Québec... /, 1 janvier 2001, 2001
[" Québec ^ 2001 TOUTE L ' > politique >économique ANNEE >sociale >culturelle Québec 2001 Sous la direction de Roch Côté Québec 2001 Annuaire politique, social, économique et culturel FIDES Données de catalogage auant publication (Canada) Vedette principale au titre : ISBN 2-7621-2234-1 1.\tQuébec (Province) - Civilisation - 20e siècle.2.\tQuébec (Province) - Histoire - 20e siècle.3.\tQuébec (province) - Conditions sociales -1991- 4.\tQuébec (province) - Conditions économiques -1991\t.5.\tQuébec (Province) - Politque et gouvernement -1994-I.Côté, Roch, 1941- FC2925.2.Q41 2000\t971.4*032\tcoo-941782-6 F1052.Q41 2000 Dépôt légal : 4' trimestre 2000 Bibliothèque nationale du Québec © Éditions Fides, 2000 Les Éditions Fides remercient le ministère du Patrimoine canadien du soutien qui leur est accordé dans le cadre du Programme d\u2019aide au développement de l\u2019industrie de l\u2019édition.Les Éditions Fides remercient également le Conseil des Arts du Canada et la Société de développement des entreprises culturelles du Québec (SODEC).MPRIMÉ AU CANADA Direction Roch Côté Coordination Roch Côté, Marie-Claude Petit Rédaction Daniel Allard, journaliste Stéphane Baillargeon, journaliste, Le Devoir Germain Belzile, économiste, École des hautes études commerciales Luc Bernier, École nationale d\u2019administration publique Rodrigue Blouin, Département des relations industrielles, Université Laval Francine Bordeleau, journaliste Luc Bouthillier, Faculté de foresterie et de géomatique, Université Laval Normand Brouillette, géographe, Université du Québec à Trois-Rivières François Cardinal, journaliste.Le Devoir Guy Chiasson, Département des sciences sociales, Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue Mario Cloutier, journaliste.Le Devoir Jean-Pierre Collin, historien, INRS-Urbanisation Claude Comtois, géographe, Université de Montréal Louis Comellier, Collège de Joliette Manon Comellier, journaliste, Le Devoir Roch Côté, journaliste Andrée De Serres, École des sciences de la gestion, Université du Québec à Montréal Jean-Louis Denis, Département d\u2019administration de la santé, Université de Montréal Jean-Pierre Desaulniers, sociologue, Département des communications, Université du Québec à Montréal Bernard Descôteaux, directeur, Le Devoir Laurent Deshaies, Institut de recherche sur les PME, Université du Québec à Trois-Rivières Alfred Dubuc, Département d\u2019histoire, Université du Québec à Montréal Pascal Faucher Robert Fleury, journaliste, Le Soleil Pierre-Gerlier Forest, Département de science politique/GRIG, Université Laval Gaston Gadoury, Département des sciences sociales, Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue Gilles Gagné, sociologue, Université Laval Christiane Gagnon, Département des Sciences humaines, Université du Québec à Chicoutimi Madeleine Gauthier, Observatoire Jeunes et Société, INRS-Culture et Société Stéphan Gervais, Programme d\u2019études sur le Québec, université McGill Yves Gingras, Centre interuniversitaire de recherche sur la science et la technologie, Observatoire des sciences et des technologies Germain Godbout, Association canadienne-française pour l\u2019avancement des sciences Benoît Godin, Centre interuniversitaire de recherche sur la science et la technologie, Observatoire des sciences et des technologies Fernand Harvey, INRS-Culture et société André Joyal, Institut de recherche sur les PME, Université du Québec à Trois-Rivières Nabil Khoury, Faculté des Sciences de l\u2019administration, Université Laval Juan-Luis Klein, Département de géographie, Université du Québec à Montréal Louis Lafrance, journaliste Lise Lamothe, Faculté des sciences de l\u2019administration, Université Laval Ann Langley, Département de stratégie des affaires, Université du Québec à Montréal Simon Langlois, sociologue, Université Laval Serge Laplante, recherchiste, Le Devoir Jean-Claude Leclerc, journaliste Sylvain Lefebvre, Département de géographie, Université du Québec à Montréal Clément Lemelin, économiste, Université du Québec à Montréal André Lemieux, Université du Québec à Chicoutimi Jocelyn Maclure, Université de Southampton, Angleterre Claude Manzagol, Département de géographie, Université de Montréal Claude Martin, économiste, Université de Montréal Paul-Louis Martin, historien et ethnologue, Université du Québec à Trois-Rivières Alain-Robert Nadeau, avocat, spécialiste en droit constitutionnel Benoit-Mario Papillon, économiste, Université du Québec à Trois-Rivières Martin Pelchat, journaliste, La Presse Marie-Claude Petit Jean Pichette, rédacteur en chef, Relations André Pratte, journaliste, La Presse Gilles Pronovost, sociologue, Université du Québec à Trois-Rivières Juliette Ruer, journaliste, Voir Jean-François Saillant, chargé de recherche, École des hautes études commerciales Gilles Sénécal, géographe, INRS-Urbanisation Alexandre Sirois, journaliste, La Presse Yves Tessier, géographe Cari Thériault, journaliste, Le Soleil Joseph-Yvon Thériault, sociologue, Université d\u2019Ottawa Marc Thibodeau, journaliste, La Presse Gaëtan Tremblay, Département des Communications, Université du Québec à Montréal Mathieu Turbide, journaliste, Le Droit Jean Turgeon, École nationale d\u2019administration publique Michel Venne, journaliste, Le Devoir Graphisme Gianni Caccia Infographie Folio Infographie Cartographie Le Groupe KORJEM 5 11 91 97 109 118 125 138 153 158 162 165 Sommaire Tendances de la société québécoise Les enjeux sociaux du début des années 2000 Simon Langlois Les changements sociaux: tendances de 1960 à 2000 Simon Langlois Le projet souverainiste en question Le projet nationaliste en transition: la fin des vaches sacrées?Jocelyn Maclure L'état de l'appui à la souveraineté du Québec Gilles Gagné et Simon Langlois Le débat linguistique: le retour à la une et la crainte de la crise Stéphan Gervais La «loi sur la clarté» ou la politisation du pouvoir judiciaire au Canada Alain-Robert Nadeau Les événements de l'année Chronologie des principaux événements de juillet 1999 à juin 2000 Marie-Claude Petit Les disparus, de juillet 1999 à juin 2000 Marie-Claude Petit La politique Le gouvernement et l'opposition Quand l\u2019économie va.Michel Venne Jean Charest: inconnu, méconnu ou méconnaissable?André Pratte L'ADQ, une solution de rechange?Michel Venne La politique municipale La réforme municipale: une affaire d'économie Mario Cloutier 171\tLa politique fédérale 171\tLa fin du tandem Chrétien-Martin Manon Cornellier Les relations extérieures 176\tL'année de la diversité culturelle Bernard Descôteaux 180 Les minorités francophones: un intérêt retrouvé Fernand Harvey 186\tLes francophonies minoritaires: entre le fait minoritaire et la dualité nationale Joseph-YvonThériault 190\tLe Parlement et les partis Serge Laplante Le territoire québécois 205 Un nouveau découpage de l\u2019espace québécois Normand Brouillette Région et couronne métropolitaines de Montréal 212\tL'économie de Montréal: l'embellie Claude Manzagol 217\tLa nouvelle Communauté métropolitaine: concertation et fiscalité d\u2019agglomération Jean-Pierre Collin 223 Transport régional: le défi de la protection du climat Gilles Sénécal 228 Les aéroports de Montréal : le défi de l\u2019intégration des transports Claude Comtois 231 Les Expos, victimes de l'évolution périlleuse de l'industrie du sport Sylvain Lefebvre 234 Une île, une ville.trente ans plus tard François Cardinal Région métropolitaine de Québec 237 Le grand débat sur la ville unique Robert Fleury 242 Quel port de croisières pour Québec?Yves Tessier 245 Saint-Roch, nouveau quartier latin Daniel Allard La couronne des villes intermédiaires 247 L'Outaouais dans le dilemme des fusions Mathieu Turbide 249 Les PME rurales: un dynamisme étonnant Laurent Deshaies et André Joyal La couronne périphérique 256 Vers une gestion patrimoniale des forêts du Québec Luc Bouthillier 262 Les lots intramunicipaux en Abitibi : un bilan mitigé Guy Chiasson et Gaston Gadoury 268 Les PME et le développement territorial : le cas des régions périphériques André Lemieux 274 L'aluminerie d'Alma : les défis du développement durable Christiane Gagnon 278 L'Action des Patriotes gaspésiens: coup de barre ou mort à petit feu Cari Thériault Panorama des régions administratives 281 Une stratégie métropolitaine: pour une nouvelle vision des rapports interrégionaux Juan-Luis Klein Cartes et tableaux des régions administratives du Québec Politiques et revendications sociales La santé 325 La grande offensive des partisans de la privatisation Pierre-Gerlier Forest 334\tFusions et confusions Jean-Louis Denis, Lise Lamothe et Ann Langley 341 Un système canadien de santé «on the rocks» Jean Turgeon L'éducation 347\tL'école de la réforme Marc Thibodeau 350 La situation des universités: plus d'argent.et plus de contrôles?Clément Lemelin 356\tL'université: tour d'ivoire\tou porte tournante?Jean Pichette 360 365 370 374 377 381 382 387 390 395 403 420 428 433 328 441 Des jours meilleurs pour les chercheurs québécois Yves Gingras et Benoît Godin Science et éducation, un arrimage difficile Germain Godbout La laïcité des écoles: fallait-il un compromis?Roch Côté La laïcité à l'université: les liaisons dangereuses Alfred Dubuc Justice et sécurité publique Police: l'ère des chaperons Martin Pelchat Évolution des infractions au code criminel Les demandes sociales Des luttes sociales sans direction précise Louis Lafrance Les Anglo-Québécois: la fronde des régions Alexandre Sirois Le Sommet de la jeunesse: beaucoup de questions pour l'avenir Madeleine Gauthier La révision projetée du Code du travail Rodrigue Blouin La culture Entre travail et loisir: aperçu des pratiques culturelles au Québec Gilles Pronovost Les politiques culturelles Québec se dote enfin d'une politique muséale Stéphane Baillargeon Les enjeux de la future politique du patrimoine Paul-Louis Martin Les Lettres L'année littéraire: les personnes du masculin singulier Francine Bordeleau Les essais: quelques colères, des hommes et du sens Louis Cornellier L'audiovisuel La crise des producteurs Claude Martin 445 La place dominante du documentaire Juliette Ruer 448 La télévision : ce douloureux rapport à l'argent qui change tout Jean-Pierre Desaulniers 453 Chronique du monde des arts Pascal Faucher L'économie L\u2019état de l\u2019économie québécoise 467 L\u2019économie a pris le virage du savoir Jean-François Saillant 472\tL\u2019état des principaux secteurs de l\u2019économie Jean-François Saillant 475\tComparaisons Québec/Ontario/États américains 478 Trois points de vue sur l\u2019état de l\u2019économie québécoise 482\tLes finances publiques à l\u2019ère des surplus Germain Belzile 489 Hydro-Québec après le verglas: décroissance ou commercialisation?Luc Bernier 492 Le modèle agricole québécois remis en question Benoit-Mario Papillon Les communications 501\tInformation, communication, divertissement: à grands pas vers la convergence Gaëtan Tremblay 505\tPresse écrite: l\u2019arrivée de la relève Jean-Claude Leclerc Les services financiers 509\tL\u2019industrie des services financiers en pleine ébullition Andrée De Serres 516\tLa relance de Montréal comme place financière Nabil Khoury 521\tIndex \t\t \t\t \t\t \t\t \t\t \t\t Avant-propos Le tournant du siècle aura probablement entraîné dans son mouvement un pan majeur de la vie politique québécoise.Depuis la création du Parti québécois en 1968, l\u2019histoire politique tourne autour du projet souverainiste.Deux référendums déjà, en quinze ans, et l\u2019affaire n\u2019est pas close ; le Québec vit dans l\u2019attente d\u2019une troisième consultation, tandis que le gouvernement fédéral a mis en place son modus operandi, au cas où.Tout semble prêt pour continuer sur la lancée des 30 dernières années, mais.Mais, il se pourrait que les débats soulevés au cours des derniers mois autour de la question nationale annoncent un changement de la donne politique.Des voix se font entendre, jusque dans les rangs souverainistes, proposant une nouvelle approche de l\u2019affrontement Québec/Canada.Comment peut-on sortir de l\u2019impasse actuelle?Faut-il vraiment courir le risque d\u2019un troisième référendum?Sinon, que faire?Pour éclairer le débat, l\u2019annuaire Québec 2001 propose à ses lecteurs quatre textes majeurs qui font le point sur la question nationale.Les auteurs y analysent en détail les propositions mises sur la place publique, l\u2019état réel de l\u2019appui populaire à la souveraineté, l\u2019évolution du débat linguistique, si central dans la question nationale, ainsi que le processus mis en place par le gouvernement fédéral pour faire face à un possible troisième référendum sur la souveraineté du Québec.Le dilemme de cet éventuel référendum pourrait empoisonner la vie d\u2019un gouvernement et d\u2019un parti qui conservent au sommet de leurs priorités, celle de la souveraineté.Mais la vie n\u2019est pas trop difficile pour une équipe dirigeante portée par les flots sereins d\u2019une économie florissante.Car le bâtiment va et tout va.La croissance est forte, le taux de chômage est en baisse, les entreprises investissent et les consommateurs.consomment.Pour la première fois depuis longtemps, le ministre des Finances affiche un solde positif à son budget annuel.On peut se permettre de réinvestir en éducation et en santé.L\u2019annuaire Québec 2001 offre de nombreux textes d\u2019analyse sur l'ensemble de la situation politique et économique.Ainsi peut-on découvrir, par exemple, que la vigueur économique retrouvée n\u2019est pas étrangère à la grande réforme de la vie politique municipale lancée l\u2019année dernière par l\u2019administration Bouchard.La vigueur de l\u2019économie facilite également la poursuite de la transformation du système de santé et la mise en place d\u2019une politique des universités faite sous le signe du réinvestissement.Le lecteur trouvera dans les pages qui suivent, sous la signature de nombreux experts, un état des lieux commenté des grands chantiers sociaux en cours.Cette sixième édition de l\u2019annuaire des Éditions Fides marque une étape dans la mise au point d\u2019un authentique instrument de référence sur les grandes tendances de la société québécoise.En plus de présenter en 85 tableaux et graphiques un rapport social mis au point et commenté par le sociologue Simon Langlois de l\u2019Université Laval, l\u2019annuaire Québec 2001 offre une perspective nouvelle sur les dix-sept régions qui composent le territoire québécois.Une équipe de géographes, sociologues, historiens, économistes, journalistes, issus des grandes institutions québécoises tant de la métropole que des régions, pose un diagnostic sur chacune des grandes composantes du territoire québécois : la région métropolitaine, celle de la capitale nationale, celle de la couronne des villes intermédiaires ainsi que celle des régions périphériques.En tout, 18 articles, des tableaux, des fiches d\u2019information et des cartes pour chacune des régions du Québec.Cette section régionale a été rendue possible par la création, à l\u2019Université du Québec à Trois-Rivières, d\u2019un Observatoire des régions sous la direction du professeur Normand Brouillette.La section Économie de l\u2019annuaire a également fait l\u2019objet d\u2019une refonte majeure.L'apport de Germain Belzile et de Jean-François Saillant, tous deux rattachés à l\u2019École des hautes études commerciales, a permis de dresser un état chiffré et comparé de l\u2019économie québécoise.Le lecteur pourra méditer sur les comparaisons entre le Québec, l\u2019Ontario et les États américains limitrophes.Qu\u2019il s\u2019agisse de la politique, des régions, de l\u2019économie, de la culture ou des grands dossiers sociaux, le lecteur soucieux d\u2019aller plus loin pourra puiser dans les quelque 500 références que contient la présente édition.Il s\u2019agit tout autant d\u2019ouvrages savants que de documents officiels, d\u2019articles de revue et de sites Internet.Rédigé par 70 experts universitaires et journalistes spécialisés, cet ouvrage unique en son genre constitue, par la variété, la rigueur et l\u2019actualité de l\u2019information qu\u2019il contient, le meilleur outil de connaissance générale de la société québécoise actuelle.Roch Côté Directeur de la publication Tendances de la société québécoise ?\tLes enjeux sociaux du début des années 2000 >\tLes changements sociaux: tendances de 1960 à 2000 Le Québec en un coup d'œil Population\t7 357 269 habitai Superficie\t1 521 620 km2 Densité\t5 hab/ km2 Principales\tvilles Montréal\t1 016 376 Laval\t330 393 Québec\t167 264 Longueuil\t127 977 Gatineau\t100 702 Principales\tlangues d'usage Français\t81,9% Anglais\t10,1% Espérance de vie Femmes\t81,3 ans Hommes\t75,3 ans Scolarisation de la population Universitaire Postsecondaire Secondair Primaire 20,2% 22,3% 39,4% 18,1% \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t Tendances de la société québécoise 5 Tendances de la société québécoise Les enjeux sociaux du début des années 2000 Simon Langlois sociologue, Université Laval L\u2019examen des tendances marquantes de la société québécoise \u2014 que l\u2019on retrouvera dans les pages suivantes \u2014 permet de dégager des changements qui sont susceptibles d\u2019avoir des conséquences majeures, structurantes disons, sur la société québécoise.Aux enjeux que nous avions dégagés dans l\u2019ouvrage Québec 2000, et que nous allons rappeler ici, nous en ajoutons d\u2019autres qui nous semblent apparaître plus clairement dans ce nouveau bilan des tendances de la société québécoise à l\u2019aube d\u2019un nouveau siècle.Le défi démographique Le premier enjeu est de nature démographique.La chute de la fécondité des couples et la hausse du taux de décès \u2014 inévitable dans une société vieillissante \u2014 vont rapidement conduire à moyen terme à une stagnation de la population québécoise, puis à une régression.Les effets de la dénatalité se font déjà sentir dans le système de l\u2019éducation.La diminution du nombre de naissances \u2014 maintenant autour de 75 000 par année \u2014 entraînera encore la fermeture de nombreuses écoles, et la dénatalité commence à toucher les cégeps et les universités.Elle s\u2019y fera sentir plus nettement au cours des prochaines années et il faudra rationaliser tout le secteur de l\u2019enseignement supérieur, le ministère de l\u2019Éducation prévoyant au mieux une stabilité des inscriptions au cours des vingt prochaines années dans les cegeps et les universités.Les institutions du secteur de la santé, profondément bouleversées depuis le milieu des années 1990, devront s\u2019adapter à la présence d\u2019une population vieillissante dans les années à venir.On n\u2019a pas encore vraiment réfléchi aux conséquences des mutations importantes à venir dans la démographie québécoise et aux conséquences de la dépopulation sur la vie des régions, sur les institutions, sur la croissance économique.Georges Mathews avait déjà publié un ouvrage fort bien documenté sur la question \u2014 Le choc démographique (1984) \u2014 mais son étude est restée sans suite et elle n\u2019a pas donné lieu à de nouveaux travaux marquants à notre connaissance.La dépopulation est déjà bien présente dans plusieurs régions du Québec et celle-ci ne fera que s\u2019accélérer comme le donne à penser l\u2019examen de la pyramide des âges en Gaspésie, au Saguenay-Lac-Saint-Jean et ailleurs.Elle affectera plus tard d\u2019autres régions.Les grandes villes seront moins touchées parce que les jeunes y migrent, mais elles doivent aussi s\u2019ajuster.Le débat sur le regroupement de municipalités à Montréal et à Québec, qui s\u2019est poursuivi au cours de l\u2019année 2000, n\u2019est pas étranger à la perspective nouvelle qu\u2019imposera la démographie dans les années à venir.Gérer la décroissance exigera une plus grande concertation que la gestion de la croissance des années i960.Les enjeux sociaux du début des années 2000 Les enjeu* sociaux du début des années 2000 6 Tendances de la société québécoise La hausse de l\u2019immigration s\u2019imposera un jour ou l\u2019autre.Celle-ci amènera cependant d'autres problèmes, comme celui de l\u2019inégale répartition des immigrants sur le territoire québécois.Les immigrants sont mobiles sur le territoire canadien et une partie d\u2019entre eux ne reste pas à demeure au Québec.Et la question linguistique se pose aussi avec acuité, comme on le sait.Mais ceci dit, le bilan migratoire net est resté positif ces dernières années, les entrées d\u2019immigrants internationaux surpassant le solde migratoire négatif inter provincial.Peut-on alors relancer la natalité ?Il ne s\u2019agit pas bien sûr de ressortir des boules à mites le discours nataliste d\u2019antan, mais plutôt de voir bien en face un problème de société qui doit trouver des solutions acceptables comme toute autre grande question.On ne reviendra pas à la forte fécondité des années cinquante, car le mode de vie contemporain \u2014 au cœur duquel se trouve le double revenu \u2014 est peu compatible avec le fait d\u2019avoir plus de deux enfants.Mais les couples auront-ils ces deux enfants qui sont souvent présentés comme la norme ?Les études montrent que le désir d\u2019enfant est bien présent chez les jeunes, mais de nombreux obstacles les empêchent de passer à l\u2019acte.Le gouvernement fédéral a annoncé au cours de l\u2019année 2000 son intention de mettre en place un programme de congé parental qui viendra répondre à une revendication souvent formulée par les jeunes couples, mais il n\u2019y a pas eu d\u2019entente avec le gouvernement du Québec qui a proposé l\u2019implantation d\u2019un programme qui aurait été plus généreux.Le poids du centre Il est beaucoup question de déclin de la natalité et de vieillissement de la popu- lation dans l\u2019actualité.Ce sont là certes deux questions importantes, on vient de le souligner.Il faut cependant rappeler que le Québec n\u2019est pas encore une société vieille.La part des personnes âgées y est inférieure à celle qu\u2019on observe dans d\u2019autres sociétés développées comparables.Le vieillissement important de la société québécoise viendra plus tard, dans une quinzaine d\u2019années.Entre-temps, c\u2019est plutôt le centre de la distribution démographique qui pèse de tout son poids sur la société.La tranche d\u2019âge la plus nombreuse a en ce moment 43 ans ; les personnes qui se situent de chaque côté de cette catégorie modale (disons dans la fourchette des 38-50 ans) pèsent de tout leur poids dans la société et leurs comportements modèlent ce qui s\u2019y passe.On le voit nettement dans la sphère de la consommation.Les fonctions de consommation les plus dynamiques (celles qui sont en croissance) reflètent le mode de vie de ménages au milieu de leur vie active, de ménages qui n\u2019envisagent plus d\u2019avoir d\u2019enfants et qui entrent de plus en plus nombreux dans la phase du nid familial vide.On le voit aussi dans les débats sur la question nationale.C\u2019est dans cette tranche d\u2019âge, par exemple, qu'on a observé une certaine désaffection (passagère?) de l\u2019appui à l\u2019option souverainiste2.Une reprise de la croissance des revenus familiaux.Les années 1990 ont été marquées par un long rattrapage sur le plan des ressources financières des ménages et par une relative stabilité de la répartition de celles-ci, contrairement à ce qui se passait durant les années soixante et soixante dix.Les revenus bruts des ménages et des familles ont faiblement augmenté en termes réels au Tendances de la société québécoise 7 cours de la dernière décennie, mais ils ont fini par dépasser de justesse le sommet qui avait été atteint en 1989.Le siècle se termine donc sur une bonne note, les ménages québécois ayant réussi à stopper la décroissance de leurs ressources un peu plus tard que leurs concitoyens des autres provinces.Les gains réels que les individus retirent de leur travail n\u2019ont cependant pas beaucoup bougé en quinze ans, contrairement à ce qui s\u2019est passé en Ontario où ils ont connu une croissance réelle.La prospérité économique et la réduction du taux de chômage donnent à penser que nous sommes au début d\u2019une nouvelle phase de croissance réelle des revenus des ménages.Il faut cependant tout de suite ajouter que l\u2019État a continué d\u2019accaparer une part grandissante des revenus des ménages et le revenu réel disponible n\u2019a pas encore rattrapé le niveau de la fin des années 1980.Les réductions d\u2019impôts annoncées par les deux niveaux de gouvernement à la fin des années 1990 \u2014 réductions qui ne se mettront en place que graduellement\u2014 ne corrigeront la situation que plus tard et en partie seulement, le gouvernement du Québec et le gouvernement fédéral n\u2019ayant pas choisi de s\u2019engager sur la voie de réductions massives d\u2019impôts comme en Alberta et en Ontario.De plus l\u2019extension de la fiscalité indirecte (taxes à la consommation, augmentation des cotisations et charges diverses) viendra neutraliser en partie les réductions annoncées d\u2019impôts sur le revenu.qui va poser le problème de la redistribution Les pressions qui se font sur l\u2019État pour réduire les impôts poseront rapidement la question de la redistribution des revenus.Comment se présente la situation actuelle?Rappelons quelques conclusions tirées de nos analyses précédentes : la proportion des pauvres a peu bougé depuis environ vingt ans ; les inégalités de revenus disponibles entre ménages sont stables depuis plusieurs années, ne régressant pas mais n\u2019augmentant pas non plus ; les différences de revenus gagnés par les hommes et les femmes sont maintenant constantes depuis plus de cinq ans (alors qu\u2019elles s\u2019atténuaient d\u2019année en année auparavant).Tout bouge dans bien des secteurs de la société, mais le niveau de ressources et leur répartition entre les groupements sociaux ont peu varié durant les années 1990.Cela va-t-il durer?Ceci dit, il faut aller au-delà des moyennes stables que l\u2019on vient d\u2019évoquer, car derrière leur apparente stabilité se cache un rééquilibrage qui est déjà bien amorcé entre les groupes de travailleurs et entre les générations.La moyenne stable cache souvent des évolutions en sens inverse.Par exemple, les revenus réels des jeunes couples ont régressé alors que les revenus réels des couples sans enfant présent à la maison (et plus âgés) ont augmenté.Les couples à deux revenus s\u2019en tirent mieux et parviennent à augmenter leurs ressources, mais les familles monoparentales voient les leurs stagner, régression en partie compensée par une aide accrue de l\u2019État.Les revenus personnels réels des travailleurs les mieux formés, œuvrant dans des secteurs de pointe, augmentent; ceux des travailleurs moins qualifiés régressent, devant la concurrence des autres pays dans un contexte de mondialisation.On le voit, derrière la stabilité apparente des moyennes se cachent de nouvelles disparités.Et les jeunes familles ne sont pas celles qui, en ce Les enjeux sociaux du début des années 2000 Les enjeux sociaux du début des années 2000 8 Tendances de la société québécoise moment, s\u2019en tirent le mieux.Leur situation relative se dégrade même et cela nous ramène au premier enjeu dégagé plus haut: comment demander aux jeunes d\u2019avoir plus d\u2019enfants dans le contexte actuel où ce sont eux qui tirent moins bien leurs marrons du feu ?Par ailleurs, les coupes dans les programmes d\u2019aide de l\u2019État et les diminutions d\u2019impôt qui commencent timidement à apparaître vont sans doute affecter la redistribution de la richesse.L\u2019État providence se redessine et les revenus de marché (revenus de travail et revenus de placements) sont répartis de façon encore plus inégale.Or si l\u2019État réduit ses impôts, il en résultera forcément une hausse des inégalités, puisque l'impôt direct est un moyen important de redistribution.Un consensus fragile Traditionnellement, les citoyens québécois ont accepté plus facilement que ceux de certaines autres provinces ou que les citoyens américains de payer des impôts personnels et des taxes plus élevés, qui servent à financer les programmes publics et à redistribuer les ressources vers les ménages les moins bien nantis.Deux raisons peuvent conduire à une remise en question de ce consensus.Tout d\u2019abord, le contexte nouveau créé par le libre-échange et l\u2019ouverture des marchés peut amener une partie de la population, mieux en mesure de comparer sa situation avec celle des voisins moins imposés, à contester plus vivement le haut taux d\u2019imposition.Cette comparaison est omniprésente dans les médias.Mais surtout, il faut rappeler que, jusqu\u2019à tout récemment, la croissance des prélèvements faits par l\u2019État a été plus forte que la croissance des revenus au cours des années 1990.Le revenu familial disponible correspondait à 79,6% du revenu brut total en 1990, et cette proportion a diminué à 77,9 % en 1998, ce qui signifie que cette année-là les familles avaient à leur disposition une part moindre de leurs revenus gagnés sur le marché alors que ce dernier avait par ailleurs augmenté (et cette mesure ne tient pas compte des taxes indirectes comme la TPS ou laTVQ.).Non seulement les ménages n\u2019ont-ils pas bénéficié de l\u2019augmentation, mais ils ont dû verser davantage à l\u2019État, en moyenne.Les citoyens ont accepté dans le passé de verser en impôts une partie de ce qu\u2019ils retiraient de la croissance de leurs revenus.Dans les années 1990, ils ont versé davantage que ce qu\u2019ils ont retiré de la croissance.Il ne faut donc pas se surprendre d\u2019observer dans ce contexte un changement d\u2019attitude sur la question de l\u2019impôt.Il est possible de prévoir que notre société arrivera à mieux satisfaire les besoins de base des individus et des ménages.Par exemple, l\u2019État québécois considère maintenant que l\u2019accès à l\u2019Internet fait partie de ces besoins de base et il a pris des mesures pour aider les familles à faibles revenus à s\u2019équiper d\u2019un ordinateur et à se brancher.La lutte à la pauvreté se poursuit et elle est considérée comme étant légitime dans la population en général.Mais il en va différemment pour la redistribution du revenu et la promotion d\u2019une société plus égalitaire, du moins c\u2019est une hypothèse qu\u2019il est permis de faire à partir de l\u2019examen des débats publics et des études spécialisées sur l\u2019opinion publique.Dans l\u2019avenir, on distinguera de plus en plus la lutte à la pauvreté et la lutte aux inégalités.Un premier indice de ce changement nous vient de la politique fédérale qui vise à améliorer la condition des Tendances de la société québécoise g enfants pauvres.Le programme national de bien-être vise, par le biais de diverses mesures comme les crédits d\u2019impôts, à élever les familles avec enfants au dessus du seuil de pauvreté (qui reste encore à mesurer avec une approche basée sur le coût du panier de consommation, question largement débattue en ce moment comme on l\u2019a rappelé plus haut).Ce programme vise d\u2019abord à combattre la pauvreté dans un groupement de ménages considérés comme étant plus vulnérables (les ménages avec jeunes enfants), une politique qui emporte même l\u2019adhésion d\u2019une bonne partie de la nouvelle droite canadienne.Mais il en va autrement de la redistribution du revenu sur une plus large échelle à partir de la structure progressive du système d\u2019imposition qui est déjà mis en brèche dans une partie du Canada.La situation est différente au Québec, il faut le souligner, et le système qui y existe parvient encore à combattre la pauvreté et à corriger en partie les inégalités.Mais ici comme ailleurs, on ne pourra pas éviter dans les années à venir le débat public sur cette question de la lutte à la pauvreté et de la lutte aux inégalités.Vers une différenciation plus marquée Il faut pousser plus avant la réflexion sur les questions soulevées précédemment.La société actuelle se dirige vers une plus grande différenciation pour une autre raison, liée cette fois à l\u2019offre de biens et services par le système de production et aux comportements des individus.La société de consommation rend maintenant possible l\u2019émergence de modes de vie de plus en plus différenciés.La gamme des possibles est beaucoup plus étendue que par le passé.Pensons à l\u2019offre en matière de voitures, de logements, de loisirs, de vêtements, d\u2019équipement pour le ménage, de biens culturels.Le couple de jeunes retraités qui a un chalet, un camp de pêche, un bateau et plusieurs équipements électroniques sophistiqués à la maison, qui a des hobbys, des petits enfants dont il aimerait s\u2019occuper et qui aspire à voyager, manquera sûrement de temps pour tout faire.Cet exemple paraîtra caricatural à certains, mais il a un certain fondement de vérité, comme le montrent les enquêtes que nous avons supervisées au Département de sociologie de l\u2019Université Laval en 1998 et 1999 : l\u2019un des « problèmes » souvent mentionnés par les nouveaux jeunes retraités était le manque de temps pour tout faire ce qu\u2019ils aimeraient faire.Retenons de ce qui est avancé plus haut l\u2019émergence d\u2019une extension des aspirations qui accompagne l\u2019extension des possibles dans la société de consommation.De même les modes de vie sont beaucoup moins homogènes qu\u2019il y a quelques générations.Ce qui apparaissait autrefois comme étant des inégalités ou des différences de classes dans les manuels de sociologie est maintenant défini comme des différences dans les styles de vie et les genres de vie, qui impliquent des choix individuels et familiaux différents.Les jeunes couples qui retournent s\u2019établir dans leur Gaspésie natale en mettant sur pied une petite entreprise vivront sans doute différemment de ceux qui s\u2019établissent sur le Plateau-Mont-Royal.Ils partageront des choses (les mêmes goûts musicaux, par exemple) mais ils se différencieront aussi par bien des aspects, à commencer par le revenu ou la consommation.La progression de l\u2019égalité notée par Alexis de Tocqueville au xix' siècle comme étant une tendance de fond de nos Les enjeux sociaux du début des années zooo u début des années 2000 10 Tendances de la société québécoise sociétés se maintiendra-t-elle?On peut est déjà caractérisé par des différences en douter dans le monde nouveau qui plus marquées, par une diversité accrue.\u2022 s\u2019esquisse sous nos yeux, un monde qui Notes 1.\tGeorges Mathews, Le choc démographique : le déclin du Québec est-il inévitable ?, Montréal, Boréal, 1984.2.\tVoir l'article de Gilles Gagné et Simon Langlois (avec la collaboration de Claude Fortier, en page 97). Tendances de la société québécoise 11 Les changements sociaux : tendances de i960 à 2000 Simon Langlois sociologue, Université Laval Le xx' siècle appartient maintenant à l\u2019histoire.Parallèlement aux mutations politique et économique qu\u2019a connues le Québec ces dernières années, une autre révolution a peu à peu pris place, plus discrète, moins bruyante, transformant la société beaucoup plus lentement.Sociale et culturelle au sens anthropologique, cette révolution a marqué les modes de vie au sens large, les façons de vivre au quotidien, les visions du monde, les valeurs.Les années 1990 passeront à l'histoire comme des années d'affirmation tranquille d\u2019une nouvelle culture et de nouveaux modes de vie dont les racines plongent évidemment loin dans les décennies précédentes.Cette révolution discrète est plus difficile à percevoir nettement parce que sa source est d\u2019abord endogène, parce qu\u2019elle est le résultat lent de décisions prises par les individus au fil des jours.Ce constat d\u2019une révolution d\u2019envergure marquant les modes de vie émerge clairement de l\u2019examen d\u2019un ensemble d\u2019indicateurs de changements sociaux que nous avons rassemblés dans les pages qui suivent.S\u2019agit-il d\u2019une révolution typiquement québécoise?Non, il faut l\u2019affirmer bien nettement, pas plus que la Révolution tranquille n\u2019a été le propre du Québec.D\u2019autres sociétés ont été marquées par les mêmes changements rapides que le Québec a connus dans les années i960'.Pensons à l\u2019Espagne ou à la Grèce qui présentent d\u2019étonnantes analogies avec ce qui a été vécu ici.D\u2019autres pays comparables connaissent en ce moment un parcours qui n\u2019est pas sans rappeler celui du Québec ; c\u2019est le cas des pays entrés tardivement dans le processus accéléré de modernisation.II en va de même pour la mutation culturelle dont nous parlons, observable un peu partout dans le monde.Bon nombre de ces changements se présentent sous la forme d\u2019un patron universel, mais sur fond de singularité qui tient à l\u2019histoire, à la culture nationale et au contexte particulier de chaque société.Un rapport social en bref Ce n\u2019est pas le lieu ici de présenter une vue d\u2019ensemble des changements anthropologiques, culturels et économiques qui affectent la société québécoise.Nous nous limiterons dans les pages qui suivent à esquisser quelques tendances qui nous semblent caractériser les changements sociaux en cours.Par tendances, il faut entendre un diagnostic posé sur l\u2019évolution de certains segments de la société québécoise'.Bien qu\u2019elles puissent aussi être dégagées à partir d\u2019observations qualitatives et à partir de théories \u2014 pensons aux deux tendances majeures des sociétés modernes observées par Alexis de Tocqueville au siècle dernier : progression de l\u2019égalité et concentration du pouvoir politique \u2014 les tendances retenues ont ici une portée plus limitée et on s\u2019en tiendra à celles qui caractérisent la morphologie du Québec à partir de séries statistiques et d\u2019observations standardisées.Les changements sociaux Les changements sociaux 12 Tendances de la société québécoise Le présent essai est une sorte de rapport social en bref sur le Québec, un rapport qui s\u2019inscrit en continuité avec les précédents qui ont été publiés au fil des ans dans l\u2019ouvrage préparé sous la direction de Roch Côté.Dans la présente édition \u2014 la cinquième à laquelle nous collaborons \u2014 nous avons augmenté les aspects couverts et les séries statistiques ont été mises à jour.Les données permettent de prendre la mesure de ce qui s\u2019est passé jusqu\u2019à la fin de l\u2019année 1999 et de dresser un bilan de l\u2019histoire immédiate, de décrire des changements sociaux et culturels récents avec un peu de recul.Les aspects suivants ont été retenus : \u2022\tprincipales tendances démographiques, démolinguistiques et macroéconomiques ; \u2022\tles autochtones ; \u2022\tsanté et éducation ; \u2022\tfamilles et modes de vie ; \u2022\templois et activité professionnelle ; \u2022\trevenus, pauvreté et inégalités ; \u2022\tconsommation.Les données ont été mises à jour et elles couvrent pour la plupart la décennie des années 1990.Un certain nombre de nouveaux tableaux ont été ajoutés.Il faut considérer une assez longue période afin de faire ressortir les changements de fond qui sont les plus marquants, car se limiter à un horizon de quelques années parait insuffisant pour en mesurer toute la portée.Des séries statistiques portant sur vingt ou trente ans si possible s\u2019imposent.Les commentaires qui suivent seront nécessairement brefs.Nous laissons au lecteur le soin de faire une lecture plus détaillée des tableaux publiés ci-après et nous préférons attirer l'attention sur les évolutions les plus significatives.Enfin, la présentation des tableaux est allégée et plusieurs graphiques permet- tent de mieux visualiser les tendances.Cependant, le lecteur intéressé par la consultation des données complètes pourra les retrouver sur un site Internet que nous avons bâti à cette fin (voir encadré).Pour un regard synthétique sur les enjeux que posent les évolutions décrites dans les pages qui suivent, le lecteur est prié de se rapporter à l\u2019article précédent [page 5].Faits saillants: nouvelles tendances et retournements Les tendances ne changent pas radicalement d\u2019une année à l\u2019autre.Cependant, l\u2019ajout d\u2019une nouvelle année à une série statistique vient parfois confirmer une inflexion, illustrer plus clairement un retournement qui n\u2019apparaissait pas avec netteté jusque-là.C\u2019est le cas par exemple dans le domaine de l\u2019éducation, où l\u2019on note une diminution de l\u2019effectif étudiant universitaire et des diplômés.Ou encore, l\u2019ajout d\u2019une nouvelle donnée attire l\u2019attention sur une stabilité qui apparaît plus évidente.C\u2019est le cas pour les différences de revenus gagnés entre hommes et femmes, le travail à temps partiel, la pauvreté, domaines où la tendance est au plat.D\u2019autres tendances semblent s\u2019accélérer: la natalité chute plus bas, l'union libre s\u2019étend plus rapidement, le nombre de décès augmente.Le fait de recouper diverses données amène la formulation d\u2019une nouvelle représentation de ce qui semblait familier jusqu\u2019à présent.C\u2019est le cas de la famille \u2014 qui n\u2019est plus le mode de vie dominant qu\u2019elle a été \u2014 comme le donne à penser la montée en importance de la vie de couple sans enfant présent à la maison.Voici quelques faits saillants qui ressortent des analyses effectuées dans la présente version du rapport social.Nous reprenons ici la liste dressée dans Québec Tendances de la société québécoise 13 2000.Nous ajouterons par la suite d\u2019autres faits saillants qui se dégagent de la mise à jour faite pour Québec 2001.\u2022\tL\u2019espace québécois se recompose.La décroissance démographique des régions éloignées apparaît plus nettement, de même que la mutation de l\u2019espace habité autour de Montréal.\u2022\tL\u2019accroissement naturel de la population québécoise a ralenti, conséquence de la forte chute de la natalité \u2014 qui se poursuit \u2014 et de la hausse du nombre de décès, qui commence à devenir importante.\u2022\tLa nature de l\u2019union conjugale entre hommes et femmes change radicalement: désaffection envers le mariage, fragilité plus marquée des unions, fécondité hors mariage devenue dominante.\u2022\tUn nouveau type de ménage, révélateur d\u2019un nouveau mode de vie, émerge plus nettement : le couple sans enfant présent à la maison.\u2022\tL\u2019unité de vie typique dans la société n\u2019est plus la famille (un couple ou un parent entouré d\u2019enfants).\u2022\tLa création de ménages a augmenté plus vite que la population.On vit dans des unités nettement plus pentes, avec moins d\u2019interactions au sein du foyer.\u2022\tConséquence des changements précédents, le mode de vie en ménage ne recoupe plus le mode d\u2019occupation de l\u2019espace.\u2022\tLe monde de l\u2019éducation est en profond changement.La baisse des clientèles, conséquence de la dénatalité, va obliger les institutions à se repositionner.\u2022\tL\u2019emploi à temps partiel \u2014 indicateur souvent retenu pour illustrer la précarité \u2014 plafonne.L\u2019emploi atypique continue cependant de s\u2019étendre.\u2022\tLa réduction de l\u2019écart de revenus gagnés entre hommes et femmes s\u2019est arrêtée.\u2022\tLa pauvreté et la faiblesse du revenu restent au même niveau.\u2022\tLes gains hebdomadaires retirés du travail salarié n\u2019ont pas bougé depuis plus de quinze ans au Québec, alors qu\u2019ils augmentent en Ontario.Nouvelles constatations Il ressort de la mise à jour quelques nouveaux faits à signaler.\u2022\tL\u2019analyse de la structure professionnelle révèle que l\u2019économie québécoise s\u2019inscrit bel et bien dans le contexte de la nouvelle économie, marquée par la croissance du nombre d\u2019emplois dans la gestion, les sciences et techniques et les sciences sociales au sens large.La stratification sociale a donc considérablement changé depuis une trentaine d\u2019années.\u2022\tLe revenu familial brut en dollars constants a finalement atteint un nouveau sommet, qui a dépassé le précédent qui avait été observé en 1989.Il a donc fallu dix ans aux ménages et aux familles québécoises pour faire ce rattrapage.\u2022\tL\u2019État a cependant continué à prélever une part grandissante des revenus des ménages (jusqu\u2019en 1998 du moins, dernière année disponible), au point d\u2019annuler entièrement les gains faits sur le marché, en moyenne.Les changements annoncés dans la fiscalité devraient corriger quelque peu cette situation, mais il faudra attendre plusieurs années pour y arriver.\u2022\tLes revenus tirés du marché (revenus de travail et revenus de placements) sont répartis de façon plus inégale et cette tendance va en s\u2019accentuant car Les changements sociaux Les changements sociaux 14 Tendances de la société québécoise plusieurs facteurs y contribuent (double et simple revenus, secteurs d\u2019emploi plus dynamiques, effet de la scolarisation, etc.).Les mécanismes mis en place par l\u2019État providence fonctionnent efficacement pour réduire les inégalités, mais la situadon est en train de changer.Les biens et services marchands contribuent a différencier de façon marquée les styles de vie et les genres de vie des individus et des familles.Plus précisément, quatre fonctions de consommation paraissent nettement plus dynamiques (en changement rapide) : logement, transports, loisirs et protection.Ces fonctions reflètent de nouvelles façons de vivre dans une société marquée par la consommation marchande.Ces tendances doivent être prises comme des indicateurs d\u2019une société en changement rapide.Les données qui suivent en décriront certains aspects.L'auteur remercie Claude Fortier pour l\u2019aide apportée dans la mise à jour et la preparation des tableaux et graphiques.Données sur Internet Toutes les données contenues dans ce chapitre, de même que les tableaux (en version intégrale) ayant servi à la construction des graphiques, sont accessibles en format PDF sur Internet à l\u2019adresse suivante : www.soc.ulaval.ca/tendances/ Le fichier a été préparé en juillet 2000 et il sera mis à jour à l\u2019automne 2000 afin d\u2019intégrer les données publiées après la date de dépôt du manuscrit.Aspects démographiques Les changements démographiques sont probablement, à l\u2019aube d\u2019un nouveau millénaire, ceux qui auront l\u2019impact le plus considérable sur la société québécoise.Us s'étendent sur une période plus longue que les cycles économiques par exemple et ils sont moins perceptibles à court terme.Ces changements n\u2019en sont pas moins spectaculaires et surtout, déterminants pour l\u2019avenir.Diminution du poids relatif du Québec au sein du Canada Le Québec compte plus de sept millions trois cent soixante mille personnes à l\u2019aube de l\u2019an 2000 en tenant compte des résidents non permanents (tableau 1 et graphique 1).Malgré une population toujours en croissance \u2014 en hausse de 40 % depuis igôr \u2014 le poids relatif du Québec au sein du Canada ne cesse de diminuer parce que la population canadienne progresse encore plus vite.En 1994, la part de la population québécoise est tombée pour la première fois dans l\u2019histoire en bas de Tendances de la société québécoise 15 Tableau 1 Population du Québec en nombre, en indice et en % du Canada, 1961-2000 (Nouvelles données révisées depuis 1971) \t\t\t 1961\t5 259 211\t100,0\t28,8 1966\t5 780 845\t109,9\t28,9 1971\t6 137 368\t116,7\t27,9 1976\t6 396 735\t121,6\t27,3 1981\t6 547 704\t124,5\t26,4 1986\t6 708 352\t127,6\t25,7 1991\t7 064 735\t134,3\t25,2 1992\t7 112 810\t135,2\t25,1 1993\t7 165 199\t136,2\t25,0 1994\t7 207 302\t137,0\t24,8 1995\t7 241 429\t137,7\t24,7 1996\t7 274 019\t138,3\t24,5 1997\t7 302 553\t138,9\t24,4 1998\t7 322 995\t139,2\t24,2 1999\t7 345 390\t139,7\t24,1 2000\t7 357 269\t139,9\t24,0 ' Données révisées depuis 1971 par l'ISQ.La série tient compte des Québécois de retour et des résidents non permanents.Année 2000 : données provisoires au 1\" janvier 2000.Source: Institut de la statistique du Québec, www.stat.gouv.qc.ca.Tableau 2 Population du Québec (en %) selon l'âge et l'année, 1961-1999 ïiülîRI\tES3I\t¦FSPI\tm\tfiSrl\twmt\tESH\t\tETTl\tosa\t\t \t%\t%\t%\t%\t%\t%\t%\t%\t%\t%\t% 1961\t35,4\t8,9\t7,0\t6,9\t13,9\t11,1\t4,5\t3,6\t2,9\t5,8\t100 1966\t33,0\t9,6\t8,1\t6,5\t12,7\t11,1\t6,3\t3,7\t3,0\t6,0\t100 1971\t29,3\t10,3\t9,3\t8,1\t12,3\t11,5\t4,7\t4,2\t3,5\t6,8\t100 1976\t24,9\t10,7\t9,6\t8,9\t13,6\t11,3\t5,2\t4,3\t3,8\t7,7\t100 1981\t21,5\t9,6\t10,0\t9,1\t15,7\t11,0\t5,3\t4,8\t3,9\t8,7\t100 1986\t20,2\t7,2\t9,4\t9,8\t17,1\t12,2\t5,0\t4,9\t4,4\t9,8\t100 1991\t19,8\t6,5\t7,1\t8,9\t18,0\t14,4\t5,1\t4,7\t4,4\t11,0\t100 1996\t19,0\t6,9\t6,5\t6,9\t17,8\t15,7\t6,2\t4,8\t4,3\t12,0\t100 1998\t18,5\t6,7\t6,7\t6,5\t16,8\t16,2\t6,7\t5,2\t4,2\t12,5\t100 1999\t18,2\t6,6\t6,8\t6,5\t16,3\t16,4\t6,9\t5,4\t4,3\t12,6\t100 Source: Statistique Canada Estimations de la population.Aspects démographiques Les changements sociaux 16 Tendances de la société québécoise Graphique 1 Population du Québec en pourcentage du Canada, 1961-2000 (Nouvelles données révisées depuis 1971) 30 Source: Institut de la statistique du Québec, www.stat.gouv.qc.ca cr> O' CTi CT> 25% de l\u2019ensemble canadien.À moins d\u2019une hausse significaüve de l\u2019immigration au Québec \u2014 non prévue en ce moment, cependant \u2014, cette diminution ne pourra que se poursuivre, au rythme de un dixième de un pour cent environ chaque année.La population du Québec comptait pour 24% de l\u2019ensemble du Canada en 2000.Moins de jeunes et plus de personnes âgées Le poids relatif des différents groupes d\u2019âges est en changement rapide (tableau 2).La pyramide des âges est en profonde mutation.La base démographique se rétrécit de façon marquée.Une tendance nouvelle apparaît avec plus de netteté à la fin des années 1990 : la chute assez brusque de la natalité entraîne une accentuation du déséquilibre entre les groupes d'âge.Pendant que la base diminue, les cohortes nées dans les années cinquante vieillissent et progressent vers le haut de la pyramide des âges \u2014 qui prend plutôt peu à peu l\u2019allure d\u2019un gros champignon (graphique 2).La part des jeunes âgés de o à 14 ans a fortement diminué, passant de 35,4% en 1961 à 18,2% de l\u2019ensemble en 1999, et celle de la population ayant atteint l\u2019âge de la retraite est en forte croissance, notamment parce que l\u2019espérance de vie augmente.Le Québec n\u2019a pas encore une population vieille, mais la tendance au vieillissement est nettement présente.Cette tendance va s\u2019accélérer au début du XXIe siècle de façon rapide, comme l\u2019indiquent les projections de population faites par l\u2019Institut de la Statistique du Québec: la part de la population âgée de 65 ans et plus va passer de 12,6% en 1999 à 21,1% Tendances de la société québécoise 17 Graphique 2 Pyramide des âges, Québec, i*r juillet 1999 Année\tAnnée de naissance\tde naissance 1908-09 1918-19 1928-29 1928-39 1948-49 1958-59 1968-69 1978-79 1988-89 1998-99 Sexe féminin Sexe masculin 1908-09 1918-19 1928-29 1928-39 1948-49 1958-59 1968-69 1978-79 1988-89 1998-99 70 60 50 40\t30\t20 10 0 0 10 20 30 40\t50 60 70 Effectif par année d'âge (000) Source: Statistique Canada.Estimations de la population.Dernière mise à jour le 28 octobre 1999.Graphique 3 Évolution de la population composant deux groupes d'âges (0-14 ans et 65 ans et plus), 1951 à 1996 et projections 2001-2051, Québec 40\t40 Moyenne mobile sur 2 périodes (0-14) 30 Moyenne mobile sur 2 périodes (65+) 20 -10 «-4\t>X)\t,-t\tO m\tm\to\to 0\u201c>\tO\"»\tCT>\t0\"> OOt\u2014irHrNjrsjmro-d-j-Ln OOOOOOOOOOO (NfNfN(NINfNfNrNrN(NN 2001-2051 : Projections, hypothèse moyenne.Source: Institut de la statistique du Québec, www.stat.gouv.qc.ca Aspects démographiques Les changements sociaux 18 Tendances de la société québécoise Tableau 3 Structure de la population par âge rapport de dépendance et âge médian de la population du Québec, 1951 à 1996 et projections 2001-2051 \t\t\t\t\t Année\t0-14\t15-64\t65 +\t\t 1951\t33,7\t60,6\t5,7\t0,65\t24,8 1961\t35,4\t58,7\t5,8\t0,70\t24,0 1971\t29,3\t63,9\t6,8\t0,57\t25,6 1981\t21,5\t69,8\t8,7\t0,43\t29,6 1991\t19,8\t69,2\t11,0\t0,45\t34,0 1996\t19,0\t69,0\t12,0\t0,45\t36,1 2001\t17,8\t69,3\t12,9\t0,44\t38,4 2006\t16,4\t69,7\t13,9\t0,44\t40,6 2011\t15,0\t69,3\t15,7\t0,44\t42,2 2016\t14,6\t67,1\t18,3\t0,49\t43,4 2021\t14,4\t64,5\t21,1\t0,55\t44,5 2026\t14,1\t61,6\t24,3\t0,62\t45,8 2031\t13,7\t59,5\t26,9\t0,68\t46,8 2036\t13,2\t59,0\t27,8\t0,70\t47,6 2041\t12,8\t58,8\t28,3\t0,70\t47,4 2046\t12,8\t58,2\t29,0\t0,72\t49,0 2051\t12,8\t57,8\t29,4\t0,73\t49,0 Rapport de dépendance: (0-14 ans + 65 ans et plus/15-64 ans) 2001 - 2051 : Projections hypothèse moyenne.Source: Institut de la statistique du Québec, www.stat.gouv.qc.ca en 2021, alors que la part de la population des jeunes (0-14 ans) va continuer à régresser lentement (graphique 3).L\u2019âge médian de la population \u2014 l\u2019âge qui départage la population entre deux groupes égaux \u2014 fera un bond considérable, passant de 36,7 ans en 1997 à 44,5 ans en 2021 (tableau 3).Cela signifie que la moitié de la population aura moins de 44,5 ans cette année-là.Les nouvelles projections de populations publiées par l\u2019Institut de la Statistique du Québec donnent à penser que le vieillissement sera plus prononcé que prévu à partir de l\u2019an 2011.Rappelons que la moitié de la population avait moins de 25 ans en 1951, et moins de 34 ans en 1991.Quand on évoque les changements démographiques en cours, tous pensent spontanément à la baisse de la natalité et au vieillissement de la population ; il faut aussi avoir en tête que le centre de la distribution se gonfle à mesure que vieillit la génération du baby-boom, une tendance qui se poursuivra jusqu\u2019en 2011.Le rapport de dépendance \u2014 qui est mesuré par le rapport du nombre des jeunes et des personnes 65 ans ou plus sur la population âgée de 15 à 64 ans \u2014 augmentera, mais seulement après l\u2019année 2011, alors qu\u2019il devrait atteindre le haut niveau observé dans les années 1950 et i960.Ce rapport de dépendance doit être interprété avec précaution, notamment Tendances de la société québécoise 19 parce qu\u2019une partie des personnes ayant dépassé l\u2019âge de la retraite pourront rester actives sur le marché du travail ou encore effectuer des travaux non rémunérés, à titre de bénévoles par exemple.Dans les années cinquante, les personnes dépendantes étaient surtout des enfants qui n\u2019avaient pas de ressources économiques propres ; dans les années 2000, les personnes dépendantes seront de plus en plus des personnes âgées possédant pour la plupart un patrimoine, ce qui affectera l\u2019impact socio-économique de la dépendance sur la société.Inégale croissance démographique des régions D\u2019après les données révisées de la population, quatre régions éloignées du Québec ont connu un certain dépeuplement depuis dix ans : la Côte-Nord, la Gaspésie-îles-de-la-Madeleine, le Bas-Saint-Laurent et le Saguenay-Lac-Saint-Jean.La grande région de Montréal a aussi perdu une partie de sa population au profit des régions adjacentes en forte croissance depuis 1991 (les Laurentides surtout ainsi que Lanaudière) ou de régions en croissance modérée (Laval et la Montérégie).La région de l\u2019Outaouais est aussi en croissance démographique plus marquée.Ces cinq régions en croissance ont augmenté leur poids respectif dans l\u2019ensemble du Québec.Il en va de même pour le Nord du Québec à cause de la forte fécondité des populations autochtones, mais il faut ajouter que cette région est faiblement peuplée [voir aussi l\u2019article de Juan-Luis Klein en page 281].Une population de plus en plus urbanisée La population québécoise se concentre davantage dans les grandes régions métropolitaines, qui connaissent toutes (sauf celles de Chicoutimi-Jonquière et de Trois-Rivières) une croissance démographique plus forte que celle de l\u2019ensemble Tableau 4 Population par région métropolitaine de recensement et variation en %, Québec, 1986-1999 \t\t\t\t\t Régions\t1986\t1991\t1998\t1999\t1991-99 Montréal\t3 032 022\t3 290 792\t3 428 304\t3 438 532\t4,5 Québec\t619 079\t660 730\t687 155\t688 085\t4,1 Hull\t205 623\t232 901\t255 193\t255 987\t9,9 Chicoutimi-Jonquière\t162 415\t164 531\t161 982\t162 346\t-1,3 Sherbrooke\t133 561\t143 998\t152 655\t153 140\t6,3 Trois-Rivières\t132 063\t139 328\t142 448\t141 751\t1,7 Reste du Québec\t2 449 019\t2 432 455\t2 505 546\t2 505 549\t3,0 Total\t6 733 782\t7 064 735\t7 333 283\t7 345 390\t4,0 \u2022 Données de Statistique Canada légèrement différentes de celles de l'ISQ.Les populations des régions ont été révisées de 1991 à 1997, mais pas la population de 1986.Source: ISQ, www.stat.gouv.qc.ca.Aspects démographiques Les changements sociaux 20 Tendances de la société québécoise du Québec (tableau 4).Ce dernier est de plus en plus urbain et un peu moins de la moitié de toute sa population se retrouve dans la grande région montréalaise.C\u2019est la région métropolitaine de Hull qui croit le plus vite au Québec depuis dix ans, suivie par celle de Sherbrooke.Trois phénomènes démographiques affectent la taille de la population totale et l\u2019équilibre entre les groupes d\u2019âges, et jusqu\u2019à un certain point la répartition entre les régions : la natalité, l\u2019immigration internationale et les migrations interprovinciales.Nous en examinerons brièvement les évolutions.La chute de la natalité s'accélère Le nombre de naissances et le taux de natalité sont en forte baisse depuis 1990, après avoir connu un certain redressement à la fin des années 1980 (tableau 5).Une nouvelle tendance à la baisse des différents indicateurs de fécondité existe nettement depuis une dizaine d\u2019années (graphique 4).Il faut signaler que la chute du nombre de naissances s\u2019est accélérée ces dernières années, ce nombre étant maintenant inférieur à 80 000 depuis 1997.Entre 1990 et 1998, on a enregistré une diminution de 24 434 naissances par année, ce qui est considérable.Tableau 5 Divers indicateurs de fécondité, Québec, 1960-1999 \t\t\t\t\t\t 1960\t141 224\t27,5\t3,86\t-\t-\t3,6 1965\t123 279\t21,7\t3,07\t-\t-\t5,2 1970\t96 512\t16,1\t2,09\t-\t-\t8~Ô 1975\t96 268\t1572\t1,75\t-\t-\t8,8 1980\t97 498\t15,0\t1,63\t20,7\t8,3\t13,8 1985\t86 008\t12,9\t1,39\t34,5\t18,0\t24,7 1986\t84 579\t12,6\t1,37\t37,3\t19,6\t27,2 1987\t83 600\t12,3\t1,36\t39,8\t22,5\t29,9 1988\t86 358\t12,6\t1,42\t43,2\t25,9\t33,1 1989\t91 751\t13,2\t1,51\t45,9\t29,0\t35,6 1990\t98 013\t14,0\t1,63\t48,4\t31,8\t38,1 1991\t97 348\t13,8\t1,65\t50,3\t34,6\t40,8 1992\t96 054\t13,5\t1,67\t54,1\t37,6\t43,4 1993\t92 322\t12,9\t1,63\t57,1\t40,8\t46,3 1994\t90 417\t12,5\t1,63\t58,6\t44,1\t48,5 1995\t87 258\t12,0\t1,61\t59,8\t47,1\t50,6 1996\t85 130\t11,7\t1,60\t62,3\t48,9\t52,8 1997\t79 724\t10,9\t1,53\t62,8\t50,6\t54,3 1998\t75 674\t10,3\t1,48\t64,7\t51,8\t56,1 1999\t73 579\t10,0\t1,46\t-\t-\t- \u2022 Le total comprend toutes les naissances hors mariage, 1999: Données provisoires, 8 mai 2000.Indice synthétique révisé depuis 1971.Source: Institut de la statistique du Québec.La situation démographique au Québec.Édition 1998, tableau 412 ; et www.stat.gouv.qc.ca. Tendances de la société québécoise 21 Graphique 4 Nombre de naissances par année, Québec, 1960-1999 140 130 120 110 100 90 80 70 t jfelk J-v£)COOCT'C'0\"'CT'0\"'0\">C''0' N.B.: Le taux d\u2019interruption se lit comme suit : en 1996,19.3 femmes âgées de 15 à 19 ans sur 1000 ont interrompu volontairement leur grossesse.Source: Institut de la statistique du Québec, BSQ, La situation démographique au Québec, Édition 1998 et www.stat.gouv.qc.ca Aspects démographiques Les changements sociaux 26 Tendances de la société québécoise Tableau 10 Total des décès (en nombre et en %\u2022) et accroissement naturel (en nombre et en %o), Québec, 1960-1999 \t\t\t\t \t\t\t\t 1960\t35 129\t6,8\t106 095\t6,7 1970\t40 392\t6,7\t56 120\t7,2 1980\t43 515\t6,7\t53 983\t8,3 1985\t45 662\t6,9\t40 346\t6,1 1990\t48 651\t6,9\t49 362\t7,0 1991\t49 243\t7,0\t48 105\t6,8 1992\t48 963\t6,9\t47 091\t6,6 1993\t51 831\t7,2\t40 491\t5,7 1994\t51 389\t7,1\t39 028\t5,4 1995\t52 722\t7,3\t34 536\t4,8 1996\t52 278\t7,2\t32 852\t4,5 1997\t54 281\t7,4\t25 443\t3,5 1998\t54 205\t7,4\t21 552\t2,9 1999\t54 500\t7,4\t19 000\t2,6 1998 et 1999: Données provisoires, 12 avril 2000.Source: Institut de la statistique du Québec, www.stat.gouv.qc.ca.famille.L\u2019interruption volontaire de grossesse est devenue en fait un moyen de contraception.Hausse du nombre de décès Le nombre de décès a augmenté durant les années 1990.Il était autour de 45 000 par année durant les années 1980, et il approche les 55 000 au tournant de l\u2019an 2000 (tableau 10).Le taux de décès \u2014 mesure qui tient compte de la taille de la population \u2014 est maintenant de 7,4 %0, contre 6,g %o en 1990.Cette hausse traduit bien le début du vieillissement de la population au Québec.Chute importante de l'accroissement naturel de la population Conséquence de la diminution rapide de la natalité et de l\u2019augmentation du nombre de décès chaque année, l\u2019accroissement naturel (différence entre les naissances et les décès) de la population québécoise est en forte diminution (voir le tableau 10).Cet accroissement naturel n\u2019est plus que de 19 000 personnes (en 1999) alors qu\u2019il était proche de 50 000 en 1990.On le voit, la diminution est importante.En i960, l\u2019accroissement naturel de la population était supérieur à 100 000 personnes.La chute rapide de l\u2019accroissement naturel de la population est récente, car elle date de la deuxième moitié des années 1990.Celui-ci était d\u2019environ y%o chaque année entre i960 et 1990.Le taux a par la suite chuté rapidement de y%o à moins de 3 °/oo en dix ans.Après des années de forte croissance s\u2019annoncent des années de hausse modeste de la population, qui seront suivies d\u2019années de décroissance. Tendances de la société québécoise 27 Tableau 11 Immigrants en nombre et en % du Canada et solde migratoire, Québec, 1960-1999 \t\t\t\t 1960\t23 774\t22,8\t\t 1970\t23 261\t15,7\t-3 752\t 1980\t22 538\t15,7\t19 796\t 1990\t40 842\t19,1\t38 155\t 1995\t27 222\t12,5\t23 248\t 1996\t29 772\t13,1\t22 247\t 1997\t27 684\t12,8\t17 274\t 1998\t26 509\t15,2\t15 542\t 1999\t29 159\t15,4\t17 764\t Source: Données révisées, Institut de la statistique du Québec, www.stat.gouv.qc.ca Diminution du nombre d'immigrants Le nombre d\u2019immigrants qui se sont établis au Québec a été de 29 191 en 1999, en baisse par rapport au nombre approximatif de 50 000 en 1991 et 1992 (tableau 11).La diminution est importante.Le Québec n\u2019a accueilli que 15,4% du nombre total d\u2019immigrants qui ont choisi de vivre au Canada en 1999, ce qui contribue fortement à l\u2019affaiblissement de son poids démographique.Il faut signaler cependant que le nombre d\u2019immigrants admis au Canada a baissé quelque peu ces dernières années.Les niveaux d\u2019immigration internationale retenus pour les prochaines années ne laissent pas entrevoir de changement important à cette situation, même si le gouvernement québécois a annoncé son intention de hausser les quotas admissibles à l\u2019entrée.Tableau 12 Distribution des immigrants selon la catégorie et l\u2019année, Québec, 1980-1999 \t\t\t\tWm\t39 ' 1980\t32,9\t31,2\t35,9\t100\t22 538 1985\t40,9\t46,4\t12,7\t100\t14 884 1990\t22,5\t60,4\t17,1\t100\t40 842 1995\t35,7\t41,8\t22,5\t100\t27 222 1996\t31,0\t39,1\t29,9\t100\t29 772 1997\t29,5\t42,8\t27,8\t100\t27 684 1998\t26,0\t50,0\t23,5\t100\t26 509 1999\t25,8\t49,1\t25,1\t100\t29 179 1998 et 1999 : Données provisoires.Source: Données révisées, Institut de la statistique du Québec, www.stat.gouv.qc.ca Aspects démographiques Les changements sociaux 28 Tendances de la société québécoise La moitié des immigrants sont des personnes indépendantes Un quart des immigrants sont des réfugiés, un autre quart environ sont des personnes qui viennent dans le cadre du programme de réunification des familles et environ la moitié sont des immigrants indépendants (tableau 12).L'origine nationale des immigrants qui entrent au Québec est fort diversifiée (tableau 13).La France vient au premier rang des pays qui ont fourni le plus fort contingent d\u2019immigrants au cours des récentes années soit 8,6 % de l\u2019ensemble entre 1995 et 1999, suivie de la Chine (6,5%), de l\u2019Algérie (5,8%), de l\u2019ex-Yougoslavie (5,8%) et de l\u2019ex-URSS (5,6%).Viennent ensuite Haïti, l\u2019Inde et le Maroc.On consultera le tableau 13 pour la liste complète des principaux pays d\u2019origine des nouveaux immigrants récemment entrés au Québec.Le solde migratoire total est en baisse depuis 1993 Le Québec avait un solde migratoire négatif jusqu\u2019en 1980.Cette tendance avait été renversée par la suite, le solde migratoire étant largement positif jusqu\u2019en 1993 (voir plus haut le tableau 11).Depuis cette date, il est de nouveau en baisse, tout en restant positif*.Le solde migratoire interprovincial se détériore En fait, c\u2019est le solde migratoire inter- Tableau 13 Nombre d\u2019immigrants selon le pays de naissance, au total (en nombre et en %) pour la période 1995-1999 et rang du pays d'origine \t\tB\t France\t1\t12 135\t8,6 Chine\t2\t9 119\t6,5 Algérie\t3\t8 103\t5,8 Ex-Yougoslavie\t4\t7 877\t5,6 Ex-URSS\t5\t7 859\t5,6 Haïti\t6\t7 438\t5,3 Inde\t7\t5 490\t3,9 Maroc\t8\t4 942\t3,5 Roumanie\t9\t4 882\t3,5 Bangladesh\t10\t3 797\t2,7 Sri Lanka\t11\t3 577\t2,5 Liban\t12\t3 546\t2,5 Hong Kong\t13\t3 445\t2,5 Philippines\t14\t3 351\t2,4 Pakistan\t15\t3 086\t2,2 Autres\t-\t51 719\t36,8 Total, tous les pays\t\t140 366\t100 Source: Institut de la statistique du Québec, www.stat.gouv.qc.ca, Tendances de la société québécoise 29 Tableau 14 Migrations inter provinciales, entrants et sortants du Québec en % et solde migratoire selon la région, Québec, 1975-1999 \t\t\t\t\t\t\t\t Atlantique\t16,4\tEntrants au Québec à partir de 16,9\t14,2\t14,6\t13,9\t\t\t\t13,3\t116 793\t15,4 Ontario\t66,1\t61,3\t68,6\t64,8\t64,1\t63,0\t481 500\t63,4 Prairies/T.N.\t-0.9,2\t14,1\t10,9\t10,0\t8,8\t11,1\t95 586\t12,6 C.-B.\t8,3\t7,8\t6,3\t10,6\t13,1\t12,5\t65 614\t8,6 \t\t\tSortants du Québec vers\t\t\t\t\t Atlantique\t19,4\t9,5\t10,6\t9,9\t8,5\t8,7\t140 408\t11,5 Ontario\t58,8\t59,6\t66,5\t65,6\t68,1\t72,3\t798 989\t65,7 Prairies/T.N.\t-0.13,1\t20,9\t11,7\t9,5\t13,2\t9,6\t152 619\t12,6 C.-B.\t8,7\t10,0\t11,2\t15,0\t9,8\t9,3\t124 551\t10,2 \t\tSolde migratoire interprovincial\t\t\t\t\t\t Total\t-12 340\t-24 283\t-9 567\t-10 248\t-15 940\t-15 008\t-457 074\t \u2022 Le total inclut vingt-huit années, soit de 1972 à 1999 Source: Institut de la statistique du Québec, www.stat.gouv.qc.ca.provincial qui se détériore.Celui-ci avait toujours été négatif depuis les années i960.Ce solde négatif avait même été fort important après l\u2019élection en 1976 du premier gouvernement du Parti Québécois, et ce jusqu\u2019en 1983, avant de se redresser par la suite.Le solde négatif est de nouveau en hausse depuis le début des années 1990, le Québec ayant connu une perte nette de 15 008 personnes dans ses échanges de migrants avec les autres provinces canadiennes en 1999 (tableau 14).Les migrations d\u2019une province à l\u2019autre sont fort importantes au Canada, et il en va de même dans le cas du Québec.En 28 ans, le Québec a perdu 457 074 personnes dans ses échanges de population avec le reste du Canada.Rappelons que d\u2019autres provinces canadiennes ont aussi eu un solde migratoire négatif important au cours de la même période, de même que plusieurs États américains de taille comparable à celle du Québec dans leurs échanges de population avec d'autres États.Outre l\u2019incertitude qui entoure l\u2019avenir du Québec, bien d\u2019autres facteurs expliquent les mouvements de population d\u2019une région à l\u2019autre, notamment des facteurs économiques.Une migration vers l'Ontario Où vont les Québécois qui migrent ailleurs au Canada?En Ontario, d\u2019abord, et de loin.La proportion des migrants québécois qui choisissent de s\u2019y établir est maintenant d\u2019environ trois sur quatre, et cette proportion est en constante augmentation depuis les années 1970.Les Prairies suivent en attirant 9,6% des migrants en 1999, suivies de la Colombie-britannique (9,3%) et de la région de l\u2019Atlantique (8,7%) (tableau 14).Il y a un très net changement dans la destination choisie par les personnes sortant du Québec depuis 1975 : la part de l\u2019Ontario se consolide à un niveau fort élevé et celle Aspects démographiques Les changements sociaux 30 Tendances de la société québécoise de la Colombie-Britannique, qui avait augmenté durant les dernières années, a régressé à cause des difficultés économiques que rencontre cette province dont l\u2019économie est axée sur l\u2019exploitation des ressources naturelles.La part des provinces de l\u2019Adantique a régressé de moitié depuis les années 1970, et la tendance se maintient à la baisse.D\u2019où viennent les Canadiens qui migrent vers le Québec?Cette fois encore, l\u2019échange de population avec l\u2019Ontario domine largement: celle-ci a fourni un peu moins des deux tiers des personnes nouvellement établies au Québec en 1999 en provenance d\u2019une autre province.Les provinces de l\u2019Atlantique suivent avec 13,3% de l\u2019ensemble, la Colombie-Britannique avec 12,5 % et les Prairies avec 11,1 %.La provenance des entrants au Québec a été assez stable depuis vingt ans, contrairement à ce qui s\u2019est passé pour les sortants qui ont plutôt tendance à se diriger en large majorité vers trois provinces.Il faut aussi noter une certaine progression de la proportion de personnes Tableau 15 Migration inter provinciale selon le groupe d'âge, Québec, 1998-99 \t\t 0-19\t27,6\t26,8 20 - 29\t31,2\t28,3 30 - 39\t20,6\t21,2 40 - 49\t10,2\t10,3 50 - 64\t6,4\t7,4 65 et +\t3,8\t5,8 Total\t% N\t100 24 226\t100 39 908 Année : du 1er juillet au 30 juin.Source: Institut de la statistique du Québec, www.stat.gouv.qc.ca.entrant au Québec en provenance de la Colombie-Britannique, qui reste cependant loin derrière l\u2019Ontario.Celle-ci demeure la première province avec laquelle se font les migrations interprovinciales qui impliquent des Québécois.Les jeunes migrent davantage à l'entrée comme à la sortie La migration interprovinciale touche davantage les jeunes que les autres groupes d\u2019âge.Plus de la moitié des entrants et des sortants ont moins de 30 ans (tableau 15).11 n\u2019y a pas vraiment de différences importantes entre l\u2019âge des entrants et l\u2019âge des sortants, qui migrent sensiblement dans les mêmes proportions.À peu près autant de jeunes entrent au Québec qu\u2019il y en a qui sortent.Le seul groupe d\u2019âge qui se distingue quelque peu est celui des personnes ayant atteint l\u2019âge de la retraite, qui sont plus nombreuses à quitter le Québec qu\u2019à s\u2019y établir en provenance de l\u2019extérieur.La création de ménages augmente plus vite que la population Le nombre de ménages a augmenté beaucoup plus rapidement que la population québécoise de 1961 à 1996.La croissance de la population en vingt cinq ans a été de 38% et celle du nombre de ménages de r37% (graphique 7).Le ménage ne doit pas être confondu avec la famille.Un ménage est une unité de vie autonome et il faut faire une adéquation entre ménage et logement.Une personne qui vit seule forme un ménage, tout comme une famille comptant cinq enfants.Si la création de ménages augmente plus vite que la population, cela signifie que les individus vivent dans des unités de plus en plus petites et que celles-ci se multiplient.Quand un couple divorce par exemple et Tendances de la société québécoise 31 Graphique 7 Taux de croissance des ménages et de la population (1961=100), Québec, 1961-1996 250\t250 - 200 - 150 100 50-\t-50 Ménages Population Source: Calculs de l'auteur d\u2019après les données du Recensement et les données de l'ISQ.que les deux ex-conjoints occupent chacun un logement en propre, il s\u2019ensuit que le nombre de ménages a augmenté sans que la population ne change pour autant.Plusieurs facteurs expliquent cet écart entre population et ménages.La hausse du nombre de divorces et la migration des jeunes vers les villes ont contribué à faire augmenter le nombre de nouveaux ménages.L\u2019aide de dernier recours est aussi un facteur qui a fortement encouragé la croissance du nombre de ménages (voir plus loin).Enfin, l\u2019augmentation de l\u2019es- pérance de vie amène plus de personnes âgées à vivre seules plus longtemps, fréquemment dans de petits logements.Enfin, le nombre de ménages multifami-liaux est en forte baisse, sinon en disparition, les membres apparentés de différentes familles préférant vivre séparément.La création de nouveau ménages a été une source de croissance pour l\u2019économie (plus de logements, achat de biens durables dans les foyers, etc.) mais il est à prévoir que cette croissance des ménages Aspects démographiques Les changements sociaux 32 Tendances de la société québécoise Familles et modes de vie La famille a longtemps été présentée comme la cellule de base de la société et elle reste centrale dans l\u2019imaginaire de la vie collective.Un ministère lui est même consacré (ministère de la Famille et de l\u2019Enfance) et un conseil s\u2019occupe d\u2019aviser l\u2019État des politiques à adopter.Comment se présente le portrait de la famille dans la société québécoise?Nous nous limiterons ici à un examen de statistiques sur ce qu\u2019on peut appeler les unités de vie, examen qui nous en apprend cependant beaucoup sur la place qu\u2019occupe la famille dans la société contemporaine.Désaffection vis-à-vis du mariage comme institution Le nombre absolu de mariages est tombé de moitié depuis 1970, alors que la population augmentait par ailleurs (graphique 8).Au total 23 008 mariages ont été célébrés en 1999, contre 51 690 en 1975.L\u2019âge moyen au premier mariage a nettement augmenté en cinq ans, atteignant 27,7 ans pour les femmes et de 29,6 ans pour les hommes en 1997.On peut en fait parler d\u2019une véritable désaffection envers le mariage, qui apparaît de moins en moins comme une institution normative aux yeux des nouveaux couples.D\u2019après le Recensement de 1996, le quart de tous les couples québécois (24,4%) vivaient en union libre contre 19 % en 1991 (tableau 16).Cette proportion dépasse un couple sur deux dans les jeunes ménages, soit 76,5% chez les jeunes couples dans lesquels la femme a moins de 24 ans et 52,9 % chez ceux dans lesquels elle a entre 25 et 29 ans.Après l\u2019âge de 30 ans, la proportion de couples mariés augmente sensiblement.Il y a ici à la fois un effet d\u2019âge et un effet de génération.Lorsqu\u2019ils vieillissent, les couples ont tendance à se marier, surtout lorsqu\u2019ils envisagent d\u2019avoir des enfants.Mais cet effet d\u2019âge s\u2019atténue d\u2019une génération à l\u2019autre car les nouvelles générations se marient moins, même à un âge plus avancé.Il faudra attendre que les jeunes générations vieillissent pour mesurer l\u2019ampleur de la désaffection vis-à-vis du mariage.Fait à signaler, la désaffection vis-à-vis du Tableau 16 Types d'union des couples selon l'âge de la femme, Québec, 1996 \t\t\t\t 15-24\t23,5\t76,5\t100\t78 345 25-29\t47,1\t52,9\t100\t149 018 30-39\t67,0\t33,0\t100\t455 485 40-49\t82,0\t28,0\t100\t401 810 50-59\t90,0\t10,0\t100\t272 315 60 et +\t96,1\t3,9\t100\t283 565 Total\t75,6\t24,4\t100\t1 640 535 Source : Calculs de l'auteur d'après les données publiées par HSQ. Tendances de la société québécoise 33 Graphique 8 Nombre de mariages et de divorces, en milliers, Québec, 1970-1999 60 000 60 000 50 000-.40 000- Mariages 30 000 Divorces 20 000 10 000 -\t50 000 -40 000 -\t30 000 -\t20 000 -10 000 0 CO en Source: Institut de la statistique du Québec, www.stat.gouv.qc.ca (données révisées, juin 1999) mariage est beaucoup plus prononcée au Québec qu\u2019ailleurs au Canada.De plus en plus de naissances hors mariage La proportion de naissances hors mariage a continué de s\u2019accroître, au point de dépasser une naissance sur deux (56,1% en 1998, voir le tableau 5 plus haut).Cette proportion est encore plus élevée pour les naissances de rang un (64,7% en 1998).Il faut noter la forte progression de ce phénomène en moins de dix ans et il s\u2019agit ici d\u2019une mutation majeure et radicale, parallèle à la désaffection vis-à-vis du mariage.Une étude de Louis Duchesne révèle d\u2019importantes variations régionales dans la proportion des naissances hors mariage5.En Abitibi-Témiscamingue, en Gaspésie et sur la Côte-Nord, plus des deux tiers des naissances sont issues de parents non mariés et dans la région de Montréal, cette proportion, qui est stable depuis 1990, se situe à 39% seulement.Les différences sont encore plus considérables entre les municipalités, le phénomène étant moins marqué dans celles où se trouve une forte présence anglophone, notamment à l\u2019ouest de Montréal, là où l\u2019union libre est aussi beaucoup moins répandue.Hausse tendancielle du divorce Le nombre total de divorces tourne autour de vingt mille depuis dix ans, mais il a tendance à diminuer quelque peu, sans doute parce qu\u2019il y a moins de couples mariés susceptibles de divorcer.En fait cette relative stabilité en nombre absolu est trompeuse, car l\u2019incidence du divorce augmente très nettement d'une génération à l\u2019autre.Le tableau 17 est très révélateur Familles et modes de vie Les changements sociaux 34 Tendances de la société québécoise Tableau 17 Proportion (%o) des mariages rompus par un divorce à certaines durées depuis le mariage selon l'année du mariage (1964-1992), Québec WÊÊÊÊÊ\t\t\t\t\t \t\t\t\t\t 1964\t1,3\t39,8\t109,0\t163,8\t209,9 1965\t4,9\t55,6\t123,8\t179,2\t227,3 1966\t8,4\t65,9\t131,3\t188,1\t238,6 1967\t11,4\t78,1\t146,1\t203,1\t254,5 1968\t15,1\t86,2\t151,7\t209,1\t259,8 1969\t19,3\t93,2\t163,6\t223,7\t274,1 1970\t23,9\t98,6\t171,9\t235,0\t285,0 1971\t31,2\t108,6\t182,6\t246,6\t296,9 1972\t33,9\t120,4\t197,3\t262,7\t311,9 1973\t39,0\t128,2\t206,5\t271,1\t319,8 1974\t43,2\t135,8\t211,6\t274,8\t323,4 1975\t46,9\t144,2\t226,7\t291,3\t339,9 1976\t54,0\t151,5\t236,4\t297,7\t345,5 1977\t57,5\t156,4\t238,5\t297,6\t345,7 1978\t62,5\t164,8\t248,1\t307,7\t 1979\t65,3\t172,7\t256,6\t316,3\t 1980\t60,5\t172,7\t256,2\t315,2\t 1981\t60,5\t177,7\t257,4\t315,8\t 1982\t69,5\t182,2\t267,3\t326,2\t 1983\t78,0\t192,4\t\t\t 1984\t87,1\t201,4\t\t\t 1985\t94,3\t208,2\t\t\t 1986\t105,5\t214,3\t\t\t 1987\t108,6\t224,6\t\t\t 1988\t108,2\t\t\t\t 1989\t117,8\t\t\t\t 1990\t125,2\t\t\t\t 1991\t127,4\t\t\t\t 1992\t128,5\t\t\t\t Note : Le tableau se lit ainsi : Si l\u2019on suit 1000 mariages célébrés en 1971, 31 sont rompus par un divorce après 5 ans, 109 après 10 ans, 247 après 20 ans et 297 après 25 ans de mariage, noces d'argent qui auraient dues être célébrées en 1996.Les divorces d'avant 1969 ne sont pas inclus.Les zones en caractères gras indiquent que les nombres ont été estimés avec les derniers taux disponibles.Source: Institut de la statistique du Québec, www.stat.gouv.qc.ca. Tendances de la société québécoise 35 Tableau 18 Proportion (%o) des nouveaux divorcés à certaines durées depuis le mariage selon l'année du mariage (1964-1992, Québec ni iuUàiAiUUaUli\t\t\t\tSB ¦\t \t\t\t\t\t 1964\t1,3\t38,5\t69,2\t54,8\t46,1 1965\t4,9\t50,7\t68,2\t55,4\t48,1 1966\t8,4\t57,5\t65,4\t56,8\t50,5 1967\t11,4\t66,7\t68,0\t57,0\t51,4 1968\t15,1\t71,1\t65,5\t57,4\t50,7 1969\t19,3\t73,9\t70,4\t60,1\t50,4 1970\t23,9\t74,7\t73,3\t63,1\t50,0 1971\t31,2\t77,4\t74,0\t64,0\t50,3 1972\t33,9\t86,5\t76,9\t65,4\t49,2 1973\t39,0\t89,2\t78,3\t64,6\t48,7 1974\t43,2\t92,6\t75,8\t63,2\t48,6 1975\t46,9\t97,3\t82,5\t64,6\t48,6 1976\t54,0\t97,5\t84,9\t61,3\t47,8 1977\t57,5\t98,9\t82,1\t59,1\t48,1 1978\t62,5\t102,3\t83,3\t59,6\t 1979\t65,3\t107,4\t83,9\t59,7\t 1980\t60,5\t112,2\t83,5\t59,0\t 1981\t60,5\t117,2\t79,7\t58,4\t 1982\t69,5\t112,7\t85,1\t58,9\t 1983\t78,0\t114,4\t\t\t 1984\t87,1\t114,3\t\t\t 1985\t94,3\t113,9\t\t\t 1986\t105,5\t108,8\t\t\t 1987\t108,6\t116,0\t\t\t 1988\t108,2\t\t\t\t 1989\t117,8\t\t\t\t 1990\t125,2\t\t\t\t 1991\t127,4\t\t\t\t 1992\t128,5\t\t\t\t Note : Le tableau se lit ainsi : Si l\u2019on suit 1000 mariages célébrés en 1971, 31,2 ont été rompus par un divorce après 5 ans, 77,4 ont été rompus entre la 6e et la 10e année de mariage, 74,0 l\u2019ont été entre la 11e et la 15' année du mariage, 65 entre la 16e et la 20'' année et 50,3 entre le 21e et la 25e année.Dans toutes les colonnes, il s'agit de nouveaux divorcés.Les divorces d\u2019avant 1969 ne sont pas inclus.Les zones en caractères gras indiquent que les nombres ont été estimés avec les derniers taux disponibles.Source: Institut de la statistique du Québec, www.stat.gouv.qc.ca.Familles et modes de vie Les changements sociaux 36 Tendances de la société québécoise de cette tendance : quelle que soit la durée du mariage, le taux de rupture d\u2019union augmente de façon régulière d\u2019une cohorte annuelle de mariés à l\u2019autre.Considérons un exemple.Quelle est la proportion de couples mariés en 1974 qui n\u2019ont pas fêté leurs noces d\u2019argent en 1998 ?Elle est de 32,3 %, soit plus précisément 323,4 sur mille.Cette proportion était plus faible pour la cohorte des couples mariés en 1964, soit 21% après 25 ans de mariage.Les diverses colonnes du tableau 17 montrent clairement qu\u2019à mesure qu\u2019on se rapproche des années récentes, les chances de divorcer augmentent.Ainsi, cette tendance est particulièrement évidente pour les jeunes couples qui divorcent plus fréquemment après cinq ans de mariage, par exemple, soit 13 % des couples mariés en 1992.Comme on le voit dans la première colonne du tableau 17, cette proportion ne cesse d\u2019augmenter depuis le milieu des années soixante.Les effets de génération apparaissent mieux lorsqu\u2019on examine les proportions de nouveaux divorcés après une certaine durée du mariage (tableau 18).On voit nettement une hausse tendancielle du taux de divorce dans les quinze premières années du mariage.Au delà de cette période, les proportions de nouveaux divorces sont assez stables d\u2019une année à l\u2019autre et il n\u2019y a pas de hausse tendancielle observable dans les cohortes de mariés depuis l\u2019année 1964.Par exemple, après 21 ans de mariage, on observe une proportion de nouveaux divorcés de 46,1 dans la cohorte des personnes mariées en 1964 et de 48,1 dans celle des mariés en 1977.Il faudra évidemment attendre encore un certain temps avant de savoir si les personnes mariées dans les années rg8o et t990 fêteront leurs noces d\u2019argent dans les années 2005-2015 dans les mêmes proportions.II est cependant permis de penser que l\u2019effet de génération va se poursuivre et que les nouvelles cohortes vont connaître des taux de divorces plus élevés que les précédentes à durée de mariage égale.Cet effet de génération contribuera sans doute à accroître les taux de divorces dans les années à venir.Plus de la moitié des divorces survenus en 1997 ont eu lieu après moins de quinze Tableau 19 Distribution des divorces selon l\u2019année de mariage, Québec, 1985-1997 \t\t\t\t 0-4\t14,7\t18,1\t18,7\t12,3 5-9\t26,5\t22,2\t21,1\t23,3 10-14\t22,2\t19,6\t16,2\t16,7 15-19\t15,1\t16,1\t15,4\t14,9 20-24\t9,3\t11,3\t13,3\t14,2 25 et +\t12,2\t12,3\t14,7\t17,3 non déclaré\t0,0\t0,4\t0,7\t0,3 Total\t%\t15 814\t20 398\t20 133\t17 478 N\t100\t100\t100\t100 Source: Institut de la statistique du Québec, www.stat.gouv.qc.ca (calculs de l'auteur). Tendances de la société québécoise 37 ans de mariage, alors que cette proportion était plus élevée dix ans auparavant (tableau ig).Au cours des années qui ont suivi l\u2019adoption de la Loi qui a légalisé le divorce en ^69, il semble que les ménages formés de conjoints plus âgés ou mariés depuis plusieurs années aient eu moins tendance à rompre leur union que les jeunes ménages.Au fil des années, le divorce est devenu plus fréquent dans tous les groupes d\u2019âge.Ce résultat est congruent avec l\u2019observation précédente d\u2019une hausse tendancielle du taux de rupture des unions conjugales.Diversité grandissante des modes de vie familiaux et non familiaux Les modes de vie familiaux et non familiaux sont de plus en plus diversifiés, tant sur le plan synchronique \u2014 coupe transversale \u2014 que diachronique, c\u2019est-à-dire au cours du cycle de vie des individus.Les normes qui régissaient la vie en commun jusqu\u2019à récemment dans l\u2019histoire québécoise sont beaucoup moins marquantes et cette absence de norme commune se reflète dans les types de modes de vie.Rendre compte de cette diversité exige de considérer sous plusieurs angles les statistiques disponibles et de prendre un peu distance avec les catégories des sta- tisticiens qui ne reflètent pas toujours adéquatement les mutations en cours6.Deux tableaux bâtis à partir des données du dernier recensement donneront une vue d\u2019ensemble des ménages et des individus qui y vivent.Nous avons distingué dans le premier cinq types de ménages (tableau 20).Les couples avec enfant présent au foyer représentent le tiers d\u2019entre eux au Québec.Cette donnée à elle seule révèle bien l\u2019ampleur des changements survenus en quelques décennies seulement.L\u2019unité de vie typique dans la société n\u2019est plus le couple entouré d\u2019enfants.Les couples sans enfant présent représentent une catégorie de ménages en forte croissance et ils comptent pour 22,4% du total.Nous reviendrons sur ce type de ménage plus loin.Si l\u2019on additionne les couples avec et sans enfant présent, on note un autre changement majeur: les couples ne forment plus que la moitié des ménages environ.La vie de couple tout comme la vie familiale en présence d\u2019enfant ne sont donc plus des modes de vie aussi dominants.On ne peut plus parler de norme contraignant les modes de vie, qui paraissent au contraire plus éclatés.Trois types de ménages quasi inexistants il y a encore cinquante ans se Tableau 20 Typologie des ménages, Québec, 1996 Types____________________________________N______________________________% Couples avec enfant\t977 085\t33,0 Couples sans enfant présent\t663 445\t22,4 Familles monoparentales\t309 440\t10,5 Ménages non familiaux\t240\t000\t8,1 Personnes seules 769 830\t26,0 Total\t2 959 800\t100 Source: Calculs de l'auteur d\u2019après les données de l'ISQ.Familles et modes de vie Les changements sociaux 38 Tendances de la société québécoise partagent maintenant la moitié des unités ou des ménages.Les familles monoparentales regroupent un ménage sur dix, les ménages non familiaux un peu moins et les personnes seules composent plus du quart des ménages du Québec.Le second tableau donne une vue d\u2019ensemble du milieu de vie des individus, une vue d\u2019ensemble des ménages dans lesquels ils vivent en distinguant les adultes et les enfants.Si les ménages formés de personnes seules représentent le quart de tous les ménages, on n\u2019y trouve cependant que 10,8% de tous les individus, ou encore 15,8% des adultes (tableau 21).Plus de la moitié des Québécois (52,5%) vivent dans des familles biparentales et c\u2019est le cas de 80% de tous les enfants, mais de seulement 46,4 % des adultes.Les ménages bifamiliaux représentent le tiers de tous les ménages, certes, mais ils regroupent encore plus de la moitié de la population totale.Une personne sur 10 vit dans une famille monoparentale, soit 6,4% des adultes et 20 % des enfants.Enfin, le quart des adultes (27%) vit dans un couple seul et 11 % dans des ménages non familiaux.Nous pouvons tirer trois conclusions de cet examen des unités de vie.Tout d\u2019abord, seulement 46,4°/o des adultes vivent en présence quotidienne d\u2019enfants dans leur ménage.L\u2019enfant occupe un espace plus limité qu\u2019aupa-ravant dans la vie des adultes parce qu\u2019ils en ont moins et parce qu\u2019ils y vivent plus longtemps.Les adultes de la première moitié du siècle passaient la majeure partie de leur vie à s\u2019occuper d\u2019enfants, après avoir eux-mêmes été élevés dans des familles nombreuses.Le rapport à l\u2019enfant, on le voit, est sans doute l\u2019un des changements majeurs qui caractérisent les modes de vie contemporains.Ce qui frappe ensuite dans ces données, c\u2019est le fait que les individus vivent finalement dans des unités de très petite taille, très souvent seuls ou encore en couples.Les couples qui ont des enfants en ont peu \u2014 nous le verrons plus loin \u2014 et leurs ménages sont donc aussi de taille réduite.À cela s\u2019ajoute la mobilité des modes de vie au cours du cycle de vie: Tableau 21 Types de ménages dans lesquels vivent les individus, adultes et enfants, Québec, 1996 \t\t\t Familles biparentales\t40,0\t79,8\t52,5 couples mariés\t31,4\t64,5\t41,8 couples en union libre\t8,6\t15,3\t10,7 Familles monoparentales\t6,3\t20,2\t10,7 Couples sans enfant présent\t27,2\t-\t18,6 Ménages non familiaux\t10,8\t-\t7,4 Personnes seules\t15,7\t-\t10,8 Total\t%\t100\t100\t100 N\t4 889 385\t2 249 410\t7 138 795 Source : Recensement de 1996, calculs de l'auteur. Tendances de la société québécoise 39 la probabilité de vivre une certaine période de temps plus ou moins prolongée dans une unité de taille réduite est très élevée.Signalons enfin qu\u2019il existe maintenant une distance plus grande entre le mode de vie des individus et le mode d\u2019occupation de l\u2019espace habité, ce dernier apparaissant davantage fractionné.C\u2019est là une conclusion fort importante qu\u2019il faut tirer de cet examen des statistiques.Famille et ménage ne se recoupent plus aussi étroitement, ce qui a des implications pour les politiques municipales ou les politiques publiques de l\u2019État (système de garde, politiques de santé, etc.).Le couple sans enfant présent à la maison : un nouveau mode de vie Les types de ménages changent dans le temps.Avant les années 1930, les individus vivaient presque en totalité en familles.Les ménages multifamiliaux représentaient une proportion non négligeable et très peu de personnes vivaient seules.Les célibataires vivaient avec d\u2019autres personnes ou encore en communauté.La famille nucléaire s\u2019est imposée avec l\u2019avè- nement de la société de consommation et l\u2019urbanisation accélérée.Puis on a assisté à la croissance du nombre de ménages formés de personnes vivant seules dans les années i960 et 1970.Avec les années 1990 s\u2019impose un nouveau type de ménages qui gagne en importance et croit plus vite que tous les autres : le couple sans enfant présent à la maison.L\u2019allongement de l\u2019espérance de vie et la baisse de la natalité sont les deux facteurs qui ont causé la forte croissance de ce type de ménages.À côté des personnes vivant seules et des familles avec enfants présents à la maison s\u2019impose donc une nouvelle catégorie modale de ménages qui ont des comportements de consommation et des habitudes de vie différentes des autres dont on commence à découvrir l\u2019importance et les caractéristiques propres.Il y avait 1 640 535 couples au Québec en 1996.Au total, 40% d\u2019entre eux n\u2019avaient pas d\u2019enfant présent à la maison (tableau 22).On retrouve dans ces couples plus d\u2019un adulte sur quatre au Québec (précisément 27 %) et ils comptent pour plus d\u2019un ménage sur cinq.Le mode de vie Tableau 22 Tÿpologie des couples selon l'état civil et la présence d'enfants, Québec, 1986 et 1996 \t\t Couples avec enfant\t64,1\t59,6 Mariés\t59,5\t46,8 Union libre\t4,6\t12,8 Couples sans enfant présent\t35,9\t40,4 Mariés\t27,9\t28,8 Union libre\t8,0\t11,6 Total\t%\t100\t100 N\t1 498 690\t1640 535 Source : Recensement du Canada, compilation effectuée par ('ISO, calculs de l'auteur.Familles et modes de vie Les changements sociaux 40 Tendances de la société québécoise en couple sans enfant présent est donc devenu en quelques années un mode de vie important sur le plan statistique, au moins aussi important que le mode de vie en solitaire qui a davantage retenu l\u2019attention.La proportion des couples sans enfant présent est en hausse et il est à prévoir que le phénomène deviendra plus important dans les années à venir.À noter enfin que ces couples ont aussi de plus en plus tendance à vivre en union libre.Les types de familles changent La famille n\u2019est plus la catégorie dominante parmi les ménages, puisque plus de la moitié d'entre eux (56,5 %) ne sont pas des ménages familiaux au sens strict.La famille est par ailleurs encore le milieu de vie important, mais moins de la moitié des adultes s\u2019y retrouve, les autres vivant dans des unités non familiales au sens strict.Avant d\u2019examiner plus avant les statistiques, une question préalable s\u2019impose: comment définir la famille?Répondre à cette question est devenu complexe, on le sait.Nous n\u2019entrerons pas dans le débat qui entoure cette question, qu\u2019il faut cependant évoquer car la définition statistique diffère des définitions sociologiques courantes.Ainsi, les données officielles incluent-elles les couples sans enfant présent, qui sont considérés comme des familles économiques-*.Nous proposons plutôt de caractériser la famille comme une unité dans laquelle se trouve au moins un enfant présent.Bien entendu, un couple dont les enfants n\u2019habitent plus au foyer forme encore une famille, mais nous préférons du point de vue sociologique parler d\u2019un couple sans enfant présent pour en caractériser les modes de vie.Les modes de vie changent avec le départ des enfants et il paraît en consé- quence nécessaire de distinguer les familles et les couples sans enfant présent.Dans ce cas, la famille devient un réseau et non plus une unité de vie au sens strict.En fait, il s\u2019agit là d\u2019une mutation majeure qui n'a pas assez retenu l\u2019attention.La famille au sens sociologique a maintenant deux formes bien distinctes : la famille institution \u2014 celle dans laquelle l\u2019enfant est en interaction quotidienne avec ses parents ou au moins l\u2019un d\u2019eux \u2014 et la famille réseau, celle qui est formée de liens maintenus entre membres consanguins appartenant à des unités de vie différentes.La famille réseau recoupe ce qu\u2019on appelait autrefois la famille étendue.Quatre changements majeurs ont marqué la famille contemporaine : \u2022\tl\u2019avènement de la famille à parent unique ou à parents vivant séparément (familles monoparentales) ; \u2022\tla mutation du type d\u2019union conjugale entre les parents ; \u2022\tla chute du nombre d\u2019enfants qui affecte la fratrie ; \u2022\tla recomposition des familles après une rupture d\u2019union.Considérons d\u2019abord la montée de la monoparentalité (tableau 23).Au total, 24% des familles avec enfant présent sont monoparentales, ce qui représente une hausse d\u2019environ 20% depuis dix ans.Ce type de familles continue de croître à un bon rythme.Les études montrent que les relations entre conjoints séparés ont changé au fil des années.La garde partagée est plus fréquente et il semble que les difficultés et divergences entre parents \u2014 forcément présentes dans les cas de divorces et de rupture \u2014 sont gérées de manière moins conflictuelle qu\u2019il y a quinze ou vingt ans.Les pères assument aussi plus fréquemment la garde des enfants, mais les femmes sont encore plus Tendances de la société québécoise 41 Tableau 23 Typologie des couples selon l'état civil et la présence d'enfants, Québec, 1986 et 1996\t\t \t\t Familles biparentales\t79,2\t76,0 Mariés\t73,5\t59,7 Union libre\t5,7\t16,3 Familles monoparentales\t20,8\t24,0 Père seul\t3,6\t4,4 Mère seule\t17,2\t19,6 Total\t%\t100\t100 N\t1 214 065\t1 286 525 Source: Recensement de 1996, calcul de l'auteur.nombreuses à le faire.Second changement majeur en cours : la mutation de l\u2019union entre parents.Si les familles monoparentales comptent pour le quart des familles avec enfant présent, on y retrouve seulement le cinquième de tous les enfants, simplement parce qu\u2019elles en ont moins que les familles qui comptent deux parents présents au foyer.La majorité des enfants (60%) sont donc élevés par des couples mariés et 16,3 % par des couples vivant en union libre.Avec la montée de la monoparentalité, le change- ment le plus marqué depuis dix ans est sans doute l\u2019augmentation de la proportion des familles biparentales dont les parents vivent en union libre.Mais cette statistique en coupe transversale ne donne pas une bonne idée de l\u2019ampleur du phénomène.Cette tendance à vivre en union libre va s\u2019accentuer dans l\u2019avenir, car les jeunes couples se forment davantage en dehors des liens du mariage.On a vu plus haut que la majorité des naissances surviennent maintenant dans les unions libres et à mesure que les unités familiales Tableau 24 Distribution des enfants selon la taille de la famille, Québec ,1986 et 1996 \t\t 1\t22,8\t25,7 2\t43,3\t45,1 3\t23,3\t21,3 4\t7,5\t5,8 5 et +\t5,1\t2,1 Total\t%\t100\t100 N\t2 222 085\t2 249 410 Source: Institut de la statistique du Québec, www.stat.gouv.qc.ca.Familles et modes de vie Les changements sociaux 42 Tendances de la société québécoise Tableau 25 Types de familles dans lesquelles sont élevés les enfants, Québec, 1996 \t\t\t\t\t \t\t\t\tE3\t 1\t47,7\t18,4\t33,9\t100\t578 380 2\t67,4\t15,2\t17,4\t100\t1 014 630 3\t74,3\t12,8\t12,9\t100\t478 800 4\t75,8\t12,0\t12,2\t100\t130 620 5 et +\t78,7\t9,9\t11,3\t100\t46 980 Total\t64,5\t15,3\t20,2\t100\t2 249 410 Source: www.statcan.ca formées de personnes plus âgées vont se transformer, la proportion des familles dont les parents vivent en union libre augmentera.Troisièmement, la taille moyenne des familles avec enfants présents continue de décroître avec la dénatalité (tableau 24).Un enfant sur quatre est maintenant élevé dans une famille à enfant unique et ce modèle de famille à enfant unique est en hausse.L\u2019historien E.Shorter qualifie ce type de familles de triade, pour bien montrer que la position de l\u2019enfant y est différente, celui-ci étant minoritaire devant deux adultes, sans interaction avec un frère ou une sœur, le plus souvent avec un nombre limité de cousins.La famille à deux enfants est en quelque sorte devenue la norme, comptant pour 45,1% de l\u2019ensemble.Un peu moins de trente pour cent (29,2%) des enfants ont au moins deux frères ou sœurs.Ces chiffres portent sur les enfants présents, et ils ne prennent pas en compte le départ éventuel d\u2019un enfant qui a quitté le foyer.Ils sous-estiment quelque peu la taille réelle du nombre d\u2019enfants que les couples ont eus, mais ils en donnent plutôt une vue d\u2019ensemble des caractéristiques des familles sur le plan transversal, au moment du recensement.Les parents mariés ont plus d\u2019enfants que les autres familles bi-parentales et que les familles monoparentales (tableau 25).Enfin, il existe peu de données statistiques d\u2019ensemble sur les familles recomposées.D\u2019après l'Enquête sociale générale de Statistique Canada menée en 1995, celles-ci compteraient pour 8,6% de l\u2019ensemble des familles, soit 2,6% avec enfant commun et 6 % sans enfant commun7. Tendances de la société québécoise 43 Aspects démolinguistiques L\u2019arrivée massive de nouveaux immigrants au Canada (et dans une moindre mesure au Québec) nous amène à analyser les aspects démolinguistiques selon de nouvelles approches.L\u2019indicateur langue maternelle est appelé à perdre de son importance au profit des indicateurs langue parlée à la maison et connaissance de l\u2019anglais et du français susceptible de permettre la participation à la vie civique commune dans les sociétés d\u2019accueil.11 faut en effet accorder plus d\u2019attention aux choix linguistiques que font les immigrants.À quelle communauté linguistique les nouveaux arrivants vont-ils s\u2019intégrer?Cette question est particulièrement importante pour le Québec, mais aussi pour les minorités de langue française dans le reste du Canada.En d\u2019autres termes, un tout nouveau contexte linguistique se dessine qui nécessite l\u2019examen de plusieurs indicateurs démolinguistiques différents.Nous en avons retenu trois : la langue maternelle, la langue parlée le plus souvent à la maison et la connaissance de l\u2019anglais et du français.La proportion de personnes de langue maternelle anglaise régresse Considérons d\u2019abord la langue maternelle.La proportion de personnes de langue maternelle française est stable au Québec depuis le début du siècle à environ 82% de l\u2019ensemble (tableau 26).Par ailleurs, la proportion de Québécois de langue maternelle anglaise a connu une Tableau 26 Langue maternelle des citoyens selon la région au Canada, 1951,1991 et 1996 \t\t¦FUT\t\t\t\t \t\t\t\t\t\t Nouveau-Brunswick\t1951\t63,1\t35,9\t1,0\t100\t515 697 \t1991\t65,1\t33,6\t1,3\t100\t723 895 \t1996\t65,5\t33,1\t1,4\t100\t729 625 Québec\t1951\t13,8\t82,5\t3,7\t100\t4 597 542 \t1991\t9,8\t82,1\t8,1\t100\t6 895 960 \t1996\t8,5\t82,2\t9,3\t100\t7 045 080 Ontario\t1951\t81,7\t7,4\t10,9\t100\t4 597 542 \t1991\t76,4\t5,0\t18,6\t100\t10 084 880 \t1996\t73,8\t4,6\t21,6\t100\t10 642 790 Canada sans Québec\t1951\t77,6\t7,3\t15,1\t100\t9 953 748 \t1991\t79,0\t4,8\t16,2\t100\t20 400 895 \t1996\t77,2\t4,5\t18,3\t100\t21 483 130 Canada\t1951\t59,1\t29,0\t11,9\t100\t14 009 429 \t1991\t61,5\t24,3\t14,2\t100\t27 296 855 \t1996\t60,2\t23,7\t16,1\t100\t28 528 125 \u2022 Les réponses multiples (français/anglais) ont été réparties au prorata de leur poids en 1991 et 1996.Le français ou l\u2019anglais et une autre langue ont été classés avec la langue officielle.Source : Statistique Canada Annuaire du Canada, 1993 et www.statcan.ca.Aspects démolinguistiques Les changements sociaux 44 Tendances de la société québécoise chute importante depuis 1951, chute qui s\u2019est accélérée dans les années 1970 et 1980 à cause du départ d\u2019une proportion importante de la communauté anglo-québécoise.La part des personnes n\u2019ayant déclaré ni le français ni l\u2019anglais comme langue maternelle augmente par ailleurs.Soulignons au passage que l\u2019on observe le même phénomène en Ontario, où la proportion de personnes de langue maternelle anglaise est aussi en régression, mais pour des raisons différentes : l\u2019immigration internationale massive dans cette province affecte le poids relatif des anglophones établis depuis longtemps.À la maison: domination du français, attirance de l'anglais Le français comme langue d\u2019usage à la maison est un indicateur plus significatif en terme de comportements.La majorité des Québécois (84%) parle le français à la maison (tableau 27).L\u2019anglais a attiré jusqu\u2019à présent plus de nouveaux locuteurs que le français chez les immigrants, puisqu\u2019au total la proportion de personnes qui parlent l\u2019anglais seulement à la maison (10,1%) est plus élevée que la pro- portion de personnes de langue maternelle anglaise.Les transferts linguistiques ont donc permis à la communauté anglo-québécoise d\u2019augmenter ses effectifs, contrant ainsi l\u2019impact négatif de la migration en dehors du Québec d\u2019une partie de ses membres.Nous avons estimé, dans le tableau 28, l\u2019ampleur des transferts linguistiques en comparant la langue maternelle et la langue parlée à la maison, ce qui permet de construire un indice de continuité linguistique.Au total, on peut estimer d\u2019après cet indicateur que la communauté anglophone a augmenté ses effectifs au Québec de 24% grâce à l\u2019intégration de personnes ayant adopté l\u2019anglais comme langue d\u2019usage à la maison, soit un apport de 158 330 personnes.Par ailleurs, 108 215 personnes ont adopté le français comme langue parlée à la maison.Au total, 40 °lo des transferts linguistiques ont été faits vers le français.Il y a cependant lieu de noter qu\u2019il y a ici un important effet de génération \u2014 bien dégagé dans les travaux de Charles Castongua/, les immigrants les plus âgés ayant opté plus fréquemment pour l\u2019anglais.La situation est en train de changer chez les plus jeunes à Tableau 27 Langue parlée à la maison selon la province de résidence, 1996 MSB1\t\t\t\t\t Français\t81,9\t30,1\t2,7\t0,8\t22,3 Anglais\t10,1\t68,4\t82,4\t89,5\t66,7 Autres langues\t5,8\t0,5\t12,4\t8,1\t9,0 Français et anglais\t0,9\t0,8\t0,3\t0,1\t0,4 Français et autres\t0,7\t-\t-\t-\t0,2 Anglais et autres\t0,4\t0,2\t2,1\t1,5\t1,4 Anglais français et autres\t0,2\t-\t-\t-\t- Total\t100\t100\t100\t100\t100 Français (au total)\t83,7\t30,9\t3,0\t0,9\t22,9 Source : Recensement du Canada, 1996, Données-échantillons (20%) www.statcan.ca, Tendances de la société québécoise 45 Tableau 28 Langue maternelle et langue parlée à la maison (français et anglais) et indice de continuité linguistique, selon la province, 1996 \t¦\t\t\t\t \t\t(1)\t(2)\t(2-1)\t Québec\tF\t5 784 635\t5 892 850\t108 215\t1,02 \tA\t659 210\t817 540\t158 330\t1,24 Ontario\tF\t520 860\t327 245\t-193 615\t0,63 \tA\t7 861 600\t9 029 250\t1 167 650\t1,15 Nouveau-Brunswick\tF\t245 095\t225 545\t-19 550\t0,92 \tA\t479 540\t506 145\t26 605\t1,05 Canada sans Québec\tF\t1 005 030\t649 675\t-355 355\t0,65 \tA\t16 598 115\t18 745 590\t2 147 475\t1,13 Canada total\tF\t6 789 665\t6 542 525\t-247 140\t0,96 \tA\t17 257 325\t19 563 130\t2 305 805\t1,13 \u2022 Chaque case de ce tableau comprend aussi les réponses multiples, Par exemple langue maternelle française au Québec : (F) 5 700 150 + (F A) 50 585 ?(F autres) 28 140 + (F A autres) 5 760 soit au total 5 784 635.Source : Recensement du Canada, 1996, Données-échantillons (20%), www.statcan.ca.cause des lois linguistiques qui les amènent à apprendre le français.11 faut souligner au passage les pertes importantes d\u2019effectifs que connaissent les communautés francophones en dehors du Québec qui, à cause des transferts linguistiques, sont en train de perdre le tiers de leur population d\u2019après les don- nées du dernier Recensement.En 1996, il y avait un million de personnes de langue maternelle française en dehors du Québec.Or, seulement 650 000 d\u2019entre eux affirment parler français à la maison, ce qui est un indicateur de l\u2019assimilation en cours [voir article p.186].Tableau 29 Distribution de la connaissance des langues officielles dans les différentes régions du Canada, 1996 \t\t\t\t Anglais\t5,1\t85,7\t87,4\t67,1 Français\t56,1\t0,4\t0,6\t14,3 Anglais et français\t37,8\t11,6\t10,1\t17,0 Ni anglais ni français\t1,0\t2,3\t1,9\t1,6 Total\t100\t100\t100\t100 Français (au total)\t93,9\t12,0\t10,7\t31,3 Anglais (au total)\t42,9\t97,3\t97,5\t84,1 Source : Recensement du Canada, 1996, Données-échantillons (20 %), www.statcan.ca Aspects démolinguistiques Les changements sociaux 46 Tendances de la société québécoise Le français, langue commune Langue connue par 94% de la population, le français est devenu la langue commune des Québécois (tableau 29).Une majorité d\u2019entre eux ne connaissent que le français (56,1%) et 37,8% se déclarent bilingues dans le Recensement de 1996.Le taux de bilinguisme est plus élevé au Québec que dans le reste du Canada ou il tourne autour de 10-12%.Le français et l'immigration Une faible proportion de nouveaux immigrants venant de l\u2019étranger ont le français comme langue maternelle (13,2% en 1999), mais cette proportion est en hausse depuis 1990 (tableau 30).La connaissance du français est cependant plus répandue chez les nouveaux immigrants (42,9 % en 1999) et 34,2 % d\u2019entre eux connaissaient l\u2019anglais.Polarisation linguistique accrue Il ressort des données présentées plus haut que le Canada est un pays polarisé sur le plan linguistique à l\u2019aube de l\u2019an 2000.La proportion de francophones hors Québec régresse dans l\u2019ensemble du pays (à signaler au passage que la communauté acadienne maintient cependant son poids démographique relatif au Nouveau-Brunswick, où elle a aussi acquis plus de pouvoir politique et économique) et les francophones du Canada se concentrent de plus en plus au Québec d\u2019après l\u2019indicateur langue maternelle (tableau 31).La concentration est encore plus forte d\u2019après l\u2019indicateur langue parlée à la maison, à cause de l\u2019importance des transferts linguistiques en milieux francophones canadiens.Deux raisons expliquent cette polarisation.Même si les communautés francophones en dehors du Québec sont dyna- Tableau 30 Langue maternelle des immigrants et connaissance des langues, Québec, 1980-1999 Langue maternelle_________________________Langues parlées Année\tFrançais\tAnglais\tAutres\tFrançais seulement\tFrançais et anglais\tAnglais seulement\tAutres 1980\t12,0\t10,9\t77,1\t20,7\t8,2\t18,0\t53,1 1985\t9,9\t9,8\t80,3\t24,5\t13,5\t25,2\t36,9 1990\t5,8\t3,7\t90,5\t19,5\t17,4\t21,2\t41,8 1991\t6,8\t3,7\t89,5\t20,9\t16,6\t23,2\t39,2 1992\t8,8\t4,0\t89,2\t21,2\t14,9\t24,5\t39,5 1993\t9,7\t5,6\t84,7\t18,9\t13,0\t23,3\t44,8 1994\t10,8\t4,9\t84,4\t20,6\t11,1\t21,8\t46,5 1995\t14,2\t4,4\t81,5\t25,4\t11,8\t21,7\t41,1 1996\t10,8\t3,8\t85,4\t27,5\t11,4\t22,8\t38,3 1997\t10,5\t3,1\t86,5\t25,0\t10,7\t21,2\t43,1 1998\t14,0\t3,0\t83,1\t26,9\t13,3\t17,5\t42,3 1999\t13,2\t2,8\t84,0\t27,7\t15,2\t19,0\t38,1 Source: Institut de la statistique du Québec, www.stat.gouv.qc.ca. Tendances de la société québécoise 47 Tableau 31 Distribution des francophones (définis d'après la langue maternelle) selon la province et l'année (1951 et 1996) \t\t\t Québec\t82,2\t85,3\t85,2 Ontario\t8,4\t7,6\t7,7 Nouveau-Brunswick\t4,6\t3,7\t3,6 Autres\t4,8\t3,4\t3,5 Total\t%\t100\t100\t100 (000)\t4 069\t6 643\t6 551 \u2022 Comprend les personnes qui ont identifié le français comme langue maternelle en même temps qu'une autre langue.Source: Statistique Canada, Annuaire du Canada, 1993, p, 128; données échantillons du Recensement du Canada 1996 (20%), www.statcan.ca.Calculs de l\u2019auteur.miques, elles connaissent un taux élevé de transferts linguistiques vers l\u2019anglais, particulièrement en Ontario et dans l\u2019Ouest du Canada.Mais surtout, l\u2019importance de l\u2019immigration au Canada est telle qu\u2019elle contribue fortement à la croissance du nombre d\u2019anglophones \u2014 puisque la grande majorité des 225 000 nouveaux arrivants qui s\u2019installent dans le reste du Canada chaque année adopte l\u2019anglais \u2014 affectant ainsi le poids relatif des francophones en dehors du Québec.Si le reste du Canada devient de plus en plus anglophone d\u2019après l\u2019indicateur de la langue parlée à la maison, le Québec de son côté affirme son caractère francophone, notamment avec la politique de francisation des immigrants qui s\u2019y installent, bien qu\u2019une partie d\u2019entre eux opte finalement pour l\u2019anglais dans leur vie privée.Deux lectures de la place du français au Canada La publication des données du recensement de 1996 sur les langues officielles a donné lieu à plusieurs débats publics.Deux lectures de la situation s\u2019opposent.La première, véhiculée par Patrimoine Canada et le Commissariat aux langues officielles, insiste sur la progression du nombre absolu des francophones en dehors du Québec et sur les progrès du français comme langue seconde au Canada anglais et de l\u2019anglais langue seconde au Québec, présentées comme deux tendances marquantes de l\u2019évolution de la connaissance des langues officielles.Les travaux du ministère du Patrimoine canadien minimisent l\u2019importance de l\u2019assimilation des francophones hors Québec.L\u2019auteur de l\u2019une de ces études écrit, en commentant l\u2019analyse des transferts linguistiques (proportion de personnes de langues maternelle française qui parlent le plus souvent anglais à la maison) : «Finalement, il est bon de rappeler que la grande majorité de ces soi-disant francophones assimilés peuvent encore parler le français9».Soit, mais si le français cède ainsi la place à l\u2019anglais dans le foyer, n\u2019est-ce pas le prélude à l\u2019assimilation ou à l\u2019anglicisation de la génération suivante?L\u2019auteur ajoute : «Toutefois, le débat sur la Aspects démolinguistiques Les changements sociaux 48 Tendances de la société québécoise vitalité des communautés ne peut ni ne devrait se réduire à une simple question de chiffres.L\u2019esprit, la détermination et le sentiment d\u2019identité d\u2019une communauté, voilà ce qui fait son dynamisme et pas uniquement le nombre de ses membres» (p.58).Fort bien, mais il faut rappeler que l\u2019assimilation et les transferts linguistiques sont moins élevés dans les régions où la concentration des francophones est la plus forte.Le nombre est donc important.La seconde perspective insiste sur la régression du poids relatif des francophones au Canada.Trois facteurs l\u2019expliquent: l\u2019assimilation et la baisse de la natalité des francophones d\u2019un côté, mais surtout l\u2019importance de l\u2019immigration venant de l\u2019étranger, qui a comme effet de faire baisser la proportion relative des francophones, puisque la très forte majorité des nouveaux arrivants s\u2019intégrent à la majorité de langue anglaise.Le Canada est en ce moment le pays occidental développé le plus ouvert à l\u2019immigration internationale.L\u2019une des conséquences de cette forte immigration, non voulue explicitement mais bien réelle, est de marginaliser les communautés francophones hors Québec, dont le poids relatif diminue.Dans ce contexte, l\u2019attrait de l\u2019anglais devient presque irrésistible, principalement dans les milieux où les francophones sont les plus minoritaires, d\u2019où une assimilation plus forte comme on le voit dans les Prairies.Autochtones et minorités visibles Le nombre d'Amérindiens et d'Inuit augmente Au dernier recensement, le Québec comptait autour de 72 000 personnes déclarant une identité autochtone ou métis, soit environ 1% de sa population totale.Les spécialistes estiment qu\u2019il y en aurait au moins 50 000 vivant hors réserve et qui n\u2019ont pas déclaré une identité autochtone lors du dernier recensement.Les autochtones sont moins nombreux au Québec qu\u2019ailleurs au Canada, où ils comptent pour 3,4% de la population dans le reste du Canada (leur poids total dans tout le Canada y compris le Québec étant de 2,8%).Les Amérindiens sont surtout concentrés dans l\u2019Ouest du Canada.Environ 9% d\u2019entre eux se retrouvent au Québec (tableau 32).Le nombre total d\u2019autochtones est en hausse à cause de la forte fécondité des familles, mais aussi à cause de la hausse du nombre de personnes qui ont déclaré une ascendance autochtone dans les derniers recensements, à la suite de la nouvelle affirmation identitaire des Amérindiens, Inuit et Métis.Le tableau 33 présente la distribution de la population autochtone entre les diverses nations que l\u2019on retrouve au Québec.Les Montagnais (20%), les Cris (18,2%) et les Mohawks (15,1%) sont les communautés les plus populeuses, suivies par les Inuit (12,8%).Les Amérindiens du Québec vivent en majorité dans des réserves (69,4%) et cette proportion est plus élevée qu\u2019au Canada où elle est de 58,5 % (tableau 34). Tendances de la société québécoise 49 Tableau 32 Répartition de la population d'identité autochtone, Québec et Canada, 1996 \t\t\t Indiens de l'Amérique du Nord\t66,1\t69,0\t68,8 Métis\t22,3\t26,5\t26,1 Inuit\t11,6\t4,5\t5,1 Total\t% vertical\t100\t100\t100 % horizontal\t8,9\t91,1\t100 N\t71 975\t7B3 585\t805 560 Source: Recensement du Canada, www.statcan.ca.La proportion d\u2019Amérindiens du Québec vivant dans les réserves est en constante régression depuis les années 1980.Les minorités visibles : concentrées à Montréal Une nouvelle question dans le Recensement de 1996 demandait aux répondants s\u2019ils appartenaient à l\u2019un des groupes de minorités visibles tels que définis dans la loi (11 groupes étaient donnés en exemple).La Loi canadienne sur l\u2019équité en matière d\u2019emploi définit les minorités visibles comme étant «les personnes, autres que les autochtones, qui ne sont pas de race blanche ou qui n\u2019ont pas la Tableau 33 Population des nations autochtones et inuit du Québec, en effectifs et en proportions, 1984-1998 \t\t\t\t\t\t \t\t\t\t\t\t Abénaquis\t779\t1,7\t1 811\t2,8\t1 907\t2,7 Algonquins\t4 030\t9,0\t7 323\t11,4\t8 144\t11,6 Attikameks\t3 201\t7,1\t4 461\t6,9\t5 071\t7,2 Cris\t8 417\t18,71\t2 017\t18,7\t12 702\t18,2 Hurons-Wendat 1 250\t\t2,8\t2 648\t4,1\t2 831\t4,0 Malécites\t-\t-\t469\t0,7\t599\t0,9 Micmacs\t2 655\t5,9\t4 068\t6,3\t4 463\t6,4 Mohawks\t10 495\t23,3\t9 909\t15,4\t10 553\t15,1 Montagnais\t8 090\t18,0\t12 952\t20,2\t14 019\t20,0 Naskapis\t415\t0,9\t529\t0,8\t584\t0,8 Non-affiliés\t-\t-\t221\t0,3\t153\t0,2 Inuit\t5 650\t12,6\t7 840\t12,2\t8 932\t12,8 Total\t44 982*\t100\t64 248\t100\t69 958\t100 \u2022 On estime qu'il y a environ 15 000 autres personnes d'ascendance autochtone au Québec qui ne sont pas comprises dans les chiffres de 1984.\u2022\u2022 Les données sur les Amérindiens ont été compilées en 1994 tandis que celles sur les Inuit datent de 1995 Source : Affaires indiennes et du Nord Canada (www.inac.gc.ca).Aspects démolinguistiques Les changements sociaux 5° Tendances de la société québécoise Tableau 34 Population d'Amérindiens inscrits dans les réserves et hors réserve, Québec et Canada, 1982-1998 \tWÊEBSmŒM\t\t\t\t\t 1982\t85,3\t70,9\t14,7\t29,1\t33 145\t332 178 1987\t77,2\t64,6\t35,4\t35,4\t41 227\t415 898 1988\t74,3\t61,7\t24,8\t36,4\t44 111\t443 886 1989\t72,2\t60,0\t27,8\t40,0\t45 742\t466 337 1990\t71,6\t59,8\t28,4\t40,2\t48 551\t490 177 1991\t70,9\t59,5\t29,1\t40,5\t50 728\t511 791 1992\t70,8\t59,2\t29,2\t40,8\t52 562\t533 461 1993\t70,6\t59,0\t29,4\t41,0\t54 273\t553 316 1994\t70,5\t58,7\t29,5\t41,3\t55 848\t573 657 1995\t70,9\t58,7\t29,1\t41,3\t57 223\t593 050 1996\t70,7\t58,0\t29,3\t42,0\t58 640\t610 874 1997\t69,6\t58,3\t30,4\t41,7\t59 881\t627 435 1998\t69,4\t58,5\t30,6\t41,5\t61 026\t642 414 Source: Données ministérielles de base 1997; Population indienne inscrite selon le sexe et la résidence, 1998.Affaires indiennes et du Nord Canada, www.inac.gc.ca.peau blanche».Que l\u2019État mesure ainsi l\u2019appartenance raciale de ses citoyens paraît bien étrange aux citoyens d\u2019autres pays, en Europe principalement, où une Tableau 35 Minorités visibles (telles que définies par le Recensement) en % de la population totale et répartition au Canada selon la région, 1996 \t\t Québec\t6,2\t13,6 Ontario\t15,8\t52,6 Autres\t10,0 ~~\t33,8 Montréal\t12,0\t13,0 Toronto\t32,0\t42,0 Vancouver\t31,0\t18,0 Autres\t-\t27,0 Canada\t11,2\t100,0 Source : www.statcan.ca telle catégorisation des citoyens selon la race a laissé de fort mauvais souvenirs.Le but poursuivi par cette opération est différent au Canada : il s\u2019agit d\u2019évaluer quelle est l'égalité des chances des citoyens qui se démarquent de la majorité par leur apparence physique.Le Canada compte maintenant 11,2% de sa population qui s\u2019identifie comme faisant partie d\u2019une minorité visible, ce qui reflète les mutations récentes de l\u2019immigration internationale vers le Canada (tableau 35).Cette proportion est inférieure au Québec, qui ne compte que 6,2% de sa population se plaçant elle-même dans cette catégorie, presque toute concentrée à Montréal, où les minorités visibles représentent 12% de la population.Montréal se situe donc dans la moyenne canadienne, mais loin derrière Toronto et Vancouver, où le tiers de la population fait partie d\u2019une minorité Tendances de la société québécoise 51 visible.Au total, les trois quarts des minorités visibles de tout le Canada se retrouvent dans les trois plus grandes villes et 42% de ces personnes se concentrent à Toronto même.Aspects de la santé Il est difficile de donner une vue d\u2019ensemble de l\u2019état de santé d\u2019une population totale en quelques lignes.Nous avons retenu des indicateurs généraux qui donnent cependant une bonne idée de la situation.Le premier \u2014 l\u2019espérance de vie \u2014 représente l\u2019une des mesures synthétiques les plus pertinentes pour évaluer l\u2019état de santé d\u2019une population.Nous avons retenu ensuite les causes de décès afin de donner un aperçu des problèmes de santé qui affectent les individus à la fin de leur vie.Enfin, la mesure de la représentation sociale que les gens ont de leur santé est un bon indicateur de l\u2019état de bien-être de la population, de même que l\u2019évolution des habitudes de vie que sont le tabagisme et l\u2019alcoolisme.Hausse continue de l'espérance de vie L\u2019espérance de vie continue de progresser (tableau 36).D\u2019après le dernier chiffre disponible (année 1998), elle est de 75,3 ans pour les hommes et de 81,3 ans pour les femmes.On observe une réduction ces dernières années de l\u2019écart qui sépare hommes et femmes, qui est maintenant de 6,1 ans.La différence entre hommes et femmes après 65 ans est cependant moindre, soit un peu plus de 4 ans (gra- Tableau 36 Espérance de vie à la naissance et à 65 ans selon le sexe, Québec, 1930-1998 \t\t-\t\tBS\t\t 1930-1932\t56,2\t57,8\t1,6\t12,6\t13,2\t0,6 1940-1942\t60,2\t63,1\t2,9\t12,4\t13,4\t1,0 1950-1952\t64,4\t68,6\t4,2\t12,8\t14,2\t1,4 1955-1957\t66,1\t71,0\t9,9\t12,9\t14,7\t1,9 1960-1962\t67,3\t72,8\t5,5\t13,2\t15,3\t2,1 1965-1967\t67,9\t73,9\t6,0\t13,3\t15,8\t2,5 1970-1972\t68,6\t75,4\t7,0\t13,3\t16,7\t3,5 1975-1977\t69,4\t77,0\t7,5\t13,5\t17,5\t4,0 1980-1982\t71,2\t78,9\t7,7\t14,1\t18,7\t4,6 1985-1987\t72,2\t79,7\t7,5\t14,2\t19,0\t4,8 1990-1992\t73,7\t80,8\t7,2\t15,2\t19,9\t4,7 1995-1997\t74,6\t81,0\t6,4\t15,5\t19,8\t4,3 1998\t75,3\t81,3\t6,1\t15,6\t20,0\t4,3 Source : Institut de la Statistique du Québec, www.stat.gouv.qc.ca Aspects démolinguistiques Les changements sociaux 52 Tendances de la société québécoise Graphique 9 Espérance de vie à 65 ans selon le sexe, Québec, 1930-1998 Femmes Hommes Source: Institut de la statistique du Québec, www.stat.gouv.qc.ca Tableau 37 Causes de décès selon le sexe, Québec, 1998 \t\t\t\t\t \t\t\t\t\t Maladies infectieuses\t294\t1,0\t210\t0,8\t0,9 sida\t128\t0,5\t21\t0,1\t0,3 Tumeurs\t8 976\t32,0\t7 609\t29,3\t30,7 Trachée, bronches, poumons\t3 292\t11,7\t1 709\t6,6\t9,3 sein\t10\t0,0\t1 316\t5,1\t2,5 prostate\t761\t2,7\t0\t0,0\t1,4 Appareil circulatoire\t9 292\t35,1\t9 159\t35,3\t34,2 infarctus\t3 549\t12,6\t2 606\t10,0\t11,4 Appareil respiratoire\t2 928\t10,4\t2 460\t9,5\t10,0 Appareil digestif\t970\t3,5\t982\t3,8\t3,6 Traumatismes et empoisonnements\t2 331\t8,3\t1 146\t4,4\t6,4 accidents véhicules moteurs\t442\t1,6\t221\t0,9\t1,2 suicides\t1 058\t3,8\t312\t1,2\t2,5 homicides\t84\t0,3\t42\t0,2\t0,2 Autres\t1 016\t3,6\t1 802\t6,9\t5,2 Total\t28 061\t100\t25 943\t100\t100 Source: Institut de la statistique du Québec, www.stat.gouv.qc.ca. Tendances de la société québécoise 53 Tableau 38 Types de fumeurs selon le sexe, Québec, 1987 et 1992 \t\t\t\t\t Hommes\t1987\t25,5\t33,4\t4,6\t36,6 \t1992\t27,8\t36,5\t3,6\t32,1 Femmes\t1987\t35,4\t25,8\t5,4\t33,4 \t1992\t35,5\t31,7\t4,0\t28,8 Total\t1987\t30,6\t29,5\t4,9\t35,0 \t1992\t31,7\t34,1\t3,8\t30,4 \u2022 Coefficient de variation élevé, à interpréter avec prudence.Source : Ministère de la Santé et des Services sociaux.Et la santé, ça va en 1992-1993?Rapport de l'Enquête sociale et de santé, 1992-1993, vol.1 Montréal.Gouvernement du Québec, 1995, p.89.Tableau 3g Consommation d\u2019alcool au cours de la semaine ayant précédé l'enquête selon le sexe ou l\u2019âge, population âgée de 15 ans et plus, Québec, 1987 et 1992 \t\t\t\t\t\t\t\t \t\t\t\t\t\t\t\t \t1987\t1992\t1987\t1992\t1987\t1992\t1987\t1992 Sexe\t\t\t\t\t\t\t\t Hommes\t19,9\t32,6\t47,6\t36,0\t17,4\t18,1\t15,1\t13,3 Femmes\t32,4\t45,8\t55,9\t41,1\t8,5\t10,3\t3,3\t2,8 Groupe d'âge\t\t\t\t\t\t\t\t 15-24 ans\t31,4\t46,8\t48,0\t30,9\t12,1\t14,2\t8,5\t8,2 25-44 ans\t24,3\t36,0\t52,7\t41,1\t13,4\t14,4\t9,7\t8,6 45-64 ans\t23,4\t35,7\t53,3\t40,2\t13,7\t15,6\t9,6\t8,6 65 ans et plus\t29,5\t50,8\t49,8\t33,3\t11,6\t10,4\t9,2\t5 6* Total\t25,9\t39,0\t51,6\t38,4\t13,1\t14,3\t9,4\t8,3 \u2022 Coefficient de variation entre 15% et 25% ; donnée à interpréter avec prudence.Note : Les coefficients de variation ne sont pas disponibles pour les résultats de 1987.Source : Ministère de la Santé et des Services sociaux.Et la santé, ça va en 1992-1993 ?Rapport de l'Enquête sociale et de santé, 1992-1993, vol.1, Montréal, Gouvernement du Québec 1995.P- 58.phique 9).S\u2019ils se rendent jusqu\u2019à 65 ans, les hommes peuvent espérer vivre encore 16 ans et les femmes, encore 20 ans.L\u2019écart entre les hommes et les femmes est plus réduit pour ce qui de l\u2019espérance de vie sans perte d\u2019autonomie fonctionnelle après 65 ans.Une partie des années supplémentaires vécues par les femmes le sont en perte d\u2019autonomie.Les causes de décès Deux grandes causes sont à la source des deux tiers des décès : les maladies affectant l\u2019appareil circulatoire sont les plus fréquentes (34,2% des décès), suivies des tumeurs (30%).Le tableau 37 donne la liste des principales causes de décès en 1998.À noter que le nombre de décès dus au sida est marginal (0,3 %).Aspects de la santé Les changements sociaux 54 Tendances de la société québécoise Tableau 40 Perception de l'état de santé selon le sexe et l'âge, population de 15 ans et plus, Québec, 1992-1993 Perception de l'état de santé Total \t\t\t\t\t\t\t Hommes\t\t\t\t\t\t\t 15-24\t27,7\t38,9\t28,5\t4,5\t0,4**\t100\t476 611 25-44\t21,1\t37,2\t35,1\t6,0\t0,6*\t100\t1 235 187 45-64\t17,5\t30,8\t38,0\t11,1\t2,5\t100\t751 974 65 et plus\t11,0\t23,9\t44,0\t17,5\t3,7*\t100\t300 963 Total\t20,1\t34,3\t35,7\t8,4\t1,4\t100\t2 764 737 Femmes\t\t\t\t\t\t\t 15-24\t18,0\t37,6\t37,6\t6,4\t0,4**\t100\t459 703 25-44\t17,9\t38,3\t36,7\t6,1\t1,0*\t100\t1 222 659 45-64\t14,0\t32,6\t39,1\t12,5\t1,9*\t100\t769 409 65 et plus\t8,5\t22,6\t44,5\t19,1\t5,3*\t100\t415 815 Total\t15,5\t34,4\t38,6\t9,7\t1,8\t100\t2 867 586 Total\t\t\t\t\t\t\t 15-24\t22,9\t38,3\t33,0\t5,5\t0,4**\t100\t936 314 25-44\t19,5\t37,8\t35,9\t6,1\t0,8*\t100\t2 457 846 45-64\t15,7\t31,7\t38,5\t11,8\t2,2\t100\t1 521 383 65 et plus\t9,5\t23,2\t44,3\t18,4\t4,6\t100\t716 778 Total\t17,8\t34,4\t37,2\t9,1\t1,6\t100\t5 632 321 \u2022Coefficient de variation entre 15% et 25% ; donnée à interpréter avec prudence.\u2022\u2022Coefficient de variation * 25%; estimation imprécise fournie à titre indicatif seulement.Source: Santé-Québec 1992-1993.Institut de la statistique du Québec, www.stat.gouv.qc.ca Les causes de décès varient selon les sexes.Les hommes meurent de causes violentes en plus forte proportion que les femmes (traumatismes, accidents de véhicules moteurs, suicides et homicides).Le cancer du sein a été la cause du décès dans 5,1% des cas chez les femmes et le cancer de la prostate, la cause de 2,7% des décès des hommes.Baisse de la consommation de tabac et d'alcool D\u2019après les données recueillies dans les deux enquêtes Santé-Québec, la consommation de produits du tabac a diminué dans la population totale, tant chez les hommes que chez les femmes (tableau 38).Moins d\u2019une personne sur trois fume régulièrement (30,470).La consommation de tabac est cependant en hausse chez les adolescents et les jeunes qui vont ainsi à contre courant de la tendance générale.La consommation d\u2019alcool semble en régression dans l\u2019ensemble de la population.Les femmes avancent consommer moins fréquemment de l\u2019alcool que les hommes (tableau 39). Tendances de la société québécoise 55 La majorité de la population estime être en bonne santé D\u2019après les données des enquêtes Santé-Québec menées en 1987 et 1992-93, la majorité de la population estime être en bonne santé (tableau 40).Il paraît évident de constater que la proportion de personnes qui estiment être en mauvaise santé est plus élevée chez les personnes qui ont 65 ans ou plus.Éducation Diminution du nombre d'étudiants inscrits dans les universités L\u2019effectif étudiant est en baisse dans les universités québécoises (tableau 41).L\u2019année 1992 a marqué un sommet dans les inscriptions, qui ont par la suite décliné de 7,6 % jusqu\u2019en 1998-1999.Cette diminution a surtout frappé le premier cycle universitaire depuis cinq ans, les effectifs inscrits au cours de la dernière année disponible étant en légère hausse.On observe une très légère augmentation de l\u2019effectif étudiant dans les programmes de deuxième cycle.Il est cependant surprenant de noter une quasi-stabilité des inscriptions au niveau du doctorat dans les universités québécoises.Au total, seulement 5234 personnes étaient inscrites dans un programme de troisième cycle en 1998-1999, soit 740 de moins que le chiffre observé trois ans plus tôt.La poursuite d\u2019études à un niveau élevé ne progresse plus aussi rapidement au Québec depuis cinq ans et les inscriptions plafonnent dans les programmes d\u2019études avancées.Bien entendu, plusieurs Québécois poursuivent des études à l\u2019étranger, mais il semble que les Tableau 41 Effectif étudiant des universités selon l\u2019année et le cycle universitaire, Québec, 1984-85 à 1998-99 \t\t\t\t \t\t\t\t 1984-85\t124 389\t16 445\t3 143\t143 977 1986-87\t130 313\t16 499\t3 576\t150 388 1988-89\t134 772\t17 340\t4 086\t156 198 1990-91\t140 000\t18 664\t4 612\t163 276 1992-93\t145 907\t20 517\t5 469\t171 893 1994-95\t140 370\t20 454\t5 974\t166 798 1996-97\t134 045\t20 730\t5 592\t160 367 1997-98\t131 797\t20 760\t5 520\t158 076 1998-99\t132 472\t20 988\t5 234\t158 863 Taux d'augmentation\t\t\t\t 85/99\t6%\t28%\t67%\t10% 92/99\t-9%\t2%\t-4%\t-8% Source : Jacques la Haye, Effectif étudiant en équivalence au temps plein (EEETP) des universités québécoises, Ministère de l\u2019Éducation, avril 2000.Aspects démolinguistiques Les changements sociaux 56 Tendances de la société québécoise Tableau 42 Diplômes universitaires décernés selon le type de diplômés et le sexe, Québec, 1989*1999 \t\t\t\t\t\t\t Certificat 1\" cycle\tM\t5 359\t6 136\t5 563\t5 182\t4 541\t4 430 \tF\t9 790\t11 876\t10 800\t9 929\t9 083\t8 422 Certificat 2e' cycle\tM\t522\t678\t724\t735\t856\t750 \tF\t628\t711\t861\t878\t863\t852 Baccalauréat\tM\t11 BOB\t11 958\tIl 859\t11 537\t11 375\t11582 \tF\t13 545\t15 715\t17 743\t17 357\t16 100\t16700 Maîtrise\tM\t2 695\t3 017\t3 202\t3 201\t3 230\t3 294 \tF\t2 209\t2 805\t3 343\t3 312\t3 495\t3 516 Doctorat\tM\t495\t847\t731\t752\t779\t717 \tF\t201\t268\t356\t391\t452\t453 Source: Ministère de l'Éducation.universités du Québec ne réussissent plus à attirer davantage de candidats dans ce type de programme.Le Québec serait-il en train de prendre du retard par rapport à d\u2019autres sociétés comparables où l\u2019on observe un taux de poursuite des études dans les programmes avancés beaucoup plus élevé ?Il est permis d\u2019en faire l\u2019hypothèse.Décroissance du nombre de diplômés universitaires Le nombre de diplômés universitaires n\u2019évolue plus dans la même direction aux cycles inférieurs et supérieurs du régime d\u2019études universitaires.Le nombre de diplômés universitaires a cessé d\u2019augmenter au niveau du baccalauréat depuis 1996, passant de 29 602 en 1996 à 28 282 en 1999 (tableau 42).Il en va de même pour les certificats de premier cycle, aussi en diminution.Il s\u2019agit là d\u2019un important revirement de tendance puisque le nombre de diplômés universitaires n\u2019avait cessé de croitre depuis la Révolution tranquille.Sans doute faudrait-il considérer des taux de diplôma- tion ou des taux de fréquentation par groupes d\u2019âges, mais force est de constater qu\u2019un phénomène nouveau est apparu : le Québec produit moins de diplômés universitaires de premier cycle à la fin des années 1990.La situation est différente à la maîtrise où l\u2019on observe une faible augmentation du nombre de diplômés (6545 diplômes décernés en 1996 et 6810 en 1999).La croissance est plus nette au niveau du doctorat, où l\u2019on a franchi la barre des 1000 diplômés par an au début des années 1990.Les universités ont décerné en 1999 1170 diplômes de troisième cycle (graphique 10).Le nombre de doctorats décernés chaque année peut paraître élevé, mais en chiffres absolus les 1170 nouveaux docteurs ne sont-ils pas trop peu nombreux pour une société qui compte plus de sept millions d\u2019habitants et qui investit une part importante de ses ressources publiques dans le système d\u2019éducation?Après des années de croissance, il semble que le Québec marque le pas dans Tendances de la société québécoise 57 Graphique 10 Diplômes universitaires décernés (en indice) selon le type de diplôme, Québec, 1985-1999 250\t250 -200 Doctorat Maîtrise Baccalauréat Source : S.Langlois (dir.), La société québécoise en tendances, IQRC, 1990 ; Ministère de l'Éducation, Les diplômés du système scolaire.la production de diplômés universitaires dans les programmes d\u2019études avancées où le nombre de diplômes reste encore inférieur aux attentes et ne reflète pas l\u2019ampleur des investissements faits dans l\u2019enseignement supérieur.Féminisation accrue des diplômés universitaires Les femmes accentuent leur présence dans le contingent des diplômés universitaires.Elles sont nettement plus nombreuses que les hommes dans le groupe des diplômés de certificat et des diplômés du premier cycle universitaire.L\u2019écart est maintenant considérable au niveau du baccalauréat, où on compte 44 % plus de femmes diplômées que d\u2019hommes en 1999.Traditionnellement, les femmes ont poursuivi en moins forte proportion leurs études aux cycles supérieurs, mais les choses sont en train de changer rapidement.L\u2019écart en faveur des femmes est maintenant de 6,7% à la maîtrise et les différences entre hommes et femmes au doctorat se sont amenuisées depuis dix ans, puisque 453 diplômes de doctorat ont été décernés à des femmes contre 717 à des hommes en 199g.L\u2019écart entre hommes et femmes était deux fois plus marqué en 1989 au niveau du doctorat.Décroissance des inscriptions et des diplômés au cégep Les inscriptions d\u2019étudiants au cegep dans le système d\u2019enseignement régulier (niveaux préuniversitaire et technique) sont en décroissance depuis le milieu des Éducation Les changements sociaux 58 Tendances de la société québécoise Tableau 43 Effectif étudiant total du collégial selon le type de programme et le service d'enseignement, Québec, 1995 à 1999 \t\t\t\t\t\t Enseignement ordinaire\t178 847\t180 095\t176 349\t174 270\t171 431\t-4,1% Dec (préuniversitaire)\t87 099\t86 129\t82 776\t80 977\t79 134\t-9,1% DEC (technique)\t84 136\t85 495\t86 371\t86 139\t85 024\t1,1% Autres*\t7 612\t8 471\t7 202\t7 154\t7 273\t-4,5% Éducation des adultes\t63 005\t57 388\t54 663\t54 456\t47 221\t-25,1% Dec (préuniversitaire)\t5 775\t5 097\t4 317\t3 623\t3 024\t-47,6% DEC (technique)\t5 183\t4 842\t4 417\t4 168\t3 856\t-25,6% Autres*\t52 047\t47 449\t45 929\t46 565\t40 341\t-22,5% Total\t241 852\t237 483\t231 012\t228 726\t218 652\t-9,6% Dec (préuniversitaire)\t92 874\t91 226\t87 093\t84 600\t82 158\t-11,5% DEC (technique)\t89 319\t90 337\t90 788\t90 307\t88 880\t-0,5% Autres*\t59 659\t55 920\t53 131\t53 819\t47 614\t-20,2% \u2022 Comprend AEC (attestation d\u2019études collégiales), CEC (certificat d\u2019études collégiales), DPEC (diplômes de perfectionnement de l\u2019enseignement collégial).Sources: Ministère de l\u2019éducation du Québec, www.meq.gouv.qc.ca, Direction des statistiques et des études quantitatives.années 1990, conséquence directe de la dénatalité (tableau 43).La diminution au total a été de 4,1 % entre 1995 et 1999.11 en va de même pour l\u2019éducation des adultes, qui a perdu le quart de ses clientèles étudiantes au cours de la même période.Parallèlement à la baisse observée dans les clientèles étudiantes, le nombre de diplômés de cégep diminue (tableau 44).L'enseignement technique devient plus populaire au cégep Le nombre des étudiants inscrits dans le secteur technique au cégep est en augmentation (+1,1 % entre 1995 et 1999) alors que les clientèles du secteur préuniversitaire ont baissé de 9,17o.Il y a maintenant davantage d\u2019étudiants dans le secteur technique 85 024 en 1999) que dans le Tableau 44 Diplômes collégiaux décernés selon le type de diplôme, Québec, 1989-1998 \t\t¦Ll'M\t¦ L'i'iH\t¦HTl\t¦Ll-LI\t¦m/a\t\tirni\tBRI\tIL-LM DEC (préuniv.)\t24 851\t24 992\t25 244\t25 414\t24 971\t25 833\t25 520\t24 295\t25 630 24 331\t DEC (technique)\t13 495\t13 632\t13 196\t13 516\t14 760\t14 991\t15 598\t16 054\t16 386 15 593\t DEC (autres*)\t2 497\t2 679\t3 329\t4 364\t4 955\t3 859\t2 035\t415\t76\t14 Total\tm 00 0\t41 303\t41 769\t43 294\t44 686 44 683\t\t43 153\t40 764\t42 092 39 938\t \u2022 Comprend DEC sans mention, AEC, CEC et DPEC.Source : Ministère de l'Éducation, www.meq.gouv.qc.ca Tendances de la société québécoise 5g Tableau 45 Taux de décrochage scolaire selon l'âge et le sexe, Québec, 1979-1998 \tK59\tm\t\t\t\t\t\tKHÜI 17 ans\tT\t26,2\t16,5\t18,5\t10,5\t10,2\t8,9\t10,4\t10,8 M\t27,6\t18,8\t21,3\t12,1\t12,4\t10,8\t12,8\t13,0 F\t24,7\t14,0\t15,5\t8,8\t8,0\t6,9\t7,9\t8,4 18 ans\tT\t35,7\t23,7\t23,4\t17,7\t16,3\t15,6\t15,0\t16,8 M\t38,0\t26,8\t27,1\t20,6\t19,5\t19,2\t18,5\t20,9 F\t33,2\t20,4\t19,6\t14,6\t13,0\t11,8\t11,2\t12,6 19 ans\tT\t30,5\t26,9\t27,1\t20,4\t20,7\t18,7\t18,4\t18,0 M\t43,8\t30,1\t31,1\t24,7\t24,4\t22,6\t22,7\t22,3 F\t37,2\t23,6\t22,9\t15,9\t16,7\t14,6\t13,9\t13,5 20-24 ans T\tn.d.\t33,8\t25,9\t26,2\t24,8\t24,2\t23,1\t22,4 M\tn.d.\t36,5\t30,0\t30,9\t29,6\t29,0\t27,8\t27,2 F\tn.d.\t30,9\t21,5\t21,3\t19,8\t19,1\t18,0\t17,2 p : Données provisoires n.d.: Données non disponibles Source: Ministère de l\u2019Éducation, www.meq.gouv.qc.ca Tableau 46 La scolarisation de la population âgée de 15 ans et plus en %, Québec, 1971-1996 \t\t\t\t \t9hî7/7?&&0'G'0'0'0'CT>0'0'0'0'0'0'0' Source: Statistique Canada, Moyennes annuelles de la population active, cat.71-529, Cansim et Ecostat, mars 2000.Graphique 15 Taux d\u2019activité de la population âgée entre 45 et 64 ans en % selon le sexe (moyenne mobile sur 2 périodes), Québec, 1975-2000 90\t90 Moyenne mobile sur 2 périodes (hommes(45-64)) Moyenne mobile sur 2 périodes (femmes (45-64)) Source: Statistique Canada, Moyennes annuelles de la population active, cat.71-529, Cansim et Ecostat, mars 2000.Données non-désaisonnalisées. Tendances de la société québécoise 65 1990 ont touché plus durement les industries productrices de biens.«Comme ces industries embauchent beaucoup d\u2019hommes, ces derniers ont subi les effets immédiats et prolongés de la réduction de l\u2019effectif dans des secteurs» (Statistique Canada, cat.71-259, p.15).Les mutations du marché du travail \u2014 notamment l\u2019emploi salarié dans les grandes entreprises industrielles \u2014 ont affecté le niveau d\u2019emploi des hommes âgés de plus de 50 ans, sans parler de l\u2019usure de la force de travail qui marque ce groupe de travailleurs, dont plusieurs sont actifs depuis l\u2019adolescence.Une autre raison explique la fémini-sadon accrue du marché du travail.Les cohortes de femmes plus âgées, qui ont eu historiquement un taux d\u2019activité plus bas, sont en ce moment remplacées par de nouvelles cohortes de femmes qui restent acdves, et pour cette raison le taux de participation des femmes au marché du travail continue de croître.Le taux d'emploi est à la hausse Le taux d\u2019emploi de la population donne une vue plus juste de la participation au marché du travail car il ne porte que sur les personnes qui occupent effectivement un emploi, excluant les chômeurs et les personnes à la recherche d\u2019un travail.Ce taux montre une évolution régulière à la hausse au cours de la décennie des années 1990, notamment parce que le taux de chômage a diminué et surtout parce que davantage de femmes ont été sur le marché du travail (tableau 48).L\u2019analyse de ce taux confirme que le mouvement de retrait des hommes du marché de l\u2019emploi, amorcé dans les années 1970 et décrit plus haut, a été renversé à partir de 1996.II était au total de 61,6 % en 1996 et il se situe à 64,8% en l\u2019an 2000.Le taux d\u2019emploi des femmes quant à lui est en hausse continue (51,1% en 2000).Tableau 48 Taux d'emploi de la population âgée de 15 ans et plus au total et selon le sexe, Québec, 1976-2000 \t\t\t 1976\t53,7\t70,4\t37,4 1980\t55,2\t69,6\t41,3 1985\t54,8\t65,9\t44,1 1990\t57,6\t67,0\t48,6 1995\t55,0\t62,3\t48,0 1996\t54,6\t61,6\t47,8 1997\t55,0\t61,9\t48,4 1998\t56,1\t62,9\t49,5 1999\t57,0\t64,0\t50,2 2000*\t57,8\t64,8\t51,1 \u2022 mars 2000 Source: Statistique Canada, Moyennes annuelles de la population active, cat.71-529 et Cansim.Emplois et activité professionnelle Les changements sociaux 66 Tendances de la société québécoise Graphique 16 Population active à temps partiel au total et selon le sexe en % (moyenne mobile sur 2 périodes), Québec, 1976-2000 Moyenne mobile sur 2 périodes (femmes) Moyenne mobile sur 2 périodes (total) Moyenne mobile sur 2 périodes (hommes) iniûNCOOiOHNmjinioscoa'OHrNfnji/iiûscoO'O r^l^|s.|s.r^C0C0C0C0C0C0C0C0C0C00'O'0'(J'CT'0'CJ'0'0'0'O otat(T,o'oto'a'0't^o'ata'CT'0'Cji^a'a>a'CPO'0'CT'C'0>o \u2022 Données révisées à partir de 1987 pour tenir compte d\u2019une nouvelle définition à temps partiel.Source: 1975 à 1985, Statistique Canada, Moyennes annuelles de la population active, cat.71-529 ; 1987 à 1999, données révisées de Statistique Canada selon la nouvelle définition du travail à temps partiel, Cansim.Le travail à temps partiel plafonne L\u2019emploi à temps partiel a occupé une part grandissante de l\u2019emploi total au cours des années 1970 et 1980 mais la croissance de cette forme d\u2019emploi s\u2019est arrêtée en I993\u20182.Depuis cette date, elle plafonne autour de 17,5 % de l\u2019ensemble (graphique 16).On ne peut plus parler de hausse du travail à temps partiel au cours des années 1990.Un peu plus du quart des femmes en emploi travaillaient à temps partiel (25,7%), contre 9,6% chez les hommes en 1999.Ces proportions sont assez stables depuis 1993, tant chez les hommes que chez les femmes.Les hommes occupent environ 30% de l\u2019ensemble de ces emplois, les femmes y étant encore large- ment majoritaires.Il faut cependant signaler que la proportion de femmes en emploi à temps partiel n\u2019augmente à peu près plus depuis vingt ans, contrairement à ce qui se passait dans les années 1970 (voir la courbe du haut dans le graphique 16).Professions et secteurs d\u2019emploi Il est difficile de comparer dans le temps l\u2019évolution des effectifs dans les différentes professions compte tenu des nombreux changements qui interviennent sur le marché du travail.Par exemple, le travail de bureau s\u2019est considérablement transformé depuis une vingtaine d\u2019années avec l\u2019arrivée des ordinateurs, sans oublier la réorganisation du travail au sein des entre- Tendances de la société québécoise 67 Tableau 49 Type de professions en pourcentage selon le sexe, Québec, 1991-1996 \tEl\t\t\t\t\t \t¦3\t\t\t\t\t Cadres supérieurs\t1,9\t0,5\t1.2\t1,7\t0,5\t1.1 Gestionnaires et cadres intermédiaires\t11,9\t7,1\t9,8\t10,8\t7,1\t9,2 Professionnels\t7,4\t5,2\t6,4\t8,3\t6,1\t7,3 Semi-professionnels\t3,2\t9,3\t5,9\t3,2\t9,6\t6,1 Techniciens\t8,8\t10,0\t9,4\t8,8\t10,7\t9,7 Contremaîtres- superviseurs/policiers\t5,1\t1,9\t3,7\t4,7\t2,0\t3,5 Employés de bureau\t6,1\t27,1\t15,4\t6,4\t24,7\t14,6 Employés vente et service\t16,7\t21,3\t18,7\t17,3\t20,9\t18,9 Ouvriers et cols bleus\t35,4\t13,7\t25,8\t33,6\t12,9\t24,3 Exploitants agricoles, pêche et horticulture\t1,7\t0,6\t1,2\t1,6\t0,7\t1,2 Autres occupations\t1,9\t3,4\t2,6\t3,6\t4,9\t4,2 Total\t%\t100\t100\t100\t100\t100\t100 N\t1 972 310\t\t1 565 335\t3 537 640\t1 944 100\t1 592 100\t3 536 205 Sources: Recensement du Canada, 1991,1996.Données-échantillons (20%), www.statcan.ca.; calculs de l'auteur.prises.Il en va de même pour le travail manuel ou le travail sur la ferme.Les compétences requises peuvent aussi varier considérablement au sein d\u2019un même secteur.Le tableau 49 présente la distribution des types de professions selon le sexe construite à partir des données des deux derniers recensements.La gestion au sens large occupe une place plus importante dans les années 1990 avec un emploi sur dix et il en va de même pour les emplois de techniciens.Ces deux types d\u2019occupations sont typiques du nouveau marché du travail qui s'est mis en place ces dernières années.Les femmes occupent une part un peu moindre que les hommes dans le premier de ces deux types \u2014 la gestion au sens large \u2014 mais non dans le second, les emplois de techniciens.Dans ce dernier cas cependant, elles sont surtout concentrées dans les emplois qui impliquent des relations avec les personnes (techniques sociales, emplois techniques dans les hôpitaux ou l\u2019administration) alors que les hommes sont plus nombreux comme techniciens dans le secteur des nouvelles technologies.Le quart de la main-d\u2019œuvre occupe des emplois d\u2019ouvriers et de cols bleus, types de professions où l\u2019on trouve moins de femmes, plus fortement représentées chez les employés de bureau, un type d\u2019occupation dont l\u2019importance relative est un peu en régression à la fin des années 1990.La part des occupations dans la vente et les services est stable.Il s\u2019agit d\u2019un type d\u2019emplois qui, bien que les Emplois et activité professionnelle Les changements sociaux 68 Tendances de la société québécoise Tableau 50 Secteurs d'emplois des personnes actives, Québec, 1987-1998 \t\t\t\t Gestion\t8,1\t9,2\t9,6\t8,8 Affaires, finance et administration\t19,2\t19,0\t17,4\t17,0 Sciences naturelles et appliquées et professions apparentées\t4,0\t4,4\t4,9\t5,7 Secteur de la santé\t5,1\t5,2\t5,5\t5,2 Sciences sociales, enseignement adm.publique et religion\t6,0\t5,6\t6,6\t6,8 Arts, culture, sports et loisirs\t2,7\t2,6\t2,7\t3,0 Ventes et services\t23,1\t23,4\t23,2\t23,3 Métiers, transport et machinerie\t15,9\t15,3\t14,0\t13,1 Professions propres au secteur primaire\t3,5\t3,0\t3,0\t3,3 Transformation, fabrication et services d'utilité publique\t9,5\t10,0\t9,1\t9,5 Autre classification\t3,0\t2,3\t4,0\t4,2 Total\t100,0\t100,0\t100,0\t100,0 Sources: Statistique Canada, Statistiques chronologiques sur la population active, Ottawa, cat.71-201; calculs de l\u2019auteur.Tableau 51 Secteurs d'emplois des personnes actives selon le sexe, Québec, 1990-1998 \tBS\t\t\t\t\t \tD\t\t\t\t\t Gestion\t11,3\t6,6\t11,8\t6,8\t10,5\t6,8 Affaires, finance et administration\t9,9\t30,8\t8,9\t28,2\t9,1\t26,7 Sciences naturelles et appliquées et professions apparentées\t6,5\t1,8\t7,2\t2,0\t8,5\t2,3 Secteur de la santé\t2,0\t9,4\t2,2\t9,6\t2,3\t9,0 Sciences sociales, enseignement, adm.publique et religion\t4,2\t7,3\t5,3\t8,3\t5,0\t9,1 Arts, culture, sports et loisirs\t2,3\t3,0\t2,3\t3,2\t2,6\t3,4 Ventes et services\t19,8\t28,0\t19,1\t28,4\t19,5\t28,0 Métiers, transport et machinerie\t25,5\t1,9\t24,0\t1,6\t22,2\t1,9 Professions propres au secteur primaire\t4,3\t1,3\t4,5\t1,2\t4,6\t1,5 Transformation, fabrication et services d'utilité publique\t12,1\t7,3\t10,9\t6,7\t11,7\t6,8 Autre classification\t2,0\t2,6\t3,9\t4,0\t3,9\t4,6 Total\t100,0\t100,0\t100,0\t100,0\t100,0\t100,0 Sources: Statistique Canada, Statistiques chronologiques sur la population active, Ottawa, cat.71-201; calculs de l\u2019auteur. Tendances de la société québécoise 69 femmes y soient plus nombreuses, comprend une proportion importante d\u2019hommes.On notera enfin que les emplois dans le secteur de l\u2019exploitation agricole et horticole sont maintenant marginaux dans l\u2019ensemble.Les tableaux suivants (tableaux 50 et 51) présentent la distribution des secteurs d\u2019emploi dans lesquels œuvre la population active depuis 1987.Soulignons qu\u2019on retrouve dans chaque secteur une grande variété de professions.Par exemple, le secteur de la santé regroupe les médecins spécialistes, les techniciens de laboratoire, les infirmières, les préposés aux malades ou les personnes affectées à l\u2019entretien.Les secteurs des sciences natu- relles et appliquées, le secteur des sciences sociales et des arts et celui de la santé sont en croissance, alors que celui des emplois manuels est en régression.Baisse du taux de syndicalisation Le taux de syndicalisation a décliné de façon importante depuis 1990, passant de 46,9% à 39,5% en 1999 (tableau 52).Il demeure cependant beaucoup plus élevé que le taux observé aux États-Unis ou en France, par exemple.Conflits de travail : après le calme, la tempête?On a observé une nette diminution des conflits de travail mesurés par différents Tableau 52 Taux de syndicalisation, conflits de travail au cours de l'année, travailleurs touchés et jours-personnes perdus, Québec, 1970-1999 \t\t\t\t \t\t\t\t 1970\t-\t126\t73 189\t1 417 560 1975\t-\t362\t135 765\t3 204 930 1980\t-\t344\t174 047\t4 314 999 1985\t-\t270\t44 491\t1 143 768 1990\t46,9\t163\t128 442\t1 117 054 1991\t48,5\t138\t43 096\t641 787 1992\t49,7\t138\t16 164\t419 647 1993\t46,4\t142\t47 361\t516 984 1994\t43,8\t104\t12 907\t318 922 1995\t41,9\t76\t47 944\t508 659 1996\t41,8\t88\t14 696\t387 339 1997\t41,4\t86\t22 502\t324 020 1998\t39,8\t105\t98 982\t723 609 1999p\t39,5\t109\t26 099\t694 103 p Données préliminaires.Une nouvelle procédure d'enregistrement des arrêts de travail entraîne désormais une augmentation du nombre de conflits dans les tableaux statistiques.Toute comparaison de ces nouveaux chiffres avec ceux de l\u2019ancienne série de tableaux devient donc hasardeuse.Source : Revue chronologique de la population active 1999.d'après l\u2019Enquête sur la population active et calculs de l'auteur; Direction de l\u2019information sur les milieux de travail.Emplois et activité professionnelle les changements sociaux 7° Tendances de la société québécoise indicateurs qui ont tous été en baisse durant les années 1990 : moins de conflits de travail, moins de travailleurs touchés et moins de jours-personnes perdus.Les années 1990 ont été nettement moins troublées par des conflits de travail que les années 1980, et surtout les années 1970.Cette tendance se maintiendra-t-elle?Quelques indices donnent à penser que les syndicats seront plus combatifs et revendicateurs dans les années à venir, compte tenu de la faiblesse des augmentations de salaires obtenues au cours des dernières années, de la reprise économique et de la fin des compressions budgétaires effectuées par les gouvernements fédéral et provinciaux.Cependant rien ne laisse présager un retour au climat conflictuel des années 1970.Le taux de chômage régresse après une longue période de hausse Le taux de chômage évolue de manière cyclique.Après avoir atteint un sommet en 1983 (13,9%), il a décliné jusqu\u2019en 198g (9,3%), pour ensuite remonter jusqu\u2019en 1993 (13,2%).H régresse de nouveau depuis cette date (graphique 17).Il était de 8,8% en avril 2000, contre 9,3% (moyenne de l\u2019année) un an plus tôt.Cependant, deux changements majeurs se sont produits depuis vingt ans dans la composition du groupe des chômeurs qui n\u2019est plus tout à fait le même.Tout d\u2019abord, les hommes chôment plus que les femmes au cours des années 1990, contrairement au début des années 1980 (graphique 18).Ensuite, il y a une hausse du taux de chômage dans la dernière Graphique 17 Taux de chômage en % selon le sexe, Québec, 1975-1999 15 12- 9- I Hommes I Femmes 15 -12 -9 -6 unOi-ir'jro^-LnLor~cocr>Or-(rMmj-iniD^-coo> r'-COOOCOOOOOOOOOOOOOOOCT>CT>CT'CX>CTiCT>CT>crcr< chCT'O'O'U'CJ'oo'O'a'O'O'O'a'O'ChCTichchO'Ch Source: Statistique Canada, Moyennes annuelles de la population active, cat.71-529, Cansim et Ecostat, juin 1999- 67021213 Tendances de la société québécoise 71 Graphique 18 Taux de chômage en % selon le groupe d'âge, Québec, 1975-1999 21 18- 15- 12- 9-6 \u2018 3- 0 I 20-24 25-44 I 45-64 1 m-^-mcor^ooo'O»\u2014irMm.d-ui COOOOOOOOOCOOOO'Q'0>CT'CT'CT>0' O'O'O'C'O'O'O'O'O'O'O'C'O'O' 21 18 -15 -12 -9 -6 -3 0 cx> O' Source: Statistique Canada, Moyennes annuelles de la population active, cat.71-529, Cansim et Ecostat, juin 1999.moitié de la vie active, après 45 ans, comparativement aux chiffres du début des années 1980.Cette dernière évolution est sans doute liée à la hausse du taux de chômage chez les hommes.La situation s\u2019est nettement améliorée dans le groupe des travailleurs plus âgés depuis le milieu des années 1990, après plusieurs années de détérioration.Le chômage des jeunes s'atténue Même s\u2019ils ont toujours connu un haut taux de chômage, les jeunes sont quant à eux moins affectés dans les années 1990 qu\u2019ils ne l\u2019ont été au cours des années 1980 (graphique 18).Les jeunes de 15 à 24 ans ont quelque peu profité de la vigueur de l\u2019économie.Le taux de chômage a régressé davantage dans ce groupe d\u2019âge au cours des dernières années et il est maintenant de 12,7 %.Revenus, pauvreté et inégalités L\u2019analyse de l\u2019évolution des revenus et du niveau de vie est complexe, parce que les indicateurs le plus souvent retenus mesurent des aspects différents qui ne sont pas toujours bien distingués.Les gains hebdomadaires réels des travailleurs salariés reculent au Québec Considérons un premier indicateur: les gains hebdomadaires des salariés.Ceux-ci Emplois et activité professionnelle 59 Les changements sociaux 7a Tendances de la société québécoise Tableau 53 Gains hebdomadaires des salariés en dollars courants et constants (1998) et rapport Qué./Ont., Québec et Ontario, 1983-1999 \t\t\t\t\t \t\t\t\t\t 1983\t382,39\t600,98\t375,43\t590,04\t101,9 1984\t396,01\t596,47\t397,33\t598,46\t99,7 1985\t406,77\t589,03\t413,53\t598,82\t98,4 1986\t415,48\t577,77\t432,19\t601,00\t96,1 1987\t437,28\t582,71\t449,48\t598,97\t97,3 1988\t451,24\t577,89\t476,49\t610,23\t94,7 1989\t466,16\t568,85\t507,32\t619,08\t91,9 1990\t496,98\t578,48\t523,61\t609,48\t94,9 1991\t517,88\t571,00\t554,12\t610,96\t93,5 1992\t535,72\t581,78\t575,14\t624,58\t93,1 1993\t542,31\t578,54\t589,10\t628,45\t92,1 1994\t549,43\t584,96\t606,65\t645,88\t90,6 1995\t551,77\t575,07\t607,44\t633,09\t90,8 1996\t553,36\t567,47\t631,48\t647,58\t87,6 1997\t565,67\t570,93\t638,90\t644,84\t88,5 1998\t570,59\t570,59\t645,70\t645,70\t88,4 1999\t572,24\t562,38\t649,04\t637,86\t88,2 * Juin de chaque année Source : Statistique Canada, Emploi, gains et durée du travail 1998, cat.72-002-XPB (Tableau 9).Calculs de l'auteur.comprennent l\u2019ensemble des revenus gagnés par les personnes salariées, y compris les revenus tirés du travail supplémentaire.Cet indicateur mesure à la fois les revenus gagnés et les heures travaillées.Ces gains, exprimés en dollars courants, sont en hausse depuis 1983, mais il s\u2019agit en fait d\u2019une illusion puisque, transformés en dollars constants de 1999, ils sont en réalité en recul de 6,4%, étant en effet passés de 6or $ en 1983 à 563 $ en 1999 (tableau 53).Cette absence d\u2019augmentation réelle des gains a été maintes fois décrite comme un trait typique du marché du travail contemporain.Si nous comparons la situation du Québec avec celle de l\u2019Ontario, il ne semble pas que tel soit le cas puisque, dans la province voisine qui sert souvent de référence privilégiée, l\u2019évolution contraire s\u2019est produite, les gains réels des salariés progressant de 8,1 %, soit de 5go $ à 638 $ en dollars de 1999 (graphique 19).L\u2019écart entre le Québec et l\u2019Ontario s\u2019est agrandi de façon marquée ces dernières années, comme le montre le ratio des gains dans les deux provinces, les salariés québécois gagnant en moyenne 88 % des gains des salariés ontariens en 1999, alors qu\u2019il y avait parité relative entre les deux groupes 15 ans plus tôt.La réduction de l'écart de revenus entre hommes et femmes s'est arrêtée Les femmes qui travaillent à temps plein gagnent maintenant 75% du revenu Tendances de la société québécoise 73 Graphique 19 Gains hebdomadaires des salariés en dollars constants (1998), Québec et Ontario, 1983-1999 660,00 650,00- 660,00 -650,00 640,00- -640,00 630,00 630,00 620,00- -620,00 610,00- -610,00 600,00- -600,00 590,00 -590,00 Québec 580,00- 580,00 570,00 570,00 560,00 , 560,00 m^-mvor-ooO'OrHr>jmj-mior~oo CO\tOO\tCO\tCO\tOO\tCO\tCO\tCT'CT'CT'O'O'C'O'CT'O\"' CT'CT'0\"'CT'0'0'0'0>0\"'CT'0\"'0\"'CT'0,'0''CT' r-H\tr\u2014(\trH\tt-H\tr\u20141\ti\u20141\tt\u2014I\tr\u2014i i\u2014I r\u2014( r\u2014i i\u2014t »\u2014I t\u2014I i\u2014( i\u2014I Source: Statistique Canada, Emploi, gains et durée du travail, 1998, cat.72-002-XPB (tableau 9).Calculs de l\u2019auteur.moyen des hommes, contre 61 % en 1973 (tableau 54).Le revenu gagné réel moyen des hommes travaillant à temps plein a peu augmenté depuis vingt ans, alors que celui des femmes travaillant aussi à temps plein a progressé plus vite, réduisant ainsi les écarts.La réduction des écarts entre les deux sexes ne s\u2019est pas poursuivie durant les années 1990, puisque le ratio est relativement stable depuis 1992 et qu\u2019il n\u2019a presque pas bougé en six ans (soit jusqu\u2019en 1997, date des dernières statistiques disponibles).Cet arrêt d\u2019une tendance bien présente auparavant survient au moment où sont implantés dans les entreprises des programmes d\u2019équité en matière de rémunération du travail dans les professions féminisées.Cette intervention va-t-elle relancer la réduction des écarts de gains entre hommes et femmes?Pas nécessairement, puisque d\u2019autres facteurs que la discrimination en sont aussi la cause.Cet écart de revenu moyen entre hommes et femmes est, faut-il le rappeler, l\u2019une des statistiques les plus connues et les plus citées.Le ratio de 0,75 est souvent présenté, dans les débats publics, comme une mesure de l\u2019iniquité des revenus entre hommes et femmes.Cette lecture doit être nuancée.En fait, plusieurs raisons expliquent un tel écart.Outre l\u2019iniquité salariale \u2014 salaires moindres pour les emplois majoritairement occupés par les femmes et équivalents à d\u2019autres emplois majoritairement occupés par des hommes \u2014, il faut aussi prendre en considération les différences dans le capital humain (les Revenus, pauvreté et inégalités Les enjeux sociaux du début des années 2000 74 Tendances de la société québécoise Tableau 54 Gains annuels totaux moyens des hommes et des femmes travaillant à temps plein en dollars constants de 1998 et en indice et rapport F/H, Québec, 1973*1997 \t\t\t\t\t 1973\t37 907\t23 086\t100\t100\t0,609 1975\t39 454\t24 836\t104\t108\t0,629 1981\t40 075\t26 785\t106\t116\t0,668 1985\t39 765\t27 152\t105\t118\t0,683 1990\t41 375\t28 350\t109\t123\t0,685 1995\t39 662\t29 681\t105\t129\t0,748 1996\t41 050\t31 080\t108\t135\t0,757 1997\t40 097\t29 954\t106\t130\t0,747 Les données pour l'année 1998 seront publiées au cours de l'automne 2000.Voir à l\u2019adresse suivante pour la mise à jour : www.soc.ulaval.ca/tendances Source : Statistique Canada, cat.13-217 (Tableau 2).Calculs de l'auteur.hommes plus âgés sont souvent plus scolarisés et ils ont plus d\u2019ancienneté que les femmes), les différences dans les modes de vie et les préférences pour le temps de loisir.Les femmes employées à temps plein travaillent moins d\u2019heures que les hommes également employés à temps plein, notamment parce que celles-ci Graphique 20 Revenu moyen brut et disponible des familles en dollars constants (1998) (moyenne mobile sur 2 périodes), Québec, 1973-1998 55 000 53 000 51 000 55 000 53 000- Moyenne mobile sur 2 périodes (brut) 51 000 49 000- -49 000 47 000- -47 000 45 000 43 000- -45 000 Moyenne mobile sur 2 périodes (total disponible) 43 000 41 000 39 000-37 000 -41 000 -39 000 -37 000 rnjiniûscoiroHfNmjuiLûNMO'OrifNmj-iniosco NNNNNNNCOCOCOCOlXlCOCOCOCOCOff'CT'a'CT't^O'CTlO'O' cr>cT'cr>CT'CT'CTia'cr>oicr'cricricricr>(T>cna'CTicT'aTCT»cT»CTiCT'\tQuand l'économie va.>\tJean Charest: inconnu, méconnu ou méconnaissable?>\tL\u2019ADQ, une solution de rechange?LA POLITIQUE MUNICIPALE >\tLa réforme municipale: une affaire d'économie LA POLITIQUE FÉDÉRALE >\tLa fin du tandem Chrétien-Martin LES RELATIONS EXTÉRIEURES >\tL'année de la diversité culturelle >\tLes minorités francophones : un intérêt retrouvé >\tLes francophones minoritaires : entre le fait minoritaire et la dualité nationale LE PARLEMENT ET LES PARTIS Le gouvernement et l\u2019opposition 153 Le gouvernement et l'opposition Quand l\u2019économie va.Michel Venne journaliste, Le Devoir Quand l\u2019économie va, tout va ! L\u2019adage vaut aussi pour les gouvernements.Celui du Québec a ainsi vu ses revenus croître plus rapidement que prévu au cours de la dernière année à la faveur d\u2019une exceptionnelle performance de l\u2019économie québécoise en 1999 qui devait se poursuivre en 2000.L\u2019aisance financière retrouvée, après de dures années de lutte contre le déficit, le ministre des Finances, Bernard Landry, a pu être généreux envers les contribuables en leur accordant, dans son budget du 14 mars 2000, des baisses d\u2019impôt.Il a été capable simultanément de réinvestir dans des secteurs stratégiques, y compris l\u2019éducation et la santé, et d\u2019acheter la paix avec les fonctionnaires de l\u2019État pour toute la durée du présent mandat du gouvernement, puisque les conventions collectives ont été renouvelées pour quatre ans.Dans un contexte de paix syndicale et de croissance économique, le climat politique s\u2019est lui aussi amélioré toujours au profit du gouvernement, l\u2019opposition libérale étant privée de certaines sources de mécontentement au sein de la population pour marquer des points.Le premier ministre Lucien Bouchard a profité du printemps et de l\u2019insouciance retrouvée des contribuables citoyens pour remettre à l\u2019ordre du jour la question nationale.C\u2019est ainsi qu\u2019il a promis de tenir une campagne de promotion de la souveraineté à l\u2019automne, en se déclarant « gonflé à bloc » au sortir du congrès du Parti québécois en mai 2000.Il a toutefois évoqué la possibilité de reporter la tenue d\u2019un référendum sur la souveraineté à un prochain mandat électoral, évitant soigneusement de s\u2019enferrer dans un calendrier précis, ce qui a eu l\u2019heur sans doute de nourrir la confiance déjà élevée des milieux d\u2019affaires.C\u2019est ainsi que la bonne tenue de l\u2019économie a facilité la vie politique et que la politique a à son tour encouragé la croissance de l\u2019économie, comme dans un cercle vertueux qui ne peut pas être éternel.Le gouvernement a également mis en œuvre des politiques de soutien à l\u2019économie qui ont aidé à consolider la création d\u2019emplois, notamment dans le secteur du multimédia, de la recherche en biotechnologie et dans le commerce électronique.Le gouvernement a également préféré maintenir sa politique d\u2019achat de médicaments brevetés plutôt que de favoriser l\u2019achat de médicaments génériques, moins chers, dans les hôpitaux, afin de continuer à favoriser l\u2019industrie du médicament d\u2019origine, dont les succursales canadiennes sont situées à Montréal où elles assurent des emplois.La bonne santé de l'économie A 3,7%, la croissance économique a été particulièrement vigoureuse en 1999 au Québec.En moyenne, au cours des vingt dernières années, la croissance n\u2019avait pas dépassé 2 %.En 1999,75 900 emplois ont été créés.Après celle de 1998 (86 400 Quand l\u2019économie va. Quand l\u2019économie va.154 La politique emplois), il s\u2019agit de la meilleure performance depuis 1987.Le taux de chômage s\u2019est établi en moyenne à 9,3 %, ce qui est le niveau le plus bas depuis 1976 (8,2 % au début de 2000).La demande intérieure fut en hausse de 3,4% en 1999.Les entreprises ont repris confiance avec l\u2019amélioration des perspectives mondiales de croissance économique, le redressement des prix des matières premières et la hausse appréciable des profits (13,4% en 1999).Il en est résulté une hausse des investissements des entreprises privées de 5,4%.Les dépenses de consommation ont progressé de 2,6%.Les investissements domiciliaires ont crû de 9,2 %.L\u2019économie québécoise a bénéficié d\u2019un environnement extérieur favorable au commerce, écrit le ministère des Finances, qui reconnaît ainsi que l\u2019économie québécoise a profité entre autres du redressement économique rapide des pays asiatiques et de la vigueur exceptionnelle de l\u2019économie américaine.En 1999, la croissance économique aux États-Unis s\u2019est établie à 4,1%, au-dessus de la barre des 4 % pour une troisième année d\u2019affilée.Avec la bonne performance de l\u2019économie américaine, la croissance des exportations québécoises s\u2019est accélérée en 1999.Le volume des exportations internationales de marchandises s\u2019est accru de 10,2 % (contre 6,4% en 1998).Le ministère des Finances s\u2019attend à ce que l\u2019économie mondiale maintienne sa vigueur en 2000 et prévoyait une croissance de 3,3 % au Québec.Une marge financière retrouvée Croissance économique veut dire plus d\u2019investissements, plus d\u2019emplois, plus de dépenses de consommation, donc des revenus supérieurs pour l\u2019État en taxes et en impôts.Considérables et inespérés, les surplus dégagés par le gouvernement se sont établis à deux milliards pour l\u2019année 1999-2000.Québec a utilisé cette marge financière entre autres pour éponger les déficits des hôpitaux et des universités.Du même coup, cependant, il s\u2019est engagé à soumettre les premiers à une loi leur interdisant les déficits budgétaires et les secondes à de nouvelles obligations de performance en échange d\u2019un financement plus élevé et plus stable [sur les universités, voir aussi p.350, sur les hôpitaux, P- 325]- Le budget du 14 mars 2000 annonçait des réductions d\u2019impôt des particuliers de l\u2019ordre de deux milliards sur trois ans mais un réinvestissement immédiat de 2,7 milliards en santé et d\u2019un milliard de dollars en éducation sur trois ans.Ce milliard découle des engagements pris par le gouvernement du Québec lors du Sommet du Québec et de la jeunesse tenu en février.Le sommet, qui a été marqué par de violentes manifestations de rue, avait aussi conclu au maintien du fonds de lutte contre la pauvreté et à la création d\u2019un fonds jeunesse [sur le Sommet de la jeunesse, voir article p.390].Les maux de la santé La hausse des dépenses dans le domaine de la santé, les problèmes récurrents de débordement des urgences, le maintien de longues listes d\u2019attente en chirurgie de même que le développement de pratiques ayant recours au financement privé ont amené le gouvernement à ouvrir un large débat public sur l\u2019avenir du système de santé au Québec.Une commission présidée par l\u2019ancien président du Conseil du trésor du Québec, Michel Clair, a été formée en juin 2000 et doit tenir des consultations tout au long de l\u2019année [voir aussi p.325].En 1999-2000, les dépenses de santé et de services sociaux ont atteint près de 16 Le gouvernement et l\u2019opposition 155 milliards de dollars au lieu des 13,7 milliards prévus au budget.En réalité, depuis 1997-98, a observé le ministère, les coûts ont repris une spirale ascendante en hausse de 4,3 %.Les employés du secteur public ont aussi eu droit à leur part de surplus budgétaire.Le gouvernement a conclu, juste avant Noël, une entente de quatre ans prévoyant des hausses salariales totalisant 9% sur la période en plus d'une injection de 100 millions dans le régime de retraite.Le coût des concessions s\u2019élève à 1,8 milliard de dollars.En juin, le premier ministre annonçait par ailleurs un redressement salarial de 12 à 24 % pour les hauts fonctionnaires et les juges de nomination provinciale.Des ententes ont aussi été signées avec les médecins.Le 28 juin, le gouvernement est également parvenu à s\u2019entendre sur les grandes lignes d\u2019un nouveau pacte fiscal avec les municipalités, dont les détails devaient être arrêtés par la négociation durant l\u2019automne.En six ans, les municipalités bénéficieraient d\u2019un apport nouveau d\u2019un milliard et demi de dollars.Plusieurs accords ont également été signés au cours de l\u2019année avec des nations et des communautés autochtones.Années fastes, Québec a aussi annoncé la construction d\u2019un nouveau méga-hôpital (CHUM) à Montréal, le début des travaux d\u2019agrandissement du Palais des congrès ainsi que l\u2019implantation dans la métropole de la bourse électronique Nasdaq.Le souci économique partout présent Ce souci pour l\u2019emploi et l\u2019économie a d\u2019ailleurs transcendé toute l\u2019activité gouvernementale et la pensée du parti au pouvoir.C\u2019est ainsi que des motivations économiques sont la source de la réforme municipale pilotée par la ministre d\u2019État de la Métropole et des Affaires municipales, Louise Harel.Québec pense que le développement économique futur passe par des municipalités fortes, d\u2019où l\u2019insistance de Québec en faveur des fusions municipales et de la création d'agglomérations métropolitaines plus puissantes [voir article p.217).L\u2019économisme se fait sentir également dans les politiques environnementales.La nouvelle politique sur les forêts propose l\u2019adoption du principe du rendement accru.Le développement hydroélectrique orienté vers l\u2019exportation est toujours à l\u2019ordre du jour et le gouvernement a réduit les pouvoirs de la Régie de l\u2019énergie soi-disant pour faciliter la compétitivité d\u2019Hydro-Québec sur le marché nord-américain [voir aussi p.489].Même l\u2019option souverainiste est servie à la sauce économique.Lors du congrès du PQ, le ministre des Finances, Bernard Landry, a rendu public un document de promotion de la souveraineté qui met l\u2019accent sur les avantages financiers et économiques de faire du Québec un pays souverain à l\u2019ère de la mondialisation.La générosité n\u2019a pas empêché toutefois le gouvernement de décider que les primes du régime d\u2019assurance-médicaments allaient doubler.L\u2019ampleur des surplus n'a pas non plus incité le premier ministre Lucien Bouchard à se montrer généreux envers les Orphelins de Duplessis qui, durant l\u2019année, ont bénéficié d\u2019une publicité importante dans les médias étrangers autant que de l\u2019appui de nombreux groupes et personnalités.La confiance du parti Malgré le silence entretenu par M.Bouchard sur le calendrier référendaire, celui-ci a renforcé sa position auprès des partisans souverainistes.En effet, M.Bouchard Quand l\u2019économie va. Quand l\u2019économie va.156 La politique a obtenu au congrès de mai 2000 du Parti québécois la confiance de 91% des militant.Ce vote de confiance confère au leader souverainiste une force politique renouvelée, la stabilité et la bonne entente au sein de son parti étant à peu près assurées pour l\u2019heure, même si des mécontentements subsistent au sein de la base militante notamment dans les domaines de la politique sociale et de la protection de l\u2019environnement.Cette bonne entente a été obtenue entre autres au prix de la promesse de tenir, durant l\u2019année qui vient, des états généraux de la langue française.Ce forum public, présidé par l\u2019ancien syndicaliste Gérald Larose, doit permettre de faire le point sur la situation du français en Amérique du Nord et de déterminer quelles actions doivent être faites pour assurer la protection et la promotion du français au Québec.Le renforcement de la Charte de la langue française sera a l'ordre du jour.Les militants péquistes ont souhaité, lors de leur congrès, que deux questions soient débattues à cet égard : le rétablissement de l\u2019unilinguisme français dans l\u2019affichage commercial et l\u2019obligation qui pourrait être faite aux francophones et aux immigrants de fréquenter l\u2019école française y compris au niveau collégial [voir article p.109].Le ciment péquiste risque de tenir au cours des prochains mois.La conjoncture politique pourrait en effet être favorable à une lutte politique qui remettra à l\u2019avant-scène la question de la souveraineté du Québec.Des élections fédérales devront avoir lieu bientôt.M.Bouchard a promis de soutenir les candidats du Bloc québécois.Il a promis de déclencher une campagne de promotion de la souveraineté, après avoir écarté divers scénarios, dont celui proposé par son ancien conseiller Jean-François Lisée (dans son livre Sortie de secours) de tenir un référendum sur les pouvoirs essentiels du Québec [voir article p.91].Les mésententes avec Ottawa En outre, les pommes de discorde entre Otttawa et Québec alimentent toujours l\u2019actualité politique.Au moins trois différends majeurs opposent les deux gouvernements, qui portent sur les sujets suivants : \u2022\tLe droit du Québec à l\u2019autodétermination et les règles du prochain référendum.À cet égard, le Parlement fédéral a adopté la loi C-20 dite sur la clarté qui donne à la Chambre des communes le pouvoir de juger de la clarté de la prochaine question référendaire et de la clarté du résultat.La loi indique que la seule question acceptable doit porter littéralement sur la sécession et sous-entend que la majorité absolue (50% + 1) ne suffirait pas à enclencher la négociation de la sécession proprement dite [voir article p.118].Québec a riposté en présentant le projet de loi n° 99 sur les droits fondamentaux du peuple et de l\u2019État du Québec qui réaffirme le droit du Québec à l\u2019autodétermination et stipule que la règle du 50% + 1 s\u2019appliquera au prochain référendum.Ce projet de loi est contesté par l\u2019opposition libérale et par les nations autochtones.\u2022\tLe projet de loi C-3 qui porte réforme à la Loi sur les jeunes contrevenants.Par cette loi, le gouvernement fédéral veut durcir la loi qui s\u2019applique aux jeunes qui commettent des crimes violents.Unanimement, la classe politique et les milieux sociaux du Québec s\u2019y opposent.\u2022\tLa réforme des congés parentaux.Le gouvernement du Québec, s\u2019appuyant sur une disposition de la loi fédérale, Le gouvernement et l\u2019opposition 157 réclame le transfert de 532 millions pour créer son propre programme d\u2019assurance parentale, un programme plus généreux qui inclut les travailleurs autonomes.Un projet de loi (n° 140) a été présenté en juin 2000 par la ministre Pauline Marois pour mettre en œuvre ce programme.Ottawa refuse la demande québécoise et annonce plutôt l\u2019entrée en vigueur d\u2019un nouveau programme pancanadien de congés parentaux, toujours financé par la caisse de l\u2019assurance-emploi pour le 1\" janvier 2001.Nombreux chantiers à venir Entre l\u2019économie et la souveraineté, le gouvernement québécois entre dans une période de réflexion sur ses orientations dans plusieurs domaines et certains changements importants se produiront, notamment en éducation.De nouveaux programmes doivent entrer en vigueur à l\u2019école primaire durant l\u2019année.De même, le statut confessionnel des écoles sera aboli et l\u2019enseignement religieux confessionnel devra faire place à un enseigne- ment culturel des religions à l\u2019école secondaire [voir aussi p.347 et 370].L\u2019année qui vient sera évidemment marquée par les discussions menant à la réforme municipale.Mais Québec a aussi lancé des consultations sur le système de santé et la politique linguistique, comme nous l\u2019avons souligné plus haut, ainsi que sur sa politique jeunesse, sur le soutien à l\u2019action communautaire, sur la citoyenneté québécoise, sur sa politique d\u2019immigration, sur la Loi sur l\u2019accès à l\u2019information et la protection des renseignements personnels, sur le régime forestier, sur la zone de libre-échange des Amériques, sur l\u2019accès aux emplois du secteur public pour les membres des minorités et sur les lois du travail.Les sondages menés au cours de l\u2019année indiquent un appui stable au gouvernement qui reprendrait le pouvoir si des élections étaient déclenchées.L\u2019Action démocratique du Québec de Mario Dumont maintient sa position en recueillant toujours entre 12 et 18 % de la faveur populaire tandis que les libéraux de Jean Cha-rest ne parviennent pas à faire augmenter leur niveau d\u2019appui.\u2022 Références Parti québécois, Le Québec, un nouveau pays pour le nouveau siècle (argumentaire); on peut le consulter sur le site du Parti québécois: www.pq.org/nouveaupays.html Les maux de la santé - Série d'articles du Devoir, publiée du 29 avril au 6 mai 2000 www.ledevoir.com/san/sante.html » Sites internet Documents d'information sur l'organisation et le financement du système de santé au Québec: www.msss.gouv.qc.ca/f/documentation/publicaune.htm Budget du Québec 2000-2001, présenté le 14 mars 2000 : www.finances.gouv.qc.ca/francais/budget/ index.htm Informations sur l'entente intervenue avec les syndicats du secteur public: www.tresor.gouv.qc.ca/ resource/nego/nego.htm Grands dossiers en cours au gouvernement du Québec: www.gouv.qc.ca/XmlDev/Site/Dhtml/ Francais/lndex.html#GrandsDossiers Site du gouvernement du Québec: www.gouv.qc.ca Site du Parti québécois: www.pq.orgI Congrès du Parti québécois: www.pq.org/congres14.htm Quand l\u2019économie va. Jean Charest 158 La politique Jean Charest: inconnu, méconnu ou méconnaissable?André Pratte journaliste, La Presse Deux ans après son arrivée triomphale à la tête du Parti libéral du Québec, Jean Charest a dû se rendre à l\u2019évidence: quelque chose cloche.« La mayonnaise ne prend pas », ont tranché des commentateurs.La mayonnaise Charest-PLQ, et la mayonnaise Charest-Québec.Au printemps 2000, les sondages révélaient un Parti libéral traînant la patte derrière le Parti québécois, bien que ce dernier doive subir l\u2019usure du pouvoir, et soit aux prises avec l\u2019ingérable crise du système de santé.Pire encore, selon un sondage Sondagem réalisé fin avril-début mai (L'actualité, 15 juin 2000), 37% des militants libéraux estiment que leur parti doit changer de chef s\u2019il espère remporter les prochaines élections, qui devraient avoir lieu en 2002.Jean Charest en a conclu que « les Québécois ne me connaissent pas autant que je le pensais, et pas de la façon dont je croyais qu\u2019ils me connaissaient ».Après 16 ans en politique, le chef de l\u2019opposition serait donc un inconnu?Cela est peu vraisemblable.Les Québécois connaissent certainement Jean Charest aussi bien qu\u2019ils connaissent les autres politiciens qui les dirigent ou aspirent à le faire.Ils savent qu\u2019il fut un jeune ministre fédéral plein de promesses, qu\u2019il a failli devenir premier ministre du Canada à seulement 34 ans, qu\u2019il a bravement tenu la barre d\u2019un Parti conservateur en déroute après la défaite électorale de 1997.Ils savent qu\u2019il est parfaitement bilingue, que sa femme est jolie et intelligente, que la vie de famille est très importante pour lui, mais qu\u2019il en parle un peu trop.Le vrai reproche Que reproche-t-on à Jean Charest, au juste ?Sous le couvert d\u2019autres arguments, les militants libéraux ne lui en veulent que pour une raison : il semble incapable de les ramener au gouvernement.En 1998, à quelques mois des élections, ils ont cru trouver en lui un sauveur.Leur aveuglement n\u2019avait d\u2019égal que leur soif de pouvoir.S\u2019ils avaient pris la peine de s\u2019informer un peu auprès des conservateurs fédéraux, ils auraient su qu\u2019outre ses incontestables talents, Jean Charest souffre de quelques faiblesses importantes.Des faiblesses qui risquaient fort de se révéler fatales pour un transfuge.En ce sens, ceux qui se demandent ce qu\u2019il est advenu du Jean Charest d\u2019antan se trompent.L\u2019homme n\u2019est pas méconnaissable, il est comme il a toujours été.Charest se trompe lui aussi quand il attribue ses difficultés au fait que les Québécois le connaissent mal ; en réalité, ses problèmes viennent du fait qu\u2019on le connaît mieux aujourd\u2019hui.et que les électeurs n\u2019aiment pas tellement ce qu\u2019ils voient.Un caractère bouillant Jean Charest a réussi trop vite.Ses succès fulgurants en politique fédérale ont eu tendance à gonfler son ego.D\u2019héritage paternel, l\u2019homme était déjà doté d\u2019un caractère bouillant et d\u2019une opiniâtreté à toute épreuve.La combinaison a produit un chef Le gouvernement et l\u2019opposition 159 politique qui non seulement n\u2019écoute pas les conseils, mais n\u2019en demande pas.Lui qui n\u2019a pas besoin des autres ne comprend pas que les militants aient besoin de lui autrement que pour un discours de temps en temps.Qu\u2019un petit mot serait apprécié à telle occasion, qu\u2019un appel téléphonique serait désiré à telle autre.Charest a toujours maintenu un mur de verre blindé entre lui et ses partisans.Depuis des années, ses conseillers ont cherché à cassé cette vitre, ont voulu le convaincre de se rapprocher sincèrement des gens qui donnent leur temps, leur énergie et leur argent pour lui permettre de réaliser son rêve.Ils n\u2019y sont jamais parvenus.De sorte que, malgré tout son travail, Charest paraît incapable de se gagner l'affection de ses militants.Des militants qui, il ne faut pas l\u2019oublier, le combattaient lorsqu\u2019il était dans l\u2019arène fédérale.L\u2019agacement des libéraux a commencé à poindre au cours de l\u2019hiver 1999-2000.Si un seul député a osé exprimer publiquement des critiques à l\u2019égard de son chef\u2014 Henri-François Gautrin, de Verdun, a déploré qu\u2019il n\u2019ait pas écourté ses vacances au Mexique pour profiter d\u2019une crise qui affligeait le gouvernement \u2014 d\u2019autres n\u2019hésitent pas à le faire sous le couvert de l\u2019anonymat.«C\u2019est le divorce entre Jean Charest et son parti », a titré La Presse le 3 juin 2000.Des représentants du milieu des affaires, une clientèle importante du Parti libéral, ont aussi exprimé leur déception.Faute de convictions Avant son saut périlleux en politique provinciale, Jean Charest connaissait très mal l\u2019histoire et la culture politique québécoises.Plongé très jeune dans la soupe fédérale, il s\u2019est intéressé à ce qui se passait à Ottawa et dans sa circonscription de Sherbrooke, regardant assez rarement vers Québec ou Montréal.Encore aujourd\u2019hui, la rumeur lui reproche sa méconnaissance des gens et des choses du Québec.Parfois, il dit être inspiré par l\u2019exemple de Jean Lesage, premier ministre du Québec de i960 à 1966.D\u2019autres fois, il évoque Daniel Johnson, qui a succédé à Lesage.Se peut-il que Charest ignore que ces deux leaders n\u2019avaient rien en commun, et à quel point ils se sont farouchement combattus?Comment peut-on suivre les traces d\u2019un homme et de son contraire?À moins que tout cela ne soit factice.De la même façon, Charest a d\u2019abord proposé de tourner le dos à la Révolution tranquille.Il promet aujourd\u2019hui de mener le Québec vers une nouvelle Révolution tranquille.On a l\u2019impression que, faute de convictions, il joue sur des concepts dont il ne maîtrise pas toujours les subtilités.Cette faille aussi était évidente avant même qu\u2019on n\u2019invite Jean Charest en politique provinciale.On a préféré croire \u2014 même l\u2019ancien premier ministre canadien Brian Mulroney \u2014 qu\u2019il suffisait d\u2019amener à Québec un jeune politicien talentueux pour écraser Lucien Bouchard et faire s\u2019évaporer la « menace séparatiste ».La force de Lucien Bouchard Outre les faiblesses du présumé sauveur, on a négligé un facteur : la force du personnage de Lucien Bouchard.Au fil d\u2019une carrière politique mouvementée, M.Bouchard a tissé avec les Québécois des liens d\u2019intimité.Autant Charest est mal à l\u2019aise dans la culture politique québécoise, autant Bouchard en est l\u2019incarnation.Le premier ministre actuel est, en outre, un politicien extraordinairement habile, qui sait plaire aux fédéralistes comme aux souverainistes, aux gens d\u2019affaires comme Jean Charest Jean Charest 160 La politique aux syndicalistes.L\u2019étoile de quiconque pâlit en comparaison.Dans un tel contexte, lean Charest ne s\u2019en tire pas si mal.Lors de sa première campagne électorale provinciale, malgré des erreurs de parcours, il a persévéré, sans paniquer, de sorte que son parti a pu profiter des hésitations de dernière minute des électeurs et passer à un poil d\u2019une victoire inattendue.Encore aujourd\u2019hui, rien ne dit que Charest, profitant d\u2019une éventuelle baisse de popularité du gouvernement en place et d\u2019un appui fort de ses militants au congrès d\u2019octobre 2000, ne deviendra pas premier ministre dans deux ans.Le bonheur Au-delà des rangs du Parti libéral du Québec, que disent les « Québécois ordinaires » au sujet de Jean Charest?Ce qu\u2019on entend dire le plus souvent, c\u2019est qu\u2019il semble malheureux en politique québécoise.On se demande si, vraiment, il a «choisi le Québec », ou s\u2019il a simplement été conscrit en politique provinciale.On souligne qu\u2019il a souvent l\u2019air triste, qu\u2019il manque d\u2019enthousiasme.Une part de cela n\u2019est pas nouveau.On disait la même chose quand Jean Charest était chef conservateur, certains se demandant s\u2019il n\u2019était pas de nature dépressive.Charest est comme ça : il a des moments de léthargie, qui semblent lui servir à recharger ses batteries.Charest est-il heureux en politique provinciale ?Nul ne sait ce que ressent cet homme, et quiconque spécule à ce sujet risque fort de se tromper.Le bonheur est difficile quand on se débat dans l\u2019opposition depuis sept ans, et qu\u2019on subit crise après crise.Charest sera heureux lorsqu\u2019il deviendra premier ministre.D'abord un nationaliste canadien Dans certains milieux, on doute de l\u2019engagement du chef libéral en faveur des intérêts du Québec.lean Charest, c\u2019est sûr, est davantage un nationaliste canadien qu\u2019un nationaliste québécois.Jamais, depuis son arrivée en politique provinciale, il n\u2019a livré de discours aussi passionnés que ceux qui ont fait sa marque à Ottawa, durant lesquels il évoquait l\u2019œuvre des Pères de la Confédération.Cela ne signifie pas qu'il ne puisse défendre une vision du fédéralisme avantageuse pour le Québec.Mais des gens se méfient de ses réflexes.Or, au pouvoir à Québec, c\u2019est souvent l\u2019instinct, la connaissance profonde du peuple québécois, qui permettent de prendre les bonnes décisions, en particulier en matière constitutionnelle.Le projet de Charest à cet égard, le « fédéralisme de cogestion », est peut-être fort valable.Mais il ne répond pas à ce qui reste la principale revendication des Québécois : la reconnaissance de leur statut comme peuple distinct au sein du Canada.On peut déplorer que cette revendication soit davantage émotive que rationnelle.On peut prétendre que la cogestion est une solution à la fois logique et réaliste à un trop vieux problème.Mais c\u2019est ignorer que les nations sont d\u2019abord faites d\u2019émotions.Pour quoi faire?Une autre remarque fréquemment entendue au sujet du chef du PLQhl n\u2019a rien à proposer.C\u2019est un fait qu\u2019au-delà de quelques slogans habiles \u2014 « De Québec Inc.à Québec.com » \u2014 on ne sait pas trop ce que feraient Jean Charest et ses libéraux s\u2019ils étaient portés au pouvoir.Mais le reproche est un peu injuste.D\u2019abord, parce que c\u2019est l\u2019habitude des partis d\u2019opposition d\u2019attendre la campagne électorale pour mettre de l\u2019avant des politiques concrètes. Le gouvernement et l\u2019opposition 161 S\u2019ils le font plus tôt, c\u2019est, du point de vue stratégique, du gaspillage.Ensuite, il faut bien avouer qu\u2019il n\u2019est pas facile à l\u2019heure actuelle de se distinguer du Parti québécois, qui gouverne au centre, voire à droite, tout en préservant jalousement son idéologie social-démocrate.Charest peut bien proposer de baisser les impôts; le gouvernement a déjà pris des mesures en ce sens.Charest peut bien annoncer qu\u2019il relancera l\u2019économie ; celle-ci n\u2019a jamais roulé aussi vite.Toujours la santé Reste la santé.Jusqu\u2019ici, le gouvernement du Parti québécois a échoué dans ses tentatives de remettre le système sur pied après avoir tenté une réforme qui a viré, compressions budgétaires obligent, à la catastrophe.Jean Charest s\u2019est cependant montré incapable de suggérer des solutions crédibles.De toute façon, les Québécois savent peut-être dans leur for intérieur que la crise du système de santé échappe aux solutions faciles [voir aussi p.325].Il s'agit alors de choisir, sans se faire d\u2019illusions, le premier ministre le plus compétent possible.Or, à cet égard, Lucien Bouchard jouit de plusieurs longueurs d\u2019avance dans l\u2019esprit des citoyens.Un sondage Léger & Léger publié en avril 2000 indiquait que seulement 16% des électeurs voyaient en Jean Charest celui qui ferait le meilleur premier ministre, contre 45 % pour Lucien Bouchard et 26 % pour le jeune Mario Dumont, de la marginale Action Démocratique.Dans les circonstances actuelles, il faudrait aux libéraux un chef hors du commun pour qu\u2019ils puissent espérer prendre les devants dans les sondages.Faute de s\u2019être mieux renseignés, ils ont cru que Jean Charest serait ce sauveur.Charest n\u2019a pas déçu parce qu\u2019il a mal fait son travail, mais parce qu\u2019on avait placé en lui des espoirs démesurés.\u2022 Références Cayouette, Pierre, «Un chef en sursis», L'actualité, 15 juin 2000.Lessard, Denis, «La mutinerie du pain intégral», La Presse, 3 juin 2000.Pratte, André, L'Énigme Charest, Boréal, Montréal, 1998.?Site Internet Parti libéral du Québec: www.plq.org Jean Charest L\u2019ADQ, une solution de rechange?162 La politique L'ADQ, une solution de rechange?Michel Venne journaliste, Le Devoir Le 19 mai 2000, Mario Dumont a eu 30 ans.Avec une douzaine d\u2019années de militantisme politique derrière lui, le chef de l\u2019Action démocratique du Québec atteint une certaine maturité qui se révèle dans son discours : moins dogmatique, plutôt réaliste.Une maturité que le parti qu\u2019il dirige depuis sa fondation en 1994 a voulu se donner durant cette année charnière où il est parvenu à maintenir sa popularité au sein de l\u2019électorat, en dépit de sa marginalisation sur la scène parlementaire et de la polarisation du débat national qui favorise les deux partis dominants.Le chef de l\u2019Action démocratique se révèle aussi crédible que le leader du Parti libéral, lean Charest, pour occuper la fonction de premier ministre, selon certains sondages qui les placent à égalité à 24% contre 39% pour le premier ministre actuel.Les progrès enregistrés par l\u2019ADQ n\u2019en font pas moins le tiers parti qu\u2019il était aux élections du 30 novembre 1998, alors qu\u2019il ne fit élire qu\u2019un député, son chef, dans Rivière-du-Loup, malgré 12% des suffrages à l\u2019échelle québécoise.En mars 2000, l\u2019appui de l\u2019électorat à l\u2019ADQ avait atteint 18 %.lusqu\u2019ici parti d\u2019un seul homme appuyé par ses amis plutôt jeunes et inexpérimentés, l\u2019ADQ a mis en avant durant l\u2019année deux personnalités qui se sont jointes à lui et qui ont donné à cette formation plus de profondeur et de crédibilité.Guy Laforest prend sa carte L\u2019adhésion la plus spectaculaire fut celle du professeur de science politique de l\u2019Université Laval, Guy Laforest, l\u2019un des porte-parole les plus médiatisés du camp souverainiste en 1995.Celui-ci prit sa carte de membre le 14 février 2000 en affirmant que l\u2019ADQ est « le parti politique qui offre les meilleures perspectives pour faire progresser le Québec sur la voie d\u2019un équilibre entre liberté, prospérité et justice ».11 s\u2019est félicité que ce parti mette au centre de son programme le principe de responsabilité, tant celle de l\u2019État envers la gestion des fonds publics que celle des citoyens pris individuellement.II a vanté la vision pluraliste de la société québécoise qui est incarnée par l\u2019ADQ et sa volonté d\u2019ouverture auprès des non-francophones.Agissant de façon plus discrète, l\u2019ancien sous-ministre de la réforme électorale de René Lévesque (premier ministre du Québec de 1976 à 1985), André Larocque, a participé au raffinement de la position du parti sur les questions relatives aux institutions démocratiques et conseille régulièrement M.Dumont en qui il voit un fils spirituel de René Lévesque.L\u2019ADQ est d\u2019ailleurs le parti le plus audacieux quant à la réforme des institutions démocratiques.Des réformes audacieuses Il propose l\u2019élection du premier ministre au suffrage universel, la décentralisation de pouvoirs vers les régions, la création d\u2019un Office des électeurs, l\u2019introduction Le gouvernement et l\u2019opposition 163 d\u2019une composante proportionnelle dans le mode de scrutin, le vote libre des députés à l\u2019Assemblée nationale et, notamment, l\u2019adoption d\u2019une loi d\u2019initiative populaire qui permettrait à des citoyens ayant obtenu l'appui d\u2019un nombre significatif de personnes la tenue d\u2019un référendum ou la considération par l\u2019Assemblée nationale d\u2019un projet de loi.Cette proposition a été acheminée, en mai 2000, à l\u2019Assemblée nationale par M.Dumont sous la forme du projet de loi n° 192.Cette image réformatrice en matière de démocratie a été souillée quelque peu, cependant, lorsque le Directeur général des élections a émis, en mars 2000, 14 constats d\u2019infractions impliquant notamment l\u2019ancien directeur général et l\u2019ancien vice-président du parti, pour avoir fabriqué de fausses factures et gonflé des dépenses.Lors de son congrès des 1\" et 2 avril 2000, à Saint-Hyacinthe, l\u2019ADQ s\u2019est d\u2019ailleurs donné un programme intitulé Préparons un Québec prospère, largement modernisé, plus centriste, dépourvu de parti pris cependant quant à l\u2019avenir constitutionnel du Québec.Ce parti, qui fut membre de la coalition du OUI à la souveraineté-partenariat au référendum du 30 octobre 1995, a voulu mettre sur papier « un rêve québécois qui se tienne debout sans tuteur constitutionnel», a déclaré M.Dumont dans une entrevue au Devoir (25 mars et 1\" avril 2000).Pour une trêve constitutionnelle Après le référendum, M.Dumont avait choisi de mettre de côté la question nationale.La position du parti se reflète dans un projet de loi (n° 191) présenté par M.Dumont à l\u2019Assemblée nationale le 1\u201c décembre 1999.Cette proposition de « Loi sur la proposition québécoise de paix constitu- tionnelle » inclut un moratoire sur la tenue d\u2019un référendum jusqu'à la fin de la prochaine législature.Cette trêve de huit ans devrait permettre au Québec de négocier avec le reste du Canada un nouveau pacte qui reconnaisse le Québec comme société distincte et qui retourne aux provinces une série de champs de compétence actuellement envahis par l\u2019État fédéral.Un refus catégorique Le premier ministre Lucien Bouchard a accueilli cette initiative avec hargne affirmant que cette suggestion «mettrait le Québec à genoux devant le gouvernement fédéral ».Il a qualifié le projet de loi n° 191 de «catalogue de demandes sans espèce de poids ou de rapport de force» puisqu\u2019il ne prévoit pas de plan de repli si le Canada refuse la main alors tendue par le Québec.Ce différend n\u2019a toutefois pas empêché l\u2019Action démocratique d\u2019appuyer fermement le projet de loi n° 99 sur les droits et les prérogatives du peuple et de l\u2019État du Québec proposé par le gouvernement québécois en réponse à la loi dite sur la clarté (C-20) adoptée par le Parlement fédéral au cours de l\u2019année 2000.[voir aussi p.118].M.Dumont a d\u2019ailleurs reproché aux libéraux de refuser d'appuyer ce projet de loi.Un parti nationaliste L\u2019ADQ apparaît donc, malgré ses demandes de moratoire sur la tenue d\u2019un référendum, comme un parti nationaliste qui, pour le moment, constate que « les Québécois disent non à la rupture tout en exprimant une nette volonté de changement et d\u2019autonomie », a écrit M.Dumont à l\u2019occasion du 10e anniversaire de l\u2019échec de l\u2019Accord du lac Meech, le 23 juin 2000.« Le Québec, ajoute-t-il, doit aspirer à vivre en L\u2019ADQ, une solution de rechange? L\u2019ADQ, une solution de rechange?164 La politique harmonie avec ses partenaires tout en exprimant avec force son identité ».Dans le contexte de polarisation du débat national, la position constitutionnelle de l'ADQ parait ambiguë.Lors de son adhésion, M.Laforest a soutenu que ce parti était à la fois fédéraliste et souverainiste.Fédéraliste, parce que le véritable fédéralisme se fonde sur le respect de l\u2019autonomie des provinces ou des États qui ont créé l\u2019État fédéral.Et souverainiste, parce qu\u2019à l\u2019heure de l\u2019interdépendance, la souveraineté, ça se partage.En se fondant sur cette ambiguïté, l\u2019ADQ espère devenir « une coalition du changement» a dit M.Dumont, un « parti œcuménique», ajouta M.Laforest, susceptible d\u2019accueillir péquistes et libéraux.Lors de son congrès, le parti a fait maints efforts pour s\u2019ouvrir aux non-francophones et pour courtiser en particulier l\u2019électorat libéral.Un programme «libéral» Cet effort s\u2019est matérialisé dans le discours mais aussi par l\u2019adoption d\u2019un programme plus libéral que social-démocrate, dans lequel l\u2019État joue un rôle moins lourd qu\u2019aujourd'hui ; avec une politique fiscale qui prône un taux unique de 20 % assorti d\u2019un régime de revenu minimum garanti ; avec une politique familiale fondée sur l\u2019aide directe aux familles que sur les infrastructures comme les garderies à 5 $ par jour que le parti propose d\u2019abolir; en rendant plus difficile, par l\u2019obligation d\u2019un vote des deux tiers de l\u2019Assemblée nationale, la modification de la Charte québécoise des droits et libertés de la personne.Le parti reste malgré tout jeune par son membership.La présidente élue, Mme Isabelle Marquis, a 31 ans.Elle dirige un conseil exécutif composé de sept femmes et de huit hommes.L\u2019ADQ joue la parité des genres autant que le pluralisme.Elle ne compte tout au plus que 12 000 membres, cependant.Un parti majeur?M.Dumont rêve de voir son parti devenir une solution de remplacement à l\u2019un ou l\u2019autre des partis dominants, le Parti québécois et le Parti libéral.Toutefois, l\u2019espace pour la montée de l\u2019ADQ est restreint.Il est arrivé dans l\u2019histoire politique québécoise qu\u2019un tiers parti émerge, se faufile et, à terme, déloge l\u2019une des forma- Laforest, Guy, «Pourquoi j\u2019adhère à l\u2019Action démocratique du Québec», Le Devoir, 15 février 2000.page A6.E52B3B3 Nadeau, Richard et Léger, Jean-Marc, «L\u2019incontournable Mario Dumont», Le Devoir, 26 novembre 1999, page A9.?Sites Internet Les deux projets de loi présentés par Mario Dumont: -\tN'191 sur la proposition québécoise de paix constitutionnelle: www.assnat.qc.ca/fra/publications/projets-loi/publics/99-f191.htm -\tN° 192 sur le pouvoir d\u2019initiative: www.assnat.qc.ca/fra/publications/projets-loi/publics/oo- f192.htm Le site de l\u2019ADQ: www.adq.qc.ca Le gouvernement et l\u2019opposition 165 dons principales.C\u2019est ce que le politologue Vincent Lemieux appelle un réalignement partisan, comme ceux qui se sont produits en 1935 par la création de l\u2019Union nationale et en 1970 par celle du Parti québécois.L\u2019ADQ aimerait bien faire la même chose.Mais les conditions ne semblent pas réunies.Le sociologue Maurice Pinard a longuement étudié le phénomène de la montée des tiers partis pour en venir à la conclusion qu\u2019un parti marginal peut devenir dominant dans deux situations distinctes.Soit l\u2019un des deux partis principaux est en déroute, c\u2019est-à-dire que son appui populaire chute sous les 33%.Dans de telles circonstances, le tiers parti peut espérer occuper l\u2019espace politique laissé vacant par la faiblesse de l\u2019opposition.Soit le tiers parti est un parti idéologique dont les positions lui permettent de se démarquer complètement des adversaires et répond à un courant dominant dans l\u2019électorat.Or, I\u2019ADQ joue sur un terrain où les deux principaux partis restent, malgré les insatisfactions, très bien enracinés, aucun ne domine l\u2019autre inexorablement, et la polarisation constitutionnelle favorise la perpétuation de cette situation.Ensuite, l\u2019ADQ est moins idéologique qu\u2019elle ne l\u2019a jamais été.D\u2019une part, elle est moins à droite.Si elle remet en question le rôle de l\u2019État, c\u2019est pour le transformer davantage que pour le réduire.L\u2019ADQ se ramène au centre de l\u2019échiquier socio-économique alors que, sur la question constitutionnelle, elle est n\u2019importe quoi.En somme, l\u2019ADQ ne donne pas assez de raisons aux électeurs de modifier leur affiliation partisane actuelle pour espérer bouleverser le paysage politique.\u2022 la politique municipale La réforme municipale : Mario Cloutier journaliste, Le Devoir Le gouvernement du Parti québécois a résolument pris le virage économique après sa défaite référendaire de 1995 et avec la certitude acquise par le premier ministre Lucien Bouchard que l\u2019électorat ne suivrait pas les souverainistes dans leur démarche tant que les finances publiques du Québec ne seraient pas saines.Il s\u2019en est suivi une période de compressions budgétaires sans précédent ou les forceps une affaire d'économie du déficit zéro ont modelé toutes les actions du gouvernement, notamment dans la réforme de la santé, pour aboutir, au seuil du nouveau millénaire, sur une reprise économique pouvant faire croire qu\u2019il s\u2019agit de la voie royale des solutions aux problèmes d\u2019un État moderne.La réforme de la ministre d\u2019État aux Affaires municipales et à la Métropole, Louise Harel, procède de la même logi- L\u2019ADQ, une solution de rechange La réforme municipale 166 La politique que.Après l\u2019échec de longues négociations sur un nouveau pacte fiscal entre son ministère et les représentants de l'UMQ (Union des municipalités du Québec) et de la FQM (Fédération québécoise des municipalités) en décembre 1999, le ministère des Finances a fait son entrée en scène.L\u2019objectif était clair, disait-on en coulisses : « clore le bec » des maires qui faisaient du pacte fiscal un préalable à toute autre discussion sur la réforme municipale.Quelques mois ainsi qu\u2019un milliard et demi de dollars plus tard, le pacte était signé en grandes pompes au Salon rouge de l\u2019Assemblée nationale.Déficit zéro en poche et croissance économique bien en vue, la table gouvernementale était mise pour une réforme financière et fiscale du monde municipal.Renforcer les pôles urbains Ainsi, des années de tergiversations et d\u2019hésitations de la part de prédécesseurs qui ont timidement baissé les bras devant des maires braqués sur le statu quo, des dizaines et des dizaines de rapports, commissions, études et analyses de toutes sortes, n\u2019ont pas empêché la ministre Louise Harel de déposer au mois de mai 2000 un livre blanc intitulé : La Réorganisation municipale \u2014 Changer les façons défaire, pour mieux servir les citoyens.Ce titre trompeur occulte une réforme mettant de côté les problématiques sociales \u2014 sentiment d\u2019appartenance, milieux de vie ainsi que développement social et communautaire \u2014 afin de favoriser les conditions de développement économique des plus grandes municipalités en supportant le rôle de centralité qu\u2019elles jouent auprès des villes périphériques.Le Québec renforcera ses pôles urbains, soit 31 agglomérations où l\u2019on retrouve 78% de la population québécoise, 85 % des emplois et 82 % du PIB.Dans une province faisant face à la dénatalité, l\u2019étalement urbain coûte cher, estime le gouvernement Bouchard.Dans la grande région de Montréal, la superficie de la RMR (région métropolitaine de recensement) a triplé entre 1991 et 1996, tandis que la population n\u2019a augmenté que de 1,5 fois.À Québec, la RMR couvre une superficie six fois plus grande qu\u2019il y a quarante ans, alors que la population n\u2019a augmenté que de 1,7 fois.Cela s'accompagne de conséquences néfastes et difficiles à gérer: population vivant en périphérie et travaillant en grande partie au centre, ajout d'infrastructures pour cette population peu dense, logements vétustes dans les quartiers centraux, écoles et bureaux fermés au centre, alors qu\u2019il s\u2019en ouvre d\u2019autres en périphérie.Regroupements et renforcement Pour modifier cette donne, la réforme municipale mise essentiellement sur les fusions municipales et le renforcement du niveau supramunicipal, c\u2019est-à-dire des communautés urbaines et des MRC.En vertu d\u2019une nouvelle législation, le gouvernement peut désormais décréter des fusions ou regroupements de municipalités; nommer un arbitre qui réglera les différends concernant les accréditations syndicales et les conventions collectives des employés de municipalités fusionnées ; et créer des communautés métropolitaines dans les grandes régions de Montréal, Québec et Hull.Composées de maires délégués, elles remplaceront les actuelles communautés urbaines et disposeront des compétences suivantes : \u2022\taménagement du territoire ; \u2022\ttransport en commun ; \u2022\tlogement social ; \u2022\tdéveloppement économique ; \u2022\téquipements régionaux ; La politique municipale 167 \u2022\tpolitique environnementale ; \u2022\tsécurité publique ; \u2022\tévaluation foncière et partage de la croissance de l'assiette foncière.À court terme, il est clair, reconnaît Québec, que cette réorganisation ne fera pas s\u2019entasser les dollars dans les poches des contribuables.Certains banlieusards devront même débourser plus afin d'éponger les coûts de services régionaux offerts par les villes centres.En fait, l'impératif de croissance est ici aussi très évident : « Les regroupements de municipalités locales sont nécessaires, si l'on veut accroître de façon tangible la performance des municipalités», affirme le livre blanc.Mais pourquoi donc?L\u2019équation se fait, aux yeux du gouvernement, entre une meilleure cohésion et un développement accru : « L\u2019absence de stratégie cohérente de développement rend difficile à nos agglomérations la tâche de relever le défi de la compétition mondiale », y lit-on encore.Forte incitation à fusionner Dans le contexte de la mondialisation, les municipalités doivent fusionner et les communautés se renforcer pour mieux se positionner au sein d\u2019un marché national, mais aussi international.Pour cette raison, Québec compte éliminer d\u2019ici 2002 les subventions versées aux petites municipalités et qui font obstacle aux regroupements.Dans les plus grandes villes, des communautés métropolitaines seront créées et, en région, le rôle des MRC sera accru.Plutôt que de penser « comptes de taxes », le livre blanc de Mme Harel compte surtout répondre à la nécessité de constituer des pôles économiques forts.« Sans que l\u2019on puisse établir a priori les économies d\u2019échelle réalisables par une réorganisation des organismes supra-municipaux, il semble évident qu\u2019il est possible de réduire les coûts d\u2019administration et d\u2019optimiser une planification à l\u2019échelle métropolitaine, tout en améliorant la qualité de la vie démocratique dans la région », soutient le livre blanc.Un nouveau pacte fiscal La vie démocratique intermunicipale sera favorisée, pense Québec, par un nouveau pacte fiscal de 1,5 milliard de dollars répartis sur cinq ans; ce pacte ouvre la porte, notamment, à de nouvelles sources de revenus pour les municipalités, à un partage de la facture d\u2019équipements régionaux \u2014 dans la région de Montréal : le Jardin botanique, le Biodôme, le Planétarium et le Cosmodôme \u2014 et aussi de l\u2019assiette fiscale disponible.Cependant, personne ne sait pour le moment où s\u2019arrêtera le train des fusions municipales qu'a lancé la ministre Louise Harel.Regroupements des banlieues avec la ville-centre, fusions des plus petites entités seulement ou un mélange des deux.Le gouvernement répète inlassablement qu\u2019il n\u2019y aura pas de solution « mur-à-mur».L\u2019expérience des fusions au Québec démontre qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un véhicule également subordonné aux pressions économiques de grandes corporations, comme dans le cas récent de Mont-Tremblant.Jusqu\u2019où ira donc Québec?Dans un ouvrage récent, le spécialiste Jacques Desbiens explique que l\u2019idée des fusions est désuète et surtout le fait d\u2019un gouvernement interventionniste.«.C\u2019est en fait le dernier rempart, le dernier bastion de la vieille garde des nostalgiques du monopole étatique au Québec.[.] le respect de la démocratie et la libre concurrence ont plus de chance qu\u2019un monopole étatique interventionniste de permettre une offre de services La réforme municipale La réforme municipale 168 La politique qui répondent correctement aux besoins des citoyens, tout en favorisant aussi l\u2019efficience et l\u2019équité [Desbiens, 1999].» Une inspiration française Pour cette raison sans doute, la politique gouvernementale compte autant sinon davantage sur le renforcement des agglomérations urbaines partout au Québec pour répondre aux pressions du marché mondial.En ce sens, la réorganisation municipale québécoise s\u2019inspire de la réforme française entreprise il y a un plus d\u2019un an.La résistance locale française des premiers instants a d\u2019ailleurs fait place à un certain engouement, voire un engouement certain.Le premier ministre Lionel Jospin visait la création de 31 agglomérations intercommunales et il en obtiendra finalement près d\u2019une cinquantaine.Tout comme la réorganisation proposée par Québec, la nouvelle loi française cherche à éliminer la concurrence futile entre les communes en renforçant le palier supramunicipal français, c\u2019est-à-dire le palier supracommunal puisque la France compte plus de 36 000 communes dont la population varie généralement entre 700 et 2000 habitants.de municipalités dans une région urbaine qui contribuent à la production de services urbains, à la satisfaction des besoins des résidants, et à la force du réseau.« Le modèle de l\u2019agglomération-réseau colle plus à la réalité actuelle, où chacune des villes d\u2019une région et chacun des organismes supramunicipaux sont les noeuds interdépendants d\u2019un réseau complexe et contribuent à leur façon à mieux répondre aux besoins des citoyens.Ce modèle d\u2019agglomération nous amène à penser, en ce qui concerne la capacité de chaque région à concurrencer les autres régions urbaines, que c\u2019est le dynamisme de l\u2019ensemble du réseau qui est important, pas nécessairement la taille de son noeud le plus important [Mercier 1999].» Le modèle actuel est désuet Pour expliquer ses choix, la ministre responsable, Louise Harel, dit défendre une vision d\u2019avenir.Le modèle municipal québécois, soutient-elle, est désuet.Les plus petites municipalités qui survivent grâce aux subventions gouvernementales doivent disparaître.Les plus grandes se renforceront au sein d\u2019un réseau et délégueront des pouvoirs à leurs représentants qui favoriseront davantage une vision d\u2019ensemble.Devant la grogne des élus municipaux, la ministre n\u2019a pas eu peur d\u2019employer un vocabulaire imagé pour faire valoir que des municipalités voisines partagent un destin commun, qu\u2019elles le veuillent ou non.« Les municipalités sont une forme d\u2019organisation qui doit évoluer, a-t-elle affirmé.On vit vraiment avec le niveau d'organisation municipale qu\u2019on avait il y a 50 ans, pour les villes, et il y a 30 ans, pour les communautés urbaines.En milieu urbain, les municipalités sont organisées comme à l\u2019époque où il y avait des Agglomération-réseau D\u2019ailleurs, la réforme Harel adopte moins le ton des « fusions obligatoires », comme le faisait en 1999 le rapport Bédard sur les finances et la fiscalité locales, que celui du renforcement d\u2019agglomérations du rapport Collin, du nom d\u2019un professeur à l\u2019INRS.Entre les fusions à tout prix et la création d\u2019un nouveau niveau de gouvernement régional, Québec semble avoir opté finalement pour une reconnaissance de ce que le professeur de l\u2019Université Laval, Pierre Letartre, appelle une agglomération-réseau, c\u2019est-à-dire un ensemble La politique municipale t6g dépotoirs, des fosses septiques et des puits artésiens.Alors qu'il y a maintenant des usines de traitement, des centres de tri et la gestion des matières résiduelles.Ça ne peut plus se faire sur un territoire ultra local.Il faut se poser la question : quelles sont les conditions optimales de développement économique et social au Québec?Il s\u2019agit du renforcement du Québec urbain sur tout le territoire.» Quatre-vingt douze agglomérations Au total, le gouvernement vise en fait 92 agglomérations.Les RMR ou grandes villes québécoises, il y en a six \u2014 Montréal, Québec, Hull, Sherbrooke, Trois-Rivières et Chicoutimi \u2014 qui partagent le même bassin d\u2019emploi et les mêmes réalités économiques.On retrouve, par ailleurs, 25 villes moyennes ou AR (agglomération de recensement) et 61 plus petites municipalités disséminées un peu partout qui supportent également des centres de service.Ce qui fait donc 92 villes de centralité, offrant des équipements et des services aux municipalités de banlieues et des couronnes environnantes.Les coûts de ces équipements et services devront désormais être partagés entre l\u2019ensemble des municipalités d\u2019une même agglomération et la fiscalité devra être révisée pour juguler l'étalement urbain.Bien présent dans le livre blanc, la lutte contre l\u2019étalement demeure l\u2019un des chevaux de bataille du gouvernement.Depuis le retour du PQ au pouvoir, les ministres qui se sont succédé aux Affaires municipales et le premier ministre Bouchard, qui a évoqué un moment la tenue d\u2019un Sommet sur Montréal, ont tous cherché des moyens pour aider la métropole et, dans le même esprit, les autres villes de centralité en créant un nouvel équilibre fiscal entre le centre et la périphérie.Évoquée dans le livre blanc, la fiscalité d\u2019agglomération dépendra largement des conclusions des discussions entre les maires siégeant aux comités d\u2019élus.Marge financière Mais sans la marge de manoeuvre financière et la reprise économique dont nous parlions au début, il y a fort à parier que le ministre des Finances, Bernard Landry, n\u2019aurait pas entrepris de nouveaux pourparlers avec les unions municipales sur un pacte fiscal.En fait, il est intéressant de noter que la réflexion se tient maintenant autant aux Finances qu\u2019aux Affaires municipales.Pour ce ministère, il s\u2019agit moins d\u2019un abandon de responsabilités que de la reconnaissance d'une dynamique échappant au contrôle des « idéateurs », revenant à celui des fiscalistes.De même, les discussions sur les fusions auront d\u2019abord lieu entre les élus et le ministère ne tranchera qu\u2019en cas de désaccord.Maintenant que l\u2019objectif de fusions est bien lancé, Québec laisse le débat se dérouler d\u2019abord entre les maires.De nouveaux revenus Ceux-ci peuvent respirer plus à l\u2019aise en ayant l\u2019impression d\u2019avoir un principal interlocuteur de taille au cabinet, Bernard Landry, et un début de garantie sur la possibilité de continuer à équilibrer leurs budgets à l\u2019aide de nouveaux revenus.Si l\u2019économie le permet, Québec ne tardera pas à faire valoir aux maires des banlieues qu\u2019ils peuvent aussi espérer des gains du côté des revenus, même s\u2019ils devront bientôt payer une partie des coûts de responsabilités régionales assumées jusqu\u2019ici par les grands centres.Quand l\u2019économie va ! Un humaniste disait récemment se faire à l\u2019idée de vivre à l'époque de l\u2019écono- La réforme municipale La réforme municipale 170 La politique mie de marché, mais il avouait frémir devant la vision d\u2019une réalité économique englobante nous faisant chavirer dans une société de marché.Quand une parlementaire ministérielle chevronnée comme Louise Harel, autrefois identifiée à la gauche pure et dure de son parti, pilote une réforme axée essentiellement sur le développement économique, on peut se demander si on ne vit pas déjà au Québec dans cette société où tout monte et descend selon la lecture que l\u2019on fait du baromètre de la croissance.\u2022 (Sur les communautés métropolitaines, voir articles p.217 [Montréal] ,237 [Québec] et 247 [Outaouais]) Références Gouvernement du Québec, La réorganisation municipale - Changer les façons de faire, pour mieux servir les citoyens.Livre blanc, mai 2000.Desbiens, Jacques, Fusions municipales et économies d'échelle.Mythes et réalités, Le Groupe Jacques Desbiens, Chicoutimi 1999.Mercier, Guy (sous la dir.de), L'avenir municipal.Dynamiques québécoises et canadiennes, Ed.Sylvain Harvey, Québec 1999.Bédard, Denis (sous la dir.de), Pacte 2000.Rapport de la Commission nationale sur les finances et la fiscalité locales.Gouvernement du Québec, avril 1999.Collin, Jean-Pierre (sous la dir.de), La politique de renforcement des agglomérations urbaines au Québec.Bilan et réflexion sur une stratégie d'intervention, INRS-Urbanisation, Montréal, février 1999- Parizeau, Jacques (sous la dir.de), Rapport de la commission d'étude sur les municipalités, UMQ, Québec, novembre 1986.Martin, Fernand (sous la dir.de), Problématique des villes-centres au Québec.Rapport de la table ronde.Gouvernement du Québec, décembre 1994.Les six grandes villes-centres partenaires du développement du Québec, Mémoire au premier ministre du Québec, Lucien Bouchard, Québec, mars 1997 Ryan, Claude (sous la dir.de), Partage des responsabilités Québec-municipalités: vers un nouvel équilibre, Gouvernement du Québec, décembre 1999.?Sites Internet Ministère des Affaires municipales et de la Métropole : www.mamm.gouv.qc.ca Fédération québécoise des municipalités: www.fedeqm.qc.ca Commission Bédard : www.comfisc.gouv.qc.ca Information municipale: www.inforoutemunlcipale.qc.ca Regroupement d'analystes des régions métropolitaines américaines: www.citistates.com CNT (Center for Neighborhood Technology, organisme sans but lucratif faisant la promotion de communautés durables et prospères): www.cnt.org Assemblée des communautés de France: www.intercommunalites.com U politique fédérale 171 La politique fédérale La fin du tandem Chrétien-Martin Manon Cornellier journaliste, Le Devoir Le soir du 24 juin 2000, une surprise attend la classe politique canadienne.Contrairement à toutes attentes, l\u2019ancien trésorier albertain Stockwell Day prend les devants dans la course à la direction de l\u2019Alliance canadienne, le parti né des cendres du Reform Party.Sa victoire sur le fondateur du Parti réformiste, Preston Manning, se confirmera lors du second tour de scrutin, deux semaines plus tard, mais les questions sur le leadership de son éventuel adversaire, le premier ministre Jean Chrétien, surgissent aussitôt.Le nouveau chef de l'Alliance a 50 ans alors que M.Chrétien en a 66.Il est plus télégénique et dynamique et a un certain charisme.Le chef libéral, en contrepartie, a connu une année marquée par des gaffes, un scandale administratif au ministère du Développement des ressources humaines, une contestation ouverte de certains de ses députés et, surtout, par des spéculations incessantes sur son avenir, y compris au sein de son propre parti.Le 25 juin, en voyage officiel à Lisbonne, Jean Chrétien est invité à commenter la possibilité d\u2019affronter un adversaire plus jeune que lui.La réponse qu\u2019il offre est inattendue et révèle plutôt son inquiétude face au malaise qui persiste dans ses propres rangs.« Ce n\u2019est pas une question de génération.Celui que les gens aiment beaucoup, c\u2019est Paul Martin.On est de la même génération.Ce n\u2019est pas une question de génération, mais de poli- tique, de programme et de philosophie », déclare le premier ministre.En somme, ce n\u2019est pas le face-à-face avec Stockwell Day qui, à ce moment précis, le préoccupe le plus mais l\u2019effet revigorant que son arrivée pourrait avoir sur les tractations pour le déloger, lui, comme chef du Parti libéral fédéral.Jean Chrétien sait que ce nouveau développement relancera les spéculations et les manifestations de nervosité de certains de ses députés.L\u2019année qui vient de s\u2019écouler lui en a donné de nombreuses preuves.À un point tel qu\u2019il a passé la majeure partie du temps à regarder par dessus son épaule et à répéter qu\u2019il mènerait ses troupes lors des prochaines élections fédérales.Contesté depuis 1997 En fait, la question de son leadership fait l\u2019objet de débat depuis les élections de 1997 qu\u2019il a déclenchées prématurément sans pouvoir offrir de raison valable.Il avait dû lire ses notes pour offrir une maigre justification aux journalistes, disant vouloir prendre l\u2019été pour élaborer le programme gouvernemental devant mener le Canada vers le xxi'siècle.Quelques mois plus tard, le Discours du Trône offrait toutefois un simple reflet du budget présenté le printemps précédent.Certains y ont vu le signe qu\u2019il ne voulait rien bousculer afin de laisser le champ libre à un éventuel successeur.Sur le terrain, la campagne larvée était lancée.La fin du tandem Chrétien-Martin La fin du tandem Chrétien-Martin 172 La politique En 1999, on parle ouvertement des candidats potentiels.En tête de liste: Paul Martin, le populaire ministre des Finances et adversaire de M.Chrétien lors de la campagne au leadership de 1990.Ses principaux supporteurs n\u2019ont jamais baissé la garde, s\u2019assurant de l\u2019enracinement de leur poulain dans le parti.Le deuxième aspirant est le ministre de la Santé, Allan Rock, dont l\u2019organisation se met lentement sur pied.Les autres noms les plus sérieux sont le premier ministre de Terre-Neuve, Brian Tobin, et le ministre de l\u2019Industrie, John Manley.Mais à part M.Martin, personne n\u2019est prêt pour une campagne rapide.On sait très bien que si Jean Chrétien devait quitter avant les prochaines élections, Paul Martin serait couronné sans difficulté.Ses adversaires ont besoin de temps et souhaitent, même à voix haute, que M.Chrétien reste en poste plus longtemps.«Jusqu'aux prochaines élections» Le premier ministre a laissé les gens spéculer pendant un moment, se disant même fier d\u2019avoir assuré une relève de qualité.Mais l\u2019ardeur de ses dauphins devient embarrassante et en août 1999, il décide de calmer un peu le jeu.Profitant d\u2019un remaniement ministériel, il déclare avoir «l\u2019intention de diriger sa nouvelle équipe jusqu\u2019aux prochaines élections ».Peu de gens le prennent au mot.On comprend plutôt que lean Chrétien n\u2019entend pas se faire pousser vers la porte de sortie et qu\u2019il veut demeurer libre de ses choix, qu\u2019il s\u2019agisse de son avenir ou du moment d\u2019annoncer ses intentions.Un nouveau discours du Trône en octobre 1999 révèle sa volonté de profiter de la nouvelle ère des surplus pour redonner au gouvernement fédéral un rôle plus actif.La loi «sur la clarté» Ce qui frappe, cependant, est son empressement à vouloir faire adopter le projet de loi C-20, dit « sur la clarté ».Ce projet de loi prévoit que le gouvernement fédéral ne négociera une sécession que si la Chambre des communes juge la question posée à cet effet suffisamment claire et le résultat obtenu, sans ambiguïté [voir article p.118].La législation est vite perçue comme une façon de corriger le camouflet du référendum de 1995 que les forces fédéralistes ont remporté de justesse; Jean Chrétien s\u2019était fait accuser d\u2019avoir presque perdu le pays.Le fait qu\u2019il tienne à voir le projet de loi adopté rapidement laisse croire qu\u2019il tient à ce que ce dernier épisode dans sa bataille incessante contre le mouvement souverainiste prenne valeur d\u2019héritage politique et soit en place avant qu\u2019il quitte la scène.La campagne officieuse à la direction du parti devient moins discrète et plus intense.Surtout du côté des Martin et Rock.Mais tout tourne au vinaigre en mars 2000, à la veille du congrès biennal du Parti libéral du Canada.Des députés pro-Martin affirment tout haut que leur chef doit songer à céder sa place.Pire, les médias révèlent la tenue d\u2019une réunion secrète, à Toronto, de supporteurs de Paul Martin inquiétés par les rumeurs de son départ éventuel.Piqué au vif Vexés, choqués même, Jean Chrétien et son équipe serrent les rangs, prennent le contrôle du congrès.Les murs du Centre des congrès d\u2019Ottawa sont couverts de photographies géantes du chef en compagnie de Canadiens, de chefs d\u2019État et, surtout, en train de pratiquer de nombreux sports.Celui qu\u2019il pratique le plus est le seul à ne pas être illustré : le golf.La ten- La politique fédérale 173 sion dans les corridors est palpable.Les gens s\u2019épient.Les partys organisés par les différents ministres sont courus comme jamais.Et un seul sujet domine les conversations privées : le leadership du parti.Jean Chrétien est catégorique.Il sera de la prochaine élection.11 en a même arrêté le thème, s\u2019offrant une attaque en règle contre la droite.Même si les membres du parti élisent une majorité de partisans de Paul Martin à l\u2019exécutif, Jean Chrétien nomme ses fidèles à la tête de son équipe de campagne.II fera de même lorsque viendra le temps de combler de nombreux postes au cours des mois suivants.Et il ne cessera plus, à partir de ce moment, de répéter qu\u2019il sollicitera un troisième mandat.Ses proches disent qu'il songeait à la retraite mais que la charge publique contre lui l\u2019a fait changer d\u2019avis.Jean Chrétien n\u2019est pas homme à se faire imposer ses choix.Une trêve Dans la semaine qui suit, la réunion du cabinet donne lieu à une sortie de plusieurs ministres qui exigent que cessent les campagnes et tractations.Paul Martin et Allan Rock soutiennent, chacun de leur côté, qu'aucune campagne n\u2019est en cours et que ceux qui disent agir en leur nom doivent cesser.En vérité, il ne s\u2019agit que d\u2019une trêve.La course au leadership se poursuit, plus souterraine que jamais.C\u2019est qu\u2019on attribue la position du premier ministre à un mouvement d\u2019orgueil.Peu de gens comprennent son entêtement à vouloir se représenter et certains refusent toujours d\u2019y croire.Les enjeux pour sa formation sont trop importants pour que lui, homme de parti, fasse passer ses ambitions personnelles et sa vanité avant les intérêts du PLC.Il en va de la majorité gouvernemen- tale.Cette dernière pourrait en effet être menacée.Les sondages: un message ambigu Publiquement, M.Chrétien rejette les scénarios pessimistes, prenant les sondages à témoin.Son parti et lui, c\u2019est vrai, sont demeurés populaires.Dans l\u2019ensemble du pays, les appuis au PLC ont toujours été, tout au long de l\u2019année, supérieurs à 45 %, quand ils ne dépassaient pas les 55%.Au Québec, cependant, le Bloc et les libéraux se sont disputé la tête dans les sondages, certaines enquêtes mettant le PLC en tête, d\u2019autres l\u2019accordant au Bloc.Jean Chrétien, de son côté, a droit à un message ambigu.Il reste généralement populaire.Près des deux tiers des Canadiens approuvent sa performance.Par contre, les enquêtes d\u2019opinion démontrent que son parti ferait un meilleur score si Paul Martin en dirigeait les destinées.Au Québec, une enquête SOM-LaPresse, réalisé entre le 16 et le 21 juin 2000 auprès de 1030 Québécois, montrait qu'un PLC mené par Paul Martin devancerait largement le Bloc.Les appuis aux libéraux passeraient de 33,6% sous lean Chrétien à 44,3 % avec Paul Martin alors que ceux du Bloc chuteraient de 37,3% à 28,9%.Un sondage Léger & Léger, effectué en mars pour Le Journal de Montreal et The Globe and Mail, offrait des chiffres supérieurs pour les libéraux mais l\u2019écart entre la performance de MM.Martin et Chrétien était similaire.M.Martin avait la cote.Martin partout en tête Dans le reste du pays, les chiffres sont similaires.Selon une enquête Gallup, réalisée entre le 10 et le 19 avril 2000 auprès de 1008 Canadiens, plus de 51% des citoyens croyaient que Jean Chrétien devait céder sa place.S\u2019il restait, seule- La fin du tandem Chrétien-Martin La fin du tandem Chrétien-Martin 174 La politique ment 33% jugeaient probable de voter pour le PLC alors que 40 % jugeait improbable voter pour un parti dirigé par Jean Chrétien.À l\u2019inverse, 39% voteraient probablement pour le PLC si M.Martin le dirigeait alors que seulement 29% estimaient improbable de voter en ce sens.Les députés libéraux de l\u2019Ontario, dont beaucoup sont pro-Martin, prennent note et s\u2019inquiètent.Si l\u2019Alliance canadienne réussit, avec son nouveau chef, à progresser en Ontario, plusieurs d\u2019entre eux perdront leur siège.Le gouvernement, par ricochet, pourrait perdre sa majorité car les deux tiers du caucus viennent de cette province.Les libéraux y détiennent 101 des 103 sièges, gracieuseté de la division du vote de droite entre l\u2019ancien Reform et le Parti conservateur.Où faire des gains ?On sait que pour conserver sa majorité, le PLC doit faire des gains à l\u2019extérieur de l\u2019Ontario.Mais où?Si Jean Chrétien reste en poste, on ne compte pas beaucoup sur le Québec ou même l\u2019Ouest.Dans ces deux cas, le PLC obtiendrait un meilleur résultat avec Paul Martin.La région atlantique offre plus d\u2019espoirs, bien que la réforme de l\u2019assurance-emploi, qui a durement frappé les travailleurs saisonniers de la forêt et de la pêche, fasse encore grincer des dents.L\u2019élection partielle dans St-John\u2019s West, où les libéraux sont arrivés au troisième rang, a prouvé qu\u2019il y avait beaucoup de travail à faire.Le gouvernement a tenté de panser les plaies avec un programme ambitieux de développement économique axé sur la nouvelle technologie, la recherche et le développement, afin d\u2019aider la région à faire son virage vers la nouvelle économie.Les autres partis, eux, cachent mal qu\u2019ils préféreraient voir lean Chrétien rester à la tête du PLC.Ils en ont fait la cible de choix de leur rhétorique, en particulier à l\u2019Alliance et au Bloc québécois.Pour le Bloc, la présence de Jean Chrétien permet de continuer de courtiser les francophones nationalistes qui ne se résolvent pas à voter pour le chef libéral.Et si on n\u2019obtient pas leur vote, on peut espérer qu\u2019ils ne l\u2019offrent pas aux libéraux.La présence de Paul Martin changerait cette donne et pourrait signifier la défaite dans quelques circonscriptions où la division du vote entre libéraux et conservateurs avait favorisé le Bloc.Entre deux feux Pour Paul Martin, la rupture du lien de confiance qui le liait au premier ministre a relancé les rumeurs, déjà présentes à l\u2019été 199g, de son départ de la vie politique.Elles ont pris plus de poids à l\u2019été 2000 lorsqu\u2019on a appris que ses plus anciens conseillers lui avaient recommandé de démissionner.Le choix est difficile pour le ministre des Finances, visiblement peu enthousiaste à l\u2019idée de préparer un autre budget, lui qui a réalisé l\u2019essentiel de ce qu\u2019il voulait.Ottawa n\u2019a plus de déficit et enregistre même des surplus.Un plan quinquennal de réductions d\u2019impôts a été adopté.La santé de l\u2019économie canadienne est bonne.Quitter la vie publique avant les prochaines élections priverait les libéraux de leur carte maitresse, M.Martin étant respecté et populaire.Pour le premier intéressé, pareille décision pourrait signifier la fin de son rêve de devenir premier ministre.À moins que son départ n\u2019ait pas un effet trop négatif sur la performance électorale des libéraux et que M.Chrétien décide d\u2019abandonner son poste peu de temps après les élections.Paul Martin serait alors le mieux placé et le plus prêt à La politique fédérale 175 prendre le relais.Le pari est risqué car ses chances de succéder à Jean Chrétien diminueront si ce dernier reste le moindrement longtemps.Le ministre des Finances n\u2019a que quatre ans et demi de moins que son chef.Et plus le temps passe, plus ses adversaires plus jeunes sont favorisés.Une page est tournée Rester ?Le choix est tout aussi délicat.Les événements de la première moitié de l\u2019année 2000 ont scellé le sort des deux hommes.On ne croit plus qu\u2019ils puissent travailler ensemble de façon fructueuse.L'animosité provoquée par les incidents de mars 2000 a eu raison de la bonne volonté qui a marqué leur relation de travail depuis 1993, les contacts entre les deux hommes se limitant pratiquement aux réunions du conseil des ministres.Il en fut longtemps autrement.M.Martin a pu faire le ménage des finances publiques et imposer des décisions difficiles aux Canadiens parce qu\u2019il avait toujours l\u2019appui de son chef qui, au bout du compte, avait le dernier mot.Mais Paul Martin se sent mûr, disent ses suppor-teurs, pour un nouveau défi.En sous-entendu, pour devenir le patron.Un homme entêté Jean Chrétien sent le souffle de son lieutenant dans son cou et n\u2019apprécie pas.Il a évité tout le printemps de laisser poindre une critique à l\u2019endroit de son ministre des Finances mais sa réaction, le 25 juin, était une première manifestation et la plus crue jamais entendue de sa colère.Le premier ministre est un homme entêté et orgueilleux.Blessé, il résistera à tout mouvement qui pourrait donner à sa sortie des allures d\u2019humiliation.Cela était devenu si manifeste à l\u2019été 2000 que les rumeurs d\u2019élections anticipées avaient repris de plus belle ; elles forceraient les libéraux à serrer les rangs et priveraient le nouveau chef de l\u2019Alliance de temps pour se préparer.Peu importe les choix très attendus que les deux hommes se préparaient à faire à l\u2019été 2000, il est devenu clair que ce ne sera plus le même PLC qui se présentera devant l\u2019électorat pour solliciter un troisième mandat.Ou il aura un nouveau chef Ou le chef actuel devra compter sur sa seule personne.Que Paul Martin soit à ses côtés ou non, leur tandem solide sera chose du passé, les ressources de la cohabitation ayant été épuisées.\u2022 Références Chrétien, Jean, Dans la fosse aux lions, Éditions de l'homme, Montréal, 1985,1994-Martin, Lawrence, Chrétien, the will to win, Vol.1, Lester Publishing, Toronto, 1995-Greenspon, Edward et Wilson-Smith, Anthony Double vision, the inside story of the Liberals in power, Doubleday Canada Limited, Toronto, 1996.Chodos, R., R.Murphy, et E.Hamovitch, Paul Martin, a political biography, James Lorimer & Company, Publishers, Toronto, 1998 Hoy, Claire, Stockwell Day, his life and politics, Ed.Stoddart, Stoddart Publishing, North York, 2000.Vastel, Michel, «Le messie de la droite» (sur Stockwell Day), L'Actualité, Vjuin 2000, ainsi que «L'après Chrétien», L'Actualité, 15 septembre 1999.?Sites Internet Parti libéral du Canada: www.liberal.ca Bureau du premier ministre du Canada: www.pm.gc.ca La fin du tandem Chrétien-Martin L\u2019année de la diversité culturelle 76 La politique Les relations extérieures L'année de la diversité culturelle Bernard Descôteaux directeur, Le Devoir La reconnaissance de la diversité culturelle est devenue l\u2019un des grands axes de la politique internationale du Québec.Chaque fois qu\u2019il le peut, le gouvernement Bouchard joint sa voix au bataillon d\u2019États qui réclament que l\u2019on accorde à la culture un statut particulier dans les prochains traités commerciaux multilatéraux.La diversité culturelle n\u2019est pas un cheval de bataille totalement nouveau pour le gouvernement québécois.Lors des négociations sur le libre-échange entre le Canada, les États-Unis et le Mexique, tout comme à l\u2019occasion de l\u2019Uruguay Round, il était de ceux qui prônaient ce qu\u2019on a alors appelé « l\u2019exception culturelle », un concept pour le moins incertain et éminemment contestable devant les instances commerciales internationales, comme la suite des choses devait le démontrer.Au moment où se préparait en 1999 le lancement d\u2019une nouvelle ronde de négociations commerciales multilatérales, les membres du gouvernement Bouchard enfourcheront ce cheval de bataille avec une vigueur renouvelée.Ce qui n\u2019était au début des années 90 que simple préoccupation deviendra en effet, à la fin de cette décennie, un enjeu de premier plan pour le Québec, comme pour plusieurs États qui réalisent que la libéralisation des échanges est un facteur d\u2019homogénéisation des politiques nationales.Éveillée par le projet d\u2019Accord multilatéral sur les investissements (AMI) et les débats qu'il a engendrés, l\u2019opinion publique québécoise prend conscience que la mondialisation n\u2019a pas que des effets bénéfiques.À moyen et long terme, la sécurité culturelle des Québécois risque d\u2019en subir les contrecoups.Spontanément, on comprend la nécessité d\u2019inscrire dans les prochains traités des mesures qui préservent efficacement la capacité des États à assurer la spécificité de leurs sociétés.Le gouvernement québécois voudra dès lors joindre sa voix à celles des quelques autres gouvernements qui, à travers le monde, demandent que la culture soit inscrite à l\u2019ordre du jour de la ronde de négociation qui allait s\u2019amorcer à Seattle au début de décembre 1999.Deux motifs majeurs Deux raisons motiveront le gouvernement du premier ministre Bouchard à faire de la diversité culturelle un axe majeur de sa politique et de ses actions internationales.Alors qu\u2019il prône sur le plan intérieur des politiques qui visent à garantir la sécurité culturelle de la société québécoise et à affirmer sa spécificité, il lui faut s\u2019assurer que ces politiques ne peuvent être contestées et mises en cause par des pays ou par des entreprises s\u2019appuyant sur des traités commerciaux internationaux.Il y voit par ailleurs une occasion d\u2019élargir sa capacité d\u2019intervention sur le plan international.Puisqu\u2019il a un intérêt direct dans ce dossier, il réclamera Les relations extérieures 177 d\u2019Ottawa le droit de défendre lui-même ses positions dans les instances internationales, s\u2019appuyant en cela sur le fait que, si le commerce international est un domaine de compétence fédérale, celui de la culture en est un par ailleurs de compétence partagée.Les relations Québec-Ottawa étant ce qu\u2019elles sont, ce sera l'occasion d\u2019une nouvelle escarmouche entre les deux capitales.D\u2019emblée, le gouvernement fédéral ne voudra pas faire de place au Québec dans les forums internationaux sur cette question de la diversité culturelle, estimant que le Canada doit parler d\u2019une seule voix sur la scène internationale, même si dans ce cas-ci, il n\u2019y avait guère de danger que la voix du Québec soit discordante.Sur le fond de la question, on partage en effet les mêmes sensibilités.Existe au Canada, tout particulièrement dans les milieux culturels, un très large consensus sur la nécessité de protéger et promouvoir par diverses mesures la culture canadienne et la culture québécoise.Une stratégie d'intervention Le Québec n\u2019aura d\u2019autre choix, constitution oblige, d\u2019accepter les objections du gouvernement fédéral et de se plier à ses exigences.Il participera ainsi aux rencontres fédérales provinciales préparatoires à la conférence de Seattle.Le ministre de l\u2019Industrie et du Commerce, Guy Julien, assistera à la conférence à titre d\u2019observateur au sein de la délégation canadienne que préside le ministre fédéral du Commerce extérieur, Pierre Pettigrew.Mais, en parallèle, la diplomatie québécoise déploiera une stratégie d\u2019intervention dans tous les forums internationaux auxquels il a accès à titre de membre de la Francophonie pour faire entendre sa voix.Accepter de se plier aux contraintes de la constitution canadienne ne signifie pas devoir baisser pavillon.Le sommet de Moncton Début septembre se réunit à Moncton le huitième sommet des chefs d\u2019État et de gouvernement de la Francophonie qui abordera, entre autres sujets, cette question de la diversité dans un esprit de concertation.Le premier ministre Bouchard s\u2019y présente en craignant qu\u2019on l\u2019exclue de ce débat.Déjà, Ottawa avait argué que n\u2019étant pas un État membre de la Francophonie, mais seulement un gouvernement participant, le Québec ne pouvait s\u2019exprimer sur des sujets qui ne sont pas directement de sa compétence.Dans les jours qui précèdent ce sommet, une conférence ministérielle conviendra toutefois qu\u2019il ne doit pas y avoir de « Francophonie à deux vitesses », le Québec étant exclu de certains débats.À sa grande satisfaction, la ministre québécoise des Relations internationales, Louise Beaudoin, y obtient l\u2019assurance que le Québec participera aux discussions sur la diversité et sera de toutes les rencontres de concertation entre États de la Francophonie qui pourraient suivre pour préparer la conférence de Seattle.Est alors levée toute ambiguïté sur la place du Québec au sein de cette organisation puisqu'on précise que tous les membres de la Francophonie, peu importe leur statut, pourront participer à toutes les réunions de concertation, quel que soit le sujet.La chose est importante puisque le gouvernement canadien est partie de ce consensus.Le premier ministre Bouchard pourra dans ce contexte concourir à l\u2019adoption à Moncton d\u2019une résolution par laquelle la Francophonie affirme « le droit pour nos États et gouvernements de définir librement leur L\u2019année de la diversité culturelle L\u2019année de la diversité culturelle 78 La politique politique culturelle et les instruments d\u2019interuen-tion qui y concourent.» Le tandem Paris-Québec Le gouvernement québécois profitera par ailleurs de la tribune que constitue le groupe de travail franco-québécois qui s\u2019est mis au travail à l\u2019été 99 sous la coprésidence de la Française Catherine Lalu-mière et de la Québécoise Marie Malavoy pour analyser la problématique de la diversité culturelle et mobiliser la société civile autour de cet enjeu.Les gouvernements français et québécois sont conscients que ce débat ne trouvera ni facilement ni rapidement sa conclusion.La France ne le sait que trop bien, elle qui n\u2019arrive pas à convaincre les pays membres de l\u2019Union européenne de se rallier à son point de vue.L\u2019échec de la conférence de Seattle aura montré que, quel que soit le sujet abordé, les consensus sont de plus en plus difficiles à réaliser.Ils le sont d\u2019autant plus en ce qui concerne la diversité culturelle que pour l\u2019heure cette question n\u2019est pas prioritaire.L\u2019élimination des barrières au commerce est aux yeux d'une majorité de pays plus importante que la préservation des identités culturelles ; celles-ci, à leur avis, ne sont pas menacées.Seattle aurait été un succès que rien n\u2019aurait été réglé par cette seule conférence en ce qui a trait à la diversité culturelle.Les défenseurs de ce concept espéraient tout au plus obtenir une référence à la culture dans le communiqué final qui aurait servi à définir l\u2019ordre du jour de la ronde de négociation qui se serait alors ouverte sur un horizon d\u2019au moins trois à cinq ans.Mais, les pays membres de l\u2019Organisation mondiale du Commerce se sont quittés sans pouvoir s\u2019entendre sur quoi que ce soit, ou presque, et sans communiqué final.La mobilisation de la société civile Cet échec de Seattle ne constitue pas une catastrophe pour les partisans de la diversité.Cet événement qui s\u2019est déroulé dans un contexte hautement médiatisé aura, comme l\u2019AMI en 1998, contribué à la mobilisation de la société civile.Il s\u2019agit cependant, dans le contexte de l\u2019après-Seattle, de ne pas perdre les effets de cette mobilisation qu\u2019il faudra tenter d\u2019ailleurs d\u2019élargir.Le Québec et la France tenteront d\u2019apporter leur contribution à cet égard en organisant colloques et conférences.L\u2019une de ces rencontres aura lieu à Paris en avril 2000 sous la co-présidence des premiers ministres Lionel Jospin et Lucien Bouchard.Une autre aura lieu en juin 2000 à Versailles où, dans sa conférence inaugurale, la ministre Louise Beaudoin soulignera que « lu cultures du monde ont besoin de leur sommet de Rio.» Dans ces rencontres, c\u2019est généralement du danger d\u2019homogénéisation des cultures que l\u2019on parle, même si ce danger est parfois perçu de façon combien différente par les uns et par les autres comme l\u2019a illustré de façon ô combien ironique cette décision de la société Air France d'imposer à ses pilotes l\u2019anglais comme seule langue de communication avec la tour de contrôle de l'aéroport Charles-de-G au lie.Un vaste espace de discussion Seattle aura souligné par ailleurs qu\u2019entre pays membres de l\u2019OMC, les consensus sont loin d\u2019être faits, tant sur la nécessité d\u2019une intervention que sur la méthode à retenir le cas échéant.Entre le laisser-faire du libre marché et la mise en place d\u2019un Les relations extérieures 17g instrument international pour régler les rapports entre commerce et culture, se trouve un vaste espace ouvert à la discussion.Lorsqu\u2019on soutient que les biens et les services culturels ne sont pas des marchandises comme les autres, on a à peine posé le problème.Il faut se rappeler que, comme le note le professeur Ivan Bemier dans un document rédigé à l\u2019intention de la Commission de la culture de l\u2019Assemblée nationale, le défi consiste à « tracer une ligne à partir de laquelle les préoccupations commerciales ce'deront devant les préoccupations culturelles.» Trouver le point d\u2019équilibre entre ces deux éléments qui s\u2019appuient, l\u2019un sur des forces économiques et l\u2019autre sur des forces politiques, sera un long et difficile exercice.Il faut réaliser que Seattle n\u2019a fait qu\u2019amorcer un débat qui se poursuivra sur encore plusieurs années et plusieurs fronts, car, rappelons-le, l\u2019ouverture des marchés se pratique tous azimuts.Outre la négociation dans le cadre de l\u2019OMC se profile déjà à l\u2019horizon celle de la Zone de libre-échange des Amériques (ZLÈA) dans laquelle le Québec aura un intérêt manifeste.Les États américains à Québec Le sommet des pays des chefs d\u2019État américains qui aura lieu à Québec au printemps 2001 pourrait donner le signal de départ de cette négociation où les États-Unis joueront un rôle de premier plan.Leur poids économique, politique et culturel considérable dans cette prochaine zone de libre-échange avivera les craintes de domination culturelle.La diversité culturelle sera alors un sujet incontournable de l\u2019ordre du jour.Là comme à l\u2019OMC, les partisans de ce concept devront avoir des idées claires et des stratégies bien définies.Si le gouvernement québécois a bien saisi l\u2019importance du débat, comme le montrent les actions menées depuis un an, il lui reste cependant à développer une politique où s'articulera sa volonté de miser sur la mondialisation des marchés comme axe de développement économique et le besoin de garantir sa sécurité culturelle.\u2022 Références Mondialisation de l'économie et diversité culturelle: les enjeux pour le Québec, document de réflexion préparé par le professeur Ivan Bernier de la Faculté de droit de l'Université Laval pour la commission de la culture de l\u2019Assemblée nationale.Ce document est accessible sur le site Internet de l\u2019Assemblée nationale dans la section «travaux parlementaires» à l'adresse suivante: www.assnat.qc.ca L\u2019année de la diversité culturelle Les minorités francophones 180 La politique Les minorités francophones : un intérêt retrouvé Fernand Harvey INRS-Culture et Société Le 30 mars 1995, Louise Beaudoin, alors ministre déléguée aux Affaires intergouvemementales canadiennes, rendait publique la Politique du Québec à l'égard des communautés francophones et acadiennes du Canada.En plus de témoigner d\u2019une volonté de rapprochement entre le Québec et les communautés francophones hors Québec, cette Politique était, en fait, la première du genre à jamais avoir été mise en oeuvre par un gouvernement québécois.Il faut cependant noter qu'un premier énoncé de politique québécoise à l\u2019égard de la francophonie canadienne avait été rendu public par Pierre-Marc lohnson, alors ministre responsable du Secrétariat aux Affaires intergouvemementales canadiennes (SAIC) en mai 1985.Mais cette annonce ne semble pas avoir été suivie d\u2019une mise en œuvre, compte tenu d\u2019un changement de gouvernement qui portait les libéraux au pouvoir le 2 décembre de la même année.Historique Avant de rendre compte des différentes initiatives rattachées à cette Politique au cours des quatre dernières années, il convient de rappeler brièvement l\u2019évolution des relations entre le Québec français et les communautés francophones minoritaires du Canada.Au cours de la période qui précède la Révolution tranquille, ces relations relevaient essentiellement des communautés religieuses et de la société civile.Le Canada français formait un tout : le Québec jouait le rôle de château fort de l\u2019identité culturelle francophone, et les minorités (Acadiens, Franco-Ontariens, Franco-Américains, francophones de l\u2019Ouest) étaient considérées comme des avant-postes.L\u2019État québécois n\u2019avait pas de politique spécifique à l\u2019égard des minorités.Les relations entre le Québec et ces communautés francophones étaient gérées par des associations volontaires tels le Conseil de la vie française en Amérique (fondé en 1937), l\u2019Association canadienne d\u2019éducation de langue française (fondée en 1947) et les sociétés Saint-Jean-Baptiste, de même que par les réseaux animés par le clergé et les communautés religieuses.En 1961, dans la foulée de la création du ministère des Affaires culturelles, son premier titulaire, Georges-Émile Lapalme, met sur pied un Service du Canada français d\u2019outre-frontière, dans le double but de venir en aide aux communautés francophones minoritaires et d\u2019assurer une meilleure visibilité du Québec à l\u2019extérieur, y compris en France.Le volet canadien de ce Service a connu un développement modeste au cours de ses treize ans d'existence.Au total environ 1,5 million de dollars ont été consacrés au soutien financier d\u2019institutions et d\u2019associations francophones, de manifestations culturelles, de médias francophones et de bourses d\u2019études entre 1961 et 1974.Les activités du Service du Canada d\u2019outrefrontière seront rapatriées au ministère des Affaires intergouvemementales en septembre 1975. Les relations extérieures 181 Une rupture idéologique Pendant ce temps, la tenue à Montréal des États généraux du Canada français en 1968 est venue consacrer la rupture idéologique entre les élites néonationalistes du Québec et celles du Canada français traditionnel.Ces deux groupes auront tendance à se perdre de vue au cours des années qui vont suivre.De son côté, le gouvernement du Québec privilégiera des ententes entre gouvernements, tout en continuant d'apporter une aide directe aux communautés francophones minoritaires.Deux ententes sont ainsi signées en 1969 : une entre le Québec et l\u2019Ontario et une autre entre le Québec et le Nouveau-Brunswick.Le Québec signera des ententes plus limitées avec le Manitoba (1988), l'île-du-Prince-Édouard (198g) et la Saskatchewan (1995) concernant essentiellement l'éducation des francophones.Quant aux ententes de 1969, elles visaient à établir une collaboration entre le Québec et ces deux provinces en matière d'éducation, de culture et de communication ; elles ont été signées à l\u2019époque où le gouvernement fédéral élaborait de son côté ses premières politiques dans le but de soutenir financièrement les minorités de langues officielles, à la suite des recommandations du rapport de la Commission Laurendeau-Dunton sur le bilinguisme et le biculturalisme, en 1969.Dans le but d\u2019accentuer des liens avec les minorités francophones, le gouvernement du Québec crée le Secrétariat permanent des peuples francophones en 1981, mais cet organisme connaît une existence plutôt brève puisqu\u2019il disparaît en 1992, victime des restrictions budgétaires.Beaucoup plus significatif est le développement des relations entre le gouvernement du Québec et la nouvelle Fédération des francophones hors Québec, fondée en novembre 1975.Il en va de même de l\u2019ouverture, en 1980, d'un Bureau du Québec à Moncton, afin de renforcer les liens entre le Québec et l\u2019Acadie.De tels bureaux sont également ouverts à Ottawa, Toronto, et à Edmonton (déménagé ultérieurement à Vancouver) ; cependant, les activités de ces bureaux sont davantage axées sur la promotion des échanges commerciaux avec le Québec que sur les liens avec les communautés francophones.Si le gouvernement du Québec a établi des relations constantes et cordiales avec le mouvement associatif francophone des autres provinces, d\u2019importants désaccords sont néanmoins survenus lors des deux référendums sur l\u2019avenir du Québec (1980 et 1995) et des discussions autour des Accords du Lac Meech en 1987.Ces rapports politiques difficiles n'ont pas empêché pour autant diverses collaborations intéressantes, tant au niveau gouvernemental qu\u2019au niveau de la société civile.L\u2019État québécois a ainsi soutenu financièrement plusieurs initiatives dans trois grands secteurs : l\u2019aide à la francophonie, la coopération interprovinciale et les ententes intergouvemementales, y compris l\u2019octroi de places dans les collèges et universités québécoises pour la formation dans le domaine médical.Une nouvelle politique C\u2019est sans doute parce que le temps était mûr pour un changement que l\u2019idée d\u2019une politique du Québec à l\u2019égard des communautés francophones et acadiennes commence à se faire jour au début des années 1990.Qui plus est, une telle politique se devait, selon bon nombre d'intervenants, de reposer sur le principe du partenariat, plutôt que sur des pratiques traditionnelles d\u2019aide unilatérale.Ce changement de philosophie est d\u2019abord prôné par la Les minorités francophones Les minorités francophones 182 La politique Fédération des communautés francophones et acadiennes qui dispose d\u2019un Bureau à Québec depuis 1988.En avril 1993, la Fédération remet un mémoire au gouvernement du Québec intitulé: La Francophonie canadienne: un espace à reconnaître.Le document se réclame d\u2019une nouvelle approche basée sur le partenariat.Claude Ryan, alors ministre de l\u2019Éducation, s\u2019en fait le promoteur au sein du gouvernement libéral de Robert Bou-rassa, au demeurant peu sensible à cette question.11 demande un avis sur ce mémoire au Conseil de la langue française.Le Conseil présente ses recommandations en novembre 1994, lesquelles vont dans le sens d\u2019un renforcement de la solidarité linguistique entre le Québec et les communautés francophones et acadiennes du Canada.Le retour au pouvoir du Parti québécois en 1995 favorise un déblocage.Des ententes de partenariat La nouvelle politique, d'abord pilotée par Louise Beaudoin, puis par Jacques Brassard, fait état du désir du Québec d\u2019établir des ententes de partenariat qui permettront la recherche de bénéfices réciproques.Cette ouverture aux communautés francophones minoritaires va aussi dans le sens de l\u2019énoncé politique rendu public à Ottawa le 26 mai 1994, par Lucien Bouchard, alors chef du Bloc québécois.Il est important de noter que la nouvelle Politique du Québec à l\u2019égard des communautés francophones n\u2019abolit pas pour autant les accords de coopération entre le Québec et les provinces ci-dessus mentionnées ; ces accords continuent de fonctionner à partir de budgets distincts.En 1996, dans le cadre de la Politique, le Secrétariat aux Affaires intergouvemementales canadiennes (SAIC) crée le Programme de soutien financier aux parte- nariats et met sur pied trois tables sectorielles de concertation sur la culture et les communications, l\u2019éducation et l\u2019économie.Ces tables sont constituées d\u2019experts et d\u2019intervenants divers mais sans rattachement formel avec les instances associatives des communautés, dans le but de conseiller le ministre responsable sur les orientations à privilégier concernant la Politique.Un premier grand Forum francophone Afin de discuter et d\u2019endosser les axes prioritaires de partenariat proposés par les tables de concertation, un premier Forum francophone de concertation se tient à Québec du 13 au 16 mars 1997.Il attire quelque 450 participants des différentes provinces.Malheureusement, trop peu de Québécois y participent ; ce qui ne manque pas de décevoir les délégués en provenance de l\u2019extérieur du Québec.Ce Forum fut par ailleurs témoin d\u2019une certaine tension entre Québécois et francophones des communautés minoritaires autour de questions telles que les modalités d\u2019application de la Politique du Québec d\u2019une part, et la nature du leadership des associations francophones, d\u2019autre part.Bref, si le Forum de 1997 a permis aux participants d\u2019endosser les nouvelles orientations proposées, il n\u2019a pas pour autant été le succès escompté.Mais un pas venait d\u2019être franchi afin de renouer le dialogue entre le Québec et les communautés francophones, plus ou moins mis en veilleuse depuis les États généraux de 1968.Rendre la Politique opérationnelle Les trois tables sectorielles de concertation sur la culture et les communications, l\u2019éducation et l\u2019économie auxquelles il a été fait allusion précédemment furent Les relations extérieures 183 chargées de pousser plus loin la réflexion sur les orientations formulées lors du Forum, en vue de rendre la Politique opérationnelle et dégager des pistes d\u2019action pour des projets de partenariat.Les tables devaient également formuler des recommandations pour le prochain Forum prévu pour l\u2019an 2000.Chacune des trois tables sectorielles a donc présenté, le 16 mars 1998, une première série d\u2019avis au ministre Jacques Brassard, responsable de l\u2019application de la Politique.Culture et éducation Dans le secteur de la culture et des communications, on recommandait de mettre l\u2019accent sur divers projets susceptibles de favoriser la création, la diffusion culturelle et la formation.En éducation, on identifiait des actions à entreprendre du côté de la francisation, de l\u2019alphabétisation, de l\u2019outillage pédagogique et des nouvelles technologies.Économie Enfin, le secteur de l\u2019économie proposait des actions pour développer l\u2019entrepre-neurship et l\u2019emploi et pour encourager la mise sur pied de réseaux de gens d\u2019affaires et de circuits touristiques francophones.Une deuxième série d\u2019avis fut présentée à Joseph Facal, nouveau ministre responsable de l\u2019application de la Politique, en janvier 2000.Ces nouveaux avis poussaient plus loin le travail de réflexion déjà amorcé dans la première série d\u2019avis en insistant davantage sur des propositions opérationnelles.Quatre événements à souligner Le tournant de l\u2019an 2000 marque une étape importante dans le renouvellement des relations entre le Québec et les communautés francophones et acadiennes.Quatre événements méritent d\u2019être soulignés à cet égard, bien qu\u2019il faille déplorer qu\u2019ils aient été à peu près passés sous silence par la presse québécoise.Un deuxième Forum Le premier et sans doute le plus important concerne la tenue à Québec en mars 2000 du deuxième Forum des partenaires de la francophonie organisé par le SAIC.Contrairement au premier Forum, celui-ci peut être considéré comme un franc succès.Environ 40% des quelque 400 participants provenaient, cette fois, du Québec et plusieurs projets de partenariats furent ébauchés ou consolidés à cette occasion.Des exemples de partenariats réussis furent également donnés en exemple aux participants.Le climat général de la rencontre, empreint de cordialité, témoignait d\u2019une nouvelle compréhension des affinités et des différences de chacun.En somme, un virage significatif dans les relations entre le Québec et les communautés francophones minoritaires au niveau de la société civile, depuis l\u2019époque des États généraux du Canada français tenus en 1968.La Politique du Québec à l\u2019égard des communautés francophones et acadiennes, qui met justement l\u2019accent sur les relations au niveau de la société civile, a sans doute contribué à ce virage La principale limite au développement de nouveaux partenariats n\u2019est plus le manque d\u2019intérêt mais bien plutôt les ressources financières relativement modestes du programme ; son budget, fixé à 1,1 million est resté stable depuis 1996.Il faut néanmoins souligner que ce budget n\u2019a pas été touché par la vague de coupes des récentes années, ce qui constitue un signe d\u2019intérêt à l\u2019égard des communautés francophones de la part du gouvernement du Québec.Les minorités francophones Les minorités francophones 184 La politique Un fonds pour l'entrepreneurship Parmi les événements importants en 1999-2000, il convient également de souligner l\u2019annonce, le 9 septembre 1999, de la création d\u2019Accès Capital Acadie, un fonds de 10 millions né d\u2019une initiative de la Caisse de Dépôt et placement du Québec, dans le but de favoriser l'entrepreneurship acadien.30 ans de coopération Par ailleurs, deux cérémonies étaient organisées afin de souligner le 30e anniversaire des Accords de coopération entre le Québec et le Nouveau-Brunswick: l\u2019une à Québec le 17 mars en présence du ministre Joseph Facal et l\u2019autre à Fredericton, le 12 avril 2000 en présence de Paul Robichaud, ministre délégué à la Francophonie du Nouveau-Brunswick.Une Maison de la Francophonie Enfin, signe d\u2019un retour significatif de la société civile dans les relations entre le Québec et les communautés francophones minoritaires, la ministre Louise Beaudoin présidait à l\u2019inauguration le 27 juin 2000, à Québec, des nouveaux locaux de la Maison de la francophonie, créée en mars 1998 pour regrouper les organismes et les associations qui s\u2019intéressent à développer les liens au sein de l\u2019espace francophone nord-américain et international.On y trouve notamment le Conseil de la vie française en Amérique qui s\u2019est doté d\u2019un plan stratégique en juin 2000.Le vénérable organisme retrouvait ainsi un second souffle après avoir failli disparaître à cause de son peu de dynamisme au cours des années qui ont suivi la Révolution tran- Références Harvey, Fernand et Gérard Beaulieu, (sous la dir.de), Les relations entre le Québec et l'Acadie,1880-2000.De la tradition à la modernité, Éditions de l\u2019IQRC/Éditions d\u2019Acadie, Québec et Moncton 1999- Martel, Marcel, Le deuil d'un pays imaginé: rêves, luttes et déroute du Canada français, Presses de l\u2019Université d\u2019Ottawa, Ottawa 1997.Martel, Marcel et Robert Choquette, (sous la dir.de), Les États généraux du Canada français, trente ans après, Centre de recherche en civilisation canadienne française, Université d\u2019Ottawa, Ottawa 1998.Conseil oe la langue française, Renforcer la solidarité linguistique avec les communautés francophones et acadiennes du Canada, Avis du Conseil de la langue française, Québec, novembre 1994.Secrétariat aux Affaires intergouvernementales canadiennes (SAIC), Politique du Québec à l'égard des communautés francophones et acadiennes du Canada : un dialogue, une solidarité agissante, Québec 1995.Savard, Pierre, « Relations avec le Québec », dans Cornélius J.Jaenen, (sous la dir.de), Les Franco-Ontariens, Presses de l\u2019Université d\u2019Ottawa, Ottawa, 1993.?Sites Internet Association canadienne d\u2019éducation de langue française (ACELF): www.acelf.ca Conseil de la vie française en Amérique : www.cvfa.ca Fédération des communautés francophones et acadiennes du Canada (FCFA): www.franco.ca/fcfa Francophonie canadienne (gouvernement fédéral) : w3.franc0.ca Répertoire Franco Sources: www.uottawa.ca/academic/crccf/francophonie/repertfs.html Secrétariat aux Affaires intergouvemementales canadiennes, Gouvernement du Québec (SAIC): www.cex.gouv.qc.ca/saic/francophonie/ Les relations extérieures 185 quille.La Maison de la francophonie reprend sous le mode plus modeste du bénévolat le rôle qu\u2019on avait assigné au défunt Secrétariat des peuples francophones au cours des années 1980.\u2022 Accord de coopération et d'échanges en matière d'éducation, de culture et de communication entre les gouvernements du Québec et du Nouveau-Brunswick, Dépenses, 1969-1995 \t\t Culture\t\t884 888 Éducation\t\t14 591 121 Universités québécoises (2 699 places)\t13 472 193\t Collèges (192 places)\t376 783\t Divers\t742 145\t Communications\t\t Diffusion de Télé-Québec\t\t518 838 Social\t\t37 444 Divers\t\t54 070 Total\t\t16 086 361 Source: Commission permanente Québec - Nouveau-Brunswick.Projets de partenariats financés par le gouvernement du Québec (SAIC), 1996-2001 \t\t\t\t\t\t Pancanadiens et multirégionaux\t286 500\t381 000\t352 295\t471 404\t460 000\t1 951 199 Nouveau-Brunswick\t226 000\t165 900\t227 044\t150 700\t122 500\t892 144 Nouvelle-Écosse\t26 000\t56 020\t28 000\t35 000\t36 000\t181 020 île-du-Prince-Édouard\t57 500\t35 500\t21 150\t12 000\t13 000\t139 150 Terre-Neuve\t15 000\t20 480\t25 000\t4 000\t3 000\t67 480 Total Atlantique\t324 500\t277 900\t301 194\t201 700\t174 500\t1 279 794 Total Ontario\t307 850\t237 890\t257 430\t250 550\t161 320\t1 215 040 Manitoba\t21 000\t24 200\t20 500\t38 500\t38 200\t142 400 Saskatchewan\t9 000\t7 600\t1 045\t31 200\t31 500\t80 345 Alberta\t29 500\t44 500\t51 979\t79 000\t65 500\t270 479 Colombie-Britannique\t80 500\t100 000\t106 207\t78 200\t68 200\t433 107 Yukon\t20 000\t30 000\t2 200\t0\t12 500\t64 700 T.N.-O.\t0\t0\t0\t0\t15 000\t15 000 Total Ouest et Nord\t160 000\t206 300\t181 931\t226 900\t230 900\t1 006 031 Grand Total\t1 078 850\t\t1 103 090\t1 092 850\t1 150 554 1 026 720\t\t5 452 064 \u2022 Les données pour 2000-2001 sont préliminaires.Source : SAIC, 1998 et 2000.Les minorités francophones Les francophonies minoritaires 186 La politique Les francophonies minoritaires: entre le fait minoritaire et la dualité nationale Joseph-Yvon Thériault sociologue, Université d\u2019Ottawa Certains seront surpris, d\u2019autres considéreront tout à fait normal, de trouver dans un livre portant sur le Québec un texte relatif aux francophones canadiens vivant en situation minoritaire.Après tout, ces francophones n'habitent pas le territoire du Québec et la plupart des porte-parole de ces communautés seraient offusqués si on décrivait leurs communautés comme un prolongement hors frontière du Québec français.Par ailleurs, il apparaît indéniable, tant des points de vue historique, sociologique ou politique, que la francophonie canadienne hors Québec est partie prenante de l\u2019aventure québécoise.On rappellera simplement pour démontrer ces ambiguïtés l'affirmation simultanément, au sein des milieux artistiques minoritaires, d\u2019un combat visant à la fois à faire reconnaître la spécificité d\u2019une culture minoritaire distincte de celle du Québec et l\u2019exigence d\u2019être reconnue comme membre à part entière de la culture québécoise d\u2019expression française.II ne faut pas tenter de dissiper cet apparent paradoxe, les identités culturelles ne recoupent jamais la limpidité des frontières politiques.Un million de francophones Il existe actuellement près d\u2019un million de francophones dans le Canada hors Québec (970 190 individus de langue maternelle française, [voir Tableau 1].Ce nombre représente près de 15% de la population totale des francophones dans l\u2019ensemble canadien.La grande majorité (près de 66%) de ceux-ci habitent dans ce que les démographes ont appelé la vaste ceinture bilingue qui entoure le Québec, de Moncton dans l\u2019Acadie du Sud-Est du Nouveau-Brunswick, à Sault-Sainte-Marie dans le Nord-Est ontarien.Cette proximité géographique indique le partage d\u2019un même espace culturel essentiel, tant au rayonnement hors de ses frontières de la culture québécoise francophone qu\u2019à la vitalité, dans le Canada hors Québec, d\u2019une culture francophone limitée, comme l\u2019a rappelé François Paré, dans ses aspirations nationales, par l\u2019exiguïté de son implantation.La réalité des minorités francophones hors Québec ne saurait toutefois se réduire, ni à cette proximité géographique, ni au partage d\u2019un même univers culturel.Les communautés francophones et acadiennes du Canada, comme elles se plaisent à se nommer depuis 1990, à travers le nom de leur principal organisme représentatif (la Fédération des communautés francophones et acadiennes du Canada \u2014 FCFAC), sont indubitablement des collectivités minoritaires et à ce titre se distinguent radicalement du Québec français.En effet, à l\u2019exception des Acadiens du Nouveau-Brunswick qui constituent près du tiers de la population de la province et qui ont réussi à développer un fort réseau institutionnel francophone et une participation politique notable \u2014 pour la deuxième fois depuis i960, un premier Les relations extérieures 187 ministre de langue maternelle française a été élu \u2014, les francophones des autres provinces et territoires ne constituent jamais plus de 10% de la population et doivent toujours lutter pour développer et même maintenir leurs acquis institutionnels.Ainsi l\u2019Ontario français, qui comprend une population de langue maternelle française d'un demi-million de personnes, la plus imposante en nombre absolu des minorités francophones hors Québec, a dû se mobiliser au cours des deux dernières années pour sauver le seul hôpital universitaire francophone de la province \u2014 l\u2019hôpital Montfort \u2014 condamné par le gouvernement provincial à être fusionné dans le grand hôpital «bilingue» de la capitale fédérale.Alors que la situation n\u2019est pas encore définitivement réglée, les milieux francophones de la ville d\u2019Ottawa, elle aussi récemment objet de fusion \u2014 siège pourtant de la capitale d\u2019un pays officiellement bilingue \u2014, doivent à nouveau se mobiliser pour forcer la nouvelle ville d\u2019Ottawa à maintenir son statut de ville bilingue.L\u2019inexistence d\u2019une université francophone est un autre élément important des préoccupations actuelles des milieux franco-ontariens.L'érosion des effectifs Minoritaires, les communautés francophones du Canada le sont aussi en regard de l\u2019érosion de leurs effectifs.Pour la première fois le recensement canadien de 1996 identifie une baisse en chiffre absolu de la francophonie canadienne minoritaire (la population francophone hors Québec serait ainsi passée de 976 415 personnes en 1991 à 970 igo en 1996).Ce constat alarmant est le résultat combiné de l\u2019assimilation cumulative et de la baisse généralisée de la fécondité.Les milieux minoritaires pensent toutefois pouvoir, par la croissance de leur capacité institutionnelle, ralentir, sinon inverser, un tel processus.C\u2019est principalement par les tribunaux que l\u2019on croit possible de forcer les gouvernements canadien et provinciaux à répondre aux demandes d\u2019autonomie institutionnelle des communautés.Le récent jugement de la Cour suprême du Canada (L\u2019arrêt Btaulac, mai 1999), bien accueilli dans les milieux francophones minoritaires, va d\u2019ailleurs dans ce sens lorsqu\u2019il stipule que « les droits linguistiques de nature institutionnelle exigent des mesures gouvernementales pour leur mise en œuvre et créent, en conséquence des obligations pour l\u2019État.» Ce n\u2019est toutefois pas en tant que minoritaires que les francophones hors Québec exigent une protection par la loi et des institutions rendant effective l\u2019égalité linguistique, mais bien en tant que membres d\u2019une des deux communautés de langue officielle du Canada.Encore ici cette situation rapproche et dissocie les communautés francophones du Québec et du reste du Canada.Si les francophones minoritaires s\u2019entendent avec les milieux nationalistes québécois sur la dualité nationale du pacte confédératif canadien, il persiste, depuis le milieu des années soixante, un large malentendu sur la définition de la nation francophone à la source d\u2019un tel pacte.Pour les uns \u2014 les francophones minoritaires \u2014, une telle référence comprend l\u2019ensemble du Canada français; pour les autres \u2014 les autonomistes québécois \u2014, la dualité nationale s\u2019exprime à travers l\u2019espace territorial québécois, seul lieu où la communauté francophone canadienne jouit d\u2019une majorité politique.Cette ambiguïté, au-delà de la référence politique, marque Les francophonies minoritaires Les francophonies minoritaires 188 La politique profondément les relations entre les deux collectivités : relations, d\u2019attirance et de rejets, de connivences et de suspicions.Capital symbolique C'est aussi en tant que partie intégrante de l\u2019une des deux communautés linguistiques canadiennes que la francophonie minoritaire jouit d\u2019un capital symbolique qui dépasse largement son poids démographique.C\u2019est à Moncton, en Acadie du Nouveau-Brunswick, que s\u2019est déroulé en septembre 1999, le XVIII' Sommet de la jrancophomt.Les milieux acadiens ont vu dans cet événement la confirmation de leur reconnaissance sur la scène internationale.L\u2019Acadie avait encore eu l\u2019occasion d\u2019affirmer sa dimension internationale lors du 2\u2018 Congrès mondial acadien qui s\u2019est déroulé à Lafayette en Louisiane au mois d\u2019août.Le gouvernement canadien a profité de ces événements pour déclarer l\u2019Annte de la francophonie canadienne (mars 1999 - mars 2000).Mais les francophones minoritaires furent presque les seuls à fêter la francophonie canadienne.Faute d\u2019une entente entre le gouvernement canadien le gouvernement québécois, ce dernier décida de se retirer des célébrations canadiennes.Voilà, pourrait-on dire, l\u2019exemple même du dilemme identitaire des francophones minoritaires : s\u2019identifiant comme partie intégrante d\u2019une des deux collectivités nationales, la conjoncture politique actuelle vise à les reléguer dans un statut de minorités, ce qu\u2019ils ne sauraient accepter.\u2022 Tableau 1 Francophonies minoritaires du Canada \t\t Langue maternelle\t\t 1951\t721 820\t7,3 1961\t853 462\t6,6 1971\t926 400\t6,0 1981\t923 605\t5,2 1991\t976 415\t4,8 1996\t970 190\t4,5 Langue parlée à la maison\t\t 1971\t675 925\t4,3 1981\t666 785\t3,8 1991\t636 640\t3,2 1996\t618 526\t2,9 Source: O\u2019Keefe 1998, p.41, tiré de Brian Harrison et Louise Marmen, Le Canada à l'étude: les langues au Canada, catalogue nu 96-313^ Statistiques Canada et Prentice Hall Canada, 1994 et Recensement du Canada de 1996. Les relations extérieures 189 Tableau 2 Profil de la langue française par province et territoire, Canada sans le Québec, 1996 \t\t\t\t ACADIE\t\t\t\t Terre-Neuve\t2 433\t(0,4%)\t1 018\t(0,2%) île-du-Prince-Édouard\t5 715\t(4,3%)\t3 045\t(2,3%) Nouvelle-Écosse\t36 308\t(4,0%)\t20 710\t(2,3%) Nouveau-Brunswick\t242 408\t(33,2%)\t222 454\t(30,5%) \t286 864\t(12,4%)\t247 227\t(10,7%) ONTARIO\t499 687\t(4,7%)\t306 788\t(2,9%) \t499 687\t(4,7 %)\t306 788\t(2,9%) OUEST\t\t\t\t Manitoba\t49 108\t(4,5 %)\t23 136\t(2,1%) Saskatchewan\t19 896\t(2,0%)\t5 829\t(0,6 %) Alberta\t55 293\t(2,1%)\t17 817\t(0,7%) Colombie-Britannique\t56 755\t(1,5%)\t16 582\t(0,4%) Yukon\t1 173\t(3,8%)\t543\t(1,8%) Territoire du Nord-Ouest\t1 416\t(2,2%)\t605\t(0,9%) \t183 641\t(2,2%)\t64 512\t(0,8%) CANADA hors Québec\t\t\t\t \t970 192\t(4,5 %)\t618 527\t(2,9%) O'Keefe 1998, p.41, Recensement du Canada, 1996\t\t\t\t \t\t\t\t Thériault, Joseph-Yvon (sous la dir.de), Francophonies minoritaires au Canada.L'état des lieux, Éditions d'Acadie, Moncton, 1999.Paré, François, La littérature de l'exiguïté, Le Nordir, Hearsti992.Frenette, Yves, Brève histoire des Canadiens français, Boréal, Montréal,1998.Louder, Dean et Éric Waddell, Du continent perdu à l'archipel retrouvé: le Québec et l'Amérique française, Presses de l'Université Laval, Sainte-Foy, 1993.?Sites Internet Franco-sources : www.uottawa.ca/academic/crccf/francophonie/description.html (un site du Centre de recherche en civilisation canadienne française qui comprend une large bibliographie sur les francophonies minoritaires).Les francophonies canadiennes: www.franco.ca, (site de la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada ; les diverses réalités provinciales des francophones minoritaires du Canada).Les francophonies minoritaires Le Parlement et les partis 190 La politique Le Parlement et les partis Serge Laplante recherchiste, Le Deuoir 1.Le personnel politique Aucun changement n\u2019est survenu, cette année, à la liste des parlementaires de la 36' Législature, élus le 30 novembre 1998, non plus qu'aux titulaires des différentes fonctions parlementaires et ministérielles ou du Bureau de l\u2019Assemblée nationale.Le lecteur voudra bien se référer aux listes complètes publiées dans l'édition 2000 de cet annuaire.Les plus branchés pourront aussi retrouver l\u2019essentiel de ces informations à la section « Les parlementaires » du site Internet de l\u2019Assemblée nationale [voir Références en page 202].Remaniement ministériel Le premier ministre du Québec, M.Lucien Bouchard, a procédé le 10 novembre 1999 à des modifications mineures à son conseil des ministres : \u2022\tPaul Bégin, ministre de l\u2019Environnement et ministre responsable de la région de Québec, s\u2019est vu confier en plus le ministère du Revenu.\u2022\tGilles Baril, ministre délégué à la Santé, aux Services sociaux et à la Protection de la jeunesse, assumera la responsabilité des Loisirs, des Sports et du Plein Air.\u2022\tAndré Boisclair, ministre de la Solidarité sociale, devient aussi ministre responsable de la Régie des installations olympiques.Composition de l'Assemblée nationale à l'ajournement du 16 juin 2000 Parti québécois\t76 Parti libéral du Québec\t48 Action démocratique du Québec 1 Indépendant\to Vacant\to Total\t125 2.Les principales lois votées par l'Assemblée Durant les travaux de l\u2019automne 1999 et du printemps 2000, l\u2019Asssemblée nationale a adopté 88 lois.Avec ses 51 lois, la session d\u2019automne est pourtant jugée modeste; aucune réforme majeure n\u2019a été instituée, sauf la loi sur les clauses discriminatoires (dites « orphelin »).La session a été marquée par la gestion quotidienne et les moyens d\u2019atteindre le déficit zéro.Si le gouvernement a consulté beaucoup à l\u2019automne (17 exercices, consultations générales, particulières et mandats de surveillance combinés), les grands brassages d\u2019idées en santé, en éducation, dans le domaine municipal et sur le plan constitutionnel seront pour le début de l\u2019année 2000.La session du printemps, avec ses 37 lois, comporte, elle, plusieurs pièces majeures.Clauses « orphelin » \u2014 La loi sur les normes de travail en matière de disparités de traitement \u2014 une première en Amérique du Nord, dit-on \u2014 interdit toute Le Parlement et les partis 191 discrimination dans la rémunération fondée sur la date d'embauche d\u2019un jeune salarié.Réforme de l\u2019administration gouvernementale - La loi met en œuvre le nouveau cadre de gestion, axé sur les résultats, la transparence et l'imputabilité, présenté par le ministre délégué à l\u2019Administration, Jacques Léonard.Les policiers au pas - Sous peine de mesures disciplinaires et d\u2019amendes, la loi interdit désormais à tous les policiers de manifester en uniforme ou armés ; cette mesure est une réplique à la manifestation de 200 policiers de la Sûreté du Québec lors d\u2019un Conseil général du Parti québécois en septembre 1999 à Drummond-ville.La loi institue un Conseil de surveillance des activités de la SQ [voir article P- 377b Sécurité des barrages - Québec se dote de moyens modernes pour contrôler les différents ouvrages de retenue des eaux et mieux assurer la sécurité du public.Nouveau régime forestier - La loi régit les activités d\u2019aménagement forestier des bénéficiaires des contrats d\u2019approvisionnement dans le cadre de la nouvelle politique forestière du gouvernement [voir article p.256].Loi antidéficit des hôpitaux - Le gouvernement s\u2019étant astreint au respect de l\u2019équilibre budgétaire, dit Lucien Bouchard, il impose aux gestionnaires de consentir les efforts nécessaires pour respecter les budgets alloués [voir article p.325].Suites du Sommet de la jeunesse - Deux lois concrétisent des engagements issus des consensus du Sommet du Québec et de la jeunesse, tenu à Québec les 23 et 24 février 2000: la création de l\u2019Office Québec-Amérique pour la Jeunesse (OQAJ), calqué sur le modèle de l\u2019Office franco-québécois pour la jeunesse, et un Fonds Jeunesse Québec de 240 millions de dollars visant à soutenir la jeunesse et l\u2019emploi [voir article p.390J.Régie de l\u2019énergie - Une loi controversée qui modifie les pouvoirs de la Régie et soustrait de son autorité l\u2019examen des coûts de production d\u2019Hydro-Québec [voir article p.489].Assurance-médicaments - Le gouvernement double les primes d\u2019assurance-médicaments, qui passent d\u2019un plafond de 175 $ à 350 $ le i\" juillet 2000 [voir article P- 325f Confessionnalité scolaire - Au terme d\u2019un processus de réflexion amorcé en 1975, le ministre de l\u2019Éducation abolit le statut confessionnel des écoles publiques, maintient les privilèges accordés à l\u2019enseignement des religions catholique et protestante, tout en réduisant de moitié le temps consacré à l\u2019enseignement religieux et moral obligatoire [voir article p.370].Réforme municipale - Deux pièces maîtresses, qui permettront au gouvernement d\u2019amorcer dès l\u2019automne 2000 la réforme municipale préparée par la ministre Louise Harel, sont adoptées : la loi sur l\u2019organisation territoriale \u2014 dite des fusions forcées \u2014 qui encadrera notamment l\u2019intégration des travailleurs lorsque s\u2019opéreront les fusions municipales [voir article p.165] ; la loi sur la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM), «incontournable » selon le premier ministre, malgré la révolte des maires de plusieurs Le Parlement et les partis Le Parlement et les partis 192 La politique municipalités et les référendums tenus [voir article p.217].L\u2019adoption de la loi créant la Communauté métropolitaine de Québec a été reportée à l\u2019automne, faute de temps pour tenir des consultations publiques [voir article p.237].Nasdaq - Une loi pour faciliter l\u2019implantation de la Bourse Nasdaq à Montréal [voir article p.516].Une Fédération unique - Le feu vert est donné à la constitution d\u2019une seule Fédération à pouvoirs étendus dans le Mouvement Desjardins [voir article p.509].Contre les blocus routiers - Les mécontents (camionneurs, producteurs de porcs et autres coalitions régionales) qui choisiront de bloquer les routes seront passibles d'amendes de 350 $ à 27 000 $.Concertation des camionneurs - En instituant le Forum des routiers et des donneurs d\u2019ouvrages, le gouvernement regroupe à une même table les exploitants de véhicules lourds, les intermédiaires en services, les expéditeurs et les routiers propriétaires d\u2019un seul camion-tracteur [voir article p.382].3 - Chronique de l\u2019Assemblée nationale Rencontres interparlementaires L\u2019Assemblée nationale est l\u2019hôte, du 4 au 11 octobre, de trois importantes rencontres de travail, dont deux se tiennent dans le cadre de la Conférence parlementaire des Amériques : la première session de la Commission interparlementaire entre l\u2019Assemblée nationale et le Parlement centraméricain (4 au 8 octobre) ; la réunion du Comité exécutif du Réseau des femmes parlementaires (6 et 7 octobre) ; la réunion du Comité exécutif provisoire de la Conférence parlementaire des Amériques (7 au 11 octobre).Reprise de la session Les travaux d\u2019automne de la première session de la trente-sixième Législature débutent le 19 octobre.La restructuration du transport aérien Le 4 novembre, dans une motion unanime, l\u2019Assemblée nationale du Québec demande au gouvernement fédéral, dans le cadre de la restructuration de l\u2019industrie du transport aérien, de défendre les intérêts du Québec en ce qui concerne, notamment, la conservation des emplois, la disponibilité des services en région et l'utilisation de la langue française sur le territoire québécois.Motion sur les jeunes contrevenants Le i\" décembre, l\u2019Assemblée adopte une motion présentée conjointement par François Ouimet (PLQ) et Linda Goupil, ministre de la Justice, proposant «que l\u2019Assemblée nationale demande à la ministre fédérale de la Justice de suspendre le processus d\u2019adoption du projet de loi C-3, afin de lui permettre de mieux évaluer l\u2019application par les provinces des mesures prévues à la Loi sur les jeunes contrevenants et de s\u2019assurer que le Québec puisse maintenir sa stratégie d\u2019intervention basée sur les besoins des jeunes et privilégiant la prévention et la réhabilitation.» Proposition de paix constitutionnelle Le i\" décembre, le député de Rivière-du-Loup et chef de l\u2019ADQ, Mario Dumont, dépose le projet de loi 191, sur la propo- Le Parlement et les partis 193 sition québécoise de paix constitutionnelle.Le projet a pour objet d\u2019interdire la tenue d\u2019un référendum durant la trente-sixième Législature et d\u2019obliger le gouvernement à formuler une proposition de paix constitutionnelle [voir article p.162].Council of State Goverments Le Forum des leaders du CSG attire à Québec, du 3 au 7 décembre, 1500 décideurs en provenance de toutes les régions des États-Unis.La tenue en territoire québécois des assises annuelles de cet organisme, créé en 1933, fournit au gouvernement du Québec plusieurs tribunes de choix.Motion unanime sur le bilinguisme à Ottawa Le 9 décembre, l\u2019Assemblée adopte une motion demandant au gouvernement de l\u2019Ontario « de faire en sorte que les services municipaux en langue française soient disponibles pour la population francophone de la future ville fusionnée d\u2019Ottawa, capitale du Canada ».La réplique à C-20 Le projet de loi 99, déposée le 15 décembre 1999, portant sur « l\u2019exercice des droits fondamentaux et des prérogatives du peuple québécois et de l\u2019État du Québec », se veut une réplique à «l\u2019assaut méprisable du fédéral », selon les mots de Lucien Bouchard.Au terme des travaux de la commission parlementaire qui mena une consultation générale sur le projet de loi, une version réimprimée est déposée le 19 avril.Le principe de la loi est adopté sur division le 30 mai 2000, par un vote de 65 voix contre 38, le chef de I\u2019ADQ, Mario Dumont, joignant sa voix au parti ministériel.Le projet de loi 99 est toujours inscrit au Feuilleton.La loi C-20, dite loi sur la clarté référendaire, a été adoptée au Sénat le 29 juin 2000 et sanctionnée le même jour [voir article p.118].Ajournement d'hiver Le 17 décembre, après seulement 30 séances, l\u2019Assemblée ajourne ses travaux au mardi 14 mars 2000.Fait très rare, les travaux parlementaires se terminent une semaine complète avant la période des Fêtes.Les 50 ans du parlement jeunesse Du 26 au 30 décembre 1999, se déroule à l\u2019Assemblée nationale la 50\u2019 édition du Parlement jeunesse du Québec.Chaque année, entre Noël et le Jour de l\u2019An, les apprentis parlementaires viennent débattre de projets de lois fictifs portant sur des dossiers d\u2019actualité.Discours sur le budget Le 14 mars, à la reprise de la session, le vice-premier ministre et ministre d\u2019État à l\u2019Économie et aux Finances, Bernard Landry, prononce son cinquième Discours sur le budget.Les crédits (budget des dépenses) sont déposés le 24 mars suivant [voir références].Séance extraordinaire Le 21 mars 2000, l\u2019Assemblée connaît un précédent historique : deux périodes des questions sont tenues le même jour lorsque la Chambre se réunit en séance extraordinaire en soirée en vue de permettre l\u2019adoption de la proposition du gouvernement relative aux recommandations du Rapport Bisson sur le régime de retraite des juges.Colloque sur la diversité culturelle Le 8 mai, la commission de la Culture organise au Parlement un colloque sur le Le Parlement et les partis Le Parlement et les partis 194 La politique thème : « Mondialisation et diversité culturelle : menace ou opportunité ?» Cet événement réunissant universitaires, artistes et politiciens est télédiffusé en direct.Loi sur l'initiative populaire Le 9 mai, le député de Rjvière-du-Loup, Mario Dumont, présente le projet de loi 192, qui a pour objet de permettre aux électeurs, sur le modèle californien, d\u2019étre consultés par référendum sur toute question d\u2019intérêt public.Un référendum serait tenu à la suite d\u2019une pétition d'au moins 250 000 électeurs, 500 000 s\u2019il s\u2019agit de modifier le statut constitutionnel du Québec au sein du Canada.Mille électeurs pourraient engager le processus en adressant une pétition au Directeur général des élections [voir article p.162].Motion unanime sur la crevette du nord Le 17 mai, l\u2019Assemblée réclame unanimement du gouvernement fédéral qu\u2019il octroie aux pêcheurs québécois « leur juste part historique» de crevettes du nord et qu\u2019il leur accorde dans cette perspective, pour la saison de pêche 2000, une première tranche de 3000 tonnes de cette ressource dans la zone située au nord-est de la Basse-Côte-Nord.Appui unanime aux gens de l'air Le 26 mai, la Chambre adopte unanimement une motion sans préavis du libéral Yvan Bordeleau sur l\u2019équilibre linguistique dans le transport aérien au Canada.La motion demande au gouvernement fédéral de prendre, dans le cadre du projet de loi C-26, les moyens nécessaires pour assurer le respect de l\u2019équilibre linguistique représentatif de la réalité canadienne, à la fois sur le plan de l\u2019usage et des services à la clientèle, de même qu\u2019une absence de discrimination systémique en matière d\u2019embauche.Siège du député d'Anjou Le 26 mai, le président Jean-Pierre Char-bonneau refuse le dépôt d'une pétition, signée par 3030 citoyens électeurs de la circonscription d\u2019Anjou, demandant au député libéral Jean-Sébastien Lamoureux de remettre son siège en jeu «par souci d\u2019honnêteté et de transparence».La pétition fait allusion à certaines manoeuvres électorales qui s\u2019y seraient déroulées lors du scrutin du 30 novembre 1998, manoeuvres révélées par Radio-Canada.Hommage au «Rocket» Le 30 mai, M.Bouchard, premier ministre, et M.Charest, chef de l\u2019opposition officielle, proposent conjointement que l\u2019Assemblée nationale rende hommage à Maurice Richard décédé le 27 mai 2000 à l\u2019âge de 78 ans.La motion qualifie le « Rocket » de « remarquable modèle de courage et de ténacité qui a inspiré plusieurs générations de Québécoises et de Québécois ».Le 31 mai, l\u2019Assemblée nationale suspend ses travaux pour les obsèques du Rocket [voir encadré p.149].Motion unanime sur l'assurance-parentale Le 13 juin, l\u2019Assemblée adopte à l\u2019unanimité la motion présentée conjointement par le libéral Russell Copeman et Pauline Marois, ministre de la Famille et de l\u2019Enfance.La motion exhorte le gouvernement fédéral à reprendre les négociations sur la question de l\u2019assurance-parentale, malgré le refus catégorique exprimé par le premier ministre Jean Chrétien ; elle exige du gouvernement du Canada qu\u2019il participe de bonne foi à ces négociations et qu\u2019il fasse preuve de plus de souplesse et d\u2019ou- Le Parlement et les partis 195 verture a l'égard des besoins des familles québécoises et de la maîtrise d\u2019œuvre du Québec en matière de politique familiale.Le 25e anniversaire de la Charte Le 14 juin, une motion unanime souligne solennellement le 25\u201d anniversaire de la Charte québécoise des droits et libertés de la personne, adoptée par l\u2019Assemblée nationale le 27 juin 1975 [voir Références], Rapport sur le rôle du Parlement Le 16 juin, Claude Pinard, premier vice-président, dépose le rapport du Comité de réflexion sur le travail des commissions intitulé « De la nécessité du contrôle parlementaire \u2014 Document de réflexion \u2014 Pour des commissions parlementaires stimulantes et performantes ».Les signataires de ce rapport très sévère (Claude Pinard, Matthias Rioux, Sylvain Simard et Monique Gagnon-Tremblay) estiment que le Parlement est de moins en moins le heu des grands débats de société.Le Comité avait été mandaté en décembre dernier pour analyser de façon non partisane le travail des commissions parlementaire [voir Références].Le salaire des élus Le 16 juin, dans une sortie exceptionnelle, le président de l\u2019Assemblée nationale, Jean-Pierre Charbonneau, a interpellé le premier ministre de son fauteuil en livrant un plaidoyer \u2014 salué d\u2019applaudissements des deux bords de l'Assemblée \u2014 en faveur d\u2019un ajustement salarial pour les députés.Cette sortie faisait suite à l\u2019annonce par Lucien Bouchard d\u2019une hausse de 12 à 24% de la rémunération consentie aux hauts fonctionnaires de l\u2019État.Nouvelle présidente à la CAI Le 16 juin, l\u2019Assemblée nomme Jennifer-Anne Stoddart à la présidence de la Commission d\u2019accès à l\u2019information pour un mandat de cinq ans.Mme Stoddart était vice-présidente de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse.Ajournement d'été Le 16 juin, après 62 séances, l\u2019Assemblée ajourne ses travaux au mardi 17 octobre 2000.Une consultation sur Internet Le 21 juin, la Commission des Institutions lance une consultation générale sur les répercussions du projet de Zone de libre-échange des Amériques et innove en offrant pour la première fois aux citoyens ou organismes de se faire entendre en utilisant Internet.Depuis le 22 juin les citoyens peuvent exprimer leur opinion sur le sujet en utilisant le formulaire disponible sur une page du site de l'Assemblée nationale [voir références].4.Les partis politiques Les programmes Le Parti québécois Sur un éventuel référendum Lors du Conseil national tenu à Drum-mondville les 25 et 26 septembre 1999, les ténors du parti prêchent les vertus de la patience à propos du prochain référendum.«Nous ne voulons plus jamais perdre un référendum », dit Bernard Landry, et les militants se disent prêts à attendre le temps qu\u2019il faudra pour avoir un référendum gagnant.Lucien Bouchard déclare que le Québec est entré dans un Le Parlement et les partis Le Parlement et les partis 196 La politique temps fort de mobilisation qui culminera lors du congrès plénier de mai 2000.L\u2019ajout du concept des conditions gagnantes au chapitre 1 du programme du parti est discuté pour la première fois.Lors du Conseil national tenu à Laval les 5 et 6 février, Lucien Bouchard sème la perplexité en invitant les militants à travailler à la réélection du parti pour un troisième mandat consécutif, même si l\u2019objectif d\u2019un référendum gagnant au cours du présent mandat demeure.On décode vite qu\u2019un référendum pourrait n\u2019avoir lieu qu\u2019au cours d\u2019un troisième mandat.La priorité du gouvernement, comme l\u2019annonçait le premier ministre à la fin de la session, est désormais la santé, une «condition manquante» à la tenue d\u2019un référendum.Santé et souveraineté sont liées, dit Bouchard.Les militants adoptent un plan d\u2019action intitulé «Mobiliser nos forces pour un pays » et prennent connaissance du thème du congrès de mai : « Un pays pour le monde ».Le 7 avril, à Lyon, alors que s\u2019achève sa visite officielle de trois jours en France, Lucien Bouchard met de côté la stratégie des « conditions gagnantes » et déclare que le Québec entre désormais dans une nouvelle phase où la question de la souveraineté sera à nouveau à l\u2019ordre du jour.Lors du XIVe congrès national tenu à Montréal les 5,6 et 7 mai 2000, il est beaucoup question de souveraineté mais peu d\u2019échéancier.Les militants qui voulaient biffer de leur programme l\u2019essentiel du chapitre sur l\u2019offre de partenariat avec le Canada anglais, coeur de la stratégie référendaire préconisée par Lucien Bouchard, sont défaits [voir article p.153].Sur la question linguistique Au Conseil national tenu à Drummond-ville les 25 et 26 septembre 1999, les péquistes s\u2019étaient montrés inquiets à l\u2019issu d\u2019un colloque sur la situation et l\u2019évolution de la langue française.Deux spécialistes, Michel Grant et Charles Cas-tonguay, avaient démontré, études à l\u2019appui, le déclin du statut du français sur File de Montréal à moyen terme.Lucien Bouchard s\u2019était alors engagé à tout mettre en oeuvre pour corriger cette situation.En octobre, le premier ministre met discrètement sur pied un groupe de travail ministériel chargé de préparer un état de la situation et, éventuellement, de faire des recommandations pour assurer le caractère français de la région métropolitaine.Le groupe, présidé par la ministre responsable de la Charte de la Langue française, Louise Beaudoin, est composé des ministres Pauline Marois, Louise Harel, Robert Perreault, loseph Facal, des députés Rita Dionne-Marsolais et Michel Létourneau.Le «Rapport du Groupe ministériel pour un plan d\u2019action en vue de promouvoir et de maintenir le caractère français de Montréal et d\u2019assurer la vitalité et la qualité de la langue française au Québec » sera publié le 14 avril 2000.Au Congrès de mai, les péquistes choisissent la voie delà modération et votent la convocation d\u2019états généraux sur la langue où sont reportés tout débat sur l\u2019abolition de la loi 86 sur l\u2019affichage commercial et l\u2019accès restreint aux cégeps anglophones [voir article p.109].Sur L\u2019ORIENTATION SOCIALE Lors du Grand rassemblement du Comité national des jeunes du PQ qui se déroule du 3 au 5 mars 2000 à Montréal, les participants réclament un retour à la Le Parlement et les partis 197 social-démocratie au sein du gouvernement Bouchard.Leur faisant écho lors du Congrès de mai, les 1800 délégués modifient le programme pour y inscrire un nouveau contrat social et actualiser les orientations politiques en matière de santé.Les principales résolutions votées par le congrès stipulent : \u2022\tque le gouvernement doit s\u2019engager à déposer un projet de loi-cadre sur l\u2019élimination de la pauvreté ; \u2022\tque les prestations d\u2019aide sociale seront toujours suffisantes pour couvrir le minimum vital des prestataires ; \u2022\tque le gouvernement explorera des partenariats possible avec le secteur privé et celui de l\u2019économie sociale, dans le respect des principes fondamentaux de l\u2019universalité, de l\u2019accessibilité et de la gratuité des soins de santé ; qu\u2019il donnera au réseau de la santé les moyens d\u2019assurer l\u2019accès aux traitements requis à l\u2019intérieur des délais prescrits par les experts médicaux ; qu\u2019il établira, de concert avec les intervenants du réseau, une méthode adéquate pour suivre fidèlement l\u2019évolution de l\u2019accès aux services de santé et aux services sociaux.Le Parti libéral du Québec Sur LA SANTÉ Lors du congrès annuel de la Commission jeunesse les 7 et 8 août 1999 à Saint-Jean-sur-Richelieu, Jean Charest, qui se montre généralement favorable à un rôle accru du secteur privé en santé, rejette une proposition d\u2019ouvrir les salles d'opération des hôpitaux en dehors des heures régulières aux patients qui acceptent de payer pour leurs traitements.Au conseil général tenu à Saint-Georges-de-Beauce les 2 et 3 octobre, les jeunes libéraux reviennent à la charge avec leur projet d\u2019une médecine à deux vitesses.À l\u2019issu de la réunion, Jean Charest tente de minimiser le vote des 350 militants en indiquant cette fois que le « fardeau de la preuve » appartient à son aile jeunesse et qu\u2019il reste personnellement attaché à un système universel.Sur les relations Québec-Ottawa Au Conseil général tenu à Hull, les 19 et 20 février 2000, on apprend que le programme constitutionnel du PLQ commence à prendre forme.Un gouvernement libéral dirigé par Jean Charest chercherait à signer des ententes administratives avec Ottawa, notamment en matière d\u2019environnement, de télécommunications et sur le rôle international du Québec.Il voudra aussi rétablir les transferts fédéraux vers les provinces au niveau où ils étaient en 1994, et exigera la récupération de points d\u2019impôts pour une valeur allant jusqu\u2019à huit milliards.Sur le rôle de l\u2019État Le PLQ prône une diminution des impôts des Québécois variant de 3,5 à 5 milliards en quatre ans.Cet élément s\u2019inspire des travaux du comité présidé par Monique Jérôme-Forget et chargé d\u2019élaborer la politique fiscale à intégrer au programme électoral du PLQ.Lors du conseil général d'octobre, le président de la commission politique du PLQ, Marc-André Blanchard, semonce Jean Charest en soumettant que le Parti libéral n\u2019est tout simplement pas crédible quand il promet aux Québécois de procéder simultanément à des baisses d\u2019impôts et à des réinvestissements majeurs en Le Parlement et les partis Le Parlement et les partis 198 La politique santé et en éducation.Depuis un an qu\u2019il est chef du PLQ, Jean Charest soutient qu'un gouvernement libéral baisserait les impôts et réinvestirait simultanément dans les programmes sociaux.À Trois-Rivières, les 26 et 27 mai, Jean Charest promet aux 400 délégués du Conseil général « un grand vent de changement » dès qu\u2019il aura chassé le PQ du pouvoir.Une sorte de seconde Révolution tranquille, qui verrait à réduire la taille de l\u2019État.Préparatoires au congrès plénier qui se déroulera les 13, 14 et 15 octobre 2000 et qui doit doter le PLQ d\u2019un nouveau programme, les délibérations portent sur les grands thèmes retenus par la direction du parti et soumis aux membres dans le cadre des 17 colloques régionaux tenus entre mars et juin.Ces thèmes, rédigés sous la forme de 101 questions, figurent dans un document intitulé La liberté de choisir.Ils traitent d\u2019éducation, d\u2019économie du savoir, de la santé et des services sociaux, de l\u2019identité, des affaires municipales et régionales, d\u2019immigration et de travail.L'Action démocratique du Québec Sur les institutions DÉMOCRATIQUES Le parti de Mario Dumont s\u2019est illustré par des propositions nouvelles dans le fonctionnement des institutions démocratiques.Ainsi, son programme propose-t-il : \u2022\tde modifier le calendrier électoral dans le but de tenir des élections à date fixe tous les cinq ans ; \u2022\tde mettre en place un mécanisme de rappel permettant aux électeurs d\u2019exprimer leur insatisfaction face à un député ne respectant pas ses engagements ; \u2022\tde revoir le mode de scrutin afin que l\u2019attribution des sièges à l\u2019Assemblée reflète mieux la volonté populaire ; \u2022\td\u2019instaurer un mécanisme permettant aux citoyens de prendre l\u2019initiative de la tenue de référendums.Sur les questions sociales Les 1\" et 2 avril 2000, l\u2019ADQ tient son troisième congrès d\u2019orientation, à Saint-Hyacinthe, sur le thème « Objectif 2002 ».Les délégués adoptent une série de mesures destinées aux jeunes familles, une «révolution-famille», selon les mots de Mario Dumont.L\u2019ADQ propose notamment: \u2022\tle retour d\u2019un bébé-bonus de 1000$ non imposable ; \u2022\tun programme de réduction de la dette étudiante selon le nombre d\u2019enfants ; \u2022\tun congé parental de neuf mois entièrement payé, passant à 12 mois pour un 3' enfant ; \u2022\tla création d\u2019un bon pour garde d\u2019enfant.Sur la question de la santé, l\u2019ADQ propose entre autres de revoir le mode de rémunération des médecins, d\u2019instaurer une franchise sur les soins payable à même la déclaration de revenus et d\u2019utiliser la sous-traitance pour les services non médicaux.Sur le rôle de l\u2019État Le parti propose de diminuer la taille de l\u2019État et pour ce faire de réduire de 25 % le nombre de fonctionnaires.Il propose notamment de mettre fin à la sécurité d\u2019emploi absolue dans la fonction publique.Il prône une réduction du niveau général des taxes et des impôts. Le Parlement et les partis 199 Sur LA QUESTION CONSTITUTIONNELLE L\u2019ADQ, qui vise la clientèle du PLQ, s\u2019est dotée d\u2019un programme pour pouvoir courtiser les anglophones et les minorités ethniques.Elle garde toujours dans son programme sa proposition d\u2019accorder au Québec 22 champs de compétences exclusifs ainsi qu\u2019un droit de veto dans une nouvelle formule d\u2019amendement constitutionnel.Elle a déjà proposé un moratoire (appelé «proposition de paix constitutionnelle ») sur tout projet de référendum pendant la durée du mandat actuel du gouvernement Le financement des partis Le Directeur général des élections, Marcel Blanchet a rendu publics le 25 mai 2000 les rapports financiers des partis politiques du Québec ainsi que le montant total de la participation de l\u2019État au financement politique québécois pour l\u2019exercice financier qui s\u2019est terminé le 31 décembre 1999.Les partis autorisés ont eu des revenus globaux de 12 293 702 $ et ont dépensé io 543 714$ en 1999.Les trois partis représentés à l\u2019Assemblée nationale se partagent 98,9% des revenus et 98,8 % des dépenses.Les contributions des électeurs ont totalisé 7 260 828$.44 470 personnes ont fait des contributions de moins de 200$, 7439 de plus de 200$ ; ces contributions comptent pour 58% de l\u2019argent recueilli.La contribution moyenne est de 140 $, comparativement à 148 $ en 1998, année électorale.Le rapport du DGE montre que l\u2019État québécois demeure le principal pourvoyeur des partis politiques.La participation financière de l\u2019État au financement politique québécois, qui s\u2019élève à 10 829 492$ en 1999, comprend les montants suivants : Allocation de jônctionnement versée aux partis politiques autorisés : Parti québécois Parti libéral du Québec Action démocratique du Québec Autres partis Total Remboursements des frais de vérification effectués aux partis (maximum 5500 $) 1129 809 $ 1\t239 962 $ 311 326 $ 41 093 $ 2\t722190 $ 14 746 $ Remboursements de dépenses électorales (Élections générales du 30 novembre 1998 et élection du 14 décembre 1998 dans la circonscription de Masson) 3 091 556 $ Crédits d\u2019impôt pour contributions politiques provinciales accordés par Revenu Québec à 55 101 contribuables pour l\u2019année d\u2019imposition 1998\t5 001 000 $ L\u2019allocation que verse l\u2019État aux partis politiques est basée sur le nombre d\u2019électeurs inscrits sur la liste électorale lors des dernières élections.Une somme de 0,50$ est accordée pour chaque électeur inscrit.La somme globale est redistribuée entre les partis en fonction du pourcentage de vote obtenu aux élections du 30 novembre 1998.Notons enfin que les actifs nets des trois principaux partis politiques au 31 décembre 1999 s\u2019élevaient à 481 992$ pour le Parti québécois, 51 084$ pour le Parti libéral et ni 101 $ pour l\u2019Action démocratique du Québec.Le Parlement et les partis Le Parlement et les partis 200 U politique Les 10 partis politiques provinciaux autorisés au 18 juillet 2000 Action démocratique du Québec Chef: Mario Dumont Bloc-pot Chef : Marc St-Maurice Parti communiste du Québec Chef : André Cloutier Parti de la démocratie socialiste Chef : Paul Rose Parti de la loi naturelle du Québec/Natural Law Party of Québec Chef: Allen Faguy Parti égalité/Equality Party Chef : Keith Henderson Parti innovateur du Québec Chef : Raymond Robitaille Parti libéral du Québec/Québec Liberal Party Chef : Jean Charest Parti marxiste-léniniste du Québec Chef : Claude Brunelle Parti québécois Chef : Lucien Bouchard Divers Révision de la liste électorale À la suite d\u2019un amendement apporté à la Loi électorale en juin 1998, une Commission permanente de révision est créée en novembre 1999 afin de contribuer à la mise à jour de la liste électorale permanente.La Commission est constituée de trois membres nommés pour cinq ans.Robert Hubert agit à titre de président, les deux autres membres étant Stéphanie Cashman-Pelletier et Diane Larose, respectivement recommandées par le Parti québécois et le Parti libéral du Québec.Un représentant de l'Action démocratique du Québec, M.Caïnnech Lussiaà-Berdou, participe aux travaux de la commission.Marcel Blanchet, troisième DGE en un an Le 19 avril 2000, le premier ministre Lucien Bouchard propose que Marcel Blanchet, sous-ministre adjoint au ministère des Affaires municipales et de la Métropole, soit nommé Directeur général des élections, pour un mandat de sept ans à compter du 3 mai 2000.II succède à Francine Barry et est la sixième personne à occuper la fonction de DGE du Québec, le troisième en un an.Le 25 mai 1978, après 33 années de service, François Drouin quitte ses fonctions de président général des élections.De mai 1978 à juillet 1997, Pierre-F.Côté, nommé à l\u2019unanimité par l\u2019Assemblée nationale, assume cette responsabilité.En 1977, le titre de président général des élections est changé pour celui de Directeur général des élections.Le 16 juillet 1997, M.Côté prend sa retraite.Du 16 juillet 1997 jusqu\u2019au 12 juillet 1998, François Casgrain lui succède.Le 13 juillet 1998, Jacques Girard devient le nouveau Directeur général des élections.M.Girard, cependant, n\u2019occupera ce poste que quelques mois, car il décède le 10 avril 1999, à l\u2019âge de 41 ans.Le 21 avril 1999, Jean Jolin le remplace pour un mandat de six mois.Le 3 novembre 1999, Francine Barry est nommée directrice générale des élections et présidente de la Commission de la représentation électorale pour une période de six mois. Le Parlement et les partis 201 Les démêlés de l'ADQ Le chef de l\u2019Action démocratique du Québec, Mario Dumont, est à couteau tiré avec le bureau du Directeur général des élections, parce qu\u2019il estime que sa formation politique a fait l'objet d\u2019une étude qui frôle l\u2019acharnement Le chef de l\u2019ADQ dit avoir perdu confiance en l\u2019institution.11 remet sérieusement en question la confidentialité du processus d\u2019enquête chez le DGE après que des adversaires politiques eurent vent des détails des enquêtes menées sur l\u2019ADQ avant les responsables du parti.Les démêlés de l\u2019Action démocratique avec le DGE remontent à l\u2019automne 1999.L\u2019ADQ est d\u2019abord accusée de financement illégal.Le 11 novembre, son directeur général, Jacques Hébert, est accusé d\u2019avoir violé la Loi électorale.Selon le constat d\u2019infraction émis par le DGE, M.Hébert aurait accepté en octobre 1995 un chèque de 1000$ de la compagnie Gooding Investments, chèque qu\u2019il aurait remis à un militant, Jean Simoneau, en échange d\u2019une contribution du même montant à l\u2019ADQ.Or, la loi électorale interdit les dons des compagnies aux partis politiques.Le 1\" décembre, M.Hébert enregistre un plaidoyer de non-culpabilité.L\u2019ex-militant Simoneau a tout de suite plaidé coupable.Le 19 janvier 2000, M.Hébert, qui n\u2019est plus directeur général de l\u2019ADQ enregistre finalement un plaidoyer de culpabilité.Le 29 mars 2000, le DGE émet 14 nouveaux constats d\u2019infraction à la Loi électorale pour des «manoeuvres électorales frauduleuses ».Ces infractions impliquent cinq personnes ainsi qu\u2019une entreprise.Le DGE reproche à cinq membres de l\u2019ADQ dont trois dirigeants \u2014 le directeur général Jacques Hébert, le vice-président Guy Pilon et l\u2019agent officiel de l\u2019ADQ Michel Pelletier \u2014 d\u2019avoir notamment déclaré des dépenses sans fournir de pièces justificatives ou d\u2019avoir produit de fausses factures.L\u2019ancien directeur général du parti et candidat dans Deux-Montagnes aux élections de 1998, Jacques Hébert, est accusé cette fois d\u2019avoir demandé à une personne de recevoir un chèque alors qu\u2019elle n\u2019avait rendu aucun service à l\u2019ADQ durant la campagne électorale.Cinq infractions impliquent le candidat adé-quiste de La Prairie et vice-président du parti, Guy Pilon, accusé d\u2019avoir participé à la production de factures pour des services non rendus.Tous les accusés ont enregistré des plaidoyers de non culpabilité.Les causes seront entendues en janvier 2001.Le PLQ blanchi dans Anjou Le 22 mars 2000, le DGE conclut, se basant sur le rapport de son enquêteur ad hoc, qu\u2019il n\u2019a pas été établi qu\u2019un parti politique a été impliqué dans les irrégularités constatées lors du scrutin du 30 novembre 1998 dans Anjou, et qu\u2019il n\u2019y a pas de preuve au dossier qui permettraient d\u2019étayer une telle ingérence.Le 24 février 1999, le Parti québécois avait porté plainte au DGE concernant des irrégularités mises à jour par Radio-Canada dans des reportages sur un réseau de voteurs illégaux aux dernières élections provinciales.Le même jour, le chef du PLQ Jean Charest, avait demandé à son tour au DGE de faire enquête dans Anjou.En août 1999, le DGE dressait 17 constats d\u2019infraction contre cinq personnes accusées d\u2019avoir voté illégalement en faveur du candidat libéral Jean-Sébastien Lamou-reux.Le résultat du vote avait été extrêmement serré, le candidat libéral l\u2019emportant par seulement 143 voix sur le ministre Pierre Bélanger.Le Parlement et les partis Le Parlement et les partis 202 La politique Références ?Sites Internet Pour la composition de l'Assemblée nationale: www.assnat.qc.ca/indexne2.html.Sur les projets de loi publics: www.assnat.qc.ca/fra/publications/projets-loi/publics/index.htm Sur le budget du Québec : www.finances.gouv.qc.ca/francais/budget/index.htm.www.tresor.gouv.qc.ca/doc/adocpolb.htm.Sur la Charte québécoise des droits et libertés: www.mri.gouv.qc.ca/la_bibliotheque/democratie/ charte.html Sur le rôle du Parlement: www.assnat.qc.ca/fra/publications/rapports/rapref.pdf.Sur le projet de Zone de libre-échange : www.assnat.qc.ca/fra/publications/consultation/index/html Pour plus d\u2019information sur le Parti québécois: www.pq.org Pour toute information sur le gouvernement Bouchard, on consultera avec profit le nouveau site Internet du premier ministre, inauguré le 22 juin 2000: www.premier.gouv.qc.ca Sur le PLQ et son programme : www.plq.org Sur l'ADQ et son programme: www.adq.qc.ca; sur la campagne «On nous ment c'est net!»: www.mario.dumont.net.Sur la Loi électorale, les résultats électoraux et le financement des partis politiques: www.dgeq.qc.ca Les premiers ministres du Québec depuis 1867 CHAUVEAU, Pierre-Joseph-Olivier OUIMET, Gédéon BOUCHER DE BOUCHERVILLE, Charles-Eugène JOLY DE LOTBINIÈRE, Henri-Gustave CHAPLEAU, Joseph-Adolphe MOUSSEAU, Joseph-Alfred ROSS, John Jones TAILLON, Louis-Olivier MERCIER, Honoré (père) BOUCHER DE BOUCHERVILLE, Charles-Eugène TAILLON, Louis-Olivier FLYNN, Edmund James MARCHAND, Félix-Gabriel PARENT, Siméon-Napoléon GOUIN, Lomer TASCHEREAU, Louis-Alexandre GODBOUT, Joseph-Adélard DUPLESSIS, Maurice Le Noblet SAUVÉ, Joseph-Mignault-Paul BARRETTE, Antonio LESAGE, Jean JOHNSON, Daniel (père) BERTRAND, Jean-Jacques BOURASSA, Robert LÉVESQUE, René JOHNSON, Pierre Marc BOURASSA, Robert JOHNSON, Daniel (fils) PARIZEAU, Jacques BOUCHARD, Lucien 15 juillet 1867\tC 27 février 1873\tc 22 septembre 1871»\tc 8 mars 1878\tL 31 octobre 1879\tc 31 juillet 1882\tC 23 janvier 1884\tC 25 janvier 1887\tc 29 janvier 1887\tL 21 décembre 1897\tC 16 décembre 1892\tc 11 mai 1896\tc 24 mai 1897\tL 3 octobre 1900\tL 23 mars 1905\tL 9 juillet 1920\tL 11 juin 1936\tL 30 août 1944\tUN 11 septembre 1959\tUN 8 janvier 1960\tUN 5 juillet 1960\tL 16 juin 1966\tUN 2 octobre 1968\tUN 12 mai 1970\tL 25 novembre 1976\tPQ 3 octobre 1985\tPp 12 décembre 1985\tL n janvier 1994\tL 26 septembre 1994\tPQ 29 janvier 1996\tPP Le territoire québécois >\tUn nouveau découpage de l'espace québécois RÉGION ET COURONNE MÉTROPOLITAINES DE MONTRÉAL >\tL'économie de Montréal: l'embellie >\tLa nouvelle Communauté métropolitaine >\tTransport régional >\tLes aéroports de Montréal >\tLes Expos >\tUne île, une ville.trente ans plus tard RÉGION MÉTROPOLITAINE DE QUÉBEC >\tLe grand débat sur la ville unique >\tQuel port de croisières pour Québec?>\tSaint-Roch, nouveau quartier latin LA COURONNE DES VILLES INTERMÉDIAIRES >\tL'Outaouais dans le dilemme des fusions >\tLes PME rurales: un dynamisme étonnant LA COURONNE PÉRIPHÉRIQUE p Vers une gestion patrimoniale des forêts du Québec >\tLes lots intramunicipaux en Abitibi >\tLes PME et le développement territorial >\tL'aluminerie d'Alma » L'Action des Patriotes gaspésiens PANORAMA DES RÉGIONS ADMINISTRATIVES >\tUne stratégie métropolitaine CARTES ET TABLEAUX DES RÉGIONS ADMINISTRATIVES DU QUÉBEC Le territoire québécois 205 Un nouveau découpage de l'espace québécois Normand Brouillette géographe, Université du Québec à Trois-Rivières Depuis quelques années, la présente section de l\u2019Annuaire propose à ses lecteurs un panorama des régions en adoptant le cadre des régions administratives du Québec.Montréal et sa région, compte tenu de leur importance, se sont vu réserver un traitement autonome.Mais parler des «régions du Québec» pose au départ le problème de leur définition, de leur nombre, de leur délimitation, de leur taille démographique et économique, bref de leur très grande diversité.En effet, comment placer dans une même catégorie des entités territoriales aussi différentes l\u2019une de l\u2019autre que l\u2019Abitibi-Témiscamingue, Laval ou le Centre-du-Québec ?Pour des raisons de commodité, surtout de disponibilité des données statistiques, on a jusqu\u2019ici présenté un panorama des régions du Québec en adoptant le découpage des régions de l\u2019administration publique.Il faut bien reconnaître cependant que les régions administratives qui voient le jour en 1967 à la suite des enquêtes du ministère de l\u2019Industrie et du Commerce sur les zones d\u2019influence des pôles urbains, sont d\u2019abord créées à des fins de gestion du territoire et de décentralisation de l\u2019appareil gouvernemental.De 10 au début, elles sont passées à 17 en 1998 et permettent sans doute plus de précision et une meilleure appréhension du dynamisme des territoires.Mais les buts poursuivis ici sont différents et on peut penser qu\u2019un autre type de découpage régional servirait mieux nos objectifs, à savoir une information pertinente sur l\u2019évolution des territoires extra-métropolitains, sur leurs diversités tout comme sur leurs affinités.Quel découpage choisir?Alors quel découpage choisir?Au départ, se pose donc la question de la nature de la région, de ses limites.Peu de termes comportent en eux-mêmes une telle imprécision.Polysémique, il prend les différents sens que lui confèrent les auteurs selon l\u2019usage qu\u2019ils en font.En ce sens, la région devient ce qu\u2019on veut bien qu\u2019elle soit.Elle n\u2019est au mieux qu\u2019un contenant, qu\u2019un cadre dont les limites sont établies par la sélection des variables retenues [Deshaies, 1994]- Lorsque, de façon courante, il est question des régions du Québec, le plus souvent nous vient à l\u2019esprit une portion d\u2019espace habité, un territoire polarisé par un centre urbain qui tire sa raison d\u2019être du territoire qu\u2019il dessert.C\u2019est ainsi qu\u2019on pariera, par exemple, de la région de Québec ou encore de celle de Lanau-dière, centrée sur Joliette, de celle de Chicoutimi, etc.En gros, il s\u2019agit donc d\u2019un espace terrestre dont les limites correspondent grossièrement à la zone d\u2019influence dominante d\u2019un centre urbain, zone à laquelle s\u2019identifient assez naturellement les résidents de celle-ci.C\u2019est ce que géographes et autres spécialistes des sciences du territoire qualifient de région polarisée.La notion de région s\u2019applique également à d\u2019autres types d\u2019espace qui ne sont Un nouveau découpage territorial Un nouveau découpage territorial 206 Le territoire québécois pas nécessairement structurés par un pôle urbain.Lorsque est évoquée la région de Charlevoix, ou celle des Laurentides, par exemple, ce n\u2019est pas d\u2019abord à une capitale régionale dominant un espace adjacent que l\u2019on songe mais bien plus à une zone ou prédominent la villégiature, les équipements touristiques, les activités de plein air, etc.Une ou des variables dominantes caractérisent ces types d\u2019espace et c\u2019est en ce sens que l\u2019on qualifie ces régions de régions homogènes, même si d\u2019autres caractéristiques moins importantes s\u2019y retrouvent.À l\u2019examen, apparaît donc un nombre considérable de régions selon que l\u2019on retienne comme critère de délimitation l\u2019aire d\u2019influence d\u2019un centre urbain ou encore l\u2019existence de variables dominantes à l\u2019intérieur d\u2019une aire donnée.Un fait demeure cependant.Malgré les très grandes disparités entre les régions administratives du Québec, malgré les difficultés d\u2019identification parfois des populations locales à la région administrative qui constitue leur cadre de vie, au fil des ans, depuis près de quarante ans, s\u2019est développé un certain sentiment d\u2019appartenance des populations à leur région, davantage encore à leur sous-région ; ce sentiment milite en faveur du maintien de la région administrative comme cadre d\u2019analyse et d\u2019information.Mais il faut trouver le moyen de se donner une vision plus globale des espaces extra-métropolitains, de mieux saisir la structuration du territoire québécois au delà des divisions administratives.Il faut pouvoir, par l\u2019esprit, regrouper les territoires qui, pour diverses raisons, partagent en gros les mêmes caractéristiques et les mêmes problématiques.Ainsi, l\u2019éloignement des grands centres urbains, la faible densité de population, une structure des activités économiques dominée par l\u2019exploitation des ressources naturelles sont autant de caractéristiques communes à des régions comme l\u2019Abitibi, la Côte-Nord ou la Gaspésie.Le découpage centre-périphérie Dans ce contexte, le recours à un modèle d\u2019analyse socio-économique peut s\u2019avérer d\u2019un précieux secours.En particulier, l\u2019approche «centre-périphérie» retenue par plusieurs spécialistes des questions urbaines et régionales, tel Mario Polèse, nous invite à considérer le territoire comme « une [plaine] homogène polarisée par un centre urbain occupant le sommet de la hiérarchie, entouré de villes de taille différente situées à des distances régulières, conformément à la théorie des lieux centraux» [Polèse, 1994, p.359].Donc, dichotomie entre un pôle urbain, qui constitue la région centrale, et la périphérie, deux entités qui ont leurs caractéristiques propres et qui sont en étroite symbiose.Par ailleurs, l\u2019espace périphérique se présente généralement sous forme de couronnes successives entourant une grande zone métropolitaine.Elles se modifient graduellement avec l\u2019éloignement du centre.La notion de distance garde donc toute son importance malgré le vigoureux développement des transports et communications, notamment du réseau Internet.Est-il opportun d\u2019appliquer une telle approche au découpage de l\u2019espace québécois ?À la réflexion, force est de constater que le poids de l\u2019agglomération montréalaise est tel que la métropole conditionne de façon puissante la structure de l\u2019espace socio-économique québécois.Peu de pays connaissent une si grande polarisation.Si, il y a plus d\u2019un demi-siècle, François Gravier [1947] a pu parler de «Paris et du désert français» pour illustrer le poids de la capitale dans la Le territoire québécois 207 socio-économie de la France, des géographes québécois (Louis Trotier en particulier) ont pu parler de façon encore plus pertinente de « Montréal et du désert québécois ».En effet, la région métropolitaine de recensement de Montréal (RMRM) comptait en 1996 près de la moitié de l\u2019emploi total au Québec.La population de la région métropolitaine est environ cinq fois supérieure à celle de la ville de Québec, la seconde en importance dans la hiérarchie urbaine québécoise.Par ailleurs, le rôle de Montréal comme centre de services supérieurs et centre de décision a fait l\u2019objet de nombreuses études récemment [Côté, 1996, Polèse et Roy, 1999, Manza-gol, 1998] et on ne peut douter du rôle de « région centrale » que joue Montréal pour l\u2019espace québécois.En contrepartie, il apparait difficile d'assimiler l\u2019ensemble du territoire québécois non métropolitain, l\u2019hinterland, à une « périphérie » avec les caractéristiques qu\u2019on lui reconnaît habituellement : d\u2019une part, forte dépendance du centre pour le commerce, les services supérieurs, les transports, les sièges sociaux, etc., et, d\u2019autre part, source de ressources naturelles et de main-d\u2019œuvre plus ou moins abondante et bon marché pour la ville centrale.Certes, bon nombre de régions entretiennent des liens étroits avec la métropole montréalaise, mais par ailleurs, les régions éloignées dont l\u2019activité économique est basée essentiellement sur l\u2019exploitation ou la première transformation des ressources naturelles (bois, papier, aluminium.) ont des liens souvent plus étroits avec des centres localisés à l\u2019étranger.Pour un nouveau découpage du territoire Tenant compte de ces éléments et en nous inspirant de l\u2019approche «centre-périphérie » appliquée à l\u2019espace économique québécois comme l\u2019ont suggéré récemment Polèse et Roy [1999], nous proposons, à des fins d\u2019information, de subdiviser dorénavant le territoire québécois de la façon suivante : A)\tLa région métropolitaine de Montréal.Considérée comme la région centrale, par certains comme moteur principal de l\u2019économie et plus généralement de la vie québécoise, elle concentre près de la moitié de la population totale, les trois cinquièmes de l\u2019activité manufacturière québécoise, deux aéroports internationaux, la plupart des sièges sociaux des entreprises, l\u2019essentiel des activités de haut savoir, quatre universités, de nombreux centres de recherche, postes de radio et de télévision, etc.Montréal est incontestablement la capitale économique et culturelle du Québec.B)\tLa région métropolitaine de Québec.Avec plus d\u2019un demi-million d\u2019habitants, la région de Québec mérite un traitement autonome, non seulement à cause de son volume de population, de sa zone d\u2019influence étendue en particulier dans l\u2019Est du Québec mais encore parce qu\u2019elle est le siège du gouvernement provincial et, par conséquent, possède de ce fait un pouvoir réel d\u2019influencer l\u2019organisation du territoire et le mode de vie des Québécois.C)\tLa couronne métropolitaine montréalaise.Depuis une trentaine d\u2019années, l\u2019agglomération montréalaise, comme d\u2019ailleurs toutes les autres grandes agglomérations urbaines du continent nord-américain, a connu un étalement urbain d\u2019envergure.Pour diverses raisons, qui tiennent aux besoins d\u2019espace des entre- Un nouveau découpage territorial Un nouveau découpage territorial 208 Le territoire québécois Rouÿji-Noranda Légende Trojs-^i'vières ^olietti^ Y' -Drumrnfafldvilie, Région métropolitaine de Montréal Région métropolitaine de Québec Couronne métropolitaine de Montréal Couronne des villes intermédiaires Couronne périphérique Limites des MRC Découpage \"centre-périphérie\" des régions du Québec Le territoire québécois 209 Bahe-Comeau Chicouti Rimçuski 100 km Conception: Normand Brouillette, UQTR Réalisation cartographique : KOREM inc.prises manufacturières, aux coûts fonciers du centre-ville, à la disjonction spatiale des diverses activités de l\u2019entreprise, au développement des back offices, à la promotion énergique des constructeurs d\u2019habitation des banlieues, au développement du réseau autoroutier, etc., tout le territoire compris à l\u2019intérieur de l\u2019isochrone d\u2019une heure de voiture environ du centre-ville constitue une zone extrêmement dynamique, qui connaît des transformations majeures sous l\u2019effet d\u2019une très forte domination de l\u2019agglomération montréalaise.Là, plus que partout ailleurs, s\u2019affrontent des conceptions diamétralement opposées de l\u2019utilisadon du sol : les uns le voient d\u2019abord comme une ressource agricole, les autres comme un simple support aux activités urbaines et de loisir.Dans cet affrontement, les ruraux agricoles sont constamment sur la défensive pour conserver des superficies menacées par une suburbanisation qui progresse inexorablement.D) La couronne des villes intermédiaires Au delà de l\u2019isochrone d\u2019une heure de Montréal, commence une zone où la métropole n\u2019exerce plus son attraction et son influence de façon aussi irrésistible.Là, les capitales régionales de premier niveau, Sherbrooke, Hull et Trois-Rivières, prennent la relève et polarisent l'espace environnant.Villes développées essentiellement dans la première partie du xxc siècle avec la seconde révolution industrielle, elles ont été jusqu\u2019à récemment d\u2019abord villes industrielles dominées par la grande entreprise avant d\u2019être capitales régionales.Si on ne tient pas compte de Hull qui bénéficie de la proximité d\u2019Ottawa, la capitale nationale, ces agglomérations urbaines connaissent encore des difficultés sérieuses de reconversion à la Un nouveau découpage territorial Un nouveau découpage territorial 210 Le territoire québécois nouvelle économie et partagent, selon les années, avec Chicoutimi localisée plus loin en périphérie, le titre mal choisi et peu enviable de « capitale nationale du chômage» [Brouillette, 2000].Cependant, leur relative proximité de l\u2019agglomération montréalaise entraine certes des inconvénients mais aussi des avantages.Les équipements sociaux qu'on y trouve (universités, collèges, hôpitaux.), des équipements touristiques en plein développement, un éveil de l\u2019entrepreneurship local, etc., laissent entrevoir des jours meilleurs pour cette zone des villes intermédiaires.Du fait même de sa localisation par rapport à l'agglomération montréalaise, elle possède une personnalité propre qui la distingue nettement des zones plus éloignées.E) La couronne périphérique.Si la couronne des villes intermédiaires peut compter sur une structure industrielle assez diversifiée, une plus grande diversité de sa base économique, une population plus dense, les régions périphériques pour leur part manifestent une forte dépendance envers les ressources naturelles.Dans une très large mesure, les petits centres urbains tels Baie-Comeau, Matane ou Rouyn-Noranda possèdent une base économique étroite axée sur les filières forêt, mines et mer.Par ailleurs, ces régions périphériques semblent connaître beaucoup de difficultés à sortir des vocations traditionnelles.Clermont Dugas [1983] les qualifiait à juste titre de pays de distance et de dispersion » avec tout ce que cela implique de problèmes liés à l\u2019éloignement, à la faiblesse des équipements sociaux, etc.Certes, à l\u2019intérieur de cette vaste zone qui englobe les grands espaces de l\u2019ouest, du nord comme ceux de l\u2019est du Québec, les répartitions ne sont pas homogènes et il peut être gênant de placer dans la même catégorie spatiale l\u2019Abitibi-Témiscamingue, le Saguenay et le Nunavik.Les dynamiques ne sont pas tout à fait les mêmes.Mais toutes ces régions partagent des caractéristiques telles l\u2019éloignement, une économie davantage axée sur 1\u2019udlisation des ressources naturelles, des densités de population faibles qui nous incitent à les regrouper dans une même catégorie.Certes, grâce aux facilités de communications électroniques et au dynamisme des entrepreneurs locaux, on peut constater que de petites villes ou des sous-régions de la couronne périphérique, et encore davantage celles de la couronne des villes intermédiaires, connaissent des succès remarquables, ayant développé des produits ou services qu\u2019elles diffusent à l\u2019étranger.Il est vraisemblable que cette tendance récente se poursuive vigoureusement.Mais un fait demeure cependant.Les activités de haut niveau, le tertiaire supérieur et l\u2019essentiel de la R & D demeureront concentrés dans la métropole et sa couronne immédiate.Sans être déterministe, il faut bien reconnaître que, malgré une intégration de plus en plus poussée des entreprises à l\u2019échelle continentale, voire mondiale, subsiste une spécialisation des territoires largement en fonction de leur densité et de l\u2019éloignement relatif de la métropole.On pourrait discuter longuement du découpage des régions du Québec.Compte tenu du degré de précision souhaité, de la disponibilité ou non des données statistiques, des buts poursuivis, les analystes auront tendance à privilégier un découpage plutôt qu\u2019un autre.Il demeure cependant que le découpage proposé ici nous permet de mieux cerner les réalités régionales québécoises en les replaçant Le territoire québécois 211 Un observatoire des régions à PUQTR La décision d\u2019accorder une place plus grande au Québec des régions dans cet Annuaire amenait par le fait même ses responsables à faire des choix dans la nature et la structuration de l\u2019information à publier.Il est rapidement apparu qu\u2019il était nécessaire de compter sur un groupe d\u2019experts qui pourraient alimenter la réflexion de l\u2019éditeur, lui proposer des thèmes pertinents aux différentes régions, collaborer à la rédaction et lui suggérer des collaborateurs.L\u2019Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR), donc université en région, dotée de nombreux spécialistes des questions régionales appartenant à des disciplines variées (géographie, sociologie, économie, histoire), lui a semblé pouvoir répondre à ses besoins.C\u2019est ainsi qu\u2019est né l\u2019«Observatoire des régions», un groupe d\u2019universitaires de Trois-Rivières qui ont accepté de s\u2019associer à la publication de l\u2019Annuaire.On y retrouve : Normand Brouillette, géographe qui agit comme coordonnateur local, Laurent Deshaies et Denis Leroux, également géographes ; Georges Massé, historien, Benoît-Mario Papillon, économiste et Gilles Pronovost, sociologue.dans un contexte où sont comparées des variables analogues.En gardant à l\u2019esprit ces grandes divisions spatiales, l\u2019examen des tableaux statistiques des diverses régions administratives s\u2019en trouvera éclairé.C\u2019est dans cet esprit que l\u2019on a regroupé cette année les données statistiques sur les régions administratives, tout en ayant la conviction que la réalité est flexible et mobile et que toute stratégie de développement doit explorer des modèles visant à diminuer les différences interrégionales et à maximiser les liens entre les acteurs socio-économiques, peu importe où ils se trouvent sur le territoire.C\u2019est ce à quoi nous invite l\u2019analyse de Juan-Luis Klein présentée en page 281.\u2022 Références Brouillette, Normand, « Restructuration industrielle en région, le cas de la Mauricie, 1960-1995 \u201d, in P.Bruneau (sous la dir.de), Le Québec en changement.Entre l'exclusion et l'espérance, Presses de l'Université du Québec, Sainte-Foy, 2000.Côté, Serge, «Relations économiques régionales et hétérogénéité de l'espace québécois», in Recherches sociographiques, XXXVII, 3,1996.Deshaies, Laurent, «La notion de région en géographie», in F.Harvey (sous la dir.de), La région culturelle.Problématique interdisciplinaire, CEFAN et Institut québécois de recherche sur la culture, Québec, 1994- Dugas, Clermont, Les régions périphériques, défi au développement du Québec, Les Presses de l'Université du Québec, Sainte-Foy, 1983.Manzagol, Claude et Christopher R.Bryant, (sous la dir.de), Montréal 2001 : Visages et défis d'une métropole, Les Presses de l'Université de Montréal, Montréal, 1998 Polèse, Mario, Économie urbaine et régionale: logique spatiale des mutations économiques, Economica, Paris, 1994- Polèse, Mario et Martin Roy, «La dynamique spatiale des activités économiques au Québec.Analyse pour la période 1971-1991 fondée sur un découpage centre-périphérie».Cahiers de géographie du Québec, Volume 43, no 118, avril 1999- Un nouveau découpage territorial L\u2019économie de Montréal : l\u2019embellie 212 Le territoire québécois Région et couronne métropolitaines de Montréal L'économie de Montréal : l'embellie Claude Manzagol Département de géographie, Université de Montréal Une fin de siècle entre optimisme et euphorie à Montréal, le troisième millénaire s\u2019annonce sous les meilleurs auspices.Les signes de dynamisme économique sont évidents et n\u2019échappent pas aux observateurs étrangers ; dans sa livraison du 25 avril 2000, le Washington Post titre « Montreal springs back from a 30 year decline ».Le dernier quart de siècle, après la flambée des Jeux Olympiques de 1976, a été rude, à quelques embellies près.La reprise s\u2019affirme, les indicateurs sont presque tous favorables ; ce que l\u2019on appelle la nouvelle économie s\u2019épanouit.Si l\u2019ensemble du territoire métropolitain en profite, c\u2019est au centre-ville que se manifeste une croissance qui l\u2019avait longtemps boudé.Les indicateurs du dynamisme Au tableau de bord de l\u2019économie montréalaise, tous les voyants sont au vert.« Une croissance aussi forte sur un laps de temps aussi court a rarement été vue à Montréal», commente le Service économique de la Ville de Montréal.C\u2019est bien sûr le marché du travail \u2014 si lourdement affecté dans la dernière décennie \u2014 qui donne des signes de santé ; le cap de 1,7 million d\u2019emplois est franchi \u2014 un gain de près de 100 000 en deux ans ; le taux d\u2019emploi grimpe au dessus de 6% et le taux de chômage, à la baisse, se situe autour de 7%.La création d\u2019emplois n\u2019a pas été aussi vigoureuse depuis bien longtemps; la meilleure nouvelle, c\u2019est qu\u2019il s\u2019agit pour l\u2019essentiel d\u2019emplois permanents après de longues années de précarité; et de plus, les jeunes semblent les premiers bénéficiaires de la tendance; plusieurs secteurs ont même des difficultés à recruter, et le marché des emplois d\u2019été a été très animé.De ce fait, les bénéficiaires de l\u2019assurance-chômage sont deux fois moins nombreux qu\u2019en 1994, et dans le même laps de temps, la catégorie des bénéficiaires de l\u2019aide sociale a diminué d\u2019un tiers.Porté par une croissance que l\u2019on estime proche de 4% pour l\u2019année 2000, le mouvement devrait se poursuivre.Quand le bâtiment va, tout va, dit la sagesse populaire.De fait, le secteur de la construction se porte mieux ; les mises en chantier de logements, d\u2019usines et surtout de bureaux sont très encourageantes, et les grues sont redevenues une composante familière du paysage montréalais.Les ventes de logements \u2014 qui avaient augmenté de 20 % en 1999 \u2014 progressent encore ; le marché est redevenu un marché de vendeurs.Autre indice favorable : le taux d\u2019inoccupation des bureaux diminue ; même si tous les édifices n\u2019en profitent pas également, les performances vont dans le bon sens, y compris dans l\u2019est de Montréal où le taux de vacance pour les bureaux de catégorie A était tombé à 8,5 7o dès 1999 (contre i8°/oen 1995).Enfin, l\u2019activité des plates-formes d\u2019échange témoigne également du dyna- Région et couronne métropolitaines de Montréal 213 misme ambiant.Si le volume des cargaisons du Port de Montréal n\u2019évolue guère (environ 20,5 millions de tonnes), cette stabilité dissimule une évolution structurelle très favorable : le vrac diminue, alors que progresse le trafic des conteneurs, beaucoup porteur de valeur ; Montréal s\u2019affirme à ce chapitre un des principaux acteurs pour l\u2019est du continent américain.Sans être spectaculaires, les gains aux aéroports de Montréal sont manifestes, particulièrement pour le nombre des passagers en correspondance [voir article p.228].L'épanouissement de la nouvelle économie Parce que les revenus disponibles sont à la hausse, c\u2019est le secteur de la consommation qui est le plus créateur d\u2019emplois.Mais les manufactures et les services à la production affichent des gains qui révèlent la transformation en profondeur de l\u2019économie montréalaise.Naguère siège d\u2019industries de biens de consommation à main-d\u2019œuvre faiblement qualifiée et de basse productivité, Montréal est devenue un foyer effervescent d\u2019activités de pointe.Les manufactures de vêtements \u2014 d\u2019ailleurs transformées par les innovations technologiques \u2014 demeurent très vivantes, exportent désormais moins vers les provinces canadiennes et beaucoup plus vers les États-Unis.Au terme d\u2019une douloureuse transformation structurelle, Montréal s\u2019est tournée vers les secteurs de pointe.Pour la revue Wired [voir encadré], Montréal est parmi les 46 hot spots de l\u2019économie mondiale grâce à la qualité de ses universités et de sa recherche, le dynamisme de sa base industrielle, les ressources en capital de risque et la vigueur de la création d'entreprises ; dans ce peloton, elle est certes très loin de la Silicon Valley, mais en fort bon rang parmi les métropoles américaines de taille équivalente.Autour des piliers de la nouvelle croissance \u2014 aérospatiale, pharmacie, matériel de télécommunication \u2014 s\u2019étoffent les secteurs plus neufs du multimédia, du commerce électronique, etc.L'aéronautique La place de Montréal est solidement établie dans le secteur de l\u2019aéronautique : l\u2019essentiel des 42 000 emplois québécois y est rassemblé.Bombardier a annoncé des résultats remarquables en 1999 (+25 %), avec des livraisons de 182 avions d\u2019affaires, 104 transporteurs régionaux et amphibies ; la mise en service du Lear Jet et du Global Express est encore renforcée par les projets des versions allongées.On peut espérer 4000 nouveaux emplois et une nouvelle usine d\u2019ici trois ans.La pharmacie La pharmacie et la biotechnologie sont dynamiques.Merck Frost injecte 250 millions de dollars à Kirkland où elle portera le nombre d\u2019employés à 2000.L\u2019avenir est prometteur dans le secteur; Biochem Pharma en donne un autre exemple en annonçant un bénéfice de 150 millions grâce certes aux 3TC mais aussi aux médicaments contre le cancer et l\u2019hépatite B.Les télécommunications Les succès les plus spectaculaires sans doute concernent le domaine des télécommunications qui progresse au rythme d\u2019Internet.Le fleuron est bien sûr Nortel Networks, proclamée « entreprise de l\u2019année ».Spécialisée dans les systèmes de transmission haute performance pour les réseaux de fibre optique, elle avait investi 200 millions dans son centre d\u2019intégration de Saint-Laurent et son centre de L\u2019économie de Montréal : l\u2019embellie L\u2019économie de Montréal : l\u2019embellie 214 Le territoire québécois distribution de Dorval, créant 2700 emplois de 1998 à 2000 ; Nortel vient d\u2019annoncer un nouveau flot d\u2019investissement avec 3000 emplois à la clé, consolidant ici son rôle de chef de file mondial.Le multimédia Dans les trois secteurs de l'aérospatiale, de la pharmacie et des télécommunications, Montréal avait déjà de solides acquis, une tradition.Plus radicalement nouveau est le surgissement des activités du multimedia et du commerce électronique.La dernière décennie a été marquée par l\u2019éclosion d\u2019une multitude de PME dans un secteur polymorphe à la jonction de l\u2019informatique, des communications et de la production de contenu, à l\u2019interface de la création artistique et du high tech,que l\u2019on désigne sous le vocable de multimédia.Certains succès éclatants en matière d\u2019effets spéciaux \u2014 notamment Softimage \u2014, l\u2019attraction exercée sur les entreprises étrangères \u2014 comme Ubisoft et Infogrames \u2014 témoignent du potentiel créatif de Montréal.Le mouvement a été puissamment amplifié par la décision du gouvernement du Québec d\u2019accorder de généreux avantages aux entreprises de NTIC s\u2019installant dans le quadrilatère défini par les rues de la Commune, Duke, William et King, baptisé Cité du Multimedia.Le projet du consortium conduit par la Société de Développement de Montréal envisageait la construction de 150 000 mètres carrés de bureaux rassemblant 10 000 employés en 2005 ; le succès du programme est tel que l\u2019objectif sera atteint avec deux ans d\u2019avance ; parmi la centaine d\u2019entreprises déjà à l\u2019œuvre, on note que Cognicase devrait avoir 2000 employés en décembre 2000, Motorola 600, Guillemot, R & D, 300, etc.Le gouvernement du Québec annonce qu\u2019il réédite l\u2019opération, avec un soutien comparable, pour créer une Cité du Commerce électronique dans le quadrilatère défini par les rues de la Montagne, Lucien-Lallier, Saint-Antoine et Saint-Jacques.L\u2019objectif du consortium Canderel-Desjardins-Axxor est fixé à 470 000 mètres carrés de bureaux et 20 000 emplois pour 2005 ; certains craignent que l\u2019offre d\u2019espace au centre-ville n\u2019excède la demande et les compagnies dont les immeubles sont situés hors du périmètre désigné \u2014 ainsi Westcliffe, propriétaire de la Place Bonaventure où le taux de vacance est de 30 % \u2014 font valoir le problème d\u2019équité et les risques de déséquilibre.Le cinéma C\u2019est en partie la richesse du multimedia, la variété architecturale, mais surtout les coûts très favorables, qui font désormais de Montréal un lieu privilégié de tournage, inquiétant même certains studios californiens.Le Bureau du cinéma et de la Télévision de la ville de Montréal constate des retombées de tournage de 725 millions en 1999 (dont 213 pour neuf films américains) et estime celles de 2000 à 800 millions.La Bourse Le panorama ne serait pas complet sans la mention des efforts de la Bourse de Montréal pour redorer son blason.Après un demi-siècle de déclin interrompu, la Bourse s\u2019est résolue à un partage des tâches au Canada en se spécialisant dans les produits dérivés.En outre, on met l\u2019accent sur les CFI (centres financiers internationaux) au nombre de 80 à Montréal qui veut atteindre la masse critique de 100.Enfin, un joli coup a été réalisé avec l'im- Région et couronne métropolitaines de Montréal 215 Wired vante les mérites de Montréal Contrairement à Toronto, un aimant pour les théoriciens « mduhanistes» et les artistes, les racines du Montréal métropolitain se situent dans l\u2019aérospatiale \u2014 avec Lockheed Martin Canada, Bombardier et BAE Systems en tête, on y construit depuis des années des moteurs d\u2019avion, des simulateurs de vol, des satellites et des pièces pour i\u2019avionnerie et les télécommunications.Mais ce domaine d\u2019expertise ne devrait pas faire oublier la diversité technologique de Montréal : plus de 80 % des logiciels d\u2019animation et d\u2019effets spéciaux utilisés dans le monde proviennent d\u2019entreprises locales, dont Softimage et Discreet Logic.Et grâce à des laboratoires renommés, tels que Clin Trials BioResearch, et aux multinationales Bristol-Myers Squibb, Pfizer et BioChem Pharma, la région est à l\u2019avant-garde de la recherche pharmaceutique.On investit 587 M $ US par année dans les quatre universités montréalaises et plus de 200 centres de recherche, et plus de 45% du capital de risque canadien y est dépensé.Les cerveaux plus l\u2019argent produisent des startups tels que Hyperchip et VIPswitch, de jeunes sociétés qui capitalisent sur les succès de compagnies déjà établies, dont Nortel, Teleglobe et Ericsson.Wired, 8 juillet 2000 plantation du Nasdaq \u2014 Canada [voir article, p.516].L'espace métropolitain revivifié Les retombées de la croissance bénéficient à presque tous les quartiers et municipalités de la Région métropolitaine.Les technopoles affichent certes un franc dynamisme \u2014 ainsi, Saint-Laurent fait état des succès de son Technoparc longtemps vide, qui groupe déjà plus de 2500 emplois autour de Nortel, Astra-Pharma, Sextant Avionique, etc.Laval a ouvert un nouveau parc industriel de 10 millions de pieds carrés, tandis que le secteur des biotechnologies fait état de plus de 70 entreprises dans le Parc scientifique ; son incubateur \u2014 le Centre québécois d\u2019innovation en biotechnologie \u2014 affiche complet; le complexe multilocatif Technoval accueille des locataires depuis 1999.Mirabel Les couronnes suburbaines progressent elles aussi.Ainsi le nombre d\u2019emplois manufacturiers atteint 8000 dans la MRC des Moulins (Lanaudière).Les projets de mégacentres commerciaux se multiplient ; après celui de Cambridge à Boisbriand, Taubman explore la faisabilité d\u2019un mégacentre de 350 millions à Mirabel.La zone de Mirabel affectée par le déplacement des vols internationaux a placé ses espoirs dans la zone franche qui vient d\u2019être décidée.On entend spécialiser le Parc industriel de 15 000 acres, sur le modèle de Shannon, dans l\u2019aéronautique, la transformation et la formation autour du centre continental de logistique.L\u2019annonce de la nouvelle usine de Bombardier va lui donner une forte impulsion.L'est de Montréal Même l\u2019est de Montréal, particulièrement sinistré par la reconversion industrielle, montre des signes très positifs.Le terrain industriel décontaminé et réhabilité accueille des sous-traitants de la métallurgie ; Hochelaga-Mercier profite des investissements dans le bioalimentaire L\u2019économie de Montréal : l\u2019embellie L\u2019économie de Montréal : l\u2019embellie 216 Le territoire québécois (Lantic, Christie).Montréal-Est vise la chimie fine; Anjou déjà forte de 22 000 emplois travaille à augmenter les activités à forte valeur ajoutée.La fascinante expérience du Technopole Angus va pouvoir capitaliser sur ses premiers succès grâce à un programme de crédits d\u2019impôts et un équipement en fibre optique ; Loblaw\u2019s a ouvert un magasin et 1200 logements sont prévus sur Taire adjacente.Le centre-ville C\u2019est toutefois au centre-ville que la transformation est la plus spectaculaire.Le centre-ville de Montréal n'a pas connu un déclin absolu comme plusieurs métropoles américaines, mais ses progrès ont été lents ; les quartiers péricentraux ont accumulé les problèmes et l\u2019équipement commercial a pâti de la récession et de la concurrence des banlieues.Pratiquement sinistrée, il y a cinq ans, la rue Sainte-Catherine bourdonne d\u2019activité \u2014 de la transformation du Forum à l\u2019installation des Ailes de la mode dans Tex-magasin Eaton, le taux de vacance des locaux commerciaux est tombé à 3%.Les Cités du multimedia et du commerce électronique transforment le flanc ouest du centre-ville.La Société du Quartier international que réunit la Caisse de Dépôt, les gouvernements fédéral et provincial, les riverains, réalise en coopération avec la Ville de Montréal, responsable des infrastructures, un plan d\u2019aménagement dont la couverture de l\u2019autoroute Ville-Marie et l\u2019aménagement de la rue Université sont les pièces premières ; ces travaux échelonnés jusqu\u2019en 2000 doivent attirer des investissements d\u2019un milliard; la Caisse de Dépôt y bâtit un immeuble de 100 millions et la rénovation du Palais des congrès va contribuer à accentuer la fonction internationale de la Métropole.La force de l'économie américaine Le dynamisme actuel de l\u2019économie montréalaise est pour partie le fruit d\u2019une longue et douloureuse restructuration.L\u2019action des entreprises est vigoureusement soutenue par les pouvoirs publics et les collectivités locales, comme en témoignent subventions et crédits d\u2019impôts du Québec pour les Cités du multimedia et du commerce électronique ou les aides de la Ville de Montréal pour le magasin Eaton.Les organismes de promotion économique \u2014 Montréal International et les partenaires de la CUM, de Laval et de Saint-Laurent \u2014 sont parvenus à une coopération plus fructueuse.Mais la croissance est aussi liée à la stupéfiante santé de l\u2019économie américaine depuis neuf ans; rien n\u2019indique pour l\u2019instant un fléchissement Les investissements annoncés (le plan de transport de Montréal, le CHUM, etc.) constituent en tout état de cause un solide soutien au mouvement en cours.\u2022 Références Manzagol, Claude et Christopher R.Bryant, (sous la dir .de), Montréal 2001 : Visages et défis d'une métropole, Les Presses de l'Université de Montréal, Montréal, 1998.Journal Les Affaires, «Montréal se réveille», numéro du 6 mai, Montréal, 2000.?Sites Internet Pour l'article de la revue Wired: L'économie de Montréal, bulletin électronique trimestriel : www.ville.montreal.qc.ca/economtl Région et couronne métropolitaines de Montréal 217 La nouvelle Communauté métropolitaine: concertation et fiscalité d'agglomération Jean-Pierre Collin historien, INRS-Urbanisation Pour faire face à leurs nouveaux enjeux et asseoir plus efficacement leur compétitivité, les agglomérations urbaines doivent mieux s\u2019organiser et repenser les institutions locales et régionales.Voilà ce sur quoi s\u2019entendent la plupart des observateurs, des artisans de la politique et des organisations civiques et communautaires.À ce chapitre, à Montréal, la dernière année a été ponctuée par un débat soutenu sur l\u2019organisation municipale dans l\u2019agglomération et s\u2019est terminée par de premières pistes de solutions au problème de la gestion métropolitaine.On a, en particulier, assisté à une certaine évolution des rapports entre la ville centre de Montréal et les banlieues.La fiscalité au cœur du débat La publication, en avril 1999, du rapport de la Commission nationale sur les finances et la fiscalité locales (Pacte 2000) aura, de fait, relancé le débat sur la réorganisation municipale dans l\u2019ensemble du Québec et, plus particulièrement, dans les régions métropolitaines de Montréal et de Québec.C\u2019est plus précisément la double question de la concertation et de la fiscalité d\u2019agglomération qui a été au cœur des discussions et des projets de la derniere année.Faut-il doter la région métropolitaine d\u2019une instance propre de planification ou de gestion des services publics métropolitains ?Quelle est la meilleure approche, adaptée aux conditions spécifiques de la réalité montréalaise, pour assurer le déve- loppement durable de la métropole, sa compétitivité, sa capacité de se doter d\u2019une vision performance de son avenir?Comment atténuer les disparités fiscales inéquitables entre les municipalités?Faut-il revoir la carte des municipalités et s\u2019engager dans des opérations majeures de regroupement municipal?Qui fait partie de la région métropolitaine?Voilà quelques-unes des questions qui ont nourri l\u2019actualité métropolitaine en 1999- La Commission Bédard Présidée par Denis Bédard, la Commission nationale sur les finances et la fiscalité locales avait un mandat très large qui portait d\u2019abord sur l\u2019examen en profondeur de la fiscalité du secteur public local au Québec pour en améliorer l\u2019équité et l\u2019efficacité mais aussi sur la fiscalité d\u2019agglomération, sur la décentralisation et sur la situation particulière de la Ville de Montréal.C\u2019est dans ce contexte qu\u2019elle a recommandé la mise en place d\u2019une «instance métropolitaine élective dont le territoire serait sensiblement équivalent à celui de la région métropolitaine de recensement».Originale dans sa formulation spécifique, cette proposition n\u2019était ni nouvelle, ni inattendue.En effet, dès 1991, le gouvernement du Québec, à la recherche d\u2019une politique métropolitaine au service du développement économique de la métropole et de son intégration à 2000.La nouvelle Communauté métropolitaine La nouvelle Communauté métropolitaine 218 Le territoire québécois l'ensemble des régions du Québec, lançait Pour un redressement durable, un document de réflexion où l\u2019on déplorait l\u2019absence de vision régionale et une organisation territoriale inadaptée.Des OIS à la CDM Depuis, le débat s\u2019est installé durablement et les propositions de réformes se sont succédé.Pour résumer, rappelons deux épisodes majeurs.D\u2019abord, en 1992-1993, le Groupe de travail sur Montréal et sa région, présidé par Claude Pichette, a procédé à un examen approfondi de l\u2019exercice des fonctions municipales.Dans son rapport final intitulé Montréal, une ville-région efficace, prospère et vibrante ; à vocation internationale; au service de ses citoyens, le GTMR recommandait la création d\u2019un Conseil métropolitain, la révision conséquente des frontières des régions administratives et la réorganisation des municipalités régionales de comté et de la Communauté urbaine de Montréal en trois Organismes intermunicipaux de services (OIS).Le rapport du GTMR n\u2019eut pas de suites immédiates.Il fut tout de même relayé, au début de 1996 par la création du nouveau ministère de la Métropole chargé tout spécialement de la délicate mission de doter la région métropolitaine de recensement d\u2019une instance métropolitaine.II en est résulté, un an et demi plus tard, l\u2019adoption par l\u2019Assemblée nationale de la loi créant une Commission de développement de la métropole, une institution présentée comme « légère, souple, peu coûteuse et évolutive », chargée d\u2019élaborer le cadre d\u2019aménagement métropolitain, un plan intégré de transport des personnes et des marchandises, des orientations de développement et un plan de gestion intégrée des déchets.Mais l'expérience fit, à son tour, long feu et, bien que la loi fut votée en juin 1997, la CDM ne fut jamais convoquée par le ministre.Arrivant au terme d\u2019une réflexion ministérielle sur le renforcement des agglomérations urbaines au Québec, la recommandation de la Commission Bédard est, apparemment, tombée dans un terreau plus fertile.«Une île, une ville» C\u2019est la Ville de Montréal qui a, la première, pris l\u2019initiative d\u2019animer le débat dès l'été 1999, en remettant à l\u2019ordre du jour un projet qui a ponctué l'histoire politique montréalaise depuis 1910 : faire d\u2019« une île, une ville ».La Ville de Montréal a tout de même cherché à renouveler ce concept en l\u2019assortissant d\u2019un dispositif de concertation et de planification à l\u2019échelle du Grand Montréal [voir article, p.234].Cette proposition a, en règle générale, été fort mal accueillie par les banlieusards.Les maires sont vite montés aux barricades contre le projet d\u2019Une île, une ville et contre toute tentative de la part du gouvernement provincial d\u2019imposer des regroupements de municipalités.Cette opposition a gagné en intensité lorsqu\u2019à la fin de l\u2019été une version préliminaire (non validée) du projet de livre blanc sur la réorganisation municipale laissait entrevoir que la ministre des Affaires municipales et de la Métropole s\u2019apprêtait à donner suite à la recommandation du Rapport Bédard quant à la mise en place d\u2019un Conseil métropolitain élu au suffrage direct et avec pouvoir de taxation.Néanmoins, l\u2019insistance gouvernementale sur la nécessité de doter Montréal d\u2019une institution métropolitaine plutôt que de mettre, à court terme, l\u2019accent sur les regroupements de municipalités a généré un espace de discussions sur Région et couronne métropolitaines de Montréal 219 l\u2019organisation de l\u2019agglomération urbaine.À Québec, on en continuait pas moins à afficher un net parti pris pour une réduction importante du nombre de municipalités locales dans la région de Montréal comme ailleurs au Québec, encouragé notamment par l\u2019exemple de la fusion des villes de Lachine et de Saint-Pierre sur l\u2019île de Montréal.Le plan d'action de la ministre Louise Harel Le 3 mars 2000, près d'un an après la publication de Pacte 2000, la ministre dévoile enfin ses positions essentielles et surtout le calendrier de réalisation de la réforme municipale qu\u2019elle envisage.Le compte à rebours prévoit en effet que tout doit être en place pour le 1\u201c janvier 2001.Les premières étapes ont été scrupuleusement respectées.Ainsi, en mars, il y a eu formation du comité consultatif (plus tard rebaptisé comité d\u2019élus municipaux) sous la bienveillante direction et animation du mandataire, Louis Bernard.Un livre blanc sur la réorganisation municipale (Changer les façons défaire, pour mieux servir les citoyens) a été rendu public fin avril.On y trouve un chapitre important sur le cas spécifique de la Métropole.Le projet de loi-cadre (134) créant la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM) a ensuite été introduit au feuilleton de l\u2019Assemblée nationale en mai, étudiée en commission parlementaire de l\u2019aménagement du territoire et adoptée avec quelques amendements (voir plus loin), le 21 juin.La loi établissant les modalités de mise en œuvre de la CMM doit suivre à l\u2019automne 2000.Le comité d\u2019élus municipaux a remis à la ministre un rapport en deux parties sur la première composante de son mandat (équipements à portée supramunicipale et paramètres d\u2019une fiscalité d\u2019agglomération), respectant l\u2019échéance prévue du 30 juin.Québec reprend l'initiative Depuis mars, en quelque sorte, le ministère a repris l\u2019initiative.composant néanmoins avec l\u2019attitude d\u2019ouverture prudente de la majorité des représentants de la banlieue.Parallèlement, la Ville de Montréal a poursuivi sa campagne en faveur du regroupement en une seule ville des 28 municipalités de la Communauté urbaine de Montréal.C\u2019est, toutefois, du côté de la banlieue et de ses diverses composantes qu\u2019il faut tourner notre attention pour comprendre l\u2019évolution de ce dossier et les pistes de solutions qui sont à se mettre en place.L\u2019une de ces composantes \u2014 la couronne nord \u2014 est demeurée farouchement et sans compromis opposée à toute réforme significative de l\u2019organisation municipale dans la région.Ailleurs, par contre, prenant appui sur le comité animé par Louis Bernard, les maires et les administrations municipales ont, plus ou moins spontanément, choisi de participer à l\u2019effort de réforme, tout en s\u2019assurant que les élus soient reconnus sinon comme les seuls du moins comme les principaux maîtres d\u2019œuvre de la réorganisation municipale.Les points de vue de la banlieue Au moment de l\u2019annonce du plan d\u2019action de la ministre des Affaires municipales et de la Métropole, l\u2019Union des municipalités de la banlieue de l\u2019île de Montréal (UMBM) avait déjà convoqué les intervenants montréalais à prendre part à un Sommet du Grand Montréal, le 8 mars.Il faut dire que ces municipalités de banlieue sont déjà rompues au débat régionaliste du fait qu\u2019elles font parties de la CUM La nouvelle Communauté métropolitaine La nouvelle Communauté métropolitaine 220 Le territoire québécois depuis trente ans.Surtout, les maires réunis sous la bannière de l\u2019UMBM avaient, à l\u2019occasion de leurs assises du printemps 1999, lancé une campagne de promotion d'une instance métropolitaine de planification stratégique capable d\u2019assurer le développement durable du Grand Montréal et un plus grand partage des coûts des équipements métropolitains.Au cours des dernières années, les édiles de la Rive-Sud ont aussi manifesté à plusieurs reprises leur parti pris métropolitain en mettant notamment de l\u2019avant un concept d\u2019institution régionale fondée sur le respect des singularités et des orientations particulières des grandes composantes sous-régionales : Montréal et l\u2019île de Montréal, Longueuil et la Rjve-Sud, Laval et la couronne nord.Le besoin qu\u2019il y a de développer une vision métropolitaine, argumentent-ils, doit se traduire par la mise en place d\u2019une structure souple et légère de planification par laquelle les municipalités apprendront à s\u2019apprivoiser et à se faire confiance mutuellement dans le respect de ces particularités.Dissidence de la couronne nord Cette fois, la Ville de Laval a joint sa voix à celle de la Rjve-Sud et signé un mémoire commun.Les opinions exprimées dans ce mémoire et par l\u2019UMBM convergent sur plusieurs points.La structure à mettre en place ne doit pas succéder à la CUM et son territoire doit correspondre à la région métropolitaine de recensement.Cette structure doit être sous le contrôle des municipalités locales et elle vient coiffer une organisation municipale à trois paliers (municipalité locale, MRC ou CUM etCMM).Par contre, les 27 municipalités de la couronne nord rejettent d\u2019emblée l\u2019ensemble et chacune de ces positions.Leur principal argument est que, loin de participer à la dynamique urbaine de Montréal, elles forment une sous-région périurbaine aux caractéristiques spécifiques, différentes de celles de la banlieue, et surtout un territoire autonome du Grand Montréal, animé de sa propre logique de développement et d\u2019une culture distincte.Pour soutenir leur opposition sans appel à la réforme municipale, les maires de la couronne nord ont organisé un référendum début juin.Près de 38% des électeurs se sont prononcés à 97,6 % contre la création de la CMM et les augmentations de taxes municipales qu\u2019elle pourrait entraîner.Fort de la plus grande réceptivité affichée par la Ville de Montréal et le reste de la banlieue, le gouvernement provincial n\u2019a pas prêté oreille à cette contestation mais choisi de poursuivre l\u2019opération entreprise en l\u2019assortissant de quelques compromis.Compromis et consensus municipaux Partant du projet de loi initial, un certain nombre de compromis auront été négociés entre les parties, à l\u2019exception bien entendu de la coalition des maires de la couronne nord.En outre, les partenaires municipaux ont conclu quelques consensus consignés au rapport du comité des élus.des consensus auxquels ils comptent bien voir la ministre donner suite lors du dépôt de la loi de mise en œuvre de la Communauté métropolitaine de Montréal.Le premier compromis d\u2019importance porte sur la composition du Conseil de la Communauté métropolitaine qui reconnaît l'existence de quatre sous-ensembles régionaux.Ainsi, plutôt qu\u2019une représentation proportionnelle à la population, le conseil de la CMM comprendra 28 membres, soit sept pour chacun des quatre sous-ensembles régionaux suivants : Région et couronne métropolitaines de Montréal 221 \u2022\tla Ville de Montréal ; \u2022\tles municipalités de banlieue comprises dans l\u2019actuelle Communauté urbaine de Montréal ; \u2022\tles municipalités de banlieue de la Rive-Sud ; \u2022\tLaval et les municipalités de banlieue de la couronne nord.La Ville de Montréal voit ainsi sa représentation diminuée de dix à sept membres.Cependant, son maire est reconnu d'office comme président de la nouvelle Communauté et détient un vote prépondérant en cas d\u2019égalité des voix.Des pouvoirs étroitement balisés Les domaines de compétence de la Communauté métropolitaine de Montréal seront ceux que la ministre avait indiqués dans son livre blanc : l\u2019aménagement du territoire, le développement économique, le logement social, les équipements à vocation métropolitaine, le transport en commun et la planification de la gestion des matières résiduelles.Certains ont cependant été ramenés à des dimensions plus modestes, et surtout leur exercice a été plus étroitement balisé.C'est ainsi qu\u2019à la suite des négociations au sein du comité des élus, la compétence sur « les équipements, infrastructures, services et activités à caractère métropolitain » est ramenée à une courte liste de quatre équipements existants : le Jardin botanique, le Biodôme et le Planétarium de la ville de Montréal et le Cosmodôme de la ville de Laval.Cette liste de départ est « fermée » et ne pourra être revue qu\u2019avec l\u2019assentiment des deux tiers des membres du conseil.Cette règle des deux tiers est d\u2019ailleurs invoquée pour toute modification aux compétences de la CMM.Des changements sont donc à toutes fins utiles improbables, voire impossibles.Développement et aménagement Un autre des changements majeurs apportés au projet de loi concerne la définition du rôle de la nouvelle Communauté en matière d\u2019aménagement du territoire.Trois éléments sont à souligner.D\u2019abord l\u2019ajout du concept de développement à celui d\u2019aménagement.En deuxième lieu, la définition qui est faite de ce nouveau type de schéma oblige à reconnaître les particularités sous-régionales tout en confirmant le rôle prépondérant des MRC, jusqu\u2019à 2006 au moins.Malgré tout, une fois adopté (le 1\" janvier 2006), le schéma d\u2019aménagement et de développement métropolitain remplacera les schémas d\u2019aménagement des MRC, lesquelles, en pratique, se retireront de ce champ de compétence.La fiscalité Le dernier compromis d\u2019importance a trait à la fiscalité d\u2019agglomération pour laquelle les maires souhaitent l\u2019adoption d\u2019une politique des très petits pas.Après avoir réduit au minimum la liste des équipements à vocation métropolitaine et opté pour un financement par quote-parts municipales, les élus ont fait consensus pour proposer l\u2019abandon du projet d\u2019une fiscalité d'agglomération à portée redistributive \u2014 notamment le projet d\u2019un partage régional de la croissance de l\u2019assiette fiscale \u2014 au profit de la constitution d\u2019un fonds de développement métropolitain, également alimenté par des contributions annuelles des municipalités locales.Cet aspect de la réforme n\u2019a cependant pas encore reçu de réponse finale.Voie ouverte à la réforme Une convergence de points de vue semble s'être installée entre les maires de diverses La nouvelle Communauté métropolitaine La nouvelle Communauté métropolitaine 222 Le territoire québécois composantes de la région montréalaise et ouvrir enfin la voie à la réforme métropolitaine souhaitée par le gouvernement provincial.Mais les consensus sont encore bien fragiles.Le gouvernement du Québec devra savoir persévérer dans ses points de vue et ses intentions, lui qui, dans la passé, a été aussi prompt à oublier les projets de réforme qu\u2019à les formuler.D\u2019autant que des questions cruciales n\u2019ont pas encore reçu de réponses définitives : les champs de compétence de la nouvelle CMM ne seront précisés que dans la loi de mise en œuvre, la nature et la portée de la fiscalité d\u2019agglomération demeurent des questions ouvertes.De plus, la question de l\u2019harmonisation du découpage des régions administratives avec le territoire métropolitain reste entière.En effet, malgré la mise en place de la CMM, la région montréalaise demeure partagée entre cinq régions ou portions de régions administratives.Tout au plus, à l\u2019invitation de la ministre des Affaires municipales et de la Métropole, les cinq conseils régionaux impliqués ont-ils manifesté un désir de concertation volontaire de leur plans stratégiques de développement.Où sont les organisations civiques ?Le débat actuel et les pistes de solutions sont totalement dominés par le milieu municipal.Les organisations civiques et communautaires sont remarquablement discrètes depuis le début de l\u2019année 2000.Ainsi, au terme d\u2019une revue de la presse montréalaise quotidienne, les prises de position claire se comptent-elles sur les doigts d\u2019une main.Pourtant, les expériences récentes dans les autres villes-régions canadiennes et étasuniennes montrent que cet ingrédient peut faire et fait généralement une grande différence dans la qualité et dans l\u2019issue du débat.\u2022 Références Collin, J.-P., P.Hamel, J.Léveillée, et M.-U.Proulx, (avec la collaboration de S.Belley), La politique de renforcement des agglomérations au Québec.Bilan et réflexion sur une stratégie d'intervention, INRS-Urbanisation, Groupe de recherche sur l'innovation municipale, Montréal, 1999- Comité ministériel permanent du Grand Montréal, Pour un redressement durable.Plan stratégique du Grand Montréal, Gouvernement du Québec, Québec, 1991.Commission nationale sur les finances et la fiscalité locales, Pacte 2000 (avec annexe cartographique), Les Publications du Québec, Québec 1999.Groupe de travail sur Montréal et sa région, Montréal, une ville-région efficace, prospère et vibrante ; à vocation internationale ; au service de ses citoyens, Gouvernement du Québec, Montréal, 1993- Ministère des Affaires municipales et de la Métropole, La réorganisation municipale : changer les façons de faire, pour mieux servir les citoyens, Gouvernement du Québec, Québec, 2000.?Sites Internet Ministère des Affaires municipales et de la Métropole : www.mamm.gouv.qc.ca On consultera aussi avec profit les délibérations de la Commission parlementaire sur l'aménagement du territoire sur le site de l'Assemblée nationale : www.assnat.qc.ca/fra/publications/debats/ cat.htm Région et couronne métropolitaines de Montréal 223 Transport régional : le défi de la protection du climat Gilles Sénécal INRS-Urbanisation Les questions relatives à l\u2019environnement urbain concernent, et de longue date, la qualité de vie, la sécurité des personnes, l'équité sociale, le contrôle de la polludon et la conservation des patrimoines naturel et bâü.Plus récemment, s\u2019ajouta l\u2019objectif de protéger le climat.Dès lors, le rôle des grandes métropoles dans la production des émissions de gaz à effet de serre (GES) est mis en perspective, puisqu'il est question de leur forme étalée et de la pollution atmosphérique qui découle d\u2019un usage massif de l'automobile.Par delà les discussions entre experts sur le sens véritable à donner aux changements climatiques et à leurs impacts sur l\u2019habitat, les gouvernements du Canada et du Québec ont voulu répondre à l\u2019objectif de réduction des émissions fixé dans le sillage du Protocole de Kyoto, soit de revenir au niveau d\u2019émission de 1990 moins 6 %.C\u2019est pourquoi, au cours des deux dernières années, une vaste réflexion porta sur les moyens de réduire les émissions de GES dans les secteurs du transport et de l\u2019aménagement du territoire.Dans la région de Montréal, l\u2019Agence Métropolitaine de Transport (AMT) propose d\u2019adopter des stratégies de réduction des GES dans le cadre de la planification du transport [Junca-Adenot, 2000].Selon une optique de planification à long terme, il est suggéré de contrôler plus efficacement l\u2019étalement urbain, d\u2019intensifier l\u2019urbanisation dans le centre de l\u2019agglomération et d\u2019augmenter le nombre des usagers du transport en commun, tout en encourageant le développement des formes alternatives de déplacement (à pied, vélo, etc.).Tous ces moyens apparaissent comme susceptibles de réduire les émissions de GES et, par le fait même, d\u2019atteindre les objectifs fixés à Kyoto.Quel modèle d'urbanisation privilégier?La planification du transport métropolitain ne peut exclure l\u2019aménagement urbain de son champ d\u2019application.Quel type de forme urbaine correspondrait le plus aux canons de la durabilité urbaine ?Par ville durable, on entend généralement une organisation des activités et du cadre bâti qui correspond aux principes de la densité du peuplement, de la planification des transports publics, de l\u2019économie d\u2019énergie, de la qualité de l'air et de l\u2019eau, de la gestion des déchets solides et dangereux ainsi que de la préservation des espaces verts [Sénécal, 1996].Tous ces objectifs semblent s\u2019accorder avec une forme urbaine compacte, qu\u2019elle soit très centralisée ou polycentrique.Cette question, qui s\u2019inscrit à la lumière d\u2019une critique générale de l\u2019étalement urbain, suscite ainsi un vif débat au sein de la communauté de chercheurs intéressés par cette question.Les tenants de la densification, ou de l'intensification urbaine, se font néanmoins nombreux pour proposer le repeuplement des villes centrales, en consolidant l\u2019habitat actuel et en améliorant la qualité des nouveaux Transport régional Transport régional 224 Le territoire québécois ensembles résidentiels.Par delà les grands objectifs théoriques, une telle approche de l\u2019aménagement urbain peut paraître contradictoire, puisque les principes de durabilité, menant à une planification raisonnée et rationnelle de type compact, se heurtent aux pratiques de développement résidentiel et d'aménagement urbain observables dans les grandes villes nord-américaines et massivement favorables aux banlieues de faible densité.Un modèle polycentrique Si l\u2019étalement urbain et son corollaire, le déclin du centre, se poursuivent malgré un léger fléchissement, une restructuration de l\u2019organisation des villes serait en cours en faveur d\u2019un modèle polycentrique plus ou moins achevé.La qualité de vie et de l\u2019environnement peut-elle s\u2019inscrire à l\u2019intérieur d\u2019une mégalopole comportant de multiples centres d\u2019emploi et d\u2019activité?La forme polycentrique n\u2019est-elle pas, en définitive, une solution de rechange à la grande dispersion des activités dans l\u2019agglomération et, par le fait même, des zones résidentielles ?La notion de pôle secondaire exprime le rôle joué par ces multiples centres: formés le long des grands axes routiers, on y retrouve des services courants et des emplois manufacturiers, localisés à proximité des zones résidentielles périphériques.Ils limitent ainsi la congestion reliée à l\u2019hyper-concentration.Le cas de Montréal Dans le cas de Montréal, les études démontrent que le centre-ville, qui agit comme le véritable Central Business District (CBD), maintient sa fonction centrale de domination et de commandement [Coffey et Drolet, 1994], mais qu\u2019il est complété par des pôles d\u2019activités secondaires, de tailles différentes et de spécialisations spécifiques, soit ceux de Saint-Laurent-Dorval, de Longueuil, de Laval et d\u2019Anjou.Ces pôles d'emploi sont aussi identifiés comme des pôles d\u2019attraction [Coffey et Drolet, 1994] et correspondent même aux pôles de transport de l\u2019Agence métropolitaine de transport [AMT, 1997], à l\u2019exception du pôle d\u2019Anjou, de plus petite taille, qui n\u2019est pas défini dans son plan stratégique.De son côté, le schéma d\u2019aménagement de la Communauté Urbaine de Montréal (CUM) identifiait Saint-Laurent et Anjou comme des pôles secondaires.Il reste toutefois que ces pôles, incluant le centre-ville, ne concentrent que 32% de l\u2019emploi métropolitain [Coffey étal.1999].De plus, ils ne captent que 29% des navetteurs ayant recours à leur automobile personnelle [Sénécal et al.2000].Par contre, le centre de l\u2019agglomération, pris au sens large, c\u2019est-à-dire Pîle de Montréal, la Rive-Sud immédiate et le sud de Laval, regroupe 78% des emplois [ministère des Transport du Québec, 2000a].En d\u2019autres mots, Montréal a connu un mouvement de décentralisation des activités en faveur de centres secondaires localisés en périphérie du centre-ville, mais il reste une dispersion relative des emplois dans la métropole et la forme polycentrique est loin d\u2019être achevée.Rapprocher résidence et emploi Un groupe de chercheurs de 1TNRS-Urbanisation rédigea la problématique québécoise concernant l\u2019aménagement du territoire et les changements climatiques [Sénécal, étal., 2000].II propose d\u2019orienter le développement urbain résidentiel des dix prochaines années dans des secteurs localisés à proximité des pôles d\u2019emploi identifiés dans l\u2019étude de Coffey et al.[2000]. Région et couronne métropolitaines de Montréal 225 L\u2019étude devait d\u2019abord faire le point sur les grandes tendances actuelles, illustrées à partir de l\u2019enquête origine-destination (réalisée en 1993) et évaluer par la suite les moyens de réduire les émissions de GES.La problématique touchait les relations entre la forme urbaine et la production de GES, notamment en mettant en parallèle la distance parcourue par les navetteurs et les moyens de transport utilisés selon les types d'habitat \u2014 quartiers centraux denses et compacts à forte mixité fonctionnelle, banlieues de la première couronne de densité et compacité moyennes et de mixité fonctionnelle relative [Sénécal étal., 2000].D'abord l'auto, sauf au centre-ville Parmi les constats principaux, le premier était que l\u2019usage de l\u2019automobile personnelle domine largement les comportements individuels pour tous les motifs de déplacement dans la région de Montréal.Ce taux d\u2019utilisation de l\u2019automobile, en particulier pour le déplacement vers le travail, reste au-delà des 83% pour les quatre pôles secondaires d\u2019activités.Seul le centre-ville se démarque avec 43 % d\u2019automobilistes, confirmant ainsi la différence fondamentale entre le centre de l\u2019agglomération, propice au transport en commun, et les pôles de la proche banlieue, construits autour des infrastructures autoroutières.Deuxième grand constat, la distance médiane parcourue pour se rendre au travail évolue selon le principe que plus on s\u2019éloigne du centre, plus les distances parcourues augmentent.Le calcul de la distance médiane pour se rendre au travail montre, pour la région de Montréal, un modèle radio-concentrique, avec des distances médianes, au centre le Pile entre 1,7 à 6 km et jusqu\u2019à 18 à 24 km en deuxième couronne.Pour l\u2019ensemble de la région métropolitaine, la distance est relativement faible, soit de 8,5 km de distance médiane (les distances mentionnées sont celles à vol d\u2019oiseau).Autour des pôles d'emploi Pour répondre aux objectifs de réduction des émissions de GES, la stratégie proposée était de consolider l\u2019urbanisation au contact des pôles d\u2019emploi, en y concentrant le développement résidentiel futur, en proportion du poids relatif de chacun des pôles d\u2019emploi.On estimait que sur une période de dix ans, 100 000 personnes pouvaient être amenées à se relocaliser à proximité de leur lieu d\u2019emploi et ainsi à réduire le nombre de déplacements en automobile et de kilomètres parcourus en automobile.Une telle stratégie misait aussi sur la polyfonctionalité de ces pôles d\u2019emplois qui agissent également comme des lieux centraux de commerce et de services.La densification de zones urbaines en croissance permettrait, en outre, d\u2019optimiser les équipements de transport en commun existants et de faciliter la réalisation de nouveaux équipements par l\u2019accroissement de la clientèle potentielle et ainsi accroître leur chance de rentabilité.En définitive, la stratégie était que les seules mesures de transport ne suffisent pas : les formes de l\u2019urbanisation doivent permettre l\u2019usage du transport en commun et rapprocher les gens des lieux d'emploi, de commerce et de service [Sénécal et al., 2000].Tendances récentes, prévisions et plan de transport L\u2019enquête O-D (origine-destination) de 1998 allait confirmer l\u2019accentuation de certaines des tendances lourdes quant aux Transport régional Transport régional 226 Le territoire québécois déplacements de personnes dans la région métropolitaine de Montréal.En premier lieu, on enregistre une forte hausse du nombre des déplacements quotidiens, soit plus de 21% et «une hausse encore plus importante de l\u2019utilisation de l\u2019automobile, de l\u2019ordre de 30%» depuis 1987 (18% depuis l\u2019enquête O-D de 1993).La croissance de la population et une hausse de la motorisation expliqueraient ce phénomène.Cette hausse de l\u2019usage de l\u2019automobile, notamment pour les déplacements à l\u2019heure de pointe du matin, a aussi pour cause l\u2019urbanisation des secteurs périphériques où l\u2019offre de transport en commun est déficiente.Plus encore, la part de marché du transport en commun, quant aux déplacements quotidiens, a glissé de 24% en 1987 à 17% en 1998 [AMT, 2000].Synthèse des investissements prévus pour le transport dans la région métropolitaine de Montréal (en millions de dollars) \t\t\t Gestion de la demande\t10,3\t\t10,3 Programme employeurs et autres mesures Intervention en transport en commun Métro Ligne 5 à Anjou ; ligne 4 à Longueuil, l'estacade du pont Champlain, Métrobus Repentigny centre-ville, Terminus, voies réservées et stationnements incitatifs 555,5\t\t514,7\t1 066,2 Interventions en conservation du transport en commun Maintien et renouvellement des actifs et équipements\t242,22\t247,8\t490,02 Total transport en commun\t793,72\t762,5\t1 556,22 Interventions sur le réseau routier Modernisation de la rue Notre-Dame Optimisation de A-40 métropolitaine Rond-point Dorval Amélioration de A-15 à Laval Amélioration de A-10 Gestion de la circulation Parachèvement A-20 Parachèvement A-30\t711,3\t653,2\t1 364,5 Plan conjoint MTQ-Ville de Montréal\t115,0\t0\t115,0 Intervention de réparation du réseau routier\t392,25\t400,0\t792,25 Total réseau routier\t1 218,55\ti 053,2\t2 271,75 Total stratégie d'intervention\t2 022,57\t1 815,7\t3 838,27 Source: Plan de gestion des déplacements, région métropolitaine de Montréal Région et couronne métropolitaines de Montréal 227 D'abord décongestionner Le plan de transport élaboré par le gouvernement québécois, appelé le plan de gestion des déplacements, cherche d\u2019emblée à répondre à une situation dominée par l\u2019usage de l\u2019automobile et forcément marquée par la congestion routière.Son sous-titre ne fait pas de doute à cet égard : Pour une de'congestion durable.Ce plan de transport, que nous ne détaillerons pas dans son ensemble, est ambitieux : \u2022\til prévoit le prolongement du métro vers Anjou, Laval et sur la Rive-Sud ; \u2022\tl\u2019accroissement des services de trains de banlieue et de métrobus ; \u2022\tl\u2019aménagement de l\u2019estacade près du pont Champlain et de stationnements incitatifs ; \u2022\tla modernisation des corridors et des voies rapides ; \u2022\tle parachèvement, le réaménagement ou le prolongement de sections du réseau autoroutier métropolitain, affectant d\u2019une manière ou d\u2019une autre les autoroutes 10,13,15,19, 20, 25, 30 et 40.Les investissements prévus sont de l\u2019ordre de 1,3 milliard [ministère des Transports du Québec, 2000].S\u2019il fut généralement bien accueilli par l\u2019ensemble des acteurs métropolitains, ce plan laisse dans l\u2019ombre la question fondamentale de son rendement environnemental, en particulier de ses effets sur le réchauffement climatique.\t>\u2022 Références Agence métropolitaine de transport (AMT), Plan stratégique de développement du transport métropolitain.Partenaires, maintenant vers 2007: une vision métropolitaine, Montréal, 1997 Coffey, W.( C.Manzagol et R.Shearmur, La répartition spatiale de l'emploi dans la région métropolitaine de Montréal, 1996.Rapport d'étape du projet «L'évolution intramétropolitaine de la localisation des activités économiques dans la région métropolitaine de Montréal, 1981-1996», ministère des Affaires municipales et de la Métropole, 1999- Coffey, W.J.et R.Drolet, «La décentralisation intramétropolitaine des activités économiques dans la région de Montréal, 1981-1991», Cahiers de Géographie du Québec, vol.38, n° 105,1994.Junca-Adenot, F., «Kyoto, le défi des métropoles des pays industriels: les enseignements de l'Europe», Colloque Protection du climat: actions locales et stratégies globales, Montréal, 15 mars 2000.Ministère des Transports du Québec, Prévision des déplacements 1993-1996 pour la région de Montréal, 1993 Ministère des Transports du Québec (a) Plan de gestion des déplacements.Région métropolitaine de Montréal.Stratégie d'intervention prioritaire, 2000 Ministère des Transports du Québec (b) Plan de gestion des déplacements.Région métropolitaine de Montréal.Pour une décongestion durable, 2000 Sénécal, G., «Champs urbains et développement durable, les approches canadiennes de la ville écologique», Natures, Sciences, Sociétés, vol.4, n° 1,1997.Sénécal, G., R.Haf, P.J.Hamel, C.Poitras et N.Vachon, La problématique québécoise concernant l'aménagement du territoire et les changements climatiques, Rapport, Groupe de travail sur l\u2019aménagement du territoire et les changements climatiques du Gouvernement du Québec, INRS-Urbanisation, Montréal, 2000.?Site Internet Agence métropolitaine de transport (AMT), Les faits saillants de l'Enquête 0-D 1998, (2000): www.amt.qc.ca/cimtu/EnqOD/Faits_saillants/lndex.asp Transport régional Transport régional 228 Le territoire québécois Pas de baisse des émissions de GES Afin d\u2019éclairer un tant soit peu cette question d\u2019importance, il suffira de comparer la situation de 1993 à celle prévue pour l\u2019an 2016, selon le tableau « Résultats attendus » (dans le document du ministère des Transports).Il faut savoir que le ministère prévoyait en 1993 et d\u2019ici 2016 une augmentation considérable des déplacements en automobile, soit de plus de 25 %, alors que le nombre de déplacements en transport en commun devait rester stable.Dès lors, pour la période de pointe du matin, le nombre de véhicules-kilomètres devait passer de 12 027 684 en 1993 à 18 363 764 en 2016, c\u2019est-à-dire une augmentation de 52,6%.Or, le plan de transport 2000 vise à réduire de 7,6 % cette augmentation prévue et de ramener l'augmentation des véhicules-kilomètres à 45 %.Autrement dit, le plan de transport de prévoit pas de baisse réelle des émissions de GES.Au contraire, il se contente de limiter leur augmentation.Des résultats mitigés Le plan de transport apporte nombre d\u2019interventions et de solutions attendues.Il contribuera à rationaliser le système de transport métropolitain et probablement à décongestionner de manière sensible les réseaux autoroutiers et artériels.Il ne répond toutefois pas aux attentes en matière d\u2019environnement urbain ni aux objectifs fixés de réduction d\u2019émissions de GES.Dans ce contexte, la stratégie de densifier l\u2019aménagement urbain à proximité des lieux d\u2019emploi offre une solution de rechange qui demeure valable.\u2022 Les aéroports de Montréal : le défi de l'intégration des transports Claude Comtois géographe, Université de Montréal fl l\u2019aube du troisième millénaire, le transport aérien à Montréal connaît une restructuration majeure, alors que l\u2019ensemble du secteur de l\u2019aviation civile au pays se réorganise.En effet, le transport aérien est le secteur économique montréalais au sein duquel les processus de mondialisation se sont fait davantage sentir en 1999.La baisse des tarifs résultant de la déréglementation, la multiplication des services concurrentiels découlant de la signature de l\u2019entente «ciels ouverts» entre le Canada et les États-Unis et de la mise en place d\u2019alliances entre les transporteurs, la plus grande mobilité de la population ont imposé un nouveau rythme au système aéroportuaire montréalais.Dès le début de l\u2019année, Aéroports de Montréal (ADM), l\u2019administration aéroportuaire locale responsable de la gestion, de l\u2019exploitation et du développement des aéroports internationaux de Montréal depuis 1992, a entrepris une refonte de toute sa structure organisationnelle.Des Région et couronne métropolitaines de Montréal 229 fonctions ont été regroupées et les responsabilités ont été clairement identifiées.Condition de succès ADM emploie 660 personnes réparties sur deux sites aéroportuaires : Dorval et Mirabel.Dorval accueille l\u2019ensemble des vols intérieurs, transfrontaliers et internationaux réguliers, alors que Mirabel continue sa spécialisation dans les vols de type «vacance» et de «tout cargo», ainsi que dans le développement d\u2019activités para-aéroportuaires.Conscient de la nécessité d'appuyer la relance de Mirabel, suite aux transferts des vols internationaux à l\u2019aéroport de Dorval, le gouvernement du Québec a décidé d\u2019y créer une zone franche.Ainsi, l\u2019Assemblée Nationale a adopté, en 1999, une loi créant la Société de développement de la zone de commerce international de Montréal, à Mirabel.Cette nouvelle zone, qui s'étendra sur environ 10 km2 à l\u2019extrémité ouest du territoire aéroportuaire de Mirabel, ciblera essentiellement sur trois secteurs : l\u2019entretien et la réparation d\u2019aéronefs, d\u2019appareils de navigation et d\u2019équipement de services au sol; la formation du personnel navigant et aéroportuaire ; et la logistique internationale.Désormais le succès des aéroports dans la chaine logistique, couplée à l\u2019application du système des flux tendus, repose sur le développement de nouveaux parcs industriels et sur l\u2019intégration de tous les terminaux de transport (ports, aéroports et gares ferroviaires), au sein d\u2019ensembles de transport multimodaux.Le redéveloppement du site aéroportuaire de Mirabel doit donc être interprété dans le contexte du développement régional de l\u2019industrie du transport des marchandises.À l\u2019évidence, cette compartimen- tation des fonctions des terminaux aéroportuaires montréalais exerce une influence sur les trafics.Nouveau dynamisme En 1999, le trafic de passagers a progressé dans les deux aéroports montréalais.Les aéroports de Montréal ont affiché une augmentation du nombre de passagers de 5,25 %, soit le plus fort taux de croissance parmi les aéroports canadiens.Ensemble, les aéroports de Montréal ont accueilli 9,8 millions de voyageurs et ils ont manutentionné ig7 170 tonnes.Dorval compte 8,6 millions de passagers alors que l\u2019essentiel du trafic de fret aérien s\u2019est effectué à Mirabel.Du volume total de passagers reçus par les aéroports de Montréal, 45% ont emprunté des vols intérieurs, 29% des vols internationaux et 26 °/o des vols transfrontaliers.Le nouveau dynamisme insufflé par la direction d\u2019ADM a permis d\u2019ajouter 140 vols hebdomadaires, d\u2019augmenter le nombre de vols domestiques sans escale en partance de Dorval et d\u2019accroître le nombre de vols sans escale avec les métropoles américaines et plusieurs capitales européennes.Les statistiques témoignent que la spécialisation des aéroports de Montréal en deux missions distinctes a permis à Montréal de consolider son trafic aérien et de retrouver le trafic de passagers enregistré en 1989.Montréal arrive désormais au troisième rang des aéroports canadiens, derrière Toronto et Vancouver, avec respectivement 28 millions et 15 millions de voyageurs.Mais de façon davantage marquée, ce sont les transporteurs aériens qui ont offert les plus grandes perspectives de développement au système aéroportuaire montréalais.Les aéroports de Montréal Les aéroports de Montréal 230 Le territoire québécois Mutation de l'industrie du transport En effet, durant l\u2019année en cours, les deux grands transporteurs canadiens, Air Canada et Canadien, ont fusionné.Les difficultés financières de Canadien, ainsi que l\u2019incertitude concernant son avenir, ont amené les actionnaires de la compagnie à accepter l\u2019offre d\u2019achat d\u2019Air Canada.Cette prise de contrôle de Canadien par Air Canada force une harmonisation des horaires de vols, le regroupement de certains services commerciaux et le lancement de nouvelles liaisons directes, particulièrement à l\u2019avantage de Montréal.Il importe de souligner qu\u2019Air Canada amène 65 % du trafic aérien à Montréal.Des nouveaux vols ont donc été ajoutés entre la métropole québécoise et les capitales provinciales de l\u2019ouest du pays, notamment à Vancouver, où Air Canada a augmenté la capacité de sa liaison directe en y affectant des avions gros porteurs.Au niveau transfrontalier, de nouveaux vols directs sont envisagés entre Dorval et l\u2019ouest des États-Unis.Au niveau international, Air Canada prévoit des vols sans escale de Montréal vers Rome et Milan, ainsi que de Toronto à Tokyo.Cette profonde mutation de l\u2019industrie du transport aérien au Canada place désormais Dorval en excellente position à titre de point d\u2019entrée dans le nord-est du continent nord-américain et de carrefour aérien sur l\u2019Atlantique.Durant l\u2019année, les aéroports montréalais ont donc fait face à d\u2019importants changements.Mais ces processus de croissance et la réorganisation des trafics aériens ont forcé les autorités du système aéroportuaire de Montréal à réviser en profondeur le plan de développement de Dorval.Un plan de développement sur 20 ans Reporté à plusieurs occasions, le plan de développement des aéroports de Montréal a finalement été annoncé en février 2000.ADM a présenté un plan de développement pour les 20 prochaines années, au coût de 1,3 milliard, dont 498 millions seront consacrés à des travaux d\u2019agrandissement de l\u2019aéroport de Dorval qui devraient se terminer en 2004.Ces sommes seront destinées à la construction de nouvelles jetées, à l\u2019expansion et la réfection des aires de trafic, de même qu\u2019à l\u2019agrandissement et la modification de l'aérogare (expansion des salles pour le traitement des bagages, réaménagement des salles d\u2019arrivée, ajout de salles d\u2019embarquement, agrandissement des comptoirs d'enregistrement, construction de nouvelles aires de services pour les passagers).Le croisement des routes de navigation aérienne à l\u2019aéroport international de Dorval a entraîné une augmentation des trafics terrestres.La plupart des voyageurs internationaux se rendent à l\u2019aéroport entre iûh et 19I1, soit en période de pointe à travers un réseau autoroutier chargé.Or, les accès routiers menant à l\u2019aéroport de Dorval sont déjà saturés aux heures de pointe.L\u2019augmentation de la congestion routière autour de l\u2019aéroport de Dorval a eu pour conséquence un allongement du temps de déplacement.Les activités du transport aérien ont démontré que le développement de l'aéroport de Dorval est également dépendant d'autres projets de transport, tels que la création d\u2019un lien ferroviaire avec le centre-ville et le réaménagement d\u2019accès routiers autour de l\u2019aéroport. Région et couronne métropolitaines de Montréal 231 L'inévitable intermodalité L\u2019intégration des fonctions de transport est un processus inévitable de la mondialisation.Les grandes régions urbaines ne peuvent échapper à l\u2019intermodalité.Ce processus s\u2019effectue dans un contexte où la conteneurisation, les alliances internationales entre transporteurs et la mondialisation de l\u2019industrie des opérateurs de terminaux modifient considérablement la géographie des transports et soulèvent de nouveaux défis pour assurer la fluidité et la sécurité des réseaux.Une grande région urbaine comme Montréal doit trouver des solutions aux problèmes d\u2019intégration des différentes fonctions de transport intermodal où les aéroports exercent une fonction cruciale.Cette problématique exerce un impact sur le développement des aéroports, la gestion des réseaux, la localisation des industries, l\u2019aménagement de l\u2019espace périurbain, le rendement des investissements, la qualité de l\u2019environnement et la direction des politiques publiques.La restructuration de l\u2019industrie du transport aérien au Canada, au cours de la dernière année, a clairement mis en évidence que le développement des aéroports dans la région de Montréal repose sur une très grande cohérence des politiques de transport en général, mais surtout sur une étroite collaboration entre ADM et les transporteurs aériens, ferroviaires, routiers et maritimes qui desservent Montréal.\u2022 Références Comtois, C.et B.Slack, «Les transports à Montréal: en quête d'internationalisation», dans C.Manzagol et C.Bryant C.(sous la dir.de) Montréal 2001.Visages et défis d'une métropole, Presses de l'Université de Montréal, Montréal, 1998.?Sites Internet Aéroports de Montréal (ADM): www.admtl.com Les Expos, victimes de l\u2019évolution périlleuse de l'industrie du sport Sylvain Lefebvre Département de géographie, Université du Québec à Montréal Depuis déjà plus de trois ans, les péripéties du sport professionnel à Montréal font rage.Le club de baseball Les Expos de Montréal a ni plus ni moins lancé le bal en 1997 avec un projet de nouveau stade urbain destiné exclusivement au baseball et situé dans le secteur sud-ouest du centre-ville.À l\u2019image des projets lancés aux États-Unis depuis le début des années 1990, ce Les aéroports de Montréal Les Expos, victimes de l\u2019évolution périlleuse de l\u2019industrie du sport 232 Le territoire québécois projet de stade s\u2019appuyait sur un retour aux sources de ce sport tant au niveau architectural que fonctionnel : convivialité d\u2019un stade urbain aux gabarits réduits, aux matériaux plus chaleureux, à ciel ouvert avec panorama sur les gratte-ciel, surface gazonnée, intégration au cadre bâti, etc.Mais plusieurs études universitaires réalisées ces dernières années démontrent que les projets de nouveaux stades ne sont pas des leviers économiques importants en termes de retombées directes et que l\u2019appui d\u2019une aide publique n\u2019est pas toujours justifiée.Dans les faits, ce sont davantage des coalitions politico-économiques qui garantissent la mise en chantier de ces nouveaux équipements sportifs destinés à générer plus de revenus aux propriétaires de clubs.Et la possibilité de générer beaucoup de recettes pour maintenir une franchise à flot devant la flambée incontrôlée des salaires des joueurs est devenue désormais l\u2019objectif numéro un de toutes les équipes de sport professionnel en Amérique du Nord.Une mauvaise stratégie Dans un marché de baseball somme toute plus modeste que celui de plusieurs villes aux États-Unis, le club de Montréal a dû composer avec la méfiance justifiée des médias et de la population devant ses demandes d\u2019aide publique directe ou indirecte.De plus, dans le contexte actuel, reléguer l\u2019intérêt civique du projet et du maintien de l\u2019équipe à Montréal au tout dernier plan aura probablement été la plus mauvaise stratégie des propriétaires du club chargés de convaincre la communauté de la pertinence d\u2019une stratégie de relance et d\u2019un appui public.Le gouffre financier que représente l\u2019actuel Stade olympique déserté par ses principales activités sportives au cours des dernières années et le contexte économique et culturel métropolitain ne militent pas par ailleurs pour un appui inconditionnel à ce projet.Avec le club de hockey professionnel Le Canadien qui exige toujours une réduction substantielle de la taxe foncière de son « Centre Molson » et qui, à la surprise générale, a été mis en vente à la fin du mois de juin 2000, la survie du baseball professionnel à Montréal semble plus que jamais compromise.Des tactiques à l'américaine Les « stratèges » en relations publiques responsables des revirements, rumeurs, points de presse, annonces, coups d\u2019éclat, etc., entourant le sort de la franchise et du projet de nouveau stade ont préféré reproduire à Montréal des tactiques qui ont fait leurs preuves dans certaines villes aux États-Unis.Toutefois, de telles opérations sont à risque à Montréal car elles respectent fort peu les spécificités de la vocation festive et sportive de la métropole.Le baseball a pourtant une culture, une histoire et un potentiel qui ne sont pas dénués d\u2019intérêt à Montréal.Ces éléments ont été négligés dans le débat actuel.Plusieurs projets similaires aux États-Unis, bien conçus et intégrés dans des opérations de revitalisation urbaine structurantes, ont eu des effets positifs sur la scène touristique et sportive de leur métropole.En fin de compte, c\u2019est tout de même la viabilité financière de la franchise qui déterminera l\u2019issue du maintien ou non du club à Montréal.En 1999, les Expos avaient perçu 40 millions $ US par l\u2019entremise des paiements de péréquation de la ligue professionnelle du baseball majeur (30 millions en vertu du partage des revenus de publicité et 10 millions en Region et couronne métropolitaines de Montréal 233 vertu des modalités d\u2019aide aux clubs les moins fortunés).Nombreux rebondissements Dans l'année qui vient de s\u2019écouler, les rebondissements furent pour le moins nombreux.Plusieurs « dates butoir » visant à trancher définitivement sur le sort du club furent ramenées périodiquement par les actionnaires et les «groupes de relance » de même que par le commissaire des ligues majeures Bud Selig.Un des points tournants de la saga sur le contrôle de l\u2019équipe concerne la passation des pouvoirs de Claude Brochu à Jeffrey Loria \u2014 un marchand d\u2019art de New York en mal de posséder sa propre équipe de baseball professionnel \u2014 qui devient actionnaire principal et qui est vite perçu comme le sauveur du club.Une vague d\u2019optimisme suivra le transfert de propriété avec un projet de plan de relance (un autre !) de 200 millions, l\u2019appui du milliardaire Stephen Bronfman, des promesses d\u2019augmentation de masse salariale de 50% et un intérêt renouvelé pour « l\u2019intérêt civique» d\u2019un autre stade.En contrepartie, la dette du club gravite autour de 40 millions, Claude Brochu doit empocher ses 15 millions en battant retraite et le financement pour le nouveau stade pose toujours problème.Une nouvelle maquette Coup de théâtre au mois d\u2019avril, une nouvelle maquette de stade est présentée au public avec un tout nouveau concept architectural et urbanistique qui respecte fort peu les modèles américains plus traditionnels.La firme Axor/Provencher Roy et ass.\u2014 on leur doit le stade de tennis DuMaurier au parc Jarry \u2014 a concocté un concept de stade tout de verre et d\u2019acier pouvant loger 36 000 spectateurs et d\u2019une superficie additionnelle de 10 000 m2 au concept original.Coût de la facture : 175 millions, ce qui correspond grosso modo à 50% du coût réel de construction d\u2019un stade de cette envergure partout ailleurs en Amérique du Nord ! Cette nouvelle maquette est vite associée au renouveau prêché par le clan Loria et l\u2019administration municipale endosse maladroitement le concept urbanistique.Ironie du sort, on fait miroiter que la Régie des installations olympiques (propriétaire et gestionnaire des infrastructures olympiques et du Stade olympique déchu) pourrait devenir propriétaire du nouveau stade de baseball au centre-ville et ainsi se prévaloir de l\u2019exemption de taxe foncière municipale dont elle bénéficie déjà pour ses autres sites.Retour du scepticisme Dès l\u2019annonce de nouveau projet, le scepticisme revient en force : l\u2019entreprise bras-sicole Labatt, qui devait injecter 100 millions sur 20 ans pour être le commanditaire principal et voir son nom associé au nouveau stade (le « Parc Labatt ») est interpellée par Jeffrey Loria et ses sbires qui exigent des mises de fond supplémentaires.De plus, ces derniers seront plus intransigeants dans leurs négociations avec les chaînes radio et télé pour la retransmission des matchs de la nouvelle saison.La sympathie médiatique et l\u2019opinion publique basculent rapidement, les intentions de Loria apparaissant moins charitables et peu arrimées à l\u2019intérêt de la communauté et des amateurs sportifs montréalais.Ce qui pourtant aurait dû être limpide dès le départ, devient soudainement une révélation : un propriétaire américain pourrait déménager la franchise aux États-Unis ! Les mois qui suivent Les Expos, victimes de l\u2019évolution périlleuse de l\u2019industrie du sport Les Expos, victimes de l\u2019évolution périlleuse de l\u2019industrie du sport 234 Le territoire québécois ne sont qu\u2019une succession d\u2019événements qui renforcent cette thèse.Mai 2000, on annonce que la construction du stade est reportée d\u2019un an faute de fonds.L\u2019inquiétude gagnera encore les actionnaires et Loria proposera de racheter leurs parts devant les mésententes croissantes et les zones de friction qui persistent.Les pertes des Expos sont estimées à 70 millions pour les deux prochaines années.Pas de surprise donc sur l\u2019incapacité de Samuel Bronfman d\u2019amasser des capitaux additionnels auprès de ses partenaires.À court terme, le baseball professionnel aurait peut-être déjà disparu de Montréal compte tenu des maladresses et des erreurs cumulées depuis plusieurs mois, mais c\u2019est surtout la récente annonce de la mise en vente du club de hockey Le Canadien qui aura pour effet de déplacer l\u2019intérêt général et les priorités sur la sauvegarde de ce fleuron de la scène sportive montréalaise [voir aussi p.137].En somme, c\u2019est l\u2019évolution périlleuse de l\u2019industrie du sport professionnel en Amérique du Nord qui vient de donner le coup de grâce à la présence de baseball des ligues majeures à Montréal.\u2022 Références Lefebvre, Sylvain et Daniel Latouche, L'impact socio-culturel d'un nouveau stade de baseball pour les Expos de Montréal, INRS-Urbanisation, Collection Culture et Ville, Montréal, 1997.Lefebvre, Sylvain, «Le retour des théâtres sportifs dans la centralité urbaine nord-américaine», Options politiques, mai 1997.Non, Roger G.et Andrew Zimbalist (sous la dir.de), Sports, Jobs & Taxes ; The Economie Impact of Sport Teams and Stadiums, Brookings Institution Press, Washington D.C, 1997.Rosentraub, Mark S., Major League Losers: The Real Costs of Sports and Who's Paying for It, Basic Books, New York, 1997.Une île, une ville.trente ans plus tard François Cardinal journaliste, Le Devoir En 1970, suite à l\u2019énergique croisade du maire Jean Drapeau pour son projet « une île, une ville », le gouvernement du Québec crée la Communauté urbaine de Montréal (CUM).Trente ans plus tard, Québec met sur pied la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM) alors que Pierre Bourque mène une énergique croisade pour son projet « une île, une ville ».Malgré son caractère pour le moins ambitieux, le redécoupage territorial proposé par les deux hommes est toujours en vie.L\u2019histoire semble se répéter car l\u2019idée a une nouvelle fois frappé le mur du Région et couronne métropolitaines de Montréal 235 scepticisme lorsque le maire Bourque l\u2019a relancée le 26 mai 1999.Des alliés Mais la ferveur qu\u2019il a démontrée \u2014 et qui ne lui a jamais fait défaut \u2014, a porté certains fruits, semble-t-il.Pendant que les banlieues fourbissaient leurs armes, de la même façon qu\u2019elles l'avaient fait trente ans auparavant devant les intentions du maire Drapeau, les alliés du maire Bourque se sont multipliés.Même la ministre des Affaires municipales et de la Métropole, Louise Harel, a affirmé qu'il est « impossible d\u2019être contre [le projet une île, une ville] ».L\u2019argument majeur en faveur de cette méga-fusion se résume ainsi : la situation actuelle de Montréal, au sein d\u2019une économie mondialisée qui voit les régions prendre de plus en plus de place, exige une réforme du secteur municipal.Ce à quoi s\u2019est affairée la ministre Harel au cours des dernières années.Interpellé notamment par le maire Bourque qui estime que « Québec ne peut plus continuer de banaliser Montréal », la ministre a prêté une oreille attentive aux projets qui renforcent les agglomérations urbaines et plus particulièrement Montréal.Le projet du maire Bourque comprend trois points majeurs : \u2022\tla création d\u2019une seule grande ville sur l\u2019île de Montréal en joignant à la ville centrale les 28 municipalités actuelles ; \u2022\tl\u2019élargissement de la Communauté urbaine de Montréal (CUM) à toutes les municipalités de la région métropolitaine de recensement (RMRJ selon le modèle qui prévalait en 2000, à une différence près : les villes auraient la responsabilité de la police ; \u2022\tla réduction du nombre des villes à l\u2019extérieur de l\u2019île de Montréal, en accord avec les recommandations de la Commission nationale sur les finances et la fiscalité locales.À la recherche du poids perdu Derrière les objectifs principaux, il y a une trame de fond qui met la table pour le projet ressuscité par le maire Bourque.Entre les années 50 et l\u2019an 2000, les habitants de la ville de Montréal ont perdu leur poids démographique au profit des habitants de la banlieue.En 1951, Montréal comptait un million d\u2019habitants contre seulement 400 000 pour les banlieues de l\u2019île.Cinquante ans plus tard, la population de la ville est restée sensiblement la même alors que les banlieues comptent 2,3 millions de citoyens.«La stagnation démographique de Montréal a dilué les ressources de la Ville et affaibli le leadership de la métropole, croit Pierre Bourque.La croissance des villes de la banlieue s\u2019est clairement faite au détriment de Montréal.Et pourtant, sans Montréal, aucune de ces municipalités n\u2019aurait vu le jour.» Le fardeau social 11 dénonce particulièrement l'iniquité provoquée par cette situation.Montréal, malgré son poids démographique moins important, hérite des problèmes sociaux des grandes villes : sans-abri, prostitution, drogue.Les statistiques municipales démontrent sans équivoque l\u2019ampleur du problème.Alors que 21,3 % des ménages montréalais de la banlieue vivent sous le seuil de faible revenu, ce taux grimpe à 41,2% pour les ménages habitant à Montréal même.La moyenne pour le Québec est de 20,4%.11 faut ajouter à cela le poids, pour la ville-centre, des infrastructures consacrées aux plus démunis.Pour ce qui est du Une île.trente ans plus tard Une île.trente ans plus tard 236 Le territoire québécois parc d\u2019habitations à loyer modique (HLM) par exemple, Montréal finance le tiers de tout ce que comprend la province, alors que la ville ne compte que pour 14,2% de sa population.Près du quart des ménages québécois bénéficiant de l\u2019aide sociale habitent le territoire de Montréal.En outre, l\u2019offre de services des villes-centres étant plus importante, Pierre Bourque souligne l\u2019injustice qui en découle.«Parce qu\u2019il occupe le rang de métropole autour de laquelle gravite la plus importante concentration de population au Québec, note-t-il, Montréal doit offrir des services plus complets et plus diversifiés que ceux des autres municipalités.» Il s\u2019agit d\u2019installations, d\u2019édifices, de voies urbaines ainsi que de la tenue d\u2019événements internationaux.Avantages d'« une île, une ville » Avec son projet, le maire Bourque croit pouvoir régler tous ces problèmes.En élargissant la base fiscale, entre autres, il compte favoriser une plus grande équité entre les citoyens de la ville et ceux de ses banlieues.Faux, répondent toutefois ces dernières qui craignent comme la peste une hausse du compte de taxes de leurs contribuables.Une meilleure répartition des coûts des infrastructures à portée régionale pourrait en effet à elle seule faire augmenter le fardeau fiscal des banlieusards.C\u2019est pourquoi le maire Bourque souhaite que le gouvernement accorde à la Ville une aide financière pour amortir les hausses éventuelles, « en attendant que le regroupement génère son plein impact et suscite une meilleure répartition des coûts régionaux ».Une meilleure démocratie ?À ceux qui soutiennent que la démocratie est mieux servie à l\u2019enseigne du « smaller is better», le maire rétorque qu\u2019avec son projet chaque tranche de 30 000 citoyens serait représentée par un élu, ce qui signifie 60 conseillers pour l\u2019ensemble de l\u2019île.Afin de témoigner de sa volonté d\u2019être à l\u2019écoute des Montréalais, le maire a procédé, en collaboration avec le ministère des Affaires municipales et de la Métropole, à une réforme du processus de consultation de la Ville de Montréal, tant décrié en 199g et 2000.Réforme bien reçue puisque ce problème constituait une véritable épine au pied de son projet.L'épine linguistique Mais c\u2019est la question linguistique qui a constitué la principale pierre d\u2019achoppement du projet «une île, une ville».Le maire prétendait que le renforcement de l\u2019agglomération allait rapprocher une fois pour toutes les communautés francophone et anglophone.Le gouvernement du Québec ne voyait toutefois pas la chose du même oeil.En mai 2000, la ministre responsable de la Charte de la langue française, Louise Beaudoin, soutenait qu\u2019il n\u2019était pas question de permettre la transformation des villes bilingues en districts bilingues au sein d\u2019agglomérations fusionnées.M.Bourque espérait pouvoir inclure cette notion de districts bilingues dans la charte.L'obsession des taxes La plus vive opposition à son projet n\u2019est pas venue de la colline parlementaire, mais plutôt des banlieues.C\u2019est à coups de centaines de milliers de dollars que les municipalités de banlieue de l\u2019île et, plus encore, des couronnes ont répondu aux Région et couronne métropolitaines de Montréal 237 visées du maire de Montréal.Les études, coups d\u2019éclats et envolées démagogiques ont dominé le débat.Au cœur du discours des municipalités : hausse de taxes, hausse de taxes et hausse de taxes.La stratégie semble avoir eu un certain impact puisque, entre juin 1999 et mars 2000, les sondages de la Ville de Montréal ont fait ressortir un plafonnement des appuis au projet « une île, une ville ».Et s\u2019il est vrai que l\u2019histoire se répète, M.Bourque aura de la difficulté à recevoir l\u2019appui du gouvernement du Québec.À son époque, M.Drapeau n\u2019avait réussi à annexer que quatre municipalités en dix ans.\u2022 (Sur la Communauté métropolitaine de Montréal, voir article p.217) Références Commission nationale sur les finances et la fiscalité locales, Pacte 2000, (avec annexe cartographique), Les Publications du Québec, Québec, 1999.Linteau, Paul-André, Histoire de Montréal depuis la Confédération, Boréal, Montréal, 1992.«Une île, une ville»: Pour une métropole dynamique, document de consultation de la Ville de Montréal ; «Une île, une ville»: Un projet de société pour le Québec, document de consultation de la Ville de Montréal.Région métropolitaine de Québec Le grand débat sur la ville unique Robert Fleury journaliste, Le Soleil La région de la Capitale n\u2019a pas été épargnée par le débat entourant les fusions municipales.11 a même occupé tout l\u2019espace médiatique au cours de la dernière année.Au printemps 1999, dans l\u2019attente du Livre blanc de la ministre des Affaires municipales, Louise Harel, qui ne sera finalement adopté qu\u2019un an plus tard, la Commission Bédard rendait publique sa proposition de regrouper les 13 villes de la Communauté urbaine de Québec (CUQ) et les petites municipalités environnantes de la Côte de Beaupré, de la MRC de la Jacques-Cartier et de l\u2019île d\u2019Orléans autour de trois grandes villes, Québec, Beauport et Sainte-Foy.Québec absorberait ainsi le nord de la CUQ, soit les villes de Charlesbourg, Vanier, Saint-Émile, Loretteville et Lac-Saint-Charles ainsi que deux municipalités de la MRC de la Jacques-Cartier, Lac-Beauport et Lac-Delage; Beauport Une île.trente ans plus tard Le grand débat sur la ville unique 238 Le territoire québécois intégrerait pour sa part les petites municipalités de la Côte de Beaupré, soit Bois-chatel, L\u2019Ange-Gardien et Château-Richer ainsi que l\u2019île d\u2019Orléans.Enfin, Sainte-Foy deviendrait la ville de l\u2019ouest avec Sillery, Cap-Rouge, Saint-Augustin-de-Desmaures, l\u2019Ancienne-Lorette et Val-Bélair.Tous contre Bédard Cette proposition, surtout dénoncée par le maire de Charlesbourg, Ralph Mercier, n\u2019obtint l\u2019appui ni du maire de Québec ni des maires de banlieue.Jean-Paul L\u2019Allier la percevait comme une demi-mesure car on se retrouverait ainsi avec deux villes plutôt pauvres à l\u2019est, Québec et Beauport, et une ville riche à l\u2019ouest, Sainte-Foy, ce qui ne contribuait pas à résoudre le problème d\u2019équité fiscale dont se plaignait la capitale.De leur côté, toutes les villes de banlieue tant de la CUQ que des MRC de la rive nord faisaient front commun pour conserver leurs limites et réclamer un nouveau pacte fiscal.Personne ne voyait d\u2019un bon œil la transformation de la communauté urbaine en gouvernement suprarégional.Les maires ne voulaient pas des nouvelles responsabilités sociales que le gouvernement aurait pu leur refiler, tels les soins de santé de première ligne (CLSC).On ne voyait aucun problème par contre à continuer d\u2019assumer la gestion des ordures, des eaux usées, du transport en commun et on acceptait volontiers la responsabilité du développement économique, du logement social, voire des équipements régionaux par une fiscalité d\u2019agglomération ; tout cela à la condition que le gouvernement accorde des sources de revenus additionnelles tels un pourcentage de la taxe de vente ou des nuitées dans les chambres d\u2019hôtel.Tous contre L'Allier Mais c\u2019est la proposition du maire de Québec, Jean-Paul L\u2019Allier, qui mettra du piquant dans le débat public.Le maire propose d\u2019abord d\u2019unifier les services de protection publique de la région par une régie dirigée par sa ville, ce qui représenterait des économies de 100 millions en six ans.C\u2019est surtout sa réponse à la Commission Bédard qui soulèvera les passions réponse formulée dans Deux rives, deux villes, puis dans la version remaniée intitulée Deux villes, une communauté' au début de l\u2019an 2000.La proposition du maire de Québec provoquera une vague de consultations de type référendaire de la part des maires de banlieue pressés de la voir rejetée par la population.L\u2019offre de Québec destinée à créer une ville nouvelle, capable de concurrencer des agglomérations américaines comme le devient Ottawa, selon le maire L\u2019Allier, fut perçue comme une OPA hostile, y compris de la part de municipalités plus taxées à qui Québec promettait pourtant une baisse de taxes.Seules les villes de l\u2019ouest, Sillery, Sainte-Foy, Cap-Rouge et Saint-Augustin-de-Desmaures auraient à subir une certaine augmentation de taxes compte tenu de leur richesse foncière.Le débat s\u2019est donc cristallisé autour de l\u2019offre de Québec.La position des maires de banlieue, quant à elle, est demeurée invariablement la même: non aux fusions forcées et aux nouvelles responsabilités, oui aux ententes de service entre municipalités.Par contre, l\u2019offre de protection publique de Québec a été rejetée en dépit du fait que la capitale dessert déjà plusieurs autres municipalités pour la protection incendie et la police surtout.Pour les maires de banlieue, il fallait procéder à une réforme fiscale avant une réforme des structures, obtenir des Région métropolitaine de Québec 239 sources de financement stables pour les municipalités et que le gouvernement cesse de prélever leur quote-part des 375 millions maintenant que le déficit zéro est atteint.Ils disaient sympathiser avec les problèmes de la Ville de Québec, sauf qu\u2019il ne leur appartenait pas de financer une ville qui sert de capitale à tous les Québécois, cette responsabilité étant exclusive au gouvernement.Ils acceptaient le principe d\u2019assumer leur part des équipements régionaux, étant donné le caractère de centre de l'agglomération que revêt la ville de Québec, à la condition qu\u2019ils aient leur mot à dire dans le choix et la gestion de ces équipements.Un parallèle avec Montréal La situation de la Ville de Québec au sein de la Communauté urbaine et même de la grande agglomération n\u2019est pas sans rappeler celle de Montréal au sein de la région métropolitaine.Dans les deux cas, leur population ne compte que pour le tiers de celle de leur région d\u2019influence (à peine plus du quart dans le cas de Québec) et les deux villes se plaignent de devoir assumer seules des responsabilités de ville-centre.Elles ont toutes deux vu leurs forces vives migrer vers des banlieues de plus en plus lointaines, laissant le centre de l\u2019agglomération avec ses problèmes d\u2019appauvrissement et de vieillissement.Ces villes à charte unique comptent donc de plus en plus sur le gouvernement, et surtout sur la réforme municipale, pour corriger une situation qu\u2019ils estiment inéquitable envers leurs contribuables lourdement taxés.Et toutes deux voient la ville unique comme la solution définitive à tous leurs maux.C\u2019est dans ce contexte que le débat sur les fusions a pris beaucoup d\u2019ampleur dans la région de Québec.La Ville de Québec a une population de 167 000 personnes, soit le tiers de celle de la CUQ.Depuis 20 ans, elle stagne.Même celle de la CUQ reste au beau fixe avec ses 505 000 habitants.La croissance démographique est nulle.L\u2019immigration compense à peine les pertes de population.À de rares exceptions près, seules les municipalités de la troisième couronne connaissent une forte croissance.Ainsi, des municipalités de la rive sud comme Saint-Romuald, Saint-Jean-Chrysostome, Charny, Saint-Rédempteur de Lévis, Saint-Étienne-de-Lauzon, Saint-Nicolas n\u2019étaient encore que de petits villages plus campagnards qu\u2019urbanisés, il y a 25 ou 30 ans.Elles sont devenues des petites villes dynamiques et jeunes où la population a quintuplé et même décuplé dans certains cas.La croissance démographique s\u2019est dirigée vers la tête des ponts de Québec et Pierre-Laporte, les jeunes familles fuyant Québec et ses vieilles banlieues vers les vastes espaces de la rive sud.Des municipalités comme Pintendre ont également connu une forte croissance à partir du pôle de Lévis.Sur la rive nord même, de petites municipalités de l'île d\u2019Orléans, de la Côte de Beaupré, de la MRC Jacques-Cartier telles que Lac-Beauport, Lac-Delage, Stoneham ont connu aussi leur part de croissance bien qu\u2019elle fut plus légère que sur la rive sud.Si certaines municipalités de la CUQ comme Sillery, Vanier, Cap-Rouge, Loretteville et l\u2019Ancienne-Lorette ont atteint presque entièrement leur potentiel de croissance, leur territoire étant développé à 95 %, d\u2019autres comme Saint-Augustin-de-Desmaures, Val-Bélair, Saint-Émile, Lac-Saint-Charles et Beau-port ont connu des augmentations de population significatives au détriment de Québec.D\u2019autres encore comme Vanier, Le grand débat sur la ville unique Le grand débat sur la ville unique 240 Le territoire québécois Sillery ou Loretteville ne connaissent plus d\u2019augmentation de population.Celle-ci tend même à diminuer dans certains cas.Chacun pour soi Cette évolution démographique montre à quel point les questions d\u2019aménagement du territoire et de limites territoriales sont devenues des enjeux de taille pour chaque municipalité.Ainsi, le développement résidentiel et les parcs industriels n\u2019ont cessé de faire reculer les terres agricoles.Les villes de la CUQ sont paralysées depuis 15 ans dans la révision de leur schéma d\u2019aménagement, incapables de s\u2019entendre sur cette question, refusant même bien souvent d\u2019en discuter, chacune voulant protéger ses acquis.Même le développement économique a été évacué de la CUQ il y a 10 ans, les municipalités reprenant à leur compte leurs parcs industriels.pour mieux se concurrencer ! Sur la rive sud, dans les nouvelles banlieues de la MRC Chutes-de-Ia-Chaudière, on estime que près de la moitié des travailleurs franchissent chaque jour les ponts en direction de Québec.Dans la MRC Desjardins, la proportion est moindre compte tenu des emplois générés par l\u2019industrie agro-alimentaire et pétrolière et du Mouvement Desjardins.Ce qui n\u2019empêche pas les bouchons de circulation de se former chaque matin aux abords des ponts en direction nord.Même si la région de Québec possède un réseau autoroutier capable de desservir un million de population, les citoyens de la région de Lévis, le maire Jean Garon en tête, en sont même à réclamer un nouveau lien avec la rive nord, sous-fluvial cette fois.D'abord des ententes de services Historiquement, les questions de fusion ont à peu près toujours été écartées du paysage politique de la CUQ.Pour maintenir un consensus minimal qui leur permettrait de fonctionner à 13, leurs maires évitaient de soulever ce débat, se limitant à conclure des ententes de services.Seuls ceux de la rive sud en faisaient à l\u2019occasion l\u2019objet d\u2019un enjeu électoral.Côté nord, les dernières fusions furent réalisées au tournant des années 70.Neufchâtel, Les Saules et Duberger sont devenus des quartiers de Québec pendant que Sainte-Foy absorbait la paroisse de l\u2019Ancienne-Lorette et que Orsainville et Notre-Dame-des-Lauren-tides devenaient des quartiers de Char-lesbourg.La palme des fusions revenait à Beauport qui intégrait sept petites municipalités du nord-est.Depuis 10 ans, les maires ont privilégié les ententes de services.Ainsi, ce sont les policiers et les pompiers de Québec qui desservent Vanier et Beauport.Charles-bourg bénéficie de la protection incendie de Québec et Saint-Augustin de sa police.La sécurité publique de Sainte-Foy en fait autant à Cap-Rouge et à l\u2019Ancienne-Lorette.Quant aux trois petites villes de la Haute-Saint-Charles, elles ont créé une Régie de police, la protection incendie étant laissée sous la responsabilité de chacune.Val-Bélair est la seule ville de petite taille à faire cavalier seul, optant pour la création récente d\u2019un service de protection publique quand les services de la Sûreté du Québec sont devenus trop coûteux.Quant aux services spécialisés de lutte au crime organisé, seule Québec offre ce type d\u2019enquête alors que les autres villes comptent sur la Sûreté du Québec.À l'ordre du jour: les fusions Depuis le printemps et l\u2019été 2000, les dés sont jetés.La question des fusions, longtemps occultée, occupe toute la scène.La ministre des Affaires municipales et de la Région métropolitaine de Québec 241 Métropole, Louise Harel, s'est donné le pouvoir, par la loi 124, de forcer les fusions.La loi créant la Communauté métropolitaine de Québec (CMQ) a été déposée et, fait exceptionnel, elle a été étudiée en Commission parlementaire au cours de l\u2019été.Cette communauté prévoit regrouper 42 municipalités des deux rives et de l\u2019île d\u2019Orléans.Ses pouvoirs seraient plus nombreux que ceux de la CUQ et surtout étendus à un territoire beaucoup plus vaste.Elle aurait juridiction sur le développement économique extérieur, le logement social, les équipements régionaux tout en continuant d\u2019assumer des responsabilités propres à la Communauté urbaine de Québec, tels le transport en commun, la gestion des déchets et des eaux usées, la promotion touristique, l\u2019évaluation foncière et l\u2019aménagement du territoire.Si les maires de banlieue de l\u2019actuelle CUQ accueillent plutôt favorablement la CMQ, il en va tout autrement des maires des municipalités des MRC Desjardins et Chutes-de-la-Chaudière, sur la rive sud, qui refusent catégoriquement de joindre les rangs de cette communauté de peur de voir leur développement futur restreint par les villes de la rive nord.De son côté, le mandataire chargé par la ministre Louise Harel de proposer une fiscalité d\u2019agglomération et de définir des équipements régionaux, Jean-Louis La-pointe, a déposé un rapport particulièrement mince le 29 juin.Il s\u2019était buté au refus des maires de banlieue des deux rives d\u2019y participer.M.Lapointe s\u2019est ainsi retrouvé à discuter avec les seuls maires de Québec et de Lévis ainsi que des préfets de la MRC de la Jacques-Cartier et de la Côte de Beaupré, ce dernier à titre d\u2019observateur.Que des pistes cyclables! Dans son rapport, M.Lapointe n\u2019a identifié que les pistes cyclables comme étant des équipements métropolitains propres aux deux rives alors que l\u2019on s\u2019attendait à ce que des équipements comme le Colisée ou ExpoCité en fassent partie.Or les participants étaient d'avis qu\u2019il s\u2019agissait là d\u2019équipements surtout destinés à la rive nord et non à toute la communauté métropolitaine.Ils croient par contre que des équipements intermunicipaux comme le Parc technologique ou des activités renommées comme le Festival d\u2019été pourraient devenir véritablement métropolitains moyennant la présence d\u2019un campus Références Bédard, Denis (sous la dir.de), Pacte 2000.Rapport de la Commission nationale sur les finances et la fiscalité locales.Gouvernement du Québec, avril 1999.?> Sites Internet Ministère des Affaires municipales et de la Métropole.Documents disponibles: Projet de loi 137 créant la Communauté métropolitaine de Québec, juin 2000 - Comité d'élus de la région métropolitaine de Québec (Rapport Lapointe), juin 2000: www.mamm.gouv.qc.ca Ville de Québec.Documents disponibles: Deux villes, une communauté, Mémoire des six grandes villes-centres du Québec.Mise en commun des services de police et de protection contre l'incendie des villes de la Communauté urbaine de Québec (mai 1999, mise à jour janvier 2000): www.ville.quebec.qc.ca Maires de banlieue.Document: Les citoyens et l'équité avant les structures, octobre 1999, mémoire présenté par les 12 maires des villes de banlieue de la CUQ sur le projet de loi 124, mai 2000.www.rtcomm.qc.ca Le grand débat sur la ville unique Le grand débat sur la ville unique 242 Le territoire québécois ou d\u2019activités sur la rive sud.Quant à la fiscalité d\u2019agglomération destinée à financer les équipements régionaux, le comité l\u2019a ébauchée à peine en affirmant que les sommes perçues des villes devraient surtout servir à la promotion économique de la région.De l\u2019avis des auteurs, la minceur du rapport Lapointe serait le signe précurseur de propositions beaucoup plus importantes sur les structures municipales.Cette fois, on opterait carrément pour des fusions, le projet Deux villes, une communauté du maire de Québec réglant go % des problèmes d\u2019équipement et de fiscalité, selon M.Lapointe.\u2022 Quel port de croisières pour Québec?Yves Tessier géographe Le printemps 2000 à Québec a été particulièrement houleux au pied du cap Diamant.L\u2019Administration portuaire de Québec, organisme fédéral qui gère le port local, a rendu public en avril son projet d\u2019ériger un terminal de croisières dans le Vieux-Port, sur le site de la Pointe-à-Carcy.Ce projet a suscité un tollé, autant de la part des citoyens que des instances municipales et régionales, contre le choix du site proposé.Devant l\u2019ampleur de l\u2019opposition, l\u2019administration portuaire a dû tenir des audiences publiques.La ville de Québec offre un site des plus majestueux pour accueillir des bateaux de croisière qui viennent nombreux accoster au pied du cap Diamant, à quelques pas des quartiers historiques de la place Royale et du Petit Champlain.Les croisiéristes y descendent quelques heures afin de visiter la ville et la région, l\u2019île d\u2019Orléans en particulier.Ce port d\u2019escale est fort prisé des armateurs de navires et nécessite des installations minimales, soit une passerelle escamotable.Ces armateurs considèrent également Québec comme un futur port d\u2019attache ou de destination pour des croisières.Le marché mondial de la croisière connaît présentement une restructuration majeure liée à l\u2019arrivée prochaine de bateaux gigantesques actuellement en construction.Ces monstres des mers envahiront les Antilles et la Méditerranée et déclasseront les bateaux actuels ; ceux-ci seront redéployés sur des marchés secondaires pour des croisières estivales en eau froide, comme le Nord-Est américain, incluant le Saint-Laurent et la Scandinavie.Québec veut donc profiter de ce marché en émergence et se positionner rapidement pour inviter des armateurs à choisir cette ville comme l'un des deux types de port pour leurs bateaux.En port de destination, le bateau commence ou termine sa croisière à ce port.En port d'attache, le bateau commence et termine sa croisière à ce port et y reste entre les croisières. Région métropolitaine de Québec 243 Des infrastructures lourdes Contrairement au port d\u2019escale, le port de destination ou d\u2019attache nécessite des infrastructures lourdes et permanentes pour fonctionner comme si c\u2019était un aéroport maritime.On doit offrir des services aux passagers : formalités d\u2019embarquement, manutention des bagages, contrôles d\u2019identité (passeport), douane et sécurité, informations touristiques et réservations, facilités de stationnement, etc.On doit pouvoir avitailler le navire et effectuer le changement d\u2019équipage.Le déplacement de milliers de personnes en quelques heures exige des moyens rapides de circulation en liaison avec les gares routières et l'aéroport.L\u2019Administration portuaire de Québec a tenu compte de ces exigences techniques en concevant son projet de terminal de croisières à la Pointe-à-Carcy.Elle y propose un bâtiment (édifice existant) offrant des services de billetterie, de transbordement de bagages, d'inspection des bagages et des aliments, de sécurité pour le contrôle des passagers, d\u2019avitaillement (nourriture, eau, produits pétroliers), une zone «stérile» de transit et de dédouanement, une équipe médicale, un bureau d\u2019information touristique.Des infrastructures sont également prévues : des passerelles abritées pour l\u2019embarquement, un poste d\u2019amarrage avec pontons pour tenir compte des marées, une gare routière pour les véhicules publics (autobus et taxis), un stationnement étagé en surface pour les véhicules privés.Ce projet d\u2019aménager un terminal desservant un quai constitue une première phase valable pour tout au plus cinq ans, afin d\u2019attirer au moins un bateau en port d\u2019attache.La phase deux devrait se poursuivre sur un autre site à deux kilomètres en amont.Oui au principe, mais.Le principe de doter Québec d\u2019un terminal de croisières a fait l\u2019unanimité.Mais c\u2019est le choix de la Pointe-à-Carcy qui a suscité un mécontentement quasi général.Ce site à l\u2019entrée du bassin Louise sert de port d\u2019escale pour les bateaux de croisières et d\u2019espace public privüégié pour un accès au fleuve.Mis en valeur pour la venue des grands voiliers en 1984, il a alors été saccagé par des passerelles mal intégrées au milieu et qu\u2019on a démolies par après sous la pression populaire.En 1989, un comité consultatif a consacré la vocation à la fois maritime et patrimoniale de la Pointe-à-Carcy: un espace public comme site de promenade et d\u2019accès au fleuve, un port maritime, un lieu historique et patrimonial, un champ visuel donnant sur la ville et le fleuve, une intégration à l\u2019environnement naturel et urbain de tout projet d'aménagement.Le projet de terminal de croisières a été vu comme une nouvelle violation de cet espace réservé à la détente.Les opposants au projet, dont une vingtaine d\u2019organismes réunis au sein de la Coalition pour l\u2019aménagement du front fluvial de Québec, n\u2019ont pas manqué de dénoncer l\u2019incompatibilité du terminal par rapport au site retenu et les impacts négatifs sur le milieu urbain.La mise en place d\u2019infrastructures lourdes et permanentes ainsi que les activités d'avitaillement et de transbordement ont été perçues comme une limitation sérieuse à l\u2019accessibilité publique et à la contemplation du paysage.On y voyait une forme déguisée de privatisation d\u2019un lieu public.L\u2019harmonie architecturale des lieux était menacée par l\u2019érection d'une gare routière et d\u2019un stationnement étagé en surface.Les mouvements de passagers alourdiraient la circulation routière déjà Quel port de croisières pour Québec? Quel port de croisières pour Québec ?244 Le territoire québécois fort congestionnée dans le secteur, sans parler du bruit occasionné par les camions d\u2019avitaillement et les autobus.Un site de rechange Les inconvénients décriés par les opposants devenaient des avantages pour un site de rechange préféré par eux et situé à peine à deux kilomètres en amont, celui de la gare maritime Champlain à l\u2019Anse-au-Foulon.Construite au début des années 50, cette gare devait accueillir des immigrants arrivant par paquebots.Elle est vite tombée en désuétude avec l\u2019arrivée des avions à réaction.Cette gare offre déjà les caractéristiques de base d\u2019un terminal de croisières et pourrait le devenir moyennant des aménagements fonctionnels.D\u2019autant plus que la gare maritime Champlain est déjà reconnue comme le site à développer lors de la deuxième phase du projet mis de l\u2019avant par l\u2019administration portuaire.Les opposants ne comprenaient pas le bien-fondé de dédoubler des infrastructures coûteuses sur des emplacements si rapprochés.L\u2019administration municipale de Québec, tenue à l'écart par l\u2019administration portuaire, a exprimé sa position en faveur de la gare maritime Champlain, en plaidant une vision globale et intégrée de l\u2019aménagement du littoral fluvial, en préconisant de restaurer un site sous-exploité (la gare maritime) plutôt que de surexploiter un site quasi saturé (la Pointe-à-Carcy).Elle a privilégié la complémentarité entre port d\u2019escale et port de destination/ d\u2019attache dans les lieux appropriés.La firme de consultants maritimes Bruno-Elias avait d\u2019ailleurs considéré la gare maritime Champlain comme le site idéal pour un terminal de croisières.Des entreprises locales de services aux armateurs ont manifesté leur appui au projet du port, arguant que le site de la Pointe-à-Carcy offrait le plus grand attrait visuel recherché par les croisiéristes.Les débardeurs pour leur part voyaient dans le choix de la gare maritime Champlain une menace aux activités industrielles qui se déroulent à cet endroit et entrevoyaient la perte possible d\u2019emplois pour eux.Un oui conditionnel La Commission de consultation publique sur le projet de terminal de croisières à la Pointe-à-Carcy, après avoir reçu 40 mémoires et entendu 32 personnes ou groupes, a déposé son rapport le 12 juin.Elle a acquiescé à la proposition initiale de l\u2019Administration portuaire tout en recommandant que les installations soient légères, temporaires et modestes en termes d\u2019investissement.Elle a reconnu qu\u2019il faudra envisager un autre site lorsque Québec deviendra un port d\u2019attache.Elle considère que les activités de transbordement des passagers et de ravitaillement des navires imposeraient des contraintes trop importantes sur le secteur de la Pointe-à-Carcy pour qu\u2019on puisse y envisager cette vocation.Elle suggère que les activités d\u2019escale et de port de destination soient autorisées pour ce site et que l\u2019on renonce à des investissements lourds comme des passerelles permanentes et un stationnement à étages.Elle propose la mise en place d\u2019un comité de suivi qui s\u2019assurera que les aménagements respecteront l\u2019esprit et les principes du rapport de 1989.La Commission a reconnu que le marché prometteur ne risque guère de se matérialiser, en raison de la législation maritime canadienne qui interdit aux navires immatriculés à l\u2019étranger de prendre et de laisser des passagers canadiens dans les ports du pays, à moins de payer un lourd droit de Région métropolitaine de Québec 245 douanes équivalant à 25 % de la valeur du navire.L'administration portuaire de Québec a promis de tenir compte des recommandations de la Commission dans la mesure du possible et va de l\u2019avant pour que son projet soit prêt pour l\u2019été 2001.L\u2019administration municipale de Québec, qui n\u2019a qu\u2019un pouvoir moral sur l\u2019aménagement du port, se réjouit que des équipements permanents et irréversibles n\u2019aient pas été retenus et menace de demander à l\u2019Unesco d\u2019intervenir s\u2019il y avait transgression dans la mise en oeuvre des recommandations de la Commission.On sait que la ville de Québec a été déclarée ville du patrimoine mondial par l\u2019Unesco.Le Conseil international des monuments et sites a été informé du projet de construction d\u2019un terminal maritime dans le Vieux-Port de Québec.II a déjà fait valoir que ce projet risque d\u2019avoir un impact majeur irréversible sur ce quartier dont le caractère unique a justifié son inscription comme site patrimonial mondial.\u2022 Références Cruise feasibility study : Société du Port de Québec, prepared by Bruno-Elias & Associates, July 1999.Mémoire sur le projet de terminal de croisières à la Pointe-à-Carcy, Coalition pour l\u2019aménagement du front fluvial de Québec, mai 2000.Rapport de la Commission de consultation publique sur le projet de terminal de croisières à la Pointe-à-Carcy, Québec, 12 juin 2000.Une vision globale de l'aménagement du littoral : un port d'escale à la Pointe-à-Carcy, un terminal à la gare maritime Champlain, Ville de Québec, avril 2000 Saint-Roch, nouveau quartier latin Daniel Allard journaliste Si on peut parler de renaissance à propos du quartier Saint-Roch, c\u2019est plutôt le mot « conversion » qui convient pour qualifier le changement d\u2019atitude de la population envers ce quartier de la capitale jadis honni.Rencontrer un citoyen qui avait carrément peur d\u2019aller dans Saint-Roch était normal ces dernières années.Maintenant les journaux font leur une avec des témoignages de couples ravis de «leur retour au centre-ville».Ils viennent y travailler et même y habiter ! Les plus optimistes confirment déjà la naissance du nouveau « quartier latin » à Québec.Bien des indices justifient cet optimisme! Après une importante phase de rénovation, s\u2019ajoutent cette année les nouvelles constructions.Les grues de chantiers se multiplient et les terrains vagues du Saint-Roch des trois dernières Quel port de croisières pour Québec ? Saint-Roch, nouveau quartier latin 246 Le territoire québécois décennies disparaissent.Consécration des efforts de revitalisation du quartier le plus sombre de Québec, amorcés en 1993, Saint-Roch voit même ses plus discutables symboles céder devant le vent du changement.Depuis février 2000, plus de la moitié de « Ia-plus-Iongue-rue-cou-verte-au-monde » a perdu, mètre par mètre, sa toiture plastifiée qui s\u2019étirait sur tout un kilomètre.De magnifiques façades, celles de l\u2019église Saint-Roch et de la banque Royale surtout, sortent lentement de l\u2019ombre, dans une rue Saint-Joseph ressuscitée qui deviendra, promet la ville, la colonne vertébrale du « quartier latin » en émergence.La «basse-ville» remonte la pente Saint-Roch, c\u2019est la «basse-ville» et l\u2019expression à Québec est plus que péjorative.Par opposition aux hauteurs du cap Diamant appelées la « haute-ville », les quartiers du nord, au niveau de la mer, sont depuis toujours appelés «basse-ville » ! Mais la distinction, d\u2019abord géographique, revêt aussi une connotation sociologique : les gens appartenant au milieu institutionnel et politique de la ville \u2014 professionnels, membres du clergé et du gouvernement \u2014 se distinguaient ainsi des populations largement ouvrières de la basse-ville.Comme une revanche sur l\u2019histoire, les «cerveaux» viennent maintenant remplacer les « bras » dans ce quartier de Québec qui en était même le centre, il y a 40 ans à peine, et aussi le coeur commercial.La rue Saint-Joseph, avec ses grands magasins \u2014 Le Syndicat, Pollack, Paquet, Norman et Laliberté \u2014 était la « main » de Québec.L\u2019âge d\u2019or commercial des centres-villes nord-américains est révolu et le centre commercial de banlieue, à Québec comme ailleurs, draine en majo- rité les consommateurs.Il faut compter sur de nouveaux champs d\u2019activités pour revitaliser les centres-villes.Une volonté politique acharnée et des millions de dollars publics auront d\u2019abord insufflé l\u2019espoir tout au long de la décennie 90.Le «nouveau» Saint-Roch a eu ses premiers phares et ses assises avec la coopérative multidisciplinaire d'artistes Méduse; puis, en 1995, sont arrivés les 700 étudiants de l\u2019École des arts visuels de l\u2019Université Laval; fin 1998, l\u2019École nationale d\u2019administration publique (ÉNAP) s\u2019installait dans le quartier.Il y eut surtout le «miraculeux» Parc-Jardin de Saint-Roch, un investissement de la ville (6M$), inauguré en 1993, et devenu le symbole du renouveau.Une petite décennie plus tard, la multiplication des investissements privés confirme ce pari sur l\u2019avenir.Maintenant les entreprises de la nouvelle économie se bousculent pour occuper les adresses du Centre National des Nouvelles Technologies du Québec (CNNTQ) et du Centre de développement des technologies de l\u2019information (CDTI).La chaîne de télévision TQS prépare son installation prochaine autour du fameux jardin.Même le Stade municipal, tout près, est entré dans le mouvement en accueillant depuis 1999 un club professionnel de base-bail, Les Capitales de Québec.L'investissement privé suit Une belle preuve que la période actuelle consacre la renaissance de Saint-Roch se trouve dans la source même des sommes investies: 62,2 millions à 80% d\u2019origine privée, touchant 32 projets recensés sur les 24 mois antérieurs à mai 2000.Pour la moitié de ceux-ci, il s\u2019agit de commerces impliquant les gens d\u2019affaires locaux.Ils avaient été précédés des propriétaires de Région métropolitaine de Québec 247 resto-bistro \u2014 Les Salons d\u2019Edgard, L\u2019Impasse des deux anges, Le Café du Clocher penché, La Barberie \u2014 et des Folie\u2019s de Paris, ancien théâtre magnifiquement restauré en cabaret par un homme d\u2019affaires venu de France, qui confond les sceptiques et contribue avec classe à la notoriété du quartier.Du haut de l\u2019ascenseur public du Faubourg, qui domine le quartier Saint-Roch, on peut imaginer ce que ce quartier serait devenu si le rêve du maire des années 80 s\u2019était réalisé: une «Grande-Place », le dixième du quartier, métamorphosée en une foret de gratte-ciel dépassant pour certains trente étages ! L\u2019élection municipale de novembre 1990 a scellé l'issu de la bataille des millions, où tout le monde voulait « sauver » Saint-Roch.Privilégiant un type de développement urbain moins lourd, l\u2019équipe du «Rass-Pop » de Jean-Paul L\u2019Allier, qui prend alors le pouvoir \u2014 et l\u2019a gardé depuis \u2014 annule les contrats et amorce le chemin qui mène à la renaissance actuelle.Avec comme pierre angulaire l\u2019aménagement du magnifique Jardin de Saint-Roch, le modèle L\u2019Allier a jusqu\u2019à ce jour entraîné pour plus de 150 M $ d\u2019investissements publics et privés, dans une zone urbaine qui conserve une harmonie.Mais tout ne peut changer en un jour ! En circuit fermé, les motards s\u2019y disputent encore le contrôle des bars louches et les groupes populaires luttent pour que les plus pauvres de Saint-Roch n\u2019en soient pas simplement expulsés.Et si le « Jardin » a pris la place du rebelle Îlot-Fleuri, ce dernier n\u2019a pas disparu ; la population a tenu à rebâtir ce jardin populaire \u2014 à voir absolument \u2014 sous les surréalistes bretelles de l\u2019autoroute, où des jeunes ont justement consacré deux mois de leur été 2000 à peindre une façade de cathédrale gothique sur deux poutres de béton.Tout à fait approprié pour un quartier qui, autre symbole de renouveau, offre depuis quelques années Le Festival de musique sacrée de Saint-Roch, une première en Amérique du Nord.\u2022 La couronne des villes intermédiaires L'Outaouais dans le dilemme des fusions Mathieu Turbide journaliste, Le Droit Poussé dans le dos par le gouvernement du Québec, l\u2019Outaouais a amorcé sa réorganisation municipale, en 2000, avec la mise sur pied de la nouvelle Communauté métropolitaine de l\u2019Outaouais (CMO).Le train de la réorganisation a bel et bien commencé sa course, même s\u2019il va trop vite aux yeux des uns, alors que d\u2019autres voudraient bien accélérer la cadence et y aller à pleine vapeur.Ainsi, au courant de l\u2019an 2001, la CMO remplacera la Communauté urbaine de Saint-Roch, nouveau quartier latin L\u2019Outaouais dans le dilemme des fusions 248 Le territoire québécois I\u2019Outaouais (CUO) qui réunissait depuis une dizaine d\u2019années les cinq villes les plus importantes de la région : Gatineau, Hull, Aylmer, Buckingham et Masson-Angers.Le territoire de la CMO sera plus vaste et s\u2019étendra jusqu'aux municipalités semi-rurales entourant la zone urbaine.Pour rétablir un équilibre fiscal et limiter l\u2019étalement urbain, la ministre des Affaires municipales, Louise Hard, tenait mordicus à inclure dans la structure de la CMO les municipalités qui formaient la Municipalité régionale de comté des Collines de l\u2019Outaouais (MRC des Collines).«Je plaide qu\u2019il s\u2019agit de banlieues et non pas de municipalités rurales, a-t-elle expliqué.Ce n\u2019est pas un retour en arrière, comme le disent certains, d\u2019inclure la MRC dans la future CMO.Il faut regarder en avant et voir les tendances qui ont changé au cours des 10 dernières années.» Les municipalités de Chelsea, Val-des-Monts, La Pêche et Pontiac se retrouveront donc \u2014 bien malgré elles \u2014 dans la nouvelle communauté.La MRC des Collines continuera d\u2019exister.Son mandat sera toutefois redéfini, selon les pouvoirs qui seront attribués à la nouvelle CMO.Selon le communiqué du ministère des Affaires municipales, la MRC serait toutefois assurée de conserver son pouvoir d'évaluation foncière et de développement local.Les fonctions de la future CMO Mais que fera cette nouvelle structure politique municipale?Sensiblement le même travail que l\u2019actuelle CUO, soit l\u2019aménagement du territoire et la gestion des déchets, en y ajoutant plusieurs responsabilités traditionnellement dévolues aux villes, mais qui touchent toute la région et non seulement un secteur particulier.Ces services « à caractère supra-local », pour utiliser l\u2019expression des fonctionnaires, sont, par exemple, la gestion des cours municipales, les services informatiques, la sécurité publique, ainsi que des équipements culturels, sportifs et de développement économique à portée régionale.Parmi ceux-ci, mentionnons l\u2019aéroport de Gatineau, le Palais des congrès de Hull, la Maison de la Culture de Gatineau et l\u2019Écomusée de Hull.Avant que la CMO ne voie le jour, il faudra régler la difficile question du partage des coûts de ces équipements et services.Le développement économique international, le transport en commun et le partage des ressources foncières deviendront aussi des responsabilités de la nouvelle structure.Le conseil d\u2019administration de cette communauté métropolitaine sera composé de huit conseillers seulement, qui seront tous des élus des municipalités membres de la CMO.Seul le maire de Hull, comme représentant de la ville-centre, y aura un siège réservé.La future CMO sera financée par des quotes-parts versées par les municipalités membres, un peu comme la CUO actuellement.Cette nouvelle structure n\u2019aurait donc pas de pouvoir de taxation.Fusion ou communauté métropolitaine?La CMO devient donc une CUO élargie, avec plus de pouvoirs, répondant ainsi au scénario préféré de l\u2019actuel président de la CUO et maire de la ville d\u2019Aylmer, Marc Croteau.Mais son homologue de Hull, Yves Ducharme, voit dans cette communauté métropolitaine une forme d\u2019étapisme, qui devra, de toute façon, espère-t-il, mener à une fusion complète des villes de la zone urbaine de l\u2019Outaouais. La couronne des villes intermédiaires 24g M.Ducharme, qui dirige la ville de Hull depuis 1992, croit que l\u2019Outaouais ne devrait pas se contenter d\u2019une structure supra-municipale et aller directement vers la fusion.II cite en exemple les municipalités de la région d\u2019Ottawa, de l\u2019autre côté de la rivière, qui ont fusionné en une seule ville, éliminant du même coup l\u2019organisme régional qui les chapeautait : la Municipalité régionale d\u2019Ottawa-Carleton.C\u2019est d\u2019ailleurs cette fusion des villes ontariennes de la région en une seule entité de plus de 800 000 habitants, qui sert d\u2019argument aux tenants de la fusion en Outaouais.Certains représentants du milieu des affaires estiment que l\u2019Outaouais québécois ne pourra pas, avec la CMO, concurrencer la région ontarienne sur le terrain du développement économique en haute technologie.La rive ontarienne de l\u2019Outaouais est en train de devenir l\u2019un des pôles les plus importants au pays en haute technologie, mais les villes de l\u2019Outaouais québécois tardent à profiter de cette manne.Est-ce qu\u2019une structure comme la future communauté métropolitaine dont le président n\u2019aura pas reçu son mandat directement de la population fera le poids face à la grande ville d\u2019Ottawa?\u2022 Références ?Sites Internet Pour avoir accès au rapport du comité d'élus de l'Outaouais sur la réorganisation municipale www.metropole.gou.qc.ca/livre_blanc_2000/index.html La Communauté urbaine de l'Outaouais: www.cuo.qc.ca Les PME rurales : un dynamisme étonnant Laurent Deshaies et André Joyal Institut de recherche sur les PME, Université du Québec à Trois-Rivières Une opinion courante veut que les PME en milieu rural œuvrent généralement dans des domaines qui génèrent peu de valeur ajoutée, fassent appel à une main-d\u2019œuvre peu qualifiée et souffrent de façon endémique d\u2019un problème de sous-finance-ment.Les secteurs d\u2019activité de ces entreprises se rapportent à l\u2019alimentation ou à la première transformation de produits alimentaires, à la transformation som- maire du bois et à la mécanique peu élaborée.Ces entreprises se trouvent pré-sumément handicapées par un isolement qui les tient éloignées des grands réseaux d\u2019information ainsi que des sources d\u2019appui offertes par divers organismes de soutien généralement concentrés dans les régions métropolitaines.En fait, on estime que les entreprises en milieu rural sont marquées par un réel besoin d\u2019infor- L\u2019Outaouais dans le dilemme des fusions Les PME rurales : un dynamisme étonnant 250 Le territoire québécois mation à la fois sur l\u2019évolution des marchés et des nouvelles technologies.Ce tableau pessimiste tend heureusement à se dissiper de plus en plus.En se rapportant à ce que l\u2019usage désigne de plus comme étant la « nouvelle économie» où l\u2019information tend à s\u2019imposer comme le principal facteur de production, les choses évoluent rapidement.Ainsi, même si les entreprises continuent d\u2019évoluer à l\u2019intérieur des mêmes secteurs d\u2019activité, bon nombre d\u2019entre elles recourent dorénavant à des équipements de pointe et n\u2019hésitent pas à mettre sur le marché de nouveaux produits ou du moins des produits modifiés de façon suffisamment importante pour leur procurer un avantage concurrentiel.Elles se trouvent ainsi en mesure d\u2019affronter les nouveaux défis que pose un marché de plus en plus mondialisé.Le manufacturier complexe Pour mieux connaître l\u2019évolution de ces entreprises, des travaux [Joyal & Deshaies, 1992, 1996, 1997, 1998, 2000], furent effectués auprès de PME situées dans la zone rurale intermédiaire du Québec, soit principalement les régions de la Mauricie, de Launaudière et du Centre-du-Québec.Une entreprise est classée en milieu rural lorsqu\u2019elle est implantée dans une agglomération de 5000 habitants ou moins à l\u2019intérieur de la zone concernée.Ce chiffre correspond approximativement à la zone de transition où le gros village devient une petite ville et, dans ce sens, délimite de façon significative les municipalités urbaines et les municipalités rurales.Les enquêtes sur le terrain montrent bien l\u2019existence de PME rurales associées à ce qu\u2019il est convenu de désigner sous le nom de secteur « manufacturier com- plexe».Cette évolution s\u2019explique par le fait que les économies d\u2019agglomération n\u2019ont plus de nos jours l\u2019importance qu\u2019elles avaient autrefois.En conséquence, la conviction de plus en plus répandue concernant le rôle déterminant des nouvelles technologies de l\u2019information pour l\u2019avenir des régions rurales se trouve vérifiée.Celles-ci mettent fin à leur isolement et diminuent les coûts de transaction à la faveur de la mise en œuvre de nouveaux réseaux d\u2019information.Les présumés handicaps des PME rurales Les données de l\u2019ex-ministère québécois de l'Industrie, du Commerce, de la Science et de la Technologie (aujourd\u2019hui scindé) montrent que les PME manufacturières sont à l\u2019origine de plus de la moitié des emplois manufacturiers dans plusieurs régions administratives du Québec.La place relative de la PME manufacturière en région non métropolitaine demeure cependant plutôt marginale.Selon cette même source, cette situation s\u2019explique par les facteurs suivants : \u2022\tla faiblesse du marché régional ; \u2022\tl\u2019éloignement des autres régions du Québec; on pense ici aux coûts de transport relatifs à l\u2019approvisionnement et à l\u2019expédition ; \u2022\tl\u2019absence de main-d\u2019œuvre spécialisée.Les régions souffrent d\u2019une pénurie d\u2019ingénieurs et de travailleurs qualifiés.Les PME seraient obligées de recourir aux services de consultants extérieurs à leur région ; \u2022\tl\u2019absence de masse critique.L\u2019entrepreneur en région aurait souvent l\u2019impression de faire partie d\u2019une race en voie d\u2019extinction, au sens où il a souvent à faire face à l\u2019isolement dans son secteur d\u2019activité ; La couronne des villes intermédiaires 251 \u2022 l\u2019absence de recherche et développement.On y voit ici un lien avec les difficultés d\u2019obtenir de la main-d\u2019œuvre spécialisée.Les autres difficultés qui représentent un handicap pour les PME en milieu rural se rapportent à l\u2019accès au capital de risque, à l\u2019absence d\u2019entreprises de services, à l\u2019éloignement des organismes de recherche gouvernementaux et à l\u2019inexistence d\u2019une culture entrepreneuriale.Dans quelle mesure ces handicaps trouvent-ils vraiment leur importance dans un contexte où l\u2019information devient l\u2019un des principaux facteurs de localisation pour toute entreprise innovante?La réponse à cette question oblige à s\u2019attarder sur le concept d\u2019entreprise innovante en y associant en premier lieu ce qui est vu de plus en plus comme une nouvelle approche en matière de développement régional: l'essor de l\u2019entrepreneuriat local.Des PME de classe mondiale en milieu rural L\u2019innovation fait l\u2019objet d\u2019une attention grandissante de la part de dirigeants des PME québécoises.Non seulement plus des deux tiers des PME se sont réorganisées depuis 1990, mais pas moins de 70 % se sont engagées ces dernières années dans un processus de modification des méthodes de travail dans le but d\u2019accroître leur performance.Pour évaluer le côté innovateur des PME, on utilise le plus souvent les critères suivants : existence de R & D, certification « International Standard Organization» (ISO), adoption de nouvelles technologies, modification des produits, création de nouveaux produits et formation de la main-d\u2019œuvre.Des PME rurales, établies dans le Centre-du-Québec et relativement bien engagées dans l\u2019exportation, s\u2019inscrivent parfaitement dans ce processus.Elles méritent bien le qualificatif de PME innovante.En voici quelques illustrations.Les secteurs «traditionnels» Les secteurs industries du bois et du meuble, que l\u2019usage courant a longtemps qualifiés de mous ou traditionnels, offrent un bel exemple d\u2019activités traditionnelles bien orientées dans l\u2019économie du XXIe siècle.On se trouve en effet souvent en présence de produits élaborés, comme ces cercueils de niveau haut de gamme fabriqués sur la rive sud du Saint-Laurent et exportés aussi loin qu\u2019en Russie.Citons encore cette entreprise qui fabrique des panneaux isolants structuraux pour les maisons (cette technologie est en voie de remplacer le traditionnel « deux-par-quatre ») ou encore des bâtons de hockey en plastique de niveau très haut de gamme, dont l\u2019avenir apparaît plus prometteur que les bâtons traditionnels.Dans le cas de cette PME, son dirigeant n\u2019a pas manqué de mentionner que c\u2019est en naviguant sur la toile d'Internet qu\u2019il a pu prendre connaissance d\u2019un nouveau procédé de fabrication facilitant l\u2019impression sur les bâtons et assurant une plus longue durabilité.Quant au secteur du meuble, ici c\u2019est le design et la technologie qui confèrent à ces entreprises leur caractère innovant.D\u2019ailleurs c\u2019est maintenant reconnu, le Québec, ces dernières années, s\u2019est taillé une place très enviable dans ce domaine.Le groupe Laçasse de Saint-Pie-de-Bagot illustre très bien ce que le Québec sait faire en cette fin de siècle.Il en va de même de cette PME de la région de Lanaudière dont l\u2019hôtellerie constitue l\u2019un des principaux débouchés et où les nouvelles technologies ont été Les PME rurales : un dynamisme étonnant Les PME rurales : un dynamisme étonnant 252 Le territoire québécois introduites sans mettre à pied aucun des quelque 40 employés.Ou encore cette PME de la MRC de Maskinongé, toute fière d'avoir ajouté récemment le mot « international » à sa raison sociale.Cette entreprise, créée au début des années 80, a toujours eu l\u2019ambition de s\u2019implanter sur le marché américain et elle y est parvenue après une dizaine d\u2019années d\u2019existence grâce à la qualité de ses produits.Et aujourd\u2019hui ce sont de gigantesques camions remorques, portant fièrement le nom de l\u2019entreprise, qui transportent ses produits outre-frontière.Dans la MRC de rivière Batiscan, une PME, créée il y a seulement 10 ans, exporte près de go % de sa production en profitant d\u2019une nouvelle implantation dans une bâtisse transformée en « motel industriel ».Le réseau Internet contribue à faire connaitre ses produits à l\u2019étranger.D'abord la qualité Dans le secteur de la machinerie, une entreprise de Saint-Tite offre l\u2019exemple de systèmes d\u2019attache automatique tout à fait inédit pour fourragères, presses à foin et tracteurs agricoles.Dans le même secteur, une entreprise de Chesterville, dans le Centre-du-Québec, fabrique des enruban-neuses de fourrages dont on ne trouve pas l\u2019équivalent sur le marché.Dans le secteur du matériel de transport, une entreprise de Saint-Félix-de-Valois se spécialise dans la fabrication de bennes de camion monocoques dont la spécificité permet l\u2019exportation aussi loin qu\u2019en Australie.Dans le même secteur d\u2019activité et toujours dans cette même municipalité, une entreprise de 25 employés parvient à exporter pas moins de 72% de sa production.Pour cette entreprise comme pour toutes celles qui s\u2019implantent sur les marchés étrangers, la qualité est le maître mot.« L\u2019entière satisfaction de mes clients est très importante.Je surveille de près la qualité' et les delais de livraison, c\u2019est en partie notre force», nous a avoué son dirigeant.Dans un autre secteur d\u2019activité, une entreprise de Saint-Jacques-de-Joliette parvient à vendre ses cylindres hydrauliques pour camions dans pas moins de 18 pays alors qu\u2019une entreprise similaire de Sainte-Julienne exporte 30% de la production de ses cylindres.À son tour, son dirigeant a fortement insisté sur la qualité de ses produits.En fait selon lui, ce serait là un des principaux avantages des PME québécoises : « La grande différence entre une entreprise québécoise et une entreprise américaine c\u2019est que les Québécois ne lésinent pas sur la qualité, contrairement aux Américains qui ont tendance à être plus négligents.» Encore une fois, ce dirigeant n\u2019a pas manqué de signaler l\u2019importance de respecter les délais de livraison comme facteur de succès de toute PME exportatrice.Dans l'agroalimentaire Comme l\u2019agroalimentaire existe toujours bel et bien en milieu rural pour des raisons bien évidentes, mentionnons comme derniers exemples de PME rurales innovantes tout d\u2019abord cette entreprise du Centre-du-Québec spécialisée dans la production de jus de canneberge.L\u2019innovation ici se manifeste sous deux dimensions.Elle se trouve d\u2019abord reliée au procédé, tout à fait original, mis au point pour récolter les fruits dans les meilleures conditions possibles pour en préserver la qualité.Ensuite, la présentation du produit sous forme congelée semble répondre parfaitement aux exigences des clients d\u2019outre-frontière.Reste à persuader les Québécois des vertus alimentaires de ce petit fruit qu\u2019ils méconnaissent. La couronne des villes intermédiaires 253 À défaut de boire du jus de canneberge, les Québécois comme tous les Occidentaux boivent de plus en plus d\u2019eau embouteillée.C\u2019est ce qu\u2019ont compris les dirigeants de cette PME exportatrice située dans un village de la région de Nicolet dont l\u2019innovation prend également ici une double forme: la présentation du produit et la clientèle ciblée pour la production d\u2019eau pour.bébé.Hé oui, il suffisait d\u2019y penser ! Ces PME, de taille restreinte et toutes localisées en milieu rural, parviennent, pour la plupart, à exporter une proportion non négligeable de leur production.Même si certaines entreprises oeuvrent à l\u2019intérieur de secteurs jugés traditionnels, elles n\u2019en offrent pas moins toutes les caractéristiques propres aux entreprises innovantes.Ces PME, en plus d\u2019être «mondiales», sont également branchées sur les réseaux d\u2019information nécessaires à leur croissance et à leur développement.L'accès à l'information La performance économique des PME manufacturières en milieu rural, on vient de le voir, se trouve étroitement liée à leurs capacités d\u2019innovation, lesquelles dépendent grandement de la qualité des réseaux d\u2019information existants.On admet aujourd\u2019hui que le succès des PME exportatrices s\u2019explique en bonne partie par le recours à des réseaux d\u2019information efficaces ou au recours à ce que l\u2019on désigne de plus en plus par l\u2019expression « intelligence économique».En effet, faut-il le répéter, les PME qui réussissent le mieux sont celles qui maîtrisent les informations technologiques, concurrentielles et commerciales.Or, dans un contexte rural, on croit généralement que l\u2019information destinée aux entreprises est trop souvent inaccessible ou mal adaptée à leurs besoins.Qu\u2019en est-il au juste ?Dans une étude réalisée récemment auprès de 72 PME réparties également entre PME exportatrices et non exportatrices, il a été possible de vérifier, entre autres choses, s\u2019il y a une différence entre les PME localisées en milieu rural et celles localisées en milieu urbain, des petites villes telles Nicolet, Joliette, Victoriaville, Louiseville, etc.Tableau 1 Proportion des PME pour les pratiques innovatrices (en %) \t\t\t Recherche et développement\t72\t83\t75 Nouvelle technologie de production*\t57\t88,9\t65 Design des produits\t63\t61\t63 Formation des employés\t76\t83\t78 Conception de nouveaux produits\t72\t89\t76 Amélioration produits/production\t94\t100\t96 Certification ISO\t15\t22\t17 En voie de certification ISO\t24\t33\t26 Nombre total de caractères novateurs\t5\t6\t5 \u2022 La différence entre les deux groupes est statistiquement significative à un seuil de 0,05.\u201c PME localisées dans les villes de plus de 5000 habitants et de moins de 100 000 habitants.Les PME rurales : un dynamisme étonnant Les PME rurales : un dynamisme étonnant 254 Le territoire québécois Au plan de l\u2019innovation, l\u2019examen du tableau n° 1 permet d\u2019observer que les PME urbaines et rurales ne se distinguent pas de façon significative pour leurs pratiques innovatrices, à l\u2019exception des nouvelles technologies de production.Pour ce dernier aspect, l\u2019effet d\u2019isolement en milieu rural non métropolitain semble jouer un rôle.Dans l\u2019ensemble, pas moins de 96% des PME, tant rurales qu\u2019urbaines, ont procédé ces dernières années à des améliorations dans leurs produits comme dans leurs procédés de fabrication, alors que 75 % déclarent faire de la recherche & développement.Si la certification ISO n\u2019occupe pas une place importante, il ne faut pas y voir un désintéressement envers la qualité totale mais plutôt une absence de besoin véritable pour des entreprises qui, souvent, produisent un bien allant directement au consommateur.Une perception positive Quant à la perception des dirigeants (tableau n° 2) au sujet de la position de leur entreprise dans leur secteur pour les caractères innovants, elle est également positive tant en milieu rural qu\u2019urbain, même s\u2019il y a une légère différence pour la formation de la main-d\u2019œuvre (près du seuil de signification statistique de 0,05).Ainsi, pour chacune des autres pratiques innovatrices, les dirigeants voient leur entreprise à un échelon légèrement supérieur à la moyenne des entreprises québécoises œuvrant dans leur secteur d\u2019activité.Un résultat qui s\u2019explique par la part importante (28/60) occupée par les PME exportatrices au sein de l\u2019échantillon étudié.Il importe de signaler que le site d\u2019implantation des PME a peu d\u2019effet sur le caractère innovateur des entreprises en milieu non métropolitain.Mais une question demeure : est-ce que les PME rurales doivent compenser pour leur éloignement au plan de la recherche d\u2019informations afin d\u2019obtenir une égale performance aux PME urbaines ?Parmi les réseaux d\u2019information considérés, onze sont utilisés dans les mêmes proportions par les PME rurales et urbaines.Il y a différence significative dans seulement deux cas : les foires commerciales et les réseaux d\u2019entreprises.Les PME urbaines y ont davantage recours dans les proportions suivantes : 94% comparativement à 72% et 67% comparativement à 37 % et les deux types de réseaux Tableau 2 Perception de la position de la PME par rapport aux entreprises du même secteur pour l'innovation (moyenne sur une échelle de 1 à 5)* \t\t\t Recherche et développement\t3,2\t3,5\t3,4 Nouvelle technologie de production\t3,4\t3,4\t3,4 Design des produits\t3,3\t3,6\t3,4 Formation des employés\t2,9\t3,7\t3,1 Conception de nouveaux produits\t3,5\t3,9\t3,6 Amélioration produits/production\t3,7\t4,0\t3,7 \u2022 Les différences entre les deux groupes ne sont pas statistiquement significatives. La couronne des villes intermédiaires 255 semblent s\u2019appuyer l\u2019un sur l\u2019autre.Par ailleurs, les PME rurales accordent plus d\u2019importance aux centres de recherche privés que les urbaines et doivent en obtenir l\u2019appui en dehors de leur propre région d\u2019implantation, tout en retenant davantage les services des commissaires industriels de leur propre région.Des complexes en voie de disparition Ainsi les PME rurales n\u2019ont rien à envier aux PME urbaines tant sur le plan de l\u2019innovation que de la pénétration des marchés étrangers.Cette situation nouvelle résulte de changements dans l\u2019importance accordée aux facteurs de localisation et de production et d\u2019esprit d\u2019en-trepreneurship des dirigeants en milieu rural.Les PME rurales sont maintenant en mesure d\u2019aller chercher l\u2019information dont elles ont besoin.Ainsi, on peut donc nuancer les conclusions auxquelles arrivent les chercheurs de l\u2019ex-ministère de l\u2019Industrie, du Commerce, de la Science et de la Technologie pour expliquer la faible présence d\u2019entreprises manufacturières en milieu rural : \u2022 la/aiblesse du marché régional.Pour l\u2019ensemble des entreprises étudiées, les limites du marché local et régional peuvent être compensées par les possibilités offertes par le marché de l\u2019exportation ; l\u2019éloignement des grands centres urbains.Pour la majorité des entreprises étudiées il ne s\u2019agit pas d\u2019un facteur déterminant.Le réaménagement du processus de production et le type de produit expliquent le succès de certaines PME, peu importe leur éloignement des grands centres ; l'absence de main-d'œuvre spécialisée.Effectivement plusieurs dirigeants d\u2019entreprise ont fait part de leurs difficultés à embaucher du personnel qualifié.l\u2019absence de masse critique.Une impression d\u2019isolement de la part des dirigeants n\u2019est pas décelée par les études.Chacun a son réseau d\u2019information dont les éléments clés se trouvent à l\u2019extérieur de sa région ou du pays ; l\u2019absence de R & D.Mis à part certains secteurs comme les produits métalliques dans le cas du Québec central, les entreprises se trouvent engagées à un degré relativement élevé dans des activités de R & D.Cet engagement s\u2019avère une condition sine qua non de succès sur les marchés étrangers.?Références Deshaies, L, P.Julien et A.Joyal, «Le recours au milieu par les PME québécoises Exportatrices», dans Revue canadienne des sciences régionales, vol.15, n° 2,1992.Jean, Bruno, «Vers une première politique : aménager l'avenir des campagnes au xxie siècle », dans Roch Côté (sous la dir.de), Québec 2000, Fides, Montréal, 1999-Joyal, A.et L.Deshaies, « Développement local et PME québécoises innovantes : un lien à explorer», dans Revue canadienne des sciences régionales, vol 19, n° 3,1996.Joyal, A.et L.Deshaies, «Des PME québécoises en région face à la mondialisation», dans Revue internationale d'études canadiennes, n° 16, automne 1997-Joyal, A.et L.Deshaies, «Des PME québécoises en milieu rural: des exemples de Succès», dans Revue d'Économie Régionale et Urbaine, n° 4,1998.Joyal, A.et L.Deshaies, «Réseaux d\u2019information des PME en milieu non métropolitain», dans Cahiers de géographie du Québec, vol.44, n° 122, à paraître.Les PME rurales : un dynamisme étonnant Les PME rurales : un dynamisme étonnant 256 Le territoire québécois Une chose apparaît certaine, les complexes d\u2019infériorité envers les entrepreneurs urbains se dissipent en milieu rural.Nous n\u2019en sommes plus au pessimisme circulant encore dans les milieux ruraux dans les années soixante-dix.La diffusion des technologies place les entreprises du milieu rural dans une situation quasi analogue à celles des grands centres.Il demeure cependant que les entrepreneurs en milieu rural auraient intérêt à demeurer vigilants.Bref, le succès récent des PME du Québec rural intermédiaire montre que le milieu rural peut être le berceau d\u2019entreprises innovantes sur tous les plans, dynamiques, exportatrices, etc.En ce sens, elles constituent autant de raisons d\u2019être optimistes pour les futurs entrepreneurs.\u2022 La couronne périphérique Vers une gestion patrimoniale des forêts du Québec Luc Bouthillier Faculté de foresterie et de géomatique, Université Laval Février 1999, L\u2019Erreur boréale, film documentaire sur l\u2019état et la gestion des forêts québécoises, secoue les acteurs d\u2019un monde habitué à plus de discrétion dans ses remises en question.Le film relance la mise à jour du régime forestier amorcée deux ans plus tôt et qui se déroule dans l\u2019indifférence malgré un bilan exhaustif appelant à des révisions profondes.L\u2019intention des autorités consiste en effet à « bonifier » le régime en vigueur depuis 1987.La Coalition pour la sauvegarde des forêts boréales profite de cette attention médiatique pour lancer son message : « On coupe trop, on coupe mal et personne n\u2019est responsable ».Bien qu\u2019il se défende d\u2019adhérer à ce verdict, le ministre responsable des forêts, Jacques Brassard, accuse le coup.La proposition de renouvellement du régime forestier, qu\u2019il officialisait le 30 mai 2000, réaffirme que l\u2019accès des entreprises aux forêts du Québec est un privilège.On entend donc resserrer la gestion des forêts publiques.Portrait et concepts La vision de paysages dévastés après le passage des industriels forestiers est spectaculaire.Elle attise les craintes de pénurie, de fermeture d\u2019usines, de misère sociale et de fragilité écologique.Ces craintes sont-elles justifiées ?Le projet de renouvellement du régime apporte une réponse nuancée à cette interrogation.Mais avant de l\u2019examiner, précisons un peu le portrait.La forêt québécoise constitue un patrimoine naturel impressionnant.La forêt dite commerciale, où l\u2019on est susceptible La couronne périphérique 257 de couper du bois pour des fins industrielles, couvre 30% du territoire québécois.Il s\u2019agit d\u2019une superficie de 45,5 millions d'hectares.C\u2019est l'équivalent de la Suède au grand complet.Plus de 120 000 propriétaires détiennent 6,6 millions d\u2019hectares généralement localisés dans un rayon de 50 kilomètres des municipalités.Le reste, 38,9 M ha, forme le domaine public.11 est géré par l'État à travers un régime forestier désignant les industriels comme les principaux maîtres d\u2019œuvre de la foresterie sur les terres publiques.En échange de redevances, près de 400 M $ par an, on leur accorde des contrats d\u2019approvisionnement d'une durée de 25 ans et qui sont renouvelables aux cinq ans.Ils doivent planifier et exécuter les travaux de récolte, d\u2019aménagement et de restauration de la forêt.De plus, ils ont la responsabilité d\u2019harmo-niser les usages sur le territoire.La possibilité forestière Depuis dix ans, il se récolte en moyenne 35 millions de m! de bois chaque année dans l\u2019ensemble de la forêt québécoise.Des opérations annuelles qui s\u2019étendent sur une surface égale à huit fois l\u2019île de Montréal sont-elles exagérées?Pour répondre à cette question, il faut recourir au concept de possibilité forestière.Sommairement, il s\u2019agit de la plus grosse récolte acceptable en regard des capacités de croissance de la forêt.Tel un rentier, on veut seulement prélever les intérêts sur le capital.Le problème réside dans la variété de la forêt et de ses réactions.En surcroît de la division entre les forêts résineuses, mixtes et feuillues, il existe une foule d\u2019autres facteurs comme l\u2019âge des arbres, la densité des tiges et la fertilité des sols, par exemple.Ils distinguent chaque hectare de forêt.II faut donc regrouper plusieurs variables pour arriver à identifier la croissance forestière sur une unité d\u2019aménagement donnée.De plus, la sylviculture influence cette croissance.Cultiver une forêt permet d\u2019obtenir un rendement à maturité qui devrait être supérieur à celui d\u2019une forêt laissée à elle-même.Le calcul de la possibilité forestière relève donc d\u2019hypothèses de regroupement et de rendement qui rendent la chose complexe.Présentement, le travail de calcul relève des entreprises.On coupe trop En 1998, près de 26 M nfi de bois résineux ont été coupés sur le domaine public alors que l\u2019on estime la possibilité résineuse à 3oMm!.Comment qualifier cette pression de récolte ?En théorie, il n\u2019y a pas de problème.Cependant, les marges d\u2019erreur inhérentes aux regroupements des superficies forestières et l\u2019incertitude entourant l\u2019effet des traitements sylvicoles commandent plus de prudence.En regard de la ressource résineuse, le Québec évolue bel et bien dans une zone limite.La situation est moins aiguë pour les feuillus.Le ministre invoque maintenant la nécessité d\u2019agir avec précaution dans l\u2019attribution des volumes de bois à l\u2019industrie.En fait, pratiquement tout le bois résineux disponible sur les 120 aires d\u2019aménagement qui composent la forêt publique est attribué aux 225 détenteurs industriels de contrats d'approvisionnement et d'aménagement forestier (CAAF).Régionalement, on peut déjà prévoir des révisions à la baisse.Les représentants du ministère des Ressources naturelles dans le Bas-Saint-Laurent recommandent une baisse de 20% des attributions, même si les industriels soutiennent la véracité de Vers une gestion patrimoniale des forêts du Québec Vers une gestion patrimoniale des forêts du Québec 258 Le territoire québécois leurs calculs.Une guerre de chiffres s\u2019annonce.C\u2019est à partir de la confrontation des hypothèses des uns et des autres qu'on pourra juger de l\u2019avidité des forestiers par rapport à l\u2019état des forêts.Du côté de la forêt privée, une vaste opération de planification est en cours.Elle devrait déboucher sur un bilan de la situation d\u2019ici 2002.Néanmoins, nous pouvons constater, là aussi, qu\u2019une énorme pression s\u2019exerce sur les essences résineuses.Cette pression s\u2019explique.Au cours des dix dernières années, la fermeture de 300 scieries aux États-Unis, notamment dans les États du nord-ouest, a engendré des occasions d\u2019affaires que l'industrie québécoise a su saisir.Avec ses 2800 usines disséminées à la grandeur du Québec, un tel développement allait de pair avec l\u2019obsession pour l'emploi des dirigeants politiques.Dans un contexte mondial ou l\u2019on prévoit pour la prochaine décennie un déficit de l\u2019ordre de 320 M m! dans l\u2019offre de bois résineux, le phénomène s\u2019accentuera.Les stocks de forêts mûres seront très convoités.Une grande faiblesse La situation souligne une des grandes faiblesses de la foresterie québécoise : c\u2019est d\u2019abord une affaire d\u2019abattage.Le travail consiste à cueillir une forêt héritée de la nature au plus bas coût possible.La culture de la forêt ne fait pas vraiment partie des mœurs même si elle justifie la récolte actuelle.L\u2019obligation de renouveler les réserves fait partie des conditions à remplir pour obtenir des approvisionnements.Elle n\u2019est pas une fin en soi.L\u2019effort sylvicole est dicté par le coût de revient de la matière première à l\u2019entrée de l\u2019usine.Le problème résultant de cette attitude est aggravé par un manque de collégialité.Chaque industriel poursuit sa voie de façon relativement indépendante des autres qui évoluent sur le même territoire.Pour corriger la situation, les autorités visent à rendre «coresponsables» les détenteurs de contrats en forêt publique.Tous les industriels évoluant sur une même unité d\u2019aménagement seront conjointement responsables de mettre en œuvre les stratégies d\u2019aménagement et d\u2019atteindre les résultats prévus dans les simulations.Cette démarche intégrée sera exigeante pour plusieurs scieries et pape-tières.Elle pourrait bien se traduire par l\u2019avènement de sociétés forestières dédiées à la production de bois qu\u2019achèteront des usines de transformation.La lutte au gaspillage et les synergies espérées avec l\u2019intégration des activités deviendraient ainsi plus vraisemblables.Pour l\u2019instant, le niveau de coupe autorisé aujourd\u2019hui ressemble à un pari osé.Il résulte d\u2019une démarche manquant de transparence menée par des acteurs plus sensibles aux perspectives de marché qu\u2019à l\u2019état des forêts.Dans une perspective de lutte contre le chômage, ce n\u2019est pas mauvais, encore qu\u2019il faille escompter les gains de productivité qui permettent de récolter et de transformer de plus en plus de bois avec de moins en moins de travailleurs.Mais dans l\u2019esprit d\u2019un développement qui se prétend durable, c\u2019est plus discutable.On coupe mal Les images de dévastation diffusées dans L'Errtur boréale appellent également à remettre en question la manière dont on effectue la récolte.Dans ce cas, le verdict est plus clair.En dépit de toute l\u2019attention apportée pour éviter la création de « déserts », le paysage est généralement La couronne périphérique 259 bouleversé après le passage des opérations forestières.Plus de 80% des récoltes résultent de coupes totales.Chaque année, depuis dix ans, on coupe à blanc une superficie correspondant à vingt fois celle de l\u2019île d'Orléans.Malgré le respect des règlements, la récolte cause des ruptures importantes dans la continuité des paysages.Les séparateurs de coupe et autres bandes vertes apparaissent dérisoires tant aux yeux des forestiers que des autres usagers de la forêt.Ainsi, les autorités proposent-elles de mieux disperser les coupes.On entend aussi stimuler le recours à des options de rechange à la coupe totale.En forêt boréale, par exemple, la coupe avec protection des gaules, tiges dont le diamètre est inférieur à 9 cm, est pleine de promesses.Évidemment, tout cela coûte un peu plus cher dans l\u2019immédiat.Mais, il s\u2019agit de travailler avec la nature d\u2019une façon qui peut être rentable économiquement, judicieuse écologiquement et acceptable socialement.Dans cette veine, la proposition d\u2019imposer une limite nordique au-delà de laquelle il sera interdit de récolter du bois pour subvenir aux besoins d\u2019une usine et celle de protéger intégralement certains écosystèmes forestiers dits exceptionnels invitent aussi à débrider l\u2019imagination des experts.Ces mesures permettent d\u2019aborder un objectif de maintien de la biodiversité.Toutefois, la création de réservoirs de biodiversité ne doit pas évacuer cet enjeu de la foresterie comme telle.Elle devrait aussi induire une ouverture à la gestion écosystémique.L\u2019objectif d\u2019une telle approche consiste à réduire le plus possible l\u2019empreinte humaine sur la forêt tout en en tirant une production économique.Personne n'est responsable La dernière critique inspirée de L\u2019Erreur boréale est que la curée des industriels forestiers échappe à tout contrôle ou pire, profite de la complaisance des gardiens de l\u2019intérêt public.La formule est abusive.Mais le personnel et les moyens d\u2019encadrement ont manqué.Les détenteurs de CAAF ont été laissés à eux-mêmes.Le pire aurait été évité en dépit de l\u2019hégémonie de la vision industrielle.Cependant, on ne peut rien conclure quant aux grands objectifs de maintien des rendements et de respect des composantes du milieu fixés en 1987.Un groupe de travail occupé à dresser le bilan du régime forestier au sein du ministère des Ressources naturelles concluait en juin 1997 qu\u2019il est impossible de vérifier si la protection du milieu et de ses ressources est assurée.Ailleurs dans ce rapport, on peut aussi lire que les données disponibles ne permettent pas de conclure que les travaux ont été réalisés au bon endroit, au bon moment et de la bonne façon.Les mesures de suivi et d\u2019évaluation sont jugées insatisfaisantes.La gestion des infractions apparaît inadéquate.La formation des travailleurs forestiers est qualifiée d\u2019insuffisante.La nécessité de resserrer les contrôles semble se justifier.Dans sa proposition de renouvellement, le ministre entend lever 15,5 M $ par année auprès des bénéficiaires de contrats afin de déployer en forêt plus d\u2019effectifs et d\u2019augmenter l\u2019intensité de la vérification.Bien qu\u2019il n\u2019en soit pas question, la possibilité d\u2019employer des vérificateurs indépendants pour mener des évaluations plus stratégiques devrait complémenter cette mesure.L\u2019exigence que les détenteurs de droits sur les bois de la forêt publique produisent un bulletin de performances Vers une gestion patrimoniale des forêts du Québec Vers une gestion patrimoniale des forêts du Québec 260 Le territoire québécois environnementale et forestière à tous les cinq ans viendra s\u2019ajouter à leurs devoirs.Cette condition apparaît cohérente avec la certification environnementale de l\u2019aménagement forestier que tentent d\u2019obtenir plusieurs grandes entreprises forestières.Des contrôles vraiment publics Un élément crucial du renforcement des contrôles réside dans la réappropriation par les autorités du calcul des possibilités forestières et de la définition des objectifs à atteindre en termes de rendement, de protection et de mise en valeur de la forêt.On ne demandera plus «aux renards de compter les poules».L\u2019autre élément majeur tient dans un processus élargi de participation du public.On entend obliger les bénéficiaires de contrats à pratiquer une planification en consultation avec les autres usagers du territoire.Les critères de sélection des « personnes désignées» pour participer à la planification réfléchissent un certain corporatisme forestier.Les pourvoyeurs, les gestionnaires de ZEC, les représentants des MRC et des communautés amérindiennes forment des publics naturels vers qui se tourner pour enrichir la planification.Par ailleurs, on ne considère pas l\u2019importance de développer des capacités à la participation.Une intention affirmée de participation du public représente néanmoins l\u2019expression tangible d\u2019un principe de responsabilité vis-à-vis de la nature.Le défi consiste à ouvrir la discussion à des gens valorisant le sens de la durée en dépit d'une société marquée par l\u2019éphémère de l\u2019ici, maintenant, toujours plus.Les moyens annoncés semblent modestes à cet égard.Une vision étroite Jusqu\u2019ici, cette analyse témoigne de la vision étroite adoptée par les autorités en vue d\u2019actualiser le régime forestier.L\u2019attention est concentrée sur la disponibilité de matière ligneuse et sa transformation dans la perspective d\u2019un marché mondial.C\u2019est compréhensible.L\u2019industrie forestière du Québec fournit 75 000 emplois dont 21 000 en forêt.Elle contribue pour 16% du secteur manufacturier avec des livraisons qui valaient 16 milliards en 1999 et qui étaient exportées à plus de 80%.De plus, toute cette activité est relativement décentralisée.Toutes les régions en profitent.Mais est-il possible d\u2019augmenter les retombées de cette activité dans les régions ressources ?Les autorités acquiescent avec cette proposition en rappelant qu\u2019il est loisible pour des individus et des organismes non reliés à l\u2019industrie d\u2019obtenir des conventions d\u2019aménagement pour favoriser le développement économique régional.Aujourd\u2019hui, on dénombre 66 conventions en vigueur dans les réserves forestières.Bien que présentées comme une manifestation tangible de l\u2019idée de forêt habitée sur laquelle il faut tabler, les conventions d\u2019aménagement forestier ne jouissent pas d\u2019un nouvel élan dans la proposition des autorités.L\u2019État ne précise pas son rôle d\u2019accompagnateur.Une dimension communautaire congrue Cette problématique soulève la question de la capacité des communautés dépendantes de la forêt à participer au développement de leur milieu et à se responsabiliser envers leur environnement.Bien qu\u2019effleurée avec les propositions au sujet de la participation du public à la planification, la dimension communautaire de la la couronne périphérique 261 politique forestière reste congrue.Les conditions habilitant des instances locales à assumer un rôle actif dans la planification et la mise en œuvre de la foresterie ne sont pas identifiées.Rien n\u2019est prévu non plus pour expliciter la contribution de l\u2019administration publique à l\u2019infrastructure sociale des communautés.La qualification et la diversification de la main-d'œuvre rencontrent le même silence.La fonction structurante des entreprises forestières semble composer un acquis.Des aspects humains négligés La place effacée tenue par la forêt privée dans la proposition d\u2019actualisation du régime est symptomatique d\u2019une difficulté à aborder les aspects humains en politique forestière.On semble y voir des contraintes plutôt que des éléments de solution.Le traitement de la question autochtone est également limité.Le ministre propose d\u2019adapter la réglementation pour concilier les exigences du régime avec les activités traditionnelles exercées à des fins alimentaires, rituelles ou sociales.La culture et le contexte politique rendent ces communautés «distinctes».Elles imposent une formule de cohabitation qui dépasse la survivance d\u2019activités coutumières.Les enjeux environnementaux Les enjeux environnementaux disposent d\u2019une attention tout aussi limitée que leurs pendants sociaux dans la proposition gouvernementale.La forêt, c\u2019est beaucoup plus qu\u2019un tas de bois.C\u2019est le lieu d\u2019un formidable régulateur écologique dont les effets se font sentir du micro-site au globe tout entier.Le document de renouvellement du régime forestier rappelle l\u2019existence des deux conventions internationales les plus significatives.Les conventions sur la bio- diversité et sur les changements climatiques figurent parmi les premiers engagements mondiaux en faveur du développement durable.La proposition québécoise ne donne pas la mesure de tout le bouillonnement que suscitent la ratification éventuelle d\u2019une convention sur les forêts et les démarches de certification environnementale.Elle a de la difficulté à s\u2019inscrire dans la mouvance des considérations environnementales afin de renouveler les pratiques forestières.On entend seulement garder le cap avec la stratégie de protection des forêts adoptée en 1994.Une conception utilitariste Le projet avancé par les autorités pour renouveler la foresterie québécoise contient plusieurs mesures capables d\u2019accélérer la transition vers la culture de la forêt.Il reflète cependant une conception utilitariste de ce milieu naturel.Il se veut un moyen pour mieux matérialiser la richesse de la forêt.La vision du consommateur domine celle de l\u2019intendant même si on qualifie la forêt de patrimoine collectif.En suggérant d'agir avec transparence et précaution afin de respecter la population, de protéger l\u2019environnement, d\u2019attiser le dynamisme des communautés et de sauvegarder des emplois, les pouvoirs publics saisissent les termes de l\u2019équation.II leur reste à mieux les agencer afin que leur proposition politique prétende à la gestion patrimoniale.L\u2019occupation du territoire forestier enjoint à imaginer une occupation territoriale située à la jonction des phénomènes de mondialisation des flux commerciaux, d\u2019enracinement des communautés humaines et de résilience des écosystèmes.Cela suppose une opinion publique éclairée.Un travail de sensibilisation et d\u2019information est donc prescrit Vers une gestion patrimoniale des forêts du Québec Vers une gestion patrimoniale des forêts du Québec 262 le territoire québécois auprès du plus vaste public possible afin de faciliter un large débat en matière de gestion des forêts.L\u2019Erreur boréale a généré un souci suffisant auprès des Québécois pour qu\u2019ils s\u2019intéressent à leurs forêts.À en juger par la proposition gouvernementale, leurs craintes ont été entendues.\u2022 Références Ressources et industries forestières, Portrait statistique 1999, ministère des Ressources naturelles du Québec, Gouvernement du Québec.Bouthillier, L, «Forest policy in Quebec: Consolidation and Change», dans Canadian Forest Policy : Regimes; Policy Dynamics and Institutional Adaptations, Michael Howlett (sous la dir.de), University of Toronto Press, Toronto, 2000.Bouthillier, L, S.Côté, J.Désy et M.Carrier, «La viabilité des communautés dépendantes de la forêt», dans Gouvernance et territoires ruraux: Élément d'un débat sur la responsabilité du développement, Carrier et Côté (sous la dir.de), collection Science Régionale, Presses de l'Université du Québec, Sainte-Foy, 2000.Jenkins, M.B.et E.T.Smith, The business of sustainable forestry; Strategies for an industry in transition, Island Press, Washington, 1999.Messier, C., « Penser et faire différemment pour une gestion et un aménagement durable de la forêt boréale», L'Aubelle, Ordre des ingénieurs forestiers du Québec, mars 1999.?Document audiovisuel L'Erreur Boréale, réalisation de Richard Desjardins et Robert Monderie, Office national du film, 1999.?Site Internet Ministère des Ressources naturelles, secteur Forêt: www.mrn,gouv.ca/3/intro.asp Les lots intramunicipaux en Abitibi : un bilan mitigé Guy Chiasson et Gaston Gadoury Departement des Sciences sociales, Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue Historiquement, le développement de l\u2019Abitibi-Témiscamingue (AT) fut intimement lié aux activités du grand capitalisme spécialisé dans la première transformation des ressources naturelles.Des compagnies forestières et minières comme Noranda, Norbord et Tembec, pour ne nommer que celles-là, ont dominé le paysage économique régional [Colom-bino et Sabourin, 1982].La région, tout comme la Gaspésie et le Saguenay-Lac-Saint-Jean, mérite bien le qualificatif de « région-ressource ».Cependant, depuis quelques décennies, les La couronne périphérique 263 activités de première transformation qui ont présidé au développement des régions-ressources entrent dans une logique de déclin qui entraîne la crise de l\u2019emploi et du développement régional [Julien, 1997].Retenons, comme explication, la mécanisation accrue des activités primaires, l\u2019épuisement des ressources et l\u2019augmentation de la compétitivité internationale [Brouillette, 2000].Trouver de nouvelles voies Face à de grandes entreprises qui se désengagent vis-à-vis de l\u2019emploi régional, les acteurs régionaux sont contraints de trouver d\u2019autres voies de développement.Les régions québécoises sont appelées à miser sur le développement économique local, c\u2019est-à-dire sur l\u2019initiative des acteurs locaux et sur l\u2019émergence de projets innovateurs capables de stimuler la création d\u2019emplois à l\u2019échelle locale [Fontan et Tremblay, 1995 ; Julien, 1997].Une réponse innovatrice à la crise du développement des régions-ressources a pris forme en AT : la gestion municipale des «lots intramunicipaux».C\u2019est en 1994, suite à des pressions régionales, que le droit de gérer les terres publiques intra-municipales fut accordé aux municipalités par une entente intervenue entre le Conseil régional de développement de l\u2019Abitibi-Témiscamingue (CRDAT) et plusieurs ministères détenant la juridiction sur ces terres [Carrier, 1995].À cette « Entente spécifique » viendra s\u2019ajouter en 1995 un addenda qui précisera certaines dispositions de l\u2019Entente.L\u2019Entente spécifique voit les lots comme un «levier de développement régional».Toujours selon l\u2019Entente, la cession des forêts publiques permettrait l\u2019émergence de projets capables de créer des entreprises et de l\u2019emploi localement.Bref, les lots intramunicipaux se veulent un outil aux mains des milieux locaux pour stimuler le développement économique local.Aujourd\u2019hui, quel bilan peut-on faire de l\u2019expérience?La cession des terres intramunicipales est-elle une réponse efficace à la crise régionale de l\u2019emploi?Un potentiel à faire fructifier Les lots intramunicipaux occupent un territoire d\u2019environ 3500 km\u2019 (5,1% du territoire de l\u2019AT).C\u2019est donc un territoire et une couverture forestière relativement imposante qui sont cédés aux municipalités.Selon Julien Rivard, la grande majorité des lots sont boisés (environ 80%).Globalement, ils offrent une capacité de production annuelle de l'ordre de 250 000 à 350 000 mètres cubes [Rjvard, 1996].Sur ce territoire, l\u2019Entente spécifique prévoit deux grandes modalités de décentralisation : \u2022\tLes blocs de lots intramunicipaux de moins de 400 hectares (les « lots épars») deviennent la propriété des municipalités.Des terres publiques d\u2019une superficie de 548 km2 sont ainsi transférées aux municipalités.\u2022\tLa signature de conventions d\u2019aménagement forestier donnant droit aux municipalités (ou des groupes de municipalités) de gérer et d'utiliser la ressource forestière en vue d\u2019un développement économique local.Vingt conventions d\u2019aménagement donneront ainsi accès aux municipalités à un territoire d\u2019une superficie de 2963 km2 En plus du transfert des lots aux municipalités, l\u2019Entente contient aussi d\u2019autres dispositions visant à faciliter la mise en valeur du potentiel de développement des forêts publiques intramunicipales.Parmi celles-ci, mentionnons : Les lots intramunicipaux en Abitibi Les lots intramunicipaux en Abitibi 264 Le territoire québécois \u2022\tLa création de fonds de mise en valeur des lots pour chacune des MRC où sont investis une partie des recettes provenant des ventes de bois ou de lots en plus d'un montant de démarrage (1 million) accordé par le gouvernement.\u2022\tLa création au niveau de chaque MRC d\u2019un comité multiressource chargé d\u2019évaluer les projets de mise en valeur des lots et de conseiller les promoteurs locaux.Les lots intramunicipaux offrent donc un potentiel de développement local intéressant.Ce potentiel s\u2019il est inégal \u2014 certaines municipalités sont mieux dotées que d\u2019autres tant au niveau de la superficie que de la qualité des lots \u2014, reste tout de même réel.Certains exemples typiques illustreront la façon dont les milieux locaux ont procédé à la mise en valeur de ce potentiel.Quelques bons coups: Nédelec et Rapide-Danseur L\u2019expérience de Nédelec dans la MRC Témiscamingue est reconnue comme un succès de premier plan [Rjvard, 1996], La municipalité de Nédelec a d\u2019abord opté, pour la gestion de l\u2019ensemble de ses lots (bloc et épars), d\u2019en confier la mise en valeur à Roulée, une coopérative locale.La coopérative a signé une entente avec la compagnie Norbord qui prévoit que le bois commercial récolté sur les lots de la municipalité sera acheminé à l\u2019usine de la compagnie.En échange, Norbord confie à la coopérative les travaux forestiers sur un territoire adjacent à la municipalité mis sous Contrat d\u2019approvisionnement et aménagement forestier (CAAF), c\u2019est-à-dire sur un territoire public dont les droits d\u2019exploitation sont cédés par le gouvernement à la compagnie.Après seulement quatre années, les retombées directes de ce partenariat Norbord-Roulec sont impressionnantes.En 1998, la coopérative de travail embauchait 41 employés dont trois à temps plein, 31 sur 30 semaines et sept sur huit semaines.Pour une communauté d\u2019environ 500 habitants, la création de 41 emplois représente une contribution très significative [Commission des lots intramunicipaux, 1998].Diversification des pratiques Si le nombre d\u2019emplois créés est assez imposant, ce qui est doublement intéressant c\u2019est la diversification des pratiques forestières tant sur le territoire des lots intramunicipaux que sur celui du CAAF de la compagnie Norbord.Comme le fait remarquer le président de Roulée, la coopérative a, en effet, planté 100 000 arbres, fait de l\u2019éclaircie pré-commerciale sur 200 hectares et de l\u2019éclaircie commerciale sur 60 hectares.Auparavant, aucun travail sylvicole ne fut réalisé sur ce territoire.L\u2019implication de la coopérative de travail dans des activités d'aménagement forestier permet de créer des emplois forestiers supplémentaires ainsi que d'assurer un rendement forestier soutenu ce qui laisse espérer des emplois à plus long terme.Fait significatif, trois jeunes ayant une formation forestière sont revenus s\u2019installer à Nédelec, ce qui confirme que l\u2019expérience ouvre des possibilités locales pour un travail forestier plus spécialisé que les activités d\u2019extraction qui dominent l\u2019industrie.On peut aussi citer comme autre exemple intéressant celui de la municipalité de Rapide-Danseur dans la MRC Abitibi-Ouest.Cette municipalité s\u2019est fait rétrocéder un territoire relativement modeste, soit l\u2019équivalent de 44 lots épars La couronne périphérique 265 pour environ 1770 hectares et un bloc de 12 lots pour environ 492 hectares.Après une longue démarche de réflexion-consultation, il a été décidé de gérer localement le bloc de lots et de vendre la majorité des lots épars.La municipalité a embauché un ingénieur forestier pour réaliser des plans d\u2019aménagement pour son bloc de lots sous convention et pour les lots épars.Afin de définir ces plans d\u2019aménagement, toute une démarche a été enclenchée : le territoire a été inventorié, les données forestières et pédologiques ont été saisies et numérisées et des simulations informatiques d\u2019aménagements ont été réalisées.Sur le bloc de lots, un plan d\u2019aménagement intégrant potentiel forestier et besoins de la faune a été défini et accepté par la municipalité.Un deuxième inventaire sur le même modèle informatique a permis de définir un plan d\u2019utilisation privé pour chacun des lots épars en fonction de leurs potentiels spécifiques.Ces lots seront mis en vente dont 15 avec permission de construction résidentielle de la Commission de la protection du territoire agricole.Une expertise locale À ce jour, la gestion des lots intramuni-cipaux de Rapide-Danseur a créé un emploi à temps plein, un emploi à temps partiel en planification et l\u2019équivalent de un emploi sur 40 semaines pour des interventions d\u2019aménagement (préparation de terrain, reboisement, éclaircie précommerciale).Ce qui retient l\u2019attention dans la démarche à Rapide-Danseur c\u2019est le développement d\u2019une expertise locale en aménagement forestier.Le processus de définition des plans d\u2019aménagement a permis aux acteurs locaux de se concerter pour s\u2019approprier un savoir-faire dans la gestion de l\u2019espace forestier qui est habituellement réservé aux compagnies forestières.Si la contribution des lots de Rapide-Danseur à l\u2019emploi local reste pour l\u2019instant modeste, la municipalité a fait le choix de s\u2019assurer un contrôle local et d\u2019apprendre à gérer la ressource dans une perspective d\u2019utilisation multiple.Ce choix et les efforts consentis à une longue démarche de concertation et de planification locales entraînent un dynamisme positif et laissent espérer des projets futurs porteurs d\u2019emplois et de qualité de vie.Dans cette préoccupation de milieu habité et de qualité de vie, l\u2019aménagement d'un sentier pédestre de 3 km conduit à un promontoire qui permet de découvrir le paysage environnant, mais qui donne surtout accès, aussi bien aux ruraux qu\u2019aux urbains, à l\u2019observation de la flore et de la faune de la forêt boréale, à même les lots intramunicipaux de Rapide-Danseur.La «forêt habitée» Le groupe de recherche Forespoir de l\u2019Université du Québec à Chicoutimi s\u2019est intéressé à la question des lots intramunicipaux et à leur contribution au développement des collectivités locales en régions périphériques.Ces chercheurs proposent un projet de « forêt habitée » qui mise à la fois sur des utilisations multiples de la forêt et sur l\u2019émergence de nouvelles productions plus spécialisées mieux capables de mettre en valeur l\u2019ensemble du potentiel de l\u2019espace forestier [Désy, 1995].Les propos de Forespoir font prendre conscience que les activités de première transformation ne mettent pas pleinement à contribution les forêts.Les milieux locaux doivent trouver des utilisations de la forêt plus intégrées, spécialisées et davantage porteuses de développement que le sont les activités de première Les lots intramunicipaux en Abitibi Les lots intramunicipaux en Abitibi 266 Le territoire québécois transformation.De ce point de vue, on aurait espéré que la mise en valeur des lots en AT eût stimulé la création d\u2019activités locales plus spécialisées de façon à maximiser les retombées de développement.À l\u2019instar de la Commission, on constate que la grande majorité des projets de mise en valeur sont forestiers.Ces projets représentent un gain marqué pour le développement de I\u2019AT, si l\u2019on considère que ce potentiel était inutilisé.Sans nier que certains milieux locaux \u2014 c\u2019est le cas de Rapide-Danseur \u2014 ont pu développer des approches plus diversifiées, il demeure que la création d\u2019emplois est largement attribuable à des activités reliées, pour la plupart, à l\u2019extraction et la première transformation de la ressource.S\u2019il y a une ombre au tableau, c\u2019est bien le fait que la cession des lots a engendré peu de projets locaux faisant des utilisations plus spécialisées de l\u2019espace forestier.Si, comme le font remarquer certains observateurs, la mise en valeur des lots permet de consolider le travail dans les usines [Rivard, 1996], elle aurait pu aussi contribuer à l\u2019émergence de nouvelles productions plus spécialisées.À la décharge des milieux locaux, il faut admettre que cette absence de diversification s\u2019explique en bonne partie par un contexte de région-ressource très peu propice au développement local.Le difficile développement local en région-ressource L\u2019expérience des lots intramunicipaux se fait dans un contexte d\u2019essoufflement du développement de l\u2019Abitibi-Témisca-mingue.La région, comme les autres régions-ressources, est marquée par le déclin de son moteur industriel.Les lots intramunicipaux peuvent-ils favoriser la relance du développement de l\u2019AT ?La réponse n\u2019est pas simple.Dans un sens, elle est affirmative puisque les milieux locaux ont su se servir des forêts publiques intramunicipales pour créer de l\u2019emploi dans des communautés souvent affligées par le chômage.Au delà de l\u2019emploi et des activités économiques générées, il faut aussi souligner une contribution moins tangible mais tout aussi importante pour la mise en place d\u2019une dynamique de développement : la concertation entre les acteurs locaux, l\u2019expertise locale, etc.Mais la réponse n\u2019est pas que positive.Il faut rappeler que la création d\u2019emplois à pris forme surtout à partir d\u2019activités reliées à la première transformation du bois.C\u2019est comme si les milieux locaux restaient en partie accrochés aux activités déclinantes de première transformation, comme s\u2019ils hésitaient à embrasser pleinement le développement économique local.Comment s\u2019expliquer cette apparente difficulté à faire le virage vers le développement local ?Diane-Gabrielle Tremblay soutient, de façon convaincante, que le passage au développement local se fait beaucoup mieux dans des régions qui ont une longue histoire de petites industries régionales \u2014 la Beauce étant ici l\u2019exemple québécois par excellence.Dans les régions périphériques marquées par la mainmise des grandes entreprises sur la production, la transition se fait peu ou pas, comme si le fait d\u2019avoir une économie qui a dépendu des grandes entreprises rendait difficile la montée de projets de développement économique local [Tremblay, 1995].À titre d\u2019explication, disons tout simplement que la dépendance accrue envers les grandes entreprises et l\u2019absence d'une histoire de petite production locale prive une région ressource La couronne périphérique 267 comme l'AT de leviers essentiels à l\u2019émergence de projets locaux de développement: des savoir-faire et des expertises, du capital accumulé, une main-d\u2019œuvre formée, etc.Le poids de l'histoire Tremblay nous enjoint de ne pas négliger le poids de l\u2019histoire comme élément frein ou facilitateur du développement local.De ce point de vue, il est tout à fait compréhensible que les efforts de développement local produisent des succès mitigés dans des régions longtemps labourées par les grandes entreprises de première transfor- mation.Le développement local prend un peu plus difficilement sa place en AT, non pas parce que les acteurs locaux y sont moins dynamiques qu\u2019ailleurs ou qu\u2019ils manquent de volonté, mais plutôt parce que le contexte de région-ressource les prive de certains leviers essentiels à ce type de développement.Malgré le déclin de l\u2019économie de première transformation, l\u2019héritage de l\u2019Abitibi-Témiscamingue pèse de tout son poids sur les milieux locaux, jusqu\u2019à rendre difficile la recherche de voies alternatives de développement.\u2022 Références Brouillette, N., «Restructuration industrielle en région, le cas de la Mauricie, 1960-1995», dans P.Bruneau (sous la dir.de), Le Québec en changement: entre l'exclusion et l'espérance, Presses de l'Université du Québec, Sainte Foy, 2000.Carrier, M., «Décentralisation et stratégie entrepreneuriale en Abitibi-Témiscamingue: les lots intramunicipaux et le secteur agroalimentaire », dans M.U.Proulx (sous la dir.de), Regards sur la décentralisation gouvernementale au Québec, 6RIR, Chicoutimi, 1995.Colombino, E.et C.Sabourin, « Région-ressource ou économie sous-développée et dépendante ?», Possibles, vol.6, n° 2,1982.Commission des lots intramunicipaux, Rapport d'évaluation (présenté au Conseil régional de développement de l'Abitibi-Témiscamingue), décembre 1998.Désy, J., «Forêt habitée et lots intramunicipaux: les nouveaux fers de lance de la reconquête socioterritoriale des régions ressources?», dans S.Côté, J.L.Klein et M.U.Proulx (sous la dir.de), Et les régions qui perdent.?, GRIDEQ et GRIR, Rimouski et Chicoutimi, 1995.Fontan, J .M.et D.G.Tremblay, Le développement économique local: la théorie, les pratiques, les expériences, Presses de l\u2019Université du Québec, Montréal, 1994.Julien, P.A., Le développement régional: Comment reproduire les Beauce au Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, Québec, 1997- Proulx, M.U., Réseaux d'information et dynamique locale, GRIR, Chicoutimi, 1995.Rivard, J., Les lots intramunicipaux de l'Abitibi-Témiscamingue : un contrôle accru du milieu sur ses forêts, texte présenté à l\u2019Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue, 1996.Tremblay, D.G., « Flexibilité techno-organisationnelle et districts industriels: un piège ou un avenir pour les régions du Québec?» dans S.Côté, J.L .Klein et M.U.Proulx (sous la dir.de), Et les régions qui perdent.?, GRIDEQ et GRIR, Rimouski et Chicoutimi, 1995- Les ententes Entente spécifique sur la mise en valeur des lots intramunicipaux de l'Abitibi-Témiscamingue, signée par le CROAT, le ministère des Ressources naturelles, le ministère de l\u2019Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation, le ministère des Affaires municipales et le Secrétariat aux affaires régionales, 1994.Adenda à l'Entente spécifique sur la mise en valeur des lots intramunicipaux de l'Abitibi-Témiscamingue, 1995- Les lots intramunicipaux en Abitibi Les PME et le développement territorial 268 Le territoire québécois Les PME et le développement territorial : le cas des régions périphériques André Lemieux Université du Québec à Chicoutimi Depuis les trente dernières années, les régions périphériques du Québec ont accusé du retard en termes de développement socio-économique.L\u2019exode de leur population vers les grands centres urbains, la fragilité de leurs assises économiques attachées en grande partie à la grande entreprise, la dépendance envers les effets conjoncturels du marché international et le peu de valeur ajoutée à l\u2019exploitation de leurs ressources naturelles accentuent le niveau de difficulté pour la mise en oeuvre de véritables stratégies de développement.De plus, les changements structurels en cours de l\u2019économie notamment ceux reliés à la mondialisation des marchés, à la flexibilisation des processus de production, à la tertiarisation de l\u2019économie et à l\u2019avancée des nouvelles technologies de l\u2019information et de communication (NTIC) occasionnent des défis additionnels au développement des régions du Québec, notamment celles éloignées des grands centres urbains.Actuellement, les territoires qui s\u2019adaptent à ce nouvel environnement économique présentent des caractéristiques communes : \u2022\tles entreprises sont présentes sur les marchés extérieurs ; \u2022\telles procèdent à l\u2019introduction de nouvelles technologies ; \u2022\telles sont intégrées dans des réseaux locaux d\u2019innovation et elles ont de fortes relations avec le milieu local.Dans cette perspective, dans quelle mesure ces dernières observations se vérifient dans les régions périphériques québécoises?Une enquête effectuée auprès de PME manufacturières opérant leurs activités dans ces régions dégage des résultats significatifs et lance des éléments de stratégies de développement.De nouvelles opportunités Depuis le début des années 1950, les modes d\u2019organisation du système productif ont largement dicté la répartition géographique des activités économiques.Globalement, la recherche constante d\u2019économie d\u2019échelle et d'économie d\u2019agglomération a engendré un mouvement de concentration spatiale sans précédent de l'activité économique.De plus, depuis les années 1970, les sociétés industrielles sont confrontées à des mutations structurelles importantes.La mondialisation des marchés et l\u2019avancée progressive des NTIC, entre autres, ont un impact considérable sur les modes d\u2019organisation du système productif.Par conséquent, ces changements risquent de provoquer une certaine transformation de l\u2019organisation spatiale de l\u2019ensemble des pays industrialisés.Théoriquement, ces changements structurels, notamment les NTIC, risquent de diminuer l\u2019importance des facteurs traditionnels de localisation dont ceux reliés à la distance et à l\u2019éloignement.Ceci est grandement significatif dans la La couronne périphérique 26g mesure où les effets de distance ont toujours été la principale contrainte au développement des régions périphériques.Ces nouvelles réalités accentuent donc la capacité des activités économiques de s\u2019affranchir des contraintes traditionnelles de localisation.Les changements structurels ne vont pas systématiquement déterminer la répartition spatiale de l'activité économique, mais d'autres forces peuvent devenir plus décisives dans le choix de localisation tels le lieu d'origine de l\u2019entrepreneur et la qualité de vie.Ainsi, les mutations structurelles de l'environnement économique peuvent offrir de nouvelles opportunités pour ces régions.Une enquête effectuée auprès de 225 PME manufacturières en régions périphériques permet de mieux saisir ces nouvelles réalités.Cette enquête vise, d\u2019une part, à évaluer les comportements d\u2019adaptation des entreprises à l\u2019égard des changements structurels en cours et, d'autre part, à mettre en perspective la capacité de ces mêmes milieux à s\u2019adapter aux nouvelles exigences du marché (synergie territoriale, soutien du milieu local, etc.).Principaux résultats de l'enquête Afin que les entreprises puissent s\u2019inscrire dans cette nouvelle dynamique de marché, leurs stratégies doivent souscrire à certaines conditions, soit: \u2022\tune adaptation incessante à la variabilité de la demande ; \u2022\tune recherche constante de marchés spécifiques ; \u2022\tune ouverture continuelle aux nouvelles technologies de production.De notre échantillon, plus de la moitié des entreprises (53,7%) déclarent que leur processus de production s\u2019adapte de façon continuelle aux fluctuations de la demande.Les régions de la Côte-Nord/ Nord-du-Québec et du Bas-Saint-Laurent ont une proportion plus élevée d\u2019entreprises à suivre de près la variabilité de la demande et la région Gaspésie/lles-de-la-Madeleine présente la plus faible proportion [voir tableau 1].Pour ce qui est de la pénétration de nouveaux marchés, 57,8 7o des entreprises travaillent de façon soutenue sur l\u2019amélioration du produit et sur la conception de nouveaux produits.Les entreprises du Bas-Saint-Laurent sont, dans une plus Tableau 1 Répartition en % des comportements des entreprises face aux changements structurels \t\t\t Total\t53,7\t57,8\t34,4 Bas-Saint-Laurent\t58,8\t67,6\t30,9 Saguenay/Lac-Saint-Jean\t50,7\t58,7\t34,7 Abitibi-Témiscamingue\t50,0\t50,0\t30,6 Côte-Nord/Nord du Québec\t65,6\t40,9\t54,5 Gaspésie/îles-de-la-Madeleine\t41,2\t\t52,9\t29,4 Source : Lemieux, A.1998.Mutations structurelles de l'environnement économique et développement régional au Québec.Montréal : Université du Québec à Montréal.Les PME et le développement territorial Les PME et le développement territorial 270 Le territoire québécois grande proportion, à la recherche de marchés spécifiques alors que celles de la région de la Côte-Nord/Nord-du-Québec présentent la plus faible proportion.L\u2019augmentation de la capacité concurrentielle des PME passe nécessairement par la modernisation de leur appareil de production.Le taux de pénétration de ces nouvelles technologies de production se situe à 34,4%.La région de la Côte-Nord/ Nord-du-Québec présente le plus haut taux alors que celle de la Gaspésie/îles-de-la-Madeleine affiche la plus faible proportion.Finalement, quant à l\u2019utilisation des NTIC (courrier électronique, vidéoconférence, etc.), 81,8% des entreprises notent que cette utilisation facilite la transmission et le traitement de l\u2019information stratégique.De plus, pour 88,5 °/o des entreprises, l\u2019utilisation des NTIC amenuise les effets de distance (93,8% pour celles qui se trouvent en Gaspésie/ îles-de-Ia-Madeleine).Globalement, une entreprise sur deux suit de près les contraintes imposées et les opportunités offertes par les changements structurels en cours.Ce comportement se précise en fonction de la taille et du comportement innovateur et exportateur de l\u2019entreprise.Considérant que notre échantillon contient des entreprises œuvrant dans des secteurs d\u2019activité à contenu technologique important, cette proportion s\u2019avère tout de même faible.Degré de synergie territoriale Pour évaluer les interactions des entreprises avec leur environnement local, deux aspects ont été considérés : \u2022\tl\u2019introduction d\u2019innovations technologiques dans les entreprises et leur démarche d\u2019innovation (dont la nature et la propriété des réseaux d\u2019innovation) ; \u2022\tle rôle du milieu local dans la création et le développement de ces mêmes entreprises.Des entreprises consultées, 58,7% ont procédé à des innovations technologiques au cours des cinq dernières années.La plus forte proportion se retrouve dans les régions de la Côte-Nord/Nord-du-Québec et du Saguenay/Lac-Saint-Jean.Les entreprises de la Gaspésie/îles-de-la-Madeleine présentent le plus faible taux d'introduction d'innovation technologique [voir tableau 2].L\u2019examen de la présence et de la nature des réseaux d\u2019innovation constitue un Tableau 2 Répartition en % des entreprises ayant recours au milieu local \t\t\t\t\t Total\t58,7\t21,9\t35,7\t36,7\t32,6 Bas-St-laurent\t57,4\t30,8\t50,0\t36,8\t30,9 Saguenay/Lac-St-Jean\t61,B\t23,9\t36,3\t36,0\t36,0 Abitibi-Témiscamingue\t52,8\t5,3\t0,0\t30,6\t25,0 Côte-Nord/Nord du Québec\t72,7\t25,0\t0,0\t40,9\t50,0 Gaspésie/îles-de-la-Madeleine 47,1\t\t0,0\t0,0\t47,1\t17,6 Source : Lemieux, A.1998.Mutations structurelles de l'environnement économique et développement régional au Québec.Montréal: Université du Québec à Montréal. La couronne périphérique 271 indicateur central de synergie territoriale.La majeure partie des innovations introduites dans les entreprises l\u2019ont été sans l\u2019aide de partenaires extérieurs.Seulement, 21,9% des entreprises ont eu recours à un partenaire extérieur.À noter que toutes les entreprises de la Gaspésie/ îles-de-la-Madeleine innovent à partir de leurs propres ressources.Règle générale, les relations avec les partenaires extérieurs baissent d\u2019intensité à mesure que la taille démographique des localités diminue.La présence d\u2019une certaine masse critique d\u2019activités en termes de dotation en infrastructures de recherche et développement pourrait rendre compte de ce phénomène.Partenaires régionaux Afin de déterminer la densité des réseaux de relations à caractère technologique à l\u2019échelle régionale, il faut examiner la localisation des partenaires impliqués dans le processus d\u2019innovation.Dans 35,7% des cas, les partenaires se retrouvent dans la région dans laquelle œuvre l\u2019entreprise.Tout comme la Gaspésie/îles-de-la-Madeleine, les entreprises des régions de l\u2019Abitibi-Témiscamingue et de la Côte-Nord/Nord-du-Québec n\u2019ont aucun lien avec un partenaire situé dans leur propre région.La région du Bas-Saint-Laurent est la seule entité où les réseaux de partenaires sont plutôt régionaux.Le secteur de La Pocatière où l\u2019on retrouve un réseau d\u2019entreprises technologiques qui travaillent en étroite collaboration avec le Centre de technologie physique et le Centre national de transport en commun explique cette situation.Bref, comme la plupart des entreprises innovent sans l\u2019aide de partenaires extérieurs et que la plupart de celles qui ont recours à un partenaire extérieur le retrouvent hors de la région, les réseaux locaux et régionaux sont très peu présents dans les régions étudiées.Cependant, une relation étroite se dégage quant à la présence de réseaux d\u2019innovation et le degré d\u2019introduction de nouvelles technologies.Les régions de la Gaspésie/ÎIes-de-la-Madeleine et de l\u2019Abitibi-Témiscamingue présentent les plus faibles degrés d\u2019innovations technologiques et parallèlement affichent une absence de réseaux régionaux d\u2019innovations alors que les régions du Bas-Saint-Laurent et du Saguenay/Lac-Saint-Jean montrent des taux d\u2019innovation plus élevés et la présence de réseaux régionaux d\u2019innovation.Toutefois, les entreprises de la Côte-Nord/Nord-du-Québec présentent le plus haut degré d\u2019innovations technologiques malgré une absence de réseaux locaux.Le fait que ces entreprises (63,6%) pratiquent des activités de sous-traitance pour le compte d\u2019entreprises situées hors de leur région plus intensément que les autres régions peut expliquer cette absence de réseaux locaux.De plus, les entreprises de cette région signalent une plus forte proportion d\u2019innovation à contenu technologique moindre.Création et développement Concernant l'utilisation des ressources du milieu, lors de la création de l\u2019entreprise, 36,7% des entreprises ont eu recours à différentes ressources (SADC, corporation de développement économique, etc.).Celles des régions de la Gaspésie/îles-de-la-Madeleine et de la Côte-Nord/Nord-du-Québec présentent une proportion plus forte à utiliser ce type de ressources lors des premières phases de leur opération.En ce qui a trait à l\u2019utilisation des différentes ressources du milieu lors du développement de l\u2019entreprise, 32,6% l\u2019ont fait.Le taux d\u2019utilisation le plus élevé se Les PME et le développement territorial Les PME et le développement territorial 272 Le territoire québécois retrouve dans la région de la Côte-Nord/ Nord-du-Québec et le plus faible dans la Gaspésie/lles-de-la-Madeleine.Des liens locaux assez faibles À partir de l\u2019examen de ces différentes variables qui consistent à déterminer le degré de synergie territoriale, on peut conclure que la proportion des entreprises qui innovent avec l\u2019aide partenaires situés dans la même région et qui utilisent les ressources du milieu est plutôt faible.On dénote donc un degré plus ou moins intense des liens entretenus entre les entreprises et leur environnement immédiat.Toutefois, les PME qui ont introduit des innovations technologiques et qui sont actives sur les marchés extérieurs profitent davantage de ces ressources du milieu que les PME non innovatrices et non exportatrices.Bref, plus les PME innovent et exportent, plus leur utilisation du milieu est importante.Ceci vient sans doute confirmer l\u2019importance de l\u2019environnement local sur la dynamique innovatrice du milieu, et ouvre donc de nouvelles perspectives en termes de stratégie de développement.Classement des régions Finalement, nous pouvons classer les régions selon l'intensité des relations locales (coopération entre acteurs du milieu) et la nature du processus d\u2019innovation de chacune d\u2019entre elles.À partir d\u2019une typologie mise au point par D.Maillat [1992], la Gaspésie/îles-de-la-Madeleine et dans une certaine mesure l\u2019Abitibi-Témiscamingue sont des territoires où l\u2019on constate une absence de synergie locale et peu d\u2019innovation.La région de la Côte-Nord/Nord-du-Québec se définit comme un territoire où l\u2019innovation est présente malgré l\u2019absence de réseaux locaux d\u2019innovation (innovation sans milieu).Celle du Bas-Saint-Laurent signale la présence d\u2019un milieu potentiellement innovateur car la région présente le plus haut degré de coopération entre acteurs locaux en matière d\u2019innovation.Parallèlement à l\u2019étude de M.-U.Proulx [1995], parmi les cinq grands milieux fertiles en création d\u2019entreprises, deux se retrouvent dans cette région.Enfin, la région du Saguenay/Lac-Saint-Jean affiche le deuxième plus haut taux d\u2019introduction d\u2019innovations technologiques et un faible degré de coopération entre acteurs locaux.Bref, l\u2019intérêt de cette démarche est de parvenir à dégager certains éléments de stratégies de développement territorial à mettre en place pour chacune des régions.Stratégies de développement Les stratégies de développement de chacune des régions étudiées varieront selon leurs propres caractéristiques internes.À l\u2019égard de la présence ou non de la logique d\u2019interaction locale et du degré d\u2019innovation (dynamique d\u2019apprentissage), les éléments de stratégies de développement porteront sur la constitution de réseaux de partenaires en matière d\u2019innovation et sur le développement du processus d\u2019innovation.\u2022 Pour les régions de la Gaspésie/îles-de-la-Madeleine et de l\u2019Abitibi-Témiscamingue, les stratégies devront renforcer simultanément la logique d\u2019interaction et la dynamique d\u2019apprentissage.L\u2019action portera sur la constitution et le renforcement de la coopération entre acteurs locaux et sur l\u2019aide à ces mêmes acteurs à s\u2019adapter aux changements structurels par la création et la stimulation de l\u2019innovation. La couronne périphérique 273 Pour la Côte-Nord/Nord-du-Québec, les stratégies de développement doivent stimuler la formation et le développement de réseaux d'innovation à l\u2019échelle locale.Une politique régionale d\u2019animation devient nécessaire car il s\u2019agit de développer des formes de coopération entre acteurs en matière d\u2019innovation.La région du Bas-Saint-Laurent devra miser sur des stratégies visant le renforcement de la dynamique d\u2019apprentissage (le développement de l'innovation) tout en valorisant les coopérations déjà développées entre les acteurs du milieu.Enfin, les stratégies à développer au Saguenay/Lac-Saint-Jean devront simultanément renforcer la consolidation et le développement de l\u2019innovation et des réseaux s'y rattachant.Malgré les particularités de ces stratégies à développer, deux étapes demeurent inévitables et cruciales.D\u2019une part, l'identification des potentiels par la prise en compte des forces et faiblesses du milieu local ainsi que la connaissance des opportunités et des menaces actuelles des changements structurels demeurent fondamentales.D\u2019autre part, à partir de ce diagnostic régional, la stratégie devra s\u2019orienter vers l\u2019acquisition et la consolidation d\u2019une gamme de capacités indispensables pour exploiter les nouvelles opportunités offertes.Parmi ces capacités, l\u2019aptitude des acteurs du milieu à créer et à maintenir des réseaux de relations locales se situe au cœur des nouvelles stratégies de développement à construire.\u2022 Références Benko, G.B.et A.Lipietz (sous la dir.de), Les régions gagnantes.Districts et réseaux: les nouveaux paradigmes de la géographie économique, Presses Universitaires de France, Paris 1992.Côté, S., J.-L.Klein et M.-U.Proulx (sous la dir.de), Et les régions qui perdent.?GRIDEQ et GRIR, Rimouski et Chicoutimi, 1995.Julien, P.-A., Le développement régional.Comment multiplier les Beauce au Québec, Les Presses de l\u2019Université Laval, Sainte-Foy, 1997- Lemieux, A., Mutations structurelles de l'environnement économique et développement régional au Québec, Université du Québec à Montréal, 1998.Maillat, D., «Milieux et dynamique territoriale de l\u2019innovation», dans Revue canadienne des sciences régionales, vol.XV, n° 2,1992.Morin, R.et A.Lemieux, «Développement local et ancrage territorial des entreprises dans les quartiers d\u2019une ville-centre», dans Revue d'Êconomie Régionale et Urbaine, n° 5.1999- Proulx, M.-U.et N.Riverin, «Le dynamisme entrepreneurial au Québec.Êtes-vous situé dans un milieu fertile?», dans Revue Organisation, vol.5, n° 1,1995- Vachon, B.et A.Lemieux, «Mutations structurelles et déconcentration économique: des perspectives nouvelles pour le développement territorial», dans M.-U.Proulx (sous la dir.de), Territoires et développement économique, 1998.Vachon, B.et A.Lemieux, «Oser la renaissance rurale au Québec.Éléments pour une prospective des territoires ruraux», dans Hommes et Terres du Nord, 3-4,1997.Vachon, B.et A.Lemieux, « Les régions intermédiaires et périphériques : de nouvelles possibilités de développement?», dans Recherches sociographiques, vol.XXXVII, n° 3,1996.Les PME et le développement territorial L\u2019aluminerie d\u2019Alma : les défis du développement durable 274 Le territoire québécois L'aluminerie d'Alma : les défis du développement durable Christiane Gagnon Département des Sciences humaines, Université du Québec à Chicoutimi Alma, mai 2000.Près de 6200 personnes s\u2019affairent sur le chantier industriel d\u2019Alcan, un des investissements privés les plus importants en Amérique du Nord, soit 2,9 milliards de dollars.Le méga complexe industriel de 80 hectares comporte un centre de transbordement et d\u2019entreposage des matières premières, une usine de fabrication d\u2019anodes, deux séries et demie de salles de cuves d\u2019électrolyse, un centre de coulée, une station électrique et deux bassins de rétention reliés.Lors des 40 mois de la construction, commencée en mars 1998, les retombées économiques régionales directes sont estimées à quelque 850 millions.De plus, les impôts fonciers rapporteront annuellement six millions à la Ville d\u2019Alma.Lors de la période d\u2019exploitation, 250 nouveaux emplois seront créés sur un total de plus de 700 emplois.L\u2019objet de ce complexe: produire annuellement quelque 400 000 tonnes de lingots d\u2019aluminium qui seront exportés sur les marchés internationaux et ce graduellement, à compter de septembre 2000.Ce complexe industriel d\u2019envergure porte la capacité de production d\u2019Alcan au Québec à 1,1 million de tonnes, exigence prévue dans le bail de la Péribonka pour l\u2019an 2015.Cette entente, signée avant les audiences publiques sur le programme de stabilisation des berges du lac Saint-Jean (1985), renouvelait les conditions avantageuses d\u2019exploitation hydroélectrique de la rivière Péribonka en contrepartie de l'engagement d\u2019Alcan de moderniser de ses usines au Québec.Au Saguenay-Lac-Saint-Jean (SLSJ), ce programme de modernisation a entraîné, jusqu\u2019à présent dans un rayon d\u2019environ 30 km, la construction des complexes d\u2019électrolyse de La Baie (1980), de Later-rière (1989) et d\u2019Alma (2000).Ce dernier est sis sur le promontoire de Pile d\u2019Alma, entre les deux rivières de décharge du lac Saint-Jean, réceptacle d\u2019un bassin hydrographique aussi grand que le Nouveau-Brunswick, en amont de la rivière Saguenay et de son fjord et à proximité de secteurs industriel et résidentiel (4 km du centre-ville d\u2019Alma), récréotouristique et agroforestier.Le ville d'Alma Alma, municipalité urbaine de 26 127 habitants (1996), la troisième en importance au SLSJ, est le chef-lieu de la vaste plaine agricole du Lac-Saint-Jean et plus particulièrement de la MRC du Lac-Saint-Jean Est.Elle offre des services gouvernementaux, commerciaux, culturels et éducatifs tout en retenant des activités agricoles et industrielles (papier et aluminium) sur un territoire de 109 kmh En 1996, le taux de chômage était de 14,5 %, le rapport emploi/population était de 50,8% et le pourcentage de la population détenant un certificat d\u2019études secondaires se situait à 20,5%.Pour la même période, le revenu moyen d\u2019emploi des femmes était de 17 260 $ tandis que le revenu moyen d\u2019emploi des hommes fai- La couronne périphérique 275 sait presque le double, soit 31 405$.Le logement valait en moyenne 75 133 $.Ces quelques indicateurs donnent un aperçu des caractéristiques socio-économiques de cette communauté et de sa région d\u2019appartenance [Gagnon, 1999].Exploitation des ressources et grande industrie Historiquement, la région du SLSJ a une économie fondée sur l\u2019exploitation industrielle des ressources naturelles dont la forêt et l\u2019eau.À ce titre, elle est une des régions ressources du Québec et une des collectivités mono industrielles du Canada [Canada, 1987].Depuis le début du XXe siècle, sa dynamique sociale et spatiale a été marquée par la présence d\u2019entreprises multinationales.Elles y ont implanté des complexes industriels d\u2019envergure pour des fins d\u2019exportation massive de produits semi-transformés, tels la pâte à papier, le papier et le lingot d\u2019aluminium.Ces industries ont largement influencé la trame urbaine et ses infrastructures, la structure de l\u2019emploi régional, les usages territoriaux et l\u2019environnement naturel, bref le développement des communautés locales et régionales [Gagnon, 1996].Dans les années 80, le programme de modernisation d\u2019Alcan a eu des effets draconiens sur le nombre d\u2019emplois.Dans le cas d\u2019Alcan, en vingt ans, le nombre de travailleurs a chuté de moitié, pour se situer à quelque 6300 employés.La région métropolitaine de recensement (RMR) Chicoutimi-Jonquière détient régulièrement le record canadien du taux de chômage.L\u2019ensemble de la région, notamment les municipalités rurales, localisées dans les franges est et ouest, éprouve de sérieux problèmes de dévitalisation démographique dus notamment au vieillis- sement de la population et à l\u2019exode des jeunes.En outre, du point de vue de la qualité de l\u2019environnement, plusieurs records de contre-performance environnementale y sont détenus (pollution de l\u2019eau, de l\u2019air).Ce contexte pose donc, dans une perspective de développement régional durable, toute la question de la viabilité de la région à long terme.Développement viable Le rapport Brundtland et l\u2019Agenda 21, promoteurs du développement durable, reconnaissent les liens indissociables entre les sphères de l\u2019économie, de l'environnement et de la société (institutions, communautés et individus).Un développement viable (durable) implique une harmonisation constante entre ces trois sphères.Cela signifie que la qualité de vie des milieux humains et sociaux dépend de l'harmonie et de l\u2019équité entre ces sphères.Si, dans le passé, plusieurs acteurs économiques ont pu soutenir que la protection de l\u2019environnement entraînait une perte d\u2019emplois et des contre-performances économiques, il est désormais reconnu, ne serait-ce que par les traités internationaux en matière d\u2019environnement comme celui de Kyoto, que l\u2019activité économique durable s\u2019appuie sur l\u2019intégration des critères environnementaux et sociaux.De même, l\u2019Agenda 21 propose un plan d\u2019action et des mesures aux communautés locales et régionales, afin qu\u2019elles puissent devenir les artisanes du modèle de développement viable.Cela induit notamment la mise en place de processus de participation, de partenariat, voire de gouvernance environnementale où tous les acteurs territoriaux sont mis à contribution dans un programme commun de protection et de réhabilitation de l\u2019environnement.L\u2019aluminerie d\u2019Alma : les défis du développement durable L\u2019aluminerie d\u2019Alma : les défis du développement durable 276 Le territoire québécois Dans cette foulée, la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean s\u2019est dotée d\u2019un Laboratoire de développement durable afin d\u2019intégrer des indicateurs environnementaux dans la planification régionale stratégique et d\u2019évaluer des projets de développement selon des critères de développement durable.D\u2019autres initiatives comme celle de Négawatts, visant à favoriser l\u2019économie d\u2019énergie dans les ménages, ou encore celle de Rivière Patrimoine, visant à protéger le caractère naturel de l\u2019Ashuapmushuan, illustrent la volonté des citoyens de mettre en place des lieux d\u2019expérimentation de la gouvernance environnementale contribuant au développement viable.Un programme de recherche à l'UQAC Du point de vue de la connaissance des mécanismes de développement régional viable, l\u2019implantation de nouveaux projets industriels, dont celui d\u2019Alma, justifie la pertinence d\u2019analyser en profondeur tous les impacts environnementaux, économiques et sociaux sur les communautés locales et régionales.À cet effet, un programme multidisciplinaire de recherche (1997-2002), sur le suivi des impacts sociaux du complexe industriel d\u2019Alma, a été mis sur pied à l\u2019Université du Québec à Chicoutimi (UQAC).Ce programme reçoit l\u2019appui financier du Centre québécois de recherche et de développement de l\u2019aluminium (CQRDA), de l\u2019Alcan, de l\u2019UQAC et de sa fondation.Globalement, il tente de répondre à la question suivante : quels sont les impacts, en temps réel, de la construction de ce complexe industriel de remplacement (celui d\u2019Isle-Maligne) ?Avant la réalisation du projet, l\u2019étude d\u2019impact environnemental prévoit un certain nombre d\u2019incidences et de mesures de mitigation.Toutefois, dans les faits, les prévisions ne s\u2019avèrent pas toujours exactes ou suffisamment précises, comme le démontre le cas de l\u2019étude de répercussions environnementales de Laterrière [Gagnon, 1994].Dans d\u2019autres cas, certains impacts ne sont pas prévus (coûts du logement ou encore la distribution des emplois hommes/ femmes) ou d\u2019autres débordent le rayon de 5 km de l\u2019étude d\u2019impact.Par exemple, la quantité de sable nécessaire pour la préparation du site a triplé par rapport à celle prévue et le transport intensif du sable par camions a entraîné des impacts pour les résidents à proximité de la route.Les défis des acteurs territoriaux La construction et l\u2019exploitation d\u2019un complexe industriel comme celui d\u2019Alcan à Alma pose des défis tant au promoteur qu\u2019aux gestionnaires privés et publics, aux entreprises contractantes, aux élus locaux, aux syndicats, aux organismes communautaires, aux résidants voisins du complexe, bref aux acteurs territoriaux.À ce titre, trois comités multipartites de suivi ont été mis en place par les acteurs territoriaux depuis le début des travaux: sur le suivi des retombées économiques régionales, sur le suivi de l\u2019aménagement et de l\u2019environnement et enfin sur le suivi de la formation aux travailleurs.Les défis rencontrés par les acteurs s\u2019articulent autour de cinq dimensions clés : 1)\tl\u2019aménagement du territoire et le paysage: l\u2019harmonisation des différents usages du territoire (industrie, récréation, tourisme, agriculture, habitation) ainsi que l\u2019accessibilité du logement, notamment lors de la phase de construction ; 2)\tl\u2019économie régionale et le développement local : retombées pour les entre- La couronne périphérique 277 prises régionales, formation des travailleurs, accessibilité de l\u2019emploi non traditionnel ; 3)\tla qualité de vie des habitants d\u2019Alma ; 4)\tla qualité de l\u2019environnement: connaissance des écosystèmes affectés, protection de la biodiversité, efficacité des mesures de mitigations ; 5)\tla participation : implication du milieu dans la gestion environnementale, apprentissages des acteurs territoriaux et mise en place des conditions optimales de partenariat.Par ailleurs, ces défis constituent autant de pistes de recherche pour l\u2019équipe de l\u2019UQAC.Un certain nombre de résultats ont déjà été publiés [voir site Internet], mais les résultats finaux, portant sur un modèle de suivi pour le complexe industriel Alma et pour des projets futurs, sont attendus pour 2002.Le promoteur Alcan, acteur économique historique et important employeur privé de la région du SLSJ, a rencontré un fort niveau d\u2019acceptabilité sociale face à son nouveau mégaprojet à Alma lors de sa préconsultation et au moment des audiences publiques sur l\u2019environnement tenues par le BAPE (été 1997).Cela peut s\u2019expliquer par plusieurs facteurs.Références D\u2019abord, dans un contexte de région périphérique, depuis plus de 75 ans, la population est imprégnée par les manifestations matérielles du modèle industriel, tels les barrages, les corridors de lignes électriques, les usines, etc.Ensuite, comme il s\u2019agit d\u2019une économie peu diversifiée et donc fragilisée, les attentes pressantes des retombées économiques pèsent lourdement sur l\u2019acceptabilité sociale.Les citoyens affectés par certaines nuisances les acceptent en contrepartie des retombées économiques et des emplois pour la collectivité.Toutefois, la population almatoise demeure préoccupée par la santé lorsqu\u2019il est question de sa qualité de vie [Dubois, 1999].La mise en place d\u2019un suivi sectoriel et en continu par des acteurs territoriaux, dont le promoteur, constitue une première étape dans le sens d\u2019une gouvernance environnementale.Ce suivi de mégaprojet industriel permet de mieux intégrer les donnes sociale et environnementale, de valider les attentes du milieu et de préciser les engagements du promoteur.Les réponses aux défis, apportées par tous les acteurs, seront cruciales pour l\u2019avenir du développement régional viable.\u2022 Canada, Conseil consultatif canadien de l'emploi et de l\u2019immigration, Les collectivités mono-industrielles au Canada: Une volonté frère de survivre, Approvisionnement et services, Ottawa, 1987 Dubois, M., La qualité de vie des citoyens à Alma: résultats de l'enquête de 7998, GRIR/UQAC, Chicoutimi, 1999.Gagnon, C.«Évaluation ex post des impacts sociospatiaux d\u2019un mégaprojet industriel (Laterrière, Québec)», rapport de recherche, GRIR/UQAC, Chicoutimi, 1994.Gagnon, C.(sous la dir.de), Alma et sa région d'appartenance: portrait de référence, UQAC, Chicoutimi, 1999.Gagnon, C., «L'impact de la grande entreprise sur la dynamique sociospatiale du Saguenay-Lac-Saint-Jean », dans Trames, Revue de l'aménagement.No.11,1996.N Sites Internet Sur le projet de recherche du suivi des impacts sociaux du mégacomplexe industriel d\u2019Alma: www.uqac.uquebec.ca/msiaa L\u2019aluminerie d\u2019Alma : les défis du développement durable L\u2019Action des Patriotes gaspésiens 278 Le territoire québécois L'Action des Patriotes gaspésiens : coup de barre ou mort à petit feu Carl Thériault journaliste, Le Soleil De la publication du retentissant manifeste des « 19 curés gaspésiens en colère », en pleine Crise d\u2019octobre (1970), à la naissance, trente ans plus tard, du mouvement de l\u2019Action des Patriotes gaspésiens, la Gaspésie a abordé le nouveau millénaire comme une croisée des chemins.La péninsule gaspésienne vit une crise économique sans précédent: fin de la pêche du poisson de fonds décrétée au début des années 1990, arrêt des grands plans de développement régionaux gouvernementaux, fermeture de la mine de cuivre de la compagnie Noranda à Mur-dochville et de l\u2019usine de papier Gaspesia à Chandler.Une réforme de l\u2019assurance-chômage, périlleuse pour les nombreux travailleurs saisonniers gaspésiens, et une industrie touristique vivement concurrencée par celle des provinces maritimes, sont venues aggraver la situation.Une économie désarticulée qui en est venue à frapper le diocèse de Gaspé aux prises avec un déficit d\u2019opérations anticipé de plus de 200 000 $ en 2001.Soixante pour cent des paroisses, soit 38 sur les 64 que compte ce diocèse, étaient en difficulté financière.Un campagne de levée de fonds a permis d\u2019amasser plus de 730 000$.Sur le plan démographique, les feux sont au rouge en Gaspésie.De 1991 à 1999, la population totale du territoire a chuté de 4000 personnes, passant de 108 190 à 103 800.Le pire est à toutefois à venir, selon les prévisions de l\u2019Institut de la statistique du Québec.Dans vingt-cinq ans, soit l\u2019espace d\u2019une génération, les projections nous indiquent qu\u2019il n\u2019y aurait plus que 80 000 gaspésiens, soit une perte du quart de la population comparée à 1999.Tout était donc en place pour alimenter et soutenir le coup de colère gas-pésien.Trente ans de révolte populaire La révolte n\u2019a jamais connu de longue trêve en Gaspésie et dans l\u2019Est du Québec depuis le manifeste des Opérations Dignité à l\u2019automne 1970.À Sainte-Paule, en 1970, 3000 personnes avaient envahi la petite église de cette municipalité du comté de Matane.Même phénomène, un an plus, dans le territoire de l\u2019opération Dignité 2 à Esprit-Saint au Bas-Saint-Laurent.Le 26 mai 1971, le Ralliement gas-pésien et madelinot réunissait 7000 personnes à Chandler, une vingtaine d\u2019années ans avant la fermeture dramatique de l\u2019usine de la compagnie Abitibi Price Consolitated.Les luttes populaires se sont poursuivies dans les années 1980 dans la Vallée de la Matapédia où des citoyens ont, entre autres, bloqué un train du Canadien National.L\u2019Action des Patriotes gaspésiens a beaucoup de points communs avec ces différents mouvement de contestation, somme toute pacifique.« Les Opérations Dignité n\u2019étant pas des mouvements idéo- La couronne périphérique 27g logiques, elles n\u2019ont pas encore élaboré une philosophie des systèmes de pensée ayant pour objectif de solutionner des problèmes de développement.L\u2019action s\u2019est organisée pour trouver des solutions pratiques à des situations concrètes.C\u2019est dans leur approche à ces questions que les Opérations Dignité trouvent leur originalité.Mobilisant les masses en se servant des moyens de communication, elles ont créé une volonté populaire.», écrivait le curé Charles Banville, aujourd\u2019hui décédé, fondateur de l\u2019Opération Dignité.La lutte populaire actuelle marque toutefois une certaine rupture avec les mouvements des années 70 et 80 qui étaient animés, autant dans leur contenu que dans leur action, par des leaders issus des milieux sociaux et du clergé progressiste.Les dirigeants de l\u2019Action des Patriotes proviennent plutôt du milieu des affaires et du commerce.Ils n\u2019en comptent pas moins sur un soutien populaire de quelque 10 0000 membres, soit une force politique représentant 10 % de la population gaspésienne.L\u2019un des porte-parole les plus connus de l\u2019Action des Patriotes, Claude Langlais, de Gaspé, enseignant au cégep de Gas-pésie mais aussi agent de vente de produits marins, a travaillé pour l\u2019ex-Bureau d\u2019aménagement de l\u2019Est du Québec (BAEQ) ; il l\u2019a quitté à cause de l\u2019impossibilité d\u2019y faire valoir un autre point de vue que celui des grands technocrates planificateurs de la Révolution tranquille.Les recommandations du BAEQ avaient d\u2019ailleurs mené à la fermeture par décret gouvernemental, au début des années 1970, de dix paroisses marginales d\u2019ou sont nées les Opérations Dignité.Quatre-vingt-cinq autres villages du Bas-Saint-Laurent, de la Gaspésie et des lles-de-la-Madeleine étaient destinés au même sort Des images fortes L\u2019Action des Patriotes gaspésiens a su capter l\u2019imagination populaire en lançant dans l\u2019opinion publique des images fortes comme l\u2019accusation de «génocide économique » à l\u2019endroit des gouvernements autant provincial que fédéral pour le sort réservé à la Gaspésie.Une plainte en ce sens a été déposée en mars 2000 devant le Tribunal international des Nations Unies à Genève.Les leaders du mouvement ont aussi mis de l\u2019avant une poursuite de 15 milliards en indemnisation pour avoir maintenu la Gaspésie en état de dépendance et de sous-développement.Une menace de « séparation » a même plané au-dessus de la tête des élus.Le groupe a utilisé une étude commandée dans les années 1970 par l\u2019ex-ministère fédéral de l\u2019Expansion économique régionale, le rapport Higgins, Martin, Raynald pour étayer sa thèse de régions ressources périclitantes au profit des grandes agglomérations urbaines québécoises.Les Gaspésiens sont aussi restés un peu amers du déménagement du personnel du sous-ministère des Pêches du Québec, annoncé en 1978 par le premier ministre du Québec, René Lévesque, lors d\u2019un sommet régional ; ce sous-ministère est devenu depuis une direction générale des Pêches maritimes avec une quarantaine d\u2019employés.En 22 ans, aucun sous-ministre n\u2019est venu travailler à Gaspé.Les Patriotes ne se sont pas non plus cachés pour mettre à profit les méthodes utilisées par les autochtones comme le blocage de la route 132 au printemps 2000.Une charte La charte des Patriotes, qui énonce dix grands principes fondateurs, ne laisse L\u2019Action des Patriotes gaspésiens L\u2019Action des Patriotes gaspésiens 280 Le territoire québécois aucun doute sur l\u2019objectif ultime du mouvement « pour l\u2019espoir de vivre et de mourir dignement en Gaspésie suivant les dispositions énoncées dans la Charte canadienne des droits et libertés » : \u2022\tdénonciation des injustices par tous les moyens de diffusion possibles ; \u2022\tprotection des familles et des biens et défense du patrimoine individuel et collectif gaspésien ; \u2022\tactions à entreprendre afin de doter la Gaspésie de pouvoirs réels permettant d'exercer un pleine autonomie sur son territoire ; \u2022\tréparation exigée pour les préjudices subis et tous les recours appropriés pour obtenir réparation ; \u2022\tindépendance des partis politiques.Méfiance de la politique Une véritable crise de confiance a surgi entre l\u2019Action des Patriotes et les gouvernements ainsi qu\u2019une partie des élites régionales de l\u2019Est du Québec sur la volonté gouvernementale de sortir les régions ressources de leur état de dépendance.Il n\u2019en fallait pas moins pour qu\u2019une grande distance, pour ne pas dire un fossé, se creuse entre le mouvement des Patriotes et les gouvernements directement mis en cause dans leur gestion historique du développement régional.Le premier ministre du Québec, Lucien Bouchard, n\u2019est venu en territoire gaspésien que le 20 juin 2000, soit huit mois après les premiers coups de canon du mouvement.Le vice-premier ministre, Bernard Références Landry, ne l\u2019avait précédé que d\u2019un mois.Plusieurs ministres fédéraux dont le ministre des Finances du Canada, Paul Martin, se sont aussi rendus en Gaspésie prendre le pouls de la contestation gaspé-sienne.Le ton a même monté de plusieurs crans quand le ministre des Finances du Québec a parlé du langage « misérabiliste » qui risquait plutôt de désavantager la Gaspésie au lieu de projeter une image plus positive.Ces présences ont coïncidé avec l\u2019annonce de différents projets d'emplois temporaires et permanents totalisant, à l\u2019été 2000, les 75 M $ et 2800 emplois, selon les chiffres officiels du gouvernement du Québec.Le mouvement a gardé le même discours en opposant, sans coup férir, les 50 % des individus qui, en Gaspésie, reçoivent de l\u2019assurance-chômage et de l\u2019aide sociale à l\u2019augmentation de 12 % des emplois au Canada, depuis 1989, comparativement à une baisse de 8 % en Gaspésie.Alors que le gouvernement du Québec procède à des annonces, les Patriotes parlent de « fanfares gouvernementales au bruit assourdissant.» Les toutes prochaines années seront déterminantes pour l\u2019avenir de la Gaspésie.Un échec n\u2019est pas permis pour l\u2019Action des Patriotes gaspésiens qui pourrait bien être le dernier mouvement à parler d\u2019espoir de vivre en Gaspésie.S\u2019il échoue, le signal de l\u2019exil pourrait être donné aux Gaspésiens qui hésitent encore à partir.\u2022 Les Opérations Dignité, naissance d'un mouvement social dons l'Est du Québec, ouvrage collectif, Université Carleton, 198t.?Site Internet www.gaspesie.qc.ca/patriotes Panorama des régions administratives 281 Panorama des régions administratives Une stratégie métropolitaine : pour une nouvelle vision des rapports interrégionaux Juan-Luis Klein département de géographie, Université du Québec à Montréal La place et le rôle des diverses composantes du territoire québécois \u2014 soit le grand Montréal, la région de Québec, les régions proches des grands centres, les régions du croissant périphérique compris entre l\u2019Abitibi-Témiscamingue et le Bas-Saint-Laurent \u2014 ont été discutés à maintes reprises à l\u2019occasion d\u2019analyses menées dans une perspective centre-périphérie.L\u2019un des traits saillants de ces analyses consiste en la confrontation de la métropole montréalaise et des régions.Pour les uns, Montréal est le seul espace économique pouvant agir comme locomotive et ainsi induire le développement de l\u2019ensemble du Québec.En développant Montréal, on développe le Québec, disent ceux-ci.Pour les autres, la croissance de Montréal se fait aux dépens des régions qui se voient dépouillées de leurs ressources humaines (jeunes, professionnels) et des bénéfices produits par l\u2019exploitation de leurs ressources naturelles (forêts, mines, bassins hydrauliques).Montréal phagocyte les régions du Québec, rétorquent ceux-là.Cette controverse ne manque pas de fondements historiques car, effectivement, une partie de la croissance de Montréal est redevable à l\u2019exploitation des ressources naturelles localisées en région.Il est vrai aussi que le poids économique de Montréal a permis de concentrer les ressources financières, la population et les actifs organisationnels du Québec.Et il n\u2019est pas moins vrai aussi que cette concentration a permis à la métropole d\u2019attirer des ressources extérieures, ce qui a mis en place un ordre urbain marqué par l\u2019iniquité entre la métropole et l\u2019hinter-land québécois; iniquité qui, du moins sur le plan démographique, n\u2019est pas sans rappeler les caractéristiques de la structure urbaine des pays du tiers-monde.Concentration démographique En effet, l\u2019évolution récente de la démographie québécoise confirme une tendance amorcée depuis les années soixante: la concentration de la population dans la région métropolitaine de Montréal et, en particulier, dans les banlieues résidentielles et productives qui entourent la ville de Montréal et qui bénéficient du dynamisme démographique métropolitain.La croissance des banlieues se fait d\u2019ailleurs aux dépens de la ville-centre qui, au demeurant, voit reculer son poids démographique.L\u2019élan extraordinaire que ces banlieues ont connu depuis les années soixante-dix, qui fait augmenter de façon sensible leur part dans la répartition de la population totale, s\u2019est à peine amoindri lors de la dernière décennie.Les autres régions qui augmentent leur poids démographique sont celles de l\u2019Outaouais, sous Une stratégie métropolitaine Une stratégie métropolitaine 282 Le territoire québécois l\u2019influence de la région métropolitaine d\u2019Ottawa-Hull, et celle de Chaudière-Appalaches, sous l\u2019effet de débordement de la Communauté urbaine de Québec et l'impulsion de ses actifs industriels beaucerons.Les autres régions ont au mieux stagné, si on les compare avec l\u2019ensemble de la province, ou, au pire, décliné, surtout pour ce qui est des régions du croissant périphérique (Tableau n° 1).Cette même inégalité se reflète dans la répartition géographique de la reprise qui a suivi la crise du début des années 90.S\u2019il se crée des emplois dans toutes les régions depuis les années 1996 et 1997, c\u2019est surtout dans la région de Montréal que la reprise est la plus robuste (Tableau n\" 2).?Tableau 1 Évolution et distribution de la population du Québec par région administrative, selon le type de région et l'importance démographique, 1971-1999 Région\tPopulation (en nombre) 1971\t1981\t1991\t1996\t1999 Régions bénéficiant du dynamisme démographique de la métropole Montréal\t1 959 140\t32,5\t1 760 122\t27,3\t1 815 240\t25,7\t1 808 188\t24,9\t1 799 448\t24,5 Montérégle\t832 730\t13,8\t1 059 198\t16,5\t1 234 435\t17,5\t1 287 115\t17,7\t1 311 493\t17,8 Laurentides\t241 765\t4,0\t307 680\t4,8\t391 355\t5,5\t440 928\t6,1\t463 091\t6,3 Lanaudlère\t177 485\t2,9\t255 218\t4,0\t343 821\t4,9\t381 884\t5,2\t396 656\t5,4 Laval\t228 010\t3,8\t268 335\t4,2\t321 943\t4,6\t336 226\t4,6\t346 539\t4,7 Régions centrales\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t Région de Québec\t528 140\t8,8\t576 750\t9,0\t631 360\t8,9\t644 504\t8,8\t645 156\t8,8 Chaudière- Appalaches\t306 370\t5,1\t349 426\t5,4\t375 988\t5,3\t386 841\t5,3\t390 131\t5,3 Estrie\t240 970\t4,0\t256 114\t4,0\t274 375\t3,9\t283 295\t3,9\t288 599\t3,9 Mauricle\t244 475\t4.1\t250 131\t3,9\t264 140\t3,7\t265 324\t3,6\t264 251\t3,6 Centre-du-Québec\t182 800\t3,0\t198 535\t3,1\t212 202\t3,0\t218 785\t3,0\t222 091\t3,0 Régions dont la croissance est influencée par des dynamiques démographiques particulières\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t Outaouais\t216 475\t3,6\t242 856\t3,8\t291 324\t4,1\t313 031\t4,3\t318 771\t4,3 Nord-du-Québec\t30 030\t0,5\t37 971\t0,6\t37 203\t0,5\t39 233\t0,5\t39 304\t0,5 Régions du croissant périphérique\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t Saguenay- Lac-Saint-Jean\t266 215\t4,4\t285 675\t4,4\t292 479\t4,1\t291 089\t4,0\t289 696\t3,9 Bas-Saint-Laurent\t209 915\t3,5\t211 841\t3,3\t209 565\t3,0\t209 209\t2,9\t206 591\t2,8 Abitlbl- Témiscamingue\t142 885\t2,4\t145 187\t2,3\t155 445\t2,2\t156 505\t2,2\t156 039\t2,1 Gaspésle-îles-de- la-Madeleine\t115 885\t1,9\t115 032\t1.8\t108 190\t1,5\t106 757\t1,5\t103 799\t1,4 Côte-Nord\t104 430\t1,7\t118 332\t1,8\t105 670\t1,5\t105 105\t1,4\t103 735\t1,4 Ensemble du Québec\t6 027 720\t100\t6 438 403\t100\t7 064 735\t100\t7 274 019\t100\t7 345 390\t100 Source: Statistique Canada, Recensements du Canada (1971-1981): Estimations de la population, 25 février 2000.Institut de la statistique du Québec. Panorama des régions administratives 283 Tableau 2 Création nette annuelle d'emplois par rapport à l'année précédente par région métropolitaine, 1995-1999 (en milliers) \t\t\t\t\t Montréal\t23,1\t7,9\t33,4\t56,8\t41,7 Ottawa-Hull\t-13,1\t6\t7,5\t12,7\t26,7 Québec\t-7,9\t6,1\t-5\t17,4\t-4,9 Chicoutimi-Jonquière\t2,3\t1,6\t0,8\t1,5\t3,1 Sherbrooke\t-1,3\t1,7\t-1\t0,9\t3,7 Trois-Rivières\t-1\t0,3\t-2,1\t1,4\t1,2 Ensemble du Québec\t46,9\t-1,6\t49,2\t86,4\t75,9 Source: Statistique Canada, Enquête sur la population active.Compilation faite par l'Institut de la statistique du Québec, 25 mai 2000.Des pôles de concentration Or, si on regarde à l'intérieur des espaces régionaux, on découvre que ces différences entre l\u2019ensemble montréalais et les régions se combinent avec un nouvel ordonnancement économique et démographique.Dans toutes les régions, les pôles productifs et les centres administratifs plus dynamiques tendent à concentrer la population et les activités, aux dépens de leurs espaces ruraux.Même dans les régions où la croissance est plus forte, il y a concentration dans des pôles plus dynamiques.La croissance démographique où économique ne s\u2019étale pas sur l\u2019ensemble de ces régions mais concerne certaines MRC, municipalités ou quartiers [pour une analyse détaillée de l\u2019évolution des régions administratives du Québec et de leurs municipalités, consulter l'Atlas du Québec et de ses regions \u2014 voir adresse en référence].Dans les régions en décroissance, on remarque un phénomène semblable.Au Bas-Saint-Laurent, par exemple, alors que la population en général diminue, celle de Rjmouski augmente.Au Saguenay, l\u2019agglomération de Chicoutimi-Jonquière ainsi que celle d\u2019Alma réus- sissent à maintenir leur niveau d\u2019activités alors que le reste de la région décroît.La seule région qui semble à l\u2019écart de ce processus de recomposition et qui affiche une décroissance plutôt généralisée est celle de la Gaspésie.Une recomposition du territoire L\u2019analyse de la situation économique confirme la recomposition du territoire québécois.Les chiffres concernant la population active pour l'année 1999 et les deux premiers trimestres de l\u2019an 2000 montrent il est vrai une situation globale de croissance.Or, loin d\u2019être homogène, cette croissance est très localisée.Des taux de chômage très différents cohabitent à l\u2019intérieur des différentes régions, même dans les plus dynamiques.Prenons le cas de Montréal.En juin 2000, le taux de chômage pour la Communauté urbaine était de 10%, alors que la région métropolitaine (RMRJ, qui comprend la communauté urbaine et une partie des régions de Laval, Lanaudière, Montérégie et Laurentides, affichait un taux de chômage de 7,7%.Et ceci ne révèle pas les énormes différences qui Une stratégie métropolitaine Une stratégie métropolitaine 284 Le territoire québécois existent à l\u2019intérieur de la communauté urbaine où certaines municipalités connaissent une croissance économique remarquable, comme Saint-Laurent par exemple, où il y a plutôt pénurie de main-d\u2019œuvre [Rousseau et al.1998], alors que d\u2019autres sont dominées par le chômage et l\u2019exclusion.Même à l\u2019intérieur de la ville de Montréal, il y a des différences majeures entre certains arrondissements ou quartiers ou se concentre l\u2019activité de haute valeur ajoutée comme le muldmédia et les services aux entreprises, où on sent que la reconversion est en marche, et d\u2019autres, notamment les anciens quartiers industriels, caractérisés par le chômage et des revenus d\u2019assistance, où la seule source de dynamisme semble être l\u2019action communautaire [Klein et al.1998].Dans les autres régions la situation est semblable.La diminution généralisée du taux de chômage est le fait de lieux qui apparaissent comme dynamiques à l\u2019intérieur de régions qui en général connaissent des problèmes majeurs en ce qui concerne leur structure productive, et ce, dans un contexte généralisé de concentration démographique et économique.Une nouvelle carte Il apparaît ainsi, aussi bien à l\u2019échelle québécoise qu\u2019à celle des divisions administratives auxquelles nous faisions référence au début (tableau 1), une nouvelle carte du dynamisme des collectivités territoriales faite d\u2019étalement, de débordements, de couloirs, comme le suggère Proulx [1996], carte qui nous oblige à repenser l\u2019analyse des rapports interrégionaux et, surtout, celle des stratégies de développement régional.Le problème du développement se pose aujourd\u2019hui différemment.À l\u2019instar des autres anciennes régions industrielles, et, essentiellement, sous l\u2019impulsion des forces du marché, l\u2019économie québécoise traverse une phase de reconversion.Cette phase fait suite d\u2019ailleurs à la crise provoquée par les changements technologiques et organisationnels apportés aux systèmes productifs depuis les années quatre-vingt, changements qui se sont traduits par l\u2019avènement d\u2019une « nouvelle économie » fondée sur la connaissance et l\u2019information.La reconversion de l\u2019économie québécoise, et particulièrement de celle de Montréal, à cette nouvelle économie est associée à des secteurs productifs très spécifiques, tels l\u2019aéronautique, la biopharmaceutique et les technologies de l\u2019information.Or, tout en étant très importants sur le plan de l\u2019innovation technologique et de la création d\u2019emplois de haut niveau technologique, ces secteurs ont un faible potentiel de transfert intersectoriel et interrégional de richesse et se concentrent dans certains lieux qui apparaissent comme des poches de croissance.Mieux expliquer les inégalités Dans la plupart des régions, et, de surcroît, dans l'ensemble métropolitain montréalais, la croissance et la décroissance, la richesse et la pauvreté cohabitent.Certains secteurs tirent profit des avantages que procure la mondialisation alors que d\u2019autres en ressentent les effets négatifs et déclinent La perspective centre-périphérie, fondée à l\u2019époque sur des rapports de domination entre le centre et la périphérie, n\u2019apparaît plus pertinente pour expliquer les nouvelles caractéristiques des espaces métropolitains, pas plus qu\u2019elle n\u2019explique les inégalités territoriales, qui demeu- Panorama des régions administratives 285 rent et qui s\u2019accroissent, nous nous empressons de le souligner [Klein 1999], mais qui s\u2019expriment différemment (nous reviendrons sur ce point).Dans le contexte de la mondialisation et de l\u2019«économie d\u2019archipel» [Veltz, 1996], le statut métropolitain d\u2019une région ne se définit plus en fonction des rapports qu'elle entretient avec une ou des périphéries.Ce statut est déterminé par la place que son économie occupe dans la nouvelle économie mondiale [Fontant, Klein et Tremblay, 1999].La « métropolisation » Autrefois, sous le règne des politiques économiques keynésiennes et lorsque les pays constituaient le cadre géographique de la gestion macro-économique, il était logique d\u2019expliquer la métropole dans le contexte de l\u2019espace économique national.Mais, comment utiliser ce concept, et, surtout, comment en faire la base d\u2019une stratégie de développement, dans un nouveau contexte où l\u2019espace économique national se fragmente et éclate sous la pression de la mondialisation?Dans ce contexte, le territoire prend une configuration réticulaire où les métropoles sont les noeuds d\u2019un réseau spatial, surtout urbain, qui s\u2019érige en armature territoriale de la mondialisation.C\u2019est ce qu\u2019on appelle « métropolisation ».Notre perception des tensions à l\u2019oeuvre dans le territoire québécois doit évoluer.Ce dont il s\u2019agit c\u2019est de voir comment les différentes collectivités qui constituent le Québec actuel peuvent s\u2019articuler à ce processus de métropolisation déjà largement amorcé.Comment donc adopter une stratégie métropolitaine de développement conforme à la redéfinition de ce qu\u2019est aujourd\u2019hui une métropole?Ce n\u2019est certainement pas en dissociant ou en confrontant les acteurs socio-économiques régionaux.La stratégie gagnante dans le nouveau contexte réside davantage dans l'inclusion que dans l\u2019exclusion, dans l\u2019agrégation que dans la concentration.Repenser la notion de développement Les territoires de la métropolisation se structurent en réseaux informationnels et en nœuds productifs à des échelles urbano-régionales.Or, il a été démontré que Montréal et les autres villes du Québec constituent un réseau assez serré sur le plan économique [Côté et Lavertu, 1991 ; Proulx, 1996).Pourrait-on imaginer une stratégie métropolitaine de développement, c\u2019est-à-dire informée par le processus de métropolisation en cours, construite sur la base du réseautage des différents centres urbains de façon à densifier leurs échanges et à les rendre plus multidirectionnels?Certainement.Pour y parvenir, il faudrait d\u2019une part mettre à jour notre conception de ce qu'est le développement \u2014 il ne s\u2019agit plus de concentrer des ressources économiques dans une grande ville \u2014, et d\u2019autre part modifier notre conception du Québec économique.S\u2019il est vrai que le Québec constitue sur le plan culturel une société nationale, sur le plan économique il s\u2019apparente davantage à une de ces nouvelles économies régionales décrites par Ohmae [1995].Cet auteur utilise la notion d\u2019économie régionale pour illustrer l'insuffisance des concepts d\u2019économie nationale et d\u2019État-nation pour apprécier le développement économique, dans la mesure où certaines régions, telles le Nord de l\u2019Italie, la Catalogne en Espagne, le littoral chinois ou la Californie aux États-Unis, empruntent des Une stratégie métropolitaine Une stratégie métropolitaine 286 Le territoire québécois trajectoires spécifiques qui les distinguent des États où elles s\u2019insèrent.Il s\u2019agit ici de grandes régions, qui ont plusieurs millions d\u2019habitants et qui comptent sur des institutions économiques, sociales et politiques capables de définir et de mettre en oeuvre des stratégies spécifiques de développement.Deux univers à rapprocher Le défi pour le Québec est donc de s\u2019affirmer dans cet univers découpé à l\u2019échelle mondiale.Pour cela, il faut élaborer une stratégie métropolitaine inclusive et non exclusive, « active et volontariste » qui concerte des acteurs montréalais et non montréalais, qui profite des forces du marché mais qui les oriente, en vue de mieux insérer le Québec dans la sphère de la métropolisation.Mais, pour être efficace, et donc mobiliser l\u2019ensemble des acteurs, une telle stratégie métropolitaine doit aller beaucoup plus loin.C\u2019est que la métropolisation ne constitue pas en soi une réponse aux problèmes sociaux des collectivités.Au contraire, de nouveaux problèmes émergent.Les couches sociales incluses dans la dynamique métropolitaine cohabitent avec des collectivités marginalisées.Les inégalités sociales et territoriales se voient redéfinies, les plus importantes étant celles qui séparent l\u2019univers de possibilités qu\u2019ouvre l\u2019inclusion dans des réseaux informationnels mondialisés et la frustration d\u2019importants pourcentages de la population qui n\u2019y ont pas accès.Les rapports ville-région ou région centrale-région périphérique, dont les effets persistent et handicapent les territoires périphériques, prennent moins d\u2019importance que le hiatus qui s\u2019établit entre l\u2019inclusion et l\u2019exclusion, entre le branchement et le débranchement, entre l'univers du métro- politain, tel que nous l\u2019avons redéfini ici, et l\u2019univers du non-métropolitain.Certaines conditions de succès Alors, dans quelles conditions une stratégie métropolitaine peut-elle être une solution à la fois économique et sociale?Une solution qui permette la croissance et la reconstruction des liens sociaux brisés par les effets de la mondialisation ?Dans le cas du Québec, une stratégie métropolitaine ne serait économiquement efficace et socialement utile qu\u2019à certaines conditions.Il faudrait que les acteurs socio-économiques et politiques de la province parviennent : 1)\tà établir des actions concertées permettant à toutes les collectivités de tirer profit de la mondialisation ; 2)\tà créer des emplois tout en améliorant les conditions de vie des citoyens, de tous les citoyens ; 3)\tà faire converger l\u2019innovation technologique qui prend place dans les établissements productifs associés à l\u2019économie fondée sur les connaissances et l\u2019innovation sociale mise en oeuvre par diverses collectivités urbaines et rurales dont l\u2019objectif est d\u2019assurer la viabilité des milieux locaux.Une telle stratégie devrait créer des liens entre les secteurs les plus performants et les autres secteurs qui, même s\u2019ils sont considérés comme plus traditionnels, sont nécessaires dans une stratégie métropolitaine gagnante, comme le montrent bien Storper [1997] et Scott [1999]- Une telle stratégie devrait viser à mettre en place un ensemble de niches productives, de logiques différentes, certaines associées directement à la mondialisation, branchées aux réseaux mondialisés, et d\u2019autres davantage enracinées (suite à la page 290) Panorama des régions administratives 287 Références Amin, A.et J.Hausner, (sous la dir.de), Beyond Market and hierarchy.Interactive Governance and Social Complexity, Edward Elgar, Cheltenham, UK, 1997.Amin, A.et N.Thrift, « Neo-Marshallian Nodes in Global Networks», dans International Journal of Urban and Regional Research, 16 (4), 1992.Bassand, M., Métropolisation et inégalités sociales, Presses polytechniques romandes, Lausanne, 1997.Benko, G.et A.Lipietz, La richesse des régions, Presses universitaires de France, Paris, 2000.Castells, M., La société en réseaux: l'ère de l'information, Paris, Fayard, 1998.Coffey, 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Mont-Carmel *Saint-Pacôme La Pocatière Riviere-Bleue KAMOURASKA int-Jean-Port-Joli CHAUDIÈRE £ * lslet APPALACHES -UNIS aine) Panorama des régions administratives 28g MATANE Matane Saint-René-de-Matane Sayatec ont-Jdli Luceville LA MATAPÉDIA Lac-au-Saumon .Causapscal LA MITIS i IIMOUSKI-.NEIGETTE ) GASPÉSIE - Ca t ÎLES-DE-LA-MADELEINE / CANADA (Nouveau-Brunswick) idmundston Réalisation cartographique : KOREM inc. Une stratégie métropolitaine 290 Le territoire québécois dans des réseaux restreints et non pas associées de façon directe à la mondialisation.C\u2019est dans cette diversité que réside le potentiel de la perspective métropolitaine.Gouvernance locale, réseau mondial Nos travaux nous incitent à penser qu\u2019une stratégie métropolitaine passe par la construction d\u2019une gouvernance de base locale, c\u2019est-à-dire ancrée dans l\u2019initiative locale, mais qui tire profit de l'insertion dans le réseau de villes et économies régionales qui constituent l\u2019archipel de l\u2019économie mondiale.Une telle gouvernance doit garantir la viabilité des dynamiques locales et l\u2019individualité des lieux, tout en favorisant leur insertion dans les réseaux de production, d\u2019échange, d\u2019information et d\u2019innovation qui fondent le développement et la croissance à l\u2019aube du xxi' siècle.Comme le suggèrent Amin et Hausner [1997], cette gouvernance doit être : 1)\tflexible, c\u2019est-à-dire respectueuse des différences et des tensions territoriales existantes ; 2)\tréticulaire, c\u2019est-à-dire appuyée sur un ensemble d\u2019organisations déconcentrées mais mises en réseau ; 9) informée, c\u2019est-à-dire procurant aux acteurs l\u2019information nécessaire à l\u2019interprétation des occasions qui se présentent à eux et à la prise des décisions appropriées.Ce serait la seule façon d\u2019ailleurs de dépasser les fractures entre Montréal et le reste de la province aussi bien que le hiatus entre la nouvelle économie et l'économie traditionnelle.La notion de « Québec urbain», utilisée à maintes reprises par la ministre Harel au sujet de son projet de réforme de l\u2019organisation municipale, irait-elle dans ce sens ?\u2022 (Sur la réforme municipale, voir article p.165) Panorama des régions administratives 291 Bas-St-Laurent (01) Superficie 22 404 km2 \u2022 (1,4% du Québec) Démographie Population \u2022 206 591* \u2022 (2,8% du Québec) Variation 1991-1999 \u2022 -1,4% Densité \u2022 9,36 hab/km2 (Québec: 4,9) Natalité (1998) \u2022 8,7 %o (Québec 10,3) Mortalité \u2022 8,4%o (Québec 7,4) Nuptialité \u2022 2,1 %o (Québec, 3,1) Répartition par groupe d'âge 0-14 ans \u2022 17,3% \u2022 (Québec 18,5%) 15-54 ans \u2022 58,9% -(Québec 59,7%) 55-64 ans \u2022 9,2% -(Québec 9,4%) 65 ans et plus \u2022 14,5%(Québec 12,4%) Marché du travail Population active (000) \u2022 96,0 Taux d'activité \u2022 57,5% \u2022 (Québec 62,5%) Personnes occupées (000) \u2022 86,4 Région/Québec \u2022 2,5% Taux de chômage 10,0% \u2022 (Québec 9,4%) Emplois par secteur primaire \u2022 8,1% \u2022 (Québec 3,6%) secondaire \u2022 16,0% \u2022 (Québec 22,4%) tertiaire \u2022 75,9% \u2022 (Québec 74,0%) Revenu moyen des particuliers (1998) 20 478$ \u2022 (Québec: 25 367 $) Investissements (prévisions pour 2000) 755,3 M$ \u2022 (Régions/Québec 2,2%) Source privée \u2022 66,9% \u2022 (Québec: 79,7%) Principales municipalités (1997) Rimouski\t31 773 Rivière-du-Loup\t17 801 Matane\t12 364 Amqui\t6 800 Mont-Joli\t6 267 Municipalités régionales de comté (MRC)\t Kamouraska La Matapédia La Mitis, Les Basques Mata ne Rimouski-Neigette Rivière-de-Loup Témiscouata * Les données de cette fiche sont celles de 1999 sauf indication contraire Saguenay-Lac-Saint-Jean (02) Superficie 104 018 km2 \u2022 (6,83% du Québec) Démographie Population \u2022 289 696* \u2022 (3,9% du Québec) Variation 1991-1999 \u2022 -1% Densité (1997) \u2022 2,9 hab/km2 \u2022 (Québec 4,9) Natalité \u2022 9,1 %o (Québec 10,3) Mortalité \u2022 7,0%o (Québec 7,4) Nuptialité \u2022 2,9%o (Québec, 3,1) Répartition par groupe d'âge 0-14 ans \u2022 18,8% \u2022 (Québec 18,5%) 15-54 ans \u2022 60,8% \u2022 (Québec 59,7%) 55-64 ans \u2022 9,3% \u2022 (Québec 9,4%) 65 ans et plus \u2022 11,1% \u2022 (Québec 12,4%) Marché du travail Population active (000) \u2022 140,1 Taux d'activité \u2022 59,1% \u2022 (Québec 62,5%) Personnes occupées (000) \u2022 123,9 Région/Québec \u2022 3,6% Taux de chômage \u2022 11,6% \u2022 (Québec 9,4%) Emplois par secteur primaire \u2022 5,5% \u2022 (Québec 3,6%) secondaire \u2022 20,4% \u2022 (Québec 22,4%) tertiaire \u2022 74,0% \u2022 (Québec 74,0%) Revenu moyen des particuliers (1998) 23 239 $ \u2022 (Québec 25 367 $) Investissements (prévisions pour 2000) 1 064,7m $ \u2022 (Régions/Québec 3,1%) Source privée \u2022 71,7% \u2022 (Québec 79,7%) Principales municipalités (1997) Chicoutimi\t63\t061 Jonquière\t56\t503 Alma\t26\t177 La Baie\t21\t057 Dolbeau-Mistassini\t15\t214 Municipalités régionales de comté (MRC) Lac-Saint-Jean-Est Le Domaine-du-Roy Le Fjord-du-Saguenay Maria-Chapdelaine \u2022 Les données de cette fiche sont celles de 1999 sauf indication contraire 2Q2 Le territoire québécois La région du Saguenay - Lac-Saint-Jean (02) MARIA-CHAPDE LAINE Albanel Mistassini \"Norntandin Sêi \\ Do I beau-Mistassini Sainte-Mcniqüe .L'Ascension LAC-SAINT- /.Saÿ:Da'! ¦ de-tFalaréi jLAiN-tbi .Saint.Nazaire j /A!m* Saint-Nom \u2018Tj^Sai/if^Bruno Saint-Fél Saint Lac Saint-Jean LE DOMAINE-DU-ROY abetchpi Desbierïs Hébertville ac-Boucf>ette SAINT-JEAN Rapide-Blanc MAURICIE 100 km Panorama des régions administratives 293 LE FJORD-DU-SAGUENAY CÔTE-NORD Forestville, Les Escoumins, Grandes- Bergeronnes Sacrff L'Anse-Saint-iean Trois- pistoles Jadoussac L'Isle-Verte APITALE NATIONALE Rivière-du-Loup Saint-Siméo BAS- f-LAURENT Clermont Réalisation cartographi 294 Le territoire québécois jSAGUEN/u -LAC-SAINT-JEAN CHARLEVOIX MAURICIE La Bostonnais LA CÔTE-D^ BEAUPRÉ PORTNEUF LA JACQUES CARTIER iaint-Tite-des-Capi Sainte-Anne de-Beaupré Lac-Beau$ort COM M U N AUTÉ'ii R BAI NÉ DE QUÉBEC Charlesbourg*^.Pont-Rouge.VaSaintèa-Foy* ' Portneuf \" Saint- Raymond, P'QRLÉANS, (au Charny des-Cakières CHAUDIÈRE-APPALACHES La région de la Capitale Nationale (03) 100 km Panorama des régions administratives 295 tÇwgBo, CHARLEVOIX EST Clermont lalbaië uraska Iboulernents \u2018Baie- ; Saint-PauU BAS- SAINT-LAURENT int-Jean 'ort-Joli Réalisation cartographique : KOREM inc.a ÉTATS-UNIS ¦ (Maine) Capitale nationale (03) Superficie 19 312 km2 \u2022 (1,26% du Québec) Démographie Population \u2022 645 156* \u2022 (8,8% du Québec) Variation 1991-1999 \u2022 +2,2% Densité \u2022 33,4 hab/km2 \u2022 (Québec 4,9) Natalité (1998) \u2022 8,9 %o (Québec 10,3) Mortalité \u2022 7,8%o (Québec 7,4) Nuptialité \u2022 2,9%o (Québec, 3,1) Répartition par groupe d'âge 0-14 ans \u2022 16,2% \u2022 (Québec 18,5%) 15-54 ans \u2022 60,8% \u2022 (Québec 59,7%) 55-64 ans \u2022 9,9% \u2022 (Québec 9,4%) 65 ans et plus \u2022 13,2% \u2022 (Québec 12,4%) Marché du travail Population active (000) \u2022 326,7 Taux d'activité \u2022 59,5% \u2022 (Québec 62,5%) Personnes occupées (000) \u2022 296,1 Région/Québec \u2022 8,7% Taux de chômage \u2022 9,3% \u2022 (Québec 9,4%) Emplois par secteur \u2022\tprimaire \u2022 2,0% \u2022 (Québec 3,6%) \u2022\tsecondaire \u2022 12,9% \u2022 (Québec 22,4%) \u2022\ttertiaire \u2022 85,1% \u2022 (Québec 74,0%) Revenu moyen des particuliers (1998) 25 632 $ \u2022 (Québec 25 367 $) Investissements (prévisions pour 2000) 2 467,3m $ \u2022 (Régions/Québec 7,2 %) Source privée \u2022 76,2% \u2022 (Québec 79,7%) Principales municipalités (1997) Québec\t167\t264 Beauport\t72\t920 Sainte-Foy\t72\t330 Charlesbourg\t70\t942 Val-Bélair\t20\t176 Municipalités régionales de comté (MRC) Charlevoix Charlevoix-Est Communauté-Urbaine-de-Québec L'île-d 'Orléans La Côte-de-Beaupré La Jacques-Cartier Portneuf * Les données de cette fiche sont celles de 1999 sauf indication contraire 296 Le territoire québécois Mauricie (04) Superficie 39 736 km2 \u2022 (2,61% du Québec) Démographie Population \u2022 264 251* \u2022 (3,6% du Québec) Variation 1991-1999 \u2022 0,04% Densité \u2022 6,7 hab/km2 \u2022 (Québec 4,9) Natalité (1998) \u2022 8,0 %o (Québec 10,3) Mortalité \u2022 8,4%o (Québec 7,4) Nuptialité \u2022 2,2 %o (Québec, 3,1) Répartition par groupe d'âge 0-14 ans \u2022 17,7% \u2022 (Québec 18,5%) 15-54 ans \u2022 58,2% \u2022 (Québec 59,7%) 55-64 ans \u2022 9,9% \u2022 (Québec 9,4%) 65 ans et plus \u2022 14,2% \u2022 (Québec 12,4%) Marché du travail Population active (000) \u2022 126,4 Taux d'activité \u2022 57,1% \u2022 (Québec 62,5%) Personnes occupées (000) \u2022 112,0 Région/Québec \u2022 3,3% Taux de chômage \u2022 11,4% \u2022 (Québec 9,4%) Emplois par secteur primaire \u2022 5,1% \u2022 (Québec 3,6%) secondaire \u2022 25,3% \u2022 (Québec 22,4%) tertiaire \u2022 69,6% \u2022 (Québec 74,0%) Revenu moyen des particuliers (1998) 21 873 $ \u2022 (Québec 25 367 $) Investissements (prévisions pour 2000) 1 150,68m$ \u2022 (Régions/Québec 3,4%) Source privée \u2022 73,5% \u2022 (Québec 79,7%) Principales municipalités (1997) Trois-Rivières\t48\t419 Cap-de-la-Madeleine\t33 438 Trois-Rivières-Ouest\t22 886 Shawinigan\t18\t943 Grand-Mère\t14\t223 Municipalités régionales de comté (MRC) Francheville Le Centre-de-la-Mauricie Le Haut-Saint-Maurice Maskinongé Mékinac * Les données de cette fiche sont celles de 1999 sauf indication contraire Sources d'information sur les régions du Québec Information générale Données et statistiques du ministère des Régions : www.sdr.gouv.qc.ca/regions.htm Coup d'œil sur les régions de l'Institut de la statistique du Québec :www.stat.gouv.qc.ca/ donstat/regions/coup-doeil-2000.htm Données choisies du Recensement de 1996 par région administrative et municipalité régionale de comté (MRC) :www.stat.gouv.qc.ca/donstat/regions/ recensem/index.htm Données thématiques détaillées par région administrative et municipalité régionale de comté (MRC): www.stat.gouv.qc.ca/donstat/ regions/thematiq/index.htm Association des régions du Québec: www.regions.qc.ca/ Association des centres locaux de développement du Québec: www.acldq.qc.ca/fra/ accueil_public_fst.htm Solidarité rurale du Québec: www.solidarite-rurale.qc.ca/ Cartographie L\u2019Atlas du Québec et de ses régions: 132.208.166.101/atlas/depart.htm Cartothèque de l'Université du Québec à Chicoutimi : www.uqac.uquebec.ca/z0ne03/ cartotheque/ Photocartothèque québécoise: www.mrn.gouv.qc.ca/photocartotheque/ produits/thematiq/comm2.htm Information touristique et culturelle Les régions touristiques du Québec, site officiel du gouvernement: www.tourisme.gouv.qc.ca/francais/tourisme/ regions/regionst.html Page régionale du ministère de la Culture et des Communications: www.mcc.gouv.qc.ca/ region/region.htm Information économique Profils économiques des 17 régions administratives : www.mic.gouv.qc.ca/PME-REG/regions/ index.htm (suite p.305) Panorama des régions administratives 297 Réalisation cartographique : KOREM inc. 298 Le territoire québécois La région de l'Estrie (05) ctonavjlle Black NTRE-DU-QUEBEC arwick rummondville ingsey Falls Si Y DacK/ill|* gestes '' Æ/\tASBESTOS Val& % 6ichmt)f)cl Weedon Centre^ LE VAL- Sa SAINT-FRANÇOIS \u201e .\t.Y Windsor c .Valcourt ¦\tEast ^ Scotstowr Bromptonviif^ \u2022 Angu^, $ SHERBROOKE^-^ saint-frani Rock Forestk^r: Fieu ri mont u Rougemon| .G ran by \u201cTm fc^jjro MONTÉRÉGIE Cowansville SH E RBR 0 0 KF,) Principales municipalités (1997)\t Saint-Eustache\t39 860 Blainville\t29 603 Boisbriand\t25 227 Saint-Jérôme\t23 916 Sainte-Thérèse\t23 447 Municipalités régionales de comté (MRC)\t Antoine-Labelle Argenteuil Deux-Montagnes La Rivière-du-Nord Les Laurentides Les Pays-d'en-Haut Mirabel Thérèse-De-Blainville\t * Les données de cette fiche sont celles de 1999 sauf indication contraire 318\tLe territoire québécois La région des Laurentides (15) Saint-Michel- des-Saints.\u201e7, Mont-Laurier *\t\"\tANTOINE-LABELLE * Val-Barrette LANAUDIERE L'Annonciation Lac-Nominingue< t/ i ' v Saint-Donat- de-Montcalm Labelle Notre-Dam?du-Laus LES LAÜRENTIDES Saint-Jovite «u Sainte-Agathe-\\ des-Mo Rawdoi Huberdeau yy vai- nt-Hippc LES''PAYS-D'EN Saint-Sauveur- ,-des-Monts û|RiviÈRE-Aaur NORD Chénéville Saint- lérnme* tHÉRÈS ARGENTEUIL iaml jerome gWINVI[ Brownsburg» jLachùJfe^ynsV MIRABEL * isbrian INT-EUS Buckingham CANADA sâtakè' de~ MONTA 100 km Réalisation cartographique : I Panorama des régions administratives 319 Montérégie (16) Superficie 11 176 km2 \u2022 (0,734% du Québec) Démographie Population \u2022 1 311 493* \u2022 (17,9% du Québec) Variation 1991-1999 \u2022 +6,2% Densité \u2022 118,7 hab/km2 \u2022 (Québec 4,9) Natalité (1998) \u2022 10,3 %o (Québec 10,3) Mortalité \u2022 6,7 %o (Québec 7,4) Nuptialité \u2022 3,1 %o (Québec, 3,1) Répartition par groupe d'âge 0-14 ans \u2022 19,8% \u2022 (Québec 18,5%) 15-54 ans \u2022 60,2% \u2022 (Québec 59,7%) 55-64 ans \u2022 9,3% \u2022 (Québec 9,4%) 65 ans et plus \u2022 10,7% \u2022 (Québec 12,4%) Marché du travail Population active (000) \u2022 725,3 Taux d'activité \u2022 67,4% \u2022 (Québec 62,5%) Personnes occupées (000) \u2022 665,4 Région/Québec \u2022 19,5% Taux de chômage \u2022 8,3% \u2022 (Québec 9,4%) Emplois par secteur primaire \u2022 3,5% \u2022 (Québec 3,6%) secondaire \u2022 26,2% \u2022 (Québec 22,4%) tertiaire \u2022 70,3% \u2022 (Québec 74,0%) Revenu moyen des particuliers (1998) 26 856$ \u2022 (Québec 25 367 $) Investissements (prévisions pour 2000) 5 372,1m $ \u2022 (Régions/Québec 15,7 %) Source privée \u2022 78,2% \u2022 (Québec 79,7%) Principales municipalités (1997) Longueuil\t127\t977 Saint-Hubert\t77\t042 Granby\t43\t316 Châteauguay\t41\t423 Saint-Hyacinthe\t38\t981 Municipalités régionales de comté (MRC) Acton, Beauharnois-Salaberry, Brome-Missisquoi, Champlain, La Haute-Yamaska, La Vallée-du-Richelieu, Lajemmerais, Le Bas-Richelieu, Le Haut-Richelieu, Le Haut-Saint-Laurent, Les Jardins-de-Napierville, Les Maskoutains, Roussillon, Rouville, Vaudreuil-Soulanges * Les données de cette fiche sont celles de 1999 sauf indication contraire Centre-du-Québec (17) Superficie 6 986 km2 \u2022 (0,459% du Québec) Démographie Population \u2022 222 091* \u2022 (3,0% du Québec) Variation 1991-1999 \u2022 +4,7% Densité \u2022 31,7 hab/km2 \u2022 (Québec 4,9) Natalité (1998) \u2022 10,4%0 (Québec 10,3) Mortalité \u2022 7,8%o (Québec 7,4) Nuptialité \u2022 2,3 %o (Québec, 3,1) Répartition par groupe d'âge 0-14 ans \u2022 18,9% \u2022 (Québec 18,5%) 15-54 ans \u2022 58,7% \u2022 (Québec 59,7%) 55-64 ans \u2022 9,3% \u2022 (Québec 9,4%) 65 ans et plus \u2022 13,1% \u2022 (Québec 12,4%) Marché du travail Population active (000) \u2022 105,1 Taux d\u2019activité \u2022 60,0% \u2022 (Québec 62,5%) Personnes occupées (000) \u2022 94,9 Région/Québec \u2022 2,8% Taux de chômage \u2022 9,8% \u2022 (Québec 9,4%) Emplois par secteur primaire \u2022 8,6% \u2022 (Québec 3,6%) secondaire \u2022 34,5% \u2022 (Québec 22,4%) tertiaire \u2022 56,9% \u2022 (Québec 74,0%) Revenu moyen des particuliers (1998) 21 448 $ \u2022 (Québec 25 367 $) Investissements (prévisions pour 2000) 877,4m $ \u2022 (Régions/Québec 2,6%) Source privée \u2022 84,6% \u2022 (Québec 79,7%) Principales municipalités (1997) Drummondville\t44\t882 Victoriaville\t38\t174 Bécancour\t11\t489 Saint-Nicéphore\t9\t251 Plessisville\t6\t810 Municipalités régionales de comté (MRC) Arthabaska Bécancour Drummond L\u2019Érable Nicolet-Yamaska * Les données de cette fiche sont celles de 1999 sauf indication contraire 320 Le territoire québécois La région de la Montérégie (16) MAURICIE Saint-Jean de-Matha Yamachiche Ni S0\"1 km errevil Maskin LANAUDIERE Rawdon .Joli BAS-RICHELI t recoeur ^ Laure^tides^\tLaval Saint-Jérôme\tL'Assomption.,,™,,,:» aint-Dems LES MASKOUTAINŒ» Saint/\" '\t\tLes enjeux de la future politique du patrimoine LES LETTRES ?\tL'année littéraire : les personnes du masculin singulier ?\tLes essais: quelques colères, des hommes et du sens L'AUDIOVISUEL ?\tLa crise des producteurs ?\tLa place dominante du documentaire >\tLa télévision : ce douloureux rapport a l'argent qui change tout CHRONIQUE OU MONDE DES ARTS Entre travail et loisir : aperçu des pratiques culturelles au Québec 403 Entre travail et loisir: aperçu des pratiques culturelles au Québec Gilles Pronovost sociologue, Université du Québec à Trois-Rivières Les études de budget-temps permettent une mesure plus précise du temps total consacré au travail et aux activités connexes que ce que peuvent nous révéler certaines statistiques.Règle générale, le temps de travail est beaucoup plus élevé que ce qu\u2019indiquent les chiffres officiels, pour la raison notamment qu\u2019une vingtaine de minutes par jour peuvent être ajoutées pour les activités connexes.Plus important encore, le temps de transport relié au travail (plus de deux heures par semaine dans la plupart des pays occidentaux) représente entre 7 et 12 % du temps total consacré au travail.Le budget-temps global consacré au travail est demeuré pratiquement stable entre 1986 et 1998 au Québec et au Canada.Ainsi, le travail prend environ de trois à trois heures et demie par jour, en incluant les trajets, pour l'ensemble de la population (active et inactive).La moyenne et la durée totale du temps consacré au travail sont pratiquement équivalentes en France et au Québec, mais plus élevées d\u2019au moins deux heures par semaine au Canada, sans doute davantage aux États-Unis.On peut interpréter ce phénomène par le fait que quel que soit le nombre d\u2019individus dans la population active (que ce nombre ait augmenté ou diminué), le temps total que l\u2019on consacre au travail n\u2019a pratiquement pas bougé dans les sociétés contemporaines.En d\u2019autres termes, la part que les sociétés occiden- tales consacrent au travail demeure relativement stable dans l\u2019ensemble des temps sociaux, à l\u2019exception des pays à forte croissance économique.L'amplitude du travail: plus de neuf heures Mais si l\u2019on ne prend en considération que la population active, les tendances sont fort différentes.En effet, après avoir décliné de près de quatre heures entre 1986 et 1992, le temps de travail a entrepris une remontée qui devrait nous ramener bientôt à la situation des années quatre-vingt.Par exemple la journée de travail des actifs étaient de 6 heures et 38 minutes par jour en 1986, elle a diminué à 6 heures 4 minutes en 1992 pour remonter à 6 heures 22 minutes en 1998.Sur une semaine, les actifs au Québec travaillent donc environ 44 heures et demie, y compris les trajets, les pauses, etc, soit environ deux heures de plus par semaine depuis cinq ans.En tout état de cause, les actifs travaillent pratiquement le même nombre d\u2019heures depuis près de deux décennies, avec des fluctuations à la baisse et à la hausse selon les périodes économiques.Aux États-Unis et au Canada dans son ensemble, en raison sans doute d\u2019un faible taux de chômage, les heures de travail sont un peu plus élevées et elles ont nettement eu tendance à augmenter depuis quelques années.Aperçu des pratiques culturelles au Québec Entre travail et loisir 404 La culture Il faut également considérer l\u2019amplitude réelle de la journée de travail, par-delà le temps «officiellement» passé au travail.Par amplitude, j\u2019entends ici la durée moyenne entre le début de la première activité reliée au travail régulier (par exemple, se rendre au métro) et la fin de la dernière (par exemple, l\u2019heure du retour à la maison).À cet égard les données disponibles révèlent une situation peu connue : ainsi, au-delà de 50% de la population active connaît une amplitude du travail de plus de huit heures par jour (pour 25 % de la population, ce temps dépasse neuf heures) ; si l\u2019on ajoute à cela les activités de transport reliées au travail, ainsi que les autres activités connexes au travail, la moyenne journalière de l'amplitude du travail est de plus de neuf heures ! Les travaux domestiques Les études de budget-temps confirment sans l\u2019ombre d\u2019un doute la prédominance de la division sexuelle des tâches dites ménagères, de même que des soins accordés aux enfants.Comme on le sait, ce sont les femmes qui consacrent le plus de temps aux travaux domestiques et aux soins des enfants ; quelle que soit l\u2019enquête, cette division sexuelle du travail domestique demeure, même si le partage des tâches a tendance à être un peu moins inégalitaire depuis quelques décennies.Malgré tout, le temps consacré aux travaux ménagers et aux soins des enfants peut être jusqu\u2019à deux fois plus élevé chez les femmes qui travaillent par rapport à leur conjoint actif, et jusqu\u2019à trois fois plus élevé chez les femmes dites inactives.L'activité domestique des femmes sans emploi demande pratiquement autant de temps que le travail professionnel.Dans le cas des femmes occupant un emploi, l\u2019effet des « deux tâches à plein temps » est bien documenté.Quelques études ont de plus illustré que les femmes se spécialisent dans les soins premiers, directs (hygiène, alimen- Trois grandes enquêtes sur l\u2019emploi du temps Statistique Canada a réalisé trois grandes enquêtes canadiennes, dont la dernière date de 1998; les échantillons sont très larges et comptent un nombre de répondants québécois d\u2019environ 2000 personnes.Ces enquêtes ont été réalisées en complétant un carnet de l'emploi du temps, pour une journée précise.Les données sont généralement présentées pour une journée type, pour l\u2019ensemble de la population.On doit ainsi multiplier par sept les résultats présentés pour obtenir une information conforme à la moyenne hebdomadaire.Les vingt-quatre heures des Québécois se répartissent approximativement selon les tableaux un et deux en annexe à ce texte, en ne considérant que l\u2019activité principale, et en regroupant les activités selon certaines catégories générales.Rappelons qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une moyenne par jour, pour l\u2019ensemble de la population.Ainsi, le travail prend environ de trois à trois heures et demie par jour pour l\u2019ensemble de la population (y compris les trajets).Dans ce cas, le temps total consacré au travail est réparti sur l\u2019ensemble des informateurs, comme on pourrait le faire pour les revenus, par exemple, ce qui donne une idée de l\u2019ampleur ou de la diffusion de l\u2019activité en question.On obtient une mesure comparée du temps total qu\u2019une société consacre au travail, à une période donnée de son histoire. Entre travail et loisir : aperçu des pratiques culturelles au Québec 405 Tableau 1 Emploi du temps quotidien Québec, 1986, 1992 et 1998 \t\t\t Sommeil (incluant la sieste)\t8h23m\t8h28m\t8h27m Loisirs*\t5h36m\t6hl2m\t6h20m Dont: Médias\t2h27m\t2h08m\t2h08m Activités culturelles\t44m\t39m\t37m Sport\t23m\t32m\t35m Soirées-visites\t52m\tlhl4m\tlh02m Travail (incluant les déplacements)\t3h23m\t3h21m\t3h21m Travaux ménagers (incluant préparation des repas)\tlh48m\tlh44m\tlh57m Soins personnels\t51m\t52m\t55m Soins des enfants\t18m\t21m\t21m Achats et services\t42m\t44m\t46m Éducation\t49m\t33m\t31m Participation aux associations\t15m\t26m\t20m Temps résiduel ou manquant\t30m\tlm\tlm \u2022 Loisir: comprend repas aux restaurants, déplacements, jardinage, etc.Source: enquêtes sociales générales de Statistique Canada, citées en bibliographie.tation, etc.), alors que les hommes vont plutôt occuper leur temps à des activités de socialisation (parler, jouer avec les enfants, etc.).Ainsi, les hommes consacrent plus de temps que les femmes aux seuls travaux suivants : réparations, entretien du véhicule, jardinage et entretien du terrain.Les femmes consacrent approximativement 3,5 fois plus de temps aux repas, 6 fois plus au nettoyage intérieur, 7 fois plus au lavage et au repassage.Les femmes sur le marché du travail déploient ordinairement une charge quotidienne plus élevée que celle des hommes ; par exemple, en cumulant le temps de travail et les tâches domestiques, les Françaises actives «travaillent» près d\u2019une demi-heure de plus par jour que les hommes.Quelques différences liées à l'âge Par rapport à l\u2019âge des répondants, cette fois, soulignons l\u2019importance du temps libre chez les jeunes de 15 à 24 ans, ainsi que chez les 45 ans et plus ; les jeunes pratiquent davantage les activités physiques et sportives et sont les plus grands consommateurs de cassettes vidéos (deux fois plus de temps que la moyenne de la population).À mesure que l\u2019on vieillit, les travaux ménagers, les repas, les courses, l\u2019écoute de la télévision, notamment, occupent davantage de temps.Les personnes âgées de 35 à 44 ans semblent vraiment les plus « occupées », tant sur le plan du travail que sur celui des travaux ménagers et des soins des enfants ; l\u2019une des conséquences est qu\u2019elles constituent une des catégories de population qui dort le moins, qui dispose de moins de temps libre et se sent la plus stressée.On notera encore l\u2019importance consacrée aux repas, aux soins personnels et à l\u2019écoute de la télévision chez les 55 ans et plus.Aperçu des pratiques culturelles au Québec Entre travail et loisir 406 La culture Tableau 2 Emploi du temps parmi la population des travailleurs, Québec, 1986,1992 et 1998 \t\t\t Sommeil (incluant la sieste)\t8h03m\t8h05m\t7h57m Loisirs\tTotal\t4h28m\t5hl3m\t5hl2m Dont:\tMédias\tlh52m\tlh49m\tlh43 Activités culturelles\t36m\t33m\t29m Sport\t18m\t24m\t30m Travail (incluant les déplacements)\t6h38m\t6h04m\t6h22m Travaux ménagers\tlhlôm\tlhl7m\tlh28 Repas (excluant ceux au restaurant)\tlhl2m\tlh09m\t46m Soins personnels\t53m\t52m\t51m Soins des enfants\t14m\t17m\t20m Achats et services\t33m\t38m\t44m Éducation\t11m\t6m\t5m Participation aux associations\t11m\t16m\t15m Source: mêmes que tableau i.La participation culturelle des personnes âgées ainsi que leur présence dans les associations sont presque deux fois plus importantes.La lente croissance du temps libre Les études de budget-temps ont eu tendance à considérer le temps libre comme une catégorie résiduelle, ce qui a eu pour effet de produire certaines différences dans les résultats selon le contenu rattaché à cette catégorie de temps.On a déjà inclus l'éducation des adultes, la participation religieuse et politique dans cette catégorie.De nos jours, on inclut essentiellement dans cette catégorie les activités culturelles, les sorties, les activités sportives et celles qui sont reliées aux médias.Quoi qu\u2019il en soit, le temps consacré à des activités de loisir représente actuellement dans les enquêtes entre quatre et cinq heures par jour, selon les activités retenues et selon les pays, les nations les plus industrialisées démontrant habituel- lement une moyenne plus élevée.En incluant certaines autres activités (comme des repas au restaurant, le jardinage, les cours suivis à des fins de culture personnelle, les transports reliés au loisir), on peut ajouter près d\u2019une heure additionnelle par jour, de sorte que je suis d\u2019avis que la moyenne réelle est plus près de six heures par jour consacrées au temps libre dans les pays occidentaux, ce qu\u2019elle est au Québec et au Canada.Le temps libre représente ainsi le quart du temps total d\u2019une journée moyenne, plus de 40 % du temps si on exclut le sommeil.De ce total, la seule consommation des mass média représente de 35 % à 40 % du temps libre! En fait on peut presque dire que «la semaine de temps libre» s\u2019approche de la «semaine de travail»: elle est de près de 36 heures chez les travailleurs au Québec ; aux États-Unis en 1995, elle était de 33 heures pour les femmes et 39 heures pour les hommes sur le marché du travail. Entre travail et loisir : aperçu des pratiques culturelles au Québec 407 Le temps consacré à des activités de loisir s\u2019est donc constamment accru dans les pays occidentaux En France, par exemple, à partir d'une comptabilité différente, l'INSEE a calculé que le temps libre s\u2019est accru de quatre heures de plus par semaine entre ^75 et 1985, et de trois heures additionnelles jusqu\u2019en 1999.Aux États-Unis, les travaux de John Robinson [1999] permettent de conclure qu\u2019entre 1965 et 1995, on a également assisté à un accroissement du temps libre, de l\u2019ordre de près de six heures de plus par semaine pour les hommes et les femmes sur le marché du travail.Au Québec, le temps consacré à des activités de loisir a augmenté de près d\u2019une heure par jour, sept heures par semaine, entre 1986 et 1998.Les études d\u2019emploi du temps permettent d\u2019étayer ce que j\u2019ai appelé « la lente croissance du temps libre en Occident», pour la raison que les déplacements de temps se réalisent presque uniquement vers le temps libre.Le seul temps consacré à des activités culturelles (spectacles, musées, etc., auquel on a ajouté la lecture et l\u2019écoute de la musique) totalise plus d'une demi-heure par jour, soit au-delà de quatre heures par semaine.Le temps quotidien consacré à la lecture compte pour environ 80% du «temps culturel quotidien».Ce sont les personnes âgées de 65 ans et plus qui consacrent le plus de temps à la lecture, environ une heure par jour.Notons une tendance que l\u2019on pourrait qualifier d\u2019inquiétante : le temps consacré aux activités culturelles est légèrement en déclin au Québec.Autre tendance lourde au sein du temps libre : l\u2019accroissement significatif, du moins en Amérique, du temps consacré aux activités sportives et de plein air, en voie de rejoindre la durée des activités culturelles.Autre aspect bien connu, le temps du loisir prend principalement place en soirée, sur semaine, et est étalé pendant les week-ends, à l\u2019exception de la population inactive qui répartit davantage le temps du loisir pendant la journée.Pour ce qui est des week-ends, le temps consacré au loisir est presque doublé, pour la population active, en comparaison des jours de semaine.Le temps consacré à la télévision Quant au temps consacré à regarder la télévision, malgré la prolifération des chaînes spécialisées, il demeure stable depuis au moins une décennie pour l\u2019ensemble de la population, et est en déclin pour la population active; les mêmes constatations s\u2019appliquent aux États-Unis et au Canada (mais non en France).Voilà une donnée très fiable, avec laquelle nous sommes peu familiers, préférant ne voir chez le Québécois que le « télévore » invétéré.Car les données tirées des enquêtes d\u2019emploi du temps présentent constamment des résultats inférieurs aux données publiées selon les sondages de firmes privées spécialisées du genre BBM.La différence dans les résultats provient essentiellement de la méthodologie utilisée ; si on prend l\u2019exemple des firmes canadiennes, une partie de la surestimation vient du fait que les informateurs déclarent des temps d\u2019écoute pour les autres membres de la famille, une partie du fait que l\u2019on considère des plages de 15 minutes à la fois, ce qui fait, dans ce dernier cas, que quelques minutes d\u2019écoute résultent en une durée minimum de 15 minutes.De plus, les échantillons sont très petits, contrairement aux très larges échantillons des études d\u2019emploi du temps et portent sur la population âgée de 2 ou 4 ans et plus.J\u2019ai procédé à un calcul Aperçu des pratiques culturelles au Québec Entre travail et loisir 408 La culture Tableau 3 Taux de participation à certains types d'activités Québec, 1989, 1994 et 1999 (en pourcentage) \t\t\t Activités physiques et sportives\t\t\t Activités de mise en forme\t65\t57\t51 Sports d'équipe\t34\t58\t26 Sports individuels\t\t\t49 Activités de plein air (marche, etc.)\t\t\t80 Pratiques amateur\t\t\t Faire de la photographie\t41\t29\t24 Danses sociales\t\t23\t14 Écrire poèmes, etc.\t21\t18\t16 Arts plastiques, artisanat\t20\t23\t21 Jouer d\u2019un instrument de musique\t19\t17\t16 Faire du ciné, de la vidéo\t12\t12\t11 Danse traditionnelle\t10\t5\t Chanter devant un auditoire\t5\t6\t6 Chœur, chorale\t5\t\t Troupe amateur\t4\t4\t3 Loisirs scientifiques*\t19\t17\t24 \u2022Mesurés par deux variables différentes en 1999.Les tableaux 3 à 9 sont tirés des enquêtes du ministère de la Culture et des Communications du Québec, cités en bibliographie.Je remercie le ministère pour son autorisation de publier ces données.sommaire en ajoutant le temps d\u2019écoute de la télévision à titre d\u2019activité secondaire (par exemple, prendre un repas en regardant la télévision ; une telle donnée n\u2019est pas toujours disponible) ; les résultats n\u2019atteignent jamais les sommets auxquels en arrivent les firmes spécialisées.Ces conclusions sont soutenues par des travaux analogues menés aux États-Unis.Ainsi, John Robinson a procédé à des comparaisons entre les résultats des firmes spécialisées, des mesures plus fines par audimètre et les données des études d\u2019emploi du temps.Encore ici, la surestimation des firmes spécialisées est très nette, et est liée aux aspects méthodologiques évoqués.Les mesures par audimètre ont permis d\u2019établir que per- sonne n\u2019est devant le téléviseur pour environ 20% du temps mesuré, et qu\u2019un autre 20% est de l\u2019ordre de la multi-activité (lire, converser, etc., devant le téléviseur)! En soustrayant ce 40%, on obtient des ordres de grandeur très voisins des résultats des études d\u2019emploi du temps.Sur la base des études d\u2019emploi du temps, j\u2019en conclus qu\u2019au Québec, en 1998, le «Québécois moyen» âgé de 15 ans et plus regardait la télévision un peu plus de deux heures par jour, (soit environ 14 heures par semaine, auxquelles il faut ajouter environ une heure par semaine d\u2019écoute de cassettes vidéo).Les actifs âgés entre r8 et 64 ans, pour leur part, regardaient la télévision une heure et demie par jour, soit moins de Entre travail et loisir : aperçu des pratiques culturelles au Québec 409 il heures par semaine.La population occidentale est certes téléuore, mais probablement pas autant qu\u2019on l\u2019imagine.Sur la base des données tirées des études sur l\u2019emploi du temps, que peut-on conclure de l'évolution du temps effectivement consacré à regarder la télévision?Trois perspectives historiques s'en dégagent: \u2022\tune relative stabilité, voire une véritable amorce de déclin dans la population sur le marché du travail, du temps consacré à la télévision ; \u2022\tle déclin du temps consacré à regarder la télévision généraliste ; \u2022\tune part stable sinon décroissante des médias dans l\u2019ensemble du temps libre et du temps quotidien.Temps familial et pratiques de sociabilité Le temps libre renvoie également à des pratiques de sociabilité.Mesuré par la durée des activités, le temps de la sociabilité a tendance à croître (soirées, sorties, etc.).Une autre mesure est également possible, celle du temps effectif passé seul ou en compagnie de tel ou tel partenaire, de même que les lieux de déroulement des activités.On peut encore mesurer l'importance des interactions de nature familiale et leur variation au cours de la journée.Si l\u2019on ne prend pas en considération les activités personnelles, c\u2019est.en solitaire que l'on passe la majeure partie de la journée.Au plan des relations sociales, suite à une augmentation remarquable du temps de la solitude entre 1986 et 1992, caractéristique générale qui touche toutes les catégories de population, on assiste à un net changement de cap depuis lors.Depuis moins d\u2019une décennie, on passe environ une demi-heure de moins par jour en solitaire, presque autant avec des amis, du moins telle est la tendance.En compa- raison de ce que l\u2019on observe dans l\u2019ensemble de la population, les jeunes passent moins de temps seul (une heure de moins par jour), presque trois fois plus de temps avec des amis ; le temps passé avec l\u2019un ou l\u2019autre membre de la famille y est de près de deux heures moindre.À cet égard les sans-emploi et les retraités constituent indéniablement les groupes les plus solitaires : ils passent seuls souvent plus du quart de leur journée; plus on vieillit, plus s\u2019accroît le temps de la solitude.Les femmes et ceux ou celles qui sont inactifs passent le plus de temps avec les enfants.La chute du «temps familial » Il en va de même pour le temps consacré à des activités quotidiennes en compagnie de membres de la famille.De manière globale, ce que l\u2019on pourrait appeler « le temps familial » a chuté de près de deux heures par jour, quatorze heures par semaine en un peu plus d\u2019une décennie au Québec ; sa lente érosion continue mais de manière moins accélérée.L\u2019essentiel de cette chute est imputable à la diminution du temps passé avec des enfants, tout particulièrement chez les 35 ans et plus, la catégorie des 45-54 ans affichant la plus forte diminution (au-delà de trois heures par jour).Ce sont encore les jeunes et les plus âgés qui ont connu une baisse du temps familial en deçà de la moyenne générale.Pour les ménages qui ont des enfants, la chute du temps familial a été pratiquement du même ordre, ce qui laisse croire que ce n\u2019est pas la présence voire le nombre d\u2019enfants qui a produit cette chute du temps familial et particulièrement du temps passé en compagnie des enfants, mais des causes plus profondes liées aux modes de vie et aux changements de valeur [voir aussi p.5 et II].Aperçu des pratiques culturelles au Québec Entre travail et loisir 410 La culture Quant aux lieux, il semble bien que l\u2019on passe de plus en plus de temps.à la maison ; ce temps s\u2019est accru d\u2019une heure par jour en six ans au Québec.Les inactifs et les retraités demeurent le plus longtemps à la maison (jusqu\u2019à vingt heures par jour), les étudiants et la population active demeurent le plus longtemps dans les autres lieux que ceux du travail et de la maison, signe de leur plus grande mobilité.\u2022 Les pratiques culturelles Le temps est le substrat de pratiques quotidiennes complexes.Il est bien étayé qu\u2019environ la moitié de la population déclare « manquer de temps », cette population est relativement bien identifiable : à l\u2019aise, occupant des emplois supérieurs.et fort active au plan culturel.Comme je le décrirai, malgré tout nous trouvons le temps de pratiquer de nombreuses activités culturelles.Les loisirs scientifiques et les pratiques en amateur Il y a tout lieu de croire à une importante progression de la pratique des loisirs scientifiques: astronomie, informatique, observation de la nature, archéologie, collectionneurs, etc.Près du quart des Québécois déclarent s\u2019y adonner.On observe également depuis quelques décennies un engouement très important pour les pratiques en amateur.Dans une étude récente et très fouillée menée en France sur ce sujet, Olivier Tableau 4 Fréquentation de certains établissements culturels Québec, 1979.1983, 1989.1994 et 1999 Population âgée de 15 ans et plus (en pourcentage) \tII-W.-UI\t\t\t\t Tous genre de musées\t31,2\t30,1\t39,3\t36,9\t39,1 Dont:\tMusées d'art\t23,2\t22,8\t28,1\t27,1\t30,6 Musées autres que d\u2019art\t17,6\t17,3\t24,4\t20,9\t22,8 Galerie d'art\t18,3\t19,9\t23,0\t18,9\t21,0 Tous genres de bibliothèques*\t\t\t45,9\t40,6\t45,7 Bibliothèques publiques\t23,5\t33,0\t34,3\t32,6\t37,3 dont bibliothèque municipale\t\t\t34,3\t32,6\t36,7 dont bibliothèque scolaire\t\t\t20,6\t16,3\t13,2 dont bibliothèque d'une autre ville\t\t\t\t4,8\t3,6 Autre bibliothèque\t\t\t7,6\t3,6\t2,4 Librairie\t49,3\t50,7\t59,5\t62,6\t61,5 Salon du livre\t12,3\t21,3\t14,2\t14,1\t14,8 Salon des métiers d'art ou d\u2019artisanat 43,8\t\t45,7\t24,8\t20,7\t20,8 Sites historiques\t30,4\t28,8\t37,6\t32,4\t38,9 Centre d\u2019archives\t\t\t8,5\t6,7\t9,3 \u2022\t1979: population âgée de 18 ans et plus.\u2022\t«Fréquentation d'une bibliothèque publique» dans les sondages de 1979 et 1983; «fréquentation d'une bibliothèque scolaire, municipale d'un organisme ou d\u2019une entreprise» à partir de 1989. Entre travail et loisir : aperçu des pratiques culturelles au Québec 411 Tableau 5 Assistance aux spectacles Québec, 1983, 1989, 1994 et 1999 (en pourcentage) \timn\t\t\t Cinéma\t60,2\t51,0\t59,2\t72,0 Théâtre en saison régulière\t\t27,9\t24,5\t Théâtre d'été\t\t21,1\t18,4\t15,7 Théâtre professionnel\t\t\t\t21,2 Théâtre amateur\t\t\t\t12,8 Total théâtre été et professionnel\t35,4\t38,5\t33,9\t31,1 Total théâtre été, professionnel et amateur\t\t\t\t36,9 Opéra, opérette\t\t5,7\t\t Opéra\t\t\t5,3\t7,5 Opérette\t\t\t1,9\t2,6 Spectacle de music-hall, de variétés musicales\t\t\t8,8\t8,7 Comédie musicale\t\t\t\t9,4 Chant choral\t\t\t\t16,9 Concert de musique classique\t13,6\t13,8\t10,8\t13,0 Concert de musique traditionnelle\t\t\t5,5\t Concert rock\t\t13,9\t15,5\t Concert rock, hard rock, heavy metal\t\t\t\t13,1 Concert new wave, heavy metal\t\t3,2\t5,2\t Concert de jazz ou de blues\t\t12,1\t12,6\t6,6 Concert de musique western, country\t\t5,0\t4,9\t2,0 Concert d'auteur-compositeur-interprète*\t\t16,7\t15,4\t Concert d'un chansonnier\t\t14,0\t\t Autres concerts de chanteurs ou groupes populaires\t\t17,5\t11,5\t8,2 Spectacle de danse joué par des professionnels\t\t\t\t8,0 Spectacle de danse classique ou de ballet\t7,2\t8,9\t5,1\t5,0 Spectacle de danse moderne ou de ballet-jazz\t10,0\t8,8\t4,3\t5,5 Spectacle de danse folklorique\t4,4\t7,0\t3,6\t2,3 Spectacle d'humour\t\t\t25,0\t24,8 Journée ou gala folklorique\t\t\t2,8\t Festival de musique, théâtre, film, danse\t\t16,8\t17,8\t Autre festival populaire\t\t12,3\t13,5\t Cirque\t\t\t\t10,0 Match sportif\t39,8\t41,8\t37,4\t31,6 \u2022 Plus Chansonnier en 1994 et 1999 Aperçu des pratiques culturelles au Québec Entre travail et loisir 412 La culture Cinq enquêtes sur les pratiques culturelles Nous disposons maintenant d\u2019une abondante documentation sur les pratiques culturelles.Au Québec, tout particulièrement, cinq enquêtes ont été réalisées entre 1979 et 1999.Pour plus de détails, on s\u2019en remettra aux ouvrages cités en référence.Donnât [1996] a bien montré l\u2019évolution remarquable et continue des pratiques artistiques amateur définies comme celles étant « pratiquées dans le cadre des loisirs », c\u2019est-à-dire en dehors de toute contrainte scolaire ou professionnelle.La génération des 35 ans et moins est celle qui a porté un tel essor, les jeunes s\u2019y sont massivement investis, mais presque toutes les générations ont participé à une telle diffusion des pratiques artistiques.Les pratiques artistiques les plus répandues sont généralement celles de la photographie et de l\u2019artisanat, suivies de l'écriture et de la pratique d\u2019un instrument de musique, souvent à la hauteur d'environ 15 % ou plus de la population adulte.La possession d\u2019un instrument de musique est généralement au moins deux fois plus importante.Un Québécois sur dix est membre d\u2019une association culturelle ou artistique.Les pratiques amateur se situent à la frontière de la culture populaire et de la culture savante, elles chevauchent très nettement ces deux univers, elles en forment sans doute le lien le plus étroit.Dans les cycles de vie, on observe parfois un cheminement qui ne se dément jamais, par-delà les fluctuations inévitables engendrées par les circonstances et les événements.Olivier Donnât observe que «faire de la musique est l\u2019activité artistique qui mérite le plus l\u2019appellation de pratique de toute une uie».Ce qui est tout à fait remarquable, car la pratique en amateur suppose implicitement une sorte de « carrière » culturelle qui n\u2019a aucune prétention professionnelle, mais en même temps qui s\u2019appuie sur un projet continu de participation à la culture.Le «public» de la culture est formé d'artistes dans l\u2019âme ou de personnes qui ont entretenu un contact étroit avec tel ou tel genre d\u2019activités.En fait, les sondages montrent bien que les consommateurs de certains genres de spectacles ont très souvent pratiqué l\u2019activité elle-même ; le cas est très net en ce qui concerne le théâtre, la danse et la musique classique.Ainsi, le taux de fréquentation des spectacles de théâtre est presque deux fois plus élevé chez ceux qui ont déjà fait partie d\u2019une troupe de théâtre amateur (ou sont encore membres) que dans la population en général.Chez les amateurs, le niveau de pratiques culturelles est généralement deux à trois fois supérieur à la moyenne.Les activités socio-éducatives Il y a tout lieu de conclure que la pratique d\u2019activités socio-éducatives ou purement éducatives est en hausse.À cela il faut ajouter la montée des loisirs scientifiques, dont nous avons déjà parlé.La proportion de ceux qui ont suivi des cours ou des ateliers d\u2019art est en hausse.Ainsi, aux États-Unis, plus de 40°/o de la population adulte a déjà suivi des cours de musique depuis l\u2019enfance jusqu\u2019à l\u2019âge adulte; Entre travail et loisir : aperçu des pratiques culturelles au Québec 413 Tableau 6 Genres de musique écoutés Québec, 1989,1994 et 1999 \t\t\t Musique populaire ou commerciale\t55,0\t\t Classique\t29,8\t29,6\t27,5 Musique d\u2019ambiance, semi-classique\t26,4\t11,5\t10,8 Rock\t20,0\t42,7\t35,6 Western, country\t9,2\t9,7\t7,3 Autres chanteurs ou groupes populaires\t6,8\t15,9\t Jazz, blues\t6,1\t7,3\t7,6 Auteurs-compositeurs-interprètes\t5,5\t\t Chansonniers\t5,1\t\t Chansonniers, auteurs-comp.-inter.\t\t9,1\t7,1 Folklorique, traditionnelle\t3,6\t2,2\t2,3 New wave, heavy metal\t3,4\t7,2\t7,7 Opéra, opérette\t2,5\t2,0\t2,4 « Rap», « Hip Hop»\t\t\t4,4 Musique du monde, Worldbeat\t\t\t1,3 « Musique actuelle»\t1,4\t6,1\t2,1 Danse, disco\t\t6,0\t7,6 Rap\t\t1,4\t \u2022Pourcentage de répondants ayant fait au moins une mention d'un type de musique.l\u2019ordre de grandeur est de près de 25% pour ce qui est des arts visuels, des ateliers d\u2019écriture, des cours sur la connaissance des oeuvres d\u2019art.Au Québec, c\u2019est le même ordre de grandeur de la population adulte qui suit annuellement des cours, assiste à des conférences ou des ateliers de discussion.La fréquentation annuelle des seuls cours d\u2019art est d\u2019environ 10%.Les relations que l\u2019on a faites dans le cas des pratiques culturelles entre l\u2019âge et la scolarité s\u2019appliquent également ici : plus on est scolarisé, plus on a tendance à suivre des cours et ateliers d\u2019art, l\u2019inverse s\u2019observant avec l\u2019avance en âge.Les pratiques éducatives dans le temps libre demeurent fortement stéréotypées selon l\u2019un et l\u2019autre sexe.La fréquentation des établissements culturels En comparant les données disponibles, on peut très nettement conclure que sur les trois à quatre décennies précédentes, la fréquentation des musées est en hausse en Occident ; le phénomène est remarquable aux États-Unis, au Québec et en Europe de l\u2019Ouest et du Nord, où les taux de fréquentation varient entre le quart et le tiers de la population adulte.Pour un grand nombre d\u2019institutions culturelles québécoises, une pointe historique a été atteinte en 1989, puis un déclin s\u2019est amorcé, sans doute sous l\u2019effet des difficultés économiques.L\u2019enquête de 1999 semble indiquer que les sommets de 1989 ont été à nouveau rejoints.Aperçu des pratiques culturelles au Québec Entre travail et loisir 414 la culture Quant à la fréquentation des lieux de lecture, on notera la hausse continue de fréquentation des bibliothèques publiques, tout genres confondus, ainsi que la force des taux de fréquentation des librairies.L'assistance à des spectacles Le cinéma Dans l\u2019ensemble des spectacles, c\u2019est généralement le cinéma qui est le plus populaire.On sait que le cinéma a connu une baisse significative du public en salle à la fin des années 80.Il semble toutefois que l\u2019audience tende à croître maintenant, puisque près des trois quarts de la population va au cinéma.Par ailleurs, on peut faire remarquer que le public des films s\u2019est accru encore davantage grâce à d\u2019autres médias dont le magnétoscope et les chaînes spécialisées.Autres spectacles Après le cinéma, les sorties au théâtre et à des concerts populaires rejoignent des pourcentages significatifs de la population.Pour ce qui est du théâtre, par exemple, le taux de fréquentation est de l\u2019ordre du tiers de la population, mais on note un léger et constant repli.L\u2019opéra, la danse, le ballet, demeurent des pratiques élitistes.L\u2019assistance à des spectacles de musique classique reste stable.Les genres de spectacles se diversifient très nettement : rock, humour, etc.On oublie trop souvent que toutes proportions gardées, l\u2019assistance à des spectacles culturels dépasse nettement celle des spectacles sportifs.Les habitudes d'écoute de la musique Le taux d\u2019écoute de la musique se maintient remarquablement depuis une décennie, avec environ 80% de la population qui déclare écouter souvent ou très souvent de la musique, majoritairement de la musique dite populaire, à la radio FM.Les études confirment la nette prédominance de la radio FM comme source majeure d\u2019écoute de la musique depuis maintenant bientôt une décennie.En partie à cause de l\u2019importance des clips, la télévision est maintenant devenue une source d\u2019écoute de la musique plus importante que la radio AM.Tableau 7 Sources d'écoute de la musique Québec, 1989, 1994 et 1999 \t\t\t Radio FM\t79,3\t78,5\t80,9 Cassettes\t59,4\t61,4\t47,6 Disques*\t32,1\t49,5\t69,4 Radio AM\t29,3\t22,0\t12,8 Chaîne de musique à la télé\t19,0\t19,2\t19,9 Baladeur\t12,6\t16.3\t16,2 Sur Internet\t\t\t5,6 Réponses «souvent» seulement.Chacune des sources faisait l'objet d'une question distincte.* En 1994 et 1999 : disques, de. Entre travail et loisir : aperçu des pratiques culturelles au Québec 415 Tableau 8 Langue d'écoute des chansons Québec, 1989, 1994 et 1999 \t\t\t\t Surtout en français\t\t35,4\t29,0\t22,3 Surtout en anglais\t\t27,6\t27,7\t27,6 Les deux également\t\t36,7\t41,6\t48,3 Autre langue\t\t0,3\t1,6\t1,8 Il va de soi que les habitudes d\u2019écoute de la musique ne constituent qu\u2019une facette des rapports aux médias.On peut faire remarquer pourtant que l\u2019écoute de la musique fait partie intégrante de l\u2019univers des pratiques quotidiennes tout autant que des pratiques de consommation des médias : les forts taux d\u2019écoute de la musique dite populaire n\u2019ont pas diminué depuis près d\u2019une décennie, ils ont même eu tendance à augmenter.De plus, l\u2019écoute de la musique implique l\u2019utilisation de multiples médias, dans la mesure où la radio, la télévision et les appareils audiovisuels sont constamment sollicités et font partie de l\u2019équipement courant de la majorité des ménages québécois.Ces divers objets familiers font en sorte que la musique sous toutes ses formes accompagne presque constamment les activités quotidiennes.Les sondages confirment également la prédominance de l\u2019écoute de la musique dite populaire; malgré l\u2019imprécision du genre, on peut estimer qu\u2019environ 55 à 60% des adultes âgés de 15 ans et plus écoutent régulièrement ce genre de musique ; il s\u2019agit d\u2019un ordre de grandeur fiable.La musique rock a connu une croissance spectaculaire qui tend à se stabiliser, et même décroître légèrement.La musique classique, puis la musique d\u2019ambiance ou semi-classique viennent respectivement aux troisième et quatrième rangs dans les choix d\u2019écoute, suivies de l\u2019écoute de la musique d\u2019ambiance et des auteurs-compositeurs-interprètes, sans doute également du jazz et du blues ; la musique western et country recueillent également des scores significatifs.Le new wave, le rap et le heavy mrtal sont presque exclusivement des musiques de jeunes de moins de 24 ans, majoritairement des hommes ; l\u2019écoute de la musique classique s\u2019accroît avec l\u2019âge.À peine le quart des Québécois francophones déclarent écouter des chansons principalement en français, cette proportion tend à décliner.On écoute presque indifféremment des chansons en langue française ou anglaise.Les anglophones, pour leur part, n\u2019écoutent pour ainsi dire pas de chansons en français (moins de 2%) et toutes proportions gardées, ils sont deux fois moins nombreux à écouter des chansons dans les deux langues.Chez les jeunes, il s\u2019agit majoritairement des chansons de langue anglaise, mais à mesure qu\u2019ils vieillissent, ils se tournent de plus en plus vers les chansons de langue française.Nous savons par ailleurs qu\u2019environ les deux tiers de la population a acheté au moins un disque compact en 1999 ; leur proportion nettement en hausse, alors que les achats de cassettes préenregistrées est en chute libre.De plus, les taux de fréquentation de spectacles musicaux sont toujours plus élevés parmi les amateurs de musique.Aperçu des pratiques culturelles au Québec Entre travail et loisir 416 La culture Les habitudes de lecture La hiérarchie des habitudes de lecture est demeurée pratiquement inchangée depuis quelques décennies: on lit majoritairement des journaux, ensuite des magazines ou des revues, et enfin des livres ; on peut évaluer à environ 10 % le pourcentage de la population qui ne lit jamais de livres, magazines et journaux, ceux que nous désignerions comme des « non-lecteurs absolus ».Les données de l\u2019enquête canadienne sur l\u2019emploi du temps indiquent que l\u2019on consacre au Québec environ vingt-six minutes par jour à la lecture, soit plus de trois heures par semaine réparties presque également entre d\u2019une part la lecture de livres, magazines, brochures, et d\u2019autre part la lecture de journaux.Par comparaison, les Français lisent également environ vingt-cinq minutes par jour, de même que les Américains.Il s\u2019agit de moyennes quotidiennes rapportées à l\u2019ensemble de la population.Si l\u2019on ne tient compte que de ceux qui ont déclaré lire un livre, une revue ou un journal le jour même de l'enquête, le temps moyen quotidien consacré à la lecture est presque trois fois plus élevé ! On peut en déduire que le jour où un individu pratique la lecture, c\u2019est pour une portion significative de sa journée.Tableau 9 Comparaison entre les habitudes de lecture, 1983, 1989,1994 et 1999 \t\t\t 1983\t72\t57\t51 1989\t77\t61\t53 1994\t77\t63\t57 1999\t71\t56\t52 % de réponses «très souvent» et «assez souvent».Le temps quotidien consacré à la lecture s\u2019accroît de manière significative avec l\u2019âge surtout à partir de 40 ans.L\u2019intérêt pour la lecture s\u2019est accru entre 1983 et 1994 pour redescendre à nouveau dans l\u2019enquête de 1999.Le même phénomène a été observé en France, notamment pour la lecture des journaux; nous en imputons en partie la cause à l\u2019avènement des nouveaux médias, lesquels ont permis soit de satisfaire des besoins autrefois assumés par la lecture (par exemple, la fiction, le rêve, l\u2019imaginaire, et même l\u2019information), soit d\u2019offrir d\u2019autres supports que le livre imprimé pour la lecture.En autant qu\u2019on puisse comparer, nous en concluons que la population du Québec lit des livres dans des proportions très similaires à ce qui a été récemment observé en France, qu\u2019elle lit des journaux quotidiens dans des proportions plus élevées qu\u2019en France, et des magazines dans des proportions moins élevées.Je dois renvoyer à des analyses plus spécialisées pour départager les types de lecteurs et les genres de lecture.On peut souligner cependant quelques tendances très fortes : le lectorat de livres est majoritairement féminin, non seulement au Québec mais dans la plupart des pays occidentaux.Le niveau de scolarité reste un déterminant majeur des habitudes de lecture.Les stéréotypes masculins et féminins exercent une influence considérable dans les genres préférés de lecture de livres et de magazines [pour plus de détails, voir Garon, R., 1997, chap.6 et Pronovost, G., 1997, chap.6], Le rôle des médias La chute observée des taux de lecture renvoie en partie au fait que les mesures classiques ne portent que sur le support Entre travail et loisir : aperçu des pratiques culturelles au Québec 417 imprimé, mais qu\u2019en y ajoutant les autres supports possibles (dont Internet), les taux seraient beaucoup plus élevés.Les médias modernes de communication ont joué et jouent encore un rôle fondamental au plan culturel.C\u2019est un truisme de le dire.Au moins trois aspects méritent ici d\u2019être signalés.\u2022 Il n\u2019est plus possible de restreindre l\u2019étude des pratiques culturelles à la seule présence sur des lieux ou à la fréquentation des établissements culturels.Les travaux actuels permettent de conclure en effet que la participation culturelle est encore plus importante grâce aux technologies de l\u2019information et de la communication.Ainsi, aux États-Unis en 1997, l\u2019auditoire de la musique classique, du jazz, de pièces de théâtre était généralement deux fois plus important via la télévision qu\u2019en salle de spectacles! On peut en dire autant du cinéma : le nombre de films que l\u2019on regarde continue d\u2019augmenter à cause notamment des chaînes spécialisées de télévision, de la diffusion de films à la télévision conventionnelle et de la location de vidéocassettes.L\u2019enquête américaine démontre également que les médias contribuent à une certaine «démocratisation» de la participation culturelle, puisque les écarts usuels au plan sociodémographique sont beaucoup moins prononcés.En d\u2019autres termes, les médias contribuent indéniablement à amplifier de manière significative l\u2019accès aux produits culturels, avec pour conséquence un élargissement réel du public de la culture.Les données des sondages établissent bien ce véritable doublement des taux de participation culturelle par les médias et soulèvent une question certainement fondamen- tale en termes de «démocratie culturelle», celle de la diversification des rapports à la culture.\u2022\tEn second lieu, les industries culturelles ont modifié de manière fondamentale les processus de légitimation culturelle.Ne s\u2019appuyant pas nécessairement sur les canons classiques du bon goût, les médias ont introduit leur propre système de reconnaissance culturelle.Ils ont offert aux consommateurs des vedettes, des artistes, des spectacles hors des chemins de la culture consacrée.Les obstacles classiques que sont le niveau d'éducation et le revenu, les réseaux d\u2019information spécialisés, les barrières de classe, ne jouent plus nécessairement.La télévision tout particulièrement, a servi de tremplin aux valeurs de la culture populaire.Comme l\u2019écrit Olivier Donnât, «l\u2019économie médiatico-publici-taire a en quelque sorte créé un système concurrent de distinction qui, en retour, a modifié les rapports à la culture consacrée, notamment des jeunes générations» [1994].Ce sont les jeunes générations qui sont les plus ouvertes et les plus en demande de produits culturels par télévision, spectacle populaire ou Internet interposés.\u2022\tEn troisième lieu, les nouvelles technologies de l\u2019information et de la communication contribuent à brouiller les frontières entre l\u2019information, l\u2019éducation, la culture et le jeu.Communiquer, lire un journal, écouter la radio, écouter de la musique, visionner des œuvres d\u2019art, s\u2019exercer à un jeu vidéo, préparer un voyage et même visionner un film, font partie des certaines pratiques culturelles en développement sur Internet.Les jeunes y sont tout particulièrement portés.On Aperçu des pratiques culturelles au Québec Entre travail et loisir 418 La culture n\u2019a pas fini d\u2019analyser les conséquences de tels développements, notamment sur la place de l\u2019école, sur les pédagogies d\u2019apprentissage et sur la formation scientifique.Certaines mesures classiques de participation culturelle risquent d\u2019ailleurs de devenir obsolètes.Prenons l\u2019exemple des habitudes de lecture.Les sondages sur la participation culturelle font état d\u2019une chute légère mais progressive des taux de lecture.Les études d\u2019emploi du temps le confirment.Mais si le temps total de lecture a chuté, il s\u2019agit bien de la lecture sur support imprimé, nous ne disposons pas encore de mesure du temps de lecture, quel que soit le support.À l\u2019instar des observations faites à propos du rôle des médias dans un quasi doublement des indices usuels de participation culturelle, un nouvel indice de lecture prenant en compte l\u2019ensemble des supports, permettrait, j\u2019en suis convaincu, d\u2019aboutir à des conclusions analogues.Sur le même sujet, l\u2019enquête canadienne de 1998 sur l'emploi du temps apporte un éclairage intéressant : le temps quotidien d\u2019utilisation d\u2019Internet est d\u2019un peu plus de trois heures parmi la population qui a déclaré y accéder le jour de l\u2019enquête.Il doit bien avoir du temps de lecture en ce cas, sinon du temps consacré à la consommation culturelle.Effectivement, dans cette enquête, on y apprend que l\u2019on se sert d\u2019Internet pour des activités autres que le travail et les études, de même que pour visionner un film et créer des images graphiques ; près du tiers a déclaré lire un journal en ligne.Démocratisation culturelle et stratification sociale Il s\u2019agit ici de données sommaires présentées à grands traits.Elles nous informent sur des tendances importantes.Elles doivent être complétées par des analyses plus raffinées ; certains ouvrages cités en références s\u2019y consacrent.Les questions qu\u2019elles suscitent sont aussi nombreuses que les réponses que l\u2019on peut apporter.Certains aspects n\u2019ont pas été couverts, en raison de l\u2019espace disponible.Le premier est certainement celui des grands axes de la stratification sociale.Dans la décennie de i960 et 1970 on a assisté indéniablement à une intensification et une diversification des pratiques culturelles.Dans la plupart des enquêtes, les taux de participation culturelle étaient en croissance régulière, on notait un élargissement des publics de la culture.Une apparente homogénéisation, des gains réels sur le plan de la scolarité et de la mobilité sociale, un certain resserrement des strates sociales, ont sans doute conduit à une certaine « démocratisation culturelle ».Malgré cela, le champ du loisir et de la culture est demeuré fortement stratifié selon les indicateurs classiques que sont le revenu, l\u2019emploi ou la scolarité, il n\u2019est pas d\u2019études qui ne le démontrent.Le champ culturel demeure l\u2019un des grands univers où les différences de participation relèvent fortement du niveau d\u2019éducation et du niveau de vie ; on peut d\u2019ailleurs observer, sinon mesura- les conséquences de la stratification sociale dès le jeune âge.Un autre aspect qui a été ici peu souligné est celui de la constitution des stéréotypes masculins et féminins au sein de l\u2019univers culturel : habitudes de lecture, rapport aux nouvelles technologies, choix musicaux et télévisuels se calquent sur une partition hommes-femmes toujours aussi forte.N\u2019ont pas été traitées non plus les différences souvent significatives de comportement selon les générations et les Entre travail et loisir : aperçu des pratiques culturelles au Québec 419 Références Les enquêtes de participation culturelle au Québec Delude-Clift, Camille, Le comportement des Québécois en matière d'activités culturelles de loisir, CROP, annexe, 1979 Delude, Camille, Le comportement des Québécois en matière d'activités culturelles de loisir au temps 2, CROP, annexe, Montréal, 1983 Pronovost, Gilles, Les comportements des Québécois en matière d'activités culturelles de loisirZ 1989, (enquête de 1989), Les Publications du Québec, Québec, 1990.Garon, Rosaire, La culture en pantoufles et en souliers vernis: rapport d'enquête sur les pratiques culturelles au Québec, (enquête de 1994), Les Publications du Québec, Québec, 1997.Pour l'enquête de 1999.voir site Internet ci-dessous.Les 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pag.div., Ottawa, 1992.Statistique Canada, Aperçu sur l'emploi du temps des Canadiens en 1998, (catalogue 12F0080X1F), Ottawa, 1999- Dumontier, Françoise et Pan Ké Shon, Jean-Louis, Enquête emploi du temps 1998-1999\u2022 Description des activités quotidiennes, INSEE (Consommation Modes de vie), Paris, 2000.Robinson, John and Godbey, Geoffrey, Time for Life : The Surprising Ways Americans Use their Time,.University Park, Pennsylvania State University Press,.1999.2e éd.Autres références Conseil de l\u2019Europe, Participation à la vie culturelle en Europe, Strasbourg, sept.1993- Dirn, Louis, La société française en tendances 1975~1995, Presses universitaires de France, Paris, 1998.Donnât, Olivier, Les amateurs.Enquête sur les activités artistiques des Français, Ministère de la Culture, Département des études et de la prospective, Paris, 1996.Donnât, Olivier, Les Français face à la culture.De l'exclusion à l'éclectisme, La Découverte, Paris, 1994.Pronovost, Gilles, Loisir et société.Traité de sociologie empirique, Presses de l'Université du Québec, Sainte-Foy, 1997, 2e édition.Pronovost, Gilles, Sociologie du temps, De Boeck, Bruxelles, 1996.?Sites Internet Pour l'enquête de 1999 sur les pratiques culturelles au Québec, consulter les divers fascicules sur le site du ministère de la Culture et de la Communication: www.mcc.gouv.qc.ca Statistique Canada : www.statcan.ca Aperçu des pratiques culturelles au Québec Entre travail et loisir 420 La culture âges de la vie: pratiques culturelles des jeunes, comportements des nouveaux retraités, etc.Nouvelles inégalités Un autre aspect encore est celui de l\u2019émergence de nouvelles inégalités en raison d\u2019un inégal accès aux nouvelles technologies de l\u2019information et de la communication.«Au terrain plat des années quatre-vingt a succédé (.) une période où les inégalités ont crû de nouveau » (DIRN, 1998].L\u2019équipe DIRN parle encore de structuration et diversification des inégalités, dont les effets manifestes sont facilement observés dans le champ de la culture.L\u2019arrivée des nouveaux médias, au premier chef les nouvelles chaînes spécialisées et surtout Internet, contribue à creuser à nouveau les écarts.Dans une étude que je viens de terminer sur les jeunes, les grands axes de la stratification socioéconomique exercent toujours leurs effets.Le cercle du retrait culturel, sinon de l\u2019isolement social, est déjà dessiné dès l\u2019âge de 13 ans.Les écarts d\u2019accès aux nouvelles technologies se calquent sur l\u2019importance du revenu du ménage.Ainsi, les jeunes moins actifs sur le plan culturel, qui regardent davantage la télévision et qui n\u2019ont pas accès à Internet, consacrent moins de temps aux travaux scolaires, sont généralement plus isolés et vivent dans un ménage dont le revenu est inférieur.Il va de pair avec l\u2019isolement social.Malgré tous les efforts de démocratisation culturelle, le champ de la culture échappe encore aux politiques égalitaires que l\u2019on a introduites en matière de travail et de santé, par exemple.Il demeure toujours aussi profondément inégalitaire, les variables lourdes que sont le niveau de vie et surtout l\u2019éducation contribuent au renforcement des différences sociales.En trente ans de développement culturel, on doit constater que les inégalités se sont à peine atténuées.\u2022 Les politiques culturelles Québec se dote enfin d\u2019une politique muséale Stéphane Baillargeon journaliste, Le Devoir S\u2019il existait un musée des musées, la Politique muséale du Québec pourrait y être exposée dans une salle consacrée à la Patience.Car une bonne douzaine d\u2019années de pression ont été nécessaires au secteur muséologique, largement subventionné par l\u2019État, pour obtenir cette balise de l\u2019intervention gouvernementale.Les premières revendications en ce sens ont été formulées à la fin des années 1980 par la Société des musées québécois (SMQ), qui représente à peu près tous les acteurs Les politiques culturelles 421 individuels et institutionnels du secteur.Finalement, la toute première politique muséale québécoise intitulée Viure autrement.la lyne du temps, a été officiellement déposée en mai 2000.\tLes finances publiques à l\u2019ère des surplus >\tHydro-Québec après le verglas : décroissance ou commercialisation?>\tLe modèle agricole québécois remis en question LES COMMUNICATIONS >\tInformation, communication, divertissement: à grands pas vers la convergence >\tPresse écrite: l'arrivée de la relève LES SERVICES FINANCIERS >\tL'industrie des services financiers en pleine ébullition >\tLa relance de Montréal comme place financière L\u2019état de l\u2019économie québécoise 467 L'état de l'économie québécoise L'économie a pris le virage du savoir Jean-François Saillant chargé de recherche, École des hautes études commerciales Une des transitions les plus marquantes de la société québécoise depuis les années i960 consiste en la tertiarisation de l\u2019économie.En fait, alors qu\u2019en 1966 le secteur tertiaire comptait pour 58% du PIB, il occupait en 1999 une part beaucoup plus importante, soit 71 %.Cette importance croissante de l\u2019économie de service dans la province est certes attribuable aux investissements majeurs en matière de santé et d\u2019éducation de la part des gouvernements.Toutefois, on peut noter que l\u2019État n\u2019est pas le seul responsable de cette progression.«D\u2019une part, beaucoup d\u2019entreprises manufacturières sous-traitent aujourd\u2019hui des activités qui, au début des années soixante, étaient assurées à l\u2019interne par des employés de la firme.Ceci explique la progression rapide du sous-secteur des services aux entreprises.D\u2019autre part, avec la présence de plus en plus massive des femmes sur le marché du travail, certains services assurés gratuitement par les ménages en 1961 sont maintenant entrés dans l\u2019économie marchande et comptabilisés dans le PIB (par exemple, les garderies) », apprend-on dans Tendances Québec, document d\u2019étude du ministère de l\u2019Industrie et du Commerce (MIC) sur l\u2019évolution du secteur manufacturier de 1976 à 1996.Régression du secteur secondaire Si le secteur tertiaire est de plus en plus vigoureux, ce n\u2019est pas le cas du secteur secondaire qui est, depuis 1966, en constante régression.En 1999, le secteur secondaire en tant que tel - combinant l\u2019ensemble de l\u2019activité industrielle manufacturière et les activités de construction (tant résidentielle que non résidentielle) -comptait pour 26% du PIB du Québec.Tout un contraste lorsqu\u2019on compare ce niveau avec celui de 1966, qui était de 36%.Ce phénomène a eu un impact sur l\u2019évolution de l\u2019emploi.En 1966, c\u2019est 56,9% des emplois qui relevaient du secteur tertiaire, alors qu\u2019en 1995, ce rapport avait grimpé à 73,5%.En fait, avec les nombreuses rationalisations vers la fin des années 1980 et le début des années 1990, visant à augmenter la performance des entreprises manufacturières, le niveau d\u2019embauche dans ce secteur est demeuré globalement très stable.Par ailleurs, conclut le MIC, entre 1966 et 1995, «la croissance de l\u2019emploi total est essentiellement attribuable au secteur tertiaire».Ces tendances ne sont pas propres au Québec, qui peut se comparer à l\u2019ensemble des pays du G-7 à ce chapitre.« Les pays du G-7 poursuivent la même tendance, alors que l\u2019emploi manufacturier chute de façon continue au fil des ans, passant de 28% (de l\u2019emploi total) en 1976 à environ 19,5 % en 1996 , notent encore les auteurs de Tendances Québec.Comment peut-on s\u2019expliquer une telle variation?Au Québec, comme dans L\u2019économie a pris le virage du savoir L\u2019économie a pris le virage du savoir 468 L\u2019économie Graphique 1 Répartition du PIB (Québec) en secteurs d'activité en 1966 Secteur primaire Secteur tertiaire Secteur manufacturier Construction Graphique 2 Répartition du PIB (Québec) en secteurs d'activité en 1999 Secteur primaire Secteur tertiaire Secteur manufacturier Construction Une des transformations les plus frappantes de l'économie québécoise au cours de 30 dernières années est la réduction de la part du PIB attribuable à la production manufacturière et à la construction (le secteur secondaire), pour faire place à une économie axée sur les services (secteur tertiaire).La taille de ce secteur est passée de 58% du PIB à en 1966 à 71% en 1999.Sources : Institut de la Statistique du Québec, Comptes économiques des revenus et des dépenses.PIB réel au coût des facteurs par industrie.Institut de la Statistique du Québec, L'Êcostat, juin 2000. L\u2019état de l\u2019économie québécoise 469 l\u2019ensemble des pays industrialisés, des technologies de pointe sont maintenant intégrées aux procédés de fabrication.Autrement dit, la production se fait sur une base de plus en plus intensive en capital et de moins en moins intensive en travailleurs.Ces derniers sont alors redirigés vers les industries de service alors qu\u2019une proportion toujours plus petite d\u2019entre eux œuvrent dans le secteur manufacturier.Ce sont là des bénéfices attribuables aux gains de productivité qui découlent des investissements passés.Les nouvelles spécialisations du Québec En plus de cette évolution générale de la structure industrielle, on remarque des changements majeurs quant à la nature même des activités industrielles manufacturières.En effet, les champs de spécialisation du Québec sont en complète transformation.On observe notamment que les industries québécoises s\u2019orientent vers la production de biens à haut contenu technologique.Cette production, en plus de faire appel à moins de travailleurs \u2014 libérant ainsi de la main-d\u2019œuvre pour les industries de services \u2014, est davantage génératrice de richesse.L\u2019application de technologies plus poussées à la production génère une plus-value qui se reflète dans la valeur des biens produits et des revenus tirés de leur vente.Règle générale, on qualifie alors de production à haute valeur ajoutée les fruits de ces industries qui appliquent le plus de technologie dans leurs procédés de fabrication.En 1996, la production manufacturière du Québec en haute technologie comptait pour 14,8% du total, alors qu\u2019elle n\u2019était que de 4,8 % en 1976.Traditionnellement, la production manufacturière du Québec était surtout axée sur les secteurs de faible et de moyenne-faible technologie, notamment en raison de l\u2019abondance des matières premières ainsi que des protections tarifaires dans certains secteurs de base.En 1976, ces deux classes combinées représentaient plus de 80% de la production manufacturière.En 1996, ceux-ci n\u2019y contribuaient plus que pour 73,1 %.Cette diminution est attribuable au repli des secteurs industriels de faible technologie (passant de 53,2% à 43,6%) puisque les secteurs industriels employant un niveau de technologie moyen-faible ont tout de même sensiblement progressé au cours de cette période, passant de 27,9 % à 29,5 % de la production.Ce paradoxe est d'une part attribuable à la conjoncture défavorable du début des années 1990 qui entraîna des réorganisations de la production, des rationalisations de personnel dans les entreprises œuvrant dans les secteurs traditionnels de l\u2019économie (textile, papier, confection, boisson) et, inévitablement, la fermeture de certaines unités de production.D\u2019autre part, on observe qu\u2019afin d\u2019affronter la concurrence internationale (surtout depuis le début de l\u2019application de l\u2019ALENA), des entreprises œuvrant dans certains sous-secteurs manufacturiers ont modernisé leur production et offert de la formation à leur personnel.De cette façon, la valeur ajoutée relevant des activités de production est alors supérieure, ce qui leur permet de conserver leur compétitivité tout en les faisant passer de la classe de production à faible intégration de contenu technologique à la classe moyenne-faible.Dans son analyse de l\u2019évolution du secteur manufacturier, le MIC constate qu\u2019en somme, « les changements structurels ont L\u2019économie a pris le virage du savoir L\u2019économie a pris le virage du savoir 470 L\u2019économie certes causé un grand nombre de pertes d\u2019emplois mais en même temps ont incité les industries de faible technologie du Québec à réorienter une partie de la production vers des produits de gamme supérieure et plus compétitifs ».Les effets du libre-échange Les nouvelles tendances du Québec en matière d'exportations sont plus récentes que les tendances industrielles de fond.En effet, c\u2019est surtout depuis la fin des années 80 et le début des années go que l\u2019on constate les changements les plus profonds, ce qui coïncide en fait avec la mise en application des accords de libre-échange entre le Canada et les États-Unis (ALÉ -1989), et éventuellement le Mexique (ALENA -1994).En fait, les exportations totales du Québec (interprovinciales et internationales) ont connu une augmentation de 38,8 %, passant de 41,2 % à 57,2 % du PIB entre 1992 et 1998.En décortiquant un peu plus les données, on observe que cette augmentation est essentiellement attribuable à la hausse des exportations extérieures, les exportations interprovinciales étant demeurées somme toute constantes, oscillant entre 18,5% et 19,7% du PIB au cours de la période.Il est à noter que les exportations internationales en part du PIB ont rapidement crû, passant de 21,8 % en 1992 à 37,5 % en 1998, soit une augmentation de 71,9% au cours de la période observée.Ainsi, puisqu\u2019une part croissante de nos revenus est attribuable aux exportations de biens et services à l\u2019étranger, on doit s\u2019attendre à ce que les tendances industrielles en termes d\u2019exportations contribuent grandement à tout le processus de redéfinition de la structure industrielle québécoise.Le «savoir» s'exporte mieux Un des impacts les plus visibles de l\u2019application des accords de libre-échange sur les différents types de production a trait au degré de « connaissance » ou de « savoir » qui est associé à la production.Bien que plusieurs études confirment que les produits libéralisés par les échanges aient vu leur niveau d\u2019exportation grimper (principalement à destination des États-Unis), on constate que certains secteurs industriels s\u2019en tirent nettement mieux que d\u2019autres.En fait, selon la classification employée par Industrie Canada, on peut regrouper les activités économiques selon trois niveaux de savoir : \u2022\tle niveau faible correspond aux activités de production intensives en travailleurs ; \u2022\tle niveau moyen regroupe les activités de productions de masse ou les secteurs industriels mûrs ; \u2022\tle niveau élevé regroupe les industries axées sur l\u2019innovation et les nouvelles technologie.On remarque alors que les secteurs qui emploient un haut niveau de savoir sont ceux dont les exportations ont le plus profite de la libéralisation des échanges dans la zone ALENA.Dans la même lignée, les activités industrielles dont le niveau de savoir est considéré comme faible ont vu leur part d\u2019exportations diminuer.En fait, « entre 1989 et 1992, environ le cinquième des emplois manufacturiers ont été éliminés» et ce, principalement « dans les industries qui jouissaient d\u2019une protection tarifaire appréciable avant l\u2019entrée en vigueur de l\u2019ALÉ, notamment celles du vêtement et de l\u2019alimentation », selon Pierre-Paul Proulx, professeur honoraire à l\u2019Université de Montréal. L\u2019état de l\u2019économie québécoise 471 Création d'emplois En fait, ce qui est sans doute le plus frappant et qui corrobore les observations précédentes, c\u2019est que malgré la récession de 1991-1992.qui contribua à la perte nette de J44 700 emplois dans les industries de faible et moyen niveaux de savoir entre 1989 et 1993, les industries de haut niveau parvinrent à créer 31 500 nouveaux emplois au cours de cette même période.En ce sens, il semblerait que la croissance de l'emploi soit de plus en plus attribuable à l\u2019expansion de ces secteurs industriels.On considère effectivement que près de 50% des nouveaux emplois créés entre 1984 et 1997 sont de niveau de savoir élevé.On peut donc estimer que la croissance du Québec sera axée sur ces industries, fondées sur l\u2019innovation et les nouvelles technologies au cours des prochaines années.Forte performance en haute technologie Il a été noté précédemment, que les niveaux de technologie moyens de la production du Québec sont en hausse depuis quelques années.Sur le plan des exportations, cette tendance est encore plus remarquable.Alors qu\u2019en 1976, les produits issus des industries de haute technologie constituaient 10,3% des exportations, ils accaparaient 25,2% de celles-ci en 1998.Et bien que le Québec ne compte que pour 18,8% des exportations internationales du Canada en 1999, il accapare à lui seul 45,5% de toutes les exportations en haute technologie du pays.La classe haute technologie est en fait la seule à avoir vu sa part des exportations augmenter entre 1976 et 1998, les trois autres classes d\u2019industrie (moyenne-haute, moyenne-Jaible et faible) ayant enregistré une diminution de leur part relative.La plus forte diminution revient aux industries de faible technologie.Entre 1976 et 1998, la part de biens de faible niveau technologique exportés est passée de 39,8% à 32,6%.De fait, pendant longtemps au Québec, les principales exportations étaient liées au secteur des matières premières et une part bien faible des exportations Références » Sites Internet Sources gouvernementales Ministère de l'Industrie et du Commerce du Québec: www.mic.gouv.qc.ca Sur la tertiarisation de l'économie québécoise: www.mic.gouv.qc.ca/eata_eco/tertiarisation/ index.htlm Tendances Québec: www.mic.gouv.qc.ca/tendances-quebec/index.html Industrie Canada : www.ic.gc.ca/cmb/welcomeic.nsf/icpages/menu-f Strategis : strategis.ic.gc.ca/frndoc/main.html Statistique Canada : www.statcan.ca/start_f.html CANSIM : datacenter2.chass.utoronto.ca/cansim/cansim_f/cansim_f.html Autres informations diverses Plant, Canada's Industry Newspaper (Nouvelles des industries manufacturières canadiennes): www.plant.ca Mouvement Desjardins - Études économiques: www.desjardins.com/fr/mouvement/etudes Caisse de dépôt et placement du Québec: www.lacaisse.com L\u2019économie a pris le virage du savoir L\u2019économie a pris le virage du savoir 472 L\u2019économie reposait sur les secteurs de pointe.Alors que les principales exportations étaient, en 1988, le papier journal et l\u2019aluminium et que le Québec exportait peu de produits de haute technologie, les choses ont changé rapidement.En 1998, la principale exportation du Québec était les aéronefs et pièces d'aéronefs et les pièces et composantes électroniques.Parmi les autres secteurs de pointe qui exportent, notons aussi une spectaculaire remontée des équipements de télécommunication au 7' rang en 1998 alors que cette industrie occupait le 19e rang des industries exportatrices en 1988.\u2022 L'état des principaux secteurs de l'économie Les industries de faible technologie Textile et habillement Le marché du textile bas de gamme demeure sensible à la concurrence étrangère, principalement celle d\u2019Asie et d\u2019Amérique latine, ce qui contribue certainement au recul de ces industries.Conjointement, les industries de la confection et des textiles ont connu un recul de 2,5 %.Par contre, certains noms ont tout de même réussi à se tailler une place enviable sur le marché mondial des vêtements techniques (parfois considérés comme étant de moyenne-faible technologie).Pensons simplement à Kanuk ou encore à Louis Garneau dont une bonne part de la production est maintenant assurée par des usines ailleurs au Canada et aux États-Unis.De nouvelles marques percent également le marché, dont Parasuco, qui a annoncé l\u2019expansion prochaine de son réseau de succursales.Agroalimentaire Le Québec demeure autosuffisant sur le plan agroalimentaire (en tenant compte de la possibilité de commerce) puisque sa balance commerciale agroalimentaire est légèrement excédentaire depuis deux ans.Les industries combinées des aliments et des boissons ont enregistré une légère croissance de 1,3 % au cours de 1999.Industries du bois Le boom de la construction aux États-Unis au cours de la dernière année aura stimulé les exportations de produits en bois.Ce secteur était en fait le quatrième plus gros employeur manufacturier du Québec en 1999.La croissance du secteur a atteint 5,5% en 1999.Rappelons que les industries du bois d\u2019œuvre du Québec, de l\u2019Ontario, de l\u2019Alberta et de la Colombie-Britannique sont restreintes dans leurs ambitions exportatrices par une entente canado-américaine visant à protéger l\u2019industrie aux États-Unis.Cet accord doit toutefois prendre officiellement fin en mars 2001.Les industries de moyenne-faible technologie Plastiques La production de plastiques au Québec est principalement orientée vers les produits d\u2019emballages et la construction.La L\u2019état de l\u2019économie québécoise 473 Graphique 3 Le secteur manufacturier du Québec en 1999 (les six plus grandes industries sont notées séparément) Autres industries manufacturières 49% Industrie des aliments Industrie chimique Papier et produits connexes Première transformation des métaux Industrie du matériel de transport Produits électriques et électroniques On remarque l'importance qu\u2019occupent les deux plus grandes industries manufacturières du Québec (Matériel de transport/Produits électriques et électroniques) qui accaparent à elles seules 22 % de la production manufacturière de la province.Malgré la modification de la structure industrielle du Québec, une part importante relève toujours des industries liées aux matières premières que sont celles du Papier et produits connexes et de la Première transformation des métaux.Institut de la Statistique du Québec, L'Écostat, juin 2000.croissance de cette industrie a atteint en 1999 un taux impressionnant de 12,4%, principalement en raison de la conjoncture favorable qui aura stimulé les mises en chantier et la consommation.Meubles La production de meubles et articles d\u2019ameublement a elle aussi connu une substantielle augmentation de 13,0%.La croissance de cette industrie passe principalement par l\u2019exportation vers le marché américain.Les industries de moyenne-haute et haute technologie Matériel de transport L\u2019industrie du matériel de transport regroupe principalement la production d\u2019automobiles, de matériel ferroviaire et englobe également le sous-secteur de l\u2019aérospatiale.Dans son ensemble, en 1999, l\u2019industrie a enregistré une croissance de 9,4%, particulièrement en raison de l\u2019essor formidable du secteur aéronautique, le Québec comptant plusieurs chefs L\u2019état des principaux secteurs de l\u2019économie L'état des principaux secteurs de l\u2019économie 474 L\u2019économie de file mondiaux dans le domaine (CAE, Bombardier Aéronautique, Pratt & Whitney Canada, etc.).Ces entreprises sont particulièrement actives sur le plan des exportations.À titre d\u2019exemple, Bombardier annonçait en juillet un investissement de 200 M$ dans la construction d\u2019une nouvelle usine à proximité de Montréal afin de répondre à la demande pour son nouveau modèle de jet régional, le CRJgoo, pour lequel des lettres d\u2019entente totalisant une valeur de plus d\u2019un milliard de dollars américains ont déjà été signées.Industries chimiques En 1999, dans l\u2019industrie québécoise des produits chimiques, la production a grimpé d\u2019un faible 2,3 %.C\u2019est toutefois un des secteurs les plus dynamiques de l\u2019économie et ses perspectives d\u2019avenir sont très encourageantes.Le Québec possède une main-d\u2019œuvre qualifiée et bon nombre de centres de recherche, ce qui agit comme catalyseur pour les entreprises de ce sec- teur.Le plus important des sous-secteurs est celui des produits pharmaceutiques.Les efforts de recherche et développement y sont intenses et on s\u2019attend à ce que le vieillissement de la population en Occident stimule les activités de recherche.Produits électriques et électroniques Depuis quelques années, on entend de plus en plus parler du fait que le Québec développe des produits électroniques de pointe.Les cas d\u2019entreprises à succès sont nombreux ; pensons à Matrox, ou encore à Ericsson qui d\u2019ailleurs a annoncé au cours de l\u2019année un investissement de 196 M$ à Montréal, afin de développer la nouvelle génération de téléphones sans fil.D\u2019autres multinationales envisagent sérieusement d\u2019implanter au Québec de nouvelles usines dont Mosel Vitelic, le fabricant taiwa-nais de puces électroniques.En 1999, la croissance de cette industrie atteignait les 21,5%.\u2022 Références Les données qui précèdent ont été adaptées par Jean-François Saillant à partir des documents suivants : -\tL'analyste économique, Industrie Canada, mai 2000, pp.7-12 : www.eciq.net/publlc/abregefr.pdf -\tEn perspectives, «Dossier: La modernisation de la structure industrielle: vessie ou lanterne?», Mouvement des caisses populaires et d'économie Desjardins du Québec, août 2000, volume 10, numéro 7, pp.i, 9-12: www.desjardins.com/fr/mouvement/etudes/enpers_200008_03.pdf L\u2019état de l\u2019économie québécoise 475 Comparaisons Québec/Ontario/États américains Graphique 1 Le revenu personnel disponible par habitant (Québec/Ontario/Nord-Est des États-Unis (Maine, New Hampshire, Vermont, New York) en 1997 28 000-26 000-24 000-22 000-20 000-18 000 16 000-14 000-12 000-10 000 Québec\tOntario 28 000 26 000 24 000 22 000 20 000 18 000 16 000 14 000 12 000 10 000 États du Nord-Est Parmi les mesures du niveau de vie moyen d\u2019une population, on retient souvent le revenu personnel disponible par habitant.Afin de comparer les données en dollars canadiens et américains, nous avons choisi d\u2019utiliser la mesure du taux de change qui assure la parité des pouvoirs d\u2019achat, tel que calculé par Statistiques Canada en 1992, soit 0,82 $ US au dollar canadien.Selon cette mesure, le niveau de vie au Québec est environ 15% inférieur à celui de l\u2019Ontario et 45 % inférieur à celui des États américains limitrophes.Au taux de change courant, l\u2019écart entre le Canada et les États-Unis est encore plus important.Comparaisons Québec/Ontario/États américains Comparaisons Québec/Ontario/États américains 476 L\u2019économie Graphique 2 Évolution du revenu personnel disponible par habitant 108 108 États limitrophes Québec Ontario 90- -90 88 PM cr> O' in O' O' CO O' o> 88 CO O' o> De 1992 à 1998, le revenu personnel disponible a augmenté plus fortement dans les États limitrophes (Maine, New Hampshire, Vermont, New York) qu\u2019au Québec, alors que celui de l\u2019Ontario ne bougeait pas.Graphique 3 Évolution du PIB réel par habitant 115\t115 -111 Ontario ijuébeoi États limitrophes La croissance du PIB réel par habitant s\u2019est presque confondue, entre 1992 et 1998, dans les trois régions examinées. L\u2019état de l\u2019économie québécoise 477 40 000 Graphique 4 Le PIB réel par habitant en 1997 40 000 35 000 30 000 25 000- 20 000 15 000 Québec\tOntario\tÉtats limitrophes En 1997, le produit intérieur brut par habitant est de 37 801 $ CAN au Nord-Est des USA (en utilisant un taux de change qui permet la parité des pouvoirs d'achat à 0,82$), de 29 834$ en Ontario et de 24 440 $ au Québec.35 000 30 000 25 000 20 000 Graphique 5 Évolution du taux de chômage Québec Ontario États limitrophes De 1992 à 1998, le taux de chômage évoluait de façon semblable dans les trois régions.Cependant, un écart significatif dans les taux s\u2019est maintenu, en faveur des Américains (Maine, New Hampshire, Vermont, New York).Comparaisons Québec/Ontario/États américains Comparaisons Québec/Ontario/États américains 478 L\u2019économie 62 60-~\tGraphique 6 Évolution du ratio emploi-population adulte _\tOntario\t_\t62 -60 58 _\tÉtats limitrophes\t\u2014\"\t-58 56-\tQuébec\t^^\u2022-56 54-\"\t\t-54 52-\t\t- 52 50\t\t50 rsi\tm\tld\t\tcr>\ten\tO'\tcr>\tct>\t CT'\ten\ten\tcr>\ten Le ratio emploi-population adulte, une mesure souvent préférée au taux de chômage pour évaluer le sous-emploi, a augmenté de façon importante dans les États américains étudiés.Il a varié de façon semblable au Québec et en Ontario au cours de la période 1992-98, l\u2019Ontario conservant un avantage important sur le Québec.Ces comparaisons entre le Québec, l\u2019Ontario et les États du Nord-Est américain ont été préparées par Germain Belzile et Jean-François Saillant, de l\u2019École des hautes études commerciales.\u2022 Trois points de vue sur l'état de l'économie québécoise Le Plan budgétaire accompagnant le budget 2000-2001 du gouvernement du Québec fait une revue de I\u2019éuolution de l\u2019économie du Québec en 1999.On s\u2019y intéresse particulièrement au marché du travail.«Grâce à la très bonne tenue de l\u2019éco- sur le marché du travail se sont gran-nomie québécoise au cours des deux dement améliorées.En 1999, 75 900 dernières années, les conditions prévalant emplois ont été créés au Québec.Après L\u2019état de l'économie québécoise 479 celle de 1998 (86 400 emplois), il s\u2019agit de la meilleure performance depuis 1987.Signe additionnel de l\u2019amélioration des conditions sur le marché du travail, les emplois créés l\u2019an dernier ont tous été à temps plein (8g 700 emplois).De plus, près de 14 000 emplois à temps pardel ont été convertis en postes à temps plein!.] En deux ans, avec 52 300 nouveaux emplois, les jeunes auront obtenu le tiers de tous les emplois au Québec alors qu\u2019ils ne représentent que 16% de la population en âge de travailler.Globalement, le taux de chômage au Québec a diminué à des niveaux que l\u2019on n\u2019a pas vus depuis 23 ans.Le taux de chômage s\u2019est établi à 9,3 % en moyenne en 1999, ce qui est le niveau le plus bas depuis 1976 (8,7%).Il a diminué d\u2019un point de pourcentage par rapport à 1998 et de 4 points entre 1993 et 1999.De plus, au cours des derniers mois, il a chuté davantage, débutant l\u2019an 2000 à 8,2 %, le plus bas niveau depuis mai 1976.Au cours des six derniers mois, la région de Montréal a connu une réduction additionnelle, particulièrement rapide, de son taux de chômage : celui-ci n\u2019était plus que de 6,5 % en janvier 2000, soit 1,7 % de moins que la moyenne québécoise.Il s\u2019agit également du plus bas niveau depuis juillet 1976.Montréal a ainsi vu son taux de chômage passer en dessous de la moyenne canadienne pour la première fois depuis 1984.Au cours de la dernière décennie, la performance du marché du travail montréalais a été nettement supérieure à celle de Toronto lorsque l\u2019on tient compte de la démographie.En raison de l'important écart de croissance démographique entre les deux régions, toute comparaison de l\u2019évolution relative, pour être valable, se doit bien sûr d\u2019être effectuée sur une base per capita [.].Les résultats à cet égard sont éloquents : une plus grande proportion de Montréalais détient actuellement un emploi qu\u2019en 1989 alors qu\u2019à Toronto, la proportion est inférieure de 9 % à celle d\u2019il y a dix ans.Ces progrès relatifs se sont traduits par une réduction appréciable de l\u2019écart entre les taux de chômage de Montréal et Toronto, de 5,6 points de pourcentage en 1989 à 2,5 points en 1999 et à 1,1 point seulement en janvier 2000.» Référence Ministère des Finances, Budget 2000-2001, Plan budgétaire.Ce texte est disponible à l'adresse suivante: www.finances.gouv.qc.ca/francals/budget/2000-2001/pdf/plan_budg-1.pdf Dans son document Perspectives du Quebec, la Banque de Montreal évalué l\u2019évolution récente de l\u2019économie québécoise.« L\u2019économie québécoise a terminé les années 1990 avec panache, en obtenant ses meilleurs résultats de la décennie.En effet, le PIB réel a connu l\u2019an dernier sa plus forte croissance (3,7%) depuis 1988, tandis que le taux de chômage (9,3 %) était à son niveau le plus bas depuis dix ans.Il est clair que la province a retrouvé son élan, après avoir passé la plus grande partie des dix années précédentes dans une léthargie inquiétante.L\u2019optimisme est revenu dans pratiquement tous les secteurs Trois points de vue sur l\u2019état de l\u2019économie québécoise Trois points de vue sur l\u2019état de l\u2019économie québécoise 480 L\u2019économie de l\u2019économie, car l\u2019expansion touche la majorité des branches d'activité.C\u2019est l\u2019accroissement des immobilisations qui dénote de la façon la plus évidente l\u2019amélioration de la situation au Québec.En 1999, selon les chiffres de l\u2019Institut de la statistique du Québec, les investissements des entreprises ont augmenté de plus de 12 %.Les sommes que les entreprises privées ont consacrées aux machines et à l\u2019équipement ont progressé de plus de 19% [.].La hausse de 9,3% des dépenses de construction résidentielle constitue un autre indice sûr de la confiance retrouvée.L\u2019an dernier, les mises en chantier ont atteint 25 700 logements, après avoir touché un plancher historique de 23 100 logements en 1998.La confiance accrue des consommateurs a aussi eu un effet bénéfique sur le marché immobilier, ou le nombre de maisons revendues et leurs prix ont augmenté de façon marquée.La transformation du Québec en une «nouvelle économie» a continué de progresser rapidement.Les estimations du PIB réel par secteur réalisées par l\u2019ISQ montrent que les secteurs des produits électriques et électroniques et des communications (au cœur du grand secteur de la technologie de l\u2019information) se sont classées en 199g respectivement au premier et au quatrième rangs pour ce qui est de la croissance, avec des gains de production de 20 % et 12 %.Ces gains font suite à des progrès substantiels enregistrés au cours des deux années précédentes.Ces excellents résultats ont porté le secteur des produits électriques et électroniques au deuxième rang des plus grands secteurs manufacturiers de la province, derrière le secteur du matériel de transport.Ce dernier a lui-même prospéré l'année dernière, grâce au succès des fabricants d\u2019avions et de pièces.Il a connu une vigoureuse croissance de 9 %.La vigueur économique s\u2019est répercutée sur le marché du travail du Québec, où plus de 92 000 emplois ont été créés dans les douze mois de 1999.Cette augmentation prolonge les importants gains réalisés depuis 1997, dont le total cumulatif s\u2019établit maintenant à 293 000 emplois, soit la plus forte croissance de l\u2019emploi sur trois ans depuis la période de 1983 à 1985.» Banque de Montréal, Perspectives du Québec, mai 2000 Ce texte est aussi disponible à l'adresse suivante: www.bmo.com/economictregular/ regque.htmttFrench Dans un texte publié le 27 mars 2000 dans Le Devoir, l\u2019économiste Pierre Fortin fait le point sur l\u2019él/olution économique du Québec depuis 1960.«La Révolution tranquille a marqué un tournant pour le mieux dans l\u2019histoire économique du Québec.Il suffit, pour s\u2019en rendre compte, de suivre l\u2019évolution de l\u2019indicateur le plus englobant du niveau de vie d'une collectivité, le revenu intérieur par habitant.[.] De 1926 à i960, le niveau de vie comparatif du Québec s\u2019était sensiblement détérioré.Il était passé de 78% du niveau de vie ontarien sous Taschereau L\u2019état de l\u2019économie québécoise 481 à 74% à la fin du régime Duplessis.À l\u2019inverse, depuis 40 ans, le niveau de vie a progressé plus rapidement au Québec qu\u2019en Ontario.Le rapport Québec-Ontario a atteint 86% en 1999.De 26 points en i960, l\u2019écart a diminué à 14 points l\u2019an dernier.Pourquoi le revenu par habitant a-t-il augmenté plus vite au Québec qu\u2019en Ontario depuis 40 ans ?À moins de trouver du pétrole sous le Château Frontenac, on ne peut s\u2019enrichir que de trois manières : en faisant moins d\u2019enfants (eh oui !), en étant plus nombreux à travailler à l\u2019âge adulte, et en produisant plus par travailleur.Autrement dit, le revenu par habitant évolue en fonction du taux de natalité, du taux d'emploi et du taux de productivité.Après i960, les baby boomers sont entrés en grand nombre dans la vie adulte et ont fait beaucoup moins d\u2019enfants que leurs parents.Inévitablement, avec plus d\u2019adultes pour travailler et moins d\u2019enfants à nourrir, le revenu par habitant a augmenté.[.] On peut attribuer (à la démographie) le tiers, environ, du rattrapage réalisé par le Québec sur le plan du niveau de vie de i960 à 1999.On constate que le taux d\u2019emploi comparatif du Québec a tout d\u2019abord perdu du terrain de 1953 à i960.Une cause importante fut que les femmes ont joint les rangs de la population active plus tard au Québec qu\u2019en Ontario.Mise à part l\u2019embellie autour d\u2019Expo 67, les 15 années de i960 à 1974 furent ensuite témoins d\u2019une certaine stabilité.Malheureusement, l\u2019emploi relatif au Québec connut une nouvelle chute de 1974 à 1982 [.].Après 1982, le retour à une modération salariale généralisée, l\u2019avènement de relations industrielles plus saines et l\u2019émergence d\u2019une main-d\u2019œuvre masculine et féminine hautement qualifiée ont permis au Québec de récupérer peu à peu le terrain perdu pendant les années 1970 sur le plan de l\u2019emploi.En somme, le taux d\u2019emploi du Québec est tombé de 96% de celui de l\u2019Ontario en 1954 à 85 % en 1982, et il est maintenant remonté à 92%.À Montréal, le taux d\u2019emploi atteint aujourd\u2019hui 96% de celui de Toronto.Il a ainsi retrouvé sa position relative du début des années 1950.Dans les autres régions du Québec, cependant, le rattrapage est plus lent.On peut attribuer près de 60% du rattrapage du niveau de vie québécois à une progression plus rapide de la production par travailleur, au Québec qu\u2019en Ontario.La productivité québécoise est passée de 86% de la productivité ontarienne en i960 à 93% en 1999 [.].Dans les années à venir, le relèvement du niveau de vie du Québec continuera à dépendre de la performance de son taux d\u2019emploi et de sa productivité.Or, en matière de productivité, il n\u2019y a qu\u2019un moyen de faire avancer les choses : investir.Investir dans l\u2019éducation, investir dans les structures et les équipements, investir dans la recherche et le développement.» Références Fortin, Pierre, «Le Québec a comblé la moitié de son retard sur l\u2019Ontario», Le Devoir, 27 mars 2000.Ce texte est aussi disponible à l\u2019adresse suivante: www.irec.net/05fr_parutionsfortin.php3 Trois points de vue sur l\u2019état de l\u2019économie québécoise Les finances publiques à l\u2019ère des surplus 482 L'économie Les finances publiques à l'ère des surplus Germain Belzile économiste, École des hautes études commerciales La tâche du ministre des Finances du Québec, Bernard Landry, a beaucoup changé depuis deux ans.Alors que, il n\u2019y a pas si longtemps, pour atteindre le déficit zéro, il imposait hausses de taxes et d'impôts et réductions de dépenses de programme, il profite maintenant d\u2019un important dividende fiscal.En effet, le budget 1998-99 dégageait un léger surplus de 131 M$.Depuis ce temps, les recettes de l\u2019État ont tendance à augmenter plus rapidement que les dépenses.D\u2019aucuns diront que les arbitrages nécessaires sont maintenant beaucoup plus difficiles à réaliser, car M.Landry doit maintenant composer avec des appétits qui étaient endormis pendant la lutte contre le déficit.Le budget 1999-2000 Si le gouvernement du Québec avait maintenu le cap donné par le budget de l\u2019an dernier, il aurait obtenu un surplus budgétaire de près de 2 G $ en 1999-2000.En effet, la croissance économique, plus importante d\u2019environ 1,6% que prévu en 1999, a gonflé les coffres de l'État et réduit ses dépenses de programme (en raison, entre autres, de la diminution du nombre de ménages bénéficiant de programmes de soutien du revenu).Par rapport aux prévisions de mars 1999, les revenus autonomes ont augmenté de 2,4 G $ et les transferts fédéraux ont diminué de 0,6 G S.Le ministre des finances a profité de cette bonne conjoncture pour augmenter les dépenses d\u2019opération de 2 G $ (surtout en santé et en éducation), alors que le service de la dette fondait de 0,2 G S, en raison des taux d\u2019intérêt plus faibles et de la remontée du dollar canadien.Le budget est donc toujours équilibré, comme prévu.La bonne tenue de l\u2019économie québécoise, qui devrait se poursuivre encore, augmente de façon durable la marge de manœuvre du ministre Landry.Ainsi, à partir des mesures annoncées en mars 1999, on aurait pu s\u2019attendre à des surplus totalisant 74G $ pour 2000-01 et 2001-02.Les choix du ministre des Finances Le ministre des Finances a plutôt décidé de continuer à viser l\u2019équilibre de son budget.Il a ainsi annoncé en mars 2000 une succession de nouvelles dépenses pour 2000-01 et 2001-02, pour un montant de 5,3 G $ ; et une réduction additionnelle du fardeau fiscal, au delà de ce qui était prévu, de 2,1 G $.Les budgets continueront donc à être équilibrés au cours des deux prochaines années.Du côté des revenus, le budget 2000-01 prévoit une réduction des impôts de 4,5 G $ sur trois ans (on avait annoncé 1,3 G $ lors du budget 1999-2000).Comme le gouvernement fédéral a déjà annoncé une baisse d\u2019impôts de 2,7 G $ pour le Québec d\u2019ici 2003, les contribuables peuvent donc compter sur une réduction importante de leur fardeau fiscal au cours des prochaines années.La plus grande part des baisses d\u2019impôts n\u2019entrera en vigueur qu'en 2002.Si l\u2019on fait le total de ce qui avait déjà été annoncé dans le budget 1999-2000 et des nouvelles réductions d\u2019impôt prévues dans L\u2019état de l\u2019économie québécoise 483 40 000 Graphique 1 Evolution des dépenses d'opération du gouvernement du Québec en M$, 1991-1999 39 000 38 000- 37 000 36 000- 35 000 34 000- 33 000 3 2 000 40 000 -39 000 -38 000 -37 000 -36 000 -35 000 -34 000 -33 000 32 000 le budget 2000-01, la réduction du fardeau fiscal sera de 1 G $ en 2000-01, de 1,5 G $ l'année suivante et de 2 G $ en 2002-03.Les trois taux marginaux de taxation, actuellement de 20% pour le revenu imposable sous 25 000$, de 23 % pour le revenu compris entre 25 000 $ et 50 000 $ et de 26 % pour les revenus au-delà de 50 000 $, seront diminués graduellement.En 2002, ces taux seront de 17 % pour les revenus imposables sous 26 000$, de 22% entre 26 000$ et 52 000$ et de 24% des revenus imposables de plus de 52 000$.À partir de 2003, Bernard Landry imite son homologue fédéral et indexe pleinement les tables d\u2019impôts au coût de la vie.En moyenne, le fardeau fiscal des particuliers devrait avoir diminué de 13 % en 2002-03, en ne comptant que les mesures du gouvernement du Québec.Parmi les autres mesures affectant les revenus, citons une exemption fiscale complète de 10 ans sur les projets majeurs d'investissement, la prolongation de l\u2019amortissement accéléré à 125% et du congé de taxe sur le capital pour les investissements manufacturiers et le matériel informatique, et de nouveaux crédits d\u2019impôts, visant les PME, pour la création de sites Internet transactionnels.Ces allégements représentent environ 356 M$ pour les deux prochaines années fiscales.Toujours les plus taxés Les importantes baisses d\u2019impôts laisseront cependant les Québécois dans le peloton de tète des Canadiens les plus taxés.En effet, les autres provinces, particulièrement l\u2019Ontario, ont aussi déjà réduit leurs impôts ou ont annoncé de fortes baisses pour les années à venir.Du côté des dépenses, le budget de mars 2000 annonce des augmentations de 2 G$ en 1999-2000, 2,4 G$ en 2000-01 Les finances publiques à l\u2019ère des surplus Les finances publiques à l\u2019ère des surplus 484 L\u2019économie Graphique 2 Service de la dette en M $, gouvernement du Québec, 1991-1999 8000 7500- 7000- 6500- 6000- 5500- 5000- 4500- 4000- 3500 8000 -7500 -7000 -6500 -6000 -5500 -5000 -4500 -4000 3500 et de 2,8 G $ en 2001-02, pour un total de 7,2 G $.Une bonne partie de ces sommes servira à respecter les engagements du gouvernement vis-à-vis de ses employés.Ceux-ci ont signé de nouveaux contrats prévoyant des hausses de salaire de 9% étalées sur quatre ans, dont un paiement rétroactif pour 1999.Notons que les salaires comptent pour environ 50% des dépenses courantes du gouvernement.De ce total de 7,2 G $,4,4 G $ iront à la santé et aux services sociaux (0,8 G $ en 1999-2000, 1,9 G $ en 2000-01 et 1,7 G$ en 2001-02) et 2,1 G $ à l\u2019éducation et aux jeunes (0,5 G $ en 1999-2000, 0,7 G $ en 2000-01 et 0,9 G $ en 2001-02).Développement régional Le développement économique des régions profitera de 310 M$ supplémentaires.Un nouveau programme d\u2019infra- structures sera doté d\u2019un fonds de 290 M$, surtout dépensé en 1999-2000, dont 175 M$ iront à des projets municipaux, 25 M$ à des projets à caractère environnemental et 90 M $ à des projets stratégiques en transport.Cent millions seront consacrés à l\u2019aide à la modernisation des usines de pâtes et papiers.Finalement, le gouvernement remettra 255 M $ supplémentaires aux municipalités, ce qui devrait contribuer à réduire la grogne soulevée par les coupes budgétaires de la période de lutte contre le déficit et par les incitations à fusionner.Controverse sur la fiducie fédérale Une controverse a éclaté au cours de l\u2019année au sujet de l\u2019utilisation de fonds injectés par le gouvernement fédéral dans les secteurs de la santé et les services sociaux.Le ministre Paul Martin avait mis L\u2019état de l'économie québécoise 485 à la disposition du Québec une somme de 841 M$, en fiducie, afin d\u2019augmenter les dépenses dans ces secteurs.Le fédéral avait alors suggéré l\u2019étalement de l\u2019utilisation de cette somme de 1999 à 2002, soit 482 M$ en 1999-2000, 240 M$ en 2000-01 et 119 M $ en 2001-02.Grâce à l\u2019augmentation des revenus autonomes provenant de la croissance économique, le ministre Landry a pu augmenter les dépenses en santé et dans les services sociaux d\u2019un montant encore plus important l\u2019an dernier, mais sans toucher au montant placé en fiducie.Il a ainsi pu répartir les montants restants entre 2000-01 et 2002-03.La dette publique québécoise Le gouvernement québécois a fait le pari d\u2019équilibrer son budget chaque année.La loi sur le déficit zéro, issue des sommets des partenaires économiques du printemps et de l\u2019automne 1996, lui interdit de présenter un budget déficitaire, à moins de circonstances exceptionnelles.Si cette décision d\u2019équilibrer constamment le budget est maintenue, la dette reste identique année après année : elle n\u2019est pas remboursée, mais ne diminue pas non plus.Est-ce la bonne décision ?Un premier élément de réponse tient au fait que, contrairement aux particuliers, le gouvernement n\u2019a pas à rembourser sa dette.À mesure que des obligations ou d\u2019autres titres qu\u2019il a émis viennent à échéance, il les rembourse en en émettant à nouveau.La valeur de sa dette ne diminue donc pas.Le gouvernement n\u2019a donc, dans les faits, qu\u2019à payer les intérêts sur ses emprunts passés (le service de la dette).Graphique 3 Évolution de la dette nette en % du PIB, gouvernement du Québec, en M$, 1991-2000 55\t55 Note: Un changement des méthodes comptables a fait bondir le ratio dette/PIB en 1997-98.Les finances publiques à l\u2019ère des surplus Les finances publiques à l\u2019ère des surplus 486 L\u2019économie Tableau 1 La dette nette des administrations publiques, en % du PIB \t¦ùB-Vl\t\t\tE51\trsn\t17571\tETBTü\tlO\tirffn\tK'I'H'jI Féd.\t62,1\t66,7\t70,1\t71,1\t71,2\t69,9\t66,3\t64,4\t60,8\t56,9 Prov.\t24,4\t28,7\t31,1\t31,8\t31,9\t30,7\t31,7\t31,6\t31,1\t29,7 T.-N.\t47,1\t50,6\t54,2\t54,4\t51,9\t49,3\t45,4\t46,8\t45,3\t43,5 I.P.É\t12,0\t15,1\t31,4\t39,4\t37,0\t35,7\t35,2\t34,5\t32,6\t30,9 N.-É.\t39,6\t44,2\t48,4\t49,4\t45,3\t44,4\t42,1\t44,2\t43,7\t43,5 N.-B.\t26,4\t37,8\t39,6\t38,6\t35,8\t35,0\t34,2\t34,3\t37,7\t35,8 Qc.\t32,7\t37,2\t40,5\t43,8\t43,2\t43,4\t52,2\t51,5\t49,2\t47,2 On.\t18,9\t24,1\t27,2\t28,7\t31,0\t30,0\t29,6\t29,4\t29,7\t27,8 Mn.\t24,3\t27,8\t30,2\t30,8\t27,6\t25,7\t24,8\t24,1\t23,1\t22,0 Sk.\t55,4\t52,9\t50,0\t44,2\t41,1\t34,1\t31,7\t29,9\t28,7\t27,8 Al.\t23,6\t27,2\t28,0\t24,5\t22,4\t18,1\t14,1\t13,4\t11,4\t10,2 C.-B.\t15,3\t18,3\t19,2\t19,0\t18,9\t19,6\t19,8\t20,7\t21,7\t22,9 Source: TD Economies, mai 2000 Note - Le ratio dette-PIB des provinces est calculé comme la somme des dettes provinciales, divisée par le PIB canadien.Si le gouvernement obtient un surplus budgétaire, la valeur de sa dette nette diminue nécessairement, alors qu'un déficit provoque une augmentation de sa dette.La dette en dollars n\u2019est pas une bonne mesure de l\u2019endettement d'un gouvernement.La dette de l\u2019Ontario, par exemple, dépasse celle du Québec d\u2019environ 20 G$.Comme ce sont les citoyens de cette province qui doivent en assumer les coûts, et qu\u2019ils sont plus nombreux et ont des revenus moyens plus élevés que les Québécois, le gouvernement ontarien est considéré comme moins endetté que celui du Québec.La variable qui est habituellement utilisée pour mesurer le taux d\u2019endettement d\u2019un gouvernement est le ratio de la dette au PIB nominal.À l\u2019aune de cette mesure, le gouvernement québécois est actuellement le plus endetté des gouvernements provinciaux au Canada (voir tableau - Notons cependant que les mé- thodes comptables utilisées pour mesurer la dette provinciale diffèrent d\u2019une province à l\u2019autre).Si l\u2019on ajoute à la dette du gouvernement du Québec la part québécoise de la dette fédérale (22%, ce qui représente le pourcentage des revenus fédéraux provenant du Québec), on obtient une dette totale, à assumer par les citoyens, de 228 G $, soit 113 % du PIB en 1999-2000.Il n\u2019est pas nécessaire d\u2019équilibrer le budget ou d\u2019obtenir des surplus pour diminuer le taux d'endettement.En effet, toute croissance de la dette inférieure à celle du PIB nominal fera diminuer le ratio dette/PIB.Comme le PIB en dollars courants croît en général de plus de 4% par année, une augmentation de la dette de 2 ou 3 % (équivalant à un déficit de 2 G$ à 3 G$) produirait une réduction du taux d\u2019endettement.C\u2019est pour cette raison que le taux d\u2019endettement québécois diminue depuis 1997-98, malgré L\u2019état de l\u2019économie québécoise 487 Graphique 4 Évolution des soldes budgétaires du gouvernement du Québec en M$r 1991-1999 5000- o O o> O' O' 1000 0 -1000 -2000 -3000 -4000 -5000 -6000 -7000 l\u2019absence de surplus budgétaires notables.Ainsi, le gouvernement prévoit que le ratio dette/PIB diminuera à 46,7% en 2001-02, en équilibrant le budget et en misant sur la hausse naturelle du PIB (causée par la croissance économique et l\u2019inflation).Que faire maintenant?Trois possibilités s\u2019offrent au gouvernement devant l\u2019augmentation plus rapide des revenus que des dépenses : réaliser des surplus (et rembourser en partie la dette), augmenter les dépenses de programme ou réduire les taxes et impôts.Chacun de ces choix possibles comporte des bénéfices et des coûts d\u2019opportunité (si on fait un choix, on renonce aux avantages que comportent les autres possibilités).Rembourser la dette Le remboursement de la dette donnera rapidement une marge de manœuvre plus importante au gouvernement, car le service de la dette diminuera.En outre, la cote de crédit de l\u2019État peut s\u2019améliorer, ce qui réduira les taux d\u2019intérêt sur ses emprunts.Il sera donc à même de réduire plus tard les taxes et d\u2019augmenter ses dépenses.Le désavantage majeur est que les contribuables paient plus de taxes et d\u2019impôts que ce qu\u2019ils reçoivent en échange.De plus, le gouvernement se trouve à ralentir la croissance économique par sa politique budgétaire restrictive.Ce chemin est suivi actuellement par l\u2019Alberta, qui est en voie d\u2019éliminer sa dette nette.Les finances publiques à l\u2019ère des surplus Les finances publiques à l\u2019ère des surplus 488 L\u2019économie Graphique 5 Recettes des administrations publiques au Québec (excluant leurs revenus de placement) en % du PIB, 1992-1997 Augmenter les dépenses L\u2019augmentation des dépenses de programme est populaire.Le sous-financement chronique des systèmes québécois de santé et d\u2019éducation pourrait certainement en bénéficier au moment où la population vieillit et que les besoins du marché du travail en main-d\u2019œuvre instruite n\u2019ont jamais été aussi grands.Réduire le fardeau fiscal La réduction des taxes et et des impôts comporte plusieurs avantages.Le revenu disponible des ménages augmente, ce qui stimule la consommation et l\u2019épargne.À plus long terme, l\u2019investissement des entreprises augmente, faisant croître la productivité (le principal déterminant du niveau de vie).La réduction des taux d\u2019imposition crée des incitations au travail et à l\u2019entrepreneurship.L\u2019exode des cerveaux est aussi réduit.Le gouvernement du Québec a choisi, pour les budgets 2000-01 et 2001-02, de consacrer environ 70% de ses surplus possibles à des augmentations de dépenses et le reste à des réductions d\u2019impôts.Il n\u2019a pas l\u2019intention de rembourser une partie de la dette.Le ratio dette/PIB continuera cependant à diminuer, au rythme de l\u2019augmentation du PIB nominal.\u2022 Références Site Internet Budget 2000-2001, sur le site du ministère des Finances : www.flnances.gouv.qc.ca/francals/ budget/2000-200i/pdf l\u2019état de l\u2019économie québécoise 489 Hydro-Québec après le verglas : décroissance ou commercialisation ?Luc Bernier École nationale d\u2019administration publique Des instruments de politique économique issus de la Révolution tranquille dont on célèbre et débat cette année les quarante ans, Hydro-Québec est avec la Caisse de dépôt et placement l\u2019un des deux plus importants.Elle doit soutenir la politique industrielle, favoriser la recherche et le développement, aider à boucler le budget du Québec par ses dividendes mais aussi par ses exportations tout en étant un citoyen modèle.Elle doit faire tout cela dans un environnement pour le moins instable, elle qui dépend déjà des caprices de la météo qui lui fournit la pluie nécessaire pour remplir ses barrages et de grands froids pour faire monter la consommation, conditions qui n\u2019ont pas beaucoup été au rendez-vous depuis dix ans.Un environnement en mutation Hydro-Québec est dans un environnement en pleine mutation.Le changement fondamental des dernières années dans son secteur a été la compétition accrue du gaz naturel.Cette industrie longtemps dominée par des monopoles réglementés par les gouvernements se dirige vers un monde plus compétitif.La restructuration du secteur électrique suit ce qui s\u2019est passé dans d\u2019autres domaines, on peut penser au secteur des télécommunications, par exemple.Sur le plan technologique, le développement d\u2019une nouvelle génération de turbines à gaz a facilité le passage à de nouvelles règles de marché.De plus, cette technologie a l\u2019avantage d\u2019être facile à installer et de ne pas demander de longs délais de planification comme c\u2019est le cas pour les barrages hydroélectriques.Pour Hydro-Québec, l\u2019intégration de Gaz Métropolitain, il y a quelques années, apparaît sur le plan local comme une façon de se prémunir contre les soubresauts de son environnement.Hydro annonçait d\u2019ailleurs en novembre 1999 son intention de développer ses activités dans le domaine du gaz.Au-delà du gaz, l\u2019industrie électrique nord-américaine vit une période de transformation profonde.On est passé du modèle d\u2019entreprises verticalement intégrées à une industrie spécialisée soit comme producteur, transporteur/distributeur, et détaillant/mise en marché ou une combinaison de ces fonctions.Privatiser Hydro-Québec?L\u2019année a été plus mouvementée que prévue chez Hydro-Québec pour d\u2019autres raisons.Alors que la privatisation d\u2019Hydro-Ontario est débattue depuis un certain temps, celle d\u2019Hydro-Québec n\u2019avait guère été soulevée.L\u2019économiste Pierre Fortin a proposé cette année dans une communication devant l\u2019Alliance des manufacturiers et exportateurs du Québec (le 10 mai 2000) que la société d\u2019État soit partiellement privatisée.C\u2019est une possibilité qui doit tenir compte de l\u2019évaluation de la valeur Hydro-Québec après le verglas Hydro-Québec après le verglas 490 L\u2019économie d\u2019Hydro-Québec dont le rendement sur l\u2019avoir propre n\u2019a pas toujours été reluisant.Est-elle à sa pleine valeur?Est-il possible d\u2019imaginer que, comme ce fut fait en Grande-Bretagne sous Margaret Thatcher, des efforts d\u2019amélioration de sa valeur aux livres pourrait rendre la vente plus intéressante?Combien vaudront ses installations lorsque le nucléaire ne sera plus envisageable et que les centrales actuelles auront été fermées ?L\u2019idée de la privatisation n\u2019est pas absurde, au contraire.Une entreprise privée peut bénéficier d\u2019exemptions d\u2019impôt pour de la recherche et du développement dont une entreprise publique ne peut se prévaloir.Une société d\u2019État échappe par contre à l\u2019impôt et dans le contexte des relations fédérales-provinciales actuelles, il est loisible de penser que le gouvernement du Québec est peu désireux d\u2019envoyer des impôts à Ottawa.D\u2019autant plus que le ministre des Finances, Bernard Landry, présente Hydro comme une machine à imprimer de l\u2019argent.Celle-ci a justement annoncé en mars 2000 des bénéfices de 906 millions dont elle a remis 453 millions au gouvernement.Ces profits sont toutefois moindres que le 1,2 milliard espéré par le gouvernement.Ententes avec les autochtones Sur le plan environnemental, Hydro-Québec se butte à l\u2019opposition des habitants du Val Saint-François, en Estrie, qui s\u2019opposent à avoir une ligne à haute tension dans leur arrière-cour [voir article dans Québec 2001, p.470].Par ailleurs, Hydro-Québec améliore ses relations avec les autochtones et commence à cogérer certains projets comme c\u2019est le cas depuis mars 2000 avec les Montagnais au Lac-Saint-Jean.Il est possible que son développement à venir soit moins l\u2019objet de débats avec eux que ce ne fut le cas dans le passé.Les négociations avec les autochtones sont aussi un élément névralgique dans la poursuite du projet des chutes Churchill au Labrador qui en mai 2000 était dans les limbes.Le projet achoppe principalement parce que les négociations avec le gouvernement de Terre-Neuve sont difficiles, ce qui est compréhensible compte tenu de la première phase du projet et du contentieux qui en résulta.Relations de travail difficiles La gestion interne d\u2019Hydro-Québec n\u2019est pas de tout repos non plus.Ses 14 000 employés syndiqués ont été en grève au cours de l\u2019été 1999.Même si seulement 1500 employés étaient en grève classique, le refus des heures supplémentaires, le vandalisme sur les équipements destinés à l\u2019exportation ont été nuisibles à la société.Cette grève s\u2019est réglée en septembre 1999.La Régie de l'énergie La Régie de l\u2019énergie a été créée en 1996 pour réglementer les activités des entreprises dans le domaine.Depuis décembre 1996, les tarifs d\u2019électricité au Québec sont soumis à l\u2019approbation de la Régie.En mai 2000, le ministre des Ressources naturelles, Jacques Brassard, a déposé un projet de loi qui a été adopté en juin et qui soustrait la production de l\u2019électricité et son exportation à l\u2019examen de la dite Régie.Seuls le transport et la distribution continuent d\u2019être réglementés.Ce projet de loi consacre la transformation des fonctions d\u2019Hydro-Québec selon un modèle qui lui permet de jouer selon les règles du jeu du marché nord-américain.Régie ou pas régie, Hydro-Québec a annoncé que ses tarifs seraient gelés jusqu\u2019en 2002 alors qu\u2019elle doit augmenter L\u2019état de l\u2019économie québécoise 491 son rendement sur l\u2019avoir propre qui à 6,7 % est sous le coût de la dette qui est lui de 8,57%.Il n\u2019est donc pas question de baisser les tarifs malgré les profits.Étau financier Hydro-Québec est prise dans un étau financier.D'un côté les clients veulent des tarifs bas.Et si ceux d\u2019Hydro-Québec ne sont plus les plus bas en Amérique du Nord, dépassant ceux de Winnipeg, Vancouver et Seattle, ils demeurent néanmoins avantageux.D\u2019autre part, le gouvernement contrôle les hausses de tarifs mais exige des dividendes élevés.Le premier ministre Bouchard a affirmé qu\u2019« il faut protéger les tarifs patrimoniaux, les tarifs résidentiels sont très bas et doivent le demeurer ».Son ministre parle, lui, de «pacte social» pour expliquer en mai 2000 que désormais les coûts de production d'Hydro-Québec ne pourront plus être examinés par la Régie de l'énergie.Vers le marché américain Le marché américain pourrait être plus intéressant pour Hydro-Québec dans les années à venir.La restructuration a entraîné une diminution de la capacité de production dans plusieurs États, ce qui rend le marché plus volatil et les prix sur le marché libre beaucoup plus hauts.Toutefois, comme l\u2019a écrit l\u2019économiste Jean-Thomas Bernard dans un numéro spécial de la revue Gestion sur l\u2019évolution de cette industrie en Amérique du Nord, il n\u2019est pas évident que pour les années à venir, Hydro-Québec ait beaucoup d\u2019énergie excédentaire à exporter.Selon lui, très peu de ressources pourront être développées de façon rentable pour servir le marché de l\u2019exportation puisque les centrales québécoises sont loin dans le nord et que les coûts de transport sont élevés.Tout n\u2019est pas rose sur le marché américain pour Hydro-Québec.La Green Mountain Power du Vermont se dit menacée de faillite si le contrat d\u2019approvisionnement à long terme signé avec Hydro n\u2019est pas résilié.Ce contrat signé en 1987 est valide jusqu\u2019en 2020.Le nouveau plan 2000-2004 Certains ont vu dans le nouveau plan de développement d\u2019Hydro un recul.L\u2019ère des grands projets semble révolue.Les profits annoncés y sont moindres.L\u2019augmentation des ventes prévue dans le plan 1998-2002 ont été réduites dans la nouvelle version pour la période 2000-2004 rendue publique en octobre 1999.Cette baisse s\u2019explique par le report de certains projets de construction, ce qui a pour conséquence que certaines ventes ne peuvent être faites.De plus, le contrat problématique avec le Vermont est le seul contrat à long terme qui restera à Hydro aux États-Unis après 2004.Deux autres interprétations de ce plan peuvent être données.La première est qu\u2019il est possible que la base de comparaison, le plan précédent, ait été chimérique.La seconde possibilité est que ce plan prévoie la commercialisation d\u2019Hydro-Québec, que désormais elle fonctionnera comme une entreprise privée, ce qui devient une nécessité pour répondre aux conditions américaines d\u2019importation d\u2019électricité, en particulier la réciprocité d\u2019accès au marché.La déréglementation dont la Régie de l\u2019énergie a fait les frais correspond également à cette idée de laisser Hydro-Québec fonctionner sur une base commerciale.En d\u2019autres termes, Hydro a été privatisée sans l\u2019être.Son virage commercial permet Hydro-Québec après le verglas Hydro-Québec après le verglas 492 L\u2019économie d'améliorer, théoriquement, sa rentabilité en diminuant les contraintes.Ce plan n\u2019entraîne pas non plus de redéfinition de l\u2019entreprise, ce qui lui est arrivé souvent au cours des deux dernières décennies et jamais facilement.Depuis vingt ans, les virages stratégiques et leurs abandons nombreux à Hydro-Québec depuis le virage économique sous Guy Coulombe puis le « Défi Performance», etc.ont fragilisé l\u2019entreprise.Il reste à voir si cette fois, elle saura jouer à ce nouveau jeu aux règles moins nombreuses mais beaucoup plus rapides.\u2022 Références Gestion, revue internationale de gestion, numéro du printemps 2000: «La déréglementation de l\u2019électricité» (voir aussi à cette adresse Internet: www.hec.ca/gestion/archives/r2000_fr.html) Bernard, Jean-Thomas, «Structure du marché québécois de l\u2019électricité: changement majeur ou simple accommodation commerciale?», dans Gestion, printemps 2000.Sites Internet Hydro-Québec, plan stratégique 2000-2004 : www.hydroquebec.com/publications/ plans trategique2000/index.html La Régie de l\u2019énergie: www.regie-energie.qc.ca/ Résumé de l\u2019intervention de Pierre Fortin: www.vigile.net/00-5/hq-f0rtin.html Le modèle agricole québécois remis en question Benoit Mario Papillon économiste, Université du Québec à Trois-Rivières Bon nombre des événements ayant marqué l\u2019actualité agricole, que ce soit les difficultés de Lactel, l\u2019accès aux marchés d\u2019exportation et les accords internationaux, ou la qualité des produits de l\u2019érable, mettent en cause les relations entre d\u2019une part le secteur agricole et d\u2019autre part les autorités gouvernementales et organismes publics ainsi que les entreprises de transformation.Dans la foulée d\u2019initiatives fédérales, le gouvernement provincial a rappelé que certains modes de fonctionnement seraient revus, et un projet de loi visant la création de La Financière agricole du Québec a été introduit.Si cette initiative amène la révision des méthodes de planification et de prise de décision touchant le secteur agricole, elle pourrait marquer de façon significative son évolution. L\u2019état de l\u2019économie québécoise 493 Les conditions du partenariat Dans le budget de mars 2000, le ministre des Finances, Bernard Landry, annonçait un engagement sur sept ans, effectif à partir de 2001-2002, de 2,1 milliards de dollars, à raison de 300 millions par année, pour les programmes gouvernementaux de financement et d\u2019assurances agricoles.Le budget pour l\u2019agriculture comprend d\u2019autres postes ; les crédits totaux sont de 700,7 millions pour l\u2019année 2000-2001, une augmentation de 36% surtout attribuable aux besoins du programme d\u2019assurance stabilisation des revenus au cours de la dernière année.Ce budget correspond approximativement à celui de 1991-1992, avant les mesures de restrictions budgétaires.Outre certaines mesures circonstancielles et parfois discrétionnaires, l\u2019évolution des dépenses publiques est aussi marquée par des éléments structuraux.Dans le domaine agricole, les conditions climatiques et les fluctuations de prix peuvent déterminer une large part des dépenses gouvernementales.Ainsi on évaluait qu\u2019en 1997, le gouvernement québécois n\u2019exerçait pas de contrôle direct sur plus de la moitié de ses dépenses en agriculture, au-delà de ses engagements dans divers programmes d\u2019assurance.Ces engagements reflètent les conditions du partenariat entre l\u2019État et les agriculteurs dans l\u2019organisation de la production agricole.L'annonce d\u2019un changement L\u2019UPA (l\u2019Union des producteurs agricoles) considérait que l\u2019engagement du ministère des Finances de 2,1 milliards sur sept ans laissait présager un changement dans les conditions de ce partenariat.À la suite d\u2019une rencontre le 22 juin 2000 avec le premier ministre du Québec, l\u2019UPA a consenti à collaborer à la mise en place de La Financière agricole du Québec; l\u2019engagement original fixé à 2,1 milliards prévoit de l\u2019aide supplémentaire en cas de catastrophe naturelle ou économique.Un ensemble de décisions politiques à implications budgétaires, de précédents et de mesures juridiques, remontant parfois très loin dans le temps, définissent la portée du partenariat actuel entre l\u2019État et le monde agricole.Cet ensemble a évolué en réponse à des situations jugées problématiques, l\u2019effet du climat ou des variations de prix sur le revenu agricole, ou des situations jugées défaillantes par rapport à d\u2019autres secteurs, par exemple les moyens limités des agriculteurs de poursuivre de la recherche ou d\u2019offrir des garanties crédibles sur la qualité des produits.Quelques faits relatifs à la diversité des productions agricoles permettent d\u2019entrevoir la complexité de ce partenariat avec l\u2019État.Taille et diversité du secteur agricole Le secteur agricole représente 1,5 % du PIB québécois, ce qui le met pratiquement sur le même pied que le secteur des supermarchés et épiceries en termes de contribution à l\u2019activité économique globale au Québec.Le secteur bioalimentaire, qui comprend, outre l\u2019agriculture, la transformation des aliments, leur distribution au détail et la restauration, représente près de 9 % du PIB québécois.L\u2019agriculture québécoise est composée de diverses productions animales et végétales.Les revenus agricoles s\u2019élevaient en 1998 à 4,9 milliards (voir graphique 1).Les fermes laitières génèrent près du tiers de ces recettes et sont le premier groupe en importance.Le lait est une production contingentée; tout producteur doit d\u2019abord détenir des quotas.La quantité Le modèle agricole québécois remis en question Le modèle agricole québécois remis en question 494 L\u2019économie Graphique i Répartition des revenus agricoles, Québec 1998 Aviculture Autres productions Paiements gouvernementaux Céréales 1,2% 7,8% Produits laitiers Porcs Fruits et légumes Horticulture ornementale Bovins et veaux totale de quotas est fixée par le système canadien de gestion de l\u2019offre.Le Québec détient une part relativement élevée avec 40 % du total.Les principaux autres secteurs par ordre d'importance sont le porc, l\u2019aviculture (œufs et volailles), les céréales, les bovins et veaux et l\u2019horticulture.L\u2019aviculture est, comme le lait, régie par un système de gestion de l\u2019offre.Les productions contingentées représentent donc près de la moitié des revenus de l\u2019agriculture québécoise.Dans un système de gestion de l\u2019offre, on assure un prix au producteur et ce prix est assuré par un contrôle très strict des quantités de produits offertes.Pour éviter que les importations ne viennent perturber le système, des quotas d\u2019importation hors tarif et des tarifs douaniers très élevés les maintiennent à un niveau minimum.Dans le cas des produits laitiers canadiens, entre autres le fromage, les tarifs en vigueur établissent un record historique en matière de protection tarifaire.Un univers de PME associées Depuis longtemps, les agriculteurs ont tendance à s\u2019associer au sein de divers organismes assumant des fonctions d\u2019approvisionnement, de distribution et aussi de transformation.Cela a produit avec le temps des géants dans le domaine agroalimentaire \u2014 pensons à la Coopérative fédérée du Québec et à Agropur \u2014 tout en permettant des initiatives du milieu des affaires, par exemple Lactantia, qui augmentent les débouchés pour l\u2019agriculture.Selon les données de recensement de 1996, la valeur moyenne des revenus bruts L\u2019état de l\u2019économie québécoise 495 totaux d\u2019une ferme québécoise étaient de 138 160 $.Pour seulement 4% des 35 990 fermes recensées, les revenus bruts totaux étaient d'un demi-million de dollars ou plus alors qu\u2019ils étaient inférieurs à 100 000 $ pour les deux tiers d\u2019entre elles.C\u2019est donc dire que le secteur agricole est surtout composé de petites ou très petites entreprises.À priori, cela n\u2019est pas inefficace.Dans plusieurs domaines d\u2019activités, une telle structure peut s\u2019avérer plus efficace et avantageuse pour les clients, patients ou consommateurs ; on peut penser aux services personnels (coiffure, soins dentaires, optométrie), à la rénovation domiciliaire et à plusieurs branches du commerce de détail.Cependant, pour ces domaines d\u2019activités, l\u2019acheteur n\u2019est pas indifférent entre les services ou produits de divers vendeurs, ce qui n\u2019est généralement pas le cas dans le domaine agricole.Des produits interchangeables À l\u2019intérieur de leurs sous-secteurs respectifs, les fermes offrent le plus souvent des produits relativement homogènes.La clientèle pour un sous-secteur donné peut donc facilement substituer le produit offert par une ferme au produit offert par une autre ferme.Cette caractéristique de la production agricole a renforcé très tôt le désir d\u2019association des producteurs, désireux d\u2019éviter une concurrence que les acheteurs pourraient leur imposer.Pour un produit comme le lait nécessitant une transformation ou une consommation rapide, le sentiment de vulnérabilité face aux acheteurs et le désir d\u2019association est encore plus fort.Le besoin d\u2019association va aussi grandissant à mesure que diminue le nombre d\u2019acheteurs avec lesquels les producteurs peuvent négocier.Les politiques gouvernementales ont reconnu très tôt qu\u2019un nombre restreint de transformateurs facilite le contrôle de la qualité.Dans la filière lait, par exemple, le nombre de fabriques de fromage et beurre, qui dépassait 1600 en 1925, était descendu à 1058 en 1941 et il en restait moins de 200 en 1971.La même tendance s\u2019observe pour les abattoirs.Les gouvernements ont appuyé la volonté d\u2019association des agriculteurs pour la commercialisation des produits en introduisant les plans conjoints et d\u2019autres mesures légales de mise en marché collective.Le système de gestion de l\u2019offre dans le lait constitue la forme la plus élaborée de mise en marché collective ; il exclut les relations contractuelles de vente entre un agriculteur individuel et une entreprise ou une coopérative de transformation.Une mesure de l\u2019aide gouvernementale La part de 12,1% des paiements gouvernementaux dans la répartition des recettes agricoles de la figure 1 représente une somme de près de 600 millions de dollars.11 s\u2019agit là de l\u2019ensemble des sommes versées par l\u2019État dans divers programmes d\u2019aide financière ou subventions et le taux de 12,1% peut s\u2019interpréter comme un taux de subvention à l\u2019agriculture québécoise.Étant donné que ces programmes s\u2019appliquent avant tout à des productions non contingentées qui représentent environ la moitié de l\u2019agriculture québécoise, il est plus juste de parler d\u2019un taux général de subvention d\u2019environ 20%.Ce taux n\u2019est pas négligeable.À titre d\u2019illustration, si on devait appliquer un taux comparable au secteur manufacturier Le modèle agricole québécois remis en question Le modèle agricole québécois remis en question 496 L\u2019économie québécois qui se compose essentiellement de productions non contingentées, donc soumises à la concurrence tant nationale qu'internationale, l\u2019ensemble des revenus de l\u2019État québécois ne serait pas suffisant pour couvrir les sommes nécessaires.Par ailleurs, une analyse plus fine des sources de revenus des diverses productions non contingentées révèlent que trois secteurs se partageaient plus de 90% des paiements gouvernementaux en 1998 : le secteur du porc, le secteur du boeuf et celui des céréales.Ainsi concentrés, les paiements gouvernementaux représentaient en pourcentage des revenus de vente des producteurs, respectivement 46% (secteur porcin), 30% (secteur bovin) et 35 % (secteur des céréales).Ces paiements gouvernementaux sont faits en vertu des programmes d\u2019assurance-stabilisation ou d\u2019assurance-récolte et dans le cas du porc, un tel taux est inhabituel ; par ailleurs c\u2019est beaucoup moins exceptionnel dans le cas des céréales alors que pour le secteur bovin, il s\u2019agit d'une pratique routinière.L\u2019agriculture et le commerce alimentaire Au niveau des échanges internationaux, les États-Unis sont le principal partenaire commercial du Québec dans le domaine alimentaire, comme c\u2019est le cas dans bon nombre d\u2019autres domaines.Après la croissance des exportations de viande, principalement le porc, et de boissons au cours des années antérieures, le Québec enregistrait en 1998 un surplus commercial de 1 milliard de dollars avec les États-Unis.Ce surplus, combiné à celui enregistré avec le Japon \u2014 et aussi attribuable aux ventes de porc principalement \u2014 compensait presque exactement en 1998 la somme des déficits enregistrés dans les échanges avec les Graphique 2 Principales importations alimentaires du Québec, 1998 Cacao, café et thé Fruits «3,8% 7,104, b'4% Boissons Autres produits Produits laitiers Produits céréaliers et oléagineux Viandes Miel, érable et sucre Légumes L\u2019état de l\u2019économie québécoise Graphique 3 Principales exportations alimentaires du Québec, 1998 Viande de porc /o 6.0% Autres produits agricoles, alimentaires et marins Boissons Cacao, café et thé Produits laitiers Miel, érable et sucre Produits céréaliers Oléagineux non transformés autres parties du monde et, entre autres, l\u2019Union européenne.Les graphiques 2 et 3 représentent la répartition en pourcentage des importations et des exportations bioalimentaires du Québec en 1998.Les fruits, particulièrement les fruits tropicaux, constituent la plus importante catégorie d\u2019aliments importés.La technologie permet de produire ces aliments localement; on peut, par exemple, imaginer une orangeraie dans le Stade olympique.Mais cette solution serait très inefficace compte tenu du coût beaucoup moins élevé de l\u2019importation.Les trois principaux aliments ou catégories d'aliments exportés sont la viande de porc, les boissons et la catégorie cacao, café et thé.Ces deux dernières catégories impliquent peu ou pas de contribution de l\u2019agriculture québécoise.La première catégorie combine une contribution agri- cole, celle des éleveurs de porc, et une contribution du secteur de la transformation, particulièrement les abattoirs.Les produits laitiers viennent au quatrième rang avec 8,4 % de la valeur totale des exportations alimentaires.Ce pourcentage est faible en comparaison de l\u2019importance relative des fermes laitières qui représentent près de 40 % des revenus de l\u2019agriculture québécoise, avant les transferts gouvernementaux.Mais ce pourcentage déjà faible n\u2019est pas directement comparable aux pourcentages précédents.Depuis la mise en place du système de gestion de l'offre au début des années 70, le secteur laitier a utilisé l\u2019exportation pour écouler ses surplus de production laitière.Une version récente de cette stratégie d\u2019exportation est la création d\u2019une classe spéciale de lait destiné à l\u2019exportation.Selon ce système, le prix du lait d\u2019exportation est presque trois fois 497 Le modèle agricole québécois remis en question Le modèle agricole québécois remis en question 498 L\u2019économie moins élevé que le prix du lait utilisé pour les produits vendus aux consommateurs québécois et canadiens (20
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