1960,1970 et 1974. Le xx* siècle québécois La société Graphique 8 Nombre de téléphones, 1912-1939, et de véhicules moteurs, 1908-1939 Québec 350 000 - y \u2014\u2014 Téléphones 250 000 200 000 - 150 000 100 000 50 000 350 000 300 000 250 000 200 000 150 000 100 000 50 000 ooTH-^-r-ococooîCMtooo OtHtHtHCNCNCNCNCOCOCO O1CTIO)0)iJ)(DG)O1O)O)O1 Source: Téléphones: Annuaire du Canada,1912-1920; Annuaire du Québec, 1926,1931,1941.Véhicules moteuis : Annuaire du Québec, 1950.Graphique 9 Nombre de téléphones, 1940-1962, et de véhicules moteurs, 1940-1972 Québec Téléphones Véhicules moteurs 3 000 000 2 500 000 2 000 000 1 500 000 1 000 000 500 000 0 o en 3 000 000 2 500 000 2 000 000 1 500 000 1 000 000 500 000 0 Source: Téléphones: Annuaire du Québec, 1941,1954,1964-65.Véhicules moteuis: Annuaire du Québec, 1960,1970,1974. La société Le xx* sücle québécois |Q migration des ruraux (le recensement de 1921 enregistre pour la première fois une majorité urbaine au Québec), dans les villes mêmes, ce processus consacre la séparation des endroits de résidence et des lieux de travail ou de magasinage.Parallèlement, le développement des services (commerciaux, professionnels, financiers), et dans les organisations, des tâches administratives, multiplient les fonctions de « cols blancs » manipulant des informations ou des émotions (penser aux vendeurs), plutôt que des choses.Ce qui fait gonfler par la même occasion le flux des communications d'affaires.Est-il nécessaire de montrer du doigt en quoi le téléphone et les véhicules automobiles \u2014 voitures particulières, camions de livraison, autobus en 1919, à Montréal \u2014 arrivent à point dans le décor?Voilà un terreau propice à l\u2019éclosion d\u2019une nouvelle race de monde, les « classes moyennes», celles qui s\u2019émanciperont graduellement de l\u2019univers des besoins immédiats pour entrer dans celui des aspirations ascendantes : à la santé et à la scolarisation de leurs enfants, à un logis confortable, aux appareils domestiques, aux loisirs et divertissements, et pourquoi pas, aux sorties de fin de semaine en attendant les vacances annuelles (un petit téléphone et un petit « char » avec ca ?Mettons pour appeler le bureau, le médecin ou le restaurant; et pour vous y rendre ensuite?).Là, l\u2019économie passe la main aux mœurs et aux valeurs \u2014 soit : à la culture'5.Sans doute pareilles attentes, historiquement réservées à une poignée d\u2019aristos ou de ploutocrates, prendront-elles du temps à se propager et à sortir des villes16.Reste qu'à Montréal en tout cas, le tour s\u2019en prend dans les dix ans qui suivent la Première Guerre.L\u2019historien Paul-André Linteau, notre voisin de page, y observe un «essor important de la consommation, dont témoignent l\u2019expansion du commerce de détail et les annonces publicitaires dans les journaux».Il remarque parallèlement une «hausse de la scolarisation».«À la fin des années 1920», conclut-il, «les membres de la classe moyenne montréalaise peuvent voir l\u2019avenir avec optimisme.Us ont profité de l\u2019expansion.Ils jouissent d\u2019un logement de meilleure qualité que la moyenne de la population.Us ont peut-être une automobile [et le téléphone, supposerait-on] ou, à tout le moins, entretiennent l\u2019espoir d\u2019en avoir une un jour.Ils sont prêts à investir dans l\u2019éducation de leurs enfants ».Admettons qu'ils défrichent alors des avenues encore étroites'7.N\u2019empêche que «la plupart des Montréalais peuvent entretenir l\u2019espoir d\u2019une vie meilleure pour leurs enfants» (Linteau, 1992:336 et suivantes; je souligne).D\u2019autres indicateurs tendanciels confirment à quel point ces espoirs sont fondés \u2014 et pas seulement pour les enfants.La fin des grandes misères Celui de la mortalité générale, par exemple, lié à l\u2019amélioration du niveau de vie et de l\u2019environnement biophysique \u2014 surtout au début du siècle, où il dépend d\u2019abord des décès de nourrissons et de mères en couches, des épidémies et maladies infectieuses (graphique 10).Or, on est davantage exposé à ces calamités dans les grandes villes, effroyablement insalubres1*.À la toute fin du xix' siècle, il y a encore quelque 6000 « fosses d\u2019aisance » extérieures à Montréal.Les cataclysmes du choléra, de la fièvre typhoïde, sont immédiatement présents à la mémoire; les séquelles de la variole se lisent encore sur B-H Le xx* siècle québécois La société Graphique 10 Mortalité générale, 1900-1997 (décès par 1000 habitants) Québec Source : Henripin et Péron, 1973 ; Institut de la statistique du Québec (site Internet).Note : De 1900 à 1910, les moyennes quinquennales gomment la variations annuelles.Graphique 11 Mortalité infantile à Montréal, 1900-1929, et dans l'ensemble, 1900-1997 (décès avant l'âge de un an par 1000 naissances vivantes) Québec Ensemble du Québec Montréal HEWlfa Source : LDRR, 1989 ; Institut de la statistique du Québec (site Internet).Note : Pour Montréal de 1900 à 1929 et pour l'ensemble avant 1910, les moyennes quinquennales gomment les variations annuelles. La sodété Le xx* siècle québécois maints visages ravagés, et dans les cimetières ; la tuberculose est endémique.La majorité vit «sous le seuil de pauvreté», à une époque où il s\u2019extirpe à peine de la misère noire; dans le bas de la ville, le quart des familles ne peuvent compter sur un pourvoyeur régulier (Linteau, 1992).Parmi les conséquences: un nourrisson canadien-français sur trois n'atteint pas son premier anniversaire \u2014 en moyenne ; c\u2019est pire chez les pauvres (Bellavance,1993).En l'espace d\u2019une vingtaine d\u2019années, diverses mesures d\u2019hygiène publique et d\u2019éducation sanitaire\u201d, étayées par les retombées de la croissance économique sur le niveau de vie général des familles20, vont faire un miracle.A Montréal, le taux de mortalité infantile dégringole abruptement après 1910, à telle enseigne qu\u2019il a rejoint celui de l\u2019ensemble du Québec en 1930.À partir de là, la baisse se poursuit irréversiblement jusqu\u2019à nos jours, où la perte d\u2019un bébé est devenue exceptionnelle (graphique 11).La page se tourne au même moment sur les pestilences encore si courantes au siècle précédent.Les soubresauts annuels de la mortalité se résorbent à mesure que progresse la décennie 1920 (revoir le graphique 10).Les derniers pics affreux coincident avec la fin de la Grande Guerre.Morts au champ d\u2019honneur?De la grippe espagnole, plus communément21.Chez les enfants, la gastroentérite, la rougeole, la variole, la méningite, etc.deviennent également moins létales (retour au graphique 11, cette fois).Dès lors, les risques mortels vont tendre à se déplacer des âges tendres vers la maturité, de l\u2019environnement domestique vers les pollutions industrielles, et de la fatalité « objective » vers des causes où interviennent à divers degrés les attitudes et comportements subjectifs (homicides et suicides, accidents de la route, alcool et tabac, «stress» professionnel ou domestique, mauvaises habitudes alimentaires, manque d\u2019exerdce, etc.).La stabilisation du taux de mortalité générale, après 1970, voire sa légère augmentation en toute fin de course, tiennent à l\u2019extension de l\u2019espérance de vie après 60 ans et au déclin de la natalité, qui, conjugués, concourent au vieillissement relatif de la population22.Natalité et intimité Sauf exception, personne ne choisit de mourir.Aussi, la mortalité est-elle moins sujette aux fluctuations circonstancielles que la consommation (la Crise) ou les dépenses publiques (guerres mondiales).Par contre, on peut en principe décider de faire ou non des enfants, encore que les normes culturelles environnantes puissent aussi bien l\u2019interdire que l\u2019encourager en fait.Sous ce rapport, la chute de la mortalité, tant infantile que générale, aura précisément eu pour effet d\u2019élargir la marge de choix des patents (des femmes surtout) sur leur reproduction23.Voilà comment il arrive que, par une autre coincidence qui n\u2019en est pas une, le taux de natalité québécois s\u2019engage après 1921 dans une pente déclinante, irréversible à long terme (graphique 12).Oui, on a vu : il y a le fameux baby-boom de 1941-1956, apparemment contradictoire.11 ne tient pas à ce que les parents se seraient remis à avoir plus d\u2019enfants, mais à la recrudescence de la nuptialité (graphique 13).Les jeunes gens qui avaient reporté leur mariage pendant la décennie de la Crise ont profité de la relance de la Guerre pour se rattraper24 ; la prospérité subséquente a entretenu quelque temps le mouvement, jusqu'à ce que l\u2019arrivée des rejetons du baby-boom lui-même à l\u2019âge des Le >>' siecle québécois Graphique 12 Natalité, 1900-1997 (naissances par 1000 habitants) Québec CO'JOtOOiCO'ÎOlû CO ^ O to (N O CD CM to co r\u2014 oo ct> O O sH CO CO CT) O) CT) CT) CT) CT) CT) CT) CT) CT) CT) CT) CT) CT) CT) Source : Hennpin et Péron 1973 ; Institut de la statistique du Québec (site Internet).Note : Avant 1920, les moyennes quinquennales gomment les variations annuelles.Grahique 13 Nuptialité, 1900-1997 (mariages par 1000 habitants) Québec Source : Hennpin et Péron, 1973 ; Institut de la statistique du Québec (site Internet).Note : De 1900 à 1920, les moyennes quinquennales gomment les vanatons annuelles. La société Le xx* siècle québécois ÜQ épousailles produise un ultime rebond entre la fin des années soixante et le début des années quatre-vingt.Mais en arrière plan, la « descendance finale » des femmes du Québec n'a pas cessé de diminuer constamment de cinq ans en cinq ans depuis 1921 (voir le graphique 5, p.139, dans l'article de Langlois).A quoi bon en effet compenser par le nombre les pertes appréhendées, du moment que plus d\u2019enfants survivent?D\u2019autant qu\u2019on se rend compte, même sur les fermes, qu\u2019ils n\u2019apporteront plus le réservoir de main-d\u2019œuvre et les «poteaux de vieillesse » qu\u2019on attendait d'eux traditionnellement.Les jeunes ruraux émigrent vers les villes à un rythme accéléré.Les familles des milieux populaires urbains, elles, ont moins besoin de bras que d\u2019argent.Les grands jeunes gens travaillent à la manufacture, au magasin, au bureau.Les filles aînées ne sont plus là pour s\u2019occuper des petits.Plus autonomes grâce à l\u2019argent qu\u2019elles gagnent, elles peuvent se permettre d\u2019attendre plus longtemps « le bon parti ».Les nouveaux couples quitteront le foyer parental, déjà serré, pour s\u2019installer à leur compte.Dans les classes moyennes émergentes, naît une conviction qui fera tache d\u2019huile : désormais, les garçons et les filles ne suivront plus nécessairement les pistes respectives de leurs pères et mères ; l\u2019instruction et la mobilité professionnelle leur permettront de tracer leur propre chemin dans la vie.Chacun (chacune, cela presse moins) devra affirmer son indépendance, exigera en conséquence de la part de ses parents des investissements plus prenants, économiquement comme affectivement.(Avant longtemps, cela donnera la figure de «l\u2019enfant-roi», et l\u2019allongement de la période de grâce entre la dépendance de l\u2019enfance et les responsabilités de la maturité, l\u2019adolescence pour tous.) Les adultes ne sont pas en reste.À mesure que l\u2019amélioration constante des conditions sociosanitaires repousse toujours plus loin l\u2019horizon de la mort, celui de leurs projets personnels s\u2019ouvre d\u2019autant, par opposition aux rôles parentaux qui occupaient la veille tant de place25.Les années vingt inaugurent donc quelque chose comme une révolution de l\u2019intimité26.La transformation des structures familiales en est le signe tangible.L\u2019historien et écrivain Gary Wills (1999) y voit d\u2019ailleurs une des tendances mondiales du xxe siècle, et reprend une éclairante typologie pour en dégager les effets socio-logiques.Jusque-là, la famille rurale « éternelle » fournit le modèle de référence, même aux récents immigrants urbains.Elle rassemble couramment trois générations, englobe mentalement sinon pratiquement la «parenté» élargie, se charge de façon largement autonome de nourrir, distraire et former ses membres.Wills rappelle que les hens sociaux y suivent essentiellement une hiérarchie verticale : enfants \u2014> mère \u2014> père.Ajoutons que la série patriarcale se reproduit entre les âges et se projette dans l\u2019édifice social tout entier : père \u2014> patron \u2014> prêtre\u2014> prince\u2014> pape \u2014> Dieu le Père27.À l\u2019inverse, la famille typiquement urbaine tend à se replier sur son noyau élémentaire de deux générations.Elle dépend de salaires ou de profits tirés d\u2019un système économique extrêmement complexe, et doit déléguer à des institutions externes beaucoup de ses tâches de socialisation28.Elle se rétracte, en somme, devant le foisonnement des réseaux horizontaux d\u2019interaction: ceux du travail, des écoles, des BTT^ Le xx* siècle québécois La société loisirs, des associations volontaires, de la consommation, etc.(Wills, 1999: 24-25).Hier, suggère une autre métaphore, la personne était socialement définie par les cercles d\u2019appartenance fatale, emboîtés l\u2019un dans l\u2019autre comme des poupées russes, dans lesquels elle s\u2019insérait : sexe / famille / occupation / voisinage / région / langue / église, par exemple.Demain, elle se situera de plus en plus au centre d\u2019une étoile singulière de relations fonctionnelles, de solidarités partielles, d\u2019affinités électives qui, en quelque sorte, lui appartiendront en propre2\u2019.L\u2019émancipation des femmes L\u2019affranchissement des femmes coule évidemment de cette source.Le ruisseau deviendra bientôt une rivière (ralentie momentanément par la Crise, elle aussi), puis un fleuve, un immense golfe enfin.On peut suivre approximativement le courant en retournant au graphique 12, sur la natalité30.Une première chute, de 1920 à la fin des années trente, accompagne les « suffragettes » ; elle gagneront le droit de voter aux élections fédérales après 19173', mais devront continuer à pousser jusqu\u2019en 1940 pour l\u2019obtenir au provincial.La deuxième cataracte déclenche, dans la seconde moitié des années cinquante, le déferlement irréversible du féminisme contemporain.La relative stabilisation du taux de natalité qui s\u2019ensuit après 1972 annonce, non pas l\u2019épuisement du mouvement, mais au contraire sa normalisation, son entrée dans les moeurs.Dommage que nous n\u2019ayons pas pu débusquer les chiffres pour reconstituer la courbe séculaire, probablement parallèle aux précédentes, de la «participation» féminine à la « population active », soit dit en latin de statistique.Pour illustrer d\u2019abord qu elle remonte plus loin qu on pense : en 1871, jusqu\u2019à 56% de la population active du quartier huppé de Saint-Antoine (futur Golden Square Mile) était constituée de « domestiques et gens de service » \u2014 un secteur majoritairement féminin, cela va sans dire (Bellavance, 1993: 407).Et pour souligner à quel point la prolétarisation capitaliste des emplois « de femme», d\u2019abord dans les manufactures, dans les bureaux ensuite32, a pu être vécue comme une relative libération par celles qui y trouveront l\u2019occasion d\u2019échapper à l\u2019atmosphère oppressante de la domesticité, 24 heures par jour sous le regard sévère de la « Bourgeoise », pur dédoublement des hiérarchies verticales de la famille patriarcale.Sans mentionner les professions de maîtresse d\u2019école ou d\u2019infirmière qui s\u2019ouvriront au nombre croissant des mieux instruites, quitte à se faire nonne pour y avoir accès tant que les institutions religieuses domineront l\u2019embauche.La culture de masse Ce qui se passe dans l\u2019intimité rejoint un glissement de terrain plus vaste: l\u2019avènement de la culture de masse.Contrairement aux connotations d\u2019uniformité qui s\u2019attachent au terme, et comme «l\u2019anonymat» des grandes villes où elle s\u2019implante d\u2019abord, la culture de masse \u2014 ou de consommation, cela revient au même \u2014 va de pair avec l\u2019affirmation de l\u2019individualité.On ne peut s\u2019agglomérer par milliers d'inconnus qu\u2019à condition d\u2019échapper un par un aux limites que les communautés particularistes imposent au libre déploiement du désir.N\u2019est-ce pas justement ce qui a toujours fait le charme des métropoles?Non seulement les plus flamboyantes excentricités peuvent-elles s\u2019y fondre dans la foule, La société Lo xx» siècle québécois mais surtout elles finiront toujours par y trouver des complices, et même à se propager par imitation.La mode respecte un principe similaire, avec ses trois temps de la distinction, de la contagion et de l\u2019obsolescence \u2014 soit qu'elle s\u2019intégre aux mœurs banales, soit qu\u2019elle relance les appels à l\u2019innovation.Elle sera le mécanisme régulateur typique de la culture de masse, nécessairement généralisante, comme la coutume avait pu l\u2019être des cultures traditionnelles, toujours singulières (Tarde, 1907 ).La différence fondamentale entre les deux réside en ce que la coutume reproduit les hiérarchies normatives durables d\u2019un certain ordre social, tandis que la mode fonctionne «toute seule», au mépris des diverses autorités morales (concurrencées d\u2019autant par les « experts » et « célébrités» qui passent sans laisser de traces).Comme le jeu aveugle de l\u2019offre et de la demande sur les immenses marchés anonymes, dont elle n\u2019est qu\u2019un dédoublement (les sondages en sont l'équivalent dans l\u2019ordre politique), la mode consacre l\u2019autorégulation croissante de la société.Il n\u2019y a pas de pilote dans l\u2019avion! Eppur, si muove! (Et pourtant, elle tourne !), aurait murmuré Galilée, que les puissances de son temps n\u2019aimaient pas tellement non plus.Le pilotage automatique s'effectue, entre autres, par l\u2019opération d\u2019un Saint-Esprit mieux connu sous le nom de « mass média».Dès les années 1910, les journaux d\u2019opinion, identifiés à quelque parti, cèdent l\u2019avant-scène aux grands quotidiens plus soucieux de la mesure de leurs audiences que de l\u2019orthodoxie de leurs allégeances, parce que « la publicité devient garante de [leur] santé financière».En 1914, La Presse tire déjà à 135 000 exemplaires, The Star à 90 000.Signe des temps, des périodiques populaires mélangeant l\u2019information et le divertissement33 feront bientôt leur apparition : Le Petit Journal en 1926, L'Illustration en 1930, parmi d\u2019autres.Montréal, qui comptait 60 salles de cinéma muet avant-guerre, en offrira 134 au début des années trente, après l\u2019arrivée du «parlant» en 1928 (Linteau, 1992, ici et là).La grande affaire, le futur, c\u2019est la radio.Marconi ouvre à Montréal le premier poste au monde, CFCF, en 1919, mais ne passe à la diffusion continue qu\u2019en 1922.Flairant le vent, La Presse fonde CKAC la même année.Au tournant de la décennie, 27 % des ménages québécois sont branchés (37,5% en ville, 8% seulement en campagne).Radio-Canada est créée en 1936.En 1941, 16 stations, dont 14 de langue française, desservent 70% des foyers (85% urbains; 41% ruraux (LDRR, 1989: 173).On n\u2019a encore rien vu: l\u2019irruption de la télévision est pour 1952.Pour l\u2019instant, laissons la bible en ces matières, l\u2019Histoire du Québec contemporain de Linteau, Durocher, Robert, Ricard, faire le point : « Ce mouvement d\u2019ensemble, on pourrait le décrire comme une urbanisation de la culture.Depuis les années 1920, en effet, c\u2019est dans les villes \u2014 surtout à Montréal \u2014 que s\u2019élaborent les modèles culturels [.] de grande diffusion [.]: une culture de consommation» (LDRR, 1989: 171).L\u2019affirmation de l\u2019État C\u2019est «ce mouvement d'ensemble» ou ces vagues de fond socioéconomiques, comme nous en formulions plus haut l\u2019hypothèse, qui se répercuteront directement sur la marche de l\u2019État.Le moment est venu d\u2019y revenir, en portant l\u2019attention sur les inflexions qualitatives des administrations publiques, c'est-à-dire les sources de leurs revenus et les postes de leurs dépenses. g \\ b Le xx* siècle québécois La société De nouvelles sources de revenu L'arrimage le plus direct entre les largesses des gouvernements et leur environnement passe par la taxation.En période de croissance économique, leurs recettes ne peuvent éviter d\u2019augmenter, même si le régime fiscal ne change pas \u2014 si la part prélevée sur la richesse collective reste la même.D\u2019autre part, il est plus facile d\u2019augmenter les taux d\u2019imposition ou d\u2019instituer de nouvelles taxes lorsque monte le baromètre de la prospérité.Tout au long du siècle, par exemple, les dépenses du gouvernement du Québec tendent à s\u2019accroître d\u2019autant plus rapidement que la cadence d\u2019amélioration du revenu personnel progresse elle-même parmi ses constituants (graphique 14)34.L\u2019assiette fiscale ne repose en effet pas seulement sur la capacité financière des contribuables, mais aussi et surtout sur un système politique fondé sur le consente- ment des gouvernés, sur leur volonté de payer.Or, c\u2019est là que les choses se corsent : si l\u2019une ne va pas sans l\u2019autre, rien ne garantit que la première entraîne la seconde.Pour devenir riche et le rester, une répulsion innée à se séparer de son argent au profit de n\u2019importe qui ne nuit pas.Depuis Adam Smith, la théorie reconnue de la « main invisible » et de la « retombée des bienfaits» fait de cette immémoriale dilection une vertu altruiste et pragmatique : le capitaliste a pour mission sociale d\u2019accumuler et de remettre privément à l\u2019oeuvre la richesse non consommée (le Capital, précisément), afin de créer encore plus d\u2019abondance pour tout le monde \u2014 des produits, des services, des emplois, et ainsi de suite.Nul n\u2019était plus attaché à ces dogmes que la poignée de grands brasseurs d'affaires montréalais qui contrôlaient au début de ce siècle 75 % du capital canadien et probablement \u2014 les chiffres ne Graphique 14 Augmentation du revenu personnel et des dépenses du gouvernement québécois, 1926-1976 (chiffres de 1926 = 100) Québec 40 000 35 000 Dépenses du gouvernement Revenu personnel 30 000 25 000 20 000 15 000 10 000 5 000 -JcTiTT 40 000 35 000 30 000 25 000 20 000 15 000 10 000 5 000 Source: Revenu personnel: Leacy 1983.Dépenses du gouvernement: Annuaire du Canada, 1932 ; Annuaire du Québec, 1930-1976. La société Le xx* siècle québécois sont pas clairs \u2014 une proportion voisine des ficelles politiques\u20195.Par coincidence, l\u2019impôt sur le revenu des particuliers ne fera son entrée sournoise à l\u2019échelon fédéral qu'à l\u2019occasion de la Première Guerre mondiale, en 1917; son pendant provincial, en 1940 seulement, à la faveur de la Seconde.Autre irritant : les riches ne constituent jamais qu'une infime proportion du bassin potentiel de contribuables.Pour l\u2019élargir, il faudra que les bienfaits de la croissance retombent plus généreusement vers la base de la pyramide sociale.Les syndicats ouvriers y seront pour beaucoup, avec le temps, mais il n\u2019en mèneront pas large avant les années 1930-1940.En attendant, la transformation du marché du travail aura des effets plus immédiats \u2014 pensons à ces cols blancs, ces vendeurs d\u2019assurance, ces petits entrepreneurs et commerçants, ces comptables, ces commis et ces midi-nettes, tous ces nouveaux consommateurs qui inaugureront durant les années 1920 l\u2019ascension des « classes moyennes ».Caché dans les buissons des taxes «indirectes», c\u2019est justement sur ce terrain \u2014 la consommation \u2014 que le percepteur les attend.Depuis la Vieille Capitale du moins, puisque les douanes et accises seront la principale vache à lait fédérale tant qu\u2019on ne lui greffera pas un trayon d'impôt sur le revenu56.Mesurée à l\u2019ampleur de ses moyens, la Couronne du chef de Québec reste passablement falote jusqu\u2019en 1917, alors que ses redevances annuelles n\u2019atteignent même pas les vingt millions (graphique 15).Après les exqui- Graphique 15 Recettes du gouvernement québécois selon la source, 1910-1930 (en millions de dollars) Québec Consommation Production Subsides fédéraux et autres revenus Source : Annuaire du Québec, 1925,1930.Note: Consommation comprend les recettes perçues en vertu de la loi des automobiles et de la loi des liqueurs alcooliques.Production comprend les droits sur les successions, les taxes sur les corporations commerci aies ainsi que les recettes provenant des terres et forêts.Subsides fédéraux et autres revenus comprend les subsides du fédéral, les timbres d\u2019enregistrement, les timbres judiciaires ainsi que les licences et droits liés à la loi de prohibition. K \u2019 M Le xx* siècle québécois La société sement polies taxes sur le capital des entreprises, les très compatissants droits de succession, et les rentes plutôt minces des concessions forestières et minières (tous classés ici sous la rubrique des taxes à la «production») les subsides paternels d\u2019Ottawa étaient sa deuxième planche de salut.Voici que s\u2019achève la Grande Guerre.Elle avait déjà stimulé les investissements manufacturiers ; durant la décennie qui vient, ils seront particulièrement «spectaculaires» dans la transformation des ressources naturelles \u2014 pâtes et papiers, aluminium, hydroélectricité (Linteau, plus loin).Ces bonnes nouvelles se reflètent dans le rendement des taxes à la production.Mais le véritable pactole viendra du développement de la consommation.Jusque là, les taxes sur l\u2019alcool fournissaient l\u2019essentiel des quelques revenus que la province tirait de cette source.En 1908, des charges avaient été mises sur les véhicules moteurs et l\u2019essence au cas où.; mais elles n\u2019avaient rapporté que des broutilles: moins de 500 000 en 1917.Douze ans plus tard, tenez-vous bien, la somme dépasse les 5 millions .Même au cœur de la Crise, en 1934, les ventes d\u2019alcool, combinées aux taxes sur les automobiles et la «gazoline» rapporteront la moitié des recettes de l'administration provinciale (14,4 millions), quand les taxes sur la production rien sont qu\u2019à 8,5 millions (Québec, 1934).Entre-temps, une innovation majeure est survenue.On lui doit en particulier la marche que franchit soudain la courbe des taxes sur la consommation en 1922 (revoir le graphique 15).L'année précédente, le gouvernement québécois a lancé son premier «programme social», en créant un Fonds d'Assistance publique alimenté par une taille sur certaines dépenses somptuaires \u2014 les repas au restaurant de plus de 35é, les «amusements» (spectacles, cinémas, parcs d\u2019attraction, etc), les paris sur les courses de chevaux, et une partie des profits de la vente d\u2019alcool \u2014 afin de subventionner les institutions municipales et cléricales qui, devant la défection urbaine des réseaux de parenté, doivent assumer la charge croissante des laissés-pour-compte : enfants «du péché», infirmes, indigents, malades mentaux, etc.37.Les mal nommés «orphelins de Duplessis», dont les doléances feront surface dans les années 1990, descendent en réalité d\u2019Alexandre Taschereau, devenu premier ministre en 1920.De nouvelles priorités Que fait l\u2019État de ces ressources inespérées?Il investit d\u2019abord et avant tout dans la voirie, les ponts et chaussées (graphique 16).Ce poste de dépense n\u2019existait pas avant 1914 ; il part en flèche vers 1922 pour dépasser les 10 millions en 1930, plus que tout autre.Et ce montant ne concerne que les dépenses «ordinaires», susceptibles de récurrence annuelle ; beaucoup de projets routiers émargent plutôt au compte des « immobilisations », justifiant des emprunts à long terme (3,2 millions en 1930, par exemple).À une époque peu chatouilleuse sur l\u2019attribution des contrats de voirie, ceux-ci ne permettent pas seulement de faire rouler la province, mais présentent certains avantages marginaux relevant plutôt de la redistribution sociale et régionale de la richesse par l\u2019intermédiaire du «patronage» (depuis les gros entrepreneurs jusqu\u2019aux humbles cantonniers) ; par retour d\u2019ascenseur, enfin, ils fécondent aussi l\u2019animation politique, grâce cette fois La société Le xx* siècle québécois Graphique 16 Principaux postes de dépenses courantes du gouvernement québécois, 1910-1930 (en millions de dollars) Québec Ressources naturelles Éducation Source : Annuaire du Québec, 1925, 1930.Note (1) : Les dépenses courantes excluent les immobilisations, sauf indication contraire.Note (2) : Le service de la dette et l\u2019administration de la justice ne sont pas inclus.Note (3) : Ressources naturelles comprend les terres et forêts, la colonisation, les mines et les pêcheries.Note (4) : Le poste Voirie n\u2019existe pas avant 1914.à de discrètes contributions aux caisses électorales \u2014 surtout celle du parti au pouvoir38.Dans la société de masse où l\u2019on s'engage, rejoindre l'électorat impose des frais croissants (entretien des leaders d'opinion, publicité, « sortie » du vote, etc.).Les «richesses naturelles» (agriculture, colonisation, forêts, mines) et [\u2019«instruction publique» (écoles techniques principalement) sont les deux autres principaux domaines d\u2019expansion.Évitons les redites sur l\u2019essor de la grande industrie primaire ou la demande croissante de main-d\u2019œuvre mieux instruite39.Rappelons seulement que l\u2019approvisionnent de l\u2019Angleterre combattante avait également encouragé la conversion de l'agriculture vers la production commerciale plutôt que de subsistance40.Le programme d\u2019assistance publique occupe la quatrième place dans les engagements du Québec à l\u2019aube des années trente.L\u2019idée qu\u2019il a semée \u2014 secourir les miséreux \u2014 est néanmoins promise à un considérable épanouissement.Du côté fédéral, retenons provisoirement trois indicateurs des changements de priorités qui s\u2019affirment au cours de la décennie 1920 (graphique 17).L\u2019ère du rail tire à sa fin: tant les subsides annuels (exclus du graphique) que les investissements directs dans la construction de nouvelles voies ou gares entrent en irréversible déclin après un ultime sursaut durant la Guerre.Les services postaux prennent à l\u2019inverse un essor qui ne se démentira plus, à cause du foisonnement des livraisons et correspondances commerciales et peut- P 1 g Le xx* siècle québécois La société Graphique 17 Évolution de certains postes de dépenses du gouvernement canadien, 1910-1930 (en millions de dollars) Canada Service postal Subsides aux provinces Chemins de fer Source : Annuaire du Canada, 1940.Note : Les subsides aux chemins de fer inscrits aux dépenses ordinaires ne sont pas inclus.être, des échanges épistolaires entre les immigrants urbains et leur parenté campagnarde.Les subsides aux provinces se stabilisent : désormais, celles-ci devront financer leurs propres initiatives en comptant sur leurs propres moyens.Aurait-on sciemment cherché à faire mousser l'esprit autonomiste chez certaines d'entre elles qu\u2019on ne s\u2019y serait pas pris autrement.Sur ce point comme sur d'autres, la Grande Dépression imminente viendra précipiter les choix.Vers l\u2019État-providence Les gouvernements vont apprendre trois grandes choses durant la crise des années trente \u2014 sur le tas, à coup d\u2019improvisations, en traînant la patte, mais qu\u2019ils n\u2019oublieront plus : 1°) à « répondre aux besoins de la population » ; 2° ) à « corriger les hauts et les bas de l\u2019économie » ; et 3° ) à emprunter si nécessaire pour s\u2019acquitter de ces grandioses missions.Ces termes (ou leurs synonymes) nous sont devenus si familiers qu'on peine à imaginer un temps où ils n\u2019allaient pas de soi.Forcé par la conflagration de 1914-1918, l\u2019apprentissage avait commencé plus tôt à Ottawa, qui entraînera les provinces à sa suite, Québec inclus (voir graphique 18).Au lendemain de la guerre, le remboursement des dettes contractées pour y participer occupe, et de loin, le premier rang des charges fédérales, suivi par les pensions versées aux vétérans ou à leurs veuves.Lorsque la Crise imposera de nouveaux emprunts d'urgence, les résistances seront moindres (observer le bond du service de la dette après 1930).Quant aux pensions de guerre, elles avaient attendri les cœurs à l\u2019institution des pensions de vieillesse, aux mères nécessiteuses et aux aveugles dès 19274'.Ce dernier programme prête Heu à une innovation qui fera des petits: puisqu'il empiète dans les plates-bandes des provinces, celles-ci devront y mettre du La société Le xx* siècle québécois Graphique 18 Principaux postes de dépenses civiles du gouvernement canadien, 1910-1939 (en millions de dollars) Canada Autres frais Service de la dette Pensions de guerre et de vieillesse Service postal Source : Annuaire du Canada, 1940.Note (1): Autres frais comprend, à partir de 1930, le soulagement au chômage, les primes sur le grain et diverses pertes des sociétés de la Couronne reliées à la Crise.Note (2) : Les dépense civiles ne comprennent pas celles qui étaient immédiatement justifiées par l\u2019effort de guerre (voir graphique 6 au besoin).Note (3) : Les dépenses en capital ne sont pas incluses.leur pour toucher leur part des fonds offerts par le fédéral \u2014 cette sorte d\u2019incitatif prendre le nom de « plan conjoint » ou «programme à frais partagés»42.A tous points de vue, donc, les voies sont défrichées pour que le gouvernement canadien débloque des budgets spéciaux pour faire face à la catastrophe déclenchée par le Krach de Wall Street, en 1929: partant de presque rien, les «autres frais» \u2014 inhabituels \u2014 sautent d'un coup sec au sommet des priorités fédérales, pour y rester plus ou moins jusqu'à la fin de la décade43.Et nos chiffres ne disent rien des sérieux gorilles mis en place à la même époque pour discipliner les marchés financiers ou d'import-export: la Banque du Canada (1934) et le Wheat Board (1935), pour ne mentionner que ceux-là.Au Québec, même si la grogne populaire s'élève contre les Trusts sans pitié et, dans certains milieux proches de la jeunesse nationaliste frustrée, la «Juiverie» internationale, Duplessis préfère chasser les «communistes» que s'en prendre au Capital.C'est son successeur, Adélard Godbout, qui développera l\u2019outillage de l\u2019État régulateur: Conseil économique et social, code du travail à jour, nationalisation de la «pieuvre» Montreal Light, Heat and Power (Durocher, plus loin).La plupart des principales mission du gouvernement du Québec seront affectées par les «plans conjoints» fédéraux d'aide aux chômeurs (graphique 19).Sauf l\u2019éducation, refoulée à l'arrière-plan par la montée de la misère \u2014 en ville surtout, car dans les rangs « d\u2019habitants » on arrive tou- Ul Le xx* siècle québécois La société Graphique 19 Principaux postes de dépenses courantes du gouvernement québécois, 1930-1940 (en millions de dollars) Québec Santé et indigence Infrastuctures Ressources naturelles Éducation Source : Annuaire du Québec, 1930-1940.Note (1) : Les dépenses courantes excluent les immobilisations, sauf indication contraire.Note (2) : Éducation comprend l\u2019instruction publique et les écoles de réforme.Santé et indigence comprend l\u2019hygiène, les asiles d'aliénés, la santé, le secours direct, l'assistance publique et les institutions de bienfaisance.Infrastructures comprend les travaux publics, le travail, la voirie, les mines, les dépenses pour remédier au chomâge et l\u2019aide à la jeunesse.Ressources naturelles comprend l'agriculture, les terres et forêts, la chasse, la pêche, la colonisation et le retour a la terre.Note (3) : Le service de la dette n'est pas inclus.jours à se nourrir même si les marchés agricoles se contractent\".Mais pour le reste, presque toutes les fluctuations des dépenses 1930-1940 sont reliées à la situation d'urgence.Au chapitre des «infrastructures », les travaux publics, la voirie, la construction de chemins miniers sont mis à profit pour créer de l'emploi\".Aux «affaires sociosanitaires»\", ce sont les secours directs qui infléchissent la variation des coûts : ils ne cessent d'augmenter de 1932 à 1940, si on oublie le creux momentané de 1937 - 1939, amplement compensé par une relance fortuite des travaux de voirie et des soutiens à la colonisation (inscrits sous «Ressources naturelles» dans le graphique 19)47.On tâtonne à qui mieux mieux dans la recherche d\u2019alternatives pratiques parce que personne n\u2019aime la formule du secours direct \u2014 ni les pères de famille humiliés par ce qui ressemble à une espèce de mendicité, ni les bons bourgeois redoutant que l\u2019oisiveté n\u2019engendre pire que le vice: des revendications pécuniaires immorales.et, n\u2019osons même pas y penser, nuisibles à l'économie\" 11 faudra pourtant s\u2019y faire, car elle se normalisera avant longtemps sous les euphémismes successifs de «bien-être social » ou d\u2019« aide de dernier recours ».Le secours direct ne sera pas la seule mesure provisoire à s\u2019institutionnaliser.En général, les improvisations conjoncturelles des gouvernements durant la Grande La société Le xx\u201d siècle québécois | Graphique 20 Augmentation du revenu personnel et des dépenses du gouvernement québécois, 1926-1940 (chiffres de 1926 = 100) Québec 0\ti i i i i r i .0 Dépenses du gouvernement Revenu personnel cor-oocnoxHcsro^incor^oocno (NOJCNtNconmtofonnfotoco'î ItHt\u2014ItHt\u201411\u2014ItHtHtHt\u2014ItHt\u2014It\u2014I Source: Revenu personnel: Leacy 1983.Dépenses du gouvernement québécois: Annuaire du Canada, 1932 ; Annuaire du Québec, 1930-1940.Graphique 21 Service de la dette 1930-1959 (en millions de dollars) Québec 1\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t \"\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\ti \t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\til \t\t\t\t\t\t\t\t\t\tJ\tk\t\tfil \t\t\t\t\t\t\t\t\t\tJ\t\t\t \t\t\t\t\tA\t*\t\t\t\t\t\t\t - m\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t O c co a a> a t-H t-\tsi\tn 3\tO 3\tO 4\tT-\tt a 3\tCf 1 O 4\tr-\t3\tC )\t'\tc r\t^ b\tO H\tT-\t4 K r\t^ 3\to ¦4\tT-\tr c£ t ^ 3 O H t-\t3 a r -c 3\t0 4\tT-\t3 C r Lf 3 O\t3 C 3 lf 3 a\txl 3\tIX 3\tC H\tt-\t1- U 3\tLf 3 O H\tr-\t3 OO 3 m 3\t03 H tH Source : Annuaire du Québec, 1930-1959. Le xx* siècle québécois La société Dépression vont abaisser les barrières mentales à la transformation structurelle (durable) du rôle de l'État commencée dans les années vingt.La publication en 1936 de La théorie générale de l\u2019emploi, de l\u2019intérêt et de la valeur, par l\u2019économiste britannique John M.Keynes, viendra fort à propos réconcilier la justice sociale avec la «régulation macro-économique»: en période de ralentissement, l\u2019État doit emprunter l\u2019épargne dormante afin de relancer par ses dépenses la demande globale, et par là, les investissements des entreprises.On voit d\u2019ici les premiers ministres Taschereau et Duplessis \u2014 surtout lui, après 1935 \u2014 hausser les épaules et les yeux vers le ciel : « Enfin, qu\u2019est-ce que vous croyez qu'on faisait, nous autres ?».Comme de fait, les déboursés de l\u2019administration québécoise augmentent pen- dant la Crise à un rythme nettement supérieur au revenu personnel \u2014 solide indicateur de la «demande effective» (qui trébuche d\u2019ailleurs de 1929 à 1933, avant de reprendre lentement du mieux ; graphique 20).Pas question d\u2019augmenter les taxes : le monde n\u2019a pas d\u2019argent.D\u2019où proviennent alors les fonds supplémentaires ?Des « frais partagés» par Ottawa, lesquels n\u2019auront qu\u2019un temps; et des emprunts qui, eux, vont s\u2019incruster.Le «service de la dette» s\u2019engage à partir des années trente sur une pente ascendante menant en droite ligne jusqu\u2019à la fin des années cinquante, après quoi s\u2019annonce la flambée qu\u2019on soupçonne (graphique 21)49.Même durant l\u2019ère de prospérité qui suit la Seconde Guerre mondiale ?Même sous l\u2019empire d\u2019un conservateur aussi indécrottable que Maurice Duplessis50?Si.Graphique 22 Augmentation du revenu personnel et des dépenses du gouvernement québécois, 1945-1960 (chiffres de 1945 = 100) Québec Source: Revenu personnel: Leacy 1983.Dépenses du gouvernement québécois: Annuaire du Québec 1945-1960 Dépenses du gouvernement Revenu personnel La société Le xx* siècle québécois m Duplessis révolutionnaire ?Duplessis a beau haïr l'endettement, craindre les taxes, il n\u2019en mène pas moins toujours plus grand train que ne l\u2019autoriserait l\u2019enrichissement des contribuables (graphique 22)S1.Par chance, son règne coincide avec la formidable relance économique éperon-née par la Seconde Guerre mondiale.Entre 1939 et 1950, les investissements manufacturiers triplent, la production redouble.La croissance de l\u2019emploi industriel équivaut à celle des 100 années précédentes.Sous des conditions de plein emploi, les syndicats gagnent en force et en légitimité.De 1939 à 1943, la masse salariale passe de 157 à 305 millions (Faucher, Lamontagne, 1953).On sait l\u2019optimisme qui inspire le baby-boom de 1941-1956.Dans les quinze ans qui suivent la guerre, le revenu personnel par habitant bondit de 655 à 1455 $s2.La population agricole diminue de moitié: de 20% à 11% de l\u2019ensemble.Plus de 400 000 logements sont mis en chantiers entre 1948 et 1961, si bien qu\u2019à cette dernière date presque un sur deux (45 %) a moins de quinze ans d\u2019âge.«Avant la guerre, seule une minorité avait l\u2019eau chaude, le téléphone, la radio ou une automobile.Tout cela devient monnaie courante dans les années 1950: les appareils électroménagers se répandent et la télévision fait une entrée rapide et foudroyante dans la vie quotidienne » (LDRR, 1989).Il faut dire que Duplessis profite aussi du courage de son prédécesseur.Dès 1940, Godbout a institué l\u2019impôt provincial sur le revenu, uniformisé la taxe de vente, placé une charge sur le tabac (voir l'article de René Durocher, en ces pages, pour la liste complète des réformes lancées sous sa gouverne).Mais le libéral a eu le malheur de concéder au gouvernement fédéral la compétence sur l\u2019assurance-chômage (les allocations familiales suivront en 1944) et surtout, d\u2019accepter qu\u2019Ottawa s\u2019approprie l\u2019essentiel des impôts directs à partir de 1942, contre promesse d\u2019éventuels remboursements.Duplessis y trouvera un cheval de bataille autonomiste, au dos duquel il attachera un « impôt sur le revenu pour l\u2019éducation, la santé publique et la législation sociale» en 1954 (je souligne les prétextes).Sous la pression de l\u2019opinion, Ottawa devra même accepter d\u2019en réduire d'autant sa propre tarte d'imposition et de remplacer les anciens subsides aux provinces (fondés sur la population), par un régime de péréquation tenant compte du potentiel fiscal de chacune.Tout réactionnaire qu\u2019il fut, l'homme qui aimait s\u2019entendre appeler « le chef » par ses sycophantes et dormait sur la conviction que «les vérités étemelles sont toujours vraies parce qu\u2019elles sont étemelles » ne pourra pourtant pas s\u2019empêcher de dresser la table de l\u2019avenir en répondant vaille que vaille aux impératifs socioéconomiques environnantes (graphiques 23 et 24)53.Lesquelles ?En résumé : mise en valeur du capital humain (santé, affaires sociales, éducation) ; rationalisation de la production (électrification et mécanisation des fermes, promotion industrielle et commerciale, développement des ressources naturelles, régularisation des relations de travail); aménagement du territoire (autoroutes et projets municipaux liés à l\u2019étalement des banlieues, entre autres).Après avoir examiné la ventilation du budget provincial de 1945 jusqu\u2019à 1970, Daniel Latouche et ses collaborateurs ont trouvé que 20% seulement des priorités en fin de course découlaient de celles qui prévalaient en 1945.Une réorientation | Le xx' siècle québécois La société Graphique 23 Principaux postes de dépenses courantes du gouvernement québécois, 1944-1960 (en millions de dollars) Québec Infrastructures Agriculture et colonisation Ressources naturelles Travail, industrie et commerce Source : Annuaire du Québec, 1944-1959.Note (1) : Ressources naturelles comprend les terres et forêts, la chasse, la pêche, les ressources hydrauliques et les mines.Agriculture et la colonisation comprend l\u2019agriculture, la colonisation et le crédit agricole.Le travail est intégré au poste industrie et commerce en 1947, année où il prend les pensions.Infrastructures comprend la voirie, les travaux publics, l'aide aux chômeurs (qui disparaît en 1947), le bureau de reconstruction économique (qui disparaît en 1948) et les affaires municipales.Note (2) : Les dépenses courantes excluent les immobilisation, sauf indication contraire.Note (3) : Le service de la dette n\u2019est pas inclus.Graphique 24 Principaux postes de dépenses courantes du gouvernement québécois, 1944-1960 (en millions de dollars) Québec 160 - -160 Santé et affaires sociales Éducation 120 - Source : Annuaire du Québec, 1944-1959.Note (1) : Éducation comprend l'instruction publique.Santé et affaires sociales comprend la santé, le secrétaire de la province, le bien-être social et la jeunesse, le travail (de 1944 à 1946, alors qu'il inclut les pensions) et le secoure direct Note (2) : Les dépenses courantes excluent les immobilisation, sauf indication contraire.Note (3) : Le service de la dette n'est pas inclus. La société Le xx* siècle québécois grij| majeure est donc survenue entre-temps, mais le nouvel aiguillage date d\u2019avant 1960 : «On peut dire que si la Révolution tranquille a multiplié les capacités d'intervention de l\u2019Etat, celles-ci ont cependant continué d\u2019être réparties selon la tendance établie durant la période [antécédente]».Ce serait par conséquent au jurassique duplessien « qu\u2019auraient été prises les décisions politiques qui viendront jeter les bases du Québec moderne.La Révolution tranquille n'aurait donc rien modifié à ces orientations mais les aurait tout simplement accentuées et accélérées » (Latouche étal, 1977:217-218).Il y a bien eu un rattrapage quand même, objectera-t-on ! Nul doute.Au lendemain immédiat de la Seconde Guerre, les dépenses de l'État tenaient effectivement une place plus importante dans l'économie ontarienne qu'au Québec; et personne ne conteste que le tourbillon des années 1960 ait éliminé cet écart en 1975\u201d.Sauf que d\u2019après Gary Caldwell et Dan Czamocki, considérés sur l\u2019ensemble du quart de siècle qui suit la dernière guerre mondiale, les coefficients annuels moyens d\u2019accélération sont en gros les mêmes de chaque côté de la rivière des Outaouais.« Sur la foi de cette observation », supposant les auteurs, «nous pouvons nous demander si d\u2019autres facteurs [que les aspirations progressistes] ne seraient pas responsables de l'épanouissement de l\u2019État au Québec, et si la Révolution tranquille n\u2019aurait pas été une rationalisation de ce qui était déjà en marche sans égard aux idéologies » (Caldwell et Czarnocki, 1977: 33).Confessons que jusqu\u2019ici, le présent essai n\u2019a pas fait autre chose que d\u2019essayer de retracer la genèse de ces «autres facteurs» qui auraient fini par donner naissance au Québec «moderne».Des étapes se dégagent.Notre XXe siècle, pourrait-on proposer, se déploie en deux temps, quatre mouvements, puis \u2014 cela reste à éclaircir \u2014 commence à céder la place au prochain.1)\tL'élan (1917-1939) L'amorce (1917-1929) Le cahotement (1930-1939) 2)\tL\u2019ère de gloire (1940-1980) Le décollage (1940-1959) L\u2019explosion (1960-1980) 3)\tLe Relais (1981-.) Un malaise survient devant ce découpage, comme devant les tendances qui paraissent le justifier.Rjen de tout cela n'a l'air spécialement québécois.Aurait-on abouti à un tableau vraiment différent, sur le fond des choses, si l'univers de référence avait plutôt été, disons, l\u2019Ontario, les États-Unis ou même l\u2019Occident\u201d ?Il y manque la couleur locale : la manière dont les forces du changement au moins continental ont touché les acteurs sociaux du Québec, et la façon dont ils y ont réagi.Venons-y.La réaction des acteurs québécois Parce que la notion d\u2019acteur social prête à rapport avec son prochain par la médiation confusion, on nous accordera quelques du langage.Cette interaction même fait lignes pour la clarifier.Au sens premier, nécessairement naître, en temps et beux tout membre de l\u2019espèce humaine est un donnés, des signes sensibles de reconnais-« acteur social » : il ne s\u2019individuahse qu\u2019en sance mutuelle, d\u2019appartenance collective : K ; B Le xx» siècle québécois La société «Des symboliques communes auxquelles se réfèrent semblablement les membres d\u2019une collectivité pour les attribuer à leur Soi» (Gagnon, 1997:416)56.Lorsque, sur la base de ces congrégations de «Soi», se forment des « Nous » qui s\u2019éluddent explicitement dans des discours, des œuvres, des institutions ; que, par élites interposées, ils récapitulent leurs trajets historiques pour fonder des projets d\u2019avenir57 ; qu'ils se posent ainsi, face à des Autruis privilégiés, comme composantes fondamentales d\u2019une même sodété ; \u2014 alors se font-ils agents du destin partagé, acteurs proprement quali-fiables de « sodaux ».Le phénomène est doublement circulaire \u2014 ou dialogique, si on préfère parler comme Charles Taylor (1998).Les sujets collectifs se définissent réciproquement, chacun dans le miroir de l\u2019autre \u2014 par répulsion ou attraction, contraste ou assimilation, inégalement ou l\u2019inverse.Du même trait, par leur opposition même, ils constituent la sodété particulière qui les englobe, leur sert de champ commun de référence, propose les enjeux de leurs démarcations.Je ne suis pas en train de laisser entendre que les sociétés sont des vues de l\u2019esprit.Elles situent objectivement leurs membres dans des conditions données: écologiques (qualité de l\u2019habitat, centres et périphéries, etc.) ; économiques (positions, revenus, etc.) ; politiques (dispositifs constitutionnels, majorités et minorités, etc.); culturelles (degré d\u2019éducation, langue, religion, etc.).L\u2019interprétation que se donnent les acteurs de ces situations, des catégories qu'elles découpent, des raisons qui les justifient, etc.achève l'édification de la société, comme «milieu» et «horizon » de vie58.La veille du siècle Vous me voyez venir.À1 aube du xxe siècle, la société québécoise n existait pas.Aucune collectivité consciente d'elle-même ne prenait la province de Québec pour contour suffisant de son identité, de ses rapports aux autres et au monde59.En commençant par les Canadiens français, dont l\u2019espace imaginaire s'étirait vers le Nord-Ouest jusqu\u2019aux confins des Rocheuses, et dans les États de la Nouvelle-Angleterre.On peut s\u2019en remettre là-dessus à un observateur perspicace, l\u2019économiste et sociologue français André Siegfried, qui a effectué plusieurs séjours sur place au tout début du siècle et en a tiré un livre dont le titre avoue déjà beaucoup : Le Canada.Les deux races (1907).Il voit bien deux « races » \u2014 on dirait aujourd\u2019hui des cultures ou nationalités \u2014 mais aucune qui puisse être qualifiée de québécoise.Le terme de Québécois, ne fut-ce que pour désigner l\u2019ensemble des habitants de la province, n'apparaît même pas à l\u2019index de l\u2019ouvrage : il n\u2019est alors pertinent pour personne.Les Français du Canada Les gens que Siegfried appelle « Français du Canada», «Canadiens», «Français», «Canadiens français », « peuple français d\u2019Amérique» ont encore une mentalité archaïque, paroissiale et rurale même à Montréal.Leurs «croyances d\u2019autrefois (.) se sont pour ainsi dire conservées dans la glace, et il ne semble pas que le grand courant des idées modernes ait jusqu \u2019à présent entamé, chez eux, le roc de la foi catholique» (p.21).Une foi?Une éthique avant tout, qui «considère l\u2019individu comme devant vivre dans une armature sociale, encerclé dans une série de rites qui ponctuent la suite des jours et des années, sous la direction effective d\u2019une hiérarchie spiri- La société Le xx* siècle québécois tuelle exaltant chez les fidèles la beauté du sacrifice, la valeur de la restriction et les vertus de la famille» (p.71).La majorité, encore composée de « paysans » (65 % de la production dépend toujours de l\u2019agriculture, après tout), «ne voit guère que des compatriotes» (p.23); elle «n\u2019aimera jamais les Anglais » (p.138) et rien parle pas la langue.Ce qui fait l\u2019affaire de l\u2019Église : « l\u2019influence britannique ou américaine ne pourra pénétrer jusqu'à eux, ou bien se brisera contre leur ignorance » (p.23)®°.L\u2019Église a peur de tout le monde.Derrière les Anglais, elle voit le libéralisme économique, l\u2019exploitation de l\u2019homme par l\u2019homme, l\u2019individualisme protestant.La France dévoyée représente la libre pensée, l\u2019État républicain persécuteur des prêtres, le laïcisme scolaire, la Raison contre le Sacré.La menace américaine est pire que celle de l\u2019Angleterre, «parce que plus vivante et moins conservatrice » (p.27).Ses rêves de réussite, son matérialisme grossier, ses excitations de masse ont déjà drainé 700 000 Canadiens français au cours des derniers quarante ans \u2014 équivalant à la moitié de la population française du Québec'1.Siegfried résume : « La dispersion et l\u2019absorption sont les deux dangers qui menacent sans cesse l\u2019unité de notre race du Canada.C\u2019est pourquoi l\u2019Église, dont la pensée profonde est de maintenir français les Canadiens pour les maintenir catholiques, a compns immédiatement que l\u2019isolement était la première sauvegarde d\u2019une individualité menacée de tous côtés, par l\u2019environnement du Nouveau-Monde» (p.21).Il serait trop long d\u2019expliquer l\u2019ascendant de l\u2019Église canadienne-française-catholique sur son milieu.Prenons note au passage que cette triple obédience décal- que un ethnonyme, ce qui signifie déjà qu\u2019une collectivité historique s'y reconnaît.Et contentons-nous de rappeler qu\u2019il n\u2019était pas plus illégitime ici qu\u2019il ne le fut, par exemple, en Irlande ou en Pologne.Devant une domination étrangère, l\u2019Église a encadré la société civile du groupe humilié, et sa poigne réactionnaire a moulé une authentique résistance à l\u2019assimilation.Comprendre n\u2019est pas accepter.« L\u2019isolement que l\u2019Église souhaite pour le Canada est contraire à toute la logique de notre époque», pressent Siegfried (1907: 39).Il sait aussi d\u2019où vient le vent de cette « logique» sur le continent: des États-Unis.Déjà, dans les villes anglaises, « la vie privée des habitants du Dominion se modèle en grande partie sur celle de leurs voisins : les occupations, les délassements, les habitudes, les préjugés sont les mêmes» (p.160).Montréal y échappe encore à moitié pour des raisons qu'on verra dans l\u2019instant, et Québec « est restée très française ».Mais l\u2019orage gronde à l\u2019horizon : « Le jour en effet, où la vieille province serait entraînée dans le tourbillon américain, c'en serait fait de son isolement séculaire et les idées nouvelles s\u2019y précipiteraient à la façon d'un torrent.Ce pourrait être la fin de la puissance catholique dans ce coin du monde, peut-être aussi la perte de la race française au Canada » (p.27).Comme on aurait dit dans les chaumières: accrochez-vous à vos tuques, les années folles s\u2019en viennent.Les Anglais du Canada Du haut de ses palaces nouveau-riche, rue Sherbrooke, la crème de l\u2019autre « race » ne voit pas tellement mieux ce qui se prépare in the City below the Hill.Ceux que Siegfried ne songe même pas à dire «du Québec», ne fut-ce que géographiquement, et qu'il M.' ¦ Le xx* siècle québécois La société désigne plutôt comme «Anglais du Canada», «Anglais» ou «Anglo-Canadiens», «profitent insolemment parfois de la victoire de [leurs] ancêtres» (p.130).« Une attitude fréquente dans [ces] milieux est celle qui consiste à ignorer de parti pris la présence des Français dans la Colonie » (la Colonie ?).« On affecte de vivre, de parler, d\u2019agir exactement comme s\u2019il n\u2019y en avait pas, ou comme s\u2019ils constituaient une part absolument infime de la population» (p.148).Le professeur français néglige d\u2019assumer le point de vue du groupe qu'il observe, en l\u2019occurrence.On y vit, précise-t-il pourtant, «comme des Australiens ou des Néo-Zélandais» (p.147).That is the point : on se situe d\u2019abord dans l\u2019Empire britannique, puis dans sa colonie canadienne, dont Montréal s\u2019adonne à être le centre.Dans cet univers-là de référence, les «Français» n\u2019occupent effectivement qu\u2019une place «infime», et pas seulement au sens démographique du terme62.Les historiens expliqueront pourquoi avec plus d\u2019empathie que Siegfried: «la période 1896-1914 [.] représente l\u2019âge d\u2019or de Montréal, qui atteint alors le sommet de son influence comme métropole du Canada» (Linteau, 1992: 9).Un âge d\u2019or qui ne porte nulle part mieux son nom que dans le fameux Golden Square Mile.« L'attachement à la Grande-Bretagne et à l\u2019Empire », continue Linteau \u2014 une « caractéristique fondamentale » de « l\u2019élite anglo-protestante» \u2014 est aussi au plus haut pendant ces deux décennies.Par-delà la fierté d\u2019être associé à la première puissance mondiale de l'époque, on en tire « surtout, un sentiment de supériorité très marqué » (Linteau, 1992: 170).Attention: ces Holt, Allen, Price, Redpath, Molson et compagnie, ces parvenus prêts à s\u2019agenouiller sous l\u2019épée de la reine Victoria (R.I.P.1901) pour un titre de Sir ou de Lord6\u2019, comprennent aussi que noblesse oblige, n\u2019est-ce pas ?Ils acquièrent le sens du devoir.Ils sont avertis de «la responsabilité des biens nantis envers les plus démunis», de «la nécessité de pratiquer l\u2019action philanthropique » (Linteau, idem).Grâce à la conscience sociale qui vient avec l\u2019aisance financière, quiconque parle ou apprend l\u2019anglais, au Québec, a accès à deux universités et suffisamment d\u2019hôpitaux, d\u2019œuvres charitables, d\u2019institutions artistiques qu\u2019il lui en faut pour s\u2019identifier pragmatiquement aux couches supérieures, ou s\u2019il est fraîchement débarqué, de s\u2019en donner l\u2019ambition.Ces attraits facilitent la gravitation des anglophones autour du leadership naturel de la grande bourgeoisie britannisante.Un peu comme pour l\u2019Église, de l\u2019autre côté de la clôture.Évitons l\u2019amalgame : le Québec anglais du début du siècle est plus diversifié que son pendant français \u2014 économiquement, régionalement, ethniquement, confessionnellement (Rudin, 1989).Idéologiquement, en esprit si on aime mieux, c\u2019est moins sûr.L\u2019éthique protestante de la responsabilité personnelle, de la réussite individuelle, d\u2019autonomie de la société civile (privée), au regard de laquelle «le développement de la civilisation matérielle est, en fait sinon en doctrine, une condition de dignité morale » (Siegfried, 1937: 71), traverse les frontières de classe et séduit spontanément les immigrants venus au Nouveau-Monde pour se refaire une vie.L\u2019intérêt nourrit les affinités.Par comparaison avec son équivalent francophone, et grâce aux institutions privément subventionnées, la classe laborieuse parlant anglais a «accès à des services sociaux, d\u2019éducation et de santé de bien meilleure La société Le xx* siècle québécois |Q3 Graphique 25 Population d'origine anglaise, irlandaise et écossaise, 1871-1991 (en pourcentage de la population totale) Québec Anglaise Irlandaise Écossaise Soource: Charbonneau et Maheu, 1968; Statistique Canada, Origine ethnique, 1993.qualité (.).Elle a aussi de meilleures possibilités d\u2019ascension sociale; le phénomène des fils d\u2019ouvriers qui deviennent cols blancs y est beaucoup plus manqué » (Linteau, 1992: 325).Sans compter que pour aplanir les tensions ethniques internes, le noyau dur de la britannité locale s'épure rapidement de ses accessoires plus (Ecossais) ou moins (Irlandais) respectables (graphique 25).A quoi bon, enfin, ménager les pusillanimités?J\u2019ignore quand le couple de sobriquets désobligeants Frogs / Blokes a été importé de la Vieille Albion pour embrasser la fracture sociolinguistique canadienne, mais il n\u2019est pas impoli de supposer que la répulsion envers la «minorité» franco-catholique arriérée, assujettie et appauvrie à maints points de vue, ait contribué à resserrer la solidarité imaginaire entre l\u2019élite financière et les fractions subal- ternes de la « majorité » de langue anglaise.Et réciproquement, que chez les Canadiens français, un ressentiment mêlé de honte et de dépit ait répondu au mépris condescendant des Autres.On ne sort pas des cercles vicieux de ce genre facilement : nous en traînons encore les arrière-goûts aujourd\u2019hui\".Vers la société québécoise Pourtant, paradoxalement, à l\u2019heure même où paraît le mieux assuré le règne des Grands Anglais de Montréal sur le Canada \u2014 donc sur le Québec, par incidence secondaire \u2014 il s'achève.N\u2019exagérons pas : mettons que sur l'autre versant du sommet, vers 1920-1930, commence une descente sans recours qui ne sera pas seulement démographique (revoir le graphique 25)\". Le xx* siècle québécois La sodété C'est que le soleil des affaires se lève à l'ouest.Le déclin des Montrealers On s\u2019en souvient, n\u2019est-ce pas?Quelque part dans les années 1910, l\u2019économie s\u2019engage dans une nouvelle orientation: celle du capitalisme «de groupe», disait Min-ville, où le «rôle des grands financiers investisseurs tend à décliner au profit des gestionnaires professionnels», précise Linteau (1992: 333).Ici même, cette croisée des chemins coïncide avec «la phase d'intégration complète de l\u2019économie québécoise à l\u2019économie continentale, au cours de laquelle nous avons assisté à des élargissements synchroniques de tous les éléments de l'éventail industriel» (Falar-deau, 1953: 241).Quand, au juste ?Tous les chercheurs s\u2019accordent.Celui-ci souligne le « sursaut industriel postérieur à la première grande guerre» (Falardeau, 1953: 242).Ceux-là concèdent que la transition fut graduelle «excepté dans les années 1920» (Faucher, Lamontagne, 1953: 242).Et notre si fidèle Linteau, plus profond avec le recul, évoque la « formrdable poussée de la concentration économique qui se poursuit dans les années 1920» (1992: 333).Pour les mâles Coryphées montréalais, cela veut dire que, pendant qu\u2019ils sont à l\u2019opéra, les Américains et les Torontois leur volent leurs billes.Ils s\u2019étaient habitués à tirer un «avantage comparatif» de leurs complicités avec le capital impérial.C\u2019est terminé.Après la Grande Guerre, l\u2019Empire bat en retraite, les États-Unis sont en pleine montée \u2014 ils seront désormais le plus important client du Canada.En 1910, la Grande-Bretagne contrôlait 75% des investissements étrangers au pays; vingt ans plus tard, moins que le tiers.La part des compagnies américaines dans les nouvelles injections triplera entre-temps de 21 % à 61 % (graphique 26).Au Québec de 1931, le tiers du capital à l\u2019œuvre dans l\u2019industrie est entre leurs mains.Graphique 26 Origine des investissements étrangers par pays, 1914-1930 (en pourcentage du total des investissements) Canada États-Unis Royaume-Uni Autres Source : IDRR 1989. La société Le xx« siècle québécois EU Les forces hydrauliques, le bois, l'amiante, le cuivre, le fer de la province ont beau présenter des attraits, la proximité du Midwest favorise l'Ontario \u2014 donc Toronto, par ailleurs plus américaine d\u2019esprit que Montréal, un peu trop «British» au goût des héritiers de 1776.Dès 1920, les emplois manufacturiers y sont plus nombreux qu'à Montréal, compte tenu de la population.A compter des années 1930, la Ville-Reine prend le pas en matière de transactions boursières, de compensation (entre banques) des chèques en circulation; l'Ontario domine quant aux filiales américaines installées au Canada \u2014 66%, contre 16% au Québec.Les sièges sociaux vont suivre: en 1960, Montréal aura cédé sa première place dans ce secteur stratégique de décision (LDRR, 1998, Linteau, 1992).L\u2019apport de la communauté juive Le visage de l'immigration change.Jusqu'à la Confédération, les nouveaux arrivants provenaient principalement des îles Britanniques.Les Européens de l'Est ont pris le relais, dont un groupe qui laissera plus que tout autre son empreinte sur le Québec anglophone : les Juifs ashkénazes fuyant les pogroms des shtetls de Pologne, d\u2019Ukraine, de la Baltique, de Russie.Le recensement de 1901 en avait dénombré quelque 7500; celui de 1931, 50 000 (Dumont, 1971: 3).C'est suffisant pour faire un monde, d\u2019autant que Montréal n\u2019est qu\u2019un des deux centres, avec New York, d'une vigoureuse culture juive nord-américaine promise à un formidable rayonnement dans le commerce de détail, la mode, le divertissement, les sports, les médias, les arts, les lettres, les sciences \u2014 partout où le talent, l'entraide et l'effort permettent de réussir sans égard aux privilèges de naissance.Urbains, alpha- bétisés, combinards, diligents, baratineurs, intellectuellement chicaniers, les Juifs montréalais trouveront les moyens de se donner deux quotidiens, le Kanada Adler (1907) et le Russokoye Slava (1910).Dire qu'on leur ouvre les bras serait exagéré \u2014 surtout que les derniers arrivés, après 1914, sont «davantage marqués par un certain laïcisme et un certain radicalisme» (LDRR, 1989: 94)\u201c.Pensez si l'Église catholique et les bourgeois protestants apprécient ces finesses ! La discrimination ne stoppera pas l\u2019intégration des Juifs.Certains seront très présents dans le militantisme syndical \u2014 en particulier dans la confection, souvent contre des patrons de même confession.En 1972, 31 % auront gagné un statut de col blanc ou de professionnel \u2014 deux fois plus que dans la population totale.Mis à part quelques séfarades venus d\u2019Afrique du Nord après la Seconde Guerre, les Juifs ne se sont pas assimilés au Québec français.Pour les mêmes raisons que les autres immigrants, parce que leur Amérique comprend New York, et aussi parce que le nationalisme (en dehors d'Israël) les horripile \u2014 qu\u2019il s\u2019investisse, comme autrefois, dans un catholicisme à relents parfois antisémites, ou comme maintenant, dans un certain culte de l'État, avec sa « police de la langue » spécialement exaspérante.Déjà mobiles du fait même de leur succès, 18 000 d'entre eux (sur 75 000) quitteront la province entre 1971 et 1981 (Rudin, 1989).Reste que plusieurs noms du milieu s'avancent de plus en plus au premier plan de l\u2019anglicité contemporaine : les Bronfrnan, Cohen, Goldbloom, Lambert, Richler, Weider, etc.Sans oublier Robert Liebman, une des figures de proue de la défense des « anglo-rights ».Mais nous anticipons. g.vj La xx* siècle québécois La société Dans les années 1920-1930, les Anglo-Canadiens domiciliés ne s\u2019inquiètent pas de leur sort.L\u2019idée même d'un déclassement à venir les aurait fait sourire.Surtout si on avait prétendu qu\u2019il ne se préparait pas seulement dans les bureaux de Toronto, ou à plus forte raison, dans les ghettos yiddish de la rue Saint-Urbain, mais même à l\u2019est du boulevard Saint-Laurent, dans les quartiers Canadiens-français.Or, dans ces coins-là aussi, ça grenouille dangereusement.L\u2019Entre-deux mondes Du point de vue des idées qui justifient l\u2019action, la période de l\u2019Entre-deux-guerres forme un tout: au travers de ce que Falardeau (1965) a appelé « un bouillonnement extraordinaire», la culture cana-dienne-française accomplira le premier pas du rattrapage qu\u2019elle devrait accomplir pour renouveler ses ancrages dans le réel.Sous la poussée de la seconde industrialisation, tandis que les Améncains supplan-tent les «Anglais» aux commandes de l'économie, que se diffuse la culture de masse, le xx' siècle s\u2019empare du pays de Québec où désormais, que Maria Chapdelaine le veuille ou non, tout changera, et vite67.L\u2019ancien nationalisme aux odeurs de sacristie, de tabac du pays et de fumier de vache, axé sur la défense des droits acquis et la survivance d\u2019une «race» marginale repliée sur elle-même de part en part de la diaspora canadienne -française, va céder le pas à une volonté affichée de reconquête économique et de renouvellement des institutions qui prendront carrément pour cible, cette fois et pour la suite, la société québécoise.Le brassage est profond: il dessine déjà les enjeux et les coalitions du basculement qui conduira à la Révolution tranquille.Comme il sied aux guerres mondiales, celle de 1914-1918 a mobilisé les factions sociales, forcé les déblocages, précipité les courants de l\u2019histoire.Afin d enrichir le débat, le Manitoba a interdit en 1916 le recours au français comme langue d enseignement, et l\u2019Ontario a commis une politesse du même genre Tannée suivante68.Au même moment, la question de la conscription déchire le pays.Le Parti libéral du grand Laurier se scinde sur une ligne ethno-territoriale.Pendant que le Montreal Star déverse un fiel rageur sur ces poltrons d\u2019indigènes qui prétextent «l\u2019indépendance du Canada» pour laisser crever dans les tranchées la fleur de la jeunesse impériale, Ottawa, plein de tact, dépêchera des troupes ontariennes pour réprimer les émeutes dans la ville de Québec.Piqué au cœur \u2014 c\u2019est le cas de le dire \u2014, le député Joseph-Napoléon Fran-cceur dépose à la législature provinciale une motion séparatiste sur le ton «si tu ne n\u2019aimes plus, moi non plus je ne t\u2019aime plus69».Le cardinal Bégin, lui, réserve au pape Benoît XV ses plus inquiétants soupçons : « La persuasion se répand qu\u2019on veut parquer la race française dans un coin du Canada, dans la province de Québec, et que les plus redoutables influences s\u2019y emploient» (cité par Gagnon, 1999: 1).Il se trouve plusieurs membres de la « race » qui ne demandent pas mieux.La transformation structurelle de l\u2019économie \u2014 dont la récession du début des années 1920 n'est qu\u2019un avatar \u2014 a laissé sur le carreau bien des entreprises canadiennes-françaises «qui ne faisaient pas le poids» (Linteau).Mais elle a aussi, n\u2019est-ce-pas, ouvert la voie à de nouvelles carrières techniques, administratives, commerciales.Des ambitions naissent; la mainmise anglo-américaine sur les grandes affaires La sodécé Le xx* siècle québécois crée des bouchons ; Esdras Minville, maître de plusieurs membres de la relève à l\u2019École des Hautes études commerciales, énumérera quelques-unes de «ces compétences que nous n\u2019avons pas encore appris à utiliser (.): ingénieurs (.) économistes, sociologues, juristes» (cité par Angers, 1969, b : 476).L\u2019abbé Groulx, qui vient de fonder son influente revue, l\u2019Action française\u20190, en 1917, lance l\u2019avertissement : « Notre province a trop de richesses et de trop belles; les grandes convoitises se sont tournées vers elle.Et le problème n\u2019est plus de savoir si ces ressources seront exploitées, mais si elles le seront par nous et pour nous, ou par des étrangers et contre nous » (dté par Angers, 1969, a).Un « modèle québécois » Le petit chanoine avait eu des précurseurs, comme il fera beaucoup de disdples.On pense à Étienne Parent, qui secouait dès 1844 le thème de «L\u2019industrie considérée comme moyen de conserver la nationalité canadienne-française».Et plus immédiatement encore, Errol Bouchette, qualifié de «planificateur avant l\u2019heure» par Falar-deau (1964); et qui lancera dès 1905 un slogan qui connaîtra certains échos en 1962: «Maîtres chez nous!».Mais nul n\u2019arrivera autant à la bonne heure que l'expert-en-résidence de L'Action française, premier économiste patenté du Canada français et professeur-chercheur de carrière à l\u2019Université de Montréal, Édouard Montpetit.« Répétons-le », prêchera-t-il en effet plus d\u2019une fois, «la question nationale est devenue une question économique.Si nous voulons remplir notre rôle et sauvegarder nos origines, nous devons comme nous avons fait autrefois, lutter avec les armes mêmes dont on nous menace» (Montpetit, 1919: 20).Le pédagogue, on le voit, flatte son auditoire dans le sens du poil pour passer un message révolutionnaire : il faut que l\u2019État intervienne pour promouvoir «l\u2019instruction professionnelle à tous les degrés; [le] développement systématique des ressources nationales; [les] encouragements à l'agriculture et à l\u2019industrie; [la] décentralisation administrative et [la] création de ministères provinciaux appropriés aux nouvelles fonctions du gouvernement; [1\u2019] organisation du crédit» (1919: 15).Quel État, au juste?Vous avez lu : provincial.Et cette révolution, elle serait comment, déjà?Tranquille, comme de raison.Comment s\u2019y prendre?D\u2019abord mettre le savoir scientifique, positif, chiffré, au service de la gouverne éclairée: «Dénombrer, voilà le premier acte de bonne administration qui permettra d\u2019établir avec quelque sûreté la statistique de nos valeurs domaniales (1918: 485).Ensuite, organiser et concerter les forces.«Un principe guidera désormais le monde, qui s'enferme dans un seul mot: organisation (1918: 500).» « Nous posséderons le capital le jour où nous saurons le créer par une politique industrielle systématique (.) une mise en valeur plus rationnelle de l\u2019ensemble de nos ressources (.) qui soit dans le sens de nos aptitudes et conforme à notre génie national» (1919: 1414).Le gouvernement «prendrait à son compte d\u2019étendre les relations d\u2019affaires, d\u2019encourager les débuts, de pousser à la constitution des capitaux, d\u2019affermir les réussites» (1921: 15).Ciel ! Le modèle québécois ! Attendez.Montpetit anticipe même les théories qui lient le développement aux «structures mentales» et à la «participation » orchestrée des citoyens.« Que l\u2019idée d\u2019expansion économique devienne senti- H * ^ Le xx* siècle québécois La société ment, et la cause est gagnée.Ce sera l'heure de la politique.L'organisation descendra des Parlements vers la foule.Les gouvernants auront la volonté d\u2019écouter les associations, les comités d'initiatives, les chambres syndicales» (1921: 15).Mon Dieu ! Le Bureau d'aménagement de l\u2019Est du Québec71 ! Les interlocuteurs valables ! Les intervenants du milieu ! Montpetit n'est pas un marginal.Visionnaires tant qu'on voudra, ses plaquettes se vendent par milliers.Quand la Grande Dépression suscitera de houleuses charges contre le capitalisme sauvage, les « étrangers pillards de ressources » pendant que le peuple pourrit dans l\u2019ignorance, la maladie, la misère, la plupart des forces favorables au progrès dans les milieux francophones reprendront les mêmes projets.Mieux encore : rien de tout cela ne heurte de front les sensibilités conservatrices, qui y reconnaissent des parentés «corporatistes» avec la doctrine sociale des papes depuis Léon XIII \u2014 une troisième voie bonne-ententiste entre la jungle du marché et la geôle du communisme athée72.L'Église n\u2019est pas remplie que de néan-derthaliens orgueilleusement parés de pourpre.Pour ne pas perdre prise sur les fidèles, ses aumôniers \u2014 sorte d\u2019« animateurs sociaux » avant le terme \u2014 fondent, noyautent ou encadrent les mouvements populaires liés à l\u2019urbanisation et à la prolétarisation: associations rurales, coopératives, professionnelles, syndicales, de jeunesse72.À Montréal, l\u2019Ecole sociale populaire des Jésuites va au devant des coups.Bientôt, les Dominicains établiront à l'Université Laval de Québec (à charte canonique) l\u2019École des sciences morales et sociales, dont sortiront la plupart des grands technocrates de la Révolution tranquille.Dans le respect obséquieux de toutes les hiérarchies et de toutes les fidélités, bien entendu.Le sociologue (très) américain Everett C.Hughes s en trouve perplexe dans une monographie célèbre sur Drummondville en 1936: «Les nombreux mouvements sociaux et politiques du Québec ont une curieuse tendance à condamner l\u2019économie moderne alors même qu'ils sont engagés dans un effort pour s'y tailler une meilleure place » (1943 : 212.J'ai traduit)74 Les derniers Canadiens fiançais Tout en l\u2019exacerbant, la Crise ne liquidera pas cette ambivalence.Pourquoi?Vient d\u2019abord à l\u2019esprit, dans mon métier du moins, un vieux principe de psychosociologie découvert au xix'' siècle par Alexis de Tocqueville (1967) : ce n'est pas lorsque tout va de mal en pis qu\u2019on se rebelle \u2014 les temps durs sont plutôt propices aux replis, aux solutions éprouvées (le chef, la communauté, les valeurs traditionnelles, etc.) ; c\u2019est plutôt quand les choses vont de mieux en mieux \u2014 alors les malheurs jusque-là endurés par résignation deviennent insupportables du fait même qu'apparaissent des possibilités de s'y soustraire (pensons aux agitations sociales ayant secoué les trente ans de prospérité qui ont suivi la Seconde Guerre).Quand on crève en ville, que l\u2019industrie «étrangère» laisse 30% de la main-d'œuvre dans le chemin, les vieux mots d\u2019ordre du genre «La campagne, réservoir de la race ! » reprennent du service.Le retour à la terre, la colonisation assument un air de jouvence, de salut même.Surtout que les États-Unis, qui absorbaient depuis cent ans les surplus de la population canadienne-française en quête d\u2019un meilleur sort, ferment brusquement leurs frontières en 1930 (graphique 27)\u201d.Encadrés par les La société Le xx' siècle québécois Graphique 27 Émigration vers les États-Unis, 1840-1940 (en pourcentage de la population par décennie) Canada.Québec Québec Canada Source: Lavoie 1981.Note: Pour 1930-1940, l'émigration du Québec vers les États-Unis est postulée nulle.sociétés diocésaines de colonisation, environ 50 000 personnes partiront ouvrir et défricher 147 nouvelles paroisses entre 1930 et 1941 (LDRR, 1989: 41).Pratiquement, les deux tiers reviendront en ville ou se recycleront dans les mines, les chantiers forestiers, les travaux de voirie, etc.Qu'importe, l'échappatoire rabaisse les tensions de classe et entretient l\u2019espoir de passer au travers du pire.Si le retour à la terre a pu prendre l'aspect d\u2019une sorte de mouvement messianique, c\u2019est qu'il projetait symboliquement dans un ultime sursaut d\u2019héroïsme national certains attachements culturels encore largement répandus, non seulement parmi les notables, mais au sein du peuple.Les Canadiens français ont les pieds pris dans l\u2019économie de masse, mais le coeur accroché au terroir.À son second voyage, Siegfried (1937) les trouve toujours passa- blement «paysans», malgré l'américanisation qui les « saisit à la gorge » ; et Hughes (1943) s\u2019étonne de la grandeur des cuisines ouvrières \u2014 un legs, avancerait-on, des poêles à bois et des longues tables familiales de la campagne.Les quartiers français de la métropole conservent eux-mêmes des caractères ridés.Sans parler évidemment du monde rural proprement dit, où vivent encore tout de même plus d\u2019un million «d\u2019habitants» (1,3 en 1941).Le décalage relatif du Canada français par rapport à l\u2019environnement continental n\u2019est pas un bobard, du moins jusqu\u2019à la Seconde Guerre.Prenons-en à témoin un indicateur comme le taux de fécondité des familles, qui renvoie à tout un complexe d\u2019attitudes et de conditions de vie sur lequel on ne reviendra pas (graphique 28).Si la surfécondité signale un « retard » dans la modernisation des mœurs et valeurs, il Le xx* siècle québécois La société Graphique 28 Fécondité, 1851-1965 (naissances annuelles par 1000 femmes) Québec, Ontario Québec Ontario Source : Henripin 1968.se prend au Québec entre 1871 et 1891 \u2014 par comparaison avec l'Ontario.Et si l\u2019émancipation des modèles traditionnels de conduite apparaît nettement après 1921, le déclin de la fécondité testera chez nous plus lent que chez nos voisins jusqu\u2019en 1941 (Bouchard et Lalou, 1993).Petit avocat trifluvien, Maurice Duplessis n\u2019avait pas besoin de statistiques pour être averti de ces choses.Allié avec les progressistes dans son ascension vers le pouvoir, il s\u2019y maintiendra seul en s'appuyant sur le vieux fonds culturel canayen, une patte dans les déséquilibres de la carte électorale (favorisant grossièrement les circonscriptions rurales), l\u2019autre dans les réseaux de favoritisme où les loyautés s\u2019échangent contre des faveurs, la main gauche plongée dans une caisse électorale occulte remplie par les multinationales, la droite levée contre les communistes imaginaires, et le bec rivé sur le cabochon des évêques.Cela suffira pour qu\u2019il meure en poste \u2014 à Schefferville, dans le chalet d\u2019une compagnie minière américaine, après avoir uriné une dernière fois du côté terre-neuvien de la frontière du Labrador.La tornade de la Révolution tranquille Les lecteurs qui auront suivi jusqu\u2019à ce point partageront avec nous deux sentiments : le temps est venu d\u2019aboutir ; et il serait superflu, pour cela, d\u2019élaborer sur l'accélération phénoménale, après 1960, des tendances établies du changement.Dressons plutôt un bilan succinct de leur domestication par les acteurs sociaux \u2014 des dérangements attribuables, de près ou de loin, aux intentions manifestes, aux volontés politiques.La Révolution tranquille visait à faire de l\u2019État provincial le moteur du développement de la société québécoise, entendue comme foyer majoritaire de la nation française symboliquement plantée à Gaspé en 1534 par Jacques Cartier sous la forme d\u2019une croix garnie d\u2019un écusson aux fleurs de lys.Si on me concédait cette définition, l\u2019épisode aurait pris son erre d\u2019aller en 1960 La société Le xx* siècle québécois pour s\u2019essouffler au lendemain de la veille du référendum de 1980 sur la souveraineté.L\u2019heure de la politique Son principal effet aura été de sonner enfin l\u2019heure que Montpetit appelait de ses vœux quarante ans auparavant: celle de «la politique ».Le nationalisme contemporain, plus où moins souverainiste, ne signifie pas autre chose.Les Canadiens français quitteront en esprit l\u2019ethnie-dté pour déménager dans l\u2019État leur projet collectif d\u2019existence.Et leurs projets privés dans la Cité de la consommation76.De là aussi qu\u2019ils aient changé de peau à la façon des serpents, et annoncé leur renaissance sous l\u2019appellatif effronté de «Québécois», comme s\u2019ils étaient les seuls à compter au Québec.Ou à dépenser sans compter.Depuis 1962, les budgets du gouvernement provincial ont progressé bien plus rapidement que le revenu des citoyens (revoir le graphique 14)77.Lors de la campagne électorale de 1966, le challenger Daniel Johnson, père, en fera un slogan contre ses adversaires libéraux : « Des mots, des mots, des mots! Des taxes, des taxes, des taxes ! »78.Des mots, cela sert à clarifier des objectifs ; des taxes, à se donner les moyens de les atteindre.Pour reprendre une formule utilisée plus haut, les Québécois tiennent à hausser «leur capacité d\u2019agir réflexivement» sur leur propre vie collective.S\u2019ils sont disposés à assumer une part des coûts de leurs désirs, ils ne sont pas contre l\u2019idée d\u2019endetter les générations futures.Après un quart de siècle de ce régime, la saturation de «l\u2019assiette fiscale» et le boulet de la dette ligotent le colosse de la Grande-Allée : durant la récession de 1982-83, le gouvernement péquiste doit saigner sa base même, les employés du secteur public.Pour avoir rabattu leurs salaires de 20%, René Lévesque recevra le titre peu enviable de «boucher de New-Carlisle».C\u2019est le signe d\u2019un désenchantement plus généralisé envers l\u2019État, qui n\u2019a plus cessé de gagner des adeptes.La nouvelle garde Aux premiers rangs des critiques de l\u2019État se trouve la « nouvelle garde » francophone des affaires.Ces ingrats dévorent leur mère sans s\u2019en rendre compte, car ils doivent en large part leur ascension aux politiques de la Révolution tranquille, dont c\u2019est là le second fleuron.Sans doute les entrepreneurs, industriels, avocats d\u2019affaires, et financiers cana-diens-français avaient-ils su tirer parti de l\u2019expansion de l\u2019après-guerre pour réapprendre «à conquérir et à maîtriser le capitalisme» (Falardeau, 1965).Mais dans l'ensemble, on plafonnait.En 1961, alors qu\u2019un anglophone sur deux, ou presque (46 %), occupait un poste de col blanc, professionnel ou cadre, vous n\u2019en auriez pas trouvé trois sur dix francophones (22 % \u2014 Rudin, 1986).En mettant à profit les énormes investissements d\u2019Hydro-Québec (graphique 29), en mobilisant l\u2019épargne par le biais de la redoutable Caisse de dépôt (graphique 30) et du régime d\u2019épargne-actions, en forçant la porte de certains secteurs-clés (forêt, hydrocarbures, etc.), sans oublier l\u2019imposition de l\u2019usage du français au travail, l\u2019État va semer, bichonner, tuteurer, arroser la floraison d\u2019un «capitalisme d\u2019ici», tout en formant dans ses universités la bourgeoisie du diplôme qui en assumera la gestion, quitte à faire d\u2019abord ses classes dans la haute fonction publique.La récolte sera renversante : en l\u2019espace d\u2019une trentaine d\u2019années, la proportion de cadres d\u2019expression française dans les n Le xx* siècle québécois La société Graphique 29 Investissements en capital d'Hydro-Québec, 1963-1984 (en millions de dollars) Québec 3 000 -2 500-2 000-1500-1000-500- 0 * CO CO en \t\t\t\t\t\t\t\t\tbggaag» \t\t\t\ti\t\tm\t¦\tft\t \t\t\t\t\tA\tm\t.\t\t \tA\t\t\t\tM\t\t\tm\t \t\t\t\tA\t¦\t\t¦\tm\t \t¦n\t\tm\ta\t\tm\t¦\t\t1 ir LC CT\t)\th-\tCT )\tLO\tLC )\tCT)\tCT 1\tt-H\t)\tT- )\tr- )\tO H\tT-\ti\ti H\tCO\tlf -\tf\u2014\th» 1\tCT)\tCT -1\t1\tT-\t\t>\tr- )\to i\tT-\tO h- î\tO H\tv-\t1981- 1QRR -\t\t> oo ) CT) 1 tH 3 000 2 500 2 000 1 500 1000 500 0 Source : Faucher et Bergeron 1986.Graphique 30 Actif de la Caisse de dépôt et placement, 1966-1997 (en millions de dollars) Québec 70 000 -\t,- 70 000 60 000 -\tM 60 000 50 000 -\t50 000 40 000 -\t^S! 40 000 30 000 -\tJBB! 30 000 20 000 -\t20 000 _~*hE5Ei cDcncNtncovH'^-r^-ococD LDior-i^r'-ooooooCT)CT>CT> 0)0)0)0)0)0)0)0)0)0101 Source: Caisse de dépôt et placement Rapport Annuel, 1966-1997. U société Le xx* siècle québécois J-^J| Graphique 31 Cadres francophones (en pourcentage de l'ensemble des cadres), 1959-1988 Québec ¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦\u2014¦ Source: Conseil de la langue française, Indicateurs de la langue de travail au Québec, 1994.entreprises du Québec a quasiment doublé \u2014\tde 30% à près de 60% (graphique 31).Durant les années 1980-1990, la «reconquête des Cantons de l'Ouest (montréalais) » en atteint les derniers bastions \u2014 les conseils d\u2019administration et la haute direction des entreprises de 1000 employés et plus (graphiques 32 et 33)\u201d.Les premiers de classe \u2014 ou de cordée \u2014\tne seront pas seuls à jouir d\u2019une mobilité sociale ascendante singulièrement rapide.Le peuple a suivi.Du haut en bas de la société, quoique à des degrés variables, se multiplieront les occasions d\u2019améliorer son sort, de s\u2019affranchir personnellement des opprobres de la « classe-ethnie », des pesants rôles traditionnels et des contraintes morales imposées par l\u2019Œil-de-Dieu qui surveillait tout le monde la veille encore.À la manière des parvenus qui ne maîtrisent pas tout à fait le mode d\u2019emploi distingué d\u2019un statut acquis trop vite et trop récemment, on essaiera tant bien que mal de s\u2019en approprier théâtralement les apparences clinquantes: en plaçant par exemple à l\u2019entrée de son pavillon de banlieue, ici quelques flamants roses floridiens, là deux petits bons de béton vachement vieille Europe, ailleurs une statue d\u2019esclave noir en bvrée (« Nègre blanc d\u2019Amérique», peut-être?).Ou encore, dans certains cercles engagés, en assimilant ses misères aux Grandes Luttes du Tiers-Monde (FLQ, FLN algérien, même combat!), sinon en lambrissant sa cave intellectuelle de préfini marxiste, le temps que le vent tourne à la « révolution informatique» et à la «mondialisation» néo-bbérale.Pour la majorité, toutefois, la célébration passera plus simplement par le spectacle du Nous : les téléromans, les « manifs », les fêtes nationales, et bien sûr la chanson, « ce miroir de poche qui nous a permis de nous regarder en face », selon le job raccourci de Gilles Vigneault. UJ Le xx* siècle québécois La société Graphique 32 Entreprises de 1000 employés et plus ayant un conseil d'administration majoritairement francophone, 1976-1993 (en pourcentage du total des entreprises de 1000 employés et plus) Québec Source : Conseil de la langue française, Indicateurs de la langue de travail au Québec, 1994.Graphique 33 Hauts dirigeants francophones dans les entreprises de 1000 employés et plus, 1976-1993 (en pourcentage du total des hauts dirigeants) Québec Source : Conseil de la langue française, Indicateurs de la langue de travail au Québec, 1994. La société Le xx« siècle québécois (JJ Les Anglos : trading places Un troisième bouleversement découle des deux précédents.Lui aussi est perçu comme révolutionnaire par ceux et celles qui l\u2019éprouvent, mais beaucoup moins tranquille qu\u2019on ne l'eut souhaité.Les anglophones domiciliés \u2014 y compris des dizaines de milliers de Méditerranéens absorbés depuis 1945'° \u2014 sont tombés du statut de majoritaires au Canada à celui de minoritaires au Québec (Caldwell et Waddell, 1982).On dirait qu\u2019ils ont changé de place avec leur Autrui privilégié (que pour simplifier, et parce que j\u2019en suis, je désignerai par « nous »).Leur horizon embrassait une nation civique, politique et territoriale, tandis que nous nous agrippions aux filiations ethnolinguistiques ; voici que c\u2019est le contraire.Ils bâtissaient, nous survivions ; depuis que nous nous sommes mis à bâtir, ils craignent pour leur survivance.Les avocats, les journalistes, les professeurs d\u2019école parlaient pour nous ; qui croyez-vous tient désormais le micro à Alliance Québec, à Voice of English Quebec, dans les tables-rondes où ils sont représentés?Ils occupaient le terrain des affaires, nous cherchions des planques au gouvernement; maintenant que nous nous gonflons le popotin par Bombardier et autres Péladeau interposés, ils se plaignent d\u2019être presque absents de la fonction publique*1.Ils se prétendaient ouverts aux différences, alors que personne ne s\u2019y trompait \u2014 penser à la fuite des Irlandais, au mépris des Juifs pourtant anglicisés; c\u2019est à notre tour d\u2019entonner ces hypocrisies \u2014 avec le même succès82.Nous étions frileux face au monde; «leurs pratiques culturelles se sont repliées sur l\u2019espace domestique, accréditant l\u2019hypothèse qu\u2019ils auraient subi une sorte d\u2019implosion sociale à la suite de l\u2019émigration qu\u2019ils ont connue et du vieillissement démographique qui s\u2019en est suivi» (Baillargeon, 1994: 255).Nous nous sentions considérés comme des citoyens de seconde zone ; ils éprouvent un sentiment parfois profond «d\u2019aliénation par rapport au Québec français», beaucoup de jeunes se désespèrent d\u2019être « traités en étrangers dans leur propre ville» (The Gazette, 1999, a; j\u2019ai traduit).Qui parlait de « société distincte » ?Écoutez une voix militante, pour une fois que l\u2019anglais soit plus clair que le français : « English Quebecers cannot accept that \u201cQuebec is French\u201d, and only French (.).They cannot even accept the premise that they must necessarily \"integrate\u201d themselves into the society of the majority (.).We see two distinct societies in one political space.» (Scowen, 1991: 64) Les Canadiens d\u2019aujourd\u2019hui, paraît-il, trouvent complètement dépassée la vieille rengaine des «deux peuples fondateurs» (Fortin et Langlois, 1998).Faudrait-il en conclure que c\u2019est le Québec qui en a hérité?Cela supposerait que la communauté d\u2019expression anglaise forme quelque chose comme «un peuple».Or, elle est en pleine reconversion au simple titre d\u2019acteur social conscient de son identité.L\u2019appartenance anglaise d\u2019hier est diluée par le bilinguisme croissant (environ 60%), les mariages avec des francophones, la diversification ethnique: «Moins d\u2019anglos de vieille souche.Moins de Juifs.Plus de racines italiennes et méditerranéennes.Plus de non-Blancs.Et beaucoup, beaucoup plus de gens qui se réclament d\u2019origines multiples » (The Gazette, 1999, b ; j\u2019ai traduit).L\u2019hétérocité L\u2019interminable procession des mieux nantis vers les sanctuaires économiques des Le xx* siècle québécois La société Graphique 34 Population montréalaise selon l'origine ethnique, 1871-1991 (en pourcentage de la population totale) Québec 70 - Française 50 - Autres Britannique Source : Charbonneau et Maheu, 1968, Statistique Canada, Ongine ethnique, 1993.Note (1) : Population montréalaise comprend la ville de Montréal seulement Note (2) : Britannique comprend : anglaise, irlandaise et écossaise.Autre comprend double origine en 1991.autres provinces, encouragée sans doute par les « irritants » linguistiques et « l\u2019incertitude politique » du dernier tiers du siècle, a privé le milieu de ses principaux défini-teurs et réduit sa force d'attraction culturelle\".Le dernier quarteron de l\u2019anglicité historique s\u2019est replié sur la circonscription ouvrière de Verdun (The Gazette, 1999, b); et de toutes les communautés italiennes implantées au Canada, c\u2019est dans celle de Montréal que s\u2019est le mieux conservé l'usage domestique de la langue maternelle (Caldwell, 1993).En quoi les Italos-québécois ont tracé le chemin des immigrants à venir, de plus en plus « visibles » et de moins en moins européens après 1970 (graphique 34).Face à deux pôles eux-mêmes branlants de gravitation linguistique et culturelle, ils hésitent à immigra définitivement vers l\u2019un ou l\u2019autre, et restent ainsi plus longtemps émigrés.Si la francisation scolaire des « allochto-nes» tend à s'incruster dans les mœurs (graphique 35), les jeunes passent couramment à l'anglais dans la rue et reprennent leur idiome d\u2019origine une fois revenus à la maison \u2014 quoique ce réflexe soit en train de changer, aux dernières nouvelles'4.Les attentions des gouvernements envers les «communautés culturelles», avec leurs adjuvants habituels de spécialistes universitaires et de groupes de pression ad hoc, ne font rien pour décourager ces stratégies de La société Le xx\u201d siècle québécois Graphique 35 Élèves non francophones de naissance étudiant en français dans les écoles de Montréal, 1980 1990 (en pourcentage des inscrits déclarant une langue maternelle autre que le français) Québec Hétérophones Anglophones Source : Conseil de la langue française, Indicateurs de la situation linguistique au Québec, 1992.Note (1): On entend par -élèves* ceux qui fréquentent les classes de la pré-maternelle jusqu'au secondaire V.Note (2) : Montréal comprend : la Montérégie, Montréal, Laval, Lanaudière et les Laurentides.survie : l\u2019ethnicité ostentatoire rapporte \u2014 pour certains85.Le retour des Amérindiens Parmi les groupes de récente «immigration », les plus originaux dans tous les sens du terme sont ceux qui n'ont pas eu besoin de changer de place pour changer de monde : les peuples autochtones.Oubliés dans les immensités nordiques ou refoulés depuis deux siècles dans leurs réserves, ils ont repris pied sur la carte et dans l'histoire du pays à mesure qu\u2019ils étaient rejoints par l'État-providence (après 1955), le développement industriel (surtout après 1970), et le cirque des négociations constitutionnelles (vers le milieu des armées 1980).Pupilles du gouvernement fédéral, convaincus du caractère «international» du contentieux qui les oppose à la Puis- sance canadienne, au titre d'expropriés historiques, en mal eux-mêmes de reconnaissance et d'autodétermination, divers et divisés aussi, les quelque 60 000 descendants des premiers occupants du Québec partagent un sentiment criblé d'inquiétude envers le nationalisme dominant: modèle, menace, concurrent, repoussoir, complice ?Hormis les Hurons, les Abénakis, les Attikamekw\u2019s et les Montagnais, les plus nombreux sont anglicisés (Cris, Inuits, Mohawks, Naskapis; Micmacs et Algonquins en majorité),et se seront insérés à reculons dans l\u2019espace social québécois par des confrontations médiatiques avec l\u2019État provincial, identifié aux « Français » : le projet hydroélectrique de la Baie James, les trafics hors-taxes, le «siège» d\u2019Oka, la « guerre du saumon », etc.Une seule chose est certaine à propos des Amérindiens: Le xx* siècle québécois La société leur place ne sera plus jamais, dans notre société, de ne pas y avoir de place.Mais ils semblent tenir à leurs refuges originels'6.Le syndrome de l\u2019élastique La tornade de la Révolution tranquille aura donc arraché violemment tous les acteurs de la scène québécoise au confort accoutumé de leurs mutuelles indifférences (merci de l'emprunt détourné, cinéaste Denys Arcand).Les pièces de l\u2019échiquier ne sont toutefois pas encore retombées dans une nouvelle combinaison acceptable aux uns et aux autres.Notre société souffre, par sa jeunesse même, d\u2019un lancinant manque d'intégration.Les menaces de partition en cas d\u2019indépendance, lancées du fond des provinces anglaises et du septentrion autochtone, n'en sont qu\u2019un signe \u2014 sérieux, quoique improbable.Ce qu\u2019il m\u2019est arrivé d\u2019appeler le « syndrome de l\u2019élastique » en est un autre, non moins inquiétant.Vient à l\u2019esprit l'image des Canadiens-français si longtemps attachés, comme par une bande élastique de plus en plus étirée par les tendances contemporaines dont nous avons parlé, à certaines habitudes du cœur manifestement détonantes dans le contexte nord-américain.Les indices en traînaient encore dans le paysage aussi tard qu\u2019à la fin des années 1960: on restait ici plus porté que les Ontariens à s\u2019établir dans le quartier de ses parents ; le rayonnement des appels interurbains était moindre depuis Montréal, pourtant plus populeuse, qu\u2019à Toronto ; les Québécois se déplaçaient moins loin que leurs voisins pour faire leurs emplettes (Fournier, 1991:166 et suivantes)\u20197.Quelque part dans ces environs temporels, la bande élastique a cédé, et les Québécois français ont été brusquement projetés vers l\u2019avant, dans le vide, pour retomber sur terre en boucles molles par la suite en essayant, autant que faire se peut, de reprendre leurs esprits déboussolés.Graphique 36 Fréquence du suicide et des homicides, 1951-1986 (100 = plus haut taux triennal atteint par 100 000 habitants au Québec) Québec, Ontario ,-100 Suicides, Québec Homicides, Québec Suicides, Ontario Homicides, Ontario 20 20 Source: Fournier 1991. La société Le xx« siècle québécois Déposons en preuve un dernier graphique (36), retraçant la fréquence des homicides et suicides au Québec et en Ontario depuis 1951.D\u2019un commun entendement, ces formes de violence intime tendent à s'accroître de nos jours avec l\u2019affirmation des individualités et son corollaire, la rétraction des solidarités immédiates (dont l\u2019État s\u2019efforce de prendre le relais sans trop savoir comment).Jusqu\u2019à la fin des années soixante, ces malaises sont moins courants au Québec qu'en Ontario.Après quoi ils partent en peur chez nous, les homicides d\u2019abord, les suicides ensuite, en dépassant les taux ontariens.Le sociologue Daniel Fournier en a proposé une explication subtilement convaincante : dans un premier temps, les entraves communautaires à l\u2019épanouissement du soi forcent les plus tourmentés à se retourner contre leurs proches ; puis, à l\u2019inverse, l\u2019angoisse de l'abandon pousse les plus faibles (les jeunes surtout) à s\u2019enlever la vie.Dans un cas comme dans l'autre, les hommes sont davantage tourmentés que les femmes, tant qu\u2019ils se sentent obligés d\u2019incarner personnellement l\u2019ordre social sans parvenir à en puiser la force dans eux-mêmes88.L\u2019époustouflant déclin de la natalité, la fréquence des naissances hors-mariage \u2014 le championnat canadien des unions libres \u2014 tous ces signes d\u2019hésitation devant les engagements interpersonnels à long terme \u2014 sont probablement du même ordre (Langlois y revient plus loin).Paradoxalement, il arrive qu\u2019une certaine détresse intime cherche à se dépasser dans une quête de fusion collective.Plus les Québécois se sentent seuls, plus ils sont tentés de clamer en chœur qu\u2019ils ne le sont pas.Un horizon ouvert Allez, on dirait que l\u2019horizon du prochain siècle se débouche : les immigrants apprennent le français ; les Montagnais viennent de signer une entente avec Hydro-Québec ; les Anglos sortent de leurs redoutes: Westmount a célébré la Saint-Jean Baptiste pour la première fois, en 1999.Et les taux de suicide, comme ceux des unions libres, se sont déplacés de Montréal vers la province, tout en se mettant à baisser.La crête de la vague est passée ; les remous se calment.On s\u2019habime à vivre avec les malaises de la liberté.Et à composer avec le seul Québec qu\u2019on ait.Les chroniqueurs journalistiques sont souvent meilleurs que les sociologues pour flairer l\u2019air du temps.À l\u2019occasion du décès du poète Pierre Perrault, surtout identifié à ses chefs-d\u2019œuvre de cinéma- vérité sur l\u2019Ile-aux-Coudres, Nathalie Petrowski écrivait, en exagérant comme il convient à son métier : «Le Québec a beaucoup changé ces derniers temps.Changé de visage, de peau, de paroles, de musiques, et peut-être même d\u2019âme (.).[Celui que Perrault] laisse derrière lui est une tour de Babel où le français apparaît certains jours comme une langue parmi d\u2019autres, où l\u2019ennemi anglais est parfois un arm, où la pêche au marsouin est une croisière en Zodiac chez les baleines, où la parole du peuple s\u2019est appauvrie au point de hêtre parfois que pure bouillie, et où, d\u2019ici cent ans, si les choses ne changent pas, les descendants d\u2019Alexis Tremblay seront la moitié moins nombreux qu\u2019aujourd\u2019hui » (Petrowski, 1999). B*T^ Le xx* siecle québécois La société Dans l\u2019euphorie des années soixante, on avait inscrit sur les plaques québécoises d'immatriculation le slogan touristique de La Belle Province, aussi insignifiant que narcissique.En 1976, les nationalistes grisés par l\u2019espérance l\u2019ont remplacé par la devise légèrement revancharde que s\u2019était donné le Canada français au xixe siècle, Je me souviens.Peut-être ferait-on bien d\u2019envisager d\u2019y graver à la place ces mots : Ott sait jamais.Jean-Jacques Simard est professeur au département de sociologie de l\u2019Université Laval.Références Allnut, David, 1982, «La fonction publique québécoise», dans Caldwell et Waddell 1982: 233-245.Angers, François-Albert, 1969a, « L\u2019industrialisation et la pensée nationaliste traditionnelle », dans Comeau, 1967: 417-432.Angers, François-Albert, 1969b, « La pensée économique d\u2019Esdras Minville », in Comeau, 1967 : 465-483.Baillargeon, Jean-Paul, 1994, «Les pratiques culturelles des anglophones québécois», Recherches sociographiques, xxxv : 255-271.Beauchemin, Jacques, 1998, «La question nationale québécoise: les nouveaux paramètres de l\u2019analyse.» Recherches sociographiques, xxxix, 2-3: 249-269.Bellavance, Marcel, 1993, « Montréal au XIXe siècle : conformité et originalité par rapport au modèle occidental de croissance urbaine ».Recherches sociographiques, xxxiv : 395-416.Bergeron, Gérard, 1967, Le Canada français après deux siècles de patience.Paris, Seuil.Bouchard, Gérard, 1998, «Le Québec et le Canada comme collectivités neuves.Esquisse d\u2019étude comparée ».Recherches sociographiques, xxxix, 2-3: 219-248.Bouchard, Gérard et Richard Lalou, 1993, «La surfécondité des couples québécois depuis le xvuc siècle, essai de mesure d\u2019interprétation ».Recherches sociographiques, xxxrv : 9-44.Bureau de la statistique du Québec, 1985, Comptes économiques des revenus et des dépenses, édition 198!.Québec, Bureau de la statistique du Québec.Institut de la statistique du Québec, 1998, Comptes économiques des revenus et des dépenses, édition 1998.Québec, Institut de la statistique du Québec.Caissb de dépôt et placement, 1966-1997, Rapport annuel de gestion.Québec, la Caisse.Caldwell, Gary et Dan Czarnocki, 1977, «Un rattrapage raté.Le changement social dans le Québec d\u2019après-guerre, 1950-1974; une comparaison Québec/Ontario».Recherches socio-graphiques, xviu, 1:9-58.Caldwell, Gary et Éric Waddell (dir.), 1982, Les Anglophones du Québec.De majoritaires à minoritaires.Québec, Institut québécois de recherche sur la culture.Caldwell, Gary, 1993, «L\u2019intégration des immigrants à Montréal dans les années 1970», Recherches sociographiques, 3: 487-508. 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Dorval, de 1941.3.\tSe définir collectivement, c\u2019est s\u2019opposer en majuscules au seul prochain qu\u2019on ait en face, là, quand et tel on se découvre.Ainsi sera-t-on Femme contre les Hommes (même si c\u2019est tout contre, comme roucoulait ce salaud de Guitry) ; Noir devant le Blanc ; Pauvres de la richesse des autres ; Autochtone à l\u2019envers du Colonisateur ; ou .« Canayen » face à « L'Anglais ».Et ainsi de suite : choisissez la ligne de démarcation, vous verrez qu\u2019on n\u2019en sort jamais.4.\tIl allait de soi que cette conviction s'empare d\u2019abord de l\u2019élément français de ce pays, pressé de rompre avec un héritage marqué par « le retard » culturel et « l\u2019infériorité économique » (Durocher, Linteau, 1971).Mais elle s\u2019est étendue aux Anglo-Québécois, qui se découvrent depuis quelques années une grande diversité interne, tant par la composition ethnique que les différences de conditions sociales, à l\u2019encontre parfait de l'image historique des « Anglais », jaloux de leurs accointances britanniques et de leurs privilèges économiques (voir entre autres, Rudin, 1987, et plus récemment, la série d\u2019articles que The Gazette consacrait aux « New Anglos »).On y reviendra plus loin, d\u2019ailleurs.5.\tParce qu elle est plus près de nous, et que de meilleurs spécialistes la couvrent déjà suffisamment dans les pages qui suivent, on aura l\u2019air de négliger ici la période d\u2019après 1960.En réalité, elle est l\u2019aboutissement de toutes les tendances qui tissent la trame du siècle, dont nous essaierons de remonter les fils. La société Le xx' siècle québécois Q 6.\tEt encore.Nos chiffres négligent les organismes autonomes et sociétés d\u2019État, comme Hydro-Québec, la Caisse de dépôts et placements, la Société d\u2019assurances automobiles, etc.7.\tL\u2019expression elle-même (refoulant celle de simple « province »), n\u2019est passée dans l\u2019usage qu\u2019avec Jean Lesage, premier ministre libéral de 1960 à 1966, dont l\u2019affection pour les formules ronflantes commençait déjà à faire un peu vieux-jeu, à l\u2019époque.11 était tellement habitué à beugler sur les tribunes que pour modérer ses transports à la télévision, un médium ajusté à l\u2019intimité des foyers, il a fallu le confiner dans un carton de frigidaire percé d\u2019un trou pour la caméra.Je n\u2019invente rien : voir O\u2019neil et Benjamin, 1978.8.\t« L\u2019identité canadienne relève davantage de l\u2019adhésion à certaines valeurs de l\u2019État Providence que d\u2019un sentiment d\u2019appartenance collective » (Beauchemin, 1998:253).9.\tLes graphiques embrassant le siècle entier sont trompeurs là-dessus, parce que les montants énormes de la fin imposent leur échelle, et aplatissent donc dans l\u2019insignifiance tout ce qui a pu se passer avant l\u2019accélération exponentielle de 1960-1970.Pour contrer cet effet pervers, ü aurait fallu prendre au moins la peine d\u2019ajuster les chiflfes en neutralisant l\u2019inflation monétaire.Mais nous n\u2019en avons pas eu le temps.Les graphiques suivants essaient quand même de corriger partiellement l\u2019anachronisme statistique.10.\tUne part de ces largesses suit sans doute l\u2019enrichissement global de la société.Mais on peut douter que le PIB se soit multiplié par cinq ou dix d\u2019une décennie à l\u2019autre.11.\tNous anticipons ici sur des données à venir.On verra que ce n\u2019est pas seulement la taille de l\u2019État qui change, mais ses orientations.12.\tSans mentionner les innovations d\u2019amont aussi incongrues dont ils avaient besoin : le raffinage de l\u2019essence et la « fée » électricité, comme dit Linteau plus loin.Le fameux John D.Rockefeller a pris sa retraite de la colossale Standard Oil avant que la gazoline n\u2019y remplace le kérosène (éclairage, chauffage) dans le chiffre des ventes.13.\tOn dénombre 23 000 fabriques au Québec en 1890 ; moins de 7 000 en 1929 ( St-Germain, ) 14.\tEaton's et Simpson\u2019s viennent talonner Dupuis &Frères et Morgan\u2019s à Montréal dans les années vingt, bientôt rejoints par Woolxvorth's et Dominion Stores.15.\tEdward Filene, fondateur du plus célèbre magasin à rayons de Boston, s\u2019en rend compte dès le début des années vingt: «La production de masse exige l\u2019éducation des masses; les masses doivent apprendre à se conduire comme habitants d\u2019un univers de production massive.Par-delà la simple alphabétisation, il leur faut atteindre davantage : la culture ».(Cité par Lasch, 1978:73 ; j\u2019ai traduit).16.\tLe téléphone ne rejoindra les campagnes qu\u2019au cours des années cinquante, avec l\u2019électrification.Le transport par camion, en revanche, contribue déjà à resserrer la distance entre la métropole et les petites paroisses éloignées.Il amorce la désuétude des gares régionales de chemin de fer, où les marchandises étaient transbordées dans des voitures à chevaux.Bien sûr, il faudra d\u2019abord étendre le réseau de voirie.Reste ce puissant symbole : à la fm des années vingt, le gros catalogue Eaton\u2019s vient compléter les Saints Évangiles et L\u2019Almanach du peuple dans la bibliothèque de base des foyers ruraux.17.\tSelon Linteau (1992), toujours, 11 % de la main-d\u2019œuvre montréalaise de 1931 travaille dans un bureau.Sans compter la faune des vendeurs et vendeuses.18.\tEn campagne, les enfants peuvent au moins boire du lait frais ; et les parturientes profitent plus aisément du savoir et de l\u2019aide des femmes de leur parenté, tant pour l\u2019accouchement que pour les relevailles.En fait, les grandes villes occidentales n\u2019arrivaient pas à maintenir seules leurs populations jusqu\u2019au début du xxf siècle.Leur croissance démographique dépendait des apports ruraux, sans cesse à renouveler.Par ailleurs, les sulfamides et antibiotiques ne sont vraiment entrés dans les trousses médicales qu\u2019après la guerre 1939-1945.Les plus impressionnantes victoires de la science appliquée à la santé ont d\u2019abord été de nature préventive : vaccination contre les maladies infectieuses ; asepsie (rien qu\u2019en se lavant les mains, on évitera de transporter les microbes d\u2019un patient à l\u2019autre) ; qualité de l\u2019eau (aqueducs et égouts) et de l\u2019alimentation [23 Le xxe siècle québécois La société (diversité, fraîcheur, conservation).Pour que la médecine triomphe dans les pharmacies, les cliniques et les hôpitaux, il faut attendre que l\u2019allongement de l\u2019espérance de vie nous y conduise désormais plus souvent qu\u2019à la tombe.19.\tComme la chloration et le filtrage de l\u2019eau potable, qui deviennent choses faites en 1918.Ou des initiatives charitables privées, telle l\u2019œuvre de la Goutte de lait (1912), suivie en 1925 dun règlement municipal imposant sa pasteurisation (contre les gastro-entérites infantiles, notamment).20.\tDans l'article qui suit, Linteau insiste: entre 1920 et 1929, on passe «de l'incertitude à l\u2019euphorie » ; la reprise est « très vigoureuse ».21.\tOn sait que ce virus a laissé plus de morts que toute l\u2019hécatombe de 1914-1918.Il a muté et frappé en deux vagues, moins cruellement la seconde fois parce que les survivants de la première étaient partiellement immunisés.À la fin des années cinquante, après que les vaccins Salk et Sabin eurent vaincu la poliomyélite, on croyait en avoir fini avec ces grands fléaux, au moins en Occident.Et puis, dans les années 1980, est apparu le sida.Entre-temps, les pays riches auront connu leur première épidémie «artificielle» majeure, celle des déformations infantiles causées par un médicament de synthèse, la thalidomide.22.\tVoir à ces propos récents, et sur les autres tendances des quelque quarante dernières années, l\u2019article très riche de mon camarade Simon Langlois, plus loin.Puisqu'il s\u2019en occupe si bien, nous mettons dans cet exposé-ci l\u2019accent sur leur genèse.23.\tNous ne départagerons pas l\u2019impact des diverses techniques ayant successivement simplifié ces choix, depuis le mal de tête préventif jusqu\u2019à l\u2019avortement correctif, en passant par la méthode Ogino ou les préservatifs.Il est certain que la magique Pilule des années soixante, et la légalisation de l\u2019interruption volontaire de grossesse, plus tard, auront levé les plus pesantes barrières à la planification des naissances.24.\tSi la crainte de la conscription avait poussé au mariage une proportion exceptionnelle de Canadiens français, il faudrait encore expliquer qu\u2019un aussi important baby-boom se soit produit au Canada et aux États-Unis, malgré leur patriotisme délirant.25.\tLanglois (p.125, ci-après), résume vers quoi on s\u2019en va : « L\u2019enfant occupe un espace plus limité qu\u2019auparavant dans la vie des adultes parce qu\u2019ils en ont moins et parce qu\u2019ils vivent plus longtemps.Les adultes de la première moitié du siècle passaient la majeure partie de leur vie à s\u2019occuper d\u2019enfants, après avoir eux-mêmes été élevés dans des familles nombreuses ».Sauf que le virage se prend dès la troisième décennie.26.\tComme certaines révolutions politiques, elle aboutira, selon Richard Sennett, aux Tyrannies de l\u2019intimité (1979).27.\tÀ cause du pape, les catholiques sont plus cohérents à ce propos que les protestants.Notons que Dieu le Père descendait du Jupiter romain et du Zeus-patèr grec, eux-mêmes issus d\u2019une ultime racine indo-européenne vieille de 10 000 ans, où le phonème °dew désigne la lumière (jour, diurne).28.\tC\u2019est ce qui frappe Esdras Minville, le sociomoraliste des Hautes Études Commerciales, lorsqu\u2019il se tourne vers l\u2019arrière en 1950.Jusqu a la guerre de 1914, écrit-il, «l\u2019urbanisation s\u2019effectue à une allure d\u2019apparence normale [.et] les Canadiens français ont l\u2019air de s\u2019adapter sans trop de difficulté à la vie des villes.Puis [commence] la phase du capitalisme de groupe (.)».Quarante ans plus tard, «Une population aux 4/5 rurale et aux 9/10 autonome est devenue aux 3/4 urbaine et aux 7/10 dépendante» (Minville, 1953: 237; je souligne la discrète amertume).29.\tDe là, soit dit en passant, l\u2019attrait opportun de ces nouveaux moyens de communication éminemment personnalisables que sont le téléphone (300 000 postes en 1929), et la voiture particulière (132 839 la même année).30.\tLa natalité rend mieux compte que la fécondité de l\u2019émancipation des femmes, me semble-t-il parce quelles ont beau avoir de moins en moins d\u2019enfants, le baby-boom revalorise leur rôle traditionnel de «reine du foyer».Les dernières images de la pimpante ménagère de banlieue en La société Le xxe siècle québécois talons hauts qui caresse son lave-vaisselle et son beau poêle Bélanger, en attendant le retour à la maison de ses deux enfants sans caries dentaires et de son époux en complet gris et Chevrolet deux tons, datent de la fin des années 1950.31.\tEn deux étapes : d'abord restreint aux mères et épouses des soldats en 1917, le droit de vote sera étendu à toutes les citoyennes l\u2019année suivante.32.\tRemington Arms s'est lancé dans la fabrication de machines à écrire en 1873 (Grun, 1982).La fonction de secrétaire-dactylo est restée masculine jusqu a ce que la bureaucratisation du travail multiplie les voies d\u2019avancement offertes aux hommes.En faisant réciproquement de la place \u2014 pour moins cher, sous le prétexte alors consensuel qu\u2019elles ne sont pas soutien de famille \u2014 aux jeunes femmes suffisamment scolarisées pour échapper aux sweat-shops et à la domesticité.33.\tLes tournées automobiles en province, et bientôt, la radio relancée par le disque, donneront naissance aux premières vedettes populaires pan-québécoises (canadiennes françaises serait plus juste).Parmi d\u2019autres : Olivier Guimond, père, alias «Ti-Zoune », dès 1920 ; Mary Travers, « La Bolduc », qui signera 300 chansons entre 1928 et 1941 ; et Rose « La Poune » Ouellet après 1936 (LDRR, 1989: 178-181).34.\tOn revient de façon plus précise sur cette relation dans un instant, en abordant l\u2019impact de la Crise sur les politiques publiques.35.\tSir John A.MacDonald et Sir George-Étienne Cartier, Pères fondateurs de la Confédération, étaient actionnaires ou directeurs des compagnies ferroviaires qu\u2019ils subventionnaient grassement.Honoré Mercier, tête de lignée des premiers ministres nationalistes du Québec, trébuchera après s\u2019être pris les pieds dans le chemin de fer de la Baie des Chaleurs, en 1887.36.\tA elle seule, l\u2019évolution des rentrées fiscales, à Québec et à Ottawa, eut mérité un chapitre entier de calculs minutieux.Il faudra se contenter de ce premier balayage.Les innovations financières des gouvernements seront soulignées au passage dans la suite du texte.37.\tLa récession passagère mais sévère qui sévit au commencement des années 1920 aura sans doute stimulé aussi l\u2019intervention gouvernementale.38.\tCes mutualités expliquent la longévité exceptionnelle de nos premiers ministres.Taschereau a régné 15 ans ; Duplessis, 19 ans en tout.39.\tL\u2019éducation est dans l\u2019air depuis 1910 (voir Durocher, plus loin).L\u2019Université «Laval» de Montréal gagne son autonomie et engage ses premiers professeurs de carrière (avant, les cours étaient donnés par des professionnels dilettantes).En 1921, le cours primaire supérieur (8e à 12e) est mis en place à Montréal, et sera officiellement institué dans le reste du Québec après 1929 (Linteau, 1991; LDRR, 1989).McGill se donne en 1922, une «Graduate Faculty» (études supérieures, recherches).40.\tAutre tendance profonde (remontant ici au développement de la production laitière à la fin du siècle précédent) qui connaîtra une accélération foudroyante durant le dernier tiers du xxe.Elle va évidemment de concert avec le grand passage de la terre à la ville.41.\tLes notions associées à l\u2019État-providence étaient déjà présentes dans le programme du Parti libéral fédéral lors des élections de 1919 : nationalisation du chemin de fer, ministère de la santé, réforme de la fonction publique, etc.(Miller, 1998: 97).Les conservateurs ne pourront s'empêcher d\u2019en reprendre l\u2019essentiel à leur compte.C\u2019est toutefois sous le règne de Mackenzie King, grand technocrate progressiste diplômé de Harvard, que sera adopté « L\u2019Acte sur les pensions ».Comme quoi les lumières de la Raison peuvent faire bon ménage avec les tables de spirite, King passera sa vie à consulter l\u2019esprit de sa mère \u2014 et en cas de coup dur, celui de son regretté chien \u2014 avant de prendre de grandes décisions (aux côtés de Churchill et Roosevelt durant la guerre 1939-1945, par exemple).42.\tUn instant désarçonnées, certaines provinces se laissent tirer l\u2019oreille.Le Québec, par exemple, attendra 1936 pour sauter dans le train.C\u2019est ce qui explique le décalage entre l\u2019adoption de la loi et le bond dans la courbe des « pensions », dans le graphique 17.La Crise multipliera les points de m Le xx* siècle québécois La société chevauchement, donc de tensions fédérales-provinciales qui persisteront jusqu à nos jours malgré les Commissions d'enquête successivement mandatées pour y voir: Rowell-Sirois, Tremblay, Laurendeau-Dunton, Robarts-Pépin, etc.43.\tLes programmes poussent comme des champignons.Inspiré par Roosevelt, le conservateur Richard Bennett fait adopter en 1935 un train de mesures pour y mettre de l\u2019ordre : assurance chômage, assurance maladie, réduction des heures de travail, salaire minimum, code du travail, conseil de planification économique.En récompense, il perdra le pouvoir l\u2019année même.Puis, le Conseil privé déclarera son « New Deal » inconstitutionnel, comme l\u2019avait fait la Cour suprême des États-Unis envers le modèle originel.44.\tLes municipalités seront d\u2019ailleurs mises à l\u2019oeuvre à leur tour, avec le soutien des gouvernements supérieurs, et sinon, en s\u2019endettant elles-mêmes.45.\tNous avons aussi classé sous « infrastructure » les dépenses extraordinaires de voirie et les projets d\u2019immobilisation explicitement liés à la Loi d'aide aux chômeurs, ainsi que les frais de leur administration comptabilisés au chapitre « travail ».46.\tComprenant en plus ce que les comptes publics classent expressément sous les rubriques « santé », « hygiène », « asiles », « assistance publique », dont la croissance est aussi limitée que régulière.47.\tAvec les déboursés aux titres suivants : retour à la terre, agriculture, forêts, chasse, pêcheries.L\u2019aspect messianique du mouvement de retour à la terre et de néo-colonisation, sera ramené dans le propos incessamment.48.\tJohn K.Galbraith a résumé ainsi, je ne sais plus où, à quoi aboutissait le libéralisme économique pris à la lettre : les programmes sociaux de l\u2019État étouffent la croissance parce qu\u2019ils donnent trop d\u2019argent aux pauvres, en les décourageant de travailler, et n\u2019en laissent pas assez aux riches, en les empêchant d\u2019investir.Cherchez l\u2019erreur, comme les meilleures volontés du monde s\u2019y échinaient à l\u2019époque de la Crise et pour tout dire, la cherchent encore aujourd\u2019hui.49.\tAdmettons que l\u2019inflation du loyer de l\u2019argent y soit pour quelque chose.Mais on aurait aussi bien pu y trouver une raison pour crier « Au vol ! » en faisant tout pour réduire la dette.50.\tCélibataire endurci qui ménageait ses pulsions créatrices pour l\u2019exercice du pouvoir, Duplessis n\u2019avait guère de loisirs culturels, sauf les séries mondiales de baseball, quand ses chers New-York Yankees en étaient, et l\u2019achat d\u2019une « peinture », à l\u2019occasion.On soupçonne qu\u2019il n\u2019avait pas lu Keynes, pour qui l\u2019État devait se retirer devant le marché aussitôt la reprise évidente.En fait, la fonction publique duplessiste ne comptait aucun économiste (Rumilly, 1973, Simard, 1979).51.\tDuplessis dégage souvent des surplus budgétaires en puisant les investissements dans le bâti à même les revenus ordinaires.Il préfère hausser les impôts qu\u2019endetter la province, parce qu\u2019il voit l\u2019économie entière comme un ménage familial.52.\tNul effet inflationniste ici : de 1951 à 1961, les prix sont stables.53.\tLes comptes publics témoignent de façon plutôt cocasse du désarroi des gouvernants devant les attentes inusitées qui sollicitent l\u2019État.Le Secrétariat provincial sert de fourre-tout en attendant qu\u2019un ministère ou organisme soit créé pour prendre charge de telle ou telle nouvelle fonction.L\u2019Instruction publique ne se détache qu\u2019en 1937 ; la Santé, en 1939 ; le Bien-Être rejoint la Santé en 1943, avant de passer à la Jeunesse, apparue en 1947, qui absorbera aussi les pensions de vieillesse jusque là confiées au Travail.Ces tergiversations expliquent les regroupements d\u2019apparence saugrenue qu'il a fallu opérer pour suivre la trace des choses apparentées, dans le graphique 24.54.\tPar la suite, l\u2019Ontario s\u2019éloignera même plus rapidement que le Québec du modèle sociodémocrate.55.\tDans The Age of Extremes, récemment sorti, le grand historien marxiste anglais, Eric Hobsbawm, divise le siècle universel en trois périodes: «The Age of Catastrophe, 1917-1945» (écroulement des empires monarchiques, révolution, facisme, guerre), «The Golden Age, 1945-1973» (équilibre des Blocs, expansion et régulation, décolonisation); «The Landslide, 1973-1993 » (crises de La société Le xxs siècle québécois l\u2019énergie, des valeurs, des projets collectifs).Déçu évidemment de la débandade du socialisme, Hobsbawm s\u2019en console en concluant qu\u2019il aura au moins forcé le capitalisme à se civiliser.À sa façon, il place donc au cœur du siècle, comme nous avons été amenés à le faire dans notre contexte, la montée concomitante du capitalisme de masse et de l\u2019État interventionniste, à la fois «providentiel » et « keynesien » (Hobsbawm, 1999 ; cité par Wills, 1999).56.\tNicole Gagnon glose ici sur les thèses de Fernand Dumont (1993).Au-delà du vocabulaire, l\u2019énoncé rejoint la classique contribution de George H.Mead, L\u2019Esprit, le soi et la société, datant de 1934, où je pige moi-même à pleines mains.J'emprunte également aux travaux d\u2019Alain Touraine (1984 plus particulièrement).Ces auteurs ne sont pas évidemment coupables de la façon sélective dont je m\u2019approprie leurs idées pour les recombiner à ma sauce.57.\tJusque là, on suit à peu près la définition que dumont (1993) donne des «groupements par référence ».Je ne suis pas certain qu\u2019il aurait souscrit à la suite.58.\tOn aura reconnu, là encore, une image venue de dumont (1968).59.\tSes frontières géographiques n\u2019étaient d'ailleurs pas celles qu\u2019on connaît maintenant.Elles venaient tout juste de s'étendre à la hauteur de l\u2019Abitibi (en 1898), et n\u2019atteindraient le détroit d\u2019Hudson qu\u2019en 1912.L\u2019excision du Labrador ne deviendrait cause de rancœurs durables qu\u2019après 1929.60.\tPour l\u2019ignorance, on y voit dans les détails.Le conseil municipal de Montréal, sous l\u2019influence des autorités ecclésiastiques, décline l\u2019offre d\u2019une bibliothèque publique que lui fait Carnegie, le magnat de l'ader, en 1903 (Siegfried, 1907 : 42).61.\tÀ l\u2019heure présente, cinq millions d\u2019Américains ont des ancêtres canadiens-français (Dumont, 1997: 445).62.\tTrente ans plus tard, les collègues d\u2019Everett C.Hughes à l\u2019Université McGill postulaient toujours «que les Canadiens français serait tôt ou tard absorbés, en tant que groupe ethnique, dans le grand tout canadien de langue anglaise » (Hugues, 1953: 225).63.\tM.Conrad Black, le baron de la presse, sera un des derniers représentants vivants de cette espèce, en 1999.64.\tA chaque occasion où une crise politique galvanisera les allégeances viscérales, lors des scrutins sur la conscription en temps de guerre, par exemple (1917 et 1942), l\u2019unanimité tribaliste ne sera pas moindre du côté anglais qu\u2019à l\u2019opposé.En ce sens, le premier ministre péquiste Jacques Parizeau n\u2019avait pas entièrement tort d\u2019attribuer à un « vote ethnique » la victoire du Non au référendum de 1995 sur la souveraineté.Là où les pédales lui ont glissé sous les pieds, c\u2019est dans l\u2019appel chauvin à « l'entre-nous » qu\u2019il a lancé ensuite pour « la prochaine fois », alors qu\u2019un solide 40% des francophones avaient aussi répondu Non, sans mentionner les bémols stratégiques qu\u2019un Oui à la question posée accommodait.65.\tMauvais présage : les deux derniers premiers ministres à porter le titre de Sir quittent le pouvoir en 1920 : Robert Borden à Ottawa, Lomer Gouin à Québec.66.\tEn 1903, la législature provinciale décrète qu\u2019aux fins scolaires, les Juifs seront considérés comme protestants.En 1920, lorsque leurs enfants représentent 40 % des inscrits \u2014 issus de familles modestes peu douées pour la taxation \u2014 et que les rabbins demandent des sièges au Conseil, la Commission scolaire protestante court à Londres faire déclarer inconstitutionnelle la loi de 1903.Québec sera forcé d\u2019augmenter les subventions aux écoles protestantes pour compenser.La question de la représentation ne se réglera qu\u2019en 1945.McGill contingentera le nombre d\u2019étudiants juifs jusqu'aux années 1950.67.\tAndré Siegfried, revenu sur les lieux au début des années 1930, trouve le péril installé à demeure : « Le plus grave me paraît être le changement complet de caractère d\u2019un peuple qui, jadis rural, est devenu essentiellement urbain (.).Dans les villes l\u2019américanisation les guette, bien plus elle se jette à leur tête, les saisit à la gorge » (1937: 67).68.\tVieille plaie qui ne se referme pas.En 1904, une proposition visant à donner aux nouvelles provinces de l\u2019Alberta et de la Saskatchewan un régime scolaire semblable à celui du Québec, est £23 L© xx« siècle québécois La société battue à plate couture au parlement fédéral.Le député Henri Bourassa (qui se retirera de la politique active pour fonder ensuite Le Devoir, en 1910) exprime son dépit avec une préscience certaine : « Chaque fois que je retourne dans ma province, je regrette d'y voir se développer le sentiment que le Canada n'est pas le Canada pour tous les Canadiens.Nous sommes forcés d en venir à la conclusion que le Québec est notre seul pays, parce que nous n avons pas de liberté ailleurs » (cité par Chronologie du Québec, site Internet).69.\t« Que cette chambre est d'avis que la province de Québec serait disposée à accepter la rupture du pacte fédératif de 1867, si, dans les autres provinces, on croit qu elle est un obstacle à 1 union, au progrès et au développement du Canada » (Chronologie du Québec, site Internet).Il est légèrement biaisé, ce «site », soit dit en passant.70.\tLa revue prend le nom de L'Action canadienne-française en 1927, et sa publication s\u2019interrompt en 1928.Elle renaîtra en 1933 sous le titre de Y Action nationale qu\u2019elle conserve à ce jour.La Crise a redonné une urgente pertinence à ses hauts cris, que la prospérité de la fin des années 1920 avait mis en sourdine.71.\tExpérience pilote tentée de 1966 à 1970 en Gaspésie/Bas Saint-Laurent pour mettre à l\u2019épreuve la théorie du développement régional planifié avec participation démocratique.Voir Simard, 1979.72.\tCe qui explique les sympathies de maints nationalistes d\u2019ici envers le facisme mussolinien, le corporatisme de Salazar, au Portugal, ou de Franco, en Espagne.Mussolini, répétait-on de tout côté, a « fait marcher les trains à l'heure ».Même Hitler n\u2019a pas mal réussi, avec des recettes semblables, à remettre l\u2019Allemagne sur pied, dans le respect de l\u2019ordre, de l\u2019organisation, de l\u2019efficacité technique.Remarquez : le modèle le plus prochain fut tout de même celui du New Deal de Roosevelt, aussi « rationaliste-étatique » à sa manière.73.\tLa Confédération des travailleurs catholiques du Canada voit le jour en 1922, pour contrer « les unions internationales ».Les « cercles de fermières » en 1915.L\u2019Union catholique des cultivateurs, dans les années 1920.Suivront la J.E.C., laJ.O.C., et autres pépinières d\u2019élites.74.\tLes contradictions couchent dans le même lit.Écoutez ce lyrique hommage aux « clôtures », signé par un étudiant des Hautes Études commerciales deux pages avant un article moderniste de Montpetit (L\u2019Action française, janvier 1919) : « Oh vous les clôtures, toutes Les clôtures du pays (.) Soyez-nous une cuirasse Contre le vil assassin Qui voudrait voir notre race Un poignard au sein » 75.\tUn certain misérabilisme a monté en épingle les blocages socioéconomiques locaux qui auraient poussé presque un million de Québécois vers les manufactures américaines.On veut bien que les mêmes effets engendrent des causes différentes, mais il conviendrait d\u2019expliquer qu\u2019en proportion de la population, si on s'en remet aux données de Lavoie (1972), l\u2019hémorragie ait évolué à peu près au même rythme dans l\u2019ensemble du Canada.Se pourrait-il que les Canadiens français aient été aussi attirés par le rêve américain?Une fois les frontières closes, «les télécommunications prirent bientôt le relais et chacun put désormais cotoyer à domicile cette civilisation conquérante, pragmatique, séduisante » (Bouchard, 1998: 233).76.\tGérald Fortin en 1965: «C\u2019est un des points les plus solidement établis de nos recherches : ruraux et urbains, ouvriers et cols blancs partagent tous les mêmes besoins et les mêmes aspirations au niveau de la consommation» (1965 : 58).77.\tDe 1970 à 1990, le revenu personnel augmente de 81 %; une fois passé l\u2019impôt, la hausse n\u2019est que de 51 % (Langlois, plus loin). La société Le xx* siècle québécois £9 78.\tDébonnaire trait-d\u2019Union nationale entre les Anciens et les Nouveaux Québécois, Johnson s\u2019empressera d\u2019enjamber le pas au lendemain de sa victoire.79.\tL\u2019avance est particulièrement rapide après l\u2019élection, en 1976, d\u2019un premier gouvernement souverainiste.Après le départ de René Lévesque en 1968, les libéraux s\u2019étaient graduellement repliés sur leurs bases de petites gens d\u2019affaires, hostiles et aigries envers l'amalgame de socialistes, syndicalistes, fonctionnalistes, séparatistes, gauchistes et journalistes qui avaient suivi le traître.Mis à part le projet hydro-électrique de la baie James, le parti de Robert Bourassa sera moins porté à jouer du levier étatique dans les plates-bandes du marché libre.80.\tSi bien, d\u2019ailleurs, qu\u2019en 1969, lorsque commencera ce que Gary Caldwell (1982) appelle «la Guerre des langues», ce sont les Italiens de Saint-Léonard qui se porteront à l\u2019avant-garde.81.\tÀbon droit.En 1979, il y avait 521 anglophones de souche sur 75 185 fonctionnaires provinciaux.Même à la Ville de Montréal et dans l\u2019administration fédérale au Québec, leur faible présence était carrément « embarrassante » (Allnut, 1982).82.\tNicole Gagnon dit brutalement ce que chacun sait: «Un Québécois \"pure laine\u201d, ça ne se reconnaît pas à l\u2019œil, mais à l\u2019oreille, et il y faut avoir été plongé dedans quand on était petit » (1999: 3).Durant la décennie 1970, tous les groupes immigrants implantés au Québec depuis 1945 ont perdu des membres, sauf les Haïtiens (Caldwell, 1993: 495).83.\tNous ne parlons pas de couches défavorisées, quand même.En 1996, les municipalités de Westmount, Hampstead et Ville Mont-Royal étaient les plus riches du Canada, selon le revenu par habitant.84.\tLa proportion d\u2019élèves allophones de naissance qui utilisent le français à la maison est passée de 5,7% à 15,2 % de 1983 à 1998, dans l\u2019ensemble du Québec.Et parmi ceux et celles qui poursuivent des études post-secondaires, le choix d\u2019un collège français a monté de 15,6% à 45,5 % entre 1981 et 1885 (Thibodeau, 1999).85.\tLes libéraux fédéraux aiment noyer le nationalisme québécois dans la « mosaïque multiculturelle canadienne » ; et les souverainistes de Québec rempilent à leur manière, histoire de remettre « les Anglais » à leur place tout en se dédouanant des accusations de tribalisme « pure-laine » auxquelles ils se savent vulnérables.86.\tJe suis obligé de gommer tant de nuances, ici, qu\u2019on me pardonnera de renvoyer à certains de mes propres travaux en guise d\u2019excuses: Simard, 1985, sur la situation contemporaine des Autochtones au Québec, et Simard,1996, sur les tendances du changement social depuis 1970 chez les Cris et les Inuits occupant presque tout le territoire au-delà du 50e parallèle.87.\tNon, nous ne reviendrons pas une dernière fois sur les téléphones et les automobiles.N\u2019empêche qu\u2019ils demeurent moins fréquents au Québec qu\u2019en Ontario jusqu\u2019en 1970.88.\tQu\u2019ils aient moins peur des fusils que les femmes, donc manquent moins souvent leur coup, y serait aussi pour quelque chose. LA POLITIQUE La grande marche vers la modernisation RENÉ DUROCHER Le xxc siècle politique au Québec a été marqué par une grande marche vers la modernisation.Marche semée d'embûches, de pauses, de reculs, de ratés, mais qui malgré tout permet au Québec d\u2019entrer dans le xxi' siècle comme une des sociétés hautement développées dans le monde.Le Québec a évolué sous la pression de forces économiques puissantes qui ont engendré des changements sociaux majeurs et déclenché des débats idéologiques tumultueux.Dans ce contexte, l\u2019État, les partis et les hommes politiques ont dû agir ou réagir pour répondre aux attentes et aux besoins de la population.Le xx' siècle politique c\u2019est aussi la lutte du Québec pour maintenir son autonomie et préserver son identité française au sein d\u2019un pays fédéral où les francophones sont largement minoritaires dans le cadre du continent nord-américain massivement anglophone.L\u2019évolution politique du Québec peut se découper en trois grandes phases : une longue période de stabilité de 1897 à 1936, une phase de transition, de 1936 à 1960, et finalement la période de la Révolution tranquille dont les effets se font encore sentir maintenant.Le long règne des libéraux, 1897-1936 L\u2019élection des libéraux de Wilfrid Laurier, le premier Canadien français à occuper le poste de premier ministre du Canada, constitue un tournant politique pour le Québec.Laurier, qui dirige le gouvernement fédéral sans interruption de 1896 à 1911, contribue grandement à l'attachement des Canadiens français au système fédéral, de même qu\u2019il permet aux libéraux fédéraux de faire du Québec un château fort, eux qui conserveront le pouvoir pendant le plus clair du xxe siècle grâce aux majorités décisives obtenues au Québec.Cette formule souvent gagnante incitera les libéraux, contrairement aux conservateurs, à choisir à plusieurs reprises des chefs francophones.Les libéraux du Québec profiteront de la popularité de Laurier et de l\u2019orientation qu\u2019il imprimera au Parti libéral pour se faire élire.Le long règne des libéraux de près de quarante ans débute avec Félix-Gabriel Marchand (1897-1900), se poursuit avec Siméon-Napoléon Parent (1900-1905), Lomer Gouin (1905-1920) et Louis-Alexandre Taschereau (1920-1936).Cette période est donc marquée par une grande stabilité politique que n'arrivent pas à ébranler les conservateurs même avec l\u2019appui des nationalistes.Plus encore, il y a une conti- La politique Le xx\u2019 siècle québécois nuité certaine entre la philosophie libérale et l'action politique de ces gouvernements, compte tenu de la personnalité de chacun et des circonstances propres à leur époque particulière.Le grand défi de ces gouvernements consiste à assurer le développement économique du Québec afin de retenir sa population qui depuis la deuxième moitié du xtx' siècle émigre massivement vers les Etats-Unis.Aux nationalistes qui critiquent sa politique d\u2019ouverture aux capitaux étrangers, Taschereau réplique qu\u2019il préfère importer des capitaux américains plutôt que d\u2019exporter des Canadiens français.La nouvelle phase d\u2019industrialisation axée sur l\u2019exploitation des richesses naturelles (eau \u2014 forêts \u2014 mines) sera vue comme la clé du développement.Le gouvernement québécois étant propriétaire des richesses naturelles sur son territoire, il sera amené à jouer un rôle plus actif dans l\u2019économie, notamment en créant des conditions favorables pour les investisseurs.Grâce au pouvoir qu\u2019il détient, le gouvernement peut tirer des revenus relativement importants des richesses naturelles, il peut légiférer pour augmenter les retombées économiques de leur exploitation et investir dans des équipements collectifs et l\u2019infrastructure.Le gouvernement Gouin, aiguillonné, il est vrai, par l'opposition sera le plus interventionniste.Ainsi, au lieu de vendre les chutes d\u2019eau il les louera aux entreprises.Il interdira l\u2019exportation du bois à pâte coupé sur les terres publiques malgré les menaces de représailles des Américains.La valeur de la production de pâte et de papier passera de 10 millions de dollars en 1910 à 64,5 millions en 1919.Il créera la Commission des utilités publiques (1909) pour régir les entreprises exploitant des services de communication, de transport ou d\u2019énergie, la Commission des eaux courantes (1910) chargée de surveiller l\u2019utilisation des rivières et d\u2019en régulariser le débit au moyen de barrages afin d\u2019accroître la capacité hydroélectrique du Québec.A la politique d\u2019investissement dans les chemins de fer au xod siècle succédera une politique de voirie commandée par le développement de l\u2019automobile.La «loi des bons chemins» de 1912 met dix millions de dollars à la disposition des municipalités pour améliorer le réseau routier.Cette politique poursuivie par Taschereau est importante au point de vue économique, tout en assurant de bons dividendes électoraux.L\u2019industrialisation et l\u2019urbanisation croissantes du Québec obligent les gouvernements à intervenir pour assurer un minimum de protection à la population soumise aux effets pervers d\u2019un capitalisme débridé.On essaie d\u2019interdire le travail des enfants et de protéger la main-d\u2019œuvre féminine, mais sans grands succès.Le seul domaine où l\u2019État intervient de manière efficace, mais tardive, est celui des accidents du travail.En 1910, on reconnaît qu\u2019indépendamment de la faute du patron ou de l\u2019ouvrier, celui-ci sera indemnisé en cas d\u2019accident.Encore faut-il que l\u2019entreprise soit assurée.Taschereau rendra l\u2019assurance obligatoire et donnera à la Commission des accidents du travail le statut d\u2019un tribunal pour trancher les litiges.Dans la même veine réformiste, Taschereau fait voter deux lois majeures et controversées.Dans une Amérique prohi-bitionniste, il refuse de suivre le mouvement et au beu d\u2019interdire la vente d\u2019alcool, il en fait un monopole d\u2019État en créant la Commission des hqueurx, ancêtre de la Société des alcools du Québec.Les ¦ Le xx* siècle québécois La politique milieux conservateurs sont scandalisés que l'État se fasse marchand d'alcool.Mais Taschereau est convaincu qu'il vaut mieux contrôler ce commerce que de se lancer dans une vaine lutte prohibitionniste qui sera effectivement plus profitable à la mafia qu'à la santé de la population.La même année, pour faire face au problème de santé de la population démunie et pour venir à la rescousse des municipalités et des institutions hospitalières débordées, il fait voter la loi de l\u2019Assistance publique.Les indigents seront traités gratuitement et les frais encourus seront partagés à parts égales entre le gouvernement, les municipalités et les institutions.Le financement sera assuré par une taxe dite d'amusement (le sou du pauvre) partagée également entre les municipalités et le gouvernement.Les gouvernements essaient de faire en sorte que la population, notamment les Canadiens français, puisse bénéficier autrement qu\u2019en prolétaires des retombées du développement économique.Les conservateurs et les nationalistes demandent de ralentir le développement pour favoriser les colons et permettre éventuellement aux capitalistes francophones d\u2019exploiter eux-mêmes les ressources.Les libéraux croient d\u2019abord et avant tout à l\u2019éducation.Dès 1897, Félix-Gabriel Marchand fait voter une loi créant un ministère de l\u2019Instruction publique assorti de la gratuité des manuels scolaires.L\u2019opposition forcenée de l'Église catholique fait échouer le projet qui sera bloqué par le Conseil législatif.Lomer Gouin, malgré ses amis radicaux, refusera de s\u2019engager dans une lutte contre l\u2019Église.11 réussira cependant à faire une brèche dans le système d\u2019éducation.En 1907, il favorise la création d\u2019une école d'arpentage et en 1910 d\u2019une école fores- tière, toutes deux rattachées à 1 Université Laval.Parallèlement, à Montréal, grâce à son appui indéfectible on pourra créer l\u2019École des Hautes Études Commerciales.En même temps il met sur pied des écoles techniques à Montréal et à Québec (1910), puis d\u2019autres surgiront à Trois-Rivières, Shawinigan, Hull, etc.Taschereau poursuivra cette politique en créant deux écoles de Beaux-Arts et d\u2019autres écoles techniques.Bien entendu, pour pouvoir attirer des investissements, protéger l\u2019autonomie provinciale et jouer un rôle dans le développement économique et social, les gouvernements doivent pratiquer une saine gestion financière, ce qui à l\u2019époque signifie l'équilibre budgétaire et le contrôle de la dette.Deux grandes crises surgissent pendant la période : la Première Guerre mondiale et la Crise des années 1930.La guerre provoquera un affrontement politique majeur entre le Québec et le Canada anglais.Le gouvernement Gouin aura fort à faire pour naviguer dans ces eaux tumultueuses.Les conservateurs, au pouvoir à Ottawa pendant la guerre, imposeront la conscription et seront pour longtemps discrédités au Québec.Les conservateurs du Québec écoperont aussi, ce qui facilitera le maintien des libéraux au pouvoir.Quant à la Dépression des années 1930, son impact sera dévastateur à tous égards et elle entraînera la chute des libéraux.Partis politiques et démocratie Les partis politiques sont dirigés par une élite (chef, ministres, députés et organisateurs électoraux) et il n\u2019y a pas de membres.Les députés formés majoritairement de membres des professions libérales, notamment des avocats et des petits commerçants. La politique Le xx« siècle québécois m ne siègent à Québec que deux à trois mois par année.Le premier ministre trouve le temps de siéger au conseil d\u2019administration de grandes entreprises.Les députés poursuivent leurs activités professionnelles et s'occupent de plus en plus de la distribution du patronage dans leur circonscription.Le favoritisme sert à fidéliser les électeurs, en particulier dans les milieux ruraux.Chaque parti a ses journaux et il n'y a pas de séparation entre les ailes fédérales et provinciales des partis familièrement appelés les Rouges et les Bleus.La vie démocratique laisse fort à désirer.La seule réforme vraiment significative est celle apportée par Lomer Gouin en 1912 avec l\u2019abolition du vote plural qui donnait le droit à quelqu'un de voter dans chaque circonscription où il avait une propriété, ce qui pouvait, selon Jean Hamelin, représenter jusqu'à 10% des inscrits sur les listes électorales.La loi stipule que «les sauvages» résidant sur une réserve n'ont pas le droit le vote.Par ailleurs, les femmes obtiennent en 1918 le droit de vote au fédéral, mais systématiquement, année après année, le gouvernement Taschereau, appuyé par les conservateurs et le clergé, refuse de leur reconnaître ce droit pour les élections provinciales.Quant aux mœurs et aux pratiques électorales elles vont en se dégradant.L\u2019écart entre le pourcentage des votes et le pourcentage des sièges obtenus par chaque parti est généralement très grand.Au scrutin uninominal à un tour qui favorise le bipartisme et récompense le parti gagnant souvent de manière excessive, s'ajoute le problème majeur des distorsions causées par la carte électorale (voir l'annexe).Selon le politicologue Harold Angell, en 1927 par exemple, les 15 circonscriptions de Montréal ont une moyenne de 58 607 électeurs, contre 28 225 pour les quatre circonscriptions de Québec et de 23 420 pour les circonscriptions du reste du Québec.Ou encore, pour illustrer le phénomène différemment, on peut noter que les 21 plus petites circonscriptions représentent 12,5 % de la population totale, tandis que les 21 plus grandes en représentent 43 %.Ce système donne une prime abusive aux milieux ruraux comptant moins d'électeurs.Us sont plus faciles à encadrer et à séduire par le patronage au détriment des milieux urbains où l\u2019industrialisation et l\u2019urbanisation rapides posent des problèmes aigus.Avec la défaite des libéraux en 1936, se clôt un long chapitre de l\u2019histoire politique du Québec.Durant le long règne des libéraux, la politique québécoise a été orientée prncipalement par un effort continu pour assurer le développement économique du Québec dans le cadre d\u2019une philosophie libérale qui privilégie l\u2019exploitation des ressources naturelles par le grand capital, lequel trouve au Québec une main-d\u2019œuvre docile et peu coûteuse.Une période de transition 1936-1960 La période 1936-1960 est celle de Maurice Duplessis et de Adélard Godbout, deux personnages très différents mais chacun préfigurant un aspect de la Révolution tranquille : Duplessis par son nationalisme qui a fait de l\u2019autonomie l\u2019expression politique du Québec, Godbout par son réformisme audacieux.Non seulement Duplessis, comme Gouin et Taschereau, restera au pouvoir sans interruption pendant quinze ans de 1944 à 1959, mais il leur empruntera leur politique économique et leurs recettes électorales.Godbout, qui a dû se dissocier du régime Taschereau, sera HQ Le xx* siècle québécois La politique plus près des libéraux fédéraux, du tandem King-Lapointe et de leur vision du monde.Au pouvoir de 1939 à 1944, Godbout est convaincu que le nazisme et le fascisme mettent en péril la démocratie.11 est prêt à coopérer pleinement, voire à faire d\u2019importants compromis sur l\u2019autonomie du Québec, pour favoriser l\u2019effort de guerre du pays.Il est persuadé que certaines réformes jugées radicales sont devenues nécessaires et il accepte l\u2019État- providence qui se profile à l\u2019horizon.Duplessis, pour accéder au pouvoir en 1936, fait preuve d\u2019une grande habileté politique, d\u2019un opportunisme certain et bénéficie de la conjoncture de la grande crise économique.À la veille de l\u2019élection de 1935, l\u2019Action libérale nationale (ALN), un groupe de jeunes libéraux dissidents, incapables d\u2019obtenir le renouvellement du parti libéral, signent une entente avec les conservateurs de Maurice Duplessis pour mener la lutte contre Taschereau.Les libéraux l\u2019emportent de justesse avec 48 sièges contre 42 à l\u2019Union nationale Gouin-Duplessis dont 26 de l\u2019ALN et 16 du Parti conservateur.Duplessis s\u2019impose Duplessis s\u2019impose comme chef parlementaire.Il dénonce sans répit les scandales du régime Taschereau et celui-ci doit démissionner.Il est remplacé par Adélard Godbout qui ne pourra éviter la défaite aux élections déclenchées en 1936.Duplessis, qui a abattu le régime Taschereau, refuse de renouveler l\u2019entente de 1935 avec l\u2019ALN ; il garde l\u2019appui de la grande majorité des membres de l'opposition et remporte une éclatante victoire sous la bannière de l\u2019Union nationale, amenant ainsi la disparition du parti conservateur québécois.Dès la formation de son cabinet, en éliminant les réformateurs les plus bruyants, il est évident que Duplessis pratiquera une politique conservatrice.Pour assurer sa base électorale il fait voter une loi de crédit agricole qui sera fort appréciée des ruraux, il aide davantage les colons et il relance la politique de grands travaux publics.Afin d'obtenir l\u2019appui des milieux d'affaires, il pratique une politique antisyndicale et pour plaire à l\u2019Église, dont il se déclare l\u2019allié inconditionnel, il se lance dans une chasse aux communistes.Duplessis profite du début de la Deuxième Guerre mondiale pour déclencher des élections.Très tôt, l\u2019enjeu de l\u2019élection devient la menace de la conscription pour service outre-mer.Les ministres libéraux interviennent massivement dans la campagne, déclarent qu\u2019ils démissionneront en cas de victoire de Duplessis, ce qui amènerait les conservateurs au pouvoir et partant la conscription.S\u2019ajoutant à l\u2019administration incohérente de Duplessis et à la déception des nationalistes qui l\u2019avaient appuyé, le chantage à la conscription porte fruit et Godbout devient premier ministre.Godbout a de fortes convictions qui l\u2019amènent à appuyer avec zèle l'effort de guerre et à coopérer avec le gouvernement fédéral.C'est ainsi qu\u2019il accepte sans consulter l'Assemblée législative un amendement à la Constitution donnant pleine compétence au gouvernement fédéral en matière d\u2019assurance-chômage.En 1942, il accepte de céder au fédéral \u2014 pour la durée de la guerre \u2014 le monopole sur les grands impôts directs en retour d\u2019une subvention.Lors du plébiscite de 1942 qui demande aux Canadiens de libérer les libéraux de leur promesse faite aux Qué- La politique Le xx* siècle québécois bécois qu\u2019il n'y aurait pas de conscription, Godbout refuse de se prononcer pour le «non» qu\u2019appuie l\u2019immense majorité des francophones.Sur le plan interne, Godbout est un réformiste déterminé.C'est ainsi qu\u2019il fera voter une série de mesures progressistes qui en font un véritable précurseur de la Révolution tranquille.En 1940 il fait voter une loi accordant le droit de vote aux femmes, malgré l\u2019opposition du clergé et des conservateurs.En 1942, il s\u2019attaque à un autre tabou en rendant la fréquentation scolaire obligatoire.En 1943, il crée un Conseil économique et social et une Commission chargée d\u2019élaborer un plan d\u2019assurance-maladie.En 1944, il apporte des réformes fondamentales et progressistes au Code du travail.Finalement, la même année, le gouvernement porte un coup spectaculaire en nationalisant la Montreal Light Heat and Power et ses filiales.Par cette nationalisation, Godbout crée Hydro-Québec.Le dossier des réformes est impressionnant.Mais dans le climat de nationalisme exacerbé par la guerre, la collaboration de Godbout avec Ottawa sera au cœur de la campagne électorale de 1944, sans compter qu\u2019un certain conservatisme rejette ses réformes «radicales».Les milieux d\u2019affaires préfèrent alimenter la caisse du « modéré» Duplessis qui a dénoncé la nationalisation de l\u2019électricité comme étant du bolchevisme.Malgré la présence d\u2019un nouveau parti nationaliste, le Bloc Populaire canadien, Duplessis, même s\u2019il obtient moins de votes que les libéraux peut former un gouvernement majoritaire.Encore la carte électorale et le poids des ruraux qui se reconnaissent en Duplessis.Le règne de Maurice Duplessis Duplessis en 1944 est un politicien expérimenté, il a acquis de la maturité, il a cessé de consommer de l\u2019alcool et a bâti un parti dont il est le véritable chef.Ce parti deviendra une redoutable machine électorale bien huilée par une politique de patronage érigée en système et une caisse électorale généreusement garnie par les prélèvements sur les contrats accordés aux entreprises.La politique économique de Duplessis est relativement simple : attirer des investissements étrangers et anglo-canadiens pour la mise en valeur des richesses naturelles du Québec concédées à des conditions avantageuses en espérant que cela aura, grâce à l\u2019entreprise privée, des retombées dans les secteurs secondaires et tertiaires.Pour sa part, le gouvernement distribue de manière partisane de nombreux contrats pour les équipements collectifs (écoles, hôpitaux) et des travaux d\u2019infrastructure (ponts, routes), ce qui permet de créer des emplois et de développer des petites et moyennes entreprises.Bien entendu, Duplessis pratique une politique budgétaire très conservatrice: budget équilibré, réduction de la dette, taxes et impôts au plus bas.L'expansion des services sociaux et les salaires doivent être réduits dans toute la mesure du possible.Pour maintenir la paix sociale, il faut éviter les «abus» des syndicats.La collaboration constante avec l\u2019entreprise privée s\u2019accompagne d\u2019un antisyndicalisme et d\u2019un anticommunisme rassurant pour le patronat.La politique sociale et la politique d\u2019éducation est régentée par des organismes privés et par l\u2019Eglise catholique.Celle-ci s\u2019acquitte des ses tâches avec des moyens réduits, ce qui permet au gouvernement JJ Le xx* siècle québécois La politique de réaliser d'importantes économies.Par contre, l\u2019Église dépend du bon plaisir du gouvernement pour diverses subventions accordées comme s\u2019il s\u2019agissait de faveurs.L\u2019Église catholique dans ce système devient une alliée de l'Union nationale, mais aussi un colosse aux pieds d\u2019argile.Les piliers du pouvoir de Duplessis sont les milieux d\u2019affaires, le clergé et le milieu rural reconnaissant pour le Crédit agricole et l\u2019électrification des campagnes.Duplessis ne cesse de revendiquer auprès d\u2019Ottawa ce qu\u2019il appellera « notre butin» et demande qu\u2019on respecte la Constitution qui attribue aux provinces le droit de lever des impôts sans lesquels il n\u2019y a pas de gouvernements autonomes.Il dit et répète que la politique sociale et l\u2019éducation sont des pouvoirs exclusifs des provinces, ce qui l\u2019amène à refuser les subventions fédérales aux universités.En 1954, il crée un impôt provincial et met Ottawa au défi de ne pas le rendre déductible de l\u2019impôt fédéral.Le premier ministre Saint-Laurent dit qu\u2019il ne cédera pas et que le Québec est une province comme les autres.Duplessis, avec l\u2019appui de l\u2019opinion publique, a gain de cause.Le fédéral doit réviser son système d\u2019ententes fiscales avec les provinces et mettre sur pied un programme de péréquation qui rend enfin justice au Québec.En 1960.les successeurs de Duplessis, Sauvé et Barrette, réussiront à régler le problème des subventions aux universités par une formule qu\u2019on appellera «l\u2019opting out» ou le droit de retrait avec compensation.Le succès de Duplessis s\u2019explique aussi par une conjoncture économique exceptionnellement favorable dans l\u2019après-guerre.Pendant que l\u2019entreprise privée assure, avec la collaboration plus que bienveillante de Duplessis, une certaine pros- périté économique, le gouvernement fédéral développe une politique sociale qui essaie de répondre aux exigences d\u2019une société urbanisée et industrialisée.Dans un cas comme dans l\u2019autre Duplessis en bénéficie car la population se montre moins exigeante pour son gouvernement provincial.De plus, la guerre avait affaibli et pour longtemps le parti libéral provincial qui en plus d\u2019être écrasé par les libéraux fédéraux, a manqué de leadership et de clairvoyance sur la question de l\u2019autonomie provinciale.Malgré tout, des réalités nouvelles investissent le Québec de ces années ; pensons à la télévision (1952) pour ne mentionner qu\u2019un exemple.Duplessis, même au sommet de son pouvoir, n\u2019a jamais obtenu plus de 52 % des voix des électeurs, c\u2019est dire que le Québec n\u2019était pas monolithique.Son successeur, Paul Sauvé, ne pourra renouveler le parti avec son « désormais », car il meurt trois mois après avoir accédé au pouvoir.Antonio Barrette, qui lui succède, se retrouve à la tête d\u2019un parti déchiré.Il n\u2019a ni le leadership ni le charisme de Sauvé et il sera défait par les libéraux en 1960.Avec ce changement de régime, un Québec en gestation depuis la Deuxième Guerre mondiale fera sa Révolution tranquille.La Révolution tranquille La mort de Duplessis en 1959 et l\u2019élection des libéraux dirigés par Jean Lesage l\u2019année suivante avec le slogan « C\u2019est le temps que ça change » marquent le début d\u2019une ère nouvelle.Ce qui change c\u2019est d'abord le passage d\u2019un discours conservateur à un discours réformateur, c\u2019est l\u2019arrivée d\u2019une équipe politique qui se veut le porte-parole de tous ces groupes qui désiraient des changements pour effectuer un nécessaire rattrapage dans plusieurs domaines, qui souhaitaient que la défense de l'autonomie ne soit plus surtout légaliste et négative mais qu elle se traduise par l'exercice des compétences déjà reconnues au Québec, qu\u2019on entre de plain-pied dans l\u2019État-providence et qu\u2019on assainisse la vie politique.Seul l'État peut mettre en œuvre les réformes nécessaires.Puis on voudra devenir «maître chez nous» (voir l'article de Paul-André Linteau en page 97).L\u2019utilisation de l\u2019État comme moteur du développement d\u2019une collectivité nationale déclenchera une dynamique puissante.Depuis quarante ans la Révolution tranquille, inaugurée en 1960, a servi de point de référence à tous les gouvernements.Mais depuis quelques années un grand débat s\u2019est engagé sur le sens de cette Révolution, de ses acquis, de ses échecs, de ses limites voire de ses eifets négatifs imprévus.L\u2019État Les années 1960 et 1970 sont caractérisées par l\u2019importance du rôle de l\u2019État, tandis que depuis les années 1980 on tente de freiner son interventionnisme et de réduire sa taille.Pour réaliser les multiples réformes à l\u2019ordre du jour, les gouvernements doivent réformer la fonction publique, créer de nouveaux ministères et une multitude de régies, des commissions, des comités et des conseils.L\u2019administration devient plus centralisée et bureaucratique.Le nombre de fonctionnaires augmente en flèche.Le personnel de la fonction publique passe de 29 000 à 53 000 durant les années 1960 et augmente jusqu\u2019à environ 65 000 au milieu des années 1980 pour atteindre une pointe de 71 000 en 1993 avant de redescendre à 64 000 en 1997.La politique Le xx* siècle québécois ui Les fonctionnaires ont obtenu sous le ie gouvernement Lesage le droit de se syn-k diquer, de s\u2019affilier à une centrale syndicale es et de faire la grève.L\u2019État devant payer, c, directement ou indirectement, les salaires t- des employés du secteur public et para-ie public il s\u2019efforce de centraliser la négo-re ciation des conventions collectives.Les ra syndicats se regroupent en Front commun, le Périodiquement on assiste à un grand psychodrame avec grèves légales ou illé-rr gales et lois spéciales ou décrets opposant a- le gouvernement et les 400 à 450 000 em-s- ployés du secteur public ou parapublic.>n Dans les premières années de la Révole lution tranquille, le gouvernement dispose e- \u2014 grâce à la gestion conservatrice de in Duplessis \u2014 d\u2019une marge de manœuvre le importante pour financer ses réformes et :s ses investissements.Puis les gouverne-ts ments sont obligés de hausser régulièrement les taxes et les impôts non seulement pour financer les investissements mais aussi les déficits budgétaires.La dette gou-:s vemementale qui s\u2019élevait à 300 millions is de dollars en 1960 atteint les 80 milliards en le 1997-1998.e Le gouvernement Bouchard en vient à r- se fixer comme objectif prioritaire d'équi-ts librer le budget, ce qu\u2019il réussit en 1998-s, 1999.C'était une première depuis l\u2019époque 1- de Duplessis.Mais ce fut très douloureux, :s en particulier dans le domaine de la santé n (voir l\u2019article de Roch Côté en page 299).:.Depuis quarante ans, le Québec s'est doté d\u2019un État et d\u2019un service public forte-:- ment structuré, très présent dans tous les 0 secteurs, et très coûteux.De plus en plus e de citoyens demandent qu\u2019on baisse les :s impôts, qu\u2019on réduise la dette et qu\u2019on e freine l\u2019interventionnisme de l'État.D\u2019au-à très au contraire demandent encore plus au gouvernement.L\u2019État-providence n\u2019a LJ Le xx\" siècle québécois La politique pas cessé d\u2019exister, mais sa croissance a été limitée notamment en restreignant son caractère universel et en réduisant les contributions du gouvernement à l'aide sociale, au chômage, à divers organismes subventionnés, etc.Les partis politiques On note, durant la période, la disparition de l'Union nationale et l\u2019apparition éphémère du Ralliement créditiste et du Parti égalité qui fera élire quatre députés en 1989 alors que les anglophones veulent protester contre la politique linguistique de Robert Bourassa.Le Parti libéral, présent avant même la Confédération, a connu des scissions qui ont amené la naissance de deux partis : le Parti québécois fondé par René Lévesque et l\u2019Action démocratique du Québec dirigée par Mario Dumont.Sur la scène fédérale, les créditistes de Réal Caouette pouvaient dans les années 1960 et 1970 recueillir assez de votes et de sièges pour nuire aux libéraux fédéraux et même à certains moments les empêcher de former un gouvernement majoritaire.Un événement spectaculaire a été la fondation du Bloc québécois en 1990 par Lucien Bouchard qui s'est dissocié des conservateurs de Mulroney à propos de modifications apportées à l\u2019Accord du Lac Meech.En 1993, avec 54 sièges, le Bloc, qui est un parti souverainiste, est devenu, paradoxe des paradoxes, la loyale opposition de sa Majesté à Ottawa.En 1997, le Bloc a cédé ce rôle au Reform Party, mais il a tout de même fait élire 44 députés.Alors qu\u2019en 1980, les libéraux fédéraux faisaient élire 74 députés sur 75 au Québec, depuis le rapatriement de la Constitution ils n\u2019ont jamais fait élire plus de 26 députés.Les partis politiques sont devenus des partis de masse qui reposent sur un large membership regroupé dans des associations locales qui travaillent au recrutement de membres, au financement du parti, à l\u2019élaboration du programme et au choix du chef.Les partis sont devenus de grandes organisations ayant pignon sur rue et dirigés par des permanents qui font appel aux sondeurs, aux agences du publicité, etc.Les libéraux, qui ont dénoncé la corruption du régime Duplessis, s'attaquent au phénomène du «patronage», ils apportent certaines modifications modestes à la carte électorale.Afin de réduire l\u2019importance des caisses électorales occultes, ils limitent les dépenses autorisées en temps d\u2019élection dont une partie sera payée à même les fonds publics, et ils abaissent l\u2019âge du droit de vote de 21 à 18 ans.Les gouvernements qui suivront apporteront d\u2019autres réformes notamment en augmentant progressivement le nombre de circonscriptions qui s\u2019élèveront à 125.La carte électorale est régulièrement révisée par une Commission indépendante qui fait des recommandations à l\u2019Assemblée nationale.En 1968, on abolit l\u2019anachronique Conseil législatif et l\u2019Assemblée législative devient l\u2019Assemblée nationale.En 1970, sous Bourassa, on réussit enfin à obtenir l'assentiment des députés des 17 «comtés dits protégés» et à abroger l\u2019article 80 de l\u2019AANB permettant ainsi de modifier leur frontière et de rééquilibrer la carte électorale.Malgré tout, la carte électorale cause toujours des distorsions, mais beaucoup moins que dans le passé.Le scrutin uninominal à un tour, lui cependant, n est pas modifié même si on évoque la possibilité d\u2019un système où une partie des sièges serait attribuée en fonction du pourcentage des votes obtenus par chaque La politique Le xx* siècle québécois parti.Le parti québécois, qui avait inscrit cette proposition à son programme, ne l'a jamais mise en œuvre et les libéraux n\u2019en font pas une demande pressante! (voir l\u2019article de Michel Venne en page 319) Une réforme majeure est venue du Parti québécois après son accession au pouvoir.La loi sur le financement des partis politiques stipule qu\u2019aucune société ou organisation ne peut contribuer à la caisse électorale d\u2019un parti.Seuls les individus peuvent verser de l\u2019argent et ce pour un montant maximum de 3000 dollars.Les noms des donateurs de plus de 200 dollars doivent être rendus publics.Cette mesure radicale a nettement contribué à assainir la politique.Elle a obligé les partis à s\u2019organiser pour obtenir du financement directement de la population qui, lorsqu\u2019elle est mécontente de son parti, peut faire passer son message très concrètement en ne versant pas de contribution.Même si l\u2019État finance pour une part les partis politiques, moyennant certaines conditions qui favorisent les grands partis, le message des membres peut se faire entendre très clairement.Les partis fédéraux, à l\u2019exception du Bloc québécois, ont toujours refusé ce système de financement.Comme le Québec devait tenir un référendum en 1980, le gouvernement a présenté une loi sur les référendums qui a pour base la loi sur le financement des partis mais qui en plus oblige les partisans à se regrouper en deux camps, le «oui» et le «non», pour avoir droit d'effectuer des dépenses au-delà d\u2019un montant modeste.Ces réformes majeures du Parti québécois ont été contestées mais elles ont résisté au temps.Encore que le gouvernement fédéral est intervenu massivement dans les campagnes référendaires, sans respecter la loi sur le financement alléguant que cela ne pouvait s\u2019appliquer au fédéral.La dernière réforme a trait à la nécessité pour un électeur de s\u2019identifier au moyen d\u2019une carte d\u2019assurance-santé, d\u2019un permis de conduire ou d\u2019un passeport comportant sa photo.Les cas de fraudes électorales par substitution de personnes filmées par la télévision ont réussi à calmer les hauts cris poussés par les libéraux chaque fois qu\u2019il était question d\u2019une carte d\u2019électeur.Quant au personnel politique, ce qui le caractérise, c\u2019est son haut niveau d\u2019instruction.On observe une surreprésentation des membres de professions libérales et de milieux d\u2019affaires chez les libéraux tandis qu'on trouve un nombre appréciable de représentants des milieux de l\u2019enseignement, de la culture et de l\u2019administration chez les péquistes.Les femmes sont toujours sous-représentées.La première femme élue à l\u2019Assemblée nationale a été Claire Kirkland-Casgrain et elle est devenue la première femme ministre en 1964.Après l\u2019élection de 1998, sur 125 députés, il y a 17 femmes élues au PQ dont 8 ministres et du côté libéral 10 femmes députées.Au total 27 femmes sur 125 députés soit un peu plus de 20 %.Il n\u2019y a aucun représentant de minorités visibles.Les anglophones sont au nombre de dix chez les libéraux et un seul au PQ.Le Québec a fait depuis quarante ans des progrès mais la démocratisation, ici comme ailleurs, reste toujours un idéal à poursuivre.Les gouvernements Le gouvernement Lesage dans ses deux mandats (1960-1966) enclenche un puissant mouvement de réformes dans tous les domaines.La pression exercée par la génération du baby boom qui arrive à l\u2019adolescence É ' f Le xx* siècle québécois La politique engendre une situation d\u2019urgence et fait éclater les insuffisances du système d\u2019enseignement.Le nouveau gouvernement présente de nombreuses mesures législatives concernant l\u2019éducation, notamment la création d\u2019une Commission royale d\u2019enquête qui amènera la création d\u2019un ministère de l\u2019Éducation, de polyvalentes, de commissions scolaires régionales, de nouveaux programmes d\u2019étude et de nouveaux modes de financement, le tout visant à favoriser l\u2019accessibilité et la démocratisation du système.Le même souci de rattrapage et de modernisation se manifeste dans le domaine social.Dès son arrivée au pouvoir, le gouvernement décide de participer au programme fédéral-provincial d\u2019assurance-hospitalisation.Par la suite, il présente trois grandes mesures: révision en profondeur du code du travail, la loi 16 abolissant l\u2019incapacité juridique de la femme mariée qui légalement faisait de celle-ci une mineure, et un régime de rentes.En matière économique, le geste le plus spectaculaire sera la nationalisation de la plupart des compagnies privées d\u2019électricité, ce qui donnera un nouveau souffle à Hydro-Québec qui deviendra une entreprise géante.L\u2019autre grande réussite a été, en 1965, la création de la Caisse de dépôt et de placement qui deviendra un puissant levier économique.Le gouvernement finalement crée un ministère des Affaires culturelles et pratique une politique d\u2019ouverture sur le monde en établissant des délégations et des bureaux à l\u2019étranger.La coopération franco-québécoise avec l\u2019appui vigoureux du général de Gaulle connaîtra une impulsion remarquable qui en viendra même à inquiéter Ottawa.Devant la montée de l\u2019indépendantisme qui se développe depuis la fin des années 1950 avec l\u2019Alliance laurentienne, l'Action socialiste et surtout le Rassemblement pour l\u2019indépendance nationale (RIN) et son chef flamboyant Pierre Bour-gault, ainsi que le Ralliement national (RN), Lesage, très fédéraliste, se braque.Daniel Johnson, qui en 1965 publie Égalité ou indépendance, se montre plus ouvert, sans adhérer à l\u2019indépendantisme.A l'élection de 1966 les deux partis indépendantistes, RIN et RN, recueillent respectivement 5,6 % et 3,2 % des suffrages, contribuant à la défaite des libéraux.L\u2019Union nationale qui revient au pouvoir de 1966 à 1968 sous Daniel Johnson puis, après son décès, sous Jean-Jacques Bertrand de 1968 à 1970, comprend rapidement qu\u2019il est impossible de revenir en arrière et d\u2019arrêter la Révolution tranquille.Le gouvernement Johnson bénéficie d\u2019une conjoncture favorable avec l\u2019activité économique engendrée par l\u2019Expo 67.Cette exposition contribue au rayonnement international du Québec et le célèbre «Vive le Québec libre» du général de Gaulle retentit aux quatre coins du monde.Daniel Johnson, l'auteur de Égalité ou indépendance, continue et va plus loin que les libéraux de Lesage dans l\u2019affirmation nationale et internationale du Québec, ce qui ne sera pas le cas de son successeur Bertrand.Le gouvernement se montre fort actif avec la création de Radio-Québec, d\u2019un ministère de l\u2019Immigration, d\u2019un programme d\u2019allocations familiales.Il intervient dans l\u2019économie avec la création de la sidérurgie québécoise (SIDBEC), la Société québécoise de récupération et d\u2019exploitation forestière (REXFOR), du Conseil La politique Le xx* siècle québécois de recherche industrielle du Québec (CRIQ).Tout comme les libéraux, les unionistes doivent répondre à des besoins pressants en éducation.Comme le recommandait le Rapport Parent, on crée un palier intermédiaire entre le secondaire et l'université qu\u2019on appellera Collèges d\u2019enseignement général et professionnel (CEGEP) qui remplaceront les célèbres collèges classiques.L\u2019afflux d\u2019étudiants est tel qu\u2019il faut aussi créer de nouvelles universités de langue française.Le gouvernement innove en créant une université pubbque avec des consumantes.La première sera l\u2019Université du Québec à Montréal (UQAM) et rapidement les autres régions auront leur consumante : Trois-Rivières, Chicoutimi, Rimouski, Hull, Abitibi.Pour compléter le cycle des réformes, on abolit les écoles normales et on confie aux universités la responsabilité de la formation des maîtres.L\u2019époque est marquée par de nombreuses grèves et presque autant de lois spéciales dans le secteur pubhc, sans compter l'agitation étudiante.Le gouvernement Bertrand trébuchera sur la question linguistique avec sa loi 63 qui autorise le libre choix de la langue d\u2019enseignement.De violentes manifestations éclatent contre cette décision.Le Parti québécois canalisera la protestation nationaliste.Ce nouveau parti est né d'une scission au sein des libéraux, après le départ de René Lévesque en 1967 dont on a rejeté le projet de souveraineté-association, jugé trop radical.Celui-ci fonde le Mouvement souveraineté association (MSA) dont on retrouve les orientations dans le livre Option Québec publié en 1968 et qui débute par un retentissant «Nous sommes Québécois ».Cette même année, il fonde avec le RN le Parti québécois.Lévesque a refusé de s\u2019allier au RIN, à son point de vue trop radical quant à la minorité anglophone et sur la question linguistique.La force du PQ et le charisme de Lévesque sont tels que le RIN vote sa dissolution et ses leaders invitent les membres à joindre les rangs du PQ.A l\u2019élection de 1970 le parti souverainiste recueille un impressionnant 23 % des suffrages même s\u2019il ne fait élire que sept députés.L\u2019arrivée de Robert Bourassa En 1970, l\u2019Umon nationale essoufflée et divisée doit faire face à la contestation de trois partis: le Ralliement créditiste, le Parti québécois et le Parti libéral.Celui-ci l\u2019emporte sous la direction de Robert Bourassa qui, à 36 ans, devient le plus jeune premier ministre de l'histoire du Québec.Il restera au pouvoir pendant deux mandats, de 1970 à 1976.A peine installé au pouvoir, Robert Bourassa et son gouvernement doivent faire face à une crise majeure qui se prépare depuis 1963 avec la création du Front de libération du Québec (FLQ).Depuis quelques années le terrorisme a fait son apparition.Les bombes qui explosent sont de plus en plus nombreuses et des manifestations, où se sont infiltrés des felquis-tes, de plus en plus violentes éclatent à l\u2019occasion de grèves.En octobre 1970, avec l'enlèvement coup sur coup d\u2019un diplomate britannique, Richard Cross, et de Pierre Laporte, ministre du travail, à Québec on franchit une nouvelle étape.Le 15 octobre, à la demande du gouvernement Bourassa, l\u2019armée intervient au Québec pour maintenir l\u2019ordre.Le 16 octobre, le gouvernement Trudeau met en vigueur la Loi des mesures de guerre qui suspend plusieurs libertés civiles.Le Hjj Le xxa siècle québécois La politique lendemain, le corps de Pierre Laporte est retrouvé dans le coffre d\u2019une automobile.Les corps policiers procèdent à l\u2019arrestation de quelque 500 citoyens soupçonnés souvent pour des motifs bien légers de sympathiser avec le FLQ.Les personnes sont arrêtées arbitrairement, elles ne savent pas de quoi on les accuse, on les détient sans qu'elles puissent communiquer avec leurs proches ni même avec un avocat.Ce n\u2019est qu\u2019en décembre qu\u2019on découvrira le lieu où est détenu Richard Cross qui sera libéré sain et sauf contre des sauf-conduits vers Cuba pour ses ravisseurs.Puis on découvrira le repère des ravisseurs de Pierre Laporte et ses auteurs seront capturés.Les séquelles de cette crise d'Octobre se prolongeront pendant quelques années.Cette crise restera un souvenir très amer.Dans le sillage de la Révolution tranquille, le gouvernement Bourassa fait voter plusieurs mesures progressistes.Il procède à l'implantation du Régime d\u2019assurance-santé et à la création des Centres locaux de services communautaires (CLSC).On assiste à la création du Conseil du statut de la femme, à la mise sur pied de la Cour des petites créances et de l\u2019Aide juridique et on vote la Loi de protection du consommateur.En 1975, le Québec se donne une Charte des droits très progressiste.Le gouvernement, sans faire trop d\u2019éclats, développe la présence du Québec sur la scène internationale.Robert Bourassa, qui s\u2019est fait élire en promettant « 100 000 emplois », s\u2019efforce de stimuler l\u2019économie avec le chantier olympique et les grands travaux de la baie James.Le gouvernement doit faire face à plusieurs problèmes ; outre les felquistes et la crise d\u2019Octobre, une opposition féroce des syndicats du secteur public, l\u2019oppo- sition des Cris à propos de la baie James, le dédain des fédéraux de P.E.Trudeau, l\u2019hostilité des anglophones qui lui reprochent d\u2019avoir fait voter la loi 22 qui fait du français la langue officielle du Québec.Tous ces affrontements créent un sentiment d\u2019inquiétude et donne l\u2019impression d\u2019un gouvernement débordé.Un parti souverainiste au pouvoir À l\u2019élection de 1976, les libéraux ne peuvent utiliser efficacement l\u2019argument de la menace séparatiste.En effet le PQ, qui, à l\u2019origine, disait que s\u2019il était élu il mettrait en oeuvre le processus menant à la souveraineté, a modifié sa stratégie après l\u2019élection de 1973.A son congrès de 1974, le Parti vote en faveur de ce qu\u2019on appellera « l\u2019étapisme ».Si le PQ est élu, dit-on, avant de mettre en branle le processus menant à la souveraineté, la population sera consultée par voie de référendum.Ainsi, lors de l\u2019élection, on vote uniquement pour le choix d\u2019un gouvernement et lors du référendum la population se prononcera sur la question de la souveraineté.Cette démarche étapiste permettra de prendre le pouvoir en 1976.Le Parti québécois, qui sera au pouvoir de 1976 à 1985, est dirigé par René Lévesque, un des grands artisans de la Révolution tranquille.Durant le premier mandat du Parti québécois, les réformes sont nombreuses : loi de l\u2019assurance-auto-mobile, création de l\u2019Office des personnes handicapées, loi sur les services de garde à l\u2019enfance, loi autorisant les recours collectifs, nationalisation de l\u2019amiante, loi contre 1 utilisation des briseurs de grève en cas de conflit, loi sur la protection du territoire agricole qui s\u2019ajoutent à la charte de la langue française et la loi sur le financement des partis. La politique Le xx» siècle québécois £j|J| Mais ce qui retient l\u2019attention et soulève de fortes émotions au Québec et à l'extérieur, c'est que pour la première fois un parti souverainiste accède au pouvoir.Le Parti québécois élu avec seulement 41,4% des suffrages en 1976, espère qu'avec le temps et sa stratégie «de bon gouvernement», il pourra obtenir un appui majoritaire lors du référendum sur la souveraineté.Pendant quatre ans, la vie politique sera polarisée par la question de la souveraineté.Après la loi sur les consultations populaires votée en 1978, les deux partis exposent leur programme constitutionnel.Les libéraux, maintenant dirigés par Claude Ryan, publient un document, Choisir le Québec et le Canada, qui propose un fédéralisme profondément renouvelé et décentralisé.Le Parti québécois réplique avec la publication de La nouvelle entente Québec-Canada où il explicite sa conception de la souveraineté-association.Par la suite, s\u2019engage à l\u2019Assemblée nationale un long débat sur le libellé de la question référendaire qui demande aux Québécois d\u2019accorder au gouvernement un mandat pour négocier une entente portant à la fois sur la souveraineté et l\u2019association avec le gouvernement fédéral.Il est stipulé que « tout changement de statut politique résultant de ces négociations sera soumis à la population par référendum ».La campagne référendaire de 1980 mobilisera et divisera les Québécois profondément.Le gouvernement fédéral et Pierre Elliott Trudeau interviendront avec force dans le débat.La population est soumise à un barrage de propagande.Le premier ministre Trudeau promet solennellement que la victoire du NON signifiera le renouvellement du fédéralisme, mais sans spécifier dans quel sens s\u2019opérera ce changement.Malgré le caractère très prudent et très étapiste de la question, les Québécois voteront NON à 59,6 % contre 40,4 % pour le OUI.Malgré cette défaite référendaire, le PQ l\u2019emporte facilement en 1981 contre les libéraux dirigés par Claude Ryan.Mais lors du deuxième mandat de ce gouvernement, la situation économique et politique est désastreuse.La récession l'oblige à affronter les syndicats tandis qu\u2019au point de vue politique, le fédéral, en situation de force, impose au Québec la nouvelle constitution de 1982.Lorsque Lévesque propose de négocier une entente constitutionnelle avec le nouveau gouvernement Mulroney, plusieurs ministres et députés démissionnent.Lévesque, lui-même épuisé, quitte en 1985 et Pierre-Marc Johnson lui succède à la tête d\u2019un gouvernement affaibli et d\u2019un parti désorienté.Le retour de Robert Bourassa Robert Bourassa qui avait démissionné après la défaite de 1976 est redevenu chef du PLQ en 1983 et gagne l\u2019élection de 1985.Il restera au pouvoir, à nouveau pour deux mandats, jusqu\u2019en 1994, date à laquelle il démissionnera pour des raisons majeures de santé.Comme c\u2019est le cas depuis la récession de 1981-1982, l\u2019époque n\u2019est plus aux réformes.La priorité est à l\u2019économie et à la gestion des finances publiques de plus en plus mal en point.La question constitutionnelle occupe de plus en plus de place.Peu après son retour au pouvoir, le premier ministre s\u2019engage dans des négociations constitutionnelles qui aboutiront à l\u2019Accord du Lac Meech en 1987.En 1990, l\u2019Accord n\u2019a pas obtenu la ratification par chacune des provinces et devient caduc.C\u2019est une immense déception.Le PLQ ¦ y Le xx* siècle québécois La politique Élections générales au Québec 1897 ¦ 1998\t\t\t Élections\tParti\t% du vote\tNombre de sièges \tParti libéral\t54,3\t51 1897\tParti conservateur\t45,7\t23 \tAutres\t\t \tParti libéral\t56,3\t67 1900\tParti conservateur\t43,8\t7 \tAutres\t\t \tParti libéral\t67,7\t68 1904\tParti conservateur\t25,4\t6 \tAutres\t6,9\t \tParti libéral\t55,3\t58 1908\tParti conservateur\t39,9\t13 \tAutres\t4.8\t3 \tParti libéral\t54,3\t64 1912\tParti conservateur\t45,1\t15 \tAutres\t0.6\t2 \tParti libéral\t64,6\t75 1916\tParti conservateur\t35,1\t6 \tAutres\t0,3\t \tParti libéral\t70,0\t74 1919\tParti conservateur\t23,7\t5 \tAutres\t63\t2 \tParti libéral\t55,3\t64 1923\tParti conservateur\t44,4\t20 \tAutres\t0,3\t1 \tParti libéral\t62,7\t75 1927\tParti conservateur\t36,6\t9 \tAutres\t0,7\t1 \tParti libéral\t55,6\t79 1931\tParti conservateur\t44,2\t11 \tAutres\t0,2\t \tParti libéral\t50,2\t48 1935\tUnion Gouin-Duplessis\t48,7\t42 \tAutres\tu\t \tUnion nationale\t57,5\t76 1936\tParti libéral\t41,8\t14 \tAutres\t0,7\t \tParti libéral\t54,2\t70 1939\tnationale\t39,2\t15 \tAutres\t6,6\t1 \tUnion nationale\t38,2\t48 \tParti libéral\t40,0\t37 1944\tBloc populaire\t15,2\t4 \tCCF\t0,8\t1 \tAutres\t5.8\t1 \tUnion nationale\t51,0\t82 1948\tParti libéral\t38,3\t8 \tAutres\t10,7\t2 La liste des premiers ministres depuis 1967 se trouve à la page 342.1 La politique le xx* siècle québécois Sections\tParti\t% du vote obtenu \tnationale\t51,5 1952\tParti libéral\t46,0 \tAutres\t2,5 \tUnion nationale\t52,0 1956\tParti libéral\t44,5 \tAutres\t3,5 \tParti libéral\t51,3 1960\tUnion nationale\t46,6 \tAutres\t2,1 \tParti libéral\t56,5 1962\tUnion nationale\t42,4 \tAutres\t1,3 \tUnion nationale\t40,9 \tParti libéral\t47,2 1966\tRIN\t5,6 \tRN\t3,2 \tAutres\t3,1 \tParti libéral\t45,4 \tParti québécois\t23,1 1970\tUnion nationale\t19,6 \tRalliement créditiste\t11,1 \tAutres\t0,8 \tParti libéral\t54,7 \tParti québécois\t30,2 1973\tRalliement créditiste\t10,0 \tUnion nationale\t4,9 \tAutres\t0,2 \tParti québécois\t41,4 \tParti libéral\t33,8 \tnationale\t18,2 1976\tRalliement créditiste\t4,6 \tParti national populaire\t0,9 \tAutres\t1,1 \tParti québécois\t49,2 1981\tParti libéral\t46,1 \tUnion nationale\t4,0 \tAutres\t0,7 \tParti libéral\t56,0 1985\tParti québécois\t38,7 \tAutres\t5,3 \tParti libéral\t49,9 1989\tParti québécois\t40,1 \tParti égalité\t5,6 \tAutres\t6,4 \tParti québécois\t44,8 1994\tParti libéral\t44,4 \tAction démocratique du Québec\t6,5 \tAutres\t4,4 \tParti québécois\t42,9 1998\tParti libéral\t43,6 \tAction démocratique du Québec\t11,8 \tAutres\t1,8 Nombre de sièges 68 23 1 73 19 1 51 43 1 63 31 1 56 50 2 72 7 17 12 102 6 2 71 26 11 1 1 80 42 99 23 92 29 4 77 47 1 76* 48 1 1 Incluant l'élection dans Masson tenue deux semaines après l\u2019élection générale du 30 novembre.1 2 EZI ^ xx* siècle québécois La politique réagit avec force en proposant avec le Rapport Allaire une décentralisation radicale de la fédération, puis, à la suite de la Commission Bélanger-Campeau sur l'avenir constitutionnel au Québec, le gouvernement fait voter la loi 150 le 20 juin 1991; cette loi stipule que s\u2019il n'y a pas une entente entre le Québec et le reste du Canada, le gouvernement déclenchera un référendum sur la souveraineté au plus tard le 26 octobre 1992.C\u2019est la panique à Ottawa et dans le reste du Canada où on s\u2019affaire à préparer un projet d\u2019entente constitutionnelle.Ce sera le projet de Charlottetown soumis à un référendum pan-canadien.Le projet est rejeté par la majorité des Canadiens, y compris les Québécois.Entre-temps, dans un revirement inouï, le gouvernement Bourassa en septembre avait fait amender la loi 150 stipulant que le référendum sur l\u2019Accord de Charlottetown remplacera celui qui devait avoir lieu sur la souveraineté.Le deuxième référendum En 1994, Jacques Parizeau, le leader du PQ, remporte une victoire serrée.11 n\u2019a qu\u2019un objectif, gagner le prochain référendum qu\u2019il déclenchera en 1995.Parizeau s\u2019engage dans le combat avec deux alliés, le Bloc québécois qui a fait élire 54 députés et l\u2019Action démocratique de Mario Dumont.Des tractations entre les alliés aboutissent à un projet de souveraineté-partenariat avec le Canada.Si le Canada refuse de négocier ou s\u2019il n\u2019y a pas d\u2019accord après une année, la souveraineté sera proclamée.La population est fort hésitante ; pour augmenter ses appuis le PQ donne de plus en plus de place à Lucien Bouchard, annonçant qu\u2019il sera le négociateur en chef du Québec.Le résultat est assez spectaculaire : 49,4 pour le OUI, 50,6 pour le NON.Le Canada est en état de choc.Après sa défaite référendaire, Parizeau démissionne et Lucien Bouchard devient premier ministre en janvier 1996.La priorité du gouvernement est de rétablir l\u2019équilibre budgétaire.Le contexte économique et les coupures imposées par le fédéral obligent le gouvernement du Québec à sabrer dans toutes ses dépenses notamment en santé, en éducation et dans l\u2019aide sociale.À part quelques réformes comme l\u2019assurance-médicament et les garderies à cinq dollars, le gouvernement concentre ses énergies sur l\u2019économie et sur les finances publiques.Le Parti libéral se donne un nouveau chef, le leader conservateur fédéral Jean Charest, pour succéder à Daniel Johnson, qui a vécu des années ingrates dans l\u2019opposition et à la tête du camp du NON durant le référendum.Il s\u2019est épuisé autant à combattre les péquistes que les libéraux fédéraux avec lesquels il diverge souvent d\u2019opinion sur la question du Québec, et à maintenir un minimum d\u2019unité au sein du regroupement très hétérogène que constitue le Parti libéral du Québec.Pour le Canada anglais et les libéraux, Jean Charest est le seul capable de battre le charismatique Lucien Bouchard.C\u2019est beaucoup demander à quelqu\u2019un de se transformer du jour au lendemain de chef conservateur fédéral en chef libéral provincial.Bouchard remporte la victoire à l\u2019élection de 1998, mais les libéraux se consolent en obtenant un pourcentage légèrement supérieur du vote.Le premier ministre Bouchard refuse toujours de dire s\u2019il y aura un référendum.Il répète inlassablement qu'il ne fera pas de référendum perdant et qu\u2019il déclenchera une consultation référendaire uniquement La politique Le xx* siècle québécois lorsque les conditions gagnantes seront réunies.La bataille de l\u2019autonomie Les Québécois luttent depuis un siècle pour maintenir leur autonomie.Cette bataille a pris une tournure nouvelle avec la Deuxième Guerre mondiale et la Révolution tranquille des années 1960.L'affrontement est devenu dramatique avec l\u2019accession au pouvoir de Pierre Elliott Trudeau en 1968 et la montée du mouvement souverainiste avec le PQ de René Lévesque.Parallèlement à ce combat sur le statut du Québec, la question de l\u2019identité des Québécois est devenue une question centrale (voir l\u2019article d\u2019Antoine Robitaille en page 381).Jusqu\u2019en 1960, les Canadiens français se définissaient comme un groupe ethnique dont les caractéristiques majeures étaient la religion catholique et la langue française, et ce qu\u2019on appelait d\u2019un terme vague ses institutions, comme par exemple, son Code civil et ses institutions politiques.Les Canadiens français se percevaient comme l\u2019un des deux peuples fondateurs du pays et ignoraient à toutes fins utiles, les autochtones qui sont devenus des acteurs incontournables sur l\u2019échiquier politique.Jusque dans les années 1960, les gouvernements québécois n\u2019interviennent guère pour protéger la langue française, laissant cette tâche aux organisations patriotiques et à l\u2019école ; ils ne se souciaient guère plus d\u2019exercer leur compétence en matière d\u2019immigration.La chute marquée des taux de natalité dans les années 1960 risque de rompre l\u2019équilibre démographique séculaire entre francophones et anglophones au Québec.L\u2019Etat est appelé à intervenir pour encourager l\u2019intégration des immigrants au milieu francophone puis à légiférer pour protéger la langue française.Depuis plus de trente ans, la société québécoise est profondément divisée sur la question linguistique, d\u2019autant plus que le gouvernement fédéral se fait le promoteur du bilinguisme et du multiculturalisme.Entre-temps, les Canadiens français du Québec sont devenus des Québécois et le français la langue officielle du Québec.11 reste une grande question en suspens.Y aura-t-il un troisième référendum?Qui l\u2019emportera?Quelles seront les conséquences d\u2019une victoire du NON?ou du OUI?René Durocher est professeur au département d\u2019histoire de l\u2019Université de Montréal Bibliographie sélective Black, Conrad, Duplessis, Montréal, Éd.de l\u2019Homme, 1977.2 vol.Boily, Robert, dir., L\u2019Année politique au Québec 1997-1998, Montréal, Les Presses de l'Université de Montréal, 1999.Couvre la période 1988-1998.Bourassa, Robert, Gouverner le Québec, Montréal, Fides, 1995.Fraser, Graham, Le Parti Québécois, Montréal, Libre Expression, 1984.Genest, Jean-Guy, Godbout, Sillery, Septentrion, 1996.Godin, Pierre, La Révolution tranquille, Montréal, Boréal, 1991.Édition compact.2 vol. ¦ I ¦ Le xx* siècle québécois La politique Gow,James lain, Histoire de l\u2019administration publique québécoise, 1867-1970, Montréal, Les Presses de l'Université de Montréal, 1986.Linteau, Paul-André, René Durocher et Jean-Claude Robert, Histoire du Québec contemporain.De la Confédération à la crise (1867-1929), Nouvelle édition, 1989.Linteau, Paul-André, René Durocher, Jean-Claude Robert et François Ricard, Histoire du Québec contemporain.U Québec depuis 1930, Nouvelle édition, Boréal, 1989.McRoberts, Kenneth, Misconceiving Canada.The Struggle for National Unity, Toronto, Oxford University Press, 1997.Rumilly, Robert, Maurice Duplessis et son temps, Montréal, Fides, 1973.2 vol.Rumilly, Robert, Histoire de la province de Québec, Montréal, divers éditeurs [1940-1969], 41 volumes.Couvre la période de 1867 à 1945.Vigod, Bernard, Taschereau, Sillery, Septentrion, 1996. L\u2019ÉCONOMIE Les francophones reconquièrent l'économie PAUL-ANDRÉ LINTEAU En 1900, la population du Québec vit encore majoritairement dans les régions rurales où elle s\u2019active à l'agriculture et à la coupe forestière, tandis qu\u2019une minorité œuvre dans les usines implantées en milieu urbain.Un siècle plus tard, le Québec est devenu une société essentiellement urbaine et sa population travaille surtout dans les services.L\u2019ampleur des changements survenus entre ces deux dates est remarquable et se manifeste dans tous les domaines de l'activité humaine.Rappelons-en les principales phases.La fée électricité, 1900-1914 En avril 1901, on annonce la formation de Montreal Light, Heat and Power Company qui dominera la distribution d'électricité à Montréal.La même année, Shawinigan Water and Power Company effectue les premières livraisons d\u2019électricité produite à sa nouvelle centrale de Shawinigan.L\u2019une et l\u2019autre sociétés représentent bien cette nouvelle source d\u2019énergie dont la production et la distribution marqueront de façon exceptionnelle le développement économique du Québec au XXe siècle.Elles illustrent aussi un phénomène nouveau : l\u2019émergence de la grande entreprise, cotée en Bourse et qui étend ses tentacules sur de vastes portions du territoire.Toutes deux ont une raison sociale anglaise, car, dans le Québec du début du siècle, la langue des affaires est l'anglais.Pour l\u2019heure, la fée électricité, comme on l\u2019appelle souvent, ne touche de sa baguette magique que quelques secteurs : elle fournit la force motrice des tramways, elle éclaire les rues des villes et les locaux des entreprises, elle est utilisée dans certains procédés industriels.Chez les particuliers, seuls les plus riches peuvent se payer une telle nouveauté; avant que la quasi-totalité des foyers ne soient branchés, il faut attendre vers 1930 à Montréal et jusqu'aux années 1950 dans les campagnes.Néanmoins, la construction de barrages et de centrales commence à transformer de façon irréversible les anciennes régions de colonisation, telles la Mauricie, le Saguenay ou l\u2019Outaouais.Depuis longtemps productrices de bois de sciage, ces régions attirent aussi, à partir du début du siècle, de nouveaux utilisateurs de la forêt : les producteurs de pâtes et papiers dont l\u2019activité deviendra, tout comme l\u2019électricité, l\u2019un des symboles de l\u2019économie québécoise au xx' siècle.Les premiers ministres Siméon-Napoléon Parent, puis Lomer Gouin, convaincus que l'avenir du QU Le XX* siècle québécois L\u2019économie Québec appartient beaucoup plus à l\u2019industrie qu\u2019à la colonisation, sont prêts à faire d\u2019importantes concessions pour attirer des capitaux, même américains, et tous leurs successeurs feront de même.Leur objectif est de créer des emplois pour faire échec à l\u2019exode des Canadiens français vers les manufactures de la Nouvelle-Angleterre.Cet exode a sa source dans les difficultés qui affligent l'agriculture québécoise depuis plus d\u2019un demi-siècle.Celle-ci se porte un peu mieux après 1900.La réorientation vers une agriculture plus commerciale, grâce à la production laitière, a provoqué la création de centaines de beurre-ries et de fromageries, tandis qu\u2019autour des grandes villes la culture des fruits et des légumes se développe.Un certain degré de mécanisation des fermes se manifeste.Avec leurs familles nombreuses, les campagnes ont toutefois un surplus de population qui se dirige vers les villes, en même temps que la plus puissante vague d\u2019immigration de l\u2019histoire du Canada laisse des traces au Québec.L\u2019agglomération de Montréal en profite au premier chef.Elle connaît l\u2019une des plus fortes phases de croissance de son histoire et sa population dépasse le demi-million en 1911.Québec, avec près de 80 000 habitants, vient loin derrière, tandis que les autres villes d\u2019importance n\u2019ont guère plus de 10 000 habitants chacune.L'urbanisation rapide alimente une substantielle poussée de construction commerciale et résidentielle, mais aussi une fièvre de spéculation foncière qui s\u2019intensifie au début des années 1910.Dans tous ces centres urbains, l\u2019industrie manufacturière est le moteur de la croissance.S'appuyant sur la disponibilité d\u2019une main-d\u2019œuvre à bas salaires, l\u2019indus- trie légère domine : produits alimentaires, textile, vêtement, chaussure.Font exception Montréal et sa banlieue où 1 industrie lourde \u2014 produits de fer et d\u2019acier, matériel ferroviaire, produits chimiques \u2014\u2022 occupe une place importante.Montréal se distingue aussi parce qu\u2019elle est la métropole du Canada.Principal port de mer du pays et tête de pont des grands réseaux ferroviaires, elle profite abondamment de la colonisation de l\u2019Ouest.Elle se dote de toutes nouvelles installations portuaires pour gérer la croissance du commerce et surtout l\u2019arrivée massive du blé des Prairies, destiné à la Grande-Bretagne.Les entrepôts du Vieux-Montréal regorgent de marchandises \u2014 locales ou importées \u2014 que les grossistes montréalais distribuent à travers le pays.Rue Saint-Jacques, symbole du capitalisme canadien, se dressent les immeubles des établissements financiers les plus importants.L\u2019économie montréalaise est le royaume de la grande bourgeoisie canadienne-anglaise, souvent d'origine écossaise, qui profite de sa relation privilégiée avec la Grande-Bretagne, première puissance finan-cière du monde.Ayant accumulé des fortunes considérables, ses membres en font étalage dans leurs somptueuses résidences du Golden Square Mile, mais ils sont aussi en mesure d\u2019appuyer généreusement les grandes institutions anglo-protestantes de la ville, dont l\u2019université McGill.Le capital américain est nettement moins visible à Montréal, car il se déploie principalement en Ontario et à Toronto; au Québec, sa présence est surtout perceptible dans les nouvelles industries d\u2019exploitation des ressources naturelles, bien que les entreprises canadiennes-anglaises y soient aussi actives. Ouvriers construisant le pont Victoria à Montréal en 1897-1898.À cette époque, la métropole connaît une des plus fortes phases de croissance de son histoire.En 1910, la population montréalaise atteint déjà le demi-million d'habitants.(Archives du Canadien National). < hi La rue Saint-Jacques en 1910, cœur du quartier des affaires de Montréal et centre financier du Canada.(Archives de la CTCUM). En 1921, le magasin Dupuis Frères célèbre le 53e anniversaire de sa fondation.(Archives nationales du Québec) iüÊkL La première caisse populaire Desjardins fondée à Lévis le 6 décembre 1900 dans la maison d\u2019Alphonse Desjardins.jn r Le 15 avril 1944, les premiers dirigeants d'Hydro-Québec prennent possession de l'édifice de la Montreal Light, Heat and Power Consolidated.De g.à d.: T.-Damien Bouchard, président, George C.McDonald, Raymond Latreille, L.-Eugène Potvin et John W.McCammon.PfCfpïQP La firme Bombardier, un des symboles de la reprise en main de l'économie du Québec par les francophones, lançait le Muskeg en 1953, un véhicule tout terrain (Archives Bombardier). AMENAGEME' ÉLECTRIQIi BEAUMÛM BEAUMG poweI DEVELOPM, IHE SHÀWINIGAN MER ANO POWER COMPANY Scène du Québec des années 50.Le premier ministre Maurice Duplessis inaugure, en 1958, la centrale électrique de Beaumont sur la rivière Saint-Maurice.De g.à d.: Georges-Léon Pelletier, évêque de Trois-Rivières, M.R.J.Beaumont, président de la Shawinigan Water and Power Company, Maurice Duplessis et Daniel Johnson, alors ministre des Ressources hydrauliques.Le barrage de Manie 5, symbole de l\u2019importance de l\u2019électricité dans l\u2019histoire économique du Québec au xxc siècle.nim t3.~ -A- £«5vr It TftWAJL Le syndicalisme québécois a véritablement pris son essor après la Seconde Guerre mondiale.Dans les années 1950, Gérard Picard a dirigé la C.T.C.C.(Confédération des travailleurs catholiques du Canada) qui deviendra la CSN en 1960.(Archives de la CSN) '1* i/t i 4 I ' u.Vue du quartier populaire Hochelaga-Maisonneuve dans les années 1970.Les jeunes de moins de 14 ans constituaient encore près de 30% de la population québécoise en 1971.Cette proportion n'est plus que de 18% maintenant. 5275 5275 Quelques-unes des forces économiques du Québec au xxf siècle : (de g.à d.dans le sens des aiguilles d\u2019une montre) la mine et métaux, les transports, dont les deux grandes compagnies ferroviaires CN et CP, la constitution de « l'empire » Québécor par Pierre Péladeau et le port de Montréal, pilier de l\u2019économie québécoise au début du siècle.sa I Ui f fourni I montn PREMIERS MINISTRES DU QUEBEC Félix-Gabriel Marchand 1897-1900 (Archives nationales du Québec) Siméon-Napoléon Parent, 1900-1905 (Archives nationales du Québec) LomerGouin, 1905-1920 (Archives nationales du Québec) Louis-Alexandre Taschereau, 1920-1936 (Archives nationales du Québec) Adélard Godbout, 1936, 1939-1944 (Archives nationales du Québec) Maurice Duplessis, 1936-1939, 1944-1959 (Archives nationales du Canada) Jean Lesage, 1960-1966 Daniel Johnson, 1966-1968 \\w y v- % r René Lévesque, 1976-1985 Robert Bourassa, 1970-1976, 1985-1993 ¦v Jacques Pari2eau, 1994-1996 Lucien Bouchard, 1996- ÉCRIVAINS QUÉBÉCOIS DU XX1' SIÈCLE Émile Nelligan Gabrielle Roy (Archives nationales du Canada) Gaston Miron Anne Hébert Germaine Guévremont Rina Lasnier Félix-Antoine Savard Ringuet (Philippe Panneton) Claude-Henri Grignon Alain Grandbois \\ ' \"««mv 1 Jacques Ferron (Kèro) Jean-Aubert Loranger Saint-Denys-Garneau Gérard Bessette Alfred DesRochers, Yves Theriault Jacques Brault Hubert Aquin Marie-Claire Blais Jacques Godbout Gatien Lapointe Antonine Maillet Yves Beauchemin Michel Tremblay Réjean Ducharme Pierre Vadeboncoeur Jean Basile Jean Larose L'économie Le xx* siècle québécois La croissance de Montréal favorise tout de même l'essor d'une bourgeoisie canadienne-française présente surtout dans le commerce de gros, la finance, la promotion foncière et certaines industries manufacturières (chaussure, aliments et imprimerie, notamment).Une situation semblable existe dans les autres régions du Québec.Partout, des entrepreneurs francophones sont à la tête de petites et moyennes entreprises, d\u2019envergure locale ou régionale, s'appuyant sur la clientèle canadienne-française.Malgré des progrès indéniables, leurs affaires restent modestes à côté de celles des grands entrepreneurs anglophones: les banques francophones, par exemple, n\u2019ont ensemble que 4,5% de l\u2019actif total des banques à charte du pays.Même s\u2019ils jouissent d'une certaine influence à l\u2019échelle locale, la direction de l\u2019économie du Québec leur échappe.De l\u2019incertitude à l\u2019euphorie, 1914-1929 Une récession amorcée en 1913, puis l\u2019entrée en guerre du Canada en 1914 mettent un terme à la forte poussée d\u2019expansion du début du siècle.Faute de financement, les grands travaux d'infrastructures sont en panne, la croissance urbaine est stoppée et la bulle spéculative est crevée ; il faudra plusieurs décennies avant que les investisseurs récupèrent leur mise de fonds engloutie dans les terrains de la périphérie montréalaise.La demande militaire relance toutefois la production manufacturière, tandis que les agriculteurs sont incités à produire et à investir davantage pour nourrir l\u2019Angleterre.Ce regain de vigueur, accompagné d\u2019une forte inflation, a un côté artificiel.La guerre terminée, l\u2019activité économique connaît un ralentissement qui dégénère en une crise d\u2019envergure, accompagnée d\u2019une déflation brutale, au début des années 1920.La situation intenable dans laquelle se trouvent un grand nombre de travailleurs et d\u2019agriculteurs relance le mouvement d\u2019émigration des Québécois vers la Nouvelle-Angleterre.La reprise ne se fait sentir qu\u2019au milieu des années 1920, mais elle sera très vigoureuse, engendrant, cette fois à la Bourse, une nouvelle folie spéculative brutalement interrompue par le krach de 1929.Pendant les années 1920 le développement économique du Québec s\u2019appuie sur les mêmes lignes de force qu\u2019au début du siècle.La reprise de l\u2019immigration et la colonisation de l\u2019Ouest ont un impact considérable à Montréal qui exporte plus de blé que jamais vers la Grande-Bretagne.La production manufacturière s\u2019accroît rapidement pour répondre à la demande d\u2019une population canadienne beaucoup plus nombreuse.L\u2019usage de l\u2019automobile se répand et favorise le tourisme.Cela incite le gouvernement québécois à investir de fortes sommes \u2014 grâce aux profits de la Commission de liqueurs, créée en 1921 \u2014 dans le développement du réseau routier et dans la construction de plusieurs nouveaux ponts autour de l\u2019île de Montréal.Les investissements privés les plus spectaculaires sont réalisés dans le secteur des ressources naturelles.Des centrales électriques de plus en plus puissantes sont mises en chantier le long du Saint-Laurent et de ses principaux affluents et les entreprises d\u2019électricité se constituent de véritables monopoles régionaux.L\u2019électricité attire des entreprises chimiques en Mau-ricie et une importante aluminerie au Saguenay.La découverte d\u2019or et de cuivre en Abitibi donne une nouvelle vocation minière à cette région de colonisation.Plus substantiel encore est le développement du secteur des pâtes et papiers, E2J Le xx\u201c siècle québécois L\u2019économie amorcé au début du siècle, mais qui atteint a une ampleur nouvelle au cours des années c 1920.Les usines se multiplient un peu par- il tout sur le territoire du Québec, tellement c qu\u2019il y a du surinvestissement.Dès 1927, d l'industrie papetière entre dans une crise profonde qui préfigure celle, plus généra- 1; lisée, qui frappera après 1929.\tj Le Québec devient majoritairement a urbain à l\u2019époque de la Première Guerre s mondiale.Des villes nouvelles surgissent j autour des mines et des usines de papier.< L\u2019agglomération de Montréal compte un ] million d\u2019habitants en 1931, celle de Qué- i bec, un peu plus de 140 000.L\u2019urbanisation 1 engendre une demande accrue de services i de toute sorte qui emploient une part ] croissante de la main-d\u2019œuvre: du com- i merce de détail au divertissement, de i l\u2019assurance-vie à la mécanique automobile.; La concentration des grandes entreprises ; exige un personnel administratif beaucoup plus nombreux dans les sièges sociaux, ce 1 qui entraîne la construction, dans le i centre-ville de Montréal, de plusieurs nouveaux édifices à bureau et même des ; premiers gratte-ciel de type américain.] L\u2019une des grandes industries du xx' i siècle, la fabrication d\u2019automobiles, échap- i pe toutefois au Québec.Les entreprises ( américaines qui dominent cette industrie installent toutes leurs usines canadiennes ( en Ontario.Leurs homologues de plu- [ sieurs autres secteurs font de même, de s sorte que l\u2019Ontario obtient les deux tiers r des usines américaines implantées au \\ Canada et le Québec, seulement le sixiè- p me.Toronto profite de cette situation p nouvelle et se pose désormais en rivale de p Montréal pour la domination économique t du pays.Le titre de métropole du Canada p est donc contesté, même si Montréal s conserve une certaine avance dans les e années 1920.À long terme, cependant, celle-ci est désavantagée par une évolution inéluctable : le déplacement des échanges canadiens et des mouvements de capitaux de la Grande-Bretagne vers les Etats-Unis.La grande bourgeoisie anglo-montréalaise n\u2019a donc plus la même emprise qu\u2019auparavant.La mutation du monde des affaires permet aux gestionnaires professionnels de jouer un rôle accru dans les grandes entreprises, tandis que les descendants des capitalistes flamboyants de la période précédente se contentent souvent de jouir de leur fortune.Les entrepreneurs francophones et leurs PME font de moins en moins le poids dans un univers marqué par la concentration des capitaux.Certains cèdent le contrôle de leur entreprise, d\u2019autres sont éliminés.La crise du début des années 1920 en ébranle plusieurs dont les assises étaient fragiles.Les années noires de la grande dépression, 1929-1939 La crise des années 1930 dépasse, par son ampleur et sa durée, toutes celles qui l\u2019ont précédée.Elle se déploie, avec des intensités diverses, à l\u2019échelle mondiale et le Canada est l\u2019un des pays les plus gravement atteints.Comment se manifeste-t-elle au Québec?La crise affecte particulièrement le commerce international des matières premières dont le Québec et le Canada sont étroitement dépendants.L\u2019effondrement du commerce du blé provoque une véritable débandade économique dans les provinces de l\u2019Ouest et Montréal, principal port d\u2019exportation des céréales et tête de pont des chemins de fer transcontinentaux, est touchée de plein fouet.L\u2019industrie papetière du Québec, déjà en crise de surproduction depuis 1927, s\u2019enfonce encore plus avec la chute de la demande L\u2019économie Le xx* siècle québécois QQj américaine, consécutive à la baisse du volume et du tirage des journaux.Les usines de pâte ou de papier tournent au ralenti et certaines doivent fermer leurs portes pour des périodes plus ou moins prolongées, ce qui affecte aussi bien leurs ouvriers que les bûcherons.Cette situation se répercute rapidement dans les autres secteurs industriels, touchés par la baisse de la consommation.Les entreprises cessent d'investir et les mises en chantier se font extrêmement rares, dans la construction tant commerciale que résidentielle.Il n\u2019existe pas de statistiques fiables sur le taux de chômage de cette époque, mais on estime qu\u2019au plus fort de la dépression, en 1932-1933, entre le quart et le tiers de la main-d\u2019œuvre est sans emploi (et même beaucoup plus dans des industries comme celle du bâtiment).Les prix et les salaires sont en baisse partout.Les agriculteurs en souffrent eux aussi.Ils reçoivent moins pour leurs produits, tout en devant rembourser les investissements faits dans les années précédentes.La détérioration de leur situation force les gouvernements à lancer des programmes de crédit agricole.Les familles rurales ont toutefois, contrairement à leurs homologues des villes, la possibilité de se nourrir elles-mêmes.Cela contribue à soutenir un mouvement de retour à la terre et de relance de la colonisation, dans des régions comme l\u2019Abitibi et le Bas-Saint-Laurent.Des programmes d\u2019aide à l\u2019établissement des colons sont d\u2019ailleurs mis sur pied par les gouvernements fédéral et provincial et favorisent la création d\u2019environ 150 nouvelles paroisses.Mais les misères de la vie de colon offrent une bien piètre solution de rechange à la misère urbaine.L\u2019État doit intervenir de façon différente pour venir en aide aux nombreux ouvriers et employés en chômage, car les organismes de charité sont débordés.Il le fait toutefois avec réticence, au moyen de mesures perçues comme temporaires et exceptionnelles.Des mécanismes de financement tripartite \u2014 fédéral, provincial et municipal \u2014 sont élaborés.Dans un premier temps, les gouvernements privilégient l'embauche des chômeurs dans des programmes de travaux publics, mais cela s\u2019avère bientôt insuffisant.A compter de 1932, ils y ajoutent le « secours direct », une forme d\u2019aide financière aux familles dans le besoin.Les célibataires, quant à eux, sont dirigés vers des camps de travail gérés par l\u2019armée ; cette expérience suscite bien des mécontentements et on y met fin en 1936.Toutes ces mesures, nouvelles et temporaires, indiquent bien à quel point les gouvernements sont mal préparés à faire face à une crise d\u2019une telle ampleur qui ébranle dans ses fondements même le système capitaliste et l\u2019économie de marché.Les débats qui font rage dans les années 1930 mèneront à une nouvelle conception du rôle de l\u2019État: celui d\u2019agent régulateur de l\u2019économie.À court terme, ils entraînent la création de programmes permanents destinés à des clientèles spécifiques (aveugles, invalides, mères nécessiteuses) et surtout la mise en œuvre, en 1940, d\u2019un programme fédéral d\u2019assurance-chômage, basé sur le modèle britannique de 1911.Les idées nouvelles avancées par l\u2019économiste anglais Keynes et l\u2019expérience du New Deal américain commencent à inspirer les dirigeants politiques au Québec et au Canada.L\u2019intervention de l\u2019État soulève toutefois un débat constitutionnel d\u2019envergure qui s\u2019amorce dans les années 1930 et qui perdurera pendant plusieurs décennies.La répartition des pouvoirs fait des provinces Le xx* siècle québécois L'économie les premières responsables des mesures sociales, mais la répartition fiscale favorise le gouvernement fédéral.Faut-il alors centraliser les responsabilités vers le palier qui possède les ressources financières ou plutôt décentraliser celles-ci vers celui à qui incombe l\u2019aide sociale?Le gouvernement fédéral met sur pied une commission d\u2019enquête (Rowell-Sirois) pour y réfléchir, mais la question n\u2019est toujours pas réglée à la fin de la décennie.Les difficultés économiques ne touchent pas uniquement les travailleurs.Elles provoquent aussi la ruine de nombreux petits propriétaires et petits entrepreneurs dont la clientèle populaire n\u2019est plus en mesure de payer loyers et factures ; les hommes d\u2019affaires francophones sont particulièrement touchés.Certains pointent du doigt le pouvoir exorbitant des monopoles qui étouffent la petite entreprise.Au Québec, le mécontentement alimente une campagne de lutte contre les trusts, en particulier celui de l\u2019électricité qu\u2019on voudrait étatiser.Les gouvernements libéral, puis unioniste, se contentent d\u2019un mécanisme de contrôle des prix de l\u2019électricité, mais le débat sur l\u2019étatisation restera très vivant.La crise des années 1930 se caractérise non seulement par la gravité de la dépression, mais aussi par la lenteur de la reprise, entravée par une nouvelle rechute en 1937, de sorte que la sortie de crise ne sera achevée qu\u2019avec la guerre.L\u2019effet de la Deuxième Guerre mondiale, 1939-1945 Le contraste entre années de crise et années de guerre est frappant.Il faut dire qu\u2019au Québec comme dans le reste du Canada, l\u2019impact économique de la Deuxième Guerre mondiale est beaucoup plus considérable que celui de la Première.Après l\u2019occupation de la France, le Canada est propulsé au rang de principal fournisseur des Alliés et il reste un partenaire important après l\u2019entrée des États-Unis dans le conflit.Toutes les ressources humaines et matérielles du pays sont conscrites afin d'atteindre un objectif ultime : la victoire des Alliés sur les puissances de l\u2019Axe.L\u2019investissement manufacturier, anémique pendant la décennie précédente, est relancé avec vigueur.La priorité va évidemment aux besoins militaires.Plusieurs usines de munitions et d\u2019explosifs sont implantées au Québec, i\u2019avionnerie Cana-dair s\u2019installe à Saint-Laurent et les chantiers navals de Sorel tournent à plein régime.L\u2019industrie chimique est en forte expansion à Shawinigan, tandis qu\u2019on agrandit l\u2019aluminerie d\u2019Alcan à Arvida.Dans plusieurs autres secteurs, la production est convertie en tout ou en partie à des fins militaires et la demande civile se raffermit sous la poussée de la relance économique.Ainsi, on réussit à faire tripler la valeur de la production manufacturière du Québec, entre 1939 et 1944.Les nouveaux investissements ont aussi pour effet de renforcer, au moins temporairement, la part de l\u2019industrie lourde dans la structure industrielle.Dans le monde rural, le revenu des agriculteurs triple lui aussi pendant la guerre.Il faut non seulement nourrir la population du Canada, mais également contribuer à alimenter celle de la Grande-Bretagne et celle des autres pays européens au fur et à mesure de leur libération.Le gouvernement fédéral fournit des primes à la production et instaure des programmes de soutien des revenus agricoles.L économie du Québec tourne donc à plein régime, ce qui permet enfin d\u2019attein- L'économie Le xx* siècle québécois £££] dre le plein emploi.Une partie de la main-d'œuvre masculine étant à l\u2019armée, un nombre croissant de femmes participe au marché du travail, notamment dans les usines de guerre.Dans ce climat d\u2019expansion, la syndicalisation progresse rapidement, ce qui permet d\u2019améliorer les salaires et les conditions de travail.Dans le but d\u2019assurer la paix sociale et de maintenir la production, les gouvernements fédéral et provincial adoptent, chacun de leur côté, de nouveaux codes du travail qui balisent les relations de travail et forcent les entreprises à reconnaître les syndicats et à négocier avec eux.Le contexte de la guerre permet au gouvernement fédéral de s\u2019immiscer dans la gestion de l\u2019économie à un niveau jamais vu jusque-là.Il établit le contrôle des prix et des salaires, impose le rationnement de plusieurs produits, oriente la nature et le volume de la production et, plus généralement, décide de l\u2019allocation des ressources humâmes et matérielles.Le gouvernement de Mackenzie King est désormais converti aux principes du keynesianisme et de l\u2019État-providence.Il met en place une puissante bureaucratie pour épauler sa nouvelle mission, une bureaucratie dans laquelle les francophones n\u2019occupent qu\u2019une position marginale, sauf aux échelons subalternes.Très rapidement, le gouvernement fédéral s'active à planifier l\u2019après-guerre.Son objectif est d\u2019éviter la désorganisation qui a suivi le précédent conflit mondial et surtout un retour à la crise des années 1930.Il prévoit l\u2019élimination graduelle et ordonnée des contrôles et il adopte de nouveaux programmes sociaux à forte incidence économique qui entrent en vigueur en 1945.Le programme des allocations familiales vise à soutenir la con- sommation en accordant aux mères de famille des ressources supplémentaires pour élever leurs enfants.La Loi nationale de l\u2019habitation et la Société centrale d\u2019hypothèques et de logement doivent contribuer à relancer la construction résidentielle en augmentant l'offre de logements neufs et en facilitant l'accès à la propriété.L'interventionnisme du gouvernement fédéral bouleverse l\u2019équilibre traditionnel des relations fédérales-provinciales.Les provinces sont marginalisées et doivent même accepter de transférer au gouvernement fédéral les recettes de l\u2019impôt sur le revenu, en retour de maigres compensations financières.Au Québec, le gouvernement libéral d\u2019Adélard Godbout est critiqué pour son attitude servile à l\u2019endroit d\u2019Ottawa, qui lui coûtera le pouvoir en 1944.11 se distingue toutefois de ses prédécesseurs en s\u2019inscrivant plus ouvertement à l\u2019enseigne de l\u2019État-providence.Il intervient dans l\u2019économie, créant un Conseil d\u2019orientation économique et surtout étatisant les compagnies d\u2019électricité de la région de Montréal, désormais sous la coupe d\u2019Hydro-Québec, mise sur pied en 1944.\tDans le but d\u2019améliorer la formation de la main-d\u2019œuvre, il adopte plusieurs mesures pour renforcer l\u2019éducation : instruction obligatoire, gratuité du cours secondaire et des manuels, soutien financier aux universités.La croissance économique du temps de guerre contribue à améliorer le niveau de vie des Québécois.Le revenu personnel par habitant double presque entre 1939 et 1945.\tAvec le rationnement qui limite la consommation, une partie de ces ressources supplémentaires est épargnée et constitue une réserve pour l\u2019après-guerre.Cela contribue à l\u2019expansion des institutions financières, en particulier des caisses Le xx* siècle québécois L'économie populaires.Pour les Québécois, notamment pour les francophones, la guerre marque donc un revirement de situation qui se confirmera dans l'après-guerre.La prospérité d\u2019après-guerre, 1945-1960 Contrairement aux craintes du gouvernement fédéral, la fin du conflit mondial n'entraîne pas une récession, mais marque plutôt le début d'une longue période de prospérité.Après quinze ans de privations, une forte demande de rattrapage s\u2019exprime au Québec comme ailleurs au Canada : les achats d\u2019appareils électriques, d\u2019automobiles et de biens de consommation augmentent de façon sensible.S\u2019ajoutent l\u2019effet de la demande américaine pour les matières premières canadiennes et l\u2019impulsion supplémentaire fournie par la guerre de Corée, de sorte que la croissance économique est substantielle jusqu\u2019à la récession de 1957.Cette croissance se déploie sur un fond d\u2019explosion démographique, alimentée tout à la fois par le baby boom et par la reprise de l\u2019immigration, quasiment interrompue pendant quinze ans.Le Québec connaît plusieurs armées de plein emploi et d'inflation très faible, ce qui favorise une hausse significative du niveau de vie, cependant inégalement répartie entre les groupes sociaux.Une vague d\u2019investissements alimente la croissance.Dans de nombreux secteurs, les entreprises manufacturières agrandissent leurs installations et amorcent l\u2019automatisation de la production.L\u2019augmentation rapide de la demande d\u2019électricité entraîne la mise en chantier de plusieurs nouvelles centrales.Les besoins américains en matières premières justifient l\u2019exploitation du fer du Nouveau-Québec et la poussée de développement de la Côte- Nord, ainsi que la construction de la Voie maritime du Saint-Laurent.Les administrations publiques investissent de fortes sommes dans la voirie, mais aussi dans la construction ou l\u2019agrandissement d\u2019écoles et d\u2019hôpitaux.Il faut dire que la demande de services est en forte hausse, tant dans l\u2019éducation et la santé que dans la gestion des entreprises ou dans les services personnels.Désormais, plus de la moitié de la main-d\u2019œuvre québécoise se retrouve dans le tertiaire.En milieu rural, la mécanisation des exploitations s\u2019accélère dans les meilleures zones agricoles, tandis que les fermes marginales des régions de colonisation sont de plus en plus désertées.Il en résulte une réduction radicale de la main-d\u2019œuvre agricole et une forte poussée d\u2019exode rural.Tous ces facteurs économiques et démographiques se conjuguent pour relancer la croissance urbaine.Parfois spectaculaire, comme à Sept-Iles, parfois plus modeste, comme à Québec, elle est perceptible partout.La crise du logement qui s\u2019était développée pendant la guerre entraîne une forte demande, ensuite relayée par les besoins des jeunes familles et des immigrants, de sorte que la construction résidentielle est en plein essor, appuyée par des politiques gouvernementales favorables.Dans les villes centrales, les zones encore libres se développent rapidement et l\u2019expansion urbaine déborde bientôt vers une nouvelle banlieue à l\u2019américaine, caractérisée par ses résidences unifamiliales et sa dépendance envers l\u2019automobile.Les premiers centres commerciaux font leur apparition dans les années 1950.L agglomération de Montréal occupe une place exceptionnelle dans ce processus.Elle se distingue par son dynamisme économique et elle accueille environ le L\u2019économie Le xxa siècle québécois quart des immigrants qui entrent au Canada.Sa population s\u2019accroît rapidement, pour atteindre deux millions d'habitants en 1961, et l\u2019étalement urbain se manifeste dans toutes les directions : vers les deux extrémités de l\u2019île de Montréal, vers l'île Jésus et vers la Rive-Sud.Elle est cependant en perte de vitesse par rapport à Toronto.Cette dernière l\u2019emporte désormais pour la valeur de ses transactions boursières et financières.Entre 1941 et 1961, par exemple, 23 compagnies d\u2019assurance déménagent leur siège social de Montréal à Toronto.Vers 1960, tous les indices le montrent, les jeux sont faits: Toronto est devenue la nouvelle métropole économique du Canada, même si les Montréalais mettront un certain temps à s\u2019en rendre compte.Plusieurs raisons expliquent ce glissement, mais la dépendance croissante de l\u2019économie canadienne envers l\u2019économie américaine et le déclin relatif des relations avec la Grande-Bretagne, qui avaient fait la fortune de Montréal, jouent un rôle décisif.Certes, les Américains investissent beaucoup au Québec, mais essentiellement dans l\u2019extraction des ressources naturelles ; dans les industries manufacturières et les services, ils concentrent massivement leurs entreprises en Ontario où ils accroissent substantiellement leur emprise.Pendant l\u2019après-guerre, les Québécois s\u2019habituent aux bienfaits de l\u2019État-Provi-dence, grâce aux chèques qui leur parviennent d\u2019Ottawa: prestations d\u2019assurance-chômage, allocations familiales, puis pensions de vieillesse améliorées et devenues universelles.Le gouvernement fédéral lance aussi une multitude de programmes à frais partagés dont il est seul à définir les modalités; les provinces n\u2019ont d\u2019autre choix que d\u2019accepter et de payer leur part des coûts, ou de refuser sans obtenir aucune compensation.Au Québec, le gouvernement Duplessis refuse souvent, au nom de la défense de l\u2019autonomie provinciale, mais il n\u2019a pas de solutions de rechange à offrir.Rejetant le type d'intervention étatique associé à l\u2019État-provi-dence, il préfère s\u2019en remettre au secteur privé et poursuit la politique de ses prédécesseurs : accueillir à bras ouverts les capitaux étrangers qui mettront en valeur les ressources naturelles.Il place l\u2019État au service des patrons en réduisant la liberté de manœuvre des syndicats et en contrant les mouvements de grève, comme celle de l\u2019amiante, en 1949.Une partie importante de la classe ouvrière n\u2019est donc pas en mesure de profiter autant qu\u2019elle le voudrait de la prospérité ambiante.La porte qu'avait entrouverte le gouvernement Godbout au début des années 1940 est clairement refermée.L\u2019économie du Québec reste dominée par les grandes entreprises canadiennes-anglaises où tout fonctionne en anglais et où les francophones sont généralement confinés aux rangs inférieurs.Qu\u2019il s\u2019agisse de la Banque royale, de la Banque de Montréal, de Sun Life ou de Dominion Textile, le modèle est le même et il se reproduit dans les sociétés du gouvernement fédéral ayant leur siège à Montréal, comme le Canadien national ou Air Canada.L'affichage unilingue anglais, si présent à Montréal, témoigne bien de cette emprise.Les hommes d\u2019affaires francophones occupent le plus souvent une position marginale dans l\u2019économie, mars leur situation commence à s\u2019améliorer avec l\u2019enrichissement de leur clientèle canadienne-française.On le voit dans le secteur financier où les Caisses populaires Desjardins, la mj Le XX* siècle québécois L'économie Banque canadienne nationale et la Banque provinciale voient leur actif augmenter rapidement, tandis que plusieurs nouvelles compagnies d'assurance voient le jour.De nombreux entrepreneurs en construction s'enrichissent grâce aux contrats de voirie, d'édifices publics ou religieux ou en répondant à la demande de logements.À côté de quelques grandes familles établies, le financier Jean-Louis Lévesque est l\u2019étoile montante du monde des affaires francophone.Un problème persiste toutefois : il n\u2019y a guère de grandes entreprises canadiennes-françaises.L'entreprise francophone reste familiale, locale ou régionale et elle est sous-capitalisée ; son poids dans l\u2019économie québécoise est nettement minoritaire.Le sujet provoque de nombreux débats au cours des années 1950.Certains croient qu\u2019il faut établir une plus grande concertation parmi les milieux d'affaires, mais d\u2019autres, de plus en plus nombreux, estiment que seul le poids de l'Etat peut contribuer à renverser les choses et permettre aux francophones d'obtenir une plus grande maîtrise de leur économie.Le choc de la Révolution tranquille, 1960-1980 La Révolution tranquille (1960-1966) a sur l\u2019économie québécoise l\u2019effet d\u2019un électrochoc et ses répercussions se font sentir pendant au moins deux décennies.L\u2019arrivée au pouvoir des libéraux de Jean Lesage est caractérisée par l\u2019adhésion sans équivoque du Québec aux principes de l\u2019État-providence et par la mise en marche d\u2019un gigantesque effort de modernisation, soutenu par un mouvement d\u2019affirmation nationale sans précédent.La Révolution tranquille se manifeste d'abord dans le renforcement de l\u2019emprise de l\u2019État sur la société québécoise, notamment dans les champs de 1 éducation, de la santé et des services sociaux.L\u2019intervention étatique s\u2019appuie sur une fonction publique transformée ; ses effectifs s accroissent rapidement en faisant une large place aux nouvelles élites francophones dont l\u2019émergence s'était heurtée à de nombreux obstacles dans le secteur privé.Elle se fait aussi sentir de façon beaucoup plus lourde qu\u2019auparavant dans le champ de l\u2019économie.À l\u2019idée de modernisation est alors associée celle de rattrapage.Le Québec accuse un certain retard sur le plan des équipements de base et des infrastructures.Tout au cours des années 1960, l\u2019État québécois investit donc des sommes considérables dans la voirie, surtout pour l\u2019aménagement d\u2019un réseau autoroutier et de nouveaux ponts, dans la construction d\u2019écoles secondaires, de collèges et d\u2019universités, dans l\u2019agrandissement des hôpitaux et dans de nombreux autres travaux publics.Cet effort se poursuit pendant la décennie suivante, quoique à un rythme moins intense.Par ailleurs on perçoit que le retard du développement est plus marqué dans les régions éloignées des grands centres et les deux niveaux de gouvernement tentent de réduire ces disparités régionales, avec des succès bien limités.Là où la Révolution tranquille rompt de façon encore plus nette avec la situation antérieure, c\u2019est dans la mise en marche d\u2019une véritable stratégie de reconquête économique du Québec par les francophones, élaborée par un petit noyau de hauts fonctionnaires.À long terme, on mise sur la réforme de l\u2019éducation pour briser le cercle de la sous-scolarisation chronique et pour former la main-d\u2019œuvre plus qualifiée dont le Québec a besoin. L economic Le xx* siècle québécois À court terme, face aux blocages qui existent dans le secteur privé, on privilégie la mise sur pied de sociétés d\u2019État qui fourniront aux francophones des emplois et des possibilités d\u2019acquérir de l'expérience.Le fer de lance est Hydro-Québec, bénéficiaire de la deuxième nationalisation de l'électricité, réalisée en 1962-1963 au cri de «Maîtres chez nous».Le Québec se dote ainsi d\u2019une très grande entreprise fonctionnant entièrement en français et dont l'impact sur l'économie sera considérable, notamment avec l'aménagement successif du complexe hydroélectrique Manicouagan-Outardes et de celui de la baie James.En 1965 est créée la Caisse de dépôt et placement qui doit faire fructifier les cotisations du Régime des rentes tout en contribuant au développement du Québec.A ses débuts, elle répond surtout aux besoins financiers de l\u2019État, mais après 1976, sous l'impulsion du gouvernement Lévesque, elle investit de façon croissante dans le secteur privé.Au cours des années 1960, d\u2019autres sociétés d\u2019État sont mises sur pied, dans les champs de la sidérurgie, de l'exploitation forestière, de l\u2019exploration minière et pétrolière.Un autre volet de la stratégie économique vise à appuyer le développement de l'entreprise privée à propriété québécoise et à favoriser la formation de groupes financiers et industriels plus puissants.Il prendra plus d'importance au cours des années 1970, surtout après l\u2019arrivée au pouvoir du Parti québécois, en 1976.Un des moyens utilisés est l\u2019adoption de politiques préférentielles pour l\u2019attribution des contrats du gouvernement et des sociétés d'État.Un autre est la contribution au financement des entreprises, soit par des prises de participation au capital, comme le feront la Société générale de finance- ment (1962) et la Caisse de dépôt, soit par des programmes d\u2019aide gérés par les ministères ou par la Société de développement industriel (1971).De son côté, le Régime d\u2019épargne actions vise à faciliter l\u2019entrée en Bourse des jeunes entreprises les plus dynamiques.Un grand nombre de PME québécoises profitent de ces mesures, ce qui permet aux francophones d\u2019accroître peu à peu leur part de l\u2019activité économique dans la province.On assiste aussi à un mouvement de concentration qui permet l\u2019émergence de groupes québécois plus puissants.Par ailleurs, les revendications nationalistes qui s'expriment dans la population, bientôt appuyées par une législation linguistique de plus en plus contraignante, entraînent les grandes entreprises canadiennes ou étrangères à modifier des attitudes séculaires de discrimination à partir des années 1970: leurs cadres oeuvrant au Québec sont en nombre croissant recrutés parmi les francophones, d\u2019autant plus que, grâce à la réforme scolaire, ceux-ci bénéficient d\u2019une formation plus poussée.Malgré ces progrès, réels mais encore limités, l\u2019économie québécoise traverse une période de turbulence.Certes, la croissance reste vigoureuse jusque vers 1975, mais le Québec est en perte de vitesse dans l\u2019ensemble canadien.Une proportion décroissante des immigrants choisit de s\u2019y établir, la natalité est en chute libre, tandis qu\u2019un grand nombre de Québécois, surtout anglophones, le quittent à destination d\u2019autres provinces.Le déménagement de sièges sociaux de Montréal vers Toronto, amorcé bien avant 1960, s\u2019accélère par la suite.Même si ce phénomène s\u2019explique d'abord par des motifs économiques, le contexte politique Le xx* siècle québécois L'économie y contribue ou à tout le moins fournit un prétexte commode.Il y a manifestement un coût à vouloir vivre en français dans un espace économique canadien et nord-américain anglophone.Ces déplacements font perdre au Québec des centres de décision importants et leur main-d'œuvre hautement qualifiée, ainsi que les retombées qui accompagnent leur présence.L\u2019établissse-ment de bureaux régionaux et la création de grandes entreprises francophones sont bien insuffisants pour compenser ces pertes.Par ailleurs, le Québec est frappé de plein fouet par un vaste mouvement de restructuration industrielle qui se manifeste à l\u2019échelle planétaire.D'une part, l'évolution de la technologie et des procédés de production rend désuètes les vieilles usines qui parsemaient depuis longtemps le paysage urbain.On peut désormais produire beaucoup plus dans des installations très automatisées fonctionnant avec un personnel nettement moins nombreux, mais plus qualifié.D\u2019autre part, dans les industries reposant sur l'emploi d\u2019une main-d\u2019œuvre à bas salaires \u2014 textile, vêtement ou cuir, par exemple \u2014 l'ouverture des marchés internationaux et l\u2019abaissement des droits de douanes a pour effet de rendre les entreprises très vulnérables à la concurrence des pays du tiers monde.D\u2019autres facteurs plus ponctuels sont aussi à l'œuvre.Ainsi, le déclin du rail au profit du camionnage réduit de façon radicale la production et la réparation de matériel ferroviaire, si importante à Montréal.Au Québec, il en résulte une véritable hécatombe.Des centaines d\u2019usines sont fermées et des milliers de travailleurs mis à pied.Certaines productions sont carrément abandonnées au profit de l'étranger, d\u2019autres sont réorientées vers des créneaux plus spécialisés.Les grandes entreprises canadiennes regroupent leurs activités dans des usines nouvelles, plus productives mais moins nombreuses, et très souvent, elles le font en Ontario plutôt qu\u2019au Québec.Certes, il continue à se créer de nouveaux emplois manufacturiers au Québec, mais ils sont destinés à une main-d'œuvre plus qualifiée, pas aux ouvriers mis en chômage par la restructuration.Ce recul industriel est en partie compensé par l\u2019expansion du tertiaire qui fournit près des deux tiers des emplois en 1980.La fonction publique et parapublique connaît une croissance rapide de son personnel dans les années 1960, mais celle-ci ralentit quelque peu pendant la décennie suivante.Les services aux entreprises et les services personnels voient aussi leurs effectifs augmenter de façon importante.Cependant, l\u2019arrivée à l\u2019âge adulte des vagues successives du baby boom et la plus forte participation des femmes au marché du travail créent une pression telle que l\u2019économie des années 1970 n\u2019est pas en mesure d\u2019absorber tous ces nouveaux travailleurs, de sorte que le taux de chômage augmente.Malgré ces difficultés, les années 1960-1980 sont, pour les Québécois, synonymes d'une hausse substantielle du niveau de vie, qui prolonge et amplifie celle de l'après-guerre.L\u2019accès à la société de consommation, appuyé par la généralisation du crédit, devient une réalité.Même les plus démunis voient leur sort s\u2019améliorer, grâce aux politiques sociales plus généreuses de l\u2019Etat-providence.Après 1960, le Québec devient encore plus massivement une société urbaine, désormais centrée sur l\u2019usage de l\u2019automobile.Celle-ci favorise l\u2019étalement urbain. L\u2019économie Le xx* siècle québécois La formation de nouvelles familles par la génération du baby boom crée une demande de maisons de banlieue et stimule l'industrie de la construction.L'agglomération de Montréal abrite à elle seule 45 % de la population du Québec et s'étend sur des kilomètres à la ronde, pendant qu\u2019émerge un nouveau centre-ville parsemé de gratte-ciel.Elle est cependant touchée par les difficultés économiques de la période et connaît une véritable stagnation démographique dans les années 1970.Une fin de siècle mouvementée, 1980-1999 Les deux dernières décennies du xx' siècle présentent un parallélisme étonnant : l\u2019une et l\u2019autre s\u2019ouvrent avec une crise économique assez sévère, tandis qu\u2019une reprise vigoureuse se fait sentir dans la seconde moitié de chacune.Les deux crises entraînent une hausse marquée du chômage qui met un certain temps à se résorber.Aux éléments conjoncturels, s\u2019ajoutent les effets de la restructuration économique amorcée précédemment.Les coûts croissants des programmes sociaux obèrent les finances publiques et provoquent une accumulation de déficits qui accroissent de façon marquée la dette de l\u2019Etat, tant fédéral que provincial.Les taxes et impôts s'alourdissent au point d\u2019absorber presque entièrement la maigre hausse du revenu des contribuables.Les gouvernements multiplient à tour de rôle les annonces de réduction de la taille de l\u2019Etat, sans beaucoup de succès, et il faut attendre la seconde moitié des années 1990 pour voir une baisse, puis l\u2019élimination des déficits.Le gouvernement fédéral y parvient le premier, après avoir réduit ses transferts aux provinces ; celui du Québec y arrive plus difficilement, au prix de com- pressions budgétaires et de mises à la retraite massives.La crise des finances publiques se déroule sur un fond de remise en question de l\u2019Etat-providence dans les pays industrialisés.L\u2019intervention de l\u2019État dans l'économie est la première visée.Sous la pression des milieux d\u2019affaires, la privatisation est à la mode dans les années 1980, mais cette idée se heurte à l\u2019opposition de ceux qui défendent « les acquis de la Révolution tranquille ».Un certain nombre de sociétés d\u2019Etat sont privatisées, surtout après le retour au pouvoir de Robert Bourassa en 1985, mais les plus importantes, telles Hydro-Québec, la Caisse de dépôt ou la SAQ, sont épargnées.La révolution néolibérale au Québec ne va donc pas aussi loin que dans d\u2019autres pays.Les gouvernements, en particulier celui du Parti québécois à partir de 1995, tout en reconnaissant l\u2019échec de certains rêves des années 1960, ne veulent pas renoncer à leur rôle d\u2019appui au développement économique et de partenaires de l\u2019entreprise privée.Les effets de l'ouverture des marchés et de la mondialisation de l\u2019économie s\u2019accentuent après 1980.La phase douloureuse de la restructuration industrielle, celle de la disparition d'activités anciennes, s\u2019achève alors que commence celle de la reconstruction.L\u2019entreprise manufacturière québécoise qui produisait un éventail de biens pour le seul marché intérieur en vient à se spécialiser dans des créneaux spécifiques et vise désormais les marchés extérieurs.Ce phénomène est accentué avec l\u2019Accord de libre-échange entre le Canada et les États-Unis de 1989 \u2014 élargi au Mexique (ALENA) cinq ans plus tard \u2014 qui amène un nombre croissant de producteurs, ceux du meuble par exemple, à pénétrer le marché américain.Appuyé par les gouver- Le xx* siècle québécois L\u2019économie nements, le Québec tente de prendre le virage de la nouvelle économie et les vedettes de son secteur manufacturier deviennent les entreprises de l\u2019aérospatiale, des produits pharmaceutiques, des télécommunications et de l\u2019informatique.Les effets de la mondialisation débordent même ce secteur et touchent à des degrés divers les services dont plusieurs entreprises amorcent une expansion internationale ou tissent des liens avec des groupes étrangers.Une telle réorientation est attribuable en partie au succès de Québec inc., cette génération d\u2019entrepreneurs francophones qui mettent sur pied des entreprises importantes.Ils ont réglé le problème de la sous-capitalisation chronique des compagnies québécoises, grâce à l\u2019appui financier des gouvernements, à la présence de nouvelles sources de capital de risque \u2014 le Fonds de solidarité de la FTQ, par exemple \u2014, et au Régime d'épargne actions qui facilite l\u2019entrée en Bourse.Comme leurs homologues ailleurs dans le monde, ils se lancent dans la course aux fusions et acquisitions.C\u2019est ainsi qu\u2019émergent quelques très grandes entreprises à contrôle francophone, telles Bombardier, Québécor, Cascades, Provigo ou Vidéotron, certaines devenant même des multinationales.Parallèlement, on assiste au regroupement de plusieurs institutions financières autour de deux pôles principaux : la Banque nationale et le Mouvement Desjardins.La présence de ces vedettes ne doit pas faire oublier que l'en-trepreneurship francophone se manifeste surtout à la tête de ces milliers de PME manufacturières ou de services qui réussissent à prendre le virage de la réorientation économique et de la mondialisation.L\u2019un des grands objectifs de la Révolution tranquille \u2014 accroître l\u2019emprise des francophones sur l\u2019économie du Québec \u2014 paraît donc avoir été atteint.Des études menées par André Raynauld et François Vaillancourt permettent de mesurer le chemin parcouru.Entre 1961 et 1991, la part des emplois relevant d\u2019entreprises ou d\u2019administrations à contrôle francophone passe de 47 à 65%, anglophone de 39 à 26% et étranger de 14 à 9%.La progression du contrôle francophone est particulièrement marquée dans le secteur des institutions financières (de 26 à 54%), dans la construction (de 51 à 87%), la fabrication (de 22 à 42%) et les mines (de 7 à 30%).Ces succès sont cependant fragiles.Au cours des années 1990 la plupart des entreprises francophones continuent à se développer, mais plusieurs sont acquises par des sociétés canadiennes ou étrangères.On en vient même à remettre en question le «modèle québécois» hérité de la Révolution tranquille (voir l\u2019article de Jean-Pierre Dupuis en page 345).?* * La reconquête économique du Québec par les francophones reste le fait dominant de ce xx' siècle qui s\u2019achève.Elle se fait cependant dans un contexte de perte de vitesse du Québec dans l\u2019ensemble canadien et de soumission croissante aux forces de la mondialisation, avec les avantages, mais aussi les risques quelle présente.A travers de nombreux soubresauts, cette société majoritairement rurale est devenue urbaine et postindustrielle.L'exploitation des ressources naturelles, surtout de l\u2019électricité, a formé l\u2019ossature du développement et transformé les régions de colonisation, mais la croissance économique s\u2019est appuyée sur bien d\u2019autres secteurs \u2014 1 agriculture, le commerce, l\u2019industrie manufacturière et les services \u2014 L'économie Le xx* siècle québécois dont la composition s'est transformée radicalement.Le niveau de vie des Québécois s'est apprécié de façon substantielle, en particulier grâce à la meilleure qualification de la main-d\u2019œuvre, résultat des progrès notables en éducation.Cela n\u2019a pas pour autant fait disparaître la pauvreté et les inégalités \u2014 entre les groupes sociaux, les sexes, les générations ou les régions \u2014 et les effets dévastateurs de la restructuration indus- trielle se font encore sentir.Les mécanismes compensateurs mis en place après la grande dépression des années 1930 jouent toutefois leur rôle, de sorte que les conditions de vie dans le Québec de l\u2019an 2000 sont radicalement différentes de celles qui prévalaient en 1900.Paul-André Linteau est professeur au département d\u2019histoire de l'Université du Québec à Montréal.Bibliographie sélective Bélanger, Yves, Québec inc.L\u2019entreprise québécoise à la croisée des chemins, Montréal, Hurtubise HMH, 1998, 201 p.Dickinson, John A.et Brian Young, Brève histoire socioéconomique du Québec, Sillery, Septentrion, 1992, 382 p.Kerr, Donald et Deryck C.Holdsworth, Atlas historique du Canada.III.Jusqu'au coeur du vf siècle, 1891-1961, Montréal, Presses de l\u2019Université de Montréal, 1990, 199 p.et 66 planches.Levine, Marc V, La reconquête de Montréal, Montréal, VLB, 1997, 404 p.Linteau, Paul-André, René Durocher et Jean-Claude Robert, Histoire du Québec contemporain.De la Confédération à la crise (1867-1929), Nouvelle édition refondue et mise à jour, Montréal, Boréal, 1989, 758 p.Linteau, Paul-André, René Durocher, Jean-Claude Robert et François Ricard, Histoire du Québec contemporain.Le Québec depuis 1930, Nouvelle édition révisée, Montréal, Boréal, 1989, 834 p.Linteau, Paul-André, Histoire de Montréal depuis la Confédération, Montréal, Boréal, 1992, 613 p.Norrie, Kenneth et Douglas Owram, A History of the Canadian Economy, deuxième édition, Toronto, Harcourt Brace, 1996, 469 p.Raynauld, André, La propriété des entreprises au Québec, les années 1960, Montréal, Presses de l\u2019Université de Montréal, 1974, 160 p.Vaillancourt, François et Michel Leblanc, La propriâé de l\u2019économie du Québec en 1991 selon le groupe d\u2019appartenance linguistique, Québec, Office de la langue française, 1993. LA LITTÉRATURE Une « petite littérature » d'une grande vitalité GILLES MARCOTTE Le vingtième siècle, en littérature québécoise, commence le 26 mai 1899.Ce soir-là, un jeune poète appelé Emile Nelligan, beau comme un dieu, récite devant les membres de l\u2019École littéraire de Montréal un poème exalté, de caractère éminemment romantique, intitulé « La romance du vin ».C\u2019est du délire, chez les auditeurs comme chez le poète.Il est transporté jusque chez lui, après la séance, sur les épaules de ses admirateurs.On n\u2019avait jamais vu, à Montréal, une pareille fête de la poésie.Quelques mois plus tard, le 9 août, Émile Nelligan sera admis à la Retraite Saint-Benoît, nom discret de l\u2019asile des fous.11 l\u2019avait prévu.Il disait qu'il mourrait fou; «comme Baudelaire», ajoutait-il, pour bien marquer le caractère littéraire, prestigieux, d\u2019une telle folie.Ses poèmes seront publiés en 1903 par un religieux, le père Eugène Seers, personnage hors cadre lui aussi, qui se cache sous le pseudonyme de Louis Dantin.L'année suivante, en 1904, un autre religieux, l'abbé Camille Roy, prononce à l\u2019Université Laval une conférence qui fera date, intitulée «La nationalisation de la littérature canadienne ».L\u2019abbé Roy est un de nos premiers retours d\u2019Europe, comme il y en aura beaucoup au vingtième siècle.Il a fait en France de solides études, il écrit une langue correcte, voire élégante, et il inaugure ainsi une carrière critique qui fera de lui le véritable fondateur de la «littérature nationale » (appelée à cette époque canadienne, et qui deviendra canadienne-ffançaise, puis québécoise, en attendant peut-être de devenir franco-québécoise).La poésie d\u2019Émile Nelligan ne l\u2019enchante pas ; il l\u2019aurait voulue moins abstraite, moins exaltée, plus canadienne en un mot.Voilà donc pour la poésie et la critique.Pour le roman, il faut attendre un peu.« Enfin, Louis Hémon vint», dira un critique, à propos de l\u2019œuvre romanesque que tout le monde attendait, Maria Chapde-laine, parue à Montréal en 1915, après avoir été découpée en feuilleton dans un journal de Paris.Le premier roman québécois d'envergure est venu de Paris, en effet, et il constitue encore pour beaucoup de Français, comme en témoignent des articles récents, l\u2019image par excellence d\u2019un Québec lointain, gentiment attardé.On recommence aujourd\u2019hui à lire ce très beau livre comme il doit l\u2019être, entre deux autres romans de Louis Hémon, Monsieur Ripois et la Némésis, histoire d\u2019un séducteur, et Battling Malone, histoire d\u2019un boxeur.Ces trois œuvres, de Nelligan, Roy et Louis Hémon, ont ced de commun que, Le >< siecle québécois |££J devenues mythiques en quelque sorte, elles traversent le siècle.Nelligan est le premier écrivain québécois qu'on lit, encore aujourd'hui, sans y être forcé par des maîtres d\u2019école : chanté par Monique Leyrac, cinématographié, transformé en opéra (hélas?) par Michel Tremblay, il est accueilli comme un frère par Réjean Du-charme : «Je pourrais en écrire des pages et des pages sur Nelligan.» L'abbé Camille Roy, on le retrouvera, devenu monseigneur et gratifié par l\u2019auteur d\u2019une sagesse souriante, dans le grand roman de Jacques Ferron, Le ciel de Québec.Louis Hémon est partout, admiré ou conspué ; c\u2019est lui que le célèbre Menaud de Félix-Antoine Savard ht avant de se mettre au ht, comme la bible de sa race.Polémiques Autour de ces trois œuvres, ou dans leur rayonnement, les polémiques vont se déchaîner, comme dans tout champ littéraire en voie de constitution, des polémiques dans lesquelles on peut trouver des échos anticipés de nos discussions d\u2019aujourd\u2019hui.La littérature canadienne existe, affirme l\u2019abbé Roy ; le brillant et bouillant journaliste Jules Fournier lui répond en 1907 qu\u2019une «douzaine d\u2019ouvrages de troisième ordre ne font pas plus une littérature qu'une hirondelle ne fait le printemps ».Au même abbé Roy qui voudrait une littérature « à nous et pour nous », au service de la collectivité, les rédacteurs du Nigog, petite revue d\u2019avant-garde qui paraîtra durant une seule année (1918), répondent par un « culte de la supériorité littéraire » fondé sur l\u2019œuvre et l\u2019aventure littéraire de Nelligan.Au Nigog, on se veut proche de Paris, du Paris moderne, alors que, pour l\u2019abbé Roy, «notre plus grand ennemie c\u2019est la littérature française contemporaine ».Enfin, la ville ou la campagne?Régionalisme ou, comme le disent les adversaires, «exotisme»?Conservation ou modernisme?« Notre littérature de demain, catholique et française, dit l\u2019abbé Groulx (il y a décidément beaucoup d\u2019abbés dans notre littérature) dans le deuxième numéro de L\u2019Action française, en 1917, se fera aussi bravement régionaliste.» Paul Morin, qui avait pubhé à Paris, en 1911, les vers très haut de gamme du Paon d\u2019émail après avoir fréquenté le salon de Madame de Noailles, n\u2019est évidemment pas d\u2019accord.Les œuvres, poèmes, romans, ne se logent pas facilement dans ces camps retranchés, malgré les déclarations de leurs auteurs.La littérature du premier tiers du siècle, à cet égard, est (heureusement) pleine d'ambiguïtés.Claude-Henri Grignon se proclame régionaliste, mais il a lu Baudelaire, il suit d\u2019assez près la production littéraire de Paris, et l\u2019on peut penser que son très célèbre roman, Un homme et son péché, doit son interminable fortune à sa culture littéraire, à son souci de la langue, plus qu\u2019à ses convictions régionalistes.Œuvre apparemment conformiste, vouée à la célébration de la vie traditionnelle \u2014 surtout, à vrai dire, dans les prolongements radiophoniques et télévisuels des Belles Histoires des Pays d'en-haut \u2014, elle décrit la condition paysanne avec une âpreté qui n'est pas tout à fait conforme à l\u2019idéologie dominante, et qui ne contredit pas la vision très noire du roman scandaleux d\u2019Albert Laberge, La Scouine (1918), interdit de lecture par les autorités ecclésiastiques.Il en va de même pour l'œuvre d\u2019Alfred DesRochers, À l\u2019ombre de l\u2019Orford (1929), peut-être plus moderne en définitive, plus ouverte sur les réalités profondes de l\u2019existence, que les poèmes de Paul Morin ou de René Chopin.Ses tableaux de QTJj] Le xx* siècle québécois La littérature la vie paysanne n\u2019ont rien de convenu, et on ne lit pas « La boucherie », par exemple, sans éprouver un certain effroi : «Pressentant que sur lui plane l'heure fatale, L'Yorkshire, dont le groin se retourne en sabot, Evite le garçon.» Il y a du tragique et de l\u2019épique (voir « L\u2019hymne au vent du nord ») dans l\u2019œuvre d\u2019Alfred DesRochers.Dans la poésie de cette époque \u2014 qui l\u2019emporte aisément, en nombre et en qualité, sur le roman \u2014, une autre veine se dessine, celle de la vie intérieure, de la vie rêvée, en retrait, dont les représentants les plus authentiques sont Albert Lozeau, poète de la vie immobile, et surtout Jean-Aubert Loranger, assez peu célébré à son époque, qu'on reconnaît aujourd'hui comme le précurseur par excellence de la modernité poétique au Québec.Voici quelqu\u2019un qui parle tout bas, souvent en vers libres, à l\u2019écart des grands discours romantiques ou parnassiens : « L\u2019averse tombe sur le toit : Ma chambre sonore s\u2019emplit D\u2019une rumeur d\u2019applaudissement ».Journaliste, il connaît la ville, il la parcourt, surtout le port de Montréal.Et il a lu les grands poètes de son temps, notamment Apollinaire \u2014 qu\u2019il ne peut se retenir de pasticher un peu \u2014 et Saint-John Perse.Mais, au Québec, il précède son temps, et il ne prendra sa vraie place dans la littérature québécoise qu\u2019en 1970.D\u2019autres voix du premier tiers du siècle attendent encore cette reconnaissance.On pense, en particulier, à ces poètes qui, bien avant les revendications féministes de l\u2019après Révolution tranquille, ont fait entendre la voix féminine avec une intensité parfois bouleversante, Medjé Vézina, Simone Routier, Jovette Bernier (mieux connue comme auteur radiophonique).«Qu\u2019elle vienne, la mort, celle des amoureuses, La mort qui vous étreint comme des bras d\u2019amant.» C\u2019est de Jovette Bernier.Une période classique.ou presque Mais voici que, de nouveau, la littérature québécoise s\u2019apprête à commencer.Les années trente, celles de la crise, sont marquées par une activité fébrile, éclats de voix, débats critiques, multiplication des parutions, condamnation épiscopale des Demi-civilisés (1934) de Jean-Charles Harvey, et l\u2019on sent que des événements décisifs vont se produire.En 1937, paraissent deux livres qui auront une très grande fortune, le premier reçu en grande pompe dans le milieu littéraire, le deuxième passant presque inaperçu.Le premier, c\u2019est Menaud, maître draveur de l\u2019abbé Félix-Antoine Savard, épopée plutôt que roman, l\u2019œuvre nationaliste par excellence, inspirée fondamentalement par l\u2019angoisse de la survivance.L'autre est un mince recueil de poèmes, Regards et jeux dans l\u2019espace de Saint-Denys-Garneau, accueilli par quelques articles discrets et par celui, beaucoup moins discret, de Claude-Henri Grignon, qui lui fait la vie dure.L\u2019année suivante, coup de tonnerre : le Trente arpents de Ringuet (pseudonyme d\u2019un médecin bien connu de Montréal), roman de la terre mais peu tendre à l\u2019égard des traditions, paraît chez un des grands éditeurs de Paris, La littérature Le xx* siècle québécois |iij Flammarion.Par ces deux derniers livres, la plaquette de poèmes et le grand roman naturaliste, débute une des grandes périodes de la littérature québécoise, une période qu'on pourrait appeler classique si elle n'ouvrait toutes grandes les portes de la modernité.En poésie, suivront Alain Grandbois, de retour de ses grands voyages en Orient; la plus secrète Rina Lasnier, mariant les images religieuses traditionnelles aux interrogations les plus actuelles ; et Anne Hébert, cousine de Saint-Denys-Gameau, poète d\u2019abord, puis romancière célébrée.Dans le roman, viennent Germaine Guèvremont, créatrice d'un grand personnage quasi mythique, Le Survenant (1945), Roger Lemelin, dont la gouaille authentiquement québécoise (je parle de la ville) fera merveille dans Les Plouffe (1948), ceux du roman comme ceux de la télévision, et enfin Gabrielle Roy, qui sera la première des écrivains québécois à remporter un grand prix littéraire français, le Femina, pour Bonheur d'occasion, en 1947.Cette prolifération d\u2019œuvres majeures se produit avant, pendant et après la Deuxième Guerre mondiale, à la suite d'une crise, celle des années trente, qui ne fut pas seulement économique mais aussi bien sociale, culturelle et spirituelle.La société québécoise est ébranlée, de l\u2019intérieur autant que de l\u2019extérieur, d\u2019où lui parviennent des souffles troublants.Dans cette grande tourmente, celle de la guerre mondiale aggravant celle de la crise, le Québec ne peut demeurer indifférent à ce qui se passe au-delà de ses frontières.Son édition même, traditionnellement assez pudibonde, osera, durant la guerre, remplacer en partie la française, soumise à l\u2019occupant allemand.Tout cela \u2014 et d\u2019autres causes également, sans doute, qui échappent à une trop rapide synthèse \u2014 fait que les écrivains se découvrent des libertés nouvelles, voire des obligations nouvelles à l\u2019égard du monde, et de leur monde.Dans les deux carrés d\u2019écrivains que nous avons évoqués, le romanesque et le poétique, faut-il souligner que femmes et hommes sont à égalité?La littérature québécoise semble être, moins que d'autres, la chasse gardée de la masculinité, peut-être parce qu\u2019elle entre dans la modernité sans les restrictions d\u2019une tradition forte, peut-être aussi parce que traditionnellement, dans notre société, l'éducation des couventines a été plus soucieuse de lecmre et d'écriture que celle des collégiens.Ces huit écrivains ont en commun de franchir les frontières du Québec et d\u2019être reconnus à des degrés divers, par la publication et des récompenses prestigieuses, dans la capitale rêvée des consécrations littéraires, Paris.Ringuet, Roger Lemelin et Germaine Guèvremont y sont reçus favorablement, mais ils y auront une carrière assez brève ; l\u2019événement majeur est évidemment l\u2019attribution du Femina, deux ans après la fin de la guerre, au premier roman de Gabrielle Roy, Bonheur d\u2019occasion.Il faut noter que la réception ne fut pas toujours, en France, à la hauteur de l\u2019événement, que des réserves assez fortes furent exprimées dans la presse, et qu\u2019on mit même une certaine perversité à établir un lien entre la récompense du Femina et la reconnaissance provoquée là-bas par la réception, après la guerre, d'un blé canadien dont on avait le plus grand besoin.C'est aux États-Unis que cette grande fresque du Montréal des pauvres s\u2019imposa surtout; et au Canada, bien sûr, l\u2019anglais autant que le français.Au Québec, on n\u2019a jamais douté que Gabrielle Roy fût un EE3 Le XX* siècle québécois La littérature grand écrivain, et l'accueil plus que chaleureux fait à son dernier livre, l'autobiographie de La Détresse et l\u2019Enchantement (1984), fait d'elle un classique absolu de la littérature québécoise.Quatre grands poètes La reconnaissance poétique ne peut avoir l\u2019éclat de la reconnaissance romanesque, et l'inclusion de quelques poèmes de Saint-Denys-Garneau dans l\u2019anthologie de la petite collection Poésie/Gallimard ne suffit pas à lui assurer une audience considérable au-delà des frontières candiennes.Du moins les quatre grands poètes québécois de cette époque, Saint-Denys-Garneau, Alain Grandbois, Rina Lasnier et Anne Hébert, ont-ils eu l\u2019honneur d\u2019entrer dans la collection parisienne des «Poètes d\u2019aujourd\u2019hui» (Seghers), véritable panthéon de la poésie internationale.Au Québec même, la fortune de l\u2019oeuvre du premier n\u2019a pas été sans remous.Saluée, à la parution des Poésies complètes (1950), comme la première oeuvre poétique vraiment moderne de notre littérature, une œuvre d\u2019inauguration, elle a été ensuite éloignée pour cause de complaisance morbide dans la solitude, la culpabilité, avant de devenir l'objet de deux grandes éditions critiques et, surtout, d\u2019être vraiment lue par les nouvelles générations.La poésie d\u2019Alain Grandbois, que pendant quelques décennies on opposera à celle de Saint-Denys-Garneau en louant son souffle cosmique, la manière superbe qu\u2019elle a de jeter aux quatre vents du monde son lot d\u2019angoisses (presque) métaphysiques, des îles de la nuit (1944) à L\u2019étoile pourpre (1957) \u2014 mais on n\u2019oublie pas ses œuvres de prose, souvent magnifiques \u2014, demeure assurément une des références majeures de la littérature et de l\u2019imaginaire québécois.Celle de Rina Lasnier reste un peu en retrait.Mais ce retrait, ou cette retraite, n\u2019est-elle pas le fait de l\u2019œuvre même, marquée par un imaginaire religieux et des mouvements subtils de vie intérieure sur lesquels l\u2019atmosphère de la Révolution tranquille devait jeter la suspicion?La poésie d\u2019Escales (1950) et de Présence de l\u2019absence (1958) rien est pas moins fascinante, troublante, atteignant souvent à une vraie grandeur.Anne Hébert, enfin.Deux textes souverains, incontournables, au début des années cinquante : le conte du Torrent (1950) et les poèmes du Tombeau des rois (1953), parmi les plus beaux, on oserait dire les plus beaux qui se soient écrits au Québec.Sa carrière s\u2019est principalement développée, par la suite, du côté du roman.Des œuvres somptueusement écrites, emportées par une puissante imagination, et abondamment célébrées, en France et au Québec, comme Kamouraska (1970, Prix des libraires), Les Enfants du sabbat, Les Fous de bassan (1982, prix Femina), ont fait d\u2019elle l\u2019écrivain québécois le plus prestigieux du dernier demi-siècle.C'est à elle, aussi bien, que l\u2019on doit la définition la plus exacte, la plus profonde de l\u2019esprit qui animait ses propres œuvres et celles de ses grands contemporains.Dans un texte intitulé «Poésie, solitude rompue», prononcé à la réception du prix Duvernay, à la fin des années cinquante, elle disait: «Notre pays est à l\u2019âge des premiers jours du monde.La vie ici est à découvrir et à nommer; ce visage obscur que nous avons, ce cœur silencieux qui est le nôtre, tous ces paysages d\u2019avant l\u2019homme, qui attendent d\u2019être habités et possédés par nous, et cette parole confuse qui s\u2019ébauche dans la nuit, tout cela appelle le jour et la lumière.» Tous les romanciers et poètes que nous venons d\u2019évoquer n\u2019obéissent pas explicite- La littérature Le xx* siècle québécois QQ ment à ce devoir de « lumière », mais ils ont sans doute conscience de collaborer à une œuvre collective de libération.Cette conscience est également partagée par la plupart des écrivains de la guerre et de l\u2019après-guerre, dont plusieurs, un peu oubliés aujourd'hui, ont laissé des œuvres de qualité.On citera quatre romanciers psychologiques, le Robert Charbonneau d'ils posséderont la terre (1944), l\u2019André Giroux d\u2019Au-delà des visages (1948), le Robert Élie de la fin des songes (1950), l\u2019Eugène Cloutier des Inutiles (1956).Avant d\u2019aborder le même genre romanesque, dans Mon fils pourtant heureux (1956), Jean Simard avait donné deux brefs récits d\u2019une verve satirique assez scandaleuse pour l\u2019époque, Félix (1947) et Hôtel de la Reine (1949).La guerre a gravé de profonds souvenirs dans deux romans remarquables, Neuf jours de haine (1948) de Jean-Jules Richard et Les Canadiens errants (1954) de Jean Vaillancourt.Faut-il citer encore d\u2019autres noms, risquer l\u2019énumération?La littérature québécoise, quelques années après une guerre qui lui a révélé le monde, parmi les angoisses suscitées dans ce monde par la menace atomique, la guerre froide, n\u2019existe plus seulement comme rêve, projet.On écrit, au Québec comme ailleurs, dans la lueur glauque de ces possibles cataclysmes, ou plus modestement dans le sentiment d\u2019une perte des repères culturels et moraux.Nulle œuvre peut-être ne porte plus profondément la trace de ce désarroi que celle d\u2019un jeune écrivain, André Langevin, qui donne au cours des années cinquante deux romans où sont brassés, avec une force d\u2019évidence inexorable, les thèmes majeurs de l'inquiétude contemporaine.Poussière sur la ville (1953) et Le temps des hommes (1956) sont aussi des œuvres indiscutablement québé- coises, inscrites dans un milieu naturel et spirituel recréé par l\u2019art le plus sûr.Le rôle de l\u2019Hexagone Mille neuf cent cinquante-trois, c\u2019est aussi l\u2019année de fondation d\u2019une petite maison d\u2019édition de poésie, l\u2019Hexagone, appelée à transformer radicalement le paysage littéraire et culturel du Québec.L\u2019Hexagone, c\u2019est avant tout, on le sait, Gaston Miron, dont les poèmes enfin «rapaillés» paraîtront aux Presses de l\u2019Université de Montréal une quinzaine d\u2019années plus tard et auront plusieurs éditions, à Montréal et à Paris (la dernière a paru en 1999 dans la collection Poésie/Gallimard).Grand poète, Miron l\u2019est assurément, et l'on ne peut oublier, une fois qu\u2019on les a lus, qu\u2019on en a reçu le choc, les poèmes à la fois douloureux et flamboyants de « La marche à l\u2019amour», de «La batèche» et de «L\u2019amour et le militant».Il a reçu également la chape, assez lourde à porter, du «poète national».Mais l\u2019Hexagone, ce n\u2019est pas seulement Gaston Miron, la poésie de Gaston Miron c\u2019est aussi une nouvelle façon de concevoir l\u2019action poétique, loin des sentiers battus par les prédécesseurs, fussent-ils admirés, voire imités.Il ne s\u2019agit pas que d\u2019écrire des poèmes, les plus beaux, les plus intenses, les plus personnels qu\u2019il soit possible ; ces poèmes, on veut qu\u2019ils soient diffusés, qu\u2019ils soient lus, et l\u2019on y met du sien.L\u2019Hexagone est l\u2019héritier de ces mouvements de jeunesse qui ont joué un rôle capital durant les années précédentes, et qui placent l\u2019action commune au-dessus des entreprises personnelles.Mais on est en poésie, et dans ce genre de travail les individualités ne disparaissent pas volontiers.L\u2019Hexagone lancera donc des poètes très différents les uns des autres, de Jean-Guy Pilon à Fernand rrri Le xx« siècle québécois La littérature Ouellette \u2014 qui fera la grande œuvre de poète, de romancier et d\u2019essayiste que l'on sait \u2014, de Luc Perrier à Michel Van Schendel, de Pierre Trottier à Olivier Marchand.Il publiera également quelques aînés, Rina Lasnier, Alain Grandbois, et accueillera des poètes qui avaient commencé leur œuvre dans des lieux très différents du sien, Paul-Marie Lapointe (dont le brûlot poétique du Vierge incendiée, contemporain du Refus global, était presque complètement oublié), Gilles Hénault, Yves Préfontaine.En fait, l\u2019Hexagone n'est pas seulement ce qu\u2019il fait, ce qui paraît à son enseigne; il est, pour ainsi dire, la raison sociale de ce qui se produit autour de lui; on pense au Gatien Lapointe de rode au Saint-Laurent (1963), au Gilbert Langevin de Symptômes (1963), au Gérald Godin des Cantouques (1967), au Pierre Perrault des Ballades du temps précieux (1963), au Paul Chamberland de Terre Québec (1965), et surtout à ce très grand poète, le plus grand peut-être du Québec actuel, Jacques Brault.Il y a d\u2019autres œuvres à retenir dans les environs de l\u2019Hexagone, qu\u2019on ne néglige pas sans un certain sentiment d\u2019injustice.On retournera seulement au début des années cinquante pour évoquer une œuvre parmi les plus parfaites de l\u2019époque, celle de Sylvain Garneau, dont les Objets trouvés (1951), préfacés par Alain Grandbois, et Les Trouble-fête (1952) se laissent relire avec ravissement.Des romanciers modernes C\u2019est encore le démon de la synthèse rapide qui nous fera dire que, si la poésie est le genre majeur des années cinquante, le roman sera celui de la décennie subséquente.La poésie prépare la Révolution tranquille, et l\u2019on verra même des hommes politiques citer (imprudemment?) des poètes.Le roman, lui, l\u2019accompagne.Les cinq noms principaux sont dans toutes les mémoires ; Jacques Godbout, Marie-Claire Blais, Hubert Aquin, Réjean Ducharme, Jean Basile.Ensemble, ils ont envahi la place littéraire de Paris, ils y ont imposé la présence de la littérature québécoise avec une force de conviction qu\u2019aucune Foire de livre ne pourra renouveler.A l\u2019exception de Jean Basile et d\u2019Hubert Aquin, décédés il y a quelques années, ils y sont d\u2019ailleurs encore.Ce sont des romanciers indiscutablement modernes, mais non pas à la façon du « nouveau roman » qui fait à cette époque des ravages considérables dans la littérature française.Ils en font, eux aussi, des ravages, mais en sens inverse, dans le sens de l\u2019agilité, du plaisir, des jeux formels les plus extravagants.Et la langue, mon dieu, la langue française, ils la traitent en virtuoses, avec un sans-gêne rafraîchissant.Marie-Claire Blais se verra attribuer le prix Médicis en 1966 pour Une saison dans la vie d\u2019Emmanuel.Ses quatre confrères l\u2019auraient également mérité.A cette explosion de langage, à ce renouvellement du récit québécois, d\u2019autres écrivains participent mais comme en retrait, en restant à la maison.Il y a des aînés : Gérard Bessette, dont le roman Le libraire, paru en 1960 justement, se lit toujours avec le même plaisir perplexe; Claire Martin, artisane d'une prose élégante, volontiers ironique, aussi bien dans le roman d\u2019amour que dans les souvenirs d\u2019enfance (Dans un gant defer, 1965) ; Yves Thériault, prodigieux conteur, qui traverse quelques décennies en semant de nombreux romans sur son passage, dont le célèbre Agaguk (1958); Jacques Ferron, enfin, qui griffonne depuis une quinzaine d\u2019années des textes originaux, d\u2019une langue et d\u2019une imagination inventives à sou- La littérature Le xx* siècle québécois mJ hait, auteur d\u2019une oeuvre capitale qui influencera les générations subséquentes.On n\u2019oubliera pas, dans le grand concert de la Révolution tranquille, la part qu'y prennent les essayistes, dont plusieurs ont des titres plus sûrs à la reconnaissance littéraire que certains poètes ou romanciers.Deux noms se détachent d\u2019abord, ceux de grands aînés, Jean Le Moyne et Pierre Vadeboncoeur, qu\u2019on ne réunit toutefois pas sans une certaine inquiétude, car sur plusieurs sujets ils ne s\u2019entendent guère ; et le critique-romancier Jean Ethier-Blais, l\u2019essayiste Jean Marcel, surtout André Belleau, dont la voix est encore entendue, au-delà de la mort, par de nombreux jeunes intellectuels.Une explosion éditoriale Des années qui entourent, en aval et en amont, la date fatidique de la Révolution tranquille, on peut dire qu\u2019elles marquent un nouveau commencement de la littérature québécoise, après celui des années de la guerre et celui du début du siècle.Ce sera également le dernier, si l\u2019on entend par le mot «commencement» la conscience claire, largement partagée, d\u2019une inauguration.Les trente dernières années du siècle seront celles d\u2019une explosion éditoriale sans précédent, qui permettra évidemment la poursuite des grandes aventures littéraires entreprises dans les décennies précédentes, mais favorisera avant tout la variété.La littérature québécoise devient une grosse affaire, envahissant les institutions d\u2019enseignement, les librairies, les bibliothèques, devenant dans les universités un champ de recherche cultivé avec ardeur, produisant du volume dans les deux sens du mot, ou \u2014 selon une expression souvent utilisée par les instances gouvernementales \u2014 des produits cultu- rels aptes à percer un marché de plus en plus encombré.Dans cette activité fébrile, soutenue par deux ou trois paliers de gouvernement, il arrive que des œuvres de qualité, mais relevant d\u2019une esthétique de la discrétion, comme celles de Gilles Archambault, de Sylvain Trudel, de Suzanne Jacob, de Louis Gauthier, de Claire de Lamirande et bien d'autres, risquent de se faire oublier.Il arrive également qu\u2019on se souvienne avec nostalgie d\u2019une époque où la littérature, plus rare assurément, paraissait (était-ce une illusion?) sourdre plus directement d'une nécessité de parole, de création.Arrivant à une certaine maturité institutionnelle, la littérature québécoise se fait toute à tous.On évitera cependant de parler vulgairement d\u2019une baisse de qualité, d\u2019une chute, d\u2019une décadence.Dans le sillage du roman de la Révolution tranquille, s\u2019inscrivent les œuvres de Roch Carrier (La Guerre, yes sir!, 1968, a marqué son époque), de Victor-Lévy Beaulieu (celui d\u2019avant la télévision, l\u2019auteur du grand livre qu'est Monsieur Melville, 1978) et un écrivain qui a fait de la ville de Québec un des hauts lieux imaginaires de l\u2019Amérique du Nord, le Jacques Poulin de Jimmy (1969), de Volkswagen Blues (1984) et du Vieux chagrin (1989).Ce qui se présente comme nouveau, sinon révolutionnaire, dans la littérature des années quatre-vingts, c\u2019est l\u2019apparition et la prolifération des romans abondants, comparables pour le nombre de pages aux best-sellers destinés à la consommation rapide, mais s\u2019en démarquant par un travail littéraire original.Un réalisme riche en détails s\u2019y mêle à un fantastique qui emprunte les formes les plus diverses.C\u2019est au conte, ou à l\u2019épopée mineure, folklorique, que l\u2019Acadienne Antonine Maillet \u2014 Acadienne, oui, mais Le xx» siècle québécois La littérature ayant sa propre avenue à Outremont! \u2014 emprunte l'inspiration de ses romans, du superbe Mariaagélas (1973) à cette Pélagie-la-Charrette qui, malgré le Prix Goncourt (1979) et peut-être à cause de lui, lui a valu des critiques peu amènes des deux côtés de l\u2019Atlantique.Les chroniques du Plateau Mont-Royal (1978-1997) de Michel Tremblay, véritable massif romanesque, où se retrouvent de tome en tome des personnages véritablement hantés, ne doivent pas moins leur succès à la puissance de l'imaginaire qu\u2019à la description fidèle du Montréal des années trente.Il en va de même pour le best-seller des best-sellers, Le Matou (1981) d\u2019Yves Beauchemin, dont on risque parfois d\u2019oublier qu\u2019il contient des manœuvres littéraires étonnamment subtiles.Ce genre d\u2019oubli ne peut se produire à propos de Yolande Vïllemaire, dont La Vie en prose (1980) est le prototype de la littérature éclatée des années quatre-vingts, distribuant les allusions culturelles avec une abondance déconcertante; ou encore de Francine Noël, auteur de deux des romans les plus riches, les plus vivants de la même décennie, Maryse (1983) et Myriam première (1987).Toutes ces œuvres sont intensément québécoises, de forme \u2014 on pensera principalement aux particularités linguistiques \u2014 et de contenu.La période suivante fera une grande place à ce qu\u2019on appelle, d\u2019un terme discutable et discuté, la littérature migrante.Le phénomène n\u2019est pas entièrement nouveau: il suffît de rappeler les noms de Jacques Folch-Ribas, de Nairn Kattan, de Monique Bosco et de quelques autres pour constater que, depuis le début de la Révolution tranquille, la littérature québécoise a bénéficié de l\u2019apport d\u2019écrivains venus d\u2019ailleurs.Mais voici que paraissent à Montréal, dans les dernières années du siècle, des œuvres dont 1 action se passe en Chine (Ying Chen), au Brésil (Sergio Kokis), en Haïti (Dany Laferrière et Émile Ollivier), en Italie (Marco Micone) et dans d\u2019autres parties du vaste monde.Elles sont écrites par des romanciers qui ne se croient pas obligés de traiter des sujets québécois parce qu\u2019ils sont venus s\u2019établir au Canada.Leur présence, leur travail insinue dans la conscience commune une idée nouvelle de la liberté des souffles, qui ne peut qu\u2019avoir un effet déstabilisateur sur la conception traditionnelle de la littérature québécoise, ainsi forcée de s\u2019écarter de la notion d\u2019identité qui l\u2019avait accompagnée si longtemps.Plusieurs, parmi les nouvelles voix.non migrantes des années 1990, de Gaétan Soucy à Monique Proulx, de Lise Tremblay à Bruno Hébert, témoignent également, à leur manière, d\u2019une telle dispersion.Quantité et diversité en poésie En poésie comme dans le roman et dans l\u2019essai (on citera les noms de Jean Larose et de François Ricard), le siècle se termine dans la quantité, la diversité.André Brochu, qui a lu cette production durant près de quinze ans, à partir de 1981, note qu\u2019il recevait une centaine de recueils chaque année, et il ajoute : « C\u2019est l\u2019affirmation de la multiplicité, de l\u2019égalité des voix qui constitue le grand événement de la décennie qui vient de prendre fin.» En fait, cet événement est le résultat d\u2019une brisure qui s\u2019est faite plusieurs années auparavant, à la fin des années soixante, lorsque les jeunes turcs (et turques) de La Barre du jour et des Herbes rouges ont porté la contestation au coeur même de la conception de la poésie qui régnait à l\u2019Hexagone.On peut dire, en forçant un peu la note, que la poésie du La littérature Le xx* siècle québécois |^J Québec cesse, à ce moment, d\u2019être québécoise, au sens fort du mot.Elle était auparavant diverse, assurément, et la visée poétique d\u2019un Paul-Marie Lapointe se distinguait fermement de celle d\u2019un Fernand Ouellette, mais elles cohabitaient pour ainsi dire toutes deux dans une nécessité de parole où toute une génération se reconnaissait.Il n\u2019en sera plus ainsi désormais, et les œuvres individuelles se détacheront de plus en plus nettement de la toile de fond collective.Même entre les contestataires du début, les Nicole Brassard, les Roger DesRoches, les François Charron, les différences paraîtront bientôt beaucoup plus importantes que tel propos commun.La poésie québécoise des dernières années du siècle, c\u2019est aussi bien la brièveté fulgurante de Gilles Cyr que les abondances hugoliennes de Claude Beausoleil, la poésie rock de Lucien Francœur et Denis Vanier que les sévères musiques de Jean-Marc Fréchette, la fantaisie urbaine d'un Alexis Lefrançois que les méditations métaphysiques d\u2019Hélène Dorion, et l\u2019on arrive difficilement à classer \u2014 si tant est qu\u2019on le désire \u2014 des poésies aussi différemment généreuses que celles d\u2019André Brochu, de Pierre Nepveu, de Robert Melançon, de Jean-Pierre Issenhuth.Durant l\u2019avant-dernière année du siècle, en mars 1999, la littérature québécoise était à Paris, invitée d'honneur au Salon du livre.Elle a fait parler d\u2019elle, dans les journaux et les magazines français, comme jamais auparavant.Trois des écrivains québécois les plus loués en France, Robert Lalonde, Dany Laferrière et Gaé- tan Soucy, ont eu les honneurs du « Bouillon de culture » de Bernard Pivot, en compagnie de trois autres romanciers de la francophonie.Mais n\u2019aurait-on pas perçu, chez les hôtes, une certaine perplexité devant une production littéraire qui hésite de plus en plus à dire son principe de rassemblement ?Elle est plus active, certes, qu\u2019elle ne l\u2019a jamais été, et ses appareils de production, de diffusion, de consécration semblent être d\u2019une solidité à toute épreuve.Nulle autre «petite littérature», dans le monde actuel, ne paraît être douée d\u2019une semblable vitalité.Elle est enseignée, au niveau universitaire, dans plusieurs pays du monde, le Canada anglais, les Etats-Unis, la France (un peu), la Norvège, l\u2019Allemagne, l'Inde, la Chine, pour ne nommer que ceux-là.Mais que devient-elle à l\u2019épreuve de la lecture, à l\u2019intérieur comme à l\u2019extérieur de ses frontières?Un bibliothécaire français disait, au Salon du livre: «La pénétration du livre québécois en France [.] sera réussie le jour où moi.Français, je lirai un livre québécois sans le savoir, sans lui donner nécessairement une étiquette».On peut lui rétorquer qu\u2019il est difficile de lire Salman Rushdie ou même John Updike sans penser à leurs origines, aux pays qu\u2019ils habitent.Mais, par cette déclaration, il rappelait peut-être à juste titre qu\u2019une littérature ne vit vraiment que si elle consent à s\u2019effacer au profit des œuvres qu\u2019elle a contribué à faire naître.Gilles Marcotte est critique littéraire. 1 Profil du Québec Tendances de la société québécoise 125 TENDANCES DE LA SOCIÉTÉ QUÉBÉCOISE Une révolution sociale et culturelle SIMON LANGLOIS Le Québec de la fin du siècle est déjà fort différent du Québec de la Révolution tranquille, qui sert souvent de référence principale pour prendre la mesure du chemin parcouru.La Révolution tranquille a été marquée par des changements importants qui ont été d'abord politiques.Les institutions publiques ont profondément changé dans les années soixante et la référence identitaire québécoise a remplacé la référence canadienne-française.L\u2019économie a ensuite occupé beaucoup d'espace dans les années 1980, avec la montée de ce que Jean-Jacques Simard a le premier appelé Québec et frères inc'.Lexpression a connu la fortune que l\u2019on sait pour décrire le nouveau Québec intéressé par les affaires, la finance, l\u2019argent.Parallèlement aux mutations politique et économique, une autre révolution a peu à peu pris place, plus discrète, moins bruyante, transformant la société beaucoup plus lentement.Sociale et culturelle au sens anthropologique, cette révolution a marqué les modes de vie au sens large, les façons de vivre au quotidien, les visions du monde, les valeurs.Les années 1990 passeront à l\u2019histoire comme des années d\u2019affirmation tranquille d'une nouvelle culture et de nouveaux modes de vie dont les racines plongent évidemment loin dans les décennies précédentes.Cette révolution discrète est plus difficile à percevoir nettement parce que sa source est d'abord endogène, parce qu'elle est le résultat lent de décisions prises par les individus au fil des jours.Ce constat d'une révolution d'envergure marquant les modes de vie émerge clairement de l\u2019examen d\u2019un ensemble d'indicateurs de changements sociaux que nous avons rassemblés dans les pages qui suivent.S'agit-il d'une révolution typiquement québécoise?Non, il faut l\u2019affirmer bien nettement, pas plus que la Révolution tranquille n\u2019a été le propre du Québec.D'autres sociétés ont été marquées par les mêmes changements rapides qu\u2019il a connus dans les années 1960.Pensons à l'Espagne ou à la Grèce qui présentent d'étonnantes analogies avec ce qui a été vécu ici2.D'autres pays comparables connaissent en ce moment un parcours qui n'est m Profil du Québec Tendances de la société québécoise pas sans rappeler celui du Québec ; c\u2019est le cas de la Pologne, de la Slovénie ou de la Bulgarie., entre autres3.Il en va de même pour la mutation culturelle dont nous parlons, observable en émergence un peu partout dans le monde.Ces changements se présentent sous la forme d\u2019un patron universel, mais sur fond de singularité qui tient à l\u2019histoire et au contexte particulier de chaque société, aux conflits qui y prennent place et aux relations entre les acteurs sociaux qui y vivent.Un rapport social en bref Ce n\u2019est pas le lieu ici de présenter une vue d\u2019ensemble des changements anthropologiques, culturels, économiques qui affectent la société québécoise contemporaine.Il faudra attendre pour ce faire la publication - un jour prochain nous l\u2019espérons - d'un véritable rapport social sur le Québec, que le nouvel Institut de la Statistique du Québec entend préparer dans un proche avenir.Nous nous limiterons dans les pages qui suivent à esquisser quelques tendances qui nous semblent caractériser les changements sociaux en cours.Par tendances, il faut entendre un diagnostic posé sur l\u2019évolution de certains segments de la société québécoise1.Bien qu\u2019elles puissent aussi être dégagées à partir d\u2019observations qualitatives et à partir de théories -pensons aux deux tendances majeures des sociétés modernes observées par Alexis de Tocqueville au siècle dernier: progression de l'égalité et concentration du pouvoir politique - les tendances retenues auront ici une portée plus limitée et on s'en tiendra à celles qui caractérisent la morphologie du Québec à partir de séries statistiques et d'observations standardisées.Qualifions pour l\u2019instant le présent essai de rapport social en bref sur le Québec, un rapport qui s'inscrit en continuité avec les précédents qui ont été publiés au fil des ans dans l'ouvrage préparé sous la direction de Roch Côté.Dans la présente édition - la quatrième à laquelle nous collaborons - nous avons augmenté les aspects couverts et les séries statistiques ont été mises à jour.Les aspects suivants ont été retenus: principales tendances démographiques, démolinguistiques et macroéconomiques, les autochtones, santé et éducation, emplois et activité professionnelle, revenus, pauvreté et inégalités, consommation.Une nouvelle section - familles et modes de vie -fait le point sur les mutations marquées observables dans la vie quotidienne des Québécois.Cette section décrit en fait un aspect important de la mutation culturelle profonde dont nous venons de faire état.Le champ couvert dans ce rapport social en bref est donc cette année encore plus large.Il faut considérer une assez longue période afin de faire ressortir les changements de fond qui sont les plus marquants, car se limiter à un horizon de quelques années paraît insuffisant pour en mesurer toute la Tendances de la société québécoise Profil du Québec portée.Des séries statistiques portant sur une période de vingt ou trente ans, si possible, s'imposent.Les commentaires qui suivent seront nécessairement brefs.Nous laissons au lecteur le soin de faire une lecture plus détaillée des tableaux publiés ci-après et nous préférons attirer l'attention sur les évolutions les plus significatives.Enfin, la présentation des tableaux est allégée et plusieurs graphiques permettent de mieux visualiser les tendances.Cependant, le lecteur intéressé par la consultation des données complètes pourra les retrouver sur un site Internet que nous avons bâti à cette fin (voir encadré page 128).Faits saillants : nouvelles tendances et retournements Les tendances ne changent pas radicalement d'une année à l\u2019autre.Cependant, l'ajout d'une nouvelle année à une série statistique vient parfois confirmer une inflexion, illustrer plus clairement un retournement qui n\u2019apparaissait pas encore avec netteté jusque-là.C'est le cas par exemple dans le domaine de l'éducation, où l'on note une importante diminution de l'effectif étudiant universitaire et des diplômés.Ou encore, l'ajout d'une nouvelle donnée attire l'attention sur une stabilité qui apparaît plus évidente.C'est le cas pour les différences de revenus gagnés entre hommes et femmes, le travail à temps partiel, la pauvreté, domaines où la tendance est au plat.D'autres tendances semblent s'accélérer: la natalité chute plus bas, l'union libre s'étend plus rapidement, le nombre de décès augmente.Le fait de recouper diverses données amène la formulation d'une nouvelle représentation de ce qui semblait familier jusqu'à présent.C'est le cas de la famille, qui n'est plus le mode de vie dominant qu'elle a été, comme le donne à penser la montée en importance de la vie de couple sans enfant présent.Voici quelques faits saillants qui ressortent des analyses effectuées dans la présente version du rapport social.\u2022\tL\u2019espace québécois se recompose.La décroissance démographique des régions éloignées apparaît plus nettement, de même que la mutation de l'espace habité autour de Montréal.\u2022\t[(accroissement naturel de la population québécoise a ralenti, conséquence de la forte chute de la natalité - qui se poursuit - et de la hausse du nombre de décès, qui commence à devenir importante.\u2022\tLa nature de l\u2019union conjugale entre hommes et femmes change radicalement: désaffection envers le mariage, fragilité plus marquée des unions, fécondité hors mariage devenue dominante.\u2022\tUn nouveau type de ménage, révélateur d\u2019un nouveau mode de vie, émerge plus nettement: le couple sans enfant présent à la maison. Profil du Québec Tendances de la société québécoise \u2022\tL'unité de vie typique dans la société n'est plus la famille (un couple ou un parent entouré d'enfants).\u2022\tLa création de ménages a augmenté plus vite que la population.On vit dans des unités nettement plus petites, avec moins d'interactions au sein du foyer.\u2022\tConséquence des changements précédents, le mode de vie en ménage ne recoupe plus le mode d'occupation de l\u2019espace.\u2022\tLe monde de l'éducation est en profond changement.La baisse des clientèles, conséquence de la dénatalité, va obliger les institutions à se repositionner.\u2022\tL\u2019emploi à temps partiel - indicateur souvent retenu pour illustrer la précarité - plafonne.L'emploi atypique continue cependant de s'étendre.\u2022\tLa réduction de l\u2019écart de revenus gagnés entre hommes et femmes s'est arrêtée.\u2022\tLa pauvreté et la faiblesse du revenu restent au même niveau.\u2022\tLes gains hebdomadaires retirés du travail n\u2019ont pas bougé depuis plus de quinze ans au Québec, alors qu\u2019ils augmentent en Ontario.Ces tendances doivent être prises comme des indicateurs d'une société en changement rapide.Les données qui suivent en décriront certains aspects.Lauteur remercie Louis Duchesne de l'Institut de la statistique du Québec pour l'aide apportée dans la mise à jour des données et David-H.Mercier pour l\u2019aide apportée dans la préparation des tableaux et graphiques.DONNÉES SUR INTERNET Il est encore trop tôt pour dire quelle place occuperont dans l'avenir les publications électroniques.Sans doute ne remplaceront-elles pas l'imprimé - livres ou journaux - pas plus que la télévision n'a remplacé la radio.Elles proposent plutôt, croyons-nous, une nouvelle façon de diffuser des connaissances dont les caractéristiques se préciseront à l'usage.Dans le cas présent, le site sur les tendances est un complément documentaire au présent ouvrage susceptible d'intéresser le lecteur à la recherche d\u2019informations chiffrées.Toutes les données contenu dans ce chapitre, de même que les tableaux (en version intégrale) ayant servi à la construction des graphiques, sont accessibles en format PDF (Portable Document Format / Acrobat Reader) sur Internet à l'adresse suivante : http://www.soc.ulaval.ca/tendances/ Tendances de b société québe* oim Profil du Quebec Aspects démographiques Les changements démographiques sont probablement, à l'aube d un nouveau millénaire, ceux qui auront l'impact le plus considérable sur la société québécoise.Ils s\u2019étendent sur une période plus longue que les cycles économiques par exemple et ils sont moins perceptibles à court terme.Ces changements n'en sont pas moins spectaculaires et surtout, déterminants pour l'avenir.Nous y reviendrons en conclusion.Diminution du poids relatif du Québec au sein du Canada Le Québec compte plus de sept millions trois cent cinquante mille personnes à l'aube de l'an 2000.Les chiffres de la population tiennent compte des résidants non permanents (tableau 1 et graphique 1).Malgré une population toujours en croissance \u2014 en hausse de 40% depuis 1961 \u2014 le poids relatif du Québec au sein du Canada ne cesse de diminuer parce que la population canadienne progresse encore plus vite.La part de la population québécoise est tombée pour la première fois dans l\u2019histoire en bas de 25% de l\u2019ensemble canadien en 1994.A moins d une hausse significative de l\u2019immigration au Québec \u2014 non prévue en ce moment, cependant \u2014, cette diminution ne pourra que se Tableau 1 Population du Québec en nombre, en indice et en % du Canada, 1961-1999 (Nouvelles données révisées depuis 1971) Année\tNombre *\tIndice\ten % du Canada 1961\t5 259 211\t100,0\t28,8 1966\t5 780 845\t109,9\t28,9 1971\t6 137 368\t116,7\t27,9 1976\t6 396 735\t121,6\t27,3 1981\t6 547 704\t124,5\t26,4 1986\t6 708 352\t127,6\t25,7 1991\t7 064 735\t134,3\t25,2 1992\t7 112 810\t135,2\t25,1 1993\t7 165 199\t136,2\t25,0 1994\t7 207 302\t137,0\t24,9 1995\t7 241 429\t137,7\t24,7 1996\t7 274 019\t138,3\t24,5 1997\t7 308 051\t139,0\t24,4 1998\t7 334 502\t139,5\t24,2 1999\t7 350 222\t139,8\t24,1 * Données révisées depuis 1971 par l'ISQ.La série tient compte des Québécois de retour et des résidents non permanents.Année 1999: données provisoires.Source : Institut de la statistique du Québec, www.statgouv.qc.ca J Profil du Québec Tendances de la société québécoise Graphique 1 Population du Québec et du Canada 1961 1999 (Nouvelles données révisées depuis 1971) ¦\tCanada ¦\tQuébec CO CD CD CD CD 00 CO 00 cDCDcr>cDcncr>cr> CD CD CT) CD CD CD CD CD Source : ISQ, www.statgouv.qc.ca poursuivre, au rythme de un dixième de un pour cent environ chaque année.La population du Québec comptait pour 24,1 % de l'ensemble du Canada en 1999.Moins de jeunes et plus de personnes âgées Le poids relatif des différents groupes d\u2019âges est en changement rapide (tableau 2).La pyramide des âges est en profonde mutation.La base démographique se rétrécit de façon marquée.Une tendance nou velle apparaît avec plus de netteté à la fin des années 1990 : la chute assez brusque de la natalité entraîne une accentuation du déséquilibre entre les groupes d\u2019âge.Pendant que la base diminue, les cohortes nées dans les années cinquante vieillissent et progressent vers le haut de la pyramide des âges \u2014 qui prend plutôt peu à peu l'allure d\u2019un gros champignon (graphique 2).La part des jeunes âgés de 0 à 14 ans a fortement diminué, passant de 35,4% en 1961 à 18,5% de l\u2019ensemble en 1998, et celle de la population ayant atteint l\u2019âge de la retraite est en forte croissance, notamment parce que l\u2019espérance de vie augmente.Le Québec n\u2019a pas encore une population vieille, mais la tendance au vieillissement est nettement présente.Cette tendance va s\u2019accélérer au début du xxh siècle de façon rapide, comme l\u2019indiquent les projections de population faites par Année de naissance Tendances de la société québécoise Profil du Québec Tableau 2 Population du Québec (en %) selon l\u2019âge et l\u2019année 1961-1998 Année\t0-14\t15-19\t20-24\t25-29\t30-39\t40-49\t50-54\t55-59\t60-64\t65 et +\tTotal \t%\t%\t%\t%\t%\t%\t%\t%\t%\t%\t% 1961\t35,4\t8,9\t7,0\t6,9\t13,9\t11,1\t4,5\t3,6\t2,9\t5,8\t100 1966\t33,0\t9,6\t8,1\t6,5\t12,7\t11,1\t6,3\t3,7\t3,0\t6,0\t100 1971\t29,6\t10,3\t9,1\t7,9\t12,3\t11,6\t4,7\t4,2\t3,4\t6,9\t100 1976\t24,9\t10,7\t9,6\t8,9\t13,6\t11,3\t5,2\t4.3\t3,8\t7,7\t100 1981\t21,7\t9,6\t10,0\t9,1\t15,7\t11,0\t5,3\t4,8\t3,9\t8,8\t100 1986\t20,2\t7,2\t9,4\t9,8\t17,1\t12,2\t5,0\t4,9\t4,4\t9,8\t100 1991\t19,8\t6,5\t7,1\t8,9\t18,0\t14,4\t5,1\t4,7\t4,4\t11,0\t100 1996\t19,0\t6,9\t6,5\t6,9\t17,8\t15,7\t6,2\t4,8\t4,3\t11,9\t100 1998\t18,5\t6,7\t6,7\t6,5\t16,8\t16,2\t6,7\t5,2\t4,2\t12,5\t100 Source: Statistique Canada, Estimations de la population.Graphique 2 Pyramide des âges Québec, 1er juillet 1998 Sexe masculin Sexe féminin 1907-08 1917-18 1947-48 1977-78 \ti\t \t.JL\t \t\t \t_\tmmm \t£1\t J.ÆM\t\t \t\t \t\t \t\t \t\tMK I I i 70\t60\t50\t40\t30 l 20 100 , 90 80 70 60 50 I 40 ! 30 20 j 10 I 0 10 -\t1907-08 -\t1917-18 -\t1927-28 I\" 1937'38 -1947-48 -\t1957-58 -\t1967-68 -\t1977-78 r 1987-88 T 1997-98 50\t60 70 Effectif par année d'âge (en millier) Source: Statistique Canada, Estimations de la population.Dernière mise à jour le 8 janvier 1999. H-1 Profil du Québec Tendances de la société québécoise Graphique 3 Évolution de la population composant deux groupes d\u2019âge (014 ans et 65 ans et plus) 1951 à 1966 et projections 2001-2036 Québec 40 -\t-40 65 ans et + THcnr-LncoT-iair-ioroTHCD Lnmcor-oocncno^-icNcoco cnaicncnaicnCTiooooo tHtHxHtHtHtHtHCNCNCNCMCN Tableau 3 Structure de la population par âge, rapport de dépendance et âge médian de la population du Québec, 1951 à 1996 et projections 2001-2036 Année\t0-14\tProportion 15-64\tRapport de dépendance 65 +\t\tÂge médian (année) 1951\t33,7\t60,6\t5,7\t0,7\t24,8 1961\t35,4\t58,7\t5,8\t0,7\t24,0 1971\t29,3\t63,9\t6,8\t0,6\t25,6 1981\t21,5\t69,8\t8,7\t0,4\t29,6 1991\t19,8\t69,2\t11,0\t0,4\t34,0 1996\t19,0\t68,5\t12,5\t0,4\t36,1 2001\t17,9\t69,1\t13,0\t0,4\t38,3 2006\t16,9\t69,3\t13,8\t0,4\t40,3 2011\t15,9\t68,5\t15,7\t0,5\t41,7 2016\t15,4\t66,8\t17,9\t0,5\t42,7 2021\t15,1\t64,5\t20,5\t0,6\t43,7 2026\t14,7\t61,9\t23,4\t0,6\t44,8 2031\t14,4\t59,9\t25,7\t0,7\t45,6 2036\t14,0\t59,3\t26,9\t0,7\t46,9 Rapport de dépendance : (0-14 ans + 65 ans et plus/15-64 ans) 2001-2036 : Projections, hypothèse moyenne.Source : Institut de la Statistique du Québec, www.statgouv.qc.ca Tendances de la société québécoise Profil du Québec Tableau 4 Population, variation de la population et accroissement selon les régions administratives, Québec, 1971-1998 Réglons administratives\t1971 %\t1981 1991 % %\t\t1996 %\t1998 %\t1998* N\tVariation de la population 1991-1998\tAccroissement 1991-1998 Gaspésie/ Iles de la Madeleine\t1,9\t1,8\t1,5\t1,5\t1,4\t105 343\t-2,6\t-2 847 Bas St-Laurent\t3,5\t3,3\t3,0\t2,9\t2,8\t208 053\t-0,7\t-1 512 Saguenay/Lac St-Jean\t4,4\t4,4\t4,1\t4,0\t3,9\t289 641\t-1\t-2 838 Québec\t8,8\t9,0\t8,9\t8,9\t8.8\t646 091\t2,3\t14 731 Chaudière-Appalaches\t5,1\t5,4\t5,3\t5,3\t5,3\t389 666\t3,6\t13 678 Mauricie/Bois-Francs\t4,1\t3,9\t3,7\t3,6\t3,6\t265 378\t0,5\t1238 Centre du Québec\t3,0\t3,1\t3,0\t3,0\t3,0\t220 845\t0,4\t8 643 Estrie\t4,0\t4,0\t3,9\t3,9\t3,9\t287 951\t4,9\t13 576 Montérégie\t13,8\t16,5\t17,5\t17,7\t17,8\t1 303 241\t5,6\t68 806 Montréal\t32,5\t27,3\t25,7\t24,9\t24,6\t1 806 754\t-0,5\t-8 486 laval\t3,8\t4,2\t4,6\t4,6\t4,7\t342 421\t6,4\t20 478 Lanaudière\t2,9\t4,0\t4,8\t5,2\t5,3\t392 284\t14,1\t48 463 Laurentides\t4,0\t4,8\t5,5\t6,1\t6,2\t456 347\t16,6\t64 992 Outaouais\t3,6\t3,8\t4,1\t4,3\t4,3\t317 544\t9\t26 220 Abitibi-Témiscamingue\t2,4\t2,3\t2,2\t2,2\t2,1\t156 619\t0,8\t1 174 Côte-Nord\t1,7\t1,8\t1,5\t1,4\t1,4\t105 109\t-0,5\t-561 Nord du Québec\t0,5\t0,5\t0,5\t0,5\t0,5\t39 996\t7,5\t2793 Total\t100\t100\t100\t100\t100\t7 333 283\t3,8\t268 548 * Données de Statistique Canada, légèrement différentes de celles de l'ISQ.Source : ISQ, La situation démographique au Québec, et www.statgouv.qc.ca l'Institut de la Statistique du Québec: la part de la population âgée de 65 ans et plus va passer de 12,5% en 1998 à 20,5% en 2021, alors que la part de la population des jeunes (0-14 ans) va continuer à régresser lentement (graphique 3).L\u2019âge médian de la population \u2014 l\u2019âge qui départage la population entre deux groupes égaux \u2014 fera un bon considérable, passant de 36,7 ans en 1997 à 43,7 ans en 2021.Cela signifie que la moitié de la population aura moins de 43,7 ans cette année-là.Rappelons que la moitié de la population avait moins de 25 ans en 1951, et moins de 34 ans en 1991.Quand on évoque les changements démographiques en cours, tous mj Profil du Québec Tendances de la société québécoise pensent spontanément à la baisse de la natalité et au vieillissement de la population ; il faut aussi avoir en tête que le centre de la distribution se gonfle à mesure que vieillit la génération du baby-boom.Le rapport de dépendance \u2014 qui est mesuré par le rapport du nombre des jeunes et des personnes 65 ans ou plus sur la population âgée de 15 à 64 ans \u2014 va aussi augmenter vers l\u2019an 2011, mais sans atteindre le haut niveau observé dans les années 1950 et 1960.Ce rapport de dépendance doit être interprété avec précaution, notamment parce qu'une partie des personnes ayant dépassé l\u2019âge de la retraite pourront rester actives sur le marché du travail ou encore effectuer des travaux non rémunérés, à titre de bénévoles par exemple.Dans les années cinquante, les personnes dépendantes étaient surtout des enfants qui n\u2019avaient pas de ressources économiques propres; dans les années 2000, les personnes dépendantes seront de plus en plus des personnes âgées possédant pour la plupart un patrimoine, ce qui affectera l\u2019impact socioéconomique de la dépendance sur la société.Inégale croissance démographique des régions D\u2019après les données révisées de la population, quatre régions éloignées du Québec ont connu un certain dépeuplement depuis dix ans : la Côte-Nord, la Gaspésie-Iles-de-la-Madeleine, le Bas-Saint-Laurent et le Saguenay-Lac-Saint-Jean (tableau 4).La grande région de Montréal a aussi perdu une partie de sa population au profit des régions adjacentes en forte croissance depuis 1991 ; les Laurentides surtout (+16,6%) ainsi que Lanaudière (+14,1%) ou de régions en croissance modérée : Laval (+6,4%) et la Montérégie (+5,6%).La région de l\u2019Outaouais est aussi en croissance démographique plus marquée que les autres régions (+9%).Ces cinq régions en croissance ont augmenté leur poids respectif dans l'ensemble du Québec.Il en va de même pour le Nord du Québec à cause de la forte fécondité des populations autochtones, mais il faut ajouter que cette région est faiblement peuplée.Plusieurs régions administratives du Québec ont connu une croissance nulle ou très faible de leur population (l\u2019Abitibi-Témiscamingue, la Mauride-Bois-ffancs et le Centre-du-Québec) ou encore inférieure à la moyenne comme ce fut le cas dans les régions de Québec et de Chaudière-Apala-ches.Toutes ces régions ont par conséquent vu leur importance relative diminuer dans l\u2019ensemble du Québec depuis 1991.Une population de plus en plus urbanisée La population québécoise se concentre davantage dans les grandes régions métropolitaines, qui connaissent toutes (sauf celles de Chicoutimi-Jonquière et de Trois-Rivières) une croissance démographique plus forte que celle de l\u2019ensemble du Québec (tableau 5).Ce dernier est de plus en plus urbain et un peu moins de la moitié de toute sa population se retrouvre dans la grande région montréalaise.C\u2019est la région métropolitaine de Hull qui croît le plus vite au Québec depuis dix ans, suivie par celle de Sherbrooke.Trois phénomènes démographiques affectent la taille de la population totale et l\u2019équilibre entre les groupes d\u2019âges, et jusqu\u2019à un certain point la répartition entre les régions : la natalité, l\u2019immigration internationale et les migrations interprovinciales.Nous en examinerons brièvement les évolutions. Tendances de la société québécoise Profil du Québec Tableau 5 Population par réglons métropolitaines de recensement et variation en % Québec, 1986-1998 \t\tPopulation \u2018\t\tVariation en % Régions\t1986\t1991\t1998\t1991-98 Montréal\t3 032 022\t3 290 792\t3 428 304\t4,2 Québec\t619 079\t660 730\t687 155\t4,0 Hull\t205 623\t232 901\t255 193\t9,6 Chicoutimi-Jonquière\t162 415\t164 531\t161 982\t-1,5 Sherbrooke\t133 561\t143 998\t152 655\t6,0 Trois-Rivières\t132 063\t139 328\t142 448\t2,2 Reste du Québec\t2 449 019\t2 432 455\t2 505 546\t3,0 Total\t6 733 782\t7 064 735\t7 333 283\t3,8 * Données de Statistique Canada légèrement différentes de celles de l'ISQ Les populations des régions ont été révisées de 1991 à 1997 mais pas la population de 1986.Source: ISQ, www.statgouv.qc.ca 23 juin 1999.Graphique 4 Nombre de naissances par année Québec, 1960-1998 OCNI^COOOOCN^-tOOOOCN^Î-tûOOOCN^-COOO (ûtûtûtûtûNNSNNCOCOCOCQOOCriOlOlOlO) 0)0)01(7)0)010101010)0)0)0)0101010)010101 t\u2014i H H t\u2014I H H t\u2014I H H H tH T-H H H H T\u2014I H T I H T I 1998 : Données provisoires.Source: BSQ.La situation démographique au Québec, Édition 1998, Tableau 412; ISQ, www.staLgouv.qc.ca Profil du Québec Tendances de la société québécoise Tableau 6 Divers indicateurs de fécondité Québec, 1960 1998 Année\tNaissances\tTaux de natalité\tIndice synthétique de fécondité\t% Naissances hors mariage Rang 1\tRang 2\tTotal\t\t I960\t141 224\t27,50\t3,86\t\t-\t3,6 1965\t123 279\t21,70\t3,07\t-\t-\t5,2 1970\t96 512\t16,10\t2,09\t\t-\t8,0 1975\t96 268\t15,20\t1,75\t\t-\t8,8 1980\t97 498\t15,00\t1,63\t20,7\t8,3\t13,8 1985\t86 008\t12,90\t1,39\t34,5\t18,0\t24,7 1986\t84 579\t12,60\t1,37\t37,3\t19,6\t27,2 1987\t83 600\t12,30\t1,36\t39,8\t22,5\t29,9 1988\t86 358\t12,60\t1,42\t43,2\t25,9\t33,1 1989\t91 751\t13,20\t1,51\t45,9\t29,0\t35,6 1990\t98 013\t14,00\t1,63\t48,4\t31,8\t38,1 1991\t97 348\t13,80\t1,65\t50,3\t34,6\t40,8 1992\t96 054\t13,50\t1,67\t54,1\t37,6\t43,4 1993\t92 322\t12,90\t1,63\t57,1\t40,8\t46,3 1994\t90 417\t12,50\t1,63\t58,6\t44.1\t48,5 1995\t87 258\t12,00\t1,61\t59,8\t47,1\t50,6 1996\t85130\t11,70\t1,60\t62,3\t48,9\t52,8 1997\t79 724\t10,90\t1,53\t62,8\t50,6\t54,3 1998\t75 794\t10,30\t1,48\t\t\t * Le total comprend toutes les naissances hors mariage.1998 : Données provisoires, 22 juin 1998.Indice synthétique révisé depuis 1971.Source: BSQ, La situation démographique au Québec, Édition 1998, tableau 412 ; ISQ.www.statgouv.qc.ca La chute de la natalité s\u2019accélère Le nombre de naissances et le taux de natalité sont en forte baisse depuis 1990, après avoir connu un certain redressement à la fin des années 1980 (tableau 6).Une nouvelle tendance à la baisse des différents indicateurs de fécondité existe nettement depuis huit ans (graphique 4).Il faut signaler que la chute du nombre des naissances est importante depuis 1992, ce nombre étant maintenant inférieur à 80 000 depuis 1997.Entre 1990 et 1998, on a enregistré une diminution de 22 200 naissances par année, ce qui est considérable.L examen de la langue d\u2019usage de la mère à la naissance montre que les francophones ont une fécondité un peu plus faible.Les personnes qui parlent français à Tendances de la société québécoise Profil du Québec Tableau 7 Langue d\u2019usage de la mère à la naissance et langue d'usage à la maison dans la population Québec, 1997 Langue\tMère\tPopulation Français\t78,4\t81,9 Français et anglais\t1,2\t0,9 Anglais\t10,3\t10,1 Autre\t8,4\t7,1 Non déclarée\t1,7\t- Total %\t100\t100 N\t79 724\t7 274 019 Source : www.statgouv.qc.ca la maison représentent 81,9% de la population et les mères qui parlent français à la maison représentent 78,4% de toutes celles qui ont accouché en 1997 (tableau 7).Le taux de fécondité a diminué de façon importante dans le groupe des jeunes femmes mais non dans le groupe des femmes âgées de 30 ans et plus (tableau 8).Plus scolarisées qu\u2019auparavant, les jeunes femmes reportent à plus tard la venue des enfants, comme le montre l'augmentation de l\u2019âge moyen à la naissance.Elles attendent aussi d\u2019être établies professionnellement avant de devenir mères.Or, les études montrent que plus l\u2019âge à la première naissance augmente, plus la probabilité d\u2019avoir un autre enfant par la suite diminue.Cependant, la diminution du nombre de naissances et la chute de l\u2019indice synthétique de fécondité ont été trop rapides et trop prononcées depuis 1990 pour être qualifiées de report de naissances.Une nouvelle tendance à la baisse de la fécondité est sans doute bien pré- sente, mais cette fois elle aura des conséquences majeures sur le remplacement des générations et la croissance future de la société québécoise.La désaffection vis-à-vis du mariage est bée à la dénatabté \u2014 les couples vivant en union bbre ont moins d\u2019enfants que les couples mariés \u2014 mais cette désaffection n\u2019est pas la cause de la baisse de la natabté.Le mariage et la décision d\u2019avoir plusieurs enfants sont plutôt deux phénomènes rebés qui dépendent d\u2019un ensemble de facteurs.11 en va de même pour la diminution de la pratique rebgieuse, ebe-même associée à la baisse de la natalité par plusieurs chercheurs5.La désaffection vis-à-vis la pratique religieuse, la désaffection vis-à-vis du mariage et la dénatabté sont en fait trois tendances qui révèlent des changements culturels encore mal connus.Plusieurs facteurs semblent par aibeurs bés à la chute de la natabté.Le premier est sans doute l\u2019insécurité économique qui frappe plus durement les jeunes ménages ££TJ Profil du Québec Tendances de la société québécoisi Tableau 8 Taux de fécondité selon le groupe d\u2019âge* et âge moyen à la naissance 1960-1998 Année\t15-19\" %0\t20-24 %0\tGroupe 25-29 %0\td\u2019âge 30-34 %.\t35-39 %.\t40-44 %.\tÂge moyen à la naissance I960\t34,1\t204,6\t226,0\t162,1\t102,8\t38,2\t- 1965\t28,6\t176,2\t183,4\t123,0\t74,2\t26,2\t 1970\t22,7\t122,5\t137,8\t80,6\t40,4\t12,2\t27,94 1975\t19,9\t97,8\t135,2\t68,5\t22,7\t5,2\t27,41 1980\t15,4\t89,7\t131,3\t67,9\t18,7\t2,8\t27,40 1985\t13,7\t71,6\t114,2\t60,3\t16,7\t2,1\t27,52 1990\t18,1\t79,7\t128,4\t75,2\t22,0\t2,8\t27,69 1991\t17,6\t80,0\t129,3\t78,0\t22,7\t3,0\t27,76 1992\t18,2\t77,0\t128,5\t81,2\t23,6\t3,3\t27,88 1993\t17,6\t75,9\t124,2\t81,4\t24,1\t3,6\t27,95 1994\t17,6\t75,0\t123,0\t82,5\t25,2\t3,6\t28,02 1995\t17,2\t73,0\t118,8\t83,1\t25,9\t3,8\t28,11 1996\t16,5\t72,4\t118,3\t82,4\t27,2\t3,8\t28,18 1997\t15,6\t67,5\t111,6\t80,8\t26,6\t3,8\t28,27 1998\t14,8\t63,9\t108,5\t78,6\t26,2\t4,1\t28,34 Donnée provisoire pour 1998, juin 1999.Taux révisés pour tenir compte des nouvelles estimations de population depuis 1971.* Les taux par groupe d\u2019âge sont la somme des taux par année d'âge divisée par 5.** Comprend les naissances des mères de 14 ans et moins.Source : ISQ, www.statgouv.qc.ca \u2014 précarité, taux de chômage élevé, revenus de travail en baisse \u2014 empêchant l\u2019élaboration de projets d'avenir au cœur desquels le désir d\u2019enfants \u2014 bien présent, les études le montrent \u2014 ne peut pas se concrétiser.Les jeunes couples reportent à plus tard la venue des enfants qu'ils désirent, au risque de ne jamais passer à l'acte.Le second facteur est la difficulté qu\u2019ont les jeunes mères surtout, mais aussi de plus en plus de pères, à concilier l\u2019occupation d\u2019un emploi et le soin des enfants, surtout les 2e et 3e.Si les places en garderies sont maintenant plus accessibles, il faut souligner que les entreprises et les employeurs sont encore réticents à mettre de l\u2019avant des mesures favorisant la conciliation des activités professionnelles et familiales des parents.Le conflit entre le gouvernement fédéral et le gouvernement du Québec au sujet de la réforme des congés de maternité \u2014 qui n\u2019est toujours pas réglé \u2014 em- Tendances de la société québécoise Profil du Québec Graphique 5 Descendance finale à l'âge de 45 ans, selon l'année de naissance de la mère Québec, 1920-1969 Année de naissance Source : ISQ.www.staLqc.ca pêche la mise en place d\u2019un volet important de la politique familiale qui serait sans doute susceptible d\u2019aider les couples à concilier leurs responsabilités familiales et professionnelles et les aider à avoir les enfants qu\u2019ils désirent.Avoir des enfants implique que les couples se donnent un horizon commun durable.Or tout amène les jeunes couples à s'orienter autrement.Pour les uns, l\u2019emploi est devenu plus rare et précaire.D\u2019autres voient leur vie active comme une carrière et non plus comme un destin relativement stable (devenir paysan comme son père, par exemple).Plus largement, c\u2019est tout le mode de vie axé sur la consommation qui est devenu mobile, mode de vie peu conciliable avec une famille comptant plusieurs enfants.Il faut aussi considérer, dans la recherche d'une explication à la baisse de la fécondité, cette profonde mutation culturelle qui marque la conception même de la vie en commun.Le destin des individus dans la société contemporaine s\u2019inscrit-il encore dans un espace et une temporalité qui est conciliable avec la venue des enfants ?La question \u2014 déjà soulevée par l\u2019historien de la famille Shorter (Naissance de la famille moderne, Paris, Le Seuil, 1977) \u2014 doit être posée.La mesure de la descendance finale d\u2019une cohorte de femmes donne une mesure plus fiable du remplacement de la population que l\u2019indice synthétique de fécondité (graphique 5).Nous pouvons estimer avec assez de justesse quel a été le Rffl Profil dll Québec Tendances de la société québécoise Tableau 9 Nombre d\u2019enfants adoptés nés à l\u2019étranger (adoption internationale) 1982-1997 Année\tNombre 1982\t40 1983\t315 1985\t23 1990\t528 1995\t970 1996\t947 1997\t761 1982-1997\t7 665 Source: www.statgouv.qc.ca nombre total d\u2019enfants mis au monde par les femmes nées avant le milieu des années soixante, puisqu'elles ont maintenant passé l\u2019âge d\u2019en avoir d\u2019autres.La mesure de descendance finale décline chaque année depuis 1921, date à partir de laquelle chaque cohorte annuelle de femmes a eu un peu moins d'enfants que la précédente.La cohorte des femmes nées en 1943 a été la première à avoir eu moins de 2,1 enfants par femme, soit le nombre nécessaire pour assurer le remplacement naturel de la population.La diminution de la descendance finale semble s\u2019être arrêtée en 1955, pour se stabiliser à 1,6 enfants environ dans les cohortes de femmes nées entre 1955 et 1965.Seul l\u2019avenir dira si elle se maintiendra à ce niveau, mais les indices synthétiques donnent à penser qu\u2019elle diminuera.L'adoption internationale reste marginale L'adoption internationale est encore marginale.De 1982 à 1997, 7665 enfants nés à l\u2019étranger ont été adoptés par des couples québécois, soit une moyenne de 480 par année.Le nombre d\u2019adoptions évolue en dents de sde, mais il n\u2019a pas dépassé 1000 par année (tableau 9).La hausse du nombre d\u2019IVG se poursuit Le nombre d'interruptions volontaires de grossesse est étonnamment élevé et il est en hausse: il s\u2019établit à 27 993 en 1997, dernier chiffre disponible (tableau 10).L\u2019interruption volontaire de grossesse n\u2019est pas seulement répandue chez les adolescentes et les jeunes femmes, mais elle est également fréquente dans le groupe des femmes plus âgées, dans lequel le phénomène est même en croissance (graphique 6).Ce nombre élevé est difficile à expliquer, compte tenu de l\u2019accessibilité des différents moyens de contraception et de l\u2019information donnée en la matière dans les écoles, les institutions de santé et la famille.L\u2019interruption volontaire de grossesse serait-elle devenue un moyen de contraception, Tendances de la société québécoise Profil du Québec Tableau 10 Divers indicateurs d\u2019interruption volontaire de grossesse Québec, 1976-1997\t\t\t Année\tInterruptions\tRapport par 100 naissances\tÂge moyen 1976\t7 139\t7,3\t27,3 1980\t14 288\t14,7\t26,5 1985\t15 702\t18,3\t26,2 1990\t22 219\t22,7\t25,8 1991\t23 261\t23,9\t25,8 1992\t24 619\t25,6\t25,8 1993\t26 106\t28,3\t25,6 1994\t26131\t28,9\t25,8 1995\t26 072\t29,9\t25,8 1996\t27184\t31,9\t25,8 1997\t27 993\t35,0\t25,9 Source : BSQ, La situation démographique au Québec, Édition 1998, ISQ, www.statgouv.qc.ca et RAMQ.Graphique 6 Taux d'interruption volontaire de grossesse par groupe d\u2019âge Québec, 1980 1997 20-24 ans 25-29 ans 15-19 ans 30-34 ans CN CO\tLD CD r- CMco^J-LDcûr-oocno ooooooooooooooooooooCT>a>a>cT>cncn 01010)01010)0)010)0)0)010)01(710)0)01 N.B.: Le taux d\u2019interruption se lit comme suit ; en 1996,19,3 femmes âgées de 15 à 19 ans sur 1000 ont interrompu volontairement leur grossesse.Source: BSQ, La situation démographique au Québec, Édition 1998, ISQ, www.staLgouv.qc.ca et RAMQ. 03 Profil du Québec Tendances de la société québécoise marquant ainsi l'échec relatif des autres moyens disponibles ?Hausse du nombre de décès Le nombre de décès a augmenté durant les années 1990.Il était autour de 45 000 par année durant les années 1980, et il approche les 55 000 au tournant de l\u2019an 2000 (tableau 11).Le taux de décès \u2014 mesure qui tient compte de la taille de la population \u2014 est maintenant de 7,4%, contre 6,9% en 1990.Cette hausse traduit bien le début du vieillissement de la population au Québec.Chute de l\u2019accroissement naturel de la population Conséquence de la diminution rapide de la natalité et de l\u2019augmentation du nombre de décès chaque année, 1 accroissement naturel (différence entre les naissances et les décès) de la population québécoise est en forte diminution (voir le tableau 11).Cet accroissement naturel n\u2019est plus que de 21 828 personnes (en 1998) alors qu\u2019il était proche de 50 000 en 1990.On le voit, la diminution est importante.En 1960, l\u2019accroissement naturel de la population était supérieur à 100 000 personnes.La chute de l\u2019accroissement naturel de la population est récente.Celui-ci était d\u2019environ 7% chaque année entre 1960 et 1990.Le taux a par la suite chuté rapidement de 7% à 3% en moins de dix ans.Après des années de fortes croissance s'annoncent des années de hausse modeste de la population, qui seront suivies d\u2019années de décroissance.Tableau 11 Total des décès (en nombre et en %) et accroissement naturel (en nombre et en %) Québec, 1960-1998\t\t\t\t \t\tDécès\tAccroissement naturel\t Année\tN\t%\tN\t% I960\t35 129\t6.8\t106 095\t6,7 1970\t40 392\t6,7\t56 120\t7,2 1980\t43 515\t6,7\t53 983\t8,3 1985\t45 662\t6,9\t40 346\t6,1 1990\t48 651\t6,9\t49 362\t7,0 1991\t49 243\t7,0\t48105\t6,8 1992\t48 963\t6,9\t47 091\t6,6 1993\t51831\t7,2\t40 491\t5,7 1994\t51389\t7,1\t39 028\t5,4 1995\t52 722\t7,3\t34 536\t4,8 1996\t52 278\t7,2\t32 852\t4,5 1997\t54 281\t7,4\t25 447\t3,5 1998\t53 966\t7,4\t21 828\t3,0 Source : www.statcan.ca Tendances de la société québécoise Profil dll Quebec Diminution du nombre d\u2019immigrants Le nombre d\u2019immigrants qui se sont établis au Québec a été de 26 179 en 1998, en baisse par rapport au nombre approximatif de 50 000 en 1991 et 1992 (tableau 12).La diminution est importante.Le Québec n'a accueilli que 15% du nombre total d\u2019immigrants qui ont choisi de vivre au Canada en 1998, ce qui contribue fortement à l\u2019affaiblissement de son poids démographique.Il faut signaler cependant que le nombre d\u2019immigrants admis au Canada a baissé quelque peu en 1998, davantage qu\u2019au Québec.Les niveaux d'immigration internationale retenus pour les prochaines années ne laissent pas entrevoir de changement à cette situation.La moitié des immigrants sont des personnes indépendantes Un quart des immigrants sont des réfugiés, un autre quart environ sont des personnes qui viennent dans le cadre du programme de réunification des familles et environ la moitié sont des immigrants indépendants (tableau 13).L\u2019origine nationale des immigrants qui entrent au Québec est fort diversifiée (tableau 14).La France vient au premier rang des pays qui ont fourni le plus fort contingent d\u2019immigrants au cours des récentes armées soit 8,4% de l'ensemble entre 1995 et 1998, suivie de la Chine (6,2%), de l\u2019ex-Yougoslavie (6,0%) et de l\u2019ex-URSS (5,8%).Viennent ensuite Haïti, l\u2019Algérie, l\u2019Inde et le Maroc.On consultera le tableau 14 pour la liste complète des principaux pays d\u2019origine des nouveaux immigrants récemment entrés au Québec.Le solde migratoire total est en baisse depuis 1993 Le Québec avait un solde migratoire négatif jusqu'en 1980.Cette tendance avait été renversée par la suite, le solde migratoire étant largement positif jusqu\u2019en 1993.Tableau 12 Immigrants en nombre et en % du Canada et solde migratoire international Québec, 1960-1998 Année\tNombre\tEn % du Canada\tSolde migratoire international I960\t23 774\t22,8\t- 1970\t23 261\t15,7\t3 752 1980\t22 527\t15,7\t19 796 1990\t40 842\t19,1\t38 155 1995\t26 568\t12,5\t23 248 1996\t29 698\t13,1\t26 308 1997\t27 420\t12,7\t23 792 1998\t26179\t15,0\t22 574 Source : www.statgouv.qc.ca Profil du Québec Tendances de la société québécoise Tableau 13 Catégorie d'immigrants selon l\u2019année Québec, 1980 1998 Total Année\tFamille\tIndépendant\tRéfugié\t%\tN 1980\t32,9\t31,2\t35,9\t100\t22 538 1985\t40,9\t46,4\t12,7\t100\t14 884 1990\t22,5\t60,4\t17,1\t100\t40 842 1995\t35,7\t41,8\t22,5\t100\t27 222 1996\t31,0\t39,1\t29,9\t100\t29 772 1997\t29,5\t42,8\t27,8\t100\t27 684 1998\t26,3\t50,0\t23,8\t100\t26 181 Source : www.statgouv.qc.ca Tableau 14 Immigrants selon le pays de naissance, au total (en nombre et en %) pour la période 1995-1998 et rang du pays d'origine\t\t\t \t\tTotal 1995-98\t Origine\tRang\tN\t% France\t1\t9 362\t8,4 Chine\t2\t6 901\t6,2 Ex-Yougoslavie\t3\t6 650\t6,0 Ex-URSS\t4\t6 455\t5,8 Haiti\t5\t6168\t5,6 Algérie\t6\t6 075\t5,5 Inde\t7\t4 526\t4,1 Roumanie\t8\t3 789\t3,4 Maroc\t9\t3 388\t3,1 Bangladesh\t10\t3 262\t3,0 Hong Kong\t11\t3 183\t2,9 Sri Lanka\t12\t2 301\t2,1 Liban\t13\t2 190\t2,0 Philippines\t14\t2 152\t1,9 autres\t-\t44 457\t40,1 Total\t\t110 859\t100 Source : www.stat.gouv.qc.ca Tendances de la société québécoise Profil dll Quebec Depuis cette date, il est de nouveau en baisse, tout en restant positif.Le solde migratoire interprovincial se détériore En fait, c'est le solde migratoire interprovincial qui se détériore.Celui-ci avait toujours été négatif depuis les années 1960.Ce solde négatif avait même été fort important après l'élection en 1976 du premier gouvernement du Parti québécois, et ce jusqu'en 1983, avant de se redresser par la suite.Le solde négatif est de nouveau en hausse depuis le début des années 1990, le Québec ayant connu une perte nette de 15 940 personnes dans ses échanges de migrants avec les autres provinces canadiennes en 1998 (tableau 15).Les migrations d\u2019une province à l'autre sont fort importantes au Canada, et il en va de même dans le cas du Québec.Ainsi 1 177 500 personnes ont quitté le Québec entre 1972 et 1998 afin d\u2019aller vivre ailleurs au Canada et 73 5 000 personnes sont venues s\u2019établir au Québec.En 26 ans, le Québec a perdu 442 060 personnes dans ses échanges de population avec le reste du Canada.Rappelons que d\u2019autres provinces canadiennes ont aussi eu un solde migratoire négatif important au cours de la même période, de même que plusieurs États américains de taille comparable à celle du Québec dans leurs échanges de population avec d\u2019autres États.Outre l'incertitude qui entoure l\u2019avenir du Québec, bien d'autres facteurs expliquent les mou- Tableau 15 Migrations interprovinciales, entrants et sortants du Québec en % et solde migratoire selon la région Québec, 1975-1998 Année\tTotal * \t1975\t1980\t1990\t1995\t1998\tN\t% \t\tEntrants au Québec à partir de\t\t\t\t\t Atlantique\t16,4\t16,9\t14,2\t14,1\t13,9\t113 589\t15,5 Ontario\t66,1\t61,3\t68,6\t66,4\t64,1\t466 267\t63,4 Prairies/T.N.-0.\t9,2\t14,1\t10,9\t9,2\t8,9\t92 910\t12,6 C.B.\t8,3\t7,8\t6,3\t10,3\t13,1\t62 586\t8,5 \t\tSortants du Québec vers\t\t\t\t\t Atlantique\t19,4\t9,5\t10,6\t10,3\t8,5\t13 7 004\t11,5 Ontario\t58,8\t59,6\t66,5\t67,0\t68,1\t770 677\t5,5 Prairies/T.N.-0.\t13,1\t20,9\t11,7\t7,7\t13,5\t148 853\t12,6 C.B.\t8,7\t10,0\t11,2\t15,0\t9,9\t120 918\t10,3 \t\tSolde migratoire Inter provincial\t\t\t\t\t Total\t-12 340\t-24 283\t-9 567\t-10 248\t15 940\t-442 060\t * Le total inclut vingt-six années, soit de 1972 à 1998 Source: Institut de la Statistique du Québec, www.statgouv.qc.ca 03 Profil du Québec Tendances de la société québécoise vements de population d\u2019une région à l'autre, notamment des facteurs économiques.Migration vers l\u2019Ontario surtout Où vont les Québécois qui migrent ailleurs au Canada ?Un peu plus des deux tiers se sont établis en Ontario en 1998, suivi des Prairies \u2014 et en particulier de l\u2019Alberta (13,5%) \u2014, de la Colombie-Britannique (9,9%) et de la région de l\u2019Atlantique (8,5 %) (tableau 15).Il y a un très net changement dans la destination choisie par les personnes sortant du Québec depuis 1975 : la part de l\u2019Ontario se consolide à un niveau fort élevé et celle de la Colombie-Britannique, qui avait augmenté durant les dernières années, a régressé à cause des difficultés économiques que rencontre cette province dont l\u2019économie est axée sur l\u2019exploitation des ressources naturelles.La part des provinces de l\u2019Atlantique a régressé de moitié depuis les années 1970, et la tendance se maintient à la baisse.D\u2019où viennent les Canadiens qui migrent vers le Québec?Cette fois encore, l\u2019échange de population avec l\u2019Ontario domine largement : celle-ci a fourni un peu moins des deux tiers des personnes nouvellement établies au Québec en 1998 en provenance d\u2019une autre province.Les provinces de l\u2019Atlantique suivent avec 13,9% de l\u2019ensemble, la Colombie-Britannique avec 13,1% et les Prairies avec 8,9%.La provenance des entrants a été assez stable depuis vingt ans, contrairement à ce qui s\u2019est passé pour les sortants qui se concentrent en large majorité dans trois provinces.11 faut aussi noter une certaine progression de la proportion de personnes entrant au Québec en provenance de la Colombie-Britannique, qui reste cependant loin derrière l\u2019Ontario.Celle-ci demeure la première province avec laquelle se font les migrations interprovinciales qui impliquent des Québécois.Tableau 16 Migration interprovinciale selon le groupe d\u2019âge, Québec, 1997-98 Age\tEntrants\tSortants 0-19\t28,5\t27,4 20-29\t33,3\t31,0 30-39\t20,2\t18,9 40-49\t9,3\t9,3 50-64\t5,9\t7,6 65 et +\t2,9\t5,8 Total %\t100\t100 N\t26 173\t43 627 Année: Du 1\" juillet au 30 juin.Source : www.statgouv.qc.ca Tendances de la société québécoise Profil dll Québec Les jeunes migrent davantage La migration inter-provinciale touche davantage les jeunes que les autres groupes d\u2019âge.Plus de la moitié des entrants et des sortants ont moins de 30 ans (tableau 16).11 n'y a pas vraiment de différences importantes entre l\u2019âge des entrants et l\u2019âge des sortants, qui migrent sensiblement dans les mêmes proportions.À peu près autant de jeunes entrent au Québec qu\u2019il y en a qui sortent.Le seul groupe d'âge qui se distingue quelque peu est celui des personnes ayant atteint lage de la retraite, qui sont plus nombreuses à quitter le Québec qu\u2019à s\u2019y établir en provenance de l\u2019extérieur.La création de ménages augmente plus vite que la population Le nombre de ménages a augmenté beaucoup plus rapidement que la population québécoise de 1961 à 1996.La croissance de la population en vingt cinq ans a été de 38% et celle du nombre de ménages de 137% (graphique 7).Le ménage ne doit pas être confondu avec la famille.Un ménage est une unité de vie autonome et il faut faire une adéquation entre ménage et logement.Une personne qui vit seule forme un ménage, tout comme une famille comptant cinq enfants.Si la création de ménages augmente plus vite que la population, cela signifie que les individus vivent dans des unités de plus en plus petites et que celles-ci se multiplient.Quand un couple divorce, par exemple, et que les deux ex-conjoints occupent chacun un logement en propre, il s\u2019ensuit que le nombre de ménages a augmenté sans que la population ne change pour autant.Plusieurs facteurs expliquent cet écart entre population et ménages.La hausse du nombre de divorces et la migration des jeunes vers les villes ont contribué à faire Graphique 7 Taux de croissance des ménages et de la population (1961 - 100) Québec, 1961-1996 200 - ¦¦¦ Ménages 50 -\td I ,\t- 5< Population tH\ttH\ttH\ttH\tco CO\th-\tOO\tCD\tCT) CD\tCD\tCD\tCD\tCD Source : Calculs de l\u2019auteur d\u2019après les données du Recensement et celles de l\u2019ISQ, augmenter le nombre de nouveaux ménages.L\u2019aide de dernier recours est aussi un facteur qui a fortement encouragé la croissance du nombre de ménages (voir plus loin).L\u2019augmentation de l\u2019espérance de vie amène plus de personnes âgées à vivre seules plus longtemps, fréquemment dans de petits logements.Enfin, le nombre de ménages multi-familiaux est en forte baisse, sinon en disparition, les membres apparentés de différentes familles préférant vivre séparément.La création de nouveaux ménages a été une source de croissance pour l\u2019économie (plus de logements, achat de biens durables dans les foyers, etc.) mais il est à prévoir que cette tendance va marquer le pas dans les années à venir. F r ; 1 Profil du Québec Tendances de la société québécoise Familles et modes de vie La famille a longtemps été présentée comme la cellule de base de la société et elle reste centrale dans l\u2019imaginaire de la vie collective.Un ministère lui est même consacré (Ministère de la famille et de l\u2019enfance) et un Conseil s\u2019occupe d'aviser l\u2019Etat des politiques à adopter.Comment se présente le portrait de la famille dans la société québécoise ?Nous nous limiterons ici à un examen de statistiques sur ce qu\u2019on peut appeler les unités de vie, examen qui nous en apprend cependant beaucoup sur la place qu\u2019occupe la famille dans la société contemporaine.Désaffection vis-à-vis du mariage comme institution Le nombre absolu de mariages est tombé de moitié depuis 1970, alors que la population augmentait par ailleurs (graphique 8).Moins de 23 000 mariages on été célébrés en 1998, contre 51 690 en 1975.Lâge moyen au premier mariage a nettement augmenté en cinq ans, atteignant 27,5 ans pour les femmes et de 29,4 ans pour les hommes en 1997.On peut en fait parler d\u2019une véritable désaffection envers le mariage, qui apparaît de moins en moins comme une institution normative aux yeux des nouveaux couples.D\u2019après le Recensement de 1996, le quart de tous les couples québécois (24,4%) vivaient en union libre contre 19% en 1991 (tableau 17).Cette proportion dépasse un couple sur deux dans les jeunes ménages, soit 76,5% chez les jeunes couples dans lesquels la femme a moins de 24 ans et 52,9% chez ceux dans lesquels elle a entre 25 et 29 ans.Après l\u2019âge de 30 ans, la proportion de couples Graphique 8 Nombre de mariages et de divorces, en milliers Québec, 1970-1998 Mariages Divorces Source : ISQ, ww.statgouv.qc.ca (données révisées, juin 1999) Tendances de la société québécoise Profil du Québec [23 Tableau 17 Types d'union des couples selon l'âge de la femme Québec, 1996 Total Âge\tMariée\tEn union libre\t%\tN 15-24\t23,5\t76,5\t100\t78 345 25-29\t47,1\t52,9\t100\t149 018 30-39\t67,0\t33,0\t100\t455 485 40-49\t82,0\t28,0\t100\t401810 50-59\t90,0\t10,0\t100\t272 315 60 et +\t96,1\t3,9\t100\t283 565 Total\t75,6\t24,4\t100\t1 640 535 Source : Calculs de l'auteur d'après les données publiées par l'ISQ.mariés augmente sensiblement.11 y a ici à la fois un effet d\u2019âge et un effet de génération.Lorsqu\u2019ils vieillissent, les couples ont tendance à se marier, surtout lorsqu\u2019ils envisagent d\u2019avoir des enfants.Mais cet effet d\u2019âge s\u2019atténue d\u2019une génération à l\u2019autre car les nouvelles générations se marient moins, même à un âge plus avancé.Il faudra attendre que les jeunes générations vieillissent pour mesurer l\u2019ampleur de la désaffection vis-à-vis du mariage.Fait à signaler, cette désaffection est beaucoup plus prononcée au Québec qu\u2019ailleurs au Canada.De plus en plus de naissances hors mariage La proportion de naissances hors mariage a continué de s\u2019accroître, au point de dépasser une naissance sur deux (54,3 % en 1997, voir le tableau 6 plus haut).Cette proportion est encore plus élevée pour les naissances de rang un (62,8% en 1997).Il faut noter la forte progression de ce phénomène en moins de dix ans et il s\u2019agit ici d\u2019une mutation majeure et radicale, paral- lèle à la désaffection vis-à-vis du mariage dont on parlera plus loin.Une étude de Louis Duchesne révèle d\u2019importantes variations régionales dans la proportion des naissances hors mariage7.En Abitibi-Témiscamingue, en Gaspésie et sur la Côte-Nord, plus des deux tiers des naissances sont issues de parents non mariés et dans la région de Montréal, cette proportion, qui est stable depuis 1990, se situe à 39% seulement.Les différences sont encore plus considérables entre les municipalités, le phénomène étant moins marqué dans celles où se trouve une forte présence anglophone, notamment à l\u2019ouest de Montréal, là où l\u2019union libre est aussi beaucoup moins répandue.Hausse tendancielle du divorce Le nombre total de divorces tourne autour de vingt mille depuis dix ans, mais il a tendance à diminuer quelque peu, sans doute parce qu\u2019il y a moins de couples mariés susceptibles de divorcer.En fait cette relative stabilité en nombre absolu est Profil du Québec Tendances de la société québécoise Tableau 18 Proportion (%o) des mariages rompus par un divorce à certaines durées depuis le mariage selon l'année du mariage (1964-1992), Québec\t\t\t\t\t Année du mariage\t\t\tDurée depuis le mariage\t\t \t5\t10\t15\t20\t25 1964\t1,3\t39,8\t109,0\t163,8\t209,9 1965\t4,9\t55,6\t123,8\t1793\t227,3 1966\t8,4\t65,9\t131,3\t188,1\t238,6 1967\t11,4\t78,1\t146,1\t203,1\t254,5 1968\t15,1\t86,2\t151,7\t209,1\t259,8 1969\t19,3\t93,2\t163,6\t223,7\t274,1 1970\t23,9\t98,6\t171,9\t235,0\t285,0 1971\t31,2\t108,6\t182,6\t246,6\t296,9 1972\t33,9\t120,4\t197,3\t262,7\t311,9 1973\t39,0\t128,2\t206,5\t271,1\t319,8 1974\t43,2\t135,8\t211,6\t274,8\t323,4 1975\t46,9\t144,2\t226,7\t291,3\t339,9 1976\t54,0\t151,5\t236,4\t297,7\t345,5 1977\t57,5\t156,4\t238,5\t297,6\t345,7 1978\t62,5\t164,8\t248,1\t307,7\t 1979\t653\t172,7\t256,6\t316,3\t 1980\t60,5\t172,7\t256,2\t315,2\t 1981\t60,5\t177,7\t257,4\t315,8\t 1982\t69,5\t182,2\t267,3\t326,2\t 1983\t78,0\t192,4\t\t\t 1984\t87,1\t201,4\t\t\t 1985\t94,3\t208,2\t\t\t 1986\t105,5\t214,3\t\t\t 1987\t108,6\t224,6\t\t\t 1988\t108,2\t\t\t\t 1989\t117,8\t\t\t\t 1990\t125,2\t\t\t\t 1991\t127,4\t\t\t\t 1992\t128,5\t\t\t\t Note : Le tableau se lit ainsi : Si l'on suit 1000 mariages célébrés en 1971,31 sont rompus par un divorce après 5 ans, 109 après 10 ans, 247 après 20 ans et 297 après 25 ans de mariage, noces d'argent qui auraient dues être célébrées en 1996.Les divorces d'avant 1969 ne sont pas inclus.Les zones en caractères gras indiquent que les nombres ont été estimés avec les derniers taux disponibles.Source : ISQ, www.statgouv.qc.ca Tendances de la société québécoise Profil du Québec |^J Tableau 19 Distribution des divorces selon le nombre d\u2019années de mariage Québec, 1985-1997\t\t\t\t Années\t1985\t1990\t1995\t1997 0-4\t14,7\t18,1\t18,7\t12,3 5-9\t26,5\t22,2\t21,1\t23,3 10-14\t22,2\t19,6\t16,2\t16,7 15-19\t15,1\t16,1\t15,4\t14,9 20-24\t9,3\t11,3\t13,3\t14,2 25 et +\t12,2\t12,3\t14,7\t17,3 non déclaré\t0,0\t0,4\t0,7\t0,3 total\t%\t15 814\t20 398\t20 133\t17 478 N\t100\t100\t100\t100 Source: ISQ, www.statgouv.qc.ca (calculs de l'auteur), trompeuse, car l\u2019incidence du divorce augmente très nettement d'une génération à l\u2019autre.Le tableau 18 est très révélateur de cette tendance : quelle que soit la durée du mariage, le taux de rupture d\u2019union augmente de façon régulière d'une cohorte annuelle de mariés à l\u2019autre.Considérons un exemple.Quelle est la proportion de couples mariés en 1974 qui n\u2019ont pas fêté leurs noces d'argent en 1998?Environ 32,3 %, soit plus précisément 323 sur mille.Cette proportion était plus faible pour la cohorte des couples mariés en 1964, soit 21 % après 25 ans de mariage.Les diverses colonnes du tableau 18 montrent clairement qu\u2019à mesure qu\u2019on se rapproche des années récentes, les chances de divorcer augmentent.Ainsi, cette tendance est particulièrement évidente pour les jeunes couples qui divorcent plus fréquemment après cinq ans de mariage, par exemple, soit 13% des couples mariés en 1992.Comme on le voit dans la première colonne du tableau 18, cette proportion ne cesse d\u2019augmenter depuis le milieu des années soixante.Plus de la moitié des divorces survenus en 1997 ont eu heu après moins de quinze ans de mariage, alors que cette proportion était plus élevée dix ans auparavant (tableau 19).Ce résultat révèle un phénomène culturel important et un effet de génération.Au cours des années qui ont suivi l\u2019adoption de la Loi qui a légalisé le divorce en 1969, il semble que les ménages formés de conjoints plus âgés ou mariés depuis plusieurs années aient eu moins tendance à rompre leur union que les jeunes ménages.Au fil des années, le divorce est devenu plus fréquent dans tous les groupes d\u2019âge, ce qui explique la hausse observée après une durée de mariage plus longue.Ce résultat est congruent avec l\u2019observation précédente d\u2019une hausse tendancielle du taux de rupture des unions conjugales.Diversité grandissante des modes de vie Les modes de vie familiaux et non familiaux sont de plus en plus diversifiés, tant sur le plan synchronique \u2014 coupe transversale \u2014 que diachronique, c\u2019est-à-dire au Profil du Québec Tendances de la société québécoisi Tableau 20 Typologie des ménages Québec, 1996\t\t Types\tN\t% Couples avec enfant\t977 085\t33 Couples sans enfant présent\t663 445\t22,4 Familles monoparentales\t309 440\t10,5 Ménages non familiaux\t240 000\t8,1 Personnes seules\t769 830\t86 Total\t2 959 800\t100 Source: Calculs de l'auteur d'après les données de l'ISQ, cours du cycle de vie des individus.Les normes qui régissaient la vie en commun jusqu'à récemment dans l'histoire québécoise sont beaucoup moins marquantes et cette absence de norme commune se reflète dans les types de modes de vie.Rendre compte de cette diversité exige de considérer sous plusieurs angles les statistiques disponibles et de prendre un peu de distance avec les catégories des statisticiens qui ne reflètent pas toujours adéquatement les mutations en cours.Deux tableaux bâtis à partir des données du dernier recensement donneront une vue d\u2019ensemble des ménages et des individus qui y vivent.Nous avons distingué dans le premier cinq types de ménages (tableau 20).Les couples avec enfant présent au foyer représentent le tiers des ménages.Cette donnée à elle seule révèle bien l\u2019ampleur des changements survenus en quelques décennies seulement.L\u2019unité de vie typique dans la société n\u2019est plus le couple entouré d\u2019enfants.Les couples sans enfant présent représentent une catégorie de ménages en forte croissance et ils comptent pour 22,4 % du total.Nous reviendrons sur ce type de ménage plus loin.Si l\u2019on additionne les couples avec et sans enfant présent, on note un autre changement majeur: les couples ne forment plus que la moitié des ménages environ.La vie de couple tout comme la vie familiale en présence d\u2019enfant ne sont donc plus des modes de vie aussi dominants.On ne peut plus parler de norme contraignant les modes de vie, qui paraissent au contraire plus éclatés.Trois types de ménages quasi inexistants il y a encore cinquante ans se partagent maintenant la moitié des unités ou des ménages.Les familles monoparentales regroupent un ménage sur dix, les ménages non familiaux un peu moins et les personnes seules composent plus du quart des ménages du Québec.Le second tableau donne une vue d\u2019ensemble du milieu de vie des individus, une vue d\u2019ensemble des ménages dans lesquels ils vivent en distinguant les adultes et les enfants.Si les ménages formés de personnes seules représentent le quart de tous les ménages, on n\u2019y trouve cependant que 10,8% de tous les individus, ou encore 15,8% des adultes (tableau 21).Plus de la moitié des Québécois (52,5 %) vivent dans Tendances de la société québécoise Profil du Québec Tableau 21 Types de ménages dans lesquels vivent les individus, adultes et enfants Québec, 1996\t\t\t Types de ménages\tAdultes\tEnfants\tTotal Familles biparentales\t40,0\t79,8\t52,5 couple marié\t31,4\t64,5\t41,8 couple union libre\t8,6\t15,3\t10,7 Familles monoparentales\t6,4\t20,2\t10,7 Couples sans enfant présent\t27,0\t-\t18,6 Ménages non familiaux\t10,8\t\t\"\t7,4 Personnes seules\t15,2\t\t10,8 Total\t%\t100\t100\t100 N\t4 889 385\t2 249 410\t7 138 795 Source : Recensement de 1996, calculs de l'auteur.des familles bi-parentales et c\u2019est le cas de 80% de tous les enfants, mais de seulement 46,4% des adultes.Les ménages bi-familiaux représentent le tiers de tous les ménages, certes, mais ils regroupent encore plus de la moitié de la population totale.Une personne sur 10 vit dans une famille monoparentale, soit 6,4% des adultes et 20% des enfants.Enfin, le quart des adultes (27%) vit dans un couple seul et 11 % dans des ménages non familiaux.Nous pouvons tirer trois conclusions de cet examen des unités de vie.Tout d'abord, seulement 46,4% des adultes vivent en présence quotidienne d\u2019enfants dans leur ménage.L\u2019enfant occupe un espace plus limité qu\u2019auparavant dans la vie des adultes parce qu\u2019ils en ont moins et parce qu\u2019ils vivent plus longtemps.Les adultes de la première moitié du siècle passaient la majeure partie de leur vie à s\u2019occuper d\u2019enfants, après avoir eux-mêmes été élevés dans des familles nombreuses.Le rapport à l\u2019enfant, on le voit, est sans doute l\u2019un des changements majeurs qui caractérisent les modes de vie contemporains.Ce qui frappe ensuite dans ces données, c\u2019est le fait que les individus vivent finalement dans des unités de très petite taille, très souvent seuls ou encore en couples.Les couples qui ont des enfants en ont peu \u2014 nous le verrons plus loin \u2014 et leurs ménages sont donc aussi de taille réduite.A cela s\u2019ajoute la mobilité des modes de vie au cours du cycle de vie : la probabilité de vivre une certaine période de temps plus ou moins prolongée dans une unité de taille réduite est très élevée.Signalons enfin qu'il existe maintenant une distance plus grande entre le mode de vie des individus et le mode d\u2019occupation de l\u2019espace habité, ce dernier apparaissant davantage fractionné.C\u2019est là une conclusion fort importante qu'il faut tirer de cet examen des statistiques.Famille et ménage ne se recoupent plus aussi étroitement, ce qui a des implications pour les politiques |m Profil dll Québec Tendances de la société québécoise municipales ou les politiques publiques de l'État (système de garde, politiques de santé, etc.).Le couple sans enfant présent à la maison : un nouveau mode de vie Les types de ménages changent dans le temps.Avant les années 1930, les individus vivaient presque en totalité en familles.Les ménages multi-familiaux représentaient une proportion non négligeable et très peu de personnes vivaient seules.Les célibataires vivaient avec d'autres personnes ou encore en communauté.La famille nucléaire s'est imposée avec l'avènement de la société de consommation et l'urbanisation accélérée.Puis on a assisté à la croissance du nombre de ménages formés de personnes vivant seules dans les années 1960 et 1970.Avec les années 1990 s\u2019impose un nouveau type de ménages qui gagne en importance et croît plus vite que tous les autres : le couple sans enfant présent à la maison.L\u2019allongement de l'espérance de vie et la baisse de la natalité sont les deux facteurs qui ont causé la forte croissance de ce type de ménages.À côté des personnes vivant seules et des familles avec enfants présents à la maison s\u2019impose donc une nouvelle catégorie modale de ménages qui ont des comportements de consommation et des habitudes de vie différents des autres dont on commence à découvrir l\u2019importance et les caractéristiques propres.11 y avait 1 640 535 couples au Québec en 1996.Au total, 40% d\u2019entre eux n\u2019avaient pas d'enfant présent à la maison (tableau 22).On trouve dans ces couples plus d\u2019un adulte sur quatre au Québec (précisément 27%) et ils comptent pour plus d'un ménage sur cinq.Le mode de vie en couple sans enfant présent est donc devenu en quelques années un mode de vie important sur le plan statistique, au moins aussi important que le mode de vie en solitaire qui a davantage retenu l\u2019attention.La proportion des couples sans enfant présent est en hausse et il est à prévoir que le phénomène deviendra plus important Tableau 22 Typologie des couples selon l'état civil et la présence d\u2019enfants, Québec, 1986 et 1996\t\t Types de couples\t1986\t1996 Couples avec enfant\t64,1\t59,6 Mariés\t59,5\t46,8 Union libre\t4,6\t12,8 Couples sans enfant présent\t35,9\t40,4 Mariés\t27,9\t28,8 Union libre\t8,0\t11,6 Total %\t100\t100 N\t1 498 690\t1640 535 Source : Recensement du Canada, compilation effectuée par l\u2019ISQ, calculs de l\u2019auteur. Tendances de la société québécoise Profil du Québec dans les années à venir.À noter enfin que ces couples ont aussi de plus en plus tendance à vivre en union libre.Les types de familles changent La famille n\u2019est plus la catégorie dominante parmi les ménages, puisque plus de la moitié d\u2019entre eux (56,5%) ne sont pas des ménages familiaux au sens strict.La famille est par ailleurs encore le milieu de vie important, mais moins de la moitié des adultes s\u2019y retrouve, les autres vivant dans des unités non familiales au sens strict.Avant d\u2019examiner plus avant les statistiques, une question préalable s'impose: comment définir la famille?Répondre à cette question est devenu complexe, on le sait.Nous n\u2019entrerons pas dans le débat qui entoure cette question, qu\u2019il faut cependant évoquer car la définition statistique diffère des définitions sociologiques courantes.Ainsi, les données officielles incluent-elles les couples sans enfant présent, qui sont considérés comme des familles économiques'.Nous proposons plutôt de caractériser la famille comme une unité dans laquelle se trouve au moins un enfant présent.Bien entendu, un couple dont les enfants n'habitent plus au foyer forme encore une famille, mais nous préférons du point de vue sociologique parler d\u2019un couple sans enfant présent pour en caractériser les modes de vie.Après le départ des enfants, la famille devient un réseau et non plus une unité de vie au sens strict.En fait, il s\u2019agit là d\u2019une mutation majeure qui n\u2019a pas assez retenu l\u2019attention.La famille au sens sociologique a maintenant deux formes bien distinctes : la famille institution \u2014 celle dans laquelle l\u2019enfant est en interaction quotidienne avec ses parents ou au moins l\u2019un d\u2019eux \u2014 et la famille réseau, celle qui est formée de liens maintenus entre membres consanguins appartenant à des unités de vie différentes.La famille réseau recoupe ce qu\u2019on appelait autrefois la famille étendue.Quatre changements majeurs ont marqué la famille institution contemporaine : l\u2019avène-ment de la famille à parent unique ou à parents vivant séparément (familles monoparentales), la mutation du type d\u2019union conjugale entre les parents, la chute du nombre d\u2019enfants qui affecte la fratrie et la recomposition des familles après une rupture d\u2019union.Considérons d\u2019abord la montée de la monoparentalité (tableau 23).Au total, 24 % des familles avec enfant présent sont monoparentales, ce qui représente une hausse d\u2019environ 20% depuis dix ans.Ce type de familles continue de croître à un bon rythme.Les études montrent que les relations entre conjoints séparés ont changé au fil des années.La garde partagée est plus fréquente et il semble que les difficultés et divergences entre parents \u2014 forcément présentes dans les cas de divorces et de rupture \u2014 sont gérées de manière moins conflictuelle qu\u2019il y a quinze ou vingt ans.Les pères assument aussi plus fréquemment la garde des enfants, mais les femmes sont encore plus nombreuses à le faire.Second changement majeur en cours : la mutation de l\u2019union entre parents.Si les familles monoparentales comptent pour le quart des familles avec enfant présent, on y retrouve seulement le cinquième de tous les enfants, simplement parce qu\u2019elles en ont moins que les familles qui comptent deux parents présents au foyer.La majorité des enfants (60 %) sont donc élevés par des couples mariés et 16,3% par des couples vivant en union libre.Avec la montée de la monoparentalité, le changement le plus Profil cncncr>cr> cnaicncnCT)cncr>cr>CT>cr)cr>cr>cr> r\u2014I\ttH\ttH\tT\u2014I\tT\u2014i\tT\u2014I\ttH\tT\u2014i\tT\u2014i\t\u2022sH\ttH\tT\u2014I\ttH\tT\u2014I\ttH ¦\tPersonnes ¦\tMénages Source : Gouvernement du Québec.Guide descriptif des programmes de sécurité du revenu, éditions 1989 et 1993, Québec ; Ministère de la Main d\u2019œuvre et de la Sécurité du revenu.Calculs de l'auteur. Profil du Québec Tendances de la société québécoise Tableau 50 Ménages et personnes bénéficiaires de l\u2019aide sociale selon le type de ménages Québec, 1999 Personnes Types de ménages\tMénages*\tAdultes\tEnfants\tTotal personnes seules**\t276 163\t276 163\t\t276 163 \t(67,3)\t(41,8)\t\t(41,8) couples sans enfant\t23 419\t46 838\t\t46 838 \t(5,7)\t(7,1)\t\t(7,1) couples avec enfants\t33 877\t67 754\t69 539\t137 293 \t(8,3)\t(10,2)\t(10,5)\t(20,7) familles monoparentales\t77 095\t77 095\t123 887\t200 982 \t(18,7)\t(11.7)\t(18,7)\t(30,4) Total\tN\t410 554\t467 850\t193 426\t661276 %\t\t11221\t\t\t1Z2Z1\t\t\t(2M1\t\t(100) \u201d Données officielles non ajustées.\u2022 * Comprend 1003 conjoints d\u2019étudiants.Source : Ministère de la Sécurité du revenu, calculs de l'auteur.en 1996 (485 261).Sur une longue période, la croissance du nombre de ménages recevant de l'aide sociale est importante, tant en indice (+ 98% en vingt-cinq ans) qu\u2019en proportion.On le voit, l\u2019augmentation du nombre de ménages vivant dans cette situation de dépendance (+98%) a été beaucoup plus rapide que l\u2019augmentation du nombre de personnes (+28%), ce qui s'explique par la multiplication des petits ménages, essentiellement formés de personnes seules et de familles monoparentales.Environ les deux tiers des ménages qui ont reçu de l\u2019aide sociale sont formés de personnes vivant seules (tableau 50).Les familles monoparentales constituent le second type en importance de ménages qui bénéficient de cette aide.On le voit, environ 85% des ménages qui reçoivent l'aide directe de l\u2019État ont à leur tête un seul adulte, ce qui est bien révélateur que la dépendance va de pair avec un certain isolement social.La vie en couple ou la vie de famille donnent aux individus sans ressources propres le support matériel pour vivre, mais lorsque survient une crise dans le couple ou la famille, bon nombre d\u2019individus ne peuvent subvenir seuls à leurs besoins et ils doivent alors compter sur l\u2019aide de l\u2019État.Celle-ci permet à des personnes en difficulté de vivre seules, ce qui était à peu près impossible avant 1970.Plus de 70% des bénéficiaires de l\u2019aide de dernier recours étaient des adultes et 30%, des enfants, soit 193 426 au 31 mars 1999.Les deux tiers de ces enfants vivaient en majorité dans des familles monoparentales. Tendances de la société québécoise Profil du Québec Consommation La proportion de propriétaires continue d'augmenter L\u2019accès à la propriété progresse lentement et la proportion de propriétaires de leur logement a augmenté à 55,8% en 1997 (tableau 51).Le taux de propriétaires est plus élevé dans les petites villes et à la campagne que dans les grands centres.Diffusion rapide de nouveaux biens durables L\u2019équipement de base nécessaire à la vie quotidienne est maintenant à peu près pré- sent dans tous les ménages: système de chauffage, chauffe-eau, cuisinière, frigidaire, machines à laver et à sécher le linge, téléphone, radio, télévision couleur font partie de l\u2019équipement standard, y compris dans les jeunes ménages et les ménages à faible revenu.Ce constat passe aujourd\u2019hui pour une évidence, mais il faut se rappeler qu\u2019il était loin d\u2019en être ainsi il y a vingt ans encore.De nouveaux équipements ménagers et de nouveaux biens durables continuent de se répandre dans les foyers.Le four à Tableau 51 Taux de possession du logement et de certains équipements dans le ménage Québec, 1986-1997\t\t\t Items possédés\t1986\t1990\t1997 % de propriétaires\t53,6\t55,2\t55,8 Lave-linge\t81,2\t84,9\t85,7 Lave-vaisselle\t39,6\t43,0\t48,5 Four à micro-ondes\t26,7\t65,5\t84,7 Barbecue au gaz\t16,2\t34,9\t45,5 Appareil climatiseur\t13,7\t13,3\t16,0 Lecteur disques compacts\t+\t13,7\t54,5 Magnétoscope\t34,1\t63,2\t80,4 Caméscope\t*\t4,9,0\t13,8 Télé-couleur\tune\t58,4\t57,6\t48,7 deux ou plus\t*\t39,4\t50,6 Câble\t56,2\t63,2\t66,3 Micro-ordinateur\t8,7\t12,4\t27,7 Auto\tune\t53,5\t54,5\t51,6 deux ou +\t19,1\t21,6\t18,7 Camion et minivan\t12,6\t13,8\t21,3 * Ne s'applique pas ou tem non mentionné dans le rapport d'enquête.Sources: Statistique Canada, Équipement ménager selon le revenu et d'autres caractéristiques, cat 13-218, 1997 (Tableau 1,5). Profil du Québec Tendances de la société québécoise micro-ondes est devenu un bien essentiel en moins de dix ans, alors que le lave-vaisselle s'est répandu moins rapidement.En dix ans le berbecue au gaz s\u2019est retrouvé dans presque la moitié des ménages, mais sa diffusion ne dépassera sans doute pas la proportion de ménages propriétaires de leur logement, pour des raisons de sécurité (les locataires n\u2019ayant généralement pas l\u2019espace nécessaire ni l\u2019autorisation d\u2019avoir un tel équipement).Le taux de possession d\u2019une voiture n\u2019augmente plus depuis 10 ans mais la proportion de ménages équipés d\u2019un camion ou d\u2019une fourgonnette (minivan) est en nette hausse.Si les ménages ont acquis de nombreux biens d\u2019équipement ménager durant les années soixante et soixante-dix, ils se sont massivement équipés d\u2019une grande panoplie d\u2019équipements électroniques rebés aux loisirs durant les années 1980 dont la consommation était encore en hausse en 1997.Presque tous les ménages ont la télé-couleur et la moitié d\u2019entre eux ont même deux postes ou plus, le magnétoscope est présent dans 80 % des ménages, la moitié des ménages ont un lecteur de disques compacts et le câble est présent dans les deux tiers des foyers.Ces biens font maintenant eux aussi partie de l\u2019équipement de base de ces derniers.L\u2019ordinateur personnel est présent dans un foyer sur quatre d\u2019après Statistique Canada et dans un foyer sur trois d\u2019après l\u2019enquête sur les pratiques culturelles du ministère de la Culture du Québec.Après un lent départ, le taux de possession d\u2019un micro-ordinateur à la maison est en nette progression chaque année.D\u2019autres biens, tels que les fours à micro-ondes, les magnétoscopes et les barbecue au gaz, pour ne citer que trois exemples, se sont diffusés plus rapidement parce qu\u2019ils avaient trouvé une utihté immédiate dans le foyer.Le micro-ordinateur a tardé à trouver la sienne aussi vite.Sans doute est-ce la communication avec 1 extérieur qui va lui permettre de trouver son véritable créneau dans le foyer.Les loisirs, la vie quotidienne, les activités d\u2019apprentissage et les relations sociales, sans oubber le travail au foyer, exigent de communiquer avec l\u2019extérieur et il est possible d'utiliser l\u2019ordinateur pour chacune de ces activités.Deux facteurs contribuent à l\u2019extension du taux de possession d\u2019un ordinateur domestique: la simplification de la manipulation et le développement de nouveaux usages.L\u2019apprentissage des micro-ordinateurs s\u2019avère plus long et plus complexe que celui d'autres biens durables.Mais le développement de nouveaux logiciels conviviaux a simplifié son utilisation et on peut entrevoir le jour où il deviendra sans doute aussi simple de faire fonctionner un ordinateur que de téléphoner (compte tenu que l\u2019utilisation du téléphone se complexifie de son côté!).Par ailleurs, le nombre de personnes qui ont une connaissance pratique des ordinateurs sur le marché du travail augmente, sans oublier les jeunes générations qui se familiarisent tôt avec cet appareil.Les divertissements à la maison et la communication avec l\u2019extérieur impliquent des dépenses pour des biens durables et des services nouveaux.De nouveaux moyens de communication par satellite concurrencent déjà le câble, les compagnies qui offrent les services se livrent une guerre de prix et les ménages les plus fortunés s\u2019équipent de biens sophistiqués sur le plan technique : cinéma maison, soucoupe sur le toit, etc.La communication par Internet se développe aussi rapidement, et le commerce électronique Tendances de la société québécoise Profil du Quoboc Taleau 52 Répartition en % (coeff.) des dépenses du budjet familial selon le poste de dépense famillles de deux personnes et plus Québec, 1969-1996 Poste\t1969\t1978\t1982\t1986\t1992\t1996 Alimentation\t26,8\t24,4\t22,6\t21,1\t19,2\t18,5 Logement\t20,5\t22,6\t24,8\t24,0\t25,1\t25,6 Transport\t12,8\t14,4\t13,8\t14,3\t14,0\t14,5 Loisirs\t7,4\t7,8\t7,7\t8,6\t9,4\t8,9 Habillement\t9,9\t8,0\t7,4\t7,4\t6,2\t5,4 Équipement\t6,0\t7,0\t6,0\t6,2\t5,8\t5,8 Protection\t5,9\t5,4\t5,8\t5,9\t6,8\t7,3 Santé\t5,0\t3,5\t3,9\t4,1\t4,4\t4,4 Éducation\t1,2\t1,2\t1,5\t1,7\t1,9\t2,3 Divers\t4,5\t5,7\t6,6\t6,7\t7,4\t7,4 Total %\t100\t100\t100\t100\t100\t100,0 $1996\t24 663\t41 518\t40 406\t43 030\t41838\t42657 $ courants\t7 399\t17 105\t24 930\t31713\t39 537\t42657 N\t13 105\t7 638\t8 692\t7 958\t7 328\t7 978 Source : Micro-données des Enquêtes sur les dépenses des familles, 1969 à 1996, calculs de l'auteur.va sans doute donner une impulsion nouvelle à ce moyen de communication de mieux en mieux maîtrisé.Une structure de dépenses en profonde mutation La structure des dépenses des ménages est en profonde mutation depuis trente ans17 (tableau 52).Deux fonctions de consommation sont en régression dans le budget moyen des ménages comptant au moins deux personnes : l\u2019alimentation et l\u2019habillement, ce qui libère des ressources pour les autres fonctions qui elles sont en croissance.En d\u2019autres termes, le revenu discrétionnaire des ménages \u2014 le revenu dont on peut librement disposer une fois satisfaites les dépenses pour les biens et services de première nécessité \u2014 augmente et de nouveaux besoins peuvent être satisfaits.Logement, transports, loisirs, protection et dépenses diverses sont les fonctions de consommation qui ont profité de l\u2019avènement de ce revenu discrétionnaire.Depuis 1978, les ménages doivent assumer une part plus importante des dépenses pour la santé et l\u2019éducation, deux fonctions de consommation qui pèsent plus lourd dans les budgets.Le virage ambulatoire et les compressions dans les dépenses publiques impliquent que les ménages assument une part plus grande de dépenses.Une autre raison explique cette hausse.De nouveaux biens et services ont fait leur apparition et cela contribue aussi à la hausse des dépenses moyennes et de la 1^1 Profil du Québec Tendances de la société québécoise part du budget consacrée à ces dernières.Donnons des exemples.De nouvelles technologies permettent de corriger la vision des personnes ayant des problèmes de myopie, mais ces dépenses ne sont pas couvertes par l'État.Il en va de même pour les nouvelles technologies en matière de soins dentaires (implants au titane, couronnes, etc.).Des personnes n'hésitent pas à s\u2019acheter plusieurs paires de lunettes, et le coût de celles-ci peut varier à la hausse selon la qualité retenue ou le design.Il en va de même en matière d'éducation.Plusieurs étudiants participent à des programmes d'échange à l'étranger, plus fréquents maintenant qu\u2019il y a dix ans, ce qui contribue à hausser le coût des études supérieures.On le voit, la hausse de la part du budget consacrée à certaines fonctions augmente aussi parce que le panier de biens et services se transforme.Le cinéma, divertissement toujours plus populaire Le cinéma est, avec la télévision, 1 une des industries culturelles les plus développées.L'auditoire des cinémas et ciné-parcs a connu une forte croissance au Québec durant les années 1990, plus rapide que l'accroissement de la population (tableau 53).Les salles de cinéma du Québec ont connu plus de 26 millions d'entrées en 1998, soit une hausse de 13,1 % par rapport à l\u2019année précédente.En cinq ans, la croissance a été de 34%.Cette croissance est étonnante et il faut parler d\u2019un véritable engouement pour le septième art, comme en témoigne l\u2019ouverture de complexes géants de salles de cinémas à Québec et Montréal.Les Québécois âgés de 12 ans et plus ont vu en moyenne quatre films en salle en 1998, soit un film et demi de plus par année en cinq ans.Le nombre de projections croit plus vite que le nombre de clients des salles de Tableau 53 Auditoire des cinémas et ciné-parcs et projections de films au total en indice et proportion en français Québec.1991-1998 \t\tAuditoire\t\t\tProjections\t Année\tN (000)\tIndice\t% en français\tN\tIndice\t% en français 1991\t14 255\t100,0\t57,4\t297 268\t100,0\t58,7 1992\t15 305\t107,4\t59,9\t340 375\t114,5\t61,3 1993\t17 257\t121,1\t63,6\t363 297\t122,2\t64,8 1994\t18 383\t129,0\t64,1\t407 548\t137,1\t65,6 1995\t19 023\t133,4\t62,6\t471 670\t158,7\t64,4 1996\t20 875\t146,4\t62,6\t535 069\t180,0\t65,9 1997\t23119\t162,1\t63,4\t577 807\t194,4\t63,4 1998\t26 142\t183,4\t\t640 897\t215,6\t Source : ISQ Indicateurs d\u2019activités culturelles au Québec 1997 ; Statistiques sur l\u2019industjie du film et www.statgouv.qc.ca Tendances Jr la société québécoise Profil du Quebec Tableau 54 Auditoire des cinémas et projections de films selon le pays d'origine des films Québec, 1995-1998 Auditoire\tProjections Pays\t1995\t1996\t1997\t1998\t1995\t1996\t1997\t1998 USA\t84,7\t87,1\t84,1\t77,1\t83,2\t86,0\t84,5\t77,7 France\t4,4\t4,7\t4,9\t5,1\t4,5\t4,6\t5,5\t5,7 Autres pays\t6,2\t4,9\t7,0\t5,7\t6,7\t5,4\t6,5\t5,1 Québec\t2,8\t2,7\t3,7\t16,4\t3,0\t3,3\t3,0\t10,1 Canada*\t1,9\t0,7\t0,3\t1,7\t2,6\t0.7\t0,5\t1,4 Total (%)\t100\t100\t100\t100\t100\t100\t100\t100 * Excluant le Québec Source : ISQ, Statistiques sur l'industrie du film, 1998.cinémas.Il y a plus de salles à fréquenter et plus de films à voir.Cette industrie culturelle est, on le voit, très dynamique.Les études portant sur la question révèlent que les premières cohortes de la génération des baby boomers, qui vont bientôt prendre leur retraite ou encore diminuer leur temps de travail, vont alimenter cette croissance de l'industrie du film qui est appelée à se maintenir dans les années à venir.L'industrie du cinéma est largement dominée par les grandes sociétés commerciales américaines, qui contrôlent à toutes fins utiles la production et la commercialisation des films (tableau 54).Durant les années 1980, environ 85 % de tous les films vus par les clients des cinémas étaient d\u2019origine américaine (chiffre qui comprend les coproductions).Les films venant de France suivaient loin derrière avec environ 5 % de l\u2019auditoire, et la part des films du Québec a été en moyenne de 4% (0,3% pour les films canadiens).Le palmarès des films projetés en 1998 a réservé une surprise de taille, puisque trois films québécois se retrouvent parmi les dix films qui ont été les plus populaires dans l\u2019année : Les Boys (3e place), Les Boys II (5e place) et C\u2019ta ton tour, Laura Cadieux (10e place).La part de l\u2019assistance totale est passée à 16% pour les films québécois, soit quatre fois plus que la moyenne des autres années et cette croissance s\u2019est faite presque exclusivement au détriment des films américains. Profil du Québec Tendances de la société québécoise Deux enjeux au début du millénaire La société québécoise sera confrontée à plusieurs enjeux majeurs au tournant des années 2000.Nous en retiendrons deux pour conclure cet examen sommaire des tendances.Le premier est de nature démographique.La chute de la fécondité des couples et l'accélération du taux de décès - inévitable dans une société vieillissante - vont rapidement conduire à une stagnation de la population québécoise, puis à une régression.Les effets de la dénatalité se font déjà sentir dans le système de l'éducation.La diminution du nombre de naissances - maintenant autour de 75 000 par année - entraînera encore la fermeture de nombreuses écoles, et la dénatalité commence à toucher les cégeps et les universités.Elle s\u2019y fera sentir plus nettement au cours des prochaines années et il faudra rationaliser tout le secteur de l'enseignement supérieur.Les 15 000 naissances en moins annuellement entraîneront la fermeture de plusieurs cegeps dans quelque temps.Et les institutions du secteur de la santé, profondément bouleversées depuis le milieu des années 1990, devront encore s'adapter à la présence d'une population vieillissante dans les années à venir.On n\u2019a pas encore vraiment réfléchi aux conséquences des mutations importantes à venir dans la démographie québécoise et aux implications de la dépopulation sur la vie des régions, sur les institutions, sur la croissance économique.La dépopulation est déjà bien présente dans plusieurs régions du Québec et celle-ci ne fera que s\u2019accélérer comme le donne à penser l\u2019examen de la pyramide des âges en Gaspésie, au Saguenay-Lac-Saint-Jean et ailleurs.Elle affectera plus tard d'autres régions.Les grandes villes seront moins touchées parce que les jeunes y migrent, mais elles doivent aussi s'ajuster, comme on le voit à Montréal.Le débat sur le regroupement de municipalités à Montréal et à Québec, qui s'est engagé durant l'année 1999, n'est pas étranger à la perspective nouvelle qu'imposera la démographie dans les années à venir.Gérer la décroissance exigera une plus grande concertation que la gestion de la croissance des années 1960.La hausse de l'immigration s'imposera un jour ou l'autre.Celle-ci amènera cependant d'autres problèmes, comme celui de l\u2019inégale répartition des immigrants sur le territoire.Les immigrants sont aussi mobiles sur le territoire canadien et une partie d'entre eux ne restent pas à demeure au Québec.Et la question linguistique se pose aussi avec acuité, comme on le sait. Tendances de la société québécoise Profil du Québec mj Peut-on alors relancer la natalité?Il ne s'agit pas bien sûr de ressortir des boules à mites le discours nataliste d'antan, mais plutôt de voir bien en face un problème de société, qui doit trouver des solutions acceptables comme toute autre grande question.On ne reviendra pas à la forte fécondité des années cinquante, car le mode de vie contemporain - au coeur duquel se trouve le double revenu - est peu compatible avec les familles ayant plus de deux enfants.Mais les couples auront-ils ces deux enfants qui sont souvent présentés comme la norme?Les études montrent que le désir d\u2019enfant est bien présent chez les jeunes, mais de nombreux obstacles les empêchent de passer à l'acte.On connaît les mesures qui pourraient aider les jeunes couples à avoir les enfants qu'ils désirent, mais elles tardent à se mettre en place.Ainsi, on n'a pas encore réglé le dossier des congés parentaux, ce volet important de la politique familiale qui, avec ies garderies plus accessibles, doit en être un élément important.Les discussions sur le partage des compétences entre niveaux de gouvernement afin de mettre en place une nouvelle formule de congé parental n'ont toujours rien donné, et pendant ce temps les besoins des jeunes couples ne sont pas comblés.Le second enjeu est, d\u2019une certaine manière, lié au premier.Les années 1990 ont été marquées par une remarquable stabilité des ressources financières des individus et des ménages, et par la stabilité de la répartition, contrairement à ce qui se passait durant les années soixante et soixante dix.Les revenus des ménages et des familles ont peu augmenté ; les gains réels que les individus retirent de leur travail n\u2019ont pas bougé en quinze ans ; la proportion des pauvres a peu bougé depuis environ vingt ans ; les inégalités de revenus entre ménages sont stables depuis plusieurs années, ne régressant pas mais n'augmentant pas non plus; les différences de revenus gagnés par les hommes et les femmes sont maintenant constantes depuis plus de cinq ans (alors qu\u2019elles s'atténuaient d'année en année auparavant).Tout bouge dans bien des secteurs de la société, mais le niveau de ressources et leur répartition entre les groupements sociaux ont peu varié durant les années 1990.Cela va-t-il durer?N'est-on pas à la veille de connaître plusieurs mouvements sociaux en faveur de changements radicaux à apporter sur le plan de l'allocation des revenus et ressources pécuniaires ?Cela dit, il faut aller au-delà des moyennes stables que l'on vient d'évoquer, car derrière leur apparente stabilité se cache un rééquilibrage qui est déjà bien amorcé entre les groupes de travailleurs et entre les générations.La moyenne stable cache souvent des évolutions en sens inverse.Par exemple, les revenus réels des jeunes couples ont régressé alors que les revenus réels des couples sans enfant présent à la maison (et plus âgés) augmentaient.Les couples à deux revenus s\u2019en tirent mieux et parviennent à augmenter leurs ressources, mais les familles monoparentales voient les Profil du Québec Tendances de la société québécoise leurs diminuer, régression en partie compensée par une aide accrue de l'État.Les revenus personnels réels des travailleurs les mieux formés, travaillant dans des secteurs de pointe, augmentent; ceux des travailleurs moins qualifiés régressent, devant la concurrence des autres pays dans un contexte de mondialisation.Derrière la stabilité apparente des moyennes se cachent de nouvelles disparités.Et les jeunes familles ne sont pas celles qui, en ce moment, s\u2019en tirent le mieux.Leur situation relative se dégrade même et cela nous ramène au premier enjeu dégagé plus haut: comment demander aux jeunes d\u2019avoir plus d\u2019enfants dans le contexte actuel ?Déjà bien des groupes de travailleurs revendiquent une amélioration de leur situation et ces revendications iront en s\u2019accentuant.Les coupes dans les programmes d'aide de l\u2019État et les diminutions d\u2019impôt qui commencent timidement à apparaître vont sans doute affecter la redistribution de la richesse.LÉtat-providence se redessine et le marché crée de nouvelle formes d'inégalités.Il est possible de prévoir que notre société va arriver à mieux satisfaire les besoins de base des individus et des ménages, mais la redistribution et la promotion d\u2019une société plus égalitaire vont régresser.La progression de l\u2019égalité notée par Tocqueville comme étant une tendance de fond de nos sociétés se maintiendra-t-elle?On peut en douter dans le monde nouveau qui s'esquisse sous nos yeux, un monde déjà marqué par la différence et la diversité.Simon Langlois est professeur au département de Sociologie de l'Université Laval.Notes 1.\tJean-Jacques Simard, «Québec et frères inc.La cybernétisation du pouvoir», Recherches sociographiques, 21, 1-2, 1980:97-129.2.\tVoir par exemple les études comparées du groupe Comparative Charting of Social Change, notamment Michel Forsé et Simon Langlois , Tendances comparées des sociétés postindustrielles, Paris, Presses universitaires de France, 1996 et les ouvrages publiés dans la collection Comparative Charting of Social Change, McGill-Queen's University Press.3.\tVoir Nikolai Genov et Anna Krasteva, Recent Social Trends in Bulgaria 1960-1995, Montréal, McGill-Queen's University press (sous presse).4.\tNous renvoyons le lecteur à l\u2019ouvrage dont nous avons coordonné la rédaction, La société québécoise en tendances 1960-1990 (Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1990).Les données de ce chapitre reprennent quelques-unes des séries statistiques qu\u2019on trouve dans cet ouvrage, qui couvre par ailleurs l'ensemble des domaines que Ton nous reprochera peut-être de ne pas aborder ici.5.\tSelon une étude de Statistique Canada publiée en 1998 donnant les résultats d'une enquête faite auprès des Québécoises.6.\tLe solde migratoire est établi à partir des déclarations d\u2019impôt sur le revenu, avec deux ans de retard.Le solde calculé chaque année à partir du fichier des allocations familiales surestime les départs du Québec et les deux statistiques ne peuvent être comparées.Lorsque le solde estimé Tendances de la société québécoise Profil du Québec est publié chaque année, il s\u2019ensuit une distortion si on le compare au seuil définitif de l'année précédente mesuré à partir d\u2019une autre base.La surestimation qui résulte de la comparaison de données venant de deux sources a donné lieu à des manchettes alarmistes ces dernières années, surtout dans la presse anglophone.7.\tLouis Duchesne, « Naître au naturel : les naissances hors mariage », Statistiques.Données sociodémographiques en bref, BSQ, juin 1997.8.\tVoir par exemple la récente publication du BSQ, du Conseil de la famille et de l\u2019enfance et du Ministère de la famille et de l\u2019enfance, Un portrait statistique de la famille et de l\u2019enfance au Québec, Québec, BSQ et Conseil, 1999.9.\tIdem.10.\tCharles Castonguay, « Évolution de l\u2019assimilation linguistique au Québec et au Canada entre 1971 et 1991 », Recherches sociographiques, 3, 38, 1997: 469-490.11.\tMichael O\u2019Keefe, Minorités francophones : assimilation et vitalité des communautés, Ottawa, Patrimoine Canada, 1998, p.37.12.\tVoir Statistique Canada, Système de comptabilité nationale.Comptes économiques provinciaux, édition historique 1961-1986, cat.13-213, p.xxii.13.\tGeorges Mathews, « L\u2019essoufflement de l\u2019économie québécoise face à l\u2019économie canadienne », dans Recherches sociographiques, 2-3, 1998: 363-391.14.\tStatistique Canada a modifié la définition du travail à temps partiel.Certains emplois réguliers occupés moins de trente heures par semaine (pilotes d\u2019avion, par exemple) sont inclus dans les emplois à temps plein.Les données ont été révisées à partir de 1987.Avant cette date, elles ne sont pas strictement comparables.15.\tL\u2019inégalité est mesurée par le coefficient de GINI, qui est une mesure classique.Plus les riches reçoivent une part élevée des revenus, plus le coefficient de GINI est élevé.16.\tLa Mesure de Faiblesse du Revenu (MFR) définit comme pauvres les ménages qui reçoivent moins de la moitié de la médiane du revenu disponible par unité.Cette mesure, plus facile à calculer, est maintenant de plus en plus utilisée dans les comparaisons internationales de la pauvreté.17.\tNous avons calculé les coefficients budgétaires pour dix grandes fonctions de consommation à partir des micro-données des Enquàes sur les dépenses des familles de Statistique Canada. Les événements de l\u2019année Chronologie des principaux événements, de juillet 1988 à juin 1999\t203 Les grands disparus\t242 Pauline Julien Camille Laurin Gratien Gélinas Pierre Perrault Les suites de la crise du verglas 246 Chronologie des principaux événements, de juillet 1998 à juin 1999 MARIE-CLAUDE PETIT JUILLET 1998 Le 1\" - Naissance de la Commission scolaire de Montréal.Elle remplace la Commission des écoles catholiques de Montréal, qui existait depuis 150 ans.Le 25 août, l'an un de la nouvelle CSDM est inauguré par sa présidente, Diane De Courcy Le 3 - Joe Norton est élu grand chef du conseil de bande de Kahnawake, pour la neuvième fois depuis 1980, après avoir amassé 762 voix.Le seul candidat qui l'affrontait, Charlie Robertson, n\u2019a recueilli que 172 voix.Quelque 4500 électeurs avaient le droit de vote dans la réserve amérindienne mais seulement 20% d'entre eux se sont présentés aux urnes.Le 5 - Le directeur général d\u2019Alliance Québec, David Bimbaum, remet sa démission pour cause de divergence de philosophie avec le nouveau chef, William Johnson, élu le 30 mai dernier.Son départ s\u2019ajoute à celui du directeur des communications Robert Bull qui, pour des raisons analogues, avait récemment quitté le groupe de pression.Le 7 - Jacques Normand s\u2019éteint à l'âge de 76 ans.Surnommé l'enfant terrible de la télévision québécoise, Jacques Normand \u2014 né Pascal Raymond Chouinard \u2014 était aussi qualifié de chef d'orchestre des belles nuits de Montréal dans les années 40 et 50.Il a dirigé Le Faisan Doré, le Saint-Germain-des-Prés, les Trois Castors et le Café Saint-Jacques, des cabarets du rire et de la chanson.C'est après une longue convalescence que Jacques Normand décide d\u2019investir l\u2019univers de la chanson.Ses premières armes, il les fait à CHRC, à Québec, puis à CKVC, son concurrent, comme animateur.Talentueux, il chante dans ses propres émissions.Puis, l'auteur Henri Deyglun lui suggère un rôle dans Vie de famille, un radio-roman de l'heure, qu'il accepte.Enfin, il passe à la télévision.Avec Roger Baulu, Jacques Normand animera quotidiennement Les Couche-Tard, une émission de variétés diffusée à la télévision de Radio-Canada de 1962 à 1969.Le 8 - L\u2019hôpital Royal Victoria annonce la réussite d'une grossesse par fécondation in vitro à distance, grâce à un transport par avion.Une première en Amérique du Nord sinon une première mondiale selon l\u2019établissement.Cette méthode est issue d\u2019une collaboration entre le laboratoire de McGill et l'hôpital de Chicoutimi. Les événements de l'année Chronologie des principaux événements Le 10 Pierre Paquette, secrétaire général de la CSN, démissionne de ses fonctions.L\u2019économiste de 43 ans se dit disposé à effectuer un saut dans l'arène de la politique municipale, notamment aux côtés de Jean Doré, en prévision des élections de novembre.Le 14, le Parti québécois dit l'attendre s'il choisit la scène provinciale.Le 7 août, l'ex-syndicaliste devient le nouvel animateur de Droit de parole, une émission d'affaires publiques, à Télé-Québec.Le 3 février, il se joint au Bloc québécois à titre de président du chantier sur «la défense des intérêts du Québec», l'un des quatre grands chantiers de réflexion que le parti est en train de mettre sur pied pour moderniser le discours souverainiste.Dès la fin mars, Pierre Paquette coordonnera les quatre chantiers.Le 28, Télé-Québec annonce sa décision de mettre fin au contrat la liant à Pierre Paquette en raison de ses engagements politiques.Le 1er mars, l\u2019ex-animateur demande une injonction en Cour supérieure pour demeurer à Droit de parole jusqu\u2019à la fin de son contrat, le 28 mars.Le 18 avril, à l'issue du conseil général du BQ, Pierre Paquette accède au nouveau poste de premier vice-président du parti.Le 12 - Le peintre Serge Lemoyne meurt, à l\u2019âge de 57 ans, d\u2019un cancer.Originaire d\u2019Acton Vale, Serge Lemoyne cultivait la controverse depuis l\u2019âge de 20 ans.Il a étudié à l\u2019École des Beaux-Arts de Montréal de 1958 à 1960.Puis, il participe à l\u2019underground et suscite de célèbres happenings.En 1965, il est invité à exposer au Musée des beaux-arts de Montréal et, en 1976, au Musée d\u2019art contemporain.Sa rétrospective de 1988 au Musée de Québec lui vaut la consécration.Le 14 - Guy Chevrette demande au premier ministre Lucien Bouchard de le relever de la tâche d organisateur en chef de la prochaine campagne électorale du Parti québécois.Titulaire de plusieurs portefeuilles au sein du gouvernement, Guy Chevrette attribue sa décision à sa surcharge de travail et à des raisons de santé.Le 15 - Le Casino de Montréal rappelle ses employés syndiqués et rouvre ses portes à la suite d\u2019un conflit avec le Syndicat des employés de la Société des casinos, affilié à la CSN.Le différend, qui aura duré 42 jours, portait sur les conditions de travail, lesquelles ont été à nouveau déterminées jusqu\u2019en 2003.Le 18 - Edward Bantey, indépendantiste et chroniqueur au quotidien The Gazette, est emporté par une crise cardiaque à l\u2019âge de 73 ans.Natif de Québec, Ed Bantey a connu une vie mouvementée.Surtout au cours des dernières années de sa vie, où ses prises de position étaient aux antipodes de celles habituellement prisées par les porte-voix anglophones.En 1967, il adhère au Mouvement souveraineté-association.Puis, il devient membre du Parti québécois jusqu\u2019au moment du «beau risque», en 1985, incapable d\u2019accepter la volonté de René Lévesque de mettre en veilleuse l\u2019option souverainiste.En 1977, il élabore une stratégie de rapprochement vers les non-francophones en vue du référendum de 1980.Six mois après la tenue du référendum, il est chargé de concevoir la politique gouvernementale envers les communautés culturelles.Pour les élections de 1981, il écrit Autant de façons d'être Québécois.En 1949, en raison d\u2019une tentative de syndicalisation, Ed Bantey avait été placé sur une liste noire des activistes communistes par Chronologie des principaux événements Les événements de l\u2019année ses patrons du tabloïd montréalais The Herald.En 1988, The Gazette lui offre une chronique.Plus tard, son mariage avec l\u2019ex-députée péquiste des Iles-de-la-Madeleine, Denise Leblanc, le met au ban des médias anglophones.Le 21 - Présentation d\u2019un rapport sur l'avenir de la Société des alcools du Québec (SAQ).Le groupe de travail, sous la direction de Jocelyn Tremblay, ancien président de la SAQ, propose, entre autres, le maintien de la structure actuelle du secteur des boissons alcooliques et du rôle de la SAQ.Le 22 - Après une semaine de moyens de pression, une entente de principe survient entre le Regroupement des employés techniciens ambulanciers du Québec et le Comité patronal.L\u2019entente comprend une augmentation salariale de 7,5 %.Les techniciens ambulanciers qui réclamaient une hausse de 8,5 %.Le ministère des Relations internationales du Québec annonce qu\u2019il ouvrira avant la fin de l\u2019été de nouveaux bureaux à Barcelone et à Pékin et, dès les prochains mois, à Kuala Limpur, à Manille, à Shangaï et à Buenos Aires.Ces opérations font partie de la stratégie de « redéploiement » promise par le ministre Sylvain Simard après la fermeture, en mars 1996, de 12 des 22 représentations québécoises qui existaient alors à l\u2019étranger.Le 23 - Il est désormais officiel que le coureur automobile Jacques Villeneuve quittera l\u2019écurie Williams à la fin de l\u2019année pour rejoindre BAR (British American Racing), la nouvelle équipe de son ami et gérant Craig Pollock.Le 27 - On apprend que le libraire Edmond Bray est décédé une semaine auparavant des suites d'une longue maladie, à l'âge de 84 ans.En 1965, Edmond Bray s'associe à Pierre Renaud, dont le nom, uni au sien, marque encore l\u2019histoire des librairies québécoises, pour ouvrir une librairie dans le quartier Côte-des-Neiges.A la fin des années soixante, ce Français originaire d\u2019Auvergne est de passage chez Leméac avant d\u2019ouvrir la librairie Hermès, dans Outremont.AOÛT 1998 Le 3 - Les conclusions du rapport du Bureau de la sécurité des transports, remis à Montréal, indiquent que l\u2019accident d\u2019avion qui a coûté la vie au cinéaste Jean-Claude Lauzon et à la comédienne Marie-Soleil Tougas, en août dernier dans le Grand Nord québécois, a probablement été causé par un moment de distraction ou une illusion d\u2019optique.Le 4 - Le plus grand projet de production d\u2019énergie éolienne jamais entrepris au Canada dispose désormais des fonds nécessaires à sa réalisation.Établi sur la côte de la péninsule gaspésienne près de Cap-Chat et de Matane, le projet mise sur une technologie éprouvée : 133 éoliennes de troisième génération du fabricant danois NEG-Micon offriront une capacité installée de 100 mégawatts d\u2019énergie électrique, soit suffisamment pour alimenter une agglomération de 10 000 foyers.C\u2019est la Mutuelle du Canada qui a agit à titre d\u2019agent financier et principal coprêteur d'un consortium d'investisseurs institutionnels.Le 5 - Lise Bissonnette quitte la direction du quotidien Le Devoir, une fonction Les événements de l\u2019année Chronologie des principaux événements qu\u2019elle occupait depuis juin 1990, pour devenir présidente-directrice générale de la Grande Bibliothèque du Québec qui devrait ouvrir à Montréal en 2001.Le lendemain, en présence de la ministre de la Culture et des Communications, Louise Beaudoin, qui lui a formellement offert le poste trois semaines auparavant.Lise Bissonnette prononce une conférence où elle formule ses intentions quant à ses nouvelles fonctions.Le 12 février, Bernard Descôteaux, rédacteur en chef au Devoir depuis 1990, est nommé par le conseil d\u2019administration du journal pour lui succéder.Entré au Devoir en 1974, il devient ainsi le huitième directeur du quotidien fondé en 1910 par Henri Bourassa.Le dernier député encore vivant élu sous la bannière de l\u2019Union nationale en 1936, Gérard Thibault, s\u2019éteint à 92 ans.Elu à 30 ans dans la circonscription montréalaise de Mercier, celle que Robert Bourassa et Gérald Godin ont représentée, il se fait battre trois ans plus tard.En 1948, 1952, 1956 et 1960, il s\u2019y représente et se fait élire à chaque fois.U a joué le rôle de whip, puis d\u2019adjoint parlementaire au ministère de l'Industrie et du Commerce, occupé le poste de ministre d\u2019État de 1958 jusqu\u2019à sa défaite et celle de son parti en 1962.Gérard Thibault se présentait comme «l\u2019ami des jeunes» et a aidé de nombreuses organisations de loisirs et de sports, dont la Ligue de baseball royale junior en 1947 dans laquelle a brillé Claude Raymond.Jusqu\u2019à sa retraite, il a siégé à la Commission des Affaires sociales où l\u2019avait nommé Robert Bourassa.Le 7 - On apprend que le fonds d\u2019archives du défunt Institut de généalogie Drouin de Montréal et leurs droits d'utilisation ont été achetés, à la fin du mois de juillet, par l\u2019American-French Genealogical Society de Woonsocket au Rhode Island.Basé à Montréal, l\u2019Institut de généalogie Drouin avait fait faillite au début des années 1990.La banque de données qui prend la route des États-Unis constitue le registre de presque tous les mariages célébrés au Québec de 1608 à 1940.À l\u2019âge de 58 ans, le musicien et enseignant René Masino meurt des suites d\u2019une longue maladie.En 1964, il se joint à l\u2019Orchestre symphonique de Montréal, à titre de bassoniste.En 1979, il entre à la faculté de musique de l\u2019Université de Montréal où il sera tour à tour responsable du secteur Vents, cofondateur, avec Robert Leroux, du secteur Jazz, puis adjoint aux études en interprétation.Membre de la Société de musique contemporaine du Québec depuis 1966, René Masino a aussi participé au Quatuor de saxophones de Montréal et à l'Ensemble du Saint-Laurent dont il fut le cofondateur.Le 11 - Inauguration au Centre Hospitalier de l\u2019Université Laval du nouveau réseau de télémédecine du Québec qui servira d\u2019abord à la cardiologie infantile.Plus de 32 hôpitaux régionaux se rattacheront à quatre centres hospitaliers universitaires, soit le CHUL, l\u2019Hôpital de Montréal pour enfant, l\u2019hôpital Sainte-Justine et le Centre hospitalier de l\u2019Université de Sherbrooke.La Commission des universités conclut, dans un quatrième rapport rendu public, que les facultés de théologie offrent un enseignement qui s\u2019est adapté aux besoins d\u2019une société en changement et qui attire aujourd\u2019hui beaucoup de femmes.Positron fibres optiques, une entreprise montréalaise fondée à peine un an Chronologie des principaux événements Les événements de l'année plus tôt, est cédée à Reltec Corp., un manufacturier américain de systèmes de télécommunications, pour 304 millions de dollars canadiens.C\u2019est la forte concurrence dans ce secteur qui a rendu nécessaire cette transaction.Le 16 - Sur les Plaines d\u2019Abraham, plus de 100 000 personnes assistent à la reconstitution de la bataille de 1775 qui confrontait les troupes des généraux britannique et américain, Montgomery et Arnold.Initiative de Parcs Canada, de la Commission des champs de bataille nationaux, de la Commission de la capitale nationale du Québec et du Corps historique du Québec, l\u2019événement A l\u2019assaut de la Capitale, a donné à voir 1800 figurants en costumes militaires du 181' siècle ainsi que la défaite des Américains qui n'ont pu réussir à s'emparer de Québec.Le 17 - La Coalition pour le Quartier chinois, un regroupement d\u2019une vingtaine d\u2019organismes chinois, présente une requête devant la Commission des droits de la personne pour vérifier si l\u2019application de la Charte de la langue française dans le Quartier chinois ne constitue pas une entrave à l\u2019expression culturelle de ses habitants.Phyllis Lambert quitte la direction du Centre canadien d\u2019architecture, institution muséale qu\u2019elle a fondée il y a une vingtaine d\u2019années.C\u2019est l\u2019universitaire et muséologue de renommée mondiale Kurt W Forster qui lui succède.Phyllis Lambert, 71 ans, conserve toutefois la présidence du conseil d\u2019administration du CCA tout en poursuivant ses activités de recherche.Un Ontarien de 18 ans, Sydney Mac-Alpine, est accusé du meurtre du curé Laurent Leblanc, 68 ans.Le curé Leblanc avait mystérieusement disparu le 17 juillet à Bonaventure, en Gaspésie, jusqu a ce que l\u2019on retrouve son corps, le 15 août, dans un bois près de Matapédia.Considéré comme un témoin important, c\u2019est le jeune agresseur qui a indiqué aux policiers de la Sûreté du Québec l\u2019emplacement du corps de sa victime.Le 18 - Le gouvernement du Québec met officiellement fin à la crise de la réserve de Listuguj, en Gaspésie, par la signature d\u2019une entente avec le conseil de bande et les dissidents du clan Metallic, assurant ainsi aux Micmacs 110 emplois saisonniers et de nouveaux droits de coupe de bois.Également, Guy Chevrette, ministre responsable des Affaires autochtones, promet de poursuivre le dialogue avec la communauté dans le but d\u2019ajouter à l\u2019entente d\u2019éventuels accords sur la pêche, le tourisme et la taxation.Le 27 juillet, des autochtones avaient dressé des barricades de terre à deux endroits sur la route 132, principal axe routier de la péninsule gas-pésienne, bloquant notamment l\u2019accès à la scierie GDS de Pointe-à-la-Croix.Au total, la crise aura coûté 2,5 millions au gouvernement.Le 20 - Les neuf juges de la Cour suprême du Canada en viennent à une conclusion unanime dans le cadre du renvoi fédéral sur la légalité d\u2019une sécession unilatérale du Québec du reste du Canada.Dans leur avis de 80 pages, les magistrats estiment, entre autres, qu\u2019une démarche unilatérale d\u2019indépendance est contraire au droit international et à la Constitution canadienne.Cette décision du plus haut tribunal du pays répond aux trois questions que le gouvernement fédéral lui avait soumises en Les événements de l\u2019année Chronologie des principaux événements septembre 1996.S'il s\u2019agit d\u2019un jugement historique il en va aussi d\u2019une première mondiale : aucun tribunal ne s\u2019était penché sur les modalités d\u2019une sécession avant le fait (voir l\u2019article de Manon Comelher en page 276).Glaxo Wellcome, partenaire de Bio-Chem Pharma dans le développement de la lamivudine, reçoit une première autorisation en vue de commercialiser ce produit qui entre dans le traitement de l\u2019hépatite B Le Bureau des aliments et drogues des Philippines donne ainsi un premier accès à un marché composé de 350 millions de personnes affectées de façon chronique par ce virus.Le 25 - A la suite d\u2019une rencontre de deux heures avec Guy Chevrette, ministre des Affaires autochtones, les Montagnais de la Basse-Côte-Nord décident de ne pas dresser de barricades sur la route 138, à la hauteur de Mingan, à plus de 200 km de Sept-Iles.Ensemble, ils ont convenu d\u2019un moratoire sur l\u2019émission de nouveaux permis de pourvoiries sur les rivières nord-côtières.Le mafioso Paolo Paul Cotroni, 42 ans, fils du célèbre caïd Santo Franck Cotroni, meurt à l\u2019hôpital Sacré-Cœur de Cartierville.L\u2019avant-veille, deux tueurs l'ont criblé de six balles devant sa résidence à Repentigny.Les membres de sa famille, sauf Frank et un de ses fils, Francesco, tous deux emprisonnés pour trafic de drogue, ont décidé de faire débrancher l'appareil respirateur.Le 26 - La Ville de Québec annonce l\u2019acquisition, au coût de 250 000$, d\u2019un premier autobus électrique à plancher bas, fabriqué au Tennessee par Advanced Vehicle Systems.Au même moment, un consortium formé d\u2019ÉcoVia, de la société Moteurs électriques Dubé, d Asbestos et de AVS se propose d\u2019amorcer la production de ce véhicule d\u2019avant-garde.Le 27 - En mal d\u2019appuis de la population dans leur projet de construction d\u2019un nouveau stade au centre-ville de Montréal, les Expos lancent une campagne publicitaire télévisée.Son coût s'élève à 500 000$, la diffusion s\u2019échelonnera du 31 août au 27 septembre.Le 3 septembre, le premier ministre Lucien Bouchard répète de vive voix à Claude Brochu, que son gouvernement n\u2019injectera pas d\u2019argent dans la construction d\u2019un nouveau stade.Le 17, l\u2019économiste Pierre Fortin et le géographe Sylvain Lefebvre concluent dans leur rapport Le Projet de stade des Expos, qu\u2019une contribution financière de l\u2019État est parfaitement justifiable.Le 5 octobre, le commissaire du baseball majeur, Bud Selig, de passage à Montréal, rencontre Luden Bouchard et appuie Claude Brochu.Deuxjours plus tard, les actionnaires se donnent un sursis de cinq mois pour remplacer celui-d.Le 24 mars 1999, Québec fait volte-face et ouvre la porte aux Expos, qui pourraient recevoir sept à huit millions par année du gouvernement à même l\u2019enveloppe actuellement dévolue à la promotion touristique de Montréal.Le 28 avril, un syndicat composé d\u2019institutions financières reconnues accepte de prêter 100 millions au groupe de Jacques Ménard afin de financer en partie la construction d\u2019un stade de baseball au centre-ville (voir l\u2019article de Jean Dion en page 508).Ouverture du 22e Festival des films du monde de Montréal, présidée par Monique Mercure, directrice de l\u2019École nationale de théâtre.Parmi les vingt-quatre films en compétition, trois sont québécois : Chronologie des pnncipaux événements Les événements de l'année Nô de Robert Lepage, 2 secondes de Manon Briand et Hathi de Philippe Gautier Le 8 septembre, Manon Briand reçoit le Prix de la meilleure mise en scène.Le 28 - La pièce de théâtre Les Belles-Sœurs de Michel Tremblay célèbre ses 30 ans.Pour rendre hommage à l\u2019écrivain-dramaturge, une douzaine d\u2019actrices qui ont donné corps et âmes à quelques-unes de ses figures mythiques, telles les Denise Filiatrault, Janine Sutto, Michelle Rossignol, Gisèle Schmidt, Huguette Oligny, Andrée Lachapelle, Sophie Clément et Élise Guilbault, montent sur la scène du théâtre du Rideau Vert.Sont également de la partie le metteur en scène André Brassard et la comédienne Rita Lafontaine, ses complices de toujours.SEPTEMBRE 1998 Le 1\u201c - Le Bloc québécois emporte un siège dans la circonscription de Sherbrooke.Le nouveau député qui siégera à Ottawa, Serge Cardin, est élu avec 44,6% des voix contre son plus proche rival, le candidat du Parti libéral du Canada, Robert Pouliot, qui a récolté 43,4% du vote.Cognicase annonce quelle déménage dans le secteur des hautes technologies de Montréal.La compagnie montréalaise, conceptrice de logiciels de gestion et de plates-formes informatiques, embauchera 2000 personnes qui se joindront à son équipe répartie à Montréal, en France, aux États-Unis et en Angleterre Le 4 - Le Groupe Jean Coutu se soumet à la décision de la Cour supérieure au sujet de sa plus récente procédure et presse ses 230 franchisés de cesser la vente de produits du tabac.Le géant pharmaceutique voulait échapper à une décision du Tribunal de l\u2019ordre des professions rendue en juin qui statuait que le commerce du tabac était «incompatible» avec le métier de pharmacien.Le 5 - Ferdinand Biondi, dernier des grands pionniers de la radio francophone au Québec, s\u2019éteint à l\u2019âge de 90 ans.Pendant près de 35 ans, il travaille à CKAC en tant qu\u2019animateur, scripteur et directeur des programmes.Dévoué à la culture, à la scène, aux arts visuels et à la littérature, Ferdinand Biondi a été très actif sur les scènes culturelles et théâtrales.A la fm de sa carrière à CKAC, en 1966, il est nommé secrétaire général du Conseil des arts de la Communauté urbaine de Montréal, poste qu\u2019il a occupé durant 20 ans.Il a aussi été membre de l\u2019Ordre du Canada et de l\u2019Ordre national du Québec, doyen de l\u2019Union des artistes et sénateur de la fondation Édouard-Montpetit.Italien de naissance, Ferdinand Biondi, a toujours été engagé dans la communauté italienne de Montréal.A titre de 20e directeur général de la Sûreté du Québec, Florent Gagné.53 ans, prête serment.Exceptionnellement, son mandat aura une durée de deux ans et demi plutôt que cinq ans.Aussitôt que les réformes amorcées par son prédécesseur, Guy Coulombe, seront avancées, l\u2019ex-sous-ministre de la Sécurité publique cédera sa place à un policier.Le 8 - Le premier ministre du Québec Lucien Bouchard renonce à un tête-à-tête avec le secrétaire général de la Francophonie, Boutros Boutros-Ghali ; il affirme agir ainsi pour protéger, face aux exigences du gouvernement fédéral, le statut et les prérogatives du Québec au sein de cette organisation internationale. Les événements de l'année Chronologie des principaux événements Le 10 - Eaton investit 27 millions dans la restauration intérieure et extérieure de son établissement centenaire du centre-ville de Montréal, l\u2019un des neuf qu\u2019il possède au Québec.Le 14 Diane Wilhelmy accède au poste de déléguée générale du Québec à New York.Elle succède ainsi à David Levine.Membre de la haute fonction publique québécoise depuis 1983, Diane Wilhelmy s\u2019est surtout fait connaître du grand public en 1992, au moment des négociations constitutionnelles qui ont mené à l\u2019accord de Charlottetown.Victor-Lévy Beaulieu met en vente le Complexe culturel de la Maison de VLB de Trois-Pistoles, qu\u2019il a créé de toutes pièces il y a cinq ans, pour 375 000$.Le 15 mars, la ville de Trois-Pistoles annonce qu\u2019elle prendra en charge la Maison de VLB pendant l\u2019été et qu\u2019elle entend mettre en place l\u2019an prochain un Musée du téléroman assorti d\u2019un lieu consacré au récit et au conte.Le 14 - La Ville de Montréal dépose une plainte au Service de police de la CUM pour dénoncer le système de vignettes VIP créées pour permettre, entre autres, à des policiers d\u2019échapper aux contraventions de stationnement.Le 20, 74 agents de stationnement et une dizaine de cadres reçoivent un avis de suspension sans solde de la Ville de Montréal.Le 13 octobre, la Ville et le syndicat des cols blancs en arrivent à une entente ce qui met fin à la suspension des 74 agents.Le 19, la Ville de Montréal émet 47 autres avis de suspension de dix jours sans solde à l\u2019adresse d'agents de la circulation qui ont détenu une vignette VIP.Le 16 novembre, deux mois après que la Ville de Montréal eut terminé son enquête sur le scandale des vignettes, le service de police de la CUM remet à son tour un rapport d enquête sur la centaine de policiers présumément impliqués dans cette affaire.Le 27, le directeur du Service de police annonce que 117 policiers seront accusés devant le comité de discipline pour avoir utilisé et distribué ces vignettes.Le 30 décembre, le commissaire à la déontologie policière rejette la plainte déposée début décembre par le Mouvement action justice contre la centaine de policiers impliqués dans l\u2019affaire, jugeant qu\u2019elle ne relevait pas de ses compétences.Le 6 janvier, après une enquête qui aura duré trois mois, aucune accusation de fraude ne sera finalement portée contre les préposés au stationnement de la Ville de Montréal qui ont participé durant des années au système illégal des vignettes VIP Le 7 janvier, à l\u2019instar de ces préposés, les 117 policiers de la CUM trouvés en possession de vignettes VIP ne seront pas accusés de fraude devant une cour criminelle.Le 15 - Claude Rochon, directeur intérimaire du Service de police de la Communauté urbaine de Montréal depuis six mois, et réputé pour être le grand concepteur de la police de quartier, annonce qu\u2019il quitte le SPCUM pour un emploi dans le secteur privé.Agé de 52 ans, Claude Rochon a longtemps été perçu comme le candidat favori pour assurer la relève de Jacques Duchesneau, qui démissionnait le 3 avril dernier.Le 18, c\u2019est son bras droit, Michel Sarrazin, qui devient, à 48 ans, le huitième directeur du SPCUM.Le doyen de l\u2019Assemblée nationale, John Ciaccia, annonce qu'il ne sollicitera pas de nouveau mandat.Âgé de 65 ans, John Ciaccia représente depuis 1973 la circonscription de Mont-Royal, château fort Chronologie des principaux événements Los événements de l'année libéral où seulement 30% des électeurs sont francophones.Pendant sa carrière, John Ciaccia a détenu plusieurs portefeuilles dans les gouvernements de Robert Bourassa et de Daniel Johnson.Il a été ministre de l\u2019Énergie et des Ressources, des Affaires internationales, des Affaires autochtones et de l'Immigration.À la surprise de tous, Clément Godbout annonce qu\u2019il ne sollicitera pas un troisième mandat à la présidence de la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec, la plus grande centrale syndicale du Québec.Le 18, son secrétaire général, Henri Massé, 52 ans, confirme qu\u2019il sera candidat au poste de président de la centrale.Le 27 novembre, à l\u2019issue du 25e Congrès triennal de la FTQ, il y est élu.Pour la première fois depuis la réorganisation des services de santé, le ministre Jean Rochon, trace un bilan sévère de sa propre réforme et affirme partager en tous points les conclusions féroces livrées la veille par le Collège des médecins du Québec.Le CMQ concluait que l\u2019addition des compressions à la réforme en cours avait mené à «l\u2019improvisation» et à «plusieurs lacunes » (voir l\u2019article de Roch Côté en page 299).Le 17 - Le chanteur Claude Dubois est victime d\u2019un léger malaise cardiaque, quelques heures avant de monter sur la scène du Cabaret du Casino de Montréal.Transporté d\u2019urgence au Centre hospitalier de l\u2019Université de Montréal, son état de santé a par la suite été jugé stable.Il s\u2019agissait d\u2019un premier malaise du genre pour l\u2019artiste âgé de 51 ans.Le 18 - Quelque 400 producteurs de porcs érigent une barricade sur l\u2019autoroute 20, à Notre-Dame-du-Bon-Conseil, près de Drummondville.Ils estiment que le ministère de l\u2019Agriculture, des Pêcheries et de l\u2019Alimentaiton n\u2019a rien fait pour les aider à sortir de la crise financière qui secoue l\u2019industrie du porc.Le 22, ils mettent fin à leur siège, sous la pression de l\u2019escouade antiémeute de la Sûreté du Québec.Le 29, le ministre de l'Agriculture, Cuy Julien, explique qu\u2019il ne reste que quelques détails à régler avant qu\u2019il ne soit en mesure de rendre publics les termes de l\u2019accord de principe intervenu à la suite de négociations intensives avec les représentants des producteurs de porcs et l\u2019Union des producteurs agricoles.Le 30, contre toute attente, les producteurs de porcs affirment avoir été trompés par Québec.Le 2 octobre, le gouvernement du Québec cède devant la détermination des producteurs et consent à les compenser jusqu'à un montant de 30 millions afin de les aider à traverser la crise (voir l\u2019article de Bruno Jean sur la future politique rurale en page 451).Première représentation au Palais des Congrès de Paris de la production de Luc Plamondon et Richard Cocciante, Notre-Dame de Paris, qui se poursuivra jusqu'au 31 janvier.Le 30 mars 1999, le spectacle débute sa tournée nord-américaine par Montréal, puis se rend à Québec, Toronto et Ottawa.Le 19 - Après une épreuve de force qui aura duré six ans, Métro-Richelieu et 350 de ses 5500 employés en arrivent à une entente pour régler un très lourd contentieux et pour signer du même coup une nouvelle convention collective d\u2019une durée de six ans.Dans une proportion de près de 90%, les syndiqués du transport, à l\u2019imprimerie, à l\u2019entrepôt et au bureau, ont appuyé l\u2019adoption de cette entente de principe qui portait sur le passé et l\u2019avenir.La |_2£J Les événements de l\u2019année Chronologie des principaux événements somme totale que Métro-Richelieu devra débourser, entre autres, en indemnités et intérêts, s'élève à 33 millions de dollars.Le 22 - La Régie régionale de la santé de Québec, constate, trois ans après la fusion forcée des hôpitaux universitaires de Québec soient le CHUL, l'Hôtel-Dieu de Québec et l\u2019hôpital Saint-François d\u2019Assise, l\u2019échec de la formule et présente un nouveau plan d\u2019organisation des services.La Régie propose de reconstruire un autre centre universitaire pour la région composé cette fois du CHUL, de l\u2019Enfant-Jésus, de l'Hôtel-Dieu de Québec et de l\u2019hôpital Laval.Le 23 - Au cours d\u2019un mini-remaniement ministériel, le premier ministre Lucien Bouchard fait accéder au conseil des ministres François Legault, ancien président et cofondateur d\u2019Air Transat, au poste de ministre délégué à l\u2019Industrie et au Commerce et responsable de la Société générale de financement et d\u2019Investissement-Québec.De son côté.Jean Rochon, ministre de la Santé et des Services sociaux, conserve son poste.Joseph Facal, député de Fabre, et Nicole Léger, députée de Pointe-aux-Trembles, se joignent au cabinet.Joseph Facal est ainsi nommé ministre aux Affaires intergouvemementales canadiennes en remplacement de Jacques Brassard, qui garde les Transports et devient leader parlementaire.Nicole Léger accède au poste de ministre déléguée à la Famille et à l\u2019Enfance.Pour sa part, le ministre Guy Chevrette délaisse la responsabilité des Régions, qui est reprise par l\u2019ancien leader Jean-Pierre Jolivet Matthias Rioux, ministre du Travail, devient également responsable du dossier des aînés.Enfin, Roger Bertrand passe du MIC au poste de ministre responsable des Services gouvernementaux et vice-président du Conseil du trésor.Le 24 - Dans le cadre du débat sur la langue d\u2019affichage, William Johnson, président d\u2019Alliance Québec, un organisme de défense des droits des anglophones, organise une manifestation devant le magasin Eaton au centre-ville de Montréal.D\u2019un côté de la me Sainte-Catherine Ouest des centaines d\u2019anglophones scandent «Boycott Eaton» à l\u2019intention du grand magasin qui n\u2019affiche plus qu\u2019en français depuis la loi 86.De l\u2019autre, une trentaine de bruyants membres du Mouvement de libération nationale du Québec, masqués, agitent fleurdelisé et tricolore des Patnotes, en criant « William Johnson, le peuple aura ta peau » (voir l\u2019article de Jean Dion en page 505).Radio-Canada présente au Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes une demande afin de réutiliser la fréquence du 690 AM à Montréal, laquelle devient libre en décembre.Son objectif est de créer une nouvelle chaîne d\u2019information radiophonique en continu, chaîne qui serait également diffusée sur Internet.Le 21 juin 1999, le CRTC rejette cette proposition ainsi que le projet de Radio-Nord qui voulait des stations de musique country en anglais et en français.Le 22, un regroupement de citoyens d\u2019influence, avec en tête Pierre Juneau, Guy Fournier et Florian Sauvageau, dénonce publiquement les décisions du CRTC afin de soulever une levée de boucliers dans la population quant à l\u2019avenir de la Société Radio-Canada.Le 25, Radio-Canada en appelle de cette décision auprès du gouvernement fédéral et entend déposer sa demande officielle de révision avant le Chronologie des principaux événements Les événements de l\u2019année 5 juillet auprès du cabinet fédéral (voir l'article de Jean-Pierre Desaulniers en page 417).Le 25 - Tapis Peerless, l\u2019un des plus importants fabricants canadiens de moquettes et de tapis, situé à Acton Vale en Estrie, accepte l'offre d\u2019achat de 51 millions de Beaulieu of America, une entreprise américaine.Le 27 - Le député péquiste et ministre de la Métropole, Robert Perreault, conserve l\u2019investiture de son parti dans la circonscription de Mercier devant sa rivale, la politologue Josée Legault.A la suite de cette défaite, Josée Legault, 37 ans, n\u2019entend pas pour autant mettre un terme à sa carrière politique.Fernand Robidoux, un des pionniers de la chanson au Québec, meurt subitement à l\u2019âge de 78 ans.A la fin des années 40, à la suite de Jean Lalonde, Fernand Robidoux devient le crooner le plus populaire du Québec avant d\u2019aller tenter sa chance en Europe.À Londres d\u2019abord, il enregistre un album de chansons québécoises dont la majorité sont composées par Raymond Lévesque.Par la suite, à Paris, il entreprend une carrière qui s'annonce prometteuse.En 1949, avec Robert L\u2019Herbier, Fernand Robidoux fonde Radio 49, un magazine bimensuel, afin de promouvoir la chanson canadienne.En 1963, toujours pour contrer l\u2019envahissement de la musique américaine, il crée Music-Hall Digest, une émission de chansons francophones diffusée dans plus de 30 stations de radio.Le 28 - Héma-Québec, une nouvelle agence québécoise de services transfusionnels de sang prend la relève de la Société canadienne de la Croix-Rouge, qui régnait depuis 51 ans.Créée dans la foulée du rapport Krever sur le scandale du sang contaminé, Héma-Québec, dont l\u2019implantation a coûté 10 millions, sera responsable de l\u2019approvisionnement en produits sanguins dans 125 hôpitaux du Québec.OCTOBRE 1998 Le 1\" - Pauline Julien est retrouvée sans vie à son domicile du Plateau Mont-Royal.La chanteuse âgée de 70 ans a mis fin à ses jours par l\u2019absorption d\u2019une dose massive de médicaments.Depuis plusieurs années, elle souffrait d\u2019une maladie dégénérative qui affectait sa mémoire, sa motricité et, de plus en plus, sa parole (voir l'article à la fin de la chronologie).Le salaire minimum passe à 6,90$ l\u2019heure, une augmentation de dix cents par rapport au taux qui prévalait depuis un an.Les salariés à pourboire voient leur salaire augmenter à 6,15 $ l\u2019heure, une autre augmentation de dix cents.Egalement, la semaine normale de travail passe de 43 à 42 heures.Bombardier Aéronautique décroche le plus gros contrat de son histoire.D'une valeur totale de 1,5 milliard, la commande, passée par Comair, un transporteur régional de Cincinnati, en Ohio, consiste à fabriquer, sur une période de 10 ans, 50 jets régionaux.Quelque 900 emplois seront ainsi créés à Montréal.Le 2 - Le romancier François Barcelo devient le premier auteur québécois à voir son manuscrit, Cadavres, publié dans la célèbre Série noire de Gallimard.Le 5 - Télémédia Communications se porte acquéreur de quatre stations de radio du nord de l\u2019Ontario.11 s\u2019agit de CJMX-FM Les événements de l\u2019année Chronologie des principaux événements Sudbury, CHUR-FM North Bay, CHVR-FM Pembroke et CJQM-FM Sault-Sainte-Marie.Certaines étaient condamnées à la fermeture parce que Pelmorex, le précédent propriétaire, avait décidé de cesser tout financement dans ce secteur.Le montant des transactions n\u2019a pas été dévoilé.L'auteur Pierre Gauvreau décide de cesser d\u2019écrire Le Volcan tranquille, le dernier téléroman de la trilogie qui comprenait Le Temps d\u2019une paix et Cormoran, au terme du 60' des 78 épisodes que devait compter l\u2019émission destinée à la télévision de Radio-Canada.Pierre Gauvreau s\u2019en prend particulièrement à l\u2019attitude générale de la société d\u2019Etat qui n\u2019a pas semblé avoir fait tous les efforts possibles pour promouvoir son téléroman.Le Volcan tranquille a connu un parcours instable dans la grille-horaire et attirait, l\u2019an dernier, une moyenne de 530 000 téléspectateurs.Pas moins de 70 artistes célèbrent la réouverture du Corona, un théâtre de 700 places situé dans le quartier de la Petite-Bourgogne.Bâti en 1912, le Corona portait alors le nom de Family Theatre et a été laissé à l\u2019abandon pendant 32 ans.11 est le seul édifice montréalais de type théâtre cinématographique dont l\u2019extérieur et l\u2019aménagement des espaces intérieurs sont typiques.La restauration de cette pièce du patrimoine architectural a débuté en 1991 et a coûté 2,4 millions.Le 8 - Le ministère québécois des Finances autorise des investissements de 179 millions pour l\u2019établissement de deux stations de métro à Laval.Le 14, le ministère des Transports annonce qu\u2019il investira 63,5 millions pour la construction d'une station de métro à l\u2019intersection de Pie-IX et Jean-Talon qui devrait ouvrir en 2004.Le gouvernement subventionnera également, aux coûts de 2,6 millions, trois études de faisabilité pour l\u2019aménagement d\u2019un train léger de surface sur trois axes, soit entre Saint-Laurent et Rivière-des-Prairies, puis sur l\u2019avenue du Parc, et enfin entre Boucherville et Brossard.Le 9 - Le Casino de Montréal célèbre ses cinq ans.Depuis son ouverture en 1993, l\u2019achalandage quotidien est passé de 5000 visiteurs à une moyenne de 18 000.En matière d\u2019emploi, 3000 emplois directs ont été créés, dont 62% sont occupés par des personnes de moins de 35 ans.Sur le plan financier, l\u2019établissement a généré plus de 890 millions de profits.Le 12 - Le créateur de Loto-Québec, Mario Beaulieu, s\u2019éteint à l\u2019âge de 68 ans des suites d\u2019un accident cérébro-vasculaire qui l\u2019avait frappé en 1996.Mario Beaulieu s\u2019est fait connaître par sa carrière en politique.En 1966, il dirige les troupes de l\u2019Union nationale.Puis, il devient chef de cabinet et sous-ministre au Conseil exécutif du nouveau premier ministre, Daniel Johnson.En 1969, il est élu dans le comté de Dorion, et successivement nommé ministre de l\u2019Immigration, ministre des Institutions financières et finalement ministre des Finances où il crée alors Loto-Québec.Un saut en politique fédérale l\u2019amène à travailler sous les premiers ministres conservateurs Joe Clark et Brian Mulroney.En 1990, il est nommé sénateur par ce dernier.Quatre ans plus tard, il démissionne après que sa compagnie eut obtenu un contrat fédéral de 6,8 millions pour la réfection du pont Champlain, à Montréal.Alors qu\u2019il s\u2019apprête à signer un contrat avec les Dodgers de Los Angeles pour devenir le nouveau gérant de l\u2019équipe, Chronologie des principaux événements Les événements de l\u2019année Felipe Alou se voit offrir, de la part du directeur général des Expos, Jim Beattie, une offre qu'il ne peut refuser.Soit un nouveau contrat de trois ans avec les Expos qui s'étendra jusqu\u2019à la fin de la saison 2001 (voir l\u2019artide de Jean Dion en page 508).Le 14 - À Sept-Iles, dépôt du cinquième rapport d'enquête, commencée en mai 1997 et présidée par le juge Yvon Roberge, sur les décès, il y a plus de 21 ans, des jeunes Montagnais de la Côte-Nord Achille Voilant et Moïse Régis.Selon les résultats de l'enquête, l\u2019embarcation dans laquelle ils prenaient place a chaviré à l\u2019embouchure de la rivière Moisie, un matin de juin 1977.Aucune trace de blessures, qui auraient pu être causées par une altercation avec des poliriers, n\u2019a été trouvée, comme les Montagnais de la région l\u2019ont toujours soupçonné.Tous deux seraient donc morts noyés.L\u2019enquête du juge Roberge, dont les coûts sont estimés à 3,8 millions, a permis l\u2019audition de 103 témoins durant 97 jours d\u2019audiences publiques.Le 15 - Mario Dumont, chef de l\u2019Action démocratique du Québec présente le programme constitutionnel de son parti pour les prochaines élections.Intitulée « La Loi sur la proposition québécoise de paix constitutionnelle», la proposition prend la forme d\u2019un projet de loi qui est en quelque sorte un condensé du rapport Allaire sur la répartition des pouvoirs présenté en 1992 par le Parti libéral du Québec, et qui a finalement mené à la création de l\u2019ADQ (voir Le Parlement et les partis en page 319).Quatre mois après sa destruction par l\u2019explosion d\u2019une conduite de gaz, l\u2019Accueil Bonneau, une organisation charita- ble située dans le Vieux-Montréal, rouvre ses portes à son adresse d'origine.Le financement de sa reconstruction a, en bonne partie, été rendu possible grâce à une avalanche de dons.Le 22 décembre, le coroner Cyrille Delage conclut dans son rapport que l\u2019explosion aurait facilement pu être évitée ou avoir des conséquences moins dramatiques si l\u2019on avait appliqué quelques mesures simples de supervision et de prévention.Trois bénévoles avaient alors perdu la vie et une vingtaine de personnes avaient été blessées grièvement.Un demi-siècle après leur première exposition à Paris, les Automatistes sont de retour en France.Une exposition au Centre culturel canadien leur rend hommage pour marquer le 50e anniversaire du manifeste Refus global Quelque quarante tableaux peints par Paul-Émile Borduas, Marcel Barbeau, Fernand Leduc, Marcelle Ferron, Pierre Gauvreau, Jean-Paul Mousseau et Jean-Paul Riopelle, ainsi qu'un grand nombre de documents d'époque composent l\u2019exposition.Le 18 - Le chef du Parti libéral du Québec, Jean Charest, consacre la nouvelle orientation de sa formation.Le PLQ compte proposer aux Québécois un plan de croissance économique basé sur des baisses d\u2019impôt, la réduction du rôle de l'Etat et une participation accrue du secteur privé (voir l'article de Michel Venne en page 261).La direction et les musiciens de l'Orchestre symphonique de Montréal s\u2019entendent sur les termes d\u2019un nouveau contrat de travail qui prévoit des augmentations de cachets de 19% réparties sur une période couvrant les années 1996-2002.Une grève avait été déclenchée le 26 septembre dernier à minuit, forçant l\u2019annulation de Les événements de l\u2019année Chronologie des principaux événements plusieurs concerts (voir l\u2019article de François Tousignant en page 431).Le 20 - Des semaines après avoir promis une « équipe du tonnerre » en vue du scrutin du 30 novembre prochain, le chef du parti Libéral, Jean Charest, dévoile ses candidats-vedettes.Soit l'écrivain et exprésident du Conseil des arts du Canada Roch Carrier et le constitutionnaliste Benoît Pelletier Résidant de Westmount, Roch Carrier, 61 ans, s\u2019est vu parachuter dans la circonscription montréalaise de Crémazie, une circonscription jusque-là représentée par Jean Campeau.Le 30, il est défait par 278 voix aux mains de la péquiste Manon Blanchet, 30 ans.Le 21 - Les 21 600 employés du transporteur ferroviaire Canadien National apprennent par l\u2019entremise des médias que 3000 d\u2019entre eux perdront leur emploi d\u2019ici à la fin de 1999.Cela au moment même où le CN annonce d\u2019importants et progressifs profits.Au siège social du CN à Montréal, c\u2019est 260 des quelque 1300 postes qui seront abolis.Le lendemain, à la Bourse de Toronto, le titre du CN bondit de 4,2 % et 400 000 actions changent de main.Wajdi Mouawad reçoit le Grand Prix de la critique 1997-1998 décerné par l\u2019Association québécoise des critiques de théâtre pour Willy Protagoras enfermé dans les toilettes, produit par le Théâtre O parleur.Selon l\u2019AQCT, cette pièce «traite avec force d'un conflit aux résonances autant géopolitiques qu 'humaines ».Le 22 - Jean Rafa, le plus Québécois des Français, s\u2019éteint à l\u2019âge de 88 ans.C\u2019est en 1948, qu\u2019arrive à Montréal Raphael Jean Febbrari.L\u2019année suivante, il écrit les paroles de Les nuits de Montréal (musique d\u2019Émile Prud\u2019homme) que chantera le regretté Jacques Normand au Faisan Doré, un cabaret de la métropole.Auteur, animateur de spectacles pendant les belles nuits de Montréal, commentateur de courses cyclistes, promoteur de la pétanque au Québec et animateur de radio à CKAC pendant dix-sept ans pour l\u2019émission quotidienne A & P vous appelle, Jean Rafa fut aussi un incorrigible optimiste.Le 23 - Les rives du lac Saint-Pierre, de Sorel à Pointe-du-Lac, près de Trois-Rivières, sont désormais classées parmi les sites dont l\u2019importance écologique est reconnue mondialement.De plus, des démarches ont été entreprises pour que les marais du lac soient reconnus Réserve mondiale de la Biosphère par l'UNESCO.Francois Macerola, directeur de Téléfilm Canada, annonce qu\u2019il quitte l'arène culturelle pour se joindre aux rangs de l\u2019équipe libérale de Jean Charest.Agé de 55 ans, François Macerola fera campagne à Laval dans la circonscription de Vimont contre le ministre du Tourisme David Cliche.Le 28 - Le cinéaste François Girard, 35 ans, remporte lors du 27e Festival du nouveau cinéma et des nouveaux médias, le prix du meilleur long métrage canadien et le prix du public pour son film Le Violon rouge, une saga intimiste, tournée en plusieurs langues avec prédominance de l\u2019anglais, où l\u2019on suit pendant quatre siècles les tribulations associées à l\u2019instrument dû à un maître luthier italien.Le 18 janvier, parmi les 24 films en compétition lors du 11' Festival du film international de Baie-Comeau, Le Violon rouge rafle trois palmes, soit celles du meilleur film, du meilleur film canadien et du meilleur scénario.Le Chronologie des principaux événements Les événements de l'année |^J 4 février, ce film domine la remise des Génie, à Mississauga.Il remporte huit trophées sur dix nominations, dont le triplé meilleur film/meilleure réalisation/meilleur scénario.Le 7 mars, Le Violon rouge amasse pas moins de neuf prix au tout premier gala des prix Jutra, dont ceux du meilleur film et de la meilleure réalisation.Le 29 - Le réseau TVA obtient du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes son permis de « réseau national ».Par cette décision historique, qui s\u2019applique aussi aux systèmes de radiodiffusion directe par satellite, les câblodistributeurs canadiens seront tenus de diffuser TVA sur leur service de base, tout comme ils le font avec Radio-Canada.Le 31 - Le Fonds de solidarité des travailleurs du Québec réalise une performance sans précédent : celle d'avoir investi, au cours de son plus récent exercice, 614,2 millions.NOVEMBRE 1998 Le 1\u201c - Lors des élections municipales, le maire sortant de Montréal, Pierre Bourque, est réélu avec un conseil municipal majoritaire pour son parti Équipe Bourque/Vision Montréal.Il a récolté 44% des votes des Montréalais.L'ancien directeur du Service de police de la Communauté urbaine de Montréal, et chef de Nouveau Montréal, Jacques Duchesneau, arrive deuxième avec 26% des votes.Quant à Michel Prescott, chef du Rassemblement des citoyens de Montréal, il récolte 14% des votes.Le chef d\u2019Équipe Montréal, Jean Doré, que les sondages plaçaient au départ en duel avec Jacques Duchesneau, subit une cuisante défaite avec 10% des votes.Le 22 octobre, à la surprise de son parti, Jean Doré annonçait qu'il songeait à se retirer de la course à la mairie.Le lendemain, il effectuait un volte-face politique (voir l\u2019article de Kathleen Lévesque en page 499).Le corps de Maurice Champagne, le père de la Charte québécoise des droits de la personne, est retrouvé dans le fleuve, près de la tour de l\u2019Horloge du Vieux-Montréal.Disparu depuis la mi-octobre, Maurice Champagne, âgé de 62 ans, se serait vraisemblablement suicidé.Engagé dans de nombreuses causes sociales, Maurice Champagne, à la fois philosophe, poète, chroniqueur, scénariste, écrivain et, dans les années soixante, professeur au Collège Saint-Denis, a rédigé plusieurs essais sur les relations hommes-femmes.11 a aussi défendu les droits des handicapés et des minorités ethniques.De 1971 à 1975, il a procédé à une réorientation majeure de la Ligue des droits de l\u2019homme.Par la suite, il a mis sur pied la Commission des droits de la personne et a insisté pour faire adopter la première loi de protection de la jeunesse sur les enfants maltraités.De 1984 à 1988, il a été secrétaire général associé à l\u2019élaboration de la politique familiale et membre de la Commission sur les services essentiels.Le 2 - Le syndicaliste Michel Chartrand, 81 ans, se présente comme candidat indépendant dans Jonquière, la circonscription de Lucien Bouchard.Membre du Rassemblement pour une alternative politique, un mouvement qui regroupe des représentants des syndicats, des organismes sociaux et des étudiants, Michel Chartrand a déjà été candidat du Parti socialiste démocratique dans Jonquière en 1958, et à Alma, en 1963.Si, en 1958, le populaire syndicaliste événements de l\u2019année Chronologie des principaux événements s'était classé deuxième avec plus de 7000 votes, au lendemain des élections du 30 novembre, il se retrouve au 3' rang avec 5021 voix.Il est défait aux mains du premier ministre, Lucien Bouchard.Michel Désautels, journaliste de Radio-Canada, remporte le prix Robert-Cliche pour son roman Smiley dont le récit, un suspense, se situe au moment des Jeux olympiques d\u2019Atlanta, à l'été de 1996.Le 4 - Le joueur de hockey Mario Lemieux et l'athlète en biathlon Myriam Bédard sont intronisés au Temple de la renommée du sport canadien à Toronto.Mario Lemieux a joué pendant douze saisons avec les Penguins de Pittsburgh et il a, entre autres, mené son équipe à deux victoires de la coupe Stanley.Myriam Bédard a pour sa part été doublement médaillée d'or aux Jeux olympiques d\u2019hiver de 1994, à Lillehammer.Le 5 - Le dossier du réaménagement de la Grande côte des Éboulements, dans Charlevoix, où 44 personnes de Saint-Bernard en Beauce ont trouvé la mort en octobre 1997, est entendu devant la Cour supérieure.Depuis juin dernier, l\u2019affaire a pris des proportion inattendues.La querelle se situe entre ceux qui craignent que le tracé de la nouvelle côte reliant les Éboulements à Saint-Joseph-de-la-Rive ne cause un tort irréparable à l\u2019environnement de la région et ceux qui, comme le ministre des Transports, Jacques Brassard, estiment que la sécurité et l\u2019efficacité doivent prévaloir.Le 16, la Cour supérieure refuse l\u2019injonction demandée par l\u2019Union québécoise pour la conservation de la nature qui voulait forcer l'évaluation environnementale en audiences publiques.Le 25, Jacques Brassard annonce que les travaux pour la reconfiguration de la Grande côte débuteront au printemps.Le coût du projet est estimé à 12 millions.Le 9 - L'aluminerie Alcan, signe un contrat d\u2019approvisionnement de dix ans et de plusieurs milliards avec General Motors La signature d\u2019un accord de stabilité opérationnelle de 18 ans avec le syndicat des employés du Saguenay-Lac-Saint-Jean et l\u2019établissement d\u2019une nouvelle usine d\u2019élec-trolyse à Alma a joué un grand rôle dans la conclusion de ce contrat.Le 11 - Les chanteurs de la chorale de l\u2019Accueil Bonneau triomphent dans l\u2019une des stations de métro les plus achalandées de Paris, à la moitié de leur tournée d\u2019une durée de dix jours dans la capitale.De grandes publications telles L\u2019Express et Le Figaro leur consacrent des articles et des reportages sont diffusés dans les principaux journaux télévisés des deux chaînes publiques françaises.Le 13 - À 23 ans, Michel Trudeau, le fils cadet de l\u2019ancien premier ministre du Canada Pierre Elliott Trudeau, est emporté par une avalanche dans un lac glacé de la Colombie-Britannique, au retour d\u2019une expédition de ski.Empêtré dans son lourd équipement, il se serait noyé.Son corps n\u2019a pas été retrouvé.Le 16 - Les 143 magasins d'Aventure Électronique, situés au Québec et en Ontario, ferment leur portes pour cause de faillite.La compagnie de produits électroniques de consommation, ouverte depuis 1989, avait subi, au cours des trois dernières années, de lourdes pertes : 70 millions en 1996, 75 millions en 1997 et 58 millions en 1998.En 1997, elle avait englouti 10,5 millions en Chronologie des principaux événements Les événements de l\u2019année efforts de restructuration.Enfin, à l'automne de 1998, elle n\u2019avait ni le crédit commercial ni le financement bancaire suffisants pour soutenir ses achats pour la période des Fêtes.René Guimond devient le nouveau président de Télévision Quatre Saisons en remplacement de Franklin Delaney, parti il y a plusieurs mois.Vice-président et directeur général de BCP, une grande agence de publicité et de communications, René Guimond, 46 ans, n\u2019a jamais été associé au monde de la télévision avant sa nomination.Le prix Judith-Jasmin, catégorie Presse électronique, est décerné à Lucie Bergeron, animatrice et journaliste à l\u2019émission La Semaine verte à la télévision de Radio-Canada.La Fédération professionnelle des journalistes du Québec honore ainsi son reportage Le porc en Iowa, où il est question des mégaporcheries qui remplacent de plus en plus les fermes familiales dans cet État américain.Le 17 - Les 85 employés de Radio-Nord entérinent à 53 % une entente de principe intervenue entre le syndicat et la direction de l\u2019entreprise de Rouyn-Noranda qui exploite des stations de radio et de télévision.Le Syndicat des employés en communication de l\u2019Abitibi-Témiscamin-gue affilié à la CSN obtient, entre autres, de la direction qu\u2019elle retire son projet de fusionner les postes de journaliste et de cameraman, principale source du conflit qui sévissait depuis le 15 septembre.Le 23 octobre, le Parti québécois, le Parti libéral et l\u2019Action démocratique décidaient de boycotter Radio-Nord dans ses trois comtés en Abitibi-Témiscamingue pendant la période électorale conséquemment à cette grève.Le 18 - La Centrale de l\u2019enseignement du Québec lance une journée d\u2019étude pour protester contre la lenteur du gouvernement à négocier l\u2019équité salariale pour les enseignants, soit des hausses de salaire moyennes de 15%.Cela même si cinq jours auparavant, le Conseil des services essentiels statuait que cette journée serait considérée comme une grève illégale, puisque la convention collective est toujours en vigueur.Trente-et-une commissions scolaires à travers la province suspendent leurs cours tandis que des manifestations d\u2019envergure se tiennent à Québec, Drummondville, Trois-Rivières et Montréal.Le 19, la CEQ dépose, avec la FTQ, une nouvelle demande d\u2019équité salariale qui touche plus de 70 000 personnes, essentiellement le personnel de soutien et le personnel professionnel du secteur public.Le 23, le gouvernement dépose l\u2019état de ses travaux en matière d\u2019équité salariale devant la Commission sur l\u2019équité.Il soutient que tout va bien, ce qui fait bondir la CEQ et la CSN.Les demandes de la CEQ totalisent 800 millions de dollars, auxquels s\u2019ajoutent 2,4 milliards en paiements rétroactifs.Le 19 - Après plus de cinq mois de grève, les 4000 syndiqués de la compagnie Abitibi Consolidated votent à 73 % en faveur de la nouvelle convention collective, laquelle prévoit cinq hausses annuelles de salaires de 2 % jusqu\u2019en 2004.Le 17 - Les Éditions du Boréal raflent quatre des sept prix littéraires francophones du Gouverneur général, décernés par le Conseil des arts du Canada.Les lauréats sont, dans la catégorie Roman et nouvelle, Christiane Frenette pour La Terre ferme ; Suzanne Jacob pour La Part de feu, Les événements de l'année Chronologie des principaux événements catégorie Poésie ; Pierre Nepveu avec Intérieurs du Nouveau Monde: Essai sur les littératures du Québec et des Amériques, dans la catégorie Essai; Charlotte Melançon pour Les Sources du moi - La formation de l\u2019identité moderne, de Charles Taylor, dans la catégorie traduction.Le 22 - Le député de la circonscription de Masson, Yves Blais, meurt d\u2019un infarctus à huit jours du scrutin.Il s\u2019apprêtait a remporter un cinquième mandat consécutif.Sa disparition fait ainsi reporter l\u2019élection dans ce comté au 14 décembre.Souverainiste convaincu, Yves Blais fait le saut en politique en 1981, après la défaite référendaire.Mais avant d\u2019entrer en politique, il s\u2019était fait connaître du milieu artistique québécois, en particulier celui de la chanson, en fondant en 1968, avec son ami Percival Bloomfield, la boîte à chansons Le Patriote.Le 29, le Conseil exécutif national du Parti québécois annonce que Gilles Labbé, maire de Le Gardeur depuis 1994 et préfet de la MRC de l\u2019Assomption depuis 1996, sera le candidat du PQ Masson.Le 14 décembre, Gilles Labbé l\u2019emporte avec plus de 13 000 voix.Le 23 - Le juge Léo Daigle de la Cour supérieure accorde à Hydro-Québec l\u2019autorisation de poursuivre ses procédures d expropriation et permet le transfert de servitudes de cinq propriétaires du Val Saint-François, dans les Cantons de l\u2019Est, dans la poursuite de son projet de construction d une ligne de transport d\u2019énergie électrique de 735 kV entre les postes Hertel et Des Cantons.Cela malgré l\u2019opposition des propriétaires et avant même l'échéance du délai prévu par la loi pour contester cette expropriation.Le 23 février, la juge Jeannine Rousseau de la Cour supérieure donne raison à la Coalition des citoyens et citoyennes du Val Saint-François et ordonne à Hydro-Québec, à ses employés et sous-contractants de cesser tous travaux reliés à ce projet (voir l\u2019article de Michel Morin en page 470).Le 24 - Un artiste lissier de Québec, Marcel Marois, remporte le prix Saidye Bronfman 1998, d\u2019une valeur de 20 000$.Marcel Marois crée des tapisseries depuis plus d\u2019un quart de siècle et a même contribué au regain de sa discipline à l\u2019échelle nationale et internationale.Cette récompense, créée en 1977 par la Fondation de la famille Samuel et Saidye Bronfman, est la plus importante au pays dans le domaine des métiers d\u2019art, et est maintenant administrée par le Conseil des arts du Canada et le Musée canadien des civilisations.Le 27 - Le chef présumé des Hells Angels, Maurice « Mom » Boucher, est acquitté du meurtre de deux gardiens de prison.Un verdict qui dot l\u2019un des procès les plus suivis des dernières années au Québec.A sa sortie du palais de justice de Montréal, une trentaine d\u2019acolytes l\u2019accueillent comme un héros (voir l\u2019article d\u2019Yves Boisvert en page 306).Le 28 - Le juge Robert Sauvé, père de la Commission de santé et de sécurité au travail (CSST) et de l\u2019Aide juridique au Québec, meurt à l\u2019âge de 67 ans, à la suite d\u2019un cancer du foie.Après avoir œuvré comme permanent à la Centrale des syndicats nationaux jusqu\u2019en 1977, il fonde la CSST qu\u2019il préside jusqu'en 1986.11 œuvre aussi comme haut fonctionnaire au ministère du Travail, avant d\u2019être nommé juge à la Cour provindale en 1971.Après avoir siégé au tribunal du Travail, il siège durant Chronologie des principaux événements Les événements de l\u2019année près de cinq ans à la Cour du Québec, avant de prendre sa retraite en 1995.Le 29 - L'idée du sacerdoce des femmes et celle du mariage des prêtres sont rejetées par une faible marge par les 700 délégués du Synode de Montréal réunis au cours de la fin de semaine à l\u2019Université de Montréal.Le cardinal Jean-Claude Turcotte, qui avait appelé à cette vaste consultation entreprise il y a trois ans, s\u2019est tout de même montré optimiste quant aux chances de voir ces deux causes continuer de progresser au sein de l\u2019Eglise catholique.La violoniste Angèle Dubeau, concertiste et animatrice de La Pietâ, reçoit le prix OPUS du public, lors de la deuxième édition de la remise des 27 prix par le Conseil québécois de la musique.L\u2019OPUS du compositeur de l\u2019année va au saxophoniste autodidacte Walter Boudreau, directeur artistique depuis 1988 de la Société de musique contemporaine du Québec.L\u2019OPUS-hommage est décerné au pianiste Oliver Jones.Quant à Bernard Labadie, directeur de l\u2019ensemble Les Violons du Roy, il se distingue comme personnalité de l\u2019année.Le 30 - Journée d\u2019élections provinciales.Le gouvernement de Lucien Bouchard est réélu avec une majorité.Ainsi, le Parti québécois décroche 77 sièges à l\u2019Assemblée nationale, le Parti libéral du Québec, 46, et le chef de l\u2019Action démocratique du Québec, Mario Dumont, parvient tout juste à se maintenir en selle.Malgré sa confortable avance en nombre de circonscriptions, le PQ n\u2019a pas augmenté son pourcentage des voix recueillies à travers la province.Ainsi, le PQ a reçu 42,87% de l'appui populaire, alors que les libéraux en ont récolté 43,55%, et l\u2019ADQ 11,81%.Au total, 5,2 millions d\u2019électeurs ont été appelés à choisir 124 des 125 députés qui devront les représenter à l\u2019Assemblée nationale et siéger au 36' parlement de l\u2019histoire du Québec.Dans la circonscription de Masson, l\u2019élection a dû être reportée au 14 décembre, en raison du décès du candidat péquiste, Yves Blais (voir l\u2019article de Michel Venne en page 319 et la section Le Parlement et les partis).Malgré les hésitations d\u2019Ottawa, le Conseil des ministres à Québec donne le feu vert aux travaux d\u2019agrandissement du Palais des congrès de Montréal pour un investissement de 185 millions.Le 5, après avoir attendu en vain une contribution de 58 millions d\u2019Ottawa, Québec se heurte au boycottage en bloc des ingénieurs et des architectes aux appels d\u2019offres.Les règles d\u2019attribution des contrats se retrouvent au cœur du litige.Le 8 février, l\u2019Association des ingénieurs-conseils du Québec et l\u2019Association des architectes en pratique privée du Québec réclament du gouvernement qu\u2019il change le mode de sélection des professionnels préconisé par la Société immobilière du Québec.Le 26 février, le gouvernement du Québec indique qu\u2019il ira de l\u2019avant avec le projet même si une seule firme d\u2019architectes a soumissionné pour obtenir le contrat.Le 23 mars, le ministre délégué aux Services gouvernementaux, David Cliche, annonce que le projet d\u2019agrandissement sera réalisé par l\u2019octroi d\u2019un contrat clés en main et que l\u2019ancien appel d\u2019offres est annulé.La Caisse de dépôt et de placement du Québec accepte de laisser Provigo se faire avaler par la chaîne ontarienne Loblaw.La transaction totale s\u2019élève à 1,6 milliard.Métro-Richelieu reste le seul grand joueur québécois dans l\u2019alimentation (voir l'article de Jean-Pierre Dupuis en page 345). £T£J| Les événements de l\u2019année Chronologie des principaux événements Au Palais de justice de Saint-Hyacinthe, Gilbert Rozon, le fondateur du Festival Juste pour rire, plaide coupable à une accusation d'agression sexuelle sur une jeune femme de 19 ans.L\u2019incident est survenu le 17 février 1998, lors d\u2019une grande fête qui marquait le 15' anniversaire du FJPR, au Manoir Rouville-Campbell, à Mont-Saint-Hilaire.Puisque Gilbert Rozon ne possédait aucun antécédent judiciaire et qu\u2019il plaidait coupable à une accusation d\u2019agression sexuelle par voie sommaire, la poursuite a suggéré un sursis de sentence et une probation de 12 mois, accompagnés d\u2019un don de 2000$ à un organisme qui s\u2019occupe des femmes violentées en Montérégie.DÉCEMBRE 1998 Le 1\" - Le comité Québec 2010 encaisse un échec : l\u2019Association olympique canadienne n\u2019a pas retenu la candidature de la ville de Québec pour la présentation des Jeux d\u2019hiver de 2010.Entre Québec, Calgary et Vancouver, les villes en lice, c\u2019est Vancouver qui a obtenu, au second tour, 40 voix de la part des membres de l\u2019AOC, contre 31 pour Québec.Au premier tour, Vancouver en avait obtenu 26, Québec 25 et Calgary 21 (voir l\u2019article de Julie Lemieux en page 490).Le 2 - Le poète Alphonse Piché s\u2019éteint à l\u2019âge de 81 ans, à Trois-Rivières, ville où il demeurait depuis son enfance.Alphonse Piché a notamment écrit, en 1946, Ballades de la petite extrace, Remous en 1947, Voie d\u2019eau en 1950, puis, en 1982, Dernier profil et, en 1991, Néant fraternel.Le 4 - Le Commissaire à la déontologie policière réclame la destitution du policier Karl Anderson et de ses supérieurs, le lieutenant Michel Pohu et le directeur Jean-Pierre Auger, pour avoir usé d\u2019une force excessive en maîtrisant Richard Bamabé dans sa cellule, dans la nuit du 14 décembre 1993.Victime d\u2019un arrêt cardio-respiratoire, Richard Barnabé a sombré dans un profond coma neurovégétatif, jusqu\u2019à sa mort, le 2 mai 1996.Le 10, à l\u2019unanimité, trois juges de la Cour d\u2019appel du Québec confirment en tous points la condamnation criminelle de quatre des policiers impliqués dans l\u2019affaire Richard Barnabé.Le 5 février 1999, le Comité de déontologie policière destitue deux autres policiers de la CUM dans le cadre de l\u2019affaire Bamabé, le lieutenant Michel Pohu et le directeur Jean-Pierre Auger, et impose une suspension de 120 jours à l\u2019agent Karl Anderson.Cette décision porte à sept le nombre de policiers du SPCUM blâmés par le comité relativement à cette affaire.Le 3 mars, ces trois pobciers portent leur cause en appel.Le 6 - Le producteur Pierre Lamy est emporté, à l\u2019âge de 72 ans, par une longue maladie.Reconnu pour avoir été celui qui a contribué à établir l\u2019infrastructure économique nécessaire à la production de longs métrages, Pierre Lamy a, entre autres, reçu, en 1981, le prix Albert-Tessier pour son travail qualifié d\u2019exceptionnel.Producteur du Viol d\u2019une jeune fille douce, de Red et des Mâles, trois films de Gilles Carie, et de l\u2019immense succès Deux femmes en or de Claude Fournier, il a aussi été coproducteur avec la France de Kamouraska de Claude Jutra.Dans les années 1950, Pierre Lamy produit l\u2019émission Radisson, diffusée sur les ondes de la télévision de Radio-Canada, puis Le Roman de la science, Par le trou de la serrure et Les Insolences d\u2019une Chronologie des principaux événements Les événements de l\u2019année caméra.En 1962, il fonde, avec son frère André, Onyx Films.Le 7 - A Saint-Basile-le-Grand, les services environnementaux du Québec acheminent le dernier baril de 45 gallons de BPC en direction de l\u2019incinérateur de Swan Hills, en Alberta, où il y aura décontamination et neutralisation.A la fin de l\u2019été, près de 20 000 tonnes d\u2019équipements et de terre, tous contaminés, ainsi que des BPC à fortes concentrations, y avaient, entre autres emplacements, été dirigés.C\u2019est dans la nuit du 23 août 1988, alors qu\u2019un entrepôt de cette petite municipalité agricole de la rive sud est incendié, que la saga des BPC débutait.A compter de ce jour, le CRTC étudie 16 projets de nouvelles chaînes francophones.Radio-Canada et TVA ont quatre projets chacune, Radiomutuel trois, Astral quatre alors que CFCF, Radio-Nord et Bell se sont associés pour un projet (voir l\u2019article de Jean-Pierre Desaulniers en page 417).Près de Baie-Comeau, un avion bimoteur, appartenant à la compagnie Air Satellite s'abîme, quelque minutes après le décollage, dans le Saint-Laurent.On comptera sept morts et trois survivants.Le président de Télésystème et de Téléglobe, Charles Sirois, lance Look Communications, qui deviendra le premier concurrent de Vidéotron dans la grande région de Montréal.La société propose un service numérique de télédistribution sans fil qui se détaille à 20 $ par mois, location d\u2019équipement comprise, pour une vingtaine de chaînes comprenant la télévision à la carte et 30 chaînes audionumériques.Quinze millions ont été dépensés en immobilisations dans la région de Montréal.Le 9 - Pierre Karl Péladeau, vice-président du conseil de Québécor, fait une offre d\u2019achat pour Sun Media, le deuxième éditeur de journaux quotidiens au Canada pour le tirage.Une facture de 983 millions comptant, plus la prise en charge d'une dette de 410 millions.L'offre de Québécor à 21 $/action de Sun Media est rapidement acceptée par son conseil d\u2019administration.La mainmise de Québécor sur Sun Media se réalisera par la création d\u2019une filiale qui regroupera tous leurs journaux, dont le siège social sera à Toronto.Sun Media possède quatre quotidiens de grand format dans le Sud de l\u2019Ontario et un groupe de quatre quotidiens tabloïds à Toronto, Calgary, Edmonton et Ottawa.Pour sa part, Québécor publie trois tabloïds à Montréal, Québec et Winnipeg, ainsi que le Sherbrooke Record (voir l\u2019article de Jean-Claude Leclerc en page 373).La revue Commerce célèbre son 100' anniversaire.La publication, autrefois propriété de la Chambre de Commerce et, depuis 1983, celle du Groupe Transcontinental, lance pour l\u2019occasion, sous forme de numéro-anniversaire, une rétrospective du siècle qui s'achève.Le 16 - Le premier ministre fiançais Lionel Jospin entame une première visite officielle de trois jours au Canada.Le volet montréalais de son passage au Québec est presque entièrement consacré à des rencontres d'affaires où il est question de l\u2019importance «de consolider et d\u2019étendre encore davantage le partenariat économique entre la France et le Québec dans le contexte des grands marchés européen et américain » (voir l\u2019article de Bernard Descôteaux en page 288).Le 22 - A l\u2019âge de 60 ans, Pierre Vallières meurt d\u2019une défaillance cardiaque.L\u2019année E*s événements de l\u2019année Chronologie des principaux événements précédente il avait été terrassé par un infarctus qui lui avait laissé de nombreuses séquelles graves.Tour à tour membre du FLQ, militant indépendantiste, défenseur des droits des autochtones, surtout lors de la crise d\u2019Oka, et solidaire de la cause des indépendantistes bosniaques, Pierre Vallières est aussi l\u2019auteur d\u2019une quinzaine de livres dont Nègres blancs d\u2019Amérique, ouvrage qui l\u2019a fait connaître, et Le Devoir de résistance.Avant la crise d\u2019octobre 1970, Pierre Vallières a été journaliste à La Presse, au Devoir, ainsi qu\u2019au journal Le Jour.11 a aussi écrit pour le mensuel Cité Libre et la revue Vie ouvrière, aujourd\u2019hui Recto Verso.Le 23 - Louis-Martin Tard meurt des suites d\u2019une longue maladie à l\u2019âge de 77 ans.Globe-trotter, écrivain, journaliste (Le Petit Journal, l\u2019agence France-Presse, La Patrie et Le Devoir, au Québec), humoriste et scénariste pour la télévision et la radio (Chez Miville), entre plusieurs autres fonctions, Louis-Martin Tard, qui appartenait à un courant et à une génération d\u2019humanistes lettrés croyants et impliqués, se définissait lui-même comme un «communicateur polyvalent » et un chrétien de gauche.Immigré de la France au Québec en 1951, avec son épouse et ses cinq enfants, il a su jeter, pendant près d\u2019un demi-siècle, un regard européen sur les soubresauts de la société québécoise en mutation.Louis-Martin Tard a témoigné de sa reconnaissance au Québec par la publication, en 1987 chez Libre Expression, de sa fresque devenue best-seller 71 y aura toujours des printemps en Amérique.Le 28 - La chanteuse Céline Dion est proclamée femme de l\u2019année 1998 par l\u2019hebdomadaire français Paris Match.Le 10 jan- vier, elle est choisie chanteuse préférée du public américain lors de la 25' remise des People\u2019s Choice Awards.Le 24 février, lors du 41' gala annuel de la remise des Grammys, Céline Dion obtient le prix de la meilleure performance par une chanteuse pop avec My Heart Will Go On.L\u2019extrait de Titanic reçoit aussi le Grammy de la meilleure chanson destinée à un film.Le 7 mars, au 28e gala de l\u2019industrie canadienne du disque, Céline Dion rafle cinq prix Juno, alors qu\u2019elle était finaliste dans sept catégories.Début avril, son mari et gérant René Angelil est opéré pour un cancer.Désireuse de demeurer à son chevet, Céline Dion reporte la plupart de ses spectacles prévus à l\u2019agenda de la tournée européenne du printemps.JANVIER 1999 Le 1\u201c - A l\u2019aube du Nouvel An, à Kangiq-sualujjuaq, un village isolé de la baie d\u2019Ungava, dans l\u2019extrême nord du Québec, une avalanche fait neuf morts et une vingtaine de blessés.Le 3, Lucien Bouchard annonce la mise sur pied d\u2019un groupe de travail Québec-Inuits chargé de déterminer les priorités en matière de santé publique, d\u2019aide psychologique et de code du bâtiment pour le village éprouvé.De son côté, le ministre de la Sécurité publique, Serge Ménard, annonce la tenue d une enquête publique sur la tragédie.Le 4 - Téléglobe conclut une entente avec British American Racing, la nouvelle équipe de Formule un dont fait partie Jacques Villeneuve.L\u2019accord quinquennal, dont le montant n\u2019a pas été dévoilé, fera de Téléglobe le principal commanditaire secondaire de l\u2019écurie, derrière British American Tobacco.Il consolidera ainsi sa Chronologie des principaux événements Les événements de l'année ^^3 position sur l'échiquier des télécommunications internationales.Le 9 - Le peintre Jean McEwen, 75 ans, meurt alors qu'il tente de dégager sa voiture de la neige tombée la veille.Jean McEwen venait de connaître une année faste par la tenue de plusieurs expositions personnelles chez des galeristes de Québec, Montréal et Toronto.Peintre autodidacte, Jean McEwen fait ses premiers pas en peinture en 1946 grâce aux encouragements de Paul-Émile Borduas.Jean-Paul Riopelle constitue toutefois davantage le personnage clef de ses débuts.Ses dernières œuvres, bien reçues par le public et la critique, ont contribué à couronner sa carrière par la remise du prestigieux prix Borduas.De 1982 à 1994, Jean McEwen enseigne à l'université Concordia.Le 12 - Félix Brosseau, 29 ans, est accusé du meurtre de son père, Daniel Brosseau, journaliste au Journal de Montréal.Le corps de l\u2019homme de 60 ans a été découvert la veille caché dans la neige sur le terrain de son chalet situé près de Shawinigan.Quelques jours auparavant, Daniel Brosseau confiait à un collègue qu\u2019il s\u2019apprêtait à rencontrer son fils pour le convaincre de suivre une cure de désintoxication.Inauguration de la Maison Jaune, dans le quartier Saint-Roch, à Québec, un nouveau centre d\u2019art qui prévoit tisser des liens entre les visiteurs et les artistes d\u2019horizons aussi divers que le théâtre, la danse, la peinture et la sculpture.Le 14 - Gaétan Girouard, l\u2019animateur vedette de TVA, est retrouvé pendu à sa résidence de Sainte-Foy.L\u2019autopsie pratiquée sur son corps confirme la thèse du suicide.Les nombreuses poursuites judi- ciaires déposées, depuis deux ans, à l\u2019endroit de l\u2019émission J.E., que Gaétan Girouard, 33 ans, coanimait avec Jocelyne Cazin, auraient pu le pousser à mettre fin à ses jours.Parmi ses proches confrères de travail, rien chez ce journaliste et père de deux enfants, perfectionniste, rigoureux et passionné, ne laissait présager un tel geste.Le 18 - La toile du Stade olympique se déchire.L\u2019incident force l\u2019annulation du Salon de l\u2019auto et le déplacement de l\u2019Expo nautique et du Salon de l\u2019habitation.Le 9 février, la fabricant new-yorkais Birdair remplace le panneau de la toile extérieure déchirée.Le l^mars, le Salon international des véhicules est à sont tour annulé malgré les efforts de la Régie des installations olympiques de parvenir à une entente avec les promoteurs de l\u2019événement.Le 19\tmars, bien que la cause de la déchirure de la toile demeure inconnue, le Service de prévention des incendies de Montréal autorise la réouverture de l\u2019aire de jeu le 1\" avril.Le 22 juin, les organisateurs du Salon international de l\u2019auto de Montréal annoncent qu\u2019ils quittent le Stade olympique au profit de la Place Bonaventure.Le 21 - La Financière des entreprises culturelles, une nouvelle société en commandite, voit le jour.Destinée à soutenir les artistes et les entreprises culturelles du Québec qui désirent se lancer sur la scène internationale, la FIDEC dispose d\u2019un capital de départ de 45,5 millions dont 20\tmillions proviennent de la Société de développement des entreprises culturelles (Sodec).Le 22 - La fréquence 690 AM, Première chaîne radiophonique sur le AM de Radio-Canada dans la grande région du Montréal ^23 Les événements de l'année Chronologie des principaux événements métropolitain, cesse officiellement de diffuser.Les auditeurs doivent désormais syntoniser le 95,1 FM pour entendre la Première chaîne.Quant à l\u2019avenir de la fréquence 690 AM, le CRTC l\u2019accordera à un autre radiodiffuseur à la fin de la tenue de ses audiences publiques en juin.Le 27 - Rober Racine est récompensé par le prix Ozias-Leduc 1999 de la Fondation Emile-Nelligan, pour l\u2019ensemble de son œuvre.L'artiste, compositeur et écrivain, âgé de 43 ans, reçoit une bourse de 25 000$.Sa production charnière consiste dans Les 2130 Pages-Miroirs (1980-1993), un gigantesque travail de codification des pages du Petit Robert.Le 28 - Lili St.Cyr, l\u2019effeuilleuse qui a enflammé Montréal dans les années 40 et 50, s\u2019éteint dans sa résidence de Hollywood, à l\u2019âge de 81 ans.De son vrai nom Marie Klarquist, elle était la reine du théâtre Gayety, l\u2019actuel Théâtre du Nouveau Monde.Sa carrière dans la métropole montréalaise s\u2019est terminée en 1952 à l\u2019époque du grand ménage orchestré par Pacifique Plante et Jean Drapeau.Pour Lili St.Cyr, chacune des nuits de Montréal était comme le Nouvel An à New York.Le 28 - Le juge Lawrence Poitras dépose son volumineux et dévastateur rapport d'enquête sur la Sûreté du Québec.La commission Poitras formule ainsi 175 recommandations dont l\u2019essentiel tourne autour d'une réforme en profondeur de la SQ si elle veut mieux servir la population.L\u2019événement qui a mené à la tenue de cet enquête, dont les audiences publiques débutent en avril 1997, est l\u2019affaire Matticks.En 1995, la SQ aurait fabriqué des preuves pour reber les frères Gerald et Richard Matticks a une cargaison de haschisch importée à Montréal (voir 1 article d\u2019Yves Boisvert en page 306).Le 30 - Devant le conseil national du Parti québécois, le premier ministre Lucien Bouchard convie les membres de sa formation et la population à un retour à la case départ dans le parcours vers la souveraineté.Cette révision de la souveraineté culminera en la tenue du congrès du PQ en l\u2019an 2000 et devrait reporter la tenue d\u2019un référendum jusqu'en 2001 (voir l\u2019article de Michel Venne en page 261).Le 31 - Le photographe paysagiste Klaus P.Matthes, un des plus célèbres au Québec avec sa conjointe Mariette Gauthier (Mia), s\u2019éteint des suites d\u2019un cancer à l\u2019âge de 69 ans.Né en Allemagne, Klaus R Matthes, s\u2019initie très tôt à la photographie de paysages lors d\u2019excursions.En 1954, il émigre au Canada.L'année suivante il s\u2019associe professionnellement et artistiquement avec Mia et les deux fondent leur premier studio de photographie en 1958, à Cartierville, dans le nord de Montréal.Pendant un quart de siècle, ils parcourent le monde à la recherche de sujets photographiques inédits.Leurs albums de photographies de paysages rares accompagnées d\u2019extraits de poèmes québécois ont été largement diffusés au Canada.En 1997, le premier ministre Lucien Bouchard fait Mia et Klaus chevahers de l\u2019Ordre du Québec.FÉVRIER 1999 Le 1\" - La compagnie mère de W.H.Perron, White Rose Crafts and Nursery Sales, décide de fermer des magasins acquis en 1994.Au Québec, les huit succursales de l'institution québécoise née en 1928 dispa- Chronologie des principaux événements Les événements de l\u2019année raîtront et plus de 300 personnes perdront leur emploi.Le 4 - Le premier ministre Lucien Bouchard refuse d'apposer sa signature au document fédéral-provindal de dix pages sur l'union sociale parce qu'il juge que l\u2019entente cadre \u2014 qui délimite les responsabilités de chaque province en matière de gestion des programmes sociaux \u2014 constitue un «recul extrêmement grave» pour le Québec.Même dissodé, il pourra tout de même bénéfiaer de fonds fédéraux pour financer ses programmes sociaux et de santé.Malgré l\u2019imperfection de l'accord finale, les neuf autres provinces et les deux territoires ont signé plutôt que de s\u2019en retourner les mains vides (voir l\u2019artide de Manon Comellier en page 276).Le 5 - Après une année d\u2019intenses négo-dations, la ministre de la Santé, Pauline Marois, annonce la signature d\u2019une entente avec la Fédération des médecins spécialistes du Québec en ce qui a trait à leur mode de mode de rémunération.Dès le 1\" avril, les volontaires qui adhéreront à l\u2019accord pourront être payés à forfait, soit 600$ par jour ou 300$ par demi journée.Toutefois, une proportion de 20 à 50% de leur rémunération proviendra du paiement à l'acte.Il s\u2019agit d\u2019une première en Amérique du Nord.Le 8 - L\u2019ex-ministre Denise Leblanc-Bentey, 49 ans, est retrouvée morte dans sa résidence.Selon un rapport d'autopsie préliminaire, une péritonite aiguë expliquerait la cause de son décès.Denise Leblanc-Bentey est élue pour la première fois à l\u2019Assemblée nationale le 15 novembre 1976.Elle a été ministre de la Fonction publique et de la Condition féminine.Son mari Edward bentey était décédé le 18 juillet.Le 10 - Le comédien Yvon Dufour meurt à l\u2019âge de 68 ans des suites d\u2019une infection.Quinze ans plus tôt, il avait subi un accident cérébro-vasculaire et, après avoir réappris à parler, marcher et jouer la comédie, il effectuait, l\u2019an dernier, un retour à la télé et au cinéma dans des rôles secondaires.Lors d\u2019un tournage, en septembre dernier, il se fracture une hanche et ne s\u2019en remet ainsi jamais.Originaire de Courville, Yvon Dufour débute dans le métier comme annonceur de radio, d\u2019abord à CHRC à Québec, puis à CKCH à Hull, où il rencontre son meilleur ami, le regretté Pierre Dufresne, avec qui il fondera la troupe de théâtre du Pont neuf.À Montréal, il interprète le premier rôle de sa carrière télévisuelle dans la peau d\u2019un jeune curé dans Le Survenant.Il enchaîne avec Le Courrier du roy, Jeunes visages, D\u2019Iberville, Les enquêtes Jobidon, CF-RCK, Sol et Bouton, et la série La p\u2019tite semaine.Yvon Dufour joue également dans de nombreux téléthéâtres et se partage entre les théâtres institutionnels et d\u2019été qu\u2019il administrait en compagnie de Pierre Dufresne.À la télévision, son dernier grand rôle fut celui d\u2019un curé dans Le Temps d une paix.Le 13 - À Paris, Marcel Baril meurt des suites d\u2019un cancer à l\u2019âge 82 ans.Le peintre, originaire des Bois-Francs, s\u2019installe en France à la fin des armées cinquante et y occupe longtemps le poste de secrétaire à la Maison des étudiants canadiens à Paris.Très discret, il garde sa passion pour lui jusqu\u2019à ce que le Musée de Charlevoix lui consacre une grande exposition au printemps de 1996.L\u2019oeuvre de Marcel Baril se situe entre l\u2019art naïf, le surréalisme oni- RT1 Les événements de l'année Chronologie des principaux événements rique et le fantastique.Il a exécuté quelque 200 toiles figuratives, dont plusieurs à caractère autobiographique et érotique.Le 18 - Bombardier Aéronautique décroche un contrat record de 1,9 milliard pour son Regional Jet.La commande de Northwest Airlines, de Minneapolis, est de 54 Regional Jets 200LR (50 passagers) et est assortie d\u2019une option portant sur 70 RJ additionnels.Le 22 - A la suite d\u2019un vote secret, les employés du restaurant McDonald\u2019s du Plateau Mont-Royal se prononcent à 90% contre l'implantation d\u2019un syndicat.Le 28 novembre 1997, le Syndicat des Teamsters avait déposé sa requête en accréditation auprès du Commissaire du travail pour représenter ces travailleurs.Contestée par l\u2019employeur, cette requête enclenche un long processus devant la Commissaire du travail pour évaluer la représentativité d\u2019un éventuel syndicat.Les audiences débutent le 17 avril 1998 et ne sont toujours pas terminées en décembre 1998, lorsque le syndicat et l\u2019employeur concluent une entente qui prévoient que soit finalement tenu un vote pour déterminer si oui ou non un syndicat serait reconnu dans ce restaurant.Au Canada, le seul McDonald\u2019s syndiqué se trouve en Colombie-Britannique.Le 27 - Maurice Perron, un des seize signataires du Refus global, meurt à l\u2019âge de 74 ans des suites d\u2019une hémorragie cérébrale.L\u2019artiste photographe du groupe des Automatistes et ami d'enfance de Jean-Paul Riopelle avait, cinquante ans plus tôt, fondé la maison d\u2019édition Mithra-Mythe afin de publier le manifeste.L'an dernier, le Musée du Québec lui consacrait une exposition de 93 de ses photographies prises entre 1946 et 1954, période où il immor- talise des moments de 1 aventure automa-tiste avec une approche directe et spontanée.La veille de sa mort, il signait un accord avec cette institution pour céder ses archives.MARS 1999 Le 4 - Lucien Bouchard offre des excuses officielles aux quelque 3000 orphelins de Duplessis, qui reprochent à l\u2019Église d\u2019avoir, de connivence avec le premier ministre Maurice Duplessis, placé dans des asiles des enfants tout à fait normaux et de les avoir privés de l\u2019éducation à laquelle ils avaient droit.Pour combler leurs besoins particuliers, le gouvernement annonce, entre autres, la création d\u2019un fonds d\u2019aide de trois millions.Le 8, le Protecteur du citoyen, Daniel Jacoby, condamne sévèrement cette proposition de dédommagement de Québec.Le 31, l\u2019Assemblée des évêques et l\u2019archevêché de Montréal soutiennent, par voie de communiqué, étudier le dossier des orphelins de Duplessis.Le 24 mai, des orphelins de Duplessis manifestent devant l\u2019hôpital psychiatrique Louis-Hippolyte Lafontaine, dans l\u2019est de Montréal.Ils réclament une indemnisation totale évaluée à près de 80 millions.Le 29 juin, après une rencontre avec le ministre des Relations avec les citoyens et de l\u2019Immigration du Québec, Robert Perreault, le Comité des orphelins de Duplessis estime que son dossier se trouve dans une impasse.Québec refuse de verser à chacun une indemnité individuelle (voir l\u2019article de Louis Laffance, en page 268).Le 7 - Lors de la Soirée des Jutra, l\u2019acteur, scénariste, enseignant et auteur, Marcel Sabourin, 63 ans, reçoit le tout premier prix Claude-Jutra-Hommage pour sa Chronologie des principaux événements Les événements de l\u2019année remarquable contribution au cinéma québécois.Le 10 - Le ministre des Finances du Québec, Bernard Landry, annonce la création d\u2019une zone de commerce internationale à Mirabel.Les entreprises étrangères y bénéficieront, entre autres, de divers crédits d\u2019impôts et d\u2019une aide à la construction de bâtiments.Cette zone franche sera située sur le site même de l\u2019aéroport de Mirabel.Le 11 - Le père de la loi 101, le docteur Camille Laurin, s\u2019éteint à l\u2019âge de 76 ans, dans sa résidence d\u2019Outremont, des suites d\u2019un cancer des ganglions.En vue des élections du 30 novembre 1998, Camille Laurin se dirigeait vers une cinquième victoire dans Bourget mais un problème de santé l\u2019obligeait à annoncer, le 27 octobre 1998, son retrait de la vie politique.Diane Lemieux, alors présidente du Conseil du statut de la femme, lui succède comme candidate dans sa circonscription (voir l\u2019article à la fin de la chronologie).Le 15 - Lors d\u2019une visite en Espagne, le premier ministre Lucien Bouchard réclame du gouvernement canadien une place au sein des délégations nationales dans des organismes internationaux où on discute de questions d'identité, de culture et d\u2019éducation.Il prenait ainsi exemple du président de la Catalogne, Jordi Pujol, qui avait fait de même auprès du gouvernement fédéral de Madrid (voir l\u2019article de Bernard Descôteaux en page 288).Le 15 - La Cour d\u2019appel confirme le jugement de la Cour du Québec et reconnaît coupables Jean Lapierre, président des cols bleus de Montréal, et Denis Maynard, secrétaire-trésorier.Leur sentence de six mois de prison est ainsi maintenue.Les faits reprochés aux deux hommes remontent au 13 septembre 1993 et ont trait au saccage de l'hôtel de ville quand 2000 cols bleus se présentaient devant l\u2019endroit pour intimider les élus qui s\u2019apprêtaient à voter sur le gel de leur salaire.Le 16 - Paul-André Comeau, le président de la Commission d\u2019accès à l\u2019information, met abruptement fin à l'enquête entreprise il y a plus d\u2019un an sur les allégations de fuite de renseignements personnels au ministère québécois du Revenu en raison de la rupture du lien de confiance entre la CAI et son procureur, Marc Bergeron, auquel il a retiré son mandat.Le père de la dramaturgie québécoise Gratien Gélinas, est emporté, à l\u2019âge de 89 ans, par une insuffisance pulmonaire.Créateur des personnages types du Canadien-français, tels Fridolin, Ti-Coq, Bousille, Narcisse Mondoux, Gratien Gélinas a réalisé l\u2019essentiel de son œuvre entre 1930 et 1960.Depuis plusieurs années, il souffrait de la maladie d\u2019Alzheimer (voir l\u2019article à la fin de la chronologie).Le 17 - Charles Dutoit, directeur artistique de l\u2019Orchestre symphonique de Montréal, salue l\u2019annonce de la commandite de 1,6 million sur trois ans qu\u2019Hydro-Québec consent à l\u2019OSM.Cette somme s\u2019ajoute aux cinq millions que le ministre des Finances du Québec, Bernard Landry, a prévus dans son budget 1999-2000.Le 18 - Lors du coup d\u2019envoi de l\u2019Année canadienne de la francophonie, à Ottawa, le Québec brille par son absence.On apprend alors que dans une lettre adressée U Les événements de l'année Chronologie des principaux événements le 3 février dernier à la ministre du Patrimoine canadien, Sheila Copps, le ministre des Affaires intergouvemementales canadiennes, Joseph Facal, souligne que le Québec préfère ne pas « s\u2019associer au projet fédéral d\u2019une Année de la francophonie canadienne ».Notamment, il dit souscnre à l\u2019objectif de «rapprochement» entre les Québécois et les minorités francophones.Le 19 - Lors d'un congrès, le Mouvement Desjardins obtient le feu vert de plus de la majorité des délégués présents afin de procéder à une importante réforme des structures et à la délégation des pouvoirs des caisses locales vers les instances supérieures (voir l\u2019article de Claude Turcotte en page 369).Le 25 - La chaîne hôtelière Westin s\u2019associe avec Intrawest pour la construction d\u2019un hôtel-condominium, au coût de 32 millions, au coeur du centre de villégiature Tremblant.Le Westin Resort Tremblant comprendra 126 unités dont le prix d\u2019acquisition variera entre 160 000$ et 450 000$.L'inauguration est prévue pour juin 2000.Le 27 - Le comédien Julien Bessette meurt des suites d'un cancer de la gorge à l\u2019âge 69 ans.Né à Montréal, Julien Bessette fait partie, pendant les années 50 et 60, de la plupart des feuilletons radiodiffusés.À la télévision, il tient un rôle dans les émissions Les Belles Histoires des pays d\u2019en haut, Terre humaine et, plus récemment, Le Sorcier.Le 28 - Présentation à Télé-Québec du documentaire L\u2019erreur boréale de Richard Desjardins, où l\u2019auteur accuse le gouvernement québécois d\u2019être complice de l\u2019industrie du bois qui ne reboise pas convena- blement les forêts coupées à blanc (voir l'article de Brian Myles en page 402).Le Français Nicolas Vanier arrive à Québec après avoir fait, trois mois durant, la traversée Pacifique-Atlantique du Grand Nord canadien en traîneau à chiens.Il s\u2019agit d\u2019un record de 8600 kilomètres en 100 jours.L\u2019aventurier de 36 ans a souligné qu\u2019il ne referait jamais un tel périple, même si on lui offrait 10 millions.À l\u2019occasion du Salon du livre de Paris, dont le Québec est l\u2019invité d\u2019honneur, l\u2019animateur de l\u2019émission Bouillon de culture, Bernard Pivot, donne la parole aux auteurs québécois que sont Gaétan Soucy, Robert Lalonde et Dany Laferrière, sous le thème «11 n\u2019y a pas que les Français qui écrivent bien le français » (voir les articles de Marie-Andrée Chouinard en page 396 et de Francine Bordeleau en page 410).Le 30 - Le président du conseil d\u2019adminis tration de Ciné Cité Montréal, Paul Bronfinan, annonce la création de la cité du cinéma, un projet de 25,5 millions, qui sera aménagée sur le terrain de l\u2019ancienne base militaire de Saint-Hubert.L\u2019ouverture des cinq studios de tournage issus de la phase I de Ciné Cité Montréal est prévue pour l\u2019automne.De son côté, Mel\u2019s Cité du Cinéma annonce, le 13 avril, le lancement de son propre projet de studios de cinéma, situé cette fois sur le terrain du Technoparc, en bordure de l\u2019autoroute Bonaventure.La nouvelle cité, au coût de 24 millions, devrait être complétée pour la fin juin et représenter le plus grand complexe de production cinématographique au Canada (voir l\u2019article de Brian Myles en page 402).Le 31 - A la suite des 14 recommandations du rapport Laïcité et religions, perspec- Chronologie des principaux événements Les événements de l\u2019année tives nouvelles pour l\u2019école québécoise, du groupe de travail dirigé par Jean-Pierre Proulx, attaché au département des Sciences de l'éducation de l\u2019Université de Montréal, le ministre de l'Éducation, François Legault, confirme que la place de la religion à l\u2019école fera l\u2019objet d\u2019une commission parlementaire dès l\u2019automne de 1999 et invite le public à participer au débat.Le rapport Proulx recommande le retrait des cours d\u2019enseignement religieux catholique et protestant des classe et la fin des écoles publiques à vocation religieuse (voir l\u2019article de Marc Thibaudeau en page 293).Téléfilm Canada accepte finalement une demande d\u2019aide financière - révisée à la baisse - pour financer le projet de film de Pierre Falardeau sur les Patriotes, 15 février 1839.11 ne manquerait plus que l'aval du Programme de droits de diffusion du Fonds canadien de télévision.La contribution totale de ces deux organismes serait de 500 000$.La SODEC assure la part la plus importante du financement du film, dont le budget est de 3,1 millions.Aussi, des sympathisants à la cause du cinéaste lui avaient déjà permis d'amasser quelque 60 000$.AVRIL 1999 Le 1\u201c - Le gouvernement du Québec annonce que les victimes du sang contaminé par le virus de l\u2019hépatite C recensées au Québec bénéficieront d'un programme initial de compensation financière de 45 millions.L\u2019université McGill acquiert la moitié du gratte-ciel, soit 12 étages, de l\u2019Indus-trielle-Alliance situé à l\u2019intersection des rues Sherbrooke et University, pour un montant de 25 millions.Cette transaction s\u2019insère dans le cadre d\u2019un programme d\u2019investissements de 150 millions, qualifié du plus important survenu depuis les trente dernières années.Le 5 - Le fondateur de l\u2019Institut de cardiologie de Montréal et ex-sénateur Paul David meurt des suites d\u2019une hémorragie cérébrale, à l\u2019âge de 79 ans.C\u2019est en 1954 que Paul David met sur pied avec les Sœurs grises, l'ICM, qui devient rapidement un des centres ultraspécialisés en cardiologie les plus réputés au monde.En 1968, il est de l'équipe de spécialistes qui y effectuent la première transplantation cardiaque jamais réalisée au Canada.Après s\u2019être consacré 30 ans à l\u2019administration de l\u2019ICM, Paul David se voit nommé, en 1985, sénateur par le premier ministre Brian Mulroney, comme l\u2019ont été ses père et grand-père, l\u2019avocat Athanase David et Laurent-Olivier David.Tout au long de sa carrière, Paul David accumule les distinctions, tant au pays qu'à l'étranger.Entre autres, en 1981, il est fait compagnon de l'Ordre du Canada et, en 1988, grand officier de l'Ordre national du Québec.Il était aussi le créateur des fondations canadienne et québécoise des maladies du cœur.Le 7 - Après un an d\u2019absence, le Salon du livre de Québec rouvre ses portes.Le 11, à l\u2019issu de l\u2019événement, les organisateurs rapportent qu'envtron 37 000 personnes ont visité le SLQ, qui se tenait dans l\u2019enceinte du Centre des congrès de Québec (voir l\u2019article de Julie Lemieux en page 490).Le 10 - Le directeur général des élections, Jacques Girard, 41 ans, meurt des suites d\u2019un cancer.Entré en fonction le 13 juillet dernier, il succédait à Pierre F.Côté.Avocat Les événements de l'année Chronologie des principaux événements de formation, Jacques Girard est, de 1991 à 1992, directeur de la planification stratégique et des services internationaux à Élections Canada.Puis, entre 1992 et 1998, il y occupe les postes de directeur des services juridiques et de registraire des partis politiques.Sur la scène internationale, lors des élections présidentielles en Haiti, en 1990-1991, il est chef de la mission d'observation de l'Organisation des États américains.Le 12 - Le directeur général de la Ville de Montréal, Gérard Divay, est limogé.Toutefois, l'administration de Pierre Bourque l\u2019installe à la tête de l'Institut international de gestion des grandes métropoles.En novembre dernier, Gérard Divay avait présenté un rapport lapidaire sur la gestion du maire.Ce dernier a cependant nié le lien entre le document et le renvoi (voir l'article de Kathleen Lévesque en page 499).Le 13 - Le gouvernement ontarien annonce la vente de l\u2019autoroute à péage 407 au consortium formé du Groupe SNC-Lavalin, d\u2019une filiale de la Caisse de dépôt et de placement et du groupe espagnol Grupo Ferrovial, au coût de 3,1 milliards.Il s'agit de la plus importante privatisation de l'histoire du Canada.Le consortium a accepté d\u2019injecter 900 millions pour prolonger l\u2019autoroute.Ce qui créera 600 emplois et portera son investissement total à quatre milliards.Le 13 - Le juge Robert FlahifF, 51 ans, remet sa démission au comité du Conseil canadien de la magistrature.Le 26 février dernier, la Cour du Québec le condamnait à trois ans de prison pour le blanchiment, entre 1989 et 1991, de 1,7 million d\u2019aigent de la drogue.Il devient ainsi le premier juge en exercice au Canada à etre condamné à une peine de pénitencier (voir l\u2019article d\u2019Yves Boisvert en page 306).Le premier ministre Lucien Bouchard arrive à New York à la tête d'une mission économique et culturelle de deux jours.Le 14, il annonce qu\u2019en 2001, New York aura son «printemps du Québec».Une fête qui devrait souligner de façon spéciale l\u2019arrivée du nouveau millénaire et la relation presque privilégiée qu\u2019a le Québec avec cet État, moteur financier des États-Unis.Le 15 avril, devant la sélecte Americas Society de New York, Lucien Bouchard se fait l\u2019apôtre du libre-échange au sein des Amériques dans le respect, cependant, de la diversité culturelle.Pascal Hudon et son compagnon de voyage Louis-Philippe Séguin sont de retour à Montréal.Depuis le 1er janvier, Pascal Hudon, 20 ans, était retenu dans une prison dans la capitale du Chiapas.U a été arrêté puis condamné pour possession illégale de fragments archéologiques mayas.Une mésaventure qui a coûté pas moins de 10 000$ aux deux familles, y compris 2700 $ pour faire libérer le jeune homme.La Société générale de financement annonce une entente de partenariat avec Heathmount A.E.Corporation, dans le mégaprojet Destination: Technodôme.D'une valeur de 900 millions, ce complexe récréotouristique intérieur qui aura une superficie d\u2019environ 180 000 mz, devrait être inauguré vers la fin de 2002, dans le Vieux-Port de Montréal (voir l\u2019article de Kathleen Lévesque en page 499).Le 14 - À l\u2019âge de 77 ans, Rosaire Morin, directeur de la revue L\u2019Action nationale, meurt des suites d\u2019un cancer.De 1941 à 1948, Rosaire Morin est président des Chronologie des principaux événements Les événements de l'année UçjçJ Jeunesses laurentiennes, un mouvement nationaliste et souverainiste inspiré par Lionel Groulx, avec les André Laurendeau et Paul-Émile Robert.Dès 1941, il est membre du conseil provincial et sera son président de 1952 jusqu'à la dissolution de l\u2019organisme durant les premières années de la Révolution tranquille.Rosaire Morin est aussi impliqué dans l\u2019adoption du fleurdelisé comme drapeau du Québec pour remplacer l\u2019Union Jack.Puis, avec le constitutionnaliste Jacques-Yvan Morin, il met sur pied les États généraux du Canada français.Ils occupèrent ainsi l'avant-scène de l\u2019actualité de 1966 à 1969.En 1967, il fonde le Conseil d\u2019expansion économique dont la mission est de promouvoir l\u2019expansion de la PME québécoise dans la foulée du « Maître chez nous ! » de la Révolution tranquille.Rosaire Morin a rédigé pas moins de 28 volumes et des milliers d\u2019articles parus dans des journaux et revues.Plus de cent policiers de la Sûreté du Québec perquisitionnent le Royaume des Apôtres de l\u2019amour infini de Jésus crucifié, dans la paroisse de Saint-Jovite, dans les Laurentides.S\u2019ils ne trouvent pas les quatre religieux contre lesquels ils ont un mandat d\u2019arrestation pour crimes sexuels et voies de faits, ils découvrent 14 mineurs, âgés de 5 à 17 ans.Le 15, compte tenu de l\u2019impact négatif de l\u2019intervention policière, le directeur général de la SQ, Florent Gagné, remet en question l\u2019éthique journalistique d\u2019un reporter du quotidien La Presse pour avoir rendu public l\u2019opération avant le fait.Le 23, les deux religieuses recherchées se livrent au palais de justice de Saint-Jérôme.Le 28, Jean-Grégoire de la Trinité, 70 ans, le chef spirituel de la secte, se livre à la SQ après être descendu d\u2019un avion en provenance de Paris.Le 28 mai, lui et les deux sœurs comparaissent au Palais de justice de Saint-Jérôme.Le 16 - Hydro-Québec, la première visée par la Commission scientifique et technique sur le verglas de janvier 1998, reçoit favorablement le rapport de l\u2019ingénieur Roger Nicolet qui comprend plus de 2000 pages et 500 constats et recommandations.Une attitude qui réjouit la Coalition des citoyens du Val-Saint-Fran-çois, qui est à l'origine de la contestation de la ligne Hertel-Des Cantons devant les tribunaux.Essentiellement, la commission Nicolet recommande de lancer un vaste programme de renforcement du réseau électrique de la société d\u2019État, qui pourrait s\u2019étaler sur 20 ans (voir l\u2019article de Bruno Bisson en page 246).Le 19 - Imprimeries Québécor acquiert la division imprimerie d\u2019Editorial Perfil, la plus importante maison d\u2019édition de magazines en Argentine, pour la somme de 12,5 millions américains.Le 20 - La Commission nationale sur les finances et la fiscalité locales, présidée par Denis Bédard, rend public sont rapport qui contient 108 recommandations.Entre autres, le rapport Bédard propose au gouvernement de Lucien Bouchard la fusion à court terme de 48 municipalités de la grande région de Québec en cinq grandes villes \u2014 Québec, Beauport, Sainte-Foy, Lévis et la MRC de la Jacques-Cartier \u2014 qui seraient chapeautées par une instance supramunicipale gérée par des représentants de chaque municipalité élus au suffrage universel (voir les articles de Mario Cloutier en page 282 et de Guy Massicotte en page 441). I^TJ Les événements de l\u2019année Chronologie des principaux événements Après 35 ans d'absence, l\u2019Hôpital chinois est inauguré dans un nouvel édifice construit au coût de 18 millions.La communauté du quartier chinois de Montréal y bénéficiera, entre autres, d'installations de soins de longue durée.Le 22 - Quatre partisans souverainistes, Guy Bouthillier, le professeur Denis Monière, Gordon Lefebvre et André Thibault, proposent dans une lettre au Devoir, une démarche référendaire en deux temps vers la souveraineté.Le même jour, le chef bloquiste Gilles Duceppe rejette d\u2019emblée ce scénario.Le 28 - La ministre déléguée du Revenu, Rita Dionne-Marsolais, remet sa démission après que la Commission d\u2019accès à l\u2019information a constaté que son ministère avait transmis illégalement des renseignements personnels issus des dossiers fiscaux de quelque 10 000 particuliers à une firme de sondages.Le 28 mai, elle reprend des fonctions ministérielles au nom du ministre délégué à l\u2019Industrie et au Commerce, Guy Julien.Le 29 - Pierre Karl Péladeau devient officiellement président et chef de la direction de Québécor.Dans son allocution aux actionnaires, l\u2019homme d\u2019affaires de 37 ans s'engage à continuer dans la voie tracée par ses prédécesseurs.Son frère, Érik Péladeau, est quant à lui nommé officiellement vice-président du conseil de Québécor, une fonction qui s\u2019ajoute à celle de président du conseil de Communications Québécor.MAI 1999 Le 5 - L\u2019aventurier Bernard Voyer, 46 ans, atteint le sommet de 8848 mètres de l'Everest, au Népal.Il est le deuxième Québécois à s\u2019être tenu sur le plus haut sommet terrestre après l\u2019alpiniste Yves Laforêt.Le 20, amaigri et épuisé, il rentre d\u2019expédition à Montréal en compagnie de son guide sherpa et de sa conjointe.Le 6 - À l'Assemblée nationale, la ministre de la Justice, Linda Goupil, dépose une loi pour que les conjoints de fait soient reconnus, sans égard à leur orientation sexuelle.Le Québec devient ainsi la première province canadienne à reconnaître officiellement les couples de même sexe et le second en Amérique du Nord, après l'Etat américain de Hawaii, à procéder à une telle reconnaissance.Dix-huit membres du bureau de direction d\u2019Alhance-Québec démissionnent à trois semaines du congrès annuel du lobby anglo-québécois.Les démissionnaires marquent ainsi leur opposition au président William Johnson, dont ils dénoncent l\u2019approche intransigeante (voir l\u2019article de Jean Dion en page 505).Le 7 - Le ministère de la Culture et des Communications annonce l\u2019octroi d\u2019une subvention additionnelle de 1,7 million pour permettre au Musée des arts et des traditions populaires du Québec de régler le litige qui l\u2019oppose à la compagnie de construction Cogerex ltée qui menaçait de vendre l\u2019établissement en justice.Le MATPQ reçoit aussi de même source 550 000$ afin de rembourser son déficit accumulé de ses deux premières années d\u2019activités (voir l\u2019article de Stéphane Bail-largeon en page 387).Le 9 - À l\u2019âge de 61 ans, l\u2019auteur Gilles Richer, connu surtout pour la comédie Moi et Vautre, avec Denise Filiatrault et Domi- Chronologie des principaux événements Les événements de l\u2019année nique Michel, s'éteint après avoir souffert pendant plus de 15 ans de la maladie d\u2019Alzheimer.En 1964, Gilles Richer commence à écrire pour la télévision de Radio-Canada.Puis, il devient scripteur pour le talk-show Les Couche-tard, qu'animent Jacques Normand et Roger Baulu.De 1966 à 1970, il écrit 151 émissions de Moi et l'autre.De 1964 à 1973, il signe plusieurs revues de l\u2019année, devenues depuis les fameux Bye Bye de Radio-Canada.Il écrit aussi le célèbre sketch sur la Crise d'octobre, interprété par Olivier Guimond et Denis Drouin qui personnifient respectivement le soldat francophone et le riche anglophone de Westmount.Gilles Richer signe ensuite pendant quatre ans la comédie Poivre et Sel, qu\u2019interprètent Janine Sutto et Gilles Latulippe.À Télé-Métropole, il écrit Chère Isabelle, pour Dominique Michel.Aussi, il écrit plusieurs pièces de théâtre et revues présentées au Théâtre de Saint-Sauveur, participe à quelques films, dont le plus connu est Tiens-toi bien après les oreilles à papa.De plus, Gilles Richer collabore pendant près de 20 ans aux spectacles de Jean Lapointe.Le 10 - Une entente de principe intervient entre Bell Canada et son syndicat des 2500 téléphonistes et 7000 techniciens du Québec et de l\u2019Ontario.En grève depuis le 11 avril dernier, ils s\u2019opposent à la décision du président et chef de la direction de BCE, Jean Monty, de céder ses téléphonistes à une coentreprise formée avec un partenaire américain.Le 16, les deux groupes d\u2019employés votent à 80 % en faveur de l\u2019entente de principe et reprennent leur fonction.L\u2019adoption de l\u2019entente sauve notamment une centaine de postes de téléphonistes.Le ministre ministre fédéral des Affaires intergouvemementales, Stéphane Dion, qui se trouve à Montréal pour servir des repas au restaurant communautaire Chic Resto-Pop, reçoit deux tartes à la crème en pleine figure.Par voie de communiqué, ses entarteurs ont expliqué qu\u2019ils voulaient ainsi dénoncer les politiciens « qui veulent se faire du capital politique sur le dos des pauvres ».A l\u2019instar de l'ancien premier ministre du Québec, Jacques Parizeau qui, lors de la campagne électorale de novembre 1998, était lui aussi victime d\u2019un entarteur au cégep Ahuntsic, Stéphane Dion porte plainte à la police.Le 19, l\u2019heure est venue pour Bruno Caron, 20 ans, l\u2019entarteur de Jacques Parizeau, de comparaître à la cour municipale de Montréal pour être accusé de voies de fait.L'étudiant plaide non coupable.Le 11 Lorraine Page, 51 ans, annonce qu\u2019elle quitte ses fonctions de présidente de la Centrale de l'enseignement du Québec, poste qu\u2019elle occupait depuis 1988.Cette démission s'explique par sa mésaventure du 10 décembre dernier, alors qu\u2019elle était interceptée par des gardiens de sécurité à sa sortie d\u2019un grand magasin de l\u2019est montréalais (voir l\u2019article de Marie-Claude Petit en page 294).La multinationale IBM annonce son intention d\u2019investir 55 millions à son usine de Bromont, près de Granby, en Montéré-gie.La moitié de cette mise de fonds doit notamment servir à l\u2019achat d\u2019équipements et l\u2019autre moitié permettre de supporter la croissance des technologies de pointe.L'usine de Bromont fabrique des composantes micro-électroniques pour IBM et pour d\u2019autres constructeurs.Le 12 - Marcel Pépin, ombudsman au réseau ffançais de Radio-Canada, meurt subitement d\u2019une rupture d\u2019anévrisme, à Les événements de l\u2019année Chronologie des principaux événements l'âge de 57 ans.Marcel Pépin a œuvré pendant 35 ans au sein de différents quotidiens, soit Le Droit, La Presse et Le Soleil, où il a occupé successivement les fonctions de journaliste, d\u2019adjoint au directeur de l\u2019information et d\u2019éditorialiste.De 1974 à 1977, il dirige le bureau parlementaire de La Presse, à Ottawa, avant d'occuper le poste d\u2019éditorialiste en chef au Soleil.Marcel Pépin est le président-fondateur de la Commission d'accès à l\u2019information du Québec, qu\u2019il dirige de 1982 à 1987.En 1988, il entre à Radio-Canada où, pendant six ans, il est vice-président de la radio française.En 1997, il y est nommé ombudsman.Son dernier dossier fut l\u2019affaire Terry Milewski.Il avait alors conclu que le journaliste de CBC n\u2019avait pas commis de faute professionnelle dans sa couverture de l\u2019enquête sur les événements du Sommet de l\u2019APEC de 1997, à Vancouver.Le 13 - Les musiciens de l'Orchestre symphonique de Montréal appuient le mouvement de protestation de la Guilde des musiciens du Québec contre l utili-sation de musique enregistrée dans le spectacle Notre-Dame de Paris, une production de Luc Plamondon et Richard Cocciante, présentée au Théâtre Saint-Denis, à Montréal.La Guilde souhaite que le public boycotte les représentations de Notre-Dame de Paris et entend mener une campagne internationale contre la violation des droits des artistes.Le 18 - Le poète Roger Brien s\u2019éteint à l\u2019âge de 88 ans.Dernier survivant des membres fondateurs de l'Académie cana-dienne-française \u2014 devenue l\u2019Académie des lettres québécoises \u2014, réunis autour de Victor Barbeau en 1944, Roger Brien s\u2019était promis d\u2019écrire un million de vers, soit plus que Victor Hugo.Pari qu\u2019il a réussi lorsqu\u2019il commence de publier, en 1965, Prométhée, une gigantesque épopée en alexandrins, inédite en majeure partie jusqu\u2019en 1982.Roger Brien fait paraître sa première œuvre, Faust aux enfas, dès 1936.En 1937, il publie le recueil L\u2019Éternel Silence.Durant les années 1940, il édifie une œuvre poétique consacrée à la Vierge Marie, avec Chant d'amour et Salut, reine, paraphrase du Salve Regina.Il fonde par la suite le Centre marial de Nicolet, et édite Marie, une revue de haute tenue littéraire et graphique qui connut une diffusion internationale.En 1965, il écrit Le jour se lève, qui réunit 245 poèmes appartenant alors à une dizaine de recueils inédits.Le 19 - Au terme de la mission commerciale du Québec au Mexique, le gouvernement de Lucien Bouchard annonce la signature, entre entreprises québécoises et mexicaines, de 22 contrats, dont la valeur atteint les 66 millions.Le 21 - A 53 ans, Gérald Larose quitte son poste de président de la Confédération des syndicats nationaux après 16 années passées à la barre.C\u2019est Marc Laviolette, 49 ans, troisième vice-président au sein de l\u2019exécutif de la CSN depuis 1994 qui sort vainqueur du duel l\u2019opposant au président de la Fédération de la santé et des services sociaux, Louis Roy, pour lui succéder (voir l\u2019article de Marie-Claude Petit en page 270).Le 22 - Marcel Cailloux, fidèle collaborateur du Frère Marie-Vtctorin, s\u2019éteint à 1 âge de 84 ans.Professeur pendant 40 ans à 1 Université de Montréal, Marcel Cailloux a consacré sa vie à la science.Illustrateur d ouvrages et de botanique, photographe Chronologie des principaux événements Los événements de l\u2019année averti et récipiendaire de la Médaille du Canada à l\u2019occasion du Centenaire de la Confédération, il a grandement contribué à l\u2019avancement des connaissances dans le domaine de la physique végétale.Le 24 - A l\u2019âge de 79 ans, s\u2019éteint Jacques Lavigne, professeur de philosophie et intellectuel muselé.Jacques Lavigne est l\u2019auteur de nombreux ouvrages qui ont marqué l\u2019histoire philosophique du Québec.Son premier livre, L\u2019Inquiétude humaine, est publié alors qu\u2019il a 34 ans, dans la collection «Philosophie de l'Esprit», chez Aubier Montaigne à Paris.Les critiques français l\u2019accueillent avec enthousiasme.Au milieu des années 60, alors que les collèges et les cégeps de la province ont besoin de professeurs de philosophie, Jacques Lavigne chôme.C\u2019est plus tard qu\u2019il apprend qu\u2019il est victime de boycottage de la part de tous les collèges montréalais ainsi que de l\u2019Université de Montréal.Il fera finalement carrière au Collège Sala-berry de Valleyfield.Jacques Lavigne n\u2019a jamais suivi les modes.Ses recherches se situaient ailleurs, sur des voies beaucoup plus personnelles.Le 27 - La ministre de la Santé, Pauline Marois, annonce que les patients atteints de cancer qui attendent un traitement depuis plus de huit semaines pourront, dès la mi-juin, recevoir des soins dans deux hôpitaux américains.Jusqu a l\u2019automne, 50 patients partiront ainsi chaque mois.La crise de la radio-oncologie est due au manque de spécialistes (voir l\u2019article de Roch Côté en page 299).A bord de la navette Discovery, à Cap Canaveral, l'astronaute Julie Payette et six partenaires de mission quittent la Terre pour se retrouver, neuf minutes plus tard, en orbite.Au cours de l\u2019expédition d\u2019une durée de dix jours, Julie Payette, 35 ans, est en charge du bras canadien.Le 28 - Télémédia Communications achète une chaîne de huit stations de radio établie dans les Maritimes et devient ainsi le plus important détenteur de licences de radiodiffusion au Canada.Dans le cadre d\u2019une autre transaction qui se conclut au cours de la semaine, Télémédia acquiert, au coût de 90 millions, 31 stations de radio, deux stations de télévision et 12 réseaux de câblodistribution de Okanagan Skeena Group, dans l\u2019Ouest du pays.Le 30 - A l\u2019issue d\u2019une réunion de deux jours de son conseil général, le Parti libéral du Québec affirme son intention de revoir de fond en comble ce qu\u2019il appelle «le modèle québécois », soit le rôle joué par l\u2019État depuis les débuts de la Révolution tranquille A cette fin, une demi-douzaine de mandats et de sujets à étudier \u2014 dont la révision du Code du travail, le financement de l\u2019éducation et la rédaction d\u2019un projet politique global \u2014 ont été confiés à une commission politique qui coordonnera le processus de consultation auprès des militants libéraux et de la population (voir l'article de Jean-Pierre Dupuis en page 345).En marge de la Conférence de Montréal sur la mondialisation des économies, le premier ministre Lucien Bouchard s\u2019entretient brièvement avec le président de la République de Colombie, Andres Pastrana, et ce, avec la bénédiction d\u2019Ottawa.Au début du mois, une controverse avait éclaté entre Québec et Ottawa à la suite d\u2019une accusation du gouvernement provincial à l\u2019endroit du fédéral, lors de la mission commerciale d\u2019Équipe Québec à Mexico, d\u2019empêcher un entretien entre ^2J Les événements de l\u2019année Chronologie des principaux événements Lucien Bouchard et le président mexicain Ernesto Zedillo (Voir les articles de Bernard Descôteaux en page 288 et de Manon Comellier en page 276).Le 31 - Ronald Corey annonce qu'il quittera la présidence du Canadien de Montréal et du Centre Molson le 31 juillet prochain.Ronald Corey, 61 ans, était à la tête de l'équipe de hockey depuis 1982 (voir l\u2019article de Jean Dion en page 508).Les deux fils du fondateur des papeteries Pilon rachètent huit des quinze magasins spécialisés dans les produits de bureau afin de les intégrer aux trois autres papeteries qu'ils possèdent déjà et créer ainsi une nouvelle chaîne.Cette transaction permet, entre autres, le maintien de cent emplois.Les magasins Pilon appartenaient depuis 1991 au géant français Lyreco, qui se proposait de les fermer pour favoriser la vente par catalogue.JUIN 1999 Le 1\" - Un millier d'invités participent à la soirée d'ouverture d\u2019Ex-Centris, un nouveau complexe dédié au cinéma indépendant et au multimédia, sis boulevard Saint-Laurent, à Montréal.Érigé au coût de 35 millions, le complexe a été conçu et financé par Daniel Langlois, le fondateur et ex-président de Softimage, (voir l'article de Brian Myles en page 402).Le 2 - À l\u2019âge de 72 ans, Ulric Blackburn, maire de Chicoutimi pendant 16 ans, meurt d\u2019un arrêt cardiaque.Au cours de sa carrière, Ulric Blackburn, assure la vice-présidence provinciale des Conseils des commissaires du Québec, dans les années 70, participe à la fondation d'une caisse populaire, préside la commission scolaire de Chicoutimi de 1966 à 1981 et occupe le poste de maire de la municipalité de 1981 à 1997.Il préside également l'Union des municipalités du Québec, de 1993 à 1995.Le 4 - Jacques Dion, l\u2019un des fondateurs de la Centrale des syndicats démocratiques (CSD), meurt à l'âge de 76 ans, à la suite d\u2019une opération cardiaque.La Centrale des syndicats démocratiques est née d\u2019une scission de la CSN en 1972.Avec Paul-Émile Dalpé et Amédée Daigle, Jacques Dion est l'un des célèbres «trois D» de l'histoire syndicale québécoise.La création de ce nouveau mouvement a été dénoncée comme un véritable geste de traîtrise syndicale.Pendant des années, la CSN a refusé de traiter avec la CSD ou de siéger aux mêmes instances à ses côtés.Pour les 10 ans du pacte du libre-échange Canada-USA et les cinq années d'Accord du libre-échange nord-américain, tous les personnages clés des négociations de 1987 à 1989 sont réunis lors d\u2019une conférence de deux jours dans un hôtel du centre-ville de Montréal.Le centre d\u2019attraction de la rencontre est l\u2019ancien premier ministre Brian Mulroney L'Académie de Musique du Québec décerne son Pnx Europe 1999 à Benoit Loiselle, violoncelliste de 23 ans, onginaire de Saint-Hippolyte.La bourse de 15 000$ lui a été remise à la suite d\u2019auditions réunissant 15 concurrents dans six disciplines.Le 7 - A Québec, le ministre des Relations avec les citoyens et ministre de l'Immigration, Robert Perreault, accueille les premiers réfugiés kosovars, soit une vingtaine de familles.Un second groupe de réfugiés est attendu le même jour à Montréal. Chronologie des principaux événements Les événements de l'année Le 8 - Astral Communications annonce son intention d\u2019acheter Radiomutuel pour 224 millions.Une transaction qui lui permettrait de contrôler 14% de l\u2019auditoire télévisuel au Québec et d\u2019obtenir un portefeuille de 13 stations radiophoniques.La société entend lancer une offre publique d\u2019achat le 1S et offrir 24 $ pour chacune des actions de Radiomutuel qu\u2019elle n\u2019a pas déjà, soit un peu moins de 75%.Le 19, Astral acquiert Radiomutuel (voir l\u2019article de Jean-Pierre Desaulniers en page 417).L Ordre national du Québec honore trois personnalités qui, au cours des 35 dernières années, ont contribué à l\u2019essor du journal Le Devoir, soit Lise Bissonnette, qui reçoit l\u2019insigne d\u2019officier, ainsi que Gilles Lesage et Marcel Couture, qui sont nommés chevaliers de l\u2019Ordre national.Lise Bissonnette a notamment été directrice du Devoir de 1990 à 1998.De son côté, Gilles Lesage est entré au Devoir en 1964 et, dès 1968, a été correspondant parlementaire jusqu'à sa retraite en mars dernier.Quant à Marcel Couture, il est le président de la fondation du Devoir et l\u2019un des artisans de sa relance au début des années 1990.Parmi les autres artistes, chercheurs, gens d\u2019affaires, journalistes et politiciens de haut rang honorés ce jour-là à l\u2019Assemblée nationale, le pilote automobile Jacques Villeneuve reçoit aussi l\u2019insigne d\u2019Officier de l\u2019Ordre national du Québec.Lors de la 10' remise des prix Christie, issue d\u2019un concours qui vise à encourager la création et la publication de livres de jeunesse de grande qualité, quatre auteurs québécois sont récompensés.La bourse de 22 500$ se partage ainsi entre Robert Soulières et Anne Villeneuve pour Une gardienne pour Etienne, Gilles Tibo pour Rouge Timide et Jean-Michel Schembré pour Les Citadelles du vertige.Le 9 - Le premier ministre Lucien Bouchard reconnaît que le nouveau régime Emploi-Québec a connu un «problème budgétaire » lors de sa première année de fonctionnement.Les budgets pour l\u2019aide à la création d\u2019emplois à la suite de la fusion de services fédéral et provincial de main-d\u2019œuvre ont été dépassés de 80 millions.Le 14, les membres du Conseil pour le développement local et communautaire d\u2019Hochelaga-Maisonneuve, Mercier-Est et Mercier-Ouest, qui représentent 80 groupes de ces quartiers, critiquent amèrement la création d\u2019Emploi-Québec, qui n\u2019aurait servi qu\u2019à semer de faux espoirs chez les assistés sociaux en quête d\u2019emploi.Le 17, Lucien Bouchard admet les erreurs d\u2019implantation du programme et promet de tout mettre en oeuvre pour corriger le tir dans les plus brefs délais.Le plus important détaillant en rénovation domiciliaire au monde, Home Depot, annonce l\u2019ouverture de trois centres de rénovation dans la région montréalaise, d\u2019ici l\u2019automne 2000.A plus long terme, c\u2019est 15 à 20 autres magasins que l\u2019entreprise entend ouvrir dans la province.Le 22, le Home Depot Canada révèle la construction à Lachenaie, près de Repentigny, du premier magasin qui devrait permettre la création de 200 emplois.Le 10 - Louise Arbour, procureur en chef du Tribunal pénal international de La Haye, est nommée, par le ministère de la Justice, juge à la Cour suprême du Canada.Dès le 15 septembre prochain, la Montréalaise, âgée de 53 ans, succédera au juge Peter Cory qui prend sa retraite.Sa nomination porte à cinq sur neuf le nombre de juges francophones à ce tribunal, dont quatre sont issus du Québec. Les événements de l\u2019année Chronologie des principaux événements Le 11 - Trois ans après s'être placées sous la protection de la loi de la faillite, les librairies Renaud-Bray se retrouvent à la tête d'un véritable empire.Fortes de l\u2019acquisition de Champigny et de la fusion avec la chaîne Gameau, les librairies Renaud-Bray détiendront 51% des actions d\u2019une entreprise désormais faite de 23 succursales et d\u2019un chiffre d\u2019affaires de 57 millions.Le 15, à la suite du dévoilement du rapport du Groupe de travail sur la consolidation et la rentabilité du réseau des librairies, qui portait entre autres sur la réglementation du prix des livres, l\u2019Association des libraires du Québec se montre indignée que les recommandations de ses membres aient été écartées (voir l\u2019article de Marie-Andrée Chouinard en page 396).Le 16 - Au cours de son exercice financier 1998-1999, Loto-Québec a réalisé un chiffre d\u2019affaires de 3,1 milliards et un bénéfice net de 1,2 milliard, des hausses de 10% par rapport à l\u2019exercice précédent.Le 18 - Carmen Juneau, mairesse de Windsor, est terrassée par un infarctus à l\u2019âge de 64 ans.De 1981 à 1994, Carmen Juneau a été députée dans la circonscription de Johnson pour le Parti québécois.Le 21 - Les 2900 techniciens ambulanciers du Québec affiliés à la CSN, dont la convention collective est échue depuis un an, défient l\u2019ordonnance du Conseil des services essentiels et, malgré les risques de sanctions judiciaires, intensifient leurs moyens de pression et allongent le délai moyen de réponse aux appels de détresse dans l'île de Montréal et à Laval.Leurs revendications portent sur les horaires de travail, les primes et le régime de retraite.Le 12 juillet, une entente de principe intervient entre le gouvernement et les techniciens-ambulanciers du Québec membres de la CSN et de la FTQ, en vue d\u2019éviter le déclenchement d\u2019une grève légale prévue pour le 14 juillet.Hydro-Québec et la bande monta-gnaise de Betsiamites, sur la Côte-Nord, s\u2019entendent pour détourner ensemble la tête des rivières Portneuf, Sault-aux-Cochons et Manouane afin qu\u2019elles se déversent dans la rivière Bersimis.La société qu\u2019ils ont créée investira 82 millions dans cette entente.Clôture de la saison culturelle Printemps du Québec à Paris qui, échelonnée sur 40 jours, a entre autres permis la conclusion de plusieurs alliances entre des entreprises québécoises et françaises, soit des échanges d\u2019informations aux investissements en passant par des accords commerciaux et des ententes de distribution (voir l'article de Bernard Descôteaux en page 288).Le Manoir Richelieu et le casino de Charlevoix sont rouverts à Pointe-au-Pic.Grâce l\u2019investissement de plus de 140 millions de Loto-Québec, des Hôtels Canadien Pacifique et du Fonds de solidarité de la FTQ, les travaux de rénovations ont permis en moins d\u2019un an de faire de l\u2019hôtel un produit haut de gamme de niveau international quatre saisons et de tripler la superficie du casino.Le 23 - Le conseil des ministres du gouvernement de Lucien Bouchard procède à la nomination de l\u2019ancienne candidate du Parti québécois dans Jean-Talon, Diane Lavallée, 42 ans, à la présidence du Conseil du statut de la femme, ainsi que de l\u2019ex-mimstre de la Sécurité publique, Pierre Bélanger, 39 ans, à la présidence de la Commission des services juridiques. Chronologie des principaux événements Les événements de l'année Le cinéaste-poète Pierre Perrault s\u2019éteint à cinq jours de célébrer son 72' anniversaire de naissance des suites d\u2019une leucémie.Pierre Perrault a contribué à l\u2019invention du cinéma direct (voir l\u2019article à la fm de la chronologie).Le 24 - A l\u2019occasion du 125e anniversaire de Westmount, bastion anglophone de l\u2019île de Montréal, et à la demande de ses citoyens, le maire Peter Trent souligne la Fête nationale du Québec avec nombre d\u2019activités.Une première qui lui vaut une large couverture médiatique.Le 26 - Au prix de sanctions, les 47 500 infirmières du Québec déclenchent une grève générale illimitée et illégale puisqu\u2019elle contrevient à la Loi sur les services essentiels.Elles réclament entre autres une augmentation salariale de 6 % sur deux ans ainsi qu\u2019un rattrapage salarial s\u2019échelonnant entre 7% et 10%, selon le niveau de scolarité et d\u2019expérience des infirmières.Le gouvernement refuse d\u2019offrir autre chose que 5% d\u2019augmentation sur trois ans (voir l\u2019article de Roch Côté en page 299).Le 28 - Après onze mois de grève, les 125 cols bleus de l'Office municipal d\u2019habitation de Montréal entérinent dans une proportion de 78% l\u2019entente intervenue entre leur syndicat et leur employeur.Le conflit portait sur la semaine de quatre jours de travail.Le 29 - Le gouvernement de Lucien Bouchard et les chefs des Premières Nations du Québec et du Labrador se rencontrent pour une première fois en 11 ans.Malgré leurs apparents différends territoriaux, les deux parties acceptent de discuter sur la création d'un forum politique permanent (voir l\u2019article de Mario Cloutier en page 313). LES GRANDS DISPARUS MARIE-CLAUDE PETIT Pauline Julien Le dernier souffle de la pasionaria du Québec Le Tr octobre, Pauline Julien met fin à ses jours, dans son domicile du Plateau Mont-Royal.Depuis plusieurs années déjà, la chanteuse, auteur et comédienne, née à Trois-Rivières en 1928, était atteinte d'aphasie dégénérative, une maladie qui affectait sa mémoire, sa motricité et, de plus en plus, sa parole.Ce qu elle ne pouvait accepter.Tout au long de sa carrière, Pauline Julien sera l'incarnation d'une femme passionnée, engagée, entêtée.En 1951, elle part étudier l'art dramatique et le mime à Paris.Au théâtre, c\u2019est dans l\u2019Opéra de Quat\u2019sous et Mère Courage, de Bertold Brecht, qu\u2019elle fait d'abord sa marque.Plus récemment, en 1991, elle est, entre autres, de la distribution de La Maison cassée, de Victor Lévy-Beaulieu, montée à Trois-Pistoles.En 1955, Pauline Julien débute dans la chanson au théâtre des Champs-Élysées; elle remplace une comédienne qui avait un rôle de chanteuse dans une pièce de Pirandello.L'année suivante, dans des boîtes de Saint-Germain-des-Prés, elle interprète notamment les répertoires de Léo Ferré et de Boris Vian.Six ans plus tard, de retour au Québec, elle se fait le «porte-voix» des Gilles Vigneault, Raymond Lévesque, Claude Gauthier, Georges Dor et, plus tard, Gilbert Langevin.Pauline Julien aura enregistré pas moins de 200 chansons sur une vingtaine de disques.Pendant 32 années, elle partage sa vie avec le poète, journaliste et député Gérald Godin, décédé en octobre 1994.Tous deux conjugueront leurs efforts et aspirations en s'engageant pour l'indépendance du Québec.Pauline Julien sera d'ailleurs de toutes les grandes fêtes qu\u2019organise le Parti québécois.En 1964, à Charlottetown, elle refuse de chanter devant la reine Élisabeth II.En 1969, pendant la conférence internationale de la francophonie à Niamey, au Niger, elle crie «Vive le Québec libre!», interrompant ainsi le discours de Gérard Pelletier, qui représentait le gouvernement du Canada.En 1970, en pleine Crise d'octobre (voir l'article de René Durocher en page 78), elle est arrêtée et emprisonnée pendant huit jours.Son militantisme passionné inquiétait en fait le gouvernement de Pierre Elliott Trudeau.À l\u2019issue de son emprisonnement, Pauline Julien décide de poursuivre le gouvernement pour perte de contrats à Radio-Canada.Elle finit par obtenir 1 $ de dommage et une déclaration officielle reconnaissant quelle avait été arrêtée «par erreur».Au cours des 18 derniers mois de sa vie, Pauline Julien faisait rédiger sa biographie. Les grands disparus Les événements de l'année E23I Camille Laurin Le maître d\u2019œuvre de la francisation du Québec Le 11 mars, le père de la loi 101, le docteur Camille Laurin, s'éteint à la suite d'un cancer.Né à Charlemagne en 1922, quatrième d\u2019une famille de 14 enfants, Camille Laurin est d\u2019abord médecin psychiatre avant de devenir, en 1968, membre fondateur du Parti québécois.En 1970, député dans la circonscription de Bourget, il est du premier groupe de sept députés péquistes à être élus.En 1973, défait à la suite du raz-de-marée libéral, il revient à la pratique de la psychiatrie.Réélu trois ans plus tard, lors de la vague péquiste du 15 novembre, il est nommé, par René Lévesque, ministre d\u2019État au Développement culturel et se voit confier la mission d\u2019élaborer la pobtique linguistique du nouveau gouvernement.Camille Laurin rédigera le Livre blanc sur la situation culturelle et linguistique du Québec.À l\u2019été 1977, il présentera le projet de loi 1, qui deviendra la loi 101, soit la Charte de la langue française.Cette loi faisait du français la seule langue officielle du Québec.De plus, elle contraignait les immigrants à inscrire leurs enfants dans des écoles francophones, eux qui, à 90%, choisissaient le secteur anglophone.Si cette loi a recueilli l\u2019assentiment d\u2019une très forte proportion de francophones au Québec, elle nourrira auprès de la minorité anglophone une rancœur qui persistera pendant plusieurs années.Jusqu\u2019en 1984, Camille Laurin siège au conseil des ministres, année où il remet sa démission après que René Lévesque eut pris le virage du « beau risque » fédéraliste.En janvier 1985, il démissionne comme député puis retourne à sa première profession.En 1994, il se porte à nouveau candidat dans Bourget.Sous la gouverne de Lucien Bouchard, Camille Laurin, alors simple député, sera considéré comme un sage par ses pairs.Ce sera son dernier mandat.En 1998, à quelques semaines du scrutin du 30 novembre, des problèmes de santé l'incitent à se retirer de la vie politique.Il apprendra plus tard qu\u2019il est plus gravement malade.Du côté de la psychiatrie, Camille Laurin aura entrepris une réforme de l\u2019enseignement de cette discipline, d\u2019abord à l\u2019Université de Montréal puis à l\u2019Institut Albert-Prévost.Là, l\u2019opposition avait été telle qu'il s\u2019était fait suspendre avant d\u2019être réhabilité.U signera la préface de l\u2019ouvrage polémique Les fous crient au secours, rédigé par un ancien patient de l\u2019hôpital psychiatrique Louis-Hippolyte-LaFontaine.Celui-ci y dénonçait les pratiques psychiatriques et la façon dont les malades mentaux vivaient en asile.Cette publication engendrera la commission parlementaire Roberts-Bédard-Lazure, dont les recommandations ont mené à de grandes modifications de la pratique de la psychiatrie au Québec.Le 7 juin 1999, la maison d\u2019édition Les Intouchables lançait un recueil de trois des textes récents de Camille Laurin, intitulé Le Testament.Deux autres livres ainsi qu'un documentaire sur l\u2019homme qu'il était, la vie qu'il a menée et son oeuvre, à partir de témoignages de gens qui l\u2019ont connu, étaient à ce moment en préparation. Les événements de Tannée Les grands disparus Gratien Gélinas Le père de la dramaturgie québécoise Le 16 mars, Gratien Gélinas meurt à lage de 89 ans d'une insuffisance pulmonaire, après une prolifique carrière théâtrale.L\u2019essentiel de son oeuvre, Gratien Gélinas l\u2019a réalisé entre 1930 et 1960, dans un contexte de crise économique et de concurrence du cinéma.En plus de donner vie à des personnages d'antihéros Canadiens-français, le dramaturge, né d\u2019un père francophone et d\u2019une mère anglophone, à Saint-Tite, en Mauri-cie, a notamment été stand-up comic, acteur, directeur de compagnie théâtrale, cinéaste et cofondateur de l\u2019École nationale de théâtre du Canada.C\u2019est en 1929 que Gratien Gélinas, alors aspirant comptable à l\u2019École des Hautes Commerciales à Montréal, prend goût au théâtre.De plus en plus, il joue pour le Montreal Repertory Theatre qui, en 1933, ouvre une section francophone autonome.En 1937, dans le cadre de l\u2019émission radiophonique Le train du plaisir, Gratien Gélinas gagne sa vie grâce à son personnage de Fridolin, un adolescent turbulent qui décortique avec candeur et ironie la petite et la grande vie du Montréal de l\u2019entre-deux-guerres.Le succès instantané de cette création le conduit sur la scène du Monument-National.De 1938 à 1946, Gratien Gélinas crée Fridolinons, une série annuelle célèbre composée de sketchs et de chansons, ancêtre du Bye bye.Pendant cette période, il fonde Excelsior, une compagnie de cinéma, pour tourner une parodie de La dame aux camélias, considéré comme le premier film parlé de fiction canadien.En 1948, il crée Tit-Coq, un or- phelin épris de la fille de sa famille d\u2019adoption.Jouée en anglais et en français, au Canada et aux États-Unis, Tit-Coq connaît un immense succès et atteint le sommet de 542 représentations en 1951.L\u2019année suivante, la pièce est adaptée au cinéma.En 1959, il crée Bousille et les justes, une satire assez féroce de la société canadienne-française, à la Comédie canadienne \u2014 aujourd'hui le Théâtre du Nouveau Monde \u2014, théâtre qu\u2019il avait fondé deux ans plus tôt et qu\u2019il allait diriger jusqu\u2019en 1972.Cette pièce, considérée comme la meilleure de son œuvre, atteint un record de 567 représentations en 1976.En 1960, Gratien Gélinas, participe à la fondation de l\u2019École nationale de théâtre du Canada.Six ans plus tard, dans Hier les enfants dansaient, il met en scène une famille déchirée par des querelles politiques.De 1969 à 1978, il préside la Société de développement de l\u2019industrie cinématographique canadienne (ancêtre de Téléfilm Canada).En 1986, il crée avec sa compagne, la comédienne Huguette Oligny, sa dernière pièce, La passion de Narcisse Mon-doux, laquelle fut reprise en anglais au Canada et à New York.Encensé comme un Molière québécois, Gratien Gélinas reçoit en 1949 un doctorat honoris causa de l\u2019Université de Montréal, puis des universités McGill, de Toronto et de Trent.Il sera également décoré de la médaille de l\u2019Ordre du Canada et deviendra membre de l\u2019Ordre national du Québec.Depuis de nombreuses années déjà, Gratien Gélinas souffrait de la maladie d\u2019Alzheimer. Les grands disparus Les événements de l'année Pierre Perrault Le cinéaste de la parole avant tout Le 23 juin, le poète, écrivain, cinéaste et auteur de documentaires qui comptent parmi les plus riches de toute l'histoire du cinéma québécois, Pierre Perrault, est emporté, à l'aube de ses 72 ans, par la leucémie.C'est en 1956, que Pierre Perrault, Montréalais et avocat, se tourne vers l'écriture pour découvrir la culture et la création.D\u2019abord auteur radiophonique, à Radio-Canada, il compose ensuite des textes dramatiques pour la télévision, telle la pièce Au cœur de la rose.En 1959, il entreprend, pour le compte de Crawley Films d\u2019Ottawa et en collaboration avec René Bonnière, une série de treize demi-heures sur la Côte Nord, Au pays de Neujve-France, dont certains des épisodes se déroulent à l\u2019île-aux-Coudres.C'est de là que lui vient l'idée de tourner un film sur les habitants de cette île.Ce qu\u2019il propose à l'Office national du film, en 1962.L\u2019année suivante, sort Pour la suite du monde, une production réalisée avec les moyens encore rudimentaires du cinéma direct.Cette production \u2014 il y aura deux suites, soit Le Règne du jour (1966) et Les Voitures d\u2019eau (1968) \u2014 est qualifiée de film-charnière dans l\u2019évolution du cinéma québécois en plus de coïncider avec le vrai signal de départ d\u2019une production française originale à l\u2019ONF.Grâce aux efforts d\u2019un critique du journal Le Monde, Pierre Perrault sera alors sélectionné en compétition officielle à Cannes.Associé à Michel Brault pour L\u2019Acadie, L\u2019Acadie (1971), son cinéma accède à la sphère politique.Ce film ainsi que Un pays sans bon sens, sorti un an auparavant, marquent une période de grand questionnement sur les destinées du peuple québécois et sur l\u2019avenir de la francophonie au Canada.Les intérêts de Pierre Perrault se sont également partagés entre la question amérindienne avec Le Goût de la farine (1977), l\u2019Abitibi avec Le Retour à la terre (1977) et Un royaume mus attend (1976), et sa grande attirance pour la nature sauvage avec La Bête lumineuse (1982).Des films qu\u2019il cosigne souvent avec son bras droit à la photo.Pierre Perrault est considéré comme un cinéaste de la parole, compte tenu de l'importance qu'il accordait au discours dans ses films, dont le montage est fondé sur la parole plutôt que sur l\u2019image.Jusqu\u2019à ses deux dernières productions, lancées en 1994, Cornouailles et L\u2019Oumigmag ou l'Objectif documentaire, les dialogues de ses films ont été transcrits mot à mot.Deux mois avant sa mort, le 28 avril, l'Hexagone et la Fondation Bagatelle lançaient Pierre Perrault, cinéaste-poète, une présentation de l\u2019évolution de la thématique et de la scénarisation dans son œuvre cinématographique, riche d\u2019une trentaine de films.Mane-Claude Petit est journaliste indépendante. LES SUITES DE LA CRISE DU VERGLAS Une société qui se croyait invulnérable BRUNO BISSON La crise du verglas de l\u2019hiver 98 a été l\u2019une des pires catastrophes naturelles de l'histoire du Québec.Elle a mis au jour le manque presque total de préparation d'une société qui se croyait à l\u2019abri de tels événements.Le rapport de la Commission Nicolet sur cette crise ne met pas seulement en lumière les événements de l'hiver 98 mais propose pour l\u2019avenir des choix cruciaux pour la sécurité publique et pour la plus importante entreprise du Québec : Hydro-Québec.Le Grand Verglas de janvier 1998 fait déjà partie de l\u2019imaginaire collectif québécois.Les poteaux de bois abattus en rangée gisant dans des champs glacés et bleuis par la lumière, les enchevêtrements de fils et de câbles qui courent dans les rues et routes, le métal tordu des pylônes figés dans des poses grotesques contrastrant avec la beauté hallucinante et tragique du décor qui les entoure, sont devenus comme des icônes contemporaines de la rigueur de ces hivers dont nous aimons tant nous plaindre.On oublie presque que le plus grave sinistre de l\u2019histoire du pays fit 30 morts ; qu'il força des dizaines de milliers de personnes à abandonner leur foyer durant plusieurs semaines ; qu\u2019il donna heu à un déploiement de forces militaires sans précédent au pays en temps de paix (12 000 soldats); et qu\u2019il occasionna des dépenses de plus de trois milliards de dollars.On n\u2019a pas non plus établi dans leur pleine mesure les impacts que cet épisode de la petite histoire aura à plus ou moins long terme sur la crédibilité d\u2019Hydro-Québec à l\u2019étranger.Pas plus que nous ne savons, d\u2019ailleurs, si le sentiment de sécurité collective des Québécois en fut ébranlé.Au moins, le verglas de janvier 1998 nous aura appris avec certitude que nous n\u2019étions pas préparés à affronter un tel désastre.A la veille du deuxième hiver post-verglas, le sommes-nous davantage ?Des constats pas très rassurants A la lecture du rapport déposé en avril 1999 par la Commission scientifique et technique chargée d\u2019analyser les événements relatifs à la tempête de verglas survenue du 5 au 9 janvier 1998 (c\u2019est son nom officiel), présidée par l\u2019ingénieur Roger Nicolet, force est d'admettre que non. Les suite* Jr |j cnse Ju vergl i Les événements de l'annee ^2 Ce rapport volumineux en cinq tomes, totalisant plus de 1500 pages et couvrant un foisonnement de thèmes à donner le vertige, se présente comme une radioscopie du Québec en état de crise.Et la série de constats qu'il présente et décortique n\u2019est pas très rassurante.L\u2019improvisation qui a marqué l\u2019organisation des mesures d\u2019urgence et en particulier l\u2019aide aux sinistrés, l\u2019absence de toute coordination entre les multiples points de service locaux aux sinistrés et les responsables des secours au plan provincial, et surtout la « distanciation » entre les modèles d\u2019intervention théoriques et la réalité de l\u2019action gouvernementale, décrites dans le plus fin détail, démontrent hors de tout doute que le Québec ne serait pas en mesure, encore aujourd\u2019hui, d\u2019affronter une catastrophe naturelle ou technologique d\u2019envergure, peu importe sa nature.«S\u2019il existe au Québec une culture de sécurité civile, celle-ci a deux caractéristiques principales.En premier lieu, face à un sinistre, le réflexe de la collectivité est de remonter vers le premier ministre et cela, quel que soit le problème.En ce sens, il est extrêmement difficile de différencier une crise mineure d\u2019une crise majeure puisqu\u2019on y apporte toujours le même type de réponse : la montée vers le haut.En deuxième lieu, la société québécoise a aussi une culture de réponse ou d'intervention a posteriori, par opposition à une culture de sécurité civile qui conduirait à investir dans la prévention, la préparation et la planification.Cette absence d\u2019une culture de sécurité civile axée sur la prévention et la préparation ne doit pas surprendre.Elle est constatée dans une société qui se perçoit comme invulnérable, où prédomine un fort sentiment de sécurité collective et où, incons- ciemment, la population est persuadée que les perturbations connues ne se reproduiront pas1.» Le verglas de janvier 1998 commença comme un sinistre climatique, et se mua rapidement en sinistre technologique avec l\u2019effondrement du réseau électrique qui s\u2019ensuivit.Dans le premier cas, l\u2019État (ses dirigeants, mais aussi ses ministères et agences) n\u2019a pas su évaluer rapidement la gravité de la situation à laquelle il faisait face et n\u2019a été capable d\u2019organiser une réponse efficace qu\u2019après des tâtonnements auxquels la situation ne se prêtait pas du tout.Quant aux causes du second sinistre, il y aurait lieu, de l\u2019avis de la commission, de faire en sorte qu\u2019un autre verglas ne trouve pas le réseau d\u2019Hydro-Québec dans le même état.«La Commission est convaincue que dans une société moderne telle que la société québécoise, tributaire d\u2019une technologie élaborée et soumise à des conditions climatiques sévères, le niveau de sécurité à atteindre se situe considérablement plus haut que ce qu'offre le réseau actuel d\u2019Hydro-Québec.Les recommandations formulées par la Commission visent à hausser les standards actuels, à combler l\u2019écart existant entre la réalité des installations d\u2019Hydro-Québec, brutalement révélée lors du sinistre de janvier 1998, et les conditions de sécurité des approvisionnements dont le Québec devrait bénéficier.Cet écart ne pourra être comblé que par un effort soutenu.11 implique une politique énergétique adaptée et des investissements majeurs s\u2019étalant sur une génération2.Même si le rapport se garde de blâmer la société d\u2019État \u2014 les données dont la commission a disposé ne lui auraient pas i-7 ; i Les événements de l'année Les suites de la crise du verglas permis de le faire \u2014 il n\u2019en propose pas moins un programme qui, si on y donne suite, produira l\u2019équivalent d\u2019une révolution au sein de cette entreprise «en profonde mutation».Nous reviendrons plus loin sur ce point.La commission scientifique et technique, mieux connue sous le nom de Commission Nicolet sur le verglas, recommande donc pour l\u2019essentiel la création de deux ambitieux chantiers : 1- Un renforcement de l\u2019ensemble du réseau électrique québécois si important, par son ampleur et ses coûts (voir tableau), qu\u2019il ne devrait pas être confié à Hydro-Québec seule, mais placé sous l\u2019autorité de l\u2019État.Hydro-Québec en demeurerait, bien sûr, le maître d\u2019œuvre à partir de choix qui seront faits sur le plan politique.2.L\u2019élaboration d\u2019une politique de sécurité civile, incluant la refonte en profondeur des structures du système de sécurité civile gouvernemental, et un effort soutenu pour implanter à tous les échelons décisionnels, mais aussi dans la population en général, une culture de sécurité civile misant sur la responsabilisation de tous face à des drames collectifs comme celui du verglas.Une combinaison fatale Pour comprendre les raisons qui incitent la commission Nicolet à proposer des mesures aussi radicales, il n\u2019est pas inutile de rappeler comment la «crise» du verglas s\u2019est installée, pour s\u2019étendre sur plus d\u2019un mois, et comment elle fût gérée.Une combinaison de phénomènes climatiques, au centre de laquelle se trouve El Nino, a entraîné sur le sud du Québec trois chutes de pluie verglaçante sur une courte période, les 5, 7 et 8 janvier, produisant des accumulations de verglas de 40 à 100 millimètres dans un immense territoire couvrant plus de 40 000 km2 qui s\u2019étend, au Québec, de la frontière ontarienne jusqu\u2019en Beauce, et des États du nord-est américain jusque dans les Lau-rentides.La Nouvelle-Angleterre et l\u2019État de New York sont aussi touchés, de même que le nord et l\u2019est de l\u2019Ontario, mais nulle part l\u2019intensité de la tempête n\u2019atteint celle qu\u2019on constate en Montérégie.Dès la première chute de pluie verglaçante, les pannes d\u2019électricité s\u2019accumulent, en Outaouais d\u2019abord, puis en Montérégie et sur l'île de Montréal, et enfin dans le Centre-du-Québec et en Beauce.Ces premières défaillances frappent le réseau de distribution d\u2019Hydro-Québec dont les fils alourdis de glace sont arrachés des poteaux de bois ou cassés par des chutes d\u2019arbres et de branches.A la fin de cette première journée de tempête, le nombre des clients d\u2019Hydro-Québec plongés dans l\u2019obscurité s\u2019élève déjà à plus de 300 000.Les légères précipitations du 6 janvier entravent la progression des travaux de réparation d\u2019Hydro-Québec, si bien qu\u2019après cette deuxième journée, le nombre des abonnés privés de courant grimpe à plus de 700 000 (ce qui représente entre 1,7 et 1,8 million de personnes).Le temps demeure menaçant et les choses se compliquent pour la société.Une puissante ligne de transport à 735 kilovolts est inexplicablement terrassée par le verglas près de l\u2019autoroute 20, dans la région de Drum-mondville, un effondrement très prématuré qu\u2019on attribuera à un bris de boulon.Les arbres cassent par milliers avec de sinistres craquements qui font fuir de leurs maisons des résidents de secteurs boisés, aussi bien en ville qu\u2019en régions rurales. Les suites de la crise du verglas Les événements de l'année Déjà, des dizaines de municipalités, petites et grandes, mises en alerte depuis le début de la tempête, activent leur plan d\u2019urgence en ouvrant des centres d'hébergement provisoire.La circulation routière est difficile.Toutes les écoles ferment.Les premières perturbations de la tempête produisent des impacts visibles.Les trottoirs sont de véritables patinoires.Dans les hôpitaux, et tout particulièrement en Montérégie, le nombre des consultations pour des fractures et blessures musculaires consécutives à des chutes, est en nette progression.Des personnes isolées, surtout des personnes âgées, s\u2019y réfugient aussi, affligées de sévères grippes ou de problèmes respiratoires après avoir passé plus d'une journée dans leur maison non chauffée.Le sinistre technologique : des perturbations majeures Le 7 janvier est un long cauchemar.Le réseau électrique subit très mal le deuxième assaut de la tempête.En fin de journée, le nombre des abonnés privés de courant a chuté à 500 000 au prix d'efforts titanes-ques.et vains.Car à 22h, la deuxième des lignes à haute tension reliant le poste de répartition de Saint-Césaire, qui alimente presque toute la Montérégie, cesse de fonctionner.L\u2019effondrement de ces deux lignes dans les jours qui suivent, seuls liens avec le reste du réseau de transport d\u2019élecricité d'Hydro-Québec, coupe tout espoir de réalimentation rapide dans cette région.Cette panne, la première attribuable au réseau de transport de la société d'Etat, fait monter d\u2019un cran la gravité de la situation.Malgré cela, il faudra encore plus de 48 heures avant que la Direction générale de la Sécurité civile du Québec passe vraiment en mode «urgence».Entre-temps, bien sûr, les choses se seront singulièrement compliquées.Car une troisième vague de précipitations verglaçantes s'abat sur le sud du Québec, la pire, qui durera deux jours, les 8 et 9 janvier.Le réseau d\u2019Hyro-Québec s\u2019effondre par pans complets, en Montérégie surtout.Tous les puissants postes de transport d\u2019électricité dans la partie sud de la boucle stratégique de la région métropolitaine sont atteints à des degrés divers.À la fin de la tempête, 1,4 million de clients d\u2019Hydro-Québec, soit environ trois millions de personnes (plus de 40% de la population du Québec) n\u2019ont plus d\u2019électricité pour chauffer leur maison, s\u2019éclairer, faire à manger.Des infrastructures essentielles au fonctionnement de la société sont perturbées.Les transports en commun roulent au ralenti.Le service ferroviaire doit être partiellement interrompu, les aiguillages étant rendus inopérants par la glace.Même la navigation doit être interrompue sur le Saint-Laurent entre Montréal et Trois-Rivières en raison de câbles à haute tension qui pendent à quelques mètres de l\u2019eau.Les routes praticables doivent fermer ponctuellement en raison de fils électriques tombés sur les voies.Les raffineries ne produisent plus.Les banques et caisses populaires ferment par centaines, de même que les guichets automatiques.Les cartes de crédits deviennent inutiles, puisque les systèmes de vérification sont, eux aussi, inopérants.De plus en plus, le maintien des conditions d\u2019existence des citoyens devient redevable du degré d\u2019initiative de leurs dirigeants municipaux.Ce qui n'ira pas sans mj L«s événements de l'année Les suites de la crise du verglas causer de sérieux problèmes, surtout dans de petites municipalités coupées de tout, y compris du téléphone ou d\u2019un accès routier de sortie, car l\u2019état de préparation des maires et du personnel (déjà restreint) pour faire face à des catastrophes semblables est.disons, fort variable.Comble de malheur, à Montréal, le scénario jugé « impossible » par Hydro-Québec se produit: les deux usines de production d'eau potable, qui alimentent plus de 1,3 million de personnes, tombent en panne dans l'après-midi du 9 janvier.L\u2019information sur ces pannes est gardée secrète pour éviter une pénurie générale.La Ville dispose de réserves bonnes pour seulement deux heures, en soirée, au moment où Hydro-Québec parvient à rétablir une ligne électrique d\u2019urgence.Évacuer Montréal ?Le centre-ville de la métropole est plongé dans le noir, ce soir-là, de même que la plupart des quartiers de l\u2019ouest de la ville.La situation s'aggrave tellement qu'à un certain moment, des personnes en autorité (on ne saura jamais lesquelles) évoquent la possibilité d\u2019évacuer l\u2019île de Montréal.Pas de chance, puisqu\u2019au même moment, une petite société fédérale qui gère les ponts Jacques-Cartier et Champlain décide unilatéralement de fermer ces deux liens cruciaux entre Montréal et la Rive-Sud en raison de masses de glace accumulées sur leur superstructure.Le pont Mercier fermera à son tour le matin du 10 janvier, après inspection.La situation devient critique.Depuis le 8 janvier, le premier ministre du Québec a sollicité l'intervention des Forces Armées Canadiennes qui se déploient rapidement dans les régions touchées, notamment sur la Rive-Sud de Montréal.Et ce n'est que dans la soirée du 9 janvier, est-il révélé en audiences publiques3, qu\u2019Hydro-Québec informe la Sécurité civile du Québec qu\u2019on ne peut compter sur un rétablissement du réseau électrique à court terme.Il faut reconstruire presque tous les réseaux de distribution dans les régions touchées et la majeure partie du réseau de transport en Montérégie.Les travaux prendront des semaines.La SCQ décide (enfin!) de passer en mode « grande urgence » et de déménager ses pénates à Montréal.Mais il lui faudra encore quatre jours avant que ces « fronts » d\u2019intervention \u2014 une stratégie improvisée, qui sera fort critiquée \u2014 se mettent à l\u2019œuvre pour approvisionner en vivres, carburant (pour les génératrices), bois de chauffage et biens de première nécessité les quelques 454 centres de services ouverts et administrés par environ 500 municipalités, où dormiront dans la pire des nuits jusqu\u2019à 17 800 personnes.Au total, ces centres d\u2019hébergement offriront 140 000 nuitées tout au long de la crise.Pour leur part, les municipalités n'attendent plus rien des autorités centrales.Depuis des jours, elles se débrouillent comme elles peuvent et ont déjà, elles, commencé à planifier un siège de plusieurs semaines.Le centre-ville de la métropole, où pleuvent des monceaux de glace énormes qui se détachent des grands immeubles, est déserté, à la demande expresse du premier ministre du Québec, jusqu\u2019au 15 janvier.Les activités normales ne reprendront vraiment leur rythme normal que le 19.En Montérégie, les dommages au réseau électrique sont si graves que les délais de rétablissement d\u2019abord fixés au 25 janvier s\u2019étaleront en fin de compte jusqu\u2019à la fin de la première semaine de février. Les suites de la crise du verglas Les événements de l\u2019année La Sécurité civile mise à l\u2019écart Il ne fait aucun doute que la lente évolution du sinistre du verglas sur cinq jours et la dégradation progressive des infrastructures essentielles ont pris de court les responsables de la Sécurité civile du Québec.« Le sinistre n\u2019a été évalué à sa juste mesure que tardivement.La Direction de la Sécurité civile a attendu le vendredi 9 janvier pour passer dans son fonctionnement de la gestion d'un sinistre \u201cnormal\u201d à celle d\u2019un sinistre exceptionnel.Cette mauvaise appréciation des événements est probablement due à la nature du sinistre.Cette première explication suscite cependant quelques réserves : rien n\u2019indique en effet que le sinistre, diagnostiqué plus tôt, aurait entraîné une réponse différente\u2019.» Car au moment où débute la tempête de verglas, la Sécurité civile du Québec n\u2019est guère plus qu\u2019un service auxiliaire au sein du gouvernement.Dotée d\u2019un budget annuel d\u2019un peu plus de quatre millions, elle emploie environ 80 personnes réparties dans cinq directions régionales.Elle a pour mandat de soutenir la planification des mesures d\u2019urgence dans les municipalités, qui constituent la pierre d\u2019assise de ses interventions en cas de sinistre\u2019.Elle est appuyée par le Comité de sécurité civile du Québec, composé d\u2019une dizaine de sous-ministres et présidé par le Secrétaire général du gouvernement.Ce comité coordonne la planification des mesures d\u2019urgence au sein des divers organismes gouvernementaux.Les modes de fonctionnement de ces entités administratives et les rôles réciproques de chaque intervenant appelé à intervenir en cas d\u2019urgence (municipalités et ONG, comme la Croix-Rouge, par exemple) ont fait l'objet de diverses publications, dont un manuel de base et un modèle fonctionnel d\u2019intervention sur le terrain.Mais ces structures et instruments, conclut la commission Nicolet après en avoir fait l\u2019examen attentif, reposent en fait sur presque rien.Car une bonne partie du personnel de la Sécurité civile du Québec est peu expérimenté, en raison de mouvements de personnel importants.En 36 mois, «la direction de la Sécurité civile a changé quatre fois de responsable »6.Enfin, et c\u2019est peut-être là la faiblesse principale de la Sécurité civile au Québec, son fonctionnement ne prévoit aucun lien avec les élus, ultimement redevables devant la population.La gestion de sinistre au Québec, du moins en théorie, est strictement une responsabilité de fonctionnaires.Devant l\u2019ampleur que prend le sinistre du verglas en janvier 1998, il n\u2019est donc pas étonnant que «la structure» soit mise rapidement à l\u2019écart.Dès le 11 janvier, le gouvernement crée par décret un comité ministériel de coordination composé de 14 ministres, présidé par le vice-premier ministre, Bernard Landry, et secondé par un secrétariat interministériel7.11 est probable, en conclut la commission Nicolet, que face à un sinistre de cette importance, « les façons de faire précédemment définies ne bénéficiaient pas d\u2019une crédibilité suffisante ».Politique, système, culture Les autorités politiques sont sans doute justifiées d\u2019agir ainsi, admet la commission.Mais ce faisant, le gouvernement modifie d\u2019une manière substantielle, en cours de sinistre, le fonctionnement de l\u2019organisation qui doit répondre aux besoins des Les événements de l\u2019année Les suites de la crise du verglas personnes sinistrées.Bien que l\u2019implication directe du premier ministre Lucien Bouchard, à la fin de la première semaine de crise, ait pour résultat de rassurer en partie la population, il n'en demeure pas moins que toute la structure gouvernementale sur laquelle repose la capacité d'intervention de la Sécurité civile ne tient plus.Des erreurs d\u2019appréciation en découlent, qui ne sont pas sans conséquences, et qui révèlent a contrario l\u2019importance d'une planification des interventions sur le terrain et d\u2019une définition plus claire des rôles de chacun, en partant du Conseil exécutif, jusque dans les municipalités.A titre d\u2019exemple, le 12 janvier, le gouvernement annonce que ces dernières, débordées par l\u2019organisation des secours, seront responsables de la distribution d\u2019une aide financière directe aux sinistrés.Les maires et responsables des mesures d\u2019urgence l\u2019apprennent.par la télévision.Étant donné le nombre effarant de sinistrés, elles ne peuvent exercer le contrôle voulu, et souhaitable, pour distribuer à la population des sommes d\u2019argent qui atteignent, dans le cas de grandes villes, des centaines de milliers de dollars, sinon des millions.Dans les jours qui suivent, alors que se déploie enfin l\u2019intervention gouvernementale en zones sinistrées, les corps policiers et Forces armées canadiennes se voient assigner des tâches précises qui doublent dans bien des cas des initiatives déjà prises dans les municipalités8.Des organismes de gestion régionale comme les régies de la santé, à titre d\u2019exemple, semblent paralysés par l'indécision.Ces cafouillages et incohérences, surtout dans la deuxième semaine de crise, ont un impact immédiat sur la population sinistrée.Le moral est atteint, la confiance minée.C\u2019est pourquoi la commission Nicolet, sans désavouer les décisions prises en haut beu pour gérer cette crise, recommande en fait d\u2019officialiser ces procédures.L'exemple, de l\u2019avis des commissaires, doit venir de haut avec l\u2019adoption d\u2019une politique de sécurité civile, qui prévoit la mise sur pied d\u2019un système de planification et d\u2019intervention aux directives claires, préétabbes et coulées dans une loi\u2019.Réorganiser la sécurité civile Ce nouveau cadre pobtique et juridique de sécurité civile ne peut être décrit que dans ses grandes bgnes \u2014 dans le docu-ment-syntèse de la Commission Nicolet, sa description tient sur plus de 150 pages.Mais il repose en gros sur quatre principes : 1.\tLes municipalités constituant la cellule de base des interventions de terrain en cas de sinistre devront obbgatoirement se doter d\u2019un plan de mesures d\u2019urgence, former du personnel pour en faire la planification et en assurer la mise en œuvre adéquate, le cas échéant.2.\tLe Conseil exécutif en constitue le second arrimage.Un nouveau comité de sécurité civile, composé selon le modèle théorique existant, doit devenir permanent.3.\tUn comité régional de sécurité civile, regroupant les directeurs locaux de ces mêmes ministères dans chaque région du Québec, doit assurer que les orientations générales et les responsabdités réciproques s\u2019adaptent aux particularités de leur territoire (présence d\u2019industries « à risque » devant être identifiées, disponibibté des infrastructures routières, ferroviaires ou même aériennes, etc.).4.\tEnfin, un Forum intermunicipal de sécurité civile fait la jonction entre ce Les suites de la crise du verglas Les événements de l\u2019année comité régional et les municipalités.Moins formel que les structures précédentes, ce forum se veut un lieu d\u2019échanges pour permettre aux élus des régions de mettre en commun leurs efforts et leurs ressources, et développer des «complicités» entre municipalités aussi bien qu'entre les acteurs de la planification stratégique des mesures d\u2019urgence.Quant à la « culture » de sécurité civile dont la Commission Nicolet souhaite l\u2019émergence, elle devrait être le produit naturel de la politique, qui lui donne sa légitimité, et de l\u2019implantation du système décrit ci-dessus.Elle ne s\u2019étend pas qu'aux fonctionnaires et aux responsables politiques, mais aussi à la multitude d\u2019organismes de tous les milieux qui doivent se greffer, par l\u2019entremise de la politique de sécurité civile, aux processus de planification locaux, régionaux et provincial.Ultimement, elle s\u2019étend aussi à la population en général à travers des campagnes de sensibilisation, tant provinciales que municipales, aux risques environnementaux et technologiques présents, dont on semble prendre conscience seulement au moment où ils se manifestent.Les réticences d\u2019Hydro-Québec Si la pitoyable performance de la Sécurité civile fut relativement facile à documenter pour la Commission, il en va tout autrement quant à l\u2019autre acteur principal du sinistre de janvier 1998, Hydro-Québec.Il est presque de notoriété publique que les relations entre la société d\u2019Etat et la commission furent, dès le départ, empoisonnées.Les scientifiques, ingénieurs et spécialistes en disciplines multiples qui se penchent sur le cas du réseau électrique pour le compte de la commission n ont pas les coudées franches.Leurs homologues de la société d\u2019État n\u2019acceptent de les rencontrer qu\u2019en présence d\u2019avocats qui leur dictent une ligne de conduite stricte.La crédibilité d'Hydro-Québec, tant sur son marché local que sur les marchés extérieurs, de même que sa possible responsabilité légale en cas de poursuites, servent de justification à ces excès de prudence.Ces embûches n'empêchent pas la Commission de recueillir par ses propres moyens des éléments d'analyses en commençant par des photos de presse, qui permettent de diagnostiquer les causes des effondrements des géants d\u2019acier.La chronologie des déclenchements des lignes de transport et de répartition, couplée aux données météorologiques globales compilées heure par heure, notamment par Environnement Canada, autorise par ailleurs la commission à affirmer qu\u2019une dizaine de lignes électriques, surtout en Montérégie, se sont effondrées avant d'avoir atteint leur limite théorique maximale de résistance10.L\u2019analyse des bris sur les réseaux de distribution d'électricité restera toutefois impossible, faute de relevés précis.Contextes, arbitrages, équation On ne peut en déduire pour autant que le réseau électrique était mal entretenu, ou qu\u2019il a souffert de défaut matériel ou de conception.Dans la plupart des cas, les lignes de transport de la société ont été soumises à des stress excédant leurs critères de résistance qui sont parmi les plus avancés au monde (climat oblige).Mais un autre facteur mérite considération : de l\u2019aveu même d\u2019Hydro-Québec, plus de 80% des lignes électriques effondrées, particulièrement en Montérégie, étaient vieilles de plus de 25 ans, et conçues selon des critères d\u2019avant 1974, moins Le* événements de l'année Les suites de la crise du verglas sévères que ceux qui furent appliqués après cette date par la société d'État.Pour des raisons de coûts évidentes, la mise aux normes les plus récentes n\u2019était pas systématisée.En reconstruisant, Hydro-Québec a utilisé ses critères de conception courants, ce qui implique que le réseau électrique post-verglas bénéficie de matériaux plus résistants et d\u2019une quincaillerie d\u2019ancrage de conception plus récentes.Pour la Commission Nicolet, toutefois, cela ne suffit pas, pour plusieurs raisons.Et d\u2019abord parce qu\u2019il est impossible d\u2019estimer la période de récurrence d\u2019un phénomène climatique extrême comme celui de janvier 1998 par manque de données historiques précises.Un doute qui est renforcé par la perspective d\u2019un réchauffement climatique sur lequel la communauté scientifique s\u2019entend, de façon générale, mais dont les effets précis ne peuvent pas encore être évalués11.Dans ce contexte, et en tenant compte du fait que le Québec compte parmi les sociétés où l\u2019électricité pèse le plus lourd sur le bilan énergétique global, et ce dans le monde entier, la Commission propose que l\u2019ensemble du réseau d\u2019Hydro-Québec soit renforcé sur une période de 20 ans, avec un échéancier précis.Ce qui va beaucoup (beaucoup!) plus loin qu'un simple programme d\u2019enfouissement des lignes de distribution, comme la majorité des médias l\u2019ont rapporté au moment de la publication de ce rapport.La révision de toutes les normes de conception et de résistance de la société d\u2019Etat \u2014 de même que la rénovation du réseau électrique qui devrait forcément en découler \u2014 coûtera, si elle est mise en chantier, des milliards de dollars.Hydro-Québec peut-elle se payer cela ?En examinant les objectifs de vente de la société présentés dans son plus récent plan de développement, la Commission Nicolet estime que c\u2019est possible.Mais cela suppose, prévient-elle, que certains des objectifs de ce plan soient révisés, notamment la hauteur des dividendes records que la société prévoit verser au gouvernement du Québec jusqu\u2019en 2003.Et parce qu\u2019une telle révision implique des impacts sur l\u2019équilibre budgétaire à moyen terme de l'État, Hydro-Québec ne peut décider seule des investissements qu elle sera prête à consentir pour que la sécurité de l\u2019approvisionnement en électricité des Québécois soit mieux assurée, dans l\u2019éventualité d\u2019un sinistre comparable à celui de janvier 1998.Une réponse attendue On voit ainsi que tant en matière de sécurité civile que de sécurité des installations électriques, la Commission Nicolet sur le verglas a opté pour une même approche dans ses recommandations: son rapport établit des directives claires pour favoriser une meilleure protection de la société québécoise dans son ensemble, en laissant aux autorités politiques \u2014 et à elles seules \u2014 le choix de déterminer dans quelle mesure, et par quels moyens, cette sécurité sera assurée dans l\u2019avenir.Et dans quelle mesure, aussi, l\u2019État est prêt à s\u2019y engager, financièrement et socialement.La richesse de l\u2019analyse présentée, l'ambition des recommandations et la complexité des éléments dont l\u2019État devra temr compte, expliquent peut-être pourquoi, près de quatre mois après la présentation de ce rapport (au moment d écrire ce compte-rendu), le gouvernement du Québec n\u2019y a toujours pas répondu. Les suites de la crise du verglas Les événements de l\u2019année Programme de sécurisation des approvisionnements électriques Recommandations de la Commission Nicolet D'ici les cinq prochaines années 1.\tApprovisionner le centre-ville de Montréal à partir de la centrale de Beauhamois.2.\tSécuriser par un bouclage approprié l'alimentation électrique du poste de Saint-Césaire, et par le fait même, de la Montérégie.3.\tModifier les interconnexions avec les États de la Nouvelle-Angleterre et les provinces canadiennes de façon à pouvoir alimenter le réseau électrique du Québec à partir des réseaux voisins des États-Unis et du Canada, en cas d\u2019urgence.4.\tSécuriser les routes à grande circulation surplombées par des lignes de transport ou de répartition à l'aide de pylônes d'ancrage, de part et d'autre de l'emprise.5.\tAssurer la sécurité physique des postes stratégiques de transport et répartition, 6.\tLancer un Important programme d'enfouissement des réseaux aériens de distribution dans les centres urbains.Ce programme serait coordonné avec ceux d'autres réseaux aériens (téléphones, câbles).D'Ici les dix prochaines années 1.\tLes lignes de distribution alimentant des infrastructures essentielles, telles que les hôpitaux, usines d'eau potable, centres de télécommunications, etc.devraient être sécurisées, en privilégiant partout où cela est possible, l'enfouissement 2.\tLes traversées de toutes les routes doivent être sécurisées par des pylônes d\u2019ancrage, de part et d'autre de leurs emprises.3.\tLes lignes électriques des réseaux de transport et de répartition doivent être renforcées du point de vue structural par l'ajout de pylônes anti-cascades, le remplacement des câbles de garde par de nouveaux, plus résistants, de façon à protéger les services essentiels à la société.La nature de ces services à protéger devra faire l'objet d\u2019une réflexion appropriée.D'Ici les vingt prochaines années 1.\tAchever le renforcement structural des réseaux de transport et de répartition 2.\tCompléter la reconfiguration de l\u2019ensemble du réseau (bouclages, interconnexions ajoutées, etc.) Au cours des 30 prochaines années, on devrait prévoir l'achèvement d'un programme complet d'enfouissement du réseau de distribution en milieu urbain et périurbain, dont une première phase aura été réalisée au coure des cinq premières années de la campagne de sécurisation des approvisionnements proposée par la Commission.Lors de sa nomination à titre de ministre de la Sécurité publique, et à ce titre de responsable de la sécurité civile, Serge Ménard a affirmé que la refonte de cet organisme négligé figurait au nombre de ses priorités.Quant à Hydro-Québec, ses réactions se sont bornées à reconnaître la qualité du rapport Nicolet sur le verglas.Puisque les recommandations les plus importantes touchant l\u2019état de son réseau dépendront de choix qui devront être arrêtés par l\u2019Etat, la société ne pouvait guère en dire plus, sinon rappeler qu'elle s\u2019est engagée dans l\u2019élaboration d\u2019un programme d\u2019enfouissement du réseau de distribution et dans la relance de programmes de recherche et développement sur des systèmes de dégrivrage des câbles électriques. Les événements de l\u2019année Les suites de la crise du verglas Depuis le verglas de janvier 1998, une avalanche s\u2019est écrasée sur une école du village nordique de Kangiqsuallujjuaq, faisant neuf morts.Ce tragique événement a eu pour effet de tester, à une échelle beaucoup plus petite que le verglas évidemment, la capacité de réponse de la Sécurité civile du Québec.Comme ce fut généralement le cas depuis des années, lors d'événements locaux, la mobilisation nécessaire pour l\u2019organisation des secours n'a pas posé de problèmes insurmontables ni de délais indus, et ce, malgré les difficultés d'accès inhérentes à l\u2019éloignement de la petite communauté inuit.Même en été.Du côté d'Hydro-Québec, par contre, les choses ne se sont pas aussi bien passées.Dans la nuit du 4 au 5 juillet, un violent orage accompagné de rafales de vent inhabituelles ont causé des dommages importants sur le réseau de distribution de la société, en Estrie principalement, mais aussi dans la grande région métropolitaine, jusque dans les Laurentides.Certains clients ont été privés d\u2019électricité durant une semaine et les délais de rétablissement prévus par Hydro-Québec n\u2019ont pas été respectés dans tous les cas.En Estrie, de nombreux maires se sont élevés une fois de plus contre la société d'État, incapables qu\u2019ils étaient d obtenir de l\u2019information de qui que ce soit dans la grande boîte du boulevard René-Lévesque.Ironiquement, un de ces maires mécontents était.l\u2019ingénieur Roger Nicolet, qui préside depuis 20 ans aux destinées du village d\u2019Austin, près de Magog.Dans la même semaine, Hydro-Québec émettait un communiqué par lequel elle avisait la population de son incapacité à garantir l'alimentation en électricité du centre-ville de Montréal et de la partie ouest de file de Montréal en raison de problèmes techniques graves au poste de transport Hertel, sur la Rive-Sud de la métropole.Et vers la fin du mois, des pannes de faible envergure, mais beaucoup plus fréquentes qu\u2019à la normale, ont perturbé le plus important centre d\u2019affaires et de décision du Québec.La Bourse de Montréal a même été contrainte à fermer ses marchés toute une journée, faute de courant.Le grand verglas de janvier 1998 a prouvé hors de tout doute que la société québécoise n\u2019était pas invulnérable, malgré sa longue expérience des hivers rigoureux.Hydro-Québec sera-t-elle un jour forcée de démontrer qu\u2019elle peut au moins livrer sa marchandise.en plein été?Bruno Bisson est journaliste à La Presse.Notes 1.\tCommission scientifique et technique chargée d\u2019analyser les événements relatifs à la tempête de verglas survenue du 5 au 9 janvier 1998, Pour affronta l\u2019imprévisible - Les enseignements du verglas de 98, rapport- synthèse, p.124.2.\tIbid., p.347.3.\tSécurité civile du Québec, Réponse du ministère de la Sécurité publique aux questions soulevées par la Commission., p.47.4.\tCommission, p.119.5.\tSécurité civile du Québec, Mémoire présenté à la Commission., 5 mai 1998. Les suites de la crise du verglas Les événements de l'année 6.\tCommission, p.123.7.\tIbid., p.115.8.\tMunicipalité de Sainte-Brigide d\u2019Iberville, Mémoire présenté à la Commission., 18 août 1998, et MRC Vaudreuil-Soulanges, Mémoire présenté à la Commission., 9 juin 1998.9.\tCommission, p.142.10.\tCommission, p.267-268.11.\tCommission, p.100-101. Vie politique et sociale Lannée politique\t261 Les revendications sociales\t268 Les relations fédérales-provinciales\t276 Québec et les municipalités\t282 Les relations internationales\t288 Léducation\t293 La santé\t299 La justice\t306 La politique autochtone\t313 Le parlement et les partis\t319 L\u2019ANNEE POLITIQUE Un mandat conditionnel MICHEL VENNE Issu des élections du 30 novembre 1998 avec un pourcentage du vote populaire inférieur à celui de l'opposition, le nouveau gouvernement Bouchard se retrouve sur une corde raide.Il doit modérer ses ardeurs souverainistes et référendaires sans les renier, chercher le consensus avec les autres provinces contre les empiètements fédéraux et convaincre les Québécois qu'il vaut mieux être maître chez soi que de consentir à l'abandon graduel de sa capacité de gouverner.L'année politique a vu le gouvernement du Parti québécois dirigé par Lucien Bouchard reprendre le pouvoir avec 76 députés (sur 125 sièges).Il obtint toutefois une majorité réduite de sièges.Les incongruités du système électoral ont donné lieu en outre à un résultat stupéfiant aux élections du 30 novembre 1998.Le parti qui prend le pouvoir avec 42,9% des suffrages a obtenu dans l\u2019ensemble du Québec 27 600 votes de moins que le Parti libéral qui est quitte, avec 43,6% des voix, à former l'opposition officielle avec 48 sièges.Cette situation a rouvert le débat sur le mode de scrutin (voir autre article en page 319).Il place également le gouvernement Bouchard sur la corde raide, bien que sa légitimité ne soit pas remise en question.Ces résultats serrés ont aussi eu pour effet de refroidir les ardeurs référendaires du premier ministre et de son parti.Elu avec la promesse de ne tenir un référendum sur la souveraineté du Québec (assor- tie d une offre de partenariat économique et politique au reste du Canada) que s\u2019il avait la certitude d\u2019une victoire du camp du OUI, M.Bouchard a remis à la deuxième partie de ce mandat normal de quatre ans la tenue d\u2019une telle consultation populaire.Le chef du Parti québécois s\u2019est néanmoins engagé devant ses militants à ne pas rester passif devant la conjoncture et à travailler ardemment à la réunion de ce qu\u2019il a appelé les «conditions gagnantes» d\u2019un référendum sur la souveraineté.Durant la campagne électorale, il avait promis de «créer la ferveur» en faveur de l'indépendance du Québec.La réticence des électeurs Il reste que le chef du gouvernement est confronté à la résistance de la population qui, dans plusieurs sondages, a exprimé dans une proportion de près des deux tiers son désir d\u2019éviter de replonger pour la troisième fois en vingt ans dans ce drame existentiel.Durant la campagne électorale, H H Vie politique et sociale L'année politique un sondage Angus Reid montrait en outre que trois Québécois sur quatre préféreraient que M.Bouchard travaille en faveur du renouvellement du fédéralisme.Autre signe de la réticence des électeurs, un troisième parti représenté à l\u2019Assemblée nationale, l\u2019Action démocratique du Québec, a récolté près d\u2019un demi-million de voix à travers le Québec avec un programme qui promettait un moratoire de dix ans sur les débats constitutionnels.A cause du mode de scrutin uninominal, l'ADQ n\u2019a fait élire qu'un seul député, son chef, Mario Dumont, dans Rivière-du-Loup.Elu donc avec moins de voix que le Parti libéral de Jean Charest (c'est la troisième fois dans l'histoire du Québec qu\u2019un parti est majoritaire en Chambre sans obtenir une pluralité des voix) le gouvernement Bouchard a commencé ce mandat, le deuxième d\u2019affilée pour le Parti québécois, en promettant d'être d\u2019abord un bon gouvernement.L\u2019équilibre budgétaire Son premier but était d\u2019atteindre l'équilibre budgétaire, ce qu\u2019il réussit un an avant l\u2019échéance qu'il avait fixée (voir l\u2019article de Germain Belzile en page 363).Dans son budget de mars 1999, le ministre des Finances, Bernard Landry, annonçait l\u2019atteinte du déficit zéro et même le dégagement d\u2019un surplus qui lui permit de réinjecter quelques centaines de millions de dollars dans les services de santé et dans le système d\u2019éducation.Ces annonces laissaient toutefois sur leur appétit autant les dirigeants d\u2019établissements scolaires, en particulier dans les universités, que les syndiqués du secteur public qui, après plusieurs années de gel salarial, avaient déposé des demandes d'augmentation dépassant les 10%.Le gouvernement offre des améliorations aux conditions de travail mais seulement 5% de hausse salariale sur trois ans pour les quelque 400 000 employés des secteurs public et parapublic, s\u2019alignant ainsi sur la situation qui prévaut dans le secteur privé.Les juges de la Cour du Québec ont appris à leurs dépens que cette politique salariale serait maintenue avec rigidité.Eux qui auraient droit, en vertu des conclusions d\u2019un comité impartial, à une hausse de salaire de quelque 17%, n\u2019auront que 8 % sur trois ans.Certains juges ont contesté cette décision devant les tribunaux, le salaire des juges, selon une décision de la Cour suprême du Canada, ne devant pas être soumis à des négociations mais à l\u2019arbitrage d\u2019un jury indépendant.Les éducatrices en garderie ont toutefois eu droit à un traitement plus généreux.Après des menaces de grève et plusieurs manifestations, elles ont obtenu un redressement de 35 % sur quatre ans.Durant la campagne électorale, le premier ministre Bouchard avait promis un redressement salarial dans ce secteur qui, avec l\u2019introduction des places subventionnées en garderies à un tarif de cinq dollars par jour l\u2019année précédente, est devenu à toutes fins utiles dépendant du financement de l\u2019État.De plus, le mandat confié aux centres de la petite enfance (le nouveau nom attribué aux garderies) s\u2019est élargi pour inclure la préparation des bambins à l'école.Le talon d\u2019Achille de la santé L'été 1999 a par contre été marqué par le conflit entre le gouvernement et les 47 000 infirmières du Québec qui ont mené une grève illégale afin d\u2019appuyer leurs deman- L'année policque Vie politique et sociale des de redressement salarial.Cette grève était largement appuyée par la population qui éprouve une grande sympathie pour ces femmes qui, selon l'intelligence populaire, puisqu'elles tiennent le système de santé à bout de bras depuis des années, mériteraient une plus grande reconnaissance de leur contribution professionnelle.La santé a été l\u2019un des talons d\u2019Achille du gouvernement (voir l\u2019article de Roch Côté en page 299).Les compressions budgétaires imposées au réseau, les fermetures d\u2019hôpitaux effectuées durant les années précédentes et surtout la mise à la retraite de plusieurs milliers de salariés, ont provoqué certaines insatisfactions qui se sont répercutées dans les sondages et aussi dans le débat politique.L\u2019opposition libérale à l'Assemblée nationale a exploité ce filon en personnalisant le débat.Jour après jour, un député se levait pour signaler le cas désespéré d'une personne en attente d\u2019un traitement.A la veille des élections, les échanges ont dérapé.Le député de Laurier, Christos Sirros, a interpellé le ministre des Finances Bernard Landry au sujet des listes d\u2019attente en radio-oncologie en lui demandant: «.si c\u2019était ta femme?\u201d Or l\u2019épouse de M.Landry était gravement malade, atteinte d'un cancer.Cet incident a failli provoquer une bagarre sur le parquet de la Chambre.M.Sirros s\u2019est excusé.Les carences en radio-oncologie ont toutefois refait surface un peu avant l\u2019été 1999 lorsque la nouvelle ministre de la Santé et des Services sociaux, Pauline Marois, a annoncé que certains patients en attente seraient traités aux Etats-Unis.Réviser T assurance-médicaments Le régime d\u2019assurance-médicaments, entré en vigueur en 1996, a lui aussi donné des maux de tête au gouvernement.En pleine campagne électorale, la version préliminaire d\u2019un rapport de recherche a été transmise à un quotidien montréalais qui publia en manchette des conclusions inquiétantes: le régime, qui prévoit une contribution de l'usager aux coûts des médicaments, aurait occasionné une diminution de la consommation, des milliers d'hospitalisations et de nombreux décès.M.Bouchard avait promis des correctifs.En juin 1999, M\"\" Marois annonçait le retour à la gratuité des médicaments à compter de l\u2019automne 99 pour les assistés sociaux qui ne sont pas aptes au travail ou qui souffrent de troubles mentaux.Les organisations de lutte à la pauvreté ont alors estimé cet effort insuffisant.Le régime devait faire l\u2019objet d\u2019une révision.Les critiques du système de santé ont eu raison de celui qui, à titre de ministre, avait mis en œuvre la réforme quatre ans auparavant.Réélu de justesse dans sa circonscription de Charlesbourg, Jean Rochon a été muté de la Santé à un nouveau ministère plus effacé, celui de la Recherche, de la Science et de la Technologie lors de la formation du gouvernement en décembre 1998.Nouveau gouvernement Ce nouveau gouvernement est composé de 28 membres, dont un nombre record de neuf femmes.Quatre ministres ont moins de 40 ans.Ce remaniement ministériel a été présenté par M.Bouchard comme un signal en faveur de l\u2019adaptation du Québec à l'économie du savoir.Outre la création du ministère de la Recherche, le premier ministre a pris tout le monde par surprise en nommant un ancien homme d\u2019affaires, ex-pdg d\u2019Air Transat, millionnaire de 41 ans, François Legault, à la tête du très Vie politique et sociale L'année politique important ministère de l'Éducation.Le ministre d\u2019Etat de l\u2019Économie et des Finances et vice-premier ministre, Bernard Landry, est resté l\u2019homme fort du gouvernement.A partir du 28 avril, il cumulait en sus la responsabilité du Revenu après la démission de la titulaire, Rita Dionne-Marsolais, à la suite d\u2019une fuite de renseignements personnels au sein de son ministère.Le gouvernement a eu maille à partir avec plusieurs groupes de citoyens au cours de l\u2019année.Et il fut souvent critiqué pour son intransigeance.L\u2019un des symboles de cet affrontement fut la décision d\u2019un tribunal donnant raison à un groupe du Val Saint-François, dans les Cantons de l\u2019Est, qui a contesté avec succès les décrets autorisant la construction de la ligne électrique Hertel-Des-Cantons (voir l\u2019article de Michel Morin en page 470).Le juge a considéré que ces décrets, adoptés en pleine crise du verglas en janvier 1997, contrevenaient aux lois sur la protection de l\u2019environnement, la protection du territoire agricole et l\u2019aménagement du territoire.Le gouvernement mit fin aux travaux mais fit adopter une loi conservatoire pour rendre un statut légal aux travaux déjà complétés afin de préserver les équipements.Le gouvernement a été accusé de contourner ses obligations en matière d\u2019études d\u2019impact sur l\u2019environnement de plusieurs projets, notamment celui de la réfection de la côte des Éboulements dans Charlevoix.Le premier ministre a d\u2019ailleurs promis une révision de la loi.Le fardeau fiscal Les négociations dans le secteur pubbc devaient se poursuivre à l\u2019automne en parallèle avec un large débat sur le niveau de taxation au Québec.Le gouvernement du Parti québécois a promis des baisses d\u2019impôt de l\u2019ordre de 1,3 milhard de dollars au cours des prochaines années, dont 400 millions avant le 1\" juillet 2000.Il reste à voir suivant quelles modahtés.Le fardeau fiscal est plus élevé au Québec qu\u2019en Ontario, la province voisine, où les contribuables ont bénéficié d\u2019une baisse de l\u2019ordre de 30% du niveau de taxation au cours des dernières années.D\u2019ailleurs, dès le printemps 1999, le premier ministre Bouchard a mis en opposition les demandes salariales des syndiqués du secteur pubbc avec ces éventuelles diminutions d\u2019impôt.Dans une conférence de presse télévisée, il a fait valoir que si le gouvernement donnait suite aux demandes syndicales, évaluées par lui à plus de six milliards de dollars, cela entraînerait «un défoncement général de toute la situation financière du Québec».A plusieurs reprises, il a prédit que de céder aux syndicats aurait pour effet de creuser des déficits et de faire augmenter les impôts alors que les contnbuables de la classe moyenne sont déjà étouffés par le fardeau fiscal.Le « modèle québécois » Les échanges publics sur la question du fardeau fiscal ont conduit à une remise en question de ce que d\u2019aucuns appellent le « modèle québécois » (voir l\u2019article de Jean-Pierre Dupuis en page 345).Quelques professeurs d\u2019université mais aussi des chefs de file du monde des affaires ainsi que l\u2019ancien ministre Claude Castonguay ont appelé à une réflexion approfondie sur le poids et le rôle de l\u2019État dans l'économie du Québec.Le président de l\u2019AUiance des manufacturiers et des exportateurs du Québec, Gérald Ponton, a proposé la création d\u2019une commission indépendante chargée de cette L'année politque Vie politique et sociale tâche.Il fit remarquer, à l\u2019appui de sa cause, que l\u2019objectif fixé par le Sommet sur l\u2019économie et l'emploi de l\u2019automne 1996 de rehausser au même niveau que dans le reste du Canada le taux de création d\u2019emplois ne sera pas atteint comme prévu l'automne prochain.Le premier ministre a rejeté cette proposition.Lors d\u2019une réunion du conseil national de son parti, en juin 1999, M.Bouchard a assimilé les critiques qui étaient faites de ce modèle à une stratégie fédéraliste.S\u2019en prendre au modèle, c\u2019était comme s'en prendre à l\u2019identité même du peuple québécois dans le but de réduire le vote souverainiste.«Si les fédéralistes peuvent convaincre les Québécois d\u2019avoir honte de leur modèle, il est certain qu'ils ne voudront pas se donner tout un Etat », avait-il déclaré.Selon lui, les critiques du modèle québécois visent à « faire reculer l'idée que les Québécois forment un peuple distinct, original, qui a droit à la différence ».Cette différence, le premier ministre s\u2019est fait fort de la cultiver dans nombre de ses interventions publiques, notamment lors de ses voyages à l\u2019étranger (en Catalogne, en France, à New York et au Mexique) en faisant valoir la volonté du Québec d\u2019être présent par lui-même dans les instances internationales, en particulier celles où il est question de diversité culturelle, comme l\u2019Unesco, mais également celles qui discutent économie, comme l\u2019Organisation mondiale du commerce (voir l\u2019article de Bernard Descôteaux en page 288).La critique du modèle québécois avait été l\u2019un des arguments clés de la campagne électorale libérale, à l\u2019automne 1998, avec la question de la santé et la promesse d\u2019éviter un nouveau référendum aux Québécois.Jean Charest s\u2019était présenté devant les électeurs en leur promettant de revoir certains dogmes hérités de la Révolution tranquille, en particulier le poids de l\u2019Etat dans l\u2019économie.M.Charest n\u2019eut guère de succès avec ce discours qui fut rapidement assimilé à celui du premier ministre ontarien Mike Harris, accusé plus ou moins injustement d'avoir saccagé les services publics en Ontario.Le difficile parcours de Jean Charest Le résultat modeste obtenu par les libéraux aux élections du 30 novembre marquait d\u2019ailleurs l\u2019aboutissement d\u2019un parcours difficile pour le nouveau chef libéral.Durant l\u2019année, l\u2019effet Charest s\u2019était dégonflé et alors que, quelques mois avant les élections, les sondages annonçaient une victoire libérale assurée, les libéraux ont récolté dans les boîtes de scrutin un pourcentage moins élevé de voix qu\u2019en 1994 sous le malheureux Daniel Johnson.Cette débandade s\u2019explique par le fait que les libéraux ont obtenu moins du tiers du vote francophone.Plusieurs analystes ont soutenu que M.Charest n\u2019avait pas démontré sa capacité à faire mieux que le gouvernement péquiste dans le domaine de la santé ni à donner confiance aux électeurs envers son engagement à défendre correctement les intérêts du Québec dans la fédération canadienne.D\u2019ailleurs, rapidement après les élections, M.Charest a promis de revoir le programme constitutionnel de son parti.Il a formé un groupe de travail présidé par le député de Chapleau et ancien professeur de droit constitutionnel, Benoît Pelletier.Le chef libéral a réaffirmé la nécessité que la spécificité québécoise soit reconnue dans la Constitution.M.Pelletier a mis au défi le reste du Canada de réaliser ici un fédéralisme exemplaire qui laisse s\u2019expri- Vie politique et sociale L'année politique mer les particularismes régionaux.Le rapport de ce comité doit être présenté en 2000.L\u2019avenir politique du Québec La question de l\u2019avenir politique du Québec a été présente en filligrane tout au long de cette année politique qui avait commencé, d\u2019ailleurs, en août 1998, par l\u2019adhésion du Québec au consensus des provinces en faveur d\u2019un accord sur l\u2019union sociale canadienne.Cet accord inclurait le droit d\u2019une province de se retirer, avec pleine compensation financière, de toute initiative fédérale dans les champs de compétence provinciaux comme la santé et l\u2019éducation.Ce consensus a tenu quelques mois, soit jusqu'au 4 février 1999.Ce jour-là, réunis à la résidence officielle du premier ministre du Canada, à Ottawa, les premiers ministres des provinces ont accepté de parapher une entente qui reconnaît un rôle accru du fédéral dans le champ de la politique sociale tout en réduisant à peu de chose le droit de retrait exigé par Québec pour signer cet accord.Le Québec, qui finalement n\u2019a pas signé, est sorti isolé encore une fois de cette ronde de négociations.Une semaine plus tard, le budget du ministre fédéral des Finances, Paul Martin, réservait aux provinces la surprise d\u2019une modification des méthodes de calcul des transferts fédéraux, qui pénalise le Québec à court terme et favorise largement les provinces les plus riches.A partir de ces événements, M.Bouchard chercha à accumuler un capital politique contre Ottawa, notamment par une campagne de publicité qui fut largement critiquée pour son manque d\u2019objectivité.Mais c\u2019est surtout quelques semaines plus tard, à l\u2019occasion du discours inaugural de la première session de la 36e législature que le chef du gouvernement du Québec tira les leçons de cet épisode.Who cares.Selon lui, cet isolement du Québec montre que le reste du Canada ne s\u2019intéresse plus aux positions du Québec.« Il y a quelques années, a-t-il déclaré, le Canada anglais disait : What does Québec want ?Que veut le Québec, disaient-ils?Aujourd\u2019hui, le Canada anglais dit : Who cares what Québec wants ?Ce que le Québec veut, ça ne nous intéresse pas.» Il ajoutait qu\u2019à son avis, le Canada a choisi son modèle qui ne correspond pas aux désirs du Québec.Aussi, M.Bouchard a-t-il averti les électeurs québécois qu\u2019ils ne peuvent rester passifs devant cette situation.Le résultat des élections indique, selon le premier ministre, que « les Québécois se sont mis à peu de choses près au neutre».Mais, ajoute-t-il, « il y a un prix politique à payer pour rester trop longtemps dans l\u2019indécision», comme l\u2019indique l'isolement du Québec au terme de la négociation sur l\u2019union sociale.Aussi, faudra-t-il, au terme des réflexions lancées dans chacun des partis politiques, sortir de cette incertitude.Il a fixé à l\u2019an 2000, l\u2019année du choix, qu\u2019il a appelée «l\u2019année des commencements».«Le peuple du Québec doit décider si l\u2019an 2000 sera le consentement à un abandon graduel de sa capacité de gérer ses affaires.Il doit décider si, 40 ans après Jean Lesage, il lui importe encore d\u2019être maître chez lui.Il peut décider, au contraire, que l\u2019an 2000 sera le commencement d\u2019une reprise en main de sa force politique, d\u2019un regain de volonté de parler de sa propre voix et de faire ses propres choix.» S\u2019il donne rendez-vous aux Québécois en 2000, cela ne veut pas nécessairement L\u2019année politque Vie politique et sociale dire qu\u2019un référendum sur la souveraineté aurait lieu durant l\u2019année.Il reste que les congrès du Parti québécois, du Bloc québécois et du Parti libéral du Québec auront lieu durant cette période de 12 mois.En avril 1999, M.Bouchard a rappelé à ses militants qu\u2019ils avaient un an pour se mobiliser en faveur de la souveraineté.Vers un autre référendum C'est dire que 2000 sera l\u2019année durant laquelle le processus menant à un référendum pourrait être lancé par le gouvernement du Québec.La question demeure de savoir sur quelle question précisément porterait ce référendum : sur la souveraineté, sur la souveraineté assortie d\u2019une offre de partenariat, ou quoi encore?L\u2019avis de la Cour suprême du Canada sur la sécession du Québec, publié en août 1998, reconnaît la légitimité du projet souverainiste mais impose un appui majoritaire clair de la population du Québec à une «question claire ».En d\u2019autres termes, l\u2019année qui vient, même si elle verra l\u2019aboutissement des négociations dans le secteur public et donnera aussi lieu à quelques débats déchirants, notamment sur la place de la religion à l\u2019école (dans la foulée du rapport Proulx \u2014 voir l\u2019article de Marc Thibau-deau en page 293) et sur l\u2019organisation municipale (dans la foulée du rapport Bédard \u2014 voir l\u2019article de Mario Cloutier en page 282), sera une année déterminante pour la suite du débat national au Québec.Michel Venne est rédacteur en chef adjoint du quotidien Le Devoir. LES REVENDICATIONS SOCIALES Militantisme feutré et luttes corporatistes LOUIS LAFRANCE Les actions d\u2019éclat dans la rue auront créé l\u2019an dernier l\u2019illusion du retour d'une gauche en marge des institutions syndicales et des partis politiques.Cette année, la réduction du chômage et la fin des compressions budgétaires auront rendu le militantisme radical plus ardu.Au royaume du marché de la revendication, les thèmes de la pauvreté et de la mondialisation ont cédé la place depuis l'automne 98 à ceux de l'équité salariale et des clauses d\u2019exclusion, dites clauses « orphelin ».Fini les actions spectaculaires, la lutte aura été plutôt menée à coups de traditionnelles manifestations, de points de presse et de débats à l\u2019Assemblée nationale, par les partis politiques, les syndicats et une flopée de groupes de pression.Retour au militantisme feutré.Coincés par l\u2019austérité budgétaire des dernières années, en perte de crédibilité auprès de la population, les syndicats de la fonction publique se sont largement tournés du côté de l\u2019équité salariale pour justifier d\u2019importantes hausses salariales.En outre, l\u2019équité salariale a l\u2019avantage de se fonder sur la valeur de l\u2019égahté à laquelle la population est puissamment attachée.La CEQ aura fait de l\u2019équité son cheval de bataille dans le cadre de la négociation du renouvellement des conventions collectives des enseignants.Mais contraire- ment aux éducatrices de garderie, la CEQ n\u2019a jamais réussi à s\u2019attirer un fort courant de sympathie de la part de la population.Il faut dire que le montant des demandes a fait sourciller plus d\u2019un contribuable : 800 millions annuels et 2,4 milliards rétroactifs ! De plus, la stratégie de la CEQ a indisposé la CSN et la FTQ qui y voyaient une stratégie des enseignants pour se sauver avec la caisse, ne laissant que des miettes aux camarades syndiqués.Mais avant tout, ce sont les dissensions internes au projet d\u2019équité de la CEQ qui auront fait mal, très mal.La proposition de la centrale d\u2019instaurer une échelle unique en lieu et place des anciennes échelles salariales pondérées par le nombre d\u2019années de scolarité a ulcéré bon nombre d\u2019enseignants qui y ont vu une dévalorisation de leurs diplômes de maîtrise et de doctorat.Certes, la CEQ a eu beau jeu de faire remarquer que les enseignants étaient les seuls employés de l\u2019État dont une majorité ne pouvait atteindre le plafond salarial: Les revendications sociales Vie politique Ot sociale 87% des enseignantes et 70% des enseignants.Il n\u2019en demeure pas moins qu\u2019en réduisant l'importance du critère de la scolarité \u2014 selon la demande de la CEQ, une année de scolarité supplémentaire équivaudrait à une année d\u2019expérience \u2014 la Centrale faisait fi de la conception traditionnelle du maître: celui-ci incarne le savoir et la culture.La bonification salariale pour la poursuite des études y trouve sa justification.Pour la Centrale, l\u2019enseignant serait plutôt devenu un spécialiste de l\u2019apprentissage.En d\u2019autres termes, selon la logique syndicale, la profession d\u2019enseignant est devenue une profession comme les autres dans laquelle l'acquisition de compétences lors d\u2019activités de perfectionnement a une valeur supérieure à l\u2019acquisition d'un savoir dans le cadre d\u2019études supérieures à l\u2019université.Furieux, les opposants se sont organisés.Ils ont inondé les journaux de lettres aux lecteurs et ont fait circuler une pétition dénonçant la position de leur syndicat.«Nous ne sommes pas des préposés aux élèves payés à taux horaire et interchangeables comme le discours syndical le laisse entendre », martelait Francine Boulet, une des leaders du mouvement de contestation.Dans ce contexte, le gouvernement a eu beau jeu de contester l\u2019auto-évaluation des enseignants selon laquelle ils travailleraient une moyenne de 41 heures en tenant compte du travail à la maison, ce qui les amenait à demander la parité avec les professionnels du rang 21, tels les conseillers d\u2019orientation et les ingénieurs.En déposant une contre-offre de 100 millions, le Conseil du trésor a fait valoir que tous les autres professionnels de l\u2019Etat devaient faire du travail à la maison sans que cela ne soit comptabilisé et qu\u2019en con- séquence la tâche des enseignants équivalait au rang 20, celui des travailleurs sociaux, des économistes, etc.Les dirigeants syndicaux des enseignants ont tenté avec peu de succès de mobiliser leurs membres sur la question de l\u2019équité; leur journée de grève du 18 novembre 98, en pleine campagne électorale, n\u2019eut pas de suite.En attendant la mobilisation de l\u2019automne 99, la CEQ annonçait, début juin, qu\u2019elle ne demandait plus que 600 millions, une étude interne ayant démontré que les enseignants souffraient moins d\u2019iniquité que prévu, leur scolarité moyenne étant supérieure aux estimations antérieures.! Néanmoins, avant d\u2019aller au front, il importe pour la Centrale de refaire l\u2019unité derrière sa revendication d\u2019équité.Curieusement, le syndicat local de Trois-Rivières a décidé d\u2019user de la manière forte en convoquant à la fin de l\u2019année scolaire trois enseignants du groupe dissident, le Regroupement équité pour tous, devant le comité syndical de discipline.Visiblement mal à l\u2019aise, la nouvelle présidente de la CEQ, Monique Richard, a déclaré espérer « que les chose se régleront correctement».Elle admettait que le débat sur l\u2019équité salariale ne faisait pas l\u2019unanimité.Victoire dans les garderies Pendant que le dossier sur l\u2019équité s\u2019enlisait à la CEQ, la CSN remportait une grande victoire en obtenant du gouvernement un rattrapage salarial pour les travailleuses en garderie.Au moment de quitter son poste de président de la CSN, Gérard Larose (voir page suivante le portrait de Marie-Claude Petit) soulignait que cette victoire était la plus belle de sa carrière de syndicaliste. Vie politique et sociale Les revendications sociales Après 16 années passées à la barre de la Confédération des syndicats nationaux (CSN), l'un des dirigeants syndicaux les plus connus au Québec, Gérald Larose, a mis fin à sa carrière le 21 mai 1999, à l\u2019âge de 53 ans.De par sa présence et ses nombreuses luttes, le 11' président de l'histoire de la CSN \u2014 qui compte quelque 253 000 travailleurs, dont près de 135 000 dans le secteur public \u2014 peut dire qu'il a grandement contribué au syndicalisme québécois.Sous la direction de Gérald Larose, la CSN est parvenue à syndiquer les techniciens ambulanciers, le personnel des garderies et les chargés de cours des universités.Il faut ajouter à cela les secteurs de 1\u2019hôtellerie, des médecines douces et du camionnage.Malgré l\u2019échec de sa centrale dans le conflit de travail au Manoir Richelieu, en 1987, il a contribué à soulever les lacunes de l\u2019article 45 du Code du travail portant sur la sous-traitance.Au plan politique, Gérald Larose a été de tous les débats: sur les accords de libre-échange nord-américain, sur les deux référendums \u2014 sur l\u2019accord de Charlottetown et la LE SYNDICALISTE GÉRALD LAROSE TIRE SA RÉVÉRENCE Marie-Claude Petit Pour arriver à cette reconnaissance, il aura fallu plus de 20 ans de lutte syndicale, dont une menace de grève générale illimitée des travailleuses en gardene affiliées à la CSN, menace qui sera reportée in extremis le 22 avril 99.A ce moment, la ministre déléguée à l'enfance et à la famille, Nicole Léger, annonçait la création d\u2019un comité de travail chargé d'étudier le redressement salarial en garderie.Un mois plus tard, Québec accordait un rattrapage salarial de 35 % étalé sur quatre ans.Le salaire moyen hebdomadaire passait ainsi de 12,12$ l\u2019heure à 16,82$, le maximum de l\u2019échelle salariale étant de 18$ l'heure.La loi sur l\u2019équité salariale ne s'appliquait pas dans le cas des travailleuses en garderie, l'État n'étant pas officiellement leur employeur.Mais en injectant des centaines de millions dans la politique des garderies à cinq dollars, le gouvernement ne pouvait longtemps continuer de refuser la parité entre les éducatrices en garderie et les techniciens oeuvrant dans d\u2019autres secteurs, comme dans les zoos.La ministre Pauline Marois avait bien raison de rayonner lors de l\u2019annonce de la bonne nouvelle, car toute cette histoire était une épine dans le pied du gouvernement du Parti québécois.» On ne pourra plus les comparer avec ceux et celles qui travaillent dans les zoos », a conclu M™ Marois.Les clauses d\u2019exclusion ou comment sauver la face Déconcertant dossier.Le débat autour des « clauses orphelin » aura déclenché les passions alors que tous les protagonistes s\u2019entendaient pour déplorer le recours à cette forme de discrimination salariale envers les jeunes.En effet, qui peut être contre la vertu?N'empêche que la pertinence d'un Les revendications sociales Vie politique et sociale souveraineté du Québec \u2014 sur les réformes de l'assurance-chômage, de la santé et de l'éducation.Il fit également entendre la voix de la CSN lors de la révision de la fiscalité, de même qu\u2019à celles de l'assurance-médicaments et de la politique familiale.En 1996, il participait au Sommet socioéconomique.Sa centrale se retrouvera à la tête d'un mouvement qui intentera un recours en Cour supérieure du Québec afin de forcer le gouvernement fédéral à remettre aux travailleurs les surplus accumulés dans la caisse de l\u2019assurance-emploi (près de 19 milliards à la fin de 1998).Dans sa volonté de développer un syndicalisme ouvert aux dimensions sociale et politique, Gérald Larose a aussi contribué à l\u2019élaboration de rapports plus justes dans le monde du travail, notamment en matière d\u2019équité salariale et de respect des minorités culturelles et sexuelles.C\u2019est Marc Laviolette, 49 ans, jusqu\u2019alors troisième vice-président, qui lui a succédé à l'issue du 59' congrès triennal de la centrale.Parmi les dossiers que lui lègue son prédécesseur, notons celui de la réforme du Code du travail.Le 1\" juillet 99, Gérald Larose, titulaire de deux maîtrises de l\u2019Université de Montréal (théologie et service social), est entré en fonction à l\u2019Université du Québec à Montréal à titre de professeur invité à temps complet au département de travail social.\u2022 recours à une loi pour interdire cette pratique aura été au cœur de la polémique : à la nécessité de légiférer on opposera la liberté de négocier, la sauvegarde des entreprises en difficulté, la protection des acquis des plus vieux et la création d\u2019emplois pour les jeunes.Lancé par Mario Dumont, qui déposait un projet de loi en juin 1998, le débat se sera révélé un marais dans lequel sont venus s\u2019enliser les acteurs du monde politique, patronal et syndical.De compromis en compromis, la ministre Diane Lemieux a finalement accouché d\u2019un projet de loi le 5 juin 99 qui, comble de l\u2019ironie, aura mécontenté toutes les parties.Des positions irréconciliables D\u2019ailleurs, le débat était à peine lancé qu\u2019il prenait une pente glissante, aucune définition du phénomène ne faisant consensus.Pour l\u2019essentiel, une convention collective comprend une « clause orphelin » lorsqu\u2019elle prévoit que les futurs employés bénéficieront de conditions de travail inférieures à celles des employés présents.Les doubles échelles salariales en fonction du moment de l\u2019embauche ont été particulièrement décriées.On a donné l\u2019exemple de la ville de Laval où l\u2019employeur et le syndicat des cols bleus affilié à la CSD se sont entendus pour que les employés occasionnels subissent une baisse salariale de 20 % ! Cela dit, sommes-nous toujours devant une «clause orphelin» si la mesure n\u2019est que temporaire, ou si l\u2019imposition d\u2019une double échelle salariale n\u2019empêche pas les nouveaux salariés d\u2019atteindre éventuellement le plafond salarial ?Jusqu'aux linguistes qui viendront mettre leur grain de sel dans le débat en proposant judicieusement de remplacer le Vio politique et sociale Les revendications sodales terme «clause orphelin» par celui de clause d'exclusion.Pourtant, les clauses d'exclusion ne datent pas d\u2019hier et le phénomène, quoi qu\u2019on en dise, n\u2019est pas en progression.En 1987, 6,5% des conventions collectives contenaient des clauses d\u2019exclusion, alors qu\u2019en 1997, ce chiffre passait à 6,4%.L\u2019explication de tout ce brouhaha: l\u2019imminence des élections de fin novembre 98.Entre l\u2019arbre et l\u2019écorce A la veille du rendez-vous électoral, le gouvernement, coincé par son désir d\u2019attirer le vote des jeunes et la montée aux barricades du patronat, tenta de se sortir du pétrin en mettant sur pied une commission parlementaire dont les travaux débutèrent le 25 août 1998.Dès le début des travaux, le ministre du Travail de l\u2019époque, Matthias Rioux, annonçait ses couleurs en indiquant préférer la conclusion d\u2019un pacte social à une loi interdisant les clauses d\u2019exclusion.Pourtant, l\u2019atteinte d\u2019un consensus était à l\u2019évidence un vœu pieux tant les positions des groupes étaient irréconciliables.Dans le coin droit, les groupes de jeunes et d\u2019étudiants exigeaient l\u2019interdiction de toute forme de discrimination au nom des futurs salariés.Dans le coin gauche, le patronat défendait les clauses d\u2019exclusion comme « la moins pire des solutions » (sic) pour les entreprises en difficulté qui autrement seraient obligées de mettre à pied une partie de leur personnel.Et au centre, les centrales syndicales tentaient tant que bien que mal de justifier certaines pratiques au nom du droit à la négociation.Par exemple, la FTQ ne s\u2019opposait pas à l\u2019ajout d\u2019échelles salariales pour les nouveaux salariés.Néanmoins, Gérald Larose, président de la CSN, convenait que les clauses d\u2019exclusion nuisent à 1 image des syndicats : « Les clauses orphelin, disait-il, sont aux conventions collectives ce qu est à un visage un œil au beurre noir.On a 1 air fou avec ça.» Tout comme le gouvernement, l\u2019opposition libérale fut contrainte de danser le cha-cha-cha.À leur congrès d\u2019août 98, les jeunes libéraux exigèrent une législation pour éliminer ces clauses.Leur chef, Jean Charest, leur donna son appui en défendant le principe qu\u2019un «gouvernement libéral refusera de sanctionner les clauses dites \u2019\u2019orphelin\u2019\u2019 qui se font sur le dos des jeunes.» Quelques jours plus tard, en pleine commission parlementaire, les libéraux indiquaient qu\u2019ils ne privilégiaient pas la voie législative pour régler ce problème.Tout comme les péquistes.Il faudra attendre la campagne électorale avant que Lucien Bouchard ne s\u2019engage formellement à légiférer sur la questions des clauses d\u2019exclusion au nom de l\u2019équité entre générations.Nouvelle titulaire du ministère du Travail, Diane Lemieux passa de longs mois à tenter de pondre un projet de loi à la satisfaction du premier ministre qui soulignait l\u2019importance de prendre note de l\u2019opposition viscérale du milieu des affaires.Enfin un projet de loi De report en report, la ministre Diane Lemieux déposait finalement le 4 juin 99 un projet de loi aux allures d\u2019avorton : seules sont interdites les échelles salariales parallèles et celles qui ne permettent pas aux nouveaux salariés d\u2019atteindre le plafond de la rémunération à laquelle ont droit les autres salariés.Fait inusité, dès que le projet sera adopté (possiblement à la fin de 1999) les employeurs auront droit à un délai de trois ans pour s\u2019adapter à la nou- Les revendications sociales Vie politique et sociale velle donne et la loi cessera d'être en vigueur en 2005.En clair, la loi de la ministre Lemieux sera effective pendant à peine un an! Les syndicats et les groupes de jeunes ont évidemment manifesté leur profonde déception tout en saluant le courage dont la ministre a fait preuve devant le lobby des patrons.«Le gouvernement s'est laissé épouvanter par le milieu patronal », déplorait François Rebello, président de Force jeunesse.Quant aux associations patronales, elle n\u2019ont pas dérogé d\u2019un iota à leur discours ; c\u2019est une mauvaise loi qui nuira à l\u2019intégration des jeunes au marché du travail, a fait valoir Pierre Cléroux de la Fédération canadienne de l\u2019entreprise indépendante.A l\u2019évidence, le gouvernement, coincé par son engagement électoral, a tenté de ménager la chèvre et le chou en déposant un projet de loi qui au fond n\u2019en a que le nom.Dans ce dossier, il est manifeste que le gouvernement aurait préféré éviter la voie législative pour s\u2019en remettre à la capacité de la société civile à gérer ses conflits.On voulait une forme de pacte social.N\u2019est-ce pas ce que vise la Loi sur l\u2019équité : rendre à long terme les clauses d\u2019exclusion immorales et inacceptables ?La saga des « orphelins de Duplessis » Même stratégie de Québec dans le cas de la pathétique demande de réparation des « orphelins de Duplessis » : jouer sur la forme au détriment du fond, sauver les apparences en évitant de réparer l\u2019injustice comme le lui enjoignait le Protecteur du citoyen, Daniel Jacoby.Le 18 février 99, Lucien Bouchard présentait des excuses au nom du Québec aux deux à trois mille orphelins placés dans des institutions psychiatriques dans les années 50.Au lieu d\u2019indemnités individuelles, Québec accordait une somme de trois millions qui permettra aux orphelins de recevoir des services d\u2019accompagnement et de soutien et 300 000$ au Comité des orphelins.En soulignant qu\u2019«on ne peut refaire l\u2019histoire », le premier ministre tentait de montrer la compassion de son gouvernement tout en évitant de débourser les 60 millions exigés par le Protecteur du citoyen.Ce faisant, il protégeait les communautés religieuses qui avaient la charge des orphelins à l\u2019époque.Ces dernières, accusées d\u2019avoir transformé leurs orphelinats en institutions psychiatriques afin d\u2019obtenir des subsides plus généreux de l\u2019Etat, se sont défendues en démontrant que leurs établissements étaient demeurés déficitaires.Les religieuses réagissaient à une étude du célèbre comptable Léo-Paul Lauzon selon laquelle elles auraient obtenu un minimum de 70 millions en désignant les orphelins comme des handicapés mentaux, avec la complicité de certains médecins.De son coté, le Comité des orphelins, présidé par l\u2019écrivain Bruno Roy, n\u2019aura pas toujours joué la carte de la transparence.Ce n\u2019est qu\u2019à la suite de l\u2019obtention des excuses publiques que la demande d\u2019argent est apparue au grand jour.Les recours judiciaires s\u2019étant soldés par une série d\u2019échecs, la seule carte du Comité des orphelins fut de jouer sur la sympathie du public pour contraindre l\u2019Etat et les communautés religieuses à passer à la caisse.Délicate mission, lorsqu\u2019on arrive difficilement à mobiliser plus d\u2019une cinquantaine d\u2019orphelins lors des manifestations publiques.Pour l\u2019essentiel, le conflit entre les orphelins et les religieuses s\u2019est fait par l\u2019intermédiaire de relationnistes, d\u2019avocats Vie politique et sociale Les revendications sociales et de comptables, à l'image de la tendance actuelle sur le marché de la revendication.Plusieurs organisations ont demandé une enquête publique qui aurait permis de faire la lumière sur cet épisode sombre de l\u2019histoire du Québec tout en redonnant un peu de dignité aux victimes.La présidente de la Ligue des droits de la personne, Lucie Lemonde, déclarait: «A notre avis, une commission d\u2019enquête aiderait certainement les orphelins à conquérir cette dignité qui leur a toujours été refusée ».Pauvreté et indifférence Une fois de plus, la question pécuniaire s\u2019est retrouvée au cœur des revendications des défenseurs des pauvres.Toutefois, le front de la lutte à la pauvreté fut relativement calme, à peine quelques escarmouches.Rien de comparable aux actions spectaculaires comme le commando bouffe, l\u2019opération SalAmi et les parlements de la rue qui ont fait les manchettes en 1997-98.11 faut dire que les acteurs du commando bouffe et de l\u2019opération SalAmi ont dépensé une bonne partie de leur énergie à se défendre devant les tribunaux.On se rappellera que le 3 décembre 1997, une centaine de manifestants avaient investi en hurlant l\u2019hôtel Reine-Élizabeth pour se procurer de la nourriture qu\u2019ils avaient ensuite partagée avec des passants ; le 25 mai suivant, 300 jeunes bloquaient les portes du Centre Sheraton où se tenait une conférence sur l\u2019Accord multilatéral d\u2019investissement, l\u2019AMI qui « appauvrit les peuples ».Quant au Front commun des personnes assistées sociales du Québec, très engagé dans la tenue du Parlement de la rue à l\u2019ombre de l\u2019Assemblée nationale en novembre 1997, il s\u2019est contenté d\u2019actions plus traditionnelles, comme la manifestation pour l\u2019élimination de la pauvreté te- nue le 6 mars dernier dans l\u2019est de Montréal qui s\u2019est arrêtée devant les bureaux de la ministre Louise Harel.Une façon de rappeler leur opposition à la réforme de 1 aide sociale (loi 186) pilotée à l\u2019époque par la ministre.Par ailleurs, n\u2019y avait-il pas dans la foule un soupçon de nostalgie?La lutte contre l\u2019adoption de la loi 186 constituait un puissant facteur de mobilisation dont on aurait bien besoin pour secouer la torpeur actuelle des troupes.Les manifestants, une fois de plus, ont dénoncé les divers prétextes pour réduire le chèque d\u2019assistance sociale : colocation, refus des mesures de réinsertion, loyer en retard, etc.En guise de dérision, ils ont brandi une immense reproduction du chèque mensuel du salaire de la ministre (8875 $) à côté du chèque de 500$ auquel a droit un assisté social vivant seul.Une société de litiges Bref, les derniers mois furent assez tristounets pour les militants, peu de victoires et en général des luttes à saveur corporatiste.Le débat autour des entarteurs illustre à lui seul une certaine frilosité collective à l\u2019égard des revendications sociales.Le controversé président d\u2019Alliance Québec, William Johnson, Jacques Parizeau et les ministres fédéraux Petitgrew et Dion ont eu l\u2019honneur de recevoir la visite des entarteurs avec en prime une tarte à la crème en plein visage.Plutôt que de s\u2019attarder sur la portée symbolique du geste \u2014 M.Dion a été entarté pour être venu dans un restaurant communautaire se faire du capital politique sur le dos des pauvres \u2014 les médias ont dénoncé les entarteurs en les traitant de mauvais clowns et de terroristes nouveau genre.Les décisions de Messieurs Parizeau et Dion de poursuivre en justice leurs entar- Les revendications sociales Vie politique et sociale QQ teurs pour voies de fait, révèlent la nature des obstacles pour le citoyen désireux de sortir des sentiers battus de la contestation : il risque de se retrouver devant le juge.Plus que jamais, le judiciaire est appelé à régler les conflits entre les acteurs de la société civile.Comme le signale le philosophe Charles Taylor, le Québec, à l'instar de l'Occident, court le risque de devenir une société de litiges, une société dans laquelle tous viennent revendiquer le respect de leurs droits individuels, parfois au détriment de l\u2019intérêt collectif.Louis Lafrance est journaliste indépendant. LES RELATIONS FÉDÉRALES-PROVINCIALES Le temps des escarmouches MANON CORNELLIER Du jugement de la Cour suprême sur la légalité d'une déclaratien unilatérale d'indépendance à la conclusicn, sans le Québec, d'un accord sur l'union sociale, l'année 1998-99 aura donné des munitions aux fédéralistes et aux souverainistes.Mais c'est plutôt dans les tranchées de la vie politique quotidienne que les deux camps se sont jaugés, et, encore une fois, le Québec a volé la vedette des tiraillements federaux-provinciaux.La fin de l\u2019été 1998 est doux et chaud dans la capitale fédérale.Personne ne se presse.Les terrasses de café sont bondées.La ville tourne encore au ralenti.Mais cette semi-léthargie est vite secouée.Le 20 août, la Cour suprême du Canada rend son verdict dans la cause la plus attendue depuis le rapatriement de la Constitution en 1982 : le renvoi du gouvernement fédéral sur la légalité d\u2019une déclaration unilatérale d\u2019indépendance du Québec.Le jugement n'offre ni victoire ni défaite.Le Canada aura obligation de négocier au lendemain de la victoire d'un OUI mais à certaines conditions, dit la Cour.La question devra être limpide et le résultat «clair».De plus, les frontières pourront faire l'objet de négociations.Chaque camp tente de présenter la conclusion comme une victoire pour en tirer des arguments favorables à sa cause.À Québec, le premier ministre Lucien Bouchard insiste sur l'obligation de négocier tout en réaffirmant qu'une majorité simple est un résultat clair.A Ottawa, les mots «question claire», «résultat clair», «frontières négociables » clignotent comme des néons dans la nuit.Le premier ministre Jean Chrétien et le ministre des Affaires intergouvemementales, Stéphane Dion, en profitent pour rappeler qu'à leurs yeux, une question claire doit porter uniquement sur la sécession et ne pas faire référence à d'autres notions, comme le partenariat.Il ne pourrait y avoir de négociations autrement.L\u2019union sociale Une fois ce jugement derrière lui, le gouvernement fédéral peut se concentrer sur un problème qui, dans l\u2019immédiat, le préoccupe davantage: le projet d\u2019accord sur l'union sociale que défendent les provinces.Ottawa s\u2019est dit intéressé mais refuse plusieurs aspects du consensus intervenu en août 1998 entre les premiers ministres provinciaux, y compris celui du Québec.Les capitales provinciales veulent circonscrire le pouvoir de dépenser du gouvernement fédéral dans leurs sphères de Les relations internationales Vie politique et sociale compétence exclusive.Elles exigent d\u2019avoir leur mot à dire sur toute nouvelle initiative fédérale dans le domaine social.Les provinces veulent aussi pouvoir se soustraire aux initiatives fédérales avec pleine compensation financière, à la condition d'investir les fonds dans le même secteur prioritaire.C\u2019est ce dernier point, semblable à l'une de ses demandes historiques, qui convainc Québec de joindre le consensus.Il devient vite évident cependant que l\u2019enjeu principal, pour la plupart des provinces, est l\u2019argent.Elles veulent que les transferts en espèces destinés à la santé soient rehaussés.Partout, l\u2019argent manque, les tensions s'accentuent.On approche du point de rupture.Le fédéral, qui a atteint l\u2019équilibre budgétaire et a même des surplus, subit des pressions de partout pour réinvestir dans la santé.Ottawa sait ses vis-à-vis affamés et le budget approche.Tout au long de l\u2019automne, il tente d'obtenir, en échange de ses deniers, un droit de regard sur [\u2019utilisation des fonds, ce que les transferts ne prévoient pas.Les provinces lui tiennent tête et se rebiffent, disent s\u2019en tenir à leur consensus, y compris la formule de droit de retrait endossée par le Québec.Elles exigent une conférence des premiers ministres.Jean Chrétien n\u2019en voit pas le besoin.Il attend en fait le moment propice.A la veille du budget fédéral, il change son fusil d\u2019épaule, les convoque à Ottawa et fait une offre d\u2019entente assortie d\u2019une promesse de fonds qui est à prendre ou à laisser.Bouchard ne signe pas Le 4 février 99, l\u2019accord sur l\u2019union sociale est conclu, accompagnée d\u2019une lettre d\u2019entente sur la santé.Québec signe cette lettre dans laquelle les provinces s\u2019engagent de façon générale à investir tout nou- veau transfert dans le système de santé.Mais Lucien Bouchard ne peut signer l\u2019accord lui-même, dit-il, parce que le texte confirme le rôle du gouvernement fédéral dans le domaine des programmes sociaux et de l\u2019éducation postsecondaire, des juridictions provinciales exclusives, et il ignore totalement la formule de droit de retrait prévue dans le consensus.L\u2019entente permet à Ottawa de répéter l\u2019expérience des bourses du millénaire car elle l\u2019autorise à créer des transferts directs aux individus et organismes sans devoir obtenir, au préalable, l\u2019accord des provinces.Il doit toutefois leur donner un préavis de trois mois et les consulter.Pour créer des programmes à frais partagés ou de financement fédéral, il doit obtenir l\u2019appui d\u2019au moins six provinces (ce qui peut représenter aussi peu que 15 % de la population canadienne).Il définit alors avec elles les objectifs et priorités mais les provinces sont libres d\u2019élaborer leurs propres programmes pour les atteindre.Une province doit respecter les objectifs convenus pour avoir droit à sa part.Mais si elle a déjà un programme en place, elle pourra investir les fonds dans le même domaine prioritaire ou un domaine connexe.Le ministre des Affaires intergouvemementales, Stéphane Dion, défend l\u2019entente avec vigueur.A son avis, le pouvoir fédéral de dépenser se trouve encore mieux encadré qu\u2019il ne l\u2019était dans le défunt Accord du lac Meech.A Québec, les libéraux se rangent pourtant derrière Lucien Bouchard.Jean Cha-rest affirme qu\u2019il n\u2019aurait pu signer lui non plus.Par contre, ajoute-t-il, il pense qu\u2019il aurait pu faire mieux car il n'aurait pas attendu à la dernière minute pour joindre le consensus.La réaction populaire, elle, demeure timide. Vie politique et sociale Les relations fédérales-provindales Un certain fatalisme Au lendemain d'une élection provinciale où le Parti québécois a remporté une majorité de sièges mais moins de votes que son adversaire, le Québec n\u2019a visiblement plus le même rapport de force.Son isolement ne prend pas les allures d'un psychodrame.Lucien Bouchard, lui-même, évite de dramatiser l'événement, bien qu'il le juge grave.Dans le reste du pays, on affiche un certain fatalisme, comme si on percevait cette situation comme quasiment inévitable et, dans le climat politique de ce début de 1999, sans grave conséquence immédiate.L\u2019accord n'a pas eu beaucoup d\u2019échos ou d\u2019effets concrets dans les mois qui ont suivi sa signature.Sauf dans le budget fédéral du 16 février.L\u2019argent promis pour la santé est bien là, 11,5 milliards de plus en cinq ans, mais il y a un imprévu.Le ministre fédéral des Finances, Paul Martin, a des goussets bien garnis et la formule de péréquation force sa générosité envers les provinces plus démunies.Profitant de cette combinaison, il accélère la transformation de la formule de partage des transferts aux provinces et prend tout le monde par surprise.A l'avenir, le Transfert social canadien destiné à la santé, l'aide sociale et l'éducation postsecondaire sera distribué en fonction du poids démographique de chaque province et non plus en fonction d\u2019une formule mixte qui tenait encore compte de leur richesse.L\u2019objectif est d\u2019en arriver, au bout de trois ans, à verser aux provinces la même somme par habitant, ce qui n\u2019était pas le cas auparavant et pénalisait surtout l\u2019Alberta, l\u2019Ontario et la Colombie-Britannique.Les transferts fédéraux Ottawa a décidé de devancer ses plans parce que la hausse soudaine de la péréquation va lui permettre, en 1999-2000, d\u2019atténuer l\u2019impact de ce changement sur les provinces les plus pauvres dont le Québec.Québec, qui reçoit davantage de transferts en espèces par habitant, ne recevra la première année que 150 millions de plus en transferts en espèces pour la santé.Il a droit par contre à 1,4 milliard de plus en péréquation.L\u2019Ontario a droit, en vertu de la nouvelle formule, à une hausse de 950 millions en transferts pour la santé, mais ne reçoit rien en péréquation.Le gouvernement conservateur de Mike Harris, qui prévoit faire face à l\u2019électorat sous peu, jubile.Les provinces atlantiques protestent mollement mais Québec monte aux barricades.Les attaques sont virulentes.«Jeu de dupes », « injustice », clame le premier ministre Lucien Bouchard qui en appelle à la mobilisation des Québécois.« Les engagements du gouvernement fédéral ont été violés de façon flagrante, arrogante, grossière et brutale.C'est sans précédent, c'est inimaginable.» Le ministre québécois des Finances, Bernard Landry, compare le budget fédéral à une «catastrophe camouflée» pour le Québec.Il rappelle que les nouveaux fonds n\u2019arrivent toujours pas à compenser les compressions fédérales des années précédentes.Le gouvernement lance une campagne de publicité choc.Le ministre Martin et plusieurs de ses collègues répliquent que Québec fait de la désinformation dans le seul but de fouetter le sentiment souverainiste et de créer les «conditions gagnantes» d'un éventuel référendum.La guerre de chiffres bat son plein. Les relations fédérales-provinciales Vie politique et sociale ^^3 Des échanges acrimonieux Le ton des échanges n'est pas surprenant car, depuis les élections provinciales de 1998, on se pique et on se teste.Québec ne manque pas une occasion d'accuser le fédéral de nier sa différence, d\u2019ignorer son point de vue, de faire fi de sa réalité nationale.Ottawa tient tête, rabroue, fait la leçon.Chaque fois qu'il en a la chance, il met en doute la bonne foi de Québec qu\u2019il accuse d\u2019être motivé par une seule chose, la création des conditions gagnantes promises par Lucien Bouchard avant la tenue d'un nouveau référendum sur la souveraineté.Chaque gouvernement examine ce que fait l\u2019autre à travers son prisme respectif.Ils en démordent rarement.Le dossier des relations internationales est un des plus révélateurs à cet égard.Déjà litigieux, il a pris une importance nouvelle au printemps 1999, les incidents se succédant rapidement.Québec à l\u2019Unesco ?En mars 1999, Québec annonce qu\u2019il veut dorénavant parler de sa propre voix dans les forums et organismes internationaux, comme l\u2019Unesco, lorsqu\u2019il est question de culture, d\u2019éducation, de langue et d\u2019identité (voir l\u2019article de Bernard Descôteaux en page 288).En tant que seules institutions démocratiques francophones en Amérique, l\u2019Assemblée nationale et le gouvernement québécois sont les seuls interlocuteurs capables de défendre les intérêts du Québec dans ces domaines, soutient-on.Le premier ministre Bouchard va même jusqu\u2019à demander son propre siège lors de la ronde de négociations commerciales multilatérales.Le ministre des Affaires étrangères, Lloyd Axworthy, refuse toutefois de négo- cier, comme le lui demande son homologue Louise Beaudoin, les modalités de la présence du Québec et sa «liberté de parole» sur les quatre thèmes prévus au départ.11 s\u2019en remet à la règle voulant que les pays souverains parlent d\u2019une seule voix sur la scène internationale.Le ministre Stéphane Dion est du même avis, bien qu\u2019il ne s\u2019oppose pas à ce que le Québec se fasse entendre, mais pas d\u2019une manière pouvant être assimilée à celle d\u2019un pays indépendant.« Il ne faut pas que ce pays devienne cacophonique à l\u2019étranger, ça nous affaiblirait tous.» Pour Jean Chrétien, les dirigeants québécois ne cherchent qu\u2019une chose et il s\u2019y oppose, «ils veulent se comporter comme un pays souverain».Ottawa est d\u2019une telle susceptibilité qu\u2019il transporte sa résistance sur des terrains inattendus et commet des faux pas.D\u2019abord lorsque la ministre du Patrimoine, Sheila Copps, boude une rencontre informelle sur la diversité culturelle organisée par la France.Une des raisons invoquées: Québec y est aussi sans qu\u2019Ottawa n\u2019ait été préalablement consulté.De plus, dit-on, il s\u2019agit d\u2019une rencontre mutlilatérale de pays souverains et le Québec n\u2019y a pas sa place.On consent à ce qu\u2019il ait des relations \u2014 bilatérales, insiste-t-on \u2014 avec la France et une place en bonne et due forme au sein de la Francophonie, mais ça doit s\u2019arrêter là.Personne ne comprend la réaction d\u2019Ottawa, surtout que rares sont ceux qui contestent le rôle légitime du Québec sur la scène internationale dans les dossiers culturels.L\u2019affaire Zedillo Au Québec, la population va même plus loin.Selon un sondage Léger et Léger, 87 % des Québécois appuient l\u2019idée de permettre au Québec d\u2019être présent dans les Vie politique et sociale Les relations fédérales-provintiales forums internationaux où ses intérêts sont en jeu.Le gouvernement de Lucien Bouchard a visé juste mais Ottawa ne le voit pas et continue à lui offrir des munitions.Ainsi, sous prétexte de respecter une pratique diplomatique qui se révèle peu fondée, le fédéral refuse de transmettre au président mexicain Ernesto Zedillo la demande de rencontre du premier ministre Lucien Bouchard.Ce dernier doit effectuer une mission commerciale au Mexique et veut en profiter pour rencontrer le président qui lui a manifesté son intérêt dans une lettre un an plus tôt.Déterminé à avoir raison, le premier ministre Chrétien défend lui-même le refus canadien.«Pourquoi aller emmerder les étrangers et ne pas garder nos problèmes ici», demande-t-il aux Communes.Cette vision est vite condamnée, y compris par le chef conservateur et ancien ministre des Affaires étrangères, Joe Clark.Ottawa sort égratigné de cet accrochage.Il ne s'en émeut pas car là comme ailleurs, il est sûr de lui.Et ce ne sont pas les protestations d\u2019un gouvernement souverainiste qui vont, en généra], l'arrêter.Elles provoquent plutôt des répliques agacées de Jean Chrétien.Visiblement, le fédéral estime avoir le champ libre.Il met ainsi de l avant plusieurs projets de loi qui sont pourtant considérés des affronts aux façons de faire du Québec.La réplique la plus fréquente est : on a consulté les provinces et la majorité est d'accord.La résolution sur la société distincte, qui devait guider le cabinet depuis le référendum de 1995, n'y change rien, semble-t-il.Ottawa fait fi du Québec L\u2019adoption de la nouvelle loi sur les jeunes contrevenants illustre cette situation.Au Québec, tous les intervenants dans le domaine s\u2019opposent farouchement au projet de loi.Rien ne justifie d'abandonner la loi existante, disent-ils.À preuve, le Québec, qui est la seule province à avoir recours à tout ce que permet la loi existante, a pu développer une approche axée sur la réhabilitation, la prévention et les solutions de rechange à l\u2019incarcération.Résultat: il affiche les plus bas taux de criminalité et d\u2019incarcération juvéniles au Canada.La nouvelle loi permet toujours cette approche mais durcit le ton face aux crimes plus graves, répondant ainsi aux attentes des provinces plus conservatrices.A l'avenir, on présumera, à moins que la Couronne n\u2019en décide autrement, que les jeunes de 14 ans et plus ayant commis certains crimes avec violence seront traités comme des adultes.Au Québec, on craint d\u2019être entraîné, malgré soi, vers un durcissement car le texte de la loi prévoit qu\u2019un juge devra, au moment du prononcé de sa sentence, tenir compte de la jurisprudence ailleurs au pays.Le gouvernement a donc demandé à la ministre fédérale de la Justice, Anne McLellan, d\u2019amender le projet de loi pour soustraire le Québec de son application.Jugeant ces craintes non fondées, elle a refusé.La loi a été adoptée.Le même genre de clivage apparaît quand le ministre de l\u2019Industrie, John Manley, propose une loi sur le commerce électronique dont un des volets les plus importants porte sur la protection des renseignements personnels.Cette question relève normalement des provinces mais, à part le Québec, aucune ne s\u2019est dotée d\u2019une loi touchant le secteur privé.Ottawa veut combler le vide.Pour les entreprises québécoises faisant affaire à l\u2019extérieur de la province, on prédit beaucoup de confusion.La Commission d\u2019accès à l\u2019informa- Les relations fédérales-provintiales Vie politique et sociale tion, le gouvernement provincial et certains représentants du milieu des affaires, en particulier des assureurs, interviennent mats sans succès.Le projet de loi ne sera pas adopté avant l'été 1999 mais ce n\u2019est redevable qu'à l\u2019acharnement de la députée bloquiste Francine Lalonde qui use de tous les trucs de la procédure parlementaire pour faire traîner les choses.Et c\u2019est sans compter le fameux dossier des bourses du millénaire qui empoisonne régulièrement l\u2019atmosphère et qui attendait toujours un règlement à la fin de l\u2019année scolaire.Ou encore le projet de loi sur la déréglementation du transport interprovincial par autobus.Le Canada s\u2019interroge sur lui-même Le plus frappant, au cours des six premiers mois de 1999, est de constater combien la hantise référendaire s\u2019est calmée au Canada.L\u2019empressement printanier manifesté par Lucien Bouchard ne fait sourciller personne.Les avertissements du chef libé- ral Jean Charest tombent à plat.Et on ne craint plus de laisser Québec de côté ou de lui tenir tête, une attitude, il faut le dire, dont souffre aussi la Colombie-Britannique.Les questions importantes portent sur autre chose : la souveraineté canadienne face aux Etats-Unis, les effets de l'ALENA et le reste.Le Canada s'interroge sur lui-même.A Ottawa, on insiste tout de même pour dire que, contrairement à 1995, on ne prend rien à la légère, que les manifestations d'impatience de Lucien Bouchard sont prises au sérieux.On se prépare mais, armé du jugement de la Cour suprême, on répète qu\u2019il faudra s\u2019entendre d\u2019abord sur les paramètres nécessaires à la tenue d\u2019une négociation.Si Québec refuse d\u2019en discuter, une loi pourrait être proposée, ne nie pas M.Dion, afin de préciser la vision qu\u2019a Ottawa d\u2019une question et d\u2019un résultat clairs.Manon Cornel lier est correspondante parlementaire du quotidien Le Devoir à Ottawa. QUÉBEC ET LES MUNICIPALITÉS Supporter le centre sans nuire à la périphérie MARIO CLOUTIER Le gouvernement du Québec a tous les outils en main pour entreprendre une réforme municipale importante, abordant aussi bien la fiscalité que les structures, La ministre Louise Harel osera-t-elle entreprendre ce que ses prédécesseurs n\u2019ont pas fait?L\u2019année 2000, celle de tous les commencements selon le premier ministre Lucien Bouchard, devrait marquer au Québec le début d\u2019une importante réforme municipale inspirée, entre autres, par le rapport de la Commission nationale sur les finances et la fiscalité locales, Pacte 2000.L\u2019imposant document de 400 pages propose une révision de fond en comble de la gestion et du financement du secteur public local en se basant sur un grand principe : l'équité.Désormais mieux connu sous le nom de rapport Bédard, du nom de Denis Bédard, président de la commission chargée de revoir la fiscalité municipale, Pacte 2000 est la réponse du gouvernement Bouchard aux municipalités.Les unions municipales ont demandé cette analyse de fond en 1997, au lendemain du transfert aux élus municipaux d\u2019une facture de 375 millions, soit la part des villes et des villages du Québec à l\u2019assainissement des finances publiques.Les municipalités réclamaient un examen de nouvelles sources de revenu ; elles ont reçu, en réalité, une douche d\u2019eau froide en raison de l\u2019étendue de l\u2019analyse, de sa vision large, voire exhaustive, concluant à la nécessité d\u2019une réforme aussi bien structurelle que fiscale.Constatant le surnombre de municipalités au Québec, 1348 dont 85% ont moins de 5000 habitants, et les iniquités fiscales existant entre elles, défavorisant surtout les villes-centres, le rapport Bédard suggère plusieurs scénarios basés sur 108 recommandations.La Commission pense que la région montréalaise doit passer de 111 municipalités à une vingtaine et file de Montréal, de 29 à trois ou cinq.A Québec, le régime minceur proposé ferait fondre de 43 à cinq le nombre de municipalités.La profusion de recommandations a, de toute évidence, su plaire à la ministre d\u2019Etat aux Affaires municipales et à la Métropole, Louise Harel, qui ne souhaite pas imposer une solution «mur à mur» aux municipalités québécoises.Elle dit militer en faveur d une « vision du destin commun de la ville centrale » en gardant en tête une gestion d'agglomération1 urbaine à l\u2019américaine.Le statu quo, a clairement laissé Québec et les municipalités Vie politique et sociale entendre Mme Hard plusieurs fois avant de plonger dans la rédaction de son livre blanc sur la «nécessaire réorganisation», n\u2019est surtout pas une option.Cette réorganisation passe par des fusions obligatoires de municipalités, estime le rapport Bédard.Les municipalités qui refuseraient de fusionner verraient certaines de leurs responsabilités passer aux mains d\u2019un nouveau palier gouvernemental, une instance régionale ou supramunicipale, dont les dirigeants seraient élus et posséderaient un pouvoir de taxation.Le territoire de ces nouveaux gouvernements pourrait être celui des MRC (Municipalités régionales de comté) ou des communautés urbaines actuelles.Responsabilités supramunicipales Les responsabilités correspondant au palier supramunicipal seraient transférées à la fois des municipalités et du gouvernement du Québec.Du secteur municipal, ces structures d\u2019agglomération obtiendraient les services policiers et de prévention des incendies, le transport en commun, la sécurité civile, le logement social, l'environnement, les cours municipales, le développement économique et les équipements à portée régionale.Du gouvernement québécois, les instances supramunicipales recevraient la voirie régionale, le transport ambulancier, les services d'emploi et de sécurité du revenu, le financement des CLD et les équipements relevant du gouvernement.Eventuellement, la gestion des commissions scolaires ainsi que des CLSC et des CHSLD (Centres d\u2019hébergement en soins de longue durée) serait également assurée par les gouvernements régionaux.Afin de procéder à cette restructuration du secteur local de manière équitable, le rapport Bédard suggère de nouvelles sources de revenus pour les municipalités, ainsi qu\u2019un rééquilibrage de l\u2019assiette fiscale locale et régionale.Estimant que le champ foncier québécois (taxes municipales et scolaires confondues) demeure largement inférieur à celui de l\u2019Ontario, la Commission Bédard pense que les municipalités peuvent faire plus et mieux sans alourdir démesurément le fardeau fiscal des contribuables et sans amoindrir la compétitivité nationale et internationale des villes situées à l\u2019est de l'Outaouais.En outre, la pertinence de nouveaux revenus peut sérieusement être envisagée, comme le partage par Québec de 20 % des recettes nettes de la TVQ et de 20% des recettes de redevances sur les ressources naturelles.Le gouvernement, pense la Commission Bédard, devrait également verser davantage de compensations servant d\u2019en-lieu de taxes aux municipalités qui, de leur côté, pourraient user de leur pouvoir de taxation avec plus de souplesse, variant les taux selon le type de propriété, par exemple.Les rôles d\u2019évaluation pourraient devenir triennaux et même être gelés sur le territoire de la CUM (Communauté urbaine de Montréal).Bref, le rapport Bédard préconise une véritable modernisation de la fiscalité et de la gestion municipales.Et pour assurer une pérennité aux modes de financement des municipalités, le document évoque également la possibilité de légiférer dans le but de limiter la rémunération des employés municipaux.En outre, l\u2019on reconnaît la nécessité de modifier l\u2019article 45 du Code du travail afin de permettre la sous-traitance au sein des appels d\u2019offres municipaux, un geste pouvant générer d\u2019importantes économies. Vie politique et sociale Québec et les municipalités Le renforcement des agglomérations L'analyse de la Commission Bédard découle de plusieurs autres études et commissions qui ont tenté, au cours des 20 dernières années, de stopper l\u2019étalement urbain, de décentraliser les pôles de décision et les services publics afm de les offrir à un meilleur coût en les rapprochant du citoyen, et de responsabiliser un palier gouvernemental maintes fois victime de guerre de clochers ou de mainmise de l\u2019État.Selon le vice-président de la Commission Bédard, le professeur de l\u2019INRS Jean Pierre Collin, également responsable du document intitulé La Politique de renforcement des agglomérations au Québec, le gouvernement doit baser la réforme sur le renforcement, non pas seulement de la métropole et de la capitale, ni uniquement des six villes-centres (Montréal, Québec, Trois-Rivières, Sherbrooke, Hull et Chicoutimi), mais de 30 agglomérations de 10 000 habitants et plus, comprenant les trois quarts de la population québécoise et 85% des emplois.Ces agglomérations représentent «le niveau pertinent où peut être menée une politique cohérente d\u2019aménagement du territoire, de développement local, de transport des personnes, de sécurité publique, d\u2019hygiène du milieu et de développement durable, etc, qui réponde vraiment aux enjeux et aux défis des régions urbaines grandes et moyennes.Une politique de renforcement des agglomérations est d\u2019autant plus attendue que c\u2019est à cette échelle que se concentrent plusieurs problèmes majeurs de notre société2».Les fusions municipales ne seraient pas obligatoires, aux yeux des universitaires qui ont travaillé avec le professeur Collin et dont le rapport a été produit en février 1999, mais elles devraient demeurer au centre de nouveaux et de nombreux incitatifs.L\u2019un des outils privilégiés pour le renforcement de l\u2019agglomération demeure un système de péréquation fiscale mis sur pied aux États-Unis et portant le nom de Tax Base Sharing (TBS).Une assiette fiscale régionale est dégagée à l\u2019aide d\u2019un pourcentage (généralement 40%) de la croissance de l\u2019évaluation foncière.Les fonds sont redistribués selon l\u2019importance démographique d\u2019une municipalité et ses capacités fiscales.Une telle politique pourrait emprunter un sentier étapiste en utilisant des projets pilotes, des médiateurs et divers forums territoriaux.« Il est indispensable que soit élaborée une politique québécoise spécifique à l\u2019égard du renforcement des agglomérations.Cette politique devra comporter trois éléments essentiels: un mécanisme interministériel responsable de l\u2019amélioration de la réforme et de la concertation des actions gouvernementales; une meilleure interaction au sein de chaque agglomération afin de concerter les différents acteurs, dont les principaux sont les municipalités ; un renouvellement des relations partenariales entre le palier provincial et les administrations locales3.» Les cas de Montréal et de Québec A cet égard, la relation tumultueuse entre le gouvernement du Québec et la ville de Montréal illustre depuis des années la complexité du partenariat à créer entre une métropole tentaculaire et le gouvernement du reste du Québec.Les gouvernements Parizeau puis Bouchard ont pourtant annoncé leurs couleurs très tôt en disant vouloir régler le problème montréalais.Après les ministres des Affaires municipales Québec et les municipalités Vie politique et sociale et de la Métropole, l\u2019ancien recteur abitibien Rémy Trudel, « l\u2019ami de Montréal », et le créateur de la CDM (Commission de développement de la métropole), le Laval-lois Serge Ménard, le gouvernement du Parti québécois a confié le délicat dossier à Louise Harel, une résidente de Montréal.Chose certaine, la ministre semble bel et bien déterminée à s\u2019attaquer au problème de la « métropole sans gouverne »4 et de la « capitale sans vision commune '5 afin d\u2019y apporter des solutions à long terme.Montréal et Québec constituent, pour des raisons différentes, des cas à part, selon les analystes.«La politique devra être conçue de manière à ménager des solutions adaptées aux cas particuliers de Québec et de Montréal.{.) Par leur rôle de Capitale et de Métropole bien sûr, mais surtout par la plus grande complexité institutionnelle qui les caractérise, le renforcement des RMR {région métropolitaine de recensement} de Québec et de Montréal commande des interventions singulières.Il faudra, par exemple, savoir tenir compte des dynamismes intra-métropolitains qui caractérisent ces deux régions urbaines.Il faudra aussi nécessairement revoir l\u2019ensemble de l\u2019organisation territoriale de l\u2019une et de l\u2019autre région métropolitaine6.» A Montréal, région qui comprendrait Laval, la rive-sud immédiate et une partie de Laurentides-Lanaudière, la fragmentation serait la source des problèmes financiers et politiques de la plus grande agglomération du Québec, faisant en sorte que la croissance métropolitaine manque d\u2019orientation.Le gouvernement devra donc tenir compte, dans son approche, des problèmes de gestion financière de la ville, de la diversité des services offerts selon le quartier ou la municipalité, de la désué- tude du milieux bâti, du rôle de la CUM (Communauté urbaine de Montréal), des équipements régionaux et nationaux, ainsi que des responsabilités socioéconomiques assumées par la ville-centre.À Québec, la problématique est d'un tout autre ordre.Les experts commencent par souligner le manque d'études sérieuses au sujet de la capitale.Cependant, la fragmentation touche aussi Québec et c\u2019est principalement son statut de capitale qui occasionnerait des coûts supplémentaires à la ville.Une vision commune devra là aussi être développée pour consolider le rôle de ville centrale jouée par Québec en tenant compte des responsabilités à partager avec les municipalités qui pourraient être fusionnées.Volonté politique La Commission Bédard et le rapport Collin prennent en compte, en fait, beaucoup plus que la sempiternelle solution des fusions pour aider à revoir la carte municipale québécoise.Au-delà d une réforme fiscale, les deux groupes ont offert au gouvernement un vade mecum pour la nécessaire réorganisation des structures municipales, souhaitée par tant de gouvernements auparavant, mais véritablement tentée par aucun.Ces analyses récentes ont pris la forme de fourre-tout où le gouvernement peut retrouver ce qui lui convient le mieux dans la confection d'une nouvelle carte municipale.«La Commission a la conviction qu\u2019il est nécessaire, pour le Québec, non seulement d\u2019ajuster et de rééquilibrer les sources de revenus du secteur local, mais aussi de procéder à une réforme importante des structures de la gouverne locale.Cette réforme institutionnelle apparait aux commissaires la seule façon de concilier les Vie politique et sociale Québec et les municipalités exigences parfois contradictoires de participation des citoyens, d\u2019équité, d'efficacité et d\u2019autonomie locale.Elle est indispensable pour que se réalise une réorganisation des responsabilités locales, accompagnée d\u2019une décentralisation complémentaire des responsabilités gouvernementales, de façon à ce que le secteur public québécois soit efficace et performant à tous les paliers7.» Dans le passé, la ministre Harel a pris l\u2019habitude de procéder à des réformes (Loi sur l\u2019équité salariale et Sécurité du revenu) étapistes afin de contourner les obstacles et les opposants.Elle aura ici aussi fort à faire avec une réforme municipale qui trouvera bien des maires et des syndicats locaux pour critiquer un aspect ou un autre et pour chanter les louanges du statu quo.Devant l\u2019éventail de choix offerts par les rapport en sa possession, elle pourrait toutefois opter pour un bouquet de mesures différentes selon les régions et les réalités locales.Des valeurs moins tangibles, moins mesurables viendront également influencer le débat : sentiment d\u2019appartenance des citoyens, degré d\u2019imputabilité des divers paliers gouvernementaux, responsabilisation des élus locaux, etc.Face au gouvernement, les maires et les unions municipales, même s\u2019ils ont plus que jamais leur petite idée à eux sur le pourquoi et le comment d'une importante réforme, reviennent bien vite à l\u2019argument du scénario du pire.Mieux vaut donc ne rien faire devant l\u2019énormité de la tâche.Afin de contourner ce problème d\u2019inertie qui a frappé plus d\u2019un ministre respon- sable des affaires municipales, la réflexion des spécialistes offre aussi une piste de solution.Le rapport Collin parle de trois révolutions : nombre, compétence et participation.S\u2019il est plus facile de faire admettre qu\u2019au nom de la rationalisation, il faut regrouper et diminuer le nombre d\u2019unités locales ; s\u2019il va d\u2019une même logique de dire que le rôle des paliers gouvernementaux devra de même être révisé selon les compétences de chacun ; il reste un troisième élément pour compléter ces deux révolutions, celle de la participation de la société civile à la vie municipale, en tout respect de la démocratie locale, c\u2019est-à-dire du rôle des élus locaux.« Elle prend la forme de la démocratie participative qui complète la démocratie représentative.Elle prend également la forme d\u2019une gestion publique-privée qui coexiste avec une gestion strictement publique ou strictement privée des biens et services fournis aux citoyens-contribuables-clients.Cette « révolution de la participation » n\u2019a pas, en théorie, ni à précéder, ni à suivre, les manifestations des deux autres «révolutions».Par ailleurs, il est permis de croire qu\u2019elle constitue une évolution qui complète bien une « révolution des compétences» parce que les responsabilités assumées par les autorités locales sont alors plus diversifiées, plus complexes, plus coûteuses, plus exigeantes et plus disponibles pour des formules novatrices de gestion*.Mario Cloutier est correspondant parlementaire du quotidien Le Devoir à Québec. Notes Québec et les municipalités Vie politique et sociale 1.\tDans La Politique de renforcement des agglomérations au Québec.Bilan et réflexion sur une stratégie d\u2019intervention.(Collin et ai, INRS, février 1999), l'agglomération est définie comme un groupement de municipalités formant un ensemble socioéconomique et délimité par le marché de l\u2019emploi.2.\tIbidem, p.50.3.\tIbidem, p.114.4.\tPacte 2000.Rapport de la Commission nationale sur les finances et la fiscalité locales, Denis Bédard et al., Gouvernement du Québec, avril 1999, p.188.5.\tIbidem, p.190.6.\tLa Politique de renforcement des agglomérations au Québec, p.117-118.7.\tPacte 2000, p.345-346.8.\tLa Politique de renforcement., p.54. LES RELATIONS INTERNATIONALES La doctrine Gérin-Lajoie ravivée BERNARD DESCÔTEAUX Reprise en main par Louise Beaudoin à qui le premier ministre Lucien Bouchard confie le ministère des Relations internationales, la diplomatie québécoise retrouve en 1999 son lustre d'antan.Le gouvernement multiplie les initiatives pour accentuer la présence du Québec à l\u2019étranger ainsi que dans les organisations internationales avec, parfois, l'appui amical de la France, mais sous le regard toujours méfiant du gouvernement canadien.Mise en veilleuse ces dernières années par un gouvernement préoccupé avant tout de restrictions budgétaires, la présence internationale du Québec redevient au cours de l\u2019automne 1998 une priorité du gouvernement Bouchard.De voir Ottawa tenter d\u2019exclure le Québec du débat sur la diversité culturelle convainc le premier ministre de la nécessité de redonner au ministère des Relations internationales une direction forte et de faire à nouveau de l\u2019action internationale du Québec une occasion d\u2019affirmation politique.Le Parti québécois reporté au pouvoir le 30 novembre 1998, Lucien Bouchard signale, au moment de composer son nouveau gouvernement, sa volonté de renouer avec l\u2019action internationale.11 choisit Louise Beaudoin pour occuper le siège de ministre des Relations internationales.Familière de ce ministère qu'elle a fréquenté à divers titres au cours de sa carrière, comme conseillère politique d\u2019abord, puis comme déléguée à Paris et enfin comme ministre une première fois en 1985, elle est aussi une politicienne rompue aux relations intergouvemementales canadiennes.C'est une ministre senior qui sera l\u2019un des fers de lance de l\u2019action politique de ce gouvernement.De graves lacunes Louise Beaudoin prend vite la mesure de l\u2019état de faiblesse dans lequel se trouve son ministère.Le premier signe lui était venu quelques semaines avant les élections lorsque le gouvernement français, par la voix de sa ministre de la Culture, confirme sa participation au Réseau des ministres de la Culture créé l\u2019été précédent par la ministre du Patrimoine canadien, Sheila Copps, qui avait alors refusé d\u2019y associer le Québec.La chose étonne car la France a toujours pratiqué une neutralité bienveillante, sinon agissante, chaque fois que le Québec a voulu prolonger sur le plan international Les relations internationales Vie politique et sociale les compétences qui lui sont clairement reconnues dans la Constitution.L'étonnement fera place à de la stupéfaction lorsque, à la mi-décembre, on entend le premier ministre Lionel Jospin, en visite officielle à Ottawa, reconnaître que le Canada est un allié important pour la France dans la bataille sur la diversité culturelle.Le chef du gouvernement français corrigera le tir quelques jours plus tard au terme de sa visite qu\u2019il conclut par un séjour au Québec.Louise Beaudoin comprend que son ministère a laissé se distendre les relations franco-québécoises et qu'il est temps de réagir.La doctrine Gérin-Lajoie La leçon que tire le gouvernement Bouchard de cet épisode est que le Québec doit élargir sa présence sur la scène internationale.Il ravive donc la doctrine Gérin-Lajoie qui sert de fondement à son action.Cette doctrine, qui avait été définie en 1965, est toujours d\u2019actualité.Ministre de l\u2019Éducation dans le gouvernement Lesage, mais aussi grand constitutionnaliste, Paul Gérin-Lajoie avait affirmé que la souveraineté du Québec s\u2019étend au domaine international où se prolongent les compétences particulières que lui reconnaît la Constitution canadienne.Il peut donc entretenir des relations avec d\u2019autres pays, conclure des ententes internationale et participer aux activités de certaines organisations internationales.Cette doctrine permit au Québec de faire une entrée remarquée dans la francophonie à la fin des années 60.Le gouvernement fédéral en a toujours contesté la portée en prétendant que le Canada doit parler d\u2019une seule voix sur la scène internationale.La diversité culturelle Le débat sur la diversité culturelle est une occasion que saisit le gouvernement québécois.Ses compétences constitutionnelles lui permettent, soutient-il, d\u2019intervenir dans tous les forums internationaux où se discute le droit des pays et des États à protéger par des mesures spéciales leur culture nationale.Avec la complicité d\u2019une France repentante qui a reconnu que le Québec devait avoir voix au chapitre, la ministre de la Culture, Agnès Maltais, est invitée à participer au mois de mars 99 à un forum international sur le développement et la culture qui se tient à Paris en marge d\u2019une réunion de la Banque interaméricaine de développement.Ottawa n\u2019apprécie pas, boycotte cette réunion et adresse des reproches publics au gouvernement français pour avoir invité le Québec à cette rencontre.S'il reconnaît à la France et au Québec le droit d\u2019entretenir des relations directes, le gouvernement de Jean Chrétien prévient que «cette pratique ne saurait cependant être élargie à tout autre contexte international sans l\u2019aval explicite du gouvernement canadien ».L\u2019incident a des allures de tempête dans un verre d\u2019eau, mais il est néanmoins significatif comme le montre la réaction fédérale.Le Québec ne laissera pas les choses s\u2019apaiser.Immédiatement, le premier ministre Bouchard, en visite officielle en Catalogne, établit officiellement la position du Québec.« Il est insensé et inconcevable que le gouvernement fédéral prétende parler pour le Québec dès lors qu'il est question de diversité culturelle.[.] La culture québécoise appartient aux Québécois, pas au gouvernement fédéral», déclare-t-il en souhaitant que les règles qui s\u2019appliquent à la francophonie s\u2019étendent, Vie politique et sociale Les relations internationales sous une forme ou une autre, à d\u2019autres organismes, tout particulièrement à l'Unesco.Certains de ses ministres évoqueront plus tard une participation à des forums et à des organismes à vocation économique comme l\u2019Organisation mondiale du commerce lorsqu\u2019ils traitent de questions touchant directement le Québec, comme dans le dossier de l\u2019amiante.La ministre Louise Beaudoin entend négocier avec Ottawa les modalités de la présence du Québec à ces organismes ainsi que « sa liberté de parole ».Le Québec marquera des points.Car, malgré ses protestations, au mois d\u2019avril, la ministre du Patrimoine canadien, celle-là même qui à l\u2019été 98 refusait d\u2019inviter la ministre québécoise de la Culture à participer à la rencontre du Réseau des ministres de la Culture autrement qu\u2019au sein de la délégation canadienne sans droit de parole, se ravise.En prévision de la réunion du réseau qui allait avoir lieu à Mexico, elle invite Agnès Maltais à se joindre à la délégation canadienne avec, cette fois, droit de parole.Ottawa ne peut résister à l\u2019argument québécois, mais il ne faut pas y voir un changement de cap de la part d\u2019Ottawa dont la méfiance envers le Québec international demeure totale.On put prendre la mesure de cette méfiance à l\u2019occasion des préparatifs de la mission commerciale québécoise au Mexique au mois de mai.L\u2019incident de Mexico Le premier ministre Bouchard avait prévu participer en janvier 1998 à la mission d\u2019Équipe Canada en Amérique latine dirigée par le premier ministre Chrétien.La crise du verglas l\u2019en empêche.Conscient de l\u2019importance de développer les relations commerciales et politiques avec les pays de cette zone, il met sur pied cette mission au Mexique qu\u2019il effectuera en compagnie d\u2019une délégation de 120 gens d affaires.Dans ce cadre, une rencontre avec le président Ernesto Zedillo va de soi, mais ne pourra se réaliser.Dans la préparation de cette mission, le ministère des Relations internationales demande au ministère des Affaires étrangères du Canada de transmettre, comme le veut le protocole, les demandes de rencontres avec des membres du gouvernement mexicain.Ottawa transmet les demandes de rencontres ministérielles, sauf en ce qui a trait à la présidence mexicaine.On fait valoir «qu\u2019il n\u2019est pas dans la pratique diplomatique pour les premiers ministres des provinces de rencontrer le chef d'Etat du Mexique».Le premier ministre Chrétien exprima le fond de sa pensée sur ce sujet en soulignant «qu\u2019on soit obligé de lui [M.Bouchard] organiser des entrevues avec des présidents de pays étrangers, je pense que ce n\u2019est pas notre rôle ».Tempête, encore une fois, dans un verre d\u2019eau, a-t-on fait valoir à Ottawa en soulignant que de toute façon le président Zedillo allait être absent de Mexico au moment du passage de M.Bouchard.Cela s\u2019est avéré puisqu'il visitait à ce moment la Californie où il rencontrait.le gouverneur de l\u2019Etat, Gary Davis.Le quotidien mexicain El Universal devait souligner l'ironie de la situation.Comme quoi la méfiance peut parfois faire perdre la raison.Le Québec tenait beaucoup à la réussite de cette mission.Le développement de relations avec les pays de l'Amérique latine prend une importance toute particulière avec la création prochaine de la Zone de libre-échange des Amériques.Aussi prépare-t-on de nouvelles missions commerciales et favorise-t-on les échanges à Les relations internationales Vi6 politique et sociale travers la Conférence parlementaire des Amériques (COPA) qui pourrait d'ici peu devenir une organisation permanente.La première rencontre de la COPA a eu lieu à Québec à l\u2019automne 1997 à l'instigation du président de l\u2019Assemblée nationale, Jean-Pierre Charbonneau.Les membres du Parlement canadien ont participé à cette première rencontre, mais boudent cette organisation depuis le début de 1999.Députés et sénateurs fédéraux ont choisi de favoriser plutôt la création d'une assemblée des parlementaires au sein de l\u2019Organisation des Etats américains qui \u2014 par un curieux hasard \u2014 n'admet pas dans ses rangs les États fédérés.Quel printemps ! La diffusion de la culture nationale à l\u2019étranger est un élément de la politique internationale de plusieurs pays et le Québec en a fait un outil privilégié pour développer sa présence internationale.Un grand coup a été réussi en France avec l\u2019événement connu sous le vocable du Printemps du Québec alors que la culture québécoise a été à l\u2019honneur partout en France au cours de cette saison.Paris, puis la province ont été envahis par une multitude d\u2019artistes de toutes sortes, écrivains, chanteurs, musiciens, danseurs, gens de théâtre, peintres et sculpteurs qui ont pu faire connaître leurs œuvres et à travers elles un Québec moderne, en rien folklorique (voir aussi l\u2019article de Marie-André Chouinard en page 396).Un tel événement avait un caractère exceptionnel puisque le gouvernement français réserve ces saisons culturelles à des pays et non à des provinces ou à des États.Il y avait dans cette invitation au Québec un geste politique auquel le gouvernement canadien n\u2019a pas manqué de réagir en faisant coïncider l\u2019inauguration du Printemps du Québec par le premier ministre Bouchard avec une visite du premier ministre du Nouveau-Brunswick , Camille Thériault, à son titre d\u2019hôte du sommet de la francophonie de Moncton.En soi, le Printemps du Québec n\u2019était en rien un événement politique.Il ne visait qu'à accroître la notoriété du Québec auprès du public français et à favoriser la multiplication des échanges.Échanges de produits culturels tout d\u2019abord, comme les livres publiés par les éditeurs québécois qui ont pu bénéficier d\u2019une présence massive au Salon du livre de Paris où le Québec était l\u2019invité d\u2019honneur.Puis échanges touristiques et commerciaux qui sont favorisés par la notoriété acquise.Au total, quelque 350 événements québécois ont eu lieu en France, orchestrés par une équipe dirigée par Robert Lepage qui disposait d\u2019un budget d\u2019à peine un peu plus de 10 millions.L\u2019expérience a été à ce point positive qu\u2019elle sera rééditée régulièrement.Le prochain rendez-vous est à New York en 2001.Dans cette ville, l\u2019événement disposera comme à Paris d'un budget d'une dizaine de millions, mais ne durera qu\u2019un mois.Lors d\u2019une visite à New York au mois d\u2019avril, le premier ministre Bouchard a obtenu l\u2019appui du gouverneur de l\u2019État de New York et du maire de la ville de New York à ce projet.Le Printemps du Québec suivant serait à Mexico.Et les États-Unis La relation qui existe entre le Québec et la France est avant tout politique.Dans le cas des États-Unis, elle n'est que commerciale.«L\u2019identité politique du Québec en Amérique du Nord, surtout dans l'environnement de l\u2019Aléna, ça n\u2019existe pas», notait dans Le Devoir le professeur Louis Bélanger Vie politique et sociale Les relations Internationales à la veille de cette visite du premier ministre Bouchard à New York.Le Québec ne peut s\u2019exprimer politiquement dans ce pays où la politique internationale est l'affaire du gouvernement central et le gouvernement québécois sait très bien que ses interventions à Washington doivent se faire sous le haut patronage du gouvernement canadien.Il y a, selon l'expression de Louise Beaudoin, un «verrouillage fédéral » qu'Ottawa aimerait bien d\u2019ailleurs exporter au Mexique.Le pouvoir aux États-Unis n'est pas qu\u2019à Washington, croit toutefois la nouvelle déléguée du Québec à New York, Diane Wilhelmy, qui est en poste depuis l'automne 98.Les États jouent un rôle de plus en plus important au plan économique.L\u2019économie se régionalise et il se crée des zones de solidarité entre voisins.Dans la bande nord-sud de l'est américain, les échanges entre le Québec et les États-Unis ont doublé en dix ans.Cette constatation oriente faction du Québec dans ce pays où, à défaut de miser sur le politique, on mise sur le commerce.Dans la zone des Amériques, le changement, il faut le constater, passe par l\u2019économie.Bernard Descôteaux est directeur du quotidien Le Devoir. L\u2019ÉDUCATION Une année mouvementée de plus MARC THIBAUDEAU L'année 1998-1999 aura été une période mouvementée de plus pour le monde de l'éducation, qui va de chambardement en chambardement.La place de la religion à l'école, le financement des universités et la publicité en milieu scolaire ont particulièrement retenu l'attention.L\u2019universitaire Jean-Pierre Proulx, qui présidait un groupe de travail mandaté pour se pencher sur la place de la religion à l'école, a lancé un débat de grande importance au printemps en déposant un rapport en faveur de la « laïcité ouverte ».Ce rapport propose de remplacer les cours réguliers d'enseignement religieux par un cours d'enseignement culturel des religions, qui doit permettre d'informer les élèves sur la diversité des traditions existantes tout en les préparant à vivre dans une société pluraliste.Ses auteurs recommandent de permettre aux parents d\u2019utiliser les locaux de l\u2019école pour prodiguer des cours d\u2019enseignement religieux à leurs enfants hors des heures de classe.Le statut confessionnel des écoles publiques devrait par ailleurs être retiré, indiquent-ils.M.Proulx juge que de telles modifications sont nécessaires pour favoriser en milieu scolaire l'égalité des droits et la liberté de conscience et de religion.Ces recommandations ont été reçues avec satisfaction par les tenants de l\u2019école laïque.Elles ont toutefois suscité une véritable levée de bouchers des associations de parents, tout particulièrement catholiques, qui bénéficient, à l\u2019instar des protestants, d\u2019un statut privilégié garanti par la Constitution du Canada L\u2019Assemblée des évêques a pour sa part salué la volonté des auteurs du rapport d\u2019assurer «l\u2019intégration sociale de tous».Elle a toutefois déclaré qu\u2019une laïcisation « totale et complète » du réseau scolaire ne tiendrait pas compte de l\u2019histoire et des traditions de la province, particulièrement en ce qui a trait à l\u2019importance de la religion catholique, et laisserait trop peu de place à la volonté des parents.Les évêques préconisent plutôt une approche « communautarienne » permettant aux groupes religieux, s\u2019ils sont suffisamment importants dans une région donnée, «de se doter d\u2019écoles et d'enseignements confessionnels tout en répondant aux exigences de ceux qui ne désirent aucun enseignement» de cette nature.Le gouvernement, qui avait remplacé en 1998 les commissions scolaires confes- Vie politique et sociale L'éducation Le 11 mai 1999, Lorraine Pagé annonce quelle quitte ses fonctions de présidente de la Centrale de l\u2019enseignement du Québec (CEQ), poste qu'elle occupait depuis 1988.Cette démission s'explique par sa mésaventure du 10 décembre 1998 : elle était alors interceptée par des gardiens de sécurité à sa sortie d\u2019un grand magasin de l\u2019est montréalais.Reconnue coupable le 30 avril en Cour municipale pour vol à l\u2019étalage, Lorraine Pagé, 51 ans, veut ainsi éviter que cet épisode ne nuise aux intérêts supérieurs de son syndicat, qui compte quelque 130 000 membres, dont une majorité d\u2019enseignants.C\u2019est vingt ans plus tôt, lorsqu\u2019elle réalise qu\u2019il n\u2019y a pas de congé de maternité pour l\u2019enseignante qu\u2019elle est, que Lorraine Pagé arrive au militantisme.Par la suite, tout s\u2019enchaîne rapidement.Elle sera d\u2019abord élue déléguée syndicale de son école.Puis, au début des années 80, elle se joindra au comité de la condition féminine de l\u2019Alliance des professeurs de Montréal.Elle montera les échelons de l\u2019organisme jusqu'à en occuper le poste de présidente en 1985 et accédera, trois ans plus tard, à la tête de la CEQ.Entre-temps, elle sera l\u2019une des premières à revendiquer des cours d\u2019éducation sexuelle et deviendra présidente d\u2019honneur d\u2019une maison d\u2019aide aux filles en difficulté.LE DÉPART INOPINÉ DE LORRAINE PAGÉ Marie-Claude Petit sionnelles par des commissions scolaires linguistiques, a déclaré d\u2019entrée de jeu qu\u2019il maintiendrait le statu quo pendant deux ans dans cet épineux dossier tandis que le débat suit son cours.Une commission parlementaire a parallèlement été lancée par le nouveau ministre de l'Education, François Legault, qui promet de choisir son camp dans ce dossier cette année de manière à ce que d\u2019éventuelles modifications législatives puissent être adoptées avant la fin du moratoire.M.Legault a suscité l\u2019irritation des partisans de la laïcisation en soulignant à quelques reprises l\u2019importance qu\u2019il attache à la recherche d\u2019une solution qui tienne compte de la volonté des parents.Un ministre inattendu L\u2019homme d'affaires, issu du monde du transport aérien, a créé toute une surprise en héritant de ce poste important lors de la formation du nouveau conseil des ministres, en février 1999, quelques mois après l\u2019élection provinciale.Sa nomination a suscité quelques appréhensions parmi les dirigeants syndicaux, qui soupçonnaient le gouvernement de vouloir asservir le réseau de l\u2019éducation aux impératifs des entreprises.Ces appréhensions ont rapidement été reléguées au second plan alors que s\u2019engageaient les pourparlers visant au renouvellement des conventions collectives des employés de la fonction publique.La Centrale de l'enseignement du Québec (CEQ), qui réclamait à l\u2019instar des au- L'éducation Vie politique et sociale Lorraine Pagé créera un rapprochement important avec la Fédération des travailleurs du Québec (FTQ), en signant, en 1995, un protocole de solidarité et un pacte de non-maraudage.Elle siégera également au conseil d'administration du Fonds de solidarité.L'ex-présidente, qui n\u2019a jamais craint de défendre ses convictions, fera aussi avancer plusieurs dossiers scolaires majeurs.La mise sur pied de programmes de lutte contre le décrochage scolaire en est un.Maintes fois, elle vilipendera les écoles internationales, car, soutient-elle, leurs élèves sont issus de milieux riches à qui il est indécent d\u2019accorder une attention particulière.Elle ne se démarquera guère d\u2019une certaine ligne «populiste» chère à sa centrale.En 1998, en commission parlementaire, elle combattait les nouvelles dispositions de la Loi sur l'instruction publique permettant aux écoles d'aller puiser de l\u2019argent dans les fonds privés de leur communauté.Le 29 mai, Monique Richard, vice-présidente de la CEQ depuis 1984, est élue sans opposition pour la remplacer.Elle arrive au moment où les négociations dans les secteurs public et parapublic sont amorcées et qu\u2019il est question d\u2019un règlement sur l\u2019équité salariale.Le 15 juin, Lorraine Pagé acceptait d'occuper le poste de directrice des communications de la CEQ.\u2022 très syndicats du front commun une hausse salariale de 11,5 % sur trois ans, soit 6,5 % de plus que ce qu'offrait le gouvernement, s'est lancée dans la bataille avec une nouvelle présidente, Monique Richard, à sa tête.Son prédécesseur, Lorraine Pagé, a présenté sa démission en mai après avoir été trouvée coupable du vol d\u2019une paire de gants de 50$ dans un centre commercial de l\u2019est de Montréal.Elle a porté sa cause en appel en Cour supérieure.La décision était toujours pendante lorsqu\u2019elle a été nommée directrice des communications de la centrale syndicale (voir en ces pages le portrait de Marie-Claude Petit).En novembre, les membres de la CEQ avaient déjà illustré leur détermination à bonifier leurs conditions salariales en par- ticipant massivement, durant la campagne électorale, à une journée de grève illégale en faveur de l'équité salariale.La centrale syndicale réclame 700 millions au gouvernement, qui a entrepris des démarches judiciaires contre les dirigeants syndicaux responsables du débrayage alors que les infirmières de la province s'apprêtaient à braver la loi de pareille façon.Contraintes budgétaires Cette année encore, l\u2019argent a constitué le nœud de la guerre dans le réseau de l\u2019éducation, qui a sérieusement pâti des compressions budgétaires imposées pour réduire à néant le déficit.L\u2019atteinte de cet objectif un an plus tôt que prévu a permis d\u2019ajouter une somme de 600 millions pour 1999-2000 qui doit H- ï 1 Vie politique et sociale L'éducation permettre d\u2019absorber la croissance des coûts de système des établissements et les hausses de salaire des enseignants.Une partie de la somme a aussi été utilisée pour éponger une fraction du déficit accumulé des universités, qui atteignait 300 millions.L\u2019effort du gouvernement a été jugé insuffisant par la quasi-totalité des institutions concernées.Les universités, en particulier, ont répété qu elles ne pourraient demeurer compétitives à l\u2019échelle de l\u2019Amérique du Nord sans une aide additionnelle.Leurs griefs ne semblent pas frivoles puisque les dépenses estimées de fonctionnement des universités de la province, en 1998-1999, étaient inférieures pour la première fois à celles de l\u2019ensemble des provinces du Canada, a révélé un rapport du ministère de l\u2019Education.Elles étaient plus précisément de 11 084 $ au Québec, alors que les universités de l\u2019Ontario, des provinces de l\u2019Atlantique et de l\u2019Ouest recevaient respectivement 11 525$, 11 169$ et 12 814$.Le ministre de l'Education, pour minimiser l\u2019importance de ces données, a fait valoir que « l\u2019effort relatif » du Québec dans ce domaine, soit le rapport entre les dépenses de fonctionnement et le PIB, demeurait supérieur à la moyenne nationale.Il ne cachait pas néanmoins son désir d'injecter des sommes additionnelles rapidement dans le réseau, notamment grâce au règlement du dossier des Bourses du millénaire, qui se faisait toujours attendre à l'été de 1999.La question financière promet d\u2019être de nouveau à l\u2019ordre du jour à l\u2019automne lorsque M.Legault présentera la nouvelle politique du gouvernement sur les universités, une idée lancée il y a deux ans par son prédécesseur, Pauline Marois, qui a depuis hérité du ministère de la Santé et des Services sociaux.Bien que la portée exacte de la politique reste à définir, le ministre a déjà précisé qu'il souhaite s'assurer que les subventions reflètent fidèlement la performance de ces institutions.Sommet de la jeunesse Le sort des universités, et du réseau de l\u2019éducation en général, sera également abordé lors du Sommet du Québec et de la jeunesse, qui doit se tenir en février 2000.Au lendemain de son élection, le premier ministre Lucien Bouchard avait fait grand cas de cette initiative.Des personnalités bien connues comme Gérald Larose, ex-dirigeant de la CSN, et Paule Leduc, rectrice de l'Université du Québec à Montréal, animeront avec des jeunes de renom les différents chantiers, qui porteront en priorité sur l\u2019emploi et la formation.Le ministre Legault, qui est responsable du sommet, espère que «cinq à dix» mesures favorisant «réellement» les jeunes seront retenues.Les dirigeants des cégeps ne seraient certes pas mécontents si le sommet se traduisait par une révision à la hausse de leurs subventions.Au lendemain du dépôt du budget, ils disaient avoir été laissés pour compte par le gouvernement.Vingt des établissements du réseau avaient d\u2019ailleurs déposé un budget déficitaire à l\u2019automne même si la loi l\u2019interdit.Plusieurs commissions scolaires promettaient de retenir la même approche en 1999-2000, faute de ressources.Des données provenant du ministère de l\u2019Éducation ont démontré que le niveau de financement dont ils disposaient en 1998-1999 par élève est sensiblement inférieur à la moyenne canadienne.Il se situe également en deçà de celui de l\u2019ensemble des États L'éducation Vie politique et sociale |££j américains, sauf le Mississippi, qui est l'un des plus pauvres.De la publicité dans les écoles La situation budgétaire des commissions scolaires n'est pas étrangère à la montée de la publicité dans les écoles, qui a retenu l'attention à plus d\u2019une reprise durant l'année.Le ministre de l\u2019Education est intervenu notamment pour interdire la diffusion quotidienne dans les salles de classe d'un bulletin de nouvelles comportant 2,5 minutes de publicité.La firme à l\u2019origine du projet offrait aux écoles participantes du matériel électronique valant des dizaines de milliers de dollars.M.Legault a promis de produire des balises à l\u2019attention des commissions scolaires de manière à éviter des initiatives pouvant mettre en péril la mission éducative de l\u2019école.En marge de leurs tracas budgétaires, les administrateurs devaient aussi affronter plusieurs problèmes découlant de la formation des commissions scolaires linguistiques.La réorganisation des parcs immobiliers a suscité beaucoup de maux de tête, particulièrement sur l\u2019île de Montréal.La Commission scolaire English-Montréal (CSEM), après avoir hérité de plusieurs écoles à moitié vides, a dû croiser le fer en Cour supérieure avec les parents de trois établissements qui devaient être fermés.Les tribunaux ont finalement penché en faveur des parents, plongeant du coup l\u2019organisme dans un complexe processus de réorganisation à quelques semaines seulement de la rentrée scolaire.La question de la répartition des écoles entre la Commission scolaire de Montréal et la CSEM a par ailleurs alimenté un féroce conflit au sein du Mouvement pour une école moderne et ouverte (MEMO), qui avait pris la tête de la plus importante commission scolaire francophone de la province en 1998, après un long séjour dans l'opposition.Cinq commissaires dissidents ont finalement quitté le parti pour former un «groupe d\u2019indépendants» qui, avec l\u2019appui du Regroupement scolaire confessionnel, chassé du pouvoir l'année précédente, a réussi à faire la pluie et le beau temps au conseil.La réforme des programmes Parallèlement à ces « altercations », les préparatifs continuaient au sein des commissions scolaires pour permettre l\u2019implantation de la réforme des programmes du primaire et du secondaire annoncée par Pauline Marois en septembre 1997.Ces préparatifs ne procédaient cependant pas à une vitesse suffisante aux yeux de son successeur, qui a décidé, peu après son entrée en poste, de retarder d\u2019une année l\u2019introduction du nouveau curriculum.M.Legault a précisé qu\u2019une telle mesure était nécessaire pour garantir que tous les nouveaux programmes soient au point et que les enseignants soient adéquatement formés pour les utiliser.L\u2019échéancier mis de l\u2019avant par le gouvernement ne sera pas chambardé en totalité pour autant puisque le ministre a promis que l\u2019ensemble des programmes seraient en place comme prévu en 2001 au primaire et en 2005 au secondaire.Le gouvernement a aussi décidé de réviser à la hausse la place qu\u2019il entend réserver aux sciences.La décision faisait suite à des critiques répétées de l\u2019Association des professeurs de sciences du Québec, qui a jugé ces corrections «insuffisantes».Le Conseil supérieur de l\u2019éducation avait également exprimé des inquiétudes |_!_U Vie politique et sociale L'éducation au sujet de la place des sciences.L\u2019organisme reprochait aussi au gouvernement de rehausser le nombre d\u2019heures d\u2019enseignement du français sans avoir cherché à explorer d\u2019autres façons d\u2019améliorer la maîtrise de cette matière cruciale.Ces critiques n\u2019ont pas eu d'écho au gouvernement, qui maintient le cap quant aux orientations fondamentales de la réforme.L\u2019objectif premier, faut-il le rappeler, est de replacer les matières de base au coeur de la formation académique.L\u2019insistance sera mise sur les cours de français, d\u2019histoire, d'anglais et de mathématiques au détriment, par exemple, de cours d\u2019économie familiale, d\u2019écologie et de formation personnelle et sociale, qui sont appelés à disparaître.La réforme vise également à favoriser l\u2019acquisition par les élèves de «compétences transversales».Ils devront ainsi apprendre à organiser leur travail, exercer leur mémoire et développer leur sens critique tout en se familiarisant avec 1 éducation interculturelle et l\u2019entrepreneurship.Le gouvernement préconise aussi une approche plus sévère en ce qui a trait à l\u2019usage du français.Peu importe la matière enseignée, les professeurs seront tenus de retirer des points pour les fautes d\u2019orthographe.Le nouveau ministre estime que les objectifs poursuivis font l\u2019objet d\u2019un « vaste consensus» au sein de la société québécoise.Marc Thibaudeau est journaliste au quotidien La Presse. LA SANTÉ La réforme change de guide ROCH CÔTÉ La question des services de santé n'a cessé d\u2019être au cœur de l\u2019actualité depuis un an.Elle tut l\u2019un des thèmes majeurs de la campagne électorale de novembre 98.Elle revint à la une des journaux avec la crise des urgences, le scandale des listes d\u2019attente en chirurgie et en radiothéraphie et enfin la grève des infirmières.Pour couronner le tout, un changement de titulaire.Pauline Marois dirige désormais ce ministère «tue-monde».Le 15 décembre 1998, le ministère de la Santé et des Service sociaux changeait de cap.Jean Rochon, qui avait mené ce navire sur des eaux rendues tumultueuses par le grand brassage de ses réformes, cédait la place à Pauline Marois, qui, elle, quittait à regret le ministère de l\u2019Éducation.En annonçant ce jour-là la formation de son nouveau cabinet, le premier ministre Bouchard démettait un ministre qu'il avait appuyé contre vents et marées mais qu'il ne lui était plus possible de garder au poste qu'il détenait depuis quatre ans.Jean Rochon en effet avait été réélu de justesse (39 voix de majorité) dans sa circonscription de Charlesbourg aux élections générales du 30 novembre.Le verdict de ses électeurs résonnait comme un écho de l'opinion générale : Jean Rochon était devenu un boulet pour le gouvernement Bouchard.Celui-ci devait tenir compte des nombreuses critiques soulevées par la transformation que son ministre avait imposée au système de santé.Jean Rochon n\u2019avait plus la crédibilité nécessaire pour achever sa réforme.Le choix de Pauline Marois marquait une volonté d'apaisement, un désir de rétablir un lien de confiance entre la population et les services de santé.Le personnel de ces services souhaitait aussi ce changement.Les années Rochon Jean Rochon avait-il tant démérité à la fin de son mandat à la tête du ministère de la Santé ?Certaines critiques sont allées très loin.Ainsi, le Protecteur du Citoyen, Daniel Jacoby, a-t-il déclaré en 1998 que le système québécois de santé, tel que transformé par Jean Rochon, avait régressé à l'état dans lequel il se trouvait dans les années 50.A cette époque, faut-il le rappeler, les hôpitaux étaient gérés par des communautés religieuses, il n\u2019y avait pas d\u2019assurance universelle et la perspective de la maladie constituait un cauchemar financier pour la plupart des gens. Vie politique et sociale La santé La poussière commençant à retomber après le passage de Jean Rochon, il est permis de dresser un bilan plus nuancé de la portée de ses réformes et des dysfonctionnements qu elles ont engendrés.Au moment où Jean Rochon est nommé par le premier ministre Jacques Parizeau, en 1994, à la tête du ministère de la Santé, un rapport signé du titulaire lui-même dort sur les tablettes du ministère depuis 1988.On l\u2019appelle le rapport Rochon.Il contient déjà les grandes lignes de la réforme qui sera appliquée à partir de 1995.11 s'agit en réalité de transformer de fond en comble les institutions de santé, de les adapter aux nouvelles réalités de la médecine.Depuis 1988, les ministres de la santé savent cette réforme nécessaire, mais n\u2019arrivent pas à l\u2019appliquer.Jean Rochon croit donc son heure venue lorsqu\u2019il hérite du ministère de la Santé.Sa réforme consiste à décloisonner les institutions, à créer des « réseaux de santé » dans le but d\u2019assurer une réelle complémentarité entre les établissements.L\u2019hôpital cesse d\u2019être le heu où l\u2019on s\u2019occupe de tout.Etant donné les progrès techniques de la médecine, la plupart des patients n\u2019ont plus besoin de séjours prolongés d\u2019hospitalisation.Les CLSC, les cliniques privées, les centres d\u2019accueil, voire les familles sont appelés à agir en complémentarité avec un hôpital qui ne garde plus que les cas lourds.11 s\u2019ensuit des fermetures et des fusions d\u2019hôpitaux, de même que des changements de vocation.Il doit s\u2019ensuivre aussi une transformation des établissements, comme les CLSC, appelés à assumer certaines fonctions dévolues auparavant aux hôpitaux.Le principe même de cette réforme n\u2019a jamais été sérieusement contesté.Le pré- décesseur de Jean Rochon au ministère de la Santé, et son adversaire politique, Marc-Yvan Côté, s\u2019était même réjoui de voir cette réforme enfin mise en œuvre.Les professionnels de la santé en ont aussi admis la nécessité.Il faut constater que cette réforme ne mettait pas en cause l'universalité des soins, quelle n\u2019impliquait aucune vague de privatisations ou de réduction des services.Les fermetures d\u2019hôpitaux \u2014 sept à Montréal seulement \u2014 n\u2019étaient pas une mesure d\u2019économie mais une nécessité qui avait pour but de rendre le réseau de la santé plus efficace et mieux adapté à la médecine contemporaine.Les problèmes sont venus d\u2019ailleurs.Les ratés de la réforme A quelques semaines des élections du 30 novembre, dans une interview au quotidien La Presse, un Jean Rochon en fin de parcours faisait un singulier aveu : la réforme de la santé était passée à un cheveu « d\u2019un dérapage majeur ».Son diagnostic, en 1999, est partagé par tous les observateurs: il était téméraire d\u2019entreprendre une réforme majeure des services de santé en imposant au ministère des restrictions budgétaires importantes.En même temps qu'il fermait des hôpitaux, le ministère devait s'assurer qu\u2019il pouvait investir dans les soins à domicile et ceux dits de première ligne.Il fallait l\u2019argent et le personnel nécessaires.Or, les deux ont manqué.«Je me suis senti coincé», a avoué Jean Rochon.Alors qu\u2019il aurait dû se consacrer avant tout à l\u2019accomplissement de sa réforme, il s est senti mobilisé malgré lui dans une opération budgétaire qui a primé sur tout le reste. La santé Vie politique et sociale JJJ] En mars 1998, le président du Conseil du trésor, Jacques Léonard, évaluait que les mesures d'économie à la santé s'élevaient à 2,3 milliards sur quatre ans, soit une moyenne annuelle de 600 millions sur un budget d\u2019environ 13 milliards.Pour pouvoir gérer cette décroissance et faire face à l'augmentation des coûts, le ministre a eu recours principalement à deux mesures : l'assurance-médicaments et les mises à la retraite anticipées.Entré en vigueur le 1er août 1996, le régime d\u2019assurance-médicaments s'adressait aux quelque 2,5 millions de Québécois qui ne possédaient aucune assurance de ce genre.Sur ce nombre, on comptait 1,5 million de personnes âgées et d\u2019assistés sociaux dont les médicaments étaient remboursés par l\u2019État.Avec le nouveau régime, tout le monde est mis à contribution.L'État comptait faire des économies de l'ordre de 250 millions par année avec ce régime.Non seulement n'a-t-il pas atteint son objectif mais il a attiré sur lui de vives critiques en supprimant la gratuité pour les plus démunis de la société.En juin 1999, la nouvelle ministre devait annoncer le retour à la gratuité pour près de 115 000 personnes au coût de 28 millions.Les véritables économies, le ministère de la Santé les réalisera en allégeant, plus qu\u2019il ne l\u2019avait prévu, ses effectifs.En offrant des retraites anticipées au personnel des établissements de santé, il verra partir plus de 15 000 personnes, le double de ce qu\u2019il prévoyait.Il s\u2019agit de médecins \u2014\tdont quelques centaines de spécialistes \u2014\tet d'infirmières d\u2019expérience.Cette saignée se fera cruellement sentir dans les services.Les Estes d\u2019attente vont s\u2019allonger pour les chirurgies dans certaines spécialités \u2014 chirurgie cardiaque, oncologie, ophtalmologie, entre autres \u2014 et le personnel va finir par s\u2019essouffler.Le climat va se détériorer dans le réseau de la santé à mesure que vont se faire sentir les conséquences des mesures d\u2019économie.Dans les médias et dans le public, la réforme Rochon deviendra \u2014 avec une bonne dose d\u2019injustice \u2014 synonyme de services engorgés, d\u2019urgences qui débordent, de personnel pressurisé, sinon en grève.Les journaux mettront au point la liste quotidienne des urgences à éviter sur le modèle des plages aux eaux douteuses.La grève illégale des infirmières au début de l\u2019été 1999 viendra illustrer de manière extrêmement forte le degré de rancœur accumulé chez ceux qui produisent les services.Le verdict des médecins Le 14 septembre 1998, le Collège des médecins du Québec rendait public son bilan sur la transformation du système de santé.Il commençait par noter les aspects positifs de ce qu\u2019il appelle «le virage technologique» et constatait qu\u2019il «fait plutôt des heureux parmi les malades ».La transformation du système s\u2019imposait, constatent les médecins, mais elle a été bousculée voire pervertie par l\u2019intensité des compressions budgétaires.Il notait que «le doute, sinon le découragement » s\u2019était accru parmi le personnel du réseau.Il soulignait que « l\u2019organisation des soins médicaux en dehors du milieu hospitalier, pour prendre la relève et soigner des malades jusque-là traités à l\u2019hôpital, présente des déficiences importantes ».Les médecins déploraient qu\u2019on n\u2019ait pas mieux apprécié la capacité des CLSC, des cabinets privés et des familles à prendre le Vie politique et sociale La santé relais des hôpitaux qui diminuaient le temps d\u2019hébergement des malades.Le rapport déplorait encore les mises à la retraite massives qui ont eu pour effet d\u2019aggraver la pénurie de médecins dans diverses disciplines, en particulier en anesthésie.Le Collège des médecins mettait le doigt sur les lacunes en matière d\u2019information.Les malades et les professionnels sont mal informés, se plaignaient les médecins : le ministre n\u2019a pas été assez clair sur la transformation du système, il a à peine consulté les médecins et il proclame que «tout va bien» au lieu de dire les choses telles qu\u2019elles sont.Et puis, pensent les médecins, on demande beaucoup aux malades.« En plus d'accepter leur maladie, ils doivent rapidement saisir en quoi consistent les soins ambulatoires, détenir une bonne connaissance des ressources externes disponibles, participer plus activement qu\u2019auparavant aux soins, obtenir la collaboration et la disponibilité de leur famille ou de leurs proches, s'assurer de pouvoir joindre leur médecin de famille (lorsqu\u2019ils peuvent en avoir un !) ou faire confiance à un médecin qu\u2019ils ne verront peut-être que quelques minutes, avoir les moyens nécessaires pour payer des biens et des services jusque-là couverts par les services hospitaliers.» Enfin, le rapport du Collège notait tout de même que les malades devant être hospitalisés d\u2019urgence n\u2019avaient globalement pas souffert de la transformation des services ; il soulignait encore que les malades qui ont pu profiter de soins à domicile là où des programmes ont été mis sur pied (comme en antibiothérapie) sont d\u2019avis que la qualité des soins s'est améliorée.Ce rapport a pris une portée inattendue le lendemain même de sa publication car le ministre Rochon, à la surprise générale, a affirmé partager toutes les critiques qu\u2019il contenait.Le mea-culpa du ministre tranchait avec son attitude habituelle qui consistait plutôt à dire, comme le lui reprochaient les médecins, que tout allait bien et que la réforme ne connaissait pas de ratés importants.Ce jour-là, le ministre admettait que «l\u2019opération de réorganisation [des services de santé] a été complètement obnubilée et mise en péril par l\u2019opération budgétaire ».Mais, se consolait-il, les médecins admettaient que la transformation des services de santé était une nécessité.Bureaucratisation et immobilisme Si tout le monde s\u2019accorde à dire que les restrictions budgétaires ont nui à la réforme Rochon, moins nombreux sont ceux qui mettent le doigt sur un autre problème \u2014 plus durable \u2014 mis au jour par les difficultés des réformes, à savoir la lourdeur et la bureaucratisation de l\u2019administration.La transformation du rôle des hôpitaux et des CLSC exigeait de leur part une capacité d\u2019adaptation qui a souvent fait défaut.Quand ce n\u2019est pas l\u2019administration qui est coincée par des conventions collectives et des ententes uniformes appliquées à l'ensemble du Québec, ce sont les professions elles-mêmes qui résistent au changement.Le cas du Centre hospitalier de l\u2019Université de Montréal (CHUM) en est un bel exemple.Prévu depuis plusieurs années, officiellement créé le 24 septembre 1996, ce centre ne fonctionnait toujours pas à l\u2019été de 1999.Les querelles de médecins, entre autres, l'ont longtemps paralysé.Les commentateurs ont fait valoir que les mises à la retraite massives, faites avec l\u2019accord des syndicats, étaient le résultat La santé Vie politique et sociale des lacunes profondes de l'administration du système de santé.Comment a-t-on fait pour ne pas voir venir les problèmes, pour ne pas tenir compte d\u2019un fait aussi évident que le vieillissement de la population ?« Le symbole de cette bureaucratie aveugle et isolée, écrivait Alain Dubuc dans La Presse du 13 février 1999, ce sont les départs volontaires massifs qui ont décimé le réseau».Dans Le Devoir du 10 février, cette fois à propos des urgences, Jean-Robert Sansfaçon parlait d\u2019un «système de santé géré d\u2019en haut et incapable de s\u2019adapter aux besoins ».Le cas des urgences est le signe le plus dramatique et le plus visible des dysfonctionnements du système.Chaque ministre qui passe prend la ferme résolution d\u2019apporter une solution définitive à ce problème récurrent.Mais chaque hiver, en particulier les mois de janvier et février, voit se répéter les scènes de patients entassés pendant des jours dans des corridors d'urgences, A chaque fois, le ministre de la Santé y va de fonds spéciaux pour ouvrir des lits ou négocier, sous la pression, de nouvelles ententes avec des groupes de professionnels.La solution vient toujours d\u2019en haut, comme si le cas de 20 patients de trop dans une urgence de Montréal relevait naturellement du cabinet du ministre.Faisant un retour remarqué sur la scène publique, le créateur du régime d'assu-rance-santé (1972), Claude Castonguay, soulignait, dans des interventions au cours de l\u2019année écoulée, que le système de santé souffrait de bureaucratisation et de réglementation excessive.Dans une opinion publiée dans La Presse du 3 mars 1999, où il discutait de la pertinence de ce qu\u2019on a appelé «le modèle québécois», M.Castonguay écrivait que «l\u2019élimination de toute concurrence en santé et en éducation, la centralisation excessive et les politiques de nivellement sous la pression des syndicats ont eu des conséquences très négatives sur la qualité des services.» Dans une autre intervention, publiée le 27 avril, il préconisait pour le système de santé, entre autres mesures, une décentralisation réelle donnant plus de pouvoir aux établissements, une simplification des structures administratives et un encouragement financier à la performance.Il encourage la nouvelle ministre à créer «un réseau de véritables cliniques médicales » \u2014 différentes des cliniques et cabinets actuels \u2014 pour assurer les soins de première ligne et les soins à domicile.Les chantiers de Pauline Marois En prenant charge du ministère de la Santé, Pauline Marois héritait donc de pots à recoller, d\u2019une réforme à compléter, de débats annoncés \u2014 comme celui sur le rôle du privé \u2014 et de promesses budgétaires.Après six mois de règne, elle avait déjà fait face à quelques crises majeures.A peine avait-elle commencé à faire ses marques dans son ministère que la crise annuelle des urgences réclamait brutalement son attention au mois de janvier 1999.Un an auparavant, à la même époque, devant la même crise, le ministre Rochon avait mis au point un plan d\u2019action visant une «solution permanente».Pauline Marois aura recours aux mêmes solutions cataplasmes que son prédécesseur, en attendant une solution permanente: l\u2019injection d\u2019une vingtaine de millions et le transfert de clientèle vers des ressources alternatives.Elle réussira à calmer le jeu mais en se promettant bien de foire « une analyse un petit peu plus fine » de la crise récurrente des urgences et de trouver une Vie politique et sociale La santé vraie solution permanente.Voilà donc le premier chantier qui s\u2019est imposé à la ministre.Au mois de mai, la ministre héritait d'un problème issu directement des erreurs de planification de son ministère : le cas de près de 300 patients atteints du cancer et que les services de santé étaient incapables de traiter à temps.Les journaux ont fait état de traitements reportés de 19, voire de 21 semaines, dans les cas de cancers du sein et de la prostate.La cause : le Québec ne compte plus qu\u2019une quarantaine de radiooncologues, soit, selon les spécialistes, 25 de moins que le nombre requis.En 1998, le ministère de la Santé décidait d'ouvrir cinq nouveaux postes par année durant cinq ans, dans cette spécialité.De toute urgence, la ministre a dû annoncer quatre mesures : l\u2019achat d\u2019appareils de traitement, la révision de la rémunération des radioonconlogues, un appel à des radiooncologues de l\u2019étranger, et enfin, mesure la plus spectaculaire, l\u2019envoi des patients québécois dans des centres de traitement américains.Un autre chantier s\u2019ouvrait là pour la ministre : revoir la façon dont son ministère prévoit l'évolution de la santé publique et les mesures à prendre en conséquence.La grève des infirmières Après les urgences et la radiooncologie, la nouvelle ministre allait connaître la crise la plus intense à secouer les services de santé depuis plusieurs années: la grève des infirmières du début de l\u2019été 1999.Au mois de juin, la convention collective des 47 500 membres de la FIIQ (Fédération des infirmières et infirmiers du Québec), est échue depuis un an.Invo- quant le refus de négocier du gouvernement sur des points majeurs comme la précarité d\u2019emploi, l\u2019instabilité des horaires, le fardeau de la tâche, la FIIQ décide de tenir deux jours de grève illégale les 15 et 17 juin.La reprise des négociations le 18 juin permet un certain déblocage : des ententes sont signées sur l\u2019affichage de 4200 postes non comblés, sur la création de 1500 postes réguliers et sur la façon de mieux évaluer le fardeau des tâches.Pour les salaires, le gouvernement s\u2019en tient aux 5% sur trois ans, qui est la norme pour tout le secteur public, et offre de poursuivre l\u2019analyse pour déterminer si les infirmières devraient recevoir davantage au nom de l'équité salanale.Fin juin, selon le gouvernement, quatorze points restaient à régler dont douze étaient sur le point de l\u2019être dans les négociations.Malgré les progrès, la FIIQ, insatisfaite, déclenche une grève générale illimitée \u2014 et illégale \u2014 le 26 juin, réclamant des augmentations de salaire de 15 % sur trois ans.La revendication salariale devenait un enjeu majeur du conflit.Le gouvernement, le regard tourné vers les négociations qui l'attendaient à l\u2019automne avec ses autres employés du secteur public, refusait d'aller au delà de sa norme de 5 %.La grève ne prendra fin que le 24 juillet suivant, 22 jours après l\u2019adoption d'une loi spéciale ordonnant le retour au travail et imposant de lourdes amendes aux syndicats en cas d\u2019infraction.Les infirmières sont retournées au travail sans gains réels, divisées sur la pertinence de leurs moyens d'action.Cette grève fut aussi d\u2019une certaine façon une crise politique, car les infirmières invoquaient, dans leur lutte, un authentique soutien populaire.Le public La santé Vie politique et sociale leur affichait ostensiblement son appui, ce qui fut aussi interprété comme une manifestation populaire de ras-le-bol contre les ratages de l'ère Rochon, encore frais dans les mémoires.Dans les médias, après une première période de sympathie, la grève des infirmières fut finalement jugée comme abusive, disproportionnée, préjudiciable aux malades et même « stupide » aux yeux de l'éditorialiste de La Presse.Les nouvelles orientations Au delà des crises, la nouvelle ministre de la Santé a annoncé certaines orientations qui marqueront son mandat.D\u2019abord, elle va compléter la réforme de son prédécesseur.«Avec des ajustements», a-t-elle précisé, mais en en respectant les fondements.Ensuite avec les crédits supplémentaires de 1,75 milliard que son ministère a reçu dans le budget de mars 1999, elle va pouvoir accomplir ce que son prédécesseur ne pouvait plus fane : investir dans les services de santé.Après avoir effacé la dette de 700 millions accumulée par les hôpitaux, elle va investir dans les urgences, l'accès aux services en chirurgie et l\u2019accessibilité accrue des soins à domicile.Un pan important de la réforme Rochon va enfin voir le jour : la création de centres ambulatoires, qui devraient permettre de désengorger les urgences d\u2019hôpitaux.Une attention particulière sera portée aux jeunes en détresse, pour combattre le fléau du suicide.Vingt-sept millions seront investis dans les services offerts dans les centres jeunesse et dans les domaines de la lutte contre l'alcoolisme et la toxicomanie.Dans ses prévisions d'investissements, la ministre estimait en mars qu'elle allait créer environ 2250 postes dans le réseau de la santé.Les années de compressions seraient donc bien terminées.La ministre poursuivra la politique d\u2019implantation des centres hospitaliers universitaires et a déjà pris en main le cas particulier de celui de l'Université Montréal, paralysé par les querelles internes.« Il y aura un CHUM de haut niveau à Montréal », a-t-elle promis.Cette reprise en main des destinées du CHUM n\u2019est pas un geste isolé, car dans les nouvelles orientations de la ministre, il n\u2019est pas question de pousser davantage vers la régionalisation.Au contraire, elle a annoncé que son ministère allait être plus ferme vis-à-vis des Régies régionales, quant à certaines orientations.Elle dit vouloir s\u2019assurer que la population ait droit aux mêmes services où qu\u2019elle se trouve sur le territoire.Enfin, la question de la place du privé dans les services de santé refera surface au cours de la prochaine année.Dans un de ses derniers gestes comme ministre de la Santé, Jean Rochon a confié à l\u2019automne de 1998 un mandat sur cette question à un comité présidé par Roland Arpin.Ce comité doit proposer des partenariats entre le public et le privé dans le réseau de la santé.La question pourrait surgir à propos de la création d\u2019un réseau de cliniques de première ligne, comme le suggère l\u2019ancien ministre Claude Castonguay.Après des premiers mois turbulents, la nouvelle ministre devrait pouvoir, en entamant sa deuxième année, imprimer à ce ministère difficile sa marque personnelle et sans doute hériter un peu des bénéfices d\u2019une réforme que son prédécesseur n\u2019aura pas eu la possibilité de terminer.Roch Côté est journaliste indépendant. LA JUSTICE Délateurs, policiers et juges.sous examen YVES BOISVERT L\u2019usage des délateurs continue de soulever des questions dans les milieux judiciaires, surtout à la suite du procès très médiatisé de Maurice Boucher, leader présumé des Hells Angels.L\u2019année judicaire a aussi été marquée par le rapport Poitras qui propose des réformes susceptibles de changer en profondeur la composition et le fonctionnement de la Sûreté du Québec.L\u2019arrestation, en décembre 1997, du leader présumé du groupe de motards Hells Angels, Maurice « Mom » Boucher, fat le coup de filet le plus spectaculaire de l\u2019escouade policière d\u2019élite « Carcajou », formée d'enquêteurs de la Sûreté du Québec, de la Gendarmerie Royale du Canada et du service de police de la Communauté urbaine de Montréal.L'acquittement du même Boucher, 11 mois plus tard, en plus de relancer le débat sur l\u2019utilisation des délateurs, a fait voir au public la grosseur des trous entre les mailles dudit filet.Boucher a été accusé du meurtre prémédité des gardiens de prison Diane Lavigne et Pierre Rondeau, assassinés en juin et septembre de la même année.Il aurait commandé ces meurtres, aussi gratuits que terrifiants, pour «déstabiliser» l\u2019appareil carcéral et judiciaire, a affirmé le ministère public.C\u2019est grâce à l\u2019arrestation d'un des exécutants de ces assassinats que Carcajou allait épingler Boucher.Stéphane « Godasse » Gagné, une jeune recrue ambitieuse de l'organisation des Hells, s'est avoué coupable du meurtre de Mme Lavigne.Il a dit en outre avoir accompagné le meurtrier de M.Rondeau et tenté d\u2019assassiner son compagnon de travail.Pour sa collaboration, Gagné a obtenu de ne plaider coupable qu\u2019à un seul meurtre et une tentative de meurtre, même si, légalement, en participant au meurtre de M.Rondeau il était «aussi coupable» que celui qui l\u2019a abattu.Il est condamné à l\u2019emprisonnement à vie sans possibilité de libération conditionnelle avant 25 ans, mais il lui est permis de demander une révision à un jury après 15 ans.Avec deux meurtres sur le dos, cela eut été impossible.Il est très rare que l\u2019on arrête le dirigeant d\u2019une organisation criminelle d\u2019envergure.Les professionnels du crime ont une panoplie de moyens, techniques et juridiques, pour éviter que l\u2019on ne remonte jusqu\u2019à leur niveau dans la pyramide.C\u2019est donc avec grand renfort de publicité qu\u2019on a annoncé cette arrestation. La justice Vie politique et sociale Boucher a été confiné à l'isolement complet dans une immense aile déserte de la prison pour femmes Tanguay à Montréal, aménagée spécialement pour lui à grands frais.Le danger que fait peser son groupe sur le système judiciaire et carcéral l\u2019exigeait, selon les autorités.Un témoignage insuffisant Après 11 mois de détention, le procès s\u2019est instruit devant jury au palais de justice de Montréal, sous la présidence rigoriste du juge Jean-Guy Boilard.Gagné, témoin principal pour ne pas dire unique, devait permettre de prouver que Boucher avait commandé les crimes.Mais, au bas de la pyramide hiérarchique.Gagné n\u2019a pas reçu directement d\u2019ordres de Boucher.Seulement \u2014 s\u2019il dit vrai \u2014 des félicitations et quelques phrases allusives.Les deux complices de Gagné, qui auraient reçu les ordres directement, ne le confirmeront pas: l\u2019un a été assassiné, l\u2019autre est «disparu» depuis décembre 1997.Le témoignage de Gagné n'était pas appuyé par une preuve indépendante et, comme plusieurs s\u2019y attendaient, Boucher a été acquitté par le jury.Un certain scandale public a suivi.Les uns déplorant que les bonzes du crime organisé « s\u2019en sortent toujours en se payant les meilleurs avocats», les autres affirmant que les délateurs sont tellement criminalisés qu\u2019ils ne peuvent être crus par un jury de gens « ordinaires », en plus de compromettre moralement l\u2019État qui s\u2019abaisse à marchander leur témoignage.En fait, tant les policiers que les responsables du bureau du procureur général savaient la partie difficile à remporter, en l\u2019absence d\u2019une corroboration au témoignage de Gagné.Il est évident, même si la cause a été inscrite en appel, que des consi- dérations stratégiques ont joué dans la décision d\u2019arrêter tout de même Boucher : mettre hors circuit le « chef guerrier » des Hells, comme on l a décrit, pendant presque un an, était déjà une sorte de gain.La Couronne a dit de son côté que pour des crimes aussi graves, on avait l\u2019obligation morale de soumettre la preuve recueillie, même fragile, à un jury.D\u2019autres procès de motards ont fini de la même façon ces dernières années.Est-ce la fin de l\u2019utilisation des délateurs?Bien sûr que non, et il s\u2019en faut de beaucoup.L\u2019affaire du juge Flahiff Une autre affaire, commencée en même temps que le procès Boucher, l\u2019a démontré.Paul Larue, un trafiquant de cocaïne repenti, a fait condamner non pas un motaid mais un juge de la Cour supérieure, Robert Flahiff, pour des actes de blanchiment d'argent commis quand il était l\u2019avocat de Larue.Ce dernier était corroboré sur les éléments essentiels par une preuve abondante recueillie avec minutie par la GRC.Le juge Serge Boisvert a exprimé des doutes sur la fiabilité de Larue, mais la preuve indépendante comblait ces lacunes.Moralité?Il n\u2019est certainement pas dans les plans du procureur général, tant à Ottawa qu\u2019à Québec, de renoncer aux délateurs pour attaquer le crime organisé.Malgré les acquittements spectaculaires dans des dossiers majeurs, un grand nombre de condamnations et d\u2019aveux de culpabilité ont été obtenus grâce à eux en marge de la guerre des motards.Cela permet à Québec de dire que la seule existence des délateurs déstabilise les motards.Qualifiés de «mal nécessaire» par le rapport Guérin (1992), les délateurs sont le seul moyen bien souvent de percer une organisation criminelle où les promotions Vie politique et sociale La justice sont reliées à la perpétration de crimes graves.Leur utilisation doit être raisonnée, accompagnée d\u2019ententes publiques signées par un comité gouvernemental indépendant et leur témoignage appuyé par une corroboration sérieuse, disait le groupe de travail.Si ces préceptes étaient suivis à la lettre, peut-être certaines arrestations très médiatiques auraient-elles été repoussées ou carrément annulées.Les déceptions et désillusions publiques qui suivent des acquittements tout aussi sensationnels seraient également moins nombreuses.Parallèlement, l'offensive menée pour saisir les « produits de la criminalité », c'est-à-dire les biens obtenus par les bandes de motards avec les profits de leurs crimes, commence à rapporter.Québec a saisi pour plusieurs millions de propriétés, véhicules, bijoux, etc.Le chef des Rock Machine, Giovanni Cazzetta, et des complices, se sont faits condamner en juin 1999 au terme d\u2019un long procès pour possession de biens obtenus avec de l\u2019argent blanchi.D\u2019autres suivront.L\u2019appropriation par l\u2019Etat de ces biens est censée éponger une partie des frais engagés dans cette lutte.Mais il faudra attendre les bilans, car plusieurs maisons, « repaires » et autres ne trouvent pas preneur facilement.En attendant, malgré tous les communiqués policiers enthousiastes, la guerre que se livrent Hells Angels et Rock Machine pour le contrôle du trafic de la drogue au Québec continue à faire des morts.La police en dénombrait 115 l\u2019été dernier, plus 137 tentatives de meurtre, après cinq ans d\u2019hostilités.Une éventuelle accalmie ne viendra probablement pas d\u2019une hypothétique «vicoire» policière sur le crime, mais plus probablement de l\u2019hégémonie « finale » d'un des groupes.La SQ au peigne fin Notre « police nationale », au fait, a bien du ménage à faire à la maison entre deux visites dans les bunkers de motards.Après deux ans de travaux, la Commission d enquête sur la Sûreté du Québec, présidée par le juge à la retraite Lawrence Poitras, a rendu un rapport en forme de coup de poing sur deux grands aspects de la SQ : les enquêtes criminelles et les enquêtes internes.La commission a été commandée par Québec à la suite de l\u2019avortement du procès du clan Matticks, un groupe de sept personnes accusées d\u2019avoir importé la plus grande quantité de haschisch jamais saisie au Canada (26,5 tonnes).La juge Micheline Corbeil-Laramée avait mis fin au procès et libéré les accusés, convaincue que les enquêteurs de la SQ avaient fabriqué de fausses preuves pour améliorer leur cause et s\u2019étaient parjurés ensuite pour camoufler leur crime, bafouant ainsi irrémédiablement l\u2019équité du procès.Deux escouades, le Service de répression du banditisme et l\u2019escouade du crime organisé, étaient impliquées dans cette affaire.L\u2019enquête interne sur l\u2019affaire Matticks a fait face à divers blocages, tant auprès du syndicat que de la direction, peu enthousiaste à faire la lumière apparemment.Quatre policiers ont tout de même été accusés de divers crimes dans le cadre de l\u2019enquête Matticks, puis acquittés par un jury.On a alors appris toutes le difficultés rencontrées par les enquêteurs internes.Cela s\u2019ajoutait à de nombreuses allégations, entre autres celles de l\u2019ex-policier Gaétan Rivest, qui a confessé avoir battu plusieurs témoins et régulièrement menti en cour pour aider à condamner des gens.C est dans ce contexte que le gouvernement, pressé de toutes parts, a ordonné avec peu d\u2019enthousiasme la mise sur pied La justice Vie politique et sociale de la commission Poitras \u2014 après l\u2019avortement d\u2019une enquête « privée » \u2014 qui allait entraîner des coûts dans les 20 millions.Elle a fourni du matériel de réflexion sur la police en général et la SQ en particulier pour toute une génération.Après une étude approfondie du fonctionnement de la SQ en matière de crimes majeurs (banditisme, crime organisé, crime contre la personne, etc.) et d'enquêtes internes, la commission conclut que ce corps de police souffre de grave incompétence.Ses méthodes sont désuètes et son sens de l\u2019éthique douteux.« Culture de la déviance » La commission pointe le doigt non seulement sur les méthodes brouillonnes des dirigeants mais aussi sur les résistances du syndicat, la puissante Association des policiers provinciaux du Québec (APPQ), qui regroupe les quelque 4500 policiers de la SQ.Les promotions sont faites en fonction de l\u2019ancienneté plus que de la compétence ; la formation laisse à désirer ; et la rigueur est absente de ces groupes où l\u2019on devrait retrouver l\u2019élite policière.La commission parle carrément d\u2019une « culture de la déviance » qui encourage ou tolère la commission d\u2019accrocs à la déontologie et même de crimes sous prétexte de lutter contre le crime.Les enquêtes internes passeront ensuite l\u2019éponge ou feront face à de telles résistances que leur travail sera entravé.La commission recommandait quelque 200 changements profonds dans l\u2019organisation de la SQ.Entre autres, la formation d\u2019un «comité de contrôle permanent», composé de civils, chien de garde de la compétence et de l\u2019intégrité du corps policier.Une réforme majeure des enquêtes internes est également recommandée.Les meilleurs éléments y seraient affectés et le droit au silence des policiers serait aboli aux fins des enquêtes déontologiques.La formation des policiers devrait être améliorée et, en 2007, seuls les diplômés universitaires auraient accès aux postes d\u2019enquêteurs, suggère-t-on.L\u2019embauche de policiers d\u2019autres corps est proposée et l\u2019inspection régulière externe recommandée.Les «droits acquis» syndicaux sont fortement remis en question, notamment la priorité donnée à l\u2019ancienneté pour les promotions.Le ministre de la Sécurité publique Serge Ménard a réagi favorablement au rapport dès sa publication en janvier.A quand les réformes ?Son ministère planche sur différentes pistes, y compris ce fameux comité de surveillance.La SQ, elle, a ébauché un plan de relance qui coûterait au bas mot 65 millions et comporterait environ 200 embauches extérieures chez les enquêteurs, de quoi contribuer à modifier la « culture » interne.Le directeur de la SQ, Florent Gagné, propose d\u2019embaucher une cinquantaine d\u2019officiers diplômés universitaires, autant provenant d\u2019autres corps de police et, au total, de moderniser les méthodes d\u2019enquête par divers moyens.L\u2019APPQ, qui se préparait en même temps à des négociations musclées concernant sa convention collective, a fait savoir son opposition au projet dès qu\u2019il a été connu, en juin.Bref, on attend les premiers coups de balai du grand ménage promis.Crimes et châtiments L\u2019affaire Gilbert Rozon, ce producteur et imprésario, roi du marché de l\u2019humour au Québec, illustre le choc des philosophies pénales qui s\u2019affrontent au pays. |iri Vie politique et sociale La justice Rozon, qui s\u2019est avoué coupable d'une agression sexuelle mineure (des attouchements à la poitrine), avait d\u2019abord été condamné à une amende, puis obtint une «absolution inconditionnelle» en appel.Cela n'annule pas la condamnation criminelle mais efface tout dossier judiciaire.Pour un homme d\u2019affaires qui doit se déplacer souvent, notamment aux États-Unis, c'est un avantage réel.Plusieurs ont crié au privilège, mais de fait, cette mesure, mal connue, est utilisée quotidiennement pour de purs inconnus quand les conséquences d'une condamnation risquent d\u2019être disproportionnées par rapport à la gravité du crime \u2014 par exemple un étudiant étranger pris pour un vol à l'étalage qui risquerait l\u2019expulsion en cas d\u2019amende.Malgré tout, pour plusieurs, «une agression sexuelle est une agression sexuelle » et cette absolution venait banaliser un crime sérieux \u2014 qui recouvre une vaste gamme de gestes, cependant.La science de la pénologie est bien incertaine.Doit-on insister davantage sur la réhabilitation, par une peine clémente, ou la dénonciation du crime, par une punition exemplaire ?La question se pose dans chaque cas.Mais depuis l\u2019entrée en vigueur de la notion de peine de prison «avec sursis», c\u2019est-à-dire purgées «dans la collectivité» \u2014 la liberté à domicile avec conditions restrictives \u2014, le débat est plus vif que jamais.On note d\u2019abord que les prisons canadiennes sont pleines.Le Canada avait jusqu\u2019à récemment le deuxième taux d\u2019incarcération au monde après les États-Unis, pour une criminalité comparable aux pays européens, qui emprisonnent beaucoup moins.Alors, tout en tenant en public un discours musclé sur la lutte aux criminels et en faisant adopter des mesures punitives pour les criminels « dangereux », Ottawa, sans publicité, a adopté le régime des sursis.Les personnes non dangereuses peuvent en bénéficier.Mais où tracer la ligne ?Que faire d\u2019un homme d\u2019affaires non violent qui commet une fraude d\u2019un million ?Un trafiquant toxicomane qui entreprend une cure?Un professionnel qui vole un client et perd son droit de pratique ?Trois ans après l\u2019entrée en vigueur, les tribunaux supérieurs sont divisés.Les crimes contre la personne, les crimes sexuels et en particulier aux dépens des enfants, sans être automatiquement exclus, ne se qualifieront que difficilement.Bien que deuxjeunes hommes, coupables d\u2019une agression sexuelle qui n\u2019avait rien de mineur, attendent de savoir si leur peine avec sursis sera annulée en appel.Pour le reste, on attend avec impatience une série de cinq jugements de principe par la Cour suprême précisément sur le sujet.Le plus haut tribunal canadien a déjà dit que le Canada emprisonne trop et qu\u2019il faut encourager les solutions de rechange.Elle nous dira jusqu\u2019à quel point.Les juges face à eux-mêmes Partout au Canada, des juges testent le système déontologique de la magistrature.Alors que la déontologie des juges se faisait en famille et avec une certaine complaisance, elle est soumise à l'examen public depuis une dizaine d\u2019années.Il en va des juges comme des professionnels : le public ne tolère plus les excès de langage ou les comportements déréglés de certains juges que la crainte ou la déférence faisaient oublier auparavant. La justice Vie politique et sociale QQ Le Québec a connu plus que sa part de causes du genre.Mais celle du juge Richard Therrien, de la chambre criminelle de la Cour du Québec, est d'un genre inédit et forcera le système à se préciser.Condamné en 1971 à un an de prison pour avoir aidé, alors qu\u2019il était étudiant en droit, des amis felquistes de sa soeur à se cacher dans son appartement, Richard Therrien a eu par la suite un comportement exemplaire.Admis au Barreau, il a connu une bonne carrière comme avocat de la défense à l\u2019aide juridique.Son rêve était de devenir juge.Il a obtenu en 1987 un pardon pour sa condamnation.Par la suite, il a tenté sa chance à la magistrature et a été recalé par chaque comité de sélection des juges à qui il a dévoilé sa condamnation \u2014 patdonnée.11 a décidé en 1996 de la cacher à un nouveau comité, estimant que la loi le lui permettait et que, de toute manière, le ministère de la Justice aurait cela à son dossier.Nommé juge en septembre, il ne siégera qu'une semaine : le ministre ignorait son passé.Il est suspendu depuis.A quatre contre un, un comité du conseil de la magistrature a estimé qu'il avait commis un accroc en ne divulgant pas cette information importante.Une formation de cinq juges de la Cour d\u2019appel a ensuite recommandé au gouvernement de le destituer.Mais la Cour suprême a accepté de l\u2019entendre et l\u2019affaire est toujours en suspens.La portée du pardon de même que le mode d\u2019emploi en matière de destitution seront abordés.Ce ne sera pas sans intérêt, vu la contestation constitutionnelle de tout le processus qu\u2019entreprennent quasi systématiquement les juges accusés devant leurs pairs \u2014 aux frais de la princesse.Car jamais aucun juge au Canada, de nomina- tion fédérale ou provinciale, ne s\u2019est rendu jusqu'au bout du processus (un vote des deux chambres du Parlement pour Ottawa, une décision du gouvernement sur avis de la Cour d\u2019appel à Québec).Les rares qui couraient à une décapitation certaine ont démissionné avant cela.Justice civile Pendant ce temps, mine de rien, la justice civile québécoise est en train de se refaire une beauté.Sous l\u2019effet combiné de la chute du nombre de dossiers et d\u2019une nouvelle procédure dite « allégée », instaurée en 1997 \u2014 mais qui n\u2019est en fait que la compression temporelle du très lourd système \u2014 les délais ont fondu comme neige au soleil.On peut pour la plupart des causes ordinaires obtenir un procès en un an du dépôt de la poursuite au Québec.C'est un renversement extraordinaire par rapport au années 1980, où les délais atteignaient régulièrement les cinq ou six ans.Reste maintenent à réellement alléger la procédure, inutilement lourde pour les causes ordinaires et, surtout, à diminuer les coûts, toujours aussi exorbitants, de la justice civile.Un comité d\u2019experts, sous l'impulsion du grand militant anti-avocasseries Pierre Michaud, qui se trouve, immense avantage, à être juge en chef de la Cour d\u2019appel, donc premier personnage de la magistrature québécoise, est à mettre au point une simplification radicale de la procédure civile québécoise.Projet anti-médiatique par excellence mais combien salutaire pour une justice empoussiérée et inaccessible ! Tves Boisvert est journaliste au quotidien La Presse. |tM Vie politique et sociale La justice \tTableau 1 Évolution des infractions au code criminel 1988-1998\t\t\t\t\t\t\t \t1988\t\t1993\t\t1997\t\t1998\t \tNombre\tTaux par\tNombre\tTaux par\tNombre\tTaux par\tNombre\tTaux par \tréel\t1000 h\tréel\t1000 h\tréel\t1000 h\tréel\t1000 h CORPS DE POUCE MUNICIPAUX, SÛRETÉ DU QUÉBEC ET GENDARMERIE ROYALE DU CANADA Crimes avec violence 44 129\t6,75\t53 309\t7,72\t45 124\t6,32\t\t\t\t\t\t\t45 918\t6,43 Homicides\t149\t0,02\t163\t0,02\t123\t0,02\t135\t0,02 Tentatives de meurtre\t254\t0,04\t416\t0,06\t266\t0,04\t262\t0,04 Infractions d'ordre sexuel\t507\t0,08\t886\t0,13\t993\t0,14\t4 159\t0,58 Voies de fait\t32 703\t5,00\t41 105\t5,95\t35 469\t4.97\t33 319\t4,66 Vols qualifiés\t10 370\t1,59\t10 609\t1,54\t8 171\t1,14\t7954\t1.11 Enlèvements\t146\t0,02\t130\t0,01\t102\t0,01\t89\t0,01 Délits contre la propriété\t285 991\t43,73\t324 709\t47,01\t296 458\t41,51\t277 251\t38,82 Introductions avec effraction\t103 774\t15,87\t115 708\t16,75\t103 764\t14,53\t97 183\t13,61 Vols de véhicules à moteur\t27 728\t4,24\t47 653\t6,90\t51518\t7,21\t49 463\t6,93 Vols\t154 489\t23,62\t161348\t23,36\t141 176\t19,771\t30 605\t18,29 Autres infractions\t144 394\t22,08\t175 176\t25,36\t148 410\t20,78\t144 361\t20,21 Recel\t2051\t0,31\t2 933\t0,42\t2501\t0,35\t2390\t0,33 Fraudes\t27 802\t4,25\t19 799\t2,87\t17 728\t2,48\t17 324\t2,43 Prostitution\t2 310\t0,35\t1 709\t0,25\t882\t0,12\t784\t0,11 Jeux et paris\t351\t0,05\t198\t0,03\t77\t0,01\t37\t0,01 Armes offensives\t1 438\t0,22\t1443\t0,21\t1018\t0,14\t967\t0,14 Vandalisme (méfait)\t65 516\t10,02\t64 866\t9,39\t58 323\t8,17\t54 095\t7,57 Autres infractions au Code criminel\t44 926\t6,87\t84 228\t12,20\t67 881\t9,50\t68 764\t9,63 TOTAL CODE CRIMINEL\t474 514\t72,55\t553 194\t80,10\t489 992\t68,60\t467 530\t65,46 LOIS FÉDÉRALES DROGUES\t8 656\t1,32\t11 167\t1,62\t13 655\t1,91\t14 110\t1,98 AUTRES LOIS FÉDÉRALES\t6 967\t12,07\t11 231\t1,63\t3 663\t0,51\t3519\t0,49 LOIS PROVINCIALES\t7 652\t1,17\t4789\t0,69\t7288\t1,02\t5629\t0,79 Source : Ministère de la Sécurité publique, Québec. LA POLITIQUE AUTOCHTONE Vers une autonomie à la pièce MARIO CLOUTIER Depuis l'adoption d'une politique simple mais efficace de partenariat et de développement en 1998, le gouvernement a signé une quinzaine d'ententes sectorielles diverses avec des communautés amérindiennes, certaines parmi les plus réfractaires à ce genre d\u2019accord il y a quelques années à peine.Petit à petit, Québec délimite les droits autochtones, en collaboration avec les communautés, en leur accordant davantage de responsabilités et d'autonomie.Une nouvelle ère semble sur le point de commencer entre le gouvernement du Québec et les 11 nations autochtones vivant sur le territoire québécois.En adoptant de nouvelles onenta-tions politiques en avril 1998, réunies dans un document intitulé Partenariat, développement, actions, le gouvernement a clairement choisi la voie des ententes, plus sectorielles que globales, pour faire avancer plusieurs dossiers et éviter autant de litiges avec les nations amérindiennes.En un peu plus d\u2019un an, une quinzaine de ces ententes ont été signées ou sont sous le point de l\u2019être.Sans remettre en cause la validité d\u2019ententes globales sur des questions fondamentales comme la territorialité ou les droits ancestraux, Québec a réussi à régler à l'avantage des communautés autochtones plusieurs problèmes économiques, sociaux, communautaires et traditionnels.Les ententes vont de la fiscalité aux activités de chasse et de pêche en passant par la gestion des ressources, les activités communautaires et la création d\u2019emplois.Officiellement, le gouvernement du Québec a mis de l\u2019avant de nouvelles orientations pour favoriser le développement des communautés.En filigrane, toutefois, il est clair qu\u2019il a cherché par la négociation à prévenir des conflits qui ont secoué la population au cours des dix dernières années.Entre la crise mohawk de 1990 et celle des Micmacs en 1998, le gouvernement a pu constater à quel point les choses avaient changé en huit ans et quel effet bénéfique pouvait avoir une perspective renouvelée, axée sur le dialogue et la recherche de nouveaux partenariats en vue d\u2019une coexistence pacifique avec les membres des premières nations.Les autochtones en 1999 Onze nations autochtones \u2014 Abénaquis, Algonquins, Attikameks, Cris, Hurons, Innus, Inuits, Malécites, Micmacs, Mohawks et Naskapis \u2014 se répartissent un peu partout sur le territoire québécois.Selon le Guide des collectivités indiennes du Québec1, publié par le gouvernement fédéral, il y a en tout une quarantaine de |j£TJ Vie politique et sociale La politique autochtone collectivités où vit une population autochtone de plus de 60 000 personnes (voir les tableaux n° 32, 33, 34, en pages 164-165).Ces chiffres excluent toutefois les Inuits \u2014 environ 9000 \u2014 qui forment une nation distincte avec une organisation politique autre que celle de l'Assemblée des Premières nations du Québec et du Labrador.On retrouve 15 villages inuits sur le territoire nordique québécois qui sont d\u2019ailleurs regroupés en municipalités relevant du gouvernement du Québec.Les Innus, les Cris et les Mohawks forment les plus grandes communautés amérindiennes, comptant chacune entre 10 000 et 15 000 personnes.De leur côté, les collectivités des Naskapis et des Malé-cites sont les plus petites n\u2019ayant chacune qu'un peu plus de 500 habitants.Plus de deux tiers des autochtones québécois vivent sur le territoire de leur communauté selon les plus récentes statistiques datant de 1997.Responsabilités accrues Depuis avril 1998, le gouvernement encourage donc une responsabilisation des communautés autochtones en signant avec leurs représentants élus des ententes sectorielles de divers types.Au cœur de la nouvelle politique québécoise, le ministre responsable Guy Chevrette a opté, depuis le début de ce nouveau modus vivendi, pour une attitude conciliante en adaptant les modalités des orientations gouvernementales aux réalités amérindiennes et en amendant même certaines législations afin de rendre un plus grand nombre d\u2019accords possibles.Ainsi, Québec veut développer l\u2019autonomie gouvernementale et l\u2019autonomie financière des collectivités, améliorer leur condition socioéconomique et intensifier leur développement économique.Au départ, les orientations reposent sur les principes fondamentaux énoncés dans les résolutions adoptées par 1 Assemblée nationale en 1985 et 1989.Ces principes reconnaissent les onze nations autochtones et leur droit à développer leur identité, leur culture, leur base économique et leur autonomie au sein du Québec.Les orientations engagent le Québec à promouvoir ces droits des autochtones et à conclure des ententes avec eux.En fait, de par ses nouvelles orientations, le gouvernement accorde aux autochtones l'exercice de juridictions contractuelles.Il s'agit de définir, par le biais d\u2019ententes avec des nations ou des communautés autochtones, des responsabilités selon un concept autonomiste : dans ces ententes, les parties conviennent de leurs responsabilités respectives et de la façon dont elles fonctionnent l'une par rapport à l'autre, de manière à développer une autonomie gouvernementale autochtone la plus harmonieuse possible avec les responsabilités du gouvernement du Québec.Les interventions sont différenciées selon les milieux.La mise en œuvre des propositions varie selon les quatre milieux d\u2019intervention suivants: les nations non signataires de conventions, ni en négociation territoriale globale ; les nations signataires de conventions ; les nations en négociation territoriale globale; et les autochtones hors-communauté.Pour mettre en œuvre ces choix stratégiques, le gouvernement préconise certaines actions majeures, dont la création d'un forum politique permanent.Des négociations sont en cours en vue de former une commission bipartite dont le mandat serait de proposer un lieu politique de débats, d\u2019échanges et de concertation, entre élus autochtones et non autochtones. La politique autochtone Vie politique et sociale Bref, Québec et les nations autochtones travaillent de plus en plus main dans la main afin de trouver des terrains d\u2019entente de responsabilisation et de développement.Pour favoriser le développement économique, des ententes-cadres \u2014 de portée plus vaste et de nature plus englobante \u2014 peuvent être proposées, mais jusqu'ici, les ententes sectorielles ont été plus nombreuses pour des raisons évidentes d'échancter et d\u2019efficacité.Une quinzaine d\u2019ententes En un peu plus d\u2019un an, le gouvernement a réussi à signer 15 ententes avec six communautés autochtones.Les accords ont permis de résoudre, dans certains cas, des problèmes qui remontaient à plusieurs années et, dans d\u2019autres, de désarmorcer des conflits à venir ou en cours.Le cas le plus récent est celui des Algonquins de l\u2019Abitibi à l\u2019été 1999 qui ont abandonné leurs moyens de pression pour signer une entente sur les ressources forestières.Un scénario semblable s\u2019était produit un an plus tôt avec les Micmacs de Lis-tuguj.Le ministre responsable des Affaires autochtones, Guy Chevrette, a ainsi signé une entente pour mettre fin à la crise micmaque en août 1998.Avec la collaboration d\u2019un entrepreneur forestier local, l\u2019entente favorise le développement économique et la création d\u2019emplois pour la communauté de Listu-guj à partir de la mise en valeur des ressources naturelles.Cet accord a mis fin à un conflit de deux mois qui aura tout de même mis en lumière les dissensions profondes existant au sein de la petite communauté amérindienne de Listuguj.Voici en ordre chronologique un résumé des ententes signées depuis l\u2019adoption de la nouvelle politique gouvernementale : \u2022\tAoût 1998 - Entente entre le Québec et les Algonquins d\u2019Abitibi (Kitcisakik, Lac-Barrière et Lac-Simon) sur une participation à la mise en valeur et à la gestion des ressources du milieu forestier et sur le développement des communautés.\u2022\tOctobre 1998 - Entente-cadre concernant la région Kativik (Inuits) sur l\u2019accession à la propriété privée et à l\u2019habitation sociale, les infrastructures municipales et une enveloppe de financement pour le développement des communautés inuites.\u2022\tFévrier 1999 - Déclaration de corn préhension et de respect mutuel et entente-cadre entre le Québec et les Micmacs de Gesgapegiag (Gas-pésie).\u2022\tMai 1999 - Entente-cadre pour la négociation concernant l\u2019autonomie gouvernementale de la nation Micmac de Gespeg (Gaspésie).\u2022\tMai 1999 - Déclaration de compréhension et de respect mutuel et entente-cadre entre le Québec et le Conseil des Innus de Natashquan (Nutashkuan).\u2022\tMai 1999 - Entente entre le gouvernement du Québec et le Conseil des Innus de Natashquan concernant le développement et la gestion des ressources fauniques.\u2022\tMai 1999 - Entente concernant l\u2019acquisition de la pourvoirie Etamamiou entre le Conseil des Innus d\u2019Unamen Shipu, la compagnie Dohonue et le gouvernement du Québec.\u2022\tJuin 1999 - Entente entre le ministre responsable de la Faune et des Parcs et les conseils de la nation abénaquise d\u2019Odanak et de Wôlinak concernant la pratique des activités de pêche et de Vie politique et sociale La politique autochtone chasse à des fins alimentaires, rituelles ou sociales.\u2022\tJuin 1999 - Entente particulière concernant l\u2019enveloppe de financement pour le développement des communautés inuites.\u2022\tJuin 1999 - Entente concernant le réaménagement de l\u2019aéroport de La Romaine et l\u2019amélioration de son chemin d\u2019accès entre le Conseil des Innus d\u2019Unamen Shipu et le gouvernement du Québec.Entente à Kahnawake En outre, Québec et les Mohawks de Kahnawake ont signé une importante entente-cadre en octobre 1998 accompagnée d\u2019une déclaration de compréhension et de respect mutuel qui a permis quelques mois plus tard \u2014 en mars 1999 \u2014 de parapher 10 ententes sectorielles (fiscalité, transport, développement économique, justice, police et sports de combat, notamment).Ces accords avec les autochtones qui ont participé à la crise de 1990 n\u2019auraient pas été possibles sans la nouvelle politique du gouvernement, a reconnu le chef Joe Norton.Ces ententes consacrent l\u2019autonomie gouvernementale du Conseil de bande de la réserve.Celui-ci sera désormais en charge de la délivrance des permis pour les combats extrêmes, de la gestion des routes situées sur son territoire et, surtout, du système qui régira la perception et l\u2019exemption des taxes.Le but avoué du gouvernement est la mise en place d\u2019un système de contrôle pour éviter les abus.Par cette entente, chaque Mohawk de Kahnawake aura désormais une carte munie d\u2019une bande magnétique \u2014 semblable aux cartes de crédit ou de guichet bancaire \u2014 qu'il devra présenter pour être exempté des taxes lors d\u2019un achat.Fonds de 125 millions Pour réaliser les ententes avec les Premières nations, un fonds de développement de 125 millions a été débloqué sur cinq ans.Les instances autochtones du Québec et le gouvernement fédéral devraient y collaborer, mais Ottawa n avait toujours pas contribué à la caisse un an après l\u2019adoption de la politique québécoise.Le fonds comprend deux volets : l\u2019un pour soutenir les initiatives autochtones en matière de développement économique (création d\u2019entreprises, développement de l\u2019emploi, etc.) et l\u2019autre pour la réalisation de projets d\u2019infrastructures communautaires.L\u2019objectif est d'en venir à créer au sein des communautés une plus grande autonomie financière.Québec estime ainsi permettre aux autochtones de se doter de leviers économiques, de réduire leur dépendance envers les gouvernements et de se doter d\u2019une marge de manoeuvre permettant de réaliser des projets jugés pnoritaires.Parmi les avenues envisagées, le gouvernement pense à un développement de modèles et de mesures pour accroître la participation autochtone au développement économique et à la mise en valeur des ressources.A cet égard, le gouvernement et Hydro-Québec ont adapté le projet hydroélectrique de Churchill Falls, développé conjointement avec la province de Terre-Neuve, afin de s\u2019assurer l\u2019implication des Innus de la Côte-Nord.Les négociations en cours se sont pliées à la demande des autochtones de n\u2019utiliser qu\u2019une des deux rivières préalablement visées par le projet de 10 milliards.Le gouvernement cherche ainsi à s assurer d\u2019un réel partenariat d\u2019affaires avec les Innus.Québec vise également le développement de mécanismes et la conclusion d\u2019en- La politique autochtone Vie politique et sociale tentes au plan de la fiscalité pour permettre la création de sources de revenus propres aux gouvernements autochtones.Le gouvernement souhaite, à la suite d'ententes, prélever les taxes aux autochtones et les remettre ensuite aux communautés pour des projets spécifiques.Dans le cas des Mohawks de Kahnawake, Québec a laissé tomber cette mesure de manière à élargir plutôt l\u2019exemption de base autochtone.Les négociateurs gouvernementaux ont considéré que la détaxation fait désormais partie de ce que les autochtones considèrent comme étant leur identitié propre.Autonomie et autodétermination Le gouvernement du Québec semble donc disposé plus que jamais à accorder aux communautés amérindiennes de nouvelles responsabilités, voire une autonomie gouvernementale.Le nouveau partenariat Québec-autochtones procède à une délimitation des droits amérindiens, qu\u2019ils soient basés sur de nouvelles demandes ou sur des pratiques ancestrales, négociée avec les principaux intéressés.Dès le départ, Québec a toutefois clairement indiqué que les nouvelles responsabilités doivent s\u2019inscrire dans le respect de l\u2019intégrité territoriale du Québec et de l'Assemblée nationale.En fait, le ministre Guy Chevrette a expliqué que son gouvernement est prêt à reconnaître le droit à l\u2019autodétermination des peuples autochtones \u2014 comme dans le cas précis des Inuits du Nunavik qui, voulant imiter leurs frères du Nunavut, veulent créer un gouvernement territorial à l'intérieur du Québec \u2014 tant que cette autonomie s\u2019exerce au sein du territoire québécois.Cette idée s\u2019inscrit d\u2019ailleurs dans la foulée des recommandations de la Commission Erasmus-Dussault sur les droits autochtones.«L\u2019autonomie gouvernementale devrait être mise en œuvre au moyen d'ententes sur l\u2019autonomie gouvernementale conclues entre les gouvernements et les premières nations.La conclusion d\u2019ententes fera en sorte que les peuples autochtones n\u2019auront pas à prendre d\u2019initiatives unilatérales, qui risqueraient de susciter des différends et des litiges dont l\u2019issue est imprévisible2.» Prévoir l\u2019avenir, les conflits et les demandes autochtones.Voilà ce que tentent de résoudre les nouvelles orientations québécoises.Le gouvernement achète ainsi la paix à coups d\u2019ententes qui reconnaissent l\u2019autonomie et les responsabilités des communautés autochtones.«Les ententes de responsabilisation et développement auront comme objectifs: d'atteindre une plus grande autonomie pour les communautés autochtones par la responsabilisation dans divers secteurs de l\u2019activité socioéconomique, par la prise en charge et l\u2019exercice de responsabilités gou vernementales sur des territoires déterminés; de permettre une participation plus importante des communautés autochtones au développement économique et communautaire en fixant des objectifs de développement, en modulant l'application des politiques gouvernementales, en modifiant des programmes existants ou en introduisant de nouvelles mesures destinées à des autochtones ou à des entreprises autochtones3.» Le gouvernement Bouchard croit sans doute que de meilleures relations et des partenariats plus étroits avec les autochtones permettront également de relancer un jour plus sereinement le débat sur la souveraineté du Québec.Cette option |_WJ Vie politique et sociale La politique autochtone demeure un obstacle majeur à la coexistence pacifique selon l\u2019Assemblée des Premières nations, mais les autochtones québécois reconnaissent également que l'autonomie à laquelle ils atteignent peu à peu au sein du territoire québécois représente tout autant un élément facilitant la compréhension des positions inébranlables des deux parties quant à leur droit à 1 autodétermination politique.Mario Cloutier est journaliste au quotidien Le Devoir.Notes 1.\tGuide des collectivités indiennes du Québec, Affaires indiennes et du Nord Canada, 1999,113 p.2.\tL'autonomie gouvernementale des autochtones.Questions juridictionnelles et constitutionnelles.Commission royale sur les peuples autochtones, ministère des Approvisionnements et services, 1995, p.481.3.\tPartenariat, développement, actions.Orientations du gouvernement du Québec.Secrétariat des Aifaires autochtones, 1998, p.28. LE PARLEMENT ET LES PARTIS Faut-il réformer le mode de scrutin ?MICHEL VENNE Les élections du 30 novembre 1998 au Québec ont provoqué une reprise du débat sur la réforme du mode de scrutin.Le Parti québécois a en effet conservé le pouvoir, remportant une majorité de sièges avec un suffrage populaire plus faible que celui de son principal adversaire.Une situation politique plutôt inconfortable.Les résultats des élections générales du 30 novembre, au Québec, laissent un goût amer.Pour la troisième fois en cinquante ans, le parti qui prend le pouvoir avec une majorité de sièges à l'Assemblée nationale recueille pourtant, à l\u2019échelle de la province, moins de suffrages que le parti qui formera l'opposition officielle.Cette situation en apparence injuste est le fruit du mode de scrutin uninominal à un tour.En vertu de ce système, les électeurs votent pour le candidat qu'ils préfèrent dans la circonscription où ils résident.Le candidat qui obtient le plus de votes est élu même s\u2019il ne recueille pas la majorité absolue des voix.Le parti qui fait élire le plus grand nombre de députés prend le pouvoir et son chef devient premier ministre.En 1998 au Québec, plus d\u2019un député sur trois (49 au total) ont été élus avec l'appui de moins de 50% des électeurs de leur circonscription.Le 30 novembre, les candidats du Parti québécois sont arrivés au premier rang dans 76 circonscriptions, contre 48 pour le Parti libéral et 1 pour l'Action démocratique du Québec.Pourtant, le PQ n'a récolté, à l'échelle provinciale, que 42,9% des suffrages exprimés contre 43,5% pour le PLQ.Le parti gagnant a donc obtenu, à l\u2019échelle provinciale, 27 600 voix de moins que son plus proche rival.L'ADQ, qui ne détient qu\u2019un siège sur 125 à l\u2019Assemblée nationale, a pourtant recueilli 12% du vote.Près d\u2019un demi-million d\u2019électeurs ont voté pour ce parti.(A cause du décès du député sortant Yves Blais durant la campagne électorale, les électeurs de 124 circonscriptions ont voté le 30 novembre tandis que ceux de la circonscription de Masson ont élu leur député le 14 décembre.Les résultats mentionnés ici incluent ceux de l\u2019élection complémentaire). Vio politique Ot sociale Le Parlement et les partis Effets pervers Ces élections ont mis en lumière deux effets pervers de notre mode de scrutin.D\u2019abord, le parti ayant obtenu le plus de votes est relégué malgré tout dans l'opposition.Le même phénomène s\u2019était produit en 1944 et en 1966 au profit de l\u2019Union nationale.En 1994, le même renversement avait failli se produire.Le PQ avait pris le pouvoir, sous la gouverne de Jacques Parizeau, avec 77 sièges mais seulement 44% des suffrages et à peine 13 700 voix de plus que le Parti libéral de Daniel Johnson qui s\u2019était contenté de 47 députés.L\u2019autre problème vient de l'impossibilité pour les tiers partis d\u2019émerger dans l\u2019arène parlementaire.Les tiers partis recueillent l\u2019assentiment d\u2019une proportion croissante d\u2019électeurs depuis 20 ans.En 1981 et en 1985, les deux principaux partis accaparaient 95 % des suffrages, ne laissant que 5 % aux tiers partis.En 1989, la part de ceux-ci augmentait à 10%, puis à 11 % en 1994 pour enfin atteindre 14% en 1998, soit un électeur sur sept, en majorité pour l\u2019ADQ.Or, ces électeurs qui fuient le bipartisme, qui ne votent plus « pour l\u2019homme », comme on disait autrefois, mais pour un programme ou une idéologie, ne sont pas représentés au parlement.Dans les jours qui ont suivi les élections, ces résultats surprenants ont fait l\u2019objet de quelques interrogations dans les médias.Mais les partis politiques n'étaient pas enclins à lancer le débat public sur une réforme du scrutin, y compris les perdants.Les libéraux, en effet, semblaient plutôt vouloir s\u2019accommoder d\u2019un système qui ne les avait pas empêchés de prendre le pouvoir pour la majeure partie du temps au xxe siècle.Les libéraux rejetaient l\u2019idée d\u2019un système à la proportionnelle ou d\u2019un système mixte notamment parce qu'il aurait pour effet de créer deux classes de députés, ceux élus directement par la population, et ceux élus à partir de listes et d\u2019étiquettes.La légitimité du gouvernement formé par Lucien Bouchard n\u2019a jamais été remise en question malgré les résultats.Par contre, le chef du Parti libéral, Jean Cha-rest, a maintes fois souligné la légitimité dont jouissait par ailleurs son propre parti qui, comme il l\u2019a répété à plusieurs occasions, a obtenu la pluralité des voix.A cette affirmation, d\u2019aucuns lui ont fait valoir qu\u2019il avait cependant recueilli à peine 30% du vote francophone.Le débat prend forme Ce n\u2019est que peu à peu, dans les premiers mois de 1999, que l\u2019idée d\u2019une réforme du scrutin s'est accréditée dans les cercles universitaires et dans les médias, puis finalement dans les cercles politiques.il s\u2019est trouvé des partisans de cette réforme autant dans les milieux libéraux que péquis-tes, fédéralistes que souverainistes.L\u2019Action démocratique du Québec et son chef Mario Dumont en ont, bien sûr, fait un cheval de bataille.Réunis en conseil général, le 10 et 11 avril, les militants adéquistes ont adopté des résolutions en faveur de la création d\u2019un comité de sages chargé d\u2019étudier le mode de scrutin.L\u2019ADQ songeait à un système mixte, une partie des députés étant élus suivant la méthode proportionnelle.LADQ a aussi proposé que le premier ministre soit élu au suffrage universel, que les élections aient lieu à date fixe, que le droit de vote soit accordé dès l'âge de 16 ans.Les libéraux, pour leur part, ont été impressionnés par la démonstration faite par les professeurs Louis Massicotte et André Blais, du département de Science Le Parlement et les partis Vie politique et sociale politique de l\u2019Université de Montréal.Ces derniers ont en effet calculé que, pour gagner des élections générales au Québec, il faudrait désormais au Parti libéral une avance d'au moins 7,5 points de pourcentage des suffrages exprimés à l'échelle du Québec, ce qui représente une majorité de 300 000 voix.Nous sommes donc en situation où, pour prendre le pouvoir au Québec, un parti peut ne pas obtenir la majorité des suffrages exprimés, tandis que l'autre doit réaliser des majorités substantielles pour seulement parvenir à faire élire autant de députés que le parti adverse.Les professeurs Blais et Massicotte décrivent ce phénomène comme une forme de «gerrymander linguistique » (notion sur laquelle nous reviendrons).Ils rappellent que si l\u2019Union nationale était parvenue, en 1944 et en 1966, à prendre le pouvoir avec moins de suffrage que le PLQ, c\u2019était à cause d'un défaut dans la carte électorale qui favorisait les régions rurales peu peuplées où l\u2019Union nationale remportait un franc succès.On appelait ce phénomène le « gerrymander silencieux ».Après la réforme de la carte électorale en 1972 et sa révision périodique depuis ce temps, ce phénomène aurait dû disparaître.Or il est réapparu en 1998.Pourquoi?Le gerrymandering est une technique de manipulation de carte électorale destinée à favoriser le parti au pouvoir mise au point par un ancien gouverneur du Massachusetts, Eldridge Gerry, qui avait dessiné la carte électorale en 1812 de manière à être réélu.Les circonscriptions avaient la forme de salamandres (salamanders).La fusion des de «gerry» avec «mander», a donné le mot «gerrymandering».Or les professeurs Blais et Massicotte n\u2019accusent personne d\u2019avoir manipulé la carte électorale.Ils veulent simplement dire que celle-ci souffre au Québec d\u2019une distorsion permanente du fait de la concentration, dans certaines régions, de la population de langue anglaise qui, elle, vote massivement pour le Parti libéral qui souffre ainsi d\u2019un handicap permanent.Pour ces professeurs, la position du PLQ « s\u2019apparente à celle d\u2019un coureur de fond dont les souliers de course ont été lestés de plomb ».Réticences au gouvernement A ces arguments, le ministre responsable de la réforme électorale, Guy Chevrette, est resté de glace, rappelant qu\u2019il n\u2019y peut rien si, dans certaines circonscriptions, les gens votent dans une proportion de 90% pour le Parti libéral, alors que dans d\u2019autres, ils appuient ce parti dans une proportion inférieure.M.Chevrette a d'ailleurs estimé publiquement que le mode de scrutin québébois reste «le moins pire» (sic!), en ajoutant que le scrutin proportionnel avait permis, en France, «d\u2019amener Le Pen au Parlement ».Il est toutefois resté ouvert à un débat sur le sujet.Cependant, le gouvernement a refusé d\u2019endosser une motion, appuyée par les libéraux mais présentée par le chef adéquiste Mario Dumont à l\u2019Assemblée nationale le 27 avril, sur l\u2019introduction de la proportionnelle dans le mode de scrutin.M.Dumont proposait que la Commission des institutions de l\u2019Assemblée nationale procède à une consultation générale et tienne des audiences publiques télévisées sur le mode de scrutin.Que cette commission fasse rapport avant la fin juin et que ce rapport soit soumis à un comité de sages, lequel aurait eu un an pour proposer des modifications.La motion n\u2019a même pas pu être mise aux voix. Vie politique et sociale Le Parlement et les partis Des scénarios de réforme Les libéraux n'en ont toutefois pas démordu et ont convoqué, le 29 mai, un colloque, en marge de leur conseil général statutaire, sur la réforme du mode de scrutin.Parmi les invités se trouvaient le professeur Louis Massicotte ainsi que le professeur Vincent Lemieux, défenseur depuis longtemps d\u2019un système dans lequel au moins une partie des députés seraient élus à la proportionnelle, et un ancien membre de l\u2019exécutif du Parti québécois du temps de René Lévesque, Henry Milner, qui a publié, en 1999, dans la foulée des dernières élections fédérales, un livre intitulé Making Every Vote Count ; Reassessing Canada's Electoral System.Les experts ont évoqué, à ce colloque mais aussi en d\u2019autres occasions au cours de l\u2019année, différents scénarios de remplacement au mode de scrutin actuel.L\u2019idée d\u2019instaurer un deuxième tour de scrutin a aussi été proposée.Mais un consensus semblait se dégager en faveur d\u2019une formule hybride : la majorité des députés continueraient d\u2019être élus comme aujourd\u2019hui, chacun dans sa circonscription, mais une partie des sièges serait réservée et attribuée à chacun des partis en lice en fonction du pourcentage des suffrages recueillis soit à l\u2019échelle nationale, soit à l\u2019échelle régionale, afin de compenser les distorsions du système.Les perdants aux élections et les fédéralistes n\u2019ont cependant pas été les seuls à promouvoir des changements au mode de scrutin.D\u2019ailleurs, l\u2019introduction d\u2019un système proportionnel fait l\u2019objet d\u2019un engagement dans le programme officiel du Parti québécois depuis près de 30 ans.Position du Bloc québécois Mais cette fois-ci, c\u2019est le parti frère, le Bloc québécois, qui s\u2019est chargé d\u2019aborder le sujet de front.Dans un document de réflexion sur la souveraineté, la citoyenneté et la démocratie, soumis à des consultations dans toutes les régions du Québec, un groupe de travail du BQ a en effet proposé diverses réformes des institutions démocratiques, notamment celle du mode de scrutin.Les auteurs de ce document établissent en effet un lien indirect entre le projet souverainiste et la participation des citoyens auxs institutions démocratiques.« L\u2019élargissement de la participation démocratique est une condition essentielle pour rétablir la confiance des citoyens et citoyennes à l\u2019égard de leurs institutions politiques ».Or, comment vouloir créer un nouvel État lorsque l\u2019on ne fait pas confiance à ces institutions?L\u2019un des buts d\u2019une réforme du mode de scrutin serait, aux yeux des penseurs du BQ, d\u2019améliorer la représentativité de l\u2019Assemblée nationale, notamment d\u2019augmenter le nombre de femmes et de membres des groupes ethnoculturels parmi les élus.Le BQ fait remarquer que des pays ayant la même tradition parlementaire que la nôtre, comme l\u2019Australie et la Nouvelle-Zélande, ont déjà réalisé une réforme alors que la Grande-Bretagne, qui est la source d\u2019inspiration de notre système politique, s\u2019apprête à en mettre une en oeuvre à la suite de la publication du rapport Jenkins en 1998.Parmi 29 pays de l\u2019OCDE, seize utilisent un mode de représentation proportionnelle, cinq un système mixte et quatre un système préférentiel (le résultat tient compte des deuxièmes choix des électeurs).Seul le Canada et les États-Unis s'entêtent à conserver un mode de scrutin marjoritaire uninominal.Les penseurs du BQ favorisent 1 instauration d\u2019un système mixte dans lequel 25 députés sur 125 seraient élus à la proportionnelle. Lucien Bouchard, premier ministre et chef du Parti québécois, conduit son parti à la victoire aux élections du 30 novembre 1998.Il est ici en compagnie de Jordi Pujol, président de la Catalogne, qu'il a rencontré lors de son voyage dans cette province espagnole en mars 1999.(Photo : Daniel Lessard, service du Protocole, gouvernement du Québec) Successeur de Daniel Johnson à la tête du Parti libéral du Québec, Jean Charest est le nouveau chef de l\u2019opposition à l'Assemblée nationale. Les Montréalais reportent Pierre Bourque à la mairie pour un deuxième mandat, aux élections du 1er novembre 1998.Mario Dumont fait progresser son parti, l'Action démocratique du Québec, dans le vote populaire aux élections du 30 novembre.Ut MOt AVtC MARIO ADÇ QUATRE GRANDS DISPARUS Pauline Julien, 1928-1998 Camille Laurin, 1922-1998 Gratien Gélinas, 1910-1999 Pierre Perrault, 1927-1999 Gérald Larose met fin à sa carrière syndicale le 21 mai 1999.Lorraine Pagé doit quitter la présidence de la Centrale de l'enseignement du Québec le 11 mai 1999.\"MM?-«ygÊ Le Québec a signé de nombreuses ententes avec les peuples autochtones au cours de l'année.Ci-dessus, cérémonie de signature de dix ententes spécifiques avec les Mohawks de Kahnawake, le 30 mars 1999.De g.à d.: le chef Jos Tokwiro Norton, les ministres Bernard Landry et Guy Chevrette.(Photo : SAA, André Pichette) Le ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec a tourné la page sur les années Rochon.Pauline Marois (à droite) prend la succession de Jean Rochon qui demeure toutefois ministre dans le cabinet de Lucien Bouchard.La nomination de l'homme d\u2019affaires François Legault comme ministre de l\u2019Éducation est l\u2019une des surprises de la formation du nouveau cabinet le 15 décembre 1998. \"r'-mfÊÊhu».La grève des infirmières au début de l\u2019été 1999 est l\u2019un des événements marquants d\u2019une année déjà mouvementée dans le domaine de la santé. Le mouvement Desjardins prend un tournant difficile avec le fin du siècle.Plusieurs caisses devront fusionner tandis que les fédérations régionales sont appelées à disparaître.ym.mk Le rattrapage salarial pour les travailleuses en garderie constitue l'une des victoires dont le mouvement syndical s\u2019est le plus réjoui au cours de l'année.i \"W* Ü1 rtiiif iipiM ¦ Après la crise du verglas, la bataille des citoyens du Val Saint-François contre le passage forcé de la ligne à haute tension d\u2019Hydro-Québec a retenu l'attention en 1998-1999.Les juges sont de plus en plus souvent dans la mire de la Justice.Dénoncé par un trafiquant repenti, le juge Robert Flahiff (au centre) est condamné pour des actes de blanchiment d\u2019argent commis alors qu'il était avocat. proi/igo I La vente de la chaîne Provigo à l'ontarien Loblaw est l\u2019un des faits majeurs de l\u2019actualité économique.Cette vente surprise, au coût de 1,6 milliard de dollars, se réalise au moment où la chaîne Métro négocie avec la Caisse de dépôt pour se porter acquéreur de cette chaîne.~~\u2014¦ un# Revirement inattendu dans le monde de la librairie : après avoir eu recours à la loi sur la faillite, Renaud-Bray est au centre de la création d\u2019un grand groupe de libairies en achetant Champigny et en fusionnant avec Garneau.Le nouveau groupe compte 23 librairies. Le premier ministre français, Lionel Jospin (deuxième à partir de la gauche), le premier ministre Lucien Bouchard et le metteur en scène Robert Lepage au lancement du Pnntemps du Québec, le 16 mars 1999.Lise Bissonnette (photo de gauche, au premier plan) laisse la direction du quotidien Le Devoir pour prendre en charge la mise sur pied de la future Grande Bibliothèque du Québec.Bernard Descôteaux (ci-dessus) lui succède à la direction du quotidien. I\u2014jBy Richard Desjardins (ci-dessus à gauche) soulève tout un débat sur l\u2019industrie forestière avec son film L\u2019erreur boréale.Daniel Langlois (ci-dessus) crée l\u2019un des événements majeurs de l\u2019année culturelle en inaugurant à Montréal, le 1\" juin, le complexe Ex-Centris, dédié au cinéma indépendant et au multimédia.Lili St.Cyr (ci-contre), reine des nuits de Montréal dans les années 40 et 50, meurt le 28 janvier 1999 à l\u2019âge de 81 ans. Le suicide du journaliste Gaétan Girouard le 14 janvier 1999 dans sa résidence de Sainte-Foy surprend tout le monde.On le voit ici en compagnie de Jocelyne Cazin avec laquelle il constituait le duo de la populaire émission J.E., du réseau TVA.La fin du monde est à 7 heures, animée par Marc Labrèche (au centre), un des plus grands succès de TQS, a été au cœur d'un débat sur l'information à la télévision.Les reporters de lemisssion se sont vu refuser des cartes de presse. Les équipes sportives professionnelles Le Canadien et Les Expos connaissent des années difficiles.Ronald Corey (ci-dessus, à gauche) démissionne comme président du Club de hockey Le Canadien tandis que Claude Brochu (à droite), président du Club de baseball Les Expos, est prié de se retirer pour le plus grand bien de l'équipe.A f Unifon Un des plus beaux exploits de l\u2019année: l'ascension du mont Everest par le Québécois Bernard Voyer, le 5 mai 1999, à l\u2019âge de 46 ans. \"V4- Laurcnt-Michel Vacher, auteur d'un des meilleurs essais de 1998 : La passion du réel (Liber).François Girard fait une percée remarquable dans l\u2019univers du cinéma avec son film Le violon rouge.Les écrivains Gaétan Soucy (à gauche) et Dany Laferrière, deux des vedettes québécoises du Salon du livre de Paris, au printemps de 1999. La grève des musiciens de l\u2019Orchestre symphonique de Montréal à l'automne de 1998 aura finalement permis de mieux asseoir l\u2019avenir de cette prestigieuse formation musicale.V* * Z Le Théâtre du Rideau Vert fête ses 50 ans en 1999.Créée par Yvette Brind'amour et Mercedès Palomino, cette institution montréalaise a été le lieu, entre autres, de la création de la pièce Les belles sœurs de Michel Tremblay, à gauche sur la photo, en compagnie de la comédienne Rita Lafontaine et du metteur en scène André Brassard.¦ n4 Ve «U0\u2019 Quelques têtes d'affiche du monde culturel en 1998-99 (à partir de la gauche, dans le sens des aiguilles d'une montre) : Julien Poulin, dans le rôle d\u2019Elvis Gratton, l\u2019anti héros du film de Pierre Falardeau, Miracle à Memphis \u2014 Elvis Gratton II, Wajdi Mouawad, nouveau directeur du théâtre de Quat'Sous, Robert Brouillette et Serge Postigo dans 4 et demi, téléroman vedette de Radio-Canada, et enfin Daniel Pinard, locomotive de la chaîne Télé-Québec avec son émission Ciel, mon Pinard! Le Parlement et les partis Vie politique et sociale Lors de son premier mandat au gouvernement, le Parti québécois avait, sous la gouverne de René Lévesque, lancé le débat sur le mode de scrutin en publiant un livre vert en 1979.Le Directeur général des élections avait proposé une formule de proportionnelle territoriale qui est restée lettre morte en 1984.En 1985, M.Lévesque avait fait préparer un projet de loi modifiant le mode de scrutin, mais il n'eut jamais l\u2019occasion de le présenter à l\u2019Assemblée nationale.Michel Venne est rédacteur en chef adjoint au quotidien Le Devoir. LE PARLEMENT ET LES PARTIS Le personnel politique Les parlementaires de la 36e législature Abitibi-Est André Pelletier (PQ) Abitibi-Ouest François Gendron (PQ) Acadie Yvan Bordeleau (PLQ) Anjou Jean-Sébastien Lamoureux (PLQ) Argenteuil David Whissell (PLQ) Arthabaska Jacques Baril (PQ) Beauce-Nord Normand Poulin (PLQ) Beauce-Sud Diane Leblanc (PLQ) Beauharnois-Huntington André Chenail (PLQ) Bellechasse Claude Lachance (PQ) Berthier Gilles Baril (PQ) Bertrand Claude Cousineau (PQ) Blainville Céline Signori (PQ) Bonaventure Nathalie Normandeau (PLQ) Borduas Jean-Pierre Charbonneau (PQ) Bourassa Michèle Lamquin-Ethier (PLQ) Bourget Diane Lemieux (PQ) Brome-Missisquoi Pierre Paradis (PLQ) Chambly Louise Beaudoin (PQ) Champlain Yves Beaumier (PQ) Chapleau Benoît Pelletier (PLQ) Charlesbourg Jean Rochon (PQ) Charlevoix Rosaire Bertrand (PQ) Châteauguay Jean-Marc Fournier (PLQ) Chauveau Raymond Brouillet (PQ) Chicoutimi Stéphane Bédard (PQ) Chomedey Thomas J.Mulcair (PLQ) Chutes-de-la-Chaudière Denise Carrier-Perreault (PQ) Crémazie Manon Blanchet (PQ) D\u2019Arcy-McGee Lawrence S.Bergman (PLQ) Deux-Montagnes Hélène Robert (PQ) Drummond Normand Jutras (PQ) Dubuc Jacques Côté (PQ) Duplessis Normand Duguay (PQ) Fabre Joseph Facal (PQ) Frontenac Marc Bouliane (PQ) Gaspé Guy Lelièvre (PQ) Gatineau Réjean Lafremère (PLQ) Gouin André Boidair (PQ) Groubt Robert Kieffer (PQ) Hochelaga-Maisonneuve Louise Hard (PQ) Hull Roch Cholette (PLQ) Iberville Jean-Paul Bergeron (PQ) îles-de-la-Madeleine Maxime Arseneau (PQ) Jacques-Cartier Geoffrey Kelley (PLQ) Jean-Talon Margaret F Dehsle (PLQ) Jeanne-Mance Michel Bissonnet (PLQ) Le Parlement et les partis Vie politique et sociale Johnson Claude Boucher (PQ) Joliette Guy Chevrette (PQ) Jonquière Luden Bouchard (PQ) Kamouraska-Témiscouata Claude Béchard (PLQ) Labelle Jacques Léonard (PQ) Lac-Saint-Jean Jacques Brassard (PQ) Lafontaine Jean-Claude Gobé (PLQ) La Peltrie Michel Côté (PQ) La Pinière Fatima Houda-Pepin (PLQ) Laporte André Bourbeau (PLQ) La Prairie Serge Geoffrion (PQ) L'Assomption Jean-Claude Saint-André (PQ) Laurier-Dorion Christos Sirros (PLQ) Laval-des-Rapides Serge Ménard (PQ) Laviolette Jean-Pierre Jolivet (PQ) Lévis Linda Goupil (PQ) Limoilou Michel Després (PLQ) Lotbinière Jean-Guy Paré (PQ) Louis-Hébert Paul Bégin (PQ) Marguerite-Bourgeoys Monique Jérôme-Forget (PLQ) Marguerite-DKouville François Beaulne (PQ) Marie-Victorin Cécile Vermette (PQ) Marquette François Ouimet (PLQ) Maskinongé Rémy Désilets (PQ) Masson Gilles Labbé (PQ) Matane Matthias Rioux (PQ) Matapédia Danielle Doyer (PQ) Mégantic-Compton Madeleine Bélanger (PLQ) Mercier Robert Perreault (PQ) Mille-Iles Lyse Leduc (PQ) Montmagny-L\u2019lslet Réal Gauvin (PLQ) Montmorency Jean-François Simard (PQ) KTI Vie politique et sociale Le Parlement et les partis Mont-Royal André Tranchemontagne (PLQ) Nelligan Russell Williams (PLQ) Nicolet-Yamaska Michel Morin (PQ) Notre-Dame-de-Grâce Russell Copeman (PLQ) Orford Robert Benoît (PLQ) Outremont Pierre-Etienne Laporte (PLQ) Papineau Norman Mac Millan (PLQ) Pointe-aux-Trembles Nicole Léger (PQ) Pontiac Robert Middlemiss (PLQ) Portneuf Roger Bertrand (PQ) Prévost Lucie Papineau (PQ) Richelieu Sylvain Simard (PQ) Richmond Yvon Vallière (PLQ) Rimouski Solange Charest (PQ) Rivière-du-Loup Mario Dumont (ADQ) Robert-Baldwin Pierre Marsan (PLQ) Roberval Benoît Laprise (PQ) Rosemont Rita Dionne-Marsolais (PQ) Rousseau François Legault (PQ) Rouyn-Noranda- Témiscamingue Rémy Trudel (PQ) Saguenay Gabriel-Yvan Gagnon (PQ) Saint-François Monique Gagnon-Tremblay (PLQ) Saint-Henri-Sainte-Anne Nicole Loiselle (PLQ) Saint-Hyacinthe Léandre Dion (PQ) Saint-Jean Roger Paquin (PQ) Saint-Laurent Jacques Dupuis (PLQ) Sainte-Marie-Saint-Jacques André Boulerice (PQ) Saint-Maurice Claude Pinard (PQ) Salaberry-Soulanges Serge Deslières (PQ) Sauvé Line Beauchamps (PLQ) Shefford Bernard Brodeur (PLQ) Sherbrooke Jean Charest (PLQ) Taillon Pauline Marois (PQ) Taschereau Agnès Maltais (PQ) Terrebonne Jocelyne Caron (PQ) Trois-Rivières Guy Julien (PQ) Ungava Michel Létoumeau (PQ) Vachon David Payne (PQ) Vanier Diane Barbeau (PQ) Vaudreuil Yvon Marcoux (PLQ) Verchères Bernard Landry (PQ) Verdun Henri-François Gautrin (PLQ) Viau William Cusano (PLQ) Viger Cosmo Maciocia (PLQ) Vimont David Cliche (PQ) Westmount-Saint-Louis Jacques Chagnon (PLQ) Le Parlement et les partis Vie politique et sociale Composition de l\u2019Assemblée nationale à l\u2019ajournement du 18 juin 1999 Parti québécois\t76 Parti libéral du Québec\t48 Action démocratique du Québec\t1 Indépendant\t0 Vacant\t0 Total\t125 Les membres du Bureau de l\u2019Assemblée nationale Composé de députés de la majorité ministérielle et de l'opposition, sorte de conseil d\u2019administration de l'institution, le Bureau exerce une fonction de contrôle et de réglementation.En sont membres : Jean-Pierre Charbonneau, président Jocelyne Caron, PQ Céline Signon, PQ Stéphane Bédard, PQ Rémy Désilets, PQ Roger Paquin, PQ Russell Copeman, PLQ Jacques Dupuis, PLQ François Ouimet, PLQ Mario Dumont, ADQ Les fonctions parlementaires Jean-Pierre Charbonneau Président Raymond Brouillet Vice-président Claude Pinard Vice-président Michel Bissonnet Vice-président Lucien Bouchard Premier ministre et président du Co exécutif Jacques Brassard Leader du gouvernement André Boisclair Leader adjoint du gouvernement André Boulerice Leader adjoint du gouvernement Jocelyne Caron Whip en chef du gouvernement Benoit Laprise Whip adjoint du gouvernement Lucie Papineau Whip adjointe du gouvernement Jean Charest Chef de l'opposition officielle | t | | Vie politique et sociale Le Parlement et les partis Pierre Paradis Leader de l'opposition officielle Tiiomas J.Mulcair Leader adjoint de l'opposition officielle Jean-Marc Fournier Whip en chef de l'opposition officielle Norman Mac Millan Whip adjoint de l\u2019opposition officielle Les présidents des commissions parlementaires permanentes Jean-Pierre Charbonneau Commission de l'Assemblée nationale* Goeffrey Kelly (PLQ) Commission de l\u2019Administration publique Roger Bertrand (PQ) Commission des Institutions Sylvain Simard (PQ) Commission des Finances publiques Monique Gagnon-Tremblay (PLQ) Commission des Affaires sociales Denise Carrier-Perreault (PQ) Commission de l'Économie et du Travail Rosaire Bertrand (PQ) Commission de l\u2019Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation YvonVallière (PLQ) Commission de l\u2019Aménagement du territoire Claude Lachance (PQ) Commission des Transports et de l\u2019Environnement Madeleine Bélanger (PLQ) Commission de l\u2019Éducation Matthias Rioux (PQ) Commission de la Culture * Le président de l\u2019Assemblée nationale préside également la sous-commission permanente de la Réforme parlementaire.Le Conseil des ministres (selon l\u2019ordre de préséance) Lucien Bouchard Premier ministre Président du Comité des priorités Bernard Landry Vice-premier ministre Ministre d\u2019État à l\u2019Économie et aux Finances Ministre des Finances, ministre du Revenu Ministre de l'Industrie et du Commerce Président du Comité ministériel de l\u2019emploi et du développement économique Ministre responsable de la région de l\u2019Estrie Membre du Comité des priorités Pauline Marois Ministre d\u2019État à la Santé et aux Services sociaux Le Parlement et les partis Vie politique et sociale Ministre de la Santé et des Services sociaux Ministre de la Famille et de l\u2019Enfance Présidente du Comité ministériel du développement social Ministre responsable de la région de la Montérégie Membre du Comité des priorités Jacques Léonard Ministre d\u2019Etat à l'Administration et à la Fonction publique Ministre délégué à l\u2019Administration et à la Fonction publique Président du Conseil du trésor Ministre responsable de la région des Lauren tides Membre du Comité des priorités Louise Harel Ministre d'Etat aux Affaires municipales et à la Métropole Ministre des Affaires municipales et de la Métropole Ministre responsable des Aînés Présidente du Comité ministériel des affaires régionales et territoriales Présidente du Comité ministériel de la région de Montréal Ministre responsable de la région de Montréal Membre du Comité des priorités François Legault Ministre d\u2019Etat à l\u2019Education et à la Jeunesse Ministre de l\u2019Education Président du Comité ministériel de l\u2019éducation et de la culture Vice-président du Conseil du trésor Membre du Comité des priorités Diane Lemieux Ministre d\u2019État au Travail et à l\u2019Emploi Ministre du Travail Ministre responsable de l\u2019Emploi Membre du Comité des priorités Guy Chevrette Ministre des Transports Ministre délégué aux Affaires autochtones Ministre responsable de la Faune et des Parcs Ministre responsable de la Réforme électorale Président du Comité de législation Ministre responsable de la région de Lanaudière Ministre responsable de la région Nord-du-Québec Jacques Brassard Ministre des Ressources naturelles Leader parlementaire du gouvernement Ministre responsable de la Réforme parlementaire Ministre responsable de la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean Ministre responsable de la Côte-Nord Louise Beaudoin Ministre des Relations internationales Ministre responsable de la Francophonie Ministre responsable de la Charte de la Langue française Jean Rochon Ministre de la Recherche, de la Science et de la Technologie Président du Comité ministériel de la recherche, de la science et de la technologie Membre du Comité des priorités Rémy Trudel Ministre de l\u2019Agriculture, des Pêcheries et de l\u2019Alimentation ^23 ^*e politique et sociale Le Parlement et les partis Ministre responsable de la région Abitibi-Témiscamingue Serge Ménard Ministre de la Sécurité publique Linda Goupil Ministre de la Justice Ministre responsable de la Condition féminine Ministre responsable de la région Chaudière-Appalaches Paul Bégin Ministre de l'Environnement Ministre responsable de la région de Québec Robert Perreault Ministre des Relations avec les citoyens et de l\u2019Immigration Agnès Maltais Ministre de la Culture et des Communications André Boisclair Ministre de la Solidarité sociale Jean-Pierre Jolivet Ministre des Régions Ministre responsable de la région du Bas-Saint-Laurent Nicole Léger Ministre déléguée à la Famille et l\u2019Enfance Guy Julien Ministre délégué à l\u2019Industrie et au Commerce Ministre responsable de la région de la Mauricie Joseph Facal Ministre délégué aux Affaires intergouvemementales canadiennes Ministre responsable de la région de l\u2019Outaouais Maxime Arseneau Ministre délégué au Tourisme Ministre responsable de la région de la Gaspésie-Iles-de-la-Madeleine David Cliche Ministre délégué à l\u2019Autoroute de l'information et aux Services gouvernementaux Ministre responsable de la région de Laval Gilles Baril Ministre délégué à la Santé, aux Services sociaux et à la Protection de la jeunesse Jacques Baril Ministre délégué aux Transports Ministre responsable de la région Centre-du-Québec Jocelyne Caron Whip du gouvernement Le Parlement et les partis Vie politique et sociale Les principales lois adoptées par l'Assemblée nationale à l'automne 1998 et au printemps 1999 LOIS ADOPTÉES EN OCTOBRE 1998 \u2022\tDépenses électorales \u2014 Faisant suite, notamment, au jugement de la Cour d'appel dans la cause Libman, qui invalidait plusieurs dispositions de la Loi électorale, aux propositions de M' Pierre-F.Côté, ancien Directeur général des élections, et aux consultations menées en commission parlementaire par le gouvernement, cette modi fication à la Loi électorale crée de nouvelles dispositions sur les dépenses en période d\u2019élection.Elle permet, entres autres, à un électeur ou à un groupe composé majoritairement d\u2019électeurs de faire des dépenses de publicité pour faire connaître son opinion sur un sujet d\u2019intérêt public, sans pour autant favoriser ni défavoriser directement un candidat ou un parti.\u2022\tLes revenus agricoles \u2014 Cette modification aux lois sur l'assurance-récolte et l'assurance-stabilisation concrétise les mesures mises de l'avant par le gouvernement pour mettre fin aux manifestations des producteurs de porcs qui culminèrent, en septembre 1998, dans le blocus de l\u2019autoroute 20.LOIS ADOPTÉES EN JUIN 1999 \u2022\tObligation pour l\u2019électeur d\u2019établir son identité au bureau de vote \u2014 Cette loi obligera les électeurs à s\u2019identifier à l'aide d'une carte lors d\u2019un scrutin provincial, municipal ou scolaire.La loi crée également une Commission permanente de révision de la liste électorale permanente.\u2022\tRéforme de la comptabilité gouvernementale \u2014 Cette loi donne suite à la réforme de la comptabilité gouvernementale annoncée dans le Discours sur le budget du 31 mars 1998 à la suite des recommandations du Vérificateur général sur la tenue d\u2019états financiers consolidés au gouvernement.\u2022\tCréation de la société Immobilière SHQ \u2014 Cette société aura pour mission d'acquérir, avec les droits et obligations qui s'y rapportent, des immeubles d\u2019habitation, notamment ceux de la Société d\u2019habitation du Québec, et de mettre ces immeubles à la disposition des offices municipaux d\u2019habitation.\u2022\tUn comité consultatif sur l\u2019accessibilité aux études \u2014 Ce Comité est chargé de conseiller le ministre sur les questions relatives à l\u2019aide financière aux études, aux droits de scolarité, aux droits d'inscription ainsi qu'aux droits afférents aux services d\u2019enseignement.\u2022\tOrdre des sages-femmes \u2014 Constitution de l\u2019Ordre des sages-femmes et définition du champ d\u2019exercice exclusif des sages-femmes. Vie politique et sociale Le Parlement et les part's \u2022\tÉlections et référendums dans les municipalités \u2014 Cette loi étend les pouvoirs du Directeur général des élections en matière d\u2019élections municipales et resserre les règles de ces élections en ce qui a trait à l'autorisation des partis, ainsi qu\u2019au financement et au contrôle de leurs dépenses électorales.\u2022\tConjoints de fait homosexuels \u2014 Par cette loi le Québec est la première province au Canada à reconnaître les droits et obligations des conjoints de fait du même sexe au même titre que les conjoints de fait de sexes différents.\u2022\tUn ministère pour Jean Rochon \u2014 Création du ministère de la Recherche, de la Science et de la Technologie.\u2022\tUne loi pour Hydro-Québec \u2014 Cette loi, très contestée, assure rétroactivement la légalité de la construction par Hydro-Québec d\u2019infrastructures et d\u2019équipements par suite de la tempête de verglas survenue du 5 au 9 janvier 1998 (voir l\u2019article de Bruno Bisson en page 246).\u2022\tConfessionnalité des écoles \u2014 Cette loi se situe dans la foulée du rapport Proulx (voir l\u2019article de Marc Thibodeau en page 293) sur la place de la religion à l\u2019école.Elle prolonge de deux ans le délai de dérogation aux Chartes des droits afin de continuer d\u2019accorder des privilèges aux confessions religieuses catholiques et protestantes.\u2022\tRéforme de la police \u2014 Modification de certaines dispositions de la Loi de police touchant le personnel de direction de la Sûreté du Québec et pouvoir pour le gouvernement de réglementer la fonction d\u2019enquête dans un corps de police (voir l\u2019article d\u2019Yves Boisvert en page 306).\u2022\tAccréditation des pêcheurs \u2014 Création du Bureau d\u2019accréditation des pêcheurs chargé de mettre en œuvre un régime de reconnaissance de la compétence professionnelle de ceux-ci.\u2022\tUne société de la faune \u2014 Création de la Société de la faune et des parcs du Québec, qui a pour mission la conservation de la faune et la gestion des parcs.\u2022\tDiscrétion au Revenu \u2014 Découlant directement du débat entourant la transmission de renseignements personnels au ministère du Revenu, cette loi soumet le ministère à certaines exigences en matière de protection des renseignements confidentiels dans l\u2019octroi de contrats de services informatiques.La loi prévoit de plus que les contrats qui étaient en cours au moment de son adoption sont réputés satisfaire à ces exigences.\u2022\tGratuité des médicaments \u2014 Retour à la gratuité pour les prestataires de la sécurité du revenu les plus démunis.Avec le régime d\u2019assurance-médicaments, cette gratuité avait été abolie. Le Parlement et les partis Vie politique et sociale Chronique de FAssemblée nationale, d'août 1998 à juin 1999 Remaniement ministériel Le 23 septembre, le premier ministre procède à un remaniement ministériel.Le Conseil des ministres de 26 membres compte trois nouvelles figures : Joseph Facal est nommé ministre délégué aux Affaires intergouvemementales canadiennes, Nicole Léger est nommée ministre des Régions et François Legault, ministre de l\u2019Industrie, du Commerce, de la Science et de la Technologie sans être élu député à l\u2019Assemblée nationale.Parlementarisme et médias Du 24 au 26 septembre, l\u2019Assemblée est l\u2019hôte d\u2019un colloque intitulé « Le parlementarisme et les médias », auquel participent des journalistes et des représentants des milieux académiques.Reprise de la session Les travaux d\u2019automne de la deuxième session de la trente-cinquième Législature débutent le 20 octobre.Retrait de la vie politique Le 21 octobre, le président propose que l\u2019Assemblée nationale souligne le retrait de la vie politique de onze collègues parlementaires : Claire Vaive (Chapleau) Jeanne Blackburn (Chicoutimi) Jean Campeau (Crémazie) Gérard-Raymond Morin (Dubuc) Roger Lefebvre (Frontenac) Robert LeSage (Hull) John Ciaccia (Mont-Royal), le doyen de l\u2019Assemblée nationale Lévis Brien (Rousseau) Marcel Parent (Sauvé) André Gaulin (Tascherau) Jean Garon (Lévis) Dissolution de l\u2019Assemblée et déclenchement des élections Le 28 octobre 1998, un décret ordonne la dissolution de la trente-cinquième législature et convoque une nouvelle session pour le 9 mars 1999.Un autre décret ordonne la tenue d\u2019élections générales au Québec le 30 novembre 1998.Répartition des sièges à la prise du décret : Parti québécois :\t74 Parti libéral :\t45 Action démocratique :\t1 Indépendants :\t2 Vacants :\t3 Élections générales du 30 novembre 1998 Le Parti québécois est reporté au pouvoir avec 75 sièges (42,87% des votes exprimés).Le Parti libéral du Québec, avec 48 sièges (43,55% des votes exprimés), formera à nouveau l'opposition officielle.L\u2019Action démocratique du Québec fait élire un député ( 11,81 % du vote).C\u2019est la troisième mi Vie politique et sociale Le Parlement et les partis fois dans l'histoire électorale du Québec que le parti qui recueille une pluralité de votes se voit relégué dans l\u2019opposition (nommément le Parti libéral en 1944, 1966 et 1998).La trente-sixième législature compte 25 nouveaux élus seulement, soit le plus faible taux de renouvellement (20%) depuis les élections générales de 1962.En fait, le Parlement reproduit presque exactement l'ancien.On compte cependant un nombre record de 29 femmes (19 parmi l'équipe ministérielle, 10 au sein de la députation libérale), soit 23,2% des élus de ce Parlement, un sommet historique.Soirée électorale diffusée au parlement Pour la première fois, l'Assemblée nationale est utilisée par un diffuseur majeur comme plateau de télédiffusion d'une soirée d'élections générales.Les résultats sont diffusés en direct du Salon rouge.Quelque 150 employés de la Société Radio-Canada ont mobilisé certaines installations de l'Assemblée pendant plus d'une semaine pour préparer la diffusion de l\u2019événement.Pour le dérangement, l'Assemblée nationale a fait parvenir à la SRC une facture de 50 000$.Assermentation du conseil des ministres Le 15 décembre, le premier ministre présente les membres du Conseil des ministres.La cérémonie d'assermentation est télédiffusée en direct de la Salle du Conseil législatif (Salon rouge).Le nouveau cabinet compte 26 membres, dont neuf femmes, soit près du tiers des membres du Conseil, une première dans l'histoire du Québec.Autre première, des femmes occupent les postes de ministre de la Justice et de ministre des Affaires municipales.Seulement sept des 26 ministres conservent leurs responsabilités, et six nouvelles figures accèdent au cabinet, dont quatre nouveaux élus : Linda Goupil, Agnès Maltais, Diane Lemieux, Maxime Arse-neau ; et deux vétérans : Gilles Baril et Jacques Banl.Cependant, quatre ministres réélus perdent leur portefeuille : Denise Carrier-Perreault, ex-ministre déléguée aux Mines et aux Terres, Roger Bertrand, exministre responsable des Services gouvernementaux, Sylvain Simard, ex-ministre des Relations internationales et Matthias Rioux, ex-ministre du Travail.La première réunion du nouveau conseil a lieu le 16 décembre.Consultation nationale sur l\u2019eau Lancement public, le 26 janvier, des travaux de la Commission d'enquête sur l\u2019eau du BARE.Cette consultation nationale est présidée par André Beauchamp, ancien président du BAPE.Il est secondé des commissaires Gisèle Gallichan et J.C.Thibodeau.Enquête du DGE dans la circonscription d\u2019Anjou Le 24 février, le Parti québécois porte plainte au Directeur général des élections (DGE) concernant de présumées irrégularités commises dans la circonscription d\u2019Anjou lors de lacampagne électorale de 1998, irrégularités mises au jour par Radio-Canada dans des reportages sur un réseau de voteurs illégaux aux élections du 30 novembre.Le même jour, le chef du PLQ, Jean Charest, demande à son tour au DGE de faire enquête à ce sujet.Nouvelle session La première session de la trente-sixième législature est convoquée le 2 mars 1999, Le Parlement et les partis Vie politique et sociale une semaine plus tôt que la date prévue du 9 mars 1999, pour satisfaire, invoque-t-on au gouvernement, un calendrier sessionnel présumément très chargé.La nouvelle session est marquée de deux premières historiques.Après avoir déposé la liste des candidats proclamés élus à la suite des élections tenues le 30 novembre et le 14 décembre 1998, le secrétaire général, Pierre Duchesne, invite le doyen de l'Assemblée, François Gendron, député d\u2019Abitibi-Ouest, à présider l\u2019élection du président de l'Assemblée nationale.Une première : l\u2019élection du président au scrutin secret Michel Bissonnet (PLQ), député de Jeanne-Mance, et Jean-Pierre Charbonneau (PQ), député de Borduas, sont candidats.Jean-Pierre Charbonneau est élu président au premier tour au scrutin secret.En 1998, M.Charbonneau, avait rendu public un projet de réforme qui proposait l\u2019élection du président au scrutin.Autre nouveauté, les parlementaires procèdent ensuite à l\u2019élection d\u2019un troisième vice-président issu des rangs de l\u2019opposition.Michel Bissonnet est élu à ce nouveau poste.« Orphelins de Duplessis » Le 4 mars, le premier ministre, par une déclaration solennelle, fait des excuses, au nom du Québec et de son gouvernement, et annonce des mesures compensatoires concernant les orphelins et orphelines de Duplessis (voir l\u2019article de Louis Laffance en page 268).Discours sur le budget Le 9 mars, le vice-premier ministre et ministre d\u2019État à l\u2019Economie et aux Finances, Bernard Landry, présente son quatrième discours du budget.Le budget 1999-2000 prévoit notamment l\u2019atteinte du déficit zéro un an avant l\u2019objectif que s'était fixé le gouvernement (voir l\u2019article de Germain Belzile en page 363).Daniel Johnson honoré Le 1\" avril, dans le hall de l\u2019édifice Marie-Guyart de Québec, en présence de personnalités politiques et de membres de la famille, dont deux anciens premiers ministres (Daniel Johnson Jr.et Pierre-Marc Johnson), on dévoile un buste commémorant le 30' anniversaire du décès de l'ancien premier ministre.Daniel Johnson a été premier ministre du 16 juin 1966 au 26 septembre 1968.Il est décédé en fonction le 26 septembre 1968.Un nouveau DGE Le 23 avril, M.Jean John est nommé au poste de Directeur général des élections pour une période de six mois, à la suite du décès de Jacques Girard le 10 avril.Agé de 63 ans, M.Jolin a cependant manifesté son intention de quitter son poste à l\u2019automne 1999.Révision du mode de scrutin Le 27 avril, la majorité ministérielle refuse son consentement pour débattre d\u2019une motion du député de Rivière-du-Loup, M.Dumont, proposant la tenue d\u2019une consultation générale par la Commission des institutions et la création d\u2019un « comité des sages » portant sur le mode de scrutin.Une motion identique du député libéral de Westmount-Saint-Louis, Jacques Chagnon, connaît le même sort (voir l\u2019article de Michel Venne en page 261).Démission de Rita Dionne-Marsolais Le 28 avril, le premier ministre dépose copie de la déclaration de la ministre du Vie politique et sociale Le Parlement et les partis Revenu, Rita Dionne-Marsolais, en date du 28 avril (déclaration lue à la presse à l\u2019extérieur de la Chambre), concernant sa démission à la suite de l'avis de la Commission d'accès à l\u2019information sur la transmission de certaines données contenues dans les fichiers du ministère du Revenu, Fait unique, c\u2019est la deuxième fois que Mme Marsolais démissionne comme ministre d\u2019un gouvernement du Parti québécois.Elue députée de Rosemont en 1994, elle est en effet nommée ministre de la Culture et des Communications par le premier ministre Jacques Parizeau, qui cependant demandera sa démission deux mois plus tard devant son incapacité à réaliser un «arrimage avec les artisans de ce secteur».Bourses du millénaire Le 5 mai, M.Legault, ministre d\u2019Etat à l\u2019Éducation et à la Jeunesse, dépose une lettre, en date du 28 avril, adressée à Jean Chrétien, premier ministre du Canada et signée par M.Bouchard, premier ministre, M.Charest, chef de l\u2019opposition officielle, et M.Dumont, chef de l\u2019Action démocratique du Québec, concernant l\u2019annonce de la création du Fonds des Bourses du millénaire.C\u2019est dans le cadre de l\u2019étude des crédits du Conseil exécutif, le 28 avril, que Jean Charest proposa d\u2019expédier au premier ministre du Canada une lettre cosignée par les trois chefs afin de trancher le litige entourant la création du Fonds des Bourses du millénaire.La lettre fait suite à une motion (la motion Gautrin) adoptée à l\u2019unanimité par l\u2019Assemblée nationale le 15 mai 1998.Elle réaffirme la nécessité de respecter les compétences québécoises et d\u2019éviter tout dédoublement du système québécois d\u2019attribution des prêts et bourses aux étudiants.Elle propose que les parties désignent deux négociateurs gouvernementaux afin de dénouer 1 impasse qui persiste.Réné Lévesque honoré Le 3 juin, plusieurs personnalités du monde politique assistent au dévoilement, devant l\u2019Hôtel du Parlement, d\u2019un monument en l\u2019honneur de l\u2019ancien premier ministre du Québec.M.Lévesque a été premier ministre de novembre 1976 à octobre 1985.Il est décédé le 1er novembre 1987.Ajournement d\u2019été Le 18 juin, après 49 séances, l\u2019Assemblée ajourne ses travaux au mardi 19 octobre 1999.Séance extraordinaire Le 2 juillet, pendant la grève des infirmières, l\u2019Assemblée est convoquée en séance extraordinaire afin de procéder à la présentation et à l\u2019adoption de la loi 72, loi concernant la prestation des services de soins infirmiers et des services pharmaceutiques.La loi est adoptée par un vote de 63 pour, 37 contre et aucune abstention (voir l\u2019article de Roch Côté en page 299). Le Parlement et les partis Vie politique et sociale Les partis politiques Les partis et leur programme Le Parti québécois Le conseil national du 30 janvier 1999, à Québec, décide de la tenue du Congrès du Parti québécois les 5, 6 et 7 mai 2000 au Palais des Congrès de Montréal.Le chef du parti et premier ministre, Lucien Bouchard, invite son parti à «un brassage d'idées» sur la souveraineté.11 annonce alors la création d'un groupe de travail pour préparer et animer la réflexion sur la souveraineté et la constitution d\u2019un fonds de soutien à cette fin.La composition et le mandat de ce groupe de travail présidé par le vice-premier ministre, Bernard Landry, sont rendus publics lors du caucus présessionnel tenu à Ville d'Estérel les 25 et 26 février 1999.Le mandat du comité, doté d\u2019un budget de un million de dollars, consiste « à bien situer la souveraineté du Québec dans la modernité et la mondialisation en dégageant les nouvelles réalités qui la rendent plus que jamais nécessaire à l'aube du troisième millénaire ».L'exécutif national a établi que le comité doit être représentatif du parti, de l\u2019aile parlementaire, du conseil des ministres et de divers milieux.En sont membres : Bernard Landry, président; de l\u2019exécutif national: Lucien Bouchard, Fabien Béchard, Gilles Grenier, Marylise Lapierre ; Carmen Sabag-Vaillan-court; les présidents régionaux: Maxime Barakat, Mario Beaulieu, Angèle Bélanger, Céline Dostie, Gilles Gaumond, Denis Ménard, Jean-Pierre Sabourin ; les jeunes : Isabelle Bouchard, Jean-Hertel Lemieux; les députés: Manon Blanchet, Jocelyne Caron, François Gendron, David Payne; les membres du Comité des priorités: Louise Harel, Diane Lemieux, Pauline Marois ; les autres membres du Conseil des ministres: Louise Beaudoin, Paul Bégin, Joseph Facal, Robert Perreault; du Bloc québécois: Pierre Brien, Bernard Bigras; les partenaires : Jean Lemoyne, Richard Gervais, Louise Paquet, Guy Bouthillier.Le Parti libéral du Québec Au conseil général des 17 et 18 octobre 1998 à Saint-Jean-sur-Richelieu, le parti dévoile son plan pour la croissance de l\u2019économie et de l\u2019emploi dans un rapport intitulé «Agir pour la croissance».Le programme économique du parti pour la prochaine campagne électorale est qualifié par les observateurs de « virage à droite ».Le 15 avril, Jean Charest annonce la formation d\u2019un groupe de travail dont le mandat consiste, dans la foulée du rapport «Reconnaissance et interdépendance», programme constitutionnel du parti, «à redéfinir les intérêts du Québec dans un Canada en pleine évolution».Le groupe de travail de 16 membres (dont 10 avocats ou professeurs de droit, et quatre députés) est présidé par le député de Chapleau et porte-parole de l\u2019opposition officielle en matière d\u2019affaires intergouvemementales canadiennes, Benoît Pelletier. |j££J Vie politique et sociale Le Parlement et les partis Le conseil général qui se réunit les 29 et 30 mai à Saint-Hyacinthe est l'occasion pour Jean Charest d'annoncer que son parti amorce un exercice de renouvellement de son programme et de ses structures.M.Charest estime, entre autres, que le temps est venu de revoir le «modèle québécois» (voir l\u2019article de Jean-Pierre Dupuis en page 345) Le conseil général donne le mandat à la Commission politique, présidée par Marc-André Blanchard, de revoir ce « modèle » et de produire un nouveau programme politique.La Commission devra procéder à une vaste consultation des militants du parti.Le chef annonce, dans le cadre du même conseil général, qu'un autre groupe de travail, présidé par Monique Jérôme-Forget, sera chargé d\u2019évaluer les impacts de la fiscalité québécoise sur le quotidien des citoyens et de proposer des solutions pour améliorer la situation.Les membres de ce groupe sont: Diane Leblanc, Yvon Marcoux, André Tranchemontagne, Diane Blais, Alain Cousineau, Sean Finn et Alain Paquet.De plus, un groupe d\u2019experts conseils de renom, économistes et fiscalistes, ont accepté d'éclairer le groupe de travail dans sa tâche.Ce sont: Pierre Fortin, Renaud Lachance, Jean-Luc Landry, Michel Lantaigne, Monique Leroux, Pierre Lefebvre et François Vaillancourt.L\u2019Action démocratique du Québec Le 15 octobre, le chef de 1ADQ, Mario Dumont, rend publique la plate-forme constitutionnelle que son parti compte mettre de l\u2019avant lors des élections générales : un projet de loi intitulé « Loi sur la proposition québécoise de paix constitutionnelle».Il y est proposé un moratoire, pendant au moins toute la durée du prochain mandat gouvernemental, sur la tenue d\u2019un référendum portant sur la souveraineté du Québec.Pendant ce moratoire, le gouvernement du Québec aurait l\u2019obligation de négocier avec le reste du Canada une réforme en profondeur du cadre constitutionnel canadien.Cette réforme reprend pour l\u2019essentiel le contenu de ce que l\u2019on a appelé le Rapport Allaire.Adopté en mars 1991 par le Parti libéral du Québec comme programme constitutionnel, ce rapport contient un projet de réforme du fédéralisme qui accorderait au Québec une pleine souveraineté sur 22 champs de compétence ainsi qu'un droit de veto dans une nouvelle formule d\u2019amendement constitutionnel.L\u2019abandon par le PLQ de ce programme constitutionnel en 1992 au profit de l\u2019entente conclue à Charlottetown entre les premiers ministres, devait mener à la création de l\u2019Action démocratique du Québec au début de 1994.Le financement des partis Le Directeur général des élections par intérim, JeanJolin, a rendu publics le 3 juin les rapports financiers des partis politiques du Québec ainsi que le montant total de la participation de l\u2019État au financement politique québécois pour l\u2019exercice financier qui s\u2019est terminé le 31 décembre 1998.Il se dégage de ces rapports financiers que l\u2019exercice terminé le 31 décembre 1998, année électorale, s\u2019est soldé par un excédant des dépenses sur les revenus (un Le Parlement et les partis Vie politique et sociale déficit) pour huit des neuf formations politiques qui ont produit leur rapport financier.Pour les neuf partis, sans tenir compte des résultats de leurs instances respectives, l\u2019excédent net des dépenses sur les revenus s\u2019élève à 3 420 603 $.Voici les résultats des trois partis représentés à l\u2019Assemblée nationale : \t1998\t1997 \tInsuffisance\tExcédent \tdes produits\tdes produits \t$\t$ Parti québécois Parti libéral\t(560 477)\t303 914 du Québec Action\t(2 779 158)\t630 247 démocratique du Québec/ Equipe Mario Dumont\t(19 991)\t7 922 Les partis autorisés ont eu des revenus globaux de 24 909 669 $ et ont dépensé 28 716 362$ en 1998.Les trois partis représentés à l\u2019Assemblée nationale se partagent 97,4% des revenus et 97,5 % des dépenses.Les électeurs québécois ont financé avec enthousiasme leur parti politique préféré, révèlent les derniers rapports financiers.Au total, les électeurs ont versé 13 335 520$ en 1998.Les entités autorisées ont émis 90 145 reçus, dont 76 672 pour des contributions de 200$ ou moins.Au total, 13 473 électeurs ont fourni des contributions supérieures à 200 $ ; ces contributions comptent pour 66% de l\u2019argent recueilli.La moyenne de l\u2019ensemble des contributions est de 148$, comparativement à 114$ en 1997.Mais les partis autorisés tirent également des revenus considérables des fonds publics, soit 9 317 748$.La participation financière de l\u2019État au financement politique québécois comprend les montants suivants : Allocations versées aux partis politiques autorisés Parti québécois\t1 022 936 $ Parti libéral du Québec\t1 254 796$ Action démocratique du Québec/\t163 254$ Équipe Mario Dumont Autres partis\t58 440$ Total\t2 499 426$ Remboursements des frais de vérification effectués aux partis (maximum 5500 $)\t22 591 $ Remboursements de dépenses électorales (Élections générales du 30 novembre 1998 et partielles en 1997 et 1998 : Bertrand, Bourassa, Duplessis, Kamouraska Témiscouata et Argenteuil) 4 143 033 $ Crédits d\u2019impôt pour contributions politiques provinciales accordés par Revenu Québec à 34 484 contribuables pour l\u2019année d'imposition 1997\t2 652 698$ L\u2019allocation que verse l'État aux partis politiques est basée sur le nombre d\u2019électeurs inscrits sur la liste électorale lors des dernières élections.Un montant de 50 sous est accordé pour chaque électeur inscrit.La somme globale est redistribuée entre les partis en fonction du pourcentage de vote obtenu lors des élections du 12 septembre 1994.Notons enfin que les actifs nets des trois principaux partis politiques au 31 Tl Vie politique et sociale Le Parlement et les partis décembre 1998 s'élevaient à 799 991 $ pour le Parti québécois, à 85 124$ pour le Parti libéral et à 141 173$ pour l\u2019Action démocratique de Mario Dumont.Les 10 partis politiques provinciaux autorisés au 15 juin 1999 Action démocratique du Québec Chef : Mario Dumont Bloc-pot Chef : Marc Saint-Maurice Parti communiste du Québec Chef : Malek Khouri Parti de la démocratie socialiste Chef : Paul Rose Parti de la loi naturelle du Québec/ Natural Law Party of Québec Chef : Allen Faguy Parti égalité/Equality Party Chef : Keith Henderson Parti innovateur du Québec Chef : Raymond Robitaille Parti libéral du Québec/ Québec Liberal Party Chef : Jean Charest Parti marxiste-léniniste du Québec Chef : Claude Brunelle Parti québécois Chef : Lucien Bouchard Notes sur les élections générales de 1998 Des élections générales se sont tenues le 30 novembre 1998 dans 124 circonscriptions électorales et un scrutin le 14 décembre 1998 dans la circonscription électorale de Masson.La campagne électorale a duré 33 jours, le minimum prévu par la loi.La liste électorale permanente est utilisée pour la première fois en élections générales à l'occasion de ce scrutin général.A la prise du décret déclenchant les élections, la liste électorale préliminaire contenait les noms de 5 189 168 électeurs.Le soir des élections, 5 254 482 électeurs étaient inscrits sur la liste électorale, dont 16 606 électeurs hors Québec et 3113 détenus.Les 10 partis politiques autorisés au moment du scrutin étaient les mêmes que ceux qui apparaissent plus haut en date du 15 juin 1999.Résultats PLQ PQ ADQ\t1 771 858 1 744 240 480 636\t43,55% 42,87% 11,81%\t48 sièges 76 sièges 1 siège Autres\t71 738\t1,76%\t Total des bulletins valides :\t\t4 068 472\t98,87% Total des bulletins rejetés :\t\t46 691\t1,13% Total du vote exercé :\t\t4 115 163\t78,32% Total des électeurs inscrits : 5 254 482 Cinq dépouillements judiciaires ont été effectués dans les circonscriptions d'Anjou, d\u2019Argenteuil, de Charlesbourg, de Kamouraska-Témiscouata et de Shefford.Dans tous les cas, les recomptages ont confirmé l'élection des candidats qui avaient été déclarés élus le soir des élections.Rapport des dépenses électorales Le maximum des dépenses permises pour les 125 candidats d'un parti ayant participé aux élections générales du 30 novembre Le Parlement et les partis Vie politique et sociale s'élevait à 5 327 205 $.Tandis que pour le parti lui-même, le montant était de 2 642 382$.Les avances faites aux candidats sur le remboursement de leurs dépenses totalisent 4 053 700$ au 27 janvier 1999.Le 4 mai 1999, le rapport des dépenses électorales que publie le Directeur général des élections indiquait que les partis ont dépensé ensemble 15,2 millions durant la campagne électorale de 1998.PLQ\t7,3 millions PQ\t6,7 millions ADQ\t950 000$ PE\t79 000$ PDS\t65 000$ Au cours de la trente-cinquième Législature, douze élections partielles ont été tenues : Jonquière 19-02-1996 Lucien Bouchaid La Prairie 19-02-1996\tMonique Simard L'Assomption 10-06-1996\tJean-Claude Saint-André Outremont 10-06-1996\tPierre-Étienne Laporte Pointe-aux-Trembles 09-12-1996\tNicole Léger Beauce-Sud 28-04-1997\tDiane Leblanc Prévost 28-04-1997 Lucie Papineau Duplessis 06-10-1997 Normand Duguay Kamouraska-Témiscouata 06-10-1997 Claude Béchard Argenteuil 01-06-1998 David Whissell Une importante victoire judiciaire Le 11 décembre 1998, un jugement rendu par la juge France Thibault, de la Cour supérieure, a invalidé certains éléments de la Loi électorale du Québec concernant le financement des partis politiques.Ces dispositions ont été jugées inconstitutionnelles parce qu\u2019elles créent une inégalité financière défavorisant les tiers partis comme l\u2019Action démocratique du Québec.L\u2019ADQ contestait le droit qu\u2019avaient le PQ et le PLQ au remboursement de leurs dépenses électorales s\u2019ils remportaient au moins 15% du vote et bénéficiaient d\u2019une avance de 35 % de ce remboursement dès le début de la campagne électorale.L\u2019ADQ contestait de plus le privilège d\u2019avoir, le jour des élections, deux représentants à chaque bureau de vote payés par les fonds publics.A cause de ce jugement, les candidats des grands partis n\u2019auront plus le droit, lors des futures campagnes électorales, à une avance ni au paiement du salaire de leurs représentants dans les bureaux de scrutin, ce qui constitue une économie de huit millions pour les contribuables.De plus, le remboursement des dépenses sera offert à tous les candidats qui obtiendront plus de 15 % des voix.Bertrand 06-10-1997\tDenis Chalifoux Bourassa 06-10-1997\tMichèle Lamquin-Éthier Les informations sur le personnel parlementaire, les lois adoptées, la vie du Parlement et des partis ont été rassemblées par Serge Laplante, recherchiste au bureau parlementaire du quotidien Le Devoir à Québec. vie politique et sociale Le Parlement et les partis Les premiers ministres du Québec depuis 1867\t\t CHAUVEAU, Pierre-Joseph-Olivier\t15 juillet 1867\tC OUIMET, Gédéon\t27 février 1873\tC BOUCHER DE BOUCHERVILLE, Charles-Eugène\t22 septembre 1874\tC JOLY DE LOTBINIÈRE, Henri-Gustave\t8 mais 1878\tL CHAPLEAU, Joseph-Adolphe\t31 octobre 1879\tC MOUSSEAU, Joseph-Alfred\t31 juillet 1882\tC ROSS, John Jones\t23 janvier 1884\tC TAILLON, Louis-Olivier\t25 janvier 1887\tC MERCIER, Honoré (père)\t29 janvier 1887\tL BOUCHER DE BOUCHERVILLE, Charles-Eugène\t21 décembre 1897\tC TAILLON, Louis-Olivier\t16 décembre 1892\tC FLYNN, Edmund James\t11 mai 1896\tC MARCHAND, Félix-Gabriel\t24 mai 1897\tL PARENT, Siméon-Napoléon\t3 octobre 1900\tL GOUIN, Lomer\t23 mars 1905\tL TASCHEREAU, Louis-Alexandre\t9 juillet 1920\tL GODBOUT, Joseph-Adélard\t11 juin 1936\tL DUPLESSIS, Maurice Le Noblet\t30 août 1944\tUN SAUVÉ, Joseph-Mignault-Paul\t11 septembre 1959\tUN BARRETTE, Antonio\t8 janvier 1960\tUN LESAGE, Jean\t5 juillet 1960\tL JOHNSON, Daniel (père)\t16 juin 1966\tUN BERTRAND, Jean-Jacques\t2 octobre 1968\tUN BOURASSA, Robert\t12 mai 1970\tL LÉVESQUE, René\t25 novembre 1976\tPQ JOHNSON, Pierre Marc\t3 octobre 1985\tPQ BOURASSA, Robert\t12 décembre 1985\tL JOHNSON, Daniel (fils)\t11 janvier 1994\tL PARIZEAU, Jacques\t26 septembre 1994\tPQ BOUCHARD, Lucien\t29 janvier 1996\tPQ Vie économique Débat: le modèle québécois\t345 État de l'économie\t352 Les finances publiques\t363 Le mouvement Desjardins\t369 La presse écrite\t373 DÉBAT Un modèle québécois tourmenté JEAN-PIERRE DUPUIS La remise en cause et la défense du «modèle québécois» auront alimenté le principal débat dans le domaine économique, au cours de l'année.Faut-il réformer ce modèle ou faut-il carrément l'abandonner?L\u2019arrivée de Jean Charest à la tête des libéraux relance un vieux débat sur le modèle québécois de développement économique tel qu'il a été développé depuis la Révolution tranquille, et où l\u2019État occupe une position centrale1.Ce modèle devait permettre aux Québécois de prendre le contrôle de leur économie, de développer les ressources naturelles peu ou mal exploitées, de favoriser le développement des entreprises et des régions et d\u2019assurer l\u2019accès des francophones aux postes de direction des grandes entreprises.Un vieux débat, car on se rappellera qu\u2019en 1985, au moment de la reprise du pouvoir par les libéraux, était lancé un vaste chantier de réexamen de ce modèle.Le gouvernement Bourassa créa trois comités de travail \u2014 l\u2019un sur la privatisation des sociétés d\u2019État, un autre sur le contrôle des dépenses publiques et un dernier sur la déréglementation \u2014 qui avaient pour mandat d\u2019examiner les activités de l\u2019État québécois et de ses sociétés et de lui faire des propositions.Les rapports de ces comités, dont les membres étaient largement issus du milieu des affaires, conclurent que le gouvernement avait atteint la plupart des objectifs qu\u2019il s\u2019était fixés dans les années 1960 et qu\u2019il n\u2019avait plus besoin d\u2019intervenir si massivement dans l\u2019économie.En conséquence, ils proposèrent une privatisation de nombreuses sociétés d\u2019État, un examen en profondeur du fonctionnement et des priorités des programmes et services sociaux existants et une déréglementation importante de l\u2019État.On connaît la suite : il y eut bien certaines actions entreprises, comme la privatisation de quelques «canards boiteux » (Québécair, Madelipêche et la Raffinerie de sucre du Québec) et une légère déréglementation dans quelques secteurs (camionnage, heures d\u2019affaires des commerces, santé et sécurité au travail) mais, dans l\u2019ensemble, et à la suite de l\u2019impopularité des premières mesures et du peu d\u2019empressement du premier ministre Robert Bourassa de mettre en application les recommandations du rapport, l\u2019État a continué de jouer un rôle central dans l\u2019économie québécoise (Séguin et Bélanger-Martin, 1993).C\u2019est même un ministre libéral, Gérald Tremblay, qui redonnera un nouveau souffle au modèle de développement économique québécois en populan- Vie économique Débat : le modèle québécois sant l\u2019idée de grappes industrielles qui devaient permettre aux différents acteurs économiques (entreprises, syndicats, Etat) de se concerter et de travailler ensemble à promouvoir le développement de certains secteurs industriels où le Québec jouissait déjà d\u2019atouts particuliers (énergie à bas prix, masse critique, etc,).La super-SGF lance le débat Ainsi quand le nouveau chef libéral propose de revoir le modèle québécois qu\u2019il juge avoir donné dans le passé des « résultats médiocres », il relance un vieux débat qui n\u2019a pourtant pas souri aux libéraux de l'époque.Mais il faut dire, à sa décharge, que le contexte d\u2019alors y est plutôt favorable.La crise des finances publiques, le train de compressions mis de l\u2019avant par le gouvernement Bouchard qui soulève du mécontentement et le vent de néolibéralisme qui souffle sur le monde sont autant de facteurs qui favorisent une réflexion sur le modèle.Le débat décolle véritablement quand Jean Charest s'oppose en campagne électorale à la super-SGF récemment créée par le gouvernement Bouchard qui prévoit y injecter deux milliards en cinq ans afin d\u2019attirer des investissements étrangers au Québec.Le chef de l\u2019opposition officielle propose plutôt d\u2019utiliser cette somme pour réduire les impôts des Québécois.Or, le débat ne tourne pas à l\u2019avantage du chef libéral.D\u2019une part, de nombreux observateurs et analystes font remarquer que le projet des libéraux est irréaliste puisqu\u2019il ne s'agit pas de nouveaux crédits mais en partie de profits anticipés d\u2019Hydro-Québec qui sont loin d'être acquis et de sommes que le gouvernement se propose d'emprunter sur les marchés financiers.D\u2019autre part, le milieu des affaires fait entendre des voix discordantes en faveur de la super-SGF.Ce que ne semblait pas avoir prévu le nouveau chef libéral.Ainsi, par exemple, Gérald Ponton, président de l\u2019Alliance des manufacturiers et des exportateurs du Québec, soutient, lors du Forum 1998 des gens d\u2019affaires, que le Québec « s\u2019est donné des outils de développement comme société et la SGF est un de ceux-là.Ce serait une erreur de retirer les deux milliards à la SGF si les résultats sont là».Dans le même ordre d\u2019idées, Jacques Lamarre, président de SNC-Lava-lin, avance, à l\u2019occasion d'un discours prononcé devant le Centre canadien de Montréal, que la SGF est « un organisme qui fait faire par le secteur privé»et qui «a fait beaucoup de bonnes choses par le passé» et qu\u2019en ce sens la réforme de la société d'Etat riest pas une priorité pour le milieu des affaires.Reste que les déclarations du chef de l'opposition font beaucoup de bruit et trouvent un écho favorable dans certains milieux, comme à la Chambre de commerce du Montréal métropolitain et dans le Globe and Mail qui présente Jean Charest comme celui qui procédera au «démembrement du modèle économique Québec inc.».La vente de Provigo Le débat prend une tournure encore plus concrète lorsque, en pleine campagne électorale, Provigo annonce qu\u2019elle va accepter l\u2019offre d\u2019achat du groupe ontarien Loblaw.Le gouvernement du Québec, par le biais de la Caisse de dépôt et placement qui détient 35% des actions de l\u2019entreprise, a les moyens de bloquer la transaction.Il faut se rappeler que, dans le passé, le gouvernement a soutenu, par l\u2019entremise de ses sociétés d\u2019État, la montée des Débat : le modèle québécois Vie économique grands groupes comme Provigo et Métro-Richelieu et qu\u2019il s'est opposé à la prise de contrôle des entreprises québécoises dans ce secteur par des joueurs étrangers.Ainsi, au début des années 1980, il s\u2019est opposé à la prise de contrôle de Provigo par l\u2019américaine Blackstone.Plus tard, il s\u2019est opposé à la vente de Steinberg à l\u2019ontarienne Oxdon en permettant au groupe de Michel Gaucher de s\u2019accaparer des magasins et à la Caisse de dépôt et placement de mettre la main sur Ivanhoe, une filiale de Steinberg qui représentait le plus bel actif de l\u2019entreprise (propriétaires des nombreux centres commerciaux où se trouvaient les magasins d\u2019alimentation Steinberg).Le gouvernement allait-il permettre cette fois qu\u2019une des deux grandes entreprises de distribution alimentaire québécoise passe entre les mains d\u2019une entreprise étrangère?La vente de Provigo devenait alors, selon plusieurs observateurs, aussi bien un enjeu électoral qu\u2019une mise à l\u2019épreuve du modèle québécois.Ainsi, Alain Dubuc, éditorialiste à La Presse, écrit à propos de cette vente : «Si Québec accepte cette transaction, ce sera une rupture avec la philosophie de tous les gouvernements qui se sont succédé depuis 20 ans».Finalement, le gouvernement du Québec et la Caisse de dépôt et placement décident de ne pas s\u2019y opposer.En effet, selon de nombreux experts, les autres scénarios envisagés n\u2019étaient guère souhaitables.Ainsi, la fusion de Provigo avec Métro-Richelieu pour créer une méga entreprise aurait entraîné probablement la fermeture de nombreux magasins qui, très souvent, se côtoient dans plusieurs villages ou quartiers, voire dans la même rue, risquant de provoquer du même coup de nombreuses mises à pied.Le syndicat des TUAC (local 500) qui représente 10 000 des 17 000 employés syndiqués chez Provigo pressait d\u2019ailleurs la Caisse de dépôt et placement d\u2019accepter l\u2019offre pour préserver les emplois de ses membres.De plus, la fusion aurait assurément entraîné une augmentation des prix des produits pour les consommateurs, puisque la disparition d\u2019un des deux géants réduirait presque à néant la concurrence.La Caisse s'est donc contentée d\u2019obtenir la garantie que la nouvelle entreprise continuerait, pour au moins sept ans, de s\u2019approvisionner chez les agriculteurs québécois qui risquaient d\u2019être les vrais perdants de cette transaction.Elle a empoché également plus de 500 millions pour la vente de ses actions.La vente de Provigo signifie-t-elle la fin d\u2019une époque, la rupture avec une philosophie vieille de 20 ans, comme l\u2019avait annoncé l\u2019éditorialiste de La Presse?Pas vraiment, puisque d\u2019une part le débat reprend de plus belle après l\u2019annonce de cette vente, preuve que la plupart n\u2019y voient pas un événement significatif, et d\u2019autre part parce que, contrairement à ce que soutenait l\u2019éditorialiste, il ne s\u2019agit pas tout à fait d\u2019une première.En 1988, le gouvernement du Québec n\u2019est pas intervenu pour empêcher la vente de Consol-Bathurst à l\u2019entreprise américaine Stone Contenait.En effet, si le gouvernement de l\u2019époque avait réussi à s\u2019entendre avec Consol-Bathurst qui souhaitait acquérir Domtar, propriété de la Société générale de financement et de la Caisse de dépôt et placement, pour créer une des plus grandes papetières au monde, cette entreprise n\u2019aurait pas été vendue au groupe américain.En n\u2019intervenant pas, le gouvernement laissait ainsi passer entre les mains des Améncains une entreprise qu\u2019il avait contribué à faire croître par ses divers Vie économique Débat : le modèle québécois programmes de soutien à l\u2019industrie forestière durant les années 1980.Le gouvernement, principal acteur du modèle québécois, s'était là aussi fait très discret.Les pressions se multiplient La campagne électorale terminée et bien digérée n\u2019empêche pas la relance du débat sur l\u2019originalité mais surtout la pertinence du modèle québécois en cene fin de décennie.Ainsi, plusieurs acteurs économiques et sociaux, comme maints observateurs et analystes, proposent soit une vaste réforme de ce modèle issu des années 60, soit une réflexion approfondie sur celui-ci.Une idée lancée par Gérald Ponton, président de l\u2019Alliance des manufacturiers et des exportateurs du Québec, retient l\u2019attention et oriente en partie les débats.Lors de sa défense de la super-SGF durant la dernière campagne électorale, il avait évoqué l\u2019idée de faire comparaître régulièrement la SGF devant une commission parlementaire afin d\u2019y produire un bilan de ses placements.L\u2019idée se transforme peu à peu à la suite de l\u2019interprétation qu\u2019en ont les différents acteurs (politiciens, syndicalistes, éditorialistes, etc.) pour devenir tour à tour une commission qui scruterait le plan de développement de cette entreprise d'Etat, une commission d évaluation des sociétés d\u2019Etat, une commission nationale de l\u2019économie et de l\u2019emploi, etc.Les changements d\u2019appellation illustrent bien l\u2019orientation de plus en plus large qu\u2019aurait cette commission, à savoir de revoir le rôle de l\u2019Etat et de ses sociétés dans l\u2019économie.Intervention de Claude Castonguay Claude Castonguay, l\u2019ex-ministre libéral et père de l\u2019assurance-maladie québécoise, fait également une intervention publique fort remarquée sur le sujet en signant un texte dans Lu Presse du 3 mars 1999.Dans ce texte, il se demande s\u2019il est possible pour le Québec de rester dans la course avec un vieux modèle issu des années 60.Selon lui, «d\u2019une intervention nécessaire et ciblée dans des secteurs névralgiques, l\u2019État a graduellement envahi à toute fin pratique tous les domaines.Ce qui fait en sorte qu\u2019aujourd\u2019hui l\u2019interventionnisme de l\u2019État est plus prononcé au Québec que partout ailleurs en Amérique du Nord».Il justifie un réexamen de ce modèle par une comparaison avec l\u2019Ontario qui indique une croissance de l\u2019économie plus lente au Québec (156% entre 1980 et 1996 contre 202%), une dette plus importante (64,7% du PIB contre 33,9%), des impôts plus élevés (42,4% des revenus contre 26,1%), etc.11 conclut de cette analyse qu\u2019il faut avant tout «un changement de mentalité, de perspective et d\u2019équilibre.L\u2019on doit cesser de voir l\u2019interventionnisme de l\u2019État comme la solution à la plupart des problèmes et miser davantage sur l\u2019initiative des individus, des entreprises et des institutions».Il propose de placer la priorité sur «la réduction de la dette publique et des impôts, le remplacement des subventions par des crédits d\u2019impôt et un allégement de la réglementation et des exigences bureaucratiques de l\u2019État».Même la CSN Les acteurs du monde syndical et communautaire ne seront pas en reste.Ainsi Gérald Larose, alors président de la CSN, en appelle-t-il lui aussi à un examen approfondi du modèle québécois.Il propose de «décentraliser et débureaucratiser l\u2019État parce qu'il ne permet pas à la société civile de prendre la place qui lui revient».En fait, en souhaitant une société civile mieux organisée, incluant le Débat : le modèle québécois Vie économique patronat, et ainsi plus en mesure de rendre des comptes, Larose propose un élargissement du modèle, voire sa démocratisation : « Il faut miser sur la démocratisation accrue des différentes sphères de la société ».Dans cet esprit, il propose un aplatissement «de la pyramide hiérarchique pour que les tâches de ceux qui sont au service du public soient enrichies.Il faut faire place aux usagers, décentraliser un certain nombre de lieux de décision afin qu\u2019ils participent directement à la détermination des services (.) Il y a un modèle à réinventer, mais à partir de ce qui se développe déjà sur le terrain (.) Ce dont nous parlons, c\u2019est de débureaucratisation, de simplification et d\u2019allégement de la réglementation et non pas de déréglementation.(.) Cela ne signifie pas moins d\u2019impôt.Cela signifie un usage encore plus productif et rentable des impôts».Dans le même esprit, Pierre Paquette, ancien secrétaire de la CSN parlant au nom des groupes communautaires, a souhaité, peu avant le discours du budget du ministre Landry, une consultation plus large et systématique des différents acteurs sociaux dans la préparation du budget du Québec.En fait, Paquette propose que le gouvernement du Québec, « à l\u2019instar de ce qui existe en Norvège par exemple, [crée] un lieu de discussion sur l\u2019ensemble des éléments macroéconomiques qui déterminent la croissance et l\u2019emploi, comme le proposait récemment Gérald Ponton de l'Alliance des manufacturiers et des exportateurs du Québec.» Ces demandes des groupes syndicaux et communautaires ne datent pas d'hier.Depuis le début des années 1990, ces derniers demandent au gouvernement du Québec une plus grande décentralisation.Le mouvement syndical a lui-même entrepris une réflexion sur le sujet durant cette période comme en font foi les prises de position publique des centrales en faveur des régions (Bâtir le Québec des régions, CSN, 1992 ; Développer ensemble tous les coins du pays, FTQ, 1994 ; etc.).De plus, lors des commissions régionales sur la souveraineté qui ont été tenues avant le dernier référendum, les groupes syndicaux et communautaires ont manifesté fortement leur désir d\u2019un État décentralisé et plus près des préoccupations des gens ordinaires.La défense du gouvernement Face à ces attaques répétées, et menées sur plusieurs fronts, le gouvernement, avec Bernard Landry et Lucien Bouchard en tête, mènera une contre-offensive pour le moins improductive.Ainsi, Bernard Landry multipliera les références aux vertus du modèle québécois.Par exemple, la création d\u2019une société en commandite contrôlée par le Fonds de solidarité (35 %), la Société des Alcools (35%), les Vins Andres (15%) et la Société de vin internationale Geloso (15%) pour gérer l\u2019usine d\u2019embouteillage de la SAQ est présentée «comme une belle manifestation du modèle québécois» par le ministre des Finances.Le ministre soutient également dans son discours du budget que «les succès obtenus au cours de l\u2019année qui vient de se terminer [dans le développement économique] démontrent la véritable efficacité de ce qu\u2019on peut appeler avec fierté le modèle québécois de développement économique » et que le régime d\u2019imposition le plus progressif en Amérique du Nord « reflète les valeurs de solidanté et de partage qui sont les nôtres.» Même si, pour Vie économique Débat : le modèle québécois le gouvernement, il n\u2019est nullement question de revoir en profondeur le modèle de développement économique, la porte reste tout de même entrouverte puisque, comme le dit le ministre dans ce même discours, le gouvernement doit se préoccuper «de la mobilité grandissante des travailleurs, de l'impact des impôts sur la croissance et l\u2019emploi, ainsi que de la concurrence que nous livrent nos partenaires économiques».Le contexte économique mondial interpelle en effet fortement le gouvernement.L\u2019identité en cause Le premier ministre Lucien Bouchard va cependant encore plus loin que son ministre dans la défense du modèle en s\u2019en prenant à Jean Charest, celui qui a déclenché le débat durant la dernière campagne électorale.11 soutient, lors d\u2019une allocution présentée devant 400 militants péquistes, réunis à Saint-Hyacinthe pour une journée de réflexion sur la souveraineté, que «la bataille enclenchée contre le modèle québécois, c\u2019est une bataille contre l\u2019identité québécoise.Une offensive pour nous convaincre de dissoudre notre identité dans le grand bain canadien ».Avec cette déclaration de Bouchard, le débat atteint un paroxysme et soulève un tollé qui a vu se déchaîner l\u2019humour des caricaturistes et la réprobation d\u2019une grande partie des intellectuels et des éditorialistes qui ne partagent pas le point de vue du premier ministre.En fait, même Bernard Landry et Gilles Duceppe, chef du Bloc québécois, ont pris leur distance face à cette déclaration du premier ministre.Celui-ci s\u2019est quelque peu rétracté quelques jours plus tard en disant qu\u2019il ne fallait pas interpréter ces propos comme un refus d\u2019avoir un débat sur le modèle québécois, qu\u2019au contraire « c\u2019est très important de moderniser les politiques qui sont à moderniser ».Mais, comme on peut le constater à la lecture des analyses et des commentaires de maints observateurs et éditorialistes, il semble que les déclarations de Bernard Landry et de Lucien Bouchard ne convainquent personne.Tous attendent et demandent un geste concret comme la création de la fameuse commission proposée par Gérald Ponton il y a déjà plusieurs mois.Réduire, élargir ou consolider le modèle?Ainsi, selon de nombreux acteurs, le modèle québécois de développement économique aurait fait son temps.Pour les uns, les Charest, Castonguay et compagnie, il s'agit de réduire le rôle de l\u2019Etat et de laisser plus de place aux initiatives privées, voire aux entreprises privées.Nous retrouvons là essentiellement la position des libéraux de 1985 qui n\u2019ont pourtant pas pu mener à terme leur projet durant leurs deux mandats successifs.Pour d\u2019autres, les Larose, Paquette et compagnie, il faut au contraire élargir la portée du modèle québécois en faisant davantage participer les acteurs sociaux, qu'ils soient issus du monde communautaire, syndical ou patronal.Pour eux, il ne s\u2019agit pas d'avoir moins d'Etat mais un Etat meilleur.Finalement, pour le gouvernement québécois, il s\u2019agit de consolider le modèle tout en ciblant mieux ses actions.Une super-SGF regroupant des sociétés comme Soquem, Soquip et Rexfor sera plus efficace qu\u2019une SGF « ordinaire » ; de même, la transformation de la Société industrielle du Québec en Investissement-Québec permettra d atteindre des objectifs de développement économique en offrant, comme le soutient son président Louis Roquet, « un Débat : le modèle québécois Vie économique ensemble d\u2019incitatifs fiscaux et financiers taillés sur mesure pour combler les besoins particuliers des entreprises ».Avec ces deux initiatives, l'objectif du gouvernement est davantage d\u2019appuyer les initiatives privées que de s\u2019y substituer, comme l\u2019ont compris Gérald Ponton et Jacques Lamarre, respectivement président de l\u2019Alliance des exportateurs et des manufacturiers du Québec et président de SNC-Lavalin, à l\u2019automne 1998.En fait, c\u2019est depuis le début des années 1980 que l\u2019action gouvernementale s\u2019est transformée, passant d\u2019un rôle d\u2019entrepreneur à celui d\u2019entremetteur comme l\u2019ont bien noté Séguin et Bélanger-Martin (1993), en référence à des initiatives comme le Régime d\u2019épargne-actions (RÉA) et le Fonds de solidarité de la FTQ ou à la mise en oeuvre de la politique des grappes industrielles.L\u2019inaction du gouvernement dans la vente de Provigo au groupe Loblaw est un autre indice de cette transformation entreprise par l\u2019Etat québécois.Reste que le désir d\u2019une réflexion plus large et plus rigoureuse sur le modèle est souhaitée par plusieurs acteurs (politiciens, dirigeants d\u2019entreprises, leaders syndicaux, organisateurs communautaires, etc.) mais le sens à donner à cette réflexion varie énormément de l\u2019un à l\u2019autre.Réduire, élargir ou consolider le modèle québécois voilà la question ! Jean-Pierre Dupuis est professeur à l'École des Hautes études commerciales (HEC).Références Dupuis, Jean-Pierre (dir.), Le modèle québécois de développement économique, Cap-Rouge, Les Presses Inter Universitaires et Les Éditions 2 Continents, 1995, 183 p.Séguin, Francine, Bélanger-Martin, Luc, «De l'État-entrepreneur à l\u2019État-mailleur: le Fonds de solidarité », Gestion, vol.18, n° 3, 1993, p.82-90.Note 1.Selon certains chercheurs, un modèle québécois existe avant la Révolution tranquille mais le rôle de l\u2019État y est moins central.Ce modèle reposait sur la concertation entre certains acteurs du monde des affaires, des coopératives et des syndicats qui cherchaient à atteindre sensiblement les mêmes objectifs économiques que ceux de la Révolution tranquille.Cependant, désespérant de ne jamais y arriver, ces acteurs se sont tournés vers l'État pour qu\u2019il tente de les réaliser.A ce sujet, voir le débat dans Dupuis (1995). ÉTAT DE L\u2019ÉCONOMIE QUÉBÉCOISE Une bonne fin de décennie FRANÇOIS NORMAND Il semble bien que les trois dernières années de la décennie en seront aussi les meilleures pour l\u2019économie québécoise.Le PIB a enregistré une hausse intéressante de 2,7% en 1998.Et surtout, la tendance semble devoir se maintenir pour les deux prochaines années.Depuis le début des années 90, les États-Unis vivent un véritable âge d\u2019or sur le plan économique.A vrai dire, on n\u2019a pas vu pareil cycle d\u2019expansion depuis les lendemains de la Deuxième Guerre mondiale dans la foulée des Trente glorieuses.Toutefois, l'économie québécoise n\u2019a pas profité de la croissance américaine, ou si peu, dans la première moitié de la décennie.La situation s\u2019est redressée en 1997, mais surtout en 1998, année où l\u2019économie québécoise a progressé de 2,7%.D\u2019ailleurs, les exportations québécoises ont fait un bond de 8,9% en 1998.Cette croissance est attribuable au commerce avec les États-Unis où sont dirigées près de 85% des exportations du Québec.La valeur des expéditions québécoises vers ce pays a crû de 10% en 1998, alors que les exportations vers les autres pays ont reculé de près de 3 %.«La demande toujours croissante des divers agents économiques a eu un impact positif sur la plupart des secteurs productifs de l\u2019économie québécoise», peut-on lire dans un document publié par le ministère de l\u2019Industrie et du Commerce du Québec sous le titre Actualités conjoncturelles -juin 1999 (volume 9, numéro 3).En 1998, le produit intérieur brut (PIB) réel a donc progressé de 2,7% pour atteindre les 152,7 milliards de dollars constants.Cette performance est la deuxième en importance de la décennie après la forte croissance de 4% enregistrée en 1994.« Compte tenu du ralentissement économique international et des différents événements particuliers, tels que la tempête de verglas et certains conflits de travail qui ont influencé l\u2019évolution de la production québécoise tout au long de 1998, ce résultat est meilleur que ce qui était anticipé », soulignent les économistes du ministère de l\u2019Industrie et du Commerce.La majorité des secteurs productifs de l\u2019économie québécoise ont participé à cette croissance de 2,7% en 1998.Par exemple, les industries qui fabriquent des biens ont enregistré un bond de 3,6%.La croissance a cependant été plus modeste du côté des industries des services, celles-ci faisant un saut modéré de 2,3 %.La plupart des économistes s\u2019entendent pour dire que l'activité soutenue dans État de l'économie québécoise Vie économique Graphique 1 Taux de change du dollar canadien en cents É.-U.72 -\t- 72 %/\"Y\t- 70 V\t68,19(18/06/99) 68 -\tV\tA A 66\tV\t 64-\tV\tL/VSi - 64 62\t62 1998\t1999 Source: Direction de l'analyse de la conjoncture industrielle, MIC.la foulée du Grand verglas est principalement principalement responsable de la vigueur des industries des biens en 1998.Les industries en croissance Pour ce qui est des industries les plus performantes de l\u2019économie québécoise en 1998, on peut souligner la performance du secteur manufacturier qui a réalisé une croissance de 5 %.Les industries manufac- turières, qui représentent 20,6% du PIB réel total aux coûts des facteurs, représentent 33,2% de la croissance.Mais cette croissance de la production n\u2019a pas été constante d\u2019un trimestre à l\u2019autre, précisent les économistes du ministère.Selon eux, ce sont essentiellement les industries de biens durables qui ont été responsables de la croissance de la production manufacturière en 1998.\tInvestissements:\tTableau 1 principaux projets en cours et à venir\t Ueu\tEntreprise\tProjet\tValeur Alma\tAlcan\tAluminium\t2200 M$ Côte-Nord\tHydro-Québec\tBarrage SM-3\t2100 M$ Melocheville\tHydro-Québec\tRénovation centrale Beauharnois\t766 Mî Asbestos\tMagnola\tUsine de magnésium\t730 M$ Mont-Tremblant\tIntrawest\tStation touristique\t500 M$ Source : Commission de la construction du Québec. Vie économique État de l'économie québécoise Graphique 2 Évolution des livraisons manufacturières (en milliards de dollars) Québec et Ontario 24 22 20 18 16 14 12 10 1996\t1997\t1998\t1999 Québec (échelle de gauche) Ontario (échelle de droite) Source : Statistique Canada.Direction de l'analyse de la conjoncture industrielle, MIC.Données désaisonnalisées.Produits électriques L\u2019industrie le plus vigoureuse a été celle des produits électriques et électroniques, enregistrant une solide croissance de 18,7%.Cette industrie est d\u2019ailleurs en plein essor en raison de la demande soutenue de composantes électroniques dans la foulée du développement rapide des technologies de l\u2019information et des télécommunications.Mais « paradoxalement », font remarquer les économistes du ministère, l'emploi y a reculé de manière proportionnelle à la croissance, soit une perte de 18,4% des effectifs ! Bois, transports et machinerie D'autres secteurs comme celui du bois (8,4%), du matériel de transport (5,9%) et de la machinerie (6,1 %) ont aussi affiché de bons taux de croissance.Parmi les autres secteurs industriels de l\u2019économie québécoise, celui de la construction affiche également de bons résultats, enregistrant une croissance de 8,7% en 1998, du jamais vu depuis au moins 1984 (année du début des données du PIB réel au coût des facteurs).Fort d\u2019une croissance de 10,5%, la construction non résidentielle est à l\u2019origine de la vigueur de cette industrie, expliquent les auteurs de l\u2019étude.«Les activités de réparation et de reconstruction réalisés à la suite des dommages causés par le verglas, avec notamment l'ajout des quatre boucles d\u2019alimentation en électricité (boucle montérégienne, boucle outa-ouaise, boucle centre-ville de Montréal et boucle de Québec) sont en grande partie responsables de ce dynamisme.» État de l\u2019économie québécoise Vie économique Graphique 3 Stocks manufacturiers Canada (en milliards de dollars) (désaisonnalisés) \u2014\tStocks/livraisons (échelle de gauche) \u2014\tStocks possédés (échelle de droite) Source : Statistique Canada.Direction de l'analyse de la conjoncture industrielle, MIC.Bâtiment La construction résidentielle n\u2019est pas non plus en reste.Compte tenu de la chute de 10,7% des mises en chantier, la croissance de 4,8 % réalisée par le secteur domiciliaire tient essentiellement à la vigueur des dépenses de rénovation et de réparation.En 1998, après deux années consécutives de baisses marquées, l\u2019emploi dans l\u2019industrie de la construction a d\u2019ailleurs progressé de 4,2%, soit la plus importante hausse en dix ans.Commerce Le secteur commercial a également connu une bonne année en 1998.A elles seules, les activités des grossistes et des détaillants accaparent 17,1% de la hausse de production des industries en croissance.«Cette industne se situe parmi celles qui apportent les plus fortes contributions à l\u2019augmentation du PIB réel en 1998, notent les économistes.La vigueur est cependant surtout concentrée dans le commerce de gros, où la progression se chiffre à 6,9% contre 2,6% dans le commerce de détail.» L\u2019emploi est en hausse de 7,5% dans le commerce de gros en bonne partie attribuable à la forte demande dans les secteurs des ordinateurs et autres produits informatiques comparativement à un recul de 0,3 % du nombre de postes de détaillants.Enfin, la bonne performance s\u2019est accompagnée d'un recul marqué du nombre des faillites d\u2019entreprises, autant dans les activités de gros (32,1%) qu\u2019au détail (14,5%). Vie economique [ .1 mom» Graphique 4 Exportations internationales (variations en %) Quebec et Canada 10,2 10,2 ¦\tQuébec ¦\tCanada Source : PSQ.Données sur le commerce international du Québec.Direction de l'analyse de la conjoncture industrielle, MIC.* Données pour les trois premiers mois de l\u2019année.Services aux entreprises Le secteur des services aux entreprises a également participé activement à la croissance du PIB en 1998.D\u2019ailleurs, si l\u2019on exclut la récession du début des années 90, cette industrie affiche un essor continu depuis 1984.La bonne performance de ce secteur est attribuable en grande partie à la forte demande de services informatiques, notamment en raison du développement rapide des réseaux informatiques et des technologies de l\u2019information.«A ces tendances de fonds s'ajoute l\u2019accroissement de la demande de services informatiques en raison du bogue de l\u2019an 2000», précisent les économistes.Communications Enfin, les services de communications ont aussi fait bonne figure en 1998.Le secteur affiche une croissance de 7,3 %, après des gains de 2,6% et de 5,1 % en 1996 et 1997 respectivement.L'emploi a également enregistré une croissance remarquable de 13,3% pour l\u2019ensemble de l\u2019année, ce qui signifie une création nette de 9600 postes.Les industries en décroissance Après les bonnes nouvelles, les moins bonnes.Plusieurs secteurs de l\u2019économie québécoise ont éprouvé des problèmes en 1998, dont les industries du secteur primaire qui poursuivent leur tendance baissière amorcée au milieu de 1997.Le recul varie en fait en fonction des industries.Mines et métaux Dans le cas de l\u2019industrie des mines, carrières et puits de pétrole, la chute est particulièrement prononcée, atteignant 6,4% Eta J I 11 :11\tI i i Vie economique | Graphique 5 Evolution du passif des faillites d'entreprises (variations en %) Québec 1996\t1997\t1998\t1999 * ¦\tManufacturier ¦\tCommerce ¦\tAutre Source : Bureau du Surintendant des faillites.Direction de l\u2019analyse de la conjoncture industrielle.MIC.* Données pour les trois premiers mois de l'année.en 1998.« La baisse importante des prix des métaux, en raison du ralentissement économique mondial découlant de la crise asiatique, n'est pas étrangère à cette contre-performance», expliquent les économistes du ministère.L\u2019effondrement des prix à la suite de l\u2019affaiblissement de la demande mondiale a forcé les entreprises du secteur des mines à réduire leur rythme de production pour assurer leur rentabilité.De plus, les piètres résultats de certains travaux d'exploration sur des gisements de cuivre, de nickel et de cobalt ont conduit plusieurs entreprises à cesser leurs activités l\u2019an dernier.« Ce contexte économique moins favorable pour l\u2019industrie minière s\u2019est aussi répercuté sur les dépenses d'immobilisation, qui diminuent de manière importante (17,4%) pour une deuxième fois an autant d\u2019années.Quoique encore importante à la fin de 1998, l\u2019ampleur des baisses de production observées en cours d\u2019année s\u2019amenuise au fil des trimestres.» Ce qui fait dire aux économistes du ministère que le pire semble passé pour l\u2019activité minière et qu\u2019un redressement de la production pourrait survenir dans le second semestre de 1999, «à moins que d'autres événements ne viennent perturber le climat économique mondial ».Agriculture Dans le cas de l\u2019agriculture et des services connexes, le PBI a reculéde 1,8% en 1998.Ce résultat s'inscrit dans la foulée du ralentissement de la croissance enregistrée entre 1996 et 1997.«La baisse de régime observée au chapitre de la production agricole n\u2019a toutefois pas entraîné d\u2019effets négatifs Vie économique État de l'économie québécoise Graphique 6 Évolution des ventes (en millions de dollars) Québec 6 250 - 6 000 - \u2014\tVentes de gros \u2014\tVentes de détail 5 750 - 5 500 - 5 250 - 5 000 - 4 750 - 4 500 - 4 000 -6 250 -6 000 -\t5 750 -5 500 -\t5 250 -5 000 -\t4 750 -4 500 -4 250 4 000 Source : Statistique Canada.Données mensuelles désaisonnalisées.en matière d\u2019emplois, le nombre de postes y étant même en forte hausse de 17,1%.Ainsi, l'industrie agricole avait à son emploi 11 700 personnes de plus en 1998 par rapport au niveau de 1997.» L\u2019exploitation forestière a aussi connu une année difficile en 1998, enregistrant une recul de 1,2%.Cette régression survient après une chute de 7,8% en 1996 et une modeste récupération de 1,2% en 1997.Forêts, pâtes et papier Par ailleurs, le verglas de janvier, de même que certains conflits de travail dans les industries papetière et forestière, conjugués aux quotas à l\u2019exportation et à l\u2019accumulation des stocks de copeaux, expliqueraient en partie le fléchissement des activités en forêt, selon les économistes du ministère.De leur côté, l\u2019emploi et la durée hebdomadaire moyenne du travail ont peu bougé en 1998.L\u2019industrie des pâtes et papier a connu pour sa part des difficultés qui l\u2019ont fait régresser de 0,1%, un contraste frappant avec la croissance de 7% enregistrée en 1997.En dépit d\u2019un arrêt de travail chez Abitibi-Consolidated, les entrepreprises papetières ont tout de même réalisé des profits modestes.Mais compte tenu de la crise asiatique et de la situation au Brésil, on estime que le pire a été évité.Électricité Le portrait a été encore moins reluisant pour l\u2019industrie électrique, avec un PIB se repliant de 4,5%.D\u2019abord très affectée par l\u2019importance de la tempête de verglas, la État de l\u2019économie québécoise Vie économique EE71 Graphique 7 Mise en chantier Québec et Ontario (en milliers d'unités) (centres urbains de plus de 10 000 hab.) \u2014\tQuébec \u2014\tOntario Source : SCHL, (Société canadienne d\u2019hypothèque et de logement).Direction de l\u2019analyse de la conjoncture industrielle, MIC.Données mensuelles à taux annuel désaisonnalisé.demande d\u2019électricité a ensuite été amoindrie par le temps exceptionnellement doux de l\u2019hiver et de l\u2019automne 1998.« Cette industrie est d\u2019ailleurs celle qui, en volume, présente la plus importante baisse d\u2019activité en 1998.Cette conjoncture particulière s\u2019est également reflétée sur le nombre de travailleurs, qui recule de 7,8 %.Ce qui équivaut à une perte nette de 2200 postes», expliquent les économistes du ministère.Toutefois, les travaux effectués par Hydro-Québec pour renforcer et reconstruire son réseau de transport et de distribution d\u2019électricité se sont traduits par une hausse marquée de 51,3 % des dépenses en immobilisations.Ces travaux devraient se poursuivre jusqu\u2019en 2001.Services sociaux Enfin, soulignons des baisses d\u2019activités dans l'industne des services d\u2019enseignement (2,7 %) ainsi que dans celle de la santé et des services sociaux (1,8%).«Ces replis se sont d'ailleurs traduits par une diminution du nombre d'emplois de 4000 postes et de 20 800 postes respectivement », concluent les économistes du ministère.Investissements en 1998 Tout comme la consommation des ménages, l'investissement est aussi un élément capital de la croissance économique.En 1998, les investissements ont d\u2019ailleurs progressé de 8,4%, un résultat supérieur à la moyenne canadienne, révèlent les perspectives économiques du Mouvement Vie économique État de l'économie québécoise Graphique 8 Prix des matières premières (indice : 1992 = 100) 1995-1998 190 180 170 160 150 140 130 120 110 100 Bois Métaux précieux Métaux non ferreux Desjardins (volume 9, numéro 4 avril 1999).La progression de l'investissement non résidentiel a été «spectaculaire», avec un score de 20 %.Le retour des grands projets ainsi que les travaux reliés à la tempête de verglas sont à l\u2019origine de cette vitalité», selon Desjardins.Mais tout ne va pas pour le mieux dans le meilleur des mondes, les sommes dépensées en machinerie et en équipement n'ayant augmenté que d\u2019un mince 3,8% en 1998.«Si l\u2019augmentation des investissements des entreprises du Québec a été supérieure à celle du pays, c\u2019est donc grâce au dynamisme de la construction non résidentielle», souligne-t-on chez Desjardins.Selon la plus récente enquête sur les perspectives d'investissement publiée par Statistique Canada, le Québec devrait d\u2019ailleurs surpasser en 1999 la moyenne canadienne, et ce, pour une deuxième année consécutive.L\u2019enquête démontre par contre qu'il y aura en 1999 un ralentissement sensible par rapport à 1998.Desjardins estime que «la progression des investissements des entreprises avoisinera 5 % en 1999 et 2000.Le Québec s\u2019en sortira bien grâce à de nombreux projets d\u2019envergure présentement en cours, notamment dans le secteur manufacturier.» Parmi les principaux projets, on peut mentionner l\u2019aluminerie d\u2019Alcan à Alma (deux milliards), l\u2019usine de magnésium à Asbestos (730 millions) et les travaux rattachés à la réouverture de l\u2019ancienne usine d\u2019Iron Ore à Sept-Iles (400 millions).L\u2019ampleur de ces chantiers explique la forte augmentation des investissements projetés au Québec.Pour l\u2019année 1999, on prévoit un bond de 25% alors qu\u2019on prévoit que les investissements plafonneront au Canada.Hébergement et restauration Les intentions d\u2019investissement sont également importantes dans le secteur de l\u2019hébergement et de la restauration.Alors qu\u2019un léger repli est prévu pour l\u2019ensemble du Canada, la progression devrait être de Etjt Je 1 économie qurbr.¦ i Vie economique 25% au Québec.«Ceci peut être attribuable à l\u2019essor de Mont Tremblant, avec la deuxième phase du projet d\u2019Intrawest évaluée à 500 millions sur cinq ans.La rénovation du manoir Richelieu au coût de 120 millions amènera aussi de l'eau au moulin en 1999», explique Héléne Bégin, économiste chez Desjardins.Au total, les investissements privés au Québec en 1999 devraient franchir la barre des 25 milliards, soit le niveau le plus élevé depuis près de dix ans.C'est une toute autre histoire au chapitre des investissements publics.Les sommes investies dans le public en 1999 seront inférieures à celles de 1998.«Il est probable que l'apport d\u2019Hydro-Québec soit moins important qu\u2019en 1998, alors que les travaux d\u2019urgence reliés à la tempête de verglas avaient nécessité des sommes colossales», précise Mme Bégin.D\u2019abord le privé Les investissements de la société d'Etat seront quand même élevés en 1999, mais tout porte à croire que cela ne sera pas suffisant pour égaler les résultats de 1998.« C'est donc grâce à la vitalité du secteur privé que le Québec réussira à surpasser la croissance canadienne des investissements en 1999.Ces perspectives sont encourageantes pour le Québec qui est moins vulnérable que les provinces de l'Ouest», explique l'économiste de Desjardins.En ce qui a trait aux dépenses gouvernementales, celles-ci devraient redevenir positives en 1999, après avoir régressé pendant cinq ans.Québec augmentera ses dépenses, notamment dans le domaine de la santé et de l\u2019éducation.Les négociations avec les 400 000 employés du secteur public à l'automne 1999 constituent l'enjeu principal.La masse salariale de ces em- ployés avoisine les 20 milliards et compte pour près de 50% des dépenses courantes de la province.Perspectives 1999-2000 L'économie québécoise est fortement influencée par la vigueur de l\u2019économie américaine.Un coup d\u2019œil sur nos voisins du sud s\u2019avère donc essentiel pour évaluer ce qui va se passer au Canada et au Québec.« A moins d\u2019une correction marquante et prolongée du marché boursier ou encore d\u2019un effondrement inattendu des économies latino-américaines, nous ne voyons pas dans l\u2019immédiat de changement significatif de la dynamique de l\u2019économie américaine.Ainsi, nous voyons révisé à la hausse notre scénario américain.La croissance du PIB réel a été portée à 3,9% en 1999», estime Gilles Soucy, directeur et économiste en chef chez Desjardins.Deux bonnes années Par conséquent, le Québec et le Canada connaîtront deux autres bonnes années de croissance en 1999 et 2000.La croissance du PIB du Québec devrait enfin égaler en 1999 celle du Canada.Le dynamisme de l\u2019économie américaine est principalement attribuable au potentiel de dépenses des ménages américains qui demeure intact.Quant aux entreprises, elles vont continuer à investir massivement en 1999.Ainsi, pour une troisième année consécutive, les investissements croîtront de plus de 10 %, surtout qu\u2019ils seront gonflés par la mise à niveau des systèmes informatiques, selon les économistes de Desjardins.De plus, le gouvernement américain pourra augmenter ses dépenses puisqu'il dispose d\u2019un important surplus budgétaire. Vie économique État de l\u2019économie québécoise L\u2019élan de l\u2019économie américaine se poursuivra aussi en 2000, mais ne pourra maintenir le même rythme, selon les prévisions de Desjardins.Néanmoins, la croissance du PIB réel atteindra environ 2,8%, ce qui est plus que satisfaisant après dix années de croissance soutenue.Dividende fiscal Pour ce qui est de l\u2019économie canadienne, elle devrait croître de 2,9% en 1999, selon les prévisions de Desjardins.En 2000, et pour une quatrième année consécutive, l\u2019économie canadienne devrait progresser de 2,8 %.La remontée du prix des matières premières devrait réanimer plusieurs secteurs affligés par la crise internationale.De leur côté, les gouvernements accentueront la cadence de leurs dépenses.À compter de 2000, les Canadiens bénéficieront plus concrètement du fameux dividende fiscal, ce qui devrait donner une impulsion supplémentaire à l\u2019économie, selon Desjardins.François Normand est journaliste au quotidien Le Devoir. LES FINANCES PUBLIQUES Le déficit zéro, enfin ! Et après ?GERMAIN BELZILE Le gouvernement du Parti québécois a devancé d\u2019un an son objectif budgétaire de déficit zéro.La suite va dépendre en grande partie de ce qui va se passer chez nos voisins du sud.Au printemps 1998, le ministre des finances, Bernard Landry, déposait un budget prévoyant, pour l'année financière 1998-1999, un déficit de 2,2 G1.Or, pour la première fois en 40 ans, les finances publiques québécoises se sont avérées équilibrées.Et, selon le budget déposé en mars 1999, il devrait en être de même pour l'année budgétaire 1999-2000.Ce résultat, qui permet de devancer d'un an l'objectif du déficit zéro, mettra-t-il le point final à plusieurs années de sacrifice pour les Québécois?L\u2019élimination du déficit budgétaire québécois En 1994, le gouvernement nouvellement élu de Jacques Parizeau héritait d\u2019un déficit budgétaire de 5,8 G.Ce déficit étant égal au service de la dette de l\u2019Etat québécois, le gouvernement finançait ses dépenses de programme avec l'ensemble de ses revenus.Il devait cependant emprunter pour payer les intérêts sur sa dette, qui atteignait alors 43,5 % du PIB2.La situation était intenable car, sans un redressement majeur, la dette menaçait d'augmenter de façon explosive2.En outre, le taux d'endettement des Québécois était considéré par plusieurs comme beaucoup trop élevé: si l\u2019on ajoutait à la dette du Québec sa part de la dette fédérale, on dépassait allègrement la valeur du PIB.Il n'existe pas de seuil maximum à ne pas dépasser, mais on peut noter que les pays de l\u2019Union européenne ont fixé à 60 % ce critère lors des accords de Maastricht.Un endettement élevé ne peut à long terme que miner la crédibilité de l\u2019État, alors qu'une part considérable des taxes et impôts ne sert pas à produire des biens et services, mais plutôt à financer les intérêts sur les emprunts.Il n\u2019est pas nécessaire d'équilibrer le budget ou d'obtenir des surplus pour diminuer le taux d'endettement.En effet, toute croissance de la dette inférieure à la croissance du PIB nominal fera diminuer le ratio dette/PIB.Comme le PIB croît en général de plus de 3% par année, une augmentation de la dette de 1 ou 2% (équivalant à un déficit de 750 M à 1,5 G) produirait une réduction du taux d\u2019endettement.La loi sur le déficit zéro, issue des sommets des partenaires économiques du Vie économique Les finances publiques Revenus budgétaires Gouvernement du Québec (en millions de dollars)\t\t\t\t\t \tAvant réforme de la comptabilité gouvernementale\t\tAprès réforme de la comptabilité gouvernementale\t\tPrévisions \t1996-1997\t1997-1998\t1997-1998\t1998-1999\t1999-2000 REVENUS AUTONOMES Impôts sur les revenus et les biens\t\t\t\t\t impôt sur le revenu des particuliers\t13 145\t14 389\t14389\t15 038\t15 293 Cotisations au Fonds des services de santé\t3 768\t3 893\t3 893\t4 057\t4 083 Impôts des sociétés\t2 931\t3 443\t3 443\t3 265\t3325 Droits de succession\t-1\t\t\t\t \t19 843\t21725\t21 725\t22 360\t22 701 Taxes à la consommation\t\t\t\t\t Ventes au détail\t5 213\t5 488\t5 488\t6 231\t6 369 Carburants\t1 454\t1486\tI486\t1562\t1618 Tabac\t283\t323\t323\t490\t468 Pari mutuel\t\t\t\t\t \t6 950\t7 297\t7 297\t8 283\t8 455 Droits et permis\t\t\t\t\t vemcuies auiomoDiies\t491)\t641\t641\t652\t659 Boissons alcooliques\t123\t129\t129\t134\t136 Ressources naturelles\t227\t381\t381\t268\t291 Autres\t156\t163\t163\t166\t165 \t996\t1314\t1314\t1220\t1251 Revenus divers\t\t\t\t\t Ventes de biens et services\t510\t535\t533\t501\t503 Intérêts\t234\t283\t283\t319\t310 Amendes, confiscations et recouvrements\t368\t422\t422\t312\t348 1112 Revenus provenant des entreprises du gouvernement\t\t1240\t1238\t1 132\t1161 Société des alcools du Québec\t372\t378\t378\t400\t431 Loto-Québec\t972\t1068\t1068\t1 110\t1 118 Hydro-Québec\t661\t636\t636\t822\t1233 Autres\t181\t55\t652\t689\t155 \t2 186\t2 137\t2 734\t3 021\t2 937 Organismes consolidés\t\t\t1441\t1645\t1 779 TOTAL DES REVENUS AUTONOMES\t31087\t33 713\t35 749\t37 661\t38 284 TRANSFERTS DU GOUVERNEMENT DU CANADA Programmes\t\t\t\t\t Péréquation\t4 103\t4 229\t4 229\t5 296\t4 385 Transfert canadien en matières\t\t\t\t\t de santé et de programmes sociaux\t2 554\t1 660\t1660\t1697\t1682 Contributions aux programmes de bien-être\t-2\t\t\t\t PE et autres transferts liés aux accords fiscaux\t-38\t\t27\t27\t70\t15 Autres programmes\t102\t-244\t-244\t649\t577 Organismes consolidés\t\t\t318\t290\t249 TOTAL DES TRANSFERTS DU GOUVERNEMENT\t\t\t\t\t DU CANADA\t6 719\t5 672\t5 990\t8 002\t6 908 TOTAL DES REVENUS BUDGÉTAIRES\t37 806\t39 385\t41 739\t45 663\t45192 Les finances publiques Vie économique Dépenses budgétaires Gouvernement du Québec (en millions de dollars) Avant réforme\tAprès réforme Prévisions de la comptabilité de la comptabilité 1996-1997 1997-1998\t1997-1998 1998-1999\t1999-2000 Ministères et organismes Assemblée nationale\t71 Personnes désignées par l\u2019Assemblée nationale\t42 Affaires municipales\t1 278 Affaires municipales et Métropole Agriculture, Pêcheries et Alimentation\t600 Conseil du trésor, Administration et Fonction publique 595 Conseil exécutif\t38 Culture et Communications\t433 Éducation\t10\t110 Emploi, Solidarité et Condition féminine\t3\t997 Emploi, Solidarité sociale Environnement et Faune\t247 Environnement Famille et Enfance\t856 Faune et Parcs Finances (excluant le service de la dette)\t78 Industrie et Commerce, Sciences et Technologie\t295 Industrie et Commerce Justice\t460 Justice et Condition féminine Métropole\t41 Recherche, Sciences et Technologie Régions et Affaires autochtones\t142 Régions Relations avec les citoyens et immigration\t147 Relations internationales\t83 Ressources naturelles\t346 Revenu\t631 Santé et Services sociaux\t12\t934 Sécurité publique\t696 Tourisme\t53 Transports\t930 Travail\t71 35 174 Variation de la provision pour pertes sur placements en actions\t-11 Dépenses de programmes\t35\t163 Organismes consolidés TOTAL DES DÉPENSES D'OPÉRATIONS\t35 163 Service de la dette Fonds consolidé du revenu\t5\t860 Organismes consolidés TOTAL DU SERVICE DE LA DETTE\t5\t860 TOTAL DES DÉPENSES BUDGÉTAIRES\t41\t023 67\t68\t73\t71 42\t38\t97\t42 1 194\t1 194\t976\t \t\t\t985 520\t518\t521\t529 687\t315\t389\t500 35\t34\t42\t60 432\t430\t499\t420 9 985\t9 524\t9 446\t9 525 3 814\t3 818\t4 104\t \t\t\t3 960 227\t222\t235\t \t\t\t172 1069\t1065\t1288\t1460 \t\t\t82 78\t79\t174\t419 368\t368\t346\t -\t\t\t154 458\t455\t460\t \t\t\t448 64\t64\t80\t \t\t100\t183 117\t152\t117\t \t\t\t103 142\t141\t149\t134 78\t78\t83\t109 325\t308\t355\t338 1 086\t1089\t754\t647 12 701\t12 997\t14 332\t13 704 950\t947\t745\t647 57\t58\t75\t59 992\t1376\t1 526\t1424 72\t71\t72\t64 35 560\t35 409\t37 038\t36 238 -16\t\t\t 35 544\t35 409\t37 038\t36 238 \t1 147\t1367\t1355 35 444\t36 556\t38 405\t37 593 5 886\t6 791\t6 650\t6 934 \t569\t608\t665 5 886\t7 360\t7 258\t7 599 41 430\t43 916\t45 663\t45 192 Vi® economique Les finances publiques Le budget du Québec en perspective (en % du PIB) \t1983-1984\t1990-1991\t1994-1995\t1997-1998 Revenus autonomes\t17,0\t17,2\t17,2\t18,1 Transferts fédéraux\t6,8\t4,5\t4,4\t3,0 Revenus totaux\t23,7\t21,7\t21,6\t21,1 Dépenses de programme\t23,4\t20,8\t21,6\t19 Service de la dette\t2,7\t2,9\t3,4\t3,2 Dépense totale\t26,1\t23,6\t25\t22,2 Solde budgétaire\t-2,3\t-1,9\t-3,4\t-1,1 Dette totale\t26,5\t29,7\t43,5\t43,1* * (52,3 selon le nouveau cadre comptable) printemps et de l'automne 1996, correspond donc à un choix politique : celui de réduire rapidement le ratio dette/PIBf L\u2019assainissement des finances publiques a été rendu possible par une hausse des revenus autonomes du gouvernement, passés de 17% du PIB en 1990-91 à plus de 18% en 1997-985 et par une spectaculaire réduction des dépenses de programme, de 23% du PIB en 1992-93 à 19% en 1997-98.La forte baisse des transferts fédéraux (de 6,8 % du PIB en 1983-84, à 4,5 % en 1990-91 et à 3% en 1997-98) causée, entre autres, par la lutte au déficit fédéral, a allongé de plusieurs années cet exercice.Manne inattendue La loi sur le déficit-zéro fixait des plafonds de déficit pour chaque année financière : 3,275 G pour 1996-97, 2,2 G pour 1997-98, 1,2 G pour 1998-99 et 0 à partir de 1999-2000.Les cibles ont été atteintes pour les deux premières années, alors que le budget de 1998-99 est équilibré.Un meilleur résultat aurait été atteint en 1997-98, n'eut été de la crise du verglas de janvier 1998, qui a affecté le solde budgétaire de 500 M.Le ministre Landry prévoyait un dépassement de la cible de 1 G en 1998-99.L\u2019atteinte plus rapide du déficit zéro est attribuable à une réduction du service de la dette de 806 M et à une hausse non-anticipée de 1164 M des revenus autonomes et de 1642 M des transferts du gouvernement fédéral\u201d.Cette manne inattendue d\u2019Ottawa a permis d\u2019augmenter de 1606 M les dépenses budgétaires, tout en atteignant le déficit zéro un an plus tôt que prévu.De fortes réinjections ont ainsi pu être faites en santé, le budget du ministère passant de 13 G en 1997-98 à 14,33 G en 1998-99, en éducation et dans les programmes du ministère de l\u2019Emploi, de la Solidarité et de la Condition féminine.Notons que la hausse des transferts fédéraux est ponctuelle; ils devraient diminuer de 1,1 G en 1999-2000.En supposant que le solde budgétaire demeure équilibré à partir de 1998-99, et en utilisant les hypothèses (conservatrices) sur la croissance du PIB nominal québécois contenues dans le budget 1999-2000, le ratio dette/PIB devrait passer à 42,2% en Les finances publiques Vie économique 1998-99, à 41,1 % en 1999-2000 et à 39,4% en 2000-2001.Des nuages à l\u2019horizon L\u2019atteinte prématurée des objectifs budgétaires devrait cependant libérer les appétits de tous les groupes d\u2019intérêts de la société, dormant lieu à une surenchère de demandes auprès du gouvernement Bouchard.Les grands équilibres du ministre Landry seront sans doute mis en péril, en premier lieu, par les renouvellements de conventions collectives des employés de l\u2019État.La grève illégale des infirmières de l\u2019été 1999 n\u2019est qu'un prologue à une dure année pour le gouvernement.Après plusieurs années de compressions (qu\u2019ils ont vécues en première ligne, sous forme de réductions de salaires réels, de disparitions de postes et d\u2019augmentations de tâches), les syndiqués seront beaucoup plus gourmands cette année.Il sera très difficile pour le gouvernement Bouchard de faire accepter ses offres d\u2019augmentations de salaires de 5 % sur trois ans.Un deuxième problème concerne la fiscalité.Alors que la ponction fiscale des gouvernements est de 40% du PIB au Québec, elle n\u2019est que de 36% ailleurs au Canada et de 32 % aux États-Unis.L\u2019écart entre les prélèvements au Canada et aux États-Unis peut être expliqué par l\u2019existence d\u2019un État plus actif au niveau de la santé et de la redistribution des revenus au nord du 49' parallèle.Le surplus d\u2019impôts de 4% du PIB au Québec (plus de 7 G par année) se justifie moins facilement et contribue à réduire les dépenses des ménages, à encourager l\u2019exode des cerveaux et à ralentir la crois- sance.Il sera difficile d\u2019ignorer les demandes de réalignement de la fiscalité québécoise sur celle de ses voisins.Face à la grogne des contribuables québécois et aux réductions d\u2019impôts dans l\u2019Ontario de Mike Harris, le ministre Landry a promis une réduction du fardeau fiscal des particuliers de 1,3 G.Le budget 1999-2000 comporte, entre autres, une première réduction d\u2019impôt de 400 M.Les taxes sur la masse salariale des PME sont aussi réduites de 37%.Une commission parlementaire se penchera sur les réductions futures de taxes et d\u2019impôts.Finalement, l\u2019économie nord-américaine entreprend sa neuvième année de croissance ininterrompue.Avec un taux de chômage avoisinant les 4,5%, les Américains sont susceptibles de connaître une poussée inflationniste.La Fed pourrait alors pousser les taux d\u2019intérêt US à la hausse, suivie, comme d\u2019habitude, par la Banque du Canada.Une hausse de nos taux d\u2019intérêt viendrait alourdir le service de la dette, qui compte actuellement pour 16% des dépenses.Elle causerait aussi un ralentissement économique, réduisant les recettes fiscales et augmentant les transferts aux particuliers.Les ministres du gouvernement Bouchard devront faire preuve de persuasion et profiter d\u2019une bonne étoile, s\u2019ils veulent maintenir le cap sur leurs objectifs budgétaires.en vue d\u2019un prochain référendum.Germain Belzile est chargé deformation à l'Institut d\u2019économie appliquée de l\u2019École des hautes études commerciales (HEC). Vie economique Les finances publiques Notes 1.\tG pour giga, ou milliard, alors que M représente million.2.\tCe nombre représente le ratio de la dette totale sur le PIB.Il est bon de noter qu\u2019il y a quatre définitions différentes de la dette d\u2019un État : la dette directe, la dette totale, la dette nette et la dette garantie.Ceci explique en partie les divergences entre les valeurs de la dette pubbées dans les médias.3.\tLorsque le taux d\u2019intérêt moyen sur la dette est plus élevé que le taux de croissance du PIB nominal, un solde primaire égal à zéro conduit à une augmentation continue du ratio dette/PIB.Un surplus primaire est alors essentiel pour stabiliser ce ratio.4.\tUne réduction rapide du ratio dette/PIB, par une forte augmentation du solde budgétaire, comporte des avantages et des inconvénients.Parmi les avantages, on peut citer l\u2019obtention rapide par le gouvernement d\u2019une plus grande marge de manoeuvre, en raison de la chute du service de la dette, une amélioration de la cote de crédit et la possibilité de réduire les taxes dès l\u2019élimination du déficit.Les désavantages sont aussi nombreux : le mécontentement des contribuables recevant peu de services et payant beaucoup de taxes, et la réduction de la croissance économique (et la stagnation du chômage) causée par la politique budgétaire restrictive du gouvernement.5.\tLa modification du cadre comptable, annoncée dans le budget précédent, rend périlleuse la comparaison de données budgétaires d\u2019avant 1997-98 avec celles de 1998-99.1997-98 a été donc été choisie comme année de référence.6.\tCette hausse des transferts fédéraux ne les augmente cependant pas jusqu \u2019à leur niveau de 1995-96. LE MOUVEMENT DESJARDINS Les colonnes de Desjardins sont-elles toujours aussi solides?CLAUDE TURCOTTE Le Mouvement Desjardins est en mutation profonde, à tel point d'ailleurs qu\u2019on a eu l'impression à certains moments au cours de l'année que les colonnes de ce temple, symbole important au sein de la société québécoise, étaient ébranlées.Les secousses risquent d'ailleurs de se poursuivre pendant des mois.La mutation de cette organisation complexe, fortement enracinée dans les villes et villages à la grandeur du Québec, qui est parvenue, parfois péniblement, pendant tout le XXe siècle à maintenir et à consolider une solidarité impressionnante est replongée dans une sérieuse remise en question au moment même où le temps est venu de célébrer son centenaire.D\u2019une manière discrète et feutrée comme c\u2019est généralement le cas au sein de la grande famille Desjardins, deux tendances se mesurent et se confrontent, se distancient et se rapprochent.Le jeu d\u2019équilibre est délicat.Comment transformer l\u2019ossature faite de 12 fédérations et d\u2019une confédération en une autre structure plus simple, peut-être en une seule fédération pour chapeauter les 1222 caisses populaires et d\u2019économie dénombrées à la fin de 1998 ?En modifiant l\u2019équilibre actuel, on crée forcément un certain climat d\u2019instabilité et d'insécurité chez les employés évidemment, chez les dirigeants du Mouvement et dans tout le réseau des caisses.On est bien conscient de cela chez les dirigeants de Desjardins, mais l\u2019environnement financier est devenu tel que le maintien du statu quo ne pourrait que conduire qu\u2019à une sorte d\u2019autodestruction.Voilà la position défendue parles tenants du changement.Plus de pouvoir aux dirigeants Le 20 mars 1999, un congrès spécial, le xvif dans l\u2019histoire des caisses Desjardins, a donné le feu vert à une révision des structures des deuxième et troisième niveau.Et à plus encore.Pas moins de 76% des quelque 3000 délégués ont exprimé leur accord à une délégation de pouvoirs de la base vers les instances supérieures dont les décisions deviendront exécutoires.Ce changement dans la dynamique du leadership était dès le départ considéré comme impérieux et urgent.Dans la culture des caisses locales où l\u2019autonomie a toujours été considérée comme une valeur fondamentale, ce virage apparaît révolutionnaire.Les principaux dirigeants n\u2019hésitent pas à affirmer que le fait d\u2019avoir « 1250 centres de décision » est devenu « un handicap ». Vie economique Le Mouvement Desjardins Par ailleurs, 75 % des délégués ont donné leur aval à la création d'une seule et unique fédération qui remplacera dans un délai de trois à cinq ans la confédération que l\u2019on connaît maintenant, ainsi que les 11 fédérations régionales et la fédération des caisses d\u2019économie.Si les caisses locales sont la base de l\u2019édifice Desjardins, les fédérations en ont été les colonnes depuis des décennies.La Fédération des caisses d\u2019économie refuse complètement d\u2019être dissoute dans le grand tout envisagé et elle a même intenté des poursuites en Cour supérieure pour forcer Desjardins à respecter le protocole signé en 1979 au moment de son arrivée dans le Mouvement et qui garantissait la préservation de son identité propre.Cette fédération regroupe tout de même 108 caisses dont les actifs totalisent 2,4 milliards, soit 4,6% du total.Un élément à retenir sans doute, les centrales syndicales accordent un appui non équivoque à cette fédération.Toutefois, malgré les poursuites, les discussions se poursuivent entre la confédération et les gens des caisses d\u2019économie, mais ceux-ci continuent de dire qu\u2019ils sont près à aller jusqu\u2019à une séparation complète de Desjardins si le protocole n\u2019est pas respecté.Par ailleurs, il n\u2019est pas dit que toutes les fédérations régionales soient disposées à se faire hara kiri pour laisser toute la place à une seule et grande entité.Il y a par exemple dans le terntoire de la Fédération de Montréal et de l\u2019Ouest-du-Québec bien des gens qui veulent le maintien de cette structure, en faisant valoir notamment la composition multiethnique de la région métropolitaine.D\u2019autres ailleurs manifestent des réticences de même nature.Des preuves à fournir C\u2019est vraisemblablement pour cette raison que parmi les scénarios envisagés il y a celui d\u2019une réduction importante du nombre de fédérations, mais pas au point de n\u2019en avoir qu\u2019une seule.On pourrait alors en guise de compromis se rabattre sur la solution de deux ou trois fédérations.Mais comment procéder pour en arriver à la meilleur décision?Le congrès spécial, qui était loin d\u2019avoir des opinions très claires sur la question, a clairement exprimé son angoisse en votant à 87 % en faveur de la création d\u2019un comité, auquel s'adjoindrait une firme de consultants externes, et qui aurait pour mission dans un délai de six mois d\u2019évaluer les impacts de l\u2019un et l\u2019autre scénario.Pierre Tardif, président de la Caisse populaire de Longueuil, a hérité de la lourde tâche de présider le comité de révision des structures créé selon les vœux des congressistes.Il a fort bien perçu l\u2019humeur des délégués et le sens de leur vote.« En effet, disait-il au moment où le comité commençait ses travaux, 38% d\u2019entre eux ont dit manquer d'information pour pouvoir entériner l\u2019orientation du conseil d'administration.En clair, ils nous ont signifié par leur vote à peu près ceci : oui, nous vous faisons confiance, mais prouvez-nous par des études sérieuses que c'est la bonne orientation.C\u2019est ce que le comité de révision des structures doit démontrer ».Ce comité comprenait 15 personnes provenant d\u2019autant de caisses locales différentes.Un rapport devait être déposé à la fin de septembre pour être ensuite soumis au conseil d\u2019administration de la confédération.Pour aider le comité dans sa réflexion sur la révision des structures, il y avait une équipe d\u2019une vingtaine de personnes, dont Le Mouvement Desjardins Vie économique un certain nombre de cadres supérieurs au sein du Mouvement Desjardins et les représentants de la firme externe embauchée comme consultant, en l\u2019occurence Caron Bélanger Ernst & Young (CBEY).Cette firme se voyait d\u2019ailleurs confier un mandat considérable, comme en témoignent les précisions apportées dans une note interne par Rénald Boucher, président et chef des opérations à la Confédération Desjardins : «De façon à garantir l\u2019objectivité et l\u2019indépendance la plus grande possible, le comité a accordé un rôle prépondérant à CBEY.Ça signifie que s\u2019il y a désaccord entre les ressources de Desjardins et celles de CBEY, c\u2019est le point de vue de la firme qui prévaudra vis-à-vis du comité».Dans le monde des caisses, plusieurs ont perçu cette prépondérance accordée à une firme externe comme une autre atteinte au pouvoir de la base et à l\u2019autonomie des caisses.Si la firme externe risquait d\u2019avoir une grande influence sur le comité dans la préparation de son rapport, il faut préciser cependant que ce rapport n'était pas l\u2019étape finale dans le processus de décision.Il va sans dire que le conseil d\u2019administration devait l\u2019analyser à fond.On peut au demeurant facilement concevoir qu'en cas de division profonde sur la réforme des structures, la confédération devrait nécessairement tenir compte des courants de fond.Sans les caisses locales, le Mouvement Desjardins perd tout son sens et sa force.On l\u2019a toujours dit et cela demeure vrai.Toutefois, on peut dire aussi désormais que sans le Mouvement, la caisse locale n\u2019a plus de force réelle pour faire face à la concurrence actuelle et future.La progression technologique fait en sorte que la moindre petite caisse de village n\u2019est plus à l'abri de la concurrence comme c\u2019était le cas autrefois.Branché sur Internet, on peut transiger à peu près n\u2019importe où et avec n\u2019importe qui.L\u2019isolement géographique n\u2019est plus une barrière.Une rentabilité trop faible D\u2019autres facteurs entrent en considération, comme la productivité des caisses et leur rentabilité qui est inférieure à celle de leurs plus proches concurrents, les banques canadiennes.Pour générer 100 $ de revenus les caisses doivent dépenser 75,20 S alors que les banques n'ont besoin d\u2019investir que 62,90 $.L\u2019énorme effort de « réingénierie » de tout le réseau dont la réalisation devait prendre cinq ans ne va pas suffisamment vite, aux yeux des dirigeants.Claude Béland, président du Mouvement, considérait en juin 99 que les résultats du premier trimestre étaient décevants, enpré-sentant une chute des trop-perçus de 38%.« Ces résultats, disait le président, démontrent clairement la justesse de l\u2019évaluation que nous faisions il y a déjà quelques années de l\u2019environnement concurrentiel dans lequel nous baignons.Ils démontrent aujourd'hui la pertinence des transformations en cours au sein de notre Mouvement, notamment les travaux visant l\u2019allégement de la structure des organismes de soutien des caisses, qui ont pour but entre autres de diminuer nos coûts d\u2019exploitation ».Au coeur de l\u2019été 99, alors que le comité de révision des structures mettait toute son attention à « cet énorme chantier », son président, Pierre Tardif, sentait le besoin, lui aussi, d\u2019inciter les troupes à suivre le courant.«C\u2019est la survie même du Mouvement qui est enjeu ; personnellement, je suis convaincu que si on ne fait rien, et rapidement, Desjardins risque de dispa- jJJJ Vie économique Le Mouvement Desjardins raître à plus ou moins long terme.Cela dit, une fois que nous serons en possession des analyses et que les chiffres seront sur la table, je suis confiant que tout le monde (employés, dirigeants et membres) sera persuadé de prendre le virage avec nous ».Des fusions En somme, le Mouvement Desjardins traverse le millénaire et son propre centième anniversaire sur une corde raide.Dans la première moitié de 1999, les tensions sont apparues de plus en plus fortes, mais les dirigeants ont quand même maintenu le pied sur l\u2019accélérateur.La pression est donc très grande pour mener à bon port cet énorme défi d\u2019une réforme des structures.Parallèlement, de nombreuses caisses locales doivent fusionner, ce qui suscite également bien des réactions.Mats à cet égard également, il n\u2019est pas question de ralentir la cadence.Les caisses locales constatent qu\u2019elles doivent se doter de moyens accrus, d\u2019avoir plus de muscles pour faire face à la concurrence.En certains milieux, cela suscite des réactions négatives et créent de la confusion.Plusieurs voient la fusion des caisses et la réforme des structures comme une seule et même démarche, ce qui n\u2019est pas du tout le cas.Où en sera Desjardins l\u2019an prochain?C'est une histoire à suivre de près.Les transformations considérables qui secouent cette institution auront-elles des répercussions sur le leadership?Intéressante question, d\u2019autant plus que le mandat du président actuel se termine au tournant de l'année.Claude Béland pourrait légalement être encore sur les rangs.Serait-il l\u2019homme de la situation pour préserver l\u2019unité du Mouvement?Voudra-t-on au contraire profiter de l\u2019occasion pour présenter une image rajeunie et témoigner du Desjardins nouveau qui jaillira de l'accouchement douloureux qui est en cours ?Claude Turcotte est journaliste au quotidien Le Devoir. LA PRESSE ÉCRITE Le temps des conquêtes extérieures JEAN-CLAUDE LECLERC L\u2019acquisition de la chaîne canadienne Sun Media par Québécor constitue le fait majeur de l'année dans la vie des entreprises de presse.Par ailleurs, la succession de Use Bissonnette au poste de directeur du Devoir a soulevé beaucoup d'intérêt dans le milieu des quotidiens montréalais.Si le Québec n'a connu lui-même aucun grand événement qui soit de nature à y changer le paysage de la presse écrite, deux bouleversements provenant l\u2019un de l\u2019Ontario, l\u2019autre des États-Unis, ont modifié pourtant le contexte financier de cette industrie.D'abord une « guerre des quotidiens » à Toronto, en provoquant une réorganisation à grande échelle des entreprises de presse au pays, a permis à des intérêts québécois d\u2019y prendre le contrôle d\u2019une importante chaîne de journaux de langue anglaise.Puis, la levée partielle du blocus fédéral contre la publicité nationale publiée dans la version « canadienne » de magazines américains a semé la crainte que certains grands titres, surtout de langue anglaise, mais éventuellement de langue française, ne succombent sous la concurrence.La conquête de Sun Media Paradoxalement, alors qu\u2019au Québec plusieurs villes n\u2019ont pas encore de quotidien, la presse écrite, comme si elle ne trouvait plus à se développer chez elle, sert de base à d\u2019audacieuses conquêtes ailleurs.Ainsi, Québécor, propriétaire du Journal de Montréal et de son pendant de la Vieille Capitale, a acquis la chaîne Sun Media, devenant du coup le deuxième groupe de quotidiens en importance au Canada.Les célèbres tabloïds de feu Pierre Péladeau, qui avaient été à l\u2019origine de son empire mondial d\u2019imprimerie, feront cependant partie, désormais, d\u2019une nouvelle filiale, canadienne, qui se prépare à prendre d\u2019assaut le marché des tabloïds aux États-Unis.De façon moins frappante mais tout aussi significative, un autre géant de l\u2019imprimerie, Transcontinental (GTC), propriétaire notamment de l\u2019hebdomadaire à succès Les Affaires, continue d\u2019ajouter des titres à sa liste des publications d\u2019affaires spécialisées, Investment Executive et JE Money étant les plus récents; GTC imprime encore le Globe and Mail, tant au Québec qu\u2019en Ontario, ainsi que des sections du National Post.En plus d\u2019imprimer d\u2019autres journaux que les siens et d\u2019être devenu un important éditeur d'information économique et financière, ce groupe dirigé par Rémi Marcoux continue de faire des percées dans le journalisme sportif.Ainsi, l\u2019éditeur de Hockey News a acheté J2J Vie economique La presse écrite \tTirage des quotidiens québécois Le Quotidien\t29 111 (6 jours semaine) La Voix de l'Est\t15 380 (semaine) 18 833 (samedi) Le Devoir\t27 756 (semaine) 38 281 (samedi) The Gazette\t141 595 (semaine) 196 443 (samedi) 132 270 (dimanche) Le Journal de Québec\t97 123 (semaine) 127 065 (samedi) 99 290 (dimanche) Le Soleil\t82 427 (semaine) 126 361 (samedi) 90 181 (dimanche) Sherbrooke Record\t5 256 (5 jours) La Tribune\t31 137 (semaine) 40 312 (samedi) Le Nouvelliste\t44 228 (semaine 48 813 (samedi) Le Journal de Montréal\t270 704 (semaine) 334 867 (samedi) 282 075 (dimanche) La Presse\t176 855 (semaine) 289 704 (samedi) 187 016 (dimanche) - À Ottawa :\tLe Droit: 34 582 (semaine) 41 534 (samedi) - Au Nouveau-Brunwick :\tL'Acadie Nouvelle : 16 460 (5 jours) Source : ABC, mars 1999 d'un groupe américain huit magazines de sport.Pour peu que son patron le veuille, GTC aura bientôt en main toutes les ressources et l\u2019expertise voulue pour entrer dans la ligue des quotidiens du Québec.En 1993, le propriétaire du Soleil, du Quotidien et du Droit, Conrad Black, et celui de La Presse, du Nouvelliste, de La Tribune et de La Voix de l\u2019Est, Paul Desmarais, avaient considéré l'idée de fusionner leurs entreprises au Québec, ce qui aurait créé un autre géant à côté de Québécor.Cette année André Desmarais, fils du célèbre financier, et président de La Presse, a déclaré que ces quatre propriétés clés resteront « à l\u2019intérieur de Power Corporation».(Si jamais une consolidation survient, faut-il croire, ce serait donc plutôt Black qui céderait à Power ses trois journaux de langue française.) Entretemps, Black a transféré ses journaux à petit tirage dans une autre filiale, offrant une part des actions à des investisseurs pour réduire l\u2019endettement de Hollinger, son propre empire.L\u2019idée de Black de transformer Le Soleil de Québec en réplique francophone du National Post n\u2019a donc pas encore eu de suites.Quant au Globe and Mail, présent partout au Canada mais peu encore au Québec, l\u2019idée d\u2019en publier une version française, esquissée furtivement par sa direction, en a connu encore moins à ce jour.Seul quotidien de langue anglaise qui subsiste à Montréal, The Gazette va bénéficier de nouvelles presses et du soutien continue de la chaîne Southam (Hollinger), mais le nouveau journal de ce groupe à Toronto, le National Post, est venu y pirater de bonnes plumes, sinon quelques annonceurs.Néanmoins, au milieu de la crise politique qui perdure dans la communauté anglophone québécoise, ce quotidien fait montre d\u2019un leadership de plus en plus imaginatif.Quant au dernier quotidien anglophone des Cantons de l\u2019Est, The La presse écrite Vie economique Record, jadis propriété de Conrad Black et aujourd\u2019hui de Québécor, il a littéralement ressuscité de ses cendres après un incendie dévastateur.Son tirage, fort modeste, demeure cependant une dramatique illustration de la situation minoritaire de cette communauté.Les hebdos : quatre millions de lecteurs Entre-temps les hebdomadaires, qui semblaient ne pas devoir connaître de soubresauts, s\u2019alignent en fonction des grands marchés publicitaires.Les hebdos «régionaux » ou de quartier et leur public de plus de quatre milkons de lecteurs continuent d\u2019être fortement dominés par les géants de l'imprimerie que sont Québécor et GTC (Transcontinental).Dans le monde \u2014 important à Montréal \u2014 des hebdos « culturels », censés être parmi les derniers bastions de la liberté de presse, l'axe Mirror-Ici, soutenu par Québécor, aura connu un changement radical dans la direction et la composition de sa rédaction francophone.Comme l\u2019axe concurrent.Voir-Hour, ces tabloïds gratuits ne sont pas sans faire mal aux quotidiens en place en attirant chez eux le jeune public peu fortuné mais prometteur que recherche, par exemple Le Devoir ou The Gazette.En général, les hebdos, dont la présence empêche sans doute l\u2019émergence d\u2019un quotidien local en quelques régions périphériques, font partie, en ville, de la stratégie des grands groupes pour empêcher l\u2019apparition de concurrents.Leur succès financier sinon journalistique reste indéniable.Mais ils contnbuent aussi dans une mesure non négligeable à priver de certains revenus publicitaires les quotidiens et autres publications qui sont plus substantiellement engagés dans la presse d\u2019information ou d\u2019opinion.Si le monde des entreprises de presse reste une affaire d\u2019hommes, l'accession de femmes à la tête de rédactions importantes se poursuit.Après la nomination de Paule Beaugrand-Champagne comme rédactrice en chef au Journal de Montréal, le plus grand tirage au Québec, la promotion de Carole Beaulieu à la tête de L'actualité, un titre parmi les plus lus des magazines québécois, confirme la montée au pouvoir d\u2019une nouvelle génération.D\u2019autres femmes journalistes de métier assument aussi la relève, Micheline Lachance chez Publicor, Lise Ravary à Elle Québec, avec en plus l\u2019ambition de donner davantage de substance à des titres déjà populaires.Ebullition chez les journalistes Le milieu des journalistes est entré à nouveau dans une période de réflexion critique.Plus d\u2019un réprouve ouvertement la tendance, venue des feuilles à potins, à fabriquer une idole ou un héros puis à capter l'attention du public en en racontant les heurs et malheurs.De plus, si les événements à caractère violent prennent encore souvent la vedette, de plus en plus d\u2019analystes se demandent s'il n\u2019y a pas là, outre un reflet de la société, une contribution fort peu opportune de la presse au désarroi de la société.Les conflits, enfin, sont moins fréquents dans les salles de rédaction, mais un certain malaise y persiste, comme en témoigne l'avortement d\u2019un colloque scientifique de l\u2019UQAM portant sur La Presse, victime d\u2019un imbroglio entre les reporters syndiqués et leur éditeur.La défense de la liberté de presse a repris de la vigueur, entre-temps, devant les mesures d\u2019exclusion prises à l\u2019endroit des journalistes par maints pouvoirs politiques locaux, voire des manipulations Vie economique La presse écrite orchestrées à l'occasion par une grande société comme Hydro-Québec.Mais surtout, la multiplication des poursuites judiciaires a semblé atteindre un record.Le procès le plus spectaculaire, une poursuite de 21 millions intentée par un ancien banquier contre un reporter financier de La Presse, a toutefois valu une éclatante victoire au joumahsme d'enquête, dont certaines normes auront été ainsi confirmées par le tribunal.Par contre, des pigistes ont entrepris une action judiciaire contre les entreprises de presse qui recyclent leur production intellectuelle sur les nouvelles inforoutes sans leur reconnaître davantage de droits d\u2019auteur.Discrètement, la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) aura célébré ses trente ans, cependant que Le 30, magazine sans rival au pays, va continuer de scruter la vie des médias et de leurs artisans, tant au Québec qu'ail-leurs dans le monde, sous la direction de Michelle Ouimet, joumahste à La Presse tout comme la rédactrice qui l\u2019a précédée à ce poste, l\u2019éditoriabste Agnès Gruda.Mouvements au Devoir Seul journal «indépendant» au Québec, Le Devoir fait l'actualité au moment où sa directrice, Lise Bissonnette, le quitte après un septennat qui se prolongeait.Au sein du vénérable quotidien, la succession ne va pas sans tension ni inquiétude.Non que le journal soit de nouveau en crise financière : pour la première fois depuis une douzaine d\u2019années, il semble ne plus accuser de déficit.Mais les fiduciaires chargés de lui trouver un nouveau patron ne s\u2019entendent pas sur une candidature qui transcende la préférence des uns et des autres.D\u2019aucuns soupçonnent une lutte entre souverainistes et fédéralistes.Plusieurs noms circulent, dont celui de l\u2019éditorialiste en chef de La Presse, Alain Dubuc, sans qu\u2019on sache au juste ce qui se passe dans le cercle étroit appelé à trancher.Finalement, après sept mois de tergiversations, une décision est annoncée.Bernard Descôteaux, rédacteur en chef sous le directorat de Lise Bissonnette, lut succède.Le huitième directeur du Devoir est un journaliste de la maison, qui y a fait le gros de sa carrière, et se présente non comme un leader de prestige mais comme un chef d\u2019équipe.Dans ses premiers éditoriaux comme directeur, Descôteaux écrit qu\u2019il va maintenir la tradition d'indépendance et de progrès social du Devoir, un engagement sans surprise, et consolider surtout son assise financière, ce qui n\u2019a rien de neuf non plus.Le public est plutôt attentif à l\u2019onentation politique de cette tribune fédéraliste de Henri Bourassa, devenue souverainiste sous Bissonnette.Pour Descôteaux, la souveraineté, «apparue comme la meilleure façon pour le Québec d\u2019affirmer son autonomie» après l\u2019échec de l\u2019Accord du Lac Meech en 1990, est une conclusion « qui semble toujours fondée ».Cependant, le nouveau directeur ajoute: « La position d\u2019un journal ne doit pas être immuable ».Le Devoir « ne va donc pas s\u2019interdire de rechercher des voies nouvelles ».Sur l\u2019avenir du Québec, le journal se propose d\u2019offrir un carrefour aux idées et aux vues qui s'opposent.« Chez tous ceux qui ont à cœur l\u2019avancement du Québec, des convergences sinon des consensus peuvent être possibles, mais ils ne le seront que si l'on cesse de poser comme préalable que la conclusion recherchée soit fédéraliste ou souverainiste.» Bref, si un Claude Ryan avait dans les années soixante retenu «l'hypothèse cana- La presse écrite Vie économique QQ dienne », et une Lise Bissonnette, vingt ans après, l\u2019option souverainiste, désormais, au Devoir, les avenues sont rouvertes.Cette réorientation n\u2019a guère paru spectaculaire, mais elle tombe à un moment critique, sinon pour une province que la question constitutionnelle divise toujours, du moins pour un journal en mal de renouer avec un public plus largement diversifié.Le Devoir a notamment besoin de compter dans son lectorat les milieux qui l'ont, semble-t-il, abandonné lors de son option pour la souveraineté.Son tirage, en effet, est retombé depuis à quelque 29 500 exemplaires (moyenne hebdomadaire).Un journal peut certes vivre avec un public modeste, ainsi qu\u2019en témoigne Le Quotidien à Chicoutimi ou, à Granby, La Voix de l'Est ; mais pour être authentiquement «national», Le Devoir doit obtenir davantage d\u2019audience et de ressources.Outre une vieille entente d\u2019échange d\u2019articles avec Le Monde, l\u2019accord récent avec Libération a ajouté à sa couverture internationale, mais cela ne suffit pas.Imprimé et distribué par les services de Québécor, une multinationale qui l\u2019a appuyé au temps du magnat et mécène Pierre Péladeau, Le Devoir reste en quête d\u2019une alliance stratégique qui soit de taille à lui procurer, après bientôt un siècle de précarité, à la fois plus de stabilité et des moyens de développement.La situation du Devoir n\u2019est pas aussi exceptionnelle qu\u2019on pourrait le croire.Les quotidiens du Québec ne comptent toujours que pour une faible partie des journaux au Canada, soit onze des 105 titres au pays, même si la province abrite le quart de la population canadienne.Presque tous éprouvent plus ou moins sérieusement la tendance au déclin des tirages généralement notée en Amérique du Nord.Par contre, les magazines proprement québécois ont développé une présence dynamique, dans un climat de vive concurrence mutuelle.Enfin, cette année encore, d\u2019autres titres ont été lancés, comme Le Suroit agricole, s'ajoutant à une pléiade de publications religieuses, ethniques, syndicales ou associatives dont les tirages sont parfois impressionnants.Jean-Claude Leclerc est journaliste indépendant. Vie culturelle Le débat sur l\u2019identité\t381 La crise de la diffusion de l\u2019art\t387 Politique et diffusion du livre\t396 La production artistique et littéraire\t Le cinéma\t402 La littérature québécoise\t410 Les essais\t414 La télévision\t417 Le théâtre\t423 La danse\t425 Les arts visuels\t428 La musique\t431 Les variétés\t434 \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t LE DÉBAT SUR L\u2019IDENTITÉ Comment peut-on être ethnique ?ANTOINE ROBITAILLE Cette année, les intellectuels ont cherché à nuancer l'opposition théorique entre nationalismes ethnique et civique alors que les politiciens souverainistes tentaient une purification civique de leurs positions identitaires.Ce fut incontestablement, sur le plan des débats d'idées, une «année identité».Une autre! diront ceux qui dénoncent depuis longtemps l'emprise du «cercle identitaire »' sur la pensée québécoise.« Va-t-on s\u2019en sortir un jour?», s'interrogeait non sans lassitude Louis Comellier, chroniqueur aux essais québécois pour Le Devoir, à la fin de sa première année comme responsable de cette tribune2.La presque totalité des ouvrages recensés par lui ces douze derniers mois portaient sur le fameux sujet.De même, on nota pas moins d\u2019une dizaine de colloques ayant l\u2019identité pour thème explicite aux Congrès de l\u2019Association canadienne française pour l'avancement des sciences (ACFAS), en mai 98, à l\u2019Université Laval3 et en 99, à l\u2019Université d'Ottawa.C\u2019est sans compter les nombreux événements et conférences publics où les Charles Taylor (voir encadré), Michel Seymour, Gérard Bouchard, notamment, dissertèrent sur leur sujet de prédilection.On pourrait aussi noter la série de l\u2019été 99, « Penser la nation québécoise », dans le journal Le Devoir, qui a ainsi clos son « année identité » en commandant dix textes majeurs sur le sujet.Comment expliquer la fortune de ce paradigme?Pour Alain G.Gagnon, politologue à l\u2019université McGill, le phénomène n\u2019est pas que canado-québécois.La chute du bloc communiste a fait naître une tension entre le libéralisme triomphant et les particularismes, ce qui a donné des ailes à ce concept.Pour les intellectuels, l\u2019identité serait, dans les années 90, ce que les «classes sociales» ont été aux années 70 et la « postmodemité » à la décennie suivante.Effet de mode, certes.Mais pas uniquement.Ici au Québec, même lorsqu\u2019on parlait de classes sociales et de postmodemité, l\u2019identité affleurait toujours quelque part.Et personne n\u2019a oublié les tentatives des Guy Rocher et Fernand Dumont, entre autres, de cerner la «québécitude».Selon Louis Comellier, la vogue actuelle ne serait ni plus ni moins qu\u2019une sorte de nouvel avatar de nos obsessions qui ont pris des formes tantôt constitutionnelles, tantôt référendaires.« C\u2019était, hier, écrit-il, un affrontement tranché qui opposait deux Vie culturelle Le débat sur l'identité camps qu\u2019on croyait bien définis : les fédéralistes et les souverainistes.Décrété réducteur, ce paradigme a fait place, ces dernières années, à une discussion soi-disant plus subtile mettant aux prises les conceptions civiques, ethniques et culturelles de la nation.» LA distinction Civique et ethnique.Les mots sont lancés.La distinction, inventée en Europe pour rendre compte de la querelle franco-allemande à propos de la nation, avait mis du temps à s'installer dans nos discours.Toutefois, on peut dire qu elle faisait florès depuis une décennie.Quelle est-elle, exactement?L\u2019opposition est exclusive : dans le coin bleu azur, le civique.Les nationalismes y sont mis hors d\u2019état de nuire, prônant le seul attachement à un territoire, à des symboles neutres.Rien de passionnel ici.Rien de dangereux.Que du rationnel, du volontaire, de l\u2019hospitalier.Que de la « procédure » drapée dans du « contractuel ».Le patriotisme, ici, quand il y en a, est strictement «constitutionnel», selon la formule du philosophe allemand Jürgen Habermas.Dans le coin opposé, couleur rouge sang: l'ethnique.Il carbure au sol, aux morts et aux gènes.Il nourrit le « ressentiment», pour reprendre un terme cher à Marc Angenot, auteur fédéraliste.L\u2019ethnique fêle les cerveaux et enflamme les cœurs.Source de dérives, il est le terreau où s\u2019enracinent les mentalités d\u2019assiégé, voire les violences terroristes.II échauffe les têtes et les pousse à de froids crimes.Tout ici n\u2019est que repli, lyrisme, fantasmes de pureté, rejet de l\u2019Autre et romantisme ; passion exacerbée pour les morts, complaisance dans la nostalgie crispant la culture en la conscrivant.Avec le temps, « ethnique » est devenu l\u2019insulte que tous les adversaires s\u2019envoient au visage.Surtout depuis la déclaration de Jacques Parizeau, le soir du 30 octobre 1995.Désamorçage Mais s\u2019il est une chose qui a été accomplie dans cette année 98-99, c\u2019est bien le désamorçage de cette opposition.Comme si soudainement, tous les débats, tous les livres, tous les articles, cherchaient à arrondir ses tranchants.Les tenants d\u2019un patriotisme civique, ou constitutionnel, ont occupé le haut du pavé intellectuel ces dernières années.Notamment Claude Bariteau, anthropologue de l\u2019Université Laval, qui publiait, en mai 1998, Québec, 18 septembre 2001 (Québec/Amérique).Pour lui, le Québec ne peut se prétendre nation avant d\u2019accéder à l\u2019indépendance, de devenir Etat.Le faire serait s\u2019exposer aux reproches de l\u2019ethnicisme.Du côté fédéraliste, les tenants d\u2019un nationalisme strictement civique abondent.Le politologue de l\u2019Université Laval, Jean-Pierre Derriennic, ainsi que le ministre Stéphane Dion prétendent par exemple que le Canada est un modèle du genre puisque aucun trait culturel n\u2019est valorisé par l\u2019État, qui se contente de reconnaître les citoyens dans leurs différences.Celui qu\u2019on pourrait nommer la « révélation de l'année » dans la catégorie « débat sur l\u2019identité», le prolixe philosophe de l\u2019Université de Montréal, Michel Seymour, croit que mettre l\u2019accent exclusivement sur l\u2019aspect civique de l\u2019attachement à la nation est, pour les souverainistes, un piège.Cet ex-directeur des Intellectuels pour la souveraineté publiait, au printemps 1999, La nation en question (L'Hexagone). Le débat sur l'identité Vie culturelle Le philosophe québécois le plus connu connu sur la question identitaire, Charles Taylor, de l'université McGill, a publié en 1998 au Boréal et au Seuil, sa traduction tant attendue de The Sources of the Self, (Les sources du moi) que d'aucuns considèrent comme son magnum opus.Le livre consiste en un voyage à travers la formation des idées modernes et postmodemes sur le soi.La racine du christianisme est particulièrement analysée, mais aussi les révolutions américaines et françaises.Succès littéraire dans la catégorie des essais (environ 6000 exemplaires), le livre, dans le public, ne suscita toutefois pas vraiment de débat et fut accueilli avec une grande admiration qui a consacré une fois de plus le penseur montréalais.\u2022 URE TAYLOR\t Antoine Robitaille\t Rejetant tout «nationalisme fondé sur l'ethnicité», il expliquait pourtant que le contenu strictement procédural d\u2019un Etat libéral (égalité juridique, politique, neutralité de la fonction publique, etc.) ne peut suffire à créer une allégeance, un sentiment d\u2019appartenance, essentiel à la vie d'une nation.Certains traits de culture sont essentiels; culture conçue évidemment comme convergence, émanant de la majorité depuis longtemps installée sur le territoire et pouvant être transférable aux nouveaux arrivants.Répliquant aux souverainistes dits «civiques» comme Claude Bariteau, Seymour écrivait dans le Devoir1 en avril 1999: «En effet, il ne suffit pas d\u2019affirmer une citoyenneté commune pour parler d\u2019une nation québécoise.Après tout, il existe bien une citoyennenté ontarienne commune, et pourtant, il ne viendrait à l\u2019idée de personne de parler d\u2019une nation ontarienne ».Michel Seymour soutient que l\u2019insistance, du côté fédéraliste, sur la distinction civique-ethnique sert à «caricaturer la nation québécoise comme un regroupement ethnique pour invalider le nationalisme québécois et laisser entendre qu\u2019il est fondé sur l'exclusion ».Autrement dit, le libéralisme constitutif de nos Etats a besoin d'un sentiment d\u2019appartenance allant au-delà de la sphère strictement juridique.Cette notion a d\u2019ailleurs été analysée et développée dans Nationalité et modernité (Boréal) par Daniel Jacques.Ce philosophe, professeur au cégep François-Xavier-Garneau, a opté pour une perspective d\u2019histoire des idées.Selon lui, les dérapages et dérives meut-rières du xxc siècle, souvent attribués à l\u2019idée de nation, ont surtout été le fait de l\u2019idée de révolution, autant dans ses incarnations brunes (fascisme et nazisme) que rouges (communisme).Contre ceux qui en prônent la disparition, Daniel Jacques croit que le glas n\u2019a peut-être pas encore sonné pour la nation.Place à la culture Quelle place pour la culture, la langue, la mémoire dans ces nouvelles approches de la nation?Voilà la question qui semble avoir divisé le plus les intellectuels québécois engagés dans ce débat.Soutenant des positions proches, de son propre aveu, de celles de Michel Seymour, le sociologue Gérard Bouchard a lui aussi fait plusieurs contnbutions au JQ] Vie culturelle Le débat sur l\u2019identité débat sur l'identité, dont un livre sur la nation (La nation québécoise au futur et au passé, VLB).Ce professeur de l'Université du Québec à Chicoutimi croit qu\u2019il faut « élargir le cercle de la nation » pour réintégrer dans la sphère de l'acceptable des notions habituellement considérées comme «ethnique » comme la langue et la culture.Pour qu'on cesse de les exdure de la définition de la nation, au nom d\u2019une prétendue purification civique.D'ailleurs, selon lui, même les grandes nations qui, sur ce plan, affirment être des modèles, dissimulent chez elles des attachements à la limite de l\u2019ethnicité.Le Canada, notamment, qui, dans sa volonté de préserver une différence culturelle face aux Etats-Unis, défend plus qu'une procédure, mais un contenu culturel.Au dire de Bouchard, la réhabilitation d'aspects culturels, telles la langue ou la mémoire commune, a toutefois des limites.Le risque est de les réintégrer dans le national exactement comme on le faisait dans la « conception traditionnelle », où ils avaient valeur d\u2019absolu.Alors, on risquerait de rebasculer dans l\u2019ethnique.Il y a donc un équilibre très subtil à viser.Ainsi, les derniers travaux du professeur, publiés dans l\u2019année, concernaient plus spécifiquement la mémoire.Son projet : construire, à notre époque éclatée, une mémoire commune « ouverte à la pluralité» qui «soit source de solidarité».Gérard Bouchard, fort du principe que «l\u2019identité collective n\u2019est pas à restaurer mais à inventer», prétend que la mémoire nationale doit être revue et reconstruite pour qu'y soient intégrées toutes les mémoires des minorités.Bouchard en est venu, dans Le Devoir, à se poser cette question : ne devrait-on pas «jeter les souches au feu de la Saint-Jean-Baptiste»5?Lui-même, qui souhaitait ouvrir le cercle de la nation au-delà du civique, passait tout à coup pour un « civique acharné», méfiant face au culturel.Son image des « souches au feu », très forte, le força à publier une note de rectification, car elle avait provoqué de fortes réactions chez les historiens de «l\u2019école de Montréal», mais aussi dans les rangs de l\u2019importante descendance intellectuelle de Fernand Dumont, (que Bouchard, du reste, n\u2019a pas l\u2019habitude de ménager).Peut-on réduire «l\u2019héritage ethnique» à une langue considérée comme simple outil de métissage ?Fait intéressant, les mêmes clivages réapparurent lorsque, au mois d'avril 99, la question de l\u2019identité fit irruption dans le débat public.C\u2019est sans doute là une des nouveautés les plus frappantes en 98-99.Est-ce le fait de se retrouver dans une autre période d\u2019entre-deux référendums ou est-ce la perspective du nouveau siècle, toujours est-il que l\u2019impulsion est venue de haut.Lucien Bouchard a incité ses troupes à repenser la souveraineté à l\u2019orée de l\u2019an 2000.On a parlé d\u2019un grand dépoussié-rage.Le Bloc et l\u2019identité A Ottawa, le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, et son nouveau conseiller spécial, l\u2019ex-premier ministre Jacques Parizeau, ont déclenché une tumultueuse réflexion sur 1 \"identité québécoise à l'occasion du conseil général de leur parti, le 19 avril.L\u2019ancien premier ministre y voyait une occasion de clarifier les choses à l'interne.Il espérait que cela couperait court, de façon ouverte, aux «insinuations» selon lesquelles le mouvement souverainiste Le débat sur l'identité Vie Culturelle était une sorte de racisme francophone qui concoctait un projet de pays exclusivement pour les « pure laine ».Le Bloc cherchait clairement à faire une profession de foi civique.Pour ce faire, il crut bon d'affirmer, comme René Lévesque il y a quelque vingt ans, « qu\u2019est Québécois qui veut l\u2019être ».De plus, il en profita pour enterrer la notion de peuple fondateur, croyant que le concept ne correspondait plus à la l'expérience des Québécois et faisait trop référence à l\u2019héritage « français ».Mais tout le monde ne fut pas d\u2019accord avec ces coups de balai conceptuels.Les adversaires fédéralistes affirmèrent qu\u2019au pire, l\u2019idée même de se poser cette question en assemblée partisane était inquiétante.Au mieux, c\u2019était une autre de ces astuces préréférendaires.Selon Stéphane Dion, toutes les «ideés à la mode» n\u2019y feront rien : les souverainistes « sont mal à l'aise à l\u2019égard de [,.] leur projet [qui en est un] de pulsion majoritaire ».Dans les rangs souverainistes, des députés et des militants du Bloc, notamment Roger Pomerleau, affirmèrent qu'il était risqué de dissocier la notion de peuple de celle de culture.Des vétérans nationalistes, tel l\u2019ancien éditorialiste au Devoir Jean-Marc Léger, déplorèrent, dans la plus pure tradition dumontienne, que l'on ait ouvert le débat sans clarifier les concepts et les vocables.Pour lui, le problème est ancien.Le Québec n\u2019est pas une nation, mais une communauté politique, car seuls les francophones composent la nation québécoise.D\u2019autre part, selon Léger, en substituant graduellement le terme de Québécois à celui de Canadien français, on croyait « marquer plus éloquemment une identité singulière, à partir et en fonction du pays attendu (comme si le fait de le nommer contribuait à le faire advenir), mais on risquait d'affaiblir l\u2019élément fondamental de cette identité, le caractère français de notre peuple.» Michel Venne, en éditorial au Devoir, vit «une bonne intention» dans la démarche du Bloc tout en critiquant le nouveau discours de ce parti, qui pourrait conduire à nier «le fondement culturel du projet souverainiste».Or, pour l\u2019éditorialiste, «la dimension culturelle est indéniable.Sans elle, rien n\u2019empêcherait même la Californie ou le Wisconsin de revendiquer leur indépendance par rapport aux États-Unis.Ce qui nous paraît bien entendu impensable ».Enfin, les indépendantistes «républicains», comme le président de la Société Saint-Jean Baptiste de Montréal, Guy Bouthiller, prônant une assimilation à la française [et non une intégration] des immigrants, se trouvèrent embêtés par ce débat, «Je veux bien définir le Québec, mais les Québécois, ça m'intéresse beaucoup moins.[.] Pendant qu\u2019on se pose ces questions, on ne se bat pas pour faire du Québec un pays.» A Québec Pourtant, il semble bien, depuis un certain temps, que tous ceux qui cherchent « à faire du Québec un pays » se trouvent rattrapés tôt ou tard par des questions identitaires.Le gouvernement du Parti québécois en est un bon exemple, lui qui a connu ce sort, avant, pendant et après les élections de novembre 1998 qui l\u2019ont reconduit au pouvoir.Pendant la campagne électorale, Lucien Bouchard avait déclenché un tollé en affirmant que le chef libéral, Jean Charest «n\u2019aimait pas le Québec tel qu\u2019il existe dans son identité».De même, Vta culturelle Le débat sur l\u2019identité depuis sa réélection, tout ce qu\u2019il touche semble teinté par la question identitaire.En économie, cela prend la forme d\u2019une querelle sur le concept de «modèle québécois» (voir l'article de Jean-Pierre Dupuis en page 345).En culture, c'est toute la question de la personalité internationale du Québec qui s\u2019en trouve imprégnée.Notamment dans sa défense, sous la houlette de Louise Beaudoin, de la notion de «diversité culturelle».Jadis le slogan était «maître chez nous».Désor- mais, l\u2019État québécois cherche à se poser en maître de la culture québécoise à l\u2019étranger.C\u2019est pourquoi, au nom de la défense de son identité, il réclame des sièges et des droits de parole dans de grands organismes internationaux tel l\u2019Unesco.Ce qui nous réserve sans aucun doute de nombreuses autres « années identité ».Antoine Robitaille est journaliste indépendant.Notes 1.\tExpression employée par Mario Roy dans La Presse du 29 décembre 1996 2.\tU Devoir, 8 mai 1999.3.\tAntoine Robitaille, «L'ère des identités».Le Devoir, 15 mai 1998, p.Al.4.\t«Débat sur l\u2019identité québécoise: un nationalisme non fondé sur l'ethnicité», Le Devoir, lundi 26 avril 1999, p.A7.5.\t«Diversité et identité: jeter les souches au feu de la Saint-Jean-Baptiste», Le Devoir, mercredi 24 mars 1999, p.A9. LA CRISE DE LA DIFFUSION DE L\u2019ART Les mauvaises fréquentations STÉPHANE BAILLARGEON L'État québécois, comme bien d\u2019autres à travers le monde, s'est attribué une vocation culturelle.Cela se traduit, entre autres, par une politique de soutien à la création.Mais le public suit-il ?Loffre est abondante mais, justement, ne l'est-elle pas un peu trop?Après avoir presque entièrement laissé à leur destin artistique et culturel les créateurs comme les citoyens, depuis quelques décennies, l\u2019Etat du Québec \u2014 comme celui du Canada et bien d'autres à travers le monde \u2014 exerce un véritable «pouvoir culturel».Cette mission autoassignée permet de soutenir la création et d'organiser les loisirs de masse.Elle fournit aussi à l\u2019État un nouvel outil de propagande ou à tout le moins d\u2019affirmation nationale.Un musée d'État, c\u2019est tout à la fois un centre de culture, une machine à divertissement et un lieu de mémoire collective.La nouvelle Politique des arts et de la culture adoptée par Québec en 1992 stipule que l\u2019intervention gouvernementale sera guidée par trois grands principes: l\u2019affirmation de l\u2019identité nationale; le développement de la création; l\u2019accès et la participation des citoyens.Or, comme bien d\u2019autres sociétés occidentales, le Québec vit maintenant une crise de ce système de l\u2019État-providence des arts et de la culture.Les compressions budgétaires ont évidemment leurs effets, là comme ailleurs1.L\u2019affirmation de la spécificité nationale \u2014 obsession québécoise s'il en est.\u2014, semble de plus en plus problématique dans le contexte de la multiplication croissante des échanges culturels internationaux.Dans certains secteurs, comme le cinéma, la musique populaire et l\u2019édition, entre 50% et 90% des «produits» consommés au Québec proviennent de l\u2019étranger.De plus, les négocations en cours dans le cadre des grandes organisations de réglementation du commerce mondial menacent sinon d'interdire, du moins de limiter l\u2019aide gouvernementale aux industries culturelles et aux artistes nationaux.Le soutien étatique au développement de la création pose aussi certains problèmes spécifiques, par exemple en arts visuels où l\u2019État maintient artificiellement tout le secteur, ou presque, de la formation des artistes à l\u2019achat d\u2019œuvres par les musées.Quant à l\u2019accès à la participation des citoyens, les progrès enregistrés ne sont tout simplement pas à la hauteur des attentes nourries depuis 40 ans.C\u2019est ce problème particulier en rapport non pas avec la création ou avec sa Vie culturelle La crise de la diffusion de l\u2019art protection, mais bien à la diffusion des œuvres artistiques et des produits culturels qui sera maintenant examiné.Quelle est l'ampleur de la crise de la fréquentation au Québec ?D\u2019où origine-t-elle et quels sont ses effets concrets sur le système de diffusion des arts et de la culture?Comment réagit l\u2019État québécois pour tenter de remédier à cette situation ?Croissance de l'offre et stagnation de la demande Le pnncipe de la démocratisation de l\u2019accès à la culture a servi d\u2019appui idéologique à la création du ministère des Affaires culturelles au début des années soixante, en pleine Révolution tranquille.Il a ensuite justifié la plupart des interventions gouvernementales et la mise en place conséquentes d\u2019une sorte d\u2019État-providence des arts et de la culture.Où en somme nous ?Quel bilan peut-on maintenant tracer des interventions publiques liées à cet objectif démocratique2 ?U est estimé qu\u2019à peine 7% de la population québécoise «consomme» régulièrement des «produits culturels» autres que ceux offerts sur les petits et les grands écrans.La fréquentation stagne et régresse même dans certains secteurs importants, à vrai dire très dynamiques du point de vue de l\u2019offre, en quantité comme en qualité\u2019.La croissance de l'offre et la stagnation de la demande sont particulièrement importantes du côté des arts de la scène.En 1996, près de 250 compagnies de théâtre, 90 organismes de musique, une cinquantaine de troupes de danse et une cinquantaine de producteurs et d\u2019agences de spectacle se partageaient les scènes du Québec.Plus de neuf représentations sur dix offertes dans ces domaines provenaient du Québec.Tous types confondus, ce large secteur des arts de la scène a connu une hausse remarquable des productions : près de 1600 spectacles différents étaient présentés en 1993-1994, soit une augmentation de plus de 40 % en cinq ans.Pendant ce temps, le nombre de spectateurs n\u2019a augmenté que de 14%.Pire, chaque spectacle n\u2019était plus présenté que cinq fois en moyenne au milieu de la décennie, alors que les productions connaissaient une représentation de plus en moyenne cinq ans plus tôt.L\u2019augmentation de la diversité et du nombre de spectacles a donc été accompagnée d\u2019une fragmentation des auditoires.Le portrait ne s'améliore pas quand on privilégie une perspective disciplinaire.Ainsi, le théâtre a enregistré une baisse de l\u2019assistance générale de plus de 12% entre 1989-1990 et 1993-1994, même si le secteur a connu une augmentation de 40% du nombre de spectacles pendant cette période1.Pendant une plus longue période de référence (1979-1994), les spectacles musicaux (concerts classiques, opéras, opérettes, musique populaire) subissaient une diminution de public de 49% à 40%.La danse a alors également perdu des spectateurs (de 17% à 11%).Le taux d\u2019accessibilité aux bibliothèques à augmenté de 85 à 91 %, mais celui de la fréquentaiton est resté le même (33%).Plus de deux Québécois sur cinq (43%) avouent encore ne jamais lire de livre.Seul le secteur des musées québécois semble échapper à cette tendance, avec une augmentation de 31% (1979) à 37% (1994) de son «taux de pénétration» dans la population.Il faut toutefois mettre cette progression en rapport avec l\u2019explosion d\u2019offre dans ce secteur.Pendant cette période de référence, les plus importants La crise de la diffusion de l'art Vie culturelle établissements muséaux ont étés créés (Musée de la Civilisation, Musée des arts et des traditions populaires, Centre canadien d\u2019architecture, Musée de la Pointe-à-Callière.), reconstruits (Musée d\u2019art contemporain) ou agrandis et rénovés (Musée des beaux-arts de Montréal, Musée du Québec, Musée McCord.), L\u2019État contre-attaque Comment réagit Québec fasse à cette crise de fréquentation?D'abord en tentant de comprendre ce qui se produit.L\u2019an dernier, le ministère de la Culmre et des Communications s\u2019est associé à l\u2019INRS pour organiser un grand colloque sur le thème : « Démocratisation de la culture et démocratie culturelle : deux paradigmes de l\u2019action culturelle publique».La rencontre savante était présentée en mai 1999, dans le cadre du congrès de l\u2019ACFAS, à l\u2019Université d'Ottawa.Le colloque abordait de front la question de l\u2019accès à la culture en opposant deux modèles d'action culturelle publique et les enjeux qui s\u2019y rattachent.Selon le premier modèle, celui dit de la «démocratisation de la culture», les actions gouvernementales des dernières décennies, un peu aprtout en Occident, visaient à promouvoir la fréquentation des œuvres jugées les plus significatives.La plupart du temps, dans ce cadre, l\u2019intervention des pouvoirs publics en faveur de l\u2019ac-cessibilité se concentrait sur l\u2019offre et la production, par exemple en tentant de combler les faiblesses d\u2019un marché.L'idée était en gros d'encourager la création et de souhaiter que les citoyens viendraient s\u2019y frotter.Un nouveau modèle serait en train d\u2019émerger à l\u2019échelle internationale\u2019.La nouvelle conception dite de la «démocratie culturelle» favorise une plus grande participation à la culmre, non seulement par la fréquentation des œuvres, mais aussi dans la production.La démocratie culturelle défend un mode d\u2019intervention plus décentralisé et moins interventionniste.Cette approche est aussi beaucoup moins directive dans la détermination des contenus.Elle milite activement pour la diversité des formes ou même pour des genres considérés comme mineurs jusqu\u2019ici.Elle est également adaptée au nouveau contexte socioéconomique, profondément marquée par la crise des finances publiques.Au Québec comme ailleurs Le Québec n'échappe pas à cette mutation en cours\".L'État québécois continue de soutenir la création et un vaste système de création et de diffusion des arts de pointe.Depuis quelque temps, il multiplie les efforts pour favoriser le soutien de nouvelles formes d\u2019expression (des amateurs, des jeunes ou des minorités), renégocier le partage des pouvoirs avec les municipalités et maximiser la circulation des œuvres et des créations.Une politique de la diffusion des arts de la scène (Remettre l'art au monde) a été adoptée en décembre 1996.Elle repose sur deux grands principes: d'une part la sensibilisation et le développement des publics; d\u2019autre part, l\u2019accès à un éventail diversifié de spectacles en tournée, partout au Québec.En 1997 et jusqu\u2019à maintenant, des « mesures de rationalisation des dépenses de fonctionnement» ont permis de dégager une enveloppe globale de trois millions de plus consacrée à la diffusion des spectacles.En même temps, le ministère de la Culmre et le Conseil régional de développement de l\u2019île de Montréal ont conclu \"n Vie culturelle La crise de la diffusion de l\u2019art une entente de deux millions pour « favoriser l'accès des jeunes, des nouveaux arrivants et des touristes aux arts de la scène».Un groupe de travail formé autour de la chanson francophone en 1998 a notamment recommandé à Québec de mettre en place un programme d'avance sur les recettes (comme dans le milieu du cinéma) et de faciliter l\u2019accès aux lieux de diffusion pour la musique alternative, hors des grandes salles qui ne conviennent pas bien à ce type de musique.Le gouvernement a ensuite injecté cinq millions pour venir en aide à ce secteur.Depuis trois ans, les dépenses d'abonnements à des spectacles (y compris la chanson) d'entreprises et des travailleurs autonomes bénéficient de déductions fiscales.Québec a également tenté de stimuler la fréquentation des arts en organisant les Journées nationales de la culture, calquées sur les Journées européennes du patrimoine, un événement à très, très grand succès, puisqu\u2019il attire là-bas des millions de participants.L\u2019idée est de solidifier le lien entre le public, les créateurs et leurs créations par l'entremise d'une foule d'activités gratuites dans les musées, les théâtres ou les salles de spectacle.Depuis 1997, les Journées nationales de la culture attirent ici quelques dizaines de milliers de curieux7.Le livre et les musées Le livre n\u2019est pas en reste avec l\u2019adoption récente d\u2019une foule de mesures pour tenter de stimuler l\u2019accès aux bibliothèques et le goût de la lecture dans une province qui accuse un sérieux retard par rapport au reste du Canada.Un «Sommet sur la lecture et le livre» a été organisé en 1998.Québec a ensuite adopté une politique du livre et de la lecture intitulée « Le Temps de lire, un art de vivre».L\u2019objectif central est de «faire de tout citoyen un bon lecteur», en l'invitant au livre dès son plus jeune âge, en multipliant les occasions de lecture, quelles quelles soient, toute sa vie durant (voir l'article de Marie-Andrée Choutnard en page 396).Un groupe de travail autour de la question du prix unique du livre a également été formé.L'an dernier, Québec a aussi appuyé la formation d\u2019un grand regroupement de librairies sous l'enseigne Renaud-Bray.Ce n\u2019est pas tout.Un budget spécial de 40 millions, réparti sur trois ans, servira à enrichir les collections des bibliothèques scolaires et publiques, qui sont vraiment dans un état lamentable.Le Québec arrive au dernier rang de toutes les provinces avec son réseau public comptant environ deux livres par habitant.Le système de bibliothèques scolaires a déjà été décrit comme « une honte nationale ».Et partout, les ressources humaines spécialisées font cruellement défaut, un problème que l'argent neuf ne viendra pas régler.Le gouvernement a également promis de développer une Grande Bibliothèque afin de « dynamiser la vie intellectuelle et culturelle du Québec».L\u2019«équipement» de 75 millions sera érigé dans la partie est du centre-ville de Montréal.Il devrait ensuite bénéficier d'un budget de fonctionnement d\u2019environ 25 millions par année.Le développement d\u2019une politique des musées peut également être rattaché en partie à la volonté de stimuler la fréquentation.Le ministère de la Culture et des Communications a réaffirmé son intention de se doter dès cette année de cette large balise réclamée par les muséologues depuis plus de deux décennies.L'important développement du secteur s\u2019est d\u2019ailleurs La crise de la diffusion de l'art Vie culturelle effectué sans le secours de ce plan d\u2019orientation global, avec par exemple comme conséquence que Montréal est une des seules grandes métropoles occidentales sans musée des sciences.Le nouveau Livre blanc en définition depuis la fin de 1998 doit respecter au moins quatre principes : la décentralisation vers les régions ; l\u2019élargissement du champ des responsabilités municipales ; la collaboration entre les établissements muséaux ; et finalement, l\u2019arrimage aux grandes politiques culturelles et éducatives du Québec.L\u2019État cherche également à maximiser l\u2019exportation de créations et de productions culturelles nationales.L\u2019an dernier, Québec a largement appuyé l\u2019organisation de deux grands événements en France, Le Printemps du Québec et la participation massive des écrivains québécois au Salon du Livre de Paris, où ils étaient «invités d\u2019honneur».Par ailleurs, une nouvelle société en commandite a été créée par la Société de développement des entreprises culturelles du Québec (la SODEC) et différents partenaires privés et publics pour soutenir les artistes et les entreprises culturelles du Québec présents sur les marchés étrangers.La compagnie dispose d\u2019un capital initial de plus de 45 millions qui servira à accorder des prêts dans les domaines du cinéma, de la télé, des spectacles à grand déploiement, du disque, des productions multimédias et des carrières d\u2019artistes.L\u2019acquisition de catalogues et de droits de reproduction sera également encouragée.Finalement, on peut rattacher la promesse renouvelée pendant la dernière campagne électorale de lever le moratoire sur le financement de nouveaux équipements culturels à la nouvelle volonté gouvernementale de se concentrer davantage sur la diffusion des oeuvres et des créations.Ce moratoire a été imposé par Québec il y a trois ans, à la suite du financement de nombreux projets concentrés dans les secteurs des arts de la scène et des musées, qui ont laissé plus de 250 millions de dettes au ministère de la Culture et des Communications.Malgré cela, quelques villes-centres de la province ne disposent toujours pas de salle de diffusion ou de musée de calibre professionnel, notamment Chicoutimi/Jonquière/La Baie, Gaspé.Saint-Hyacinthe, Saint-Jérôme, Rimouski et Victoriaville.D\u2019autres centres importants ont des équipements désuets ou peu performants.Effet pervers de la course à la diffusion Une attention croissante est donc accordée à la diffusion par l\u2019Etat culturel québécois.On peut encore y voir la volonté de demeurer fidèle au grand principe de démocratisation de l\u2019accès à la culture.Cependant, cette nouvelle orientation de l\u2019action gouvernementale entraîne ses propres problèmes et ses propres effets pervers, déjà bien visibles dans l\u2019ensemble du système.D\u2019abord, dans ce nouveau contexte, l\u2019utilitarisme gagne encore un peu plus de terrain.Ce qui est dans l\u2019ordre des choses, puisque l'Etat culturel favorise le développement d\u2019une bureaucratie des arts et de la culture.C\u2019est ce que Fumaroli a appelé le clergé de la nouvelle «religion d\u2019État*».Au Québec comme ailleurs, un petit groupe d\u2019individus bien en place au sein de l\u2019appareil central et de ses ramifications institutionnelles dicte à la population sa frénésie culturelle et impose un mode de gestion traversé de part en part par une logique économique et mercantile. Vie cutturelle La crise de la diffusion de l'art Les preuves ne manquent pas.Les théâtres comme les éditeurs ou les musées ont de plus en plus tendance à adopter les techniques de marketing les plus éprouvées.Les grandes premières, les lancements importants, les vernissages sont maintenant précédés de campagnes publicitaires savamment planifiées.Les plus grandes activités sont toujours suivies d\u2019études de clientèles et d\u2019impacts économiques9.Les services des communications et du marketing sont d\u2019ailleurs souvent les derniers touchés par les compressions budgétaires et les réductions de personnels dans les grands établissements.L'amour de l\u2019art, comme on disait autrefois, est maintenant soumis aux règles courantes de l\u2019industrie et du commerce.En plus, cette mécanique privilégie les grandes manifestations spectaculaires.La valeur d\u2019une institution ou d'un événement se mesure maintenant à son pouvoir d\u2019attraction populaire.Montréal est devenue une sorte de capitale nord-américaine des festivals et tous ces événements sont soutenus par le Conseil des arts et des lettres du Québec, mais aussi par le ministère de la Culmre et des Communications.Et il s'en crée sans cesse.Un premier Festival d\u2019hiver aura lieu à Montéal cette année.Même le très sélect secteur des arts visuels vient de copier ce modèle avec la création de la Biennale internationale de Montréal, dont la deuxième édition est prévue pour le printemps 2000.Le projet de Grande Bibliothèque est tout autant significatif à cet égard : naguère, le livre était le passage obligé pour accéder à la noble connaissance; il sera finalement le dernier à être doté d\u2019un grand équipement, bien après que les secteurs du théâtre et des musées ont vu leurs salles reconstruites, rénovées ou agrandies.Mais comme 1 État ne peut échapper à sa tendance spectaculaire, il construira un grand temple du livre, sur le modèle fiançais jugé pathétique, plutôt que d\u2019essaimer de petites bibliothèques près des citoyens québécois qui en sont privés davantage que tous les autres Canadiens.Les effets pervers du « tout à la diffusion» sont encore mieux perceptibles du côté des musées.On l\u2019a souligné, le secteur muséal a largement bénéficié de la manne de construction et a réussi à augmenter sensiblement le nombre de ses visiteurs.Mais à quel prix?Les grands musées ont réussi ce coup de maître en multipliant les méga-événements estivaux \u2014 les blockbusters dans le jargon.A lui seul, le Musée des beaux-arts de Montréal a organisé au moins une exposition d\u2019envergure internationale par été au cours des quinze dernières années, genre Chagal (1989), Michel-Ange (1992) ou Cosmos (1999).Trois de ces grands déploiements d\u2019œuvres du patrimoine mondial (Picasso, Dali et Les années 20) ont réussi à passer la barre mythique du demi-million de visiteurs.Et alors ?Où est le problème ?Il y a que la forme et le fond s\u2019épousent nécessairement, pour le meilleur et pour le pire.Les plus puristes ont critiqué certains choix de sujet.Le MBAM a consacré une exposition au musée imaginaire de Tintin et surtout une à Snoopy.Le Musée McCord a ouvert ses salles à un dérivé muséal de la télésérie Marguerite Volant et à une exposition sur le hockey sans une once de perspective critique, ou presque.D\u2019autres ont souligné que ces grandes expos avaient toutes tendance à traverser dans les passages cloutés de l\u2019histoire de La crise de la diffusion de l'art Vie culturelle ^3 l'art, toujours les mêmes.À l\u2019hiver 1999, le MBAM a même ouvert ses salles à quelques grandes toiles de Monet jugées moyennes.N\u2019empêche, les tableaux hyper-médiatisés (avec concours de décoration de vitrines de magasin, une «table de Monet » au Ritz-Carlton et même un forfait Monet au Casino de Montréal.) ont attiré plus de 250 000 personnes10.Plusieurs artistes, historiens de l\u2019art et muséologues québécois ont aussi déploré le fait que le choix en faveur des grandes expositions laisse peu d\u2019argent pour l\u2019enrichissement des collections maison.Les chefs-d'œuvre des musées et des collectionneurs privés étrangers sont empruntés, passent ici quelques mois puis s\u2019en retournent.Et tous les paris ne sont pas tenus.En 1995, le MBAM poussait l\u2019audace jusqu\u2019à présenter conjointement deux blockbusters, consacrés d\u2019une part aux belles voitures (Beauté mobile) et d\u2019autre part au mouvement symboliste (Paradis perdus).Le doublé avait coûté six millions de dollars et attiré moins de 300 000 visiteurs, ce qui avait fait grimper le déficit accumulé de l\u2019établissement à plus de deux millions.Un «plan de redressement» comprenant des compressions dans la masse salariale a ensuite été adopté par le musée qui avait déjà supprimé son programme d\u2019expositions itinérantes, sabré dans son service d\u2019éducation, réduit à néant ou presque l\u2019accès à sa bibliothèque et aboli quelques postes de conservateur11.La course folle au public peut même entraîner de douteuses manipulations statistiques.À la fin de l\u2019exposition estivale consacrée à Rodin, en 1998, le Musée du Québec a claironné que les sculptures du maître français avaient attiré exactement 524 273 personnes.Le Bureau de la statistique de Québec estimait ensuite que cette manne avait généré des retombées économiques de 56,4 millions dans la région de la capitale.De quoi convaincre le gouvernement de créer un bas de laine spécial pour ce genre de méga-show \u2014 comme le Musée des beaux-arts de l\u2019Ontario qui a bénéficié d\u2019une subvention spéciale de Toronto, au milieu de la décennie, pour louer l\u2019alléchante exposition des chef-d'œuvre de la collection Bames.En fait, le chiffre-fête a été fourni par un compteur optique installé aux portes.Même les gobe-mouches des Plaines d\u2019Abraham attirés par les p\u2019rits coins du musée faisaient tourner le compteur automatique.Le Musée du Québec a refusé de dévoiler le nombre des visiteurs « payants » (mais on peut estimer qu\u2019ils étaient autour de 300 000, ce qui est tout de même exceptionnel) ou de reformuler les hypothèses de retombées économiques.De toute manière, la lecture automatisée semble la méthode d\u2019évaluation des foules la plus employée dans les musées.Et il y a bien pire comme manipulations statistiques dans ce secteur avide de visiteurs.Au tournant de la décennie, comme le Musée Juste pour rire devait assurer son autofinancement pour obtenir une aide gouvernementale à la construction, il a commandé des études de projection de fréquentation jusqu\u2019à ce qu\u2019elle promettent 450 000 visiteurs par année.Les premières projections parlaient de 175 000 personnes.Il en est finalement venu 135 000 avant que le Musée ferme ses portes une première fois après dix mois d\u2019activité, en 1993.Le coup a été un peu refait au Musée des arts et des traditions populaires de Trois-Rivières.Le dernier-né des musées québécois financés par l\u2019État promettait Vie culturelle La crise de la diffusion de l'art d\u2019attirer 100 000 visiteurs par année.L'achalandage n'a finalement jamais dépassé le tiers de ce nombre.Ce qui a empiré une situation économique désastreuse.La fondation du musée n'a jamais recueilli le million et demi prévu pour combler son budget de construction.Comble de malchance, l\u2019entrepreneur a réclamé et obtenu d\u2019un juge-arbitre une somme supplémentaire de 1,7 million.En mars 1999, Québec a dû débourser tous ces millions pour sauver l'établissement en faillite.Les musées étaient autrefois définis comme des lieux de mémoire collective.Ils sont maintenant de plus en plus perçus comme des machines à exposer et à diffuser, des machines qui font leur preuve en attirant le plus de visiteurs possible.Stéphane Baillargeon est journaliste au Devoir.Notes 1.\tIl ne sera pas ici directement question du financement des affaires artistiques et des industries culturelles.Rappelons au moins que les compressions budgétaires des dernières années n'améliorent pas la situation.Selon les dernières données publiées par Statistique Canada en septembre 1998, les administrations publiques canadiennes dans leur ensemble ont versé 5,7 milliards aux industries culturelles en 1996-1997.Mais il s\u2019agissait d\u2019une baisse de 2,8% par rapport à l\u2019année précédente et de la septième diminution consécutive.Le Québec et l\u2019Ontario demeurent les provinces les plus généreuses dans ce domaine.Au Québec, le gouvernement fédéral a dépensé 114$ par habitant au chapitre de la culture, qui inclut la radiodiffusion, l\u2019édition, le film et l\u2019enregistrement, le Québec 79 $ et les municipalités 33 $.2.\tEn considérant l\u2019évolution de la participation à la culture, il serait évidemment intéressant de pouvoir distinguer ce qui découle des politiques culturelles de ce qui relève des changements sociaux plus globaux, par exemple l\u2019accroissement du niveau de scolarisation ou du temps de loisir.On se contentera ici de mettre en parallèle l\u2019intervention accrue de l\u2019Etat dans le champ culturel justifiée par une volonté d'accroître la particiapation des citoyens et la stagnation de la fréquentation dans certains secteurs clés d'activité.En clair, cette section va tenter de démontrer que l'objectif fondamental n'a pas été complètement atteint, même si plusieurs facteurs peuvent expliquer cet échec partiel.3.\tLes données qui suivent sont principalement tirées de deux sources : R.Garon (coord.), La culture en pantoufles et souliers vernis.Rapport d'enquête sur les pratiques culturelles au Québec, Les publications du Québec, Sainte-Foy, 1997 ; Gouvernement du Québec, Remettre l\u2019art au monde.Politique de diffusion des arts de la scène, Les publications du Québec, Sainte-Foy, 1996.4.\tLe milieu du théâtre a connu une petite guerre des chiffres au cours des dernières années.Dans son Portrait statistique de l\u2019évolution des arts de la scène, publié par Québec en 1996 par le ministère de la Culture et des Communications du Québec, des données signalaient une baisse de fréquentation des théâtres de 14 % au Québec entre le début et le milieu de la décennie.En 1998, le comédien Raymond Cloutier en a rajouté en affirmant qu\u2019à peine 30 000 personnes fréquentaient assidûment le salles montréalaises, toutes rénovées à grand frais au cours des dernières années.Il ajoutait que les grandes institutions étaient entraînées dans une essouflante course à la production.Il proposait finalement de réduire des deux tien le nombre productions et de maximiser leur diffusion.Une longue controverse a suivi et Cloutier en a rajouté dans un pamphlet intitulé Le Beau milieu.Chronique d'une diatribe (Lanctôt, 1999), publié quelques jours avant le Congrès bisannuel du Conseil du théâtre.Le «beau milieu» a répliqué en publiant sa propre étude, Le Théâtre, une passion à partager, proposant «un diagnostic actif des pratiques de La crise de la diffusion de l\u2019art Vie culturelle mise en marché du théâtre au Québec ».L'enquête portant sur 88 des plus grandes compagnies du Québec répétait que l\u2019auditoire s\u2019était accru de 14 % entre 1991-1192 et 1996-1997 et qu\u2019à elles seules ces troupes avaient attiré plus de 1,2 million de spectateurs pendant la dernière année de référence.Mais finalement peu importe qu\u2019il y ait eu légère hausse ou faible chute de la fréquentation, une chose est certaine : l\u2019offre de spectacle a progressé autrement plus que la demande.5.\tDans le cadre du colloque de mai 1999, la Direction de la recherche et de la statistique du ministère de la Culture et des Communications a préparé un document intitulé « De la démocratisation de la culture à la démocratie culturelle ».Ce texte présente l\u2019évolution des politiques culturelles mises en oeuvre dans les pays d\u2019Europe de l\u2019Ouest et aux Etats-Unis au cours des dernières décennies en les situant autour de ces deux modèles d'intervention.Le document affirme que la nouvelle conception en rapport avec la démocratie culturelle a été ébauchée à l\u2019échelle internationale sous l\u2019égide de l\u2019Unesco (Notre diversité créatrice, 1995 ; Conférence intergouvemementale sur les politiques culturelles de Stockholm, 1998) ; pour la partie européenne, à l\u2019initiative du Conseil de l\u2019Europe (Table ronde de Moscou, 1991 ; La Culture au coeur, 1998) ; et pour la partie américaine sous l\u2019égide fédérale (American Canvas, 1997).6.\t«Depuis 1992 [année de l\u2019adoption de la plus récente Politique culturelle], les orientations gouvernementales tendent vers la démocratie culturelle, sans renoncer nécessairement aux principes de la démocratisation », résume le document cité d-dessus (p.14).On pourrait juger de la même manière l\u2019évolution des politiques fédérales qui ont d\u2019ailleurs passé les deux dernières années sous examen de la part du comité permanent du Patrimoine canadien.7.\tUn autre effort notable est venu de l\u2019Institut national de la recherche scientifique (INRS) qui terminera cette année la réalisation de sa série d\u2019une vingtaine d\u2019émissions d\u2019une heure chacune sur l\u2019histoire de différentes disciplines artistiques au Québec, de la peinture à la danse contemporaine, de l\u2019architecture au théâtre.La série, qui propose donc une sorte d\u2019état des lieux imagés de la culture au Québec, est diffusée sur les ondes de Télé-Québec.8.\tMarc Fumaroli, L\u2019Etat culturel, Essai sur une religion moderne, Biblio Essais, Le livre de poche, 1992.9.\tEst-il utile de rappeler que rien n\u2019assure que ces politiques visant à faire mousser la consommation artistique et culturelle vont porter fruit?L\u2019articulation entre l\u2019offre et la demande s\u2019opère de façon aléatoire dans le domaine des arts et de la culture.La mise en marché d\u2019un produit n\u2019est pas une science exacte et c\u2019est donc encore plus vrai quand il s\u2019agit d\u2019une pièce, d\u2019un livre ou d\u2019une exposition.10.\tCe reproche du nivellement par le bas ou plutôt vers le cliché, l\u2019acquis, le conquis, pourrait être repris dans tous les secteurs culturels.Au théâtre, on voit aussi souvent les mêmes œuvres, des mêmes auteurs.Le TNM a proposé deux Roméo et Juliette en dix ans, mais n\u2019a jamais monté Richard III.11.\tLa situation a évolué au cours des deux dernières années.Des efforts ont été faits pour redéployer la collection permanente du musée, trois nouveaux conservateurs ont été embauchés et le Fonds de dotation de l\u2019établissement permet enfin d\u2019acquérir des œuvres nationales et internationales. POLITIQUE ET DIFFUSION DU LIVRE Les hauts et les bas du livre MARIE-ANDRÉE CHOUINARD Un an s'est écoulé depuis l'avénement de la politique du livre et de la lecture, mais les tribulations du livre québécois se poursuivent.C\u2019est surtout du côté de Paris que nos bouquins ont eu la part belle cette année.Quant aux librairies, toujours menacées par les pratiques des grandes surfaces, elles essayaient par tous les moyens de garder la tête hors de l\u2019eau.Curieusement, cette année, c\u2019est sur la scène parisienne que l\u2019agitation littéraire québécoise a été la plus imposante.Et quelle agitation ! A la faveur d\u2019arguments sans doute fort convaincants, les organisateurs du Salon du livre de Paris \u2014 l\u2019un des plus importants de la planète \u2014 ont choisi de dérouler le tapis rouge au Québec en 1999.Faisant de la Belle Province son invitée d\u2019honneur, le Salon ouvrait ainsi sa porte à une soixantaine d\u2019écrivains québécois, de Dany Laferrière à Marie Laberge, en passant par le jeune Maxime-Olivier Moutier, Robert Lalonde et Gaétan Soucy, sacré découverte de l\u2019année.Après le Japon, les États-Unis et le Brésil, le Tout-Paris littéraire, par la voix de son puissant Syndicat national de l\u2019édition, avait ainsi décidé de braquer tous ses feux sur le Québec, au terme de négociations avec son vis-à-vis québécois, l\u2019Association nationale des éditeurs de livres (ANEL).Le Salon, cette librairie grandiose, fréquenté bon an mal an par quelque 220 000 amoureux de littérature, allait donc allouer aux écrivains québécois un coin de son gigan- tesque plancher en plus de lui décerner plus qu\u2019un brin d\u2019attention médiatique.Dès l\u2019annonce de cette nouvelle, les éditeurs du Québec, PANEL en tête, ont activé la machine organisatnce, mettant tout en oeuvre pour faire de cette présence littéraire à Paris une opération réussie aux retombées multiples.Paris avait ouvert grand sa porte ; il fallait toutefois payer le prix du carton d\u2019invitation, l'épopée n\u2019étant possible qu\u2019à coups de centaines de milliers de dollars.Une soixantaine d\u2019élus Fraîchement élu à la présidence de l'ANEL, Pascal Assathiany a donc entrebâillé la porte du ministère de la Culture et des Communications, lui demandant de verser pour cette opération 1 300 000$.Le gouvernement Bouchard, déjà soucieux de présenter sa meilleure image à la face de Paris par la voie du Printemps du Québec, donna sa réponse sous la forme d\u2019une contribution de près d\u2019un million de dollars.Combinée aux versements d\u2019associations et de commanditaires, le voyage en sol parisien allait coûter au total 1,4 million Les hauts et les bas du livre Vie Culturelle En tout, une soixantaine d\u2019écrivains illustrant la diversité et la modernité de notre littérature pouvaient s'ajouter à la liste des invités d\u2019honneur.Un comité-jury issu de l\u2019ANEL décida du choix de 40 de ces auteurs, le Syndicat national de l'édition (français) ayant le loisir de désigner les 20 autres.Une fois la sélection rendue publique, quelques remontrances surgirent çà et là, illustrant de nouveau la mésentente légendaire du milieu de l\u2019édition, régulièrement déchiré autour de questions d'ordre professionnel.La grogne cessa enfin, laissant place uniquement au voyage, qu\u2019on souhaitait le plus médiatisé possible.En effet, outre les 220 000 visiteurs de passage au Salon, c'est essentiellement par la voie des médias que l\u2019on voulait casser l'image de la littérature québécoise, encore très souvent associée à la cabane au Canada, aux grands espaces, et somme toute assise sur des préjugés de nature folklorique.Avant même que les Québécois n'aient posé le pied sur l\u2019autre rive de l\u2019Atlantique, ce sont donc ces médias français qui vinrent voir id de quel bois littéraire l\u2019on savait se chauffer.Ils retinrent de ces rencontres une « littérature d\u2019ici venue d\u2019ailleurs », associée aux auteurs ayant choisi le Québec comme terre d'accueil et espace d\u2019écriture.Les Sergio Kokis, Ying Chen, Ook Chung, Emile Ollivier, Dany Laferrière furent ainsi analysés, lus selon leur origine et jugés prindpaux responsables de cette littérature métissée qu'ils découvrirent.Littérature moderne par la voix de cette Petite Fille qui aimait trop les allumettes, de l\u2019écrivain Gaétan Soucy, auteur le plus vu, entendu et lu à Paris pendant la durée du Salon.Robert Lalonde, Monique Proulx, Maxime-Olivier Moutier, Rober Racine et autres eurent aussi la part belle au Salon et sur les tribunes médiatiques.À travers des dossiers littéraires vouant entre deux et quinze pages au Québec et à ses auteurs \u2014 et ironiquement presque tous intitulés Vive le Québec livres ! \u2014 la France a donc vu au delà des clichés, reconnaissant pour une toute première fois sans doute la force du français nageant dans une mer anglophone, un ton différent et moderne issu de nos immigrants écnvains, de l\u2019histoire amérindienne, de ces jeunes écorchés vifs laissant couler leur fiel littéraire sur le papier.Le célébrissime Bernard Pivot ouvrit lui-même la porte de son réputé studio à trois Québécois (Lalonde, Soucy, Laferrière), résumant par le seul choix de ses invités les coups de cœur les plus vibrants des Français pour la littérature qu\u2019on leur présentait.Depuis de Gaulle.Depuis la visite du général de Gaulle à Montréal et cette exclamation célèbre lancée du haut d'un certain balcon, on n\u2019avait plus accordé une telle importance \u2014 dans les médias à tout le moins \u2014 à la Belle Province, chuchotait-on partout dans les couloirs du Salon.Mais il n\u2019y eut pas que des heureux ! Arrivés peut-être en trop grand nombre par rapport à l\u2019appétit des Français et surtout les disponibilités des journalistes, plusieurs auteurs débarqués à Paris la tête pleine de rêves ont quitté la scène littéraire bredouilles.Au total, on a parlé d\u2019une délégation de quelque 500 Québécois arrivés là-bas avec l\u2019énergie du conquérant.L\u2019année précédente, soulignait le quotidien Libération dans son dossier sur le Québec, le Brésil était représenté par 30 auteurs, pour une population avoisinant les 180 millions d\u2019habitants.Pour sept millions de Québécois, on envoya 60 invités officiels, quelque 100 écrivains de plus Vie culturelle Le débat sur l'identité s\u2019y montrant le bout du nez de leur plein gré.«Certains trouvent cette foule grotesque », conclut le quotidien.Sur le parquet du Salon du livre de Paris, et plus précisément au stand librairie dont le Québec disposait, l\u2019appétit vorace des éditeurs était flagrant.Au total, et selon le bon vouloir des éditeurs, 80 000 exemplaires de volumes québécois de tout genre ont atterri à Paris, un envoi beaucoup trop imposant en regard des espoirs de vente mêmes les plus ambitieux.Le bilan final : moins de 10 000 exemplaires vendus, avec en tête de liste non pas un roman mais bien Le Dictionnaire des expressions québécoises de Pierre Desruisseaux (BQ/HMH), suivi par le dernier roman de Gaétan Soucy.Par l\u2019entremise de ces exemplaires vendus et de la couverture médiatique, on a voulu modifier l\u2019image de la littérature québécoise dans l\u2019esprit des Français.« Mission accomplie », ont jugé à ce propos les organisateurs du Salon au terme de l\u2019expérience.Mais comment maintenir l'intérêt et surtout éviter que tous ces efforts riaient eu que des répercussions ponctuelles sans aucune retombée plus solide qu\u2019une critique littéraire ou un best-seller rapidement oublié ?Avant de partir et alors qu\u2019on s\u2019activait à organiser la venue du Québec en France, les intentions étaient très claires : doubler la consommation de livres québécois en sol français en l\u2019espace de deux ou trois ans.Un objectif que certains qualifièrent de démesurément ambitieux en regard des statistiques : en 1998, le Québec achetait en effet 27$ de livres français par habitant contre un achat de livres québécois par Français n\u2019équivalant qu\u2019à 22 sous.Seconde cible visée par les éditeurs québécois: modifier les habitudes d\u2019édi- tion des Français en sol québécois, tentant de les convaincre qu\u2019il fait peut-être bon éditer au Québec mais que le partenariat s\u2019en porterait encore mieux si les auteurs québécois étaient publiés sous double étiquette : française là-bas, québécoise ici.Un bureau du livre à Paris Au cœur de ces retombées ardemment souhaitées trône le bureau du livre à Paris.Quelques mots après le retour de Pans, on en était encore à mettre sa formule au point.Mais il s\u2019agira vraisemblablement d\u2019une instance pensée par l\u2019ANEL, la Délégation du Québec à Paris, la Société de développement des entreprises culturelles (SODEC) et le ministère de la Culture et des Communications.Au nombre des priorités ciblées par ce comité directeur, on pense par exemple à la nécessité d\u2019établir un solide réseau de distribution du livre québécois en terre française.On songe aussi à des activités de promotion plus solides autour de la venue d\u2019écrivains trop souvent débarqués à Paris dans l\u2019indifférence.Il faudrait également à cette permanence de l\u2019édition québécoise en France un mécanisme permettant de centraliser l\u2019information littéraire de même que des façons de sensibiliser les éditeurs français à la délicate question des droits territoriaux.Une chose est certaine toutefois : tant la définition du concept que les avenues possibles de son financement seront difficiles à cerner.Car pour une rare fois, ce bureau du livre résulterait d\u2019une poignée de main entre le gouvernement et le privé.A cause de vocations diverses, ceux-ci portent la réputation de parvenir difficilement au consensus.Cette fois mariés au gouvernement, on peut pressentir que les discussions seront longues, tout particulièrement en ce qui a trait au mode de financement Les hauts et les bas du livre Vie culturelle du bureau du livre et de la contribution financière des professionnels du livre appelés à bénéficier de ses services.Déjà, les éditeurs ont prévenu leur vis-à-vis qu\u2019ils n\u2019emboîteraient pas le pas à une action trop «politisée».Prix unique : d\u2019un comité à l\u2019autre En avril 1998, dans la foulée de la parution de la politique de la lecture et du livre, le premier ministre Lucien Bouchard inaugurait le Sommet de la lecture et du livre.Y étaient réunis tous les acteurs de la chaîne du livre, des auteurs aux lecteurs, en passant par les éditeurs, les distributeurs, les libraires, les enseignants, les commerçants, les utilisateurs de livres spécialisés et d'autres encore.Outre des discussions sur le contenu de la politique, objectif premier du Sommet, on espérait repartir avec quelques pistes de solution vouées à consolider le réseau des librairies affaibli par la concurrence féroce livrée par les magasins à grande surface.Alors que l\u2019attention de plusieurs se tournait vers cette seule question, le premier ministre trancha : remettant l\u2019épineuse question entre les mains du milieu littéraire, il annonça que son gouvernement allait soutenir les activités d\u2019un groupe de travail sur la consolidation et la rentabilité du réseau des librairies.Celui-ci, composé de représentants de presque tous les maillons de la chaîne du livre, avait la tâche délicate de décider s\u2019il ne valait pas mieux adopter au Québec la mode française, en imposant un prix unique pour un seul et même livre.L'option, ardemment souhaitée par certains et vigoureusement décriée par d\u2019autres, pourrait permettre de réduire considérablement les écarts de prix entre un même livre trouvé à la librairie du coin et cet autre acheté dans une grande surface de la banlieue voisine.Attention, conclut toutefois le premier, pas question de hausser le prix du livre, «déjà suffisamment cher».Pressé d\u2019agir, notamment à cause du séisme qui avait frappé la librairie Renaud-Bray quelque temps auparavant (forcée de se placer sous la protection de la Loi sur l\u2019insolvabilité et la faillite en 1996) mais aussi en raison de la fermeture de nombre de librairies indépendantes, le groupe de travail décida avant toute chose qu\u2019il ne disposait pas d\u2019une vue d\u2019ensemble lui permettant d\u2019apprécier justement la situation du livre au Québec.A ce sujet, des études furent commandées, réalisées notamment par l\u2019économiste Pierre Fortin et la firme SECOR.Et les pourparlers commencèrent.Présidé par le président du Groupe Sogides, Pierre Lespérance, représentant à la fois des mondes de l\u2019édition, de la distribution et de la librairie, le groupe de travail n\u2019a toutefois pas eu la discussion facile.Réunis autour d\u2019une même table, les adeptes et adversaires du prix unique n\u2019ont pas réussi à atteindre le consensus.Au sein même des éditeurs, représentés par quelques individus sur un groupe d\u2019une dizaine, les avis étaient partagés.L\u2019idée d\u2019imposer aux éditeurs un prix de vente unique pour le même livre, qu\u2019il soit vendu à la librairie du coin ou encore chez Wal Mart ne souriait pas à tous.Indignation des libraires Après plus d\u2019un un an de rencontres parfois houleuses mais farouchement protégées par le sceau de la confidentialité, le groupe de travail a tranché: exit le prix unique, point à la ligne.L\u2019Association des libraires du Québec (ALQ), fortement impliquée Vie culturelle Les hauts et les bas du livre dans la réflexion, protesta vigoureusement au lendemain de la parution du rapport du groupe de travail.Favorables à une réglementation des prix adaptée au contexte québécois et non seulement copiée sur le modèle français, les libraires s'indignaient de constater que le comité avait non seulement repoussé l\u2019idée du prix unique mais aussi refusé d\u2019envisager d\u2019autres modèles de réglementation des prix (par exemple, l\u2019octroi de remises qualitatives aux libraires agréés, le retard de la mise en vente de nouveaux titres dans les grandes surfaces par rapport aux librairies).Devant ce rapport quasi vide et une année de labeur pour ainsi dire inutile, la ministre de la Culture et des Communications, Agnès Maltais, s\u2019avoua déçue, remettant entre les mains de la Commission du livre (instance de la SODEC) les conclusions du rapport.«Nous sommes d\u2019accord pour dire que le groupe de travail n\u2019a pas donné les résultats escomptés, affirmait-elle peu après la diffusion du rapport.La seule unanimité obtenue était pour dire qu\u2019on a besoin de plus de discussions au sujet d'une politique du prix du livre.» Alors que l\u2019agonie des librairies indépendantes alimente les manchettes, voilà que se constitue dans la suprise la plus totale le groupe le plus puissant de librairies au Québec par la fusion des réseaux Champigny, Renaud-Bray et Garneau.En effet, à la mi-juin, les têtes dirigeantes de Renaud-Bray, Pierre Renaud, et du Groupe Sogides (librairies Garneau), Pierre Lespérance, en étonnaient plus d\u2019un en annonçant la création d\u2019un véritable empire de librairies.Par l\u2019acquisition des librairies Champigny et en fusionnant avec les succursales Garneau, les librairies Renaud-Bray constituent désormais un bloc monolithique sans précédent dans l\u2019histoire du livre au Québec.En tout, 23 succursales réparties au Québec, une entreprise de 57 millions de dollars dont 51 % des actions sont détenues par Pierre Renaud, pdg de Renaud-Bray.Rebondissement étonnant lorsqu\u2019on se rappelle qu\u2019en 1996, Renaud faillit disparaître tant il croulait sous les difficultés financières.Cette fois encore, c\u2019est au Fonds de solidarité de la FTQ de même qu\u2019à la Société de développement des entreprises culturelles (SODEC) que l\u2019on doit la spectaculaire remontée, le premier ayant versé au total 4,7 millions, la seconde 2,9 million.; Après des années de guerre ouverte, parfois même d\u2019un côté à l\u2019autre de la rue, Champigny et Renaud-Bray ne font plus qu\u2019un.Certains ont parlé d\u2019une concentration des librairies non souhaitable, d\u2019autres ont plutôt applaudi à cette fusion, y voyant un pilier solide dans le milieu de la librairie.Pierre Renaud et Pierre Lespérance partageront la présidence du nouveau groupe.\u2022 LA VOLTE-FACE DE RENAUD-BRAY Marie-Andrée Chouinard Les hauts et les bas du livre Vie culturelle L'idée ne tarda pas à prendre forme: deux mois plus tard à peine, la ministre Maltais annonçait la création d'un nouveau comité invité à réfléchir celui-là non pas sur le prix unique, écarté d'entrée de jeu, mais sur les «les pratiques commerciales qui régissent le commerce du livre ».Plutôt que de s\u2019en remettre à un président tout droit issu du milieu du livre, tel Pierre Lespérance, elle vit cette fois dans le président sortant de la CSN, Gérald Larose, le candidat rêvé pour juger impartialement de la nature des discussions.Le comité, dont l\u2019existence fut annoncée en juillet 1999, devait être composé de six autres membres, choisis à partir de listes fournies par les associations de libraires, d'éditeurs et de distributeurs.A partir des récriminations précédentes des libraires, la ministre semble avoir déterminé l\u2019agenda de ce nouveau comité, précisant qu\u2019il se pencherait non pas sur le prix unique du livre mais plutôt sur les pratiques commerciales, et plus précisément sur l\u2019examen des remises (rabais consentis aux libraires agréés) et des offices (arrivées des nouveautés en librairie).Les travaux du comité, dont le début était fixé à août 99, devraient être conclus au plus tard en juin 2000.Marie-Andrée Chouinard est journaliste au quotidien Le Devoir. LA PRODUCTION ARTISTIQUE ET LITTÉRAIRE Le cinéma Un soubresaut de vigueur BRIAN MYLES Surprise ! Le cinéma québécois ne fait pas si mauvaise figure depuis quelques mois, récoltant à la fois des succès critiques et commerciaux.L\u2019augmentation de la production, l'émergence d\u2019une relève et la recrudescence de l'assistance en salle permettent aux acteurs du 7' art national de souffler un peu.Renaissance ?Que non ! Les problèmes de fond, entre autres le sous-financement et l\u2019omniprésence américaine, restent toujours les mêmes.Un soubresaut de vigueur caractérise la production récente du cinéma québécois.Il n\u2019y a qu\u2019à scruter les derniers chiffres disponibles pour s\u2019en convaincre (voir les tableaux).En 1998, les créateurs québécois ont accouché de 36 longs métrages destinés au cinéma, la plus forte production des cinq dernières années.Environ le quart de ces films ont été réalisés par des nouveaux venus, ce qui s\u2019explique par la volonté des organismes subventionnaires de mettre le cap sur la relève.Les Québécois se sont précipités «massivement » au cinéma pour encourager les créateurs du terroir.Toutes langues confondues, le cinéma québécois a attiré 1,9 million de spectacteurs en 1998, soit un peu plus du double de 1997.Cela revient à dire que 7,1 % de l\u2019assistance totale du cinéma dans la province s\u2019est tournée vers les films québécois.C\u2019est à la fois bien peu et beaucoup.Dans les années 90, les films québécois n\u2019ont jamais attiré guère plus de 4 % des cinéphiles, la part du lion revenant toujours aux longs métrages américains.Les cinéastes québécois Louis Saïa, Denise Filiatrault et Pierre Falardeau ont assimilé la logique du blockbuster, soit celle du film à l\u2019intrigue simpliste capable d\u2019attirer les masses.Les Boys II de Louis Saïa a généré dans la période particulièrement profitable des Fêtes des recettes de 5,5 millions de dollars.Le premier volet des tribulations des joueurs de hockey de garage a terminé son parcours en salle avec 6,1 millions de dollars, ce qui en fait le plus grand succès canadien depuis Porky\u2019s et ses 11 millions en 1982.C\u2019t\u2019à ton tour, Laura Cadieux, une adaptation libre du roman de Michel Tremblay par Denise Filiatrault, a récolté 2,3 millions.Un autre de ces héros « épais dans le plus mince » dont le public québécois est si friand, Elvis Gratton (Miracle à Memphis), connaissait à l\u2019été de 1999 un départ foudroyant, laissant pré- La production artistique et littéraire Vie culturelle Tableau 1 Les dix films les plus vus au Québec du 1*' janvier 1996 au 31 décembre 1998 Titre du film\tPays\tRecettes $ (millions)\tProjections\tAssistance Titanic (v.f.)\tUSA\t17,1\t28 626\t3 285 862 Les Boys\tQue.\t6,1\t16 809\t1 125 182 Armageddon (v.f.)\tUSA\t4,3\t14 715\t827 253 Independence Day (v.f.)\tUSA\t4,1\t12 422\t804 619 Les 101 dalmatiens\tUSA\t3,4\t11991\t782 508 Mission : impossible (v.f.)\tUSA\t3,7\t11202\t722 356 Jurassic Park\tUSA\t3,6\t12 901\t685 455 Tornade\tUSA\t3,4\t11172\t678 593 Hommes en noir\tUSA\t3,4\t13 631\t657 661 Il faut sauver le soldat Ryan\tUSA\t3,4\t9 335\t623 516 Source : SODEC sager que l'œuvre aux prétentions artistiques de M.Falardeau établira des nouveaux records au box-office.En parallèle, il faut souligner que ces films fort populaires ont reçu un accueil critique plutôt froid.Voilà pour les rares bonnes nouvelles.Les mauvaises, ce sont évidemment les résultats obtenus par les films du sud.Vingt et un millions six cent mille spectateurs en 1998, soit 82,7% du total québécois.Qui plus est, les films américains accaparent huit écrans sur dix dans la province, écrasant avec une facilité déconcertante la concurrence québécoise, canadienne ou française.Le scénario est bien sûr identique en ce qui a trait aux recettes.La domination sans partage des Américains tient pour l'essentiel au fait que ce sont des filiales de l\u2019Oncle Sam qui contrôlent le réseau de salles, une situation qui n\u2019est pas prête de changer.Or, comme le dit l\u2019adage populaire dans le milieu du T art, qui contrôle les salles contrôle le cinéma.Méga-mégalo La transformation du secteur de l'exploitation se poursuit à une vitesse folle alors que les cinémas exigus d'antan disparaissent au profit de multi-salles de cinéma.Boutiques de produits dérivés, restaurants réputés du fast-food, cafés et aires d\u2019amusement accompagnent le film, qui ne peut plus vivre seul.Famous Players a ouvert au printemps le Paramount, une multi-salle de 25 millions de dollars comprenant 12 écrans (plus une salle IMAX) et 3900 places.L\u2019inauguration de ce complexe dans l\u2019ancien édifice Simpson, au centre-ville de Montréal, signe l\u2019arrêt de mort du Loews, dont Famous a l\u2019intention de se départir.Aussi bien dire que le Loew\u2019s fermera, tout comme le Cinéma Berri (Cinéplex-Odéon) a fermé en janvier, dans les mois suivant Vie culturelle La production artistique et littéraire Tableau 2 Nombre de longs métrages produits, selon le principal marché, Québec 1994-1998\t\t\t\t Année\tCinéma\tTélévision\tAutres\tTotal 1994\t32\t21\t6\t59 1995\t21\t13\t9\t43 1996\t33\t17\t8\t58 1997\t28\t20\t1\t59 1998\t36\t35\t8\t79 Sources : Annuaire du cinéma québécois pour 1994.SODEC.Compilation : SODEC.l\u2019ouverture par cette dernière compagnie du Cinéma du Quartier latin (17 salles).AMC, un nouveau venu dans le paysage montréalais, prévoit par ailleurs inaugurer une trentaine de salles et des commerces complémentaires sur le site de l'ancien Forum, mais le projet tarde à se concrétiser.Encore là, le Cinéma Atwater risque de s\u2019éteindre si AMC entre en scène.Du côté de l\u2019exploitation, c\u2019est cependant une famille d\u2019indépendants qui a frappé le plus fort.Imitant les formules américaines, les Cinémas Guzzo ont construit depuis deux ans six ouvrages en périphérie de Montréal.Celui de Greenfield Park comporte 18 salles et 4265 places, ce qui en fait l'un des plus importants du genre au Canada.Si tout va bien, la famille Guzzo aura érigé d'ici 2001 dix-sept centres de cinéma et de divertissement (dont un au centre-ville de Montréal) pour un investissment total de 200 millions.C\u2019est la même somme que prévoit injecter Famous Players pour l\u2019aménagement de cinq complexes au Québec (y compris celui de Montréal).Langlois l\u2019excentrique Dans ce paysage arride qui rend la vie dure aux petites salles et aux cinémas de répertoire, Daniel Langlois fait figure d\u2019exception.Le fondateur de Softimage a investi 35 miUions de sa poche dans l\u2019avenmre Ex-Centris, un complexe cinéma et nouveaux médias doté d\u2019infrastructures de post-production dernier cri et de trois salles destinées aux projections en format 35 mm, 16 mm, vidéo ou haute définition numérique.Ex-Centris, dont l\u2019aménagement et l\u2019architecture ont de quoi faire mal paraître les multi-salles nouvellement nées, englobe le Cinéma Parallèle et le Café Méliès autrefois situés plus au nord, boulevard Saint-Laurent.Ex-Centris, dont l'ouverture a été célébrée dans le faste au début de l'été 99, sera à l'affût du cinéma expérimental et des tendances nouveaux médias.Ce centre, une réponse du cinéma d\u2019auteur aux multi-salles, pourrait même participer à la prochaine révolution technologique Comme les salles sont équipées pour la projection en format numérique, il sera possible de commander les œuvres La production artistique et littéraire Vie culturelle d\u2019un clic de souris et de les acheminer par satellite.C\u2019est tout le paysage de la distribution qui pourrait s\u2019en trouver bouleversé au profit des auteurs et des créateurs de la marge.Daniel Langlois se donne trois ans de rodage avant de faire le bilan de l\u2019initiative Ex-Centris, qui a l\u2019heur d'étonner et de réjouir le monde culturel.En absorbant les dettes du Cinéma Parallèle et en le déménageant dans une enceinte aux goûts de demain, M.Langlois et son équipe font renaître l\u2019espoir que le cinéma de répertoire cesse de vivoter pour enfin vivre.La fermeture temporaire du Cinéma du Parc avait laissé un trou béant dans le paysage montréalais.Ex-Centris et le Parc nouveau étant maintenant ouverts aux cinéphiles, il reste à voir comment ces derniers se comporteront et avec quelle ferveur ils supporteront leurs institutions.Silence ! On tourne En 1992, il n\u2019y avait pas de tournages de films américains à Montréal.Six ans plus tard, la métropole a devancé Toronto pour se propulser au deuxième rang des villes de tournage au Canada, tout juste derrière Vancouver, et ainsi traverser une crise de croissance.Il y a simplement trop de travail dans la haute saison du tournage, l\u2019été, une surenchère pour l'embauche des meilleurs techniciens et pas assez de studios pour satisfaire à la demande des producteurs.L\u2019industrie du tournage a fait tomber sur Montréal une manne de 694 millions de dollars en 1998, en hausse de 19 % par rapport à l\u2019année précédente.Environ 197 millions ont été laissés par les producteurs étrangers, surtout des américains.L\u2019engouement est tel que l\u2019industrie montréalaise a entrepris récemment une expansion sans précédent.Paul Bronfman et ses partenaires ont mis 25,5 millions dans la contraction d\u2019une cité du cinéma sur le site de l'ancienne base militaire de Saint-Hubert.L\u2019endroit regroupe la plupart des services nécessaires au bon fonctionnement d\u2019un plateau : cinq studios de tournage (superficie totale de 61 500 pieds carrés), services de location d'équipement, ateliers de fabrication de décors, etc.Le Groupe Mel/Cité du cinéma et Location Michel Tradel doivent également construire dans le Technoparc situé en bordure de l\u2019autoroute Bonaventure d\u2019autres studios dans un projet évalué à 24 millions.Enfin, des producteurs britanniques seraient intéressés à ériger sur le site Angus encore des studios pour un montant de 25 millions.Le succès de Montréal Plusieurs éléments expliquent le succès de Montréal comme ville de tournage : main-d\u2019œuvre qualifiée, architecture riche, proximité des espaces urbains et naturels et, surtout, faiblesse du dollar.Pour chaque tranche d\u2019un million US, les producteurs américains se déplaçant au Canada gagnent 400 000 $ CAN en raison du taux de change.S\u2019il fallait que le dollar reprenne de la vigueur, les Américains iraient certes voir ailleurs si leur profit y est.Mais l'industrie du tournage, c\u2019est d\u2019abord et avant tout l\u2019affaire des producteurs québécois, responsables pour environ les deux tiers des sommes dépensées à Montréal dans toute une année.Ces derniers envisagent d\u2019un œil critique la transformation de la métropole en un gigantesque plateau Selon eux, les Américains font grimper les prix en consentant des salaires élevés, les techniciens sont de plus en plus sollicités, et donc de moins en moins disponibles pour les productions locales. Vie culturelle La production artistique et littéraire Tableau 3 Nombre de productions considérées comme le premier long métrage d'un cinéaste, selon le marché, Québec 1994-1998\t\t\t\t Annee\tCinéma\tTélévision\tAutres\tTotal 1994\t5\t1\t3\t9 1995\t8\t\t5\t13 1996\t7\t1\t2\t10 1997\t6\t1\t7\t14 1998\t10\t6\t3\t19 Sources\tAnnuaire du cinéma québécois pour 1994.S0DEC.Compilation\t\tS0DEC.\t Un cinéma en tenue de gala Un nouveau gala est venu enrichir le paysage culturel québécois déjà fort encombré à ce chapitre.La Soirée des Jutra (en l\u2019honneur du cinéaste de Mon oncle Antoine, Claude Jutra), retransmise sur les ondes de TVA, visait d'une part à accroître la visibilité du cinéma québécois, et d\u2019autre part à honorer ses plus talentueux artisans.La première Soirée des Jutra ne fut pas exempte de controverse, quelques voix s\u2019élevant ici et là pour protester contre la faible place accordée au cinéma documentaire et indépendant.Le collège électoral, composé de quelque 5000 personnes de tous les métiers du cinéma, a voulu que Le violon rouge, de François Girard, remporte neuf Jutra sur une possiblité de 11, dont ceux du meilleur scénario, meilleure direction de la photo, meilleure réalisation et meilleur film.La concurrence est pratiquement repartie bredouille.Pacale Montpetit a enlevé le Jutra de la meilleure actrice pour son rôle de jeune femme tourmentée dans Le coeur au poing (Charles Binamé), œuvre qui a par ailleurs permis à Anne-Marie Cadieux de remporter le Jutra de la meil- leure actrice de soutien.Alexis Martin a été sacré meilleur acteur pour son rôle dans Un 32 août sur terre (Denis Villeneuve).Rien pour Nô de Robert Lepage, ni pour 2 Secondes, premier long métrage de Manon Briand.Avec un film communiquant son amour fou pour le vélo, elle avait pourtant remporté trois prix au Festival des films du monde, édition 1998 (meilleure réalisation, meilleur premier film, meilleur film canadien).Parmi les productions récentes, il faut également souligner l\u2019émouvant Emporte-moi, de Léa Pool, qui a révélé au grand écran tout le talent d'une nouvelle venue, la jeune Karine Vanasse, dont le personnage traverse une difficile crise d'adolescence dans le quartier Mile-End du début des années 60.Il faut aussi reconnaître une rigueur intellectuelle et une direction photo sans reproche à Quand je serai parti.vous vivrez encore, une relecmre des événements ayant mené à la capture et à la pendaison des Patriotes de 1838, signée Michel Brault.Richard Ciupka a pour sa part lancé un polar.Le dernier souffle, dont 1 intérêt tient essentiellement dans l'interprétation de Julien Poulin et Luc Picard. La production artistique et littéraire Vie culturelle Enfin, Histoires d\u2019hiver, de François Bouvier, a connu peu de succès en salle malgré une sortie à grand déploiement sur une trentaine d'écrans.Le grand serpent du monde (Yves Dion), l\u2019histoire alambiquée d\u2019une passion déchirante, avait le mérite d\u2019offrir une vision d\u2019auteur et un scénario intéressant signé Monique Proubc, la scénariste du Coeur au poing et du Sexe des étoiles.Cette même Monique Proulx a également adapté son roman L'homme invisible à sa fenêtre pour le grand écran, ce qui a donné Souvenirs intimes de Jean Beaudin.Robert Morin, talentueux cinéaste, a pour sa part signé Quiconque meurt, meurt à douleur, prix du meilleur long métrage de fiction de l\u2019Association québécoise des critiques de cinéma, un film tourné en vidéo avec d'anciens toxicomanes s\u2019incarnant eux-mêmes dans des rôles fictifs.Aucun film québécois n\u2019a cependant réussi à se faufiler au prestigieux Festival de Cannes en 1998.Coup d\u2019œil sur les institutions Le p.-d.g.du Festival des films du monde (FFM), Serge Losique, un personnage fortement contesté dans le milieu du cinéma, s\u2019est retrouvé dans une situation précaire.La Société de développement des entreprises culturelles (SODEC) et la Ville de Québec ont cessé de lui apporter leur soutien financier pour l\u2019organisation d\u2019un festival international dans la Vieille Capitale.Après 13 ans de règne de M.Losique et de son Festival international du film de Québec (FIFQ), la SODEC a lancé un appel de propositions.C\u2019est finalement Images du Nouveau Monde qui a obtenu la faveur de la société d\u2019État.Le nouvel événement offrira dès mars 2000 des images des trois Amériques.À Montréal, les choses ne vont guère mieux pour M.Losique, à qui la SODEC a consenti l\u2019argent (450 000 S) pour le FFM.Malgré son succès auprès du grand pubbc, le FFM est de plus en plus impopulaire auprès de l\u2019industrie locale et internationale du cinéma.M.Losique a refusé à ce jour de collaborer à la réorganisation du festival et d\u2019accepter les suggestions du milieu.Il reste pourtant en selle.et reçoit l\u2019appui de la SODEC.La question du doublage De son côté, l\u2019Union des artistes (UDA) a relancé le débat sur le doublage par une vaste campagne de sensibilisation du public intitulée «On veut s\u2019entendre».Le but ultime de cette initiative est de faire pression sur les majors américains pour les amener à confier le doublage de leurs films à des entreprises québécoises, et non fran çaises comme c\u2019est souvent le cas.L\u2019UDA veut entre autres que l\u2019origine d\u2019un doublage soit indiquée de façon systématique sur les cassettes vidéo, au générique et sur les affiches d\u2019un film, de même que dans les agendas culturels ou les critiques pubbées dans la presse.L\u2019attitude de la Warner, qui a choisi de faire doubler ses six derniers films à l'extérieur de la province, a forcé l'UDA à mobiliser ses membres.Cette campagne adoucie de relations publiques succède à la crise de 1997; à cette époque, la ministre de la Culture Louise Beaudoin envisageait d\u2019adopter une loi spéciale pour rendre aux Français la monnaie de leur pièce.Les doublages étrangers sont interdits d\u2019accès en France, un pays qui exige de doubler lui-même toutes les oeuvres qui entrent sur son territoire.La ministre Beaudoin songeait à Vie culturelle La production artistique et littéraire Tableau 4 Nombre de productions et de coproductions de longs métrages destinés aux cinémas, Québec 1994-1998 Année\tTotal\tProductions\t\tCoproductions\t\t \t\tquébécoises\tÀ participation majoritairement québécoise\tÀ participation majoritairement étrangère\tEn parts égales\tTotal 1994\t32\t24\t5\t3\t-\t8 1995\t21\t19\t1\t1\t-\t2 1996\t33\t26\t5\t2\t\t7 1997\t28\t20\t4\t4\t\t8 1998\t36\t21\t9\t5\t1\t15 Sources : Annuaire du cinéma québécois pour 1994.SODEC.Compilation : SODEC.interdire les doublages français au Québec, une idée appuyée par l\u2019UDA.Mais il s\u2019agissait d'une mesure impossible à appliquer.L'UDA n i donc eu d\u2019autre choix que de changer son fusil d'épaule.Environ six doublages sur dix présentés sur nos écrans sont réalisés au Québec, et cette industrie en mal de reconnaissance génère annuellement un chiffre d\u2019affaires de 19 millions.Le cas de l\u2019ONF L\u2019Office national du film (ONF) a par ailleurs fêté en 1999 son 60' anniveraire sans recevoir de cadeaux.Les budgets de l\u2019organisme, où furent réalisées à une certaine époque les œuvres les plus marquantes du patrimoine cinématographique canadien, ont fondu comme peau de chagrin.Et voilà que dans son rapport final remis à la ministre du Patrimoine canadien, Sheila Copps, le comité consultatif sur le long métrage recommandait que l\u2019ONF consacre cinq millions de son budget annuel à un nouveau fonds destiné à aider le long métrage.Avec un budget de 55 millions, l\u2019ONF se consacre à l\u2019exploitation de sa collection au moyen des technologies numériques et les rééditions ainsi qu\u2019à la production de films dans les secteurs de l'animation et du documentaire.L\u2019Erreur boréale L\u2019Office a d\u2019ailleurs obtenu une jolie réussite avec L'erreur boréale, un documentaire de Richard Desjardins et Robert Monderie sur la gestion \u2014 un «pillage» selon les auteurs \u2014 de la forêt québécoise par les entreprises.11 s\u2019agit du seul film récent, documentaire ou fiction, ayant réussi à provoquer un débat de société dont l\u2019onde de choc fut ressentie jusqu'à l\u2019Assemblée nationale.Locomotive du cinéma québécois et canadien dans les années 60 et 70, le documentaire a fait l\u2019objet d\u2019un événement servant à la fois de vitrine et de forum de discussion à Montréal.Sous la houlette du documentariste Jean-Daniel Lafond, les La production artistique et littéraire Vie culturelle Tableau 5 Nombre de longs métrages produits, selon le principal marché et le genre, Québec 1997-1998\t\t\t\t\t\t Année\tFiction\tDocumentaire\tDocu-fiction\tAnimation\tAutres\tTotal Cinéma\t27\ti\t-\t\t\t28 Télévision\t16\t4\t-\t\t\t20 Autres\t4\t7\t-\t-\t\t11 1997\t47\t12\t\t-\t\t59 Cinéma\t35\t1\t-\t\t\t36 Télévision\t27\t7\t1\t-\t\t35 Autres\t44\t-\t\t\t8\t52 1998\t66\t12\t1\t\t-\t79 Source : S0DEC.\t\t\t\t\t\t premières Rencontres internationales du documentaire ont permis à une poignée de créateurs de discuter à voix haute de la faible place accordée au documentaire d\u2019auteur.Tenu à l\u2019écart du grand écran, le documentaire doit pour survivre se tourner vers le petit écran, où les visions d\u2019auteur se subjuguent parfois à une logique marchande.Le succès de L'Erreur boréale, qui s\u2019est frayé un chemin jusqu\u2019à Télé-Québec et Radio-Canada, laisse néanmoins espérer que le documentaire d'auteur puisse s\u2019affirmer.Les amateurs du genre pleurent par ailleurs la disparition de Pierre Perrault, cinéaste de la parole et auteur de Pour la suite du monde, qui s\u2019est éteint dans les premières heures de la Saint-Jean, à la veille de fêter ses 72 ans.11 aura documenté le Québec, son fleuve et ses gens, en plus d\u2019influencer des générations de cinéastes.La politique des petits pas Côté politique, le Comité consultatif sur le long métrage mandaté par Sheila Copps a rendu public un rapport dont personne n\u2019entend plus parler.Ce groupe composé de membres du secteur privé recommandait que soit créé un fonds d\u2019aide au long métrage canadien d\u2019au moins 150 millions de dollars auquel auraient contribué Téléfilm, le Fonds canadien de télévision, Radio-Canada/CBC et l\u2019Office national du film.En outre, ce comité suggérait à Ottawa d\u2019abolir le crédit d\u2019impôt pour les producteurs étrangers et d\u2019injecter 50 mil-bons nouveaux dans ce fonds destiné à revigorer une production nationale disposant de budgets tiers-mondistes.Le groupe dresse un sombre bilan économique du cinéma canadien ou québécois.Le rapport évalue que les films canadiens récoltent 2 à 3% des recettes au guichet, contre 4% pour les films québécois.En outre, le cinéma d\u2019une « mare à l\u2019autre » dispose de budgets moyens ridicules: 1,5 million au Canada (et 150 000 $ en promotion) contre 76 millions aux Etats-Unis (20 milhons en promotion).Mme Copps et son ministère poursuivent l\u2019élaboration d\u2019une pohtique Vie culturelle La production artistique et littéraire sur le film dont la teneur ne sera pas connue avant l\u2019an 2000.La situation au Québec Du côté de Québec, la réflexion n'est guère avancée.Le gouvernement a cependant consenti au début de 1999 de nouveaux crédits en cinéma, soit un ajout de 10 millions dans la création au cours des cinq prochaines années.Huit de ces 10 millions seront versés à la SODHC, qui entend : favoriser un renouvellement de la création, favoriser l'augmentation de la production, privilégier le long métrage de langue française, renforcer l\u2019aide à la promotion et à la diffusion et renforcer la présence sur les marchés étrangers.Ces objectifs rejoignent en partie ceux de François Macerola qui, après une brève et infructeuse carrière politique au Parti libéral du Québec, a repris la direction de Téléfilm.Selon M.Macerola, la faiblesse des scénarios et de la mise en marché constituent deux des principales lacunes du cinéma québécois.Notre cinéma a connu une période encourageante, marquée par des hausses au plan de la production, de l\u2019assistance et de recettes.Il n\u2019en demeure pas moins sous-financé, écrasé par la main-mise hollywoodienne, mal mis en marché et distribué par des filiales de sociétés étrangères.Autant dire que la bataille qu'il mène pour reconquérir et conserver son public est loin d\u2019être gagnée.Le cinéma québécois devra trouver un juste équilibre entre les productions commerciales, lucratives, et les productions d\u2019auteurs, enrichissantes pour l\u2019esprit et la constitution d\u2019une identité filmique.Mais dans un coin du monde qui ne produit guère plus d\u2019une trentaine de longs métrages bon an mal an, la cohabitation entre auteurs et marchands est-elle possible ?Brian Myles est journaliste quotidien Le Devoir.La littérature Les enfants d\u2019un siècle fou FRANCINE BORDELEAU Le Québec n'aura jamais autant publié, semble-t-il, qu\u2019au coûts des douze derniers mois.De cette année fréquentée par toutes les générations d'écrivains, l'enfance, la famille et l'univers trouble de la marge se révèlent les thèmes obsédants.En témoigne avec éloquence Gaétan Soucy, auteur d\u2019un presque chef-d'œuvre acclamé ici comme en France.Le Salon du livre de Paris, dont le une teneur exceptionnelle, l'avant-dernière Québec fut en mars l\u2019invité d\u2019hon- année du millénaire se caractérise par neur, a-t-il influé sur les programmes l\u2019abondance de nouveautés, plutôt bien d'édition?Il reste qu\u2019à défaut d\u2019afficher partagées entre les valeurs sûres, les La production artistique et littéraire Vie culturelle retours attendus et les débutants.À cet égard, la palme revient sans doute à Boréal, qui aura proposé plusieurs de ses vedettes tout en ménageant une place à quelques jeunes écrivains.De fait, grâce aux Gaétan Soucy, Ying Chen \u2014 raflée à Leméac, qui l\u2019a découverte en 1992 \u2014, Marie Laberge (auréolée du Prix des libraires pour La Cérémonie des anges), Gilles Archambault, Gilles Marcotte et Robert Lalonde, avec de surcroît les Denise Bombardier, Jacques Godbout et Anne Hébert (publiés au Seuil, le puissant partenaire français), l'année littéraire qui s'achève est en grande partie celle de Boréal.Mais elle est celle, d\u2019abord et avant tout, de Gaétan Soucy.Avec la même force que Sergio Kokis en 1994, ou que Ying Chen en 1995, Soucy apparaît comme l\u2019écrivain phare de 1998-1999.Déjà L\u2019Immaculée Conception et L'Acquittement, qui posaient les jalons d\u2019une œuvre exigeante, n\u2019étaient pas passés inaperçus.La petite fille qui aimait trop les allumettes, d\u2019abord salué par la critique et le public d\u2019ici, a aussi été couvert d\u2019éloges en France.En racontant l\u2019histoire de jumeaux coupés du monde par leur père, et obligés à une suite d\u2019apprentissages lorsque meurt ce démiurge qui constituait leur alpha et leur oméga, Soucy approfondit des motifs qui lui sont chers.Fable métaphysique portée par une langue singulière, généralement éblouissante, ce roman somme toute inclassable où se meuvent des personnages étranges et torturés présente les signes d\u2019une fin de cycle pour l\u2019écrivain de quarante ans.Scènes primitives Gaétan Soucy n\u2019aura pas été le seul à ressusciter le thème de l\u2019enfance.Lui font par exemple écho, sur des registres divers, les Aude, Sergio Kokis, Robert Lalonde ou encore Anne Hébert.Si Aude accorde à la gémellité une potentialité tragique dans L\u2019Enfant migrateur (XYZ éditeur), Sergio Kokis met en scène, avec Un sourire blindé (XYZ éditeur), un garçon de quatre ans qui se retranche dans le mutisme pour s'opposer à une société qui le rejette.Robert Lalonde, plus serein, plonge son jeune narrateur dans Le vaste monde.Scènes d\u2019enfance grâce à dix récits brefs qui relatent autant de journées d\u2019effroi, de joie et d\u2019intenses découvertes.Enfin Anne Hébert, tout juste un an après Est-ce que je te dérange ?, campe un garçon doté d\u2019une identité sexuelle problématique dans Un habit de lumière, texte composé de cinq voix narratives dont l\u2019ultime enjeu est la mort du fils.Bien quelle explore id les fantasmes des membres d une modeste famille espagnole émigrée à Paris, Anne Hébert renoue avec le ton, l\u2019atmosphère sulfureuse et certains thèmes des Enfants du sabbat (1975) dont l\u2019histoire, située dans le Québec rural, alliait inceste et pratiques de sorcellerie.C\u2019est une remontée vers les sources de sa propre enfance qu\u2019effectue de son côté la poète Denise Desautels pour livrer, avec Ce fauve, le bonheur (l\u2019Hexagone), un premier récit en prose.A partir de la mort du père survenue quand elle avait cinq ans, Desautels élabore une nécessaire réflexion sur l\u2019étau familial, le déni du réel, le travail de deuil et l'obligation au bonheur.A ce récit qui constitue l\u2019un des plus beaux textes de l\u2019année semble répondre Ma mère et Gainsbourg (L'instant même) de Diane-Monique Daviau.On ne cesse jamais d\u2019être une fille, dit-elle en substance dans ce récit fortement autobiographique qui se veut un adieu à la mère décédée, jadis coupable d\u2019«inamour», en même temps que le lieu où sont dénouées les complexes relations mère-fille. Vie culturelle La production artistique et littéraire Histoires intimes et politiques Qu'il s'agisse de récit \u2014 un genre qui affiche volontiers un certain parti pris autobiographique \u2014 ou de roman, l\u2019année 1998-1999 aura en outre été celle de l'affirmation du je tous azimuts.Se dessine ainsi, générée par l\u2019omniprésence du je comme instance narrative, une production privilégiant les territoires de l\u2019intime et le mode introspectif.Dans cette lignée s\u2019insère magistralement Confiteor (Hurtubise HMH), livre du regret et de la douleur signé Monique Bosco.L'écrivaine arrivée au bout de son âge entreprend une confession, s\u2019accuse de cette faute, suprême selon elle, qui consiste à n\u2019avoir pas assez vécu.Cet ouvrage d\u2019une lucidité implacable sur la vieillesse, le devoir de mémoire, la question juive \u2014 puisque Monique Bosco est juive \u2014, il est tentant de le mettre en parallèle avec Marie-Hélène au mois de mars (Triptyque), un «roman d\u2019amour» de Maxime-Olivier Moutier, jeune écrivain de vingt-six ans à qui l\u2019on doit déjà deux autres titres composés de brefs récits et de fragments.Dans ce livre rédigé après une tentative de suicide suivie d\u2019un internement dans l\u2019aile psychiatrique d\u2019un hôpital, Moutier revendique le rôle cathartique de l\u2019écriture et se réclame explicitement du pacte autobiographique (identité des noms de l\u2019auteur, du narrateur et du personnage).Mais tout comme Confiteor, Marie-Hélène au mois de mars est en définitive un texte littéraire, trop bien construit pour être relégué au rang d\u2019un simple témoignage.C\u2019est encore à une confession, romancée celle-là, que convie La danse juive (Leméac), troisième roman de Lise Tremblay.Par le truchement d'une héroïne atypique qui explore crûment l\u2019univers de son obésité, l\u2019écrivaine plonge dans les vertiges du corps et les névroses familiales.Cette narratrice n\u2019est pas sans rappeler les personnages marginaux de L\u2019Hiver de pluie, le premier roman de Tremblay (publié en 1990).Mario Girard, entré en littérature de spectaculaire façon sous le pseudonyme de Marie Auger, propose au contraire, avec un quatrième roman intitulé L\u2019abimetière (XYZ éditeur), une rupture radicale dans son œuvre.Dotée d'un je qui appartient à un menuisier occupé à construire son cercueil, cette métaphore sur la mort et l\u2019écriture s\u2019avère le meilleur texte de Girard, et l\u2019un des bons romans de l\u2019année.Est-ce parce que certains virages désarçonnent?Il reste qu\u2019à l\u2019instar de L\u2019abîme-tiére, nombre de titres intéressants \u2014 et, le plus souvent, des troisièmes ou quatrièmes romans \u2014 auront eu du mal, cette saison, à faire leur niche.Ainsi de Ying Chen dont le retour, trois ans après L'Ingratitude unanimement célébré, était des plus attendus.Or, les chevauchements temporels de son Immobile, roman qui flirte à la fois avec la réincarnation, la critique sociale et l\u2019histoire d\u2019amour, ont reçu un accueil mitigé tant de la part des médias que du public.Moins connue, il est vrai, que Ying Chen, Paule Noyart n\u2019aura pas réussi, non plus, à imposer La danse d\u2019Issam (Leméac), un roman qui prend appui sur le conflit libanais.Il s'agit pourtant là d\u2019une remarquable contribution au genre historique, d'un livre fort et intemporel qui finira peut-être par trouver ses lecteurs.Dans la même veine se distingue encore Le Tiroir au papillon (Boréal) d\u2019Elena Botchorichvili, une Géorgienne vivant aujourd\u2019hui à Montréal.11 faudra décidément suivre de près cette nouvelle auteure dont le roman, qui tient sur moins de cent pages, parvient cependant à restituer la grandeur et la La production artistique et littéraire Vie culturelle décadence, étalées sur sept décennies, d'un peuple entier.Œuvres au noir Le tiroir au papillon est assez représentatif de ce qu'auront produit, cette année, les écrivains de la relève.Nombre de premières œuvres, à mille lieues de la mièvrerie et des bons sentiments, sont au contraire traversées par la démesure, la folie, l'intensité.Ainsi le tumultueux Sabines (XYZ éditeur) de Guy Demers traite en simultané du corps, de l\u2019art et du fanatisme religieux, et met en scène d\u2019exubérants inadaptés.La longue portée (L\u2019instant même) de Serge Lamothe présente, avec son narrateur Charles Godin, un jeune père en rupture de famille coincé dans un inconfortable no man\u2019s land identitaire.Une folie douce, vaguement étrange, habite les personnages décalés de Léna et la société des petits hommes (VLB) de Suzanne Gagné.Quant à James James, l\u2019anti-héros schizophrène de II ne faudra pas tuer Madeleine encore une fois (VLB) de Guy Lalancette, il vacille dans les méandres d\u2019un passé labyrinthique.Reflétant en cela le monde comme il va, jeunes mais aussi moins jeunes auteurs se plaisent à explorer les territoires inquiétants de la marge.Les personnages de Soucy, de Kokis, d\u2019Anne Hébert, par exemple, sont tous des exclus.Et c\u2019est chez les jeunes sans-abri que Jacques Bisson-nette, l'un des meilleurs représentants du roman policier québécois, situe l\u2019anecdote de son Gueule d\u2019ange (Libre Expression), une «fiction urbaine».Mais le monde ne sera jamais aussi apocalyptique que dans Parc univers (XYZ) d\u2019Hugues Corriveau.La fin des temps, en effet, approche, se con-vainc-t-on à la lecture de ce roman hanté par un quintette malveillant, et qui se veut la froide représentation du chaos, de la déréliction, de la folie dangereuse.De Corriveau, décidément prolifique cette saison, nous vient encore Le ramas-seur de souffle (L\u2019instant même), un recueil de nouvelles consacrées aux perversions, monomanies et passions délirantes.Outre ce livre constitué de quinze textes puissants se distingue Les gens fidèles ne font pas les nouvelles (Boréal) de la très jeune Nadine Bismuth.Bien reçu par la critique et le public, ce premier recueil apporte un peu de fraîcheur à un genre qui aura été particulièrement mal servi en 1998-1999.Vigueur de la poésie Si la nouvelle montre cette année des signes évidents d'essoufflement, la poésie affiche au contraire une belle vigueur et s'inscrit résolument du côté de l\u2019éclectisme grâce aux José Acquelin, François Charron, Gilles Cyr, Hélène Dorion, Louise Dupré, Robert Fortin, Michel Garneau, Michaël La Chance, Gatien Lapointe, Renaud Longchamps, Jacques Ouellet, Pierre Ouellet, Pierre Perrault.D\u2019une poésie de la cruauté observée chez Longchamps au questionnement métaphysique propre à La Chance ou Dorion, les thèmes des poètes ne sont pas si loin de ceux des romanciers.Nombre de poètes, du reste, succombent à la tentation romanesque.11 est plus rare, par contre, que des praticiens d\u2019autres arts décident de s\u2019adonner à l\u2019écriture.L\u2019acteur-écrivain Robert Lalonde ou le polyvalent Rober Racine, à qui l\u2019on doit cette saison une étonnante entreprise de mise en musique de la langue française (Le Dictionnaire, suivi de La musique des mots paru à l\u2019Hexagone), constituent des exceptions.Or, d\u2019improbables transfuges sont apparus cette année sur la scène littéraire : les cinéastes Jean-Guy La production artistique et littéraire Vie culturelle Noël et Yves Simoneau, le comédien Raymond Cloutier, Zachary Richard, Robert Charlebois.11 ne se trouve là aucune œuvre que retiendra la postérité.Mais le surgissement d'un tel contingent, à un moment où l\u2019on s\u2019inquiète tant de l\u2019avenir du livre, signifie peut-être que celui-ci est au contraire promis à une suite heureuse.Francine Bordeleau est journaliste indépendante.Les essais De science, d\u2019histoire et d\u2019espérance LOUIS CORNELLIER L\u2019année qui s\u2019achève aura vu, plusieurs fois deviennent coutume, les débats autour de la question nationale canaliser une portion importante de la production essayistique québécoise (voir l\u2019article d'Antoine Robitaille en page 381).Cela dit, et il est heureux qu\u2019il en soit ainsi, d'autres univers ont su inspirer penseurs et spécialistes d\u2019ici dont les travaux, riches, originaux et stimulants, furent, malheureusement, trop peu souvent relayés.Philosophe au redoutable talent de pamphlétaire, Laurent-Michel Vacher, avec La passion du réel (Liber), aurait normalement dû soulever.les passions, à tout le moins la polémique.Son essai, une charge menée à fond de train contre une pensée philosophique sclérosée, à son avis, par sa résistance au discours scientifique, sera demeurée lettre morte.Hormis quelques revues dites spécialisées (entre autres L\u2019Humaniste combattant et Spirale) qui ont cru bon réagir en publiant des critiques à la thèse de Vacher, le débat, pourtant nécessaire et qui aurait pu être passionnant, n\u2019a jamais eu lieu.La science serait-elle devenue un passage obligé du discours philosophique valide ainsi que le proclamait Vacher?11 faudra y revenir.Pour nous y aider, l\u2019ouvrage que consacrait l'astrophysicien Jean-René Roy au phénomène scientifique et à son incontournable inscnption dans le social pourrait s'avérer un outil indispensable.Brillant travail de vulgarisation, Les héritiers de Prométhée (Presses de l\u2019Université Laval), en plus de montrer les impacts de la recherche scientifique sur nos vies quotidiennes et de soulever les débats épistémologiques internes à cet univers, insiste sur les enjeux sociopolitiques et éthiques inhérents à une activité qu\u2019on imagine encore trop souvent réservée à ses praticiens.Les développements débndés de la science font peur.Il appartient à chacun, précisément pour cette raison, de s\u2019y intéresser afin d\u2019étre en mesure de réagir le moment venu.Il y a là, pour les années qui La production artistique et littéraire Vie culturelle viennent, un défi démocratique.Jean-René Roy n\u2019a pas voulu nous laisser désarmés.Faire de l\u2019histoire S'il n'y avait, pour l\u2019année qui s\u2019achève, qu\u2019un livre à retenir, ce pourrait être celui de Ronald Rudin, un historien qui enseigne à l\u2019université Concordia.Projet original en ce qu\u2019il s\u2019attache à faire l\u2019histoire de la façon dont on a fait l\u2019histoire du Québec au xx' siècle, Faire de l\u2019histoire au Québec (Septentrion) aura réussi à créer une commotion dans les milieux concernés.Iconoclaste, Rudin s\u2019y livre à une réflexion épistémologique menée tambour battant et par laquelle il tente de faire la démonstration que l\u2019atteinte de l\u2019objectivité historique relève du mythe.Partisan de la reconnaissance de la nature polémique de la pratique historienne, Rudin en arrive à réhabiliter la figure contestée du chanoine Groulx et sa critique acérée de ce qu\u2019il qualifie d\u2019école révisionniste (plus principalement les travaux de Linteau, Durocher et Robert) ébranle le monde assez tranquille de la recherche historique.Son collègue Serge Gagnon, d\u2019ailleurs, a reçu la fronde comme un affront auquel il a réagi dans Le Passé composé (VLB).L\u2019objectivité en histoire, disait-il en substance, est un idéal vers lequel il faut tendre et sa négation rudiniste doit être combattue.Les fers sont croisés, mais Rudin se retrouve plutôt seul contre la confrérie.Souhaitons la poursuite de ce débat qui touche au coeur de la définition de l\u2019histoire en particulier et des sciences humaines en général.Cette discussion de spécialistes, il faut le rappeler, se déroule dans un Québec qui, comme les autres sociétés occidentales, vit une crise de la transmission, phénomène qui affecte tout autant les valeurs que les symboles collectifs et qui entraîne d\u2019inévitables remises en question.L\u2019enseignement de l\u2019histoire nationale, pièce maîtresse du relais entre les générations, n\u2019y échappe pas.Avec A propos de l\u2019histoire nationale (Septentrion), un collectif d\u2019historiens professionnels (dont Gérard Bouchard, Ronald Rudin, Desmond Morton, René Durocher et d\u2019autres) s\u2019est penché sur la problématique.Quelle histoire nationale devrait-on enseigner à l\u2019école publique?L\u2019ère des consensus est bel et bien terminée.L\u2019avenir est à une forme de pluralisme critique qui n'a pas fini, lui non plus, d\u2019attirer.la critique.De quelques francs-tireurs De façon plus isolée, d\u2019autres essayistes auront aussi lancé leurs pavés dans certaines mares un peu trop calmes.Le militant de longue date Jean-Marc Piotte, avec Du combat au partenariat (Nota bene), est venu rappeler au mouvement syndical que la concertation a ses limites et que la souplesse ne doit pas être à sens unique.L\u2019antiféministe (Stanké) Nicole Gagnon, quant à elle, s\u2019est donné pour mission de réfuter l\u2019argumentaire à la base du mouvement en faveur de la féminisation de la langue et de la discrimination positive.Réactionnaires, ces causes, a-t-elle expliqué.Dominique Scarfone, irrité par la mode anti-freudienne des dernières années, a signé un excellent Oublier Freud ?(Boréal), plaidoyer fort et sensible en faveur d\u2019une tradition vivante qui place la parole en son centre.Exprimant son inquiétude devant la progression délirante des nouvelles techniques de communication, le philosophe Jacques Dufresne, pour sa part, avec Après l\u2019homme.le cyborg ?(MultiMondes), a lancé un appel au renouement avec un réel dont nous nous éloignons de plus en vie culturelle La production artistique et littéraire plus.Ces contributions se voulaient polémiques ; la réplique, ici encore, fut discrète voire inexistante.Une pensée religieuse vivante Enfin, à ceux qui croyaient que la tendance majoritaire à l\u2019agnosticisme avait porté un coup fatal à la réflexion théologique, la période couverte par ce bilan apporte un démenti réjouissant.Extrêmement riche, diversifiée, pleinement libérée d\u2019un dogmatisme qui l\u2019avait trop longtemps contrainte, la pensée d\u2019inspiration chrétienne en terre québécoise s\u2019avère plus énergique que jamais auparavant peut-être.Etrangers au prosélytisme, philosophes de haut vol habiles à insuffler la poésie à leurs discours théonques, les théologiens qui ont voulu partager leurs démarches avec les lecteurs ne déparent pas ce tableau annuel.Avec La foi, une étrangère dans le monde moderne (Fides), Normand Provencher prône une inculturation de la foi chrétienne à la modernité, «un grand ménage de printemps» pour que l'Eglise d\u2019aujourd\u2019hui conserve sa pertinence dans ce nouveau territoire de mission qu\u2019est notre époque.Dirigée par Jean-François Malherbe et Jean Desclos, une équipe d\u2019enseignants de la faculté de théologie, d\u2019éthique et de philosophie de l\u2019Université de Sherbrooke le prend au mot et nous offre un Croire en liberté (Fides) stimulant et ouvert sur le monde aussi bien social et politique que scientifique.Plus lyrique, André Fortier propose, dans Ce Dieu au regard poétique (Fides), une réflexion sur un Dieu créateur qui nous offre de combattre le mal en reconnaissant au regard d\u2019autrui sa force de vie.Aussi, si le livre de Ronald Rudin mérite de figurer en haut de liste de ce bilan compte tenu de l\u2019originalité de sa charge, il importe néanmoins de souligner en terminant que les deux plus beaux essais de l\u2019année furent l\u2019oeuvre de deux penseurs effacés mais de très grand talent.La confiance charnelle: le vif du sujet (Fides) du théologien Robert Jacques présente une profondeur philosophique éblouissante.Récusant les présupposés d\u2019une tradition qui suggère de penser le corps et l\u2019âme comme deux entités nettement distinctes, Jacques, inspiré entre autres par les traditions phénoménologiques et herméneutiques de même que par le dogme de l\u2019Incarnation, se livre à une réhabilitation du corps dans la chair duquel est inscrite «l\u2019étoffe même de notre existence concrète».Un grand livre qu\u2019on relira avec la même jubilation intellectuelle pour longtemps encore.L\u2019honneur du mot de la fin revient au jeune Jean-Philippe Warren et à son magnifique Un supplément d\u2019âme (Presses de l\u2019Université Laval) consacré à l\u2019oeuvre de Fernand Dumont.Herméneutique de la «dramatique sous-jacente», du «noyau dur» de la pensée dumontienne, cet essai magistral, brillamment mené et rédigé avec grand style, vient faire la démonstration incontestable, si besoin en était, que le sociologue de Montmorency aura été le plus grand intellectuel du Québec au xx' siècle.S\u2019inscrivant au carrefour de la sociologie, de la philosophie, de la théologie et de la littérature à la manière de son inspirateur, Jean-Philippe Warren signe là une oeuvre marquante, un tombeau déchirant duquel sourd un chant d\u2019espérance.Des regrets?Au fond, un seul, que j\u2019ai déjà exprimé : la réception ne fat pas à la hauteur de la production.C\u2019est simple : à bon entendeur, salut ! Louis Comeüier est professeur au Collège de Joliette. La production artistique et littéraire Vie culturelle [ La télévision Le jeu prend une nouvelle tournure JEAN-PIERRE DESAULNIERS Se faire une place au soleil dans l'univers de la télévision est devenu un jeu difficile.Devant la saturation du marché, la difficulté d'ajouter de nouvelles chaînes, la seule façon de réussir consiste désormais à accaparer la place des autres.Le jeu devient rude, féroce par moments.Au moment même des deux azurés et des chaleurs records de juin 1999, un orage, rare en intensité et inattendu pour le commun des mortels, s\u2019abat sur Radio-Canada.Un tonnerre tonitruant de doléances et d\u2019accusations résonne lors des audiences de renouvellement de la licence de l'auguste maison.Les ténors de la diffusion privée et les snipers libéraux ajustent leurs canonnades de reproches et de récriminations devant le CRTC.Le jeu de massacre est à ce point sanglant et articulé que les journalistes sentent le besoin d\u2019en dévoiler la provenance \u2014 la firme National \u2014 et que son orchestration ressort avec évidence.Tout pour réduire la portée de Radio-Canada, restreindre la société d\u2019État à un rôle de diffuseur complémentaire et « distinct ».Ironiquement, les fédéralistes réclament enfin de la « distinction » au Québec, mais dans le sens premier de ce terme, distinct, chic, antipopulaire.Par ce meurtre symbolique, les chaînes concurrentes et les politiciens souhaitent évacuer Radio-Canada du centre du jeu, lui soutirer son rôle traditionnel de leader en télévision, d'étalon de qualité, mais aussi de fleuron culturel pour les Québécois.Ce n\u2019est donc pas par hasard que la première salve soit venue, en avril 99, de la ministre Sheila Copps en personne pour tenter de démantibuler à jamais ce qui est peut-être la représentation la plus vibrante d\u2019une société culturellement spécifique au Canada français, sous le prétexte que Radio-Canada était devenue trop «commerciale » ?Puis soudain, autre gros coup de tonnerre.Le Groupe Astral Communications réalise une OPA en raflant la totalité des actions de Radiomutuel.Deux semaines seulement après l\u2019attribution des quatre nouvelles chaînes spécialisées (science et science-fiction, tourisme, histoire, fiction), ce geste prend l\u2019allure d\u2019un gigantesque pied de nez aux honorables conseillers du CRTC.Ceux-là mêmes qui s\u2019étaient justement opposés à ce que Radio-Canada et TVA prennent une part trop active dans le développement des chaînes spécialisées pour laisser la place à de plus petitess, réalisent soudainement (avec ou sans leur complicité?) qu\u2019ils ont servi de levier à un nouvel empire.Par cette transaction, Astral s\u2019empare de la majorité des chaînes spécialisées.Cette compagnie avait obtenu deux chaînes sur til l Vie culturelle La production artistique et littéraire quatre lors de l\u2019attribution des licences de mai et la voilà du coup propriétaire de la nouvelle licence attribuée à Radiomutuel.Trois sur quatre, pas mal pour un petit dont le CRTC a voulu protéger le développement au détriment des gros.Pendant que les colonels se ruaient sur Goliath pour mieux entamer la pizza radio-canadienne, David faisait sa provision de cailloux.Pourquoi une telle férocité?Pourquoi de telles manoeuvres en sourdine?Parce que la télévision est arrivée à un point de non retour.Parce que désormais son développement ne passera plus par l'ajout de nouveaux créneaux.La vingtaine de chaînes francophones comble la totahté de l\u2019espace médiatique disponible pour elles, les autres places allant aux chaînes anglophones.D\u2019autant plus que les quelques sondages démontrent que le marché est soi-disant saturé.La capacité de payer des téléspectateurs aurait atteint son point limite.Maintenant, pour grossir, il va falloir s'emparer du jardin du voisin.Rafler les téléspectateurs des plus regardés, dont évidemment Radio-Canada, et se saisir des chaînes résiduelles mises en vente.Nous assistons à cette période critique du Monopoly où tous les terrains ont été vendus et où chaque joueur tente de ramasser des séries.Le sort de la télé s\u2019est en quelque sorte scellé cette année.Une nouvelle partie débute.Et les laissés-pour-compte, telle la chaîne française Arte (partie prenante de RDA, la chaîne culturelle refusée à Radio-Canada), auront beau gueuler autour de la table : rien ne va plus.Le CRTC a tranché.Nous aurons droit à de belles émissions sur les soucoupes volantes au Canal Z, mais rien sur le festival d\u2019Avignon sur RDA.La résurrection de Télé-Québec Pourtant, un an auparavant, rien ne laissait vraiment présager un tel resserrement de la situation.C\u2019était même le contraire.Après des années de coupes, d\u2019incertitudes et d\u2019absence d\u2019orientation, Télé-Québec semblait à la veille de rendre l\u2019âme ou mieux de vendre ses lambeaux à quelque secret investisseur privé.Puis soudain, c'est le miracle: Télé-Québec renaît.Sous l'impulsion d\u2019une nouvelle équipe dirigée par Mario Clément, le nouveau directeur de la programmation, une toute nouvelle grille d\u2019émissions s\u2019impose, défendue par une cohorte d\u2019animateurs, 18 en tout, dont Anne-Marie Dussault, Michel Desaultels, les trois « francs-tireurs », Sophie Durocher, le syndicaliste Pierre Paquette et même Denise Bombardier.De cette nouvelle cuvée, seul Daniel Pinard à Ciel, mon Pinard ! va véritablement tirer son épingle du jeu et remporter la palme de la nouvelle notoriété de Télé-Québec (280 000 auditeurs pour les deux diffusions).Mais plus important encore, Télé-Québec renoue avec la tradition des émissions pour les jeunes.Grâce à Télétubbies, Cornemuse et Macaroni tout garni, peu à peu les enfants sont rapatriés de Canal Famille et de Télétoon.Cette cohorte inespérée permet à Télé-Québec de redresser enfin la courbe de sa cote d\u2019écoute.Après un an, Télé-Québec a ainsi gagné sur deux fronts, celui de la notoriété avec de nouvelles émissions relativement peu écoutées mais reconnues par le milieu de la télé et celui de sa part de marché (de 1,6% à 3,2%), grâce surtout aux enfants.La chaîne moribonde retrouve du poil de la bête et reconquiert son créneau, sa place sur l\u2019échiquier.11 faudra désormais compter sur sa présence.Et ceux qui reluquaient ses décombres doivent regarder ailleurs. La production artistique et littéraire Vie culturelle TQS plus à l\u2019aise que jamais L\u2019autre chaîne anciennement menacée d'extinction, le Réseau Quatre-Saisons, entend elle aussi survivre.Pressentie comme le dernier joujou du grand patron de Québécor avant sa retraite, TQS est à nouveau sous le choc après la disparition subite de Pierre Péladeau.Le moulin à rumeurs repart.Les successeurs du « boss » adopteront-ils la même ligne de conduite et oseront-ils tenter de rendre rentable une entreprise qui ne l\u2019aura jamais été depuis sa fondation?Or, en continuant à miser sur une clientèle jeune et satirique (La fin du monde est à sept heures, Dieu reçoit, etc.) tout en visant une clientèle plus lubrique avec les films érotiques quotidiens et les émissions «chocs», TQS termine sa première vraie année « Québécor » plus à l\u2019aise que jamais.De toute évidence, elle non plus ne sortira pas du jeu, contrairement aux nombreuses prédictions des pessimistes qui ont sans cesse considéré que le marché québécois était trop étroit pour donner place à quatre chaînes généralistes.Parmi les initiatives de TQS cette année, une émission a vite faite scandale dans les officines journalistiques, Black-out.Une émission soi-disant de discussion impliquant la participation enflammée d\u2019une salle de gueulards.Des sujets « hot », des forts en gueule, une permissivité totale pour les invectives, les insultes et les lynchages médiatiques.La classe des intellectuels s\u2019inquiète et se morfond.Assistons-nous à l\u2019américanisation des reality shows chez nous?Assistons-nous à un lessivage de l\u2019éthique journalistique à l\u2019aide de faux invités, des comédiens engagés pour exciter la polémique, un dénigrement systématique des nuances et l\u2019expression des préjugés les plus lourds, les plus vils et les plus extrémistes?Beaucoup d'agitation pour pas grand-chose.La cote d\u2019écoute chutera progressivement jusqu\u2019à l\u2019élimination finale de l\u2019émission en phase terminale, fin avril.Comme quoi ces intellectuels qui se donnent comme mission de protéger les téléspectateurs contre l\u2019intrusion de malversations médiatiques, sans compter sur leur discernement, s\u2019énervent souvent pour rien.Malaises à l\u2019information Mais au delà de cet échec, Black-out représentait un indice parmi d\u2019autres des difficultés de renouvellement que connaît en 1999 l\u2019information télévisée.Des essais infructueux, des disparitions, des émissions controversées, bref plein de déplacements révélateurs d\u2019un trouble dans ce secteur.Bernard Derome, la figure emblématique de l\u2019information depuis trente ans, se retire du pupitre des rendez-vous quotidiens de 22 heures à Radio-Canada.Un vide que Stéphan Bureau ne va pas réussir à combler.Le jeune journaliste à qui incombe de remplacer non seulement le patriache, mais aussi Jean-François Lépine au Point, ne sait toujours pas prendre suffisamment ses aises et assoir sa crédibilité face à une responsabilité aussi colossale.En parallèle, le sérieux remue-ménage des émissions d'affaires publiques à Radio-Canada a créé une énorme confusion des genres, faisant ressortir l\u2019impression d\u2019une sclérose.Le Point en quotidienne, Enjeux et Zone libre en hebdomadaire parvenaient très laboneusement à se démarquer les unes les autres.Comme si le vieux modèle de l'information radio-canadienne s'était tellement incrusté dans l\u2019esprit des journalistes de la boîte qu\u2019ils ne pouvaient plus imaginer de nouveaux concepts, de nouvelles approches, de nouveaux traitements. Vie culturelle La production artistique et littéraire Même chose d\u2019une certaine manière à TVA où la direction n\u2019a pas voulu ou pu trouver une formule de remplacement au Match de la vie, de Claude Charron.Ne subsistent que les bulletins, quelques spéciaux animés par Simon Durivage, sur le modèle des grands reportages radio-canadiens et l'émission vedette de la chaîne, J.E.Or le mystérieux suicide de Gaétan Girouard, âgé de seulement 33 ans, en janvier 1999, a jeté un doute sur le sens même des émissions de ce type.Pourquoi celui qui avait été reconnu quelques mois auparavant le journaliste le plus apprécié du public s\u2019est-il enlevé la vie ?Quelles pressions, anxiétés, détresses, ses sourires affables et ceux de ses collègues dissimulent-ils dans leurs investigations « sans peur et sans reproche » pour que la vedette de l'heure en vienne à un geste aussi tragique ?Gaétan Girouard eut droit aux honneurs funéraires.Mais la question est demeurée sans réponse.La cas de La Fin du monde Dans ce même esprit d\u2019incertitude, l'émission La Fin du monde a subi les foudres des bonzes du journalisme, dont le Conseil de Presse lui-même.On reprochait alors et reproche toujours à Labrèche et ses copains (auxquels on a refusé de remettre des cartes de presse) de mélanger allègrement le spectacle et l\u2019information, entraînant forcément les téléspectateurs à ne retenir des nouvelles que quelques bizarreries sans intérêt social ou les facéties cyniques de l\u2019animateur à l\u2019égard des politiciens.Pour entrevoir une nouvel esprit journalistique, faudra-t-il franchir de telles fontières?Et à quel prix ?A sa deuxième saison, La Fin du monde a plus que jamais soulevé ces questions.Bref, les journalistes tâtonnent, tout en refusant d\u2019admettre être entrés dans une période de doute, de lassitude, de confusion, non pas uniquement des genres, mais plus essentiellement encore, de leurs rôles à la télé.Fini le temps de ce beau et simple partage : des informations lourdes à Radio-Canada, internationales et canadiennes, des nouvelles québécoises à TVA et locales à TQS.Chaque chaîne tire désormais de son bord, tentant de s\u2019arroger le plus de monde possible.Invitation de vedettes au Point et sujets accrocheurs à Enjeux.Spéciaux à TVA avec Durivage mais à la sauce traditionnelle.Et lancement de nouveaux concepts tantôt fructueux, tantôt stériles à TQS.Chacun cherche à gruger des morceaux à l\u2019autre.En 1999, la guerre des territoires a largement débordé celle des téléromans.On se bat désormais d\u2019une salle des nouvelles à l\u2019autre.Les dernières licences Débutent donc en décembre 1998 dans une humeur particulièrement fébrile, les audiences du CRTC en vue d\u2019attribuer ce qui est pressenti comme les dernières licences de chaînes spécialisées avant la grande libéralisation des ondes (dans 2, 5 10 ans\u2019 Personne ne le sait).La dernière ronde pour s'approprier des places.Dix-sept demandeurs se pointent.Quatre joueurs prennent les devants, le plus souvent en association avec divers organismes ou entreprises.Radio-Canada y va de trois demandes, en art (RDA), en économie (RDE) et en histoire (RDH).TVA participe à quatre demandes, en humour (Télé Ha ! Ha !), en économie (Canal des affaires), en tourisme (Canal Évasion) et en bricolage (Canal Savoir-Faire).Astral propose quatre chaînes consacrées aux affaires judiciaires (Canal Justice), à 1 histoire (Canal Histoire), à la fiction autre qu américaine (Canal Fiction) et à la La production artistique et littéraire Vie culturelle gastronomie (La chaîne gourmande).Radiomutuel présente des demandes en science et science-fiction (Canal Z), en bricolage (Canal chez-moi), en tourisme (Télé-Passeport).TVA et Radio-Canada s'unissent pour proposer une chaîne de rediffusion d\u2019œuvres anciennes et récentes de la télévision (Télé-Classique).Radio-Nord et CF Télévision proposent une chaîne consacrée à la religion (Télé-Vision) et finalement Cablo G, une compagnie de télédistribution gaspésienne, présente le projet d\u2019une chaîne spécialisée régionale là-bas.Pendant 15 jours tout ce beau monde défile endimanché.Les sourires sont de mise ; mais les visages demeurent crispés.D\u2019entrée de jeu, on sent que le portillon sera étroit, très étroit.Les rumeurs calculées laissent entendre que les conseillers accorderont tout au plus quatre nouvelles licences.Tout le monde en espère au moins six.C\u2019est peu de chance laissée à chacun pour avoir consacré autant d\u2019efforts et d\u2019argent à la préparation de chaque projet.Et c'est surtout le last call.Malgré tout, la tension ne monte pas.La partie reste très largement civilisée.Les intervenants s'attaquent peu comparativement à ce qu\u2019on verra contre Radio-Canada quelques mois plus tard.Chaque promoteur demeure en fait persuadé de la valeur intrinsèque de ses projets et espère que le CRTC prêtera une oreille attentive à ses requêtes.Et de fait le CRTC joue au sphinx.A la clôture des audiences, tout demeure possible.Chacun compte récupérer une petite part du dernier gâteau.Cinq mons plus tard, le CRTC, en accordant les licences à Canal Z, Canal Évasion, Canal Histoire et Canal Fiction, ne va rien laisser à Radio-Canada.Il concédera seulement une toute petite portion minoritaire à TVA par l\u2019entremise de Canal Evasion.Et favorisera ouvertement Astral et Radiomutuel sous le prétexte de laisser la chance aux plus petits de se développer.Or, on le sait maintenant, deux semaines après le verdict, Astral va non seulement s'emparer de la nouvelle chaîne de Radiomutuel, mais aussi de Canal Vie et des chaînes partagées avec CHUM Ltd., Musique Plus et MusiMax.Radio-Canada
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