Québec... /, 1 janvier 2002, 2002
[" 2002 TOUTE ANNEE > politique >économique >sociale >culturelle \u2022 m [¦- & V ¦ivi miM Will- JVHjl i'*ii* ' i V.iff V\" ±_.'à ' Québec 2002 HW Sous la direction de Roch Côté Québec 2002 Annuaire politique, social, économique et culturel FIDES Données de catalogage avant publication (Canada) Vedette principale au titre : Québec 2002 : annuaire politique, social, économique et culturel Comprend des réf.bibliogr.ISBN 2-7621-2309-7 1.\tQuébec (Province) - Civilisation - 20e siècle.2.\tQuébec (Province) - Histoire - 20e siècle.3.\tQuébec (Province) - Conditions sociales -1991 .4.\tQuébec (Province) - Conditions économiques -1991 .5.\tQuébec (Province) - Politique et gouvernement -1994- .I.Côté, Roch, 1941- .FC2926.2Q41 2001\t971.4*04\tC2001-941437-4 F1053.2.Q41 2001 Dépôt légal : 3e trimestre 2001 Bibliothèque nationale du Québec © Éditions Fides, 2001.Les Éditions Fides remercient le ministère du Patrimoine canadien du soutien qui leur est accordé dans le cadre du Programme d\u2019aide au développement de l\u2019industrie de l\u2019édition.Les Éditions Fides remercient également le Conseil des Arts du Canada et la Société de développement des entreprises culturelles du Québec (SODEC).Les Éditions Fides bénéficient du Programme de crédit d\u2019impôt pour l\u2019édition de livres du Gouvernement du Québec, géré par la SODEC.IMPRIMÉ AU CANADA Direction Roch Côté Révision et recherche François Brousseau, Pascal Faucher Comité consultatif Germain Belzile, Normand Brouillette, Gilles Gagné, Alain G.Gagnon, Fernand Harvey, Simon Langlois, Jean-Jacques Simard, Michel Venne Rédaction Jacques Allard, Université du Québec à Montréal Louis Ascah, économiste, Université de Sherbrooke Alain Baccigalupo, Département de science politique, Université Laval Stéphane Baillargeon, journaliste, Le Devoir Serge Belley, École nationale d\u2019administration publique Germain Belzile, économiste, École des hautes études commerciales Jean-Pierre Bluteau, Groupe d\u2019analyse économique Francine Bordeleau, journaliste Luc Bouthillier, économiste, Faculté de foresterie et de géomatique, Université Laval Normand Brouillette, géographe, Université du Québec à Trois-Rivières François Brousseau, journaliste Jean Cermakian, géographe, Université du Québec à Trois-Rivières Guy Chiasson, Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue Jean-Pierre Collin, INRS-Urbanisation, Culture et Société Enrique Colombino, Sciences sociales, Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue Claude Comtois, Groupe de recherche sur les transports, Université de Montréal Louis Comellier, Collège de Joliette Manon Cornellier, correspondante parlementaire, Le Devoir Pierre-Yves Crémieux, Groupe d\u2019analyse économique, Université du Québec à Montréal Andrée De Serres, École des sciences de la gestion, Université du Québec à Montréal Jean-Louis Denis, Département d\u2019administration de la santé, Groupe de recherche interdisciplinaire en santé, Université de Montréal Jean-Pierre Desaulniers, anthropologue, Université du Québec à Montréal Laurent Deshaies, géographe, Université du Québec à Trois-Rivières Jules Dufour, Université du Québec à Chicoutimi Robert Dutrisac, correspondant parlementaire, Le Devoir Éric Etter, journaliste Pascal Faucher, journaliste Claude Fortier, Département de sociologie, Université Laval Gilles Gagné, Département de sociologie, Université Laval Alain-G.Gagnon, politologue, Programme d\u2019études sur le Québec de l\u2019Université McGill Mona-Josée Gagnon, Département de sociologie, Université de Montréal Guy Gauthier, géographe et économiste Yannick Gendron, Centre interuniversitaire d\u2019études québécoises, Université du Québec à Trois-Rivières Stéphan Gervais, Programme d\u2019études sur le Québec, Université McGill Anne Gilbert, géographe, Université d\u2019Ottawa Yves Gingras, Centre inter-universitaire de recherche sur la science et la technologie, Observatoire des sciences et des technologies André Giroux, journaliste, Livre d\u2019ici Benoît Godin, Centre inter-universitaire de recherche sur la science et la technologie, Observatoire des sciences et des technologies Louis Guay, Département de sociologie, Université Laval Fernand Harvey, INRS-Urbanisation, Culture et Société Nabil Khoury, Département de finance et assurance, Université Laval Ingo Kolboom, Institut fîir Romanistik, Université de Dresde Marie-Thérèse Lacourse, sociologue, Cégep François-Xavier-Garneau Lise Lamothe, Département d\u2019administration de la santé, Groupe de recherche interdisciplinaire en santé, Université de Montréal Simon Langlois, sociologue, Université Laval Serge Laplante, recherchiste, Le Devoir Jacques Leclerc, sociolinguiste Jean-Claude Leclerc, journaliste Pierre Lefebvre, Sciences économiques, Université du Québec à Montréal Sylvain Lefebvre, Département de géographie, Université du Québec à Montréal Vincent Lemieux, politologue.Université Laval Jacques-André Lequin, Département des relations industrielles.Université du Québec à Hull Jocelyn Maclure, Université de Southampton Claude Manzagol, Université de Montréal Claude Martin, économiste, Département de communication, Université de Montréal Anne Mévellec, Université de Rennes i Roger Nadeau, Département de géographie et télédétection, Université de Sherbrooke Fabien P.Nkot, Université de Dschang, Cameroun André Normandeau, directeur du groupe de recherche sur la police, Université de Montréal Pierre Ouellette, École des sciences de la gestion, Université du Québec à Montréal Marc Ouimet, École de criminologie, Université de Montréal Victor Piché, démographe, Université de Montréal Liliane Portelance, Faculté des sciences de l\u2019éducation, Université de Montréal Gilles Pronovost, sociologue, Université du Québec à Trois-Rivières Marc-Urbain Proulx, Université du Québec à Chicoutimi Juliette Ruer, journaliste, Voir Jean-François Saillant, chargé de recherche, École des hautes études commerciales Diane Saint-Laurent, Université du Québec à Trois-Rivières Gilles Sénécal, INRS-Urbanisation, Culture et Société Myriam Simard, sociologue, INRS-Urbanisation, Culture et Société Amnon Jacob Suissa, Université du Québec à Hull Pierre Trudel, anthropologue, Cégep du Vieux-Montréal Michel Venne, directeur de l\u2019information, Le Deuoir Lise Winer, Université McGill Graphisme Gianni Caccia Infographie Folio infographie Cartes Le Groupe Korem Sommaire Mutations sociales et enjeux de société Le Québec et les enjeux de la mondialisation 5 La nation et le nationalisme en profonde mutation Jocelyn Maclure io Le libre-échange continental est-il une menace ?Germain Belzile 23 Canada, Québec, même combat : protéger la diversité culturelle Stéphane Baillargeon La politique canadienne 32\tL\u2019indifférence à la différence Alain-G.Gagnon Le système des partis 37\tPermanence et sclérose du bipartisme Vincent Lemieux La question linguistique à Montréal 43 Immigration et intégration : une crise qui n\u2019a pas eu lieu Victor Piché Le débat sur les fusions municipales 51 La longue et tortueuse évolution de l\u2019aménagement du territoire Louis Guay La réorganisation des services de police 61 Vers une police professionnelle de type communautaire André Normandeau Le jeu pathologique 69 Jeux de hasard et enjeux psychosociaux : la coresponsabilité de l\u2019État Amnon Jacob Suissa Les études québécoises 77 Le Programme d\u2019études sur le Québec de l\u2019Université McGill Chronologie 83 Les principaux événements de juillet 2000 à juin 2001 Pascal Faucher 92 Les disparus, de juillet 2000 à juin 2001 Pascal Faucher L'état du Québec La population Aspects démographiques ioi Les grandes tendances Simon Langlois ii8 L\u2019avortement est-il devenu une méthode contraceptive ?Marie-Thérèse Lacourse Famille et modes de vie 126\tLes grandes tendances Simon Langlois 137\tL\u2019impact réel des politiques natalistes Pierre Lefebvre Aspects démolinguistiques 147\tLes grandes tendances Simon Langlois 153 Les Anglo-Québécois voient d\u2019un mauvais œil les fusions municipales Lise Winer Immigration et diversité culturelle 157\tLes grandes tendances Simon Langlois 161\tL\u2019intégration des immigrants en région Myriam Simard Les conditions de vie Emploi et activité professionnelle 171\tLes grandes tendances Simon Langlois 180 Comment interpréter la variation du taux de syndicalisation depuis 1990 ?Jacques-André Lequin Revenus, pauvreté, inégalités 187\tLes grandes tendances Simon Langlois 203 Les régimes de retraite publics et privés sont et resteront insuffisants Louis Ascah Évolution de la consommation 211\tLes grandes tendances Simon Langlois Aspects de la santé 217\tLes grandes tendances Simon Langlois et Claude Fortier La sécurité 228\tLes tendances de la criminalité Marc Ouimet Le territoire Les grands enjeux territoriaux 235 Le milieu rural et les MRC en attente de leur réforme Jean-Pierre Collin 242 Bilan de la politique des pôles de croissance : relancer l\u2019idéal d\u2019un Québec polycentrique Marc-Urbain Proulx Région et couronne métropolitaines de Montréal 257 Le regroupement municipal en marche : Méga-Montréal et Méga-Longueuil Jean-Pierre Collin 264 Montréal doit améliorer le transport des marchandises sur son territoire Claude Comtois 268 Bois urbain et controverses locales, ou comment intégrer la nature à la ville Gilles Sênècal et Diane Saint-Laurent 275 Entre conjoncture et fusions : l\u2019économie de Montréal dans l\u2019expectaüve Claude Manzagol 278 Les nouveaux territoires festifs de Montréal : du sport professionnel au sport événementiel Sylvain Lefebvre Région métropolitaine de Québec 290 Les nouvelles villes de Québec et de Lévis Serge Belley 299 La Commission de la Capitale nationale transforme le visage de Québec Éric Etter Couronne des villes intermédiaires 308\tConstruire la métropole de l\u2019Outaouais Anne Gilbert 317 Les nouvelles villes de Trois-Rivières et de Sherbrooke Yannick Gendron 323\tL\u2019étonnante renaissance de Drummondville Guy Gauthier 329 La Mauricie à l\u2019aube d\u2019une reconversion économique Normand Brouillette et Laurent Deshaies 334 Villégiature et conservation du milieu : le cas de l\u2019Estrie Roger Nadeau Couronne périphérique 350 Les Inuits du Québec auront leur gouvernement autonome Iules Dufour 357 La longue marche de la consolidation au Saguenay Marc-Urbain Proulx et Anne Mévellec 361 Les fusions municipales bousculent le monde rural abitibien Guy Chiasson 366 Les mines en Abitibi-Témiscamingue : un déclin inéluctable?Enrique Colombino Études québécoises 388 L\u2019Aüas du Québec et de ses régions 392 Le Centre interuniversitaire d\u2019études québécoises (CIEQ) L'économie 399\tL\u2019état de l\u2019économie québécoise Jean-François Saillant Points de vue sur l'état de l'économie québécoise 430\tLa sous-performance économique du Québec Marcel Boyer 433\tLe Québec et la Nouvelle-Angleterre : jumeaux ou cousins ?En perspective, Études économiques Desjardins 434\tSi l\u2019économie québécoise prenait quelques traits de celle de l\u2019Alberta Maurice N.Marchon 436\tInvestissements privés et publics : chronique d\u2019un ralentissement présumé En perspective, Études économiques Desjardins Les finances publiques 437\tLes finances publiques québécoises : un équilibre fragile Germain Belzile Le secteur financier 442 Le nouveau contexte de l\u2019industrie des services financiers : faire face au défi de la mondialisation Andrée De Serres 452 La place de Montréal dans le marché financier international NabilKhoury Les politiques publiques Participation politique et partis 459 Tendances de l\u2019appui à la souveraineté : la question du vote des femmes, 1999-2001 Gilles Gagné, Simon Langlois etCLAUDE Fortier 474 L\u2019année politique : changement d\u2019époque Michel Venne 481 Les mouvements sociaux : l\u2019année du réveil social ?Mona-Josèe Gagnon 48g\tL\u2019Assemblée naüonale et les partis Serge Laplante Les politiques publiques/La santé 510 Le rapport de la Commission Clair : rénovation ou transformation du système de santé québécois ?Jean-Louis Denis et Lise Lamothe 519\tL\u2019évolution du régime d\u2019assurance-médicaments Jean-Pierre Bluteau, Pierre-Yves Crémieux et Pierre Ouellette Les politiques publiques/La politique municipale 526 Pourquoi le gouvernement de Lucien Bouchard a-t-il enfin osé ?Alain Baccigalupo etFABiEN P.Nkot Les politiques publiques/La politique autochtone 532 Sous le signe de la Grande Paix de Montréal Pierre Trudel Les politiques publiques/La politique linguistique 538 Les trois partis et la question de la langue Stéphan Gervais 547 Les législations linguistiques dans le monde : le Québec n\u2019est pas seul ! Jacques Leclerc Les politiques publiques/La politique d'immigration 557 Une immigration « plus nombreuse, plus francophone et plus qualifiée » François Brousseau Les politiques publiques/La politique forestière 561 La guerre du bois d\u2019oeuvre : une invitation au changement Luc Bouthillier La culture, l\u2019éducation et les médias Les pratiques culturelles 571 Entre travail et loisir : aperçu des pratiques culturelles au Québec Gilles Pronovost Les lettres/Les essais 590\tLe Québec est-il politiquement fatigué ?Louis Cornellier Les lettres/ L'année littéraire 594\tL\u2019appropriation du monde Francine Bordeleau 237 252 258 290 308 348 351 283 283 285 287 288 3°4 306 340 342 344 347 374 378 380 382 384 386 Cartes Regions métropolitaines et agglomérations de recensement Recentrage spatial de l\u2019économie québécoise Région métropolitaine de Montréal et sa couronne Région métropolitaine de Québec Couronne des villes intermédiaires Couronne périphérique Le territoire du Nunavik Régions Laval Montréal Lanaudière Laurentides Montérégie Capitale nationale Chaudière-Appalaches Mauricie Estrie Outaouais Centre-du-Québec Bas-Saint-Laurent Saguenay-Lac-Saint-Jean Abitibi Côte-Nord Nord-du-Québec Gaspésie Avant-propos Libre-échangiste depuis toujours, et heureux de l\u2019être, le Québec a brutalement fait connaissance, au cours de l\u2019année écoulée, avec les turbulences de la mondialisation.Le Sommet des Amériques tenu en avril 2001 a placé sur le devant de la scène les enjeux que pose la globalisation des échanges : la préservation de l\u2019emploi, la défense de la diversité culturelle, la reconnaissance des petites nations, entre autres.Ces questions sont au cœur de l\u2019évolution du Québec, société distincte et nation particulière plongée depuis toujours dans les mouvements continentaux avec le souci constant de préserver sa différence.Sur le plan intérieur, l\u2019année fut à peine moins mouvementée avec la vague des fusions municipales qui marque une étape historique dans l\u2019aménagement administratif du territoire québécois.Les villes de Montréal et de Québec voient ainsi leur taille considérablement augmentée, tandis que des villes de 150 000 habitants et plus naissent dans quatre régions.Enfin, la vie politique, qui au Québec ne saurait se dérouler sans sa part de drames et de coups de théâtre, aura sans doute laisse une marque pour les futurs manuels d\u2019histoire avec la démission surprise du premier ministre Lucien Bouchard.L\u2019arrivée au pouvoir de Bernard Landry et le départ prévisible du premier ministre canadien, Jean Chrétien, ouvrent une nouvelle ère politique.L\u2019annuaire du Québec, qui en est à sa septième édition, ofFre sur cette conjoncture politique un ensemble de textes qui répondent au besoin d\u2019approfondissement de ceux qui veulent comprendre l\u2019évolution de la société québécoise.Les enjeux de la mondialisation font ainsi l\u2019objet d\u2019analyses fouillées sur le plan de la philosophie politique, de la vie culturelle, des échanges économiques et des institutions financières.Les fusions municipales sont expliquées tant dans leur dimension nationale qu\u2019au niveau des enjeux locaux dans chacune des régions concernées.C'est aussi l\u2019ensemble de la vie politique qui est passée en revue dans une douzaine de textes : vie des partis, action législative du gouvernement, état de l\u2019opinion publique.Au-delà des questions d\u2019actualité, l\u2019annuaire du Québec poursuit dans chacune de ses parutions l\u2019examen détaillé des tendances de fond de la société québécoise.Le sociologue Simon Langlois, de l\u2019Université Laval, offre pour une sixième année de suite les tableaux, graphiques et commentaires qui permettent de suivre et de comprendre la situation démographique, l\u2019état de la famille, les modes de vie, les aspects démolinguistiques ainsi que les questions relatives à l\u2019immigration, à la diversité culturelle, à l\u2019emploi, aux revenus et inégalités, à la consommation, à la santé ainsi qu\u2019a l'éducation.Cet «état du Québec» est complété par des textes d\u2019experts qui viennent approfondir différents aspects de ce bilan social. Le professeur Langlois attire particulièrement l\u2019attention sur le défi démographique qui se pose dès maintenant à la société québécoise : la population vieillit et le poids relatif du Québec dans l\u2019ensemble canadien diminue chaque année.Déjà les effets de la dénatalité se font sentir dans les institutions d\u2019enseignement.Enfin, cette édition de l\u2019annuaire ajoute au panorama régional qui avait fait son apparition l\u2019année dernière.Dix-huit textes et 23 cartes couvrent l\u2019ensemble des réalités régionales, du futur territoire nordique du Nunavik aux questions de transport dans l\u2019île de Montréal en passant par la reconversion économique de la Mauricie.En parcourant les 700 pages de cet annuaire, le lecteur trouvera, comme chaque année, la revue de la situation économique et de la vie culturelle et ne manquera pas de noter l'apparition de chroniques sur les études québécoises.La vocation de cet annuaire étant de dresser le portrait le plus actuel et le plus complet possible de la société québécoise, la collaboration des centres d\u2019études à son contenu se révèle très utile.Ces centres présentent l\u2019avantage de regrouper des experts de différentes disciplines et d\u2019aborder l\u2019étude de la société sous des angles multiples.C\u2019est le cas des centres d\u2019études québécoises et canadiennes situés dans des universités étrangères.Ces centres regroupent de nombreux «québécistes» qui portent sur le Québec un regard souvent inattendu.L\u2019annuaire leur ouvre désormais ses pages.Il n\u2019existe pas d\u2019ouvrage sur le Québec comparable à cet annuaire des Éditions Fides.Par la richesse de son contenu et la qualité de ses collaborateurs, il offre sur la société québécoise une vision étendue, des bilans chiffrés, des analyses qui vont au-delà des revues rapides d\u2019actualité.Il constitue un instrument unique pour quiconque veut approfondir sa connaissance du Québec contemporain.Roch Côté Directeur de la publication Mutations sociales et enjeux de société LE QUÉBEC ET LES ENJEUX DE LA MONDIALISATION >\tLa nation et le nationalisme en profonde mutation >\tLe libre-échange continental est-il une menace ?>\tCanada, Québec, même combat: protéger la diversité culturelle LA POLITIQUE CANADIENNE >\tL'indifférence à la différence LE SYSTÈME DES PARTIS >\tPermanence et sclérose du bipartisme LA QUESTION LINGUISTIQUE À MONTRÉAL >\tImmigration et intégration : une crise qui n'a pas eu lieu LE DÉBAT SUR LES FUSIONS MUNICIPALES >\tLa longue et tortueuse évolution de l'aménagement du territoire LA RÉORGANISATION DES SERVICES DE POLICE >\tVers une police professionnelle de type communautaire LE JEU PATHOLOGIQUE >\tJeux de hasard et enjeux psychosociaux: la coresponsabilité de l'État LES ÉTUDES QUÉBÉCOISES >\tLe Programme d'études sur le Québec de l'Université McGill Le Québec en un coup d'oeil Population\t7 383 300 habitants (23,9% de la population canadienne) Superficie\t1 521 620 km2 (Canada: 9 975 000 km2) Densité 5 hab/ km2 Principales villes en 2001\tPrincipales villes en 2002 Montréal\t1 029 828 hab.\tMontréal\t1 800 000 hab.Laval\t349 910\tQuébec\t508 000 Québec\t169 125\tLongueuil\t400 000 Longueuil\t131 017\tLaval\t350 000 Gatineau\t103 365\tGatineau\t217 000 \tPrincipales langues d'usage\t\t \tFrançais\t81,9%\t \tAnglais\t10,1%\t \tEspérance de vie\t\t \tFemmes\t81,3 ans\t \tHommes\t75,3 ans\t \tScolarisation de la population\t\t \tUniversitaire\t20,2%\t \tPostsecondaire\t22,3%\t \tSecondaire\t39,4%\t \tPrimaire\t18,1%\t \t\t\t \t\t\t \t\t\t \t\t\t \t\t\t \t\t\t \t\t\t \t\t\t \t\t\t \t\t\t \t\t\t \t\t\t \t\t\t \t\t\t \t\t\t \t\t\t \t\t\t \t\t\t Mutations sociales et enjeux de société Le Québec et les enjeux de la mondialisation La nation et le nationalisme en profonde mutation Jocelyn Maclure Université de Southampton La majorité des observateurs reconnaissent que le nationalisme, comme mouvement politique à plusieurs voix, a largement contribué à la transformation de la société québécoise depuis la Révolution tranquille.Un mouvement nationaliste, qui inclut évidemment les défenseurs du projet de souveraineté du Québec sans pour autant s\u2019y résumer, continue de nos jours de colorer le paysage politique du Québec et d\u2019influer sur le cours de sa destinée.Or, la signification même de la nation et du nationalisme à l\u2019ère de la mondialisation est en profonde mutation.La conception traditionnelle de la nation et du nationalisme La naissance de la nation moderne est étroitement liée aux grandes révolutions qui marquèrent la fin du xvnic siècle.C\u2019est par exemple sous l\u2019influence de la Révolution française que les différents pays européens amorcèrent leur processus d\u2019unification et commencèrent à se constituer en État-nations.Ce processus connut son paroxysme aux lendemains de la Première Guerre mondiale qui consacra la fin des grands empires multinationaux et la naissance de petites nations souveraines.Le processus de construction de la nation moderne, tel que l\u2019exemplifie le cas de la France, s\u2019est fondé sur la volonté d\u2019homogénéisation des populations \u2014 des populations traversées par des différences de langue, d\u2019ethnicité, de classe, de religion, etc.\u2014 se trouvant sur un territoire donné.C\u2019est ainsi que des Bretons, des Basques, des Occitans, mais aussi des immigrants, des agriculteurs, des commerçants, des aristocrates, des catholiques et des protestants furent transformés, dans l\u2019élan de la Révolution française, en Français.C\u2019est pourquoi la nation est depuis associée à l\u2019uniformisation de populations sociologiquement différenciées.La nationalité serait donc une identité s\u2019érigeant à même la transcendance et l\u2019amalgame des différents particularismes qui s\u2019animent au sein de frontières qui marquent la limite entre le soi et l\u2019autre.Dans son acception conventionnelle, le nationalisme désigne quant à lui le mouvement politique qui vise à unir la nation et l\u2019État.La prémisse fondamentale du nationalisme du xixc siècle et d\u2019une partie du xxe siècle tient à l\u2019idée qu\u2019une nation normale et mature doive nécessairement chercher à être souveraine sur son territoire, c\u2019est-à-dire à se constituer en État-nation.Cette prémisse, bien que remise en cause par certains souverainistes aujourd\u2019hui, constitue d\u2019ailleurs, depuis les années igôo, l\u2019un des principaux arguments du discours indépendantiste québécois.Ces deux fondements de la nation et du nationalisme sont aujourd'hui ébranlés par les mutations sociales, politiques et culturelles inhérentes au processus de mondialisation.La nation et le nationalisme en profonde mutation le Québec et les enjeux de la mondialisation 6 Mutations sociales et enjeux de société Le nationalisme et l'érosion de la souveraineté nationale En ce début de siècle et de millénaire, la notion de « souveraineté » semble prendre un nouveau sens.Naguère du ressort exclusif de l\u2019État-nation, la souveraineté se divise et se partage de plus en plus entre des instances infranationales, nationales et supranationales.La globalisation et la financiarisation de l\u2019économie, l\u2019incessante révolution techno-scientifique, la mondialisation des problèmes environnementaux et sociaux et le brassage des populations causé par l\u2019intensification de la migration internationale ont largement contribué à l\u2019érosion du pouvoir souverain des État-nations.Le temps où l\u2019ordre international était régulé exclusivement par l\u2019interaction entre État-nations souverains est révolu.Des organismes supranationaux comme l\u2019OMC et la Banque mondiale, des instances d\u2019intégration économique (ALENA, ZLEA) ou économico-politique (l\u2019Union Européenne), une panoplie d\u2019organismes non gouvernementaux et de nouveaux mouvements sociaux, et même de petites nations sans État (les peuples autochtones par exemple) contestent le monopole des États-nations et participent au processus en cours de reconfiguration et de redistribution de la souveraineté.Bien sûr, comme le rappellent les sociologues Gilles Bourque et Iules Duchastel, ce sont les États-nations eux mêmes qui acceptent souvent de déléguer une partie de leur pouvoir à des instances supranationales.Il n\u2019en demeure pas moins que c\u2019est pour relever des défis qui dépassent leur champ d\u2019influence et qui nécessitent des interventions multilatérales que les États-nations participent à cette reconfiguration de la souveraineté.La reconnaissance des petites nations.Ce passage d\u2019une souveraineté une et indivisible vers des régimes de souveraineté partagée a sensiblement changé la substance des luttes autonomistes menées par des nations minoritaires comme le Québec, La Flandre, la Catalogne et l\u2019Écosse.L\u2019enjeu principal pour ces nations n\u2019est plus la création d\u2019États souverains, mais plutôt de raffermir leur emprise politique sur les pouvoirs et compétences qui ont un effet direct sur leur dynamisme politique, culturel et économique.Le droit à l\u2019autodétermination, auquel restent farouchement attachées les nations minoritaires, ne se résume plus, comme à l\u2019époque de la décolonisation, à la création d\u2019États indépendants.On assiste en quelque sorte à une multiplication des formes politiques de l\u2019autodétermination.Comme le résume Michael Keating, spécialiste de la politique comparée, « un examen des demandes des mouvements nationalistes minoritaires en Europe ainsi qu\u2019au Québec démontre que dans la plus part des cas, ceux-ci sont parfaitement conscients des limites de l\u2019indépendance nationale des petites nations et réclament autre chose que l\u2019État-nation traditionnel.L\u2019opinion publique chez les nations minoritaires ne semblent pas fortement attachée à une forme particulière d\u2019État et paraît ouverte à de nouvelles solutions.De plus, la plupart d\u2019entre elles se dirigent vers une conception post-souverainiste de la nation et de ses droits.L\u2019autodétermination, dans cette perspective, ne signifie pas la sécession, mais plutôt la capacité de négocier sa propre position dans le nouvel État et dans l\u2019ordre transnational, tout en demeurant soumis aux droits des autres et aux contraintes imposées par les réalités politiques ».Cela dit, Keating est bien conscient du fait que le nationalisme des nations majo- Mutations sociales et enjeux de société ritaires se transforme lui aussi à la lumière des mutations politiques contemporaines.Si des aménagements institutionnels et symboliques en Belgique et en Grande-Bretagne ont été apportés pour tenter d\u2019épancher un tant soit peu la soif d\u2019autonomie de la Flandre et de l\u2019Ecosse, Madrid et, surtout, Ottawa semblent plus réticents à l\u2019idée d\u2019accommoder les demandes autonomistes du Pays basque, de la Catalogne et du Québec.L\u2019adoption par la Chambre des communes du Canada de la loi sur la Clarté référendaire (C-20), qui ne laisse d'autre choix au Québec que le statu quo ou l\u2019indépendance politique complète, démontre sans ambiguïté la réticence manifestée par le Canada face à l\u2019idée d\u2019explorer de nouvelles formes de partage de la souveraineté susceptibles d\u2019accommoder le désir d\u2019auto-détermination du Québec.Souveraineté ou réforme constitutionnelle ?Cette absence de volonté de la part d\u2019Ottawa amène non seulement le premier ministre Bernard Landry et le ministre délégué aux Affaires intergouvemementales canadiennes, Joseph Facal, mais aussi l\u2019éditorialiste du Devoir Michel Venne à conclure que cette restructuration du pouvoir au Canada ne pourra précéder un référendum gagnant sur la souveraineté du Québec.Le Canada ne consentira selon eux à revoir le partage de la souveraineté que lorsque les Québécois auront majoritairement appuyé le projet de souveraineté du Québec.Si, avance Venne, « le Québec veut un jour faire partie d\u2019une union confédérale avec le Canada ou être membre de toute autre structure supranationale au sein du continent, il devra d\u2019abord devenir souverain ».D\u2019autres, comme le philosophe lames Tully, par exemple, soutiennent que le Québec peut s\u2019appuyer sur le Renvoi relatifà la sécession du Québec rendu par la Cour suprême en 1998 pour soumettre des amendements constitutionnels à ses partenaires canadiens.Contrairement à ce qui est stipulé dans loi C-20, les juges de la Cour suprême prétendent dans le Renvoi que le Canada aurait le « devoir corrélatif » de négocier toute proposition de changements constitutionnels présentée par le Québec dans la mesure ou cette proposition aurait été avalisée par une majorité « claire » de Québécois et qu'elle respecterait les quatre grands principes qui sous-tendent l\u2019ordre constitutionnel canadien: la règle de droit, la démocratie, le fédéralisme et le respect des minorités.Cette option, bien qu\u2019elle ne garantisse évidemment pas qu\u2019un accord émanerait des négociations, a l\u2019avantage d'épouser la volonté de la majorité des Québécois qui ne semblent pas avoir fait leur deuil d\u2019une éventuelle réforme du fédéralisme canadien.Peu importe l'option privilégiée, tous sont conscients que les formes politiques de la « souveraineté » et l\u2019« autodétermination » sont en mutation.Identité nationale et diversité On aime souvent définir la nation comme une collectivité, circonscrite à l\u2019intérieur de frontières clairement établies, partageant une culture, une langue, une mémoire et un projet commun pour l\u2019avenir.Cette définition de la nation présuppose toutefois un degré d\u2019homogénéité et de cohésion qui correspond mal avec les réalités plurielles et complexes sur lesquelles s\u2019édifient les nations.L\u2019élévation de la nationalité comme identité capable de transcender les différents particularismes ne parvient plus à dissimuler la dissonance et l\u2019ambivalence internes des nations.U nation et le nationalisme en profonde mutation Le Québec et les enjeux de la mondialisation 8 Mutations sociales et enjeux de société La mondialisation, qui prend la forme d\u2019une compression inégalée du temps et de l\u2019espace, favorise la multiplication des sphères d\u2019appartenance et d\u2019identification.C\u2019est ce que l\u2019on peut appeler la « pluralisation » des identités.Or la nation, dans sa compréhension conventionnelle, se présente comme une identité-synthèse, capable de subsumer et d\u2019intégrer les autres référents identitaires comme le genre, l\u2019identité sexuelle, l\u2019ethnicité, la classe, la foi, le militantisme, le positionnement générationnel, etc.La nationalité serait précisément ce qu\u2019auraient en partage des individus autrement séparés par leurs identités particulières.S\u2019il n\u2019est sans doute pas faux d\u2019avancer que l\u2019identité nationale jouit de caractéristiques qui lui sont propres, il est devenu de plus en plus difficile de soutenir a priori que ces prérogatives lui permettent de subsumer les autres sources d\u2019identité.La tension entre l\u2019unité et la diuersité.11 faut garder en mémoire que la nation, traditionnellement, s\u2019est avérée à la fois un lieu de solidarité et de suppression de la différence.Or c\u2019est cette capacité de suppression de la différence qui est aujourd\u2019hui combattue par ce que l\u2019on appelle la «politique de l\u2019identité», c\u2019est-à-dire les luttes politiques menées par des mouvements sociaux, des groupes ethniques et des nations minoritaires qui revendiquent la reconnaissance officielle de leur identité ainsi que certains droits collectifs.La nation, contrairement à ce qui a été avancé dans certains milieux, n\u2019est pas en train de se dissoudre dans un cosmopolitisme abstrait, mais se reconfigure et se repositionne en relation avec d\u2019autres formes d\u2019appartenance (régionale, transnationale et souvent non territoriale).La nation, même si elle s\u2019appuie en effet sur certains repères communs (dont l\u2019interprétation peut toutefois varier), doit donc également être conçue comme une communauté de conversation plurivoque et dissensuelle.La différence n\u2019est pas que ce qui est extérieur à l\u2019identité nationale ; elle lui est aussi intrinsèque.En d\u2019autres termes, la construction d\u2019une identité nationale se bute toujours à une diversité sociale et culturelle inextinguible.Au Québec, par exemple, la diversité ne se résume pas comme on le croit trop souvent à la distinction entre francophones, anglophones, autochtones et allophones.Au sein même de la majorité francophone, des différences de classes, de genre, d\u2019orientation sexuelle, d\u2019ethnicité et de génération font en sorte que le « nous » francophone est lui-même divisé.C\u2019est ce que des souverainistes de la première heure comme Jacques Parizeau et Yves Michaud, toujours prompts à ramener au devant de la scène l\u2019opposition entre le «nous» francophone et le «eux» allo-phone, tardent à prendre en considération.Cette tension entre unité et diversité marque d\u2019ailleurs la construction de n\u2019importe quelle communauté d\u2019action.Par exemple, le mouvement des femmes apprend lui aussi à composer avec sa diversité interne.Les Premières Nations, constituées d\u2019hommes, de femmes, de jeunes, d\u2019aînés, de riches, de pauvres, de personnes vivant dans les réserves et d\u2019autres vivant plutôt en milieu urbain n\u2019ont aussi d\u2019autres choix que d\u2019apprendre à formuler leurs revendications politiques sans tenir pour acquis que leurs membres partagent exactement les mêmes valeurs et les mêmes intérêts. Mutations sociales et enjeux de société g La volonté d\u2019autonomie comme/erment d'unité.La volonté de défendre et de promouvoir une idendté qui ferait consensus ne peut donc pas être le ciment de la conscience de soi commune que représente la nationalité.En toute proximité d\u2019esprit avec les arguments présentés dans la section sur l\u2019érosion de la souveraineté nationale, le désir d\u2019affirmation manifesté par les petites nations apparaît d\u2019abord comme démocratique avant d\u2019être identitaire.Il ne faut pas entendre par là que l\u2019identité n\u2019a pas d\u2019incidence politique; c\u2019est le contraire qui est vrai.L\u2019identité, comme on l\u2019a vu, est de plus en plus un vecteur de transformation démocratique.Toutefois, qu\u2019est-ce qui fait en sorte que le Québec et les peuples autochtones se constituent en mouvement politique et sont toujours en mesure de mettre de l\u2019avant des revendications politiques malgré l\u2019absence de consensus sur la substance de leur identité?La liberté démocratique, c\u2019est-à-dire la volonté et la capacité toujours renouvelées de délibérer sur les enjeux qui ont une incidence majeure sur leur devenir, caractérise et dynamise le nationalisme des petites nations.L\u2019identité d\u2019une nation se trouve perpétuellement en processus de transformation : les immigrants, les nouvelles générations, les marginaux et les marginalisés ainsi que les mutations au sein même de l\u2019identité de la majorité viennent constamment troubler l\u2019hégémonie de la narration identitaire dominante.Toutefois, la volonté de s\u2019autodéterminer dans le temps est ce qui résiste à ce processus permanent de reformulation identitaire.Le sentiment d\u2019appartenance à une nation est intensifié non pas en insistant sur une identité, définie de façon substantive, à laquelle tous devraient adhérer (cela ne fait que braquer davantage ceux qui con- çoivent cette identité différemment), mais plutôt en favorisant la participation et l\u2019interaction démocratiques entre des citoyens qui ne s\u2019entendent pas nécessairement sur le contenu de l\u2019identité commune et sur les règles de l\u2019association politique.C\u2019est lorsque des citoyens ont l\u2019impression de ne pas être entendus et, par le fait même, de ne pas pouvoir influencer le cours des choses \u2014 lorsque leur liberté démocratique est compromise \u2014 que les positions de retrait, de cabrage et de dénégation s\u2019affermissent.Le Québec comme laboratoire Les deux piliers sur lesquelles repose notre compréhension de la nation et du nationalisme sont ébranlés.D\u2019une part, dans un monde où la souveraineté est de plus en plus quelque chose qui se partage, le nationalisme n\u2019est plus le mouvement qui vise strictement à faire converger la nation et l\u2019État.De nouvelles formes d\u2019autodétermination sont de plus en plus imaginées afin d\u2019assouvir le besoin de reconnaissance et d\u2019autonomie politique exprimé par les petites nations tout en respectant les appartenances multiples des citoyens concernés.En fait, l\u2019option de l\u2019indépendance politique complète ne semble maintenue en vie, au Canada et en Europe de l\u2019Ouest, que par l\u2019intransigeance des nations majoritaires.D\u2019autre part, la nation ne peut plus être pensée comme un espace identitaire où s\u2019étiolent les différences.Loin de se désintégrer sous l\u2019impulsion de la mondialisation, la nation est plutôt en processus de recomposition.Un nouvel imaginaire national, fondé sur l\u2019inaltérable tension entre nationalité et diversité, semble en voie d\u2019émerger.Les nations, comme le Québec, qui ne sont pas des États-nations souverains au sens traditionnel du terme La nation et le nationalisme en profonde mutation Le Québec et les enjeux de la mondialisation 10 Mutations sociales et enjeux de société mais qui jouissent tout de même d\u2019une certaine autonomie politique, constituent des laboratoires où sont testées jour après jour ces nouvelles formes symboliques et politiques du nationalisme à l\u2019heure de la mondialisation.\u2022 Références Bourque, Gilles et Duchastel, Jules, « La souveraineté n\u2019est plus le monopole de l\u2019État-nation », « Souveraineté partagée et union confédérale », « L\u2019union confédérale n\u2019est pas une réforme du fédéralisme », Le Devoir, 27-28-29 mai 2001.Dieckhoff, Alain, La nation dans tous ses états.Les identités nationales en mouvement, Paris, Flammarion, 2000.Facal, Joseph, « La souveraineté avant l\u2019union confédérale», Le Devoir, 9 juin 2001.Gagnon, Alain-G., « Le Québec, une nation inscrite dans une démocratie étriquée», dans Des repères en mutation.Diversité et citoyenneté dans le Québec contemporain, sous la dir.de Jocelyn Maclure et Alain-G.Gagnon, Montréal, Québec Amérique, 2001.Keating, Michael, «Par-delà la souveraineté.La démocratie plurinationale dans un monde post-souverain », dans Des repères en mutation.Diversité et citoyenneté dans le Québec contemporain, (voir Gagnon ci-dessus).Maclure, Jocelyn, Récits identitaires.Le Québec à l'épreuve du pluralisme, Montréal, Québec Amérique, 2000.Tully, James, «Liberté et dévoilement dans les sociétés multinationales», Globe, volume 2, numéro 2, 1999.Venne, Michel, « Les pièges de l\u2019union confédérale », Le Devoir, 2 juin 2001.Le libre-échange continental est-il une menace?Germain Belzile Économiste, École des hautes études commerciales Les négociations sur la Zone de libre échange des Amériques (ZLEA) visent la création, d\u2019ici 2005, d\u2019une zone de libre-échange hémisphérique, comprenant les 34 pays démocratiques des Amériques et des Caraïbes (Cuba étant exclu, tout comme une clause de l'accord du Mercosur précise que les pays membres doivent se conformer à certains principes démocratiques).À l\u2019occasion du premier Sommet des Amériques, qui a eu lieu à Miami en décembre 1994, les pays concernés se sont entendus sur des objectifs communs et ont commencé à préparer le terrain.Lors du deuxième Sommet, qui s\u2019est tenu à Santiago (Chili) en avril 1998, les gouvernements ont lancé des négociations officielles sur la ZLEA.Neuf groupes de négociation ont alors obtenu le mandat de rédiger les textes d\u2019un éventuel accord.Ces groupes sont soutenus par les trois grandes organisations économiques et politiques régionales : l\u2019Organisation des États américains (OEA), la Banque interaméricaine de développement (BID) et la Commission économique des Nations Mutations sociales et enjeux de société n Tableau 1 Rencontres récentes des ministres du commerce\tdes gouvernements des Amériques \t 1995\tDenver (Colorado) 1996\tCarthagène (Colombie) 1997\tBelo Horizonte (Brésil) 1998\tSan José (Costa Rica) 1999\tToronto (Canada) 2001\tBuenos Aires (Argentine) unies pour l\u2019Amérique latine et les Caraïbes (CEPALC).Les textes ont été examinés par les chefs d\u2019État des 34 pays, lors du Sommet des Amériques, qui a eu lieu du 20 au 22 avril 2001, à Québec.Parallèlement à ces sommets fortement médiatisés, les ministres du commerce se rencontrent régulièrement (tableau 1).Selon le gouvernement fédéral, « l\u2019objet de ces pourparlers est de créer la zone franche la plus vaste au monde, un marché unique qui comprend aujourd\u2019hui 800 millions d\u2019habitants et affiche un PIB global de plus de 10 000 milliards de dollars américains ».En d\u2019autres mots, on veut réduire les obstacles à la libre circulation des biens et services entre les pays, augmenter le commerce, et multiplier les investissements entre les partenaires.L\u2019Accord devrait permettre, à terme, de supprimer une bonne partie des tarifs douaniers et de réduire les barrières non tarifaires.Il comprendra aussi, sans doute, des dispositions sur la conduite des affaires dans la zone de libre-échange, notamment des règles portant sur les investissements, la propriété intellectuelle, les politiques de concurrence, les mouvements transfrontaliers, les achats gouvernementaux et un mécanisme de règlement des litiges.Le Canada est déjà partie prenante de multiples accords de ce type: avec le Mexique et les États-Unis (ALENA), le Chili (ALECC), Israël (ALECI).En outre, le Canada est membre de l\u2019OMC (Organisation mondiale du commerce).L\u2019OMC est le fondement institutionnel du système de commerce international.Les pays membres de l\u2019OMC acceptent de suivre un certain nombre de règles, déterminant la conception et l\u2019application de leurs lois et règlements, en matière de commerce international.L\u2019OMC est également la tribune sur laquelle les relations commerciales entre les pays évoluent par la discussion et la négociation.L\u2019Organisation mondiale du commerce a été créée le ier janvier 1995 et a succédé au GATT (Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce).Le mouvement de contestation contre la mondialisation « On attribue souvent à la mondialisation des échanges une bonne partie des maux économiques et sociaux qui frappent nos sociétés.La concurrence entre pays développés est perçue comme une lutte sans merci où les moins dynamiques risquent définitivement d\u2019être éliminés de la course.La désindustrialisation du Nord est attribuée à la concurrence irrésistible du Sud.Au nom de la compétitivité de l\u2019économie nationale, on prône les recettes économiques les plus contradictoires.» (Paul Krufjman, 1998) Plusieurs sommets ont été perturbés, à travers le monde, par des opposants à la libéralisation des échanges, dont Seattle en 1999 (OMC), Marseille (Zone de libre-échange méditerranéenne) en 2000, Gôteborg en 2001 (UE) et Gênes en 2002 (G8).Québec n\u2019a pas fait exception.Pourquoi?La libéralisation des échanges Les enjeux économiques Le Québec et les enjeux de la mondialisation 12 Mutations sociales et enjeux de société suscite des craintes nombreuses.Même le pape croit que la mondialisation est une menace au bien-être des travailleurs (Saint-Louis, Missouri, janvier 1999).Aux États-Unis en 1992, le candidat indépendant aux élections présidentielles, Ross Perot, parlait du « great sucking sound » (le grand bruit de succion) des emplois disparaissant du Texas et de la Californie, attirés par les salaires faibles au sud de leur frontière.En même temps, les pays moins développés se plaignent de ne pas être capables de concurrencer les pays riches, plus productifs et possédant une technologie plus avancée.Qu\u2019en est-il?Les effets au Canada et au Québec des accords passés L\u2019ALE (Accord de libre-échange) existe depuis suffisamment longtemps (1989) pour qu\u2019on puisse vérifier ses effets sur l\u2019emploi.Deux études majeures ont été produites à ce sujet au Canada : Schwanen (1997) et Treffler (1999).Il est difficile d\u2019isoler les effets des accords de libéralisation de ceux provenant d\u2019autres causes (du changement technologique, des compressions budgétaires des gouvernements \u2014 1994 à 1999 \u2014, de la poliüque monétaire, des variations des taux de change, de la récession de 1991, de la crise mexicaine de 1994, de la crise asiatique de 1997, etc.).En gros, les études ne permettent pas de croire que les secteurs plus protégés avant l\u2019accord se soient dégradés plus que les autres.Il y a certainement eu des pertes d'emplois, mais qui semblent avoir été compensées par les gains provenant de l\u2019expansion des exportations.Notons qu\u2019il y avait, en 2000, 14 909 000 emplois au Canada et 3 437 000 au Québec, contre 12 986 000 et 3 123 000 en 1989, l\u2019année de la signature de l\u2019ALE.Il s\u2019est donc créé 1,9 millions d\u2019emplois au Canada et 314 000 au Québec depuis l\u2019entrée en vigueur de l\u2019accord de libre-échange avec les États-Unis.Cette création d\u2019emplois a permis de faire baisser le taux de chômage de 7,5 % à 6,8% au Canada et de 9,6% à 8,4% au Québec.Dans l\u2019ensemble, on doit cependant reconnaître qu\u2019on ne sait pas si l\u2019ALE a entraîné une hausse ou une baisse de l\u2019emploi total.En outre, si les accords avaient mené à une baisse de la croissance économique (et à une augmentation marquée du taux de chômage), la Banque du Canada aurait stimulé l\u2019économie et compensé cet effet.À l\u2019inverse, la banque centrale d\u2019un pays qui verrait son emploi augmenter plus rapidement que ses capacités de production, resserrerait sa politique monétaire pour ralentir la croissance.Les effets de la libéralisation des échanges portent beaucoup plus sur la spécialisation et les variations relatives de l\u2019importance des secteurs économiques.Ces effets sont difficiles à isoler des changements technologiques.Que peut-on attendre de la ZLEA pour le Québec?Globalement, la ZLEA devrait avoir des effets très faibles sur l\u2019économie québécoise.Les exportations internationales du Québec (excluant le commerce interprovincial) représentaient 57,3 G$ en 1998, soit 29,7% d\u2019un PIB de 193,2 G $.Sur ces 57,3 G $ d\u2019exportations, 47,8 G$ étaient destinées aux États-Unis (soit 83,4%), 5,4 G$ à l\u2019Europe occidentale (9,4%) et 1,7 G $ à l\u2019Asie (3%).Pour cette même année, le Mexique, l\u2019Amérique Centrale, les Antilles et l\u2019Amérique du Sud n\u2019achetaient que pour 1,1 G$ de biens et services québécois, soit 1,9% de nos exportations et moins de 1 % de notre PIB.Nos deux plus Mutations sociales et enjeu* de société 13 importants partenaires dans la ZLEA, à part les États-Unis, sont le Brésil (255,8 M $) et le Mexique (135,7 M $)\u2022 Un élément important que le Québec aimerait trouver, dans un accord éventuel, serait un mécanisme efficace de règlement des désaccords commerciaux.L\u2019absence d\u2019un tel mécanisme efficace, dans l\u2019ALENA, permet au gouvernement américain d\u2019imposer des droits compensatoires sur le bois d\u2019œuvre canadien [voir article p.561].Le conflit Bombardier/Embraer mène présentement à un gaspillage des fonds publics, par des subventions aux exportations, autant ici qu\u2019au Brésil.Les seuls gagnants de cette chicane sont les étrangers, que nous subventionnons généreusement.Un mécanisme plus contraignant aurait l\u2019avantage de protéger le Québec contre l\u2019arbitraire des décisions « des plus gros que nous ».Il serait cependant utopique de penser que les Américains, avec les trois quarts du PIB de l\u2019hémisphère, acceptent un mécanisme de règlement des litiges qui enlève beaucoup de pouvoir au Congrès.La Zone de libre-échange des Amériques permettra peut-être, à court terme, de diversifier quelque peu nos échanges commerciaux.Elle aidera surtout nos partenaires latins à développer leurs économies.À Québec, les dirigeants des 31 pays des Amériques non encore membres d\u2019un accord de libre-échange avec les pays d\u2019Amérique du Nord ne s\u2019y sont pas trompés.Ils savent qu\u2019ils ont besoin de l\u2019accès aux marchés des biens et services et des capitaux des pays développés du Nord.S\u2019ils se montrent intéressés, ce n\u2019est pas que les agents du capitalisme international les y forcent.C\u2019est tout simplement que l\u2019alternative à l\u2019ouverture internationale est maintenant complètement discréditée.Que pensent les économistes de la libéralisation des échanges ?« Le commerce international n\u2019est pas un jeu à somme nulle et les échanges bénéficient le plus souvent à tous les partenaires.Les nations ne sont pas des entreprises en concurrence sur le marché mondial et un excédent commercial peut être un signe de faiblesse, comme un déficit peut être un signe de force.La concurrence du tiers monde est sans effet sur le niveau moyen de l\u2019emploi et des salaires.Les taux d\u2019intérêt jouent un rôle beaucoup plus important, et le changement technologique est une des causes principales des évolutions qui nous préoccupent.» (Paul Krugman, 1998).Il n\u2019y a pas de débat entre les économistes sérieux sur les mérites de la libéralisation des échanges.Les discussions ne portent pas sur la pertinence d'encourager ou de freiner le processus de globalisation des économies.Elles portent plutôt sur les moyens de l\u2019aménager dans le respect des cultures et des sociétés [voir article suivant].Un examen complet permet de comprendre que les avantages économiques l\u2019emportent aisément sur les inconvénients.Les avantages relatifs.Sur quoi se basent les économistes pour comprendre les avantages des échanges ?Tout simplement un vieux principe, celui des avantages relatifs (ou comparatifs).Dans un livre publié en 1817, David Ricardo, un économiste anglais, proposait cette idée qui allait à l\u2019encontre de la pensée économique de l\u2019époque.Tout le monde consomme des biens et services produits par d\u2019autres.Il ne viendrait à l\u2019esprit de personne de décider de vivre en autarcie complète et de produire tout ce dont il a besoin.Le « retour à la les enjeux économiques Le Québec et les enjeux de la mondialisation 14 Mutations sociales et enjeux de société terre» des armées 1970 est loin d\u2019être un phénomène de masse.La raison en est simple : la quantité de ce qu'une personne pourrait produire, en produisant un peu de tout, est si faible, qu\u2019elle se retrouverait dans la pauvreté et le dénuement le plus extrême.Il est bien préférable de se spécialiser et de ne produire qu\u2019un type de bien ou service.On peut ensuite se procurer, par les échanges, tout ce dont on a besoin.C\u2019est ainsi qu\u2019une comptable achète à des producteurs agricoles, contre la valeur de sa production, des légumes et des fruits.Ce principe tient autant pour une personne que pour une famille, une région ou un pays.On pourrait produire des bananes (en serre, on l\u2019imagine aisément) au Québec.Cette production nécessiterait cependant énormément de ressources, qu\u2019on ne pourrait allouer à une autre production.Il y a un coût associé à la production de ces bananes (ou n\u2019importe quel autre bien), appelé le coût d\u2019opportunité : il est nécessaire de renoncer à quelque chose, si l\u2019on décide de produire un bien.Produire des bananes veut dire produire moins d\u2019autre chose.Si l\u2019on décidait de produire nos propres bananes, les producteurs en serres deviendraient les plus importants clients d\u2019Hydro-Québec.Nos importations de bananes diminueraient, mais notre production et nos exportations d\u2019aluminium diminueraient aussi.Tout comme une personne renonce à produire ses légumes, parce qu\u2019elle préfère se concentrer sur une activité pour laquelle elle possède un avantage, un pays a avantage à laisser à un autre certaines productions, quitte à se spécialiser dans d\u2019autres.Les échanges sont donc nécessaires dès qu\u2019il y a spécialisation, afin de se procurer le « panier» de biens que l\u2019on désire consommer.Bien/ait des importations.Lorsqu\u2019un échange se produit, fait-il un gagnant et un perdant?Un échange librement consenti ne peut, logiquement, produire que des gagnants.Des gamins échangeant des cartes de Pokémon ne le feront que s\u2019ils sont tous deux d\u2019accord.L\u2019un des deux n\u2019acceptera pas un échange qui le laisserait moins bien qu\u2019avant.Un échange n\u2019est pas un jeu à somme nulle: il augmente nécessairement le bien-être des deux parties.Pourtant, dans la sagesse populaire, les exportations sont bonnes et les importations, mauvaises.Que penserait-on de quelqu'un qui échange son vélo (ou l\u2019exporte) et qui n\u2019obtient rien d\u2019autre en retour?Qui est le perdant dans cet échange?La raison pour laquelle on exporte des biens réside dans la possibilité subséquente d\u2019en importer d\u2019autres.Exporter est donc une bonne chose, mais importer l\u2019est tout autant.À cet égard, il est bon de noter qu\u2019un pays qui exporte systématiquement plus qu\u2019il n\u2019importe, produit plus que ce qu\u2019il consomme.Les consommateurs ne sont certainement pas favorisés par cette situation.La lutte célèbre de José Bové et compagnie peut ainsi être mise dans une juste perspective.Le saccage du restaurant McDonald\u2019s, pour lequel il a été condamné en France, était une rétorsion contre les mesures protectionnistes américaines, qui nuisaient aux exportations françaises de Roquefort (Boue et Dufour, 2000).Vive les exportations et à bas les importations ! Le processus de remplacement de la production locale par des importations et, conséquemment, la spécialisation accrue qui en découle, ne font cependant pas que des gagnants dans l\u2019économie.Les travailleurs des industries en décroissance, fabriquant des biens de plus en plus Mutations sociales et enjeux de société 15 importes, peuvent se retrouver en chômage.À l\u2019inverse, les travailleurs et les producteurs des industries exportatrices font des gains.La valeur de la production totale étant plus élevée, les gains des gagnants sont cependant plus élevés que les pertes des perdants.Le protectionnisme, en réduisant les échanges, diminue donc le bien-être moyen.Le pouvoir des petits groupes.Malgré cela, les demandes de protection contre les importations sont monnaie courante et souvent appliquées par les gouvernements.La théorie des choix publics permet de comprendre pourquoi : les gains découlant des importations sont en général diffusés dans toute la population et les pertes, concentrées parmi un petit groupe de producteurs.Par exemple, une augmentation des importations de t-shirts pourrait faire gagner 5 $ par consommateur (soit 35 M $ pour l\u2019ensemble du Québec) et faire perdre 1 M $ par producteur (pour un total de 20 M$).Les producteurs seront alors véhéments dans leurs demandes de mesures protectionnistes, alors que les consommateurs risquent plutôt d\u2019être indifférents.C\u2019est ainsi qu'une mesure mauvaise pourra être appliquée.À titre d\u2019exemple concret, l\u2019entente sur le bois d\u2019œuvre, imposée par le gouvernement américain sur les importations de bois canadien, restreint le commerce.Selon une étude récente, cette mesure protectionniste fait augmenter le prix du bois, aux USA, de 50 $ à 80 $US du mille pieds.Le coût de construction d\u2019une maison augmente ainsi de 800 $ à 1300 $, et en réduit la quantité demandée.À chaque augmentation du prix moyen des maisons de 1000 S, 300 000 ménages sont exclus de ce marché, surtout des ménages à plus faibles revenus.Les consommateurs améri- cains sont donc les grands perdants de cette mesure protectionniste américaine (Lindsey, B., M.A.Grommbridye et P.Loun gani, 2000).Les bienfaits du libre-échange ne s\u2019arrêtent pas là.L\u2019intensification des échanges commerciaux augmente aussi les choix des biens et services offerts aux consommateurs, réduit les prix et améliore la qualité en raison de la concurrence accrue, permet une diffusion accrue des nouvelles technologies et hausse le niveau de vie.De façon générale, la mondialisation est bonne, car elle encourage le « moteur capitaliste ».Croissance et niveaux de vie: l'expérience internationale Les échanges sont bons en principe.Ont-ils favorisé l\u2019augmentation du niveau de vie à l\u2019échelle internationale?Les pauvres deviennent-ils plus pauvres et les riches, plus riches?Pour répondre à ces questions, il convient de s\u2019entendre sur une mesure du niveau de vie.La mesure la plus communément utilisée par les économistes est le PIB réel par habitant.Le PNUD (Programme des Nations Unies pour le développement) a mis au point une mesure plus large, appelée « indice de développement humain » (IDH).Cet indice augmente lorsque le PIB par habitant, l\u2019alphabétisation et l\u2019espérance de vie s\u2019améliorent.Même s\u2019il est controversé, car il accorde peu d\u2019importance à la croissance du PIB par habitant, à mesure que ce PIB devient élevé, il est très clair que la croissance augmente le bien-être et réduit la pauvreté.Un PIB par habitant faible correspond en général à un fort niveau d\u2019analphabétisme et à une espérance de vie courte.Notons que l\u2019IDH a augmenté à peu près partout sur la planète depuis 100 ans, en raison de Les enjeux économiques Le Québec et les enjeux de la mondialisation 16 Mutations sociales et enjeux de société Tableau 2 PIB par habitant et indice de développement humain \t\t\t\t Chine\t537\t1 858\t0,159\t0,650 Hong Kong\t2 499\t17 434\t0,498\t0,909 Mozambique\t1 001\t859\t0,112\t0,281 Turquie\t1 299\t4 254\t0,289\t0,782 Afrique du Sud\t2 251\t3719\t0,385\t0,717 Argentine\t4 987\t8 271*\t0,758\t0,888 Inde\t597\t1 643*\t0,160\t0,451 Corée du Sud\t876\t8 977\t0,380\t0,894 Japon\t1 873\t19 582*\t0,607\t0,940 États-Unis\t9617\t23 719*\t0,866\t0,943 Canada\t7 047\t19 109*\t0,842\t0,960 Mexique\t2 085\t4 979*\t0,418\t0,855 Source : Crafts, 2000 \u2018 : PIB/h de 1996 l\u2019amélioration des conditions sanitaires et des progrès de la médecine.Les plus fortes progressions de cet indice se retrouvent là où le PIB par habitant a le plus augmenté (Crafts, 2000).On peut résumer ainsi les principaux bienfaits de la croissance du PIB par habitant à long terme : \u2022\tLe monde a connu une forte croissance économique moyenne des PIB par habitant depuis 100 ans.Cette croissance est beaucoup plus forte que celle qu\u2019on a observée au cours des siècles précédents.Avant la Révolution industrielle, les taux étaient inférieurs à 0,2% par année, partout dans le monde.\u2022\tII y a une grande diversité dans les taux de croissance : certains pays décollent, mais d\u2019autres pas.\u2022\tLes taux de croissance les plus rapides sont ceux de pays peu développés, qui rattrapent les pays industrialisés.Pour un grand nombre de pays, la crois- sance permet la convergence des niveaux de vie par rapport aux pays les plus riches.C\u2019est ce qui s\u2019est produit à l\u2019intérieur de l\u2019Europe de l\u2019Ouest, où les pays du sud et l\u2019Irlande sont en voie de rattraper ceux du nord, dans le Sud-Est asiatique (Japon, Corée du Sud, Taïwan).La même chose s\u2019est produite entre l\u2019Europe de l\u2019Ouest et l\u2019Amérique du Nord.\u2022 Les taux de croissance les plus faibles des PIB par habitant sont aussi observés dans les pays moins développés.Ainsi, plusieurs pays s\u2019appauvrissent par rapport aux plus riches.Des différences soutenues dans les taux de croissance pendant 20 ou 30 ans vont produire des effets spectaculaires.Pendant la période 1960-1997, les taux de croissance du PIB réel par habitant de l\u2019Argentine et du Venezuela furent respectivement 1% et 0.1%.Les taux de croissance furent de 4,7% et 6% au Japon et à Hong-Kong (tableau 4).II est intéressant Mutations sociales et enjeux de société 17 Tableau 3 Taux de croissance du PIB réel par habitant pour trois groupes de pays: des pays à forte croissance, des pays industrialisés et des pays à faible croissance \t Chine\t8,2 Corée du Sud\t6,4 Taiwan\t5,4 Singapour\t5,4 Thaïlande\t4,9 Irlande\t4,3 Hong Kong\t4,2 Japon\t2,3 Royaume-Uni\t1,9 Allemagne\t1,8 États-Unis\t1,8 Australie\t1,8 Italie\t1,7 France\t1,5 Pays-Bas\t1,5 Canada\t1,1\t Suisse\t0,7 Congo\t-5,3 Togo\t-4,1 Niger\t-3,9 Haiti\t-3,6 Nicaragua\t-3,0 Madagascar\t-3,0 Cameroun\t-2,8 Côte d\u2019ivoire\t-2,6 Zambie\t-2,3 Roumanie\t-2,2 Source : Banque mondiale.de noter comment les taux de croissance plus élevés dans les pays asiatiques ont modifié, en 30 ans, les niveaux de vie relatifs.Au Japon, en 1870, le niveau de vie (PIB par habitant) était approximativement celui du Bangladesh d\u2019aujourd\u2019hui.Tableau 4 PIB par habitant, 1960 et 1997 en dollars US de 1985 25 000 - ¦ 1997 Hong Kong Japon Vénézuela Argentine Source : Robert Summers and Alan Heston, Penn World Tables (Cambridge : National Bureau of Economie Research, 1994).En Chine, en 1990, le PIB par habitant s\u2019approchait de celui du Japon en 1950.En Corée du Sud, il se situait à 850 (SUS de 1999) en 1952 contre 10 000 ($US de 1999) en 1999.La croissance, en favorisant le développement, a permis la diminution de la pauvreté dans le monde depuis 50 ans.Selon les définitions de l'ONU, le nombre absolu de pauvres sur la planète a diminué de 30 à 50% entre 1970 et 2000.L\u2019analphabétisme des adultes a été réduit de près de la moitié (données publiées par l\u2019ONU).À long terme, les Mexicains, les Coréens et les autres sont hissés dans le groupe des pays à revenus élevés : nutrition adéquate, familles moins nombreuses, éducation améliorée, augmentation de l\u2019espérance de vie.Ce chemin a été suivi auparavant par le Canada, le Japon, etc.Il y a cependant des exceptions, surtout en Afrique, largement laissée en dehors du processus de croissance.Les enjeux économiques Le Québec et les enjeux de la mondialisation 18 Mutations sociales et enjeux de société Tableau 5 PIB par habitant ($ US de 1990) \t\t\t\t France\t1 858\t3 452\t5 221\t18 207 Espagne\t1 376\t2 255\t2 397\t13 132 Canada\t1 620\t4213\t7 047\t19 109 États-Unis\t2 468\t5 330\t9617\t23 719 Argentine\t1 311\t3 797\t4 987\t8 271 Mexique\t710\t1 467\t2 085\t4 979 Inde\t558\t663\t597\t1 643 Japon\t741\t1 334\t1 873\t19 582 Source : Crafts (2000), pages 6 à 9.La croissance est-elle synonyme d\u2019inégalité?Il est extrêmement difficile de mesurer correctement les écarts de revenus entre les gens partout sur la terre.Par exemple, la forte croissance en Chine rapproche le PIB par habitant moyen des Chinois de celui des pays avancés.Les inégalités augmentent cependant en Chine même.Y a-t-il alors augmentation ou diminution des écarts sur la planète?Les études actuelles ne permettent pas de se prononcer de façon certaine, mais on peut croire qu\u2019il y a eu augmentation des écarts jusqu\u2019en 1990.Il semble cependant y avoir diminution des inégalités depuis une dizaine d\u2019années.Mais un fait est indéniable: en 1870, les États-Unis avaient un revenu par habitant environ 9 fois plus élevé que celui des pays les plus pauvres.Ce rapport est maintenant de 45.En 1870, les 17 pays les plus riches avaient un PIB par habitant 2,4 fois plus élevé que celui des autres pays.Le ratio est maintenant de 4,5 (chiffres de la Banque mondiale).Cela est dû à la stagnation des pays les plus pauvres, pendant que les pays riches continuaient à croître.Les niveaux de vie et les échanges Les pays qui connaissent la croissance la plus forte sont donc des pays moins développés.Les pays qui réussissent le moins bien, et qui s\u2019appauvrissent, le sont aussi.Peut-on blâmer la mondialisation ?Dans les pays qui stagnent ou régressent, beaucoup de choses clochent en général.Les économistes comprennent maintenant assez bien le processus du développement économique.Il faut ici se rappeler que le niveau de vie dans un pays dépend de sa capacité à produire des biens et des services.Les pays qui décollent et réussissent à se rapprocher des pays développés, ont réalisé un certain nombre de conditions, parmi lesquelles on retrouve: la création d'institutions qui encadrent les marchés et les droits de propriété, la stabilité politique, l\u2019encouragement de l\u2019épargne et de l\u2019investissement (y compris l\u2019investissement étranger), le développement de l\u2019éducation, le contrôle de la croissance démographique et l\u2019augmentation de l\u2019ouverture économique au commerce.L\u2019ouverture au commerce est fortement corrélée avec la croissance, alors que la fermeture l\u2019est avec la stagnation Mutations sociales et enjeux de société 19 économique.Si l\u2019on examine le tableau 3, les pays à forte croissance sont ceux qui sont le mieux intégrés aux échanges internationaux.Leurs barrières tarifaires sont faibles et le commerce représente un fort pourcentage de leur PIB.Les pays à croissance faible ont en général un niveau de protection élevée des importations.Ils commercent peu avec l\u2019étranger.La libéralisation des échanges favorise la croissance.Des cycles.La mondialisation nous amène-t-elle dans des eaux inconnues?Les échanges deviennent-ils si importants que presque tout ce que nous consommons est importé?C\u2019est ce que la plupart des gens diraient sans doute.Historiquement, pour plusieurs pays, la proportion des exportations et des importations de biens sur le PIB est cependant à peu près celle qu\u2019on observait il y a 100 ans (tableau 6).Le protectionnisme et le commerce ont été soumis à des cycles : avant 1913, le commerce international représentait une part importante de l\u2019activité économique.Après 1930 et la dépression, le protectionnisme a aug- menté fortement, partout dans le monde (voir le tableau 7).La loi américaine Smoot-Hawley et les mesures de rétorsion des autres pays ont provoqué une chute du commerce, empirant le marasme économique.Le lien entre la hausse généralisée des tarifs et l\u2019intensification du ralentissement économique mondial des années 1930 est bien établi.Après 1945, les efforts de reconstruction de l\u2019Europe ont amené la création d\u2019organismes mondiaux de promotion des échanges.La naissance d\u2019un marché commun en l\u2019Europe de l\u2019ouest et le GATT, entre autres, ont permis une réduction des barrières au commerce depuis cette époque.Globalement, le commerce a augmenté plus que le PIB mondial depuis 30 ans, passant de 14 à 24% du PIB mondial.Il est devenu une source de croissance importante.Pourquoi les accords internationaux?Logiquement, si l\u2019on croit aux bénéfices du libre-échange, on est en faveur d\u2019une libéralisation unilatérale.Une réduction des barrières aux importations profite avant tout à ceux qui la font, bien plus qu\u2019à Tableau 6 Ratio des exportations de marchandises sur le PIB (en %) \t\t\t\t\t Australie\t15,7\t21,0\t13,0\t11,5\t13,4 Canada\t12,8\t17,0\t14,5\t18,0\t22,0 Danemark\t24,0\t30,7\t26,9\t23,3\t24,3 Allemagne\t15,9\t19,9\t14,5\t16,5\t24,0 France\t14,2\t15,5\t9,9\t11,9\t17,1 Japon\t5,1\t12,5\t8,8\t8,3\t8,4 Royaume-Uni\t27,3\t29,8\t15,3\t16,5\t20,6 États-Unis\t5,6\t6,1\t3,4\t4,1\t8,0 Italie\t9,7\t14,4\t10,0\t12,8\t15,9 Le monde\t6,0\t9,0\t8,0\t10,0\t13,0 Source : Crafts (2000), page 26.Les enjeux économiques Le Québec et les enjeux de la mondialisation 20 Mutations sociales et enjeux de société Tableau 7 Tarifs moyens sur les marchandises (en %) \t\t\t\t États-Unis\t44\t48\t14\t4,6 France\t20\t30\t18\t5,7 Espagne\t41\t61\tnd\tnd Italie\t18\t46\t25\tnd leurs partenaires.En effet, les consommateurs du pays ayant réduit ses barrières aux importations obtiennent des biens de meilleure qualité et moins chers, alors que leurs producteurs sont forcés, en raison de la concurrence accrue, à devenir plus productifs.La libéralisation des échanges, par le démantèlement des barrières au commerce, est politiquement très exigeante.Elle fait mal à des groupes petits, mais bien organisés, alors qu\u2019elle améliore le lot de la masse, indifférente.Une libéralisation coordonnée, faite par « concessions » mutuelles de barrières plus faibles (des traités), est plus facile à faire accepter à une opinion publique mal informée.En outre, ces accords permettent plus facilement aux gouvernements de résister à des demandes futures de protectionnisme.Arguments et mythes contre le libre-échange Plusieurs arguments sont souvent proposés par les opposants au libre-échange.Parmi ceux-ci, on retrouve la peur de la disparition des emplois.Cette crainte est très ancienne.Déjà, lors de la Révolution industrielle, les canuts de Lyon et les ouvriers anglais détruisaient les appareils à tisser, créateurs de chômage.Si l\u2019on prend un peu de recul, on constate que très peu de métiers d\u2019aujourd\u2019hui existaient il y a deux ou trois cents ans.En 1800, environ 90% des Occidentaux étaient employés dans l\u2019agriculture, 8 a 10 °/o dans les services et 2 °/o dans l\u2019industrie.L\u2019économie ne cesse de changer, des emplois disparaissant et d\u2019autres sont créés.Cette mutation économique est continuelle, depuis la Révolution Industrielle, et est causée essentiellement par le changement technologique.Elle n\u2019a pas causé d\u2019augmentation tendancielle du taux de chômage d\u2019une génération à l\u2019autre.L\u2019intensification du commerce international ne fait qu\u2019augmenter ce roulement.Le roulement de la main-d\u2019œuvre, causé par la création et la destruction d\u2019emplois, est cependant coûteux.Ceux qui perdent leur emploi, passeront un moment en chômage, avant de se trouver un nouvel emploi.Faudrait-il empêcher ce phénomène?Si nos ancêtres l\u2019avaient fait, nous serions tous en train de cultiver la terre à l\u2019aide d\u2019outils antiques et nous aurions le niveau de vie de leur époque.Salaires.Et les salaires faibles des pays moins développés?Comment pouvons-nous les concurrencer?Éventuellement, n\u2019allons-nous pas importer tout ce que nous consommons, avec les répercussions que l\u2019on imagine sur les salaires et l\u2019emploi ?Une équation élémentaire en économie internationale se formule ainsi : Épargne moins investissement = Exportations moins importations Il ne s\u2019agit pas d\u2019une théorie, mais plutôt d\u2019une contrainte mathématique, une égalité comptable aussi certaine que 2 + 2 = 4.A moins que notre épargne chute et que nos investissements n\u2019explosent, nos exportations croissent de pair avec nos importations.Il est bon de noter que les pays en développement accueillent Mutations sociales et enjeux de société 21 Références Bhagwati, Jagdish, Protectionnisme, Dunod, Paris, 1990.Aussi : A Stream of Windows : Unsettling Reflections on Trade, Immigration and Democracy, (gagnant du prix Eccles pour la qualité d\u2019une rédaction sur l\u2019économie), MIT Press, Cambridge, 1998.Blaug, Mark, Economie Theory in Retrospect, Cambridge University Press, Fifth Edition, >997.Voir le chapitre 1, où l\u2019on discute du mercantilisme.Bové, José et François Dufour, Le monde n\u2019est pas une marchandise, La Découverte, Pocket, Paris, 2000.Cordelier, S.et al., La mondialisation au-delà des mythes, La Découverte / Poche, Paris, 1997.Crafts, Nicholas, «Globalization and Growth in the Twentieth Century», IMF Working Papers, 2000.Disponible à cette adresse internet: sitew.imf.org/external/pubs/cat/longres.cfm ?sk=34Ô7.o Fourçans, André, La mondialisation expliquée à ma fille, Éditions du Seuil, Paris, 2001.Heluwell, John F., «Globalization: Myth, Facts and Consequences», Institut CD Howe, Benefactors Lecture, 2000.Disponible aussi à cette adresse Internet: www.cdhowe.org/PDF/helliwell.pdf Krugman, Paul R., La mondialisation n\u2019est pas coupable: vertus et limites du libre échange, La Découverte, Paris, 1998.Les sites de P.Krugman, un de spécialistes les plus connus sur la question du commerce international, contiennent plusieurs textes vulgarisés: www.web.mit.edu/krugman et www.wws.princeton.edu/~pkrugman/ Landry, Bernard, Commerce sans frontières: le sens du libre-échange, Éditions Québec-Amérique, 1987.Mankiw, N.Gregory, Principes de l\u2019économie, Éditions Économica, Paris, 1998.La Presse, « Le sommet des Amériques », cahier Plus, 31 mars 2001.Proulx, Pierre-Paul, Les effets de l\u2019ALE et de l'ALENA sur les économies canadienne, québécoise et américaine, étude spéciale publiée par l\u2019Institut de la statistique du Québec, décembre 1999.Disponible à cette adresse : www.stat.gouv.qc.ca/publicat/economi/pdf/com_ext-2.pdf Sen, Amartya, «Dix vérités sur la mondialisation», Le Monde, 18 juillet 200t.Disponible sur Internet: WWW.LEMONDE.FR/lMPRIMER^ARTICLE/0,6063,208287.00.HTML Tullock, Gordon, Arthur Seldon et Gordon L.Brady, Government: Whose Obedient Servant ?A Primer in Public Choice, The Institute of Economie Affairs, London, 2000.?Sites Internet Comité tripartite de la ZLEA (Banque interaméricaine de développement (BID), Commission économique des Nations Unies pour l\u2019Amérique latine et les Caraïbes (CEPAL) et Organisation des États Américains (OEA), site web officiel.On y trouve une foule de liens et de textes, y compris l\u2019avant-projet de la ZLEA.www.ftaa-alca.org/alca_f.asp The Economist: Série d\u2019articles sur la mondialisation, disponibles à cette adresse: www.economist.com/ library/Focus/index.cfm The Globe and Mail (Toronto) «The Myths about Globalization», série de sept éditoriaux sur la mondialisation et le sommet de Québec, parus entre le 12 et le 19 avril 2001.Comme les archives du Globe and Mail ne permettent de reculer que de sept jours, on peut trouver ces textes à cette adresse: www.hec.ca/pages/germain.belzile/documents/myths.html Lindsey, B., M.A.Grommbridge et P.Loungani, « Nailingthe Homeowner: The Economie Impact ofTrade Protection of the Softwood Lumber Industry», Center for Trade Policy Studies, Cato Institute, 6 juillet 2000.Disponible à cette adresse : www.freetrade.org/pubs/pas/tpa-ones.html McCALLUM.John, «ALE : un traité deux-étoiles», Banque Royale du Canada, juin 1999.Disponible en format pdf à cette adresse : www.banqueroyale.com/economie/marche/hi_ftafr.html Ministère des Affaires étrangères et du Commerce international (Canada), site Web: www.dfait-maeci.gc.ca/menu-f.asp « La minute de l\u2019emploi», éditée par le Fonds de solidarité FTQ, numéro d\u2019avril 2001, portant sur la ZLEA.Disponible en format html à cette adresse : www.minute.qc.ca/Avriloi/ Les enjeux économiques le Québec et les enjeux de la mondialisation 22 Mutations sociales et enjeux de société Rahmani, Belgacem.Ce chargé de cours, de l\u2019Institut d\u2019économie appliquée de l'École des HEC, maintient un site Web dans lequel on retrouve une multitude de liens pertinents sur l\u2019économie internationale : www.hec.ca/pages/belgacem.rahmani/ Treffier, Daniel, « L\u2019essentiel sur l\u2019Accord de libre-échange Canada-États-Unis», Strategis, Ministère de l\u2019Industrie et du commerce, Ottawa, décembre 1999.Disponible à cette adresse: www.strategis.ic.gc.ca/SSGF/raoi 773f.html Tropman, Jessica L., site (à l\u2019Université du Michigan) consacré à l\u2019ALENA et aux autres accords internationaux sur le commerce.Comprend de multiples liens, www.personal.si.umich.edu/'jtropman/ international.html des investissements étrangers.Pour eux, l\u2019investissement est supérieur à l\u2019épargne.Leurs importations deviennent donc, pour un temps, supérieures à leurs exportations.C'est d\u2019ailleurs le cas du Mexique, qui importe plus des États-Unis qu\u2019il ne leur exporte.Loin de nous enterrer sous ses exportations, il a plutôt un déficit commercial.11 faut aussi noter que, au fur et à mesure que les pays pauvres se développent, la productivité et les salaires progressent.Inégalités.L'augmentation des inégalités en Amérique du Nord peut-elle provenir de la concurrence des pays du tiers-monde?C\u2019est théoriquement possible, si les importations de produits à faible contenu technologique remplacent des biens fabriqués ici, par des travailleurs peu qualifiés.Le commerce avec ces pays représentant moins de 2% de notre PIB, c\u2019est cependant très peu probable.Les études les plus récentes tendent à démontrer que le changement technologique est un facteur beaucoup plus important pour expliquer la hausse des inégalités.Souveraineté.Un autre argument est celui de la perte de souveraineté.En effet, la réduction des tarifs, enchâssée dans les accords sur le commerce, limite les possibilités d\u2019interventions pour les gouvernements.Cet argument est vrai en partie, mais est aussi fortement exagéré.De nombreuses exceptions sont prévues dans les accords, pour tenir compte des cas particuliers de chacun.Plus de 99 % des 10 000 pages du texte de l\u2019ALENA servent d\u2019ailleurs à énumérer les exceptions à l\u2019accord.Notons que, douze ans après la signature de l\u2019accord de libre-échange avec les États-Unis, le gouvernement du Québec subventionne largement l\u2019industrie du multimédia.Les discussions sur la privatisation partielle du système de santé ne sont pas imposées par les accords sur le commerce, mais découlent plutôt de l\u2019insatisfaction du public face à la congestion.La protection des industries culturelles pose cependant problème [voir article suivant sur les questions culturelles].Écologie.Les environnementalistes sont dans les premiers rangs dans la lutte contre le libre-échange.Ils craignent que la libéralisation des échanges ne mette l\u2019environnement en péril.L\u2019idée est simple : mondialisation = plus de commerce = plus de production = plus de pollution.En outre, les accords internationaux pourraient mettre en péri] les législations nationales sur l\u2019environnement.Qu\u2019en est-il ?Il est fort probable que la globalisation des échanges mènera en fait, à long terme, à un monde moins pollué.Les pauvres, en devenant plus riches, se mettent à se préoccuper de la qualité de leur environ- Mutations sociales et enjeu* de société 23 nement.Des études sérieuses démontrent que les niveaux de pollution se mettent à chuter dans un pays lorsque son PIB par habitant dépasse les 8000 $US.En outre, alors que le commerce canadien a doublé depuis 1970, en pourcentage du PIB, les niveaux de pollution ont diminué dans la plupart des villes.Quant aux atteintes aux législations nationales sur l\u2019environnement, elles ont difficiles à démontrer.Les accords, dont celui de l\u2019OMC, permettent aux gouvernements d\u2019imposer des restrictions au commerce, lorsque nécessaire, pour protéger la santé des humains, des animaux ou des plantes.Il faut cependant posséder des preuves de ces problèmes.Ainsi, lorsque le gouvernement canadien a voulu interdire un additif pour l\u2019essence (le MTT), il n\u2019a pu le faire, car aucune étude ne démontrait sa nocivité.Le gouvernement aurait cependant pu passer outre au jugement du tribunal sur le commerce et en interdire l'utilisation malgré tout.C\u2019est d\u2019ailleurs ce que l\u2019Union européenne a fait lorsqu\u2019elle a interdit l\u2019importation de bœuf aux hormones américain.Les représailles sont alors la seule arme du gouvernement insatisfait des restrictions.Notons aussi que la plupart des accords régionaux sur le commerce comprennent aussi un accord sur l\u2019environnement.Plus de 200 de ces accords ont été signés à l\u2019échelle internationale à ce jour.\u2022 Canada, Québec, même combat: protéger la diversité culturelle Stéphane Baillargeon Journaliste, Le Devoir Plus ça change, moins c\u2019est pareil.Dans les années 1980, au moment de l\u2019adoption de l\u2019Accord de libre-échange avec les États-Unis, la question de la souveraineté culturelle soulevait bien moins de passions au Québec que dans le reste du Canada.La « société distincte » était globalement favorable à l\u2019ALENA et se satisfaisait des clauses d\u2019exception garantissant la souveraineté nationale en matière d\u2019art et de culture.Deux décennies plus tard, la question de la diversité culturelle, longtemps confinée aux débats d\u2019experts au sein d\u2019organisations à vocation commerciale ou économique (GATT, OCDE), a émergé de sa semi-clandestinité pour s\u2019imposer comme un thème politique majeur.Après les agitations de Seattle, de Davos et de Bangkok, les débats et les contestations entourant le Sommet de Québec ont permis d'amplifier la prise de conscience de l\u2019impact de ce que l\u2019on nomme la mondialisation sur la vie et la diversité culturelles, sur l'identité et la souveraineté nationales, thèmes chers aux Québécois s\u2019il en est.Surtout, le Québec est maintenant loin d'être seul à se poser des questions.Le Canada est en fait devenu un leader mondial des promoteurs de l\u2019adoption d\u2019une La nation et le nationalisme en profonde mutation Le Québec et les enjeux de la mondialisation 24 Mutations sociales et enjeux de société charte internationale en faveur de la diversité culturelle.Le G8 d\u2019Okinawa, le Conseil de l\u2019Europe, le Conseil européen de Nice en ont débattu au cours des dernières années.L\u2019UNESCO peaufine une Déclaration universelle sur le thème.La critique de la prétendue homogénéisation imposée par les grandes industries culturelles du monde (surtout américaine), n\u2019est donc pas l\u2019apanage des factions gauchistes qui ont lancé des cailloux à Québec en avril 2001 ou des groupes de pressions organisés qui participaient au Sommet des peuples.Pour de plus en plus de gouvernements et d\u2019organismes supranationaux, la disparition des frontières, l\u2019avènement d\u2019un monde pour ainsi dire mondialisé menace les cultures régionales et nationales, les langues minoritaires, les traditions, les coutumes, les croyances et les comportements qui définissent l\u2019identité d\u2019une communauté ou des pays.Qu\u2019en est-il exactement?Quels sont les enjeux de la mondialisation, pour le Québec, d\u2019un point de vue culturel ?Quels pans de l\u2019infrastructure nationale de soutien aux arts et à la culture pourraient être menacés par la libéralisation des échanges?Comment réagissent l\u2019État et la société civile du Québec face à cette menace?Enjeux culturels de la mondialisation Ce qu\u2019on appelle maintenant la mondialisation prend sa source dans la libéralisation des échanges et le développement croissant des marchés mondiaux.Dans la foulée du GATT et de la création du Fonds monétaire international, depuis la fin des années cinquante, le monde a vu naître la Communauté européenne et de nombreuses unions douanières et zones dites de libre-échange, les plus récents exemples étant fournis par l\u2019Australie et la Nouvelle-Zélande, les États-Unis et Israël, le Canada et les États-Unis, puis ces deux pays et le Mexique, etc.La mondialisation se traduit par un accroissement du commerce international et la mise en place de régimes juridiques divers de plus en plus contraignants pour les États [voir article precedent].Dans le domaine culturel, l\u2019impact de ce vaste phénomène peut se concevoir d\u2019un double point de vue: d\u2019un côté, en considérant les effets sur la culture nationale proprement dite, c\u2019est-à-dire sur la manière d\u2019être et d\u2019agir d\u2019une collectivité nationale ; d'un autre côté, en examinant les conséquences sur la production nationale des biens et services culturels.Du premier point de vue \u2014 se rapportant en fait à l'identité culturelle, à la culture entendue dans un sens large, sociologique et même anthropologique \u2014 la libéralisation des échanges inquiète parce qu\u2019elle accélère l\u2019imposition croissante d\u2019une «monoculture» mondiale.Cette « standardisation universelle », selon la formule de Theodore Levitt, directeur de la Harvard Business Revieiv, déstructure les cultures nationales.C\u2019est la logique du «McMonde», s\u2019appuyant sur le triple principe de besoins homogénéisés à l\u2019échelle planétaire, de la préférence universelle pour les produits à prix bas moyennant une qualité acceptable et de la nécessité des économies d\u2019échelle en production et en marketing.Par ses effets antidémocratiques, parce qu\u2019imposés, c\u2019est toute la société civile en même temps que l\u2019État que cet effet de la mondialisation interpelle.Du second point de vue \u2014 en rapport aux industries culturelles, à la culture et aux arts dans un sens spécifique \u2014 la question est de savoir si dans la logique de la libéralisation des échanges et de l\u2019intégration économique, les biens et services Mutations sociales et enjeux de société 25 culturels doivent être considérés différemment des autres produits.Le Canada est déjà un pays culturellement colonisé dans d\u2019innombrables secteurs d\u2019activité.Les films américains attirent quatre Québécois sur cinq, neuf Canadiens sur dix, malgré le soutien artificiel de la produc-don nationale et les restrictions à la propriété des compagnies de distribution.Des problèmes plus ou moins semblables se posent du côté de la télévision, du livre, de l\u2019industrie de la chanson, des magazines.Dans ce dernier cas, au Canada, l\u2019appui gouvernemental dure depuis un siècle, par divers moyens.Le secteur reçoit environ 150 millions annuellement pour faire face aux géants étrangers qui accaparent pourtant les huit dixièmes du marché nadonal.Pratiques protectionnistes.Le système de protection étatique subit de plus en plus de pressions pour qu\u2019il abandonne certaines pratiques protectionnistes.L\u2019Organisation mondiale du commerce (OMC) a tenté de déclarer invalides des pans complets des mesures canadiennes mettant a l\u2019abri de la concurrence l\u2019industrie de l\u2019édition.Les États-Unis multiplient les pressions à l\u2019échelle mondiale pour soumettre les politiques culturelles aux règles du libre-échange.Le vaste champ d\u2019intervention des ordres de gouvernement entre en conflit avec les normes des accords internationaux définissant le cadre légal de la mondialisation.Dans le système de l\u2019OMC par exemple, le commerce des biens relève d\u2019une douzaine d\u2019accords distincts, avec des implications diverses, selon que les produits culturels sont considérés comme des marchandises ou des services.Les effets et les menaces sur le système d\u2019intervention de l\u2019État en faveur des arts et de la culture peuvent être schématiquement ramenés à cinq cas-types : \u2022\tL\u2019Intervention directe de l'État comme producteur culturel.C\u2019est le cas notamment de la production télévisuelle et de la radio-diffusion.Pour l\u2019instant, les accords n\u2019empêchent pas les États de maintenir des sociétés d\u2019État comme Radio-Canada ou Télé-Québec.\u2022\tLes subventions.Elles se trouvent à pratiquement toutes les étapes de production de toutes les industries culturelles, le cinéma, la télévision, le disque ou le livre.Pour l\u2019instant, cette forme de soutien étatique est permise, mais les pressions sont de plus en plus fortes pour attaquer des pans entiers du système.Les prochaines rondes de négociations seront donc déterminantes, comme l\u2019ont montré les attaques récentes portées contre le cadre légal de protection de l\u2019industrie des magazines.Toute subvention favorisant la consommation de biens culturels, que ce soit sous forme fiscale ou autre, au détriment de biens culturels étrangers, pourrait éventuellement être attaquée comme contraire au traitement national tel qu\u2019interprété par le GATT et surtout par l\u2019Accord multilatéral sur l\u2019investissement (AMI), négocié par l\u2019OCDE entre 1995 et 1998.\u2022\tLes restrictions qualitatives.L\u2019exemple type est fourni par les quotas de contenu canadien pour la télé ou la radio.Le Canada a refusé toute concession à ce sujet dans le cadre de l'Accord général sur le commerce des services.Par contre, au milieu des années 1990, les États-Unis ont contesté avec succès la disposition sur le contenu publicitaire des périodiques canadiens.Canada, Québec, même combat: protéger la diversité culturelle Le Québec et les enjeux de la mondialisation 26 Mutations sociales et enjeux de société \u2022\tLe contrôle des inuestissements.Le CRTC exige par exemple une mainmise canadienne majoritaire des deux tiers sur les entreprises de télédiffusion.Ni le GATT, ni même l\u2019OMC ne s\u2019opposent pour l\u2019instant à de telles mesures.Par contre, les articles 1102 et 1107 de l\u2019ALENA les empêcheraient, si le Canada n\u2019avait fait inscrire des réserves en annexe de l\u2019accord.L\u2019AMI est encore plus sévère et aurait interdit carrément la pratique du contrôle des investissements, n'eût été de la très forte réaction des milieux artistiques et culturels canadiens (mais aussi français).11 est donc à prévoir que le problème ressurgisse dans le cadre des nouvelles négociations de l\u2019OMC.\u2022\tLes mesures commerciales et fiscales.11 faut alors penser aux faveurs réservées à des industries nationales, par exemple la déduction fiscale de dépenses publicitaires.Toute l'industrie du livre est menacée par la volonté des pays les plus puissants (dont l\u2019Allemagne et les États-Unis) de faire interdire de telles pratiques.Finalement, il faut souligner que la mondialisation s\u2019appuie sur de nouvelles techniques de production et de diffusion de l\u2019information qui bouleversent les vieilles règles du jeu.Les progrès technologiques engendrent de nouveaux médias, stimulent la croissance des télécommunications, encouragent la convergence de secteurs, d\u2019industries, de produits et de services autrefois distincts.D\u2019une part, les sociétés sont ainsi exposées à une variété de produits culturels inégalée et les producteurs culturels ont accès à de nouveaux marchés, à une technologie et des coûts réduits qui n\u2019exis- taient pas auparavant.D\u2019autre part, les fusions et partenariats d\u2019entreprises créent une poignée de méga-entreprises médiatiques mondiales profitant d\u2019importantes économies d\u2019échelle.La mondialisation s\u2019appuie également sur de nouvelles techniques de production et de diffusion de l\u2019information qui bouleversent complètement les vieilles règles du jeu.Actuellement, sept méga-entreprises médiatiques, soit AOL Time Warner, Disney, Bettelsmann, Viacom, News Corp., Vivendi Universal et Sony, dominent pratiquement tous les aspects de l\u2019industrie du divertissement à la grandeur de la planète.Laisser-faire, exception et diversité culturelles La multiplication des accords internationaux et l\u2019ampleur croissante de leurs effets sur la vie quotidienne forcent les gouvernements à réagir.Mais le souci des États de préserver leur capacité d\u2019intervention autonome en ces matières n\u2019est pas nouveau.Déjà, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, les pressions européennes avaient permis de préserver la capacité nationale d\u2019intervention en faveur des industries cinématographiques nationales face à l\u2019envahissement croissant des films américains.L\u2019article IV du GATT de 1947 autorisait par exemple les quotas à l\u2019écran.Le débat a repris dans les années i960 au sujet de la télévision.Les conflits ouverts entourant les négociations de l\u2019AMI ont montré que les préoccupations nationales en matière culturelle ne pourront plus être exclues des prochaines rondes.Plusieurs avenues s\u2019offrent aux États entre le laisser-faire, la négociation de clauses d\u2019exceptions culturelles dans le cadre des accords internationaux et Mutations sociales et enjeux de société 27 l\u2019adoption d'une charte internationale en faveur de la diversité culturelle.Le libre-échange dans les domaines culturels n\u2019est pas seulement soutenu par les puissantes industries américaines du divertissement.Souvent, plusieurs intérêts s'affrontent à l\u2019intérieur même d\u2019un pays, en fonction des différents secteurs : les pans les plus fragiles favorisent le protectionnisme, tandis que les joueurs les plus puissants, dépendants des marchés extérieurs, ont tout à perdre de la fermeture des marchés étrangers.Au Québec par exemple, les artistes de la chanson veulent absolument conserver les quotas de radiodiffusion tandis que l\u2019industrie du multimédia a tout intérêt à faire circuler librement ses produits à l\u2019étranger.L\u2019exception culturelle vise le traitement distinct de la culture dans les accords internationaux.Cette option découle d\u2019une logique protectionniste réservée aux secteurs artistiques et culturels.La souveraineté nationale en ces matières exceptionnelles est alors reconnue au cas par cas.L\u2019exception culturelle vise en fait la culture entendue au sens stricte, en rapport aux industries culturelles, à la culture et aux arts dans un sens spécifique.Stratégie canadienne.En avril 2001, l\u2019Institut de recherche en politiques publiques (IRPP), basé à Montréal, a publié une étude à la veille du Sommet des Amériques.Il y est recommandé au Canada d\u2019abandonner certaines de ses mesures protectionnistes en matière de culture en échange d\u2019une reconnaissance dans les accords internationaux de son droit de protéger et de soutenir certaines activités culturelles.L\u2019étude critique la stratégie canadienne visant à soustraire les industries culturelles des accords de libéralisation des échanges économiques.Cette ligne de conduite de l\u2019exemption (ou de l\u2019exception culturelle) a ete adoptée par le Canada dans le cadre de l\u2019accord de libre-échange avec les États-Unis, puis de l\u2019ALENA.Selon toute logique, elle devrait guider la position canadienne dans le cadre des négociations de la Zone de libre-échange des Amériques.Pour Daniel Schwanen, cette stratégie va être balayée par la révolution techno-industrielle en cours (Internet et ses nouveaux moyens de diffusion, la constitution de conglomérats mondiaux, etc.) et sous la pression des partenaires commerciaux (dont les États-Unis, évidemment), qui vont nécessairement tenter de soumettre les industries culturelles aux règles mondiales sur le commerce des biens et services.Le chercheur de l\u2019IRPP soutient aussi que les politiques culturelles du pays ne servent pas toujours très bien les objectifs visés.« Le Canada a plusieurs excellentes raisons de vouloir maintenir une politique culturelle dynamique», écrit Daniel Schwanen.Le rôle d\u2019une telle politique est de bonifier les conditions de production et de distribution des biens et services culturels, avec en toile de fond le grand objectif d\u2019offrir aux Canadiens des produits culturels canadiens et de les encourager à s\u2019intéresser à leur culture nationale.Cependant, certaines mesures ne sont pas adaptées à ces objectifs.» Ainsi, les subventions publiques aux entreprises culturelles canadiennes sont souvent octroyées sur la base de la création d\u2019emplois plutôt que pour encourager la création per se.Les quotas de contenu canadien ne tiennent pas compte de la « consommation » réelle des Canadiens.Les restrictions à la propriété étrangère bloquent l\u2019accès au capital et à l\u2019expertise de l\u2019étranger, qui pourraient pourtant s\u2019avérer avantageux dans certaines circonstances.Canada, Québec, même combat : protéger la diversité culturelle Le Québec et les enjeux de la mondialisation 28 Mutations sociales et enjeux de société Un «code interprétatif ».Dans ce contexte, l\u2019économiste propose donc au gouvernement canadien d\u2019abandonner les politiques les moins profitables en échange de l\u2019enchâssement d\u2019un «code interprétatif des politiques culturelles» dans les accords commerciaux.Du donnant-don-nant, quoi, qui consisterait à se départir des pans de la politique culturelle « inefficaces » ou menacés de toute manière pour plutôt miser sur de nouvelles techniques de protection de la culture nationale.L\u2019étude propose même l\u2019ébauche d\u2019un tel code.Il pourrait par exemple reconnaître de façon explicite le droit des gouvernements d\u2019appuyer la production culturelle, définir ce qu\u2019est un «produit culturel local » et la nature du support étatique acceptable pour ce genre de produits, décrire comment et dans quelles circonstances des quotas peuvent être appliqués.Finalement, M.Schwanen examine les avantages pour les États-Unis eux-mêmes de clarifier le jeu des échanges culturels.II propose par exemple d\u2019inclure dans le code interprétatif le principe de l\u2019ouverture automatique des marchés intérieurs aux producteurs étrangers, si aucune exception ne restreint ce droit.La diversité culturelle élargit le spectre en misant cette fois sur la culture au sens large, sur sa dimension sociologique, politique et même stratégique.La diversité culturelle concerne l\u2019identité des peuples et des nations.Elle reconnaît la richesse et la nécessité des échanges artistiques et culturels à l\u2019échelle mondiale, depuis que le monde est monde, c\u2019est-à-dire bien avant la mondialisation.En même temps, elle prend en compte le fait indéniable que biens des conflits dans le monde actuel prennent leurs sources dans les tensions interculturelles, précisément parce que l\u2019homogénéisation engendre des replis identitaires.La diversité culturelle veut donc offrir à tous la possibilité d\u2019exister, de persister, dans un univers en pleine mutation, où les échanges se multiplient.Le Canada et le Québec sur le même front Après une première période floue, au début des années 1990, le Canada et le Québec ont résolument choisi des mesures rattachées à la diversité culturelle.Ottawa est en fait devenu un des leaders mondiaux de la lutte en faveur de la mise en place de mécanismes internationaux favorisant cette logique.Dans une certaine mesure, on pourrait comparer l\u2019attitude canadienne en ces matières à celle adoptée par le pays dans les questions de maintien de la paix, où là aussi le pays joue un rôle prépondérant à l\u2019échelle internationale.Depuis deux ans, le pays multiplie les initiatives pour aborder de manière globale les rapports entre le commerce et la culture.Le gouvernement canadien milite à l\u2019échelle mondiale pour la définition d\u2019un accord international réglementant de manière globale le rapport entre le commerce et la culture.L\u2019accord reconnaîtrait « le rôle particulier que jouent les biens et services culturels, ainsi que le droit des gouvernements de préserver et promouvoir la diversité culturelle.» Ottawa a aussi favorisé la création du Réseau international sur la politique culturelle qui a tenu une rencontre en septembre 1999 à Oaxaca (Mexique), puis d\u2019autres à Athènes (septembre 2000) et Delphes (avril 2001).Ottawa a organisé le premier Sommet mondial des arts et de la culture, en décembre 2000.La rencontre a réuni environ 300 délégués provenant de 55 pays qui ont entériné la formation d\u2019une fédération internationale d\u2019organismes de financement des arts. Mutations sociales et enjeux de société 29 Sur le plan intérieur.En même temps, sur le plan intérieur, Ottawa a lancé plusieurs comités et groupes-conseils pour cerner l\u2019ampleur de la crise du système de soutien aux arts dans différents champs d\u2019activité, que ce soit la production télévisuelle et cinématographie, la Société Radio-Canada, l\u2019Office national du film, l\u2019édition, le droit d\u2019auteur, ou la politique nationale du patrimoine.Toutes ces études sectorielles (dont certaines ont mené à des modifications légales) ont largement fait état des menaces imposées par le nouveau contexte mondial de libération des échanges.Ainsi, en même temps que les Communes modifiaient la Loi sur le droit d\u2019auteur (C-32, 1997), le Canada signait deux nouveaux traités internationaux pour accroître la protection des interprétations et des enregistrements sonores, deux ententes négociées au sein de l\u2019Organisation mondiale de la propriété intellectuelles (OMPI), un organisme de l\u2019ONU.Le cadre fédératif canadien a permis une division des responsabilités en matière culturelle.Le Québec a développé un État providence des arts et de la culture imposant, en fait un des plus importants en Amérique du Nord.Qu\u2019on en juge : en 2001, le budget du Conseil des arts et des lettres du Québec oscille autour de 60 millions, alors que celui de l\u2019organisme équivalent en Colombie-Britannique n\u2019est que d\u2019une douzaine de millions.L\u2019enveloppe du Conseil des arts du Canada, elle, frise les 125 millions.Les aspirations nationales du Québec stimulent également le militantisme de l\u2019État québécois.Le Canada conserve un avantage évident, puisque la province francophone ne peut se faire voir qu\u2019au sein de la Francophonie et sur un plan bilatéral.N\u2019empêche, Québec cherche constamment à multiplier les occasions de visibilité et à défendre ses intérêts culturels sur la scène internationale.Ainsi, en mars 2001, à la veille du Sommet de Québec, la Commission parlementaire de la culture de l\u2019Assemblée nationale a organisé un colloque sur le thème de la mondialisation de la culture et de la diversité culturelle.En juin, la ministre de la Culture, Diane Lemieux, participait à Cotounou, au Bénin, à une conférence de la Francophonie où était adoptée une déclaration ferme en faveur de la diversité culturelle.La position préconise que les pays membres de l\u2019organisation internationale ne s'engagent pas dans la libéralisation du commerce si les accords en cours de négociation ne respectent pas ce principe.Les ministres de la Culture de la Francophonie, dont celui du Québec, ont également pris position en faveur d'un « cadre réglementaire international à caractère universel » pour la diversité culturelle.Au fond, paradoxalement, la position québécoise ne diffère pas vraiment de celle adoptée par Ottawa.Les deux nationalismes \u2014 le canadien et le québécois \u2014, farouchement opposés à l\u2019intérieur même du pays, font front commun à l\u2019extérieur.Cette situation de bonne entente se confirme également au sein des organisations de la société civile en faveur de la diversité culturelle.La Coalition pour la diversité culturelle, fondée au printemps 1998 par les principales associations québécoises du milieu des arts et de la culture à l\u2019occasion de la bataille contre l\u2019AMI, a procédé dès l\u2019année suivante à l\u2019élargissement pancanadien de son effectif, en invitant les principales associations professionnelles de la culture du pays à se joindre à elle.La Coalition comprend maintenant plus de 30 associations représentant les créateurs, artistes, producteurs, Canada, Québec, même combat: protéger la diversité culturelle Le Québec et les enjeux de la mondialisation 30 Mutations sociales et enjeux de société distributeurs, radiodiffuseurs et éditeurs œuvrant dans les secteurs du livre, du cinéma, de la télévision, de la musique, des arts d\u2019interprétation et des arts visuels.Le pour et le contre Cela dit, la mondialisation ne doit pas être perçue uniquement de manière négative, peu s\u2019en faut.La portée, l\u2019adaptabilité et la polyvalence des technologies de l\u2019information ont permis de créer d\u2019extraordinaires possibilités pour les personnes, l\u2019économie et la société tout entière.De même, l'ouverture croissante des marchés étrangers offre de nouveaux débouchés aux productions artistiques canadiennes.Au Québec, plus de la moitié des représentations du secteur du théâtre jeunesse, reconnu comme un des plus dynamiques et des plus originaux du monde, sont maintenant offertes à l\u2019étranger.On peut aussi citer l\u2019exemple du Cirque du Soleil, leader mondial de son domaine.Cette entreprise fait rouler en permanence cinq spectacles sur trois continents, emploie plus de 3000 personnes à l\u2019échelle mondiale.Son chiffre d\u2019affaire annuel dépasse les 380 millions de dollars.Après avoir installé trois salles de représentation permanentes aux États-Unis, le Cirque du Soleil développe maintenant un projet gigantesque d\u2019un milliard à Londres.L\u2019industrie de la communication profite encore davantage de la mondialisation.Les produits de la Cité du multimédia de Montréal s\u2019exportent dans une large proportion.La stratégie globale de construction de mégacompagnies médiatiques est relayée au Québec, parfois en partenariat avec des firmes étrangères, comme le montre l\u2019exemple de la fusion récente de Seagram et d\u2019Avanti.Dans son principe même, ce que l\u2019on décrit depuis quelques années comme la mondialisation apparaît comme la mise en œuvre de la théorie libérale du commerce international, telle que dès le début du xx\" siècle.Cette théorie avance qu\u2019un pays a avantage à se spécialiser lorsqu\u2019il échange avec d\u2019autres pays.Elle affirme aussi que le prix international doit devenir la base de référence des échanges.Les vieilles théories de la dépendance n\u2019ont plus cours, mais la critique radicale de la théorie libérale du commerce international demeure encore possible, comme le montrent, par exemple, les écrits de Robert Cox ou du Groupe de Lisbonne.Cette position marginale met en évidence les disparités du système international, les relations inégales profitant le plus souvent aux pays les plus puissants.De même, des groupes d\u2019intérêts disparates issus de la société civile opposent une résistance théorique et pratique au processus de la mondialisation, résultat délibéré de grands groupes économiques et d\u2019États qui œuvrent tous ensemble pour une libéralisation toujours plus poussée des échanges.En ce sens, la critique de la mondialisation s\u2019inscrit dans un cadre plus large critiquant les positions des gouvernements nationaux.Cela est vrai à la fois pour les groupes de pression politique les plus radicaux que pour les groupes d\u2019intérêts artistiques les plus menacés (et les plus critiques) de la mondialisation.Il est aussi intéressant de noter que les outils même de la mondialisation (comme Internet) peuvent faciliter la remise en cause de certains aspects du phénomène.Cependant, l\u2019approche radicale demeure vague et franchement utopiste sur les moyens de renverser l\u2019ordre économique international.L\u2019intérêt de la politique canadienne (et, dans une moindre mesure, de la politique québécoise) est Mutations sociales et enjeux de société 31 Références Bernier, Ivan, Mondialisation de l'économie et diversité culturelle: les enjeux pour le Québec, Commission parlementaire sur la culture, Assemblée nationale du Québec, 2000.Blake, D.H., R.S.Walters, The Politics of Global Economie Relations, Prentice Hall, Englewood Cliffs, New Jersey, 1997.Cox, R., «Social Forces, States and World Orders: Beyond IR Theory», Millenium, 1981 ; Robert COX, «Civil Society at the Turn of the Millenium: Prospects for an Alternative World Order», Review of International Studies, Vol.25.1999.Curzi, Pierre, Robert Pilon, Jack Stodoart, « Les Politiques culturelles ne doivent pas être soumises aux contraintes des accords de commerce international», présentation de la Coalition de la diversité culturelle au Comité permanent des Affaires étrangères et du commerce international, Chambre des communes, 2000.Nouvelles stratégies pour la culture et le commerce, Canada, ministère des Affaires étrangères et du commerce extérieur, Groupe de consultations sectorielles sur le Commerce international, Industries Culturelles, Ottawa, février 1999.« Le Canada et l\u2019avenir l\u2019organisation mondiale du commerce », Canada, ministère des Affaires étrangères et du Commerce international, 1999.Raboy, Marc, Ivan Bernier, Florian Sauvageau, Dave Atkinson, Développement culturel et mondialisation de l\u2019économie, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1994.Schwanen, Daniel, A Room of our Own: Cultural Policies and Trade Agreements.Le texte d\u2019une trentaine de pages paraît dans les cahiers Choices (vol.7, nr 4, avril 2001).Sokolowski, Wojciech S., Tyler Cowen, In Praise of Commercial Culture, Cambridge, Massachusetts, Harvard University Press, 1998.Warnier, Jean-Pierre, La mondialisation de la culture, Éditions La Découverte, Collection Repères, Paris, 1999.d\u2019organiser la réaction de manière positive, pour ainsi dire de l\u2019intérieur du processus.Le pari du Canada (et du Québec, avec ses moyens limités), consiste à militer au sein même des organisations qui définissent la libéralisation des échanges pour faire accepter le principe de la diversité culturelle.\u2022 [Sur la politique internationale du Quebec, uoir article p.659] Canada, Québec, même combat: protéger la diversité culturelle La politique canadienne 32 Mutations sociales et enjeux de société La politique canadienne L'indifférence à la différence Alain-G.Gagnon Politologue, Programme d\u2019études sur le Québec de l\u2019Université McGill Le refus du gouvernement de lean Chrétien de réformer la constitution canadienne contribue à l\u2019appauvrissement du politique et incite les citoyens, déçus et en mal de représentation, à entreprendre leurs projets politiques dans d\u2019autres arènes, tournant ainsi le dos au Canada, pays qu\u2019ils ont pourtant contribué à ériger.La nouvelle avenue de négociations suggérée au paragraphe 88 de l\u2019avis de la Cour suprême du Canada sur le Renvoi portant sur le droit du Québec de faire sécession, rendu public en août 1998, stipulait que toute proposition de réforme constitutionnelle doit être prise en compte par les partenaires de la fédération.Quelques mois plus tard, cette avancée de la Cour suprême a tout simplement été rejetée par le gouvernement fédéral lors de l\u2019adoption de la loi C-20 sur la « clarté ».Ce faisant, le gouvernement fédéral est venu enferrer les voies de négociations avec les États membres de la fédération en cherchant à réduire leur rôle à celui d\u2019acteurs de soutien.Or, les leaders provinciaux \u2014 surtout ceux du centre et de l\u2019Ouest du pays \u2014 élèvent de plus en plus la voix contre les velléités du gouvernement fédéral.Ainsi, comme nous le verrons, les gouvernements de l\u2019Alberta, de l\u2019Ontario et du Québec s\u2019opposent avec de plus en plus de détermination aux initiatives fédérales.Fort de sa réélection avec un gouvernement majoritaire en novembre 2000, le gouvernement libéral de Jean Chrétien gère les affaires de l\u2019État canadien sans tenir compte des forces de l\u2019opposition sur la scène fédérale et perçoit la plupart du temps les gouvernements provinciaux comme des acteurs gênants qui nuisent au bon fonctionnement de l\u2019État central.La loi sur les jeunes contrevenants, rejetée unanimement par les partis représentés à l\u2019Assemblée nationale du Québec, à Ottawa par le Bloc québécois ainsi que par l\u2019ensemble des intervenants concernés au Québec, a été imposée à tous, en mai 2001, sans qu\u2019Ottawa n\u2019ait cru bon de permettre au Québec de maintenir une politique dont les mérites, en matière de réinsertion sociale, ont amplement été démontrés.Le gouvernement Chrétien a raté une bonne occasion de montrer aux Québécois que la clause de la « société distincte » pouvait leur permettre d\u2019exprimer leur différence et, faisant fi du principe fédéral, a choisi de procéder à nouveau avec une initiative uniformisante.C\u2019est ce que l\u2019éditorialiste du Deuoir, Michel Venne, a qualifié de reflet de l\u2019indifférence canadienne.Or, le Québec revendique son droit à la différence.La « ligne dure » d'Ottawa et ses conséquences Les confrontations avec le gouvernement fédéral mettent aux prises plusieurs leaders politiques.Le conservateur Ralph Klein, premier ministre de l\u2019Alberta, a été reporté au pouvoir au printemps 2001 en Mutations sociales et enjeux de société 33 se faisant le défenseur de valeurs individualistes et en misant sur le sens des responsabilités de ses concitoyens.Il souhaite, tout comme le conservateur Mike Harris de l\u2019Ontario et le libéral Gordon Campbell, nouvellement élu en Colombie-Britannique, trouver des façons de privatiser des pans du système de santé.Ottawa se défend de vouloir privatiser ce secteur même s\u2019il est connu que le gouvernement, par le biais de l\u2019entente sur l'Union sociale canadienne, se donne toute la flexibilité pour le faire en apportant un appui financier à plusieurs intervenants.Il en va de même dans le domaine de la politique énergétique.Ottawa dit pouvoir tout contrôler seul.Cette position conduit à des conflits importants avec les provinces de Terre-Neuve et de la Nouvelle-Écosse.Pensons aux présents conflits qu\u2019Ottawa entretient avec le premier ministre libéral de Terre-Neuve, Roger Grimes, qui souhaite vendre l\u2019eau de sa province aux Américains et avec le premier ministre conservateur de la Nouvelle-Écosse, John Hamm, qui veut pouvoir enfin faire profiter ses commettants d\u2019importants profits et sortir sa province de sa dépendance du reste du pays.À force d\u2019ignorer l\u2019aliénation des provinces de l\u2019Ouest, la dépendance des provinces de l\u2019Adantique et, dans le cas du Québec, de nier l\u2019existence de la nation québécoise, on vient à en faire des symboles d\u2019identité et de mobilisation politique redoutables.C\u2019est d\u2019ailleurs en réponse à cet état de fait que des intellectuels et des personnalités politiques de l\u2019Alberta, de la Colombie-Britannique et du Québec, entre autres, ont décidé d\u2019affirmer le caractère spécifique de leur communauté respective.Inspirés par les revendications et parfois par certaines percées québécoises dans des secteurs névralgiques, des personnalités albertaines réclament pour leur province des réformes en profondeur, dont la création d\u2019un régime de pension à l\u2019image du régime des rentes du Québec, le rapatriement de l\u2019impôt sur le revenu des particuliers d\u2019Ottawa et l\u2019établissement d\u2019un ministère du Revenu.Il est aussi question de mettre sur pied un corps de police provincial comme au Québec et en Ontario.Déçu du traitement que la province reçoit de la part du gouvernement fédéral, ce regroupement de personnalités recommande que l\u2019Alberta occupe tout le champ en matière de santé et endigue les nombreux empiétements du gouvernement fédéral dans ses champs de compétence exclusifs.Enfin, ces personnalités dénoncent le fait que le gouvernement fédéral, après s\u2019être approprié des milliards de dollars en provenance de la province (évalué entre sept et huit milliards selon des estimations établies en 2001) pour la péréquation, en vient quand même à accuser l\u2019Alberta de ne pas partager les valeurs canadiennes.Dans une série de sorties publiques, Norman Spector, ancien secrétaire du cabinet aux relations fédérales-provin-ciales et directeur du cabinet de l\u2019ancien premier ministre conservateur Brian Mul-roney, souligne les dangers que Jean Chrétien et Stéphane Dion font courir à la fédération canadienne lorsqu\u2019il dénonce, entre autres, leur entêtement dans le dossier du Programme national de l\u2019énergie.Dans un article publié dans Le Devoir (i\u201c mars 2001), il affirme que «M.Chrétien et ses alliés ont gravement entaché le processus de modification de notre Constitution.Maintenant, lui et vous ne voulez même plus essayer de répondre aux revendications de l\u2019Ouest qui menacent l\u2019unité du Canada.Les insultes et la rhétorique, L\u2019indifférence à la différence La politique canadienne 34 Mutations sociales et enjeux de société M.le ministre, ne sauraient remplacer l\u2019action gouvernementale».La suffisance d\u2019Ottawa est donc perçue comme un mal à éradiquer si l\u2019on souhaite le maintien de la fédération canadienne.L'affirmation de la nation québécoise Dans le sillon de la publication de l\u2019ouvrage collectif Penser la nation québécoise, le premier ministre Lucien Bouchard, jusqu\u2019à sa demission inattendue en janvier 2001, et le chef de l\u2019opposition officielle, lean Charest, ont tablé sur sa reconnaissance pour faire avancer les revendications québécoises.De même, depuis sa désignation en mars 2001 comme chef de gouvernement, Bernard Landry n\u2019a eu de cesse d\u2019affirmer l\u2019existence de la nation québécoise dans la plupart de ses interventions publiques.Dans le discours inaugural de la deuxième session de la 36' législature, prononcé le 22 mars 2001 et intitulé « Un plan d\u2019action pour le progrès de la nation», Bernard Landry a insisté sur la nation québécoise vue comme lieu de convergence de toutes les familles politiques présentes sur le territoire québécois.Ces propos ont d\u2019ailleurs pris tout leur sens lors de la tenue du troisième Sommet des Amériques qui s\u2019est tenu à Québec en avril 2001, lorsque le gouvernement Landry a présenté le Québec comme une nation d'Amérique et d\u2019avenir, au grand dam des autorités fédérales canadiennes.Dans le but de donner la réplique aux assauts répétés du gouvernement fédéral, le gouvernement du Québec a opté pour l\u2019approche préventive.Sous le leadership de Lucien Bouchard, le gouvernement a créé la Commission des États généraux sur la situation et l\u2019avenir de la langue française au Québec.À la suite de l\u2019intervention de son président lors du dépôt du rapport préliminaire, le 5 juin 2001, nous savons déjà que les commissaires souhaitent élever les droits linguistiques au rang de droits fondamentaux et tabler sur l\u2019utilisation de la langue française comme « marqueur » de la citoyenneté québécoise [voir aussi, p.538].L\u2019arrivée de Bernard Landry à la tête du gouvernement du Québec a permis de repenser la démarche politique.C\u2019est ainsi qu\u2019il a annoncé plusieurs initiatives importantes lors du discours inaugural du 22 mars 2001.À titre d\u2019exemple, il a choisi de mettre à jour les études de la Commission Bélanger-Campeau, complétées entre novembre 1990 et février 1991, ainsi que celles du Groupe de travail LeHir, rédigées juste avant la tenue du référendum de 1995.Cette initiative a été confiée à Claude Corbo, ancien recteur de l\u2019Université du Québec à Montréal, qui remplira son mandat en faisant appel aux auteurs des premières études ainsi qu\u2019à de nouveaux spécialistes.« Notre argent à Ottawa, nos besoins à Québec » En outre, et en réponse aux refus répétés d\u2019Ottawa de se retirer des champs de compétence exclusifs du Québec et de lui reconnaître pleine autorité dans ces secteurs, le premier ministre Landry a créé le 9 mai 2001 une commission d\u2019experts et de représentants du milieu, sous la présidence d\u2019Yves Séguin, ancien ministre du Revenu sous le dernier gouvernement de Robert Bourassa.Cette commission a reçu pour mandat de faire le point sur le déséquilibre fiscal entre le gouvernement du Québec et le gouvernement fédéral.La commission étudie les vices structurels de la fédération canadienne qui font, selon Landry, que « notre argent est à Ottawa, alors que nos besoins sont au Québec». Mutations sociales et enjeux de société 35 Ces propos ne sont pas sans rappeler les formules lapidaires utilisées par Maurice Duplessis.S\u2019il faut en croire les récentes interventions de Jean Charest, le chef de l\u2019opposition officielle semble partager l\u2019analyse du gouvernement du Parti québécois.Le leader libéral affirme que le transfert de points d\u2019impôt vers le Québec est devenu impératif si l\u2019on souhaite rompre avec le présent déséquilibre, devenu malsain pour la bonne tenue des pratiques démocratiques au Canada.Il en va tout simplement de l\u2019imputabilité des élus.Pour sa part, la position de l\u2019Action démocratique du Québec mise, tout comme il y a dix ans, sur le transfert de plusieurs champs de compétence vers le Québec.En somme, l\u2019ADQ revient à la case départ en retournant au rapport Allaire [voir aussi, p.503].S\u2019il faut en croire l\u2019entrevue de Bernard Landry à Bernard Derome dans le cadre de l\u2019émission Point de presse, sur la première chaîne de Radio-Canada le 27 mai 2001, le gouvernement du Québec pourrait, à brève échéance, ouvrir le chantier de la citoyenneté en créant une nouvelle Commission sur la citoyenneté québécoise.L\u2019établissement de cette commission pourrait contribuer à consolider les liens entre tous les citoyens du Québec.Cette démarche pourrait aussi permettre au Québec d\u2019explorer plus à fond la question identitaire, d\u2019examiner l\u2019opportunité de se doter de sa propre constitution, d\u2019enchâsser sa Charte des droits et libertés de la personne et de revoir le mode de scrutin en vue d\u2019inviter les citoyens à participer davantage à la construction de la nation québécoise.La réplique québécoise gagnerait, sans doute, à s\u2019appuyer sur une triple démarche : langue, fiscalité et citoyenneté.Il apparaît opportun de faire rapidement porter le débat sur la citoyenneté québécoise : c\u2019est en tout cas ce que pensent certains intervenants comme la Fédération des etudiants universitaires du Québec, le Conseil permanent de le jeunesse, le quotidien Le Devoir, ainsi que divers intellectuels et représentants de la société civile.Le Québec et l'Ouest : deux types d'« affirmationnisme » Les cas du Québec et de l\u2019Ouest canadien correspondent à deux types de mouvement « affirmationniste ».Dans le cas du régionalisme de l\u2019Ouest, nous sommes en présence de provinces en manque de représentation politique dans les institutions centrales et exigeant que leurs demandes soient prises en compte dans l\u2019élaboration des politiques gouvernementales canadiennes.C\u2019est ainsi, par exemple, que les auteurs de la lettre ouverte adressée à Ralph Klein, intitulée « Un programme pour l\u2019Alberta », suggèrent d\u2019utiliser le paragraphe 88 du Renvoi fédéral sur le droit du Québec à la sécession, pour enclencher une reforme des institutions fédérales et, au premier chef, de procéder à la réforme sénatoriale.Dans le cas du Québec, il s\u2019agit de la situation contraire, puisque l\u2019on y constate un consensus grandissant autour de l\u2019idée de voir l\u2019Assemblée nationale assumer davantage de pouvoirs.Par ailleurs, selon un sondage publié en juin 2001 (La Presse, 23 juin), l\u2019idée devoir reconnaître la citoyenneté québécoise reçoit l\u2019appui de 75 % des personnes interrogées.Les mémoires déposés devant la Commission Bélanger-Campeau avaient eu, entre autres, le mérite d\u2019illustrer fermement cette volonté de transférer des compétences au gouvernement du Québec.Le Parti québécois en a fait une revendication L\u2019indifférence à la différence La politique canadienne 36 Mutations sociales et enjeux de société de tous les instants alors que l\u2019Action démocratique et le Parti libéral du Québec souhaitent aujourd\u2019hui, dans la mesure du possible, trouver des formules pratiques pour permettre au Québec d\u2019être entendu.Le désir du Québec et de l\u2019Alberta, par exemple, d\u2019exercer pleinement leurs compétences crée de plus en plus de tensions avec le gouvernement fédéral qui souhaite affirmer son rôle aussi bien dans ses propres champs que dans les champs exclusifs des provinces.En réponse, ces provinces indiquent que le traitement différencié qu\u2019elles exigent ne constitue pas pour autant un traitement « inégal » mais bien la possibilité de mieux répondre aux attentes de leurs propres citoyens.La fermeture du gouvernement fédéral aux demandes formulées par les régions périphériques a provoqué diverses réactions au cours des ans.C\u2019est cette fermeture qui donna lieu à la naissance du Parti national d\u2019Honoré Mercier au siècle dernier, au Progressive Movement au début des années 1920, suivi du Maritime Rights Movement, quelques années plus tard, et à la naissance de plusieurs parus politiques parfois autonomistes, parfois indépendantistes au Québec depuis la Seconde Guerre mondiale.C\u2019est ainsi que la non-reconnaissance du Québec comme société distincte a contribué à y alimenter, d\u2019une part, la montée d\u2019un mouvement national d\u2019affirmation (beaucoup plus que l\u2019apparition d'une forme de régionalisme de confrontation) et, d\u2019autre part, elle a conduit, en isolant le Québec des autres parties du pays, à en faire un «État-région ».La permanence de cet État-région tire sa cohésion d\u2019une personnalité internationale et d\u2019une société civile bien établie et solidaire, tout en étant à la fois le résultat de luttes constantes et de conflits essentiels à la continuité de toute société démocratique.Une autre occasion ratée Le retrait de Lucien Bouchard aurait pu signaler un changement de cap dans la stratégie fédérale concernant le Québec.Beau joueur, le premier ministre Chrétien aurait pu prendre l\u2019initiative en tendant la main aux Québécois et en lançant une réforme constitutionnelle d\u2019envergure.Plutôt que d\u2019inviter les Canadiens à explorer des avenues de solution, Jean Chrétien est resté à l\u2019écart du jeu et a même fermé la porte à toute négociation, donnant ainsi la possibilité aux souverainistes québécois de raviver les espoirs déçus.Les fossoyeurs de l\u2019entente du lac Meech sur la scène fédérale ont ainsi raté une belle occasion de tenter de réparer un tant soit peu leur erreur historique.En se refusant d\u2019explorer de nouvelles formules de gestion de la diversité, les libéraux fédéraux sont devenus, selon les propos d\u2019Alain Dubuc de La Presse, les défenseurs la « pensée unique ».Les leaders politiques à la tête du Québec ne doivent pas eux rater l\u2019occasion qui leur est offerte en conviant l\u2019ensemble des citoyens à la construction d\u2019un projet de société plus humanisant.Pour ce faire, le premier ministre du Québec pourrait chercher à élargir les fondements et les buts poursuivis par son parti, en vue d\u2019en actualiser le projet politique.Le Québec pourrait ainsi sortir du piège de l\u2019ethni-cisme que le régime politique canadien lui tend en affirmant son caractère plurinational et exprimant fermement les valeurs libérales à la base de son projet politique.C\u2019est à ces conditions que le Québec moderne sera en mesure de sortir des ornières actuelles, en faisant le pari de l\u2019ouverture à tous les citoyens et de leur insertion à un projet national réceptif à Mutations sociales et enjeux de société 37 tous les apports, sans pour cela y sacrifier, ainsi qu\u2019avertissait Gérald Larose lors du dépôt du rapport préliminaire de Commission des États généraux sur la situation et l\u2019avenir de la langue française au Québec, l\u2019héritage d\u2019une langue commune.Femmes, jeunes, communautés culturelles, forces progressistes, pourront se sentir d\u2019autant plus à l\u2019aise dans ce projet qu\u2019ils choisiront de se l\u2019approprier.Le défi que le gouvernement du Parti québécois doit relever est aussi celui des autres formations politiques qui aspirent à prendre le pouvoir, puisque tant le Parti libéral de Jean Charest que l\u2019Action démocratique du Québec de Mario Dumont, pour des raisons trop souvent stratégiques, ont délaissé certaines clientèles politiques.Ces partis se privent de la sorte d\u2019un apport important d\u2019idées.Il est à souhaiter que les partis, à court et à moyen terme, repenseront leurs programmes prioritairement en fonction de différences idéologiques pour qu\u2019au-delà des préférences constitutionnelles, des choix de société soient rendus possibles.\u2022 [Sur l'année politique, uoir aussi, p.474] Références Maclure, Jocelyn, Alain-G.Gagnon, (sous la dir.de), Diversité et citoyenneté dans le Québec contemporain, Québec Amérique, Collection Débats, Montréal, 2001.Gagnon, Alain-G., James Tully, (sous la dir.de), Multinational Democracies, Cambridge University Press, Cambridge, 2001.Venne, Michel, (sous la dir.de), Penser la nation québécoise, Québec Amérique, Collection Débats, Montréal, 2000.Traduit en anglais sous le titre de New Thinking and New Approaches to the Quebec Nation, Lorimer, Toronto, 2001.Sites Internet Site de la Commission d\u2019étude sur le déséquilibre fiscal présidée par Yves Séguin : www.desequilibrefiscal.gouv.qc.ca Site de la Commission des États généraux sur la situation et l\u2019avenir de la langue française au Québec, présidée par Gérald Larose: www.etatsgeneraux.gouv.qc.ca Le système des partis Permanence et sclérose du bipartisme Vincent Lemieux Politologue, Université Laval Sauf pour deux périodes, d\u2019environ dix ans chacune, le bipartisme a été une constante du système des partis provinciaux au Québec, au cours du vingtième siècle.Lorsque le siècle a commencé, le Parti libéral et le Parti conservateur occupaient tous les sièges de l\u2019Assemblée législative.Lorsqu\u2019il s\u2019est terminé, le Parti québécois L\u2019indifférence à la différence Le système des partis 38 Mutations sociales et enjeux de société et le Parti libéral ne laissaient qu\u2019un siège sur 125 à l\u2019Action démocratique du Québec.Si le Parti libéral a traversé le vingtième siècle, le Parti conservateur et l\u2019Union nationale, qui furent ses rivaux avant le Parti québécois, sont disparus en cours de route.Le bipartisme ne s\u2019en est pas moins maintenu.Il se limite ou presque, depuis vingt ans, au Parti libéral et au Parti québécois.Que faut-il en penser?Quels sont ses avantages et ses inconvénients, et quelles sont ses chances de survie?Deux périodes de réalignement Dans les années 1930, puis dans les années 1970, le bipartisme traditionnel se transforme en un bipartisme nouveau, non sans quelques soubresauts sur la scène électorale.En 1935, le Parti conservateur, dans l\u2019opposition depuis 1897, s\u2019allie avec l\u2019Action libérale nationale, dissidente du Parti libéral, pour former l\u2019Union nationale.Dirigée par Maurice Duplessis, elle renverse le Parti libéral aux élections de 1936.À la faveur du début de la guerre, le Parti libéral sort cependant vainqueur des élections de 1939, avant d\u2019être défait par l'Union nationale aux élections de 1944, même s\u2019il obtient plus de votes qu\u2019elle.Ces élections donnent à un nouveau parti, le Bloc populaire, dirigé par André Laurendeau, 14% des votes exprimés, mais seulement quatre sièges.En 1948, seuls l\u2019Union nationale et le Parti libéral gagnent des sièges, même si un parti créditiste, l\u2019Union des électeurs, obtient 9% des votes exprimés.On est revenu à un bipartisme strict, et ce, jusqu\u2019en 1970.Les élections de 1970 sont uniques dans l\u2019histoire politique du Québec en ce que quatre partis obtiennent plus de 10% des voix, chacun.Le Parti libéral vient en tête avec 45% des voix et 72 sièges.Le Parti québécois, fondé en 1968, reçoit 23 % des votes exprimés, mais seulement 7 sièges, alors que l\u2019Union nationale en gagne 17 avec 20 % des voix, ce qui lui permet d\u2019être l\u2019opposition officielle.Le Ralliement créditiste, qui ne reçoit pourtant que 11 % des votes exprimés, gagne 12 sièges soit 5 de plus que le Parti québécois.Ces résultats aberrants allaient entraîner des débats sur la réforme de la carte électorale et du mode de scrutin, d\u2019autant plus qu\u2019aux élections précédentes, en 1966, l\u2019Union nationale avait obtenu 56 sièges, avec 41% des votes, alors que le Parti libéral, avec 47% des votes, n\u2019en avait obtenu que 50.Il y a réforme de la carte électorale, avant les élections de 1973, mais le mode de scrutin n\u2019est pas modifié.Seul le Parti québécois est alors en faveur de cette réforme.Les élections de 1973 ont montré que la réforme de la carte électorale était bien insuffisante à assurer une représentation équitable, puisque avec 55% des votes le Parti libéral remportait la quasi totalité des sièges (102 sur 110), le Parti québécois, qui passait de 23% à 30% des votes, par rapport aux élections précédentes, obtenait pourtant un siège de moins qu\u2019en 1970.Après un bref soubresaut de l\u2019Union nationale, en 1976, et la disparition lente des créditâtes au cours des années 1970, on revenait, en 1981, à un bipartisme strict.À peine a-t-il été troublé par les 4 sièges obtenus par le Parti égalité, en 1989, et par l\u2019élection de Mario Dumont, en 1994 et 1998.Le national et le socio-économique Les résultats exceptionnels des élections de 1970 ont été rendus possibles par la plus grande complexité qu\u2019auparavant des Mutations sociales et enjeux de société 39 positions prises par les partis, non seulement sur la question nationale mais aussi sur les questions socio-économiques.Sur la question nationale, le Parti québécois adoptait, en 1970, une position inédite jusqu\u2019à ce jour de la part d\u2019un parti majeur, celle de la souveraineté du Québec.L\u2019Union nationale, quant à elle, se définissait par le slogan égalité ou indépendance», tandis que le Parti libéral, avec son nouveau chef, Robert Bourassa, voulait un fédéralisme coopératif, qui avait été celui du début des années i960.Le Ralliement créditiste n\u2019avait pas de position précise sur ce plan.La variété des positions n\u2019était pas aussi grande sur le plan socio-économique, mais les différences étaient quand même sensibles entre les partis.Les positions du Parti québécois étaient sociales-démocrates.Celles du Parti libéral étaient plus mitigées mais quand même interventionnistes.L\u2019Union nationale s\u2019était convertie à la Révolution tranquille, laissant aux créditâtes le monopole des positions anti-bureaucratiques, associées à la promesse d\u2019un dividende visant à permettre aux consommateurs d\u2019acheter des objets autrement invendus dans les magasins.Il en avait été un peu de même dans les années 1930.À la faveur de la crise économique, l\u2019Action libérale nationale avait pris des positions plus radicales que celles des vieux partis, sur les plans national et socio-économique.L\u2019Union nationale, qui a gouverné de 1936 à 1939, était plus revendicatrice que le Parti libéral sur le plan des rapports avec le gouvernement fédéral, tout en demeurant plus conservatrice que lui sur le plan socio-économique.C\u2019est en bonne partie l\u2019ascendant pris par la question nationale sur les questions socio-économiques qui explique le retour à un bipartisme strict, après les mutations de la fin des années 1930 et du début des années 1940.Aux élections de 1944, et surtout à celles de 1948, le thème principal de la campagne électorale est celui des relations entre le gouvernement du Québec et celui d\u2019Ottawa.Le Parti libéral est défini par l'Union nationale comme le valet des libéraux fédéraux qui gouvernent à Ottawa.La prospérité de l\u2019après-guerre relègue les questions socio-économiques au second plan.Après la victoire du Parti québécois en 1976, le gouvernement prépare le référendum qu\u2019il a promis de tenir avant la fin de son mandat.À l'occasion de ce référendum tenu en 1980, la polarisation sur le plan national s\u2019accentue et rejette dans l\u2019ombre les débats sur le plan socio-économique.C\u2019est pourtant la récession du début des années 1980 qui vient à bout du gouvernement du Parti québécois, battu en 1985, mais les différences entre les deux grands partis sur le plan socio-économique continuent d\u2019être subordonnées à leurs positions sur la question nationale.Avantages et inconvénients du bipartisme Les arguments pour ou contre le bipartisme réfèrent généralement à deux caractéristiques des systèmes de partis, les rapports entre les partis et les rapports à l\u2019intérieur des partis.Pour ce qui est des rapports entre les partis, les arguments en faveur du bipartisme font valoir qu\u2019il assure des gouvernements stables entre les mains d\u2019un parti qui n\u2019a pas à se coaliser avec d\u2019autres pour faire adopter ses politiques.Historiquement, il n\u2019est pas arrivé au Québec, depuis un siècle, que des gouvernements de coalition aient été nécessaires ou encore qu\u2019un parti de gouvernement ait eu besoin de l\u2019appui d\u2019un autre parti pour Permanence et sclérose du bipartisme Le système des partis 40 Mutations sociales et enjeux de société obtenir une majorité des votes au parlement.Les défenseurs du bipartisme ajoutent qu\u2019il permet non seulement des gouvernements stables, mais aussi des gouvernements efficaces, qui disposent généralement d\u2019un avantage marqué sur l\u2019opposition et qui peuvent ainsi gouverner à leur guise.Le bipartisme aurait aussi pour avantage d\u2019opposer deux grands partis qui n\u2019ont pas un caractère trop idéologique parce qu\u2019ils doivent concilier, à l\u2019intérieur d\u2019eux-mêmes, différentes tendances.Il peut arriver qu\u2019un grand parti de gouvernement ait, pendant un certain temps, un caractère idéologique marqué, comme ce fut le cas du Parti québécois de 1976 à 1981.Il est toutefois condamné, à plus ou moins longue échéance, à se donner un caractère plus pragmatique s\u2019il ne veut pas donner trop de chances à ses adversaires de lui ravir les électeurs qui ne croient pas ou ne croient plus aux causes qu\u2019il défend.Les arguments favorables au pluripartisme prennent le contre-pied des arguments précédents.Ainsi, l\u2019instabilité des gouvernements de coalition serait grandement exagérée.Les cas souvent cités de la France des années 1950, de l\u2019Italie et d\u2019Israël seraient l\u2019exception plutôt que la règle.Les pays Scandinaves, la Suisse, l\u2019Allemagne et la France, depuis 1981, donneraient des exemples convaincants que les gouvernements de coalition sont souvent aussi stables et aussi efficaces que les gouvernements d\u2019un seul parti.La possibilité de coalition permettrait aux débats politiques entre les partis d\u2019éviter la recherche abusive de la confrontation pour favoriser la conciliation.Cela tiendrait au fait que les partis savent qu\u2019ils pourront être appelés à gouverner un jour avec certains de leurs adversaires et qu\u2019ils doivent pour cela les ménager.Cette recherche de conciliation, plus grande que dans le bipartisme, permettrait une gouverne plus efficace parce que plus sensible aux objections et suggestions des opposants.Les partisans du pluripartisme sont critiques envers le caractère pragmatique et souvent opportuniste des positions prises par les deux grands partis, en bipartisme.Pour eux, c\u2019est entre les partis plutôt qu\u2019à l\u2019intérieur d\u2019eux-mêmes que doivent se faire les arbitrages entre les positions opposées.L\u2019existence de petits partis, au voisinage des grands partis, aurait aussi l\u2019avantage d\u2019obliger ceux-ci à demeurer ouverts au changement, ce qui n\u2019arrive guère en bipartisme à moins d\u2019une défaite électorale sévère qui amène un grand parti à se redéfinir.À observer la situation politique actuelle, au Québec, sur la scène provinciale, il est justifié de penser que le bipartisme, qui oppose depuis vingt ans le Parti québécois et le Parti libéral, a plus d\u2019inconvénients que d\u2019avantages.Sur le plan national, les débats sont usés et sans grand avenir, si on pense avec raison que l'indépendance du Québec ne se fera pas, pas plus qu\u2019une réforme importante du fédéralisme canadien.Sur le plan socioéconomique, les partis se cantonnent le plus souvent dans leurs rôles d\u2019avocats de la défense et d\u2019avocats de l\u2019accusation, selon qu\u2019ils sont au gouvernement ou dans l\u2019opposition.Est-il possible de sortir de ce bipartisme devenu stérile?Et si oui, à quelles conditions?Nous voudrions, pour finir, répondre à ces deux questions.Les chances d'un pluripartisme Pour sortir du bipartisme, il faudrait d\u2019abord que se produise une situation un Mutations sociales et enjeux de société 41 peu semblable à celle de 1970, alors que deux nouveaux partis, le Parti québécois et le Ralliement créditiste, ont imposé dans le débat politique puis dans le débat électoral des «causes» nouvelles auxquelles les électeurs se sont montrés sensibles.Il y a actuellement quelques aspirants à l\u2019expression de telles causes, dont l\u2019Action démocratique du Québec et l\u2019Union des forces progressistes.Cependant, dans l\u2019un et l\u2019autre cas, il n\u2019est pas sûr que ces partis peuvent obtenir le nombre ou la concentration de votes nécessaires pour faire élire plusieurs candidats aux prochaines élecüons.Il pourrait en être autrement s\u2019il y avait modification du mode de scrutin.L\u2019Action démocratique a obtenu aux élections de 1998 un pourcentage de votes (12%) un peu supérieur à celui du Ralliement créditiste en 1970.Pourtant elle n\u2019a fait élire qu\u2019un député, son chef Mario Dumont, alors que les créditistes en avaient fait élire douze, en 1970, grâce à une forte concentration de leurs votes dans certaines régions.Pour devenir un tiers parti, voire un parti majeur, il ne suffira pas à l\u2019Action démocratique de défendre la cause d\u2019un moratoire en matière de référendum et celle d\u2019une société plus démocratique.Il lui faudra se démarquer des deux partis traditionnels sur le plan socio-économique, ce qu\u2019elle a commencé à faire, et recruter des leaders régionaux qui donnent de la visibilité à son option, une fois qu\u2019elle l\u2019aura définie.L\u2019Union des forces progressistes, qui est encore une coalition davantage qu\u2019un parti, cherche à se définir avant tout sur le plan socio-économique, contre les positions néolibérales et «mondialisantes» des deux grands partis, même si elle se déclare aussi indépendantiste.Tant qu\u2019elle demeurera surtout montréalaise, l\u2019Union a peu de chances de s\u2019imposer sur la scène électorale, à moins d'un changement important du mode de scrutin.Si elle réussit à mobiliser des appuis dans les régions défavorisées sur le plan socio-économique, ses chances de réussir seront sans soute meilleures.Bipartisme et mode de scrutin Il est arrivé trois fois depuis 1944 que le parti qui a obtenu le plus de votes à une élection provinciale a eu moins de sieges que le parti appelé à former le gouvernement.Dans les trois cas, c\u2019est le Parti libéral qui a été victime de cette injustice.En 1944, même s\u2019il a 40 % des votes contre 36% à l\u2019Union nationale, c\u2019est cette dernière qui forme le gouvernement.En 1966, l\u2019injustice est encore plus grande, puisque les 47 °/o du vote obtenus par les libéraux ne leur donnent que 50 sièges, contre 56 a l\u2019Union nationale, qui n\u2019a pourtant obtenu que 41 °/o des suffrages.En 1998, le Parti québécois obtient 75 sièges, contre 48 au Parti libéral qui a pourtant reçu l\u2019appui de 44% des votants contre 43% au Parti québécois.Les tiers partis, quand leur vote n\u2019était pas suffisamment concentré sur le territoire, ont eux aussi été traités injustement.Ainsi, les 12 % obtenus par l\u2019Action démocratique, en 1998, ne lui ont donné qu\u2019un seul siège.C\u2019est 75 fois moins que le Parti québécois, qui n\u2019avait pourtant que trois fois et demi plus de votes qu\u2019elle.Si, au début des années 1980, le gouvernement du Parti québécois est venu près de modifier le mode de scrutin pour le rendre plus proportionnel, le gouvernement de ce parti n\u2019a pris, depuis 1994, aucune initiative en ce sens.Le Parti libéral et l\u2019Action démocratique sont favorables à des changements mais ils n\u2019en font pas une priorité, à la différence de l\u2019Union des Permanence et sclérose du bipartisme Le système des partis 42 Mutations sociales et enjeux de société forces progressistes qui réclame l\u2019instauration d\u2019un mode de scrutin proportionnel.Il ne faut pas compter sur les deux grands partis pour promouvoir et possiblement faire adopter un mode de scrutin plus proportionnel.Quand ils dirigent le gouvernement, ils profitent de la prime plus ou moins grande en siège que leur assure le mode de scrutin disproportionnel qu\u2019est le mode de scrutin majoritaire uninominal à un tour.Il serait d'ailleurs plus exact de dire « pluralitaire » puisqu\u2019il suffit d\u2019une pluralité des votes pour être élu ! Quand un grand parti est dans l\u2019opposition, il endure sa sous-repré-sentation en attendant de jouir de la surreprésentation quand il dirigera à son tour le gouvernement.Quant aux tiers partis et aux autres groupes ou experts, qui réclament des changements, ils ne pèsent pas lourd auprès de la résistance passive ou active des deux grands partis.Pour que les circonstances redeviennent favorables au changement, il faudrait ou bien une situation apparentée à celle de 1966 ou encore apparentée à celle de 1973, où le Parti libéral, avec 55% des votes, avait raflé 91 °/o des sièges.Si une réforme a lieu, elle ne consistera sans doute pas à instaurer un mode de scrutin proportionnel, mais plutôt un mode de scrutin mixte.Une majorité des députés seraient élus selon le mode de scrutin actuel dans des circonscriptions plus populeuses, les autres élus étant désignés selon un mode proportionnel quelconque pour faire en sorte que les écarts soient moins grands entre les pourcentages de votes et les pourcentages de sièges.De tels modes de scrutin mixtes tendent d\u2019ailleurs à se répandre à travers le monde depuis dix ou vingt ans.Les modalités d\u2019attribution des sièges, selon la composante proportionnelle d\u2019un mode de scrutin mixte, sont très nombreuses, et leurs facteurs de correction de la disproportion entre les votes et les sièges sont très variables.Une réforme du mode de scrutin qui aille dans le sens d\u2019une plus grande proportionnalité permettrait sans doute de remédier à la sclérose du bipartisme actuel et des débats parlementaires où il s\u2019exerce.Toutefois, cette réforme ne contribuerait à faire éclater le bipartisme que si un ou quelques partis se définissent avant tout sur le plan socio-économique, plus à gauche ou plus à droite que les deux partis traditionnels, et que s\u2019ils obtiennent un soutien populaire suffisant.Vers un nouveau réalignement?Sur la scène provinciale, au Québec, les réalignements passés se sont produits à tous les 35 ou 40 ans.En 1897, le Parti libéral a remplacé le Parti conservateur Références Massicotte, Louis et André Bernard, Le scrutin au Québec: un miroir déformant, Hurtubise HMH, Montréal, 1985.Pelletier, Réjean, Partis politiques et société québécoise.De Duplessis à Bourassa ig44-1970, Québec Amérique, Montréal, 1989.Lemieux, Vincent, Le Parti libéral du Québec.Alliances, rivalités et neutralités, Les Presses de l\u2019Université Laval, Sainte-Foy, 1993.Cliche, Paul, Pour réduire le déficit démocratique: le scrutin proportionnel, Les éditions du Renouveau québécois, Montréal, 1999. Mutations sociales et enjeux de société 43 comme parti dominant.Quarante ans plus tard, l\u2019Union nationale a pris la place du Parti conservateur face au Parti libéral.Trente-cinq ans plus tard, le Parti québécois a obtenu ses premiers succès sur la voie qui allait le mener à devenir un parti majeur.11 y a maintenant de cela un peu plus de trente ans.Nous sommes peut-être à la veille d\u2019un nouveau réalignement qui pourrait se concrétiser dans les cinq ou dix prochaines années.\u2022 [Sur les partis, voir aussi p.497 et suiu.] La question linguistique à Montréal Immigration et intégration: une crise qui n'a pas eu lieu Victor Piché Démographe, Université de Montréal Un des points marquants de l\u2019année 2001 aura certes été la reprise du débat linguistique provoquée par la mise sur pied à l\u2019automne 2000 des États généraux sur la situation et l\u2019avenir de la langue française au Québec.D\u2019emblée, le document de consultation de la Commission des États généraux pose la question des transferts linguistiques.Le premier mandat est d\u2019ailleurs défini comme suit : \u2022 Préciser et analyser les plus importants facteurs qui influencent la situation et l\u2019avenir de la langue français au Québec en fonction de l\u2019évolution des principaux indicateurs, en particulier celui du taux de transferts linguistiques.Tout était donc en place pour une année chaude sur le plan linguistique.Dans les faits, «la crainte de la crise» appréhendée (Geruais, 2000) n\u2019a pas eu lieu et cela est dû essentiellement à l\u2019évolution démolinguistique des 25 dernières années (depuis la loi 101 de 1976) qui non seulement contredit le postulat à la base de la création de la Commission, mais montre qu\u2019il était faux au point de départ.Ce postulat a été bien exprimé par la ministre Louise Beaudoin en réponse à un éditorial d\u2019Alain Dubuc (La Presse, 9 octobre 1999) : « Les militants du Parti québécois, tout comme les membres du gouvernement du Québec, croient (.) que dans une perspective d\u2019intégration, il importe que l\u2019île de Montréal compte une masse critique de francophones, c\u2019est-à-dire de personnes dont le français est la langue maternelle et la langue parlée à la maison.» Évidemment, on s\u2019attendait à une guerre des chiffres, surtout mais non exclusivement entre démographes, sur la situation réelle du français au Québec et de façon encore plus stratégique à Montréal.Cette guerre n\u2019a pas vraiment décollé et on verra qu\u2019elle est complètement absente du rapport de la Commission des États généraux sur la situation de la langue française soumis en juin 2001.Permanence et sclérose du bipartisme La question linguistique à Montréal 44 Mutations sociales et enjeux de société Du bon usage des indicateurs démolinguistiques Le français est-il menacé au Québec, et particulièrement à Montréal ?Tout dépend des indicateurs retenus.On pourrait penser qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une vulgaire guerre de chiffres, d'un débat qui ne concernerait que les experts.Dans les faits, il s\u2019agit bien plus de choix qui reposent sur des modèles concurrents d\u2019intégration linguistique.Il existe plusieurs types d\u2019indicateurs d\u2019intégration selon que l\u2019on poursuive des objectifs d\u2019acculturation, d\u2019assimilation, de conversion, d\u2019adaptation ou encore d\u2019accommodement.Donc, les critères de la pertinence d\u2019un indicateur ne peuvent que découler des objectifs politiques poursuivis.Quels sont ces objectifs au Québec?Ceux-ci ont été d\u2019abord définis dans le cadre de la Charte de la langue française en 1978 et précisés par la suite de façon claire et limpide dans l\u2019Énoncé de politique d\u2019immigration et d\u2019intégration du Québec adopté en 1992.En gros, les objectifs définissent deux orientations fondamentales : une première qui adopte un modèle d\u2019intégration pluraliste, rejetant ainsi le modèle assimilationniste, et une deuxième qui vise la francisation des immigrants dans la sphère publique.Une première conclusion s\u2019impose donc: compte tenu de ces objectifs politiques, il faut rechercher un indicateur qui permette de mesurer la situation de la langue française dans la sphère publique.En bref, pour revenir aux indicateurs, seuls les indicateurs linguistiques qui font référence au français comme langue publique commune sont pertinents pour faire le suivi de l\u2019évolution des transferts linguistiques.Dans le débat linguistique, plusieurs indicateurs sont utilisés pour décrire la situation de français au Québec et à Mont- réal.II est vrai que nous sommes en presence de données de plus en plus nombreuses et ce n\u2019est pas toujours facile pour les non spécialistes de s\u2019y retrouver.Il faut souligner d\u2019emblée que le débat ne porte pas sur les chiffres eux-mêmes mais bien sur le choix des indicateurs et éventuellement de leur interprétation.Pendant longtemps, en absence d\u2019autres données, ce sont les indicateurs basés sur les questions de recensement qui ont été les plus utilisés.Même avec ces données, à la question «quelle est la proportion des francophones au Québec et à Montréal ?», on peut suggérer plusieurs réponses comme l\u2019indique le tableau 1.Voyons-y de plus près.Langue maternelle.C\u2019est la première langue apprise et encore comprise.Au Québec, le pourcentage de la population dont la langue maternelle est le français était de 80,7% en 1971, de 81,9 en 1991 et de 81,3 en 1996 (voir tableau 1).Pour Montréal, nous pouvons retenir, soit Montréal métropolitain où l\u2019indicateur passe de 66,2% en 1971 à 67,7 en 1991 et 67,5 en 1996, soit l\u2019île où les indicateurs sont plus faibles et où la baisse des francophones est plus marquée.Étant donné la faible fécondité au Québec (certains parlent de sous-fécondité), cet indicateur est très sensible à la migration internationale de sorte qu\u2019en période où l\u2019immigration est importante, comme c\u2019est le cas depuis quelques années, les proportions de francophones, comme d\u2019anglophones d\u2019ailleurs, vont automatiquement diminuer au profit des allophones.Il ne faut pas être grand mathématicien pour saisir cette relation entre immigration et proportion d\u2019allophones.Pour les francophones, l\u2019on aurait pu s\u2019attendre d\u2019ailleurs à une plus forte baisse que celle annoncée dans les chiffres Mutations sociales et enjeux de société 45 Tableau 1 Pourcentage que représentent les francophones selon trois définitions de recensement, Québec et régions, 1971,1991 et 1996 \t\t\t\t Québec\t1971\t80,7\t80,8\t88,4 \t1991\t81,9\t83,2\t93,5 \t1996\t81,3\t83,1\t93,8 Montréal (RMR)\t1971\t66,2\t66,3\t79,5 \t1991\t67,7\t69,9\t88,7 \t1996\t67,5\t70,4\t89,5 Montréal (île)\t1971\t61,0\t61,2\t76,4 \t1991\t55,5\t58,1\t83,8 \t1996\t52,8\t56,6\t84,1 * Français seulement + français et anglais de Statistique Canada.Quelle que soit l\u2019ampleur de cette baisse, elle ne doit pas nous surprendre puisqu\u2019elle est le résultat de notre politique d\u2019immigration.Cet indicateur ne peut donc être utilisé pour établir la situation du français au Québec.D\u2019ailleurs, il faut comprendre que, du point de vue de la langue commune qui nous concerne ici, la catégorie allophone a peu de sens puisque la vie publique, comme on le verra plus loin, se déroule majoritairement en français et un peu en anglais.Langue d\u2019usage à la maison.C\u2019est la langue le plus souvent parlée au foyer.Pour plusieurs personnes, la langue d\u2019usage et la langue maternelle peuvent être la même.Que révèle cet indicateur?Pour le Québec, on observe une légère augmentation de la proportion de la population parlant français à la maison entre 1971 et 1991 et une quasi-stabilité entre 1991 et rggô.Par contre, pour le Montréal métropolitain, l\u2019indicateur est en hausse alors que pour l\u2019île, il est en baisse.La différence entre les « deux Montréal » tient au phénomène de l\u2019étalement urbain, la proportion des francophones ayant quitté l\u2019île pour la banlieue étant plus élevée que celle des autres groupes.Ici aussi la mathématique joue : l\u2019exode des francophones va automatiquement faire augmenter la proportion des allophones dans Pile de Montréal.De plus, comme pour la langue maternelle, l'immigration contribue à faire augmenter la proportion des personnes parlant leur langue d\u2019origine à la maison, et par le fait même à faire diminuer la proportion de francophones surtout dans l\u2019île de Montréal où se concentre le gros de l\u2019immigration.C\u2019est cet indicateur qui est le plus utilisé par les « alarmistes » pour justifier un resserrement des lois linguistiques, surtout en référence à Pile de Montréal.Or, cet indicateur relève essentiellement de la vie privée et constitue davantage un indicateur d\u2019assimilation qu\u2019un indicateur d\u2019intégration à la sphère publique.À ce titre, comme la langue maternelle, il n\u2019est pas adéquat pour établir la situation du Immigration et intégration : une crise qui n\u2019a pas lieu La question linguistique à Montréal 46 Mutations sociales et enjeux de société français au Québec au regard de la politique québécoise en matière de francisation des immigrants.Mais il y a plus.Nous touchons ici à un autre objet fondamental du débat linguistique, à savoir la validité de la question sur la langue d\u2019usage à la maison (et par le fait même la pertinence de la notion de transfert linguistique d\u2019une langue maternelle à une autre langue d\u2019usage à la maison).Deux problèmes se posent à ce sujet.Premièrement, cet indicateur capte mal le multilinguisme croissant chez la population immigrante, et cela est particulièrement vrai pour le cas spécifique de Montréal.En effet, Montréal se distingue des autres métropoles canadiennes par le multilinguisme de sa population allo-phone.Ainsi, au recensement de 1996, la question sur la connaissance des langues officielles permet de constater que 47% des allophones du Québec se déclarent trilingues, comparativement à seulement 5% pour le reste du Canada (Lamarre, 2001).Deuxièmement, l\u2019indicateur «langue d\u2019usage» sous-estime l\u2019utilisation du français (et de l\u2019anglais) au foyer.Pour remédier à ce problème, le recensement de 2001 a ajouté un deuxième volet à la question sur la langue le plus souvent parlée à la maison : on a ainsi demandé si une autre langue est utilisée «régulièrement» à la maison.Certains tests préalables au recensement de 2001 ont permis de constater que l\u2019ancienne question sous-estimait effectivement le taux de rétention linguistique des francophones hors-Québec dans un ordre d\u2019environ 10% (Marmen, 2001).l\u2019anglais (les bilingues).Selon cet indicateur, la proportion de personnes connaissant le français passe de 88,4% en 1971 à 93,8% en 1996.Cette augmentation est valable également à la fois pour le grand Montréal (RMR) et l\u2019île de Montréal.Pour cette dernière, le pourcentage de francophones passe de 76,4% en 1971 à 84,1% en 1996.C\u2019est l\u2019indicateur qui donne le plus haut pourcentage de francophones.Pour plusieurs, il s\u2019agit d\u2019un indicateur difficile à interpréter dans la mesure où ce sont les personnes qui auto-évaluent leur connaissance des langues et que cette auto-évaluation peut varier d\u2019une personne à une autre.C\u2019est présentement le seul indicateur provenant du recensement qui permet de sortir du domaine privé puisque l\u2019on peut faire l\u2019hypothèse que si les personnes connaissent le français, c\u2019est qu\u2019elles l\u2019utilisent dans la vie courante.Néanmoins, si l\u2019on se fie à l\u2019indicateur de la langue d\u2019usage privé, la connaissance du français langue officielle surestime trop la réalité pour être retenue comme indicateur dans le débat démolinguistique.Heureusement, le recensement de 2001, pour la première fois, s\u2019aventure sur la question de la langue de travail et procurera des informations intéressantes sur une facette essentielle de la sphère publique.On le voit bien, les données du recensement, du moins jusqu\u2019à celui de 2001, sont inadéquates pour mesurer le degré d\u2019utilisation du français dans le domaine public.Dans ce contexte, seules les données d\u2019enquête peuvent pour le moment alimenter un tel indicateur.Deux indicateurs récents sont particulièrement révélateurs : il s\u2019agit de l\u2019indicateur de la langue d'usage publique suggéré par Conseil de la langue française et celui sur l\u2019utilisation du français par les immigrants dix ans Connaissance des langues ojjïdelles.À partir de ce critère, on peut définir les francophones comme les personnes qui connaissent le français seulement et le français et Mutations sociales et enjeux de société 47 après leur arrivée (indicateur longitudinal).Langue d'usage publique.En 1997, le Conseil de la langue française a proposé un nouvel indicateur calcule à partir d\u2019une série de questions (enquête par échantillon) sur l\u2019utilisation de la langue dans divers domaines de la vie.Nous présentons cet indicateur dans le tableau 2 en le comparant aux trois autres indicateurs.On constate que cet indicateur (dernière ligne) donne des pourcentages de francophones tant au Québec qu\u2019à Montréal (RMRet ile) plus élevés que ceux basés sur la langue maternelle et d\u2019usage.Encore une fois, cela n\u2019est pas surprenant dans la mesure où les deux premiers indicateurs ne permettent pas de savoir quelle langue utilisent les allophones à l\u2019extérieur du foyer.La sous-estimation des francophones dans l\u2019île est particulièrement frappante, surtout avec les deux premiers indicateurs.Ils sont d\u2019ici.Un deuxième indicateur provient de l\u2019enquête ÉNI (Établissement des Nouveaux Immigrants, Renaud et al., 2001).Cette source d\u2019information fournit pour la première fois un indicateur de nature longitudinale: il nous indique ici quelle langue est parlée le plus souvent à l\u2019extérieur de la maison avec des personnes autres que les parents ou amis.Après dix ans de vie au Québec, l\u2019usage du français prédomine nettement dans la cohorte etudiee (celle arrivée à Montréal en 1989) : 60,7% de ces immigrants utilisent le français de façon exclusive et 13,5% l\u2019utilisent tout autant qu\u2019une autre langue (soit l\u2019anglais ou une autre langue).En bref, c\u2019est 74,2% de ces immigrants dont le français constitue la langue d\u2019usage (Renaud et al., 2001: 105).Si l\u2019on ajoute à cela le fait que 80% des répondants semblent avoir acquis une bonne connaissance du français oral, on comprend pourquoi les auteurs ont choisi comme titre de leur rapport : Ils sont maintenant d'ici ! Évidemment, la validité de ce genre d\u2019indicateur dépend de la qualité de l\u2019échantillon.Deux problèmes importants et inévitables caractérisent ce type d\u2019enquête.Premièrement, sur 10 ans, un nombre important de répondants manquent à l\u2019appel (pertes échantillonnales) : de 1000 au départ il en reste 429 au dernier passage 10 ans plus tard.Contrairement aux autres enquêtes, grâce à la connaissance de l\u2019échantillon de départ, il est possible de comparer les caractéristiques de cet Tableau 2 Pourcentage de francophones en 1996 - comparaison de quatre indicateurs \t\t\t 1.Langue maternelle\t81.3\t67,5\t52,8 2.Langue d'usage\t83,1\t70,4\t56,6 3.Connaissance des langues officielles\t93,8\t89,5\t84,1 4.Langue publique (1997) français seulement\t82,0\t70,0\t61,0 surtout le français\t5,0\t8,0\t10,0 Total\t87,0\t78,0\t71,0 Immigration et intégration : une crise qui n\u2019a pas lieu La question linguistique à Montréal 48 Mutations sociales et enjeux de société échantillon avec celles de l\u2019échantillon restant.Les analyses ont ainsi montré que ces caractéristiques ne sont pas biaisées de façon systématique entre les divers passages de l\u2019enquête de sorte que les pertes échantillonnais n\u2019affectent pas les résultats.Le deuxième problème concerne la représentativité de la cohorte retenue pour l\u2019étude.En effet, si cette cohorte de 1989 était « différente » par rapport aux autres cohortes (celles la précédant ou celles la suivant), il serait difficile de généraliser les résultats.Cela serait particulièrement vrai si la cohorte était plus «française» que les autres.D\u2019une part, cela n\u2019est pas le cas (depuis 1990 par exemple, la proportion de l\u2019immigration francophone varie entre 40% et 45%).D\u2019autre part, lorsque l\u2019on considère uniquement l\u2019intégration linguistique des allophones (langue maternelle) dans l'enquête ÉN1, l\u2019indicateur d\u2019utilisation du français comme langue publique ne change pas.Bref, on peut considérer l\u2019indicateur longitudinal, basé sur le comportement linguistique de la cohorte de 1989 10 ans après leur arrivée, comme étant un indicateur fiable de la situation de l\u2019intégration linguistique des immigrants.sonnes provenant des banlieues et cela ne peut qu\u2019affecter l\u2019usage des langues dans la vie publique (commerce, entreprises, études, etc.).Par exemple, une étude récente du Conseil de la langue française montre qu\u2019une part importante des personnes travaillant dans l\u2019île n\u2019y demeuraient pas (soit plus du tiers), ce qui « met en évidence que, pour plusieurs citoyens, le lieu de résidence est dissociée du lieu d\u2019exercice des activités publiques » (Béland, 2001).Alarmisme non fondé Pour affirmer que le français est menacé à Montréal, il faut vraiment faire exprès pour choisir les indicateurs les plus alarmistes et les plus éloignés de la réalité démolinguistique.Il suffit par exemple d\u2019utiliser la langue d\u2019usage parlée à la maison par les résidants de l\u2019île de Montréal, de calculer des transferts entre langue maternelle et langue d\u2019usage privé et de faire ensuite des projections sur cette base.11 faut comprendre que ce type de raisonnement sert ensuite à justifier le resserrement de la législation linguistique.Or, de tels choix ne sont pas justifiés car non seulement cachent-ils le dynamisme réel du français dans l\u2019ensemble du Montréal métropolitain, mais ils ne correspondent pas du tout à la politique de francisation depuis la loi 101, ni à la politique d\u2019intégration des immigrants depuis le début des années 90.Cette politique en est une d\u2019intégration au français comme langue commune, donc dans la sphère publique et non une politique d\u2019assimilation qui se mesure, entre autres, par l\u2019adoption du français dans la vie privée.Bref, le bilan démolinguistique, compte tenu des objectifs de la politique québécoise en matière de langue, est très positif.Les indicateurs de la langue publi- Quel Montréal ?Outre le choix des indicateurs, il faut également examiner la pertinence de l\u2019île de Montréal comme réfèrent spatial dans la dynamique démolinguistique.Pour plusieurs, du point de vue de la dynamique linguistique, l\u2019île de Montréal ne constitue pas un choix approprié, étant donné les nombreux échanges entre la banlieue et l\u2019île de sorte que la vie en français dans l\u2019île ne peut pas se limiter aux seuls résidants.En effet, il est évident que l\u2019île est fréquentée par un nombre important de per- Mutations sociales et enjeu* de société 49 que nous permettent de conclure qu\u2019au Québec et à Montréal, c\u2019est en français que ça se passe.Le rapport des États généraux: un acquis et une ambiguïté L\u2019un des premiers mandats de la Commission était d\u2019analyser les transferts linguistiques comme un des facteurs les plus déterminants de la situation actuelle et de l\u2019avenir de la langue française au Québec ; le rapport soumis en juin 2001 n\u2019a pas du tout mordu à cet hameçon alarmiste et a évité ainsi de faire des immigrants les boucs-émissaires du débat démolinguistique.C\u2019est un acquis historique qui mérite d\u2019être fortement souligné.Par contre, le rapport de la Commission relance le débat sur la citoyenneté en des termes assez ambigus.En gros, il reprend les mêmes thèmes que ceux du Forum naüonal sur la citoyenneté et l\u2019intégration tenu à Québec les 21 et 22 septembre 2000.En particulier, l\u2019insistance sur le « contrat moral qui engage tous les Québécois et Québécoises envers la langue française et la culture québécoise commune » véhicule un modèle assimiladoniste qui Références Béland, Paul, Les langues d\u2019usage public dans l\u2019espace sociolinguistique montréalais, États généraux sur la situation et l\u2019avenir de la langue française au Québec, Journées thématiques sur les enjeux démographiques et l\u2019intégration des immigrants, Université de Montréal, 25-26 janvier 2001.Commission des États généraux sur la situation et l\u2019avenir de la langue française au Québec, Le français, parlons-en, Document de consultation et démarche de la commission, 2000.Commission des États généraux sur la situation et l\u2019avenir de la langue française au Québec, L\u2019avenir du français au Québec: une nouvelle approche pour de nouvelles réalités, Forum national, 5-6 juin 2001.Conseil des relations interculturelles, Intégrer tous les citoyens dans un Québec démocratique et pluraliste, Éléments de réflexion et pistes d\u2019action en vue du Forum national sur la citoyenneté et l\u2019intégration, septembre 2000.Conseil des relations interculturelles, Intégration et langue française: une affaire de réciprocité pour la société québécoise.Mémoire présenté à la Commission des États généraux sur la situation et l\u2019avenir de la langue française au Québec, 12 mars 2001.Gervais, Stéphan, « Le débat linguistique : le retour à la une et la crainte de la crise », dans Québec 2001, sous la dir.de Roch Côté, Fides, Montréal, 2000.Juteau, Danielle, Ambiguïtés de la citoyenneté au Québec, Les grandes conférences Desjardins, Programme d\u2019études sur le Québec, Université McGill, 23 novembre 2000.Lamarre, Patricia, Le multilinguisme des jeunes allophones à Montréal, États généraux sur la situation et l\u2019avenir de la langue française au Québec, Journées thématiques sur les enjeux démographiques et l\u2019intégration des immigrants, Université de Montréal 25-26 janvier 2001.Marmen, Louise, Les langues parlées à la maison : du «plus souvent» à « régulièrement», communication présentée à l\u2019ACFAS, Sherbrooke, 16-18 mai 2001.Piché, Victor, « Pour en finir avec l\u2019obsession linguistique», La Presse, 16 octobre 1999.Piché, Victor, Vers un indicateur de réceptivité sociale, États généraux sur la situation et l\u2019avenir de la langue française au Québec, Journées thématiques sur les enjeux démographiques et l\u2019intégration des immigrants, Université de Montréal, 25-26 janvier 2001.Québec, Forum national sur la citoyenneté et l'intégration, Document de consultation, Ministère des Relations avec les citoyens et de l\u2019Immigration, Québec, 21-22 septembre 2000.Renaud, Jean, Lucie Gingras, Sébastien Vachon, Christine Blaser, Jean-François Godin, Benoît Gagné, Ils sont maintenant d\u2019ici ! Les dix premières années au Québec des immigrants admis en ig8g, Ministère des Relations avec les citoyens et de l\u2019Immigration, Collection Études, recherches et statistiques, Montréal, 2001.Immigration et intégration : une crise qui n\u2019a pas lieu La question linguistique à Montréal 50 Mutations sociales et enjeux de société laisse peu de place au pluralisme.La Commission présente d\u2019ailleurs les deux paradigmes en matière d\u2019intégration, le canadien et le québécois, comme étant tout à fait opposés alors que dans les faits les deux se veulent inclusifs, civiques et multiculturels.Malgré plusieurs références au fait que l\u2019approche québécoise « reconnaît les apports historiques et culturels de toutes ses composantes comme partie intégrante de l\u2019identité québécoise, l\u2019ambiguïté quant au contenu de la notion de citoyenneté québécoise demeure entière.Il y a consensus présentement sur le fait que le français est la langue de communication commune au Québec et que les indicateurs pertinents montrent un progrès considérable dans l\u2019utilisation du français dans la place publique.Il est temps de sortir du carcan liant de façon trop exclusive la problématique de la survie de langue française à celle de l\u2019immigration.Pour plusieurs, ce n\u2019est pas du côté de l\u2019immigration ni du côté des immigrants qu\u2019il faut chercher des solutions mais plutôt du côté de la société québécoise prise globalement.Il faut donc faire du défi linguistique un défi global qui concerne toute la population.En particulier, les deux plus grands défis devant nous concernent le français dans les milieux de travail, compte tenu des pressions de la mondialisation et du type d\u2019accueil que la société réserve à ses nouveaux membres.À ce sujet, seul le modèle de la citoyenneté pluraliste parait devoir s\u2019appliquer au Québec d\u2019aujourd\u2019hui (Conseil des relations interculturelles, 2000).\u2022 [Sur la fécondité, noir aussi p.108 ; sur la politique linguistique des partis, uoir article p.538 ; sur la citoyenneté', uoir aussi p.32] Pour un Québec inclusif et pluraliste Danielle luteau a bien montré les ambiguïtés de la citoyenneté au Québec, en particulier l\u2019imbrication de la citoyenneté et de la nationalité qui « se dissolvent l\u2019une dans l\u2019autre».Elle conclut, à partir d\u2019une analyse de certains textes, que ce qui se dégage « c\u2019est le besoin de créer l\u2019attachement et de renforcer l\u2019appartenance au Québec [.], d\u2019institutionnaliser une identité nationale forte et d\u2019y subordonner les autres ».Dans le glissement que fait la Commission entre langue commune et culture commune, on pourrait déceler les mêmes tendances. Mutations sociales et enjeux de société 51 Le débat sur les fusions municipales La longue et tortueuse évolution de l'aménagement du territoire Louis Guay Département de sociologie, Université Laval Le législateur a décidé de la fusion des municipalités formant le cœur des trois principales régions urbaines du Québec et déjà réunies, pour certaines responsabilités, dans des Communautés urbaines.La décision, qui a soulevé beaucoup de protestations, a été, en partie, fondée sur des raisons qui ont trait à l\u2019aménagement et au développement des grandes agglomérations urbaines.En effet, selon les arguments plaidant en faveur de la fusion, la fragmentation municipale ne répond plus aux exigences actuelles des zones urbaines en matière de développement et d\u2019aménagement.Elles doivent, dans un contexte de mondialisation, mieux planifier l\u2019utilisation de leur territoire.Or, le débat sur les fusions municipales plonge des racines assez profondes dans notre histoire.Dès le moment où se forment des agglomérations urbaines de grande taille, la question de coordonner les interventions publiques sous une même autorité s\u2019est posée.Nous aimerions retracer l\u2019évolution, sur une longue période, de l\u2019aménagement du territoire au Québec conçu comme réponse à des problèmes particuliers et comme volonté de gestion du territoire, de ses ressources et de son développement.Dans cette histoire, la question de l\u2019unité territoriale significative pour mener à bien une politique d\u2019aménagement sera régulièrement posée.Bien que, du point de vue de l\u2019aménagement, la fusion municipale est un moyen plus qu\u2019une fin, toute politique d\u2019aménagement est aussi une politique territoriale d\u2019étendue variée.Plus que la simple occupation Aménager le territoire, c\u2019est intervenir de manière volontaire et concertée sur la répartition des équipements et des activités dans l\u2019espace en fonction d\u2019un plan préétabli ou d\u2019un ordre spatial que l\u2019on veut construire.C\u2019est différent alors de la simple occupation de l\u2019espace, qui certes structure l\u2019espace, mais sans plan et sans concertation.L\u2019aménagement du territoire, comme ensemble de pratiques et de décisions, est, en grande partie, une responsabilité des pouvoirs publics.Mais ceux-ci ne sont pas les seuls dont les décisions ont une incidence sur le territoire.Les acteurs privés, par leurs choix de résidence et leurs décisions d\u2019affaire, influent considérablement sur la forme que prennent les villes, les régions et les différents territoires, naturels, forestiers, agricoles, côtiers, qu\u2019ils habitent et utilisent.En bref, l\u2019aménagement du territoire, c\u2019est la construction collective du cadre de vie physique.La dimension collective de cette construction fait appel à l\u2019élaboration et à la négociation de règles, de normes et de formes de régulation qui visent, en grande partie, à éviter les effets négatifs des La longue et tortueuse évolution de l\u2019aménagement du territoire Le débat sur les fusions municipales 52 Mutations sociales et enjeux de société décisions individuelles sur autrui, individus, collectivités et milieux naturels.Par cadre de vie, il faut non seulement entendre l\u2019habitat bâti, mais aussi les transformations opérées sur les habitats naturels, sur l\u2019environnement.L\u2019aménagement du territoire, ce sont aussi les pratiques agricoles et forestières qui modifient le territoire à des fins productives.Enfin, enjeu actuel de premier plan, l\u2019aménagement du territoire, ce sont les politiques et pratiques de conservation des ressources et de protection de l\u2019environnement, qui aujourd\u2019hui prennent une valeur particulière face à la montée des préoccupations et des valeurs écologiques.Un manque de cohérence Si l\u2019aménagement du territoire est tout cela et qu\u2019en conséquence on s\u2019attendrait à une politique d'aménagement intégrée, il n\u2019en reste pas moins que les pratiques se sont professionnalisées, différenciées, inscrites dans des organisations et administrations propres.Elles manquent souvent de cohérence dans l\u2019intervention et s\u2019intégrent rarement dans une vision à long terme partagée.Ceci se traduit, entre autres au Québec, par un découpage juridique et administratif relativement étanche : la forêt relève des forestiers et du ministère des Ressources naturelles (et des exploitants forestiers, petits et grands, bien sûr) ; l\u2019agriculture, des agronomes et du ministère de l\u2019Alimentation, des Pêcheries et de l\u2019Agriculture ; les villes et les régions, des aménagistes, urbanistes et professionnels associés, dont les responsabilités sont partagées depuis peu en deux ministères, celui des régions et celui des affaires municipales.Enfin, il ne faudrait pas oublier l\u2019environnement qui relève d\u2019autres ministères, chargés de sa protection et de son usage à des fins récréatives et touristiques, et qui regroupent des professionnels d\u2019horizons divers : ingénieurs, biologistes, aménagistes.On distingue aussi aménagement urbain (ou urbanisme) et aménagement régional.Le premier type d\u2019aménagement a trait aux interventions en milieu urbain.Ses formes ont été très variées et ont rarement été de la seule responsabilité des pouvoirs locaux.Les interventions en ville sont passées de réponses à apporter aux maux urbains qu\u2019ont été l\u2019encombrement, l\u2019insalubrité des logements, la pauvreté urbaine, à la planification des grands infrastructures et équipements urbains, au contrôle et à l\u2019orientation du développement urbain, jusqu\u2019à la création, dans certains pays, de villes entières planifiées de toutes pièces, appelées villes nouvelles.L\u2019aménagement régional a lui aussi poursuivi une grande diversité d\u2019objectifs et a mis en branle une gamme de moyens.Au Québec, l\u2019aménagement régional a surtout pris la forme du développement économique et de la modernisation des équipements et des activités.Les défis actuels des villes et des régions sont devenus plus complexes, notamment à la lumière du développement durable et des demandes de participation publique à la politique du cadre de vie, en somme à l\u2019aménagement.Une évolution historique prudente L\u2019histoire de l\u2019aménagement dit planifié (par opposition à des aménagements « spontanés », régulés par les normes et des pratiques sociales peu différenciées et professionnalisées, et aux décisions d'aménagement commandées par diverses élites politiques, économiques, militaires ou religieuses) au Québec a évolué en quelques grandes phases.Jeanne Wolfe Mutations sociales et enjeu* de société 53 de l\u2019Université McGill en a dressé un portrait des plus complets.On peut toutefois résumer en quatre grandes phases les pratiques et politiques de l\u2019aménagement du territoire au Québec, depuis le moment où il s\u2019est industrialisé et est graduellement devenu une société urbaine.1.\tLa période des problèmes urbains (1870-1914), durant laquelle l\u2019aménagement est principalement urbain et vise à répondre aux nombreux problèmes de vie en ville, occasionnés par l\u2019industrialisation et une forte urbanisation.2.\tUne période de transition au cours de laquelle apparaissent de nouveaux enjeux, telles les agglomérations urbaines, de nouveaux problèmes, comme celui des campagnes et des régions, et des défis inédits, apparus dans les années 1920, mais ralentis par la dépression et la guerre, telles la modernisation et la rationalisation de la gestion de l\u2019espace urbain et régional.3.\tLa période d\u2019après guerre (1950-1980) est une période de grandes ambitions et de grandes espérances aménagistes.Les idées maîtresses qui guident la politique aménagiste se veulent globales et poursuivent un double objectif d\u2019intégration spatiale: régionale-nationale, d\u2019une part, et locale-régio-nale, d\u2019autre part.Au Québec, cette politique d\u2019intégration ne fut pas poursuivie avec autant d\u2019ardeur que dans d\u2019autres pays où une tradition d\u2019aménagement volontariste s\u2019était imposée, soit par nécessité comme aux Pays-Bas, soit par vision politique comme en Suède et en France.Elle fut aussi, en sol québécois, alliée à une politique de modernisation régionale qui s\u2019est, en particulier, manifestée dans l\u2019expérience d\u2019aménagement et de développement régional du Bureau d\u2019aménagement de l\u2019Est du Québec (BAEQ).4.\tEnfin, la période récente sonne le glas des ambitions passées et redéfinit, en partie, les fins et les moyens de l\u2019aménagement dans un contexte politique et economique profondément modifie par une gamme de changements dont la mondialisation n\u2019est qu\u2019un élément.Une des variables clés influant profondément sur les décisions en aménagement est le taux d\u2019urbanisation.Le Quebec, comme d\u2019ailleurs le reste du Canada, a connu entre 1850 et 1950 un changement radical et définitif dans la répartition spatiale de sa population.En 1851, la société québécoise n\u2019était urbanisée qu\u2019à 15%, taux maximum moyen dans les économies et sociétés préindustrielles selon l\u2019économiste historien Paul Bairoch.Puis, en l\u2019espace d\u2019un siècle, le taux d\u2019urbanisation a fait un bond phénoménal : en 1901, le Québec est urbain à 36% et, en 1951, les deux tiers de sa population vivent en milieu urbain (66,5%).En 1996, près de 80% de la population du Québec vit dans des villes, soit 78,4%.Il a en cela suivi la courbe d\u2019augmentation du taux d\u2019urbanisation de l'ensemble du Canada, qui, en 1851, n\u2019était urbanisé qu\u2019à i3,i°/o, mais qui, en 1901, était urbain à 35%, en 1951, à 62%, et en 1996, à près de 78 %.Par rapport à l\u2019Ontario, le Québec de 1996 est légèrement, mais peut-être significativement, moins urbanisé : 84 % des Ontariens vivent en ville.La ville, désordre et chaos L\u2019urbanisation accélérée de la seconde partie du XIXe siècle a provoqué l\u2019apparition de problèmes urbains inédits quant à La longue et tortueuse évolution de l\u2019aménagement du territoire Le débat sur les fusions municipales 54 Mutations sociales et enjeux de société leur nature et à leur ampleur.Les interventions urbaines se sont centrées sur trois problèmes particuliers, qui rendaient la vie des citadins difficile, malgré les autres attraits urbains.L\u2019aménagement a dû répondre, souvent avec des moyens inadéquats, aux problèmes liés à la circulation, à l\u2019insalubrité des logements et des conditions de vie en général et à la pauvreté urbaine.La ville apparaît, aux yeux des contemporains, ou du moins aux aména-gistes en herbe, comme désordre et chaos.Mais il fallait réagir aux maux urbains.Il s\u2019est alors mis en place tout un train de mesures qui ont marqué l\u2019intervention sur la ville et certaines formes qu\u2019elle prendra.Un mouvement hygiéniste, porté par des médecins, des réformateurs sociaux, des églises, se penche sur l\u2019amélioration de la santé publique et sur l\u2019éducation à la santé.Dans l\u2019espace urbain, l\u2019hygiénisme s\u2019exprime par la créadon de grands parcs, comme le parc du Mont-Royal à Montréal et le parc Victoria à Québec.Ce mouvement s\u2019accompagnera, bien que pour des raisons différentes, d\u2019un mouvement d\u2019embellissement des villes par la construction de grands équipements publics et des aménagements physiques inventifs, qui ont marqué les grandes villes de l\u2019Amérique du Nord.Les problèmes de circulation deviennent à partir de ce moment une des préoccupations majeures de l\u2019urbanisme moderne naissant.Ingénieurs, urbanistes et administrations locales seront aux prises avec ces problèmes de transport et de circulation dont les solutions seront constamment à revoir et à redéfinir, puisque les moyens de transport passeront par une série d\u2019innovations, dont la plus importante est certes l\u2019auto.Dès cette période où les interventions sont plutôt timides, les acteurs politiques urbains sentent le besoin de mieux reagir aux changements urbains et commencent à exprimer le désir de posséder plus de pouvoir et de moyens pour bien répondre aux nouvelles conditions.Si l\u2019aménagement urbain de cette époque est encore en phase d\u2019expérimentation, la ville, elle, suit son cours.Elle grandit, se développe en ce que Geddes a nommé la conurbation (une urbanisation commune de plusieurs villes) ; elle fait pénétrer des technologies urbaines complètement nouvelles (électricité, gaz, téléphone, approvisionnement en eau et élimination des déchets), qui la marqueront profondément.En somme, avec ces technologies urbaines, ce sont les technologies du confort qui se développent et se répandent dans un milieu plus concentré et plus riche.La ville est source d\u2019innovations, animée par la division du travail comme le pensait Adam Smith, et milieu propice à la diffusion des innovations, à cause notamment de la proximité physique et de la plus grande mobilité sociale, mais aussi du fait que les citadins sont plus éduqués et mieux informés.L'irruption du modernisme La période suivant la Première Guerre est intéressante par certains aspects particuliers.D\u2019une part, les tendances déjà amorcées se poursuivent, mais à un rythme ralenti durant la Dépression et la Seconde Guerre mondiale.D\u2019autre part, le discours aménagiste et surtout urbanistique moderniste se renforce.Avec la publication en 1933 de la Charte d\u2019Athènes, écrite par Le Corbusier, véritable manifeste de l\u2019urbanisme et de l\u2019aménagement modernes, les idées qui ont émergé ici et là et les expériences qui ont été tentées dans des lieux divers prennent graduellement forme en un corps de doctrine dont l\u2019impact se mesurera plusieurs décennies plus tard. Mutations sociales et enjeux de société 55 Cependant, la conception moderniste dominante d\u2019une ville concentrée, différenciée, dont le centre est bâti en hauteur, favorisant le mouvement des biens et des personnes et la ségrégation routière, construite sur la révolution technique des matériaux et projetant l\u2019image esthétique et fonctionnelle de la modernité, ne fut qu\u2019un des modèles d\u2019aménagement urbain que la période a produits.Un contre-modèle, si on peut dire, pensé à une échelle plus petite, faisant une large place aux basses densités et aux équipements collectifs, lui a fait face : le modèle inspiré des cités jardins qui sera mis en application \u2014 mais pas dans toutes ses composantes originales \u2014 dans la planification de quartiers urbains nouveaux (ville de Mont-Royal, ville du Tricentenaire à Montréal) et dans les villes mono-industrielles canadiennes, y compris au Québec (Témiscaming, Arvida).Enfin, les années 1930 ont fait prendre conscience aux décideurs publics du problème des campagnes.Toutefois, les interventions publiques ont été timides et bien peu aménagistes, alors qu'aux États-Unis le pouvoir fédéral tentait une expérience d\u2019aménagement regional par bassin versant dont la plus accomplie fut celle de la Tennessee Valley Authority (TVA :, 1933).L'âge d'or de l'aménagement: 1950-1980 La période de gloire de l\u2019aménagement a certes été les trente années qui ont suivi la Guerre.Une gloire bien courte, diront certains, mais une période qui se caractérise par de grandes ambitions publiques en matière d\u2019aménagement et de développement.Il faut toutefois voir les choses avec un peu de modestie et beaucoup de nuances, car les ambitions naissent et s\u2019expriment en fonction des problèmes auxquels on est confronté et des cultures politiques et administratives au sein desquelles les pratiques d\u2019aménagement se développent.Les pays nord-américains pratiquent un aménagement moins volontariste que certains pays européens.Ici, et cela comprend le Québec, les pouvoirs publics se contentent souvent d\u2019encadrer les décisions privées, la rencontre, par exemple, entre ceux qui offrent un cadre construit (logements, usines, bureaux, commerces) et les demandeurs.Dans de tels cas, la réglementation et le zonage dominent.Une politique aménagiste plus volontariste prendrait les devants, créerait des habitats et un cadre de vie, urbain ou régional en fonction d\u2019objectifs déterminés.Les villes nouvelles anglaises, les métropoles d\u2019équilibre françaises, les axes de développement urbain suédois viennent tout de suite à l\u2019esprit comme politique aménagiste menée par l\u2019État en fonction de besoins à satisfaire, mais aussi d\u2019une volonté de construire un cadre de vie répondant a des objectifs déclarés.Au Canada, il n\u2019y a pas eu d\u2019expériences similaires aussi ambitieuses.Dans le choix résidentiel, dans le choix de localisation industriel et commercial, dans le choix du cadre de vie, les désirs, besoins et goûts individuels s\u2019expriment en roi.lusqu\u2019à un certain point toutefois, car les pouvoirs publics ne sont pas loin derrière ces choix et les modèles d\u2019habitation ne sont pas aussi décentralisés et individualisés qu\u2019on peut le penser.De plus, tous les acteurs privés n\u2019ont pas le même poids.Prenons un exemple: la banlieue à l\u2019américaine et à la canadienne.Elle ne fut certes pas imposée par une décision publique, mais elle y doit quand même beaucoup.En effet, vers la fin de la guerre, le gouvernement fédéral s\u2019inquiète de ce qui va suivre une fois celle-ci terminée.la longue et tortueuse évolution de l\u2019aménagement du territoire Le débat sur les fusions municipales 56 Mutations sociales et enjeux de société L\u2019économie ne risque-t-elle pas de sombrer à nouveau dans une récession ?Comment convertir l\u2019économie militaire en forces de production civiles?La loi nationale sur l\u2019habitation (1938, 1944), puis, en 1946, la création de la Société' canadienne de logement et d\u2019hypothèque (nom sous lequel la SCHL se fait d\u2019abord connaître) visent à relancer l\u2019économie civile par la construction et l\u2019appui à la construction de logements neufs.On fait ainsi d\u2019une pierre deux coups : une mesure macro-économique, fondée sur une politique de financement du logement neuf, se double d\u2019une politique d\u2019aménagement urbain passif, les acteurs privés décidant du type de logement qu\u2019ils veulent occuper et de la forme de l\u2019habitat qui leur convient.La banlieue est née, ou plutôt elle accélère son rythme de développement, en contexte de forte urbanisation et de prospérité économique.À peu de choses près, cela fait office de poliüque urbaine nationale, malgré d\u2019autres tentatives, fédérales comme provinciales, d\u2019orienter le développement urbain et de structurer le réseau urbain en un ensemble cohérent.Le dépôt en 1968 du rapport La Haye montre on ne peut plus clairement, parmi certains professionnels, les vues technocratiques qui consistent à structurer un espace urbain et régional et à créer un ordre spatial, différencié, intégré et hiérarchisé.Au début des années 1970, face au déclin industriel et économique de Montréal, trois économistes (Higgins, Martin, Raynault) recommandent aux pouvoirs publics de modeler leurs interventions en fonction d\u2019une hiérarchie urbaine, formée de la région de Montréal comme pôle de développement, comprenant des activités tertiaires motrices et à fortes retombées pour tout le Québec, chapeautant un second et troisième paliers, composés de pôles de croissance urbains ayant des effets d\u2019entrainement sur les régions au sein desquelles ils se situent.Le front régional et rural C\u2019est sur le front régional et rural que les interventions aménagistes seront les plus volontaires.Avec le lancement en 1961, des plans fédéraux ARDA (Aménagement rural et développement agricole), les régions et les campagnes sont dans la mire des intentions gouvernementales.Le temps est à la modernisation des milieux ruraux et à l\u2019augmentation de la productivité agricole pour nourrir une population croissante qui, de surcroît, habite dans des villes.C\u2019est dans ce cadre des plans ARDA que le Bureau d\u2019aménagement de l\u2019est du Québec (BAEQ, 1963-1966) naîtra, héritier lointain de la TVA, mais aussi innovateur à bon droit.Des plans ARDA, le BAEQ retiendra la nécessité de dresser un inventaire des plus complets des ressources du milieu, cela dans la bonne tradition de « pas de plan, sans enquête ».De la TVA, le BAEQ héritera de la participation publique, avec une touche qui lui est propre.Enfin, de son contexte général, il héritera d\u2019une volonté assurée de modernisation à saveur technocratique.Le BAEQ poursuit des objectifs qui à l\u2019époque sont assez largement partagés : modernisation des secteurs de base ; valorisation de la main-d\u2019œuvre ; création d activités nouvelles comme le tourisme ; stratégies d\u2019expansion des services publics.À ces objectifs, le BAEQ a ajouté des objectifs qui lui sont propres : la participation du public, que les autres expériences ARDA n\u2019avaient pas poussées aussi loin ; la mise en place d\u2019un cadre institutionnel permanent d\u2019aménagement et Mutations sociales et enjeux de société 57 de développement (une inspiration d\u2019origine française) ; le développement d\u2019une conscience régionale pour affronter sur la vaste région pilote des problèmes de retard économique et social communs.Le but du BAEQ est de produire un plan d\u2019aménagement et de développement; ce n\u2019est pas à lui, toutefois, qu\u2019il revient de le mettre en pratique.On a beaucoup parlé du BAEQ, qui appartient, soit dit en passant, autant à l\u2019histoire de l\u2019aménagement au Québec qu\u2019à son histoire moderne tout court.On l\u2019a aussi beaucoup critiqué, notamment parce que certaines décisions, même si elles ne correspondaient pas à l\u2019essentiel des recommandations, ont soulevé résistances et protestations.Lorsque le BAEQ recommande une politique de fermeture de paroisses de l\u2019arrière-pays et que celle-ci se met en marche un peu plus tard, son image se ternit, ses efforts sont ensevelis sous le poids d'une mauvaise orientation.Et pourtant tout semblait logique: pour assurer des services publics \u2014 et des opportunités d\u2019emploi variées \u2014 aux habitants des régions, il fallait concentrer les populations dans des pôles urbains plus denses.La grande dispersion territoriale observée dans l\u2019est du Québec nuit au développement.Il faut profiter des économies d\u2019échelle et d\u2019agglomération produites par les centres de peuplement plus volumineux.Or, cette politique a donné lieu à une fin de recevoir dans certaines localités (le JAL, réunissant trois localités : Saint-Just, Auclair, Lejeune) dont les habitants ont refusé d\u2019être relocalisés (délocalisés, pourrait-on dire) et ont pris en main certains outils de développement, comme la gestion intégrée des ressources, dont le BAEQ s\u2019était fait le promoteur.Adulé par plusieurs durant son existence, mais fortement critiqué après, le BAEQ doit être jugé avec le recul historique.Certes, certains choix sont contestables et ont été contestés.Sa vision des choses fut moderniste et technocratique : chercheurs, aménagistes et élites nouvelles croyaient avoir la responsabilité de proposer, voire forcer, le développement.Toutefois, son projet était largement partagé : une nouvelle équipe au pouvoir à Québec; le fruit d\u2019années d\u2019investissement en éducation, même si le plus gros des développements suivra ; une demande ou un besoin de services publics de qualité partout sur le territoire ; l\u2019urgence à trouver des solutions à la pauvreté relative de la région (la moitié du revenu moyen de l\u2019ensemble du Québec) ; l\u2019appui des élites locales ; et, finalement, un sentiment assez généralisé et légitime de modernité et de confiance dans l\u2019action publique.Un contexte et des défis nouveaux Les années 1980 sont, en aménagement, comme dans d\u2019autres domaines, une période de remise en cause.Les certitudes, les modèles, les pratiques du passé sont revus, souvent corrigés, parfois abandonnés.Un contexte différent influe sur les idées et les pratiques en aménagement.Quel est ce contexte, quels en sont les principaux éléments ?Sans vouloir trop accentuer les ruptures, il reste que certains changements ont été marquants.D\u2019abord, l\u2019internationalisation des sociétés, et pas seulement des économies, va avoir des conséquences sur la politique d\u2019aménagement du territoire.Plusieurs anciennes régions industrielles vivront, souvent brutalement, une longue période de désindustrialisation et de reconversion économique.Des villes comme Montréal ont connu ce choc.Ensuite, la redéfinition du rôle et de la place de l\u2019État dans les activités économiques et La longue et tortueuse évolution de l\u2019aménagement du territoire Le débat sur les fusions municipales 58 Mutations sociales et enjeux de société sociales aura des effets sur la politique d\u2019aménagement.Par exemple, dès le milieu des années 1970, les politiques régionales étatiques qui avaient jusqu\u2019alors reposé sur la création d\u2019entreprises maîtresses et d\u2019investissements majeurs sont réexaminées.Il souffle un vent de développement local, endogène, basé sur des partenariats.Puis, du point de vue culturel, la montée des valeurs et des préoccupations écologiques change la donne à l\u2019égard de l\u2019environnement: le développement n\u2019est pas tout, il doit respecter l'environnement.Enfin, les politiques amenagistes décidées par en haut se sont butées aux nombreuses protestations citoyennes.Changer, organiser le cadre de vie ne peut se faire sans l\u2019accord des intéressés.Les contestations, urbaines et régionales, ont ébranlé les certitudes aménagistes et les modes de faire.Dorénavant, pas d'aménagement sans participation publique, comme le reconnaît, à juste titre, la Loi sur l'aménagement et l\u2019urbanisme, votée en 197g.À ces nouvelles conditions se sont ajoutés deux changements particuliers qui ont eu un impact direct sur les politiques d\u2019aménagement.Premièrement, le prolongement de l\u2019expansion urbaine en « exurbanisation » et ses incidences sur les villes centres.Deuxièmement, la poursuite du dépeuplement des régions périphériques, accompagne d\u2019un renforcement démographique et économique des grands centres urbains.La concentration urbaine Ainsi, en 1996, près des deux tiers (63,5 °/o) de la population du Québec vivent dans six régions urbaines, appelées régions métropolitaines de recensement (RMR), comprenant plus de 100 000 habitants ; et, à elle seule, la région urbaine de Montréal abrite 45% de la population du Québec [voir aussi p.107].Durant les années 1990, les régions en forte croissance démographique, si on exclut les territoires nordiques autochtones, sont concentrées dans l\u2019ouest du Québec, près de Hull, et dans les couronnes nord et sud de Montréal, alors que les régions en déclin sont presque toutes situées dans l\u2019est du Québec.Que faire face à tous ces changements ?Quelles politiques faut-il adopter?L\u2019ex-urbanisation (l\u2019urbanisation plus rapide des petites et moyennes villes, satellites des grandes régions urbaines) est un phénomène observé en plusieurs pays.C\u2019est un mouvement spatial qui, contrairement à la banlieue classique, est le résultat non seulement de choix résidentiels, mais peut-être davantage des décisions des entreprises.Quelques facteurs expliquent ce mouvement : la facilité de communications et de transport, résultat des politiques de transport passées ; le prix du terrain moins éleve, facteur important pour certains types d\u2019entreprises ; la recherche par les employeurs d\u2019un environnement neuf et différent; les coûts de reconversion de l\u2019habitat urbain ancien; les preferences des citadins.Pour les villes centres, cela a des conséquences considerables : perte de population et appauvrissement relatif causé par la plus forte présence de groupes moins mobiles, car moins bien nantis ; érosion fiscale ; surcharge financière due à cet appauvrissement et à la nécessite de maintenir, voire d\u2019améliorer, des équipements et des infrastructures plus anciens et à vocation régionale.La réponse urbaine s\u2019est déployée sur plusieurs fronts : \u2022 elle a été économique : investir et promouvoir la nouvelle économie (le multimedia à Montréal et l\u2019informatique à Quebec, par exemple) ; Mutations sociales et enjeux de société 5g \u2022\tculturelle : investir dans les équipements culturels et la vie artistique ; \u2022\tpolitique : promouvoir la fusion municipale en vue d\u2019un partage fiscal plus équitable (idée au cœur des grandes fusions décidées récemment) ; \u2022\turbanistique : restaurer et préserver le patrimoine urbain, combler les vides, promouvoir des projets d\u2019habitation urbains.\u2022\tadministrative : revoir l\u2019offre de services, faire place au partenariat, à la tarification et à la privatisation.L\u2019impact de cette réponse urbaine mettra, certes, plusieurs années avant de se faire sentir pleinement.Mais on peut mesurer dans les villes centres, notamment à Québec, des effets visibles de ces politiques.Que cela ralentisse pour de bon l\u2019étalement, voire l\u2019éclatement urbain n\u2019est sûrement pas ce qui est le plus plausible pour l\u2019instant, compte tenu notamment des tendances à la métropoli-sation (concentration vers les régions urbaines, quoique agrandies).Mais un contre-mouvement de densification urbaine est timidement amorcé, comme le montre l\u2019intérêt porté aux quartiers urbains centraux, le Plateau Mont-Royal à Montréal (intérêt qui remonte déjà à quelques décennies) et la Basse-Ville à Québec.Dans tout cela, quel sera le sort des régions?Les régions du Québec ne sont pas homogènes.Les régions ressources, qui possèdent des avantages sur les marchés internationaux, tirent souvent bien leur épingle du jeu, même si elles continuent de perdre en population.Les plus périphériques, tant du point de vue géographique qu\u2019économique, malgré leurs dynamismes locaux, y compris culturels, semblent contraintes à un effritement démographique lent et, peut-être, inexo- rable.La récente Politique de soutien au développement local et regional (1997), s\u2019appuyant sur l\u2019outil administratif du Centre local de développement (CLD), vise à rationaliser l\u2019action de l\u2019état, à promouvoir les dynamismes locaux et à recréer des conditions favorables au développement régional, fondées sur la concertation des acteurs locaux et la coordination des actions régionales.Réconcilier aménagement et développement Au cours de cette histoire, une tension est souvent apparue entre aménagement et développement.Le développement économique est souvent considéré comme plus noble et plus important; l\u2019aménagement lui est subordonné.L\u2019aménagement au Québec a surtout été « développemen-tiste » et peu aménagiste au sens strict.Le territoire a servi de tremplin économique, plutôt que la construction collective d\u2019un cadre de vie où il fait bon vivre.En outre, si les interventions en aménagement ont porté sur des territoires aux caractéristiques très variées, il reste que, régulièrement et fréquemment, les planificateurs \u2014 et le législateur \u2014 se sont interrogés sur la taille de l'unité territoriale la mieux adaptée aux politiques d\u2019aménagement et de développement.Ceci est encore plus vrai pour les zones habitées, qui, jusqu\u2019à aujourd\u2019hui, étaient fractionnées en de nombreuses entités politiques et administratives.La création des Communautés urbaines (196g) et plus tard des Municipalités régionales de comté (1979) a rendu possible une certaine planification régionale du territoire, en obligeant les pouvoirs supramunicipaux à élaborer un schéma d\u2019aménagement.Jusqu\u2019à un certain point, les fusions actuelles peuvent être vues comme un prolongement de La longue et tortueuse évolution de l\u2019aménagement du territoire Le débat sur les fusions municipales 60 Mutations sociales et enjeux de société ces expériences de regroupements politiques et administratifs.Toutefois, peu importe l\u2019unité de décision territoriale, une réconciliation entre aménagement et développement est maintenant nécessaire, souhaitable et possible.En effet, la prise de conscience de la dégradation des milieux naturels et la pénétration des principes du développement durable dans les administrations publiques et privées, sans parler des valeurs des citoyens, présentent à l\u2019aménagement du territoire un défi de taille : comment concilier les exigences de développement économique, dans lequel les populations continuent de croire fortement, et la protection de l\u2019environnement, qu\u2019on la fasse pour soi ou par souci d\u2019équité envers les générations futures.Les idées et les pratiques en aménagement sont appelées à changer.Un plus grand souci pour l\u2019environnement va pénétrer les décisions publiques : et c\u2019est déjà en partie commencé.Mais une politique d\u2019aménagement qui soit tout autant sensible à l\u2019économie qu\u2019à l\u2019« écologie » est une chose encore à inventer.Depuis la signature, en 1992, de deux grandes con- ventions internationales, l\u2019une sur les changements climatiques, l\u2019autre, sur la biodiversité, les défis à relever sont l\u2019affaire de toutes les nations.Et cela devra un jour ou l\u2019autre se traduire par des pratiques modifiées en aménagement du territoire, qui peuvent prendre diverses formes.À titre d\u2019exemple, d\u2019une part, une politique de transports publics urbains, une densification de l'habitat urbain, des économies substantielles en matière d\u2019énergie et de construction des équipements et des habitations, pour réduire la production de gaz à effet de serre.D\u2019autre part, une politique plus ferme de création d'aires protégées (de 8 à 12 % du territoire, représentatives de sa variété), une foresterie et une agriculture plus durables, des villes plus « vertes », comprenant plus de parcs et d\u2019espaces verts et restaurant des zones écologiques précieuses, comme les milieux humides et les rivières urbaines, dans le but de participer, comme acteur mondial, à la protection, restauration, voire augmentation, de la biodiversité [voir aussi p.2 68].On peut se mettre à souhaiter que, dans ce contexte de développe- Références Beaudry, Raymond, La résistance incertaine, Québec, Les Presses de l\u2019Université Laval, Sainte-Foy, 2000.Drouilly, Pierre, L\u2019espace social de Montréal : 1951-1991, Septentrion, 1996.Fortier, Robert (sous la dir.de), Villes industrielles planifiées, Boréal et Centre canadien d\u2019architecture, Montréal, 1996.Germain, Annick, Damaris Rose, Montréal.The Quest for a Metropolis, Wiley] New York, 2000.Hall, Peter, Cities ofTomorrow, Blackwell, Oxford, 1996.Hulbert, François, La comédie urbaine, Méridien, Montréal, 1996.Plan Canada, 1919-1994: 75 ans de l\u2019Institut canadien des urbanistes, juillet, 1994.Poitras, Claire, La cité au bout du fil, Les Presses de l\u2019Université de Montréal, Montréal, 2000.Proulx, Marc-Urbain, (sous la dir.de), Le phénomène régional au Québec, Les Presses de l\u2019Université du Québec, Sainte-Foy, 1996.Recherches sociographiques, Dynamiques territoriales, 37, 3,1996.Renaud, Jean et al., Espace urbain, espace social, Saint-Martin, Montréal, 1996. Mutations sociales et enjeux de société 61 ment durable, les actions gouvernementales en aménagement du territoire soient mieux coordonnées et soient intégrées dans un ministère de l\u2019Aménagement et de l\u2019Environnement.Et que, d\u2019autre part, naîtront des régimes d\u2019aménagement et d'environnement régionaux au sein desquels les acteurs locaux, publics et privés, coor- donnent leurs décisions et négocieront entre eux les nécessaires arbitrages entre environnement et développement.\u2022 [Sur les pôles de croissance, noir article p.242 ; sur les jûsions municipales, uoir articles p.235 et 526] La réorganisation des services de police Vers une police professionnelle de type communautaire André Normandeau Directeur du groupe de recherche sur la police, Université de Montréal L\u2019idée moderne de «police» est liée à l\u2019émergence des démocraties, en particulier à l\u2019Angleterre du XIXe siècle, berceau de la démocratie occidentale.En effet, le père spirituel en est Sir Robert Peel (1788-1850), le créateur de la première police civile autonome, indépendante de l\u2019armée.Il fut non seulement le ministre de l\u2019Intérieur, qui fit voter la «première loi de police» en 1829, mais également, et à plusieurs reprises, le premier ministre du Royaume-Uni.La rue Peel, à Montréal, porte d\u2019ailleurs ce nom en son honneur.L\u2019expression britannique populaire et amicale de « Bobbies » pour identifier familièrement les policiers est liée a son prénom (Robert = Bob = Bobbies).Parmi les neuf principes classiques énoncés par Peel lors de la présentation au Parlement britannique de cette loi de police, trois d\u2019entre eux nous semblent encore particulièrement pertinents, à savoir : Principe n° 2 : « Ne jamais perdre de vue que, si la police veut être en mesure de s\u2019acquitter de ses fonctions et de ses obligations, il faut que le public approuve son existence, ses actes et son comportement, et qu\u2019elle soit capable de gagner et de conserver le respect du public.» Principe n\u201c 3 : « Ne jamais perdre de vue que gagner et conserver le respect du public signifie aussi s\u2019assurer de la coopération d\u2019un public prêt à aider la police à faire respecter les lois.» Principe n° 7: «Toujours maintenir avec le public des relations qui soient de nature à concrétiser la tradition historique selon laquelle la police est le public et le public est la police, les policiers n\u2019étant que des membres du public payés pour s'occuper, à temps complet, en vue du bien-être de la communauté, de tâches qui incombent à chaque citoyen.» La longue et tortueuse évolution de l\u2019aménagement du territoire La réorganisation des services de police 62 Mutations sociales et enjeux de société La petite histoire de la police nous rappelle qu\u2019avant Peel, deux modèles de police ont présidé aux destinées de la sécurité publique : a)\tle « modèle du guet » : des citoyens non rémunérés s\u2019occupent à tour de rôle de surveiller leur territoire, leur quartier, leur rue ; b)\tle «modèle militaire»: les militaires interviennent à l\u2019occasion ou en permanence lors de désordres sociaux et de certains délits criminels ; quelquefois, la police dans son ensemble est militaire.Le terme « police », avant Peel, était peu utilisé; il désignait surtout l\u2019administration générale de la cité et du pays.D\u2019ailleurs, l'étymologie du mot «police» est celui de « civilisation » : du grec politeia, du latin politia, ordre global de la cité (polis).Une société «policée» est une société parvenue à un certain degré de civilisation.En prolongement de la tradition britannique de Peel, les premières polices civiles au Québec et au Canada datent du milieu du xixc siècle, soit les premieres «polices municipales» de Montréal, de Québec et de Toronto (autour de 1850), ou l\u2019ancêtre de la Sûrete du Québec, la «police provinciale» (en 1870), ou la Gendarmerie royale du Canada (en 1885).État des lieux Depuis ce temps, l\u2019eau a bien coulé sous les ponts et les organisations policières se sont transformées graduellement: d\u2019un service public peu développé et quelquefois « corrompu » à un service hautement complet, complexe et en général relativement professionnel.En 1950, on devenait policier avec une 9e année.En 1965, avec une 11e année.De 1980 à aujourd\u2019hui, avec un diplôme collégial spécialisé (14 années d\u2019étude).Un jour peut-être, et déjà 15% des policiers en possèdent un, avec un premier diplôme universitaire.D\u2019ailleurs, à la demande de plusieurs services de police, l\u2019École de criminologie de l\u2019Université de Montréal offre depuis rggg un baccalauréat complet en « sécurité et police ».Il y a actuellement (2001) au Québec près de 14 000 policiers, regroupés en 125 services de police, à savoir : \u2022\t3764 policiers à la Sûreté du Québec ; \u2022\t4157 policiers au Service de police de la Communauté urbaine de Montréal ; 956 policiers à la Gendarmerie Royale du Canada, division du Québec ; \u2022\t4859 policiers au sein des 122 «autres services de police municipaux; d\u2019un service de deux à un service de 441 policiers.En outre, il y a environ 4000 employés « civils » au sein des services de police ainsi qu\u2019environ 21 000 personnes en « sécurité privée» (Secur, Pinkerton, Garda.).Pour régir, réglementer et administrer ces 05 services, il y a lieu de se rapporter tout d\u2019abord à la « Loi sur la police » (Assemblée nationale du Québec, 2000, chapitre 12), une loi réécrite très récente qui est de juridiction provinciale.Le ministère de la Sécurité publique du Québec est le grand responsable législatif en la matière.Seule la Gendarmerie royale du Canada relève d'une loi fédérale.La nouvelle « Loi sur la police » De 1985 à l\u2019an 2000, une série de 10 rapports substantiels et très critiques envers la police furent publiés: De Bellemare (1988) sur la police et les communautés culturelles, à la suite de l\u2019affaire Gosset-Griffin ; à Malouf (1994) sur l\u2019organisation de la police, à la suite de l\u2019affaire Marcellus François ; de l\u2019affaire Barnabé (1993 à l\u2019an 2000) aux deux rapports de Claude Corbo Mutations sociales et enjeux de société 63 sur la déontologie policière (1996) et la formation des policiers (1997) ; et, non des moindres, le « célèbre » rapport Poitras de 1999 sur la Sûreté du Québec : « Pour une police au service de l\u2019intégrité et de la justice » (cinq volumes, 2500 pages) ! Les recommandations de ces rapports d\u2019enquête ont servi de trame de fond à la nouvelle «Loi sur la police» (2000).Cette loi a pour objet notamment d\u2019instituer l\u2019École nationale de police du Québec qui succède à l\u2019Institut de police du Québec.L\u2019École a pour mission d\u2019assurer la formation initiale qui permet d\u2019acquérir les compétences de base dans le domaine de la patrouille-gendarmerie, de l\u2019enquête et de la gestion policière.La loi crée, au sein de l\u2019École, une Commission de formation et de recherche qui a principalement pour mandat de donner des avis au conseil d\u2019administration de l\u2019École sur tout ce qui concerne la formation policière et de tenir celui-ci informé de l\u2019évolution de la recherche dans ce domaine.La loi édicte également les grands principes à la base de l\u2019organisation et du fonctionnement des services de police.Un code de déontologie policière renouvelé en préside les destinées.La loi établit la mission générale des organisations policières, en particulier le caractère « communautaire» de l\u2019action policière.En prolongement direct du rapport Poitras, la loi prévoit que toute personne reconnue coupable d\u2019une infraction criminelle est exclue de l\u2019exercice de la fonction policière.De même, cette loi propose que soit institué, sous l\u2019autorité du ministre de la Sécurité publique, pour une période de cinq ans, un Conseil de surveillance des activités de la Sûreté du Québec.Ce Conseil, sous la présidence de Claude Corbo, l\u2019ex-recteur de l\u2019Université du Québec à Montréal, a été de fait institué en février 2001.Un nouveau modèle : la PPC ou Cop-Pop Dans le sillon de cette « Loi sur la police », le ministère a également décidé que le modèle de police au Québec serait dorénavant celui d\u2019une « police professionnelle de type communautaire» (PPC).Une politique ministérielle, à cet effet, a été édictée.Intitulée : L'approche de police communautaire I Vers une police plus communautaire / Une solution durable, la politique stipule que ce modèle « reflète le consensus qui s\u2019est rapidement dégagé sur l\u2019opportunité, voire l\u2019urgence, d\u2019une modernisation et d\u2019une réorganisation des services policiers au Québec sur une base communautaire » (p.7).Les termes « police de quartier » (Communauté urbaine de Montréal), « police de proximité » (Sûreté du Québec) ou simplement «police communautaire» (plusieurs services) sont aussi uülisés.Une «police professionnelle» est essentiellement une police qui vise à résoudre «vraiment» les problèmes liés à la sécurité publique, en utilisant notamment l\u2019approche stratégique en résolution de problèmes, soit la méthode S.A.R.A.(situation-analyse-réponse-appréciation/ évaluation).C\u2019est une «police d\u2019expertise ».Une «police communautaire», par ailleurs, est une police qui résout certains de ces problèmes « en partenariat avec les citoyens » au sens large : les élus politiques, les associations de citoyens, les gens d\u2019affaires, les syndicats, les journalistes, les agences de sécurité privée, les autres services publics et privés (éducation, travail, santé, services sociaux.).C\u2019est le « G-7 » de la sécurité publique ! La PPC, c\u2019est une police professionnelle de type communautaire.Les Américains l\u2019appellent communément «Community Policing and Problem Solving».Le sigle Vers une police professionnelle de type communautaire La réorganisation des services de police 64 Mutations sociales et enjeux de société familier est le Cop-Pop: Community-Oriented Policing / Problem-Oriented Policing.Pour le grand public, « la police, c\u2019est la police », c\u2019est une « police d\u2019assurance » pour l\u2019avenir.Ce modèle se généralise non seulement au Québec et au Canada, mais également aux Etats-Unis et en Europe.Par exemple, la Police nationale en France est passée à ce modèle en l\u2019an 2000.Une nouvelle carte policière Les administrations publiques, tout comme les entreprises ou les organismes du secteur privé, doivent ajuster leurs services aux besoins actuels et futurs de la population.Elles n\u2019ont d\u2019autre choix que de se moderniser, aussi bien au niveau organisationnel, que sur le plan de leurs pratiques, de leur gestion et de leur prestation de services.Les organisations policières ne font pas exception et sont tenues aux mêmes exigences.Or, la fragmentation actuelle des ressources humaines et matérielles en de multiples services de police de tailles variables, mais trop souvent réduites, constitue une très sérieuse contrainte sur le plan de la performance des organisations policières au Québec.En 2001, il y avait 125 services de police au Québec.À titre de comparaison, l\u2019Ontario compte 69 services de police, soit 44% de moins qu\u2019au Québec, pour desservir 60% de plus de citoyens qu\u2019au Québec.Conscient de ce problème, le ministère de la Sécurité publique du Québec a décidé de procéder à une réforme des services policiers dans le but de constituer des services de plus grande envergure, mieux structurés, dotés d\u2019effectifs plus nombreux, disposant d\u2019une expertise plus large, capables d\u2019assurer à la population des niveaux supérieurs de services, et, en principe, plus performants.Le ministère a ainsi soumis en 2001 un Document de consultation ministérielle sur l\u2019organisation policière au Quebec / Vers une nouvelle carte policière, ainsi qu\u2019une série de modifications importantes à la Loi sur la police.Le ministère propose de réduire le nombre de services de police de 125 à 25, 35 ou 50.Il propose notamment que seules les municipalités qui répondent à certains « niveaux de services » puissent maintenir leurs services de police.Sinon, elles doivent se regrouper pour y répondre ou « laisser la place » à la Sûreté du Québec si elles ne peuvent y arriver et que le nombre d\u2019habitants est de «moins de 50000».Au «dessus de 50000», elles n\u2019ont pas le choix : elles doivent répondre aux niveaux de services proposés par le ministère, selon leur taille.En prolongement de la réforme municipale de grande envergure du ministère des Affaires municipales en 2000 et 2001, la réforme de la carte policière se fera progressivement en 2001 et 2002.Le défi est d\u2019harmoniser l\u2019idée de services de police plus grands, donc plus «bureaucratiques », avec l\u2019idée d\u2019une police professionnelle de type communautaire plus près des citoyens ! Un défi spécial : la lutte contre le crime organisé Le criminologue Marc Ouimet affirmait déjà en 1998, lors d\u2019un colloque du ministère de la sécurité publique, ce qui suit: « D\u2019abord, les crimes plus traditionnels dont l'essentiel de la composition met en scène un agresseur et une victime sont en perte de vitesse.À l\u2019opposé, les crimes de trafic en tous genres, supposant un réseau complexe d\u2019intermédiaires, montrent une tendance à la hausse.La première raison qui expliquerait la diminution des crimes traditionnels et l\u2019augmentation des crimes Mutations sociales et enjeux de société 65 de marché serait celle de l\u2019évolution démographique.Il y a moins de jeunes et les cohortes particulièrement nombreuses (35 à 50 ans) vieillissent.En vieillissant, les criminels de carrière se recyclent souvent en petits entrepreneurs, passant du recel aux rackets en tout genre ».Dans cette perspective, la situation géographique du Québec, au carrefour des routes maritimes et aéroportuaires d'importance et limitrophes aux États-Unis, en fait un lieu privilégié pour l\u2019installation des organisations criminelles désirant exploiter le marché nord-américain.Tous ces marchés, plus lucratifs les uns que les autres, génèrent une activité intense de blanchiment d\u2019argent.Plus grave encore est le phénomène du réinvestissement de cet argent une fois blanchi dans des marchés licites de biens et services.Dans ce domaine, on peut citer le cas des bandes de motards « criminalisés », de type Hells Angels et Rock Machines.Le ministère de la Sécurité publique du Québec ainsi que les services de police importants ont dû réagir en conséquence, d\u2019abord par la création d\u2019escouades spécialisées provinciales, en matière de crime organisé (ex.Carcajou) ou d\u2019escouades régionales.La nouvelle carte policière et le regroupement des services de police pour des fins d\u2019efficacité et d\u2019efficience a été proposée en bonne partie pour mieux combattre ce phénomène de réseaux criminels.Le débat passionné en 2000 et 2001 autour de la nécessité d\u2019une «Loi antigang » sérieuse et plus rigoureuse s\u2019est fait autour d\u2019une réponse appropriée au « crime organisé », tel que défini par le criminologue québécois Maurice Cusson : « Par crime organisé, on entend généralement une association structurée, hiérarchisée et permanente de malfaiteurs pro- fessionnels obéissant à des règles contraignantes et planifiant méthodiquement leurs opérations.Ces criminels s\u2019enrichissent en répondant à une demande de biens ou de services illicites sur des marchés qu\u2019ils monopolisent grâce à l\u2019utilisation systématique de la violence » (Cusson 1997).Les deux gouvernements (Québec et Ottawa) se sont entendus en 2001 pour rendre plus efficace la Loi anti-gang.Plusieurs procès célèbres ont déjà eu lieu à ce sujet, notamment celui du leader des Hells Angels au Québec, le «fameux» (!) Maurice « Mom » Boucher.Pour une vision de l\u2019avenir de la police La vision de l\u2019avenir de la police qu\u2019adoptent de plus en plus les chefs de file progressistes de la police et de la collectivité, les gestionnaires de la police ainsi que les syndicats de policiers, veut que les services de police rendent des comptes à la collectivité qu\u2019ils desservent.C\u2019est une vision dans laquelle ceux qui font appel aux services de police, c\u2019est-à-dire les citoyens eux-mêmes, ont leur mot à dire dans l\u2019établissement des politiques de leur service local et jouent un rôle actif dans la lutte contre la criminalité et le règlement d\u2019autres problèmes communautaires.Le maintien de l\u2019ordre devient une entreprise interactive entre la police et la collectivité, plutôt qu\u2019une activité unilatérale.\u2022\tune vision où les agents de police, y compris les agents de police communautaires, se rapprochent du public et délaissent, dans une certaine mesure, les méthodes de patrouille qui les éloignent de leur ressource principale, le citoyen ordinaire.\u2022\tune vision où la police, de concert avec des groupes et des organismes de quartier, cherche des solutions aux Vers une police professionnelle de type communautaire La réorganisation des services de police 66 Mutations sociales et enjeux de société facteurs qui sont à la base de problèmes de quartier, plutôt que de se limiter, chaque fois qu\u2019un crime a été commis, à des mesures réactives.\u2022 une vision où les ressources humaines, tant internes qu\u2019externes, prennent plus d\u2019importance que les solutions élaborées en fonction du matériel et de la haute technologie.Bien sûr, la technologie a sa place dans la promotion de l\u2019établissement de réseaux entre organismes et dans l\u2019échange de renseignements, dans la tenue de dossiers ainsi qu'en ce qui concerne la police technique et la criminalistique, mais elle ne constitue pas une panacée.Excellence.Les organisations policières de l\u2019avenir vont tendre à l\u2019excellence, un peu à la manière des organismes privés.Elles ne se permettront pas de stagner même si les ressources financières devaient être encore plus limitées.Elles ne miseront pas sur une certaine passivité du public.Au contraire, la communauté exigera un service de «qualité totale», fourni dans le cadre d\u2019une organisation plus simple, puisque l\u2019on s\u2019attend à ce que les contraintes financières persistent.En raison de l\u2019importance accordée à l\u2019obligation de rendre des comptes et à la rentabilité, les organismes policiers deviendront concurrentiels, sinon la tendance à la privatisation des services se poursuivra.L'excellence, comme les spécialistes contemporains des organisations nous l\u2019enseignent, exige qu\u2019une organisation rallie tout son personnel autour de certaines valeurs fondamentales.Dans le contexte de la police, ces valeurs peuvent comporter la protection des droits de la personne, le maintien de l\u2019ordre et de la sécurité au sein de la collectivité, la com- pétence et l\u2019impartialité ainsi que l\u2019obligation de rendre des comptes à la collectivité.Ces valeurs fondamentales feront à tout le moins l\u2019objet d\u2019un consensus et tous les membres de l\u2019organisation s y consacreront avec passion.Il est probablement plus facile de susciter cette passion lorsque le travail de la police est perçu comme un service communautaire plutôt qu\u2019un service de lutte contre le crime.Vraisemblablement, il peut être plus stimulant et gratifiant d\u2019insister sur le règlement de problèmes tandis que le fait de mettre en lumière le côté sordide de l\u2019existence est plus propre à susciter le cynisme.Le personnel est également plus porté à poursuivre les objectifs organisationnels avec enthousiasme s\u2019il estime que l\u2019on tient compte de son point de vue et de ses compétences.Une excellente organisation délègue autorité et responsabilités à ses membres, plutôt que d\u2019adopter un fonctionnement militariste et trop hiérarchique.Leadership.Il est également plus vraisemblable qu\u2019un leader crédible au sein de l\u2019organisation parvienne à faire naître de l\u2019enthousiasme pour la réalisation de ces objectifs.Les responsables des services de police d\u2019aujourd'hui doivent être de véritables surhommes, spécialistes de la surveillance policière, des sciences du comportement, de l\u2019administration, des relations de travail et des communications.Ces responsables sont respectés pour leurs capacités dans tous ces domaines, pour leur intégrité personnelle et pour leur approche égalitaire.Ils font également preuve d\u2019une souplesse particulière pour s\u2019adapter à un monde en évolution.Ils sont en mesure de déléguer des responsabilités, de supprimer la structure paramilitaire de la police et de combattre la ten- Mutations sociales et enjeux de société 67 dance des services à prendre leurs distances par rapport à la collectivité.Enfin, ils sont en mesure d\u2019inciter leurs troupes à atteindre des normes de professionnalisme très élevées.Interdépendance.Le service de police de l\u2019avenir reconnaîtra l\u2019interdépendance qui existe entre lui-même et d\u2019autres interve- nants clés dans la prestation ou la surveillance des services de police.Il prêtera attention aux lignes directrices énoncées par des commissions de police et à l\u2019apport d\u2019organismes fédéraux, provinciaux et municipaux.Les gestionnaires de la police seront conscients de leurs relations de partenaires avec la collectivité, les agents, les syndicats et les élus.Ils Références Brodeur, J.-P., La police après 1984.Numéro thématique de la revue Criminologie, Les Presses de l\u2019Université de Montréal, Montréal 1984 Chalom, M., Le policier et le citoyen, Éditions Liber, Montréal, 1998.Cusson, M., « La notion de crime organisé », dans Criminalité organisée et ordre dans la société, sous la dir.de J.Borricand, Presses universitaires d\u2019Aix-Marseille, Aix-Marseille, 1997.Gleizal, J.J., La police en France, Que sais-je?, PUF, Paris ,1993 Gleizal, J.J.; J.Gatti-Domenach, C.Journès, La police / Le cas des démocraties occidentales, Presses universitaires de France, Paris, 1993 Laplante, L., La police et les valeurs démocratiques, Institut québécois de recherche sur la culture, Québec 1991 Loubet, Del, Bayle, J.L., La police / Approche socio-politique.Éditions Montchrestien, Paris, 1992 Monet, J.C., Polices et sociétés en Europe, La documentation française, Paris, 1993 Monjardet, D., Ce que fait la police / Sociologie de la force publique, Éditions La Découverte, Paris, 1996 Normandeau, A., (sous la dir.de) (1998).Une police professionnelle de type communautaire, Les Éditions du Méridien, deux volumes, Montréal, 1998 Normandeau, A.B.Leighton, Une vision de l\u2019avenir de la police au Canada / Police-Défi 2000, (Livre vert du gouvernement du Canada, deux volumes, en version anglaise également), Ottawa, 1990.Ouimet, M.(1998).«Les tendances de la criminalité au Québec: les nouvelles réalités et les nouveaux enjeux » dans Les services spécialisés de police / Vers une organisation policière moderne, intégrée et plus efficace.Ministère de la Sécurité publique du Québec, Québec,1998.Prévost, J., Résolution de problèmes en milieu policier.Montréal : Modulo.Tremblay, J.N., Le métier de policier et le management, Les Presses de l\u2019Université Laval, Sainte-Foy, 1997.?Sites Internet Collège canadien de police (Ottawa) : www.cpc.gc.ca Solliciteur général du Canada (Ottawa) : www.sgc.gc.ca Sûreté du Québec : www.suretequebec.gouv.qc.ca Service de police de la Communauté urbaine de Montréal : www.spcum.qc.ca National Institute ofjustice (États-Unis) : www.ojp.usdoj.gov/nij/ Ministère de l\u2019Intérieur, Institut des Hautes Études de la Sécurité intérieure (France): www.intérieur.gouv.fr/index/htm Ministère de l\u2019Intérieur/Home Office (Grande-Bretagne) : www.homeoffice.gov.uk Interpol (Lyon, France) : www.aucc.ca/fr/limksindex.html Université de Montréal / Centre International de Criminologie comparée : www.cicc.umontreal.ca/ Vers une police professionnelle de type communautaire La réorganisation des services de police 68 Mutations sociales et enjeux de société prendront aussi conscience de l\u2019interre-lation entre leurs activités et celles d\u2019autres services publics (logement, bien-être, emploi, éducation, santé, etc.) \u2014 lesquels ont également des répercussions sur la criminalité.Sur le plan opérationnel, la nécessité de « faire plus avec moins » rend essentiels le recours par les services de police à toutes les ressources disponibles de la collectivité et la coordination de leurs activités avec les organisations et les groupes qui fournissent des services complémentaires (par exemple, les entreprises de sécurité privées, la sécurité publique parallèle) ou les organisations pouvant les aider dans certaines de leurs tâches (les services d\u2019incendie et l\u2019armée).par l\u2019équité en matière de revenu, la justice sociale, des citoyens convenablement nourris et logés, la paix, la diversité des ressources, les possibilités d\u2019accès à l\u2019éducation et la stabilité de l\u2019économie.Toute collectivité éprouvant de graves déficiences dans ces secteurs connaîtra de nombreux problèmes sociaux, dont la criminalité.Par conséquent, il y va de l\u2019intérêt d\u2019un grand nombre d\u2019organismes communautaires, y compris la police, de jouer un rôle dans l\u2019établissement d\u2019une collectivité saine.Ainsi, l\u2019avenir doit être fondé sur l\u2019établissement de partenariats.L\u2019image de l\u2019agent de police solitaire, qui endigue à lui seul la vague de criminalité, les bandits d\u2019un côté et des citoyens hostiles de l\u2019autre, appartient au passé.On ne saurait continuer de voir dans les policiers des commandos parachutés dans une collectivité pour la libérer des forces du mal.La police est la collectivité et la collectivité est la police.Les agents viennent de la collectivité et en reflètent les valeurs.Ils ont une obligation envers elle.En retour, elle doit soutenir la police afin que celle-ci puisse réaliser ses objectifs.C\u2019est véritablement un retour à la pensée de Sir Robert Peel ! \u2022 [Voir aussi l'article p.228] Conditions de nie.Bref, la police verra son action comme faisant partie intégrante d\u2019un effort à l\u2019échelle de la collectivité non seulement pour s\u2019attaquer à la criminalité, mais aussi pour améliorer les conditions de vie en général.Le travail de la police suppose plus que l\u2019application proprement dite des lois : l\u2019un des objectifs fondamentaux est de favoriser l\u2019existence de collectivités plus sûres et plus harmonieuses.On a de plus en plus tendance aujourd\u2019hui à insister sur l\u2019existence de collectivités saines, qui se caractérisent Mutations sociales et enjeux de société 69 Le jeu pathologique Jeux de hasard et enjeux psychosociaux: la coresponsabilité de l'État Amnon Jacob Suissa Université du Québec à Hull Si le gambling, sous une forme ou une autre, a toujours fait partie de la condition humaine, l\u2019engouement actuel envers ce type d\u2019activité pose aujourd\u2019hui de nouveaux problèmes.Ce qui était considéré auparavant comme un péché, un vice, un comportement déviant et une industrie hors-la-loi, est aujourd\u2019hui vu comme une maladie, une pathologie psychiatrique marquée par une perte de contrôle face à laquelle seule l\u2019abstinence semble être une réponse valable.Mais simultanément, le jeu est présenté par les gouvernements qui l\u2019exploitent comme une forme légitime de divertissement, un catalyseur pour le développement économique, une source de revenus et un outil pour la création d\u2019emplois.Ce qui apparaissait jusque-là comme une réalité sociale et économique relativement stable, s\u2019est graduellement transformé en débat de société, avec en toile de fond des politiques gouvernementales que l\u2019on pourrait qualifier d\u2019ambiguës et contradictoires.Un rapport du Bureau du coroner au Québec confirmait que 33 des suicides survenus en 1999 pouvaient être liés au problème du jeu pathologique.Ces drames, qui touchent principalement les joueurs dits compulsifs, ont déclenché un débat au Québec.Médias et experts ont interpellé le gouvernement, mis en cause ses responsabilités politiques et sociales.Devant ces tragédies, qui sont le symp- tôme d\u2019un malaise social beaucoup plus grave, plusieurs ministres ont affirmé leur volonté de s\u2019attaquer au problème.Contrôler plutôt qu'interdire Les propos de ces ministres peuvent se résumer comme suit.Le jeu a toujours existé historiquement et le Québec a décidé, comme beaucoup d\u2019autres gouvernements, d\u2019exercer le contrôle légal et institutionnel sur les jeux de hasard pour éviter l\u2019erreur historique que constitue la prohibition.On reconnaît, mais du bout des lèvres, que certains types de jeu, comme les machines VLT (vidéo-poker), produisent le plus grand nombre de joueurs pathologiques, que les chances d\u2019y gagner sont très minces, et que le jeu dit compulsif relève principalement d\u2019une responsabilité individuelle propre à la personne ayant développé une dépendance.Ce constat soulève des questions d\u2019ordre social, mais également politique et éthique.Les gouvernements impliqués dans la promotion du jeu utilisent à cette fin des techniques de marketing sophistiquées auprès de groupes sociaux souvent vulnérables.Mais comme ce sont les mêmes gouvernements qui sont censés protéger les populations et l\u2019intérêt public, on entend alors un double discours teinté de conflit d\u2019intérêts et de contradictions fondamentales qui méritent d\u2019être étudiées.Jeux de hasard et enjeux psychosociaux: la coresponsabilité de l\u2019État Le jeu pathologique 70 Mutations sociales et enjeux de société Dans cette perspective, on peut se poser certaines questions.Jusqu\u2019à quel point les citoyens sont-ils réellement informés des enjeux psychosociaux entourant le gambling?Sur quelles bases s\u2019appuie le gouvernement pour légitimer son discours?Quels sont les enjeux explicites ou implicites entourant ce problème social complexe ?Face à ces questions, faisons un bref tour d\u2019horizon du phénomène des jeux de hasard.Nous nous bornerons à effectuer un survol de certains déterminants majeurs, en privilégiant une analyse psychosociale critique.Nous espérons ainsi contribuer à l\u2019avancement du débat sur cette question complexe.Nous utiliserons soit le mot « jeu », soit le terme anglais « gambling», défini comme l\u2019activité consistant à s\u2019adonner aux jeux de hasard, qu\u2019il s\u2019agisse du vidéo-poker, du casino, de diverses formes de paris ou de loteries.Depuis la nuit des temps Le gambling, sous une forme organisée ou non, légal ou illégal, a de tout temps été présent à travers l\u2019histoire de l\u2019humanité.De nombreuses études (Castellani, 2000; Bybee, 1996; Rychlak, 1992) montrent sa pérennité, sa présence dans toutes les sociétés.Une version antique du jeu de la coquille (shell yame) a été trouvée sur le mur d\u2019une voûte de cimetière, en Égypte, vieille de 4500 ans.Des excavations récentes à Londres ont révélé des vestiges de jeux de dés, vieux de 4000 ans.Un siècle avant notre ère, les Chinois jouaient déjà au keno.L\u2019histoire des législations sur le jeu est également instructive.Selon Preston et al.(1998), les gouvernements se sont adonnés à la promotion du jeu ou à sa prohibition selon des cycles et des fluctuations qui se sont répétés au fil du le temps.De la commission de régulation du jeu établie aux Indes en 321 avant notre ère, jusqu\u2019aux infrastructures légales modernes de ce début de troisième millénaire, le débat légal et social sur les jeux de hasard a toujours été toujours d\u2019actualité.En France, l\u2019État a eu recours aux loteries royales en 1539, sous François 1\", pour financer ses dettes et, plus tard, pour construire des églises sous Louis XIV.En Angleterre, les décrets de Charles II en 1661 introduisirent des règlements concernant les fraudes et les abus associés au gambling.Au nom de l\u2019éthique du travail, l\u2019Angleterre prohiba le jeu au xix' siècle.Selon Munting (1996), les formes populaires de gambling en Angleterre au xx' siècle sont plus marquantes durant l\u2019entre-deux-guerres, les classes ouvrières y voyant une réponse à leurs conditions socio-économiques difficiles.Dans une certaine mesure, des phénomènes similaires se sont déroulés en Italie, en Espagne et dans la majeure partie de l\u2019Europe.Il faut toutefois souligner que si plusieurs pays européens étaient déjà familiers des casinos, ces derniers étaient généralement de petite taille, très taxés et plutôt réservés aux élites.En Chine, les fameuses maisons de courtisanes de Shanghai, durant les xix' et le xxc siècles, ont, jusqu\u2019à un certain point, joué un rôle similaire à celui des casinos en Italie.Ces maisons étaient fréquentées par les élites masculines et urbaines de l\u2019époque.Le jeu y occupait un rôle prépondérant.Alors que les maisons de prostitution vivaient de la vente de services sexuels, les maisons de courtisanes retiraient la plus grande partie de leurs revenus des sessions de gambling et de grands banquets (Henriot, 1999). Mutations sociales et enjeux de société 71 Les valeurs sacrées de l'éthique protestante De l\u2019autre côté de l\u2019Atlantique, dès l\u2019époque de la colonisation, les divergences entre les tenants du discours moral anti-gambling, et ceux qui prêchaient le développement économique à travers les jeux de hasard, étaient déjà très apparentes.Les premières lois et règlements dans le Nouveau Monde étaient véhiculés par les puritains et reflétaient la protection des valeurs sacrées de l\u2019éthique protestante.Déjà en 1660, les parieurs étaient punis et sujets au fouet en public.On dénonçait le fait que, si quelqu\u2019un était capable de gagner de l\u2019argent sans travailler, c\u2019est toute la valeur morale du travail qui en serait alors minée.D\u2019une part, le jeu était perçu comme un danger et une source potentielle de désordre social.De l\u2019autre, des accommodements et des exceptions étaient accordés selon les circonstances et le pouvoir des acteurs sociaux et politiques en présence.Quant à la légalisation du jeu, ce n\u2019est qu\u2019en 1931 qu\u2019elle survint à Las Vegas, dans l\u2019État du Nevada.Il faut rappeler que le contexte de la dépression économique de la fin des années vingt constituait un facteur important pour la défense du jeu comme stratégie de sortie de crise.Depuis cette date, le modèle du Nevada est progressivement devenu la norme à travers le continent nord-américain et dans le reste du monde.En 1957, deux ex-joueurs créaient l\u2019organisation Gamblers anonymes à Los Angeles.Comme les Alcooliques anonymes, ce mouvement d\u2019entraide eut la collaboration des instances médicales du pays.Cette situation a conduit en 1972 à la formation officielle du Conseil national du joueur compulsif par les Gamblers anonymes, avec la collaboration du corps médical, du clergé, des associations d\u2019avocats, etc.C\u2019est dans ce contexte que le discours médical associant le gambling à une maladie prit son envol.En 1980, on l\u2019inscrivit comme maladie psychiatrique dans le DSM IV (manuel statistique et diagnostique des désordres mentaux).Une réalité sociale explosive Dans le champ du gambling, on peut parler d\u2019un large mouvement réformateur qui s\u2019appuie en majeure partie sur deux assises.D\u2019une part, il y a le discours, dominant en Amérique du Nord, qui assimile le gambling à une maladie/pathologie individuelle, ce qui permet alors de déresponsabiliser, jusqu\u2019à un certain point, les gouvernements.De l\u2019autre, il y a le processus social et institutionnel de légalisation et de socialisation des jeux de hasard, devenu un instrument majeur de légitimation idéologique pour les politiciens, l\u2019industrie privée des casinos et plusieurs communautés autochtones en Amérique du Nord.Parmi ces dernières, certaines n\u2019hésitent pas à parler de succès en termes d\u2019opportunités, de développement économique et de création d\u2019emplois alors que d\u2019autres y voient une source de dislocation familiale, communautaire, sociale et identitaire.En l\u2019espace de quelques décennies, on a assisté à une augmentation sans précédent de l\u2019accès aux formes légales de jeu sur le continent nord-américain.Légitimé comme activité de loisir, source importante de revenus dans un contexte de compressions budgétaires par les gouvernements fédéraux et de déclin de revenus de taxes sur le plan provincial, la légalisation des jeux de hasard s\u2019est faite rapidement.Au Canada, c\u2019est en 1969 qu\u2019une réforme du code criminel permettait la légalisation des jeux de hasard par les provinces.En Jeux de hasard et enjeux psychosociaux: la coresponsabilité de l\u2019État Le jeu pathologique 72 Mutations sociales et enjeux de société 1996, un rapport du Conseil national du bien-être social révélait que plus de la moitié des Canadiens s\u2019étaient adonnés au jeu occasionnellement; et qu\u2019un nombre significatif de personnes le faisaient sur une base hebdomadaire (Conseil national du bien-être social, 1996).dus, organisations et communautés s\u2019opposent à la multiplication des casinos, aux loteries de toutes sortes, aux appareils de loterie vidéo et aux machines à sous.Pour une série de raisons qui vont des croyances religieuses aux impacts psychosociaux négatifs auprès des personnes qui développent des problèmes de dépendance, certains voient dans l\u2019étalement des espaces de jeux de hasard une exploitation des plus pauvres, ou comme dirait Eadington (1995) « une taxe pour les stupides».Des enquêtes menées aux États-Unis depuis une trentaine d\u2019années montrent en effet que les pauvres investissent un plus grand pourcentage de leurs revenus dans les loteries et autres jeux que les milieux aisés (Brenner et Brenner, 1993).Alcool, drogue et familles brisées Il y a egalement des conséquences négatives sur les plans familial et communautaire, qui peuvent se traduire par un nombre de plus en plus élevé de sans-abri qui étaient auparavant des joueurs invétérés (Castellani et al, 1996).On a également relié le jeu à la morbidité psychiatrique et aux tentatives de suicide (Blade et Moyer, 1998).Les populations de jeunes, de femmes, d\u2019autochtones et de personnes âgées seraient également les groupes les plus touchés (Mandai et Vander Doelen, 1999 ; National Council o/Welfare, 1996).De plus, la dépendance mixte au jeu, à l\u2019alcool ou aux drogues en contexte de gambling produirait une prevalence de cinq à dix fois plus élevée dans une population de joueurs pathologiques en traitement que dans la population en général (Dayhestani et al., 1996).Dans cette perspective, une étude en Alberta révèle un taux de 63,3 °/o d\u2019alcooliques parmi les joueurs pathologiques, comparativement à i9°/o dans le reste de la population.Une industrie faramineuse Selon plusieurs sources, les sommes dépensées dans les activités de jeux de hasard au Canada se situaient entre 20 et 30 milliards de dollars, dont 4,6 milliards sous la forme de loteries.Aux États-Unis, les sommes légalement investies dans cette industrie depuis 20 ans ont augmenté de 3000 °/o (Canadian Foundation on Compulsive Gambling, 1999 ; Peacock, Day et Peacock, 1999).À titre d\u2019exemple, les Américains ont dépensé la somme de 586,5 milliards de dollars dans le jeu durant la seule année 1996 (Pasternak, 1997).En ce qui a trait à la création d\u2019emplois, cet essor s\u2019est traduit également par une augmentation de la main-d\u2019œuvre active dans cette industrie, qui est passée de 8262 personnes en 1985 à 24 297 douze ans plus tard.Ce contexte, vu comme favorable, a permis l\u2019ouverture de casinos permanents à l\u2019échelle du pays en Ontario (Windsor, Orillia, Niagara Falls, Gloucester), au Québec (Montréal, Hull, Pointeau-Pic), en Nouvelle-Écosse (Halifax et Sydney), au Manitoba (Winnipeg), en Saskatchewan (Regina) et dans plusieurs communautés autochtones.Au Québec, et selon Topp et Charpentier (2000), l\u2019exercice financier de Loto-Québec en 1998-199g montre un chiffre d\u2019affaires record de plus de trois milliards de dollars, avec bénéfice net de 1,2 milliard de dollars.S\u2019il y a apparence d\u2019un certain bien-être économique avec l\u2019introduction légale des jeux de hasard, plusieurs indivi- Mutations sociales et enjeux de société 73 23,3% des individus ayant un problème de jeu sont également toxicomanes, comparativement à 6,3 % au sein de la population en général (Bland, Newman, Orn et Stebelsky, 1993).L\u2019intensité du jeu serait également liée statistiquement à l'usage abusif du tabac et de l\u2019alcool chez les jeunes adultes de niveau universitaire (Lesieur et al, 1991).Un autre indicateur important de ce malaise social croissant est celui de l\u2019augmentation des demandes d\u2019aide téléphonique.Au Québec, et depuis la création du premier casino en 1993, plus de 22 000 personnes ont eu recours au service téléphonique d\u2019écoute, d\u2019aide et de référence de nature anonyme et confidentielle (Jeu: aide et réference, 2000).Rappelons que ce service est financé par Loto-Québec et ses filiales, et qu\u2019il est assuré par le Centre de référence du Grand Montréal.D\u2019un point de vue économique, il ne fait pas de doute que les jeux de hasard représentent une occasion d\u2019enrichissement pour des groupes financiers privés qui excellent dans le « marketing social » et dans la promotion des espaces de jeu présentés comme une occasion unique de développement économique et touristique.Certains voient dans la situation actuelle un signe de « banqueroute politique », dans la mesure où le débat réel sur l\u2019ambiguïté du rôle de l\u2019État n\u2019est pas effectué, ce qui a pour effet d\u2019escamoter la dimension sociale sous-jacente au phénomène.Dans cette optique, une étude de Govoni et al.(1998), sur l\u2019impact des casinos dans la communauté de Windsor en Ontario, révèle que les problèmes psychosociaux reliés au gambling sont en forte augmentation depuis 20 ans.L\u2019accès facile aux casinos explique la plus grande fréquence des problèmes de dépendance au jeu et de comportements considérés comme pathologiques.Déjà en 1976, une étude scientifique à l\u2019échelle nationale démontrait qu\u2019à Las Vegas, l\u2019accès généralisé a diverses formes de gambling se traduisait par un taux de dépendance trois fois supérieur à la moyenne nationale (U.S.Commission on the Reuiew 0/ the National Policy Towards Gambling, 1976).Le phénomène de la dépendance: au cœur du débat Les études scientifiques portant sur la prevalence du jeu pathologique dans le monde s\u2019appuient principalement sur deux outils principaux pour évaluer l\u2019ampleur du phénomène: le DSM-1V (manuel statistique et diagnostic des désordres mentaux utilisé par l\u2019Association américaine de psychiatrie) et le SOGS (South Oaks Gambling Screen).Ces deux instruments représentent aujourd\u2019hui les références officielles dans le monde quand on veut évaluer les situations d\u2019abus et de dépendance dans les activités de gambling.Même s\u2019ils peuvent fournir certaines informations utiles pour comprendre la situation personnelle du client en question, ces outils demeurent nettement incomplets et insuffisants en termes d\u2019évaluation diagnostique.Ainsi, le client est toujours seul quand il remplit le questionnaire et il n\u2019y a pas de questions portant sur le contexte familial, alors que celui-ci est un marqueur important dans la dynamique de l\u2019installation, de la continuité ou de la cessation de l\u2019activité pathologique.Le portrait des activités antérieures de dépendance et ou concomitantes avec les motifs de la consultation, n\u2019est également pas effectué.Enfin, la dépendance au jeu n\u2019est pas comprise à l\u2019intérieur d\u2019un continuum, avec des périodes de dépendance qui peuvent être plus ou moins intenses selon les circonstances.jeux de hasard et enjeux psychosociaux: la coresponsabilité de l'État Le jeu pathologique 74 Mutations sociales et enjeux de société Il est à remarquer que la grille du SOGS a été élaborée et fondée sur les critères utilisés par l\u2019American Psychiatrie Association dans le DSM-IV.Même si depuis 1991, la version révisée inclut les problèmes actuels du joueur, en plus des problèmes couvrant ceux de toute une vie, l\u2019utilisation de l\u2019outil différera selon les milieux et les contextes.Ainsi, certaines provinces au Canada (Québec) préfèrent la grille d\u2019origine, alors que d\u2019autres (Ontario, Manitoba), optent plus pour la grille révisée.Dans cette logique, et même s\u2019il y a des tentatives d\u2019appliquer la grille du SOGS dans des contextes culturels différents, il n\u2019en demeure pas moins que les valeurs attribuées à l\u2019imprévisibilité, à l\u2019expérience aléatoire et à l\u2019arbitraire des résultats, s\u2019inscrivent dans un cadre culturel précis, avec ses propres repères historiques et sociaux.On peut alors se questionner sur la validité de ces instruments sur le plan international, dans la mesure où ils ne tiennent pas compte des contextes socioculturels et des valeurs qui y sont associées dans les raisons, choix et motifs qui mènent à l\u2019abus du jeu.Un phénomène psychosocial En résumé, nous pouvons souligner que le DSM-IV et le SOGS ne font pas référence à l\u2019abus du jeu en tant que phénomène de dépendance.Ce concept est d\u2019ailleurs lui-même l\u2019objet d\u2019un débat scientifique et social de grande importance, car il n\u2019y a pas entente entre les scientifiques, les intervenants divers et les instances gouvernementales ou professionnelles.Quand on tient compte des conditions qui permettent la désignation d\u2019un état comme « pathologique », on réalise que celles-ci changent considérablement selon les acteurs sociaux et les intérêts de pouvoir en présence, selon les contextes histori- ques culturels et sociaux (Suissa, 1998; Room, 1995; Peele, 1991).Dans cette optique, la dépendance au jeu ne peut être réduite à un désordre individuel de nature intra-psychique, pathologique ou compulsive.Elle relève plutôt d\u2019un phénomène psychosocial complexe, et donc d'une réalité multifactorielle.L\u2019absence d\u2019accord sur le concept de dépendance, dans la définition et l\u2019évaluation des toxicomanies en général, influe, jusqu\u2019à un certain point, sur les études de prévalence dans le champ du gambling.Ainsi, certaines études canadiennes soutiennent que le taux de participation des adultes à des activités de jeux de hasard entre 1994 et 1998 a diminué et que le pourcentage de joueurs compulsifs a suivi la même tendance, passant de 5,4% à 4,8% (Alberta Alcohol and Drug Commission, 1994, 1998).Toujours en Alberta, et retenant le SOGS comme outil de mesure, les résultats des études antérieures du National Council on Gambling (1996) et de Ladouceur (1996) montrent, au contraire, que cette province a le plus haut taux de joueurs considérés problématiques (4%) et pathologiques (1,4%), ce qui donne une moyenne de 5,4%, chiffre le plus élevé du pays.Comment interpréter ces résultats, alors que les joueurs compulsifs se recrutent justement auprès des personnes ayant développe des problèmes psychosociaux de dépendance au jeu ?À cette question, les études de Govoni (Gouont et al., 1998) illustrent assez bien ce constat apparemment contradictoire : le nombre de joueurs ayant des problèmes augmente en corrélation avec la multiplication des accès au jeu.Ainsi, le taux de la population adulte ayant joué est passé de 66 % avant l\u2019ouverture du casino, à 82% après son ouverture. Mutations sociales et enjeux de société 75 Jeunes et jeu compulsif Dans la même veine, l\u2019étude de Room, Turner et lalomiteau (1998) dans la région de Niagara en Ontario confirme la même tendance, soit une augmentation du nombre de joueurs compulsifs et de nouveaux problèmes sociaux, à cause principalement de la facilité d\u2019accès aux casinos.Un autre paradoxe dans cette étude est que 75 % des résidents de Niagara sont en faveur du maintien des casinos, même s\u2019ils savent que cela engendre des problèmes sociaux dans leur communauté.On peut interpréter d\u2019une façon semblable le référendum de mai 2001 au Nouveau-Brunswick, où la population a décidé, à une très légère majorité (53 %> contre 47%), de ne pas interdire les machines vidéo-poker.En ce qui concerne les jeunes, les études effectuées tant au Canada qu'aux États-Unis révèlent qu\u2019entre 9,9% et 14,2 % des populations adolescentes expérimentent certains symptômes de problèmes liés au gambling, comparativement à 4,4% et 7,4% correspondant aux critères du gambling pathologique (Peacok, R.; Day, P.et Peacock, T., 1999; Cupta et Derevensky, 1998).Au Canada, et selon le rapport du Conseil national du bien-être social (1996), les études démontrent que les joueurs compulsifs et pathologiques sont plus susceptibles de commencer plus jeunes que les joueurs non compulsifs.Parmi ces études, celles menées en Nouvelle-Écosse, au Québec, en Ontario et en Alberta montrent que le jeu pathologique et compulsif est plus présent chez les jeunes que parmi la population adulte.Au Québec, une étude sur le gambling chez les jeunes a révélé un taux alarmant de prévalence de 4 à 8%.De plus, 10 à 15% des jeunes sont également considérés « à risque» (Cupta et Derevensky, 1998).Cette tendance est confirmée par plusieurs autres études de Ladouceur, Vitaro et Arsenault (1998), où les taux de prévalence observés sont plus élevés que chez les adultes et seraient également reliés à une consommation abusive de psychotropes.Pas seulement une pathologie individuelle À la lumière de cette brève esquisse, nous remarquons que les taux de prévalence sont, toutes proportions gardées, de plus en plus élevés dans le temps et le sont en corrélation avec le nombre d\u2019années d\u2019exposition dans les communautés respectives.Autrement dit, plus il y a accès aux jeux de hasard, plus l\u2019incidence augmente.Nous remarquons également que, malgré le nombre impressionnant de recherches sur le gambling, le regard dominant envers cette condition passe principalement par la pathologie, tout en mettant en veilleuse les facteurs macro-contextuels explicatifs de nature politique, historique, culturelle et psychosociale dans la construction d\u2019un tel discours.Cette définition est jusqu\u2019à nos jours la version dominante dans l\u2019approche du phénomène du gambling.Nous observons également que les modes d\u2019usage du gambling et de sa conception varient dans le temps, ceux-ci différant selon les acteurs sociaux en présence, les classes sociales, le contexte économique, historique et politique.Sous cet angle, peut-on penser le gambling comme un problème social qui se construit dans le temps, plutôt qu\u2019une pathologie de nature individuelle?(Suissa, 2001).Une logique de réaction Selon un autre argument véhiculé par l\u2019État québécois, ce dernier assumerait ses responsabilités quand il s\u2019agit d\u2019investir dans les traitements ou programmes pour personnes ayant développé des pathologies, Jeux de hasard et enjeux psychosociaux: la coresponsabilité de l\u2019État Le jeu pathologique 76 Mutations sociales et enjeux de société Références ______________________________________________________________ Alberta Alcohol and Drug Abuse Commission, Impacts ofproblem gambling.AADAC, Edmonton, 1994- Bland, R , S.Newman, H.Orn, G.Stebelsky, «Epidemiology of pathological gambling in Edmonton», Canadian Journal of Psychiatry, 38, 2,1993.Blaszczynski, A et al., «Problem gambling within a Chinese speaking community », Journal of Gambling Studies, 14, 4,1998.Brenner, R., G.Brenner, Spéculation et jeux de hasard, une histoire de l\u2019homme par le jeu, Presses Universitaires de France, 1993.Bybee, S., Gaming regulation control, Las Vegas : APS, 1996.Canadian Foundation on Compulsive Gambling, Newlink Problem Gambling News and Information, Spring Issue : 12.Toronto, 1999.Castellani, B, Pathological gambling: the making of a medical problem, State University of New York Press, New York, 2000.Castellani, B et al, « Homelessness, negative affect, and coping among veterans with gambling problems who misused substances», Psychiatric Services.47, 3,1996.Cupta, R., J.Derevensky, «Adolescent gambling behavior: a prevalence study and examination of the correlates associated with problem gambling \"Journal of Gambling Studies, 14, 4,1998.Daghestani, A, E.Elenz, J.Crayton, « Pathological gambling in hospitalized substance abusing veterans », Journal of clinical Psychiatry, 57, 8,1996.Eadington, W (1995).Gambling: philosophy and policy.Journal of Gambling Studies.11,11995.Govoni, R et al., « Five years impact of casino gambling in a community», Journal of Gambling Studies, vol.14, 4, 1998.Henriot, C, «Courthip, sex and money : the economics of courtesan houses in nineteenth- and twentieth-century Shanghai », Women\u2019s History Review.8, 3,1999.Ladouceur, R, F.Vitaro, L.Arsenault, Consommation de psychotropes et jeux de hasard chez les jeunes: prévalence, coexistence et conséquences, Comité permanent de lutte contre la toxicomanie, Québec, 1998.Ladouceur, R., «The prevalence of pathological gambling in Canada», Journal ofGambling Studies, 12, 2, 1996.Lesieur, H et al., «Gambling and pathological gambling among university students», Addictive Behaviors.16,1991.Malaby, T., « Fateful misconceptions : rethinking paradigms of chance among gamblers in Crete», Social Analysis.43,1,1999.Mandal, V., C.Vander Doelen, Chasing lightening: gambling in Canada, Allyn Bacon, Toronto, 1999 Munting, R., An economic and social history of gambling in Britain and the USA, Manchester University Press, Manchester, 1996 National Council of Welfare, Gambling in Canada, Ottawa, 1996.Pasternak, A., «Pathological gambling: America\u2019s newest addiction?», American Family Physician, 56, 1997.Peacok, R., P.Day, T.Peacock, «Adolescent gambling on a great lakes indian reservation », dans Voices of first nations people, sous la dir.de Hilary Weaver, Haworth Press, 1999.Peele, S., The truth about addiction and recovery, Simon et Schuster, New York, 1991 Preston, F et al., «Gambling as stigmatized behavior: regional relabelling the law», The Annals of the american Academy of political and social science, 556,1998.Rychlak, R., «Lotteries, revenues and social costs: a historical examination of State-Sponseored Gambling», Boston College Law Review, 34, 1992.Room, R, « Issues in the cross-cultural validity of dependence definitions», Conference article at the 37th ICAA International Congress, University of San Diego, California, 1995. Mutations sociales et enjeux de société 77 Room, R; N.Turner, A.Iaiomiteau, Effects of the opening of the Niagara casino: a first report, Centre for Addictions and Mental Health, Toronto, 1998.Suissa, J.A., Pourquoi l'alcoolisme n'est pas une maladie, Editions Fides, Montréal, 1998.Suissa, j.A., La construction d'un problème social en une maladie: le cas de l\u2019alcoolisme en Amérique du Nord, dans Nouvelles configurations des problèmes sociaux et l\u2019intervention, sous la direction de R.Mayer et Dorvil, 2001.Topp, J., G.Charpentier, Jeu pathologique et toxicomanie, dans L'usage des drogues et les toxico-manies,3, sous la dir.de Pierre Brisson, Gaétan Morin, 2000.que ce soit les programmes d'auto-exclu-sion pour joueurs à problèmes (les études sur ces programmes ne montrent aucun résultat concluant), la formation d'intervenants compétents, le retrait d\u2019un millier de machines vidéo-poker sur 18 mois, la recherche ou l\u2019organisation de campagnes de prévenüon auprès des jeunes par l\u2019utilisation de productions vidéo, etc.Ces interventions, bien qu\u2019importantes, restent une goutte d\u2019eau dans l\u2019océan quand on considère l\u2019ampleur du phénomène et la réalité des enjeux.On peut dire que l\u2019État intervient dans une logique de « réaction aux problèmes », et non de prévention réelle.On ne peut concilier à long terme les rôles contradictoires des gou- vernements dans ce domaine : protecteur des citoyens, mais promoteur du jeu.Cela constitue un obstacle majeur à une mise en place d\u2019une politique efficace socialement acceptable et légitime au plan éthique.En conclusion, on peut dire que l\u2019État se désengage de ses responsabilités dans la mesure où il présente le problème comme relevant d\u2019une défaillance individuelle, alors qu\u2019il est le principal maître d\u2019œuvre des casinos et des espaces de jeu.Tant et aussi longtemps que le débat sur ces aspects n\u2019est pas effectué, nous continuerons à produire de plus en plus de joueurs compulsifs, avec tous les drames qui y sont associés : suicides, violence familiale, sans-abri, etc.\u2022 les études québécoises yP I Le Programme d\u2019études sur le Québec HIH de l\u2019Université McGill Le Programme d\u2019études sur le Québec de l\u2019Université McGill (PEQ) a parmi ses principaux objectifs de cerner la réalité québécoise en encourageant les études comparées et les transferts interdisciplinaires.Parmi les principaux centres d\u2019études sur le Québec présents dans le réseau universitaire, le PEQ se distingue surtout par son orientation centrée sur les sciences sociales et les arts.Le fait d\u2019étudier le Québec au sein d\u2019une université anglophone donne au PEQ son originalité.Au cours des dernières années, ce programme a donné aux étudiants québécois, canadiens et étrangers, la possibilité d\u2019approfondir les ques- Jeux de hasard et enjeux psychosociaux: la coresponsabilité de l\u2019État Les études québécoises 78 Mutations sociales et enjeux de société fions pertinentes de la société québécoise et de rencontrer des chercheurs de calibre international.La diversité culturelle de l'Universite McGill compte pour beaucoup dans la variété des approches choisies par les étudiants des trois cycles d\u2019études.L\u2019apport de l\u2019Université McGill aux études canadiennes-françaises ou québécoises dans une perspective moderne remonte à 1963, lors de la création du Centre d\u2019études canadiennes-françaises, qui fut transformé en Programme d\u2019études canadiennes-françaises en 1985, puis finalement en Programme d\u2019études sur le Québec en 1992.À l\u2019heure actuelle, les cours offerts par le PEQ permettent une synthèse des acquis effectués dans les cours offerts, entres autres, par les départements de science politique, de langue et littérature françaises, d'histoire, de géographie, d\u2019études canadiennes, de travail social, de sociologie, d\u2019études nordiques, d\u2019anthropologie et d\u2019histoire de l\u2019art.Le PEQ est aussi actif dans le soutien aux jeunes chercheurs, offrant un soutien académique à de jeunes doctorants et en leur permettant d\u2019organiser des colloques d\u2019envergures, notamment grâce à la création du poste de Professeur Invité Desjardins, en 1997.Soutenant à la fois la recherche établie et la jeune recherche, le PEQ a aussi permis la tenue d\u2019événement où les chercheurs d\u2019envergure internationale ont pu collaborer avec leurs confrères à leurs premières armes.En plus de son mandat academique au sein de McGill, le PEQ cherche à ouvrir de nouvelles pistes de recherche dans les domaines des arts et des sciences sociales.Le programme voit à identifier les grands enjeux et défis auxquels la société québécoise fait face, afin de cerner le Québec autant dans sa spécifité que dans sa globalité.En permettant à des chercheurs et à des professeurs de grande renommee, ainsi qu\u2019à de jeunes chercheurs de communiquer les résultats de leurs travaux inédits, ou de présenter de nouvelles hypothèses de travail, le PEQ poursuit une vise à créer un espace de dialogue et d\u2019échange académique vivant et actuel.La revue Globe La publication scientifique est assurée par la revue GLOBE : Revue internationale d'études québécoises, ainsi que par les séries Les Cahiers du PEQ et Les Grandes Conférences Desjardins.Le PEQ publie de plus la collection «Débats», en conjonction avec les éditions Québec Amérique, et son directeur, Alain-G.Gagnon, a participé étroitement à l\u2019édition de la revue Politique et Société, de 1996 à 2001.Afin de poursuivre un mandat d\u2019éducation publique, le PEQ est aussi à l\u2019origine de colloques multidisciplinaires ouverts au public depuis les dernières années, tel que Penser la nation québécoise, (en collaboration avec Le Devoir), le Colloque en l\u2019honneur de Madeleine Parent, ou Québec : État et Société qui ont contribué au rayonnement institutionnel et général des études québécoises.Ces événements ont de plus stimulé le débat sur la société québécoise tant dans les médias que dans les cercles académiques.En plus des colloques scientifiques ouverts au grand public, le PEQ a organisé de nombreux symposiums et grandes conférences qui ont permis de faire le point sur des questions ayant des incidences sur les étudiants de McGill ainsi que sur la société québécoise.Plusieurs de ces événements ont mené à la création de publications ; la liste qui suit fait état des principales publications du PEQ.Pour une liste plus complète, on peut consulter le site Web : www.arts.mcgill.ca/programs/qs/ \u2022 Mutations sociales et enjeux de société 79 Références Collection Débats \u2022\tRécits identitaires : Le Québec à l\u2019épreuve du pluralisme, Jocelyn Mac lure, 2000.\u2022\tPenser la nation québécoise, sous la dir.de Michel Venne, 2000.\u2022\tL\u2019Ingratitude: Conversation sur notre temps, Alain Finkieikraut, 1999.\u2022\tLe Québec dans l\u2019espace américain, Louis Balthazar et Alfred O.HeroJt., 1999.Collection Les Grandes Conférences Desjardins \u2022\tL'histoire comparée des collectivités neuves - une autre perspective pour les études québécoises, Gérard Bouchard, mars 1999.\u2022\tPasser près d\u2019une perdrix sans la voir ou attitudes à l\u2019égard des Autochtones, Louis-Edmond Hamelin, octobre 1999.\u2022\tThe Unattained Yet Attainable Democracy - Canada and Quebec Face the Ne w Century, James Tully, mars 2000.\u2022\tAmbiguïtés de la citoyenneté au Québec, Danielle Juteau, novembre 2000.\u2022\tBeyond Sovereignty.Plurinational Democracy in a Post-Sovereign World, Michael Keating, mars 2001.GLOBE: Revue internationale d\u2019études québécoises.Raisons communes, 1998, vol.1, n° 1.Études libres, 1998, vol.1, n° 2.Relire la Révolution tranquille, 1999, vol.2, n° 1.Les Enjeux de la coexistence linguistique, 1999, vol.2, n° 2.L\u2019Intime et le privé au Québec, 2000, vol.3, n° 1.Le xxe siècle québécois des femmes, 2000, vol.3, n°.2.Site de la revue : www.cam.org/'inuk/ Cahiers du PÉQ, parutions récentes 14.\tJacques Allard.Refus global, l\u2019art et l\u2019Histoire, mars 1999.15.\tClaude BéLand, Michel Boucher, Pierre Paquette, Marc-Urbain Proulx.L'économie du Québec: orientations et mutations, juin 1999.16.\tGérard Bouchard, Daniel Jacques, Charles Taylor.L'avenir de l\u2019état-nation, septembre 1999.17.\tSarah Fortin, Alain-G.Gagnon.Le rayonnement d\u2019Innis au Québec: traditions, institutionnalisation et réseaux, décembre 1999.18.\tThlmothy L.Thomas, Alain Noël, François Vaillancourt.Penser l\u2019union sociale, mars 2000.19.\tCraig Calhoun, Ronald Seiner, Ruth Abbey.Charles Taylor\u2019s Political Thought, juin 2000.Autres publications \u2022\tL\u2019union sociale canadienne sans le Québec.Huit études sur l\u2019entente-cadre, sous la dir.d\u2019Alain-G.Gagnon, 2000.\u2022\tThe Canadian Social Union Without Quebec: Eight Critical Analyses, sous la dir.d\u2019Alain-G.Gagnon, version anglaise, 2000.\u2022\tBibliographie commentée sur le Québec, Alain-G.Gagnon, Éditions Saint-Martin, 2000.\u2022\tPour joindre le PEQ: Courrier : Programme d\u2019études sur le Québec Université McGill 3460, rue McTavish, Montréal, Québec, H3A 1X9 Tél : 514) 398-3960 \u2022 Fax : 514) 398-3959 \u2022 Site Web : http ://www.arts.mcgill.ca/programs/qs/ Le Programme d\u2019études sur le Québec de l\u2019Université McGill Chronologie CHRONOLOGIE » Les principaux événements de juillet 2000 à juin 2001 > Les disparus, de juillet 2000 à juin 2001 Chronologie 83 Chronologie Les principaux événements de juillet 2000 à juin 2001 Pascal Faucher Journaliste Juillet 2000 Le 1\" \u2014 Génétique.La Gendarmerie Royale du Canada met sur pied sa propre banque d\u2019empreintes génétiques, afin de conserver le code d\u2019ADN prélevé sur tous les criminels reconnus coupables d\u2019un crime grave, ou, sur demande d'un juge, d\u2019un délit moins important.Cette banque de gènes permet également de stocker les empreintes d\u2019ADN prélevées sur les lieux d\u2019un crime non résolu.Le 4 \u2014 Festivals.Québec crée un programme compensatoire de 12,5 millions destiné aux événements qui doivent renoncer aux commandites des compagnies de tabac, tels que le Festival pyrotechnique de Montréal et le Grand Prix de Trois-Rivières.Prévu pour trois ans, ce soutien transitoire fait suite à la Loi sur le tabac de juin 1998, qui interdit tout parrainage publicitaire par l\u2019industrie de la cigarette à partir du 1\" octobre 2003.Le 31 \u2014 Journaux Hollinger.Propriété du financier Conrad Black, le groupe Hollinger cède à l\u2019albertaine CanWest Global Communications 136 quotidiens et hebdomadaires régionaux, 85 magazines spécialisés et 13 grands quotidiens dont The Gazette, The Ottawa Citizen et 50 % du National Post, soit la presque totalité de ses publications canadiennes.Avec cette acquisition géante de 3,5 milliards, CanWest devient le plus grand propriétaire de médias au Canada, présent dans toutes les provinces sauf au Manitoba et au Nouveau-Brunswick [noir aussi p.641] Septembre 2000 Le 4 \u2014 Caisse de dépôt.Après la création d'un fond d\u2019investissement de 100 millions US en Égypte, la Caisse de dépôt et de placement fait affaire avec Spring Pension Funds Management de Tel-Aviv.Cette association lui donne une position enviable pour de futurs investissements privés.Israël compte, après le Canada, le plus grand nombre d\u2019entreprises étrangères inscrites au Nasdaq.Le 13 \u2014 Vidéotron.Québécor et la Caisse de dépôt et de placement mettent la main sur le groupe Vidéotron, une transaction au comptant de 5,4 milliards, qui donne naissance à Québécor Media, le premier géant québécois du multimédia.Déboutée devant les tribunaux, Rogers Communications n\u2019a finalement pu renchérir l\u2019offre de Vidéotron.La Caisse de dépôt et de placement, qui a investi 2,2 milliards dans l\u2019achat, devient actionnaire à 45,3% de Québécor Media.Le 23 mai, le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) donne son aval à la transaction, mais réserve sa décision concernant l\u2019acquisition de TVA par Québécor.Le CRTC autorisera cette acquisition le 5 juillet 2001 [voir article p.651].Les événements de l\u2019année 2000-2001 Les événements de l\u2019année 2000-2001 84 Chronologie Le 13 \u2014 Attentat contre Michel Auger.Le journaliste Michel Auger est victime d\u2019une tentative de meurtre commise dans le stationnement du Journal de Montréal.Atteint de cinq balles, le célèbre chroniqueur aux faits divers échappe pourtant à la mort.Les soupçons se portent sur des membres du crime organisé.Plusieurs appellent à l\u2019utilisation de la clause dérogatoire pour créer une loi antigangs musclée.Le 19, l\u2019idée d\u2019utiliser la clause nonobstant (dérogatoire) est abandonnée par Québec lors de la rencontre des sous-ministres de la Justice des gouvernements canadiens et québécois.Le 5 avril 2001, la ministre fédérale de la Justice, Anne McLellan, rend public un projet de loi antigangs, qui est accueilli froidement.11 renforce les pouvoirs de saisie mais ne permet pas de renverser le fardeau de la preuve sur les biens des criminels.Le 15 \u2014 BCE et Thomson.Le groupe de presse Thomson, propriétaire du Globe and Mail, fusionne avec BCE, premier groupe canadien des télécommunications, créant un conglomérat multimédia estimé à quatre milliards.Octobre 2000 Le 6 \u2014 Attentats contre Second Cup.Trois commerces Second Cup de Montréal sont la cible de crimes incendiaires dans le quartier du Plateau Mont-Royal, des gestes aussitôt condamnés par le gouvernement québécois.Le 20, un membre de la Brigade d'autodéfense du français, l\u2019ex-fel-quiste Rhéal Mathieu, est arrêté en lien avec ces méfaits, puis condamné à 6 mois de prison le 6 juillet 2001 pour possession d\u2019armes prohibées et tentatives d\u2019incendie criminel.Le 10 \u2014 Nouvelle ville de Montréal.Devant l\u2019impossibilité d\u2019un consensus entre Montréal et ses banlieues, le mandataire du gouvernement, Louis Bernard, soumet la proposition de créer une nouvelle ville de 1,8 million d\u2019habitants découpée en 27 arrondissements à partir des 28 municipalités de l\u2019île.Le 19 décembre suivant, cette proposition est adoptée par la loi 170.La nouvelle ville, qui existe officiellement à partir du icr janvier 2002, compte 105 conseillers, dont 73 conseillers de la ville, 31 conseillers d\u2019arrondissement et un maire.Par le passé, il y avait 290 élus pour l\u2019ensemble des villes, incluant le maire.Les arrondissements conservent quelques compétences dont le zonage, le ramassage des ordures et le déneigement.Sur la Rive-Sud, le nom de Champlain est suggéré pour la nouvelle ville résultant de la fusion des villes composant la MRC du même nom, en plus de Saint-Bruno et Boucherville.En juin 2001, le gouvernement tranchera en faveur du nom de Longueuil.Le 10 décembre 2000, au centre-ville de Montréal, environ 30 000 manifestants des banlieues de la métropole protestent contre les fusions municipales imposées.Le 28 juin 2001, le regroupement des villes opposées aux fusions échoue dans sa contestation en Cour supérieure.Le juge Maurice Lagacé rappelle que le gouvernement provincial a pleine compétence sur les institutions municipales, y compris le pouvoir de les créer, de les fusionner ou de les abolir [sur Montréal et Longueuil, voir article p.257].Le 10 \u2014 Pacte fiscal.Après trois années de diète budgétaire imposée au nom de l\u2019assainissement des finances publiques, le gouvernement du Québec signe avec ses municipalités un nouveau pacte fiscal « historique » qui leur alloue 1,495 milliard Chronologie 85 en cinq ans.Lucien Bouchard recommande toutefois la parcimonie dans la gestion de ce « retour d\u2019impôt».Le 14 \u2014 Marche des femmes.À Montréal, environ 30 000 manifestants prennent part à la Marche mondiale des femmes sur le thème récurrent « Du pain et des roses ».Associations, groupes communautaires et organisations syndicales se joignent à la Fédération des femmes du Québec (FFQ) pour dénoncer la violence et la pauvreté telles que vécues par les femmes, et exigent davantage de ressources pour y faire face.Le 17 octobre sous la gouverne de la FFQ, la Marche mondiale des Femmes, à New York, réunit des milliers de militantes de plus de 100 pays afin de remettre une pétition pour améliorer le sort des femmes à la vice-secrétaire générale de l\u2019Organisation des Nations unies, Louise Fréchette [voir article p.481].Le 16 \u2014 Prix du livre.Il faut fixer un prix unique pour chaque nouveau livre au Québec durant l\u2019année suivant sa publication, recommande à l\u2019unanimité le Comité sur les pratiques commerciales dans le domaine du livre, présidé par Gérald Larose.Cette mesure exclut les manuels scolaires du primaire et du secondaire et vise à protéger les petites librairies contre la guerre des prix instaurée par les grands magasins [voir article p.606].Le 16 \u2014 Jeu pathologique.Tout en refusant de réévaluer le rôle de l\u2019État dans le lucratif domaine des jeux de hasard, Québec dévoile sa stratégie d\u2019aide aux joueurs pathologiques.Doté d\u2019un budget de 44 millions, le programme comprend la création d\u2019un comité interministériel sur la question, tout en créant des centres d\u2019écoute et de soutien afin de contrer les maux liés au jeu [voir article p.69].Le Canada : une histoire controversée Le 11 novembre \u2014 Objectivité ou hypocrisie?Réalisée au coût de 25 millions par les réseaux anglais et français de Radio-Canada, la mégasérie Le Canada : une histoire populaire débute dans la tourmente.« Fraude intellectuelle », écrit le politologue Christian Dufour dans une lettre au quotidien Le Devoir, Celui-ci accuse les auteurs de la série de présenter une version loyaliste de l\u2019histoire du pays, puisque aucune mention n\u2019est faite des effets de la Proclamation royale britannique de 7763 destinée à assimiler la colonie française.Consultant de l\u2019émission, l\u2019historien Jean-Claude Robert admet l\u2019omission du Serment du test qui oblige les Canadiens à renoncer au catholicisme s\u2019ils veulent accéder à la fonction publique, mais souligne qu\u2019il ne touche que les hauts fonctionnaires et n\u2019empêche aucunement le libre exercice de la religion.Il rajoute que l\u2019Acte de Québec de 1774 reconnaît ultimement la religion catholique et le droit français.la série Le Canada : une histoire populaire doit essuyer d\u2019autres critiques plus ou moins justifiées.Plusieurs chroniqueurs lui reprochent de projeter une image stéréotypée des Amérindiens, d\u2019occulter le rôle des huguenots dans l\u2019histoire de la Nouvelle-France ou d\u2019être tout simplement trop didactique et « objective ».Le conseiller éditorial de la série, Mario Cardinal, rétorque que si l\u2019on peut critiquer une certaine retenue journalistique sur la forme, l\u2019émission demeure, sur le fond, impeccable.Les événements de l\u2019année 2000-2001 les événements de l\u2019année 2000-2001 86 Chronologie Le 25 \u2014 Nortel.Effrayés par la perspective d\u2019une diminution inopinée des revenus de Nortel, les investisseurs délaissent massivement leurs parts dans le géant canadien des télécommunications.Conséquence : chute monstre de l\u2019indice Toronto Stock Exchange (TSE), où Nortel compte pour 30 % des titres.Le TSE doit cesser ses activités en mi-journée en raison d\u2019une avalanche de transactions.Nortel voit sa valeur boursière diminuer de 75 milliards et entraîner dans sa chute la dégringolade de plusieurs titres en télécommunications.Le 30 \u2014 Suicides des jeunes.Le nombre de suicides chez les moins de 14 ans a triplé au cours des dernières années, révèle une étude réalisée par les Centres jeunesse de Montréal et l\u2019hôpital Sainte-Justine.Le Projet d'intervention sur le suicide chez les jeunes relève 17 cas entre 1993 et 1998.Novembre 2000 Le 20 \u2014 Le Canadien.Réjean Houle et Alain Vigneault sont démis de leur fonctions au sein de l\u2019équipe de hockey le Canadien de Montréal.L\u2019administration de l\u2019équipe promeut André Savard et Michel Therrien \u2014 tous deux anciens membres des Nordiques de Québec \u2014 aux postes de directeur-général et d\u2019en-traineur-chef.Le Canadien connaît l\u2019une des pires saisons de son histoire.Le 31 janvier 2001, l\u2019homme d\u2019affaires américain George Gillett Jr.acquiert le Centre Molson ainsi que 80,1% des parts du Canadien de Montréal.Originaire du Colorado (États-Unis), le président de Both Creek Management Corp prévoit rentabiliser les finances de l\u2019équipe et n\u2019envisage pas de déménagement.La Brasserie Molson, qui vend à perte le club qu\u2019elle possède depuis 1978, souhaite se concentrer sur ses activités brassicoles [voir article p.278].Le 21 \u2014 Nasdaq.La National Association of Securities Dealers Automatic Quotations (Nasdaq) inaugure les activités de sa succursale montréalaise en présence du premier ministre Lucien Bouchard et du vice-premier ministre Bernard Landry.Dix firmes de courtage québécoises peuvent désormais transiger les valeurs technologiques des 5000 sociétés inscrites au Nasdaq, dont 42 canadiennes [voir article p.452].Le 23\t\u2014 Syndicalisation chez McDonald\u2019s.La Confédération des syndicats nationaux confirme l\u2019accréditation du restaurant McDonald\u2019s de la rue Peel, à Montréal, mais la requête est contestée par le propriétaire Le ri avril, accréditation-surprise du McDonald\u2019s de la ville de Rawdon, qui devient ainsi le premier syndicat fonctionnel de la chaîne au Canada.Le 24 avril, le McDonald\u2019s de la rue Peel annonce qu\u2019il fermera ses portes, prétextant un hausse de loyer de 300% [voir article p.481].Le 27 \u2014 Élections fédérales.Recul du Bloc québécois aux élections fédérales, qui se fait ravir sept comtés au profit du Parti libéral du Canada.Il obtient 38 sièges contre 36 au Parti libéral de Jean Chrétien.Le Bloc voit par ailleurs son pourcentage du vote passer de 37,9% à 39,9%, tandis que le Parti libéral voit le sien passer de 36,7% à 44,2% au Québec.Les libéraux font élire 173 députés à travers le Canada.À peine 63 % des Québécois inscrits sont allés aux urnes, une réduction de ro % par rapport aux élections précédentes, le plus bas taux de participation depuis r8g6 [sur Chronologie 87 le Bloc québécois, voir article p.663; sur les elections federates voir aussi p.474 et 66g], Décembre 2000 Le 5 \u2014 CRTC.Départ surprise de Françoise Bertrand de son poste de présidente du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC), à six mois de la fin de son mandat.Depuis 1996, elle officie aux épineux dossiers de la concentration de la presse, du renouvellement des licences de Radio-Canada et du boom de la télévision numérique.Le 7 \u2014 Riposte à la Loi C-20.Riposte du Québec à la Loi sur la clarté du processus référendaire (Loi C-20) promulguée par Ottawa en juin 2000, l\u2019Assemblée nationale adopte la loi 99 qui définit les droits fondamentaux du peuple québécois et les prérogatives de l\u2019État du Québec.Qualifiée par le chef libéral Jean Charest de « stratégie préréférendaire», l\u2019adoption de la loi 99 divise l\u2019Assemblée nationale.Elle obtient l\u2019aval de tous les péquistes et de Mario Dumont, mais est rejetée en bloc par les députés libéraux [voir aussi p.32).Le 12 \u2014 Religion.Les ouailles se font rares.Églises et lieux de culte au Québec perdent 19 % de leurs fidèles depuis 1986, soutient le document L'évolution de la pratique religieuse rendu public par Statistique Canada.Le Québec affiche la baisse de pratique la plus marquée: seulement le tiers des 29 ans et plus se disent pratiquants.Le phénomène s\u2019accentue dans les milieux urbains.Le 14 \u2014 Affaire Michaud.L\u2019Assemblée nationale adopte à l\u2019unanimité une motion de blâme contre l\u2019ex-diplomate et journa- liste Yves Michaud, candidat pressenti pour l\u2019élection complémentaire dans le comté de Mercier.Le premier ministre Lucien Bouchard condamne les propos de Michaud sur la communauté juive, tenus à l\u2019occasion des audiences des États généraux sur la langue française et à la radio.Outré d\u2019être dénoncé sans préavis et sans appel par le Parlement, Michaud demande réparation.Le 14 janvier 2001, Yves Michaud annonce qu\u2019il ne sera pas candidat dans la circonscription de Mercier.Les militants péquistes choisissent comme candidat Claudel Toussaint, attaché politique du ministre des Relations avec les citoyens et le l\u2019Immigration, Sylvain Simard.Le 16 juin 2001, le conseil national du Parti québécois adopte une résolution qui limite la capacité de l\u2019Assemblée nationale à voter un blâme à l\u2019endroit d\u2019un citoyen [voir aussi p.474].Le 14 \u2014 Vente de La Ronde.La Ville de Montréal rend publique la vente du parc d\u2019attraction La Ronde à l\u2019entreprise américaine Six Flags.Déjà propriétaire de 37 parcs thématiques à travers le monde, le géant américain acquiert le parc d\u2019attraction au coût de 30 millions auxquels s\u2019ajoutent huit millions en loyer et taxes annuelles.Six Flags signe un bail de 40 ans et prévoit investir 90 millions pour améliorer le site de l\u2019île Sainte-Hélène.La vente est entérinée le 11 avril 2001.Le 20 \u2014 Fusions municipales.La loi 170, portant sur la réforme de l\u2019organisation territoriale municipale des régions métropolitaines de Montréal, de Québec et de l\u2019Outaouais, est adoptée sous le bâillon par l\u2019Assemblée nationale [voir articles p.235 «526].Les événements de l\u2019année 2000-2001 Les événements de l\u2019année 2000-2001 88 Chronologie Janvier 2001 Le 5 \u2014 Labatt et les Expos.La Brasserie Labatt met fin à son association avec les Expos de Montréal de crainte que l\u2019administration de l\u2019équipe ne puisse honorer certaines ententes, dont la promesse de bâtir un stade au centre-ville.Principal commanditaire des Expos depuis 15 ans, Labatt contribue jusqu\u2019alors pour deux millions de dollars par année au financement du club de baseball.Le 15 février 2001, en vertu d\u2019une entente de partenariat d\u2019une durée d\u2019un an, Molson devient le nouveau commanditaire des Expos et le fournisseur attitré du Stade olympique.Le 23 juin 2001, le terrain prévu pour la construction d\u2019un nouveau stade est finalement destiné à accueillir un important complexe résidentiel et hôtelier [voir article p.278].Le 11 \u2014 Lucien Bouchard démissionne.Dans une revirement inattendu, le premier ministre du Québec, Lucien Bouchard, annonce qu\u2019il se retire de la vie politique après cinq ans au poste de chef du gouvernement.L\u2019apathie des Québécois envers la souveraineté, le malaise entourant l\u2019affaire Michaud et l\u2019éclatante victoire du Parti libéral aux dernières élections fédérales semblent être les facteurs qui nourrissent sa décision.Avocat et négociateur réputé, fondateur du Bloc québécois, il avait succédé en 1995 au premier ministre Jacques Parizeau qui s\u2019était retiré après l\u2019échec du deuxième référendum sur l\u2019indépendance.D\u2019abord perçu comme le sauveur du projet souverainiste, Bouchard s\u2019attarde plutôt à promouvoir la spécificité du Québec au sein de l\u2019union fédérale, à équilibrer les finances publiques et, en fin de parcours, épauler le projet de loi sur les fusions municipales [voir article p.XXX|.Le 18 \u2014 Journaux d\u2019Unimédia.Hollinger cède sa filiale Unimédia au groupe Gesca, membre de Power Corporation.Le Soleil de Québec, Le Droit d\u2019Ottawa, Le Quotidien de Chicoutimi, 15 hebdomadaires et trois imprimeries passent aux mains de Paul Desmarais, qui possède désormais 52,5 % du tirage quotidien de langue française au Québec, contre 44% pour Québécor et 3,5°/o pour le quotidien indépendant Le Devoir.Gesca ne prévoit pas rationaliser son personnel et assure vouloir préserver l\u2019indépendance de ses salles de rédaction.Une première offre d\u2019achat de Power envers Unimédia avait été bloquée en 1973 par le premier ministre Robert Bourassa qui craignait une trop forte concentration [voir article p.641].Le 31 \u2014 Pétrochimie.Une usine pétrochimique de 500 millions sera bâtie en 2002 à Montréal-Est, annonce la Société générale de financement (SGF) dans le cadre de Mission Québec 2001 en Europe.Le projet d\u2019origine espagnole est l\u2019un des investissements les plus importants ces dernieres années au Québec.Il entraînera la creation de 500 emplois et la réouverture de l\u2019usine Coastal.Février 2001 Le 15 \u2014 Loi antigangs.Quatre motards sont condamnés pour gangstérisme en vertu de la loi antigangs fédérale adoptée en 1997, une première jurisprudence en ce domaine.La législation controversée punit la participation aux activités d\u2019un gang criminel, mais non la simple appartenance comme le souhaitent plusieurs intervenants.Le 27 \u2014 Mairie de Montréal.L'ancien ministre libéral Gérald Tremblay se lance Chronologie 8g officiellement dans la course à la mairie de Montréal.Il s\u2019engage à établir une « démocratie participative» au sein des affaires municipales.Ministre de l\u2019Industrie, du Commerce et de la Technologie sous Robert Bourassa, il instaure à l\u2019époque le concept des grappes industrielles et l\u2019ouverture des magasins le dimanche.Il se joint à l\u2019École des hautes études commerciales à son retrait de la politique provinciale en 1996.Le 31 \u2014 Quotidien du Métro.Le premier quotidien gratuit distribué dans le métro de Montréal fait son apparition.Publié à 100 000 exemplaires.Métro, propriété conjointe du groupe Transcontinental et de l\u2019entreprise suédoise Métro International, bénéficie d\u2019un contrat d\u2019exclusivité de 10 ans avec la STCUM (Société de transport de la communauté urbaine de Montréal).Cette entente est contestée par Québécor qui lance peu après son propre quotidien gratuit.Mars 2001 Le 8 \u2014 Cabinet Landry.Le premier ministre du Québec, Bernard Landry, forme son cabinet ministériel.Le ministère de la Santé va à Rémi Trudel, tandis que Pauline Marois accède aux Finances mais sans les responsabilités du Conseil du Trésor, de l\u2019Industrie et du Commerce, qui incombent respectivement à Sylvain Simard et Gilles Baril.François Legault demeure ministre de l\u2019Éducation mais perd la vice-présidence du Conseil du Trésor, en guise de réprimande pour avoir mis en doute la capacité du gouvernement à honorer ses subventions aux universités [voir aussi p.474 et p.489 pour la composition complète du cabinet].Le 29, stimulé par des surplus substantiels, le premier budget Marois double les baisses d'impôt et alloue d\u2019importantes sommes à la Santé et à l\u2019Éducation.La lutte contre la pauvreté obtient 300 millions répartis sur trois ans et la dette est légèrement remboursée pour la première fois depuis les années 1950 [voir article p.437].Le 21 \u2014 Grande paix de Montréal.Le Musée de Pointe-à-Callière inaugure les célébrations des 300 ans de la Grande Paix de Montréal, un traité ratifié le 4 août 1701 par 39 nations amérindiennes et le gouverneur Louis-Hector de Callière.L\u2019exposition du traité lui-même fait partie des nombreux événements culturels et historiques organisés pour ce pow-wow commémoratif de 150 jours, financé par le ministère des Affaires autochtones du Québec [voir article p.532].Le 27 \u2014 Résultats d\u2019Hydro-Québec.Les bénéfices nets d\u2019Hydro-Québec dépassent en l\u2019an 2000 le cap du milliard de dollars pour la première fois de son histoire, annonce le vice-président aux finances de l\u2019entreprise, Denis Leclair.En hausse de 19% par rapport à l\u2019année précédente, la performance de 1,08 milliard permet à la Société d\u2019État de verser un dividende de 539 millions au gouvernement du Québec.Les revenus globaux de l\u2019entreprise d\u2019État augmentent cette année de n 9% pour se chiffrer à 11,4 milliards.Les ventes d\u2019électricité à l\u2019extérieur du Québec comptent pour 21 % de ce chiffre d\u2019affaires.Avril 2001 Le 5 \u2014 CALQ.Une nouvelle interprétation des enveloppes gouvernementales permet à la ministre de la Culture, Diane Lemieux, d\u2019augmenter de 33 à 54 millions le budget du Conseil des arts et des lettres du Les événements de l\u2019année 2000-2001 Les événements de l\u2019année 2000-2001 go Chronologie Vaste opération contre les motards criminels Le 28 mars \u2014 Après trois ans d\u2019enquête, les forces de police effectuent leur plus importante opération contre les Hells Angels depuis leur arrivée au Canada, à la fin des années 70.L\u2019Escouade régionale mixte, ex-Carcajou, procède à l\u2019arrestation de 118 motards sous les accusations de trafic de drogue, gangstérisme et meurtre de 13 personnes associées à la bande rivale des Rock Machine, aujourd\u2019hui appelés Bandidos.Deux mille policiers participent à cette descente d\u2019envergure exécutée dans 75 municipalités dont Montréal, Québec, Trois-Rivières et plusieurs villes des régions de l\u2019Estrie et de l\u2019Outaouais.Baptisée « Opération Printemps » ; elle décime treize clubs-écoles en plus de permettre la saisie de sept millions de dollars en argent comptant, d\u2019une cinquantaine de véhicules et de sept résidences.Deux d\u2019entre elles appartiennent au chef des Hells Angels, Maurice Boucher, qui, déjà sous les verrous sous l\u2019accusation d\u2019avoir comploté pour faire assassiner deux gardiens de prison, écope des charges supplémentaires de trafic de stupéfiants, gangstérisme et meurtre.Les plus importants dirigeants du groupe criminel sont arrêtés, dont presque tous les membres des Nomads, l\u2019escouade-choc des Hells soupçonnée de contrôler le réseau de vente de drogue.La plupart sont détenus dans une aile spéciale du centre de détention de Montréal.Grâce à la nouvelle loi antigangs, à la suite d\u2019une première infraction, les prévenus peuvent écoper d\u2019une peine additionnelle s\u2019il sont reconnus coupables de gangstérisme.Le conflit entre groupes des motards rivaux a fait plus de 150 victimes depuis 1994.Québec (CALQ) pour les années 2002 à 2004.Les associations professionnelles d'artistes approuvent cette reconnaissance de leurs revendications.Le 7 \u2014 Résultats de Desjardins.Le Mouvement Desjardins recueille des excédents records de 526 millions en 2000, permettant des ristournes aux membres de 143 millions, une hausse de 52% par rapport à l\u2019exercice précédent.Desjardins procède au regroupement de toutes les caisses populaires et d\u2019économie du Québec sous une même fédération dirigée par le président du Mouvement, Alban D\u2019Amours.Celui-ci prévoit assumer de plus la présidence des conseils d\u2019administration de la Société financière Desjardins-Laurentienne, de la Caisse centrale Desjardins, du conseil d\u2019investissement Desjar- dins et éventuellement d\u2019une entité de courtage intégrée au Mouvement.Le 9 \u2014 Élections dans Mercier.La circonscription de Mercier passe aux mains du Parti libéral du Québec pour la première fois en 25 ans.La candidate Nathalie Rochefort, une jeune travailleuse sociale, récolte 34,57% des voix contre 28,6% pour son plus proche rival, le candidat péquiste Claudel Toussaint.Le chef de l\u2019union des partis de gauche, l\u2019indépendant Paul Cliche, obtient 24,19% des suffrages, un score inespéré.Les militants péquistes connaissent une campagne difficile.Après la polémique entourant l\u2019affaire Michaud, le candidat Claudel Toussaint doit s\u2019expliquer face à une accusation de voies de fait contre son exfemme.[voir aussi p.474]. Chronologie 91 Le Sommet des Amériques le 20 avril \u2014 Après Miami et Santiago, les chefs d\u2019État et de gouvernement de 34 pays des Amériques tiennent à Québec le 3' Sommet des Amériques vers la création en 2005 de la Zone de libre-échange des Amériques (ZLEA).Fruit des pourparlers tenus du 20 au 22 avril, la Déclaration de Québec établit la collaboration des pays participants aux quatre thèmes principaux de la rencontre: renforcement de la démocratie, accroissement de la prospérité, réalisation du potentiel humain et connectivité à Internet dans les Amériques.le fait saillant de l\u2019entente demeure toutefois une clause faisant du respect de la démocratie une condition sine qua non pour participer aux futurs sommets et profiter des retombées économiques de la future ZLEA, même si celle-ci n\u2019est pas spécifiquement évoquée.Seul pays participant à ne pas cosigner le document final, Haïti est ainsi sommé de solutionner ses problèmes politiques.L\u2019Organisation des États américains doit y effectuer un suivi des améliorations exigées et établir une charte démocratique qui renforce les résolutions adoptées lors du Sommet.Au delà des engagements politiques, le Canada offre 20 millions pour soutenir la lutte contre le sida dans les Caraïbes et brancher les pays en retard vis-à-vis d\u2019Internet, une contribution à un vaste programme de plus d\u2019un milliard soutenu par la Banque mondiale et la Banque interaméricaine de développement.En matière de commerce, la Déclaration de Québec ne fait toutefois pas mention de l\u2019ouverture des frontières et de la libre-circulation des capitaux associés à la ZLEA.Or, l\u2019opposition à cet imposant projet contribue largement aux protestations de quelque 60 000 opposants à la mondialisation.Mille quatre cents autobus conduisent syndicats, groupes sociaux et citoyens à arpenter pacifiquement les rues de la Vieille Capitale afin de manifester leur désapprobation au sujet de cette ZLEA.Les représentants des mouvements populaires et syndicaux condamnent la déresponsabilisation de l\u2019État et les inégalités sociales à la faveur du Sommet parallèle des peuples des Amériques.Sous une pluie de gaz lacrymogènes, des dizaines de manifestants plus tumultueux affrontent les forces de l\u2019ordre avec violence, allant jusqu\u2019à jeter temporairement par terre une partie de la clôture encerclant le périmètre réservé aux officiels.Les arrestations musclées et les pénibles conditions de détention à la prison d\u2019Orsainville, réquisitionnée pour l\u2019événement, sont vivement dénoncées par la Ligue des droits et libertés [voiraussip.481].Mai 2001 Le i\" \u2014 Perception de la France.82 % des jeunes Québécois se sentent plus proches de la culture nord-américaine que de la culture française, révèle un sondage réalisé par l\u2019Institut français Louis Harris auprès de centaines de jeunes âgés de 15 à 35 ans.La France a bonne réputation mais la moitié des répondants estiment avoir une faible connaissance de la culture française.Cette enquête vise à sonder le terrain en vue de l\u2019événement culturel France au Québec \u2014 la saison organisée par l\u2019Association française d\u2019action artistique à l\u2019automne 2001 [uoir aussi p.599].Les événements de l\u2019année 2000-2001 Les événements de l\u2019année 2000-2001 92 Chronologie Le 16 \u2014 Astral dans la radio.Le réseau Télémédia cède 19 de ses stations de radio à Astral Media.Grâce à cette transaction de 255 millions, Astral devient le plus important exploitant de stations de radio au Québec.Elle détient le tiers du marché publicitaire et 31 chaînes dont les réseaux Radio-média et Rock Détente.Télémédia conserve 60 stations de radio situées dans le reste du Canada [voir article p.651].Le 31 \u2014 Congédiement de Felipe Alou.L\u2019administration des Expos congédie le gérant de l\u2019équipe Felipe Alou.D'origine dominicaine, Alou oeuvre depuis 27 ans au sein de l\u2019organisation du club montréalais, dont neuf à titre d\u2019entraîneur, la plus longue durée à ce poste.L\u2019homme de baseball latin est remplacé par Jeff Torborg, ancien gérant des Mets de New York et analyste à la télévision américaine, un ami personnel du président des Expos Jeffrey Loria [voir aussi p.278].Le 29 \u2014 Jeunes contrevenants.Le gouvernement fédéral adopte le projet de loi sur les jeunes contrevenants, malgré la vive contestation des députés de l\u2019Assemblée nationale et des groupes sociaux québécois qui prônent plutôt l\u2019intervention et la réadaptation sociale.La loi C-7 durcit les sentences imposées aux jeunes criminels et réduit l\u2019accès aux traitements de réhabilitation.Les jeunes reconnus coupables de crimes graves sont désormais passibles de peines pour adultes dès l\u2019âge de 14 ans, avec publication possible de leur nom.Or, le système judiciaire québécois détient le plus faible taux de récidive des criminels juvéniles au pays.Juin 2001 Le 19 \u2014 Fonds de Solidarité.Raymond Bachand annonce sa démission après 17 ans passés au Fonds de solidarité de la Fédération des travailleurs du Québec, dont quatre à titre de président-directeur général.Malgré l\u2019échec du projet de relance des Expos, auquel le Fonds a été étroitement associé, l\u2019homme d\u2019affaires de 53 ans laisse au Fonds de solidarité un excellent rendement, des souscriptions et des investissements records.\u2022 Les disparus, de juillet 2000 à juin 2001 Pascal Faucher Journaliste Assiniwi, Bernard (1935 \u2014 4 septembre 2000) Autodidacte passionné d\u2019ethnologie, l\u2019écrivain d\u2019origine crie publie une trentaine de romans, guides pratiques, contes et livres d\u2019histoire traitant de la culture amérindienne.Jusqu\u2019à récemment chercheur en histoire autochtone au Musée canadien des civilisations à Hull, il reçoit, en 1997, le prix France-Québec pour son ouvrage La Saga des Béothuks.Bergeron, Henri (1925 \u2014 10 juillet 2000) Véritable incarnation sonore de la télévision publique, le franco-manitobain d\u2019origine, première grande «voix» de Radio-Canada, est annonceur, animateur Chronologie 93 et présentateur maison pour une foule de séries et d\u2019émissions, dont 18 ans aux Beaux Dimanches.Plusieurs prix récompensent sa carrière, dont l\u2019Ordre des francophones d\u2019Amérique et le prix du Conseil de la langue française en 1989.Besré, lean (1937-14 mars 2001) Après ses débuts comme membre de l\u2019Union théâtrale française de Sherbrooke, le célèbre interprète de Joseph-Arthur dans Le Temps d\u2019une paix participe, de 1963 à 1971, à de nombreuses séries télé dont Tour de Terre, qu\u2019il anime en compagnie de son épouse, Lise Lasalle.En 40 ans de carrière, il œuvre à près de soixante pièces de théâtre et une quarantaine d\u2019émissions.Parmi elles, sa prestation de Rémi Duval dans Jamais deux sans toi lui vaut trois ans de suite le prix Gémeaux de l\u2019interprète de l\u2019année.Comédien chaleureux et engagé, il collabore depuis 1993 en tant que porte-parole de l\u2019organisme Les Petits Frères des pauvres.Boisjoli, Charlotte (1923 \u2014 30 janvier 2001) Comédienne, auteur et philanthrope, elle fonde la Compagnie du Masque avec son mari, le réalisateur Fernand Doré, après un passage chez les Compagnons de Saint-Laurent.Grande tragédienne, elle s\u2019illustre autant au théâtre de Lorca qu\u2019à la télévision de Radio-Canada où elle prête sa voix à Pépinot, le personnage central de la première série de marionnettes.Socialement engagée, elle dirige aussi l\u2019école de théâtre ABC de 1963 à 1972 et met en scène plusieurs pièces et opéras.Secrétaire générale de la Fédération internationale des écrivains de langue française depuis 1987, elle compte parmi ses œuvres écrites les romans Le Dragon uert etjacinthe.Ces dernières années, elle est de la distribution des téléromans Sous un ciel uariable, Marilyn et Virginie.Bourdon, Joseph (1913 - 25 mai 2001) Pionnier du journalisme québécois, il débute en 1929 au journal L\u2019Illustration devenu plus tard le Montréal-Matin.Sous le pseudonyme de Pierre Benjamin, il publie le roman policier Trois lettres manquantes en 1933.Il est aussi l\u2019auteur d\u2019un livre de réflexions, Jour après jour, et de Montréal-Matin, son histoire, ses histoires.En 48 ans de journalisme, il occupe presque tous les postes, dont celui de rédacteur en chef et de directeur général adjoint.Il est admis au Panthéon du journalisme canadien en t993- Charpentier, Fulgence (1897 \u2014 6 février 2001) Doyen des journalistes et ancien diplomate, le reporter débute sa carrière au Droit dès son ouverture, en 1913, puis au Devoir en 1915.Il étudie le journalisme à Toronto et devient ensuite courriériste parlementaire, passant du Droit, du Canada, de La Presse au Soleil, avant de connaître une longue carrière de diplomate.De retour au Droit en 1968, il y tient une chronique hebdomadaire jusqu\u2019en 1999.D\u2019Allemagne, André (1929 \u2014 1\" février 2001) Pionnier du mouvement indépendantiste québécois, il fonde le Rassemblement pour l\u2019indépendance nationale (RIN) en i960, avec entre autres Marcel Chaput et Pierre Bourgault.Premier président du RIN jusqu\u2019en 1964, il aide à grossir les rangs des militants qui croient en l\u2019avenir d\u2019un Québec indépendant.En 2000, l\u2019auteur des essais Le Colonialisme au Québec et Le Capitalisme et la Confédération refuse de cautionner le blâme de l\u2019Assemblée nationale envers le candidat Yves Michaud, et rend sa carte du Parti québécois qu\u2019il détient depuis sa fondation, en 1968.Les disparus, de juillet 2000 à juin 2001 Les disparus, de juillet 2000 à juin 2001 94 Chronologie Daudelin, Charles (1920 \u2014 2 avril 2001) Après un séjour à l\u2019École du meuble en compagnie de Paul-Émile Borduas, il part étudier à New-York en 1943 auprès de l\u2019artiste Français Fernand Léger.À son retour, il embrasse le modernisme des maîtres de l\u2019avant-garde au sein du groupe des Sagittaires.Figure de proue de la sculpture québécoise, on lui doit une kyrielle d\u2019oeuvres importantes, dont L\u2019Allé-grocube sis à l\u2019entrée du Palais de justice de Montréal, la fontaine Mastodo au carré Viger mais surtout L'Embâcle située Place du Québec à Paris, dans Saint-Germain-des-Prés.Les trophées des Masques et des Jutra, les récompenses du théâtre et du cinéma québécois, témoignent également de son talent unique.Récipiendaire du prix Paul-Émile Borduas en 1985, il est nommé Grand Officier de l\u2019Ordre national du Québec en 1998.Dufresne, Jean-V.(1930 \u2014 16 septembre 2000) Au cours d\u2019une prolifique carrière, entreprise dès l\u2019âge de 16 ans au journal La Patrie, il fait preuve d\u2019une plume remarquable et intègre.Du Montreal-Matin \u2014 où il devient le premier columnist dans un journal québécois francophone \u2014, au Devoir, à La Presse, à Radio-Canada, à L\u2019actualité' puis au Journal de Montreal, il reste en mémoire comme un reporter libre, vif d\u2019esprit et féru de connaissances.Duguay, Jean-Guy (1940 \u2014 19 juin 2001) Chroniqueur économique à La Presse de 1976 à 1981, il fait un bref passage du côté des journaux spécialisés avant de devenir directeur de l\u2019information au Devoir en 1983.Séduit par le projet de créer un nouveau journal, lui et cinq autres journalistes fondent le quotidien Le Matin en 1987, qui fut un échec.Après un retour à La Presse, il œuvre en tant que journaliste autonome auprès de différents magazines tel que Elle Quebec.Durand, Luc (1935 \u2014 3 juillet 2000) De 1968 à 1972, il donne la réplique à Marc Favreau dans le rôle de l\u2019inoubliable comparse de Sol, Gobelet, à l\u2019émission La Boite à surprises de Radio-Canada.Artiste au large registre, il s\u2019illustre autant au théâtre, de Molière à Jean-Pierre Ronfard, que dans l\u2019industrie du doublage, de la publicité et du documentaire.Garceau, Roger (1921 \u2014 19 avril 2001) Comédien prolifique, sa carrière s\u2019étire sur quelque 150 productions.Ses débuts au théâtre comprennent la première mouture de LAuberge des morts subites signée Félix Leclerc, en 1963, et la pièce Les Beaux Dimanches de Marcel Dubé à sa création à la Comédie canadienne.L\u2019acteur au long cours participe à l\u2019essor du téléthéâtre, ayant à son actif plus de 80 de ces pièces et plus de 25 téléromans et séries, dont Sym-phorien, Les Brillant, Blanche et Coroner.Gaucher, Yves (1934 \u2014 8 septembre 2000) Cofondateur du Département des arts plastiques de l\u2019Université Concordia, c\u2019est l\u2019un des pionniers de l\u2019abstraction géométrique.Reconnues à l\u2019échelle mondiale, ses œuvres repoussent la représentativité et redéfinissent l\u2019art de la gravure, comme en fait foi l\u2019étonnante série En hommage à Webern.Huot, Juliette (1912 \u201416 mars 2001) Avec 60 ans de carrière, l\u2019affable comédienne reste une figure indissociable du téléroman québécois à succès.Elle se joint à la troupe les Compagnons du Masque à l\u2019âge de 19 ans, mais sa carrière est réellement lancée grâce à la célèbre revue Les Fridoli-nades de Gratien Gélinas.Elle s\u2019illustre au Chronologie 95 théâtre dans Les Belles-Sœurs, Un simple Soldat, sans oublier son solo Dis-moi-le si j'déranye.Plus qu\u2019au cinéma, avec la série Les Plouffe de Gilles Carie, les téléromans font d\u2019elle une vedette : Un homme et son péché, Symphorien, ou encore Les Heritiers Duval, où elle tient son dernier rôle à la télévision.Larue-Langlois, Jacques (1954-18 juin 2001) Alors qu\u2019il est réalisateur à la radio de Radio-Canada à Montréal, il est licencié en 1968 pour sa participation au Comité d\u2019aide au groupe Vallières-Gagnon, créé afin de seconder les militants felquistes.Accusé de conspiration séditieuse, il est mis sous les verrous pendant la Crise d\u2019octobre 1970.Critique de théâtre au Devoir dans les années 1980, il enseigne ensuite le journalisme au département de Communication de l\u2019Université du Québec à Montréal.En fin de parcours, l\u2019auteur du Manuel de journalisme radio-télé collabore aux publications indépendantes L\u2019Aut\u2019 Journal et L\u2019Itinéraire.Papineau-Couture, lean (1916 \u2014 15 août 2000) Auteur de 97 pièces, c\u2019est l\u2019un des grands de la musique contemporaine québécoise.Il met sur pied le premier cours d\u2019acoustique musicale à la faculté de musique de l\u2019Université de Montréal, où il fut enseignant puis vice-doyen de 1967 à 1975.11 participe, entre autres, à la création du Centre de musique canadienne et de la Société de musique contemporaine en 1966.Pellerin, Jean (1917 -15 janvier 2001) L\u2019exdirecteur de la revue Cité libre est d\u2019abord réalisateur au services des Affaires publiques de Radio-Canada avant de devenir journaliste à La Presse, de 1964 à 1982.Correspondant à l\u2019étranger, il couvre plusieurs événements historiques dont la guerre du Vietnam et l\u2019assassinat du pasteur Martin Luther King.Éditorialiste de 1970 jusqu\u2019à sa retraite, il publie au fil des ans de nombreux ouvrages dont neuf romans, dix pièces de théâtre et 20 essais.Potvin, Gilles (1925 \u2014 5 septembre 2000) Violoncelliste de formation, il occupe plusieurs fonctions à Radio-Canada avant de devenir imprésario pour plusieurs musiciens et orchestres.Critique musical au Devoir et à La Presse, son héritage le plus connu reste sa codirection de L\u2019Encyclopédie de la musique au Canada, incontestable outil de référence, dont il dirige la première ainsi que la dernière édition parue en 1995 chez Fides.Jusqu\u2019en 1990, il officie en tant que rédacteur en chef des coffrets Anthologie de la musique contemporaine.Prévost, André (1955 \u2014 27 janvier 2001) Un des compositeurs canadiens les plus joués, il laisse en héritage plus de 60 œuvres dont la fameuse cantate Terre des Hommes qui inaugure le Festival mondial Expo 67 à Montréal.Il débute comme bassoniste au Conservatoire de musique du Québec et apprend l\u2019écriture aux côtés de Jean Papineau-Couture et Clermont Pépin.Les avancées modernes l\u2019attirent mais il reste aussi attaché aux chef-d\u2019œuvres du passé.En 1963, il obtient le Prix d\u2019Europe pour la composition et crée la même année sa première grande œuvre symphonique, Fantasmes.Quilico, Louis (1925 \u2014 16 juillet 2000) Après des études à l\u2019Académie Sainte-Cécile de Rome, le baryton fait ses débuts en i960 dans La Traviata, a Londres, aux côtés de loan Sutherland.Sa voix puissante et riche lui ouvre tous les grands opéras du monde.Bête de scène, il interprète plus de Les disparus, de juillet 2000 à juin 2001 Les disparus, de juillet 2000 à juin 2001 96 Chronologie 500 fois le bouffon de cour Rjgoletto, son rôle fétiche.Robaclc, Léa (1903 \u2014 28 août 2000) Née à Montréal d\u2019immigrants polonais, fière activiste et meneuse de grèves, elle participe à la syndicalisation des 5000 ouvrières de la robe à Montréal en 1937, puis à celle des employés de l\u2019usine RCA Victor cinq ans plus tard.Épousant corps et âme les causes féministes aux côtés de Thérèse Casgrain, Solange Chaput-Rolland et Simonne Monet-Chartrand, sa devise «Il jùut atjir ! » inspire depuis longtemps le militantisme québécois.Roche, Pierre (1919 \u2014 19 janvier 2001) D\u2019origine française, l\u2019auteur-composi-teur-interprète complète un baccalauréat en philosophie avant de fonder l\u2019École du Music-hall à Paris.Pianiste de talent, il forme un duo avec un jeune chanteur inconnu, Charles Aznavour, avec qui il s\u2019envole pour l\u2019Amérique en 1948.Après un passage remarqué dans les cabarets de Montréal, le duo se sépare et Pierre Roche Pierre Elliott Trudeau Le Canada a perdu l\u2019un de ses plus illustres dirigeants Le 28 septembre 2000, décédait Pierre Elliott Trudeau.Flamboyant premier ministre, il contribue largement à façonner le Canada moderne.Ingénieux, incisif et excentrique, son immense influence sur la politique canadienne fait de lui une figure mythique admirée de certains, honnie par d\u2019autres.Fier pourfendeur du nationalisme, ses décisions politiques laissent au Québec un souvenir doux-amer.Natif d\u2019Outremont, le fils d\u2019homme d\u2019affaires francophone emprunte le prénom d\u2019Elliott à sa mère, de souche écossaise.Reçu au Barreau à l\u2019âge de 24 ans, il part en périple d\u2019Europe de l\u2019Est jusqu\u2019en Chine en passant par la London School of Economies.Son voyage lui amène le mépris de toute forme de nationalisme, un sentiment qu\u2019il juge néfaste et rétrograde.À son retour, il flirte avec les idées de gauche en tant que collaborateur à la revue Cité libre aux côtés de futurs alliés et adversaires tels que Jean Marchand, Gérard Pelletier, Michel Chartrand et René Lévesque.En 1964, il saute dans l\u2019arène politique avec les libéraux d\u2019Ottawa aux côtés de Pelletier et Marchand, formant les légendaires « trois colombes ».En héritant du portefeuille de la Justice en 1967, le nouveau ministre présente une loi omnibus qui légalise l\u2019homosexualité, facilite le divorce et autorise l\u2019avortement thérapeutique.Dans la foulée de la nouvelle « trudeaumanie », il devient premier ministre en 1968, poste qu\u2019il occupe presque sans interruption jusqu\u2019en 1984.Sa popularité souffre à peine de l\u2019instauration de la Loi des mesures de guerre qu\u2019il instaure pour faire face à la Crise d\u2019octobre 1970.Sous sa gouverne, le Canada vote des lois en faveur de l\u2019égalité des provinces, du bilinguisme, du multiculturalisme ainsi que plusieurs politiques économiques et culturelles.L\u2019œuvre de sa vie reste toutefois le rapatriement de Londres de la Constitution canadienne, en 1981, mais obtenu sans l\u2019aval du Québec.Il enchâsse dans la nouvelle Constitution une Charte canadienne des droits et libertés de vaste portée qui effrite les lois linguistiques québécoises, augmente le pouvoir des tribunaux et renforce les droits des groupes minoritaires. Chronologie 97 demeure au Québec, où il épouse la chanteuse québécoise Aglaé, interprète de plusieurs de ses chansons.Rombout, Luke (1933 \u2014 31 juillet 2000) Originaire d\u2019Amsterdam, il devient directeur de la Banque d\u2019œuvre d\u2019art du Conseil des Arts du Canada \u2014 la première du genre au monde \u2014 de 1972 à 1975, pour y revenir 15 ans plus tard afin de la sauver de la faillite.Figure importante de l\u2019art contemporain canadien, il tenait les rênes du Musée McCord à Montréal depuis 1989.Vanier, Denis (1949 \u2014 8 octobre 2000) Poète prodige, il publie son premier recueil à l\u2019âge de 16 ans.Par la suite, ses titres provocateurs, comme Lesbiennes D\u2019Acid et Le Clitoris de la Fe'e des Étoiles, lui méritent l\u2019appellation de «dernier poète maudit du Quebec».Tatoué de la tête aux pieds, grand amateur de drogues et d\u2019alcool, autoproclamé «le Michel Tremblay de l\u2019underground », l\u2019auteur se disait constamment tourmenté par la souffrance et l\u2019amertume.Villeneuve, Lionel (1925 \u2014 30 novembre 2000) Acteur costaud et polyvalent, il fait ses débuts avec la troupe des Compagnons de Saint-Laurent du père Émile Legault, où il rencontre celle qui deviendra son épouse, la comédienne Hélène Loiselle.Que ce soit au théâtre dans À toi, pour toujours, ta Marie-Lou, à la télévision avec Ouragan et Cap-aux-Sorciers, ou au cinéma dans Mon oncle Antoine ou Romain et Juliette, sa dernière prestation, son jeu allie avec brio l\u2019ardeur et la sensibilité.\u2022 Les disparus, de juillet 2000 à juin 2001 L'état du Québec La population ASPECTS DÉMOGRAPHIQUES >\tLes grandes tendances >\tL'avortement est-il devenu une méthode contraceptive ?FAMILLES ET MODES DE VIE >\tLes grandes tendances >\tL'impact réel des politiques natalistes ASPECTS DÉMOLINGUISTIQUES >\tLes grandes tendances >\tLes Anglo-Québécois voient d'un mauvais œil les fusions municipales IMMIGRATION ET DIVERSITÉ CULTURELLE >\tLes grandes tendances >\tL'intégration des immigrants en région La population 101 \t\t ¦¦¦\t\tLes grandes tendances Simon Langlois Sociologue, Université Laval Les changements démographiques sont probablement, à l\u2019aube d\u2019un nouveau millénaire, ceux qui auront l\u2019impact le plus considérable sur la société québécoise.Ils s'étendent sur une période plus longue que les cycles économiques et ils ne sont pas facilement perceptibles à court terme.Ces changements n\u2019en sont pas moins spectaculaires et surtout, déterminants pour l\u2019avenir.Diminution du poids relatif du Québec au sein du Canada Le Québec compte plus de sept millions trois cent quatre-vingt-trois mille personnes en l\u2019an 2001 en tenant compte des résidents non permanents (tableau 1 et graphique 1).Malgré une population toujours en croissance \u2014 en hausse de 40% depuis 1961 \u2014 le poids relatif du Québec au sein du Canada ne cesse de diminuer parce que la population canadienne progresse encore plus vite.La part de la population québécoise est tombée pour la première fois dans l\u2019histoire en bas de 25 % de l\u2019ensemble canadien en 1994.À moins d\u2019une hausse significative de l\u2019immigration au Québec \u2014 non prévue en ce moment, cependant \u2014, cette diminution de son poids relatif ne pourra que se poursuivre, au rythme de un dixième de un pour cent environ chaque année.La population du Québec compte pour 23,9% de l\u2019ensemble du Canada en 2001.Moins de jeunes et plus de personnes âgées Le poids relatif des différents groupes d\u2019âges est en changement rapide (tableau 2).La pyramide des âges est en profonde Tableau 1 Population du Québec en nombre, en indice et en % du Canada, 1961-2001 (Nouvelles données révisées depuis 1971) \t\t\t 1961\t5 259 211\t100,0\t28,8 1966\t5 780 845\t109,9\t28,9 1971\t6 137 368\t116,7\t27,9 1976\t6 396 735\t121,6\t27,3 1981\t6 547 704\t124,5\t26,4 1986\t6 708 352\t127,6\t25,7 1991\t7 064 735\t134,3\t25,2 1992\t7 112810\t135,2\t25,1 1993\t7 165 199\t136,2\t25,0 1994\t7 207 302\t137,0\t24,8 1995\t7 241 429\t137,7\t24,7 1996\t7 274 019\t138,3\t24,5 1997\t7 302 553\t138,9\t24,4 1998\t7 322 995\t139,2\t24,2 1999\t7 345 390\t139,7\t24,1 2000\t7 372 448\t140,2\t24,0 2001\t7 383 300\t140,4\t23,9 * Données révisées depuis 1971 par l'ISQ.La série tient compte des Québécois de retour et des résidents non permanents.Année 2001 : données provisoires au 1'1' janvier 2001.Source : Institut de la statistique du Québec, www.stat.gouv.qc.ca.Les grandes tendances Aspects démographiques 102 L\u2019état du Québec Graphique 1 Population du Québec en pourcentage du Canada, 1961-2001 (Nouvelles données révisées depuis 1971) 30 m in en lh n en m ut 0\"> m i/i n ffi LT) I\u2014 U1 '\u2014\tu 1\tvj i \u2022 cocococjioioioiaio ifiioioinLonnnnncoco UU UJ VJJ VJJ vji vj, vji vji vj, \u2014 oiaiaioioioiaioioiu oiCTioicnoiaioioioioioi Source : Institut de la statistique du Québec, www.stat.gouv.qc.ca mutation.La base démographique se rétrécit de façon marquée.Une tendance nouvelle apparaît avec plus de netteté à la fin des années 1990 : la chute assez brus- que de la natalité entraîne une accentuation du déséquilibre entre les groupes d\u2019âge.Pendant que la base diminue, les cohortes nées dans les années cinquante Tableau 2 Population du Québec (en %) selon l\u2019âge et l\u2019année, 1961-2000 \t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t \t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t 1961\t35,4\t8,9\t7,0\t6,9\t13,9\t11,1\t4,5\t3,6\t2,9\t5,8\t100 1966\t33,0\t9,6\t8,1\t6,5\t12,7\t11,1\t6,3\t3,7\t3,0\t6,0\t100 1971\t29,3\t10,3\t9,3\t8,1\t12,3\t11,5\t4,7\t4,2\t3,5\t6,8\t100 1976\t24,9\t10,7\t9,6\t8,9\t13,6\t11,3\t5,2\t4,3\t3,8\t7,7\t100 1981\t21,5\t9,6\t10,0\t9,1\t15,7\t11,0\t5,3\t4,8\t3,9\t8,7\t100 1986\t20,2\t7,2\t9,4\t9,8\t17,1\t12,2\t5.0\t4,9\t4,4\t9,8\t100 1991\t19,8\t6,5\t7,1\t8,9\t18,0\t14,4\t5,1\t4,7\t4,4\t11,0\t100 1996\t19,0\t6,9\t6,5\t6,9\t17,8\t15,7\t6,2\t4,8\t4,3\t12,0\t100 1998\t18,5\t6,7\t6,7\t6,5\t16,8\t16,2\t6,7\t5,2\t4,2\t12,5\t100 1999\t18,2\t6,6\t6,8\t6,5\t16,3\t16,4\t6,9\t5,4\t4,3\t12,6\t100 2000\t17,9\t6,5\t6,8\t6,5\t12,1\t16,7\t7,0\t5,6\t4,3\t12,8\t100 Source: Statistique Canada, Estimations de la population. La population 103 Année de naissance Graphique 2 Pyramide des âges, Québec, 1er juillet 2000 Année de naissance Sexe féminin - 1909-10 Sexe masculin 1919-20 - 1929-30 1939-40 1949-50 1959-60 - 1969-70 1979-80 1989-90 1999-00 -i 1909-10 1919-20 1929-30 1939-40 1949-50 1959-60 1969-70 1979-80 1989-90 1999-00 Effectif par année d'âge (000) Source : Statistique Canada.Estimations de la population.Dernière mise à jour le 24 octobre 2000.vieillissent et progressent vers le haut de la pyramide des âges \u2014 qui prend plutôt peu à peu l\u2019allure d\u2019un gros champignon (graphique 2).La part des jeunes âgés de o à 14 ans a fortement diminué, passant de 35,4% en 1961 à 17,9 % de l\u2019ensemble en 2000, et celle de la population ayant atteint l\u2019âge de la retraite est en forte croissance, notamment parce que l\u2019espérance de vie augmente.Le Québec n\u2019a pas encore une population vieille, mais la tendance au vieillissement est nettement présente et elle va s\u2019accélérer au début du xxi' siècle de façon rapide, comme l\u2019indiquent les projections de population faites par l\u2019Institut de la Statistique du Québec : la part de la population âgée de 65 ans et plus va passer de 12,8% en 2000 à 21,1% en 2021, alors que la part de la population des jeunes (0-14 ans) va continuer à régresser lentement (graphique 3).L\u2019âge médian de la population \u2014 l\u2019âge qui départage la population entre deux groupes égaux \u2014 fera un bon considérable, passant de 36,1 ans en 1996 à 44,5 ans en 2021 (tableau 3).Cela signifie que la moitié de la population aura moins de 44,5 ans cette année-là.Les nouvelles projections de publications publiées par l\u2019Institut de la Statistique du Québec donnent à penser que le vieillissement sera plus prononcé que prévu à partir de l\u2019an 2011.Rappelons que la moitié de la population avait moins de 25 ans en 1951, et moins de 34 ans en 1991.Le poids du centre Quand on évoque les changements démographiques en cours, tous pensent spontanément à la baisse de la natalité et au vieillissement de la population ; il faut aussi avoir en tête que le centre de la distribution se gonfle à mesure que vieillit la génération du baby-boom, une tendance qui va se poursuivre jusqu\u2019en 2011.Rappelons cependant que le Québec n\u2019est pas encore une société vieille.La part des personnes Les grandes tendances Aspects démographiques 104 L'état du Québec Tableau 3 Structure de la population par âge, rapport de dépendance et âge médian de la population du Québec, 1951 à 1996 et projections 2001-2051 \t\t\t\t\t 1951\t33,7\t60,6\t5,7\t0,65\t24,8 1961\t35,4\t58,7\t5,8\t0,70\t24,0 1971\t29,3\t63,9\t6,8\t0,57\t25,6 1981\t21,5\t69,8\t8,7\t0,43\t29,6 1991\t19,8\t69,2\t11,0\t0,45\t34,0 1996\t19,0\t69,0\t12,0\t0,45\t36,1 2001\t17,8\t69,3\t12,9\t0,44\t38,4 2006\t16,4\t69,7\t13,9\t0,44\t40,6 2011\t15,0\t69,3\t15,7\t0,44\t42,2 2016\t14,6\t67,1\t18,3\t0,49\t43,4 2021\t14,4\t64,5\t21,1\t0,55\t44,5 2026\t14,1\t61,6\t24,3\t0,62\t45,8 2031\t13,7\t59,5\t26,9\t0,68\t46,8 2036\t13,2\t59,0\t27,8\t0,70\t47,6 2041\t12,8\t58,8\t28,3\t0,70\t47,4 2046\t12,8\t58,2\t29,0\t0,72\t49,0 2051\t12,8\t57,8\t29,4\t0,73\t49,0 Rapport de dépendance : (0-14 ans + 65 ans et plus/15-64 ans) 2001 - 2051 : Projections, hypothèse moyenne.Source : Institut de la statistique du Québec, www.stat.gouv.qc.ca âgées y est inférieure à celle qu\u2019on observe dans d\u2019autres sociétés développées comparables.Le vieillissement important de la société québécoise viendra plus tard, dans une quinzaine d\u2019année.Entre-temps, c\u2019est plutôt le centre de la distribution démographique qui pèse de tout son poids sur la société.La tranche d\u2019âge la plus nombreuse a en ce moment 43 ans et les personnes qui se situent de chaque côté de cette catégorie modale (disons dans la fourchette des 38-50 ans) pèsent de tout leur poids dans la société et leurs comportements modèlent ce qui s\u2019y passe.On le voit nettement dans la sphère de la consommation.Les fonctions de consommation les plus dynamiques (celles qui sont en croissance) reflètent le mode de vie de ménages au milieu de leur vie active, de ménages qui n\u2019envisagent plus d\u2019avoir d\u2019enfants et de ménages qui entrent de plus en plus nombreux dans la phase du nid familial vide.On le voit aussi dans les débats sur la question nationale.C\u2019est dans cette tranche d\u2019âge, par exemple, qu\u2019on a observé une certaine désaffection (passagère?) de l\u2019appui à l\u2019option souverainiste, [uoir dans l\u2019édition précédente de cet annuaire (Québec 2001) I article de Gilles Gagné, Simon Lanqlois et Claude Fortier, « L\u2019état de l\u2019appui à la souveraineté du Québec», p.97-108], La population 105 Graphique 3 Évolution de la population composant deux groupes d'âges (0-14 ans et 65 ans et plus) 1951 à 1996 et projections 2001-2051, Québec 40 0.v\u2014 in O) ^ ^ ^ moïrnr^*\u2014 l/i o*> m LnmLn'^>'-or^r''i^'OOoooiO'>oo*-x\u2014 »\u2014 rMfNjmfQm'î'îi/i cna3CT3cr.ooooooooooooo »\u2014 t\u2014 r-»- 9\u201c «\u2014 T-«\u2014 »\u2014 X\u2014 T\u2014 »\u2014 »\u2014 (N(\\fNfN(NfM(NfMIMIN(M(NjrM \u2014\u2014 Moy.mobile sur 2 pér.(0-14) - - - \u2022 Moy.mobile sur 2 pér.(65+) 2001 - 2051 : Projections, hypothèse moyenne.Source: Institut de la statistique du Québec, www.stat.gouv.qc.ca Une nouvelle dépendance Le rapport de dépendance \u2014 qui est mesuré par le rapport du nombre des jeunes et des personnes de 65 ans ou plus sur la population âgée de 15 à 64 ans \u2014 va aussi augmenter mais seulement après l\u2019année 2011, alors qu\u2019il devrait atteindre le haut niveau observé dans les années 1950 et i960 (4e colonne du tableau 3).Ce rapport de dépendance doit être interprété avec précaution, notamment parce qu\u2019une partie des personnes ayant dépassé l\u2019âge de la retraite pourront rester actives sur le marché du travail ou encore effectuer des travaux non rémunérés, à titre de bénévoles par exemple.Dans les années cinquante, les personnes dépendantes étaient surtout des enfants qui n\u2019avaient pas de ressources économiques propres ; dans les années 2000, les personnes dépendantes seront de plus en plus des personnes âgees possédant pour la plupart un patrimoine, ce qui affectera l\u2019impact socio-économique de la dépendance sur la société.Inégale croissance démographique des régions D\u2019après les données révisées de la population, cinq régions éloignées du Québec ont connu un certain dépeuplement depuis dix ans : la Côte-Nord, la Gaspésie-Iles-de-la-Madeleine, le Bas-Saint-Laurent, le Les grandes tendances Aspects démographiques 106 L\u2019état du Québec Tableau 4 Population, variation de la population et accroissement selon les régions administratives, Québec, 1971-2000 \t\t\t\t\t\t\t\t\t Gaspésie-lles-de-la-Madeleine\t1,9\t1,8\t1,5\t1,5\t1,4\t1,4\t101 793\t-5,9\t-6 397 Bas-Saint-Laurent\t3,5\t3,3\t3,0\t2,9\t2,8\t2,8\t204 308\t-2,5\t-5 257 Saguenay/Lac Saint-Jean\t4,4\t4,4\t4,1\t4,0\t3,9\t3,9\t286 665\t-2,0\t-5 814 Capitale Nationale\t8,8\t9,0\t8,9\t8,9\t8,8\t8,8\t646 218\t2,4\t14 858 Chaudière-Appalaches\t5,1\t5,4\t5,3\t5,3\t5,3\t5,3\t389 578\t3,6\t13 590 Mauricie\t4,1\t3,9\t3,7\t3,6\t3,6\t3,6\t262 212\t-0,7\t-1 928 Centre-du-Québec\t3,0\t3,1\t3,0\t3,0\t3,0\t3,0\t221 234\t4,3\t9 032 Estrie\t4,0\t4,0\t3,9\t3,9\t3,9\t3,9\t288 530\t5,2\t14 155 Montérégie\t13,8\t16,5\t17,5\t17,7\t17,9\t17,9\t1 317 163\t6,7\t82 728 Montréal\t32,5\t27,3\t25,7\t24,9\t24,5\t24,8\t1 825 527\t0,6\t10 287 Laval\t3,8\t4,2\t4,6\t4,6\t4,7\t4,7\t349 172\t8,5\t27 229 Lanaudière\t2,9\t4,0\t4,8\t5,2\t5,4\t5,4\t397 112\t15,5\t53 291 Laurentides\t4,0\t4,8\t5,5\t6,1\t6,3\t6,4\t468 912\t19,8\t77 557 Outaouais\t3,6\t3,8\t4,1\t4,3\t4,3\t4,3\t319 879\t9,8\t28 555 Abitibi-Témiscamingue\t2,4\t2,3\t2,2\t2,2\t2,1\t2,1\t152 549\t-1,9\t-2 896 Côte-Nord\t1,7\t1,8\t1,5\t1,4\t1,4\t1,4\t102 146\t-3,3\t-3 524 Nord-du-Québec\t0,5\t0,5\t0,5\t0,5\t0,5\t0,5\t39 450\t6,0\t2 247 Total\t100\t100\t100\t100\t100\t100\t7 372 448\t4,4\t307 713 * Données de Statistique Canada, légèrement différentes de celles de l'ISQ Source : Source: Institut de la statistique du Québec, La situation démographique au Québecet www.stat.gouv.qc.ca Saguenay-Lac-Saint-Jean et l\u2019Abitibi-Témiscamingue (tableau 4).La grande région de Montréal a aussi perdu une partie de sa population au profit des régions adjacentes en forte croissance depuis 1991 (les Laurentides surtout ainsi que Lanau-dière) ou de régions en croissance modérée (Laval et la Montérégie).La région de POutaouais est aussi en croissance démographique plus marquée.Ces cinq régions en croissance ont augmenté leur poids respectif dans l\u2019ensemble du Québec.Il en va de même pour le Nord-du-Québec à cause de la forte fécondité des populations autochtones, mais il faut ajouter que cette région est faiblement peuplée.Une population de plus en plus urbanisée La population québécoise se concentre davantage dans les grandes régions métropolitaines, qui connaissent toutes (sauf celles de Chicoutimi-Jonquière et de Trois-Rivières) une croissance démographique plus forte que celle de l\u2019ensemble du Québec (tableau 5).Ce dernier est de plus en plus urbain et un peu moins de la moitié U population 107 Tableau 5 Population par régions métropolitaines de recensement et variation en %, Québec, 1986-2000 \t\t\t\t\t\t \t\t\t\t\t\t Montréal\t3 032 022\t3 290 792\t3 393 739\t3 447 237\t3 480 342\t5,8 Québec\t619 079\t660 730\t683 741\t688 297\t689 654\t4,4 Hull\t205 623\t232 901\t251 588\t255 415\t258 053\t10,8 Chicoutimi-Jonquière\t162 415\t164 531\t162 949\t161 980\t160 130\t-2,7 Sherbrooke\t133 561\t143 998\t150 098\t152 548\t152 897\t6,2 Trois-Rivières\t132 063\t139 328\t142 234\t141 918\t141 785\t1,8 Reste du Québec\t2 449 019\t2 432 455\t2 489 670\t2 501 708\t2 489 587\t2,3 Total\t6 733 782\t7 064 735\t7 274 019\t7 349 103\t7 372 448\t4,4 Les populations des régions ont été révisées de 1991 à 1999, mais pas la population de 1986.Source : ISO, www.stat.gouv.qc.ca.Graphique 4 Nombre de naissances par année, Québec, 1960-2000 140 130 120 110 100 90 80 70 000- orvercor^orN'Jcoooocvj^-usooOfN'ïcocoO 7:\t.e.\t^\t^\t^ es-» rv\\ cv-s rv-s iv\\ rr\\ i-r, rr\\ rr, rr\\ O u3vr>r\u2018vr^rvrvrv |V IV ou uu vu uy UJ SJ 1 u 1 u I\t1\t1 \u2014 aïoioioiaiaioioioiaioiaiu O'iO'iO'iO'iO'iO'iO'iO'i 1999 : Données provisoires, 8 mai 2000.Source : Institut de la statistique du Québec, La situation démographique au Québec, Édition 1998, tableau 412 ; www.stat.gouv.qc.ca Les grandes tendances Aspects démographiques 108 L'état du Québec Tableau 6 Divers indicateurs de fécondité, Québec, 1960-2000 \t\t\t\t\t\t 1960\t141 224\t27,5\t3,86\t\t\t3,6 1965\t123 279\t21,7\t3,07\t\t\t5,2 1970\t96 512\t16,1\t2,09\t\t\t8,0 1975\t96 268\t15,2\t1,75\t\t\t8,8 1980\t97 498\t15,0\t1,63\t20,7\t8,3\t13,8 1985\t86 008\t12,9\t1,39\t34,5\t18,0\t24,7 1986\t84 579\t12,6\t1,37\t37,3\t19,6\t27,2 1987\t83 600\t12,3\t1,36\t39,8\t22,5\t29,9 1988\t86 358\t12,6\t1,42\t43,2\t25,9\t33,1 1989\t91 751\t13,2\t1,51\t45,9\t29,0\t35,6 1990\t98 013\t14,0\t1,63\t48,4\t31,8\t38,1 1991\t97 348\t13,8\t1,65\t50,3\t34,6\t40,8 1992\t96 054\t13,5\t1,67\t54,1\t37,6\t43,4 1993\t92 322\t12,9\t1,63\t57,1\t40,8\t46,3 1994\t90 417\t12,5\t1,63\t58,6\t44,1\t48,5 1995\t87 258\t12,0\t1,61\t59,8\t47,1\t50,6 1996\t85 130\t11,7\t1,60\t62,3\t48,9\t52,8 1997\t79 724\t10,9\t1,53\t62,8\t50,6\t54,3 1998\t75 674\t10,3\t1,48\t64,7\t51,8\t56,1 1999\t73 579\t10,0\t1,46\t\t\t 2000\t71 897\t9,8\t1,44\t\t\t * Le total comprend toutes les naissances quel que soit le rang.Indice synthétique révisé depuis 1971 Source : Institut de la statistique du Québec, mvw.stat.gouv.qc.ca.de toute sa population se retrouve dans la grande région montréalaise.C'est la région métropolitaine de Hull qui croit le plus vite au Québec depuis dix ans, suivie de celle de Sherbrooke, Trois phénomènes démographiques affectent la taille de la population totale et l\u2019équilibre entre les groupes d\u2019âges, et jusqu\u2019à un certain point la répartition entre les régions: la natalité, l\u2019immigration internationale et les migrations interprovinciales.Nous en examinerons brièvement les évolutions.La chute de la natalité s'accélère Le nombre de naissances et le taux de natalité sont en/orte baisse depuis 1990, après avoir connu un certain redressement à la fin des années 1980 (tableau 6).Une nouvelle tendance à la baisse des différents indicateurs de fécondité existe nettement depuis une dizaine d\u2019années.Il faut signaler que la chute du nombre de naissances s\u2019est accélérée, ce nombre étant maintenant inférieur à 80 000 depuis 1997 (graphique 4).Il est de 71 897 en l\u2019an 2000, le dernier chiffre disponible.Entre La population 109 Tableau 7 Taux de fécondité selon le groupe d'âge* et âge moyen de la mère à la naissance, Québec, 1960-2000 \t\t\t\t\t\t\t \t\t\t\t\t\t\t 1960\t34,1\t204,6\t226,0\t162,1\t102,8\t38,2\t28,9 1965\t28,6\t176,2\t183,4\t123,0\t74,2\t26,2\t28,5 1970\t22,7\t122,5\t137,8\t80,6\t40,4\t12,2\t27,9 1975\t19,9\t97,8\t135,2\t68,5\t22,7\t5,2\t27,4 1980\t15,4\t89,7\t131,3\t67,9\t18,7\t2,8\t27,4 1985\t13,7\t71,6\t114,2\t60,3\t16,7\t2,1\t27,5 1990\t18,1\t79,7\t128,4\t75,2\t22,0\t2,8\t27,7 1991\t17,6\t80,0\t129,3\t78,0\t22,7\t3,0\t27,8 1992\t18,2\t77,0\t128,5\t81,2\t23,6\t3,3\t27,9 1993\t17,6\t75,9\t124,2\t81,4\t24,1\t3,6\t28,0 1994\t17,6\t75,0\t123,0\t82,5\t25,2\t3,6\t28,0 1995\t17,2\t73,0\t118,8\t83,1\t25,9\t3,8\t28,1 1996\t16,5\t72,4\t118,3\t82,4\t27,2\t3,8\t28,2 1997\t15,6\t67,5\t111,6\t80,8\t26,6\t3,8\t28,3 1998\t14,8\t63,9\t108,5\t78,6\t26,2\t4,1\t28,3 1999\t14,2\t60,9\t106,0\t78,4\t27,4\t4,0\t28,5 2000\t13,2\t59,7\t104,3\t79,1\t27,3\t4,3\t28,6 * Les taux par groupe d'âge sont la somme des taux par année d'âge divisée par 5, ** Comprend les naissances des mères de 14 ans et moins.Donnée provisoire pour 1999 et 2000, 6 février 2001.Taux révisés pour tenir compte des nouvelles estimations de population depuis 1971.Source : Institut de la statistique du Quebec, www.stat.gouv.qc.ca 1990 et 2000, on a enregistré une diminution de 26 116 naissances par année, ce qui est considérable.Le taux de fécondité a diminué de façon importante dans le groupe des jeunes femmes mais non dans le groupe des femmes âgées de 30 ans et plus (tableau 7).Plus scolarisées qu\u2019auparavant, les jeunes femmes reportent à plus tard la venue des enfants, comme le montre l\u2019augmentation de l\u2019âge moyen à la naissance.Elles attendent aussi d\u2019être établies professionnellement avant de devenir mères.Or, les études montrent que plus l\u2019âge à la première naissance augmente, plus la probabilité d\u2019avoir un autre enfant par la suite diminue.Cependant, la diminution du nombre de naissances et la chute de l\u2019indice synthétique de fécondité ont été trop rapides et trop prononcées depuis 1990 pour être qualifiées de report de naissances.Une nouvelle tendance à la baisse de la fécondité est bien présente et elle aura des conséquences majeures sur le remplacement des générations et la croissance future de la société québécoise.Les grandes tendances Aspects démographiques 110 L\u2019état du Québec Graphique 5 Descendance finale à l'âge de 50 ans, selon l'année de naissance de la mère, Québec, 1920-1970 _ Année de naissance Source : Institut de la statistique du Québec, www.stat.gouv.qc.ca La mesure de la descendance finale d\u2019une cohorte de femmes donne une mesure plus fiable du remplacement de la population que l\u2019indice synthétique de fécondité (graphique 5).Nous pouvons estimer avec assez de justesse quel a été le nombre total d\u2019enfants mis au monde par les femmes nées avant le milieu des années soixante, puisqu\u2019elles ont maintenant passé l\u2019âge d\u2019en avoir d\u2019autres.La mesure de descendance finale décline chaque année depuis 1921, date à partir de laquelle chaque cohorte annuelle de femmes a eu un peu moins d\u2019enfants que la précédente.La cohorte des femmes nées en 1943 a été la première à avoir eu moins de 2,1 enfants par femme, soit le nombre nécessaire pour assurer le remplacement naturel de la population.La diminution de la descendance finale semble s\u2019être arrêtée en 1955, pour se stabiliser à 1,6 enfant environ dans les cohortes de femmes nées entre 1955 et 1970.Les premières données sur la descendance finale des femmes nées après 1970, qui sont cependant encore en âge d\u2019avoir des enfants, donnent à penser qu\u2019elle sera inférieure à 1,6 enfant.L\u2019examen de la langue d\u2019usage de la mère à la naissance montre que les francophones ont une fécondité un peu plus faible.Les personnes qui parlent français à la maison représentent 81,9% de la population et les mères qui parlent français à la maison représentent 78,7% de La population ni Tableau 8 Langue d'usage de la mère à la naissance en 1998 et langue d'usage à la maison dans la population, Québec \t\t Français\t78,7\t81,9 Français et anglais\t1,4\t0,9 Anglais\t10,4\t10,1 Autre\t7,8\t7,1 Non déclarée\t1,7\t Total %\t100\t100 N\t75 674\t7 274 019 Source : Institut de la statistique du Québec, www.stat.gouv.qc.ca toutes celles qui ont accouché en 1998 (tableau 8).L'adoption internationale reste marginale L\u2019adoption internationale est encore marginale.De 1990 à 1999, 7 899 enfants nés à l\u2019étranger ont été adoptés par des couples québécois, soit une moyenne de 790 par année (tableau 9).Tableau 9 Nombre d'enfants adoptés nés à l'étranger (adoption internationale), 1990-1999 \t 1990\t496 1991\t858 1992\t605 1993\t682 1994\t783 1995\t956 1996\t961 1997\t763 1998\t907 1999\t888 1990-1999\t7899 Source : Institut de la statistique du Québec, www.stat.gouv.qc.ca Hausse du nombre d'IVG Le nombre d\u2019interruptions volontaires de grossesse est étonnamment élevé et il est en hausse: il s\u2019établit à 28 058 en 1999, dernier chiffre disponible (tableau 10).L\u2019interruption volontaire de grossesse n\u2019est pas seulement répandue chez les adolescentes et les jeunes femmes, mais elle est également fréquente dans le groupe des femmes plus âgées, dans lesquels le phénomène est même en croissance (graphique 6).Ce nombre élevé est difficile à expliquer, compte tenu de l\u2019accessibilité des différents moyens de con-tracepdon et de l\u2019information donnée en la matière dans les écoles, les institutions de santé et la famille.L\u2019interruption volontaire de grossesse est devenue en fait un moyen de contra-cepdon, en l\u2019absence de recours à d\u2019autres moyens.Autrement dit, l\u2019interrupdon de grossesse n\u2019est pas seulement une solu-don de dernier recours qui intervient lorsque les autres moyens de contracepdon ont fait défaut, car bon nombre de femmes se font avorter parce qu'il n'y a pas eu contracepdon par d'autres moyens.En effet, une partie des jeunes femmes (une sur cinq d\u2019après certaines études sur la question) n\u2019ont recours à aucun moyen de contracepdon lors de leur première relation sexuelle, plusieurs femmes cessent toute contraception après une rupture, ou encore des femmes de culture étrangère (femmes immigrantes) semblent réticentes à employer de manière systématique des moyens de contraception.De ces comportements à risque peut résulter une grossesse non désirée et l\u2019avortement apparaît alors comme la solution de dernier recours [cette question est aussi discutée dans l\u2019article qui suit].Les grandes tendances Aspects démographiques 112 L'état du Québec Graphique 6 Taux d'interruption volontaire de grossesse par groupe d\u2019âge, Québec, 1976-1999 3\t20 -15-19 - 20-24 -25-29 - 30-34 Année N.B.Le taux d'interruption se lit comme suit: en 1999, 21,9 femmes âgées de 15 à 19 ans sur 1000 ont interrompu volontairement leur grossesse.Source : Institut de la statistique du Québec, www.stat.gouv.qc.ca Hausse du nombre de décès Le nombre de décès a augmenté durant les années 1990.Il était autour de 45 000 par année durant les années 1980, et il se maintient autour de 53 000 au tournant de l\u2019an 2000 (tableau 11).Le taux de décès \u2014 mesure qui tient compte de la taille de la population \u2014 est maintenant de 7,2 %o, contre 6,9 °/oo en 1990.Cette hausse traduit bien le début du vieillissement de la population au Québec.Chute importante de l'accroissement naturel de la population Conséquence de la diminution rapide de la natalité et de l\u2019augmentation du nombre de décès chaque année, l\u2019accroissement naturel (différence entre les naissances et les décès) de la population québécoise est en forte diminution (tableau 11).Cet accroissement naturel n\u2019est plus que de 19 245 personnes (en 2000) alors qu\u2019il était proche de 50 000 en 1990.On le voit, la diminution est importante.En i960, l\u2019accroissement naturel de la population était supérieur à 100 000 personnes. La population 113 Tableau 10 Oivers indicateurs d'interruption volontaire de grossesse, Québec, 1976-1999 \t\t\t 1976\t7 139\t7,3\t27,3 1980\t14 288\t14,7\t26,5 1985\t15 702\t18,3\t26,2 1990\t22 219\t22,7\t25,8 1991\t23 261\t23,9\t25,8 1992\t24 619\t25,6\t25,8 1993\t26 106\t28,3\t25,6 1994\t26 131\t28,9\t25,8 1995\t26 072\t29,9\t25,8 1996\t27 184\t31,9\t25,9 1997\t27 993\t35,0\t25,9 1998\t28 833\t38,1\t25,9 1999\t28 058\t38,1\t25,9 Source : Institut de la statistique du Québec, www.stat.gouv.qc.ca La chute rapide de l\u2019accroissement naturel de la population est récente, car elle date de la deuxième moitié des années 1990.Celui-ci était d\u2019environ 7 °/oo chaque année entre i960 et 1990.Le taux a par la suite chuté rapidement de 7 %o à moins de 3 °/oo en dix ans.Après des années de forte croissance s\u2019annoncent des années de hausse modeste de la population, qui seront suivies d\u2019années de décroissance.Le solde migratoire total est en baisse depuis 1993 Le Québec avait un solde migratoire total négatif jusqu\u2019en 1980.Cette tendance avait été renversée par la suite, le solde migratoire total étant largement positif jusqu\u2019en 1993.Depuis cette date, il est de nouveau en baisse, tout en restant positif.(Le solde migratoire est établi à partir des Tableau 11 Total des décès (en nombre et en %) et accroissement naturel (en nombre et en %), Québec, 1960-1999 \t\t\t\t \t\t\t\t 1960\t35 129\t6,8\t106 095\t6,7 1970\t40 392\t6,7\t56 120\t7,2 1980\t43 515\t6,7\t53 983\t8,3 1985\t45 662\t6,9\t40 346\t6,1 1990\t48 651\t6,9\t49 362\t7,0 1991\t49 243\t7,0\t48 105\t6,8 1992\t48 963\t6,9\t47 091\t6,6 1993\t51 831\t7,2\t40 491\t5,7 1994\t51 389\t7,1\t39 028\t5,4 1995\t52 722\t7,3\t34 536\t4,8 1996\t52 278\t7,2\t32 852\t4,5 1997\t54 281\t7,4\t25 443\t3,5 1998\t54 205\t7,4\t21 469\t2,9 1999\t54 542\t7,4\t19 037\t2,6 2000\t53 160\t7,2\t18 737\t2,6 Source : Institut de la statistique du Québec, www.stat.gouv.qcxa et www.statcan.ca Les grandes tendances Aspects démographiques 114 L'état du Québec déclarations d\u2019impôt sur le revenu, avec deux ans de retard.Le solde calculé chaque année à parür du fichier des allocations familiales surestime les départs du Québec et les deux statistiques ne peuvent être comparées.Lorsque le solde estimé est publié chaque année, il s\u2019ensuit une distortion si on le compare au seuil définitif de l\u2019année précédente mesuré a partir d\u2019une autre base.La surestimation qui résulte de la comparaison de données venant de deux sources a donné lieu à des manchettes alarmistes ces dernières années, surtout dans la presse anglophone).Le solde migratoire interprovincial se détériore En fait, c\u2019est le solde migratoire interprovincial qui se détériore.Celui-ci avait toujours été négatif depuis les années i960.Ce solde négatif avait même été fort important après l\u2019élection en 1976 du premier gouvernement du Parti québécois, et ce jusqu\u2019en 1983, avant de se redresser par la suite.Le solde négatif est de nouveau en hausse depuis le début des années 1990, le Québec ayant connu une perte nette de 14 724 personnes dans ses échanges de migrants avec les autres provinces canadiennes en 2000 (tableau 12).Les migrations d\u2019une province à l\u2019autre sont fort importantes au Canada, et il en va de même dans le cas du Québec.En 29 ans, le Québec a perdu 486 806 personnes dans ses échanges de population avec le reste du Canada.Rappelons que d\u2019autres provinces canadiennes ont aussi eu un solde migratoire négatif important au cours de la même période, de même que plusieurs États américains de taille comparable à celle du Quebec dans leurs Tableau 12 Migrations interprovinciales, entrants et sortants du Québec en % et solde migratoire selon la région, Québec, 1975-2000 \t\t\t\t\t\t\t\t\t \t\t\t\t\t\t\t\t\t Entrants au Québec à partir de\t\t\t\t\t\t\t\t\t Atlantique\t16,4\t16,9\t14,2\t14,6\t13,9\t13,3\t13,7\t123 541\t15,3 Ontario\t66,1\t61,3\t68,6\t64,8\t64,1\t63,0\t64,4\t513 448\t63,4 Prairies/T.N.-O.\t9,2\t14,1\t10,9\t10,0\t8,8\t11,1\t11,3\t101 184\t12,5 C.B.\t8,3\t7,8\t6,3\t10,6\t13,1\t12,5\t10,6\t71 397\t8,8 Sortants du Québec vers\t\t\t\t\t\t\t\t\t Atlantique\t19,4\t9,5\t10,6\t9,9\t8,5\t8,7\t9,7\t147 758\t11,4 Ontario\t58,8\t59,6\t66,5\t65,6\t68,1\t72,3\t73,1\t857 021\t66,1 Prairies/T.N.-O.\t13,1\t20,9\t11,7\t9,5\t13,2\t9,6\t9,7\t160 336\t12,4 C.B.\t8,7\t10,0\t11,2\t15,0\t9,8\t9,3\t7,5\t131 227\t10,1 Solde migratoire interprovincial\t\t\t\t\t\t\t\t\t Total\t-12 340\t-24 283\t-9 567\t-10 248\t-15 940\t-15 008\t-14 724\t-486 806\t * Le total inclut vingt-neuf années, soit de 1972 à 2000 Source : Institut de la statistique du Québec, www.stat.gouv.qc.ca U population 115 échanges de population avec d\u2019autres États.Outre l\u2019incertitude qui entoure l\u2019avenir du Québec \u2014 un facteur souvent évoqué par les analystes pour expliquer ce phénomène \u2014 bien d\u2019autres facteurs expliquent les mouvements de population d\u2019une région à l\u2019autre, notamment des facteurs économiques et même géographiques comme le montre la situation comparable de provinces ou d\u2019États voisins.Une migration vers l'Ontario Où vont les Québécois qui migrent ailleurs au Canada?En Ontario, d\u2019abord, et de loin.La proportion des migrants québécois qui choisissent de s\u2019y établir est maintenant d\u2019environ trois sur quatre, et cette proportion est en constante augmentation depuis les années 1970.Les Prairies (surtout l\u2019Alberta) suivent en attirant 9,7 % des migrants en 2000, suivies de la région de l\u2019Atlantique (9,7%) et de la Colombie-Britannique (7,5 %) (tableau 12).Il y a un très net changement dans la destination choisie par les personnes sortant du Québec depuis 1975 : la part de l\u2019Ontario se consolide à un niveau fort élevé et celle de la Colombie-Britannique, qui avait augmenté au milieu des années 1990, a régressé à cause des difficultés économiques que connaît cette province dont l\u2019économie est axée sur l\u2019exploitation des ressources naturelles.La part des provinces de l\u2019Atlantique a régressé de moitié depuis les années 1970.D\u2019où viennent les Canadiens qui migrent vers le Québec?Cette fois encore, l\u2019échange de population avec l\u2019Ontario domine largement: celle-ci a fourni un peu moins des deux tiers des personnes nouvellement établies au Québec en 2000 en provenance d\u2019une autre province.Les provinces de l\u2019Atlantique suivent avec 13,7% de l\u2019ensemble, les Prairies avec 11,3% et la Colombie-Britannique avec 10,6%.La provenance des entrants au Québec a été assez stable depuis vingt ans, contrairement à ce qui s\u2019est passé pour les sortants qui ont plutôt tendance à se diriger en large majorité vers trois provinces.L\u2019Ontario demeure la première province avec laquelle se font les migrations interprovinciales qui impliquent des Québécois.Les jeunes migrent davantage à l'entrée comme à la sortie La migration interprovinciale touche davantage les jeunes que les autres groupes d\u2019âge.Plus de la moitié des entrants et des sortants ont moins de 30 ans (tableau 13).Il n\u2019y a pas vraiment de différences importantes entre l\u2019âge des entrants et l\u2019âge des sortants, qui migrent sensiblement dans les mêmes proportions.À peu près autant de jeunes entrent au Québec qu\u2019il y en a qui sortent.Le seul groupe d\u2019âge qui se distingue quelque peu est celui des per- Tableau 13 Migration interprovinciale selon le groupe d\u2019âge, Québec, 1999-2000 \t\t 0-19\t26,9\t26,8 20-29\t31,4\t28,8 30-39\t20,5\t21,2 40-49\t10,4\t10,3 50-64\t6,6\t7,3 65 et +\t4,2\t5,6 Total %\t100,0\t100,0 N\t25 033\t39 908 Année : du 1er juillet au 30 juin.Source : Statistiques démographiques annuelles.2000, Ottawa, cat 91-213.Les grandes tendances Aspects démographiques 116 L\u2019état du Québec sonnes ayant atteint l\u2019âge de la retraite, qui sont plus nombreuses à quitter le Québec qu\u2019à s\u2019y établir en provenance de l\u2019extérieur.La création de ménages augmente plus vite que la population Le nombre de ménages a augmenté beaucoup plus rapidement que la population québécoise de 1961 à 1996.La croissance de la population en vingt-cinq ans a été de 38% et celle du nombre de ménages de 137% (graphique 7).Le ménage ne doit pas être confondu avec la famille.Un ménage est une unité de vie autonome et il faut faire une adéquation entre ménage et logement.Une personne qui vit seule forme un ménage, tout comme une famille comptant cinq enfants.Si la création de ménages augmente plus vite que la population, cela signifie que les individus vivent dans des unités de plus en plus petites et que celles-ci se multiplient.Quand un couple divorce, par exemple, et que les deux ex-conjoints occupent chacun un logement en propre, il s\u2019ensuit que le nombre de ménages a augmenté sans que la population ne change pour autant.Plusieurs facteurs expliquent cet écart entre population et ménages.La hausse du nombre de divorces et la migration des jeunes vers les villes ont contribué à faire augmenter le nombre de nouveaux Graphique 7 Taux de croissance des ménagés et de la population (1961=100), Québec, 1961-1996 250 50 0 10 en on \u2014\u2014 Ménages \u2014 - ¦ Population Source : Calculs de l\u2019auteur d'après les données du Recensement et les données de l\u2019ISO. La population 117 ménages.L\u2019aide de dernier recours est aussi un facteur qui a fortement encouragé la croissance du nombre de ménages.Enfin, l\u2019augmentation de l\u2019espérance de vie amène plus de personnes âgées à vivre seules plus longtemps, fréquemment dans de petits logements.Enfin, le nombre de ménages multi-familiaux est en forte baisse, sinon en disparition, les membres apparentés de différentes familles préférant vivre séparément.La création de nouveaux ménages a été une source de croissance pour l\u2019économie (plus de logements, achat de biens durables dans les foyers, etc.) mais il est à prévoir que cette croissance des ménages va marquer le pas dans les années à venir.Le défi démographique La chute de la fécondité des couples et la hausse du taux de décès conduiront rapidement à moyen terme à une stagnation de la population québécoise, puis à une régression.Les effets de la dénatalité se font déjà sentir dans le système de l\u2019éducation.La diminution du nombre de naissances \u2014 maintenant autour de 72 000 par année \u2014 entraînera encore la fermeture de nombreuses écoles.La dénatalité commence maintenant à toucher les cégeps et les universités.Elle se fera sentir plus nettement au cours des prochaines années et il faudra donc rationaliser tout le secteur de l\u2019enseignement supérieur.Les cégeps en région seront les premiers touchés et sans une masse critique d\u2019étudiants il sera difficile d\u2019y maintenir toute la gamme des programmes actuellement offerts.Par ailleurs, le ministère de l\u2019Éducation prévoit au mieux une stabilité des inscriptions dans les universités au cours des vingt prochaines années.Et les institutions du secteur de la santé, profondément bouleversées depuis le milieu des années 1990, devront encore s\u2019adapter à la présence d\u2019une population vieillissante dans les années à venir.On n\u2019a pas vraiment réfléchi aux conséquences des mutations importantes à venir dans la démographie québécoise et aux implications de la dépopulation sur la vie des régions, sur les institutions, sur la croissance économique.Georges Mathews avait publié en 1984 un ouvrage fort bien documenté sur la question (Le choc démographique : le de'din du Quebec est-il inévitable ?), mais son étude est restée sans suite et elle n\u2019a pas donné lieu à de nouveaux travaux marquants à notre connaissance.La dépopulation est déjà bien présente dans plusieurs régions du Québec et celle-ci ne fera que s\u2019accélérer comme le donne à penser l\u2019examen de la pyramide des âges en Gaspésie, au Saguenay-Lac-Saint-Jean et ailleurs.Elle affectera plus tard d\u2019autres régions.Les grandes villes seront moins touchées parce que les jeunes y migrent, mais elles doivent aussi s\u2019ajuster.Le regroupement de municipalités à Montréal et à Québec n\u2019est pas étranger à la perspective nouvelle qu\u2019imposera la démographie dans les années à venir.Gérer la décroissance en dehors des grands centres urbains exigera une plus grande concertation que la gestion de la croissance des années i960.La hausse du taux d\u2019immigration s\u2019imposera un jour ou l\u2019autre.Celle-ci amènera cependant d\u2019autres problèmes, comme celui de l\u2019inégale répartition des immigrants sur le territoire québécois.Les immigrants sont mobiles sur le territoire canadien et une partie d\u2019entre eux ne reste pas à demeure au Québec.La question linguistique se pose aussi avec acuité, comme on le sait.Cependant, le bilan migratoire net est resté positif ces dernières années, les entrées d\u2019immigrants inter- Les grandes tendances Aspects démographiques 118 L\u2019état du Québec nationaux surpassant le solde migratoire négatif interprovincial.Peut-on alors relancer la natalité?Il ne s\u2019agit pas bien sûr de ressortir des boules à mites le discours nataliste d\u2019antan, mais plutôt de voir bien en face un problème de société qui doit trouver des solutions acceptables comme toute autre grande question [voir article p.137].On ne reviendra pas à la forte fécondité des années cinquante, car le mode de vie contemporain \u2014 au cœur duquel se trouve le double revenu \u2014 est peu compatible avec le fait d\u2019avoir plus de deux enfants.\u2022 L'avortement est-il devenu une méthode contraceptive?Marie-Thérèse Lacourse Sociologue, Cégep François-Xavier-Garneau Parmi les tendances qui démarquent la société québécoise du reste du Canada, la croissance du nombre d\u2019avortements provoqués semble se maintenir.Depuis 1980, dans tous les groupes d\u2019âge, les femmes ont doublé leur recours à l\u2019interruption volontaire de grossesse (IVG).Y a-t-il lieu pour autant d\u2019affirmer que les Québécoises utilisent l\u2019avortement comme une méthode contraceptive ?Malgré l\u2019apparence statistique, plusieurs indices contredisent cette hypothèse, dont celui du nombre moyen d\u2019avortements par femme.L\u2019observation de la décennie 1990 montre aussi un ralentissement dans la croissance des avortements.Au-delà des indices statistiques, il faut situer le recours à l\u2019avortement dans une problématique plus large qui met en jeu plusieurs dimensions reliées à la fécondité des femmes et à l\u2019implication des jeunes adultes dans des relations sexuelles.Ces dimensions sont d\u2019ordre culturel, psycho-comportemental et d\u2019accessibilité des services.Un ralentissement amorcé Il est vrai que le nombre d\u2019avortements québécois a régulièrement augmenté.Depuis la légalisation partielle avec l\u2019article 251 du Code criminel canadien, en passant par la mise en place des cliniques de planning québécoises jusqu\u2019à la légalisation complète suite au jugement de la Cour Suprême du Canada en 1988, le nombre des avortements thérapeutiques s\u2019est accru.Si on compare cette progression à celle de l\u2019ensemble du Canada, elle a de quoi surprendre.Le Québec qui présentait un taux d\u2019avortements inférieur, a rattrapé la moyenne canadienne, l\u2019a dépassée et figure maintenant comme étant la province où le taux d\u2019avortements pour 1000 femmes est le plus élevé, soit 19,38 avortements pour 1000 femmes en 1998 par rapport au taux canadien de 16,3 (Statistique Canada, 2000).Depuis 1997, plusieurs provinces canadiennes, à l\u2019exception du Québec, connaissent une baisse du taux d\u2019avortements.Au Québec, on peut quand même observer depuis 1993 un ralentissement dans la hausse des avortements et en 1999, une La population ug diminution de 800 avortements par rapport à 1998 (en se basant sur les statistiques fournies par l\u2019Institut de la statistique du Québec (ISQ) décrites à la section Tendances \u2014 uoir article pre'ce'dent).Après une première augmentation dans les années 1970, les avortements se sont stabilisés jusqu\u2019en 1987 à environ 15 000 par année.De 1988 à 1993, leur nombre a bondi, avec une augmentation en chiffres absolus de 34,6%.Madeleine Rochon, démographe au ministère de la Santé et des services sociaux (MSSS), émet cependant des réserves.Elle note qu\u2019une sous-estimation du nombre d\u2019avortements vers le milieu des années 1980, fait apparaître comme étant très importante leur augmentation, alors que des statistiques plus complètes indiqueraient une hausse relativement continue et non soudaine (Rochon, 1999).Dans la période qui suit, de 1993 à 1999, l\u2019augmentation ralentit à 6,g%, pour une croissance annuelle moyenne de 325 interruptions volontaires de grossesse (IVG).Un changement dans l\u2019évolution semble amorcé.Les statistiques pour les années 2000 et 2001 permettront de vérifier si le nombre des avortements a atteint un plateau.De la probabilité de concevoir un en/ant.En constatant la hausse et son ralentissement, il faut aussi observer l\u2019indice synthétique qui résulte de la somme des taux d\u2019avortements par âges.À partir cette fois des données ajustées de Rochon (voir l\u2019encadré), l\u2019indice synthétique est passé de 0,26 avortement par femme en 1993, soit 13 % des grossesses se terminant par une IVG, à 0,62 en 1998 alors que 28% des grossesses sont interrompues (Rochon, 1999).En 1999, l\u2019indice est de 0,61.Cet indice, s\u2019il augmente, n\u2019en demeure pas moins inférieur à un avortement par femme.Selon Rochon, on peut estimer qu\u2019environ un tiers des femmes québécoises subiront une interruption volontaire de grossesse au cours de leur vie.Or, même si cela peut surprendre, pour arriver à un tel résultat, les femmes doivent exercer un contrôle efficace de leur fécondité compte tenu des risques de concevoir.En effet, une femme met en moyenne au monde 2,2 enfants sur une période féconde qui dure à peu près 30 ans (entre 15 et 45 ans).Si on multiplie le nombre de cycles menstruels annuels (13 cycles) par le nombre d\u2019années de vie féconde (30 ans), une femme, si elle est impliquée dans des relations sexuelles, fait potentiellement face à 400 expositions de conception d\u2019un enfant.À la limite, on peut inverser la question : pourquoi si peu de grossesses non désirées?C\u2019est somme toute le recours massif à des méthodes de contraception et à la stérilisation volontaire qui expliquent la faible fécondité des femmes québécoises davantage que le recours à l\u2019avortement, même si celui-ci y contribue.Les avortements, un débat de chiffres ?Plutôt une question de perspective.Nous sommes très loin d\u2019indices et de taux semblables à ceux de la Russie et des pays de l\u2019ex-Union soviétique où l\u2019avortement sert effectivement de moyen de contraception régulier.Au début des années 1990, dans ces pays, 2 grossesses sur 3 se terminaient par un avortement, 67 à 87 % des femmes de 18 ans avaient eu recours à l\u2019avortement pour mettre fin à leur première grossesse et chaque femme risquait de subir en moyenne huit avortements (De Sève, 1993).Au Québec, même si le mouvement à la hausse est préoccupant, l\u2019hypothèse qui voudrait que les femmes québécoises utilisent l\u2019avortement comme une méthode L\u2019avortement est-il devenu un moyen de contraception? Aspects démographiques 20 L\u2019état du Québec contraceptive régulière ne peut être confirmée.Du bon usage de la contraception Comme nous l\u2019avons constaté, avant même d\u2019être en mesure de formuler le projet d'un enfant, les femmes doivent développer une conscience aiguë de leur potentiel fécond.Et cela, de plus en plus tôt, compte tenu des courants culturels permettant un exercice précoce de l\u2019hétérosexualité.De nombreuses recherches montrent que les adolescents québécois sont actifs sexuellement plus tôt.L\u2019enquête sociale et de santé 1998 confirme cette tendance : 59 % des répondants âgés de 15 à 19 ans avaient déjà eu des relations sexuelles au moment de l\u2019enquête et 15 % avaient eu une relation sexuelle complète avant l\u2019âge de 15 ans (Adrien et al., 2001).L\u2019âge moyen lors de la première relation sexuelle serait de 16 ans et serait même inférieur chez les jeunes en difficulté.Plusieurs facteurs expliquent l\u2019implication sexuelle des jeunes.La maturité physiologique précoce, l\u2019accessibilité aux moyens contraceptifs et à l\u2019avortement, la libéralisation de la sexualité.De la puberté (plus précoce) à la ménopause (plus tardive), les jeunes filles et les femmes devront donc utiliser avec le maximum d\u2019efficacité une méthode contraceptive pour éviter une grossesse.On attend d\u2019elles une moyenne de réussite de 100%.Mais qu'est-ce qu\u2019une méthode contraceptive ?Dans le milieu médical, le consensus est clair-, la contraception est un moyen pour prévenir la survenue d\u2019une grossesse, elle intervient avant la fécondation de l\u2019ovule, elle est utilisée sur une base régulière.La contraception peut être de type hormonale (anovulants, implants, pilule du lendemain.), barrière méca- nique (condom, stérilet, diaphragme, spermicides, cape cervicale.), rythmique (méthode symptothermique, calendrier) ou naturelle (coït interrompu, abstinence.) (Dechêne, 1994).L\u2019avortement quant à lui met fin à une grossesse suite à l\u2019échec de l\u2019utilisation d\u2019une méthode contraceptive.Il intervient après la conception, il est un événement exceptionnel et la solution à une crise accidentelle vécue par une femme.Il n'existe pas de contraceptif efficace à 100 %.Il existe toujours un risque de grossesse lors d\u2019une relation sexuelle coïtale (Dechêne, 1994).L\u2019efficacité pratique d\u2019une méthode contraceptive dépend de facteurs humains reliés à l\u2019âge, le statut socio-économique, au niveau de scolarité, à la qualité de l\u2019information reçue, à la motivation, l\u2019assiduité et la discipline, aux habiletés à imposer son utilisation et à la participation du partenaire.Fréquence d\u2019utilisation des contraceptifs.Or, quel est le taux d\u2019utilisation des méthodes contraceptives chez les Québécoises?Cette donnée est difficile à estimer et varie selon plusieurs facteurs : les sous-groupes de population enquêtés, s\u2019il s\u2019agit de la première relation sexuelle ou de la dernière, si les répondantes ont fréquenté un ou plusieurs partenaires, la durée de la relation avec le partenaire et le moyen contraceptif utilisé.L\u2019Enquête sociale et de santé 1998 indique que 25 % des Québécoises âgées de 15 à 44 ans utilisent des contraceptifs oraux (CO), cette proportion atteignant 57% chez les 18-19 ans, 52% chez les 20-24 ans et 30% chez les 15 à 17 ans (ce qui constitue pour ce groupe d\u2019âge une baisse par rapport à 1992-1993).Dans une autre enquête réalisée auprès de jeunes femmes fréquentant des cégeps francophones, on a trouvé que plus de La population 121 80 % d\u2019entre elles avaient eu recours à une forme efficace de contraception (préservatif, CO ou les deux) à la première relation coïtale (Otis et al., 1997).Cette proportion est supérieure à celle des Américaines et similaire à celles observées chez les jeunes Britanniques et auprès d\u2019adolescentes québécoises âgées de 12 à 17 ans.Pour les auteurs, ces résultats montrent une intégration relativement réussie des stratégies contraceptives dès le début de la vie sexuelle.Cette intégration serait associée à l\u2019accessibilité de la contraception, à l\u2019information fournie par divers intervenants en milieu scolaire, dans les centres de santé et dans les CLSC et à la présence de programmes d\u2019éducation sexuelle au Québec (qui seront cependant abolis avec la réforme Legault).Chez les jeunes, le condom est le moyen contraceptif le plus souvent utilisé lors d\u2019une première relation sexuelle.Mais, comme l\u2019a montré l\u2019étude québécoise auprès des jeunes femmes fréquentant des cégeps francophones, une fille sur cinq rapporte n\u2019avoir utilisé aucune méthode lors de sa première relation sexuelle.Une enquête menée dans trois villes canadiennes auprès de jeunes femmes âgées de 15 et 18 ans a trouvé un résultat similaire : une adolescente sur quatre (26 %) sexuellement active n\u2019utilisait aucune forme de contraception (Guil-bert, 2000).Chez des femmes ayant obtenu une interruption volontaire de grossesse, 53 % utilisaient des CO et 47 % des préservatifs trois semaines après l\u2019intervention (Guil-bert et al., 1995).Toutes les enquêtes effectuées auprès de femmes ayant subi une IVG soulignent que dans les intentions d\u2019utilisation d\u2019une méthode contraceptive, l\u2019avortement n\u2019est jamais identifié comme étant un moyen contraceptif (Lacourse, 1993; Be'dard, 1994; Guilbcrt, 1995).Dans des proportions très élevées, les femmes emploient une contraception post-IVG et rejettent l\u2019éventualité de recourir à l\u2019avortement une nouvelle fois.Actuellement, rien ne permet d\u2019invalider ces résultats et de préjuger d\u2019intentions non conscientes dans le recours des femmes québécoises à l\u2019avortement.Que retenir de toutes ces données?L\u2019usage des méthodes contracepüves dans les relations sexuelles au Québec est la norme, mais il y a encore trop d\u2019échecs qu\u2019il faut essayer de mieux comprendre pour diminuer le nombre des grossesses non désirées se terminant par une IVG.Obstacles et efficacité La responsabilité contraceptive et reproductive des femmes s\u2019est transformée et complexifiée depuis une vingtaine d\u2019années, avec l\u2019ajout de la protection face aux maladies transmises sexuellement (MTS) et au VIH/Sida.La double protection.Dernièrement, des intervenants en santé sexuelle et reproductive se sont inquiétés de l\u2019impact des campagnes intensives promouvant l\u2019usage du préservatif dans les relations sexuelles.On pense qu\u2019il y a eu chez les jeunes femmes un abandon des CO au profit du condom (les données de Santé Québec 1998 vont dans cette direction), une méthode jugée moins efficace pour empêcher les grossesses non désirées.Alors qu\u2019aux États-Unis l\u2019adoption du préservatif aurait entraîné une décroissance des taux de grossesses particulièrement chez les jeunes femmes noires, en Angleterre le même phénomène aurait entraîné une augmentation du nombre de grossesses non désirées et d\u2019avortements (Otis et al., 1997).Même si au Québec, il est difficile L\u2019avortement est-il devenu un moyen de contraception? Aspects démographiques 122 L\u2019état du Québec d\u2019imputer à la popularité du préservatif les taux de grossesses non désirées, des voix commencent à s\u2019élever pour promouvoir la double contraception auprès des jeunes femmes et des couples, le préservatif pour prévenir les MTS et l\u2019infection au VIH/Sida et les contraceptifs oraux (CO) pour éviter les grossesses non désirées (Guilbert et al., 2000).De même, les intervenants en santé publique souhaitent rendre plus accessible la contraception orale d\u2019urgence (connue sous le nom de pilule du lendemain) qui contribuerait à réduire les IVG.Facteurs associés à un usage efficace.Comme on l\u2019a vu précédemment, il convient d\u2019aborder la contraception sous l\u2019angle de l\u2019évolution des besoins des femmes en fonction de leur âge, de leur condition conjugale, de leurs conditions objectives de vie, de leurs antécédents reproductifs, de leur état de santé et de leur appartenance ethnoculturelle.Malgré les informations qu\u2019elles reçoivent dans les cours de formation personnelle et sociale (FPS) au secondaire, les jeunes filles disent éprouver plusieurs difficultés à se prévaloir de moyens contraceptifs et à les utiliser efficacement dans les rapports sexuels.Parmi ces difficultés reviennent l\u2019accessibilité, l\u2019information suffisante et pertinente, l\u2019acceptation sociale de l\u2019entourage et des parents, la gêne, l\u2019habileté à négocier avec le partenaire.Plusieurs études montrent que des lacunes importantes subsistent quant aux connaissances de la population féminine en matière de sexualité et de contraception.Des modèles culturels relatifs à la contraception interfèrent sur les attitudes et les comportements des femmes et des couples en rapport avec l\u2019utilisation d\u2019une méthode contraceptive.Le savoir populaire insiste sur les risques et les inconvénients des anovulants et minimise les bénéfices de la contraception hormonale.Les croyances les plus fréquemment observées face à la CO sont la crainte d\u2019engraisser (une raison importante d\u2019abandon de la CO chez les adolescentes), la peur de développer un cancer, la nécessité de cesser la prise d\u2019anovulants tous les trois ans pour faire reposer son corps, l\u2019obligation d\u2019arrêter la pilule à 35 ans, etc.(Bérubé, 1999).Enfin, malgré la plus grande accessibilité des méthodes contraceptives, c\u2019est l\u2019assiduité du comportement et son observance à moyen et à long terme qui déterminent son efficacité.Sur ce point, en plus des croyances, des facteurs externes peuvent favoriser le comportement ou créer des obstacles.Les plus connus sont la continuité d'une relation de couple (plusieurs femmes cessent toute contraception lorsque leur relation de couple prend fin et sont non protégées dans le cas d\u2019une relation imprévue), la maturité et la stabilité émotives (qui favorisent la régularité du comportement) et la protection passive (avec une contraception comme le Depo-Provera, l\u2019installation d\u2019un stérilet ou la stérilisation).Des variations régionales.La plupart du temps, les statistiques sur la progression du nombre d\u2019avortements portent sur l\u2019ensemble du Québec.Mais lorsqu\u2019on examine les variations par région, celle de Montréal se démarque du reste du Québec.En 1998, le taux d\u2019IVG pour l\u2019île de Montréal est de 29,9 par 1000 femmes comparativement à 14,9 pour le reste de la province (Rochon, 1999).L\u2019indice synthétique reflète la même variation : 0,95 avortement par femme dans l\u2019île de Montréal La population 123 Des statistiques non complètes et des taux sensibles Statistique Canada et l\u2019Institut de la statistique du Québec sont les deux sources de référence pour les avortements.Or il s\u2019avère que la compilation des données est incomplète à cause des modes de saisie de chacun de ces organismes.Madeleine Rochon estime que l\u2019ISQ laisse échapper environ 6% des avortements au Québec.L\u2019organisme compile les actes remboursés par la Régie de l\u2019assurance-maladie dans le cadre du paiement à l\u2019acte, négligeant ceux effectués par des médecins payés sous d\u2019autres formes de rémunération.Complétant ces données, Rochon a trouvé en 1998,31 370 avortements et en 1999,31 012 avortements (Rochon, iggg).Statistique Canada quant à elle compile à partir des données fournies par les hôpitaux et les cliniques.La fiabilité des comparaisons avec les années antérieures et entre le Canada et le Québec est donc relativisée.L\u2019utilisation des divers indices aussi est sensible.Par exemple, le rapport des avortements aux naissances, même lorsque les premiers diminuent, tend toujours à être élevé puisque le taux de natalité est faible.en comparaison de 0,50 pour le reste de la province.La variation est de 0,45 « en faveur» de l\u2019île de Montréal.La variation est de même ampleur pour le taux de grossesse (un taux de grossesse de 0,46 supérieur au reste du Québec).Comment expliquer cette variation?Bien sûr, la plupart des ressources non hospitalières en avortement sont concentrées à Montréal.Une hypothèse concerne le plus faible recours aux méthodes contraceptives des femmes et des couples de différentes communautés ethnoculturelles.Placées dans un contexte d\u2019acculturation à la société québécoise et d\u2019affaiblissement du réseau familial traditionnel de soutien, ces femmes sont amenées à exercer une planification des naissances et finissent par utiliser l\u2019IVG en situation d\u2019une grossesse imprévue.Par exemple, une étude faite auprès de femmes d\u2019origine haïtienne et québécoise en attente d\u2019avortement, montre que les premières utilisent moins les anovulants, font moins usage de moyens contraceptifs et sont plus craintives envers les effets secondaires des méthodes contraceptives que les femmes d\u2019origine québécoise (Bédard, 1994).Dans cette foulée, l\u2019information en matière de contraception et de planification des naissances doit tenir compte des spécificités ethnoculturelles.De manière globale, les théories psycho-comportementales démontrent que l'adoption des comportements préventifs en matière de santé met en jeu des facteurs prédisposants (comme les connaissances et les croyances), des facteurs renforçants (comme le rôle de l\u2019entourage immédiat, de la communauté, de la famille et des pairs) et des facteurs facilitants (comme l\u2019accessibilité et les habiletés personnelles à négocier) (Matidca-Tyndale, 1997).En contraception comme dans d\u2019autres domaines de la santé, on sait désormais qu\u2019il ne suffit pas d\u2019avoir des connaissances pour adopter ou changer un comportement.L\u2019avortement est-il devenu un moyen de contraception? Aspects démographiques 124 L'état du Québec Le report de la maternité En dernier lieu, il faut rappeler que les motivations qui amènent les femmes à mettre fin à une grossesse non désirée s\u2019inscrivent dans un contexte culturel qui valorise la responsabilisation et l\u2019autonomie, des valeurs largement dominantes au Québec dans les sphères sociales, économiques et interpersonnelles.Le recours à l\u2019avortement exprime alors le report de la maternité, une remise indéterminée du désir d\u2019enfant jusqu\u2019au moment où les conditions idéales seront rassemblées.Les résultats d\u2019enquêtes auprès de femmes ayant subi une IVG sont concordants sur ce point.Cette perception est loin d\u2019une vision contraceptive de l\u2019avortement.L\u2019âge où les taux d\u2019avortements sont les plus élevés se situe entre 18 et 29 ans (Rochon, îggg ; ISQ, 2001).C\u2019est la période où débute l\u2019insertion dans la vie adulte, par les études postsecondaires ou l\u2019entrée sur le marché du travail.C\u2019est la période également où la stabilité de la vie affective n\u2019est pas assurée.Ce sont les deux grandes raisons invoquées par les femmes pour interrompre une grossesse.La très grande majorité de ces femmes ayant obtenu une IVG souhaite par ailleurs avoir un enfant dans les années subséquentes.Références Adrien, A., V.Leaune, D.Auger, «Comportements sexuels et utilisation du condom», dans Enquête sociale et de santé igg8, 2f édition, Santé Québec, ISQ, Québec, 2001.Bérubé, J.«Prévention des grossesses non planifiées: comment intervenir», Le Médecin du Québec, vol.34(6), 1999.Bédard, D., «Sexualité, contraception et avortement: une étude exploratoire des variations ethnoculturelles d\u2019une population clinique d\u2019origine haïtienne et québécoise», Revue Sexologique, vol.2(2), 1994.Dechêne, G., «Contraception», dans La santé des femmes, sous la dir.de H.Bélanger et L.Char-bonneau, Edisem/FMOQ/Maloine, 1994.De Sève, M., « L\u2019avortement à l\u2019ère de la perestroïka », dans Avortement, pratiques, enjeux, contrôle social, sous la dir.de D.Lamoureux, Les éditions du remue-ménage, Montréal, 1993.Guilbert, É., F.Dufort, L.Saint-Laurent, La grossesse à l\u2019adolescence et sa prévention: au-delà de la pensée magique, en coll.avec la Direction de la santé publique de Québec, Québec, 2000.Guilbert, É., R.Bradet, G.Godin, « Portrait d\u2019un groupe de femmes utilisant une méthode contraceptive après une interruption volontaire de grossesse», Revue Sexologique, vol.3(1), 1995.Lacourse, M.-T., « L\u2019avortement répété.une éthique de la responsabilité», dans Avortement, pratiques, enjeux, contrôle social, sous la dir.de D.Lamoureux, Les éditions du remue-ménage, Montréal, 1993.Maticka-Tyndale, E., «Prévenir la transmission sexuelle du VIH en sommes-nous capables?Avons-nous fait assez d\u2019efforts ?», dans Le SIDA.Aspects psychosociaux, culturels et éthiques, sous la dir.de J.J.t Vÿ et H.Cohen, Méridien, Montréal, 1997.Otis, J., J.J.Lévy, J.-M.Samson, A.Fugère, F.Pilote, « Double contraception et autres choix contraceptifs à la première relation sexuelle parmi les étudiantes des cégeps francophones du Québec», Revue Sexologique, vol.5(1), 1997.Rochon, M., Les Québécoises recourent de plus en plus à l\u2019avortement, ministère de la Santé et des Services sociaux, document non publié, 1999, révisé en mars 2000.?Sites Internet Institut de la statistique du Québec (ISQ), Données sur l\u2019avortement, 2001 : www.stat.gouv.qc.ca Statistique Canada, « Avortements thérapeutiques », Le Quotidien, 18 décembre 2000 : www.statcan.ca La population 125 Ne serait-il pas plus approprié d\u2019examiner la problématique des avortements sous l\u2019angle suivant : pourquoi les femmes québécoises refusent-elles si souvent de poursuivre une grossesse non planifiée?Qu\u2019est-ce qui dans le projet collectif de la société québécoise, dans les modèles culturels de la famille et des enfants, ne favorise pas le choix de la maternité?Pourquoi refuser d\u2019avoir un enfant maintenant, dans son itinéraire de vie, même si cela n\u2019était pas prévu ?Dans la biographie des couples et des femmes, les conditions idéales de la venue d\u2019un enfant sont rarement présentes en même temps.L\u2019avortement provoqué est avant tout le symptôme de l\u2019impossibilité individuelle et sociale de poursuivre une grossesse imprévue.Le choix des femmes exprime une attitude rationnelle, en tout point conforme aux valeurs sociales dominantes, quant à leur capacité d\u2019assumer un rôle maternel.À cet égard, il faut donc mieux analyser les conditions culturelles, sociales et économiques qui favorisent la mise au monde des enfants.La stabilité des relations de couple, le rôle paternel, la conciliation maternité-travail en sont des conditions fondamentales.Avec des taux de fécondité aussi faibles que celui du Québec, d\u2019autres pays européens ont connu une stabilisation et une baisse du nombre d'IVG (ISQ, 2001).Il n\u2019est pas dit que le Québec n\u2019y arrivera pas.Les enjeux posés par la progression des avortements provoqués sont ceux qui touchent la cohésion sociale et familiale et impliquent plusieurs acteurs.Les parents et les éducateurs qui doivent valoriser l\u2019usage de contraceptifs comme une norme dans une vie sexuelle saine, autant du côté des garçons que des filles.Les femmes elles-mêmes, mais aussi beaucoup les hommes.Ceux-ci doivent partager la responsabilité de la contraception et de la planification des grossesses (pas seulement par la vasectomie).Les hommes oublient souvent d\u2019interroger une partenaire sur sa contraception avant un rapport sexuel, tenant pour acquis qu\u2019elle utilise des anovulants.L\u2019ensemble de la société doit contribuer à construire une place aux enfants, aux familles et aux rôles familiaux dans la vie économique et sociale.\u2022 L\u2019avortement est-il devenu un moyen de contraception? Famille et modes de vie 126 L\u2019état du Québec Les grandes tendances Familles et modes de vie Simon Langlois Sociologue, Université Laval La famille a longtemps été présentée comme la cellule de base de la société et elle reste centrale dans l\u2019imaginaire de la vie collective.Un ministère lui est même consacré (ministère de la Famille et de l'Enfance) et un Conseil s\u2019occupe d\u2019aviser l\u2019État des politiques à adopter.Comment se présente le portrait de la famille dans la société québécoise ?Nous nous limiterons ici à un examen des statistiques portant sur la nuptialité, la natalité et les caractéristiques morphologiques des ménages, examen qui nous en apprend cependant beaucoup sur la place qu\u2019occupe la famille dans la société québécoise contemporaine.Désaffection vis-à-vis du mariage comme institution Le nombre absolu de mariages est tombé de moitié depuis 1970, alors que la population augmentait par ailleurs (graphique 1).Au total 24 063 mariages ont été célébrés en 2000, contre 51 690 en 1975.L\u2019âge moyen au premier mariage a nettement augmenté en cinq ans, atteignant 28 ans pour les femmes et de 29,8 ans pour les hommes en 1999.On peut en fait parler d\u2019une véritable désaffection envers le mariage, qui apparait de moins en moins comme une institution normative aux yeux des nouveaux couples.D\u2019après le recensement de 1996, le quart de tous les couples québécois (24,4%) vivaient en union libre contre 19% en 1991 (tableau 1).Cette proportion dépasse un couple sur deux dans les jeunes ménages, soit 76,5% chez les jeunes couples dans lesquels la femme a moins de 24 ans et 52,9% chez ceux dans lesquels elle a entre 25 et 29 ans.Après l\u2019âge de 30 ans, la proportion de couples mariés augmente sensiblement.Il y a ici à la fois un effet d\u2019âge et un effet de génération.Lorsqu\u2019ils vieillissent, les couples ont tendance à se marier, surtout lorsqu\u2019ils envisagent d\u2019avoir des enfants.Mais cet effet d\u2019âge s\u2019atténue d\u2019une génération à l\u2019autre car les nouvelles générations se marient moins, même à un âge plus avancé.Il faudra attendre que les nouvelles générations vieillissent pour mesurer l\u2019ampleur de la désaffection vis-à-vis du mariage.Fait à signaler, celle-ci est beaucoup plus prononcée au Québec qu\u2019ailleurs au Canada.Moins d\u2019enfants La désaffection vis-à-vis du mariage est liée à la dénatalité \u2014 les couples vivant en union libre ont moins d\u2019enfants que les couples mariés \u2014 mais elle n\u2019est pas la cause de la baisse de la natalité.Le mariage et la décision d\u2019avoir plusieurs enfants sont plutôt deux phénomènes reliés qui dépendent d\u2019un ensemble de facteurs.Il en va de même pour la diminution de la pratique religieuse, elle-même associée à la baisse de la natalité par plusieurs chercheurs (selon une étude de Statistique Canada publiée en 1998 donnant les La population 127 Graphique 1 Nombre de mariages et de divorces, Québec, 1970-2000 60 000 50 000 40 000 30 000 20 000 10 000- 0 03 CTï 03\t03 - Mariages - Divorces Source: Institut de la statistique du Québec, www.stat.gouv.qc.ca Source : statistiques démographiques annuelles, 2000, Ottawa, cat.91-213 résultats d\u2019une enquête faite auprès des Québécoises).La désaffection vis-à-vis la pratique religieuse, la désaffection vis-à-vis du mariage et la dénatalité sont en fait trois tendances qui révèlent des changements culturels encore mal connus.Plusieurs facteurs semblent par ailleurs liés à la chute de la natalité.Le premier est sans doute l\u2019insécurité économique qui frappe plus durement les jeunes ménages - précarité, taux de chômage élevé, revenus de travail en baisse - empêchant l\u2019élaboration de projets d\u2019avenir au coeur desquels le désir d\u2019enfants, bien présent, les études le montrent, ne peut pas se concrétiser.Les jeunes couples reportent à plus tard la venue des enfants qu\u2019ils désirent, au risque de ne jamais passer à l\u2019acte.Le second facteur est la difficulté qu\u2019ont les jeunes mères surtout, mais aussi de plus en plus de pères, à concilier l\u2019occupation d\u2019un emploi et le soin des enfants, surtout les deuxième et troisième.Si les places en garderies sont maintenant plus accessibles, il faut souligner que les entreprises et les employeurs sont encore réticents à mettre de l\u2019avant des mesures favorisant la conciliation des activités professionnelles et familiales des parents.La réforme des congés de maternité est un volet important de la politique familiale qui devrait permettre aux Les grandes tendances Famille et modes de vie 128 L'état du Québec Tableau 1 Types d'union des couples selon l'âge de la femme, Québec.1996 \t\t\t¦S\t\t1 15-24\t23,5\t76,5\t100\t78 345\t 25-29\t47,1\t52,9\t100\t149 018\t 30-39\t67,0\t33,0\t100\t455 485\t 40-49\t82,0\t28,0\t100\t401 810\t 50-59\t90,0\t10,0\t100\t272 315\t 60 et +\t96,1\t3,9\t100\t283 565\t Total\t75,6\t24,4\t100\t1 640 535\t Source : Calculs de l'auteur d'après les données publiées par l'ISQ.couples de concilier leurs responsabilités familiales et professionnelles et les aider à avoir les enfants qu\u2019ils désirent, mais cette réforme est l\u2019objet d\u2019un litige entre les deux niveaux de gouvernement, le gouvernement fédéral ayant choisi d\u2019implanter son propre régime de congé moins généreux que celui proposé par le gouvernement du Québec [sur les politiques natalistes, uoir article suivant].Une autre conception de la vie en commun Plus largement, avoir des enfants implique que les couples se donnent un horizon commun durable.Or tout amène les jeunes couples à s\u2019orienter autrement.Pour les uns, l\u2019emploi est devenu plus rare et précaire.D\u2019autres voient leur vie active comme une carrière et non plus comme un destin relativement stable (devenir paysan comme son père, par exemple, dans les générations passées).Plus largement, c\u2019est tout le mode de vie axé sur la consommation qui est devenu mobile, mode de vie peu conciliable avec une famille comptant plusieurs enfants.Il faut aussi considérer, dans la recherche d\u2019une explication à la baisse de la fécondité, cette profonde mutation culturelle qui marque la conception même de la vie en commun.Le destin des individus dans la société contemporaine s\u2019inscrit-il encore dans un espace et une temporalité qui est conciliable avec la venue des enfants ?La question \u2014 déjà soulevée par l\u2019historien de la famille Shorter (Naissance de la Jamille moderne, Le Seuil, Paris, 1977) \u2014 doit être posée.De plus en plus de naissances hors mariage La proportion de naissances hors mariage a continué de s\u2019accroître, au point de dépasser une naissance sur deux (56,1% en 1998).Cette proportion est encore plus élevée pour les naissances de rang un (64,7 % en 1998).Il faut noter la forte progression de ce phénomène en moins de dix ans et il s\u2019agit ici d\u2019une mutation majeure et radicale, parallèle à la désaffection vis-à-vis du mariage dont on parlera plus loin.Une étude de Louis Duchesne révèle d\u2019importantes variations régionales dans la proportion des naissances hors mariage (Naître au naturel : les naissances hors mariage, Statistiques.Données socio-démographiques en La population 12g bref, BSQ, juin 1997).En Abitibi-Témis-camingue, en Gaspésie et sur la Côte-Nord, plus des deux tiers des naissances sont issues de parents non mariés et dans la région de Montréal, cette proportion, qui est stable depuis 1990, se situe à 39% seulement.Les différences sont encore plus considérables entre les municipalités, le phénomène étant moins marqué dans celles où se trouve une forte présence anglophone, notamment à l\u2019ouest de Montréal, là où l\u2019union libre est aussi beaucoup moins répandue.Hausse tendancielle du divorce Le nombre total de divorces tourne autour de vingt mille depuis dix ans, mais il a tendance à diminuer quelque peu, sans doute parce qu'il y a moins de couples mariés susceptibles de divorcer.En fait cette relative stabilité en nombre absolu est trompeuse, car l\u2019incidence du divorce augmente très nettement d\u2019une génération à l\u2019autre.Le tableau 2 est révélateur de cette tendance : quelle que soit la durée du mariage, le taux de rupture d\u2019union augmente de façon régulière d\u2019une cohorte annuelle de mariés à l\u2019autre.Considérons un exemple.La proportion de couples mariés en 1973 qui n\u2019ont pas fêté leurs noces d\u2019argent en 1998 est de 32%, soit plus précisément 319,8 sur mille.Or, cette proportion était plus faible pour la cohorte des couples mariés en 1964, soit 21% après 25 ans de mariage.Les diverses colonnes du tableau 2 montrent clairement qu\u2019à mesure qu\u2019on se rapproche des années récentes, les chances de divorcer augmentent.Ainsi, cette tendance est-elle particulièrement évidente pour les jeunes couples qui divorcent plus fréquemment après 5 ans de mariage, par exemple, soit 12,2% des couples mariés en 1993.Comme on le voit dans toutes les colonnes du tableau 2, cette proportion ne cesse d\u2019augmenter depuis le milieu des années soixante.Les effets de génération apparaissent mieux lorsqu\u2019on examine les proportions de nouveaux divorcés après une certaine durée du mariage (tableau 3).On voit nettement une hausse tendancielle du taux de divorce dans les quinze premières années du mariage.Au-delà de cette période, les proportions de nouveaux divorces sont assez stables d\u2019une année à l\u2019autre et il n\u2019y a pas de hausse tendancielle observable dans les cohortes de mariés depuis l\u2019année 1964.Par exemple, après 21 ans de mariage, on observe une proportion de nouveaux divorcés de 46,1 dans la cohorte des personnes mariées en 1964 et de 44,3 dans celle des mariés en 1978.Il faudra évidemment attendre encore un certain temps avant de savoir si les personnes mariées dans les années 1980 et 1990 fêteront leurs noces d\u2019argent dans les années 2005-2015 dans les mêmes proportions.Il est cependant permis de penser que l\u2019effet de génération va se poursuivre et que les nouvelles cohortes vont connaître des taux de divorce plus élevés que les précédentes à durée de mariage égale.Cet effet de génération va sans doute contribuer à accroître les taux de divorce dans les années à venir.Plus de la moitié des divorces survenus en 1998 ont eu lieu après moins de quinze ans de mariage, alors que cette proportion était plus élevée dix ans auparavant (tableau 4).Au cours des années qui ont suivi l\u2019adoption de la Loi qui a légalisé le divorce en 1969, il semble que les ménages formés de conjoints plus âgés ou mariés depuis plusieurs années aient eu moins tendance à rompre leur union que les jeunes ménages.Au fil des années, le divorce est devenu plus fréquent dans tous Les grandes tendances Famille et modes de vie 130 L\u2019état du Québec Tableau 2 Proportion (%o) des mariages rompus par un divorce à certaines durées depuis le mariage selon l'année du mariage (1964-1993), Québec \t\t\t\t\t 1964\t1,3\t39,8\t109,0\t163,8\t209,9 1965\t4,9\t55,6\t123,8\t179,2\t227,3 1966\t8.4\t65,9\t131,3\t188,1\t238,6 1967\t11,4\t78,1\t146,1\t203,1\t254,5 1968\t15,1\t86,2\t151,7\t209,1\t259,8 1969\t19,3\t93,2\t163,6\t223,7\t274,1 1970\t23,9\t98,6\t171,9\t235,0\t285,0 1971\t31,2\t108,6\t182,6\t246,6\t296,9 1972\t33,9\t120,4\t197,3\t262,7\t311,9 1973\t39,0\t128,2\t206,5\t271,1\t319,8 1974\t43,2\t135,8\t211,6\t274,8\t322,6 1975\t46,9\t144,2\t226,7\t291,3\t338,3 1976\t54,0\t151,5\t236,4\t297,7\t343,2 1977\t57,5\t156,4\t238,5\t297,6\t342,6 1978\t62,5\t164,8\t248,1\t307,5\t351,8 1979\t65,3\t172,7\t256,6\t316,9\t 1980\t60,5\t172,7\t256,2\t313,9\t 1981\t60,5\t177,7\t257,4\t314,4\t 1982\t69,5\t182,2\t267,3\t325,2\t 1983\t78,0\t192,4\t273,0\t331,8\t 1984\t87,1\t201,4\t\t\t 1985\t94,3\t208,2\t\t\t 1986\t105,5\t214,3\t\t\t 1987\t108,6\t224,6\t\t\t 1988\t108,2\t225,8\t\t\t 1989\t117,8\t\t\t\t 1990\t125,2\t\t\t\t 1991\t127,4\t\t\t\t 1992\t128,5\t\t\t\t 1993\t122,0\t\t\t\t Note : Le tableau se lit ainsi : si l'on suit 1 000 mariages célébrés en 1971,31 sont rompus par un divorce après 5 ans, 109 après 10 ans, 247 après 20 ans et 297 après 25 ans de mariage, noces d'argent qui auraient dû être célébrées en 1996, Les proportions sont cumulatives.Les divorces d'avant 1969 ne sont pas inclus.Les zones en caractères gras indiquent que les nombres ont été estimés avec les derniers taux disponibles.Source : Institut de la statistique du Québec, www.stat.gouv.qc.ca La population 131 Tableau 3 Proportion (%o) des nouveaux divorcés à certaines durées depuis le mariage selon l'année du mariage (1964-1993), Québec \t\t\t\t\t \t\t\t\t\t 1964\t1,3\t38,5\t69,2\t54,8\t46,1 1965\t4,9\t50,7\t68,2\t55,4\t48,1 1966\t8,4\t57,5\t65,4\t56,8\t50,5 1967\t11,4\t66,7\t68,0\t57,0\t51,4 1968\t15,1\t71,1\t65,5\t57,4\t50,7 1969\t19,3\t73,9\t70,4\t60,1\t50,4 1970\t23,9\t74,7\t73,3\t63,1\t50,0 1971\t31,2\t77,4\t74,0\t64,0\t50,3 1972\t33,9\t86,5\t76,9\t65,4\t49,2 1973\t39,0\t89,2\t78,3\t64,6\t48,7 1974\t43,2\t92,6\t75,8\t63,2\t47,8 1975\t46,9\t97,3\t82,5\t64,6\t47,0 1976\t54,0\t97,5\t84,9\t61,3\t45,5 1977\t57,5\t98,9\t82,1\t59,1\t45,0 1978\t62,5\t102,3\t83,3\t59,4\t44,3 1979\t65,3\t107,4\t83,9\t60,3\t 1980\t60,5\t112,2\t83,5\t57,7\t 1981\t60,5\t117,2\t79,7\t57,0\t 1982\t69,5\t112,7\t85,1\t57,9\t 1983\t78,0\t114,4\t80,6\t58,8\t 1984\t87,1\t114,3\t\t\t 1985\t94,3\t113,9\t\t\t 1986\t105,5\t108,8\t\t\t 1987\t108,6\t116,0\t\t\t 1988\t108,2\t117,6\t\t\t 1989\t117,8\t\t\t\t 1990\t125,2\t\t\t\t 1991\t127,4\t\t\t\t 1992\t128,5\t\t\t\t 1993\t122,0\t\t\t\t Note : Le tableau se lit ainsi : Si l'on suit 1 000 mariages célébrés en 1971,31,2 ont été rompus par un divorce après 5 ans, 77,4 ont été rompus entre la 6e et la 10e année de mariage, 74,0 l'ont été entre la 11e et la 15e année du mariage, 65 entre la 16f et la 20e année et 50,3 entre le 21e et la 25e année.Dans toutes les colonnes, il s'agit de nouveaux divorcés.Les divorces d'avant 1969 ne sont pas inclus.Les zones en caractères gras indiquent que les nombres ont été estimés avec les derniers taux disponibles.Source : Institut de la statistique du Québec, www.stat.gouv.qc.ca Les grandes tendances Famille et modes de vie 132 L\u2019état du Québec Tableau 4 Distribution des divorces selon le nombre d'années de mariage, Québec, 1985-1998 \t\t\t\t 0-4\t14,7\t18,1\t18,7\t16,9 5-9\t26,5\t22,2\t21,1\t21,7 10-14\t22,2\t19,6\t16,2\t16,0 15-19\t15,1\t16,1\t15,4\t14,6 20-24\t9,3\t11,3\t13,3\t13,2 25 et +\t12,2\t12,3\t14,7\t17,4 non déclaré\t0,0\t0,4\t0,7\t0,2 Total %\t15 814\t20 398\t20 133\t16916 N\t100\t100\t100\t100 Source : Institut de la statistique du Québec, www.stat.gouv.qc.ca (calculs de l'auteur).les groupes d'âge.Ce résultat est congruent avec l\u2019observation précédente d\u2019une hausse tendancielle du taux de rupture des unions conjugales.Ces statistiques donnent cependant une vue partielle de la situation des couples à cause de la désaffection vis-à-vis du mariage.Les ruptures d\u2019union dans le cas des couples non mariés ne sont pas prises en compte dans cette analyse, alors que ces couples pèsent de plus en plus lourd dans l\u2019ensemble de la société.Tout laisse croire que les comportements de ces couples reflètent les mêmes tendances à la hausse du taux de rupture, mais une étude spécifique auprès de ces derniers serait nécessaire pour en caractériser les comportements de manière plus précise.Diversité grandissante des modes de vie familiaux et non familiaux Les modes de vie familiaux et non familiaux sont de plus en plus diversifiés, tant sur le plan synchronique - coupe transversale - que diachronique, c\u2019est-à-dire au cours du cycle de vie des individus.Les normes qui régissaient la vie en commun jusqu\u2019à récemment dans l\u2019histoire québécoise sont beaucoup moins marquantes et cette absence de norme commune se reflète dans les types de modes de vie.Rendre compte de cette diversité exige de considérer sous plusieurs angles les statistiques disponibles et de prendre un peu distance avec les catégories des statisticiens qui ne reflètent pas toujours adéquatement les mutations en cours.Deux tableaux bâtis à partir des données du dernier recensement donneront une vue d\u2019ensemble des ménages et des individus qui y vivent.Nous avons distingué dans le premier cinq types de ménages (tableau 5).Les couples avec enfant présent au foyer représentent le tiers d\u2019entre eux au Québec.Cette donnée à elle seule révèle bien l\u2019ampleur des changements survenus en quelques décennies seulement.L\u2019unité de vie typique dans la société n\u2019est plus le couple entouré d\u2019enfants.Les couples sans enfant présent représentent une catégorie de ménages en forte croissance et ils comptent pour 22,4% du total.Nous reviendrons sur ce type de la population 133 Tableau 5 Typologie des mènages.Québec, 1996 \t\t Couples avec enfant\t977 085\t33,0 Couples sans enfant présent\t663 445\t22,4 Familles monoparentales\t309 440\t10,5 Ménages non familiaux\t240 000\t8,1 Personnes seules\t769 830\t26,0 Total\t2 959 800\t100 Source : Calculs de l'auteur d'après les données de l'ISQ.ménage plus loin.Si l\u2019on additionne les couples avec et sans enfant présent, on note un autre changement majeur: les couples ne forment plus que la moitié des ménages environ.La vie de couple tout comme la vie familiale en présence d\u2019enfant ne sont donc plus des modes de vie aussi dominants.On ne peut plus parler de norme contraignant les modes de vie, qui paraissent au contraire plus éclatés.Trois types de ménages quasi inexistants il y a encore cinquante ans se partagent maintenant la moitié des unités ou des ménages.Les familles monoparen- tales regroupent un ménage sur dix, les ménages non familiaux un peu moins et les personnes seules composent plus du quart des ménages du Québec.Le tableau suivant donne une vue d\u2019ensemble du milieu de vie des individus, une vue d\u2019ensemble des ménages dans lesquels ils vivent en distinguant les adultes et les enfants.Si les ménages formés de personnes seules représentent le quart de tous les ménages, on n\u2019y trouve cependant que 10,8% de tous les individus, ou encore 15,2% des adultes (tableau 6).Plus de la moitié des Québécois (52,5 %) vivent dans des familles biparentales et c\u2019est le cas de 80% de tous les enfants, mais de seulement 40,0% des adultes.Les ménages bi-familiaux représentent le tiers de tous les ménages, certes, mais ils regroupent encore plus de la moitié de la population totale.Une personne sur 10 vit dans une famille monoparentale, soit 6,4% des adultes et 20% des enfants.Enfin, le quart des adultes (27 %) vit dans un couple seul et 11 % dans des ménages non familiaux.Nous pouvons tirer trois conclusions de cet examen des unités de vie.Tableau 6 Types de ménages dans lesquels vivent les individus, adultes et enfants.Québec 1996 \t\t\t Familles biparentales\t40,0\t79,8\t52,5 couples mariés\t31,4\t64,5\t41,8 couples en union libre\t8,6\t15,3\t10,7 Familles monoparentales\t6,4\t20,2\t10,7 Couples sans enfant présent\t27,0\t\t18,6 Ménages non familiaux\t10,8\t\t7,4 Personnes seules\t15,2\t\t10,8 Total %\t100\t100\t100 N\t4 889 385\t2 249 410\t7 138 795 Source : Recensement de 1996, calculs de l'auteur.Les grandes tendances Famille et modes de vie 134 L\u2019état du Québec Tout d\u2019abord, l\u2019enfant occupe un espace plus limité qu\u2019auparavant dans la vie des adultes parce qu\u2019ils en ont moins et parce qu\u2019ils vivent plus longtemps.Seulement 46,4% des adultes vivent en présence quotidienne d\u2019enfants dans leur ménage.Les adultes de la première moitié du siècle passaient la majeure partie de leur vie à s\u2019occuper d\u2019enfants, après avoir eux-mêmes été élevés dans des familles nombreuses.Le rapport à l\u2019enfant est l\u2019un des changements majeurs qui caractérise les modes de vie contemporains.Ce qui frappe ensuite dans ces données, c\u2019est le fait que les individus vivent finalement dans des unités de très petite taille, très souvent seuls ou encore en couples.Les couples qui ont des enfants en ont peu et leurs ménages sont donc aussi de taille réduite.À cela s\u2019ajoute la mobilité des modes de vie au cours du cycle de vie : la probabilité de vivre une certaine période de temps plus ou moins prolongée dans une unité de taille réduite est très élevée.Signalons enfin qu\u2019il existe maintenant une distance plus grande entre le mode de vie des individus et le mode d\u2019occupation de l\u2019espace habité, ce dernier apparaissant davantage fractionné.C\u2019est là une conclusion fort importante qu\u2019il faut tirer de cet examen des statistiques.Famille et ménage ne se recoupent plus aussi étroitement, ce qui a des implications pour les politiques municipales ou les politiques publiques de l'État (système de garde, politiques de santé, etc.).Le couple sans enfant présent à la maison: un nouveau mode de vie Les types de ménages changent dans le temps.Avant les années 1930, les individus vivaient presque en totalité en familles.Les ménagés multifamiliaux représentaient une proportion non négligeable et très peu de personnes vivaient seules.Les célibataires vivaient avec d\u2019autres personnes ou encore en communauté.La famille nucléaire s\u2019est imposée avec l\u2019avènement de la société de consommation et l\u2019urbanisation accélérée.Puis, on a assisté à la croissance du nombre de ménages formés de personnes vivant seules dans les années i960 et 1970.Avec les années 1990 s\u2019impose un nouveau type de ménages qui gagne en importance et croit plus vite que tous les autres : le couple sans enfant présent à la maison.L\u2019allongement de l\u2019espérance de vie et la baisse de la natalité sont les deux facteurs qui ont causé la forte croissance de ce type de ménages.À côté des personnes vivant seules et des familles avec enfants présents à la maison s\u2019impose donc une nouvelle catégorie modale de ménages qui ont des comportements de consommation et des habitudes de vie différentes des autres dont on commence à découvrir l\u2019importance et les caractéristiques propres.Il y avait 1 640 535 couples au Québec en 1996.Au total, 40% d\u2019entre eux n\u2019avaient pas d\u2019enfant présent à la maison Tableau 7 Typologie des couples selon l\u2019état civil et la présence d\u2019enfants, Québec, 1986 et 1996 \t\t Couples avec enfant\t64,1\t59,6 Mariés\t59,5\t46,8 Union libre\t4,6\t12,8 Couples sans enfant présent\t35,9\t40,4 Mariés\t27,9\t28,8 Union libre\t8,0\t11,6 Total %\t100\t100 N\t1 498 690\t1 640 535 Source: Recensement du Canada, compilation effectuée par l\u2019ISO, calculs de l\u2019auteur. La population 135 (tableau 7).On retrouve dans ces couples plus d\u2019un adulte sur quatre au Québec (précisément 27 %) et ils comptent pour plus d\u2019un ménage sur cinq.Le mode de vie en couple sans enfant présent est donc devenu en quelques années un mode de vie important sur le plan statistique, au moins aussi important que le mode de vie en solitaire qui a davantage retenu l\u2019attention.La proportion des couples sans enfant présent est en hausse et il est à prévoir que le phénomène deviendra plus important dans les années à venir.À noter enfin que ces couples ont aussi de plus en plus tendance à vivre en union libre.Les types de familles changent La famille n\u2019est plus la catégorie dominante parmi les ménages, puisque plus de la moitié d\u2019entre eux (56,5 %>) ne sont pas des ménages familiaux au sens strict.La famille est par ailleurs encore le milieu de vie important, mais moins de la moitié des adultes s\u2019y retrouve, les autres vivant dans des unités non familiales au sens strict.Avant d\u2019examiner plus avant les statistiques, une question préalable s\u2019impose: comment définir la famille?Répondre à cette question est devenu complexe, on le sait.Nous n\u2019entrerons pas dans le débat qui entoure cette question, qu\u2019il faut cependant évoquer car la définition statistique diffère des définitions sociologiques courantes.Ainsi, les données officielles incluent-elles les couples sans enfant présent, qui sont considérés comme des familles économiques (voir, par exemple, la récente publication du BSQ, du Conseil de la/amille et de l'enfance et du ministère de la Famille et de l\u2019Enfance, Un portrait statistique de la/amille et de l\u2019enfance au Québec, îggg).Nous proposons plutôt de caractériser la famille comme une unité dans laquelle se trouve au moins un enfant présent.Bien enten- du, un couple dont les enfants n\u2019habitent plus au foyer forme encore une famille, mais nous préférons du point de vue sociologique parler d\u2019un couple sans enfant présent pour en caractériser les modes de vie.Les modes de vie changent avec le départ des enfants et il paraît en conséquence nécessaire de distinguer les familles et les couples sans enfant présent.Dans ce cas, la famille devient un réseau et non plus une unité de vie au sens strict.En fait, il s\u2019agit là d\u2019une mutation majeure qui n\u2019a pas assez retenu l\u2019attention.La famille au sens sociologique a maintenant deux formes bien distinctes : la famille institution \u2014 celle dans laquelle l\u2019enfant est en interaction quotidienne avec ses parents ou au moins l\u2019un d\u2019eux \u2014 et la famille réseau, celle qui est formée de liens maintenus entre membres consanguins appartenant à des unités de vie differentes.La famille réseau recoupe ce qu'on appelait autrefois la famille étendue.Quatre changements majeurs ont marqué la famille contemporaine : l\u2019avènement de la famille à parent unique ou à parents vivant séparément (familles monoparentales), la mutation du type d\u2019union conjugale entre les parents, la chute du nombre d\u2019enfants qui affecte la fratrie et la recomposition des familles après une rupture d\u2019union.Considérons d\u2019abord la montée de la monoparentalité (tableau 8).Au total, 24% des familles avec enfant présent sont monoparentales, ce qui représente une hausse d\u2019environ 20% depuis dix ans.Ce type de familles continue de croître à un bon rythme.Les études montrent que les relations entre conjoints séparés ont changé au fil des années.La garde partagée est plus fréquente et il semble que les difficultés et divergences entre parents \u2014 Les grandes tendances Famille et modes de vie 136 L\u2019état du Québec Tableau 8 Typologie des familles selon l'état civil et la présence d'enfants, Québec, 1986 et 1996 \t\t Familles biparentales\t79,2\t76,0 Mariés\t73,5\t59,7 Union libre\t5,7\t16,3 Familles monoparentales\t20,8\t24,0 Père seul\t3,6\t4,4 Mère seule\t17,2\t19,6 Total %\t100\t100 Source : Recensement de 1996, calcul de l'auteur.forcément présentes dans les cas de divorces et de rupture \u2014 sont gérées de manière moins conflictuelle qu\u2019il y a quinze ou vingt ans.Les pères assument aussi plus fréquemment la garde des enfants, mais les femmes sont encore plus nombreuses à le faire.Second changement majeur en cours : la mutation de l\u2019union entre parents.Si les familles monoparentales comptent pour le quart des familles avec enfant présent, on y trouve seulement le cinquième de tous les enfants, simplement parce qu\u2019elles en ont moins que les familles qui comptent deux parents présents au foyer.La majorité des enfants (64,5%) sont donc élevés par des couples mariés et 15,3% par des couples vivant en union libre.Avec la montée de la monoparentalité, le changement le plus marque depuis dix ans est sans doute l\u2019augmentation de la proportion des familles bi-parentales dont les parents vivent en union libre.Mais cette statistique en coupe transversale ne donne pas une bonne idée de l\u2019ampleur du phénomène.Cette tendance à vivre en union libre va s\u2019accentuer dans l\u2019avenir, car les jeunes couples se forment davantage en dehors des liens du mariage.On a vu plus haut que la majorité des naissances surviennent maintenant dans les unions libres et à mesure que les unités familiales formées de personnes plus âgées vont se transformer, la proportion des familles dont les parents vivent en union libre va augmenter.Troisièmement, la taille moyenne des familles avec enfants présents continue de décroître avec la dénatalité (tableau 9).Un enfant sur quatre est maintenant élevé dans une famille à enfant unique et ce modèle de famille à enfant unique est en hausse.L\u2019historien E.Shorter qualifie ce type de familles de triade, pour bien montrer que la position de l\u2019enfant y est différente, celui-ci étant minoritaire devant deux adultes, sans interaction avec un frère ou une sœur, le plus souvent avec un petit nombre de cousins.La famille à deux enfants est en quelque sorte devenue la norme, comptant pour 45,1% de l\u2019ensemble.Un peu moins de trente pour cent (29,2%) des enfants ont au moins deux frères ou sœurs.Ces chiffres portent sur les enfants présents, et ils ne prennent pas en compte le départ éventuel d\u2019un enfant qui a quitté le foyer.Ils sous-estiment Tableau 9 Distribution des enfants selon la taille de la famille, Québec, 1986 et 1996 \t\t 1\t22,8\t25,7 2\t43,3\t45,1 3\t23,3\t21,3 4\t7,5\t5,8 5 et +\t3,1\t2,1 Total %\t100\t100 N\t2 222 085\t2 249 410 Source : Institut de la statistique du Québec, www.stat.gouv.qc.ca La population 137 Tableau 10 Types de familles dans lesquelles sont élevés les enfants, Québec, 1996 \t\t\t\t\t 1\t47,7\t18,4\t33.9\t100\t578 380 2\t67,4\t15,2\t17,4\t100\t1 014 630 3\t74,3\t12,8\t12,9\t100\t478 800 4\t75,8\t12,0\t12,2\t100\t130 620 5 et +\t78,7\t9,9\t11,3\t100\t46 980 Total\t64,5\t15,3\t20,2\t100\t2 249 410 Source : www.statcan.ca quelque peu la taille réelle du nombre d\u2019enfants que les couples ont eus, mais ils en donnent plutôt une vue d\u2019ensemble des caractéristiques des familles sur le plan transversal, au moment du recensement.Les parents mariés ont plus d\u2019enfants que les autres familles biparentales et que les familles monoparentales (tableau 10).Enfin, il existe peu de données statistiques d\u2019ensemble sur les familles recomposées.D\u2019après l\u2019Enquête sociale generale de Statistique Canada menée en 1995, celles-ci compteraient pour 8,6% de l\u2019ensemble des familles, soit 2,6% avec enfant commun et 6 % sans enfant commun (uoir également l\u2019étude du BSQ citée ci-dessus).\u2022 L'impact réel des politiques natalistes Pierre Lefebvre Sciences économiques, Université du Québec à Montréal L\u2019approche économique pour expliquer les comportements de fécondité n\u2019est au départ que l\u2019application de modèles traditionnels utilisés pour analyser la demande de produits de consommation.De ce point de vue, les parents sont des consommateurs d\u2019un « bien durable ».Ils choisissent la quantité (le nombre d\u2019enfants), maximisant leur niveau de bien-être sous réserve du «prix» des enfants et d\u2019une contrainte budgétaire auxquels ils sont confrontés.En simplifiant, l\u2019unité de temps pertinente pour ces choix irréversibles se résume par une seule période, le cycle de vie parental.Par cette idée originale, Gary Becker (i960) visait à résoudre le paradoxe apparent de la proposition malthusienne qu\u2019une hausse du revenu tend à accroître la fécondité alors que les faits indiquaient clairement que la croissance du revenu s\u2019accompagnait d\u2019une baisse séculaire de la fécondité.Les différences observées de la fécondité complétée (taille des familles) Les grandes tendances Aspects démographiques 138 L\u2019état du Québec parmi les familles dans les pays développées pouvait s\u2019expliquer simplement par les variations des revenus familiaux et des « prix » (ou des coûts de renonciation) des enfants.L\u2019analyse a été plutôt froidement accueillie même parmi les économistes, alors peu enclins à appliquer leurs concepts à l\u2019analyse des comportements humains considérés comme non marchands tels que la fécondité, le mariage, le divorce ou le crime.Néanmoins, les travaux de Becker ont donné naissance à une école, celle de la démographie économique et à une sous-discipline «l\u2019économie de la famille».Parmi ses nombreuses contributions, deux autres méritent d\u2019être singularisées dans le contexte de la natalité, car elles font maintenant partie du bagage analytique standard de l\u2019analyse économique.La valeur du temps La première (Becker, 1965) fut de souligner l\u2019importance du temps parental, notamment celui de la mère comme facteur dans le processus de soins et de développement des enfants.En d\u2019autres mots, avoir des enfants et s\u2019en occuper, jusqu\u2019à ce qu\u2019ils deviennent de jeunes adultes autonomes, demande non seulement des ressources monétaires mais aussi du temps.Or, le temps, s\u2019il est une ressource renouvelable chaque jour et distribuée également, reste une contrainte et son utilisation sera nécessaire pour réaliser d\u2019autres activités dont celles liées à l\u2019occupation d\u2019un emploi.Il s\u2019ensuit que les couples devront décider comment ils vont repartir leurs temps entre différentes activités à l\u2019intérieur et à l\u2019extérieur de leur partenariat.Le marché du travail par les rémunérations qu'il offre, à compétences et expériences données, va baliser le coût de renonciation au temps.Comme s\u2019occuper de jeunes enfants en particulier est une activité relativement intensive en temps, la hausse des revenus est associée à un coût du temps maternel plus éleve, soit parce que les taux de rémunération des femmes augmentent ou parce que la valeur du temps maternel dans les activités non marchandes s\u2019en trouve rehaussée.Le coût («prix») des enfants tend à s\u2019accroître relativement aux autres sources de satisfaction personnelle non liées aux enfants, ce qui contribue à réduire la demande d\u2019enfants.Le souci de la qualité.La deuxième contribution (Becker et Leiois, 1973) fut de reconnaître que les parents ne demandent pas seulement des enfants mais des enfants d\u2019une certaine qualité.En d\u2019autres mots, les parents se préoccupent de leur propre niveau de vie ainsi que de celui de leurs enfants.Les parents influencent le bien-être en devenir de leurs enfants, dans une perspective de long terme, en investissant temps et ressources dans le développement de leur capital humain afin de favoriser leurs succès futurs sur les plans tant economique, social que psychologique.Ainsi, l\u2019interaction quantité-qualité, fournit une autre explication de la relation négative entre revenu et fécondité: la hausse des dépenses par enfant, associées à une qualité désirée plus élevée, joue en faveur de la baisse de la fécondité.Une application immédiate du raisonnement concerne le coût d\u2019opportunité du contrôle de la fécondité.L\u2019introduction d\u2019une nouvelle méthode contraceptive, comme la pilule anovulatoire, qui n\u2019interfère pas avec le plaisir sexuel, réduit le coût d\u2019éviter les naissances et, ainsi, accroît le coût marginal d\u2019une naissance sans toucher au coût marginal de la qualité d\u2019un enfant. U population 13g En résumé, selon cette vision, les enfants génèrent pour l\u2019essentiel un flux de services affectifs sur une très longue période : la joie de les avoir, le plaisir d\u2019être avec eux, de les éduquer et de les voir devenir des adultes qui réussissent leur vie et ont à leur tour des enfants.En contrepartie il y a des coûts : dépenses directes qui doivent leurs être consacrées, frais des services de garde, pertes de revenu de travail et dépréciation relative du capital humain (perte d\u2019expérience de travail avec le retrait du marché du travail des parents).Cependant, la fiscalité et les transferts publics, financiers ou en nature, peuvent influencer ces « prix » et les revenus disponibles des familles conditionnellement à la présence des enfants, si l\u2019on croit bien sûr que la natalité peut être influencée par des considérations financières.Explications sociologiques La démographie économique met l'accent sur l\u2019influence des variables de l\u2019environnement économique et sur les comportements stratégiques des individus comme moteur principal des changements démographiques.Les « modèles » des décisions de fécondité, plus complexes et construits pour tenir compte des marges de manœuvre sur le cycle de vie, enchâssent le plus souvent simultanément la prise de décision concernant les choix personnels d\u2019éducation et ceux associés au marché du travail (participation, heures travaillées).En faisant jouer un rôle principal aux prix et aux revenus ainsi qu\u2019aux préférences et valeurs des personnes ou des couples, les économistes privilégient les choix au détriment des contraintes biologiques et des contraintes et normes sociales.Les démographes plus traditionnels, qui puisent leurs instruments chez les actuaires avec leur table de survie, accordent plus d\u2019attention aux processus immédiats conduisant aux comportements de fécondité : début et fréquence des relations sexuelles, fertilité, méthodes contraceptives, avortements spontanés ou non, stérilisation, mortalité néonatale, nuptialité, âge au mariage, divortialité.L\u2019accent est mis sur les forces biologiques qui sont conditionnées par les normes sociales.Des acteurs sociaux.L\u2019approche sociologique met l\u2019accent sur les personnes ou les couples vus comme des « acteurs » dans un système donné de la technologie reproductive et des forces culturelles et sociales.À titre d\u2019exemple, le démographe Beaujot (2000) pour expliquer les transitions démographiques différentielles (1860-igç6) entre le Québec et l\u2019Ontario \u2014 c\u2019est-à-dire le passage d\u2019un régime de forte à faible fécondité ponctuée par le baby-boom de l\u2019après-guerre \u2014 tout en convenant que le délai entre les changements économiques et les transitions démographiques exige des interprétations spécifiques, affirme que « c\u2019est du côté des mentalités ou des facteurs culturels qu\u2019il convient de rechercher l\u2019explication tant de la lenteur que de la rapidité des transformations».Parmi les facteurs avancés (par les auteurs cités) on trouve pour le retard : la culture française et catholique (qui empêchait de planifier les naissances), «l\u2019oppression des femmes» (l\u2019inégalité devant la loi et l\u2019accès aux études supérieures) ; et, pour l\u2019accélération (et le baby-boom) : la culture traditionnelle, la libéralisation des rôles féminins, la plus grande liberté individuelle, l\u2019homosexualité, la «révolution tranquille», le rôle accru de l\u2019État, l\u2019instabilité des unions conjugales.Il est clair que les pressions du groupe social peuvent rendre difficile pour une L\u2019impact réel des politiques natalistes Aspects démographiques 140 L\u2019état du Québec femme ou un couple de défier les normes quant au nombre d\u2019enfants désirables et à l'organisation des tâches parentales.Néanmoins, les règles sociales associées aux fréquentations, au mariage et à la cohabitation ont évolué comme méthode de régulation de la fécondité produisant ainsi un équilibre entre la population et la stabilité sociale à long terme.Les économistes avancent que la fécondité est le résultat de choix quant au nombre désirable de la taille d\u2019une famille et que, même en l\u2019absence des technologies modernes de contrôle des naissances, les couples (ou les femmes) poursuivent cet objectif (cela est illustré indirectement au tableau 1).Les familles plus nombreuses qu\u2019on observe plutôt dans les pays moins développés peuvent être perçues comme un résultat recherché par opposition, à une incapacité systématique de contrôler la fécondité.Tableau 1 Indice synthétique de fécondité, Québec et Ontario, années choisies \t\t\t¦ 1851\t6,8\t7,2\t 1891\t5,6\t4,0\t 1921\t5,3\t3,2\t 1926\t4,3\t2,7\t 1939\t4,2\t2,2\t 1944\t3,6\t2,5\t 1954\t4,0\t3.7\t 1957\t4,1\t3,7\t 1960\t3,9\t3,8\t 1970\t2,1\t2,4\t 1972\t1,8\t2,0\t 1979\t1,7\t1,6\t 1987\t1,4\t1,6\t 1992\t1,7\t1,7\t 1996\t1,6\t1,6\t 2000\t1,4\tn.d\t Sources: Beaujot (2000) et Institut de la statistique du Québec.Le point de vue économique des transitions démographiques est que la croissance des revenus et le déclin de la mortalité induite par des améliorations de la nutrition (les deux tendances sont corrélées) conduisent les parents à désirer et à produire moins d\u2019enfants.Une plus grande proportion des enfants survit et les parents investissent plus dans leur capital humain.Bien que la vision sociodémographique de la fécondité soit une approche raisonnable et cohérente des comportements pour expliquer au plan empirique les faits saillants, il reste le problème de mesurer l\u2019impact des normes sociales et de la technologie ainsi que de leurs changements.Un défi similaire se pose en économie, soit de trouver des variations de « prix » ou de revenus qui peuvent être considérées comme exogènes aux individus.Selon la vision sociologique ces variations ne sont pas susceptibles d\u2019affecter la fécondité.Constats sur la fécondité Le tableau 1 présente le nombre moyen d\u2019enfants par femme (l\u2019indice présenté peut différer de la descendance finale) âgée de moins de 49 ans au Québec et en Ontario pour certaines années choisies en fonction de leurs dates clés sur les 150 dernières années.On y observe dans les deux provinces vers 1851 un régime de fécondité dite naturelle et, par la suite, les signes d\u2019une première transition démographique (comme en Europe et plus rapide en Ontario).C\u2019est en 1921 que l\u2019écart de fécondité est le plus prononcé.Puis, la réduction de la fécondité est lente au Québec comparativement à l\u2019Ontario où, dès 1926, l\u2019indice atteint déjà 2,7.La baisse se poursuivra lentement dans les deux provinces pour atteindre son plus bas niveau du premier demi-siècle simultanément en 1939. La population 141 Le baby-boom.Avec la guerre, les indices augmentent légèrement pour connaître une forte poussée avec le baby-boom, qui est beaucoup plus important dans le reste du Canada qu\u2019au Québec (en Ontario, l\u2019indice passe de 2,2 en 1939 à 3,7 en 1957, une hausse de 71,9 % contre une hausse de 28,1 % au Québec, avec un indice de 3,2 en 1939 et 4,1 en 1957).Le début des années soixante marque la fin du baby-boom (survenue un peu plus tôt au Québec) et l\u2019amorce d\u2019une longue période de baisse de la fécondité (très rapide au Québec).Le début des années soixante-dix se distingue par le passage vers une fécondité inférieure à celle du remplacement des générations (à 2,1).Pour les 30 dernières années du siècle, bien que la fécondité au Québec soit légèrement inférieure à celle du Canada - incluant le Québec (voir le gra- phique), les différences de comportements sont minimes.On assiste à la mise en place d\u2019un régime de faible fécondité avec des caractéristiques communes à tous les pays développés : disparition des familles nombreuses, familles de petite taille (un ou deux enfants, monoparentalité) et hausse de l'infécondité (chez les couples en âge d\u2019avoir des enfants).Une baisse et une reprise.Deux sous-périodes récentes méritent que l\u2019on s\u2019y arrête.Celles-ci sont clairement identifiables dans le graphique intitulé «Indices synthétiques de fécondité»; celui-ci présente les indices de fécondité au Québec et au Canada pour les années 1970-1998 et dans le Reste du Canada (excluant le Québec pour 1980-1987).De 1979 à 1987, la fécondité diminue sensiblement au Graphique 1 Indices synthétiques de fécondité \\ O r^-CT> .Reste du Canada \u2014 Québec - - - \u2022 Canada 00\t00\t00\t00 L\u2019impact réel des politiques natalistes Aspects démographiques 142 L\u2019état du Québec Québec (l'indice passe de 1,7 à 1,4) Cette baisse n\u2019a pas retenu l\u2019attention.À partir de 1988, il y a une reprise qui se mainüent jusqu\u2019en 1996 et qui sera d\u2019autant plus remarquable qu\u2019elle coïncide avec la période où le gouvernement du Québec accroît fortement son soutier financier des familles.Après 1996, la fécondité fléchit pour atteindre à nouveau 1,4 en 2000 (estimation provisoire), soit le même niveau qu\u2019en 1987 (les taux récents pour le Reste du Canada ou le Canada ne sont pas disponibles).La différence entre un taux de 1,4 et 1,7 peut paraître minime, mais elle correspond a environ 15 000 naissances par année.Une hausse (ou baisse) de cette ampleur répétée sur plusieurs années représente un «choc» important sur le système scolaire et sanitaire ainsi que sur son organisation.La politique familiale poursuivie au Québec entre 1986 et 1997 (et radicalement modifiée en 1998) soulève donc la question de l\u2019effet des politiques publiques sur les comportements de fécondité.Politiques publiques et fécondité Plusieurs chercheurs ont constaté que les politiques publiques influencent la fécondité.Aux États-Unis, à titre d'exemple, certains ont examiné l\u2019impact de « prix » un peu particuliers comme les prestations d\u2019aide sociale ou la régulation des avortements (réglementation, financement public) en exploitant les différences inter-États et temporelles (voir par exemple, Blank et al., 1996; Rosenzuiehj, 1999 et Mqfptt, 1998 pour recension des travaux).D\u2019autres ont utilisé des données chronologiques agrégées (pour le Canada, Hyatt et Milne, 1991 ; Zhang et al., 1994).Cette dernière approche exclut qu\u2019on puisse modéliser finement les effets des paramè- tres de la fiscalité personnelle et des transferts.Lefebvre et al.(1994) développent une telle modélisation en s\u2019appuyant sur les micro-données provenant de 9 coupes transversales portant sur les années 1975- 1987.\tIls obtiennent que les comportements de fécondité des Québécoises et des Canadiennes sont sensibles à des changements dans les flux attendus de revenu liés à des modifications de la politique familiale publique (exemptions fiscales, crédits d\u2019impôt, allocations familiales).Leurs résultats soutiennent empiriquement l\u2019idée que fiscalité personnelle et allocations familiales conditionnelles à la présence des enfants influencent à la hausse la fécondité dans le cas des familles qui ont déjà des enfants.Par contre, ces mesures ne semblent pas avoir d\u2019effet sur le comportement de fécondité des couples qui n\u2019ont pas déjà pris la décision d\u2019avoir au moins un enfant.Les «bébé-bonus».Plus récemment, l\u2019effet pronataliste de la politique familiale québécoise mise en place entre 1986 et 1997 a fait l'objet de quelques études.Le gouvernement a augmenté considérablement son soutien financier à l\u2019égard des enfants.Plusieurs nouvelles mesures ont été adoptées dont des crédits d\u2019impôt, une réduction d\u2019impôt famille, des allocations jeunes enfants et, ce qui est plus unique, des allocations de naissance (« bébé bonus »).Le tableau 2 montre que l\u2019aide financière totale (par enfant) en termes réels a augmenté de 2,4 fois entre 1985 et 1995.Le tableau 3 fait ressortir que les modifications majeures, introduites au printemps 1988,\tont changé les incitations financières à avoir des enfants et qu\u2019elles étaient plus fortes pour les familles à revenu modeste et pour les naissances de rang 3 ou La population 143 Tableau 2 Évolution de l'aide financière en millions de dollars constants (1992) à l'égard des enfants par le gouvernement du Québec, nombre d\u2019enfants âgés de 0-17 ans en milliers et soutien par enfant en dollars, 1985-1997 \t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t Aide S\t1097\t1277\t1789\t1942\t1964\t2204\t2524\t2653\t2694\t2653\t2615 Enfants\t1634\t1617\t1624\t1642\t1658\t1668\t1671\t1670\t1664\t1650\t1627 S/enfant\t671\t790\t1102\t1183\t1185\t1321\t1510\t1589\t1619\t1608\t1607 Sources : Pour l'aide financière, Document budgétaire, ministère des Finances du Québec, différentes années ; pour le nombre d'enfants, Régie des rentes du Québec et Institut de la Statistique du Québec; pour l'aide en dollars constants, calculs de l'auteur plus.De sorte que les effets devraient être observables à partir de 1988.D\u2019autres hausses ont eu lieu en 1990 et en 1991 pour les naissances de rang 2 ou plus et, par conséquent, compte tenu du rythme et de l\u2019espacement des naissances, les effets sur la fécondité devraient se produire dans les années quatre-vingt-dix.On trouvera dans Duclos et al.(2001) une description complète de la politique familiale ainsi qu\u2019un analyse de la fécondité par rang de naissances au Canada et au Québec pour les années 1980-2000.Les résultats d'une « expérience naturelle » Le graphique fournit une première évidence empirique simple de l\u2019impact de la politique familiale 1986-1987 : le taux de fécondité du Québec augmente à partir de 1988 et rattrape celui du reste du Canada vers la fin des années quatre-vingt-dix.Par rapport au reste du Canada, la politique familiale du Québec (1986-1997) constitue une « expérience naturelle ».L\u2019idée de base de l\u2019approche quasi expérimentale (Rosenz-weig et Wolpirt, 2000) est d\u2019exploiter la présence d\u2019un groupe traitement et d\u2019un groupe contrôle pour évaluer l\u2019impact d\u2019un changement de politique publique.Il est naturel de supposer que les Québécoises en âge d\u2019avoir des enfants forment le groupe traitement et les Canadiennes dans la même situation le groupe contrôle, puis d\u2019observer leurs comportements de fécondité avant et après la mise en place de la politique.Deux études ont adopté cette approche.Milligan (2000) utilise les micro-don-nées des recensements de 1991 et 1996 pour identifier l\u2019effet pronataliste de la politique familiale québécoise à l\u2019aide d\u2019une série d\u2019analyses statistiques rigoureuses.Ses résultats impliquent que par rapport au reste du Canada, la probabilité d\u2019avoir un enfant au Québec a augmenté de 12 °/o entre les deux fenêtres d\u2019observation.De plus, il calcule les pourcentages d\u2019augmentation d\u2019avoir un enfant, un deuxième enfant et un autre enfant pour les familles ayant déjà un enfant; ceux-ci sont respectivement de 10,7%, 12,6% et 25%.Une hausse de 1000$ du soutien financier est associée à une augmentation de 9,6% de la fécondité tous les rangs de naissance confondus.Ses résultats, qui sont statistiquement robustes, appuient fortement l\u2019idée qu\u2019une incitation financière publique influence la fécondité.Duclos et al.(2001) adopte une approche d\u2019analyse similaire mais en combinant des données de l\u2019état civil (naissances par âge de la mere et par rang de naissances pour chaque année) et des données provenant d\u2019une série de coupes transversales L\u2019impact réel des politiques natalistes Aspects démographiques 144 L\u2019état du Québec Tableau 3 Soutien financier du gouvernement du Québec et du gouvernement fédéral à l'égard des enfants pour un couple, en dollars courants, 1985*1995 \t\t\t\t\t\t\t\t Revenu de travail de 30 000 $\t\t\t\t\t\t\t\t Québec 1 Enfant\t95\t392\t1099\t1380\t1722\t1744\t1971\t1971 2 Enfants\t521\t938\t1802\t2127\t2545\t2693\t2968\t2968 3 Enfants\t880\t1431\t4188\t4571\t5168\t5637\t5959\t5959 Fédéral\t\t\t\t\t\t\t\t 1 Enfant\t580\t552\t523\t558\t652\t767\t767\t767 2 Enfants\t1371\t1427\t1616\t1670\t1817\t1878\t1878\t1878 3 Enfants\t2551\t2701\t3181\t3259\t3474\t3763\t3763\t3763 Total\t\t\t\t\t\t\t\t 1 Enfant\t674\t944\t1622\t1937\t2375\t2511\t2738\t2738 2 Enfants\t1893\t2365\t3418\t3797\t4361\t4571\t4,846\t4,846 3 Enfants\t3431\t4132\t7368\t7830\t8642\t9400\t9722\t9722 Revenu de travail de 50 000$\t\t\t\t\t\t\t\t Québec\t\t\t\t\t\t\t\t 1 Enfant\t95\t425\t503\t583\t933\t958\t1224\t1227 2 Enfants\t521\t991\t1149\t1330\t1755\t1907\t2249\t2252 3 Enfants\t880\t1494\t3508\t3794\t4378\t4851\t5270\t5273 Fédéral\t\t\t\t\t\t\t\t 1 Enfant\t350\t327\t243\t257\t269\t267\t267\t267 2 Enfants\t799\t742\t594\t670\t817\t878\t878\t878 3 Enfants\t1628\t1712\t2,124\t2205\t2474\t2763\t2763\t2763 Total\t\t\t\t\t\t\t\t 1 Enfant\t445\t752\t745\t840\t1201\t1225\t1491\t1494 2 Enfants\t1320\t1733\t1743\t2000\t2572\t2785\t3127\t3130 3 Enfants\t2508\t3206\t5632\t5999\t6852\t7614\t8033\t8036 Notes : L'aide financière est calculée pour un couple avec un seul revenu de travail et sans dépenses pour frais de garde.Le premier enfant est âgé de 7 ans; dans le cas de deux enfants, ils sont âgés de 2 et 7 ans; dans le cas de trois enfants, le dernier est un nouveau-né.L'aide du Québec comprend les réductions d'impôts, les allocations familiales et les autres allocations.L'aide fédérale comprend avant 1993 les crédits remboursables et non remboursables d'impôt ainsi que les allocations familiales après impôt fédéral et, après 1993, la prestation fiscale pour enfants.Source : Documents budgétaires, ministère des Finances du Québec, différentes années. La population 145 répétées (pour obtenir le nombre de femmes d\u2019un âge donné susceptibles de donner naissance à un enfant d\u2019un rang donné) pour le Québec et le Reste du Canada (Canada moins le Québec) pour les années 1981 à 1987.Leurs résultats sont qualitativement similaires à ceux de Milligan et suggèrent que la politique familiale du Québec entre 1986-1997 a eu un effet à la hausse sur la fécondité.Mesurer l\u2019impact.On peut illustrer simplement l\u2019impact de la politique.Faisons abstraction un instant de toutes les variables observables (conjoncture économique, politique familiale canadienne, taux de scolarisation, participation au marché du travail.) autres que la politique familiale qui ont pu influencer les taux de fécondité par rang de naissances au cours de la période échantillonnai.L\u2019estimateur le plus simple pour évaluer l\u2019effet global de la politique sera donné par la différence des moyennes du taux de fécondité du groupe traitement, après et avant sa mise en place.Cet estimateur est faussé dans la mesure où les changements observés ne découlent pas forcément en totalité des effets de la politique publique d\u2019aide puisque plusieurs facteurs ont pu affecter les comportements de fécondité au cours de la période retenue.Cependant, en soustrayant de l\u2019esümateur précédent la différence des moyennes du taux de fécondité du groupe contrôle entre les deux mêmes sous-périodes (après et avant le change- Tableau 4 Estimateurs différence-en-différences de l'impact de la politique familiale du Québec sur les taux de naissances (en logarithme) selon le groupe d'âge et le rang des naissances, 1981-1997 \t\t\t\t\t\t\t \tGroupes traitement Après\tAvant (D\t(2)\t\tGroupes contrôle Après\tAvant (3)\t(4) Rang 1\t\tl(1)-(2)] (5)\t1(3)-(4)1 (6)\t1(5)-(6)1 (7) 15-44\t5,01\t4,88\t5,00\t4,98\t0,13\t0,02\t0,11 20-39\t4,90\t4,78\t4,83\t4,80\t0,12\t0,03\t0,09 Rang 2\t\t\t\t\t\t\t 15-44\t4,72\t4,65\t4,76\t4,76\t0,07\t0,00\t0,07 20-39\t4,69\t4,63\t4,71\t4,72\t0,06\t-0,01\t0,07 Rang 3\t\t\t\t\t\t\t 15-44\t3,71\t3,61\t3,89\t3,93\t0,10\t-0,04\t0,14 20-39\t3,68\t3,59\t3,86\t3,91\t0,09\t-0,05\t0,14 Tous rangs\t\t\t\t\t\t\t 15-44\t5,71\t5,66\t5,82\t5,82\t0,05\t0,00\t0,05 20-39\t5,69\t5,60\t5,72\t5,72\t0,09\t0,00\t0,09 Note : Le taux moyen des naissances avant les programmes de la politique familiale québécoise est la moyenne des taux pour les années 1981 à 1987, alors que la moyenne après les programmes porte sur les années 1988 à 1997.Source : calculs de l'auteur à partir des statistiques sur les taux de naissance de l'Institut de la statistique du Québec, La situation démographique au Québec 2000 et de Statistique Canada.Rapport sur l'état de la population du Canada, différentes années.L\u2019impact réel des politiques natalistes Aspects démographiques 146 L\u2019état du Québec ment de politique), l\u2019effet des autres facteurs communs mentionnés précédemment se trouve éliminé.L\u2019estimateur obtenu est appelé « estimateur différence-en-différences » (Meyer, 1995).Il permet d\u2019isoler l\u2019effet global de la politique familiale.Le tableau 4 présente les résultats de ces calculs effectués à l\u2019aide des taux de naissance (en logarithme pour obtenir des taux en pourcentage) pour deux groupes d\u2019âge.Les estimateurs, qui apparaissent à la colonne (7), indiquent que le changement de politique au Québec a produit une hausse variant entre 7% et 14% des naissances selon l\u2019âge des femmes et le rang de naissances.Bilan et questions.Dans une société développée comme le Canada, avoir des enfants n\u2019apporte pas aux parents de bénéfices financiers.Cependant, la société profite des efforts financiers et en temps faits Références Beaujot, Roderic, « Les deux transitions démographiques du Québec, 1860-1996», Cahiers québécois de démographie, 29, 2, 2000.Becker, Gary, «An Economie Analysis of Fertility », dans Demographic and Economie Change in Developed Countries, Universities-National Bureau of Economie Research Conference Series 11, NBER, Princeton, N.J., i960.Becker, Gary, «A Theory of the Allocation of Time», Economie Journal, 75,1965.Becker, Gary et Gregg Lewis, «On the Interaction Between Quantity and Quality of Children», Journal of Political Economy, 81, S279-S288,1973.Blank, Rebecca, C.George, R.London, « States Abortion Rates-.The Impact of Policies, Providers, Politics, Demographics, and Economic Environment »,Journal of Health Economics, 15, 5,1996.Duclos, Edith, P.Lefebvre, P.Merrigan, « A \u201cNatural Experiment\u201d on the Economics of Storks : Evidence on the Impact of Family Policy on Fertility Rates in Canada», communication présentée au 15th Annual Conference of the European Society for Population Economics, Athens University of Economics and Business, juin 2001.Hyatt, Douglas, William Milne, «Can Public Policy Affect Fertility?», Analyse de Politiques/Canadian Public Policy, 17,1,1991.Lefebvre, Pierre, Liliane Brouillette, Claude Felteau, « Les effets des impôts et des allocations familiales sur les comportements de fécondité et de travail des Canadiennes, 1975-1987 : résultats d\u2019un modèle de choix discrets», Population, 54, 2,1994.Lefebvre, Pierre, Liliane Brouillette, Claude Felteau, «Comportements de fécondité et de travail des Québécoises, allocations familiales et impôts: résultats et simulations d\u2019un modèle polytomique séquentiel de choix discrets », L\u2019Actualité économique: Revue d'analyse économique, 70, 4,1994.Meyer, Bruce, « Natural and Quasi-Experiments in Economies », Journal of Business & Economie Statistics, 13,1,1995.Milligan, Kevin, «Subsidizing the Stork: New Evidence on Tax Incentives and Fertility», Working Paper, Department of Economics, University of Toronto, November 7, 2001.Moffitt, Robert (sous la dir.de), «The Effect of Welfare on Marriage and Fertility», Welfare, the Family, and Reproductive Behavior, National Academy Press, Washington, 1998.Rosenzweig, Mark, «Welfare, Marital Prospects, and Nonmarital Childbearing», Journal of Political Economy, 107,6, S3-S32,1999.Rosenzweig, Mark, Kenneth Wolpin, «Natural \u201cNatural Experiments\u201d in Economics», Journal of Economics Literature, 37, 4, 2000.Zhang, Junsen, Jason Quan, Peter Van Meerbergen, «The Effect of Tax-Transfer Policies on Fertility in Canada, 1921-1988 », Journal of Human Resources, 29,1,1994. La population 147 par les parents pour leurs enfants qui deviendront par la suite, pour les uns et les autres, de futurs partenaires de vie, des travailleurs pour les entreprises et des cotisants aux différents régimes de prévoyance.On peut déplorer que la société n\u2019offre guère plus de reconnaissance financière aux parents qu\u2019un soutien, il est vrai important, en termes de services publics de santé et d\u2019éducation.Avoir des enfants est une entreprise de très long terme qui comporte des défis importants.Néanmoins les personnes (couples) qui prennent cette décision le font parce qu\u2019elles considèrent que l\u2019alternative est moins satisfaisante comme expérience humaine.L\u2019analyse économique suggère que les aspirations matérielles pour les enfants augmentent avec le revenu des parents et par conséquent leur coût suit la même tendance.L\u2019analyse de l\u2019expérience québécoise montre que les politiques publiques sont susceptibles de soutenir et augmenter la fécondité.Ces études laissent cependant dans l\u2019ombre plusieurs questions importantes : quelles mesures sont les plus efficaces pour soutenir la fécondité?Quels biais une politique nataliste introduit-elle dans la mesure où toutes les familles selon leur revenu ne sont pas soutenues dans des proportions semblables ?\u2022 Aspects démolinguistiques Les grandes tendances Simon Langlois Sociologue, Université Laval L'arrivée massive de nouveaux immigrants au Canada (et dans une moindre mesure au Québec) nous amène à analyser les aspects démolinguistiques selon de nouvelles approches.L\u2019indicateur langue maternelle est appelé à perdre de son importance au profit des indicateurs langue parlée à la maison et connaissance de l\u2019anglais et du français susceptibles de permettre la participation à la vie civique commune dans les sociétés d\u2019accueil.Il faut en effet accorder plus d\u2019attention aux choix linguistiques que font les immigrants.À quelle communauté linguistique les nouveaux arrivants vont-ils s\u2019intégrer?Cette question est particulièrement importante pour le Québec, mais aussi pour les minorités de langue française dans le reste du Canada.En d\u2019autres termes, un tout nouveau contexte linguistique se dessine qui nécessite l\u2019examen de plusieurs indicateurs démolinguistiques différents.Nous en avons retenu trois: la langue maternelle, la langue parlée le plus souvent à la maison et la connaissance de l\u2019anglais et du français.Les données présentées datent de 1996 (sauf pour la langue maternelle des immigrants) car il faudra attendre celles du recensement de 2001 pour voir comment évoluent les tendances.Les grandes tendances Aspects démolinguistiques 148 L\u2019état du Québec La proportion de personnes de langue maternelle anglaise régresse Considérons d\u2019abord la langue maternelle.La proportion de personnes de langue maternelle française est stable au Québec depuis le début du siècle à environ 82% de l\u2019ensemble (tableau 1).Par ailleurs, la proportion de Québécois de langue maternelle anglaise a connu une chute importante depuis 1951, chute qui s\u2019est accélérée dans les années rgzo et 1980 à cause du départ d\u2019une proportion importante de la communauté anglo-québécoise.La part des personnes n\u2019ayant déclaré ni le français ni l\u2019anglais comme langue maternelle augmente par ailleurs.Soulignons au passage que l'on observe le même phénomène en Ontario, où la proportion de personnes de langue maternelle anglaise est aussi en régres- sion, mais pour des raisons différentes: l\u2019immigration internationale massive dans cette province affecte le poids relatif des anglophones établis depuis longtemps.À la maison : domination du français, attirance de l\u2019anglais Le français comme langue d\u2019usage à la maison est un indicateur plus significatif en terme de comportements.La majorité des Québécois (84%) parlent le français à la maison (tableau 2).L\u2019anglais a attiré jusqu\u2019à présent plus de nouveaux locuteurs que le français chez les immigrants, puis-qu\u2019au total la proportion de personnes qui parlent l\u2019anglais seulement à la maison (10,1 °/o) est plus élevée que la proportion de personnes de langue maternelle anglaise.Les transferts linguistiques ont donc permis à la communauté anglo- Tableau 1 Langue maternelle des citoyens selon la région au Canada, 1951, 1991 et 1996 \t\t\t\t\t\t \t\t\t\t\t\t Nouveau-Brunswick\t1951\t63,1\t35,9\t1,0\t100\t515 697 \t1991\t65,1\t33,6\t1,3\t100\t723 895 \t1996\t65,5\t33,1\t1,4\t100\t729 625 Québec\t1951\t13,8\t82,5\t3,7\t100\t4 597 542 \t1991\t9,8\t82,1\t8,1\t100\t6 895 960 \t1996\t8,5\t82,2\t9,3\t100\t7 045 080 Ontario\t1951\t81,7\t7,4\t10,9\t100\t4 597 542 \t1991\t76,4\t5,0\t18,6\t100\t10 084 880 \t1996\t73,8\t4,6\t21,6\t100\t10 642 790 Canada sans Québec\t1951\t77,6\t7,3\t15,1\t100\t9 953 748 \t1991\t79,0\t4,8\t16,2\t100\t20 400 895 \t1996\t77,2\t4,5\t18,3\t100\t21 483 130 Canada\t1951\t59,1\t29,0\t11,9\t100\t14 009 429 \t1991\t61,5\t24,3\t14,2\t100\t27 296 855 \t1996\t60,2\t23.7\t16,1\t100\t28 528 125 * les réponses multiples (français/anglais) ont été réparties au prorata de leur poids en 1991 et 1996 Le français ou l\u2019anglais et une autre langue ont été classés avec la langue officielle.Source : Statistique Canada, Annuaire du Canada, 1993 et www.statcan.ca La population 149 Tableau 2 Langue parlée à la maison selon la province de résidence, 1996 \t\t\t\t\t Français\t81,9\t30,1\t2,7\t0,8\t22,3 Anglais\t10,1\t68,4\t82,4\t89,5\t66,7 Autres langues\t5,8\t0,5\t12,4\t8,1\t9,0 Français et anglais\t0,9\t0,8\t0,3\t0,1\t0,4 Français et autres\t0.7\t\t\t\t0,2 Anglais et autres\t0,4\t0,2\t2,1\t1,5\t1,4 Anglais, français et autres\t0,2\t\t\t\t Total\t100\t100\t100\t100\t100 Français (au total)\t83,7\t30,9\t3,0\t0.9\t22,9 Source : Recensement du Canada, 1996, Données-échantillons (20 %), www.statcan.ca.québécoise d\u2019augmenter ses effectifs, contrant ainsi l\u2019impact négatif de la migration en dehors du Québec d\u2019une partie de ses membres.Nous avons estimé, dans le tableau 3, quelle a été l\u2019ampleur des transferts linguistiques en comparant la langue mater- nelle et la langue parlée à la maison, ce qui permet de construire un indice de continuité linguistique.Au total, on peut estimer d\u2019après cet indicateur que la communauté anglophone a augmenté ses effectifs au Québec de 24% grâce à l\u2019intégration de personnes ayant adopte Tableau 3 Langue maternelle et langue parlée à la maison (français et anglais) et indice de continuité linguistique, selon la province, 1996 \t¦\t\t\t\t Québec\tF\t5 784 635\t5 892 850\t108 215\t1,02 \tA\t659 210\t817 540\t158 330\t1,24 Ontario\tF\t520 860\t327 245\t-193 615\t0,63 \tA\t7 861 600\t9 029 250\t1 167 650\t1,15 Nouveau Brunswick\tF\t245 095\t225 545\t-19 550\t0,92 \tA\t479 540\t506 145\t26 605\t1,05 Canada sans Québec\tF\t1 005 030\t649 675\t-355 355\t0,65 \tA\t16 598 115\t18 745 590\t2 147 475\t1,13 Canada total\tF\t6 789 665\t6 542 525\t-247 140\t0,96 \tA\t17 257 325\t19 563 130\t2 305 805\t1,13 * Chaque case de ce tableau comprend aussi les réponses multiples.Par exemple, langue maternelle française au Québec : (F) 5 700 150 + (F,A) 50 585 + (F, autres) 28 140 + (F, A, autres) 5 760, soit au total 5 784 635.Source : Recensement du Canada, 1996, Données-échantillons (20 %), www.statcan.ca Les grandes tendances Aspects démolinguistiques 150 L'état du Québec l\u2019anglais comme langue d\u2019usage à la maison, soit un apport de 158 330 personnes.Par ailleurs, 108 215 personnes ont adopté le français comme langue parlée à la maison.Au total, 40 % des transferts linguistiques ont été faits vers le français.Il y a cependant lieu de noter ici un important effet de génération \u2014 bien dégagé dans les travaux de Charles Castonguay, les immigrants les plus âgés ayant opté plus fréquemment pour l\u2019anglais.La situation est en train de changer chez les plus jeunes à cause des lois linguistiques qui les amènent à apprendre le français.Il faut souligner au passage les pertes importantes d\u2019effectifs que connaissent les communautés francophones en dehors du Québec qui, à cause des transferts linguistiques, sont en train de perdre le tiers de leur population d\u2019après les données du dernier recensement.En 1996, il y avait un million de personnes de langue maternelle française en dehors du Québec.Or, seulement 650 000 d\u2019entre eux affirment parler français à la maison, ce qui est un indicateur de l\u2019assimilation en cours.Le français, langue commune Langue connue par 94% de la population, le français est devenu la langue commune des Québécois (tableau 4).Une majorité d\u2019entre eux ne connaissent que le français (56,1%) et 37,8% se déclarent bilingues dans le recensement de 1996.Le taux de bilinguisme est plus élevé au Québec que dans le reste du Canada où il tourne autour de 10-12 °/o.Le français et l\u2019immigration Une faible proportion de nouveaux immigrants venant de l\u2019étranger ont le français comme langue maternelle (13,5 % en 2000), mais cette proportion est en hausse depuis 1990 (tableau 5).La connaissance du français est cependant plus répandue chez les nouveaux immigrants (45,1% en 2000) et 36,8% d\u2019entre eux connaissaient l\u2019anglais.Polarisation linguistique accrue Il ressort des données présentées plus haut que le Canada est un pays polarisé sur le plan linguistique.La proportion de francophones hors Québec régresse dans l\u2019ensemble du pays (à signaler au passage Tableau 4 Distribution de la connaissance des langues officielles dans les différentes régions du Canada, 1996 \t\t\t\t Anglais\t5,1\t85,7\t87,4\t67,1 Français\t56,1\t0,4\t0,6\t14,3 Anglais et français\t37,8\t11,6\t10,1\t17,0 Ni anglais ni français\t1,0\t2,3\t1,9\t1,6 Total\t100\t100\t100\t100 Français (au total)\t93,9\t12,0\t10,7\t31,3 Anglais (au total)\t42,9\t97,3\t97,5\t84,1 Source : Recensement du Canada, 1996, Données-échantillons (20%), www.statcan.ca. La population 151 Tableau 5 Langue maternelle des immigrants et connaissance des langues, Québec, 1980-2000 \t\t\t\t\t\t\t \t\t\t\t\t\t\t 1980\t12,0\t10,9\t77,1\t20,7\t8,2\t18,0\t53,1 1985\t9,9\t9,8\t80,3\t24,5\t13,5\t25,2\t36,9 1990\t5,8\t3,7\t90,5\t19,5\t17,4\t21,2\t41,8 1991\t6,8\t3,7\t89,5\t20,9\t16,6\t23,2\t39,2 1992\t8,8\t4,0\t89,2\t21,2\t14,9\t24,5\t39,5 1993\t9,7\t5,6\t84,7\t18,9\t13,0\t23,3\t44,8 1994\t10,8\t4,9\t84,4\t20,6\t11,1\t21,8\t46,5 1995\t14,2\t4,4\t81,5\t25,4\t11,8\t21,7\t41,1 1996\t10,8\t3,8\t85,4\t27,5\t11,4\t22,8\t38,3 1997\t10.5\t3,1\t86,5\t25,0\t10,7\t21,2\t43,1 1998\t14,0\t3,0\t83,1\t26,9\t13,3\t17,5\t42,3 1999\t13,3\t2,8\t84,0\t27,7\t15,2\t19,0\t38,1 2000\t13,5\t2,4\t84,1\t26,8\t18,3\t18,5\t36,3 Source : Institut de la statistique du Québec, www.stat.gouv.qc.ca, juin 1999.que la communauté acadienne maintient cependant son poids démographique relatif au Nouveau-Brunswick) où elle a aussi acquis plus de pouvoir politique et économique) et les francophones du Canada se concentrent de plus en plus au Québec d\u2019après l\u2019indicateur langue maternelle (tableau 6).La concentration est encore plus forte d\u2019après l'indicateur langue parlée à la maison, à cause de l\u2019importance des transferts linguistiques en milieux francophones canadiens.Deux raisons expliquent cette polarisation.Même si les communautés francophones en dehors du Québec sont dynamiques, elles connaissent un taux élevé de transferts linguistiques vers l\u2019anglais, particulièrement en Ontario et dans l\u2019Ouest du Canada.Mais surtout, l\u2019importance de l\u2019immigration au Canada est telle qu\u2019elle contribue fortement à la croissance Tableau 6 Distribution des francophones (définis d\u2019après la langue maternelle*) selon la province et l\u2019année (1951 et 1996) \t\t\t Québec\t82,2\t85,3\t85,2 Ontario\t8,4\t7,6\t7,7 Nouveau-Brunswick\t4,6\t3,7\t3,6 Autres\t4,8\t3,4\t3,5 Total %\t100\t100\t100 (000)\t4 069\t6 643\t6 551 * Comprend les personnes qui ont identifié le français comme langue maternelle en même temps qu\u2019une autre langue.Source : Statistique Canada, Annuaire du Canada, 1993, p.128; données échantillons du Recensement du Canada 1996 (20 %), www.statcan.ca.Calculs de l\u2019auteur.Les grandes tendances Aspects démolinguistiques 152 L\u2019état du Québec du nombre d\u2019anglophones \u2014 puisque la grande majorité des 225 000 nouveaux arrivants qui s\u2019installent dans le reste du Canada chaque année adopte l\u2019anglais \u2014 affectant ainsi le poids relatif des francophones en dehors du Québec.Si le reste du Canada devient de plus en plus anglophone d\u2019après l\u2019indicateur de la langue parlée à la maison, le Québec de son côté affirme son caractère francophone, notamment avec la politique de francisation des immigrants qui s\u2019y installent, bien qu\u2019une partie d\u2019entre eux opte finalement pour l\u2019anglais dans leur vie privée.Deux lectures de la place du français au Canada La publication des données du recensement de 1996 sur les langues officielles a donné lieu à plusieurs débats publics.Deux lectures de la situation s\u2019opposent.La première, véhiculée par Patrimoine Canada et le Commissariat aux langues officielles, insiste sur la progression du nombre absolu des francophones en dehors du Québec et sur les progrès du français comme langue seconde au Canada anglais et de l\u2019anglais langue seconde au Québec, présentées comme deux tendances marquantes de l\u2019évolution de la connaissance des langues officielles.Les travaux du ministère du Patrimoine canadien minimisent l\u2019importance de l\u2019assimilation des francophones hors Québec.L\u2019auteur de l\u2019une de ces études écrit, en commentant l\u2019analyse des transferts linguistiques (proportion de per- sonnes de langue maternelle française qui parlent le plus souvent anglais à la maison) : « Finalement, il est bon de rappeler que la grande majorité de ces soi-disant francophones assimilés peuvent encore parler le français ».Soit, mais si le français cède ainsi la place à l\u2019anglais dans le foyer, n\u2019est-ce pas le prélude à l\u2019assimilation ou à l\u2019anglicisation de la génération suivante?L\u2019auteur ajoute: «Toutefois, le débat sur la vitalité des communautés ne peut ni ne devrait se réduire à une simple question de chiffres.L\u2019esprit, la détermination et le sentiment d\u2019identité d\u2019une communauté, voilà ce qui fait son dynamisme et pas uniquement le nombre de ses membres.» Fort bien, mais il faut rappeler que l\u2019assimilation et les transferts linguistiques sont moins élevés dans les régions où la concentration des francophones est la plus forte.Le nombre est donc important.La seconde perspective insiste sur la régression du poids relatif des francophones au Canada.Trois facteurs l\u2019expliquent: l\u2019assimilation et la baisse de la natalité des francophones d\u2019un côté, mais surtout l\u2019importance de l\u2019immigration venant de l\u2019étranger, qui a comme effet de faire baisser la proportion relative des francophones, puisque la très forte majorité des nouveaux arrivants s\u2019intégrent à la majorité de langue anglaise.Le Canada est en ce moment le pays occidental développé le plus ouvert à l\u2019immigration internationale.L\u2019une des conséquences de cette forte immigration, non voulue expli- Références Castonguay, Charles, «Évolution de l\u2019assimilation linguistique au Québec et au Canada entre 1971 et 1991 », Recherches sociographiques, 3, 38,1997 O\u2019Keefe, Michael, Minorités francophones : assimilation et vitalité des communautés, Patrimoine Canada Ottawa, 1998. La population 153 citement mais bien réelle, est de marginaliser les communautés francophones hors Québec, dont le poids relatif diminue.Dans ce contexte, l\u2019attrait de l\u2019anglais devient presque irrésistible, principalement dans les milieux où les franco- phones sont les plus minoritaires, d\u2019où une assimilation plus forte comme on le voit, dans les Prairies.\u2022 [Sur la communauté an^lo-québécoise, voir article suivant].Les Anglo-Québécois voient d'un mauvais œil les fusions municipales Lise Winer Université McGill Les préoccupations des Québécois anglophones sont en général identiques à celles des autres habitants de la province : problèmes économiques, chômage, éducation, services sociaux, mécontentement devant la qualité des services de santé et leur difficulté d\u2019accès.Un bel exemple de cette similitude de préoccupations réside dans ces « foires d\u2019emplois», d\u2019abord organisées par des anglophones et d\u2019autres communautés culturelles minoritaires ; ces foires ont de plus en plus attiré des jeunes de tous les milieux.Au-delà de ce point commun, cependant, les anglophones ont éprouvé de nouvelles pressions sur les droits linguistiques, les services et les institutions publics.Les institutions publiques et établissements commerciaux au Québec sont «français» de fait, puisqu\u2019ils doivent se conformer aux lois exigeant que les chartes, les constitutions, les règlements, les rapports externes et internes ainsi que les communications soient en français.Les hôpitaux, écoles, bibliothèques, bureaux du gouvernement provincial et bureaux municipaux, magasins et établissements commerciaux doivent pouvoir fournir des services et des informations en français.Par ailleurs, le droit à l\u2019offre de services en anglais est prévu par la loi dans les bureaux du gouvernement fédéral et dans les municipalités qui ont été déclarées officiellement « bilingues » selon la loi du Québec.Les fusions forcées La plus grande menace qui pèse sur l\u2019offre de services en anglais est la perte du statut bilingue officiel pour certaines municipalités qui disparaîtront dans le cadre de la politique actuelle des « fusions forcées ».L\u2019opposition à ces fusions traduit actuellement le souci dominant des anglophones québécois.Ces anglophones ne sont pas tous d\u2019origine « anglo-saxone » (anglaise/ écossaise/irlandaise).Au fil des années, ceux qui ont l\u2019anglais comme langue maternelle ou qui l\u2019emploient en privé, Les grandes tendances Aspects démolinguistiques 154 L'etat du Québec ont vu leur nombre s\u2019accroître par l\u2019arrivée d\u2019immigrants provenant des États-Unis et des Caraïbes anglaises, par exemple; il faut encore y ajouter des allophones, par exemple des Italiens, des Grecs et des juifs européens qui sont arrivés avant l\u2019adoption de la loi 101 et qui se sont intégrés à la communauté « anglaise ».La plupart des Québécois anglophones ont accepté la loi 101 et la prédominance de la culture et de la langue françaises ; ils sont devenus bilingues, en particulier les jeunes.Les anglophones, de même qu\u2019une partie de l\u2019opinion francophone, estiment que les fusions municipales imposées par la loi 170 sont mal planifiées et peu réalistes financièrement.Beaucoup craignent que ces fusions ne soient qu\u2019une démonstration de force du gouvernement, qu\u2019elles puissent mener à une bureaucratie plus diffuse et difficile à gérer, à la perte d\u2019identité de la communauté et à une diminution de la qualité des services ; ils pensent aussi que l\u2019équité fiscale aurait pu être réalisée par des transferts d\u2019impôt.Leur opinion s\u2019appuie sur des exemples récents, comme celle de la fusion très problématique de Toronto.Les fusions obligatoires sont devenues une « préoccupation anglophone » en raison de la crainte de voir diminuer la quantité de services bilingues et de la difficulté d\u2019obtenir un statut bilingue pour les nouvelles municipalités.Même si le gouvernement assure que les services en anglais continueront à être « adéquats » dans les nouveaux « arrondissements », la nouvelle loi prévoit le maintien du bilinguisme dans les municipalités qui sont présentement bilingues de façon officielle ou pratique, uniquement dans la situation peu probable où plus de 50% des résidants auront l\u2019anglais comme langue maternelle.Les déclarations du gouvernement québécois selon lesquelles les anglophones dans la municipalité actuelle de Montréal sont satisfaits du niveau des services fournis en anglais ont soulevé des protestations ; en réalité, cela dépend beaucoup de la compétence et de la bonne volonté des individus.Des résumés en anglais existent pour certains types d\u2019information, mais les traductions complètes des lois ne sont pas disponibles en anglais.Moins de bilinguisme En contestant devant les tribunaux le droit du gouvernement de faire ces fusions, des municipalités ont fait valoir que les fusions affectent les anglophones d\u2019une façon disproportionnée, sinon discriminatoire, puisque les villes bilingues seront remplacées par des villes françaises unilingues et que les arrondissements proposés n\u2019auront aucun vrai pouvoir de protéger la langue et les établissements anglophones.Le juge Antonio Lemaire a jugé que la province a bien le droit d\u2019effectuer de telles fusions, mais il a demandé au gouvernement de respecter les droits des minorités.Le sentiment s\u2019est répandu parmi les anglophones des municipalités fusionnées, plus particulièrement dans la région de Montréal, que ces fusions cachent une volonté de « détruire » ou « d\u2019enterrer » les voix des anglophones en les submergeant dans une plus grande population française.Mais cet aspect linguistique des fusions n\u2019est sans doute qu\u2019un « heureux effet secondaire » des objectifs poursuivis par le gouvernement.La réponse de la ministre Louise Harel aux préoccupations des anglophones a consisté à parler du « relent de colonialisme» émanant de Westmount.Cette La population 155 réponse équivaut sans doute à « abattre un cheval mort», mais pour quelques «purs et durs » du gouvernement, le stéréotype de la vendeuse unilingue anglophone de chez Eaton semble néanmoins persister, malgré le fait que cette vendeuse, tout comme Eaton\u2019s et son apostrophe, sont disparus depuis longtemps.Non seulement une proportion considérable des municipalités présentement bilingues ne sont pas « anglaises », mais ne pourrait-on pas, de la même façon, qualifier la présence de la population et de la culture françaises comme étant un résultat du « colonialisme » ?Le maire de Westmount, Peter Trent, a fait valoir que sa ville est non seulement une ville bilingue, mais qu\u2019elle constitue «une institution anglophone» avec ses particularités.Mis à part le «lawn bowling», il existe des institutions telles que le Royal Montreal Regiment, la bibliothèque de Westmount, une Commission de planification du patrimoine architectural, fondée en 1916, ainsi que des règlements sur les parcs et les arbres qui assurent une protection plus grande que ce qui existe à Montreal.Autre particularité: les changements de zonage, contrairement à ce qui se fait à Montreal, doivent être approuvés par référendum.Toute l'information municipale, y compris les discussions et le compte rendu des sessions publiques du conseil, est publiée en français et en anglais à Westmount.Question de santé La population anglophone se soucie de plus en plus de l\u2019accès aux services de santé dans sa langue de même que de l\u2019autonomie des hôpitaux de langue anglaise.La création du « super-hôpital » de langue anglaise à Montréal (le Centre hospitalier universitaire de l\u2019Université McGill) a sou- levé des critiques de deux ordres.D\u2019une part, on n\u2019est pas convaincu du bien-fondé d\u2019une orientation qui favorise la création d\u2019un énorme établissement au détriment de plusieurs plus petits ; d\u2019autre part, on craint que les services en langue anglaise soient plus difficiles à obtenir dans les établissements de santé de plus petite taille, une fois créé le gros hôpital.L\u2019accès aux services de santé à l\u2019extérieur de la région de Montréal est une préoccupation importante pour des organisations telles que The Toumshippers Association (en Estrie) et la Coasters Association of the Lower North Shore Area (région de la Côte Nord).Questions scolaires Deux questions ont retenu l\u2019attention des groupes anglophones dans le domaine de l\u2019éducation : \u2022\tl\u2019accès aux écoles anglaises pour certains immigrants ; \u2022\tles problèmes financiers et organisationnels des commissions scolaires de la région de Montreal.Les enfants de parents provenant, par exemple, du Royaume-Uni, des États-Unis et des Caraïbes, préféreraient dans la plupart des cas aller aux écoles anglaises, mais ne peuvent généralement pas le faire.Un nombre de plus en plus grand de parents voudraient que leurs enfants aillent aussi bien aux établissements de langue française qu\u2019à ceux de langue anglaise aux niveaux élémentaire, secondaire ainsi que collégial.Un certain nombre de francophones aussi bien que des familles mixtes (des deux langues) veulent obtenir ou conserver leur droit d\u2019accès à l\u2019école anglaise pour leurs enfants.Problèmes financiers.Il existe une grande controverse à propos des causes et de Les Anglo-Québécois voient d\u2019un mauvais œil les fusions municipales Aspects démolinguistiques 156 L\u2019état du Québec l\u2019ampleur des difficultés financières et organisationnelles de la commission scolaire English Montreal (CSEM).Un grande part des difficultés financières provient de l\u2019expropriation par le gouvernement provincial de propriétés générant des revenus, prises aux commissions scolaires anglophones sans compensation financière.Cela vient s\u2019ajouter à un manque de financement de la part du gouvernement, particulièrement dans des domaines comme les bibliothèques, auxquelles le ministère semble accorder une importance beaucoup moins grande que le font les commissions scolaires.D\u2019autres problèmes au sein la CSEM ont reçu la publicité des journaux, notamment les batailles avec des parents à propos des fermetures d\u2019écoles.Celles-ci résultent en bonne partie de la transformation, effectuée en 1998, des commissions scolaires religieuses en commissions scolaires linguistiques.Presque toutes les écoles de l\u2019ancienne Protestant School Board of Greater Montreal étaient anglaises ; presque toutes les écoles de l\u2019ancienne Commission des Écoles Catholiques de Montréal étaient françaises.Ce réalignement a fait ressortir quelques différences fondamentales dans des approches des deux communautés religieuses/culturelles, notamment pour ce qui concerne la priorité a accorder aux bibliothèques scolaires, l'alimentation à l\u2019école et l\u2019implication des parents et des professeurs dans la vie de l\u2019école.Une fusion forcée de deux écoles à cause d\u2019une trop petite clientèle est déjà assez difficile pour les élèves et les familles, mais elle peut également mettre en évidence d\u2019autres différences historiques, la plus visible étant peut-être la présence des crucifix dans les salles de cours des anciennes écoles catholiques.Le domaine des arts Le theatre anglais commercial (par exemple, le Centaur à Montréal et The Piggery à North Hatley) et amateur jouit d\u2019un appui important de la communauté anglophone.La Quebec Writers Federation encourage l\u2019écriture en anglais au moyen de prix littéraires, lectures publiques, ateliers d\u2019écriture ainsi qu\u2019un programme de « Writers-in-Schools » ; elle voit aussi au développement des collections d\u2019auteurs anglophones dans les bibliothèques.La participation anglaise à Blue Metropolis/ Metropolis bleu et les programmes d\u2019auteurs dans les cégeps, sont d\u2019autres façons par Références ?Sites Internet La série de textes sur les « nouveaux Anglos » du journaliste Alexander Norris publiée au printemps 1999 dans le quotidien The Gazette: www.montrealgazette.com/newanglo/ Alliance Quebec : www.aq.qc.ca Coasters Association : www.htmlweb.com/LNS Equality Party: www.equality.ac.cal Quebec Anglophone Heritage Network : www.qahn.org Quebec Farmers Association : www.afa.ac.ca Quebec Writers\u2019 Federation : www.qwf.org Association des Townshippers Association .www.sunnymead.org/townshippers/index.html Voice of English Quebec : www.veq.qc.ca/links.htm La population 157 lesquelles on veut faire connaître les œuvres de langue anglaise du Quebec et promouvoir les connaissances en matière de langue.Le Quebec Anglophone Network, fondé en 2000, met en contact les sociétés et les individus intéressés à l\u2019histoire anglophone locale, régionale et provinciale au Québec, de façon à encourager la collection et la conservation de la propriété culturelle, l\u2019identification et la reconnaissance des monuments historiques et pour inciter à la recherche et à la publicité sur l\u2019histoire des communautés anglo- phones.Il édite The Quebec Heritage Neuts et commandite une conférence annuelle des représentants des groupes historiques et de patrimoine à travers le Québec.En plus du Toumshipper's Day bien connu, l\u2019association des Townshippers soutient un Comité de la culture et du patrimoine, qui voit à la conservation des lieux d\u2019enterrement, des sites historiques et de l\u2019art des Cantons de l\u2019Est; il apporte également son soutien à des institutions culturelles comme des musées, des théâtres, des associations historiques et commandite le Heritage Literary Contest.\u2022 Les grandes tendances Immigration et diversité culturelle Simon Langlois Sociologue, université Laval Le nombre d\u2019immigrants qui se sont établis au Québec a été de 32 440 au cours de Tannée 2000, en légère hausse par rapport aux cinq dernières années (tableau 1).Le Québec n\u2019a accueilli que 14,3 % du nombre total d\u2019immigrants qui ont choisi de vivre au Canada en 2000 alors qu\u2019il recevait environ 20% des immigrants canadiens dans les années i960, ce qui contribue fortement à l\u2019affaiblissement de son poids démographique.Les niveaux d\u2019immigration internationale retenus pour les prochaines années ne laissent pas entrevoir de changement important à cette situation même si le gouvernement québécois a annoncé son intention de hausser les quotas admissibles à l\u2019entrée [voir article p.557].Tableau 1 Immigrants en nombre et en % du Canada, Québec, 1960-2000 \t\t 1960\t23 774\t22,8 1970\t23 261\t15,7 1980\t22 527\t15,7 1990\t40 842\t19,1 1995\t26 568\t12,5 1996\t29 698\t13,1 1997\t27 755\t12,8 1998\t26 650\t15,3 1999\t29 222\t15,4 2000\t32 454\t14,3 Source : Données révisées, Institut de la statistique du Québec, www.stat.gouv.qc.ca Les Anglo-Québécois voient d'un mauvais oeil les fusions municipales Immigration et diversité culturelle 58 L\u2019état du Québec Tableau 2 Distribution des immigrants selon la catégorie et l'année, Québec, 1980-2000 \t\t\t\t\tSS9 1980\t32,9\t31,2\t35,9\t100\t22 538 1985\t40,9\t46,4\t12,7\t100\t14 884 1990\t22,5\t60,4\t17,1\t100\t40 842 1995\t35,7\t41,8\t22,5\t100\t27 222 1996\t31,0\t39,1\t29,9\t100\t29 772 1997\t29,5\t42,8\t27,8\t100\t27 684 1998\t26,0\t50,5\t23,5\t100\t26 509 1999\t25,8\t49,1\t25,1\t100\t29 179 2000\t24,4\t50,8\t24,8\t100\t32 440 1999 et 2000: Données provisoires.Source: Institut de la statistique du Québec, www.stat.gouv.qc.ca La moitié des immigrants sont des personnes indépendantes Un quart des immigrants sont des réfugiés, un autre quart environ sont des personnes qui viennent dans le cadre du programme de réunification des familles et environ la moitié sont des immigrants indépendants (tableau 2).L\u2019origine nationale des immigrants qui entrent au Québec est fort diversifiée (tableau 3).La France vient au premier rang des pays qui ont fourni le plus fort contingent d\u2019immigrants au cours des récentes années soit 8,6 % de l\u2019ensemble entre 1996 et 2000, suivie de la Chine (7,3%), de l\u2019Algérie (6,6%), de l\u2019ex-URSS (5,5%) et de Haïti (4,8%).Viennent ensuite l\u2019ex-Yougoslavie, le Maroc et l\u2019Inde.On consultera le tableau 3 pour la liste complète des principaux pays d'origine des nouveaux immigrants récemment entrés au Québec.Le nombre d\u2019Amérindiens et d\u2019Inuits augmente Au dernier recensement, le Québec comptait autour de 72 000 personnes déclarant Tableau 3 Nombre d\u2019immigrants selon le pays de naissance, au total (en nombre et en %) pour la période 1996-2000 et rang du pays d'origine \t\t\t France\t1\t12 545\t8,6 Chine\t2\t10 658\t7,3 Algérie\t3\t9615\t6,6 Ex-URSS\t4\t8 020\t5,5 Haiti\t5\t6 939\t4,8 Ex-Yougoslavie\t6\t6 740\t4,6 Maroc\t7\t6 280\t4,3 Inde\t8\t5 700\t3,9 Roumanie\t9\t5 148\t3,5 Ski Lanka\t10\t3 998\t2,7 Bangladesh\t11\t3 537\t2,4 Pakistan\t12\t3 441\t2,4 Liban\t13\t3 405\t2,3 Corée du Sud\t14\t3 252\t2,2 Philippines\t15\t3 138\t2,2 Autres\t\t53 203\t36,5 Total, tous les\tpays\t145 619\t100 Source : Institut de la statistique du Québec, www.stat.gouvqc.ca La population 15g Tableau 4 Répartition de la population d'identité autochtone.Québec et Canada, 1996 \t\t\t\t¦ Indiens de l'Amérique du Nord\t66,1\t69,0\t68,8\t Métis\t22,3\t26,5\t26,1\t Inuit\t11,6\t4,5\t5,1\t Total\t% vertical\t100\t100\t100\t % horizontal\t8,9\t91,1\t100\t N\t71 975\t733 585\t805 560\t Source: Recensement du Canada, www.statcan.ca Tableau 5 Population des nations autochtones et inuites du Québec, en effectifs et en proportions, 1984-2000 \t\t\t\t\t\t\t\t \t\t\t\t\t\t\t\t1 Abénaquis\t779\t1,7\t1 811\t2,8\t1 907\t2,7\t1985\t2,7 Algonquins\t4 030\t9,0\t7 323\t11,4\t8 144\t11,6\t8471\t11,6 Attikameks\t3 201\t7,1\t4 461\t6.9\t5 071\t7,2\t5 328\t7,3 Cris\t8417\t18,7\t12017\t18,7\t12 702\t18.2\t13 530\t18,5 Hurons-Wendat\t1 250\t2,8\t2 648\t4,1\t2 831\t4,0\t2881\t3,9 Malécites\t\t\t469\t0.7\t599\t0.9\t683\t0,9 Micmacs\t2 655\t5,9\t4 068\t6,3\t4 463\t6,4\t4 606\t6,3 Mohawks\t10 495\t23,3\t9 909\t15,4\t10 553\t15,1\t10 831\t14,8 Montagnais\t8 090\t18,0\t12 952\t20,2\t14019\t20,0\t14 492\t19,8 Naskapis\t415\t0,9\t529\t0,8\t584\t0,8\t787\tU Non affiliés\t\t\t221\t0,3\t153\t0,2\t119\t0,2 Inuits\t5 650\t12,6\t7 840\t12,2\t8 932\t12,8\t9 397\t12,9 Total\t44 982*\t100\t64 248\t100\t69 958\t100\t73 110\t100 * On estime qu'il y a environ 15 000 autres personnes d'ascendance autochtone au Québec qui ne sont pas comprises dans les chiffres de 1984.** Les données sur les Amérindiens ont été compilées en 1994 tandis que celles sur les Inuit datent de 1995.Source: Registre des Indiens, ministère des Affaires indiennes et du Nord canadien (MAINC) (www.inac.gc.ca) et Registre des bénéficiaires de la Convention de la Baie-James et du Nord québécois (Cris, Inuits et Naskapis), ministère de la Santé et des Services sociaux du QUÉBEC, 5 avril 2001 Les grandes tendances Immigration et diversité culturelle 160 L'état du Québec Tableau 6 Population d'Amérindiens inscrits dans les réserves et hors réserve, Québec et Canada, 1982-2000 \t\t\t\t\t\t \t\t\t\t\t\t 1982\t85,3\t70,9\t14,7\t29,1\t33 145\t332 178 1987\t77,2\t64,6\t35,4\t35,4\t41 227\t415 898 1988\t74,3\t61,7\t24,8\t36,4\t44 111\t443 886 1989\t72,2\t60,0\t27,8\t40,0\t45 742\t466 337 1990\t71,6\t59,8\t28,4\t40,2\t48 551\t490 177 1991\t70,9\t59,5\t29,1\t40,5\t50 728\t511 791 1992\t70,8\t59,2\t29,2\t40,8\t52 562\t533 461 1993\t70,6\t59,0\t29,4\t41,0\t54 273\t553 316 1994\t70,5\t58,7\t29,5\t41,3\t55 848\t573 657 1995\t70,9\t58,7\t29,1\t41,3\t57 223\t593 050 1996\t70,7\t58,0\t29,3\t42,0\t58 640\t610 874 1997\t69,6\t58,3\t30,4\t41,7\t59 881\t627435 1998\t69,4\t58,5\t30,6\t41,5\t61 026\t642 414 1999\t70,4\t58,3\t29,6\t41,7\t62 291\t659 890 2000\t70,0\t58,0\t30,0\t42,0\t63 315\t675 499 Source: Données ministérielles de base 1997; Population indienne inscrite selon le sexe et la résidence, Affaires indiennes et du Nord Canada, www.inac.gc.ca une identité autochtone ou métis, soit environ 1% de sa population totale.Les spécialistes estiment qu\u2019il y en aurait au moins 50 000 vivant hors réserve et qui n\u2019ont pas déclaré une identité autochtone lors du dernier recensement.Les autochtones sont moins nombreux au Québec qu\u2019ailleurs au Canada, où ils comptent pour 3,4% de la population (leur poids total dans tout le Canada incluant le Québec étant de 2,8%).Les Amérindiens sont surtout concentrés dans l\u2019Ouest du Canada.Environ 9 % d\u2019entre eux se retrouvent au Québec (tableau 4).Le nombre total d\u2019autochtones est en hausse à cause de la forte fécondité des familles, mais aussi à cause de la hausse du nombre de personnes qui ont déclaré une ascendance autochtone dans les derniers recensements, à la suite de la nou- velle affirmation identitaire des Amérindiens, Inuits et Métis.Le tableau 5 présente la distribution de la population autochtone entre les diverses nations que l\u2019on trouve au Québec.Les Montagnais (19,8%), les Cris (18,5%) et les Mohawks (14,8%) sont les communautés les plus populeuses, suivies par les Inuits (12,9%).Les Amérindiens du Québec vivent en majorité dans des réserves (70%) et cette proportion est plus élevée qu\u2019au Canada ou elle est de 58% (tableau 6).La proportion d\u2019Amérindiens du Québec vivant dans les réserves était en constante régression dans les années 1980, mais elle a été assez stable durant les années 1990. la population 161 Tableau 7 Minorités visibles (telles que définies par le recensement) en % de la population totale et répartition au Canada selon la région, 1996 \t\t Québec\t6,2\t13,6 Ontario\t15,8\t52,6 Autres\t10,0\t33,8 Montréal\t12,0\t13,0 Toronto\t32,0\t42,0 Vancouver\t31,0\t18,0 Autres\t\t27,0 Canada\t11.2\t100,0 Source: www.statcan.ca Les minorités visibles: concentrées à Montréal Une question dans le recensement de 1996 demandait aux citoyens s\u2019ils appartenaient à l\u2019un des groupes de minorités visibles tels que définis dans la loi (11 groupes étaient donnés en exemple).La Loi canadienne sur l\u2019équité en matière d\u2019emploi définit les minorités visibles comme étant «les personnes, autres que les autochtones, qui ne sont pas de race blanche ou qui n\u2019ont pas la peau blanche ».Que l\u2019État mesure ainsi l\u2019appartenance raciale de ses citoyens paraît bien étrange aux citoyens d'autres pays, en Europe principalement, où une telle catégorisation selon la race ou le phénotype a laissé de fort mauvais souvenirs.Le but poursuivi par cette opération est différent au Canada : il s\u2019agit d\u2019évaluer quelle est l\u2019égalité des chances des citoyens qui se démarquent de la majorité par leur apparence physique.Le Canada compte maintenant 11,2% de sa population qui s\u2019identifie comme faisant partie d\u2019une minorité visible, ce qui reflète les mutations récentes de l\u2019immigration internationale (tableau 7).Cette proportion est inférieure au Québec, qui ne compte que 6,2% de sa population se plaçant elle-même dans cette catégorie, presque toute concentrée à Montréal, où les minorités visibles représentent 12 % de la population.Montréal se situe donc dans la moyenne canadienne, mais loin derrière Toronto et Vancouver, où le tiers de la population fait partie d\u2019une minorité visible.Au total, les trois quarts des minorités visibles de tout le Canada se retrouvent dans les trois plus grandes villes et 42 % de ces personnes se concentrent à Toronto même.\u2022 L'intégration des immigrants en région Myriam Simard Sociologue, INRS-Urbanisation, Culture et Société La situation des immigrants en région est généralement méconnue, même si le Québec se dotait, il y a près de 10 ans, d\u2019une politique de régionalisation de l\u2019immigra- tion.Comment s\u2019effectue l\u2019intégration globale, tant linguistique que professionnelle, sociale et culturelle des immigrants en région ?Quelles difficultés particulières les grandes tendances Immigration et diversité culturelle 162 L\u2019état du Québec rencontrent-ils ?Quels sont les facteurs de leur établissement durable hors de la métropole ?Un premier bilan est rapidement tracé ici, à partir principalement des résultats d\u2019études auprès de diverses populations immigrantes en région : parents et jeunes d\u2019origine immigrée, entrepreneurs agricoles et leur relève, travailleurs agricoles saisonniers.Puisque l'immigration en région est une immigration surtout «familiale», un examen débordant le début d\u2019établissement en région et la première génération des parents s\u2019avère donc le plus approprié.Cette double perspective, diachronique et intergénérationnelle, permet une profondeur et un recul éclairants pour une vision à long terme de l\u2019immigration en région depuis les parents jusqu\u2019à leurs jeunes.Ces jeunes d\u2019origine immigrée restent-ils en région ?Quel est leur rapport au territoire régional?En outre, tout en alimentant une analyse critique de la politique de régionalisation de l\u2019immigration au Québec, laquelle fut implantée en 1992, cette approche favorise l\u2019emergence de nouvelles pistes de réflexions.Il faut toutefois garder en tête que le choix d\u2019examiner l\u2019immigration en région avec un recul suffisant obligea \u2014 inévitablement \u2014 à privilégier surtout les vagues plus anciennes d\u2019immigration en région, soit celles d\u2019origine européenne.Les caractéristiques socio-économiques favorables de cette population \u2014 en termes notamment de scolarité, d\u2019expertise, de capital financier \u2014 ne manqueront pas d\u2019influer sur leur processus d\u2019intégration en région.La réalité des autres vagues plus récentes, constituées notamment de réfugiés aux origines diversifiées, demeure donc à explorer davantage avant de tirer des conclusions définitives.De plus, la population étudiée est celle qui a « persisté» et qui s\u2019est enracinée en région, contrairement aux immigrants qui ont quitté après quelques mois ou quelques années.Le cheminement de ces derniers demeure donc méconnu et gagnerait à être étudié afin d\u2019enrichir la vision d\u2019ensemble de l\u2019immigration en région.Intégration globale en région Intégration linguistique.Les difficultés linguistiques ne ressortent pas vraiment, ni pour les parents ni pour les jeunes.Elles sont rapidement surmontées et ce, dès les premières années.Dans le contexte régional à prédominance francophone, les immigrants disent devoir se débrouiller et apprendre à communiquer rapidement avec les autres citoyens régionaux.Rares sont les allophones adultes qui ne parviennent pas à maîtriser l\u2019usage du français.Quant aux enfants, il semble que ce soit leur « accent étranger » qui occasionne des problèmes, sous la forme principalement de taquineries et de sobriquets.D\u2019où leur stratégie d\u2019adopter rapidement l\u2019accent « québécois » pour faciliter l\u2019intégration à l\u2019école et la constitution d\u2019un réseau d\u2019amis.Seuls les jeunes arrivés en région à l\u2019adolescence semblent éprouver davantage de difficultés.En fait, la question de l'intégration linguistique en région ne parait pas être un enjeu important pour les immigrants interrogés, adultes ou jeunes.Il faut cependant prendre garde de généraliser trop rapidement en raison de l\u2019origine principalement européenne de la population étudiée.Reste à voir si les immigrants récents \u2014 dont les origines sont plus diversifiées \u2014 éprouvent des difficultés particulières quant à leur intégration linguistique en région. La population 163 Il convient de souligner un résultat inédit chez les jeunes régionaux d\u2019origine immigrée, arrivés en région avec leurs parents à l\u2019âge scolaire ou préscolaire ou nés ici, à savoir leur multilinguisme.La langue d\u2019origine, le français, l\u2019anglais et l\u2019espagnol sont les plus fréquemment mentionnées.Il ressort de la majorité des entretiens une valorisation de la langue d\u2019origine, celle-ci étant considérée comme un «héritage» à conserver et à transmettre à leurs futurs enfants.Elle figure comme symbole identitaire distinctif pour ces jeunes âgés de 18 à 2g ans.Dans le contexte de mondialisation, l\u2019apprentissage et la maîtrise de plusieurs langues sont perçus comme une « richesse » indéniable.Ce multilinguisme apparaît à la fois comme stratégie gagnante pour trouver un emploi, atout pour voyager et communiquer avec les gens de divers pays et source de fierté.En ce sens, il semble être un des fondements de l\u2019ouverture des jeunes sur le monde ainsi que de leur métissage culturel et identitaire original, tel qu\u2019illustré plus loin.Intégration professionnelle.En ce qui concerne l\u2019intégration professionnelle, celle-ci est généralement positive pour les parents qui, à la faveur d\u2019expertise en demande en région à l\u2019époque de leur arrivée (années 1970-1980), occupent des emplois stables surtout dans l\u2019enseignement, la santé et l\u2019agriculture.Il faut rappeler que ces secteurs sont alors en pleine restructuration et expansion, dans la foulée de la Révolution tranquille des années i960.Peu connaissent des problèmes de déqualification, généralement liés à la reconnaissance de diplômes acquis à l\u2019étranger.Certains éprouvent des difficultés dues à des lacunes dans leurs ressources personnelles (manque de formation, moyens financiers insuffisants, accès difficile au crédit.).Ici aussi, ce portrait relativement positif doit être nuancé puisqu\u2019il semble que les individus issus des vagues d\u2019immigration plus récentes éprouvent davantage de problèmes d\u2019intégration professionnelle.En témoigne la situation instable des travailleurs agricoles saisonniers immigrants, majoritairement des immigrants récents provenant d\u2019Amérique latine et d\u2019Afrique, et qui sont transportés quotidiennement dans les régions limitrophes de Montréal en forte saison agricole.Bien que la moitié soit bien scolarisée \u2014 avec des cours postsecondaires ou universitaires \u2014 ils parviennent difficilement à faire reconnaître leurs diplômes et expertises et connaissent des conditions de travail difficiles marquées notamment par certaines pratiques discriminatoires et des mesures d\u2019hygiène et de sécurité parfois déficientes.Quant aux jeunes régionaux, qui sont pour la plupart en début de carrière, ils connaissent généralement des conditions de travail précaires.Emplois temporaires, contrats de courte durée, horaires coupés, petits boulots variés.caractérisent leur entrée dans la vie active.Cela n\u2019est nullement surprenant, la jeunesse contemporaine étant particulièrement affectée par la crise du travail qui sévit en Amérique du Nord et en Europe depuis deux décennies.Face à cette crise, ils élaborent un rapport «pragmatique» au travail en n\u2019en faisant pas l\u2019unique valeur de leur vie.Ils compensent alors par des pluri-acti-vités \u2014 telles les loisirs avec des amis, les voyages, les relations d\u2019entraide \u2014 liées à leur désir d\u2019accomplissement personnel et de valorisation de soi.Ces activités leur permettent de se réaliser en dehors du travail salarié et d\u2019acquérir de nouvelles L\u2019intégration des immigrants en région Immigration et diversité culturelle 164 L\u2019état du Québec expériences tant sociales que culturelles ou occupationnelles.La notion de qualité de vie globale y est cruciale.Intégration sociale.Une implication graduelle dans la société locale et régionale s\u2019observe chez la population immigrante d\u2019âge mûr.D\u2019abord professionnelle et syndicale dès leur arrivée en région, cette participation s\u2019étend au domaine social après environ six ans, à la faveur notamment d\u2019activités scolaires ou de loisirs avec les enfants (comités de parents, activités paroissiales, associations sportives, groupes religieux, clubs sociaux.).L\u2019engagement de l\u2019ensemble de la famille immigrante dans ces activités sociales est notable, liant autant le conjoint que la conjointe et les enfants.Puis, après une dizaine d\u2019années, l\u2019implication dans les associations politiques se remarque, à titre soit de conseillers municipaux ou de responsables de groupes d\u2019intérêts liés à l\u2019environnement ou au développement régional.Cette implication globale dans la vie locale est nul doute encouragée par la valorisation de la participation communautaire en contexte régional ainsi que par les relations personnalisées.Elle contribue à dynamiser le milieu régional et rural.Cependant, peu s\u2019engagent dans les groupements ethniques de la région, les immigrants interrogés n\u2019y voyant pas d\u2019avantages pour leur insertion et craignant même la formation de ghettos.Ce constat oblige à nuancer certaines idées préconçues, à savoir la présence obligée de noyaux régionaux de communautés ethnoculturelles pour attirer les immigrants.D\u2019autres solutions de rechange \u2014 telles des stages régionaux, du jumelage ou du parrainage informel \u2014 peuvent être mises sur pied pour compenser l\u2019absence d\u2019une masse critique d\u2019immigrants en ré- gion et assurer l\u2019accueil et l\u2019intégration en douceur des immigrants régionaux.Une certaine distance sociale avec les Québécois d\u2019origine ressort cependant des entrevues auprès de la population des parents en région.La difficulté de créer des liens profonds avec les Québécois « de souche», au-delà des rapports habituels de courtoisie a été évoquée.II en résulte un sentiment d\u2019ennui et d\u2019isolement social et culturel qu\u2019un séjour prolongé de 15 à 20 ans au pays n\u2019arrive pas à résorber complètement.Certains affirment que l\u2019intégration totale nécessite du temps et même le « sacrifice d\u2019une génération ».D\u2019autres souhaitent côtoyer davantage les Québécois «de souche», par l\u2019entremise de regroupements ouverts et multiethniques, permettant de pratiquer le français, de briser l\u2019ennui lors des principales fêtes et de se familiariser avec les coutumes et le mode de fonctionnement de la société québécoise régionale et rurale.Par contre, les jeunes régionaux d\u2019origine immigrée semblent avoir plus de facilités à créer des liens d\u2019amitié véritables avec les jeunes «de souche», à la faveur notamment d\u2019interactions soutenues dès l\u2019école.Cet aspect de distance sociale entre immigrants et natifs mériterait d\u2019être approfondi, notamment en rapport avec le mode de vie individualiste des sociétés occidentales et les éventuelles différenciations selon le cadre métropolitain/régional ou urbain/rurai.Intégration culturelle.Quant à l\u2019intégration culturelle, un regard sur les pratiques des jeunes régionaux d\u2019origine immigrée permet d\u2019avoir une perspective à plus long terme, au-delà des parents.À la faveur de leur socialisation dans deux ou plusieurs systèmes culturels, ces jeunes réalisent une recomposition culturelle et identitaire La population 165 inédite.Nullement déchirés entre deux ou plusieurs cultures \u2014 et ce à l\u2019encontre de certaines approches antérieures dans la littérature considérant la double identité comme problématique et pathologique \u2014 ces jeunes élaborent une nouvelle culture à partir d\u2019une combinaison d'éléments puisés à la fois dans les cultures d\u2019origine et québécoise.Ils empruntent autant à l\u2019une qu\u2019à l\u2019autre, créant et bricolant un projet culturel original, tirant ainsi profit de leur héritage multiple.Les termes employés à cet égard par les jeunes eux-mêmes sont évocateurs : « mixité », « mélange », « culture hybride ».Avec ces jeunes, émerge donc un nouveau rapport dynamique de \tLes grandes tendances >\tComment interpréter la variation du taux de syndicalisation depuis 1990 REVENUS, PAUVRETÉ, INÉGALITÉS >\tLes grandes tendances >\tLes régimes de retraite publics et privés sont et resteront insuffisants ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION >\tLes grandes tendances ASPECTS DE LA SANTÉ >\tLes grandes tendances LA SÉCURITÉ >\tLes tendances de la criminalité Les conditions de vie 171 Les grandes tendances Emploi et activité professionnelle Simon Langlois Sociologue, Université Laval Après avoir connu une hausse continue pendant des années en raison de l\u2019entrée massive des femmes sur le marché du travail, le taux global d\u2019activité de la population en âge de travailler a régressé quelque peu au début des années 1990, surtout parce que moins d'hommes ont été actifs, ce qui n\u2019a pas été le cas des femmes.Cette tendance à la baisse s\u2019est arrêtée en 1996, date après laquelle le taux global d\u2019activité a connu une faible hausse.Le taux de participation au marché du travail est cependant plus faible au Québec qu\u2019ailleurs au Canada.Une étude de l\u2019économiste Georges Mathews a montré que la prise en compte de ce taux de participation plus faible au marché du travail impliquait une augmentation de la distance qui se crée entre l\u2019économie québécoise et celle du reste du Canada.Féminisation du marché du travail L\u2019augmentation du taux d\u2019activité notée plus haut est due essentiellement au fait que les femmes ont accentué encore davantage leur présence sur le marché du travail.Le taux d\u2019activité global chez les femmes est maintenant de 56% en l\u2019an 2001, alors qu\u2019il est de 71,4% chez les hommes (graphique 1).Ce sont surtout les hommes âgés de plus de 55 ans qui ont quitté le marché du travail ces dernières années, alors que la proportion de femmes actives dans ce groupe d\u2019âge est nettement en hausse (graphique 2).Les années 1990 montrent cependant une certaine stabilité dans le taux de participation au marché du travail chez les hommes.La tendance au retrait notée depuis le début des années 1970 s\u2019est donc arrêtée dans les années 1990.Les deux récessions économiques au début des années 1980 et au début des années 1990 ont touché plus durement les industries productrices de biens.« Comme ces industries embauchent beaucoup d\u2019hommes, ces derniers ont subi les effets immédiats et prolongés de la réduction de l\u2019effectif dans des secteurs» (Statistique Canada, cat.71-259).Les mutations du marché du travail \u2014 notamment l\u2019emploi salarié dans les grandes entreprises industrielles \u2014 ont affecté le niveau d\u2019emploi des hommes âgés de plus de 50 ans, sans parler de l\u2019usure de la force de travail qui marque ce groupe de travailleurs, dont plusieurs sont actifs depuis l\u2019adolescence.Une autre raison explique la féminisation accrue du marché du travail.Les cohortes de femmes plus âgées, qui ont eu historiquement un taux d\u2019activité plus bas, sont en ce moment remplacées par de nouvelles cohortes de femmes qui restent actives, et c\u2019est pour cette raison que le taux de participation des femmes au marché du travail continue de croître.Le taux d'emploi est en hausse Le taux d\u2019emploi de la population donne une vue plus juste de la participation au Les grandes tendances Emploi et activité professionnelle 172 L\u2019état du Québec Graphique 1 Taux d'activité de la population âgée de 15 ans et plus (en %) selon le sexe (moyenne mobile sur 2 périodes), Québec, 1975-2001 80 75- 70- 65- 60- 55- 50- 45- 40- 35 -\t- - ¦ Moy.mobile sur 2 pér.(Hommes) Moy.mobile sur 2 pér.(Femmes) \u2014\tMoy.mobile sur 2 pér.(Total) * Moyenne des trois premiers mois, désaisonnalisées Source : Statistique Canada, Moyennes annuelles de Id population active, cat.71-529, Cansim et Ecostat, mars 2001.marché du travail car il ne porte que sur les personnes qui occupent effectivement un emploi, excluant les chômeurs et les personnes à la recherche d\u2019un travail.Ce taux montre une évolution régulière à la hausse au cours des années 1990, notamment parce que le taux de chômage a diminué et surtout parce que davantage de femmes ont été sur le marché du travail (tableau 1).L\u2019analyse de ce taux confirme que le mouvement de retrait des hommes du marché de l\u2019emploi, amorcé dans les années 1970 et décrit plus haut, a été renversé à partir de 1996.Il était au total de 61,6% en 1996 et il se situe à 64,8% en l\u2019an 2001.Le taux d\u2019emploi des femmes quant à lui est en hausse continue (51,6% en 2001).Tableau 1 Taux d'emploi de la population âgée de 15 ans et plus, au total et selon le sexe, Québec.1976-2001 \t\t\t 1976\t53,7\t70,4\t37,4 1980\t55,2\t69,6\t41,3 1985\t54,8\t65,9\t44,1 1990\t57,6\t67,0\t48,6 1995\t55,0\t62,3\t48,0 1996\t54,6\t61,6\t47,8 1997\t55,0\t61,9\t48,4 1998\t56,1\t62,9\t49,5 1999\t57,0\t64,0\t50,2 2000\t57,9\t64,7\t51,4 2001*\t58,1\t64,8\t51,6 \"Moyenne des trois premiers mois, désaisonnalisées Source: Statistique Canada, Moyennes annuelles de la population active, cat.71-529 et Cansim. Les conditions de vie 173 Graphique 2 Taux d'activité de la population âgée entre 45 et 64 ans en % selon le sexe (moyenne mobile sur 2 périodes), Québec, 1975-2000 90 80 70- - - - ¦ Moy.mobile sur 2 pér.(Femmes/45-64) 60-\t\u2014 Moy.mobile sur 2 pér.(Hommes/45-64) 30 | inr^oi\u2019- rouillai*\u2014 on in\to r^r^r^oooooooococncxitnCTiO'i Source : Statistique Canada, Moyennes annuelles de la population active, cat.71-529, Cansim.Le travail à temps partiel plafonne L\u2019emploi à temps partiel a occupé une part grandissante de l\u2019emploi total au cours des années 1970 et 1980 mais la croissance de cette forme d\u2019emploi s\u2019est arrêtée en 1993.(Statistique Canada a modifié la définition du travail à temps partiel.Certains emplois réguliers occupés moins de trente heures par semaine \u2014 pilotes d\u2019avion, par exemple \u2014 sont inclus dans les emplois à temps plein.Les données ont été révisées à partir de 1987.Avant cette date, elles ne sont pas strictement comparables).Depuis 1993, l\u2019emploi à temps partiel plafonne autour de 17,5% de l\u2019ensemble (graphique 3).On ne peut plus parler de hausse du travail à temps partiel au cours des années 1990.Un peu plus du quart des femmes en emploi travaillaient à temps partiel (25,7%), contre un peu plus du dixième chez les hommes en 2001 (10,3 %).Ces proportions sont assez stables depuis 1993, tant chez les hommes que chez les femmes.Les hommes occupent environ 30% de l\u2019ensemble de ces emplois, les femmes y étant encore largement majoritaires.Il faut cependant signaler que la proportion de femmes en emploi à temps partiel n'augmente a peu près plus depuis vingt ans, contrairement à ce qui se passait dans les années 1970 (voir la courbe du haut dans le graphique 3).Professions et secteurs d'emploi Il est difficile de comparer dans le temps l\u2019évolution des effectifs dans les différentes professions compte tenu des nombreux changements qui interviennent sur le marché du travail.Par exemple, le travail Les grandes tendances Emploi et activité professionnelle 174 L\u2019état du Québec Graphique 3 Population active à temps partiel au total et selon le sexe en % (moyenne mobile sur 2 périodes), Québec, 1976-2000 30 Moy.mobile sur 2 pér.(Hommes) \u2014\tMoy.mobile sur 2 pér.(Femmes) -\t\u2022 Moy.mobile sur 2 pér.(Total) * Données révisées à partir de 1987 pour tenir compte d'une nouvelle définition du travail à temps partiel.Source: 1975 à 1985, Statistique Canada, Moyennes annuelles de la population active, cat.71-529 ; 1987 à 1999, données révisées de Statistique Canada selon la nouvelle définition du travail à temps partiel, Cansim.de bureau s\u2019est considérablement transformé depuis une vingtaine d\u2019années avec l\u2019arrivée des ordinateurs sans oublier la réorganisation du travail au sein des entreprises.Il en va de même pour le travail manuel ou le travail sur la ferme.Les compétences requises peuvent aussi varier considérablement au sein d\u2019un même secteur.Le tableau 2 présente la distribution des types de professions selon le sexe construite à partir des données des deux derniers recensements.La gestion au sens large occupe une place plus importante dans les années 1990 avec un emploi sur dix et il en va de même pour les emplois de techniciens.Ces deux types d\u2019occupations sont typiques du nouveau marché du travail qui s\u2019est mis en place ces dernières années.Les femmes occupent une part un peu moindre que les hommes dans le premier de ces deux types \u2014 la gestion au sens large \u2014 mais non dans le second, les emplois de techniciens.Dans ce dernier cas, cependant, elles sont surtout concentrées dans les emplois qui impliquent des relations avec les personnes (techniques sociales, emplois techniques dans les hôpitaux ou l\u2019administration) alors que les hommes sont plus nombreux comme techniciens dans le secteur des nouvelles technologies. Les conditions de vie 175 Tableau 2 Type de professions en pourcentage selon le sexe, Québec, 1991-1996 \t\t\t\t\tmm\t \t\t\t\t\tm\t Cadres supérieurs\t1,9\t0,5\t1,2\t1,7\t0,5\tU Gestionnaires et cadres intermédiaires\t11,9\t7,1\t9,8\t10,8\t7,1\t9,2 Professionnels\t7,4\t5,2\t6,4\t8,3\t6,1\t7,3 Semi-professionnels\t3,2\t9,3\t5,9\t3,2\t9,6\t6,1 Techniciens\t8,8\t10,0\t9,4\t8,8\t10,7\t9,7 Contremaîtres-superviseurs/policiers\t5,1\t1,9\t3,7\t4,7\t2,0\t3,5 Employés de bureau\t6,1\t27,1\t15,4\t6,4\t24,7\t14,6 Employés vente et service\t16,7\t21,3\t18,7\t17,3\t20,9\t18,9 Ouvriers et cols bleus\t35,4\t13,7\t25,8\t33,6\t12,9\t24,3 Exploitants agricoles, pêche et horticulture\t1,7\t0,6\t1,2\t1,6\t0,7\t1,2 Autres occupations et professions\t1,9\t3,4\t2,6\t3,6\t4,9\t4,2 Total %\t100\t100\t100\t100\t100\t100 N\t1 972 310\t1 565 335\t3 537 640\t1 944 100\t1 592 100\t3 536 205 Sources : Recensement du Canada, 1991, 1996, Données-échantillons (20%), www.statcan.ca.; calculs de l'auteur.Tableau 3 Secteurs d'emplois des personnes actives, Québec, 1987-1999 \t\t\t\t\t Gestion\t8,1\t9,2\t9,6\t8,8\t8,7 Affaires, finance et administration\t19,2\t19,0\t17,4\t17,0\t17,5 Sciences naturelles et appliquées et professions apparentées\t4,0\t4,4\t4,9\t5,6\t5,9 Secteur de la santé\t5,1\t5,2\t5,5\t5,2\t5,5 Sciences sociales, enseignement, adm.publique et religion\t6,0\t5,6\t6,6\t6,9\t6,7 Arts, culture, sports et loisirs\t2,7\t2,6\t2,7\t2,9\t3,0 Ventes et services\t23,1\t23,4\t23,2\t23,5\t23,3 Métiers, transport et machinerie\t15,9\t15,3\t14,0\t13,2\t13,6 Professions propres au secteur primaire\t3,5\t3,0\t3,0\t3,1\t2,9 Transformation, fabrication et services d'utilité publique\t9,5\t10,0\t9,1\t9,7\t9,6 Autres classifications\t3,0\t2,3\t4,0\t4,2\t3,4 Total\t100\t100\t100\t100\t100 Sources: Statistique Canada, Statistiques chronologiques sur la population active, Ottawa, cat.71-201; calculs de l'auteur.Les grandes tendances Emploi et activité professionnelle 176 L\u2019état du Québec Tableau 4 Secteurs d'emplois des personnes actives selon le sexe en %, Québec, 1990-1999 \t\t\t\t\t\t\t\t Gestion\t11,3\t6,6\t11.8\t6,8\t10,4\t6,8\t10,6\t6,3 Affaires, finance et administration\t9,9\t30,8\t8,9\t28,2\t9,1\t26,7\t8,8\t28,2 Sciences naturelles et appliquées et professions apparentées\t6,5\t1,8\t7,2\t2,0\t8,3\t2,2\t8,6\t2,5 Secteur de la santé\t2,0\t9,4\t2,2\t9,6\t2,2\t8,9\t2,6\t9,1 Sciences sociales, enseignement, adm.publique et religion\t4,2\t7,3\t5,3\t8,3\t5,1\t9,2\t5,0\t8,8 Arts, culture, sports et loisirs\t2,3\t3,0\t2,3\t3,2\t2,5\t3,3\t2,6\t3,5 Ventes et services\t19,8\t28,0\t19,1\t28,4\t19,6\t28,2\t19,3\t28,2 Métiers, transport et machinerie\t25,5\t1,9\t24,0\t1,6\t22,4\t1,9\t23,0\t2,0 Professions propres au secteur primaire\t4,3\t1.3\tïi\u201d\t1,2\t4,5\t1,4\t4,2\t1,2 Transformation, fabrication et services d'utilité publique\t12,1\t7,3\t10,9\t6,7\t11,8\t7,0\t12,0\t6,7 Autres classifications\t10\t2,6\t3,9\t4,0\t4,0\t4,4\t3,3\t3,5 Total\t100\t100\t100\t100\t100\t100\t100\t100 Sources : Statistique Canada, Statistiques chronologiques sur la population active.Ottawa, cat.71 -201 ; calculs de l'auteur Le quart de la main-d\u2019œuvre occupe des emplois d\u2019ouvriers et de cols bleus, types de professions où l\u2019on trouve moins de femmes, plus fortement représentées chez les employés de bureau, un type d\u2019occupations dont l\u2019importance relative est un peu en régression à la fin des années 1990, La part des occupations dans la vente et les services est stable.11 s\u2019agit d\u2019un type d\u2019emploi qui, bien que les femmes y soient plus nombreuses, comprend une proportion importante d\u2019hommes.On notera enfin que les emplois dans le secteur de l\u2019exploitation agricole et horticole sont maintenant marginaux dans l\u2019ensemble.Les tableaux suivants (tableaux 3 et 4) présentent la distribution des secteurs d\u2019emploi dans lesquels œuvre la population active depuis 1987.Soulignons qu\u2019on trouve dans chaque secteur une grande variété de professions.Par exemple, le secteur de la santé regroupe les médecins spécialistes, les techniciens de laboratoire, les infirmières, les préposés aux malades ou les personnes affectées à l\u2019entretien.Les secteurs des sciences naturelles et appliquées, le secteur des sciences sociales et des arts et celui de la santé sont en croissance, alors que celui des emplois manuels est en régression.Baisse du taux de syndicalisation Le taux de syndicalisation a décliné de façon importante depuis 1990, passant de 46,9% à 39,9% en 2000 (tableau 5).Il demeure cependant beaucoup plus élevé que le taux observé aux États-Unis ou en France, par exemple [voir article suivant].Conflits de travail : dix ans d'accalmie On a observé une nette diminution des conflits de travail mesurés par différents indicateurs qui ont tous été en baisse durant les années 1990 : moins de conflits de travail, moins de travailleurs touchés et moins de jours-personnes perdus.Les années 1990 ont été nettement moins troublées par des conflits de travail que les Les conditions de vie 177 Tableau 5 Taux de syndicalisation, conflits de travail au cours de l'année, travailleurs touchés et jours-personnes perdus, Québec, 1970-2000 \t\t\t\t \t\t\t\t 1970\t\t126\t73 189\t1 417 560 1975\t\t362\t135 765\t3 204 930 1980\t\t344\t174 047\t4 314 999 1985\t\t270\t44 491\t1 143 768 1990\t46,9\t190\t128 442\t1 117 054 1991\t48,5\t169\t43 096\t641 787 1992\t49,7\t138\t16 164\t419 647 1993\t46,4\t142\t47 361\t516 984 1994\t43,8\t104\t12 907\t318 922 1995\t41,9\t76\t47 944\t508 659 1996\t41,8\t88\t14 696\t387 339 1997\t41,4\t86\t22 502\t324 020 1998\t39,8\t105\t98 982\t723 609 1999*\t39,5\t124\t25 257\t652 747 2000*\t39,9\t97\t25 600\t348 881 * Données préliminaires.Une nouvelle procédure d'enregistrement des arrêts de travail entraîne désormais une augmentation du nombre de conflits dans les tableaux statistiques.Toute comparaison de ces nouveaux chiffres avec ceux de l'ancienne série de tableaux devient donc hasardeuse.Source: Revue chronologique de la population active, 1999, d'après l'Enquête sur la population active et Travail Québec, Les arrêts de travail et l'échéance des conventions collectives (01-01-26) années 1980, et surtout les années 1970.Cette tendance se maintiendra-t-elle ?Rien ne laisse présager un retour au climat conflictuel des années 1970.Plusieurs raisons expliquent la forte réduction des conflits de travail caractéristique des années 1990.Depuis dix ans, les entreprises ont modifié leurs pratiques en matière de relations de travail et la gestion de ce qu\u2019il est convenu d\u2019appeler les ressources humaines se fait selon un approche plus participative.On cherche à intéresser les employés au développement de l\u2019entreprise davantage qu\u2019à exploiter le maximum de la main-d\u2019œuvre.Le perfec- tionnement et l\u2019amélioration des relations humaines ont la cote.Le chômage élevé des dernières années, l\u2019ouverture des marchés, la concurrence plus vive venant de l\u2019étranger, les effets de rationalisation au sein même des entreprises sont autant de facteurs qui ont miné peu à peu le pouvoir de négociation des grands syndicats qui peuvent plus difficilement mobiliser les employés et les ouvriers.À cela s\u2019ajoute enfin un changement dans l\u2019idéologie tant des syndicats que des entreprises qui semblent moins portés vers l\u2019affrontement.Les conflits de travail et les conflits en milieu de travail persistent, mais ils n\u2019impliquent Les grandes tendances Emploi et activité professionnelle 178 L\u2019état du Québec plus d\u2019opposition radicale ni de grèves dans la recherche de règlement.À ces raisons, il faut ajouter une interprétation plus sociologique, d'inspiration tocquevillienne.Les conflits se durcissent souvent en périodes de prospérité et les individus paraissent alors plus insatisfaits et plus revendicateurs parce que l\u2019amélioration des chances objectives entraîne une extension des aspirations.Au contraire, en période de restrictions, ou lorsque la situation leur apparaît moins favorable, ils seraient alors moins portés à s\u2019engager dans des remises en cause plus radicales.Cette explication rend compte de la grande différence entre le climat social des années soixante et des années quatre-vingt.Le taux de chômage régresse après une longue période de hausse Le taux de chômage évolue de manière cyclique.Après avoir atteint un sommet en 1983 (13,9%), il a décliné jusqu\u2019en 1989 (9,3%), pour ensuite remonter jusqu\u2019en 1993 (13,2%).Il a régressé jusqu\u2019à l\u2019année dernière (8,4%), et il s\u2019est stabilisé au début de l\u2019année 2001 (8,6%) (graphique 4).Cependant, deux changements majeurs se sont produits depuis vingt ans dans la composition du groupe des chômeurs qui n\u2019est plus tout à fait le même.Tout d\u2019abord, les hommes chôment plus que les femmes au cours des années 1990, ce qui était le contraire au début des années 1980 (graphique 4).Ensuite, il y a une hausse du taux de chômage dans la Graphique 4 Taux de chômage en % selon le sexe, Québec, 1975-2000 15 Femmes I Hommes o O o CM Source : Statistique Canada, Moyenne annuelle de la population active, cat.71-529 et CANSIM. Les conditions de vie 179 dernière moitié de la vie active, après 45 ans, comparé aux chiffres du début des années 1980.Cette dernière évolution est sans doute liée à la hausse du taux de chômage chez les hommes.La situation s\u2019est nettement améliorée dans le groupe des travailleurs plus âgés depuis le milieu des années 1990, après plusieurs années de détérioration.Le chômage des jeunes s'atténue Même s\u2019ils ont toujours connu un haut taux de chômage, les jeunes sont quant à eux moins affectés dans les années 1990 qu\u2019ils ne l\u2019ont été au cours des années 1980 (graphique 5).Les jeunes de 20 à 24 ans ont quelque peu profité de la vigueur de l\u2019économie.Le taux de chômage a régressé davantage dans ce groupe d\u2019âge au cours des dernières années et il est maintenant de 11,5 %.\u2022 Graphique 5 Taux de chômage en % selon le groupe d'âge, Québec, 1975-2000 ¦ 20-24 ?25-44 ¦ 46-64 Source: Statistique Canada, Moyenne annuelle de la population active, cat.71-529 et CANSIM.Références Georges Mathews, «L\u2019essoufflement de l\u2019économie québécoise face à l\u2019économie canadienne», dans Recherches sociographiques, 2-3,1998: 363-391.Les grandes tendances Emploi et activité professionnelle 180 L\u2019état du Québec Comment interpréter la variation du taux de syndicalisation depuis 1990?Jacques-André Lequin Département des relations industrielles, Université du Québec à Hull La baisse du taux de syndicalisation rapportée par Simon Langlois [noir l'article précédent ainsi que celui publié dans Québec 2001] mérite des explications et des commentaires méthodologiques.Selon la méthode choisie (tableau 1), le nombre de salariés assujettis à une convention collective varie, entre 1990 et 2000, d\u2019un maximum de près de 50% (49,7% en 1992) à un minimum d\u2019environ 40% (39,4% en 1998) de l'ensemble des emplois.Quant au taux de syndicalisation (mesuré par le membership syndical), la baisse est de l\u2019ordre de 3% pour la première moitié de la décennie (42,8% en 1992 ; 40,2% en 1994).L'enquête sur la population actiue (EPA) de Statistique Canada montre une variation de moins de 2% de 1997 à 2000.Enfin, selon l\u2019étude de Mainville et Olineck (1999), qui utilise des statistiques proches de celles de l\u2019EPA pour les années 1993-95, la variation serait de l\u2019ordre de 3 % ; le conditionnel doit être employé puisque la méthode de récolte des données passe de la compilation des déclarations d'effectifs faites par les syndicats (1990-1995) à l\u2019échantillonnage de la population active (1996-2000).Les problèmes méthodologiques seront repris plus loin dans ce texte.L\u2019écart entre le pourcentage de salariés assujettis et le taux de syndicalisation n\u2019est pas surprenant.Les différences méthodologiques associées à la production de ces statistiques expliquent cet écart.Ce qui est important, c\u2019est le parallèle entre ces statistiques : les deux atteignent leur maximum en 1992 et leur minimum en 1999 ; de plus, les deux augmentent légèrement en 2000.Donc, peu importe la statistique employée, il y une diminution relative de la présence syndicale durant cette période.Tableau 1 Présence syndicale au Québec \t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t Taux de syndicalisation %\t41,1\t42,6\t42,8\t42,5\t40,2\t40,8\t\t\t\t\t Marché du travail Taux de syndicalisation %\t\t\t\t\t\t\t\t36,9\t35,3\t35,4\t36,1 Travailleurs assujettis %\t46,9\t48,5\t49,7\t46,4\t43,8\t41,9\t41,8\t41,4\t39,8\t39,4\t39,9 EPA - Perspective Taux de syndicalisation %\t\t\t\t38,8\t37,5\t37,2\t\t37,4\t36,0\t35,9\t36,1 Travailleurs assujettis %\t\t\t\t\t\t\t\t41,9\t40,5\t40,3\t39,7 Sources: CALURA Statistique Canada cat.No 71-202 Marché du travail Ministère du Travail, Québec, EPA ¦ Perspective : Statistique Canada cat.No 75-001-SPF Les conditions de vie 181 Quelques explications Il ne s\u2019agit pas ici de démontrer statistiquement la raison de cette baisse, mais de souligner les variables qui feraient partie d\u2019une telle démonstration.Au risque d\u2019énoncer une lapalissade, notons que le taux de syndicalisation s\u2019obtient de la division du nombre de syndiqués par le nombre total d\u2019emplois.Ce taux peut donc varier parce que: i) il y a plus au moins de syndiqués pour un nombre d\u2019emplois constant, ou 2) pour un nombre Tableau 2 Nombre d'emplois par industrie .Québec, 1990-2000 (SCIAN)* \t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t Agriculture*\t67,1\t67,1\t63,2\t65,7\t74,1\t68,1\t66,5\t8208\t68,5\t62,6\t61,7 Primaires*\t48,1\t45,5\t41,1\t37,1\t43,0\t46,4\t41,5\t41,7\t45,8\t37,6\t40,6 Sen/, publics*\t32,0\t32,5\t33,1\t33,1\t33,3\t32,3\t34,5\t31,1\t30,4\t26,6\t26,8 Construction\t177,6\t155,7\t147,6\t140,7\t146,4\t140,6\t137,3\t126,6\t122,9\t132,6\t139,7 Fabrication\t599,3\t551,4\t534,5\t535,3\t533,2\t555,1\t546,6\t584,4\t609,0\t640,7\t629,0 Production * (sous-total) 924,1\t\t852,1\t819,4\t801,8\t830,0\t842,5\t826,3\t846,4\t876,6\t900,2\t897,9 Commerce\t505,7\t520,5\t504,2\t480,9\t497,1\t504,0\t502,0\t499,9\t503,9\t518,3\t552,6 Transport*\t153,4\t146,6\t143,2\t142,3\t144,7\t147,6\t146,2\t153,2\t159,8\t162,8\t172,9 Finance*\t183,7\t187,1\t187,0\t189,0\t189,5\t195,0\t201,3\t197,7\t180,9\t176,6\t182,2 Sen/, professionnels*\t112,6\t125,0\t121,1\t128,5\t131,8\t139,9\t143,7\t161,5\t184,3\t196,1\t200,2 Gestion*\t69,7\t66,4\t67,8\t69,7\t76,0\t86,5\t91,4\t88,9\t101,9\t103,0\t111,7 Sen/, enseignement*\t203,2\t197,8\t207,9\t208,7\t216,0\t222,4\t224,9\t219,6\t229,2\t233,4\t220,0 Soins de santé*\t328,3\t335,2\t340,1\t344,3\t343,2\t349,0\t343,6\t332,8\t330,7\t347,7\t378,8 Information*\t113,3\t111,1\t107,6\t109,5\t113,4\t117,1\t127,5\t134,4\t135,8\t142,7\t145,3 Hôtel, resto*\t179,7\t179,1\t177,2\t184,7\t185,2\t180,9\t182,1\t190,2\t206,7\t197,0\t202,9 Autres services\t159,5\t147,6\t148,9\t157,8\t164,1\t158,3\t155,5\t165,9\t173,6\t178,9\t167,1 Adm.publiques\t208,0\t213,2\t217,1\t222,7\t209,6\t204,4\t201,4\t204,5\t198,2\t200,9\t206,2 Services (sous-total)\t2217,3\t2229,5\t2222,1\t2238,1\t2270,6\t2305,1\t2319,6\t2384,6\t2404,9\t2457,3\t2539,9 Total\t3141,4\t3081,6\t3041,5\t3039,9\t3100,6\t3147,6\t3145,9\t3195,1\t3281,5\t3357,5\t3437,8 Tableau 279.0012 préparé par CANSIM ; source : Statistiques chronologiques sur la population active 2000, Statistique Canada cat.No 71-201-XPB * Abréviation SCIAN: Système de naicsp2002_f.htm) Agriculture Primaire Serv.publics Production Transport Finance Serv.professionnels Gestion Serv.enseignement Soins de santé Information Hôtel, resto classification des industries de l'Amérique du Nord (www.statcan.ca/francais/Subjects/Standard/ Agriculture, foresterie et pêche Extractions minières et extraction de pétrole et de gaz Services publics (distribution de gaz, électricité.) Secteur de la production de biens Transport et entreposage Finance, assurances, immobilier et location Services professionnels, scientifiques et techniques Gestion des entreprises, services administratifs et autres services de soutien Services d'enseignement Soins de santé et assistance sociale Information, culture et loisirs Hébergement et services de restauration Comment interpréter la variation du taux de syndicalisation depuis 1990? Emploi et activité professionnelle 182 L\u2019état du Québec de syndiqués constant, le nombre d\u2019emplois varie.Évidemment, on devine que dans la réalité les deux phénomènes se produisent simultanément.Le système SC1AN (1997) reflète bien la nouvelle configuration économique.En effet, dans l\u2019ancien système (vers i960), les éléments regroupés dans le secteur de la production des biens étaient des catégories indépendantes, alors que les nouvelles catégories « services professionnels, gestion, enseignement, soins de santé, information et hébergement» se trouvaient presque toutes dans une catégorie appelée «services communautaires, commerciaux et personnels ».Cela indique bien les changements structuraux qui se sont passés.D\u2019abord une économie basée sur l\u2019agriculture et les richesses naturelles, puis une industrie manufacturière et maintenant une économie de services.Le syndicalisme a surtout pris son essor dans l\u2019industrie minière et manufacturière et sa croissance dans le secteur des services est plutôt limitée à l\u2019administration publique (fédéral, provincial, régional et municipal) et aux secteurs parapublics (hôpitaux, CLSC, enseignement primaire, secondaire et collégiale, etc.) et péripublics (universités, SAQ, etc.) (voir tableau 3).Or, ce sont ces secteurs qui sont en relatif déclin dans l\u2019économie alors que les secteurs en expansion sont peu syndiqués.Comme le montre Bergeron (1994), les années quatre-vingt-dix ont été marqué par plusieurs diminutions (ou rationalisations, pour ceux qui préfèrent cet euphémisme) d\u2019emploi chez plusieurs grands employeurs et plus particulièrement chez ceux du secteur public.Au Québec, les administrations publiques (les fonctions publiques fédérale, provinciale et municipales) sont plus fortement syndiquées que la moyenne canadienne: pour la période 1990-2000, plus de 75 % des employés sont syndiqués et près de 90% sont assujettis à une convention collective.Or, l\u2019emploi chez ces groupes connaît un sommet en 1993 (plus de 222 000 emplois) pour diminuer à presque 198 000 en 1998.On remarque des variations similaires dans d\u2019autres secteurs fortement syndiqués tels les services publics (Hydro-Qué-bec, Gaz Naturel, etc.) et la construction.La corrélation entre les variations de l\u2019emploi dans les secteurs syndiqués et celles de la présence syndicale permet de penser que les baisses d\u2019emplois dans ces secteurs expliquent une bonne partie de la baisse du taux de syndicalisation.Cette hypothèse est d\u2019autant plus crédible que la reprise de l\u2019emploi dans ces mêmes Tableau 3 Pourcentage de la main-d'œuvre et densité syndicale selon le secteur d\u2019activité au Canada \t\t Tous les secteurs\t100\t33,7 Secteur privé des biens\t26,9\t37,9 Secteur public/parapublic\t32,7\t58,6 Secteur privé des services\t40,4\t10,7 Source : Statistique Canada, Enquête sur ta population active, janvier-février 1990.Tableaux spéciaux pour l'auteur (n d I r Bergeron 1994) Les conditions de vie 183 secteurs en 1999 et 2000 semble aussi marquer une remontée de la présence syndicale ou, à tout le moins, une fin de son déclin.Variation du nombre d'emplois Le début des années 90 est difficile, il est marqué par une baisse ou une stagnation de la population active et du nombre d\u2019emplois.L\u2019année la plus difficile est 1993 avec un taux de chômage de 13,3 % (tableau 4).Il est peu surprenant que ces années marquent une forte présence syndicale, les travailleurs syndiqués ayant généralement une meilleure sécurité d\u2019emploi.La décennie se termine mieux qu\u2019elle ne débute avec une baisse du taux de chômage et une augmentation de la population active et du nombre d\u2019emplois.S\u2019il n\u2019y a pas de hausse correspondante de la présence syndicale, c\u2019est \u2014 comme mentionné précédemment \u2014 que cette création d\u2019emplois se fait en bonne partie dans des secteurs peu syndiqués.Au Québec, comme ailleurs en Amérique du Nord, il y a eu un déplacement de l\u2019économie vers le secteur des services et des industries liées « à la nouvelle économie ».Ainsi, durant cette décennie (1990-2000), on observe une augmentation pratiquement ininterrompue (tableau 2) du nombre d\u2019emplois dans les secteurs tra- ditionnellement peu syndiqués : finance (i.e.banques, assurances, courtage, etc.) syndiquée à moins de 10%, services professionnels (soit bureaux d\u2019architectes, d\u2019ingénieurs, d\u2019avocats, etc.) syndiqués à moins de 5 %, gestion (services administratifs et services de soutien) syndiquée à moins de 20%.L\u2019augmentation dans ces secteurs tend à réduire la présence syndicale en augmentant le nombre d\u2019emplois non syndiqués.Problèmes méthodologiques Déterminer le taux de syndicalisation peut sembler évident, mais l\u2019exercice est complexe.Cette note méthodologique expliquera surtout les modifications dans la collecte des données quant au nombre de syndiqués.Travailleurs assujettis.Le gouvernement du Québec a opté pour le nombre de travailleurs assujettis à une convention collective.Ce choix à l\u2019avantage de mieux mesurer l\u2019impact économique de la présence syndicale.Un travailleur peut être assujetti à une convention collective sans être membre du syndicat signataire de cette convention.Un tel cas peut se produire parce que la convention collective ne prévoit pas l\u2019adhésion obligatoire au syndicat ou parce qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un nouveau travailleur Tableau 4 Population active, emplois et chômage, Québec 1990-2000 \t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t Population active\t3504,3\t3507,2\t3483,4\t3502,2\t3537,2\t3554,5\t3569,2\t3606,2\t3660,2\t3701,6\t3753,2 Nombre d'emplois\t3141,4\t3081,6\t3041,5\t3039,9\t3100,6\t3147,6\t3145,6\t3195,1\t3281,5\t3357,5\t3437,8 Taux de chômage %\t10,4\t12,1\t12,7\t13,3\t12,3\t11,4\t11,9\t11,4\t10,3\t9,3\t8,4 Source: Statistiques chronologiques sur la population active 2000, Statistique Canada cat.No 71-201-XPB Comment interpréter la variation du taux de syndicalisation depuis 1990? Emploi et activité professionnelle 184 L\u2019état du Québec Tableau 5 Assujettisement à une convention collective, Canada, 1999 \t\t\t Total\t3 882\t92,6\t7,4 Secteur\t\t\t public\t2 006\t94,4\t5,6 privé\t1 876\t90,7\t9,3 Âge 15 à 24 ans\t277\t87,1\t12,9 25 à 54 ans\t3 249\t92,9\t7,1 55 ans et plus\t356\t94,2\t5,8 Région Atlantique\t270\t95,2\t4,8 Québec\t1 124\t89,6\t10,4 Ontario\t1 345\t94,0\t6,0 Prairies\t608\t91,1\t8,9 C.B.\t536\t95,8\t4,2 Source : Akyeampong (2000) en période de probation (voir Altytampong, 2000).Le nombre de travailleurs assujettis est donc plus élevé que le nombre de syndiqués.Cette mesure est moins adéquate si on veut mesurer l'importance socio-politique du mouvement syndical, sa capacité de mobiliser les travailleurs ou la ferveur syndicale chez les travailleurs.L\u2019étude d\u2019Akyeampong (2000) montre que la proportion de travailleurs assujettis non syndiqués varie de 5% à 12% de l\u2019ensemble des travailleurs assujettis dénombrés au tableau 5.On remarquera que le secteur public a un plus haut pourcentage de syndiqués parce que l\u2019adhésion obligatoire au syndicat y est plus répandue.Le fort pourcentage de non-membres chez les jeunes peut s\u2019expliquer en partie parce qu\u2019ils sont plus nombreux à être en période de probation.Finalement, au Québec, le plus fort pourcentage de non-membres pour- rait être dû au précompte syndical obligatoire depuis 1977.(Le Code du travail \u2014 L.R.Q.c.C-27, art.47 \u2014 prévoit que, une fois le syndicat accrédité, l\u2019employeur doit retenir la cotisation syndicale sur le salaire de tous les travailleurs assujettis ; il est donc possible que les syndicats québécois insistent moins pour négocier une clause obligeant tous ces travailleurs à adhérer au syndicat comme condition d\u2019emploi).Le principal problème réside dans la façon dont le nombre de travailleurs assujettis est établi.Lors de la signature d\u2019une convention collective, une copie de celle-ci est déposée au ministère du Travail et le formulaire qui accompagne ce dépôt demande qu\u2019on indique le nombre de travailleurs assujettis.Outre les questions liées à l\u2019exactitude des renseignements fournis, ces chiffres ne tiennent pas compte des fluctuations qui surviennent durant la vie de cette convention collée- Les conditions de vie 185 tive, problème d\u2019autant plus inquiétant qu\u2019une convention collective peut durer plusieurs années.Travailleurs syndiqués.Au Canada, il y a eu deux façons de calculer le nombre de syndiqués : 1- la déclaration à CALURA et 2- par EPA.La première façon couvre la période de 1976 à 1995 et la deuxième de 1997 à aujourd\u2019hui; d\u2019où un «trou» en 1996.CALURA (Corporations and Labour Unions Returns Art) est l\u2019acronyme le plus utilisé pour désigner la Loi sur les déclarations des personnes morales et des syndicats.Cette loi prévoyait que les syndicats fassent parvenir annuellement au gouvernement des renseignements concernant leur membership et leurs états financiers ; Statistique Canada était responsable de la collecte et de la compilation des données.L\u2019avantage de CALURA était qu\u2019on rejoignait ainsi l\u2019ensemble des syndicats de plus de 100 membres.Le problème en était un de fiabilité.Pour un syndicat, le membership est une mesure de son poids politique à l\u2019intérieur du mouvement syndical ; ainsi le nombre de délégués auquel un syndicat a droit au sein de sa fédération ou sa centrale syndicale est déterminé par son membership.C\u2019est aussi la mesure de ses obligations financières envers sa fédération ou sa centrale ; il doit verser à celle-ci soit un pourcentage des cotisations syndicales perçues, soit un montant forfaitaire par membre.Depuis 1997, l\u2019EPA demande si le répondant est membre d\u2019un syndicat ou assujetti à une convention collective.Cette enquête canadienne se fait sur la base d\u2019un large échantillonnage mensuel de la population (62 000 ménages ; Guide d'utilisation des données de L'EPA, Statistique Canada cat.No 71-529).L\u2019avantage de l\u2019EPA est sa fiabilité et sa consistance d\u2019une année à l\u2019autre.CALURA aboutit à un nombre de syndiqués supérieur de 5 % à 7 % aux données de l\u2019EPA.Parmi les différences les plus notables, mentionnons le fait que CALURA faisait entrer dans son calcul les syndiqués en chômage ou pensionnés ; CALURA ne pouvait pas savoir si un travailleur était compté plusieurs fois du fait qu\u2019il avait changé d\u2019emploi ; il comptait aussi certains travailleurs autonomes syndiqués et se limitait aux syndicats de plus de 100 membres.L\u2019EPA étant basé sur un échantillonnage, cela permet d\u2019une part d\u2019éliminer les problèmes liés au changement d\u2019emploi et au seuil des 100 membres et, d'autre part, d\u2019exclure les chômeurs, les pensionnés et les travailleurs autonomes.Galarneau (voir références) estime qu\u2019on explique ainsi plus de la moitié de la différence entre CALURA et EPA.Pour le reste, le choix du dénominateur (c\u2019est-à-dire la façon dont on calcule le nombre total d\u2019emplois) semble être l\u2019explication.Régions frontalières.Enfin, les régions frontalières posent une autre difficulté dans le décompte des syndiqués.La région de l\u2019Outaouais, par exemple, où des dizaines de milliers de Québécois ont des emplois syndiqués à Ottawa; ces syndiqués doivent-ils être inclus parmi les syndiqués québécois ou ontariens?(Beaucage et Lequin, 1994) Pas de conclusion hâtive.La baisse observée de la présence syndicale de 1993 à 1999, calculée selon le nombre de travailleurs assujettis ou selon le taux de syndicalisation, semble bien être liée à des phénomènes conjoncturels (rationalisation de l\u2019emploi) et structuraux (nouvelle économie).II Comment interpréter la variation du taux de syndicalisation depuis 1990? Emploi et activité professionnelle 186 L\u2019état du Québec est trop tôt pour dire si les années 199g et 2000 marquent une stabilisation ou une remonté de la présence syndicale.Si la baisse enregistrée du nombre de travailleurs assujettis \u2014 près de 10% \u2014 semble spectaculaire, c\u2019est celle du taux de syndicalisation qui doit retenir notre attention et elle est beaucoup plus modeste \u2014 de l\u2019ordre de 2 % à 3 %.Le nombre de travailleurs assujettis est beaucoup plus sensible aux variations conjoncturelles.En effet, lorsqu\u2019il y a une réduction de personnel, ce sont les plus jeunes employés qui sont mis à pied ; lorsque la conjoncture s\u2019améliore, ils seront rappelés au travail.Par contre, une variation du taux de syndicalisation peut indiquer un changement structurel, une réorganisation de l\u2019économie.Ainsi, lorsqu\u2019une entreprise ferme une de ses usines pour se relocaliser à l\u2019étranger ou pour aller en sous-traitance, il n\u2019est pas évident que les employés pourront se retrouver un emploi syndiqué.Les nouveaux emplois créés sont généralement non syndiqués, de même que les emplois créés par la «nouvelle économie ».Il n\u2019est pas dit que ces emplois non syndiqués ne seront pas syndiqués dans un avenir plus ou moins proche.Les tentatives de syndicalisation dans des nou- Références Akyeampong, Ernest B., «Aperçu statistique du mouvement syndical ouvrier», Perspective, Statistique Canada, No cat.75-001-XPF, automne 1997.-\t« Augmentation du taux de syndicalisation chez les femmes », Perspective, Statistique Canada, No cat.75- 001-XPF, hiver 1998.-\t« Le point sur la syndicalisation », Perspective, Statistique Canada, No cat.75-001-XPF, automne 1999.-\t« Non-syndiqués assujettis à une convention colletive », Perspective, Statistique Canada, No cat.75-001 - XPF, automne 2000.Beaucage, André, « De la manufacture aux services», dans Histoire de l\u2019Outatouais, sous la dir.de Chad Gaffield et al., Institut québécois de recherche sur la culture, Québec, 1994.Beaucage, André et Jacques-André Lequin, «Pluralisme syndical dans une économie frontalière», dans Histoire de l\u2019Outatouais, sous la dir.de Chad Gaffield et al., Institut québécois de recherche sur la culture, Québec, 1994.Bergeron, Jean-Guy, « Les facteurs explicatifs de la propension à se syndiquer dans les services privés », Relations industrielles, automne 1994.Galarneau, Diane, « Le point sur l\u2019adhésion syndicale», Perspective, Statistique Canada, No cat.75-001 -XPF, automne 1996.Langlois, Simon, « Les changements sociaux : tendances de i960 à 2000 », dans Québec 2001, sous la dir.de Roch Côté, Fides, Montréal, 2000 Leclerc, Michel et Michel Quimper, Les relations du travail au Québec, Presses de l\u2019Université du Québec, Sainte-Foy, 2000 Mainville, Diane et Carey Olineck, «Retrospective du mouvement syndical au Canada», Perspective, Statistique Canada, No cat.75-001 - XPF, été 1999.Service des Études économiques, «La présence syndicale au Québec», Travail-Actualité, ministère du Travail du Québec, mai 2001.?Sites Internet Statistique Canada : www.statcan.ca Pour commander des séries statistiques : www.cansim2.statcan.ca/ Les conditions de vie 187 veaux secteurs (McDonald), peuvent être des signes précurseurs d\u2019une remontée du taux de syndicalisation.Par ailleurs, nos fonctions publiques commencent à réaliser que les réductions d\u2019effectifs des dernières années ont été exagérées et elles en embauchent de nouveaux.II est trop tôt pour conclure quant aux effets futurs des variations du taux de syndicalisation observées durant la période 1990-2000, mais Akyeampong (1997) note qu\u2019au Canada « de 1967 à 1997, l\u2019adhésion syndicale a presque doublé, grâce surtout aux femmes.Par contre, la croissance parallèle des effectifs non syndiqués a maintenu le taux de syndicalisation entre 31 % et 33 % au cours de cette période ».Le taux de syndicalisation au Québec est plus élevé qu'au Canada, mais la variation durant la période 1990-2000 est de la même magnitude que celle observée par Akyeampong de 1967-1997 au Canada; ces variations ne devraient donc pas créer de panique \u2022 \t\t &\t\tLes grandes tendances Simon Langlois Sociologue, Université Laval L\u2019analyse de l\u2019évolution des revenus et du niveau de vie est complexe, parce que les indicateurs le plus souvent retenus mesurent des aspects différents qui ne sont pas toujours bien distingués.Recul des gains réels hebdomadaire des salariés Considérons un premier indicateur: les gains hebdomadaires des salariés.Ceux-ci comprennent l\u2019ensemble des revenus gagnés par les personnes salariées, y compris les revenus tirés du travail supplémentaire.Cet indicateur mesure donc à la fois les gains et le nombre d\u2019heures travaillées.Ces gains, exprimés en dollars courants, sont en hausse depuis 1983, mais il s\u2019agit en fait d\u2019une illusion puisque, transformés en dollars constants de 2000, ils sont en réalité en recul de 6,4%, étant en effet passés de 628 $ en 1983 à 584 $ en 2000 (tableau 1).Cette absence d'augmentation réelle des gains a été maintes fois décrite comme un trait typique du marché du travail contemporain, comme le résultat de la crise du modèle fordiste et de la société salariale.Si nous comparons la situation du Québec avec celle de l\u2019Ontario, il ne semble pas que tel soit le cas puisque, dans la province voisine qui sert souvent de référence privilégiée, l\u2019évolution contraire s\u2019est produite, les gains réels des salariés progressant de 8,1% en plus de quinze ans, passant de 620 $ à 670 $ en dollars de 2000.L\u2019écart entre le Québec et l\u2019Ontario s\u2019est agrandi de façon marquée ces dernières années, comme le montre le ratio Comment interpréter la variation du taux de syndicalisation depuis 1990? Revenus, pauvreté, inégalités 188 L\u2019état du Québec Tableau 1 Gains hebdomadaires des salariés en dollars courants et constants (2000) et rapport Qué./Ont., Québec et Ontario, 1983-2000 \t\t\t\t\t \t\t\t\t\t 1983\t382\t628\t378\t620\t101,2 1984\t396\t623\t400\t629\t99,1 1985\t407\t616\t416\t629\t97,9 1986\t415\t604\t434\t631\t95,7 1987\t437\t609\t451\t629\t96,9 1988\t451\t604\t479\t641\t94,3 1989\t466\t595\t510\t650\t91,4 1990\t497\t605\t526\t640\t94,4 1991\t518\t597\t557\t642\t92,9 1992\t536\t608\t579\t657\t92,6 1993\t542\t605\t593\t661\t91,5 1994\t549\t611\t611\t679\t90,0 1995\t552\t601\t611\t666\t90,2 1996\t553\t593\t637\t683\t86,9 1997\t566\t597\t643\t678\t88,0 1998\t571\t596\t650\t680\t87,7 1999\t572\t588\t653\t671\t87,6 2000\t584\t584\t670\t670\t87,1 * Juin de chaque année Source : Statistique Canada, Emploi, gains et durée du travail 1998, cat, 72-002-XPB (Tableau 9), Calculs de l'auteur.des gains dans les deux provinces, les salariés québécois gagnant en moyenne 87 % des gains des salariés ontariens en 2000, alors qu\u2019il y avait parité relative entre les deux groupes 15 ans plus tôt (graphique 1).Revenus annuels des individus en hausse Les revenus annuels moyens de travail des hommes ont finalement dépassé en 1998 le sommet atteint en 1990, marquant ainsi une hausse réelle en dollars constants.Les revenus gagnés par les femmes ont par ailleurs poursuivi leur progression, plus marquée que celle des hommes.En fait, la composition de la population féminine au travail change à mesure qu\u2019on avance dans les années 1990, celle-ci étant composée de femmes aux compétences plus diversifiées et de femmes impliquées sur une base plus continue dans la vie active, deux caractéristiques associées à des revenus plus élevés.En quinze ans, les revenus de travail des femmes actives à temps plein ont augmenté de 30% et ceux des hommes de 9 %.La réduction de l'écart de revenus entre hommes et femmes s'est arrêtée Les femmes qui travaillent à temps plein gagnent maintenant 73% du revenu moyen des hommes, contre 61% en 1973 Les conditions de vie 189 Graphique 1 Gains hebdomadaires des salariés en dollars constants (2000), Québec et Ontario, 1983-2000 700 Ontario - \u2022 Québec 580 560 m 00\t00 cri oocooo°ooocnCTï(Xtcri25%; impossible de généraliser.Note: Les coefficients de variation ne sont pas disponibles pour les résultats de 1987.Source : Institut de la statistique du Québec.Enquête sociale et de santé 1998, nov.2000.Tableau 11 Fréquence de pratique d'activité physique de loisir1 selon le sexe et l'âge, Québec, 1992 et 1998 \t\t\t\t\t\t\t\t\t\t \t\t\t\t\t\t\t\t\t\t \t\t\t\t\t\t\t\t\t\t Hommes\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t 15-24 ans\t43,2\t43,3\t16,8\t15,3\t12,8\t13,0\t18,7\t18,4\t8,5\t9,9 25-44 ans\t21,6\t21,4\t14,2\t14,8\t15,8\t14,2\t24,3\t22,7\t24,2\t27,0 45-64 ans\t25,7\t25,9\t12,2\t13,2\t13,2\t9.2\t18,1\t14,6\t30,8\t37,2 65 ans et plus\t37,6\t32,8\t9,1\t9.2\t8,9\t8,3\t7,7\t7,9\t36,7\t41,8 Total\t28,1\t27,9\t13,6\t13,8\t13,9\t11,8\t19,9\t17,8\t24,6\t28,8 Femmes\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t 15-24 ans\t25,4\t25,8\t16,4\t18,5\t18,0\t18,8\t26,8\t25,1\t13,4\t11,8 25-44 ans\t17,8\t20,3\t12,8\t14,5\t16,3\t13,9\t26,2\t26,1\t27.0\t25,2 45-64 ans\t26,7\t28,1\t11,6\t13,0\t14,7\t9,9\t15,5\t15,1\t31,5\t33,9 65 ans et plus\t26,5\t24,5\t9,4\t7.9\t12,5\t9,4\t9,0\t9,1\t42,6\t49,1 Total\t22,6\t24,1\t12,6\t13.7\t15,6\t12,8\t21,0\t20,1\t28,2\t29,2 Total\t25,3\t26,0\t13,1\t13,8\t14,8\t12.3\t20,5\t19,0\t26,4\t29,0 1.Pratique d'activité physique de loisir, 20 à 30 minutes par séance, au cours d'une période de trois mois.Source : Santé Québec, Enquête Santé Québec 1987 et Enquête sociale et de santé 1992-1993.Institut de la statistique du Québec, Enquête sociale et de santé 1998, nov.2000. Les conditions de vie 225 Tableau 12 Les cinq activités physiques de loisir les plus populaires, selon le sexe, Québec, 1987,1992 et 1998 \t\t\t\t \t\t\t\t Marche pour fins d'exercice\t72,8\t67,6\t81,7\t78,8 Baignade\t45,4\t57,3\t43,5\t57,8 Randonnée à vélo\t44,3\t51,9\t35,3\t42,2 Danse (disco, sociale ou autres)\t37,3\t43,3\t47,9\t53,3 Jardinage\t34,1\t41,6\t37,5\t48,3 1.Activités pratiquées au moins une fois au cours d'une période de 12 mois.Source : Institut de la statistique du Québec, Enquête sociale et de santé 1998, nov.2000.Tableau 13 Perception de l'état de santé selon le sexe et l'âge, Québec, 1987, 1992 et 1998 \t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t \t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t Hommes\t15-24\t30,3\t27,7\t24,2\t44,8\t38,9\t42,5\t21.5\t28,5\t27,2\t3,4\t4,9\t6,1 \t25-44\t22,5\t21,1\t21,4\t45,0\t37,2\t38,6\t26,0\t35,1\t33,2\t6,5\t6,6\t6,9 \t45-64\t16,5\t17,5\t17,8\t35,2\t30,8\t35,2\t31,9\t38,0\t34,5\t16,4\t13,6\t12,6 \t65 et plus\t10,3\t11,0\t12,1\t29,6\t23,9\t24,0\t33,0\t44,0\t41,6\t27,1\t21,1\t22,3 \tTotal\t21,4\t20,1\t19,6\t40,9\t34,3\t36,4\t27,3\t35,7\t33,6\t10,4\t9,8\t10,4 Femmes\t15-24\t17,7\t18,0\t17,8\t47,9\t37,6\t41,0\t28,9\t37,6\t33,6\t5,4\t6,8\t7,6 \t25-44\t19,1\t17,9\t19,1\t47,7\t38,3\t39,5\t26,6\t36,7\t34,2\t6,6\t7,1\t7,2 \t45-64\t12,8\t14,0\t16,0\t33,9\t32,6\t35,0\t34,3\t39,1\t35,6\t19,0\t14,4\t13,3 \t65 et plus\t10,8\t8,5\t10,6\t22,2\t22,6\t24,6\t40,2\t44,5\t41,6\t26,8\t24,4\t23,3 \tTotal\t16,1\t15,5\t16,6\t40,9\t34,4\t36,0\t30,8\t38,6\t35,7\t12,2\t11,5\t11,7 Total\t15-24\t24,1\t22,9\t21,1\t46,3\t38,3\t41,7\t25,2\t33,0\t30,4\t4,4\t5,9\t6,8 \t25-44\t20,8\t19,5\t20,2\t46,4\t37,8\t39,0\t26,3\t35,9\t33,7\t6,6\t6,8\t7,1 \t45-64\t14,6\t15,7\t16,9\t34,5\t31,7\t35,1\t33,1\t38,5\t35,0\t17,8\t14,0\t13,0 \t65 et plus\t10,6\t9,5\t11,2\t25,3\t23,2\t24,3\t37,2\t44,3\t41,6\t26.9\t23,0\t22,9 \tTotal\t18,7\t17,8\t18,1\t40,9\t34,4\t36,2\t29,1\t37,2\t34,7\t11,4\t10,7\t11,1 Source: Santé Québec, Enquête Santé Québec 1987et Enquête sociale et de santé 1992-1993.Institut de la statistique du Québec, Enquête sociale et de santé 1998, nov.2000.Les grandes tendances Aspects de la santé 226 L\u2019état du Québec La pratique d'activités physiques En 1998, 52,1% des gens ont pratiqué régulièrement une activité physique de loisir au moins une fois par semaine, pendant que plus du quart déclarait ne pas en pratiquer, ce qui est sensiblement le même portrait qu\u2019en 1992 (tableau n).Environ le quart des hommes (27,9 %) et des femmes (24,1 %) ont pratiqué une activité physique trois fois et plus par semaine.Les jeunes hommes de 15-24 ans s\u2019adonnent plus fréquemment à la pratique d\u2019activités physiques, près de la moitié s\u2019y consacrant trois fois et plus par semaine.La marche pour fin d\u2019exercice ainsi que la baignade sont les deux activités les plus populaires (activités pratiquées au moins une fois au cours d\u2019une période de 12 mois) parmi la population, que ce soit chez les hommes ou les femmes (tableau 12).La majorité estime être en bonne santé.D\u2019après les données des enquêtes Santé-Québec menées en 1987, 1992 et 1998, la majorité de la population estime être en bonne santé (tableau 13).La perception de l\u2019état de santé est très stable pour les trois enquêtes.Il paraît évident de constater que la proportion de personnes qui estiment être en mauvaise santé est plus élevée chez les personnes qui ont 65 ans ou plus.mais on observe une fréquence accrue des problèmes de santé Les problèmes de santé les plus répandus à travers la population québécoise sont les Tableau 14 Prévalence de certains problèmes de santé en pourcentage selon le sexe, population totale, Québec, 1987 et 1998 \t\t \t\t Maux de tête\t5,1\t7,2\t11,7\t16,2\t8,4\t11,8 Arthrite ou rhumatisme\t7,2\t8,8\t12,7\t14,7\t10,0\t11,8 Autres allergies\t4,9\t7,7\t7,9\t12,8\t6,5\t10,3 Maux de dos ou de la colonne\t7,3\t9,7\t8,1\t10,8\t7,7\t10,2 Rhinite allergique\t6,0\t9,1\t6,1\t9,8\t6,0\t9,4 Allergies ou affections cutanées\t6,5\t7,0\t9,3\t11,2\t7,9\t9,1 Hypertension artérielle\t4,7\t7,0\t7,9\t10,0\t6,3\t8,5 Accidents avec blessures1\t\t9,2\t\t6,3\t\t7,8 Autres affections respiratoires\t4,0\t4,9\t4,2\t6,0\t4,1\t5,4 Troubles digestifs fonctionnels\t2,8\t4,1\t5,0\t5,8\t3,9\t5,0 Asthme\t2,2\t4,5\t2,5\t5,4\t2,3\t5,0 Maladies cardiaques\t4,0\t4,8\t4,2\t4,4\t4,1\t4,6 Troubles mentaux\t2,4\t3,4\t3,6\t5,1\t3,0\t4,3 Périodes de grande nervosité\t2,3\t2,7\t4,9\t5,4\t3,6\t4,1 Troubles de la thyroïde\t0,3*\t1,3\t2,3\t6,2\t1,3\t3,7 1.Données de 1998 non comparables à celles de 1987.\u2018Coefficient de variation entre 15% et 25%; donnée à interpréter avec prudence.Source : Santé Québec, Enquête Santé Québec 1987.Institut de la statistique du Québec, Enquête sociale et de santé 1998, nov.2000. Les conditions de vie \u201c7 allergies, les maux de tête, l\u2019arthrite et les maux de dos (tableau 14).Chacun de ces problèmes est plus fréquemment mentionné en 1998, les allergies (rhinite allergique + autres allergies) étant en forte croissance depuis 10 ans, (de 12,5 % à 19,7 %).Les hommes souffrent davantage de maux de dos (9,7 %) et de rhinite allergique (9,1 %) alors que les femmes mentionnent plus fréquemment les maux de tête (16,2 %) et l\u2019arthrite ou le rhumatisme (14,7 %).Les jeunes ont davantage des idées suicidaires Les idées suicidaires sont en légère hausse en 1998 par rapport à 1987 (3 % à 3,9 %), cette proportion étant la même chez les hommes et les femmes (tableau 15).Ce sont les jeunes qui ont en plus grande proportion des idées suicidaires (7,4 %), mais cette proportion est stable par rapport à 1992.Le nombre de tentatives de suicide serait en baisse entre 1987 et 1998.Même si cette baisse semble généralisée pour tous les groupes d\u2019âge, c\u2019est toujours parmi les jeunes de 15-24 ans que nous retrouvons la plus forte proportion de telles tentatives.Le réseau de soutien social est plus fort chez les jeunes et les aînés L\u2019enquête sociale et de santé propose un indice de soutien social construit à partir de différentes questions mesurant l\u2019intégration sociale (fréquence des rencontres, solitude), la satisfacdon face aux rapports sociaux (vie sociale, rapports avec les amis) et la taille du réseau de soutien (nombre de confidents, de personnes pouvant aider au besoin), entre autres.Au total, plus de 80 % des gens interrogés bénéficient d\u2019un soutien social élevé (tableau 16) et cette proportion est plus forte chez les femmes que chez les Tableau 15 Présence d'idées suicidaires ou de parasuicides au cours d\u2019une période de 12 mois, Québec, 1987, 1992 et 1998 ¦\t\t\t\t\t\t\t \t\t\t\t\t\t\t Sexe\tHommes\t3,0\t3,7\t3,9\t0,8*\t0,5*\t0,5* \tFemmes\t3,2\t3,6\t3,9\t0,9*\t0,5*\t0,5* \t15-24 ans\t5,4\t7,3\t7,4\t1,9*\t1,5*\t1,4* Âge\t25-44 ans\t3,5\t4,2\t4,3\t0,7*\t0,5*\t0,5* \t45-64 ans\t1,5\t2,0\t2,8\t**\t**\t** \t65 ans et plus\t**\t**\t**\t**\t**\t Total\t\t3,1\t3.7\t3,9\t0,9\t0,5\t0,5 1.La population de référence exclut les personnes ayant déclaré un parasuicide.Coefficient de variation entre 15% et 25%; donnée à interpréter avec prudence.\"Coefficient de variation >25%; impossible de généraliser.Source : Santé Québec.Enquête Santé Québec 1987 et Enquête sociale et de santé 1992-1993.Institut de la statistique du Québec, Enquête sociale et de santé 1998, nov.2000.Les grandes tendances Aspects de la santé 228 L\u2019état du Québec Tableau 16 Indice de soutien social selon le sexe et l'âge, Québec, 1998 \t\t\t\t Sexe\tHommes\t22,5\t\t77,5 \tFemmes\t17,4\t\t82,6 \t15-24 ans\t14,7\t\t85,3 Âge\t25-44 ans\t21,6\t\t78,4 \t45-64 ans\t22,4\t\t77,6 \t65 ans et plus\t15,7\t\t84,3 Total\t\t19,9\t\t80,1 Source : Institut de la statistique du Québec, Enquête sociale et de santé 1998.nov.2000.hommes.Nous retrouvons les plus fortes proportions de gens disposant d\u2019un soutien social élevé chez les moins de 25 ans (85,3 %) et les 65 ans et plus (84,3 %).Les jeunes et les aînés auraient ainsi tendance à avoir un meilleur réseau de soutien et à être satisfaits des rapports sociaux qu\u2019ils entretiennent.\u2022 La sécurité publique Les tendances de la criminalité Marc Ouimet École de criminologie, Université de Montréal Les tableaux publiés en pages 230 et 231 indiquent les tendances de la criminalité au Québec entre 1965 et 2000 et font la comparaison de la criminalité sur le territoire nord-américain pour 1999.Nous avons sélectionné quelques infractions pour l\u2019analyse, infractions soit particulièrement graves, soit particulièrement fréquentes.Nous n\u2019utiliserons pas les statistiques usuelles qui regroupent les infractions en deux grandes catégories \u2014 crimes de violence et crimes contre la propriété \u2014 parce que celles-ci sont trop hétérogènes et déterminées par les infractions les plus fréquentes (par exemple, le taux de violence est largement déterminé par le nombre de voies de faits simples).La criminalité est mesurée par les statistiques criminelles, qui désignent le classement et décompte des infractions au Code Criminel qui sont déclarées à la police ou connues d\u2019elle.Ces statistiques sous-estiment l\u2019ampleur de la réalité pour trois principales raisons. Les conditions de vie 22g D\u2019une part, beaucoup d\u2019infractions passent inaperçues.D\u2019autre part, beaucoup d\u2019actes criminels ne sont pas interprétés comme tels par les victimes.Finalement, les victimes n\u2019informent pas toujours la police de leur expérience.Les statistiques criminelles ne renseignent donc que sur une partie de la criminalité ; le taux de reportabilité est le concept qui désigne le pourcentage de crimes commis qui est connu de la police.Ce taux de reportabilité varie considérablement d'un type d\u2019infraction à l\u2019autre ; il est très élevé pour les homicides et les vols de véhicules (environ 95%), élevé pour les introductions avec effraction (environ 70%), faible pour les agressions sexuelles et les voies de faits (environ 30%), très faible pour les fraudes et les méfaits (peut-être 5% ou 10%).Activité policière.Dans le cas des infractions relatives à la drogue, les statistiques mesurent surtout l\u2019activité policière.Les statistiques criminelles, malgré leurs limites, permettent la comparaison dans le temps et l\u2019espace puisque le taux de reportabilité des différents types d\u2019infractions tend à être stable dans le temps ou l\u2019espace.Ainsi, si le taux d\u2019un crime augmente et qu\u2019il n\u2019y a pas de raison de croire que la reportabilité soit en cause, alors la fréquence réelle de l\u2019infraction est réputée être en hausse.Il existe des statistiques alternatives qui sont basées sur des sondages de victimisation.Au Canada, ces sondages font partie de l\u2019Enquête Sociale Générale et ont examiné la criminalité en 1988, 1993 et 1999.Toutefois, compte tenu d\u2019un échantillonnage limité de ces sondages et de la rareté des crimes graves, ces sondages ne permettent pas de mesurer adéquatement la prévalence ou l\u2019évolution des violences.Catégories.Voici une courte description des infractions retenues ; les nombres réfèrent aux crimes enregistrés au Québec en T999 : \u2022\tLes statistiques d\u2019homicide comprennent les meurtres au premier degré (87), au second degré (38), les homicides involontaires coupables (38) et les infanticides (o).\u2022\tLes agressions sexuelles avant 1983 incluaient le viol et l\u2019attentat à la pudeur.Depuis, les données comprennent les agressions sexuelles (3297), les agressions sexuelles armées (72) et les agressions sexuelles causant lésions corporelles (65).\u2022\tLes voies de faits comprennent les voies de faits simples (25 779), armées (6703), avec blessures (313), l\u2019infliction illégale de blessures corporelles (272), la décharge d\u2019une arme à feu avec intention criminelle (62), les voies de faits contre un policier, un agent de la paix ou un fonctionnaire (2269) et les autres (239).\u2022\tLes vols qualifiés comprennent les vols commis avec une arme à feu (2005), une arme blanche (2354) ou la force physique et/ou les menaces (3928).\u2022\tLes vols de véhicules à moteur comprennent les vols d\u2019automobiles (25 139), de camions (14 175), de motocyclettes (1892) ou d'autres véhicules à moteur (1862).\u2022\tLes vols simples comprennent les vols de bicyclettes (15 470), les vols dans ou sur un véhicule à moteur (41 306), les vols à l\u2019étalage (14 270) et les autres vols (53 283).\u2022\tLes méfaits (51 194) sont constitués par le fait d\u2019endommager le bien d\u2019autrui ou de le rendre inopérant.Cette catégorie n\u2019inclut pas le fait de porter de fausses accusations.Les tendances de la criminalité La sécurité publique 230 L\u2019état du Québec \u2022\tLe total des infractions au Code Criminel comprend le total des infractions ici analysées de même que l\u2019ensemble des autres catégories d\u2019infractions criminelles (incendie criminel, tentative de meurtre, actions indécentes.).\u2022\tLes comportements proscrits relativement à la drogue ne se trouvent pas dans le Code Criminel mais bien dans la Loi sur les stupéfiants.Ici sont présentées les infractions relatives au cannabis, soit la possession (6818), le trafic (3122), l\u2019importation (82) et la culture (2327), de même que le total pour toutes les autres substances, soit l\u2019héroïne (161), la cocaïne (2680), les autres drogues contrôlées (2136).Les tendances au Québec Le tableau 1 présente le taux de criminalité par 100 000 habitants observé au Québec pour la période 1965-2000.Les données 1965-1999 proviennent du catalogue 85- 205 de Statistique Canada (Statistiques de la criminalité au Canada) et les données 2000 furent prélevées sur le site Internet du ministère de la Sécurité publique du Québec.Homicides.Le taux d\u2019homicide était très bas au début des années 60 et a triplé sur une période de 15 ans.Il est resté élevé jusqu\u2019au milieu des années 80 avant de diminuer par la suite.Le taux d\u2019homicide a baissé durant les années 90 pour se situer maintenant autour de 2 pour 100 000 habitants.Beaucoup d\u2019autres infractions ont suivi le modèle de l\u2019homicide, soit une explosion durant les années 60, un sommet autour de 1980 et une baisse durant les années 90.C\u2019est le cas des vols qualifiés, des introductions avec effraction, des méfaits, des vols simples et des vols de véhicules exprimés sur la base du nombre de véhicules immatriculés.Le total des infractions au Code Criminel laisse voir une Tableau 1 Évolution de la criminalité au Québec : 1965-2000 (taux par 100 000 habitants) 1\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t 1965\t1,2\t25\t60\t50\t383\t230\t851\t\t2131\t\t 1970\t2,3\t37\t156\t87\t771\t304\t1354\t\t3926\t\t 1975\t3,7\t33\t207\t181\t1333\t443\t1957\t584\t5685\t\t 1980\t2,8\t34\t232\t205\t1875\t438\t2500\t1001\t7331\t95\t32 1985\t3,3\t39\t292\t157\t1568\t397\t2445\t992\t7323\t67\t50 1990\t2,6\t52\t479\t167\t1607\t566\t2489\t1032\t7651\t53\t71 1995\t1,9\t46\t488\t129\t1415\t591\t2077\t811\t7037\t93\t77 1996\t2,1\t44\t457\t134\t1455\t690\t2104\t876\t6975\t115\t79 1997\t1,8\t45\t451\t113\t1425\t677\t1966\t804\t7355\t122\t68 1998\t1,9\t44\t469\t109\t1335\t645\t1828\t746\t6894\t130\t69 1999\t1,9\t47\t485\t113\t1156\t586\t1692\t697\t6321\t168\t68 2000\t2,0\t46\t538\t103\t1083\t621\t1666\t728\t6179\t\t Les conditions de vie 23' forte augmentation de 1965 à 1980, une période de stabilité de 1980 à 1990 et une baisse durant les années 90.Agressions.Les deux infractions de violence que sont les agressions sexuelles et les voies de faits montrent des tendances différentes de l\u2019ensemble de la criminalité.Elles montrent une augmentation continue des années 60 au tournant des années 90.Des hausses importantes furent notées vers la fin des années 80.Depuis, les tendances montrent une période de stabilité pour ces deux crimes.Drogues.Le troisième contingent examiné est celui des infractions relatives à la dro- gue.Les infractions liées au cannabis montrent une baisse de 1980 à 1990, mais une hausse soutenue par la suite qui ne semble pas terminée.Du côté des autres drogues, il y eut une hausse de 1980 à 1990 mais depuis aucune tendance n\u2019est décelable.Comparaisons.Le tableau 2 indique la criminalité connue pour 1999 pour différents endroits.Les données pour les provinces canadiennes proviennent du catalogue 85-205 de Statistique Canada, les données pour les régions métropolitaines canadiennes proviennent du Bulletin Juristat 85-002 (vol.19, n 9) et les données américaines furent extraites du site Internet du FBI.Tableau 2 Comparaisons dans l'espace de la criminalité en 1999 (taux par 100 000 habitants) \t\t\t\t\t\t\t Selon la province\t\t\t\t\t\t\t Québec\t7 345 390\t1,9\t47\t485\t113\t1 157\t586 Ontario\t11 513 808\t1,4\t72\t691\t76\t803\t435 Alberta\t2 964 689\t2,1\t92\t870\t86\t988\t501 Colombie-Britannique\t4 023 100\t2,7\t97\t1 028\t139\t1 442\t739 Selon le pays\t\t\t\t\t\t\t Canada\t30 491 294\t1,8\t78\t766\t94\t1 044\t529 États-Unis\t272 691 000\t5,7\t150\t770\t421\t\t Selon la région métropolitaine\t\t\t\t\t\t\t Québec -1998\t687 155\t2,2\t44\t308\t64\t1 142\t355 Montréal - 1998\t3 428 304\t1,9\t44\t533\t191\t1 474\t919 Ottawa -1998\t801 555\t0,5\t70\t649\t128\t1 016\t762 Toronto - 1998\t4 594 880\t1,7\t57\t623\t123\t663\t407 Edmonton - 1998\t917 536\t2,4\t89\t699\t143\t1 080\t753 Vancouver - 1998\t1 995 927\t2,3\t84\t939\t216\t1 877\t1 014 Boston\t3 427 422\t1,8\t\t\t108\t413\t424 New York\t8 728 038\t16,0\t\t\t297\t988\t897 Minneapolis/St-Paul\t2 856 454\t2,9\t\t\t127\t647\t358 Seattle\t2 339 000\t4,0\t\t\t134\t854\t873 Les tendances de la criminalité La sécurité publique 232 L'état du Québec D\u2019abord, le tableau 2 permet la comparaison du Québec avec d\u2019autres provinces canadiennes.Le Québec a moins de crimes de violence (agressions sexuelles et voies de faits) que les autres provinces présentées, mais a plus de criminalité acquisitive (différents types de vols) que l\u2019Ontario ou l\u2019Alberta.Au niveau des régions métropolitaines de recensement, Québec et Montréal ont moins de crimes de violence (agressions sexuelles et voies de faits) que les autres grandes régions métropolitaines du pays.Si la région de Québec a une criminalité acquisitive relativement faible, la région de Montréal est avec Vancouver au sommet des statistiques.Amérique du Nord.Le tableau 2 permet aussi de situer la réalité québécoise dans l\u2019ensemble nord-américain.Le Canada a un taux d\u2019homicide trois fois moins élevé que celui des États-Unis.Les statistiques de voies de faits et d\u2019agressions sexuelles ne sont pas comparables entre les deux pays (aux États-Unis, on dénombre les forcible rape et aggravated assault qui n\u2019ont pas d\u2019équivalent au Canada).Il y a plus de vols qualifiés chez nos voisins du Sud, mais la Canada a plus de vols par effraction et de vols de véhicules à moteur.La comparaison des régions métropolitaines entre les deux pays montre que la criminalité n\u2019est pas très différente entre des villes comparables.Globalement, les villes canadiennes ont un peu moins de crimes de violence, mais un peu plus de crimes contre la propriété.La gravité du problème de violence aux États-Unis est le fait des grands centres urbains comme New York, Detroit, Washington, Miami ou Los Angeles.\u2022 Références Il existe deux périodiques de criminologie au Canada, soit la Revue Canadienne de criminologie et la revue Criminologie.Pour les statistiques de la criminalité, visitez les sites du ministère de la Sécurité publique du Québec, www.msp.gouv.qc.ca/, de Statistique Canada, www.statcan.ca, et du FBI, www.fbi.gov.Pour des informations générales sur la criminologie et des textes en ligne, visitez le Portail de la criminologie d\u2019expression française www.criminoloie.com, de même que le National Criminal Justice Reference Service www.ncjrs.org/ Le territoire LES GRANDS ENJEUX TERRITORIAUX >\tLe milieu rural et les MRC en attente de leur réforme >\tBilan de la politique des pôles de croissance : relancer l'idéal d'un Québec polycentrique RÉGION ET COURONNE MÉTROPOLITAINES DE MONTRÉAL >\tLe regroupement municipal en marche : Méga-Montréal et Méga-Longueuil >\tMontréal doit améliorer le transport des marchandises sur son territoire >\tBois urbain et controverses locales, ou comment intégrer la nature à la ville >\tEntre conjoncture et fusions : l'économie de Montréal dans l'expectative >\tLes nouveaux territoires festifs de Montréal : du sport professionnel au sport événementiel RÉGION MÉTROPOLITAINE DE QUÉBEC >\tLes nouvelles villes de Québec et de Lévis >\tLa Commission de la Capitale nationale transforme le visage de Québec COURONNE DES VILLES INTERMÉDIAIRES >\tConstruire la métropole de l'Outaouais >\tLes nouvelles villes de Trois-Rivières et de Sherbrooke >\tL'étonnante renaissance de Drummondville >\tLa Mauricie à l\u2019aube d'une reconversion économique >\tVillégiature et conservation du milieu : le cas de l'Estrie COURONNE PÉRIPHÉRIQUE t> Les Inuits du Québec auront leur gouvernement autonome >\tLa longue marche de la consolidation au Saguenay >\tLes fusions municipales bousculent le monde rural abitibien >\tLes mines en Abitibi-Témiscamingue : un déclin inéluctable ?ÉTUDES QUÉBÉCOISES >\tL'Atlas du Québec et de ses régions >\tLe Centre interuniversitaire d'études québécoises (CIEQ) Le territoire 235 Les grands enjeux territoriaux Le milieu rural et les MRC en attente de leur réforme Jean-Pierre Collin INRS-Urbanisation, Culture et Société [.] la fragmentation du territoire comporte plusieurs désavantages, notamment l\u2019absence d\u2019une vision d\u2019ensemble, une déficience dans la coordination des décisions, une concurrence locale stérile et nuisible sur le plan de la compétitivité internationale, sans parler d\u2019une grande iniquité sur le plan fiscal entre les citoyennes et les citoyens (Propos de Louise Harel rapportés dans Municipalité, mars-avril 20or).Dès 1994, le gouvernement du Québec a remis à l\u2019ordre du jour la nécessité d\u2019une réorganisation territoriale fondée largement sur le regroupement des municipalités locales.Énoncée dans Les orientations du gouvernement en matière d\u2019aménagement du territoire, cette option est surtout exposée dans la Politique de consolidation des communautés locales, formulée en 1996 par le ministre des Affaires municipales du temps, RémyTrudel.Dans sa politique, le gouvernement du Québec distingue trois volets : \u2022\tle premier concerne le regroupement obligatoire des groupes de villages-paroisses ; \u2022\tle deuxième porte sur les solutions à envisager dans le cas des vingt-cinq agglomérations urbaines et des six régions métropolitaines ; \u2022\tle dernier s\u2019intéresse aux municipalités régionales de comté (MRC), qui ne comprennent pas d\u2019agglomérations urbaines, et à leurs municipalités locales.Si le volet 1 est rapidement mis en chantier, l\u2019ensemble de la politique est un temps mis en veilleuse sous l\u2019effet de la priorité absolue accordée à l\u2019atteinte du déficit zéro.En contrepartie, l\u2019action du gouvernement ontarien de Mike Harris en faveur d\u2019une réduction importante du nombre de municipalités locales, de la création de méga-villes dans les agglomérations urbaines et d\u2019une remise en question du modèle de gestion à deux paliers (surtout en milieu métropolitain) semble confirmer la justesse de l\u2019orientation prise au Québec.C\u2019est finalement au cours de l\u2019année 2000-2001 que cette volonté de réduire significativement le nombre des municipalités au Québec a trouvé son plein déploiement.Cet effort de réorganisation municipale a eu les vingt-cinq agglomérations urbaines et six régions métropolitaines (telles que définies par Statistique Canada, au recensement de 1996) pour cible privilégiée.Toutefois, les municipalités du « milieu rural » et les municipalités régionales de comté doivent déjà revoir leur organisation dans plusieurs cas Le milieu rural et les MRC en attente de leur réforme Les enjeux territoriaux 236 L\u2019état du Québec et elles sont toutes appelées à vivre la réforme au cours des prochains mois.La loi cadre de juin 2000 En juin 2000, la Loi modifiant la loi sur l\u2019organisation territoriale municipale, connue comme le Projet de loi 124, est venue faciliter considérablement la capacité pour la ministre des Affaires municipales et de la Métropole de provoquer des regroupements municipaux «afin de favoriser l\u2019équité fiscale et de fournir aux citoyens des services à un coût moindre ou de meilleurs services à un coût égal» (article 125.1, p.5).Au départ, ce sont les agglomérations urbaines et les régions métropolitaines qui sont visées par cette politique.C\u2019est ainsi que se sont succédé les nominations de mandataires et de conciliateurs chargés, après consultation avec le milieu, de proposer à la ministre des Affaires municipales et de la Métropole les meilleurs scénarios de regroupement municipal à Trois-Rivières ou Sherbrooke, à Rjmouski ou Saint-Jérôme, à Shawinigan ou Rouyn-Noranda, etc.En règle générale, cette recommandation consiste à proposer le regroupement en une seule grande ville de toutes les municipalités comprises dans l\u2019agglomération urbaine au sens de Statistique Canada.Quatre grandes raisons sont mises de l\u2019avant par les mandataires et les conciliateurs, qui, pour l'essentiel, reprennent à leur compte l\u2019argumentation du Liure blanc : favoriser une plus grande équité fiscale, améliorer le rapport qualité-prix dans la fourniture des services publics municipaux, soutenir la compétitivité (économique) du milieu et ainsi consolider le développement économique et social de l\u2019agglomération et faire échec à l\u2019étalement urbain.À terme, si le rythme des interventions gouvernementales se maintient, les quelques 300 municipalités locales comprises dans les agglomérations de recensement en 1996 auront été regroupées en, tout au plus, une quarantaine.Les impacts et les enjeux de cette réorganisation territoriale dans les agglomérations urbaines sur le milieu rural environnant et sur les municipalités régionales de comté sont considérables.Nous en évoquerons trois : la redéfinition des rapports institutionnels entre l\u2019urbain et le rural, le retour à une notion de communauté rurale et l\u2019obligation de penser autrement le palier régional.Redéfinition des rapports entre l\u2019urbain et le rural Le premier impact de la création de ces nouvelles grandes villes de 100 000, 60 000 ou 35 000 personnes est bien entendu l\u2019obligation de redéfinir les formes d\u2019interaction ou d\u2019arrimage entre l\u2019urbain et le rural.Le modèle de la municipalité régionale de comté fondé sur l\u2019intégration institutionnelle des municipalités rurales et des municipalités urbaines d\u2019un territoire dit d\u2019appartenance, mis en place au début des années 1980, doit être revu en profondeur au profit d\u2019une structure de cohabitation.Toutefois, comment faire cohabiter les perspectives urbaines et rurales quand les deux univers diffèrent tellement, autant par la taille démographique que par leur organisation territoriale?Comment faire cohabiter un milieu urbain dense doté d\u2019une direction politique unifiée et un milieu rural de faible densité et politiquement fragmenté?Jusqu\u2019ici, cette réalité est, en pratique, peu prise en considération par les animateurs de la réorganisation municipale ; mandataires et con- Le territoire 237 Régions métropolitaines et agglomérations de recensement Régions métropolitaines Agglomérations Rouyn-Noranda Shawinigan ciliateurs étant essentiellement préoccupés de provoquer des regroupements à la taille des agglomérations.L\u2019exemple de la Mauricie.L'enjeu de l\u2019équilibre entre l\u2019urbanité et la ruralité (pour reprendre des néologismes en vogue au Québec) a tout de même été placé au cœur de la réforme proposée par le mandataire désigné pour la région de Trois-Rivières, dont la première recommandation se lit ainsi : « Il est recommandé que l\u2019on considère que les municipalités de la MRC de Francheville forment deux ensembles distincts et complémentaires: l\u2019un est rural, l\u2019autre est urbain » (Thibault, 2001).[voir aussi p.517] Il s\u2019ensuit la recommandation de créer une structure supra-municipale d\u2019un type nouveau : la Communauté rurale des Chenaux.Une recommandation à laquelle la ministre a décidé de donner suite.Rassemblant les municipalités rurales qui ne seront pas intégrées au Grand Trois-Rivières, la Communauté rurale des Chenaux exercera pour la partie rurale les fonctions traditionnelles d\u2019une MRC aux chapitres de l\u2019aménagement, de l\u2019environnement, de la sécurité publique, du développement économique, sociale et culturel et des équipements régionaux.La nouvelle ville de Trois-Rivières aura ce mandat pour la partie urbaine du territoire.Il devient alors nécessaire de créer, à l\u2019extérieur du réseau des MRC, une autre instance de concertation entre le rural et l\u2019urbain ; ce sera la Commission conjointe et paritaire d\u2019aménagement qui agira comme mécanisme d\u2019harmonisation des schémas.Inspiré en quelque sorte de celui mis en place par le projet de loi 170 pour la région métropolitaine de l\u2019Outaouais, cet arrangement institutionnel ne représente pas un précédent.Il vient cependant multiplier les occasions d\u2019établissement de villes-MRC, à la suite de celles qu\u2019a créées Le milieu rural et les MRC en attente de leur réforme Les enjeux territoriaux 238 L\u2019état du Québec le projet de loi 170 autour de Montréal, Longueuil, Québec, Hull-Gatineau et Lévis [sur Québec et Lévis, voir article p.290 ; sur l'Outaouals, voir article p.308].Le cas de Rouyn.Or, cette notion de ville-MRC est maintenant reprise dans un tout autre contexte, dans le cas de Rouyn-Noranda, ou il est proposé de dissoudre le rural dans l\u2019urbain pour «qu\u2019une solidarité agissante s\u2019installe et que l\u2019urbain aide à la survie et au développement des petites collectivités » (Coutu, 2001).En pratique, la solution mise de l\u2019avant dans la capitale régionale de l\u2019Abitibi est de regrouper toutes les municipalités locales et la MRC dans une seule ville, qui s\u2019ajoutera ainsi à la liste des villes centres devenues villes-MRC [voir aussi p.361 ].Bref, la réorganisation municipale dans les agglomérations urbaines réintroduit la possibilité et la probabilité pour le monde urbain d\u2019un repli sur soi, rééditant la situation qui prévalait à la fin des années 1970, caractérisée par une séparation stricte des milieux urbains et ruraux.Rappelons que les MRC ont succédé aux Conseils de comté, lesquels ne regroupaient que les municipalités dites rurales soumises au Code municipal, toute municipalité locale incorporée sous la Loi des Cités et Villes étant à l\u2019époque automatiquement exclue du champ de compétence du comté.Ce possible mouvement de repli sur soi des zones urbaines pourrait valoir tout autant pour le monde rural.Le retour à une notion de communauté rurale D\u2019abord, le projet de loi 29, adopté le 21 juin 2001, consacre le fait qu\u2019il n\u2019y a plus une sorte de MRC mais une variété de catégories et éventuellement même des cas d\u2019exception.C\u2019est ainsi qu\u2019à compter de janvier 2002, il y aura quelques vingt-huit MRC déclarées à caractère urbain et rural et une douzaine de MRC à caractère incertain du fait qu\u2019elles sont comprises dans le territoire d\u2019une communauté métropolitaine.Surtout, il y aura une cinquantaine de MRC qui seront désignées par décret à caractère rural et qui pourront aussi prendre le titre de «Communauté rurale ».La Communauté rurale des Chenaux et la Communauté rurale du Fjord-du-Saguenay (qui rassemble les municipalités de la MRC du même nom qui n\u2019appartiennent pas à l\u2019agglomération métropolitaine de Chicoutimi bientôt regroupée en une seule municipalité) appartiennent à cette catégorie des MRC à caractère rural [sur la Ville de Saguenay, voir article P- 357]- Celles-ci (qui comprennent seulement 15% de la population du Québec mais couvrent quelque 85% du territoire) exerceront de nouvelles responsabilités obligatoires (évaluation foncière, gestion des cours d'eau et création de parcs régionaux).Elles pourront aussi intervenir en matière de développement culturel, patrimonial et touristique, de gestion des matières résiduelles, de gestion et de financement du logement social, de transport adapté, de voirie locale et de gestion et de financement des équipements à caractère supralocal, s\u2019il en existe.Chaque MRC rurale est appelée à choisir le cocktail de responsabilités qui lui convient.Le plus important est que ce renforcement de l\u2019institution supramunicipale pourra s\u2019inscrire dans une nouvelle dynamique politique, avec, pour cette seule catégorie de MRC, l\u2019élection possible du préfet au suffrage universel.Cette modification majeure au régime électoral municipal fait l\u2019objet d\u2019un débat Le territoire 239 soutenu depuis plusieurs années au sein de la Fédération québécoise des municipalités (FQM) et dans d\u2019autres milieux.Toutefois, les opposants à cette mesure ont toujours eu gain de cause.La Commission nationale sur les finances et la fiscalité locales en avait aussi fait la recommandation dans son rapport d\u2019avril 1999 (Pacte 2000).Ce qui rend cette réforme incontournable maintenant, c\u2019est le fait qu\u2019à très court terme les milieux urbains seront, pour la plupart sinon tous, sous la gouverne d\u2019un seul maire élu au suffrage direct; autrement dit, elles auront de facto un préfet élu.D\u2019ailleurs, à son conseil d\u2019administration de février dernier, la FQM proposait « de demander au gouvernement de renforcer la MRC en la rendant imputable devant la population régionale et en lui donnant les pouvoirs fiscaux suffisants pour réaliser ses mandats ».Repli sur soi ?À l\u2019instar du repli sur soi des agglomérations urbaines devenues des villes-MRC, assisterons-nous au repli sur soi des milieux ruraux devenus communautés rurales ?La question n\u2019est pas que théorique.À preuve, le gouvernement provincial, dans le premier article du projet de loi 29, s\u2019est gardé le pouvoir de constituer par décret, « des commissions conjointes d\u2019aménagement ayant compétence sur l\u2019ensemble du territoire de deux municipalités régionales de comté ».Paritaires, avec une présidence exercée en alternance pour des périodes de deux ans par le principal magistrat (maire ou préfet, selon le cas) de l\u2019une ou l\u2019autre entité, ces commissions conjointes d\u2019aménagement auront le mandat principal de maintenir de bonnes relations et d\u2019assurer une concertation suivie sur divers objets d\u2019intérêts communs dont, notamment, le schéma d'aménagement, la gestion des matières résiduelles et les initiatives récréo touristiques.Cela dit, le débat sur la mise en place simultanée des villes-MRC, des communautés rurales et des commissions conjointes d\u2019aménagement est, entre autres, à l\u2019enseigne du contrôle de l\u2019étalement urbain et son lot d\u2019effets de débordement, de coûts publics indésirables et de disparités fiscales induites.C\u2019est dans cette perspective que le gouvernement maintient l'obligation pour les MRC d\u2019identifier les équipements, infrastructures, services et activités qui ont un caractère supralocal et de déterminer des règles adéquates de gestion et de financement.Relance de l\u2019étalement ?On aime faire valoir qu\u2019«il faut distinguer les cas d\u2019éloignement, c\u2019est-à-dire les cas où les municipalités sont éloignées les unes des autres en raison de l\u2019étendue du territoire, et les cas d\u2019étalement, c\u2019est-à-dire les cas des municipalités situées dans une agglomération ou faisant partie d\u2019une même communauté naturelle et pour lesquelles un regroupement avec la ville de services serait souhaitable ».Toutefois, à moins de s\u2019en tenir à une définition administrative de l\u2019étalement urbain, comment croire que le regroupement municipal permettra de le contenir efficacement?En règle générale, l\u2019agglomération urbaine ou métropolitaine de recensement dépasse largement le périmètre urbanisé et comprend une proportion importante de territoires ruraux.L\u2019étalement urbain n\u2019est pas un phénomène spécifique aux territoires qui entourent une ville de centralité mais se déploie aussi à l\u2019intérieur de cette dernière.D\u2019ailleurs, historiquement, depuis le dernier quart du xixc siècle, la fusion (et Le milieu rural et les MRC en attente de leur réforme Les enjeux territoriaux 240 L\u2019état du Québec l\u2019annexion) de municipalités n\u2019a pas été un moyen de contenir l\u2019étalement urbain mais, au contraire, une stratégie de soutien à la mise en valeur et à l\u2019urbanisation de nouveaux territoires.Au lieu de contenir l\u2019étalement urbain, le regroupement municipal peut être un puissant moyen de relance de l\u2019étalement ou du moins contribuer à soutenir et perpétuer la tendance actuelle, à l\u2019intérieur des nouvelles frontières municipales ainsi créées.Penser autrement le palier régional Que ce soit par l\u2019élargissement des responsabilités de la MRC et l\u2019élection du préfet au suffrage universel ou par l\u2019établissement simultané de la grande ville, de la Communauté rurale et de la Commission conjointe d\u2019aménagement, il est certain qu\u2019il faudra penser autrement le palier régional.Le renforcement des grandes agglomérations urbaines est rendu par l\u2019émergence des villes-MRC.Le renforcement des MRC à caractère rural pourra se concrétiser avec les perspectives ouvertes par le projet de loi 29.Qu\u2019advient-il des situations intermédaires : les MRC rurales-urbaines et les MRC en territoire de communauté métropolitaine ?Coprésidé par Francine Ruest-Jutras, mairesse de Drummondville, et par Roger Nicolet, maire d\u2019Austin, un groupe de travail a été formé pour examiner et approfondir la situation de 28 municipalités régionales de comté dont le caractère est à la fois urbain et rural.La notion de caractère à la fois urbain et rural utilisée ici est strictement institutionnelle.Elle réfère à la présence d\u2019une grande ville au sein de la MRC et non pas à une analyse de l\u2019occupation du territoire.Ainsi, il est significatif que les MRC comprises dans les communautés métropolitaines n\u2019aient pas déjà été également désignées à caractère urbain et rural bien qu\u2019elles comprennent au moins autant d\u2019espaces ruraux que de territoires urbanisés.C\u2019est l\u2019ensemble de l\u2019organisation supra-municipale qui doit être réévalué; autant la détermination des modes de financement de ces MRC et la possibilité comme pour les « communautés rurales » de leur accorder des sources fiscales autonomes que l\u2019élaboration de règles de prise de décision qui prennent en compte le déséquilibre démographique significatif entre, d\u2019une part, une agglomération urbaine unifiée et de forte densité, d\u2019autre part, une périphérie rurale fragmentée de faible densité, que la définition des responsabilités et compétences.Innovations institutionnelles.La réorganisation territoriale municipale des agglomérations urbaines de la dernière année s\u2019accompagne d\u2019un lot d\u2019innovations institutionnelles : une île, une ville; une agglomération urbaine, une ville; les communautés métropolitaines ; une MRC, une ville ; les villes-MRC ; les communautés rurales ; les commissions conjointes et paritaires d\u2019aménagement.Sans compter la notion d'arrondissement dont on veut doter la plupart des nouvelles grandes villes québécoises.Sans compter les notions de secteur et de district, de corporation des services communautaires et qualité de vie et d\u2019animateur social et coordonnateur de secteur(s) que le mandataire gouvernemental voudrait voir introduit dans la ville-MRC de Rouyn-Noranda (Coutu, 2001).Le milieu rural devra assurément s\u2019ajuster à ces nouveautés.En particulier, il devient essentiel de revoir les frontières des MRC.Il faudra régler le cas des municipalités orphelines, une fois complétée l\u2019opération en cours Le territoire 241 qui consiste à faire de chaque agglomération urbaine une seule ville.Quel intérêt y aura-t-il pour les municipalités locales à caractère rural et les petites collectivités des MRC où se retrouve l\u2019une des agglomérations urbaines de demeurer au sein de ladite MRC, laquelle, on ne peut en douter, sera dominée par sa « grande » ville?Ne sera-t-il pas plus performant pour ces collectivités de demander leur intégration à une communauté rurale voisine et ainsi s\u2019assurer d\u2019être partie prenante du mouvement de renforcement des municipalités régionales de comté à Références Angers, Bernard, Liz S.Gagné, Jean-Marc Gagnon, Rapport de situation «Ville Saguenay», Chicoutimi, ministère des Affaires municipales et de la Métropole, 23 avril 2001.Bergeron, Pierre, Rapport du mandataire du gouvernement du Québec sur la réorganisation municipale au Saguenay, Chicoutimi, ministère des Affaires municipales et de la Métropole, 30 janvier 2001.Coutu, Jean-Charles, Rapport sur la réorganisation municipale dans la municipalité régionale de comté de Rouyn-Noranda, Rouyn-Noranda, ministère des Affaires municipales et de la Métropole, ier avril 2001.Gagné, Valère M., Rapport du conciliateur sur la réorganisation municipale dans l\u2019agglomération de recensement de Rimouski, Rimouski, ministère des Affaires municipales et de la Métropole, 16 février 2001.Gauthier, Pierre, Rapport du mandataire gouvernemental concernant la réorganisation municipale dans la RMR de Sherbrooke, Sherbrooke, ministère des Affaires municipales et de la Métropole, ier février 2000.Gélinas, Claude, La réorganisation municipale Centre-de-la-Mauricie: Réussir le changement une responsabilité partagée, Shawinigan, ministère des Affaires municipales et de la Métropole, Rapport du mandataire du gouvernement, 30 avril 2001.Gouvernement du Québec, Les orientations du gouvernement en matière d'aménagement du territoire, Québec, Gouvernement du Québec, 1994.Loi modifiant la Loi sur l\u2019organisation territoriale municipale et d\u2019autres dispositions législatives (2000, chapitre 27), Sanctionnée le 16 juin 2000, Québec, Éditeur officiel du Québec (connu comme le projet de loi 124) Loi modifiant diverses dispositions législatives en matière municipale (Projet de loi 29), Québec, Éditeur officiel du Québec, 2001.Ministère des Affaires municipales et de la Métropole, La réorganisation municipale: changer les façons de faire, pour mieux servir les citoyens, Québec, Gouvernement du Québec, 2000.Proulx, Marc-Urbain, L\u2019organisation des territoires au Québec.Le débat sur la décentralisation gouvernementale, L\u2019Action Nationale, Montréal, 1998.Rioux, Gilles, Réorganisation municipale dans l\u2019agglomération de Saint-Jérôme.Rapport du conciliateur gouvernemental, Ministère des Affaires municipales et de la Métropole, Montréal, 8 décembre 2000.Rioux, Gilles, La réorganisation municipale de l'agglomération de Saint-Hyacinthe, capitale agroalimentaire du Québec.Rapport du conciliateur gouvernemental, ministère des Affaires municipales et de la Métropole, 17 avril 2001.Rioux, Gilles, La réorganisation municipale dans le bassin de Chambly.Rapport du conciliateur gouvernemental, ministère des Affaires municipales et de la Métropole, 2 mai 2001.Thibault, André, Miser sur la solidarité.Rapport sur la réorganisation municipale et les équipements supra locaux dans la MRC de Francheville, ministère des Affaires municipales et de la Métropole, Trois-Rivières, 15 février 2001.?Site Internet Ministère des Affaires municipales et de la Métropole : www.mamm.gouv.qc.ca Le milieu rural et les MRC en attente de leur réforme Les enjeux territoriaux 242 L\u2019état du Québec caractère rural.et, par la même occasion, d\u2019éviter de devoir composer avec le regroupement téléguidé autour d\u2019une ville de centralité?Ne faudra-t-il pas aussi plus généralement envisager des municipalités régionales de comté ou communautés rurales au territoire plus étendu?L\u2019objectif serait ici d\u2019atteindre le seuil critique en regard des impératifs de l\u2019aménagement et du développement et surtout de la capacité administrative suffisante à l\u2019exercice des nouvelles responsabilités.Revoir les responsabilités municipales Car, si la réforme en cours s\u2019attarde principalement, sinon exclusivement, à la question de l\u2019organisation territoriale, elle ouvre implicitement la voie à la révision des responsabilités municipales.De plus, ce débat qui s\u2019engage dépasse les institutions municipales au sens strict.Il concerne l\u2019ensemble du secteur public local (sur la définition de ce concept voir Proulx, 1998).Il sera en particulier déterminant pour l\u2019avenir des CLD dont le mandat ne peut manquer d\u2019être revu à la lumière de la redéfinition des responsabilités des MRC.La réorganisation municipale en cours devrait tout particulièrement se traduire par une révision sinon du mandat du moins des activités des CLD.Il faut prévoir que les villes-MRC avec leurs maires et les communautés rurales renforcées avec leurs préfets élus voudront s\u2019imposer comme le principal sinon le seul intervenant en matière de développement économique, laissant plutôt aux CLD le champ du développement local, communautaire et social.Cette perspective a, par exemple, déjà été évoquée dans le Rapport de situation sur la «Ville de Saguenay» (Angers et al., 2001).\u2022 [sur l\u2019amenagement du territoire, voir article p.51; sur l\u2019aspect politique, uoir article p.526] Bilan de la politique des pôles de croissance Relancer l'idéal d'un Québec polycentrique Marc-Urbain Proulx Université du Québec à Chicoutimi Le gouvernement du Québec est déjà très bien engagé dans sa réforme visant le renforcement des agglomérations urbaines et, inévitablement, celui des MRC (municipalités régionales de comté).Ladite réforme Harel se situe dans un vaste mouvement de réorganisation supralocale actuellement en cours dans le monde occidental, notamment dans plusieurs provinces canadiennes.Dans une perspective québécoise, il s\u2019agit d\u2019une réorganisation du secteur public local à l\u2019échelle supralocale qui a débuté à la fin des années soixante (fusions municipales \u2014 fusions de commissions scolaires \u2014 communautés urbai- Le territoire 243 nés).Cette réforme a franchi une étape très importante à la fin des années soixante-dix avec la création des MRC (municipalités régionales de comté), chapeautée chacune par un conseil des maires responsable de l\u2019aménagement du territoire communautaire.Elle a ensuite progressé doucement au cours des années quatre-vingt dans un contexte de faibles moyens dévolus.Plusieurs agences publiques telles que les CLSC (centres locaux de services communautaires), les SADC (sociétés d\u2019aide au développement des collectivités) et autres ont tout de même largement épousé ces nouveaux territoires de gestion publique.Et la société civile s\u2019est organisée de plus en plus autour des enjeux territoriaux à cet échelon.Les moyens se sont considérablement accrus au cours de la dernière décennie par l\u2019entremise des SOLIDE (sociétés locales d\u2019investissement et de développement), des CLD (conseils locaux de développement), des CLE (centres locaux de l\u2019emploi) et de nouvelles responsabilités octroyées sur ces territoires dans la gestion des déchets, l\u2019évaluation foncière, la voirie tertiaire, etc.Si bien que 70 % des 96 territoires MRC sont institutionnellement construits à un bon ou très bon degré dans leurs champs potentiels de responsabilités.En considérant les trois communautés urbaines (Montréal \u2014 Québec \u2014 Outaouais), il faut retenir qu\u2019un véritable secteur public supralocal existait déjà avant de franchir l\u2019étape majeure actuelle d'une réforme amorcée jadis, qui ne sera pas terminée demain.Objectifs de la réforme Plusieurs objectifs sont explicitement et implicitement visés par la réforme québécoise.On désire d\u2019abord l\u2019établissement d\u2019une fiscalité de communauté plus équitable tout en permettant une gestion publique plus cohérente de certains biens et services collectifs.Ensuite, on veut favoriser un aménagement du territoire plus harmonieux afin de réduite les coûts reliés à l\u2019étalement urbain tout en solutionnant le problème de dévitalisation de nombreuses zones localisées autant dans les centres urbains qu\u2019en périphérie plus ou moins éloignée.Finalement, le renforcement des agglomérations doit permettre de soutenir un développement socioéconomique plus fort globalement et aussi plus équilibré sur l\u2019espace du Québec.Ce dernier enjeu fait référence à un modèle de développement concentré dans l'espace, connu sous l\u2019appellation de polarisation des activités.Une telle stratégie de renforcement des agglomérations dans un esprit de création de pôles de développement est maintenant devenue classique, car elle a été expérimentée presque partout sur la planète.Selon ce modèle, les gouvernements favorisent et soutiennent en réalité la polarisation des activités en des lieux précis qui, dans leur processus soutenu de croissance, diffusent en retour des effets de développement dans leur périphérie immédiate et éloignée.Les experts conçoivent alors l\u2019organisation de l'espace, en l\u2019occurrence celui du Québec, à partir d\u2019un système de centres urbains qui polarisent et diffusent du développement.Quelque trente agglomérations urbaines sont ainsi désignées actuellement pour devenir les nouveaux pôles de développement du Québec de demain.Puisque la conception d\u2019un tel système n\u2019est pas nouveau au Québec, nous pouvons tirer quelques leçons éclairantes de l\u2019expérience acquise.Bilan de la politique des pôles de croissance : relancer l\u2019idéal d\u2019un Québec polycentrique Les enjeux territoriaux 244 L\u2019état du Québec Figure 1 Facteurs spatiaux à l'origine des agglomérations québécoises Conquête de ressources Sept-îles Val-d'Or Thetford-Mines Rouyn-Noranda Baie-Comeau La Tuque Shawinigan Dolbeau Matane Les agglomérations québécoises En Amérique, le Québec représente un espace qui fut inévitablement marqué par des forces géo-économiques typiques du nouveau monde.Plusieurs lieux qui sont aujourd\u2019hui des agglomérations urbaines importantes ne tirent par leur origine de leur place centrale de marché, comme l\u2019illustre le modèle général de Christaller et de Losch.Deux autres facteurs majeurs ont en effet occasionné l\u2019émergence et la croissance de concentrations humaines sur des sites spécifiques.II s\u2019agit des points de rupture spatiale et des points de conquête des ressources territoriales, tous deux reliés à la volonté d\u2019occupation territoriale par le Prince, les marchands et l\u2019Église.Certains points ont évidemment émergé à travers l\u2019espace colonisé grâce à leur position centrale qui rendit leur accessibilité facile à un grand nombre d\u2019éta- blissements tout autour.S\u2019y localisèrent alors une place de culte, un marché, une école, des services.Plus l\u2019espace est vaste, plus le sol est fertile, plus il y a d\u2019établissements, plus le point est central et plus il y aura polarisation des activités, en principe.Sur l\u2019espace québécois, on note que la plupart des points centraux sont localisés dans la vaste plaine de la partie sud.Les points historiques de rupture spatiale sont généralement situés aux croisements de rivières, notamment à la jonction de certains affluents du Saint-Laurent.On en trouve aussi à la décharge de quelques lacs.Plusieurs lieux fondés jadis à des ruptures spatiales tels que Don-nacona et Trois-Pistoles, ont peu polarisé les activités par la suite, tandis que d\u2019autres tels que Tadoussac et Chambly ont vu leur foyer s\u2019éteindre après une forte polarisation initiale.Mais d\u2019autres ont bel et Le territoire 245 Tableau 1 Variation de l'emploi 1986-1996 dans les principales agglomérations (%) \t\t\t\t\t Victoriaville\t89\t86\t99\t77\tTous Saint-Georges\t75\t84\t61\t50\tTous Drummondville\t45\t51\t38\t12\tTous Hull\t25\t34\t-16\t2\tTertiaire Granby\t23\t30\t11\t33\tTous La Tuque\t22\t31\t-2\t83\tPrim.-Tert.Magog\t19\t21\t17\t-7\tSecond.-Tert.Val-d'Or\t19\t21\t26\t4\tSecond.-Tert.Rouyn-Noranda\t18\t23\t27\t-16\tSecond.-Tert.Québec\t18\t18\t15\t31\tTous Saint-Jean-sur-Richelieu\t16\t24\t-1\t21\tPrim.-Tert.Rivière-du-Loup\t15\t15\t20\t-3\tSecond.-Tert.Sorel\t14\t24\t-1\t10\tPrim.-Tert.Sherbrooke\t11\t14\t4\t3\tTertiaire Trois-Rivières\t10\t16\t-3\t8\tTertiaire Sept-îles\t10\t8\t70\t-33\tSecondaire Joliette\t9\t17\t-15\t16\tPrim.-Tert.Cowansville\t8\t16\t-5\t-30\tTertiaire Montréal\t7\t14\t-10\t8\tTertiaire Rimouski\t7\t10\t-5\t-8\tTertiaire Sallaberry-de-Valleyfield\t7\t20\t-11\t-43\tTertiaire Alma\t6\t11\t-8\t12\tPrim.-Tert.Chicoutimi\t6\t11\t-8\t12\tPrim.-Tert.Baie-Comeau\t4\t6\t3\t-29\tAucun Saint-Hyacinthe\t4\t9\t-8\t8\tAucun Thetford Mines\t4\t7\t17\t-26\tSecondaire Dolbeau\t4\t13\t-5\t-30\tTertiaire Shawinigan\t-2\t3\t-14\t-7\tAucun Matane\t-5\t-4\t-1\t-37\tAucun Lachute\t-3\t8\t-23\t-22\tAucun Sources : Statistique Canada, compilation Ali Doubi, traitement de l\u2019auteur- bien bénéficié et bénéficient encore d\u2019un tel site stratégique pour polariser des activités.Du côté des points de conquête territoriale, ils sont évidemment tous localisés près d\u2019importants bassins de ressources naturelles qui assurent largement leurs activités économiques.Plusieurs lieux fondés jadis sur de tels sites n\u2019ont pas prospéré autant qu\u2019espéré, tels Chibou-gamau et Forestville, alors que d\u2019autres se sont tout simplement éteints, notamment Val-Jalbert et Clarke City.Les points de conquête qui sont devenus une agglomération importante possèdent une économie généralement très dépendante du Bilan de la politique des pôles de croissance : relancer l\u2019idéal d\u2019un Québec polycentrique Les enjeux territoriaux 246 L'etat du Québec cours des marchés internationaux pour les ressources naturelles.Tous ces points qui marquent l\u2019espace québécois ont permis la polarisation des activités, à intensité variable cependant étant donnée l\u2019influence inégale des facteurs spatiaux.Plusieurs se sont transformés en agglomérations urbaines de 10 000 habitants et plus.D\u2019une manière générale au Québec, on constate une variation historique du positionnement de chacun des lieux.Le phénomène le plus marquant à cet effet est certainement l\u2019émergence de Montréal comme principal pôle du Québec au xix\u201d siècle, déclassant alors l\u2019agglomération de Québec.En réalité, la croissance se déplace à contre-courant sur l\u2019axe du Saint-Laurent en offrant actuellement à Toronto le statut de pôle le plus important du Canada.Classement des villes Le tableau 1 illustre les ratios de la variation de l\u2019emploi entre le recensement de 1986 et celui de 1996.On constate rapidement que 77% des agglomérations possèdent un secteur tertiaire en forte croissance, dont la majorité de celles issues de leur centralité initiale et historique.Les agglomérations sont généralement d\u2019importantes places centrales de marché.Notons que le secteur tertiaire est seul responsable du très bon positionnement de Hull mais qu\u2019il est insuffisant comme moteur de la croissance de l\u2019emploi total, notamment à Joliette, Montréal, Trois-Rivières, Sherbrooke et Valleyfield.De fait, les agglomérations dont la variation de l\u2019emploi total est élevée possèdent toutes, sauf Hull, un double ou triple moteur de création d\u2019emplois.Le secteur secondaire y est généralement en croissance forte, sauf dans les cas de Hull et de La Tuque, tandis que les agglomé- rations en manque d\u2019emplois ne possèdent aucun moteur, ou au mieux, qu\u2019un secteur tertiaire faiblement moteur.Le secteur secondaire ne se porte pas bien dans ces agglomérations en difficulté de création d\u2019emplois au total, sauf Thet-ford Mines, dont le mauvais classement est dû à de très fortes pertes d\u2019emplois dans le secteur primaire.Plus de la moitié des agglomérations sont en déclin absolu dans le secteur secondaire.On note aussi que celles qui illustrent une polarisation forte de l\u2019emploi industriel sont localisées à bonne distance du pôle principal, Montréal, lui-même en déclin de 10% pendant la période observée.À cette rubrique, notons que les agglomérations qui émergèrent d\u2019un site historique de rupture spatiale ne semblent plus être favorisées actuellement par l\u2019industrialisation, sauf Rjvière-du-Loup, Magog et Québec.Ces dernières bénéficient cependant d\u2019un site en rupture spatiale contemporaine sous l\u2019angle des transports routiers.Il faut encore souligner que quatre agglomérations en forte croissance industrielle sont des points historiques de conquête de ressources territoriales.On constate aussi que la plupart des pôles qui performent actuellement bien dans le secteur primaire ne sont pas identifiés comme des points historiques de conquête de ressources, notamment Victo-riaville, Saint-Georges, Granby, Québec et Saint-Jean-sur-le-Richelieu, La Tuque faisant exception puisqu\u2019elle bénéficie d\u2019un excellent moteur dans ce secteur.Les pôles de développement du Québec Le débat déjà ancien sur le nombre de pôles principaux qui structurent l\u2019espace québécois n\u2019a pas abouti à une conclusion définitive.Certains experts, comme Paren- Le territoire 247 Tableau 2 Hiérarchie des pôles sur l'espace québécois selon le MIC, 1966 \t\t\t Montréal\t\tSaint-Jérôme\tGracefield \t\tSaint-Jean-lberville\tRigaud Beloeil\t\t\t \t\tValleyfield\tHuntingdon \t\tJoliette\tSaint-Gabriel-de-Brandon Saint-Rémy\t\t\t \t\tSaint-Hyacinthe\tActon Vale Berthierville\t\t\t Sorel\t\t\t \t\tGranby\tFarnham \t\tMont-Laurier\tL'Annonciation Québec\t\tMontmagny\tSaint-Jean-Port-Joli Baie-Saint-Paul\t\t\t \t\tSaint-Georges\tBeauceville La Guadeloupe\t\t\t Sainte-Croix\t\t\t Saint-Raymond\t\t\t Donnacona\t\t\t Saint-Casimir\t\t\t Hull\t\t\tShawville Saint-André-Avelin\t\t\t Thurso\t\t\t Sherbrooke\t\tDrummondville\tPierreville \t\tVictoriaville\tEast-Angus \t\tThetford Mines\tRichmond Disraeli\t\t\t Chicoutimi\t\tAlma\tSaint-Félicien Trois-Rivières\t\tShawinigan\t Amos\t\t\t Rouyn-Noranda\t\t\t \t\tRivière-du-Loup\tTrois-Pistoles \t\tRimouski\tCausapscal \t\tBaie-Comeau-Haute-Rive\tCabano \t\tSept-îles\tForestville Source: Ministère de l'Industrie et Commerce du Québec, 1966.Bilan de la politique des pôles de croissance : relancer l\u2019idéal d\u2019un Québec polycentrique Les enjeux territoriaux 248 L'état du Québec teau (1964), stipulent l\u2019existence de deux pôles primaires, soit Québec et Montréal.D\u2019autres experts, tels Higgins, Martin et Reynauld (1970), considèrent que Montréal est le seul et unique foyer autonome d\u2019innovation et de dynamisme au Québec.D\u2019autres spécialistes encore, tels Fréchette et Vézina (1985), proposent plutôt un modèle tricentrique qui inclut Chicou-timi-Jonquière comme foyer principal d\u2019un troisième réseau urbain à part entière sur l\u2019espace québécois.Notons aussi que Bruneau (1999) considère une armature urbaine comportant sept niveaux hiérarchiques, dont la métropole Montréal, la capitale Québec, quatre villes moyennes supérieures et 19 villes moyennes.Enfin, il est généralement reconnu que plusieurs pôles tels que Sorel, Sept-îles, Thetford Mines et autres Val-d\u2019Or sont largement autonomes vis-à-vis des centres urbains plus grands puisque leurs liaisons économiques s\u2019effectuent majoritairement avec le marché mondial.Lorsque l\u2019on observe les agglomérations urbaines qui s\u2019inscrivent comme les principaux pôles actuels de développement du Québec, il faut se rappeler ceux qui furent d\u2019abord identifiés par le ministère de l\u2019Industrie et du Commerce en 1966, soit six pôles de nature primaire, 21 pôles secondaires, 30 pôles tertiaires et 30 petits centres (tabelau 2).Car cette identification fut à la base de l\u2019initiation d\u2019une stratégie de développement, orientée sur le renforcement des pôles primaires désignés à l\u2019époque, soit Montréal, Québec, Trois-Rivières, Sherbrooke, Hull et Chicoutimi.Dans la foulée, les autorités gouvernementales ont aussi misé sur quelques pôles secondaires désignés par la suite comme les capitales des régions administratives nouvellement institutionnalisées, soit Rimouski, Rouyn et Baie-Comeau.Diffusion de la croissance.En favorisant la concentration de foyers économiques \u2014 industries, édifices à bureaux, centres commerciaux, équipements publics (hôpitaux, cégeps, centres culturels.), bureaux gouvernementaux, universités, etc.\u2014 dans ces principaux centres urbains de l\u2019époque, l\u2019effet de croissance économique engendré devait se diffuser en périphérie de manière hiérarchique, c\u2019est-à-dire vers les pôles secondaires et tertiaires, notamment par un réseau de transport amélioré.Plus la croissance d'un pôle est forte et plus les effets de diffusion descendante sont en principe puissants.C\u2019est ainsi que les bienfaits du développement devaient irriguer tout l\u2019espace québécois habité, grâce à un ensemble de forces centrifuges telles que les achats de matières premières, la mobilité des capitaux, la recherche de main-d\u2019œuvre, la disponibilité de terrains à prix raisonnables, la déconcentration des services publics, l\u2019accessibilité à des aménités environnementales, etc.Par l\u2019application de cette stratégie, il va sans dire que beaucoup d\u2019espoirs furent soulevés dans toutes les régions périphériques, espoirs très souvent alimentés par les promesses généreuses des centres urbains en compensation des consensus collectifs soutirés des élites rurales pour polariser plutôt que disperser les investissements mobiles de l\u2019époque.Qu\u2019en est-il trois décennies plus tard?Repositionnement hiérarchique des pôles Notre observation nous amène à constater que cette stratégie de développement s\u2019appuyant sur le renforcement des principaux centres urbains a généré des résultats paradoxaux au Québec dans les pôles primaires et secondaires.Notons d\u2019abord que la majorité des pôles primaires et secondaires identifiés le territoire 249 Tableau 3 Croissance de l'emploi 1986-1996 dans les pôles identifiés en 1966 \t\t\t\t\t Primaire\tSecondaire\tPrimaire\tSecondaire\tPrimaire\tSecondaire Hull\tDrummondville\tSherbrooke\tSaint-Jean-sur-Richelieu\tMontréal\tThetford Mines Québec\tGranby\tTrois-Rivières\tSorel\tChicoutimi\tAlma \tRouyn-Noranda\t\tRivière-du-Loup\t\tShawinigan \tSaint-Georges\t\tSaint-Jérôme\t\tRimouski \tVictoriaville\t\t\t\tBaie-Comeau Sept-îles\t\t\t\t\t Valleyfield\t\t\t\t\t Joliette\t\t\t\t\t Saint-Hyacinthe\t\t\t\t\t Huntingdon\t\t\t\t\t Sources : Statistique Canada, compilation de Ali Doubi, traitement de l\u2019auteur.en 1966 font bel et bien partie des 31 agglomérations urbaines actuellement désignées comme pôles.II y eut certes croissance dans ces pôles, grâce aux investissements publics et privés qui y furent concentrés dans les années 70 à la faveur des interventions gouvernementales, dans un contexte de forte croissance économique par ailleurs.Cette forte polarisation fut considérablement ralentie par la dure récession du début des années quatre-vingt, suivie de la crise des finances publiques.On constate depuis que parmi les pôles primaires de 1966, seules les grandes agglomérations de Hull (25%) et de Québec (18%) affichent, pour la période 1986-1996, une croissance de l\u2019emploi supérieure à la moyenne des agglomérations importantes, soit 16% (tableaux 1 et 3).Les agglomérations de Sherbrooke et de Trois-Rivières se maintiennent à peine avec n°/o et 10% alors que Montréal et Chicoutimi sont en déclin relatif en matière d\u2019emplois pendant la période ob- servée, avec un taux de croissance respectif de 7,5 % et 5,7 %.Il est intéressant de signaler aussi que certaines agglomérations urbaines non identifiées comme pôles primaires en 1966 s\u2019avèrent actuellement en très forte polarisation des activités génératrices d\u2019emplois.Il s\u2019agit notamment de Drum-mondville (45%), Victoriaville (89%), Saint-Georges-de-Beauce (75%), La Tuque (22%), Rouyn-Noranda (18%) et Granby (23%), qui émergent comme pôles importants et se positionnent de mieux en mieux sur l\u2019espace québécois.Repositionnement.Ces faits nous conduisent à avancer que plusieurs agglomérations moyennes (pôles secondaires) polarisent relativement beaucoup plus que les grandes (pôles primaires).On ne peut à cette étape-ci diagnostiquer un renversement hiérarchique sur l\u2019espace québécois.Nous observons tout de même un repositionnement évident de nombreux Bilan de la politique des pôles de croissance : relancer l\u2019idéal d\u2019un Québec polycentrique Les enjeux territoriaux 250 L\u2019état du Québec centres, dans une hiérarchie urbaine malmenée.Plusieurs facteurs peuvent en principe participer à l\u2019explication de ce phénomène de repositionnement spatial si l\u2019on tente de saisir la performance propre de chaque pôle, inscrite dans la dynamique spatiale du Québec et de la planète.Cet exercice n\u2019est évidemment pas possible avec les seules données sur l\u2019emploi.Celles-ci nous permettent toutefois de constater que tous les pôles secondaires qui sont en forte polarisation possèdent un secteur secondaire très dynamique, tandis que tous les pôles primaires en faible polarisation possèdent un secteur industriel anémique ou en déclin.Performance étonnante de certaines petites agglomérations Ce phénomène de repositionnement spatial touche aussi de petites agglomérations urbaines fortement polarisatrices telles que Lac-Mégantic, Val-d\u2019Or, Bromp-tonville, Lavaltrie, Waterloo, Sainte-Adèle, Rawdon, Saint-Sauveur et plusieurs autres (tableau 4).Certaines voient leur polarisation mue par le secteur secondaire.Pour d\u2019autres, telles que Saint-Félicien, Prin-ceville, Sainte-Adèle, il s\u2019agit plutôt du secteur tertiaire qui est le moteur de la croissance de l\u2019emploi.Quelques agglomérations possèdent un secteur primaire très dynamique en matière d\u2019emploi.Quoi qu\u2019il en soit des causes, ces pôles s\u2019associent à ceux précités ci-dessus pour former les points d\u2019appui spatial de la croissance de l\u2019emploi au Québec.Cependant, aucun des 30 pôles tertiaires identifiés en 1966 (tableau 2) n\u2019est devenu l\u2019une des agglomérations moyennes ou grandes alors que seulement neuf de ces pôles font partie des 48 agglomérations plus petites qui sont aujourd\u2019hui, en Tableau 4 Variation de l'emploi 1986-1996 dans les petites agglomérations (%) \t\t\t\t\t Mont-Joli\t-3\tMelbourne\t11\tSainte-Agathe\t15 Trois-Pistoles\t-5\tWindsor\t8\tSaint-Sauveur\t37 Cabano\t5\tRichmond\t-3\tSainte-Adèle\t25 La Pocatière\t4\tCoaticook\t8\tBrowsburg\t6 Saint-Félicien\t11\tManiwaki\t-26\tSainte-Sophie\t24 La Malbaie\t-2\tSenneterre\t-6\tLaurentides\t43 Sainte-Anne-de-Bellevue\t-2\tForestville\t1\tRawdon\t25 Princeville\t13\tCap-aux-Meules\t-9\tSaint-Félix-de-Valois\t12 Plessisville\t3\tHuntingdon\t-4\tL'Épiphanie\t29 Saint-Tite\t-7\tMarieville\t-7\tSaint-Gabriel\t3 Warwick\t11\tSaint-Césaire\t1\tLavaltrie\t53 Nicolet\t-4\tActon Vale\t8\tSaint-Joseph-de-Beauce\t6 Lac-Mégantic\t18\tWaterloo\t21\tBeauceville\t5 Asbestos\t-4\tFarhnam\t2\tCarleton\t6 East-Angus\t-8\tLac-Brome\t16\tSainte-Anne-des-Monts\t-10 Bromptonville\t18\tSaint-Jovite\t23\tChandler\t-15 Sources : Statistique Canada, compilation de Ali Doubi, traitement de l'auteur. Le territoire 251 réalité, la grande majorité des pôles tertiaires du Québec (tableau 3).Ces neuf petites agglomérations et plusieurs autres non identifiées comme pôles en 1966 indiquent un taux de croissance de l\u2019emploi supérieur à la moyenne des petites agglomérations, soit 7%.Plusieurs affichent même un taux supérieur à la moyenne de 16% des agglomérations moyennes et grandes, pendant la période observée.Malgré cette polarisation forte de certaines petites agglomérations du Québec, force est de constater toutefois que seize concentrations illustrent un taux négatif de l\u2019emploi 1986-1996.Dans certains cas, cette performance négative est reliée à une perte d\u2019emplois massive dans le secteur primaire.Diffusion radiale plutôt que hiérarchique Les faits illustrent que les agglomérations urbaines de l\u2019espace québécois semblent peu influencées par les effets de diffusion des grandes vers les petites selon le principe de la hiérarchie urbaine.Mis à part Hull (Ottawa), Granby, Saint-Jérôme, Saint-Jean-sur-le-Richelieu et certaines petites agglomérations limitrophes, il est difficile d\u2019attribuer beaucoup de crédit aux effets de diffusion hiérarchique des pôles principaux pour expliquer le fort dynamisme de l\u2019emploi à La Tuque, Victo-riaville, Québec, Drummondville, Saint-Georges, Warwick et Rouyn-Noranda.D\u2019autres pôles secondaires localisés à proximité de centres primaires \u2014 Saint-Hyacinthe, Valleyfield, Joliette, Thet-ford Mines, Alma, Shawinigan, etc.\u2014 ne polarisent que très peu ou pas.Notons aussi que Amos, Mont-Laurier et Montma-gny, qui étaient des pôles secondaires identifiés en 1966, furent déclassés depuis.Nos agglomérations urbaines sont très étendues au Québec.Cela est clairement illustré par une densité globale très faible.Force est de constater que la croissance des pôles principaux du Québec se diffuse largement d\u2019une manière radiale dans la zone péri-urbaine et dans la frange urbaine.Ces étalements urbains en tache d\u2019huile ne représentent certes pas un phénomène uniforme en matière de densité, de flux et d'activités.On note une densification généralement plus forte près des grandes voies de transport.Certaines zones se spécialisent davantage dans l\u2019industrie, les bureaux ou les grandes surfaces.D\u2019autres zones demeurent clairement semi-rurales ou a contrario deviennent des banlieues résidentielles alors que des centres relativement importants émergent dans certaines zones péri-urbaines.Quoi qu\u2019il en soit de la forme adoptée, cet étalement des tissus urbains génère des effets pervers tels que la désertification des zones centrales déjà bien équipées en biens publics alors que la demande sociale pour de nouveaux équipements publics très coûteux s\u2019avère extrêmement forte dans les nouvelles zones conquises (Martin, 1994).En réalité, toutes les activités majoritairement diffusées en tache d\u2019huile par les effets de répulsion du centre (coût du terrain, coût de l\u2019habitation, qualité de vie, coût de la main-d\u2019œuvre, pollution, encombrement, etc.) ne se rendent évidemment pas beaucoup dans les pôles secondaires ou tertiaires, ce qui de ce fait prive ces pôles plus petits d\u2019un développement qui, une fois obtenu, devrait en principe se rediffuser en relais vers les zones plus rurales.L\u2019exode rural au Québec ainsi que la difficile maturation économique de nombreux territoires après leur phase de décollage industriel sont en partie causés par ce manque d\u2019effets de diffusion hiérarchique Bilan de la politique des pôles de croissance : relancer l\u2019idéal d\u2019un Québec polycentrique Les enjeux territoriaux 252 L\u2019état du Québec si nécessaires pour neutraliser ou compenser les effets de drainage des ressources périphériques vers les petites, moyennes et grandes agglomérations.Bref, la prédominance de la diffusion radiale de la croissance des agglomérations sur la diffusion hiérarchique a considérablement limité la stratégie gouvernementale de polarisation dans l\u2019atteinte de ses objectifs de diffusion sur tout l\u2019espace québécois.Si la réforme actuelle des agglomérations désire participer à un meilleur équilibre spatial, l\u2019étalement urbain excessif doit être pointé comme l\u2019un des principaux problèmes à résoudre.Recentrage de la dynamique spatio-économique Les variations de l\u2019emploi pendant la période observée nous permettent d\u2019illus- trer le cas intéressant de Drummondville.Ce centre urbain s\u2019inscrit réellement comme une agglomération en forte polarisation.Localisée au centre géographique du Québec habité, Drummondville apparaît maintenant tel un carrefour vers lequel les facteurs de développement convergent pour ensuite s\u2019y concentrer.Polarisation qui s\u2019effectue pourtant sans que Drummondville bénéficie d'un statut particulier, puisque cette ville ne fut ni identifiée comme pôle primaire (MIC, 1966), ni désignée jusqu\u2019à très récemment par Québec comme capitale régionale afin d\u2019y localiser des activités diverses.Nombreuses peuvent être les interprétations de ce phénomène peu anticipé de nouvelle polarisation dans un Québec aux activités économiques non seulement en croissance limitée depuis trente ans, Le territoire 253 mais aussi déjà fortement concentrées en d\u2019autres lieux.Il est vrai de dire notamment que Drummondville est entourée à distance limitée de centres urbains en croissance d\u2019emplois, soit Bécancour, Granby, Sherbrooke, Thetford Mines, Magog, Sorel et particulièrement Victoria-ville.Il s\u2019agit de fait d\u2019un territoire po-lycentrique situé en plein cœur du Québec, qui supporte une très grande partie des nouveaux emplois créés.Drummondville est le lieu de croisement de deux axes de développement qui relient les centres précités, en favorisant considérablement sa polarisation et son rayonnement (voir carte, p.pre'ce'dente).Il est vrai aussi qu\u2019avec le déclin relatif des transports ferroviaire et maritime de marchandises au profit du transport routier, Drummondville est désormais aussi avantagée, sinon plus, que l\u2019agglomération de Montréal en matière de distance.Par contre, la région de Montréal est beaucoup mieux équipée pour relever le défi du transport routier.À titre d\u2019exemple, l\u2019absence d\u2019infrastructure autoroutière transversale entre Trois-Rivières et Sherbrooke ne favorise pas Drummondville.D\u2019autant plus que l\u2019aéroport international ne fut pas construit dans la périphérie de Drummondville, même si plusieurs spécialistes le proposaient à une certaine époque, mais bien à Mirabel en considération de facteurs autres que spatio-économiques.Néanmoins, l\u2019agglomération de Drummondville est directement reliée aux principaux marchés du Québec et du Nord-Est américain.Donc, la localisation de Drummondville s\u2019avère géographiquement centrale au Québec mais les équipements publics, les incitatifs gouvernementaux à la localisation industrielle, les administrations publiques et les infrastructures de trans- port n\u2019ont pas réellement assisté, jusqu\u2019à maintenant, cette centralité naturelle, centralité qui semble s\u2019imposer progressivement néanmoins.Il ne s\u2019agit sûrement pas d\u2019un pôle planifié, mais tout de même d\u2019un pôle de développement en puissance.Il faut ainsi constater que malgré quatre décennies de planification publique au Québec (ProuLx, 1996), le déterminisme demeure très présent en matière de développement [sur Drummondville, voir article P \u2022 323]- Un espace polycentrique Dans la configuration des divers espaces nationaux sur la planète, il existe deux grands schémas bien distincts, comprenant de multiples variantes selon les cas.On retrouve d\u2019une part le schéma mono-centrique (Portugal, Argentine, Thaïlande, Sénégal, etc.), caractérisé par le fort positionnement spatial d\u2019un très grand centre urbain qui domine totalement la hiérarchie urbaine.À l\u2019autre bout du spectre se présente le schéma polycentrique (Hollande, Allemagne, Suisse, Italie, États-Unis, Chine, etc.), par lequel la population est répartie d\u2019une manière plus équilibrée en différents pôles.Sous l\u2019angle de l\u2019équilibre spatial, la monocentrie correspond davantage, mais pas exclusivement, à la période de forte croissance associée au décollage industriel d\u2019une économie, qui s\u2019effectue généralement dans la divergence.Spatialement plus équilibrée, la polycentrie est davantage associée à des phases plus avancées dans le développement économique d\u2019une nation.C\u2019est pourquoi plusieurs pays tels que la France, la Grande-Bretagne, le Japon, le Brésil, le Mexique, etc.tentent de passer d\u2019un schéma à l\u2019autre en assistant les forces du marché vers la convergence du développement et un meilleur équilibre Bilan de la politique des pôles de croissance : relancer l\u2019idéal d\u2019un Québec polycentrique Les enjeux territoriaux 254 L\u2019état du Québec spatial.Au Canada, à partir d\u2019un schéma tricentrique au temps de la colonie française (Québec, Montréal, Trois-Rivières), le pays est passé, au milieu du xixc siècle, à un schéma monocentrique ancré sur Montréal pour ensuite cheminer, depuis un demi-siècle, vers un schéma polycen-trique avec l\u2019affirmation de Toronto, Calgary, Edmonton, Vancouver et Winnipeg ainsi que le déclin relatif de Montréal.Au passage, Montréal a perdu une large partie de sa périphérie ouest, ce qui explique largement son déclin relatif (Polèse et Roy, 1999).Notre analyse de la dynamique spatiale du Québec avec les données sur l\u2019emploi pendant la période 1986-1996 nous amène à proposer à la discussion l\u2019existence de plusieurs systèmes urbains distincts.Mis à part le système polycentrique du centre géographique du Québec, il y en a d\u2019autres.D\u2019abord, existe un système polycentrique mais fortement polarisé, forme par la région métropolitaine de Montréal avec ses pôles intérieurs et péri-urbains très dynamiques ainsi que ses satellites dans la frange urbaine tels que loliette, Sainte-Thérèse, Valleyfield, Saint-Iean-sur-le-Richelieu, etc.Sherbrooke forme son propre système monocentrique, avec ses très petits satellites.Sans vraiment posséder de satellites en dehors de la zone peri-ur-baine, Québec est aussi une monocentrie qui s\u2019étale en tache d\u2019huile.Alors que la Mauricie s'avère duocentrique, au même titre que le Saguenay-Lac-Saint-Jean, chacun de ces centres régionaux possédant ses propres satellites.Finalement, nous considérons que l\u2019Abitibi s\u2019inscrit comme une quadricentrie périphérique alors que la Côte-Nord représente une polycentrie linéaire.Des corridors de développement Par ailleurs, notre analyse globale de la dynamique spatiale de l\u2019économie québécoise nous permet de constater un autre phénomène fort intéressant.Il s\u2019agit de la formation de quelques corridors de développement qui découpent l\u2019espace national.Il existe bien sûr le long corridor qui épouse historiquement l\u2019axe de la vallée du Saint-Laurent, entre Québec et Montréal dans un premier temps, pour ensuite se rendre jusqu\u2019à Kingston en Ontario et même jusqu\u2019à Windsor.Cette zone linéaire qui s\u2019élargit en de nombreux passages a largement bénéficié de l\u2019industrialisation du Québec au cours de ce siècle.Elle s\u2019est densifiée depuis les années soixante, particulièrement autour des sorties et des croisements autoroutiers.Depuis deux décennies, le corridor Saint-Laurent s\u2019étale doucement au sud vers le Bas-du-Fleuve pour atteindre Rjvière-du-Loup par petites poches de développement, notamment Montmagny et La Pocatière.Il s\u2019agit là d\u2019un phénomène de répartition spatiale des activités économiques tout à fait conforme à la géographie économique traditionnelle du Québec.Une cassure.Par contre, d\u2019autres corridors se présentent d\u2019une manière originale à l\u2019analyse empirique puisqu\u2019ils illustrent une cassure avec la répartition linéaire historique.En effet, se forment actuellement sur l\u2019espace des corridors transversaux ou perpendiculaires à l\u2019axe du Saint-Laurent.Il s\u2019agit bien sûr de l\u2019émergent corridor Sorel - Drummondville - Vic-toriaville que nous avons mentionné ci-dessus.Celui-ci est traversé par un autre corridor qui suit l\u2019axe Grand-Mère -Trois-Rivières - Drummondville -Windsor - Sherbrooke - Magog.Ces Le territoire 255 deux corridors transversaux illustrent très bien (voir carte) que nous assistons à un recentrage spatial de l'économie dans cette région avec l\u2019agglomération de Drummondville qui exerce une forte polarisation (Proulx et Riuerin, 2001).Il existe par ailleurs le corridor Sainte-Thérèse - Blainville - Saint-Jérôme -Sainte-Agathe qui pointe vers le nord à partir de la région métropolitaine de Montréal.La rivière Chaudière forme aussi un véritable corridor de développement à partir de Québec jusqu\u2019au Lac-Mégantic.Aussi, on peut identifier un autre corridor perpendiculaire au Saint-Laurent à la hauteur de Rivière-du-Loup.Celui-ci s\u2019étale jusqu\u2019à Edmundston, Nouveau-Brunswick, et même jusqu\u2019à St.John en sillonnant la rivière du même nom.Finalement, la Côte-Nord forme depuis quelques décennies un long corridor polycentrique, en manque de prospérité cependant.À tous ces corridors de développement qui marquent l\u2019espace québécois, notre observation nous amène finalement à en ajouter un autre qui traverse le sud de la région métropolitaine de Montréal.Séparée de la première couronne par une zone moins urbanisée, une demi-couronne démarre son parcours à Salaberry-de-Valleyfield vers Saint-Jean-sur-le-Rjche-lieu, passe par Cowansville avant de bifurquer vers Granby et Saint-Hyacinthe.Il Références Benko, G., Lipietz, «Géographie socio-économique ou économie géographique?», dans La richesse des régions, PUF, Paris, 2000.Bruneau, P., «L\u2019archipel urbain québécois, un nouveau rapport société - espace», dans Le Québec en changement, sous la dir.de Bruneau, P., PUQ, Québec, 2000.Christaller, W., Central Places in Southern Germany, Prentice Hall, Englewood Clifs, 1933.Coffey, J.W., «Montréal, métropole nord-américaine», dans Services et métropoles, sous la dir.de Philippe, J.Léo, P.Y.et Boulianne, L.M., L\u2019Harmattan, Paris, 1998.Collin, J.P., P.amel, J.Léveillée, S.Belley, M.-U.Proulx, La politique de renforcement des agglomérations urbaines au Québec, MAM, Gouvernement du Québec, 1998.Fréchette, P., P.Vézina, L\u2019économie du Québec, éditions HMV, Québec.Higgins, B., F.Martin, A.Reynauld, «Les orientations du développement économique régional du Québec», Étude pour le ministère de l\u2019Expansion économique régionale, Ottawa.Jean, N., M.-U.Proulx, «Organisation des territoires: le cas des MRC du Québec», dans Cahiers de Géographie du Québec, à paraître.Lôsch, A., «The nature of Economie Régions», Southern Economie Journal, n° 5,1938.MIC, « Division du Québec en 10 régions et 25 sous-régions administratives », Bureau de recherches économiques, ministère de l\u2019Industrie et du Commerce, Québec, 1966.Parenteau, R., « Les régions riches et les régions pauvres du Québec », dans Cité Libre, vol.XV, n° 70,1964.Polèse, M., M.Roy, «La dynamique spatiale des activités économiques au Québec», dans Cahiers de Géographie du Québec, vol.43, n° 18, avril 1999.Proulx, M.-U., «Trois décennies de planification régionale au Québec», dans Le phénomène régional au Québec, PUQ, 1996.Proulx, M.-U., N.Riverin, «Recentrage spatial du développement au Québec», dans Interventions économiques, printemps 2001.Tellier, L.N., «Le Québec des régions à l\u2019intérieur de la dynamique spatiale de l\u2019économie mondiale», dans Proulx, M.U.1996, op.cit.Bilan de la politique des pôles de croissance : relancer l\u2019idéal d\u2019un Québec polycentrique Les enjeux territoriaux 256 L\u2019état du Québec s\u2019agit là d\u2019un corridor qui draine actuellement beaucoup d\u2019activités socio-économiques.Un espace polycentrique Est-ce que la dynamique économique québécoise chemine vers une configuration spatiale de nature polycentrique?Cette question provoque la discussion chez les divers adeptes de l\u2019approche duocentrique ou monocentrique.Discussion qui s\u2019avère certes souhaitable dans le contexte de la stratégie de la polarisation qui revient en force avec la réforme actuelle des agglomérations urbaines.Bien que Montréal domine totalement la hiérarchie urbaine du Québec et que l\u2019agglomération de Québec soit trois fois plus populeuse que sa plus proche rivale, soit Hull, notre analyse nous conduit à répondre à cette question par l\u2019affirmative.D\u2019abord parce qu\u2019en désignant stratégiquement une série de pôles principaux il y a trente ans, le modèle choisi était clairement de nature polycentrqiue, tout en favorisant particulièrement le pôle principal.Si cette stratégie n\u2019a pas généré tous les effets anticipés, notamment en matière de diffusion vers les plus petits centres, il demeure que l\u2019espace québécois fut marqué par la déconcentration de biens, d\u2019organisations et de services, effectuée au sein de plusieurs centres.Un pas important fut franchi vers un meilleur équilibre spatial.Ensuite, parce que le repositionnement hiérarchique actuel de plusieurs agglomérations urbaines tend à faire émerger de nouveaux pôles forts.Si ceux-ci n\u2019illustrent pas de renversement radical à la manière de Toronto vis-à-vis de Montréal au cours des dernières décennies, ils modifient substantiellement la répartition spatiale des activités.On constate notamment un recentrage géographique des emplois dans le centre géographique du Québec ainsi que la formation de nouveaux corridors de développement en dehors de l\u2019axe traditionnel du Saint-Laurent.La dynamique spatio-économique naturelle s\u2019avère éclatée dans sa concentration des activités.Le renforcement politico-administratif actuel des quelque trente agglomérations urbaines tend à consolider cette vision d\u2019un Québec polycentrique.Si la présence d\u2019un tel modèle représente certes une meilleure assurance d\u2019équilibre spatial que la monocentrie, il demeure toutefois que le passé récent illustre que cette condition n\u2019est pas suffisante a priori.Il devient alors impératif de faire progresser cette réforme par une politique appropriée d\u2019aménagement et et de développement, notamment une politique vigoureuse de diffusion hiérarchique de la croissance vers les plus petits centres afin qu\u2019ils deviennent de véritables pôles en périphéries.\u2022 Le territoire 257 Région et couronne métropolitaines de Montréal Le regroupement municipal en marche: Méga-Montréal et Méga-Longueuil Jean-Pierre Collin INRS-Urbanisation, Culture et Société Au cours de la dernière année, le débat sur l\u2019organisation municipale dans l\u2019agglomération métropolitaine de Montréal est en quelque sorte arrivé à son terme.Toutefois, les solutions retenues sont finalement loin de celles qui semblaient se dessiner au milieu de l\u2019année 2000.De fait, entre mars et juin, on croyait assister à la mise en place de premières pistes de solutions au problème de la gestion métropolitaine.En particulier, une certaine évolution des rapports entre la ville centre de Montréal et les villes de banlieue était observable et quelques compromis entre la plupart des élus municipaux se dessinaient [voir «La nouvelle Communauté' métropolitaine: concertation etjïscalitéd\u2019aijijlo-mération», J-P Collin, in Québec 2001].En pratique, la majorité des partenaires municipaux semblaient prêts, pour la première fois, à collaborer avec le gouvernement du Québec et entre eux, à la mise en place d\u2019une institution résolument métropolitaine.Mais, la dynamique de la réforme s\u2019est totalement modifiée par la suite.Le problème de la gestion métropolitaine a été, à toutes fins utiles, relégué aux oubliettes et c\u2019est la fusion des municipalités qui est devenue la pièce maîtresse de la réorganisation municipale.Quant à la fiscalité d\u2019agglomération, elle est formellement demeurée au programme d\u2019action du ministère des Affaires municipales et de la Métropole mais on n\u2019en voit plus très bien la pertinence.La création de la Communauté métropolitaine de Montréal La réorganisation municipale dans la région de Montréal s\u2019est amorcée dès avant la publication du livre-blanc, Changer les façons de /aire, pour mieux servir les citoyens, rendu public fin avril 2000.En effet depuis plusieurs semaines déjà, sous la bienveillante direction et animation du mandataire, Louis Bernard, un comité d\u2019élus municipaux, créé par la ministre des Affaires municipales et de la Métropole, avait entrepris une réflexion sur les orientations de la réforme municipale dans la métropole.Le comité d\u2019élus municipaux a remis à la ministre un rapport en deux parties sur la première composante de son mandat (équipements à portée supramunicipale et paramètres d\u2019une fiscalité d\u2019agglomération) et ses travaux ont trouvé un écho important dans la loi créant la Communauté métropolitaine de Montréal (le projet de loi 134, adoptée le 21 juin) qui vient doter l\u2019agglomération montréalaise, à compter du 1\" janvier 2001, d\u2019une nouvelle institution régionale dont la compétence s\u2019étend sur le vaste territoire de la Région métropolitaine statistique de Montréal qui comprend plus de trois millions de personnes et 105 municipalités.Le regroupement municipal en marche : Méga-Montréal et Méga-Longueuil Région et couronne métropolitaines de Montréal 258 L\u2019état du Québec Sainte-Adèle Saint-Lin-Laurentides Mirabel Saipt-Eustache Vaudreuil-Dorion \u2022 Salaberry-de-Valleyfièl Saint-Rémi luntinqdon Région métropolitaine de Montréal et sa couronne Légende v7| Région métropolitaine 1\tI de Montréal Couronne métropolitaine I de Montréal Limites des MRC Lachute Joliette Le territoire 259 Saint-Hyacinthe Cowansville Le regroupement municipal en marche : Méga-Montréal et Méga-Longueuil Région et couronne métropolitaines de Montréal 260 L'état du Quebec À l\u2019instar de la Commission de développement de la métropole, créée exactement trois ans plus tôt, la Communauté métropolitaine de Montréal se présente comme une instance de planification stratégique capable de s\u2019appuyer sur les interdépendances intramétropolitaines aux chapitres de l\u2019aménagement du territoire, du transport des personnes, du développement économique et social et de l\u2019environnement.La CMM se veut aussi un mécanisme innovateur de concertation, voire de solidarité métropolitaine indispensable à la compétitivité de l\u2019agglomération sur la scène continentale et mondiale.Si la Commission de développement de la métropole ne dura que le temps d\u2019un débat parlementaire (bien que la loi fut votée en juin 1997, elle ne fut jamais convoquée par le ministre responsable), la mise en place de la Communauté métropolitaine de Montréal semble annoncer l\u2019entrée de Montréal dans le club des villes-régions qui prennent enfin le virage métropolitain.Mais, sur la deuxième partie du mandat du comité des élus municipaux, soit l\u2019examen des regroupements municipaux souhaitables dans la région de Montréal, le mandataire a dû agir seul, la plupart des élus municipaux se refusant de participer à un tel exercice.Ce changement de dynamique avait d\u2019autant plus d\u2019importance que les modalités de mise en œuvre de la Communauté métropolitaine étaient remises à l\u2019automne 2000, une fois terminés les travaux du « comité Bernard ».Le rapport du mandataire: cap sur les fusions Le rapport du mandataire au début de l\u2019automne 2000 et surtout les recommandations mises de l\u2019avant sont fondés sur une lecture particulière de la région métro- politaine de Montréal (Bernard, 2001).Sans aucune référence aux nombreux travaux et écrits, depuis le rapport Picard en 1986, sur la problématique municipale et régionale montréalaise, le rapport du mandataire repose sur l\u2019idée que la région montréalaise est composée de trois « pôles » dont le degré variable de performance économique et de croissance démographique, au cours des derniers dix ou vingt ans, s\u2019expliquerait d\u2019abord par un état différent de la fragmentation municipale.En clair, le premier des trois pôles, la ville de Laval, est un success story qui s\u2019explique par la décision de fusionner les quatorze municipalités de l\u2019île Jésus en 1965.A contrario, la fragmentation municipale esta l\u2019origine de la difficulté pour l\u2019ile de Montréal et pour la Rive-Sud, les deux autres pôles de la région, de se développer au maximum de leurs capacités.Le «modèle» lavallois.Le mandataire s\u2019engage alors rapidement sur la recommandation de donner suite au projet d\u2019une île, une ville mis de l\u2019avant par la Ville de Montréal et son maire et d\u2019une grande ville sur la Rive-Sud, sorte de contrepoids à la ville de Laval.En fait, la ville de Laval est ainsi proposée comme un modèle à suivre.Le rapport assortit toutefois ces propositions, somme toute traditionnelles puisqu\u2019elles faisaient partie de l\u2019arsenal des projets de réforme soumis au débat public dans les années i960, d\u2019une nouveauté : la création d\u2019arrondissements qui se verront confier la gestion quotidienne des services dits de proximité et assureront la survie sociologique des communautés d\u2019appartenance (anciennes villes de banlieue et quartiers montréalais).Immédiatement, le gouvernement québécois fait sienne la perspective générale contenue dans les recommandations Le territoire 261 du mandataire et l\u2019inscrit dans une autre loi (le projet de loi 170).La préoccupation régionale qui avait dominé la phase initiale de la réforme est reléguée au second plan au profit d\u2019un programme de réorganisation politico-administrative municipale tourné vers la portion centrale de l\u2019agglomération.Ainsi qu\u2019il ressort d\u2019une entrevue de fin d\u2019année avec le premier ministre d\u2019alors, Lucien Bouchard, l\u2019heure n\u2019est plus à l\u2019élaboration d\u2019une formule de concertation dans un esprit de gestion métropolitaine mais à la réorganisation du secteur municipal en quelques grands blocs (Beaulieu et Cayouette, 2001).Cette orientation repose sur l\u2019hypothèse implicite que la diminution du nombre d\u2019intervenants est en soi favorable et une condition suffisante à «l\u2019émergence d\u2019une culture métropolitaine forte et dynamique» (Bernard, 2000).Le cœur de la réorganisation : créer deux méga-villes À compter de l\u2019automne 2000, l\u2019essentiel des énergies ministérielles aura donc été consacré, dans la région de Montréal comme ailleurs au Québec, à l\u2019élaboration des projets de regroupements municipaux et à la fabrication des nouvelles villes.Pour la région de Montréal, s\u2019inspirant de l\u2019expérience de la nouvelle ville d\u2019Ottawa qui vient de vivre un regroupement semblable, cela s\u2019est traduit en pratique par des comités de transition chargés de faire émerger les méga-villes de Montréal et de Longueuil, sur la base essentiellement des recommandations du mandataire.Notons que le toponyme « Longueuil » n\u2019a pas fait l\u2019unanimité.Au contraire, de nombreux intervenants se sont évertués à lui trouver un substitut.Déjà le mandataire, dans son rapport, suggérait de nom- mer la nouvelle ville du nom de Ville de Champlain.La suggestion fut rapidement écartée.Le comité de transition, après étude de la question en comité et sondage auprès de la population des huit villes concernées par le regroupement, y est allé d\u2019une autre suggestion: la Ville de LeMoyne.C\u2019est finalement le Conseil des ministres qui a tranché en faveur du nom de Longueuil.Formés de personnalités non élues choisies par la ministre, les comités de transition de Montréal et de Longueuil ont le mandat de bâtir les nouvelles villes pour le ier janvier 2002.En pratique, il s\u2019agit de mettre sur pied une structure administrative opérationnelle (plan d\u2019organisation, budget de l'année 2002 et nomination du directeur général, du greffier et du trésorier), de préparer l\u2019élection du 4 novembre 2001 et de faciliter l\u2019harmonisation des relations de travail.Dans l\u2019île de Montréal, la majorité des municipalités de banlieue regroupées avec Montréal n\u2019ont pas accepté la décision gouvernementale de faire de la Communauté urbaine une ville et ont contesté le bien-fondé de la loi 170 devant les tribunaux.La contestation repose principalement sur l\u2019idée que les municipalités à statut d\u2019exception selon l\u2019article 29.1 de la Charte de la langue française (autrement dit bilingues) sont une institution fondamentale de la communauté anglophone et, à ce titre, leur existence serait protégée par la Constitution canadienne [uoir artide p.153].D\u2019autres arguments tendent à montrer que les municipalités locales ont une assise constitutionnelle et que leur regroupement (ou fusion) ne peut être que volontaire.Certains maires ont annoncé leur intention de poursuivre la saga judiciaire jusqu\u2019à la Cour suprême du Canada, si nécessaire.Cependant, la jurisprudence Le regroupement municipal en marche : Méga-Montréal et Méga-Longueuil Région et couronne métropolitaines de Montréal 262 L\u2019état du Québec offre peu de chances de succès.On n\u2019a qu\u2019à penser, dans l\u2019histoire récente, aux cas de Toronto et de Saint-Jovite/Mont-Tremblant où les gouvernements provinciaux (de l\u2019Ontario et du Québec, respectivement) ont obtenu complet gain de cause.Parmi les objectifs de la création des nouvelles villes de Montréal et de Lon-gueuil, il y a l\u2019assurance d\u2019un meilleur rapport qualité-prix dans l\u2019offre de services municipaux, l\u2019établissement d\u2019une nouvelle culture organisationnelle qui incitera l\u2019adoption de nouvelles façons de faire, l\u2019amélioration de la simplicité, de l\u2019efficacité et de l\u2019imputabilité de l\u2019administration municipale.à l\u2019intérieur d\u2019une enveloppe budgétaire globale qui, annonce-t-on, sera la même en 2002 qu\u2019en 2001.Ces regroupements à grande échelle ont aussi pour objectif d\u2019assurer une plus grande équité fiscale, notamment dans l\u2019île de Montréal.Bien que là-dessus, le débat porte plutôt sur le plafonnement de la hausse des taxes pour ceux qui en connaîtront et sur le fait qu\u2019une majorité de contribuables résidentiels devraient profiter d\u2019une réduction de taxes.Au sujet des disparités fiscales, il ne faut pas perdre de vue, d\u2019une part, que les municipalités québécoises en général et montréalaises en particulier n\u2019ont pratiquement aucun rôle en santé et services sociaux et en éducation, d\u2019autre part, que la Communauté urbaine de Montréal avait déjà un impact redistributif indéniable.Finalement, il y a aussi l\u2019espoir que l\u2019organisation de la région métropolitaine en quelques grandes villes favorisera le développement de la richesse collective, pavera la voie à l\u2019émergence d\u2019une vision commune du développement économique, social et culturel et, partant, consolidera la position de Montréal comme métropole nord-américaine, voire internationale.Dans le reste de la région métropolitaine Tout autour du noyau central formé par la trilogie Laval-Montréal-Longueuil, les mêmes arguments, avec le plus souvent la même terminologie, sont utilisés à l\u2019appui d\u2019autres projets de regroupements municipaux.C\u2019est ainsi qu\u2019un vent de fusions téléguidées ou volontaires a soufflé dans le reste de la région métropolitaine et dans les agglomérations urbaines satellites de Montréal.La création du Grand Saint-Jean est chose faite et celles du Grand Saint-Jérôme et du Grand Saint-Hyacinthe ont été ardemment recommandées par le conciliateur gouvernemental.Le même conciliateur a aussi recommandé la fusion des municipalités du Bassin de Chambly.Avant de se faire à leur tour dicter l\u2019heure et la nature du regroupement, quelques groupes de municipalités de banlieue ont entrepris un processus de regroupement volontaire dans plusieurs MRC.Les édiles de la couronne nord ont été particulièrement actifs.Ainsi, le regroupement de trois des quatre municipalités locales de la MRC Les Moulins (Terrebonne, Lachenaie et La Plaine) est acquis ; la Ville de Mascouche ayant décidé de faire cavalier seul.Des études d\u2019opportunité sont en cours dans la MRC des Deux-Montagnes et dans la MRC de l\u2019Assomption, qui implique chaque fois la majorité des municipalités locales.Bref, au cours de l\u2019année 2001, c\u2019est la question du nombre, du trop grand nombre de municipalités qui a occupé toute la scène locale et métropolitaine.Cette réforme donnera-t-elle tous les fruits que l\u2019on attend d\u2019elle?Il est bien tôt pour répondre à cette question et il serait téméraire de le faire.Permettons-nous Le territoire 263 tout de même une question impertinente : le fléau de la fragmentation territoriale est-il vraiment conjuré ?La question de la fragmentation La réorganisation municipale dans la région de Montréal repose, entre autres choses, sur l\u2019idée que la compétition entre seulement quelques gros joueurs municipaux sera moins stérile et qu'il deviendra possible de faire émerger une vision métropolitaine commune du développement économique, social et culturel.Ce pari est loin d\u2019être gagné, en l\u2019absence de mécanismes contraignants de concertation.Or, le caractère minimaliste et essentiellement volontaire de la CMM ne semble pas aller dans cette direction.Au moment où les partenaires municipaux seront, pour quelques années, tout entier absorbés par la construction des nouvelles villes, la nouvelle Communauté métropolitaine de Montréal apparaît bien mal outillée en plus d\u2019être dotée de structures peu convaincantes.C\u2019est ainsi, pour ne prendre qu\u2019un exemple, que la fiscalité d\u2019agglomération reste un vœu pieux.D\u2019ailleurs, à première vue, il est permis de douter sinon de la pertinence de poursuivre la réflexion sur ce thème, du moins de la possibilité qu\u2019à court terme, il s\u2019inscrive à nouveau dans l'actualité métropolitaine.La fiscalité d\u2019agglomération est, en pratique, une alternative à la fusion des municipalités locales ; en regard notamment de la recherche d\u2019une plus grande équité fiscale, d\u2019une réelle prise en compte des effets de débordement et d\u2019une meilleure redistribution de la richesse collective.En théorie, on peut encore envisager, pour la région de Montréal, la mise en place de mécanismes de partage de recettes fiscales entre quelques joueurs mu- nicipaux.En pratique, la plus grande part des inégalités fiscales et des effets de débordement seront déjà implicitement pris en charge par les nouvelles grandes villes.À la condition, bien entendu, que l\u2019étalement urbain ne se porte pas en plus lointaine périphérie.Reste la question de la redistribution de la richesse collective qui pourrait se poser, dans l\u2019hypothèse d\u2019une décentralisation vers les municipalités de nouvelles responsabilités.Mais la décentralisation est un sujet dont on ne discute plus au Québec et qui suscite peu d\u2019adhésions si l\u2019on en juge par la réaction peu enthousiaste réservée aux recommandations de la Commission nationale sur les finances et la fiscalité locales, dans Pacte 2000, pour une réforme structurelle du secteur local au Québec.Reste encore la question de la solidarité métropolitaine.Là-dessus, il y a la promesse d\u2019un fonds de développement accepté en principe par les acteurs municipaux mais dont les paramètres ne sont pas encore définitivement arrêtés.bien que l\u2019enveloppe globale a déjà été fixée à 25M$.Malgré tout son mérite, cette initiative (si elle se concrétise naturellement) ne pourra pallier le fait que la question de l\u2019harmonisation du découpage des régions administratives avec le territoire métropolitain est restée entière.En effet, malgré la mise en place de la Communauté métropolitaine, la région montréalaise demeure partagée entre cinq régions ou portions de régions administratives.Tout au plus, à l\u2019invitation de la ministre des Affaires municipales et de la Métropole, les cinq conseils régionaux impliqués ont-ils manifesté un désir de concertation volontaire et d\u2019harmonisation de leurs plans stratégiques de développement.Il est amusant de souligner qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une piste Le regroupement municipal en marche : Méga-Montréal et Méga-Longueuil Région et couronne métropolitaines de Montréal 264 L\u2019état du Québec d\u2019intervention invariablement jugée inefficace et trop timide chaque fois que l\u2019on veut faire la promotion d\u2019un projet de regroupement municipal.D\u2019ailleurs, la création d\u2019une seule ville dans l\u2019ile de Montréal, que l\u2019on se plaît à désigner aussi comme la région administrative de Montréal, ne peut qu\u2019accentuer l\u2019effet de fragmentation entre les régions administratives.contribuant ainsi à isoler encore un peu plus l\u2019île de Montréal.\u2022 Références Beaulieu, Carole, Pierre Cayouette, « Bouchard.Le point de fusion », L\u2019Actualité, vol.26, n° 1, Janvier 2001.Bernaro, Louis, Regroupements municipaux dans la région métropolitaine de Montréal: Recommandations du mandataire, Montréal, ministère des Affaires municipales et de la Métropole, 11 octobre 2000.Loi sur la Communauté métropolitaine de Montréal (2000, chapitre 34), Québec, Éditeur officiel du Québec, (Projet de loi 134) Loi portant réforme de l'organisation territoriale municipale des régions métropolitaines de Montréal, de Québec et de l\u2019Outaouais (2000, chapitre 56), Québec, Éditeur officiel du Québec (Projet de loi 170).Loi modifiant diverses dispositions législatives en matière municipale, Québec, Éditeur officiel du Québec (Projet de loi 29.Ministère des Affaires municipales et de la Métropole, La réorganisation municipale: changer les façons de faire, pour mieux servir les citoyens, Québec, Gouvernement du Québec, 2000.?Sites Internet Site Internet du ministère des Affaires municipales et de la Métropole : www.mamm.gouv.qc.ca Site Internet du Comité de transition de la Ville de Montréal : www.transitionmontreal.org Site Internet du Comité de transition de la Ville de Longueuil : www.transitionlongueuil.org Montréal doit améliorer le transport des marchandises sur son territoire Claude Comtois Centre de recherche sur les transports, Université de Montréal Le mouvement des marchandises est l\u2019un des indicateurs de l\u2019importance du transport dans l\u2019économie urbaine.Maintes politiques sont élaborées dans le but de répondre aux besoins de transport liés à la globalisation des marchés.L\u2019année 2000 a surtout été marquée par la publication des résultats de plusieurs travaux d\u2019analyse, de recherche et de débats auxquels ont participé les plus importants intervenants de l\u2019industrie, des gouvernements, de même que des milieux d\u2019affaires et de développement.Les rapports et plans de développement du ministère des Transports et du Comité interrégional pour le transport des Le territoire 265 marchandises dans la région de Montréal (C1TM) permettent de développer une vision intégrée de l\u2019avenir de l\u2019industrie du transport de marchandises dans la région de Montréal.En outre, ces documents démontrent une excellente connaissance du comportement, des tendances et des caractéristiques des usagers du système de transport.Ces rapports témoignent de la présence d\u2019une expertise dans la gestion des équipements de transport, l\u2019étude des interactions entre planification urbaine et transport et la construction des modèles analytiques et de simulation.La croissance Les transports constituent un secteur stratégique pour l\u2019économie de Montréal.La fonction de transport de Montréal se définit dans un ensemble géographique continental et international.Les changements dans l\u2019environnement économique résultant de l\u2019Accord de libre-échange nord américain (ALENA) ont permis à la métropole de consolider son rôle de plate-forme de distribution et de logistique entre les marchés d\u2019Europe et ceux de l\u2019Amérique du Nord.Montréal se situe au carrefour des axes de transport terrestre, maritime et aérien des principaux marchés nord-américains.Mais toute l\u2019industrie du transport des marchandises évolue dans un environnement très concurrentiel qui nécessite d\u2019innover constamment.Le port de Montréal se situe sur le plus court chemin entre les régions industrielles des Grands Lacs et celles de l\u2019Europe de l\u2019Ouest.Mais la croissance dans la taille des navires a mené les autorités portuaires à effectuer des transformations des installations portuaires et le dragage sélectif de certains hauts-fonds du Saint-Laurent.Les navires de 35 000 tonnes, affichant jusqu\u2019à 11,3 mètres de tirant d'eau, peuvent desservir le port de Montréal.Par ailleurs, le CN et le CP ont complété la rationalisation de leurs opérations de transport, procédé à la cession ou l\u2019abandon de nombreuses lignes régionales et concentré leurs activités le long des corridors longue distance à forts volumes.Le réseau de chemin de fer offre désormais une desserte continentale.Au cours de l\u2019année 2000, les compagnies de chemin de fer ont débuté la mise en œuvre de plans de relance fondés notamment sur la poursuite des fusions, acquisitions ou alliances afin d\u2019élargir leur part de marché et d\u2019obtenir un meilleur accès commercial.Le parachèvement du transfert des vols internationaux de Mirabel à Dorval a permis une croissance des fréquences et des destinations des vols.En effet, le transport aérien de fret sur le service régulier de passagers assure une plus grande rentabilité pour les compagnies aériennes.Cette situation, liée à d\u2019importantes réserves de capacité des terminaux, offrent de nouvelles perspectives de croissance du fret aérien.Mais de façon davantage marquée, tous ces changements ont consolidé la fonction intermodale du système de transport montréalais.L'intermodalité La croissance du trafic conteneurisé concerne particulièrement l\u2019agglomération urbaine montréalaise dont le leadership tient à la présence des quatre modes de transport.Montréal connaît une période d\u2019intenses bouleversements, tant géographiques que technologiques, qui mettra à l\u2019épreuve sa fonction intermodale et de transit et les capacités de chargement et d\u2019adaptation de chacun des modes de transport.Montréal doit améliorer le transport des marchandises sur son territoire Région et couronne métropolitaines de Montréal 266 L\u2019état du Québec Plus précisément, les terminaux portuaires, ferroviaires et aéroportuaires de Montréal bénéficient de la croissance du transport de marchandises conteneurisées.Le port de Montréal joue un rôle fondamental dans la chaîne de transport intermodal.Premier port de conteneurs de la côte est du continent pour tout le trafic de l\u2019Atlantique nord, le port de Montréal a manutentionné plus de 1 million de conteneurs en 2000.Environ 60% de ce trafic emprunte les voies ferrovaires contre 40% pour l\u2019industrie du camionnage.En effet, le port de Montréal généré plus de 1000 mouvements de camion par jour.Les cours de triage qui possèdent d\u2019énormes réserves de terrain tentent d'attirer les entreprises de camionnage qui recherchent de plus grandes superficies pour leurs manœuvres de chargement et de déchargement.Les entreprises ferroviaires et de camionnage voient la nécessité de développer des partenariats dans le but de favoriser les nouvelles technologies intermodales et de maintenir leurs niveaux de productivité sur le marché continental.L\u2019essentiel des opérations de transbordement du fret aérien s\u2019effectue avec le transport par camion.La conteneurisation consacrait déjà le transport routier comme principal maillon du transport intermodal.Les exigences des expéditeurs en termes de services logistiques et de distribution, tels l'entreposage et la gestion des inventaires, favorisent l\u2019industrie du camionnage.La congestion routière est donc devenue un problème majeur et la performance du réseau routier constitue un frein important à la compétitivité de la métropole.La performance du réseau routier Les principaux problèmes de congestion sur le réseau routier montréalais sont le résultat d\u2019activités de camionnage s\u2019effectuant dans une plage horaire limitée, sur un territoire restreint, le long des principaux corridors autoroutiers.D\u2019abord, la plupart des entreprises génératrices de déplacements de marchandises pratiquent leurs activités en semaine pendant les heures d\u2019ouverture des bureaux, des industries et des grandes surfaces commerciales.Les enquêtes du ministère des Transports révèlent que le transport des marchandises se pratique le jour, entre 6 heures et 19 heures, et sur semaine.La pratique des activités de camionnage inclut les périodes de pointe, ce qui contribue aux problèmes de congestion du réseau routier.Ensuite, l\u2019organisation contemporaine du transport des marchandises conteneurisées privilégie le regroupement des activités de transbordement dans les terminaux et privilégie les corridors à haut volume.Bien que les terminaux de transport de la région de Montréal furent implantés en périphérie du périmètre urbain, l\u2019industrialisation des zones limitrophes aux terminaux concomitant au processus d\u2019urbanisation ont entraîné l\u2019enclavement de ces infrastructures de transport.Conséquemment, les principales activités génératrices de camionnage à Montréal se situent essentiellement dans un périmètre de 900 km2, soit un territoire délimité par l\u2019autoroute 440 au nord, la municipalité de Longueuil au sud, la municipalité d\u2019Anjou à l\u2019est et la municipalité de Pointe-Claire à l\u2019ouest.Ce territoire regroupe près de 79 % de tous les emplois générés par les manufacturiers, les grossistes et les détaillants.Enfin, la région métropolitaine est marquée par un nombre important de camions en transit.Environ 27 % des échanges entre les régions du Québec transitent Le territoire 267 par Montréal.Les axes de transport routier qui affichent les plus fortes intensités de camionnage (plus de 7000 camions par jour) dans Pile de Montréal sont dans l\u2019axe est-ouest, l\u2019autoroute 40 entre le boulevard Henri-Bourassa et le pont de l\u2019île-aux-Tourtes, ainsi que l\u2019autoroute 20 entre l\u2019aéroport de Dorval et l\u2019échangeur Turcot et, dans l\u2019axe nord-sud, les autoroutes 13,15 et 20.De toute évidence, ce constat met en relief l\u2019importance des ponts autoroutiers dans les mouvements de fret entre Pile et le reste de la région.Ces infrastructures connaissent des débits supérieurs à 5000 camions par jour.Les problèmes de congestion sont partiellement provoqués par l\u2019architecture du réseau autoroutier de la région.Le réseau autoroutier est incomplet et discontinu, ce qui limite le choix d\u2019iünéraires.Les caractéristiques de certains ouvrages d\u2019ingénierie ne répondent plus aux débits de circulation.Le réseau, ayant été construit entre les années 50 et le milieu des années 70, fait l\u2019objet de rénovations majeures qui ralentissent la circulation.Cette augmentation du niveau de congestion réduit la qualité du service de distribution des biens et accroît les coûts de production manufacturière.Nécessité d'une restructuration Montréal doit résoudre les problèmes liés à la structure de son réseau rouüer afin de maintenir son niveau de compétitivité à titre de carrefour majeur pour le transport des marchandises.Le ministère des Transports a fait connaître en 2000 son plan d\u2019orientation pour accroître l\u2019efficacité du transport des marchandises: prolongement des principaux axes routiers, modernisation du reseau, meilleure gestion de la circulation.Mais ce programme d\u2019interventions ne peut faire abstraction de la nécessité d\u2019élaborer un plan global de gestion des déplacements en fonction de corridors de commerce entre Montréal et les métropoles nord-américaines.Dans ce contexte, l\u2019objectif qui consiste à fusionner les municipalités de l\u2019île de Montréal en une seule agglomération devrait permettre une meilleure harmonisation des règlements municipaux, une uniformisation de la signalisation routière et l\u2019élaboration de circuits privilégiés pour le transport des marchandises.\u2022 Références Comité interrégional pour le transport des marchandises, «La congestion routière et le transport des marchandises»; «Les conditions favorables au développement de l\u2019industrie du transport des marchandises » ; « L\u2019harmonisation du transport des marchandises avec le milieu urbain » ; « Les atouts et les forces de la région de Montréal pour le transport des marchandises».Montréal : CITM (Comité interrégional pour le transport des marchandises), 2000.Québec, Ministère des Transports, «Plan de gestion des déplacements région métropolitaine de Montréal », Montréal : Ministère des transports, 2000 Montréal doit améliorer le transport des marchandises sur son territoire Région et couronne métropolitaines de Montréal 268 L\u2019état du Québec Bois urbain et controverses locales, ou comment intégrer la nature à la ville Gilles Sénécal INRS-Urbanisation, Culture et Société Diane Saint-Laurent Université du Québec à Trois-Rivières Un long cortège de controverses affecte depuis plusieurs années les espaces naturels de la région métropolitaine de Montréal.À ce propos, l\u2019année 2001 marque très certainement un tournant en ce qui concerne plusieurs de ces dossiers chauds, à commencer par le pourtour du parc du Mont-Royal, mais aussi le bois de l\u2019île des Sœurs et les bois de la frange périurbaine.Des règlements ou des accommodements, même partiels, sont intervenus en plusieurs cas, sans pour autant atténuer toutes les tensions suscitées par l\u2019absence de protecdon, l\u2019annonce de projets de développement urbain ou les carences de l\u2019aménagement urbain à ce chapitre.À travers ces cas, comme parmi tant d\u2019autres, est posée la quesdon de l\u2019intégration de la nature à la ville.Il faut rappeler que les derniers bois urbains, reliques des anciennes forêts ou témoins d\u2019un processus de renaturalisadon spontanée, qu\u2019ils soient protégés ou sans statut de conservation, disposés de manière fragmentée à l\u2019échelle de l\u2019agglomération, généralement perturbés, ne rencontrent pas toujours les critères en termes de taille ou de valeur écologique pour jusdfier leur conservation.Par ailleurs, les soludons apportées pour leur conservation posent le problème de leurs limites : où commence et où s\u2019arrête, par exemple, le périmètre patrimonial du mont Royal ?En milieu urbain dense, la nature sous toutes ses formes survit au contact du développement urbain.Elle s\u2019adosse aux espaces de vie et, de ce fait, suscite l\u2019intérêt de citoyens qui cherchent, par divers moyens, à faire connaître sur la place publique les enjeux de l\u2019aménagement ou de la conservation d'un site associé à leur cadre de vie.La discussion est maintenant ouverte alors que l\u2019on fête, en 2001, le 125' anniversaire de la création du parc du Mont-Royal et que le gouvernement du Québec s\u2019active à élaborer une stratégie sur les aires protégées en milieu urbain en cherchant des moyens pour comprendre la spécificité de la nature en ville.Des conflits environnementaux de proximité Tous les cas évoqués ci-dessus représentent des conflits de proximité.Ils mettent en scène des riverains devant un projet porté par un prometteur ou l\u2019administration publique.Cela dit, ils mettent en scène des espaces, parfois même des hauts lieux comme le mont Royal, qui concernent l\u2019ensemble de la population de la région métropolitaine.Ils sont aussi le fait de petits espaces naturels, imbriqués dans des milieux de vie, comme le Bois-des-Pères dans l\u2019est de Montréal, ou dans des zones d\u2019activités économiques comme le bois de l\u2019Équerre à Laval. Le territoire 26g La controverse les concernant n'est pas uniquement orientée vers la création de parcs ou d\u2019espaces verts bénéficiant d\u2019un statut de conservation.Il se peut qu\u2019à l\u2019instar du parc du Mont-Royal, le litige concerne le pourtour de l\u2019espace protégé.Bien souvent, il s\u2019agit de friches végétales qui pourraient être intégrées au développement urbain.Le deuxième problème que soulèvent toutes ces controverses locales au sujet des espaces verts en milieu urbain est celui de leur mise en réseau.Cela appelle à la mise en place d\u2019un système de parcs et espaces verts, notamment par la planification de corridors verts les reliant.Une approche globale de planification des espaces verts et naturels est alors nécessaire.Son élaboration serait une invitation à reconsidérer les paysages de la région métropolitaine et à prendre en compte toutes les figures de la nature urbaine.Pour ce faire, il importe de revoir l\u2019histoire de l\u2019urbanisation à Montréal et de retenir les aspects les plus caractéristiques du paysage métropolitain.Une forme urbaine cahotique.Cette histoire de la région de Montréal révèle qu'elle a connu une expansion rapide qui, à l'instar d\u2019autres métropoles industrielles nord-américaines, a suivi les pulsations du progrès technique et l\u2019essor du capitalisme.Du début de la période industrielle à nos jours, des phases urbaines et périurbaines se succédèrent, laissant une forme urbaine étalée, discontinue et chaotique.L\u2019expansion urbaine n\u2019a gagné l\u2019île en son entier que vers la fin des années soixante-dix.L\u2019île de Montréal conserve toutefois, encore aujourd\u2019hui, quelques traces des domaines agricoles, parfois sous la férule de congrégations religieuses, faites de champs ouverts, de vergers et de petits bois.Le développement urbain ne laisse, parmi les formes du paysage rural des extrémités nord, est et ouest de l\u2019île, que des bordures boisées, çà et là, souvent sur des sites difficiles à viabiliser, comme les crêtes rocheuses ou les terrasses d\u2019argiles instables.Seules les anciennes photographies aériennes parviennent à rendre compte de ce paysage qui a disparu en moins de temps qu\u2019il n\u2019en faut pour le répertorier, le caractériser et le cartogra-phier.Tant et si bien qu\u2019il ne reste souvent que la mémoire des résidants de longue date pour constituer bien imparfaitement le récit de leur transformation, voire de leur disparition pure et simple.En un sens, le formidable processus de développement urbain qui s\u2019est poursuivi, à Montréal comme dans toutes les métropoles, conduisant à la forme urbaine étalée, fragmente les espaces naturels existants, ne conservant que des interstices verts conçues comme des aménités urbaines et donnant l\u2019illusion de milieux champêtres.La conservation de ces derniers lambeaux des grands ensembles forestiers initiaux devient un fait exceptionnel.Le coût du sol ne permet de sauver que certains des espaces naturels, en qualité et superficie, qui produisent un effet d\u2019entraînement sur la rente foncière.Le parc et le bois résiduels deviennent alors les vides autour desquels se structurent les nouveaux espaces résidentiels.Dès lors, les résidants de ces habitats, jouxtant les résidus de la forêt de la plaine de Montréal, en deviennent souvent les défenseurs les plus zélés.Il est en effet paradoxal de constater qu\u2019il arrive que les projets résidentiels adossés à des surfaces boisées résiduelles fabriquent les ingrédients du conflit qui va suivre : des riverains fraîchement arrivés se mobilisent pour freiner le développement urbain, Bois urbain et controverses locales, ou comment intégrer la nature à la ville Région et couronne métropolitaines de Montréal 270 L'état du Québec auquel pourtant ils ont contribué, afin de sauver le dernier îlot encore boisé au nom de leur qualité de vie.L\u2019action des citoyens.Campus institutionnels, terrains municipaux, grands parcs urbains, friches, bois reliques, ensembles agroforestiers, domaines réservés ou lots sous spéculation, ces espaces verts, aménagés ou non, protégés ou non, sont autant de figures de la trame verte de l\u2019agglomération.Parfois, ces espaces semblent oubliés ou ignorés de la société montréalaise.Souvent seuls les riverains et les citoyens proches des ces lieux les reconnaissent comme des composantes de leur paysage quotidien.Il n\u2019est donc pas surprenant que des associations de citoyens soient à l\u2019origine des débats les concernant.À Montréal, des associations comme les Amis de la Montagne, Éco-nature à Laval, le Comité de protection du patrimoine de l\u2019île des Sœurs, le Comité de surveillance Louis-Rjel qui s'intéresse à la protection du Bois-des-Pères, ou encore le Comité des citoyens pour l\u2019aménagement du bois de Saint-Sulpice sont, parmi d\u2019autres, les fers de lance de la sauvegarde des espaces verts et de la nature en ville.Leur raison d\u2019être provient d\u2019abord et avant tout de la réaction des riverains faisant face à des projets de développement urbain jugés, à tort ou à raison, indésirables.Ils se constituent alors en groupes ou comités, en formulant des propositions alternatives.Leurs revendications débouchent sur la place publique et font connaître des situations jusque-là peu ou pas connues, voire complètement ignorées des citoyens.Elles multiplient les pressions face à l\u2019administration publique tout en entreprenant des actions pour leur protection et leur conservation.Le mont Royal et le bois de I île des Sœurs : des points chauds Parmi tous ces cas, le périmètre patrimonial du mont Royal et le bois de l\u2019île-des-Sœurs furent au cœur de l\u2019actualité récente et ont propulsé la question des espaces verts non protégés au cœur de la programmation des administrations publiques.La montagne et le domaine urbain.Bien que ce ne soit pas d\u2019hier que le domaine naturel du mont Royal connaisse des empiètements de toutes sortes (feux, abattage extensif d\u2019arbres, développements institutionnels et résidentiels, aménagements de cimetières jardins, etc.), on voit depuis ces dernières années se multiplier divers projets urbains au pourtour du parc du Mont-Royal, posant ainsi le défi du contact entre le parc et le domaine urbain.Les limites du parc excluent des surfaces boisées et s\u2019adossent à un patrimoine naturel et bâti de grande qualité dont la conservation n\u2019est pas assurée.L\u2019échec de la tentative de mettre en place une planification concertée entre tous les intervenants concernés par la montagne, à commencer par les municipalités de Westmount, d\u2019Outremont et de Montréal, ainsi que les propriétaires publics et fonciers, autour d\u2019un concept appelé les trois sommets (GIUM, 1988), a révélé les difficultés à penser la nature hors parc et à agir sur ces espaces verts non protégés toujours en attente de développement.La partie protégée de la montagne, le parc, agit ainsi comme un facteur de valorisation foncière et les pourtours du parc se muent en réserve foncière.La montagne est devenue aux yeux de plusieurs Montréalais une entité emblématique qui mérite toute protection ; mais de toute évidence toujours sous tension. Le territoire 271 Rappelons que la montagne couvre une superficie de 10 km2, dont la partie réservée au parc du Mont-Royal couvre une superficie de 200,53 hectares, soit seulement 14% du territoire naturel de la montagne (Guy Pinard, La Presse, 12 mai 2001).Montagne menacée, diront certains, le pourtour du mont Royal est actuellement l\u2019objet de divers projets qui visent des espaces verts et boisés, mettant ainsi en péril l\u2019intégrité même de la montagne dans ses composantes les plus diverses (patrimoniale, récréative, esthétique, symbolique, écologique).Les projets de développement, ou points chauds, sont de diverses natures (constructions résidentielles tels les projets Lépine et Canderel), rénovation du stade Percival-Molson, surélévation d\u2019un des édifices de l\u2019Hôtel-Dieu, agrandissement du stade de l\u2019Université de Montréal, ajout de mausolées dans le cimetière Notre-Dame-des-Neiges, etc.) ; d\u2019ailleurs certains de ces projets sont déjà réalisés et d\u2019autres le seraient prochainement (Ibid.).Etendre le territoire de la montagne.C\u2019est pourquoi Les Amis de la Montagne cherchent ainsi à étendre le territoire de la montagne au périmètre, dit patrimonial englobé, en gros, par le boulevard Décarie à l\u2019ouest, la rue saint-Urbain à l\u2019est, la rue Sherbrooke au sud jusqu\u2019au chemin de la Côte Sainte-Catherine au nord.On cherche d\u2019une certaine façon à remettre le projet mont Royal des années quatre-vingt sur ses rails.C\u2019est à la suite du développement résidentiel affectant le site, dit de la Ferme sous les noyers, en haut de la côte Atwater, alors que des dizaines d\u2019arbres furent coupés, qu\u2019une demande de classement en vertu de la Loi sur les Biens culturels fut faite auprès du ministère de la Culture du Québec.Celle-ci avait été refusée en 1999, parce qu\u2019on jugeait la Ferme sous les noyers comme un élément secondaire du domaine des Sulpiciens dont, soit dit en passant, plusieurs parties ont déjà fait l\u2019objet d\u2019un classement.Du même souffle, par contre, la ministre annonçait la création d\u2019une table de concertation pour développer une vision globale et élaborer un plan d\u2019action.Depuis, dans un geste qualifié d\u2019important, la ministre de la Culture a émis un avis d\u2019intention de classement au sujet d\u2019un autre site inclus dans le périmètre patrimonial désigné par les défenseurs de la Montagne, soit l\u2019ilôt occupé par les maisons Thompson et Sparrow, où un promoteur résidentiel envisageait la construction d\u2019un édifice à logements.Ce geste est-il le prodrome d\u2019une nouvelle ère pour le mont Royal et le premier pas d\u2019une stratégie visant le périmètre patrimonial de la Montagne?Le bois de l'île des Soeurs Parmi les îles du Saint-Laurent, l\u2019île des Sœurs occupe une situation privilégiée, à la fois distante des contraintes de la vie urbaine et proche du centre-ville, car reliée au centre par un pont construit en 1968.Longtemps propriété du domaine des Sœurs de la Congrégation Notre-Dame, qui y tenaient ferme et dépendances, à l\u2019abri du développement urbain par sa condition insulaire, mais également par sa vulnérabilité aux inondations printanières, l\u2019île sera l\u2019objet d\u2019un vaste projet résidentiel qui prendra la forme d\u2019une cité-jardin postindustrielle.En 1989, la Ville de Verdun acquiert, sous les pressions des résidants, une partie de bois qu\u2019elle transforme en parc.Cet acquisition fut rendue possible grâce à un échange de bon procédé avec un promoteur résidentiel qui poursuit la cons- Bois urbain et controverses locales, ou comment intégrer la nature à la ville Région et couronne métropolitaines de Montréal 272 L\u2019état du Québec truction de résidences cossues au pourtour du nouveau parc.Les riverains y trouvent ainsi une sorte de domaine à haute valeur foncière et symbolique.Lorsque le promoteur immobilier voulut poursuivre le projet résidentiel sur une nouvelle aire boisée, des citoyens de l\u2019île se sont mobilisés pour demander la conservation de tout le bois restant et sa transformation en parc.La Ville crut bon de ne pas s\u2019aliéner davantage les insulaires et entreprit une consultation publique sur ce thème dans le cadre de la révision de son plan d\u2019urbanisme.La consultation publique a stigmatisé les enjeux.Pour de nombreux résidants de Pile, la défense du bois consiste à faire valoir une certaine idée de la qualité de vie, de souhaiter le retour au concept de cité-jardin et finalement de défendre un habitat réservé et protégé.Pour la ville, l\u2019achat des terrains boisés implique une mobilisation financière importante, évaluée à plusieurs millions de dollars, en plus de constituer une perte nette en revenu foncier.La Ville de Verdun cherche bien sûr à calmer les opposants au projet de développement résidentiel déjà suffisamment insatisfaits des orientations de la municipalité, mais le bois est compris comme la pièce maîtresse d\u2019un ensemble résidentiel de haute valeur et non pas comme un espace patrimonial.Le bois devient le lieu qui permet l\u2019expression des conflits latents entre l\u2019île et la terre ferme, les résidants de la banlieue riche et verte face aux élus verdunois alliés aux promoteurs.Tous les arguments entendus durant la consultation publique opposent la représentation instrumentale de la nature que défendent l\u2019administration et le promoteur, à une représentation idéelle de la nature, alors que des résidants de l\u2019île sou- lignent la valeur écologique du bois, sa diversité floristique et faunique, puisqu\u2019il est aussi un refuge de plusieurs espèces d\u2019oiseaux migrateurs, pour en réduire le développement mais aussi les usages et ainsi limiter la densité résidentielle de même que la fréquentation du site.Il est aussi symptomatique de constater que le remblai, pourtant verdoyant, ne fait l\u2019objet d\u2019aucune mention, tous s\u2019entendent pour y aménager un golf et y couper la plupart des arbres.Un compromis acceptable.Le conflit du bois de l\u2019île des Sœurs a permis de mettre en lumière de nouvelles stratégies de protection et de conservation.Les solutions habituelles en conservation, comme la création d'une réserve écologique, semblaient exclues.Rappelons à ce propos que le ministère de l\u2019Environnement jugeait le bois de trop petite taille pour avoir un impact réel sur l\u2019écosystème régional.D\u2019abord, la Ville de Verdun a dû prévoir accroître la superficie protégée du parc.Au terme de la négociation, la municipalité proposa de soustraire trois hectares supplémentaires du développement urbain et de faire ainsi l\u2019achat d\u2019une bande reliant le parc actuel à la rive du fleuve.Le Comité pour la protection du patrimoine de l\u2019île des Sœurs cherchait, par ailleurs, à faire l\u2019acquisition de deux hectares supplémentaires, au coût de 3 M$.Ces acquisitions permettront de protéger cinq hectares de forêt sur les dix prévus pour le développement résidentiel.En définitive, la solution reste partielle aux yeux des protecteurs du bois, mais elle représente un compromis acceptable.Une nouvelle stratégie de conservation Récemment, le gouvernement du Québec organisait un groupe de travail sur les aires Le territoire 273 protégées qui regroupaient divers intervenants du milieu (soit des professionnels du ministère de l'Environnement, de la Communauté urbaine de Montréal, des villes de Montréal, Laval et autres, des membres de groupes locaux et écologistes, des universitaires) afin de confronter divers points de vue sur la protection des aires naturelles en milieu urbain et périurbain et de mettre en lumière les problématiques liées à l\u2019importante question de la nature en ville.Ce groupe de travail devait aussi réfléchir aux différentes voies d\u2019action menant à la protection des sites d\u2019intérêt (valeur patrimoniale, culturelle, écologique), lesquels sont pour la plupart soumis à des fortes pressions liées au développement urbain.Cette problématique devient un enjeu important dans la mesure où se met en place la Communauté métropolitaine de Montréal chargée précisément des questions d\u2019aménagement et d\u2019environnement.Le groupe de travail déposa son rapport synthèse en mai 2001.Les objectifs retenus visaient la conservation et la mise en valeur de sites d\u2019intérêts, notamment de porter d'ici 2005 à 8% la superficie totale des aires protégées en milieu urbain et périurbain.Cet objectif correspond à celui proposé par l\u2019Union Internationale de Conservation de la Nature (UICN).Il conviendrait, souhaite-on, de le dépasser par la suite.Actuellement, les aires protégées couvrent 4,3% du territoire de la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM) et pour l\u2019île de Montréal 6% (Gouuernement du Québec, 2001).Le tableau indique les inégalités qui marquent la répartition des aires protégées par sous-région, notamment en ce qui a trait aux proportions des aires protégées par rapport à la superficie totale du territoire.Dimension régionale.Par contre, s\u2019il reste quelques sites naturels exceptionnels, de grande qualité, et correspondant aux désignations québécoises d\u2019habitat faunique, de refuge ou de parc de conservation, leur classement ne suffirait probablement pas à permettre l\u2019atteinte de l\u2019objectif de 8%.La consultation sur les aires protégées, menée à l'hiver et au printemps 2001 dans la région métropolitaine de Montréal par le ministère de l\u2019Environnement du Québec, a insisté sur la dimension régionale de la problématique des espaces verts et naturels et a proposé une planification à grande échelle.Une politique des aires protégées en milieu urbain devrait ainsi partir des grands ensembles structurants, notamment la zone agricole permanente, les Montérégiennes, le système des grandes terrasses et les couloirs riverains, ainsi que des formes paysagères (MENQ, 2001).La proposition retenue par le groupe de travail sur le milieu urbain et périurbain suggère de retenir, à partir des différentes désignations d\u2019aires protégées de l\u2019UlCN, la catégorie V, celle des « paysages terrestres et marins» et qui correspond à la définition suivante: «une zone [.] dont le paysage possède des qualités esthétiques, écologiques ou culturelles particulières résultant de l\u2019interaction ancienne de l\u2019homme et de la nature ».La stratégie retenue vise ainsi à reconnaître les paysages représentatifs de la région métropolitaine de Montréal pour permettre leur mise en valeur globale dans la perspective de leur protection et conservation.La proposition vise enfin à organiser les espaces protégés au sein d\u2019un réseau intégré afin de maximiser les retombées, tant en termes de biodiversité, de qualité des paysages que d\u2019accessibilité, et mettre en place un réseau de par- Bois urbain et controverses locales, ou comment intégrer la nature à la ville Région et couronne métropolitaines de Montréal 274 L\u2019état du Québec Tableau 1 Répartition, superficie, nombre et proportion des aires protégées dans la région métropolitaine de Montréal \t\t\t\t Rive-Sud\t2 038\t29\t69,38\t3,4 île de Montréal\t625\t20\t37,64\t6 Laval\t267\t2\t0,59\t0,22 Rive Nord\t1 435\t6\t56,86\t3,4 Total Région métropolitaine\t4 365\t57\t164,47\t4,3 Source : Ministère de l'Environnement du Québec, 2001, p.25.tenaires publics, privés et communautaires qui laisse une large place à l\u2019initiative locale, tout en assurant un cadre d\u2019interventions orienté dans une vision globale (ibid, 2001).Par contre, l\u2019approche se fonde davantage sur le caractère écologique, en retenant la biodiversité comme un des critères de toute démarche de classement ou de protection.Elle n\u2019a pas fait place à la notion de paysage ordinaire ou vernaculaire, ceux qui ne possèdent pas les mérites de l\u2019« exceptionnallité » ou de la rareté, qui ne sont pas remarquables du point de vue de la biodiversité, mais qui participent à la qualité de certains milieux de vie.Références Groupe d\u2019intervention urbaine de Montréal (GIUM), La montagne en question, Ville de Montréal, Montréal, 1988.Mercier, Guy, Jacques Bethemont, (sous la dir.de), La ville en quête de nature.Ouvrage collectif, Septentrion, Sillery, 1998.Ministère de l\u2019Environnement du Québec, Stratégie québécoise sur les aires protégées, Groupe de Travail ad hoc milieu urbain et périurbain, Direction régionale de Montréal et Laval et Communauté urbaine de Montréal, gouvernement du Québec, mai 2001.Saint-Laurent, Diane, «Les approches biogéographiques de la nature en ville, Parcs, espaces verts et friches », Cahiers de Géographie du Québec, vol.44, n° 122, 2000.Saint-Laurent, Diane, Gilles Sénécal, «Una natura in tensione: i boschi urbani di Montréal (Canada)», dans Conflitti ambientali, genesi, sviluppi, soluzioni, sous la dir.de P.Faggi, A.Turco, Ouvrage collectif, Einaudi, Turin, 2001.Sénécal, Gilles, Diane Saint-Laurent, «Espaces libres et enjeux écologiques: Deux récits du développement urbain à Montréal».Recherches sociographiques, vol.40, n° 1,1999.Sénécal, Gilles, « Les marches de la Montagne ; l\u2019appropriation sociale de la nature et le bois de Brébeuf à Montréal ».Annales de la recherche urbaine, numéro spécial « La nature en ville », 74,1997.Sénécal, Gilles, « Montréal vert, Montréal bleu », dans Montréal2001, Visages et défis d\u2019une métropole, sous la dir.de C.Manzagol et C.Bryant, Montréal, Presses de l\u2019Université de Montréal, Montréal, 1998, Sénécal, H., P.Werner, P., Nature in Cities: A report and Review of Studies and Experiments Concerning Ecology, Wildlife and Nature Conservation in Urban and Sururban Area.Nature and Environment Series, 28, Council of Europe, 1982. Le territoire 275 Une nouvelle prise de conscience Des solutions ponctuelles et partielles sont intervenues durant la dernière année et ce, dans plusieurs de ces dossiers touchant des sites de haute valeur patrimoniale ou écologique.On note une nouvelle prise de conscience de la spécificité de la nature en ville alors que s\u2019avive la réflexion au sujet de son intégration au cadre bâti.La seule stratégie globale de planification ou d\u2019aménagement des espaces verts, à l\u2019échelle métropolitaine, qui soit en vue, émane de la consultation sur les aires protégées en milieu urbain et rien ne laisse présager qu\u2019elle sera adoptée prochainement.À ce chapitre, il y a beaucoup à attendre de la création de la CMM.Il reste, par contre, que nous commençons à savoir un peu mieux comment penser la nature en ville.Les expériences en cours sont aussi une occasion d\u2019en prévoir les applications.\u2022 Entre conjoncture et fusions : l'économie de Montréal dans l'expectative Claude Manzagol Université de Montréal Si les dernières années avaient constitué pour Montréal une réelle embellie célébrée par la presse internationale, un relatif essoufflement a marqué l\u2019an 2000.Le début de 2001 a été plus encourageant, mais ni les performances de l\u2019économie américaine, ni les résultats de certains secteurs de haute technologie n\u2019autorisent a afficher un optimisme béat.Par ailleurs, les refontes administratives consécutives à la loi 170 vont transformer l\u2019équation de gouvernance, suscitant ici adhésion et là réticences qui invitent à examiner sereinement les données du problème.Les cahots de la conjoncture C\u2019est l\u2019emploi qui durant l\u2019année 2000 a été l\u2019indicateur le plus décevant, avec une substantielle régression, et ç\u2019est dans les secteurs traditionnels que l\u2019érosion a été sensible : le vêtement a perdu 15 000 emplois et n\u2019occupe plus que 40 000 per- sonnes, signe que la restructuration industrielle n\u2019est pas terminée.Mais le transport (-11 000), l\u2019imprimerie (-8000), l\u2019enseignement (-14 000) ont contribué à alourdir le bilan.La performance du secteur du vêtement est d\u2019autant plus préoccupante, qu\u2019après le rebond des années 1980, il paraît durablement menacé: en 2005, les contingents limitant les importations seront abolis ; file de Montréal concentre la moitié de la production canadienne du vêtement, déjà les importations ont grugé plus de 50% du marché national (contre 30% en 1991).L\u2019avenir du secteur est de toute évidence lié à la capacité d\u2019exporter : on peut donc prévoir des fusions d\u2019entreprises et des fermetures d\u2019usines dans un futur proche.Une étude de Price Waterhouse-Coopers fait de Montréal, sur la base du nombre d\u2019emplois par habitant, la quatrième ville nord-américaine pour les Bois urbain et controverses locales, ou comment intégrer la nature à la ville Région et couronne métropolitaines de Montréal 276 L\u2019état du Québec secteurs de pointe, tandis qu\u2019un rapport de Technovision la classe dixième en Amérique pour le nombre d\u2019emplois liés à la « nouvelle économie ».Mais le récent recul de l\u2019emploi, pour passager qu\u2019il soit, rappelle fort opportunément que la restructuration n\u2019est pas terminée, que Montréal reste encore liée au secteur traditionnel, même si l\u2019industrie manufacturière est désormais pour moitié orientée vers les biens durables ; de même le high tech ne concerne pas seulement le secteur manufacturier en dehors duquel la force de Montréal est beaucoup moins évidente.Enfin, la performance de Montréal en termes de salaires, de revenus, de croissance et de statistiques du chômage la laisse encore derrière les grandes métropoles canadiennes.Le high tech manufacturier lui-même n\u2019est pas exempt de faiblesses : grand pôle de matériel de télécommunications, Montréal va certainement enregistrer quelques secousses, en particulier avec les piètres résultats de Nortel.Il reste que les autres indicateurs ont été moins déprimants.En 2000, le PIB a progressé de 4,5 %, les ventes au détail de 5 %, la fréquentation touristique de 3 °/o ; le taux de vacance dans l\u2019immobilier de bureaux a continué de baisser et le port de Montréal a dépassé le million de conteneurs.L\u2019annonce des projets d\u2019usine à Mirabel de Bombardier dont les carnets de commandes sont de plus en plus garnis, les nouvelles embauches de CAE, entre autres, confirment la belle santé du secteur aéronautique.Les succès de Saint-Laurent dont le Technoparc et le Parc d\u2019affaires Transcanada se remplissent rapidement, la belle tenue de Laval notamment en biotechnologie, témoignent de la vitalité high tech.Les grands projets fouettent l\u2019économie montréalaise: projet pétrochimique Interquisa à Montréal-Est, nouveaux pavillons de l\u2019Université Concordia, chantiers du pont Jacques-Cartier et du canal Lachine.Il convient toutefois de noter que ce sont pour l\u2019essentiel des investissements du secteur public.Une enquête du journal La Presse portant sur 25 grandes entreprises montrait qu'en avril le « pouls des technos restait bon ».Globalement la reprise de l\u2019emploi, manifeste durant les cinq premiers mois, laisse entrevoir un gain de 40 000 postes de travail en 2001 selon Statistique Canada et 66 000 selon le Conference Board.Les fusions et l\u2019économie: quels impacts?Durant 20 ans, comités, commissions, analyses et rapports ont ressassé la même litanie: le développement du Québec passe par celui de Montréal [voir aussi p.242] ; le développement de Montréal doit être pensé globalement, non à l\u2019échelle des unités urbaines mais à l\u2019échelle de la métropole ; la concurrence entre municipalités est préjudiciable aux intérêts de l\u2019ensemble métropolitain: l\u2019échec du Citée (parc technologique à deux campus, coopération entre Montréal et Saint-Laurent) n\u2019était-il pas dû en partie à une rivalité improductive?En simplifiant la carte administrative, la loi 170 tombe cependant à court de l\u2019objectif de gouvernance métropolitaine; la conception du rapport Bernard décrivant trois pôles de développement (île de Montréal, couronne Nord-Laval, couronne Sud) si elle a un certain fondement démographique, peut difficilement être soutenue sur le plan économique: 70% des emplois sont dans l\u2019île de Montréal.La création de la Communauté Métropolitaine de Montréal pourvoira-t-elle au besoin de l\u2019unité métropolitaine de conception et d\u2019action ?La fusion des organes Le territoire 277 de développement économique au sein des nouvelles villes se fera-t-elle dans l\u2019harmonie et engendrera-t-elle un gain notable d\u2019efficacité?Dans l\u2019ignorance où nous sommes encore des pouvoirs, des moyens, des modalités d\u2019organisation, etc., des nouvelles entités, il est difficile et imprudent de trancher sans appel.Il est éclairant, en revanche, de rappeler quelques perspectives théoriques et les éléments concrets du débat.Attractivité et visibilité.Le monde en devenir apparaît de plus en plus comme une mosaïque d\u2019économies régionales ordonnées autour de métropoles qui sont les acteurs majeurs d\u2019une compétition globale.Cette compétition s\u2019organise autour de facteurs fondamentaux : attractivité, compétitivité, positionnement et visibilité.Les partisans d\u2019une unité de conception, de décision et d\u2019action au niveau métropolitain font valoir qu\u2019elle optimise ces facteurs.La mondialisation, en parallèle avec le reclassement de la notion traditionnelle d\u2019État-nation, a assuré la montée en puissance de la notion d\u2019attractivité, tant au niveau politique qu\u2019économique.Les firmes recherchent certes à s\u2019assurer une compétitivité maximale et donc une convergence entre leurs stratégies et les atouts et politiques des collectivités territoriales.En affûtant les différentes composantes de leur propre compétitivité, les métropoles cherchent à se positionner dans l\u2019espace mondial en affichant leurs qualités et leur spécificité territoriale qui est devenue valeur économique.Il leur faut travailler à leur visibilité, à leur propre mise en scène par un véritable marketing métropolitain, diffuser une «offre de métropole », vendre un environnement et un encadrement.L\u2019argument de Montréal est qu\u2019une unité urbaine de 1,8 million d\u2019habitants a précisément ces capacités, assises sur une plus grande efficacité génératrice d\u2019économies d\u2019échelle.Dans la même ligne d\u2019argumentation, un plus petit nombre d\u2019acteurs devrait permettre d\u2019atteindre plus aisément les conditions de l'unité d\u2019action métropolitaine.Scepticisme.Les adversaires des fusions font valoir que la réalisation des économies d\u2019échelle est à démontrer,que les coûts de transition risquent d\u2019étre lourds et que l\u2019amélioration de la compétitivité et la visibilité sont déjà assurées par des organismes en place, notamment le réseau OPTI (regroupant les principaux partenaires du développement économique de l\u2019île de Montréal autour d\u2019Emploi-Québec, Industrie et Commerce, Développement économique Canada), Montréal Technovision (forum des chefs de file high tech financé par Montréal, Saint-Laurent, et Laval) et bien sûr Montréal International.Après une phase de tiraillements multiples, Montréal International qui concentre son action sur l'image de Montréal et la prospection pour les investissements étrangers et les congrès internationaux, travaille avec efficacité comme en témoigne l\u2019attention louangeuse accordée à Montréal par la presse internationale spécialisée.On convient bien volontiers qu'il sera plus simple pour les investisseurs étrangers de négocier avec un seul interlocuteur, que les firmes seront bien aise de réduire ainsi leurs coûts de transactions.Mais on pense qu\u2019une meilleure coordination, une fiscalité d\u2019agglomération, etc., auraient permis des résultats semblables en faisant l\u2019économie de bouleversements administratifs dont on craint les coûts.Parmi les réticences exprimées notamment par la ville de Saint-Laurent, on met de l\u2019avant les taxes dont on redoute la Entre conjoncture et fusions : l\u2019économie de Montréal dans l\u2019expectative Région et couronne métropolitaines de Montréal 278 L\u2019état du Québec hausse dommageable en particulier pour les PME, et les effets de bureaucratie sur, entre autres, le temps d\u2019attente pour les permis d'installation ou d\u2019agrandissement des entreprises.Des municipalités plus petites souhaitent accéder à certains programmes de Montréal (Opération-commerce, Coopération industrielle.), tandis que le secteur communautaire et les CEDEC expriment la crainte qu\u2019on oublie les préoccupations sociales.Des propositions sont avancées pour conjuguer efficacité et unité d\u2019action : on pourrait ainsi regrouper les arrondissements de Pile de Montréal en six territoires en fonction de leurs spécificités et de leurs forces, dotés d\u2019équipes de professionnels épaulant les entreprises sur le terrain, tandis qu\u2019une unité centrale les coordonnerait dans le cadre d\u2019un plan stratégique d\u2019ensemble.À l\u2019été 2001, rien de tout cela n\u2019est tranche ; les comités de transition siègent pour décider de la refonte des administrations économiques, en particulier des stratégies, des programmes, de la fiscalité ; la Communauté métropolitaine de Montréal est en cours de définition : c\u2019est un temps d\u2019expectative ; et cela vaut aussi sur le front de la conjoncture : si les statistiques de l\u2019emploi sont en voie d\u2019amélioration, on évalue encore mal l\u2019impact du repli dans certains secteurs clés comme les télécommunications.\u2022 Les nouveaux territoires festifs de Montréal: du sport professionnel au sport événementiel Sylvain Lefebvre Département de géographie, Université du Québec à Montréal Les activités de sport professionnel des principales ligues majeures nord-américaines sont condamnées à disparaître de la scène montréalaise.Depuis 1997, nombreux sont les rebondissements et les coups d\u2019éclat qui témoignent de la précarité du baseball et du hockey professionnels dans le contexte bien particulier du marché local.La passation de la propriété du club de baseball Les Expos de Montréal et du légendaire club de hockey Le Canadien de Montréal à des intérêts américains vient donner le coup de grâce à un secteur d\u2019activités qui ne correspond plus aux spécificités socioculturelles du marché local et plus globalement, du contexte métropolitain.Le dernier souffle du baseball professionnel La débâcle du baseball professionnel à Montréal s\u2019est essentiellement traduite par l\u2019abandon du projet de nouveau stade, par les manoeuvres du nouveau propriétaire Jeffrey Loria pour racheter les parts des autres actionnaires québécois et par le congédiement de l\u2019entraîneur charismatique de l\u2019équipe, Felipe Alou.Maintenant actionnaire majoritaire, Loria pourrait déménager l\u2019équipe aux États-Unis à tout moment, moyennant une autorisation des autorités de la Ligue majeure.Les péripéties concernant le sort de la franchise depuis janvier 2001 sont nombreuses.Tout d\u2019abord, la brasserie Mol- Le territoire 279 son a remplacé la brasserie Labatt à titre de commanditaire principal et ce, pour une entente moins lucrative pour les propriétaires du club.Après avoir fait des appels de capitaux de 26 millions de dollars en février 2001 puis, de 16,5 millions additionnels deux mois plus tard, Jeffrey Loria s\u2019est livré à une opération systématique de rachat des parts des actionnaires locaux incapables de satisfaire à ses demandes.Avec 92% des parts de l\u2019équipe, le marchand d\u2019art new-yorkais est maintenant en mesure de demander un transfert de la concession aux États-Unis auprès de la Ligue majeure.La franchise doit supporter une dette cumulée de no millions de dollars et devant une telle déconfiture, les actionnaires locaux se sont retirés en douce, faisant valoir une perte nette de 25 millions au terme de leur aventure dans le baseball professionnel.Seule la Ville de Montréal pourra récupérer 13 des 15 millions investis initialement.Avec des foules dépassant à peine les 5000 entrées et une désaffection quasi totale de la population locale, le sort des Expos semble désormais scellé.En somme, toutes les conditions sont maintenant rassemblées pour une dissolution du club ou pour son déménagement aux États-Unis.Une dynastie en sursis Mais le coup de grâce est venu plus rapidement que prévu du côté de cette institution sportive et culturelle que représente le club de hockey professionnel « Le Canadien de Montréal » qui a été vendu majoritairement à des intérêts américains en janvier 2001.L\u2019homme d\u2019affaires George Gillett Jr.s\u2019est porté acquéreur du Centre Molson pour 100 millions de dollars (un aréna construit pour une valeur approximative de 285 millions) et de 80,1% des parts du club pour la somme de 175 millions.Aucun investisseur canadien ne s\u2019étant manifesté pendant les quelques mois où le club était officiellement en vente, la nouvelle fut reçue comme un choc dans les médias et auprès de la population.Avec les déboires de Loria et de ses Expos, l\u2019opinion générale s\u2019est vite inquiété de cette «vente de feu» et de la crédibilité financière du nouvel investisseur.Des garanties de non-déménagement et une présence minoritaire de l'entreprise brassicole Molson devaient rassurer la population dès le départ.Cette stratégie visait à contrer le fait que rien ne pourrait vraisemblablement empêcher ce déménagement si la situation financière du club ne s\u2019améliore pas dans les prochaines années.Perte des six équipes.Le Canada finira par perdre ses six équipes de hockey (Ottawa, Vancouver, Calgary, Edmonton, Montréal et Toronto) mais Toronto et Montréal pourront résister plus longtemps que les autres villes car l\u2019histoire et la tradition de leur clubs pèsent encore pour beaucoup dans la mobilisation des acteurs et la capacité de lever des fonds privés et publics.Les Maple Leafs de Toronto connaissent un certain niveau de rentabilité ces dernières années, mais la faiblesse du dollar canadien, le désengagement financier du gouvernement fédéral dans le sport professionnel et les coûts d\u2019exploitation du nouvel aréna précariseront la franchise au même titre que Montréal.Dans la transaction de la vente du club montréalais impliquant le financier américain George Gillett, la concession de 17 millions (rétroactifs de 1995 à 2000) en recettes fiscales de la Ville de Montréal et l\u2019exemption supplémentaire de deux millions par année \u2014 dossier qui avait Les nouveaux territoires festifs de Montréal: du sport professionnel au sport événementiel Région et couronne métropolitaines de Montréal 280 L'état du Québec pourtant été litigieux pendant cinq ans \u2014 nous rappelle que le débat public est trop souvent esquivé en la matière.Soudain, la Caisse ! Autre coup de théâtre, l\u2019annonce d\u2019une aide substantielle de la Caisse de dépôt et placement du Québec au mois de mai 2001 est venu réactiver la polémique sur la capacité et la volonté de l\u2019investisseur américain de relancer et maintenir le club à Montréal.Avec une incapacité d\u2019augmenter la masse salariale dans les dix prochaines années, le sort de l\u2019équipe semble désormais scellé.La mise à contribution d\u2019une caisse de retraite pour des sauvetages financiers impliquant des franchises de sport professionnel, des stades et des arénas, témoigne de la fragilité d\u2019un certain type d\u2019investisseurs.Dans ces situations, seuls des fonds publics peuvent préserver artificiellement, et pour une durée limitée, le maintien d\u2019un club dans une ville donnée.Sous l\u2019apparence d\u2019une décision d\u2019affaires qui non seulement ne comportait aucun risque pour le « bas de laine » des Québécois mais qui rapportait même des bénéfices avec des taux d\u2019intérêt avantageux, apparaissait très clairement une aide indirecte de l\u2019État, camouflée par le caractère « indépendant » des choix d\u2019investissement de la Caisse de dépôt et placement.Le club est donc menacé en ce qui concerne sa rentabilité, ses performances et sa survie à moyen ou long terme dans le marché montréalais.Les dysfonctionnements de l\u2019industrie du sport Un des principaux facteurs qui expliquent la passation des clubs montréalais aux mains d\u2019un investisseur américain réside dans l\u2019incapacité des marchés canadiens de préserver leurs équipes de sport pro- fessionnel dans un contexte où l\u2019industrie va mal.Tout d\u2019abord, il existe une surenchère importante à l\u2019échelle des villes nord-américaines pour accueillir et conserver une ou plusieurs équipes dans les quatre principaux sports professionnels nord-américains (hockey, baseball, football, basketball).La survalorisation des franchises elles-mêmes est ainsi causée par un effet de monopole maintenu artificiellement par les ligues majeures.De plus, la flambée des salaires des joueurs est devenue complètement incontrôlable depuis plusieurs années remettant ainsi sérieusement en question la marge de profitabilité des propriétaires de clubs.Les structures et les fondements même de l\u2019industrie du sport professionnel ont beaucoup changé ces trente dernières années.Les principales sources de revenus s\u2019appuient désormais sur les droits de retransmission télévisuelle, sur les revenus de publicité et les revenus générés par les loges et les sièges corporatifs des nouveaux arénas aménagés pour la circonstance.Une industrie à pertes.Le secteur des sports professionnels en Amérique du Nord représente une industrie à pertes.Seuls les grands conglomérats de l\u2019industrie du divertissement, du spectacle, des médias, de la publicité et du multimédia peuvent profiter de l\u2019acquisition d\u2019un club et de ses infrastructures puisqu\u2019ils récupèrent leurs investissements promotionnels et de diffusion autrement dévolus à des propriétaires indépendants ou corporatifs qui ne sont pas dans les mêmes créneaux que ces grands géants du divertissement.En absorbant ainsi les pertes du club par des économies substantielles en coûts d\u2019exploitation, ce type de franchisés Le territoire 281 (Disney-ABC-ESPN, AOL-Time Warner, Cablevision, ComCast-Spectator, etc.) gagne à utiliser le sport professionnel comme principal véhicule promotionnel.Les propriétaires indépendants et mul-timilliardaires sont de plus en plus rares dans l\u2019émergence de nouveaux modes de propriété des franchises de sport.Il en existe encore un certain nombre qui y investissent massivement pour redorer leur image corporative ou tout simplement par amour du sport, mais ils sont condamnés à disparaître devant les pressions énormes qu\u2019impose ce type d\u2019industries dans le marché actuel.L\u2019absence de régulation dans les principales ligues majeures est maintenue car des intérêts corporatifs puissants soutiennent ces dynamiques et encouragent, mondialisation du sport oblige, cette marchandisation d\u2019un secteur d\u2019activités à la fois économiques et culturelles.Le sport dans tous ses états À Montréal, plus près des amateurs et de la collectivité, on remarque aussi une désaffection généralisée et le déclin d\u2019une certaine faveur populaire envers les clubs professionnels.L\u2019accessibilité au spectacle sportif est de plus en plus restreinte à des clientèles corporatives et les moins nantis sont invités à vivre l\u2019expérience « festive » d\u2019une rencontre sportive à la radio, à la télévision et bientôt sur Internet.Les nouveaux arénas sont d\u2019ailleurs aménagés pour satisfaire ces nouveaux besoins, ceux des loges et des sièges corporatifs, des publicitaires et des réseaux de transmission télévisuelle.Cette ségrégation des clientèles sportives contamine toutes les activités sportives professionnelles et envoie un message qui est mal accueilli par ceux qui s\u2019identifient symboliquement et culturel- lement à leur club.La flambée des salaires de joueurs, le discours arrogant de propriétaires qui revendiquent des fonds publics sous la menace d\u2019un déménagement, une relation joueurs-amateurs qui s\u2019est détériorée, une performance médiocre de l\u2019équipe elle-même pendant quelques années, voilà autant d\u2019éléments qui mettent en péril la « fierté collective » que suscite une institution sportive.Valeur comptable des symboles.Symbole d\u2019affirmation identitaire par excellence pour les Québécois et plus particulièrement pour les Montréalais, Le Canadien de Montréal a longtemps été le principal pivot de toute une culture sportive et récréative qui s\u2019est peu à peu enrichie d\u2019autres sports et d\u2019autres événements importants.Cette dimension culturelle et symbolique associée à certaines équipes professionnelles est souvent récupérée à des fins purement comptables lorsque la conjoncture exige des propriétaires de sortir une franchise de la crise ou d\u2019augmenter sa marge de rentabilité.Les transformations profondes du sport professionnel et celles de son intégration à la vie socioculturelle et économique nord-américaine semblent encore mal comprises par la population et les décideurs publics.II n\u2019existe aucune clause, aucune condition ou circonstance qui puisse empêcher un propriétaire de club en difficulté financière ou en faillite de se départir de ses biens.Les ligues majeures existent d\u2019abord pour faire augmenter les bénéfices de ses franchisés, non pas pour préserver l\u2019héritage culturel et symbolique d\u2019une équipe dans sa ville d\u2019accueil et encore moins pour financer le sentiment de fierté collective d\u2019une population attachée à son histoire sportive ! Les nouveaux territoires festifs de Montréal: du sport professionnel au sport événementiel Région et couronne métropolitaines de Montréal 282 L\u2019état du Québec Montréal, ville sportive mais festive Par ailleurs, le contexte montréalais affiche une diversité et une richesse de produits sportifs, culturels et festifs qui peuvent combler la demande actuelle ou celle à venir en matière de spectacles, de compétitions sportives, d\u2019événements à grand déploiement médiatique et de festivals.Les sports événementiels ont d\u2019ailleurs maintenant la cote auprès du public si on évalue la popularité du Grand Prix de Formule 1 (a laquelle s\u2019ajoutera une course d'Indy-Cart pour l\u2019été 2002) et les Internationaux de tennis.Les sports professionnels « traditionnels » des ligues majeures disparaîtront de Montréal.Tout au plus, nous reverrons ces sports dans de nouvelles ligues exclusivement canadiennes ou semi-professionnelles \u2014 pensons au succès du football américain avec le club Les Alouettes de Montréal \u2014 ce qui impliquera alors un exode des meilleurs talents vers les ligues américaines qui récompenseront davantage la performance ou la valeur marchande des joueurs.Échelle mondiale.Montréal pouvait être considérée il y a plusieurs années comme une ville de sport professionnel (hockey, baseball, football, soccer).Elle est rapidement devenue une ville festive et une ville de sport événementiel (tennis, Formule 1, championnats), car le public apprécie l\u2019idée de participer à un événement de portée ou de rayonnement mondial.L\u2019idée que, localement, on puisse faire partie d\u2019une dynamique globale, d\u2019un tout universel, explique partiellement la popularité des activités plus rares, plus recherchées, à grand déploiement et très médiatisées à l\u2019échelle mondiale.Une ligue majeure de sport professionnel a davantage un rayonnement national ou continental.Cette caractéristique, que l\u2019on retrouve partout ailleurs, crée une situation propre au marché local montréalais, car elle affecte la viabilité du sport professionnel qui compte sur la fidélité des amateurs, des assistances a pleine capacité et une forte identification de la population à son club sportif.Ces trois conditions sont de moins en moins présentes dans le contexte métropolitain.Le profil de la vocation sportive métropolitaine reste dynamique malgré les perturbations dans le créneau du sport professionnel.À témoin, les investissements consentis pour l\u2019amélioration du Stade universitaire Percival Molson où performent les Alouettes de Montréal et l\u2019agrandissement du Stade Du Maurier pour les Internationaux de tennis.À chaque intervention, des fonds publics sont sollicités et octroyés et comme toujours, aucune évaluation de la pertinence de ses investissements n\u2019est effectuée avec rigueur et encore moins, soumise au débat public.\u2022 Références Bourg, Jean-François et Jean-Jacques Gouguet, Analyse économique du sport, Paris, Presses Universitaires de France, 1998.Lavoie, Marc, Avantage numérique ; L\u2019argent et la Ligue nationale de hockey, Hull, Éditions Vents d\u2019Ouest, 1997 Lefebvre, Sylvain (sous la dir.de), Sport et Villes; Enjeux économiques et socioculturels, Presses de l\u2019Université du Québec, collection Géographie contemporaine, (à paraître). Le territoire 283 innés.RoSemere Montréal Nord LAVAL Boucherville' Les régions de Montréal 06 e* Laval 1 3 Réalisation cartographique : KOREM inc.L'Épiphanie ^ LAURENTIDES .Blainville Sainte-Thérèse Boisbriand.Saint-Eustache.Deux-Montagnes.Mascouche Le Gardeur.Repentigny* Terrebonne LAVAL /Saint* ^yléonard COMMUNAUTÉ URBAINE DE MONTREAL Saint- Laurent MONTREAL La Salle.* Longueuil .Saint-Lambert Saint-Hubert .Brossard Vaudreuil *Pincourt Kahnawake.Châteauguay *La Prairie *Candiac *Saint-Constant .Les Cèdres *Saint-Timothée Beauharnois .Mercier MONTEREGIE LANAUDIÈRE L'Assomption* Région métropolitaine de Montéal 284 L\u2019état du Québec Montréal (06) Superficie 499 krrv' \u2022 (0.0327 % du Quebec) Démographie Population \u2022 1 825 527* \u2022 (24,5% du Quebec) Variation 1991-1999 \u2022 -0,9% Densité \u2022 3 606 hab/km- \u2022 (Quebec 4,9) Natalité (1998)» 11,4 %o (Québec 10,3) Mortalité \u2022 8,7 %o (Québec 7,4) Nuptialité \u2022 4,4 %o (Québec, 3,1) Répartition par groupe d'âge 0-14 ans \u2022 16,5% \u2022 (Quebec 18,5%) 15-54 ans \u2022 58,8% \u2022 (Quebec 59,7 %) 55-64 ans \u2022 9,6% \u2022 (Quebec 9,4%) 65 ans et plus \u2022 15,1 % \u2022 (Québec 12,4%) Marché du travail Population active (000) \u2022 894,3 Taux d'activité \u2022 60,7 % \u2022 (Québec 62,5 %) Personnes occupées (000) \u2022 806,0 Region/Quebec \u2022 23,7% Taux de chômage \u2022 9,9% \u2022 (Québec 9,4%) Emplois par secteur primaire \u2022 0,5% \u2022 (Quebec 3,6%) secondaire \u2022 21,3% \u2022 (Quebec 22,4%) tertiaire \u2022 78,3 % \u2022 (Québec 74,0%) Revenu moyen des particuliers (1998) 26 690$ «(Québec 25 367S) Investissements (prévisions pour 2000) 11 841,3m $ (Régions/Québec 34,6%) Source pnvee \u2022 85,1 % \u2022 (Quebec 79,7%) Principales municipalités (2001) Montréal\t1 029 828 Montréal-Nord\t82 188 Saint-Laurent\t76 342 Lasalle\t73 316 Saint-Léonard\t71 891 Municipalité régionale de comté (MRC) Communauté urbaine de Montréal * Les données de cette fiche sont celles de 1999 sauf indication contraire Laval (13) Superficie 245 km2 «(0,016% du Québec) Démographie Population \u2022 349 910* \u2022 (4,7 % du Québec) Variation 1991-1999 \u2022 7,6% Densité «1414 hab/km-1 \u2022 (Québec 4,9) Natalité (1998) \u2022 10,2%o (Québec 10,3) Mortalité \u2022 6,2%o (Québec 7,4) Nuptialité \u2022 2,9 %o (Québec, 3,1) Répartition par groupe d'âge 0-14 ans \u2022 18,9% \u2022 (Québec 18,5%) 15-54 ans \u2022 59,0% \u2022 (Québec 59,7 %) 55-64 ans \u2022 10,1 % \u2022 (Québec 9,4%) 65 ans et plus \u2022 12,0% \u2022 (Québec 12,4%) Marché du travail Population active (000) \u2022 183,6 Taux d'activité \u2022 64,7 % \u2022 (Québec 62,5 %) Personnes occupées (000) \u2022 168,2 Region/Quebec \u2022 4,9% Taux de chômage \u2022 8,4 % \u2022 (Québec 9,4%) Emplois par secteur primaire \u2022 X \u2022 (Quebec 3,6%) secondaire \u2022 21,4% \u2022 (Québec 22,4%) tertiaire \u2022 77,4% \u2022 (Québec 74,0%) Revenu moyen des particuliers (1998) 27 218 S «(Québec 25 367$) Investissements (prévisions pour 2000) 1 311,7m $ \u2022 (Régions/Québec 3,8%) Source privée \u2022 76,2% \u2022 (Québec 79,7%) Seule municipalité (2001) Laval\t349 910 Municipalité régionale de comté (MRC) Laval * Les données de cette fiche sont celles de 1999 sauf indication contraire le territoire 285 Réalisation cartographique KOREM inc. Région métropolitaine de Montéal 286 L\u2019état du Québec Lanaudière (14) Superficie 13 499 km'\u2022 (0,887 % du Québec) Démographie Population \u2022 397 112* \u2022 (5,4% du Québec) Variation 1991-1999 \u2022 +15,4% Densité \u2022 29,2 hab/knv \u2022 (Quebec 4,9) Natalité (1998) \u2022 10,2 %o (Québec 10,3) Mortalité \u2022 6,3 %o (Québec 7,4) Nuptialité \u2022 2,1 %o (Québec, 3,1) Répartition par groupe d'âge 0-14 ans *21,4 % «(Quebec 18.5 %) 15-54 ans \u2022 59,7 % \u2022 (Quebec 59,7 %) 55-64 ans \u2022 9,0% \u2022 (Quebec 9,4%) 65 ans et plus \u2022 9,9 % \u2022 (Québec 12,4 %) Marché du travail Population active (000) «213,3 Taux d'activité \u2022 65,1 % \u2022 (Québec 62,5 %) Personnes occupées (000) \u2022 194,0 Région/Québec \u2022 5,7% Taux de chômage \u2022 9,0% \u2022 (Québec 9,4%) Emplois par secteur primaire \u2022 2,5% \u2022 (Québec 3,6%) secondaire \u2022 27,5% \u2022 (Quebec 22,4%) tertiaire \u2022 70,0% \u2022 (Québec 74,0%) Revenu moyen des particuliers (1998) 24 371 $ «(Québec 25 367$) Investissements (prévisions pour 2000) 1 183,0m $ \u2022 (Régions/Québec 3,5%) Source privée \u2022 79,9% \u2022 (Québec 79,7%) Principales municipalités (2001) Terrebonne\t83\t855 Repentigny\t56\t460 Mascouche\t29\t856 Le Gardeur\t18\t277 Joliette\t18\t210 Municipalités régionales de comté (MRC) Montcalm Matawinie Les Moulins L'Assomption Joliette D'Autray * Les données de cette fiche sont celles de 1999 sauf indication contraire Laurentides (15) Superficie 21 587 km'« (1,41% du Québec) Démographie Population \u2022 468 912* \u2022 (6,3% du Québec) Variation 1991-1999 * 18,3% Densité «21,0 hab/km' \u2022 (Québec 4,9) Natalité (1998) \u2022 10,7%o (Quebec 10,3) Mortalité \u2022 6,3 %o (Québec 7,4) Nuptialité \u2022 2,9 %o (Québec, 3,1) Répartition par groupe d'âge 0-14 ans \u2022 20,7% \u2022 (Québec 18,5%) 15-54 ans \u2022 59,8% \u2022 (Québec 59,7%) 55-64 ans \u2022 9,1 % \u2022 (Québec 9,4 %) 65 ans et plus \u2022 10,4% \u2022 (Québec 12,4%) Marché du travail Population active (000) \u2022 254,8 Taux d'activité \u2022 67,3 % \u2022 (Québec 62,5 %) Personnes occupées (000) \u2022 233,5 Région/Québec \u2022 6,9% Taux de chômage \u2022 8,3 % \u2022 (Québec 9,4 %) Emplois par secteur primaire «4,3 % \u2022 (Québec 3,6 %) secondaire \u2022 4,3 % \u2022 (Québec 3,6%) tertiaire \u2022 4,3 % \u2022 (Québec 3,6 %) Revenu moyen des particuliers (1998) 25 386$ «(Québec 25 367 $) Investissements (prévisions pour 2000) 2392,2m $ \u2022 (Régions/Québec 7,0%) Source privée \u2022 85,1 % \u2022 (Québec 79,7%) Principales municipalités (2001) Saint-Eustache\t41\t931 Blainville\t35\t600 Boisbriand\t27\t246 Saint-Jérôme\t24\t700 Sainte-Thérèse\t24\t524 Municipalités régionales de comté (MRC) Antoine-Labelle Argenteuil Deux-Montagnes La Rivière-du-Nord Les Laurentides Les Pays-d'en-Haut Mirabel Sainte-Thérése-De-Blainville * Les données de cette fiche sont celles de 1999 sauf indication contraire Le territoire 287 15 La région des Laurentides ANTOINE-LABELLE fal-Barrette ic-Nominingue, L'Annonciation Labelle LES LAURENTIDES Saint-Jovite Sainte-Agathe- Rawdon, Chénéville OUTAOUAIS Plaisance- Buckingham Saint-Michel- des-Saints LANAUDIÈRE Saint-Donat- de-Montcalm ff' ~ CANADA\t 1 (Ontario)\t/ 0\t50\t100 km .HuberdeaXi -\t*Val .'les pays-D\u2019EN-haut/' .Saint-Hippolyte Saint-Sauveur-* des>Monts la RIVIÈRE- Laurentides T\t''1'' DU-NORD\t* AorcMTrmi Saint-Jérôme* -^érèsKde- ARGENTEUIL !\t;\tMAINVIlfï Brownsburg., \u2018Grenville\tMIRABEL Hawkesbury._\tBoisbriand^^^ SAiNT-EUSTACHE# / / lUp^take DEUX- / RMeutake.M0NT^gf^_/ R.gaua\t*okd MOîvTBcAl 288 L\u2019état du Québec 16\tLa région de la Montérégie MAÜRICIE Saint-Jean- de-Matha Yamachiche, Nitofét Maskînongé LANAUDIÈRE Pierreville Rawdon Sorel \\ Joliette CENTRE- ! DU-QUÉBEC Saint-Jérôme, ,Lachute LA HAUTE-YAMASKA \u2018Granby Waterloo* Napierville^ ¦ LES JARDINS- I DE-NAPIERVILLE ,Cowansville LE HAUT-RICHELIEU ; ¦colle BROME-MISSISQUOI \u2018Bedford\t.Sutton Philipsburg Huntingdon LE HAUT-SAINT-LAURENT Hemmingfoi liée Champlain (Plattsf)urgh Saint Albans ETATS-UNIS Réalisation cartographique : KOREMirt Le territoire 289 Montérégie (16) Superficie 11 176 km' \u2022 (0,734 % du Québec) Démographie Population \u2022 1 317 163* \u2022 (17,9% du Quebec) Variation 1991-1999 \u2022 +6,2% Densité \u2022 118,7 hab/km2 \u2022 (Québec 4,9) Natalité (1998)* 10,3% (Québec 10,3) Mortalité \u2022 6,7 %o (Québec 7,4) Nuptialité \u2022 3,1 %o (Québec, 3,1) Répartition par groupe d'âge 0-14 ans \u2022 19,8% \u2022 (Québec 18,5%) 15-54 ans \u2022 60,2 % \u2022 (Québec 59,7 %) 55-64 ans \u2022 9,3 % \u2022 (Quebec 9,4 %) 65 ans et plus \u2022 10,7 % \u2022 (Québec 12,4 %) Marché du travail Population active (000) \u2022 725,3 Taux d'activité \u2022 67,4% \u2022 (Québec 62,5%) Personnes occupées (000) \u2022 665,4 Région/Quebec \u2022 19,5% Taux de chômage \u2022 8,3 % \u2022 (Québec 9,4 %) Emplois par secteur primaire \u2022 3,5% \u2022 (Québec 3,6%) secondaire \u2022 26,2% \u2022 (Quebec 22,4%) tertiaire \u2022 70,3 % \u2022 (Québec 74,0 %) Revenu moyen des particuliers (1998) 26 856 S \u2022 (Québec 25 367$) Investissements (prévisions pour 2000) 5 372,1m S \u2022 (Régions/Québec 15,7%) Source privée \u2022 78,2 % \u2022 (Québec 79,7 %) Principales municipalités (2001) Longueuil\t131 017 Saint-Hubert\t79 164 Granby\t45 223 Chàteauguay\t42 291 Saint-Hyacinthe\t39 338 Municipalités régionales de comté (MRC) Acton, Beauharnois-Salaberry, Brome-Missisquoi, Champlain, La Haute-Yamaska, La Vallée-du-Richelieu, Lajemmerais, Le Bas-Richelieu, Le Haut-Richelieu, Le Haut-Saint-Laurent, Les Jardins-de-Napierville, Les Maskoutains, Roussillon, Rouville, Vaudreuil-Soulanges * Les données de cette fiche sont celles de 1999 sauf indication contraire Région métropolitaine de Montéal zgo L\u2019état du Québec Lac-Beau) Québec Lévis Région métropolitaine de Québec Légende 1\tI Région métropolitaine J de Québec Limites des MRC a Saint-Jean-CJirysostome Région métropolitaine de Québec Les nouvelles villes de Québec et de Lévis Serge Belley École nationale d\u2019administration publique Il aura fallu attendre un an après le dépôt du rapport de la Commission nationale sur les finances et la fiscalité locales, en mars 1999, pour que s\u2019enclenche véritablement la réorganisation municipale au Québec.Le coup d\u2019envoi de la réorganisation est en efFet donné en mars 2000 avec l\u2019annonce de la création de trois comités d\u2019élus municipaux, nommés par le gouvernement et assistés chacun d\u2019un mandataire, dans les régions métropolitaines de Montréal, de Québec et de l\u2019Ou-taouais [noir articles p.257, 308].En décembre 2000, les lois 137 et 170 créent la Le territoire 291 Communauté métropolitaine de Québec et cinq nouvelles villes dont Québec et Lévis.Dans la région métropolitaine de Québec, le mandataire du gouvernement, lean-Louis Lapointe, a fait face à une situation difficile : les maires de Lévis et de Québec étaient favorables à la création d\u2019une ville unique sur chacune des deux rives du fleuve, tandis que les maires de banlieue et les préfets des MRC s\u2019opposaient farouchement à des regroupements forcés.En dépit de ses efforts pour rapprocher les deux groupes, le mandataire conclut, dans son rapport remis le 2 octobre 2000 à la ministre des Affaires municipales et de la Métropole, Louise Harel, à l\u2019impossibilité pour le Comité, étant donné l\u2019absence d\u2019un consensus suffisamment fort entre les élus, de proposer un scénario de regroupement.Aussi, les recommandations contenues dans son rapport, prend-il soin de faire remarquer, ne sont pas celles du Comité mais bien, comme l\u2019y autorise son mandat, les siennes.Une ville unique de 500 000 habitants En ce qui concerne la réorganisation municipale sur la rive Nord de Québec, le mandataire recommande la création d\u2019une ville unique de 508 000 habitants regroupant les 13 villes de l\u2019actuelle Communauté urbaine de Québec, assortie de la mise en place de huit arrondissements dotés de compétences limitées en matière d'urbanisme, de circulation et de stationnement, de voirie, de ramassage des ordures, de loisir et de culture et de développement économique.Il recommande aussi des regroupements dans les territoires des MRC de la Jacques-Cartier (cinq villes au lieu de neuf), de la Côte-de-Beaupré (deux villes au lieu de huit) et de l\u2019île d\u2019Orléans (création d\u2019une ville unique) afin d'y ramener le nombre de municipalités de 23 à 8.Il recommande enfin que la Communauté métropolitaine couvre tout le territoire de la région métropolitaine, rive Sud comprise, et qu\u2019elle ait un caractère léger avec des compétences centrées sur des fonctions de coordination et de planification.La grande ville de Lévis.Sur la rive Sud, les recommandations du mandataire visent le regroupement des douze villes faisant partie des MRC Desjardins et des Chutes-de-la-Chaudière en une seule ville de 125 000 habitants assortie de trois arrondissements.Ce scénario soulèvera quelques oppositions mais elles seront de courte durée.Lors des discussions avec le mandataire, les maires, opposés à la ville unique et regroupés au sein de la Coalition de la rive Sud, s\u2019étaient montrés en effet plus conciliants en proposant un regroupement en trois villes et l\u2019unification des deux MRC en une seule.Une proposition, au dire de la Coalition, qui pourrait conduire à plus long terme à une ville unique.Les recommandations du mandataire et de la Coalition étaient donc moins éloignées que celles préconisées par le mandataire et les maires de banlieue sur la rive Nord.Les grands gagnants de la réorganisation esquissée par le mandataire gouvernemental sont assurément les maires de Québec et de Lévis qui voient ainsi leurs recommandations avalisées presque sans modifications au grand dam des maires de banlieue et des préfets, notamment sur la rive Nord.Ces derniers, en effet, avaient fait valoir à maintes reprises que les regroupements devaient demeurer volontaires.En lieu et place d\u2019une ville unique, ils recommandaient le renforcement des pouvoirs de la future Communauté métro- Les nouvelles villes de Québec et de Lévis Région métropolitaine de Québec 292 L\u2019état du Québec politaine dont le président aurait été élu au suffrage universel direct.Pour soulager la ville-centre de Québec, ils recommandaient la mise en place d\u2019une fiscalité d\u2019agglomération qui lui aurait procuré des revenus additionnels de 16 M $ annuellement payés à part égale par les villes périphériques et le gouvernement.Hélas ! C\u2019était trop peu, trop tard.Par la loi 170, adoptée en décembre 2000,\tle gouvernement donnera suite à l\u2019essentiel des recommandations de son mandataire.Seules les recommandations concernant les MRC de la Jacques-Cartier, de la Côte-de-Beaupré et de l\u2019île d\u2019Orléans devront attendre.Sur la rive Sud, la collaboration et la bonne volonté des maires et des préfets leur vaudront certains assouplissements en ce qui concerne l\u2019application des pouvoirs dévolus à la nouvelle Communauté métropolitaine de Québec sur leur territoire et la possibilité pour le conseil municipal de modifier le partage des compétences entre la Ville et les arrondissements.La loi 170 crée, d\u2019autre part, pour chaque nouvelle ville fusionnée un Comité de transition dont les principales responsabilités sont de préparer le plan d\u2019organisation administrative et le premier budget, nommer les cadres, voir à l\u2019intégration des employés ainsi qu\u2019à la formation des nouvelles unités d\u2019accréditation syndicales et préparer les premières élections municipales du 4 novembre 2001.Période de transition À compter de janvier 2001, la réorganisation municipale est entrée dans une nouvelle phase.Si certains opposants aux regroupements sur la rive Nord, dont le maire de l\u2019Ancienne-Lorette, ont affirmé vouloir continuer la bataille sur le plan juridique en contestant la constitution- nalité de la loi 170, les autres, dont la mairesse de Sainte-Foy, Andrée Boucher, et la plupart de ses collègues des autres villes de banlieue, se sont résignés à voir disparaître leurs municipalités.Dans l\u2019intervalle, pendant l\u2019année 2001, les Comités de transition de Québec et de Lévis se sont activés à préparer le terrain pour que les deux nouvelles villes soient opérationnelles dès janvier 2002.Plusieurs sous-comités de travail ont mobilisé un très grand nombre de cadres et de professionnels des villes touchées par les regroupements.Du côté de Québec, le comité de transition a dû trancher dans des questions controversées comme la délimitation des districts électoraux en vue des élections de novembre, la nomination du directeur général de la nouvelle ville de Québec et la confection du premier budget.Le climat politique y est plus à fleur de peau que du côté de la nouvelle ville de Lévis.L'évolution du compte de taxes.Sur le plan de la fiscalité, le président du Comité de transition a refusé de promettre, comme s\u2019y est engagé le maire L\u2019Allier, qu\u2019il y aura des baisses de taxes pour la majorité des citoyens de la nouvelle ville.Les citoyens, a-t-il affirmé, ne sauront pas avant novembre 2001 s\u2019ils connaîtront une baisse ou une hausse de leurs comptes de taxes.Si, comme le prescrit la loi 170, le taux de taxe ne peut augmenter de plus de 5% annuellement, rien n\u2019empêche, en revanche, selon le président du Comité, les taxes de secteur, elles, de subir une hausse supérieure de 5 %.Il n\u2019en fallait pas plus pour que l\u2019application de la règle du 5% ravive de plus belle le débat sur les coûts de la fusion.Pour sauvegarder l\u2019objectif d\u2019équité fiscale poursuivi par sa réforme et en Le territoire 293 même temps faciliter le travail des comités de transition, la ministre Harel a annoncé, le 15 mai 2001, que la loi 170 sera modifiée de façon à ce que la hausse maximale prévue de 5% tienne compte des réductions de taxes consenties par certaines villes en 2000 et ne s\u2019applique pas sur le taux de la seule taxe foncière mais sur le taux global de taxation.Des modifications qui ont fait bondir les maires de banlieue, dont la mairesse de Sainte-Foy qui les a qualifiées d\u2019odieuses.Des cadres en trop.Le fonctionnement des nouvelles villes se soldera-t-il par des économies pour les contribuables, comme l\u2019affirment le gouvernement et le maire de Québec, ou engendrera-t-il, comme l'appréhendent les maires de banlieue et bon nombre de citoyens, une augmentation des taxes en raison d\u2019un nivellement par le haut des salaires et des condiüons de travail des employés?La réponse à cette question dépendra beaucoup des résultats de l'harmonisation des conventions collectives.À Québec, cette problématique sera d'autant plus difficile à gérer que la nouvelle ville emploiera plus de 5000 employés permanents et qu'il existe actuellement plus de 60 unités d\u2019accréditation syndicales.Le Comité de transition dit vouloir ramener ce nombre à une dizaine.Une tâche colossale quand on connaît la force des syndicats municipaux, notamment chez les cols bleus et chez les policiers et pompiers.Il y aura, par ailleurs, prévoit le Comité, trop de cadres pour le nombre de chaises disponibles dans l\u2019organigramme de la nouvelle ville adopté le 31 mai 2001.Aussi, le Comité annonçait-il, au début du mois de juin, le lancement d\u2019un programme de départs assistés pour quelque 200 cadres, cols blancs et pompiers volontaires actuellement à l\u2019emploi des 13 villes et de la Communauté urbaine.Le programme devrait coûter au bas mot 12 M $ et il est à prévoir, affirmait alors le Comité, qu'il y en aura d'autres.Quant à la négociation des nouvelles conventions collectives, il s\u2019agit d\u2019une tâche qui attend le nouveau conseil municipal à compter de 2002.De beaux et longs débats en perspective ! Du roté de Levis.Sur la rive Sud, les choses se sont passées plutôt bien pour le Comité de transition.D\u2019une part, parce que les regroupements imposés y ont été mieux reçus et, d\u2019autre part, parce que les hostilités en vue des élections de novembre apparaissaient bien tranquilles en comparaison avec celles de l\u2019autre rive.La ville, qui abritera 125 000 habitants et emploiera 600 employés permanents, sera divisée en trois arrondissements et comptera 15 districts électoraux.En date du t2 juin 2001, le Comité de transition avait procédé à la nomination de tous les cadres de la nouvelle ville.La philosophie de gestion mise de l\u2019avant par le Comité de transition et les cadres supérieurs de Lévis est axée avant tout sur la performance et la coopération ville-arrondissements.La dynamique ville-arrondissements, qui sera au coeur de la gestion des nouvelles villes de Montréal et de Québec, ne semble pas poser de problème particulier à Lévis.11 est prevu que les services seront essentiellement gérés par l\u2019administration centrale de la ville dans le cadre d\u2019ententes de performance flexibles a négocier avec chacun des trois arrondissements.Ces derniers deviendront des guichets multi-services.Depuis l\u2019annonce de la création de la nouvelle ville, la dynamique ville-arrondissements n\u2019a jamais été considérée ici comme un enjeu politique.Les nouvelles villes de Québec et de Lévis Région métropolitaine de Québec 294 L\u2019état du Québec De nombreux défis pour les nouveaux élus et gestionnaires Alors que les trois partis politiques officiellement dans la course, en juin 2001, pour ravir les mairies de Québec et de Lévis, soit le Renouveau municipal de Québec (RMQ), dirigé par Jean-Paul L\u2019Allier, et l\u2019Action civique de Québec (ACQ), dirigée par Andrée Boucher, sur la rive Nord, et le Parti des citoyens et des citoyennes, dirigé par Jean Garon, sur la rive Sud, se préparaient à affronter l\u2019électorat aux élections du 4 novembre 2001, plusieurs défis attendaient les nouveaux élus et gestionnaires.Au nombre de ces défis figurent, outre ceux relatifs au budget et à la taxation, à l\u2019harmonisation des conventions collectives et à l'intégration des services sur lesquels planchent les Comités de transition, la gestion des disparités socioéconomiques, la performance organisationnelle, l\u2019aménagement et le développement du territoire et les rapports politiques entre les nouvelles villes de Québec et de Lévis, la nouvelle Communauté métropolitaine, les MRC périphériques et le gouvernement du Québec.Les disparités socioéconomiques.La fusion de villes ne fait pas disparaître, comme par enchantement, les disparités socioéconomiques qui existaient antérieurement entre les municipalités fusionnées et à l\u2019intérieur de celles-ci.La fusion intériorise les disparités tout en procurant à la nouvelle ville une capacité accrue pour parvenir à une plus grande équité, notamment sur le plan fiscal.C\u2019est du moins le pari que font les promoteurs des fusions, dont le gouvernement.Les disparités socioéconomiques renvoient cependant à plusieurs niveaux de réalité : fiscalité foncière, revenus des ménages, scolarisation, emploi, logement, santé, etc.Les nouvelles villes de Québec et de Lévis feront-elles une différence significative dans la lutte à ces différentes formes de disparité ?Sur le strict plan des disparités fiscales entre les villes-centres et leurs banlieues et entre les banlieues elles-mêmes, il est prévisible que, toute choses demeurant égales par ailleurs, les écarts seront ramenés vers une valeur de taxation médiane de sorte que certains contribuables paieront davantage de taxes alors que d\u2019autres en paieront un peu moins qu\u2019actuellement.L\u2019évolution à moyen et à long termes du fardeau fiscal des contribuables des nouvelles villes demeure cependant très aléatoire tant les facteurs à considérer sont nombreux.Combien coûteront réellement l\u2019harmonisation des conventions collectives, l\u2019intégration et la mise à niveau des services?Quelle sera la part des coûts totaux de transition assumée par le gouvernement?Les réponses à ces questions influenceront à coup sûr l\u2019évolution des revenus et des dépenses des nouvelles villes et conséquemment celle du fardeau fiscal des contribuables.La capacité des nouvelles villes à agir efficacement et durablement sur les autres formes de disparités est, quant à elle, encore plus incertaine.Les disparités entre les ménages et entre les arrondissements sur les plans du logement, de la scolarisation, de l\u2019emploi et de la santé ou même de l\u2019accès à une gamme variée d\u2019équipements et de services municipaux de loisir et de culture, par exemple, continueront, en effet, de commander des interventions qui dépassent largement les compétences et les capacités financières des nouvelles villes et de dépendre, conséquemment, des politiques et des programmes mis en place par les gouvernements supérieurs.Certes, les villes Le territoire 295 nouvelles pourront parler ou revendiquer d\u2019une seule voix, plutôt que de plusieurs et le plus souvent discordantes comme c\u2019était le cas auparavant, mais elles ne disposeront pas, loin de là, de tous les outils légaux, administratifs et fiscaux pour agir efficacement sur des problématiques qui, pour être présentes « dans » la ville, ne sont par du ressort exclusif « de » la ville.La gestion des disparités socioéconomiques ne sera pas sans raviver les oppositions entre les villes-centres et les villes de banlieues qui ont maintenant revêtu les habits d\u2019arrondissements.Sur la rive Nord, ces oppositions feront surgir des conflits entre les représentants élus des arrondissements centraux et ceux des arrondissements périphériques.La fréquence, la vigueur et la résolution de ces conflits dépendront beaucoup de la composition du conseil municipal et de la capacité du nouveau maire à trouver des terrains d\u2019entente.Sur la rive Sud, l\u2019écart démographique et socioéconomique moins prononcé entre les anciennes villes, le nombre moins élevé d\u2019arrondissements et les traditions politiques de coopération et de bonne entente laissent présager des relations moins conflictuelles au sein du nouveau conseil municipal.La gestion des «différences» devrait donc y être plus facile.La performance organisationnelle.Efficacité et efficience sont devenues les maîtres mots du nouveau management public.Les administrations municipales n\u2019échappent donc pas aux exigences de performance qui sont posées aux organisations du secteur public.Le discours gouvernemental entourant la réorganisation municipale a puisé à souhait au vocabulaire de la performance organisationnelle.Les nouvelles villes devront dispenser des services efficaces, de qualité et à moindre coût.Elles devront pour cela mesurer et évaluer périodiquement leurs résultats en fonction des objectifs qu\u2019elles se sont fixés.Les nouvelles villes fusionnées pourront-elles livrer la marchandise ?La réponse à cette question ne dépend pas seulement de la compétence des élus mais aussi de celle des gestionnaires de ces nouvelles villes.L\u2019atteinte d\u2019une plus grande efficacité, laquelle consiste à produire les bonnes choses, exigera des gestionnaires qu\u2019ils connaissent mieux les besoins des citoyens et qu\u2019ils se donnent les moyens de connaître l\u2019évolution constante et variée de ces besoins.La nouvelle structure ville-arrondissements pourrait tout aussi bien faciliter la connaissance de ces besoins comme la rendre plus complexe à gérer si le désir d\u2019autonomisation des arrondissements se heurtait à la volonté de la ville de centraliser les moyens et les contrôles.De même, l\u2019atteinte d\u2019une plus grande efficience, laquelle consiste à bien faire les choses, dépendra de la capacité des gestionnaires à user judicieusement de la flexibilité accrue procurée par la fusion en ce qui concerne notamment le choix des modes de production et de prestation des biens et des services les plus susceptibles de générer des économies d\u2019échelle.L\u2019atteinte de cet objectif reposera beaucoup sur l\u2019intégration à faire des cultures et des pratiques organisationnelles et sur l'habileté des gestionnaires à identifier les meilleures pratiques en vigueur et a les étendre à l\u2019ensemble des services.Ici, peut-être encore plus qu\u2019ailleurs, l\u2019harmonisation des conventions collectives et la gestion des relations de travail joueront un rôle de premier plan dans la capacité des villes nouvelles à réduire leurs coûts de fonctionnement.Cette opération sera, là les nouvelles villes de Québec et de Lévis Région métropolitaine de Québec 296 L\u2019état du Québec aussi, plus exigeante et plus difficile à mener dans la nouvelle ville de Québec qui sera représentée par 39 conseillers issus de huit arrondissements et qui comptera 5000 employés permanents, comparativement à 15 conseillers issus de trois arrondissements et 500 employés permanents dans le cas de la nouvelle ville de Lévis.Aménagement et développement.L\u2019aménagement urbain, qui concerne un grand nombre d\u2019acteurs dont les valeurs sont souvent opposées et aux ressources souvent inégales, a toujours revêtu une dimension politique.Les options d\u2019aménagement et de développement donnent ainsi souvent lieu à des conflits entre promoteurs, groupes de citoyens et experts obligeant les élus à faire les arbitrages et ultimement à décider.Donnera-t-on le feu vert à un projet résidentiel, commercial, récréatif ou institutionnel?Le choix dépend certes des réglementations et usages existants, mais aussi des retombées attendues en termes politiques et fiscaux.La tendance actuelle est de faire travailler ensemble les responsables de l\u2019urbanisme et du développement économique afin d'en arriver à des compromis acceptables entre la qualité de vie des citoyens et les retombées fiscales.Les nouvelles villes pourront-elles relever plus facilement ce défi ?Pour répondre à cette question, il convient de distinguer trois niveaux d\u2019intervention : l'espace proprement municipal, l\u2019espace régional et l\u2019espace national et international.Si les fusions mettront pour ainsi dire fin à la concurrence intermunicipale que se livraient les villes-centres et leurs banlieues, elles créeront cependant, à l\u2019échelle régionale, nationale et internationale, de plus gros joueurs politiques et économiques.Cela représente des atouts mais aussi des contraintes nouvelles.Au niveau local.Sur le plan municipal, la disparition de la concurrence ne mettra pas fin aux conflits d\u2019usage du sol.L\u2019intégration des différents règlements et plans municipaux d'urbanisme, une opération qui n\u2019ira pas de soi et connaîtra son lot de difficultés, ne dispensera pas pour autant les nouveaux conseils municipaux de devoir continuer à arbitrer entre ce que voudraient les citoyens et les promoteurs des projets et ce qui apparaît souhaitable pour le mieux-être de la ville.Si la logique qui prévalait antérieurement, voulant que ce qui était gagné en investissements par une ville était perdu par les autres, disparaît avec la fusion, encore que partiellement puisque les contribuables d\u2019un arrondissement au potentiel fiscal plus élevé pourront supporter plus facilement l\u2019amélioration des services de base qu\u2019ils auront décidée, les inconvénients liés à certains types d\u2019investissements, eux, ne disparaissent pas.Le conseil municipal, et dans certains cas contre l\u2019avis d\u2019un conseil d\u2019arrondissement, devra donc continuer de gérer les conséquences politiques de ses choix d\u2019aménagement et de développement sans avoir la possibilité réelle de compenser directement les contribuables touchés par des projets non désirés.Au niveau régional.Sur le plan régional, la concurrence va devenir plus vive en raison notamment de l\u2019inclusion, outre des villes de Québec et de Lévis, des MRC de la rive nord dans la nouvelle Communauté métropolitaine de Québec (CMQ).Les compétences de la CMQ, notamment en aménagement du territoire, en développement économique, touristique et culturel et dans la gestion et le financement des équipements et infrastructures à caractère métropolitain, donneront lieu à des arbitrages d\u2019autant plus difficiles à faire que Le territoire 297 les anciennes règles du jeu permettaient aux municipalités et aux MRC de faire reconnaître et de poursuivre sans trop de mal leurs stratégies de développement.Dorénavant, il faudra penser et agir en termes de stratégies métropolitaines de développement, ce qui obligera à des compromis d\u2019autant plus difficiles à négocier qu\u2019ils seront plus contraignants.Aux niveaux national et international.Ces stratégies métropolitaines devraient, par contre, procurer de meilleurs dividendes sur le plan des efforts qui sont faits pour attirer les investisseurs nationaux et étrangers.Il s\u2019agit d\u2019ailleurs là de l\u2019un des arguments forts du discours gouvernemental justifiant la nécessité des regroupements.La concertaüon souhaitée et maintenant «obligée» des acteurs politiques devra cependant, pour donner les résultats escomptés, être accompagnée d\u2019un souüen et d\u2019actions également concertés des acteurs économiques.Beaucoup de travail reste toutefois à faire sur ce plan étant donné le très grand nombre d\u2019organismes, publics et privés, de promotion et de soutien au développement économique (chambres de commerce, CLD, CLE, CRD, sociétés gouvernementales, etc.) existants tant sur la rive Nord que sur la rive Sud de Québec.Aussi, après les regroupements municipaux, il faudra peut-être procéder, comme le souhaitent certains élus et même certains de leurs dirigeants, au regroupement de ces organismes.Les relations gouvernement-municipalités Les transferts de responsabilités et de factures vers les municipalités qui sont survenus ces dernières années ont beaucoup contribué à envenimer l\u2019état des relations entre le gouvernement du Québec et le monde municipal.Le nouveau pacte fiscal conclu entre le gouvernement et les unions municipales, en septembre 2000, a jeté les bases d\u2019un nouveau climat de confiance que l\u2019imposition des regroupements municipaux, notamment sur la rive Nord de Québec, a cependant vite fait de refroidir.Trois autres éléments influenceront la qualité des rapports gouvernement-municipalités dans la région de Québec au cours des prochains mois.Situation fiscale.Il y a d\u2019abord l\u2019évolution de la situation fiscale et budgétaire des nouvelles villes de Québec et de Lévis.Si les conseils municipaux des nouvelles villes réussissent à éviter le pire, soit des augmentations importantes de taxes ou une détérioration significative des services municipaux, les pressions sur le gouvernement pour qu'il délie davantage les cordons de la bourse seront d\u2019autant moins fortes.Dans le cas contraire, la mauvaise humeur des élus municipaux, conjuguée à celle des électeurs, pourrait bien se traduire par des votes en moins pour le Parti québécois aux prochaines élections provinciales.Économie régionale.Il y a, deuxièmement, la bonne performance économique de la région qui, alliée à l\u2019annonce dans les prochains mois d\u2019autres bonnes nouvelles par le gouvernement et la Commission de la capitale nationale [voir article suiuant], comptera pour beaucoup dans la capacité des élus péquistes de la région à convaincre les électeurs du bien-fondé de la réorganisation municipale.Un baume d\u2019autant plus réconfortant pour le gouvernement que les résultats d\u2019un sondage, réalisé par la firme Léger Marketing en mai 2001, indiquaient que les citoyens de Québec étaient plutôt sceptiques face aux retombées positives des fusions au Les nouvelles villes de Québec et de Lévis Région métropolitaine de Québec 298 L\u2019état du Québec chapitre de l\u2019amélioration des services et de l\u2019efficacité administrative, du maintien du sentiment d\u2019appartenance à leur ancienne ville et de l\u2019amélioration de la démocratie locale.Élections provinciales.Le troisième élément concerne les résultats des prochaines élections provinciales.La réélection du Parti québécois serait sans soute interprétée comme un appui sans équivoque à sa politique des regroupements municipaux forcés.Sa défaite et l\u2019élection d\u2019un gouvernement libéral seraient interprétées, au contraire, à tout le moins par les élus municipaux et les citoyens qui ont combattu les regroupements forcés, comme une preuve que ces regroupements n\u2019étaient pas désirés par une majorité de la population.Un résultat qui ouvrirait la porte à un possible retour en arriéré, comme s\u2019y est engagé le chef du Parti libéral, Jean Charest.L\u2019enjeu dépassé ici la région de Québec.Mais pour les maires de banlieue de la Communauté urbaine de Québec, qui ont combattu férocement et avec détermination les regroupements forcés, il est clair que la concrétisation d'un tel scenario constituerait une douce revanche.Le réalisme politique aidant, il est cependant à parier qu\u2019entre la loi 170 actuelle et le «défusionnement» pur et simple des nouvelles villes, bien des accommodements apparaîtraient alors possibles.Le grand départ En attendant les prochaines élections provinciales, qui pourraient survenir seulement en 2003, une nouvelle bataille s\u2019engage dans la région de Québec qui ne concerne plus directement l\u2019à-propos ou non des fusions, mais bien la gouverne et la gestion des nouvelles villes fusionnées de Québec et de Lévis.Après les comités de transition qui auront vu au plus pressé, c\u2019est maintenant au tour des nouveaux conseils municipaux et de leur équipage de prendre le gouvernail et de sonner le grand départ.Les défis qui les attendent interpellent aussi le gouvernement du Quebec quia créé ces nouvelles villes et en a fixé les règles du jeu.Pour les nouveaux capitaines, parions que les occasions seront nombreuses au cours des prochains mois de rappeler au « créateur-arbitre» qu\u2019en cas de dérive, il devra aussi assumer son rôle de sauveteur.\u2022 Béférences Comité d\u2019élus municipaux de la région métropolitaine de Québec, Rapport du mandataire du gouvernement sur la réorganisation municipale dans l\u2019agglomération de Québec, Québec, 2000.Commission nationale sur les finances et la fiscalité locales, Pacte 2000, Les publications du Québec, Québec, 2000.Gouvernement du Québec, La réorganisation municipale.Changer les façons de faire pour mieux servir les citoyens, Québec, 2000.Gouvernement du Québec, Projet de loi n° 170 (2000, chapitre 56), Loi portant réforme de l'organisation territoriale municipale des régions métropolitaines de Montréal, de Québec et de l\u2019Outaouais, Québec, Éditeur officiel du Québec, 2000.Lemieux, Michel, vice-président, Léger Marketing, Visions de la nouvelle ville, Sondage, mai 2001, sur le site Internet de l\u2019ENAP : www.enap.uquebec.ca Le territoire 29g La Commission de la Capitale nationale transforme le visage de Québec Éric Etter journaliste Au-delà des grands bouleversements engendrés par la création de la nouvelle capitale québécoise, qui comptera un demi-million d\u2019habitants [voir article précédent], une institution demeure: la Commission de la capitale nationale du Québec (CCNQ).Cette Commission répond à une volonté politique de doter la région de la capitale d\u2019un organisme qui ait les moyens de ses ambitions.Dans les faits, on y pensait depuis au moins trois quarts de siècle, soit depuis 1927, date à laquelle a été créée la Commission d\u2019embellissement de la capitale nationale fédérale qui a inspiré un projet de commission gouvernementale provinciale d\u2019urbanisme.Par la suite, on remarque en 1941 la création de la Commission d\u2019urbanisme de la Ville de Québec, puis en 1961 celle par le gouvernement de la Commission d\u2019aménagement de Québec.En 1979, l\u2019abolition de cette dernière coïncide avec la mise sur pied du Service de l\u2019aménagement de la Communauté urbaine de Québec.Toutefois, plusieurs sentent le besoin d\u2019identifier plus clairement le statut de capitale de Québec et en 1985, la Commission d\u2019étude sur la ville de Québec recommande un véritable secrétariat à la capitale, un concept qui sera accepté par le gouvernement et effectif jusqu\u2019en 1995, alors que l\u2019Assemblée nationale entérine le 22 juin la loi créant la Commission de la capitale nationale du Québec.Pour la petite histoire, il faut préciser que l\u2019idée d\u2019un tel organisme émane d\u2019une recommandation que l'on trouve dans un document publié en 1994 par la Ville de Québec : Une veritable capitale.Des mandats clairs La CCNQ se définit selon une mission axée sur trois actions majeures : embellir, promouvoir et conseiller.Elle veille donc à ce que l\u2019aménagement de la capitale nationale en respecte le caractère distinctif.Elle pourvoit aussi au développement des institutions et des équipements qui témoignent de cette fonction de capitale.Ainsi, tout ce qui touche à l\u2019aménagement de la Colline parlementaire et aux projets d\u2019aménagement dont l\u2019embellissement des places, parcs, promenades, édifices et voies publiques ainsi que la réalisation de travaux destinés à améliorer l\u2019accès à la capitale s\u2019inscrivent tout naturellement dans sa définition de tâche.La CCNQ participe également, selon le deuxième volet de mission, à l\u2019organisation et à la promotion d\u2019activités historiques, culturelles, pédagogiques et sociales qui tendent à conforter le statut de capitale de Québec et sa région.Enfin, l\u2019institution conseille le gouvernement, notamment sur le plan de la localisation de ses bureaux, ministères et organismes, ainsi que sur celui de la répartition des effectifs.Une petite organisation.Un conseil d\u2019administration de 13 personnes, nommées par La Commission de la Capitale nationale transforme le visage de Québec Région métropolitaine de Québec 300 L'état du Québec l\u2019État et représentatives des divers milieux de la société québécoise, préside aux destinées de l'organisme public et mandataire du gouvernement.En poste depuis les tout premiers jours d\u2019existence de la CCNQ, l\u2019actuel président-directeur général, Pierre Boucher, supervise une équipe composée d\u2019une vingtaine d\u2019employés permanents, régulièrement secondés par une douzaine de contractuels.La CCNQ étend son mandat sur un territoire de 3140 kilomètres carrés qui correspond à la région métropolitaine de recensement (RMRJ de Québec, soit 43 municipalités selon le modèle d\u2019avant les fusions; une population de plus 700 000 personnes caractérisée par sa remarquable homogénéité linguistique.La Commission fonctionne avec un budget de l\u2019ordre de 14 M$ par année, dont la moitié est reversée aux projets qu\u2019elle chapeaute.À titre de comparaison, la Commission de la capitale nationale à Ottawa dispose d'un budget annuel qui frise les 100 M $.Une des pratiques courantes observées dans le financement des projets est que la CCNQ recherche systématiquement les partenariats qui lui permettront au minimum de doubler les sommes qu\u2019elle y investit.Ainsi, selon les données transmises, la région de la capitale a pu bénéficier depuis 1995 de près de 90 M $ provenant des initiatives de la CCNQ.Ainsi, cette participation peut être considérée comme une importante contribution à la mise en valeur du produit touristique régional qui génère, bon an, mal an, plus de un milliard de dollars en retombées économiques.Partenariat et efficacité L\u2019approche de collaboration mise de l\u2019avant par la CCNQ a certainement per- mis une plus grande efficacité dans la réalisation des projets dans lesquels elle était impliquée.Dans les faits, ce qui aurait très bien pu se révéler une institution plutôt passive, campée dans un rôle conseil, ce que certains craignaient lors de sa creation, a plutôt joué un rôle de moteur et de rassembleur.Que ce soit avec les diverses administrations municipales ou instances régionales comme avec des partenaires privés tels Hydro-Québec ou le Canadien Pacifique, dans le cadre du plan de mise en lumière de la capitale, l\u2019intervention de la CCNQ s'est établie aussi bien en termes de démarrage que de soutien et d\u2019assistance.Et cela s\u2019est traduit concrètement.La CCNQ s\u2019est insérée tout naturellement, mandat oblige, dans le mouvement des grands travaux qui ont été entrepris depuis dix ans pour, en quelque sorte, remodeler le visage du centre-ville de Québec, que ce soit au pied ou en haut de la falaise.Sur le même élan, elle a fait sentir sa présence dans la plupart des grands événements et organismes culturels qui animent la capitale.Ainsi, elle s\u2019est associée, entre autres, au Festival d\u2019été de Québec, aux Fêtes de la Nouvelle-France, au Salon international du livre, au festival Images du Nouveau Monde et au Carnaval d\u2019hiver.Le Musée de la civilisation, le Musée du Québec, l\u2019Orchestre symphonique de Québec, les Violons du Roy, le Théâtre du Trident ont également bénéficié de coups de pouce significatifs de la part de la CCNQ.Des réalisations visibles Le visiteur qui reviendrait aujourd\u2019hui à Québec après plus de dix ans d\u2019absence serait certainement étonné de l'ampleur des modifications apportées au paysage Le territoire 301 urbain.Le centre-ville a subi une véritable métamorphose et la CCNQ n\u2019y est pas étrangère.Dès son entrée en fonction, elle s\u2019est tout de suite mise à la tâche en s\u2019attaquant au réaménagement de la place sise en façade de la gare du Palais.De zone sinistrée, l\u2019endroit est devenu très prisé tant des touristes que des résidants qui en apprécient l\u2019aménagement paysager autant que l\u2019imposante fontaine sculpture due à Charles Daudelin.Cette intervention a eu un effet bénéfique sur l\u2019environnement immédiat de la gare puisque la rue Saint-Paul qui borde la place présente un visage des plus accueillants grâce aux rénovations entreprises par les propriétaires privés du secteur.Le même visiteur serait également surpris de voir à quel point les abords de l\u2019Assemblée nationale ont changé.L\u2019horrible tronçon du boulevard René-Lévesque, entre Dufferin et Clairefontaine, a été complètement transformé grâce au programme d\u2019infrastructure du gouvernement fédéral en 1995.Le célèbre mur de la honte qui séparait les faubourgs Saint-Louis et Saint-Jean-Baptiste a été éradiqué et la CCNQ s\u2019est inscrite dans le parachèvement des travaux en redonnant un aspect convivial à cette grande artère de la ville.Elle y a notamment aménagé la promenade des Premiers-Ministres et participé à la plantation d\u2019arbres le long du boulevard.Toujours sur la colline, la place de l\u2019Assemblée-Nationale, lieu traditionnel de l\u2019expression de la démocratie québécoise, a été repensée, tout comme la partie de la Grande-Allée qui longe l\u2019édifice du Parlement.L\u2019amélioration des perspectives, le dégagement des espaces et le reboisement de certains secteurs sont les aménagements les plus spectaculaires planifiées pour être complétés en 2001.La CCNQ est aussi impliquée dans une quinzaine de projets reliés à des ensembles urbains, place publiques, parcs et jardins ou lieux de souvenirs et de commémoration qui depuis ont ajouté à la richesse du produit touristique existant.Le parc du Bois-de-Coulonge, à Sillery, en est un des exemples les plus voyants.Cette affirmation de l\u2019existence de la CCNQ est de plus en plus évidente au fur et à mesure du temps qui passe.Rares sont les endroits du Vieux Québec où un monument, une sculpture, une placette ne témoignent de ces actions.Par exemple, la Fresque des Québécois, au bas de la côte de la Montagne sur la façade aveugle d'un édifice, suscite un tel intérêt qu\u2019elle deviendra certainement une des œuvres les plus photographiées ou filmées du prochain siècle à Québec.Réalisée en collaboration avec des artistes français, elle relate près de quatre siècles d\u2019histoire de la cité fondée en 1608 par Samuel de Champlain.Dans sa courte histoire, la CCNQ a aussi élaboré un plan de mise en lumière des principaux attraits de la région.Déjà, le visiteur peut admirer, le soir venu, le Château Frontenac, l\u2019Hôtel-du-Parlement et l\u2019église de Notre-Dame-de-Foy.En 2001, la basilique de Québec, le cap Diamant, le Musée du Québec, l\u2019Hôtel-de-Ville de Québec, le pont de Québec viennent s\u2019ajouter à cette liste.Un chantier majeur L\u2019année 2001 aura vu le début des travaux d\u2019un chantier majeur qui va définitivement modifier le caractère de deux voies d\u2019accès principales à la haute-ville de Québec, la côte d\u2019Abraham et l\u2019autoroute Dufferin-Montmorency.La CCNQ a été désignée maître d\u2019œuvre de cette entreprise de 15 M $ dont les premiers coups de pioche ont été donné en juin 2001 en collabora- La Commission de la Capitale nationale transforme le visage de Québec Région métropolitaine de Québec 302 L\u2019état du Québec tion avec le ministère des Transports du Québec et la Ville de Québec.Le projet est ambitieux puisqu\u2019il nécessite des modifications importantes au tracé de la côte d\u2019Abraham et une réduction du nombre de voies de circulation d\u2019un secteur qui reçoit aux heures de pointes plus de 2000 véhicules et 900 piétons à l\u2019heure.Toutefois, le résultat en vaut la chandelle puisqu\u2019il doit permettre, à brève échéance, une meilleure gestion de la circulation automobile et du transport en commun, la reconstitution du tissu urbain, fortement endommagé par les grands travaux des années 1970, ainsi que le rétablissement d'une circulation piétonnière conviviale et sécuritaire dans un cadre qui redonne une large place à la nature.De grands projets En vue des célébrations du 400e anniversaire de la fondation de Québec en 2008, la CCNQ a mené une consultation publique sur l\u2019aménagement du littoral, dans le but avoué de redonner aux Québécois l\u2019accès au fleuve.Le secteur visé touchait particulièrement le boulevard Champlain, entre les pont de Québec et Place-Royale.Le rapport final du Bureau de la consultation publique, publié en février 2001, prévoit plusieurs changement majeurs dans l\u2019utilisation des sols situés entre fleuve et falaise.Le boulevard Champlain n\u2019y échappe pas et devient le cœur du projet baptisé Promenade Samuel-de-Champlain.Une vingtaine d\u2019organismes se sont prononcés sur la vocation future du littoral et sa mise en valeur risque de donner lieux à de solides échanges entre partisans du récréotouristique et ceux du développement économique, puisque le projet implique une zone importante propriété de l\u2019administration portuaire de Québec, celle de l\u2019Anse-au-Foulon, sur laquelle compte le port de Québec afin de poursuivre son développement.Pour l\u2019instant, la CCNQ a fait l\u2019acquisition de terrains qui vont lui permettre d\u2019amenager certaines portions du littoral en fonction des buts poursuivis, dont, entre autres, celui de transformer le boulevard, qui se donne des airs d\u2019autoroute en chaussée compatible autant avec les activités de loisirs et de détente projetées qu\u2019avec celles de voie d\u2019accès au centre-ville.Le développement du projet est à suivre, non seulement à cause des impacts physiques et visuels qu\u2019il occasionnera, mais aussi en raison des discussions qu\u2019il amènera tout au long de sa réalisation.Références La promenade Samuel-de-Champlain \u2014 Les Québécois veulent renouer avec leur fleuve, Rapport du bureau de la consultation publique, CCNQ, février 2001 La Commission au cœur du dynamise de la capitale nationale \u2014 Plan d\u2019action de la Commission de la capitale nationale du Québec, CCNQ, 1999 La Commission de la capitale nationale du Québec, cinq ans de réalisation, Le Soleil, le samedi 9 septembre 2000 Fierté tranquille, Magazine Prestige, octobre 1999 Boulevard de l\u2019entente, Magazine Prestige, avril 2001 ?Site Internet Site Internet de la Commission de la capitale nationale du Québec : www.capitale.gouv.qc.ca Le territoire 303 Une trace indélibile De l\u2019avis de tous les intervenants, qui généralement se prononcent sur le développement urbain à Québec et dans la région, la contribution de la Commission de la capitale nationale du Québec est plus qu\u2019appréciée, elle est nécessaire, que ce soit en termes d\u2019embellissement, de promotion et de conseil, mais aussi parce qu'elle développe un sentiment d\u2019appartenance et de fierté de la population envers sa capitale.En s\u2019étant associée jusqu\u2019à maintenant à plus de 80 projets, elle est en train de laisser une trace indélébile de ses actions qui tendent à confirmer le statut de capitale nationale de Québec.Toutefois, selon ces observateurs, et de l\u2019aveu même des dirigeants de la CCNQ il serait également souhaitable que les membres du gouvernement en soient tout aussi convaincus.\u2022 La Commission de la Capitale nationale transforme le visage de Québec Région métropolitaine de Québec 304 L\u2019état du Québec La région de la Capitale Nationale SAGUEniAY LAC-SAi T-JEAN CHARLEVOIX \\\t/ um 1 iiU MAURKIE .La Bostonnais CÔTE DE-BEAUPRÉ PORTNEUF LA JACQUES CARTIER Saint-Tite-des-Ca Sàlpte-Anne- - de-Beaupre.Lac-Çeauport^ _ /'\t.-'l'IlE- / J Saint-Raymond.>urg Val-Bélair Pont-Rouge.-Sajnte-Foy* int-Marc-,\t^Portneuf des-tarrières\t-^ «Do D\u2019ORLÉANS COMMUNAUTÉ'URBAINE \\ de québec Beaupo Charlesbo\u2014\t* Saint-Tite CHAUDIÈRE APPALACHES 100 km Le territoire 305 CHARLEVOIX EST Éboulements Montmagny Anse-Saint-Jean* Clermont, Kamouraska BAS SAINT-LAURENT Saint Jean Joli Port ÉTATS-UNIS (Maine) Réalisation cartographique KOREM inc Capitale nationale (03) Superficie 19 312 km2 \u2022(1,26% du Québec) Démographie Population \u2022 646 218\u2019 \u2022 (8,8% du Québec) Variation 1991-1999 \u2022+2,2% Densité \u2022 33,4 fiab/km\u2019 \u2022 (Québec 4,9) Natalité (1998) \u2022 8,9 %o (Québec 10,3) Mortalité \u2022 7,8 %o (Québec 7,4) Nuptialité \u2022 2,9 %o (Québec, 3,1) Répartition par groupe d'àge 0-14 ans \u2022 16,2 % \u2022 (Québec 18,5%) 15-54 ans \u2022 60,8 % \u2022 (Québec 59,7 %) 55-64 ans \u2022 9,9 % \u2022 (Québec 9,4 %) 65 ans et plus \u2022 13,2% \u2022 (Québec 12,4%) Marché du travail Population active (000) \u2022 326,7 Taux d'activité \u2022 59,5% \u2022 (Québec 62,5%) Personnes occupées (000) \u2022 296,1 Région/Québec \u2022 8,7% Taux de chômage \u2022 9.3 % \u2022 (Québec 9,4 %) Emplois par secteur \u2022\tprimaire \u2022 2,0% \u2022 (Québec 3,6%) \u2022\tsecondaire \u2022 12,9% \u2022 (Québec 22,4%) \u2022\ttertiaire \u2022 85,1 % \u2022 (Québec 74,0 %) Revenu moyen des particuliers (1998) 25 632 S \u2022 (Québec 25 367$) Investissements (prévisions pour 2000) 2 467,3m S \u2022 (Régions/Québec 7,2%) Source privée \u2022 76,2 % \u2022 (Québec 79,7 %) Principales municipalités (2001) Québec\t169\t125 Beauport\t73\t481 Sainte-Foy\t72\t925 Charlesbourg\t71\t098 Val-Bélair\t21\t387 Municipalités régionales de comté (MRC) Charlevoix Charlevoix-Est Communauté-Urbaine-de-Québec L'île-d'Orléans La Côte-de-Beaupré La Jacques-Cartier Portneuf * Les données de cette fiche sont celles de 1999 sauf indication contraire Région métropolitaine de Québec Région métropolitaine de Québec 306 L\u2019état du Québec La région de Chaudière-Appalaches Baie-Saint lint-Paul* CAPITALE NATIONALE Saint-Tite-des-Caps f0^' Beaupré, Lac-Beauport.Saint-Raymond Charlesbourg# >Beauport ;\tsur-l Québec , r.,.r\tSaint-Michel- Sainte-Foy# *.LEVIS\tde-Bellechasse, portneuf.sXÎnÎcoI* .Saint-Jean-Chrysostome Donnacona*\t* Charny 6ESJARDIF(S\tBELLECHASSE -a-Anne-\tSainte-Croix\tLES CHÛTES-'\tr .\t\u201e de-iaiPérade\tj Saint\u2018Apo(linaire\u2018 >Lf chaudière' V\t.Sa.nt-Anselme Ledercville #\t\u2022 Sairtf-Agapit\tSainte-Claire Laurier-Station '.-'.-,.' .Scott' IJ\t\\\tLOTB.NIÈRE\tla^uvelle-beauce-,\tS Gentilly\t-ç «Sainte-Marie \u2022 .\t.\tLac-îtçhemin Sainte-Agathe^ \"q «Vallée-Jonction T_____r\\ .\t.Saint-Josephv Trmg-Jonction.-fc, de-Beauce, ' East Broughton.ROBERT- Beai;cevi|le I AAÜIAK.TC\t' rilfHF \u2022 Lysterc J centre-du-ouMc^ .Plessisville Princeville.Bernierville *Victoriaville Coleraine.La Guadeloupe.AMIANTE\tCLICHE *\ta .Warwick Kingsey Falls.estos 100 km Saint-Georges + -Thetford Mih&s/J Black Lake BEAUCE-SARTIGAN \u2022 .Saint Shenley Marti Sain Géd Saint-François .Weedon Centre le territoire 307 Saint-Pacôme La Pocatière B^S SAINT-LAURENT / / int-Jean-Port-Jolî .Tourville L ISLET 'j\tSaint-Pamphile*^ ta 'MiSMONTMAGNY \\ aint-Paul- '/ p-Montminy ¦ F\\ tu \\\t! i \\\t1 les \\ ; .TCHEMINS '/ al*\tj fcra\t/' r7 ETATS-UNIS (Maine) -fv Chaudière-Appalaches (12) Superficie 15 136 km\u2019 \u2022 (0,994 % du Québec) Démographie Population \u2022 389 578* \u2022 (5,3 % du Québec) Variation 1991-1999 \u2022 3,8% Densité \u2022 25,8 hab/km- \u2022 (Québec 4,9) Natalité (1998)* 10,0 %o (Quebec 10,3) Mortalité \u2022 6,8 %o (Québec 7,4) Nuptialité \u2022 2,1 %o (Québec, 3,1) Répartition par groupe d'âge 0-14 ans \u2022 19,1 % \u2022 (Québec 18,5%) 15-54 ans \u2022 59,8% \u2022 (Quebec 59,7%) 55-64 ans \u2022 8,9 % \u2022 (Québec 9,4 %) 65 ans et plus \u2022 12,3 % \u2022 (Québec 12,4 %) Marché du travail Population active (000) \u2022 194,5 Taux d'activité \u2022 62,0% \u2022 (Québec 62,5%) Personnes occupées (000) \u2022 181,1 Région/Québec \u2022 5,3% Taux de chômage \u2022 6,9% \u2022 (Québec 9,4 %) Emplois par secteur primaire \u2022 8,4% \u2022 (Québec 3,6%) secondaire \u2022 27,7% \u2022 (Québec 22,4%) tertiaire \u2022 63,9 % \u2022 (Québec 74,0 %) Revenu moyen des particuliers (1998) 22 594 $ \u2022 (Québec 25 367 $) Investissements (prévisions pour 2000) 1 243,2m $ \u2022 (Régions/Québec 3,6%) Source privée \u2022 79,8% \u2022 (Québec 79,7%) Principales municipalités (2001) Lévis\t41\t519 Saint-Georges\t21\t967 Thetford Mines\t17\t289 Saint-Jean-Chrysostome\t17\t750 Saint-Nicolas\t16\t837 Municipalités régionales de comté (MRC) Beauce-Sartigan Bellechasse Desjardins L'Amiante L'Islet La Nouvelle-Beauce Les Chutes-de-la-Chaudiére Les Etchemins Lotbiniére Montmagny Robert-Cliche * Les données de cette fiche sont celles de 1999 sauf indication contraire Réalisation cartographique KOREM inc.Région métropolitaine de Québec 38 L\u2019état du Québec Couronne des villes intermédiaires Construire la métropole de l'Outaouais Anne Gilbert Géographe, Université d\u2019Ottawa Défendue avec ferveur par les uns, combattue farouchement par les autres, la nouvelle ville de l\u2019Outaouais verra le jour le icr janvier 2002.Après avoir hésité pendant plus de 30 ans entre différentes formes de gouverne unifiée des villes de la zone urbaine de l\u2019Outaouais, le gouvernement du Quebec a enfin tranché en faveur de leur fusion complète, malgré l\u2019opposition au projet de plusieurs élus municipaux et l\u2019absence de consensus au sein de la population.Prévue depuis le dépôt du rapport du mandataire Antoine Grégoire en octobre 2000, cette décision, officialisée avec l\u2019adoption de la loi 170, a été plutôt bien Le territoire 309 reçue dans l\u2019Outaouais.La contestation s\u2019est faite ici très discrète, contrairement à ce qui a été observé dans plusieurs autres milieux touchés par la réforme municipale au Québec.On ne s\u2019en étonnera guère, la fusion des villes formant l\u2019agglomération urbaine de l\u2019Outaouais s\u2019imposant d'elle-même depuis que sa voisine ontarienne, Ottawa, a fait de même.Construire la métropole de l\u2019Ou-taouais n\u2019en représente pas moins un défi de taille.L\u2019espace devant servir de support au développement démographique, économique, social et culture de la nouvelle entité est dilaté, fragmenté et mal intégré.Les structures devant permettre une plus grande concertation de cette dernière avec les instances régionales et ontariennes restent faire.Sans compter que la fusion municipale ne réglera pas le problème de plus en plus aigu d\u2019enclavement de la région, qui constitue une entrave sérieuse à son développement.La contexte géopolitique particulier de l\u2019Outaouais La saga de la fusion remonte à plusieurs années déjà dans l\u2019Outaouais urbain, où les propositions sur une forme de gouvernance unifiée se sont succédé depuis 30 ans (Gajpeld, 1994).Parmi les motifs de l\u2019importance prise par un tel dossier, figurent ici comme à Montréal et Québec la gestion de l\u2019urbanisation et la réduction du déséquilibre économique et fiscal entre les municipalités et des malaises sociaux qu\u2019il a engendrés.Mais la zone urbaine de l\u2019Outaouais fait face à un défi supplémentaire.Sa situation géographique particulière à proximité d\u2019Ottawa, tout en lui insufflant un dynamisme unique au Québec, met fortement en péril son intégrité territoriale.Ces enjeux qui ont présidé à la mise sur pied de la Communauté régio- nale de l\u2019Outaouais (CRO) en 1969, sont tout aussi cruciaux aujourd\u2019hui qu\u2019ils l\u2019étaient hier.Une décision venue de.Toronto et d\u2019Ottauio.Au cours de l\u2019année 2000, la ministre d\u2019État aux Affaires municipales et à la Métropole, Louise Harel, enclenchait un processus de réorganisation de la gouverne municipale à l\u2019échelle du Quebec.Elle créait dans ce mouvement les nouvelles villes de Montréal, Québec, Lon-gueuil, Lévis et de l\u2019Outaouais, tout en amorçant la réorganisation municipale à Chicoutimi-lonquière, Sherbrooke et Trois-Rivières.L\u2019objectif: renforcer les pôles urbains sur le territoire du Québec et leur permettre de jouer leur rôle de plaque tournante des échanges avec le monde extérieur (Hard, 2000).Dans un contexte de mondialisation des marchés, ce changement, devant mener à la création d\u2019un «club de neuf grandes agglomérations urbaines de 100 000 habitants» était devenu, de l\u2019avis de la ministre, indispensable au bien-être économique de la collectivité québécoise (Hard, 2001).D\u2019aucuns remettent en question cette vision.On n\u2019a guère osé le faire dans le cas de l\u2019Outaouais, même au sein de la députation libérale, qui affirme pourtant haut et fort ailleurs au Québec, son opposition aux fusions municipales.Pour deux raisons.La première, de loin la plus importante, vient de Toronto.La décision du gouvernement Harris de transformer la municipalité régionale d\u2019Ottawa-Carleton en une seule ville dès le 1\" janvier 2001 interpelle vivement la rive québécoise.Si la nouvelle ville d\u2019Ottawa devait réussir à renforcer la cohésion des villes qu\u2019elle a fusionnées, rendre plus efficace leur administration, et offrir des services plus étendus aux citoyens et aux entreprises, Construire la métropole de l\u2019Outaouais Couronne des villes intermédiaires 310 L\u2019état du Québec elle deviendrait plus compétitive, dans un monde où le développement se mesure de plus en plus au dynamisme des agglomérations urbaines et à leur capacité de créer de la richesse.Ce qui augmenterait bien sûr son effet d\u2019ombrage sur l\u2019Outaouais.« La fragmentation des municipalités dans cette région pourrait s\u2019avérer un sérieux handicap face à sa voisine ontarienne », de souligner Mme Harel.Face à Ottawa, celles-ci seraient encore plus faibles si elles demeuraient divisées, et tributaires du processus décisionnel complexe qui leur a été imposé depuis la création de la CRO il y a plus de 30 ans.L\u2019autre raison vient d\u2019Ottawa.Pour bien la comprendre, il faut retourner 35 ans en arrière, alors que « les fonctions administratives fédérales étaient concentrées à Ottawa, sur la rive ontarienne.La ville de Hull et les autres muncipalités de rive québécoise avaient une vocation principalement industrielle, à laquelle se greffaient des fonctions de services et une activité commerciale modeste.La prospérité, la croissance démographique et l\u2019expansion de la fonction publique fédérale ont entrainé l\u2019accélération de l\u2019urbanisation de la région et le développement des services gouvernementaux.En réponse aux demandes répétées qui lui venaient du milieu municipal québécois et du gouvernement du Québec lui-même, le gouvernement fédéral a accentué sa présence sur la rive québécoise en installant progressivement plusieurs ministères et organismes à Hull dès le début des années 70.En parallèle, la Commission de la Capitale nationale (CCN), qui a pour mandat de planifier et de coordonner les interventions territoriales du gouvernement fédéral dans la Région de la Capitale nationale (RCN), poursuivait de façon accélérée son programme d\u2019acquisition de terrains dans des endroits névralgiques comme les collines de la Gatineau et les abords de la rivière des Outaouais» (Grégoire, 2000).Ce contexte géopolitique auquel il faut attribuer la création de la CRO en 1969 dicte encore largement les décisions qui sont prises aujourd\u2019hui par le gouvernement du Québec concernant la gouverne municipale dans la région.De la Communauté régionale à la loi 170.Moins urbanisée que Montréal ou Québec, la zone urbaine de l\u2019Outaouais et le territoire qui l\u2019entoure ont néanmoins été constitués en communauté régionale en 1969, au moment de la création des communautés urbaines de Montréal et de Québec.Les motifs qui ont amené à la création de la CRO n\u2019étaient pas les mêmes qu\u2019à Montréal et à Québec.«En fait, le gouvernement du Québec jugeait nécessaire de doter l\u2019Outaouais d\u2019une structure municipale dont le territoire et les pouvoirs en matière d\u2019aménagement puissent faire contrepoids à la Commission de la Capitale nationale.La CRO a par conséquent été constituée de façon à englober toutes les municipalités comprises en tout ou en partie dans la RCN » (Grégoire, 2000).Ce qui explique qu\u2019elle s\u2019étendait sur 2432 km2, comparativement à 504 km2 pour la CUM et 545 km2 pour la CUQ et qu\u2019elle comprenait deux secteurs, l\u2019urbain, constitué d\u2019un chapelet plus ou moins continu de municipalités entre Aylmer et Masson, et le rural qui comprenait le reste du territoire.Au cours des vingt ans qui ont suivi, le processus de restructuration municipale s\u2019est poursuivi selon un parcours en dents de scie dont les principales étapes, rappelées par le mandataire Antoine Grégoire, sont les suivantes : Le territoire 311 \u2022\t1974 : regroupement des 32 municipalités de la CRO en huit, ce qui marque en particulier la naissance du «grand Gatineau », du « nouveau Aylmer » et d\u2019un « grand Buckingham » ; \u2022\t1978: «dégroupement» du grand Buckingham en quatre municipalités, dont la nouvelle Masson-Angers ; \u2022\t1990 : remplacement de la CRO par deux entités : la Communauté urbaine de l\u2019Outaouais (CUO) constituée des cinq municipalités les plus urbanisées, et la MRC des Collines-de-POutaouais qui comprend les sept autres.La principale raison invoquée pour ce changement était la difficulté de la concertation entre les villes et les municipalités rurales.La CRO était perçue comme coûteuse, lourde et relativement inefficace comme instrument de concertation.À l\u2019amorce de la réorganisation municipale en cours, l\u2019agglomération outaouaise présente le profil issu de cette dernière restructuration, celle de 1990.Les villes de la CUO qui sont fusionnées dans la nouvelle ville de l\u2019Outaouais, comptaient en 1996 217 609 habitants.La MRC des Collines-de-l\u2019Outaouais, qui fait aussi partie de l\u2019agglomération, mais qui, pour des raisons qui restent obscures, ne fait pas partie du territoire fusionné, en compte 36 690 pour un total de 253 299 (Bureau de la statistique du Quebec, 1998).Leur contrepartie ontarienne, la nouvelle ville d\u2019Ottawa, compte pour sa part 721 136 habitants.Toutes deux sont aujourd'hui mises au défi de rendre cohérent l\u2019espace métropolitain qui est devenu le leur.Un espace métropolitain à créer Outre la CRO, la CUO et la MRC des Collines-de-l\u2019Outaouais, plusieurs autres organismes ont été mis sur pied depuis la fin des années 60 pour donner une cohérence à la région.Ces organismes, parmi lesquels la défunte Société d\u2019aménagement de l\u2019Outaouais (SAO), n\u2019ont guère été capables de promouvoir la structuration d\u2019un espace métropolitain.Leur volonté intégratrice s\u2019est sans cesse heurtée à une diversité de territoires qui fonctionnent de façon indépendante et qui produisent le caractère si particulier de cette ville-région dont l\u2019identité se manifeste par la quasi-absence de projets communs.À plusieurs points de vue, l\u2019Ou-taouais a la géographie difficile (OPDQ, 1979; Commission d'étude sur la réqion de l\u2019Outaouais,i984 ; Lari^lois.igSg ; Comité Outaouais, 1992 ; Grégoire, 2000).L\u2019éclatement du territoire.Le Comité de transition décrit comme suit le territoire de la nouvelle ville : « une superficie de 350 km2 étalée sur un corridor de 60 km, un territoire fragmenté par plusieurs éléments naturels (rivières, parcs.), un territoire qui comporte de vastes espaces non occupés» (2001).La nouvelle ville de l\u2019Outaouais se caractérise par une dilatation considérable de son aire d\u2019urbanisation.Tout un chapelet de petites localités périphériques sont englobées dans un territoire métropolitain au tissu inégalement dense, incorporant, à quelques kilomètres à peine du centre-ville de Hull, de larges périmètres vides d\u2019occupation.Tous les schémas d\u2019aménagement produits depuis 30 ans n\u2019auront réussi à pallier que partiellement l\u2019éclatement du territoire.Dans cet espace éclaté, plusieurs centres se sont développés.Si bien que l\u2019activité commerciale et de services se répartit en plusieurs pôles d\u2019importance comparable, aucun n\u2019ayant Construire la métropole de l\u2019Outaouais Couronne des villes intermédiaires 312 L\u2019état du Québec véritablement réussi à s\u2019ériger comme véritable centre régional de services.La dispersion des fonctions centrales en plusieurs points du territoire n\u2019est pas sans effet sur l\u2019incapacité de la région à offrir toute la gamme des services spécialisés attendus d\u2019une métropole de plus de 200 000 habitants.Le sous-développement du Cegep de l\u2019Outaouais et de l\u2019Université du Québec à Hull en sont des exemples parmi d\u2019autres.De plus, les centres de services sont mal reliés par le réseau routier, ce qui ajoute à la déstructuration de l\u2019espace métropolitain.L\u2019absence d\u2019une liaison est-ouest efficace ne favorise pas la fréquentation interurbaine des équipements publics présents sur le territoire, tels l\u2019aéroport de Gatineau, le Centre des congrès de Hull ou l\u2019Auberge Symmes à Aylmer.La nouvelle ville devra, certes, y remédier en priorité.Les jructures de l\u2019espace social.Sans qu\u2019elles soit aussi stigmatisées qu\u2019à Montréal ou à Québec, les fractures de l\u2019espace social n\u2019en existent pas moins dans la nouvelle ville de l\u2019Outaouais.C\u2019est là une autre réalité avec laquelle la structure à naître devra conjuguer.Le fossé s\u2019est creusé entre riches et pauvres à l\u2019intérieur de ce que d\u2019aucuns décrivent pourtant comme la vaste banlieue que constitue l\u2019agglomération outaouaise, où une relative prospérité a tendance à masquer les inégalités sociales.L\u2019espace métropolitain présente à cet égard une assez grande hétérogénéité : aux zones d\u2019urbanisation plus ancienne (centre-ville de Hull, vieux Gatineau, vieux Aylmer, centre de Buckingham) caractérisées par un ralentissement de la croissance démographique et un certain vieillissement de la population, s\u2019opposent les banlieues plus récentes, plus dynamiques et plus jeunes.Ces écarts s\u2019accompagnent de profonds clivages socioéconomiques.Les cartes présentées dans L'Atlas de l'Outaouais l\u2019illustrent.Le revenu moyen par exemple se situe entre 25 000$ et 40 000 $ presque partout en banlieue, alors qu\u2019il ne s\u2019élève au dessus de la barre des 20 000$ que dans quelques rares secteurs plus privilégiés dans les centres.La rivière Gatineau constitue par ailleurs une véritable frontière, les écarts de revenu entre l\u2019est et l\u2019ouest de la nouvelle ville étant criants.Les mêmes fractures sont observables pour la scolarité et l\u2019accès au marché du travail.L\u2019espace ethnolinguistique est aussi passablement différencié.L\u2019agglomération ne compte q\u2019un secteur de recensement où la proportion d\u2019anglophones dépasse les 12% à l\u2019est de la rivière Gatineau, alors qu\u2019ils forment plus de 30% de la population d\u2019une majorité des secteurs de recensement d\u2019Aylmer.Les personnes de langue maternelle autre que le français ou l\u2019anglais se concentrent largement dans l\u2019actuelle ville de Hull.Comme à Montréal, la question se pose quant aux moyens d\u2019accommoder cette diversité linguistique au sein de la nouvelle ville.Une économie dépendante.La dépendance de l\u2019économie de l\u2019agglomération outaouaise face à Ottawa et dont l\u2019avenir lui est indissociablement lié constitue un autre enjeu de taille.Cette dépendance se voit à plusieurs indicateurs.Le fait que 37 % des résidents de l\u2019Outaouais urbain \u2014 près de 50% de la population active vivant à Aylmer \u2014 travaillent à Ottawa, est le plus souvent cité (Proux, 2000).La moitié des employés de la fonction publique y travaillaient, à la fin des années 80.Les autres secteurs de l\u2019économie de la rive ontarienne de l\u2019Outaouais qui employaient Le territoire i'3 alors d\u2019importantes proportions de résidants québécois sont le commerce de gros et les services aux entreprises, la construction, les transports et communications (ComitéOutaouais, 1992).Les fuites commerciales constituent une autre facette de la dépendance de l\u2019économie de la nouvelle ville.La situation ne se serait guère améliorée depuis le début des années 90, où le Comité Outaouais estimait que de 20 à 40% des consommateurs de l\u2019Outaouais traversaient la rivière pour s'approvisionner en biens et services.La dépendance des infrastructures ontariennes pour les services spécialisés de santé et pour l\u2019éducation supérieure cortribue par ailleurs au manque d\u2019autonomie de la région.Plus de 2400 étudiants de l\u2019Université d\u2019Ottawa provenaient de Hull ou de Gatineau à l\u2019automne 2000 \u2014 une hausse de 25 % par rapport à l\u2019automne 1995 \u2014 soit un nombre équivalent a plus de la moitié de la clientèle totale de l\u2019Université du Québec à Hull (ce qui en dit long sur le manque à combler.Sans parler du fait que le média d\u2019information les plus utilisé par les décideurs locaux, le quotidien Le Droit, a pignon sur rue à Ottawa).Le caractère dijjus de l'identité régionale.Travaillant en très grand nombre à Ottawa, s\u2019y procurant biens et services, y fréquentant des membres de leur famille, des amis et autres connaissances, les résidants de la zone urbaine de l\u2019Outaouais sont profondément attachés à Ottawa, qui fait partie de leur espace d\u2019appartenance.Ce qui contribue, par conséquent, à affaiblir l\u2019identité régionale.Les nombreux organismes administratifs à caractère régional mis en place au cours des ans (depuis la SAO créée en 1968 en même temps que la Commission de transport de la Communauté régionale de l\u2019Outaouais (CTCRO) qui deviendra plus tard la Société de transport de l\u2019Outaouais (STO) jusqu\u2019au Conseil régional de développement de l\u2019Outaouais et à la Société de diversification économique de l\u2019Outaouais) n\u2019ont rien pu y faire.Pas plus que des événements majeurs tels le Sommet socio-économique de 1986 ou encore les travaux du Comité Outaouais : la région a du mal à rassembler ses forces vives autour de projets communs.Le projet Hiérapolis, né sous l\u2019égide de la ville de Hull mais qui a bientôt pris un caractère regional sous l\u2019impulsion du gouvernement du Québec, en est une illustration récente (Piilon, 1998; Gilbert, 1998).Il a bien sûr permis de doter les villes de la CUO d\u2019une infrastructure de pointe en matière de communication à distance, qui facilitera beaucoup leur fusion.Mais sans autre stratégie que d\u2019attirer des firmes œuvrant dans le secteur de la haute technologie, ses promoteurs sont loin d'avoir pu insuffler des changements aux façons de faire des municipalités et autres organismes participant au projet susceptibles d\u2019avoir un impact sur la structuration du territoire et la solidarité de l\u2019agglomération outaouaise.Une présence à affirmer à l'échelle régionale et provinciale La nouvelle ville de l\u2019Outaouais forme une agglomération qui occupe le troisième rang au Québec.Elle fait partie intégrante de la région d\u2019Ottawa-Hull, la quatrième en importance au Canada, siège du gouvernement fédéral et lieu d\u2019investissements importants dans le domaine de la haute technologie.La bien positionner face au reste du Québec et face à sa voisine ontarienne constitue un enjeu capital.La fusion municipale soulève aussi la Construire la métropole de l\u2019Outaouais Couronne des villes intermédiaires 314 L\u2019état du Québec Évolution de la population, 1981-1996 800 000 600 000 400 000 \u2014 Ottawa - - - \u2022 Ville Outaouais 200 000 Source : www.cuo.qc.ca/pop.htm question des liens à développer entre la métropole ainsi créée et sa périphérie, dont l\u2019avenir dépend directement de celui de la nouvelle ville.Entre la métropole et sa périphérie.Dans l\u2019Outaouais, les enjeux qui viennent d\u2019être évoqués dépassent largement les frontières de la nouvelle ville.L\u2019aménagement du territoire, le développement économique, la protection de l\u2019environnement, la planification du transport ont depuis longtemps débordé les territoires visés par la fusion.On l\u2019avait compris en 1968 en créant une Communauté régionale de l'Outaouais qui couvrait à la fois le noyau urbain proprement dit et sa périphérie plus rurale.Contre toute attente, on a été beaucoup moins visionnaire cette fois.L\u2019exclusion de la MRC des Collines-de-l'Outaouais apparait d\u2019autant plus para- v-\tCD Oh\tOh Oh\tOh doxale que celle-ci est incluse dans la région métropolitaine de recensement d\u2019Ottawa-Hull, pour traduire le fait qu\u2019au moins 50% de sa population travaille dans le noyau urbain de l\u2019agglomération.Soit dit en passant, la MRC des Collines-de-l\u2019Outaouais a connu une croissance de sa population plus forte que la CUO de 1986 à 1996, soit 40,9°/o contre 19,2% (Bureau de la stahstique du Québec, 1998).Le nombre de ses logements a presque doublé au cours de la même période, ce qui, bien sûr, a de fortes incidences sur le plan de l\u2019aménagement du territoire.Sa population est plus jeune que celle de la CUO, tout en étant aussi scolarisée et présente sur le marché du travail.La MRC des Collines-de-l\u2019Outaouais ne fera pas partie de la nouvelle ville.La Loi 170 contient toutefois des dispositions concernant la constitution de la Commis- Le territoire 315 sion conjointe d\u2019aménagement de l\u2019Ou-taouais, structure paritaire formée de membres du conseil de la nouvelle ville et de la MRC des Collines-de-l\u2019Outaouais, à des fins d\u2019aménagement et d\u2019urbanisme.Il faudra attendre l\u2019avenir pour juger si elle sera plus efficace que ne l\u2019a été la CRO à gérer les dossiers communs à la ville et à sa périphérie.Quant au reste de l\u2019Ou-taouais, il n\u2019en est fait aucunement mention, comme si les autres MRC de la région n\u2019étaient pas directement interpellées par la création d\u2019une structure qui permettra de toute évidence à la composante métropolitaine de la région d\u2019imposer davantage sa loi sur ses voisines.Enfin, rien n\u2019est prévu quant à l\u2019arrimage de la métropole aux structures régionales existantes.Ce qui laisse perplexe dans la perspective d\u2019une plus grande cohérence des actions de développement.La nouvelle ville /ace à Ottauia unifiée.La fusion municipale soulève la question du lien à développer avec Ottawa.S\u2019il est impossible au gouvernement du Québec de le baliser entièrement, on s\u2019attendrait, dans le contexte actuel de réorganisation municipale dans l\u2019Outaouais, à ce que ce dernier soit davantage prévoyant à ce chapitre.La question qui se pose est double : \u2022\tQuelles structures faut-il mettre en place pour assurer la concertation et élaborer des partenariats, de part et d\u2019autre de la rivière des Outaouais?\u2022\tComment favoriser une démarche de coopération entre Ottawa et la nouvelle ville de l\u2019Outaouais ?La loi 170 ne contient aucune disposition à ce chapitre.Or, c\u2019est là un dossier d\u2019une importance majeure, dans la perspective du développement de la nouvelle ville.Et on le sait, d\u2019une très grande complexité.L\u2019impossibilité de s\u2019entendre quant aux liens routiers entre les deux villes, qui fait que non seulement ceux-ci sont déficients à l\u2019heure actuelle, mais qu\u2019ils sont loin d\u2019être assurés dans un avenir même lointain l\u2019illustre avec éloquence.Comment s\u2019assurer que la nouvelle ville puisse exercer un plus grand pouvoir à l\u2019échelle de la région de la Capitale nationale?Comment faire en sorte qu\u2019une partie de la croissance d\u2019Ottawa puisse être canalisée vers la rive québécoise?D\u2019autant plus que celle-ci comporte plusieurs atouts du point de vue résidentiel : disponibilité d\u2019espaces propres à la construction domiciliaire à une distance respectable du centre-ville d\u2019Ottawa ; coût très inférieur d\u2019accession à la propriété dans la nouvelle ville ; etc.Enfin, la question de la coordination de l'action de la nouvelle ville avec la CCN reste ouverte.Le seul fait que le gouvernement fédéral possède près de 30% des terrains de la ville de Hull oblige à une reflexion sérieuse sur ses modalités.Le désenclavement de l\u2019Outaouais.La fusion et les structures de concertation qui devraient l\u2019accompagner ne peuvent à elles seules créer l\u2019espace métropolitain propice à l\u2019affirmation de la nouvelle ville dans la vie d\u2019échanges.Une autre condition apparaît tout aussi nécessaire: le parachèvement d\u2019un lien routier avec le coeur du Québec, duquel l\u2019Outaouais reste isolé à cause de l\u2019incurie gouvernementale.Le mandataire Antoine Grégoire l\u2019a souligné avec force en conclusion de son rapport.La marginalité relative de l\u2019agglomération outaouaise par rapport à la vallée du Saint-Laurent à laquelle elle n\u2019est toujours pas reliée par autoroute, sauf via l\u2019Ontario, constitue un frein important à Construire la métropole de l\u2019Outaouais Couronne des villes intermédiaires 316 L\u2019état du Québec son développement.Cette question déborde certes celle de la fusion.Mais vu son lien direct avec les enjeux soulevés par cette fusion, il était impossible de la taire.Quand le débat se cristallise autour d'un nom La création de la métropole de l\u2019Outaouais soulève plusieurs enjeux de taille.On ne les évoque que rarement dans la région.Non pas que tout débat soit absent, mais ce sont de toutes autres questions qui retiennent l\u2019attention.Un examen rapide du contenu des médias touchant à la fusion municipale depuis le début de l\u2019année 2001 révèle que c\u2019est celle du nom de la nouvelle ville qui a fait le plus couler d\u2019encre.Références Bureau de la statistique du Québec, Outaouais.Cahier I Population et logements, Bureau de la statistique du Québec, collection Statistiques régionales, Québec, 1998.Comité de transition de l\u2019Outaouais, Les principaux éléments du concept organisationnel de la nouvelle ville, Comité de transition, Hull, mars 2001.Comité Outaouais, L\u2019Outaouais et son avenir économique, Comité Outaouais, Hull, février 1992 (Mieux connu sous le nom de rapport Beaudry).Commission d\u2019étude sur la région de l\u2019Outaouais, Rapport de la Commission d\u2019étude sur la région de l\u2019Outaouais, La Commission, Hull, 1984 ( Mieux connu sous le nom de rapport Robidas).Gaffield, Chad (sous la dir.de) Histoire de /'Outaouais, Institut québécois de recherche sur la culture, Québec, 1994.Gilbert, Anne, «Hiérapolis: l\u2019occasion ratée de faire de l\u2019Outaouais une région», dans Autoroutes de l\u2019information et dynamiques territoriales, sous la dir.d\u2019Alain Lefebvre et de Gaétan Tremblay, Presses de l\u2019Université du Québec/Presses de l\u2019Université du Mirait, Montréal et Toulouse, 1998.Grégoire, Antoine, Rapport du mandataire du gouvernement sur la réorganisation municipale dans l\u2019agglomération de l\u2019Outaouais, octobre 2000.Harel, Louise, « Les enjeux de société dépassent aujourd\u2019hui largement les frontières des municipalités ».Propos recueillis par Reine Saidah, Municipalité, juin-juillet 2000.Harel, Louise, «Après la réflexion, place à l\u2019action».Propos recueillis par Carole Paquet, Municipalité, mars-avril 2001.Langlois, André (sous la dir.de), Lecture de /\u2019Outaouais, numéro spécial des Cahiers de géographie du Québec, 33(89), 1989.Office de planification et de développement du Québec (OPDQ) La problématique de l\u2019Outaouais.Région 07, OPDQ, collection Les schémas régionaux, Québec, 1979.Pillon, Valérie, « La mobilisation des acteurs outaouais autour du projet Hiérapolis », dans Autoroutes de l'information et dynamiques territoriales, sous la dir.d\u2019Alain Lefebvre et de Gaétan Tremblay, Presses de l\u2019Université du Québec/Presses de l\u2019Université du Mirail, Montréal et Toulouse, 1998 Proux, Jean, Caractéristiques de l\u2019économie et du marché du travail de /\u2019Outaouais, Perspectives 1999-2002, Développement des ressources humaines Canada, Ottawa, janvier 2000.?Sites Internet Les différents documents produits par le Comité de transition de l\u2019Outaouais depuis sa création, dont parmi lesquelles l\u2019étude citée plus haut, sont disponibles sur son site : www.transitionoutaouais.org On trouvera des informations utiles sur le territoire de la ville fusionnée sur le site de la Communauté urbaine de l\u2019Outaouais : www.cuo.qc.ca L'Atlas de l'Outaouais, produit par André Langlois en collaboration avec Anne Gilbert est directement accessible sur le Web, à l\u2019adresse suivante : www.cuo.qc.ca/atlas/ Le territoire 317 De prime abord, on s\u2019en étonne.Mais si l\u2019on pense à l\u2019importance du lieu d\u2019où viennent les gens dans leur identité, aux images qu\u2019évoque ce lieu pour eux et leurs vis-à-vis, on réalise toute la portée de ce débat à propos du nom.Les résidants de Hull, Gatineau, Aylmer, Buckingham ou Masson sont inquiets face à ce qui donnera sa cohérence à leur future ville, cohérence dont le nom fera à la fois figure de reflet et de symbole.Ils sont aussi fort préoccupés par l\u2019image qu\u2019elle projettera à l\u2019extérieur et qui accompagnera ses leaders dans leurs efforts pour imposer la métropole de l\u2019Outaouais dans la vie d'échange.Entre la continuité associée aux noms de « Hull » ou de « Gatineau », la résurrection d\u2019un pan de l\u2019histoire qui ne suscite pas la même fierté partout avec « Montferrand » ou encore la projection dans l\u2019avenir avec « Rivemonts », les avis divergent au sein de la population de nouvelle ville.\u2022 Les nouvelles villes de Trois-Rivières et de Sherbrooke Yannick Gendron Centre interuniversitaire d\u2019études québécoises, Université du Québec à Trois-Rivières En annonçant la seconde phase de regroupement en mars 1997, le ministre des Affaires municipales Rémy Trudel ouvre la boîte de Pandore.Plus de quinze ans après la très médiatisée fusion Baie-Comeau-Hauterive, il se prononce en faveur des regroupements municipaux.Il favorise dans un premier temps la « fusion volontaire» de 293 villages et paroisses qui profiteront d\u2019incitatifs financiers de l\u2019ordre de 7,5 millions de dollars.Par la suite, 21 municipalités de 10 000 habitants ainsi que les six régions métropolitaines de recensement (RMR de Montréal, Québec, Hull, Chicoutimi, Sherbrooke et Trois-Rivières) seront invitées à formuler des recommandations au ministre, dont la remarquable prudence tient certainement de l\u2019historique de l\u2019épineux dossier au Québec.En reprenant et en adaptant tardivement la deuxième phase de la politique de regroupement annoncée par le minis- tre Trudel cinq ans auparavant, Louise Harel ne fait pas que répondre aux attentes des six grandes villes-centre (Montréal, Québec, Hull, Chicoutimi, Sherbrooke et Trois-Rivières) qui demandaient de procéder aux études de regroupement : elle passe aux actes.Ces villes désiraient faire reconnaître leur statut, les responsabilités et les dépenses supplémentaires qui leur incombent.Elles considéraient, entre autres, «que la banlieue parasitaire devrait payer pour les services fournis par la ville-centre ».Cet avis répandu, élevé en une sorte de large consensus dans la population des grands centres, sera désigné, dans l\u2019esprit de la réforme, comme un souci d\u2019équité et de justice.De fait, les villes-centre se font maintenant offrir de partager le coût de leurs services et de leurs équipements.L\u2019insatisfaction aurait dû se manifester chez les maires de banlieue, les syndicats Construire la métropole de l\u2019Outaouais Couronne des villes intermédiaires 318 L\u2019état du Québec locaux et les banlieusards, dans les agglomérations de taille moyenne, celle de Sherbrooke ou de Trois-Rivières notamment.C\u2019est plutôt une atmosphère d\u2019indifférence et de résignation qui baigne ces régions; jusqu\u2019au jour où la ministre désigne un mandataire et prépare un échéancier pour la création des nouvelles villes de Sherbrooke et de Trois-Rivières.Manifestement, la volonté démontrée par le gouvernement est accueillie avec incrédulité par les populations et les politiciens locaux habitués aux consultations et aux plans d\u2019action stériles du gouvernement sur la question des regroupements municipaux.La nouvelle ville de Trois-Rivières La RMR de Trois-Rivières est caractérisée par la présence de trois villes de plus de 20 000 habitants : les villes-sœurs de Trois-Rivières, Trois-Rivières-Ouest et Cap-de-la-Madeleine.Depuis les années i960, c\u2019est surtout la « chicane de famille » qui anime les rapports entre les élus de ces villes, particulièrement en période de fusion ou de regroupement.D\u2019ailleurs, l\u2019agglomération trifluvienne fut l\u2019objet de plusieurs modifications territoriales depuis 1961.Elle comptait alors 19 municipalités de moins de 2500 âmes.La création de la ville de Bécancour en 1965, sur la rive-sud, et les fusions village-paroisse ont ramené ce nombre total de municipalités à dix alors qu\u2019il y en avait 22 en 1961.L\u2019urbanisation de l\u2019agglomération de Trois-Rivières part d'un noyau formé de la ville-centre et de Cap-de-la-Madeleine dont l\u2019industrialisation du début du siècle stimule le peuplement de façon significative.Cette croissance se poursuit après la Crise alors que la population de la « Cité mariale» passe de 8748 en 1931 à 26 925 en 1961.Les localités avoisinantes conservent un profil rural jusqu\u2019à la Révolution tranquille.Pointe-du-Lac, Saint-Louis-de-France et Sainte-Marthe-du-Cap franchissent le cap des 6000 habitants entre 1961 et 2001.Plus qu\u2019ailleurs, l\u2019effet trou de beigne est ressenti dans l\u2019agglomération trifluvienne: la ville-centre perd plus de 5000 habitants dans ce laps de temps alors que la population des municipalités périphériques en gagne.Cette croissance suburbaine est particulièrement visible à l\u2019ouest de Trois-Rivières, à Trois-Rivières-Ouest, et à l\u2019est, au-delà de Cap-de-la-Madeleine, vers Saint-Louis-de-France et Sainte-Marthe-du-Cap, où de nouveaux quartiers résidentiels se déploient.Pas d\u2019opposition /arouche.Dans la ville-centre comme en banlieue, le dépôt du Livre blanc au printemps 2000 suscite l\u2019intérêt.L\u2019indignation des politiciens locaux n\u2019est pas aussi manifeste qu\u2019aupa-ravant: ni les organismes communautaires, ni les différents groupes d\u2019intérêts, autrefois si vindicatifs, ne s\u2019opposent à la démarche induite par le gouvernement.La tiédeur de certains élus à l\u2019endroit des fusions reflète-t-elle celle de la population, ou est-ce la perte de vigueur des élus qui déteint sur les citoyens ?Il faut mentionner que la classe politique régionale s\u2019est partiellement renouvelée au cours des dernières années, à Cap-de-la-Madeleine et à Trois-Rivières-Ouest en particulier.Dans l\u2019arène politique régionale, les rivalités personnelles qui ont coloré le débat sur les fusions depuis quatre décennies s\u2019éteignent avec le départ de nombreux acteurs de la scène politique.On peut également attribuer cette résignation ou cette indifférence à la forte croissance des petites municipalités suburbaines depuis les années i960, à la le territoire 3'9 mobilité grandissante des individus de l\u2019agglomération pour leurs activités quotidiennes (travail, emplettes, études, etc.) ainsi qu\u2019à la perte d\u2019intérêt pour la politique locale.La question identitaire est accessoire dans la position des banlieusards face aux regroupements municipaux: on préconise une approche plus pragmatique.«Qu\u2019on fasse une étude pour savoir ce qui est le plus rentable pour nos citoyens », demande le maire de Saint-Louis-de-France, Jean-Pierre Ayotte.Ces études réclamées dans la ville-centre comme en banlieue ne verront pas le jour : on ne parvient pas à établir clairement si les services seront moins coûteux, si les taxes seront moins élevées.Proposition à trois.À l\u2019hiver 2001, la Ville de Trois-Rivières, soucieuse d\u2019influencer le travail du mandataire gouvernemental André Thibault, qui doit soumettre ses recommandations au gouvernement le 1\u201c février, fait une proposition publique de regroupement: «Trois villes unies, une ville unique!» (Trois-Rivières, Trois-Rivières-Ouest et Cap-de-la-Madeleine).Cette fusion à trois tient peu compte du dynamisme des municipalités périphériques, Sainte-Marthe-du-Cap et Saint-Louis-de-France, par exemple, qui montrent une croissance démographique considérable depuis les années 1970.Pourtant, l\u2019un des objectifs de la réorganisation municipale est de contrôler l\u2019étalement urbain.Les maires de Cap-de-la-Madeleine et de Trois-Rivières-Ouest ne manquent pas de dénoncer la maladresse du maire de Trois-Rivières.Au même moment, la firme Léger Marketing préparait à la demande du maire madelinois, un sondage afin de « tâter le pouls » de la population des villes de Cap-de-la-Madeleine, de Sainte- Marthe-du-Cap et de Saint-Louis-de-France à propos des fusions municipales.Le dévoilement de ce sondage a l\u2019effet d'une douche froide sur la proposition trifluvienne.Plus des trois quarts des personnes interrogées rejettent la «fusion forcée».D\u2019ailleurs, on s\u2019oppose à près de 75% à la possibilité de fusionner l\u2019ensemble des municipalités de l\u2019agglomération en faveur d\u2019une éventuelle fusion entre les villes de Cap-de-la-Madeleine, Saint-Louis-de-France et Sainte-Marthe-du-Cap à près de 70 %.On ne s\u2019oppose pas systématiquement à la fusion en banlieue : le mariage est possible, tout dépend du prétendant.Fusionner quatre filles au lieu de six.La principale recommandation du rapport du mandataire, André Thibault, est la création de la grande ville de Trois-Rivières à partir des villes fusionnées de Trois-Rivières, de Trois-Rivières-Ouest, de Cap-de-la-Madeleine et de Sainte-Marthe-du-Cap.L\u2019avenir de Pointe-du-Lac et de Saint-Louis-de-France devrait être évalué en 2006 en raison du coût de mise à niveau des infrastructures, estimé à 65 millions de dollars.La fusion a quatre proposée par le mandataire surprend.Ce choix est essentiellement budgétaire, bien qu\u2019on ignore l\u2019impact financier réel de la fusion.En fait, si la création de la nouvelle ville à quatre s\u2019avérait difficile, les deux municipalités tenues à l\u2019écart jusqu\u2019en 2006 se montreraient peu intéressées à en intégrer les frontières.En revanche, si cela s\u2019avérait une fusion profitable, quel avantage aurait la nouvelle ville de mettre son équilibre en jeu en intégrant de nouveaux territoires.Selon le mandataire, « le risque que peut représenter une fusion à quatre villes vaut la peine d\u2019être couru, car le degré de ce risque pourra être géré plus facilement Les nouvelles villes de Trois-Rivières et de Sherbrooke Couronne des villes intermédiaires 320 L\u2019état du Québec que celui d\u2019une fusion à six villes».Ce risque, ce sont les 65 millions de dollars que représenterait le coût de mise à niveau des services estimé par le mandataire.La ministre Harel cherche à diminuer ce risque en mandatant Dennis Pakenham en mars 2001 afin de réviser le coût de la mise à niveau des services dans les « villes-satellites», Pointe-du-Lac et Saint-Louis-de-France, dans le cas d'une fusion à six.Le ministère tente en quelque sorte de démontrer qu\u2019elle est possible, Québec ayant prévu huit millions de dollars pour la nouvelle ville, dont trois millions pour les projets de réfection des infrastructures.Pointe-du-Lac et Saint-Louis-de-France croient un instant avoir un échappatoire en se retirant des discussions avec le conciliateur Pakenham qui doit établir le « contrat de mariage » entre les municipalités.Par ailleurs, Trois-Rivières refuse d\u2019entériner l\u2019entente de regroupement puisqu\u2019elle ne prévoit pas la consolidation des dettes et des surplus des municipalités concernées.D\u2019aucuns croient que la fusion aurait servi à partager sa dette.Cependant, il est déjà établi que si la fusion ne résulte pas d\u2019une entente, elle résultera d\u2019un décret.La nouvelle ville de Sherbrooke L\u2019agglomération de Sherbrooke se caractérise par la pérennité de ses frontières.L\u2019expansion de la ville de Sherbrooke s\u2019est faite par petites annexions partielles.Le poids démographique de la ville-centre dans cette agglomération n\u2019explique pas l\u2019absence de modifications territoriales majeures comme dans la région de Trois-Rivières.Au contraire, son essor démographique spectaculaire entre 1931 et 1961 aurait dû l\u2019encourager à entreprendre des efforts de regroupement.II est étonnant que les édiles sherbrookois n\u2019aient pas envisagé d\u2019acquérir un peu d\u2019espace pour l\u2019avenir, que ce soit du côté d\u2019Ascot ou de Fleurimont qui n\u2019ont qu\u2019une modeste population avant 1961, mais qui connaîtront un développement spectaculaire par la suite.Si Sherbrooke poursuit sa croissance démographique jusqu\u2019au début des années 1970, c\u2019est celle de la banlieue qui se démarque après cette date.Comme d\u2019autres villes-centre, Sherbrooke commence à perdre ses habitants à partir de 1971.De petites localités de moins de 5000 habitants en périphérie de la ville-centre, Fleurimont et Rock-Forest, sont devenues des banlieues résidentielles qui comptent désormais plus de 17 000 habitants chacune.D\u2019autres localités, comme Saint-Élie-d\u2019Orford, Ascot et Deauville, ont aussi eu un développement démographique notable.Aujourd\u2019hui, six des quatorze municipalité de l\u2019agglomération comptent toujours moins de 3000 habitants.Trouver un nouveau modèle.Les «aberrations » municipales en Estrie ont bien été décrites ces dernières années: le cas du canton de Compton, de Compton Village et de Compton Station par exemple.Toutefois, la fusion souffre d\u2019un préjugé très défavorable depuis la fusion Baie-Comeau-Hauterive.Désormais, l\u2019approche est beaucoup plus modérée.À l\u2019annonce de l\u2019amorce de la phase II du programme de regroupement du ministre Trudel en mars 1997, le maire de Sherbrooke, Jean Perrault, songe déjà à constituer une ville unique dans l\u2019agglomération : le rêve de la fusion est comme un héritage légué par les générations politiques précédentes.À la nomination de Louise Harel, le débat est déjà polarisé entre le maire Perrault et les maires de la banlieue.Les Le territoire 321 élus des municipalités suburbaines sont craintifs : la fusion devrait être une option parmi d\u2019autres nouveaux modèles « d\u2019organisation municipale» lors de «rencontres exploratoires».À ce moment, on est plus près d\u2019un modèle de communauté urbaine que d\u2019une fusion.On cherche surtout à résoudre les problèmes de gestion au quotidien et à améliorer les perspectives de développement économique à long terme.D\u2019ailleurs, la plupart des élus de l\u2019agglomération sont vendus à l\u2019idée de trouver un nouveau modèle d\u2019organisation plutôt que de s\u2019en faire imposer un par le gouvernement.Toutefois, les discussions partent dans tous les sens.Des municipalités cherchent à se soustraire des projets de fusion.À Ascot, par exemple, le conseil municipal prend les devants en rejetant toute possibilité de regroupement avec Sherbrooke ou toutes autres municipalités.Len-noxville veut aussi préserver son autonomie municipale pour des considérations linguistiques : cette municipalité a probablement le plus à perdre sur le plan identitaire.D\u2019autres municipalités préfè- rent un partage de services qui leur permettrait de préserver leur autonomie et leur identité, ce à quoi s\u2019oppose le maire Perrault de Sherbrooke.Enfin, il y a des municipalités qui détournent le projet de regroupement avec la ville-centre en proposant des mariages entre municipalités suburbaines.Les élus de Rock-Forest, par exemple, suggèrent de scinder la RMR en quatre villes, dont celle qu\u2019ils formeraient avec Deauville et Saint-Élie-d\u2019Orford.Le dépôt du rapport du mandataire gouvernemental, Pierre Gauthier, en février 2001 cause une certaine surprise.Alors que la plupart des observateurs s\u2019attendent à une fusion des neufs municipalités de la MRC de la région sherbroo-koise, il suggère un découpage qui suit davantage l\u2019aire urbanisée que les divisions administratives connues ; tout cela à l\u2019encontre de la population et des élus.« Il est recommandé que les municipalités d\u2019Ascot, de Deauville, de Saint-Élie-d\u2019Orford, des Villes de Bromptonville, de Fleurimont, de Lennoxville, de Rock-Forest, de Sherbrooke et de Waterville, ainsi qu\u2019une partie de Compton, d\u2019une Références Bédard, Denis.Pacte 2000: rapport de la Commission nationale sur les finances et la fiscalité locales.Commission nationale sur les finances et la fiscalité locales, Québec, 1999.Collin, Jean-Pierre et al.La politique de renforcement des agglomérations au Québec: bilan et réflexion sur une stratégie d\u2019intervention.Ministère des Affaires municipales et de la métropole, Québec, 1999.Gauthier, Pierre.Rapport du mandataire gouvernemental concernant la réorganisation municipale dans la RMR de Sherbrooke.Sherbrooke, 2001.Ministère des Affaires municipales et de la métropole.La réorganisation municipale: changer les façons de faire, pour mieux servir les citoyens.Ministère des Affaires municipales et de la métropole, Québec, 2000.Pakenham, Dennis.« Ville de Trois-Rivières»: rapport de situation.Trois-Rivières, 2001.Thibault, André.Miser sur la solidarité: rapport sur la réorganisation municipale et les équipements supra-locaux dans la MRC de Francheville.Trois-Rivières, 2001.?Site internet Ministère des Affaires municipales et de la métropole : www.mamm.gouv.qc.ca Les nouvelles villes de Trois-Rivières et de Sherbrooke Couronne des villes intermédiaires 322 L\u2019état du Québec partie du Canton de Haüey, d\u2019une partie de Saint-Denis-de-Brompton et d\u2019une partie de Stoke forment désormais une seule et même ville.» De sorte que, l\u2019amputation de plusieurs municipalités retient tout autant l\u2019attention que la création de la nouvelle ville.La ministre Harel fera sienne la proposition de son mandataire et l\u2019annonce en mars 2001.Toutefois, au lendemain du dépôt du rapport du mandataire, l\u2019harmonie observée lors des discussions concernant le regroupement s\u2019est dissipé dans la région sherbrookoise : cela est du au statut linguistique de Waterville, au démembrement de certaines localités, et à l\u2019intégration forcée de certaines autres.Rivalités à craindre En exprimant sa volonté ferme de changer le monde municipal, la ministre Harel prenait le pari qu\u2019aucun ministre avant elle n\u2019avait pu tenir.Contrairement à ses prédécesseurs, c\u2019est en insistant sur la nécessité d\u2019adopter un nouveau modèle d\u2019organisation pour l'avenir, tout en laissant la porte ouverte à d\u2019autres modèles que le regroupement, ainsi qu\u2019en déléguant des mandataires issus des régions, reconnus et intègres, qu\u2019elle taille une brèche dans le bouclier généralement soulevé par les municipalités de banlieue.L\u2019annonce «de procéder rapidement» en avril 2000 a suscité des réactions variées.Dans l\u2019agglomération triflu-vienne, la consultation s\u2019est d\u2019abord heurtée à l\u2019opposition ferme des maires de banlieue pour déboucher sur une sorte de large consensus après les consultations.Dans la région de Sherbrooke, la bonne entente initiale a fait place à des positions éclatées entre les différentes constituantes de l\u2019agglomération.Devant l\u2019indifférence populaire à l\u2019égard des regroupements municipaux, comme l\u2019ont révélé les sondages, les recommandations des mandataires ont abouti sur un désaccord entre les parties impliquées dans les agglomérations tri-fluvienne et sherbrookoise.Néanmoins, Québec entend procéder à la création de deux nouvelles villes : Sherbrooke, la 7'ville au Québec avec 143 960 habitants et Trois-Rivières, intégrant désormais Saint-Louis-de-France et Pointe-du-Lac puisque les coûts de mise à niveau ont été ramenés à environ 10 millions de dollars, la 8e ville au Québec avec 126 454 habitants.Toutefois, la synergie, absente des rapports interurbains avant la fusion et escompté grâce au regroupement, risque de se transformer en rivalités intra-ur-baines stérilisantes, tant sur le plan économique que sur le plan identitaire.\u2022 Le territoire 323 L'étonnante renaissance de Drummondville Guy Gauthier Géographe et économiste Drummondville attire : immigrants, entreprises, idées, regards ; elle nourrit même l\u2019envie.On y vient nombreux pour connaître la recette d\u2019un succès déjà vieux de 15 ans.La collectivité régionale, à travers son milieu sociocommunautaire, celui des arts, de la culture, des affaires, du tourisme, n\u2019en finit pas de collectionner les trophées.Drummondville ne vient-elle pas de se voir couronner « ville de l\u2019année » par la revue Commerce ?Et pourtant! Il n\u2019y a pas si longtemps encore, vingt ans à peine, Drummondville était perçue par plus d\u2019un comme une simple halte entre Québec et Montréal, une escale sans âme.On passait à Drummondville, on n\u2019y demeurait pas.Plus : la ville faisait régulièrement l\u2019objet de moqueries.On se rappelle le magazine humoristique Croc, ou encore cet article dévastateur publié en mai 1977 par LActimlité: « Drummondville, une ville à l\u2019agonie ».Que s\u2019est-il alors passé pour que cette ville, jusque-là ignorée, ridiculisée, à peu près inconnue, connaisse à présent une vigueur économique et culturelle à ce point remarquable qu\u2019elle retienne l\u2019attention?Un environnement favorable à l\u2019initiative locale Revenons en arrière.Drummondville, fondée en 1815, va connaître un premier siècle languissant.À l\u2019époque, les ressources du milieu, à part la forêt, sont peu susceptibles de supporter une forte population : sols pauvres et ressources minières quasi inexistantes.Du reste, communauté perdue, géographiquement proche des capitales certes, mais à ce point mal desservie par les voies de communication qu\u2019elle souffrait d\u2019un isolement peu invitant.Mais c\u2019était sans compter sur un atout naturel remarquable, la rivière Saint-François, et son potentiel hydraulique de premier plan, du moins à l\u2019époque.Et quand on harnache la rivière avec deux centrales hydroélectriques, la première en 1918 et la seconde en 1926, les grandes entreprises manufacturières de l\u2019extérieur flairent la bonne affaire.Elles répondent à l\u2019invitation de la Southern Canada Potuer, alors exploitante des lieux et à la recherche de consommateurs de l\u2019énergie produite.Mais pas question toutefois d\u2019implanter des manufactures énergivores ; car les ressources sont insuffisantes.L\u2019industrie légère, avant tout celle du textile, aura alors la faveur.De grandes usines naissent au cours de la décennie 1920, et les ouvriers affluent d\u2019un peu partout.Il faut bien combler les postes de travail nouvellement créés par des entreprises comme la Canadian Tire Fabric Company (l\u2019ancêtre de la Dominion Textile, devenue aujourd\u2019hui la Swift Textile), la Dominion Silk Dying, la Canadian Celanese.À partir de ce moment, Drummondville change du tout au tout ; la ville sort d\u2019une torpeur séculaire pour entrer de plain-pied dans le siècle industriel.Le boom économique qu\u2019elle connaît alors n\u2019a pratiquement pas d\u2019équivalent ailleurs au Québec.L\u2019étonnante renaissance de Drummondville Couronne des villes intermédiaires 324 L\u2019état du Québec Emplois à petits salaires.Mais tout n\u2019est pas rose.Les emplois manufacturiers existent bien, mais ils sont peu rémunérés.Et les personnes qui disposent des meilleurs revenus sont pour la grande majorité étrangers et anglophones, le plus souvent de passage.Ce ne sont pas là conditions assurant les assises d\u2019une forte dynastie industrielle régionale.Il est vrai que quelques entrepreneurs locaux mettent en place de petites manufactures, mais Drummondville demeure largement tributaire pour sa survie du bon vouloir des étrangers.Cette situation de dépendance perdurera tout au long de la période 1920-1965.Puis l\u2019économie locale marque le pas.Drummondville est-elle alors condamnée à vivre ce que subissent tant d\u2019autres villes dont la santé économique dépend de la volonté et de l\u2019intérêt d\u2019entreprises extérieures?De prime abord, on pourrait dire que oui.Car il est vrai que la plupart des grandes usines qui ont marqué le paysage drummondvillois, comme sa vie économique, culturelle et sociale, ont à quelques exceptions près fermé leurs portes ou réduit massivement le nombre de leurs employés, lorsqu\u2019elles ne se sont pas converties à des fonctions ayant bien peu à voir avec celles de l\u2019origine.Il y a une différence toutefois, et de taille.La mainmise d\u2019industries monopolistes qui dans plus d\u2019une ville a paralysé l\u2019esprit d\u2019entreprise, va avoir un effet contraire à Drummondville.D\u2019abord en raison des faibles salaires versés, mais aussi, et surtout, de leur uniformité.C\u2019est que Drummondville, contrairement à Sorel, Trois-Rivières ou Asbestos par exemple, n\u2019a jamais abrité dans ses murs de grandes manufactures octroyant de hauts salaires.Que faire dans une telle situation pour améliorer son sort, dès lors que les assises industrielles traditionnelles s'effondrent et que la ville, à l\u2019opposé de capitales régionales comme Sherbrooke ou Trois-Rivières, ne peut miser sur les retombées qui accompagnent une vocation administrative bien affirmée ou encore des institutions de premier ordre?Créer sa propre entreprise Pour modifier une situation collective qui impose des conditions de vie modestes, guettée par l\u2019effondrement, deux voies s\u2019offrent: ou bien la communauté régionale laisse porter et attend passivement des jours meilleurs, ou bien elle assure et assume elle-même sa destinée.Ce dernier choix prévaudra.Tout au long de son histoire, Drummondville présente peu d\u2019options à quiconque veut augmenter ses revenus sans devoir quitter sa région.Œuvrer dans l\u2019usine voisine?Cette dernière offre des conditions à peu près équivalentes.Se mettre au service des grandes institutions publiques ?Il n\u2019y en a pas, ou si peu.C\u2019est ainsi que, pour améliorer leur sort, plusieurs travailleurs emprunteront la voie de la creation de leur propre entreprise, au grand bénéfice de la collectivité d\u2019alors et de celle d\u2019aujourd\u2019hui.Les quelque 500 entreprises manufacturières actuelles de la municipalité régionale (MRC) de Drummond, actives dans une grande variété de secteurs, sont là pour en témoigner.Le milieu industriel n\u2019est toutefois pas le seul où s\u2019exprime l\u2019initiative.Il n\u2019y a pas, à Drummondville, ce grand lac, cette montagne, ce bord de mer, cette chute grandiose qui ailleurs créent l\u2019attraction sans aucun effort.Ici, pour pallier l\u2019absence de richesses touristiques naturelles, il faut en créer de toutes pièces si Ton veut attirer des visiteurs.Cela donnera le Le territoire 325 Village québécois d\u2019antan, le Mondial des cultures, les Légendes fantastiques.Une ville de déracinés En 1900, Drummondville recense à peine quelques milliers de citoyens.Avec la mise en production des grandes usines, particulièrement à partir de 1920, on vient alors en grand nombre travailler dans cette ville en pleine croissance.Ce qui fait qu\u2019aujour-d\u2019hui rares sont les familles établies localement depuis plusieurs générations.Tant et si bien que tout étranger peut facilement s\u2019intégrer à la vie régionale, ce qui n\u2019est pas toujours le cas ailleurs, notamment dans des villes aux traditions plus profondément enracinées ou monopolisées par de grandes familles implantées depuis longtemps.C\u2019est ainsi que la communauté drum-mondvilloise accepterait plus volontiers les nouveaux venus, et prêterait davantage bonne oreille à leurs idées.À preuve, le grand nombre des personnes qui, à travers des fonctions de haut niveau, animent la vie industrielle, sociale, communautaire et culturelle drummondvilloise, tout en étant nés à l\u2019extérieur ou n\u2019ayant à peine qu\u2019une génération locale derrière eux.Drummondville ressemble plus à un lieu ouvert qui facilite l\u2019accueil de convives étrangers, qu\u2019à une famille de souche unique, dans laquelle il est plus difficile de s\u2019intégrer.À partir des années 1970, et en dépit de la mise en exploitation, par des entrepreneurs locaux, de plusieurs petites manufactures, Drummondville voit sa situation économique se détériorer.Plusieurs usines, jusque-là piliers de la vie économique régionale, ferment leurs portes.D\u2019autres, à travers une modernisation de leurs équipements, réduisent massivement leur personnel.On crée certes des emplois, mais on en perd davantage.Le taux de chômage oscille alors autour des 12%; il atteint même 18% à l\u2019été 1982.De plus, plusieurs conflits de travail paralysent la région.La ville a mauvaise réputation ; les investisseurs ne se bousculent pas.Et on ne peut plus compter sur les facteurs ayant naguère assuré le développement, comme l\u2019énergie produite localement ou les grandes entreprises venues de l\u2019extérieur.Que faire pour sortir du marasme ?Le rebond des années 80 Les années 1980 marquent un revirement de situation.Pour la première fois de son histoire, Drummondville prend en main sa destinée dans toutes ses dimensions.Depuis lors, particulièrement à partir de 1990, la croissance de l\u2019emploi manufacturier s\u2019affirme avec vigueur.Par ricochet, cette croissance stimule l\u2019activité dans les services et le commerce.En effet, les emplois dans les usines de la MRC, massivement concentrés dans l\u2019agglomération de Drummondville, voient leur nombre passer de 10 800 en iggr à 15 635 en 2000.Selon les prévisions, le chiffre devrait atteindre 17 000 en 2003.À telle enseigne que la région fait actuellement face à une pénurie de travailleurs spécialisés, une pénurie qui risque de paralyser son essor économique.Durant cette même période, le milieu entame un vaste mouvement de concertation régionale.Il faut trouver une alternative à un secteur manufacturier déclinant, particulièrement sa composante textile, de moins en moins créatrice d\u2019emplois.On sait bien aussi que les grandes entreprises, lesquelles ont façonné la vie drummondvilloise un demi-siècle durant, sont peu porteuses d\u2019avenir.Il faut assurer autrement la relève, en innovant.Certes, il L\u2019étonnante renaissance de Drummondville Couronne des villes intermédiaires 326 L\u2019état du Québec faut continuer à miser sur le recrutement d\u2019institutions et d\u2019entreprises d\u2019ailleurs, mais surtout il faut lancer des projets locaux et générer sur place les capitaux qui vont se substituer à ceux de l\u2019extérieur.D\u2019abord l'industrie manufacturière.Drum-mondville demeure, et demeurera fortement tributaire de l\u2019industrie manufacturière pour assurer non seulement sa croissance, sa survie.C\u2019est incontournable.Elle ne peut asseoir son développement sur des emplois tertiaires inducteurs en grand nombre, privée qu\u2019elle est d\u2019une fonction administrative et institutionnelle bien ancrée, associée à un rôle de capitale régionale.En raison de son niveau hiérarchique dans le réseau urbain québécois, Drummondville peut difficilement compter sur de grands investissements publics, au demeurant de plus en plus rares.Et la quête de capitaux extérieurs doit composer avec une concurrence toujours vive.La voie d\u2019une prise en main régionale s\u2019impose donc comme la meilleure solution.En 1982, une étude vient tracer un portrait exhaustif de la réalité socio-économique régionale, à travers toutes ses dimensions (Bergeron, Rmard et Associes).Elle se donne comme objectifs principaux de mettre en évidence les forces comme les faiblesses de la région et de dégager des pistes de développement.Forums, ateliers, tables de discussions, comités de tout genre convient quiconque se soucie du développement régional.Il n\u2019y a pas d\u2019exclus.Les milieux communautaires, environnementaux et syndicaux côtoient ceux du patronat; le monde de l\u2019information, de l\u2019éducation et celui de la santé participent aussi aux échanges.Les regroupements de jeunes et de femmes sont également de la partie.Les élus, de quelque ordre qu\u2019ils soient, sont interpellés.En fait, tous les acteurs régionaux sont mis à contribution.Chacun peut alors exprimer ses attentes, soumettre ses solutions.Contrôler sa destinée La voie du contrôle de sa propre destinée est tracée.Et très tôt après la récession du début de la décennie, des résultats concluants accompagnent les efforts déployés.Drummondville prend une longueur d\u2019avance.Une longueur, semble-t-il, qu\u2019elle conserverait encore aujourd\u2019hui.C\u2019est que plusieurs organismes avivent et appuient toujours l\u2019entrepreneurship régional.La mise en place d\u2019une Société de développement économique, pour une bonne part financée par les instances régionales, MRC et la ville de Drummondville, contribue au succès.Elle a pour mission d\u2019assurer la promotion de l\u2019industrie, du commerce et du tourisme à travers la mise en place de conditions favorables au développement régional.Il y a plus.La même Société fait de la prospection internationale, anime des activités de concertation, gère un incubateur industriel et un carrefour de la nouvelle économie.À l\u2019affût d\u2019opportunités, elle mène un peu partout des missions économiques.Et le succès amène le succès.Tantôt, c\u2019est une entreprise du Canada anglais qui vient s\u2019implanter à Drummondville.Tantôt, elle vient de Scandinavie, d\u2019Allemagne, des États-Unis, de France, voire de Chine.Climat de conciliation.Si la réussite tient aux efforts déployés et à la concertation, elle est egalement tributaire des conditions favorables offertes aux investisseurs.Depuis bientôt deux décennies, et jusqu\u2019à tout récemment, le climat de travail dans les usines de Drummondville est plutôt conciliant.En outre, le niveau des salaires octroyés par les entreprises de la région, Le territoire 327 particulièrement les plus petites, supporte avantageusement la concurrence.Les autres organismes dédiés à la promotion et à l\u2019affirmation régionale ne sont pas en reste.Une chambre de commerce dynamique et interventionniste assume avec grande réussite un rôle de promotion, d\u2019animation et de concertation.Plusieurs groupements de gens d\u2019affaires maintiennent vivants et efficaces des réseaux d\u2019échanges.Des corporations à but non lucratif, bien épaulées par l\u2019engagement financier des autorités politiques locales et de l'ensemble de la collectivité, et une armée de bénévoles, activent la vie culturelle, sportive, environnementale.C\u2019est ainsi que sont créées des conditions qui rendent la région plus invitante, plus conviviale, davantage séduisante pour les futurs immigrants ou les visiteurs de passage.Les statistiques le confirment.Le taux de chômage, estimé à quelque 7%, est bien en deçà de la moyenne provinciale.Le solde migratoire de la MRC de Drum- mond, entre 1993 et 1998, demeure nettement positif, y compris pour le groupe d\u2019âge 18-24 ans ; en fait, il s\u2019agit là de la meilleure performance de toutes les MRC de la région.Si bien que la population de l\u2019agglomération de Drummondville est en croissance continue.Toutefois, certaines données viennent assombrir le tableau.Par exemple, la MRC de Drummond compte proportionnellement moins de diplômés universitaires que l\u2019ensemble du Québec.Le revenu familial reste inférieur à la moyenne québécoise.Être au centre, un désavantage ?Drummondville est condamnée ; condamnée à compter sur ses propres forces.Son état le commande, l'exige même.Ht peut-être plus qu\u2019ailleurs.D\u2019abord, l\u2019histoire lui a laissé bien peu d\u2019institutions et d\u2019équipements publics et parapublics d\u2019importance.Et cette situation ne risque pas d\u2019être renversée, en raison de la conjoncture déjà signalée, laquelle se prête peu à de grands inves- Références Allard, Yolande (1994).Synthèse du développement économique de Drummondville 1815-iggo.rapport déposé à la société d\u2019histoire de Drummondville.Bélanger, Jean-Pierre, Une bonne entente en dents de scie.Une histoire interculturelle de Drummondville, i8i$-ig$o.Société d\u2019histoire de Drummondville, 1998.Bergeron, Rivard et associé, Ensemble, ça marche, profitons-en.Drummondville, 1982 Bouchard, Claire, Gardner, Kathleen, Perron, Denis, À propos de la MRC de Drummond, Centre de ressources humaines Canada, Centre-du-Québec, Drummondville, 1999.Fournier, Jocelyn, Guy Gauthier, Drummondville, Drummondville, Société historique du Centre-du-Québec, 1987.Gauthier, Guy, Dynamique d\u2019un espace urbain, Drummondville et sa région.Presses du Collège de Drummondville, 1981.Gauthier, Guy, Benoit Laflammet, Développement et recrutement de la main-d\u2019œuvre manufacturière de la MRC de Drummond, Chambre de commerce et d\u2019industrie de Drummond, Drummondville, 2001.?Sites Internet Le site de la ville de Drummondville.www.drummondville.org Le site de la Société d\u2019histoire de Drummondville : www.histoire-drummond.qc.ca L\u2019étonnante renaissance de Drummondville Couronne des villes intermédiaires 328 L'état du Québec tissements publics.En effet, il est peu probable que Drummondville accueille dans son enceinte des institutions de haut savoir, aux lourdes retombées économiques et culturelles, comme un centre de recherche avancée, une université ou un hôpital universitaire.Puis en raison de sa localisation géographique, certes intéressante à plusieurs égards, et qui joue en sa faveur, particulièrement sur le plan industriel, facilitant grandement l\u2019importation des matières premières, l\u2019exportation des produits finis, la sous-traitance.Favorable également sur le plan récréo-tourisdque, pour peu qu\u2019elle crée de toutes pièces équipements et événements.Mais aussi, et tout autant peut-être, localisation paralysante.Drummondville n\u2019est pas à la marge, elle au centre.Ce qui n\u2019est pas toujours avantageux.S\u2019il est aisé de venir à Drummondville, il est aussi facile d'en sortir, et d\u2019aller, à courte distance, consommer dans des lieux déjà bien équipés en commerces et en services de toutes sortes.Vu sa localisation centrale, Drummondville sera toujours un lieu vers lequel converge l\u2019information.Les stations de télévision installées tout autour, et les grands quotidiens, l\u2019envahissent massivement, mais ne lui redonnent pas, en retour, une visibilité proportionnelle.Dès lors, exprimer au reste du monde ses réus- sites et attirer l\u2019attention demandent des efforts de tous les instants.Le secteur manufacturier va demeurer encore longtemps le pivot sur lequel reposera la dynamique de Drummondville.Si elle se tire très bien d\u2019affaires aujourd\u2019hui, rien ne lui est pour autant indéfiniment acquis.Pour conserver son rythme actuel, elle doit sans cesse demeurer vigilante et inventive.Car, en ce domaine, fondamental pour son essor, la concurrence extérieure demeure toujours forte.Drummondville, privée qu\u2019elle est de sites naturels de premier plan, pour profiter de la manne touristique actuelle, devra toujours créer, afin de compenser, par diverses initiatives, le manque de générosité de la nature.Et encore là, il lui faudra composer avec une vive concurrence.Drummondville doit aussi faire preuve d\u2019imagination et de créativité pour attirer dans ses murs des cadres ou des professionnels de premier plan.C\u2019est que l\u2019on ne vient pas œuvrer aussi aisément et naturellement à Drummondville que dans un lieu proposant équipements culturels, services, commerces et emplois de grande classe, institutions de haut savoir, ou environnement naturel très attrayant.Dans ce contexte, seules l\u2019initiative et la prise en main locale demeurent garantes d'un succès qui n\u2019est cependant jamais assuré.\u2022 Le territoire 329 La Mauricie à l'aube d\u2019une reconversion économique Normand Brouillette, Laurent Deshaies Géographes, Université du Québec à Trois-Rivières Tripap, Norton, Fruit of the Loom, etc., autant d\u2019entreprises qui ont cessé récemment leurs productions en Mauricie.Ces fermetures qui ont entraîné la mise à pied de plusieurs centaines de travailleurs, principalement à Trois-Rivières, faisaient suite à d\u2019autres tout aussi considérables dans les deux ou trois dernières décennies.À l\u2019époque, le Centre-Mauricie fut le plus touché.On enregistra alors à Shawinigan des taux mensuels de chômage qui dépassaient les 25 pour cent! La région métropolitaine de Trois-Rivières, pour sa part, a souvent mérité au cours des dernières années le titre peu glorieux de «capitale nationale du chômage».Si elle a récemment perdu cette palme si honnie, la Mauricie n\u2019en demeure pas moins lourdement affectée par un taux de chômage parmi les plus élevés des 24 régions métropolitaines de Statistique Canada.En ce sens, elle partage le lot de bon nombre de régions anciennement industrialisées tant en Europe qu\u2019en Amérique du Nord.Après plusieurs décennies de croissance soutenue dans la première moitié du xxc siècle, ces régions ont vu s\u2019effondrer à la fin des Trente Glorieuses les bases économiques qui avaient été à l\u2019origine de leurs succès.On songe notamment au sud du pays de Galles, ou encore aux vieux bassins charbonniers-sidérurgiques-métal-lurgiques français, ces régions qui se sont développées dans une large mesure sur l\u2019exploitation des ressources naturelles.Les villes de la Mauricie ont émergé comme noyaux industriels au début du siècle grâce à l\u2019exploitation des richesses naturelles, principalement forestières et hydrauliques.Mais la présence de ressources ne suffit pas.Encore faut-il des conditions techniques, économiques et sociales qui en permettent la mise en exploitation.Au tournant du siècle, bon nombre de conditions nouvelles voient le jour.Elles vont favoriser grandement les régions ressources, comme la Mauricie, bien dotées en ressources naturelles.Les conditions de l'essor industriel Sur le plan technique, des développements intéressants sont apparus.Ainsi, depuis 1895, année de l\u2019ouverture de la centrale hydroélectrique de Niagara Falls, on sait qu\u2019il est possible d\u2019harnacher la puissance hydraulique de grands cours d\u2019eau et de produire de l\u2019électricité en grande quantité à très faible coût.À la fin du xixe siècle, grâce à des inventeurs comme Hall, cette curiosité de laboratoire qu\u2019était l\u2019aluminium, peut dorénavant être produite à grande échelle et à des prix très avantageux.On a perfectionné la machine à papier de Fourdrinier et on peut maintenant produire du papier journal en continu à très grande vitesse.Bref, certaines découvertes techniques voient le jour et vont devenir disponibles en même temps que d\u2019autres conditions, économiques et sociales se mettent en place.Ainsi, au plan économique, 1896 marque la fin de la période de récession qui a affecté la dernière partie du xix' siècle alors qu\u2019on assiste enfin au renversement de la tendance à la baisse des prix.La demande reprend, les investisseurs La Mauricie à l\u2019aube d\u2019une reconversion économique Couronne des villes intermédiaires 330 L\u2019état du Québec sont à l\u2019afFut de bonnes affaires.Parallèlement à cette situation, nos voisins du Sud connaissent un essor considérable de la presse à sensation, ce qui crée une forte demande pour le papier journal.Or, au même moment, on assiste aux États-Unis à l\u2019épuisement des ressources forestières.Sur le plan social, les régions de l\u2019hin-terland québécois disposent d\u2019une main-d\u2019œuvre abondante.Les progrès dans la mécanisation de l\u2019agriculture demandent maintenant moins de bras sur la ferme, et le très fort taux de natalité des Canadiens français ne se dément pas.Déjà à cette époque, la dure discipline de travail dans les chantiers a préparé la main-d\u2019œuvre au travail en usine.De l'essor spectaculaire au déclin des années 1970: les facteurs en cause Dans ce contexte, la région apparut rapidement aux investisseurs comme une terre pleine de promesses.Des capitalistes américains, canadiens et européens y investirent des sommes considérables tant dans la construction de centrales hydroélectriques que dans la construction d\u2019usines qui allaient accueillir des milliers de travailleurs.La Mauricie connut donc au cours de la première moitié du siècle une croissance industrielle tout à fait remarquable rythmée par les deux grandes guerres et la dépression des années 1930.Au milieu des années 1950, la région apparaît alors comme un exemple saisissant de l\u2019industrie québécoise moderne qui utilise avec bonheur les avantages comparatifs que lui procurent les ressources du Bouclier laurentien.Axée sur les pâtes et papiers, l\u2019électrochimie, l\u2019électro-métallurgie et, à un degré moindre, sur les textiles et le vêtement, la région s\u2019articule au plan spatial autour de l\u2019axe du Saint-Maurice, véritable épine dorsale du développement économique régional.Cependant, à la fin des années 1950, la région allait entrer dans une période de ralentissement économique, voire de déclin, en particulier dans cette sous-région dominée par l\u2019agglomération de Shawinigan-Grand-Mère appelée localement le Centre-Mauricie.C\u2019est à Shawi-nigan, là où la croissance avait été la plus spectaculaire au début du siècle, que vont se manifester les premiers signes du déclin industriel.L\u2019industrie chimique en particulier qui, au début des années 1950, concentrait près de la moitié des travailleurs industriels de l\u2019agglomération, connaît une érosion considérable de ses effectifs dès la décennie suivante.Par vagues successives, des centaines d\u2019emplois sont perdus et en 1992, les derniers emplois dans l\u2019industrie chimique disparaissent à Shawinigan.En 1950, on en dénombrait plus de 2500.Les autres agglomérations seront également touchées, mais plus tardivement et moins sévèrement.Bon nombre de causes ont été mises de l\u2019avant pour expliquer le blocage qu\u2019a connu la Mauricie industrielle au cours des trois dernières décennies (Brouillette, 2000, Brouillette, Deshaies et Seguin, 1986).Il n\u2019y a pas lieu de les reprendre ici en détail.De tous les facteurs évoqués, le développement technologique (notamment le remplacement de l\u2019électrochimie par la pétrochimie) et les stratégies de croissance des industries en place apparaissent les plus significatifs.Ce même développement technologique qui avait porté la Mauricie au premier rang des régions industrielles de l\u2019hinterland québécois, favorisera, après les années 1950, d\u2019autres régions et amènera les chefs d\u2019entreprises à investir ailleurs, le plus souvent à proximité des grands marchés. Le territoire 331 Nouveau centre de production au sud de Trois-Rivières: Bécancour Malgré les nombreuses pertes d\u2019emplois qui ont frappé la région à la suite des efforts de rationalisation des entreprises, particulièrement dans la sous-région de Shawinigan-Grand-Mère, ce serait fausser la réalité que de laisser croire que la région dans son entier a connu un déclin industriel marqué.En effet, pendant qu\u2019au nord on enregistrait des pertes considérables, sur la rive sud du Saint-Laurent, à une quinzaine de kilomètres en aval de Trois-Rivières, se mettait graduellement en place un des plus importants complexes de production industrielle du Québec.Là, à Bécancour, en plein territoire agricole, le gouvernement du Québec a développé au début des années 1970 un «super-parc» industriel d\u2019une superficie de 8 000 acres (3800 hectares), ce qui en fait l\u2019un des plus grands parcs industriels du Canada.Situé en bordure du fleuve, doté d\u2019un port en eau profonde, bien relié au réseau ferroviaire et autoroutier nord-américain, le parc est conçu pour attirer des entreprises d\u2019envergure internationale auxquelles sont offertes des subventions alléchantes, des tarifs réduits d\u2019électricité, etc.À ce jour, les investissements industriels réalisés dépassent les quatre milliards de dollars dont près de deux milliards pour la seule Aluminerie de Bécancour.En plus de cette implantation majeure que constitue A.B.I., le parc industriel et portuaire de Bécancour s\u2019en-norgueillit d\u2019une brochette d\u2019entreprises industrielles internationales telles Norsk Hydro de Norvège, Imperial Chemicals Industries (I.C.I.Canada Ltée) d\u2019Angleterre, Petresa Canada propriété de Cepsa d\u2019Espagne, S.K.W Canada, appartenant à des capitaux allemands, etc.Grâce à ces investissements très considérables, non seulement la structure industrielle régionale s\u2019en est trouvée modernisée mais aussi diversifiée.Par ailleurs, les nouveaux emplois créés à Bécancour équivalent presque en nombre à ceux qui ont été perdus à Shawinigan au cours des années 1970 et 1980.Le développement du parc industriel et portuaire de Bécancour aura donc permis de contrer dans une large mesure la forte désindustrialisation qui menaçait la région prise globalement.D\u2019autre part, avec Bécancour se dessine une prépondérance accrue de la Mau-ricie « laurentienne », un glissement vers le sud du centre de gravité de la région.Le Saint-Maurice, véritable épine dorsale du développement industriel et urbain de la région depuis le début du siècle, cède maintenant le pas au Saint-Laurent.Affirmation de l'entrepreunariat local et essor des P.M.E.Parallèlement aux mutations qui affectaient la grande entreprise en Mauri-cie : fermeture d\u2019usines, licenciements massifs au nord, et développement important sur la rive sud dans la décennie suivante, un phénomène relativement nouveau voit le jour dans la région.Il s\u2019agit du développement de petites et moyennes entreprises qui s\u2019implantent tant dans les municipalités urbaines que dans les municipalités rurales.Individuellement, elles ont un effet restreint sur le nombre total d\u2019emplois industriels dans la région.Mais prises globalement, elles contribuent efficacement à la relance et au renouveau industriel.C\u2019est ainsi que l\u2019on retrouve à Saint-Narcisse, en milieu rural, près de 300 travailleurs s\u2019occupant à la fabrication de matelas, de tapis, de traîneaux et de toboggans.À Saint-Tite, plus de 450 employés travaillent le cuir et confectionnent, entre autres, des bottes de cow-boys dont La Mauricie à l\u2019aube d\u2019une reconversion économique Couronne des villes intermédiaires 332 L'état du Québec un pourcentage important est écoulé sur le marché de l\u2019Ouest canadien et des États-Unis.La plupart des municipalités rurales ont vu apparaître sur leur territoire quelques petites entreprises qui travaillent principalement pour le marché régional.Plusieurs autres ont des marchés qui dépassent les frontières du Québec.A Trois-Rivières, au cours de la période 1988-2001, soixante-neuf entreprises furent créées, mais elles sont dans l\u2019ensemble de petite taille (15 employés en moyenne).Deux entreprises se distinguent du groupe par la croissance du nombre d\u2019employés : le Groupe Laperrière et Verreault (plus de 1 400 employés dans 14 pays dont 285 à Trois-Rivières), spécialisé dans le domaine de la machinerie pour usines de pâtes et papiers et dans celui des condensateurs de turbine pour usines de cogénération, et ensuite l\u2019entreprise Marmen qui s\u2019active dans la transformation des métaux.La situation est semblable dans l\u2019agglomération de Shawinigan-Grand-Mère, mais toute proportion gardée, en fonction de la taille démographique, la création d\u2019emplois et d\u2019entreprises au cours des treize dernières années y fut meilleure avec des augmentations absolues aussi importantes qu\u2019à Trois-Rivières (voir tableau).L\u2019agglomération de Shawinigan-Grand- Mère a recomposé une partie de son tissu industriel associé au flottage du bois pour l\u2019industrie des pâtes et papiers.Les besoins de la « drave » avaient amené la fabrication de chaloupes et d\u2019embarcations diverses.Cette industrie qui répondait également aux besoins des chasseurs et des pêcheurs, s\u2019est reconvertie dans la fabrication d\u2019embarcations de plaisance motorisées pour la navigation près des côtes maritimes.Plus des deux tiers de la production est exportée à l\u2019extérieur du Canada.À quelques firmes-guides (Dorai International Inc.et Bateaux Celebrity) se sont greffées plusieurs entreprises sous-traitantes spécialisées dans les tableaux de bord, le mobilier de bateaux, les échelles, les pontons, le rembourrage, etc.Ces entreprises constituent maintenant un district industriel regroupant près de 1600 employés.Par ailleurs, certaines entreprises sous-traitantes ont profité de leur expertise pour développer de nouveaux marchés.Par exemple, Mégatech Electro Inc., sous-traitant important de Dorai International Inc., produit aujourd'hui des composantes d\u2019auto et d\u2019autres pièces utiles dans la même industrie.Elle emploie maintenant 530 employés comparativement à Dorai International Inc.qui ne regroupe que 350 travailleurs.Ce qu\u2019il faut noter, c\u2019est le dynamisme de l\u2019entrepreneurship local qui se fait jour Évolution du secteur manufacturier pour les agglomérations trifluvienne et shawiniganaise, 1988-2001 \t\t Pertes d'emplois dues aux fermetures d'entreprises\t-4 136\t-1 931 Emplois dans les entreprises en décroissance\t-781\t-946 Emplois dans les entreprises en croissance\t550\t454 Emplois dans les entreprises créés\t1 015\t1 039 Bilan global\t-3 352\t-1 384 Source: Répertoires Scott\u2019s pour le Québec, 1988-1989 et 2001 le territoire 333 depuis quelques années en Mauricie.Habituées pendant des décennies à voir la grande entreprise étrangère, ou extrarégionale à tout le moins, se charger du développement industriel, les populations locales se maintenaient dans un état d\u2019attente et de dépendance face à la grande entreprise, état guère propice au développement de l\u2019entrepreneurship.Tout se passe un peu comme si après trois décennies de désindustrialisation, on avait réalisé que le salut ne viendrait plus uniquement des projets majeurs, que ces établissements réalisés à coup de centaines de millions ne créeraient pas suffisamment d\u2019emplois et que, pour reprendre un slogan de la Confédération des syndicats nationaux (CSN), il fallait ne compter désormais que sur ses propres moyens.Plus jeunes, mieux aguerris, mieux encadrés que ne l\u2019étaient les générations précédentes, ces nouveaux entrepreneurs locaux contribuent par leurs initiatives à la diversification industrielle, diminuant d\u2019autant la fragilité rattachée aux trop grandes spécialisations.Consolidation et diversification accrues de l'activité économique D\u2019autres développements nous incitent à croire que la Mauricie va bientôt retrouver le chemin de la prospérité.Récemment, le gouvernement du Québec annonçait à la communauté mauricienne des mesures précises qui s\u2019élèvent à 53 millions de dollars.Cette aide de l\u2019État supportera un plan stratégique visant la création de 4000 emplois sur trois ans.Évidemment, il fallait d\u2019abord consolider les acquis, les secteurs industriels pour lesquels on a toujours reconnu une expertise à la région.C\u2019est ainsi que sera mis sur pied un Centre intégré de recherche en pâtes et papiers, un projet de 80 millions dans lequel seront associés l\u2019Université du Québec à Trois-Rivières, le Cégep de Trois-Rivières et l\u2019entreprise privée.Un autre projet vise la valorisation des techniques de l\u2019hydrogène.D\u2019autres sommes seront consacrées à l\u2019accélération de la diversification de l\u2019économie dans les filières à haute valeur ajoutée.Bref, cette infusion considérable de capitaux vient seconder la volonté maintes fois exprimée du milieu de consolider son activité industrielle dans des secteurs où il bénéficie d\u2019avantages comparatifs et d\u2019une expertise reconnue.Par ailleurs, le secteur tertiaire, notamment le tourisme d\u2019hébergement en milieu rural, est en plein essor.Faisant preuve d\u2019imagination, les nouveaux hôteliers et propriétaires de pourvoiras attirent un nombre de plus en plus grand de touristes tant montréalais qu'étrangers en misant sur les paysages naturels, les activités de chasse et de pêche, sur la gastronomie, la grande forêt vierge dont les touristes européens raffolent, etc.Si on ajoute à cela de grands projets qui se sont réalisés ou sont en voie de l\u2019être, telle la Cité de l\u2019énergie et son nouveau spectacle « Kos-mogonia» à Shawinigan, ou encore l\u2019aménagement récréatif de l'ile Saint-Quentin à Trois-Rivières, d\u2019autres projets en cours tels le parc inter-rives au barrage La Gabelle, le parc riverain à Grandes-Piles axé sur l\u2019interprétation de l\u2019exploitation forestière et du flottage du bois en Mauricie, etc., on constatera l\u2019éveil enfin d\u2019un dynamisme local qui tardait tant à se manifester.Vers une nouvelle Mauricie Après plus de 30 ans de difficultés économiques reliées à la restructuration de son économie industrielle, la Mauricie peut maintenant envisager l\u2019entrée dans le vingt-et-unième siècle avec plus de La Mauricie à l\u2019aube d\u2019une reconversion économique Couronne des villes intermédiaires 334 L'état du Québec sérénité.Bon nombre de conditions sont réunies ou en voie de l\u2019étre pour retrouver le chemin de la prospérité.Ainsi, la consolidation des grands secteurs industriels tels le papier ou les métaux primaires, est en voie d\u2019être complétée.L\u2019entrepre-neurship local et régional fait maintenant preuve d'un dynamisme qui n\u2019a rien à envier aux autres régions.Les centres-villes des deux principales agglomérations qui avaient tant souffert du déclin des industries et du développement des banlieues retrouvent leur dynamisme et redeviennent d\u2019agréables lieux de sociabilité.Hors des deux principales agglomérations, plusieurs projets sont liés à la mise en valeur de la rivière Saint-Maurice et de son bassin versant.Il y a donc une réappropriation nouvelle et différente du milieu naturel qui fournira un cadre de vie ou de séjour agréable tant aux résidants qu\u2019aux touristes qui choisiront la Vallée du Saint-Maurice comme destination.Dans une économie du savoir où les amenities prennent une place fort importante, la région est en bonne position pour accueillir des entreprises ou l\u2019innovation occupe une place de premier choix.Au début du siècle, l\u2019innovation technologique avait été à la source du développement.On peut penser qu\u2019elle le sera encore dans la nouvelle Mauricie.\u2022 Références Brouillette, Normand, «Restructuration industrielle en région, le cas de la Mauricie, 1960-1975», dans Le Québec en changement.Entre l\u2019exclusion et l\u2019espérance, P.Bruneau (sous la dir.de), Presses de l\u2019Université du Québec, Sainte-Foy, 2000.Brouillette, Normand, «Shawinigan Falls, ville de l\u2019électricité, ville de l\u2019industrie», dans Villes industrielles planifiées, Centre canadien d\u2019architecture et Boréal, Robert Fortier (sous la dir.de), Montréal, 1996.Brouillette, N., L.Deshaies et A.Séguin, « De la Mauricie de Blanchard à la Mauricie actuelle: continuités et changements», Cahiers de géographie du Québec, vol.30, n° 80, septembre 1986.Deshaies, Laurent, «La reconversion du couloir industriel mauricien: petits et moyens projets», dans Grands projets et requalification des espaces urbains, sous la dir.de G.Sénécal et J.Malézieux, Presses de l\u2019Université du Québec et Presses de l\u2019Université de la Sorbonne, 2001, à paraître.Conseil de la science et de la technologie, Rapport de conjoncture, pour des régions innovantes, ministère de la Recherche, de la Science et de la Technologie, Québec, 2001.(www.cst.gouv.qc.ca).Villégiature et conservation du milieu : le cas de l'Estrie Roger Nadeau Département de géographie et télédétection, Université de Sherbrooke Dans la plupart des régions touristiques du Québec, le phénomène de la villégiature s\u2019est avéré être un précurseur aux masses de touristes qui viendront ultérieu- rement.Que l\u2019on parle, en effet, de la Gaspésie, de Charlevoix, des Laurentides ou de l\u2019Estrie, ce sont principalement les villégiateurs qui ont fait connaître ces Le territoire 335 régions aux vacanciers, qui leur ont donné une image de détente et de quiétude qu\u2019on ne retrouve plus dans nos villes modernes, sans oublier un environnement où la nature et les paysages avaient conservé l\u2019essentiel de leur richesse originale.Mais comme on a pu le constater, avec le temps, cette notoriété charmeuse a un prix : tout le monde veut s\u2019approprier une portion de lac et de montagne, ce qui est susceptible de perturber sérieusement et rapidement l\u2019équilibre biologique de ces milieux.L'attrait de l\u2019eau Comme on le sait, l\u2019eau exerce un attrait puissant auprès des citadins pour qui la ville est devenue agressante, stressante, bruyante, polluée.Mais la population du Québec est tout à fait choyée par une surabondance de plans d\u2019eau de toute nature et de toute taille.On trouve au Québec au moins 4500 rivières dignes de ce nom, environ 500 000 lacs, un grand fleuve et des milliers de kilomètres de littoral marin.Bien des gens, pendant un certain temps, devant cette richesse exceptionnelle, ont tenu pour acquis que cette ressource de qualité était à toutes fins utiles inépuisable et que donc on pouvait en abuser sans restriction.Erreur ! Selon le Bureau d\u2019audiences publiques en environnement (BAPE), 500 000 résidences québécoises côtoient présentement un lac ou une rivière.L\u2019attrait des plans d\u2019eau est donc très réel ; ce qui l\u2019est moins, c\u2019est leur accessibilité.Accessibilité dans l\u2019espace et accessibilité financière.Accessibilité spatiale Le territoire québécois est gigantesque mais sa population est très concentrée.Toutes les études portant sur la villégiature au cours des 20 dernières années arrivent au même constat : l\u2019attrait du plan d\u2019eau se fait sentir fortement jusqu\u2019au moment où la consommation du produit désiré implique un déplacement de go minutes en voiture; dépassé ce seuil, l\u2019attrait baisse très rapidement.De cette situation découlé qu\u2019une pression énorme est susceptible de s\u2019exercer sur les espaces de villégiature situés à moins de 150 kilomètres des grands centres urbains.C\u2019est ainsi qu\u2019en Estrie, la présence montréalaise est encore très forte jusque dans la région de Magog-Orford et de North Hatley alors que dans le secteur du lac Mégantic, les villégiateurs proviennent davantage de Sherbrooke et de la ville de Québec.Accessibilité financière et ségrégation culturelle L\u2019accessibilité financière, quant à l\u2019occupation de l\u2019espace en zone de villégiature, semble jouer un rôle bien plus important que l\u2019accessibilité physique, surtout qu\u2019elle est souvent couplée à une forme plus ou moins diffuse de ségrégation culturelle.Si on revient au cas de l\u2019Estrie, plusieurs observations peuvent être faites à cet égard.Les premières implantations notables sur les rives des zones lacustres remontent à plus d\u2019un siècle et sont essentiellement le fait d'une riche bourgeoisie anglo-saxonne provenant principalement de l\u2019Ouest de Montréal.On peut penser, par exemple, aux lacs Brome (région de Knowlton), Memphrémagog et Mas-sawippi, bien que dans ce dernier cas, jusque dans les années 50, on trouvait plusieurs propriétaires provenant de Nouvelle-Angleterre, mais il n\u2019en reste plus que quelques-uns maintenant.Et puis, quelques décennies plus tard, c\u2019est au tour de l\u2019élite québécoise franco- Villégiature et conservation du milieu : le cas de l\u2019Estrie Couronne des villes intermédiaires 336 L\u2019état du Québec phone d\u2019amorcer un tel mouvement mais en s\u2019implantant sur des lacs différents.Cette situation s\u2019explique principalement parce que les sites plus intéressants sur les lacs précités étaient déjà aux mains des anglophones, parce que la spéculation avait déjà commencé à faire son œuvre et parce que les francophones n\u2019étaient pas nécessairement bienvenus dans les zones anglophones où l\u2019Union Jack a flotté fièrement jusque dans les années 60.Au début des années 70, nous avons même vu des actes de vente qui spécifiaient que la propriété ne pouvait pas être vendue à un éventuel acheteur francophone.Bien sûr, dans le sillage de la révolution tranquille, de telles dispositions ont été invalidées et jugées illégales; il n\u2019en demeure pas moins qu\u2019elles étaient le reflet d\u2019une certaine mentalité.Au début de ce troisième millénaire, on peut pratiquement dire qu\u2019en Estrie, il existe toujours des lacs « anglophones » et des lacs francophones (les deux lacs Brompton, le lac Orford, le petit lac Magog ou le lac Mégantic, par exemple).Il est peut-être utile de noter que les valeurs foncières et immobilières des propriétés de ce dernier groupe sont beaucoup moindres que celles du groupe précédent.Dans ce contexte, on peut cependant noter que l\u2019élite francophone des trois ou quatre dernières décennies, celle qui a fait fortune dans le domaine des affaires, de la politique, des milieux artistiques ou du sport, des finances ou du commerce, ces francophones donc, capables d\u2019acquérir des propriétés de villégiature de 300 000 $, de 500 000$, de 1 000 000$ ou plus, ont réussi à briser la barrière culturelle et ont généralement été s\u2019implanter sur les lacs «anglophones», ce qui fait qu\u2019aujour-d\u2019hui, ils le sont un peu moins, dans certains cas.Les effets de l'autoroute 10 L\u2019implantation de l\u2019autoroute des Cantons de l\u2019Est en 1965 a sérieusement désenclavé une importante portion du territoire es-trien particulièrement propice à la villégiature en zone lacustre.Nous faisons ici référence au territoire compris entre Dunham et la frontière américaine, cela jusqu\u2019à Sherbrooke.L\u2019ajout de l\u2019autoroute 55 entre Magog et les villes frontalières a aussi constitué une importante voie de pénétration de ce secteur.L\u2019autoroute 10 a permis une formidable poussée d\u2019adrénaline pour le tourisme estrien.Elle réduira de moitié le temps à mettre entre Montréal et Magog.En fait, grâce à cette voie rapide, de Montréal, on était désormais à moins d\u2019une heure de l\u2019Estrie.Profitant de cette accessibilité nouvelle, plusieurs promoteurs ont créé d\u2019importants lotissements en bordure de plans d\u2019eau de superficie généralement modeste et ont lancé d\u2019agressives campagnes de publicité pour vendre ces terrains qui devaient apporter la nature, l\u2019air pur, la plage, la campagne, bref, le Bonheur à un prix fort accessible.Plusieurs fermes et espaces boisés ont ainsi été subdivisés en lotissements de 300, 400 ou 500 lots, sur deux, trois ou quatre rangées de profondeur.Forcément, plus on a de lots à vendre, plus c\u2019est payant.Plus les lots sont petits, plus on en aura à vendre.Entre 1965 et 1973-74, des milliers de terrains ont été vendus et des milliers de résidences secondaires ont été construites, le plus souvent sans aucun règlement municipal ni aucune législation environnementale stricte pour encadrer ces « développements ».Villégiature et détérioration du milieu naturel L\u2019acquisition par les villégiateurs, promoteurs et spéculateurs de l\u2019essentiel des Le territoire 337 terrains sur le pourtour des plans d\u2019eau conduit rapidement au gel des lacs et des rivières pour des usages collectifs, communautaires ou de conservation.Quand la zone riveraine est complètement ceinturée par des espaces devenus privés, ceux-ci ne sont plus accessibles à la population en général et les pouvoir publics peuvent difficilement intervenir pour protéger des plans d\u2019eau d\u2019abus ou d\u2019incurie possible.Pourtant, la ressource eau doit être considérée comme un bien collectif, un patrimoine qui appartient à tous les Québécois.Ce gel, en tout ou avancé, touche de très nombreux lacs, tant en Estrie que dans les autres régions du Québec.Il peut être cependant uüle de rappeler que déjà en 1976, le Conseil consultatif en environnement suggérait le zonage suivant relatif à l\u2019affectation souhaitable du pourtour d\u2019un lac: zone de conservation minimum: 25%; zone de villégiature maximum: 50%; zone commerciale maximum : 10% et zone d\u2019accès public minimum: 15%.(CCE, 1976, Québec).Par ailleurs, la forte concentration de résidences secondaires sur des terrains de faible superficie a posé de sérieux problèmes de nature environnementale dans plusieurs secteurs de l\u2019Estrie.En ce début de troisième millénaire, la plupart des municipalités et des MRC exigent des terrains d\u2019une superficie minimum de 60 m par 60 m pour construire un chalet.Dans le passé, des milliers ont été construits sur des sites de 20 m par 30 m, ce qui en fait des sources de pollution automatiques.Sur un petit terrain, pour construire une résidence, une voie d\u2019accès au chalet et un espace de stationnement pour une ou deux voitures, sans oublier évidemment la fosse septique et le champ d\u2019epu-ration, il faut déboiser le site à 100%, ce qui est dramatique.En effet, on détruit ainsi l\u2019ensemble du couvert végétal, ce qui ouvre la porte à l\u2019érosion et à l\u2019ensablement du plan d\u2019eau, enclenche un processus de réchauffement et d'envasement du lac, ce qui va conduire à plus ou moins long terme à l\u2019eutrophisation et à la mort du lac.Sur ces petits espaces, il n\u2019y a habituellement pas suffisamment de place pour installer un champ d\u2019épuration efficace.Dans ce cas, bien souvent, on tourne les coins ronds.Les installations septiques sont non conformes, avec comme résultats que les eaux domestiques se mélangent aux eaux de surface, coulent par les fossés ou par gravité et se retrouvent finalement dans le cours d\u2019eau, ce qui accélère encore le vieillissement du plan d\u2019eau.C\u2019est à ce moment que ce «joli petit paradis à la campagne » se transforme en cauchemar: on assiste alors à une prolifération d'algues, l\u2019eau change de couleur et le vent charrie des odeurs qui donnent envie de retourner en ville.Pendant longtemps donc, l\u2019industrie touristique, et notamment son volet associé à la villégiature, ont été considérés comme des pollueurs et des prédateurs du milieu naturel parce qu\u2019ils venaient sérieusement perturber et détériorer ces espaces parmi les plus sensibles et fragiles de la planète.Nous sommes d\u2019ailleurs ici en présence d\u2019une situation particulièrement difficile : plus les milieux sont fragiles, plus ils sont recherchés par les vacanciers.Et c\u2019est là que réside tout le défi de favoriser à la fois l\u2019accessibilité et la protection de ces espaces.Atteindre le cœur en passant par la raison Inutile de se le cacher: la villégiature a occasionné des détériorations sévères du milieu naturel à plusieurs occasions, notamment en zones riveraines et sur les plans d\u2019eau.Dans l\u2019ensemble cependant, Villégiature et conservation du milieu : le cas de l\u2019Estrie Couronne des villes intermédiaires 338 L\u2019état du Québec on peut dire que cette situation a été en grande partie corrigée.Trois raisons principales expliquent ce revirement de situation.Il y a eu d\u2019abord la sensibilisation graduelle de la population en général et des villégiateurs en particulier au respect de l\u2019environnement, sensibilisation plus rapide chez les anglophones que chez les francophones.Ensuite, on doit noter que les sensibilisations qui font le plus mal sont souvent les plus efficaces.Ainsi, quand les propriétaires des lacs Memphrémagog, Mas-sawippi ou du petit lac Magog ont réalisé que la valeur de leur propriété était dépréciée de façon significative à la suite de ces mauvaises odeurs, à toutes ces algues en décomposition, à ces poissons morts sur la rive, on a vraiment assisté à un branle-bas de combat comme à chaque fois que le portefeuille est affecté.L\u2019insouciance et le laisser-faire ont vivement été remplacés par des engagements concrets en faveur du plus grand soin apporté au milieu naturel.Les villégiateurs se sont convoqués en assemblées générales d'urgence, se sont parlé d\u2019environnement, se sont dotés de comités de protection et de comités de surveillance de toutes les pratiques qui se font sur et autour du lac et ont demandé à leur MRC d\u2019être intraitable dans l\u2019application des normes environnementales les plus strictes.Et graduellement, le «petit coin de paradis à la campagne » s\u2019est reconstitué tant bien que mal.Bien sûr, tout n\u2019est pas parfait, loin de là, car il y a des cicatrices qui prennent des années à disparaître mais on peut dire qu\u2019entre 1970 et l\u2019an 2002, des progrès considérables ont été réalisés, parce que, comme le préconisait jadis le ministre de l\u2019Environnement, Marcel Léger, il y a aujourd\u2019hui des cen- taines de milliers de Québécois qui jouent le rôle « d\u2019agents de conservation ».Le troisième volet qui explique ce revirement des dernières décennies, c\u2019est que l\u2019expérience a montré que tout le domaine de la villégiature (il en est de même pour l\u2019ensemble de l\u2019industrie touristique) est voué à une mort rapide s\u2019il dénature son environnement.La protection du milieu naturel et les développements récréotou-ristiques, c\u2019est une coexistence obligée.Le maintien de l\u2019intégrité écologique est devenu à l\u2019échelle de la planète un facteur majeur qui influence le choix des destinations de vacances.Il y a des centaines de milliards de dollars en jeu et ceux qui ne prendront pas ce virage nécessaire et essentiel vont mourir.L\u2019Estrie, croyons-nous, est sur la bonne voie.Les tendances de l\u2019an 2000 en Estrie En ce début de 3e millénaire, il est sans doute utile de faire le point sur l\u2019état de la villégiature en Estrie, état qui permettra de faire ressortir les principales tendances en cette matière.Signalons d\u2019abord que l\u2019acquisition des espaces riverains par les villégiateurs est maintenant plutôt au ralenti pour la bonne raison que tous les espaces intéressants ont déjà été privatisés, à l\u2019exception de ceux qui ont été protégés par les responsables municipaux à des fins récréatives et publiques.La pression sur ces espaces demeure tout de même très forte, surtout dans les secteurs jouissant d'une bonne notoriété et de prestige.Ainsi, dans certains secteurs du lac Memphrémagog, les terrains se vendent au pied linéaire (ou mètre) et les prix peuvent atteindre jusqu\u2019à 1500$ le pied sur la berge.Un terrain couvrant 65 mètres de berge coûtera donc 300 000$.Inutile de spécifier qu\u2019on ne Le territoire 339 construit pas un chalet de 43 500 $ sur un terrain de 300 000$! Mais bien sûr, il s\u2019agit là des cas extrêmes.Par ailleurs, dans les secteurs les plus en demande, depuis quelques années déjà, on peut observer que les villégiateurs jettent leur dévolu sur des propriétés en milieu rural et agricole, se font plus ou moins «gentleman farmer».Ils ne sont plus sur le bord de l\u2019eau mais les propriétés sont plus grandes et moins chères.Cette nouvelle tendance est accentuée par la nouvelle technologie des communications qui permet à bien des gens d\u2019avoir leur bureau au chalet.Il y a aussi le phénomène des mutations qui prend de l\u2019ampleur.Dans les années 50 et 60, la majorité des résidences secondaires étaient construites de façon à être habitables pendant la saison estivale.À partir des années 70, isolation, calfeutrage et système de chauffage ont rendu les chalets habitables à l\u2019année.Ces dernières décennies, la tendance amène la résidence secondaire à se transformer en résidence principale et permanente.Notre population étant vieillissante, beaucoup de villégiateurs ont déjà accès à la retraite ou à la préretraite (ou au travail à domicile) ; bon nombre d\u2019entre eux vendent leur maison en ville ou gardent un pied-à-terre et viennent s\u2019installer définitivement à la campagne.D\u2019anciennes importantes zones de villégiature se sont ainsi transformées en quartiers urbains avec tous les services de la ville.La Petite Venise, à Magog, est un bel exemple de cette tendance.Dans l\u2019ensemble de l\u2019Estrie, le pourcentage de résidences habitées en permanence en zone riveraine est en hausse constante et rapide, ce qui dans bien des cas modifie de façon significative la dynamique de la vie municipale et favorise la vigilance environnementale.\u2022 Références Tourisme Québec, Guide de mise en valeur des plans d'eau du Québec à des fins récréotouristiques et de conservation du patrimoine, Québec, 2000.Nadeau, Roger, «Tourisme et environnement», dans L\u2019espace touristique, Cazelais, N., R.Nadeau, G.Beaudet, PUQ, 1999.CHARMES, Actes du colloque « Une rivière dans la ville », Sherbrooke, 2000.Villégiature et conservation du milieu : le cas de l\u2019Estrie 340 ?tat du Québec Réalisation cartographique KOREM inc Le territoire 341 Mauricie (04) Superficie 39 736 km2 \u2022 (2,61 % du Québec) Démographie Population \u2022 262 212* \u2022 (3,6% du Québec) Variation 1991-1999 * 0,04% Densité *6,7 hab/km2 \u2022 (Québec 4,9) Natalité (1998) \u2022 8,0 % (Québec 10,3) Mortalité \u2022 8,4 %o (Québec 7,4) Nuptialité \u2022 2,2 %o (Québec, 3,1) Répartition par groupe dage 0-14ans* 17,7% \u2022 (Québec 18,5%) 15-54 ans \u2022 58,2 % \u2022 (Quebec 59,7 %) 55-64 ans \u2022 9,9 % \u2022 (Québec 9,4 %) 65 ans et plus \u2022 14,2 % \u2022 (Québec 12,4 %) Marché du travail Population active (000) \u2022 126,4 Taux d\u2019activité \u2022 57,1 % \u2022 (Québec 62,5%) Personnes occupées (000) \u2022 112,0 Région/Québec \u2022 3,3 % Taux de chômage \u2022 11,4%* (Québec 9,4 %) Emplois par secteur primaire \u2022 5,1 % \u2022 (Québec 3,6 %) secondaire \u2022 25,3% \u2022 (Quebec 22,4%) tertiaire \u2022 69,6% \u2022 (Québec 74,0%) Revenu moyen des particuliers (1998) 21 873$-(Québec 25 367$) Investissements (prévisions pour 2000) 1 150,68m$ \u2022 (Régions/Québec 3,4%) Source privée \u2022 73,5% \u2022 (Québec 79,7%) Principales municipalités (2001) Trois-Rivières\t48\t285 Cap-de-la-Madeleine\t32\t927 Trois-Rivières-Ouest\t24\t170 Shawimgan\t18\t39 3 Grand-Mère\t13\t889 Municipalités régionales de comté (MRC) Francheville Le Centre-de-la-Mauricie Le Haut-Saint-Maurice Maskinongé Mékinac * Les données de cette fiche sont celles de 1999 sauf indication contraire Couronne des villes intermédiaires Couronne des villes intermédiaires 342 L\u2019état du Québec Le territoire 343 Saint-Georges CHAUDIERE- APPALACHES Cotircelles Saint-Ludger LE GRANIT Lac-Mégantic Lac Mégantic Woburn # Réalisation cartographique KOREM inc Estrie (05) Superficie 10 145 km2 \u2022 (0,666% du Québec) Démographie Population \u2022 288 530* \u2022 (3,9% du Québec) Variation 1991-1999 \u2022 +5,2 % Densité \u2022 28,6 hab/km-\u2019 \u2022 (Québec 4,9) Natalité (1998) \u2022 10,2%o (Québec 10,3) Mortalité \u2022 7,7 %o (Québec 7,4) Nuptialité \u2022 3,1 %o (Québec, 3,1) Répartition par groupe d'àge 0-14 ans \u2022 18,6% \u2022 (Québec 18,5%) 15-54 ans \u2022 58,6% \u2022 (Québec 59,7%) 55-64 ans \u2022 9,3% \u2022 (Québec 9,4%) 65 ans et plus \u2022 13,5% \u2022 (Québec 12,4%) Marché du travail Population active (000) \u2022 143,7 Taux d'activité \u2022 62,2 % \u2022 (Québec 62,5%) Personnes occupées (000) \u2022 131,1 Région/Québec \u2022 3,8% Taux de chômage \u2022 8,8 % \u2022 (Québec 9,4 %) Emplois par secteur primaire \u2022 7,1 % \u2022 (Québec 3,6%) secondaire \u2022 31,7% \u2022 (Québec 22,4%) tertiaire \u2022 61,2 % \u2022 (Québec 74,0%) Revenu moyen des particuliers (1998) 23 001 $ \u2022 (Québec 25 367$) Investissements (prévisions pour 2000) 1 410,6m S \u2022 (Régions/Québec 4,1 %) Source privée \u2022 84,2 % \u2022 (Québec 79,7%) Principales municipalités (2001) Sherbrooke\t77 129 Rock Forest\t18 664 Fleurimont\t17 178 Magog\t14 672 Coaticook\t9 029 Municipalités régionales de comté (MRC) Asbestos Coaticook Le Granit Le Haut-Saint-François Le Val-Saint-François Memphrémagog Sherbrooke * Les données de cette fiche sont celles de 1999 sauf indication contraire Couronne des villes intermédiaires Couronne des villes intermédiaires 344 L\u2019état du Québec ,Rapides-des Petawawa Pembroke, La région de l'Outaouais ADA PONTIAC Chapeau #Fort-Coulonge Campbell's Bay# }\t# Bryson -wlw i j Portage-du-Foi't* Renfrew.100 km Arnprior, Le territoire 345 LAURENTIDE5 , Mont-Laurier LA VALLÉE-DE-LA-GATINEAU Maniwaki L'Annonciation Labelle Gracefield .Notre-Dame-du-Laus Saint-Jovite PAPINEAU indré-Avellin LES COLLINES-DE-L'OUTAOUAIS .Montebello CG ~\t/ 0ÉS °ur^cTuais- ^ Lachute.Hawkesbury* \" - -.s Buckingham thurs Masscm-Artgets* : \\ -' ' GATINEAU® * 'f Hull.COMMUNAUTÉ urbaine Aylmer.^ Ôtu,waDE L'OUTAOUAf Réalisation cartographique : KOREM inc.Couronne des villes intermédiaires Couronne des villes intermédiaires 346 L\u2019état du Québec Outaouais (07) Superficie 32 946 km2 \u2022 (2,16% du Québec) Démographie Population * 319 879* \u2022 (4,3 % du Québec) Variation 1991-1999 \u2022 +9,4% Densité \u2022 9,7 hab/knV \u2022 (Quebec 4,9) Natalité (1998)» 10,5%o (Quebec 10,3) Mortalité \u2022 6,0 %o (Québec 7,4) Nuptialité \u2022 3,2 %o (Québec, 3,1) Répartition par groupe d'âge 0-14 ans \u2022 20,5% \u2022 (Quebec 18,5%) 15-54 ans \u2022 61,5% \u2022 (Quebec 59,7 %) 55-64 ans \u2022 8,5% \u2022 (Québec 9,4%) 65 ans et plus *9,5 % \u2022 (Québec 12,4 %) Marché du travail Population active (000) \u2022 170,9 Taux d'activité \u2022 64,3 % \u2022 (Québec 62,5 %) Personnes occupées (000) \u2022 156,8 Région/Québec \u2022 4,6 % Taux de chômage \u2022 8,3 % \u2022 (Québec 9,4 %) Emplois par secteur primaire \u2022 2,1 % \u2022 (Québec 3,6%) secondaire \u2022 11,2 % \u2022 (Quebec 22,4 %) tertiaire \u2022 85,5% \u2022 (Quebec 74,0%) Revenu moyen des particuliers (1998) 25 892 $ \u2022 (Québec 25 367 $) Investissements (prévisions pour 2000) 1199,3m S \u2022 (Régions/Québec 3,5%) Source privée \u2022 63,9 % \u2022 (Québec 79,7 %) Principales municipalités (2001) Gatineau\t103\t365 Hull\t64\t460 Aylmer\t36\t248 Buckingham\t11\t563 Masson-Angers\t9\t709 Municipalités régionales de comté (MRC) Communauté-Urbaine-de-l'Outaouais La Vallée-de-la-Gatineau Les Collines-de-l'Outaouais Papineau Pontiac * Les données de cette fiche sont celles de 1999 sauf indication contraire Centre-du-Québec (17) Superficie 6 986 km2 \u2022 (0,459% du Québec) Démographie Population \u2022 221 234* \u2022 (3,0% du Québec) Variation 1991-1999 \u2022 +4,7% Densite *31,7 hab/km2 \u2022 (Québec 4,9) Natalité (1998)* 10,4%o (Québec 10,3) Mortalité \u2022 7,8 %o (Québec 7,4) Nuptialité \u2022 2,3 %o (Québec, 3,1) Répartition par groupe d'âge 0-14 ans \u2022 18,9% \u2022 (Québec 18,5%) 15-54 ans \u2022 58,7 % \u2022 (Québec 59,7 %) 55-64 ans \u2022 9,3 % \u2022 (Québec 9,4 %) 65 ans et plus \u2022 13,1%* (Québec 12,4 %) Marché du travail Population active (000) \u2022 105,1 Taux d'activité \u2022 60,0% \u2022 (Québec 62,5%) Personnes occupées (000) \u2022 94,9 Région/Québec \u2022 2,8 % Taux de chômage \u2022 9,8 % \u2022 (Québec 9,4 %) Emplois par secteur primaire \u2022 8,6% \u2022 (Québec 3,6%) secondaire \u2022 34,5% \u2022 (Québec 22,4%) tertiaire \u2022 56,9 % \u2022 (Québec 74,0 %) Revenu moyen des particuliers (1998) 21 448 $ \u2022 (Québec 25 367 S) Investissements (prévisions pour 2000) 877,4m S \u2022 (Régions/Québec 2,6%) Source privée \u2022 84,6% \u2022 (Québec 79,7 %) Principales municipalités (2001) Drummondville\t47\t130 Victoriaville\t40\t069 Bécancour\t11\t602 Saint-Nicéphore\t10\t197 Plessisville\t6\t705 Municipalités régionales de comté (MRC) Arthabaska Bécancour Drummond L'Érable Nicolet-Yamaska * Les données de cette fiche sont celles de 1999 sauf indication contraire Le territoire 347 La région du Centre-du-Québec ^Saint-Raymond fftPlTALE NATIONALE Sainte-Ftiy^ Portneuf na Marc Carrières Saint-Apollinaire Laurier-Station CHAUDiÈRE-\\\t.APPALACHES int-Boniface- de-Shawinigan Saint-Pierr les-Becquets Cap-de-la-Madeleine Trois-Rivières 1 Yamachiche.ouiseville Nicdtet Gentilly Bécancour 'Manseau BÉCANCOUR .-'laurierville.L'ÉRABLE #Daveluyville Sairit-Wenceslas Sainte- Plessisvil Princeville NICOLÉT-YAMASKA * PierrévilTè Yamaska'\t'-.- Notre-Dame- du-Bon-Conseil DRUMMOND Be.rnierville Thetford Mines \u2022 Victoriaville \u2018T ARTHABASKA .Warwick Disraeli Saint-Guillaume\t\tLes législations linguistiques dans le monde: le Québec n'est pas seul ! La politique d'immigration >\tUne immigration « plus nombreuse, plus francophone et plus qualifiée » La politique forestière >\tLa guerre du bois d'œuvre : une invitation au changement L\u2019Etat et les politiques publiques 459 Participation politique et partis Tendances de l'appui à la souveraineté: la question du vote des femmes, 1999-2001 Gilles Gagné Simon Langlois Claude Fortier Département de sociologie, Université Laval Il est généralement acquis dans l\u2019opinion publique et dans les journaux que l\u2019appui à l\u2019option souverainiste serait en déclin au début du nouveau millénaire.Pourtant, l\u2019appui donné par la population québécoise à cette option, tel que révélé par des sondages comparables, a peu bougé au total ces deux dernières années.Il n\u2019y a manifestement pas eu d\u2019augmentation de l\u2019appui en faveur de ce projet politique, mais il paraît tout aussi juste d\u2019avancer qu\u2019il n\u2019y a pas eu non plus défection marquée de la population québécoise.L\u2019absence de mobilisation populaire en faveur de l\u2019option mise de l\u2019avant par René Lévesque il y a plusieurs décennies et le fait que la proportion d\u2019électeurs qui l\u2019appuie ne réussit pas à passer la barre des 50% suffisent à alimenter cette impression de plafonnement.D\u2019autres parleront de grande fatigue politique \u2014 clin d\u2019oeil à la fatigue culturelle diagnostiquée par Hubert Aquin dans les années 2970 \u2014 pour décrire la situation actuelle et l\u2019apparente défection envers le mouvement souverainiste québécois.Certains sondages publiés au cours de l\u2019année 2001 ont pourtant fait état d\u2019une nette baisse de popularité du gouvernement du Parti québécois dans l\u2019opinion publique \u2014 et d\u2019une diminution plus prononcée chez les femmes \u2014 et aussi d\u2019une défection plus marquée de ces dernières vis-à-vis de l\u2019option souverainiste.Ce constat est-il fondé?Ce sont ces deux questions que nous examinerons dans le présent article : \u2022\toù en est le soutien à l\u2019option souverainiste dans l\u2019ensemble de la population?\u2022\ty a-t-il eu déclin plus prononcé de ce support dans l\u2019électorat féminin ?Plus largement, comment expliquer les intentions de vote des femmes, question qui préoccupe les analystes politiques?Relative stabilité du sentiment souverainiste Les sondages effectués au cours de la première moitié de l\u2019année 2001 \u2014 comme tous ceux qui ont été faits depuis 1995 \u2014 ont porté en fait sur une question qui n\u2019est pas discutée ouvertement sur la place publique.Certains analystes prétendent qu\u2019interroger les électeurs sur une option dormante \u2014 qui n\u2019est pas l\u2019objet d\u2019un vif débat public contrairement à ce qui se passe en campagne référendaire \u2014 fausse un peu la perspective comparative.C\u2019est vrai, mais il faut aussi ajouter que la question de la souveraineté a occupé \u2014 et occupe encore \u2014 tellement d\u2019espace dans les débats publics que les citoyens peuvent Tendances de l\u2019appui à la souveraineté: la question du vote des femmes, 1999-2001 Participation politique et partis 460 L\u2019état du Québec se former une opinion en l\u2019absence d\u2019échéancier précis.L\u2019étude qui suit ne vise pas à prédire le résultat du vote lors d\u2019un éventuel référendum.Pour prédire le résultat du vote final, il faudrait en effet effectuer deux opérations : \u2022\trépartir les indécis selon une méthode précise (il en existe plusieurs) ; \u2022\testimer des marges d\u2019erreur.Nous étudierons plutôt les intentions de vote exprimées par la mention d\u2019un OUI ferme, ce qui constitue un indicateur de ce que nous appelons le sentiment souverainiste dont nous analyserons l\u2019évolution dans le temps en observant les changements dans différents types d\u2019électeurs.Pour ce faire, nous nous concentrons sur l\u2019examen de la moyenne des OUI estimée à partir de plusieurs sondages afin de dégager des tendances de fond, au-delà des variations observables d\u2019un sondage à l\u2019autre.Environ 45% de OUI.Les cinq derniers sondages d\u2019opinion disponibles faits entre janvier et avril 2001 donnent à penser que l\u2019appui ferme à l\u2019option souverainiste se situe à environ 43% de l\u2019ensemble de l\u2019électorat québécois (voir le graphique 1).Cette proportion oscille autour du même niveau depuis le début de l\u2019année 1999, à la hausse ou à la baisse pour diverses raisons, sans oublier que la variation peut s\u2019expliquer par des erreurs d\u2019échantillonnage.Plutôt que d\u2019étudier un sondage en particulier, nous avons choisi d\u2019analyser la tendance qui se cache derrière les variations observables d\u2019un sondage à l\u2019autre au moyen d\u2019une technique de lissage des données ou encore en scrutant des moyennes mobiles ou des moyennes Graphique 1 Proportion des personnes ayant l'intention de voter OUI à la souveraineté selon la date des sondages, de 1999 à 2001, Québec % 70 65-60-55-50 45-40 35-30 25 20 - - Logarithmique (Oui) - Moy.mobile sur 2 pér.(Oui) v_/s_2t«jOOOOOOOOC5 Q (TJ U- ^ < O O < l X o ai O 2 û L\u2019État et les politiques publiques 461 sur toute une période, seules façons d\u2019étudier des évolutions temporelles.L\u2019estimation de la proportion de OUI fermes (donc avant répartition des indécis) à une question qui simule celle posée lors du référendum de 1995, donne une proportion plus faible que celle qui avait été obtenue dans les sondages menés peu de temps avant le scrutin référendaire (autour de 45 °/o en moyenne au cours du mois d\u2019octobre 1995).Il faut en effet comparer des sondages avec d\u2019autres sondages et non pas ce résultat pour l\u2019année 2001 avec le 49,4% obtenu en faveur du OUI lors du référendum de 1995, et aussi tenir compte du fait qu\u2019il y a des indécis dans tout sondage alors qu\u2019il n\u2019y en a plus lors du scrutin.Si en apparence il y a une relative stabilité des intentions de vote à une éventuelle question référendaire depuis deux ans, on observe par contre des changements importants dans différents groupements de la population québécoise, certains changements se produisant dans des directions opposées, ce qui donne une impression de relative stabilité au total.Une étude minutieuse des opinions des femmes donne un bel exemple de tels changements qui se font en direction opposée.Un rappel Nous analysons les intentions de vote sur la souveraineté du Québec exprimées en réponse à la question posée par la firme Léger et Léger dans différents sondages effectués sur une base régulière, sondages qui sont en tout point comparables.L\u2019énoncé de la question est le suivant : «Si un referendum sur lu souveraineté' du Quebec assortie d\u2019une offre de partenariat avec le Canada avait lieu aujourd\u2019hui, comment voteriez-vous ?» Nous avons empilé de diverses manières les 23 sondages faits entre avril 1999 et avril 2001.Cela donne au total 19 775 personnes, soit un nombre suffisant pour effectuer divers croisements de variables aux fins d\u2019analyse, ce que ne permet pas de faire l\u2019examen des sondages mensuels pris isolément.Nous proposons dans le premier tableau une distribution des intentions de vote selon diverses variables classiques de la sociologie électorale pour les années 2000 et 2001 (les données de l\u2019année 1999 ne sont pas comprises dans ce premier tableau, car elles ont fait l\u2019objet d\u2019une publication antérieure dans l\u2019ouvrage Québec 2001).On y retrouve des résultats connus : \u2022\tun peu moins de la moitié des francophones donne un appui ferme à l\u2019option souverainiste telle que formulée dans la question référendaire et cet appui est plus marqué chez les allo-phones que dans la population anglophone ; \u2022\tles hommes soutiennent en plus forte proportion que les femmes l\u2019option souverainiste ; \u2022\tcet appui est aussi plus prononcé chez les jeunes et il décline apres l\u2019âge de 55 ans, mais surtout après 65 ans ; \u2022\tcet appui est moins élevé chez les personnes ayant de bas revenus, dans le groupe des personnes faiblement scolarisées, chez les retraités et dans le groupe de personnes qui n\u2019occupent pas d\u2019emploi à l\u2019extérieur du foyer.Pour aller au-delà des impressions qui se dégagent de ce genre de croisements entre des variables, nous avons proposé une nouvelle façon d\u2019appréhender le support à la souveraineté du Québec dans un article paru dans Recherches sociographiques en 2000 et dans la mise à jour publiée dans Tendances de l\u2019appui à la souveraineté: la question du vote des femmes, 1999-2001 Participation politique et partis 462 L\u2019état d Tableau 1 Intentions de vote sur la souveraineté selon la langue maternelle, le sexe, l'âge, le diplôme obtenu, le revenu familial brut et la profession du répondant, seize sondages empilés effectués de janvier 2000 à avril 2001, Québec \t\t\t\t\t Français\t48,0\t45,4\t6,5\t100\t11 199 Anglais\t14,0\t80,6\t5,5\t100\t1 486 Autres\t19,7\t73,3\t7,0\t100\t1 037 Hommes\t45,4\t49,7\t4,8\t100\t6 664 Femmes\t39,2\t52,8\t8,0\t100\t7 071 18-24 ans\t53,4\t43,0\t3,6\t100\t1 472 25-34 ans\t42,2\t51,3\t6,3\t100\t2 429 35-44 ans\t44,4\t48,1\t7,5\t100\t3 258 45-54 ans\t46,9\t46,6\t6,5\t100\t2 721 55-64 ans\t37,5\t55,4\t7,1\t100\t1 922 65 ans et +\t27,6\t66,0\t6,4\t100\t1 916 Primaire (7 ans ou moins)\t33,2\t57,7\t9,1\t100\t948 Secondaire (DES de formation générale)\t43,9\t48,9\t7,2\t100\t5 501 Post-secondaire\t43,5\t50,5\t6,0\t100\t4 299 Universitaire\t40,1\t55,2\t4,7\t100\t2 945 moins de 20 000$\t40,8\t52,0\t7,2\t100\t2 075 20 000$ - 39999$\t43,2\t50,6\t6,2\t100\t3 724 40 000 $- 59 999$\t45,0\t49,5\t5,5\t100\t3 081 60 000 $- 79 999$\t46,3\t48,9\t4,7\t100\t1 692 80 000 $ et plus\t41,0\t55,2\t3,8\t100\t1 747 Cadres supérieurs et intermédiaires\t39,6\t55,4\t5,0\t100\t937 Professionnels\t44,2\t51,4\t4,4\t100\t1 537 Techniciens spécialisés\t45,0\t50,6\t4,4\t100\t585 Services\t42,9\t49,8\t7,4\t100\t3 232 Ouvriers manuels\t48,8\t44,6\t6,6\t100\t1 943 Sans emploi\t49,0\t43,0\t8,0\t100\t486 Retraités\t32,4\t60,8\t6,9\t100\t2 683 Au foyer\t38,6\t52,8\t8,7\t100\t1 156 Étudiants\t51,0\t44,8\t4,2\t100\t1 044 Non déterminé\t54,9\t39,0\t6,1\t100\t82 Total\t42,2\t51.3\t6,5\t100\t13 735 Source: Données fournies par la maison Léger Marketing.Calculs des auteurs de ce texte. L\u2019Etat et les politiques publiques 463 Quebec 2001 (voir réferences).Plutôt que d\u2019étudier seulement les croisements entre diverses variables descriptives et l\u2019intention de vote à la manière de ce qui est présenté dans le premier tableau, nous avons privilégié une approche typologique.Quelques-unes de ces variables se recoupent en effet : faibles revenus, faible scolarité et âge élevé, par exemple, sont associés à une opinion largement défavorable à la souveraineté, d\u2019où la nécessité de construire des types d\u2019électeurs qui combinent certaines de ces variables.Cette approche typologique a permis de mieux comprendre ce qui s\u2019est passé en 1995 \u2014 année où s\u2019est tenu le dernier référendum sur la souveraineté du Québec \u2014 mais aussi elle nous a amenés à analyser différemment l'évolution du soutien à cette option en présentant les variables classiques de la sociologie électorale comme des indicateurs : 1) de la trace des héritages passés et, 2) de la position actuellement occupée dans la société, position qui marque les choix politiques des acteurs sociaux.Cette typologie a été expliquée en détail dans les deux publications citées plus haut auxquelles nous renvoyons le lecteur.Rappelons seulement ici que nous combinons quatre caractéristiques différentes \u2014 l\u2019âge, le revenu, la langue maternelle et l\u2019activité professionnelle \u2014 afin d\u2019obtenir une caractérisation des groupements d\u2019électeurs définis en fonction des raisons fortes (selon l\u2019expression de Raymond Boudon) qu\u2019ils ont d\u2019appuyer ou non l\u2019option souverainiste.Par exemple, il est clair que les personnes de langue maternelle anglaise ont de très bonnes raisons, de leur point de vue, d\u2019être contre.Les personnes retraitées peuvent voir le changement politique radical comme étant menaçant pour leurs rentes.Les personnes démunies vivent dans un état de dépendance qui est peu compatible avec la projection vers l\u2019avenir.Dynamique des acteurs sociaux.Cette approche consiste à opposer deux catégories d\u2019acteurs sociaux (ici des électeurs lors d\u2019un scrutin).La première est formée de personnes ayant des convictions permanentes: nationalistes «teindus en bleu « (selon la veille expression populaire) ou fédéralistes convaincus, par exemple.Elles ont des raisons presque immuables de voter dans un sens précis.La deuxième catégorie d\u2019acteurs se comporte différemment.Ceux-ci ont alors des raisons qui peuvent varier dans le temps d\u2019agir dans un sens ou dans un autre.Les gouvernements sont élus ou battus parce qu\u2019une partie de l\u2019électorat change d\u2019idée, appuie un programme plutôt qu\u2019un autre, se laisse séduire par un leader ou une équipe, proteste contre un parti corrompu, et ainsi de suite.Il arrive donc qu\u2019un ensemble d\u2019électeurs se mobilisent pour agir dans le même sens, partageant alors des raisons de se comporter ainsi.C\u2019est parce que les électeurs peuvent décider en tant qu\u2019acteurs sociaux que des mouvements populaires sont possibles, comme l'illustre avec abondance l\u2019histoire des démocraties.C\u2019est cet aspect dynamique qu\u2019il faut être en mesure de saisir dans l\u2019analyse sociologique.Si cette vision des choses est juste, il y aurait donc deux manières d\u2019être souverainiste.La première se fonde sur des raisons permanentes d\u2019agir, des raisons tellement fortes qu'elles sont en fait des convictions quasi immuables.La seconde manière se fonde sur les raisons d\u2019agir que se donnent les gens lorsque vient le temps de poser un geste donné, lors d\u2019un référendum, par exemple, ou Tendances de l\u2019appui à la souveraineté: la question du vote des femmes, 1999-2001 Participation politique et partis 464 L'état du Québec encore lors d\u2019un sondage d\u2019opinion qui force les individus à se prononcer.Projection dans l\u2019auenir.Nous posons que le mouvement social en faveur de la souveraineté est en fait porté largement par les personnes au travail, jeunes (moins de 55 ans), francophones et disposant de revenus les situant au-delà de l\u2019univers de la satisfaction des besoins les plus stricts.En d\u2019autres termes, il est permis de penser que les personnes qui vont davantage appuyer le projet souverainiste sont aussi celles qui peuvent objectivement se projeter dans l\u2019avenir et qui ont aussi bien le goût que les moyens d\u2019être maîtres de leur propre destinée.La typologie obtenue se réduit finalement aux six grands types qui paraissent dans le tableau 2, après avoir regroupé certains critères.Le type I, celui qui est le plus susceptible de porter le projet de souveraineté, augmente un peu en importance dans l\u2019ensemble de la population depuis 1995, de même que le type III car plus de personnes sont actives dans la population, surtout chez les femmes et parce que la baisse du taux de participation des hommes au marché du travail s\u2019est arrêtée ces dernières années.L\u2019intérêt de cette approche apparaîtra en analysant les données du tableau 3.Effectivement, on constate que l\u2019appui à la souveraineté est plus élevé dans le type I, le groupement très large des personnes qui portent le projet souverainiste.L\u2019appui est nettement plus faible chez les francophones inactifs âgés de 55 ans et plus, et encore plus faible chez les anglophones et allophones, ce qui correspond bien aux prédictions faites avec le modèle sur lequel s\u2019appuie la typologie proposée.Nous étudierons maintenant l\u2019évolution dans le temps des opinions de T999 à 2001, non plus au total comme nous l\u2019avons fait plus haut, mais bien plutôt dans diverses catégories analytiques \u2014 y compris la variable sexe des électeurs qui recevra ici une attention plus particulière \u2014 tout en comparant les résultats avec ceux de 1995, année du dernier référendum sur la souveraineté du Québec.L'option souverainiste perd du terrain dans le groupement qui porte le projet La première colonne du tableau 3 donne le portrait de ce qui s\u2019est passé en 1995, qui sert ici de point de départ pour l\u2019étude de l\u2019évolution des opinions.On voit d\u2019abord Tableau 2 Poids des types dans la population selon l\u2019année de sondage \t\t 1 Francophones, 18-54 ans, actifs, 20 000$ et plus\t44,8\t45,9 Il Francophones, 18-54 ans, inactifs et actifs faible revenu\t15,7\t13,5 III Francophones, 55 ans et plus, actifs\t4,5\t5,5 IV Francophones, 55 ans et plus, inactifs\t17,6\t16,8 V Anglophones, 18-54 ans\t12,7\t13,5 VI Anglophones, 55 ans et plus\t4,7\t4,8 Total %\t100\t100 N\t4020\t5001 Source : Données fournies par la maison Léger Marketing.Calculs des auteurs de ce texte. L\u2019État et les politiques publiques 465 Tableau 3 Intentions de vote sur la souveraineté (pourcentage de OUI fermes) selon la typologie des citoyens, années 1995,1999, 2000 et 2001, Québec \t\t\t\t\t 1\tFrancophones, 18-54 ans, actifs, 20 000$ et plus\t61,4\t56,4\t52,5\t53,9 II\tFrancophones, 18-54 ans, inactifs et actifs faible revenu\t48,1\t50,2\t50,5\t50,4 III\tFrancophones, 55 ans et plus, actifs\t48,9\t40,9\t41,3\t41,5 IV\tFrancophones, 55 ans et plus, inactifs\t34,7\t32,2\t33,4\t37,3 V\tAnglophones, 18-54 ans\t10,8\t14,4\t17,6\t15,6 VI\tAnglophones, 55 ans et plus\t4,3\t7,9\t13,6\t17,8 Total %\t\t45,0\t42,1\t41,7\t43,1 \tN\t4019\t6036\t8723\t5013 Source : Données fournies par la maison Léger Marketing.Calculs des auteurs de ce texte.nettement que le projet souverainiste a été largement porté par les électeurs du type I, qui l\u2019ont appuyé en forte majorité, plus que dans tout autre groupement.Par la suite, on observe un important déclin de l\u2019appui donné à l\u2019option souverainiste concentré précisément dans le groupement qui est identifié comme le porteur du projet souverainiste (le type I, première ligne du tableau 3).L\u2019appui ferme à la souveraineté serait passé de 61,4% en moyenne en 1995 (et de 66,9% le 26 octobre de cette année-là) à environ 53-56% en 1999, 2000 et 2001.La proportion en faveur du OUI dans ce type qui est catégorisé comme porteur du projet souverainiste est nettement insuffisante pour assurer une éventuelle victoire lors d\u2019un scrutin référendaire, compte tenu de la forte opposition rencontrée chez les autres types d\u2019électeurs.Un seul autre type \u2014 plus marginal en importance relative \u2014 connaît aussi une diminution : les francophones âgés de plus de 55 ans et toujours actifs sur le marché du travail.Le fait que ce soit aussi un type formé de personnes encore actives sur le marché du travail est important à noter, car ce constat peut nous mettre sur la piste d\u2019une explication possible du déclin, sur lequel nous reviendrons plus loin.Enfin, le support donné à l\u2019option du OUI reste assez stable dans le type II et il augmente même dans les types qui lui étaient les plus opposés en 1995.C\u2019est le cas en particulier chez les anglophones et les allophones et chez les personnes inactives ayant plus de 55 ans.À mesure qu\u2019on s\u2019éloigne de l\u2019année 1995, les cohortes d\u2019électeurs très âgés sont remplacées par de nouvelles qui sont plus susceptibles d\u2019avoir appuyé le camp souverainiste dans le passé.Ce changement structurel de population a-t-il affecté le niveau d\u2019appui donné à l\u2019option souverainiste?Se pose en effet la question de savoir si les personnes d\u2019âge mûr qui appuient en ce moment en majorité la souveraineté chez les francophones vont maintenir leur appui en vieillissant, notamment après le passage à la retraite, l\u2019effet de la socialisation politique dans l\u2019espace public de la société québécoise après i960 venant alors en conflit avec l'effet de la rente.Les travaux de Vincent Lemieux donnent à penser que les orientations politi- Tendances de l\u2019appui à la souveraineté: la question du vote des femmes, 1999-2001 Participation politique et partis 466 L\u2019état du Québec ques ont un certain caractère permanent dans les générations à mesure qu\u2019elles avancent en âge, mais il ne faut pas exclure qu\u2019une partie des nouvelles cohortes de retraités qui avaient appuyé l\u2019option du OUI dans leur jeunesse changent d\u2019avis en vieillissant, notamment au moment du passage de l\u2019univers du travail à l\u2019univers, plus frileux, de la rente.La série de données ne permet pas d\u2019analyser en détail la permanence des engagements souverainistes des personnes qui arrivent à l\u2019âge de leur retraite.Le tableau 3 donne cependant à penser que les retraités ayant plus de 55 ans augmentent quelque peu leur appui à l\u2019option de la souveraineté du Québec si on compare les données observées dans ce groupe d\u2019électeurs lors du référendum de 1995 et les résultats des sondages du début de l\u2019année 2001.Bref, malgré une hausse de l\u2019appui au projet souverainiste dans les types d\u2019électeurs qui lui étaient jusque-là fortement opposés \u2014 types qui sont par ailleurs minoritaires en proportion dans l\u2019ensemble de la population \u2014 l\u2019option de René Lévesque ne parvient pas à franchir le cap des 50% parce que le groupement porteur du projet souverainiste ne se mobilise plus aussi fortement en sa faveur, contrairement à ce qui s\u2019est passé en 1995.La défection des femmes actives Les études menées sur l\u2019appui donné à l\u2019option souverainiste dans la population québécoise ont maintes fois noté les différences entre les sexes, les femmes votant OUI en moindre proportion que les hommes.Bien des choses ont cependant changé depuis le temps que de telles études sont menées et nous proposons dans les pages qui suivent de faire le point sur ces différences à la lumière des récentes données disponibles.Mentionnons d\u2019abord qu\u2019on aurait tort de considérer les femmes comme un bloc monolithique, car cette catégorie n\u2019est pas du tout homogène.Tout un monde, toute une histoire séparent les grands-mères appartenant à l\u2019univers sociopolitique du Canada français, par exemple, des jeunes femmes de carrière du Québec moderne.Il faut donc en tenir compte.Ainsi, l\u2019option souverainiste emporte-t-elle moins l\u2019adhésion des femmes âgées au Québec (65 ans et plus) dont le poids sur le plan démographique est non négligeable à cause de l'allongement de l\u2019espérance de vie, alors qu\u2019elle s\u2019avère très populaire dans la tranche d\u2019âge des électrices qui s\u2019apprêtent à se prononcer ou à voter pour la première fois.Rappelons par ailleurs que nous avions observé dans notre étude de l\u2019évolution des opinions durant la campagne référendaire de 1995 un étonnant rapprochement entre hommes et femmes actifs sur le marché du travail appartenant au type I, celles-ci augmentant leur appui au camp du OUI de manière manifeste au cours de la campagne référendaire.Cette année-là, les femmes actives âgées de moins de 55 ans s\u2019étaient mobilisées, mais plus tardivement que les hommes, en faveur du OUI.À elle seule, cette observation illustre la pertinence de considérer les raisons fortes des acteurs afin d\u2019expliquer les résultats du vote.Nos études ont aussi montré que la croissance de l\u2019appui donné au camp du OUI par ces «jeunes» (18-54 ans) femmes actives, francophones et non pauvres s\u2019était poursuivie de 1995 jusqu\u2019au tout début de l\u2019année 1999.La mise à jour de notre analyse, publiée dans l\u2019ouvrage Québec 2001, effectuée à partir de données portant sur toute l\u2019an- l'État et les politiques publiques 467 née 1999 et le début de l\u2019année 2000 faisait cependant réapparaître des différences entre les sexes au sein du type I, différences que nous pouvons mieux cerner maintenant avec une série de données plus longue.Cette évolution du soutien des femmes du «groupement porteur» au cours de la campagne référendaire et dans les années qui l\u2019ont suivie nous avait amenés à proposer que la différence générale de l\u2019appui des hommes et des femmes était en gros un effet secondaire de la position sociale puisqu\u2019elle tendait à disparaître dans le groupe du type I.Or, l\u2019évolution récente de cet écart et une analyse plus fine de notre part nous obligent à nuancer cette conclusion, ou plutôt, comme on le verra plus loin, à la reformuler selon les principes généraux qui inspirent notre analyse.Évolution des écarts Comment ont évolué ces dernières années les écarts entre hommes et femmes que nous venons de décrire et surtout, comment expliquer cette évolution?Examinons le phénomène en bon ordre, au moyen de trois graphiques : \u2022 d\u2019abord, comme nous l\u2019avons affirmé plus haut et contrairement à ce que certains analystes ont prétendu dans les journaux à l\u2019été 2001 sur la base d\u2019un seul sondage, il n\u2019y a pas de transformation importante de l\u2019écart général entre les intentions des hommes et celles des femmes.Le graphique 2, basé sur le lissage logarithmique des résultats de 25 sondages effectués depuis avril 1999, illustre cette stabilité à moyen terme d\u2019un écart qui, pour l\u2019ensemble de la population, tourne autour de 6-7%; Graphique 2 Proportion des personnes ayant l\u2019intention de voter OUI à la souveraineté selon le sexe et la date des sondages, de 1999 à 2001, Québec.% 70 \u2014 - Logarithmique (Hommes) ¦i.i\u2014 Logarithmique (Femmes) 60-\t.(y/loy.mobile sur 2 pér.(Hommes) \u201e\ti ¦ \u2014 Moy.mobile sur 2 pér.(Femmes) 25- 20 arorarOrC7rOrararOOgrJ£u\t00000000 01 01 c» Or û.u o 'ûr c -or ro ai O z o ni u- ¦> 5\t3 .5 ° < < ! > t~» C > \"Z 0 'Si * > Z o -*\t^ < H F Tendances de l\u2019appui à la souveraineté: la question du vote des femmes, 1999-2001 Participation politique et partis 468 L\u2019état du Québec Graphique 3 Proportion des personnes du type I ayant l'intention de voter OUI à la souveraineté selon le sexe et la date des sondages.Québec % 70 \"S- cncritntncrioooooooooooo oï ex» U' Ul Ul Ul Ul '\u2014I '\u2014» '\u2014> '\u2014'W'\u2014- '\u2014'\t^\t-\t___ a^cncncncnoooooooooooooooo en cr> en en i_ii\tcji\tui u> ui v\u2014'\t'\u2014\u2022\t>\u2014'\t\u2022\u2014'\t\u2022\u2014'\t\u2022\u2014\u2022\t\u2022\u2014\u2022\t\u2022\u2014\u2022\t\u2022\u2014-\t~\u2014\u2022\u2014\u2022\t\u2014~\t\u2014\trr: cnaic^cncnoooooooooooooooo w\tw\t^.1\t^.1\t/-.1\tr-.i\t/-.i\t/-si\t/-si\t/-si\t/-si\trsi rsi\trsj en o> en en fN(N(NfMrvj(NrNfMfN(NfNr\\ir\\irMrMrM > u C > O - Q_ U\tO\t-CU\tC\t «5\t\u2018d U O U O\t7\tû\tni\tU-\t*s ^\t\u2014.2 O) O 2 D < un -\t-\t-\t\u2022\tLogarithmique (Hommes, francophones, 18-54 ans, actifs, 20 000 S et plus) ¦\tLogarithmique (Femmes, francophones, 18-54 ans, actifs, 20 000 S et plus) -\t-\t-\t\u2022\tMoy.mobile sur 2 pér.(Hommes, francophones, 18-54 ans, actifs, 20 000 S\tet plus) ¦\tMoy.mobile sur 2 pér.(Femmes, francophones, 18-54 ans, actifs, 20 000 $\tet plus) cependant, lorsque nous limitons notre attention (pour la même période et en procédant de la même manière) aux seuls répondants du type I, force est alors d\u2019admettre qu\u2019il est apparu depuis deux ans un important écart entre les intentions des hommes et des femmes appartenant à ce groupement (voir le graphique 3).Depuis le milieu de 1999, on observe en effet une défection vis-à-vis de l\u2019option souverainiste chez les femmes francophones engagées sur le marché du travail et âgées de moins de 55 ans.Le rapprochement des hommes et des femmes du type 1, amorcé durant la campagne de 1995 et confirmé, nous semblait-il, jusqu\u2019à la première moitié de l\u2019année 1999, s\u2019est renversé au cours des deux dernières années d\u2019une manière qui ne laisse pas d\u2019être intrigante ; finalement, et en toute logique avec ce qui précède, on observe, sur la même période et par la même méthode, une réduction de l\u2019écart entre les hommes et les femmes des cinq autres groupements de notre typologie (voir graphique 4), phénomène qui illustre à nouveau le fait qu\u2019une stabilité d\u2019ensemble puisse être le résultat de deux évolutions importantes mais de sens contraires. L\u2019État et les politiques publiques 469 Graphique 4 Proportion des personnes des types 2 à 5 regroupés ayant l'intention de voter OUI à la souveraineté selon le sexe et la date des sondages.Québec % 70 65-60-55-50- 45- 40- / V/ en en en en en \tQuébec-Allemagne : parallèles, analogies, comparaisons ÉTUDES QUÉBÉCOISES >\tL'Association internationale des études québécoises më» Le Québec, le Canada, le monde 659 Le Québec, le Canada, le monde Les relations internationales: le Québec veut parler de sa propre voix Robert Dutrisac Correspondant parlementaire, Le Devoir Au delà du prévisible accrochage entre Ottawa et Québec \u2014 le premier ministre Bernard Landry n\u2019a pas été autorisé à adresser la parole aux chefs d\u2019État invités \u2014, le Sommet des Amériques d'avril 2001 a marqué les relations internationales du Québec.Cette vaste négociation d\u2019une Zone de libre-échange des Amériques (ZLEA), et d\u2019une façon plus générale, le resserrement des relations multilatérales ainsi que bilatérales entre les pays de l\u2019hémisphère, revêtent une importance primordiale aux yeux du gouvernement québécois.Le nouveau contexte américain pourrait s\u2019avérer favorable à la promotion de la diversité culturelle, un dossier crucial pour Québec.Il pourrait aussi donner lieu une action accrue du Québec sur la scène internationale dans les domaines de sa compétence constitutionnelle.À peine la fumée des gaz lacymogènes s\u2019était-elle dissipée sur Québec que la ministre des Relations internationales, Louise Beaudoin, s\u2019envolait pour le Brésil pour une mission au cours de laquelle elle fut reçue par le gouverneur de l\u2019État du Rio Grande do Sul, Olivio Dutra.Ce fut une première retombée directe du Sommet des Amériques car l\u2019invitation fut faite à cette occasion.Une invitation d\u2019État fédéré à État fédéré à laquelle Ottawa ne saurait s\u2019opposer.Lors de cette première prise de contact, il fut surtout question de la participation de la société civile aux débats entourant la ZLEA et la mondialisation et des suites à donner au Sommet des peuples, l\u2019événement parallèle qui s\u2019est déroulé juste avant le Sommet des Amériques.Le gouverneur Dutra, du Parti des travailleurs, un parti de gauche comme son nom l\u2019indique, a invité le Parti québécois ainsi que les syndicats et les ONG québécois à participer au Forum social mondial de Porto Alegre, qui se veut critique de la mondialisation et le pendant de gauche du Forum économique de Davos.Si le Sommet des Amériques et le Sommet des peuples à Québec ont pu sensibiliser la population aux enjeux sociaux liés aux grands accords de commerce international, les parlementaires n\u2019ont pas été en reste.À la veille du Sommet des Amériques, la Conférence des parlementaires des Amériques (COPA) a permis aux élus d\u2019exprimer leur volonté d\u2019être directement associés au processus de négociation de la ZLEA.À Québec, la commission parlementaire sur la ZLEA reprend ses travaux après avoir accouche d\u2019un permier rapport en décembre 2000.En outre, on souligne au gouvernement qu\u2019un certain nombre de ministères et leurs ministres \u2014 on pense notamment à l\u2019Éducation, à la Santé et aux Services sociaux, à l\u2019Environnement, la Culture et aux Communications \u2014 sont désormais davantage sensibilisés à cette réalité hémisphérique.Ces ministères, encouragés en cela par le ministère des Relations internationales, entreprendront Les relations internationales: le Québec veut parler de sa propre voix Le Québec, le Canada et le monde 660 Le Québec, le Canada, le monde des actions sur le plan bilatéral ou multilatéral en Amérique latine et tenteront de participer aux forums internationaux qui les concernent.La doctrine Gérin-Lajoie À cet égard, les limites à l\u2019action internationale du Québec seront sans aucun doute testées à plusieurs reprises en 2001-2002.À l\u2019été 2001, à quelques mois de la Conférence des ministres de l\u2019Éducation des pays des Amériques, qui doit se dérouler en Uruguay, le Québec a exprimé sa volonté d\u2019y dépêcher son propre ministre de l\u2019Éducation mais n\u2019a toujours pas obtenu l\u2019aval du gouvernement fédéral.Comme l\u2019éducation est une des compétences exclusives des provinces, Ottawa est dans une position délicate pour empêcher le Québec de participer à une conférence internationale des ministres de l\u2019Éducation pour la simple et bonne raison que le gouvernement fédéral n\u2019a pas de ministre de l\u2019Éducation.Le plan stratégique 2001-2004 du ministère des Relations internationales reprend une déclaration gouvernementale de mars 1999 : « Dans tous les forums internationaux traitant d\u2019éducation, de langue, de culture et d'identité, il est fondamental que le gouvernement du Québec s\u2019exprime de sa propre voix au nom du peuple québécois.» D\u2019une façon générale, on s\u2019en tient à la doctrine Gérin-Lajoie qui veut que le gouvernement du Québec puisse assurer sa propre représentation sur la scène internationale dans le domaines de sa compétence.C\u2019est le cas de la culture et de l\u2019éducation, mais aussi pour les questions relatives au travail, à la santé et à l\u2019environnement, indique-t-on.Or, le contexte mondial actuel est propice à la multiplication des forums internationaux sur des sujets variés, autant d\u2019oc- casions de heurts entre Québec et Ottawa.Le gouvernement québécois se plaint d'ailleurs d\u2019un durcissement de l\u2019attitude du gouvernement fédéral depuis le référendum de 1995 qui «débouche sur une conséquence fâcheuse pour l\u2019équilibre, déjà précaire, des pouvoirs su sein de la fédération canadienne», lit-on dans le plan stratégique du ministère.Il n\u2019y a pas que le gouvernement du Parti québécois qui poursuit l\u2019objectif d\u2019accroître la présence du Québec sur la scène internationale.Cet objectif fait consensus dans la classe politique québécoise.Dans le rapport préliminaire de son Comité spécial sur l\u2019avenir politique et constitutionnel de la société québécoise, le Parti libéral du Québec préconise qu\u2019une entente soit négociée avec Ottawa afin de permettre au Québec de « parler de sa propre voix» au sein d\u2019organismes internationaux en matière d\u2019éducation, de langue, d'identité et de diversité culturelle.Le Québec a intérêt à multiplier ses relations avec des États et des gouvernements représentant des nations souveraines ou non, avance le PLQ.Le Québec, qui a lancé la Décennie des Amériques, maintient une délégation générale à Mexico depuis maintenant 20 ans.Il a récemment ouvert un bureau à Buenos Aires, en Argentine.Le gouvernement projette de transformer son antenne à Santiago au Chili en délégation générale et d\u2019ouvrir une représentation au Brésil possiblement en 2003, confirmant les relations prioritaires que le Québec entend tisser ou maintenir avec ces quatre pays d\u2019Amérique latine.Le Québec compte aussi des représentations au Costa Rica, au Venezuela, en Colombie et au Pérou. Le Québec, le Canada, le monde 661 L'héritage de Lucien Bouchard : une présence accrue aux États-Unis Les liens économiques sont tels entre les États-Unis et le Québec \u2014 85 % des exportations québécoises sont destinées aux Américains \u2014 que le gouvernement Bouchard a décidé de renforcer les délégations québécoises chez ce partenaire économique, après les compressions draconiennes imposées à la diplomatie québécoise dans la foulée de la lutte pour atteindre le déficit déficit zéro entre 1995 et 1999.Le Québec a repris une formule qui a connu un succès certain en France en organisant une Saison du Québec à New York, expression artistique et vitrine technologique représentant un Québec à l\u2019avant-garde et branché, « cutting-edge », a dit la ministre Beaudoin.L\u2019homme de théâtre Robert Lepage et la chorégraphe Marie Chouinard sont de l\u2019événement, mais aussi des dizaines d\u2019entreprises de haute technologie.En 2001-2002, le budget du ministère des Relations internationales est passé de 88 millions à 109 millions, une hausse associée pour l\u2019essentiel à 1\u2019ouverture de trois délégations et d\u2019un bureau aux États-Unis.C\u2019est ainsi que le Québec a rouvert ses délégations à Boston et Los Angeles et en a ouvert une autre à Chicago.En outre, le gouvernement a créé un bureau à Miami où il existe 155 représentations consultâmes.Plaque tournante pour l\u2019Amérique latine, Miami est devenue le troisième centre diplomatique en importance aux États-Unis, après Washington et New York, devançant Los Angeles.Il est ardu pour le Québec d\u2019assurer sa représentation à Washington : Ottawa ne lui accorde le droit qu\u2019à un représentant « touristique » basé à New York et forcé de faire la navette.Mais il s\u2019agit bien d\u2019un représentant politique: personne n\u2019est dupe.Le gouvernement québécois voudrait bien tirer partie du précédent créé par le premier ministre de l\u2019Alberta, Ralph Klein, lorsqu\u2019il a rencontré en juin 2001 le vice-président américain Dick Cheney pour discuter d\u2019énergie.D\u2019autant plus que le Québec est joueur important de l\u2019approvisionnement énergétique dans l\u2019est des États-Unis.Ottawa a fermé la porte.Mais il faut savoir que MM.Klein et Cheney se connaissent bien : les deux hommes se sont rencontrés à plusieurs reprises quand le vice-président américain travaillait pour l\u2019industrie pétrolière.Il n\u2019en demeure pas moins que le Québec tire parti d\u2019un contexte régional qui favorise les relations qui concernent des enjeux concrets.Il participe à trois forums régionaux d\u2019importance: la Conférence des gouverneurs de la Nouvelle-Angleterre et des premiers ministres de l\u2019est du Canada, le Conseil des gouverneurs des Grands Lacs et la Commission des Grands Lacs.Le Québec est aussi le premier membre non américain du Council of State Governments.Lucien Bouchard avait resserré les liens avec le gouverneur de New York, le républicain George Pataki.À la Conférence de Montréal, Bernard Landry a rencontré M.Pataki au printemps 2001, avant même d\u2019ailleurs de croiser le premier ministre de l'Ontario, Mike Harris, à la Conférence des Grands Lacs.On ne sait encore quel changement pourrait apporter la présence du républicain George W.Bush à la Maison-Blanche.Mais on indique au ministère que les républicains ont la réputation d\u2019être moins centralisateurs que les démocrates et de respecter davantage les compétences des États.Les relations internationales: le Québec veut parler de sa propre voix Le Québec, le Canada et le monde 662 Le Québec, le Canada, le monde La diversité culturelle : le Québec, un précieux allié de la France Même si les États-Unis représentent un formidable partenaire économique pour le Québec, le gouvernement Landry n\u2019entend pas mettre tous ses œufs dans le même panier.Sous l\u2019impulsion de Louise Beaudoin, le Québec continuera a entretenir des liens étroits avec la France, tout en se rapprochant de l'Amérique latine.Ce ne sont pas les Américains qui viendront défendre le principe de la diversité culturelle, estime la ministre.Sur le continent, des pays comme le Brésil ne peuvent que contrebalancer l\u2019influence des États-Unis.La diversité culturelle, c\u2019est un des grands combats du xxic siècle, estime Louise Beaudoin.Sur cette question, il existe un « arrimage franco-québécois », et le Québec a pris pour la France une importance stratégique réelle.La France a peu d\u2019appui en Europe sur la promotion de la diversité culturelle.Ni l\u2019Angleterre, ni l\u2019Allemagne, ni les Pays-Bas, ni même l\u2019Espagne dont la langue est en progression dans le monde, ne montrent d\u2019enthousiasme à embrasser le principe de diversité culturelle défendue par la France, c\u2019est-à-dire le droit des États d\u2019adopter des politiques afin de favoriser leur culture nationale: quota pour la chanson à la radio \u2014 la France a décidé d\u2019imiter le Canada à cet égard \u2014, subventions réservées à la production cinématographique et télévisuelle, politique du livre, etc.En ce sens, le Québec est devenu un précieux allié de l\u2019Hexagone.Il en va de même pour le Canada.Même si le gouvernement québécois voit des différences entre sa position et celle du gouvernement fédéral, la lecture des textes sur la diversité culturelle émanant des deux gouvernements ne montre que des divergences mineures.En préparation du Sommet de la Francophonie de Beyrouth en octobre 2001, les ministres de la Culture de la Francophonie, réunis à Cotonou au Bénin en juin, ont adopté, sous l\u2019impulsion de la France et du Québec, une déclaration ferme en faveur de la diversité culturelle.Les ministres ont proposé que les 51 pays membres de l\u2019Organisation internationale de la Francophonie s\u2019opposent à toute libéralisation du commerce touchant les produits culturels devant l\u2019Organisation mondiale du commerce (OMC).On souhaite que, lors du Sommet de Beyrouth, dont le thème porte sur le dialogue entre les cultures, la Francophonie appuie les initiatives de l\u2019UNESCO en matière de diversité culturelle.À plus long terme, on envisage la création d\u2019un instrument international, sur le modèle possible de l\u2019Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI), afin de soustraire la culture aux règles ordinaires du commerce international.Si le Sommet de la Francophonie à Beyrouth se conclut par une déclaration sur la diversité culturelle, comme le souhaitent la France et le Québec, d\u2019autres pays ou groupes de pays non anglophones pourraient être incités à adopter des positions semblables.Dans cette optique, le secrétaire général de l\u2019Organisation internationale de la Francophonie, Boutros Boutros-Ghali, a déjà amorcé un rapprochement entre la Francophonie et des organisations qui représentent d\u2019autres grandes aires linguistiques mondiales : la Ligue arabe, l'Organisation des États ibéro-américains, la Communauté des pays de langue portugaise, le Secrétariat de la coopération ibéro-américaine et l\u2019Union latine. Le Québec, le Canada, le monde 663 L'Europe, une inspiration La période qui a suivi immédiatement la fin de la Guerre froide, avec le démembrement des pays de l\u2019Est et la montée des naüonalismes guerriers, a nui à l\u2019image du projet souverainiste à l\u2019étranger, admet-on aujourd\u2019hui.Ottawa avait la partie belle pour jeter du discrédit sur le projet de souveraineté-association en l\u2019associant à la guerre qui a déchiré l\u2019ex-Yougoslavie, par exemple.Mais cette période tire à sa fin, de l\u2019avis de certains experts comme Louis Bélanger, de l\u2019Institut québécois des hautes études internationales.La construction européenne, qui a permis par effet d\u2019entraînement à certaines petites nations d\u2019obtenir davantage d\u2019au- tonomie \u2014 la Catalogne, l\u2019Écosse, les Communautés flamande et wallone en Belgique en sont des exemples \u2014, légitimée le projet souverainiste, soutient-on au gouvernement.Avec son idée d\u2019union confédérale à l\u2019européenne, un nouveau terme pour la souveraineté-association ou la souveraineté-partenariat, Bernard Landry a plus de facilité à expliquer le souve-rainisme québécois aux Européens.« Nous voulons faire comme vous », leur a dit le premier ministre québécois lors de son passage en Belgique et en Bavière en juillet 2001.\u2022 [Voir aussi article sur les études québécoises dans le monde, p.675] Références Le Québec dans un ensemble international en mutation, Plan stratégique du ministère des Relations internationales du Québec, premier trimestre 2001.Disponible en format PDF à cette adresse: www.mri.gouv.qc.ca/pdf7Plan_strat._b.chure_int._PA.pdf Cuide de la pratique des relations internationales du Québec, ministère des Relations internationales, deuxième trimestre 2000.Le Québec et la zone de libre-échange des Amériques, Effet politiques et sociaux, Rapport de la Commission des institutions, décembre 2000.Le choix du Québec, Affirmation, atonomie et leadership, Rapport préliminaire du Comité spécial du Parti libéral du Québec sur l\u2019avenir politique et constitutionnel de la société québécoise, janvier 2001.Bélanger, Louis, «The domestic Politics of Quebec\u2019s Quest for International distinctiveness», article à paraître dans American Review of Canadian Studies.Le Bloc québécois dix ans plus tard: testament d'un échec ou simple point de passage?Manon Cornellier Correspondante parlementaire, Le Devoir Le 15 juin 1991, le gymnase du cégep de l\u2019Accord du lac Meech 1 année précédente, Tracy est en effervescence.Plus de 1000 y sont réunies pour donner naissance à un personnes, fouettées par la mort de nouveau parti fédéral, le Bloc québécois.Les relations internationales: le Québec veut parler de sa propre voix Le Québec, le Canada et le monde 664 Le Québec, le Canada, le monde Groupe parlementaire informel depuis juillet 1990, la formation deviendra le fer de lance du mouvement souverainiste à Ottawa.Les objectifs sont clairs : faire élire un maximum de députés à Ottawa pour ensuite contribuer à faire élire le Parti québécois et ainsi assurer la tenue d\u2019un référendum gagnant.Convaincu d\u2019une victoire proche, le chef Lucien Bouchard lance une phrase devenue maintenant célèbre.« Nous sommes à Ottawa en mission temporaire.Notre succès se mesurera à la brièveté de notre mandat.» Cette déclaration hante encore le parti aujourd'hui.À chaque détour, anniversaire, élections générales, la question revient.La longévité du parti est-elle, oui ou non, signe d\u2019échec?Cette interrogation s\u2019est imposée avec encore plus d\u2019acuité en juin 2001 lorsque le parti a célébré \u2014 avec beaucoup de discrétion, il faut le dire \u2014 son dixième anniversaire.Le chef actuel Gilles Duceppe cache mal son agacement.«C\u2019est une formule que M.Bouchard a employée.» Elle permet toutefois de mesurer le fossé qui s\u2019est creusé entre le rêve et la réalité.Les temps ont changé Le paysage a change depuis dix ans.L\u2019euphorie n\u2019y est plus.Après la mince défaite référendaire de 1995, le parü a vu son chef fondateur, Lucien Bouchard, quitter pour Québec et laisser derrière lui un parti désorganisé.Deux courses au leadership ont suivi, la dernière quelques semaines à peine avant le déclenchement des élections fédérales de 1997.Le parti n\u2019était pas prêt, le nouveau chef était épuisé.Les gaffes se sont multipliées et les résultats s\u2019en sont ressentis.Après avoir obtenu 53 sièges et le titre d\u2019oppostion officielle en 1993, le Bloc n\u2019en a récolté que 44 le 2 juin 1997.Au-delà des déconvenues attribuables aux bavures, le résultat traduisait entre autres un essoufflement du mouvement souverainiste.Ses appuis, après avoir connu un sommet aux lendemains de la mort de l\u2019Accord du lac Meech, plafonnent tout en souffrant de la fatigue à l\u2019égard du gouvernement péquiste à Québec.Les dernières élections fédérales de novembre 2000 ont servi un averüssement plus clair.Le Bloc a fait élire, malgré une campagne impeccable, seulement 38 députés.Au Bloc, on tente depuis de sauver la face en insistant sur le fait que le parti a toujours la majorité des sièges fédéraux au Québec, 38 comparativement à 36 pour les libéraux et à un pour les conservateurs.On ajoute que le parti a même vu son pourcentage de votes augmenter de 2 °/o (37,9% à 39,9%) alors que la participation a chuté, atteignant un plancher historique de 644% comparativement à 73,3 % en 1997.C\u2019est ignorer les libéraux qui, eux, ont vu leur pourcentage de votes passer de 36,7°/o à 44,2% durant la même période.Les grands perdants ont été les conservateurs qui ont chuté de 22,2 % des votes, sous lean Charest, à 5,6%, sous Joe Clark.Malgré ce que peuvent dire aujourd'hui les bloquistes, la déception le soir des élections était grande.Le premier ministre Lucien Bouchard a avoué la sienne au moment de sa démission en janvier 200t.II ne pouvait comprendre que les Québécois appuient les libéraux fédéraux alors que ces derniers ont adopté la loi sur la clarté référendaire (C-20) ou encore conclu sans le Québec l\u2019Accord sur l\u2019union sociale.Dans une analyse des taux de participation électorale au Québec en 1997, le politologue Louis Massicotte, de l\u2019Université de Montréal, et Edith Brochu, étu- Le Québec, le Canada, le monde 665 diante en sciences politiques à la même université, constataient en février 2001 que les souverainistes n\u2019avaient effectivement souffert d\u2019aucune démobilisation significative et que c\u2019était plutôt chez les anglophones qu\u2019on observait une forte abstention.Les libéraux n\u2019en ont pourtant pas souffert.Au contraire, ils ont même obtenu un plus grand nombre de sièges.C\u2019est là que se mesure leur succès.« Les libéraux ont réussi à compenser ce handicap en ralliant la grande majorité des exconservateurs de 1997», notent les auteurs.Résultat: les libéraux sont redevenus, après le sursaut conservateur des Brian Mulroney et Jean Charest et le flirt des conservateurs avec le Bloc en 1993, le seul pôle d\u2019attraction du vote fédéraliste.Quant au Bloc, il ne progresse plus.Malgré C-20, l\u2019Union sociale et les nombreux combats menés par les bloquistes.Impossible équation Les élections du 27 novembre ont fait très mal, car elles montrent les limites inhérentes à un parti souverainiste à Ottawa et illustrent comment sa présence contribue à reproduire sur la scène fédérale la même polarisation politique qui règne sur la scène provinciale.Mais est-ce à lui de s\u2019en soucier?Gilles Duceppe, lui, ne s\u2019en excuse pas.Il note que si les bloquistes pliaient bagages demain matin, non seulement ce serait une démission démocratique face aux souverainistes qui n\u2019auraient plus de voix, mais cela signifierait aussi une députation québécoise presque exclusivement libérale à Ottawa.Selon lui, si tel avait été le cas, il n\u2019y aurait pas eu de bataille rangée contre le projet C-20 ou, encore, contre le projet de loi sur la justice pénale pour adolescents qui a remplacé la loi sur les jeunes contrevenants.Il souligne qu\u2019aucun député libéral fédéral du Québec ne s\u2019est levé publiquement pour s\u2019y opposer.Pourtant, rappelle-t-il, le Bloc reflétait chaque fois des consensus québécois, y compris au sein de tous les partis à l\u2019Assemblée nationale.Si son parti ne progresse pas sur le front électoral, ce n\u2019est pas parce qu\u2019il ne fait pas son travail.Au contraire.Sur le terrain, il s\u2019est engagé depuis deux ans dans une réflexion en profondeur sur le projet souverainiste, la citoyenneté, la mondialisation et la démocratie.11 a lancé des débats, multiplié les contacts à l\u2019étranger et au Canada anglais, bâti des ponts avec les communautés culturelles et maintenu ceux établis avec les milieux communautaires et syndicaux.Aux Communes, le Bloc s\u2019est illustré par un travail exemplaire.La plupart des députés sont disciplinés, studieux, rigoureux, bien préparés pour défendre leurs dossiers.Dès les premières armes du Bloc comme opposition officielle en 1993, des commentateurs canadiens-anglais se voyaient obligés de reconnaître qu'il s\u2019agissait de la meilleure opposition officielle depuis longtemps.Le sérieux de l\u2019équipe bloquiste ne s\u2019est pas démenti.Gilles Duceppe rejette donc les constats d\u2019échec.«Ça dure plus longtemps [qu\u2019on ne l\u2019avait prévu] mais ça ne veut pas dire que ça ne répond pas aux objectifs qu\u2019on avait et qu\u2019on a toujours.Parce que les objectifs du Bloc étaient et demeurent : la promotion de la souveraineté et la défense des intérêts du Québec.Je pense que, dans les deux cas, on peut dire devoir accompli », confiait-il au Devoir en juin 200t.La raison d\u2019être de son parti ne fait pour lui aucun doute, même après dix ans d\u2019existence.Le Bloc aura sa place tant qu\u2019il Le Bloc québécoisdix ans plus tard : testament d\u2019un échec ou simple point de passage? Le Québec, le Canada et le monde 666 Le Québec, le Canada, le monde y aura des souverainistes au Québec.Simple question de démocratie.« Dix ans, c\u2019est, je pense, le reflet de la réalité canadienne et québécoise.[.] C\u2019est dix ans de démocratie pour le Québec parce que, avant ça, il y avait une démission démocratique.Les souverainistes n\u2019avaient pas de choix.Il n\u2019y avait personne qui pouvait parler en leur nom, représenter leur volonté, leurs vœux ici, à Ottawa.» Et d\u2019ajouter : « La démocratie n\u2019a jamais tort.La démocratie n\u2019est jamais un échec».Situation intenable Les choses ne sont pas si simples.Si le Bloc est toujours tiraillé par des questions existentielles et par l\u2019impatience de voir le projet souverainiste aboutir, c\u2019est qu\u2019il est dans une situation intenable.Souverainiste à Ottawa, destiné à l\u2019opposition perpétuelle, il n\u2019a pas le contrôle du calendrier souverainiste.Il peut seulement jouer le rôle d\u2019acteur de soutien, d\u2019aiguillon d\u2019une mobilisation en vue d\u2019un événement qu\u2019il ne peut déclencher.Malgré ses initiatives, l\u2019essentiel de son existence dépend de la vigueur du Parti québécois et de sa présence au pouvoir à Québec.Sans le PQ, le Bloc peut facilement se transformer en anachronisme.«On est toujours plus fort quand nos amis sont au pouvoir», de dire Gilles Duceppe.Il ne saurait mieux dire.C\u2019est pour cette raison que le conseil général bloquiste a décidé dès juin 2001 de consacrer l\u2019essentiel de ses efforts au cours des mois suivants à se préparer, non pas à des élections fédérales, mais provinciales.Le parti prévoyait même donner priorité au Parlement à des dossiers capables de mettre en valeur le projet souverainiste.Dans ses cartons, des débats sur la mondialisation, la renégociation de l\u2019Accord sur l\u2019union sociale et le problème du déséquilibre fiscal entre le fédéral et les provinces.Ce choix remet en évidence l\u2019éternel dilemme du Bloc.Malgré le double mandat qu\u2019il s\u2019est donné, son objectif, le vrai, est la souveraineté.Il n\u2019a pas d\u2019autre raison d\u2019être.Dans ce contexte, comment en faire la promotion tout en étant député à Ottawa pour y défendre les intérêts du Québec?La mobilisation se fait sur le terrain, pas aux Communes.Une police d'assurance?En y consacrant trop de temps et en le faisant bien, il y a un autre risque, celui de desservir involontairement la cause.Tous les bloquistes nient créer un sentiment de sécurité chez les Québécois et d\u2019être devenus ce que craignait Lucien Bouchard en 1994, soit une police d\u2019assurance.Leur défense consciencieuse des intérêts du Québec est-elle toutefois devenue trop rassurante pour certains Québécois?Difficile de trancher et de trouver le juste équilibre.L\u2019ambivalence est toutefois manifeste au sein du parti et de la députation.Quand Bernard Landry, devenu premier ministre du Québec, a dit qu\u2019il remettait la souveraineté au cœur de ses préoccupations et de son action, tant partisane que gouvernementale, beaucoup de bloquistes ont aussitôt réagi en se disant prêt sà passer plus de temps sur le terrain qu\u2019aux Communes.Louis Plamondon, député du Bas-Richelieu-Nicolet-Bécancour, un des membres fondateurs du Bloc qui n\u2019a jamais caché ses doutes à l\u2019égard du travail parlementaire, s\u2019empressait de dire que ses collègues et lui passaient trop de temps à vouloir corriger les projets de loi et à participer aux travaux des comités.«On met beaucoup d\u2019énergie, on dirait, pour quasiment bien faire fonctionner le le Québec, le Canada, le monde 667 fédéralisme alors qu\u2019on devrait plutôt consacrer notre énergie à faire la démonstration qu\u2019il sert mal les intérêts du Québec.» D\u2019autres, moins catégoriques, reconnaissaient quand même les limites du travail du Bloc à Ottawa lorsque vient le temps de faire avancer la souveraineté.«On a vu avec l\u2019élection [de novembre 2000] qu\u2019être une bonne opposition à Ottawa et un bon gouvernement à Québec, ce n\u2019est pas suffisant», avouait le nouveau député de Joliette, Pierre Paquette.Caroline Saint-Hilaire (Longueuil) résumait la situation ainsi.« On est coincé entre l\u2019arbre et l\u2019écorce.Oui, il faut s\u2019opposer aux intrusions du fédéral, mais ce n\u2019est pas cela qui fera avancer la souveraineté.» Pièce à quatre mains Si les bloquistes s\u2019interrogent toujours sur la façon de concilier leur rôle de défenseur des intérêts du Québec et de promoteur de la cause souverainiste, les citoyens, eux, peuvent à l\u2019occasion se demander si la voix qu\u2019ils souhaitent faire entendre a l\u2019efficacité qu\u2019ils souhaitent.Le fait que ce sont des souverainistes qui font écho « aux consensus » québécois a, à certains égards, un effet pervers, celui de marginaliser ces enjeux.Un parti d\u2019opposition ne peut changer le cours des choses à lui seul.Il a besoin d\u2019un élan derrière lui.Le Bloc a souvent réussi à mobiliser les gens derrière lui dans des dossiers comme l'assurance-emploi ou les jeunes contrevenants.Mais il n\u2019y est pas parvenu dans un dossier central à sa cause, celui de la loi sur la clarté.Les libéraux aiment donc, quand ça les sert bien, attribuer l\u2019opposition du Bloc à sa seule option souverainiste et traiter avec désinvolture les points de vue qu\u2019il défend.La transformation de la loi sur les jeunes contrevenants en loi sur la justice pénale pour adolescents, une approche décriée par toute la communauté juridique et communautaire au Québec [province où on enregistre le plus bas taux de criminalité juvénile] a particulièrement choqué.Le député bloquiste Michel Belle-humeur s\u2019est pourtant battu comme un forcené, multipliant les tactiques dilatoires et l\u2019obstrucüon pour en empêcher l\u2019adoption.Il a réussi à la faire mourir au feuilleton avant les élections de novembre mais rien n\u2019y fit pas la suite.Le gouvernement a procédé.L'argument des libéraux était qu\u2019il n\u2019y avait pas, malgré un vote contraire de l\u2019Assemblée nationale, de consensus au Québec.11 est vrai qu\u2019à Ottawa, aucun député du Québec, à part les bloquistes, n\u2019a défendu publiquement l\u2019approche québécoise.Certains commentateurs en sont venus à se demander si les libéraux se seraient montrés aussi cavaliers devant une mobilisation équivalente provoquée par un parti fédéraliste capable de les déloger du pouvoir.Rapport de force déclinant En somme, c\u2019est le rapport de force du Bloc qui semble aller en déclinant, d\u2019autant plus quand le PQ n\u2019a pas la cote.Voué à l\u2019opposition, on ne le craint pas du côté du pouvoir.Et dans l\u2019ensemble du pays, on le juge trop intéressé d\u2019en découdre avec le fédéral pour l\u2019écouter, ce qui fait que l\u2019isolement du Québec dans de nombreux dossiers ne suscite plus qu\u2019indifférence.Le hic dans tout ça, c\u2019est qu\u2019il ne revient pas au Bloc de résoudre cette équation.Lui fait ce qu\u2019il a à faire.La réacüon des libéraux est hors de son contrôle.L\u2019absence d\u2019autres voix québécoises aux Le Bloc québécoisdix ans plus tard : testament d\u2019un échec ou simple point de passage? Le Québec, le Canada et le monde 668 Le Québec, le Canada, le monde Communes avec qui il pourrait s\u2019associer aussi.Certains pourraient dire qu\u2019il faudrait une troisième voix mais, comme le dit très bien Gilles Duceppe, ce n\u2019est pas à lui d\u2019y voir ou de s\u2019effacer pour laisser la voie libre.Si d\u2019autres estiment pouvoir faire mieux, à eux de le prouver et de gagner la confiance des électeurs.Actuellement, le Bloc fait élire des députés parce que des électeurs le considèrent comme leur meilleur représentant.Selon les sondages réalisés au printemps 2001 par Léger Marketing, le Bloc jouissait alors d\u2019un appui stable au sein de la population québécoise et Gilles Duceppe était respecté.Le problème central du Bloc est qu\u2019il contrôle peu sa destinée.Il peut faire du travail de mobilisation mais sans jamais fixer la cible.Le Bloc ne peut qu\u2019en rêver, pas l\u2019imposer.Entre-temps, il vit tiraillé, dépendant complètement de la performance d\u2019un autre pour assurer son propre succès.Son plus grand test surviendra lors des prochaines élections provinciales.Si le Parti québécois ne conserve pas le pouvoir à Québec ou s\u2019il le conserve de justesse, reléguant à plus tard la tenue d\u2019un autre référendum, la crise existentielle du Bloc sera très aiguë.La lassitude gagnera les rangs bloquistes, en particulier parmi les députés de la première heure qui en ont déjà souvent assez de réchauffer leurs banquettes en attendant le grand soir, avec pour seule récompense un retour dans leurs terres.L\u2019impatience serait peut-être moins grande si Lucien Bouchard avait seulement évoqué une présence continue jusqu\u2019à la réalisation de la souveraineté.Mais sous le coup de l\u2019enthousiasme, ses troupes et lui ont pris leurs rêves pour la réalité.Depuis, la poussière est retombée et Gilles Duceppe, comme ses lieutenants, se console en disant que io ans, c\u2019est bien peu dans la vie d\u2019un peuple ou d\u2019un parti.\u2022 [Sur la politique/e'dérale, voir aussi p.32 ; sur les résultats des dernières elections, noir article suivant] Massicotte, Louis, Edith Brochu, «Élections fédérales de novembre: coup de loupe sur un scrutin», Le Devoir, 26 février 200t.Duceppe, Gilles, Question d\u2019identité, Lanctôt éditeur, Outremont, 2000 CoRNELLiER, Manon, The Bloc, James Lorimer Publishers, Toronto, 1995.Site Internet Le Bloc québécois : www.blocquebecois.org Le Québec, le Canada, le inonde 669 Un pays divisé: géopolitique des élections fédérales du 27 novembre 2000 Jean Cermakian Géographe, Université du Québec à Trois-Rivières Pour une troisième fois de suite, après les élections de 1993 et 1997, la carte électorale du Canada offre l\u2019image d\u2019un pays divisé où les régionalismes sont de plus en plus accentués.Il est vrai que le Parti libéral du Canada est présent dans chacune des dix provinces et chacun des trois territoires nordiques, mais il n\u2019a récolté que 41% du vote populaire.Le système électoral lui permet cependant de compter 172 députés sur 301 à la Chambre des Communes.Ce parti est hégémonique en Ontario (roo députés sur 203) et dans les territoires nordiques (3 députés sur 3), fortement majoritaire dans les provinces de l\u2019Adantique (19 députés sur 32) et peu présent dans les provinces de l\u2019Ouest (14 députés sur 88).Au Québec, il est presque à égalité avec le Bloc québécois (36 députés sur 75).Chacun des trois autres partis a une implantation régionale.Au nombre des facteurs explicatifs de cette carte électorale, mentionnons le poids dominant de l\u2019axe Montréal - Windsor, le poids croissant des grandes régions métropolitaines et des communautés culturelles qui résident majoritairement dans ces régions, la tension entre Ottawa et les deux principales forces régionalistes (provinces de l\u2019Ouest et Québec), et la dépendance des régions défavorisées vis-à-vis des subventions et programmes du gouvernement fédéral.Facteurs explicatifs La géographie, l\u2019histoire, la politique, l\u2019économie et la culture: autant de domaines qui contribuent à expliquer pourquoi le Canada est un pays divisé sur les plan politique et électoral.\u2022\tLa géographie - l\u2019immensité du territoire, les barrières naturelles, les contraintes climatiques, la discontinuité du peuplement contribuent à la différenciation des comportements électoraux.\u2022\tL\u2019histoire \u2022 selon un ouvrage récent du professeur Robert Bone (Bone, 2000), l\u2019histoire et la géographie ont créé deux fractures (fault lines) fondamentales au Canada: la fracture entre autochtones et Blancs, et la fracture entre anglophones et francophones.Ici encore, on peut noter un contraste prononcé dans le comportement électoral des différents groupes ethnolinguistiques.\u2022\tLa politique: toujours selon Bone, il existe une autre fracture, celle qui oppose les « centralisateurs » (essentiellement l\u2019Ontario, notamment la communauté financière de Bay Street et la machine gouvernementale fédérale) et les «décentralisateurs» (notamment les provinces de l\u2019Ouest et le Québec).\u2022\tL\u2019économie: aux grandes concentrations urbaines et industrielles du « Canada central » (surtout le long de l\u2019axe Windsor - Québec), détentrices du pouvoir économique et d\u2019un poids démographique dominant, s\u2019opposent les « régions-ressources », dépositaires de richesses minières, pétrolières, forestières et agricoles qu\u2019elles ne Un pays divisé: géopolitique des élections fédérales du 27 novembre 2000 Le Québec, le Canada et le monde 670 Le Québec, le Canada, le monde contrôlent pas et qu\u2019elles ne transforment pas sur place.\u2022 La culture : les facteurs linguistiques et culturels ont une influence réelle sur le comportement électoral : d\u2019une part, la géographie du vote doit tenir compte des deux «peuples fondateurs » qui votent souvent (mais pas de manière automatique) pour des partis différents ; ensuite, le vote des « néo-Canadiens » a de plus en plus de poids dans le rapport de forces électoral, surtout dans les trois plus grandes régions métropolitaines (Toronto, Montréal, Vancouver) qui comprennent le tiers de la population totale du pays ; finalement, l\u2019impact du vote autochtone (malgré un fort taux d\u2019abstention) est significatif dans les trois territoires nordiques ainsi que dans les régions nordiques des provinces.Le poids du passé Au-delà de tous ces facteurs, la géopolitique des élections fédérales du 27 novembre 2000 ne peut se comprendre qu\u2019en faisant référence au passé et à l\u2019histoire des institutions et des partis politiques fédéraux.D\u2019inspiration britannique, le système parlementaire canadien n\u2019a fonctionné efficacement que dans un scénario à deux partis [voir article p.37].Traditionnellement, ils s\u2019agissait du Parti libéral et du Parti conservateur, le premier, plutôt « à gauche», le second «à droite».Les libéraux étaient identifiés au vote urbain et francophone, les conservateurs au vote rural et anglophone.Ce ne sont là que des généralisations, auxquelles on pourrait trouver de nombreuses exceptions.L\u2019apparition du CCF dans les provinces de l\u2019Ouest dans les années 1930 met fin à la bipolarité libéraux-conservateurs.Le CCF deviendra le Nouveau Parti démocratique (NPD), parti social-démocrate issu de l\u2019alliance entre fermiers de l\u2019Ouest et travailleurs industriels (automobiles, acier, pâtes et papiers, mines) de l\u2019Ontario et des Maritimes.À partir des années i960, la carte électorale fédérale comporte donc trois couleurs: rouge (libéraux), bleu (conservateurs) et orange (NPD).Cela signifie deux choses : 1) le NPD va gruger le vote conservateur dans l\u2019Ouest et le vote libéral en Ontario, allant jusqu\u2019à ravir plusieurs circonscriptions à l\u2019un ou l\u2019autre des deux partis « traditionnels » ; 2) avec trois partis en lice, plusieurs circonscriptions seront la scène de luttes « triangulaires» et d\u2019élections de députés avec une minorité de voix (compte tenu du scrutin uninominal à un tour qui caractérise les systèmes parlementaires d\u2019inspiration britannique).Cependant, contrairement aux partis « traditionnels », le NPD n\u2019est pas présent dans toutes les provinces : ses députés proviennent surtout de quatre provinces (Colombie-Britannique, Saskatchewan, Manitoba, Ontario) et dans une moindre mesure des provinces maritimes.On peut en dire autant du Crédit social, une formation politique rurale, conservatrice et populiste ayant ses racines en Colombie-Britannique (W.A.C.Bennett) et en Alberta (E.C.Manning), dont l\u2019idéologie a été exportée au Québec sous l'impulsion de Réal Caouette.Longtemps au pouvoir dans ses deux provinces d\u2019origine, le Crédit social n\u2019a pas survécu longtemps à la disparition de ses fondateurs, mais a été à l\u2019origine du Parti réformiste du Canada (devenu l\u2019Alliance canadienne) dont le premier chef, Preston Manning, est le fils du fondateur du Crédit social de l\u2019Alberta.Les députés créditistes fédéraux et provinciaux étaient les porte-parole d\u2019un sentiment d\u2019aliénation et de Le Quebec, le Canada, le monde 671 frustration face au pouvoir politique centralisateur d\u2019Ottawa, et face au contrôle exercé par les banques et les grandes sociétés dont les sièges sociaux sont situés à Toronto, Montréal ou New York.Ils représentaient des régions ou des provinces dont l\u2019économie est essentiellement basée sur l\u2019extraction de richesses naturelles (minerais, charbon, pétrole, bois) contrôlées par ces mêmes sociétés : des régions périphériques oubliées ou délaissées par les gouvernements, certaines marginales, d\u2019autres plus riches mais toujours dépendantes du bon vouloir du gouvernement central et des conseils d\u2019administration des grandes entreprises.On en revient ici aux facteurs explicatifs énumérés au début de cet article : le phénomène créditiste (et plus tard réformiste et allianciste) est la manifestation géopolitique de la fracture entre « centralisateurs » et « décentralisateurs », dans la mesure où il s\u2019agit d\u2019un mouvement politique clairement identifié à un type d\u2019espace géographique bien précis, espace périphérique situé loin des principaux centres décisionnels politiques et économiques.Les relations Québec-Ottawa et la géopolitique électorale Dans la dynamique des rapports de force entre les gouvernements provinciaux et le gouvernement fédéral, les relations Québec-Ottawa occupent une place à part.L\u2019un des mythes les plus tenaces au sujet de la naissance et du développement de la fédération canadienne est certainement celui des deux « peuples fondateurs ».Il revient au gouvernement du Québec (quelle que soit sa « couleur ») de défendre les intérêts du « peuple francophone » face à la majorité anglophone représentée par le gouvernement d\u2019Ottawa.Il est souvent arrivé que les Québécois votent « bleu » au provincial et «rouge» au fédéral, ou l'inverse.Ainsi, ils étaient gagnants ou forts aux deux niveaux de gouvernement.Cependant, jusqu\u2019en 1980, les Québécois affichent une nette préférence pour les libéraux au niveau fédéral ; les conservateurs sont alors perçus comme le parti des «Anglais», autrement dit des intérêts de l\u2019Ontario et de l\u2019Ouest.Les quelques députés fédéraux conservateurs élus au Québec avant 1984 l\u2019ont été dans des circonscriptions de l\u2019Estrie comportant un pourcentage important d\u2019an-glphones.Tel n\u2019est pas le cas des anglophones montréalais, qui eux votent massivement pour le Parti libéral.Plus généralement, les Québécois fédéralistes ont utilisé le Parti libéral comme instrument de pouvoir à Ottawa depuis plus d\u2019un siècle et en ont profité, avec Trudeau, pour rapatrier la Constitution et adopter une Charte des droits et libertés en 1982.Ce rapatriement, sans l\u2019accord du Québec, a entraîné un changement dans le comportement électoral des Québécois.Épisode «bleu» au Québec.En 1984, les conservateurs de Brian Mulroney font campagne sur le libre-échange avec les États-Unis et sur la promesse faite au Québec de régler l\u2019impasse constitutionnelle.Ils sont bien implantés partout sauf au Québec.Mulroney, conscient de l\u2019amertume de la défaite des souverainistes au référendum de 1980, tend la main à René Lévesque, qui se laisse convaincre de prendre le « beau risque » et de collaborer avec les conservateurs de Mulroney pour réformer le fédéralisme et garantir au Québec sa place de « société distincte » au sein de la Constitution.Le résultat de cette alliance circonstancielle (qui créa une scission au sein du Parti québécois) fut Un pays divisé : géopolitique des élections fédérales du 27 novembre 2000 Le Québec, le Canada et le monde 672 Le Québec, le Canada, le monde une victoire sans équivoque pour les conservateurs, qui réussirent (pour la première fois en plus de trente ans) à faire élire une majorité de députés au Québec ; assez paradoxalement, ce sont les régions francophones rurales et les petites et moyennes agglomérations (le «Québec des régions») qui appuyèrent massivement les conservateurs.Quatre facteurs peuvent expliquer cette répartition : \u2022\tle discours résolument « nationaliste » de bon nombre des candidats conservateurs ; \u2022\tla provenance du chef du parti, natif de Baie-Comeau, sur la Côte-Nord ; \u2022\tla tradiüon « bleue » de bon nombre de circonscriptions rurales et de villes moyennes lors d\u2019élections provinciales (conservateurs puis Union nationale) ; \u2022\tle fait qu\u2019une majorité des PME, favorables au libre-échange nord-américain, soient situées en région.Pour sa part, le Parti libéral réussit à se maintenir dans ses fiefs historiques de Pile de Montréal et de l\u2019Outaouais.mais non dans la circonscription de Saint-Maurice (celle de Jean Chrétien), remportée par le candidat conservateur.À première vue, le « balayage » conservateur de 1984 a de quoi surprendre, surtout au Québec.Mais en réalité, la carte électorale fédérale conserve les trois mêmes couleurs qu'au cours des trente années précédentes.Cependant, c\u2019est la distribution des couleurs qui a changé: alors qu\u2019en 1980, le rouge dominait dans les Maritimes, au Québec et en Ontario, en 1984 le Québec et une partie de l\u2019Ontario passent au bleu, le NPD consolidant ses positions dans l\u2019Ouest et en Ontario.On retrouvera à peu près la même distribution en 1988, des élections à teneur référendaire portant sur l\u2019Accord de libre- échange canado-américain (ALE), précurseur de l\u2019ALENA.Les conservateurs la remportent facilement et ils sont alors au sommet de leur popularité.1993-2000 : la « balkanisation » du vote fédéral Depuis les élections de 1993, le caractère régionaliste et fragmenté du vote fédéral s\u2019est imposé comme la caractéristique principale de la géographie électorale canadienne.Il y a plusieurs raisons à cet état de choses, notamment: 1.\tL\u2019échec de la réforme constitutionnelle canadienne; en particulier l\u2019échec de la ratification de l\u2019Accord du lac Meech en 1990.Signé en 1987 par les onze premiers ministres provinciaux et fédéral, cet accord en cinq points permettait au Québec de réintégrer le cadre constitutionnel et reconnaissait le « caractère distinct » du Québec sur les plans linguistique et culturel.Il fallait une ratification unanime de l\u2019Accord par les onze parlements provinciaux et fédéral.Le refus du Manitoba et de Terre-Neuve de le ratifier mit fin à la seule vraie possibilité de sortir de l\u2019impasse constitutionnelle.L\u2019Accord du lac Meech mourut à la suite du refus, par deux provinces représentant à peine 3,5% de la population canadienne, d\u2019accepter un texte qui ne lésait en rien les pouvoirs politiques provinciaux.2.\tL\u2019impopularité du gouvernement Mulroney: en pleine crise économique, il accumule les déficits, privatise bon nombre de sociétés d\u2019État fédérales (Air Canada, Canadien National, Téléglobe Canada, etc.), menace de réduire les pensions de vieillesse et autres paiements sociaux. Le Québec, le Canada, le monde 673 3.Les effets négatifs de l\u2019ALE et de I\u2019ALENA commencent à se faire sentir, surtout en Ontario où l\u2019industrie automobile subit de plein fouet l\u2019impact du libre-échange, notamment par la relocalisation de plusieurs usines vers le Mexique.Le Québec et les provinces de l\u2019Ouest ont profité davantage du libre-échange, mais il ne faut pas oublier que l\u2019Ontario comprend près de 40% des électeurs canadiens et élit 103 des 301 députés à la Chambre des communes.Au-delà de tous ces facteurs, il faut comprendre que de 1984 à 1993, la main tendue par Mulroney au Québec a eu pour conséquence la mise en place d\u2019une alliance de Jacto entre conservateurs du Québec et des provinces de l\u2019Ouest pour gouverner le Canada sans (et peut-être contre?) un Ontario encore majoritairement acquis au Parti libéral.Ce n\u2019est d\u2019ailleurs qu\u2019au prix de telles alliances interrégionales que le pays pourrait être gouverné avec un minimum d\u2019équité et de justice distributive.Même au cours des années Trudeau (1968-1979 et 1980-1984), malgré la popularité du personnage, le Parti libéral avait de la difficulté à faire élire des candidats à l\u2019ouest du Manitoba.Création du Bloc.Au Québec, dès l\u2019été 1990, avec l\u2019échec de Meech, on assiste à la montée des intentions de vote souverainistes (autour de 60% selon les sondages de l\u2019époque).En juin 1991, le Bloc québécois est fondé par Lucien Bouchard ; son noyau est constitué de plusieurs députés du Québec, la plupart conservateurs.Ce parti, dont le but est de défendre les intérêts du Québec à Ottawa en attendant la souveraineté, devait au départ être temporaire.Comme le référendum d\u2019octobre 1995 fut perdu par les souverainistes, le Bloc qué- bécois est encore à la Chambre des communes dix ans après sa fondation.La force initiale du Bloc fut telle que non seulement il a fait élire plus de 50 députés en 1993, mais que, ironiquement, il fut pendant quatre ans le parti de l\u2019opposition officielle, ayant fait élire plus de députés que le Parti réformiste [sur les dix ans du Bloc québécois, voir article précédent].Pour ce qui est du Parti conservateur, ce fut le désastre : en 1993, il faillit disparaître, ne réussissant à sauver que deux députés (dont un au Québec: Jean Cha-rest).Les réformistes prirent la place des conservateurs dans l\u2019Ouest.Le NPD entama un lent déclin, surtout en Ontario.À partir de 1993, l\u2019Ontario devint une forteresse libérale, faisant plus que jamais de cette province, coeur industriel et financier du pays, principal nœud de transports aériens, son centre décisionnel principal en matière politique.Une dernière caractéristique du vote est la baisse progressive du taux de participation des électeurs lors des élections fédérales : pendant longtemps, le Canada était dans le peloton de tête des démocraties occidentales en cette matière, avec un taux d\u2019environ 75 %.À partir de 1988, le taux baisse régulièrement (1993 : 70 % ; 1997 : 67 °/o ; 2000 : 63 °/o).2000 : « Deux Québec dans un », comme d'habitude Au Québec, les élections fédérales de novembre 2000 nous démontrent, hors de tout doute, l\u2019importance du poids de l\u2019histoire pour aider à comprendre la répartition géographique du vote.Le vote du Bloc québécois occupe une bonne partie du Québec méridional le long des axes du Saint-Laurent et du Richelieu, ainsi que les anciennes extensions de la colonisation agricole, forestière et minière (Témisca- Un pays divisé : géopolitique des élections fédérales du 27 novembre 2000 Le Québec, le Canada et le monde 674 Le Québec, le Canada, le monde Résultats des élections fédérales du 27 novembre 2000 au Québec \t\t Alliance canadienne\t0\t6,2 Bloc québécois\t38\t39,9 Nouveau Parti démocratique\t0\t1,8 Parti libéral\t36\t44,2 Parti progressiste-conservateur\t1\t5,6 mingue, Saguenay-Lac Saint-Jean, Côte-Nord, Bas-Saint-Laurent, ainsi qu\u2019une partie de la Gaspésie et les îles de la Madeleine).Ce sont des régions presque totalement francophones, dotées de villes petites ou moyennes (et de la «capitale nationale » du Québec) ; en 1984 et 1988, ce territoire fut presque totalement le fief des députés conservateurs.De ce fief ne reste en 2000 que la circonscription de Richmond-Arthabaska, sauvée en grande partie grâce au mérite du député André Bachand.Plusieurs ex-députés conservateurs sont par contre passés aux libéraux et ont réussi la transformation avec succès (Chicoutimi, Shefford, Mégantic-Comp-ton).Le Parti libéral conserve ses fiefs traditionnels (île de Montréal, Outaouais, une partie de l\u2019Estrie et de la Gaspésie, Beauce).Bon nombre de ses électeurs sont anglophones ou allophones.Cependant, le Montréal métropolitain, où ces électeurs sont concentrés, comprend un moins grand pourcentage d\u2019allophones que Toronto ou Vancouver, villes où ces électeurs votent majoritairement libéral.Avec moins de 20% de non-franco-phones, et la concentration géographique de ces derniers dans un nombre limité de circonscriptions, il n\u2019est pas étonnant que le Parti libéral, avec 44% du vote au Québec, ne récolte que 36 sièges sur 75, alors que le Bloc Québécois, avec 40% du vote, va en chercher 38.C\u2019est une situation que l\u2019on a pu observer lors des élections provinciales de 1998 (libéraux majoritaires en votes, péquistes majoritaires en sièges).Divisé pour combien de temps?Notre article s\u2019intitule «Un pays divisé».La question est de savoir « pour combien de temps?» Si l\u2019on se place à l\u2019échelle du Canada, la situation actuelle existe depuis 1993 et risque de durer.On voit mal une Résultats des élections fédérales du 27 novembre 2000 à l'échelle canadienne \t\t\t Alliance canadienne\t66\t298\t25,5% Bloc québécois\t38\t75\t10,7% Nouveau parti démocratique\t13\t298\t8,5% Parti libéral\t172\t301\t40,8% Parti progressiste conservateur\t12\t291\t12,2% Autre\t0\t545\t2.3% Gouvernement : 172 \u2022 opposition :\t129 \u2022 majorité: 43\t\t Le Québec, le Canada, le monde 675 alternative à court terme face à un gouvernement très fort et relativement bien en selle (selon un sondage de juin 2001, 55% des Canadiens voteraient encore pour le Parti libéral!).L\u2019alternative à gauche se fera attendre longtemps, le NPD étant en phase de remise en question.À droite, il faudrait une fusion entre l\u2019Alliance canadienne et les conservateurs.Même si cela aboutissait, une (impensable?) coalition avec le Bloc québécois serait nécessaire pour renverser la majorité absolue de sièges que détient le Parti libéral.Au Québec, même si le Bloc québécois a perdu des sièges au cours des deux der- nières élections, il recueille encore 40% des votes.Il reste à voir jusqu\u2019à quel point le Parti liberal pourra continuer à faire des gains en territoire bloquiste.Cela dépendra, en dernier ressort, de l\u2019évolution des relations Québec-Ottawa et surtout de l\u2019évolution politique à court terme au Québec : vers un troisième référendum sur la souveraineté, ou vers un deuxième «beau risque»?Ou encore, vers une acceptation résignée du statu quo constitutionnel?\u2022 [Sur la politique/édérale, voir aussi article p.32] Références Bauer, J., Le système politique canadien, Que sais-je ?n° 3354, Presses universitaires de France, Paris, 1998.Bone, R., The Regional Geography of Canada, Oxford University Press, Toronto, 2000.Frank, S., « Election 2000 : Chrétien Rules», dans Time (édition canadienne), 11 décembre 2000 (plusieurs articles et une cartographie intéressante).Noël, A., « Canada : clair-obscur fédéral », dans L\u2019état du monde 2001 ; annuaire économique géopolitique mondial, Cordelier, S.et B.Didiot, (sous la dir.de), La Découverte/Boréal, Paris/Montréal, 2000.Saul, J., Réflexions d\u2019un frère siamois, Boréal, Montréal, 1998.?Sites Internet Atlas national du Canada (« 37' élection générale ») : www.atlas.gc.ca Directeur général des élections du Canada (résultats, partis, élus) : www.elections.ca Atlas du Québec et de ses régions (« Spécial élections ») : www.atlasduquebec.qc.ca L'essor des études québécoises dans le monde Fernand Harvey INRS Urbanisation, Culture et Société L\u2019étude du Québec fait l\u2019objet d\u2019un intérêt croissant à l\u2019étranger, souvent au grand étonnement des Québécois eux-mêmes qui s\u2019interrogent sur les raisons d\u2019un tel essor, non seulement dans des pays avec lesquels ils ont des rapports de proximité politique, culturelle ou géographique comme la France ou les États-Unis, mais Un pays divisé : géopolitique des élections fédérales du 27 novembre 2000 Le Québec, le Canada et le monde 676 Le Québec, le Canada, le monde également avec des pays éloignés comme la Russie, le Brésil, l\u2019Inde ou la Chine.À quand remonte cet intérêt pour les études québécoises?Comment s\u2019est-il institu-donnalisé?Quelles en sont les filiations culturelles et scientifiques ?L'étude du Canada français à l'étranger: les précurseurs Depuis les débuts de la Nouvelle-France, la société qui a pris racine sur les rives du Saint-Laurent, et dont on retrouve des rameaux ailleurs sur le continent, a suscité l\u2019intérêt des étrangers de passage.Administrateurs coloniaux, touristes et scientifiques ont laissé des rapports ou des récits de voyages qui témoignent de leur perception de l\u2019ancienne société canadienne-française au cours des siècles.Mais au-delà de ces écrits de circonstance qui accordent une grande place aux mœurs des paysans canadiens et à la nature sauvage, il existe des ouvrages qui relèvent de l\u2019essai politique ou de l\u2019analyse économique, géographique ou historique.Les observations d\u2019Alexis de Tocqueville sur le Bas-Canada (1835), les études de Rameau de Saint-Père sur l\u2019histoire de la colonisation française en Amérique (1859) et l\u2019essai d\u2019André Siegfried sur Le Canada, les deux races (1906) comptent parmi les contributions scientifiques les plus importantes de Français ayant séjourné au pays au cours du xixc siècle.D\u2019autres publications se sont ajoutées par la suite, dont une série d\u2019études approfondies sur les régions du Canada français réalisées par le géographe français Raoul Blanchard entre 1930 et 1960; ces monographies demeurent encore aujourd\u2019hui des ouvrages de référence.Les Français ne sont pas les seuls à s\u2019être intéressés au Québec.Des sociologues et anthropologues américains ont étudié les traits culturels de la société rurale traditionnelle et ses transformations sous l\u2019influence de l\u2019industrialisation, comme en témoignent les travaux d\u2019Horace Miner sur Saint-Denis de Ka-mouraska (1939) et de Everett C.Hughes sur la petite ville industrielle de Drum-mondville (1943).Ces recherches inspirées de l\u2019École de Chicago n\u2019ont pas été sans influencer les études sur le Canada français entreprises par les sociologues et anthropologues québécois à la Faculté des sciences sociales de l\u2019Université Laval au cours des années 1940 et 1950.La modernisation du Québec amorcée par la Révolution tranquille des années i960 a suscité un nouvel intérêt de chercheurs étrangers à l\u2019égard de cette société singulière en Amérique du Nord.Mais ce n\u2019est qu\u2019à la fin des années 1970 qu\u2019on peut observer une première forme d\u2019institutionnalisation académique à l\u2019échelle internationale par le biais des études canadiennes.L'institutionnalisation des études canadiennes au Canada Au cours des années 1970, l\u2019expansion rapide du réseau des universités canadiennes a suscité une crise identitaire au Canada anglais du fait que bon nombre des nouveaux professeurs embauchés en sciences humaines étaient Américains et qu\u2019ils ne s\u2019intéressaient pas à l\u2019étude du Canada.Une commission d\u2019enquête présidée par le professeur Thomas H.B.Symons et commanditée par l\u2019Association des Universités et Collèges du Canada (AUCC) posa un diagnostic sévère sur la place relativement faible accordée à l\u2019enseignement et à la recherche sur le Canada dans les universités du Canada anglais.La volonté de canadianiser les sciences sociales au niveau universitaire a favorisé Le Québec, le Canada, le monde 677 l\u2019émergence de programmes interdisciplinaires d\u2019enseignement sur le Canada et de centres de recherches en études canadiennes dans différentes universités du pays.À la même époque, une société savante, l\u2019Association for Canadian Stu-dies/l\u2019Association d\u2019études canadiennes, était fondée en 1973 pour promouvoir et structurer ce champ de recherche par le biais de colloques, de publications et d\u2019échanges académiques.À l\u2019origine, le mouvement en faveur des études canadiennes trouva peu d\u2019échos au Québec.Le rapport Symons publié en 1975 y fut accueilli avec une certaine sympathie parce qu\u2019il dénonçait une situation d\u2019ignorance jugée inacceptable ; mais on émettait des réserves sur l\u2019absence d\u2019une problématique articulée autour de la dualité canadienne (Le Devoir, 13 avril 1976).Le Livre blanc du gouvernement du Québec sur le développement culturel (1978) qualifiait le rapport Symons « d\u2019essai le plus révélateur » parmi les efforts récents pour définir le Canada comme culture originale, tout en regrettant que la culture québécoise ait été réduite à sa dimension linguistique et provinciale.Il faut dire, par ailleurs, que les chercheurs québécois n\u2019ont jamais senti l\u2019urgence de définir un champ d\u2019« études canadiennes » ou d\u2019« études québécoises » parce que les programmes d\u2019enseignement et de recherche des universités québécoises possédaient déjà une longue tradition d\u2019études sur le Canada français et sur le Québec.L\u2019expression d\u2019« études québécoises » est apparue assez tardivement au cours des années 1980 et n\u2019a pas donné naissance à une association d\u2019études québécoises à caractère national, à l\u2019instar de l\u2019Association d\u2019études canadiennes.Cependant, plusieurs universitaires québécois francophones ont parti- cipé aux activités de l\u2019AEC au fil des années dans le but d\u2019établir des ponts avec leurs collègues du Canada anglais dans le domaine de la littérature, de l\u2019histoire et des sciences sociales.Les études canadiennes à l'étranger La commission Symons consacra un important chapitre de son rapport aux études canadiennes à l\u2019étranger.Elle déplorait le fait que le ministère des Affaires extérieures du Canada allouait à peine 1 $ million aux échanges académiques internationaux en 1973, alors que des pays comme la France, la Grande-Bretagne, le Japon, l\u2019Allemagne de l\u2019Ouest et les États-Unis consacraient des dizaines de millions à cet important volet de leur diplomatie culturelle.Les recommandations du rapport Symons eurent un effet positif puisque le ministère des Affaires extérieures et du Commerce international (MAECI) fit par la suite de la diplomatie culturelle l\u2019un des trois piliers \u2014 avec le commerce et la défense \u2014 de la politique internationale du Canada (Le Canada dans le monde, 1995).Un premier centre d\u2019études canadiennes appuyé financièrement par le ministère fut inauguré en septembre 1975 à l\u2019Université d\u2019Edimbourg en Écosse.D\u2019autres centres de recherche et chaires d\u2019enseignement sur le Canada allaient bénéficier d\u2019un financement par le gouvernement fédéral au cours des années dans différents pays, notamment en Europe et aux États-Unis.L\u2019engagement du ministère des Affaires extérieures et du Commerce international envers les programmes d\u2019études canadiennes à l\u2019étranger poursuit depuis quatre objectifs principaux : \u2022 élargir la communauté influente «informée et favorablement disposée à l\u2019égard du Canada » ; L\u2019essor des études québécoises dans le monde Le Québec, le Canada et le monde 678 Le Québec, le Canada, le monde Tableau 1 Associations d'études canadiennes membres du Conseil international des études canadiennes en 2001 \t\t États-Unis \u2022 www.aGus.org/\t1971\t789 Canada \u2022 www.aG-aec.ca/\t1973\t738 Grande-Bretagne\t1975\t502 France \u2022 www.archimedia.fr/AFEC/\t1976\t419 Italie \u2022 www.aiscan.it/\t1979\t206 Japon\t1979\t265 Pays de langue allemande \u2022 www.kanada-studien.de\t1980\t697 Australie et Nouvelle-Zélande \u2022 www.powerup.com.au/~acsanz/\t1982\t221 Irlande\t1982\t100 Pays Scandinaves \u2022 www.hum.au.dk/nacs/\t1984\t250 Chine\t1984\t200 Pays-Bas\t1985\t158 Inde\t1985\t670 Israël\t1985\t300 Espagne \u2022 http://personal.redestb.es/aeec/\t1988\t262 Russie \u2022 http ://canada.iclub.ru 8101/\t1992\t160 Brésil \u2022 www.abecan.com.br/\t1991\t191 Vénézuela \u2022 www.avec-onlme.org/\t1991\t190 Corée \u2022 http ://kaG.wiseweb.co.kr/english/english.htm\t1992\t147 Mexique\t1992\t233 Membres associés\t\t American Council for Quebec Studies (É.-U.) \u2022 http ://acqs.plattsburgh.edu :81/\t1980\t400 Centre d'Études canadiennes de l'Université de Bruxelles (Belgique)\t1982\t Câtedra de Estudios sobre Canada (CES), Umversidad de La Habana (Cuba)\t1994\t123 Total : 23 associations\t\t7 221 Source : www.ICCS-CIEC.CA \u2022\taccroître la sensibilisation aux connaissances canadiennes à l\u2019étranger ; \u2022\tfavoriser les échanges entre les universitaires canadiens et étrangers ; \u2022\taméliorer les relations bilatérales du Canada.Le ministère des Affaires extérieures et du Commerce international appuya la fondation, en 1981, du Conseil international des etudes canadiennes (C1EC) par un groupe d\u2019universitaires réunis à l\u2019Université Dalhousie en Nouvelle-Écosse.En 2001, on évaluait à 7000 le nombre de canadianistes dans le monde, regroupés au sein de 20 associations nationales ou multinationales rattachées au Conseil international des études canadiennes/ International Council for Canadian Studies (C1EC) (tableau 1).De plus, une trentaine de pays offraient différents cours universitaires sur le Canada à quelque 150 000 étudiants.En 2001-2002, le budget total de la Direction des relations académiques internationales du MAECI Le Québec, le Canada, le monde 67g pour les études canadiennes à l\u2019étranger était de 5,2$ millions.De ce total, 1,9$ million était attribué au CIEC qui gère sur une base contractuelle divers programmes au nom du ministère et qui reçoit une subvention de base de 125 000 $ pour son fonctionnement.Le reste du budget de la Direction, soit environ 3,3 $ millions, était consacré au financement des centres et des associations d\u2019études canadiennes à l\u2019étranger, ainsi qu\u2019à divers projets spéciaux d\u2019activités et de financement.Les études québécoises à l\u2019étranger se sont développées pour une large part au sein du réseau international des études canadiennes.Bien que l\u2019intérêt pour le Québec et le Canada français varie selon les pays et les disciplines, on peut considérer que 25 à 30% des canadianistes étrangers se consacrent prioritairement aux études québécoises, comme en font foi les sujets de communications retenus lors des nombreux colloques consacrés à l'étude du Canada à l\u2019étranger.Le gouvernement du Québec et les études québécoises à l'étranger Ce n\u2019est que progressivement que le gouvernement du Québec a pris conscience de la nécessité d\u2019intégrer les études québécoises dans le volet culturel de sa diplomatie.Le Livre blanc sur le développement culturel (1978) fait mention de la nécessité d\u2019encourager le développement des relations culturelles internationales du Québec par des conférences et une meilleure circulation des produits culturels québécois ; mais on n\u2019y fait pas explicitement mention des études québécoises.À la même époque, le Québec apporte son appui financier à la création de centres d\u2019études québécoises à Trêves en Allemagne (1976), à Liège en Belgique (1976), à Bologne en Italie (1984) ainsi que dans diverses villes françaises.Le Québec accorde également son appui à la fondation en 1980 de l\u2019American Council for Quebec Studies ; l'Association publie a partir de 1983 sa propre revue : Quebec Studies.Le désir du gouvernement du Québec d\u2019assurer une meilleure connaissance de la réalité québécoise aux États-Unis l\u2019amène également à soutenir diverses activités d\u2019enseignement et de recherche dans les centres d\u2019études canadiennes des universités américaines, dont le Quebec Summer Seminar, organisé chaque année depuis 1979 par le Centre d\u2019études canadiennes de la State University of New York à Plattsburgh.Les délégations du Québec à Paris, à Londres et à Rome ont également joué un rôle actif dans le soutien des études québécoises en Europe.Cependant, cet appui financier a varié au cours des années en plus d\u2019avoir été affecté par diverses coupures budgétaires.En ce qui concerne l\u2019Allemagne, l\u2019ancienne délégation de Düsserldorf a été remplacée par des bureaux à Munich et à Berlin, lesquels continuent d\u2019encourager les études québécoises.La volonté du gouvernement du Québec de soutenir plus systématiquement le développement des études québécoises à l\u2019étranger s\u2019est traduit par l\u2019appui accordé par le ministère des Affaires internationales et son titulaire de l\u2019époque, Sylvain Simard, à la fondation de l\u2019Association internationale des études québécoises.Un colloque soulignant cette fondation eut lieu à l\u2019Université du Québec à Trois-Rivières, en mai 1997.La relation qui s\u2019est établie entre le MR] et I\u2019AIEQ depuis sa fondation est analogue à celle existant entre le Conseil international d\u2019études canadiennes et le ministère des Affaires L\u2019essor des études québécoises dans le monde Le Québec, le Canada et le monde 680 e Québec, le Canada, I étrangères du Canada: soutien financier mais respect de l\u2019indépendance académique.Dans les deux cas, ce sont les universitaires qui définissent les orientations et qui assurent la direction, sans faire intervenir des considérations politiques partisanes.Cependant, il est bien évident que l\u2019existence de telles associations d'études québécoise et canadienne contribue au développement de la diplomatie culturelle du Québec et du Canada.Le soutien aux études canadiennes à l\u2019étranger s\u2019inscrit dans la politique du ministère des Affaires extérieures du Canada dont l\u2019un des trois piliers est de « projeter les valeurs et la culture canadiennes dans le monde».De son côté le ministère des Relations internationales du Québec confirme son soutien aux études québécoises dans son Plan stTatfijique 2001-2004.Il considère que l\u2019AIEQ «est devenue un relais de qualité pour animer des débats autour des réalités québécoises et pour contribuer à une meilleure connaissance du Québec dans des milieux susceptibles de répercuter très largement leurs connaissances au-delà du monde universitaire ».C\u2019est dans cette perspective que le MRI entrevoit d\u2019implanter une chaire de recherche sur le Québec aux États-Unis et qu\u2019il compte encourager la recherche sur le Québec dans différents pays, notamment en Allemagne, en Italie, en Grande-Bretagne et en France.En 2000-200X, on peut évaluer à environ 500 000$, la contribution du MRI pour le financement des études québécoises, soit environ 330 000 $ pour l\u2019AIEQ (incluant des prêts de service) et le reste en soutien direct pour les activités académiques à l\u2019étranger (dons de livres, colloques, soutien à des centres).Géographie des études québécoises à l\u2019étranger On ne se surprendra pas de constater que c\u2019est en Europe et aux États-Unis que les études québécoises ont connu les développements les plus importants.On peut distinguer quatre types d\u2019activités rattachées à ce champ scientifique: l\u2019enseignement (cours, séminaires, programmes), la recherche (y compris la rédaction de thèses), les colloques, et les publications.Ces activités académiques s\u2019inscrivent dans le cadre de départements universitaires, de centres de recherche et de diverses associations d\u2019études canadiennes ou québécoises.À elle seule, la France compte 18 centres d\u2019études canadiennes répartis dans différentes villes et qui bénéficient du soutien financier du Canada et dans une moindre mesure de celui du Québec.Il faut souligner, par ailleurs, que le développement des études québécoises en France s\u2019est fait en marge des activités du Centre de coopération interuniversitaire franco-québécoise, bien que ce volet fit partie de son mandat initial, au moment de sa fondation à Paris en 1984.Il existe aussi une vingtaine de centres de recherche qui s\u2019intéressent au Québec ailleurs en Europe, notamment en Grande-Bretagne, en Allemagne, en Autriche, en Belgique et en Italie (tableau 2).Si certains de ces centres d\u2019études canadiennes ou québécoises disposent de ressources humaines, financières et documentaires assez importants, d\u2019autres reposent souvent sur les épaules d\u2019une seule personne et demeurent par le fait même plus fragiles.Aux États-Unis, on compte quelque 63 centres ou programmes d\u2019études canadiennes d\u2019importance variable.De ce nombre, une quinzaine s\u2019intéressent davantage Le Québec, le Canada, le monde 681 Tableau 2 Principaux centres d'études canadiennes s'intéressant aux études québécoises en Europe, 2001 Date de fondation France\tLes centres d etudes canadiennes en France \u2022 www.archimediafr/APEC/\t Aix en Provence Centre Saint-Laurent\t\t1987 Angers\tCentre d'études et de recherche pluridisciplinaire d\u2019études canadiennes de l'Université d'Angers\t1998 Avignon\tCentre d\u2019études canadiennes d'Avignon et des pays du Vaucluse\t1996 Bordeaux\tCentre d\u2019études canadiennes interuniversitaire de Bordeaux\t1975 Grenoble\tCentre d'études canadiennes de Grenoble\t1976 Lyon\tCentre Jacques Cartier\t1984 Montpellier\tCentre d'études canadiennes de Montpellier\t1988 Nice\tCentre d'études et de coopération canadiennes\t2000 Nantes\tCentre d'études et de recherches sur le Canada\t1985 Paris\tCentre de recherches d'histoire nord-américaine Université de Paris I\t1988 \tCentre d'études canadiennes, Université de Paris III\t1990 Poitiers\tInstitut d'études acadiennes et québécoises\t1992 Rennes\tCentre d'études canadiennes\t1992 Rouen\tInstitut pluridisciplinaire d'études canadiennes\t1983 Strasbourg\tCentre interdisciplinaire de recherches et d'études canadiennes\t1983 Toulouse\tGroupe de recherches en études canadiennes\t1996 Valenciennes\tCentre multidisciplinaire d'études canadiennes\t1997 Grande-Bretagne\t\t Leicester\tLeicester Centre for Quebec Studie \u2022 www.le.ac.uk/ml/quebec\t1997 Edimbourgh\tThe University of Edinburgh Centre of Canadian Studies \u2022 www.ed.ac.uk/canst/mdex/htm\t1975 Leeds\tCenter for Francophone Studies, University of Leeds \u2022 www.leeds.ac.uk/french/francophone/cfs.htm\t1997 Allemagne\t\t Trêves\tCentre d'études québécoises, Université de Trêves (démantelé en 1999) \u2022 www.uni-trier.de/uni/fb2/romanistik/CEQUT/CEQUT.htm\t1978 Bayreuth\tLiteraturwissenschaft und Komparatistik, Université de Bayreuth -\t Francfort\tInstitut für romanishe Sprachen und Literaturen, Université de Francfort-sur-le-Main\t Berlin\tInstitut für Romanische Philologie, Université libre de Berlin\t Leipzig\tQuebec Studienzentrum/Centre d'études québécoises, Université de Leipzig \u2022 www.uni-leipzig.de/-roman/cequ 1 .html\t1992 Dresde\tCentre interdisciplinaire de recherches franco-canadiennes Quebec-Saxe \u2022 www.tu-dresden.de/sulcifra/homepage.htm\t1994 La Sarre\tCentre d'études interculturelles sur le Québec et la Francophonie nord-américaine,\t (Saarbrücken)\tUniversité de La Sarre [Universitat des Saarlandes] * www.phil.uni-sb.de/fr/romanistik/ik/arbeitsstelle/links.htm\t1993 Fribourg\tCentre d'études québécoises de Fribourg\t Duisbourg\tCentre de recherche et de documentation sur le Québec, Université GH Duisburg\t Augsbourg\tInstitut für Kanada-Studien, Université de Augsbourg www.uni-augsburg.de/institute/kanada\t l\u2019essor des études québécoises dans le monde Le Québec, le Canada et le monde 682 Le Québec, le Canada, le monde Autriche Innsbruck\tDas Zentrum fur Kanadastudien, U.d'Innsbruck (inclut un Centre d'étude de la chanson québécoise] 1994\t Graz\tInstitut fur Romanistik, Université de Graz www.kfumgraz.ac.at/bfawww/kooperationen/canada/htm\t1999 Vienne\tZentrum für Kanada-Studien, Institut fur Romanistik, Université de Vienne www.univie.ac.at/Anglistik/Canada Center/cancentl.htm\t1998 Belgique\t\t Liège\tCentre d'études québécoises, Université de Liège\t1976 Gand\tCentre d'études québécoises et franco-canadiennes, Université de Gand\t1987 Bruxelles\tCentre d'études canadiennes de l'Université Libre de Bruxelles www.bib.ulb.ac.be/canada/cectex.htm\t1982 Danemark\t\t Aarhus\tCentre d'études canadiennes et québécoises, Université de Aarhus\t1984 Irlande\t\t Dublin\tDepartment of French, Trinity College www.tcd.ie/french\t Galway\tDepartment of French, National University of Ireland www.nuigalway.ie/fre/\t Italie\t\t Bologne\tCentre d'études québécoises, Université de Bologne\t1984 Bologne-Turin-Bari-Urbino Centre interuniversitaire d'études québécoises\t1998 Espagne Caceres\tCentro de Estudios Canadienses, Universidad de Extremadura\t1993 Barcelone\tCentro de Estudios Canadienses, Universidad de Barcelona\t1996 Pologne Varsovie\tCentre d'étude en civilisation canadienne-française et en littérature québécoise, Université de Varsovie\t1983 Russie Moscou\tCentre Moscou-Québec, Université d'État des sciences humaines de Russie et Université Laval www.danet.ixmedia.com/centre/index.html\t1997 Source : www.ICCS-CIEC.CA et www.aieq.qc.ca\t\t à l\u2019étude de la littérature, de la culture, de l\u2019histoire et de la politique au Québec (tableau 3).Pour des raisons de proximité géographique ou d\u2019affinités historiques, ces centres sont situés principalement en Nouvelle-Angleterre et dans le Middle West.Des universités sur la Côte Ouest, en Louisiane et d\u2019autres en Caroline du Nord s\u2019intéressent également aux études québécoises.Ces concentrations géographiques n\u2019empêchent pas d\u2019autres chercheurs de s\u2019intéresser au Québec par le biais de l\u2019Association for Canadian Studies in the United States, de I\u2019American Council for Quebec Studies et du Conseil international d\u2019études francophones.Ailleurs dans le monde, on a pu observer, au cours des récentes années, un intérêt nouveau pour les études québécoises.En Inde, en Chine et en Corée, des centres de recherche s\u2019intéressent au Québec et plus particulièrement à sa littérature.Des développements analogues s\u2019amorcent en Amérique latine, notamment au Brésil et au Mexique.L\u2019expansion rapide des études québécoises dans le monde depuis les années 1990 peut s\u2019expliquer pour diverses rai- le Québec, le Canada, le monde 683 Tableau 3 Principaux centres d'études canadiennes s'intéressant aux études québécoises aux États-Unis, 2001 Côte ouest Californie\tCentre for International Studies.Canadian Studies, California State University, Chico Canadian Studies Program, University of California at Berkeley \u2022 www.ias.berkeley.edu/canada/\t1983 1982 Washington\tCenter for Canadian-American Studies, Western Washington University, Bellingham Canadian Studies Center, University of Washington, Seattle \u2022 http://jsis.artsci.washington.edu/programs/canada/canada.html\t1987 Middle West\t\t Indiana\tCanadian Studies Program, Franklin College of Indiana\t1984 \tCommittee on Canadian Studies, Ball State University\t1993 Michigan\tCanadian Studies Centre, Michigan State University\t1958 Ohio\tCanadian Studies Center, Bowling Green State University \u2022 www.cba.bgsu.edu/cast/\t1989 Nouvelle-Angleterre\t\t Maine\tCanadian-American Center, University of Maine at Orono \u2022 www.umaine.edu/canam/\t1967 Massachusetts\tFive College Consortium Canadian Studies Program, University of Massachusetts, Amherst\t1977 New Hampshire Canadian Studies Centre, Plymouth State College\t\t1980 New York\tCenter for the Study of Canada, State University of New York at Plattsburg http://canada.plattsburgh.edu/cesca.htm\t1966 Vermont\tCanadian Studies Program, University of Vermont, Burlington \u2022 www.uvm.edu/~canada/\t1964 Sud\t\t Caroline\tCenter for North American Studies, Duke University, Durham \u2022\t du Nord\twww.duke.edu/web/northamer/cangrad.htm\t1973 Louisiane\tCanadian Studies Committee, University of Louisiana at Lafayette\t1988 Source : www.ICCS-CIEC.CA et www.aieq.qc.ca sons.Leur institutionnalisation a sans doute été préparée depuis les années 1980 par la mise sur pied du réseau des études canadiennes, lesquelles incluent le Québec et le Canada français dans leur champ d\u2019études.Le soutien financier des deux paliers de gouvernement a également assuré la stabilité et le développement du réseau des canadianistes et québécistes à l\u2019étranger.Il faut ajouter que le recours aux nouvelles technologies a grandement facilité les communications.Au moment de quitter la présidence du CIEC/ICCS en 1987, l\u2019historien italien Luca Codignola signalait à quel point les lenteurs de la poste avaient compliqué son travail de coordination.Dix ans plus tard, la nouvelle Association internationale des études québécoises utilisait à fond Internet pour rejoindre ses membres et en identifier de nouveaux aux quatre coins du monde.Sur un total d\u2019environ 2000 québécistes à travers le monde, l\u2019Association en avait déjà recruté plus de 600 en 2001.Un départ aussi fulgurant aurait été impensable quelques années plus tôt.Filiations culturelles et scientifiques Par sa situation géographique, historique, économique, politique et culturelle, le Québec participe à des réseaux internationaux multiples dont l\u2019effet cumulatif L\u2019essor des études québécoises dans le monde Le Québec, le Canada et le monde 684 Le Québec, le Canada, le monde Tableau 4 Principaux centres d'études canadiennes s'intéressant aux études québécoises en Asie, 2001 Chine Pékin\tCentre d'études canadiennes, Institut des langues étrangères de Pékin Sichuan\tCentre d'études canadiennes, Sichuan International Studies University Corée Séoul\tCentre de recherches sur la Francophonie, Université nationale de Séoul Inde Baroda\tCentre for Canadian Studies, Maharaja Sayajirao University of Baroda New Delhi\tCentre for French Studies, Jawaharlal Nehru University Centre for Canadian Studies, University of Delhi Source : www.ICCS-CIEC.CA et www.aieq.qc.ca\t rend sa position unique.D\u2019où l\u2019intérêt qu\u2019il suscite au-delà de son poids réel sur l\u2019échiquier international.On peut donc expliquer l\u2019existence d\u2019un nombre relativement important de québécistes pour les différentes raisons évoquées précédemment; mais également du fait qu\u2019il existe plusieurs filiations scientifiques et culturelles susceptibles de mener à l\u2019étude du Québec et du Canada français.L\u2019intégration du Québec au sein de divers réseaux canadiens et internationaux constitue un arrière-fond qui facilite l\u2019essor des études québécoises à l\u2019étranger.Le Canada appartient à diverses associations internationales qui touchent l\u2019Europe, les Amériques et l\u2019Asie, facilitant ainsi le soutien qu\u2019il apporte aux études canadiennes par ses ambassades et ses centres culturels.Le Québec, à une échelle plus réduite, possède son propre réseau de relations internationales et apporte son appui aux études québécoises par le biais de ses diverses délégations à l\u2019étranger.Les pays membres de la Francophonie constituent également un milieu favorable au développement des études québécoises.Mais au-delà de ces réseaux politiques, ce sont les filiations scientifiques qui expliquent pour l\u2019essentiel l\u2019essor des études québécoises dans le monde.Les études littéraires demeurent sans doute le champ de recherche et d\u2019enseignement le plus important en études québécoises.La « découverte » de la littérature québécoise, se fait parfois directement, à l\u2019occasion de la visite au Québec d\u2019un universitaire étranger, ou à la suite d\u2019une tournée d\u2019un écrivain québécois à l\u2019extérieur du pays.Elle peut aussi s\u2019effectuer par le biais des études françaises dont le champ a eu tendance à s\u2019élargir ces dernières années pour inclure la littérature des pays de la Francophonie.Ce fut le cas au Centre d\u2019études françaises de l\u2019Université Jawaharlal Nehru de New Delhi, par exemple.Des thèses rédigées par des étudiants étrangers sur des auteurs québécois tels que Anne Hebert, Michel Tremblay, se multiplient.Il est surprenant de constater que l\u2019étude de la littérature québécoise suscite beaucoup d\u2019intérêt dans les pays anglophones et germanophones, plus particulièrement aux États-Unis, en Grande-Bretagne, en Irlande, en Allemagne et en Autriche.Peut-être y cherche-t-on un modèle esthétique et culturel différent du modèle français dominant. Le Quebec, le Canada, le monde 685 Tableau 5 Revues internationales d'études canadiennes et québécoises, 2001* Amériques\t Brésil\tInterfaces Brasil/Canada Canada\tInternational Journal of CanadiStudies/Revue internationale detudes canadiennes \u2022 www.iccs-ciec.ca/pages/7Journal/a_oveviewf.html Recherches sociographiques \u2022 www.soc.ulaval.ca/rechsocyrechsoc.htm\t Globe \u2022 www.cam.org/~inuk\t États-Unis\tAmerican Journal of Canadian Studies Quebec Studies\t Mexique\tRevista Mexicana de Estudios Canadienses Vénézuela\tRevista Venezolana de Estudios Canadienses Asie/Océanie\t Australie\tAustralian-Canadian Studies Corée\tK'aenada nonch'ong/Korean Review Inde\tIndian Journal of Canadian Studies Japon\tKanada kenkyn nenpo/The Annual Review of Canadian Studies Europe\t Allemagne/Autriche/Suisse\tZeitschrift fur Kanada-Studien Espagne\tRevista Espanôla de Estudios Canadienses France\tEtudes canadiennes/Canadian Studies Grande-Bretagne\tBritish Journal of Canadian Studies Italie\tRevista di studi canadesi * Excluant les bulletins d'association et les publications irrégulières.Source : www ICC5-CIEC.CA La filiation linguistique est également importante dans le champ des études québécoises à l\u2019étranger.On peut y distinguer trois orientations : celle des études romanes qui s\u2019intéressent à la langue franco-québécoise, comme variété du «français standard»; celle de la didactique du français qui analyse les expériences québécoises et canadiennes en matière d\u2019apprentissage des langues; et celle de l\u2019étude des politiques linguistiques qui intéresse plusieurs pays aux prises avec des problèmes de bilinguisme ou de multilinguisme.Les études nord-américaines, orientées d\u2019abord en fonction des États-Unis, offrent également une porte d\u2019entrée pour les études canadiennes et québécoises, plus particulièrement dans le domaine de l\u2019histoire, de la géographie et des sciences sociales.Les études en sciences politiques consacrées au fédéralisme et aux États multinationaux amènent, par ailleurs, certains universitaires étrangers à s\u2019intéresser au nationalisme québécois et à la question du Québec.Dans le même ordre d\u2019idée, le cas québécois a souvent servi d\u2019élément de comparaison avec d\u2019autres petites sociétés (Écosse, Irlande, Wallonie, Catalogne, États fédérés de Russie, etc.) dans le cadre d\u2019études ou de colloques.L\u2019essor des études québécoises dans le monde Le Québec, le Canada et le monde 686 Le Québec, le Canada, le monde Références Balthazar, Louis, Louis Bélanger et Gordon Mace, (sous la dir.de) Trente ans de politique extérieure du Québec igôo-iggo, Centre québécois des relations internationales et Éditions du Septentrion, Sillery, 1993- Beach, J.Richard, «À travers les frontières : Quebec and Quebec Studies >», Journal of Cultural Geography, 8, 2 (Spring/Summer) 1988.Cameron, David, Le point sur les études canadiennes: les années 90, Association d\u2019études canadiennes, Montréal, 1996.Cartier, Georges et Lucie Rouillard, Les relations culturelles internationales du Québec, École nationale d\u2019administration publique, Sainte-Foy, 1984.Chartier, Daniel, (sous la dir.de), « L\u2019émergence des études québécoises», Globe, 4, 2 (octobre) (Allemagne, Autriche, Belgique, Brésil, Chine, Espagne, États-Unis, Europe orientale, France, Grande-Bretagne, Inde, Irlande, Italie, pays scandinaues, Russie), 2001.En collaboration, «Un aperçu de la recherche sur le Canada français dans le monde», Cultures du Canada français, 5,1988.Flamand, Jacques, « Le rapport de la Commission Symons.Un inquiétant bilan des études canadiennes dans les collèges et universités du pays», Le Devoir, 13 avril 1976.Harvey, Fernand, «Pour une histoire culturelle du mouvement des études canadiennes», Bulletin de l\u2019Association d\u2019études canadiennes, io, 1 (print.) 1988.Jaumin, Serge, Matteo Sanfilippo, «Les nouvelles tendances des études canadiennes en Belgique et en Italie», Canadian Studies/Thèmescanadiens, 17,1995.Lacroix, Jean-Michel, (sous la dir.de), État des lieux de la recherche sur le Canada en France (1976-2001), Association française d\u2019études canadiennes, Bordeaux, 2001.Mauguière, Bénédicte, «Les études québécoises en Louisiane: problèmes et perspectives», Canadian Studies/Thèmes canadiens, 17,1995.Moss, Jane, «Studies on Literature in French : From \u201cMeagerness\u201d to \u201cModified Rapture\u201d», dans Northern Exposures.Scholarship on Canada in the United States, Karen Gould, (sous la dir.de), The Association for Canadian Studies in the United States, 1993.Page, James E.« Les études canadiennes à l\u2019étranger», dans Réflexions sur le rapport Symons.L\u2019état des études canadiennes en 1980,J.E.Page, Secrétariat d\u2019État, Ottawa, 1981.Pestre de Almeida, Lilian, « L\u2019émergence des études québécoises dans la recherche et l\u2019enseignement au Brésil », Études littéraires, 16, 2 (août) 1983.Québec, La politique québécoise du développement culturel, 2 vol., Éditeur officiel, tome 1, Québec, 1978.Québec, Le Québec dans un ensemble international en mutation.Plan stratégique 2001-2004, Ministère des Relations internationales, 2001.Resch, Yannick.«Perception et diffusion de la littérature québécoise en France», dans France-Québec.Images et mirages, Fi des, Montréal, 1999.Savard, Pierre, «Études canadiennes et québécoises: esquisse de bilan et réflexions», Mémoires de la Société royale du Canada, 4' série, tome XVIII, 1980.Senécal, André J., « Quebec Studies in the United States : Their Current Status and Future Prospects», dans Northern Exposures.Scholarship on Canada in the United States, Karen Gould, (sous la dir.de), The Association for Canadian Studies in the United States, 1993.Simard, Sylvain, Mythe et reflet de la France.L\u2019image du Canada en France 1850-1914, Presses de l\u2019Université d\u2019Ottawa, (Cahiers du CRCCF, 25), Ottaiva, 1987.Symons, Thomas H.B., Se connaître / To know ourselves, 2 vol., Association des Universités et Collèges du Canada, (Volume II : « Les études canadiennes à l'étranger»), Ottawa, 1975.\u2014 «The State of Canadian Studies at the Year 2000: Some Observations», Journal of Canadian Studies / Revue d\u2019études canadiennes, 35,1 (print.), 2000. Le Québec, le Canada, le monde 687 ?Principaux sites Internet Association internationale des études québécoises : www.aieq.qc.ca/ Conseil international d\u2019études canadiennes : www.iccs-ciec.ca/ Association d\u2019études canadiennes : www.acs-aec.ca/ Conseil international d\u2019études francophones : www.ucs.louisiana.edu/cief/ Ministère des Relations internationales du Québec, Plan stratégique 2001-2004: www.mri.gouv.qc.ca/pdf/ Plan_strat._b.chureJnt._PA.pdf Ministère canadien des Affaires étrangères et du Commerce international : www.dfait-maeci.gc.ca/menu-f.asp Outre les études consacrées spécifiquement au Québec, on a pu observer au cours des années récentes une tendance accrue pour les études comparées dans un contexte de mondialisation.Des universitaires brésiliens établissent un parallèle entre leur littérature et celle du Québec pour y trouver des références coloniales analogues, des spécialistes des questions urbaines et métropolitaines comparent Montréal à Bruxelles ou à Barcelone.En Russie et dans les pays Scandinaves, l\u2019expérience québécoise de la nordicité fait aussi l\u2019objet d\u2019analyses.Le colloque organisé par l'Association internationale d\u2019études québécoises à l\u2019Université de Sherbrooke, en mai 2001, a permis de prendre conscience de la diversité des intérêts par rapport à l\u2019étude du Québec.Parmi ces points d\u2019intérêt on peut mentionner la spécificité culturelle globale du Québec, les rapports entre l\u2019identité et l\u2019imaginaire, l\u2019originalité de l\u2019écriture féminine et de la littérature migrante, les questions d\u2019hybridité et de langue, la place des autochtones et communautés francophones minoritaires, l\u2019innovation culturelle, le dynamisme économique du Québec depuis les années i960, etc.(voir le numéro d\u2019automne 2001 de la revue Globe).Si impressionnant soit-il, le développement des études québécoises à l\u2019étranger repose sur des bases relativement fragiles ; il est souvent le fait de quelques universitaires qui en font une question d\u2019engagement personnel parce que le modèle québécois suscite chez eux un intérêt soutenu, voire une certaine séduction.Il est heureux que cet intérêt puisse désormais s'appuyer sur un réseau d\u2019associations d\u2019études québécoises et canadiennes bien implantées qui bénéficie d\u2019un financement régulier et des effets positifs du réseau internet.\u2022 L\u2019essor des études québécoises dans le monde Perspective sur le Québec 688 Le Québec, le Canada, le monde Perspective sur le Québec Québec-Allemagne: parallèles, analogies, comparaisons Ingo Kolboom Institut für Romanistik, Université de Dresde « Les Québécois.tout en s\u2019exprimant en français, parlent une langue étrangère : leur idiome politique est allemand.» Alain Finkielkraut (1999) Il peut sembler étrange à certains de vouloir comparer un grand pays, une puissance européenne moyenne telle que l\u2019Allemagne, avec une lointaine quantité négligeable telle que le Québec.La France et l\u2019Allemagne, voilà la comparaison par excellence, comme le montre bien l'inflation éditoriale.Mais vouloir comparer la souveraine République fédérale d\u2019Allemagne avec la Province du Québec, pour employer son nom officiel, peut sembler à première vue tiré par les cheveux.Québécois et Allemands : des affinités certaines C\u2019est en s\u2019appuyant sur des similitudes, des parallèles et des analogies, à la fois dans le passé et dans le présent, que l\u2019auteur tente de comparer l\u2019Allemagne et le Québec.Sur le plan politique, la manière québécoise de penser le fédéralisme et le droit collectif laisse apparaître plus d\u2019affinités avec l\u2019Allemagne qu\u2019avec l\u2019« indivisible » République française.Sur le plan historique, Allemands et Québécois se retrouvent dans une identité de nation culturelle, et non de nation étatique, ainsi que dans des mythes fondateurs similairement agencés, ancrés dans des nationalismes ethno-romantiques comparables.Après la Seconde Guerre mondiale, c\u2019est le complexe d\u2019une histoire blessée et la révolte face à la « génération paternelle » qui les rapproche, comme il apparaît également dans la littérature d\u2019après-guerre des deux pays.La « double ouverture » des deux peuples à différentes références identitaires a doté tous deux, non seulement d\u2019une incertitude binaire, mais aussi d\u2019une faculté complexe à l\u2019auto-affirmation.Enfin, menés dans les deux pays sous l\u2019influence de l\u2019immigration et de la mondialisation, les débats sur l\u2019identité se ressemblent eux aussi, de même que les réévaluations d\u2019un concept national fondé autrefois sur des critères ethniques.Ce à quoi aboutit l\u2019évaluation comparative de cet article, c\u2019est à la proposition « taquine » de partir de certains éléments de description du peuple étatique, tels qu\u2019ils se trouvent dans la Constitution de l\u2019État libre de Saxe, et d\u2019en faire une référence constitutionnelle commune pour une définition ethniquement neutre du peuple étatique.Ingo Kolboom est professeur titulaire de la chaire France, relations franco-allemandes et Francophonie internationale à l\u2019Université technique de Dresde en Allemagne (Saxe).Il est directeur du Centre interdisciplinaire de recherches franco-canadiennes Québec-Saxe (CIFRAQS), professeur associé au département d\u2019histoire de l\u2019Université de Montréal et président de l\u2019Association internationale des études québécoises (AIEQ). Le Québec, le Canada, le monde 689 Peut-on parler de quantité négligeable?S\u2019étendant du fleuve Saint-Laurent à la Baie d\u2019Hudson, le Québec est tout de même quatre fois plus grand environ que l\u2019Allemagne réunifiée.On répondra qu\u2019il compte beaucoup moins d'habitants.Près de sept millions et demi, c\u2019est en vérité beaucoup moins d\u2019habitants qu\u2019en Allemagne (82 millions) ; mais le Québec n\u2019en entre pas moins dans la catégorie des pays comme l\u2019Autriche, la Belgique, la Suède, le Danemark, la Norvège, etc.L'argument de la quantité négligeable n\u2019est de toute façon plus valable dès qu\u2019il est question des relations France-Québec.Il semble dans ce cas normal de comparer deux pays francophones, qui en outre ont une relation quasi-familiale, le Québec étant considéré comme « la fille aînée de la France ».Le nombre d\u2019ouvrages consacré à cette comparaison parle d\u2019ailleurs pour soi.Il suffit de lire « l\u2019inventaire bibliographique sur les relations France-Québec de 1760 à nos jours », établi sous l\u2019égide de la Commission mixte sur la coopération franco-québécoise (à cette adresse : www.bibli-nat.gouv.qc.ca/rfq/presprog.htm).Mais la comparaison politique et d\u2019identité politique entre la France et le Québec montre justement à quel point ces deux pays sont aujourd\u2019hui éloignés l\u2019un de l\u2019autre et combien peu de raisons ont les Québécois de voir en la France, leur point de référence culturel historique, un cadre de référence pour leurs problèmes identitaires contemporains.Dans ce que l\u2019on appelle le problème québécois aujourd\u2019hui, de quoi s\u2019agit-il au juste?Le Québec est une province de langue française située dans un ensemble canadien de langue anglaise qui, depuis les années soixante, se conçoit de plus en plus comme une Canadian nation, mais aussi comme un projet politique en soi.Du point de vue québécois, la construction du fédéralisme canadien s\u2019est depuis tourné au désavantage du Québec \u2014 un problème qui touche la communauté canadienne-française dans son ensemble.Vu du Québec, et tous les camps politiques s\u2019entendent sur ce point, le contrat de fondation du Canada moderne de 1867, qui englobait les quatre provinces du Québec, de l\u2019Ontario \u2014 beaucoup plus petit à l\u2019époque \u2014, du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle-Écosse, reposait sur le consensus de deux peuples fondateurs, à savoir les british Canadians et les Canadiens jrançais.Vu du Québec, toujours, les Anglo-Canadiens auraient depuis longtemps brisé ce consensus.La tentative de nation building du Canada britannique aurait doté la fédération canadienne, qui s\u2019étend depuis 1949 de Saint-John, Terre-Neuve, à Vancouver en Colombie britannique, d\u2019une dimension unitariste.Cette évolution aurait eu lieu aux dépens des Canadiens français, qui représentaient en 1867, tant sur le plan géographique que démographique, la moitié du Dominion 0/ Canada.Dans cette évolution, le Québec, dernier bastion d\u2019un particularisme francophone, est devenu le véritable foyer des Canadiens français, jadis dispersés dans l\u2019ensemble du Canada.Si nous avons choisi une présentation quelque peu outrancière de la situation historique, c\u2019est pour illustrer, sur fond de problématique canado-québécoise, l'incompatibilité fondamentale du modèle de l\u2019État-nation Jrançais avec la situation québécoise.En l\u2019appliquant à la France, on pourrait comparer le cas des Canadiens français avec l\u2019Occitanie ou la Bretagne, qui devinrent tous deux, à des moments differents, victimes de la formation historique de l\u2019État centraliste et unificateur français.Québec-Allemagne: paralèles, analogies, comparaisons Perspective sur le Québec 690 Le Québec, le Canada, le monde Lorsque Jacques Chirac (en été 1999) déclara la Charte européenne des langues minoritaires et régionales comme étant incompatible avec les principes fondamentaux de la République française « une et indivisible », ce que confirma ensuite la cour constitutionnelle, il était en réalité plus proche de la position du Canada que de celle du Québec.La position française soulignait l\u2019« indivisibilité » de la République, l\u2019égalité des citoyens devant la loi et l\u2019unité du peuple français.Quelle qu\u2019elle soit, la position d\u2019Ottawa, se référant à l\u2019unité du Canada et à l\u2019égalité de tous les citoyens canadiens, rejette un statut particulier du Québec, quelle que soit sa nature, fondé sur sa propre langue, sur sa culture et son histoire.En ce sens, les deux positions reposent sur les mêmes sources de philosophie du droit et de droit constitutionnel.Ce qu\u2019ont en commun la Charte européenne de protection des langues minoritaires et régionales et la position québécoise, c\u2019est une argumentation reposant sur le principe juridique des droits collectifs.Ce que la France et le Canada ont en commun, c\u2019est le rejet du principe de droits collectifs au profit des droits individuels.Le refus de la cour constitutionnelle française d\u2019accorder aux Corses, dans la constitution de la V° République, le statut de « peuple corse comme composante du peuple français », est comparable avec la position canadienne, qui refuse d\u2019accorder aux Québécois un statut constitutionnel particulier.La France, qui souhaite entretenir de bons rapports à la fois avec le Canada et le Québec, connaît dans cette mesure une contradiction non résoluble, avec d\u2019un côté une sympathie, culturello-linguisti-quement fondée, pour le Québec, inoubliable depuis la visite de De Gaulle à Montréal en 1967 ; de l\u2019autre, une conception nationale et étatique plus proche de la conception canadienne que de la conception fédérale du Québec ainsi que du fédéralisme allemand.Constitution et fédéralisme dans une perspective historique Ainsi en arrivons-nous à une première comparaison Québec-Allemagne, qui se réfère au fédéralisme allemand.Ce dernier permet à chaque Bundesland d\u2019avoir sa propre constitution et sa propre souveraineté (limitée), ou ses propres symboles de souveraineté.A l\u2019intérieur des constitutions des Lander, les minorités historiques sont reconnues comme des entités protégées par des droits collectifs ; c\u2019est le cas de la minorité danoise au Schleswig-Holstein et de la minorité sorabe dans l\u2019État libre de Saxe.Prenons à titre d\u2019exemple la constitution de Saxe.À l\u2019article 5, on trouve les éléments suivants : « (1) Le peuple de l\u2019État libre de Saxe est compose' de citoyens d\u2019appartenance allemande, sorabe et autre.Le Land reconnaît le droit de patrie.(2) Le Land garantit et protège le droit des minorités nationales et ethniques de citoyenneté allemande à préserver leur identité, ainsi qu\u2019à soigner leur langue, religion, culture et tradition.» Plus loin, à l\u2019article 6, on lit: « (1) Les citoyens d\u2019appartenance sorabe vivant dans le Land /ont partie du peuple du Land, au même titre que les autres citoyens.» En outre, l\u2019article 6 évoque explicitement (2) « les besoins vitaux du peuple sorabe ».De telles affirmations seraient considérées en France comme étant anticonstitutionnelles.Cela apparut clairement au début des années quatre-vingt dix, avec la Le Québec, le Canada, le monde 691 tentative timide d\u2019introduire dans la constitution l\u2019expression de peuple corse comme «composante du peuple français ».Un tel article aurait été aussi inadmissible dans la constitution canadienne.La révision de 1982 accorda d\u2019ailleurs la priorité aux droits individuels, ce qui fit que : \u2022\tpremièrement, le Québec n\u2019a toujours pas ratifié la constitution canadienne jusqu\u2019à aujourd\u2019hui ; \u2022\tdeuxièmement, le Québec a dû renoncer à un certain nombre d\u2019éléments dans sa loi linguistique de 1977, dans la mesure où des citoyens anglophones s\u2019étaient plaints de cette loi collective au nom des droits individuels.Pour mémoire : la charte de la langue française avait fait du français la langue officielle du Québec.D\u2019où notre première thèse : si dans un de ses articles, la constitution canadienne de 1867 avait identifié, dans un esprit de fédéralisme de droit collectif, les Canadiens français comme « peuple canadien-ffançais » ayant droit à être protégé, il n\u2019y aurait peut-être jamais eu de «problème québécois ».Cette option n\u2019a plus cours depuis la Seconde Guerre mondiale, car les Canadiens français n\u2019existent plus en tant que tels.En dehors du Québec \u2014 et sauf peut-être le cas des Acadiens du Nouveau-Brunswick \u2014 ils ne sont plus que des minorités dispersées, réparties dans les différentes provinces, dont le nom leur sert de référence lorsqu\u2019ils se désignent: en Ontario, ils se qualifient de « Franco-Ontariens », au Manitoba de « Franco-Mani-tobains», au Saskatchewan de «Fransas-kois», en Colombie-Britannique de «Franco-Colombiens» et finale ment au Québec, ou ils représentent la majorité, de «Québécois».Dans les provinces maritimes, il y a également des différences entre les «Acadiens du Nouveau-Brunswick», les «Acadiens de la Nouvelle-Écosse», les «Acadiens de File -du-Prince-Edouard\u201d et les « Franco-Terre-Neuviens ».Cette réflexion conduit à la deuxième thèse, valable pour la seconde partie du xx' siècle : si la réforme constitutionnelle de 1982 avait doté les provinces canadiennes, sur le modèle du fédéralisme allemand, de leur propre constitution, si elle avait donc également accordé à la province de Québec une constitution prenant spécifiquement acte de sa francophonie, alors l\u2019histoire des vingt dernieres années entre le Québec et le Canada en aurait été changée, et pour le mieux.De la nation culturelle (Kulturnation) au peuple étatique (Staatsvolk) En dehors de ces questions de droit constitutionnel, qui offriraient aux spécialistes un beau champ d\u2019action, ces réflexions invitent à un autre champ d\u2019analogies entre le Québec et l\u2019Allemagne.Les Québécois et les Allemands sont aujourd\u2019hui ce qui reste, sur un territoire particulier, d\u2019un grand groupe ethnolinguistique autrefois réparti sur un territoire beaucoup plus vaste et surtout défini comme nation culturelle \u2014 contrairement aux Français, qui commencèrent à se constituer comme peuple et nation étatiques avec la formation d\u2019une monarchie centralisée, aux frontières sans équivoque, et achevèrent ce processus avec la Révolution française et la Troisième République.D\u2019un côté, les Allemands : pendant des siècles, ils frirent répartis en Europe occidentale, centrale et orientale, sans territoire fixe, et ils s\u2019étendirent chaque fois qu\u2019il fut possible.Ce fut le cas de la longue période du Saint-Empire romain germanique, ainsi que de la Confédération Québec-Allemagne: paralèles, analogies, comparaisons Perspective sur le Québec 692 Le Québec, le Canada, le monde allemande au XIXe siècle.Lorsque apparurent au XIXe siècle la théorie d\u2019une nation ethniquement fondée et le nationalisme, les Allemands, qui n\u2019étaient qu\u2019une nation culturelle sans frontières territoriales, se trouvèrent face à un dilemme connu : ayant à définir les frontières de leur nation étatique, ils durent choisir entre la solution de la «petite Allemagne» (c\u2019est-à-dire sans l\u2019Autriche) et celle de la «grande Allemagne » (incluant l\u2019Autriche).De l\u2019autre, les Canadiens français.Eux aussi se définissaient exclusivement par la langue et la culture, sans parler de la religion catholique.Eux aussi intensifièrent leur quête identitaire au xixe siècle, à travers théorie nationale et nationalisme.Mais ils ne purent devenir une nation étatique, ou s\u2019y limiter, comme le firent les Allemands de 1870 à 1945, puis à nouveau à partir de 1990.Outre ces dénominateurs communs historiques ayant trait à la nation culturelle \u2014 et avec les nombreuses évolutions différentes qu\u2019ils connurent \u2014 Canadiens français et Allemands virent leur identité se rétrécir sur le plan de l\u2019État territorial, et s\u2019émietter en plusieurs petites identités qui se détachent aujourd\u2019hui l\u2019une de l\u2019autre.Les Allemands qui, en tant que peuple ou nation culturelle, s\u2019étendaient autrefois de la Lorraine jusqu'à l\u2019Europe de l\u2019Est, du sud du Danemark au sud du Tyrol, se reportèrent finalement sur l\u2019identité nucléaire des Allemands fédéraux, sur le territoire de la République fédérale d\u2019Allemagne, constituant un peuple étatique.Des identités parallèles sont ensuite apparues avec les Autrichiens, les Danois allemands au Danemark, les Belges allemands en Belgique, avec les Tyroliens du sud dans le Tyrol italien et, pendant un temps, avec les « citoyens de RDA ».Les Canadiens français \u2014 qui se sont qualifiés de Canadiens jusqu\u2019en 1840 et ne commencèrent à se nommer Canadiens jrançais que parce que les Britanniques usurpèrent leur ancienne dénomination \u2014 se reportèrent du XIXe siècle à aujourd\u2019hui sur l\u2019identité nucléaire du Québec territorial, où ils représentent 83% de la population et où leur langue, le français, est devenue langue d'État.Le Québec dispose de fait d\u2019une identité étatique particulière, dans la mesure où il se définit généralement comme nation et donne à son parlement de province le nom d\u2019As-semblée nationale.Sur ce point s\u2019entendent tous les camps politiques du Québec, indépendamment de la question du statut québécois dans l'État fédéral canadien.Les Québécois, qui se nomment ainsi depuis les années soixante, connaissent aujourd\u2019hui de profonds bouleversements identitaires, qui renvoient là aussi à des analogies avec l\u2019Allemagne.Nous aborderons ce point à l\u2019issue de notre réflexion.Similitudes historiques Au cours de l\u2019évolution historique des deux peuples, certains événements, qui marquèrent durablement la politique et la mentalité politique, invitent là aussi à une considération comparative.Souvenirs et mythes fondateurs.L\u2019événement qui marqua le destin des Canadiens fût la défaite de la France face à l\u2019Angleterre lors de la guerre de sept ans, qui se termina en Amérique du Nord en 1759/1760 avec la prise de Québec et de Montréal.Avec le traité de paix de Paris en 1763, la colonie-province française Nouvelle-France et ses 70 000 habitants francophones tombèrent définitivement sous domination britannique.Les Britanniques procédèrent à la dissolution de la Nouvelle-France \u2014 qui Le Québec, le Canada, le monde 693 s\u2019étendait de la Baie d\u2019Hudson à la Louisiane \u2014 et créèrent, en 1763, sur l\u2019axe lau-rentien la colonie britannique Province 0/ Québec ; celle-ci se transforma au xixe siècle en l'actuelle province du Québec, Dans la mémoire collective, l\u2019événement de 1763 devint la marque du destin d\u2019un peuple-victime.Ce fut encore plus vrai pour les francophones de la Nouvelle-Écosse britannique qui, dès 1755, furent tous déportés et devinrent la diaspora des Acadiens.Dans une certaine mesure, et en ce qui concerne la dimension décisive pour les siècles suivants, on peut ici penser à la guerre de trente ans en Allemagne.Se terminant avec la paix de Westphalie en 1648, elle mit fin au Saint-Empire romain germanique dans sa forme ancienne, condamna l\u2019Empereur à l\u2019impuissance, et émietta plus encore l\u2019Allemagne en d\u2019innombrables États territoriaux souverains.Le dernier dénominateur commun qui restait aux Allemands était alors la langue, la culture et \u2014 dans les États territoriaux \u2014 la religion.C\u2019est essentiellement sur le plan mental que ces deux événements, qui en tant que tels ne peuvent et ne doivent être comparés, laissèrent des traces profondes et durables : en tant que peuple, les francophones en Amérique du Nord et les Allemands en Europe devinrent le jouet des puissances ; ainsi naquirent, dans la mémoire collective des deux côtés de l\u2019Atlantique, les traits d\u2019un «peuple-victime » politiquement passif.Le caractère particulier des nationalismes canadien-français et allemand du xixc siècle est indissociable de ce contexte.Le fondement émotionnel d\u2019un sentiment national, apparu indépendamment de l\u2019existence d\u2019un État donné ou de sa perspective, conduisit des deux côtés à un panthéon mythologique où s\u2019incarnèrent les personnages du sacrifice et de la défaite.Des deux côtés, le XIXe siècle fit de l\u2019epoque «d\u2019avant la catastrophe» l\u2019âge d\u2019or des références nationales mythologiques : au Québec, on reconstruisit le souvenir nationalo-romantique de l\u2019âge de la Nouvelle-France avant 1763 ; en Allemagne, on procéda à l'encensement nationalo-romantique du Moyen-Age.Dans les deux cas, le passé fut reconstruit comme mythe fondateur « saint ».Apparaît le XIXe siècle, où un nationalisme romantique, également sensible à la tradition religieuse, commença à marquer l\u2019idenüté des deux peuples.À cette époque, deux événements furent décisifs pour l\u2019évolution de ce sentiment national : d'un côté le rapport à la France et aux Français, de l\u2019autre le sentiment commun d\u2019avoir échoué à mener une révolution libérale.Idéalisation et déception.Lorsque la lutte des Canadiens anglais et des Canadiens français pour une constitution libérale s\u2019in-tensifia dans la colonie britannique des années 1830 \u2014 entre temps, elle avait été divisée en un « Bas-Canada » et un « Haut-Canada », le conflit se transforma en 1837/ 38 dans le Bas-Canada francophone, le futur Québec, en rébellion ouverte et en guerre civile : cette « Rébellion des patriotes » fut la première et dernière rébellion des Canadiens ou Canadiens français face aux Britanniques.Mais celle-ci fut beaucoup moins une lutte contre la domination britannique qu\u2019un Vormdrz canadien-français, donc une sorte de révolution de « 1848 » avant la lettre.La répression de la rébellion par les Britanniques et la répression qui s\u2019en suivit conduisit à un changement de paradigme durable dans le rapport des Canadiens français aux Français Québec-Allemagne : paralèles, analogies, comparaisons Perspective sur le Québec 6g4 Le Québec, le Canada, le monde de France et aux Britanniques, et eut pour eux-mêmes d\u2019importantes conséquences.À la lumière de nouvelles recherches, il apparut en effet que la défaite française de 1759/60 au fleuve du Saint-Laurent traumatisa moins les Canadiens français qu\u2019ils commencèrent plus tard à le croire.Contrairement à leur comportement vis-à-vis des Acadiens dans la Nouvelle-Écosse, à qui ils firent subir dès 1755 sous forme du «grand dérangement» le destin d\u2019un nettoyage ethnique, les Britanniques se comportèrent vis-à-vis des Canadiens, après 1760, comme des colonisateurs coopératifs et compréhensifs.Ils accordèrent aux francophones des droits inhabituels pour une colonie et introduisirent une forme de démocratie parlementaire plus avancée qu\u2019en Angleterre même.Ce n\u2019est pas la seule raison pour laquelle les Canadiens français consentirent très rapidement à une coopération loyale avec les Anglais.Ils étaient en même temps déçus par la France qui, en 1760/63, avait abandonné sa colonie de la Nouvelle-France avec une relative désinvolture.La seconde déception suivit sans tarder: les cousins français, qui avaient déjà soutenu les révolutionnaires américains, menèrent en 1789 une véritable révolution, essentiellement anticléricale, qui laissa de côté tout ce qui existait.La répression du Vormarz canadien de 1837/38, et la brutale répression des libéraux canadiens-français, entraîna chez les francophones un fort traumatisme dû à leur déception.Dans le miroir de cette déception, la défaite de 1760 fut vécue une nouvelle fois, et reconstruite comme la défaite historique par excellence: «la Défaite ».Le probritannisme qui, en 1775 et 1812, avait encouragé les Canadiens à se battre aux côtés des Anglais contre les Américains, se transforma dès 1838 en un antibritannisme constitutif du nouveau sentiment national des Canadiens français.Dans le même temps, le rapport à la France fut redécouvert et celle-ci devint la référence culturello-linguistique principale au moins pour les élites canadiennes-françaises; «la vieille France» prérévolutionnaire fut surtout idéalisée dans la forme de la Nouvelle-France.En Allemagne, la Révolution française et ses conséquences avaient entraîné une évolution analogue.L\u2019idéalisation de la Révolution française et de son message politique avait conduit à une francophilie allemande existant jusqu\u2019aux campagnes napoléoniennes.La déception face à la domination napoléonienne donna naissance pendant les guerres de libération allemandes à une haine des Français, qui devint alors constitutive de la conscience nationale romantique allemande.À partir de 1812, la France occupa donc dans le sentiment national allemand le même rôle que l\u2019Angleterre \u2014 avec un décalage temporel \u2014 dans le sentiment national canadien-français à partir de 1840.Dans les deux cas, le conquérant \u2014 l\u2019accueil à bras ouverts qu\u2019il reçut et la déception à son sujet \u2014 eut un effet constitutif sur le sentiment national.Défaite du libéralisme et retour à un nationalisme ethnique.Dans le même contexte, il faut considérer un autre événement, qui concerne de façon analogue l\u2019Allemagne et le Canada français.La défaite de 1837/38 fut essentiellement une défaite politique du libéralisme canadien-français qui, même s\u2019il n\u2019avait pas d\u2019orientations anticléricales, ne fut pas soutenu par le clergé canadien-français.Suite à cette évolution, le clergé renouvela, après 1840, son pacte de domination avec la puissance coloniale britannique.Après l\u2019écartement des Le Québec, le Canada, le monde 695 leaders patriotes (exécution, prison, exil), le reste des élites canadiennes-françaises se tourna vers une sorte d\u2019émigration intérieure sous la tutelle du clergé: le sentiment national canadien-français se détacha du libéralisme politique, se concentra sur la langue, la culture et la religion et devint romantico-national.Il fut dominé par les élites conservatrices et surtout par le clergé, qui se mit à diriger la société civile canadienne-française.Le compromis de domination entre ces élites conservativo-cléricales et la classe dirigeante minoritaire britannique succéda à l\u2019antibritannisme canadien-français et ramena le nationalisme dans l\u2019espace que les Britanniques consentaient à accorder au clergé conservateur : l\u2019espace, protégé par le pouvoir, de l\u2019origine, de la langue, de la culture et de la religion.Ainsi apparut un centre de gravité ethno-culturel, placé a équidistance de la France et de l\u2019Angleterre.Sur quoi peut alors porter la comparaison avec l\u2019Allemagne?Après l\u2019échec de la révolution de 1848 et les idéaux politiques d\u2019une unité supportée par le peuple allemand, le nationalisme allemand connut une transformation semblable: il se détacha du libéralisme politique et se reporta sur l\u2019espace qui lui restait: la langue et la culture, réunis dans le dénominateur commun d\u2019un même peuple; celui-ci ne réalisait pas sur le plan politique, mais sur celui de l\u2019origine, de la langue, du sang.Il est connu que les deux nationalismes québécois et allemand continuèrent dans des directions différentes.Dévastatrice pour les Allemands, dont le nationalisme s\u2019associa dès 1870 à un État unitaire et réactionnaire; pacifique et conservatrice pour les Québécois, dont le nationalisme resta au niveau d\u2019un petit peuple-victime.Similitudes contemporaines Nous en avons terminé avec les exemples comparatifs tirés de l\u2019histoire, qui échappent cependant à l\u2019histoire dans la mesure où ils marquèrent les paramètres internes de la conscience nationale ou du nationalisme des Québécois et des Allemands jusqu\u2019à un moment avancé du xx\u2018 siècle, et ont toujours de l\u2019importance pour le débat politique contemporain sur l\u2019identité.Nous en arrivons ainsi à nos derniers exemples issus de l\u2019après-guerre ou de la période contemporaine.Une «double ouverture» des deux côtés.L\u2019ancrage compliqué des Québécois dans une double appartenance, à la fois québécoise et canadienne, eut la conséquence que décrit Marcel Rjoux avec sa formule de « double ouverture » (sur le Québec et sur le Canada).Dans l\u2019optique de Rioux, ce caractère « double-binding» agit finalement comme un double blocage paralysant et apparaît en fin de compte comme un double échec.Ceci réside dans le fait que ni le fédéralisme canadien n\u2019a pu être achevé, ni la souveraineté du Québec obtenue, bien que dans les vingt dernières années, la voie soit restée théoriquement ouverte à ces deux options.Si nous laissons de côté l\u2019interprétation pessimiste du souverainiste déçu, il nous reste le constat d\u2019un équilibre fragile et fertile.Dans le sillon de la Révolution tranquille eut lieu sur plusieurs plans une «double ouverture» sur l\u2019intérieur et l\u2019extérieur du pays, fondée sur une population neuve et une nouvelle culture fondatrice.Le Québec a ainsi pu développer une capacité intrinsèque au « switch » constant entre différentes options, et transformer le « double-bind » en moteur binaire.Cela permit la survie de la francophonie québécoise et le succès du modèle québécois, Québec-Allemagne: paralèles, analogies, comparaisons Perspective sur le Québec Gg6 Le Québec, le Canada, le monde dont le profil «arpenteur-navigateur» n\u2019est pas sans étonner l\u2019observateur étranger qui regarde la société et l\u2019économie québécoises, ouvertes sur les racines et sur la mondialisation, sur la tradition et la modernité, sur le nationalisme linguistique et un cosmopolitisme polyglotte, sur l\u2019Amérique et l\u2019Europe, etc.Du côté allemand.Pour ce qui est d'un tel profil hybride, force est de constater que les Allemands d\u2019après-guerre connurent eux aussi une certaine «double ouverture ».Sous l\u2019impact de la disparition et de 1\u2019(auto-) condamnation de l\u2019État-nation allemand, il leur fallut nier leur identité nationale, sans pour autant la perdre, autrement dit la transposer en vertu européenne et atlantiste, tel un ersatz de patriotisme.Ce qui aurait pu tourner en « double-bind » et en blocage névrotique se transforma en moteur binaire qui servit la marche européenne, mais également la reconquête d\u2019une fierté nationale de fait, jamais évoquée, reposant sur le succès d\u2019un modèle social et économique.Cette double nature, à la fois allemande et européenne, aida l\u2019Allemagne à prendre en Europe la place que nous lui connaissons et, ruse de l\u2019histoire, lui permit finalement de reconquérir sa souveraineté d'État dès 1990.Cette double incertitude la dota très tôt de flexibilité vis-à-vis des enjeux de l\u2019intégration européenne et de la mondialisation, d\u2019une flexibilité plus grande que celle d\u2019une France en proie à ses certitudes nationales.Cela vaut par ailleurs également pour la fascination pour les États-Unis, que l\u2019Allemagne fédérale d\u2019après-guerre partage là aussi avec le Québec.Cela apparaît encore aujourd\u2019hui dans le fait que les deux pays regardent les États-Unis sans crainte, sans y voir une menace pour leur propre identité \u2014 contrairement à la France, dont le combat identitaire inclut la crainte de l\u2019hégémonie américaine et de la domination d\u2019un «one world » anglophone.Mais des deux côtés, Québécois et Allemands n\u2019échappèrent pas au poids de l\u2019Histoire, malgré leurs gestes de rupture, les premiers sous la forme de la Révolution tranquille, d\u2019un continentalisme libre-échangiste paisible et d\u2019un internationalisme incluant la francophonie; les autres sous la forme d\u2019un « miracle économique» post-national, d\u2019un européanisme et d\u2019un atlantisme exemplaires.Et ce poids de l\u2019Histoire, qu\u2019ils portèrent comme un enfant handicapé sur l\u2019épaule, eut des conséquences qui nous invitent à envisager d\u2019autres proximités.De la révolte contre les «générations paternelles» au détachement de l\u2019histoire.On connaît les événements de la Révolution tranquille de 1960 et leur importance pour la modernisation de la société québécoise.Dans la culture politique et la théorie historique québécoises, les réformes du gouvernement libéral Lesage de i960 et la « révolution culturelle » qui l\u2019accompagna représente jusqu\u2019à aujourd\u2019hui une référence centrale.Mais pendant bien trop longtemps, on a également traité ces événements comme étant typiquement québécois ; on a peu considéré leur dimension internationale.Il ne fait aucun doute que ces événements s\u2019intégrèrent complètement dans des processus de réformes semblables, dans les sociétés industrielles occidentales où eurent lieu des évolutions liées à une importante agitation sociale et, plus tard, à une vive prétention réformiste.Une part importante de ces processus consista à régler ses comptes avec le « passé », ainsi qu\u2019à faire des projets de société utopistes, Le Quebec, le Canada, le monde 697 bien entendu dans le cadre d'une confrontation immédiate avec des sensibilités particulièrement nationales.Il y a ici des analogies avec le « mai 68 » français, mais aussi avec le mouvement estudiantin dans la République fédérale d\u2019Allemagne, notamment avec la dimension politique de ce changement de génération, incarne par l\u2019apparition du SPD sous la direction d'un Willy Brandt porteur d\u2019espoir.Dans son livre récent, Dialogua sur les pays neufs (1999), l\u2019historien Gérard Bouchard évoque ces possibles analogies, en indiquant que les contenus de la Révolution tranquille existaient à l\u2019époque dans un grand nombre de sociétés occidentales.L\u2019arrivée à l\u2019âge adulte des enfants du baby-boom, la contraception, le divorce, la démocratisation culturelle, l\u2019entrée de la culture populaire dans la culture élitiste, l\u2019influence de la littérature sur tous ces processus, etc., tout cela aurait été un phénomène occidental.Mais lorsque Bouchard s\u2019appuie sur les exemples du Canada anglophone, de l\u2019Australie, du Mexique, de la Grèce et du Danemark, nous nous permettons d\u2019ajouter la comparaison avec la République fédérale d\u2019Allemagne de l\u2019époque.D\u2019autant plus que dans le même contexte, Gérard Bouchard revendique pour la Canada français une «exception canadienne-française» et la fonde \u2014 à juste titre d\u2019ailleurs \u2014 sur l\u2019histoire sacrifiée des Canadiens français, sur leur sentiment de faiblesse, de fragilité et d\u2019infériorité, sur leur fort pessimisme.Rapport complexe au passé.Certes, une telle sensibilité de peuple-victime ne peut guère être reportée sur un « peuple-coupable », comme le furent les Allemands après la Seconde Guerre mondiale.Ce qui caractérise cependant Québécois et Allemands après la Seconde Guerre mondiale, et cela concerne particulièrement les enfants du baby-boom, fut leur rapport terriblement complexé au passé.La confrontation avec celui-ci, la rupture avec la « génération paternelle» \u2014 au Québec avec la génération des prêtres du régime Duplessis, en Allemagne de l\u2019Ouest avec la génération des soldats de la Seconde Guerre mondiale \u2014, attisa dans les deux pays la révolte, qui devait ensuite se transformer en réformes.Il serait intéressant, en tout cas provocateur, de faire une étude comparative de l\u2019affinité d'une génération politique qui, dans les années soixante et soixante-dix au Québec et en Allemagne occidentale, firent exploser les institutions de leur société respective \u2014 et ce avec le comportement moral de la révolte y compris le comportement des « déçus » de leur propre idéalisme.Affinité littéraire.Cette affinité politique concerne également la littérature de l\u2019après-guerre dans les deux pays.Elle invite à une même considération, même si les deux littératures mettent en scène des mondes infiniment différents.Ces littératures ont en commun de s'occuper de façon presque obsessionnelle de l\u2019histoire nationale, du souvenir et toujours aussi de l\u2019identité politique contemporaine.D\u2019un côté, les Allemands de l\u2019Ouest, écrivant envoûtés par l\u2019impossible digestion de leur passé nazi, et les Allemands de l\u2019Est cherchant à déterminer leur situation multiple dans le contexte d\u2019un «socialisme réel» de type prussien, moralisé par un «anti-fascisme» officialisé.De l\u2019autre la «littérature engagée» du Québec, préfigurant sur le plan artistique la Révolution tranquille et en appelant, dans la révolte contre l\u2019histoire, contre le duplessisme, à une nouvelle identité québécoise; une littérature accompagnant et dépassant Québec-Allemagne: paralèles, analogies, comparaisons Perspective sur le Québec 698 Le Québec, le Canada, le monde ensuite la Révolution tranquille, ne cessant de poser des signes de quête identitaire.Un forcing parfois douloureux de réinvention nationale des deux côtés, « l'identité québécoise » d\u2019un côté, l\u2019identité «ouest-allemande» respectivement « est-allemande » de l\u2019autre.Depuis les années 1990, cette analogie se perpétue sur un autre plan : la nouvelle littérature allemande, comme la nouvelle littérature québécoise, s\u2019est libérée du poids de l\u2019histoire et du souvenir ; à côté de la réflexion est apparu le ludique.Toutes deux se sont « décomplexées », toutes deux racontent à nouveau des histoires « simples » et laissent derrière elles le typiquement « allemand » ou le typiquement « québécois » qui les caractérisa pendant quelques décennies.Lorsque Ying Chen écrit du point de vue de ses enfants, représentant ainsi une littérature néoquébécoise à dimension internationale, elle souhaite la même chose que Thomas Brussig qui affirme vouloir simplement faire « des livres lisibles », pouvoir décrire un couteau sans que cela lui rappelle Büchner ou Brecht.Dans les deux sociétés, la littérature a cessé de joué la tutrice du politique, et a abandonné la politique au politique.Intégration et ajfirmation de soi.Revenons donc à cette politique afin d\u2019affronter un sujet qui n\u2019échauffe pas seulement les esprits au Canada et au Québec.Aujourd\u2019hui encore, l\u2019Europe occidentale, comme l\u2019Allemagne, reste largement incompréhensive face aux revendications d\u2019autonomie du Québec face à l\u2019État fédéral canadien.Tel est le reproche vis-à-vis du Québec que l\u2019on ne cesse d\u2019entendre en Allemagne \u2014 malgré son fédéralisme : « nationalisme rétrograde », « séparatisme balkanique », etc.Le message de ce repro- che, c\u2019est que le «petit» ne devrait pas remettre en question la paix de l\u2019unité (canadienne) et que tout nationalisme mérite d\u2019être relégué aux rayons d\u2019une histoire sombre, même si l\u2019identité du petit semble être en danger.Ce reproche se veut hautement moral puisqu\u2019il puise dans l\u2019expérience de l\u2019échec de la démocratie allemande dans l\u2019entre-deux-guerres et dans la leçon de l\u2019Holocauste.Le verdict de la victime-juge «postnationale » était encore plus vif lorsque les Allemands ne se définissaient plus ou pas encore comme Staatsnation (État-nation), c\u2019est-à-dire avant la Réunification, et lorsque les Allemands supranationalistes pensaient encore être les Européens idéaux.Aujourd\u2019hui, les choses se sont compliquées.Tous les États occidentaux modernes formant l\u2019Union européenne se trouvent en effet face à deux défis semblables : la remise en question de l\u2019État-nation, de l\u2019extérieur, par l\u2019intégration européenne croissante et la mondialisation, ainsi que, de l\u2019intérieur, la mise en question de l\u2019identité nationale traditionnelle par l\u2019immigration.La pression intensifiée que représente l\u2019Union européenne nous a également conduits à l\u2019« heure de vérité » ; si bien que même un ministre des Affaires étrangères vert (autrefois « post-national ») se représente uniquement la finalité européenne dans la forme d\u2019une « fédération d\u2019États-nations » et, par là-même, s\u2019approche plus des Français qu\u2019ils ne le pensent.Du ministre-président bavarois au chancelier fédéral, il y a aujourd'hui consensus pour dire qu\u2019il ne doit pas y avoir d\u2019intégration européenne aux dépens de la nécessaire marge de manœuvre de la souveraineté nationale (et régionale).Ce consensus réunit les 82 millions d\u2019habitants dans les seize Lander Le Québec, le Canada, le monde 699 de la République fédérale d\u2019Allemagne ainsi que les 450 000 habitants du grand-duché de Luxembourg.Cet arrière-plan donne une nouvelle forme, bien peu dramatique, au vieux conflit canado québécois sur les marges de manœuvre existant entre un État fédéral centraliste anglophone, beaucoup plus grand que l\u2019Union européenne dans son ensemble, et une province francophone quatre fois plus grande que l'Allemagne.Au Canada/Québec, où il n\u2019y a pas de Bundesrat (la chambre des Lânder) comme en Allemagne ou de conseil des chefs de gouvernement comme dans l\u2019Union européenne, on mène depuis trente ans le débat que l\u2019on mène en France depuis quelques années, et en Allemagne publiquement seulement depuis le discours récent de Joschka Fischer, ministre des affaires étrangères, sur la finalité européenne.Dans ce débat, les Allemands, qui restent fédéraux pour l\u2019intérieur et sont à nouveau (con)fédéraux pour l\u2019extérieur, sont plus proches des Québécois qui reconnaissent leurs Anglo-Canadiens et leurs onze « nations » indiennes comme minorité sur le plan du droit collectif, qu\u2019ils ne le pensent eux-mêmes.Le dénominateur commun de ce débat se résume à la question suivante: quelle marge de manœuvre conservent les parties qui composent le tout?Qui est Allemand?Qui est Québécois?Un dernier exemple tiré du présent le plus contemporain.L\u2019identité nationale allemande reste marquée par des critères ethniques : il y a encore quelques décennies, l\u2019Allemand n\u2019était pas celui qui se déclarait tel, mais celui qui en avait la descendance.On connaît le changement qu\u2019a entraîné l\u2019immigration sur ce paradigme, qui cependant n\u2019est pas près d\u2019être oublié.Mais le changement est visible, et le débat est ouvert.Derrière le mot-clef de Leitkultur (culture de référence) se cache une tendance à la dissolution de cet ancien paradigme, même chez les conservateurs.Le concept de peuple d\u2019État allemand se déplace aujourd\u2019hui du paradigme ethnique à des critères politico-culturels.L'Allemand ne doit pas être celui qui en a l\u2019ascendance, mais celui qui accepte la langue (et la culture) allemande comme moyen d\u2019intégration généralement valable.Pour une conscience nationale ethniquement marquée, c\u2019est un profond changement.Au Québec, cela fait déjà plus longtemps qu\u2019un tel changement profond est apparu dans une identité nationale marquée jusque dans la deuxième moitié du XXe siècle par un critère ethnique.L\u2019ancien Canadien ou Canadien français s\u2019identifiait à son ascendance française.C\u2019est encore le cas jusqu\u2019à aujourd\u2019hui des dernières minorités francophones dans les autres provinces canadiennes.Sur le sol du Québec, le Canadien français s\u2019est rebaptisé Québécois.En même temps, le nationalisme québécois, qui était jusqu\u2019alors à dominante ethnique, a évolué vers un nationalisme plus civique et ce dès les années soixante-dix.11 est visible que la langue et la culture du Québec sont influencées depuis vingt ans par des allophones ou néo-Québécois, c\u2019est-à-dire par des immigrants.Dans ce contexte a lieu depuis quelques années un débat fascinant sur la société québécoise et la «nation québécoise».D'après l\u2019historien Gérard Bouchard, l\u2019avant-garde de ce débat défend la thèse suivante : une nation québécoise, qu\u2019elle soit située à l'intérieur ou à l\u2019extérieur du Canada, peut seulement avoir un avenir si elle donne une nouvelle définition aux Québécois.En conséquence, le Québécois est celui qui vit Québec-Allemagne: paralèles, analogies, comparaisons Perspective sur le Québec 700 Le Québec, le Canada, le monde sur le territoire du Quebec et reconnaît la langue française comme « forum de convergence», comme langue et culture de référence permettant l\u2019intégration.11 est frappant de constater les similitudes entre les débats allemand et québécois sur l\u2019identité nationale, avec pour arrière-plan un concept de la nation historiquement proche.Néanmoins, les ponts intellectuels entre les deux débats ne sont pas encore posés.Une voie 1 ?Cependant, nous proposons d\u2019établir un pont entre les discours politiques et identitaires des deux pays en recourant à un «signet» constitutionnel original, qui puisse désamorcer le dilemme de la définition du peuple étatique pour le placer dans un champ inoffensif.En même temps, cela laisserait complètement ouverte l\u2019option d\u2019une voie québécoise à l'intérieur ou à l\u2019extérieur du Canada, à Références Bark, Dennis, David Gress, Histoire de l\u2019Allemagne (1945-1991).Laffont, Paris, 1992.Bochmann, Klaus, «Globalisierung und Quebecker Sprachnationalismus \u2014 ein Widerspruch ?¦» Zeitschrift fur Kanada-Studien, vol.32, n° 2,1997.Bogdan, Henry, Histoire de l'Allemagne de la Germanie à nos jours, Perrin, Paris, 1999.Deshusses, Pierre, « La littérature allemande au miroir de l\u2019Histoire », Le Monde, 16 mars 2001.Dongois, Michel, « L\u2019héritage d\u2019un passé terrible.Trois générations d\u2019Allemands évaluent l\u2019héritage de 12 ans de nazisme», L\u2019Agora, vol.2, n° 3, novembre 1994.Dufresne, Jacques, « Le Québec et la mondialisation », L'Agora, vol.2, n° 5, février 1995 : Internet : http:// agora.qc.ca/reftext.nsf/Documents/Quebec Durand Marc, Histoire du Québec, Imago, Paris, 1999.Ferry, Jean-Marc, Les puissances de l\u2019expérience.Essai sur l\u2019identité contemporaine, Les Éditions du Cerf, Paris, 1991.Finkielkraut, Alain, L\u2019Ingratitude.Conversation sur notre temps, Gallimard, Paris, 1999.Kolboom, Ingo, Pièces d'identité.Signets d\u2019une décennie allemande ig8g-2ooo.Les Presses de l\u2019Université de Montréal, Montréal, 2001.Kolboom, Ingo, « Révolution tranquille ou tranquille résignation?Réflexion sur la \u201cdouble ouverture\" de l\u2019identité québécoise.» Dans Le Québec: Société et cultures.Les enjeux d'une francophonie lointaine, Ingo Kolboom, Maria Lieber, Edward Reichel (sous la dir.de), Dresden University Press, Dresde/ Munich 1998.Kolboom, Ingo, « Le Québec ou les enjeux d\u2019une société distincte », Zeitschrift für Kanada-Studien, vol.32, n°2,i997.Kolboom, Ingo, «Allemagne, France, Québec: Nation et identité nationale», L'Agora, vol.2, n° 3, novembre.1994.Inventaire bibliographique sur les relations France-Québec de 1760 à nos jours.Éd.Commission mixte sur la coopération franco-québécoise (www.biblinat.gouv.qc.ca/rfq/presprog.htm) Rioux, Marcel, Un peuple dans le siècle, Boréal, Montréal, 1992.Rovan, Joseph, Histoire de l\u2019Allemagne.Des origines à nos jours, Le Seuil, Paris, 1994.Schnapper, Dominique, La relation à l\u2019autre, Gallimard, Paris, 1998.Schulze, Hagen, Petite histoire de l'Allemagne.Des origines à nos jours, Hachette, Paris, 2001.Têtu de Labsade, Françoise, Le Québec.Un pays, une culture, préface de Fernand Dumont, 2e édition.Boréal, Montréal, 2001.Weinman, Heinz, Du Canada au Québec.Généalogie d\u2019une histoire, L\u2019Hexagone, Montréal, 1987. te Québec, le Canada, le monde 701 condition que celui-ci accepte que le Québec essaie de se définir en termes de peuple étatique (Staatsuolk) indépendamment de sa place définitive dans le cadre canadien.Ce «signet» serait l\u2019article 5 de la Constitution de l\u2019État libre de Saxe, cité plus haut, qui définit le peuple étatique de Saxe.L\u2019appliquant au Québec, il faudrait le formuler ainsi : « Le peuple de l\u2019État libre du Québec est composé de citoyens d\u2019appartenances française, anglaise et autres.Le pays garantit et protège le droit des minorités nationales et ethniques.» Et pour l\u2019Allemagne : « Le peuple de la République fédérale d\u2019Allemagne est composé de citoyens d\u2019appartenances allemande et autres.Le pays garantit et pro- tège le droit des minorités nationales et ethniques.» Cependant, le problème principal reste ouvert: les formules devraient être l\u2019expression vivante de la culture politique et du consensus national, dans lequel se retrouvent toutes les composantes du peuple étatique respectif.Mais pour qu'il y ait consensus, il faut aussi nécessairement qu\u2019ait lieu un débat ouvert et dédramatisé sur sa propre identité, sans que cela soit une démonstration de nombrilisme national.Ainsi, ce « plébiscite de tous les jours » (Ernest Renan) devrait-il toujours tenir compte du regard de l\u2019autre et sur l\u2019autre sans lequel le regard porté sur soi reste une articulation d\u2019autiste.Peut-être ces lignes pourront-elles y contribuer.\u2022 Études québécoises L'Association internationale des études québécoises L\u2019Association internationale des études québécoises a été créée en mai 1997 à l\u2019initiative d\u2019un petit groupe de professeurs d\u2019universités québécoises.Après moins de cinq ans d\u2019existence, elle est devenue une association dont le caractère international est de plus en plus évident.Sur les 32 membres qui composent son Conseil d\u2019administration, 60% sont de l\u2019extérieur du Québec et la proportion est la même en ce qui a trait à ses quelque 600 membres.Depuis mai 1999, l\u2019Association est présidée par le représentant de l\u2019Allemagne au sein du Conseil d\u2019administration, le professeur Ingo Kolboom, de l\u2019Université de Dresde [noir article précédent].Les fondateurs de l\u2019Association ont souhaité mettre en place un organisme dont la principale mission est de promouvoir et de soutenir le développement d\u2019études portant sur le Québec.Ils étaient également conscients que le développement des études québécoises serait d\u2019autant mieux facilité et assuré que cette association s\u2019emploierait à regrouper et à solidariser, au sein d\u2019un réseau international, celles et ceux qui se consacrent à l\u2019étude du Québec.L\u2019AIEQ s\u2019est donc d\u2019abord consacrée à établir et à faire fonctionner ce réseau international de québécistes ou, pour le dire autrement, d\u2019experts en études sur le Québec-Allemagne: paralèles, analogies, comparaisons Perspective sur le Québec 702 Le Québec, le Canada, le monde Références Association internationale des études québécoises Place Royale 32, rue Notre-Dame Québec (Québec) G1K8A5 Tél.: (418) 528-7560 Fax:(418)528-7558 Courriel : accueil(3)aieq.qc.ca Site Internet.www.aieq.qc.ca Président: Ingo Kolboom Directeur général : Robert Laliberté Les études québécoises à l\u2019étranger ont connu un grand essor au cours des dernières années.Dans la plupart des grands et moins grands pays du monde, on trouve aujourd\u2019hui des spécialistes capables de parler du style narratif de Gabrielle Roy ou des méandres de la loi 101.Cela est particulièrement vrai du domaine des études littéraires.Nous proposons ici, dans l\u2019attente d\u2019un examen plus approfondi de ce phénomène que nous proposerons à nos lecteurs dans une prochaine édition, une bibliographie indicative et partielle, qui s\u2019attache plus particulièrement aux parutions récentes (principalement des années 1990 et surtout de la période 1995-2001).Cette bibliographie n\u2019est nullement exhaustive et n\u2019indique pas l\u2019importance relative des études québécoises dans les divers pays considérés.Mais elle donne déjà une idée de l\u2019intérêt suscité à l\u2019étranger par le Québec et sa production.Allemagne Greif, Hans-Jürgen, François Ouellet, Literatur in Québec-Eine Anthologie ; Littérature québécoise-Une anthologie.Im Auftrag des CIFRAQS derTechnischen Universitât (Dresden), Herausgegeben von Ingo Kolboom, Synchron (éditeur), Heidelberg, 2000.Klaus, Peter (sous la dir.de), Québec-Canada.Culture et littératures immigrées, Neue Romania, n° 18, 1997* Klaus, Peter (sous la dir.de) Conteurs franco-canadiens, Stuttgart, Reclam, 2000.Kolboom, Ingo, Maria Lieber, Edward Reichel, (sous la dir.de), Le Québec: Société et cultures.Les enjeux identitaires d\u2019une francophonie lointaine, Dresden University Press, Dresde/Munich, 1998.Mertz-Baumgartner, Birgit, «Monologues québécois» oder Geschicten eines « Monsieur qui parle tout seul»: StandortbestimmungeinerGattungam Rande, Wissner, Augsburg, 1997.Belgique Klinkenberg, Jean-Marie, Les études québécoises en Europe.Actes du Colloque de Liège, Toronto, G.R.E.F., coll.Dont Actes, 1996.Brésil Figueiredo, Euridice, «Paisagens brasileiras na literatura do Québec», dans Fronteiras, passagens e paisagens na literatura canadense, Porto, Velloso Maria Bernadette (sous la dir.de), EdUFF, Niteroi, 2000.(en portugais) Hanciau, Nubia, (avec Sylvie Dion et Alain Bélanger), L\u2019Amérique française: introduction à la culture québécoise, Rio Grande, Ed.da Furg, 1998 (version protugaise: A America francesa: introduçao à cultura quebequense, même éditeur, 1999) Chili Del Pozo.José.La hoja dearceyla flor de lis-un Chilenoen el Canada francés.(La feuille d\u2019érable et la fleur de lys-un Chilien au Canada français).Ediciones Chile America, CESOC, Santiago 1996.Chine Liu Shengyi, Le Québec(ouvrage de présentation générale du Québec, de sa géographie, de son histoire, de sa culture, de l\u2019économie et de la politique).Département de français, Centre d\u2019études canadiennes, Université d\u2019études internationales de Sichuan, 1997.(en chinois) Le Québec, le Canada, le monde 703 Corée du Sud Numéro spécial de la Revue d\u2019études francophones consacré au thème « Le Canada d\u2019aujourd\u2019hui >».Centre de recherches sur la francophonie de l\u2019Université nationale de Séoul, 2000.Avec une présentation de Yu Pyung-Kun.États-Unis Levine, Marc.V.The Reconquest of Montreal: Language Policy and Social Change in a Bilingual City.Philadelphia : Temple University Press, 1990.(une version revue et mise à jour est parue en traduction française, sous le titre La reconquête de Montréal, chez VLB à Montréal en 1997).Levin e, Marc.V.« The Quebec Independence Movement and the Sovereignty of the Canadian State », dans Global Convulsions: Race and Ethnicity in the 21st Century , Winston Van Horne (sous la dir.de), Albany, State University of New York Press, 1997.France Augustin, Jean-Pierre, Claude Sorbets, Sites publics, lieux communs.Aperçus sur l\u2019aménagement de places et de parcs au Québec, Maison des Sciences de l\u2019homme d\u2019Aquitaine, Talence, 2000.Portes, Jacques, Le Canada et le Québec au xf siècle, Armand Collin, Paris, 1994.Resch, Yannick (sous la dir.de), Littérature du Québec, Histoire littéraire de la francophonie, Universités francophones, EDICEF/AUPELF, 1994.Resch, Yannick (sous la dir.de), Écrivains francophones du xY\u2019 siècle, Ellipses 2000.Grande-Bretagne Chapman, Rosemary, Siting the Quebec novel-The Representation of Space in Francophone Writing in Quebec.Peter Lang, Oxford, 2000.Molinaro, Ines, Christopher Rolfe, (sous la dir.de), Focus on Québec 2.Further Essays on Québécois Society & Culture, Le GRECF, British Association for Canadian Studies, Edinburgh, and Centre for Québec Studies, University of Leicester, 2000 Rolfe, Christopher, (sous la dir.de), Focus on Québec.Five Essays on Québécois Society & Culture, Le GRECF, British association for Canadian Studies, Edinburgh, 2000.Hongrie Vigh, Arpad, F.P.Kirsch, (direction et introduction), Mots du Québec, Cahiers francophones d\u2019Europe centre-orientale, Pecs-Vienne, n° 1,1991.Vigh, Arpad (sous la dir.de), Anciens Canadiens et nouveaux Québécois.Hommage à Gaston Miron, Cahiers francophones d\u2019Europe centre-orientale, Pecs-Vienne, n° 9,1998.Il faut rappeler la publication d\u2019un ouvrage qui fut en quelque sorte l\u2019initiateur de l\u2019intérêt pour le Québec en Hongrie : Kushner, Eva, en collaboration avec Béla Kôpeczi, Ode au Saint-Laurent.Anthologie de poésie québécoise, parue en hongrois sour le titre: Oda a Szent Lôrinc Folyôhoz : Quebec mai Francia Koltészete, introduction historique et notices bio-bibliographiques par Eva Kuschner, Europa Kônyvkiado, Budapest, 1978.Italie Mossetto, Anna Poala, Perfrasi et per strade.Leggendo il Québec, Bulzoni, Rome, 1998 Nissim, Liana et Carlo Pagetti, Intersections-La narrativa canadese tra storia e geografia.Cisalpino, Bologne, 1999.Pays-Bas Lintvelt, Jaap, Aspects de la narration: thématique, idéologie et identité.Guy de Maupassant, Julien Green, Anne Hébert, Jacques Poulin, Québec-Paris, Éditions Nota Bene/L\u2019Harmattan, 2000.Lintvelt, Jaap, Richard Saint-Gelais, W.M.Verhoeven, Catherine Raffi-Béroud, (sous la dir.de), L\u2019identité culturelle dans le roman nord-amércain : Canada, Etats-Unis, Mexique/Contemporary Fiction and Cultural Identity in North America, Québec, Nota Bene, 1998.L\u2019association internationale des études québécoises (AIEQ) Perspective sur le Québec 704 Le Québec, le Canada, le monde Lintvelt, Jaap, François Paré, Frontières flottantes: Lieu et espace dans les cultures francophones du Canada/Shifting Boundaries : Place and Space in the Francophone Cultures of Canada, Rodopi, Amsterdam/Atlanta, 2001.Pologne Burke, Nancy, Jozef Kwarterko, (sous la dir.de), Visions of Canadian Studies: Teaching, Research, Methodology/Visions d\u2019études canadiennes : enseignement, recherche, méthodologie, (actes du premier congrès de l\u2019Association polonaise d\u2019études canadiennes) Université de Varsovie, Varsovie, 1998.Kushner, Eva, Antologia Poezji Quebeku - Anthologie de poésie québécoise en traduction polonaise, (édition bilingue), choix de textes , notices bio-bibliographiques et post-face par Eva Kushner, Presse de l\u2019Université de Wroclaw, Wroclaw, 1985.Kwaterko, Jozef, Le roman québécois de i960 à 1975 : idéologie et représentation littéraire, Le Préambule, Longueuil, 1989.Kwaterko, Jozef, French-Canadian and Québécois Novels, 1950-1990 (course guide for students of French) Madison University Press, Wisconsin, 1996.Kwaterko, Jozef, Ducharme essayiste ou Sartre maghané, Fides, Montréal, 1994.Kwaterko, Jozef, Le roman québécois et ses (inter)discours.Analyses sociocritiques, Nota Bene, Québec, 1998.Russie Mogilevskaya, Tatiana, Youlia Pokrovskaya, Alexandre Sadetsky, Marina Zviagelskaya, Le Québec, vu de la Russie - Bibliographie, Centre Moscou-Québec, CELAT, publié conjointement par l\u2019Université Laval (Québec) et l\u2019Université d\u2019État des sciences humaines de Russie (Moscou).Non daté, (publié en bloc avec la réciproque La Russie, vue du Québec-Bibliographie).Koleneko, Vadim A.,Le syndicalisme catholique au Canada: théorie et pratique (1920-1960) (en russe), Académie des sciences de la Russie, Institut d\u2019histoire universelle, Moscou, 2000.Koleneko, Vadim A., (sous la dir.de) Réflexions sur le Canada, l'Almanach historique et culturel, (en trois langues : russe, anglais et français \u2014 contient des articles sur l\u2019histoire et la littérature québécoises), Académie des sciences de la Russie, Institut d\u2019histoire universelle, Groupe sur l\u2019histoire du Canada, livraison 1, Moscou, 1996.\u2014 Voir aussi la livraison 2, publiée en 1999.Suisse Vialatte, Auguste, D\u2019un monde à l\u2019autre.Journal d\u2019un intellectuel jurassien au Québec (1939-1949), vol.1, (mars 1939, novembre 1942), édité et présenté par Claude Hauser (Fribourg), Presses de l\u2019Université Laval/L\u2019Harmattan/Éditions Communication jurassienne et européenne, 2001.Québec.Elle a identifié puis répertorié plus de 2000 professeurs, chercheurs et étudiants qui, dans les universités de 65 pays et dans plus de 40 disciplines, ont fait du Québec le sujet de leurs recherches, de leurs publications, de leurs enseignements ou encore de leurs études.La majorité de ces québécistes sont de l\u2019extérieur du Canada et du Québec.Ils se retrouvent dans chacune des différentes régions du monde, mais en plus grand nombre en Europe et aux États-Unis.De plus, c\u2019est à travers l\u2019intérêt qu\u2019ils accordent à la littérature québécoise que la plupart de ces québécistes étrangers découvrent et apprécient la réalité québécoise.L\u2019AIEQ s\u2019est dotée de différents moyens pour promouvoir et soutenir concrètement le développement et le rayonnement international des études québécoises.À titre d\u2019exemple, elle transmet une fois par se- Le Québec, le Canada, le monde 705 maine aux quelque 2000 québécistes qu\u2019elle a recensés à travers le monde un bref bulletin d'information portant sur les rubriques suivantes : les ouvrages parus récemment dans le domaine des études québécoises, les événements, colloques ou conférences d\u2019intérêt pour ceux qui étudient le Québec, les grands débats et défis qui périodiquement mobilisent la société québécoise.Elle s\u2019est dotée, en outre, d\u2019un site Internet qui rend accessibles faci- lement et rapidement les informations les plus utiles pour mieux connaître le Québec ou encore mieux connaître les activités de ceux qui se consacrent à l\u2019étude du Québec.Enfin, elle offre à ses membres des aides techniques ou financières susceptibles de faciliter la réalisation d\u2019un projet de recherche, d\u2019enseignement, de publication ou de communication.\u2022 [Voir l\u2019article de Fernand Harvey, paye 675].itionale des études québécoises (AIEQ) Index 707 Index des noms et des principaux thèmes Abénakis, 159, 535, 536 Abitibi-Témiscamingue, 106, 129,254,361-373,377,380, 381 Académie des lettres du Québec, 626 Acadie, 151 Accord de Bâle, 444 Accord du lac Meech, 36, 476, 477» 663, 664, 672 Accord sur le bois d\u2019oeuvre, 563 et suiv.ACFAS (Association canadienne-ffançaise pour l\u2019avancement des sciences), 388, 625, 635, 639 Action démocratique du Québec (ADQ), 35, 36, 41, 488, 491, 503-508, 541, 542, 545» 547 Action libérale nationale, 38, 39 Activités physiques, 224-226 Adda, Catherine, 625 ADISQ, 625 Adoption, ni, 558 Afrique, 17 AGCS (Accord général sur le commerce des services), 444 Agglomérations, 236-242, 244 et suiv.Agressions sexuelles, 229, 230 Agriculture, 405 Aide sociale, 201, 202, 503 AIEQ (Association internationale des études québécoises), 679, 680, 683, 687, 701-705 Akulivik, 356 Akwesasne, 536 Alberta, 32, 33, 35, 72» 74» 75» 115, 231, 232, 409, 410, 412, 413, 415-425» 434» 435» 563» 661, 670 Alcan, 358, 436 Alcool (consommation), 221- 223 ALE (Accord de libre-échange), 12, 23, 27, 445, 446.672.673 ALENA (Accord de libre- échange nord-américain), 11,13, 22, 23, 26, 27, 265, 445.446.561.672.673 Algérie, 158, 555, 560 Algonquins, 159 Allard, Line, 623 Allemagne, 26, 40, 369, 433, 404, 405, 529, 662, 677, 680, 688-701 Alliance canadienne, 475, 476 Alliance de la fonction publique du Canada, 482 Alma, 251, 358 Alou, Felipe, 92, 278 Alouettes (club de football), 282 Aménagement (territoire) 51-61, 235-242 American Council for Quebec Studies, 679, 682 Amérindiens, 158-160, 532-538 AMI (Accord multilatéral sur l\u2019investissement), 25-26, 29, Amos, 251 Ancienne-Lorette, 292 Anctil, Jean-Michel, 624 Andrés, Bernard, 625 Angers, Stéphane, 625 Anglo-Québécois, 148,149, I53'I57» 261, 462, 464, 465 Anjou, 266 AOL Time-Warner, 26 Aquin, Hubert, 459, 603, 605 ARDA (Aménagement rural et développement agricole), 56 Arseneau, Maxime, 490 ARTV, 623 Ascot, 320, 321 Assemblée nationale (Québec), 29, 32, 35, 87, 92, 209, 299, 301, 352, 476-480, 489-497,519,521,534,643, 667 Assiniwi, Bernard, 92 Association canadienne de paiement, 447, 448 Association for Canadian Studies, 677, 682 Assurance-maladie (RAMQ), 517, 519-521, 523-525 Assurance-médicaments, 517, 5i9'525 Astral Media, 92, 649, 652-654 Attikameks, 159 Auger, Michel, 84, 494 Aupaluk, 356 Autochtones (voir aussi Amérindiens et Premières Nations), 8,158-160, 532- 538,549 Avortement (voir Interruption volontaire de grossesse) Aylmer, 310, 312 Ayotte, Jean-Pierre, 319 Aznavour, Charles, 96 Baby-boom, 141 Bachand, André, 674 Bachand, Raymond, 92 BAEQ (Bureau d\u2019aménagement de l\u2019Est du Québec), 53, 56, 57 Baie James (convention), 354, 533.536,538 Baie-Comeau, 248, 317, 672 Bairoch, Paul, 53 Banque de Montréal, 446 Banque du Canada, 12,440 Banque Laurentienne, 446 Index des noms et des principaux thèmes Index des noms et des principaux thèmes 708 Index Banque mondiale, 6, 91, 444 Banque Royale, 446 Banques, 445 et suiv.BAPE (Bureau d\u2019audiences publiques en environnement), 335 Barbance, Maryse, 598, 626 Baril, Gilles, 89, 480, 490 Baril, Jacques, 491 Basile, Jean, 603 Bas-Saint-Laurent, 105,106, 374-376 BCE, 84, 649, 651-654 Beauchemin, Yves, 626 Beaudoin, Louise, 43, 490, 496, 659, 661, 662 Beausoleil, Claude, 598 Bécancour, 253, 331 Becker, Gary, 137,138 Bégin, Paul, 490, 491 Bélanger, Louis, 663 Bell Canada, 484 Bellefleur, Yves, 642 Bellehumeur, Michel, 667 BellGlobeMedia, 652 Benedict, Michael, 536 Bergeron, Henri, 92, 624 Bergman, Howard, 514 Bernard, Louis, 84, 257 Bertrand, Françoise, 87, 647 Bertrand, Rosaire, 491 Besré, Jean, 93 Bessette, Arsène, 601 Bettelsmann, 26 Beugnot, Bernard, 625 BID (Banque interaméricaine de développement), 10 Bilodeau, Vincent, 623 Biodiversité, 60 Bipartisme, 37-43 Black, Conrad, 83, 641, 642, 644,654 Blainville, 255 Blais, François, 593 Blais, Marie-Claire, 594, 595, 599, 602-605 Blanchard, Raoul, 676 Blanchet, Bruno, 646 Blanchet, Marcel, 493, 506 Bloc populaire, 38 Bloc Pot, 507 Bloc québécois, 86, 88, 475-477* 53°.531.663-669, 673-675 BNC (Banque Nationale du Canada), 446 Boily, Claire, 650 Bois (industrie), 406, 561-568 Boisbriand, 487 Boisclair, André, 479, 490 Boisjoli, Charlotte, 93 Bombardier (aéronautique), 13,276,474 Bone, Robert, 669 Borduas, Paul-Émile, 94 Boréal, 594, 595 Bossé, Réal, 623 Bouchard, Gérard, 697, 699 Bouchard, Lucien, 34, 36, 84, 86-88, 261, 474, 476-478, 483,489,495,497,509, 526-531, 661, 664, 666, 668, 673 Bouchard, Michel-Marc, 624 Boucher, Andrée, 292, 294 Boucher, Claude, 491 Boucher, Daniel, 624, 625 Boucher, Maurice «Mom», 65, 90 Boucherville, 84 Boulerice, André, 491, 494 Bourassa, Robert, 39, 88, 89, 509 Bourdon, Joseph, 93 Bourgault, Pierre, 93, 558 Bourguignon, Stéphane, 598 Bourque, Gilles, 6 Bourses, 452-456 Boutros-Ghali, Boutros, 662 Bové, José, 14 Brandt, Willy, 697 Brassard, André, 622, 624 Brassard, Gilles, 624 Brassard, Jacques, 490 Brecher, Michael, 624 Brel, Jacques, 602 Breton, Guy, 494 Brisebois, Patrick, 598, 599 Brochu, Edith, 664 Bromptonville, 250, 321 Bruneau, Philippe, 623 Brunelle, Claude, 508 Budget (gouv.du Québec), 437-442, 480, 495, 501, 505 Bureau, André, 654 Bush, George W., 661 CAC (Conseil des arts du Canada), 29, 97 Caisse de dépôt et placement, 83, 280, 437, 645, 648, 651, 655 CALQ (Conseil des arts et lettres du Québec), 29, 89 Campbell, Gordon, 33 Canadien (club de hockey), 86, 278-282 Canadien Pacifique, 300 Canal Évasion, 649 Canal Z, 649 Canoe, 649 CanWest Global Communications, 83, 641 Caouette, Réal, 670 Cap-de-la-Madeleine, 318, 319 Capitale nationale (région), 106, 304, 305, Cardinal, Mario, 85 Carie, Gilles, 95, 624 Caron, Jocelyne, 491 Casgrain, Thérèse, 96 Casino, 73 Castonguay, Charles, 150 CCF (parti), 670 Centre Molson, 86 Centre-du-Québec, 106, 347 CEPALC (Commission économique des Nations unies pour l\u2019Amérique latine et les Caraïbes), 10 CEQ (Centrale de l\u2019enseignement du Québec), 482 Cerny, Anne-Marie, 599 CFCF-12, 652 Chagnon, André, 648, 651 Chagnon, Claude, 648, 651 Index 709 Chambly, 244, 262 Champagne, Dominic, 623 Champoux-Lesage, Pauline, 495 Chaput, Marcel, 93 Chaput-Roland, Solange, 96 Charbonneau, lean-Pierre, 494 Charbonneau, Robert, 602 Charest, Jean, 34, 35, 37, 87, 298, 476, 501-503, 508, 664, 665 Charlevoix, 334, 358 Charpentier, Fulgence, 93 Charrette, Christiane, 646 Charte de la langue française (loi 101), 44, 48, 261, 544, 545.551.556 Charte des droits et libertés (Québec), 35 Chartrand, Michel, 96 Chaudière-Appalaches, 106, 306, 307, 608 Chen, Ying, 698 Cheney, Dick, 661 Chevrette, Guy, 489, 499, 532 Chibougamau, 245, 366 Chicoutimi, 88, 245- 249, 358, 359, 388 ; Chicoutimi-Jonquière (RMR), 106,107, 248, 309 Chine, 17,18, 70,158, 326, 548, 555, 556, 560, 676, 682 Chirac, Jacques, 690 Chisasibi, 356 Chômage, 178,183, 399, 409, 410, 482, 528 Chouinard, Marie, 661 Chouinard, Normand, 623 Chrétien, Jean, 33, 36, 474-477, 480, 481, 497 CHUM, 649 CIBC (Canadian Imperial Bank of commerce), 446 CIEC (Conseil international des études canadiennes), 678, 679, 683 Cinar, 646 Cinéma, 215, 216, 581, 619-621 Cinéplex Odéon, 620 Cirque du Soleil, 30, Cité du multimédia, 30 Citoyenneté (québécoise), 35, 49.50.503.540, 542, 547 CKOI, 653 Clair, Michel (voir aussi Commission Clair), 510 Clark, Joe, 476,664 Clarke City, 245 Clavel, Bernard, 601 Cliche, David, 491 Cliche, Paul, 90, 592 Cloutier, André, 507 Coalition pour la diversité culturelle, 29 Code des professions, 516 Code du travail, 483-485, 493, 506 Codignola, Luca, 683 Cogeco, 652 Cohen, Matt, 594 Colombie-Britannique, 29, 33,115, 231, 409, 410, 412, 413,415-425,440,563,670 Commerce extérieur, 402 Commission Bélanger-Campeau, 34, 35, 480 Commission Castonguay-Nepveu, 511 Commission Clair, 479, 499, 510-519 Commission de la capitale nationale (Ottawa), 310, 315 Commission de la capitale nationale (Québec), 297, 299-303 Commission Séguin, 480 Communauté européenne, 24, Communauté métropolitaine de Montréal, 257-260, 263, 273.275.278 Communauté métropolitaine de Québec, 291-298 Communauté régionale de POutaouais, 309, 310, 311, 315 Communauté urbaine de POutaouais, 311, 314 Communauté urbaine de Québec, 291 Communautés rurales, 238 et suiv., Compagnons de Saint-Laurent, 93, 97 Confédératioin internationale des syndicats libres (CISL), 487 Conférence parlementaire des Amériques (COPA), 496, 659 Conflits de travail, 176-178, 485, 486 Connecticut, 433, 552 Conseil de l\u2019Europe, 24 Conseil de la langue française, 48,545 Conseil de la science et de la technologie, 371, 638 Conseil de recherches en sciences humaines du Canada (CRSH), 640 Conseil des ministres, 489-491 Conseil des relations interculturelles, 559 Conseil européen de Nice, 24 Conseil supérieur de l\u2019Éducation, 635 Consommation, 104, 211-216, 401-402 Contraception, ni, 118-125, 139 Corbeil, Jean-Claude, 538 Corbo, Claude, 34, 62, 63 Corée du Sud, 17 Corus, 653 Côte-Nord, 105,106,129, 254, 255.358,377.382.383 Coupai, Bernard, 624 Couples (typologie), 134-135 Courtemanche, Gil, 596 Courville, Serge, 392 Cowansville, 255 Cox, Paul, 625 Cox, Robert, 30 Crédit social (parti), 670 Crémazie, Octave, 600 Crevier, Guy, 641, 643 Index des noms et des principaux thèmes Index des noms et des principaux thèmes 710 Index Criminalité (taux), 228-232 Cris, 159-160, 533, 536, 538 Crise d\u2019octobre, 95, 96 CRTC (Conseil de la radiodiffusion et de la télévision canadiennes), 26, 83, 87, 646-648, 651, 652 CSD (Centrale des syndicats démocratiques), 483 CSEM (Commission scolaire English Montreal), 156 CSN (Confédération des syndicats nationaux), 86, 333,482,483,485,559 CSQ (Centrale des syndicats du Québec), 482, 634 CTC (Congrès du travail du Canada), 482 CTV (télévision), 652 Cusson, Maurice, 65 D\u2019Alembert, 363 D\u2019Allemagne, André, 93 D\u2019Amours, Alban, 90 Daudelin, Charles, 94, 301 David, Françoise, 482 Davignon, Jean, 624 Day, Stockwell, 475, 476 De Bellefeuille, Normand, 626 Dé, Claire, 626 Deauville, 320, 321 Décès, taux : 112,113 ; causes : 219, 220 Décrochage scolaire, 631, 632 Déficit zéro, 440, 472, 473 Démographie, 101-118,117-118 Dépenses des ménages, 214-215 Dépenses publiques, 402, 437-442, 471 Derome, Bernard, 35 Desjardins (Mouvement), 90, 443.445.447-449 Desmarais, Paul, 88 \u2014 groupe, 641, 643 Desrochers, Clémence, 624 Dette publique, 437-442, 480, 505 Dion, Stéphane, 33 Diplômes (nombre), 628-630 Disney, 26 Diversité culturelle, 23-31, Divorce, 129-132,139 Donnacona, 244 Donnât, Olivier, 578, 579, 585 Doré, Fernand, 93 Dorval (aéroport), 265, 267 Drapeau, Jean, 528 Drogues, consommation : 223, 224 ; infractions : 230, 231 Drummondville, 245-249, 25\".253-255.323-328.504.676 Dubé, Marcel, 94 Dubuc, Alain, 36, 43, 642 Duceppe, Gilles, 476, 664-668 Ducharme, Réjean, 603 Duchastel, Jules, 6, Duchesne, Christiane, 626 Duchesne, Louis, 128 Dufour, Christian, 85, 590, 591 Dufresne, Jean-V., 93 Duguay, Jean-Guy, 94 Dumont, Hélène, 625 Dumont, Mario, 37, 38, 41, 87,504,507 Dunham, 336 Duplessis, Maurice, 35, 38 Dupré, Louise, 596 Dupuis, Hélène, 645 Durand, Luc, 94 École des hautes études commerciales, 89 École nationale de police du Québec, 63 École nationale de théâtre, 622 Écologie, 22 Éditeurs, 608 Éducation, 430, 431,437, 438, 471,480,501,505,544, 627-637 Élections fédérales (nov.2000), 86, 475, 476, 477, 664, 669-675 Embraer, 13 Emploi, 171-176,180-187, 399.411-413,431,433,435 Épargne, 204, 209-211 Espérance de vie, 3, 209, 210, 217, 218 Estrie, 106, 320, 334-339, 342, 343, 608 État-nation, 5, 6, 8, 277, 443, 689 et suiv.États généraux sur la langue française, 34, 37,43,49, 50, 478, 499, 538-547 États-Unis, 11-13,15,18, 22-28, 55, 64, 72, 75,121,142, 176, 231, 232, 278, 279, 326,330,369,399,402-405, 408, 411, 414, 426-431, 433.434.439.440, 454.536, 537, 548-552, 561 et suiv., 571, 575, 585, 602, 607, 608, 610, 661, 662, 671, 675, 677 et suiv.Études québécoises, \u2014 dans le monde 675-687 -\tAdas du Québec, 388-391 -\tCETUQ, 615-618 -\tCIEQ, 392-396 -\tCRELIQ, 613-615 -\tPEQ, 77-79 Évain, 363 Exportations, 403-406 Expos (club de baseball), 88, 92, 278-282 Facal, Joseph, 7, 491, 558 Faguy, Allen, 507 Falardeau, Pierre, 593, 620 Famille, 126-137,138 et suiv., 501, 502 \u2014 monoparentalité, 135-136 ; \u2014 temps familial, 577, 578 Famous Players, 620, 623 Farrah, Georges, 476 Fécondité, 44,119,120,139-145 Index 711 Fédéralisme canadien, 7, 40 Fédération des étudiants universitaires, 35 Femmes (mouvement), 8, 85, 481, 482 \u2014 comportement politique : 459 et suiv., 498 Festival d\u2019été de Québec, 300 Festival pyrotechnique de Montréal, 83 Fêtes de la Nouvelle-France, 300 FFM (Festival des films du monde), 625 FIFA (Festival international du film sur l\u2019art), 625 FIIQ (Fédération des infirmières et infirmiers du Québec), 483 Finances (services financiers), 442-451 Financière agricole du Québec, 492 Finkielkraut, Alain, 688 Fleurimont, 320, 321 FMI (Fonds monétaire international), 24, 444, 593 Fondation canadienne pour l\u2019innovation (FCI), 639 Fonds de Solidarité, 92 Fonds québécois de recherche sur la nature et la technologie, 639 Fonds québécois de recherche sur la santé, 639 Fonds SCAR, 639 Forêts, 405, 494 Fortin, Gérald, 363 Forum sur la stabilité financière, 444 Fournier, Marc, 625 Fournier, Michel, 625 FPJQ (Fédération professionnelle des journalistes du Québec), 641 FQM (Fédération québécoise des municipalités), 239 France, 5, 40, 53, 64, 70, 91, 158,176, 253, 326, 404, 405.433.532, 549*554, 560, 571, 578, 599-610, 622, 661, 662, 675, 677 et suiv., 688 et suiv.France, Claire, 601 Francœur, Pierre, 644 Francophones hors Québec, 150-153 Francophonie, 29, 662 Fréchette, Louise, 85 Fréchette, Louis-Honoré, 600 Fruit of the Loom, 329, 486 FSE (Fédération des syndicats de l\u2019enseignement), 635 FTQ (Fédération des travailleurs du Québec), 482, 483, 485, 488 Fusions municipales, 51, 84, «7,153.235-242.476.486.493,503,526-531 -\tAbitibi, 362-365 -\tLongueuil, 257-264 -\tMontréal, 257-264 -\tOutaouais, 308-317 -\tQuébec et Lévis, 290-298 -\tSaguenay, 357-361 -\tSherbrooke, 317-322 -\tTrois-Rivières, 217-322 G-20, 444 G'7, 638 G-8,11, 24 GAF (Groupe d\u2019action financière international sur le recyclage des produits de la criminalité), 444 Gagnon, Alain, G., 78 Gagnon, Gabriel-Yvan, 489 Gagnon, Reynald, 520 Gagnon-Messier, Denise, 634 Gagnon-Tremblay, Monique, 495 Galarneau, Annie, 625 Garceau, Roger, 94 Garderies, 127 Garneau, Raymond, 495 Garon, Jean, 294 Gaspésie-îles-de-Ia-Madeleine, 105,106,117,129, 334, 385-387,476,534 Gatineau, 3, 238, 312, 313, 3\u20187.486 GATT (General Agreement on Trade and Tarifs), u, 19, 23-26 Gaucher, Yves, 94 Gaudreault, Émile, 621 Gauthier, Jacques, 504, 541 Gauthier, Pierre, 321 Gautrin, Henri-François, 209 Gélinas, Gratien, 94 Gélinas, Jacques B., 592 Gendarmerie royale du Canada, 62, 83 Gendron, François, 491 General Motors, 486 Gesca, 88, 498, 641-643, 652 Gillett, George, 86, 279 Giraud, Michel, 165 Globe (revue), 78 Globex Alliance, 453 Godbout, Jacques, 625 Gonthier, François, 625 Gôteborg, 11 Goupil, Linda, 490 Granby, 246, 249, 251, 253, 255 Grand Prix de Montréal (formule 1), 282 Grand Prix de Trois-Rivières, 83 Grande Bibliothèque du Québec, 494 Grande Paix de Montréal, 89, 532.534 Grande-Anse, 358 Grande-Bretagne (et Royaume-Uni), 253, 404, 405,433,511,537,548, 552, 607, 610, 662, 677, 684 Grand-Mère, 254, 330, 332 Grégoire, Antoine, 308, 310, 315 Grescoe, Taras, 626 Grèves (voir Conflits de travail) Grimes, Roger, 33 Groupe de Lisbonne, 30 Guilbault, Denise, 622 Index des noms et des principaux thèmes Index des noms et des principaux thèmes 712 Index Guzzo, 620 Haïti, 91,158 Hamm, John, 33 Harel, Louise, 154, 235, 291, 293, 309, 310, 317, 320, 322,365,489,526 Harris, Mike, 33, 235, 529, 661 Hébert, Anne, 601 Hekpazo, Jacqueline, 508 Hells Angels, 65, 90 Hémon, Louis, 601 Henderson, Keith, 507 Historia (télévision), 649 Hollinger (journaux), 83, 88, 498 Holocauste, 478, 698 Home Depot, 566 Homicides, 229-232 Houle, Réjean, 86 Huard, Patrick, 624 Hughes, Everett C, 676 Hull (ville et RMR), 58,107, 108, 238, 245-249, 251, 256, 310,311,313,315,317,486 Huot, Juliette, 94 Hurons-Wendats, 159 Hurtubise, Jacques, 624 Huston, Nancy, 595 Hydro-Québec, 14, 89, 300, 353.436 IBM, 564 IDH (indice de développement humain), 15 Immigration, 43-50,117,147, I50_152.157-167.198, 543.547.557-561 Imperial Chemicals Industries, 331 Importations, 403-405 Impôts, 191-192,197, 435, 437'442.480, 501 Inchauspé, Paul, 635, 636 Inégalités, 22,194-196, 589 INRS (Institut nationale de la recherche scientifique), 650 Inscriptions (écoles), 629, 630 Institut de finance mathématique de Montréal, 455 Interac, 447, 448 Internet, 27, 30, 91, 214, 389, 392.393.448.450, 497.65O, 652, 653 Interruption volontaire de grossesse (IVG), m-113, 118-125,139 Inuits, 158,159, 35oetsuiv., 533.537.538 Inukjuak, 356 Investissement Québec, 501 Investissements (privés et publics), 400, 401, 436, 437 IRPP (Institut de recherche en politiques publiques), 27, ISQ (Institut de la statistique du Québec), 123 Israël, 11, 24, 40, 83 Ivujivik, 354 Jacob, Suzanne, 595, 596 Jannard, Maurice, 643 Jaoui, Agnès, 625 Japon, 16,17, 4°4* 405, 433 Jasmin, Claude, 602 Jean, Bruno, 363 Jean, Rodrigue, 624 Jetté, Michel, 624 Jeu (gambling), 69-77, 85 Johnson Daniel (fils), 509 Johnson, Pierre-Marc, 509 Joliette, 245-249, 251, 254 Jolivet, Jean-Pierre, 495 Jonquière, 358, 360 Joyal, André, 592 Julien, Guy, 490 Juteau, Danielle, 50 Kahnawake, 533 Kangiqsualujjuaq, 356 Kangirsujjuaq, 356 Kargirsuk, 356 Kativik (Administration régionale), 354 Keable, Jacques, 594 Keating, Michael, 6, Keith, Julie, 626 Keynes, John Maynard, 474 Klein, Ralph, 32, 35, 661 Kolboom, Ingo, 701 Kuujjarapik, 356 Kuujjuaq, 356 L'actualité, 94, 323, 530 L\u2019Allier, Jean-Paul, 292, 294, 559 LAufjournal, 95, 592 L'Itinéraire, 95 La Baie, 358, 360 La Plaine, 262 La Pocatière, 254 La Presse, 93-95, 276, 502, 642, 643.651 La Ronde, 87 La Sept/Arte, 649 La Tuque, 246, 249, 251 Labatt, 88, 279 Laberge, Marie, 594, 595 Labrador, 354, 533 Lachenaie, 262 Lac-Kénogami, 360 Lac-Mégantic, 250, 255 Lagacé, Maurice, 84 Lamarre, Daniel, 645, 648, 649 Lanaudière, 106, 285, 286, 608 Lanctôt, Micheline, 624 Landry, Bernard, 7, 34, 35, 86, g9,437.440.472-474.479- 481, 483, 488, 489, 495, 497-499.508,509,646, 659, 661, 663, 666 Langlais, Tania, 626 Langue -\tcommune, 45, 48-50,150, 539.543.544 -\tdébat linguistique, 43-50, !54,155.538-547 -\tde travail, 544 -\td\u2019usage, 3, 45-48, ni, 148 -\tlois linguistiques, 150, !54.155-499.506, 545, 547-557 -\tmaternelle, 44-48, 147-153 -\ttransferts linguistiques, 46, 148-151 Index Laplante, Laurent, 592, 593 Lapointe, Éric, 625 Lapointe, Jean-Louis, 291 Laroche, Michel, 625 Larocque, André, 504 Larose, Gérald, 37, 85, 478, 538 \u2014 Comité Larose (livre) 606, 611 Larouche, 360 Larue-Langlois, Jacques, 95 Lasalle, Lise, 93 Laterrière, 360 Laurendeau, André, 38 Laurentides, 106, 286, 287, 334 Laurin, Nicole, 590 Lauzon, Léo-Paul, 592 Laval, 3,106, 260, 262, 268, 273, 276, 283, 608 Lavaltrie, 250 LCN, 656 Le Corbusier, 54 Le Couac, 593 Le Devoir, 35, 95, 494, 496, 641,\t642, 644, 653, 654 Le Droit, 88, 93, 313, 530, 641 Le Franc, Marie, 601 Le Journal de Montreal, 94, 494, 642,\t644, 649, 651, 652, 655,656 Le Journal de Quebec, 649, 651 Le Quotidien, 88, 641 Le Soleil, 88,93,641,642 Leblanc, Léopold, 615 Lecture (habitudes), 584 Legault, Émile, 97 Legault, François, 89, 479, 480, 490, 633, 636, 637 Legendre, Richard, 480, 489, 491, 496 Léger, Marcel, 338 Léger, Nicole, 491 Léger, Viola, 623 LeHir (Groupe de travail), 34 Lemieux, Diane, 29, 89, 484, 490, 493 Lemieux, Vincent, 465 Lennoxville, 321 Léon, Pierre, 602 713 Léonard, Jacques, 495 Lepage, Robert, 623, 661 Les Allusifs (éditeur), 594 Lévesque, René, 96, 459, 509, 671 Lévis, 238, nouvelle ville : 290-298, 309, 486 Levitt, Theodore, 24 Librairies, 607-612 Libre-échange, 10-31, Ligue des droits et libertés, 91 Listiguj, 532, 534 Livre (marché), 85, 606-612 Logement (taux de possession), 213 Loi anügangs, 88 Loi C-20 (sur la clarté référendaire), 7, 32, 87, 492, 665 Loi des normes du travail, 484,485 Loi sur l\u2019accès à l\u2019égalité, 492 Loi sur l\u2019équité salariale, 486 Loi sur le droit d\u2019auteur, 29 Loi sur les banques, 446, 447 Loi sur les jeunes contrevenants, 32, 92 Loiselle, Hélène, 97 Loisirs, 571 et suiv.Longueuil, 3, 84, 266, 644 ; nouvelle-ville: 3, 257-264, 309, 486 Loria, Jeffrey, 92, 278, 279 Loto-Québec, 72, 73 Magnola, 436 Magog, 246, 253, 254, 335, 336, 339 Maine, 399, 408, 411, 414, 426-429,433,551,552 Makivik (Société), 350 Malavoy, Marie, 497, 499 Malécites, 159 Maltais, Agnès, 491, 622 Manitoba, 72 Manning, Preston, 670 Maple Leafs (club de hockey), 279 Marcel, Jean, 626 Marchand, Jean, 96 Marcil, Serge, 476 Marcoux, Rémi, 644 Marcus, Jean-Claude, 622 Mariage, 126-132,139,140 Marleau, Denis, 622 Marois, Pauline, 89, 437-440, 479,480,489,495,510, 560, 639 Martin, Alexis, 623 Mascouche, 262 Massachusetts, 433, 551 Massicotte, Louis, 664 Masson, 310 Matagami, 366, 372 Mathews, Georges, 117,171 Mathieu, Rhéal, 84 Mauricie, 106, 237, 254, 329- 334,340.341,358,642 McDonald\u2019s, 14, 86,485, 486 McKensie, Armand, 532 McLellan, Ann, 84 McWatters, 363 Mégatech Électro, 332 Ménages (typologie), 132,133 Ménard, Marc, 606, 608, 612 Ménard, Serge, 490 Mercier, Honoré, 36 Mercosur, 10, Metallic, Wendel, 534 Métis, 159,160, 535 Métro (journal), 89 Métromédia, 653 Mexique, 11-13, 22, 24, 253, 548,554,673,682 Michaud, Andrée A., 595 Michaud, Yves, 8, 87, 88, 90, 93, 478, 494.495 Micmacs, 159, 534 Migrations, 113-116 Miner, Horace, 676 Mines (industrie), 366-373, 405 Minorités, (visibles) 161, (francophones, voir Francophones hors Québec) Mirabel, 253, 265, 276 Mistral, Christian, 598 Index des noms et des principaux thèmes Index des noms et des principaux thèmes 714 Index Modèle québécois, 500, 540, 541 Mohawks, 159-160, 533, 537 Molson (brasserie), 86, 88, 278 Mondialisation, 5,-7, n-12, 15,19, 24, 26, 28, 30, 50, 277, 309, 435, 442 et suiv., 473,499.5^7,540,594,665 Monet-Chartrand, Simonne, 96 Montagnais, 159-160 Montérégie, 106, 288, 289, 608, 642 Mont-Laurier, 251 Montmagny, 251, 254 Montréal -\tîle, agglomération, 43-50, 53, 87,106,107,122,123, 129,154,161, 231, 232, 246, 253-257-283,290,335,476, 527,543,557,560,608,672 -\tville, 3, 55, 56, 57, 62, 84, 88,154,155, 238, 245-249, 254, 336, 452-456, 475, 481, 528, 534, 558, 608, 620, 671; -\tnouvelle ville : 257-264, 486,493 Mont-Royal, 55 ; parc : 54, 268-271 Mont-Tremblant, 262 Monty, Jean, 654 Morin, Claude, 591 Morin, Michel, 491 Mortalité infantile, 218, 219 Motion International, 648 MRC (Municipalités régionales de comté), 59, 235-243 Mulcair, Thomas, 496 Mulroney, Brian, 33, 665, 671-673 Musées -\tde la Civilisation, 300 -\tdu Québec, 300 -\tMcCord, 97 -\tPointe-à-Callière, 89 Musique (écoute), 582 Nasdaq, 83, 86, 455, 456 Naskapis, 159, 533, 538 Natalité, 107-110,126-128, 527, 543, 557 \u2014 politiques natalistes, 137-147 Nation, 5-10 National Cablevision, 647 Nationalisme, 5,6 New Hampshire, 399, 408, 411.414.426-\t429,433.551, 552 New York (État), 399, 408, 411.414.426-\t429,551,552 News Corp., 26 Nicolet, Roger, 240 Nolet, Daniel, 535 Noranda Mines, 366, 372 Nord-du-Québec, 106, 366, 367,384,385 Nordiques, 86 Normandeau, Nathalie, 501 Norsk Hydro, 331 Nortel, 86, 454, 486 North Hadey, 335 Nouveau Parti démocratique, 476, 670 et suiv.Nouveau-Brunswick, 75,148, 149,151,534,551,556,560 Nouvelle-Angleterre, 433, 434, 661, 682 Nouvelle-Écosse, 33, 72, 75 Nouvelle-Zélande, 24 Nunavik, 350-357, 537, 538 Nunavut, 350, 537, 551 OCDE (Organisation pour la coopération et le développement économique), 23, 25» 444 OEA (Organisation des États américains), 10, Ohl, Paul, 597 Oka (crise), 532 OMC (Organisation mondiale du commerce), 6,11, 23, 25, 26,445,561,593 OMPI (Organisation mondiale de la propriété intellectuelle), 29 Ondaatje, Michael, 594, 596 ONF (Office national du film), 29 Ontario, 32, 33, 53, 64, 72, 75,115,139,140,148,149, 151,161,187-189,193,197, 199, 200, 231, 232, 408-429, 433-435.439,440,526, 556, 560, 563, 638, 661, 669 et suiv., 689 ONU (Organisation des Nations unies), 17, 29, 481, 593 Orchestre symphonique de Québec, 300 Ordinateur (possession), 211, 212 Orford, 335 Organisation internationale du travail (OIT), 487 Ottawa (gouv.féd.) 7, n, 23-31,32-37,39, 92,310, 473, 477» 504» 532, 533» 534» 539 Ottawa (ville et agglomération), 88, 231, 261, 300, 309-313, 315 Ouellet, Pierre, 597 Ouimet, Marc, 64 Outaouais (région) 87,106, 237, 290, 344, 345, 608, 642, 672 ; nouvelle ville: 308-317 Pacte fiscal, 492 Pakhenham, Dennis, 320 Papineau, Lucie, 491 Papineau-Couture, Jean, 95 Paquet, Jean-Guy, 624 Parachute, 622 Paramount, 620 Parent, Madeleine, 78 Parizeau, Jacques, 8, 88, 509 Parti communiste du Québec, 507 Parti conservateur, 37-38, 42, 43» 670» 673 Parti de la démocratie socialiste, 507 Parti de la loi naturelle, 507 Index 7'5 Parti Égalité, 38, 507 Parti innovateur du Québec, 508 Parti libéral du Canada, 86, 475.477.530, 664, 665, 669-675 Parti libéral du Québec (PLQ), 36-43, 90, 298, 478,488, 491, 498, 500-503, 507, 508, 539-541.545.547.660 Parti marxiste-léniniste du Québec, 508 Pard québécois (PQ), 35, 37-41, 43, 87, 297, 298,459, 472.473-474.477-479.488, 491,497-500, 507, 508, 528, 529, 531, 538, 542-547, 545, 547, 590-592, 666-668 Parti réformiste, 673 Partis politiques, 37-43 -\tfinancement des partis, 506-507 -\tprogrammes des partis, 497-506 Pataki, George, 661 Pauvreté, 89,198-203,479-482,499 Peel, Robert, 61, 68 Péladeau, Pierre, 647, 651 Péladeau, Pierre-Karl, 645, 647, 649,651 Pellerin, Jean, 95 Pelletier, Benoit, 502, 539 Pelletier, Gabriel, 621 Pelletier, Gérard, 96 Pelletier, Jean-Jacques, 597 Péloquin, Claude, 597 Pépin, Clermont, 95 Perrault, Jean, 320 Perreault, Robert, 489, 494, 558 Peterson, Oscar, 624 Petresa Canada, 331 Peyrefitte, Alain, 600 Philanthropie (dons), 197 Pilon, Guy, 508 Pinard, Daniel, 646 Place des Arts, 486 Plamondon, Louis, 666 PNUD (Programme des Nations unies pour le développement), 15 Point Sud, 644 Pointe-Claire, 266 Pointe-du-Lac, 318, 320 Police, services : 61-68, 493 ; -\tactivité policière : 229 Poliquin, Daniel, 590 Politique et société (revue), 78 Population -\tdu Québec, 3,101-118, -\tselon l\u2019âge, 102-105 Pose, Rachel, 626 Potvin, Damase, 601 Potvin, Gilles, 95 Power (corp.), 641, 642, 644, 652 Premières Nations (voir aussi Amérindiens et Autochtones), 8, 533, 535 Premiers ministres du Québec, 509 Presse (écrite), 641-645 Prévost, André, 95 Price Waterhouse-Coopers, 275 Princeville, 250 Produit intérieur brut (PIB), 399, 400, 417-419, 426, 430, 434.435.438,441,442,517 Publicor, 649 Puvirnituq, 356 Qoartaq, 356 QSPELL (Quebec Society for the Promotion of English Language Literature), 626 Québec -\tville, 3, 59, 62, 88, 238, 245-249.335.358.480, 559, 608, 643 ; -\tnouvelle ville : 290-298, 486 -\trégion (voir aussi Capitale nationale), 87,107, 231, 232, 246, 256, 290-307, 290, 527, 560, 608 Quebec Anglohone Network, 157 Quebec Studies, 679 Quebec Writers Association, 156 Quebecor, 83, 89, 641, 642, 644, 645, 648, 649, 651-656 Quilico, Louis, 95 Quotidiens (tirages), 643 Rabinovitch, Robert, 646, 647 Radio-Canada, 25, 29, 85, 92, 94, 95, 623, 626, 645-650 Radiomédia, 653 Radiomutuel, 652 Ralliement créditiste, 38, 41 Rapport Allaire, 35 Rassemblement pour l\u2019indépendance nationale, 93 Rassemblement pour une alternative politique (RAP), 488, 508 Rawdon, 250 Référendum (sur la souveraineté), 459 et suiv., 478,479,483 Réforme scolaire, 632-637 Régions, 257-387 480, 498, 501, 505 -\tdémographie, 59, 105- 107, -\timmigration, 161-167 Regroupement québécois sur l\u2019intégration continentale (RQIC), 487 Relations, 590 Religion (pratique religieuse), 87,126 Renvoi relatif à la sécession du Québec (Cour sup.), 7, 32, 35 Réseau international sur la politique culturelle, 28, Retraite (régimes), 203-211 Revenus (individuel et familial), 187-202, 420-425, 427-429, 430, 505 \u2014à la retraite, 203-211 Index des noms et des principaux thèmes Index des noms et des principaux thèmes 716 Index Révolution tranquille, 5, 39, 163, 318, 500, 511, 526, 676, 696, 698 Rhode Island, 433, 552 Ricardo, David, 13 Rimouski, 236, 245-249 Rioux, Marcel, 695 Rive-Sud, 260 Rivière-du-Loup, 246, 254, 255 Roback, Léa, 96 Robert, Jean-Claude, 85 Robinson, John, 576 Robitaille, Raymond, 508 Roche, Pierre, 96 Rochefort, Nathalie, 90, 496 Rochon, Jean, 484, 490, 637, 639 Rochon, Madeleine, 119,123 Rock Détente, 653 Rock Forest, 320, 321 Rock Machines, 65, 90 Rogers Communications, 83, 648, 651 Rogers, Ted, 648 Romanow, Roy, 477 Rombout, Luke, 97 Ronfard, Jean-Pierre, 94 Rose, Paul, 507 Rousseau, Stéphane, 624 Rouyn-Noranda, 236, 238, 240, 245, 247-249, 251, 362-365 Roy, Gabrielle, 211, 601 Rozen, Rima, 625 Ruest-Jutras, Francine, 240 Rural (monde, territoire), 235-242 Russie, 119, 553, 676, 687 Ryan, Claude, 641 S.K.W., 331 Saganash, Roméo, 532 Saguenay/Lac-Saint-Jean, 106, 117, 254, 376, 378, 379, 642 ; Ville de Saguenay : 242, 357-361 Saint-André, Jean-Claude, 495 Saint-Bruno, 84 Sainte-Adèle, 250 Sainte-Agathe, 255 Sainte-Foy, 292 Saint-Élie-d\u2019Orford, 320, 321 Sainte-Marthe-du-Cap, 318, 319 Sainte-Rose-du-Nord, 360 Sainte-Thérèse, 254, 255 Saint-Félicien, 250 Saint-Fulgence, 360 Saint-Georges-de-Beauce, 246, 249, 251 Saint-Hilaire, Caroline, 667 Saint-Hyacinthe, 251, 255, 262,497 Saint-Jean-sur-le-Richelieu, 246, 251, 254, 255, 262 Saint-Jérôme, 236, 251, 255 Saint-Jovite, 262 Saint-Louis-de-France, 318- 320 Saint-Narcisse, 331 Saint-Onge, Jean-Claude, 592 Saint-Pierre, Céline, 635 Saint-Sauveur, 250 Saint-Tite, 331 Salaires, 20 \u2014 salaire minimum, 481, 482 Salluit, 356 Salon du livre de Montréal, 626 Salvy, Sarah-Jeanne, 625 Santé (système), 430, 431, 437.438.471.477.479, 480, 486, 499, 501, 506, 510-519 \u2014 état de la population : 217-228 Saskatchewan, 72 Saucier, Guylaine, 645, 647 Savard, André, 86 SCHL (Société canadienne d\u2019hypothèque et de logement), 56 Schwanen, Daniel, 27, 28 Scolarisation, 3, 631 Scotia Bank, 446 Scraire, Jean-Claude, 651 Scully, Robert Guy, 646 Seagram, 30 Second Cup (attentats), 84 Sécurité publique, 64, 65, 228-232 Seguin, Normand, 392 Séguin, Yves (voir aussi Commission Séguin), 34, 489 Sept-îles, 246 Série-*-, 649 SFPQ (Syndicat de la fonction publique du Québec), 483 SGF (Société générale de financement), 88, 501 Shaw Communications, 653 Shawinigan, 236, 251, 329-333 Sherbrooke (ville et RMR), 93, 107,108, 245-249, 253, 254, 309, 317-322, 324, 335 Shipshaw, 360 Sida, 121,122, 219 Siegfried, André, 676 Signori, Céline, 497 Simard, Réjean, 358 Simard, Sylvain, 87, 89, 480, 490, 494 Snyder, Julie, 645 Social-démocratie, 432 Société distincte, 32, 36 Sociétés de valorisation, 638 SODEC (Société de développement des entreprises culturelles), 606 Sommet de la Francophonie, 662 Sommet de la Jeunesse, 438, 480 Sommet des Amériques, 10, 11, 27, 29, 34, 91, 480, 487, 496,592,659 Sommet des peuples, 24, 91, 481, 487 Sommet mondial des arts et de la culture, 28 Sony, 26 Sorel, 246, 253, 324 Sorgini, Linda, 623 Souveraineté du Québec, 5-7, 23.475-479.497.498- 534. Index 717 543, 590, 591, 665 et suiv.\u2014 appui populaire : 459-474.479 SPCUM (Service de police de la Communauté urbaine de Montréal), 62 Spector, Norman, 33 Spectra, 649 Sport professionnel (Montréal), 278-282, 430 STCUM (Société de transport de la Communauté urbaine de Montréal), 89 Suicide, 72, 86, 227 Sûreté du Québec, 62-64 Sutto, Janine, 623 Symons, Thomas H.B., 676- 677 Syndicalisation, 176,177,180-187, 482 Tabagisme, 220-222 Tadoussac, 244 Tardivel, Jean-Paul, 600 Tasiujaq, 356 Taux d\u2019activité, 171-172, 414-416 Taxi (réforme), 494 Taylor, Charles, 541 TCA (Travailleurs canadiens de l\u2019automobile), 482 TD (Banque Toronto Dominion), 446 Teamsters, 485 Télémédia, 92, 653 Télé-Québec, 25, 649, 654 Télévision, 212, 213, 576, 645-650 Terrebonne, 262 The Gazette, 83 The Globe and Mail, 84, 652 The Quebec Heritage News, 157 Théâtre du Trident, 300 Thério, Adrien, 626 Therrien, Michel, 86 Thetford Mines, 246, 248, 25C253 Thibault, André, 319 Thomson, 84 Tocqueville, Alexis de, 472, 676 Toronto, 62,154,161, 231, 246,254,256,27g, 309, 529,559,643,644,646, 671,674 Toussaint, Claudel, 87, 90 TQS (télévision), 647, 649, 651 Transcontinental, 644, 645, 653 Transports (publics), 60 ; région de Montréal : 264-267 Tremblay, Gérald, 88 Tremblay, Michel, 602 Trent, Peter, 155 Trois-Pistoles, 244 Trois-Rivières (ville et RMR), 83,107,237,245-249,253, 254,309,317-322,324,329, 332,333,502 Trois-Rivières-Ouest, 318, 319 Trudeau, Pierre Elliott, 96, 474'477 Trudel, Rémy, 317, 320, 479, 490, 510 Trustar, 649 Tully, James, 7 Tunick, Spencer, 622 Turner, Ted, 621 TVA (télévision), 83, 645, 647-649, 651, 652, 655 Umiujaq, 356 UNESCO, 24, 624, 662 Ungava, 356 Unimédia, 88, 652 Union des électeurs, 38 Union des forces progressistes, 41 Union nationale, 38, 39, 41, 43 Union sociale canadienne (Entente) 33, 541, 664, 666 Université Bishop\u2019s, 638 Université Concordia, 94, 276, 638 Université d\u2019Ottawa, 313 Université de Dresde, 701 Université de Montréal, 62, 95, 615, 638, 664 Université de Sherbrooke, 638, 687 Université du Québec à Hull, 312 Université du Québec à Montréal, 95, 597 Université du Québec à Trois-Rivières, 333, 392, 486, 679 Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue, 371 Université du Québec, 638 Université Laval, 392, 613, 638, 676 Université McGill, 53, 77, 78, 155, 601, 638 Vacher, Laurent Michel, 590, 591 Vadeboncoeur, Pierre, 593 Val-d\u2019Or, 248, 250, 362-365 Val-Jalbert, 245 Vallleyfield, 246, 251, 254 Vancouver, 161, 254, 559, 674, 689 Vanier, Denis, 97 Vastel, Michel, 530 Venezuela, 16 Venne, Michel, 7, 32 Verdun, 271, 272 Vermont, 399, 408, 411, 414, 426-429,433,552 Viacom, 26 Victoriaville, 246, 249, 251, 253 Vidéotron, 83, 647, 648, 650, 652,655 Vigneault, Alain, 86 Villeneuve, Denis, 624, 625 Villeneuve, Lionel, 97 Violons du Roy (Les), 300 Vivendi Universal, 26, 619 Wabana-Aki, 535, 536 Wajnberg, Marc-Henri, 625 Warwick, 251 Waterloo, 250 Waterville, 321, 322 Index des noms et des principaux thèmes Index des noms et des principaux thèmes 718 Index Westmount, 154-155, 270 Windsor, 73, 254 Wolfe, Jeanne, 52 Xerox, 564 Youth Culture, 650 ZLEA (zone de libre-échange des Amériques), 10,12,13, 27, 91, 480, 487,488,492, 496,499,659 mm mm ' ?5\t.v* Publié sous la direction de Roch Côté, en collaboration avec Le Devoir et les centres d'études québécoises, Québec 2002 réunit les textes de 70 experts provenant des universités et grandes écoles.TOUT CE QU'IL FAUT SAVOIR SUR LE QUÉBEC D'AUJOURD'HUI > Une étude des grandes tendances de la démographie, des modes de vie, de l'emploi, de la consommation, de la santé et de l'éducation > Une revue commentée de l\u2019année politique et des nouvelles lois >\tDes analyses sur l'état des régions r> Un panorama de la vie et des pratiques culturelles ainsi qu'une présentation des œuvres marquantes de l'année >\tta chronologie des événements qui ont marqué l\u2019actualité >\tUn bilan chiffré de la situation économique i> Des dossiers spéciaux consacrés aux fusions municipales et à la mondialisation IS8N 2-7621-2309-7 782762 123098 F DES 24,95$ \u2022 19\u20ac 9782762123098 "]
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.