L'annuaire du Québec..., 1 janvier 2005, 2005
[" \t\t\t Grande\t\t¦ La religion à l\u2019école\tLe Québec, Bibliothèque,\t\t¦ Hydro et Kyoto\tcancre visite guidée\t\t¦ L\u2019Amérique et nous\tou modèle ?L\u2019annuaire Les défis du Québec, par Jean Charest Suicide: les chiffres Doit-on avoir peur de la Chine?Québec CHOI-FM : La colère des jeunes hommes Lettre à un immigrant, par Alain Stanké Dossier spécial L\u2019an 2 de Jean Charest L\u2019annuaire du Québec 2005 IIAiiO NUMÉRIQUE Page(s) blanche(s) Veuillez vous informer auprès du personnel de BAnQ en utilisant le formulaire de référence à distance, qui se trouve en ligne https://www.banq.qc.ca/formulaires/formulaire reference/index.html ou par téléphone 1-800-363-9028 Bibliothèque et Archives nationales Québec ES E3 ES ES SOUS LA DIRECTION DE MICHEL VENNE LE QUEBEC EN UN COUP D\u2019ŒIL L\u2019annuaire Québec MUTATIONS ET ENJEUX DE SOCIÉTÉ r CHRONOLOGIE k____________ L\u2019ÉTAT DU QUÉBEC LA POPULATION L\u2019ÉCONOMIE ET LES CONDITIONS DE VIE LA SANTÉ ET L\u2019ÉDUCATION LA CULTURE ET LES MÉDIAS r LA VIE POLITIQUE k_________________ LE TERRITOIRE k______________ F DES LE QUEBEC, LE CANADA, LE MONDE Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives Canada Annuaire du Québec (Montréal, Québec) L'annuaire du Québec 2005 Annuel Comprend des réf.bibliogr.et un index.Publ.en collab.avec l'Institut du Nouveau Monde.ISSN 1711-3571 ISBN 2-7621-2568-5 1.\tQuébec (Province) - Politique et gouvernement - 21e siècle.2.\tQuébec (Province) - Conditions sociales - 21e siècle.3.\tQuébec (Province) - Conditions économiques - 21e siècle.4.\tQuébec (Province) - Civilisation - 21e siècle.I.Venne, Michel, i960-.II.Institut du Nouveau Monde.III.Titre.FC2925.2.Q41\t97i.4'05\tC2004-390011-9 Dépôt légal : 4e trimestre 2004 Bibliothèque nationale du Québec © Éditions Fides, 2004 Les Éditions Fides remercient de leur soutien financier le ministère du Patrimoine canadien, le Conseil des Arts du Canada et la Société de développement des entreprises culturelles du Québec (Sodée).Les Éditions Fides bénéficient du Programme de crédit d'impôt pour l'édition de livres du Gouvernement du Québec, géré par la Sodée.IMPRIMÉ AU CANADA EN NOVEMBRE 2004 ?L\u2019annuaire du Québec 2005 L\u2019annuaire du Quebec estpublié par Les Éditions Fides depuis 1996.C\u2019est une publication de l\u2019Institut du Nouveau Monde (INM).Directeur Michel Venne Adjointe à la rédaction Miriam Fahmy Rédaction, recherche et révision Vicky Boutin, François Brousseau, Denis Desjardins, Serge Laplante, Ian Parenteau CONSEILLERS Tendances sociales Simon Langlois Famille et générations Madeleine Gauthier Phénomènes religieux Guy Ménard Économie Joëlle Noreau Santé Hélène Morais et Robert Choinière Éducation Céline Saint-Pierre et Maurice Tardif Culture Guy Bellavance Médias Daniel Giroux Administration publique Paul-André Comeau Territoire Normand Brouillette, Jean Cermakian, Jean-Pierre Collin, Pierre Hamel, Marc-Urbain Proulx et Paul Villeneuve Rédaction Hervé Anctil, Jean-Paul Baillargeon, Keith Banting, Hélène Bégin, Paul Béland, Mélanie Bénard, Paul Bernard, Pierre Bernier, Lise Bissonnette, Cécilia Borgès, Clermont Bouchard, Vicky Boutin, Nicole Brais, Alain Carpentier, Frédéric Castel, Jean Cermakian, Johanne Charbonneau, Pierre Chenard, Robert Choinière, Hélène Chouinard, Marie-Andrée Chouinard, Martin Coiteux, Jean-Pierre Collin, Thomas Collombat, Louis Cornellier, Manon Cornellier, Michel David, Pierre Drouilly, Jules Dufour, Me Sophie Dufour, Clermont Dugas, Claire Fortier, Claude Fortier, Isabelle Fortier, Pierre Fortin, Christine Fréchette, Alain-G.Gagnon, Madeleine Gauthier, Christian Giguère, Catherine Girard-Lamoureux, Daniel Giroux, Alain Guay, François Guyot, Denis Hamel, Bernard Jouve, Amélie Juhel, Jacques Keable, Simon Langlois, Serge Laplante, Richard Legris, Denise Lemieux, Claude Lessard, Marie-Odile Magnan, Nicolas Marceau, Sophie Marcotte, Jérôme Martinez, Nelson Michaud, Micheline Milot, Éric Montpetit, Alain-Robert Nadeau, Alain Noël, Joëlle Noreau, François Normand, Robert Pampalon, Ian Parenteau, Marc-Urbain Proulx, Guy Raymond, Christian Rioux, François Rocher, Christian Rouillard, Yves Rousseau, Danielle Saint-Laurent, Alain Sanké, Nicolas Saucier, Majella Simard, Joseph Yvon Thériault, MarionaTomàs, Claude Trottier, Michel Venne, Bernard Vermot-Desroches, Mircea Vultur.Photographes Jacques Nadeau, Valérie Sisso Frank Desgagnés Caricaturiste Michel Garneau, alias Garnotte Direction artistique Gianni Caccia Mise en pages et infographie Gaétan Venne Cartographie Korem Inc.PARTENAIRES Association internationale des études québécoises (AIEQ) Centre de recherche interuniversitaire sur la formation et la profession enseignante (CRIFPE) Centre d\u2019études sur les médias (CEM) Centre interdisciplinaire de recherche sur la science et la technologie (CIRST) Chaire de recherche du Canada en études québécoises et canadiennes Conseil de la santé et du bien-être du Québec École nationale d\u2019administration publique (ENAP) Emploi-Québec Institut de recherche en politiques publiques (IRPP) Ministère du Développement économique et régional du Québec Institut national de la recherche scientifique (INRS) Urbanisation, Culture et Société Observatoire Jeunes et Société Réseau Villes Régions Monde L\u2019Annuaire du Québec est publié en collaboration avec Le Devoir Les Éditions Fides 165, rue Deslauriers Saint-Laurent (Québec) H4N2S4 L\u2019Institut du Nouveau Monde 209, rue Sainte-Catherine Est C.P.8888, suce.Cendre-ville Montréal (Québec) H3C 3P8 FORMULAIRE D\u2019ADHÉSION À L\u2019INSTITUT DU NOUVEAU MONDE RENSEIGNEMENTS PERSONNELS ?\tMonsieur ?Madame Prénom:- Nom: Société :___________ Adresse postale:____ Ville:______________ Téléphone : (_______) À des fins statistiques seulement: Occupation:__________________________________ Année de naissance :_____________________________________________ CHAMPS D'INTÉRÊT ET PARTICIPATION (facultatif) ?\tOui, j'ai du temps à donner à l'INM : ?\tÀ titre de personne-ressource, conférencier-ère, animateur-rice ?\tAu sein des comités de l\u2019Institut: ?\tAu sein de mon collectif régional ?\tTâches administratives ?\tAutre (spécifiez) :_______________________________________________________________________________________ Mes champs d'intérêt sont:_____________________________________________________________________________________ TYPE D'ADHÉSION ET DON Les membres reçoivent la Lettre d'information mensuelle de l'INM etjouissent de privilèges (primeur, tarif réduit.) à l'occasion des activités ou sur les publications de l'Institut.Seuls les membres peuvent participer aux comités de l'INM.Seuls les membres individuels ont droit de vote à l'assemblée générale etsont éligibles au conseil d'administration.La cotisation régulière (100 $), associative ou corporative, donne droit de recevoir gratuitement un exemplaire de L'Annuaire du Québec de l'année de votre choix : 2004,2005 ou (l'an prochain) 2006 (encerclez l'année de votre choix).Je souhaite devenir membre (choisir une option) : ?\tIndividuelle régulière (100$) ?Associative (100$) ?Individuelle à prix réduit (25 $) ?Corporative (1000 $) ?\tJe souhaite faire un don à l'Institut au montant de :____________$ PAIEMENT ?\tJe joins un chèque à l'ordre de l'Institut du Nouveau Monde ?Je paie par carte de crédit (VISA) No:__________________________________________ Dateexp.:_______________Signature:_______________________________ Province :_______________Région : Courriel :________________________ INSTITUT DU NOUVEAU MONDE L'Institut du Nouveau Monde 209, rue Sainte-Catherine Est, Bureau V-3110 C.R 8888, Succursale Centre-ville, Montréal (Québec) H3C 3P8 Tél.(514) 987-0239 ¦ www.inm.qc.ca INM INSTITUT DU NOUVEAU MONDE DES CITOYENS DES IDÉES DES PROJETS Une nouvelle boîte à idées pour le Québec L\u2019Institut du Nouveau Monde est né le 22 avril 2004 lors d\u2019un lancement fort couru à l\u2019hôtel de ville de Montréal.À l\u2019automne 2004, il compte plus de 500 membres, de toutes les régions du Québec et de toutes les générations.En août, il accueillaità Montréal 400 jeunes pour son université d\u2019été.L\u2019Université du Nouveau Monde a donné lieu à la publication de 50 propositions pour le Québec de demain.Désormais, EAnnumre du Québec est une publication conjointe des Éditions Fides et de ce nouvel institut voué au renouvellement des idées et à la participation des citoyens au Québec et dont voici une présentation succincte.Pour en savoir plus : www.inm.qc.ca.La mission Le renouvellement des idées, la parole aux citoyens www.inm.qc.ca\tL\u2019INM estuninstitutindépendant, non partisan, voué au renouvellement des idées età l\u2019animation des débats publics au Québec.L\u2019INM veutins-pirer l\u2019émergence de solutions novatrices aux problèmes du Québec contemporain dans un contexte de mondialisation marqué par l\u2019incertitude etle changement Retrouver le goût de l\u2019avenir, relancer l\u2019imaginaire, aider les décideurs à décider mieux, dessiner les contours du Québec dans lequel nous voulons vivre demain, déterminer ce qui doit être fait pour répondre aux aspirations d\u2019une société progressiste, juste, démocratique et pluraliste: voilà l\u2019essence de la mission de L\u2019INM.Au-delà de la mission, une vision Le renouvellement des idées passe par la participation des citoyens.L\u2019avenir de la société québécoise dépend certes d\u2019une économie de marché dynamique, d\u2019un Étatfonction-nel, efficace et transparent Mais il dépend aussi d\u2019une société civile forte, bien informée, rompue aux règles de la délibération, apte à participer aux décisions et à produire de l\u2019innovation.Il importe donc de cultiver le sens civique, d\u2019intéresser les gens au bien commun, à la chose publique, aux affaires de la cité.Par ses actions, l\u2019INM encourage la participation des citoyens, contribue au développement des compétences civiques, au renforcement du lien social et à la valorisation des institutions démocratiques, de manière à susciter et à nourrir l\u2019intérêt des citoyens et citoyennes, y compris ceux et celles qui se sententaujourd\u2019hui éloignés voire exclus de l\u2019espace public.L\u2019INM œuvre dans une perspective de justice sociale, dans le respect des valeurs démocratiques, et dans un esprit d\u2019ouverture et d\u2019innovation.L\u2019INM adopte le Québec comme territoire de référence.Toutefois, il cultive une approche comparative, tenant compte des liens anciens du Québec avec l\u2019Europe, de son appartenance à la francophonie, et du nouveau contexte continental dans lequel il évolue, incluant son insertion dans l\u2019espace canadien.9 Institut du Nouveau Monde Des services, des activités LUniversité du Nouveau Monde Autant ce fut une expérience unique pour les jeunes participants, autant un test réussi pour l\u2019Institut du Nouveau Monde.La première activité d\u2019envergure organisée par l\u2019INM, son université d\u2019été aux airs de festival, a été un franc succès.Les médias ont largement rapporté le contenu de l\u2019activité.Mais ce sontles jeunes qui ontditl\u2019essentiel : «Wbut! Merci! Uncerveau rempli de nouvelles idea.maissurtoutunregam d\u2019espoir, d\u2019optimisme, d\u2019outils, de connaissances et un désir intense d'engagement.» « L\u2019UINM est ce qui m\u2019ajàit le plus vibrer depuis deux ans et cela marque définitivement un tournant dans ma vie de citoyenne.» « On en ressort en se sentant intelligents, utiles et écoutés.» Du 19 au 22 août, à l\u2019UQAM, 400 jeunes de toutes les régions du Québec, dont la moitié de l\u2019extérieur de Montréal, ont participé à une soixantaine d\u2019activités, étalées sur quatre jours, etauxquelles ontcon-tribué quelque 160 conférenciers, animateurs et bénévoles.Trente-trois commanditaires ont soutenu l\u2019événement dont le Fonds Jeunesse Québec, qui est malheureusement aboli, et le Mouvement Desjardins.Ces jeunes ont amélioré leurs connaissances des grands enjeux contemporains.Ils ont développé leurs compétences civiques.Et ils ont formulé 50 propositions sur le Québec dans lequel ils voudraient vivre dans vingt ans.Ils ont proposé, entre autres : une journée des voisins, une taxe sur la pub, le transport en commun gratuit, des Carrefours citoyens en région, l\u2019enseignement de l\u2019artà l\u2019école, une politique nationale du sport et de l\u2019activité physique, la semaine de quatre jours, un Conseil des sages du Québec, le dialogue intergénérationnel, une mondialisation respectueuse des droits humains, un ministère de la Consommation, du soutien aux aidants naturels, le sceau « Québec durable », un congé-citoyenneté, et d\u2019autres choses encore.Le conseil d\u2019administration de l\u2019INM a approuvé la tenue d\u2019une deuxième édition de l\u2019Université du Nouveau Monde, à l\u2019été 2005 (voir p.49).Québec 2025 - Les rendez-vous stratégiques de l\u2019INM \u2022\tUn état des lieux du Québec dans son nouveau contexte continental et international \u2022\tDes stratégies pour le Québec de demain Les Rendez-vous stratégiques de l\u2019INM sont de grandes conférences qui ont pour but de proposer des stratégies et des réflexions nouvelles sur les solutions aux problèmes du Québec contemporain.Il s\u2019agit de se projeter dans l\u2019avenir afin de faire apparaître le Québec dans lequel on veut vivre dans vingt ans et de déterminer les actions à faire main tenant pour y arriver.Les Rendez-vous stratégiques se succéderont au rythme d\u2019un tous les six mois.Le premier aura lieu en avril ou en mai 2005 et portera sur le thème de la santé.Seront abordés ensuite successivement les thèmes de l\u2019économie, de la culture et de l\u2019éducation, du territoire et de la population puis l\u2019État et le citoyen.Ce ne sont pas les experts du comité directeur qui vont déterminer le contenu des délibérations du Rendez-vous UNIVERSITÉ n, sj O U v f a u mcnh; J\u2019ai le goût de l\u2019avenir! Apprendre pour rêver le Québec 10 stratégique.Les pistes de réflexion formulées par le comité dirercteur seront soumises aux membres de l\u2019INM par l\u2019entremise des cercles régionaux.INM Les cercles régionaux Les cercles régionaux regroupent tous les membres de l\u2019INM dans une région donnée.Ils joueront, pour l\u2019avenir, un rôle central dans l\u2019organisation des activités de l\u2019Institut Ils deviendront un point de référence de l\u2019Institut dans chacune des régions.Les cercles régionaux ont comme objectif et comme fonction de favoriser, stimuler et catalyser la réflexion, la participation et l\u2019adhésion des membres de l\u2019INM habitant dans une région donnée du Québec.Ces cercles régionaux seront appelés à organiser, sur une base locale, certaines activités proposées par l\u2019INM.Ils pourront également organiser de leur propre initiative des activités qui correspondentaux intentions, aux désirs et aux besoins des membres delà région.Par exemple, ce sont les cercles régionaux qui permettront aux membres de l\u2019Institut d\u2019être les acteurs principaux de la démarche des rendez-vous stratégiques de l\u2019INM.Ce sontles membres del\u2019INM, réunis en cercles régionaux, qui vont formuler les propositions qui seront débattues lors de ce rendez-vous.Chaque cercle régional pourra également organiser des activités localement sur des thèmes locaux ou régionaux, certes, mais aussi sur des thèmes de portée nationale ou internationale mais offertes aux membres et aux citoyens de la région.L\u2019Annuaire du Québec À compter de son édition 2005, L\u2019Annuaire du Quebec devient une publication conjointe des Éditions Fides (www.fides.qc.ca) et de l\u2019Institut du Nouveau Monde.L\u2019ouvrage res te sous la direction de Michel Venne.Publié une fois l\u2019an depuis 1995, il s\u2019agit d\u2019un ouvrage de référence destiné au grand public, aux enseignants et aux experts, qui fait le bilan du Québec et trace des perspectives dans les domaines social, politique, économique et culturel.L\u2019ouvrage a été remanié pour sa dernière édition (2004).Les personnes qui adhèrent à l\u2019INM au tarif régulier reçoivent un exemplaire de L\u2019Annuaire du Quebec.Celui-ci sert également d\u2019ouvrage de référence à l\u2019Université du Nouveau Monde.Chaque participant en reçoit un exemplaire.Un site Internet, www.inm.qc.ca L\u2019INM entend explorer toutes les possibilités d\u2019Internet pour favoriser la délibération publique, pour rejoindre les citoyens dans toutes les régions du Québec et pour se brancher sur le reste du monde.Le site Internet de l\u2019INM est réalisé avec le soutien de la firme Conceptis Technologies.À terme, le site Internet de l\u2019INM sera le dépositaire d\u2019une bibliothèque virtuelle sur l\u2019ensemble des enjeux abordés par l\u2019Institut dans le cadre de ses activités.Il sera également un carrefour, un instrument de diffusion de conférences et de sessions de formation à distance.Enfin, il permettra aux membres de l\u2019Institut de débattre entre eux des grands enjeux d\u2019actualité dans le cadre de forums virtuels et de diffuser sur Internet, dans la section Agora, leurs textes de réflexion accessibles au grand public.Michel Venne 11 Photo: Frank Desgagnés Institut du Nouveau Monde L\u2019Observatoire du développement économique et social L\u2019Observatoire du développement économique et social est un groupe d\u2019experts, réuni sous l\u2019égide de l\u2019INM, intéressés notamment par la mesure du développement L\u2019Observatoire a pour mandat d\u2019identifier les meilleures indicateurs, de recueillir les données nécessaires pour la publication de résultats mais aussi de concevoir un ou des indices de développement qui pourraient être une référence au Québec.L\u2019Observatoire québécois de la démocratie L\u2019Observatoire québécois de la démocratie est un groupe de citoyens et de citoyennes intéressées par le développement démocratique.Il estprésidé par Mireille Tremblay, qui a proposé d\u2019intégrer cet observatoire au sein de l\u2019Institut du Nouveau Monde.L\u2019Observatoire animera un réseau de chercheurs et de personnes intéressées par la citoyenneté et la démocratie, organisera des débats, des colloques, des conférences sur ces thèmes, produira etréunira du contenu pertinent dans un centre de référence virtuel sur le site Internet de l'Institut Les membres de l\u2019Observatoire produirontdes études ad hoc sur les sujets d\u2019actualité reliés à la citoyenneté et la démocratie, par exemple la réforme du mode de scrutin et la consultation publique en matière d\u2019environnement II produira également des programmes de formation, des manuels, proposera des normes et standards pour la consultation publique, le fonctionnement des institutions démocratiques, la participation civique.Une revue L\u2019INM souhaite publier, à terme, une revue pour ses membres.Cette revue, disponible sur papier et sur support électronique, proposera des reportages, des analyses et des essais sur les grands enjeux d\u2019actualité et sur les thèmes abordés lors des activités de l'Institut Elle proposera des chroniques et fera rapport des résultats des débats animés par l\u2019INM.Devenez membre.et soutenez l\u2019INM L\u2019INM est une société à but non lucratif incorporée en vertu de la 3e partie de la Loi sur les compagnies depuis le 20 janvier 2003.Les membres de l\u2019INM forment l\u2019assemblée générale.Celle-ci se réunit au moins une fois par année, reçoit et examine le rapport d\u2019activités et les états financiers de l\u2019Institut, et élit les administrateurs de la corporation.Le conseil d\u2019administration L\u2019Institut est placé sous la gouverne d\u2019un conseil d\u2019administration pluraliste composé d\u2019au plus 21 personnes provenant de la société civile.Le conseil administre toutes les affaires de la corporation, adopte son programme d\u2019activités, les prévisions budgétaires et les états financiers.Il désigne le directeur général.Présentement, Michel Venne occupe cette fonction.Celui-ci est membre d\u2019office du conseil et agit comme secrétaire de la corporation.Le conseil d\u2019administration de l\u2019INM est composé de Conrad Sauvé, président, et de Dominique Anglade, Gérard Bouchard, Claude Béland, Michel Cossette, Karine Blondin, Sophie Dufour, Patrick Ferland, Manon Forget, Jacques Fortin, Guy Lachapelle, Frédéric Lesemann, Susan Rona, Céline St-Pierre, Caroline Sauriol, Roger Simard, Michel Venne et Marcel Villeneuve.Tr 11 12 Photo: Frank Desgagnés IIAiiO NUMÉRIQUE Page(s) manquante(s) ou non-numérisée(s) Veuillez vous informer auprès du personnel de BAnQ en utilisant le formulaire de référence à distance, qui se trouve en ligne https://www.banq.qc.ca/formulaires/formulaire reference/index.html ou par téléphone 1-800-363-9028 Bibliothèque et Archives nationales Québec EJ ES ES ES ?Sommaire Institut du Nouveau Monde 9 Une nouvelle boîte à idée pour le Québec Introduction 18 Le Québec en ébullition Michel Venne 21 Le Québec en un coup d\u2019œil MUTATIONS ET ENJEUX DE SOCIÉTÉ 40 Les défis du Québec Jean Charest 49 Les jeunes veulent une société responsable Michel Venne 55 Lettre à un jeune immigrant Alain SankL 66 Le Québec n\u2019est pas le cancre économique qu\u2019on dit Alain Quay Nicolas Marceau 84 Le Canada, refuge contre l\u2019hyperpuis-sance américaine ?Christian Rioux 92 Jeunes hommes en colère à Québec Simon Langlois CHRONOLOGIE 2003-2004 97 Les principaux événements Serge Laplante 118 Les grands disparus Serge Laplante L\u2019ÉTAT DU QUÉBEC La population Les grandes tendances 126 Le Québec en profonde mutation Simon Langlois 130 Glossaire La famille et les générations 183 La maternité à l\u2019adolescence : mythes et réalités Johanne Charbonneau Dossier spécial Lan 2 de Jean Charest Le Forum des générations.40 Des syndicats mis à l'épreuve.274 Finances: le réalignement.283 Collèges sous tension.349 Le temps des affrontements.430 Les relations fédérales-provinciales à l'ère Martin.445 Le partenariat public-privé.480 De la dérive comptable à la rhétorique architecturale.Le plan de modernisation de l'État.48?Lutte contre la pauvreté ou lutte contre les pauvres?.504 Les défusions à Montréal.575 La saga du Suroît.554 Le Québec et sa politique étrangère : illusion ou réalité?.697 La langue 192 «Sould I Stay or Should I Go?» Marie-Odile Magnan 200 Dis-moi d\u2019où tu viens, je te dirai quelle est ta langue de travail Paul Béland 208 La langue d\u2019usage publique de la génération ioi Alain Carpentier Catherine Girard-Lamoureux Les phénomènes religieux 214 Des luthériens vieillissants aux jeunes musulmans Frédéric Castel 226 Quel sort pour l\u2019enseignement religieux à l\u2019école?Micheline Milot L\u2019économie Énergie 239 L\u2019électricité : le défi de la rareté Pierre Fortin Concurrence étrangère 248 Le Québec et la Chine : David contre Goliath ?Joëlle Noreau L\u2019état de l\u2019économie québécoise 256 Espoirs de relance et défis économiques FIélène Bégin L\u2019emploi 266 Perspectives professionnelles 2003-2007 Richard Legris Les relations de travail 274 Des syndicats mis à l\u2019épreuve Thomas Collombat Les finances publiques 283 L\u2019an 2 libéral : le réalignement Martin Coiteux Les entreprises 293 La relève et les PME François Normand Les conditions de vie La consommation 297 L\u2019automobile, un bien banalisé Claude Fortier La sécurité 301 État de la criminalité au Québec Marc Ouimet La santé 309 L\u2019état de santé des Québécois : des signes encourageants Robert Choinière 316 Le suicide au Québec : une catastrophe humaine et sociale Danielle Saint-Laurent Clermont Bouchard 321 Le système de santé québécois : un édifice imposant en constante rénovation Hervé Anctil Amélie Juhel L\u2019éducation 329 Enseigner autrement à l\u2019école secondaire?CÉCILIA BORGÈS Claude Lessard 335 L\u2019emploi chez les jeunes sans diplôme Mircea Vultur Madeleine Gauthier Claude Trottier 341 La réussite scolaire, évolution d\u2019un concept Pierre Chenard Claire Fortier 349 Collèges sous tension Marie-Andrée Chouinard La culture 356 La Grande bibliothèque, portrait d\u2019une institution Lise Bissonnette 364 La bibliothèque publique : la mal connue de nos institutions Jean-Paul Baillargeon 370 Les études culturelles au Québec Denise Lemieux 378 Lendemains d\u2019euphorie.L\u2019année du cinéma québécois Yves Rousseau 382 Dériver, dériver de.Le roman québécois en 2003-2004 Sophie Marcotte 387 De la télé peureuse, de la gauche, de la guerre et du reste.Les essais québécois en 2003-2004 Louis Cornellier Les médias 393 Les quotidiens gratuits François Guyot 399 L\u2019année des médias : CHOI-FM à l\u2019avant-scène Nicolas Saucier 413 Une vue d\u2019ensemble des médias québécois Daniel Giroux 438 La gauche québécoise en effervescence Ian Parenteau 445 Les relations fédérales-provinciales à Père Martin François Rocher 456 L\u2019éducation à la citoyenneté Christian Giguère Mélanie Bénard 464 L\u2019Assemblée nationale et les partis Serge Laplante 474 Les principales lois adoptées par l\u2019Assemblée nationale Serge Laplante Administration et politiques publiques Administration publique 480 Le partenariat public-privé : un nouvel outils de la gestion publique à apprivoiser Pierre Bernier 487 De la dérive comptable à la rhétorique architecturale Isabelle Fortier Christian Rouillard Éric Montpetit Alain-G.Gagnon 496 Fonctionnaires, dites-vous?Pierre Bernier Politiques sociales 504 Lutte contre la pauvreté ou lutte contre les pauvres ?Alain Noël 514 À la recherche de bons indicateurs du développement économique et social Paul Bernard LA VIE POLITIQUE 430 Le temps des affrontements Michel David LE TERRITOIRE Les grands enjeux 524 Amères défusions Pierre Drouilly Alain-G.Gagnon 533 Le revenu des agriculteurs québécois : la pire crise en 25 ans Vicky Boutin 540 Milieux ruraux et urbains au Québec : quelles différences en matière de santé et de bien-être ?Robert Pampalon Jérôme Martinez Denis Hamel Guy Raymond 554 La saga du Suroît Vicky Boutin 558 Le « homard » manufacturier et autres disparités économiques régionales Marc-Urbain Proulx Les régions 568 Montréal : une ville sur des sables mouvants Jacques Keable 575 Les défusions à Montréal Jean-Pierre Collin Mariona Tomàs 581 Montréal, ville globale ?Bernard Jouve 588 Des perspectives encourageantes autour de Montréal Vicky Boutin 595 Une année de polémiques Nicole Brais 605 Diversité et autonomie, un état de fait ou un fait d\u2019État?Bernard Vermot-Desroches 612 Stabilité économique et persistance des disparités Clermont Dugas Majella Simard 625 Le Nunavik, vers un gouvernement autonome Jules Dufour 633 Fiches statistiques LE QUÉBEC, LE CANADA, LE MONDE Le Québec et le Canada 646 L\u2019annus horribilis de Paul Martin Manon Cornellier 654 La « victoire tranquille » du Bloc Québécois Pierre Drouilly 666 Un territoire, « deux solitudes » Jean Cermakian 673 1604 : la mémoire se joue de l\u2019Acadie Joseph Yvon Thériault 678 La Cour suprême du Canada.Revue de l\u2019année judiciaire 2003-2004 Alain-Robert Nadeau Le Québec et le monde 685 Les multiples facettes de la sécurité énergétique Christine Fréchette 691 Le modèle agricole préconisé à l\u2019OMC doit être remis en quesion Me Sophie Dufour 697 Le Québec et sa politique étrangère : illusion ou réalité?Nelson Michaud 702 Le Québec comme objet d\u2019étude en 2003-2004 Hélène Chouinard 704 Les études québécoises en 2003-2004.Bibliographie commentée 711 Index INTRODUCTION Le Québec en ébullition Michel Venne Directeur de L'annuaire du Québec Directeur général de l'Institut duNouueau Monde Les changements prennent du temps à se manifester au sein d\u2019une société.Ce sont toutefois des événements, des actions, des décisions particulières qui révèlent la teneur des transformations au sein d\u2019une société.Chaque année depuis maintenant dix ans, L\u2019annuaire du Québec fait l\u2019inventaire de ces moments clés de l\u2019évolution du Québec et propose des réflexions sur les enjeux de notre temps.Le Québec vit maintenant une certaine ébullition.Des décisions du gouvernement Charest ont provoqué la colère dans les milieux syndicaux et populaires et l\u2019année 2003-2004 est décrite par le chroniqueur Michel David comme le temps des affrontements.Les mouvements sociaux se sont mobilisés parce qu\u2019ils se sentent menacés.Ian Parenteau propose un panorama de l\u2019action de ces mouvements.Il n\u2019oublie pas bien sûr de souligner la volonté de Françoise David de fonder un parti politique qui porterait le nom d\u2019Option Citoyenne.Il montre cependant que la gauche québécoise n\u2019est pas homogène, ce qui est tant mieux.Au terme d\u2019une année de contestation, le premier ministre Jean Charest avait convoqué un forum, à défaut d\u2019un sommet, le Forum des générations, pour débattre des défis du Québec.Nous reproduisons ici les discours prononcés par M.Charest à cette occasion parce que les propositions et les orientations qu\u2019ils contiennent forment le menu des débats publics de l\u2019année 2005.Le gouvernement semble avoir redécouvert les vertus de la concertation.Il n\u2019a toutefois pas abandonné ses projets de partenariats public-privé, les fameux PPP, ni celui de moderniser l\u2019État Nous avons demandé à des spécialistes en administration publique d\u2019éclairer le débat à ce sujet par des analyses fines de ces propositions.Le choc des idées a aussi marqué l\u2019opposition.Le Parti québécois a organisé sa saison des idées.Un âpre conflit s\u2019est révélé au sein des membres sur la stratégie référendaire et sur le leadership.Cet épisode sera clos au congrès du PQ de juin 2005.Entre-temps, les Québécois ont réélu massivement des députés du Bloc québécois, parti voué à la mortpar les analystes quelques semaines avantles élections.Le sociologue Pierre Drouilly et le géographe Jean Cermakian analysent ces élections fédérales pour nous.Il estvrai que le scandale des commandites a fàitmal à Paul Martin qui a vécu son annus horribilis, relatée ici par Manon Cornellier.18 Introduction La vie politique est très animée.Et les jeunes y ont repris la parole.L\u2019Institut du Nouveau Monde, un nouvel institut que j\u2019ai l\u2019honneur de diriger et qui rassemble des citoyens de tout le Québec, a organisé une université d\u2019été qui a réuni 400 de ces jeunes en leur demandant de formuler 50 propositions pour le Québec de demain.D\u2019autres jeunes ont pris la rue pour manifester contre la fermeture éventuelle d\u2019une station de radio de Québec.Le sociologue Simon Langlois fait l\u2019analyse de ce phénomène.Christian Giguère etMélanie Bénard nous rappellent ici l\u2019importance de l\u2019éducation civique.M.Langlois offie également aux lecteurs de L\u2019annuaire, comme chaque année, une large section sur les tendances sociales.Il observe que le Québec est en profonde mutation.À l\u2019aide de nouvelles données, il montre que si le Québec est en mesure de lutter contre la pauvreté, les inégalités, elles, continuent de s\u2019accroître.Quoique, se demande le politologue Alain Noël, est-ce que le gouvernement du Québec est en train de lutter contre la pauvreté ou contre les pauvres ?Quant aux inégalités, elles sont frappantes dans l\u2019état de santé même des Québécois selon qu\u2019ils vivent en milieu urbain ou en milieu rural.Des chercheurs de l\u2019Institut national de la santé publique du Québec nous rappellent en outre la catastrophe humaine et sociale que représente le suicide chez nous.Le Québec vit à l\u2019heure de l\u2019incertitude.Celle-ci peut devenir créatrice.Il reste que plusieurs événements ont suscité la controverse et continuent d\u2019alimenter le débat, dontnous faisons état dans cette édition : la remise en question des cégeps, la pire crise de revenu des agriculteurs en 25 ans, la saga de la centrale au gaz du Suroît, les défusions municipales, les relations difficiles entre le gouvernement et les syndicats, les gangs de rue.Notre société ne vit pas isolée du reste du monde.C\u2019est ainsi que la force économique de la Chine, analysé ici par l\u2019économiste Joelle Noreau, est devenu préoccupant pour une petite nation exportatrice.Les débats énergétiques dépassent les frontières : l\u2019économiste Pierre Fortin nous rappelle l\u2019importance de bien calibrer nos décisions pour relever le défi de la rareté ; Christine Fréchette rapporte les termes du débat à l\u2019échelle nord-américaine.Sophie Dufour, pour sa part, remet en question le modèle agricole de l\u2019OMC.Pendant ce temps, le Québec publie des livres et ouvre, en 2005, une Grande Bibliothèque que sa directrice générale, Lise Bissonnette, nous fait visiter virtuellement dans cette édition.L\u2019année cinématographique passée a été moins glorieuse que la précédente toutefois.Mais la récolte des essais reste bonne.Les immigrants apprennent le français et l\u2019utilisent Nous publions d\u2019ailleurs dans ces pages la lettre d\u2019Alain Stanké à un jeune immigrant La culture se porte bien.L\u2019économie donne des signes encourageants.Et la vie continue.Cette édition de L\u2019annuaire du Quebec marque une nouvelle collaboration entre les Éditions Fides et l\u2019Institut du Nouveau Monde qui prend désormais en charge la recherche et la production.L\u2019INM est un institut non partisan voué au renouvellement des idées et à l\u2019animation des débats publics.Il favorise la participation civique dans une perspective de justice sociale (voir texte p.9).19 Le Québec en un coup d\u2019œil Le Québec en un coup d\u2019œil Un vaste territoire Le Québec est un très vaste territoire : i 667 441 km2, soit trois fois la France et près du cinquième des États-Unis d'Amérique.Il s'étend sur plus de 17 degrés de latitude et 22 degrés de longitude, entre les 45e et 62e degrés de latitude nord et entre les 56e et 79e degrés de longitude ouest.C'est la deuxième province la plus populeuse du Canada et la plus vaste en termes de superficie ; elle occupe 15,5% du territoire canadien.Le Québec est délimité par plus de 10 000 km de frontières terrestres, fluviales et maritimes : à l'ouest, il est bordé par l'Ontario, au sud, par quatre États américains (Maine, Vermont, New York et New Hampshire), et au nord par le territoire du Nunavut (frontière maritime).À l'est, les provinces canadiennes du Nouveau-Brunswick et de Terre-Neuve-et-Labrador, la Nouvelle-Écosse et rîle-du-Prince-Édouard partagent aussi des frontières avec le Québec.Population 7 520 938 habitants (23,6% de la population canadienne) Superficie 1 667 441 km2 (15,5% du territoire canadien) 21 Le Québec en un coup d\u2019œil '¦¦CSL 'S::-: H k7 ij ras 22 Le Québec en un coup d'œil Pays du nord Outre l'immensité de son territoire, le Québec est caractérisé par un climat froid et humide grandement déterminé par sa position nordique et maritime, qui influence la diversité des zones climatiques (au nombre de quatre : arctique, subarctique, continentale humide et maritime) et entraîne la concentration des populations vers le sud.Le Québec ne profite pas de la présence du Gulf Stream, un courant chaud, mais se trouve sous l'influence du courantmarin du Labrador qui refroidit une partie de l'Amérique du Nord.Au nord du 58e parallèle, un climat arctique (huit mois d'hiver annuellement), des chutes de température considérables (parfois jusqu'à - 40°C) et une végétation de toundra, parsemée de mousses et de lichens, rendent les conditions de vie difficiles.Ce territoire n'est presque habité que par la population inuite et crie.Pas moins de 70 % du territoire québécois est nordique.Au centre du Québec, le climat est subarctique, l'hiver rigoureux, l'été plus court En descendant vers le sud, les terres deviennent plus propices à l'agriculture.D'ailleurs, 80 % de la population québécoise se concentre sur ces terres, en particulier sur les rives du Saint-Laurent.Dans les basses-terres du Saint-Laurent, le climat est de type continental humide.L'hiver est froid et neigeux ; l'automne, coloré et modéré ; le printemps, relativement doux et pluvieux et l'été, chaud et humide.On y trouve les agglomérations les plus populeuses que sont Montréal (1 871 774 h.en 2003), Québec (capitale, 523 476 b.) et Laval (359 70711.).Enfin, aux fles-de-la-Madeleine, le climat est maritime en raison de la proximité de l'océan AÜantique.Une «terre d\u2019eau».Le Saint-Laurent, long de 3 060 km (ce qui inclut le bassin des Grands Lacs depuis le lac Supérieur jusqu'au détroit de Cabot), traverse le territoire d'ouest en est pour se jeter dans l'océan Atlantique.C'est le quatrième plus grand fleuve en Amérique du Nord, après les fleuves Mackenzie, Mississipi et Yukon, le 19e plus long au monde.Il reçoit dans sa portion québécoise plus d'une centaine d'affluents, ce qui le classe au 15e rang mondial quant à la su- 1 23 Le Québec en un coup d\u2019œil perfide de son bassin versant En plus d'alimenter les Québécois en eau potable, il est le plus important axe fluvial nord-américain.Grâce à son estuaire de 65 km de largeur, il ouvre la voie vers les confins de l'Amérique, en plus d'atteindre par la voie maritime le cœur du continent On peut dire que le Québec est une « terre d'eau » puisque sa superficie en eaux est de 315 638 km2, soit 19 % du total, dont 183 690 km2 d'eau douce, soit 10 % du territoire.D'innombrables lacs (on en estime le nombre à 750 000), rivières (quelque 130 000) et ruisseaux ont émergé du Bouclier canadien.Selon le ministère des Ressources naturelles, Faune et Parcs, le Québec détient 3 % des réserves mondiales d'eau douce.Le Bouclier est la plus vieille formation géologique du continent nord-américain, d'âge précambrien.Il s'étend sur plus de 60 % du territoire québécois.L'altitude moyenne de ce socle varie entre 300 et 500 mètres mais s'élève, en certains endroits, à plus de mille mètres au-dessus du niveau de la mer.Le mont D'Iberville, situé dans la chaîne des monts Torngat, est le plus élevé du Québec, à 1646 mètres d'altitude.Les Québécois tirent de l'eau la première source d'énergie et l'un des socles de l'économie québécoise : l'hydroélectricité.Fondée en 1944, la société Hydro-Québec - qui devint monopole d'État lors de sa nationalisation de 1963 - possède 83 centrales, dispersées aux quatre coins du territoire, qui fournissent plus des trois quarts (77,3 % en 2001) de leur électricité aux Québécois.L'hydroélectricité est la première forme d'énergie consommée (38,8% en 2001), suivie du pétrole (38 % du bilan énergétique), du gaz naturel (12,2%), de la biomasse (9,9%) et du charbon (1,1 %).Le réseau de transport d'Hydro-Québec compte 32 273 km de circuits électriques.Le Québec a produit 203 milliards de kilowatts-heures (kWh) en 2001.L'électricité québécoise est l'une des moins onéreuses qui soient : 6,0 cents le kWh pour un ménage montréalais en 2002, contre 19,04 cents à New York.En 2001, 87,4% des exportations d'hydroélectricité étaient destinées aux États-Unis.et de forêts La forêt s'étend sur 757 900 km2 ; elle recouvre donc près de la moitié de la superficie du Québec etreprésente 2 % des forêts mondiales.Au nord, dans la forêt boréale de conifères, qui couvre près des trois quarts du territoire boisé, poussent des sapins baumiers, des pins gris et des épinettes.On y aperçoit quelques feuillus, comme le bouleau à papier et deux essences de peuplier.Au sud, la forêt offre un paysage de feuillus : bouleau jaune, chêne, tilleul, ainsi que le populaire érable à sucre, l'emblème canadien dont on tire le sirop d'érable.La faune est extrêmement diversifiée : ombles de fontaine, faucons pèlerins, tortues des bois, salamandres pourpres, lynx, etc.On dénombre 653 espèces animales 24 Le Québec en un coup d'œil et environ 25 000 espèces d'insectes ; 76 espèces animales seraient menacées par la chasse abusive et la pollution causée par l'homme.On compte au Québec 7 000 espèces de plantes et 1 500 sortes de champignons.Le cinquième de cette flore abondante est aujourd'hui en voie d'extinction à cause des activités humaines.Le gouvernement a mis en place des lois et des statuts juridiques pour protéger les écosystèmes, les aires forestières, les rivières etles refuges d'oiseaux.Depuis 2002, 21 parcs nationaux québécois et canadiens veillent à la survie de l'ensemble de leurs « habitants » et 2,75 % du territoire québécois est protégé.Un sol riche en minerais Vers 1920, le Québec a aussi connu sa « ruée vers l'or », dans la région de l'Abitibi-Témiscamingue, riche en minerais de toutes sortes.Le Québec abrite dans ses sous-sols d'abondants gisements d'or, de fer, de cuivre et de nickel.Argent, amiante, titane et zinc sont également exploités en Abitibi-Témiscamingue, au Saguenay - Lac-Saint-Jean et dans le Grand-Nord.Avec 30 champs de mines ouverts à l'exploitation, le potentiel minéral québécois reste sous-exploité.On estime à 40 % la part des ressources du sous-sol qui est connue.Le Québec est le deuxième producteur d'or, defer, de minéraux industriels et de matériaux de construction au Canada.Il se classe au deuxième rang mondial pour la production de niobium (principalement utilisée dans les tuyauteries).Le Québec dispose d'abondantes ressources hydrauliques et géologiques, mais moins de 2 % de ses terres sontfertiles.Les exploitations agricoles n'occupent que 3 500 000 hectares.L'urbanisation croissante tend à restreindre les terres agricoles.Les nombreux reliefs accidentés sont égalementpeu propices à l'agriculture.1113 municipalités Le Québec est divisé depuis le 30 juillet 1997 en 17 régions administratives, elles-mêmes subdivisées d'abord en municipalités régionales de comté (MRC), au nombre de 96, définies comme des «institutions supramunicipales qui regroupent l'ensemble des municipalités urbaines et locales d'une même région d'appartenance» ; et en municipalités dont le nombre total a été réduit à 1113 à la suite des regroupements édictés en 2001-2002 par le gouvernement du Québec (44 regroupements touchant 207 municipalités).À la suite du référendum sur la réorganisation territoriale d'avril dernier, 32 comités de transition ont été formés afin de veiller à la reconstitution des anciennes agglomérations et municipalités qui ont opté pour la défiision.Au total, 89 municipalités étaient visées par le référendum ; 57 ont choisi le statu quo alors que 32 d'entre elles, notamment dans l'île Montréal\t1 871 774 hab.avant la défusion Québec\t523 476 hab.Laval\t360 000 hab.Longueuil\t285 000 hab.Gatineau\t239 000 hab.25 Le Québec en un coup d\u2019œil Espérance de vie Femmes\t81,9 ans Hommes\t76,8 ans Indice de fécondité: 1,45 (en 2002)\t Principales langues d\u2019usage Français\t82,9 % Anglais\t10,2 % de Montréal dans les riches secteurs de Baie d'Urfé et de Beaconsfield, mais aussi dans le moins huppé secteur de Montréal-Est, ont choisi la voie défusionniste.Celles-ci ont jusqu'au Ier janvier 2006 pour se reconstituer.Population La population du Québec se chiffrait à 7 509 928 habitants en janvier 2004.Le Québec est peu peuplé par rapport à son immense espace.La densité de population est de 5,5 personnes par kilomètre carré.De 2003 à 2004, la population québécoise a crû de 22 728 âmes.Le Québec occupe le second rang au Canada pour sa population, après l'Ontario.Il compte 23,7% de la population du pays, un pourcentage qui ne cesse de décroître.Le taux quinquennal de croissance de la population québécoise pour la période 1996-2001 était de 2,1 % alors que le taux canadien était de 4,8%.En comparaison, le taux français était de 4,4% pour la même période.En 2002, l'indice de fécondité était de 1,45.C'est un peu plus qu'en 2001 (1,474).La femme a une espérance de vie plus longue (81,9 ans) que l'homme (76,8 ans).Le Québec compte 95 000 femmes (pour une population totale de 3 793 837) déplus que d'hommes (3 693 332).En 2003, une personne sur cinq (19,7%) avait entre 15 et 29 ans.Le revenu personnel disponible par habitant s'élevait à 21065 $ en 2003.Près de 90 % de la population déclare connaître le français, qui est la langue maternelle de 81,4 % des Québécois et la première langue parlée à la maison de 81,9%.On estime à 75 % la proportion des Québécois issus des premiers colons de Lrance venus peupler la colonie.Les personnes dont la première langue parlée à la maison est l'anglais comptent pour 7,9% de la population.Autrefois terre d'accueil pour les Européens (Irlandais, Juifs d'Europe de l'Est, Italiens, Portugais, Grecs.), le Québec a accueilli, depuis les années 1970, des immigrants d'origines plus diversifiées.En 2003, le Québec a accueilli 37 619 nouveaux Québécois, qui provenaient d'Asie (31,8%), d'Afrique (27,3 %), d'Europe (20,0%) et d'Amérique (15,7%).Les « allophones » (de langue maternelle autre que le français ou l'anglais), le plus souvent immigrants ou enfants d'immigrants, sont surtout établis à Montréal.Ils comptaient, selon le recensement de 2001, pour 10,1 % de la population du Québec.Dans le territoire correspondant à la nouvelle ville de Montréal « fusionnée » (île de Montréal), la proportion de population de langue maternelle française s'établissait en 2001 à 53,7 %, contre 17,4 % pour l'anglais et 29,0 % pour les autres langues.À Montréal, 19 % des allophones s'expriment en grec, en italien ou en espagnol.La population amérindienne et autochtone est de 79 400.Elle comprend 10 nations amérindiennes et une nation autochtone, réparties dans 54 communautés et composées de trois grandes familles linguistiques.Les Inuits habitent le Grand-Nord québécois (au-delà du 55e parallèle) et le Nunavik.Les Iroquois, 26 Le Québec en un coup d'œil qui regroupent deux nations, les Hurons-Wendat et le Mohawks, occupent la plaine fertile du Saint-Laurent en région de Montréal.Enfin, les Algonquiens peuplent la forêt boréale, d'ouest en est, depuis la baie James jusqu'à la pointe de la Gaspésie.La famille algonquienne regroupe huitnations : les Abénaquis, les Algonquins, les Atikameks, les Cris, les Innus (Montagnais), les Malécites, les Micmacs, et les Naskapis.Les cinq principales religions au Québec sont le catholicisme (près de six millions de baptisés), le protestantisme (335 590), l'islam (108 620), la religion orthodoxe chrétienne (100 370) et le judaïsme (89 920).Selon Statistique Canada, en 2001, le Québec arrivait au premier rang des provinces canadiennes pour le nombre de détenteurs de diplômes d'études postsecondaires (collège et université) âgés entre 25 et 34 ans.68,5 % des jeunes détiennent un tel diplôme, comparativement à 63,9% en Ontario.À ce chapitre, le Québec pris séparément se classe au troisième rang parmi les pays de l'OCDE.Repères historiques Province à l'intérieur d'une fédération, dont les habitants s'identifient comme une nation, le Québec comme entité politique existe depuis la Confédération canadienne de 1867.Mais ses racines historiques plongent plus loin : la colonisation française de la vallée du Saint-Laurent a commencé au début du XVIIe siècle.La composante autochtone de l'identité québécoise, quant à elle, remonte à la présence depuis des millénaires des Amérindiens sur le Continent.Contrairement à une vision communément répandue et qui fait commencer le Québec moderne en i960, avec la Révolution tranquille, la modernisation du Québec, qui s'est sans doute accélérée au cours des années i960, a connu de très nombreux antécédents tout au long du siècle dernier.L'histoire du Québec - dont on trouvera ci-dessous quelques jalons chronologiques essentiels - peut se lire comme la recherche incessante, par un petit peuple du Nouveau Monde, de sa définition, des conditions de sa survie et de son progrès, dans un contexte culturel etpoli-tique difficile voire hostile après la Conquête de 1760 et la cession par la Couronne française à l'empire britannique des terres de la Nouvelle-France, dans un continent anglo-saxon.La colonisation française, la conquête anglaise de 1760, les rébellions de 1837-1838, la Confédération canadienne, les référendums, les lois linguistiques, l'ouverture sur le monde : autant de jalons compréhensibles uniquement pour qui garde en mémoire cette clef d'interprétation.7-' '-yz- \u201cfl 27 Le Québec en un coup d\u2019œil Chronologie 8000 av.J.-C.Arrivée des premières peuplades autochtones sur le territoire actuel du Québec.Vers 1390 Fondation de la Confédération iroquoise par Dekanawidah et son assistant Hiawatha unissant les Cinq Nations iroquoises (Mohawks, Sénécas, Ononda-yas, Coyugas, Oneidas).1534 Jacques Cartier, de Saint-Malo, accoste dans la baie de Gaspé.Au nom de François Ier, roi de France, il prend possession en son nom de ce territoire qui s'appellera le Canada.1608 Samuel de Champlain arrive aux abords d'un site escarpé que les Amérindiens appellent «Kébec».Il fonde sur ce site une ville du même nom (Québec).Il est par la suite nommé lieutenant du vice-roi de la Nouvelle-France (1612).1625 Arrivée des premiers Jésuites.1639 Fondation à Québec du couvent des Ursulines par Marie Guyart, dite Marie de l'Incarnation, et de l'Hôtel-Dieu de Québec.1642 Paul de Chomedey, sieur de Maisonneuve, fonde Ville-Marie (Montréal).1689-97 Première guerre intercoloniale (Français contre Anglais).1701 Le gouverneur Callières met fin aux guerres franco-amérindiennes.Il signe la Grande Paix de Montréal avec les Iroquois.1701-1713 Deuxième guerre intercoloniale.1718 Érection de la forteresse de Louisbourg pour défendre la Nouvelle-France.1740-48 Troisième guerre intercoloniale.1748- Fin de la guerre entre les colonies (Traité d'Aix-la-Chapelle).1754-1760 Quatrième guerre intercoloniale.1759\tSiège de Québec et bataille des plaines d'Abraham.Les troupes françaises du général Montcalm sont défaites par le général Wolfe et son armée britannique.1760\tL'armée britannique prend possession de Montréal.Capitulation de la Nouvelle-France et de Montréal.Établissement d'un régime militaire anglais.1763 Proclamation royale : le roi de France, par le Traité de Paris, cède le Canada au royaume britannique.La Province of Quebec est soumise aux lois d'Angleterre.1774 Le Parlement de Londres, par l'Acte de Québec, reconnaît le droit civil français (tout en gardant le droit criminel britannique), la religion catholique et le régime seigneurial.1791\tL'Acte constitutionnel divise le Canada en deux provinces : le Haut-Canada, à majorité anglophone, et le Bas-Canada, à majorité francophone.Débuts du parlementarisme britannique.1792\tPremier Parlement du Bas-Canada et premières élections.Deux partis s'opposent: les «Tories », surtout des marchands et des nobles Anglais, et les «Canadiens», qui sont francophones.1799 L'anglais est déclaré langue officielle du Bas-Canada.1834 Ludger Duvernay fonde la Société Saint-Jean-Baptiste, vouée à la cause des Canadiens français.Le Parti Canadien (Patriotes) propose 92 résolutions à l'Assemblée du Bas-Canada, pour réclamer les mêmes privilèges que le Parlement britannique.1837-1838 Londres refuse les 92 résolutions.Rébellions dans le Bas et le Haut-Canada.Les Patriotes (Parti Canadien), 28 Le Québec en un coup d'œil avec à leur tête Louis-Joseph Papineau, se soulèvent.Douze Patriotes sont pendus à Montréal, de nombreux autres sont forcés à l'exil et des villages sont détruits par l'armée britannique.1839\tRapport Durham 1840\tL'Acte d'Union rassemble les provinces du Bas et du Haut-Canada.1852 Fondation de l'Université Laval, première université francophone et catholique en Amérique.1867 L'Acte de l'Amérique du Nord britannique réunit les provinces du Canada -l'Ontario, le Québec, la Nouvelle-Écosse et le Nouveau-Brunswick - pour créer le Dominion du Canada.C'est le début de la Confédération canadienne.Pierre-Joseph-Olivier Chauveau, un conservateur, devient le premier premier ministre du Québec et John A.MacDonald, un conservateur, premier premier ministre du Canada.1896 Wilfrid Laurier, premier premier ministre francophone du Canada.1900 Alphonse Desjardins fonde la première caisse populaire à Lévis.1907 Le gouvernement Gouin crée l'École des hautes études commerciales (HEC).1909\tFondation du club de hockey Canadien.1910\tFondation du journal Le Devoir par Henri Bourassa, un nationaliste canadien.1912 Premier Congrès de la langue française.1917\tCrise de la Conscription.Résistance des Canadiens français à l'enrôlement forcé.1918\tLes femmes obtiennent le droit de vote au niveau fédéral.1919\tFondation, au Monument-National à Montréal, du Congrès juif canadien.1922 Inauguration de la première radio de langue française, CKAC (mise en ondes par le quotidien La Presse ; en 1919, Marconi avait mis en ondes une station de langue anglaise, CJAD) 1931 Le Statut de Westminster consacre la pleine indépendance du Canada.1934\tCréation de la Banque du Canada.1935\tMaurice Duplessis fonde l'Union nationale, un parti réformiste etnationaliste.Il devient premier ministre du Québec (battu en 1939, puis régulièrement réélu à partir de 1944).1937 La Loi du Cadenas, adoptée sous Maurice Duplessis, interdit l'utilisation d'une maison «pour propager le communisme ou le bolchevisme».1940 Droit de vote accordé aux femmes aux élections provinciales ; création par Ottawa de l'assurance-chômage.1942\tPlébiscite sur la conscription approuvée par les deux tiers des Canadiens, mais rejetée par 71% des Québécois ; accords fiscaux cédant à Ottawa le pouvoir d'imposition.1943\tLoi sur l'instruction obligatoire des enjants.1944\tCréation d'Hydro-Québec.1945\tLoi sur l'électrification rurale.1948\tPaul-Émile Borduas, à la tête des automatistes rebelles, écrit son manifeste intitulé Refus global ; adoption du drapeau du Québec.1949\tGrève de l'amiante ; la Cour suprême du Canada devient la dernière instance d'appel au Canada après l'abolition du droit d'appel au Comité judiciaire du Conseil privé de Londres.1952 Création de la première station de télévision au Québec, CBFT (Radio-Canada), Montréal.1955 Émeute au Forum de Montréal à la suite de la suspension de Maurice Richard.Maurice Duplessis 29 Le Québec en un coup d\u2019œil Jean Lesage 1959\tInauguration de la Voie maritime du Saint-Laurent.1960\tDébut de la Révolution tranquille, après 16 ans d'un régime duplessiste plus conservateur que réformiste (la période a été qualifiée de «Grande Noirceur»), L'élection du gouvernement libéral de Jean Lesage inaugure une période de modernisation accélérée de la société québécoise et de son économie : création d'entreprises publiques, création de l'assurance-hospitalisation (i960), du ministère des Affaires culturelles (1961), nationalisation de l'électricité (1963), création du ministère de l'Éducation (1964), création de la Caisse de dépôts etplacements du Québec (1965) et de la Société générale de financement; ouverture des premières délégations du Québec à l'étranger.1961\tCandidate libérale dans Jacques-Cartier, Claire Kirkland-Casgrain devient la première femme élue à l\u2019Assemblée législative du Québec.1963\tCréation du Front de libération du Québec (FLQ) ; création par Ottawa de la Commission royale d'enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme (Laurendeau-Dunton).1964\tAdoption de la loi qui met fin à l'incapacité juridique des femmes mariées.1966\tInauguration du métro de Montréal.1967\tMontréal accueille l'exposition universelle ; visite du général De Gaulle : «Vive le Québec libre ! » ; États généraux du Canada français ; création de la Bibliothèque nationale.1968\tFondation du Parti québécois, produit de la fusion du RIN (Rassemblement pour l'indépendance nationale, fondé en i960 par André D'Allemagne et présidé par Pierre Bourgault) et du MSA (Mouvement souveraineté-association) ; le chef : René Lévesque ; parachèvement du barrage de la centrale hydro-électrique Manie 5 ; instauration du mariage civil ; Commission Gendron sur la situation de la langue française ; l'assemblée législative du Québec devient l'Assemblée nationale ; fondation de l'Université du Québec.1969\tManifestation pour un McGill français ; adoption à Ottawa de la loi sur les langues officielles du Canada ; émeute à Saint-Léonard au projet de loi 63 qui rendait obligatoire l'école française pour les enfants d'immigrants.1970\tLe libéral Robert Bourassa devient premier ministre du Québec.1970 Crise d'Octobre.Des membres du FLQ enlèvent le diplomate britannique James Richard Cross et assassinent le ministre du Travail, Pierre Laporte.Pierre-Elliott Trudeau, premier ministre du Canada, applique la Loi sur les mesures de guerre (suspension des libertés civiles).Le Québec est occupé par l'armée canadienne.Assurance-maladie ; agence de coopération culturelle et technique (ancêtre de l'Organisation internationale de la Francophonie).1972 Grève du Front commun syndical du secteur public ; emprisonnement des chefs syndicaux ; aide juridique.1974\tLe français devientla langue officielle du Québec (loi 22).1975\tCréation de Radio-Québec qui deviendra Télé-Québec en 1996 ; signature de la Convention de la Baie-James et du Nord québécois avec les Cris, les Inuits et les Naskapis.1976\tMontréal accueille les Jeux olympiques de la XXIe olympiade ; René Lévesque remporte les élections à la tête du Parti québécois.1977\tAdoption de la Charte de la langue jrançaise (loi 101).30 Le Québec en un coup d'œil 1980 60% des Québécois rejettent le projet de «souveraineté-association», lors d'un référendum ; une loi consacre le « O Canada» comme hymne national du Canada.1982\tNouvelle constitution canadienne, sans l'accord de l'Assemblée nationale du Québec qui perd des pouvoirs en matière de langue et d'éducation.Selon la Cour suprême du Canada, le Québec ne jouit d'aucun statut particulier au sein du pays.1983\tCréation du Fonds de solidarité des travailleurs du Québec ; adoption de la Charte québécoise des droits et des libertés de la personne à l'Assemblée nationale.1985 Retour au pouvoir de Robert Bourassa, libéral.1987\tAccords du Lac Meech (négociations constitutionnelles) pour réintégrer le Québec dans la Constitution canadienne.Signature des onze premiers ministres du Canada et des provinces.Mais l'accord ne sera pas ratifié.1988\tLes clauses sur l'affichage unilingue français de la loi ioi sont jugées inconstitutionnelles par la Cour suprême du Canada.La loi 178 permet l'affichage commercial bilingue à l'intérieur des commerces.1989\tEntrée en vigueur de l'Accord de libre-échange (ALE) Canada-États-Unis.1990\tÉchec des Accords du Lac Meech ; Commission Bélanger-Campeau sur l'avenir politique du Québec ; crise d'Oka : affrontement entre citoyens blancs et Mohawks sur une question territoriale.1991\tRédaction du Rapport Allaire par les libéraux: on y recommande un transfert massif de pouvoirs aux provinces, et en particulier au Québec.1992\tAccords de Charlottetown (négociations constitutionnelles).Lors d'un référendum pancanadien, 57% des Québécois et 54% des Canadiens rejettent l'entente.1993\tAdoption de la loi 86 permettantl'af-fichage bilingue avec prédominance du français.Le Bloc québécois, parti souverainiste, avec à sa tête Lucien Bouchard, est élu « opposition officielle» à Ottawa.1994\tJacques Parizeau (PQ) est élu premier ministre du Québec ; entrée en vigueur de l'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) Canada-États-Unis-Mexique.1995\tPour la deuxième fois de son histoire, le Québec, par voie référendaire, refuse la souveraineté politique : 49,4% de OUI; 50,6 % de NON.1996\tLucien Bouchard (PQ), premier ministre, réélu en 1998 ; déluge au Saguenay.1998 Grand Verglas; déconfessionnalisation du système scolaire par la création de commissions scolaires linguistiques ; renvoi de la Cour suprême du Canada sur la sécession, reconnaissant la légitimité du mouvement souverainiste, fl n'existe pas de droità la sécession dans la Constitution, mais avec une question claire et une majorité claire lors d'un référendum sur la sécession du Québec, le reste du Canada aura l'obligation de négocier.2000\tSanction de la loi fédérale sur la clarté, découlant du renvoi de la Cour suprême de 1998, imposant des conditions pour que le Parlement fédéral prenne en compte les résultats d'un référendum sur la souveraineté (loi C-20) ; en riposte, adoption à l'Assemblée nationale de la Loi sur l'exercice des droits fondamentaux et les prérogatives du peuple que'be'cois et de l'État du Quebec (loi n° 99).Fusions municipales, notamment des 29 municipalités de l'île de Montréal.2001\tBernard Landry (PQ) succède à Lucien Bouchard comme premier ministre.2003 Sous la gouverne de Jean Charest, retour du Parti libéral au pouvoir.Jean Charest 31 Le Québec en un coup d\u2019œil Devise et emblèmes Je me souviens C'est en 1883 que l'architecte et sous-ministre des Terres de la Couronne Eugène-Étienne Taché fait graver, sur la porte en pierre du Palais législatif de Québec, la devise «Je me souviens».En 1939, elle est officiellement inscrite sur les nouvelles armoiries.L'architecte Taché a voulu rendre hommage à tous les pionniers du Québec en rassemblant, sur la façade de l'hôtel du Parlement, des figurines de bronze qui représentent les Amérindiens, les Français et les Britanniques.On y trouve représentés les premiers moments de la Nouvelle-France, avec les explorateurs, les missionnaires, les administrateurs, les généraux, les chefs, etc.Taché a aussi faitinscrire, au bas de l'œuvre, la nouvelle devise.Armoiries Les armoiries du Québec reflètent les différentes époques du Québec.Elles sont décorées de fleurs de lis or sur fond bleu pour souligner l'origine française de la nation québécoise, d'un léopard or sur fond rouge pour mettre en évidence l'héritage britannique, et de feuilles d'érable pour signaler l'appartenance du Québec au Canada.Drapeau Depuis le 21 janvier 1948, le drapeau officiel du Québec, le fleurdelisé, flotte sur la tour de l'Assemblée nationale.En hommage à la France, le drapeau représente quatre lis blancs sur autant de rectangles de fond azur.Une croix blanche, symbole de la foi chrétienne, les sépare.La fleur de lis est l'un des plus anciens emblèmes au monde.Les Assyriens, quelque 3000 ans avant notre ère, l'utilisaient déjà.Le fleurdelisé a aussi occupé une grande place dans l'ornementation en France.Emblèmes L'iris versicolore a été désigné emblème floral du Québec à l'automne 1999.Le harfang des neiges, grand-duc blanc qui habite le nord du Québec, a été désigné emblème aviaire en 1987.11 évoque la blancheur des hivers québécois.Le bouleau jaune, ou merisier, est présent dans la sylviculture québécoise depuis les temps de la Nouvelle-France.Le système politique Le Québec est une démocratie parlementaire - un système politique directement inspiré du régime parlementaire britannique - comme toutes les provinces canadiennes qui disposent d'une assemblée législative et y font adopter leurs lois.Un 32 Le Québec en un coup d'œil « gouvernement responsable », composé d'élus du parti majoritaire, est formé après les élections générales et répond directement au parlement (Assemblée nationale) selon le principe de la responsabilité ministérielle.Compétences constitutionnelles Le gouvernement du Québec possède de nombreux champs de pouvoir définis par la constitution canadienne, notamment l'éducation, les services sociaux et les municipalités.Mais la défense, la monnaie et les affaires étrangères - entendues ici dans leur dimension strictement diplomatique - relèvent du gouvernement fédéral canadien.Le système électoral Le système électoral est le même qu'en Grande-Bretagne et dans le reste du Canada : uninominal majoritaire à un tour.Dans chacune des circonscriptions, le candidat ayant reçu le plus de votes, même s'il ne dispose que d'une majorité simple, devient le député de ladite circonscription.Ce système pouvant occasionner des distorsions importantes entre le pourcentage du vote obtenu par un parti et sa représentation parlementaire, l'idée d'une réforme électorale, intégrant des éléments de proportionnelle, plane depuis de nombreuses années au Québec.Aux élections générales du 14 avril 2003, le Parti libéral du Québec a récolté 45,99 % des suffrages et fait élire 76 députés, ce qui lui a permis de former le gouvernement sous la direction du premier ministre Jean Charest Le Parti québécois a obtenu 33,24 % des votes et conservé 45 sièges pour former, sous la direction de Bernard Landry, l'opposition officielle.Avec 18,18 % du vote, l'Action démocratique du Québec, dirigée par Mario Dumont, a fait élire quatre députés.L'Union des forces progressistes a obtenu 1 % des voix sans faire élire un seul de ses candidats.Six autres partis ont récolté environ 1,5 % des suffrages.Le taux de participation, en baisse dramatique depuis 1998, s'estétabli à 70,4%.Division des pouvoirs L'État québécois est divisé en trois pouvoirs : législatif, exécutif et judiciaire.Le législatif : il est assuré par les 125 députés élus constitutifs de l'Assemblée nationale.Ces élus représentent chacun une circonscription.Leur rôle principal est de recevoir et d'étudier les projets de loi, deles amender, de les rejeter ou de les adopter à l'Assemblée nationale (jusqu'à 1968 : «Assemblée législative»).Le représentant de la reine qui règne sans gouverner, théoriquement le chef de l'État québécois, le lieutenant-gouverneur, doit sanctionner les lois.Le parlement québécois a vu le jour en 1791 à la suite de l'adoption par le Parlement britannique de l'Acte constitutionnel de 1791.La première séance de la «Chambre d'assemblée du Bas-Canada » a eu lieu le 17 décembre 1792, ce qui en fait le plus vieux du monde après celui de Grande-Bretagne.33 Le Québec en un coup d\u2019œil L'exécutif: le gouvernement exerce le pouvoir exécutif.Le premier ministre est le chef du gouvernement II nomme les membres de son conseil des ministres : ministres titulaires, d'État ou délégués, élus au suffrage universel et donc d'abord députés (sauf de rares exceptions).Ensemble, ils forment le conseil exécutif.Ils occupent leurs fonctions pour un mandat maximal de cinq ans.Le chef dont le parti obtient le plus grand nombre de députés devient premier ministre.Le conseil exécutif administre l'État en conformité avec les lois adoptées à l'Assemblée nationale.C'est, en général, le conseil exécutif qui présente des projets de loi pour adoption.C'est lui qui adopte les règlements.Le parti qui obtient le plus de sièges après le gouvernement forme l'Opposition officielle.Le chef de ce parti devient le chef de l'Opposition officielle à l'Assemblée nationale.L'administration de l'État relève d'une vingtaine de ministères (chiffre variable) qui assument la base de l'organisation gouvernementale (Santé, Éducation, etc.).Certaines fonctions administratives sont déléguées à près de 175 organismes autonomes et publics : sociétés (ex.: Société des Alcools), conseils (ex.: Conseil du statut de la femme), offices (ex.: Office de la langue française), comités (ex.: Comité de révision de l'aide juridique), tribunaux administratifs, etc.Ils demeurent sous la responsabilité des ministères.Les municipalités jouissent de certains pouvoirs qui leur sont dévolus par le gouvemementprovincial.Elles possèdent des champs de compétence dans lesquels elles peuvent intervenir à l'échelle locale : finances, loisirs, salubrité publique, etc.Les municipalités sont gérées par un conseil dont les membres sont aussi élus au suffrage universel.Ce régime municipal existe depuis 1855 (Acte des municipalités et des chemins du Bas-Canada).Le judiciaire: la justice estindépendante des pouvoirs législatif et exécutif même si certaines décisions la concernant (nominations de juges) impliquent le gouvernement La justice québécoise doit cohabiter avec la justice canadienne (qui a par exemple préséance en droit criminel).Le système judiciaire québécois est divisé en quatre échelons où chacune des cours a sa propre juridiction.Les cours municipales, au nombre de 86, ont une compétence limitée en matière civile notamment pour des questions de réclamations de taxes et pour des infractions aux règlements municipaux.La Cour du Québec est le plus vaste tribunal du Québec qui a compétence en matière civile, criminelle et pénale.Elle estcomposée de trois chambres.La chambre civile comprend la cour des petites créances qui tranche pour des litiges impliquant un petit montant La chambre criminelle et pénale entend toutes les causes qui relèvent du Code criminel et du code de procédure pénale.Enfin, la Chambre de la jeunesse traite des poursuites criminelles et pénales qui impliquentles mineurs.La Cour supérieure a pour première fonction de rendre jugement dans les causes où la somme en litige est d'au moins 70 000 dollars, dans les questions familiales comme le divorce, la pension alimentaire et la garde des enfants et les demandes de recours collectifs.Du point de vue législatif la Cour supérieure a pour tâche de surveiller et de présider aux réformes sur les tribunaux qui relèventde la Législature du Québec.Elle a aussi le pouvoir d'émettre des injonctions afin de faire cesser 34 Le Québec en un coup d'œil une activité préjudiciable.Du point de vue criminel, la Cour supérieure est le tribunal de première instance.Elle entend aussi les recours extraordinaires, notamment celui de détention illégale.La Cour supérieure est également le tribunal d'appel qui entend les appels de décisions rendues par les autres tribunaux du Québec, en matière criminelle, pénale et administrative.Enfin, la Cour suprême du Canada est le tribunal de dernière instance qui a le pouvoir de trancher sans appel sur des causes criminelles, civiles ou constitutionnelles qui ont été entendues au Québec et ailleurs au pays.L\u2019éducation Tous les enfants sont tenus de fréquenter l'école dès l'âge de 6 ans, et ce jusqu'à 16 ans.fl y a cinq niveaux d'enseignement : préscolaire, primaire, secondaire, collégial et universitaire.L'instruction, publique ou privée, est offerte en anglais et en français.Les écoles publiques sont administrées par des commissions scolaires qui relèvent du ministère de l'Éducation.Ces commissions existent depuis 1845.Ceux qui les dirigent sont des élus.La santé Le réseau de la santé, qui est public et d'accès universel, est géré par le ministère de la Santé et des Services sociaux, et par des « régies régionales » dispersées dans les 17 régions administratives.PIB (2003) 254 milliards de dollars canadiens Croissance du PIB (2003 / 2002)\t3,5% Chômage (août 2004)\t8% Taux d\u2019activité (août 2004)\t56,6% Exportations (2003)\t52,6% du PIB Économie Le produit intérieur brut du Québec était de près de 254 milliards de dollars en 2003.Considéré séparément, le PIB per capita du Québec se retrouve au dixième rang des pays de l'OCDE, devant le Japon et la Lrance.Après avoir connu une augmentation de 4,3 % en 2002, la croissance du PIB réel a atteint 3,5 % en 2003.Le taux de chômage au deuxième trimestre de 2004 a baissé en comparaison au taux annuel de l'an dernier, passant de 9,1 à 8,0 % en août 2004 et continue de descendre depuis une décennie (il était à 13,3 % en 1993).Cent dix-huit mille emplois ont été créés en 2002, le plus grand nombre depuis 1973.Le taux d'activité (proportion de la population se trouvant sur le marché du travail) des 15-64 ans était de 65,6 % en août 2004.Le secteur de la fabrication et celui des services financiers et assurances occupent 22,5 % et 17,2 % du total des secteurs du PIB.Le Québec est le sixième exportateur sur le marché américain et représente son quatrième marché d'exportation, fl dépasse à ce chapitre la Grande-Bretagne et la Corée du Sud.Dans la foulée de l'Accord nord-américain de libre-échange (ALENA, 1993), les exportations du Québec se sont hissées à 57% du PIB.35 Le Québec en un coup d\u2019œil Haute technologie Les entreprises de haute technologie foisonnent au Québec.La part de cette industrie dans les exportations du Québec est de près du tiers.Les télécommunications, les automobiles, les avions, les moteurs et les pièces d'avions figurent parmi les dix principaux produits d'exportation du Québec.Le secteur de l'aérospatiale a généré des ventes de onze milliards de dollars en 2001.La province s'est hissée au sixième rang mondial dans cette catégorie.Quant au nombre d'emplois dans le secteur bio-pharmaceutique, Montréal se classe quatrième en Amérique du Nord.Dans le secteur des technologies de l'information, les exportations ont totalisé plus de 15 milliards de dollars en 2000.Le Québec est bien placé sur l'échiquier économique mondial : il a une main-d'œuvre bilingue et éduquée, bénéficie d'un taux de change avantageux, d'une proximité des marchés américains et latino-américains, d'une économie portée vers les secteurs de pointe (santé, aérospatiale, technologies de l'information).Ses coûts d'exploitation sont plus bas qu'aux États-Unis.L'investissement étranger est également important : quelque 1200 entreprises étrangères emploient plus de 200 000 Québécois.Références BRUNET, Michel, Louis MASSICOTTE et Henry ROUGIER.«Canada: histoire et politique» et «Québec, province de», dans Encyclopaedia Universalis 2003 [DVD-ROM).GOUVERNEMENT DU CANADA.Atlas du Canada [en ligne) atlas, gc.ca/site/francais/index.html HAMELIN, Jean (dir.).Histoire du QueTec, Éditions F rance-Amérique, 1976.INSTITUT DE LA STATISTIQUE DU QUÉBEC.Le Quefec statistique, édition 2002 [en ligne) www.stat.gouv.qc.ca/publications/referenc/que_stat2002.htin INSTITUT DE LA STATISTIQUE DU QUÉBEC.Le Quefec chiffres en main, édition 2004 [en ligne) www.stat.gouv.qc.ca/publications/referenc/qcmfr.htm MINISTÈRE DE L'AGRICULTURE, des Pêcheries et de l'Alimentation.Le Quebec bio-alimentaire en un clin d'œil, portrait statistique 2001 [en ligne) www.agr.gouv.qc.ca MINISTÈRE DES FINANCES, DE L'ÉCONOMIE ET DE LA RECHERCHE.Profil économique et financier du Quebec, 2003 [en ligne) www.mderr.gouv.qc.ca MINISTÈRE DES FINANCES.«Points saillants » dans Budget 2003-2004, 2004 [en ligne) www.finances.gouv.qc.ca STATISTIQUE CANADA.Recensement 2001 : donne'es sur les populations [en ligne) www.statcan.ca/start_f.html Sites Internet Institut national d'études démographiques de France : www.ined.fr/index.htnil Ministère des Ressources naturelles, Faunes et Parcs : données sur l'énergie et l'hydroélectricité : www.mrn.gouv.qc.ca Parti québécois : données sur les diplômes postsecondaires : www.pq.org/nv/index.php Portail du Gouvernement du Québec, rubrique « Vision du Québec » : www.gouv.qc.ca Portail du ministère des Relations avec les citoyens et de l'Immigration, rubriques Histoire du Québec, Emblèmes, Armoiries, Drapeau, Devise : www.mrci.gouv.qc.ca Union des municipalités du Québec : www.umq.qc.ca Recherche et rédaction : Valérie Martin ?Mise à jour : Ian Parenteau 36 IIAiiO NUMÉRIQUE Page(s) blanche(s) Veuillez vous informer auprès du personnel de BAnQ en utilisant le formulaire de référence à distance, qui se trouve en ligne https://www.banq.qc.ca/formulaires/formulaire reference/index.html ou par téléphone 1-800-363-9028 Bibliothèque et Archives nationales Québec ES E3 ES ES Mutations et enjeux de sociétés ÎCoLt w Wtitfiii Du CWWi « Iftw.Tif ?Mutations et enjeux de société MUTATIONS ET ENJEUX DE SOCIÉTÉ 40 Les défis du Québec 49\tLes jeunes veulent une société responsable 55\tLettre à un j eune immigrant 66 Le Québec n'est pas le cancre économique qu'on dit 84 Le Canada, refuge contre l'hyperpuissance américaine ?92 Jeunes hommes en colère à Québec CHRONOLOGIE 2003-2004 97 Les principaux événements 118 Les grands disparus Mutations et enjeux de société Les défis du Québec Jean Charest Premier ministre du Quebec Discours prononcé à l\u2019ouverture du Forum des générations, tenu à Saint-Augustin-de-Desmaures, les 13 et 14 octobre 2004.Le Forum des générations est un événement qui s\u2019inscrit dans la volonté du Québec de se moderniser, de mieux anticiper, de mieux comprendre et de mieux débattre de certains enjeux qui auront un impact très important sur l\u2019avenir de la société québécoise.On a réuni autour de cette table des gens qui sontà la fois des milieux urbain et rural, des jeunes, des aînés, des syndicats, des représentants du patronat, du monde communautaire, du monde des affaires, des autochtones mais aussi des communautés culturelles.Il y a autour de cette table des hommes et des femmes qui représentent ensemble la somme de nos ambitions, de nos espoirs et de nos rêves.L\u2019événementqui nous réunitaujourd\u2019hui s\u2019inscritdans une démarche entreprise il y a plusieurs mois.Et, dans cette déclaration d\u2019ouverture, je veux vous présenter aussi simplement, aussi directement que possible le contexte de la démarche que nous avons proposée et qui a mené à la tenue d\u2019une vingtaine de forums régionaux.D\u2019abord, le gouvernement du Québec, depuis son élection du mois d\u2019avril 2003, a rapidement réalisé que nous étions devant deux grands enjeux qui ont un impact très important sur l\u2019ensemble de nos décisions.Les deux enjeux présents partout sont les finances publiques et le déclin démographique.Ce ne sont pas les deux seuls enjeux.D\u2019ailleurs, dans la présentation que va vous faire dans quelques minutes Pierre Shedleur, qui a coprésidé avec Line Beauchamp les forums régionaux, il sera question d\u2019un troisième enjeu, celui de la mondialisation et de l\u2019émergence de nouveaux marchés.Mais, on a rapidement réalisé qu\u2019au Québec, peu importe là où vous travaillez, peu importe le mandat que vous avez eu, qu\u2019il soit public ou privé et surtout si vous habitez une région du Québec, il y a deux grands enjeux qui ont un impact sur l\u2019ensemble de nos décisions : l\u2019enjeu des finances publiques et l\u2019enjeu du déclin démographique.40 Mutations et enjeux de société Des finances publiques serrées Dans le cas des finances publiques, pour résumer très rapidement, depuis une trentaine d\u2019années au Québec, notre situation est très, très serrée.Le moindre imprévu, tous les gouvernements toutes tendances confondues vous le diront, le moindre imprévu peut très facilement changer l\u2019équilibre budgétaire du gouvernement du Québec.C \u2019est en soi une situation anormale et on a voulu pousser plus loin la réflexion et le débat Nous devons mieux comprendre pourquoi, d\u2019année en année, notre situation financière est celle-là.Etnous devons nous interroger sur ce que nous devrons faire à l\u2019avenir pour regagner les marges de manœuvre que devrait normalement avoir l\u2019État.Le deuxième enjeu, c\u2019est celui du déclin de la démographie.La démographie est essentiellement deux choses.C\u2019est le phénomène de la dénatalité, auquel on ajoute le phénomène du vieillissement de la population.De temps en temps, en parlant de démographie, on a tendance à associer le phénomène de changement démographique à des impacts négatifs alors que le déclin démographique est un phénomène avec lequel nous devrons vivre et qui aura des conséquences à la fois positives et négatives.Par exemple, les femmes qui atteindront 65 ans dans quelques années seront déjà très différentes de leur mère lorsque leur mère avait 65 ans.Elles auront vécu dans un contexte qui est très différent.Sur le plan financier, elles seront généralement plus indépendantes et elles seront également en meilleure santé.La population vieillit D\u2019ailleurs, une des choses dont nous devons tenir compte dans l\u2019évolution du Québec sur le plan démographique c\u2019est que la population du Québec vit plus longtemps.Ça illustre en quelque sorte le succès de notre société, de notre réseau de la santé et des services sociaux.Mais la démographie, dans un contexte où il y a moins de gens qui travaillent et plus de gens qui arrivent à l\u2019âge de la retraite, présente des défis particuliers.On a inclus dans le document des participants un certain nombre de chiffres.Je ne présume pas que vous les connaissiez tous, mais rappelez-vous que dans les années 1970, il y avait huit personnes qui travaillaient pour chaque personne à la retraite.Actuellement au Québec, c\u2019est cinq personnes qui travaillent pour chaque personne à la retraite.Dans près de 25 ans, ce sera deux personnes qui travaillent pour chaque personne à la retraite.Tout cela aura des conséquences entre autres sur nos services sociaux, sur le réseau de la santé.Tout cela aura des conséquences sur l\u2019organisation de notre société.Est-ce qu\u2019il est écrit à l\u2019avance que les gens doivent absolument prendre leur retraite à un âge spécifique ?Est-ce qu\u2019une personne qui arrive à l\u2019âge de la retraite cesse pour autant de contribuer à la société ?La réponse c\u2019est non.Etnous allons justement pouvoir discuter de tout ça dans les prochains jours.Mais l\u2019important, ce que je retiens comme premier ministre du Québec dans le débat que nous allons faire ensemble, c\u2019est l\u2019importance de comprendre les 41 Mutations et enjeux de société changements.De les anticiper, de se préparer comme société pour que nous puissions justement tirer notre épingle du jeu pour que nous puissions tout mettre en œuvre pour que chaque citoyen du Québec puisse participer pleinement à la société québécoise.Alors voilà un enjeu sur lequel il faut absolument se pencher, réfléchir, anticiper et se préparer.Préserver les programmes sociaux Sur le plan des finances publiques, le portrait est déjà assez complexe.Au Québec, nous sommes la province canadienne la plus endettée.Nous sommes les citoyens les plus taxés.On a fàit le choix au Québec de se donner de généreux programmes sociaux.Etd\u2019ailleurs, c\u2019est intéressant, dans les forums, ce que j\u2019en retiens, ce que j\u2019ai vu, ce que j\u2019ai entendu, c\u2019est que les citoyens et citoyennes du Québec ne disent pas d\u2019arrêter de faire des programmes sociaux ou de reculer sur ce qu\u2019on a fait Au contraire.Les Québécois et Québécoises sont très fiers de ce qu\u2019ils ont pu réaliser.Il y a là-dedans l\u2019incarnation de nos valeurs.Notre réseau de la santé et des services sociaux exprime nos valeurs de compassion et de justice sociale.Alors il fautregarder tout ça avec beaucoup de fierté.On fait un peu le bilan de tout ce qu\u2019on a pu réaliser dans une très courte période de temps.On a raison d\u2019être fiers et en même temps, c\u2019estparce que cela évoque des valeurs auxquelles nous tenons beaucoup que nous devons mesurer l\u2019impact sur les finances publiques et ce que nous devons faire à l\u2019avenir justement pour pouvoir préserver nos programmes sociaux.Alors, au Québec, parce qu\u2019on s\u2019estdonné de généreux programmes sociaux, cela nous coûte 700 dollars de plus par personne par année et en même temps, les salaires des citoyens québécois sont plus bas qu\u2019ailleurs au Canada de 5000 dollars par année.D\u2019un côté, nous sommes trop endettés, de l\u2019autre côté, nous sommes trop taxés.Ça nous coûte plus cher et on gagne moins.Je n\u2019ai pas besoin de vous faire un long portrait pour vous dire qu\u2019il y a là un enjeu très important qui finit par se retrouver dans le budget d\u2019un état qui, d\u2019année en année, est toujours étiré à l\u2019ultime limite.Comment allons-nous, comme société, justement continuer à préserver nos programmes sociaux s\u2019il y a moins de gens qui paient, si dans une région en particulier il y a moins de citoyens qui habitent cette région, qui occupent le territoire, un enjeu extrêmement importantpour l\u2019avenir du Québec.Alors vous voyez très rapidementpour quelles raisons ce Forum devient pour nous, pour la société québécoise, un lieu privilégié, un moment très importantpour que nous puissions ensemble mieux comprendre, surtout mieux réfléchir et alimenter également notre capacité de trouver de meilleures solutions.La décentralisation Déjà, on a avancé sur cette voie.Il y a quelques minutes je fàisais référence à une rencontre que j\u2019ai eue avec les présidents des Conférences régionales des élus il y 42 Mutations et enjeux de société a quelques jours.Le gouvernement s\u2019est engagé dans une démarche de décentralisation, de régionalisation, d\u2019adaptation et de partenariat avec les régions.Je veux être très clair là-dessus, lorsque le gouvernement du Québec souhaite décentraliser davantage, c\u2019est de l\u2019ensemble du territoire et des autorités dont il est question.Basé sur cette volonté de décentraliser et de rapprocher les services des citoyens, nous sommes déjà en négociation avec les présidents des Conférences régionales des élus pour que nous puissions conclure un protocole qui va nous permettre d\u2019enclencher cette démarche.Nous reconnaissons la responsabilité des élus dans les régions parce qu\u2019une vraie décentralisation fait appel à de l\u2019imputabilité.C\u2019est un principe très important.En administration publique, si vous avez le mandat de gérer des programmes, de les livrer, vous devez en être imputables, d\u2019où ce choix que nous avons fait d\u2019aller vers les élus.Pas de consensus à tout prix Vous êtes invités à participer, vous avez accepté de participer à un forum.Je tiens à vous préciser qu\u2019un forum ce n\u2019estpas un sommet L\u2019objectif de ce que nous allons entreprendre pendant les prochains jours n\u2019estpas d\u2019arriver à un consensus à tout prix.Ce n\u2019estpas d\u2019aller vers le dénominateur commun le plus bas.L\u2019objectifc\u2019est que nous puissions justement, dans certains cas, poursuivre une réflexion, dans d\u2019autres cas, élaborer des stratégies etlorsque nous serontprêts, passer à l\u2019action.Alors je veux que vous vous sentiez très à l\u2019aise pendant les trois prochains jours.De vous exprimer.D\u2019exprimer des points de vue divergents.J\u2019insiste là-dessus : on n\u2019estpas ici pour demander à toutle monde de répéter la même chose.Ce n\u2019estpas l\u2019unanimité qui est recherchée.D\u2019ailleurs, je vais vous faire une confidence.Une chose que je rappelle à mon Conseil des ministres de temps en temps : si les problèmes que l\u2019on vous soumet étaient faciles, si les réponses étaient évidentes, il y a longtemps que quelqu\u2019un d\u2019autre les aurait réglés à notre place.C\u2019est justementparce qu\u2019il y a là deux enjeux qui font appel à beaucoup de créativité, qui font appel à nos meilleures ressources, que nous avons voulu réunir des Québécois et des Québécoises qui sont en mesure de contribuer par leur intelligence, leur expérience etleur énergie à nous aider à trouver les meilleures solutions.Le statu quo n\u2019est pas une option Ce que nous savons, une fois qu\u2019on a fait le tour des deux questions, c\u2019est que le statu quo n\u2019estpas une option.Le statu quo, dans le contexte actuel du Québec, n\u2019estpas un choix.Nous devons bouger, nous devons changer nos façons de faire et nous devons chercher à amener le plus grand nombre de Québécois et de Québécoises à se saisir de ces enjeux, à mieux les comprendre et à contribuer aux solutions.Dans les forums que Line Beauchamp et Pierre Shedleur ont présidés, il ressort deux éléments qui me paraissent très importants pour la suite.Il y a deux grands filons.Partout où ils sont allés, les gens parlent d\u2019une plus grande souplesse.Cela paraît instinctif de faire appel à cette souplesse pour que nous puissions recon- 43 Mutations et enjeux de société naître les besoins particuliers.Pour qu\u2019on se sorte du mur à mur et qu\u2019on puisse reconnaître qu\u2019il y a des façons de faire différentes et que si on veut préserver un certain nombre de choses, il faudra travailler ensemble et accepter de faire preuve de souplesse de part et d\u2019autre.Deuxième filon, c\u2019est le renforcement des communautés locales.Encore là, instinctivement, la population sent que plus on rapproche les lieux de décisions de ceux et celles qui paient et qui reçoivent les services, plus les citoyens seront en mesure de tailler sur mesure les services qu\u2019ils reçoivent Je veux vous rassurer : on ne va pas compenser, en deux jours et demi, 40 ans de déclin de la natalité.Et on ne va pas non plus en 60 heures refaire l\u2019architecture de 50 milliards de dollars de dépenses de programmes.11 y a une chose que nous allons faire ensemble, nous allons faire équipe pour s\u2019engager à réaliser des changements profonds tout en se rappelant que les vrais changements, les changements qui arrivent à long terme, commandent beaucoup de détermination.Cela commande une certaine patience et surtout beaucoup de volonté.Finalement, cela commande que de part et d\u2019autre nous puissions faire un effort de lucidité pour anticiper et bien comprendre la nature des enjeux.Une langue et une culture 11 est vrai que les enjeux qu\u2019on vous soumet aujourd\u2019hui sont des enjeux qu\u2019on retrouve partout en Occident, mais au Québec tout cela a une connotation particulière.Rappelons-nous que nous avons survécu avec notre langue et notre culture parce que nous avons toujours eu cette capacité d\u2019adaptation qui est propre aux Québécois.D\u2019ailleurs ça explique pourquoi on est ensemble aujourd\u2019hui.Parce qu\u2019on a toujours été capable, au fil des ans, sous des gouvernements différents, de trouver cette volonté commune d\u2019avancer vers de nouvelles solutions.Et c\u2019est dans cet esprit-là que nous avons voulu ce forum.Une autre remarque que je voulais vous faire c\u2019est une mise en garde, que j\u2019ai reçue à quelques reprises lorsqu\u2019on présente les enjeux du déclin démographique et celui des finances publiques parce qu\u2019on a tendance à présenter des chiffres qui peuvent paraître un peu déprimants.La mise en garde a été la suivante : on me dit, vous peignez tout en noir, vous présentez un portraitqui est tellement noir que c\u2019en est décourageant.Si on prend la peine de vous présenter le portrait tel qu\u2019il est, ce n\u2019est pas pour conclure que les choses vont rester comme elles sont Ce que nous faisons ici c\u2019est exactement le contraire de la fatalité.En tant que premier ministre, lorsqu\u2019on me présente les chiffres, je ne dis pas que ça va être comme ça pour toujours, au contraire j\u2019ai l\u2019intention de changer le cours des événements et la même chose devrait être vraie pour vous.Alors oui, si on vous présente des faits qui paraissent durs, si vous voulez les remettre en question, allez-y.Mais le vrai débat n\u2019est pas là.Les chiffres, on peut les interpréter différemment Mais les grands défis des finances publiques et du déclin démographique demeurent entiers.Le vrai débat c\u2019est comment peut-on changer le cours des choses.Est-ce possible de le fàire ?44 Mutations et enjeux de société La bonne nouvelle c\u2019est qu\u2019il y en a qui l\u2019ont fait avant nous.La preuve, c\u2019est que nous vivons dans une société remarquable.L\u2019histoire du Québec c\u2019est une histoire de réussite, c\u2019est l\u2019histoire d\u2019un peuple qui a su préserver sa langue, sa culture et qui a tiré son épingle du jeu sur le plan économique.Cette réussite va continuer.Aujourd\u2019hui nous sommes conviés à une étape importante dans notre développement pour que nous puissions à notre tour subir ce test des générations.Ce test doit être le suivant : quand on prend une décision, on doit être capable de s\u2019interroger sur l\u2019impact de notre décision sur les générations futures et sur celles qui nous ontprécédés, qui méritent elles aussi de recevoir les services auxquels elles ont droit Au Forum des générations, c\u2019est un test important pour nous.Je tiens à vous remercier d\u2019avoir accepté de participer à un moment charnière dans la vie et l\u2019histoire du Québec.Les suites du Forum des générations Discours prononcé par le premier ministre du Québec, M.Jean Charest, à la clôture du Forum des générations, le 14 octobre 2004.À l\u2019ouverture de ce Forum des générations, je vous disais que nous n\u2019étions pas ici à la recherche de l\u2019unanimité.Nous avons bien vu au cours de ces trois jours que lorsqu\u2019on aborde des questions aussi fondamentales que l\u2019assainissement des finances publiques et les impacts des changements démographiques, on touche à quelque chose de très profond, on touche à la conception que chacun de nous se fait du Québec et de la vie en société.Sur ces points, il ne saurait y avoir d\u2019unanimité.Et je dirais : fort heureusement.J\u2019ai souvent dit que le Québec était riche de sa diversité.11 est aussi riche de sa diversité d\u2019opinions.Au terme de ces trois jours, nos débats ne sont donc pas terminés.Mais nous avons franchi un grand pas.Nous avons donné une direction à nos débats.Nous sommes entrés ici pour partager des informations.Nous sortons d\u2019ici pour trouver des solutions.Entre nous, il y a davantage de points de convergence que depoints de divergence.D\u2019abord, nous avons convenu qu\u2019il fallait bouger pour relever ces défis de l\u2019assainissement de nos finances publiques et de notre adaptation aux changements démographiques.Nous sortons d\u2019ici en partageant l\u2019idée que si nous ne faisons rien, ceux qui sont derrière nous, nos enfants, vont se retrouver avec un héritage très lourd à porter.Nous sortons aussi de ce Forum des générations animés par un désir renouvelé de préserver nos services publics et tout spécialement notre réseau de la santé et notre réseau d\u2019éducation.Nous convenons aussi que les familles québécoises doivent être au cœur de notre préoccupation.Une des façons de relever le défi démographique, c\u2019est de faire du Québec un meilleur endroitpour nos enfants.Cela nous amène directement à la notion de conciliation travail-famille.45 Mutations et enjeux de société Il faut aussi reconnaître que les familles et la classe moyenne sont l\u2019objet d\u2019une forte pression et que ces contribuables ont besoin d\u2019un peu d\u2019air.Enfin, nous convenons aussi qu\u2019il faut tendre vers plus de souplesse ; qu\u2019il faut donner plus de place à l\u2019initiative locale ; qu\u2019il faut renoncer au mur à mur et s\u2019engager dans des formes nouvelles de collaboration.Ce sont là des points de convergence qui sont majeurs et qui nous fournissentune formidable base d\u2019action.Plusieurs pistes de solutions ont été lancées dans la foulée de ces défis.Je vous en donne quelques-unes.Prévention et qualité de vie D\u2019accentuer les efforts de prévention et de promotion de saines habitudes de vie parce qu\u2019une population en meilleure santé sollicite moins son système de santé.Plusieurs propositions sont allées dans le sens de l\u2019amélioration du développement économique et de la qualité de vie des Québécois.Beaucoup d\u2019appels, par exemple, à l\u2019accélération du développement énergétique du Québec et une ouverture largement partagée quant à l\u2019exportation d\u2019énergie renouvelable.Je pense ici, par exemple, à la sortie enflammée de Guy Chevrette ou au propos du maire Gilles Vaillancourtqui disait qu\u2019il fallaitréha-biliter l\u2019hydroélectricité.J\u2019y suis totalement favorable.Plusieurs appels également au développement et à la modernisation des infrastructures.Et sur ce point, des interventions, notamment du maire de Montréal, à l\u2019effet que l\u2019endettement ne doit pas être un frein à des projets structurants.On a aussi beaucoup parlé de développement de la main-d\u2019œuvre et de soutien à l\u2019entrepreneurship.Jocelyn Carrier a insisté plusieurs fois sur l\u2019importance du tourisme comme voie de développement pour nos régions.Population et territoire L\u2019immigration vous est apparue comme l\u2019avenue privilégiée pour répondre à ce défi.Et vous avez associé cette notion d\u2019une plus grande immigration à la notion d\u2019occupation du territoire.Et je pense ici à une intervention de Jacques Proulx qui nous rappelait que pour que l\u2019immigration se rende en région, il fallait non seulement préparer les nouveaux arrivants à s\u2019y installer, mais préparer les gens des régions à accueillir de nouveaux arrivants.C\u2019est une intervention dontMichèle Courchesne a pris bonne note.La valorisation de la contribution des aînés à notre société a aussi été promue par plusieurs.C\u2019est à la fois un moyen de favoriser les ponts entre les générations et de pallier certains manques de main-d\u2019œuvre.À travers nos discussions, une préoccupation a surgi avec une très grande régularité : votre attachement à la notion de développement durable.Le développement économique du Québec doit se faire dans le respect de notre patrimoine.Je suis d\u2019accord.Globalement, vous avez reconnu l\u2019importance des enjeux.Je pense à Jacques Ménard qui disait que le tableau de bord du Québec est constellé de lumières jaunes.Et je retiens aussi votre optimisme etvotre confiance dans l\u2019avenir.Robert Poirier nous a rappelé qu\u2019on pouvait 46 Mutations et enjeux de société Les actions proposées à l'issue du Forum des générations 1.\tMobiliser nos efforts en prévention ¦\tAjouter une heure trente minutes d'enseignement au primaire ¦\tFaire la promotion de saines habitudes de vie ¦\tCréer une équipe intersectorielle chargée de développer des approches en prévention 2.\tAssurer la pérennité de notre système de santé ¦\tCréer une équipe multipartite pour explorer des pistes de solution 3.\tAssurer la qualité des services éducatifs pour les générations futures sur tout le territoire ¦\tCréer une équipe de travail consacrée au développement communautaire ¦\tCréer une équipe chargée d'examiner les pistes de solution 4.\tAider les familles ¦\tDéposer un projet de politique sur la conciliation travail-famille ¦\tCréer un conseil de gestion multipartite du régime québécois d'assurance parentale ¦\tTransférer la responsabilité du dossier des aînés au ministère de l'Emploi, de la Solidarité sociale et de la Famille ¦\tPermettre aux aînés de participer pleinement au développement du Québec 5.\tDévelopper l'économie du Québec et de ses régions ¦\tCréer un partenariat avec le Fonds de solidarité des travailleurs, le Fondaction de la CSN et Capital Desjardins pour la mise en œuvre du Fond d'investissement économique régional (FIER) ¦\tMettre en place le Programme d'appui stratégique à l'investissement (PAS!) ¦\tConfier à la Table Québec-Régions et à la Table Québec-Municipalités le mandat de développer les régions ¦\tPublier un pian de mise à niveau des infrastructures en partenariat avec les municipalités et le gouverne ment fédéral ¦\tAppuyer les deuxième et troisième transformations ¦\tRelancer la mise en valeur des ressources hydroélectriques avec les partenaires concernés ¦\tTenir un Forum sur le développement social et économique des nations autochtones 6.\tFormer et adapter la main-d'œuvre ¦\tPublier le Pian gouvernemental pour l'emploi ¦\tProposer des mesures visant à adapter les régimes de retraite en vue de favoriser la retraite progressive ¦\tDiscuter avec le gouvernement fédérai en vue de renouveler le programme d'adaptation des travailleurs âgés ¦\tDéfinir une stratégie de renouvellement des effectifs du secteur de la santé et des services sociaux ¦\tConstituer une équipe multipartite chargée de définir des stratégies d'action visant à permettre aux entreprises d'accroître leur compétitivité et de faire face aux contraintes du nouvel environnement économique et au défi de la démographie ¦\tPublier un plan d'action visant à rapprocher la formation professionnelle et la formation technique 7.\tAgir sur le plan de l'immigration ¦\tAccélérer des signatures d'ententes de régionalisation avec le milieu ¦\tFormer une équipe intersectorielle chargée d'examiner les moyens de reconnaître plus rapidement les diplômes et les acquis obtenus à l'extérieur du Québec ¦\tAccélérer la négociation avec le gouvernement fédérai afin de permettre aux étudiants étrangers de toutes les régions, y compris Montréal et Québec, de travailler hors campus pendant leurs études 8.\tMiser sur le développement durable pour le Québec ¦\tDéposer un document de consultation sur le développement durable, en novembre 2004 ¦\tEffectuer une tournée régionale sur le développement durable ¦\tTenir une commission parlementaire sur le pian de développement durable 9.\tMettre en œuvre la stratégie-jeunesse ¦\tDéposer la stratégie action-jeunesse consacrée à l'ouverture des jeunes au marché du travail, à la participation des jeunes à la société, à l'appui à la réussite scolaire, aux jeunes en difficulté ainsi qu'à la lutte contre le décrochage et le suicide, 47 Mutations et enjeux de société s\u2019engager vers des changements profonds dans la bonne humeur.À l\u2019issue de ce Forum des générations, j\u2019ai annoncé une série d\u2019actions à court et moyen termes qui vont renforcer le Québec.Ces actions vont permettre la préservation de nos systèmes publics de santé et d\u2019éducation et assurer le développement prospère et équitable du Québec.Les principes d\u2019action Ces actions reposent sur deux principes qui ont émergé de nos discussions et qui guideront notre action.Le premier, c\u2019est celui du développement durable ; du développement durable du peuple québécois.De la même manière que dans le domaine environnemental, nous devons soumettre nos décisions publiques à un critère de base : est-ce que c\u2019est dans l\u2019intérêt de ceux qui nous suivent ?C\u2019est ça, le test des générations.Ce principe du développement durable de notre peuple, c\u2019est aussi celui de la responsabilisation de chacun de nous face à notre avenir collectif C\u2019est aussi celui du juste effort de chacun de nous.De ce premier principe en découle un deuxième, c\u2019estl\u2019émergence d\u2019une nouvelle solidarité.Etcette solidarité, ce n\u2019est pas celle d\u2019un groupe face à un autre, ou des régions face aux villes ; c\u2019est celle de notre multitude face à ses enjeux.Décentralisation Comme vous le voyez, nos délibérations ont été fructueuses.Mais ce Forum aura aussi permis de confirmer l\u2019engagement du Québec sur la voie de la décentralisation.Le gouvernement du Québec et les présidents des Conférences régionales des élus ont signé aujourd\u2019hui un pro- tocole d\u2019entente qui établit les principes de la décentralisation des pouvoirs au Québec.Et je pense ici à une intervention du maire de Québec qui disait qu\u2019il était d\u2019accord avec la décentralisation pour autant qu\u2019elle ne soit pas synonyme de délestage.Le protocole que nous avons signé établit comme principe directeur qu\u2019il n\u2019y aura pas de transfert de responsabilité sans transfert de ressources.L\u2019époque où le gouvernement du Québec imposait ses vues aux citoyens des régions est terminée.Dorénavant, le gouvernement sera un accompagnateur des régions dans la réalisation de leurs priorités.Ce protocole établit les principes qui guideront la décentralisation des responsabilités avec les ressources qui les accompagnent, la régionalisation de certains services ou programmes, l\u2019adaptation de programmes aux spécificités régionales et des projets de partenariat Québec-régions.Ce protocole conduira à un nouveau partage des pouvoirs, en fonction des désirs et des aspirations de chacune des régions du Québec.Rapprochement avec la société civile Le Forum des générations aura été intense, mais il aura permis de rapprocher le gouvernement du Québec et les représentants de la société civile.Nous sommes entrés ici pour partager des informations ; nous sortons d\u2019ici pour chercher des solutions.Nous sommes entrés ici pour partager un constat.Nous sortons d\u2019ici engagés vers des changements profonds qui vont assurer la réussite du Québec.Et nous sortons surtout d\u2019ici en formant une équipe ; une équipe déterminée à poser les bons gestes pour assurer le développement durable du Québec avec équité pour toutes ses générations.48 Mutations et enjeux de société Pour une société responsable 50 propositions pour le Québec de demain Michel Venne Directeur général, Institut du Nouueau Monde Personne ne peut prétendre parler au nom « des jeunes » qui sont aussi différents les uns des autres que leurs parents le sont Au sein du même groupe d\u2019âge, des comportements distincts se côtoient, même si entre les fans d\u2019Oc-cupation double et les militants de l\u2019altermondialisme, des préoccupations communes émergent parfois.C\u2019estpourquoi il faut se méfier des généralisations.Ainsi, lorsque l\u2019on affirme que la jeunesse québécoise est apathique, dépolitisée et éloignée de la chose publique, de fortes nuances s\u2019imposent.S\u2019il y a des jeunes désabusés, un grand nombre d\u2019entre eux cultivent des valeurs humanistes et sont socialement engagés.Au cours de l\u2019été 2004, par exemple, quelque 400 jeunes de 15 à 30 ans, venus de toutes les régions du Québec, se sont réunis pour participer à une école de citoyenneté, une « université d\u2019été », l\u2019Université du Nouveau Monde, et ont formulé 50 propositions pour le Québec de demain.Leur contribution est riche et cohérente.Elle témoigne d\u2019une vision à la fois réaliste et généreuse de la société dans laquelle ils veulent élever leurs enfants.Cette université d\u2019été est une réalisation de l\u2019Institut du N ouveau Monde, un organisme indépendant, non partisan, à but non lucratif, voué au renouvellement des idées età l\u2019animation des débats publics au Québec.L\u2019INM favorise la participation civique dans une perspective de justice sociale et dans le respect des valeurs démocratiques.Les participants ont assisté à des conférences et des tables-rondes, échangé avec des personnalités comme Roméo Dallaire, Riccardo Petrella, Jacques Attali, Lise Bissonnette, Michaëlle Jean ou Amir Khadir.L\u2019université d\u2019été avait des airs de festival.Et entre deux ateliers sur la mondialisation ou les défis du syndicalisme, entre la conférence de Bernard Landry ou celle du ministre Claude Béchard, ils ont fabriqué une murale ou monté une improvisation théâtrale, autant de modes d\u2019expression pour favoriser le dialogue.Autantils ontpu accroître leurs connaissances, autant l\u2019UNM fut l\u2019occasion pour eux de développer leurs compétences civiques.Ils ont fait l\u2019expérience de la démocratie en formulant, dans le cadre d\u2019un processus de 49 Mutations et enjeux de société délibération, 50 propositions pour le Québec de demain.Regroupés en équipes de dix, les participants étaient appelés à réfléchir au thème qui leur était assigné, à en débattre et enfin à rédiger trois propositions.Ensuite, les 80 participants ayant travaillé sur le même thème ont retenu, à l\u2019occasion d\u2019une assemblée délibérante, les dix meilleures propositions parmi toutes celles que les équipes avaient rédigées.Enfin, les dix propositions de chaque thème ont été présentées à l\u2019assemblée citoyenne composée des 400 participants et de représentants de la société civile, en présence du ministre de l\u2019Éducation, M.Pierre Reid.Humanisme, responsabilité, dialogue Quelques traits ressortent clairement de cet ensemble de vœux et de projets, formulés en quelques heures à peine, sur quatre jours.On comprendra que pour chacune des propositions, les participants n\u2019ontpas eu l\u2019occasion de rédiger une étude de faisabilité exhaustive.Il reste qu\u2019une cohérence réunit ces propositions autour de certaines valeurs : \u2022\tl\u2019humanisme; \u2022\tla responsabilité; \u2022\tle dialogue intergénérationnel ; \u2022\tla sauvegarde de l\u2019environnement; \u2022\tla conscience d\u2019une identité distincte en Amérique ; \u2022\tla volonté de maîtriser la mondialisation ; \u2022\tle renforcement du lien social ; \u2022\tle souci des régions ; \u2022\tun État agissant comme gardien du bien commun.Une société responsable Ces jeunes veulent, avant toute chose, vivre dans une société responsable, dans laquelle les citoyens ne sont pas seulement titulaires de droits, mais doivent assumer leurs responsabilités à l\u2019égard des autres, et aussi à l\u2019égard d\u2019eux-mêmes.Ils prônent la consommation responsable, une éthique environnementale, une alimentation saine, la pratique individuelle du sport et d\u2019activités physiques, l\u2019instauration de carrefours citoyens dans chaque région du Québec, d\u2019une journée des voisins pour favoriser les échanges entre concitoyens et d\u2019une « journée d\u2019action citoyenne», un nouveau congé férié, mais consacré à « la création, l\u2019amélioration ou l\u2019entretien d\u2019un bien commun ».S\u2019ils sont en faveur de la réduction de l\u2019endettement étudiant, ils proposent d\u2019assortir les mesures d\u2019aide de certaines conditions : si les étudiants concernés ont des enfants, font du bénévolat, étudient dans un domaine où il y a pénurie de main-d\u2019œuvre ou s\u2019ils prévoient travailler en région.Ils interpellent aussi les entreprises et souhaitent que celles-ci soient enjointes d\u2019adopter un plan de recyclage de toutes leurs matières résiduelles et un plan de gestion écologique de la fabrication des produits manufacturiers.La sauvegarde de l\u2019environnement est l\u2019une de leurs grandes préoccupations.À ce sujet, ils préconisent l\u2019imposition de limites à l\u2019étalement urbain.Ils voudraient que l\u2019eau soit considérée et à ce titre protégée comme « patrimoine collectif essentiel ».Ils proposent que l\u2019on mette un frein à l\u2019extraction des ressources naturelles, notamment la forêt Ils mettraient l\u2019ac- 50 Mutations et enjeux de société cent sur les économies d\u2019énergie est les sources renouvelables d\u2019énergie.Et ils proposent la gratuité du transport en commun dans vingt ans! L\u2019État gardien du bien commun L\u2019État lui-même doit jouer, selon eux, un rôle crucial.Au lendemain de l\u2019Université du Nouveau Monde, des journalistes ont résumé la position des jeunes participants en affirmant que ceux-ci souhaitaient un État « interventionniste».Ce n\u2019était pas une erreur.Encore faut-il s\u2019entendre sur le sens ce ce mot.Car les jeunes ne veulent pas d\u2019un État qui intervient pour faire les choses à la place des citoyens.Ils veulentplutôtun État qui assume ses responsabilités comme gardien du bien commun.Et à ce titre, ils lui demandent d\u2019agir en particulier de deux manières.D\u2019une part, ils veulent que le gouvernement utilise son pouvoir législatif et réglementaire pour amener les acteurs sociaux et économiques à agir de manière responsable, autant en fixant dans les lois des obligations pour les entreprises en matière environnementale qu\u2019en utilisant la fiscalité, en imposant une taxe verte sur les véhicules à moteur énergivores, par exemple.Ils proposent aussi des modifications à la Loi sur les normes du travail de manière à ce que les travailleurs atypiques jouissent d\u2019une protection sociale adéquate.L\u2019État doit également, à leurs yeux, agir comme chef d\u2019orchestre.C\u2019est ainsi que la vieille notion de concertation, souvent associée au fameux «modèle québécois», revient en force dans leurs propositions.Dans la plupart des cas, ils demandent qu\u2019un min- istère ou un organisme public « de concert avec » les syndicats, le patronat, les municipalités, les régions, les associations communautaires, agissent ensemble pour résoudre un problème ou produire une innovation.Ils ne veulent aucunement d\u2019un État autoritaire et centralisateur.Plusieurs de leurs propositions, au contraire, favorisent la décentralisation vers les régions.Ils privilégient partout les partenariats.Ainsi, s\u2019ils suggèrent l\u2019instauration de la semaine de travail de quatre jours, ils proposent que le financement de cette mesure soit assumé par trois acteurs : le travailleur, l\u2019entreprise et l\u2019État.D\u2019autre part, ils souhaitent que les pouvoirs publics assumentpleinement leur rôle en matière d\u2019éducation.Éducation comme dans école, certes.Mais l\u2019éducation tout au long de la vie et l\u2019é-ducation des citoyens, afin que ceux-ci soientautonomes, innovateurs et., responsables.L\u2019éducation sous toutes ses formes Ils demandent au ministre de l\u2019Éducation d\u2019augmenter les bourses d\u2019études et de réduire l\u2019endettement afin de continuer à favoriser l\u2019accès le plus large aux études supérieures.Ils lui demandent aussi de veiller à ce que les enseignants reçoivent une formation adéquate et ce, tout au long de leur carrière.Ils souhaitent la consolidation des cégeps.Mais ils veulent aussi des cours d\u2019éducation à la citoyenneté dès l\u2019école primaire assortis d\u2019un programme de sensibilisation à l\u2019environnement.Ils voudraient qu\u2019à l\u2019école, les jeunes soient soumis à un programme d\u2019éducation aux médias afin de développer leur sens critique et de stimuler leur 51 Mutations et enjeux de société jugement Ils préconisent l\u2019enseignement des arts à l\u2019école pour permettre l\u2019éclosion d\u2019une pensée libre, autonome, critique, «condition essentielle à l\u2019exercice de la citoyenneté ».Ils prônent également l\u2019adoption d\u2019une politique nationale du sport, incluant l\u2019augmentation des heures consacrées à l\u2019éducation physique à l\u2019école.Ils suggèrent que les écoles publiques offrent un programme d\u2019éducation à la consommation responsable.Ce programme serait financé par une taxe sur les dépenses publicitaires des entreprises.Mais l\u2019éducation n\u2019est pas restreinte à l\u2019école.Ainsi, ils proposent plusieurs mesures visant l\u2019éducation des citoyens en général.Pour rester dans le domaine de la consommation responsable, ils suggèrent la création d\u2019un ministère de la Consommation pour amener les citoyens, par des moyens éducatifs, incitatifs et réglementaires, à consommer de façon responsable.Ils exigent également l\u2019étiquetage des OGM.Ils enjoignent les gouvernements de réinvestir dans les médias publics, comme Télé-Québec ou Radio-Canada, et dans les médias communautaires, à la fois pour promouvoir la langue française, la culture québécoise.et l\u2019exercice éclairé de la citoyenneté.De même, ils ont demandé le rétablissement de l\u2019Observatoire québécois de la mondialisation.L\u2019humanisme Certains vont évoquer l\u2019angélisme ou l\u2019idéalisme de la jeunesse.Ils auraient tort.Ces jeunes ont paru au contraire très réalistes.Ils sont conscients de la logique des rapports de force au sein d\u2019une société et du monde.C\u2019est pourquoi ils préconisent un État agissant.Ils savent que les forces libres du marché ne peuvent être garantes du bien commun.Ils ne sont pas dupes non plus des négocations commerciales internationales et comprennent que si les traités issus de ces négociations ne comportentpas de clauses de sauvegarde de droits de la personne, le commerce sera peut-être florissant mais au prix de sacrifices humains inadmissibles.Leurs propositions sont empreintes d\u2019humanisme.On ne parle pas ici de compassion à l\u2019eau de rose mais d\u2019un réel souci de l\u2019autre dans une relation égalitaire.L\u2019une de leurs propositions affirme que « le Québec et le Canada doivent promouvoir le respect de la vie à l\u2019échelle planétaire».Ils demandent d\u2019inclure dans les traités sur le commerce des principes comme le respect des droits humains, l\u2019élimination du travail des enfants et de toute forme de discrimination.Au niveau local, ils veulent que les autorités « fassent des villes des cadres de vie plus agréables et humains » en améliorant les infrastructures publiques (piscines, bibliothèques, parcs), en multipliant les espaces verts, en favorisant le transport en commun et en diminuant l\u2019étalement urbain.Ils préconisent l\u2019éducation aux arts comme moyen de combattre l\u2019exclusion sociale.Ces jeunes insistent en faveur du renforcement du lien social.Ils proposent, comme je l\u2019ai souligné plus haut, l\u2019instauration d\u2019une « journée des voisins» et une journée d\u2019action citoyenne.Pour favoriser l\u2019emploi, ils 52 Mutations et enjeux de société font la promotion de l\u2019économie sociale et des coopératives.Ils pensent aux régions.Ils souhaitent implicitement que les Québécois continuent d\u2019occuper et de développer, autant sur les plans social et culturel que sur le plan économique, l\u2019ensemble de leur territoire.C\u2019est pourquoi, notamment, ils demandent de consolider les cégeps.Une idée pour favoriser les économies régionales en même temps que le développement durable: l\u2019instauration d\u2019un sceau « Québec durable » qui serait apposé sur les produits fabriqués en région et répondant à des normes de durabilité.Ils suggèrent la création de réseaux culturels interrégionaux favorisant la « démontréalisation » de la culture.Ils veulent des carrefours citoyens dans toutes les régions pour mobiliser les acteurs de la société civile ainsi que des réseaux de solidarité pour favoriser l\u2019insatallation d\u2019immigrants partout sur le territoire.Leur ouverture à l\u2019Autre, à l\u2019immigrant, est implicite dans plusieurs de leurs propositions sur la langue, les arts, la culture, les médias, l\u2019espace public.Ils demandent aussi explicitement que l\u2019on facilite l\u2019insertion professionnelle des immigrants et que l\u2019on adopte des mesures contre toute discrimination raciale ou ethnique.Par contre, ils refusent que la religion des uns deviennent la loi de tous et s\u2019opposent à ce que des tribunaux religieux puissent trancher des affaires relevant du droit civil.Ils sont les enfants des chartes des droits et libertés, auxquelles ils ajouteraient volontiers un chapitre sur les responsabilités.Le lien social se tisse également entre les générations.Nous n\u2019avons pas affaire ici à des jeunes égoïstes tournés uniquement vers leurs propres besoins.Les propositions énoncées jusqu\u2019ici le démontrent.Mais ils ne cherchent pas non plus, comme l\u2019ont fait depuis des années leurs prédécesseurs de la génération X, à s\u2019opposer aux générations antérieures.Au contraire, ils appellent au dialogue et à la collaboration.Ils expriment une demande de transmission du savoir, des connaissances, de l\u2019histoire et de l\u2019expérience de leurs aînés.Ils suggèrent également de s\u2019appuyer mutuellement pour faire progresser la société dans le sens voulu.Moins nombreux que les baby-boomers, les jeunes d\u2019aujourd\u2019hui ne peuvent exercer sur la société, à eux seuls, une influence aussi déterminante.Ils doivent tisser des alliances avec des gens d\u2019autres générations.Ils cherchent des jeunes qui pensent comme eux mais qui ontqo, 50 ou 75 ans.Un Conseil des sages Ainsi, et de façon assez étonnante, ces jeunes ont proposé que la société civile prenne l\u2019initiative de créer un « Conseil des sages ».Indépendant des gouvernements et des intérêts privés, ce conseil serait formé « de femmes et d\u2019hommes ayant fait la preuve de leur intégrité et de leur dévouement à la recherche du bien commun par une vie d\u2019engagement et de service envers la société québécoise ».Leur fonction première serait toutefois de « représenter les plus hauts intérêts de l\u2019humanité au Québec » de manière à « inspirer et guider la population et ses dirigeants ».Ils voudraient que l\u2019INM organise une université d\u2019été.pour les 31 à no ans, à laquelle serait délégués des 53 Mutations et enjeux de société jeunes participants de l\u2019édition 2004 afin de créer des ponts entre les générations.S\u2019ils souhaitentla semainede4 jours, ils n\u2019ypensentpas que pour aider les jeunes familles avec des enfants.Mais aussi pour permettre à une personne de prendre mieux soin de ses vieux parents.Et ils souhaitent que l\u2019État améliore le soutien aux aidants naturels.Ils se sentent faire partie d\u2019une Histoire et d\u2019une culture.À ce titre, ils croient nécessaire d\u2019exclure de tous les traités commerciaux « tout ce qui concerne l\u2019identité d\u2019une nation » : l\u2019éducation, la culture, la connaissance, l\u2019expression artistique.Ils appuient le projet d\u2019une convention internationale sur la diversité culturelle.Conscience nationale Les jeunes n\u2019ont pas retenu de propositions portant sur la souveraineté ou le fédéralisme.Plusieurs d\u2019entre eux avaient une opinion sur le sujet Mais la majorité des participants semblaient préoccupés par la nécessité de passer outre la polarisation que suscite le débat national afin de donner plus de visibilité et d\u2019importance aux autres enjeux évoqués ici.Cela étant, ils semblent pleinement conscients de l\u2019identité particulière du Québec en Amérique.Ils ont notamment réclamé le rapatriement à Québec de tous les pouvoirs en matière de cul- ture et de communications.Ils ontaussi proposé que « le Québec prenne tous les moyens de s\u2019affirmer » au sein des instances internationales pour influencer le monde dans le sens de ses propres intérêts et de ses convictions propres.Ils demandent égalementl\u2019adoption d\u2019une constitution québécoise.~k \"k ~k Le contenu de ces propositions mériterait bien sûr d\u2019être analysé.Certaines ont déjà trouvé écho dans des décisions gouvernementales récentes, notamment celle d\u2019augmenter la part de l\u2019énergie éolienne dans la production d\u2019Hydro-Québec.D\u2019autres pourraient relativement aisément être appliquées.Il appartient désormais aux chefs de file de la société québécoise de reprendre ces propositions et de mettre en pratique certaines d\u2019entre elles.Une société a besoin de leaders.Parmi les jeunes participants à l\u2019Université du Nouveau Monde, il y avait certes des leaders de demain.Ceux-ci appellent les leaders d\u2019aujourd\u2019hui à leur rencontre.Le chanoine Jacques Grand\u2019Maison a déjà dit que ce dont la société a besoin aujourd\u2019hui, c\u2019est d\u2019adultes qui se tiennent debout.Eh bien le temps est venu de se lever.Le texte complet des 50 propositions se trouve à l\u2019adresse www.inm.qc.ca.54 Mutations et enjeux de société Lettre à un jeune immigrant Alain Stanké Texte d\u2019une conference sur l'intégration et la scolarisation des elèues immréjrants Mono ponios, panelés ir ponai.Mes chers.dames, demoiselles etmessieurs Man labal malonu but! su jumls slandlen.Il me fait plaisir de me trouver parmi vous aujourd\u2019hui.As esu labai patenkintas kad mane jus uzkuietet su jumis pakalbéti apie.Je suis heureux que vous m\u2019ayez invité afin que je puisse bavarder avec vous.imjgrantu qy venirna kuri as cjerai pazystu ir kuris - tkrai sakant - yr a nelrng uas.delà vie des immigrants que je connais bien, et qui - soit dit en passant -n\u2019estpas facile.Dabar labai man keista : Jus i mane uysi ziurite ir neuiena zodi nesuprantate.Cela me fait très drôle : vous me regardez tous sans comprendre un traître mot de ce que je vous dis.Turbut man reikes su jumis pradéti kalbéti prancuziskai ?Je vais sans doute devoir vous parler en fiançais ?Labaiqaila .bettoksyrayyuenimas.C\u2019est dommage mais.c\u2019est la vie ! Bon, j\u2019imagine que vous n\u2019avez rien compris.Vous pensez peut-être que je me crois aux Insolences d\u2019une caméra ?Non.Rassurez-vous.Si j\u2019ai pris la liberté de vous parler en lituanien, c\u2019est tout simplement pour vous faire sentir - un court moment - ce que peut ressentir un immigrant lorsqu\u2019il se retrouve dans un pays qui n\u2019est pas le sien, parmi des gens qui ne parlent pas sa langue.Un peu déroutant, n\u2019est-ce pas ?Le lituanien, soit dit en passant, est une des plus vieilles langues parlées au monde (une langue qui dérive du sanscrit, c\u2019est-à-dire de l\u2019indo-aryen dans laquelle sont écrits les grands textes brahmaniques de l\u2019Inde).C\u2019estma langue maternelle.Je ne l\u2019ai jamais oubliée.Mais, ne soyez pas inquiets : les propos qui vont suivre seront en fiançais.Vous pourrez donc les comprendre.même s\u2019ils ne 55 Mutations et enjeux de société s\u2019adressent à vous qu\u2019accessoirementpuisque, comme l\u2019indique votre programme, je suis venu livrer ici une communication (à l\u2019exemple de Rainer-Maria Rilke) intitulée Lettre à unjeune immigrant.~k~k~k Mon cher ami, Permets-moi de t\u2019appeler « ami » car, à cause de mon long passé d\u2019immigrant, je crois que ce que tu vis en ce moment ne m\u2019est pas totalement étranger puisque, moi aussi, j\u2019ai immigré et., pas qu\u2019une fois! Je suis venu au monde dans une contrée de l\u2019Europe de l\u2019Est, au bord de la mer Baltique, un beau petit pays paisible, au sein d\u2019une famille bien nantie, dans un décor de grands favorisés.Une vie bordée de peluche.Mon père jouissait d\u2019une grande réputation.Notre maison était un vaste domaine où s\u2019affairaient jardiniers, cuisiniers, gouvernante, femmes de chambre et toute une armée de serviteurs qu\u2019on ne voit plus aujourd\u2019hui que dans les vieux films.Nous avions de l\u2019argent à profusion, des jouets à ne plus savoir qu\u2019en faire et nous n\u2019allions jamais à l\u2019église avec les mêmes vêtements deux dimanches de suite.« Le bonheur mur à mur ».Puis un jour, sans qu\u2019aucun avertissement ne soit venu de personne, tout s\u2019est écroulé.À l\u2019âge de cinq ans je me suis retrouvé brutalement sur un peloton d\u2019exécution, avec un soldat qui me pointait son fusil dans le dos.Je n\u2019ai pas eu peur.Ce n\u2019étaitpas de la bravoure : je n\u2019avais tout simplement jamais vu un fusil de ma vie.Je ne connaissais absolument pas son utilité.(Je devrais dire son « inutilité», oui !).Sauvé par miracle, je suis revenu à la maison où j\u2019ai appris qu\u2019on n\u2019avait plus de maison.Fini.Terminé.Bonjour la cuisinière, le chauffeur privé et bye-bye le jardinier ! Par les jours qui ont suivi, il a fallu vivre dans la clandestinité et, pour survivre, trouver de quoi manger en fouillant dans les poubelles et les dépotoirs.C\u2019est à ce momentprécis de ma vie que j\u2019ai compris que jamais rien - sur cette terre-n\u2019était permanent.Rien n\u2019était jamais définitif! Tout ce qui nous arrive de bon, comme tout ce qui nous arrive de pénible.C\u2019est là aussi que j\u2019ai appris ce que signifiait être un « ex».Cet« ex», si l\u2019étymologie a un sens, signifie que l\u2019on a quitté un État ou un lieu pour un autre.L\u2019exilé, tout comme l\u2019expatrié, a quitté sa chère patrie.L\u2019expulsé ou l\u2019exproprié ont quitté, de force, un endroit où ils seraient bien restés, au chaud.L\u2019exclu- (un étatque j\u2019ai aussi bien connu) -a été chassé de la société, du confort, de la sécurité, de l\u2019abondance, du travail et des loisirs.Expulsé, en quelque sorte, d\u2019une vie paisible, d\u2019une vie normale.Éloigné d\u2019un lieu où l\u2019existence est simplement humaine.Je ne voudrais pas t\u2019ennuyer dans ma lettre en te racontant ma vie dans tous ses détails.Je suis sûr qu\u2019à ce chapitre tu en aurais probablement autant à dire que moi.Et puis, je peux te le dire à toi, puisqu\u2019on est entre nous, il n\u2019y a rien que je déteste plus que de raconter mon passé.J\u2019aime toujours mieux parler d\u2019avenir.Je vais faire une petite exception pour toi.Je vais te raconter très brièvement quelques événements qui ont jalonné mon parcours et qui pourront peut-être te servir de réflexion au tien.56 Mutations et enjeux de société Tout au long de ma vie (et cela depuis mon tout jeune âge) j\u2019ai été affublé, tour à tour, de divers vocables.Exproprié, expulsé, interné, exclu, étranger (en passant: sale étranger), importé, indésirable, prisonnier, émigré, D.P.- c\u2019est-à-dire displaced person -, apatride (oui, quelqu\u2019un qui n\u2019a pas de passeport parce qu\u2019il n\u2019a plus de pays), en attente de statut, immigré, néo-Canadien, néo-Québécois, puis Québécois.pas de souche! Pas de souche, c\u2019est-à-dire un «essouché».Oui, toi etmoi nous sommes des « essouchés ».Aujourd\u2019hui, toutes ces étiquettes m\u2019amusentà mourir surtout que, depuis que je suis devenu majeur et vacciné, on m\u2019en a collé de nouvelles - celles, dont on affuble même ceux qui n\u2019ont jamais été immigrants de leur sainte vie : célibataire, marié, divorcé, électeur, salarié, permanent, occupant, usager, bénéficiaire, «alouette! ».Membre, adhérent, parfois même délinquant (quand, par malheur, il m\u2019arrive d\u2019oublier de faire mon stop.), demandeur d\u2019emploi, chômeur, ou carrément- ce que je ne te souhaite pas - pauvre « BS ».Avec tout ça on est bien sûr catholique, musulman, protestant ou juif.Bloquiste, péquiste, libéral, abstentionniste ou apartiste.On dirait que la société adore nous cataloguer, nous étiqueter comme si nous étions de vulgaires objets.Si je te dis tout cela un peu à la blague, c\u2019est surtout dans le but de te conseiller de ne jamais porter attention aux qualificatifs dont on va t\u2019affubler.Prends bien soin d\u2019être avant tout toi-même ! Une spécificité culturelle à toi tout seul.Ne rentre surtout pas dans un moule.Navigue entre les cultures - la tienne d\u2019origine et celle de ton pays d\u2019adoption.Prends le meilleur de chacune et laisse tomber le reste.Voyage allègrement avec les gens qui te transportent dans leur vie, dans leur identité.Intéresse-toi à eux, délecte-toi, fonds-toi, découvre, apprends, remercie la chance qui t\u2019est donnée de vivre dans un pays libre où (malgré ce qu\u2019en disent quelques petits esprits chagrins) TOUT est encore possible.Une terre d\u2019accueil où tu pourras choisir ton destin dans la mesure où tu seras prêt à y mettre les efforts voulus, une nouvelle patrie où tu pourras réussir si seulement tu poursuis ton but sans relâche et si tu t\u2019en donnes la peine.Ouvre-toi.Ose les vraies communications, celles du cœur, les communications qui établissent des relations, celles qui créent des liens.Je te souhaite de tout cœur, mon cher essouché, de trouver sur ton chemin des professeurs droits et solides pour te donner la main quand tu auras peur, quand tu trembleras et qui accepteront de lâcher ta main quand tu seras prêta t\u2019envoler de tes propres ailes.Il n\u2019estpas donné à tout le monde, tu sais, d\u2019être immigrant Dans tous les cas, ça prend beaucoup de sacrifices, du courage et de la détermination.J\u2019ignore, bien sûr, dans quelles circonstances tu as fini par atterrir au Québec.Je ne sais pas si tes parents ont quitté votre terre natale deforce ou s\u2019ils l\u2019ont quittée volontairement dans le but d\u2019améliorer le sort économique de votre famille, de retrouver la dignité et la liberté que seuls les régimes démocratiques peuvent as- Intéresse-toi à eux, délecte-toi, fonds-toi, découvre, apprends, remercie la chance qui t'est donnée de vivre dans un pays libre où (malgré ce qu 'en disent quelques petits esprits chagrins) tout est encore possible.57 Mutations et enjeux de société surer.En prenant cette décision ils ont sûrement consenti à faire de très gros sacrifices parce qu\u2019ils voulaient que ta vie à toi ait de meilleures chances de s\u2019épanouir ici que dans le pays où tu es né.Peut-être que chez toi, là d\u2019où tu viens, règnentla faim, la guerre, la violence, l\u2019intolérance, la persécution ?Peut-être que l\u2019horizon y est bouché et qu\u2019il n\u2019y a plus rien à y espérer ?Sans doute que tu t\u2019y étais attaché quand même.Pourquoi donc faut-il toujours quitter ce que nous aimons ?Mais, à la limite cela n\u2019a pas d\u2019importance puisque, dans un cas comme dans l\u2019autre, pour le reste de ta vie tu seras à jamais un déraciné.Rassure-toi, tu n\u2019es pas moins bon que les autres pour autant ! Face à ton nouveau cadre de vie, face aux autres, face aux nouvelles habitudes que tu vas devoir adopter maintenant, souviens-toi toujours que les gens ont tous quelque chose en commun : ils sont tous digèrent s, même dans leur propre pays, celui qu\u2019ils n\u2019ont jamais quitté.Tu ne dois donc jamais avoir honte de ce que tu es.Il n\u2019y a pas de déshonneur à venir d\u2019où l\u2019on vient et à être ce que l\u2019on est Les milliards de visages différents de cette terre ont tous le même fleuve pour miroir.La voix, l\u2019ouïe, la vue, l\u2019union des sexes, la naissance et la mort sont similaires pour tous les hommes, que l\u2019on soit blanc ou noir, catholique, protestant, musulman ou.incroyant Laure Conan, auteur québécoise, disait: « On ne doit jamais avoir honte de ses origines.C\u2019est ça qui fait la force d\u2019un peuple! » De son côté, Albert Camus trouvait impensable que l\u2019on puisse souhaiter transformer l\u2019espèce humaine en un seul peuple indiscernable.Nous ne sommes tout de même pas des fourmis ! « L\u2019unité ne signifie pas la totalité mais son contraire, disait-il.C\u2019est l\u2019exaltation des différences.Tu n\u2019es pas moi, mais tu es mon égal.Ta différence m\u2019est nécessaire car elle m\u2019enrichit.» Oui, il n\u2019y a pas de honte à avoir car quoi qu\u2019on te dise, quoi qu\u2019on te fasse sentir, tu seras ce que les autres vont partager avec toi de même que les autres seront ce que tu voudras bien leur donner.Il y a du bon et du mauvais partout À toi de choisir ce qui te convientle mieux.Je sais d\u2019expérience à quel pointil estplus confortable d\u2019entrer dans un monde nouveau quand on se sent conforme aux autres, mais ce n\u2019est pas nécessairement souhaitable.Lorsque je suis arrivée en France, tout de suite après la guerre, je n\u2019avais que onze ans.Je ne parlais pas un traître mot de français.Je parlais le lituanien, le polonais, le russe et l\u2019allemand (survie oblige).mais, tu t\u2019en doutes, en France, toutes ces langues ne m\u2019étaient d\u2019aucune utilité.Les petits Français n\u2019allaient tout de même pas les apprendre juste pour me faire plaisir, histoire de me faciliter les communications.À l\u2019école primaire, lorsque j\u2019ai fait ma première dictée en français, une petite dictée d\u2019une page, j\u2019ai récolté 102 fautes.Un record sans doute jamais égalé depuis.C\u2019était la honte ! Un autre jour, je me souviens être rentré en moi humilié, la mort dans l\u2019âme, rongé par la honte, les yeux en larmes.La vie m\u2019a paru soudainement plus vaine et la fraternité humaine.plus improbable ! Je me souviens aussi avoir pris, à ce moment précis, une des plus importantes décisions de ma vie : celle de convertir 58 Mutations et enjeux de société ma honte en motivation.Convertir le désespoir et mon abattement en une occasion de devenir meilleur.Ce jour-là j\u2019ai décidé que c\u2019était pour moi une occasion rêvée de donner une leçon à tous ceux qui se sont moqués de moi.Comment ?Eh bien, tout simplement en devenant meilleur qu\u2019eux! Je me suis juré de mettre toutes mes forces, toutes mes énergies pour apprendre le français de manière à le parler aussi bien et, si possible, encore mieux que les Français eux-mêmes ! J\u2019étais nourri du désir d\u2019être le meilleur, de dépasser, de surpasser les autres.Ça devait être ça ma vengeance, à moi ! Une douce vengeance qui ne faisait pas de mal à personne.Dans ma petite tête - je m\u2019en souviens - j\u2019ai formulé une réplique déchirante pudiquement cachée sous la morsure de mon chagrin ravageur, une réplique qui n\u2019était peut-être pas, comme tu pourras le constater, du «meilleur français », mais qui elle au moins avait l\u2019avantage de ne pas manquer de clarté pour décrire parfaitement mon état d\u2019esprit d\u2019antan.Voilà ce que je me suis dit : « Plus tard, je parlerai mieux ^française que vous et je vous merdrai tous ! » Eh bien, tu me croiras si tu le veux, mais, un an plus tard, oui, exactement douze mois après cette flamboyante et.mémorable dictée, je remportais le « deuxième prix de français » - non pas de ma classe, mais de toute l\u2019école Saint-Pierre de Montrouge du XIVe arrondissement de Paris.(Et pan !) Probablement le premier grand succès de ma vie, celui dont je suis le plus fier.En tous les cas, laisse-moi te dire qu\u2019il n\u2019y a pas une médaille, une décoration, pas une récompense, parmi celles que j\u2019ai reçues par la suite, qui m\u2019a fait autant plaisir.Je ne connais rien de toi.Je ne sais pas si tu es noir ou si tu es blanc, si tu es catholique ou musulman.Tout ce que je sais c\u2019est que tu es un immigrant 11 se peut même que tes parents fassentpartie du groupe des « allop hones » parce qu\u2019ils éprouvent quelque difficulté à apprendre le français.11 est donc fort probable qu\u2019ils comptent sur toi pour assumer bien des charges.Tout un fardeau pour tes frêles épaules.Certes, c\u2019est beaucoup te demander, mais tu verras, c\u2019est très stimulant et, en fin de compte, pas mal valorisant.Ainsi motivé tu parviendras, toi, à maîtriser la langue beaucoup plus vite.Le choix t\u2019appartient Face à ta nouvelle vie, plongé dans ton nouvel environnement, tu peux soitprendre l\u2019attitude du réfractaire, du rebelle, du dissident ou, au contraire, profiter de l\u2019occasion qui t\u2019est offerte pour plonger tête la première dans tout ce qui t\u2019est offert Les adultes appellent cela le processus de l'intégration.Ah.le voilà le grand mot! L\u2019intégration c\u2019estl\u2019opération par laquelle un individu ou un groupe s\u2019insère, s\u2019incorpore à une collectivité, à un milieu.L\u2019intégration n\u2019exige aucunement d\u2019un immigrant une renonciation à son identité d\u2019origine, à sa culture, à ses croyances ou à sa langue.Personnellement je n\u2019aime pas beaucoup ce terme.Je n\u2019aime pas qu\u2019on me dise que je me suis bien « inséré » ou « bien intégré ».Je préfère me comparer à une plante qui a été déracinée puis transplantée dans un sol qui n\u2019est pas son sol naturel, dans un environnementqui n\u2019estpas le sien, dans un climat étranger.Si la plante ne dessèche pas, si elle ne meurt pas, si elle survit et qu\u2019elle Ce que j'ai trouvé de plus difficile ici au début (je peux bien te le dire à toi), ce n'est pas d'avoir été rejeté quelquefois, c'est d'avoir senti que j'étais de trop.59 Mutations et enjeux de société parvient à poursuivre sa croissance, le terme employé par les botanistes pour décrire son succès est« acclimaté».Eh bien nous, pour toi comme moi, je préfère dire qu\u2019on ne s\u2019intégre pas mais qu\u2019on s\u2019acclimate ! Personnellement le terme «intégrer» me faitplutôt penser à un délinquant qui finitpar intégrer les rangs de la société parce qu\u2019on l\u2019y a forcé.À la limite, en s\u2019intégrant on peut avoir une impression d\u2019être soumis à la majorité.En quelque sorte perdu, fondu ou noyé dans la grande masse, dépouillé de l\u2019idiosyncrasie, de cette précieuse identité qui nous estpropre.L\u2019écrivain Yves Thériault (dont j\u2019ai eu le bonheur d\u2019éditer la majorité des livres) n\u2019aimait pas non plus le mot « intégrer ».Pas plus pour les nations que pour les personnes qui les forment.« Intégrer, disait-il dans Ashini, veut dire absorber en soi un peuple jusqu\u2019à ce que rien ne subsiste de lui qu\u2019un souvenir et les mensonges odieux des manuels d\u2019histoire.» En contrepartie, je pense, moi, que le terme « acclimaté » implique nécessaire-mentune certaine douceur, des soins particuliers, une bienveillance, une attention spéciale, du doigté.et, pour les humains, comme pour les plantes : beaucoup d\u2019amour ! Au cours de notre « acclimatation », tu verras, nous devons nécessairement faire face à des obstacles, à des écueils, des tracas de toute sorte, à d\u2019innombrables difficultés.Aucune épreuve ne nous est épargnée.L\u2019indifférence, la moquerie, la critique, le racisme, le rejet.Tu remarqueras qu\u2019on est toujours le juif, le nègre ou l\u2019arabe du raciste que l\u2019on croise sur notre route.Au nom du principe de laïcité, en France « terre d\u2019accueil » (ou serait-ce terre « d\u2019écueil » ?) - tu en as peut-être entendu parler - on interdit désormais le port du voile à l\u2019école.Interdiction aux signes dits « ostensibles ».Curieux, pourtant j\u2019ai vérifié dans le dictionnaire, « ostensible » veut dire « qui peut être montré publiquement sans inconvénients».Faut croire qu\u2019ils n\u2019ont pas bien lu le dictionnaire.Allah, Jehova et Dieu merci ! Pour l\u2019instant, cette vague n\u2019a pas encore atteint le Québec.En France on dit aux lycéens et aux collégiens : « Percez-vous le visage tant que vous voulez, même le nombril et le bout des seins, mais surtout ne vous voilez pas la face.» Car si sous le voile de la laïcité se cache la peur de l\u2019Islam, sous le masque d\u2019une pseudo tolérance s\u2019installe le renoncement.Il y a dans ce pays des profs qui excluent maintenant légalement des jeunes filles qui sont fi ères de leur identité.Et pendant ce temps ces mêmes profs refusent de voir le nez, les joues, les sourcils transpercés et les cheveux colorés de rouge ou de bleu qui leur disent pourtant à longueur de journée: «Vous nous avez enlevé notre identité.on va s\u2019en trouver une ! » De la manière où ça va, je te parie que, dans pas très longtemps, après avoir interdit le port du voile et du petit crucifix on va en venir à interdire les autres signes ostensibles qui restent, c\u2019est-à-dire les prénoms tels que Joseph, Marie, David etMohamed.parce que porter ces prénoms religieux c\u2019est tout comme porter le voile ou une petite croix à son cou, c\u2019est aussi afficher publiquement son appartenance.Mon Dieu que je suis content d\u2019avoir choisi de vivre au Québec, contrée où la tolérance n\u2019estpas encore un vain mot.Bon, c\u2019estvrai, çan\u2019apas toujours été facile.Cequej\u2019ai trouvé de plus difficile ici au début (je peux bien te le dire à toi), ce n\u2019estpas d\u2019avoir été rejeté quelquefois, 60 Mutations et enjeux de société c\u2019est d\u2019avoir senti que j\u2019étais de trop.À mon avis, c\u2019est encore plus cruel.Et quand ça m\u2019est arrivé, j\u2019avoue que j\u2019ai ressenti une très grande peine mais.ça ne m\u2019a pas découragé de continuer à lutter, car ici, dans l\u2019ensemble, les gens sont bons, généreux et hospitaliers.Ils ont le cœur sur la main.Il m\u2019est arrivé quelquefois de tomber sur une personne ou deux qui m\u2019a dit d\u2019une façon un peu arrogante : «Mais.toi, tu n\u2019es pas Québécois! » C\u2019est de la supériorité mal placée ! Il se peut qu\u2019on te fasse cette remarque à toi aussi.Alors, je vais te dire comment clouer le bec à ces gens.Dis-leur simplement: « Oui, c\u2019est vrai ! Je ne suis pas né ici, comme vous, par hasard ! Moi, ce n\u2019est pas par hasard, c\u2019est par choix que je suis devenu Québécois ! » À bien y penser, un être humain n\u2019est rien d\u2019autre qu\u2019un hasard qui se fait destin.À un moment donné j\u2019avais pris l\u2019habitude de montrer aux gens - qui prisentpar-ticulièrement les étiquettes, les frontières et les passeports - que ma chambre à coucher à moi c\u2019était la terre toute entière.Lorsqu\u2019on me disait : «Tu n\u2019es pas d\u2019ici.! D\u2019où viens-tu toi ?» Je leur répondais : «Moi ?Je suis du monde ».Faut dire que depuis un certain temps on ne me le demande plus.La télévision a toujours ça de bon.On a sans doute peur que je réponde «Souriez, on ne sait jamais !» On oublie souvent que choisir, ça signifie : élire, sélectionner, prendre de préférence parmi d\u2019autres choix.Choisir, c\u2019est renoncer à tout le reste ! Et puis, comme dit mon ami Victor-Lévy Beaulieu dans son livre L\u2019héritatje : « Lorsqu\u2019on ne choisit pas, on ne peut pas aimer ni les choses, ni les êtres.Au mieux peut-on les voir avec indifférence.» Jean-Claude Germain, lui, a eu la gentillesse de me dire un jour ces mots qui ont eu pour moi, l\u2019effet d\u2019un baume.Je teles répète, car ils s\u2019appliquent aussi à toi.Il a dit : « On peut naître Québécois partout dans le monde.mais on le découvre seulement quand on vient vivre au Québec.» Et face à ceux qui te feront remarquer qu\u2019ils ont une appartenance, un patrimoine, de la famille, des descendants ; qu\u2019ils connaissent, eux, leur arbre généalogique et que toi tu ne connais rien du tien, que tu n\u2019as peut-être même pas d\u2019arbre généalogique.Réponds-leur que si tu n\u2019as pas d\u2019arbre c\u2019est parce que toi, tu as.unejôrêt ! Cela dit tu as toutes les raisons de te réjouir d\u2019être arrivé au Québec, qui t\u2019a accueilli, car tu trouveras sur ton chemin, ici (comme pour la plante), des gens qui n\u2019oublieront jamais de t\u2019arroser lorsque tu auras besoin d\u2019eau, de te donner des vitamines de croissance sous la forme d\u2019amitié, de respect et d\u2019amour.Tu trouveras des copines et des copains ouverts, aimants, prévenants, attentionnés etaccueil-lants.Tu trouveras des professeurs surtout Des enseignants qui, à cause du métier qu\u2019ils ont choisi, savent mieux que quiconque que, pour permettre à une plante transplantée de pousser, il faut d\u2019abord l\u2019aimer.Aimer, en se désarmant devant toi, au risque de devenir vulnérable afin de t\u2019accueillir et de te connaître tel que tu es ! Si tu ouvres bien tes yeux et ton être, tu verras que la plupart des personnes sont disposées à créer avec toi des liens nécessaires.Elles sauront t\u2019écouter et te donner l\u2019importance que tu mérites.Les enseignants savent, par la formation qu\u2019ils ont reçue, qu\u2019aimer ce n\u2019est pas donner des richesses, c\u2019est d\u2019abord t\u2019aider, toi, à dé- 61 Mutations et enjeux de société couvrir tes propres richesses intérieures.Comme le dit Jean Vanier, «Aimer c\u2019est faire saisir à l\u2019autre sa beauté, sa valeur, son importance, et toute la lumière qui existe en lui.» Dur, dur métier que celui d\u2019éducateur qui doit aider les jeunes à aller de l\u2019avant vers leur monde d\u2019adulte d\u2019autant que chacun d\u2019eux est différent.Leur tâche est lourde, car leurs gestes etleurs paroles sontpour « l\u2019enfant différent» qu\u2019estun enfant immigrant, comme l\u2019eau de pluie qui fait germer les graines.Des graines que l\u2019on ne voit pas encore parce qu\u2019elles sont souterraines.S\u2019il n\u2019y a pas de pluie ou si elle estacide, les talents souterrains de l\u2019enfant, dontils ontla charge, resteront enfouis dans le sol.Je ne voudrais pas t\u2019ennuyer mais j\u2019aimerais revenir encore un peu sur le sujet de la différence.Ah, la différence ! Je suis différent, tu es différent, toutlemondeestdif férent, chacun de nous est exceptionnel, unique et incomparable ! Personne au monde ne peut acquérir ta somme de talents, d\u2019idées, d\u2019aptitudes ou d\u2019émotions.Personne au monde n\u2019a ton apparence, ni la mienne.Personne, nulle part, ne parle, ne rit, ne marche et ne fait les choses comme toi ou moi.Être différent, cen\u2019estpas être mieux ou moins bien.Être différent, c\u2019est prendre conscience de ses talents et de ses manques.C\u2019est aussi reconnaître combien les autres nous sontprécieux avec leurs différences qui éclairent les nôtres.Je crois finalement qu\u2019on n\u2019existe que si on est différent C\u2019est peut-être ça, la définition de l\u2019existence?Lorsqu\u2019on arrive à reconnaître l\u2019existence des différences physiques et culturelles chez nous-mêmes et chez les autres, on comprend alors qu\u2019on peut être beau en mesurant six pieds tout comme en mesurant cinq pieds, qu\u2019on peut accepter d\u2019avoir des cheveux blonds, d\u2019avoir la peau noire ou blanche, qu\u2019on n\u2019a pas à avoir honte d\u2019avoir de grands pieds (ou des doigts comme moi), qu\u2019on peut vénérer la Sainte Vierge ou le Coran.Je sais que pour beaucoup, quand on est encore jeune, se sentir différent devient hélas synonyme de ne pas être aimé, de se sentir rejeté.J\u2019ai connu ça, aussi ! La différence ne devrait pourtantpas entraîner moins d\u2019amour.Tu remarqueras que j\u2019écris ne devrait pas car, malheureusement, tout le monde en ce monde agité ne semble pas le comprendre.L\u2019auteur du Petit Prince, Antoine de Saint Exupéry, dit, en parlant de la différence : « Si je diffère de toi, loin de te léser, je t\u2019augmente».J\u2019ai la présomption, l\u2019outrecuidance, moi, de vouloir retoucher cette célèbre citation et, au lieu de dire : « Si je diffère de toi, loin de te léser, je t\u2019augmente.», j\u2019aimerais plutôt dire: « Si je diffère de toi, loin de le léser, je m\u2019augmente ! » Dans ton pays d\u2019origine tu as sans doute entendu des contes universels pour enfants dans lesquels, notamment celui du Vilain Petit Canard d\u2019Andersen, on nous montre combien les enfants souffrent d\u2019être différents, de ne pas se sentir comme les autres, ils le ressentent comme entraînant le rejet.Dans ce conte le petit canard est tout gris alors que ses frères, eux, sont tout blancs.Il estpataud, maladroit alors queles autres sontagiles, gracieux.Si bien qu\u2019il ne reste plus à notre vilain petit canard que s\u2019enfuir loin des moqueries et rêver du jour où il prendra sa revanche.62 Mutations et enjeux de société On retrouve d\u2019ailleurs le même thème dans Cmdrlllon, dans Blanche Neige, avec des variations, bien sûr, mais montrant toujours combien l\u2019enfànt est fragile, combien il a besoin de la valorisation des parents et des éducateurs pour investir avec amour son corps et toutes ses capacités.Voilà pourquoi (si tu me permets de te donner un autre conseil), pendant ton acclimatation, tu devrais être bien attentif aux paroles de tes professeurs.Ces paroles serontpour toi comme l\u2019eau de pluie pour une plante qui a soif Ce paysage intérieur façonné par les adultes en général conditionnera en grande partie ta réussite ou ton échec, ta bonne adaptation, ton acclimatation au nouveau monde où tu vas désormais faire ta vie.Cela dit, ne te gêne pas pour te comparer aux autres.Les comparaisons, quand on est jeune, sontnormales, riches et je dirai nécessaires.Elles permettent de te situer, de marquer ton territoire.Face à d\u2019autres enfants tu pourras prendre ta mesure et constater qu\u2019en certains domaines tu domines et que dans d\u2019autres, il te faudra ramer dur pour réussir.Tu seras étonné de voir combien les autres peuvent t\u2019apporter.Je t\u2019ai écrit plus haut que je préférais le terme acclimater à celui d\u2019intajrer.C\u2019est un point de vue très personnel.C\u2019est comme cette autre expression qui m\u2019a toujours questionné : « l\u2019égalité des chances ».Pour ma part, je crois, bien naïvement sans doute, que la où il y a égalité, il est tout à fait superflu de parler de chance, et là où il y a la chance, il y a moins de place pour l\u2019égalité mais davantage pour le hasard.Parce que moi, vois-tu, quand j\u2019entends le mot chance, je pense aussitôt à la loterie (à la 6/49).je pense à un monde où l\u2019on fait des paris, un monde où l\u2019on gagne.où, plus exactement, àunmondeoù il y en a qui gagnent mais, hélas, où ilyena beaucoup plus qui perdent ! Bon.mon pauvre ami, j\u2019ai peur de t\u2019ennuyer.Je sais que je m\u2019égare.J\u2019en oublie que - pour l\u2019instant - ce n\u2019est pas ce qui te préoccupe personnellement.Revenons donc à nos moutons.Je crois l\u2019avoir écrit tout au début de ma lettre que pour moi il n\u2019y a rien qui soit permanent et que l\u2019on puisse tenir pour définitif.C\u2019est ainsi que, le jour où tu parviendras à maîtriser la langue française, il ne faudra pas croire que ta partie sera gagnée pour toujours et partout Je m\u2019explique.Si la langue française que tu es en train d\u2019apprendre survitencore demain, alors qu\u2019elle n\u2019estqu\u2019un des cinq mille idiomes recensés dans l\u2019histoire de l\u2019humanité, on le devra, pour l\u2019essentiel, aux gens comme toi et à tous les autres héros de la francophonie.11 faut que tu le saches : on beau être quelque 100 millions à parler la belle langue française dans le monde, il arrive pourtant qu\u2019on ne se comprenne pas toujours.C\u2019est une réalité qu\u2019il vaut mieux ne pas oublier lorsqu\u2019on voyage en Suisse, en Belgique, en France et dans quantité de pays d\u2019Afrique, des pays où, paradoxalement un chien - qui a beau être un chien, peut s\u2019appeler parfois.un chat.Eh oui.Tiens, moi qui t\u2019écris, je l\u2019ai expérimenté en arrivant à Montréal.Un de mes premiers emplois, en 1952, a été « rédacteur commercial » au poste de radio CKVL.Un de mes clients, le magasin Dupuis et Frères, aujourd\u2019hui disparu, m\u2019avait demandé de rédiger un texte pour annoncer une vente exception- 63 Mutations et enjeux de société nelle de laine.pour tricoter.À l\u2019époque il y avait encore beaucoup de femmes qui tricotaient.J\u2019ai donc rédigé l\u2019annonce suivante qui, je te le jure, a été lue au micro, en direct, par un annonceur dont je n\u2019ai jamais oublié le nom.Il s\u2019appelait Claude Séguin.Je vais t\u2019épargner de lire tout le texte.Je t\u2019écris juste le début qui, crois-moi, a créé beaucoup d\u2019émoi à l\u2019époque.L\u2019annonce commençait ainsi : «Incroyable mais vrai, Mesdames Messieurs, Dupuis Frères vous offre aujourd\u2019hui.écoutez bien : une pelote pour 25 cents ! Oui, j\u2019ai bien dit une pelote pour seulement 25 cents! ».Ça.en direct, sur les ondes du poste qui était le plus écouté à l\u2019époque ! L\u2019annonceur (qui n\u2019avait pas pris la prudence de lire le texte avant) s\u2019est étouffé au micro.La bonne nouvelle, même incomplète, a eu pour effet d\u2019attirer un véritable déluge de protestations à la station de radio.Pendant ce temps, une foule de messieurs en délire, pas nécessairement intéressés au tricotage, s\u2019est ruée dans le magasin de la rue Sainte-Catherine.Juste pour voir.Sur le plan lexical je n\u2019avais pas tort.En bon français (de France) on ne dit pas « balle de laine» on dit «pelote».Le quiproquo involontaire était imputable au non-initié que j\u2019étais alors aux différences entre le français de France et le français du Québec.Il est vrai que le français ayant cours d\u2019un côté et de l\u2019autre de l\u2019Atlantique se ressemble à s\u2019y méprendre, mais il arrive que parfois il n\u2019existe aucun rapport entre les mots dits et ce qu\u2019ils devraient vouloir dire.Même vocabulaire, même syntaxe mais pas nécessairement même sens.Tant s\u2019en faut.Bon, je ne connais toujours pas grand-chose de toi puisque c\u2019est moi qui t\u2019écris.Tu viens peut-être d\u2019un pays où la tradition orale a une grande place.Peut-être que tes parents ne savent pas lire.Peut-être bien que toi non plus tu ne sais pas encore bien lire.Peut-être que cette lettre que je t\u2019écris c\u2019est quelqu\u2019un d\u2019autre qui la lira pour toi ?Pour bien s\u2019acclimater il fautpouvoir communiquer avec les autres.Dans ce sens l\u2019écriture est un outil indispensable, car l\u2019illettrisme c\u2019est l\u2019exclusion ! Les illettrés sont gravement perturbés et gênés dans leur vie quotidienne, dans leur vie professionnelle ainsi que dans leur épanouissement.Ils vivent l\u2019exclusion doublement : par une participation réduite à la vie sociale, et par la carence de tout ce que l\u2019écrit apporte de spécifique.Pour écrire une lettre, trouver un emploi, signer un bail, s\u2019orienter, il fàutnéces-sairement savoir lire.Oui, l\u2019illettrisme exclutmême si, je le sais, nous vivons dans une société d\u2019images : omniprésence de la télévision, des clips rythmés, des films accrocheurs, des cassettes VFLS, des DVD et l\u2019informatique.Lire estun entraînement, on apprend à lire en lisant ! Et c\u2019est en lisant que se forge l\u2019amour de la langue.Il y a des gens autour de nous qui ne savent pas lire.Mais il y en a aussi beaucoup qui le savent mais qui n\u2019apprécientpas la lecture.Des gens qui ne lisent pas ou qui lisent très peu, vite, superficiellement Malheureusement, la production littéraire actuelle colle de plus en plus à ce type de lecture-survol.Puisqu\u2019il faut Si la langue française que tu es en train d'apprendre survit encore demain, alors qu 'elle n 'est qu 'un des cinq mille idiomes recensés dans l'histoire de l'humanité, on le devra, pour l'essentiel, aux gens comme toi et à tous les autres héros de la francophonie.64 Mutations et enjeux de société lire vite, l\u2019écrit fonctionne aussi à coups de clichés pour que le lecteur pressé les repère et les comprenne sans trop d\u2019effort Finalement, peu importe comment c\u2019estécrit, de toute façon c\u2019estfade, désolant, ennuyeux, décourageant La langue est appauvrie, artificielle, coupée de la magie des mots.Il existe même des méthodes de lecture rapide.Pour moi, le livre, vois-tu, c\u2019est comme une partition musicale.En quinze minutes tu peux parcourir des yeux la partition d\u2019une symphonie qui s\u2019exécute normalement en deux heures.Mais comment en percevoir la musicalité si on le fait à la course?La musique c\u2019est la substance charnelle, vivante de la langue.Lorsqu\u2019on lit vite, on élimine la musique, les belles sonorités qui, elles aussi, ont un sens.Le but de la lecture, ce n\u2019est pas de connaître davantage de livres, mais de mieux connaître la vie.L\u2019écriture c\u2019est ce qu\u2019il y a de plus important dans la vie de tous les jours.Tu remarqueras qu\u2019à la télévision, lorsqu\u2019ils veulent rendre une annonce publicitaire réellement efficace, ils impriment des mots.Sais-tu pourquoi ?C\u2019est parce que les mots imprimés sont beaucoup plus efficaces.C\u2019estprouvé : lire c\u2019est croire ! À propos de la lecture, Goethe disait : « Les braves gens ne savent pas ce qu\u2019il en coûte de temps et de peine pour apprendre à lire.J\u2019ai travaillé à cela 84 ans, et je ne peux pas dire encore que j\u2019y sois arrivé! «Lire enrichit le vocabulaire, délie l\u2019imagination, procure de multiples connaissances, ouvre des perspectives dans de nombreux domaines : monde contemporain, passé historique, découverte de vies et de pays, et dans ton cas pour apprendre comment vivent les gens du Québec, ta nouvelle patrie.Il est faux de croire que tu n\u2019as qu\u2019une vie à vivre.Si tu sais lire, grâce aux livres, tu pourras vivre autant d\u2019autres vies et.autant de sortes de vies que tu le voudras.Je terminerai ma lettre là-dessus.Je te prie d\u2019agréer, mon cher ami, l\u2019expression de mes sentiments d\u2019espoir en l\u2019avenir : ton avenir.Signé: Alain Stanké, «l\u2019essouché».P.S.: Juste pour te dire qu\u2019Alain Stanké ce n\u2019est pas mon vrai nom.J\u2019ai pourtant vécu sous ce faux nom la plus grande partie de ma vie.Dans mon passeport canadiens, je te le dis à toi, mon vrai nom est toujours là.C\u2019est: Aloyzas-Vytas Stankevicius.Il est vraiment imprononçable.On ne renouvelle pas le monde mon garçon, on s\u2019adapte.On s\u2019acclimate ! 65 Mutations et enjeux de société Réponses aux détracteurs du «modèle québécois» Le Québec n'est pas le cancre économique qu'on dit Les écarts avec le reste du Canada s'effacent progressivement depuis 25 ans Alain Guay et Nicolas Marceau Professeurs titulaires Departement des sciences economiques et CIRPÉE*, Université du Québec à Montreal Selon les promoteurs d\u2019un certain courant de pensée, le « modèle québécois » de développement économique aurait fait son temps.Pour les détracteurs de ce modèle, la performance de l\u2019économie québécoise seraitpassable ou même carrément mauvaise, et ses perspectives futures seraient sombres.Ces mêmes détracteurs plaident habituellement en faveur d\u2019une réduction draconienne de la taille de l\u2019État québécois.Ils voient en effet dans l\u2019Étatun frein au développement économique du Québec1.Plus encore, l\u2019État québécois, malgré sa grande taille, ne procurerait, selon eux, que peu de bénéfices sur le plan de la justice sociale.Dans cette étude, nous nous penchons sur ces affirmations et montrons qu\u2019elles tiennent difficilement la route.Notre étude confirme, certes, que le Québec avait et a toujours, quant aux grands indicateurs macroéconomiques habituels - PIB réel per capita, taux d\u2019activité, taux d\u2019emploi per capita, taux de chômage -, un retard sur certaines provinces comme l\u2019Ontario ou l\u2019Alberta.Cependant, elle montre que l\u2019économie québécoise a comblé une portion importante de ce retard depuis 25 ans.Par exemple : \u2022\tEn 2003, le PIB réel per capita du Québec est presque égal à la moyenne canadienne ; en fait, le Québec a dépassé le Canada à ce chapitre si on exclut l\u2019Alberta.\u2022\tL\u2019écart entre le revenu disponible de l\u2019ensemble du Canada et celui du Québec est passé de 2166$ à seulement 1296$ par année entre 1981 et 2003.\u2022\tL\u2019écart moyen entre les taux de chômage québécois et ontarien a été réduit de 50% en moins de 12 ans, entre 1991 et 2003, pour se situer à entre 1,5 et 2% seulement ces dernières années.\u2022\tDepuis des années, les investissements en Ontario et au Québec sont du même ordre, avoisinant les 10% du PIB.\u2022\tLe taux de participation au marché du travail des Québécois est sur le point 66 Mutations et enjeux de société de rejoindre celui de l\u2019Ontario.L\u2019écart, qui était de 6% en 1981, n\u2019est plus que de 2,5%.\u2022 Depuis la fin des années 1980, les dépenses de recherche et développement en proportion du PIB ont toujours été plus élevées au Québec qu\u2019en Ontario, en Alberta ou qu\u2019au Canada dans son ensemble.L\u2019écart, en faveur du Québec, était en 2001 de plus de 0,5 % du PIB.Nous croyons que l\u2019une des raisons pour lesquelles ce retard a été presque comblé est que le Québec affiche une meilleure performance que les autres provinces quant au taux de diplomation postsecondaire de ses jeunes.Cette bonne performance du système d\u2019éducation québécois ne semblant pas en voie de s\u2019essouffler, il y a lieu de croire que le Québec parviendra d\u2019ici quelques années à combler complètement le retard qu\u2019il accuse sur les autres provinces.La différence entre notre étude et d\u2019autres publiées récemment tient dans le fait que plusieurs analystes se concentrent sur quelques données récentes ne reflétant qu\u2019une image instantanée de la situation relative du Québec, alors que nous nous intéressons à l\u2019évolution de l\u2019économie québécoise et des autres provinces ces 25 dernières années.Cette perspective de plus long terme révèle certaines tendances importantes propres à la situation économique québécoise et permet de mieux apprécier la pertinence de nos politiques économiques.De plus, comme il se doit, nous tenons compte de la réalité historique québécoise, en particulier de la mise en place - relativement tardive - d\u2019un État moderne et d\u2019un système d\u2019éducation accessible à tous dans les années i960.Cette prise en compte de notre histoire permet de beaucoup mieux comprendre le comportement passé de l\u2019économie québécoise et ses perspectives futures.~k ~k ~k Nous étudions égalementla thèse selon laquelle l\u2019État québécois, par sa lourdeur, nuirait au développement économique du Québec et ne procurerait par ailleurs que peu de bénéfices.D\u2019entrée de jeu, nous constatons que l\u2019État québécois est de taille importante et que le financement de son action se traduitpar un fardeau fiscal lourd pour les contribuables québécois.Il est vrai qu\u2019un fardeau fiscal lourd peut se traduire par des pertes d\u2019efficacité, une production réduite et une croissance plus faible.Cependant, il est également nécessaire de prendre en compte les bénéfices générés par l\u2019action gouvernementale.Ces bénéfices peuvent, à l\u2019inverse, prendre la forme d\u2019une production plus importante et d\u2019une croissance plus soutenue - par exemple lorsque l\u2019État investit en éducation - ce que nous documentons dans la section de cette étude portant sur la performance économique du Québec.L\u2019action gouvernementale peut également mener à une plus grande équité, à une société plus juste, des bénéfices tout aussi valables que peuvent l\u2019être des gains d\u2019efficacité.Nous montrons que l\u2019État québécois, plus imposant que celui de plusieurs autres provinces, semble générer des bénéfices plus importants : 67 PIB/Pop Mutations et enjeux de société \u2022\tdavantage de redistribution que dans les autres provinces ; \u2022\tun taux de pauvreté parmi les plus faibles au Canada ; \u2022\tun taux de criminalité moins élevé que dans les autres provinces, etc.Nous croyons donc qu\u2019une réduction de la taille de l\u2019État pourrait se traduire par des coûts en termes d\u2019équité et de justice sociale.Nous concluons cette étude par une brève discussion sur ce qui nous semble être le plus important problème auquel le Québec est confronté, soit l\u2019état précaire de ses finances publiques.La performance économique du Québec Dans cette section, nous documentons et évaluons l\u2019évolution de la situation économique québécoise des 25 dernières années à l\u2019aide de deux mesures de la production, de trois indicateurs graphique 1 PIB réel per capita ($ enchaînés - 1997) - Québec, Ontario, Alberta et Canada, 1981-2003.38 000 33 000 28 000 23 000 18 000 Québec ^Ontario .Alberta -Canada Source : Cansim 384-0013.de la performance du marché du travail et de mesures des ressources consacrées à l\u2019investissement et à la recherche et au développement Une fois ces constats faits, nous tentons de comprendre le rôle qu\u2019ont pu jouer le taux de syndicalisation et la performance du système d\u2019éducation québécois dans cette évolution.Examinons d\u2019abord deux mesures de production, soient le PIB réel per capita et le revenu disponible per capita.Production (PIB réel per capita) Le produit intérieur brut (PIB) constitue une mesure de la valeur totale des biens et services produits dans un espace économique donné (les provinces dans ce cas-ci) pendant une période de temps donnée (habituellement trimestrielle).Cette mesure, lorsque divisée par la population, est un indicateur au sens large des revenus per capita.L\u2019évolution du PIB réel per capita, du Québec, del\u2019Ontario, de l\u2019Alberta et de 68 Mutations et enjeux de société l\u2019ensemble du Canada est présentée dans le Graphique i.On constate que l\u2019écart dans le PIB réel per capita entre le Québec et le Canada s\u2019est considérablement rétréci depuis 1981, et qu\u2019en 2003, le Québec avaitpratiquementrat-trapé le Canada.Par ailleurs, l\u2019écart Québec-Ontario a peu varié tandis que l\u2019écart Québec-Alberta s\u2019estcreusé.On a également calculé le PIB réel per capita de l\u2019ensemble du Canada sans l\u2019Alberta, ce qui s\u2019est avéré très instructif; On constate au Graphique ia que l\u2019écart entre le Québec etl\u2019ensemble du Canada sans l\u2019Alberta a été complètement comblé entre 1981 et 2001, et que depuis lors, le Québec a dépassé le Canada sans l\u2019Alberta.Bref, la situation du Québec par rapport à celle de l\u2019ensemble du Canada s\u2019est améliorée considérablement depuis 25 ans, et cette amélioration est d\u2019autant plus importante que l\u2019Alberta - qui diffère des autres de par ses ressources pétrolières - n\u2019est pas prise en compte dans la comparaison2.Revenu disponible réel per capita Le revenu disponible est une mesure du revenu des individus une fois soustrait du revenu total le paiement des impôts directs.À l\u2019examen des Graphiques 2 et 2a, on constate que la performance de l\u2019Alberta s\u2019estaméliorée relativement aux autres provinces au cours des trois dernières années.Pour sa part, l\u2019écart entre l\u2019Ontario et le Québec est passé de 3815 $ en 1981 à 2593 $ en 2003.De même, l\u2019écart entre le revenu disponible de l\u2019ensemble du Canada et celui du Québec est passé de 2166 $ 81296$ entre 1981 et 2003.Et cette diminution de l\u2019écart entre les revenus disponibles du Canada et du Québec serait encore plus marquée si on excluait l\u2019Alberta.graphique la PIB réel per capita ($ enchaînés - 1997) - Québec et Canada sans l'Alberta, 1981-2003.à 30 000 «ü ¦S -f 32 000 ** 30 000 28 000 26 000 24 000 22 000 20 000 18 000 - - Québec \u2014 Canada sans l\u2019Alberta Source : Cansim 384-0013, graphique 2 Revenu disponible per capita - Québec, Ontario, Alberta et Canada, 1981-2003 Québec ^Ontario .Alberta \"\" Canada Source : Statistique Canada, Comptes économiques provinciaux, 69 Mutations et enjeux de société graphique 2a Écarts entre le Québec, revenu disponible ¦ Québec Ontario, Alberta et Canada, 1981-2003 6 000 5 000 4 000 3 000 2 000 1 000 0 \u2014 Ontario-Québec - Alberta-Québec .Canada-Québec Source : Statistique Canada, Comptes économiques provinciaux, graphique 3 Taux de chômage de la population active - Québec, Ontario, Canada et Alberta, 1981-2003 16 % 14% 12 % 10 % 8% 6 % 4% 2 % 0 % Québec\tOntario Canada - Alberta Source : Statistique Canada, EPA.Taux de chômage, taux de participation et emploi per capita Nous étudions ici trois indicateurs du marché du travail : le taux de chômage, le taux de participation et l\u2019emploi per capita.Il es t important d\u2019examiner con-jointement ces trois indicateurs.En effet, une baisse du taux de chômage peut refléter une hausse de l\u2019emploi mais également, pour un niveau d\u2019emploi donné, une baisse du taux de participation sur le marché du travail.L\u2019évolution des différents taux de chômage provinciaux est présentée au Graphique 3.Il est vrai que le taux de chômage québécois est plus élevé que ceux de l\u2019Ontario, de l\u2019Alberta et du Canada dans son ensemble.Cependant, les écarts entre le taux de chômage québécois et ceux des autres provinces ont diminué de façon significative depuis 1981.Par exemple, l\u2019écart moyen entre les taux de chômage québécois et ontarien de 1981 à 1991 se situait entre 4 % et 4,5 % alors que ces dernières années, il se situait entre 1,5 % et 2%.Le Québec a donc comblé, en moins de 12 ans, plus de 50 % de son écart avec l\u2019Ontario.On remarque le même phénomène lorsqu\u2019on compare les taux de chômage québécois et ceux de l\u2019Alberta et du Canada dans son ensemble.En particulier, si l\u2019écart du taux de chômage entre le Québec et l\u2019ensemble du Canada avoisinait les 3 % - en défaveur du Québec - au début des années 1980, cet écart se situe depuis les années 2000 aux alentours de 1 %.Tel que nous le mentionnions précédemment, il est important de savoir si cette amélioration relative du taux de chômage québécois est due à une amélioration de l\u2019emploi ou plutôt à une 70 Mutations et enjeux de société baisse des demandeurs d\u2019emploi et donc du taux de participation au marché du travail.Dans l\u2019ensemble, on note une amélioration relative du Québec en ce qui a traita l\u2019emploi per capita età la participation au marché du travail.L\u2019évolution de l\u2019emploi per capita - l\u2019emploi divisé par la population de 15 ans et plus - est présentée au Graphique 4.Ces données quant à l\u2019emploi per capita sont encore plus révélatrices de l\u2019amélioration du marché du travail québécois.En effet, le Québec affichait un retard de près de 5 % par rapport à l\u2019ensemble du Canada en 1981, alors que l\u2019écart se situaità environ 2% en 2003.Par rapport à l\u2019Ontario, l\u2019écart de plus de 8% en 1981 n\u2019est aujourd\u2019hui que d\u2019environ 3 %.Nous présentons les taux de participation au marché du travail des 15 ans et plus au Graphique 5.On observe que le Québec affiche un retard par rapport à l\u2019Ontario etl\u2019Alberta.Cependant, l\u2019écart a été réduit depuis 1981.En effet, l\u2019écart entre l\u2019Ontario etle Québec, qui avoisinait 6 % en 1981, n\u2019est aujourd\u2019hui que de 2,5 %.Si la tendance se maintient, le taux de participation au marché du travail des Québécois devrait rejoindre prochainement celui des Ontariens.En brefj les retards du Québec quant aux trois indicateurs du marché du travail considérés ont diminué de façon significative, notamment depuis 10 ans.Conclure, face à un tel constat, que la politique économique québécoise était inadaptée à son environnement n\u2019est tout simplement pas possible.Il est possible de pousser plus loin l\u2019analyse en décortiquant les trois indicateurs du marché du travail pour différents groupes d\u2019âge.Un examen at- graphique 4 Emploi per capita, population de 15 ans et + - Québec, Ontario, Alberta et Canada, 1981-2003 75% 70% 65% 60% 55% 50% .Canada\tQuébec ^\u2014Ontario -Alberta Source : Statistique Canada, EPA, tentif de l\u2019évolution du taux de participation, de l\u2019emploi per capita et du taux de chômage des québécois de 15 à 44 ans permet de mieux comprendre l\u2019amélioration de la situation relative du Québec.En effet, pour ces trois mesures de la performance du marché du travail etpour les cohortes de 15-44 ans, les écarts ont diminué de manière substantielle au cours des 20 dernières années.Par exemple, le taux de participation au marché du travail des Québécois de 15-44 ans affichait, en 1981, un retard de 8 % sur celui des Ontariens et de 5 % sur celui de l\u2019ensemble des Canadiens.Ces taux étaient à toutes fins utiles identiques en 2003.Les écarts quant aux trois mesures de performance sont par ailleurs demeurés à peu près constants pour les cohortes de 45 ans et plus.Or, comme ces cohortes de 45 ans et plus ont été graduellement remplacées par 71 Mutations et enjeux de société graphique 5 Taux de participation des 15 ans et + au marché du travail (ACT/POP) ¦ Québec, Ontario, Alberta et Canada, 1981-2003 75% 73% 71 % 69% 67% 65% 63% 61 % 59 % 57% Québec ^\u2014Ontario -Alberta Canada Source : Statistique Canada, EPA, graphique 6 Investissements privés en pourcentage du PIB -Québec, Ontario, Alberta et Canada, 1981-2003 30% 25 % 20% 15% 10% 5% 1-Québec \u2014 Ontario - Alberta \u2014Canada Source : Statistique Canada, Cansim.r v des cohortes plus jeunes (et plus performantes quanta ces mesures), la situation relative de l\u2019ensemble du marché du travail québécois s\u2019est améliorée et devrait vraisemblablement s\u2019améliorer encore.Investissement Le comportement des investissements privés en proportion du PIB pour l\u2019Alberta, l\u2019Ontario, le Québec et l\u2019ensemble du Canada est présenté au Graphique 6.On note que depuis des années, les investissements en Ontario et au Québec sont du même ordre, avoisinant les io % du PIB ces dernières années.Seule l\u2019Alberta se démarque clairement avec un taux d\u2019investissement avoisinant les 25 % du PIB, taux au moins deux fois plus élevé que ceux du Québec et de l\u2019Ontario.Ce comportement des investissements en Alberta a pour effet direct d\u2019augmenter substantiellement le taux d\u2019investissement calculé pour l\u2019ensemble du Canada.En excluant les investissements en Alberta, on se rend compte que le Québec affiche une performance aussi bonne que les autres provinces canadiennes.Recherche et développement Selon la théorie économique moderne^, un facteur important du développement économique d\u2019une région est le montant des ressources investi en recherche et développement (R&D).Depuis la fin des années 1980, les dépenses de R&D en proportion du PIB ont toujours été supérieures au Québec qu\u2019en Ontario, en Alberta ou dans le Canada dans son ensemble (voir le Graphique 7).Et l\u2019écart entre le Québec et les autres provinces semble se 72 Mutations et enjeux de société creuser dans le temps.Ainsi, l\u2019écart Québec-Canada, pratiquement nul en 1989, était en 2001 déplus de 0,5% du PIB.Notons que le Québec domine les autres provinces tantpour les dépenses de R&D gouvernementales que pour celles des entreprises.Syndicalisation Selon certains, une société ayant un taux de syndicalisation plus élevé a une croissance de la production et de l\u2019emploi plus faible4.Cette forte syndicalisation entraînerait également une hausse du salaire réel sans hausse de productivité correspondante, une baisse de l\u2019investissement en capital physique et une réduction de dépenses en recherche et développement Qu\u2019en est-il vraiment?Il n\u2019est pas démontré que le fort taux de syndicalisation québécois explique les retards - en voie d\u2019être comblés - du Québec.Au Graphique 8, on constate un taux de syndicalisation au Québec beaucoup plus élevé que dans les autres provinces.Cet écart dans le taux de syndicalisation ne tend pas à diminuer depuis 1997, alors que les écarts de la performance économique du Québec avec les autres provinces depuis 1997 tendent, eux, à diminuer.Par exemple, l\u2019écartdel\u2019em-ploi per capita entre le Québec et l\u2019Ontario était d\u2019environ 5 % en 1997 et il se situe aujourd\u2019hui à près de 3 %.L\u2019écart de chômage est passé de 2,5 % à environ 1,5% et l\u2019écart du taux de participation au marché du travail de 4% à 2,5 % depuis 1997.Par contre, depuis 1981, l\u2019écart du taux de syndicalisation Québec-Ontario a augmenté alors que les indicateurs du marché du travail que sont le taux de chômage, l\u2019emploi per capita et le taux de participation au marché du travail, montrent une amélioration relative du marché du travail québécois.Autres exemples, on a vu que le taux d\u2019investissement privé en proportion du PIB est du même ordre au Québec et dans le reste du Canada, exception faite de l\u2019Alberta, et que les dépenses de R&D en proportion du PIB ont toujours été supérieures au Québec qu\u2019en Ontario, en Alberta ou dans le Canada dans son ensemble.Le taux québécois élevé de syndicalisation ne semble donc pas avoir été un frein à la capacité du Québec de réduire les écarts existants sur le plan de sa performance économique.Commentalors expliquer l\u2019amélioration relative du marché du travail au Québec malgré un taux de syndicali- graphique 7 Dépenses en R&D en proportion du PIB, toutes sources de financement - Québec, Ontario, Alberta et Canada, 1981-2003 3.00\t% 2.50\t% 2.00\t% 1.50\t% 1,00 % 0,50 % 0,00 % 1-Québec \u2014 Ontario - Alberta .Canada Source : Statistique Canada, Cansim.73 Mutations et enjeux de société graphique 8 Taux de syndicalisation ¦ Québec, Ontario, Alberta et Canada, 1981-2003 +\t43,50 % S « 2 39,00 % « \u20229 S 35,00 % «ü ; 2 31,00 % 27,00 % 23,00 % Québec ^Ontario -Alberta .Canada Source : Statistique Canada, Cansim.sation plus élevé?Notons tout graphique 9 Jours d\u2019arrêt de travail per capita - Québec, Ontario, Alberta et Canada, 1975-2003 1,00 0,80 0,60 0,40 0,20 0,00 '/V / \\ 1- Québec ^\u2014Ontario -Alberta .Canada Source : Statistique Canada, calcul par les auteurs d\u2019abord que le nombre de jours de grève per capita - un indicateur du climat des relations de travail - au Québec et celui observé dans les autres provinces canadiennes sont très similaires depuis 1981 (voir le Graphique 9).En fait, il estpossible que des taux de syndicalisation élevés permettent une meilleure concertation entre les partenaires sociaux et qu\u2019en découlent de meilleures relations de travail.Une illustration de cette possibilité est que le salaire réel moyen du secteur public québécois est inférieur à celui du secteur public ontarien (voir Graphique 10), l\u2019écart croissant dans le temps malgré un taux de syndicalisation plus élevé au Québec qu\u2019en Ontario (voir Graphique 8).Éducation Une explication plus intéressante des retards de l\u2019économie québécoise et de la réduction de ces retards ces dernières années peut être trouvée dans l\u2019examen des niveaux de scolarisation de sa main-d\u2019œuvre.En effet, le Québec avait et a encore, mais dans une moindre mesure, un retard historique important à combler en éducation.En 1990, la proportion de la population des 15 ans et plus ayant obtenu un diplôme d\u2019études postsecondaires était plus faible au Québec qu\u2019en Ontario, en Colombie-Britannique et en Alberta.En 2003, le Québec avait rattrapé et même dépassé ces trois provinces à ce chapitre (voir le Graphique n).Ce spectaculaire renversement est explicable par les forts taux de diplomation des jeunes Québécois.En effet, les jeunes Québécois (15-44 ans) sontrelativementplus 74 Mutations et enjeux de société nombreux à obtenir un diplôme d\u2019études postsecondaires que les jeunes des autres provinces (voir le Graphique na).Par contre, les Québécois plus âgés (45 ans et plus) sont moins nombreux que les résidants des autres provinces à avoir obtenu ce même diplôme.Parce que des cohortes jeunes (relativement plus éduquées que celles des autres provinces) remplaçaient graduellement des cohortes plus âgées (relativement moins éduquées que celles des autres provinces) dans la population active, la position du Québec par rapport aux autres provinces s\u2019est améliorée depuis 1990.Plus important encore, parce que le remplacement des cohortes se poursuit, la situation économique relative du Québec par rapport aux autres provinces ira probablement en s\u2019améliorant5.Il existe une relation bien documentée entre le niveau d\u2019éducation, la participation au marché du travail, l\u2019emploi, la productivité et le taux de chômage6.Il est généralement admis qu\u2019à un niveau d\u2019éducation plus élevé correspondent un niveau de participation et d\u2019emploi plus élevé, une productivité plus forte, et un taux de chômage plus faible.Il devient alors possible d\u2019expliquer, au moins partiellement, l\u2019évolution de la position relative du Québec et des autres provinces quant à la participation, l\u2019emploi, le chômage et la production7.Si la performance du Québec aux chapitres de la participation, de l\u2019emploi, du chômage ou des revenus a été moins bonne que celle des autres provinces ces 50 dernières années, cela est probablement attribuable en grande partie à un retard historique en graphique 10 Salaire réel moyen - Ensemble du secteur public -Québec, Ontario, Alberta et Canada, 1981-2003 / \\ Québec ^\u2014Ontario -Alberta ¦¦¦ Canada Source : Statistique Canada, calcul par les auteurs, graphique il Pourcentage de la population de 15 ans et plus ayant complété des étude postsecondaires - Québec, Ontario, Alberta et Canada, 1990-2003 50% 46% 42 % 38% 34% 30% Québec ^\u2014Ontario -Alberta .Canada Source : Statistique Canada.75 Mutations et enjeux de société graphique lia Pourcentage de la population de 15 à 44 ans ayant complété des études postsecondaires - Québec, Ontario, Alberta et Canada, 1990-2003 60% 55% 50% 45% 40% 35% 30% Québec ^\u2014Ontario - Alberta .Canada Source : Statistique Canada, termes d\u2019éducation.Les cohortes québécoises nées avant i960, nombreuses mais relativement moins éduquées, ne pouvaient tout simplement pas rivaliser avec les cohortes correspondantes des autres provinces.La mise en place d\u2019un système d\u2019éducation moderne et accessible à tous au Québec dans les années i960 a changé la donne.Les taux de fréquentation et de diplomation des jeunes Québécois ont grimpé jusqu\u2019à dépasser ceux des provinces voisines8.Avec une population de plus en plus éduquée, le Québec a graduellement amélioré sa performance aux chapitres de la participation, de l\u2019emploi, du chômage ou des revenus.Il est désormais tout à fait possible que grâce à ses jeunes plus éduqués, le Québec en vienne à dépasser, dans un futur rapproché, plusieurs provinces le devançant actuellement En résumé Quant aux PIB réel per capita, au revenu disponible per capita et aux indicateurs de performance du marché du travail, le Québec accuse toujours un retard relativement à ses principaux partenaires.Cependant, on constate que l\u2019écart entre le Québec et les autres provinces a diminué de manière significative depuis 20 ans.De plus, le Québec affiche un taux de diplomation postsecondaire de ses jeunes plus élevé qu\u2019ailleurs au Canada et c\u2019est au Québec que les dépenses de R&D en proportion du PIB sont les plus élevées au Canada.Selon nous, ces deux facteurs ont contribué de manière significative au rattrapage du Québec.Il est donc probable que l\u2019écart entre le Québec et les autres provinces continuera de rétrécir dans un futur prévisible.Et si la tendance se maintient, le Québec pourrait rejoindre et éventuellement dépasser les autres provinces.La taille de l\u2019État: les bénéfices Un argument souvent avancé est que la taille de l\u2019État québécois agit comme un frein au développement économique du Québec.Bien entendu, un État de taille importante entraîne certains coûts mais il génère également certains bénéfices.L\u2019important est de savoir si les coûts et les bénéfices découlant de 76 Mutations et enjeux de société la taille de l\u2019État correspondent bien aux préférences des citoyens.Dans ce qui suit, nous discutons tout d\u2019abord de la taille de l\u2019État québécois.Nous passons ensuite en revue quelques-uns des bénéfices découlant de son action.Bien que nous soyons conscients de leur importance, nous ne présentons pas ici une analyse des coûts de l\u2019action gouvernementale ; ces coûts ont été bien documentés ailleurs.Taille de l\u2019État québécois Une donnée fréquemment utilisée pour mesurer la taille d\u2019un État est le ratio des dépenses gouvernementales sur le PIB.Utilisant cette mesure (voir le Graphique 12), on constate que l\u2019État québécois est relativement plus imposant que celui de l\u2019Ontario ou de la province canadienne moyenne.Notons cependant qu\u2019en 2001, le Québec se situait au 5e rang des provinces canadiennes (du plus petit État au plus im-posant), l\u2019Alberta, l\u2019Ontario, la Colombie-Britannique et la Saskatchewan étant dotés d\u2019un État de moindre taille que le Québec.De plus, la taille de l\u2019État en Colombie-Britannique et en Saskatchewan avoisine la taille de l\u2019État québécois.À cet égard, la taille de l\u2019État québécois ne se démarque pas significativement de la taille de l\u2019État de la majorité des provinces canadiennes.Seules l\u2019Alberta et l\u2019Ontario disposent d\u2019un État de taille significativement plus petite que le Québec.Il est également intéressant de souligner que, selon les données disponibles (voir le Graphique 13), en 2003, la proportion de la force de travail québécoise œuvrant dans le secteur public était de 24,2%, plaçant le Québec au 7e rang parmi les dix provinces cana- graphique 12 Dépenses totales des gouvernements provinciaux et locaux en proportion du PIB - Québec, Ontario et Alberta, 1981-2003 30 % 26 % 22 % 18% 14% 10 % \u2014 \u2014 Québec Ontario - - Alberta Source : Statistique Canada, Comptes économiques provinciaux.graphique 13 Proportion de la force de travail œuvrant dans le secteur public - Québec, Ontario, Alberta et Canada, 1981-2003 27 % 25 % /'s 23 % 21% 19 % 17 % 15 % 13 % Québec\tOntario - Alberta .Canada Source : Statistique Canada, Cansim.77 Mutations et enjeux de société graphique 14 Dépenses provinciales au titre des relations internationales, affaires intergouvemementales et culture ¦ Québec, Ontario, Alberta et moyenne canadienne ¦ % du PIB m 0,0030 O- 3 J 0,0025 0,0020 0,0015 0,0010 0,0005 0 Québec\tOntario\tAlberta\tCanada Rel.Int, culture et aff.intergouvemementales (/PIB) ?1999-2000 H 2000-2001\t?2001-2002 H 2002-2003 Source : Comptes publics provinciaux et rapports annuels des ministères.TABLEAU 1 Coefficient de GINI, Québec, Ontario, Alberta et Canada, 1980 et 2001 \t\t Canada, revenu du marché\t0,437\t0,496 Canada, revenu total\t0,379\t0,417 Canada, revenu après impôt\t0,353\t0,382 Québec, revenu du marché\t0,453\t0,513 Québec, revenu du total\t0,379\t0,417 Québec, revenu après impôt\t0,344\t0,374 Ontario, revenu du marché\t0,414\t0,484 Ontario, revenu du total\t0,365\t0,416 Ontario, revenu après impôt\t0,342\t0,380 Alberta, revenu du marché\t0,435\t0,464 Alberta, revenu du total\t0,399\t0,405 Alberta, revenu après impôt\t0,373\t0,375 GINI = 0 si parfaite égalité GINI = 1 si parfaite inégalité Source : Statistique Canada.diennes (si bien que six provinces ont des proportions plus élevées).Nous venons de le voir, l\u2019État québécois n\u2019estpas de taille significativement plus importante que celui de la plupart des autres provinces, exception faite de l\u2019Alberta et de l\u2019Ontario.L\u2019importance relative de la taille de l\u2019État québécois par rapport à celui de ces deux provinces peut être expliquée, en partie, par le fait que celui-ci assume certaines missions découlant du désir de maintenir et promouvoir la spécificité du Québec.Par exemple, l\u2019État québécois investitplus dans les domaines de la culture et de la langue.De plus, cette plus grande taille de l\u2019État québécois peut se traduire par des bénéfices en termes d\u2019équité et de justice sociale.Culture, langue et défense des intérêts du Québec À l\u2019examen du Graphique 14, on constate que le gouvernement du Québec consacre plus de ressources en proportion du PIB (c\u2019est la même chose en per capita) que les autres provinces aux dossiers de la culture, des affaires intergouvemementales et des affaires internationales9.Cela s\u2019explique évidemment par le désir de protéger et promouvoir la spécificité québécoise, mission apparemment moins pertinente dans les autres provinces.Notons que la spécificité québécoise peut également avoir pour conséquence d\u2019accroître le coût de l\u2019action gouvernementale dans d\u2019autres sphères, mais de façon moins explicite10.Coefficient de GINI et redistribution Un des rôles importants de l\u2019État estde redistribuer la richesse des nantis à ceux dans le besoin.Il est probablement juste de dire que plus un État est grand, plus et mieux il peut accomplir sa fonction redistributive.Une mesure fréquemment utilisée pour décrire l\u2019inégalité de la distribution des revenus est le coefficient de GINI (une mesure 78 Mutations et enjeux de société de o indique la parfaite égalité alors qu\u2019une mesure de i indique la parfaite inégalité ; en pratique, le coefficient de GINI se situe donc entre o et i et un coefficient plus petit indique une distribution plus égalitaire des revenus).À l\u2019aide de celui-ci, on peut quantifier l\u2019action redistributive de l\u2019État en comparant le coefficient de GINI calculé avec les revenus bruts (revenu du marché de Statistique Canada) avec ce même coefficient calculé avec les revenus après impôt (lequel sera plus petit si les impôts redistribuent des riches aux pauvres, ce qui est le cas en pratique).Plus l\u2019écart entre ces coefficients est grand, plus l\u2019action redistributive est importante11.Examinant les coefficients de GINI calculés avec les revenus bruts et après impôt en 2001 (Tableau 1), on constate que l\u2019écart entre les coefficients est plus grand pour le Québec (0,139 = 0,513 ' °,374) que pour l\u2019Ontario (0,104 = 0,484-0,380) ou pour l\u2019Alberta (0,089 = 0,464 -0,375).Selon cette mesure, le Québec, grâce à son État de taille plus importante, parvient donc à redistribuer plus que ses voisins12.Taux de pauvreté Après avoir calculé les dépenses nécessaires à l\u2019achat d\u2019un panier de biens et services essentiels, Sarlo (2001) argue qu\u2019une personne devrait être considérée pauvre si elle ne peut se procurer le panier en question.Tenantcompte des disparités de prix entre les provinces, il construit des taux de pauvreté provinciaux en calculant le nombre d\u2019individus ne pouvant se procurer le panier de biens essentiels dans sa province.On constate à l\u2019examen des résultats de Sarlo (voir le Graphique 15) qu\u2019en 1973,1984 et 1996 (seules an- graphique 16 Taux de criminalité pour 100 000 habitants, total des infractions au code criminel - Québec, Ontario, Alberta et Canada, 1996-2002 \t\t\t\t\t\t.\t\t\t\t\t\t X\t*****»»«\t\t\t\t\t \t\t\t\t\t\t \t\t1\u2014 _\t\t\t\t\t\t\t \t\t\t\t\t\t 1996\t1997\t1998\t1999\t2000\t2001\t2002 Québec ^Ontario .Canada -Alberta Source : Statistique Canada nées pour lesquelles les calculs ont été publiés), le Québec est une des provinces canadiennes affichant un taux de pauvreté parmi les plus bas.Par exemple, en 1973, le Québec avait le taux de pauvreté le plus graphique 15 Pauvreté dans les provinces -1973,1984 et 1996 ?1973\tH 1984\t?1996 Source : Institut Fraser - Statistique Canada Micro Files 79 Mutations et enjeux de société faible de toutes les provinces canadiennes.Plus récemment, en 1996, le Québec faisait encore très bonne figure, son taux de pauvreté étantplus faible que celui de septprovinces (parmi lesquelles l\u2019Ontario et la Colombie-Britannique) et de la moyenne canadienne.Taux de criminalité Les sociétés dans lesquelles on aide peu les moins nantis et les malchanceux, dans lesquelles la mobilité sociale est faible, seront habituellement affligées de taux de criminalité élevésA II est alors instructif de constater que quant au taux d\u2019infractions au code criminel (de toutes natures), le Québec affiche depuis plusieurs années un taux moindre que l\u2019Ontario, l\u2019Alberta ou le Canada dans son ensemble (voir le Graphique 16).Cela s\u2019explique autant par un taux québécois de crimes avec violence plus faible que celui des autres provinces, que par un taux québécois de crimes contre les biens moindre que les taux albertain et canadien, et du même ordre que celui de l\u2019Ontario.En résumé L\u2019État québécois est de taille plus grande que celui de l\u2019Ontario ou de la province canadienne moyenne.L\u2019État québécois n\u2019est cependant pas hors norme au Canada.En effet, cinq provinces ontdes États encore plus importants que le Québec et six provinces ontdes proportions de leur force de travail œuvrant dans le secteur public plus importantes que le Québec.Notons que l\u2019État québécois est imposant parce qu\u2019il assume certaines missions - à la culture, aux affaires intergouvemementales et aux affaires internationales - auxquelles les autres provinces at-tachentmoins d\u2019importance.Ets\u2019il est vrai qu\u2019un Étatplus imposant se traduit par un fardeau fiscal plus élevé, il est également vrai - et vérifiable par un grand nombre d\u2019indicateurs - qu\u2019un État imposant se traduit par des bénéfices plus importants : une plus grande action redistributive que dans les autres provinces, un taux de pauvreté parmi les plus faibles au Canada, un taux de criminalité moins élevé que dans les autres provinces canadiennes, etc.Les finances publiques : une préoccupation Si la situation économique québécoise que nous avons dépeinte est, à bien des égards, rassurante, l\u2019état des finances publiques québécoises demeure, lui, préoccupant Évidemment, la solution à ce problème dépend en grande partie de la vision que l\u2019on a du rôle de l\u2019État dans une économie.Nous croyons que le gouvernement québécois doit continuer à assumer pleinement ses responsabilités en santé et en éducation - cela est d\u2019ailleurs l\u2019ob- 80 Mutations et enjeux de société jet d\u2019un fort consensus au Québec.Deuxièmement, les investissements passés en éducation ayant permis au Québec de progresser, il nous apparaît prioritaire de maintenir et même d\u2019accroître nos efforts sur ce front.Troisièmement, comme rien ne laisse croire que la croissance rapide des coûts de la santé sera jugulée à court terme, nos finances publiques demeureront dans un état précaire pour quelques années encore.Quatrièmement, nombre de scénarios de croissance des dépenses et des revenus montrent qu\u2019à structure gouvernementale constante, le Québec pourrait prochainement renouer avec des déficits budgétaires.Certains sont d\u2019avis que la seule solution à nos problèmes passe par des réductions d\u2019impôts.Or, dans le contexte actuel, une réduction d\u2019impôts, laquelle se traduirait nécessairement par une baisse de revenus14, ne pourrait qu\u2019accroître les difficultés financières de l\u2019État québécois.D\u2019autres ont suggéré de réduire les dépenses dans des secteurs autres que la santé et l\u2019éducation, par exemple à l\u2019aide sociale ou à l\u2019aide à la famille.Mais les dépenses dans ces secteurs ne représentent que 37% des dépenses compressibles du gouvernement québécois.11 sera par conséquent très difficile de réduire significativement les dépenses dans ces autres secteurs.Nous notons aussi que des compressions importantes dans ces autres secteurs se traduiraient par une nette détérioration de l\u2019équité et des autres bénéfices de l\u2019action gouvernementale que nous documentons dans cette étude.La question du déséquilibre fiscal n\u2019estpar ailleurs pas encore réglée.Plus que jamais aujourd\u2019hui, il est évident que les finances publiques québécoises ne se porteront mieux que lorsque le gouvernement fédéral aura libéré une portion significative de l\u2019espace fiscal qu\u2019il occupe.En attendant, des réformes sont requises, en santé notamment mais aussi dans la livraison des autres services publics et en fiscalité.11 est nécessaire que nous parvenions à taxer, à redistribuer et à fournir des services publics de qualité plus efficacement - c\u2019est-à-dire à moindre coût.C\u2019est là la condition nécessaire au maintien des services publics et de la redistribution de la richesse aux niveaux désirés par les Québécois.Si nous parvenions à faire autant à moindre coût, se poserait alors la question de l\u2019usage de ces gains d\u2019efficacité.11 se pourrait alors que plutôt que de réduire les impôts, il soitplus judicieux d\u2019entreprendre le remboursement de notre dette car celle-ci pèse très lourd.Ce débat devra être fait.11 nous semble cependant que le règlement de la question du déséquilibre fiscal et les réformes importantes de l\u2019action gouvernementale devraient précéder ce débat.~k ~k ~k L\u2019objectif de ce texte était de jeter un regard sur la situation économique relative du Québec des 25 dernières années.En particulier, l\u2019assertion selon laquelle la performance économique du Québec comparativement à l\u2019ensemble du Canada se détériore a été examinée.Une étude de la performance économique du Québec à l\u2019aide de plusieurs mesures révèle que la situation écono- 81 Mutations et enjeux de société mique relative du Québec s\u2019améliore.Il y a encore des écarts entre la performance du Québec et l\u2019ensemble du Canada, en particulier avec l\u2019Ontario et l\u2019Alberta.Cependant, une partie importante de ces écarts a été comblée depuis 25 ans.Selon nous, une piste intéressante d\u2019explication de ce phénomène réside dans l\u2019amélioration indéniable des niveaux de scolarisation de la main-d\u2019œuvre québécoise.Les cohortes plus récemment arrivées sur le marché du travail (de 15 à 44 ans) ont maintenant complété des études postsecondaires dans une plus grande proportion que celles des autres provinces.Pour ces cohortes, les écarts des trois indicateurs du marché du travail ont été entièrement comblés ou le seront bientôt Comme ces cohortes seront actives pendant encore longtemps, il est raisonnable d\u2019envisager le futur avec optimisme.* CIRPÉE : Centre interuniversitaire sur le risque, les politiques économiques et l\u2019emploi.Les auteurs remercient Jean-Denis Garon pour son excellent travail.Ils remercient également Harold Coulombe, Pierre Fortin, Paulette Girard, Michel Marceau et Michel Venne pour leurs commentaires.Ils assument seuls la responsabilité du contenu de ce texte.Notes \u2018Letexte de McMahon (2003), écrit pour le compte du Fraser Institute, en est un exemple éloquent.Bien que cela ne soit pas son seul rôle, nous espérons que notre étude permettra de corriger, en partie, les perceptions qu'a pu créer l'argumentaire de McMahon dans l'opinion publique et chez nos décideurs.\u2018Dans les graphiques 1 et la, la méthode de l'enchaînement des valeurs nominales de production est utilisée.Cette méthode a été développée et adoptée durant la dernière décennie en réponse à la dispersion grandissante des niveaux des prix entre les différentes branches industrielles au Canada, notamment dans le secteur technologique.Plutôt que de comparer le PIB à une période de référence unique (e.g 1997-100), la variation réelle de la production pour la période observée est établie à l'aide des niveaux de prix ainsi que de la variation qualitative de la production.\u2018Voir par exemple Aghion et Howitt (1997) et Romer (1986,1990).4Le texte de McMahon en est un bon exemple.\u2018Notons cependant la mauvaise performance du Québec au niveau secondaire.Létaux québécois de décrochage au secondaire est très élevé et un redressement devra être effectué rapidement pour que le Québec maintienne son excellente performance au niveau postsecondaire.\u2018Les données américaines sont très convaincantes à cet égard.Nous invitons le lecteur à consulter les données du Bureau of Labor Statistics ou du National Center for Education Statistics (les adresses de leur site Internet respectif apparaissent dans la liste de références).Card et Lemieux (2001) fournissent quant à eux des estimations, du taux de rendement de l'éducation au Canada.\u2018Lucas (1988) a explicité le rôle de l'éducation comme facteur de croissance économique.8 Fortin (2000) discute des retards et du rattrapa^ du Québec sur le plan de la scolarisation.On peut consulter un bref historique du système d'éducation québécois sur le site Internet du ministère de l'Éducation du Québec ou sur celui de l'Encyclopédie canadienne (voir les adresses des sites en références).Pour une description détaillée de l'évolution des systèmes d'éducation des provinces canadiennes, voir Johnson (1968).\u201cUsée (2003) présente une comparaison de l'action de l'État au Québec et en Ontario.Il documente de manière détaillée les nombreux services publics fournis aux Québécois auxquels les Ontariens n'ont pas accès à moins de se les procurer privément.10 II est par exemple possible que la mobilité réduite des francophones vers le reste du Canada rende désirable la mise en place de politiques publiques spécifiques au Québec, par exemple les politiques du marché du travail ou encore l'impôt sur le revenu des particuliers.Il est évidemment possible que ces politiques spécifiques au Québec soient coûteuses.82 Mutations et enjeux de société 11\tCette mesure de l'action redistributive de l'État est imparfaite, nous en sommes conscients, mais elle est aussi la seule qui soit disponible, 12\tNous ne tenons pas compte ici de la redistribution découlant de la fourniture de services publics à la population, Or, et bien que cela soit difficile à mesurer, ces services peuvent contribuer de manière importante à accroître l'équité, Sur ces questions, voir Boadway et Marchand (1995) et Marceau et Boadway (1994), 13\tFreeman (1996) montre de manière convaincante que les taux de criminalité élevés aux États-Unis découlent en grande partie de la pauvreté et de la précarité dans lesquelles vivent un grand nombre d'Américains, 14\tQuoi qu'en disent certains, tout indique que pour tous les impôts utilisés au Québec, une baisse des taux statutaires se traduirait par une baisse des revenus (en d'autres termes, le gouvernement québécois exploite le côté gauche de la courbe de Laffer), Références AGHION, P., et P HOWITT.Endogenous Growth Theory, Cambridge, MIT Press, 1997.BOADWAY, R.et M.MARCHAND.«The Use of Public Expenditures for Distributive Purposes», Oxford Economic Papers, 1995.BUREAU OF LABOR STATISTICS.«Education Pays.», [en ligne] www.bls.gov/emp/emptab7.htm CARD, D., et T.LEMIEUX (2001), «Education, Earnings, and the Canadian G.I.Bill», Canadian Journal ofEconomtcs 34,313-344.ENCYCLOPÉDIE CANADIENNE, «Histoire de l'éducation, Origines», [en ligne] www.thecanadianencyclopedia.com/index.cfm FORTIN, P.(2000), « La révolution tranquille et le virage économique du Québec», dans Y.Bélanger, R.Comeau et C.Métivier (dir.), La revolution tranquille 40 ans plus tard : un bilan, Montréal, VLB éditeur.FREEMAN, R.B.(1996), «Why Do So Many Young American Commit Crimes and WhatMight We Do About It?», Journal ofEconomic Perspectives 10, 25-42.JOHNSON, F.H.(1968), ABriefHistory of Canadian Education, Toronto: McGraw-Hill.LISÉE, J.-F.(2003), «Un mauvais procès au modèle québécois: Étude des pièces à conviction », dans M.Venne (dir.), Justice, démocratie et prospérité : L'avenir du modèle québécois, Montréal : Québec-Amérique.LUCAS, R.E.(1988), «On the Mechanics of Economie Development», Journal of Monetary Economics 22, 3 42.McMAHON, F.(2003), «Quebec Prosperity : Taking the Next Step», Centre for 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malaise n\u2019estpas nouveau et il estpeut-être intrinsèquement lié à la nature du projet souverainiste qui n\u2019a pas le choix de ses alliés.C\u2019est pourquoi il est assez rare de voir les nationalistes québécois se pencher sur l\u2019analyse des forces en présence dans le monde et se prononcer sur les grands problèmes qui confrontent la planète.Est-ce par atavisme provincial ou par simple négligence ?Rarement les nationalistes qui souhaitent l\u2019accession du Québec au rang de pays se sont-ils préoccupés du monde dans lequel surgirait ce nouvel État souverain.Trop absorbés par le combat quotidien, les souverainistes se sont encore moins attardés à définir ce que serait la politique internationale du nouvel État nord-américain dont ils souhaitent la naissance en précisant où il se situerait sur les grands enjeux de politique mondiale.Cette lacune n\u2019estpas sans conséquences.L\u2019une d\u2019entre elles est évidente : les souverainistes québécois se distinguent assez peu sur ces questions de leur voisin canadien et il leur arrive souvent de reprendre intégralement à leur compte les discours d\u2019Ottawa.Or, si les souverainistes québécois souhaitent se séparer de l\u2019ensemble canadien, ce n\u2019est probablement pas seulement parce qu\u2019ils voient autrement l\u2019avenir du système de santé, de l\u2019école et de la fiscalité.C\u2019est peut-être (et ce devrait être) aussi parce qu\u2019ils ont leur propre vision du monde et qu\u2019ils entendent agir sur celui-ci autrement que s\u2019ils faisaient partie de l\u2019ensemble canadien.Cette question a rarement été autant d\u2019actualité qu\u2019aujourd\u2019hui.Le u septembre, la guerre en Afghanistan, la guerre en Irak ont transformé les questions internationales en véritables enjeux nationaux.À la faveur de la nouvelle politique étrangère américaine issue du u septembre et du vaste mouvement d\u2019opposition qu\u2019a provoqué la guerre en Irak, plusieurs sont tentés de se laisser porter par la vague et de croire que l\u2019opposition aux États-Unis au nom du multilatéralisme peut à elle seule tenir lieu de politique étrangère.Cette tentation estd\u2019autantplus grande que, 84 Mutations et enjeux de société malgré le soutien des souverainistes au libre-échange nord-américain, Washington n\u2019a jamais montré la moindre sympathie à leur cause.Une partie de la gauche québécoise vient d\u2019ailleurs de briser un tabou historique : elle propose ni plus ni moins aux Québécois de se rallier aux nationalistes canadiens pour mieux combattre la menace américaine.La nouvelle popularité dans certains milieux du parti politique canadien à la fois le plus centralisateur etle plus anti-américain, le NPD, témoigne de la vitalité nouvelle de ce point de vue autrefois défendu par l\u2019extême-gauche québécoise et repris depuis longtemps par des intellectuels nationalistes canadiens comme l\u2019écrivain John Saul.En posant la question aussi crûment, les nouveaux défenseurs de la théorie du « refuge canadien contre les États-Unis » ont au moins le mérite de forcer les Québécois à s\u2019interroger sur leur vision du monde.Les souverainistes et le monde La difficulté qu\u2019ont souvent éprouvée les souverainistes québécois à formuler une véritable politique internationale ne signifie pas pour autant que le discours souverainiste n\u2019a pas toujours été profondément marqué par son époque et la conjoncture internationale.Lorsqu\u2019il est né, en 1968, le Parti québécois était porté par la mouvance des luttes de libération nationale.11 n\u2019était pas rare à l\u2019époque d\u2019appliquer au Québec le schéma des luttes anticoloniales qui venaient tout juste de modifier le portrait de la planète.Même si le Québec n\u2019avait rien de l\u2019Algérie et du Vietnam, le vocabulaire avec lequel Albert Memmi avait si bien dessiné Le Portrait du colonisén\u2019étaitpas très loin de celui que René Lévesque utilisait pour parler des Québécois.Cela ne permettait certes pas de comprendre la situation du Québec en Amérique du nord, mais cela permettait néanmoins de décrire la mentalité d\u2019un peuple qui avait été, sinon colonisé, du moins longtemps marginalisé.Dans les années 80, après l\u2019échec d\u2019un premier référendum, la souveraineté changea de vocabulaire.Le monde aussi avait changé.Les luttes de libérations nationales étaient loin d\u2019avoir produit les fruits annoncés, le colosse soviétique commençait à montrer des signes d\u2019essoufflement et la mondialisation battait son plein.Le Québec, qui commençait à s\u2019affirmer sur le plan économique, ne pouvait pas demeurer à côté des grands mouvements de l\u2019économie alors que se constituait une véritable bourgeoisie québécoise ouverte sur le monde.Les nationalistes québécois prirent les devants de ce mouvement.C\u2019est l\u2019époque où, avec le soutien des souverainistes, Brian Mulroney et Robert Bourassa ont littéralement imposé au Canada anglais le traité de libre-échange avec les États-Unis, devenu l\u2019ALENA.Sur le plan politique, le Québec prit alors conscience de la montée de l\u2019intégration européenne et de l\u2019originalité de ce modèle politique qu\u2019il est seul à revendiquer en Amérique.La plupart des souverainistes sentent implicitement que cette époque est aujourd\u2019hui terminée et que le temps est venu d\u2019inscrire le projet souverainiste dans une autre lecture du monde.Encore faudrait-il que cela ne se fasse pas par simple contagion d\u2019un vocabulaire anti-américain de plus en plus om- 85 Mutations et enjeux de société niprésent, mais sur la base d\u2019une analyse du monde, des intérêts du Québec et de la souveraineté.De la façon dont les souverainistes s\u2019inscriront dans les grands courants internationaux de l\u2019époque, de leur lecture du monde si l\u2019on peut s\u2019exprimer ainsi, dépendra leur capacité de faire avancer leur projet dans les méandres de la diplomatie internationale.Mais l\u2019enjeu est aussi plus immédiat II consiste à démontrer que le projet des souverainistes ne répond pas seulement aux exigences du déséquilibre fiscal, aux modes politiques de l\u2019heure ou aux nécessaires alliances tactiques destinées à faire avancer leur cause, mais aux grands défis qui sont ceux de la planète.Répétons-le, le projet souverainiste ne peut pas se contenter d\u2019être pertinent pour les Québécois, il doit l\u2019être pour le monde.Sinon, il ne parviendra pas plus à convaincre les Québécois que ses alliés éventuels d\u2019une démarche qui cherche justement à sortir les Québécois de leur provincialisme et à les mettre devant leurs responsabilités face au monde.Le 11 septembre et la souveraineté L\u2019éclatement de la bulle financière, les attentats du il septembre, la montée du terrorisme islamiste, l\u2019éloignement de l\u2019Europe des États-Unis, la nouvelle politique américaine au Moyen-Orient, tous ces facteurs n\u2019existaient pas en 1995 au moment du second référendum.Le monde des années 1990 ressemblait à une mer calme si on le compare à celui dans lequel nous vivons aujourd\u2019hui.Difficile d\u2019imaginer que moins de deux ans séparent les festivités de la fin du second millénaire de la chute des tours du World Trade Center.Bien sûr, le monde n\u2019a pas changé ce matin-là, mais c\u2019est ce jour-là qu\u2019a commencé à s\u2019assembler le puzzle de ce qui se préparait depuis au moins une décennie.C\u2019est à partir de ce moment que les populations ont compris que la fin de la guerre froide ne serait pas cette ère idyllique qu\u2019annonçaient les années Clinton.Vues du grand trou béant laissé par les attentats du 11 septembre, ces années ressemblent aujourd\u2019hui aux années folles pendant lesquelles l\u2019Europe préféra ne pas voir en face le nouveau carnage qui se préparait et l\u2019immense cicatrice qu\u2019avait laissée dans la tête des peuples la boucherie de 1914.Ces années ressemblent aussi à celles qui suivirent immédiatement la Seconde Guerre mondiale, pendant lesquelles les États-Unis entreprirent de démobiliser leurs troupes et de désarmer.Il fallut le courage de Harry Truman pour prendre l\u2019exacte mesure du danger soviétique et engager l\u2019Amérique dans le plan Marshall et un effort militaire qui permettra aux démocraties, 50 ans plus tard, de sortir victorieuses de la Guerre froide en évitant la catastrophe nucléaire.C\u2019est dans les semaines qui ont suivi le 11 septembre que les Américains comprirent que l\u2019effondrement de l\u2019URSS ne garantissaitpas la sécurité de leur pays et que celle-ci ne serait pas assurée tant que le Moyen-Orient - ou cette grande région que l\u2019ancien conseiller du président Carter, Zbigniew Brzezinski, nomme les «Balkans eurasiens» - ne seraitpas pacifiée d\u2019une façon ou d\u2019une autre.Cette conclusion ne concerne pas seulement l\u2019équipe mise en place par 86 Mutations et enjeux de société George Bush, elle est aujourd\u2019hui partagée par la majorité des dirigeants politiques américains, qu\u2019ils aient soutenu ou pas la guerre en Irak.Les Québécois ne distinguent pas toujours ce qui, dans la politique étrangère américaine, tient de l\u2019unilatéralisme de l\u2019administration actuelle et ce qui relève d\u2019un virage plus fondamental qui dépasse les clivages politiques.On doit aujourd\u2019hui affirmer que la lutte contre l\u2019extrémisme islamiste, le terrorisme et le danger de propagation des armes de destruction massives demeureront au cœur de la politique étrangère américaine, quel que soit le parti au pouvoir à Washington.La dérive des continents La première conséquence de cette réorientation de la politique étrangère américaine aura été de creuser un peu plus le fossé entre l\u2019Europe et l\u2019Amérique.Il faut aujourd\u2019hui se faire à l\u2019idée que les contentieux qui ont opposé l\u2019Europe aux États-Unis sur des sujets aussi divers que le traité de Kyoto, la Cour pénale internationale et l\u2019Irak n\u2019étaient pas des événements passagers.Le retrait massif des troupes américaines en Europe vient cruellement rappeler aux Européens qu\u2019ils n\u2019arrivent dorénavant qu\u2019en troisième place dans les priorités américaines, très loin derrière le Moyen-Orient et l\u2019Asie du sud est.La victoire sur le communisme étant définitivement assurée, tout se passe comme si Washington détournait irrémédiablement son regard de l\u2019Europe pour s\u2019intéresser à autre chose.Certes, l\u2019Europe demeure un important partenaire économique, mais la paix qui y règne et son poids militaire insignifiant en font un enjeu de moins en moins essentiel sur la carte géostratégique américaine.« C\u2019est un changement historique », écrit le politologue Walter Russel Mead dans un chapitre au titre emblématique : Ciao Europa.« Pour la première fois de son histoire, les États-Unis ont une politique étrangère qui n\u2019est pas centrée sur l\u2019Europe.» Il serait surprenant, au-delà des discours, que l\u2019élection d\u2019un autre président change la moindre chose à cette évolution.De leur côté, l\u2019Allemagne et la France n\u2019hésitentplus à adopter la ligne dure à l\u2019égard de l\u2019Amérique.Le ton de la guerre en Irak et des négociations du protocole de Kyoto aurait été à peine imaginable il y a quelques années, alors que le bras armé américain demeurait la seule défense de l\u2019Europe face à l\u2019URSS.Cette attitude de confrontation à l\u2019Amérique, bien que peut-être moins définitive que du côté américain, semble là pour rester.Une partie de l\u2019Europe, et en particulier la France, considère que le danger principal dans le monde n\u2019estpas représenté par l\u2019islamisme radical ou la montée du terrorisme, mais bien par l\u2019« hyperpuissance» américaine.Certes, la France combat le terrorisme, mais elle le fait comme 15 ans plus tôt, alors que les premières bombes islamistes explosaient à Paris.Au lieu de l\u2019ébranler, le 11 septembre a consolidé la vieille alliance que cultive l\u2019Hexagone avec les régimes arabes.Le ralliement unanime des leaders arabes, islamistes ou pas, autour de la libération des deux otages fiançais en Irak est venu illustrer le rôle d\u2019amie des pays arabes qu\u2019entend continuer à jouer la France.Compte tenu 87 Mutations et enjeux de société de ses intérêts stratégiques et économiques en Afrique du Nord, compte tenu aussi qu\u2019elle accueille la principale communauté musulmane d\u2019Europe, la politique étrangère de la France risque de se définir pendant longtemps en rupture avec celle des États-Unis.On peut bien sur douter de la capacité de la France de rallier à plus long terme l\u2019Allemagne à une telle politique d\u2019opposition aux États-Unis.Fa défaite des sociaux-démocrates aux prochaines élections allemandes pourrait briser l\u2019alliance anti-américaine nouée entre Paris et Berlin.Mais on peut facilement imaginer que la France ne remettra pas de sitôt en question un positionnement qui remonte aux sources du gaullisme et qu\u2019elle se trouvera toujours de nouveaux alliés, en Espagne ou ailleurs, pour s\u2019opposer aux États-Unis.Fa montée de l\u2019antiaméricanisme en France et son positionnement en rupture avec les États-Unis a déjà eu un premier effet sur le Québec : le rapprochement de la France et du Canada.Non seulement la France et le Canada se sont-ils tous deux opposés à la guerre en Irak, mais, Jacques Chirac et Jean Chrétien l\u2019ontassez répété, ils s\u2019entendent aujourd\u2019hui sur la majorité des grandes questions internationales.Dans son combat contre l\u2019« hyperpuissance » américaine, la France a absolument besoin de s\u2019allier au Canada, comme à la Russie et à la Chine.Quant au Canada, il peut difficilement se passer de la France pour se démarquer de son imposant voisin.Voilà pourquoi la présidence française a accueilli avec joie l\u2019élection d\u2019un gouvernement fédéraliste à Québec l\u2019an dernier, avec lequel elle entretient des liens on ne peut plus chaleureux.Fes Québécois, qui avaient traditionnellement l\u2019habitude de jouer la France contre le Canada, se retrouvent de plus en plus souvent devant des représentants français et canadiens qui s\u2019entendent comme larrons en foire.Certes, la France conservera son «préjugé favorable» à l\u2019égard du Québec.Elle le conservera d\u2019autant plus qu\u2019il ne s\u2019agit pas simplement d\u2019une politique du Quai d\u2019Orsay mais que cette politique exprime un point de vue profondément ancré dans la population française.On doit cependant s\u2019attendre à ce que la « non-indifférence » française entre de plus en plus en contradiction avec les exigences plus larges du rapprochement entre Paris et Ottawa.Un rapprochement qui ne s\u2019est pas démenti depuis le référendum de 1995.Paris ou Washington.Fes souverainistes québécois ont toujours déployé leur diplomatie en direction de Paris et de Washington.Non seulement la France et les États-Unis sont-ils à tous points de vue nos «voisins » culturels, politiques et économiques, mais ce sont eux qui pourraient jouer un rôle déterminant dans la reconnaissance internationale d\u2019un Québec souverain.Fes mêmes souverainistes doivent tenir compte du fait que ces deux voisins se situent dorénavant chacun à un pôle du spectre politique.Ils doivent particulièrement tenir compte du fait que tous deux font des analyses du monde radicalement différentes, des analyses qui sont inconciliables età l\u2019égard desquelles le Québec pourra difficilement demeurer neutre.Si les souverainistes adhèrent à l\u2019idée selon laquelle le danger principal 88 Mutations et enjeux de société dans le monde est aujourd\u2019hui représenté par l\u2019extrémisme islamiste, le terrorisme et la propagation des armes de destruction massive, ils se retrouveront inévitablement aux côtés des États-Unis.Ils pourront diverger d\u2019opinion, être plus ou moins multilatéralistes, refuser le dictât américain lorsque celui-ci s\u2019exprime de façon autoritaire, mais ils n\u2019en considéreront pas moins les États-Unis comme un allié essentiel et fondamental dans le combatpour la démocratie.On objectera à ce point de vue que les Québécois, comme toutes les «petites nations » du monde, ont toujours été d\u2019abord et avant tout multilatéralistes.Et on aura raison.Qu\u2019il suffise cependant de rappeler que le multilatéralisme, aussi souhaitable soit-il, ne pourra jamais tenir lieu de politique étrangère.Le multilatéralisme est une attitude, une façon de faire qu\u2019on a parfaitement raison de soutenir et de favoriser.Mais il ne remplacera jamais l\u2019analyse du monde et de ses enjeux.Même s\u2019il est tentant pour les peuples minoritaires d\u2019y trouver refuge et de l\u2019ériger en absolu, le multilatéralisme n\u2019a pas de vertu en soi.Il sera toujours de l\u2019ordre des moyens et des méthodes et non pas des objectifs.Une politique multilatérale mettant en danger l\u2019équilibre écologique de la planète ne mériterait pas plus le soutien des Québécois qu\u2019une politique unilatérale visant les mêmes objectifs.Si, au contraire, les souverainistes se rallient au point de vue français selon lequel l\u2019Amérique représente aujourd\u2019hui le principal facteur de guerre et d\u2019instabilité dans le monde, les conséquences seront radicalement différentes.C\u2019est ce point de vue qu\u2019a d\u2019ores et déjà adopté une partie de la gauche québécoise.Le militant tiers-mondiste Pierre Beaudet écrivait récemment dans Le Devoir : «Nous vivons à côté d\u2019une \u201chyperpuissance\u201d menaçante, militarisée, de plus en plus sans foi ni loi, qui regarde les riches ressources qui abondent au nord et qui cherche de toutes sortes de façons, à nous subordonner, à nous faire plier et, disons-le franchement, à nous voler.» Contrairement à la plupart de ceux qui pensent comme lui, Pierre Beaudetne craint pas de tirer toutes les conséquences de cette vision du monde qui identifie les États-Unis comme principal facteur de guerre dans le monde d\u2019aujourd\u2019hui.Quelles sont ces conséquences ?«Certains nationalistes québécois, qui ont lorgné du côté américain pour \u201cbriser le Canada\u201d et selon la logique perverse de \u201cl\u2019ennemi de mon ennemi estmon ami\u201d, ont commis et commettent encore une grave erreur.Le Canada anglais, en tout cas une bonne majorité de la population qui l\u2019habite, est de notre côté dans cette histoire, nous avons une communauté d\u2019intérêts et pas le contraire.» La conséquence politique de cette opposition radicale à ce que d\u2019aucuns ont longtemps appelé « l\u2019impérialisme américain» est claire.Si les États-Unis sont la puissance menaçante et agressive que l\u2019on dit, le Québec sera toujours mieux protégé dans le Canada que seul face au monstre.Dans un monde où l\u2019ennemi principal n\u2019est ni le terrorisme, ni l\u2019intégrisme-qui en estle terreau -, ni les États voyous, mais les États-Unis (conservateurs, religieux et réactionnaires), n\u2019est-il pas normal et urgent de chercher protection sous le 89 Mutations et enjeux de société parapluie canadien ?La nouvelle sympathie dont jouit dans certains milieux de la gauche québécoise le parti politique canadien traditionnellement le plus centralisateur et le plus nationaliste, le NPD, n\u2019estpas étrangère à cette analyse.C\u2019est aussi le point de vue du nationaliste canadien John Saul qui a toujours cherché à convaincre les québécois que le Canada était la meilleure protection contre les idées républicaines américaines.Ces idées sontplus répandues qu\u2019on ne le croit.Elles sont à l\u2019origine des hésitations de Françoise David, présidente d\u2019Option citoyenne, sur la question nationale québécoise.Elles sont sous-jacentes au peu d\u2019intérêt que portent tant de leaders alter-mondialistes à la question nationale et à la défense, par exemple, de la diversité culturelle.Ainsi, dans le bilan qu\u2019il fait de l\u2019accord de libre-échange avec les États-Unis, le directeur de l\u2019Observatoire des Amériques, Dorval Brunelle, déplore que « contrairement aux prédictions de la commission MacDonald, le marché canadien est de plus en plus balkanisé aujourd\u2019hui qu\u2019hier et l\u2019intégration dans l\u2019axe nord-sud est telle que les provinces échangent de moins en moins entre elles par rapport aux échanges qu\u2019elles entretiennent avec les États-Unis ».Brunelle oublie de souligner que les exportations québécoises vers les États-Unis ont triplé depuis 1989 et que, durant cette période, le Québec n\u2019a cessé d\u2019enregistrer un solde positif de sa balance commerciale.Mais l\u2019essentiel ne serait pas là mais plutôt dans la menace américaine dont le Québec doit se protéger coûte que coûte.Or, contre les États-Unis, il n\u2019y aura jamais de meilleure, ni d\u2019autre protection, que le Canada.Il n\u2019y aura jamais de meilleurs alliés que l\u2019antiaméricanisme exacerbé des nationalistes canadiens.L\u2019identité canadienne ne se définit pas que par l\u2019assurance-maladie et la Charte des droits et libertés.Depuis les loyalistes du XVIIIe siècle qui ont fui la république et l\u2019indépendance américaines, elle se fonde aussi sur un antiaméricanisme régulièrement renforcé par la fragilité identitaire de nos voisins canadiens.Ce n\u2019est pas céder à une mode identitaire, ni rejeter notre héritage européen, que de rappeler que, contrairement aux Canadiens anglais, les Québécois n\u2019ont jamais considéré les Américains comme des ennemis, qu\u2019ils ont au contraire été les premiers à sympathiser avec leurs idéaux démocratiques et républicains, qu\u2019ils ont noué avec eux des liens étroits et chaleureux jusqu\u2019à participer eux-mêmes, avec Jack Kérouac, à la redéfinition du rêve américain.Le nationalisme américain Dans leur attitude à l\u2019égard des États-Unis, les nationalistes québécois devraient enfin tenir compte d\u2019un dernier fàcteur.Contrairement à la France et au Canada anglais, les États-Unis de-meurentl\u2019un des rares pays d\u2019Occident qui n\u2019ont pas cédé à l\u2019idéologie postmoderne de la disparition des nations et où le nationalisme (appelé là-bas patriotisme) n\u2019a pas de connotation péjorative.Peut-être parce que les États-Unis n\u2019ont eu aucune responsabilité dans les deux guerre mondiales qui ont décimé l\u2019Europe.Peut-être parce que l\u2019Amérique a, au contraire, aidé les peuples européens à se libérer du fas- 90 Mutations et enjeux de société cisme et du communisme.Peut-être, enfin, parce que le pays n\u2019a flirté avec le colonialisme que durant un court moment de son histoire.Contrairement à leurs confrères fiançais et canadiens, les intellectuels américains n\u2019hésitent d\u2019ailleurs pas à considérer la langue et la culture communes comme un facteur important de cohésion nationale.Des auteurs aussi influents que Samuel Huntington et Michael Lind évoquent sans pudeur l\u2019importance de la cohésion nationale, culturelle et linguistique.La politologue Liah Greenfeld voit même dans le nationalisme une des principales causes de la réussite économique américaine.Pour Greenfeld, l\u2019idée même du progrès économique érigé en objectif social prend naissance avec l\u2019apparition du nationalisme.Jamais, dit-elle, les États-Unis n\u2019auraient connu un tel succès économique sans un fort sentiment d\u2019appartenance.kkk L\u2019attitude des nationalistes québécois à l\u2019égard des États-Unis n\u2019estpas qu\u2019une question théorique.Elle ne concerne pas seulement les universitaires ou les fonctionnaires du ministère des Relations internationales.De notre façon de caractériser notre voisin, de le considérer comme un allié ou un ennemi - quels que soient ses défauts par ailleurs réels -, découlera la capacité des souverainistes de convaincre les Québécois que leur projeta un sens dans le monde d\u2019aujourd\u2019hui et que le Québec est viable sans le parapluie canadien.On voit mal en effet comment les souverainistes pourraient convaincre leurs concitoyens de se lancer dans l\u2019aventure de l\u2019indépendance tout en leur expliquant qu\u2019ils vivent à 50 kilomètres de la puissance la plus agressive de la planète.Il reste évidemment à tirer toutes les conséquences tactiques de cette analyse, en particulier sur le plan de la diplomatie que les souverainistes déploient en France et aux États-Unis.Mais, s\u2019il fallait que les souverainistes se rallient à l\u2019idée devenue dominante dans certains milieux selon laquelle l\u2019Amérique est dorénavant un ennemi, une « hyperpuissance» dont il faut à tout prix se protéger, on serait justifié de conclure que le nationalisme canadien a définitivement triomphé du nationalisme québécois.Références BEAUDET, Pierre.« Le tabou », Le Devoir, 10 août 2004.BRUNELLE, Dorval.« L'ALÊNA doit-il encore servir de modèle ?»,LeDevoir, 16 septembre 2004.GREENFELD, Liah.The Spirit of Capitalism, Oxford, Harvard University Press, 2001.MEAD, Walter Russel.Pouter, Terror, Peace and War, New York, Alfred Knopf, 2004.91 Mutations et enjeux de société Jeunes hommes en colère à Québec : malaise de classe et de génération Simon Langlois Departement de sociologie, Université' Laual Le mouvement de protestation qui a entouré la décision de fermer la station CHOI-FM ne s\u2019explique pas seulement par la volonté soudaine de toute une population de défendre la liberté d\u2019expression.Un mouvement d\u2019une telle ampleur exprime plutôt le réel malaise d\u2019une génération de jeunes, et en particulier le malaise des jeunes hommes de moins de 35 ans, qui est très critique de la société québécoise actuelle et de ses institutions.En ce sens, la ville de Québec est le laboratoire fascinant d\u2019un processus social plus large, qu\u2019on retrouve aussi ailleurs en Amérique.Pour cerner ce qui en est, identifions d\u2019abord qui écoute la station CHOl, afin de comprendre ainsi qui a protesté avec autant d\u2019ampleur contre sa fermeture.Le dernier sondage BBM réalisé en 2003, qui a recensé les auditeurs de la station avant que le scandale n\u2019augmente ses cotes d\u2019écoute, a démontré qu\u2019entre 1998 et 2003, la station CHOl a élargi son auditoire à une nouvelle clientèle, en plus de la clientèle étudiante qui dominait ses cotes d\u2019écoute en 1998, celle des jeunes ménages en voie d\u2019installation mais à statut pré- caire.Par ailleurs, la station rejoint trois fois plus d\u2019hommes que de femmes, une constante depuis 1998.La moitié des jeunes de 18 à 34 ans de la grande région de Québec qui écoutent la radio le matin syntonisent CHOI-FM et un bon quart de la tranche d\u2019âge des 35-44 ans le fait aussi.Les plus de 55 ans, les retraités et les personnes au foyer l\u2019écoutent très peu.Ce n\u2019est donc pas la radio des baby boomers, loin de là ! CHOl estplutôt la radio d\u2019une classe moyenne jeune à scolarité moyenne et au statut d\u2019emploi incertain.La majorité des auditeurs n\u2019avaitpas complété le cégep, car nombre d\u2019entre eux sont toujours étudiants, mais aussi parce que la station rejoint une majorité de ce que les sociologues américains appellent la loiver middle class, une classe moyenne au statut précaire mais avec un grand appétit de consommation.Les proportions des auditeurs qui écoutaient la station au moins une fois en semaine, par profession, se dénombre ainsi : techniciens (38%), employés de bureau (32%), employés de commerce (41 %), employés des services (34%), cols bleus (30%), tra- 92 Mutations et enjeux de société vailleurs autonomes (25 %).À ces groupes s\u2019ajoutaient le tiers des chômeurs et 39 % des étudiants qui ouvrent leurs postes de radio (mais moins chez les étudiants universitaires).Ces personnes constituaient la presque totalité des auditeurs de CHOI lorsque la contestation de la fermeture a commencé.Enfin, les professionnels et les employés spécialisés écoutaient beaucoup moins la station avant la mobilisation de l\u2019été 2004.On est donc loin de l\u2019opposition basse-ville-haute-ville évoquée par certains analystes.C\u2019est plutôt la génération X, comme elle se plaît elle-même à s\u2019appeler depuis la contestation, qui a dominé les cotes d\u2019écoute.Le slogan de CHOI - « Es-tu un X?» - y fait d\u2019ailleurs référence.La station CHOI offre à cette jeune clientèle la musique qu\u2019elle aime et surtout, un style qui la rejoint: animateurs jeunes, franc-parler, choix de thèmes qui les intéressent, effets sonores, action et dynamisme.Elle organise par ailleurs de nombreuses activités : spectacles de rock alternatif, émissions en direct sur les lieux fréquentés par les jeunes, et d\u2019autres.Mais elle offre aussi un discours critique de l\u2019ordre établi - qui a surtout retenu l\u2019attention en raison de ses excès de langage et de sa grossièreté.Critique des institutions en place, critique des femmes et hommes politiques, critique aussi des bureaucraties, du féminisme étatique, du syndicalisme, de tout ce qui exerce un contrôle, CHOI n\u2019était donc pas seulement critique à l\u2019égard du CRTC ! C\u2019est pendant ses émissions d\u2019information du matin et du midi -très écoutées - que la station conteste tout discours politiquement correct en versant dans l\u2019excès opposé.Etce sontles excès de langage et la démagogie non déguisée du discours critique qui ont finalement conduit le CRTC à prendre la décision que l\u2019on connaît En plus de toucher un créneau en quelques années seulement grâce à son style original et son contenu musical, la station a su exprimer les préoccupations et les inquiétudes d\u2019une génération de jeunes -et en particulier d\u2019une génération de jeunes hommes - qui sont très critiques des acquis des générations passées, qui estiment à tort ou à raison ne pas avoir la chance qui leur est due « dans un monde dominé par des acquis » et des rigidités de toutes sortes.Ce discours porte d\u2019autant plus qu\u2019il prend place dans une ville où les institutions et les bureaucraties sont omniprésentes, une ville qui a un tissu économique moins diversifié, bref un marché de l\u2019emploi rigide.Une partie de cette génération a connu et connaît encore des difficultés à faire valoir ses compétences sur le marché du travail.D\u2019autres, qui sont nombreux à ne pas avoir poursuivi des études avancées, font face à la précarité d\u2019emploi, sans possibilité de construire un nous collectif sur les lieux de travail.Ils se reconnaissent par conséquent dans une station qui reproche au système d\u2019avoir pénalisé cette génération d\u2019hommes au profit des femmes et des minorités, en particulier dans certains secteurs d\u2019emploi qui visent à corriger les déficits passés dont ces jeunes hommes ne sont pas responsables.Ces hommes, qui ont perdu l\u2019assurance machiste des générations passées On est donc loin de l'opposition basse-ville-haute-ville évoquée par certains analystes.93 Mutations et enjeux de société et n\u2019ont pas encore trouvé leurs marques dans le monde nouveau, se sentent interpellés par le discours critique - et démagogique - de l\u2019ordre établi, critique de tout ce qui estpolitiquement correct de CHOI.Ils trouvent par ailleurs un sentiment d\u2019appartenance au sein du regroupement des auditeurs de CHOI qui se sentent attaqués par la décision du CRTC.Il n\u2019est pas surprenant que l\u2019expression «On est 380 000 » revienne si souvent dans les discours tenus par les plus militants dans les lignes ouvertes ou dans les lettres des lecteurs des journaux.La force du nombre les rassure.Un nombre qu\u2019il faudrait cependant relativiser et critiquer, car il s\u2019agit de 380 000 qui écoutent au moins un quart d\u2019heure dans la semaine du sondage.Tout large mouvement social, tout mouvement de protestation implique une foule diversifiée, certes, mais son succès repose aussi sur un noyau mobilisateur.La manifestation d\u2019appui à la station CHOI-FM du 22 juillet - imposante, mais dont l\u2019amplitude a été surévaluée - a été alimentée spontanément par des jeunes en très forte majorité.Etdans la foule en marche, beaucoup de jeunes hommes en colère, une majorité.S\u2019ils ont d\u2019abord protesté contre la décision de fermer leur station de radio, n\u2019ont-ils pas aussi en même temps exprimé l\u2019inquiétude de toute une génération ?Plus que la remise en cause de la fermeture d\u2019une station de radio locale, le phénomène actuel dans la ville de Québec est révélateur d\u2019un malaise générationnel plus large.La saga CHOI-FM Un animateur charismatique, un propriétaire audacieux et des auditeurs fidèles peuvent apparaître, à première vue, comme les ingrédients parfaits pour créer de toutes pièces un succès monstre dans le monde radiophonique.Mais qu'advient-il lorsque l'animateur s'avère irrévérencieux et injurieux, quand le propriétaire approuve ses opinions et que les auditeurs demeurent toujours aussi attentifs?La saga CHOI-FM aura montré les faiblesses d'une radio commerciale qui se croyait jusqu'alors reine des ondes, Le 13 juillet 2004, le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) a refusé de renouveler la licence de la controversée station radiophonique de Québec, propriété de Genex Communications, qui venait à échéance le 31 août, Cette décision de l'organisme fédérai fait suite à une série de plaintes logées à l'endroit de CHOI-FM, la fréquence 98,1 à Québec, et qui visait particulièrement ses deux animateurs vedettes, Jean-François Fil lion et André Arthur.Le Conseil note que «des propos offensants exprimés par des animateurs sur les ondes de la station ont risqué d'exposer à la haine ou au mépris certains individus ou groupes d'individus pour des motifs fondés sur la déficience mentale, la race, l'origine ethnique, la religion, la couleur et le sexe», Le CRTC a conclu qu'étant donné « le comportement inflexible affiché par la titulaire, son refus d'accepter ses responsabilités et le manque de tout en- gagement ferme de corriger la situation, le Conseil ne peut raisonnablement conclure que Genex se conformera à la Loi, au Règlement et à son Code de déontologie advenant un renouvellement de sa licence», En 2002, le CRTC avait accepté de renouveler la licence de CHOI-FM mais pour une période de deux ans seulement, au lieu du renouvellement habituel de sept ans, Cette nouvelle permission de diffusion était en outre assujettie à de nombreuses conditions qui devaient limiter les infractions de la station.Étant donné que les plaintes ont continué à s'accumuler, le Conseil, au bout de deux années de haute surveillance de la station, n'était pas convaincu de la bonne foi de Genex Communications, Outré par l'annonce de la fermeture de sa station, le propriétaire de Genex, Patrice Deniers, a demandé au gouvernement Martin et à la députée fédérale Liza Frulla, maintenant ministre du Patrimoine canadien, d'intervenir dans le dossier, Aucune intervention politique n'a cependant eu lieu auprès du CRTC, et aucune n'est à prévoir, puisque chacun respecte l'indépendance de l'organisme fédéral, Genex a tout de même décidé de contester la décision en Cour d'appel fédérale.Appuyée par le flamboyant avocat Guy Bertrand, la station a obtenu une ordonnance de la Cour lui permettant de rester en ondes jusqu'à la fin des procédures, 94 Mutations et enjeux de société De nombreux appuis Ce sursis a fait grand plaisir aux milliers d'auditeurs de la station, qui y ont vu une première victoire.Quelques jours seulement après l'annonce de la décision du CRTC, ils étaient environ 30 000 à marcher dans les rues de la Vieille Capitale pour défendre le droit à la liberté d'expression et dénoncer la «censure» imposée par l'organisme fédérai, Quelques jours plus tard, la manifestation s'est transportée sur la colline parlementaire à Ottawa où 3000 supporters ont répondu à l'appel.Environ 2000 résidents de Québec se sont rendus sur place grâce à la cinquantaine d'autobus réservés pour l'occasion, De nombreux politiciens ont appuyé publiquement la cause de CHOI.C'est le cas du premier ministre du Québec, Jean Charest, qui reproche au CRTC sa mesure trop draconienne.Le chef de l'ADQ, Mario Dumont, le chef du NPD, Jack Layton, le ministre des Ressources naturelles, Sam Hamad, et le député du Bloc québécois Michel Guimond ont également tenu à appuyer la station dans ces moments difficiles, La décision du Conseil a même provoqué l'inquiétude de Reporters sa ns frontières (RSF), L'organisme international voué à la défense de la liberté de la presse a accordé un appui inattendu à la station.Il s'est dit « préoccupé par la décision du CTRC qui s'apparente à un acte de censure», RSF a déclaré qu'il s'agissait «d'un cas sans précédent d'atteinte à la liberté d'expression au Québec», Plus près de nous, même la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ), souvent ridiculisée par CHOI-FM, a dit regretter le musellement de la station.La présidente de la Fédération, Anne-Marie Dussault, a déclaré à La Presse qu'elle se sentait « comme une avocate qui doit défendre un tueur en série» et inquiète de ce «dangereux précédent», Un phénomène inquiétant Pour une grande partie de la population québécoise cependant, le débat sur CHOI-FM n'en est pas un sur la liberté d'expression ou sur la censure.En effet, plusieurs estiment que la station est Partisane de son malheur puisqu'elle a refusé de se plier aux règles du CRTC et aux simples règles du respect, Les animateurs ont chargé les ondes publiques de propos offensants et d'attaques personnelles, comportement qui n'est pas digne du privilège de détenir une licence de radiodiffusion, Certains soutiennent que Genex Communications a utilisé la violence verbale comme appât afin de capter l'attention des jeunes et de faire mousser les ventes publicitaires, C'est justement cette complicité entre la jeune génération et la station qui provoque le plus de questionnement.Attirés non seulement par la musique rock mais aussi par les propos incendiaires de l'animateur vedette Jean-François Fiiiion, les jeunes de Québec ont appuyé la cause de CHOI avec une ardeur pour le moins inquiétante aux yeux de plusieurs, Dans une lettre publiée dans Le Devoir au mois d'août, le président du Conseil de presse du Québec, Raymond Corriveau, s'inquiétait de l'ampleur du phénomène.« Le droit canadien aussi bien qu'international condamne ceux qui pratiquent la violence, verbale ou non, mais aussi ceux qui i'y incitent, écrivait-il.[.] Voir des milliers de personnes manifester dans une mécanique de ralliement hautement ambiguë peut inquiéter beaucoup plus que rassurer sur le sort de la liberté d'expression, » Le dossier aura fait couler beaucoup d'encre.Même le prestigieux quotidien The New York Times y consacrait un article en septembre 2004, comparant Jean-François Fiiiion à une réplique miniature de Howard Stem, un animateur de radio américain tout aussi controversé, Reste donc à savoir si CHOI vaincra ou non la bataille, mais aussi comment le CRTC s'en sortira, La grogne populaire pourrait bien avoir des effets inattendus sur le chien de garde des ondes, Vicky Boutin Références CORRIVEAU, Raymond.« La perspective du Conseil de presse à propos de CHOI.Pénaliser d'abord les animateurs fautifs », Le Devoir, 19 août 2004.CONSEIL DE LA RADIODIFFUSION ET DES TÉLÉCOMMUNICATIONS CANADIENNES (CRTC).Dérision de radiodiffusion CRTC 2004-271,13 juillet 2004 [en ligne] www.crtc.gc.ca/archive/FRN/Decisi0ns/2004/db2004-271.pdf CONSEIL DE LA RADIODIFFUSION ET DES TÉLÉCOMMUNICATIONS CANADIENNES (CRTC).Le CRTC décide de ne pas renouveler la licence de CHOI-FM Québec, communiqué du 13 juillet 2004 [en ligne] www.crtc.gc.ca/frn/NEWS/RELEASES/2004/r040713.htm NORMANDEN, Pierre-André.« \u201c Je me sens comme une avocate qui doit défendre un tueur en série \u201d.Le retrait du permis de CHOI, un dangereux précédent, selon la présidente de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec », La Presse, 14 juillet 2004.95 IIAiiO NUMÉRIQUE Page(s) blanche(s) Veuillez vous informer auprès du personnel de BAnQ en utilisant le formulaire de référence à distance, qui se trouve en ligne https://www.banq.qc.ca/formulaires/formulaire reference/index.html ou par téléphone 1-800-363-9028 Bibliothèque et Archives nationales Québec ES E3 ES ES Chronologie 2003-2004 Chronologie 2003-2004 Les principaux événements Serge Laplante Recherchiste, Le Devoir Voici les principaux événements survenus au Québec entre le Ier août 2003 et le 31 juillet 2004.AOÛT 2003 Le 4 - Internationaux de tennis.Le Québécois Simon Larose, 314e au classement ATP, cause une grande surprise aux Internationaux de tennis du Canada en défaisantle 13e joueur mondial, le Brésilien Kustavo Kuerten.Larose devient le premier joueur canadien depuis Sébastien Lareau, en 2000, à atteindre la troisième ronde du tournoi.Les 4-5 - Déluge dans les Bois-Francs.De fortes pluies provoquent des inondations majeures dans les Bois-Francs, principalement à Tingwick et Chesterville.Le 7 - La fin du Grand Prix du Canada?Coup de tonnerre parmi les amateurs de courses automobiles : le patron du Grand Prix, Normand Legault, annonce que la Formule 1 raye le Grand Prix de Montréal du calendrier 2004, après 25 ans d\u2019existence, à cause de la loi antitabac (la loi qui interdit les commandites du tabac entre en vigueur le Ier octobre).Le 8 - Chirac chez Charest.Jean Charest et sa famille reçoivent, pour un dîner privé, Jacques Chirac et son épouse Bernadette à leur résidence d\u2019été de North Hadey.Le couple présidentiel fiançais passe ses vacances au Québec.Le 10 - Roddick l\u2019emporte.L\u2019Américain Andy Roddick remporte son premier tournoi majeur, le Masters de tennis du Canada, en battant facilement l\u2019Argentin David Nalbandian en deux manches de 6-1 et 6-3.Le 13 - Bois d\u2019œuvre.Une troisième décision juridique vient confirmer la position du Canada dans l\u2019interminable conflit du bois d\u2019œuvre qui l\u2019oppose aux États-Unis.Un groupe spécial de l\u2019ALENA sur la question du droit compensateur déclare que le ministère américain du Commerce a eu tort d\u2019imposer un droit compensateur de 18,79 0/° sur les importations de bois d\u2019œuvre, car ce droit constitue une charge fiscale pour les acheteurs et les rénovateurs de maisons.Le 2 juillet 2003, l\u2019OMC avait confirmé une décision qui donnait raison en grande partie au Canada et déclarait invalide le droit compensateur de 18,79 0/° imposé par le gouvernement américain.Lei4-Pannegigantesque.Ài6hi5, une gigantesque panne d\u2019électricité touche le nord-estde l\u2019Amérique, notamment les villes de New York, Toronto, Detroit, Normand Legault 97 Mutations et enjeux de société Cleveland et Ottawa.Les premières informations en attribuentl\u2019origine à une défectuosité à la centrale Niagara Mohawk Grid qui fait la jonction des réseaux américains et ontariens.Cinquante millions de personnes sont touchées.Le Québec est totalement épargné par la panne, parce que son réseau est asynchrone avec ceux des États-Unis et des Maritimes.Depuis la tempête magnétique de mars 1989 et la crise du verglas de janvier 1998, le réseau de transport a été solidifié par des mécanismes de protection et il est possible de couper l\u2019alimentation pour isoler complètement le réseau, là où il y a problème.C\u2019est la plus importante panne d\u2019électricité dans l\u2019histoire des États-Unis.Lei5~Ph nomi a Après l\u2019extraordinaire succès deMixmania, l\u2019événement télévisuel de l\u2019année 2002-2003, la chaîne spécialisé VRAK met en onde un nouvelle émission de téléréalité à l\u2019intention des jeunes : Phénomia.Neuf jeunes de 12 à 17 ans doivent préparer un opéra rock pendant dix semaines.Contrairement à Star Académie, l\u2019autre phénomène télévisuel de l\u2019année 2002-2003, aucun concurrent de Phénomia n\u2019est éliminé en cours de route.Patrick Carpentier Le 24 - Victoire de Jourdain.Le Mexicain Michel Jourdain Jr remporte la deuxième édition du Molson Indy de Montréal.Les Québécois Patrick Carpentier etAlexandreTagliani terminent aux troisième et quatrième rangs.Le 28 - Landry hospitalisé.Bernard Landry est hospitalisé d\u2019urgence pour subir une appendicectomie.Il s\u2019en remettra parfaitement SEPTEMBRE 2003 Le 2 - Radiomédia grandit.Sylvain Chamberland, président-directeur général du poste CKAC et du groupe Radiomédia, devient le nouveau propriétaire des huit stations de radio appartenant à Astral Média.Il aura pour associé l\u2019éditeur Gaëtan Morin.C\u2019est une transaction de 12 millions de dollars.Pour la première fois depuis des années, une transaction d\u2019importance dans le monde des médias n\u2019implique pas un grand groupe de communications.Le 2 - Record d\u2019Éric Gagné.Le releveur étoile des Dodgers de Los Angeles établit un nouveau record des ligues majeures en sauvegardant une 55e victoire consécutive sur deux saisons, dans une victoire de 4-1 aux dépens des Astros de LJouston.Il étaitpassé à l\u2019histoire le 28 août en enregistrant son 44e sauvetage de suite dans une même saison, record également établi par Tom Gordon en 1998.Le 2 - Audrey de Montigny éliminée.L\u2019aventure Canadian Idol se termine pour la nouvelle coqueluche du Québec, Audrey de Montigny.La jeune femme de 18 ans, originaire de Sainte-Julienne dans Lanaudière, est stoppée au Top 4 du concours de chant télévisé animé par Ben Mulroney (fils de Brian Mulroney).Elle est éliminée, n\u2019ayantpas reçu suffisamment de votes du public.Le 3 - À hauteur d\u2019homme.Tout à fait dans l\u2019air du temps des émissions de téléréalité, le documentaire du cinéaste Jean-Claude Labrecque sur la campagne électorale de Bernard Landry, diffusé dans un premier temps en vision- 98 Chronologie 2003-2004 nement de presse, provoque un débat passionné sur les relations entre le premier et le quatrième pouvoir.À hauteur d\u2019homme dépeint notamment les rapports difficiles entre le premier ministre Bernard Landry et la presse politique, en particulier les journalistes de la télévision.Le 4 -Les invasions barbares.Dix-sept ans, jour pour jour, après la présentation du Déclin de l\u2019empire américain, qui avait ouvert le festival de la Ville reine en 1986, le nouveau film du cinéaste québécois Denys Arcand ouvre le 28e Festival international du film de Toronto.Le 14, Les Invasions barbares remporte le Prix de la Ville de Toronto pour le meilleur film canadien présenté lors du Festival.«Vous ne savez pas à quel point vous êtes chanceux d\u2019avoir un festival organisé par des gens aussi compétents », a souligné Denys Arcand en acceptant son prix.Le 5 - Première mondiale de Ca va 1 La À Shawinigan, sous un chapiteau de 1800 places, le spectacle équestre conçu par Normand La tourelle, un ancien dirigeant du Cirque du Soleil, prend son envol.Cavalia est un spectacle multimédia comprenant du théâtre, de la danse et des numéros de cirque.Le 5 - Virus du Nil.Un premier cas humain probable d\u2019infection par le virus du Nil occidental est rapporté au Québec.Il s\u2019agitd\u2019une femme de Laval qui s\u2019est présentée à l\u2019hôpital dans la dernière semaine d\u2019août avec des symptômes compatibles avec une infection sévère au VNO.Cavalia Le 8 - Léon Mugesera peut rester.L\u2019ordre de renvoi prononcé par le ministère de la Citoyenneté et de l\u2019Immigration à l\u2019encontre du Rwandais Léon Mugesera, son épouse et leurs cinq enfants est annulé par la Cour d\u2019appel fédérale.Mugesera avait été accusé d\u2019incitation à la haine, au génocide, de crimes contre l\u2019humanité et d\u2019avoir fait une fausse déclaration pour entrer au pays par la Commission de l\u2019immigration et du statut de réfugié du Canada, qui avait ordonné son expulsion en 1996, pour un discours prononcé le 22 novembre 1992 à Kabaya.« Quand bien même que certains de ses propos seraient déplacés ou malheureux, il n\u2019y a rien dans la preuve qui permette de penser que M.Mugesera aurait délibérément, sous le couvert d\u2019anecdotes ou d\u2019autres images, incité au meurtre, à la haine ou au génocide », écritla Cour.Les motifs invoqués par le gouvernement pour demander le renvoi de M.Mugesera « sont ou bien mal fondés, ou bien non pertinents ou bien non probants », tranche le juge Robert Descary.Défendu par Me Guy Bertrand, 99 Mutations et enjeux de société Le io - Boulet de retour.Un mini-remaniement minis-Procès des motards\ttériel permet à Julie Boulet, qui avait démissionné du gouvernement Charest le 30 mai 2003, de réintégrer le cabinet comme ministre déléguée aux Transports.M.Mugesera est au Québec depuis 1993.Le 7 novembre, le ministre de l\u2019Immigration, Denis Coderre, porte le juge-ment en appel devant la Cour suprême du Canada.Jacques Villeneuve Le 11 - Procès des motards.Fin subite d\u2019un des deux méga-procès impliquant des motards criminalisés.Neuf des 12 membres ou associés des Hells Angels accusés de 13 meurtres prémédités, commis entre 1996 et 2000 afin de prendre le contrôle du trafic de drogue à Montréal, enregistrent des plaidoyers de culpabilité à des accusations réduites de complot pour meurtre, trafic de stupéfiants et gangstérisme.Les trois autres accusés maintiennent leur innocence et subiront un nouveau procès.L\u2019ampleur de l\u2019opération est sans précédent : 66 jours devant jury, un interrogatoire de 155 témoins et le dépôt de 534 pièces à conviction, sans compter la quarantaine de requêtes diverses que le juge a eu à trancher, marquent ce procès d\u2019une durée d\u2019un an.Le procès avait été entamé devant jury le 22 octobre 2002.Le 23 septembre 2003, le juge Réjean Paul se rend aux suggestions communes formulées par la Couronne et l\u2019avocat de la défense et condamne les motards à des peines de 10 à 15 ans d\u2019emprisonnement.Dès lors, un débat s\u2019amorce sur les dessous de la négociation de l\u2019entente sur le plaidoyer de cul- pabilité.Dans une requête, la défense allègue que le ministre Bellemare et son sous-ministre Mario Bilodeau ontfailli faire dérailler le procès en intervenant dans le dossier, réfutant l\u2019entente négociée par le procureur-chef de Montréal, Me André Vincent.La controverse entraînera le départ du sous-ministre Mario Bilodeau.Le 2 octobre, le sous-ministre en titre et sous-pro-cureur général Michel Bouchard est remplacé par Me Louis Dionne.Le 12 - Retraite de Jacques Villeneuve ?La carrière de Villeneuve en Fi est sur le point de se terminer, titrent les journaux en manchettes.On apprend alors que le pilote québécois disputerait sa toute dernière saison de Fi.Ses rapports avec David Richards, le patron de l\u2019écurie BAR, seraient au pire, ce dernier ayant décidé de se débarrasser de l\u2019exchampion du monde.Aucune autre écurie n\u2019aurait montré de l\u2019intérêt pour le pilote.Pire encore, Villeneuve aurait laissé entendre qu\u2019il pourrait même ne pas disputer le dernier grand prix de la saison au Japon.Le 14 - Marathon de Montréal.Le Canadien Anthony Gitau, chez les hommes, et la Montréalaise Tina Kader, chez les femmes, terminentpremiers au Marathon international de Montréal.De retour après douze années d\u2019absence, l\u2019événement a attiré 3000 coureurs.Le 16 - Le Cirque Éloize à Paris.Première de Nomade du Cirque Éloize à Paris.LeCirque s\u2019estinstallépourplus d\u2019un mois près du Bois de Vincennes à l\u2019invitation de la ville de Paris, qui a fourni le chapiteau et a pris en charge la promotion et l\u2019affichage.100 Chronologie 2003-2004 Le ig - Droits des Métis.Dans un jugement unanime, la Cour suprême statue que les Métis peuvent revendiquer des droits de chasse et de pêche et d\u2019autres droits ancestraux, à la condition de prouver qu\u2019ils possèdent des liens ancestraux avec une communauté métisse identifiable.Au Québec, le gouvernement ne reconnaît pas aux Métis le statut de nation autochtone.Cirque du Soleil Le 20 - Première mondiale de Zumanity.Le cabaret érotique du Cirque du Soleil, présenté au Théâtre Zumanit conçu pour le spectacle, à l\u2019hôtel New York-New York de Las Vegas, est le troisième spectacle permanent du Cirque du Soleil dans la capitale du jeu après Mystère et Ô.Le 28 -M8' Ouellet nommé cardinal.Le Vatican annonce que l\u2019archevêque de Québec, monseigneur Marc Ouellet, 59 ans, a été faitmembre du Sacré Collège.Il est des 31 nouveaux cardinaux, provenant de 16 pays, nommés par le pape Jean-Paul IL C\u2019est le 5e cardinal du Canada (le 3e électeur) et le 7e issu de l\u2019archidiocèse de Québec.Théologien respecté, le prêtre sulpicien originaire d\u2019Abitibi a été ordonné prêtre en 1968, nommé évêque en 2001, puis archevêque de Québec le 15 novembre 2002.Il est installé depuis le 26 janvier 2002 au poste de monseigneur de Laval.Mgr Ouellet est le primat de l\u2019Église canadienne.Le pape le connaît personnellement puisqu\u2019il a œuvré à Rome comme secrétaire du Conseil pontifical pour la promotion de l\u2019unité des chrétiens.Il sera élevé à la pourpre cardinalice à l\u2019occasion d\u2019un consistoire le 21 octobre 2003.Le 28 - Manuvie 2e en Amérique.La Financière Manuvie, deuxième assureur-vie au Canada, prend le contrôle de la John Handcock Financial Services Inc.de Boston, une transaction de 15 milliards de dollars.La valeur combinée des actifs de la nouvelle entreprise fusionnée atteint 34,7 milliards, ce qui en fait la 2e plus importante compagnie d\u2019assurance-vie en Amérique du Nord.OCTOBRE 2003 Le 5 - Invasion de la téléréalité.Le Québec plonge avec délice dans l\u2019ère de la téléréalité avec la première de Lojt Story sur le réseau TQS.Diffusée sept jours sur sept, cette émission inspirée d\u2019un concept européen met en vedette onze jeunes célibataires (six gars et cinq filles) séquestrés dans un loft construit pour l\u2019occasion, sous l\u2019œil des caméras, dans le but de former un couple, avec la complicité (ou malgré l\u2019opposition) du public, appelé à voter l\u2019exclusion de l\u2019un des participants chaque semaine.Le 18 septembre, sur TVA, avait débuté Occupation double, qui tentera de créer un couple en réunissant durant 10 semaines six filles et dix gars, habitant des maisons séparées, mais mis en contact lors de diverses activités, puis appelés à 101 Mutations et enjeux de société s\u2019éliminer mutuellement jusqu\u2019au triomphe d\u2019un couple idéal.Le 6 - Couche-Tard achète.Alimentation Couche-Tard, le plus grand propriétaire de dépanneurs au Canada, acquiert quelque 2055 magasins de la chaîne américaine Circle K pour 1,12 milliard de dollars.L\u2019entreprise de Laval se hisse ainsi au quatrième rang en Amérique du Nord dans ce marché particulier, avec un total de 4630 magasins, dont 2729 aux États-Unis.Le 8 - Marc Bellemare à nouveau sur la sellette.Le ministre de la Justice du Québec, Marc Bellemare, affirme qu\u2019il n\u2019a que très peu de contact avec sa fille aînée, Lysanne, depuis que celle-ci est devenue majeure, il y a trois ans.M.Bellemare commentait alors les propos tenus sur une station de radio de Québec selon lesquels la fille du ministre serait danseuse nue dans un bar de Québec, où elle pourrait avoir été en contact avec des éléments du crime organisé.M.Bellemare affirme avoir pris les dispositions, dès sa nomination comme ministre, pour que le dossier de sa fille relève de son sous-ministre et non de lui-même.Il dit en avoir aussitôt informé le premier ministre Jean CharesL II dit aussi ignorer où habite, ou comment vit, sa fille Lysanne.M.Bellemare, qui a quatre autres filles, dit avoir déjà signifié à son aînée qu\u2019il n\u2019était pas d\u2019accord avec ses choix de vie.«Je l\u2019aime, c\u2019est ma plus vieille, c\u2019est un choix de vie, que voulez-vous que j\u2019y fasse?», a conclu le ministre.Le 8 - Villeneuve se retire.La décision de Jacques Villeneuve de ne pas disputer le dernier Grand Prix de la saison à Suzuka au Japon confirme la fin de la carrière du pilote en Formule 1.Il est immédiatement remplacé par son successeur désigné, Takuma Sato.Le 11 - Jeanson exclue des Mondiaux de cyclisme sur route.Ayant échoué un test sanguin sans préavis de l\u2019Union cycliste internationale, son hématocrite (taux de globules rouges dans le sang) étant plus élevé que la limite permise, Geneviève Jeanson est exclue des Mondiaux de cyclisme sur route disputés à Hamilton.Elle est blanchie de tout soupçon le 24 octobre, l\u2019analyse de l\u2019échantillon d\u2019urine de l\u2019athlète québécoise n\u2019ayantrévélé aucune trace d\u2019érythropoïétine (EPO).Le 14 - SQ: «Fini les parties de pêche ».Le ministre de la Sécurité publique, Jacques Chagnon, demande à la SQ de mettre fin à ses enquêtes de sécurité sur des groupes de citoyens contestataires mais pacifiques.Dorénavant, la Sûreté du Québec devra instituer de telles enquêtes de renseignement seulement si une infraction au Code criminel a été commise, si une menace a été proférée ou si un signalement sérieux a été enregistré.D\u2019après le ministre, les policiers ont commis une « erreur de jugement » en enquêtant sur les défii-sionnistes de la région de Montréal, les militants contre le tracé de l\u2019autoroute 30 etles tenants des garderies à cinq dollars.Le 14 - Émeute du Medley.L\u2019annulation d\u2019un concertpunk au Medley provoque une émeute, en milieu de soirée, dans le centre-ville de la Métropole.Une centaine de spectateurs, furieux de ne pas assister au spectacle, renversent et incendient des voitures, s\u2019attaquent à des 102 Chronologie 2003-2004 commerces.L\u2019escouade anti-émeute et les pompiers doivent intervenir pour contrôler la situation et éteindre les incendies.Les policiers ont réussi à rétablir le calme aux alentours de 22 h.Le bilan se solde par trois véhicules de la police et 42 véhicules de citoyens endommagés, dont huit incendiés et n commerces vandalisés.Trois policiers et deux gardiens de sécurité du Medley ont été blessés légèrement par des éclats de vitre.Sept personnes ont été arrêtées.Le 24 - Conseil de la fédération.Rencontre des premiers ministres provinciaux à Québec en vue de créer en décembre en Conseil de la fédération, une proposition de Jean Charest.Le 28 - Motion de confiance pour Chrétien.Une motion du Bloc québécois exigeant du premier ministre Jean Chrétien de démissionner le plus rapi-dementpossible, après le 14 novembre 2003, est facilement battue aux Communes par un vote de 169 voix libérales et néo-démocrates, contre 97 voix bloquistes, alliancistes et conservatrices.Dans une lettre commune, les chefs du Bloc, de l\u2019Alliance canadienne et du Parti progressiste-conservateur ont écrit que la longue course à la direction du Parti libéral paralyse l\u2019administration fédérale et provoque un « déficit démocratique ».Le 29 - Motion sur la reconnaissance du Québec comme nation.Une motion du Bloc québécois visant à faire reconnaître la nation québécoise et à permettre au Québec d\u2019exercer, à titre de nation, un droit de retrait avec pleine compensation de toute initiative fédérale dans une juridiction provinciale pouvant découler de l\u2019entente sur l\u2019Union sociale signée en 1999, est défaite par un vote de 168 contre 38.Tous les libéraux présents votent contre la motion, y compris Paul Martin.Sont pour les bloquistes, quatre députés du NPD et Joe Clark.La motion défaite : « Que la Chambre reconnaisse que le Québec forme une nation, et qu\u2019en conséquence, n\u2019étant pas signataire de l\u2019entente cadre sur l\u2019union sociale de 1999, ladite nation québécoise dispose d\u2019un droit de retrait avec pleine compensation financière pour toute initiative fédérale faisant intrusion dans les juridictions québécoises ».Le 30 - Production porcine.En divulguant le rapport du Bureau d\u2019audiences publiques sur l\u2019environnement sur la production porcine, le ministre de l\u2019Environnement, Thomas Mulcair, annonce qu\u2019il prolonge le moratoire en cours jusqu\u2019à ce que de nouvelles règles du jeu protégeant les écosystèmes et le tissu social rural soient mises en place.NOVEMBRE 2003 Le Ier - Leblanc fait naufrage.Les barreurs québécois Georges Leblanc et Marc Nadeau, à bord du Ciment Saint-Laurent, sombrent dans la Manche après avoir frappé un conteneur, à environ 16 miles nautiques de Cherbourg, au premier jour de la transat Jacques-Vabre entre le Havre et Salvador de Bahia, au Brésil.C\u2019est un second naufrage pour Georges Leblanc.À l\u2019automne 1998, en pleine qualification pour la Route du Rhum, son voilier de l\u2019époque, le Thriller, avait coulé alors que l\u2019ouragan Danielle faisait rage.103 Mutations et enjeux de société Le 2 - Élections municipales.Les citoyens de 465 villes et villages du Québec sont appelés aux urnes, tandis que 115 maires avaient été réélus sans opposition à la fin de la période de mise en candidature.Ce scrutin marque la fin d\u2019une époque puisque depuis 1916, les édiles municipaux devaient mettre leur siège en jeu tous les quatre ans à la date anniversaire de fondation de leur municipalité.À compter de 2005, les 1113 villes, municipalités et villages du Québec tiendront des élections en même temps, tous les quatre ans, le premier dimanche de novembre.Le 6 - Chrétien quitte les Communes.Jean Chrétien fait ses adieux à la Chambre des communes, après 40 ans de vie publique.« Je suis pas mal ému, ce n\u2019estpas facile de quitter mais toute bonne chose a une fin, a déclaré le premier ministre.Je suis un peu triste, mais il vaut mieux quitter pendant que je suis en bonne forme physique et morale.» Le 11 - Succession Riopelle.Les enfants de Jean-Paul Riopelle obtiennent une injonction pour empêcher la vente à l\u2019encan de 67 œuvres de la collection du peintre, décédé en mars 2002.L\u2019injonction provisoire accordée par la juge Nicole Bénard demeure valide pour dix jours.La vente contestée comprend 44 œuvres du peintre expressionniste abstrait, des tableaux de Joan Mitchell, artiste américaine qui a partagé sa vie à Paris, et d\u2019autres toiles ou dessins réalisés par des artistes québécois ou européens de renom.Les trois enfants de Riopelle, Yseult, Sylvie etYann Fravalo, son fils naturel, affir- ment que cette vente, organisée trop rapidement, pourrait diminuer la cote marchande des œuvres.Le 13 - Le Cy Young à Éric Gagné.Le lanceur de relève Éric Gagné, originaire de Mascouche, remporte le Cy Young décerné au meilleur lanceur de la Ligue nationale de baseball, devenant le premier Québécois à se mériter un titre majeur au baseball.C\u2019est « comme si un évêque québécois devenaitpape », a déclaré avec humour l\u2019ex-baseballeur Claude Raymond.Le releveur étoile a remporté 28 des 32 votes de première place des membres de l\u2019Association des chroniqueurs de baseball.Le 14 - Martin chef du PLC.Paul Martin est proclamé chef du Parti libéral du Canada lors du congrès à la direction tenu à Toronto.Le 16 - Les Alouettes perdent en finale.Le 91e match de la Coupe Grey, à Regina, oppose les Alouettes de Montréal aux Eskimos d\u2019Edmonton.Champions défendant, les Alouettes s\u2019inclinent 34-22.Le 16 - Élections scolaires.Line fois de plus, les élections scolaires au Québec se déroulent dans l\u2019indifférence des électeurs.Le taux de participation pour l\u2019ensemble du Québec est de 8,4%.Il avait été de 15,4% en 1998.Dans les commissions scolaires francophones, le taux de participation est de 8,1 %, contre 11,8% en 1998.Dans les commissions scolaires anglophones, il est de 14,3%, comparativement à 53,4% lors du dernier scrutin.On enregistre un taux de participation de moins de 104 Chronologie 2003-2004 6 % dans la région de Québec.Dans l\u2019ensemble des 69 commissions scolaires, 907 des 1311 commissaires (69 %) ont été élus par acclamation.Le 17 - Jeanson plaide son innocence.« Je n\u2019ai jamais pris de drogue, on ne m\u2019en a jamais offert, jamais prescrit, je n\u2019en ai même jamais vu », clame Geneviève Jeanson en conférence de presse après qu\u2019il eut été révélé qu\u2019elle est la cycliste de haut niveau à qui le docteur Maurice Duquette aurait prescrit de l\u2019EPO.Le 18 - Le Grand Prix sauvé.Après des mois d\u2019intenses jeux de coulisses, le promoteur montréalais Normand Legault conclut un accord avec Formula One Management de Bernie Ecclestone pour le rachat de sa clause antitabac.Le Grand Prix du Canada reviendra à Montréal pour trois ans contre une rallonge de 29 millions de dollars.L\u2019épreuve aura lieu le 13 juin 2004.Le 22 - Triomphe du Rouge et Or.L\u2019équipe de football universitaire le Rouge et Or de l\u2019université Laval remporte une deuxième Coupe Vanier en triomphant des Huskies de l\u2019université SaintMary\u2019s par la marque de 14-7 au SkyDome de Toronto.En 1999, Laval avait remporté son premier titre national en défaisant SaintMary\u2019s par la marque de 14-10.Le 26 - Léon Lafleur est retrouvé mort.Le directeur général de l\u2019hôpital Saint-Charles-Borromée s\u2019est enlevé la vie dans le scandale qui entoure son hôpital.Il était porté disparu depuis la veille.Son corps a été retrouvé dans une chambre d\u2019hôtel de Saint-Hyacinthe en bordure de l\u2019autoroute 20, à une cinquantaine de kilomètres de Montréal.Malgré l\u2019onde de choc créée au Québec par la mort tragique de Léon Lafleur, le ministre de la Santé, Philippe Couillard, a réitéré son intention de faire la lumière sur la qualité des soins dans ce centre.Selon Jean Charest, le ministre de la Santé a bien assumé ses responsabilités.Il a d\u2019ailleurs invité les médias à s\u2019interroger sur leur rôle dans cette affaire tragique.L\u2019hôpital Saint-Charles-Borromée, un centre de soins de longue durée, est sous enquête parce qu\u2019il fait face à des accusations de mauvais traitements de la part des membres de la famille d\u2019une patiente.Les deux sœurs de cette femme handicapée de 51 ans ont demandé au ministre de la Santé de prendre des mesures énergiques.Elles avaient placé un micro dans la chambre de leur sœur, croyant qu\u2019elle était victime d\u2019agression sexuelle.Elles ont découvert des abus répétés de la part de tous les employés qui l\u2019approchaient: menaces, moqueries, propos méprisants, violents et à caractère sexuel.L\u2019hôpital est mis en tutelle le 9 décembre.DÉCEMBRE 2003 Le 6 - Les Invasions barbares primé à Berlin.Dans le cadre de la 16e édition des Prix du film européen, l\u2019Académie européenne décerne au film de Denys Arcand le prix du meilleur film non européen.Le 9 - Conseil national de la santé.Le fédéral annonce la mise sur pied officielle du Conseil national de la santé, un organisme qui doit surveiller le système de soins de santé au pays et qui compte des représentants de toutes les 105 Mutations et enjeux de société Manifestation provinces saufl\u2019Alberta, qui a refusé d\u2019y participer, et du Québec, qui possède déjà son propre organisme de surveillance- le Commissaire à la santé, qui fait rapport à l\u2019Assemblée nationale -mais qui va tout de même y collaborer.La création de cet organisme, l\u2019une des principales recommandations du Rapport Romanow sur l\u2019avenir des soins de santé au Canada, avait été décidée à la réunion des premiers ministres de février 2002.Lucienne Robillard, Denis Coderre, Irwin Coder, Hélène Scherrer, Liza Frulla et Jacques Saada.Le 16 - Mort du FIND.La directrice artistique du Festival international de nouvelle danse, Chantal Pontbriand, annonce que l\u2019événement, acculé au mur en raison d\u2019un déficit de 600 000 dollars, cesse ses activités.Le FIND était le seul festival de danse d\u2019envergure internationale au Canada.Le 20 - Lucas battu.Consternation du public montréalais : le boxeur Éric Lucas est défait par abandon à la toute fin du 6e round du combat de championnat du monde intérimaire des poids super-moyens du Conseil mondial de la boxe (WBC) qui l\u2019oppose à l\u2019Australien Danny Green au Centre Bell de Montréal.JANVIER 2004 Le 11 - Grand dérangement syndical.Une Journée de perturbation nationale est organisée à travers tout le Québec par les centrales syndicales et l\u2019Association des CPE.Le 12 - Paul Martin premier ministre.L\u2019ancien ministre des finances devient le 21e premier ministre du Canada.Le nouveau cabinet compte 39 ministres (avec Paul Martin), dont 22 nouvelles figures.Plusieurs ténors du gouvernement Chrétien retournent sur les banquettes arrières, notamment Stéphane Dion, Sheila Copps, Martin Cauchon.Outre Paul Martin, le nouveau cabinet compte sept députés du Québec (contre six dans l\u2019ancien cabinet, en comptant Jean Chrétien) : Pierre Pettigrew, Le 7 - La Grande Séduction.Avec des recettes de 6 751 575 de dollars, La Grande Séduction a été le film le plus populaire de l\u2019année 2003 au Québec, et devient le premier film québécois à se classer premier au palmarès des films les plus populaires en salle au Québec, devançant des productions américaines aussi attendues que Le Seigneur des anneaux et La Matrice.Le 12 - Crise à Kanesatake.Nouvelle crise sur le territoire Mohawk de Kanesatake, sur fond de contrebande de cigarettes et de criminalité.La route 344 est bloquée.La maison et la voiture du grand chef James Gabriel sont incendiées par un groupe de Mohawks dont certains sont masqués.Les Peace- 106 Chronologie 2003-2004 keepers sont pris en otage dans leur poste par des « dissidents » qui obtiennent finalement le départ du nouveau chefTerry Issac et des policiers.Une entente intervenue entre le ministre de la Sécurité publique Jacques Chagnon et la commission de police de Kanesatake prévoit que le chef de police de Kahnawake, John K.Diablo, soit responsable de la sécurité sur le territoire de Kanesatake, désavouant de facto le grand chef James Gabriel.Évoquant le spectre de la crise d\u2019Oka de 1990, le ministre prétend qu\u2019« on a évité un bain de sang ».La décision du chef Gabriel de limoger le chef des Peacekeepers (Tracy Cross) et d\u2019embaucher 55 policiers originaires d\u2019autres territoires autochtones est à l\u2019origine de la colère d\u2019une faction de dissidents de la réserve.Le 13 - Zappa contre Ameublements Tanguay.Une entente à l\u2019amiable est conclue entre la succession du guitariste Frank Zappa et Ameublements Tanguay, qui étaitpoursuivi pour violation de droits d\u2019auteurs.Aucun détail sur l\u2019entente n\u2019a été dévoilé.On sait seulement que l\u2019entreprise a reconnu l\u2019infiraction et s\u2019en est excusée dans une lettre.Dans une publicité télévisée dif fusée 226 fois en 1995, le groupe Tanguay de Québec avait utilisé un extrait d\u2019un succès de Frank Zappa, la pièce Watermelon in Easter Hay sans autorisation.La publicité avait été rapidement retirée des ondes après qu\u2019un fan de Zappa - Steeve Le Brasseur, de Gaspé - eut alerté la succession de l\u2019artiste, décédé en 1993.La succession de Frank Zappa réclamaitplus de 120 000 de dollars US à Ameublements Tanguay.Le 13 - Geneviève Simard championne.La skieuse cause toute une surprise, en Italie, en s\u2019assurant les honneurs du Super-géant de Cortina d\u2019Ampezzo.Pour la Québécoise de 23 ans, il s\u2019agit d\u2019une première victoire en Coupe du monde et la deuxième fois en carrière qu\u2019elle accède au podium.Elle avait été médaillée de bronze du slalom géant de Berchtesgaden, en Allemagne, en 2002.Le 15 - Vague de froid polaire.La seconde vague de froid polaire qui frappe le Québec pousse Hydro-Québec à établir de nouveaux records de consommation: 35 137 mégawatts, puis 35\t601, puis.35 818.pour atteindre 36\t274 mégawatts vers 17 h 20.Le 20 - Soldats canadiens en Afghanistan.Les soldats de la base de Valcartier partent remplacer ceux de Petawawa.Un premier groupe de militaires quitte pour une mission de six mois.C\u2019est la troisième fois depuis 1993 que la base de Valcartier doit déployer deux missions en même temps : l\u2019opération Athéna en Afghanistan compte 2159 militaires et l\u2019opération Palladium en Bosnie 600.Près de 60 % des 4300 militaires du 5e Groupe-brigade mécanisé du Canada va ainsi se retrouver en mission à l\u2019étranger.Il ne restera que 1800 militaires à Valcartier.Le 22 - Alcan ferme des cuves.Alcan annonce qu\u2019elle devance de dix ans l\u2019arrêt de production des vieilles cuves Soderberg de son usine d\u2019Arvida, à Saguenay, une décision qui entraînera la perte de 560 emplois.Selon Alcan, les cuves Soderberg seraient devenues désuètes, polluantes et non rentables.Il s\u2019agit d\u2019un autre coup dur pour le 107 Mutations et enjeux de société Saguenay-Lac-Saint-Jean déjà éprouvé par la fermeture de l\u2019usine Abitibi-Consol de Port-Alfred, entraînant aussi la perte de 500 emplois.Le 22 - Craintes de contamination au VIH.Opérés par une chirurgienne morte du VIH, 2614 patients de l\u2019hôpital Sainte-Justine entre 1990 et 2003 sont rappelés pour subir des tests de dépistage.Hôpital Saint-Justine Le 24 - Gatti champion du monde.À AÜantic City, le Montréalais Arturo Gatti remporte le titre des super-légers du Conseil mondial de la boxe (WBC) par décision unanime des juges, face à Gianluca Branco.Le 27 - Le Guellec champion de biathlon.Le Québécois Jean-Philippe Le Guellec, de Shannon près de Québec, est sacré champion du monde de biathlon chez les moins de 18 ans.Le Québécois a décroché l\u2019or à l\u2019épreuve de sprint masculin de 7,5 km disputée en Haute-Maurienne dans les Alpes françaises.Il est le premier Canadien à remporter un titre mondial en biathlon masculin.Du 26 au 30 - Inondations à Montréal.La région de Montréal est aux prises avec des inondations causées par le gonflement de la rivière des Prairies et la formation d\u2019embâcles.Rivière de Prairies \t FÉVRIER 2003 Le 10 - Scandale des commandites.Un rapport dévastateur de la Vérificatrice générale du Canada sur la gestion mauvaise de l\u2019ancien Programme fédéral des commandites plonge le gouvernement de Paul Martin dans le scandale.Destiné à assurer plus de visibilité au fédéral au lendemain du référendum de 1995, le programme placé sous la responsabilité de Travaux publics Canada a dépensé, de 1997 à 2003, 250 millions de dollars pour promouvoir l\u2019unité nationale, principalement au Québec, dont 100 millions en commissions, sans appel d\u2019offre, sans facture, sans justification.« Le mots me manquent», commente Sheila Fraser.«Je ne savais rien de tout cela », répond Paul Martin, qui était à l\u2019époque ministre des Finances.L\u2019ex-ministre des Travaux publics Alphonso Gagliano est démis de ses fonctions d\u2019ambassadeur au Danemark et rapatrié.Le gouvernement institue une commission d\u2019enquête qui sera présidée par un juge de la Cour supérieure du Québec, John H.Gomery.Le 20 - Louise Arbour Haut commissaire de l\u2019ONU.La Montréalaise de 57 ans est nommé Haut commissaire de l\u2019ONU aux droits de l\u2019Homme pour un 108 Chronologie 2003-2004 mandat de quatre ans.Elle succède à Sergio Vieira de Mello, mort dans l\u2019at-tentatperpétré le 19 août contre le siège des Nations unies à Bagdad.À la Cour suprême du Canada, Louise Arbour, native du Québec, représente pourtant l\u2019Ontario, où elle avait siégé à la Cour d\u2019appel.Experte en droit criminel, elle avait été nommée à la Cour suprême en septembre 1999.Auparavant, elle s\u2019était fait connaître sur la scène mondiale, entre 1996 et 1999, comme procureure en chef des Tribunaux pénaux internationaux pour le Rwanda et pour l\u2019ex-Yougoslavie.C\u2019est elle qui inculpa Slobodan Milosevic.Mme Arbour devait démissionner de son poste à la Cour suprême du Canada, le plus haut tribunal du pays, à la fin du mois de juin.Le2g-UnOscarpourLes Invasion barbaresto Invasions barbares entre dans l\u2019histoire en devenant le premier film canadien, en 76 ans, à recevoir l\u2019Oscar du meilleur film en langue étrangère.Pour Denys Arcand, il s\u2019agissait d\u2019une troisième participation à la course aux Oscar après Le déclin de l\u2019empire américain en 1987 etjesus de Montreal en 1990.Depuis la première à Montréal le 5 mai 2003, le film a récolté une incroyable série de prix prestigieux : la Palme du meilleur scénario à Cannes, et pour Marie-Josée Croze celle de la meilleure actrice (25 mai 2003) ; à Paris, lors de la cérémonie des Césars, les lauriers du meilleur film, du meilleur réalisateur et du meilleur scénario (le 21 février 2004) ; à Montréal, lors de la soirée des Jutra, les prix du meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur scénario, du film qui s\u2019est le plus illustré à l\u2019étranger et de la meilleure actrice pour Marie-Josée Croze (22 février 2004).À Toronto, le 1\" mai 2004, Les Invasions barbares rafleront six Génie : meilleur film, meilleur scénario, meilleur réalisateur, interprétation masculine dans un premier rôle à Rémy Girard, meilleur rôle de soutien masculin à Stéphane Rousseau, et meilleure actrice de soutien à Marie-Josée Croze.MARS 2004 Le Ier - Mégaprocès : neuf Hells coupables.Après 13 mois, le premier grand procès pour gangstérisme tenu devant jury au Canada prend fin à Montréal.Huit des neuf accusés sont reconnus coupables de complot pour meurtre, gangstérisme et trafic de drogue.Un seul échappe à l\u2019accusation de complot pour meurtre.Après 12 jours de délibération, èe jury aura rendu 26 verdicts de culpabilité sur unepossibilité de 27.Le 8 avril, les neuf accusés sont condamnés à purger des peines de prison allant de 10 à 22 ans.Trois ans après l\u2019opération «Printemps 2001 », un deuxième mégaprocès prend fin.C\u2019est la première fois au Canada, depuis que la loi antigang a été adoptée en 1997, qu\u2019un jury est appelé à trancher.Pour plusieurs, c\u2019est la preuve que les mégaprocès sont efficaces malgré la complexité de la démarche.En trois ans, quelque 146 témoins ont été entendus et des milliers d\u2019heures d\u2019écoute électronique analysées.Le Ier - Jean Pelletier destitué.À la suite des révélations de Myriam Bédard sur les raisons qui l\u2019ont incitée à quitter son emploi chez Via Rail il y a deux ans, le président du conseil d\u2019administration de la société d\u2019État, Jean Pelletier, est congédié pour des propos qu\u2019il a tenu sur l\u2019ex-athlète olympique.Le premier Denys Arcand 109 Mutations et enjeux de société Kent Nagano ministre M.Martin a jugé que les commentaires de M.Pelletier étaient inacceptables.«Nous avons promis de changer les choses.Il faut faire des changements dans la culture des sociétés de la Couronne.On invite les gens à parler.Il faut les encourager, pas les décourager », a déclaré Paul Martin.À la suite des allégations de malversations chez Via Rail faites la semaine précédente par Myriam Bédard, Jean Pelletier a dit qu\u2019elle était une pauvre fille sans conjoint, ayant la tension d\u2019une mère monoparentale qui a des responsabilités économiques.Il s\u2019est excusé depuis.Le 2 - Nagano chef de l\u2019OSM.L\u2019Orchestre symphonique de Montréal annonce la nomination de Kent Nagano au poste de directeur musical.M.Nagano succède à Charles Dutoit, qui a quitté l\u2019institution en avril 2002.Il prendra les rênes de l\u2019orchestre seulement à compter de la saison 2006-2007.Au cours des deux prochaines saisons, il agira comme conseiller musical, participant notamment à l\u2019élaboration de la programmation.Il dirigera en outre au moins quatre concerts dans chacune des saisons.Né en Californie, M.Nagano est âgé de 52 ans.Il est présentement directeur artistique et chef principal du Deutsches Symphonie- Orchester de Berlin, ainsi que directeur musical de l\u2019Opéra de Los Angeles.Fort en demande, il deviendra également à compter de 2006 chefprincipal de l\u2019Opéra d\u2019Étatde Bavière.Kent Nagano devient le huitième directeur musical de l\u2019OSM.Il succède à Wilfrid Pelletier (1935-1941), Désiré Defauw (1941-1953), Igor Markevitch (1957-1961), Zubin Mehta (1961-1967), Franz- Paul Decker (1967-1975), Rafael Frühbeck de Burgos (1975-1976) et Charles Dutoit (1977- 2002).Le 3 -Chicago! Paris.Première parisienne, au Casino de Paris, de la distribution québécoise de la comédie musicale Chicago, mettant en vedette Véronic DiCaire et Stéphane Rousseau.Le 11 - Briller parmi les meilleurs.Le gouvernement Charest publie son plan d\u2019action intituler Briller parmi les meilleurs.La vision et les priorités d\u2019action du gouvernement du Quebec.Le 19 - Le mariage gai légal au Québec -Le Québec devient la 3e province (avec l\u2019Ontario et la Colombie-Britannique) où il est possible pour des couples du même sexe de se marier.En rejetant la requête de la Ligue catholique pour les droits de l\u2019Homme qui défèndaitla définition traditionnelle du mariage, la Cour d\u2019appel du Québec, dans un jugement unanime, ouvre la voie au mariage gai.Le tribunal estime en effet que le droit au mariage gai est déjà reconnu par les tribunaux de trois provinces et que la demande de la Ligue Catholique ne visait qu\u2019à contester les choix politiques des gouvernements provinciaux et fédéral.La Cour supérieure avait statué, en septembre 2002, que la définition traditionnelle du mariage violait la Charte des droits et libertés.Le couple homosexuel à l\u2019origine de cette levée de boucliers, René Lebœuf et Michael Hendricks, peut maintenant officialiser son union au Québec.Le 20 - Harper chef des conservateurs.Réunis à Toronto, les membres du Parti conservateur du Canada (PCC) étaient 110 Chronologie 2003-2004 appelés à choisir le premier chef du nouveau parti né de la fusion de l\u2019Alliance canadienne et du Parti progressiste-conservateur.Stephen Harper est élu au premier tour avec 55 % des voix, contre 35 % pour Belinda Stronach et 10 % pour Tony Clement.Au Québec, Belinda Stronach a obtenu la majorité des voix.Avec seulement 4% des membres du PCC, les 75 circonscriptions du Québec ont obtenu près du quart (24,3 %) des points.Le 23 - Premier budget du gouvernement de Paul Martin.Ralph Goodale présente un budget total de 187,2 milliards de dollars pour 2004-2005, le septième budget équilibré consécutif, une première depuis la Confédération.Les dépenses du gouvernement sont évaluées à 183,3 milliards de dollars, le surplus à quatre milliards de dollars, l\u2019augmentation des dépenses pour les programmes à 4,4%.Le 24 - Témoignage étonnant de Myriam Bédard.Bien des observateurs sont étonnés de certaines affirmations de Myriam Bédard lors de son témoignage devant le comité des comptes publics, notamment lorsqu\u2019elle affirme que l\u2019ex-président de VIA Rail lui aurait confié que Groupaction était impliquée dans le trafic de drogue, que son ex-agentlui avaitdit que Jacques Villeneuve avaitreçu 12 millions de dollars US pour porter le mot Canada sur son uniforme et que son conjoint, Nima Mazhari, avait convaincu le gouvernement Chrétien de ne pas aller en guerre en Irak.Le 25 - Gillet coupable.Au Palais de justice de Montréal, après 4 jours de délibérations, un jury trouve Robert Gillet coupable d\u2019un des trois chefs d\u2019accusation qui pesaient contre lui, soit l\u2019obtention de services sexuels d\u2019une prostituée mineure, âgée de 17 ans et demi au moment des faits.À la suite du démantèlement d\u2019un réseau de prostitution juvénile à Québec, l\u2019ex-an-imateur de radio de Québec était accusé d\u2019avoir obtenu les services sexuels de deux mineures moyennant rétribution et d\u2019agression sexuelle.Après le verdict, le magistrat n\u2019a pas requis l\u2019emprisonnement de Robert Gillet Robert Gillet Le 25 - Guy Cloutier arrêté.Le jour même où tombe le verdict du procès de Robert Gillet, une véritable bombe secoue le milieu du showbiz québécois lorsqu\u2019une de ses figures les plus connues, le producteur et gérant d\u2019artiste Guy Cloutier, est arrêté.Au Palais de justice de Montréal il plaide non coupable aux huit chefs d\u2019accusation d\u2019attentat à la pudeur, de grossière indécence, d\u2019agression sexuelle et d\u2019agression sexuelle avec une arme ou une imitation d\u2019arme (une télécommande), de voies de fait et de viol sur une seule plaignante.Certains de ces gestes ontprésumément été posés au moment où la plaignante était mineure.Les crimes reprochés se se-raientproduits entre 1978 et 2001.Stephen Harper 111 Mutations et enjeux de société Jean Charest et Yves Séguin Le 30 - Dépôt du budget et des crédits 2004-2005.Yves Séguin dépose un deuxième budget équilibré.Les revenus du gouvernement devraient totaliser 53 834 milliards de dollars, alors que les dépenses sont évaluées à 54 090 milliards.AVRIL 2004 Michael Hendricks et René Lebœuf Le Ier - Premier mariage gai au Québec.Michael Hendricks et René Lebœuf deviennent le premier couple homosexuel du Québec à se marier civilement, en toute légalité, après une lutte juridique de 6 ans, grâce au jugement récent de la Cour supérieure.Le 5 - Jean Coutu achète?Le Groupe Jean Coutu triple de taille en achetant 1539 succursales des pharmacie Eckerd du géant américain JCPenney, la plupart dans l\u2019est des États-Unis, pour 3,15 milliards de dollars (2,4 milliards US).Cette transaction fera de la société québécoise la quatrième chaîne de pharmacies en importance en Amérique du Nord.Le chifïf e d\u2019affaires du groupe fait également un bond important, passant de quatre à près de 15 milliards de dollars.Quatre-vingt-dix pour cent des revenus de Jean Coutu proviendront dorénavant des filiales américaines du groupe.dénonçant les récentes attaques contre des Palestiniens au Proche-Orient.L\u2019Assemblée nationale du Québec a dénoncé et condamné unanimement le geste par une motion du premier ministre.Le 14 - Manifestation anti-Charest.Des manifestations marquent un peu partout au Québec le premier anniversaire de l\u2019élection du gouvernement de Jean Charest.Syndicats et groupes communautaires organisent diverses actions et rassemblements pour dénoncer les politiques libérales.Du côté étudiant, la moitié des associations collégiales sont en grève partielle ou totale.Manifestation Le 22 - L\u2019Institut du Nouveau Monde.Lancement à Montréal du « think tank », l\u2019Institut du Nouveau Monde, un organisme indépendant, non partisan, voué au renouvellement des idées et à l\u2019animation des débats publics au Québec.Le 5 - Incendie à caractère raciste.La classe politique en entier condamne l\u2019incendie criminel qui a dévasté la bibliothèque de l\u2019école primaire juive Talmud Torahs Unie, dans l\u2019arrondissement Saint-Laurent, à Montréal.L\u2019attentat a été revendiqué par un groupe, jusqu\u2019ici inconnu des policiers, Le 27 - Bellemare démissionne.Démission surprise du ministre de la Justice, Marc Bellemare, à deux jours du premier anniversaire de sa nomination au cabinet Le député libéral de Vanier retourne au droit «J\u2019estime aujourd\u2019hui que je dois faire un constat : c\u2019est un monde qui ne me convient pas.Je peux 112 Chronologie 2003-2004 faire davantage pour les gens en dehors de la politique», explique-t-il, apparemment soulagé d\u2019avoir pris sa décision.Sa courte mais mouvementée carrière politique a été marquée par son attachement à trois causes : la réforme des tribunaux administratifs ; la réforme du nojmilt; la réforme de l\u2019aide aux victimes d\u2019actes criminels.Le premier ministre Jean Charest s\u2019est dit « déçu » du départ du ministre de la Justice.« J\u2019ai beaucoup d\u2019afièction pour M.Bellemare, beaucoup d\u2019admiration», a-t-il déclaré.Jean Charest a notamment expliqué la démission de son ministre par des « considérations familiales ».MAI 2004 Le 4 - Prix de l'essence.Bondissant de io cents pour dépasser 95 cents le litre, le prix de l'essence ordinaire atteint un niveau record à Montréal.Il atteindra un sommet de 99,9 cents le litre le 17 mai 2004.Le 5 - Réingénierie de l\u2019État.La présidente du Conseil du trésor et responsable de l'Administration gouvernementale, Monique Jérôme-Forget, dévoile le très attendu plan de modernisation 2004-2007 de l'État québécois qui porte sur quatre grands thèmes : l'amélioration des façons de faire, l'allègement des structures, la réévaluation des programmes et la planification des ressources humaines.Le document est intitulé : Moderniser l'État.Pour des services de qualité' aux citoyens.Plan de modernisation 2004-2007.«La modernisation de l'État n'est pas un exercice comptable, insiste Mme Jérôme-Forget, mais plutôt un travail d'architecte.» Le 9 - Équipe Canada championne du monde au hockey.À Prague, un but de Jay Bouwmeester, joueur des Panthers de la Floride, a permis à Équipe Canada de filer vers une victoire de 5-3 contre la Suède en finale du championnat du monde de hockey.Il s'agit d'une deuxième médaille d'or de suite pour le Canada à ce tournoi.Le 10 - Guité et Brault arrêtés.Deux des principaux protagonistes du scandale des commandites, Charles Guité et Jean Brault, sont arrêtés par la GRC.L'ancien directeur du programme fédéral de commandites et le président de l'agence Groupaction plaident non coupables à six chefs d'accusation, dont fraude et complot pour fraude d'un montant de deux millions de dollars.Les accusations de la GRC portent notamment sur les trois rapports quasi-identiques fournis au gouvernement par Groupaction, pour un montant global de 1,6 million de dollars, entre 1997 et 2000.Le 13 - Production porcine.Québec annonce la levée du moratoire sur la production porcine à compter du 15 décembre et en refile la gestion et la réglementation aux villes.Le 15 - Forums régionaux.Début d'une série de 19 forums régionaux qui se tiendront entre le 15 mai et le 19 septembre - en plus d'un sommet national à la mi-octobre - destinés à permettre aux citoyens de s'exprimer sur les défis posés par les changements démographiques et la situation des finances publiques.Intitulés Forums en région Place aux citoyens, ils avaient été annoncés par le premier ministre Jean Monique Jérôme-Forget Charles Guité 113 Mutations et enjeux de société Charest en février pendant un conseil général du PLQ.Le 23 - Élections fédérales.Annoncées pour le 28 juin 2004, les 38e élections générales depuis la Confédération sont déclenchées.À sa dissolution, la Chambre des communes comptait 168 libéraux, 73 conservateurs, 33 blo-quistes, 14 députés du NPD et4 sièges vacants pour un total de 301.Au Québec la représentation était : PLC 37 ; BQ 33 ; PC o ; 4 indépendants et 1 vacant pour un total de 75.Avec la réforme de la carte électorale, 308 sièges sont maintenant en jeu (+ 2 en Colombie-Britannique ; + 2 en Alberta ; + 3 en Ontario).À la dernière élection, en 2000, le résultat avait été : PLC 172, Alliance canadienne 66 ; BQ 38 ; NPD 13 ; PC 12.Le taux de participation avait été de 61,2%.JUIN 2004 Le 5 - Record pour un Clarence Gagnon.Baie-Saint-Paul, une toile peinte par Clarence Gagnon vers 1922, est vendue 600 000 de dollars chez Sotheby à Toronto, un prix record pour cet artiste.Pour l'encanteur, il s'agissait d'une autre vente record d'une œuvre d'un peintre québécois en quelques mois.À l'encan de novembre, une toile de Jean-Paul Riopelle, Composition n\" 2, avait rapporté le prix record de 750 000 de dollars pour cet artiste au Canada.Le 7 - Tampa Bay remporte la coupe Stanley.Le Lightning de Tampa Bay a vaincu les Flames de Calgary 2 à 1 dans le septième match de la finale.L'équipe de la Floride décroche les grands honneurs pour la première fois, après 12 ans seulement d'existence.Meilleur pointeur des séries, Brad Richards obtient le trophée Conn Smythe.Martin St-Louis devient le premier gagnant du trophée Art Ross (champion pointeur de la saison) et d'une coupe Stanley dans une même saison depuis Mario Lemieux en 1991-92.La victoire de Tampa Bay revêt une signification particulière pour les Québécois puisque plusieurs joueurs originaires du Québec ou ayant fait carrière junior au Québec s'illustrent dans l'équipe.Le 10 - Triple couronne pour Martin St-Louis.Martin St-Louis, originaire de Laval, a été la grande vedette de la soirée de remise des trophées individuels de la Ligue nationale présentée à Toronto.St-Louis a reçu le trophée FFart, remis au joueur par excellence, le trophée Lester B.Pearson, un honneur décerné par ses pairs de l'Association des joueurs, le Art Ross (meilleur pointeur) et le Prince-de-Galles (champions de l'Association de l'Est).St-Louis est le premier joueur depuis Wayne Gretzky à réussir le triplé coupe Stanley, Art Ross et FFart.11 est surtout le premier joueur non repêché à signer l'exploit.Le 13 - Schumacher remporte le Grand Prix du Canada.317 000 spectateurs ont assisté au week-end du Grand Prix du Canada, remporté par Michael Schumacher, sa septième victoire à Montréal.Le 20 - Référendums sur les défusions.Des 89 villes où se tenait un référendum, 56 ont voté majoritairementpour la défusion mais seulement 32 ont atteint le seuil de 35 % des électeurs inscrits sur la liste électorale - condition 114 Chronologie 2003-2004 imposée par le gouvernement avec la loi 9 - optant ainsi pour la défusion.Une forte majorité des villes québécoises où se tenaient des référendums sur les démembrements ont opté pour le statu quo, à l'exception de Montréal et Longueuil qui se voient emportées par une vague défiisionniste.Montréal est amputée de 15 arrondissements tandis qu'à Québec, seuls les arrondissements de L'Ancienne-Lorette et de Saint-Augustin-de-Desmaures ont atteint le nombre requis de voix pour redevenir une municipalité.Près d'un million de citoyens dans 89 anciennes villes pouvaient se prononcer sur l'avenir de 29 villes fusionnées à travers la province.Le 21 - Sursis pour Gillet.Le juge Fraser Martin condamne l'ancien animateur de radio de Québec à 30 jours d'emprisonnement avec sursis.Gillet devra effectuer une quarantaine d'heures de travaux communautaires et sera sous le coup d'une probation d'un an.«J'ai l'impression que vous nous avez tous pris pour des imbéciles », a sermonné le juge Fraser Martin, laissant entendre que les déclarations de Gillet aux médias avant et après le procès lui auront coûté l'absolution qu'il réclamait.Robert Gillet a été le premier client du réseau de prostitution juvénile démantelé en décembre 2002, à Québec, à être reconnu coupable.Le 26 - Bernard Landry se remarie.L'ex-premier ministre du Québec, Bernard Landry, et la scénariste, chanteuse et comédienne Chantal Renaud se marient à Verchères, localité que le chefdu Parti québécois représente à l'Assemblée nationale.Âgé de 67 ans, Michael Schumacher M.Landry est veuf depuis cinq ans, tandis que Mme Renaud est divorcée.JUILLET 2004 Le 5 - Le Suroît.Le gouvernement Charest suspend sa décision de construire la centrale thermique du Suroît même si la Régie de l'énergie, dans son avis rendu public la veille, juge souhaitable la réalisation du projet.Le conseil des ministres a pris la décision de surseoir au projet jusqu'à ce qu'une commission parlementaire se penche cet automne sur la sécurité énergétique du Québec.Dans son avis, la Régie conclut que la construction de cette centrale thermique de 800 MW «n'estpas indispensable » à la sécurité énergétique du Québec, mais qu'elle est « souhaitable », « dans la situation actuelle de précarité et surtout de dépendance envers les importations ».Le 5 - L\u2019Allier partira.Le maire de Québec, Jean-Paul L'Allier, confirme qu'il ne sera pas candidat aux élections municipales de novembre 2005, après 16 ans aux commandes de la Capitale.115 Mutations et enjeux de société Jean-Paul LAIIier Âgé de 65 ans, M.L'Allier avait été élu maire pour la première fois en 1989.Le 5 - Couvre-feu reporté à Huntingdon.Le maire de Huntingdon annonce que l'entrée en vigueur du couvre-feu pour les adolescents est reportée, en réponse aux procédures judiciaires instituées par le député libéral André Chenail.Le controversé règlement avait été adopté le 7 juin afin d'enrayer une vague de vandalisme et de délinquance juvénile qui sévissait depuis plusieurs semaines dans la municipalité de 2600 habitants.Le député de Huntingdon a décidé de contester le règlement municipal, jugeant ce couvre-feu excessif etpossiblementillégal.En vertu du règlement, les jeunes de moins de 16 ans qui se trouvaient dans les rues de Huntingdon entre 22 h 30 et 6 h 00 sans être accompagnés d'un adulte se seraient exposés à une amende pouvant atteindre 100 dollars.Huntingdon serait ainsi devenue la première municipalité du Québec à se doter d'un tel couvre-feu.Le 5 - Éric Gagné s'arrête à 84.Le lanceur Éric Gagné des Dodgers de Los Angeles rate un premier sauvetage depuis le 26 août 2002.Gagné a laissé filer une avance de 5-3 en neuvième manche en accordant deux points aux Diamondbacks de l'Arizona.Sa séquence de sauvetages consécutifs, un record des ligues majeures, s'est donc arrêtée à 84.Mais toutn'étaitpas perdu puisqu'en dixième manche Shawn Green a cogné un ballon sacrifice pour faire produire le point gagnant.Los Angeles l'a emporté 6-5.«Tout le monde dit qu'il faut être très chanceux.Alors, j'ai été très chanceux pendant longtemps.Mais ma séquence s'est fi-nalementarrêtée», a commenté Gagné.Le 11 - Transat Québec-Saint-Malo.Le départ de la 6e Transat Québec-Saint-Malo est donné sous un soleil radieux.Dix-neufvoiliers, dont 12 multicoques de 60 pieds, se lancent dans un périple d'une durée de 9 à 15 jours.Le 19 juillet, le catamaran Sergio Tacchini, de la skip française Karine Fauconnier, franchit la ligne d'arrivée après 7 jours, 21 heures, 00 minutes et 54 secondes de navigation, soit une vitesse moyenne de 15,36 nœuds (28,45 km/h) durant les 2950 milles de l'épreuve.Le record de Loïck Peyron en 1996 (7 j 20 h 24'43\") n'estpas battu.Le 11 - Le Cirque en clôture.Pour souligner les 25 ans du Festival de jazz de Montréal, le Cirque du Soleil, qui célèbre ses 20 ans, offre au public montréalais un spectacle original mémorable.Le 12 - Fermeture d\u2019All Police Victime de la concurrence et à la veille d'enregistrer des pertes financières, l'hebdomadaire policier Allô Police (devenu récemment mensuel) ferme ses portes, après 51 ans d'existence.« C'est la façon de consommer l'information judiciaire qui a changé, avance l'éditeur Richard Desmarais.Avant, on avait l'exclusivité, aujourd'hui, les médias généralistes et surtout la télévision traitent presque tous de faits divers.» Le 13 - CHOI perd sa licence.Le CRTC annonce que la licence de diffusion de 116 Chronologie 2003-2004 la station de radio CHOI-FM, le 98,1, la station la plus écoutée de Québec, n'est pas renouvelée à la date d'expiration de la licence actuelle, le 31 août 2004.C'est la première fois que le CRTC retire la licence d'un radiodifïiiseur en raison du contenu verbal.La station a fait l'objet de nombreuses plaintes concernant la conduite des animateurs et les propos tenus en ondes.Le Conseil a en outre constaté que des animateurs de la station ont fait preuve d'acharnement indu dans leur utilisation des ondes publiques pour notamment insulter et ridiculiser des gens.Le président de Cenex Communications parle d'un acte de censure.«Nos pires scénarios ne prévoyaientpas un tel acte de censure », affirme M.Demers, ajoutant qu'il entendait contester cette décision à tous les niveaux, autant juridique que politique.« Le combat de la liberté d'expression, c'est un combat qui vaut la peine de se battre pour et ce, jusqu'à la mort».Le CRTC a décrété la fermeture de cinq stations de radio, toutes québécoises, en 36 années d'existence.Le 19 - Nicolas Gill porte-drapeau.Présentation à Montréal des 266 athlètes canadiens, dont 55 Québécois, qui participeront aux Jeux olympiques d'Athènes.C'est le judoka québécois Nicolas Gill qui portera le drapeau canadien lors de la cérémonie d'ouverture le 13 août.Le 20 - Cabinet Martin.Paul Martin rend publique la composition de son gouvernement.Le nouveau cabinet compte 39 ministres, dont huit du Québec (en comptant Martin).Le Québec hérite des Affaires étrangères, du Patrimoine et de l'Environnement 29 ministres du précédent cabinet sont reconduits, 13 changent de portefeuille.Cinq ministres du Québec restent au cabinet: Liza Frulla, Pierre Pettigrew, Irwin Coder, Claudette Robillard, Jacques Saada.Jean Lapierre accède au cabinet; Stéphane Dion revient en grâce; Denis Coderre et Denis Paradis sont exclus.«Je voulais une fusion de sang neuf et d'expérience au cabinet, déclare le premier ministre, c'est ce que nous avons ».Le plongeur Alexandre Despatie Liza Frulla Jean Lapierre Paul Martin Le 24 - Gatti bat Dorin.Arturo Gatti bat Léonard Dorin par K-O au 2e round devant 15 000 spectateurs réunis au Convention Hall d'Adantic City.Dorin a été victime d'un puissant crochet au corps à 2 minutes et 55 secondes du deuxième round.C'était la première fois dans l'histoire de la boxe canadienne que deux Canadiens, en fait deux Québécois, s'affrontaient pour un titre mondial.Dion Pierre Pettigrew 117 Mutations et enjeux de société Les grands disparus Serge Laplante Recherchiste, Le Devoir Voici un aperçu des grands disparus au Québec du Ier août 2003 au 31 juillet 2004.Barichievich, Antonio (alias Grand Antonio) (1925 - 7 septembre 2003).Le légendaire homme fort a été retrouvé inerte sur le banc d'un marché d'alimentation du quartier Rosemont à Montréal, où il vivait.Il avait 77 ans.Originaire de Sibérie et arrivé au Canada en 1946, l'homme de 6 pieds 4 pouces et 510 livres était connu dans le monde entier pour ses tours de force.Il arrivait notamment à tirer des autobus avec ses cheveux.Après avoir été une vedette internationale, il est mort dans la pauvreté.Berval, Paul (1920 - 25 février 2004).Le fantaisiste Paul Berval (de son vrai nom Paul Bédard) est mort dans un hôpital de Montréal à l'âge de 80 ans.Artiste complet, Paul Berval a été tour à tour comédien, animateur, scripteur et chanteur.Pendant plus d'un demi-siècle, il a fait rire des publics de tous les âges.Baryton comique, les auditoires apprécient ses parodies hilarantes de déclamations des grands classiques du théâtre ou de chanteurs d'opéra.Aux débuts de la télévision, il jouera dans La Jamille Plouffe et sera Onésime dans la version cinématographique de l'œuvre de Roger Lemelin.Dans le dessin animé 1rs Pierrqfeu, Paul Berval sera la voix de Fred Caillou.Charest, Micheline (1953 -14 avril 2004).La cofondatrice de la maison de production de films d'animation Cinar (avec son époux Ronald Weinberg), meurt à 51 ans de complications à la suite de chirurgies esthétiques effectuées en clinique privée.Fondée en 1976, Cinar a connu un succès international grâce à des séries telles que Caillou et Arthur.Mais depuis quelques années le succès s'était transformé en cauchemar : la GRC enquêtait sur des allégations selon lesquelles Cinar utilisait des prête-noms canadiens pour avoir droit à un maximum de crédits d'impôt pour des scénarios écrits par des Américains.Le couple a aussi été accusé du détournement de 122 millions de dollars américains dans deux entreprises enregistrées aux Bermudes, et ce, sans l'accord du conseil d'administration.Chartier, Albert (1912 - 21 février 2004).Illustrateur et bédéiste, le père d'Onésime est mort à 91 ans.Sa première bande dessinée, Bouboule, avait été publiée dans le journal La Patrie dès 1937.Mais c'est en 1943, dans le Bulletin des agriculteurs, qu'est né Onésime, le 118 Chronologie 2003-2004 personnage qui allait charmer le monde rural durant six décennies et faire la renommée d'AlbertChartier.Le magasine Draum & Quarterly l'avait un jour qualifié de Norman Rockwell du Québec.D\u2019Estée, Mimi (Reine) (1908 - 7 mars 2004).Pionnière du théâtre, de la radio et de la télévision québécoise, la comédienne Mimi d'Estée est décédée un mois après avoir célébré son 96e anniversaire.Née en 1908 en Bretagne, elle estarrivée au Canada en 1913.Elle a été l'épouse de l'homme de théâtre Henry Deyglun avec qui elle a eu deux enfants.Mimi d'Estée a joué de nombreux rôles au théâtre, au cinéma, à la radio (ce qui lui vaut en 1940 le titre de première « Reine de la radio ») et au petit écran où elle participe à de très nombreux téléromans.Son nom figure aussi au générique de plusieurs longs métrages.Mimi d'Estée a eu l'occasion de jouer à deux reprises dans des productions hollywoodiennes.En 1946, on l'aperçoit dans le film américain Whispering City, tourné à Québec.Quarante ans plus tard, elle joue dans Aynès de Dieu, du réalisateur Norman Jewison.La réalisatrice Léa Pool lui confie son dernier rôle au grand écran, en 1994.Elle était un des membres fondateurs de l'Union des artistes.Elle a également tenu pendant des années des chroniques de « courrier du cœur », à la radio et dans plusieurs journaux.Daigneault, Pierre (1925 -18 décembre 2003).Comédien, folkloriste etauteur, Pierre Daigneault, le père Ovide de la télévision, succombe à un infarctus à l'âge de 78 ans.Né à Montréal, il avait débuté à la scène en 1939, l'année où son père, Eugène Daigneault (1895-1960), avait créé le rôle du père Ovide à la radio de Radio-Canada, quand le feuilleton de Claude-Henri Grignon s'intitulait Un homme et son péché.Pierre reprit ce personnage à la télévision, en 1956, dans Les Belles Histoires des pays d'en haut et l'interpréta tout le temps où Radio-Canada produisit le feuilleton, jusqu'en 1970.Pierre Daigneault fut aussi un auteur prolifique.Sous le pseudonyme de Pierre Saurel, il signa quelque 2000 romans policiers et d'espionnage, créantnotammentl'agentse-cret canadien-français IXE-13.Il fut aussi animateur de télévision et de radio, en plus de produire une abondante discographie de chansons à répondre.Daoust, Sylvia (1902 -19 juillet 2004).Une des premières sculptrices au Québec.Gagnon, Jean-Louis (1913 - 26 mai 2004).Journaliste prolifique, rédacteur en chef de plusieurs quotidiens, créateur de journaux, haut fonctionnaire et diplomate, Jean- Louis Gagnon est décédé à 91 ans.Kerwin, Dr John Larkin (1924 -1\u201c mai 2004).Ingénieur physique et professeur, le Dr Kerwin est devenu le premier recteur laïc de l'Université Laval en 1972.Il succédait alors à Mgr Louis-Albert Vachon.Il a enseigné à Laval de 1946 à 1989 et a été président de l'Agence spatiale canadienne, pour un mandat de trois ans, à partir de 1989.Kierans, Éric (1914 -10 mai 2004).Économiste de formation, ancien président de la Bourse de Montréal, Éric Kierans, un des acteurs majeurs de la 119 Mutations et enjeux de société Révolution tranquille, est mort à l'âge de 90 ans.Membre de « l'équipe du tonnerre » de Jean Lesage et président de la Fédération libérale du Québec de 1966 à 1968, il va s'opposer à René Lévesque sur la question de la souveraineté.En 1968, il avait été candidat à la direction du Parti libéral fédéral, contre Pierre Elliott Trudeau.Il fut également ministre fédéral des Communications et président de la Société canadienne des postes.Lebrun, Jacques (1928 - 23 octobre 2003).M.Lebrun a présidé la Société d'astronomie de Montréal au début des années 70.Leclerc, abbé Roland (1946 - 21 novembre 2003).Homme d'église et de télévision, l'animateur de l'émission Le Jour du Seigneur à Radio-Canada est mort accidentellement dans des circonstances restées inexpliquées.Le corps de l'abbé Leclerc a été retrouvé près du lac à la Croix à Saint-Mathieu-du-Parc, en Mauricie.L'autopsie, sans confirmer la cause du décès, montre qu'il souffrait d'une tumeur au cerveau, ce qui expliquerait des épisodes de confusion, que ses proches et collaborateurs avaient notés.Porté disparu depuis deux jours, l'homme devait aller souper chez des amis à Montréal mais ne s'est jamais présenté.L'abbé Leclerc était âgé de 57 ans.Il participait depuis 30 ans à des émissions religieuses.Lemoine, Wilfrid (1927 - 28 septembre 2003).Écrivain, journaliste d'une grande culture, animateur et excellent communicateur, Wilfrid Lemoine est décédé à 76 ans.Spécialiste de la littérature et écrivain lui-même (on lui doit deux romans : Le Funambule et Passage à l'ombre), il a été un des pionniers de l'information télévisée au Canada, étant considéré par plusieurs comme le précurseur, sinon l'inventeur de l'interview à la télévision canadienne.Il a aussi travaillé pendant 10 ans à la chaîne culturelle de la radio de Radio-Canada.Masse, Claude (1947 -15 juillet 2004).Avocat, ex-bâtonnier, père de la Loi sur la protection du consommateur et conseiller à la réforme du Code civil, Claude Masse a succombé à la maladie de Lou Gehrig.Il avait 56 ans.Issu d'un milieu modeste, il avait fondé sa première clinique juridique populaire dans le quartier Pointe-Saint-Charles de Montréal, en 1969.Rapidement reconnu pour sa compétence, il participe dans les années 70 à l'élaboration de la Loi sur l'assurance automobile et de la Loi sur la protection du consommateur.Travailleur infatigable et fougueux, défenseur de l'Aide juridique, il avait placé l'accessibilité de la justice au centre de ses préoccupations.« Je crois qu'on a le meilleur système judiciaire au monde, disait-il.J'aimerais seulement que le plus possible de gens puissent en profiter.» Mauricet, Gisèle (1931 - 7 septembre 2003)\t.L'inoubliable interprète de Rosa-Rose, dans la série Les Belles Histoires des pays d'en haut, et du chien Délicat, dans la populaire émission de télévision pour enfants Grujot et Délicat, est décédée en Floride où elle vivait depuis une vingtaine d'années.Elle avait 72 ans.Molinari, Guido (1933 - 21 février 2004)\t.Figure importante des mouve- 120 Chronologie 2003-2004 ments d'avant-garde, enfant terrible du Québec et de la peinture abstraite canadienne, Guido Molinari s'est éteint à l'âge de 70 ans des complications d'un cancer du poumon.Il s'était fait remarquer en 1959 avec l'exposition Art abstrait, présentée à l'École des Beaux-Arts, en compagnie de Denis Juneau, Claude Tousignant et Jean Goguen, quatre jeunes artistes qui appartiennent au groupe des « plasticiens » de la deuxième vague.Molinari a enseigné à l'Université Concordia de Montréal pendant 27 ans avant de prendre sa retraite en 1997.Ses œuvres ont fait l'objet de quelque 50 expositions particulières et d'une centaine d'expositions collectives au Canada, aux États-Unis et en Europe.Réputé pour ses colères, polémiste, il dénonçait souvent le peu de place faite aux artistes.Provost, Guy (1926 -10 février 2004).Comédien ayant fait carrière au théâtre et à la télévision, Guy Provost, le célèbre Alexis Labranche de la série culte Les Belles Histoires des pays d'en haut, est mort à l'âge de 78 ans.Ronfard, Jean-Pierre (1929 - 26 septembre 2003).Professeur de théâtre, metteur en scène, comédien, dramaturge, traducteur, directeur de théâtre, bref, homme de théâtre dans toute l'ampleur du terme, Jean-Pierre Ronfard est mort à 74 ans.Fondateur du Théâtre Expérimental de Montréal avec Robert Gravel et Pol Pelletier, cofondateur du Nouveau Théâtre Expérimental et d'Espace Libre, il a fortement marqué le développement du théâtre québécois des quatre dernières décennies, étant considéré comme le moteur du théâtre expérimental au Québec.Originaire du nord de la France, il émigra au Canada en i960 et allait devenir le premier directeur de la section française de l'École de théâtre du Canada.Il était l'époux de la romancière Marie Cardinal, décédée en mai 2001, et père de la metteuse en scène Alice Ronfard.Ryan, Claude (1925 - 9 février 2004).Journaliste et homme politique, « l'homme du devoir » est emporté par un cancer de l'estomac à l'âge de 79 ans.Homme de raison et d'équilibre, l'ancien directeur du Devoir (1964-1978) et chef du Parti libéral du Québec (1978-1982) figure parmi les grands penseurs de sa génération, signaleront, unanimes, les commentateurs.Des funérailles nationales ont lieu le 13 février à la basilique Notre-Dame de Montréal.Sévigny, Colonel Pierre - (1917 - 20 mars 2004).Soldat, ministre, auteur, professeur et homme d'affaires, le colonel Sévigny est mort à 87 ans.Héros de guerre, il a été au cœur du plus grand scandale politico-sexuel de l'histoire canadienne (l'affaire Gerda Münsinger, du nom d'une Allemande soupçonnée à l'époque d'être une espionne pour le compte de l'Union soviétique).Sansregret, Sœur Berthe (1912 - 8 septembre 2003).Figure bien connue du petit écran pour ses émissions culinaires, auteure de plusieurs livres de cuisine, Sœur Saint-Roger-du-Sacré-Cœur, de la Congrégation de Notre-Dame, a également assumé la direction de l'École d'art culinaire de l'École Supérieur des Arts et Métiers de Montréal de 1973 à 1993.Cusinière ex- 121 Mutations et enjeux de société perte, elle était Cordon bleu de l'Académie de cuisine de Paris et diplômée de l'École Le Nôtre.Thibault, Gérard (1917 - 3 septembre 2003).Figure légendaire du monde du spectacle québécois, le célèbre cabaretier est mort à 86 ans.Un des grands promoteurs de la chanson française, il est le premier à avoir produit de grands artistes à Québec.Il avait fondé, en 1938, le CabaretChez Gérard, rue Saint-Paul, où se sont produits tous les grands noms de la chanson française : Trenet, Piaf, Bécaud, Chevalier, Aznavour, en plus de se faire le promoteur des chansonniers québécois.Turgeon, Serge (1946 -18 mai 2004).Le comédien Serge Turgeon, ex-président de l'Union des artistes, est mort subitement alors qu'il subissait un interrogatoire dans les locaux du Service de police de Montréal à titre de témoin volontaire dans une affaire de meurtre.La police a immédiatementprécisé que le comédien n'avait rien à voir avec le crime en question.Pendant l'interrogatoire, M.Turgeon aurait éprouvé un malaise cardiaque, avant d'être transporté à l'hôpital où son décès a été constaté.Il étaitâgé de 58 ans.Pionnier des droits des artistes, Serge Turgeon s'est d'abord fait connaître pour les rôles qu'il a interprétés à la télévision, notamment dans Les Belles Histoires des pays d'en-haut, Rue des pignons, Terre humaine et Entre chien et loup.Il a aussi touché à l'animation, tanta la télévision qu'à la radio, en plus de livrer une revue de presse quotidienne à la télévision pendant 10 ans.À la fin des années 1980 etpendantles années 1990, il s'éloigne des plateaux pour se consacrer à des ac- tivités plus politiques.À la tête de l'Union des artistes de 1985 à 1998, Serge Turgeon a réussi à obtenir du gouvernement du Québec un statut pour les artistes québécois.En 1990, il représente le milieu culturel auprès de la Commission Bélanger-Campeau sur l'avenir constitutionnel du Québec.Depuis le début de l'année, il dirigeait le Théâtre du Rideau Vert.Touzin, Pierre (1942 -13 août 2003).Directeur général d'Opération Enfant Soleil depuis 1991, Pierre Touzin est décédé à l'âge de 61 ans.On considère que son arrivée à la direction d'Opération Enfant Soleil a contribué à véritablement lancer cet organisme.Vaugeois, Sylvain (1957 - 24 août 2003).Président fondateur du Groupe Vaugeois, promoteur flamboyant et controversé, Sylvain Vaugeois était un visionnaire et un homme d'afîàires qui lègue au Québec des réalisations d'envergures comme la Cité du multimédia et la Cité du commerce électronique.Wolfe, Robert (1935 - 8 septembre 2003).Peintre et graveur respecté du milieu de l'art québécois, Robert Wolfe est mort à 68 ans, victime d'un cancer.Associé depuis les débuts à l'atelier de gravure Graff dont il devient l'un des piliers d\u2019où il enseigna pendant plusieurs années à l'Université du Québec à Montréal, en plus de participer à plus de 80 expositions, dont une trentaine d'expositions personnelles.La Bibliothèque nationale du Québec prépare d'ailleurs une exposition rétrospective de son œuvre, qui se tiendra dans les nouveaux locaux de l'établissement dans l'année suivant son ouverture.122 L\u2019état du Québec agence DE /' CoAtyAENT > \u2022 \\ Vou5A»Wia.f2 ) il voyage tN CHINE Peut iftfuFi Vouî ÉPARGNEZ y ^ DEPtiiS TRoi?/ Anç?t^y 'ACTER fW0NI>£ / j£N'AÎPlu5 \\ LES Aw^FnS; Mon EmPlo'i Vi'Ent DçTRt DtWAtift.v En.CMÎn£/ / 4me mi Des cognacs, des scotchs, des bourgognes aligotés, des pineaux des Charentes, un champagne.Il n'y a que Les Publications du Québec pour définir aussi clairement l'emploi de la majuscule.Chez votre librairie 1800463-2100 wm/.pubficztionsduqLWbec.goiiv.çtca Publications Québec nn Toute la réalité, rien que la réalité La population Les grandes tendances 126 Le Québec en profonde mutation 130 Glossaire La famille et les générations Cette section a âéréalisée avec la collaboration de l'INRS Urbanisation, culture et société' 183 La maternité à l'adolescence : mythes et réalités La langue 200 Dis-moi d'où tu viens, je te dirai quelle est ta langue de travail 208 La langue d'usage public de la génération ioi Les phénomènes religieux 192\t« Should I Stay or Should I Go ?» 214 Des luthériens vieillissants auxjeunes musulmans 226 Quel sort pour l'enseignement religieux à l'école ? L\u2019état du Québec LES GRANDES TENDANCES Le Québec en profonde mutation Simon Langlois Sociologue, Université Laval Le Québec change.Il avait déjà modifié en profondeur ses institutions durant les années i960 au moment de la Révolution tranquille pour ensuite effectuer un spectaculaire rattrapage économique durant les années 1980 avec l\u2019avènement de Québec Inc.et l\u2019engagement accm de l\u2019État dans l\u2019économie.La société québécoise a connu durant la même période un grand dynamisme sur le plan culturel - émergence de la littérature québécoise, développement des industries culturelles - et en est arrivée à un consensus de plus en plus large sur l\u2019entreprise de refondation de la nation dans les années 1990.Dans les années 2000, le Québec change cette fois dans ses bases morphologiques.Tout d\u2019abord, la population vieillit.La société québécoise a vécu trente années de sous-fécondité qui commencent à produire leurs effets.L\u2019accroissement de la population par la migration est presque aussi important que l\u2019accroissement naturel, ce qui représente un changement majeur dans l\u2019histoire d\u2019une société qui a toujours assuré sa croissance par une forte fécondité.Il est beaucoup question de déclin de la natalité et de vieillissement de la population dans l\u2019actualité.Il faut cependant rappeler que le Québec n\u2019est pas encore une société vieille.Le vieillissement important de la société québécoise viendra plus tard, dans une quinzaine d\u2019années.Entre-temps, c\u2019est plutôt le centre de la distribution démographique qui pèse de tout son poids sur la société et modèle ce qui s\u2019y passe.On le voit nettement dans la sphère de la consommation.Les fonctions de consommation les plus dynamiques (celles qui sont en croissance) reflètent le mode de vie de ménages au milieu de leur vie active, déménagés qui n\u2019envisagentplus d\u2019avoir d\u2019enfants et de ménages qui entrent de plus en plus nombreux dans la phase du nid familial vide.Les couples sans enfant présent au foyer ont accru leur importance numérique, mais les années 1980 et surtouti990 ont vu la montée du mode de vie en solitaire.Les années 1980 et surtout 1990 ont vu la montée du mode de vie en solitaire.126 La francisation du Québec se poursuit, dans la foulée de l\u2019adoption de lois linguistiques dans les années 1970.Mais il s\u2019agit d\u2019un projet en cours, non complètement acquis.Marquée par de nombreux départs depuis le début de la Révolution tranquille, la communauté anglo-québécoise fait preuve d\u2019une forte vitalité linguistique.Malgré la francisation marquée du Québec, il est très nettement possible d\u2019y vivre etd\u2019y travailler en anglais.Une partie non négligeable des anglophones ne parle pas le français, la langue de la majorité, et ils se distinguent donc des Franco-Canadiens sur ce plan.La langue anglaise conserve auprès des immigrants un grand attrait comme langue principale d\u2019intégration, d\u2019autant plus qu\u2019ils doivent en faire l\u2019apprentissage pour travailler.Les ménages québécois s\u2019enrichissent Les années 1980 ont été marquées par un longue stagnation de leurs ressources financières et par une relative stabilité de la répartition des revenus, contrairement à ce qui se passait durant les années soixante et soixante-dix.Les revenus bruts et disponibles des ménages sont maintenant en nette augmentation, y compris dans les familles monoparentales jusque-là les plus désavantagées, mais dans ce dernier cas, ils se concentrent dans le groupement des familles avec une femme active sur le marché de l\u2019emploi à leur tête.La prospérité économique nouvelle et la réduction du taux de chômage donnent à penser que nous sommes au début d\u2019une nouvelle phase de croissance réelle des revenus des ménages.Le taux global de pauvreté est en régression, tout comme l\u2019est le nombre de ménages d\u2019assistés sociaux.Notons au passage que de nouveaux travaux sur la pauvreté indiquent que le Québec s\u2019en tire assez bien par rapport aux autres provinces canadiennes et qu\u2019il n\u2019est pas l\u2019enfer décrit par certains commentateurs.Ceux qui sont pauvres le sont cependant davantage qu\u2019auparavant et un écart grandissant se creuse avec les autres ménages.Autrement dit, la gravité de la pauvreté s\u2019accroît en parallèle à la diminution du nombre des ménages pauvres.Les écarts de revenus entre hommes et femmes sont en régression et on commence à observer les effets de changements qui prennentplace dans la longue durée.Plus de femmes reçoivent en effet des diplômes universitaires et elles se répartissent mieux dans les sphères d\u2019activité économiques.Le problème de la redistribution se pose parallèlement à la croissance des revenus et de nouvelles inégalités font surface.Derrière les moyennes en croissance que l\u2019on vient d\u2019évoquer se cache un rééquilibrage qui est déjà bien amorcé entre les groupes de travailleurs et entre les générations.La moyenne stable masque souvent des évolutions en sens inverse.Par exemple, les revenus réels des jeunes couples n\u2019augmentent pas au même rythme que les revenus réels des couples plus âgés et sans enfantprésentà la maison.Les revenus personnels réels des travailleurs les mieux formés, œuvrant dans des secteurs de pointe, augmentent; ceux des travailleurs moins qualifiés, mais aussi ceux des travailleurs des grandes industries d\u2019hier, régressent devant la concurrence des autres pays dans un contexte de mondialisation.Les jeunes familles ne sont pas celles qui, en ce moment, s\u2019en tirent le mieux.Leur situation relative ne s\u2019améliore pas rapidement et cela nous ramène à l\u2019enjeu de la croissance démographique : comment L\u2019état du Québec demander aux jeunes d\u2019avoir plus d\u2019enfants dans le contexte actuel où ce sont eux qui tirent moins bien leurs marrons du feu?Dans l\u2019avenir, on distinguera de plus en plus la lutte à la pauvreté de la lutte aux inégalités.La progression de l\u2019égalité notée par Alexis de Tocqueville au XIXe siècle comme étant une tendance de fond de nos sociétés se maintiendra-t-elle?On peut en douter dans le monde nouveau qui s\u2019esquisse sous nos yeux, un monde qui est déjà caractérisé par des différences plus marquées et par une diversité accrue, un monde dans lequel la pauvreté pourra régresser alors que les inégalités socioéconomiques s\u2019accentueront.La société actuelle se dirige vers une plus grande différenciation.Les situations d\u2019emploi sont plus diversifiées que jamais, l\u2019offre de biens et services par le système de production s\u2019étend dans toutes les directions et les comportements des individus en matière de nuptialité et de fécondité accentuent cette différenciation.Les modes de vie sont beaucoup moins homogènes qu\u2019il y a quelques générations.Familles, couples et personnes seules se côtoient comme façons de vivre, mais ces types de vie en ménage se succèdent aussi dans le cours du cycle de vie.Ce qui apparaissait autrefois comme étant des inégalités ou des différences de classes dans les manuels de sociologie est maintenant défini comme des différences dans les styles de vie et les genres de vie, qui impliquent des choix individuels et familiaux différents.Les jeunes couples qui retournent s\u2019établir dans leur Gaspésie natale en mettant sur pied une petite entreprise vivront sans doute différemment de ceux qui s\u2019établissent sur le Plateau Mont-Royal.Ils partageront des choses (les mêmes goûts musicaux, par exemple) mais ils se différencieront aussi sur bien des aspects, à commencer par le revenu ou la consommation.L\u2019État providence revoie son rôle.Il est maintenant très net qu\u2019il est devenu incapable de contrer l\u2019évolution à la hausse des inégalités de revenus de marché.L\u2019État redistribue les revenus, certes, mais son rôle dans la réduction des inégalités est maintenant réduit.La crise fiscale et l\u2019extension des besoins nouveaux en matière de soins aux personnes et de soins de santé ont créé une grande pression sur ce qu\u2019il peut désormais assumer.La société de consommation rend maintenantpossible l\u2019émergence de modes de vie de plus en plus différents.La gamme des possibles est beaucoup plus étendue que par le passé.Pensons à l\u2019offre en matière de voitures, de logements, de loisirs, de vêtements, de biens d\u2019équipement pour le ménage, de biens culturels.Le couple de jeunes retraités qui a un chalet, un camp de pêche, un bateau etplusieurs équipements électroniques sophistiqués à la maison, qui a des hobbys, des petits enfants dontil aimeraits\u2019occuper et qui aspire à voyager, manquera sûrement de temps pour tout faire.L\u2019extension des aspirations qui accompagne l\u2019extension des possibles dans la société de consommation est indéniable, mais elle engendre aussi une croissance des frustrations.En opposition à cette fuite en avant dans la consommation élargie, la simplicité volontaire retient de plus en plus l\u2019attention, bien qu\u2019elle reste encore un mouvement marginal.La pauvreté pourra régresser alors que les inégalités socioéconomiques s\u2019accentueront.128 Les changements qui viennent d\u2019être évoqués sont analysés en détail et sont documentés dans les paragraphes qui suivent Nous avons distingué huit sections différentes en effectuant un choix de données provenant de nombreuses sources : \u2022\tle nouveau paysage démographique ; \u2022\tfamilles : de plus en plus hors mariage avec de moins en moins d\u2019enfants ; \u2022\tla francisation du Québec ; \u2022\tune plus grande diversité culturelle ; \u2022\tl\u2019emploi en hausse; \u2022\tla nouvelle révolution salariale ; \u2022\tl\u2019inégalité s\u2019accentue; \u2022\tpauvreté en baisse et exclusion.Certaines données ont été présentées dans des éditions précédentes de L\u2019annuaire du Quebec et elles ne seront donc pas reprises ici.Les statistiques qui suivent ont été mises à jour ou présentées sous un éclairage nouveau.Enfin, plusieurs données sont nouvelles par rapport aux éditions antérieures de L\u2019annuaire.Bref, voilà autant de coups de sonde qui jettent un éclairage sur le devenir d\u2019une société qui continue de changer à un rythme accéléré.L'auteur remercie David Dupont, étudiant au département de sociolocjie de l'Université Laval, pour l'aide apportée lors de la mise à jour des données. L\u2019état du Québec Glossaire Baby boom Désigne les générations d'individus nés après la Seconde Guerre mondiale, soit de 1945 à 1965 environ, marquées par une forte natalité.Coefficient de GINI Mesure de l'inégalité de la répartition des revenus qui consiste à classer l'ensemble des ménages du plus pauvre au plus riche, puis à cumuler les revenus de ces ménages.Dans la situation de parfaite égalité, une part des ménages devrait recevoir une part équivalente des revenus cumulés (par ex.50% des ménages devraient recevoir 50% des revenus).Le coefficient varie de 0 (situation d'inégalité maximum) à 1 (situation de parfaite égalité).Le coefficient s'interprète donc comme suit: plus il est élevé, plus les ménages riches reçoivent une part élevée des revenus.Famille Lensemble des personnes apparentées par mariage, filiation ou adoption vivant sous le même toit.La famille nucléaire classique comprend la mère, le père et les enfants alors que la famille étendue (ou famille réseau) comprend les individus apparentés sur plusieurs générations et vivant dans des lieux physiques différents.La famille monoparentale issue le plus souvent de la rupture de l'union conjugale est formée d'un seul parent vivant avec un ou plusieurs enfants présents.La famille recomposée est formée de parents ayant eu au moins un enfant d'une union précédente.Enfin, lorsque au moins deux familles différentes cohabitent (le plus souvent de générations différentes), on parlera de ménages multi-familiaux.L'État distingue dans ses statistiques les familles de recensement (familles époux-épouse et familles monoparentales) et les familles économiques qui, outre les familles de recensement, comprennent les ménages formés de personnes apparentées autres que les conjoints et les enfants.Fordisme Le fordisme décrit à l'origine un système mécanisé et standardisé de production massive d'objets permettant de réaliser des économies d'échelle.Il englobe par la suite l'ensemble des règles institutionnelles qui régulent ce système de production (négociations syndicales et avènement de la régulation étatique du travail et de l'économie), le développement d'une classe de consommateurs et l'émergence de l'État providence pour maintenir le pouvoir d'achat et former les travailleurs à travers le système d'éducation.Production massive, consommation marchande et régulation étatique nationale constituent trois composantes de la société fordiste.Indice synthétique de fécondité Mesure estimée du nombre d'enfants par mille femmes en âge de procréer.Langue maternelle Le recensement canadien définit la langue maternelle comme la première langue apprise dans l'enfance et encore comprise.Langue d\u2019usage Le recensement canadien définit la langue d'usage au foyer (ou au travail) comme la langue parlée le plus souvent à la maison (ou au travail).En 2001, Statistique Canada a ajouté une seconde question portant sur la ou les autre(s) langue(s) aussi parlé(es) régulièrement à la maison ou au travail, en plus de la précédente s'il y a lieu.Mariage Union officielle et légale d'un homme et d'une femme reconnue par l'État (mariage civil) ou par une institution religieuse (mariage religieux).La reconnaissance de l'union entre personnes de même sexe est l'objet de débats sur la place publique.L'Église anglicane reconnaît déjà l'union officielle entre personnes de même sexe comme étant un mariage religieux et le parlement canadien entend 130 La population légiférer pour donner à ce type d'union le statut institutionnalisé et légal de mariage.Ménage Un ménage est formé par une ou plusieurs personnes partageant un même logement.Il est composé de personnes apparentées ou non.Le ménage est une unité de consommation commune d'un certain nombre de biens et services.On distingue les ménages privés des ménages collectifs formés par des personnes vivant en communautés.Paiements de transfert Allocations et aides monétaires dispensées par l'État (fédéral et provincial) directement aux individus.Comprend les allocations d'aide sociale, les pensions de la sécurité de vieillesse, les paiements d'assurance- emploi, l'aide aux victimes d'actes criminel ou aux victimes d'accidents du travail, les allocations familiales, les bourses d'études, etc.Pyramide des âges Représentation graphique verticale de la population par tranches d'âge (habituellement de cinq ans) superposées, les plus jeunes étant situées au bas et les plus âgées en haut.Cette distribution présente l'allure d'une pyramide dans les sociétés jeunes, mais c'est moins le cas dans les sociétés à faible fécondité.Rapport de dépendance Nombre de jeunes âgés de moins de 15 ans et de personnes âgées de 65 ans ou plus, divisé par la population âgée de 15 à 64 ans.Plus le rapport est élevé, plus il y a de personnes dépendantes par rapport aux personnes en âge de travailler.Revenu disponible Ensemble des revenus de toutes sources des individus ou des ménages moins les impôts directs payés à l'État.Société salariale Type de société dans laquelle une majorité d'individus reçoivent une rétribution en salaires pour leur travail, le plus souvent au sein d'une entreprise.Par extension, les travailleurs autonomes dans ce type de so- ciété sont assimilés à des salariés qui pourraient se verser un salaire.La société salariale s'est mise en place après l'avènement du fordisme et de la Révolution industrielle à la fin du XIXe siècle et au début du XXe.Taux d\u2019activité Nombre total de personnes occupant effectivement un emploi (salariées ou à leur compte), de personnes à la recherche d'emploi et de chômeurs divisé par le nombre total de personnes âgées de plus de 15 ans.Le taux d'activité est plus large que le taux d'emploi.Taux d\u2019emploi Nombre de personnes occupant effectivement un emploi (salariées ou à leur compte) divisé par le nombre total de personnes âgées de plus de 15 ans.Taux de décès Nombre de décès survenus une année civile donnée, divisé par le nombre total moyen d'habitants (exprimé pour mille habitants).Taux de natalité Rapport entre le nombre de naissances durant l'année et la population totale moyenne de cette même année.Union civile La Loi instituant l'union civile, votée au Québec en juin 2002, a créé un nouvel état civil, celui de « conjoint uni civilement».Ce type d'union n'est pas seulement accessible aux couples de même sexe mais il l'est aussi aux personnes de sexes opposés.Parce que c'est une loi provinciale, ce type d'union n'a pas le statut officiel de mariage, car la définition du mariage est de compétence fédérale.L'union civile peut être dissoute par décès d'un conjoint, jugement du tribunal ou déclaration commune des conjoints devant notaire.Union libre Lunion libre ou l'union de fait caractérise la vie en couple en dehors des liens du mariage.Certaines règles légales s'appliquent maintenant aux unions libres.131 L\u2019état du Québec Démographie : vieillissement, immigration, urbanisation et solitude Les changements démographiques s\u2019étendent sur une période plus longue que les cycles économiques et ils ne sontpas fàcilementperceptibles à court terme.Ces changements n\u2019en sontpas moins spectaculaires et surtout, déterminants pour l\u2019avenir.Une population encore en croissance La population totale du Québec a dépassé la barre des sept millions et demi de citoyens (Tableau i.i).La population québécoise est toujours en croissance TABLEAU 1.1\tPopulation du Québec en nombre, en indice et en % du Canada, 1961-2003 (Nouvelles données révisées depuis 1971)\t\t \t\t\t 1961\t5259 211\t100\t28,8 1966\t5 780 845\t109,9\t28,9 1971\t6 137 368\t116,7\t27,9 1976\t6 396 735\t121,6\t27,3 1981\t6 547 705\t124,5\t26,4 1986\t6 708 468\t127,6\t25,7 1991\t7 064 586\t134,3\t25,2 1992\t7112 810\t135,2\t25,1 1993\t7 165 199\t136,2\t25,0 1994\t7 207 302\t137,0\t24,8 1995\t7 241 429\t137,7\t24,7 1996\t7 246 896\t137,8\t24,5 200 lr\t7 396 990\t140,6\t23,8 2002r\t7 443 491\t141,5\t23,7 2003\t7 467 626\t142,0\t23,7 * Données révisées depuis 1971 par l\u2019ISQ, La série tient compte des Québécois de retouret des résidents non permanents, Années 1999 à 2002, données révisées; année 2003, au 1er juillet, Source : Institut de la statistique du Québec, wwwstat.gouv.qc.ca, - en hausse de 42 % depuis 1961 - mais celle-ci est maintenant beaucoup plus lente qu\u2019auparavant et on envisage déjà le moment où elle commencera à décroître, comme c\u2019est déjà le cas dans certains pays européens développés.Il es t difficile de prévoir à quelle année au juste arrivera le déclin net de la population, mais divers scénarios de l\u2019Institut de la statistique du Québec prévoient que cela se produira entre 2016 et 2026, donc dans un avenir rapproché.Le déclin démographique est cependant déjà amorcé dans plusieurs régions du Québec.Fait nouveau qui n\u2019a pas encore vraiment retenu l\u2019attention et qui est apparu en 2002, l\u2019accroissement de la population par la migration nette est maintenant rendu au même niveau que l\u2019accroissement naturel de la population.Les lentes mutations démographiques commencent donc à être bel et bien visibles, bien qu\u2019elles aient été annoncées depuis des lustres par les démographes.Le poids relatif du Québec au sein du Canada ne cesse de diminuer parce que la population canadienne progresse plus vite.La part de la population québécoise est tombée pour la première fois dans l\u2019histoire en bas de 25 % de l\u2019ensemble canadien en 1994.À moins d\u2019une hausse significative de l\u2019immigration au Québec - non prévue en ce moment, cependant-, la diminution de son poids relatif ne pourra que se poursuivre, au rythme de un dixième de un pour cent environ chaque année.La 132 La population population du Québec comptait pour 23,6% de l\u2019ensemble du Canada en 2003.Si cette tendance se maintient, le Québec comptera pour environ 20 % de la population canadienne en 2040.Un vieillissement qui s\u2019annonce La pyramide des âges et le poids relatif des différents groupes d\u2019âges sont en changement rapide.La base démographique se rétrécit de façon marquée et une tendance nouvelle apparaît avec plus de netteté à la fin des années 1990 : la chute assez brusque de la natalité en- traîne une accentuation du déséquilibre entre les groupes d\u2019âge, à court terme du moins, et tant que les cohortes du baby boom n\u2019aurontpas atteintl\u2019âge du décès.Pendant que la base diminue, les cohortes nées dans les années 1950 vieillissent et progressent vers le haut de la pyramide des âges - qui prend plutôt peu à peu l\u2019allure d\u2019un gros champignon (Graphique 1.1).On voit nettement se dessiner le poids du centre qui caractérise la situation démographique actuelle, de même qu\u2019un certain rééquilibrage entre les groupes graphique 1.1 Pyramide des âges, Québec 80-84 80-84 70-74 Hommes Femmes 70-74 Hommes Femmes 60-54 60-54 50-54 50-54 40-44 40-44 30-34 30-34 20-24 20-24 10-14 10-14 Effectif du groupe d'âge (en milliers) Effectif du groupe d'âge (en milliers) 2011 90-94 80-84 70-74 60-54 50-54 40-44 30-34 20-24 10-14 0-4 400\t200\t0\t200\t400 Effectif du groupe d'âge (en milliers) Hommes Femmes 2031 90-94 80-84 70-74 60-54 50-54 40-44 30-34 20-24 10-14 0-4 400\t200\t0\t200\t400 Effectif du groupe d'âge (en milliers) Hommes Femmes Source : Statistique Canada, Estimations de la population, Dernière mise à jour le 1er novembre 2002, 133 L\u2019état du Québec d\u2019âge lorsque les cohortes issues du baby boom d\u2019après guerre vieilliront.La caractéristique nouvelle qui se dessine est cependant une tendance à une répartition plus ou moins équilibrée des différentes tranches d\u2019âge dans une trentaine d\u2019années, un phénomène neufdans l\u2019histoire démographique récente du Québec.La part des jeunes âgés de o à 14 ans a fortement diminué, passant de 35,4 % en 1961 à 17,2 % de l\u2019ensemble en 2002, et celle de la population ayant atteint l\u2019âge de la retraite est en forte croissance, notamment parce que l\u2019espérance de vie augmente.Le Québec n\u2019a pas encore une population vieille, mais la tendance au vieillissement est nettement présente et elle va s\u2019accélérer au début du XXIe siècle de façon rapide, comme l\u2019indiquent les projections de population faites par l\u2019Institut de la Statistique du Québec : la part de la population âgée de 65 ans et plus va passer de 13,1% en 2002 à 21,3 % en 2021, alors que la part de la population des jeunes (0-14 ans) va continuer à régresser lentement Par comparaison, la Suède a actuellement 17,8 % de sa population qui est âgée de 65 ans ou plus, l\u2019Europe des quinze connaît une proportion de 15,5 % et le Japon, 15%, tandis que les États-Unis et le Canada ont une proportion un peu moins élevée que celle du Québec (tous ces chiffres caractérisent l\u2019année 2001).L\u2019âge médian de la population -l\u2019âge qui départage la population entre deux groupes égaux - fera un bond considérable, passant de 38,5 ans en 2001 à 44,4 ans en 2021 (Tableau 1.2).Cela signifie que la moitié de la population aura plus de 44,4 ans cette année-là.Les nouvelles projections de publications publiées par l\u2019Institut de la Statistique du Québec donnent à penser que le vieillissement sera plus prononcé que prévu à partir de l\u2019an 2011.TABLEAU 1.2 Structure de la population par âge, rapport de dépendance et âge médian de la population du Québec de 1951 à 2001 et projections pour 2011-2051 \t\t\t\t\t 1951\t33,7\t60,6\t5,7\t0,65\t24,8 1961\t35,4\t58,7\t5,8\t0,70\t24,0 1971\t29,3\t63,9\t6,8\t0,57\t25,6 1981\t21,5\t69,8\t8,7\t0,43\t29,6 1991\t19,8\t69,2\t11,0\t0,45\t34,0 2001\t17,6\t69,3\t13,0\t0,44\t38,5 2011\t14,9\t69,1\t15,9\t0,44\t42,2 2021\t14,4\t64,3\t21,3\t0,55\t44,4 2031\t13,6\t59,4\t26,9\t0,68\t46,9 2041\t12,8\t58,8\t28,4\t0,70\t48,5 2051\t12,8\t57,5\t29,7\t0,73\t49,1 Rapport de dépendance :\t(0-14 ans + 65 ans et plus/15-64 ans) 2011 ¦\t\t-2051 :\tprojections, hypothèse moyenne, Source : www.stat.gouv.qc.ca.\t 134 La population Rappelons que la moitié de la population avaitmoins de 25 ans en 1951, et moins de 34 ans en 1991.La tranche d\u2019âge la plus nombreuse a en ce moment44 ans etles personnes qui se situent de chaque côté de cette catégorie modale (disons dans la fourchette des 38-50 ans) pèsent de tout leur poids dans la société et leurs comportements modèlent ce qui s\u2019y passe.Une nouvelle dépendance Le rapport de dépendance - qui est mesuré par le rapport du nombre déjeunes et de personnes de 65 ans ou plus sur la population âgée de 15 à 64 ans -va aussi augmenter mais seulement après l\u2019année 2011, alors qu\u2019il devrait atteindre le haut niveau observé dans les années 1950 et i960 (4e colonne du Tableau 1.2).Ce rapport de dépendance doit être interprété avec précaution, notamment parce qu\u2019une partie des personnes ayant dépassé l\u2019âge de la retraite pourront rester actives sur le marché du travail ou encore effectuer des travaux non rémunérés, à titre de bénévoles par exemple.Dans les années cinquante, les personnes dépendantes étaient surtout des enfants qui n\u2019avaientpas de TABLEAU 1.3 Population, variation de la population et accroissement selon les régions administratives, Québec, 1971-2003 \t\t\t\t\t\t\t\t Bas-Sa int-Lauient(l)\t3,5\t3,3\t3,0\t2,8\t2,7\t202 037\t-3,7\t-7 528 Sa gu enay-Lac Saint-Jean (2)\t4,4\t4,4\t4,1\t3,8\t3,7\t278 519\t-5\t-13 960 Québec (3)\t8,8\t9,0\t8,9\t8,8\t8,8\t659 212\t4,2\t27 852 Mauricie/Bois-Francs (4)\t4,1\t3,9\t3,7\t3,5\t3,5\t258 733\t-2,1\t-5 407 Estrie (05)\t4,0\t4,0\t3,9\t3,9\t4,0\t295 872\t7,3\t21 497 Montréal (06)\t32,5\t27,3\t25,7\t25,0\t25,0\t1 871 774\t3\t56 534 Outaouais (07)\t3,6\t3,8\t4,1\t4,4\t4,4\t332 558\t12,4\t41 234 Abitibi-Témiscamingue (08)\t2,4\t2,3\t2,2\t2,0\t1,9\t145 964\t-6,5\t-9 481 Cote-Nord (09)\t1,7\t1,8\t1,5\t1,3\t1,3\t97 074\t-8,9\t-8 596 Nord du Québec (10)\t0,5\t0,5\t0,5\t0,5\t0,5\t39 663\t6,2\t2 460 Gaspésie\u2014Iles-de-la-Madeleine (11)\t1,9\t1,8\t1,5\t1,3\t1,3\t97 066\t-11,5\t-11 124 Chaudière-Appa laches (12)\t5,1\t5,4\t5,3\t5,3\t5,3\t392 108\t4,1\t16 120 Laval (13)\t3,8\t4,2\t4,6\t4,7\t4,8\t359 707\t10,5\t37 764 Lanaudière (14)\t2,9\t4,0\t4,8\t5,4\t5,4\t405 795\t15,3\t61 974 Laurentides (15)\t4,0\t4,8\t5,5\t6,4\t6,5\t490 160\t20,2\t98 805 Montérégie (16)\t13,8\t16,5\t17,5\t17,7\t17,8\t1 336 910\t7,7\t102 475 Centre du Québec (17)\t3,0\t3,1\t3,0\t3,0\t3,0\t224017\t5,3\t11 815 Total\t100\t100\t100\t100\t100\t7 487 169\t3,2\t240 273 * Données de Statistique Canada, légèrement différentes de celles de l'ISQ, Source : Institut de la statistique du Québec, La situation démographique au Québec et www.stat.gouv.qc.ca 135 L\u2019état du Québec ressources économiques propres ; dans les années 2000, les personnes dépendantes seront de plus en plus des personnes âgées possédantpour la plupart un patrimoine, ce qui affectera l\u2019impact socioéconomique de la dépendance sur la société.TABLEAU 1.4 Population par régions métropolitaines de recensement et variation en %, Québec, 1991-2003 \t\t\t\t Montréal\t3 290 792\t3 507 182\t3 574516\t8,6 Québec\t660 730\t696 377\t705 898\t6,8 Hull-Gatineau\t232 901\t262 954\t272 288\t16,9 Saguenay\t164 531\t157 764\t155 062\t5,8 Sherbrooke\t143 998\t156 980\t160 876\t11,7 Trois-Rivières\t139 328\t140 109\t140 558\t0,9 Reste du Québec\t2 432 455\t2 478 621\t2 477 971\t1,9 Total\t7 064 735\t7 396 990\t7 487 169\t6,0 * Les populations des régions ont été révisées de 1996 à 2002, mais pas les populations de 1986 et de 1991, Source : wwwstatgouv.qc.ca.TABLEAU 1.5 Divers indicateurs de fécondité, Québec, 1960-2003 \t\t\t 1960\t141 224\t27,5\t3,86 1970\t96 512\t16,1\t2,09 1980\t97 498\t15,0\t1,63 1990\t98 013\t14,0\t1,63 1992\t96 054\t13,5\t1,67 1994\t90 417\t12,5\t1,64 1996\t85 130\t11,7\t1,61 1998\t75 674\t10,3\t1,49 2000\t72 010\t9,8\t1,45 2002p\t72 200\t9,7\t1,46 2003p\t73 600\t9,8\t1,49 p : données provisoires, Source : Institut de la statistique du Québec, www.stat.gDuv.qc.ca.La décroissance démographique des régions est amorcée D\u2019après les données révisées de la population, six régions du Québec ont connu un certain dépeuplement depuis dix ans : la Côte-Nord, la Gaspésie-îles-de-la-Madeleine, le Bas-Saint-Laurent, le Saguenay-Lac Saint-Jean etl\u2019Abitibi-Témiscamingue.La région de la Mauricie-Bois-Francs est la dernière à s\u2019être ajoutée à la liste (Tableau 1.3).La grande région de Montréal a aussi perdu une partie de sa population au profit des régions adjacentes en forte croissance depuis 1991 (les Lauren tides surtout ainsi que Lanaudière) ou de régions en croissance modérée (Laval et la Montérégie), mais « ses pertes sont beaucoup moins importantes entre 1996 et 2001 qu\u2019elles ne l\u2019étaient entre 1991 et 1996 » d\u2019après l\u2019Institut de la sta-tistique du Québec.La région de l\u2019Outaouais connaît aussi une hausse démographique plus marquée.Ces cinq régions en croissance ont augmenté leur poids respectif dans l\u2019ensemble du Québec.Il en va de même pour le Nord du Québec à cause de la forte fécondité des populations autochtones, mais il faut ajouter que cette région est faiblement peuplée.De plus en plus urbains La population québécoise se concentre davantage dans les grandes régions métropolitaines, qui connaissent toutes (saufcelles de Chicoutimi-Jonquière et de Trois-Rivières) une croissance démographique plus forte que celle de l\u2019ensemble du Québec (Tableau 1.4).Ce dernier est de plus en plus urbain et un peu moins de la moitié de toute sa population se retrouve dans la grande région montréalaise.C\u2019estla région mét- 136 La population ropolitaine de Gatineau qui croît le plus vite au Québec depuis dix ans, suivie par celle de Sherbrooke.Trois phénomènes démographiques affectentla taille de la population totale et l\u2019équilibre entre les groupes d\u2019âges, et jusqu\u2019à un certain point la répartition entre les régions : la natalité, l\u2019immigration internationale et les migrations interprovinciales.Nous en examinerons brièvement les évolutions.La chute de la natalité s\u2019est arrêtée Le nombre de naissances et le taux de natalité ont été en forte baisse entre 1990 et 1997, une période de changement accéléré (Tableau 1.5).Le nombre de naissances a eu tendance à se stabiliser autour de 72 000 à 73 000 ces cinq dernières années.Les naissances hors mariages sont maintenant devenues la norme, y compris celles qui viennent au rang 2 (Tableau 1.6).Cela témoigne d\u2019une mutation de l\u2019union entre conjoint sur laquelle nous reviendrons plus loin.Les enfants des premières cohortes du baby boom d\u2019après-guerre sont maintenant arrivés à l\u2019âge d\u2019avoir leurs propres enfants et on peut présumer que ce nombre se maintiendra au même niveau pendant un certain temps avant de continuer à régresser quelque peu.Le taux de fécondité a diminué de façon importante dans le groupe des jeunes femmes mais non dans le groupe des femmes âgées de 30 ans et plus, tranches d\u2019âge dans lesquelles on observe une tendance à la hausse.Plus scolarisées qu\u2019auparavant, les jeunes femmes reportent à plus tard la venue des enfants, comme le montre l\u2019augmentation de l\u2019âge moyen de la mère à la naissance qui est maintenant de 29,1 TABLEAU 1.6 Naissances hors mariages en % selon le rang et l'année, Québec, 1960-2003 \t\t\t 1960\t\t\t3,6 1970\t\t\t8,0 1980\t20,7\t8,3\t13,8 1990\t48,4\t31,8\t38,1 1992\t54,1\t37,6\t43,4 1994\t58,6\t44,1\t48,5 1996\t62.3\t48,9\t52,8 1998\t64,7\t51,8\t56,1 2000\t65,8\t54,6\t58,3 2002p\t66,6\t56,3\t59,4 2003p\t66,4\t55,6\t59,2 * Le total comprend toutes les naissances quel que soit le rang, Indice synthétique révisé depuis 1971, p : données provisoires, Source : Institut de la statistique du Québec, www,stat.gouvqc.ca.TABLEAU 1.7 Nombre d'enfants adoptés nés à l'étranger (adoption internationale), 1990-2003 \t 1990\t537 1991\t876 1992\t638 1993\t717 1994\t824 1995\t969 1996\t977 1997\t773 1998\t910 1999\t882 2000\t700 2001\t745 2002\t817 2003\t908 1990-2003\t11273 Source: Secrétariat à l'adoption internationale, 137 L\u2019état du Québec ans.Elles attendent aussi d\u2019être établies professionnellement avant de devenir mères.Or, les études montrent que plus l\u2019âge de la mère à la première naissance augmente, plus la probabilité d\u2019avoir un autre enfant par la suite diminue.La mesure de la descendance finale d\u2019une cohorte de femmes donne une évaluation plus fiable du remplacement de la population que l\u2019indice synthétique de fécondité.Nous pouvons estimer avec assez de justesse quel a été le nombre total d\u2019enfants mis au monde par les femmes nées avant le milieu des années soixante,puisqu\u2019elles ont maintenant passé l\u2019âge d\u2019en avoir d\u2019autres.La mesure de descendance finale décline chaque année depuis 1921, date à partir de laquelle chaque cohorte annuelle de femmes a eu un peu moins d\u2019enfants que la précédente.La cohorte des femmes nées en 1943 a été la première à avoir eu moins de 2,1 enfants par femme, soit le nombre nécessaire pour assurer le remplacement naturel de la population.La diminution de la descendance finale semble s\u2019être arrêtée avec la cohorte des femmes nées en 1955, pour se stabiliser à 1,6 enfant environ par la suite selon les projections faites pour les cohortes de femmes nées entre 1955 et 1970.Les projections faites sur la descendance finale des femmes nées après 1970, qui sont cependant encore en âge d\u2019avoir des enfants, donnent à penser qu\u2019elle sera quelque peu inférieure à 1,6 enfant.« Les générations suivantes sont encore jeunes, mais en mauvaise posture pour atteindre ce seuil.En effet, elles ont considérablement retardé la venue du premier enfant»1.L\u2019examen de la langue d\u2019usage de la mère à la naissance montre que les francophones ont une fécondité un peu plus faible.Les personnes qui ne parlent que le français à la maison représentent 82,9% de la population et les mères qui parlent français à la maison représentent 74,4 % de toutes celles qui ont accouché en 20012.Les Anglo-Québécoises ont aussi une fécondité plus faible que leur poids démographique, alors que les femmes ayant déclaré une autre langue maternelle ont une fécondité plus forte.L\u2019adoption internationale est encore marginale.Ainsi, 908 enfants nés à l\u2019étranger ont été adoptés par des parents québécois en 2003.Au total, n 273 enfants nés à l\u2019étranger ont été adoptés par des couples québécois de 1990 à 2003, soit une moyenne de 805 par année.(Tableau 1,7).Enfin, le nombre d\u2019interruptions volontaires de grossesse est élevé ; il est de 29140 en 2002, un sommet de tous les temps.Hausse continue de l\u2019espérance de vie et du nombre de décès L\u2019espérance de vie continue de progresser.D\u2019après le dernier chiffre disponible (année 2001, estimations de 1TSQ), elle est de 75,5 ans pour les hommes et de 82,4 ans pour les femmes.On observe depuis une quinzaine d\u2019années une réduction de l\u2019écart qui sépare hommes et femmes, qui est maintenant de sept ans.La différence entre hommes et femmes observée après 65 ans est cependant moindre, soit un peu plus de quatre ans.S\u2019ils se rendent jusqu\u2019à 65 ans, les hommes peuvent en effet espérer vivre encore près de 16 ans et les femmes, encore 20 ans.L\u2019écart entre les hommes et les femmes est encore plus 138 La population réduit pour ce qui est de l\u2019espérance de vie sans perte d\u2019autonomie fonctionnelle après 65 ans, car une partie des années supplémentaires vécues par les femmes le sont au prix d\u2019une perte d\u2019autonomie.Le taux de mortalité infantile est maintenant inférieur à cinq décès pour 1000 naissances depuis le début des années 1990, s\u2019établissant à 4,4 en 2001.La différence entre les sexes, qui était de 4,3 points en 1971, se situe à maintenant à 0,9 point, les bébés de sexe féminin ayant un taux de mortalité infantile moins élevé que ceux de sexe masculin.Le nombre de décès a augmenté durant les années 1990.fl était autour de 45 000 par année durant les années 1980, et il dépasse désormais les 55 000 en 2003.Le taux de décès -mesure qui tient compte de la taille de la population - est maintenant de 7,5 % (pour mille), contre 6,9 % en 1990.Cette hausse traduit bien le début du processus de vieillissement de la population au Québec.Faible accroissement naturel de la population Conséquence de la diminution rapide de la natalité et de l\u2019augmentation du nombre de décès chaque année, l\u2019accroissement naturel (différence entre les naissances et les décès) de la population québécoise est en forte diminution (Tableau 1.8).Cet accroissement naturel est d\u2019environ 18 500 personnes (estimation pour l\u2019année 2003) alors qu\u2019il était proche de 50 000 en 1990.On le voit, la diminution est importante.En i960, l\u2019accroissement naturel de la population était supérieur à 100 000 personnes.La chute rapide de l\u2019accroisse- ment naturel de la population est récente, remontant au début des années 1990.Le taux d\u2019accroissement naturel était d\u2019environ 7800 chaque année entre i960 et 1990, mais il a par la suite chuté rapidement à 2,5800 en dix ans.fl faut souligner l\u2019apparition d\u2019un phénomène nouveau au tournant de l\u2019an 2000 : l\u2019accroissement de la population par migration est devenu plus important que l\u2019accroissement naturel, fl y a eu en effet 18 500 naissances de plus que de décès en 2003, et le solde migratoire net a été quant à lui estimé cette même année à 30 547 personnes.Cela veut dire que le Québec devra de TABLEAU 1.8 Accroissements naturel et migratoire (en nombre et en %o), Québec, 1960-2003 \t\t\t\t 1960\t106 095\t6,7\t\t 1970\t56 120\t7,2\t\t-3,7 1980\t53 983\t8,3\t-4 423\t-0,7 1985\t40 346\t6,1\t5 340\t0,8 1990\t49 362\t7,0\t27 883\t4,0 1991\t48 105\t6,8\t32 233\t4,6 1992\t47 091\t6,6\t31 254\t4,4 1993\t40 491\t5,7\t29 568\t4,1 1994\t39 028\t5,4\t8 315\t1,2 1995\t34 536\t4,8\t7 952\t1,1 1996\t32 852\t4,5\t5 577\t0,8 1997\t25 443\t3,5\t-791\t-0,1 1998\t21469\t2,9\t1 815\t0,2 1999\t18 850\t2,6\t8 291\t1,1 2000\t18 964\t2,6\t11 963\t1,6 2001\t19 299\t2,6\t22 158\t3,0 2002p\t16 400\t2,2\t22 291\t3,0 2003p\t18 500\t2,5\t30 547\t4,1 p: données provisoires, Source : Institut de la statistique du Québec, www.stat.gouv,qc.ca, 139 L\u2019état du Québec plus en plus compter sur les apports extérieurs - qu\u2019ils viennent du Canada ou de l\u2019étranger - pour assurer la croissance de sa population, d\u2019autant plus que le nombre annuel de décès est appelé à augmenter fortement dans le proche avenir.Le Québec attire de nouveau Le solde migratoire total comprend deux types de mouvements de population, soit les échanges entre le Québec et les provinces canadiennes et les entrées et sorties en provenance de (ou vers) l\u2019étranger.Le Québec avait un solde migratoire total négatif jusqu\u2019en 1980.Cette tendance avait été renversée par la suite, le solde migratoire total étant largement positif jusqu\u2019en 1993.Il est de nouveau en hausse depuis six ansf Globalement, le Québec est gagnant dans ses échanges de population avec l\u2019étranger, mais il est perdant dans ses échanges avec les provinces canadiennes.En fait, c\u2019est le solde migratoire interprovincial qui a été le plus longtemps négatif, et ce, depuis les années i960 (Tableau 1.9).Ce solde négatif avait même été fort important après l\u2019élection en 1976 du premier gouvernement du Parti québécois jusqu\u2019en 1983, avant de se redresser par la suite.Les démographes de l\u2019Institut de la statistique du Québec estiment que plusieurs anglophones montréalais avaient alors devancé une migration qui de toute façon s\u2019annonçait inévitable.Le solde négatif a de nouveau augmenté au cours des années 1990, le Québec ayant connu une perte nette de 14 724 personnes dans ses échanges de migrants avec les autres provinces canadiennes en 2000.Depuis cette date, le solde migratoire interprovincial du Québec s\u2019améliore et il représente une perte nette de 7 778 TABLEAU 1.9 Migrations interprovinciales, entrants et sortants du Québec en % et solde migratoire selon la région, 1975-2003 \t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t¦ Entrants au Québec à partir de\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t Atlantique\t16,4\t16,9\t14,2\t14,6\t13,9\t13,7\t13,6\t13,5\t13,9\t134 381\t15,1 Ontario\t66,1\t61,3\t68,6\t64,8\t64,1\t64,4\t66,9\t65,1\t64,3\t565 287\t63,6 Prairies/T, N.-O.\t9,2\t14,1\t10,9\t10,0\t8,8\t11,3\t9,8\t11,5\t12,0\t110 002\t12,4 C.B.\t8,3\t7,8\t6,3\t10,6\t13,1\t10,6\t9,7\t9,9\t9,8\t79 168\t8,9 Sortants du Québec vers\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t Atlantique\t19,4\t9,5\t10,6\t9,9\t8,5\t9,7\t10,3\t12,0\t11,5\t158 426\t11,4 Ontario\t58,8\t59,6\t66,5\t65,6\t68,1\t73,1\t71,8\t67,6\t68,7\t923 054\t66,3 Prairies/T, N.-O.\t13,1\t20,9\t11,7\t9,5\t13,2\t9,7\t9,9\t11,8\t11,1\t171283\t12,3 C.B.\t8,7\t10,0\t11,2\t15,0\t9,8\t7,5\t8,0\t8,5\t8,7\t139 313\t10,0 Solde migratoire interprovincial\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t Total\t-12 340\t-24283\t-9 567\t-10 248 -15 940\t\t-14 724\t-10 310\t-6 274\t-7 592\t-503 272\t * Le total inclut trente ans, soit de 1972 à 2003 Source : Institut de la statistique du Québec, wwwstat.gouv.qc.ca 140 individus, soit la moitié de la perte observée en 2000.Il faudra cependant attendre un peu avant de déceler une nouvelle tendance.Les migrations d\u2019une province à l\u2019autre sont fort importantes au Canada, et il en va de même dans le cas du Québec.En 30 ans, le Québec a perdu 503 272 personnes dans ses échanges de population avec le reste du Canada.Rappelons que d\u2019autres provinces canadiennes ont aussi connu un solde migratoire négatif important au cours de la même période, de même que plusieurs États américains de taille comparable à celle du Québec dans leurs échanges de population avec d\u2019autres États.Outre [\u2019incertitude qui entoure l\u2019avenir politique du Québec - un facteur qui a souvent été évoqué par les analystes pour expliquer ce phénomène dans les années 1980 - bien d\u2019autres causes expliquent les mouvements de population d\u2019une région à l\u2019autre, notamment des facteurs économiques et même géographiques, comme le montre la situation comparable de provinces ou d\u2019États américains voisins.Québec-Ontario aller-retour Où vont les Québécois qui migrent ailleurs au Canada?En Ontario, d\u2019abord, et de loin.La proportion de migrants québécois qui choisissent de s\u2019y établir est maintenant d\u2019environ trois sur quatre, et cette proportion, en constante augmentation depuis les années 1970, s\u2019établit à un peu moins de 70% en 2003.La région de l\u2019Atlantique vientloin derrière l\u2019Ontario avec 11,5 % des migrants suivie de la région des Prairies (surtout l\u2019Alberta) avec 11,1% et de la Colombie-Britannique (8,7%).Il y a un très net changement dans la destination choisie par les personnes sortant du Québec depuis 1975 : la part de l\u2019Ontario se consolide à un niveau fort élevé et celle de la Colombie-Britannique, qui avaitaugmenté au milieu des années 1990, connaît à nouveau une hausse après une diminution causée par une mauvaise conjoncture économique.La part des provinces de l\u2019Atlantique a régressé de moitié depuis les années 1970, mais elle se redresse quelque peu ces dernières années.D\u2019où viennent les Canadiens qui migrent vers le Québec?Cette fois encore, l\u2019échange de population avec l\u2019Ontario domine largement : celle-ci a fourni les deux tiers des personnes nouvellement établies au Québec en 2003 en provenance d\u2019une autre province et cette proportion est presque stable depuis trente ans.Les provinces de l\u2019Atlantique suivent avec 13,9 % de l\u2019ensemble, les Prairies avec 12 % et la Colombie-Britannique avec 9,8 %.Il faut noter que la provenance des entrants au Québec est beaucoup plus stable sur longue période que la destination des sortants qui semble s\u2019ajuster à la conjoncture économique régionale canadienne.Ces derniers ont plutôt tendance à se diriger en large majorité vers trois provinces.L\u2019Ontario demeure de très loin la première province avec laquelle se font les migrations interprovinciales qui impliquent des Québécois.La migration interprovinciale touche davantage les jeunes que les autres groupes d\u2019âge.Plus de la moitié des entrants (57,4% en 2003) et des sortants (54,8%) ontmoins de 30 ans.Il n\u2019y a pas vraiment de différences importantes entre l\u2019âge des entrants et l\u2019âge des sortants, qui migrent sensiblement dans les L\u2019état du Québec mêmes proportions.À peu près autant de jeunes entrent au Québec qu\u2019il y en a qui sortent Le seul groupe d\u2019âge qui se distingue quelque peu est celui des person- nes ayantatteintl\u2019âge delà retraite, qui sont plus nombreuses à quitter le Québec qu\u2019à s\u2019y établir en provenance de l\u2019extérieur.Familles : de plus en plus hors du mariage avec de moins en moins d\u2019enfants La famille a longtemps été présentée comme la cellule de base de la société et elle reste centrale dans l\u2019imaginaire de la vie collective.Comment se présente le portrait de la famille dans la société québécoise?Désaffection vis-à-vis du mariage comme institution L\u2019état matrimonial des individus varie graphique 2.1 Nombre de mariages et de divorces, en milliers, Québec (1970-2002) 60 000 50 000 40 000 30 000 20 000 10 000 Mariages Divorces 1970\t1980\t1990\t2000 2002 Source : Institut de la statistique du Québec, www.statgouv.qc.ca et Statistiques démographiques annuelles, 2000, Ottawa, cat.91-213.beaucoup selon les étapes du cycle de vie (Tableau 2.1).Si les jeunes sont davantage célibataires et les personnes âgées, plus souvent veuves, ce qui est une évidence connue, des différences entres sexes apparaissent à ces deux moments du cycle de vie puisque les femmes se marient plus tôt que les hommes et terminent leur vie veuves en plus forte proportion.La vie commune (en couple) intervient maintenant plus tard, mais elle domine chez les individus qui ont entre trente et soixante ans.Cette fois encore, des différences entre les sexes apparaissent: les trois quarts des hommes âgés de 50 à 70 ans vivent en union et cette proportion est moindre chez les femmes à cause d\u2019une plus forte proportion de veuves, déplus en plus nombreuses à mesure qu\u2019on avance en âge.Le nombre absolu de mariages est tombé de plus de la moitié depuis 1970, alors que la population augmentaitpar ailleurs (Graphique 2.1).Au total 21995 mariages ont été célébrés en 2002, contre 24 237 en 1995 et 51 690 en 1975.Notons au passage qu\u2019on avait cru un 142 La population moment en 2000 que le mariage gagnait de nouveau en popularité puisque 24 908 unions avaient été célébrées cette année-là, mais on sait maintenant que cette hausse a été bien éphémère, étant attribuable à la magie exercée par l\u2019entrée dans un nouveau millénaire.Environ 30% des mariages ont été célébrés devant un célébrant civil (une proportion stable depuis six ans) contre 19 % en 1980.En 2001, la proportion de mariages impliquant au moins une personne divorcée était de 31 %.L\u2019âge moyen au premier mariage a nettement augmenté en cinq ans, atteignant 28 ans pour les femmes et de 29,8 ans pour les hommes en 1999 (dernière donnée disponible).On peut en fait parler d\u2019une véritable désaffection envers le mariage, qui apparaît de moins en moins comme une institution normative aux yeux des nouveaux couples.Mais les données annuelles sur les nouveaux mariés ne donnent pas une idée juste de l\u2019ampleur de la défection vis-à-vis du mariage.11 faut examiner l\u2019état matrimonial de tous les couples pour en mesurer l\u2019ampleur, et aussi considérer les changements survenus en cours de vie.D\u2019après le Recensement de 2001, 30% de tous les couples québécois vivaient en union libre et sept sur dix étaient mariés officiellement (Tableau 2.2).L\u2019union libre a donc fait un bond considérable en dix ans (elle touchait 19% des couples en 1991).La popularité de l\u2019union libre varie fortement selon l\u2019âge.Elle est de 82 % chez les jeunes couples âgés de moins de 24 ans (d\u2019après l\u2019âge de la femme) et elle est des deux tiers chez les 25-29 ans.Après l\u2019âge de 30 ans, la proportion de couples mariés augmente sensiblement 11 TABLEAU 2.1 Répartition de la population selon l'état matrimonial, le groupe d'âge et le sexe, Québec, 2001 \t\t\t\t\t\t\t \t20-24\t69,8\t5,5\t24,0\t0,7\t0,1\t100 \t25-29\t37,0\t22,5\t37,8\t2,5\t0,1\t100 \t30-34\t23,3\t36,3\t34,8\t5,5\t0,2\t100 \t35-39\t18,2\t44,3\t28,1\t8,9\t0,4\t100 \t40-44\t15,0\t49,8\t21,7\t12,7\t0,9\t100 \t45-49\t12,0\t53,5\t16,4\t16,2\t1,9\t100 \t50-59\t9,1\t57,9\t10,2\t17,8\t5,1\t100 \t60-69\t8,4\t56,3\t4,4\t13,5\t17,7\t100 \t70-79\t9,7\t39,6\t1,6\t6,5\t42,5\t100 \t80 et +\t13,3\t15,0\t0,4\t1,9\t69,0\t100 Homme\t20-24\t83,5\t2,2\t13,9\t0,3\t0,1\t100 \t25-29\t51,8\t13,6\t33,1\t1,3\t0,1\t100 \t30-34\t32,9\t29,7\t34,3\t3,1\t0,1\t100 \t35-39\t25,4\t39,4\t29,6\t5,5\t0,1\t100 \t40-44\t20,0\t47,2\t23,9\t8,7\t0,3\t100 \t45-49\t15,1\t63,7\t18,8\t11,8\t0,5\t100 \t50-59\t9,8\t61,9\t13,8\t13,3\t1,3\t100 \t60-69\t7,8\t69,1\t8,0\t11,1\t4,1\t100 \t70-79\t7,6\t69,5\t4,0\t7,3\t11,5\t100 \t80 et +\t7,7\t57,4\t1,9\t4,2\t28,7\t100 Total\t15 ans\tF 25,4\t38,9\t16,4\t9,3\t10,0\t100 \tet +\tH 31,4\t41,6\t17,7\t7,0\t2,2\t100 * Les personnes séparées vivant en union libre sans avoir divorcé sont corn prises dans les mariés Source: Institut de la statistique du Québec, www.stat.gouv,qc.ca.TABLEAU 2.2 Types d'union des couples selon l'âge de la femme, Québec, 2001 \t\t\t\t \t18,0\t82,0\t100\t79 775 25-29\t37,3\t62,7\t100\t133 210 30-39\t57,1\t42,9\t100\t390 875 40-49\t72,9\t27,1\t100\t437 490 50-59\t84,9\t15,1\t100\t330 900 60 et +\t94,2\t5,8\t100\t328 150 Total\t70,4\t29,6\t100\t1 700 400 Source: Statistique Canada, Recensement de 2001; calculs de l'auteur.143 L\u2019état du Québec y a donc ici un important effet d\u2019âge ou effet cycle de vie : en vieillissant, les couples ont tendance à se marier, surtout lorsqu\u2019ils envisagent d\u2019avoir des enfants.On sait en effet qu\u2019une partie des couples vivant en union libre vont finir par se marier.D\u2019après l\u2019Enquête sociale générale de Statistique Canada (cycle 15), «le tiers des Québécoises avaient épousé leur conjoint de faitau moment de l\u2019enquête, comparativement à 59% chez les femmes des autres provinces canadiennes »4.Mais cet effet d\u2019âge s\u2019atténue d\u2019une génération à l\u2019autre car les nouvelles générations se marient moins, même à un âge plus avancé5.Fait à signaler, la probabilité de vivre en union libre lors de l\u2019établissement en couple est de 70,4% chez les Québécoises âgées de 30 à 39 ans et de 34,2% chez les Canadiennes dans les provinces anglophones, d\u2019après l\u2019Enquête sociale générale.Autre indicateur tiré de la même enquête : la part des familles recomposées vivant en union libre est de 73,5 % au Québec et de 43,3 % au Canada anglais.Union civile et mariage des homosexuels En parallèle à la défection vis-à-vis du mariage, les personnes d\u2019orientation homosexuelle revendiquent avec beaucoup de bruit sur la place publique le droit de se marier officiellement, ce qui implique un changement dans les lois fédérales.En juin 2002, le gouvernement du Québec a reconnu de son côté l\u2019union civile.Au cours de la première année, 159 unions civiles ont été officiellement contractées, dont dix entre personnes hétérosexuelles.Au total, 82 unions ont impliqué deux hommes (51,6 % du total) et 67 unions, deux femmes (42,1%).Dans une étude sur la question, L.Duchesne a observé que les conjoints ayant choisi de s\u2019unir civilement étaient le plus souvent très instruits (plus dei5 ans de scolarité), d\u2019âge moyen assez élevé (autour de 45 ans) et plus fréquemment nés à l\u2019étranger (environ 20 % chez les hommes)6.Le Recensement de 2001 présentait pour la première fois des données sur les unions entre personnes de même sexe.Il y avait au Québec 6 350 couples formés de deux hommes et 4 015 couples formés de deux femmes.Ces chiffres donnent une estimation plus faible que prévu de l\u2019ampleur du phénomène de l\u2019homosexualité en couples.De plus en plus de naissances hors mariage La proportion de naissances hors mariage a continué de s\u2019accroître, au point de dépasser une naissance sur deux (58,5% en 2001).Cette proportion est encore plus élevée pour les naissances de rang un (65 % en 2001).Il faut noter la forte progression de ce phénomène en moins de dix ans et il s\u2019agitici d\u2019une mutation majeure et radicale, parallèle à la désaffection vis-à-vis du mariage dont on parlera plus loin.Une étude de Louis Duchesne révèle d\u2019importantes variations régionales dans la proportion de naissances hors mariage7.En Abitibi-Témiscamingue, en Gaspésie et sur la Côte-Nord, plus des deux tiers des naissances sont issues de parents non mariés et dans la région de Montréal, cette proportion, qui est stable depuis 1990, se situe autour de 40 % seulement Les différences sont encore plus considérables entre les municipalités, le phénomène étant moins marqué dans celles où se 144 trouve une forte présence anglophone, notamment à l\u2019ouest de Montréal, là où l\u2019union libre est aussi beaucoup moins répandue.Hausse tendancielle du divorce Le nombre total de divorces tourne autour de 20 ooo depuis dix ans, mais il a tendance à diminuer quelque peu, sans doute parce qu\u2019il y a moins de couples mariés susceptibles de divorcer.En fait cette relative stabilité en nombre absolu est trompeuse, car l\u2019incidence du divorce augmente très nettement d\u2019une génération à l\u2019autre.La proportion de couples mariés en 1975 qui n\u2019ont pas fêté leurs noces d\u2019argent en 2000 est de 33,9%.Or, cette proportion était plus faible pour la cohorte des couples mariés en 1964, soit 21% après 25 ans de mariage.Plus de la moitié des divorces survenus en 2000 ont eu lieu après moins de quinze ans de mariage, alors que cette proportion était plus élevée dix ans auparavant (Tableau 2.3).Au cours des années qui ont suivi l\u2019adoption de la Loi qui a légalisé le divorce en 1969, il semble que les ménages formés de con-joints plus âgés ou mariés depuis plusieurs années aient eu moins TABLEAU 2.3 Typologie des ménages, Québec, 2001 \t\t Couples avec enfant\t932 220\t31,0 Couples sans enfant présent\t751 740\t25,0 Familles monoparentales\t335 590\t11,2 Ménages non familiaux\t103 195\t3,4 Personnes seules\t880 765\t29,4 Total\t3 003 510\t100 Source: Statistique Canada, Recensement de 2001; calculs de l'auteur.tendance à rompre leur union que les jeunes ménages.Au fil des années, le divorce est devenu plus fréquent dans tous les groupes d\u2019âge.Une étude de Louis Duchesne parue en décembre 2003 montre qu\u2019un divorce sur deux implique maintenant des couples sans enfant.Les ruptures d\u2019union dans le cas des couples non mariés ne sont pas prises en compte dans cette analyse, alors que ces couples pèsent de plus en plus lourd dans l\u2019ensemble de la société.Les couples en union libre n\u2019échappent pas à la probabilité de connaître une rupture, bien loin de là.L\u2019Enquête sociale générale de Statistique Canada permet d\u2019estimer que les unions libres sontnet-tementplus instables que les mariages.La probabilité d\u2019une rupture de la première union libre est estimée au double de celle qui caractérise le mariage.Fait à signaler, cette probabilité serait cependant plus faible de nos jours au Québec, comparée à celle observée dans un passé récent ou encore à celle observée au Canada anglais, là où l\u2019union libre est moins répandue.En ce sens, lorsqu\u2019elle devientplus fréquente, l\u2019union libre comprend aussi un noyau de couples stables.Diversité grandissante des modes de vie familiaux et non familiaux Les modes de vie familiaux et non familiaux sont de plus en plus diversifiés.Globalement, trois modes de vie différents sontmaintenant dominants : en familles, en couples et en solitaires.Nous en présentons brièvement les caractéristiques à l\u2019aide de données du recensement de 2001.Les couples avec enfant présent au foyer représentaient 31 % des ménages L\u2019état du Québec au Québec lors du dernier recensement (2001).L\u2019unité de vie typique dans la société n\u2019est plus le couple entouré d\u2019enfants, et l\u2019enfant occupe un espace plus limité qu\u2019auparavant dans la vie des adultes parce que ceux-ci en ont moins.Ils doivent en conséquence s\u2019occuper activement des enfants durant une période plus courte de leur vie.Moins de la moitié des adultes vivent en présence quotidienne d\u2019enfants dans leur ménage.C\u2019est là une situation nouvelle dans l\u2019histoire, car les adultes de la première moitié du siècle passaient la majeure partie de leur vie à s\u2019occuper d\u2019enfants, après avoir eux-mêmes été élevés dans des familles nombreuses.Les couples sans enfant présent représentent une catégorie de ménages en forte croissance et ils comptent pour le quart du total.Nous reviendrons sur ce type de ménage plus loin.Si l\u2019on additionne les couples avec et sans enfant présent, on note un autre changement majeur : les couples forment un peu plus de la moitié des ménages environ (56% en 2001).Trois types de ménages quasi inexistants il y a encore cinquante ans se partagentmaintenantpresque la moitié des unités ou des ménages.Les familles monoparentales regroupent plus d\u2019un ménage sur dix (11,2%), les ménages composés de personnes seules (près de 30% de l\u2019ensemble) et les ménages non familiaux (3,4%).De plus en plus d\u2019adultes vivent donc seuls.Les unités de vie sont aussi plus petites.Le tiers des individus ne côtoient qu\u2019une seule autre personne dans leur ménage au quotidien et moins du quart vivent dans un ménage comptant quatre personnes ou plus (par exem- ple, la famille de deux adultes et deux enfants, souvent considérée comme famille type).Environ 45 % des adultes du Québec vivent en présence d\u2019enfant dans leur foyer, alors que les autres vivent en couples seuls ou encore en solitaires.Les types de familles changent La famille au sens sociologique a maintenant deux formes bien distinctes : la famille institution - celle dans laquelle l\u2019enfant est en interaction quotidienne avec ses parents ou au moins l\u2019un d\u2019eux - et la famille réseau, celle qui est formée de liens maintenus entre membres consanguins appartenant à des unités de vie différentes.La famille à deux parents est encore dominante (73,5 %), mais elle a cédé du terrain depuis vingt ans avec la montée de la monoparentalité.Au total, 26,5 % des familles avec enfant présent sont maintenant monoparentales, ce qui représente une hausse d\u2019environ 27% depuis quinze ans.Les études montrent par ailleurs que les relations entre conjoints séparés ont changé au fil des années.La garde partagée est plus fréquente et il semble que les difficultés et divergences entre parents - forcément présentes dans les cas de divorces et de rupture - sont gérées de manière moins conflictuelle qu\u2019il y a quinze ou vingt ans.Les pères assument aussi plus fréquemmentla garde des enfants, mais les femmes sont encore plus nombreuses à le faire.Au total, 22,6% des enfants sont élevés dans des familles monoparentales.Second changement majeur en cours : la mutation de l\u2019union entre 146 La population parents.Si les familles monoparentales comptent pour le quart des familles avec enfant présent, on y trouve seulementle cinquième de tous les enfants, simplement parce qu\u2019elles en ont moins que les familles qui ont deux parents présents au foyer.La majorité des enfants (57,2%) sont donc élevés par des couples mariés et 20,3 % par des couples vivant en union libre.Troisièmement, la taille moyenne des familles avec enfants présents continue de décroître avec la dénatalité (Tableau 2.4).Un enfant sur quatre est maintenant élevé dans une famille à enfant unique et ce modèle de famille à enfant unique est en hausse.L\u2019historien E.Shorter qualifie ce type de familles de triade, pour bien montrer que la position de l\u2019enfanty est différente, celui-ci étant minoritaire devant deux adultes, sans interaction avec un frère ou une sœur, le plus souvent avec un nombre limité de cousins.La famille à deux enfants est en quelque sorte devenue la norme, comptant pour 44% de l\u2019ensemble.Un peu moins de 30 % des enfants ont au moins deux frères ou sœurs.TABLEAU 2.4 Distribution des enfants selon la taille de la famille, Québec, 1986,1996 et 2001 \t\t\t\t 1\t\t22,8\t25,7\t27,0 2\t\t43,3\t45,1\t44,4 3*\t\t23,3\t21,3\t28,6 4\t\t7,5\t5,8\t 5et +\t\t3,1\t2,1\t Total\t%\t100\t100\t100 \tN\t2 222 085\t2 249 410\t2 190 140 * 3 et plus en 2001, Source: Institut de la statistique du Québec, www.stat.gouv,qc.ca, La francisation du Québec La connaissance du français a fait des progrès indéniables au Québec.Mais le français est-il pour autant devenu la langue commune de la société québécoise ?Cette idée est sous-jacente aux définitions de la nation québécoise comme nation civique et elle a été développée explicitement dans de nombreux travaux de Gérard Bouchard7.Nous apportons une réponse nuancée à cette question après examen de différents indicateurs de la situation linguistique qui restent cependant imparfaits, d\u2019autant plus que Statistique Canada a modifié à maintes reprises les questions de recensement, ce qui pose des problèmes pour le suivi dans le temps des indicateurs.Stabilité de la langue maternelle française, régression de la langue maternelle anglaise Considérons d\u2019abord la langue maternelle, définie comme la langue apprise en premier lieu à la maison dans l\u2019enfance et encore comprise par le répon- 147 L\u2019état du Québec dant au moment du recensement8.La proportion de personnes de langue maternelle française est assez stable au Québec depuis le début du XXe siècle, à environ 80-82% de l\u2019ensemble (Graphique 3.1).Par ailleurs, la proportion de Québécois de langue maternelle anglaise a connu une chute importante depuis 1951, chute qui s\u2019est accélérée dans les années 1970 et 1980 à cause du départ d\u2019une partie de la communauté anglo-québécoise (Tableau 3.1).La proportion d\u2019anglophones de naissance est en effet passée de 13,8% en 1951 à 8,3% en 2001.La part des personnes n\u2019ayant déclaré ni le français ni l\u2019anglais comme langue maternelle (première langue apprise et encore comprise) augmente par ailleurs de manière marquée depuis vingt ans.Elle dépasse maintenant les 10 % de l\u2019ensemble de la population québécoise et surpasse la proportion d\u2019anglophones définis par la langue maternelle.Soulignons au passage que l\u2019on observe le même phénomène en Ontario, où la proportion de personnes de langue maternelle anglaise est aussi en TABLEAU 3.1 Langue maternelle des citoyens selon la région au Canada, 1951,1991,1996 et 2001 \t\t\t\t\t\t \t\t\t\t\t\t Nouveau-Brunswick\t1951\t63,1\t35,9\t1,0\t100\t515 697 \t1991\t65,1\t33,6\t1,3\t100\t723 895 \t1996\t65,5\t33,1\t1,4\t100\t729 625 \t2001\t65,2\t33,1\t1,7\t100\t719 715 Québec\t1951\t13,8\t82,5\t3,7\t100\t4 597 542 \t1991\t9,8\t82,1\t8,1\t100\t6 895 960 \t1996\t8,5\t82,2\t9,3\t100\t7 045 080 \t2001\t8,1\t81,9\t10,0\t100\t7 125 580 Ontario\t1951\t81,7\t7,4\t10,9\t100\t4 597 542 \t1991\t76,4\t5,0\t18,6\t100\t10 084 880 \t1996\t73,8\t4,6\t21,6\t100\t10 642 790 \t2001\t71,9\t4,4\t23,7\t100\t11 285 550 Canada sans Québec\t1951\t77,6\t7,3\t15,1\t100\t9 953 748 \t1991\t79,0\t4,8\t16,2\t100\t20 400 895 \t1996\t77,2\t4,5\t18,3\t100\t21 483 130 \t2001\t75,7\t4,2\t20,1\t100\t22 513 455 Canada\t1951\t59,1\t29,0\t11,9\t100\t14 009 429 \t1991\t61,5\t24,3\t14,2\t100\t27 296 855 \t1996\t60,2\t23,7\t16,1\t100\t28 528 125 \t2001\t59,6\t22,9\t17,5\t100\t29 639 035 148 *Les réponses multiples (français/anglais) ont été réparties au prorata de leur poids, Le français ou l'anglais et une autre langue ont été classés avec la langue officielle, Source: Recensement du Canada, 1951,1991,2001, données-échantillons (20%),www,statcan,ca. La population régression : l\u2019immigration internationale massive affecte le poids relatif des anglophones établis depuis longtemps.À la maison : domination du français, attirance de l\u2019anglais Le français comme langue d\u2019usage à la maison est un indicateur plus significatif en matière de comportements.Statistique Canada a introduit une nouvelle question dans le recensement de 2001 qui permet de caractériser différemment les langues parlées à la maison, en plus de celle qui était posée par le passé.La première question porte sur la langue qui est parlée le plus souvent à la maison et la seconde, sur l\u2019identification d\u2019une autre langue parlée de façon régulière au foyer (Tableau 3.2).La majorité des Québécois (82,3% en 2001) parle le plus souvent le français à la maison et à cette proportion s\u2019ajoute 1,5 % des Québécois qui parlent, en plus du français comme langue principale, une autre langue dans la vie quotidienne.La comparaison avec l\u2019Ontario est instructive ici, car on y observe une proportion comparable de locuteurs de l\u2019anglais au foyer comme langue principale (81,7 %).L\u2019anglais a attiré jusqu\u2019à présent plus de nouveaux locuteurs que le français chez les immigrants, et la proportion de personnes qui parlaient principale-mentl\u2019anglais à la maison en 2001 - 9,8% au total, ou encore 11 % si on inclut ceux qui parlent l'anglais et une autre langue - est plus élevée que la proportion de personnes de langue maternelle anglaise (8,3 %).La langue anglaise fait donc preuve d\u2019une grande vitalité au Québec.Des années 1970 aux années 2000, les transferts linguistiques ont en effet permis à la communauté anglo- graphique 3.1 Répartition de la population du Québec selon la langue maternelle (1901-2001) 1901 1911 1921 1931 1941 1951 1961 1971 19S1 1991 1996 2001 Français HH Anglais H Autres * Pour les années 1901 et 1911, les données portent sur l\u2019origine ethnique, Source : Recensement du Canada 1901,1911,1921,1931,1941,1951,1961, 1971,1981,1991, 2001.TABLEAU 3.2 Langue parlée à la maison selon la province de résidence, 2001 \t\t\t\t\t Français\t82,3\t29,9\t2,6\t0,8\t21,8 Anglais\t9,8\t68,6\t81,7\t89,1\t66,7 Autres langues\t5,9\t0,6\t13,6\t8,8\t9,7 Français et anglais\t0,8\t0,7\t0,3\t0,1\t0,4 Français et autres\t0,6\t\t\t\t0,2 Anglais et autres\t0,3\t0,1\t1,7\t1,5\t1,2 Français, anglais et autres 0,1\t\t\t\t\t Total\t100\t100\t100\t100\t100 Français (au total)\t83,8\t30,6\t2,9\t0,9\t22,4 Source : Recensement du Canada, 2001, Données-échantillons (20 %), www.statcan.ca, québécoise d\u2019augmenter ses effectifs, contrant ainsi l\u2019impact négatif de la migration en dehors du Québec d\u2019une partie de ses membres.Les transferts linguistiques sont estimés en comparant 149 L\u2019état du Québec la langue maternelle et la langue parlée à la maison.Au fil des ans, de plus en plus d\u2019allophones se sont francisés, mais leur nombre n\u2019a pas encore dépassé ceux qui se sont anglicisés.Ainsi, les transferts linguistiques nets montrent qu\u2019il y a encore davantage d\u2019allophones anglicisés en 2001 (147 695) que d\u2019allophones francisés (124 173).« La francisation relative des allophones serait passée de 27,4345,7 %, soit une hausse de 18,3 points en trente ans » d\u2019après Charles Castonguay, qui souligne par ailleurs que ces proportions sont gonflées en partie par des modifications apportées au questionnaires de recensement10.L\u2019indice de vitalité linguistique (population selon la langue d\u2019usage divisée par la population de langue maternelle) est nettement plus élevé dans le cas de l\u2019anglais au Québec (1,26) que dans le cas du français (1,02).L\u2019écart est encore plus marqué dans la RMRde Montréal (indice de 1,04 pour le français contre 1,36 pour l\u2019anglais en 2001).«En revanche, la vitalité de l\u2019anglais est manifeste dès 1971 et croît à chaque recensement, alors même que la population de langue maternelle anglaise est en baisse», soutient Charles Castonguay11.Premier constat: les personnes adoptent dans leur foyer la langue qu\u2019elles estiment être utile dans l\u2019ensemble de la société dans laquelle elles vivent C\u2019est ce qui explique le taux élevé d\u2019assimilation des francophones vivantau Canada anglais, par exemple.Or, l\u2019analyse qui précède montre que l\u2019anglais exerce une forte attraction auprès des allophones du Québec, malgré des progrès faits dans la francisation.Ce premier indicateur nous oblige déjà à nuancer quelque peu le diagnostic du français langue commune.L\u2019anglais s\u2019impose au travail Le Québec mène une politique systématique de francisation des entreprises en obligeant celles qui comptent plus de 50 employés à obtenir un certificat de francisation, l\u2019objectif poursuivi étant que le français devienne la langue de travail.D\u2019énormes progrès ont été accomplis sur ce plan depuis la mise en place de la loi 101, mais l\u2019utilisation de l\u2019anglais au travail reste importante dans l\u2019environnement nord-américain.Environ les trois quarts des entreprises de 50 employés et plus ont reçu leur certificat de francisation de l\u2019Office québécois de la langue française, 20 % sont en évaluation de programme et le reste est en application d\u2019un programme de francisation.Les petites entreprises échappent à l\u2019application des dispositions de la loi.La connaissance de la langue anglaise est cependant de plus en plus requise au travail, notamment dans la région montréalaise.D\u2019après le dernier recensement, environ la moitié des francophones travaillant dans l\u2019île de Montréal utilise le français et l\u2019anglais au travail.Les deux tiers des anglophones (62,7%) avancent utiliser les deux langues dans leur travail, alors que 32 % ne travaillent qu\u2019en anglais.De même, la moitié environ des immigrants parlant une langue tierce doivent travailler dans les deux langues (français et anglais) et une part égale ne travaille qu\u2019en français (17 %) ou qu\u2019en anglais (16 %).La situation est donc difficile pour les nouveaux arrivants qui sont confrontés à l\u2019obligation d\u2019apprendre deux langues pour s\u2019intégrer à 150 la société d\u2019accueil ety travailler, dans la grande région de Montréal du moins.Une étude de Statistique Canada a même montré que la pression à utiliser surtout l\u2019anglais au travail avait augmenté dans les cohortes d\u2019immigrants récemment arrivés au Québec12.Les statistiques sur le trilinguisme confirment cette obligation pour les immigrants d\u2019apprendre les deux langues de la société d\u2019accueil ; la moitié des personnes qui ont une tierce langue comme langue maternelle se disaient trilingues au dernier recensement, contre 11,3 % des anglophones et seulement 3,2% des francophones au Québec.Le français et l\u2019immigration Une faible proportion de nouveaux im-migrants venant de l\u2019étranger a le français comme langue maternelle (11,8% en 2003), mais cette proportion est en hausse depuis 1990.La connaissance du fiançais estcependantplus répandue chez les nouveaux immigrants (50,9% en 2003) et45,9°/o d\u2019entre eux connaissaient l\u2019anglais.Ces dernières années, le tiers environ des immigrants qui se sontinstallés au Québec en 2003 ne parlaient ni anglais ni français.La connaissance du fiançais est un facteur qui contribue à la rétention des immigrants au Québec.Le français, langue commune?Oui, mais .L\u2019indicateur le plus souvent cité à l\u2019appui de la thèse du français comme langue commune est la connaissance de la langue française au Québec (94,6 % en 2001).La langue française est connue par une très large majorité de la population québécoise, une proportion semblable à celle de la population qui connaît l\u2019anglais en Ontario.«La connaissance du fiançais dans l\u2019ensemble du Québec estpassée de 93,6 % en 1991 à 93,9 % en 1996 puis à 94,6 % en 2001.Compte tenu du faible gain de 0,3 point entre 1991 et 1996, il est permis de douter de l\u2019exactitude du gain de 0,7 point qui aurait eu lieu entre 1996 et 2001.En effet, une partie de ce gain est sans doute attribuable aux changements apportés au questionnaire de 2001 relativement aux questions linguistiques.Ces changements apportés à la version française du questionnaire du re-censement de 2001 ont pu influencer aussi les résultats portant sur la connaissance del\u2019anglais qui estpasséedeqo,9% à 42,9% entre 1991 et 1996, pour ensuite connaître une augmentation plus importante au cours de la période quinquennale suivante (45,4% en 2001) »\u2018t, avance l\u2019Office québécois de la langue française sur son site Internet (Tableau 3.3).Or, c\u2019est une chose de connaître le fiançais, c\u2019en est une autre d\u2019en faire la langue commune d\u2019usage.Aussi faut-il revenir sur l\u2019étude des comportements des individus dans la sphère privée (langue au foyer), ce qui est un indicateur de la langue préférée d\u2019intégration sociale.De même, le cas particulier des couples linguistiquement mixtes sera révélateur, car la langue d\u2019usage déclarée nous renseigne sur leur perception de l\u2019usage public des langues et sur leur intégration sociale dans la communauté plus large.L\u2019examen de tels indicateurs nous amène à proposer une perspective nuancée sur cette question de la langue commune au Québec.Une majorité de Québécois ne connaissent que le fiançais (53,8%)- mais cette proportion d\u2019unilingues est en L\u2019état du Québec baisse par rapport au dernier recensement.Dans l\u2019ensemble du Québec, seulement 4,6% de la population québécoise est unilingue anglais, alors que moins de 1 % ne connaissent ni l\u2019une ni l\u2019autre des deux langues.Au total, 40,8 % de la population québécoise se déclare bilingue en 2001, une proportion en hausse par rapporta 1991, bien que les changements dans les questionnaires de recensement posent certains problèmes pour la comparaison.Le taux de bilinguisme est plus élevé au Québec que dans le reste du Canada où il plafonne à 10 % environ.À noter que le bilinguisme est en hausse chez les jeunes Québécois francophones, mais qu\u2019il est en régression chez les jeunes du Canada anglais.La connaissance du français est cependant moins répandue chez les Anglo-Québécois (68% en 2001) et chez les al-lophones (73,5 %) dans l\u2019ensemble du Québec (les proportions sont de 66,4% et de 72,9 % dans l\u2019île de Montréal), (Tableau 3.3).Le tiers des anglophones TABLEAU 3.3 Pourcentage de la population connaissant le français, l'anglais, aucune de ces langues selon la langue maternelle, ensemble du Québec et de de Montréal, 2001 Région\tLangue maternelle Français Anglais Ni l'un ni l'autre Ensemble du Québec\tFrançais\t99,9\t36,9\t0,0 Anglais\t68,0\t99,1\t0,1 Autres langues\t73,5\t69,1\t7,9 Total\t94,6\t45,4\t0,8 île de Montréal\tFrançais\t99,8\t57,5\t0,1 Anglais\t66,4\t99,5\t0,1 Autres langues\t72,9\t70,0\t7,9 Total\t86,1\t68,6\t2,4 Source : Office québécois de la langue française, www.olf.gouv.qc.ca.et le quart des immigrants de première ou seconde génération ne peuvent donc pas s\u2019exprimer en français au Québec, ce qui jette de l\u2019ombre sur la thèse du français langue commune.On a trop vite conclu que le français était langue commune à partir d\u2019une statistique globale, alors qu\u2019il eût fallu examiner la connaissance des langues chez les non-francophones du Québec.Les comportements linguistiques au foyer et au travail sont encore plus parlants.Commençons par examiner les comportements au foyer (Tableau 3.4).La majorité des Québécois (77%) ne parle que le français à la maison, une minorité ne parle que l\u2019anglais (6,7%) ou encore les deux langues (6,7%).Mais le français ou l\u2019anglais sont aussi parlés en combinaison avec d\u2019autres langues, ce qui fait grimper le nombre de locuteurs de ces dernières.Ainsi, dans tout le Québec, le français est-il parlé au total (seul ou en combinaison avec une autre langue) dans 87,5 % des foyers et l\u2019anglais, dans 16,7%.Comme les immigrants et les anglophones sont largement concentrés dans la région de Montréal, la part de l\u2019anglais y est plus marquée alors que l\u2019inverse se produit en dehors de la métropole.Ainsi, les comportements unilingues français sont-ils en minorité (46,6%) dans les foyers situés dans l\u2019île de Montréal alors que la part des unilingues anglais grimpe à 16,4%.Le bilinguisme français-anglais touche 9,6 % des Montréalais.Nous avons ensuite isolé comment le français seul etl\u2019anglais seul réussissent, chacun de leur côté, à se combiner avec les langues tierces mais de manière exclusive.Le français et une autre langue (excluant l\u2019anglais) touchent 7,6 % des 152 La population Montréalais, alors que l\u2019anglais combiné à une autre langue (excluant cette fois le français) est parlé par 6,9% des Montréalais.On le voit, l\u2019anglais arrive en force dans les ménages d\u2019immigrants, à peine moins que le français.Il est possible enfin d\u2019estimer quelle est la part du fiançais, de l\u2019anglais et des tierces langues dans les ménages au total, quel que soitle type de combinaison linguistique.Cela donne une vue globale de l\u2019utilisation des langues dans la vie quotidienne.Les résultats sont surprenants.Le fiançais n\u2019est parlé seul ou en combinaison avec une autre langue au foyer que par deux Montréalais sur trois.L\u2019anglais est adopté au quotidien par plus du tiers des locuteurs de l\u2019île.Un habitant sur quatre parle au moins une autre langue au quotidien, car beaucoup d\u2019immigrants d\u2019arrivée récente vivent dans l\u2019île.Cette analyse montre, une fois de plus, que l\u2019anglais est loin de régresser dans la région montréalaise.Que conclure?Un diagnostic nuancé doit être porté sur le français, langue commune.Pour poser un jugement éclairé sur cette question, il paraît nécessaire de distinguer l\u2019obligation de connaître l\u2019anglais - qui s\u2019impose dans plusieurs secteurs d\u2019emploi - et la langue d\u2019intégration à la société d\u2019accueil.Il est devenu évident que la connaissance de l\u2019anglais comme langue seconde s\u2019impose au Québec, dans un environnement physique et commercial de plus en plus ouvert, mais aussi dans un pays à majorité anglophone.C\u2019estle cas en particulier dans les secteurs d\u2019emploi les plus dynamiques et en milieu urbain cosmopolite.Les mêmes pressions existent dans d\u2019autres pays développés.Connaître l\u2019anglais comme langue sec- TABLEAU 3.4 Pourcentage de la population selon les comportements linguistiques à la maison, ensemble du Québec et île de Montréal, 2001 \t\t\t Unilingue français\t77,0\t62,2\t46,6 Unilingue anglais\t6,7\t11,1\t16,4 Français et anglais\t6,7\t8,8\t9,6 Français et autre\t2,9\t5,1\t7,6 Anglais et autre\t2,3\t4,4\t6,9 Total locuteurs du français\t87,5\t78,1\t66,6 Total locuteurs de l'anglais\t16,7\t26,2\t35,7 Total locuteurs d'une tierce langue\t9,2\t17,2\t26,5 Source : Office québécois de la langue française, wwwoif.gouv.qc.ca, onde est cependant compatible avec la langue commune partagée, qui n\u2019est pas menacée par le bilinguisme.Les Suédois, les Hollandais ou les Allemands ont une langue commune qui peut très bien cohabiter avec la langue anglaise privilégiée comme langue seconde.Les choses sont plus complexes au Québec.Malgré les progrès dans la connaissance du fiançais et son utilisation dans la vie quotidienne et la vie au travail, il est aussi possible d\u2019y vivre et d\u2019y travailler en anglais seulement, notamment dans la région de Montréal et sans doute en Outaouais (le Pontiac en est un bel exemple!).C\u2019est ce qui explique qu\u2019une partie non négligeable de la communauté anglo-québécoise ne parle pas le français alors que les Franco-Canadiens sont de leur côté très majoritairement bilingues.Pour cette raison, la langue anglaise conserve auprès des immigrants un grand attrait comme langue principale d\u2019intégration, d\u2019autant plus qu\u2019ils doivent en faire l\u2019apprentissage pour travailler.153 L\u2019état du Québec Le français, langue commune au Québec, comme l\u2019anglais l\u2019est dans le reste du Canada ?Pas tout à fait encore, faut-il conclure de notre examen des indicateurs, mais la société québécoise en a fait clairement un projet de société qui entraîne une très large adhésion.Une plus grande diversité culturelle Le nombre d\u2019immigrants qui se sont établis au Québec a été de 39 512 au cours de l\u2019année 2003 (Tableau 4.1).Ce nombre marque une hausse par rapport au milieu des années 1990 d\u2019environ 10 000 personnes.La moyenne des quatre dernières an- nées tourne plutôt autour des 3 5 000 nouveaux immigrants accueillis chaque année et le gouvernement québécois a annoncé son intention de hausser les quotas admissibles à l\u2019entrée au cours des prochaines années.TABLEAU 4.1 Distribution des immigrants selon la catégorie et l'année, Québec, au total et en % du Canada, 1960-2003 \t\t\t\t\t\t 1960\t\t\t\t\t23 774\t22,8 1970\t\t\t\t\t23 261\t15,7 1980\t32,9\t31,2\t35,9\t100\t22 538\t15,7 1985\t40,9\t46,4\t12,7\t100\t14 884\t 1990\t22,5\t60,4\t17,1\t100\t40 842\t19,1 1995\t35,7\t41,8\t22,5\t100\t27 222\t12,5 1996\t31,0\t39,1\t29,9\t100\t29 772\t13,1 1997\t29,5\t42,8\t27,8\t100\t27 684\t12,8 1998\t26,0\t50,5\t23,5\t100\t26 509\t15,2 1999\t25,9\t49,0\t25,1\t100\t29 214\t15,4 2000\t24,5\t50,8\t24,8\t100\t32 502\t14,3 2001\t22,6\t58,4\t19,1\t100\t37 537\t15,0 2002\t21,1\t61,7\t17,1\t100\t37 629\t16,4 2003*\t23,5\t60,3\t15,6\t100\t39 512\t17,9 p : données provisoires, Source : Institut de la statistique du Québec, www,stat.gouv.qc.ca.154 La population Le Québec accueille cependant une part moins élevée de l\u2019immigration canadienne que son poids démographique.Cette part a été de 17,9 % du nombre total d\u2019immigrants qui ont choisi de vivre au Canada en 2003 alors qu\u2019il recevait plus de 20 % des immigrants canadiens dans les années i960, ce qui contribue fortement à l\u2019affaiblissement de son poids démographique.Le Canada est en effet l\u2019un des pays qui reçoivent le plus fort contingent d\u2019immigrants chaque année dans le monde, ce qui implique que le Québec, comme société, doit se comparer à celle qui est l\u2019une des plus performantes sur ce plan.La comparaison avec le reste du Canada ne rend pas complètement justice à l\u2019effort que le Québec fait en matière d\u2019immigration.En accueillant plus de 35 000 nouveaux immigrants chaque année, la société québécoise apparaît en effet comme l\u2019une des plus ouvertes à l\u2019immigration.Une étude de l\u2019Institut de la statistique du Québec a montré que la proportion d\u2019immigrants vivant en territoire québécois était plus élevée que celle qu\u2019on observe aux États-Unis sur toute la période des cinquante dernières années.Ainsi, 7,9% de la population des États-Unis était née à l\u2019étranger en 1990, contre 8,7% au Québec en 199114.Le Québec et le Canada ont été dans le passé très ouverts à l\u2019accueil de réfugiés.Ceux-ci représentaient en effet 30% des immigrants qui étaient entrés au Québec en 1996.Cette proportion régresse depuis cette date et elle n\u2019étaitplus que de 15,6 % en 2003.Ce sont les immigrants indépendants qui sontmaintenanten majorité parmi les nouveaux arrivants (60,3% en 2003), alors que un peu moins du quart d\u2019entre eux se sont inscrits dans TABLEAU 4.2 Nombre d'immigrants selon le pays de naissance, au total (en nombre et en %), pour la période 1999-2003 et rang du pays d'origine, Québec \t\t\t Chine\t1\t16 250\t9,2 France\t2\t14 962\t8,5 Maroc\t3\t14 001\t7,9 Algérie\t4\t13 362\t7,6 Roumanie\t5\t9 655\t5,5 Haïti\t6\t7 730\t4,4 Liban\t7\t5 319\t3,0 Inde\t8\t5 195\t2,9 Colombie\t9\t4 982\t2,8 Pakistan\t10\t4 741\t2,7 Sri Lanka\t11\t4 206\t2,4 Rép, déni, du Congo\t12\t3 622\t2,1 Russie\t13\t3 273\t1,9 Corée du Sud\t14\t3 147\t1,8 Philippines\t15\t2 597\t1,5 Autres\t\t63 352\t35,9 Total, tous les pays\t\t176 394\t100 * Données préliminaires pour 2003 Source : ministère des Relations avec les citoyens et de l'Immigration, Direction de la planification stratégique, le cadre du programme de réunification des familles.L\u2019origine nationale des immigrants qui entrent au Québec est fort diversifiée (Tableau 4.2).La Chine et la France se partagent les premiers rangs des pays qui ont fourni le plus fort contin-gentd\u2019immigrants au cours des récentes années, soit 9,2% de l\u2019ensemble entre 1999 et 2003 pour la Chine et 8,5 % pour la France, suivis du Maroc (7,9%), de l\u2019Algérie (7,6%), de la Roumanie (5,5 %) et de Haïti (4,4%).On consultera le Tableau 4.2 pour la liste complète des principaux pays d\u2019origine des nouveaux immigrants récemment entrés au Québec.155 L\u2019état du Québec Le nombre d\u2019Amérindiens et d\u2019Inuits augmente Il est difficile d\u2019estimer le nombre de personnes déclarant une identité autochtone ou métis de manière précise, car certaines bandes amérindiennes boycottent les recensements.Le recensement de 2001 donne comme nombre 79 400 autochtones au Québec et le Secrétariat aux affaires autochtones de l\u2019État québécois avance le chiffre de 79 268, soit environ 1 % de la population totale.Les spécialistes estiment qu\u2019il y en aurait au moins 50 000 vivant hors réserve et qui n\u2019ont pas déclaré une identité autochtone lors du dernier recensement Les Amérindiens sont surtout concentrés dans l\u2019Ouestdu Canada et environ 8 % d\u2019entre eux se retrouvent au Québec.Le nombre total d\u2019autochtones est en hausse à cause de la forte fécondité des familles, mais aussi à cause de la hausse du nombre de personnes qui ont déclaré une ascendance autochtone dans les derniers recensements, à la suite de la nouvelle affirmation identitaire des Amérindiens, Inuits etMétis.Le Tableau 4.3 présente la distribution de la population autochtone entre les diverses nations que l\u2019on retrouve au Québec.Les Mohawks (19,6 %), les Montagnais (18,5 %) etles Cris (17,7%) sont les communautés les plus populeuses, suivies par les Inuits (12,2%).Un peu moins de la moitié des Amérindiens vivant au Québec ne parlent que leur langue maternelle autochtone (44,7 %), ne connaissant ni le fiançais ni l\u2019anglais (Tableau 4.4).Un TABLEAU 4.3 Population des nations autochtones et inuite du Québec, en effectifs et en proportions, 1984-2002 \t\t\t\t\t\t\t\t \t\t\t\t\t\t\t\t Abénaquis\t779\t1,7\t1811\t2,8\t1907\t2,7\t2 037\t2,5 Algonquins\t4 030\t9,0\t7 323\t11,4\t8 144\t11,6\t8 942\t10,9 Attikameks\t3 201\t7,1\t4 461\t6,9\t5 071\t7,2\t5 726\t7,0 Cris\t8 417\t18,7\t12 017\t18,7\t12 702\t18,2\t14510\t17,7 Hurons-Wendats\t1 250\t2,8\t2 648\t4,1\t2 831\t4,0\t2 975\t3,6 Malécites\t\t\t469\t0,7\t599\t0,9\t742\t0,9 Micmacs\t2 655\t5,9\t4 068\t6,3\t4 463\t6,4\t4 806\t5,9 Mohawks\t10 495\t23,3\t9 909\t15,4\t10 553\t15,1\t16 017\t19,6 Innus (Montagnais)\t8 090\t18,0\t12 952\t20,2\t14019\t20,0\t15 170\t18,5 Naskapis\t415\t0,9\t529\t0,8\t584\t0,8\t836\t1,0 Non affiliés\t\t\t221\t0,3\t153\t0,2\t79\t0,1 Inuits\t5 650\t12,6\t7 840\t12,2\t8 932\t12,8\t10 024\t12,2 Total\t44 982*\t100\t64 248\t100\t69 958\t100\t81864\t100 * On estime qu'il y a environ 15 000 autres personnes d'ascendance autochtone au Québec qui ne sont pas comprises dans les chiffres de 1984, ** Les données sur les Amérindiens ont été compilées en 1994 tandis que celles sur les Inuits datent de 1995, Source : Registre des Indiens, ministère des Affaires indiennes et du Nord canadien (MA1NC), 31 décembre 2003 et Registres des bénéficiaires cris, inuits et naskapisde la Convention de la Baie-James et du Nord québécois et de la Convention du Nord-Est québécois, ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec, 15 juillet 2004, 156 La population peu plus de quarante pour cent ne parlentque le français (41,4 %) etn,6 % ne connaissent que l\u2019anglais.Les Amérindiens du Québec vivent en majorité dans des réserves (69,8 %) et cette proportion est plus élevée qu\u2019au Canada où elle est de 57,2%.La proportion d\u2019Amérindiens du Québec vivant dans les réserves était en constante régression dans les années 1980, mais elle a été assez stable durantles années 1990.Les minorités visibles : concentrées à Montréal Depuis 1996, une question dans le Recensement demande aux citoyens s\u2019ils appartiennent à l\u2019un des groupes de minorités visibles tels que définis dans la loi (11 groupes étaient donnés en exemple).La Loi canadienne sur l\u2019équité en matière d\u2019emploi définit les minorités visibles comme étant « les personnes, autres que les autochtones, qui ne sont pas de race blanche ou qui n\u2019ont pas la peau blanche ».Que l\u2019État mesure ainsi l\u2019appartenance raciale de ses citoyens paraît bien étrange aux citoyens d\u2019autres pays, en Europe principalement, où une telle catégorisation selon la race ou le phénotype a laissé de fort mauvais souvenirs.Le but poursuivi par cette opération est différent au Canada : il s\u2019agit d\u2019évaluer quelle est l\u2019égalité des chances des citoyens qui se démarquent de la majorité par leur apparence physique.Le Canada compte maintenant 13,4% de sa population qui s\u2019identifie comme faisant partie d\u2019une minorité visible, ce qui reflète les mutations récentes de l\u2019immigration internationale (Tableau 4.5).Cette proportion est inférieure au Québec, qui ne compte que 7% de sa population se plaçant elle-même dans cette catégorie, presque toute concentrée à Montréal, où les minorités visibles représententi3,6°/o de la population.Montréal se situe donc dans la moyenne canadienne, mais loin derrière Toronto et Vancouver, où le tiers de la population fàitpartie d\u2019une minorité visible.Au total, les trois quarts des minorités visibles de tout le Canada se retrouvent dans les trois plus grandes villes et 43 % de ces personnes se concentrentà Toronto même.TABLEAU 4.4 Langue maternelle des individus ayant déclaré une identité autochtone, Québec, 2001 \t\t Français seul\t32 900\t41,4 Anglais seul\t9 180\t11,6 Langue autochtone seule\t35 480\t44,7 Langues multiples\t1840\t2,3 Français-autre\t645\t0,8 Anglais - autre\t325\t0,4 Autres\t870\t1,1 Total\t79 400\t100 Source : Recensement du Canada, 2001, www.statcan.ca, TABLEAU 4.5 Minorités visibles (telles que définies par le Recensement) en % de la population totale et répartition au Canada selon la région, 2001 \t\t Québec\t7,0\t12,5 Ontario\t19,1\t54,0 Autres\t11,9\t33,5 Montréal\t13,6\t11,5 Toronto\t36,8\t43,0 Vancouver\t36,9\t18,2 Autres\t\t27,3 Canada\t13,4\t100 Source: Recensement du Canada, www,statcan.ca, 157 L\u2019état du Québec L\u2019emploi en hausse De plus en plus de gens travaillent au Québec et le marché du travail apparaît de nouveau en importante mutation, comme ce fut le cas à la fin des années 1980.L\u2019un des phénomènes qui doivent retenir l\u2019attention est sans doute la hausse de la participation au marché du travail, comme le révèle l\u2019augmentation du taux d\u2019emploi.Si la retraite demeure importante dans l'imaginaire collectif, il semble que l\u2019on devra réajuster le discours public sur le moment de la prendre qui ne viendra pas aussi tôt dans la vie active qu\u2019on a voulu le laisser croire dans les prévisions les plus optimistes des années 1990.Hausse du taux global d\u2019activité Après avoir connu une hausse continue pendant des années en raison de l\u2019entrée massive des femmes sur le marché du travail, le taux global d\u2019activité de la population en âge de travailler - soit la part de la population âgée de quinze ans et plus qui est en emploi, en chômage ou encore à la recherche d\u2019emploi - avait régressé quelque peu au début des années 1990, surtout parce que moins d\u2019hommes ont été actifs, ce qui n\u2019a pas été le cas des femmes.Cette tendance à la baisse s\u2019estarrêtée en 1996, date après laquelle le taux global d\u2019activité a connu une hausse continue pour retrouver en 2003 un sommet jamais atteint avec 66,5 % (73,5 % pour les hommes et 59,9 % pour les femmes).Le taux de participation au marché du travail est cependant encore un peu plus faible au Québec qu\u2019ailleurs au Canada, mais cet écart s\u2019estrétréci avec la croissance soutenue de l\u2019emploi à la fin des années 1990.Hausse du taux d\u2019activité chez les hommes L\u2019un des phénomènes marquants sur le marché du travail des années 1980 et 1990 a sans doute été le retrait important des hommes du marché du travail dans le contexte d\u2019une importante restructuration de ce dernier.Les deux récessions économiques au début des années 1980 et au début des années 1990 ont touché plus durement les industries productrices de biens.« Comme ces industries embauchent beaucoup d\u2019hommes, ces derniers ont subi les effets immédiats et prolongés de la réduction de l\u2019effectif dans ces secteurs » (Statistique Canada, cat 71-259^.15).Les mutations caractérisant l\u2019emploi salarié dans les grandes entreprises industrielles ont affecté le niveau d\u2019emploi des hommes âgés de plus de 50 ans, sans parler de l\u2019usure de la force de travail qui marque ce groupe de travailleurs, dont plusieurs sont actifs depuis l\u2019adolescence.La baisse des bons emplois industriels typique du fordisme a aussi affecté les jeunes hommes sans qualification professionnelle qui, contrairement à leurs pères, ne trouvent plus aussi facilement de bons emplois bien rémunérés en ce début de nouveau millénaire.La diminution du taux de participation au marché du travail chez les hommes s\u2019est arrêtée il y a une dizaine d\u2019années.L\u2019implication des hommes 158 La population sur le marché du travail est repartie vers le haut, d\u2019abord timidement après le milieu des années 1990 et elle est plus marquée dans les années 2000, surtout parce que les hommes restent plus longtemps sur le marché du travail après l\u2019âge de 50 ans.Plus des trois quarts des hommes (78,7%) âgés de 45 à 64 ans étaient en emploi au milieu de l\u2019année 2003.Le projet de prendre une retraite tôt dans la vie active - ce qu\u2019on appelle liberté 55 -, très présent dans les publicités des années 1990, s\u2019estompe et bat de l\u2019aile.Féminisation du marché du travail L\u2019augmentation du taux d\u2019activité notée plus haut est aussi due au fait que les femmes ont accentué encore davantage leur présence sur le marché du travail.Le taux d\u2019activité global chez les femmes âgées de 25 à 44 ans est maintenant de 81,1% en l\u2019an 2002, alors qu\u2019il est de 91,1 % chez les hommes du même âge.Les femmes sont actives de manière plus continue, mais une autre raison ex-plique la féminisation accrue du marché du travail.Les cohortes de femmes plus âgées, qui ont eu historiquement un taux d\u2019activité plus bas, sont remplacées par de nouvelles cohortes de femmes qui restent actives après 45 ans, une proportion en hausse continue.Au total, 58,3 % des femmes âgées de 45 à 64 ans sont en activité professionnelle.C\u2019est pour cette raison que le taux de participation des femmes au marché du travail continue de croître.Le taux d\u2019emploi est en hausse Le taux d\u2019emploi de la population donne une vue plus juste de la participation au marché du travail, car il ne porte que sur les personnes qui occupent effectivement un emploi, excluant les chômeurs et les personnes à la recherche d\u2019un travail.Ce taux montre une évolution régulière à la hausse au cours des années 1990 pour deux raisons : 1) le taux de chômage a diminué sensiblement et surtout 2) davantage de femmes mais aussi davantage d\u2019hommes sont restés sur le marché du travail, comme on l\u2019a vu plus haut L\u2019analyse de ce taux confirme que le mouvement de retrait des hommes du marché de l\u2019emploi a été renversé (Tableau 5.1).11 se situe à 66,4 % en l\u2019an 2003 chez les hommes âgés de 15 ans et plus.Le taux d\u2019emploi des femmes estaussi en hausse continue (54,5 % en 2003).Le travail à temps partiel plafonne L\u2019emploi à temps partiel a occupé une part grandissante de l\u2019emploi total au TABLEAU 5.1 Taux d'emploi de la population âgée de 15 ans et plus, au total et selon le sexe, Québec, 1976-2003 \t\t\t 1976\t53,7\t70,4\t37,4 1980\t55,2\t69,6\t41,3 1985\t54,8\t65,9\t44,1 1990\t57,6\t67,0\t48,6 1995\t55,0\t62,3\t48,0 1996\t54,6\t61,6\t47,8 1997\t55,0\t61,9\t48,4 1998\t56,1\t62,9\t49,5 1999\t57,0\t64,0\t50,2 2000\t57,9\t64,7\t51,4 2001\t58,1\t64,6\t51,8 2002\t59,5\t65,8\t53,5 2003*\t60,3\t66,4\t54,5 *Donnéesdu 2e trimestre (mai 2003), Source : Statistique Canada, Moyennes annuelles de la population active, Cansim D982676, D982680, D982682, tableau 282-0002, 159 L\u2019état du Québec graphique 5.1 Taux de chômage en % selon le sexe, Québec (1975-2003**) 1975 1981 1983 1985 1987 1989 1991 1993 1995 1997 1999 2001 2002 2003 ^B Hommes ^B Femmes ** 2003 : moyenne des cinq premiers mois, désaisonnalisée Source : Statistique Canada, Moyenne annuelle de la population active, cat, 71-529 et Cansim D982661, D982664, cours des années 1970 et 1980, mais la croissance de cette forme d\u2019emploi s\u2019est arrêtée en 19932.Depuis cette date, l\u2019emploi à temps partiel plafonne autour de 17-18 % de l\u2019ensemble, avec un creux au tournant de l\u2019an 2000.On ne peut plus parler de hausse du travail à temps partiel.Un peu plus du quart des femmes en emploi travaillaient à temps partiel (27,2 % en 2003), contre un peu plus du dixième chez les hommes (10,6% en 2003).Ces proportions sont assez stables depuis 1993, tant chez les hommes que chez les femmes.Les hommes occupent environ 30% de l\u2019ensemble de ces emplois, les femmes y étant encore largement majoritaires.L\u2019emploi atypique se développe Le développement de l\u2019emploi atypique est certes l\u2019un des traits nouveaux du marché du travail contemporain.H.Krahn, de Statistique Canada, retient cinq types d\u2019emplois non standards ou atypiques : le travail à son compte, le travail à temps partiel, le travail temporaire, le cumul d\u2019emploi et le travail saisonnier15.Ce dernier type estcepen-dant objet de contestation de la part de plusieurs analystes qui sont réticents à l\u2019inclure dans la liste des formes de travail atypiques.Il est clair que la progression de ces types d\u2019emplois est liée à la recherche d\u2019une plus grande flexibilité organisationnelle.De plus en plus de gens travaillent de manière autonome en exécutant des tâches auparavant assumées au sein des entreprises.Sans lien d\u2019emploi, ces travailleurs et employés n\u2019ont plus accès aux avantages qui y sont rattachés comme des congés payés, les congés de maternité ou l\u2019assurance emploi.La protection sociale et juridique des travailleurs a été pensée en fonction de ce lien d\u2019emploi entre l\u2019individu etl\u2019entreprise, etl\u2019ex-tension des emplois atypiques soulève de nouvelles difficultés sur ce plan.Le cas estparticulièrementévidentpour les congés de maternité des jeunes femmes qui se trouvent ainsi exclues des programmes récents de protection du revenu qui ont été mis en place.Le taux de chômage repart à la hausse Deux changements majeurs se sont produits depuis vingt ans dans la composition du groupe des chômeurs, qui n\u2019est plus tout à fait le même.Tout d\u2019abord, les hommes ont chômé nettementplus que les femmes au cours des années 1990, ce qui était le contraire au début des années 1980.Cette différence s\u2019estatténuée dans les années 2000 (le taux est de 9,7 % chez les hommes contre 9,0% chez les 160 71 La population femmes en 2003).Ces dernières années, les travailleurs les plus âgés (45 ans et plus) ont chômé moins que les autres, sans doute parce qu\u2019un certain nombre d\u2019entre eux ont quitté définitivement le marché du travail en prenant leur retraite (Graphiques 5.1 et 5.52).Le taux de chômage, qui évolue de manière cyclique, est reparti à la hausse au terme d\u2019un cycle économique complet et cette tendance apparaît mieux quand on distingue les différents groupes d\u2019âge.Les jeunes sont plus touchés que les autres, car ils sont les premiers mis à pied en cas de ralentissement.Le taux de chômage des jeunes de 20-24 ans a subitement grimpé à 14 % en 2003.graphique 5.2 Taux de chômage en % selon le groupe d'âge, Québec (1975-2003**) 20-24 25-44 45-64 1975 1981 1983 1985 1987 1989 1991 1993 1995 1997 1999 2001 2002 2003 ** 2003 : mai 2003.Source : Statistique Canada, Moyenne annuelle de la population active, cat.71-529 et CANSIM.La nouvelle révolution salariale Un nouveau cycle de croissance des revenus familiaux et disponibles est observable depuis le début des années 2000.Il s\u2019agit là d\u2019un changement de tendance important survenu après des années de régression et de stabilité.Il est cependant encore trop tôt pour se prononcer sur la durée et l\u2019ampleur du cycle de croissance, qui en est à ses débuts.Cependant, l\u2019analyse de l\u2019évolution des revenus et du niveau de vie est complexe, parce que les indicateurs le plus souvent retenus mesurent des aspects différents qui ne sont pas toujours bien distingués.Nous en avons retenu trois : les gains des salariés, les revenus annuels des individus et les revenus totaux des ménages.De même, les sources de revenus sont maintenant plus diversifiées.Les revenus de placement et surtout les revenus de pensions vont à l\u2019avenir peser de plus en plus lourd, et à cela s\u2019ajoute l\u2019impact changeant du régime fiscal.Stabilité des gains réels des salariés Considérons un premier indicateur : la rémunération hebdomadaire moyenne des salariés.Celle-ci comprend l\u2019ensemble des revenus gagnés par les personnes salariées, y compris les revenus tirés du travail supplémentaire.Cet indicateur mesure donc à la fois les gains et le nombre d\u2019heures travaillées, mais 161 L\u2019état du Québec il estcependantpartiel, car ne sontpas considérés les revenus des autonomes ni les revenus de pension dontl\u2019impor-tance est en croissance.Les gains des salariés, exprimés en dollars courants, sont en hausse constante, mais il s\u2019agit en fait d\u2019une illusion puisque, transformés en dollars constants de 2003, ils sont en réalité presque stables depuis 1991, étant en effet passés de 660 dollars cette année-là à 658dollars en 2003 (Tableau 6.1).Cette absence d\u2019augmentation réelle des gains a été maintes fois décrite comme un trait typique du marché du travail contemporain, comme le résultat de la crise du modèle fordiste et de la société salariale.Si nous comparons la situation du Québec avec celle de l\u2019Ontario, il ne semble pas que tel soit le cas puisque, dans la province voisine qui sert souvent de référence privilégiée, l\u2019évolution contraire s\u2019estproduite, les gains réels des salariés progressant de 5,3 % en onze ans.L\u2019écart entre le Québec et l\u2019Ontario s\u2019est agrandi de façon marquée ces dernières années, comme le montre le ratio des gains dans les deux provinces, les salariés québécois gagnant en moyenne 89,5% des gains des salariés ontariens en 2003, alors qu\u2019il y avait parité relative entre les deux groupes au milieu des années 1980.Cet écart a cessé de se creuser en 2002, ce qui indique un retournement de tendance qui restera à confirmer dans les années à venir.TABLEAU 6.1 Rémunération hebdomadaire moyenne (l'EERH) des salariés, estimations non désaisonnalisées, en dollars courants et constants (2003) et rapport Qué./0nt., Québec et Ontario, 1991-2003 \t\t\t\t\t 1991\t547\t660\t579\t699\t94,4 1992\t568\t672\t601\t711\t94,6 1993\t573\t669\t616\t719\t93,1 1994\t578\t684\t635\t751\t91,1 1995\t580\t674\t636\t740\t91,1 1996\t585\t670\t657\t752\t89,0 1997\t592\t668\t664\t750\t89,2 1998\t600\t668\t673\t749\t89,2 1999\t606\t665\t686\t752\t88,4 2000\t615\t659\t701\t750\t87,8 2001\t625\t654\t713\t745\t87,7 2002\t643\t659\t725\t744\t88,7 2003\t658\t658\t736\t736\t89,5 162 * Juin de chaque année.Source : Statistique Canada, Cansim II, tableau 281-0026, Revenus annuels des individus en hausse Les revenus des hommes et des femmes doivent être étudiés séparément parce qu\u2019ils ont évolué de manière fort différente.Après des années de stagnation, les revenus annuels moyens de travail des hommes (exprimés en dollars constants) sont finalement de nouveau en hausse depuis 1999 et ils ont continué à croître en 2001, dernière année disponible15.Les revenus gagnés par les femmes ont par ailleurs poursuivi leur progression continue, plus marquée que celle des hommes.La discrimination systémique dont les femmes avaient été victimes par le passé est en nette régression.Mais surtout, la composition de la population féminine au travail change à mesure qu\u2019on avance dans les années 2000, celle-ci comprenant des femmes aux compétences plus diversifiées et des femmes impliquées sur une base plus continue dans la vie active, deux caractéristiques associées à des revenus plus élevés.Ce qui change, c\u2019est le fait qu\u2019il y a maintenant plus de femmes gagnant des revenus élevés, reflet de leur scolarisation plus diversifiée et plus élevée en moyenne que par le passé.Depuis 1973, les revenus de travail des femmes actives à temps plein ont augmenté de 45 % et ceux des hommes ont connu une hausse inférieure à 14% sur la même période.Réduction de l\u2019écart entre hommes et femmes Les femmes qui travaillent à temps plein gagnent maintenant environ 80 % du revenu moyen des hommes, contre 61% en 1973 (Tableau 6.2).Le revenu gagné réel moyen des hommes travaillant à temps plein a peu augmenté depuis vingt ans, alors que celui des femmes travaillant aussi à temps plein a progressé plus vite, réduisant ainsi les écarts.Cependant, la réduction des différences de revenus gagnés entre les TABLEAU 6.2 Gains annuels totaux moyens des hommes et des femmes travaillant à temps plein toute l'année, en dollars constants de 2001 et en indice et rapport F/H, Québec, 1973-2001 \t\t\t\t\t 1973\t39 513\t24 064\t100\t100\t0,61 1975\t41 125\t25 888\t104\t108\t0,63 1980\t44 607\t29 854\t113\t124\t0,67 1985\t42 277\t28 996\t107\t120\t0,69 1990\t44 175\t30 232\t112\t126\t0,68 1995\t41868\t31 246\t106\t130\t0,75 2000\t43 691\t34 822\t111\t145\t0,80 2001\t44 917\t34 973\t114\t145\t0,78 Source : Statistique Canada, cat, 13-217, Le revenu au Canada, Ottawa, cat, 75-202, Cansim II, tableau 202-0102, L\u2019état du Québec deux sexes ne s\u2019était pas poursuivie durant les années 1990, puisque le ratio était relativement stable depuis 1992.Il en va différemment au tournant de l\u2019an 2000, alors que les écarts de revenus entre femmes et hommes travaillant à temps plein se réduisent de nouveau16.Ce changement de tendance survient au moment où les programmes d\u2019équité en matière de rémunération du travail dans les professions féminisées implantés dans les entreprises commencent à produire leurs effets.Il s\u2019explique aussi en bonne partie par l\u2019entrée progressive sur le marché du travail de nouvelles cohortes de femmes diplômées et mieux formées dans une grande variété de professions.Ces ceux facteurs vont-ils relancer la réduction des écarts de gains entre hommes et femmes et même le réduire à néant?Pas nécessairement, puisque d\u2019autres facteurs que la discrimination ou la qualification sont aussi la cause dans les inégalités de revenus entre les sexes.Cet écart de revenus moyens gagnés est, faut-il le rappeler, souventprésenté dans les débats publics comme une mesure de l\u2019iniquité des revenus entre hommes et femmes.Cette lecture doit être nuancée.En fait, plusieurs raisons expliquentun tel écart Outre l\u2019iniquité salariale - salaires moindres pour les emplois majoritairement occupés par les femmes et équivalents à d\u2019autres emplois majoritairement occupés par des hommes, un facteur cependant en régression -, il faut aussi prendre en considération les différences dans le capital humain (les hommes plus âgés sont souvent plus scolarisés et ils ont plus d\u2019ancienneté que les femmes, un facteur qui exerce encore une certaine influence qui ira cependant en s\u2019amoindrissant dans les années à venir avec le remplacement des générations), les différences dans les modes de vie et les préférences pour le temps de loisir.Les femmes employées à temps plein travaillent en moyenne moins d\u2019heures que les hommes également employés à temps plein, notamment parce que celles-ci consacrent plus de temps aux tâches domestiques et les hommes, plus de temps au travail salarié.Le nombre moyen d\u2019heures travaillées par les personnes employées à temps plein est rarement pris en compte dans les débats sur les écarts de revenus entre les sexes.Tous ces facteurs combinent leurs effets pour créer un écart de revenus entre hommes et femmes.Rappelons enfin que les différences de revenus entre hommes et femmes célibataires sont beaucoup moins marquées, ce qui confirme que le mode de vie exerce aussi un important effet sur les revenus, en plus des caractéristiques associées au monde du travail.Nouveau sommet du revenu familial de marché Un troisième indicateur caractérise cette fois le niveau de vie des unités dans lesquelles vivent les personnes : le revenu familial.Un changement majeur s\u2019est produit à la fin des années 1990 : le revenu familial brut provenant du marché a atteint un sommet historique dépassant le niveau observé vingt ans plus tôt, (colonne 1 du Tableau 6.3).Ce sommet atteint en 1999 mérite d\u2019être souligné, car il mettait fin à vingt ans de stagnation des revenus réels bruts tirés d\u2019activités sur le marché (travail salarié, travail autonome, placements).164 L\u2019augmentation moyenne observée depuis est même importante et elle indique l\u2019entrée dans une nouvelle période de hausse qui s\u2019estpoursuivie jusqu\u2019en 2002, dernière année disponible.Tout donne à croire que cette tendance va se maintenir dans les années à venir.Pour comprendre cette évolution, revenons un peu en arrière.Des années 1950 jusqu\u2019au milieu des années 1970, le revenu familial brut total (le revenu de marché) a augmenté de manière continue d\u2019abord dans la foulée de la révolution salariale et fordiste, puis ensuite à cause de l\u2019avènement du double revenu dans les couples.Cette tendance à la hausse s\u2019est arrêtée dans les années qui ont suivi le premier grand choc pétrolier (1973) et au tout début des années 1980, le revenu familial tiré du marché étant par la suite presque stagnant et évoluant en dents de scie au gré des cycles économiques entre 1980 et la fin des années 1990.Pendant ces années, les entreprises tant publiques que privées ont rationalisé leurs opérations et coupé dans leur personnel.Cette période semble maintenant terminée et les salariés en emploi et les personnes autonomes peuvent maintenant bénéficier de meilleures augmentations de revenus (comme on l\u2019a vu plus haut), augmentant partant le revenu des ménages.Par ailleurs, le revenu en hausse des femmes est une composante de plus en plus importante du revenu total des ménages.Cette hypothèse sera confirmée plus loin lorsque nous caractériserons l\u2019évolution des revenus par types de ménages.Paiements de transferts en régression au tournant de 2000 L\u2019économie québécoise a connu deux cycles économiques complets depuis le début des années 1980.Les paiements de transferts moyens ont évolué de manière fort différente au cours de ces deux cycles.Ils ont été en forte croissance durant le cycle économique des années 1980, alors qu\u2019ils ont été stagnants durant le second cycle économique qui a pris place dans les années 1990, régressant même quelque peu dans les premières années du nouveau siècle.Les paiements de transferts ont donc permis de compenser en partie la stagnation et même la diminution des revenus de marché au cours du premier cycle économique, mais non dans le second.Nous reviendrons plus loin dans le chapitre sur les inégalités sur les différences entre les deux cycles.Le revenu familial total à un nouveau sommet Il importe d\u2019ajouter au revenu du marché les paiements de transferts et de retrancher les impôts directs payés pour donner une meilleure idée du niveau de vie réel des ménages.Nous considérerons d\u2019abord les revenus totaux bruts, puis les revenus disponibles et enfin les revenus par unité afin de tenir compte de la composition des familles.Le revenu familial brut moyen total exprimé en dollars constants était de 66 000 dollars en 2002 (dernière année disponible), un sommet encore jamais atteint jusque-là (Tableau 6.3).Après avoir mis exactement huit ans à dépasser le dernier sommet observé en 1990, le revenu familial total moyen avant impôts a poursuivi sa lancée vers L\u2019état du Québec le haut dans un contexte économique favorable à des augmentations réelles.Nous verrons plus loin l\u2019ampleur de ces hausses en neutralisant l\u2019effet des changements dans la composition des ménages.Depuis 1980, l\u2019État a prélevé une part de plus en plus grande des revenus des ménages, mais cette croissance s\u2019est fortement ralentie à la fin des années 1990 (colonne 4 du Tableau 6.3).Les impôts moyens payés par les contribuables avaient alors augmenté plus rapidement que leurs revenus propres tirés du travail ou de leurs investissements (+27,8 % entre 1980 et 2002).Les États fédéral et provincial ont depuis lors modifié leurs politiques fiscales afin de réduire quelque peu les taux d\u2019imposition des contribuables.Cet allégement de la charge fiscale va s\u2019étendre cependant sur plusieurs an- nées avant de produire ses véritables effets qui serontcependantmodestes, car les réductions annoncées ne sont pas marquées au Québec malgré les promesses faites en ce sens.Les sommes moyennes payées en impôts directs varient aussi selon la conjoncture économique puisqu\u2019elles augmentent lorsque les revenus gagnés sont en hausse.C\u2019est ce qui s\u2019est produit depuis 1996.Puisque le revenu moyen des familles est en augmentation, il en va de même pour les impôts directs payés par les contribuables, qui ont atteint un sommet de tous les temps en 2000 avec 14 Ô29dolars en moyenne par ménage (dollars constants de 2002) comptant au moins deux personnes.Cette somme est cependant en régression depuis deux ans (12 500 dollars en 2002, dernière année disponible), ce qui indiquerait TABLEAU 6.3 Revenu moyen brut et disponible des familles de deux personnes et plus en dollars constants (2002), transferts, impôts et rapport entre revenu disponible et revenu total, Québec, 1973-2002 \t\t\t\t\t\t \t\t\t\t\t\t \t\t\t\t\t\t \t\t\t\t\t\t 1973\t\t\t49 422\t7 255\t42 168\t85,3 1975\t\t\t51 711\t7 288\t44 422\t85,9 1980\t51891\t5 638\t57 530\t9 783\t47 746\t83,0 1985\t48 351\t6 960\t55311\t9 553\t45 758\t82,7 1990\t51283\t7 313\t58 595\t11955\t46 640\t79,6 1995\t49 600\t8 025\t57 700\t11 658\t46 042\t79,8 2000\t57 300\t7 247\t64 600\t14 629\t49 971\t77,4 2002\t58 200\t7 800\t66 000\t12 500\t53 500\t81,1 Écart (%) 1980-2002\t12,2\t38,3\t14,7\t27,8\t12,1\t Source : Statistique Canada, cat, 13-217, Le revenu au Canada, Ottawa, cat, 75-202, Cansim II, tableau 202-0102, 166 l\u2019effet des réductions d\u2019impôts mises en vigueur au tournant du siècle.Le revenu disponible estpeut-être le meilleur indicateur du niveau de vie réel des ménages, car il caractérise les ressources monétaires qu\u2019ils peuvent dépenser sur le marché pour satisfaire leurs besoins, étant en tendu cependant qu\u2019une partie de ces derniers sont satisfaits à partir de ressources collectives (soins de santé, éducation et garde des enfants, protection publique, entretien des routes, etc.).Après une décennie complète de stagnation, le revenu disponible des familles a lui aussi dépassé le sommet atteint dix ans plus tôt et la tendance qui le caractérise est maintenant en hausse, atteignant 53 500 dollars en 2002 (colonne 5 du Tableau 6.3).Le revenu disponible moyen représente environ 80 % du revenu total, une proportion en croissance depuis deux ans, ce qui indiquerait un retournement de tendance.Hausses différenciées des revenus dans les types de familles Les données qui précèdentportent sur des moyennes d\u2019ensemble sur une longue période.Or, les types de ménages ont aussi changé en parallèle aux facteurs qui affectent les niveaux de revenus et le fait de neutraliser ce changement fait ressortir de manière différente les évolutions de revenus.Nous avons distingué cinq types de ménages, soit deux types de couples sans enfant présent au foyer et avec revenus ainsi que trois types de familles avec enfants présents au foyer et revenus (Tableau 6.4).Les différences entre les cinq types dans les augmentations de revenus moyens nets (après impôt) sont importantes entre 1980 et2002, allantde 3,8°/oà 22,2 %, ce qui est considérable.Voici les hausses observées par types de ménages : \u2022\tcouples (sans enfant) ; un revenu : 6,1 % ; \u2022\tcouples (sans enfant), deux revenus : 8,4 % ; \u2022\tfamilles, un revenu: 3,8 %; \u2022\tfamilles, deux revenus : 3,8 % ; \u2022\tfamilles monoparentales : 22,2 %.Ces hausses doivent être comparées à celle que l\u2019on observe en moyenne dans l\u2019ensemble des ménages comptant au moins deux personnes, qui est de 12,1 % au cours de la même période (soit entre 1980 et 2002, voir la colonne 5 du Tableau 6.3).La composition des ménages est donc bien un facteur important à prendre en considération dans l\u2019étude de la progression des revenus moyens depuis deux décennies.Faitnon surprenant, les couples qui comptent deux pourvoyeurs (avec ou sans enfant) ont des revenus plus élevés que les autres, d\u2019une part, et ils sont parvenus à augmenter leurs ressources sur une longue période (6,8% et 5,2% de hausse réelle depuis 1980), contrairement aux familles avec enfants qui dépendent d\u2019un seul revenu.Ces dernières - qui sont aussi généralement des familles plus jeunes dans lesquelles l\u2019un des conjoints reste au foyer lorsqu\u2019il y a des enfants - avaient vu leurs revenus réels disponibles se détériorer dans les années 1980 et 1990 et elles ont fait du sur place en vingt ans, contrairement aux cinq autres types considérés.L\u2019analyse montre que les couples à un seul revenu se distinguent nettement des familles à un seul revenu ces dernières années.Les L\u2019état du Québec couples à un seul revenu mais sans enfant présent ont connu des gains considérables en 2000, ce qui leur a permis de combler un net retard par rapport aux autres types (colonne i du Tableau 6.4)17.Comment expliquer ces différences entre couples sans enfant et familles avec enfant ne comptant que sur un seul revenu?Les couples à un seul revenu sont sans doute plus âgés, l\u2019un des membres ayant pris sa retraite, alors que les couples ayant un enfant seraientplus jeunes, l\u2019un des conjoints demeurant au foyer avec les enfants.Cette hypothèse reste à vérifier cependant De leur côté, les familles monoparentales ont connu une certaine stabilité de leurs revenus moyens entre 1989 et 1999 - revenus moyens constants évoluant en dents de scie entre 23 000 dollars et 25 000 dolars sur vingt ans -mais les choses ont changé ces dernières années.Les familles monoparentales ont en effet effectué des gains importants et réussi à améliorer leur situation économique au tournant de l\u2019an 2000.Plusieurs facteurs expliquentce changement, le plus important étant la plus grande autonomie des jeunes femmes qui sont chefs de famille, mieux en mesure d\u2019occuper un emploi salarié.Celles-ci sontplus nombreuses à occuper un emploi salarié ou à retirer des revenus de travail et ceux-ci sont en moyenne en nette hausse ces dernières années.11 faudra attendre la publication d\u2019autres données annuelles avant de conclure à une tendance à l\u2019amélioration de la situation des familles monoparentales.11 faut par ailleurs noter qu\u2019une nette différence apparaît maintenant entre les revenus moyens des familles monoparentales ayant à leur tête des mères actives ou des mères inactives sur le marché du travail.Le type de ménages est donc un facteur qui contribue nettement à la différenciation des ressources économiques.Le double revenu étant devenu la norme, les ménages qui ne comptent que sur un seul pourvoyeur sont distancés par les autres.À un extrême se trouvent les familles à deux revenus avec enfants présents, et à l\u2019autre, les familles monoparentales qui par définition ne peuvent compter que sur un seul revenu.L\u2019inégalité s\u2019accentue 168 L\u2019inégalité socioéconomique s\u2019ac- plus haut Un important renversement centue, parallèlement à la croissance de tendances est en train de se mettre des revenus réels des ménages notée en place et on observe, avec maintenant suffisamment de recul, un important contraste entre les années 1980 et les années 1990 qui nous renseigne sur les évolutions prévisibles à court terme.Globalement, l'inégalité des revenus de marché s\u2019accentue etles modifications apportées au régime de fiscalité commencent à être visibles, allant elles aussi dans le sens d\u2019une augmentation des inégalités.Des facteurs structuraux comme la diversité accrue des types de ménages et la montée du mode de vie en solitaire s\u2019ajoutent aux facteurs conjecturaux (cycles économiques) et politiques (baisses d\u2019impôts) pour expliquer cette croissance des inégalités.Enfin, d\u2019importants effets de génération donnent aux inégalités de nouvelles connotations.Après des décennies de croissance pour tous et de redistribution efficace dans les années de la révolution salariale fordiste et de l\u2019implantation de l\u2019État providence - les Trente Glorieuses, de 1945 à 1975 - le monde a radicalement changé.L\u2019examen des années 1980 eti990 permet d\u2019analyser sur deux cycles économiques complets l\u2019évolution des revenus et des inégalités et partant, de faire ressortir la mutation en cours du paysage économique et de l\u2019État providence.Nous le verrons plus loin, ces deux décennies sont très contrastées.Un marché plus inégalitaire L\u2019étude des inégalités doit tenir compte des cycles économiques parce que la hausse du taux de chômage donne lieu à une réduction considérable des gains.Ainsi, les jeunes sont mis à pied avant les autres au début d\u2019une période de ré-cession, de même que le chômage touche davantage les personnes moins qualifiées, ce qui donne l\u2019impression (fausse) que les salaires moyens augmentent, alors qu\u2019en fait c\u2019est la composition de la main-d\u2019œuvre qui est modifiée dans un contexte conjoncturel.En début de récession, les gains baissent davantage au bas de l\u2019échelle des revenus, mais la tendance s\u2019inverse durant les périodes d\u2019expansion, ce qui affecte les mesures de l\u2019inégalité.La comparaison des mesures d\u2019inégalité au même moment d\u2019un cycle (par exemple au sommet ou encore au creux) s\u2019avère donc nécessaire afin de dégager des effets de structure indépendants de la conjoncture.C\u2019est cette approche qui nous permettra de faire ressortir des différences entre les années 1980 etles années 1990.Nous proposons d\u2019examiner ce qui s\u2019est passé au Québec sur deux cycles économiques complets, soit de 1981 à 1989, puis de 1989 à 2000.Rappelons que les années 1982-83 ont été des années de crise économique - la récession de 1982 fut particulièrement sévère -suivie d\u2019une importante reprise jusqu\u2019en 1989.Les années 1992-93 furent aussi des années de récession suivies d\u2019une reprise jusqu\u2019en 2000, mais cette décennie 1990 a été qualifiée de « reprise sans création d\u2019emploi ».Nous utiliserons une mesure classique pour caractériser les inégalités : le coefficient de GINI (voir l\u2019encadré pour une définition).Plus ce coefficient est élevé, plus l\u2019inégalité est marquée (Tableau 7.1).Les revenus de marché étaient plus inégalement répartis au moment de la récession des années 1982-83 et la reprise ultérieure a été marquée par une diminution de l\u2019inégalité.Il en va tout autrement dans les années 1990 : la reprise économique L\u2019état du Québec après l\u2019année 1993 n\u2019a pas entraîné une diminution de l\u2019inégalité caractérisant les revenus de marché qui estplutôten hausse dans les années de reprise jusqu\u2019en 2001.C\u2019est là une transformation structurelle majeure.Il y a bien une tendance à la hausse de l\u2019inégalité des revenus de marché sur le long terme qui est indépendante des effets de conjoncture.L\u2019impôt et les paiements de transfert réduisent les inégalités Les paiements de transferts et les impôts réduisent les inégalités de manière marquée dans les deux décennies examinées, preuve que les mécanismes de redistribution typique de l\u2019État providence fonctionnent.On peut voir cet effet en lisant les données contenues dans le Tableau 7.1 ligne par ligne.Mais leur rôle et leur efficacité se présentent bien différemment d\u2019une décennie à l\u2019autre.Durant les années 1980, l\u2019État providence a été en mesure non seulement de contrer les inégalités observées dans les revenus de marché, mais il a aussi réussi à les réduire au cours du cycle d\u2019expansion qui a duré jusqu\u2019en 1990.Les choses ont changé dans les TABLEAU 7.1 Mesure de l'inégalité entre les ménages (coefficients de GINI) ayant deux personnes ou plus et entre les personnes seules selon des concepts de revenus différents, Québec, Ontario et Canada, 1989-2001 \t\t\t\t \t\t\t\t \t\t\t\t \t\t\t\t 2 personnes et plus 1989\t0,395\t0,317\t0,275\t0,292\t0,290 1991\t0,432\t0,336\t0,289\t0,294\t0,296 1993\t0,425\t0,321\t0,275\t0,295\t0,296 1995\t0,434\t0,335\t0,284\t0,297\t0,296 1997\t0,453\t0,351\t0,305\t0,310\t0,311 1999\t0,437\t0,343\t0,292\t0,312\t0,308 2001\t0,446\t0,357\t0,308\t0,322\t0,320 Personnes seules\t\t\t\t\t 1989\t0,571\t0,379\t0,325\t0,323\t0,330 1991\t0,594\t0,398\t0,338\t0,326\t0,335 1993\t0,600\t0,386\t0,329\t0,334\t0,341 1995\t0,588\t0,390\t0,326\t0,338\t0,339 1997\t0,596\t0,407\t0,351\t0,356\t0,359 1999\t0,570\t0,395\t0,333\t0,379\t0,366 2001\t0,566\t0,401\t0,347\t0,372\t0,368 Source : Statistique Canada, Tendances du revenu au Canada, www.statcan.ca.170 La population années 1990.L\u2019intervention étatique réduit les inégalités de marché en redistribuant les revenus chaque année, certes, mais elle n\u2019est plus en mesure de faire baisser l\u2019inégalité au cours du cycle, qui sont même en hausse jusqu\u2019à la dernière année disponible (2001).Les coefficients de Gini pour les revenus après impôts étaient de 0,275 en 1989 et de 0,301 en 2000, à deux moments comparables du cycle économique.L\u2019inégalité est donc structurellement en hausse, après que l\u2019État providence eut joué son rôle de redistributeur de la richesse.Il s\u2019agit là d\u2019un changement important dans l\u2019histoire des cinquante dernières années.Jusqu\u2019au début des années 1990, l\u2019État avait assuré chaque année une redistribution des revenus de marché et avait aussi assuré que les inégalités diminuaient dans le temps d\u2019une année à l\u2019autre tout en épousant la courbe des cycles économiques.Il ne joue manifèstementplus ce second rôle.L\u2019action redistributive de l\u2019État, tout en étant efficace chaque année, ne parvient pas à neutraliser l\u2019augmentation tendancielle des inégalités qui caractérise les revenus de marché.Il est donc permis de faire l\u2019hypothèse d\u2019une mutation en cours du rôle des impôts et des paiements de transfert qui assurent une certaine redistribution des revenus sur le plan transversal (une année donnée), mais n\u2019assurentplus une réduction des inégalités dans le temps.Des changements importants observés dans les politiques publiques (abolition des allocations familiales, faible indexation de l\u2019aide de dernier recours, modifications radicales au programme de l\u2019assurance-emploi, etc.) et surtout les baisses d\u2019impôts qui ont été adoptées expliquent ce changement survenu dans les années 1990.«Toutefois, l\u2019augmentation marginale de l\u2019inégalité de revenu après impôts et transferts associée à la diminution de l\u2019inégalité du revenu du marché à la fin des années 1990 est possiblement due aux changements de régime d\u2019impôts et de transferts»18.Les inégalités sont cependant moins fortes au Québec, société qui s\u2019est moins engagée dans la réduction des impôts des ménages à haut revenu que les autres provinces populeuses du Canada (l\u2019Alberta et l\u2019Ontario en particulier).La comparaison avec l\u2019Ontario est éclairante.Les coefficients de GINI caractérisant les revenus disponibles (après impôts) sont systématiquement plus élevés chaque année dans cette province, comparativement au Québec.L\u2019impôt sur le revenu a un caractère progressif.Au total, les ménages faisant partie du quintile supérieur des revenus paient en moyenne 36121 dollars en impôts directs, ce qui représente 26,8 % de leurs revenus totaux (Tableau 7.2).À eux seuls, ils paient 54,6 % de TABLEAU 7.2 Transferts reçus et impôts payés en moyenne par les familles de deux personnes ou plus selon le quintile de revenus, Québec, 2000 \t\t\t\t\t\t \t\t\t\t\t\t \t11554\t54,8\t30,3\t917\t4,3\t1,4 Q2\t9 987\t26,5\t26,2\t4 592\t12,2\t7,0 Q3\t7 127\t13,3\t18,7\t9 149\t17,0\t13,9 Q4\t5 751\t7,7\t15,1\t15 288\t20,5\t23,2 Q5 (sup)\t3 720\t2,8\t9,7\t36 121\t26,8\t54,6 Total\t7 629\t11,9\t100\t13 207\t20,5\t100 Source : Statistique Canada, Le revenu au Canada, Ottawa, cat, 75-202, 171 L\u2019état du Québec tous les impôts directs.Les ménages au bas de l\u2019échelle des revenus (deux premiers quintiles) paient moins d\u2019impôts que les autres (en proportion de leurs revenus) etdonc uneportion faible des impôts totaux perçus par l\u2019État Les paiements de transferts comptent pour une large part des ressources des familles situées au bas de l\u2019échelle des revenus; ainsi, ils représentent 54,8 % de tous les revenus dans le groupement des ménages les moins fortunés (le quintile inférieur).Ceux-ci sont donc davantage dépendants de l\u2019aide étatique, ce qui était beaucoup moins le cas il y a vingt ans.Cependant la composition du quintile inférieur a changé dans le temps, ce qui peut aussi affecter l\u2019évolution de cette moyenne.Les plus riches se détachent du peloton L\u2019étude des coefficients de G1N1 ne permet pas de caractériser les distances entre les pauvres et les riches - mais celle-ci peut être estimée avec une autre approche : le rapport inter déciles D1/D9.Cette mesure consiste à diviser le revenu moyen des ménages situés au 10e rang dans la distribution (Di) par celui des ménages situés au 90e rang (D9).Elle permet de voir si la distance entre les ménages à faibles revenus et les ménages ayant les revenus les plus élevés est stable ou non dans le temps.Nous utilisons dans cette analyse quatre définitions du revenu (Tableau 7.3).Cette fois encore, le contraste entre les années 1980 et les années 1990 est frappant L\u2019écart entre les revenus des ménages les plus riches et les plus pauvres a peu bougé dans les années 1980, mais l\u2019impôt et les paiements de transfert a permis de la réduire de manière sensible.Ce résultatva dans le sens des observations sur les inégalités formulées plus haut: les mécanismes mis en place par l\u2019État providence pour assurer la redistribution des revenus ont relativement bien fonctionné.11 en va tout autrement dans les années 1990.L\u2019écart caractérisant les revenus de marché entre riches et pauvres est plus marqué que dans la décennie précédente etles deux mécanismes de redistribution ont joué moins efficacement leur rôle, en sorte que la distance entre classes s\u2019est agrandie à la fin de la décennie.La composition du ménage joue aussi un rôle important dans l\u2019étude des revenus.L\u2019examen du rapport inter déciles calculé sur le revenu disponible par unité de consommation (une TABLEAU 7.3 Rapport des revenus des ménages pauvres sur les ménages riches (rapport inter déciles D1/D9) selon des concepts de revenus différents, Québec, 1969-2000 \t\t\t\t\t\t\t Revenus du marché\t0,187\t0,129\t0,126\t0,118\t0,112\t0,077\t0,104 Revenus après impôts\t0,177\t0,153\t0,140\t0,145\t0,145\t0,128\t0,128 Revenus nets\t0,201\t0,191\t0,178\t0,198\t0,190\t0,159\t0,182 Revenus disponibles par unités\t0,260\t0,261\t0,262\t0,277\t0,265\t0,253\t0,258 Source : micro-données de l'enquête sur les dépenses des familles de Statistique Canada, calculs de l'auteur.172 mesure qui tient compte de la composition du ménage) indique que la distance entre ménage à bas revenus et à haut revenus serait restée assez stable au cours des vingt dernières années.Tout se passe comme si les ménages compensaient les faibles hausses de revenus en ayant moins d\u2019enfants, donc moins de bouches à nourrir.Ces rapports inter déciles vont dans le sens d\u2019une analyse faite avec d\u2019autres méthodes il y a quelques années19.La culture philanthropique est moins développée au Québec Les Québécois donnent moins d\u2019argent en dons de bienfaisance que les citoyens des autres provinces du Canada.Ils ontversé 583,9 millions de dollars en dons à des organismes agréés en 2001 (Tableau 7.4), soit un don médian de 120 dollars environ par contribuable, contre un don médian de 180 dollars au Canada (le don médian n\u2019est pas affecté par les montants plus élevés que donnent les riches mécènes qui font hausser la moyenne).Le don médian en Ontario est de 220 dollars et il dépasse les 250 dollars dans les quatre provinces de l\u2019AÜantique.Il fautpar ailleurs noter que la culture philanthropique est plus récente au Québec et qu\u2019elle n\u2019est pas encore aussi profondément répandue qu\u2019elle peut l\u2019être en milieu anglo-saxon.On TABLEAU 7.4\tDons de chanté des particuliers à des organismes âgées, Québec, 1995 à 2001 \t 1995\t431,0 1997\t471,2 1999\t504,7 2000\t556,8 2001\t583,9 Source : Centre canadien de la philanthropie, extrait d'un tableau paru dans Les affaires, 3 mars 2001 etCansim, tableau 101-0001.le voit par exemple dans l\u2019aide recueillie par les fondations des universités, beaucoup plus importante dans les universités anglophones qui peuvent compter sur des dons plus généreux de leurs diplômés.La création de fondations est d\u2019ailleurs de tradition récente dans les universités, les hôpitaux et collèges du Québec.Plusieurs facteurs expliquent ce constat, notamment le fait que les Québécois auraient adopté une culture colbertiste héritée de longue date.Moins généreux, ils acceptent par ailleurs que l\u2019État joue un rôle accru dans la société et ils sont moins réticents que les citoyens du Canada anglais devant des taux d\u2019imposition plus élevé, pourvu que l\u2019État dispense les services publics de qualité.Pauvreté en baisse et exclusion La mesure de la pauvreté a été ces au fil des ans que le Seuil de faible dernières années un objet de débats sur revenu de Statistique Canada ne pou-la place publique.Il était devenu évident vaitplus être considéré comme un seuil L\u2019état du Québec de pauvreté parce que son but n\u2019était précisément pas de mesurer ce phénomène, contrairement aux prétentions de certains lobbies qui continuaient de s\u2019y référer à tort comme à une telle mesure.Des recherches récentes avaient aussi montré que le seuil SFR était par ailleurs entaché de biais de mesure même aux fins de caractériser la faiblesse du revenu au Québec.Nous avons par ailleurs de nouvelles estimations du seuil de faible revenu calculées soit par Statistique Canada, soit par des chercheurs indépendants qui prennent le Quebec comme réference, ce qui corrige en partie ces biais.Depuis 2003, une nouvelle mesure mise au point par le ministère des Ressources humaines Canada estime mieux l\u2019étendue de la pauvreté à partir d\u2019une approche basée sur le panier de consommation (le MPC).Cette mesure donne un portrait différent - et moins alarmiste - de la situation de la pauvreté et de la faiblesse du revenu au Québec.Nous examinerons d\u2019abord la nouvelle mesure de la pauvreté avant de présenter plus loin les estimations du seuil SFR.Selon la mesure de Ressources humaines du Canada (MPC), une famille et les individus qui la composent seront considérés comme étant en situation de faiblesse du revenu correspondant à un état de pauvreté si le revenu familial ne leur permet pas d\u2019acheter un panier de biens et services défini comme un minimum pour assurer leur bien-être dans la collectivité qui est la leur20.Cette mesure nouvelle ne représente pas un seuil officiel aux fins d\u2019admissibilité aux programmes d\u2019aide publique.Deux éléments sont pris en compte : le pouvoir d\u2019achat de la famille tel que mesuré par le revenu disponible dont elle dispose et le coût de la vie dans la collectivité, car il en coûte plus cher pour vivre à Toronto ou à Montréal que dans une petite ville.La mesure prend donc en considération deux critiques importantes qui ont été faites des indicateurs jusque-là disponibles.L\u2019indice MPC propose une façon originale de caractériser le revenu disponible des familles comme référence en enlevant non seulement les impôts et autres contributions, mais aussi en enlevant d\u2019autres éléments comme les pensions alimentaires, les cotisations syndicales ou les régimes de retraites, considérés comme des prélèvements obligatoires.Le revenu disponible des ménages devient alors celui qu\u2019on peut librement dépenser une fois leurs obligations payées.L\u2019indice corrige donc de manière originale une erreur souvent faite de prendre le revenu brut comme indicateur de la situation des ménages.Mais comment définir le contenu du panier de base nécessaire à la vie quotidienne?C\u2019était là la question la plus difficile à résoudre dans ce type d\u2019approche, qui a réussi à éviter le piège de ne considérer que les dépenses qui assurent la simple survie physique, comme c\u2019était le cas de la mesure élaborée par Christofer Sarlo pour le Fraser Institute il y a quelques années.L\u2019approche MPC prend en considération cinq types de dépenses : nourriture, vêtements et chaussures, logement, transports, et enfin un poste général de dépenses diverses (meubles, téléphone, loisirs, etc.).L\u2019indice MPC est plus généreux dans le choix des éléments.L\u2019organisme fédéral a ensuite estimé quel était le coût de ces dépenses 174 La population de base.Par exemple, on considère le coût d\u2019achat et d\u2019entretien d\u2019une Chevrolet Cavalier quatre portes de cinq ans dans le panier.On inclut aussi des sorties au cinéma, la location de cassettes vidéo, etc.Le coût du panier minimum de vêtements a été déterminé avec la collaboration de personnes à faible revenu.Bref; la mesure peut être considérée comme étant relativement généreuse, bien qu\u2019on puisse toujours la critiquer.Mais on ne peut pas prétendre qu\u2019elle fixe les besoins minimums à un niveau trop bas.Elle fixe plutôt un minimum raisonnable, basé sur des études de diététique et de sociologie économique ainsi que sur la consultation élargie de divers groupes impliqués dans la lutte contre la pauvreté.Il est prévu d\u2019en revoir le contenu dans quelques années pour tenir compte du changement dans la richesse collective et partant, pour ajuster à la hausse la définition du bien-être minimum s\u2019il y a lieu.Moins de pauvres au Québec Selon l\u2019indice MPC, le Québec est loin de détenir le record du taux de pauvreté au Canada, car il se situe plutôt au second rang avec 11,9 % de personnes pauvres, tout juste derrière l\u2019Ontario qui a 11% de pauvres (Tableau 8.1).Cette mesure est la dernière disponible en date et une mise à jour est prévue pour la fin 2004.La proportion es t de 13,1 % dans tout le Canada.Ce nouveau taux est par ailleurs beaucoup plus élevé dans les Maritimes et dans l\u2019Ouest.Il grimpe même à 20% en Colombie-Britannique.Le Québec est donc bien loin de Terre-Neuve qui a un taux de 23,4%.Le rapport de Ressources humaines Canada analyse aussi l\u2019ampleur de la faiblesse du revenu (pauvreté), c\u2019est-à-dire l\u2019écart entre le revenu disponible des ménages sous le seuil MPC et le seuil lui-même.Les ménages pauvres peuvent avoir en effet des revenus beaucoup plus faibles que le seuil de pauvreté.Autrement dit, plus cet écart est marqué, plus l\u2019intensité de la pauvreté est grande.Cette fois encore, la situation du Québec est meilleure que celle de l\u2019ensemble du Canada.L\u2019ampleur de la faiblesse du revenu est même moins forte au Québec qu\u2019en Ontario.Les groupements anti-pauvreté ont maintes fois exprimé la crainte que l\u2019État ne manipule les mesures pour faire artificiellement baisser les taux de pauvreté.L\u2019indice MPC ne mérite pas cette critique, car il corrige des indicateurs biaisés ou imparfaits, ce qui est différent Loin de manipuler à la baisse la pauvreté, la mesure montre au contraire que celle-ci augmente dans tout le Canada par rapport à la mesure existante de faiblesse du revenu de Statistique Canada (le SFR après impôt) à laquelle tous se référaient jusqu\u2019à récemment.Ainsi, le MPC est-il plus élevé que le SFR en Ontario mais non au Québec, ce qui illustre bien que les mesures antérieures donnaient une TABLEAU 8.1\tMesure de la faiblesse du revenu selon l'approche du panier de consommation (MPC) en 2000 (personnes et ménages en %), et ampleur du faible revenu, Québec, Ontario et Canada \t\t\t\t \t\t\t\t \t11,9\t9,5\t23,9\t0,297 \t11,0\t8,7\t23,7\t0,311 Canada\t13,1\t10,7\t25,6\t0,309 Source: Ressources humaines du Canada, cat, SP-569-03-03R mai 2003 175 L\u2019état du Québec image alarmiste de la situation dans la belle province tout en sous-estimantla pauvreté ailleurs au Canada, à cause notamment des différences dans le coût de la vie et des interventions contre la pauvreté qui sont différentes d\u2019une province à l\u2019autre.Le paradoxe des ménages pauvres La proportion de ménages pauvres est fort différente selon qu\u2019on considère les personnes qui vivent seules et les ménages qui comptent au moins deux personnes.Cette fois encore, la moyenne québécoise est inférieure à la moyenne canadienne dans les deux cas.Au Canada, 10,7% des ménages de deux personnes ou plus sont pauvres et cette part est de 9,5 % au Québec; les chiffres grimpent à environ un ménage sur quatre pour les personnes qui vivent seules (23,9 % au Québec et 25,6 % au Canada).Cette donnée s\u2019explique par une sorte de paradoxe.Lorsque les revenus personnels et l\u2019aide de l\u2019État s\u2019améliorent sur une longue période, cela permet à plus de gens de vivre seuls ou de vivre dans de plus petits ménages, ce qui contribue à gonfler la proportion de ménages à faible revenu.Par exemple, lorsque les revenus des étudiants se bonifient, ceux-ci vont plus facilement pouvoir se mettre en ménage, et donc faire augmenter la proportion de ménages à faible revenu car les étudiants ne sont pas riches, on le sait.La création de nouveaux ménages qui en résulte vient accentuer la demande pour des logements à bas prix.L\u2019indice MPC montre que la pauvreté est peu présente chez les personnes âgées de 65 ans etplus (2,8% des personnes seulement), qui bénéficient de programmes de soutien du revenu qui les placent au dessus du seuil calculé.Ce résultat est beaucoup moins alarmiste que ne le donnent à penser les autres indicateurs pour les personnes âgées.Par ailleurs, le taux de pauvreté chez les jeunes reste plus élevé que la moyenne, ce qui confirme une fois de plus que la situation relative des jeunes ménages s\u2019est détériorée ces dernières années.L\u2019indice MPC mesure bien la réalité du faible revenu, car il concorde avec d\u2019autres études sur la position des jeunes ménages dans notre société par rapport aux générations précédentes.Enfin, l\u2019incidence de la pauvreté est plus forte chez les personnes vivant seules et chez les familles monoparentales, deux observations connues.Par définition, ces deux types de ménages doivent défrayer avec un seul revenu, le plus souvent assez faible par ailleurs, ce qu\u2019il en coûte pour vivre.La mesure de la faiblesse du revenu réévaluée Statistique Canada ne propose pas de mesure officielle de la pauvreté, on l\u2019a rappelé plus haut.L\u2019organisme statistique construitplutôtun seuil de faible revenu (SFR) qu\u2019il ne faut pas confondre avec une mesure de la pauvreté, à la demande même de l\u2019organisme statistique21.Cette mise en garde est importante, car les études techniques montrent que la façon actuelle de calculer le SFR noircit la situation dans les provinces où les revenus des ménages sont moins élevés, comme c\u2019est le cas au Québec.Le SFR est en effet très sensible au coût du logement, plus élevé en Ontario et dans les provinces de l\u2019Alberta et de la 176 La population Colombie-Britannique.Afin de corriger ces problèmes, nous avons estimé les seuils SFRen suivant la même méthodologie que Statistique Canada, mais en prenant le Québec comme référence dans les calculs.Il en ressort une vision différente des taux de faiblesse du revenu (Tableau 8.2).Il faut aussi tenir compte dans ces calculs du caractère progressif de l\u2019impôt sur le revenu qui a été illustré plus haut Le revenu des ménages au bas de l\u2019échelle doit en effet se comparer aux revenus après impôts des riches puisque ceux-ci ne peuvent dépenser l\u2019argent que l\u2019État prélève sur leur portefeuille.Le fait de distinguer les revenus avant et après impôts fait apparaître l\u2019efficacité des mesures de redistribution du revenu que sont les paiements de transfert et l\u2019impôt sur le revenu.La proportion de familles économiques comptant au moins deux personnes et la proportion d\u2019individus au total qui est sous le seuil diminuent fortement lorsque l\u2019on passe d\u2019un type de revenu (avant impôts) à un autre (après impôts).Ces données confirment la lecture qui a été faite plus haut à partir des coefficients de GINI mesurant l\u2019inégalité.Enfin, on retrouve un résultat déjà observé avec d\u2019autres approches : la proportion de ménages à faible revenu est plus élevée chez les personnes seules.Il faut par ailleurs ajouter que le Québec a mis en place de nombreuses mesures visant à donner des services directs ou en nature à la population dont les effets ne se reflètent pas dans les mesures statistiques de la pauvreté ou de la faiblesse du revenu (médicaments gratuits, logements en HLM, etc.).Leur prise en compte aurait un TABLEAU 8.2 Taux de faible revenu (SFR avant et après impôts) chez les ménages (familles et personnes seules), totalisations prenant le Québec comme référence, Québec, 1997 à 2000 \t\t\t \t1997\t15,4\t10,0 2 pens, et +\t1998\t16,1\t9,8 \t1999\t15,7\t10,2 \t2000\t14,5\t7,5 \t1997\t43,4\t28,2 Personnes seules\t1998\t45,8\t31,8 \t1999\t48,1\t31,4 \t2000\t48,4\t31,1 * Les seuils de faible revenu «personnalisés» de Statistique Canada, ministère de l'Emploi et de la Solidarité sociale, Direction de la recherche, de l'évaluation et de la statistique, p, 2 (www.mess.gouv.qc.ca).Source: Statistique Canada, microdonnées de l'Enquête sur les dépenses des ménages, calcul de l\u2019auteur.impact sur les taux de pauvreté et exigerait des mesures plus sophistiquées.Les pauvres, une population mouvante La population des pauvres est mouvante.Selon une étude publiée par Statistique Canada en 1997, effectuée à partir de données d\u2019enquête par panel menées en 1993 eti994, un peu moins de la moitié des ménages pauvres ne l\u2019étaientplus après deux ans, ayant été remplacés par un contingent à peu près équivalent de nouveaux pauvres.Pour un tiers des ménages, l\u2019entrée dans l\u2019état de pauvreté a été causée par la perte d\u2019un membre à la suite d\u2019un divorce ou d\u2019une mortalité.La même proportion de ménages a pu quitter l\u2019état de pauvreté à la suite de l\u2019arrivée d\u2019un nouveau gagne-pain.L\u2019autre facteur déterminant estl\u2019entrée ou la sortie du marché du travail.Les changements qui marquent le mode de vie sont à peu près 177 L\u2019état du Québec aussi importants que la participation au marché du travail pour expliquer l\u2019aspect dynamique de la pauvreté.Deux conclusions - l\u2019une optimiste, l\u2019autre pessimiste - peuvent être tirées de cette étude.La première tientau fait que la pauvreté est un état temporaire ou transitoire pour une proportion importante des ménages et qu\u2019il est possible d\u2019en sortir après une brève période.Mais il ressort aussi de cette étude que l\u2019incidence de la pauvreté est plus marquée que ne le donnent à penser les chiffres annuels puisque plus de ménages peuvent être pauvres à un moment ou à un autre au cours d\u2019une certaine période.Plus faible proportion de la population dépendante de l\u2019aide sociale depuis 1970 L\u2019aide de dernier recours telle qu\u2019on la connaît a été mise en place en 1970 sous le premier gouvernement Bourassa.Pour la première fois depuis cette date, la part de la population québécoise âgée de o à 64 ans qui en dépend a atteint son niveau le plus faible.C\u2019est là une observation très peu connue qu\u2019il importe de souligner.Les personnes qui vivent de l\u2019aide sociale représentent en effet 8,3 % de la population admissible (excluant donc les personnes âgées de 65 ans et plus).Leur nombre était de 532159 en mars 2004, une diminution importante de 34,7% depuis le sommet de 1996.Au total, 74,8 % des bénéficiaires de l\u2019aide de dernier recours étaient des adultes (398 040) et 25,2 %, des enfants, soit 134 119 au 31 mars 2004.Un peu moins des deux tiers de ces enfants vivaient dans des familles monoparentales.Le nombre de ménages qui dépendent de l\u2019aide sociale décroît moins rapidement que le nombre de personnes.Au total, 354 624 ménages recevaient l\u2019aide de dernier recours au 31 mars 2004, soit 26,9 % de moins que le sommet atteint en 1996 (485 261).Sur une longue période (soitdepuis 1970), la croissance du nombre de ménages à l\u2019aide sociale est importante (+ 71 % en trente trois ans) etplus prononcée que l\u2019augmentation du nombre de personnes (+3 %), ce qui s\u2019explique par la multiplication des petits ménages, essentiellement formés de personnes seules et de familles monoparentales.Mode de vie en solitaire à l\u2019aide sociale L\u2019un des traits marquants qui carac-térisentl\u2019évolution récente du système de protection sociale du Québec est sans nul doute la poussée importante du nombre de personnes qui sont dépendantes de l\u2019aide sociale vivant en solitaires.Le phénomène n\u2019est pas neuf, mais ce qui est nouveau c\u2019est sa forte progression récente.Les personnes dans cette situation représentaient en effet un peu plus de la moitié (52,1%) des adultes bénéficiaires de l\u2019aide sociale en 1980 et cette proportion a grimpé à 65 % en mars 2004, ce qui représente une hausse considérable qui a surtout pris place dans la seconde moitié des années 1990.Il est frappant de constater que la majorité des ménages qui dépendent de l\u2019aide sociale est maintenant formée de personnes qui vivent seules, soit 73 % d\u2019entre eux en mars 2004.Cette proportion est en hausse continue depuis plusieurs décennies.Les familles monoparentales constituent 178 La population le second type en importance de ménages qui bénéficient de cette aide (14,8%).Au total, 87,8% des ménages qui reçoivent l\u2019aide directe de l\u2019État ont à leur tête un seul adulte, ce qui est bien révélateur que la dépendance va de pair avec un certain isolement social.Les hommes qui bénéficient de l\u2019aide de dernier recours vivent seuls en ménage en plus forte proportion que les femmes et cette différence s\u2019est même accentuée au milieu des années 1990.En mars 1980, les ménages de personnes vivant seules étaient également répartis entre les deux sexes: moitié hommes, moitié femmes.Les choses ont beaucoup changé par la suite, alors que les ménages de personnes seules sont maintenant davantage à dominante masculine (environ six sur dix).C\u2019est là un constat important qui marque un changement majeur dans l\u2019évolution de la population visée par l\u2019aide de dernier recours, dont la clientèle se modifie.Les différences hommes-femmes sont beaucoup plus prononcées avant l\u2019âge de 40 ans.Les jeunes hommes bénéficiant de l\u2019aide sociale ont nettement tendance à vivre seuls en plus forte proportion, et la différence entre les deux sexes a eu tendance à s\u2019accentuer en début de vie active depuis 1980.Les femmes qui perçoivent de l\u2019aide sociale et qui sont en âge d\u2019avoir de jeunes enfants à leur charge (25 à 39 ans) vivent seules en moins forte proportion que les hommes du même âge parce qu\u2019elles sont plus nombreuses à former des ménages monoparentaux.Il découle de cette analyse que la diminution du nombre de personnes inscrites à l\u2019aide sociale risque de ne pas continuer à baisser de manière importante dans les années à venir, malgré l\u2019amélioration du marché du travail.Le changement le plus notable en effet est l\u2019augmentation du nombre de personnes qui vivent seules après l\u2019âge de 40 ans.Or, l\u2019âge est susceptible de devenir un facteur qui va de plus en plus influencer la participation aux programmes qui mènent à la sortie de l\u2019aide de dernier recours : plus cet âge progresse, moins forte sera la probabilité de succès de ces programmes.De plus en plus de personnes s\u2019inscriventà l\u2019aide de dernier recours, non pas à la suite de difficulté sur le marché du travail, mais à cause de difficultés personnelles, ce qui rendra plus difficile leur sortie du système, même en cas de reprise économique.graphique 8.1 Nombre de personnes et de ménages (en milliers) bénéficiaires de l'aide sociale (au 31 mars) (moyenne mobile sur 2 périodes), Québec (1970-2003) 800 000 700 000 600 000 500 000 400 000 300 000 200 000 100 000 0 \t\t\t \t\t\t \t\t\t \t\t\t \t\t\t \t\t\t \t\t\t \t\tMoy.mobile sur 2 pér.(personnes)\t \t\tMoy.mobile sur 2 pér.(ménages)\t 1995 2000 2003 Source : Gouvernement du Québec, Guide descriptif des programmes de sécurité du revenu, éditions 1989 et 1993, Québec ; minisire de la Main-d\u2019œuvre et de la Sécurité du revenu.Calculs de l\u2019auteur.179 L\u2019état du Québec Notes 1.\tNormand Thibault, « La fécondité des Québécoises en ce début du XXIe siècle », Données en bref, Institut québécois de la statistique, février 2003, p.1-3.2.\tVoir L\u2019annuaire du Québec 2004, p.150.3.\tLe solde migratoire est établi à partir des déclarations d\u2019impôt sur le revenu, avec deux ans de retard.Le solde calculé chaque année à partir du fichier des allocations familiales surestime les départs du Québec et les deux statistiques ne peuvent être comparées.Lorsque le solde estimé est publié chaque année, il s\u2019ensuit une distorsion si on le compare au seuil définitif de l\u2019année précédente mesuré à partir d\u2019une autre base.La surestimation qui résulte de la comparaison de données venant de deux sources a donné lieu à des manchettes alarmistes ces dernières années, surtout dans la presse anglophone.4.\tStatistique Canada, La diversification de la vie conjugale au Canada, Enquête sociale générale, cycle 15, Ottawa, cat.89-576-XIF, p.5.5.\tL\u2019étude citée de Statistique Canada donne à penser que l\u2019union libre reculera lorsque les jeunes cohortes qui privilégient actuellement cette forme de vie commune vieilliront.Ce diagnostic doit être fortement nuancé dans le cas du Québec, à notre avis.6.\tLouis Duchesne «Les premiers conjoints en union civile de 2002», Données sociodémographiques en bref Institut de la Statistique du Québec, février 2003, p.4-5.1.7.\tLouis Duchesne, « Naître au naturel : les naissances hors mariage », Données sociodémographiques en bref BSQ juin 1997.8.\tGérard Bouchard, La naüon québécoise au futur et au passé, Montréal, Québec-Amérique, 1999.9.\tLa question sur la langue maternelle a été modifiée plusieurs fois au fil des recensements.Statistique Canada a aussi changé l\u2019ordre de présentation des langues dans le questionnaire de recensement en 2001.L\u2019anglais apparaît au premier rang dans le questionnaire en langue anglaise et le français, au premier rang dans le questionnaire en langue française.Il semble que ce changement ait eu une incidence sur les réponses, les citoyens ayant tendance à cocher le premier choix qui se présente à eux dans le questionnaire, ce qui affecte quelque peu la comparaison dans le temps.10.\tCharles Castonguay, « La vraie question linguistique : quelle est la force d\u2019attraction réelle du français au Québec?», dans Michel Venne (dir.), L\u2019Annuaire du Québec 2004, Montréal, Fides, 2003, p.242.11.\tIdem, p.236.12.\tÉtude citée dans Le Devoir, 12 février 2003.13.\tOffice québécois de la langue française, site Internet, tableau 1.6.14.\tLouis Duchesne, «Coup d\u2019œil comparatif sur la démographie des États-Unis», Données sociodémographiques en bref 2002, vol.6, no 3, p.6-8.Statistique Canada a modifié la définition du travail à temps partiel.Certains emplois réguliers occupés moins de trente heures par semaine (pilotes d\u2019avion, par exemple) sont inclus dans les emplois à temps plein.Les données ont été révisées à partir de 1987.Avant cette date, elles ne sont pas strictement comparables.15.\tH.Krahn, «Accroissement des régimes de travail atypiques», Perspective, vol.7, n°4, Ottawa, Statistique Canada, cat.75-001F, pp.39-47.180 La population 16.\tLes données de l\u2019année 1999 indiquent un recul, mais il faut sans doute l\u2019imputer à une erreur d\u2019échantillonnage.La tendance à la hausse est bien présente mais, il faudra attendre les données des années ultérieures pour la confirmer de manière certaine.17.\tLes données de Statistique Canada pour ce type de ménages doivent cependant être considérées comme provisoires à notre avis, car l\u2019organisme statistique corrige régulièrement certaines données susceptibles d\u2019être affectées par une erreur d\u2019échantillonnage lorsque de nouvelles années s\u2019ajoutent.Plusieurs données portant sur les années récentes ont ainsi été corrigées après coup, et par exemple on notera dans le tableau 6.3 des différences par rapport à ce qui a été publié dans les éditions antérieures de cet annuaire, résultat des corrections apportées par l\u2019organisme statistique aux données des dernières années.18.\tMarc Frenette, David Green et Garnett Picot, Croissance de l'inégalité de revenu pendant la reprise économique des années 1990 : Exploration de trois sources de données, Étude analytique, Série documents de recherche, n° 219, 2004, p.18.19.\tNous avons mieux documenté cette lecture dans une autre publication.Voir S.Langlois, « Le niveau de vie des familles.Déclassement et effet de génération », dans Gilles Pronovost (dir.), Comprendre la famille, Québec, Presses de l\u2019Université du Québec, 1994, pp.17-30.20.\tTechniquement, le Ministère continue de parler de mesure de faiblesse du revenu, mais cette mesure vise en fait à caractériser la satisfaction des besoins de base d\u2019un ménage, et elle caractérise par conséquent la pauvreté.Voir le document produit par la Direction générale de la recherche appliquée, Les statistiques de 2000 sur le faible revenu selon la mesure du panier de consommation, Ottawa, Ressources humaines du Canada, cat.SP-569-03-03F, mai 2003, 60 p.21.\t« Le SFR.national (selon la taille de la famille et la taille de la région urbaine) s\u2019applique à toutes les provinces et régions.À titre d\u2019exemple, le même SFR est appliqué aux familles de quatre personnes vivant dans les grandes régions urbaines de l\u2019Ontario et du Québec (p.ex., Montréal et Toronto).Toutefois, il peut exister entre ces villes des différences sur le plan du coût de la vie dont le seuil de faible revenu ne tient pas compte.Cela pourrait introduire un biais dans toute comparaison des niveaux de faibles revenus entre les provinces.» G.Picot, Morissette et J.Myles, ^intensité des faibles revenus au coursdes anne'esiggo: le rôle de la croissance économique, des revenus d\u2019emploi et des transferts sociaux, Cat.11F0019MIF, Ottawa, Statistique Canada, Division de la statistique du revenu, 2003.181 Ceci n\u2019est pas une mode passagère C\u2019est la volonté de nous engager de toutes nos forces avec ceux et celles qui dessinent déjà nos lendemains.Ceci n\u2019est pas une banque.C\u2019est Desjardins.ACTIONS JEUNESSE DESJARDINS Elj] Desjardins Conjuguer avoirs et êtres La population LA FAMILLE ET LES GÉNÉRATIONS La maternité à l'adolescence : mythes et réalités Johanne Charbonneau INRS Urbanisation, culture et société Depuis quelques années, plusieurs initiatives gouvernementales québécoises ont ciblé les jeunes mères de moins de 20 ans dans le cadre d\u2019interventions diverses, tant dans le domaine de l\u2019insertion professionnelle, de la fréquentation scolaire ou du soutien familial.Pourquoi ces jeunes mères retiennent-elles autantl\u2019attention des concepteurs des politiques publiques et des programmes sociaux ?Certes, leur situation contraste singulièrement avec celle de la plupart des femmes qui choisissent de commencer leur vie familiale de plus en plus tard, quand elles ne décident pas de ne pas avoir d\u2019enfants du tout: la faible fécondité des Québécoises est d\u2019ailleurs régulièrement rappelée.Alors pourquoi, lorsque certaines choisissent précocement le métier de parent, fàut-il considérer cela comme un problème devant faire l\u2019objet d\u2019une attention particulière ?Le portrait statistique de la situation Au Québec, près de 9 400 jeunes femmes de moins de 20 ans ont connu une grossesse en 2001.Le nombre de grossesses chez les moins de 20 ans fluctue au fil des ans : il avait augmenté au début des années 1990 (dépassant la barre des 10 500 grossesses en 1998), mais depuis le début des années 2000, il a retrouvé le niveau du début de la décennie 1990.Le taux de grossesse chez les Québécoises de moins de 20 ans se situe parmi les plus bas au Canada.À l\u2019échelle internationale, le Canada fait partie de la catégorie des pays présentés comme ayant un taux de grossesse adolescente moyen (3,82 % en 2000) semblable à d\u2019autres pays anglo-saxons comme l\u2019Angleterre, la Nouvelle-Zélande ou l\u2019Australie.Rappelons que, dans ce domaine, les États-Unis ont le taux le plus élevé.Toutes les grossesses ne conduisent pas à une naissance.Un nombre croissant se termine plutôt par un avorte-mentprovoqué ; c\u2019étaitle cas pour 64% des grossesses chez les Québécoises âgées de 15 à 19 ans en 2000.Celles qui 183 L\u2019état du Québec ne se fontpas avorter choisissent donc de mener leur grossesse à terme.Contrairement à la situation qui prévalait dans les années soixante, très peu d\u2019adolescentes qui donnent naissance à un enfant confient celui-ci à l\u2019adoption.La perte de popularité du choix de l\u2019adoption est certes liée à l\u2019évolution générale des mœurs, mais elle a été par-ticulièrement influencée par les changements qui ont affecté le sens et la place de l\u2019enfant dans la vie des parents.Dans les années 50 et 60, l\u2019absence de ressources matérielles et financières était, avec la pression de l\u2019entourage, la première raison pour laquelle les filles enceintes et non mariées confiaient leur enfanta l\u2019adoption.Avec le temps, la question de l\u2019impact financier et matériel est passée à l\u2019ar-rière-plan ; la décision des adolescentes enceintes s\u2019appuie maintenant davantage sur leur propre évaluation de leur capacité à offrir l\u2019affection et les soins dont leur enfant aura besoin.Dans ce contexte, accepter l\u2019adoption, c\u2019est se juger soi-même comme incapable d\u2019aimer et de prendre soin de son enfant En 2003, les Québécoises âgées de moins de 20 ans ont donné naissance à 2560 nouveau-nés-dont 76 % sont le faitde celles qui avaienti8 etiç ans.Le nombre de naissances chez les filles de moins de 20 ans est en baisse (4132 en 1990), mais ce mouvementn\u2019a pas toujours suivi le rythme de décroissance observé dans l\u2019ensemble des groupes d\u2019âge.En fait, entre 1990 et 1998, les naissances chez les moins de vingt ans représentaient une fraction croissante de l\u2019ensemble des naissances des femmes québécoises (de 4,1 % en 1991 à 4,8 % en 1998).Depuis 1998, le mouvement s\u2019est inversé et elles ne cons-tituentplus que 3,5 % du total des naissances.Les adolescentes québécoises ont aussi le taux de fécondité le plus bas au Canada.Vers la fin des années 90, les analystes s\u2019inquiétaient de l\u2019augmentation du nombre de grossesses adolescentes ; c\u2019est qu\u2019il fallait tenir compte de la précocité croissante des relations sexuelles, ce qu\u2019une enquête réalisée en 2000 par l\u2019Institut de la statistique du Québec (ISQ) a confirmé.Certains s\u2019inquiétaient aussi du recours de plus en plus répandu à l\u2019avortement ; sa popularité ne semble d\u2019ailleurs pas avoir fléchi récemment.D\u2019autres s\u2019interrogeaient sur le fait que la diffusion des moyens contraceptifs n\u2019a pas fait diminuer le taux de naissance précoce.L\u2019enquête de l\u2019ISQ montre d\u2019ailleurs que la proportion de jeunes filles de moins de 20 ans utilisant des contraceptifs oraux n\u2019a pas augmenté entre 1992 et 1998, malgré la mise en place d\u2019un régime d\u2019assurance médicaments qui en favorise une plus grande accessibilité.Mais les tendances se sont inversées : les grossesses et les naissances sont moins nombreuses et le taux de fécondité des Québécoises de moins de 20 ans diminue maintenant plus rapidement que celui de l\u2019ensemble de la population.Aucune analyse récente ne semble avoir noté le renversement de situation opéré depuis 1998, ce qui questionne l\u2019attitude parfois alarmiste à l\u2019égard de l\u2019ampleur de ce « problème social ».Une analyse de la réduction des taux de fécondité entre 1998 et 2002 dans les régions du Québec montre que la décroissance affecte quelques régions 184 précises alors qu\u2019ailleurs les taux sont stables ou augmentent légèrement, sans qu\u2019on puisse en comprendre les raisons.On enregistre une diminution importante tant en milieu très urbain (Montréal), dans la banlieue pavillonnaire proche de Montréal (Laval) ou dans des régions éloignées (Saguenay, Gaspésie, Abitibi).Il faut par ailleurs rappeler le cas exceptionnel de la région du Nord-du-Québec où un taux de 8,59 0/° paraît plutôt stable pour cette région où vivent en majorité les communautés autochtones.La construction d\u2019un problème social L\u2019analyse des débats en cours sur ce « problème social » montre d\u2019abord que les uns et les autres ne discutent pas toujours du même sujet et que les sources d\u2019inquiétude varient d\u2019autant, passant de l\u2019activité sexuelle précoce des jeunes à la difficulté des adolescents à adopter un comportement contraceptif adéquat, puis aux conséquences négatives associées à la maternité adolescente.C\u2019est certainement ce dernier thème qui a été le plus souvent discuté au cours des dernières années.La maternité précoce est souvent présentée comme un problème social, dans la foulée des analyses qui montrent que le fait de donner naissance à un enfant lorsqu\u2019on est âgé de moins de 20 ans est associé à des situations « problématiques » qui risquent de surgir dans les parcours de vie des adolescentes concernées.Quels seraient ces problèmes ?Monoparentalité, abandon scolaire, dépendance à l\u2019assistance sociale, pauvreté à long terme.Certaines recherches, en particulier aux États-Unis, ont ainsi démontré que les conséquences de la maternité adolescente sont très négatives, tant pour la trajectoire professionnelle de la jeune fille concernée qu\u2019au regard des coûts sociaux divers qu\u2019ils entraînent (pour une revue de ces travaux de recherche et pour retrouver les références : Charbon-neau, 2002 et 2003).L\u2019argument du coût social est d\u2019ailleurs l\u2019un des plus fréquemment évoqués pour justifier une intervention des gouvernements pour réduire le « risque de grossesse/ maternité» chez les adolescentes.Certaines enquêtes canadiennes, telle que celle de Turner, réalisée à Toronto en 2000, qui a suivi plus de 200 mères adolescentes durant les années 1980, sur une période de septans,montre que comparativement aux femmes qui ont eu un enfant plus tardivement, les mères adolescentes rencontrent tout au long de leur vie beaucoup plus d\u2019événements stressants, entre autres dans les années qui suivent la naissance de l\u2019enfant : violence conjugale, maladie et accident, présence d\u2019un proche ayant un problème de drogue ou d\u2019alcool.Selon une étude de Roy et Charest (2002), les mères de moins de 20 ans courraient un risque plus élevé que la moyenne de souffrir de problèmes tels que l\u2019anémie, l\u2019hypertension, la néphropathie, l\u2019éclampsie et les troubles dépressifs.Si plusieurs enquêtes associent la maternité précoce à divers problèmes dans la vie des mères, le pronostic le plus négatif semble plutôt concerner leurs enfants.Les mères de moins de 20 ans sontplus susceptibles de mettre au monde un enfàntprématuré, de petit poids ou présentantune anomalie congénitale.Les enquêtes américaines s\u2019intéressent aussi à la question des impacts sur les enfants.Elles suggèrent L\u2019état du Québec que les mères adolescentes sont plus souvent considérées comme des parents à risques, et qu\u2019elles sont plus promptes à punir leur enfant, à le parentaliser, par exemple.Leurs enfants seraient plus susceptibles que la moyenne de développer des problèmes de comportement et d\u2019adaptation.Les plus importants facteurs de risques à cet égard seraient : l\u2019âge de la mère, son immaturité, sa faible scolarité et sa dépendance fréquente à l\u2019aide sociale.Les risques seraient plus grands si elle vit seule et habite dans un voisinage « à problèmes ».Ces facteurs affecteraient les conditions de vie physiques de l\u2019enfant et son développement mental.Des situations d\u2019abus et de négligence sont aussi anticipées.11 y a tout de même des chercheurs qui contestent la thèse des conséquences négatives de la maternité adolescente.Certains, tels que Char-bonneau (en 2003) et Hoffman (en 1998), citentainsi des exemples de trajectoires de vie à long terme plus favorables que celles qui sont décrites habituellement.D\u2019autres contestent l\u2019idée que c\u2019est bien la maternité adolescente qui constitue la cause des difficultés observées et qu\u2019il faut chercher ces causes en amont, dans l\u2019enfance, mais surtout dans le fait que ces mères sont issues de milieux pauvres.En général, on constate que très peu d\u2019analyses se sont aventurées au-delà de ces associations un peu rapides entre maternité adolescente et difficultés diverses.Très peu de chercheurs ont, par exemple, repris une démarche semblable à celle de l\u2019équipe de Furstenberg qui a suivi la vie des jeunes mères sur une longue durée et a permis de com- prendre l\u2019influence de différents facteurs sur ce que vivent ces mères.Cette démarche peut pourtant nous révéler autre chose que ce qui a été évoqué jusqu\u2019à présent.Pour réfléchir autrement au «problème» de la maternité adolescente, nous référerons principalement ici à une enquête réalisée au Québec dans les années 1996-1997 qui explore la vie d\u2019une trentaine de femmes qui ont donné naissance à des enfants quand elles étaient adolescentes, entre cinq et dix ans plus tôt (Charbonneau 2003).A priori, on ne peut nier que la maternité adolescente constitue un écart significatif de la norme sociale : elle vientinverser complètementl\u2019ordre attendu des événements qui veut qu\u2019on finisse d\u2019abord ses études, qu\u2019on se trouve un emploi et un conjoint, qu\u2019on s\u2019installe en ménage et qu\u2019ensuite - et seulement ensuite - on songe à avoir des enfants.La maternité précoce, en faisant d\u2019une naissance le premier événement fondateur de l\u2019âge adulte, a la spécificité de survenir très tôt dans le processus, à l\u2019adolescence.Dans notre société actuelle, cet « âge de la vie » doit être en priorité consacré aux études ; il suppose d\u2019ailleurs, en conséquence, une dépendance matérielle et financière aux parents.L\u2019arrivée d\u2019un enfant durant l\u2019adolescence constitue ainsi un événement très perturbateur dans la vie des jeunes, et ça l\u2019est souvent aussi pour toute la famille.Le choix de la maternité adolescente Comment peut-on prendre la décision de devenir mère à l\u2019adolescence ?11 faut d\u2019abord être enceinte, et si la maternité constitue un projet délibéré pour cer- 186 taines adolescentes, souventla grossesse estun « accident» de parcours.Entre la conception de l\u2019enfant et sa naissance, l\u2019adolescente doit faire le choix de l\u2019issue de la grossesse.Qui prend la décision de cette issue ?Le plus souvent, les jeunes femmes présentent la décision comme leur appartenant en propre, sans nier parfois qu\u2019elles peuvent consulter certaines personnes.Ceci correspond bien à l\u2019idée que, dans notre société où prédominent les droits individuels, chacun (ici chacune) a le droit de prendre seul les décisions qui vont affecter sa vie.Les approches institutionnelles à l\u2019égard de la grossesse adolescente sont cohérentes avec cette idée et font la promotion du respect de la décision de la jeune femme.Ces approches, très individualistes elles-mêmes, paraissent cependant oublier la responsabilité qui incombera probablement à l\u2019entourage et encouragent même les adolescentes à ne pas trop se laisser influencer par leurs proches.Mais cette influence est bien manifeste dans l\u2019expérience d\u2019autres jeunes femmes.Certaines mères adolescentes diront que la décision de garder l\u2019enfant a été partagée avec leur mère.Parmi l\u2019entourage, c\u2019est toujours la mère qui paraît la plus favorable au choix de garder l\u2019enfant.Le père de l\u2019adolescente, le père de l\u2019enfant à naître, sa famille et les amis d\u2019école sont plus susceptibles de favoriser le choix de l\u2019avortement et de faire valoir les conséquences négatives de la naissance sur l\u2019avenir de la jeune fille.Dans les milieux de l\u2019intervention sociale, l\u2019idée que les filles qui ont un enfant à l\u2019adolescence reproduisent tout simplement le comportement de leur propre mère est aussi très répandue.Pourtant, bien des chercheurs ont rappelé que la maternité adolescente en soi n\u2019estpas un comportement aussi reproductible qu\u2019on le soupçonne.Les recherches suggèrent que le modèle de « mère au foyer» l\u2019est bien davantage.Comme leur propre mère l\u2019avait fait avant elles, certaines choisissent le métier de parent, plutôt que la carrière professionnelle.Dans les années qui ont suivi la Seconde Guerre mondiale, la « carrière maternelle » était bien celle qui correspondait aux normes sociales de l\u2019époque.Le modèle de la mère au foyer et du père pourvoyeur est d\u2019ailleurs resté bien ancré dans notre imaginaire social.Mais la société québécoise a changé depuis cette époque et si on affirme que les femmes d\u2019aujourd\u2019hui profitent d\u2019un choix de carrières bien plus vaste qu\u2019au-paravant, il apparaît que la carrière « maternelle » - surtout lorsqu\u2019elle est précoce, mais pas uniquement-ne fait plus partie des choixpossibles.L\u2019instabilité des couples d\u2019aujourd\u2019hui milite d\u2019ailleurs en faveur d\u2019une autonomie financière des femmes.Etpour « faire carrière », il faut d\u2019abord compléter sa scolarité; la maternité précoce est considérée comme une menace sérieuse à l\u2019atteinte de cet objectif et une cause directe de l\u2019abandon scolaire.La relation entre la maternité adolescente et l\u2019abandon scolaire est pourtant plus subtile qu\u2019elle ne paraît.L\u2019analyse des motivations des mères adolescentes à poursuivre ou non une trajectoire scolaire et professionnelle conduit par ailleurs sur une piste que les analystes semblent rarement avoir explorée : celle du désir affirmé de ne pas «faire carrière» parce qu\u2019on L\u2019état du Québec préfère, et de loin, le rôle de mère au foyer, présente auprès de ses enfants le plus longtemps possible.Le choix de la carrière maternelle n\u2019est pas nécessairement une stratégie d\u2019évitement, comme pis-aller faute de ne pas avoir les capacités de poursuivre des activités scolaires ou professionnelles.Bien qu\u2019elles aient eu « précocement » leurs enfants, certaines mères adolescentes n\u2019en ont pas moins respecté l\u2019ordre attendu des événements de la vie : elles ont quitté l\u2019école, se sont installées en couple avec un conjoint qui travaille et, ensemble, ils ont fait le choix de fonder leur famille.Ces histoires révèlent ainsi que le rôle du conjoint ne correspond pas toujours à l\u2019image un peu caricaturale du jeune homme qui quitte sa conjointe, enceinte ou récente mère, et la laisse seule avec les responsabilités parentales.La vie conjugale des mères adolescentes La documentation offre peu d\u2019informations pour comprendre la vie conjugale des mères adolescentes et analyser le rôle du père biologique dans la vie de son enfant, surtout à long terme.Les enquêtes, telles que celle de Fursten-berg, montrent qu\u2019il y a davantage d\u2019instabilité conjugale et que le père serait moins présent que dans les années i960.La réalité est assez complexe.Au moment de la grossesse, plus d\u2019un scénario est déjà possible : celui où l\u2019adolescente enceinte est déjà en couple et où l\u2019arrivée de l\u2019enfant est planifiée ; celui où il y a bien un conjoint, mais où celui-ci ne partage pas l\u2019enthousiasme de l\u2019adolescente à l\u2019idée de fonder une famille ; celui où l\u2019adolescente choisira de ne pas informer le père biologique de l\u2019enfant de sa paternité ou encore de rompre rapidement avec lui car elle préfère qu\u2019il ne joue pas ce rôle.Là où le projet de parentalité est partagé, la relation paraît plus stable à long terme.Au contraire, quand la décision n\u2019a été que celle de la jeune femme, qu\u2019elle a plus ou moins forcé l\u2019accord de son conjoint, la rupture pointe à l\u2019horizon, surtout si, après un certain temps, la jeune mère devient enceinte à nouveau.Il y a des jeunes femmes qui choisissent aussi de rompre avec leur conjoint car celui-ci est peu aidant et sa présence apporte plus de problèmes qu\u2019autre chose.L\u2019absence de père biologique au moment de la naissance de l\u2019enfant, cela ne signifie pas que ces jeunes mères resteront toujours seules.Celles-ci peuvent s\u2019installer avec un conjoint responsable et qui jouera le rôle de père social auprès des enfants nés d\u2019une relation précédente.Mais il y a aussi des histoires conjugales qui demeurent instables à long terme.Certains pères biologiques se manifèstentparfois auprès de leur enfant plusieurs années après en avoir été séparés.Leur retour n\u2019est pas toujours bien accueilli par la mère de l\u2019enfantmais, parfois, cela conduità une véritable reprise de contacts.Il faut aussi rappeler que les jeunes couples n\u2019habitent pas non plus toujours ensemble au moment de l\u2019arrivée de l\u2019enfant.Lorsque la mère adolescente vit chez ses parents, la situation devient souvent difficile pour le père de l\u2019enfant Parfois, ce sont les parents de la mère adolescente qui font des pressions pour que leur fille rompe avec lui, lorsqu\u2019ils estiment qu\u2019il ne pourra pas 188 faire un bon père pour leur petit-enfant Parfois, c\u2019estplutôt le père du nouveau-né qui fait des pressions pour que la jeune femme s\u2019installe en ménage avec lui, car il trouve difficilement sa place chez ses beaux-parents où il doit négocier ses visites.En fait, ceci rappelle que l\u2019histoire des mères adolescentes est imbriquée dans celle de leurs relations interpersonnelles et que leurs parents y jouent souvent le premier rôle.L\u2019importance du soutien des proches Si le fait de devenir mère à l\u2019adolescence suggère un passage accéléré vers l\u2019âge adulte, en réalité l\u2019absence de ressources personnelles accentue la dépendance à l\u2019égard de la famille.Les mères adolescentes rappellentsouventque leur décision de garder l\u2019enfàntn\u2019avaitpas tenu compte des conséquences pratiques à long terme.La jeune mère cherche d\u2019abord à s\u2019assurer qu\u2019elle aura l\u2019aide matérielle nécessaire à l\u2019accueil du bébé - couches, vêtements, meubles -, une aide souvent promise par les parents.Et dans leur offre « spontanée » d\u2019aide et de soutien, les parents ne paraissent pas non plus enclins à évaluer les conséquences à plus long terme.L\u2019aide des parents fait partie des attentes normatives de nos sociétés.S\u2019il n\u2019est pas étonnant qu\u2019elle s\u2019exprime spontanément, cela ne signifie pas qu\u2019elle sera disponible très longtemps.Par ailleurs, la situation de soutien demeure très influencée par la situation résidentielle qui prévaut au moment de la naissance de l\u2019enfant.Les jeunes femmes peuvent être déjà dans un logement autonome, habiter encore chez leurs parents ou vivre dans une famille d\u2019accueil.Lorsqu\u2019on est une mère adolescente, les années qui suivent la naissance de l\u2019enfant sont rarement exemptes de difficultés ; quand elles le sont, ça peut être autant parce que les jeunes mères ont traversé avec succès les différentes étapes qui ont conduit à l\u2019accès à un travail rémunérateur que parce qu\u2019elles se sont stabilisées dans une situation un peu fragile : comme mère au foyer dépendante d\u2019un conjoint pourvoyeur ou en couple avec un conjoint, mais sous dépendance de prestations gouvernementales.Pour d\u2019autres, la situation se fragilise quand elles connaissent une rupture conjugale et se retrouvent seules et dépendantes de prestations gouvernementales, quand ces situations s\u2019accompagnent de nouvelles naissances ou lorsque le conjoint perd son emploi.Ceci rappelle d\u2019ailleurs que les fluctuations du contexte économique sont aussi à considérer dans l\u2019issue favorable ou défavorable de la situation de ces familles, au delà des décisions qu\u2019elles ont prises pour elles-mêmes au fil des ans.A priori, la maternité adolescente n\u2019est peut-être pas un «problème social », mais elle subit certes les inconvénients associés au fait de ne pas se situer dans les normes sociales admises.On attend des jeunes femmes d\u2019aujourd\u2019hui qu\u2019elles assurent leur avenir en poursuivant leurs études, en faisant carrière et en étant autonomes financièrement Avec l\u2019instabilité des couples d\u2019aujourd\u2019hui, il est bien difficile d\u2019imaginer comment on pourrait faire autrement.Mais les mères adolescentes ont parfois rêvé d\u2019autre chose, rêvé d\u2019être une mère à la mai- L\u2019état du Québec son, par exemple, un rêve peu com- choix d\u2019être parent.Les parents qui patible avec la réalité actuelle.Elles ne doivent concilier vie de famille et tra-sontpas les seules à se dire que notre vail ne disent souvent pas autre chose, société ne rend pas toujours facile le Références CHARBONNEAU, Johanne.Adolescentes et mères.Histoires de maternité' pre'coce et soutien du réseau social, Québec, Presses de l'Université Laval, coll.« Sociétés, cultures et santé », 2003.CHARBONNEAU, Johanne.« Grossesse et maternité adolescentes : débats idéologiques et nouvelles 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offrir un guide aussi précieux sur la façon de rédiger un mandat en cas d'inaptitude.Chez votre librairie 1800463-2100 wm/.pubficztionsduqLWbec.goiiv.çtca Publications Québec nn Toute la réalité, rien que la réalité L\u2019état du Québec LA LANGUE « Should I Stay or Should I Go Now?» Reste-t-il des jeunes anglophones au Québec ?Marie-Odile Magnan Departement de sociologie, Université Laval Le déclin de la population anglophone du Québec remonte au moment de la création de la Conlëdération.En 1867, 25% des Québécois étaient de langue maternelle anglaise (Rudin, 1986) alors qu\u2019en 2001 ce pourcentage ne s\u2019élevait qu\u2019à 8,3% (Statistique Canada, 2002a).Les Anglo-Québécois ont toujours constitué un groupe ethnolinguistique mobile.Néanmoins, jusqu\u2019aux années 1970, la migration des Anglo-Québécois fut contre- TABLEAU 1\tÉchanges migratoires entre le Québec et le reste du Canada selon la langue maternelle anglaise1, l'âge et la période 1996-2001 \t\t\t 5-14\t3 525\t9 515\t-5 990 15-24\t4 920\t7 200\t-2 280 25-34\t6 960\t12 855\t-5 895 35-44\t4 105\t9 220\t-5 115 45-54\t2 110\t5 770\t-3 600 55-64\t965\t3 175\t-2 210 65 et +\t720\t4 290\t-3 570 1 Fait référence aux person nés ayant déclaré une réponse unique à la question sur la langue maternelle.Source : Statistique Canada, Recensement de 2001,97F0008XCB2001005 (données compilées par la direction de la population et de la recherche du ministère des Relations avec les citoyens et de l'Immigration), balancée par la venue d\u2019anglophones au Québec, par la croissance naturelle du groupe anglophone ainsi que par la transmission de l\u2019anglais comme langue maternelle aux enfants dont les parents ne parlaient pas l\u2019anglais au départ Vers la fin des années 1970, cependant, rien ne pouvait enrayer la chute qu\u2019allait subir le Québec anglais.C\u2019est un manque de dynamisme migratoire, c\u2019est-à-dire la combinaison des départs massifs d\u2019Anglo-Québécois au faible taux d\u2019entrants interprovinciaux et internationaux anglophones, qui a fait basculer le poids démographique de la population de langue anglaise du Québec.\u2018Titre de la célèbre chanson du groupe britannique The Clash (album Combat Rock, 1982).192 La population Ce déclin s\u2019est bien sûr accompagné de la diminution de la proportion de jeunes anglophones, ceux qui représentent la vitalité future de la communauté de langue anglaise du Québec.Depuis 1971, le pourcentage de jeunes anglophones de moins de 25 ans au sein du Québec anglais a diminué de façon importante.En 2001, le nombre de jeunes de langue maternelle anglaise âgés de 18 à 34 ans ne s\u2019élevait qu\u2019à 120 720 (Statistique Canada, 2002b).Cette décroissance démographique s\u2019explique, comme dans plusieurs pays, par la diminution du taux de natalité et par l\u2019augmentation de l\u2019espérance de vie.Néanmoins, l\u2019exode des jeunes Anglo-Québécois explique aussi l\u2019écart qui se creuse entre les effectifs des jeunes et des personnes âgées, d\u2019autant plus que l\u2019émigration n\u2019est pas suffisamment compensée par l\u2019arrivée de jeunes immigrants anglophones au Québec (Tableau 1).Des nuances doivent cependant être apportées à ce constat démographique : les générations anglo-québécoises sem- blent se renouveler aussi bien que les générations anglophones des autres provinces canadiennes (Castonguay, 2002).En 2001, les jeunes anglophones de moins de 25 ans représentaient 33,8% de la population totale de langue maternelle anglaise du Québec comparativement à 31,6% pour la majorité francophone (Statistique Canada, 2003).Ce renouvellement s\u2019expliquerait par la stabilisation de la sous-fécondité anglo-québécoise, par la prépondérance de l\u2019anglais comme langue d\u2019assimilation et par le faible taux de migration interprovinciale observé depuis 1980.Une jeunesse anglophone se trouve donc au Québec.Mais comment décrire ces jeunes qui décident de demeurer dans la province?Voici un bref portrait de cette nouvelle génération.Qui sont-ils?D\u2019abord, les jeunes de langue maternelle anglaise âgés de 18 à 34 ans se concentrent principalement dans la Communauté urbaine de Montréal.En 2001, 61,5% d\u2019entre eux s\u2019y trouvaient.Les autres régions administratives dans lesquelles les jeunes anglophones se concentraient étaient la Montérégie TABLEAU 2 Repartition de la population des 18-34 ans selon la langue maternelle anglaise et les régions administratives, Recensement 2001 \t\t\t\t 01 Bas - Saint-Laurent\t155\t0,1\t39 205\t2,5 02 Saguenay - Lac-Saint-Jean\t230\t0,2\t58 225\t3,6 03 Capitale-Nationale\t1 615\t1,3\t143 510\t9,0 04 Mauricie\t315\t0,3\t48 585\t3,0 05 Estrie\t3 450\t2,9\t61380\t3,8 06 Montréal\t74 250\t61,5\t462 615\t28,9 07 Outaouais\t9 110\t7,4\t69 495\t4,3 08 Abitibi-Té miscamingue\t855\t0,7\t30 495\t1,9 09 Cote-Nord\t955\t0,8\t21 185\t1,3 10 No nd-du-Québec\t395\t0,3\t10 485\t0,7 11 Gaspésie -îles-de-la-Madeleine 1490\t\t1,2\t17 090\t1,1 12 Chaudière-Appalaches\t445\t0,4\t82 175\t5,1 13 Laval\t4 410\t3,6\t73 505\t4,6 14 Lanaudière\t940\t0,8\t75 280\t4,7 15 Laurentides\t3 935\t3,3\t92 920\t5,8 16 Montérégie\t17815\t14,8\t265 575\t16,6 17 Centre-du-Québec\t335\t0,3\t46 415\t2,9 Total\t120 720\t100,0\t1 598 140\t100,0 1\tFait référence aux personnes ayant déclaré une réponse unique à la question sur la langue materneiie.2\tLes pourcentages sont calculés sur la population totale des 18-34 ans de langue maternelle anglaise, 3\tLes pourcentages sont calculés sur la population totale des 18-34 ans, Source: Statistique Canada, Recensement de 2001,95F0334XCB01006.193 L\u2019état du Québec (14,8%), POutaouais (7,4%) ainsi que Laval (3,6%), les Laurentides (3,3%) et l\u2019Estrie (2,9%).Cette répartition diverge de celle de la population totale du Québec âgée de 18 à 34 ans qui réside plutôt dans les régions suivantes : Communauté urbaine de Montréal (28,9°/o),Montérégie (16,6 %), Laurentides (5,8%), Chaudière-Appalaches (5,1%), Lanaudière (4,7%) et Laval (4,6%) (tableau 2).Sur le plan delà scolarisation et de l\u2019emploi, les données du recensement de 1991 indiquent que les jeunes de langue maternelle anglaise sont plus scolarisés que les jeunes de langue maternelle française (23 % des anglophones de 25-34 ans avaient obtenu un diplôme universitaire comparativement à 14% chez les francophones), mais qu\u2019ils ont un taux de chômage légèrement supérieur (18,7%) à celui de leurs homologues francophones (18,3%) (Harrison, 1996).La jeunesse anglo-québécoise se caractérise aussi par un haut taux de bilinguisme.En 2001, la proportion de jeunes anglophones pouvant parler français s\u2019élevait à plus de 80% chez les 15 à 24 ans (Gauvin, 2003).Les jeunes anglophones sont davantage bilingues et acquièrent leur langue seconde à un plus jeune âge que leurs homologues francophones.De plus en plus de jeunes anglophones utilisent l\u2019anglais et le français au cours d\u2019une même conversation.Le niveau de connaissance du français que possèdentles jeunes anglophones dépasserait la simple capacité de soutenir une conversation.Les jeunes anglophones de 18 à 24 ans ont dit écrire très bien ou assez bien le français dans une proportion de 69% (Missisquoi Institute, 2000).Ce taux de bilinguisme élevé explique en partie l\u2019augmentation des contacts entre les jeunes anglophones et les francophones.Un nombre croissant de jeunes anglophones sont amenés à interagir en français dans toutes sortes de situations : à l\u2019école, au travail, dans les quartiers ou au sein de la vie conjugale.Les jeunes Anglo-Québécois souhaitent établir davantage de liens avec la communauté francophone du Québec et ils se montrent en faveur d\u2019une meilleure tolérance entre les deux groupes linguistiques (Alliance Quebec, 1992).Cette attitude semble se refléter notamment dans les échanges de plus en plus bilingues et multilingues qui prennent place entre les anglophones et les francophones montréalais (Lamarre, 2002).Voici comment les jeunes anglophones du Québec ont décrit leur expérience à l\u2019occasion du Sommet du Québec et de la jeunesse 2000 : «Growing up in Quebec as an English-speaking Quebecer is, in many ways, an exhilarating experience.We Hue constantly at the confluence of two or more languages, two cultural networks.We share with our French-speaking neighbors a sense that life cannot be taken Jor granted.They Jeel that they are a minority within Canada and North America.We are a minority within the minority » (Johnson, 2000, n.p.).Ils se définissent, dans ce texte, comme un groupe multilingue et multiethnique.Désormais, lors des recensements canadiens, les jeunes anglophones répondent davantage qu\u2019ils sont d\u2019origines multiples que leurs aînés.Les jeunes anglophones affirment aussi que le Québec francophone faitpartie de leur iden- 194 La population Taux de sortie (%) vers le reste du Canada selon la langue maternelle, l'âge et la période 1996-2002 5-14 ans 15-24 ans 25-34 ans 35-44 ans 45-54 ans 55-64 ans 65 ans et + 1 Français 1 Anglais tité, alors qu\u2019un grand nombre d\u2019entre GRAPHIQUE 1 eux sont issus de parents de langue maternelle anglaise et française.Pour eux, le concept tant évoqué des deux solitudes n\u2019existe pas.Ils déplorent la référence constante à ce qu\u2019ils appel-\t14 lent « the Ugly Anglo of the mystical\t12\t» past».Ils ressentent un sentiment de rejet et de méfiance vis-a-vis la majorité francophone.Les jeunes Anglo-Québécois s\u2019identifieraientdavantage à l\u2019espace\t6 géopolitique canadien qu\u2019àl\u2019espace géopolitique québécois.L\u2019univers identitaire des jeunes anglophones inclurait plutôt des «traces historiques canadiennes » que des références à l\u2019histoire québécoise et anglo-québécoise (Kalulambi Pongo, 1998.Malgré le fait que les jeunes anglophones démontrent une détermination à s\u2019intégrer au Québec et à établir des contacts harmonieux avec les francophones, ils éprouvent un sentiment de frustration face à la situation linguistique et à l\u2019avenir politique incertain du Québec.L\u2019enquête Missisquoi Institute CROP 2000, qui porte sur l\u2019ensemble des anglophones du Québec, indique que parmi les différents groupes d\u2019âge interrogés les jeunes anglophones ont mentionné plus spontanément la loi 101 comme étant le principal problème vécu par la communauté.Les jeunes anglophones croient leurs droits linguistiques violés par l\u2019imposition du français (Alliance Quebec, 1992).Ce sentiment de frustration explique-t-il les départs massifs des jeunes anglophones?Ce qui est sûr, c\u2019est que les jeunes anglophones migrent en grand nombre à l\u2019extérieur du Québec, contrairement aux jeunes francophones qui migrent surtout à l\u2019intérieur même de la province (Gauthier, Molgat et Côté, 2001).Le taux de sortie du Québec vers le reste du Canada selon la langue maternelle des jeunes adultes de 25 à 34 ans pour la période de 1996-2001 était de 15,8% pour la catégorie «anglais » comparativement à 6,1% pour la catégorie «autres» et à 1,6 % pour la catégorie «français» (Graphique 1).Autres Source : Statistique Canada, Recensement de 2001,97FO008XCB2001005 (données compilées par la direction de la population et de la recherche du ministère des Relations avec les citoyens et de l\u2019immigration), Pourquoi partent-ils?Lorsqu\u2019ils réfléchissent à leur avenir, la plupart des jeunes adultes anglo-québécois sont pris dans un dilemme complexe: celui de rester ou de partir du Québec (Locher, 1992).Ce questionnement semble au cœur de leurs préoccupations : «To stay or not to stay : that is the question that torments almost every English-speaking 195 L\u2019état du Québec young person » (Johnson, 2000, n.p.).L\u2019exode d\u2019anglophones constitue un phénomène qui fait partie de leur environnement social et même de leur identité, si bien que la possibilité de partir les préoccupe tout au long de leur existence.Un ensemble de facteurs étroitement liés contribue à expliquer la migration des jeunes Anglo-Québécois : les facteurs linguistiques, culturels, politiques et législatifs ainsi que les facteurs économiques.Facteurs linguistiques La langue maternelle déterminerait en majeure partie la migration interprovinciale observée au Québec : les anglophones du Québec émigrent davantage que les francophones etles allophones.Les étudiants des écoles françaises sontplus enclins à vouloir migrer à l\u2019intérieur du Québec que les étudiants des écoles anglaises; ces derniers manifestent davantage le désir de quitter la province de Québec (Amit-Talai, 1993).Étonnamment, le taux élevé de bilinguisme observé chez les jeunes anglophones ne contribue pas à réduire leur propension à émigrer (Locher, 1992).L\u2019incidence moindre de ce facteur pourrait s\u2019expliquer par le sentiment d\u2019iniquité et de discrimination ressenti par les anglophones.En fait, la connaissance de la langue maternelle équivaut rarement à celle d\u2019une langue seconde.Les jeunes anglophones sontpeut-être convaincus que malgré leurs efforts pour développer leurs habiletés linguistiques en français, ils n\u2019aurontpas les mêmes chances sur le marché du travail que les francophones.Cette perception pourrait les amener à croire que l\u2019option à suivre n\u2019est pas de s\u2019appliquer à apprendre le français, mais bien de quitter la province.D\u2019autre part, les compétences linguistiques acquises en français par les jeunes anglophones rendent ces derniers très mobiles au sein du Canada.Le désir de demeurer dans un milieu davantage anglophone semble avoir un impact mineur sur les intentions de migrer des jeunes anglophones du Québec.Selon l\u2019enquête d\u2019Amit-Talai (1993), seulement 12,2% des étudiants ayant manifesté l\u2019intention de migrer indiquaient vouloir quitter la province afin de vivre au sein d\u2019un milieu plus anglicisé.Facteurs culturels Le sentiment de ne pas être accepté au sein de la majorité francophone expliquerait en partie l\u2019émigration des jeunes anglophones.Dans le texte présenté au Sommet du Québec et de la jeunesse 2000, des jeunes anglophones nomment les sentiments suivants comme étant des facteurs explicatifs de leurs départs massifs : « a sense of limited acceptance », « a sense of rejection at home » et «a sense of discomfort and alienation» (Johnson, 2000).L\u2019enracinement, mesuré par le lieu de naissance et par le lieu de naissance des parents, semble expliquer une partie de la migration des jeunes anglophones.Les jeunes anglophones nés au Québec seraientmoins portés à migrer vers les autres provinces canadiennes que les jeunes anglophones nés hors Québec (Locher, 1992).L\u2019enracinement des parents semble avoir un effet semblable sur l\u2019exode 196 des jeunes; les enfants issus de parents nés dans une autre province sont beaucoup plus enclins à quitter le Québec.Facteurs politiques et législatifs Une étude quantitative démontre que, chez les jeunes anglophones, les principales raisons de quitter le Québec dans un avenir rapproché sont politiques (Locher, 1992).La majorité des étudiants interrogés lors de cette enquête indiquent que les lois linguistiques constitueraientla raison numéro un de leur exode futur.Facteurs économiques Une autre enquête démontre cependant que la principale raison de quitter le Québec mentionnée par les élèves anglophones est la poursuite des études, suivi de la recherche d\u2019un emploi (Amit-Talai, 1993).Néanmoins, les élèves ayantplutôt manifesté le désir de migrer à l\u2019intérieur du Québec ont exprimé les mêmes motivations.La principale distinction entre les migrants intraprovinciaux et interprovinciaux reposerait donc sur le choix du lieu où ces derniers désirent poursuivre leurs études et leur carrière professionnelle.Les étudiants anglophones ne désireraient pas émigrer vers les autres provinces parce qu\u2019ils croient que leurs chances de réussite sont réduites au Québec, mais bien parce qu\u2019ils sont intéressés par les perspectives d\u2019avenir offertes dans les autres provinces.Pourquoi resteraient-ils?Malgré leur forte propension à émigrer, les jeunes anglophones semblent vouloir s\u2019intégrer au Québec et se réconcilier avec la majorité francophone.Quels seraient alors les facteurs qui les inciteraient à demeurer au Québec?Deux études qui portent sur les anglophones du Québec, une effectuée en 1979-1980 et une effectuée en 1992, ont posé la question suivante : Qu\u2019est-ce qui vous inciterait à rester au Québec?Voici les suggestions apportées par les jeunes anglophones en 1992 : offrir davantage de services publics en anglais; dispenser des cours de français gratuitement afin de développer les compétences linguistiques des jeunes anglophones et ainsi augmenter leurs chances d\u2019embauche; favoriser une bonne communication, une compréhension mutuelle ainsi qu\u2019une certaine tolérance entre les deux communautés linguistiques; puis, promouvoir les avantages du bilinguisme en produisant notamment des émissions bilingues (Alliance Quebec, 1992).Lorsque l\u2019on considère les suggestions de 1979-1980, on constate un changement dans la perception qu\u2019ont les jeunes anglophones de la migration (Caldwell, 1981).Les propositions données en 1979-1980 faisaient davantage référence au contexte politique du Québec.Elles démontraient une moins grande ouverture et une attitude plutôtpessimiste face au phénomène de l\u2019exode.Un tiers de l\u2019échantillon a indiqué que rien ne pouvait inciter les anglophones à demeurer au Québec.Parmi les répondants ayant fait des suggestions, un cinquième a répondu que la meilleure solution serait l\u2019éradication du Parti québécois et du mouvement in- L\u2019état du Québec dépendantiste; un autre cinquième a exprimé le souhait d\u2019un changement sur le plan législatif, c\u2019est-à-dire l\u2019abolition d\u2019un gouvernement unilingue et de la loi loi; un dixième a mentionné l\u2019amélioration du climat économique; puis, un cinquième a indiqué que ce qui inciterait les Anglo-Québécois à demeurer au Québec serait la prise d\u2019initiatives par les leaders de la communauté.The research must go on.La proportion de jeunes adultes au sein de la communauté anglophone du Québec diminue de façon importante.Cette décroissance démographique s\u2019explique en partie par l\u2019exode des jeunes Anglo-Québécois.Les causes de ces départs massifs sont multiples et interreliées.Aucun facteur ne peut expliquer à lui seul la complexité de ces mouvements migratoires.Néanmoins, les départs des jeunes anglophones semblent être le résultat de facteurs linguistiques, culturels, politiques, législatifs et économiques.Malgré cette émigration, les jeunes Anglo-Québécois semblent adopter une attitude d\u2019ouverture face au Québec francophone.Cette recension des écrits porte à croire que la mobilité géographique des jeunes anglophones est une réalité socioculturelle fort complexe qui doit être analysée plus en profondeur.C\u2019est ce à quoi s\u2019attardera le Groupe de recherche sur la migration des jeunes (GRMJ) qui a recueilli des données en 2004 sur la migration des jeunes anglophones du Québec (ainsi que sur la migration de l\u2019ensemble des jeunes du Québec).Références ALLIANCE QUÉBEC.TaskForce on Job Opportunitiesfor English-speaking Youth in Quebec, Montreal, Alliance Quebec, 1992.AMIT-TALAI, Vered.« Will they go ?A study of intentions regarding migration among secondary students in Quebec », Canadian Ethnic Studies, n° 25,1996.CALDWELL, Gary.Those who staged : how they managed.Interviews with 110 of the AQEM outmigration study sample (n : 975) who stayed in Quebec, Lennoxyille, Anglo-Quebec enMutation, 1981.CASTONGUAY, Charles.« Assimilation linguistique et remplacement des générations : francophones et anglophones au Québec et au Canada », Recherches sociographiques, vol.43, n° 1, 2002.GAUTHIER, Madeleine, Marc MOLGAT et Serge CÔTÉ.La migration desjeunes au 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langue du travail, une composante majeure de la langue publique, peut influencer l\u2019ensemble des comportements langagiers.Le travail est d\u2019ailleurs un domaine d\u2019intervention privilégié de la Charte de la langue française.Une analyse succincte de ces données sur le travail révèle un phénomène troublant au regard de la politique québécoise : les immigrants allo-phones arrivés récemment au Québec utilisent moins souvent le français au travail que ne le font les immigrants plus anciens.Cette information a semé un certain émoi lorsqu\u2019elle a été diffusée par les médias, laissant supposer une détérioration de l\u2019intégration linguistique des immigrants.Toutefois, les conclusions sont bien différentes lorsque ces nombres sont analysés en tenant compte de leur langue maternelle, de leur pays d\u2019origine et de l\u2019âge qu\u2019ils avaient à leur arrivée au Québec.Parmi ceux qui ont migré alors qu\u2019ils étaient jeunes, qui ont donc été scolarisés au Québec, la tendance s\u2019inverse : le français est plus souvent utilisé au travail s\u2019ils ontimmigré dans les années 1980, s\u2019ils sont des « enfants de la loi 101 ».Quant aux personnes qui sont arrivées à un âge plus avancé, les différences s\u2019expliquent presque entièrement par leur origine.Notre analyse portera sur les travailleurs de l\u2019île de Montréal, c\u2019est-à-dire sur les personnes qui travaillent dans l\u2019île, peu importe leur lieu de résidence.Notre population tient donc compte de l\u2019apport des navetteurs à la situation linguistique de l\u2019île.Pour mieux représenter le marché du travail et le rôle de l\u2019entreprise privée, nous n\u2019avons retenu que des personnes 200 La population âgées de 18 à 64 ans qui ne fréquentaient pas un établissement scolaire et travaillaient dans le secteur privé.Les employés des administrations publiques de même que ceux des établissements de santé et des maisons d\u2019enseignement ont donc été exclus.Les langues du travail dans l\u2019île de Montréal Examinons d\u2019abord l\u2019usage des langues au travail par l\u2019ensemble des travailleurs de l\u2019île de Montréal.Par ces données globales, les immigrants al-lophones pourront être situés relative-mentà l\u2019ensemble etaussi relativement aux autres groupes linguistiques.En 2001, 83 % des francophones travaillaient le plus souvent en français.À l\u2019opposé, 73% des anglophones utilisaient le plus souvent l\u2019anglais.Les al-lophones se répartissaient presque également entre les deux langues, 41 % travaillant en français, 42 %, en anglais et 16 %, dans les deux langues.Afin de centrer notre exposé sur la concurrence entre le français et l\u2019anglais, les personnes qui utilisent une autre langue au travail sont exclues.Les allophones se répartissent donc presque également entre le français et l\u2019anglais tandis que les francophones et les anglophones privilégient leur propre langue.Cette tendance parmi les deux derniers groupes montre que le marché du travail est structuré au moins en partie par la langue.Si ce n\u2019était le cas, il serait impossible que des pourcentages aussi élevés de francophones et d\u2019anglophones travaillent dans leur langue.D\u2019ailleurs sans ces deux réseaux, les allophones ne pourraient choisir l\u2019une ou l\u2019autre langue.Au total, 63 % des travailleurs du TABLEAU 1 Pourcentage des travailleurs selon la langue utilisée le plus souvent au travail en 2001 par langue maternelle, travailleurs de Itle de Montréal, secteur privé \t\t\t\t Français\t83\t8\t10\t480 145 Anglais\t17\t9\t73\t114 800 Autre\t41\t16\t42\t188 855 Total\t63\t10\t27\t783 800 Source : Recensement de 2001, Statistique Canada, tableau personnalisé, secteur privé de l\u2019île de Montréal travaillent en français, 27%, en anglais et 10 %, dans les deux langues.Les statistiques suivantes ne concernent que notre population cible, les immigrants allophones.Quarante-quatre pour cent d\u2019entre eux utilisent surtout le français au travail (Tableau 2).Ce pourcentage varie selon les périodes d\u2019immigration de façon singulière : parmi les plus anciens, ceux arrivés au Québec avant 1971, 39 % travaillent TABLEAU 2 Pourcentage des immigrants allophones selon la langue utilisée le plus souvent au travail en 2001 par période d'immigration, travailleurs de Itle de Montréal, secteur privé \t\t\t\t Avant 1971\t39\t17\t44\t28 510 1971 à 1980\t49\t17\t34\t27 505 1981 à 1995\t46\t16\t38\t65 460 1996 à 2001\t40\t12\t48\t24 550 Total\t44\t16\t40\t146025 Source: Recensement de 2001, Statistique Canada, tableau personnalisé, 201 L\u2019état du Québec surtout en français; ce pourcentage atteint 49 % parmi ceux qui se sont établis dans les années 70 puis il diminue à 40 % parmi les nouveaux immigrants, ceux arrivés de 1996 à 2001.Cette baisse a fait couler beaucoup d\u2019encre parce qu\u2019elle laisse entendre que le processus d\u2019intégration linguistique s\u2019est détérioré dans les années 1990.Pour s\u2019assurer que cette diminution puisse être attribuée à une intégration linguistique moins performante plutôt qu\u2019à la venue d\u2019une proportion plus importante de personnes ayant des caractéristiques particulières, ces statistiques doivent être analysées en tenant compte des facteurs connus pour leur influence sur les comportements linguistiques.Nous avons retenu deux éléments, l\u2019origine linguistique etl\u2019âge à l\u2019arrivée au Québec.Les immigrants allophones sont répartis en deux groupes selon leur origine.Les immigrants d\u2019« influence latine » regroupent ceux de langue maternelle latine ou qui sont nés dans un pays de la TABLEAU 3 Pourcentage des immigrants allophones arrivés à 12 ans ou moins selon la langue utilisée le plus souvent au travail en 2001 par période d'immigration, travailleurs de l'île de Montréal, secteur privé \t\t\t\t Avant 1971\t33\t19\t48\t 1971 à 1980\t45\t21\t34\t 1981 à 1995\t51\t23\t26\t 1996 à 2001*\t.\t\t\t\t Total\t40\t20\t40\t25 185 * Ces immigrants sont trop jeunes pour travailler, Source: Recensement de 2001, Statistique Canada, tableau personnalisé, francophonie internationale.Ces derniers viennent généralement d\u2019anciennes colonies françaises, d\u2019où le terme « influence ».Ces allophones de-vraientplus que les autres opter pour le français lorsque le contexte linguistique du pays d\u2019accueil y est favorable.Le deuxième groupe rassemble tous les autres immigrants.Cette classification se rapproche de celle des allophones en francotropes et anglotropes proposée par Charles Castonguay (Castonguay, 1994).Toutefois, elle s\u2019en distingue, entre autres, parce qu\u2019elle tient compte explicitement des pays de naissance.Les allophones ont aussi été répartis selon l\u2019âge qu\u2019ils avaient lorsqu\u2019ils se sont établis au Québec.Les groupes ont été formés pour différencier les jeunes qui ont fréquenté une école québécoise pendantplusieurs années.Le premier groupe comprend les immigrants qui avaient 12 ans ou moins lors de leur migration.Cet âge a été choisi parce qu\u2019il correspond au début de la fréquentation d\u2019une école secondaire.En outre, si ces immigrants sont arrivés au Québec dans les années 1980, ils sont en forte majorité des « enfànts de la loi 101 ».Ce facteur présente donc un intérêt particulier.Les immigrants arrivés à 13 ans ou plus forment le deuxième groupe.Chaque groupe d\u2019âge fera l\u2019objet d\u2019une analyse distincte puisque la relation entre les langues du travail et les périodes d\u2019immigration est différente.Analysons maintenant les comportements des jeunes immigrants.Les immigrants scolarisés au Québec Le Tableau 3 présente l\u2019usage des langues au travail par les allophones qui ontmigré alors qu\u2019ils avaient 12 ans ou moins, et ce, par période d\u2019immigra- 202 La population tion.Parmi eux, l\u2019usage du français au travail augmente avec les périodes.En 2001,33 % des personnes venues avant 1971 travaillaient en français.Ce pourcentage augmente à 45 % parmi les immigrants arrivés dans la décennie suivante, dans les années 70, puis à 51% parmi les immigrants des années 1981 à 1995.La diminution observée dans l\u2019ensemble des immigrants ne se retrouve pas parmi les jeunes immigrants.fl faut souligner que les jeunes allo-phones arrivés dans les années 80 ont majoritairement fréquenté une école de langue française pendant plusieurs années.On peut donc croire qu\u2019ils ont acquis une connaissance fonctionnelle du français.Cette fréquentation pourrait expliquer qu\u2019ils utilisent davantage cette langue au travail.Un effet de la « loi 101 » apparaîtrait ici.La période 1996 à 2001 est absente de ces données parce que les jeunes qui ont migré au cours de ces années étaient encore trop jeunes pour travailler en 2001.Par exemple, il est impossible qu\u2019une personne de 8 ans soit arrivée en 1997 et qu\u2019elle travaille en 2001, ayant alors 12 ans.Toutefois, pour s\u2019assurer que la fréquentation de l\u2019école de langue française ait pu avoir cet effet sur la langue du travail, que cet effet ne soit pas fallacieux, il faut montrer que l\u2019amélioration observée neprovientpas d\u2019un changement de la composition de l\u2019immigration.Cette vérification doit être faite puisqu\u2019un sondage a déjà démontré que les allophones d\u2019influence latine, ceux de langue maternelle latine ou nés dans un pays de la francophonie, optent davantage pour le français comme langue publique (Béland, 1999).Une augmentation de leur TABLEAU 4 Pourcentage des immigrants allophones arrivés à 12 ans ou moins selon l'origine linguistique par période d'immigration, travailleurs de l'île de Montréal, secteur privé, recensement de 2001 \t\t\t\t \t\t\t\t Influence latine\t74\t75\t73\t Influence autie\t26\t25\t27\t Total (%)\t100\t100\t100\t N\t13 330\t6 125\t5 720\t Source : Recensement de 2001, Statistique Canada, tableau personnalisé, présence dans l\u2019immigration entraînerait donc une plus forte utilisation du français.Le tableau 4 montre que ce facteur ne peut expliquer la croissance observée : parmi les jeunes, le pourcentage d\u2019immigrants d\u2019influence latine est pratiquement le même à chacune des périodes, soit environ 74%.Chez ceux qui avaient 12 ans ou moins lorsqu\u2019ils se sont installés au Québec, l\u2019usage du français au travail est donc plus prononcé parmi les nouveaux venus et cette amélioration ne peut être attribuée à une présence plus importante d\u2019immigrants d\u2019influence latine, de gens prédisposés à utiliser le français.Les immigrants de 13 ans ou plus Chez les personnes qui ont migré à un âge plus avancé, alors qu\u2019elles avaient 13 ans ou plus, l\u2019usage des langues au travail etles périodes ne sontpas liés de la même façon.Le tableau 5 les concerne.Nous y retrouvons le phénomène particulier observé dans les données globales, à savoir que les nouveaux immigrants parlent moins le français au 203 L\u2019état du Québec TABLEAU 5 Pourcentage des immigrants allophones arrivés à 13 ans ou plus selon la langue utilisée le plus souvent au travail en 2001 par période d'immigration, travailleurs de Itle de Montréal, secteur privé \t\t\t\t Avant 1971\t44\t15\t41\t15 170 1971 à 1980\t50\t16\t34\t21355 1981 à 1995\t46\t15\t39\t59 740 1996 à 2001\t40\t12\t48\t24 505 Total\t45\t15\t40\t120 770 Source : Recensement de 2001, Statistique Canada, tableau personnalisé, travail que les anciens : 44% de ceux arrivés avanti97i utilisaientle français au travail ; ce pourcentage augmente à 50% parmi les immigrants des années 1970, il diminue à 46% parmi ceux de la période 1980 31995 et atteint 40 % parmi les nouveaux immigrants, ceux des années 1996 à 2001.Toutefois, ces données n\u2019indiquentpas une détérioration de l\u2019intégration linguistique des allophones puisque le changement de la composition de l\u2019immigration explique entièrement cette diminution.Les changements de la composition de l\u2019immigration peuvent expliquer les variations de l\u2019usage des langues au travail puisque les pourcentages d\u2019arrivants d\u2019influence latine et les pourcentages d\u2019usage du français au travail évoluent de la même façon au fil des ans: augmentation dans les années 1970 puis diminution jusqu\u2019en 2001.Le Tableau 6 illustre ce mouvement: 65 % des immigrants arrivés avanti97i étaient d\u2019influence latine; ce pourcentage a augmenté à 71 % dans les années 1970 puis diminué à 62 % et finalement à 52 % parmi les immigrants arrivés de 1996 à 2001.L\u2019examen de l\u2019usage des langues au travail par chacun des groupes linguistiques est aussi instructif.Lorsque les pourcentages sontventilés par origine linguistique, l\u2019utilisation du français par les immigrants des années 70 etpar ceux de la fin des années 90 est la même (Tableau 7).En effet, si les immigrants d\u2019influence latine seulement sont retenus, on remarque que 65 % de ceux arrivés dans les années 70 travaillent le plus souvent en français et que ce pourcentage est aussi de 65 % parmi ceux arrivés de 1996 à 2001.Cette con- TABLEAU 6 Pourcentage des immigrants allophones arrivés à 13 ans ou plus selon l'origine linguistique par période d'immigration, travailleurs de IHe de Montréal, secteur privé, recensement de 2001 \t\t\t\t\t \t\t\t\t\t Influence latine\t65\t71\t62\t52\t62 Influence autre\t35\t29\t38\t48\t38 Total (%)\t100\t100\t100\t100\t100 (N)\t15 170\t21 355\t59 740\t24 505\t120 770 Source : Recensement de 2001, Statistique Canada, tableau personnalisé, 204 TABLEAU 7 Pourcentages des immigrants allophones arrivés à 13 ans ou plus travaillant le plus souvent en français en 2001 par origine linguistique et période d'immigration, travailleurs de Itle de Montréal, secteur privé ______________________Période d'immigration Origine \t\t\t\t\t Influence latine\t59\t65\t64\t65\t64 Influence autie\t15\t13\t17\t13\t15 Total (%)\t44\t50\t46\t40\t45 Source : Recensement de 2001, Statistique Canada, tableau personnalisé, stance est également observée parmi les arrivants d\u2019autre influence : 13 % d\u2019entre eux travaillent en français, qu\u2019ils soient venus dans les années 1970 ou qu\u2019ils aient immigré de 1996 à 2001.Comment expliquer que l\u2019usage du français soit constant dans les deux groupes mais qu\u2019il y ait diminution dans l\u2019ensemble?La décroissance du pourcentage d\u2019immigrants d\u2019origine latine présentée plus haut en est l\u2019explication.Ces personnes sont celles qui utilisent le plus le français, une réduction de leur présence entraîne donc un déclin de l\u2019usage de cette langue.Le Graphique 1 illustre le phénomène.À l\u2019aide d\u2019une technique statistique, nous avons simulé ce qu\u2019aurait été l\u2019usage du français au travail si le pourcentage d\u2019immigrants d\u2019origine latine avait été le même à chaque période.Ces pourcentages ajustés amènent la conclusion suivante: si la composition de l\u2019immigration avait été la même au cours de toutes les périodes, l\u2019usage du français au travail serait demeuré stable de 1971 à 2001, se maintenant entre 45 % et 46 %.Ces données ajustées révèlent en plus qu\u2019il y aurait eu une amélioration du processus d\u2019intégration linguistique dans les années 1970, puisque même si la composition de l\u2019immigration était demeurée stable, 41% de ceux arrivés avant 1971 auraient affirmé travailler en français comparativement à 45 % parmi ceux des années 1970.Dans un autre ordre d\u2019idées, le tableau précédent offre l\u2019occasion de mettre en évidence l\u2019effet de l\u2019origine linguistique sur les comportements linguistiques: 64% des allophones d\u2019influence latine travaillent le plus souvent en français comparativement à 15 % chez les allophones d\u2019influence autre, un écart de presque 50 points.Déplus, ce tableau montre qu\u2019il y a peu de variation selon les périodes d\u2019immigration : environ 15 % des immigrants d\u2019influence non latine travaillent en français, peu importent les périodes d\u2019immigration.Écoles de langue française, réseaux de langue anglaise Les allophones arrivés au Québec récemment utilisent moins le français au travail que ne le font les migrants des années 1970.Cependant, le phénomène n\u2019indique pas une détérioration du processus d\u2019intégration linguistique, ce qui apparaît clairement lorsque les im- % d'immigrants utilisant le plus souvent le français au travail L\u2019état du Québec GRAPHIQUE 1 75% 50% 25% 0% Pourcentages des immigrants allophones arrivés à 13 ans ou plus travaillant le plus souvent en français en 2001 par période d\u2019immigration, travailleurs de 111e de Montréal, secteur privé \t5C\t1\t1_6\t \t\t\t\t45 44 41\t\u2014\t*41\tD\t\t40 \t\t\t\t Avant\t1971\t1981\t1996 1971 à 1980 à 1995 à 2001 Période d'immigration ™ Pourcentage selon\tPourcentage ajusté: le recensement\tsi l\u2019origine de l\u2019immigration avait été constante Source : Recensement de 2001, Statistique Canada, tableau personnalisé et Béiand (2004), migrants sont distingués selon l\u2019âge qu\u2019ils avaient à l\u2019arrivée au Québec et leur origine.Ainsi, parmi les gens arrivés au Québec alors qu\u2019ils avaient 13 ans ou plus, l\u2019usage plus faible du français par les nouveaux venus s\u2019explique presque entièrementpar une proportion moins élevée d\u2019immigrants de langue maternelle latine ou provenant de la francophonie internationale.La composition de l\u2019immigration aurait changé, rendant la francisation plus difficile, mais le processus de francisation des immigrants n\u2019aurait pas évolué au même rythme.Il faut d\u2019ailleurs se demander si cela aurait pu être possible.La situation est tout autre chez les allophones qui ont migré alors qu\u2019ils avaient 12 ans ou moins, qui ont donc fréquenté une école québécoise pendant plusieurs années : l\u2019usage du français au travail est plus élevé parmi les immigrants récents que parmi les plus anciens.Les articles de la « Loi ioi » concernant la fréquentation scolaire auraient actuellement un effet sur la langue du travail.Le Québec semble donc posséder un instrument de francisation des jeunes immigrants, la fréquentation obligatoire d\u2019une école de langue française.À l\u2019inverse, aucune mesure ne semble rejoindre les immigrants arrivés alors qu\u2019ils avaient treize ans ou plus s\u2019ils ne sont ni de langue maternelle latine ni originaires de la francophonie internationale : environ 15 % de ces gens travaillent en français, peu importe la durée du séjour au Québec.Le processus de francisation des immigrants et celui des milieux de travail n\u2019ont donc jamais réussi à les atteindre, du moins pas suffisamment pour qu\u2019ils approchent le pourcentage observé parmi l\u2019ensemble des travailleurs de l\u2019île, soit 63 %.Ils représentent 31 % de l\u2019ensemble des immigrants allophones.La présence de réseaux linguistiques sur le marché du travail pourrait expliquer cette constance.Le fait que la majorité des francophones et des anglophones travaillent dans leur langue met en évidence l\u2019existence de réseaux de langue française et de réseaux de langue anglaise.Les allophones d\u2019influence non latine participeraient davantage aux derniers et utiliseraient évidemment la langue du réseau.206 La présence d\u2019une communauté de langue anglaise bien installée au Québec, possédant de nombreuses institutions publiques et privées, et le statut international de la langue entraînent, d\u2019une part, qu\u2019une partie de la main-d\u2019 œuvre travaille surtout en anglais et, d\u2019autre part, que les objectifs globaux d\u2019usage du français au travail doivent être fixés en conséquence.D\u2019ailleurs, la Charte ne vise pas à empêcher les personnes qui le souhaitent de travailler en anglais entre elles.Par contre, si elles le font, leur maîtrise du français doit être suffisante pour qu\u2019il soit la langue des communications interlinguistiques lorsque le contexte s\u2019y prête, d\u2019où la nécessité de favoriser son apprentissage.De plus, cette maîtrise est nécessaire à la pénétration des réseaux.Références BÉLAND, Paul, Lefrançais langue d'usage public au Quebec en 1997,1999.Rapportée recherche, Québec, Conseil de la langue française, 1999.BÉLAND, Paul, Les langues du travail dans la region de Montréal en 2001, Québec, Conseil supérieur de la langue française, 2004.CASTONGUAY, Charles, L'assimilation linguistique : mesure et évolution.1971-1986, Québec, Conseil de la langue française, Les Publications du Québec, 1994. L\u2019état du Québec La langue d'usage public de la génération ioi Alain Carpentier et Catherine Girard-Lamoureux Direction de la recherche, Conseil supérieur de la langue française Le succès de la politique linguistique québécoise est bien souvent évalué en fonction des taux d\u2019adoption du français par les allophones, ces Québécois d\u2019une origine linguistique autre que française ou anglaise.Cette adoption peut être mesurée à partir de plusieurs indicateurs, en fonction du type de communication privilégié.La politique linguistique balise ses interventions dans le domaine public avec l\u2019objectif affirmé dans la Charte de la langue française de faire du français « la langue normale et habituelle du travail, de l\u2019enseignement, des communications, du commerce et des affaires».Cependant, outre la langue maternelle, les recensements n\u2019offraient jusqu\u2019à toutrécemmentqu\u2019une seule information sur les usages linguistiques, soit à propos des langues parlées à la maison.Toutefois, à partir de celui de 2001, un indicateur des langues utilisées au travail a été ajouté.Si ce nouvel indicateur se rapproche davantage des objectifs de la Charte, il est loin d\u2019aborder l\u2019ensemble des pratiques linguistiques publiques, dans les lieux de rencontre et d\u2019échange entre citoyens, lieux où il est possible d\u2019évaluer la vitalité du français comme langue commune pour l\u2019ensemble de la population.Nous avons donc étudié cette langue d\u2019usage public qui est aussi la première manifestation de l\u2019orientation linguistique, vers le français ou l\u2019anglais, des Québécois allophones issus de l\u2019immigration.L\u2019analyse de la langue d\u2019usage public a été rendue possible grâce à une enquête réalisée par le Conseil supérieur de la langue française (CSLF) à l\u2019hiver 2001-2002 auprès de 5 000 Québécois allophones adultes de la région de Montréal.Les données obtenues permettent notamment d\u2019étudier les liens entre différents phénomènes et le choix d\u2019une langue prédominante.Deux rapports de recherche ont été produits.Le premier (Carpentier, 2004) s\u2019est intéressé aux immigrants allophones arrivés au Québec à un âge adulte.Le second (Girard-Lamoureux, 2004) s\u2019est penché sur les allophones ayant été scolarisés au Québec pendant au moins une partie de leur enfance.Précisons que dans les deux cas, seuls les immigrants allophones ayant plus de cinq ans de résidence ont été retenus pour les analyses, 208 afin d\u2019assurer une durée d\u2019établissement minimale au Québec.Étant donné l\u2019impact l\u2019effet de la Charte de la langue française sur la langue de scolarisation - elle rend obligatoire la fréquentation de l\u2019école en français sauf exception -, ce dernier rapport distingue les répondants scolarisés alors que la loi ioi était ou non en vigueur.Dans cet article, les allophones scolarisés à l\u2019époque de la Charte seront désignés sous l\u2019appellation «génération ioi», qu\u2019ils aient été scolarisés en français ou en anglais.Celle-ci doitêtre distinguée de l\u2019appellation « enfants de la loi ioi » qui, généralement, fait référence aux seules personnes scolarisées en français.Ce survol rapide des principaux résultats de deux rapports de recherche publiés au CSLF démontre que différents mécanismes sont à l\u2019œuvre dans le processus d\u2019orientation linguistique des Québécois allophones.De l\u2019ensemble des mécanismes analysés, quatre facteurs prédisposent à utiliser le français en public.Il en ressort que plus de 70 % des Québécois allophones qui ont les caractéristiques suivantes vivent surtout en français.\u2022 Le fait d\u2019être d\u2019une langue maternelle latine ou de provenir d\u2019un pays de la francophonie, si l\u2019intégration a lieu dans un contexte social francisé.\u2022\tLe fait que le fiançais ait été la langue la plus utilisée dans le cadre du premier emploi obtenu au Québec.\u2022\tLe fait d\u2019avoir été scolarisé en fiançais au Québec.\u2022\tL\u2019emploi du fiançais comme langue publique prédominante dans les premières années de vie au Québec.L\u2019analyse de la langue d\u2019usage prédominant des immigrants allophones arrivés adultes est réalisée à l\u2019aide d\u2019un indicateur composite d\u2019orientation vers le fiançais ou l\u2019anglais.Il tient compte des usages linguistiques en public, avec les amis et à la maison.Toutefois, il s\u2019avère qu\u2019il mesure principalement les usages delà sphère publique.Quant aux allophones scolarisés au Québec, c\u2019est la langue utilisée en public qui a été analysée.Les pourcentages globaux d\u2019utilisation du français masquent des dynamiques particulières.Par exemple, si on apprend que 59% des immigrants arrivés adultes vivent dans un environnement linguistique surtoutfiançais, on ne reconnaît pas, dans ce pourcentage, l\u2019usage plus faible de cette langue par des personnes arrivées avant les années 1970, soitmoins de40%, toutes choses étant égales part ailleurs.En ce qui a trait aux allophones scolarisés au Québec, 49 % utilisent le fiançais en public.Là encore, cette donnée peut sembler modeste à première vue, mais elle cache des progrès significatifs quant à l\u2019adoption du fiançais depuis l\u2019adoption de la loi 101, comme nous le verrons plus loin.Des constats généraux masquent donc un éventail de situations où plusieurs facteurs sont en cause.Ceux qui se sont avérés importants dans la compréhension des dynamiques ont été regroupés en quatre thèmes.Il s\u2019agit des origines sociolinguistiques et du contexte, de l\u2019école, de l\u2019intégration au marché du travail et des contextes linguistiques vécus en début de parcours de vie québécoise.Dans ce texte, l\u2019expression « toutes choses étant égales par ailleurs » indique que les résultats présentés sont L\u2019état du Québec issus d\u2019analyses statistiques où l\u2019effet d\u2019autres facteurs pertinents a été contrôlé.À défaut de cette mention, il s\u2019agit de résultats non contrôlés.Les origines sociolinguistiques et le contexte Les origines sociolinguistiques font référence au pays d\u2019origine et à la langue maternelle .Nos résultats proposent que le fait d\u2019être originaire d\u2019un pays membre de la francophonie ou d\u2019une ancienne colonie française, ou encore d\u2019être de langue maternelle latine, favorise un usage prédominant du français en public (voir le Graphique i pour une illustration du phénomène).Ces résultats sont le reflet d\u2019affinités avec la langue ou la culture française qui peuvent s\u2019exprimer ou non selon le contexte social d\u2019insertion.Par exemple, alors que les allophones de langue maternelle latine qui commencent leur intégration à la société québécoise adoptent maintenant majoritairement le français, ce ne fut pas graphique 1 Immigrants allophones arrivés adultes : usage prédominant du français au moment de l'entrevue selon que la langue maternelle est d'origine latine ou non, toutes choses étant égales par ailleurs 100 % so % 71% 60 % 50% 40 % Usage prédominant du français 20% Langue maternelle latine Langue maternelle autre que le français toujours le cas.Avantles années 1970, le contexte social rendait difficile aux immigrants l\u2019accès à l\u2019école française, sans compter le contrôle anglophone de l\u2019économie montréalaise, facteurs ayant favorisé l\u2019adoption de l\u2019anglais même par les Latins de l\u2019époque.L\u2019origine sociolinguistique est une dimension importante, mais elle n\u2019explique pas tout La langue de scolarité, la langue du premier emploi occupé au Québec et les premiers contextes linguistiques vécus interviennent également dans le processus d\u2019adoption d\u2019une langue publique dans la région de Montréal.L\u2019école L\u2019effet de la langue de scolarité ne se limite pas aux seuls allophones scolarisés au Québec lors de leur enfance.Les immigrants arrivés adultes accompagnés d\u2019un enfant ont plus de chances que les autres de vivre, à l\u2019extérieur de la maison, en français.Un exemple particulièrement révélateur de cette tendance est celui des immigrants allophones arrivés adultes qui ne connaissaient que l\u2019anglais à leur arrivée.Toutes choses étant égales par ailleurs, alors qu\u2019en moyenne 16 % d\u2019entre eux vivent aujourd\u2019hui en français, ce pourcentage atteint près de 75 % pour ceux qui ont immigré avec un enfant II s\u2019agit là, sans doute, d\u2019un effet intéressant de la scolarisation obligatoire en français, bien qu\u2019elle ne touche qu\u2019une partie restreinte des immigrants allophones arrivés adultes, c\u2019est-à-dire ceux venus avec un enfant Nous n\u2019avons pu aborder le phénomène, mais il se produit probablement aussi chez les allophones arrivés adultes au Québec et qui ont eu des enfants peu après.210 La population L\u2019effet de la langue de scolarité prend cependant toute son importance chez les allophones qui, parce qu\u2019ils ont vécu au Québec au moins une partie de leur enfance, y ont fréquenté l\u2019école.En effet, il s\u2019agit de l\u2019un des facteurs les plus importants de l\u2019explication des usages linguistiques adoptés aujourd\u2019hui par les allophones scolarisés au Québec., que cette instruction ait ou non été entamée alors que la Charte était en vigueur.Ainsi, la fréquentation d\u2019une première école française favorisera significativement l\u2019emploi de cette langue dans la vie publique actuelle de la « génération ioi », c\u2019est-à-dire l\u2019ensemble des allophones adultes scolarisés après l\u2019entrée en vigueur de la Charte, (voir le Graphique 2).Conséquemment, même si à partir de l\u2019adoption de la loi 101 une partie des allophones scolarisés en français a été soumise à une obligation (selon les données du MEQ, le pourcentage d\u2019allophones fréquentant l\u2019école française est passé de 10% au début des années 1970 à 80 % à la fin des années 1990), il ressort que cette fréquentation aura favorisé chez eux une plus grande adoption du français en public, et ce, peu importe la situation linguistique familiale vécue pendant leur enfance ou par la suite sur le marché du travail.Globalement, 70 % des allophones de la « génération 101 » scolarisés en français utilisent aujourd\u2019hui cette langue de façon prédominante en public, par rapporta 26 % pour ceux qui ont opté pour le réseau anglophone (voir le Graphique 2).Ces pourcentages ressemblent à ceux qu\u2019on retrouve pour la génération scolarisée au Québec avant la Charte.Ce qui a changé depuis, c\u2019est que la très grande majorité des Québécois allophones fréquente désormais le réseau français.Marché du travail L\u2019effet du marché du travail a été analysé sous l\u2019angle de la langue dominante du premier emploi occupé au Québec.Les résultats démontrent que les Québécois allophones adultes, issus de l\u2019immigration ou nés au Québec, scolarisés ici ou ailleurs, utilisent aujourd\u2019hui plus souvent le français de manière prédominante en public lorsque cette langue a aussi été la plus utilisée lors du premier emploi (voir Graphique 3).11 s\u2019agit là d\u2019un des facteurs les plus fortement associés à l\u2019usage prédominant du français ou de l\u2019anglais en public au moment de l\u2019enquête.Notons au passage que l\u2019usage de langues autres que le français et l\u2019anglais, au travail tout comme dans les autres sphères d\u2019usage linguistique, n\u2019a jamais eu d\u2019effet sur le choix d\u2019une langue d\u2019usage public.graphique 2 Allophones scolarisés après la loi 101 : usage prédominant du français en public au moment de l'entrevue, selon la langue de la première école fréquentée au Québec 100 % so % 60 % 40 % 20 % 0 70% Usage prédominant du français en public Français Anglais 211 L\u2019état du Québec On sait que la plupart des Québécois occuperont plusieurs emplois pendant leur carrière.Cependant, la langue du premier emploi, à défaut d\u2019avoir pu étudier l\u2019ensemble des langues utilisées tout au long du parcours professionnel, démontre un effet important et, surtout, récurrent sur l\u2019usage prépondérant du français ou de l\u2019anglais.Cela démontre toute l\u2019importance de l\u2019environnement linguistique du travail sur le reste de la vie publique et renforce aussi l\u2019idée, soulevée par plusieurs auteurs, de la présence de réseaux d\u2019emploi francophone et anglophone.Les premiers contextes linguistiques vécus au Québec fl importe par ailleurs de considérer des expériences autres que celles vécues au travail ou à l\u2019école.Nous avons étudié notamment la langue dominante perçue dans le premier quartier de résidence au Québec et les usages linguistiques dom- graphique 3 Immigrants allophones arrivés adultes connaissant le français et l'anglais à l'arrivée : usage prédominant du premier emploi occupé (français ou anglais seulement) dans les deux premières années de vie au Québec, toutes choses étant égales par ailleurs 100% so % 60% 40% Usage prédominant du français 20% Premier emploi Premier emploi en français inants en public et avec les amis durant les premières années de vie au Québec.Toutes autres choses étant égales par ailleurs, les facteurs analysés ici n\u2019ont pas la même importance relative.Par exemple, selon la population étudiée, l\u2019image de la composition linguistique du premier quartier de résidence est faiblement ou pas du tout associée à la langue publique principalement utilisée au moment de l\u2019enquête.C\u2019est plutôt chez «la génération ioi» l\u2019usage prédominant du français ou de l\u2019anglais en public par les parents lors de l\u2019enfance ou en début d\u2019établissement pour les immigrants arrivés adultes, qui s\u2019avère un indice important de ce que sera la langue d\u2019usage public prédominante plusieurs années plus tard (voir le Graphique 4).De plus, chez les immigrants allophones arrivés adultes, la langue avec les amis, lors des premières années de vie au Québec, est également un indicateur important de la langue d\u2019usage public à venir.Ce résultat met de nouveau en évidence l\u2019importance d\u2019une présence significative du français dans les premiers contacts linguistiques publics.Cela implique un apprentissage rapide et efficace du français, particulièrement pour les Québécois allophones issus de l\u2019immigration qui ne connaissent pas cette langue à leur arrivée au Québec.Conclusion L'obligation, dictée par la Charte de la langue française, de fréquenter le réseau scolaire de langue française a provoqué un accroissement important des effectifs de ces écoles.Cette disposition légale n'a cependant pas encore produit tous ses fruits.En effet, les membres de la « génération 101 » qui ontété scolarisés 212 La population en français (les «enfants de la loi ioi») et qui ont atteintl'âge de la maturité n'en sont encore qu'au début de leur vie d'adulte.Il leur reste vraisemblablement encore des choix à faire, notamment du côté des usages linguistiques, près des trois quarts vivant encore chez leurs parents et près de la moitié étant encore aux études.Pour l'instant, un des traits qui les caractérisent est leur fort taux de trilinguisme : 86% connaissent le français et l'anglais, en plus de leur langue d'origine.Les choix linguistiques des « enfants de la loi ioi » pourraientne pas être encore cristallisés.Toutefois, ils possèdent les outils linguistiques pour s'adapter à la vie collective en français, et ils montrent déjà des signes d'adoption de cette langue plus importants que la génération scolarisée au Québec avant la Charte.Rappelons que 70 % d'entre eux utilisent le français de façon prédominante.Les quatre facteurs cités plus haut favorisent l'usage prédominant du français à 70 % ou plus.Alors, comment expliquer la faiblesse des pourcentages globaux d'utilisation du français?Ces pourcentages sont les suivants : 59 % des immigrants arrivés adultes et 49 % des allophones (natifs ou immigrants) scolarisés au Québec vivent aujourd'hui en français.D'abord, environ le tiers des nouveaux arrivants ne sont pas originaires d'un pays de la francophonie ou ne sont pas d'une langue maternelle latine; ils n'ont donc aucune affinité particulière avec la langue française et ont plus souvent que les autres, lorsque le contexte s'y prête, tendance à s'orienter vers l'anglais.De plus, une autre partie du phénomène s'explique par le poids important de communautés plus anciennes.En effet, ces personnes établies avant les années 1970 se sontdavantage anglicisées, l'anglais étant la seule langue de la réussite professionnelle à cette époque.Leurs enfants ont reconduit ce choix.Si les tendances observées actuellement sont en faveur du français, il ne faut pas perdre de vue, lorsqu'on analyse les différences globales, ce que l'on pourrait appeler «le poids du passé».Par ailleurs, d'autres phénomènes travaillent en faveur du français.Le Québec, Montréal plus particulièrement, est nettement plus francophone depuis l'adoption de la Charte de la langue française.Ce fait, en conjonction avec la transformation de la composition de l'immigration - moins européenne et plus souvent originaire de pays de la francophonie - est certainement à lier aux gains du français chez les Québécois allophones arrivés plus récemment graphique 4 Immigrants allophones arrivés adultes : usage prédominant du français au moment de l\u2019entrevue selon que la langue maternelle est d\u2019origine latine ou non, toutes choses étant égales par ailleurs 100 % so % 60% 40 % 20% 0 Français\tAnglais\tAutre langue 42% Usage prédominant du français en public Usage prédominant du français en public 213 L\u2019état du Québec LES PHÉNOMÈNES RELIGIEUX Des luthériens vieillissants aux jeunes musulmans Progression et déclin des religions en regard de l'âge et du sexe Frédéric Castel GRIMER, Departement des sciences religieuses, Université du Quebec à Montreal Les Québécois sans appartenance confessionnelle Dans le paysage religieux québécois, la progression continue de la désaffiliation confessionnelle observée depuis près de quarante ans est sans conteste le phénomène le plus spectaculaire, tant par sa signification sociologique que par ses impacts démographiques sur les Églises catholique romaine et protestante.De 1991 à 2001,149 290 personnes se sont ajoutées au nombre de celles qui se disent « sans appartenance religieuse ».Seulement les deux tiers du groupe sont francophones, ce qui implique une surreprésentation relative des anglophones (15,2%), mais également, curieusement, des Chinois.En 2001, les défections sont, toutes proportions gardées, toujours plus nombreuses chez les anglophones (10,9%) que chez les francophones (4,6%).Il faut se garder de croire que cette population est devenue pour autant agnostique.Dans le lot, on en trouve qui se disent « chrétiens au fond d\u2019eux-mêmes » : soit qu\u2019ils prennent leurs distances vis-à-vis de leur Église d\u2019origine, soit qu\u2019ils refusent de reconnaître la supériorité d\u2019une Église sur l\u2019autre.C\u2019est aussi ici qu\u2019on trouve la plupart de ceux qui cheminent à travers une variété de mouvements spirituels plus ou moins rattachés à la nébuleuse du Nouvel Âge et qui en viennent à se constituer un système de croyance « à la carte ».L\u2019âge médian de ce groupe hétérogène est de 28,9 ans, soit dix ans de moins que celui de l\u2019ensemble de la population québécoise.Quatre baby-boomers (45-65 ans) et huit jeunes (15-24 ans) sur cent se dissocient de toute religion.La tendance est là, mais on ne peut pas encore parler de mouvement de masse.La désaffiliation est tout de même plus importante que ce que les chiffres donnent à penser, étant donné que la question posée dans le recensement invitait à déclarer une religion même si on ne la pratiquait pas.Curieusement, les femmes sont beaucoup moins tentées par la désaffiliation confessionnelle, car elles ne représentent que 44,7 % de l\u2019ensemble.Les Églises catholiques Malgré l\u2019ampleur des désertions, le catholicisme progresse encore.Même si les pratiquants assidus forment la 214 La population TABLEAU 1 Églises chrétiennes et religions de plus de 100 fidèles (Québec, 1991-2001) \t\t Catholiques\t\t Catholique romaine\t5 855 980\t5 930 380 Catholique ukrainienne\t3 990\t3 425 Catholique polonaise\t100\t55 Autres catholiques (1)\t1 135\t5 845 Total\t5 861205\t5939 715 Protestantes\t\t Anglicane\t96 065\t85 475 Église Unie\t62 035\t52 950 Baptiste\t27 505\t35 455 Témoins de Jéhovah\t33 420\t29 040 Pentecôtiste\t28 960\t22 675 Luthérienne\t10 700\t9 635 Presbytérienne\t18 865\t8 770 Église missionnaire évangélique (méthodiste) 4 045\t\t7 570 Méthodiste n.i.a.\t1070\t1 150 Adventiste\t4 780\t6 690 Église de J-C des Saints des derniers jours\t3 485\t\t4 420 Unitarienne\t1365\t1 135 Mission de l'Esprit Saint\t1 195\t765 Frères dans le Christ\t920\t585 Frères de Plymouth\t735\t470 Ménnonite\t1 655\t425 Armée du Salut\t1220\t420 Église des disciples du Christ\t335\t370 Église de Dieu, n.d.a.\t780\t340 Alliance chrétienne et missionnaire\t505\t315 Église du Nazaréen\t235\t290 Apostolique nouvelle\t210\t240 Évangile de l'union\t140\t225 Église chrétienne apostolique\t1085\t180 Spiritualiste\t210\t180 Wesleyenne\t155\t145 Renouveau charismatique\t15\t115 Chrétienne réformée\t150\t115 Réformée, n.i.a.\t360\t555 \t\t Congrégation chrétienne\t100\t80 Worldwide Church of God\t280\t75 Églises répertoriées de moins de 100 fidèles 305\t\t225 non sectaire, intersectaire\t330\t485 Protestantes n.d.a.\t56 550\t64 040 Total (2)\t359 750\t335 595 Orthodoxes\t\t Orthodoxe grecque*\t53 940\t50 020 Orthodoxe russe\t1020\t2 185 Orthodoxe d'Antioche*\t1 645\t1050 Orthodoxe ukrainienne\t1315\t985 Orthodoxe serbe\t365\t920 Orthodoxe roumaine\t545\t665 Orthodoxe arménienne*\t7 340\t4 935 Orthodoxe copte\t1 740\t2 010 Orthodoxes n.i.a.\t21 370\t40 215 Total\t89 285\t105 885 Chrétiennes n.i.a\t38980\t56 750 Islam\t44 930\t108 625 Judaïsme\t97 730\t89 920 Bouddhisme\t31 635\t41375 Hindouisme\t14 125\t24 530 Sikhisme\t4 525\t8 220 Foi baha'i\t1 190\t1 155 Taôisme\t95\t380 Zoroastrisme\t270\t180 Jainisme\t95\t115 Autres religions orientales\t760\t1 670 Païenne (wicca, etc.)\t210\t1330 Spiritualité autochtone\t170\t740 Scientologie\t215\t300 Rasta\t40\t145 Satanique\t30\t145 autres religions n.i.a.\t1225\t1210 Sans appartenance religieuse\t263 900\t413 190 Population totale\t6 810 300\t7 125 580 Sources: Statistique Canada, 1991, no, 93-319 au catalogue; 2001, no, 97F0022XCB2001001 au catalogue, N.i.a = non incluse ailleurs (1)\tJusqu'en 1991, les Églises ca h oliques orienta les étaient rangées parmi les Églises orthodoxes (celles avec un *).(2)\tChiffres de 1991 corrigés rétroactivement par Statistique Canada pour maintenir la comparaison avec la classification du recensement de 2001, Les catégories «protestante n.ia.» et «orthodoxe n.ia.» ainsi que la classe «chrétienne n.i.a.» comprennent aussi les réponses génériques ou imprécises, Voir encadré méthodologique, 215 L\u2019état du Québec portion congrue de ceux qui se disent catholiques, il est clair que les catholiques nominaux continuent à s\u2019identifier à la religion dans laquelle ils ont grandi.Il est vrai que l\u2019on fréquente encore l\u2019église pour la célébration des sacrements qui soulignent quelques grandes étapes de la vie (baptême, mariage, funérailles).Si l\u2019Église catholique romaine perd continuellement des fidèles, il reste que l\u2019ensemble du catholicisme\u2014 qui n\u2019estplus exclusivement romain \u2014se renfloue par l\u2019apport d\u2019immigrants catholiques venus principalement d\u2019Europe, d\u2019Amérique latine et du Proche-Orient.Notons par ailleurs qu\u2019avec l\u2019élargissement de l\u2019immigration au Tiers Monde, la proportion de catholiques au sein de l\u2019immigration générale s\u2019est fortement rétrécie au cours des années.Parmi les immigrants vivant actuellement au Québec, 62,8% de ceux qui sont arrivés avant 1961 sont catholiques (toutes Églises confondues).Cette part se réduit à 52,9% dans la cohorte arrivée entre 1981 et 1990 et tombe aussi bas que 32,7% dans la cohorte suivante.Cela ne doit toutefois pas faire perdre de vue qu\u2019en termes numériques, l\u2019immigration catholique n\u2019a jamais cessé d\u2019être très importante: le Québec n\u2019a jamais accueilli moins de 60 000 catholiques par décennie et en a reçu presque 80 000 dans la période 1991-2001.La progression du catholicisme est favorisée aussi par le développement de la demi-douzaine d\u2019Églises catholiques orientales installées au Québec.Au total, le nombre de ces catholiques du Proche-Orient (Arabes et Arméniens) doit osciller entre 35 000 etqo 000.Les seules Églises maronite et melchite rassemblent respectivement près de 20 000 et 10 000 fidèles.Il est par contre plus difficile d\u2019évaluer le nombre de fidèles de l\u2019Europe de l\u2019Est membres d\u2019Églises catholiques autres que romaine (indépendantes ou «uniates»), car plusieurs ont dû joindre les rangs de l\u2019Église de Rome par commodité (proximité des églises paroissiales).Cela dit, la communauté catholique romaine montre des signes de vieillissement rapide : de 1991 à 2001, la part du groupe des 45 ans etplus estpassée de 31,8 % à 39,7 %.L\u2019ensemble de la famille protestante Depuis 1991, la population protestante a subi une perte nette de 24155 coreligionnaires.Les mouvements démographiques sous-jacents sont toutefois bien plus complexes que ne le laisse voir ce seul déficit tant les Églises gagnent et perdent des fidèles au gré des efforts de sollicitation, des prises de position sociales, de l\u2019évolution des idées ou du succès relatifdes nouvelles approches.Tout cela ayant comme toile de fond le mouvement de sécularisation des jeunes.Notons tout de suite que cette décroissance du protestantisme en général et des grandes Églises traditionnelles en particulier est certainement exagérée pour des raisons méthodologiques (voir encadré).Si les trois grandes Églises qui ont dominé l\u2019histoire protestante canadienne, les Églises anglicane, unie et presbytérienne, connaissent un certain déclin à l\u2019échelle canadienne, le mouvement est plus rapide au Québec.À l\u2019inverse, la progression des principales confessions évangéliques (à l\u2019exception des pentecôtistes qui déclinent) estplus importante au Québec que dans le reste 216 La population du Canada.À l\u2019exception des adventistes, les dénominations protestantes de plus de i ooo fidèles qui croissent toujours au Québec ont des memberships à majorité francophone.Au sein de presque toutes les confessions protestantes, la représentation féminine est supérieure à la moyenne québécoise (Tableau 2).Elle dépasse les 54 % chez les pentecôtistes, les Témoins de Jéhovah et les adventistes, ce qui s\u2019explique par l\u2019importance du poids de l\u2019immigration antillaise dans laquelle les femmes sont surreprésentées.Les Églises anglicane, unie et presbytérienne En dix ans, les trois grandes Églises ont perdu chacune une dizaine de milliers de fidèles.Ces chiffres impressionnants sontproblématiques dans le cas de l\u2019Église presbytérienne qui aurait perdu la moitié de son membership : nous croyons qu\u2019un problème de méthodologie porte à confusion.Les statistiques internes de l\u2019Église presbytérienne indiquent que les pertes sont moitié moins importantes (voir encadré).Il reste que la création de l\u2019Église réformée du Québec en 1988 a drainé une partie de son membership francophone.En ce qui concerne l\u2019Église anglicane etl\u2019Église unie, malgré les lourdes pertes qu\u2019elles ont connues depuis 1991, on n\u2019en est plus à l\u2019effondrementobservépendantles décennies 1970 et 1980.Le mouvement semble en effet chose du passé.L\u2019hémorragie causée par les départs pour l\u2019Ontario est jugulée en même temps que le membership paraît se stabiliser autour d\u2019un noyau dur de fidèles d\u2019un certain âge.De plus, les défec- TABLEAU 2\tPourcentage de femmes au sein des Églises et religions de plus de 1000 fidèles (Québec, 1991-2001) \t\t Catholique romaine\t51,2 %\t51,4% Catholique ukrainienne\t52,1 %\t54,1 % Catholiques, total\t51,2 %\t51,4 % Anglicane\t52,8%\t52,2 % Église Unie\t53,6 %\t53,8 % Baptiste\t52,8%\t53,5 % Témoins de Jéhovah\t54,4 %\t54,5 % Pentecôtiste\t53,4 %\t54,0 % Luthériens\t51,3%\t51,4% Presbytérienne\t52,9%\t53,3 % Église missionnaire évangélique\t46,7 %\t51,9% Adventiste\t55,6 %\t56,1 % Église des Saints des Derniers Jours\t52,6%\t50,7 % Unitarienne\t51,6%\t60,3 % Protestantes total\t52,5%\t53,0 % Orthodoxe grecque\t49,1 %\t50,1 % Orthodoxe russe\t51,4%\t54,4 % Orthodoxe d'Antioche\t46,5 %\t51,7% Orthodoxe ukrainienne\t54,7 %\t49,7 % Orthodoxe arménienne\t48,7 %\t49,7 % Orthodoxe copte\t48,7 %\t49,3 % Orthodoxes, total\t48,5%\t49,8 % Chrétienne non inclus ailleurs\t49,4%\t50,4 % Musulmans\t40,1 %\t44,9 % Juifs\t51,5%\t51,2 % Bouddistes\t49,2 %\t50,4 % Hindous\t45,9 %\t47,3 % Sikhs\t44,6%\t44.4 % Foi baha'i\t47,4%\t47,6 % Sans appartenance religieuse\t44,3 %\t44,7 % Population totale\t50,8%\t50,9 % Source: Statistique Canada, tableau 97F0022XCB01002 au catalogue, calculs de l'auteur.217 L\u2019état du Québec TABLEAU 3\tÂge médian dans certaines Églises et religions (Québec et Canada, 1991-2001) \t\t Catholique romaine\t39.4\t37.8 Catholique ukrainienne\t49.7\t45.0 Anglicane\t41.5\t43.8 Église Unie\t46.7\t44.1 Baptiste\t33.1\t39.3 Témoins de Jéhovah\t37.6\t38.7 Pentecôtiste\t30.7\t33.5 Luthérienne\t51.1\t43.3 Presbytérienne\t49.7\t46.0 Église missionnaire évangélique\t34.4\t35.2 Adventiste\t28.7\t35.5 É.de J-C des Saints des derniers jours\t25.7\t28.7 Orthodoxe grecque\t38.2\t40.7 Chrétienne non incluses ailleurs\t31.9\t30.2 Islam\t28.2\t28.1 Judaïsme\t42.5\t41.5 Bouddhisme\t36.2\t38.0 Hindouisme\t30.7\t31.9 Sikhisme\t30.8\t29.7 Sans appartenance religieuse\t28.4\t31.1 Population totale\t38.4\t37.3 Source : Statistique Canada, tableau 97F0024XIF2001015.tions en faveur des Églises évangéliques sont maintenant compensées par des transferts qui se font dans le sens inverse.La décroissance n\u2019en continue pas moins, mais à un toutautre rythme.Les pertes des dix ou vingt dernières années paraissent davantage imputables au désengagement accéléré des jeunes.L\u2019âge médian des fidèles se situe dans la quarantaine (Tableau 4).Le groupe des 45 ans et plus représente 45 % du membership de l\u2019Église anglicane et 52,7% de celui de l\u2019Église unie.Comme on pouvait s\u2019y attendre, le vieillissement est plus accusé au sein de l\u2019Église presbytérienne où l\u2019âge médian des membres approche la cinquantaine alors que 57,2% d\u2019entre eux ontplusde44ans.Entre 1991 et 2001, seulement 3 000 immigrants ont rejoint l\u2019une ou l\u2019autre de ces trois Églises, ce qui ne suffit pas à contrebalancer la tendance.Les luthériens Chez les luthériens, l\u2019âge médian at-teintun niveau record, soit5i,i ans.La répartition des groupes d\u2019âge présente plusieurs anomalies : à peine 18,5 % d\u2019entre eux ont moins de 25 ans (moyenne québécoise : 31,1 %) et 24,2 % ont entre 25 et44 ans (moyenne québécoise: 30,2 %).C\u2019est que la communauté luthérienne est composée d\u2019un large segment d\u2019immigrants allemands, arrivés il y a plus de 35 ans, et dont plusieurs enfants anglicisés ont migré vers les autres provinces, ce qui, du coup, sape les effectifs de l\u2019Église luthérienne.Les Églises évangéliques La mouvance évangélique a connu un incontestable succès au Québec, en particulier pendant les années 1970 et 1980.Il est difficile d\u2019en connaître l\u2019ampleur réelle tant les dénominations se multiplient, les plus petites et les plus nouvelles se retrouvant incluses dans la catégorie « protestantes autres ».Les memberships se sont constitués autour de convertis (en bonne partie francophones) issus des trois grandes Églises protestantes ou de l\u2019Église catholique et d\u2019un nombre non négli- 218 geable d\u2019immigrants.Depuis dix ans, l\u2019ensemble du mouvement plafonne et plusieurs dénominations reculent Dans ce contexte, les 8 ooo fidèles récemment gagnés par l\u2019Église baptiste constituent un fait d\u2019autant plus notable qu\u2019il a placé cette dernière au troisième rang des Églises protestantes.Cela dit, la croissance des principales Églises évangéliques reste toujours beaucoup plus rapide au Québec que dans le reste du Canada.Contrairement aux trois grandes Églises historiques, les Églises évangéliques continuent à faire le plein d\u2019immigrants : les seules dénominations baptiste, pentecôtiste et adventiste ont accueilli plus de 8 ooo immigrants pendant la dernière décennie.L\u2019âge médian des divers groupes est donc fort bas, oscillant entre 28 et 33 ans (Tableau 3).L\u2019Église missionnaire évangélique, de type méthodiste, connaît un développement atypique, car elle recrute le gros de ses membres parmi les natifs francophones du Québec.Autres mouvements protestants À l\u2019écart de la nébuleuse évangélique et même aux marges du protestantisme, les mormons (Église de Jésus-Christ des Saints des derniers jours) et les Témoins de Jéhovah gagnent également des adeptes auprès des Québécois de souche qui représentent huit et sept fidèles sur dix respectivement Les Églises orthodoxes des sept conciles Compte tenu des problèmes que pose la classe statistique dite «orthodoxe» (voir encadré), il est presque impossible de présenter de façon assurée quelque donnée que ce soit (nombre ou pourcentage) à propos de l\u2019une ou l\u2019autre de ces Églises.Les données sur les effectifs de l\u2019Église orthodoxe grecque sontles seules qui soientvala-bles.Les chiffres de 2001 montrent un certain recul, mais les pertes sont en partie dues à des changements d\u2019ordre méthodologique.Grâce au poids de la communauté grecque dont les temps forts de la migration sont derrière elle, l\u2019Église orthodoxe grecque domine encore largement le paysage orthodoxe des sept conciles en regroupant près des deux tiers des 82 ooo à 85 ooo fidèles.Pour le reste, les données sur les memberships des autres Églises sont toujours en dessous de la réalité.L\u2019Église orthodoxe en Amérique, qui n\u2019est pas répertoriée, devrait être la seconde Église en importance avec au moins 8 500 membres.Depuis 1991, l\u2019immigration des Pays de l\u2019Est, en particulier de Roumanie et de Russie, a pris le relais de l\u2019immigration grecque.Son accélération fulgurante favorise la croissance des Églises nationales, ce que l\u2019ambiguïté des chiffres de Statistique Canada ne laisse pas montrer.De son côté, l\u2019Église orthodoxe d\u2019Antioche, dont le développement s\u2019appuie sur l\u2019immigration du Proche-Orient arabe, paraît plafonner.Autour de son cœur grec, la communauté orthodoxe ancienne, constituée d\u2019Ukrainiens et de Russes majoritairement nés au pays, se voit totalement renouvelée par l\u2019arrivée des Roumains et d\u2019une nouvelle génération de Russes.Si l\u2019âge médian des orthodoxes grecs est presque celui de la population québécoise, les orthodoxes ukrainiens et roumains connaissent des situations op- L\u2019état du Québec posées : 57,7% des premiers ont 45 ans ou plus alors que 62,3 % des seconds ont moins de 45 ans.Dans ces communautés ethno-con-fessionnelles où les immigrants sont le plus souvent majoritaires, l\u2019écart hommes/femmes se normalise rapidement, bien que les femmes russes soient actuellement surreprésentées.Les Églises orthodoxes des trois conciles Les Églises orthodoxes préchalcédo-niennes sont apparues au Québec par le biais de l\u2019immigration des Arméniens, des Égyptiens et des Syriens.L\u2019évolution récente des Églises arméniennes est assez indécise alors que l\u2019Église copte est toujours sur sa lancée.Encore une fois, les chiffres officiels n\u2019ont guère d\u2019intérêt Les Églises orthodoxes des trois conciles doivent réunir entre 15 000 et 17 000 fidèles, l\u2019Église apostolique arménienne pouvant en compter à elle seule au moins 10 000.Les juifs Depuis 1991, le Québec a perdu 7 815 juifs, et ce, malgré l\u2019apport de 4 320 immigrants.Visiblement, l\u2019Ontario attire encore les ashkénazes anglophones, bien qu\u2019on soit désormais loin de la situation qui prévalait dans les années 1975-1985.De plus, quelques milliers de jouifs montréalais (et torontois) sont partis à l\u2019étranger (Israël, États-Unis).Parmi les principales causes de ce déclin, il faut maintenant considérer l\u2019accélération de la mortalité par le biais du vieillissement de la communauté.En 2001, 21,9 % de ses membres ont plus de 65 ans.De plus, lorsqu\u2019un des parents meurt, les enfants installés à Toronto viennent chercher le parent survivant, ce qui augmente les pertes.Quant au groupe des 25 à 44 ans, sa part se limite à 21,4 % (moyenne québécoise: 30,2%).Cette dynamique fait grimper l\u2019âge médian de la population juive à 42,5 ans.Ces caractéristiques démographiques seraientplus accentuées n\u2019eut été de l\u2019apport décisif des sépha-rades francophones qui doivent maintenant constituer environ le quart de la communauté.Les musulmans Entre 1991 et 2001,55 210 musulmans se sont installés au Québec.C\u2019est plus que ceux que l\u2019on a accueillis jusqu\u2019alors.À 141,7%, le taux de croissance de la communauté musulmane dépasse celui de n\u2019importe quelle autre famille religieuse.Bien que la moitié de cette dernière cohorte d\u2019immigrants soit constituée de Maghrébins, il ne faut pas oublier que cet essor remarquable de la communauté est aussi tributaire de l\u2019immigration issue d\u2019une soixantaine de pays.La part des musulmans au sein de l\u2019immigration totale a fait un bond spectaculaire, grimpant de 4,9 % à 22,5 %.Cette évolution récente résulte en bonne partie des entreprises menées par le gouvernement du Québec pour aller chercher dans des pays ciblés des immigrants qualifiés sur le plan professionnel, déjà rompus au français et disposés à s\u2019enraciner au Québec.Au recensement de 2001, l\u2019islam devance le judaïsme comme première tradition religieuse non chrétienne.Ce n\u2019est toutefois pas, comme on a pu le dire, « la seconde religion au Québec devant l\u2019anglicanisme » puisque pour maintenir la comparaison, on devrait, comme on l\u2019a fait pour le protestantisme, distinguer les grandes 220 branches de l\u2019islam, en l\u2019occurrence, les sunnites et les divers groupes chiites.Les trois quarts des musulmans sont maintenant sunnites, un effet de l\u2019immigration maghrébine qui est exclusivement sunnite.Le groupe des moins de 25 ans représente 44,3 % de la population musulmane et celui des 25 à 44 ans 40,2 %.C\u2019est dire à quel point la communauté est caractérisée par sa jeunesse.L\u2019âge médian de ses membres n\u2019est que de 28,2 ans, un des plus bas que l\u2019on puisse trouver.Par ailleurs, comme la disproportion en défaveur des femmes s\u2019est rétrécie depuis dix ans, leur part étant passée de 40,1 % à 44,9 %, cela préfigure sans doute un accroissement sensible des natalités.Les bouddhistes Entre 1991 et 2001, la part des immigrants bouddhistes au sein de l\u2019immigration totale a glissé de 4,2% à 3 %.Seulement le quart de ces immigrants se sont installés pendant cette période.Le taux de croissance de la communauté bouddhiste est de 30,8%, ce qui est plutôt bas pour une communauté orientale (Tableau 2).Or, ce taux s\u2019élève à 83,8 % à l\u2019échelle canadienne, ce qui indique que le Québec n\u2019est pas allé chercher sa juste part d\u2019immigrants du Vietnam, du Cambodge et du Laos qui continuent d\u2019affluer en nombre en Ontario et dans l\u2019ouest du Canada.Aussi, Québec devrait prêter attention à ses immigrants vietnamiens dont l\u2019enracinementmontre quelques signes d\u2019indécision depuis peu.Comme l\u2019immigration bouddhiste des années 1975-1990 était marquée par l\u2019apport massif des réfugiés indochi-nois partis en famille ou réunis par la suite, on comprend pourquoi la proportion hommes/femmes est à peu près égale chez les bouddhistes contrairement aux autres communautés orientales où les hommes constituent les pionniers de l\u2019immigration.Avec la décélération de l\u2019immigration indochinoise, la communauté bouddhiste est renflouée par un moins grand nombre de jeunes arrivants que par les décennies passées, de sorte qu\u2019elle vieillit plus rapidement que les autres communautés orientales : l\u2019âge médian desesmembresaatteint36,2 anset le tiers d\u2019entre eux ont45 ans ou plus.Le cas des Chinois Depuis les années 1990, l\u2019immigration chinoise dépasse l\u2019immigration vietnamienne.Son impact démographique au sein des effectifs proprement bouddhistes est toutefois beaucoup moins important que celui des Vietnamiens puisque ce n\u2019est que la minorité qui s\u2019identifie comme « bouddhiste », la majorité ne s\u2019associant à aucune tradition religieuse spécifique.En effet, c\u2019estla moitié des Chinois, soit 32 000 personnes, qui se dit « sans religion ».Il est vrai que les Chinois totalement sécularisés ne sont sûrement pas rares parmi les immigrants arrivés récemment de Chine populaire, mais cela ne peut expliquer toutes les situations.On peut penser qu\u2019une large part des Chinois ont une pratique religieuse qui relève du san jiao (« les trois enseignements »), système pluraliste qui combine des éléments bouddhistes, taoïstes etconfu-cianistes.Comme les Chinois ne peuvent réduire leur pratique à l\u2019une ou l\u2019autre de ces trois religions, ils n\u2019ont souvent d\u2019autres choix que de se dire L\u2019état du Québec L\u2019islam est devenu la première religion non chrétienne au Québec.doue est en bonne partie dû à l\u2019immigration tamoule sri-lankaise qui pèse plus lourd qu\u2019ailleurs au Canada.La communauté hindoue est marquée par sa composante jeune : 38,6 % de ses membres n\u2019ontpas 25 ans et seulement 22,9 % ont plus de44 ans.La situation est analogue chez les sikhs dontl\u2019âge médian, comme celui des hindous, n\u2019est que de trente ans.Contrai-srement aux autres communautés orientales, la sous-représentation des femmes au sein de la communauté sikh n\u2019a pas évolué depuis dix ans.« sans appartenance religieuse » lors des recensements.Il n\u2019est pas dit non plus que les Chinois, les Vietnamiens et les Japonais qui se disent « bouddhistes » aient une pratique exclusive.Les hindous et les sikhs Par le biais de l\u2019immigration, les communautés hindoue et sikh ont connu ces dernières années une croissance inhabituelle : 40,1% des hindous et 43 % des sikhs sont arrivés dans la seule période 1991-2001.La part des hindous dans l\u2019ensemble de l\u2019immigration, qui n\u2019était que de 1,5 % en 1991, s\u2019élève à 4% dix ans plus tard.À peine un sikh sur cinq est né au Canada : près des deux tiers des membres de la communauté sont des immigrants et 13,1 % des résidents permanents, ce dernier pourcentage étant exceptionnel.Ce changement de rythme de l\u2019immigration indienne et sri-lankaise est assez inattendu puisque jusqu\u2019à tout récemment, les hindous et sikhs, le plus souvent originaires de pays du Commonwealth, n\u2019étaient guère portés à s\u2019établir au-delà des provinces anglophones.Au Québec, l\u2019essor récent de la communauté hin- Conclusion De façon générale, le poids relatif des femmes au sein des différentes religions a beaucoup plus à voir avec les dynamiques migratoires (certes flanquées de quelques contingences socioculturelles impliquant les femmes) qu\u2019avec la popularité de telle ou telle confession.Il en va autrement avec la présence des jeunes (adolescents et jeunes adultes) dontl\u2019importance constitue un bon indice de la vitalité et de la popularité d\u2019une religion donnée.En ce qui a trait au déclin de certaines traditions religieuses, la défection des jeunes est à la fois un effet et une cause.Les religions qui ont du mal à se renouveler, à démontrer le bien-fondé de leurs positions ou à faire valoir leur pertinence sociale finissent par perdre leurs membres les plus jeunes.Or, lorsque ces désertions sont nombreuses, elles précipitentle mouvement de décroissance.Il faut dire que le rétrécissement de la représentation de jeunes générations au sein des divers groupes religieux ne dépend pas que des seules défections, car il faut tenir compte de 222 La population la dénatalité qui affecte la population d\u2019origine française ou britannique, catholique comme protestante, ainsi que les groupes ethniques d\u2019origine européenne établis au Québec depuis plus d\u2019une génération comme les Italiens, les Allemands (catholiques et luthériens), les Ukrainiens (catholiques et ukrainiens), sans oublier les Juifs.Évidemment, l\u2019immigration reste le plus important facteur de croissance confessionnelle, mais les jeunes adultes jouent également ici un rôle de premier plan puisqu\u2019ils forment l\u2019a-vant-garde des mouvements migratoires.C\u2019est pourquoi les jeunes immigrants se retrouvent nombreux au sein des groupes religieux en pleine expansion tels que les Églises catholiques orientales, la majorité des Églises orthodoxes, le judaïsme sé-pharade et l\u2019ensemble des traditions orientales.À l\u2019inverse, en plus de la dénatalité, l\u2019émigration affecte l\u2019Église luthérienne, le judaïsme ashkénaze et plusieurs Églises anglo-protestantes.Nonobstant la dénatalité, on voit les Églises chrétiennes subir les plus grandes pertes lorsque les deux principaux facteurs de désertion des jeunes se combinent, en l\u2019occurrence la sécularisation (causée par un désintérêt des discours confessionnels traditionnels) et l\u2019émigration comme c\u2019estle cas pour les trois grandes Églises protestantes.Inversement, les religions qui connaissent les développements les plus dynamiques sont celles qui s\u2019appuient à la fois sur l\u2019immigration et sur les conversions.C\u2019estle cas des Églises évangéliques dont l\u2019essor relève tout autant de l\u2019apport des jeunes immigrants que de celui des jeunes Québécois de souche.Certes, les conversions au bouddhisme ou à l\u2019islam se font, là aussi, parmi les jeunes, mais ces derniers ne pèsent pas très lourd dans la masse des immigrants.Sans compter les apports de l\u2019immigration - dont l\u2019évolution reste aléatoire-, on peut s\u2019attendre à ce que la plupart de ces divers groupes religieux progressent encore assez rapidement dans les prochaines années jusqu\u2019à ce qu\u2019ils soient à leur tour touchés par la dénatalité et la sécularisation des enfants d\u2019immigrants.Pour sa part, le catholicisme romain connaît une évolution complexe qui se situe un peu entre ces deux pôles extrêmes de décroissance et de croissance rapides, car les désertions et la dénatalité sont en partie compensées par l\u2019immigration en même temps que les jeunes franco-catholiques se désaffilient moins rapidement que les jeunes anglo-protestants.Ainsi, sur fond d\u2019évolution démographique générale, de mouvements migratoires et de débats socio-religieux, la croissance à long terme des traditions religieuses repose sur une forte présence des jeunes.À ce chapitre, le moins que l\u2019on puisse dire, c\u2019est que les diverses situations sont fort contrastées.Le catholicisme romain connaît une évolution complexe qui se situe un peu entre ces deux pôles extrêmes de décroissance et de croissance rapides.223 L\u2019état du Québec Références CASTEL, Frédéric.Les relatons au Québec.Les grandes tendances ethno-demo^raphiques depuis 1991, Montréal, Conseil des relations interculturelles, 2004.CASTEL, Frédéric.«Progrès du catholicisme, influence de l'immigration », dans L'annuaire du Québec 2003, Montréal, Fides, 2004.Statistique Canada, Tableaux 97F0022XCB01001, 97F0022XCB01002, 97F0022XCB01004, 97F0022XCB01040, 97F0009XCB01003, 97F0010XCB01001 et 97F0010XCB01040 au catalogue, 2001, [en ligne] www.statcan.ca Des chiffres qui ne disent pas tout Comme les données de Statistique Canada sur les religions sont largement utilisées par les mondes de la recherche, de l'information et même de la pédagogie, il est important de noter que ces données ne peuvent pas toujours être tirées telles quelles et surtout pas prises pour absolues: plusieurs chiffres prêtent à caution et quelques-uns sont inutilisables, Les catholiques Il est par conséquent difficile de rendre compte de certaines réalités confessionnelles (Églises évangéliques, orthodoxie des trois Églises) ou ethnoreligieuses (catholicisme arabe, religiosité chinoise), De plus, à cause du grand nombre de réponses génériques (catholique, protestant, orthodoxe, évangélique, apostolique, chrétien) ou trop spécifiques (voir protestants) les chiffres de plusieurs Églises sont en dessous de la réalité, Si le nombre total de catholiques ne pose pas de problèmes, les chiffres attribués aux Églises catholiques non romaines ne tiennent guère la route, On devine que beaucoup de fidèles se sont simplement dits «catholiques» et qu'ils ont été rangés parmi les fidèles de l'Église catholique romaine réduisant artificiellement les effectifs des autres Églises catholiques, On peut alors croire que les effectifs de l'Église catholique romaine sont quelque peu surhaussés et que ceux des autres Églises sont fortement sous-estimés, On parle surtout ici des Églises catholiques orientales, en l'occurrence les Églises maronite, melkite, chaldéenne, syriaque, catholique copte et catholique arménienne, Ainsi, passons-nous totalement à côté d'une réalité communautaire aussi importante que celle du catholicisme de langue arabe, En croisant les variables sur la religion et les origines ethniques, on arrive à estimer le nombre de catholiques du Proche-Orient à au moins 35 000, chiffre qui est par ailleurs corroboré par les statistiques paroissiales des Églises en question, Notons au surplus que ce n'est qu'avec le recensement de 2001 que les fidèles des Églises catholiques orientales sont rangés parmi les «catholiques» [sic], Si ce changement méthodologique était nécessaire, il rend cependant difficile la comparaison avec les recensements précédents Les protestants L'éclatement des dénominations protestantes et l'apparition continuelle de nouvelles constituent un problème majeur pour les statisticiens en particulier lorsqu'il s'agit de les identifier, de les classer et de dénombrer les effectifs, À l'exception de l'Église anglicane et de l'Église unie, il vaudrait mieux considérer les chiffres des dénominations protestantes comme des minimums, C'est surtout vrai dans le cas des Églises évangéliques dont les dénominations particulières sont innombrables, Sont comptabilisés comme « pentecôtistes» tous ceux qui s'identifient de la sorte, mais sont nécessairement exclus tous ceux qui disent appartenir à une dénomination spécifique - néanmoins pentecôtiste - et parfois limitée à un seul temple (ex, : Église chrétienne d'Ahuntsic, Église Vie d'Espoir, Église de la Parole qui libère, etc,), Dans cette perspective, le poids relatif de la mouvance évangélique-baptiste-pentecôtiste est particulièrement difficile à mesurer puisque de nombreuses petites dénominations sont rangées dans la masse des confessions «protestantes autres» sinon «chrétiennes autres», À la fluidité des appartenances de cette dernière mouvance, on doit ajouter le fait qu'un nombre inconnu de répondants s'identifient simplement comme «protestants», L'Église presbytérienne en chute libre ?L'effondrement sans précédent des effectifs de l'Église presbytérienne constaté au recensement de 2001 - plus de 35% dans l'ensemble du Canada - n'a pas manqué d'alerter les autorités de cette Église, On a fini par découvrir que la moitié des questionnaires de recensement qui avaient été envoyés n'avaient pas la mention «presbytérienne?», Dans ce cas, 224 La population les fidèles ont été rangés ailleurs, sans doute parmi les « protestants», Les statistiques internes de cette Église font état d'une baisse de 18% à l'échelle canadienne, ce qui est la moitié de ce qu'avance Statistique Canada (source : pasteur Marc-Henri Vidal de l'Église presbytérienne), La réduction méthodologique du nombre total des protestants En 1991, l'émergence croissante de dénominations mai connues ou qui n'étaient pas clairement protestantes a suscité la création des nouvelles catégories «chrétienne autre» et «chrétienne non incluse ailleurs».Ces réponses étaient a lots classées parmi les dénominations protestantes, Au dernier recensement, ces deux catégories ont formé la nouvelle classe «chrétienne non incluse ailleurs» (voirsection suivante), Il faut prendre note que cette reclassification affecte directement la représentation démographique de l'ensemble de la population protestante recensée en 2001.En retranchant ces «chrétiens» du total des effectifs protestants, ce total ne peut plus être comparé avec celui du recensement précédent, Dans ces produits diffusés en 2003 et en 2004, Statistique Canada a eu l'heureuse idée d'offrir les chiffres corrigés du recensement de 1991 desquels ont été défalqués rétrospectivement les 38 980 «chrétiens non inclus ailleurs», Du coup, l'opération rectifie le total de la population protestante de 1991 qui n'est plus de 398 725 mais bien de 359 750.Cela dit, peu importe l'année, le nombre total de protestants est sans doute sous-évalué pour d'autres raisons méthodologiques, Les Églises dites orthodoxes: une grande confusion Statistique Canada confond deux branches distinctes du christianisme qui n'ont en commun que l'auto-désignation «orthodoxe », Ainsi, nombreux sont ceux qui sont persuadés que le Québec compte 100 000 orthodoxes de tradition byzantine, Il faudrait donc distinguer les Églises orthodoxes des sept conciles (tradition byzantine) des Églises orthodoxes des trois conciles (dites préchalcédoniennes), À l'exception de l'Église grecque, les effectifs des autres Églises orthodoxes des sept conciles apparaissent très souvent en dessous de la réalité, à l'évidence parce que beaucoup trop de recensés se sont identifiés comme «orthodoxe» sans préciser leur Église d'appartenance, On se demande par ailleurs pourquoi l'importante Église orthodoxe en Amérique n'est pas répertoriée comme d'autres d'ailleurs, Du côté des Églises orthodoxes des trois conciles, il n'est pas sûr que ceux qui s'associent à « l'Église arménienne» pensent nécessairement à l'Église arménienne apostolique et non à l'Église arménienne en Amérique du Nord, qui n'est d'ailleurs pas répertoriée, Jusqu'au recensement de 1991, les effectifs des Églises catholiques orientales étaient fondus dans ceux des Églises orthodoxes grecque, antiochienne, arménienne (sinon dans le groupe «orthodoxe non incluse ailleurs»), Ce changement de classification explique pourquoi ces dernières Églises ont connu une chute aussi sensible en 2001, 225 L\u2019état du Québec Quel sort pour renseignement religieux à lfécole?La fin des privilèges aux catholiques et aux protestants ?Micheline Milot Departement de sociologie, Université du Québec à Montreal Les structures politiques et administratives de l\u2019école publique, comme les commissions scolaires, sont laïques depuis 2000.En 2005 le gouvernement doit cependant statuer sur le sort de l\u2019enseignement religieux catholique et protestant.Les confessions catholique et protestante jouissent en effet d\u2019un privilège.En vertu d\u2019une dérogation aux chartes des droits et libertés, elles font l\u2019objet d\u2019un enseignement à l\u2019école mais pas les autres religions.Le gouvernement du Québec doit décider s\u2019il maintient ou non cet aménagement particulier.Le ministre de l\u2019Éducation dispose à cet égard d\u2019un avis éclairant publié par le Comité sur les affaires religieuses (2004).Ce comité, rattaché au ministère de l\u2019Éducation, recommande d\u2019abolir le régime d\u2019option (établi en 1982) entre les enseignements religieux et l\u2019enseignement moral dans les écoles publiques.Il propose la création d\u2019un nouveau programme d\u2019éducation aux phénomènes religieux dont les finalités sont définies par leur contribution à une éducation à la citoyenneté, programme qui deviendrait obligatoire tout comme la formation éthique.Cette perspective quitte le terrain éducatif de la confession de foi et s\u2019inscrit résolument dans une visée de compréhension, de réflexion critique mais aussi d\u2019égalité des citoyens.Le but explicite est d\u2019ailleurs de former des citoyens éclairés et tolérants, dans une société ouverte au pluralisme.Ces recommandations semblent l\u2019aboutissement normal de quatre décennies d\u2019évolution et d\u2019ajustement du système scolaire à la réalité pluraliste et juridique du Québec.Rappelons le contexte historique dans lequel cet avis prend place pour mieux situer les arguments sur lesquels il s\u2019appuie et les décisions politiques attendues à ce sujet.La laïcisation du système scolaire D\u2019abord, les Églises dans l\u2019État Le système scolaire au Québec a été de type confessionnel depuis ses origines.Si l\u2019État assume pleinement la responsabilité de l\u2019éducation à partir de 1964 par la Loi 226 créant le ministère de l\u2019Éducation et le Conseil supérieur de I\u2019e'ducation (bill 60), le système scolaire est demeuré divisé sur une base confessionnelle, catholique et protestante.Malgré la création du ministère de l\u2019Éducation, les Églises conservaient leur statut de partenaires privilégiés de l\u2019État et se trouvaient représentées dans les plus hautes structures étatiques (comités catholique et protestant du Conseil supérieur de l\u2019Éducation).La composition même du Conseil supérieur de l\u2019Éducation reposait sur le critère de l\u2019appartenance religieuse de ses membres et de son président Les commissions scolaires, le statut des écoles publiques etles enseignements religieux étaient catholiques ou protestants.Avec la proclamation de la Charte québécoise des droits et libertés (1975), cet aménagement du monde de l\u2019éducation paraît plus que jamais discriminatoire, puisque seules deux confessions y disposent de droits particuliers.Les lois sur l\u2019éducation ne conservent alors leur légalité qu\u2019en vertu de clauses dérogatoires à la charte.Ces clauses, qui assurent la protection de la loi en empêchant les contestations judiciaires, sont renouvelables tous les cinq ans par l\u2019Assemblée nationale sur proposition du gouvernement du Québec.Même si un processus de sécularisation interne au système scolaire avait déjà évidé la confessionnalité de son contenu dans plusieurs écoles, il reste que l\u2019organisation scolaire conlèssionnelle ne reflétaitpas les diverses politiques adoptées au Québec depuis les années soixante-dix, soit une forte volonté de définir une société ouverte au pluralisme, respectueuse des droits fondamentaux et soucieuse de préserver la cohésion sociale.Une laïcisation accélérée Il faut attendre le milieu des années 1990 pour que les débats larvés depuis deux décennies sur le caractère confessionnel de l\u2019école prennent de la vigueur à la faveur de commissions d\u2019études instiguées par le gouvernement.La Commission des États géréraux sur l\u2019éducation recommande, en 1995, de «déverrouiller» la confessionnalité scolaire.En décembre 1997, le gouvernement du Parti québécois obtientun amendementà l\u2019article 93 de la Constitution canadienne, qui protégeait notamment les structures administratives des commissions scolaires confessionnelles de Québec et de Montréal, rendant ainsi possible l\u2019établissement de commissions scolaires définies désormais sur une base linguistique.En 1999, un Groupe de travail mandaté par le ministère de l\u2019Éducation pour examiner la question de la religion à l\u2019école dépose son rapport intitulé Laïcité et religions.Perspective nouvelle pour l\u2019école québécoise, désigné Rapport Proulx (du nom de son président, le professeur Jean-Pierre Proulx, aujourd\u2019hui président du Conseil supérieur de l\u2019éducation).Les recommandations formulées dans ce rapport furent claires et unanimes : laïciser le système scolaire public et remplacer les enseignements religieux confessionnels par un cours d\u2019éthique et de culture religieuse.L\u2019argumentaire reposait sur la pleine reconnaissance des droits fondamentaux de la personne (égalité, liberté de conscience et de religion) et sur l\u2019adaptation aux mutations sociales profondes qui traversent l\u2019ensemble de la société, notamment la sécularisation et le pluralisme.Le rapport a précédé l\u2019une des plus importantes commissions L\u2019état du Québec parlementaires de l\u2019histoire politique.Au cours de cette consultation publique s\u2019opposèrent, plus particulièrement sur la question de l\u2019enseignement religieux, les partisans de la laïcité (Coalition pour la déconfessionnalisation, grands syndicats nationaux, enseignants.) aux partisans de la confessionnalité (Association des parents catholiques, Assemblée des évêques, facultés de théologie catholique.).Malgré l\u2019impression de débats houleux à laquelle a donné lieu cette commission, une analyse sociologique rend vite compte que l\u2019opposition à la laïcisation, tendance minoritaire, a simplement su attirer davantage l\u2019attention publique (par des stratégies de démultiplication des factions internes, de manifestations bruyantes en présence des journalistes, etc.) que la tendance favorable à un tel changement, majoritaire, mais pour qui la laïcisation semblait aller de soi (Milot, 2001).Un compromis boiteux en 2000 Le gouvernement a néanmoins opté pour une forme de compromis, voulant éviter, selon le ministre de l\u2019Éducation (François Legault), une rupture trop radicale avec la « tradition confessionnelle » du monde scolaire.Le Ier juillet 2000, les structures politiques et administratives sont laïcisées : le statut confessionnel des écoles de même que les organismes confessionnels du ministère de l\u2019Éducation et du Conseil supérieur de l\u2019éducation sont abolis par la Loi modifiant diverses dispositions législatives dans le secteur de l\u2019éducation concernant la confessionnalité (loi 118).Les prophéties, émises par les chantres de la confessionnalité, selon lesquelles la dissolution de cet héritage institutionnel chrétien entraînerait des effets catastrophiques pour l\u2019identité de la nation ne se sont pas réalisées.Le choix entre l\u2019enseignement catholique, protestant ou moral pour le primaire et les deux premières années du secondaire a toutefois été maintenu.La loi 118 prévoyait un cours d\u2019éthique et de culture religieuse pour les 4e et 5e années du secondaire qui n\u2019a pas encore vu le jour, hormis dans le cadre d\u2019initiatives locales.Cet aménagement, où les confessions catholique etprotestante bénéficient encore de droits particuliers dans le curriculum, exige toujours le recours à des clauses dérogatoires aux chartes des droits canadienne et québécoise.La Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse tout comme le Rapport Proulx avaient pourtant rappelé le caractère exceptionnel que devait avoir cette dérogation.Sur une question aussi délicate que celle de la langue française, le gouvernement a d\u2019ailleurs choisi ne pas déroger aux chartes pour assurer la protection de la loi 101.Le maintien des enseignements confessionnels est inévitablement apparu comme un compromis temporaire, tellement il contrastait avec les justifications de la laïcisation des structures scolaires : la laïcité de l\u2019école reposait sur un argumentaire reconnaissant les droits fondamentaux et le pluralisme, et la confessionnalité des enseignements religieux se voyait légitimée par l\u2019héritage chrétien de la société québécoise.Le Comité sur les affaires religieuses (CAR) a été créé par la loi 118, entre autres pour examiner l\u2019évolution de ce système et formuler des recommandations avant l\u2019année 2005, moment où les clauses dérogatoires en vigueur arrivent à échéance.228 Les recommandations Extraits de l'Avis : Éduquer à la religion à l'école : enjeux actuels et piste d'avenir, présenté au ministre de l'Éducation, en mars 2004 Le Comité sur les affaires religieuses recommande au ministre -\tde publier dans les meilleurs délais un document d'orientation sur l'éducation à la religion à l'école, s'appuyant sur le présent avis et indiquant la direction à prendre pour les années à venir; -d'abolir i'actuei régime d'option entre l'enseignement moral, l'enseignement moral et religieux catholique et l'enseignement moral et religieux protestant au primaire et au premier cycle du secondaire ; -\tde créer un nouveau programme d'éducation à la religion, distinct des enseignements confessionnels et de l'enseignement du fait religieux et s'inspirant des principes élaborés dans le présent avis; -\tde mettre en place un même parcours de formation pour tous les élèves, du début du primaire à la fin du secondaire,faisant une place équivalente à l'éducation à la religion età l'enseignement moral, ¦\tau primaire, ces deux disciplines feraient l'objet de modules distincts, mais réunis dans un même programme, ¦\tau secondaire, elles se raient traitées à l'intérieur de programmes différents; -\td'inclure l'obtention d'unités obligatoires dans ces disciplines dans la sanction des études, en conformité avec les orientations de la Politique d'évaluation des apprentissages; -\tde mobiliser les ressources humaines et financières nécessaires à la transition vers le parcours de formation commun recommandé dans le présent avis et, notamment, de consacrer les sommes requises pour s'assurer du perfectionnement du personnel en exercice appelé à assumer l'enseignement de ces disciplines; -de s'assurer que les futurs titulaires du primaire, généralement chargés des programmes de morale et de religion, reçoivent une formation initiale adéquate dans ces champs de connaissances et qu'une solide culture éthique et religieuse fasse partie de la formation à l'enseignement de tous les maîtres du primaire et du secondaire ; -\td'inviter les facultés d'éducation à offrir un profil de formation unique aux futurs maîtres du secondaire qui se destinent à l'éducation à la religion età l'enseignement de l'éthique, formation incluant des éléments d'éducation à la citoyenneté, Le Comité sur les affaires religieuses propose de créer un nouveau programme d'éducation à la religion, distinct des enseignements confessionnels et de l'enseignement du fait religieux, et de mettre en place un parcours de formation commun à tous les élèves, pour l'éducation à la religion et la formation à l'éthique.Le Comité estime que cette solution novatrice est compatible avec les chartes des droits de la personne, ce qui lui donnerait l'avantage de ne pas être remise en question tous les cinq ans, Il voit cette proposition comme une mise à jour des réflexions sur la place de la religion à l'école effectuées dans le cadre de la commission de l'éducation et la situe dans la foulée des décisions prises en 2000 pour définir une école laïque ouverte à la dimension religieuse, Observant les déplacements qui ont marqué la société québécoise depuis ce débat, le Comité propose une voie qui est en phase avec les besoins de formation des jeunes en matière de religion dans le contexte pluraliste actuel, Si l'on maintient i'actuei régime, la situation risque fort de continuer de se détériorer jusqu'à la disparition de ces enseignements, Le Comité invite les décideurs politiques à se tourner vers l'avenir et à oser la voie du changement.Pour le Comité, le choix est clair.L'école a un rôle majeur à jouer pour éduquer à la religion, Les enjeux sociaux de cette éducation sont trop importants pour permettre que i'écoie abdique face aux défis qu'elle soulève, L\u2019état du Québec Dans son rapport, le Comité des affaires religieuses constate que le compromis de 2000 n\u2019est pas viable, tant d\u2019un point de vue éducatif qu\u2019organisationnel.Éducatif : la compréhension des problématiques religieuses, présentes dans les pratiques sociales etpolitiques, tantlocales qu\u2019internationales, fait cruellement défaut aux futurs citoyens.Organisationnel : la plupart des écoles n\u2019arrivent pas à respecter le choix des parents entre les trois types d\u2019enseignement offerts en option.En plus, le régime actuel crée une discrimination entre les élèves sur la base des convictions religieuses ou séculières.On pourrait ajouter que le fait de séparer les enfants au moment où il est question d\u2019aborder les valeurs morales et la compréhension de la religion envoie un signal éducatif plutôt négatif, comme quoi il s\u2019agit d\u2019un univers qui divise et différencie à ce point les individus que l\u2019on ne peut en délibérer ensemble.La recommandation d\u2019élaborer un enseignement sur la religion comme contribution à une éducation à la citoyenneté veut corriger ces lacunes, en proposant des pistes nouvelles pour la formation des jeunes dans un contexte de pluralisme moral et religieux de plus en plus accentué.Pourquoi éduquer à la religion dans une école laïque?La laïcisation des structures scolaires a ravivé chez certains un rêve républicain antireligieux, pour ne pas dire un reliquat d\u2019anticléricalisme.La laïcité n\u2019impose-t-elle pas, à l\u2019école, de garder le silence sur la religion, domaine qui relèverait uniquement de la conscience individuelle?C\u2019est là une conception fâcheusement rétrécie de l\u2019idée de laïcité.Avec justesse, l\u2019avis du comité souligne que la religion ne se confine pas à la conscience personnelle mais prend place dans la vie publique.Il faut d\u2019ailleurs lire le dernier avis du comité à la lumière d\u2019une publication antérieure (2003) dans laquelle il avait pris position en faveur de la laïcité, selon une conception du vivre-ensemble qui n\u2019exclutpas la dimension religieuse de la vie publique, mais où la neutralité étatique suppose l\u2019affranchissement des normes religieuses dans la gouvernance politique.La religion est aussi un fait de société Vivre dans une société démocratique suppose que les citoyens puissent guider leurs choix moraux et en débattre, en fonction de convictions diverses dont le contenu peut s\u2019opposer radicalement aux valeurs promues par d\u2019autres.L\u2019argument selon lequel les convictions profondes ont leur place dans l\u2019espace privé alors que l\u2019espace public doit être le lieu de délibération à partir de valeurs et de principes partagés, a depuis longtemps été mis à plat, notamment par la sociologie et la philosophie politique.Les individus agissent, s\u2019identifient socialement, adoptent des positions politiques en fonction de leurs valeurs et de leurs convictions, que celles-ci soient de nature philosophique ou religieuse.En outre, les divergences morales s\u2019actualisent précisément quand elles entrent en conflit avec les positions d\u2019autres citoyens dans l\u2019espace politique.Que l\u2019on pense aux débats concemantles droits des personnes homosexuelles, les requêtes provenant 230 des groupes religieux minoritaires qui désirent préserver leurs coutumes et être reconnus comme citoyens à part entière, la corrélation entre les convictions religieuses et le soutien de courants politiques plus conservateurs, etc.Il est d\u2019ailleurs légitime, d\u2019un point de vue démocratique, que des personnes prennent part aux débats publics sur la base de convictions religieuses, même si celles-ci ne sont pas considérées comme « libérales » par la majorité.Puisque les citoyens doivent vivre ensemble avec/malgré leurs divergences morales et religieuses, peut-on s\u2019attendre à ce que l\u2019éducation scolaire contribue à socialiser les jeunes à entretenir des relations pacifiques en les habilitant à la délibération démocratique ?Plusieurs sociétés, même au Canada, ont choisi de ne pas aborder la question religieuse à l\u2019école et on ne peut identifier d\u2019effets sociaux désastreux qui découleraient de cette situation.Cependant, on peut raisonnablement attendre de l\u2019école qu\u2019elle outille adéquatement les jeunes pour vivre dans une société complexe.Comme les convictions qui sous-tendent l\u2019action sociale font partie de cette complexité, il apparaît pertinent que l\u2019éducation ne tienne pas sous silence cet important champ référentiel de l\u2019action humaine.Mais comment peut-elle y parvenir, compte tenu des nombreuses contraintes auxquelles fait face l\u2019école publique : respect de la liberté de conscience, diversité culturelle et religieuse grandissante, attentes des parents, etc.?Les orientations pédagogiques énoncées dans l\u2019avis du comité entendent répondre à cette question.Actuellement, le champ moral et religieux fait partie du domaine d\u2019apprentissage de la « formation personnelle » qui se réduit comme peau de chagrin.Les dernières recommandations du comité, et plus particulièrement trois des quatre finalités proposées, s\u2019inscrivent plutôt dans la perspective du domaine de formation «vivre-ensemble et citoyenneté» dans l\u2019école québécoise.Examinons brièvement ces finalités.Respect et reconnaissance d\u2019autrui Les phénomènes religieux constituent une donnée incontournable de l\u2019histoire et de la culture.En outre, plusieurs événements sociaux etpolitiques prennent racine dans des contextes où certaines convictions religieuses se trouvent soit instrumentalisées, soit bafouées par des factions sociales ou par des États.Une connaissance des institutions, des doctrines religieuses, de leur enracinement historique et de leurs manifestations sociales, des droits et devoirs qui encadrent la liberté de conscience et de religion paraît donc souhaitable dans le curriculum scolaire.La connaissance du fait religieux est d\u2019ailleurs revenue à l\u2019ordre du jour dans la France laïque avec les recommandations du RapportDebray, en 2002.Le comité va plus loin : une connaissance sur les religions doitviser un autre objectify celui de «promouvoir l\u2019habileté à comprendre le point de vue de gens qui se réfèrent à des convictions religieuses ou philosophiques différentes, afin de favoriser la maturation de la personne et sa participation responsable à la vie en société, participation qui repose sur la reconnaissance de chaque personne en tant que porteuse de droits ».Que l\u2019on soit croyant ou athée, il ne s\u2019agit pas seulement de « savoir » que les autres ne partagent pas nos propres valeurs, mais de développer une attitude L\u2019état du Québec empreinte de respect et de tolérance à leur égard.Cette attitude se fonde non pas sur la croyance que leurs valeurs sont nécessairement justes et bonnes, mais sur une acceptation fondamentale que tous ont droit au même respect, que leurs convictions soient étranges ou non conformes à la majorité.La distance critique La reconnaissance d\u2019autrui impose une autre finalité éducative : une capacité de distanciation par rapporta ses propres convictions, religieuses ou athées.On le constate aisément, l\u2019adhésion aveugle et sans distance critique par rapport à des convictions morales ou religieuses représente l\u2019une des sources importantes de conflits sociaux, d\u2019intolérance, de préjugé et de discrimination.La distanciation n\u2019exige pas le déni de ses propres valeurs, elle permet toutefois la prise de conscience que tous ne les partagentpas et qu\u2019il s\u2019agit là d\u2019une donnée fondamentale de la démocratie.Celle-ci a besoin d\u2019individus aptes à délibérer avec d\u2019autres citoyens, croyants ou non croyants, à partir de points de vue divergents voire opposés mais en sachant qu\u2019aucun n\u2019est «absolu».Cette finalité proposée par le comité est celle qui se démarque le plus de la tradition éducative confessionnelle où les contenus pédagogiques concernent des vérités de foi, sinon « la » vérité.On évitera de confondre la capacité de distance critique avec le relativisme ou encore avec la dévaluation de la croyance : il ne s\u2019agit pas de « critiquer » telle ou telle conviction au regard d\u2019une échelle d\u2019appréciation « séculariste », par exemple.Le civisme Les finalités énoncées précédemment appellent une exigence de nature comportementale : un sens civique dans l\u2019affirmation sociale des identités, qui se concrétise par une attitude de modération dans l\u2019expression identitaire.« La modération ne signifie pas que l\u2019on doive refouler ou dissimuler son identité religieuse, mais que celle-ci puisse être modulée de manière à ne pas entraver les rapports de respect mutuel et de partage avec autrui ».Certaines affirmations fortes peuvent prendre place dans la sphère familiale ou communautaire, mais l\u2019intériorisation d\u2019un «code de vie publique» viserait à ce qu\u2019elles ne deviennent sources de discrimination et de traitement inéquitable en favorisant plutôt des relations de collaboration respectueuse.Le jeune doitpouvoir développer une capacité à délimiter la manière dont il peut exprimer son identité dans l\u2019espace public tout en étant conscient de ce qu\u2019il peut raisonnablement attendre des autres.Cette attitude ne concerne pas que les personnes appartenant à des groupes minoritaires dont les convictions religieuses définissent en grande partie l\u2019identité sociale et sous-tendent fortement les choix moraux.Il en va aussi du groupe majoritaire qui, même dans une société largement sécularisée, développe des attentes à l\u2019égard des concitoyens affichant une identité différente, surtout si celle-ci se base sur une religion autre que celle de la majorité.Ces attentes, qui se formulent souvent en des termes généreux tels que l\u2019« égalité des sexes », l\u2019« intégration sociale» ou l\u2019adhésion aux «valeurs communes», visent général e- 232 ment, in fine, à ce que tous se comportent dans la société civile en conformité avec les normes implicites du groupe majoritaire.Un point plus nébuleux : le cheminement spirituel Ces trois grandes finalités, inspirées de l\u2019évolution récente des travaux en philosophie et en éducation à la citoyenneté, sont tout à fait compatibles avec une école laïque.Toutefois, le comité emprunte une voie beaucoup plus sinueuse et délicate lorsqu\u2019il propose une autre finalité, celle du « positionnement dans l\u2019univers des convictions ».Cette proposition est de nature différente des trois finalités précédentes.Associée par le comité au domaine de la formation de la personne plutôt qu\u2019à l\u2019éducation à la citoyenneté, cette finalité est justifiée par le mandat de l\u2019école, celui de faciliter «le cheminement spirituel de l\u2019élève».Difficile de ne pas voir là un relent de la tradition confessionnelle, légitimé de surcroît par un élément de compromis introduit subrepticement dans la Loi sur [\u2019instruction publique, en 2000 : l\u2019article 36 de cette loi évoque explicitement que l\u2019école doitveiller à favoriser le cheminement spirituel des jeunes.Cet article n\u2019a pas fait l\u2019objet d\u2019un véritable débatpublic et la source d\u2019instigation d\u2019une telle inscription légale reste nébuleuse.Une interprétation forte de l\u2019article 36 conduiraità la conclusion qu\u2019une telle mission doit se traduire par des initiatives pédagogiques, ce qui pourrait être problématique dans un cadre laïque.Pourtant, l\u2019avis du comité avalise ce mandat confié à l\u2019école alors même qu\u2019il constate la caducité des éléments de compromis de 2000.Il aurait été souhaitable que le comité examine les tenants et aboutissants de l\u2019article 36 de la Loi sur l\u2019instruction publique, en posant la question de la pertinence, dans une école laïque, de favoriser le cheminement spirituel des élèves, notamment au regard des autres finalités qu\u2019il propose en lien avec une éducation à la citoyenneté.Néanmoins, le comité s\u2019en tient à délimiter « le positionnement de l\u2019élève dans l\u2019univers des convictions » par l\u2019éveil de « la lucidité par rapport à ses propres options».Enfin, les recommandations ne font pas écho à la problématique du cheminement spirituel.C\u2019est d\u2019ailleurs par un processus cognitif, la compréhension etle développement du jugement critique, que se résumerait l\u2019apport de l\u2019école au cheminement spirituel.On peut donc espérer que ce soit la cohérence du reste de l\u2019avis qui inspire le ministre de l\u2019Éducation.Les enjeux sociaux et politiques à venir La laïcité «à la québécoise» Les arguments avancés par le comité concernant l\u2019éducation à la religion comme contribution à l\u2019éducation à la citoyenneté prennent sens dans une conception de la laïcité comme ouverture au pluralisme.Mais ils ne manquerontpas de soulever l\u2019inquiétude de ceux et celles qui considèrent que la religion prend déjà trop de place dans la sphère publique, notamment dans l\u2019espace scolaire.Ainsi, on ne peut isoler le discours éducatif sur la religion des politiques ou réglementations plus générales qu\u2019adoptent les écoles concernant l\u2019expression religieuse des L\u2019état du Québec élèves : le port des signes religieux, les demandes d\u2019accommodement pour des raisons religieuses, etc.La majorité de la population se montre généralement ouverte aux vertus de la compréhension, de la tolérance, du respect.mais rapidement, on peut voir surgir le syndrome «pas dans ma cour» (d\u2019école!).Une éducation à la religion visant à favoriser le vivre-ensemble, les attitudes d\u2019ouverture et la reconnaissance des droits fondamentaux conserverait-elle une légitimité aux yeux des étudiantes qui se verraient, par exemple, refuser le droit de porter le voile islamique dans cette école?La question n\u2019est pas que théorique.Elle implique une problématique plus vaste qu\u2019un programme scolaire, mais dans laquelle celui-ci prend place : le rapport d\u2019une société au pluralisme et à la normativité sociale.À l\u2019inverse de la France, le processus de laïcisation amorcé au Québec bien avant les années soixante ne s\u2019est pas présenté comme un idéal normatif de la citoyenneté, mais plutôt comme un aménagement de la diversité (Milot, 2002).La façon dont la laïcité a pris forme historiquement en France est strictement liée à un contexte national impossible à transposer au Québec.La signification philosophique et politique de la laïcité devrait ici nous inspirer davantage.La laïcité signifie d\u2019abord et avant tout qu\u2019il n\u2019appartient pas à l\u2019État (et a fortiori, à l\u2019école) d\u2019évaluer les convictions morales ou religieuses auxquelles adhèrent les citoyens et qu\u2019il doit s\u2019abstenir de favoriser ou de défavoriser l\u2019une ou l\u2019autre d\u2019entre elles.Croyants ou athées, mais tous citoyens Certaines personnes peuvent considérer la croyance religieuse d\u2019autrui ou son expression publique comme un signe d\u2019aliénation ou de recul par rapporta ce qu\u2019elles conçoivent comme des acquis démocratiques.Cette opinion est encore très présente, particulièrement en France où l\u2019on observe dans les débats publics une opposition, dont les linéaments remontent aux Lumières, entre la volonté démocratique de garantir la liberté de croyance et celle, moins explicite, d\u2019arracher les consciences à l\u2019influence de représentations jugées radicalement contradictoires avec la raison et l\u2019autonomie.Entrent en concurrence ou même en conflit frontal avec les libertés religieuses d\u2019autres valeurs démocratiques ou systèmes normatifs qui définissent une nation (prédominance de l\u2019appartenance citoyenne ou de l\u2019autonomie de pensée, égalité des sexes, etc.).Quoi qu\u2019il en soit, il faut se garder d\u2019exiger des groupes minoritaires qu\u2019ils servent de miroir qui renvoie à la majorité l\u2019image souhaitée de pratiques sociales idéalisées, mais à géométrie très variable, de toute façon, dans l\u2019ensemble de la population (par exemple, l\u2019égalité des sexes).Concilier la liberté religieuse et les valeurs fondamentales de la démocratie invite plutôt à ne pas entraver l\u2019expression publique des croyances quand celle-ci ne porte pas atteinte à la liberté d\u2019autrui et à l\u2019ordre public.Des mesures appropriées doivent être mises en place pour que les individus issus de groupes minoritaires ne soient pas objet de discrimination ou de suspicion, ce qui est propice à générer des replis communautaires défensifs et des expressions identi- 234 taires exacerbées.Par ailleurs, l\u2019éducation (à la fois par des programmes appropriés et par le climat régnant à l\u2019intérieur de l\u2019institution d\u2019enseignement) a un rôle majeur à jouer pour que tous les citoyens développent une identité positive d\u2019eux-mêmes et des aptitudes à délibérer de manière critique dans la vie publique, que leurs valeurs soient religieuses ou athées.Le personnel enseignant a ici un rôle crucial à jouer : le respect et la tolérance peuvent demeurer lettre morte dans un programme scolaire si la personne chargée de les promouvoir ne les incarne pas devant les élèves.D\u2019où l\u2019importance à accorder à la formation et au perfectionnement des maîtres.La responsabilité du gouvernement Le gouvernement dispose d\u2019un avis pertinent pour compléter la laïcisation du système scolaire tout en n\u2019évacuant pas de la formation des futurs citoyens la compréhension des phénomènes religieux et de leurs effets dans les dynamiques sociales.Les enquêtes les plus récentes concernant l\u2019intérêt de la population pour un enseignement de ce type montre un degré d\u2019accord relativement élevé.La ma-jorité de la population reconnaît que l\u2019éducation de la foi relève de la famille et des Églises, mais que l\u2019on ne peut faire fi delà connaissance des faits religieux si l\u2019on veut favoriser la compréhension, le jugement critique et la tolérance.L\u2019horizon du renouvellement des clauses dérogatoires en juin 2005 rend impérative une décision gouvernementale concernantl\u2019enseignementde la religion.Deux types de considération sertissent cette décision.Tout d\u2019abord, l\u2019État ne peut maintenir une dérogation aux chartes de droits en matière de religion, en contradiction flagrante avec la mission de l\u2019école qui est de promouvoir l\u2019apprentissage des droits et libertés.Les recommandations du comité permettent de corriger cette situation.L\u2019État devrait également articuler une politique claire concernant l\u2019expression religieuse des élèves dans l\u2019école.Encore là, il semble difficilement conciliable de créer un programme visant la compréhension, le respect et la tolérance tout en maintenant l\u2019ambiguïté actuelle à propos de l\u2019expression des libertés de religion (certaines écoles acceptentles signes religieux portés par les élèves, d\u2019autres non).Si l\u2019État et les institutions publiques ont une obligation de neutralité (en ce sens qu\u2019ils ne peuventpromouvoir ou dévaluer une conviction plutôt qu\u2019une autre), les élèves, eux, ne sont pas neutres.Ensuite, un autre compromis, établi entre les Églises etl\u2019Étatlors de l\u2019adoption de la Charte québécoise (1975), est l\u2019article 41 selon lequel «les parents ou les personnes qui en tiennent lieu ont le droit d\u2019exiger que, dans les établissements d\u2019enseignement public, leurs enfants reçoivent un enseignement moral et religieux conforme à leurs convictions, dans le cadre des programmes prévus par la loi».Même si cet article n\u2019est pas soumis à la clause de primauté (art 52), il peut induire des attentes chez les parents.Le Rapport Proulx, les analyses juridiques sur lesquelles il s\u2019appuyait et la Commission des droits de la personne ont tous rappelé l\u2019importance de modifier cet article pour le rendre conforme au droit international en n\u2019imposant plus une obligation «positive» à l\u2019État.Le libellé de l\u2019article consisterait à rappeler le droit des parents de faire éduquer leurs enfants L\u2019état du Québec dans des écoles privées, que l\u2019État n\u2019a toutefois pas l\u2019obligation de subventionner (Après 25 ans, La Charte québécoise des droits et libertés, vol.1, recommandation n° 7).Cette visée de formation à la citoyenneté démocratique concernant la religion comme fait social, culturel et politique représente une voie prometteuse, en accord avec les politiques éducatives et la laïcisation du système scolaire québécois.On peut même considérer ces finalités comme des exigences éthiques des États de droit Au gouvernement de jouer maintenant Références COMITÉ SURLES AFFAIRES RELIGIEUSES.Rites et symboles religieux à lfécole.Gouvernement du Québec, ministère de l'Éducation, 2003.COMITÉ SURLES AFFAIRES RELIGIEUSES.Éduquer à la religion à l'école: enjeux actuels et piste d'avenir, Gouvernement du Québec, ministère de l'Éducation, 2004.DEBRAY, Régis.L'enseignement du fait religieux dans l'école laïque, rapport au ministre de l'Éducation, Paris, Odile Jacob, 2002.GALICHET, François.L'education à la citoyenneté', Paris, Anthropos, 1998.GROUPE DE TRAVAIL SUR LA PLACE DE LA RELIGION À L'ÉCOLE.Laïcité et religions.Perspective nouvelle pour l'école québécoise, Gouvernement du Québec, ministère de l'Éducation, *999- MILOT, Micheline.La transformation des rapports entre l\u2019État et PÉylise au Québec (en ligne] www.acelf.ca/revue/XXIX-2/articles/04-Milot.html, 2001.MILOT, Micheline.Laïcité dans le Nouveau Monde, Le cas du Québec.Bibliothèque de l'École des Hautes Études/Sorbonne, Turnhout, Brepols Publishers, 2002.MILOT, Micheline, et Fernand OUELLET.L'enseiynement de la reliyion après la loi 118, Enquête auprès des parents, des enseignants et des directeurs d'établissement, Montréal, Immigration et métropoles, 2004 (voir aussi Enquête auprès des leaders religieux, 2003).236 L\u2019économie et les conditions de vie .V L'ÉCONOMIE Énergie 239\tL'électricité : le défi de la rareté Concurrence étrangère 248\tLe Québec et la Chine : David contre Goliath ?L'état de l'économie québécoise 256 Espoirs de relance et défis économiques L'emploi 266\tPerspectives professionnelles 2003-2007 Les relations de travail 274 Des syndicats mis à l'épreuve Les finances publiques 283\tL'an 2 libéral : le réalignement Les entreprises 293\tLa relève et les PME LES CONDITIONS DE VIE La consommation 297\tL'automobile, un bien banalisé La sécurité 301\tÉtat de la criminalité au Québec MARIE-CLAUDE, JACQUES, ELISE ET JEAN-PIERRE ONT COMPRIS QUE LE MEILLEUR PROFIT, C'EST QUAND TOUT LE MONDE Y GAGNE.ILS ONT CHOISI DE TRAVAILLER POUR LE BIEN COMMUN AU SEIN D'ENTREPRISES COLLECTIVES QUI VALORISENT LE RESPECT, LA DÉMOCRATIE ET LA SOLIDARITÉ.L'ECONOMIE SOCIALE ÇA PARLE D'ARGENT ET DE VALEURS HUMAINES.CHANTIER DE L'ECONOMIE SOCIALE www.chantier.qc.ca L'économie et les conditions de vie ÉNERGIE L'électricité : le défi de la rareté Mieux gérer la sécurité énergétique et la tarification Pierre Fortin Économiste, Uniuersite' du Quebec à Montreal De 1980 jusqu'à tout récemment, le Québec a cherché à écouler les énormes surplus d'électricité dont il disposait.On a poussé très fort sur la consommation.On a encouragé le chauffage à l'électricité.On a octroyé de gros blocs d'énergie à bon marché à plusieurs grandes entreprises industrielles.On a signé des contrats d'exportation avec plusieurs États américains limitrophes.Le principal outil de séduction : des tarifs d'électricité très bas, qui ont même été gelés de 1998 82003.L'expansion de la capacité énergétique, quant à elle, a été bloquée par un moratoire gouvernemental après l'avortement du projet Grande-Baleine en 1993.À force de pousser sur la demande et de freiner les nouveaux développements, on a complètement inversé la situation dans les années récentes.Non seulement les surplus d'énergie se sont-ils évanouis, mais le système d'approvisionnement en électricité du Québec est maintenant utilisé à sa pleine capacité.Le sentiment d'inquiétude sur la sécurité énergétique future du Québec est évident tant dans les documents de la Régie de l'énergie que dans ceux d'Hydro-Québec.En même temps, l'expansion débridée de la demande au cours des dernières années soulève la question tarifaire.Comment fàut-il à l'avenir gérer la sécurité énergétique du Québec et minimiser le risque de pénurie ?Est-il sage, dans cette nouvelle ère de rareté, de continuer à gérer la demande comme si la ressource était encore surabondante?Mieux gérer la sécurité et la tarification en période de rareté, voilà donc le double défi que doit relever la politique énergétique québécoise (voir p.685).La pénurie appréhendée au printemps 2004 Commençons par la question de la sécurité énergétique.L'avis de la Régie de l'énergie remis au ministre des Ressources naturelles en juin 2004 sur l'opportunité de construire la centrale thermique au gaz naturel du Suroît est fort bien documenté sur le sujet1.Il a clairement établi que le bilan énergétique du Québec sera précaire d'ici 2011.Dans L'expansion débridée de la demande au cours des dernières années soulève la question tarifaire.239 L\u2019état du Québec son analyse, non seulement la Régie accréditait-elle le sentiment d'urgence que traduisent les documents d'Hydro-Québec2, mais elle manifestait une inquiétude encore plus vive que celle de la société d'État à propos de la sécurité énergétique future du Québec.La Régie estimait qu'en moyenne les ressources disponibles dépasseraient les besoins totaux en électricité de seulement 0,75 % pendant la période 2005-2009.Pour cette période, l'organisme prévoyait un excédent annuel moyen de 1,4 térawattheure sur des besoins de 194 térawattheuresf Cette marge de manœuvre anticipée était d'une minceur extrême.Pour arriver à ce résultat, la Régie faisait un certain nombre d'hypothèses tout aussi incertaines qu'optimistes : que la croissance économique ne ferait pas exploser la demande industrielle d'électricité ; que le renchérissement du pétrole et du gaz naturel n'encouragerait pas l'usage de l'électricité outre mesure ; que les économies d'énergie seraient 50 % plus élevées que projeté ; qu'on construirait deux ou trois fois plus d'éoliennes que prévu ; qu'Hydro-Québec ne ferait pas d'effort particulier pour augmenter le niveau de ses réserves dans les bassins hydrauliques ; que les nouveaux apports en eau dans ces bassins ne seraient pas inférieurs à la moyenne historique ; qu'il ne ferait pas trop froid en hiver ; et que la construction projetée des nouvelles centrales hydroélectriques ne subiraitaucun retard sur l'échéancier prévu.Cela faisait beaucoup de « si ».Du point de vue de la gestion des risques, aussi bien dire que la marge de sécurité anticipée de 0,75 % pour 2005-2009 n'en était pas vraiment une.L'expérience passée démontre en particulier qu'au cours des périodes où on a manqué de pluie et de neige pendant plusieurs années de suite, la capacité de production énergétique d'Hydro-Québec a baissé jusqu'à 7% en dessous de la capacité normale4.Une marge de manœuvre de 0,75 % quand les ressources disponibles chutent de 7%, nevautpas cher.Les trois conclusions de la Régie de l'énergie La Régie tirait trois conclusions de ces observations.La première était que le recours aux importations était inévitable en 2005-2009, même si Hydro-Québec poussait les économies d'énergie et la construction d'éoliennes au maximum.Bien évidemment, la Régie observait que, si les précipitations n'étaient pas au rendez-vous, la situation serait encore pire.Le Québec serait mis en état de dépendance extrême envers les importations, ce qui poserait de sérieux problèmes de sécurité et d'environnement Côté sécurité, il y aurait danger de congestion sur les lignes d'interconnexion.Compter sur un volume plus élevé d'importations équivaudrait à jouer à la roulette russe.Côté environnement, importer de l'électricité au Québec ferait cracher aux centrales thermiques « sales » du Nord-Est américain encore plus de gaz à effet de serre et de gaz polluants, au détriment de l'environnement planétaire.Comme deuxième conclusion, la Régie jugeait indispensable, afin de réduire la dépendance envers les importations, qu'on accélère la construction de centrales thermiques au gaz naturel produisant à la fois de la vapeur et de l'électricité.Ces centrales dites de «co-génération «présentent plusieurs avantages.Elles sont les plus propres de la filière thermique.Elles augmenteraient la stabilité globale du 240 L'économie et les conditions de vie réseau électrique.À six cents le kilowattheure, leur énergie serait très abordable.Elles pourraient être construites rapidement.Elles pourraient être réparties sur le territoire québécois pour satisfaire aux besoins de vapeur des usines de pâtes et papiers, qui font vivre plusieurs régions du Québec.Et la vapeur seraitproduitepar le gaz naturel plutôt que par le mazout, plus cher et plus polluant C'est pourquoi la Régie autorisait immédiatement le projet de centrale de co-génération de 510 mégawatts déjà proposé par la société albertaine TransCanada Energy à Bécancour.La construction de cette centrale a commencé à l'été 2004.Du même souffle, la Régie invitait Hydro-Québec à lancer le plus tôt possible un appel d'offres pour la construction de plusieurs petites centrales de ce type totalisant 800 mégawatts.Nul doute qu'Hydro-Québec allait suivre ces recommandations à la lettre.Enfin, troisième conclusion, la Régie jugeait souhaitable qu'Hydro-Québec aille de l'avant avec son projet de centrale au gaz naturel du Suroît dans la région de Beauharnois.En juin dernier, la situation de dépendance envers les importations apparaissait tellement inquiétante qu'un tel appui était justifié aux yeux de la Régie.Tant Hydro-Québec que la Régie considéraient le Suroît non pas comme désirable en soi, mais comme un projet d'exception5 servant de police d'assurance contre les aléas défavorables qui pourraient frapper le bilan énergétique du Québec : une demande explosive, la persistance d'une hydraulicité faible, des froids sibériens ou une accumulation de retards dans la réalisation des autres projets de construction.La centrale du Suroît aurait ainsi assuré la sécurité énergétique du Québec pendant la période de transition de 2005 à 2009, avant que les nouveaux ouvrages hydroélectriques prennentle relais vers la fin de la décennie (voir p.554).Le Suroît compromis, l'avertissement demeure néanmoins Le diagnostic et les conclusions que la Régie a présentés en juin 2004 demeurent valables aujourd'hui, à une exception près : la centrale du Suroît n'est plus nécessaire, pour trois raisons.La première raison est que la « chicane » politique autour de ce projet a accaparé beaucoup de temps.Le long délai dans la prise de décision a refroidi l'intérêt de la firme General Electric, qui devait fournir la technologie de base en partenariat avec Hydro-Québec.GE est allée se chercher des partenaires ailleurs.Le délai a aussi eu pour effet de reporter la date de mise en service possible de la centrale, initialement prévue pour Manifestation M&Æ 241 L\u2019état du Québec 2007, à 2009 au plus tôt Trop tard pour que le Suroît joue son rôle de police d'assurance pendant la période critique de 2005 à 2009.La deuxième raison est que la stratégie proposée par la Régie, basée sur l'accélération conjuguée des projets d'éoliennes et de co-génération, offrait une voie de remplacement minimale pour le projet du Suroît C'est une troisième raison qui a donné le coup de grâce au Suroît Pendant l'été 2004, le nord du Québec a reçu de très fortes précipitations.Les réservoirs d'Hydro-Québec ont été remplis à craquer.On estime que les nouveaux apports d'eau dans les bassins ont fait augmenter leur capacité énergétique de 24 térawattheures, soit l'équivalent de quatre années de fonctionnement d'une centrale thermique comme celle du Suroît Dès la fin de l'été, le bilan énergétique du Québec pour 2005 à 2009 s'annonçait donc beaucoup plus solide que ce que prévoyait la Régie trois mois plus tôt Au début de l'automne, sa réalisation apparaissait compromise.Le projet de centrale du Suroît s'est donc noyé dans le déluge de l'été 2004.Néanmoins, ce serait une bêtise d'oublier l'avertissement solennel de la Régie : le monde a fondamentalement changé au cours de la dernière décennie.Le Québec est passé en quelques années seulement d'une situation de surabondance d'électricité à une autre de pénurie appréhendée.Habitué à gérer les surplus, il lui faut maintenant apprendre à gérer la rareté.La très forte hydraulicité de 2004 ne doit pas faire oublier qu'au cours des vingt dernières années les réservoirs d'Hydro-Québec ontconnu seize années de faible hydraulicité.La sécheresse peut revenir.L'équilibre entre besoins et ressources demeure fragile.Le projet de centrale du Suroît s'est donc noyé dans le déluge de l'été2004.André Caillé Mieux gérer l'offre, mais aussi la demande Comment gérer cet équilibre dans le nouveau contexte de rareté qui est maintenant le lot du Québec?Par deux voies complémentaires.Il faut bien gérer l'offre d'électricité (les ressources) et, en même temps, bien gérer la demande d'électricité (les besoins).Après plusieurs années d'un moratoire gouvernemental, qui a malheureusement fini par fragiliser le bilan énergétique du Québec, le développement des nouvelles sources d'électricité a enfin repris au tournant de la présente décennie.Les noms des nouvelles centrales hydroélectriques déjà complétées ou à venir sont maintenant familiers : Sainte-Marguerite, Grand-Mère, Toulnustouc, Mercier, Eastmain, Rupert, Péribonka, Rapide-des-Cœurs, La Romaine.La reconnaissance explicite des problèmes d'environnement, les investissements d'Hydro-Québec dans ce domaine, la signature de la Paix des Braves avec les Cris du Québec et l'entente de principe avec les Innus ont facilité la reprise des travaux de construction de centrales hydroélectriques.La capacité énergétique du Québec a repris le chemin de l'expansion.Les nouveaux développements vontfortprobablement exclure le devancement de la construction pour fin d'exportation.Construire pour exporter ne peut plus être un objectif stratégique d'Hydro- 242 L'économie et les conditions de vie Québec.L'entreprise en aura déjà plein les bras à répondre aux besoins intérieurs du Québec.En fait, exporter n'est plus très payant Les meilleurs bassins d'eau ont déjà été harnachés ; ceux qui restent sont plus petits et plus chers à développer.Si l'électricité des vieilles centrales de la baie James a coûté à peine plus que 3 cents le kilowattheure, celle qui proviendra des nouvelles centrales hydroélectriques va coûter beaucoup plus cher : au delà de 8 cents le kilowattheure, soit à peu près le prix moyen qu'Hydro-Québec a tiré de ses exportations à court terme en 20036.Il n'y a plus beaucoup d'argent à faire dans l'exportation.Le développement hydroélectrique va demeurer la pierre angulaire de la stratégie énergétique mais, à plus de 8 cents le kilowattheure, ce ne sera plus donné comme au beau temps de la baie James.L'objectifà poursuivre consiste maintenant à amener et à maintenir la capacité énergétique d'Hydro-Québec à un niveau sécuritaire (au sens d'une saine gestion des risques) au-dessus de la demande prévue.Lorsque les années sont bonnes et que la marge de sécurité ainsi assurée n'a pas besoin d'être utilisée, l'excédent de capacité peut alors être exporté et procurer un revenu d'appoint à court terme.Les trois fonctions de la politique tarifaire À l'opposé de la question de l'offre, la réflexion québécoise sur la demande d'électricité est encore embryonnaire.Malgré la croissance rapide de la consommation qui a été observée depuis 1998, on ne se questionne guère sur l'impact qu'ont eu sur cette évolution les très bas prix de l'électricité etle gel tarifaire de 1998 à 2003.Le slogan « le plus bas prix, à toutprix » domine encore la discussion publique autour des tarifs d'électricité.Pourtant, les bas prix ont sans aucun doute un impact majeur sur la demande.Leur coût économique et social est important, et le risque qu'ils font courir à la sécurité énergétique est sérieux.En ce sens, il estpossible que les bas prix coûtent cher au Québec.Le second grand défi de la politique énergétique québécoise est précisément celui-là : la gestion des tariff d'électricité dans le nouveau contexte de rareté énergétique.Ces tarifs remplissent trois fonctions.La première est de réguler la demande.Les prix et la demande sont en relation inverse.Moins l'électricité coûte cher, plus on en consomme.Les tarifs d'électricité du Québec sontparmi les plus bas de la planète.Tellement que les deux tiers des immeubles sont chauffés à l'électricité plutôt qu'au mazout ou au gaz naturel, situation que l'on ne retrouve nulle part ailleurs ; que plusieurs grandes entreprises énergivores se sont installées au Québec ; et que l'électricité atteint presque 40 % de la consommation totale d'énergie7.Il fàudra examiner avec soin le lien entre les très bas tarifs d'électricité et l'expansion rapide de la demande, qui a fàilli jouer un très mauvais tour au Québec.La deuxième fonction de la politique tarifaire est de répartir le revenu tiré de la production d'électricité parmi les citoyens.En 2003, par exemple, le prix moyen de l'électricité étaitplus élevé de 50 % en Ontario.Si le tarif québécois s'était aligné sur celui de l'Ontario, le bénéfice d'Hydro-Québec aurait grimpé de quatre Il estpossible que les bas prix coûtent cher au Québec.243 L\u2019état du Québec milliards de dollars.Il aurait atteint six milliard de dollars plutôt que deux milliards.Du point de vue de la répartition du revenu, l'application d'un tarif beaucoup plus bas par Hydro-Québec sert donc en fàità retourner les deux tiers du revenu tiré de la ressource - quatre sur six millards de dollars - aux citoyens du Québec8.Il importe cependant de bien noter que cette ristourne n'est pas la même pour tous.Elle est même carrément discriminatoire.L'électricité appartient également à tous les citoyens du Québec, mais ce sont seulement les consommateurs d'électricité qui récoltent les avantages de ses bas prix.Qui sont ces consommateurs?Toutes les familles québécoises paient une facture mensuelle d'électricité pour leur logement, mais la consommation domestique représente le tiers seulement des térawattheures vendus par Hydro-Québec.Les deux tiers de l'énergie électrique produite au Québec sont vendus aux institutions, aux commerces et aux industries.Parmi ces dernières, les entreprises industrielles sont à la fois les plus grandes consommatrices d'électricité et celles qui paient le moins cher : 3,8 cents le kilowattheure.Les tarifs applicables aux résidences et aux petites entreprises commerciales sont beaucoup plus élevés : 6 cents et 9,4 cents, respectivement9.Les grandes entreprises ont consommé, en 2003, 43% de toute l'électricité québécoise, mais n'ontpayé que 32% de la facture.Si elles avaientpayé un tarifmoyen égal à celui qui est perçu des autres utilisateurs québécois, le produit des ventes d'Hydro-Québec aurait augmenté de 1,7 milliard de dollars10.Une question fondamentale est à poser : en contrepartie de ce cadeau milliardaire de la société québécoise, les grandes entreprises industrielles créent-elles suffisamment d'activité économique et d'emplois ?C'est loin d'être clair.La promesse faite en 2003 d'accorder à Alcoa une subvention de 4 térawattheures par année pendant 25 ans (équivalant à une subvention annuelle de 150 millions de dollars) pour un projet d'expansion créant seulement 250 emplois à Deschambault a, fort heureusement, été retirée en 2004.Mais elle confirme l'importance d'analyser les conséquences économiques véritables du traitement de faveur dont bénéficient les grandes entreprises industrielles du Québec.La troisième fonction de la politique tarifaire est de fixer le niveau du bénéfice d'Hydro-Québec et de régler ainsi le rythme auquel l'entreprise peut développer ses nouveaux équipements de production, de transport et de distribution, une fois déduit le dividende versé au gouvernement du Québec.Il est évident que les investissements sont plus difficiles à financer si la part d'autofinancement qui peut être tirée des bénéfices retenus est minuscule en raison de tarifs insuffisants.Assurer un autofinancement adéquat des nouveaux projets énergétiques demeure un objectif central de la politique tarifaire.À l'époque où le Québec nageait dans les surplus d'électricité, la politique de très bas tarifs adoptée par son gouvernement pouvait se défendre.Il fallait écouler ces surplus, c'était bon pour la fierté et le portefeuille des citoyens, et les nouveaux développements pouvaient En contrepartie de ce cadeau milliardaire de la société québécoise, les grandes entreprises industrielles créent-elles suffisamment d'activité économique et d'emplois?244 L'économie et les conditions de vie attendre.Ce n'est plus le cas maintenant que la situation s'est complètement inversée et qu'il y a, au contraire, danger de pénurie.La politique tarifaire doit impérativement être remise en question sous chacun des trois angles mentionnés.Réduire l'écart de prix avec les concurrents Que faire?Le bas niveau des tarifs d'électricité amène les Québécois à surutiliser une ressource devenue rare et précieuse.Il est temps de réduire, sans l'annuler complètement, l'écart entre les tarifs du Québec et ceux de ses plus importants concurrents.Il faudrait pour cela augmenter les prix un peu plus vite pendant un certain temps.On pourrait, par exemple, augmenter le prix de l'électricité québécoise de 4 % par année pendant dix ans pour l'utilisateur moyen, soit 2 % par année de plus que l'inflation.Si, pendant ce temps, l'Ontario ne faisait qu'indexer son tarif moyen à l'inflation, le prix de l'électricité dans cette province, qui est aujourd'hui supérieur de 50 % au prix québécois, dépasserait encore le tarif du Québec de 25 % au bout de dix ans.L'écart de prix aurait diminué de moitié, mais le Québec conserverait tout de même un important avantage concurrentiel.Tous les secteurs devraient être mis à contribution, mais naturellement la hausse devrait être modulée.Plus on paie déjà cher, moins la hausse devrait être importante.Elle devrait donc être minimale pour les petits utilisateurs commerciaux, modérée pour les utilisateurs résidentiels et maximale pour les grandes entreprises industrielles.Du côté résidentiel, les expériences menées jusqu'ici démontrent que les campagnes médiatiques encourageant les économies d'énergie sont d'une efficacité limitée si elles ne sont pas accompagnées d'ajustements de tarifs.Du côté des grandes entreprises industrielles énergivores, surtout des alumineries, le gouvernement doit refuser d'engager de nouveaux blocs importants d'énergie à prix dérisoire comme il l'a fait depuis 20 ans.Il faudra également fixer les conditions auxquelles seront reconduits (ou non) les contrats de cette nature, qui viendront à échéance vers 2014.Tenter de concilier rareté de l'énergie, développement des régions, création d'emploi et subventions accordées sera alors une tâche fort délicate.Ristourne équitable : imiter la Norvège et l'Alberta Que faire pour que les revenus tirés de la production d'électricité soient ensuite équitablement partagés entre tous les citoyens du Québec?C'est le problème fondamental de la « ristourne équitable ».Il y aurait ici une certaine sagesse à imiter la Norvège et l'Alberta.Les citoyens de ces grandes régions productrices d'hydrocarbures paient le plein prix pour le litre d'essence et le mètre cube de gaz naturel, pas la moitié du prix.Mais en contrepartie, leurs gouvernements réinvestissent les milliards des redevances du pétrole et du gaz en réductions de dette et d'impôts pour tous les citoyens et dans des fonds patrimoniaux (comme le Heritage Fund albertain) en prévision des besoins futurs de la société.L'Alberta, justement, vient de finir de rembourser sa dette.Il n'est pas suggéré ici de faire payer aux Québécois le «plein prix nord-américain » de l'électricité, mais de réduire l'écart avec ce plein prix, qui est présentement 245 L\u2019état du Québec considérable, et d'utiliser les revenus tirés de la ressource de manière plus efficace et plus équitable, à l'avantage de tous les Québécois plutôt que d'une minorité d'entre eux, et d'actionnaires non québécois de grandes entreprises industrielles.Une première tranche de la hausse tarifaire devrait être laissée dans les coffres d'Hydro-Québec, pour que l'entreprise soit capable de financer adéquatement les nouveaux équipements devant assurer la sécurité énergétique du Québec une fois pour toutes.Une deuxième tranche des montants récoltés pourrait être utilisée pour détaxer l'investissement de toutes les entreprises du Québec et favoriser ainsi la création d'emploi dans tous les secteurs et sur tout le territoire plutôt que dans quelques grandes entreprises.L'électricité coûterait plus cher aux entreprises, mais celles qui investiraient dans l'avenir du Québec (et seulement elles) pourraient récupérer le montant en allégement fiscal.Une troisième tranche de la hausse tarifaire pourrait être consacrée au remboursement de la dette québécoise, ou encore à la constitution d'une caisse de sécurité pour préparer le Québec à affronter le vieillissement rapide de sa population dans les années à venir.Sans de telles mesures de prévoyance, les nouvelles générations du Québec vont littéralement crouler sous les impôts dans vingt ans.Le monde a changé Il n'y a pas si longtemps, l'électricité était surabondante au Québec.Dans de telles circonstances, le Québec a laissé aller sa ressource à vil prix.Mais au cours des dernières années, il a été pris de courtpar l'élan de la demande et n'a pas construit de nouvelles centrales assez vite pour assurer sa sécurité énergétique.Incroyable, mais vrai : le Québec a couru le risque de ne pas pouvoir produire assez d'électricité pour ses propres besoins intérieurs.Importer de l'électricité en grandes quantités pour combler l'écart entre les besoins et les ressources aurait par ailleurs été rempli de contraintes et d'incertitudes.À cause de ce renversement total de situation, la construction de la centrale du Suroît apparaissait nécessaire à l'aube de l'été 2004.Les pluies abondantes qui ont suivi ont libéré le Québec de l'obligation de construire cette centrale, mais n'ont pas résolu le problème fondamental de la gestion de la demande à moyen et long terme.Le monde a changé.Le passage d'un monde de surabondance à un monde de rareté énergétique invite le Québec à remettre en question sa politique traditionnelle de bas prix de l'électricité.Le nouveau contexte illustre beaucoup plus clairement qu'autrefois combien cette politique est source de surconsommation, de discrimination et d'imprévoyance.Afin de corriger la situation, le Québec serait sage d'imiter les Norvégiens et les Albertains.Il s'agirait de réduire l'écart entre les prix de MfmZ 246 L\u2019économie et les conditions de vie l'électricité du Québec et ceux de ses principaux partenaires commerciaux et de se servir des revenus ainsi récoltés pour des fins qui avantageront tous les Québécois plutôt que les grands consommateurs d'électricité seulement Le Québec pourrait ainsi financer plus adéquatement ses nouveaux équipements énergétiques, introduire un allégement fiscal non discriminatoire pour l'investissement et la création d'emploi dans tous les secteurs et sur tout le territoire, et rembourser progressivement sa dette afin de relever le défi démographique des années 2010 à 2025.Notes 1 RÉGIE DE L'ÉNERGIE DU QUÉBEC, Avis de la Régie de l'énergie sur la sécurité énergétique des Québécois à l'égard des approvisionnements électriques et la contribution du projet du Suroît, Document numéro A-2004-01, Montréal, juin 2004.2HYDRO-QUÉBEC, Plan stratégique 2004-2008, Montréal, octobre 2003 ; Idem, Rapport annuel 2003, Montréal, 2004.3\tRÉGIE DE L'ÉNERGIE DU QUÉBEC, Op.rit., tableaux A-n et A-14.Note : un térawattheure est égal à un milliard de kilowattheures.4\tIdem, Graphique B-3.5\tIdem, 6HYDRO-QUÉBEC, Rapport annuel 2003, Montréal, 2004.En 2003, Hydro-Québec a tiré 1,137 millions de dollars de ses ventes de 13,7 térawattheures sur les marchés à court terme hors Québec, ce qui donne un prix moyen de 8,3 cents le kilowattheure.7 MINISTÈRE DES RESSOURCES NATURELLES, DE LA FAUNE ET DES PARCS, « Tableaux 1.2 et 1.3 », dans L'energte au Quebec, Édition 2003, Québec, 2004.8HYDRO-QUÉBEC, Comparaison des prix de l'électricité dans les grandes villes nord-américaines, Montréal, 2004.Hydro-Québec.Rapport annuel 2003, Montréal, 2004.La moyenne pondérée des prix au Ier mai 2003 était de 5,2 cents à Montréal et de 7,8 cents à Ottawa.Le produit des ventes d'électricité au Québec s'est établi à 8,578 millions de dollars en 2003.Si les tarifs avaient été plus élevés de 50 %, ce produit aurait atteint 12,867 millions de dollars, soit 4,289 millions de plus.Au lieu d'être 1,962 millions de dollars, le bénéfice d'Hydro-Québec aurait donc grimpé à 6,251 millions de dollars.9HYDRO-QUÉBEC, Comparaison des prix de l'électricité dans les grandes villes nord-américaines, Montréal, 2004.Il s'agit des prix avant taxes en vigueur au Ier mai 2003.I0HYDRO-QUÉBEC, Rapport annuel 2003, Montréal, 2004.En 2003, le secteur industriel a consommé 72,6 des 167,1 térawattheures vendus au Québec.Pour Hydro-Québec, le produit des ventes industrielles a atteint 2,742 millions de dollars sur des ventes totales de 8,578 millions de dollars.Les utilisateurs autres qu'industriels ont donc acheté 94,5 térawattheures, qu'ils ont payés 5,836 millions de dollars.Le prix moyen a donc été de 3,8 cents le kilowattheure pour les utilisateurs industriels et de 6,2 cents pour les autres utilisateurs.Si le secteur industriel avait lui aussi payé 6,2 cents plutôt que 3,8 cents, la différence de 2,4 cents appliquée aux 72,6 térawattheures consommés aurait rapporté 1,7 milliard de dollars de plus à Hydro-Québec.247 L\u2019état du Québec COMMERCE INTERNATIONAL Le Québec et la Chine : David contre Goliath ?Joëlle Noreau Économiste, Mouvement Desjardins L'Orient a toujours exercé une certaine fascination sur l'Occident Avec l'essor économique que connaît la Chine depuis dix ans, cet envoûtement s'est mué en convoitise pour ceux qui y voient un marché d'exportation colossal et en épouvante pour ceux qui rivalisent avec elle sur les marchés mondiaux.Faut-il craindre la Chine ?Non, il faut davantage nourrir un sentiment d'urgence qui mène à l'action que de se laisser paralyser par le gigantisme du phénomène chinois.Indéniablement, l'Empire du Milieu est en voie de gagner le titre de leader manufacturier du monde, comme l'ontporté avantlui l'Angleterre, les États-Unis et le Japon.Certains prétendent qu'« on n'a pas tout vu » et que les lendemains qui déchantent s'en viennent.Par contre, d'autres font valoir que les Chinois n'ontpas tout vu non plus et que la vigueur de leur économie repose sur des assises plus ou moins solides.Quoi qu'il en soit, les entreprises québécoises ne peuvent ignorer la Chine et attendre qu'une éventuelle débandade financière ne les sauve de la disparition.À défaut de pouvoir rivaliser sur le terrain des bas coûts, il faut travailler à de nouvelles solutions pour garder les gens d'ici au travail.Un gigantisme qui effraie En 2003, la Chine comptait environ 1,27 milliard d'habitants, soit près de 175 fois la population québécoise.Statistiquement parlant, la Chine: \u2022\tcomptepour20,8°/odela population mondiale ; \u2022\treprésente 12,6°/oduPIB mondial; \u2022\tse classe au troisième rang des pays importateurs au monde avec une part de 5,3%; \u2022\tse classe au quatrième rang des pays exportateurs au monde avec une part de 5,9%.Depuis l'entrée de la Chine dans l'Organisation mondial du commerce (OMC) en 2001, les échanges commerciaux se sont considérablement multipliés.En 2003 elle a ravi au Mexique la deuxième place, après le Canada, au chapitre des pays d'origine des produits importés par les États-Unis.La Chine occupe également le troisième rang au 248 L'économie et les conditions de vie Canada et au Québec.Cette année-là, 6,2% de la valeur totale des marchandises importées au Québec provenaient de la Chine, alors que ce pourcentage s'établissait à 5,4 % l'année précédente.La meilleure défense est-elle l'attaque?Depuis quelques années plusieurs firmes ont produit des études qui chiffraient en millions les disparitions de postes aux États-Unis au profit de la Chine et de l'Inde.Dans les faits, un certain nombre de sociétés ont décidé d'impartir une partie de leur production en Chine, causant ainsi le déplacement d'emplois en Amérique du Nord vers l'Asie.Toutefois, les pronostics funestes des grandes sociétés de consultation ne se sont pas complètement matérialisés.Le phénomène est réel mais n'atteint pas encore les sommets estimés.En parallèle, le déficit commercial américain avec la Chine s'est creusé davantage en 2003.Il a même atteinti24 milliards de dollars américains cette année-là alors qu'il atteignait environ 10\tmilliards de dollars américains au début de la décennie 1990.Au Canada, 11\ts'est chiffré à 13,8 milliards de dollars canadiens en 2003.Dans un tel contexte il n'estpas étonnant que les réflexes protectionnistes se soient aiguisés, notamment aux États-Unis.Une pluie de requêtes tombe sur le Département du commerce américain (DOC) pour qu'il impose des droits anti-dumping sur les produits chinois.La liste des produits « suspects » s'allonge et, à ce jour, les téléviseurs (plus de trois millions d'unités vendues annuellement) les textiles, l'acier, les meubles et le soya, pour ne nommer que ceux-là, sont l'objet de dénonciations et souvent même de sur taxation.Par contre, si l'imposition de tarifs pénalise l'entrée ou l'achat de produits chinois à court terme, c'est une arme qui peut se retourner, à moyen terme, contre celui qui la brandit Comme la Chine est membre de l'OMC, elle peut porter plainte contre les États-Unis pour pratiques déloyales.Les luttes commerciales sont longues mais peuvent s'avérer payantes pour le pays pénalisé.La stratégie qui consiste à fermer les frontières, dans le contexte actuel d'ouverture des marchés, n'a pas d'avenir.La Chine est-elle invincible?Derrière cette image de rouleau compresseur qui poursuit inéluctablement sa marche vers la conquête du monde, se cachent des défis colossaux.La gestion d'un développement économique et démographique rapide, tel que le connaît la Chine actuellement, met en péril la stabilité sociale.Cet équilibre estpourtantnécessaire à une croissance ordonnée et continue de l'économie.Les investisseurs sont intéressés à y injecter des capitaux dans la mesure où la sécurité financière est apparente et que la paix sociale est garantie.Cependant, personne n'est en mesure d'offrir de certitudes.Au chapitre de l'économie, la croissance fulgurante fait craindre une surchauffe.Par ailleurs, la frénésie des investissements pousse de nombreux observateurs à se questionner sur la solidité du système financier.La course Quoi qu 'il en soit, les entreprises québécoises ne peuvent ignorer la Chine et attendre qu 'une éventuelle débandade financière ne les sauve de la disparition.249 L\u2019état du Québec La Chine compte pins à 'un atout dans son jeu, sa monnaie n 'étant pas le moindre.aux profits et la prolifération de petites banques, souvent sous-capitalisées, changerontpeut-être le miracle en mirage.On craint par ailleurs que les mesures entreprises par Pékin depuis mars 2004 pour maintenir son taux d'inflation aux environs de 3 % n'apportent pas le résultat souhaité.Ralentir une économie qui roule à fond de train a toujours été difficile et l'histoire économique compte plus d'insuccès à ce chapitre que de succès.Un ralentissement trop brusque bousculerait l'économie des partenaires régionaux, notamment la Corée du Sud et le Japon, mais il aurait également des répercussions sur les économies occidentales qui s'approvisionnent de plus en plus en composantes diverses en Chine.Au chapitre du marché du travail, le pays compte plus de 160 millions de sans-emplois, ce qui représente plus de vingt fois la population québécoise ! Parmi eux, environ 150 millions sont des travailleurs agricoles en surplus dans les zones rurales.L'inégalité est croissante entre les campagnes et les villes industrialisées auxquelles on accède grâce à un visa de résidence émis par les autorités.Dans l'espoir de trouver du travail, certains outrepassent les formalités administratives.Devenant par le fait même des illégaux, ils n'ont aucun pouvoir de négociation et amènent à la baisse les conditions de travail.Par ailleurs, beaucoup de Chinois sont des ex-travailleurs mis au chômage à la suite de la fermeture de nombreuses entreprises d'État non performantes, ce qui ajoute au nombre des insatisfaits.Par ailleurs, la Chine fait face à des problèmes de corruption, de salaires non payés et de conditions de travail déplorables qui font l'objet de milliers de manifestations chaque année.Les disparités régionales et le développement à deux vitesses entre le Nord-Est du pays, qui n'en finit plus de s'appauvrir, et la côte Est (Pékin, Shanghai et Canton) créent une insatisfaction qui menace l'équilibre social, condition essentielle au développement de la Chine.La véritable menace : la monnaie La Chine compte plus d'un atout dans son jeu, sa monnaie n'étant pas le moindre.Depuis 1994, le yuan (aussi appelé renminbi : monnaie du peuple) esta parité fixe avec le dollar américain.Le taux de change est de 8,27 yuans pour un dollar américain, avec une minuscule bande de fluctuation qui est plus symbolique que réelle (entre 8,27 et 8,28).Comme le dollar américain a chuté depuis deux ans, les produits chinois sont devenus de moins en moins chers.Dans une logique commerciale nord-américaine où « le prix le plus bas faitloi », les produits chinois ontpeu à peu envahi les tablettes des commerces et relégué au second rang (parfois même mis à la porte) les producteurs locaux.Avec une monnaie qui se dévalue, il n'est donc pas étonnant de voir progresser les importations chinoises en Amérique du Nord et ailleurs sur la planète.Toutefois, les pressions s'accentuent pour que les autorités chinoises réévaluent leur monnaie.Les partisans d'une révision à la hausse évoquent le surplus commercial imposant de la Chine avec les États-Unis et l'Europe et les importants investissements directs étrangers dans ce pays comme preuves que la 250 L'économie et les conditions de vie monnaie est sous-évaluée.Par ailleurs, les bas prix des manufacturiers chinois contribuentà entretenir le spectre de la déflation en Amérique du Nord et en Europe.D'un autre côté, les lobbys (des fabricants américains notamment) se font entendre de plus en plus pour dénoncer la concurrence « déloyale » attribuable à un yuan sous-évalué.Dans l'immédiat, les autorités chinoises ne changerontpas le régime monétaire, mais elles pourraientéventuellement consentir à un assouplissement en élargissant la bande de fluctuation de leur monnaie.Afin d'éviter d'adopter un régime de taux de change flexible, on a plutôt privilégié l'assouplissement de certaines restrictions sur les sorties de capitaux.Le bassin de main-d'œuvre La Chine dispose d'un bassin de main-d'œuvre considérable.À cela s'ajoutent des salaires dérisoires en regard des standards nord-américains et européens.Par ailleurs, les conditions de travail sont particulièrement difficiles pour bon nombre de travailleurs.La majorité d'entre eux n'ont pas de semaines de vacances et encore moins de congés de maladie.Un employé qui doit s'absenter a le devoir de trouver un remplaçant pour ne pas ralentir la cadence de production de l'usine.Le rythme de travail dans le secteur manufacturier est de 12 heures par jour, six jours par semaine.Bref, ces conditions de travail peuvent susciter la grogne, mais la présence des « illégaux», qui constitue une main-d'œuvre « de substitution » docile, réduit le pouvoir de négociation des travailleurs.Le passeport de l'OMC Enfin, la Chine dispose désormais d'un passeport commercial pour ses produits depuis son adhésion à l'OMC (Organisation mondiale du commerce) en décembre 2001.En tant que membre de l'Organisation, le pays doit se conformer aux règles, et cela n'estpas chose faite.Les mesures de représailles peuvent pleuvoir, comme on l'a vu par le passé.L'organe de règlement des différends peut accorder à des États reconnus comme victimes de pratiques commerciales douteuses, la permission de surtaxer certains produits du pays pris en faute.Par ailleurs, la Chine n'a pas harmonisé toutes ses pratiques commerciales : ces dernières varient d'une zone à l'autre.Les plaintes pourraient s'accumuler dans les années à venir.On ne peut nier que l'avancée commerciale de la Chine est fulgurante.Toutefois, le passé n'est pas garant de l'avenir, même si le pays a le vent en poupe.Il est vrai que les échéances des Jeux olympiques de 2008 et de l'Exposition universelle de 2010 lui donnent une forte impulsion.Mais au jeu des prix les plus bas, les Chinois pourraient se faire couper l'herbe sous le pied par les nations de l'Asie du Sud-Est Un goulot d'étranglement important : le transport Actuellement, les infrastructures de transport ne suffisent pas à la demande.Les systèmes routier et ferroviaire sont congestionnés.À titre d'exemple, 40 % du transport ferroviaire est dédié au charbon, destiné à alimenter les centrales thermiques qui produisent une bonne partie de l'électricité en Chine.La congestion des transports est telle que le charbon n'arrive pas à temps, provoquant ainsi des 251 L\u2019état du Québec Devant l'essor des importations chinoises au Québec et partout sur le continent nord-américain, il y a lieu de s'interroger sur l'avenir de nos entreprises.pannes d'électricité.À leur tour, les interruptions de courant génèrent des retards dans la production manufacturière.Ces délais de production et de livraison amènent des coûts supplémentaires.La présence chinoise s'affirme au Québec En dépit de ces embûches, le nombre de produits portant le label « made in China » s'accroît tout de même dans les commerces québécois.À la lumière des chiffres qui suivent, on n'ose pas penser ce qu'il en serait si l'économie chinoise disposait de toutes les infrastructures dont elle a besoin.Il est indéniable que les échanges commerciaux entre le Québec et la Chine ont progressé de façon considérable depuis une quinzaine d'années.La Chine est notre troisième partenaire commercial en matières d'importations internationales, immédiatement après les États-Unis et le Royaume-Uni.Au chapitre des exportations, elle se classe huitième en 2004 comme destination des produits québécois.En 2003, les exportations québécoises ont diminué pour la première fois depuis 1999 en raison d'une chute dramatique des exportations d'avions entiers avec moteurs.Les exportations vers la Chine ont diminué d'environ 23 % alors que les importations ont crû de 14 %.Ce faisant, le ratio de la valeur des importations chinoises sur les exportations destinées à la Chine, a bondi pour s'établir à 7,2 alors qu'il s'établissait à 4,9 en 2002.Après cinq mois en 2004, le ratio était aux environs de 8 %.Le secteur manufacturier québécois Devant l'essor des importations chinoises au Québec et partout sur le continent nord-américain, il y a lieu de s'interroger sur l'avenir de nos entreprises.Avec un dollar canadien qui s'est apprécié et dont les perspectives sont davantage à la hausse qu'à la baisse, le tapis est-il en train de nous glisser sous les pieds ?La concurrence chinoise n'est pas un phénomène nouveau : elle suscite encore plus d'inquiétude lorsque le dollar canadien progresse.Les secteurs industriels les plus touchés sont sur leurs gardes depuis un bon moment : un nombre croissant d'industriels confient déjà une partie de leurs opérations à des sous-traitants chinois pour abaisser leurs coûts de production.Le cas de l'industrie du meuble est éloquent et servira en quelque sorte de jalon pour la réflexion.Il permettra également de prendre conscience que les difficultés rencontrées par le secteur manufacturier québécois ne sont pas attribuables qu'à la Chine.Le secteur manufàcturier québécois ne peut demeurer coi.L'industrie du meuble Le secteur du meuble est un exemple éloquent car il est particulièrement touché par la concurrence chinoise.Avec la prolifération des Wal-Mart et autres magasins à grande surface (par ex.: Home Depot, Club Price, Sears Décor), on privilégie le volume plutôt que la diversité.L'émergence de chaînes spécialisées (par ex.: Bureau en Gros, The Brick) accentue ce phénomène, qui favorise davantage les producteurs chinois capables de produire une quantité phénoménale d'un seul modèle de meuble à faible coût.252 L'économie et les conditions de vie Les entreprises québécoises sont généralement de petite taille ou de taille moyenne.L'affiliation à un ou deux détaillants qui exige(ent) l'exclusivité leur enlève toute marge de manœuvre et les confine à un type de production standardisée.De plus, le fait de limiter sa production à un seul commerce accroît la dépendance du manufacturier face à ce dernier.En cas de coup dur, l'effet domino les emporte tous.Par ailleurs, le marché du meuble québécois a connu un essor considérable depuis l'entrée en vigueur du traité de libre-échange avec les États-Unis.Les exportations ont crû à un rythme fulgurant.Alors qu'on aurait pu s'attendre à une réduction importante de la cadence des livraisons manufacturières de meubles depuis le ralentissement américain de 2000-2001, cela n'a pas été le cas.Le dynamisme du marché de l'habitation est venu « sauver les meubles » : le marché de la revente est trépidant au Canada et au Québec, et le nombre des mises en chantier fiole les records de la fin des années 1980, ce qui soutientl'achatde meubles et d'appareils électroménagers.Toutefois, il faut s'attendre à une baisse de cadence chez les manufacturiers québécois dans les prochaines années, attribuable à la fois à un rythme de revente et de mises en chantier plus modéré et à une concurrence chinoise, mexicaine et polonaise accrue.Quelles sont les solutions possibles?D'abord, les producteurs québécois peuvent offrir à la fois la diversité et la flexibilité, ce qui leur permet de produire sur mesure et dans des délais très courts.Ils doivent mettre l'accent sur une stratégie qui met en valeur la diversité de leurs produits par rapport à la production en série.Cela veut dire mettre en évidence la réputation de qualité et « d'exclusivité » qui leur a fait pénétrer le marché américain jusqu'ici.De plus, certains producteurs de meubles (par ex.: Dorel) ont déjà accordé une partie de leur production à des usines chinoises afin de pouvoir se concentrer sur les produits qui ont une plus forte valeur ajoutée dans les usines du Québec et du Canada.Le parcours de l'industrie du meuble ressemble à celui d'autres secteurs manufacturiers québécois.Cependant, les solutions ne peuvent être toutes calquées.Dans le secteur du textile et celui du vêtement, la concurrence est bien présente.On sait pertinemment que le déferlement des produits de Chine, d'autres pays asiatiques ou encore d'Amérique latine est prévisible en 2005 lorsque les contingents à l'importation seront éliminés.Il serait illusoire de croire que l'industrie québécoise ne perdra pas d'emplois.Cependant, le Québec dispose d'atouts que n'ont pas nécessairement les producteurs des pays émergents ; il s'agit de la flexibilité (délai de réponse, sur-mesure, distance), de l'exclusivité (petits lots), de la proximité avec le marché américain et, bien sûr, de la recherche qui permet de créer une différence.À cet effet, plusieurs usines québécoises se spécialisent : Filaq et Pyrotech produisent des textiles résistant à de hautes températures ; Stedfast se spécialise dans le domaine médical.La firme Nexia Technologies, qui a mis au point un produit à base de protéines recombinantes de soie d'araignée, a choisi une voie très audacieuse qui lui rapporte.Mais tout le monde n'a pas de programme de recherche aussi sophistiqué.253 L\u2019état du Québec Les producteurs de matériel électronique, eux, font face à un redoutable concurrent.Il est difficile de différencier les sous-composantes d'un ordinateur.Bien souvent, l'acquéreur ne se soucie pas de la provenance des pièces : il recherche une aubaine.Le type de production créée ici risque de changer au cours des prochaines années.Le même phénomène s'applique à l'industrie du plastique.Quand on sait que 70 % des briquets jetables sont fabriqués en Chine, il vaut mieux diriger la production vers des produits plus complexes.Là encore, le sur-mesure, la rapidité d'exécution et la proximité sont des atouts sur lesquels l'industrie québécoise peut tabler.Il en est de même des articles de sport : les usines de bicyclettes Procycle et Victoria au Québec l'ont appris douloureusement, même avec des mesures antidumping reconduites jusqu'en 2007.Il ne reste de la place que dans les produits haut de gamme.D'autres secteurs sont ébranlés par la concurrence chinoise; il s'agit des produits chimiques, des pièces automobiles, des produits électriques.Goliath gagnera-t-il cette fois-ci ?La position du Québec face à une telle Il faut d'abord connaître les concurrents de son propre secteur d'activité et éviter l\u2019affrontement sur les mêmes produits.puissance économique a des allures d'affrontement à la David contre Goliath.Il est vrai que la vitesse de progression de la Chine a de quoi effrayer, mais elle n'est pas sans risques.En effet, au cours des décennies i960,1970 et 1980, tous les espoirs étaient tournés vers le Japon, mais les multiples problèmes structurels de cette économie l'ont maintenu dans l'immobilisme de 1990 à 2002.L'essor que connaît actuellement le Japon est partiellement attribuable à celui de la Chine.Si la Chine tombe, comment se relèvera-t-elle ?Par ailleurs, le commerce ne peut être unidirectionnel : si la Chine n'accélère pas les changements à ses règles commerciales et ne favorise pas l'entrée des produits étrangers chez elle, elle sera mise au banc des accusés à l'OMC.Pour ce faire, elle devra abaisser les barrières tarifaires et diminuer les rabais de taxes pour les sociétés exportatrices, à défaut de quoi elle pourrait subir un effet de ressac infligé par les nations qui importent ses produits.La concurrence sur les prix : une bataille perdue d'avance Y a-t-il des solutions pour les entreprises nord-américaines ?Oui.Il faut d'abord connaître les concurrents de son propre secteur d'activité et éviter l'affrontement sur les mêmes produits.Par ailleurs, limiter la vigie concurrentielle à la Chine est un piège, parce que cette dernière perd des emplois au profit d'autres pays en émergence.Le Conference Board estime que de 1995 à 2002, la Chine a perdu environ 15 millions d'emplois manufacturiers (textile, acier, machinerie, produits minéraux mon-métalliques, etc.) au profit de pays en émergence.Des changements de production modifientsouventl'organisation du travail et amènent une plus grande automatisation.Par ailleurs, pour se différencier et aller vers des produits plus complexes ou de haute technologie, il faut investir dans la recherche et la formation de la main-d'œuvre.De plus, les 254 L'économie et les conditions de vie délais de livraison, le service après-vente et la personnalisation des commandes peuvent faire toute la différence.Il y a longtemps que nous savons qu'il faut investir pour augmenter la productivité et mettre en évidence les qualités des produits québé- cois ; l'arrivée de la Chine comme concurrent redoutable est un argument de plus pour agir promptement.Le secteur manufacturier est-il en voie de disparition ?Non, mais il est menacé au Québec comme au Canada et aux États-Unis.Références CENTRE DES TECHNOLOGIES TEXTILES.La Revue canadienne du textile, mars-avril 2003.CONFERENCE BOARD OF CANADA.« China\u2019s Experience with Productivity and Jobs : Benefits and Costs of Change », dans Report R-13 52, juillet 2004.FOND MONÉTAIRE INTERNATIONAL (FMI).World Economic Outlook, avril 2004.GROUPE DE RECHERCHE EN MANAGEMENT STRATÉGIQUE - UQAM.Portrait economique de l'industrie de la fabrication du meuble au Quebec, 2002.GROUPE DE TRAVAIL SURL\u2019INDUSTRIE DE LA MODE ET DE L\u2019HABILLEMENT (CRDÎM).octobre 2002.INSTITUT DE LA STATISTIQUE DU QUÉBEC.«Valeur des exportations internationales, selon les principaux pays de destination et les principaux produits de destination et les principaux produits exportés », mars 2004 [en ligne] www.stat.gour.qc.ca MINISTÈRE DU COMMERCE INTERNATIONAL DU CANADA.Le point sur le commerce en 2004, mars 2004.ORGANISATION MONDIALE DU COMMERCE (OMC).International Trade Statistics 2003, novembre 2003.STATISTIQUE CANADA.« Le commerce du Canada avec la Chine », L'Observateur économique canadien, juin 2004.255 L\u2019état du Québec L\u2019ÉTAT DE L\u2019ÉCONOMIE QUÉBÉCOISE Espoirs de relance et défis économiques Hélène Bégin et Mathieu D'Anjou Économistes, Federation des Caisses Desjardins Le début du XXIe siècle est, jusqu'à maintenant, assez cahoteux pour l'économie du Québec ; les périodes de ralentissement et de reprise se succèdent, empêchantl'économie d'afficher une tendance claire.Bien que les lacunes structurelles de l'économie québécoise peuvent être montrées du doigt, elles ne sont pas les premières responsables des récents soubresauts de la croissance du PIB réel.En fait, le Québec a plutôt démontré, sur le plan économique, une bonne résistance aux événements qui ont affecté l'économie nord-américaine depuis le début du millénaire.La province est d'abord parvenue à éviter la récession qui a frappé les États-Unis en 2001.La progression du PIB réel s'est élevée à 1,7 % au Québec cette année là, un rythme de croissance semblable à celui du Canada, mais bien au-dessus du mai-greo,5 % obtenu aux États-Unis.Parla suite, l'année 2002 s'est inscrite sous le signe de la relance.Le redressement économique a été remarquable à mains égards pour le Québec.La province s'est distinguée par un marché du travail florissant, une envolée du marché de l'habitation et une poussée des dépenses gouvernementales en infra- structures.Le Québec a alors pris les devants sur ses deux principaux partenaires commerciaux en affichant une croissance économique de 4,2 % en 2002.La lune de miel n'a pas duré.Le contexte géopolitique instable lié au conflit irakien s'est rapidement répercuté sur les marchés financiers puis sur l'économie américaine qui a tardé à prendre son envol.De plus, l'année 2003 s'est caractérisée par une forte appréciation du dollar canadien.Le huard a connu la progression la plus rapide de son histoire, partant d'un niveau inférieur à 64 cents américains en début d'année pour atteindre les 77 cents à la fin 2003.Les industries exportatrices du Québec ont été frappées de plein fouet, prolongeant du même coup la récession manufacturière amorcée en 2001.Fort heureusement, l'économie intérieure est demeurée robuste en 2003 et a permis à l'économie québécoise d'afficher une croissance de 1,9 % du PIB réel.Celui-ci s'est par conséquent établi à près de 235 milliards de dollars (en dollars constants de 1997).Si, à première vue, la faible performance économique du Québec en 2003 256 L'économie et les conditions de vie s'apparente à un accident de parcours, elle met néanmoins en relief sa vulnérabilité au contexte économique international.Le Québec, à titre de société ouverte sur le monde, doit composer avec l'étroitesse de son économie domestique.Cette dépendance à l'égard des marchés extérieurs pour assurer sa prospérité rend le Québec vulnérable aux fluctuations de l'économie mondiale, notamment de l'économie américaine.Dans ce contexte, il est impératif de bien cerner les problèmes structurels qui minent la compétitivité de notre économie afin d'en amoindrir les conséquences au cours des prochaines années.2003 : une année parsemée d'embûches L'année 2003 a été particulièrement éprouvante pour l'économie du Québec.Alors que la province venait tout juste de reprendre son envol après le ralentissement économique de 2001, une série d'événements est venue retarder l'amorce d'un nouveau cycle de croissance.D'une part, plusieurs événements imprévus ont perturbé l'économie canadienne.Citons par exemple l'épidémie de pneumonie atypique à Toronto, les feux de forêts dans l'Ouest, l'embargo sur le bœuf canadien, le dif férend commercial sur le bois-d'œuvre et la panne d'électricité en Ontario.Le Canada, qui avait déjà du mal à encaisser l'envolée du huard et le redressement tardif de l'économie américaine, n'a pas tardé à ralentir la cadence.Cela a forcé les autorités monétaires à changer de cap dès l'été 2003 en amorçant une diminution des taux d'intérêt directeurs.Les cinq baisses successives de 25 points de base se sont échelonnées jusqu'en avril 2004, amenant le taux d'escompte à 2,25 %, un plancher des quarante dernières années.Comme le tiers des expéditions est destiné aux autres provinces, les difficultés économiques du pays ont fait écho jusqu'ici.Au même moment, la chute des exportations en sol américain (où sont destinées plus de 80 % de nos exportations internationales) s'est poursuivie, rendant la vie dure aux manufacturiers de la province.Tout le secteur industriel a été ébranlé par les déboires du commerce extérieur.Les profits des entreprises ont chuté, l'investissement a fléchi et des mises à pied ont dû être effectuées dans plusieurs secteurs.En somme, 2003 est une année à oublier pour les entreprises.Celles-ci ont dû à la fois encaisser les contrecoups des difficultés de l'économie canadienne, composer avec le redressement tardif de l'économie américaine ainsi qu'avec la montée du huard qui a rendu nos produits moins compétitifs.Ce sont les dépenses des ménages consacrées à la consommation de biens et services et à l'habitation qui ont permis à l'économie québécoise de maintenir la tête hors de l'eau en 2003.Ceux-ci resteront actifs en 2004 et en 2005 mais les entreprises, par leurs investissements, seront appelées à fournir un apport plus substantiel à la croissance de l'économie.Les consommateurs gardent le fort Les dépenses en biens et services des ménages accaparent près de 60 % de l'économie québécoise.Heureusement, ceux-ci ont été fort actifs en 2003, ce qui 257 L\u2019état du Québec a soutenu la croissance du PIB réel.Les consommateurs ont accru leurs dépenses de 3,3 % pour une seconde année consécutive, agissant comme rempart face aux difficultés du secteur industriel.Or, la question se pose : quels éléments prédisposent les ménages à soutenir l'économie ?D'abord, un incontournable, le bas niveau des taux d'intérêt Cela a fortement moussé la construction résidentielle ainsi que l'achat de biens durables, tels que les meubles, les appareils électriques et électroniques ainsi que les automobiles.Il s'est d'ailleurs vendu 420 000 véhicules neufs au Québec en 2003, frôlant le niveau record atteint l'année précédente.Les offres de financement alléchantes ont sans contredit joué un rôle de premier plan dans l'embellie des dépenses de consommation.Évidemment, l'accessibilité au crédit remet sur la table toute la problématique de l'endettement des ménages.Bien que l'ascension du taux d'endettement et la chute du taux d'épargne survenus au cours des dix dernières années font régulièrement la manchette de l'actualité économique, l'analyse plus complète de la situation financière des ménages apporte un certain réconfort Le ratio des dettes en regard du revenu paraît effectivement élevé (87 % du revenu après impôt), mais il est trompeur puisqu'il ne tientpas compte de la valeur des actifs détenus par les particuliers.En fait, à peine 20 % de leur patrimoine financier et non financier est grevé de dettes.De plus, le poids des paiements d'intérêt est actuellement très faible, notamment en raison du faible niveau des taux hypothécaires, ce qui allège le fardeau des emprunts.Les consommateurs sont donc en mesure de faire face à une remontée des taux d'intérêt, à moins, bien sûr, d'un revirement majeur du contexte économique qui ferait monter en flèche le coût du crédit.Le portrait complet de la situation financière des ménages, beaucoup moins alarmant que l'on imagine, explique la forte confiance des consommateurs québécois.En effet, selon l'enquête effectuée par le Confèrence Board du Canada, l'optimisme des ménages en 2003 etau début de 2004 approchait le sommet historique de 2002.Le lien entre la confiance et la vigueur des dépenses de consommation est limpide.Il s'agit donc d'un baromètre fort utile pour cerner l'état d'esprit des consommateurs et son incidence sur l'activité économique.Le marché du travail : un manque de vigueur passager L'évolution du marché du travail, qui détermine la progression des revenus des ménages, influence aussi les dépenses de consommation.Rappelons que l'année 2002 avait été remarquable sur le plan de la création d'emplois.Le Québec s'était enrichi de près de 120 000 travailleurs, et le taux de chômage avait fléchi à 8,6 %, un des plus bas niveaux depuis le milieu des années 1970.Cet exploit n'a pu être répété en 2003.L'évolution du marché du travail a été à l'image de l'économie, qui a traversé une période de ralentissement.L'emploi a évolué en dents de scie au fil de l'année, traduisant bien les hésitations du secteur industriel.Le bilan annuel s'est tout de même avéré positif au chapitre de la création d'emplois.258 L'économie et les conditions de vie Environ 57 000 postes se sont ajoutés, soit la moitié des gains obtenus l'année précédente.L'année 2003 s'est caractérisée par de lourdes pertes d'emplois dans le secteur manufacturier en raison de l'affaissement du commerce extérieur.Le secteur des services a toutefois bien fait en embauchant près de 70 000 personnes additionnelles.Il faut dire que plusieurs branches d'activité reliées aux services dépendent principalement de l'économie interne, qui est restée vigoureuse en 2003.Par exemple, la main-d'œuvre des commerçants s'est accrue de 10 000 personnes, en parallèle avec la progression des ventes au détail.L'effervescence du secteur de la construction s'est également répercutée sur l'emploi avec l'ajout de 12 000 postes.La mollesse du marché du travail en 2003 s'est traduite par une hausse du taux de chômage.En effet, la création d'emplois moins soutenue n'a pas été suffisante pour combler les besoins des chercheurs d'emplois venus gonfler les rangs de la population active.Le taux de chômage a par conséquent grimpé à 9,1 %, une hausse de 0,5 % par rapport à l'année précédente.Ce manque de dynamisme du marché du travail n'a pas été trop pénalisant puisque les gains d'emplois exceptionnels de 2002 ont continué de produire des effets positifs sur le moral des ménages ainsi que sur les dépenses de consommation tout au long de 2003.Avec la relance économique qui prend de l'ampleur, la création d'emplois devrait retrouver un rythme plus soutenu.Celle-ci se manifeste toujours avec un certain décalage par rapport à la croissance de l'économie.Les employeurs préfèrent avoir la certitude que la conjoncture s'améliore avant de réembaucher.Les choses devraient donc se replacer après un premier semestre 2004 un peu décevant pour les chercheurs d'emplois.Le secteur manufacturier, qui reprend graduellement son envol avec le redressement du commerce extérieur, s'ajustera en recrutant de la main-d'œuvre.Cela permettra une création d'emplois plus soutenue en deuxième moitié de 2004 ainsi qu'en 2005.Le secteur résidentiel : un atout de taille Le marché de l'habitation est, depuis 2002, un véritable fer de lance pour l'économie du Québec.Après avoir piétiné presque tout au long des années 1990, le secteur résidentiel connaît sa meilleure période depuis la fin des années 1980.La présente phase d'expansion se caractérise par un véritable boom de la construction neuve, accompagné d'un marché de la revente en pleine ébullition et d'une poussée des dépenses en rénovation.Brefj toutes les composantes du marché de l'habitation participent à l'effervescence actuelle.Compte tenu des retombées importantes de ce secteur sur l'ensemble de l'économie, les effets positifs sont nettement perceptibles sur la croissance du PIB réel.Le marché de l'habitation, qui a été l'un des piliers de l'économie québécoise au cours des dernières années, pourrait graduellement perdre de la vigueur sans toutefois s'effondrer comme ce fut le cas à l'aube des années 1990.Voyons pourquoi.L'essor du secteur résidentiel a pris fin brutalement au début des années 1990 alors que la montée des taux d'intérêt a entraîné une profonde récession 259 L\u2019état du Québec au Canada et au Québec.Le taux d'intérêt pour une hypothèque d'un terme de cinq ans a même avoisiné 14% au printemps 1990.La construction neuve s'est alors effondrée et le taux d'inoccupation des logements locatifs a grimpé en flèche, atteignant un sommet de 7,5 % en 1992.Bref; l'offre de logements est devenue largement excédentaire de sorte que les surplus ont mis près de dix ans à se résorber.Cette fois-ci, les facteurs fondamentaux qui dictent la conduite du marché résidentiel sont nettement plus positifs et écartent la possibilité d'un tel dénouement D'abord, le Québec est aux prises avec une sérieuse pénurie de logements.Le taux d'inoccupation des logements locatifs, qui se situait à 1,3 % en 2003, est nettement sous le niveau d'équilibre évalué à 3 %.Le marché est particulièrement en déficit d'appartements de moyen et de bas de gamme, des segments moins attrayants pour les promoteurs qui préfèrent se tourner vers d'autres types de construction plus rentables.graphique 1 Québec : construction résidentielle, la plus forte activité depuis 1998 so 70 SI 82 83 84 85 86 87 SS 89 90 91 92 93 94 95 96 97 98 99 00 01 02 03 04 H Mise en chantier Source : SCHL, Mouvement Desjardins; Prévisions 2004, En second lieu, l'environnement économique se distingue par la faiblesse des taux d'intérêt hypothécaires qui, malgré la remontée pressentie, resteront faibles d'un point de vue historique.En mars 2004, un taux officiel de 5,7 % était exigé pour un prêt d'une échéance de cinq ans.Il s'agit du plus bas niveau enregistré au cours des 30 dernières années.Ainsi, le relèvement du coût d'emprunt viendra graduellement tempérer l'élan du marché de l'habitation sans le mettre en état de choc.Même si le taux d'intérêtpour un terme de cinq ans atteignait 8%, le coût du crédit resterait relativement abordable.Finalement, contrairement à la fin des années 80, le marché de l'habitation n'est pas encore considéré comme spéculatif Bien que le marché résidentiel soit frénétique dans certains quartiers, le constat de bulle immobilière généralisée n'est pas de mise puisqu'il n'y a pas de surplus de logements, contrairement à la fin des années 1980.Voilà qui diffère de cette période lorsque l'effervescence s'est terminée par un réveil brutal.Du côté de la construction neuve, la situation actuelle diverge du boom de 1987 où les mises en chantier ont culminé avec 74 179 unités.La construction spéculative battait alors son plein dans le logement locatif, ce qui n'a pas tardé à inonder le marché.Cette fois-ci, la construction neuve connaît un essor plus sain.Les mises en chantier ont atteint 50 289 unités en 2003, ce qui tranche avec la moyenne de 31 000 unités des années 1990.La majorité de ces nouveaux logements trouvent rapidement preneur, ce qui permettra d'étirer les beaux jours pour 260 L'économie et les conditions de vie la construction résidentielle.Les mises en chantier devraient se situer entre 5 5 ooo et 60 ooo unités en 2004 avant de retraiter quelque peu l'année suivante.Ce sont les régions métropolitaines de Montréal, Québec et Sherbrooke qui ont connu l'essor le plus marqué des mises en chantier en 2003 avec des hausses respectives de 18 %, 31 %, et 25 %.Mais cette poussée de la construction résidentielle n'est pas uniquement l'apanage des grands centres puisque les municipalités de moins de 10 ooo habitants ont vu croître de 17 % le nombre de nouveaux logements.Le marché de la revente est lui aussi en pleine ébullition.Le nombre de transactions fracasse sans cesse de nouveaux records depuis quelques années et les prix ont considérablement grimpé.Pour une troisième année consécutive, le prix moyen des résidences vendues bondira de plus de 10 % en 2004.À l'échelle provinciale, le coût avoisinait déjà 175 ooo dollars cet été, une ascension de près de 60 ooo dollars depuis 2001.Ce retour à des augmentations de prix aussi rapides qu'à la fin des années 1980 ravive le spectre d'une bulle spéculative.Or, après la stagnation des prix dans la première moitié des années 1990, il y avait un certain rattrapage à faire.Pour ce qui est des transactions spéculatives, effectuées dans le but de revendre avec profit dans un court laps de temps, elles ne sont pas suffisamment nombreuses et étendues géographiquement pour généraliser le phénomène.À court terme, la montée des taux d'intérêt devrait contribuer à ralentir l'activité progressivement, ce qui permettra de contenir la flambée des prix.En somme, les fondements du secteur résidentiel sont actuellement solides, ce qui écarte la possibilité d'un affaissement brutal à brève échéance.À plus long terme, le choc démographique représentera le principal défi pour le marché de l'habitation, car il amènera des bouleversements profonds.Entreprises : place au redressement Alors que la consommation etl'habita-tion ont fait flèche de tout bois en 2003, le ralentissement économique est venu des entreprises.L'année n'a cependant pas été mauvaise pour toutes les industries du Québec.Le secteur des services, qui compte pour les deux tiers de l'économie québécoise, a connu une année tout a fait convenable avec une croissance réelle de 2,6 %.La situation a cependant été toute autre pour les entreprises manufacturières.Le PIB réel du secteur de la fabrication, un peu plus de 20 % de l'économie québécoise, a chuté de 2,1 %.Les difficultés de ce secteur ont entraîné un recul de 3,1% graphique 2 La remontée brutale du dollar canadien demandera de nombreux ajustements 0.08 0.75 0.70 0.65 0.60 1995 1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 US $ / CAN $ Source : Statistique Canada.261 L\u2019état du Québec des exportations, ce qui a fortement réduit la croissance économique en 2003.Il faut dire que les deux tiers des livraisons manufacturières québécoises sont expédiées hors des frontières de la province.Plusieurs facteurs expliquent les difficultés vécues par les manufacturiers québécois en 2003.En premier lieu, il faut savoir que ce secteur amorçait l'année du mauvais pied.Le ralentissement économique mondial depuis l'année 2001 a fortement affaibli la demande de produits manufacturiers.À l'exception d'une amélioration passagère en début de 2002, l'activité de l'industrie manufacturière québécoise a ainsi diminué du début de 2001 jusqu'à l'automne 2003.Les exportations du Québec ont suivi une tendance similaire.Déplus, certains secteurs très importants de l'économie québécoise font face à une conjoncture particulièrement difficile depuis quelque temps.L'industrie aéronautique vit dans la tourmente depuis les attentats terroristes du 11 septembre 2001.graphique 3 Entreprises : la relance est amorcée M$ 1997\tMS de 1997 I II III IV I II III IV I II III IV I II III IV I 2000\t2001\t2002\t2003\t2004 \u2014 PIB du secteur de la fabrication (gauche) Investissement en machines et matériel (droite) Source : Institut de la statistique du Québec, Les perspectives de ce secteur semblent cependant s'éclaircir.Le spectaculaire essor du secteur des technologies de l'information et des communications (TIC) a bmsquement freiné après l'éclatement de la bulle boursière.Les exportations de matériel de télécommunication, qui s'étaient hissées au premier rang des exportations internationales québécoises en 2000, ont fondu de près de 70 % depuis.La concurrence grandissante des pays émergents affecte presque toutes nos entreprises manufacturières, mais l'effet est particulièrement douloureux dans le domaine des textiles et des vêtements.Le déclin de ce secteur, qui compte toujours plus de 70 000 employés au Québec, s'est poursuivi en 2003 alors que les tarife et quotas ont été éliminés sur les importations en provenance des 48 pays les plus pauvres de la planète.Une nouvelle diminution des barrières commerciales en janvier 2005, pour se conformer aux règles de l'OMC, maintiendra la pression sur l'industrie du textile.À ceclimatdéjà morose se sontajoutés les nombreux chocs négatifs qui ont frappé l'économie canadienne en 2003 et la remontée brutale du huard.face à l'appréciation de 20 % du dollar canadien, les exportateurs québécois n'ont eu d'autres choix que d'augmenter leur prix (en devise étrangère) ou d'encaisser une diminution importante de leur marge de profit Heureusement, l'année 2003 s'est terminée sur une note plus positive et 2004 est bien amorcée.L'économie américaine est sortie de sa torpeur de manière spectaculaire depuis le printemps 2003 et a entraîné dans son sillage l'économie mondiale.Presque partout, les entreprises ont recommencé à investir et la demande en biens manufacturiers est à la hausse.L'effet sur 262 L'économie et les conditions de vie les entreprises québécoises est bien perceptible.Après des baisses en 2001 et 2002, les investissements des entreprises ont très fortement augmenté dans la deuxième moitié de 2003 et au début de 2004.Le PIB réel du secteur de la fabrication a aussi renoué avec la croissance depuis le dernier trimestre de 2003.Ce rebond n'a pas été suffisant pour compenser le mauvais début de 2003.Il est cependant très encourageantpour les deux prochaines années.À la lumière des exportations réalisées depuis le début de 2004, la longue récession manufacturière est finalement terminée et les entreprises ont enfin recommencé à jouer un rôle important dans la croissance de l'économie québécoise, bien que la période d'adaptation à un dollar plus fort ne soit pas nécessairement terminée.En fait, ce qui a été un handicap pour les exportations internationales en 2003 est en voie de devenir un atout pour les entreprises.La force du dollar canadien semble enfin donner le coup d'envoi à l'investissement en machinerie et outillage, un facteur clé de la productivité.Compte tenu du retard des entreprises québécoises sur leurs voisins de l'Ontario et des États-Unis à ce chapitre, la force du dollar pourrait servir d'opportunité pour améliorer notre compétitivité.Les finances publiques : la partie est loin d'être gagnée Les dépenses gouvernementales ont continué de soutenir la croissance économique en 2003, mais dans une moindre mesure que l'année précédente.En effet, les dépenses publiques totales des trois paliers de gouvernement (fédéral, provincial et municipal) ont augmenté de 3,6 %, en termes réels, en 2003 pour atteindre 55 milliards de dollars.Il s'agit, toutefois, d'une nette décélération en regard de 2002, alors que les dépenses du gouvernement du Québec ont été gonflées par le plan d'accélération des investissements publics (PAIP).Ce programme, qui visait à injecter trois milliards de dollars dans les travaux d'infrastructures, a donné une impulsion à l'économie en 2002.Bien qu'une partie de cette somme restait à dépenser en 2003, la contribution à la croissance du PIB réel a été moindre que l'année précédente.Ce stimulus qui prenait fin avec l'année financière 2003-2004 est maintenant derrière nous.Il faut donc s'attendre à un certain ressac du côté des investissements publics à brève échéance.Cela n'est pas nécessairement néfaste pour l'économie du Québec puisque l'assainissement des finances publiques, qui passe par un meilleur contrôle des dépenses, doit être une priorité.Il estpréfërable que le gouvernement restreigne ses actions visant à stimuler l'économie en cette phase d'expansion afin de dégager une marge financière à plus long terme.De toute façon, le gouvernement du Québec sera confronté à une hausse de ses dépenses courantes à brève échéance.Le renouvellement du contrat de travail des fonctionnaires et le règlement du litige concernantl'équité salariale pèsera lourd sur les finances de l'État.La rémunération des fonctionnaires atteint déjà 26,5 milliards de dollars, soit plus de la moitié des dépenses de programmes du gouvernement du Québec.Malgré cette hausse de dépenses in- 263 L\u2019état du Québec contournable, le gouvernement du Québec devra s'attaquer au redressement des finances publiques déjà dans un état extrêmement fragile.Rappelons que le Québec est la deuxième province la plus endettée par rapport à la taille de son économie au Canada en 2003 (après Terre-Neuve) et l'une des plus endettées du monde industrialisé.La dette du Québec dépasse le cap des 100 milliards tandis que les intérêts à payer sur celle-ci s'élèvent à 7,5 milliards par année.Dans le contexte d'une population vieillissante, un coup de barre s'impose dès maintenant Nouveau départ pour le Québec Bien que l'économie du Québec ait quelque peu déçu en 2003, les années 2004 et 2005 se présentent sous de meilleurs auspices.Le redressement économique amorcé au premier semestre de 2004 devrait se raffermir avec la reprise du secteur industriel.Ainsi, les entreprises contribueront à la croissance économique, ce qui enlèvera un peu de pression sur les ménages.Les dépenses de consommation seront néanmoins soutenues par une accélération de la création d'emplois et des taux d'intérêt qui resteront relativement faibles malgré la remontée attendue.Un certain essoufflement se fera sentir dans le marché de l'habitation à compter de 2005, mais celui-ci restera néanmoins dynamique.Finalement, même si les gouvernements adoptent une approche prudente en matière de dépenses, une légère hausse des dépenses publiques est inévitable.En somme, les années 2004 et 2005 se présentent bien pour la croissance du PIB réel québécois.Les enjeux économiques du Québec Même si le Québec est dans une phase d'expansion économique, cela n'estpas suffisant pour lui assurer un avenir prometteur.La prospérité future de la province dépendra de sa capacité à faire face à plusieurs enjeux importants.En fait, le Québec aura trois principaux défis à relever.Premièrement, le redressement des finances publiques est incontournable.En dépit des progrès significatifs réalisés depuis l'adoption de la loi anti-déficit en 1996, la situation actuelle est fragile et nécessite un autre coup de barre.Celui-ci est impératifpour maintenir la compétitivité fiscale et réduire la dette afin de dégager une marge financière devenue pratiquement inexistante.Dans le contexte du vieillissement de la population, un virage doit être effectué dès maintenant Autrement le Québec risque de s'appauvrir et de se marginaliser en regard de ses principaux partenaires commerciaux.Ensuite, la province devra relever le défi démographique.La croissance de la population s'affaiblit progressivement et un déclin de celle-ci est même prévisible à compter de 2031.Le vieillissement de la population viendra lui aussi bouleverser les fondements structurels de notre économie alors que la part de la population active sur le marché du travail chutera.Cela réduira du même coup les rentrées fiscales, rendantproblématique le financement des services publics.Enfin, de façon plus globale, ces changements démographiques réduiront progressivement le potentiel de croissance de notre économie comme c'est le cas actuellement au Japon et dans certains pays d'Europe.Si aucune action n'est prise pour freiner les tendances démo- 264 L'économie et les conditions de vie graphiques défavorables, le Québec pourrait perdre du terrain sur l'échiquier nord-américain.Finalement, le Québec devra combler son retard au chapitre de la productivité.Cet enjeu représente la capacité d'une économie à produire efficacement des biens et services en fonction de la main-d'œuvre et du capital disponible.Or, la productivité du Québec est inférieure à celles des voisins ontariens et américains et les écarts se sont même élargis depuis 20 ans.Cette lacune contribue de plus en plus à isoler le Québec sur le plan du niveau de vie qui évolue en parallèle avec la productivité.Afin de résorber cette déficience, les entreprises devront notamment faire du rattrapage en matière d'investissements en machines et équipements ainsi qu'en innovation.La prospérité économique du Québec dépendra des efforts consentis pour rehausser la productivité.La faiblesse de l'économie en 2003 a bien démontré l'importance de s'attaquer aux problèmes structurels afin de rendre le Québec moins vulnérable aux aléas de l'environnement économique et financier international.Au-delà du contexte économique qui sera plus favorable pour la province d'ici la fin de 2004 et en 2005, les principaux enjeux économiques joueront un rôle majeur dans l'évolution à venir de l'économie du Québec.Références BÉLANGER, Danny, et Mario Couture.«Bilan des ménages : les Québécois se sont-ils enrichis depuis 1993 ?», En perspective, vol.XIV, n° 8, août-septembre 2004.BÉLANGER, Danny, et Mario Couture.«L\u2019endettement des Québécois : mythe ou réalité ?», En perspective, vol.XIV, n° 8, août-septembre 2004.FINANCES QUÉBEC.« Productivité du travail au Québec : une faible croissance qui nuit à la prospérité des Québécois », Analyse et conjoncture économiques, vol.I, n° 6,27 février 2004.FORTIN, Pierre etMarc Van Audenrode.Que faire quand on est moins riche, qu\u2019on dépense plus, qu\u2019on est plus dépendant, qu\u2019on est plus endetté et qu\u2019on vieillit plus vite que les autres ?, Mémoire préparé en vue des consultations du ministre des Finances du Québec sur le budget 2004-2005, janvier 2004.NOREAU, Joëlle.« Les secteurs du textile et du vêtement filent un mauvais coton », En perspective, vol 13, no 8, septembre 2003.NOREAU, Joëlle et Mathieu D\u2019Anjou.« L\u2019état de l\u2019économie québécoise : une économie en dents de scie», dans L\u2019annuaire du Québec 2004, Montréal, Fides, 2004.SOUCY, Gilles.«Les grands défis économiques du Québec», Mes Finances - Ma caisse, été 2004.265 L\u2019état du Québec Perspectives professionnelles 2003-2007 Richard Legris Économiste, Emploi-Québec Dans le but de bien répondre aux nombreux mandats qui lui sont attribués, notamment une meilleure adéquation entre l\u2019offre et la demande de main-d\u2019œuvre, une des actions entreprises par Emploi-Québec consiste à prévoir l\u2019évolution de l\u2019emploi à moyen terme, tant pour l\u2019ensemble du Québec que pour les régions qui le composent.L\u2019information qui en découle permet notamment d\u2019éclairer les différents intervenants sociaux dans leur prises de décisions (sélection d\u2019immigrants selon le profil professionnel, détermination de l\u2019offre de formation, etc.), mais également les étudiants dans leur choix d\u2019études scolaires ou les travailleurs en processus de réorientation.C\u2019est dans cette foulée que la brochure Le marché du travail au Québec, perspectives professionnelles, produite annuellement, porte un regard sur ce que seront les tendances du marché du travail au Québec sur un horizon de cinq ans et ce, pour quelque 500 métiers et professions.Le présent article brosse un portrait sommaire des résultats obtenus pour l\u2019ensemble du Québec lors du dernier exercice.Évolution de l\u2019emploi : tendances générales 2003-2007 Emploi-Québec prévoit que 655 000 emplois seront à pourvoir au Québec au cours des années 2003 à 2007.Deux phénomènes sont pris en compte dans la détermination de ces besoins de main-d\u2019œuvre prévus sur cette période : l\u2019expansion économique, dont découlent les besoins de main-d\u2019œuvre liés à la croissance de l\u2019emploi, et les départs à la retraite, à partir desquels sont estimés les besoins de remplacement des personnes qui quittent le marché du travail.La croissance de l\u2019emploi La croissance de l\u2019économie devrait permettre à l\u2019emploi de progresser à un rythme annuel de 1,5 % en moyenne au cours de la période visée.Ce seront donc environ 285 000 emplois qui auront été créés entre 2003 et 2007 au Québec, soit une moyenne annuelle de 57 000.La croissance de l\u2019emploi sera plus importante dans le secteur tertiaire (1,7 % par an) que dans les industries productrices de biens (1,3 %).Dans le domaine des services, qui 266 L'économie et les conditions de vie représente les trois quarts des emplois, deux secteurs d\u2019activité continueront de se démarquer : les services professionnels, scientifiques et techniques, ainsi que la gestion d\u2019entreprises, les services administratifs et d\u2019autres.Cependant, c\u2019est dans le secteur de la santé et de l\u2019assistance sociale que devrait se créer le plus fort volume d\u2019emplois.Le niveau d\u2019emploi dans la construction étant déjà élevé, une progression modeste est attendue au cours des années qui viennent La construction résidentielle, avec une croissance démographique plutôt faible et un taux d\u2019inoccupation à la hausse, devrait plafonner alors que les chantiers industriels majeurs assureront le maintien du niveau d\u2019activité.Les professions dans des secteurs d\u2019activité où la croissance économique sera plus élevée que la moyenne connaîtront une croissance plus sentie.Ceci est évidemment vrai pour des professions dont les parts professionnelles à l\u2019intérieur de ces mêmes secteurs ne sontpas en déclin.Pour les professions dontles parts professionnelles sont en hausse dans les secteurs d\u2019activité à forte croissance, le double effet de la progression du secteur et de la croissance de cette part assurera une croissance de l\u2019emploi d\u2019autantplus importante.Par exemple, mentionnons que les professions les plus reliées au secteur des services professionnels, scientifiques et techniques ainsi que ceux de la gestion d\u2019entreprises, des services administratifs et d\u2019autres devraient, en général, croître à un rythme plus soutenu que la moyenne.Entre 1992 et 2002, le nombre d\u2019emplois de niveaux de compétence professionnel et intermédiaire (voir l\u2019Annexe 1 pour une définition des niveaux de compétence) a augmenté relativement plus que la moyenne des emplois au Québec.En effet, alors que le taux de croissance annuel moyen de l\u2019emploi était de 1,7 % au cours de cette période, les emplois de niveau professionnel augmentaient à un rythme annuel moyen de 2,4% et ceux de niveau de compétence intermédiaire, de 2,5 %.Cette tendance devrait demeurer au cours des années 2003 à 2007, mais avec des écarts à la moyenne plus faibles.Ainsi, une croissance de 1,7% est attendue pour les professions de niveau de compétence professionnelles et intermédiaire (Graphique 1).De l\u2019autre côté du spectre, les professions de niveau de compétence élémentaire devraient voir leur nombre d\u2019emplois croître à un rythme inférieur à la moyenne.Quant aux professions de niveau de compétence technique, vu le volume d\u2019emploi qui y sont rattachés, connaîtront la deuxième plus forte graphique 1 Taux de croissance annuel moyen prévu selon de compétence 2002-2007 Élémentaire Intermédiaire Technique Professionnel Source : Emploi Québec, 267 L\u2019état du Québec graphique 2 Taux de chômage selon le niveau de compétence, Québec, 2002 Total Élémentaire Intermédiaire Technique Professionnel 0,0%\t2,0% 4,0%\t6,0%\t8,0% 10,0 % 12,0% 14,0 % 16,0 % Source : Emploi Québec.croissance, en termes absolus, juste après le niveau intermédiaire.Le remplacement des départs à la retraite Les emplois disponibles suite aux départs à la retraite représentent une partie importante de ceux qui seront accessibles aux chercheurs d\u2019emploi.En effet, des emplois à pourvoir au cours des années 2003 à 2007,56 % serontle résultat des besoins de remplacement des travailleurs qui quitteront le marché du travail pour la retraite (370 000 emplois).La demande de remplacement ira en augmentant au cours des prochaines années.Les baby-boomers (nés entre 1946 et 1964), qui représentaient environ de 45 % des 15 à 64 ans en 2003, ont entre 40 et 5 8 ans et une large part de ceux-ci quitteront le marché du travail dans les années qui viennent.En fait, les premiers baby-boomers ont déjà commencé à quitter le marché du travail, l\u2019âge de la retraite pouvant être au début de la cinquan- 8,6 % 13,8 % 10,4 % 8,1% 4,0 % taine pour des personnes évoluant dans certaines professions en particulier.Mentionnons cependant que l\u2019âge moyen de la retraite est d\u2019environ 60 ans au Québec, comparativement à presque 62 ans pour l\u2019ensemble du Canada.Ce sont les professions des domaines des sciences sociales, de l\u2019enseignement et de l\u2019administration publique dont la majorité des personnes en emploi devra être remplacée après à leur départ à la retraite, suivie de celles du secteur de la santé.L\u2019offre de main-d\u2019œuvre L\u2019offre de main-d\u2019œuvre, estimée par le taux de chômage, est une partie importante de l\u2019équation permettant l\u2019évaluation de la capacité d\u2019intégration des individus au marché du travail.En effet, la demande de main-d\u2019œuvre seule ne permet pas de conclure à un emploi assuré pour les personnes offrant leurs compétences aux employeurs.Un taux de chômage élevé pour un groupe professionnel particulier augmentera la concurrence entre les personnes de ce groupe et réduira ainsi les possibilités d\u2019embauche.À ce propos, mentionnons que les professions de niveau de compétence intermédiaire, pour lesquelles le taux de croissance de l\u2019emploi est supérieur à la moyenne, auront aussi à composer avec un taux de chômage supérieur à la moyenne.Ce sont les personnes de niveau de compétence professionnel, détenant pour la plupart un diplôme d\u2019études universitaires, qui ont les plus faibles taux de chômage estimés.Quant au taux de chômage des personnes ayant des compétences de niveau élémentaire, il est estimé à plus de plus de 13 % (voir Graphique 2).268 L'économie et les conditions de vie Perspectives professionnelles 2003-2007 Selon l\u2019offre de main-d\u2019œuvre estimée en début de période (2002) et l\u2019évolution prévue de la demande, des diagnostics de perspectives sont établis et regroupés en cinq niveaux : très favorables, favorables, acceptables, restreintes et très restreintes (les professions pour lesquelles aucun diagnostic n\u2019a été publié [«N.P.»] ne sont pas incluses).Un peu plus du tiers des professions ont des perspectives favorables ou très favorables sur l\u2019ensemble de la période à l\u2019étude (celles-ci représentaient plus de 38 % de l\u2019emploi estimé en 2002, en proportion des emplois faisant l\u2019objet d\u2019un diagnostic autre que «N.P.»).De plus, mentionnons que près de 70 % de ces professions sont hautement qualifiées (les emplois hautement qualifiés sont ceux dont les niveaux de compétence sont les suivants : gestion, professionnel (tout genre de compétence) et une partie de technique).Résultats selon le genre de compétence Le genre de compétence, aussi appelé groupe professionnel, s\u2019apparente, en général, à un secteur d\u2019activité particulier.Deux groupes professionnels ontune répartition des diagnostics favorables ou très favorables semblable à celle de l\u2019ensemble des professions : affaires, finance et administration et sciences naturelles et appliquées.En effet, environ le tiers des professions de ces groupes ont des perspectives professionnelles favorables ou très favorables (Graphique 3), parmi lesquelles les vérificatrices/ vérificateurs et comptables comptent pour près de 14 % de l\u2019emploi.graphique 3 Perspectives professionnelles 2003-2007 - Répartition des diagnostics, ensemble du Québec (%) Très restreintes Restreintes Acceptables Favorables Très favorables 0\t5\t10\t15\t20\t25\t30\t35\t40\t45\t50 % ¦ Emplois ¦ Professions Outre le groupe de gestion, dont plus de 90 % des professions ont des perspectives au moins favorables, deux groupes se démarquent de l\u2019ensemble.Le secteur de la santé ainsi que le groupe des sciences sociales, de l\u2019enseignementetde l\u2019administration partagent en effet cette particularité de n\u2019avoir aucune profession pour lesquelles les perspectives professionnelles sont restreintes ou très restreintes.Déplus, ces deux groupes sont les seuls, avec celui de la gestion, à avoir plus de 50% des professions pour lesquelles les diagnostics sont au moins favorables (voir Graphique 4).Parmi les professions offrant de bonnes perspectives, mentionnons les aides-infir-mières/aides-infirmiers et les préposées/préposés aux bénéficiaires, ainsi que les enseignantes/enseignants aux niveaux primaire et préscolaire, dont la demande de remplacement devrait être plus importante que la moyenne (28 % des personnes en emploi avaient 50 ans ou plus au dernier recensement de 2001).269 L\u2019état du Québec graphique 4 Répartition des diagnostics ¦ Affaires, finance et administration et sciences naturelles et administration Très restreintes Restreintes Acceptables Favorables Très favorables O\t10\t20\t30\t40\t50\t60 % ¦\tSciences naturelles et appliquées ¦\tAffaires, finance et administration graphique 5 Répartition des diagnostics ¦ santé et sciences sociales, enseignement et administration publique Acceptables Favorables Très favorables % ¦\tSciences sociales, enseignement et administration publique ¦\tSecteur de la santé De l\u2019autre côté du spectre, le secteur primaire est le seul dont plus de 50% des professions ont des perspectives professionnelles restreintes ou très restreintes.Par contre, trois professions, qui comptent pour plus du tiers des personnes occupées de ce groupe, offrent des perspectives favorables, dont les exploitantes et exploitants agricoles représentent le plus fort volume d\u2019emploi (32 000 emplois estimés en 2002).Résultats selon le niveau de compétence Selon les résultats obtenus par niveau de compétence, ce sontles professions de niveau professionnel qui se démarquent nettement de celles des autres niveaux.Ce niveau de compétence est en effet le seul à offrir des perspectives au moins favorables pour plus de la moitié des professions le composant.Il est également le seul à n\u2019avoir aucune profession pour laquelle les perspectives sont très restreintes.Quant aux professions appartenant au niveau de compétence élémentaire, notons que 40 % d\u2019entre elles offrent des perspectives très restreintes.Cela vient confirmer le fait que le développement des compétences demeure une option à privilégier et qu\u2019un meilleur niveau de scolarité offre des possibilités d\u2019intégration sur le marché du travail plus reluisantes.Mentionnons finalement que les professions correspondant à des emplois hautement qualifiés offrent également des perspectives professionnelles nettement supérieures à celles de l\u2019ensemble des professions à l\u2019étude.Plus de 50 % de celles-ci ont en effet des perspectives au moins favorables (voir Graphique 5).270 L'économie et les conditions de vie ANNEXE 1\tNiveaux de compétence\t \t\t 0 Gestion\tPeu déterminant dans la majorité des cas,\tExpérience dans le domaine visé, Capital financier, A Professionnel\tUn diplôme universitaire (baccalauréat, maîtrise ou doctorat),\t B Technique\tDeux à trois ans d'études postsecondaires dans un collège communautaire, un cégep ou un institut de technologie, ou deux à quatre ans d'apprentissage, ou trois à quatre ans d'études secondaires et plus de deux ans de formation en cours d'emploi, des cours de formation externe ou une expérience de travail précise,\tLe niveau de compétence B est aussi attribué au personnel qui assume des responsabilités de supervision, Le niveau de compétence B a été attribué au personnel qui assume des responsabilités importantes dans le domaine de la santé et de la sécurité (par exemple, les pompiers et pompières, les agents et agsntes de police et les infirmiers auxiliaires autorisés et infirmières auxiliaires autorisées), C Intermédiaire\tUn à quatre ans d'études secondaires, ou jusqu'à deux ans de formation en cours d'emploi, des cours de formation externe ou une expérience de travail précise,\t D Élémentaire\tUne brève démonstration du travail ou une formation en cours d'emploi, ou pas d'exigences scolaires particulières\t Sources : Ministère des ressources humaines et du Développement des Compétences du Canada, Classification nationale des professions, 2001 et Emploi-Québec, 271 Information sur le marché du travail Pour tout www.emploi Consultez haire site savoir sur le marché du travail au Québec et cliquez sur IMT en ligne Un outil d'information sur le marché du travail virtuel, gratuit, pour trouver réponse à vos questions.Emploi ^ 1\tE3 E3 Québec ta ta L'économie et les conditions de vie Le tiers des Québécois occupent un emploi atypique On savait déjà que le phénomène du travail atypique était répandu, Qui n\u2019a pas un proche qui œuvra sur appel, à temps partiel, à contrat ou à la pige?Le rapport Bernier, commandé à un groupe d\u2019experts par le gouvernement du Québec en mars 2002 et remis en février 2003, aura permis de vérifier l\u2019ampleur de ce secteur de l\u2019emploi, En 2001, le tiers de la main-d\u2019œuvre québécoise (36,4 %) occupait un emploi atypique, soit 1,2 million de travailleurs.Un bond spectaculaire depuis 1976, alors que la proportion était de 16,7 %.Le document précise bien qu\u2019il ne s\u2019agit pas d\u2019un phénomène proprement québécois, mais généralisé à l\u2019ensemble des pays industrialisés, « Bien que la notion de travail non traditionnel recouvre des formes d\u2019emploi parfois anciennes, ce type de situation a connu un développement considérable depuis 25 ans», peut-on lire dans le rapport, «Ce phénomène résulte de plusieurs facteurs conjugués tels que les nouvelles technologies, la compétitivité accrue à l\u2019échelle planétaire, le besoin que perçoivent les entreprises d\u2019être plus flexibles notamment au plan des ressources humaines ainsi que les nouvelles formes d\u2019organisation du travail, On peut penser que ces formes d\u2019emploi permettent à certains travailleurs de concilier leurs responsabilités professionnelles et familiales et qu\u2019elles comblent, pour d\u2019autres, le désir d\u2019une plus grande autonomie dans l\u2019exercice de leurs activités professionnelles, » Les auteurs mettent toutefois un bémol à cette vision constructive du travail atypique, « Le recours à ces formes nouvelles n\u2019est pas uniquement synonyme de flexibilité ou de diversité; il entraîne aussi une précarité des conditions de travail et de vie de plusieurs travailleurs,voire leurexclusion du champ d\u2019application du droit du travail»,  ce chapitre, le Québec serait en retard sur les autres provinces canadiennes et sur plusieurs États américains qui tiennent comptent d\u2019une notion de salarié plus large et offrent donc une protection plus grande à certains travailleurs atypiques, Le temps est donc venu de dépoussiérer l\u2019ensemble des lois du travail québécoises pour mieux protéger ces personnes restées en marge des normes actuelles, conclut le rapport, «il importe de clarifier cette notion de salarié qui donne lieu à tant de recours interminables devant les tribunaux et de donner accès aux régimes de base à ceux qui s\u2019en trouvent artificiellement exclus, On ne doit pas traiter différemment celui qui travaille moins d\u2019heures par semaine, qui est sur appel, sur une base temporaire ou occasionnelle ou pour une durée déterminée, qui travaille directement pour l\u2019employeur ou par l\u2019intermédiaire d\u2019une agence de placement,» Le comité conçoit que « devant la diversité des situations» il faut « éviter d\u2019importer des solutions toutes faites qui risqueraient d\u2019être difficilement applicables au Québec», L\u2019ensemble des recommandations est donc guidé par trois principes: 1- La qua- lification de la relation d\u2019emploi est d\u2019ordre public et ne relève donc pas de la volonté des parties, 2- Les régimes de protection sociale doivent être accessibles au plus grand nombre, 3- La disparité de traitement fondée sur le statut d\u2019emploi est socialement inacceptable, Le rapport propose notamment que les travailleurs autonomes soient couverts par la Loi sur la santé et la sécurité du travail, qu\u2019ils puissent contribuer au Régime des rentes du Québec et jouir d\u2019une représentation collective, à l\u2019instar par exemple de l\u2019Union des artistes, Létude recommande aussi le versement d\u2019une indemnité compensatoire quand un salarié à temps plein ou sur appel ne peut pas obtenir les mêmes conditions de travail qu\u2019un employé régulier, Une personne pourrait également refuser de travailler au-delà de ses heures habituelles si cela entre en conflit avec un autre horaire de travail, Linspection des lieux de travail des travailleurs à domicile devrait également être envisagée pour s\u2019assurer qu\u2019ils sont sécuritaires, Les agences de travail temporaire seraient plus encadrées et ne pourraient plus empêcher leurs employés d\u2019accéder à un emploi permanent chez une entreprise cliente, Lampleurdes changements recommandés impose un délai dans l\u2019application des modifications, « Il est illusoire de penser que tout cela pourra être fait et mis en œuvre en une seule législature malgré l\u2019urgence de donner accès à la protection sociale au plus grand nombre de travailleurs atypiques, » On propose donc de modifier d\u2019abord ce qui touche le plus grand nombre et ensuite de s\u2019attaquer aux cas plus pointus, Les conclusions du rapport sont loin d\u2019avoirfait l\u2019unanimité, Létude est arrivée dans le paysage pré-électoral québécois comme une gifle pour le patronat et les entreprises, et comme une brise rafraîchissante pour les syndicats et les organismes communautaires, Malgré ces fortes réactions le document, en définitive, n\u2019aura pas eu, d\u2019influence sur la campagne électorale, En septembre 2003, il n\u2019avait toujours pas eu de suite, même si le gouvernement libéral a promis d\u2019en tenir compte, Faisant plus de 800 pagss et contenant 53 recommandations, le document, intitulé Les besoins de protection sociale des personnes en situation de travail non traditionnelle, est le plus complet jamais publié sur la question au Canada, Cette vaste étude a été réalisée par Jean Bernier, président du comité et professeuren relations industrielles à l\u2019Université Laval, par Guylaine Vallée, professeurs à l\u2019École de relations industrielles de l\u2019Université de Montréal et par Carol Jobin, professeuren sciences juridiques à l\u2019Université du Québec à Montréal, Alec Castonguay 273 L\u2019état du Québec RELATIONS DE TRAVAIL Des syndicats mis à l'épreuve Thomas Collombat Departement de science politique, Université Carleton S'il est une tendance caractéristique de la dernière année syndicale au Québec, c'est bien le retour des syndicats à la contestation politique, pratique qu'ils ont eu tendance à délaisser, au dire de plusieurs analystes.L'arrivée au pouvoir en avril 2003 d'un gouvernement du Parti libéral, qualifié à maintes occasions de conservateur, a joué un rôle de catalyseur des énergies syndicales, permettant aux centrales de se retrouver sur des lignes communes et de mobiliser leurs troupes de façon relativement efficace.La mobilisation estpro-portionnelle aux défis posés au monde syndical par le gouvernement Charest.Les réformes législatives touchant aux relations de travail sont susceptibles en effet de modifier considérablement le paysage des milieux de travail syndiqués, dans un sens généralement défavorable aux organisations de travailleurs.Les syndicats locaux n'en ont pas moins oublié de poursuivre leur tâche principale : négocier et faire appliquer des conventions collectives.Mais le climat politique a influencé même ces activités.Un réflexe syndical veut en effet que quand la loi ne protège pas (ou plus) un droit, on essaie de l'intégrer à la convention collective, qui est d'ailleurs encore perçue par beaucoup de militants et de responsables syndicaux comme une meilleure protection que n'importe quelle législation.Quant à la ronde de négociations du secteur public québécois, sa dimension politique a toujours été plus évidente, et celle entamée cette année n'échappe pas à la régie du durcissement des relations entre syndicats et gouvernement Ainsi, l'analyse de l'actualité des relations de travail dans les douze derniers mois nous permet d'aborder les deux dimensions traditionnelles du mouvement syndical : d'une part son rôle de négociateur, d'autre part son rôle d'acteur sociopolitique.Sans être systématiquement antinomiques, ces deux facettes peuventparfois s'opposer, mettant alors le mouvement syndical face à ses propres contradictions.Ces dernières deviennent d'autant plus aiguës quand elles recoupent des clivages au sein même du membership.L'une de ces fractures, celle entre les syndiqués du secteur public et ceux du secteur privé, a d'ailleurs été la source 274 L'économie et les conditions de vie de bien des conflits, voire de schismes importants au sein du mouvement syndical québécois.Or, les événements de l'année écoulée semblent indiquer que ces différentes contradictions ont été plutôt bien assumées et gérées par les syndicats.Dans un contexte assez dif ficile, où elles ont dû mener bataille sur plusieurs fronts à la fois, les centrales ont été au cœur de l'opposition au gouvernement tout en « gérant les affaires courantes » et ont à l'occasion engagé des rapprochements entre elles que ne laissaient pas présager les relations assez tendues qu'elles entretenaient jusqu'à présent.Syndicalisation : la tendance se maintient Au chapitre de la syndicalisation, le Québec maintient sa première place en Amérique du Nord.Malgré un léger amoindrissement de l'écart entre le taux de syndicalisation du Québec et celui du Canada dans son ensemble, la province demeure la plus syndiquée du pays avec un taux de 42,1 % contre 32,4 % pour le Canada dans son ensemble.Les deux autres provinces les plus peuplées, l'Ontario et la Colombie-Britannique, sont encore loin derrière avec des taux respectifs de 28,5 % et de 33,8%.Les chiffres cachent toutefois des disparités importantes selon les secteurs et les catégories de travailleurs.Ainsi, le secteur public reste le fer de lance du mouvement syndical avec 81,4% de ses effectifs syndiqués au Québec contre seulement 28,4% pour le secteur privé, tendance qui n'est en aucun cas singulière puisqu'on la retrouve dans la grande majorité des économies dites développées.Il en va de même du plus fort taux de syndicalisation chez les hommes (43,1%) que chez les femmes (39,1%), ces dernières bénéficiantpour-tant plus de la syndicalisation en matière salariale.En effet, dans le Québec de 2003, une femme syndiquée touche en moyenne 19,17$ l'heure, contre 13,87$ pour une non-syndiquée, soit un écart de 5,30 $.Pour les hommes, cet écart n'est que de 3,28 $ (20,73 $ l'heure en moyenne pour un homme syndiqué contre 17,45 $ pour un non-syndiqué).Sur le plan des allégeances, on ne note pas non plus de grands changements.La Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ) conserve la première place avec 43 % de l'effectif syndiqué au Québec, suivie de la Confédération des syndicats nationaux (CSN, 21%), de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ, 9 %) et de la Centrale des syndicats démocratiques (CSD, 4%).Les syndicats indépendants, notammentla Fédération des infirmières et infirmiers du Québec (FIIQ), le Syndicat de la fonction publique du Québec (SFPQ) et le Syndicat des professionnelles et professionnels du gouvernement du Québec (SPGQ) totalisent quant à eux 23 % de la main-d'œuvre syndiquée, mais ne constituent pas un groupe homogène et ne peuvent donc pas être intégrés au classement des centrales comme telles.Au-delà des chiffres, certaines percées ou à tout le moins certains efforts peuvent être soulignés.Les Travailleurs unis de l'alimentation et du commerce (TUAC) affiliés à la FTQ sont parvenus Au chapitre de la syndicalisation, le Québec maintient sa première place en Amérique du Nord.275 L\u2019état du Québec à syndiquer des lieux de travail généralement considérés comme assez réfractaires.Ainsi, une succursale Second Cup à Dorval et un Tim Hortons à Longueuil ont été les premiers de leurs chaînes respectives à se syndiquer au Québec.Mais le succès le plus retentissant des TUAC au Québec reste sans doute la syndicalisation des employés du magasin Wal-Mart de Jonquière, en août 2004, après un premier échec en avril.Seule succursale syndiquée de cette chaîne en Amérique du Nord, elle est devenue un symbole de percée dans le secteur de la grande distribution, traditionnellement hostile à toute forme d'organisation autonome des travailleurs.L'objectifdes TUAC avec cette syndicalisation est non seulement d'améliorer les conditions de travail chez Wal-Mart, mais également de freiner la tendance à la baisse des salaires dans l'ensemble du secteur provoquée par le grand distributeur états-unien.On notera également l'aboutissement des efforts de la CSN pour obtenir une représentation unique des ambulanciers à travers la province, avec la reconnaissance du Rassemblement des employés techniciens ambulanciers-paramédics du Québec (RETAQ) comme agent négociateur.Enfin, le Syndicat des travailleurs et travailleuses des postes (STTP) affilié à la FTQ a quant à lui lancé une campagne de syn-dicalisation des employés de messageries privées à Montréal.Ceci ne seraitpas la première incursion dans le secteur privé de ce syndicat, qui compte Le succès le plus retentissant des TUAC au Québec reste sans doute la syndicalisation des employés du magasin Wal-Mart de Jonquière.déjà d'autres expériences au Canada anglais.Mais ce syndicat a surtout vu aboutir avec la signature de sa nouvelle convention collective une de ses plus anciennes revendications.Les facteurs ruraux, à qui toute forme de syndicalisation était jusqu'à présent niée, ont joint l'unité d'accréditation du STTP.Le syndicat et les organisations auxquelles il est affilié étaient allés jusque devant l'Organisation internationale du travail (OIT) pour faire valoir la cause des facteurs ruraux.Ce point sur l'état de la syndicalisation confirme la solidité et le dynamisme du syndicalisme québécois.Non seulement il a pu conserver ses bases, mais il tente également de conquérir de nouveaux terrains.L'expérience des dernières années démontre que ceux qui voyaient dans l'avènement d'une société de services la mort du syndicalisme se sont trompés : la condition salariale, quel que soitle secteur d'activités où elle s'incarne, reste l'élément essentiel à la syndicalisation.Il ne faut pas pour autant nier les difficultés rencontrées par les syndicats dans certains secteurs, et ne pas oublier que la création d'un syndicat n'est pas une fin en soi.Il s'agit ensuite de le faire vivre et de négocier une convention.Les difficultés rencontrées par le syndicat CSN des employés d'un restaurant McDonald's à Rawdon en sont une bonne illustration : une fois le syndicat reconnu, sa survie dépend de la volonté des membres et de leur attachement à leur lieu de travail.Le secteur des services reste un milieu marqué par un fort taux de roulement du personnel et représente donc toujours, à ce titre, un défi permanent pour les syndicats, au Québec comme ailleurs.276 L'économie et les conditions de vie En ce qui a trait aux conflits de travail, l'année 2003 est restée dans la moyenne de la dernière décennie en matière de nombre de conflits (115), mais confirme la tendance à l'allongement de ceux-ci (74 jours en moyenne contre 57 en 2002) et au nombre croissant de jours-personnes perdus dans les conflits (879 004, soit le second plus haut total des dix dernières années).Assez peu nombreux, les conflits de travail ont donc tendance à être plus longs.Il est toutefois important de garder à l'esprit que le long conflit chez Vidéotron compte à lui seul pour 57% des jours-personnes perdus en 2003.La question des salaires et la sous-traitance sont les deux sujets autour desquels le plus de conflits ont officiellement été déclenchés.Des bastions industriels en crise Les relations de travail dans le secteur privé furent marquées par les difficultés rencontrées par deux grandes industries québécoises : l'aluminium et l'aéronautique.La réaction syndicale au projet de la multinationale Alcan de fermer les cuves Sôderberg de son usine d'Arvida, se délestant ainsi de 560 employés, fut un des événements les plus marquants de l'année.Refusant purement et simplement la décision de leur employeur, les salariés, dont le syndicat est affilié aux Travailleurs canadiens de l'automobile (TCA-ETQ), ont continué de faire fonctionner l'usine pendant plusieurs jours, cherchant ainsi à démontrer sa pertinence, et par là même celle de leurs emplois.Toutes proportions gardées, cette stratégie n'est pas sans rappeler une certaine forme d'autogestion, inspirée des penseurs anar- cho-syndicalistes.fortement soutenue par la base, elle a d'ailleurs attiré la sympathie d'une grande partie du public, tout en étant fortement relayée dans les médias.Au final, le syndicat a dû évacuer l'usine dont la fermeture est toujours effective, mais en promettant de continuer de se battre pour l'emploi dans la région.À Bécancour, c'est l'autre géant de l'aluminium, Alcoa, qui a vu les travailleurs de son usine ABI, affiliés aux Métallos (LTQ), se mettre en grève début juillet.Cette fois ci, ce sont les dispositions traitant des salaires, de la sous-traitance et du régime de retraite qui étaient en cause.L'arrêt de travail de ces 810 travailleurs a eu un impact considérable sur toute l'économie de la région.C'est aussi au courant de l'année que le Syndicat des métallos a organisé à Montréal une réunion internationale des syndicats de l'aluminium afin de lancer un « Conseil syndical mondial » de l'industrie, visant notamment à répondre aux fusions opérées dans ce secteur, en particulier entre Péchiney et Alcan.Cette initiative visait également, sur le plan national, à concrétiser le ralliement de la fédération des syndicats du secteur de l'aluminium (LSSA) aux Métallos, avec lesquels elle disposait d'une entente de service depuis plusieurs années, à la suite de son départ des rangs de la CSN.Quelle ne fut pas la surprise de bien des observateurs de voir l'immense majorité des syndicats de la LSSA décider, quelques Les relations de travail dans le secteur privé furent marquées par les difficultés rencontrées par deux grandes industries québécoises: l'aluminium et l'aéronautique.277 L\u2019état du Québec Le gouvernement du Québec a été la cible sur laquelle se sont le plus concentrées les énergies contestataires du mouvement syndical.mois plus tard, de finalement se joindre aux TCA, pourtant affiliés à la FTQ comme les Métallos.Les TCA ont ainsi réussi à reprendre des plumes au Québec où la fermeture de l'usine GM de Boisbriand les avaient considérablement affaiblis.Autre fleuron de l'industrie québécoise, l'aéronautique a continué de battre de l'aile, Bombardier se plaignant des subventions accordées à son principal concurrent, Embraer, par le gouvernement du Brésil.Le président de la FTQ s'est donc rallié à la direction du syndicat et à celle de Bombardier pour demander au gouvernement fédéral de soutenir l'entreprise en augmentant ses propres subventions, sans quoi on risquerait d'assister à une poursuite des vagues de mises à pied, voire au déménagement de certaines usines en Europe.On le constate, les situations très variées rencontrées dans le secteur privé ont suscité des réactions diverses du mouvement syndical, jouant tantôt sur la confrontation, tantôt sur la concertation, face à des industries encore fortes mais devant toutes conjuguer avec les impacts de la mondialisation.Loin d'offrir une seule et même réponse, les organisations syndicales tentent de s'adapter à la nouvelle donne, tant sur les plans nationaux qu'internationaux, et font parfois preuve de beaucoup d'originalité.Signatures dans la construction Le secteur de la construction constitue toujours un cas particulier au Québec, en raison d'un encadrement juridique très singulier qui rend la syndicalisation obligatoire.Après l'écrasante victoire du Conseil conjoint de la construction (FTQ et syndicats internationaux), qui a récolté près de 72 % des voix aux élections syndicales de juin 2003, le syndicat a pu à nouveau négocier seul les quatre conventions collectives du secteur adoptées en avril 2004 pour une durée de trois ans.Les autres organisations, au premier rang desquelles la CSN-Construction, arrivée troisième, continuent de dénoncer un système qui consacre le statu quo tout en garantissant une couverture de l'ensemble de la main-d'œuvre.Aucun projet de réforme de l'encadrement du secteur ne semble toutefois à l'ordre du jour, ses inconvénients semblant encore pour bien des acteurs, dontle gouvernement, largement compensés par ses avantages.Une relation orageuse avec le gouvernement Le gouvernement du Québec a été la cible sur laquelle se sont le plus con- 278 L'économie et les conditions de vie centrées les énergies contestataires du mouvement syndical.Bien qu'elles lui aient fait de nombreux reproches, les centrales entretenaient une relation plutôt cordiale avec l'ancien gouvernement péquiste.Dès son arrivée au pouvoir, le Parti libéral a annoncé une série de projets de loi auxquels se sont vigoureusement opposés les syndicats, renouant ainsi avec une farouche contestation politique.La plupart de ces projets ont pris la forme de lois, adoptées en bloc immédiatement avant les Fêtes en utilisantla pratique dite du « bâillon », c'est-à-dire en limitant à son strict minimum le débat parlementaire.Ce procédé a révolté syndicats et groupes sociaux qui ont engagé une lutte sans merci contre ces textes.Les projets de loi 7 et 8, qui nient le statut de salarié des gardiennes en milieu familial et de ressources intermédiaires, mettent ainsi à bas tous les efforts de syndicalisation de ces travailleuses engagés depuis plusieurs années par la CSN et la CSQ principalement Les arguments du gouvernement touchaient surtout à l'incapacité financière de l'État à assumer les conséquences de la syndicalisation, élément qui avait d'ailleurs déjà été soulevé par le gouvernement précédent Le projet de loi 31, en révisant les articles 45 et4Ô du Code du travail, a ouvert la boîte de Pandore de la sous-traitance autour de laquelle les débats se sont passablement enflammés, l'apparente technicité de la question cachant en fait des enjeux politiques majeurs touchant au rôle de l'État dans les relations de travail.Au final, face à l'affaiblissement des protections fournies par le Code aux unités d'ac- créditation et aux conventions collectives en cas de cession d'entreprise, les syndicats ont menacé de lutter d'ar-rache-pied pour insérer des clauses interdisant ou limitant la sous-traitance dans les conventions collectives.Ces clauses sont pour plusieurs le seul moyen pouvant véritablement empêcher la sous-traitance.Là encore, le gouvernement du PQ avait préparé le terrain par certaines des modifications qu'il avait apportées à l'article 45 en 2001.En forçant la réorganisation et la « rationalisation » des unités d'accréditation dans le réseau de la santé et des services sociaux, le projet de loi 30 a précipité les centrales et de nombreux syndicats indépendants dans une campagne d'allégeance dont tous se seraient fort bien passés.L'incertitude dans laquelle les syndicats se sont trouvés face à l'issue de cette campagne les a en outre incités à limiter leurs dépenses et n'est pas sans poser problème à l'aube d'une ronde de négociations dans le secteur public qui s'annonce pour le moins mouvementée.Cette campagne laisse présager une profonde reconfiguration de la carte syndicale dans le secteur public.L'avenir de nombreux syndicats indépendants pourrait notamment se trouver compromis.Le passage du tarif des garderies de cinq à sept dollars par jour, consacré par la loi 32, a amené les syndicats à se joindre à d'autres groupes sociaux pour défendre un système de prise en charge 279 L\u2019état du Québec de la petite enfance considéré comme le plus avancé au Canada.Sans toucher directement aux conditions de travail dans les Centres de la petite enfance (CPE), cette décision participe à la remise en cause du filet social québécois auquel les syndicats sont très attachés.De même, la loi 25, en fusionnant des CLSC avec les centres hospitaliers, remet en cause une spécificité du réseau québécois que les syndicats veulent voir préservée.Enfin, le projet de loi 34, en abolissant les Comités locaux de développement (CLD) au profit de Conférences régionales des élus (CRÉ), fait perdre aux syndicats des forums au sein desquels ils pouvaient se faire entendre en régions, s'attaquant là encore à une dimension importante de ce que certains qualifient de « modèle québécois », soit la consultation des différents acteurs sociaux, en particulier les syndicats, dans la prise de décision politique.Le mouvement syndical québécois a donc été attaqué sur deux fronts par les projets de loi du gouvernement Charest: d'une part, ils touchent à l'encadrement juridique des relations du travail stricto sensu en affaiblissant les protections accordées aux syndicats et d'autre part, ils remettent en cause une certaine idée de la social-démocratie québécoise mise sur pied progressivement depuis la Révolution tranquille.Le slogan d'une des journées d'action de la CSN à ce sujet est d'ailleurs très évocateur : « Préservons ensemble un Québec qui nous ressemble».HPM Sur le plan stratégique, les syndicats québécois ontconnuplusieurs succès, à commencer par la journée nationale de perturbation, organisée le n décembre 2003 par toutes les centrales, et dont le « programme » détaillé avait été gardé confidentiel.Malgré une météo calamiteuse, les syndicats ont réussi à mobiliser ce jour-là des centaines de militants à travers tout le Québec pour participer à des opérations spectaculaires, dont le blocage des ports de Québec, Trois-Rivières et Montréal, ainsi que de routes importantes desservant la région du Saguenay.Très bien organisées, ces actions n'ont pas véritablement soulevé la réprobation populaire à laquelle on aurait pu s'attendre et ont même attiré la sympathie d'une partie du public, y compris les non-syndiqués.Le Ier mai 2004, journée internationale des travailleurs, fut un autre grand succès pour le mouvement syndical, dont les prévisions furent largement dépassées lorsqu'une foule de 100 000 personnes a participé au traditionnel défilé organisé à cette occasion dans les rues de Montréal.Outre ces deux événements, des dizaines d'actions ponctuelles ont jalonné l'année, qu'il s'agisse d'opéra-tions-suprises lors du passage de membres du gouvernement dans les régions, ou encore du premier anniversaire de la victoire du Parti libéral, le 14 avril 2004.Ces succès ont montré que le mouvement syndical avait su s'allier à d'autres groupes dans sa résistance au programme gouvernemental, mais aussi que les centrales avaient accepté de mettre pour un temps leurs querelles de côté.Toutefois, on ne peut pas présager de la solidité de cette attitude à 280 L'économie et les conditions de vie l'avenir.En effet, l'une des initiatives adoptées par toutes les centrales fut par exemple de consulter leurs membres sur l'hypothèse d'une grève générale unitaire de 24 heures.La démarche s'est faite dans les rangs de la CSQ, de la CSN et de la FTQ, mais cette dernière a alors annoncé qu'elle ne coordonnerait pas nécessairement cette initiative avec les autres centrales.En outre, la campagne d'allégeance dans le réseau de la santé laisse présager des affrontements féroces, notamment entre la CSN, qui domine largement le secteur, et les autres syndicats.C'est dans ce contexte pour le moins tendu que s'est engagée la ronde de né-gociations dans le secteur public.Réunis au sein d'un front commun, les centrales syndicales et grands syndicats indépendants du secteur ont déposé leurs demandes salariales, soitune augmentation d'environ 12 % sur trois ans.Or, le gouvernement a d'ores et déjà annoncé par la voix de la présidente du Conseil du trésor que l'enveloppe budgétaire consacrée à ces négociations ne dépasserait pas une augmentation de 12% sur.six ans.Cette enveloppe est en outre censée comprendre également les compensations salariales dues à l'annulation du chapitre 9 de la Loi sur l'équité salariale, qui excluait le gouvernement de son application, mais qui a été invalidé par un jugement de la Cour supérieure du Québec, car considéré comme contraire aux chartes canadienne et québécoise des droits et libertés de la personne.Présence au fédéral Même si elle ne constitue pas le principal champ d'action des syndicats québécois, dontl'immense majorité du membership est soumis aux réglementations québécoises du travail, la scène fédérale a toutefois également été occupée par les syndicats.On notera entre autres une défaite conjointe de la FTQ et de la CSN devant la Cour suprême.Les deux centrales québécoises avaient en effet engagé une poursuite contre le gouvernement fédéral pour le détournement supposé de la caisse d'assurance-emploi, dont les fonds ont été utilisés à d'autres fins que celle de soutien financier aux chômeurs.Mais le plus haut tribunal du pays a débouté les syndicats, mettant ainsi fin à une lutte de plusieurs années.Lors des élections fédérales de 2004, les centrales, fidèles à leurs traditions, ne se sont pas explicitement prononcées pour un parti.Leur soutien au Bloc québécois fut toutefois à peine voilé, la CSN et la FTQ unissant leurs efforts pour distribuer lors des festivités du 24 juin des autocollants sur lesquels figurait une fleur de lys entrant dans une urne et reprenant une formule de Gilles Duceppe, chef du Bloc, « Le 24, on fête, le 28 on vote ! ».Toutefois, plusieurs responsables syndicaux et instances régionales ont préféré soutenir le Nouveau Parti démocratique (NPD), à l'instar de leurs confrères du Canada anglais.Les différentes chapelles syndicales se sont plutôt bien entendues, et des liens solides ont été tissés avec le reste de la société civile.Une solidité mise à l'épreuve L'année fut donc très chargée pour le mouvement syndical québécois.Attaqué de toutes parts, il a su conserver ses troupes unies et ne pas tomber dans un clivage public/privé qui 281 L\u2019état du Québec lui a été très néfaste dans le passé.De même, les différentes chapelles syndicales se sont plutôt bien entendues, et des liens solides ont été tissés avec le reste de la société civile, notamment par des coalitions d'opposition au gouvernement.Cette unité à ses raisons : plus qu'une succession de projets sectoriels, le programme du gouvernement Charest est une remise en cause globale du modèle de société fondé depuis les années i960, tant par les libéraux de Jean Lesage que, par la suite, par les gouvernements du Parti québécois.Une protection sociale généreuse, un État assez présent dans la marche de l'économie et dans l'encadrement des relations du travail, une consultation privilégiée de certains acteurs, toutpar-ticulièrementdes syndicats, sontautant d'éléments aujourd'hui contestés par les législations adoptées depuis le 14 avril 2003.Paradoxalement, la grande campagne d'allégeance du secteur de la santé et des services sociaux laisse présager d'inévitables affrontements dont on peut penser qu'ils nuiront à la solidité du front commun dans les négociations du secteur public.Si l'actualité a permis aux syndicats de conserver leur unité tout en marquant des points, ils peuvent redouter avec raison les conséquences à terme des projets de loi adoptés en décembre 2003 et des négociations du secteur public.La confrontation peut parfois aider à remotiver les troupes, mais elle ne permet toutefois pas toujours de survivre sur le long terme.La solidité du syndicalisme québécois va encore être mise à l'épreuve dans les années à venir, tant dans les secteurs public que privé, tous deux touchés par des phénomènes comme la sous-traitance, voire par la compétition internationale en raison de la privatisation croissante de certains services publics.La suite du mandat de Jean Charest risque d'être aussi fortement mouvementée pour les syndicats que pour le gouvernement.Références CONFÉDÉRATION DES SYNDICATS NATIONAUX (CSN).Stoppons la demolition ! Une réponse CSN !, Montréal, Conseil confédéral spécial, 2003.FÉDÉRATION DES TRAVAILLEURS ET TRAVAILLEUSES DU QUÉBEC (FTQ).Mémoire de la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec dans le cadre des consultations prébudyjétaires du ministre des Finances du Québec, M.Yves Séguin, Montréal, Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec, 2004.GAGNON, Mona-Josée, Pierre Avignon et Thomas Collombat.Les modifications aux articles 4 5 et 46 du Code du travail.Les paramètres du débat, Montréal, Institut de recherche en économie contemporaine, 2003.MINISTÈRE DU TRAVAIL.Les arrêts de travail au Québec - Bilan de l\u2019année 2003, Québec, Ministère du Travail, 2004.282 Projets de loi ASSEMBLÉE NATIONALE.Projet de loi 11 7.Loi modifiant la Loi sur les services de santé et les services sociaux, Québec, 2003. L\u2019économie et les conditions de vie ASSEMBLÉE NATIONALE.Projet de loi n°8.Loi modifiant la Loi sur les Centres de la petite enfance et autres sendees deparde à l'enfance, Québec, 2003.ASSEMBLÉE NATIONALE.Projet de loi n°3i.Loi modifiant le Code du travail, Quebec, 2003.ASSEMBLÉE NATIONALE.Projet de loi n°30.Loi concernant les unites de négociation dans le secteur des agraires sociales et modifiant la Loi sur le régime de négociation des conventions collectives dans les secteurs public et parapublic, Québec, 2003.ASSEMBLÉE NATIONALE.Projet de loi n°32.Loi modifiant la Loi sur les Centres de la petite enfance et autres services âe garde à l'enfance concernant les places donnant droit à subvention, Québec, 2003.ASSEMBLÉE NATIONALE.Projet de loi n°25- Loi sur les Agences de développement des réseaux locaux de services de santé et de services sociaux, Québec, 2003.ASSEMBLÉE NATIONALE.Projet de loi n°34.Loi sur le ministère du Développement économique et régional, Québec, 2003.FINANCES PUBLIQUES L\u2019an 2 libéral : le réalignement Martin Coiteux HEC Montreal Les priorités budgétaires de l'équipe libérale dirigée par Jean Charest, arrivée au pouvoir en avril 2003, avaient le mérite d'être claires.Les sommes consacrées à la santé seraient augmentées de manière importante et l'impôt des particuliers serait réduit d'un milliard de dollars à chaque nouveau budget, et ce, sans s'éloigner de l'objectif de dé- ficit zéro hérité de l'administration précédente.En supposant que le passé serait garant de l'avenir en matière de croissance des recettes, ce plan n'était réaliste que dans l'hypothèse où les crédits alloués à l'ensemble des ministères, hormis celui delà santé et des services sociaux ainsi que dans une moindre mesure celui de l'éducation, 283 L\u2019état du Québec seraient assujettis à un régime de croissance zéro.Pour y parvenir de manière rationnelle, le gouvernement allait s'interroger sur son rôle dans chacune des sphères où il intervient, sur la place que pourrait éventuellement y prendre le secteur privé, et sur l'effectif dont il aurait besoin à terme pour s'acquitter des tâches devant demeurer dans le giron public.Appelé dans un premier temps «réingénierie», l'exercice a depuis lors été rebaptisé plus positivement « modernisation » de l'État.Si la priorité donnée à la santé était au diapason des préoccupations de l'ensemble des électeurs, le gouvernement n'allait pas se faire d'alliés parmi ceux et celles directement touchés par le gel des autres dépenses de programme.Il n'allaitpas non plus se faire d'amis du côté des syndicats, surtout alors qu'il s'apprêtait au même moment à assouplir les règles en matière de sous-traitance ainsi que d'autres dispositions touchant le code du travail.Toutefois, le plan de réduction des impôts avait tout pour plaire aux contribuables des classes moyenne et moyenne élevée sur lesquelles repose la plus grande part de l'effort fiscal au Québec.Le premier budget Séguin ayant explicitement repoussé d'une année la question des baisses d'impôt, il allait de soi que la première année du nouveau gouvernement allait laisser toute la place à son affrontement avec les opposants aux réformes qu'il propose.Ainsi, quelques mois à peine après sa victoire électorale, le gouvernement voyait sa popularité fondre Jean Charest comme peau de chagrin et les sondages allaient même jusqu'à prédire son congédiement brutal en cas d'élections anticipées.Dans un tel contexte, le deuxième budget Séguin devenait bien plus qu'un simple exercice fiscal.Il s'agissait d'un instrument destiné à reconquérir la faveur publique.Cette reconquête se trouve toutefois handicapée par une réalité difficile à contourner.Les recettes fiscales ne suffisent pas à la tâche.Les recettes manquantes Pour se faire une idée du rythme d'augmentation du taux de croissance des recettes fiscales, il est utile de comparer les deux premiers exercices budgétaires libéraux (2003-2004 et 2004-2005) aux six précédents de l'administration péquiste (1997-1998 à 2002-2003).Au Tableau 1 sont présentés les taux de croissance annuels moyens des recettes totales, lesquelles sont composées des recettes autonomes et des transferts fédéraux.Les recettes autonomes se divisent quant à elles en plusieurs catégories dont quatre sont représentées séparément au tableau.Il s'agit de l'impôt des particuliers, des taxes à la consommation, de l'impôt des sociétés et des bénéfices des entreprises du gouvernement.Les trois dernières colonnes du tableau identifient de manière limpide la source du manque à gagner.Si le gouvernement parvient à ramener le taux de croissance de ses recettes autonomes à un taux supérieur à 5 %, soit un taux compatible avec celui du PIB nominal québécois (entre 4 et 5 % par année en moyenne), l'importante chute des transferts fédéraux retranche près de 125 points de base au taux de crois- 284 L'économie et les conditions de vie TABLEAU 1 Taux de croissance annuel moyen des recettes du gouvernement du Québec \t\t\t\t\t\t\t Administration péquiste (1997-2003)\t2,00\t8,24\t1,64\t8,45\t3,69\t9,57\t4,74 Administration libérale (2003-2005)\t3,53\t4,76\t6,65\t8,45\t5,19\t-2,59\t3,50 Source : Documents du ministère des Finances accompagnant le dépôt des budgets 2003-2004 et 2004-2005, Les chiffres de 2004-2005 sont ceux du budget déposé le 30 mars 2004, Les pertes de la SGF reportées aux exercices financiers 2001-2002,2002-2003 et 2003-2004 sont exclues des calculs, sance de ses recettes totales.Une telle baisse a pour effet de priver le gouvernement d'environ 630 millions de dollars additionnels par année au niveau actuel de ses revenus.Qui plus est, cette baisse est appelée à s'accentuer au cours de l'exercice financier 2005-2006 puisque le gouvernement devra alors commencer à rembourser des sommes reçues en trop lors des paiements de péréquation.C'est donc dire que près des deux tiers de la marge de manœuvre qui était destinée aux réductions d'impôt dans le plan de match libéral initial se sont volatilisés dès le début du mandat du gouvernement.Déplus, cette évaporation s'est faite en dépit d'un resserrement important imposé par le ministre Séguin aux allégements fiscaux destinés aux entreprises, lequel a fait bondir à 6,65 % le taux de croissance annuel moyen des revenus en provenance de l'impôt des sociétés.Sans ce resserrement, ce ne sontpas les deux tiers mais plutôtla totalité de la marge de manœuvre destinée aux réductions d'impôt qui se serait envolée en fumée dès l'entrée en fonction du gouvernement Cela illustre bien le corset financier à l'intérieur duquel celui-ci doit débattre de ses deux priorités, la santé et les impôts.Cela illustre aussi à quel point le gouvernement est tributaire du résultat de ses né-gociations avec le gouvernement fédéral pour être en mesure de réaliser pleinement le programme pour lequel il a été élu.Le corset financier Confronté à une situation budgétaire peu reluisante, les options qui s'offraient au gouvernement au moment de présenter son deuxième budget étaient donc extrêmement limitées.Une première option aurait pu être d'envisager une réforme permettant au système de santé de livrer plus sans que le gouvernement ne soit obligé d'y destiner l'essentiel de la croissance de ses recettes fiscales.Cette option, sans doute la seule viable à long terme, constitue le cauchemar des politiciens a mari usque ad mare, et ceux-ci, sauf exception, ont bien peu fait jusqu'à ce jour pour y préparer l'opinion publique.De plus, une telle réforme, au même titre que la modernisation de l'État déjà annoncée, ne peut être autre chose qu'une œuvre de longue haleine dont les résultats fiscaux ne se feront pleinement sentir qu'à long terme.Le cabinet n'a 285 L\u2019état du Québec donc pas dû en débattre très longtemps.Une deuxième option aurait été d'aller de l'avant avec le plan de match initial et de faire un déficit L'opinion publique, tout autant que les agences de notation de crédit, n'auraient sans doute pas pardonné au gouvernement de mettre la loi du déficit zéro sous le boisseau afin de financer des baisses d'impôt, et ceci d'autant plus que les délicates négociations menées à l'heure actuelle sur les transferts fédéraux ont essentiellement pour but d'augmenter les ressources destinées à la santé.Tant au vu de ses conséquences budgétaires qu'au vu des réactions appréhendées, l'option de s'en tenir au plan de match initial a dû être écartée assez tôt lors des débats au sein du cabinet La troisième option aurait été de reporter sine die, ou à tout le moins à beaucoup plus tard, les baisses promises d'impôt.Le gouvernement aurait alors expliqué aux Québécois la nature de l'impasse financière créée par la baisse des transferts fédéraux, ajoutant que l'exercice de modernisation de l'État auxquels il les conviait suffirait à peine à dégager les ressources financières additionnelles dont il avait besoin pour le secteur de la santé.11 aurait réitéré par la même occasion son intention de travailler avec les autres provinces afin d'amener le gouvernement fédéral à transférer davantage de ressources récurrentes pour la santé et à améliorer le programme de péréqua- tion.Visiblement, cette troisième option s'est imposée dans ses grandes lignes, bien que des considérations politiques aient amené le gouvernement à annoncer parallèlement deux initiatives à caractère social.À moins que des transferts fédéraux additionnels ne se pointent effectivement à l'horizon, ces initiatives l'amènent à flirter très sérieusement avec le déficit Le deuxième budget Séguin Le budget déposé le 30 mars 2004 contient deux initiatives qui auront pour effet d'augmenter le soutien aux familles à revenu modeste et de rendre ce soutien plus visible.D'abord, une nouvelle politique d'allocations familiales appelée Soutien aux enfants remplacera l'ensemble des réductions d'impôt actuellement accordées aux familles.Techniquement, le gouvernement annulera les réductions d'impôt existantes, ce qui augmentera ses revenus, mais dépensera davantage en envoyant un chèque, chaque trimestre à compter de janvier 2005, aux ménages bénéficiaires.L'effet net sur le revenu disponible des ménages visés sera notable tout en bas de l'échelle des revenus (les ménages dont le revenu familial s'élève à 25 000 dollars recevront le gain net maximal par rapport au régime actuel) mais s'estompera très rapidement par la suite.11 demeurera toutefois positif, bien que modeste, pour les ménages dont le revenu fami- 1 En 2004-2005, la baisse des transferts fédéraux est essentiellement due à la non-récurrence de certaines sommes spécifiquement destinées à la santé.Au-delà, elle est associée à la révision des paiements de transferts destinés au Québec, surtout au chapitre de la péréquation, révision liée à l'incorporation des données du recensement de 2001 et à la bonne performance économique relative du Québec au cours des dernières années.De concert avec d'autres provinces, le gouvernement du Québec conteste la formule utilisée actuellement pour calculer les paiements de péréquation et plaide en faveur d'une formule plus simple qui donne plus de prévisibilité aux paiements qui en découlent.286 L'économie et les conditions de vie liai se situe entre 35 000 et 42 800 dollars, et diminuera davantage par la suite jusqu'à atteindre zéro pour les ménages dont le revenu familial s'élève à 90 000 dollars.La même approche est appliquée à un nouveau programme de soutien aux revenus de travail des familles à revenu modeste.Cette nouvelle prime au travail remplacera le programme APPORT (Aide aux parents pour leur revenu de travail) existant Cette nouvelle prime atteindra son maximum à un niveau de revenu familial de 14 800 dollars et diminuera jusqu'à atteindre zéro à partir d'un revenu familial de 42 800.Encore une fois, des chèques serontver-sés aux familles bénéficiaires à chaque trimestre à compter de janvier 2005.Tant la nouvelle politique de soutien aux enfants que la nouvelle prime au travail ont leurs mérites sur le plan de la redistribution des revenus en faveur des familles se situant aux plus bas niveaux de l'échelle sociale.Les deux politiques ont en outre été conçues de manière à corriger des iniquités présentes dans l'application du régime actuel (des ménages gagnant aussi peu que 20 000 dollars par année recevant moins de soutien que des familles en gagnant 35 000 par exemple).Toutefois, on ne peut faire abstraction du contexte politique dans lequel elles ont été introduites et de l'interprétation que le gouvernement a souhaité leur donner.Après une année d'affrontements avec les milieux syndicaux et la gauche en général, le gouvernement souhaitait de toute évidence s'affranchir de l'étiquette néolibérale qui lui collait à la peau depuis le début de son mandat et qui lui coûtait très cher en matière d'ap- pui populaire.Quoi de mieux qu'un budget à caractère social dans ce contexte?Par ailleurs, le remplacement de déductions fiscales par des chèques trimestriels augmentera la visibilité du gouvernement auprès de la population.Quoi de mieux pour tenter d'enrayer sa chute dans la faveur publique ?Le gouvernement a toutefois présenté ces deux mesures sociales comme une réduction de l'impôt des particuliers.Il s'agit là d'une interprétation plutôt libre.Certes, les sommes dépensées seront définies par la loi comme des crédits d'impôts remboursables.Cela permettra au gouvernement de les comptabiliser en réduction de l'impôt des particuliers.Pourquoi alors ne pas faire de même avec les bourses aux étudiants ou encore toute autre forme de transfert aux particuliers ?De plus, un bon nombre des ménages qui seront bénéficiaires des nouvelles politiques ne paie déjà pas d'impôt sur le revenu ou alors en paie très peu.Comment peut-on dans ce cas parler de réduction de l'impôt sur le revenu?L'interprétation habituelle que l'on donne à une réduction des impôts consiste à abaisser les taux d'imposition ou encore à élargir les plages de revenu imposées en deçà des taux maximal et intermédiaires.Bien que les deux nouvelles politiques aient leurs mérites en tant que politiques sociales, elles ne se qualifient donc guère comme des réductions d'impôt promises dans la plateforme libérale.Selon les calculs du ministère Yves Séguin 287 L\u2019état du Québec des Finances, elles coûteront toutefois initialement quelques 790 millions de dollars sur une pleine année fiscale, ce qui ne manquera pas de peser sur les équilibres financiers.Malgré tout, le gouvernement aura finalement choisi de permettre aux ménages bénéficiant actuellement du régime d'imposition simplifié de bénéficier également des déductions associées au régime détaillé à partir de 2005.Cette unification des deux régimes permettra à certains ménages de réduire modestement mais cette fois véritablement l'impôt qu'ils versent au gouvernement et devrait coûter au fisc quelque 219 millions de dollars sur une pleine année fiscale.On aura ainsi atteint le total promis d'un milliard de dollars.En toute probabilité il s'agira du seul allégement fiscal du présent mandat car le gouvernement est déjà, dans les faits, en situation de déficit.Par ailleurs, il pourra justifier ce changement de plan de match en s'appuyant sur la situation nouvelle de l'Ontario qui, en créant une prime pour le financement de la santé, graphique 1 Le déficit du gouvernement 1S00 1600 1400 1200 1000 S00 600 400 200 2003-2004\t2004-2005\t2005-2006 Mise en chantier Source : SCHL, Mouvement Desjardins; Prévisions 2004, Déficit projeté Déficit projeté par le ministère des Finances ente d\u2019actifs n 2004-2005 ¦ Perte de la SG F est déjà en train de réduire l'écart qui sépare le fardeau fiscal global des Québécois de celui des Ontariens.Le retour du déficit Une fois que l'impact des nouvelles politiques sociales et de l'unification des deux régimes d'imposition sur une pleine année financière est pris en compte, le gouvernement annonce déjà le retour des déficits à partir de 2005-2006, à moins que des transferts accrus en provenance d'Ottawa, ou encore une croissance économique plus vigoureuse que prévue, ne viennent ajouter des recettes aux cofïires de l'État De ce point de vue, le Québec ne se distingue guère des autres provinces qui toutes, à l'exception de l'Alberta, font des pirouettes pour équilibrer leur budget quand elles ne sont déjà pas franchement en déficit Officiellement toutefois, le Québec annonce encore un budget équilibré en 2004-2005.Il s'agit là encore une fois d'une question de sémantique.Pour ne pas faire de déficit de caisse, le gouvernement devra se départir d'actifs d'une valeur de 880 millions de dollars en cours d'exercice.La vente d'actifs ne doit en aucun cas être assimilée à un revenu, seul le gain en capital éventuellement réalisé sur la vente de ces actifs devrait être comptabilisé.C'est donc dire que le gouvernement annonce dans les faits un déficit de 880 millions pour l'année budgétaire courante, déficit qui pourrait atteindre plus de 1,6 milliard de dollars l'année suivante.En incluant les pertes de 364 millions de dollars affichées par la SGF en 2003-2004, il s'agirait alors de la troisième année consécutive où le gouvernement du Québec se trouve en déficit (Graphique 1).On com- 288 L'économie et les conditions de vie prendra dans ce contexte que la pression sur les autres dépenses de programmes ne vient pas seulement du budget de la santé et des promesses de réduction d'impôt Elle vient également du souci de redresser une dynamique d'endettement qui, si elle n'estpas contrôlée, pourrait de nouveau déraper.La pression sur les dépenses de programme Si le programme libéral initial prévoyait déjà le gel des dépenses de programme autre qu'en santé et en éducation, le ralentissement de la croissance des recettes ainsi que le retour des déficits mettent de la pression sur l'ensemble de celles-ci.En comparant de nouveau les deux premiers exercices budgétaires du nouveau gouvernement avec les six précédents de l'administration pé-quiste, on s'aperçoit qu'un ralentissement est en cours même en santé et en éducation.C'est cependant le gel effectif des autres dépenses de programme qui contribue le plus au ralentissement global des dépenses.À 3,15 % par année contre 4,57 % sous l'administration péquiste, le taux de croissance de l'ensemble des dépenses de programme se situe maintenant nettement en deçà du taux de croissance du PIB nominal québécois.Déplus, la réduction des fiais associés au service de la dette qui tombait à point nommé pour l'administration péquiste n'estplus au rendez-vous sous l'administration libérale.Le gouvernement doit maintenant faire face à une hausse du service de la dette d'environ 3 % par année, hausse qui s'explique par la croissance continue de la dette, même en l'absence de tout déficit, jumelée à la fin du mouvement baissier des taux d'intérêt.Pour l'heure, cette croissance du service de la dette n'est pas dramatique puisqu'elle est inférieure à la croissance des recettes budgétaires.Deux développements toutefois, la remontée graduelle des taux d'intérêt et le retour des déficits, sont susceptibles de changer la donne.Tout compte fait, le gouvernement libéral n'est donc guère en mesure de faire plus que le gouvernement précédent en matière de santé et d'éducation.Il se distingue au chapitre de la cure minceur qu'il applique aux autres TABLEAU 2 Taux de croissance annuel moyen des dépenses \t\t\t\t\t\t Administration péquiste (1997-2003)\t6,76\t3,27\t3,19\t4,57\t-0,69\t3,79 Administration libérale (2003-2005)\t5,83\t3,01\t0,01\t3,15\t3,04\t3,13 Source : Documents du ministère des Finances et du Conseil du Trésor accompagnant le dépôt des budgets 2003-2004 et 2004-2005, Les chiffres de 2004-2005 sont ceux du budgstdu ministère des Finances et du budgstde dépenses du Conseil du Trésor, tous deux déposés le 30 mars 2004, Les organismes consolidés sont exclus des calculs, 289 L\u2019état du Québec dépenses de programme, mais celle-ci se serait avérée nécessaire même en l'absence de toute promesse de baisses d'impôt Le corset financier n'a pas de couleur politique et il s'étend maintenant à la presque totalité des provinces canadiennes.La question du déséquilibre fiscal Il est exact d'affirmer que les dépenses qui sont sous la responsabilité constitutionnelle des provinces augmentent structurellement plus rapidement que les dépenses qui sont sous la responsabilité du gouvernement fédéral.De ce point de vue, il faudrait que les recettes des provinces augmentent structurellement plus rapidement que celles du gouvernement fédéral afin de compenser la différence.Puisque tel n'est pas le cas, les provinces ont tendance à être en déficit structurel alors que le gouvernement fédéral se trouve en situation de surplus structurel.Cela entraîne la dynamique que l'on connaît bien où les provinces sont toujours en situation de demande et où le gouvernement fédéral a l'option de dire oui ou non.Il est vrai en même temps que les surplus fédéraux ont diminué au cours des dernières années, en partie en raison d'une conjoncture moins favorable, mais aussi par ce que les transferts aux provinces ont été effectivement augmentés sous la pression des besoins et de l'opinion publique.Néanmoins, le gouvernement fédéral peut toujours décider de créer de nouveaux programmes plutôt que d'accroître ses transferts en fonction des besoins exprimés par les provinces.Il peut aussi rendre ces transferts conditionnels, créant par le fait même une autre source de conflit entre juridictions.C'est l'ensemble de cette dynamique qui est désignée par l'expression déséquilibre fiscal.Pour résoudre le problème, le gouvernement Charest plaide en faveur d'une approche en deux temps.Dans son collimateur se trouve tout d'abord le système de la péréquation qu'il souhaite renégocier en même temps que de nouveaux transferts fédéraux en matière de santé.Il s'agit d'éviter que des gains du côté de la santé ne se traduisent par des pertes du côté de la péréquation, le résultat net ne laissant aucune marge de manœuvre additionnelle au gouvernement.À plus long terme, c'est un nouveau partage de l'assiette fiscale que réclame le gouvernement afin de compter sur davantage de recettes autonomes et d'être ainsi en mesure de financer l'augmentation structurelle des dépenses, essentiellement en santé.Il est peu probable que le gouvernement fédéral lâche du lest du côté du partage de l'assiette fiscale de telle sorte que la question des transferts en matière de santé et la réforme de la péréquation devraient continuer de dominer l'ordre du jour des négociations entre Ottawa et les capitales provinciales.À plus long terme cependant, la question qui se pose va au-delà du déséquilibre fiscal actuel.Que le gouvernement du Québec ait accès à une plus grande part de l'assiette fiscale ou non, le taux de croissance des recettes ne pourra guère dépasser, une fois absorbé un éventuel transfert de points d'impôt, le taux de croissance du PIB nominal de la province.Or celui-ci oscille entre 4 et 5 % par an, ce qui ne suffira pas à augmenter le budget du ministère de la Santé et des Services so- 290 L'économie et les conditions de vie riaux de 6 % et plus, à chaque nouvelle année.L'équation continuera d'exiger le gel de l'ensemble des autres dépenses de programme, y compris tôt ou tard, l'éducation.C'est inévitable, un jour ou l'autre il faudra s'attaquer sans faux-fuyant, au problème de l'explosion des coûts de la santé.Conclusion L'an 2 du gouvernement libéral aura amené un changement de cap important par rapport au plan de match présenté aux électeurs lors de la dernière campagne électorale.Compte tenu de la chute importante des transferts fédéraux, le gel de l'ensemble des dépenses de programme autre que la santé et l'éducation se sera avéré insuffisant pour financer l'ensemble des ambitions du gouvernement Devant ce constat, le gouvernement aura choisi de ne pas aller de l'avant avec le plan initial de réduction des impôts, limitant celui-ci pour l'essentiel à l'unification des deux régimes actuels d'imposition.Cette unification permettra à certains ménages d'avoir accès à des déductions spécifiques auparavant réservées aux contribuables produisant une déclaration de revenus détaillée, mais pour la plupart d'entre eux, les gains fiscaux qui en découleront seront modestes.En même temps, le gouvernement aura cherché à s'affranchir de l'étiquette néolibérale qui semblait lui coûter la faveur de l'opinion publique en créant deux nouveaux programmes à saveur sociale.La nouvelle politique de soutien aux enfants ainsi que la prime au travail permettront d'augmenter de manière importante le soutien financier destiné aux familles se situant au plus bas de l'échelle des revenus.Elles permettront en outre de rendre les politiques de soutien aux revenus plus équitables à l'égard des ménages dont le revenu familial se situe entre 20 000 et 35 000 dollars par année.De manière à donner l'impression qu'il suivait à la lettre son programme électoral, le gouvernement aura choisi de présenter ces deux nouvelles politiques comme faisantpartie de son plan de réduction des impôts.Il s'agit là cependant d'une interprétation très libre de ce qui constitue une réduction d'impôt D'abord, les ménages qui en bénéficieront le plus ne paient que peu ou même pas du tout d'impôt sur le revenu.Ensuite, si on devait suivre l'interprétation du gouvernement, il faudrait logiquement considérer tous les transferts aux particuliers, les bourses aux étudiants par exemple, comme des réductions d'impôt.Cela n'enlève rien au mérite intrinsèque des deux nouvelles politiques mais de toute évidence, la composante réduction 291 L\u2019état du Québec d'impôt du programme électoral libéral ne fait plus partie du plan de match du gouvernement.Compte tenu du manque de recettes et du coût des nouvelles politiques sociales, le gouvernement enregistrera dans les faits un déficit de plus de 800 millions de dollars en 2004-2005, déficit qui pourrait doubler en 2005-2006.Le déficit de 2004-2005 est camouflé par la vente d'actifs qui ne devraient pourtant pas être comptabilisés comme revenu.On ne saitpas encore comment le déficit de 2005-2006 sera financé.En tenant compte des pertes essuyées par la SGF en 2003-2004, le gouvernement du Québec s'achemine donc vers trois années financières consécutives en situation de déficit La réapparition du déficit ajoute aux pressions qui s'exercent sur les dépenses de programme et il n'est pas étonnant dans ce contexte que le gouvernement libéral ne réussisse pas à se distinguer du gouvernementprécédent en matière d'efforts consentis en éducation et en santé.À moins d'une conjoncture économique plus favorable que prévue, seule une hausse importante des transferts fédéraux pourrait permettre au gouvernement de faire davantage.Le Québec ne se distingue pas en cela des autres provinces qui toutes, sauf l'Alberta, font face à des difficultés similaires.À court et moyen termes, la question du déséquilibre fiscal entre le gouvernement fédéral et les provinces demeurera donc au centre des débats.À long terme cependant, il faudra bien s'attaquer au nœud du problème.Dans son mode de gestion actuel, le système de santé a besoin d'une augmentation annuelle de ses budgets qui dépasse la croissance de l'ensemble des recettes fiscales, fédérale et provinciales confondues.Il en reste donc de moins en moins pour les autres postes, éducation compris.Voilà le débat qu'il faudra tôt ou tard entreprendre, (voir p.480 et suivantes).Références CONSEIL DU TRÉSOR DU QUÉBEC.Budget de dépenses 2004-2005 et Plan de modernisation de l\u2019État [en ligne] www.tresor.gouv.qc.ca MINISTÈRE DES FINANCES DU QUÉBEC.Documents relatifs aux budgets 2003-2004 et 2004-2005 [en ligne] www.budget.fïnances.gouv.qc.ca VIGILE.NET.Revue de presse du budget 2004 [en ligne] www.vigile.net/ds-souv/budget-2004.html WEBFIN.COM.Nouvelles concernant le budget provincial [en ligne] www.webfin.com/fr/nouvelles/budget 292 L'économie et les conditions de vie LES ENTREPRISES La relève et les PME Les enjeux de la transmission de notre patrimoine economique François Normand Journaliste, Les Affaires Les petites et moyennes entreprises (PME), c'est-à-dire les compagnies qui embauchent 500 personnes et moins, jouent un rôle capital au Québec.Elles créent environ 80 % des nouveaux emplois, ce qui en fait incontestablement le moteur de notre économie, tant dans la production de biens que dans la prestation de services.Mais les PME font face à des défis de taille, de la concurrence dans le commerce de détail, entre autres celle des Wal-Mart de ce monde, à l'amélioration de la productivité en passant par la transmission de l'entreprise à la prochaine génération, sans parler d'un environnement fiscal et réglementaire des moins favorables.Puisque que les PME créent huit emplois sur dix, leur « état de santé » nous concerne donc tous.Car lorsque les petites etmoyennes entreprises attrapent un rhume, c'est l'ensemble du Québec qui éternue.Mais avant d'aborder les défis que les PME doivent surmonter, un bref portrait de famille s'impose.La grande majorité des PME sont de très petite taille : trois sur quatre ont moins de cinq employés, alors que seule- ment 2 % d'entre elles emploient plus de 100 personnes.Par ailleurs, près de 10 % des entreprises ayant moins de 100 employés sont exportatrices.Mais une PME sur deux vend à l'étranger quand elle compte de 100 à 500 personnes.Selon la croyancepopulaire, le Québec compterait, toutes proportions gardées, beaucoup plus de PME que le reste du Canada.N'avons-nous pas d'ailleurs tous en tête cette image du Beauceron entrepreneur et dynamique qui a réussi et qui exporte aux États-Unis.Cette perception d'une économie québécoise ayant plus de PME qu'ailleurs relève cependant du mythe.Selon la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante (FCEI), qui représente 24 000 PME au Québec, on retrouve approximativement la même proportion de petites et moyennes entreprises dans l'ensemble du Canada et aux États-Unis.Concurrence des grandes surfaces dans le commerce de détail Bien que la concurrence dans le commerce de détail La grande majorité des PME sont de très petite taille: trois sur quatre ont moins de cinq employés.293 L\u2019état du Québec La productivité est aussi un défi de taille pour les PME manufacturières québécoises.soit féroce, les PME réussissent néanmoins à tirer leur épingle du jeu.Parce qu'elles ont de gros volumes de vente, les grandes surfaces comme Wal-Mart et Costco peuvent afficher des bas prix, que peuvent difficilement soutenir les PME.Mais si les bas prix de ces géants du commerce de détail sont leur principal atout, celui des PME, petites comme moyennes, estla diversité de leurs produits.En se spécialisant par exemple dans les articles de cuisine, une petite compagnie peut offir une gamme plus complète et raffinée de biens.Bien sûr, les grandes surfaces vendent toutes des articles de cuisine, mais habituellement leur offre est beaucoup moins diversifiée qu'une boutique spécialisée.En voulant pratiquement toucher à presque tous les segments du commerce de détail, ces gros joueurs sont condamnés à vendre généralement des produits de masse, grand public.Selon la FCE1, des PME apparaissent sur les principales artères commerciales du Québec, que ce soit à Montréal, Québec ou Trois-Rivières.La perception que les gros joueurs écrasent les petits n'est donc pas fondée.Ce qui ne veutpas dire qu'il n'y pas de fermetures.Les PME inefficaces cèdent le pas à celles plus dynamiques et innovantes.Productivité : le Québec accuse un retard La productivité est aussi un défi de taille pour les PME manufacturières québécoises, qui sontmoins productives que celles de l'Ontario, elles-mêmes moins efficaces que leurs rivales américaines.Pour améliorer sa productivité, une PME doit réorganiser sa production, former davantage sa main-d'œuvre ou acheter de nouvelles machines.Quel est le facteur responsable du retard québécois ?Essentiellement, la réduction des investissements dans l'achat de machinerie, selon la FCE1.Les facteurs expliquant ce déclin sont multiples, tels que la conjoncture économique ou bien le taux de change, qui rend coûteuse l'importation de machineries de pointe des États-Unis.Mais selon le FCE1, c'est surtout la taxe sur le capital qui freine les investissements au Québec.Cette taxe de 0,64 % est perçue sur la valeur des équipements de production, peu importe la taille de l'entreprise et la conjoncture.Cela permet au gouvernement de stabiliser ses revenus lorsque les profits des entreprises chutent durant une récession.Pour les associations patronales, cette taxe est injuste et contre-productive, car elle érode les efforts des entreprises pour augmenter leur production ou leur efficacité.Dans leur programme électoral de 2003, les libéraux se sont engagés à éliminer cette taxe pour les PME dans leur premier mandat À compter du 1\" janvier 2005, 75 % des entreprises ne payeront plus cette taxe, soit les sociétés dont le capital ne dépasse par un million de dollars.Certaines PME ne la paient déjà plus.Le gouvernement doit réduire son taux lors du budget 2005-2006.Terre-Neuve, lîle-du-Prince-Édouard, l'Alberta et la Colombie-Britannique ont déjà aboli cette taxe.Cela étant dit, certaines entreprises arrivent à améliorer leur efficacité sans nouveau capital et en n'ayant ni recours 294 L'économie et les conditions de vie à l'embauche ni aux heures supplémentaires.Par exemple, Portatec, un fabricant de portes et de fenêtres de métal de Sainte-Julie en Montégérie, a augmenté sa productivité avec une réorganisation et une optimisation du travail.Difficile de passer le flambeau à la génération suivante Un autre enjeu important est le transfert des PME familiales à la prochaine génération, qui assure le maintien des centres de décisions entre mains québécoises.La situation est d'autant plus préoccupante que 85 % des entreprises du Québec sontfamiliales etqueplus de 100 000 compagnies, d'ici cinq ans, au-rontun changementde garde à leur tête.Si le propriétaire n'arrive pas à passer le flambeau à ses enfants ou à sa famille rapprochée, l'entreprise est vendue à des employés ou à un tiers, souvent un concurrent L'échec d'un transfert peut s'expliquer par une mauvaise planification, une dispute familiale, un manque d'intérêt ou de compétence ou une insuffisance de capitaux pour acheter la PME.D'ailleurs, selon Emploi-Québec, seulement une compagnie sur trois franchit le cap de la deuxième génération.11 y a des cas bien connus d'entreprises qui ont réussi, mais qui ne sont plus des PME, comme Québécor (les Péladeau), Power Corporation (les Desmarais) et le Groupe Jean Coutu (les Coutu).Mais la majorité échoue comme MAAX, un fabricant d'articles de salles de bain de Sainte-Marie-de-Beauce, qui a été vendu à des intérêts américains.Par ailleurs, seulement une entreprise sur dix atteindrait la troisième génération.Soulignons le cas assez unique des De Gaspé-Beaubien, qui ont fait fortune dans le monde des communications.Cette famille est en affaire depuis plus de 350 ans.Pourtant, aucune entreprise n'est passée d'une génération à l'autre ! Chaque génération a dû recommencer à zéro pour lancer une compagnie.En revanche, le cas des Molson, lui, est un franc succès.La famille brasse de la bière depuis 1786.Reste à voir si la fusion avec Coors changera la donne.La transmission des PME à la prochaine génération est un défi que doivent relever plusieurs pays à travers le monde.Mais la situation est particulièrement critique au Québec qui est, avec le Japon, la société où le vieillissement de la population es t le plus marqué.Va-t-on manquer d'entrepreneurs?Ce qui inquiète le plus la FCE1, toutefois, c'est que la culture entrepreneuriale, c'est-à-dire la volonté de se lancer en affaires, est moins forte au Québec que dans les autres provinces canadiennes, selon le Global entrepreneur-ship Monitor (GEM), un programme de recherche auquel participent des chercheurs de plus d'une trentaine de pays, dont le Canada.Par exemple, en 2002, il y avait deux fois plus de Canadiens anglais qui souhaitaient créer une PME, de 2002 à 2005, que de gens au Québec (13,1 % versus 7,6 %).Par ailleurs, 47,7 % des Québécois estimaient posséder les capacités et compétences pour lancer une entreprise contre 58,7% dans le reste du Canada.Le niveau de scolarisation n'est pas en cause, puisque la scolarité des Seulement une compagnie sur trois franchit le cap de la deuxième génération.Une entreprise sur 10 atteindrait la troisième génération.295 L\u2019état du Québec Québécois se compare avantageusement à celle dans le reste du Canada.La FCEI estime que deux facteurs contribuent à la faible fibre entrepreuna-riale des Québécois par rapport à l'ensemble des Canadiens : le fiscalité et le poids de la réglementation pour les PME.Sur le plan fiscal, les profits de toutes les entreprises québécoises sont imposés à 8,9 %, peu importe leur taille.Dans ce contexte, les grandes sociétés québécoises bénéficient d'une fiscalité plus compétitive que celle du reste du Canada, dont les profits sont taxés de 12 à 17%, en fonction de la province.En revanche, les PME du Québec sont soumises à un taux de 8,9 %, alors que celles du Canada sont imposées de 3 à 7%.Sur le plan de la réglementation, plus une entreprise estpetite, plus ses coûts par employé sont élevés car se conformer aux législations telles que la loi sur l'impôt et le revenu est coûteux.Enfin, la difficulté à obtenir du financement et la hausse des primes d'assurances jouent également dans la balance, selon la FCEI.Références Entrevues avec Emmanuel Paradis et Richard Fahey, respectivement économiste principal et vice-président Québec de la Fédération canadienne de l\u2019entreprise indépendante (FCEI).Gouvernement du Québec, Budget 2004-2005.Sites Internet Journal Les Affaires : www.lesalFaires.com HEC Montréal : www.hec.ca Global Entrepreneuship Monitor : www.gemconsortium.org 296 L'économie et les conditions de vie LA CONSOMMATION L'automobile, un bien banalisé Claude Fortier Agent de recherche, Université Louai La cote de popularité de l\u2019auto n\u2019a cessé de croître depuis son invention il y a un siècle.Le Québec ne fait pas exception à la règle, avec un parc d\u2019automobiles qui ne cesse de s\u2019agrandir depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.Le rappel de quelques chiffres permet de voir à quel point l\u2019automobile est aujourd\u2019hui plus que jamais un bien central de la vie des ménages et des individus dans la société québécoise.L\u2019automobile au Québec en quelques chiffres Les données sur l\u2019immatriculation des véhicules pour l\u2019année 2000 indiquent qu\u2019il y avait 3 388 123 véhicules de promenade (automobiles et camions légers) en circulation sur les routes du Québec, soit un véhicule par 1,67 personne en âge de conduire (de 15 à 74 ans).Pour la dernière décennie du siècle, la croissance annuelle moyenne du parc automobile a ainsi été de 1,47% comparativement à une croissance de 0,57 % de la population de 15 à 74 ans.En 2000, 4 497488 personnes possédaient un permis de conduire au Québec, ce nombre correspondant à 80,9% de la population âgée entre 15 et 74 ans.En 1999, 78,3 % des ménages possédaient au moins un véhicule (incluant les véhicules loués), 30,1 % deux véhicules ou plus et 21,7 % aucun véhicule.Cette proportion est demeurée stable - à une différence de plus ou moins 1 % -, depuis le début des années 1990.Les données montrentque la proportion des ménages pos-sédantun véhicule estplus élevée chez les ménages de deux personnes etplus, les ménages ayantun revenu élevé, les ménages situés en zone rurale, les ménages dont les deux conjoints sont sur le marché du travail et les ménages ayant un enfant ou plus.Ainsi, certains conditions sociales, économiques, familiales et géographiques viennent influer sur le choix d\u2019acquérir ou non un véhicule.297 L\u2019état du Québec L\u2019automobile, un bien banalisé Étant donnée que près de 80 % de l\u2019ensemble des ménages possèdent un véhicule (plus de 95 % dans certains sous-groupes), l\u2019automobile, comme bien de consommation, a atteint le stade de « bien banalisé », soit un bien de consommation qui s\u2019est intégré dans la structure des besoins parce que jugé primordial par les ménages et dont l\u2019achat et l\u2019utilisation deviennent la norme.Au Québec, des biens comme le réfrigérateur, le four à micro-ondes, la machine à laver, le téléphone, la télévision, le radio et le magnétoscope peuvent être considérés comme des biens banalisés, étant donné qu\u2019ils sont présents dans une très vaste majorité de ménages.Depuis quelques décennies, la société québécoise s\u2019organise de plus en plus autour de l\u2019automobile, avec l\u2019éloignement du lieu de travail, le développement des lieux de consommation en périphérie de la ville, etc.Si pour certains types de ménages l\u2019achat de l\u2019automobile est plus problématique en raison de contraintes physiques ou financières, dans la majorité des autres, va de soi.Par exemple, les ménages dans le quintile le plus riche, les ménages où les deux conj oints travaillent et les ménages avec deux enfants ont tous un véhicule dans une proportion de 90 % ou plus.Le ménage motorisé et le ménage non motorisé L\u2019étude du comportement des ménages permet de tracer le portrait de deux ménages types, soit le ménage motorisé et le ménage non motorisé.Le ménage motorisé est un ménage dont le revenu se situe dans le quatrième ou cinquième quintile, composé de deux adultes dont l\u2019âge est entre 20 et 59 ans.Ce type de ménage compte pour environ 23 % des ménages du Québec et leur taux de motorisation est de l\u2019ordre de 96,9 %.À l\u2019opposé, le ménage non motorisé estun ménage dont le revenu se situe dans le premier quintile et qui est composé d\u2019un seul adulte.Ce type de ménage correspond à environ 16 % des ménages au Québec, et le pourcentage de ceux-ci possédant un véhicule est de 31,8 %.Ces deux types de ménages illustrent en partie comment l\u2019accès à un véhicule n\u2019est pas répandu uniformément dans la société.Ils montrent l\u2019utilité de l\u2019automobile est tributaire du milieu et des situations vécues par le ménage.L\u2019automobile peut être vue par certaines comme un bien qui n\u2019a pas une très grande utilité directe.Dans ces conditions, ce n\u2019est pas le manque de ressources, mais plutôt le manque de besoin qui explique l\u2019absence de véhicule.Par exemple, les personnes seules vont souvent préférer le transport collectif, qui se révèle plus avantageux que l\u2019automobile.L'automobile, comme bien de consommation, a atteint le stade de « bien banalisé ».Saturation Même si en nombre absolu, la quantité de véhicules sur les routes continue d\u2019augmenter, les données indiquent que nous en sommes peut-être arrivés à un point de saturation du modèle de transport privé où les seuls gains possibles dans les prochaines années se feront avec le changement de générations, les gens âgés peu équipés en véhicule étant progressivement remplacés par des cohortes de jeunes retraités ayant été 298 L'économie et les conditions de vie en contact avec un véhicule dès leur plus jeune âge.En effet, une fois éliminés les ménages qui n\u2019ont pas de véhicule en raison d\u2019incapacité physique ou parce qu\u2019ils n\u2019en voient pas l\u2019utilité, il reste encore peu de ménages non motorisés en raison de contraintes financières.Déplus, le vieillissement global de la population, au-delà du changement de génération et la croissance prévue des ménages composés d\u2019un seul adulte sont deux làcteurs qui contribueront à fitire diminuer le pourcentage des ménages ayant un véhicule.Une présence lourde de conséquences L\u2019utilisation de l\u2019automobile par un nombre croissant de ménages au cours du siècle a certes eu des conséquences positives, mais cette utilisation a aussi occasionné des coûts croissants pour la société qui commencent à se fitire sentir.Les études montrentque la pollution causée par l\u2019automobile serait responsable de l\u2019augmentation des problèmes respiratoires.Sur le plan environnemental, de nombreuses recherches tendent à montrer qu\u2019il y a un lien entre le rejet de dioxyde de carbone dans l\u2019atmosphère et le réchauffement de la planète et les anomalies climatiques.À ce sujet, les récents accords de Kyoto représententune occasion en or pour les gouvernements de mettre en place des politiques incitatives (transport en commun, covoiturage) ayantpour but de fitire diminuer le nombre d\u2019automobiles sur les routes, à défaut de rendre celles-ci moins polluantes.Une utilisation raison-née de l\u2019automobile pourrait aussi s\u2019accompagner d\u2019une réflexion sur notre société de consommation qui de manière globale cause de graves problèmes à l\u2019environnement (l\u2019automobile en étant une des principales composantes).Malgré tous les torts qu\u2019a l\u2019automobile, il ne fautcependantpas oublier que la pollution occasionnée par l\u2019utilisation de celle-ci n\u2019est que la pointe de l\u2019iceberg, la principale source de pollution atmosphérique provenant du secteur industriel.La valeur de l\u2019automobile pour les ménages C\u2019estune chose de constater que l\u2019automobile occasionne des coûts de plus en plus importants pour la société, mais c\u2019en est une autre que de réussir à mettre en place des politiques qui auraient un impact positif sur l\u2019utilisation que font les ménages de l\u2019automobile.Vivre sans véhicule, c\u2019est devoir se priver d\u2019une certaine facilité de mouvement ou du moins se compliquer la vie.La décision d\u2019acquérir une automobile relève en grande partie de son utilité, le principal attrait du véhicule étant qu\u2019il permet à l\u2019individu de relier facilement les differents lieux de sa routine.L\u2019automobile facilite aussi les sorties en famille etpermetl\u2019accès à une résidence secondaire souvent située en pleine nature.Avoir une automobile, c\u2019estpouvoir quitter, quand bon nous semble, la ville et le mode de vie urbain caractérisé par la routine du métro-boulot-dodo.L\u2019automobile joue aussi le rôle de maison par procuration.C\u2019est un lieu de détente qui permet des actes libres et reposants accomplis habituellement à la maison.Il est possible de discuter en famille, de filmer, de manger, d\u2019écouter la radio, de se maquiller, de parler au téléphone, toutes des activités associées au monde domestique.À la limite, vivre sans véhicule c\u2019est avoir une capacité d\u2019action réduite L'automobile joue aussi le rôle de maison par procuration.299 L\u2019état du Québec et parfois même subir une forme d\u2019exclusion et de dépendance, surtout si l\u2019on n\u2019a pas accès au transport en commun.Impact des politiques sur le choix de transport des ménages Outre une augmentation de la taxe sur l\u2019essence, differentes politiques municipales visant par exemple une densification de la banlieue et non pas son élargissement ou encore l\u2019augmentation du service de transport en commun pourraient être mises en place pour tenter de freiner la croissance du parc automobile.Comme exemple concret de politique municipale visant à diminuer le recours à l\u2019automobile pour les déplacements, soulignons le développement opéré par la ville de Québec autour du circuitMétrobus (transport en commun), qui a pour buta la fois de maintenir les commerces et les lieux de travail de chaque côté du trajet, mais aussi de développer le secteur résidentiel en périphérie du tracé, afin qu\u2019il soit possible pour les résidents de la ville de pouvoir à la fois aller travailler et aller consommer en utilisant seulement le transport en commun.Les effets positifs sur la ville de Québec restent cependant pour l\u2019instant mitigés, le parc automobile et la circulation dans la ville continuant d\u2019augmenter.Contrairement à ce que l\u2019on pourrait penser, la mise en place de différentes politiques municipales, que ce soitla revitalisation des centres-villes ou le développement du transport en commun qui visentà encourager le retour des citadins dans le centre-ville, à proximité de leur lieu de travail, ne devrait pas avoir d\u2019impact significatif sur le taux de motorisation des ménages.Vivre en ville et utiliser le transport en commun ou la marche pour se rendre sur son lieu de travail est une chose, mais renoncer à son véhicule pour les déplacements à l\u2019extérieur de la ville en est une autre.C\u2019estpourquoi la majorité des gens qui vont vivre en ville conservent leur véhicule afin de pouvoir continuer à se déplacer sans contrainte lorsqu\u2019ils en ont besoin, que ce soitpour sortir de la ville ou avoir accès à un commerce non desservi par le transport en commun.Ces politiques viendront par contre diminuer la multipossession.La prise de conscience face à la nécessité de diminuer le niveau de pollution pour le bien-être de l\u2019environnement et des humains, qui se reflète par la ratification des accords de Kyoto et les politiques environnementales à venir, peut faire croire à tort que l\u2019âge d\u2019or de l\u2019automobile est terminé.On ne peut croire que l\u2019automobile est appelée à être remplacée si l\u2019on comprend à quel pointce moyen de transporta façonné notre société dans son organisation.Une grande majorité de ménages est dépendante de l\u2019automobile pour tous ses déplacements.Sans l\u2019automobile, il faudrait remettre en question l\u2019ensemble du fonctionnement de la société et nos modes de consommation, ce qui est peu envisageable à court ou moyen terme.La conscientisation à l\u2019environnement et aux problèmes de pollution ne vont pas faire disparaître l\u2019automobile, mais plutôt conduire à une amélioration de celle-ci pour la rendre moins polluante.Pour avoir un certain succès, les politiques visant à contrôler la croissance du parc automobile devront donc se concentrer sur les ménages ayant deux véhicules ou plus, tout en continuant à conscientiser l\u2019ensemble des automobilistes sur l\u2019importance d\u2019un usage modéré de l\u2019automobile.Sans l'automobile, il faudrait remettre en question l'ensemble du fonctionnement de la société et nos modes de consommation.300 L'économie et les conditions de vie LA SÉCURITÉ État de la criminalité au Québec Marc Ouimet École de criminologie, Université de Montreal La criminalité est mesurée par les statistiques criminelles qui dénombrent les infractions au Code criminel déclarées à la police ou connues d\u2019elle.Ces statistiques sous-estiment l\u2019ampleur de la réalité parce que beaucoup d\u2019infractions passent inaperçues de la victime et beaucoup de victimes n\u2019informent pas la police de leur expérience.Le taux de reportabilité est le concept qui désigne le pourcentage de crimes commis qui est connu de la police.Ce taux de reportabilité varie considérablement d\u2019un type d\u2019infraction à l\u2019autre ; il estélevépour les homicides et les vols de véhicules (environ 95 %), moyen pour les introductions avec effraction et les vols qualifiés (environ 70%), faible pour les agressions sexuelles et les voies de faits (environ 30%), très faible pour les fraudes et les méfaits (peut-être 5 % ou 10 %).Dans le cas des infractions relatives à la drogue ou à la prostitution, les statistiques mesurent alors le niveau d\u2019activité policière dans ce domaine.Les statistiques criminelles, malgré leurs limites, permettent la comparaison dans le temps et l\u2019espace puisque le taux de reportabilité des différents types d\u2019infractions tend à être constant d\u2019un endroit à l\u2019autre et d\u2019une année à l\u2019autre.Ainsi, si le volume observé d\u2019un crime augmente et qu\u2019il n\u2019y a pas de raison de croire que la reportabilité soit en cause, alors la fréquence réelle de l\u2019infraction est réputée être en hausse.Il existe des statistiques alternatives de la criminalité qui sont basées sur des sondages de victimisation.Au Canada, ces sondages font partie de l\u2019Enquête Sociale Générale et ont examiné la criminalité en 1988, 1993 et 1999.Toutefois, compte tenu d\u2019un échantillonnage limité et de la rareté des crimes graves, ces sondages ne permettentpas d\u2019analyser adéquatement l\u2019évolution des violences.Catégories de crimes L\u2019analyse des variations de la criminalité est souvent menée avec les indica- 301 L\u2019état du Québec teurs de crimes de violence et de crimes contre la propriété.Or, ces deux quantités sont trop fortement déterminées par une ou deux catégories de crimes (par exemple, le nombre de voies de faits détermine largement le taux de violence) pour représenter la criminalité.Aussi, dans ces taux, les crimes de gravité très différente ont la même valeur.Nous préférons donc mener l\u2019analyse crime par crime.Voici une courte description des infractions choisies pour l\u2019analyse ; les nombres entre parenthèses réfèrent aux crimes enregistrés au Québec en 2002 car les données détaillées pour 2003 ne sont pas disponibles au moment de rédiger ce document : \u2022\tLes homicides comprennent les meurtres au premier degré (82), au second degré (25), les homicides involontaires coupables (10) et les infanticides (1) ; \u2022\tles agressions sexuelles compren-nentles agressions sexuelles (4048), les agressions sexuelles armées (92) et les agressions sexuelles causant des lésions corporelles (50) ; \u2022\tles voies de faits comprennent les voies de faits simples (29 208), armées (8352), avec blessures (319), les voies de faits contre un policier, un agent de la paix ou un fonctionnaire (2465) etles autres (658) ; \u2022\tles vols qualifiés comprennent les vols commis avec une arme à feu (1106), une arme blanche (2197) et la force physique et/ou les menaces (3584) ; \u2022\tles introductions avec effraction comprennent les cambriolages dans des établissements commerciaux (19161), les cambriolages dans des résidences privées (49 200) et les autres (2009) ; \u2022\tles vols de véhicules à moteur comprennent les vols d\u2019automobiles (23 680), de camions (9966), de motocyclettes (1887) ou d\u2019autres véhicules à moteur (1371) ; \u2022\tles vols simples comprennent les vols de bicyclettes (12 849), les vols dans ou sur un véhicule à moteur (41908), les vols à l\u2019étalage (12 438) etles autres vols (52 788) ; \u2022\tle total des infractions au Code Criminel comprend le total des infractions ici analysées de même que l\u2019ensemble des autres catégories d\u2019infractions criminelles (méfaits, fraude, tentatives de meurtre, être en liberté sans excuses, actions indécentes.).\u2022\tles comportements proscrits relativement à la drogue ne se trouvent pas dans le Code criminel mais bien dans la Loi réglementant certaines drogues et autres substances.Ici sontprésentées les infractions relatives au cannabis, soit la possession (10 389), le trafic (2888), l\u2019importation (119) et la culture (2791), de même que le total pour toutes les autres substances, soit l\u2019héroïne (92), la cocaïne (2114), les autres drogues contrôlées (1773).Variations dans le temps Le Tableau 1 présente le taux de criminalité par 100000 habitants observé au Québec pour la période 1965-2003.Les données 1965-2002 proviennent du catalogue Statistiques de la criminalité au Canada (2003) etles données 2003 furent prélevées sur le Bulletin Juristat Statistiques de la criminalité (2004) qui 302 L'économie et les conditions de vie TABLEAU 1\t\tÉvolution de la criminalité au Québec : 1965-2003 (taux par 100 000 habitants)\t\t\t\t\t\t\t\t 1\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t 1965\t1,2\t25\t60\t50\t383\t230\t851\t2131\t\t 1970\t2,3\t37\t156\t87\t771\t304\t1354\t3926\t\t 1975\t3,7\t33\t207\t181\t1333\t443\t1957\t5685\t\t 1980\t2,8\t34\t232\t205\t1875\t438\t2500\t7331\t95\t32 1985\t3,3\t39\t292\t157\t1568\t397\t2445\t7323\t67\t50 1990\t2,6\t52\t479\t167\t1607\t566\t2489\t7651\t53\t71 1995\t1,9\t46\t488\t129\t1415\t591\t2077\t7037\t93\t77 2000\t2,0\t46\t545\t104\t1084\t575\t1713\t6027\t181\t79 2002\t1,6\t56\t508\t92\t944\t495\t1610\t5697\t217 (16 187)\t53 (3979) 2003\t1,3 (100)\t58 (4326)\t503 (37,657)\t93 (6952)\t899 (67 346)\t494 (36 981)\t1609 (120 435)\t6497 (479 688)\t\t est constitué des données préliminaires sur la criminalité.Homicides.Le taux d\u2019homicide, très bas au début des années 60, a triplé sur une période de 15 ans.Il est resté élevé jusqu\u2019au milieu des années 80 avant de diminuer par la suite.Le taux d\u2019homicide a baissé durant les années 90 pour se situer maintenant autour de 1,3 pour 100 000 habitants.La baisse de 1990 à 2003 est de 50 %.Agressions.Les deux infractions de violence que sont les agressions sexuelles et les voies de faits montrent des tendances différentes de l\u2019ensemble de la criminalité.Elles montrent une augmentation continue des années 60 jusqu\u2019au tournant des années 90, et une période de stabilité par la suite.Des hausses importantes furent notées vers la fin des années 80, hausses en partie attribuables à une reportabilité plus grande de ces crimes et à une meilleure réception des plaintes de violence con- jugale et de violence sexuelle de la part des policiers.Vols.La plupart des catégories de vols ont suivi le modèle de l\u2019homicide, soitune explosion durantles années 60, un sommet autour de 1980 et une baisse durant les années 90.C\u2019est le cas des vols qualifiés, des introductions avec effraction, des méfaits, des vols simples et des vols de véhicules.La baisse de 1990 à 2003 est de 44 % pour les vols qualifiés et les introductions par effraction, de 35 % pour les vols simples et de 13 % pour les vols de véhicules à moteur.Drogues.Les infractions liées au cannabis montrent une baisse de 1980 à 1990, mais une hausse soutenue par la suite qui ne semble pas terminée.Les infractions de cannabis ont crû de 400% entre 1990 et 2002.Du côté des autres drogues, il y eut une hausse de 1980 à 1990, mais depuis aucune tendance claire n\u2019est décelable.Une in- 303 L\u2019état du Québec Le nouveau conservatisme a fait en sorte que des comportements acceptés ou tolérés dans une période libérale sont maintenant devenus proscrits dans la culture.tolérance grandissante de certains milieux face à la drogue (par exemple, dans les écoles secondaires) et une pression plus soutenue des policiers sur les réseaux de revendeurs de drogues expliqueraient en partie cette hausse des données sur les infractions liées au cannabis.En somme, les statistiques officielles de la criminalité indiquent que des baisses soutenues se sont produites depuis les sommets de la criminalité enregistrés en 1992 eti993.Plusieurs facteurs permettent d\u2019expliquer ces baisses.D\u2019abord, l\u2019importance démographique du groupe d\u2019âge le plus criminalisé, soit les 15-35 ans, a fortement diminué au cours des années 90.Moins de jeunes, moins de crimes.Ensuite, depuis quelques années, les années d\u2019études se sont allongées et les perspectives d\u2019emploi pour les jeunes se sont améliorées.En particulier, l\u2019intégration massive des jeunes au monde du travail à temps partiel procure un revenu et occupe le temps de ceux-ci, mais surtout les intègre plus rapidement à la vie d\u2019adulte.La troisième explication serait celle d\u2019une plus grande probabilité d\u2019accusation des personnes ayant commis un délit D\u2019une part, les victimes rapportent plus souvent leur mauvaise expérience à la police et cette dernière est de plus en plus efficace dans l\u2019identification des criminels et dans la constitution des dossiers d\u2019enquête.La quatrième explication est celle de la diminution de la criminalité.Puisqu\u2019une partie importante de la criminalité, no- tamment de violence, se produit dans le contexte d\u2019infractions moins sérieuses, une baisse des petits crimes engendre une baisse des crimes violents.De manière plus générale, il est probable que la baisse de la criminalité s\u2019explique par des changements dans nos valeurs collectives.En effet, les deux dernières décennies se sont caractérisées au plan social par toute une série de campagnes de sensibilisation face aux comportements violents ou dangereux.Que l\u2019on parle d\u2019abus sexuel, de violence conjugale ou de conduite en état d\u2019ébriété, le message est le même : il faut respecter l\u2019autre et la violence à son égard est inacceptable.Le nouveau conservatisme a fait en sorte que des comportements acceptés ou tolérés dans une période libérale sont maintenant devenus proscrits dans la culture.La révolution tranquille a eu comme effet pervers une augmentation importante de la criminalité qui a duré 20 ans.La récréation est maintenant terminée.Variations dans l\u2019espace Le Tableau 2 à la page suivante présente la criminalité connue à différents endroits pour 2003.Les données canadiennes proviennent du Bulletin Juris tat (2003) et les données américaines proviennent du site Internet du LBL Le Tableau 2 permet la comparaison du Québec avec d\u2019autres provinces canadiennes.Le Québec a des taux de violence plus bas que les autres provinces.Par contre, la prévalence de la délinquance acquisitive est plus importante au Québec que dans ses provinces voisines.Parmi les grandes régions métropolitaines de recensement, Québec et Montréal ont moins 304 L'économie et les conditions de vie de crimes de violence que d\u2019autres grandes régions métropolitaines du pays.Toutefois, la criminalité enregistrée dans la région métropolitaine de Montréal est légèrement supérieure à celle de Toronto.Le Tableau 2 permet aussi de situer la réalité québécoise dans l\u2019ensemble nord-américain.Le Canada a un taux d\u2019homicide environ trois fois moins élevé que celui des États-Unis.Les statistiques de voies de faits et d\u2019agressions sexuelles ne sont pas comparables entre les deux pays (aux États-Unis, on dénombre les jôrcible rapes et aggravated assaults qui n\u2019ont pas d\u2019équivalent au Canada).Il y a plus de vols qualifiés chez nos voisins du sud, mais la Canada a plus de vols par effraction et de vols de véhicules à moteur.La comparaison des régions métropolitaines des les deux pays montre que la criminalité n\u2019est pas très différente entre des villes comparables.Globalement, les villes canadiennes ont un peu moins de crimes de violence, mais un peu plus de crimes contre la propriété.La gravité du problème de violence aux États-Unis est le fait des grands centres urbains comme New York, Detroit, Washington, Miami ou Los Angeles.Le taux d\u2019homicide particulièrement élevé chez les Américains s\u2019explique par une plus grande létalité des conflits interpersonnels due à une plus grande accessibilité des armes à fèu.Chose étonnante, la baisse de la criminalité qui a été observée au Québec et au Canada durant les années 90 s\u2019est aussi matérialisée aux États-Unis.TABLEAU 2 Comparaisons dans l'espace de la criminalité en 2003 (taux par 1000 000 habitants) \t\t\t\t\t\t\t Selon la province\t\t\t\t\t\t\t Nouveau-Brunswick\t751\t1,1\t86\t810\t27\t711\t235 Québec\t7487\t1,3\t58\t503\t93\t899\t494 Ontario\t12 238\t1,5\t63\t598\t78\t667\t380 Alberta\t3154\t2,0\t76\t863\t102\t973\t662 Colombie-Britan nique\t4147\t2,2\t83\t976\t107\t1277\t958 Selon le pays\t\t\t\t\t\t\t Canada\t31 630\t1,7\t74\t746\t90\t899\t541 États-Unis (2002)\t288 369\t5,6\t\t\t146\t746\t432 Selon la région métropolitaine\t\t\t\t\t\t\t Québec\t709\t0,4\t54\t355\t59\t828\t265 Montréal\t3586\t1,6\t53\t568\t158\t921\t658 Ottawa\t867\t1,2\t41\t545\t100\t663\t402 Toronto\t5119\t1,9\t51\t568\t112\t541\t372 Edmonton\t998\t2,2\t70\t641\t162\t1020\t951 Vancouver\t2126\t2,2\t59\t748\t153\t1350\t1261 Boston (2002)\t3448\t2,6\t\t\t126\t400\t399 New York (2002)\t9403\t6,6\t\t\t303\t361\t313 Minneapolis/St-Paui (2002)\t3029\t1,3\t\t\t65\t389\t223 Miami (2002)\t2356\t8,7\t\t\t358\t1108\t890 305 L\u2019état du Québec Références Revue Criminologie.Les Presses de l'Université de Montréal, Montréal.Reuue Canadienne de criminologie.Association canadienne de justice pénale, Ottawa.Sites Internet Federal Bureau of Investigation (FBI) : www.fbi.gov Ministère de la Sécurité publique du Québec : www.msp.gouv.qc.ca National Criminal Justice Reference Service : www.ncjrs.org Portail de la criminologie d'expression française : www.criminologie.com Statistique Canada : www.statcan.ca Les gangs de rue Durant l'été 2004, plusieurs événements criminels rapprochés dans le temps ont alerté les médias et la population sur le problème des gangs de rue, Ces événements s'ajoutent à ceux fortement médiatisés survenus l'année précédente avec les Wolf Pack, qui dirigeaient un réseau de prostitution dans la vieille capitale, La situation est maintenant telle que le service de police de Montréal a désigné le problème des gangs de rue première priorité du service de police, Il n'est pas facile de définir ce qu'est un gang de rue, D'une part, de nombreux gangs de jeunes ne sont pas ou peu criminels et doivent alors être considérés comme des groupes de loisirs.D'autre part, l'univers du crime s'est toujours organisé autour de gangs, que ce soit le clan des Dubois dans les années 70, le gang de l'ouest ou les groupes de motards criminalisés comme les Hells Angels ou les Rock Machines, Les caractéristiques particulières aux gangs de rue sont la jeunesse de ses membres, âgés en moyenne de 14 à 30 ans, le fait qu'ils ce sont constitués principalement de membres issus de communautés culturelles et qu'ils sont impliqués dans des activités criminelles commerciales comme la prostitution et le trafic de drogues,  Montréal il y aurait environ dix gangs de rues connus des autorités dont les principaux sont les Bo-Gars, œuvrant dans le nord-est de la ville, et les Crack-Down Posse, plus présents dans le quartier Saint-Michel, Toutefois, les événements de l'été 2004 montrent que les membres des Bo-Gars sont maintenant actifs dans le centre-ville de Montréal, Tout porte à croire que le problème des gangs de rue ira en s'accroissant avec les années, D'une part, les mem- bres des communautés culturelles composent une part de plus en plus grande de la population des grands centres urbains au Québec.Dans certains secteurs de Montréal, ces jeunes constituent la majorité de la population des adolescents, Puisque certains quartiers comprennent une variété de groupes différents, les possibilités de conflits entre des gangs augmentent, Il semble tout naturel pour des jeunes issus de cultures différentes de se regrouper entre eux, Et qui dit groupes, dit conflits inter-groupes, Cette dynamique du conflit est aussi accentuée par leur situation : ce sont en majorité des jeunes défavorisés, En effet, il existe un lien étroit entre la pauvreté, la désorganisation sociale et la délinquance des jeunes, La criminalisation des bandes de jeunes s'est sans contredit produite au cours de la dernière décennie, Lorsqu'on a noté la présence de ces gangs de rue vers la fin des années 80, leurs activités se limitaient au taxage, aux graffitis et aux petits vols, Depuis, ces gangs de rue se sont taillé une place de choix dans l'univers du crime organisé, Que ce soit pour la revente de drogues, pour la prostitution ou pour le trafic d'armes à feu, les gangs de rues ont profité de la neutralisation d'autres organisations criminelles comme les groupes de motards, durement touchés par le système de justice au cours des dernières années, Qui plus est, des liens ont été tissés entre les groupes de motards criminalisés et les gangs de rue ; le fait qu'un premier noir ait été admis comme membre à part entière des Hells Angels est indicatif de ces nouvelles alliances, Marc Ouimet 306 La santé et l\u2019éducation LA SANTE 309 L'état de santé des Québécois : des signes encourageants 316 Le suicide au Québec : une catastrophe humaine et sociale 321 Le système de santé québécois : un édifice imposant en constante rénovation L'ÉDUCATION 329\tEnseigner autrement à l'école secondaire ?335 L'emploi chez les jeunes sans diplôme 341 La réussite scolaire, évolution d'un concept 349 Collèges sous tension 500 000 personnes en sont atteintes au Québec; de ce nombre, 200 000 ignorent leur état.Chez votre librairie 1800463-2100 wm/.pubficztionsduqLWbec.goiiv.çtca Il n'y a que Les Publications du Québec pour illustrer de façon aussi claire l'ampleur du diabète au sein de notre société.Toute la réalité, rien que la réalité Publications Québec nn La santé et l'éducation LA SANTÉ L'état de santé des Québécois : des signes encourageants Robert Choinière Institut national de la santé' publique du Que'bec Jusqu\u2019à l\u2019an dernier, un survol rapide de la santé des Québécois concluait à un bilan mitigé.Malgré une amélioration de l\u2019état de santé, les comparaisons avec les autres provinces canadiennes et les principaux pays industrialisés montraient que des progrès importants demeuraient encore possible au Québec.Le bilan actuel, bien qu\u2019encore mitigé, est cependant plus positif à la lumière des données récentes fournies par l\u2019enquête sur la santé de 2003.Tous les deux ans, Statistique Canada mène auprès des Canadiens une enquête exhaustive sur leur santé.Cette enquête permet d\u2019obtenir, pour le Canada dans son ensemble et pour chacune des provinces, dontleQuébec, de l\u2019information sur les caractéristiques sociodémographiques, les habitudes de vie, les services de santé et l\u2019état de santé de la population.La dernière enquête de cette envergure s\u2019est déroulée en 2003 et les premiers résultats ont été diffusés en juin 2004.À partir des résultats tirés de cette enquête et des enquêtes précédentes, ainsi qu\u2019en utilisant les données sur la mortalité, on peut tenter d\u2019identifier les tendances les plus récentes liées à la santé des Québécois sous trois angles : les habitudes de vie, les facteurs de risque à la santé et l\u2019état de santé actuel.Alors que les deux premiers thèmes permettent d\u2019anticiper les problèmes de santé qui affligerontà court ou à moyen terme les Québécois, les données sur l\u2019état de santé actuel font ressortir les conséquences des facteurs de risque et des habitudes de vie qui prévalaient dans la population au cours des dernières décennies.Afin de mieux qualifier la situation québécoise, des comparaisons sont effectuées avec le Canada.Les habitudes de vie néfastes On peut classer parmi les habitudes de vie néfastes à la santé des comportements individuels modifiables.Trois habitudes de vie reconnues pour être associées à 309 L\u2019état du Québec une multitude de problèmes de santé ont été retenues : la consommation de tabac, la consommation d\u2019alcool et l'inactivité physique.TABLEAU 1 Habitudes de vie néfastes à la santé, population de 12 ans et plus, Québec et Canada, 1994-1995 à 2003 \t\t\t\t\t\t Proportion de fumeurs actuels\t\t\t\t\t\t Québec\t34%\t32%\t30%\t30%\t26%\t-8% Canada\t29%\t28%\t27%\t26%\t23%\t-6% Différence\t5%\t5%\t4%\t4%\t3%\t Proportion de personnes consommant 5 verres ou plus, au moins une fois par mois\t\t\t\t\t\t Québec\tn%\t17%\t18%\t18%\t20%\t9% Canada\t14%\t18%\t20%\t20%\t21%\t7% Différence\t-3%\t-1%\t-2%\t-2%\t-1%\t Proportion de personnes physiquement inactives dans les activités de loisir\t\t\t\t\t\t Québec\t63%\t61%\t57%\t58%\t52%\t-12 % Canada\t58%\t57%\t53%\t54%\t48%\t-10 % Différence\t5%\t4%\t4%\t5%\t4%\t Source : Statistique Canada, Indicateurs de la santé, vol, 2004, no.1, S2-221-XIF La consommation de tabac Le tabagisme est à l\u2019origine d\u2019affections très graves dont les principales sont les tumeurs de l\u2019appareil respiratoire, en particulier du poumon, les maladies cardiovasculaires et les maladies respiratoires.L\u2019évolution de la mortalité par cancer du poumon suit celle de la consommation de tabac avec un décalage d\u2019une vingtaine d\u2019années.Lors de l\u2019enquête de 2003, 26% des Québécois déclaraient fumer régulièrement ou occasionnellement la cigarette, comparativement à 30 % en 2000-2001 et 34 % en 1994-1995.Si la proportion de fumeurs est en diminution constante au Québec, et que cette diminution s\u2019est intensifiée depuis 2000-2001, elle dépasse toujours nettement la proportion observée au Canada (23%).La consommation excessive d'alcool Un autre comportement que l\u2019on retrouve répandu dans la population est la consommation d\u2019alcool.Si la consommation modérée d\u2019alcool peut être un facteur protecteur de certaines maladies cardiovasculaires, une consommation élevée et 310 La santé et l'éducation répétée peut entraîner une dépendance et exposer les individus à des maladies de l\u2019appareil digestif, de l\u2019appareil circulatoire ou de l\u2019appareil respiratoire, à un risque accru d\u2019accidents de la route et à des problèmes d\u2019ordre social ou comportemental.En 2003, 20% de la population québécoise âgée de 12 ans et plus consommait au moins une fois par mois 5 verres d\u2019alcool ou plus lors d\u2019une même occasion.Cette consommation à risque est nettement en hausse depuis le milieu des années 90 et atteint maintenant le niveau observé dans l\u2019ensemble du Canada.L'inactivité physique dans les loisirs L\u2019enquête menée par Statistique Canada permet, à l\u2019aide d\u2019une série de questions sur l\u2019intensité, la durée et la fréquence des activités physiques, d\u2019identifier les personnes qui sont inactives.L\u2019inactivité physique augmente les risques de maladies cardiovasculaires, de diabète et d\u2019obésité ainsi que les risques de cancer du côlon, d\u2019hypertension artérielle, d\u2019ostéoporose, de troubles lipidiques, de dépression et d\u2019anxiété.Il esta noter que la sédentarité, lorsqu\u2019elle s\u2019ajoute à d\u2019autres facteurs de risque, comme le tabagisme, l\u2019hypertension artérielle et l\u2019obésité, est encore plus dangereuse pour le cœur.En 2003, un peu plus de la moitié des Québécois étaient considérés inactifs, ce qui représente une proportion légèrementplus élevée que celle observée au Canada.Une bonne nouvelle cependant, la proportion d\u2019inactifs a sensiblement diminué depuis le milieu des années 90 alors qu\u2019elle dépassait les 60 %.Les facteurs de risque à la santé La notion de facteurs de risque à la santé est large et peu englober des caractéristiques sociodémographiques et des habitudes de vie.Les facteurs qui ont été retenus ici sont ceux qui illustrent déjà chez les individus une plus grande vulnérabilité à la maladie (hypertension, obésité) etprédisposentà des problèmes de santé plus graves (maladies de l\u2019appareil circulatoire, diabète).Les facteurs retenus sont le stress dans la vie quotidienne, l\u2019hypertension et l\u2019obésité.Il est plus difficile d\u2019éliminer chez l\u2019individu la présence de ces facteurs de risque que de modifier des habitudes de vie néfaste comme le tabagisme ou l\u2019inactivité physique.Le stress quotidien Le stress est causé par une multitude de facteurs dont de façon générale les contraintes de la vie quotidienne.Les principales maladies liées au stress sont les affections cardiovasculaires, digestives, dermatologiques, endocriniennes et gynécologiques.Le stress est causé par une multitude de facteurs dont de façon générale les contraintes de la vie quotidienne.311 L\u2019état du Québec TABLEAU 2 Facteurs de risque à la santé, Québec et Canada, 1994-1995 à 2003 \t\t\t\t\t\t \t\t\t\t\t\t Proportion de personnes de 18 ans et plus souffrant de stress dans la vie quotidienne\t\t\t\t\t\t Québec\t24%\tn.d.\tn.d.\t30%\t29%\t4% Canada\t26%\tn.d.\tn.d.\t26%\t25%\t Différence\t-2%\t\t\t4%\t4%\t Proportion de personnes de 12 ans et plus souffrant d'hypertension\t\t\t\t\t\t Québec\t8%\t10%\tn%\t13%\t15%\t7% Canada\t9%\t10%\t11%\t13%\t14%\t Différence\t-1%\t-1%\t0%\t0%\t0%\t Proportion de personnes de 18 ans et plus souffrant d'obésité\t\t\t\t\t\t Québec\tn%\tn%\t12%\t13%\t14%\t3% Canada\t13%\t12%\t14%\t15%\t15%\t2% Différence\t-2%\t-2%\t-3%\t-2%\t-1%\t Source : Statistique Canada, Indicateurs de la santé, vol, 2004, n°\t\t\t\t1,82-221-XIF\t\t Dans la population québécoise âgée de 18 ans et plus, trois personnes sur io déclaraient en 2003 que leur niveau de stress quotidien était élevé.Ce pourcentage est identique à celui observé lors de l\u2019enquête de 2000-2001 mais beaucoup plus élevé que celui de 24 % obtenu en 1994-1995.À l\u2019échelle du Canada, le stress est moins répandu qu\u2019au Québec et le phénomène demeure constant dans le temps.L'hypertension artérielle Il est souvent difficile d\u2019identifier une cause précise liée à l\u2019hypertension et même les personnes dont la tension artérielle est élevée peuvent ne présenter aucun symptôme.Dans certains cas, l\u2019hypertension artérielle est attribuable à plusieurs causes, notamment les antécédents familiaux, l\u2019obésité et le stress.On retrouve parmi les conséquence de l\u2019hypertension non traitée les maladies vasculaires cérébrales, l\u2019insuffisance cardiaque, les maladies du rein et la rétinopathie.Au Québec comme au Canada, la proportion de personnes déclarant souffiir d\u2019hypertension a presque doublé au cours des dix dernières années pour se situer autour de 15 % en 2003.Dans tous les groupes d\u2019âge, le pourcentage de personnes touchées par ce problème a augmenté systématiquement d\u2019une enquête à l\u2019autre.La hausse du pourcentage de personnes atteintes d\u2019hypertension est amplifiée par le vieillissement de la population.312 La santé et l'éducation TABLEAU 3\tÉtat de santé de la population, Québec et Canada Espérance de vie à la naissance, 1981 à 2001 (en années) 1981\t1986\t1991\t1996\t2001 Variation de 1981 à 2001 Proportion de personnes de 18 ans et plus souffrant de stress dans la vie quotidienne Hommes\t\t\t\t\t\t Québec\t71,3\t72,2\t73,7\t74,9\t76,5\t5,2 Canada\t72,1\t73,3\t74,6\t75,5\t77\t4,9 Différence\t0,8\t1,1\t0,9\t0,6\t0,5\t Femmes\t\t\t\t\t\t Québec\t79,2\t79,6\t80,9\t81,2\t82,0\t2,8 Canada\t79,3\t79,9\t80,9\t81,2\t82,1\t2,8 Différence\t0,1\t0,3\t0,0\t0,0\t0,1\t Taux ajusté de mortalité selon la cause, Québec et Canada, 20011 (taux annuel moyen pour 100 000) \tQuébec\tCanada\tDifférence2\tExcès de mortalité du Québec par rapport au Canada2 Ensemble des causes\t735\t714\t21\t3% Tumeurs malignes\t233\t212\t21\t10% Tumeur maligne du colon et du rectum\t27\t22\t5\t23% Tumeur maligne de la trachée, des bronches et du poumon\t67\t56\t12\t21% Tumeur maligne du sein (femmes)\t32\t30\t2\t7% Tumeur maligne de la prostate (hommes)\t30\t32\t-2\t-6% Maladies de l'appareil circulatoire\t223\t241\t-19\t-8% Maladies de l'appareil respiratoire\t57\t57\t1\t2% Grippe et pneumopathie\t10\t15\t-5\t-32% Maladies chroniques des voies respiratoires inférieures\t37\t32\t6\t18% Suicide\t18\t12\t6\t49% 1.\tTaux ajusté selon la structure parage, sexes réunis, du Québec en 2001, 2,\tUne valeur négative signifie une mortalité plusfaible au Québec qu'au Canada.Sources : Statistique Canada, Indicateurs de la santé, vol, 2004, n° 1,82-221-XIF MSSS, fichiers des décès, 2001, Statistique Canada, Causes de décès 2001,84-208 XIF Statistique Canada, tableau 051-001, Estimations de la population selon Tags et le sexe pour le Canada, les provinces et les territoires L'obésité À partir de la taille et du poids des personnes rejointes par les enquêtes, il estpos-sible de calculer un indice de masse corporelle et de classer la population selon difi férentes catégories : poids insuffisant, poids normal, excès de poids, obésité.Les personnes atteintes d\u2019obésité sont celles présentant un plus grand risque de 313 L\u2019état du Québec développer une maladie.L\u2019obésité peut être causée par une alimentation inadéquate ou excessive mais aussi par des facteurs génétiques ou métaboliques.L\u2019obésité représente un facteur de risque au développement de différentes affections : insuffisance cardiaque, hypertension artérielle, diabète, insuffisance respiratoire, etc.En 2003,14 % de la population québécoise âgée de 18 ans et plus pouvait être considérée obèse.Cette proportion est à la hausse depuis le milieu des années 1990 où elle atteignait 11 %.Si les Québécois semblent être proportionnellement moins nombreux que l\u2019ensemble des Canadiens à souffrir d\u2019obésité, la différence entre le Québec etl\u2019ensemble du Canada tend à se résorber, surtout depuis 1998-1999.L\u2019état de santé 11 existe de nombreuses mesures permettant d\u2019évaluer l\u2019état de santé d\u2019une population.Les données retenues ici portent essentiellement sur la mortalité.Bien que la mortalité constitue la dernière étape de la maladie, et qu\u2019elle représente souvent la pointe de l\u2019iceberg par rapport aux problèmes de santé entraînant des hospitalisations ou des incapacités, elle sert d\u2019indicateur universel de l\u2019état de santé des populations et est le reflet des habitudes de vie des individus cumulées sur plusieurs années.L\u2019accès et la qualité du système de soins peuvent également influencer l\u2019état de santé d\u2019une population.L\u2019espérance de vie à la naissance des Québécois et des Québécoises a constamment augmenté au cours des 20 dernières années, passant de 71,3 ans à 76,5 ans chez les hommes, et de 79,2 ans à 82,0 ans chez les femmes.La hausse a été plus importante chez les hommes (5,2 ans) que chez les femmes (2,8 ans).L\u2019espérance de vie des Québécoises est semblable à celles de l\u2019ensemble des Canadiennes alors que les hommes du Québec accusentun retard deo,5 ans sur ceux du Canada.L\u2019examen des taux de mortalité selon la cause révèle que : \u2022\tles Québécois décèdentmaintenantplus souvent de tumeurs malignes que de maladies de l\u2019appareil circulatoire, ce qui n\u2019est pas encore le cas pour l\u2019ensemble des Canadiens ; \u2022\tla mortalité globale est plus élevée au Québec qu\u2019au Canada, mais lorsque l\u2019on écarte les deux causes de décès les plus étroitement associées au tabagisme, le cancer du poumon et les maladies chroniques des voies respiratoires, le Québec présente sensiblement le même niveau de mortalité que le Canada ; \u2022\tles maladies de l\u2019appareil circulatoire entraînent une mortalité plus faible au Québec qu\u2019au Canada ; \u2022\tglobalement, le Québec présente un excès de mortalité de 3 % par rapportau Canada.Les causes de décès où l\u2019excès de mortalité du Québec est particulièrement élevé sont dans l\u2019ordre, le suicide (49%), les tumeurs du côlon et du rectum (23 %) et du poumon (21 %) ainsi que les maladies chroniques des voies respiratoires (18%).314 La santé et l'éducation Conclusion À la lumière des données récentes fournies par l\u2019enquête sur la santé de 2003, le bilan actuel, bien qu\u2019encore mitigé, est plus positif que celui des années précédentes.Deux habitudes de vie ayant des conséquences négatives importantes sur la santé, le tabagisme et l\u2019inactivité physique, sont à la baisse et les diminutions les plus importantes sont survenues entre les deux dernières enquêtes.L\u2019état de santé des Québécois continue de s\u2019améliorer comme le montre l\u2019évolution de l\u2019espérance de vie à la naissance.De plus, au chapitre des maladies de l\u2019appareil circulatoire, le Québec bénéficie maintenant d\u2019un niveau de mortalité plus faible que l\u2019ensemble du Canada.Certains aspects demeurent cependant préoccupants.Les trois facteurs de risque à la santé analysés, le stress, l\u2019hypertension et l\u2019obésité, sont à la hausse.De plus, les données sur les causes de décès montrent encore l\u2019impact des habitudes tabagiques des dernières décennies.Et malgré le fait que ce phénomène tend à diminuer considérablement au Québec, il demeure plus répandu qu\u2019au Canada.Enfin, le suicide, qui continue de baisser au Canada, reste au Québec à un des niveaux les plus élevés au monde.En ce qui concerne le tabagisme et son impact sur la surmortalité québécoise, il serait intéressant de suivre la situation en Irlande à la suite de l\u2019application, au printemps 2004, de l\u2019interdiction de fumer dans tous les lieux de travail y compris les bars et les restaurants.Assisterons-nous à une baisse importante du tabagisme en Irlande, qui était, avant l\u2019application de la loi, beaucoup plus répandu qu\u2019au Québec ?Cela pourrait inciter le Québec à étendre à tous les lieux publics, y compris les brasseries, les bars et les restaurants, l\u2019interdiction actuelle de fumer dans certains lieux publics.Au Canada, jusqu\u2019à maintenant, des lois restrictives ont été adoptées par certaines villes comme Ottawa et Toronto et depuis le Ier octobre 2004 par le Manitoba et le Nouveau-Brunswick.Au Québec, la loi interdisant la cigarette dans les bars et les restaurants attendrait au moins jusqu\u2019en 2006.315 L\u2019état du Québec Le suicide au Québec : une catastrophe humaine et sociale Danielle Saint-Laurent et Clermont Bouchard Institut national de la santé' publique du Que'bec Si la mort par suicide se vit davantage comme une tragédie humaine et familiale, elle doit également être comprise comme une catastrophe sociale.En effet, au Québec, chaque jour, près de quatre personnes mettent fin à leurs jours, laissant autour d\u2019eux désarroi, incompréhension et souffrance, privant des parents de leurs enfants, des enfants de leurs parents et notre société d\u2019hommes et de femmes dans la force de l\u2019âge.Si nous espérons être épargnés individuellement de cette réalité, nous y sommes tous confrontés sur le plan social.Le portrait épidémiologique de la mortalité par suicide - en jetant un regard particulier sur son évolution au cours des dernières - décennies nous permettra de mieux évaluer ce problème qui frappe durement la société québécoise.Un phénomène masculin L\u2019analyse des décès met en lumière le caractère très masculin de la problématique suicidaire au Québec.En effet, la surmortalité masculine est ce qui caractérise le plus le suicide au Québec.Non seulement cette mortalité masculine estimportante mais elle s\u2019est également accrue dans le temps.En 2000-2002, les hommes québécois affichaient un excès de mortalité par suicide de près de 300 % par rapport aux femmes.En 1976-1978, cet excès était de 200%.En 2002, parmi les 1362 Québécois et Québécoises qui ont mis fin à leur vie, on retrouvait 1067 hommes et 295 femmes.Ces données évolutives mettent en lumière le fait que la progression observée des suicides au Québec aux cours des dernières décennies s\u2019explique par l\u2019augmentation fulgurante de la suici-dalitédes hommes.Cet écart important noté entre les hommes et les femmes s\u2019observe aussi ailleurs dans les pays industrialisés et avec autant d\u2019acuité en Autriche et en Finlande, deux pays qui présentent des taux de suicide encore plus élevés que ceux observés au Québec.Cette hausse des suicides au Québec devrait inquiéter la société d\u2019autantplus qu\u2019elle se fait dans un contexte de diminution importante de la mortalité 316 La santé et l'éducation générale.En effet, les gains réalisés en prévention et traitement des maladies et la baisse spectaculaire des accidents de la route au cours des deux dernières décennies nous laissent devant le triste constat que le suicide est devenu la première cause de mortalité chez les hommes de moins de 40 ans.La part relative des suicides dans l\u2019ensemble des décès diminue progressivement avec l\u2019âge au fur et à mesure que les cancers etles maladies de l\u2019appareil circulatoire progressent L\u2019âge et le suicide Contrairementà ce qui a été longtemps véhiculé dans les médias, la réalité suicidaire n\u2019estpas seulement une problématique qui touche les jeunes.C\u2019est pourquoi, pour bien comprendre le phénomène du suicide, il est bien important d\u2019en faire une lecture détaillée selon l\u2019âge.Si le suicide est la principale cause de décès chez les jeunes, ce sont chez les personnes de 30-49 ans que survient la moitié des suicides.À l\u2019inverse, moins de 10 % des suicides sont le fait d\u2019aînés.D\u2019ailleurs, dans cette dernière population, le suicide représente moins de 1 % de l\u2019ensemble des décès.Une lecture de la mortalité par périodes temporelles en fonction de l\u2019âge ajoute une dimension supplémentaire à la compréhension du suicide et de son impact dans notre société.L\u2019analyse montre que la progression du suicide s\u2019est faite dans tous les groupes d\u2019âge chez les hommes et a été plus spectaculaire chez les 15-19 ans etles 30-49 ans.Chez les femmes, sans qu\u2019il n\u2019y ait eu de réelle augmentation de la mortalité par suicide au cours des dernières décennies comme on a pu l\u2019observer graphique 1 Taux ajusté de mortalité par suicide selon le sexe, Québec, 1976-1978 à 1999-2001 1976-78\t1982-84 1988-84 1994-96\t2000-02 Hommes Femmes chez les hommes, il y a eu des fluctuations selon les groupes d\u2019âges.Il est inquiétant de constater que le taux de suicide chez les jeunes femmes de 15-19 ans a plus que doublé au cours de la dernière décennie ; il doit être considéré comme sérieux et mérite que l\u2019on s\u2019y attarde.D\u2019autres phénomènes observés chez les adolescents et les jeunes adultes démontrent que les jeunes filles ont de plus en plus tendance à adopter les comportements des garçons.À titre d\u2019exemple, l\u2019usage du tabagisme et la consommation d\u2019alcool se sont accrus chez les jeunes filles.Ce phénomène s\u2019observe aussi dans les moyens employés pour se suicider : les jeunes filles vont utiliser, comme les garçons de leur âge, des moyens spectaculaires comme les armes à feu et la pendaison.Ces observations laissent présager qu\u2019il est possible que nous observions dans les prochaines années une poursuite de la progression de la hausse des suicides chez les jeunes filles, à moins que les 317 L\u2019état du Québec programmes de prévention ne viennent contrecarrer cette tendance.Ruralité/urbanité, Québec/Canada : des variations importantes de la suicidalité Il existe également une grande variabilité des taux de suicide au Québec en fonction de l\u2019emplacement géographique.En milieu rural, surtout chez les hommes, la mortalité par suicide est nettement plus élevée qu\u2019en milieu urbain.Les régions du Grand N ord n \u2019échap-pentpas non plus à cette réalité.Au cours des dernières années, le suicide s\u2019est accru de façon fulgurante au Nunavik, une région du Québec peuplée en très grande partie par des Inuits.Le suicide peut représenter chez les hommes de cette région jusqu\u2019au tiers des décès.Ces constats mettent également en évidence le faitque le taux de mortalité par suicide est moins élevé dans les régions urbaines et plus spécifiquement dans la région métropolitaine de recensement de Montréal.Cette réalité n\u2019estpas nouvelle et déjà plusieurs hypothèses explicatives ont été mises de l\u2019avant sans toutefois avoir pu être validées.La première hypothèse avancée pour expliquer les plus bas taux de suicide dans la région de Montréal est la présence d\u2019une proportion importante d\u2019immigrants.Des études ont démontré que la fréquence des comportements suicidaires chez les immigrants est souvent similaire à celle enregistrée dans le pays de naissance.Cet élément vient d\u2019ailleurs confirmer le rôle que jouent les facteurs culturels dans les comportements suicidaires.Malheureusement, l\u2019enregistrement des événements ne nous permet pas d\u2019avoir les informations relatives à la langue parlée et à la culture d\u2019origine, ce qui pourrait permettre d\u2019étayer et d\u2019approfondir l\u2019étude de ce facteur.Une étude récente a cependant démontré que le taux de suicide chez les immigrants de Montréal était supérieur à celui des immigrants des autres grandes villes canadiennes (Caron-Malenfant, 2004).Une autre hypothèse mise de l\u2019avant est le fait que les services de santé et les services sociaux sont plus nombreux, plus diversifiés et plus accessibles dans la région de Montréal.Cependant, les données disponibles et l\u2019état des recherches ne nous permet-tentpas de valider ou d\u2019infirmer ces hypothèses.Les variabilités géographiques s\u2019observent également avec le reste du Canada.Lorsque l\u2019on compare la mortalité par suicide des Québécois à celle des autres Canadiens, on constate que depuis la fin des années 1970, le taux de suicide au Québec est supérieur à ceux observés ailleurs au Canada et que cette différence au fil des années s\u2019est accme de façon importante.Ainsi, pour la période 1999-2001, le taux de mortalité par suicide chez les hommes est de 31 par 100 000 personnes comparativement à 16 par 100 000 personnes pour le reste du Canada.Lorsqu\u2019on compare la mortalité par suicide chez les hommes au Québec et dans les provinces ayant des populations de plus grande importance, soit l\u2019Ontario, l\u2019Alberta et la Colombie-Britannique, on note des fluctuations dans les tendances au cours des dernières années.Jusqu\u2019à la fin des années 1970, le Québec présentaitun taux de mortalité inférieur à ces trois 318 La santé et l'éducation provinces.Par la suite, le taux de mortalité par suicide des hommes québécois s\u2019estaccm de façon très importante tandis que ceux de la Colombie-Britannique et de l\u2019Ontario a diminué progressivement Le Québec etl\u2019Alberta ont eu des taux de mortalité par suicide similaires jusqu\u2019au début des années 1990, mais cette tendance s\u2019estestompé : depuis, le suicide chez les hommes a diminué en Alberta tandis qu\u2019il continue de croître au Québec.Les femmes québécoises se suicident également davantage que les autres femmes du Canada.Depuis le début des années 1980, les Québécoises ont maintenu un taux de mortalité supérieur à celui des femmes des autres provinces.En 1999-2001, le taux de suicide des Québécoises était de 8 par 100 000 habitants comparativement à 5 par 100 000 dans le reste du Canada.On constate par ailleurs que cet écart entre les Québécoises et les autres Canadiennes s\u2019est accru de façon significative depuis les années 1990, tout comme chez les hommes.Cependant, ce différentiel est davantage lié à une diminution dans les autres provinces qu\u2019à une augmentation importante du suicide chez les Québécoises.Bien sûr, il n\u2019estpas simple d\u2019expliquer pourquoi les Québécois se suicident davantage que les autres Canadiens.Tout d\u2019abord, on peut établir que la valeur des taux de suicide au Québec et dans le reste du Canada ne sont pas les seuls éléments sur lesquels on observe des différences.Les moyens utilisés pour se suicider diffèrent d\u2019une province à l\u2019autre : les Québécois utilisent nettement moins les armes à feu que les autres Canadiens.Ces éléments mettent égale- ment en lumière l\u2019importance de la dimension sociale et culturelle dans l\u2019explication des causes du suicide.Les données disponibles ne nous permettent pas d\u2019établir des taux chez les anglophones et chez les francophones québécois.Cependant, on peut facilement émettre l\u2019hypothèse que si ceux-ci étaient disponibles, les probabilités qu\u2019ils soient différents sont réelles.Au Nouveau-Brunswick, le taux de suicide est plus élevé dans les régions francophones que dans les régions anglophones (Gouvernementdu Nouveau-Brunswick, 2004).Enfin, même s\u2019il est reconnu que le Québec est l\u2019endroit au Canada où les suicides sont le mieux répertoriés - et si des correctifs étaient apportés à la sous-estimation des autres régions, notamment celle de l\u2019Ontario - le Québec maintiendrait quand même des taux plus élevés.Lorsqu\u2019on compare le Québec à d\u2019autres pays, il s\u2019apparente davantage aux pays de l\u2019Europe occidentale, tandis que le reste du Canada a tendance à ressembler aux pays de l\u2019Europe septentrionale.En fait, ces écarts et ces différences observés entre le Québec et le Canada révèlent toute la complexité de la problématique du suicide et de la difficulté d\u2019établir des associations avec des facteurs explicatifs.Si, à tort, on a longtemps pensé - et même encore aujourd\u2019hui - que le Québec présentait le taux de suicide le plus élevé parmi les pays industrialisés, la situation n\u2019estpas pour autant reluisante lorsqu\u2019on se compare à ces pays (Choinière, 2003).En effet, le Québec, pour la période 1996-1998 présentait le troisième plus haut taux de mortalité par suicide chez les 319 L\u2019état du Québec hommes après la Finlande etl\u2019Autriche et le sixième plus haut taux chez les femmes.Cette situation est d\u2019autant plus inquiétante que lorsque l\u2019on tient compte seulement de la mortalité prématurée par suicide, seule la Finlande présente des taux plus élevés à la fois chez les hommes et chez les femmes.Cette comparaison internationale est encore plus alarmante parce que, contrairement à l\u2019ensemble des pays industrialisés et même à la Finlande et à l\u2019Autriche, le Québec est le seul pays qui n\u2019a pas enregistré une baisse du taux de suicide.En fait, le taux de suicide des Québécois a augmenté de 14 % depuis le début des années 1980 alors que le taux moyen des principaux pays industrialisés a diminué de 8 %.Chez les femmes, le taux de suicide observé pour ces mêmes périodes est sensiblement resté les même, mais le classement du Québec sur le plan international s\u2019est détérioré.Conclusion Il est difficile de ne pas émettre un diagnostic sombre lorsque l\u2019on compare les statistiques québécoises sur le suicide à celles du reste du Canada et des autres pays industrialisés.Force est de constater que, malgré les efforts déployés pour tenter de prévenir le suicide, le taux s\u2019est accru, particulièrement chez les hommes âgés de 30 à 50 ans.Pire, il faut anticiper une situation peut-être encore plus désastreuse si les mesures préventives ne s\u2019avèrent pas plus efficaces dans les prochaines années.Le taux de suicide chez les jeunes femmes risque de poursuivre sa progression comme ce fut le cas chez les jeunes hommes au cours des deux dernières décennies.Par ailleurs, l\u2019analyse des profils par génération suggère que le taux de suicide chez les jeunes hommes continuera de croître de façon systématique et que la suicidalité des générations du baby-boom se maintiendra avec leur vieillissement La combinaison de ces constats nous laisse croire que si ces tendances persistent, le suicide au Québec ne risque pas de diminuer mais plutôt de poursuivre sa malheureuse courbe ascendante, du moins chez les jeunes et les personnes plus âgées.Références CARON-MALENFANT, Éric.« Le suicide chez les immigrants au Canada », Rapports sur la santé, vol.15, n° 2, 2004.CHOINIÈRE, R.La mortalité' au Quebec : une comparaison internationale, Québec, INSPQ 2003.GOUVERNEMENT DU NOUVEAU-BRUNSWICK.Données sur le suicide 2001 [en ligne], www.gnb.ca/0208/suicide01-f.asp 320 La santé et l'éducation Le système de santé québécois : un édifice imposant en constante rénovation Hervé Anctil Departement d'administration de la santé', Uniuersite' de Montreal Amélie Juhel Conseillère en planification, Ministère de la Santé et des Sendees sociaux Pour plusieurs d\u2019entre nous, le système de santé et de services sociaux se résume au médecin, à l\u2019infirmière et à l\u2019hôpital.Pour cette raison, on se demande bien pourquoi, avec tout l\u2019argent et les efforts que l\u2019on y investit chaque année, il n\u2019est pas possible de soigner tout le monde, rapidement et efficacement Tout n\u2019est pourtant pas si simple.Chaque jour le système de santé et de services sociaux doit répondre à des milliers de demandes de diverses natures.Quelques chiffres suffisent à montrer l\u2019ampleur de l\u2019activité au sein de cette vaste organisation.\u2022\tPrès de 80 % de la population a consulté un médecin l\u2019an dernier, soit six millions de personnes.\u2022\tLe nombre d\u2019hospitalisations (courte durée) s\u2019estélevé à 700 000.\u2022\tPlus de 270 000 personnes ont été soutenues à domicile : des personnes âgées, des personnes ayantune déficience physique ou intel- lectuelle, des malades en convalescence, etc.\u2022\tLes centres jeunesse ont pris des mesures pour protéger plus de 10 000 enfants et jeunes dont la santé, la sécurité et le développement étaient menacés.\u2022\tPlus de 2,6 millions de personnes se sont rendues à l\u2019urgence ou en clinique externe.Le système de santé et de services est devenu au fil des ans une organisation toujours plus complexe.L\u2019évolution rapide des sciences et des technologies permet aux professionnels de faire toujours plus et mieux.Ainsi, en médecine, les outils diagnostiques ont connu des développements importants ; ces outils coûtent souvent très cher mais ils permettent de détecter et de traiter une maladie ou un problème plus rapidement.On procède maintenant à des opérations auxquelles on n\u2019aurait même pas pensé il y a quelques années 321 L\u2019état du Québec à peine, tels que des pontages coronariens chez des personnes très âgées.Des interventions qui étaient relativement rares hier sont devenues très courantes.Par ailleurs, on demande au système de santé et de services sociaux bien davantage que de traiter et soigner.Les fonctions du système se sont étendues avec la montée des besoins.Il doit aujourd\u2019hui prévenir, traiter, soigner, réadapter, soutenir, compenser.Bref, nous sommes mieux servis qu\u2019hier, mais il faut y mettre le prix.Voyons plus en détails comment le système de santé et de services sociaux se présente actuellement - quels services il offre, quelles clientèles il dessert-et comment il a évolué au cours des dernières années.Le portrait d\u2019ensemble Le réseau de la santé et des services sociaux Les services de santé et les services sociaux forment une grande mosaïque qui réunitdes milliers de professionnels et de travailleurs provenant d\u2019une multitude de domaines.Les actions de tous ces intervenants doivent servir le plus efficacement possible le public.Au cours des 20 dernières années, les services de santé et les services sociaux ontfaitl\u2019objetde nombreuses réformes.Deux grands objectifs ont guidé ces réformes : mieux coordonner les actions des milliers d\u2019acteurs concernés, c\u2019est-à-dire faire en sorte qu\u2019ils travaillent en réseau ; servir les citoyens près de chez eux et, lorsque c\u2019est possible et plus efficace de le faire, les servir à domicile.Voilà comment il faut interpréter la vague de régionalisation et de fusions d\u2019établissements qui ont marqué les années 1990.Voilà également comment il faut envisager la réforme en cours, qui regroupera tous les établissements de première ligne d\u2019un même territoire local.Ces regroupements - appelés centre de santé et de services sociaux - sont responsables d\u2019organiser les services, tous les services, sur leurs territoires et de s\u2019assurer que ceux-ci soient très bien coordonnés, et ce, en étroite collaboration avec les autres acteurs du territoire, en particulier les médecins.Si la nouvelle organisation remplit ses promesses, les services de première ligne seront plus accessibles etplus efficaces, ce qui aura pour effet de dégager l\u2019hôpital et son urgence, qui pourront ainsi mieux se concentrer sur leurs fonctions premières.L'investissement collectif Le gouvernement du Québec injecte cette année 20,1 milliards de dollars, soit près de 2700 dollars par citoyen.Les Québécois ajouteront eux-mêmes (individuellement ou par le biais de leur assureur) un peu plus de 7,5 milliards en primes d\u2019assurances, produits et services de santé supplémentaires dont ils jugent avoir besoin.Les quelque 20 milliards d\u2019argent public représentent 37 % de l\u2019ensemble des dépenses du gouvernement québécois.Selon les projections du Conference Board du Canada, cette proportion pourrait atteindre 43 % d\u2019ici 15 ans, puisque les dépenses de santé augmenterontplus vite que les revenus du gouvernement (4,8 % contre 3,1 % en moyenne par année).Rappelons qu\u2019au cours des dix dernières années, ces dépenses ont augmenté trois fois et 322 La santé et l'éducation demie plus vite que celles des autres programmes gouvernementaux (éducation, culture, etc.).Où va tout cet argent ?Le tableau suivant montre que plus de 60 % des dépenses sont destinées aux établissements, la moitié de cette part étant affectée aux hôpitaux.Notons que les services des établissements peuvent être offerts à l\u2019interne (le malade ou le client séjourne dans l\u2019établissement), en ambulatoire (le malade ou le client s\u2019y rend pour obtenir le service mais n\u2019y séjourne pas), ou à domicile.Le 40 % restant est réparti entre les services médicaux, les dépenses publiques d\u2019assurance médicaments, les fonctions nationales (direction et gestion ministérielles, organismes-conseils, etc.) et les « autres dépenses » (régime de retraite des employés, système du sang, OPHQ, etc.).Les ressources humaines Le système de santé et de services sociaux emploie 265 000 personnes, soit environ 7 % de l\u2019ensemble de la population active du Québec (2002).De ce nombre, on compte 21 227 professionnels, dont 15 000 médecins, qui reçoivent des honoraires remboursés par la Régie de l\u2019assurance maladie du Québec.Le réseau d\u2019établissements emploie quanta lui 242 000 employés, salariés et cadres, dont plus de 103 000 infirmières, infirmières auxiliaires et préposées aux bénéficiaires.En 2002, oncomptaitdeuxmédecins pour 1 000 personnes, soit un omnipraticien et un spécialiste.Les médecins sont encore en grande majorité rémunérés à l\u2019acte.Mais la rémunération « à forfaits » connaît une forte hausse depuis une dizaine d\u2019années.Les femmes médecins sont quatre fois plus nombreuses aujourd\u2019hui qu\u2019il y a 25 ans.En 2002, près de 43 % des omnipraticiens étaient des femmes ; 25 ans plus tôt, cette proportion s\u2019établissait à 12%.Chezles spécialistes, la proportion est passée de 6 % à 29 % pendant la même période.Les services La nature des services et la façon de les offrir ont beaucoup changé au cours des dix dernières années.Grâce aux développements récents, il est de plus en plus souvent possible de recevoir des traitements, des soins et du soutien en ambulatoire ou à domicile.Les séjours à l\u2019hôpital ont ainsi été réduits, le placement et l\u2019hébergement sont devenus des mesures exceptionnelles.«Virage ambulatoire», «réinsertion sociale », « désinstitutionnalisation », « soutien à domicile », tous ces vocables traduisent au fond la même réalité : le passage graduel du mode de prise en charge traditionnel, en établissement, au traitement et au soutien dans le milieu de vie.TABLEAU 1\tRépartition des dépenses de santé et de services sociaux du gouvernement du Québec (crédits 2004-2005) \t\t Services des établissements\t12,19\t60,7 Services médicaux\t3,07\t15,3 Régime public d'assurance médicaments1\t1,82\t9,1 Fonctions nationales\t0,28\t1,4 Autres\t2,71\t13,5 Total\t20,07\t100 Source : Comptes publics du Québec 1 Les dépenses publiques et privées en médicaments au Québec totalisaient, en 2003, 4 856 millions de dollars, soitdavantags que les services médicaux, 323 L\u2019état du Québec Témoin de ce changement, le nombre de lits hospitaliers a diminué de près de 30 % depuis 1990.Actuellement, on compte 2,74 lits de soins généraux et spécialisés pour 1000 personnes.Parallèlement, on a assisté à une diminution des hospitalisations de courte durée (20 % de moins qu\u2019il y a dix ans), de la durée des séjours hospitaliers.À l\u2019opposé, la chirurgie d\u2019un jour a connu un développement important.C\u2019est également le cas des services ambulatoires ainsi que, dans une moindre mesure, des services à domicile.En 2002, plus de 270 000 personnes ont reçu des services à domicile, et ce nombre est en augmentation constante.Les dépenses dans ce secteur atteignaient plus de 700 millions de dollars, ce qui est considérable par rapport à il y a dix ans à peine.Cette somme représente toutefois une part modeste du budget de la santé et des services sociaux.Les services répondent aujourd\u2019hui à une grande diversité de besoins.Certains s\u2019adressent à l\u2019ensemble de la population tandis que d\u2019autres sont destinés aux personnes aux prises avec des problèmes particuliers.Les services de santé publique Les services de santé publique poursuivent un grand objectif social : améliorer la santé et le bien-être général de la population.Ces services peuvent être regroupées autour de quatre grandes activités : \u2022\tla surveillance continue de l\u2019état de santé de la population ; \u2022\tla promotion de la santé et du bien-être ; \u2022\tla prévention des maladies, des traumatismes et des problèmes psychosociaux ; \u2022\tet la protection de la santé (intervention auprès de groupes ou de l\u2019ensemble de la population en cas de menace, réelle ou appréhendée, pour la santé).Les services généraux Les services généraux s\u2019adressent à toute la population.Ils sont destinés à répondre aux besoins des personnes qui présentent des problèmes ponctuels et aigus.Pour cette raison, ce sont des services de proximité, offerts par un établissement situé près de chez soi (CLSC, centre de santé ou hôpital local), un cabinet de médecins, un groupe de médecine de famille ou une clinique associée.Les services généraux les plus consultés sont les services médicaux, la ligne Info-santé et différents services des CLSC.À titre indicatif, les omnipraticiens ont réalisé plus de 31 millions d\u2019actes médicaux au cours de la dernière année.Ce total représente près de 40% de l\u2019ensemble des actes médicaux (82 millions au total).Les services de santé physique Les services de santé physique s\u2019adressent à toute personne dont l\u2019état nécessite des soins et des traitements spécialisés et surspécialisés.Ils sont également destinés à toute personne aux prises avec une maladie qui exige un suivi systématique et des services en continu.Les services de santé physique comprennent: \u2022\tles urgences ; \u2022\tles épisodes de soins aigus et les visites en ambulatoire spécialisés et 324 La santé et l'éducation surspécialisés ainsi que les visites spécialisées à domicile.Les chirurgies d\u2019un jour sont des soins spécialisés donnés en ambulatoire qui connaissent une augmentation importante depuis les années 1990.En 2002, les médecins ont réalisé 287 000 chirurgies d\u2019un jour ; \u2022\tles soins palliatifs, qui sont offerts par une équipe qui assure aux mourants des soins individualisés et personnalisés.Ils visent à apaiser la souffrance par le soulagement des symptômes et par des soins de base dispensés avec assiduité, et à accompagner le mourant vers la mort; \u2022\tet les services de santé physique destinés aux malades qui ont besoin d\u2019un suivi systématique et qui doivent recevoir des services en continu.La plupart de ces services sont destinés aux personnes atteintes d\u2019une maladie chronique ou d\u2019un cancer et ils occupent une place de plus en plus importante dans l\u2019offre de services.L\u2019approche est toutefois différente de celle que l\u2019on privilégie dans les soins aigus.En effet, il ne s\u2019agit pas de guérir, mais plutôt de réduire la détérioration des conditions de santé et d\u2019assurer une certaine qualité de vie.Les services de santé mentale La gamme des services de santé mentale comprend des services médicaux, des services psycho-sociaux et des services communautaires.Ces services sont destinés : \u2022\taux personnes qui présentent des troubles mentaux sévères, générale- ment persistants, associés à de la détresse psychologique et à un niveau d\u2019incapacité qui interfère, de façon significative, dans leurs relations interpersonnelles et dans leurs compétences sociales de base ; \u2022 et aux personnes qui vivent des troubles mentaux transitoires, d\u2019intensité variable, source d\u2019une détresse psychologique importante, qu\u2019une aide appropriée, prodiguée au moment opportun, peut ramener à leur niveau de fonc-tionnementpsychologique et social antérieur.Les services aux personnes âgées vulnérables Ces services s\u2019adressentà toutes les personnes ayant une incapacité principalement due à l\u2019avancement en âge, et ce, peu importe la cause : perte de mobilité, problèmes cognitifs (par exemple, la maladie d\u2019Alzheimer) ou maladies chroniques.La grande majorité des personnes en perte d\u2019autonomie est aujourd\u2019hui desservie à domicile.Elles reçoivent des soins ainsi que l\u2019aide humaine et technique nécessaire : bains et soins d\u2019hygiène, entretien ménager, soins infirmiers, etc.En 2002,136 000 personnes en perte d\u2019autonomie liée au vieillissement ont bénéficié de ce genre de soutien.Des personnes en grande perte d\u2019autonomie doivent toutefois recevoir des services d\u2019hébergement.La clientèle actuelle des Centres d\u2019hébergement et de soins de longue durée présente des problèmes complexes et requiert davantage de services que celle d\u2019hier.Au total, près de 70 000 personnes ont eu recours aux services d\u2019hébergement au cours de l\u2019année 2003.325 L\u2019état du Québec Les services aux personnes avec une déficience physique Ces services s\u2019adressent aux personnes qui ont une incapacité significative et permanente liée à l\u2019audition, à la vision, au langage ou aux activités motrices.Ils visent à développer et maintenir leur autonomie de fonctionnement, à compenser leurs incapacités et à soutenir leur pleine participation sociale.En outre, la nature des besoins de ces personnes fait en sorte qu\u2019elles doivent recourir, à un moment ou à un autre, à des services spécialisés de réadaptation et, lorsque cela est nécessaire, à des services de soutien à la participation sociale.Les services à domicile et les services externes ont fortement augmenté dans ce secteur au cours de 15 dernières années.En 2002, près de 60 000 personnes ontreçu des services de réadaptation comparativement à un peu plus de 37 000 en 1992.Par ailleurs, environ 2600 ont dû séjourner au centre de réadaptation pour des traitements.La moyenne des séjours s\u2019établit à 46 jours.Les services aux jeunes en difficulté Ces services s\u2019adressentprincipalement à deux clientèles : les jeunes qui présentent des problèmes de développement ou de comportement, ou qui ont des difficultés d\u2019adaptation sociale (délinquance, violence, suicide, etc.) et les jeunes qui ont besoin d\u2019être protégé (abus, négligence, etc.).Ils sontégale-ment destinés aux familles des jeunes concernés.Plusieurs services offerts aux jeunes en difficulté prennent assise sur la Loi sur la protection de la jeunesse.En vertu de cette loi, ce sont les centres jeunesse qui reçoivent les signalements.Dès la réception, le signalement doit être traité afin de déterminer s\u2019il sera retenu pour évaluation.Si oui, il faut ensuite évaluer si la sécurité ou le développement du jeune est compromis.Si c\u2019esteffective-mentle cas, on appliquera les mesures de protection appropriées.Chaque année, environ 10 000 enfants doivent être pris en charge en vertu de la Loi sur la protection de la jeunesse, à la suite d\u2019un signalement Les motifs de prise en charge sont la négligence (50% des cas), les troubles de comportement (24%), les abus physiques (14 %), les abus sexuels (10 %) et les abandons (2%).Les services aux personnes qui ont une dépendance La dépendance entraîne généralement des comportements inacceptables pour la personne elle-même ou pour autrui.Les problèmes de dépendance les plus répandus sont l\u2019alcoolisme, la toxicomanie et le jeu compulsif.Les personnes aux prises avec ce genre de problèmes ont besoin de services de réadaptation et de réinsertion sociale, de services de désintoxication ainsi que de services ayantpour but la réduction des méfaits de leur dépendance.Les services aux familles et aux proches des personnes sont aussi essentiels.Chez les personnes alcooliques et toxicomanes, le recours aux services externes des établissements de réadaptation est en croissance constante depuis 1990.Pendant ce temps, le nombre de personnes admises dans les établissements est en baisse.Ainsi, en 2002, 4700 personnes étaient admises dans un centre de réadaptation où elles séjournaient en moyenne 20,5 jours et 35 700 étaient inscrites aux services externes.Les personnes âgées de 25 à 39 326 La santé et l'éducation ans forment la plus grande partie de la clientèle.Par ailleurs, c\u2019est chez les moins de 18 ans que l\u2019on observe la plus forte croissance.Les médicaments Le régime général d\u2019assurance médicaments a été créé en 1997.Il s\u2019agitd\u2019un régime universel, c\u2019est-à-dire que tous les citoyens sont couverts, sans exception.La création du régime a changé peu de choses pour les personnes adhérant à un régime privé collectif d\u2019assurance médicaments.Ces personnes acquittent leurs primes auprès de leur assureur privé, la plupart du temps par l\u2019entremise de leur employeur, comme auparavant La situation est différente pour les personnes qui ne détenaient aucune assurance médicaments avant 1997.Depuis ce temps, elles sont automatiquement couvertes par le régime public.Ce dernier assure actuellement environ 44 % de la population.Dans les régimes privés, la prime annuelle est établie selon les règles habituelles du marché en fonction des caractéristiques de chaque groupe d\u2019assurés.Dans le régime public, les assurés doivent payer une prime annuelle, établie en fonction de leur revenu, et une contribution financière lors de l\u2019achat de médicaments chez le pharmacien.Rappelons qu\u2019une protection particulière est offerte aux personnes plus vulnérables comme les prestataires d\u2019assistance-emploi et les personnes âgées à faible revenu.Le régime mixte public-privé québécois n\u2019a pas d\u2019équivalent en Amérique du Nord.Assurer sa viabilité alors que les coûts augmentent de façon vertigineuse, telle est la grande question qui anime ce débat.Depuis son instauration, le coût du régime public a augmenté en moyenne de 14,6 % par année, le rythme d\u2019augmentation ayant toutefois ralenti au cours des dernières années pour se situer sous la barre des n %.On observe une croissance analogue dans les régimes privés québécois de même que dans le reste du Canada.Cette croissance est due à trois facteurs : l\u2019augmentation du nombre de personnes qui consomment des médicaments (vieillissement de la population), l\u2019augmentation du nombre d\u2019ordonnances par personne due à l\u2019arrivée de nouveaux médicaments et l'augmentation du coût moyen par ordonnance.Enfin, soulignons que lorsque les citoyens reçoivent des services dans un établissement de santé, ils n\u2019ont pas à débourser pour les médicaments qu\u2019ils consomment Les dépenses en médicaments en établissement sont d\u2019environ 400 millions de dollars par année.Conclusion Le système de santé et de services sociaux est sans doute l\u2019édifice social le plus imposant que le Québec se soit donné.Cet édifice coûte cher et semble en perpétuelle rénovation.Il faut se rassurer en pensant que le Québec n\u2019est pas seul dans cette situation.En fait, toutes les sociétés éprouvent leurs problèmes et leurs solutions.Il y a cependant une évidence qui s\u2019impose : les solutions toutes faites, et toute simples, n\u2019existent malheureusement pas.327 On n'en sait jamais trop.L'Université de Montréal offre plus de 300 programmes de 2e et 3e cycle couvrant tous les horizons disciplinaires.Microprogrammes (4 à 8 mois) DESS (1 an) Maîtrises Doctorats Consultez notre site Web pour connaître les possibilités d'aide financière Information fes-admission@fes.umontreal.ca (514) 343-6426 www.umontreal.ca Université de Montréal La santé et l'éducation L\u2019ÉDUCATION Enseigner autrement à Técole secondaire?Cecilia Borgès Chercheuse postdoctorale, LABRIPROF-CRIFPE Claude Lessard Titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les metiers de ['education Depuis le début des années 1990, plusieurs pays se sont engagés dans d'importantes réformes des programmes d'enseignement de l'école primaire et secondaire.Inscrites dans des contextes différents, celles-ci s'inspirent de principes communs : approche par compétences plutôt que concentration exclusive sur les savoirs, cycles d'apprentissage, non redoublement, travail collectifdes enseignants et interdisciplinarité.Le Québec a rejointce mouvement international en lançant à son tour une réforme des programmes, en cours depuis 1997 au primaire et implantée cette année au premier cycle du secondaire, dans 62 écoles désignées par le ministère de l'Éducation.Cette implantation a été précédée par une expérimentation impliquant 15 écoles pilotes dans diverses régions du Québec.Jusqu'à maintenant, la réforme semble assez bien reçue par les enseignants du primaire, car elle rejoint la culture et les pratiques de cet ordre d'enseignement.Ces derniers sont déjà à leur façon des « interdisciplinaires », car ils enseignent plusieurs matières différentes aux mêmes élèves.Ce n'est pas le cas au secondaire où l'orientation est« monodisciplinaire ».Depuis son origine, l'école secondaire est fondée sur la séparation des disciplines et la transmission de contenus.Cela diffère des principes du nouveau programme, axés sur le développement de compétences transversales et l'interdisciplinarité.La réforme appelle donc une transformation importante de la culture professionnelle des enseignants du secondaire.Par ailleurs, on sait que le secondaire constitue pour plusieurs adolescents une barrière difficile à franchir, ce qui se traduit par l'échec et un décrochage scolaire important La réforme espère remédier à ces problèmes.Or, relever ce défi incombe avant tout aux enseignants.C'estpourquoi, dans le cadre d'une recherche (CRSH), nous avons rencontré le personnel de deux écoles pilotes de Montréal afin de comprendre leur travail d'appropriation de la réforme.329 L\u2019état du Québec Mais avant d'aborder cette question, des repères sur l'évolution récente de l'enseignement secondaire et sur les orientations de la réforme sont nécessaires.Le modèle disciplinaire de l'enseignement secondaire Historiquement, l'enseignement secondaire a été organisé en fonction d'un modèle disciplinaire dont la division des cours par matières est le reflet le plus évident Ainsi, la structure du programme, les pratiques d'enseignement, de même que la formation, le statut et l'identité des enseignants du secondaire (Lessard, Tardif, 2003) découlent de ce modèle disciplinaire.Il s'est instauré au XIXe siècle avec la naissance de l'école moderne et l'essor des sciences, devenues des disciplines spécialisées requérant des formations spécifiques.En même temps, l'école a progressivement formalisé les savoirs scolaires, en instituant ses propres matières d'enseignement, aux contenus et méthodes spécifiques (Chervel, 1988).De manière générale, le secondaire s'est orienté vers l'instruction, ou la transmission des savoirs scolaires réservés à l'élite.Le primaire se préoccupait d'éducation et de socialisation des enfants des milieux populaires, tout en leur offrant quelques rudiments d'instruction (Gauthier, Belzile et Tardif 1993).Tout au long des XIXe et XXe siècles, enseigner au secondaire consistait donc à maîtriser les connaissances disciplinaires de sa matière d'enseignement et, à l'aide d'un savoir-faire pédagogique, de les transmettre aux élèves.Dans ce contexte, quoique ils étaient présents dans le discours, les objectifs d'éducation étaient subordonnés aux disciplines qui déterminaient les méthodes d'enseignement et d'évaluation des élèves.À l'école, les enseignants des diverses matières, souvent séparés dans des départements distincts, fonctionnaient comme des petits îlots avec entre eux une interaction minimale, réglée par la hiérarchie des disciplines.L'esprit de corps au secondaire était fragmenté et dépendait de l'ancrage disciplinaire à la base de la formation des enseignants.Finalement, le modèle disciplinaire a largement été, sur le plan pédagogique, un modèle de transmission des connaissances, parfois avec peu d'égards pour les élèves, leur situation, besoins et caractéristiques particulières.L'enseignant était considéré comme le pôle dominant et actif de la relation pédagogique : il possédait des connaissances qu'il devait transmettre aux élèves, vus comme des récepteurs soumis à l'autorité du maître.La réforme : dépasser les limites du modèle disciplinaire Au fil des décennies, ce modèle a été remis en question.Diverses limites ont été identifiées : il s'éloigne de la science vivante ; il prépare mal les jeunes à comprendre la complexité des phénomènes sociaux et à résoudre des problèmes de la vie quotidienne et du monde du travail la simple addition de matières scolaires juxtaposées n'assure pas aux élèves une véritable formation générale et personnelle ; l'école secondaire accueille tous les jeunes sans distinction de classes sociales, de genres, d'ethnies, de religions, de cultures.Dans ce contexte, les savoirs doivent être transmis en tenant compte des différences, carac- Les savoirs doivent être transmis en tenant compte des différences, caractéristiques et besoins particuliers des élèves.330 La santé et l'éducation téristiques et besoins particuliers des élèves.La réforme actuelle propose aux enseignants du secondaire, non de jeter par-dessus bord leurs formation et connaissances disciplinaires, mais de dépasser les limites découlant d'un modèle d'enseignement trop exclusivement disciplinaire.En continuité avec la voie tracée au primaire, les enseignants du secondaire sont appelés à : i) développer des compétences chez des élèves qu'ils doivent activement engager dans leur démarche d'apprentissage ; 2) intégrer les matières d'enseignement dans un tout harmonisé, appuyé sur les grandes problématiques actuelles ; 3) rendre explicites les apprentissages transversaux qui vont au-delà des frontières disciplinaires ; 4) faire appel à leur expertise professionnelle en accordant plus de place à leurs jugements individuels et collectifs.Selon l'avis du Conseil supérieur d'éducation, cette réforme requiert une nouvelle culture professionnelle parmi les enseignants, une culture moins individualiste marquée par l'isolement et la spécialisation, une culture qui fait plutôt appel à une plus grande collaboration et collégialité entre les enseignants.La question est donc : comment les enseignants du secondaire, principaux agents de la réforme, vont-ils réagir face à cette demande ?Comment entendent-ils s'approprier cette réforme à la fois originale et complexe à mettre en œuvre ?Les perceptions: oui, mais.Depuis deux ans, dans quinze écoles pilotes, des enseignants du premier cycle du secondaire s'efforcent de mettre à l'essai la réforme.Nous avons rencontré au cours de l'année 2003-2004 les enseignants de deux de ces écoles ; nous les avons interviewés et observés, tout en assistant à leurs rencontres de travail.De manière générale, les enseignants sont assez positifs face au programme.Toutefois, avant de livrer leur pensée, ils prennent souvent une grande respiration, pèsent leurs mots pour être bien compris.Voici quelques propos représentatifs : « Le nouveau programme peut nous amener à travailler d'une façon qui est plus humaine.» Il rapproche les contenus enseignés de la vie quotidienne des élèves : «Je trouve que les mathématiques sont plus proches de la vraie vie, moins distantes des élèves, bref, plus proches.» Il donne aussi du sens aux contenus : « Au lieu de donner des connaissances aux élèves, on les rend compétents à utiliser des connaissances.» Il rejoint les attentes et besoins de la clientèle actuelle : « On n'a pas le choix : avec la clientèle que nous avons, de la façon dont les jeunes Québécois, Québécoises sont élevés [.] il faut, oui, les placer en situation d'apprentissage, que ce soit concret, réel, que ces élèves-là puissent s'identifier tout de suite pour se sentir concernés si bien qu'ils vont vouloir apprendre.» Il s'appuie sur la recherche en psychologie de l'apprentissage : « On ne peut pas être contre le principe de la réforme.À mon avis, c'est le résultat des récentes recherches sur l'apprentissage, ça c'est sûr.» Cependant, des réserves sont exprimées.Une enseignante chevronnée «Au lieu de donner des connaissances aux élèves, on les rend compétents à utiliser des connaissances.» 331 L\u2019état du Québec en mathématique « trouve ça très complexe pour atteindre chaque enseignant Les domaines généraux de formation, les compétences interdisciplinaires et les compétences disciplinaires.Je trouve que ça va prendre beaucoup de temps.» D'autres réserves concernent l'évaluation des compétences et le non redoublement Une jeune enseignante de morale affirme : «Je ne dis pas que c'est la seule chose, mais je vois beaucoup la réforme comme une façon de iàire en sorte qu'on hausse systématiquement le niveau de réussite [.] de sorte que ça paraît moins mal pour le Québec, qu'on puisse donner des statistiques qui vont être plus positives en surface.parce que avec la réforme il n'y a plus personne qui coule! On évalue par cycles, on ne doitplus faire couler personne, onnedoitplus évaluer avec des chiffires, il n'y a plus de notes, mais en bout de ligne, on se rend compte que ça ne peut pas vivre à long terme.» Par ailleurs, évaluer des compétences est nouveau pour tous les enseignants : « C'est sûr, pour l'instant, je pense que le point à travailler est l'évaluation.[.] J'ai beau parler d'un cycle de six mois avec des régulations, mais lorsqu'il arrive le temps de la régulation, ce qui fait peur aux enseignants, c'est comment je vais faire pour évaluer les élèves ».Cependant, ajoute cet enseignant, il faut se laisser du temps pour s'approprier la réforme : « Je vais attendre cinq ans, je vais voir ce que ça va donner, je vais me donner de temps ».Enfin, cette nouveauté dans l'évaluation peut aussi être stimulante : « C'est fatigant, c'est exigeant, ça je le sens.En même temps je trouve que le climat demeure positif [.] ça c'est intéressant ; les gens ont changé leur évaluation.Il y a beaucoup de choses qui ont changé dans leurs mentalités : on change un bulletin, donc on n'évalue pas de la même façon, on parle des grilles d'évaluation, les gens se parlent, les gens échangent, je trouve ça très positif, très intéressant.» Les pratiques pédagogiques : un changement risqué Travailler dans le sens du nouveau programme appelle un changement dans la façon de faire des enseignants : « Parce que je pense au contenu disciplinaire du programme de fiançais, il n'y a pas beaucoup de différence avec le programme de 95, puis à la limite même avec le programme précédent Moi je ne me sens pas déstabilisée et je ne crois pas que par rapport au contenu disciplinaire les profs en général soient déstabilisés.Maintenant c'est plus dans le \u201c comment on fait \u201d qu'il y a une différence.» Une autre enseignante chevronnée en fiançais reprend à peu près la même idée : « Je m'aperçois que depuis septembre je fonctionne un peu différemment, de plus en plus en fait.Donc pour moi la réforme c'est beaucoup plus la façon d'apporter la matière aux élèves, la façon dont eux vont fonctionner à l'intérieur d'une tâche complexe, la façon dont ils vont s'approprier cette tâche-là, les moyens qu'ils vontprendre».Pour certains enseignants, cela pose problème : « Je trouve que dans tout ça par contre on perd du contenu, parce que pour intéresser les élèves, il fauty aller avec des mises en situation, il fauty aller avec des présentations multimédias, des ci, des ça ; or moi j'ai suivi un enseignement qui était plus régulier, puis j'ai 332 La santé et l'éducation l'impression que j'ai appris plus de choses que ce que mes élèves vont apprendre.Je trouve qu'on perd du contenu à force d'être en réforme.De balayer un petitpeu l'enseignement magistral j'ai rien contre, mais faudrait trouver autre chose pour transmettre des connaissances.» L'interdisciplinarité et l'intégration des contenus Certaines disciplines semblent mieux se prêter à l'interdisciplinarité.C'est le propos que tient un enseignant de sciences, qui travaille déjà dans la voie de l'interdisciplinarité, parce qu'il considère que celle-ci rejoint naturellement son domaine d'enseignement, déjà interdisciplinaire : « Oui, mais l'interdisciplinarité va se faire à l'intérieur même du domaine, parce que chez nous en sciences et technologies, il y a plusieurs disciplines à ressembler ; il y a de la chimie, de la physique, des sciences de la nature, science de la terre et tout ça - donc à l'intérieur de la matière, ou bien je peux faire l'interdisciplinarité avec quelqu'un du domaine de langues ou d'univers social.» Aussi, comme l'affirme cette jeune enseignante en mathématique : « Il y a des équipes de matières qui travaillent beaucoup ensemble, par exemple l'univers social, ils sont une équipe et ils travaillent bien ensemble, et ils produisent des choses.» En mathématiques, l'interdisciplinarité semble un idéal éloigné : « Je ne suis pas certaine qu'on va être capable de travailler d'une fàçon interdisciplinaire en maths.[.] Il y aura peut-être lieu de greffe les maths à d'autres matières.Moi j'avais pensé les greffer à un projet développé par les profs de sciences.Ils font une recherche pour un sondage.Ça, on y a pensé.On a trouvé que c'étaitpeut-être bien compliqué.[.] On a beaucoup de difficulté à réaliser une situation d'apprentissage mathématique qui va se greffer à une autre matière.» L'intégration des matières exige un changementde mentalité au sein de l'équipe école ; il fàut : « [.] monter une équipe-école puissante, [.] qui se tienne, parce que la mentalité n'est pas là ; le français il est là dans sa hiérarchie, l'éducation physique est là, les arts plastiques sontlà, ainsi de suite ; c'est toutà réajuster ça.» Ce changementde mentalité porte sur la collaboration entre les enseignants, puisque, pour certains d'entre eux, partager leurs idées avec leurs collègues n'est pas habituel et apparaît comme un travail supplémentaire : « Quand nos deux visions sont bonnes, explique l'enseignante de morale, discuter de la situation d'apprentissage avec quelqu'un d'autre qui ne la voitpas nécessairementcomme ça, devientdu travail de plus.» Les enseignants ont donc beaucoup de chemin à fàire pour appliquer l'interdisciplinarité : « Pour une interdisciplinarité efficace, ça devra passer par la diminution du nombre d'enseignants avec lequel le jeune va être obligé de transiger.Ça veut donc dire que les enseignants devront devenir multidisciplinaires.» L'organisation du travail, le temps, les ressources Si l'intégration des matières et l'interdisciplinarité renvoient à la possibilité d'établir des relations fonctionnelles entre des collègues de différentes disciplines, elles supposent aussi l'aménagement de lieux et de temps d'échanges, pour élaborer des projets communs.En ce sens, la réforme appelle de nouvelles formes Certaines disciplines semblent mieux se prêter à l'interdisciplinarité.333 L\u2019état du Québec d'organisation du travail : un nombre plus réduit de classes par enseignant, une augmentation du temps de planification, plus de temps pour des rencontres d'enseignants, plus de locaux communs, un investissement en matériel didactique, une nouvelle organisation de l'espace (par cycle d'apprentissage).Le regroupement des enseignants par cycle a commencé à être implanté dans certaines écoles pilotes, mais selon un enseignant d'éducation physique, cela ne s'estpas fait aisément: « Déjà nous placer par niveau, ç'a été un très grand changement, une lutte très grande entre la direction et les enseignants.» Ces considérations rendent nécessaire une allocation budgétaire spécifique.Or, cet investissement supplémentaire apparaît problématique : « Est-ce qu'on aura les moyens de nos intentions ?Et je pense que c'est le principal point faible : est-ce que l'argent suivra ce beau projet-là qui touche quand même beaucoup de monde?» Conclusion En somme, les enseignants des deux écoles secondaires pilotes interrogés sont en général assez positifs face à la réforme ; ils soulignent que celle-ci appelle des changements importants dans leurs pratiques pédagogiques et que certains risques doivent être pris en compte ; en même temps, ils insistent sur la nécessité de recevoir tout le soutien dont la mise en place de la réforme aura besoin et de disposer d'assez de temps pour se l'approprier.Dans le cas de certaines matières, l'interdisciplinarité semble plus aisée.Aussi, on observe une différence de vision entre les jeunes enseignants et les plus anciens, ces derniers ayant plus de réserves.Les nouveaux enseignants vivent deux expériences qui tendent à se confondre : ils s'approprient un nouveau programme en même temps qu'ils maîtrisent leur métier, dans un contexte ouvert au changement Par ailleurs, les réserves légitimes exprimées doivent être interprétées à lumière de ce rare moment où des personnes de différentes générations « éprouvent » et construisent ensemble un nouveau programme d'enseignement, en tenant compte de l'expérience accumulée par ceux et celles qui ont vécu plusieurs réformes et ont contribué à édifier l'école secondaire québécoise.Références CHERVEL A.La culture scolaire.Une approche historique, Paris, Bélin, 1988.CONSEIL SUPÉRIEUR DE L\u2019ÉDUCATION.L\u2019appropriation locale de la reforme.Un défi à la mesure de l'école secondaire, Sainte-Foy, 2003.GAUTHIER, C., Belzile, C., Tardif, M.« L\u2019évolution des programmes d\u2019enseignement, de 1861 à nos jours », Les cahiers du Labraps, vol.13, Université Laval, FSE, 1993.LESSARD, C., Tardif, M., Levasseur, L.(collab.).Les identités enseignantes, analyse de facteurs de differentiation du corps enseignant québécois ig6o-iggo, Sherbrooke, Éditions du CRP, 2003.MINISTÈRE DE L\u2019ÉDUCATION DU QUÉBEC.Programme deformation de l'école québécoise, Québec, 2003.334 La santé et l'éducation U emploi chez les jeunes sans diplôme Mircea Vultur et Madeleine INRS Urbanisation, culture et société Claude Trottier Uniuersite' Laual C\u2019est un lieu commun d\u2019affirmer que les jeunes qui abandonnent les études secondaires avant l\u2019obtention du diplôme se retrouvent dans une situation fort difficile lorsqu\u2019ils entrent sur le marché du travail.Ce serait aussi le cas, quoiqu\u2019à un degré moindre, de ceux qui n\u2019ont pas complété leurs études collégiales.Ces jeunes seraient relégués au marché du travail secondaire caractérisé par l\u2019instabilité, des conditions médiocres de travail et de formation, des bas salaires et de faibles possibilités de promotion.À cause de la transformation de la structure du marché du travail, de nombreux emplois qui leur étaient accessibles auparavant ne le seraient plus.En outre, les jeunes sans diplôme ont souvent à supporter la compétition de jeunes plus qualifiés qu\u2019eux et qui se rabattent souvent sur des emplois exigeant un niveau de qualification inférieur au diplôme qu\u2019ils détiennent.Contrairement à la majorité, ils ne disposeraient pas de cette ressource considérée comme cruciale pour « négocier » leur insertion dans un marché du travail de plus en plus compétitif.Gauthier L\u2019obtention du diplôme confère, certes, un avantage certain à ceux qui le détiennent: ces derniers ont, en moyenne, un taux de chômage et un taux de travail à temps partiel plus bas ainsi qu\u2019une rémunération plus élevée que les jeunes non diplômés.Cependant, le diplôme ne constitue qu\u2019un des éléments qui influencent l\u2019insertion professionnelle.Les effets de l\u2019expérience et l\u2019existence d\u2019un segment du marché du travail encore disponible pour une main-d\u2019œuvre non qualifiée viennent concurrencer de plus en plus 335 L\u2019état du Québec les effets du diplôme.De plus, les jeunes sortis sans diplôme ne forment pas un groupe homogène et tous ne sont pas confrontés aux mêmes difficultés.Que deviennent des jeunes Québécois cinq ans après avoir quitté leurs études secondaires ou collégiales avant l\u2019obtention du diplôme?Comment perçoivent-ils les mesures d\u2019aide à l\u2019insertion auxquelles ils pourraient faire appel ?Une équipe de recherche de l\u2019Observatoire Jeunes et Société vient de réaliser une étude qualitative au moyen d\u2019entrevues semi-structurées et rétrospectives de l\u2019insertion professionnelle de ces jeunes, plus précisément de ceux qui ont interrompu leurs études en 1996-1997 (voir encadré pour la méthodologie).Situation sur le marché du travail Cinq ans après la sortie de l\u2019école ou du cégep, la majorité des jeunes sans diplôme rencontrés en entrevue était en emploi.Une minorité seulement se trouvait au chômage, en période d\u2019inactivité ou dans une reprise de formation.Sur la base de nos données et en nous inspirant en partie de la typologie de l\u2019insertion professionnelle de jeunes de bas niveau scolaire de Demazière et Dubar, nous avons distingué quatre types de jeunes.Les jeunes s'étant stabilisés sur le marché du travail Contrairement au stéréotype souvent accolé aux jeunes qui interrompent leurs études secondaires ou collégiales, une majorité des jeunes que nous avons interviewés avait réussi à se stabiliser sur le marché de l\u2019emploi ou était en voie de le faire cinq ans après la décision de quitter l\u2019école ou le cégep.Les types d\u2019emploi qu\u2019ils occupaient correspondaient le plus souvent à un emploi qu\u2019ils croyaient devoir conserver à court et à moyen terme.Ces divers types d\u2019emploi leur avaient permis de subvenir à leurs besoins, de maintenir leur autonomie financière et de former des projets de vie d\u2019ordre personnel (achat d\u2019une maison, planification de la naissance d\u2019un enfant, voyages) ou professionnel (passage à un statut d\u2019emploi amélioré dans une entreprise, démarrage d\u2019une petite entreprise, perfectionnement ou retour aux études).Les jeunes en voie de stabilisation sur le marché du travail Ces jeunes avaient encore à consolider leur situation, car ils avaient pris plus de temps à obtenir l\u2019emploi qu\u2019ils détenaient au moment de l\u2019entrevue et l\u2019occupaient depuis moins longtemps.Plusieurs avaient effectué un retour aux études dans un domaine qui leur plaisait en vue d\u2019obtenir les qualifications requises pour un emploi.Certains venaient tout juste d\u2019obtenir, au moment de l\u2019entrevue, un emploi permanent dans une entreprise.D\u2019autres, bien qu\u2019ils aient eu un emploi stable, planifiaient leur transition vers un autre emploi en se donnant une formation d\u2019appoint ou en amorçant le démarrage d\u2019une petite entreprise.Les jeunes en situation précaire Si une proportion relativement élevée de jeunes réussit à se stabiliser ou est en voie de le faire, un nombre non négligeable d\u2019entre eux n\u2019y parviennent pas et se retrouvent dans une situation précaire qui ne permet pas de subvenir entièrement à leurs besoins, de maintenir leur autonomie financière et de 336 La santé et l'éducation former des projets de vie réalisables, du moins à court terme.Plusieurs des jeunes appartenant à ce type étaient à un point tournant en ce qui concerne leur avenir, après être passés d\u2019un boulot à un autre qui ne leur ont pas permis d\u2019assurer, de façon satisfaisante, une certaine continuité.Ils ont néanmoins appris à se connaître à travers ces diverses expériences et songeaient à des stratégies de repositionnement dont la principale est le retour aux études.D\u2019autres assumaient leur situation de précarité ; parallèlement à l\u2019emploi qu\u2019ils occupaient pour assurer leur subsistance, ces jeunes avaient un projet qui mobilisait leur énergie en relation avec un idéal artistique dans le domaine de la musique, des arts visuels ou des arts de la scène.Les jeunes en marge du marché du travail Ces jeunes, très minoritaires dans l\u2019ensemble de l\u2019échantillon, n\u2019avaient jamais travaillé ou l\u2019avaientfait sur une courte durée à cause de problèmes de santé physique ou mentale.Ils vivaient des prestations de l\u2019aide sociale.D\u2019autres ont eu plusieurs emplois qu\u2019ils n\u2019ont pas conservés à cause de problèmes reliés à l\u2019usage abusif de drogues ou encore de comportements qualifiés de délinquants.On aurait pu penser que les trajectoires de ceux qui ont interrompu leurs études secondaires seraient très différentes de celles des jeunes qui n\u2019ont pas complété leurs études collégiales.Nous avons, au contraire, retrouvé, et dans des proportions analogues, les quatre types que nous avions définis chez les jeunes provenant des deux ordres d\u2019enseignement.De plus, les raisons invoquées pour abandonner leurs études étaient sensiblement les mêmes.Certains se retrouvaient dans un cul-de-sac à cause de difficultés d\u2019apprentissage parfois insurmontables, de problèmes d\u2019orientation ou d\u2019un manque d\u2019intérêt chronique pour les études.D\u2019autres ont tout simplement saisi une occasion d\u2019accéder à un emploi à temps plein qu\u2019ils avaient occupé à temps partiel durant leurs études ou à un emploi à la suite d\u2019un stage.Cet itinéraire a parfois nécessité le passage par une autre formation qui les intéressait et était accessible dans un établissement privé d\u2019enseignement ou à l\u2019intérieur du réseau scolaire officiel.Aide à l'insertion En ce qui a trait aux programmes et aux mesures d\u2019aide à l\u2019insertion, les données de la recherche montrent que la majorité des jeunes répondants n\u2019ont pas fait appel à une telle ressource.L\u2019accès à un emploi s\u2019opère, de façon privilégiée, par l\u2019intermédiaire de réseaux familiaux ou d\u2019amis.L\u2019analyse du recours à l\u2019insertion aidée selon le sexe montre que, toutes mesures confondues, dans l\u2019ensemble de l\u2019échantillon, les plus concernés sont d\u2019abord les garçons.Ils ont davantage eu recours à des mesures d\u2019aide à l\u2019insertion que les filles.Par contre, les filles font une meilleure appréciation de ces mesures et elles ont mentionné en plus grand nombre que les garçons avoir tiré profit des mesures d\u2019aide auxquelles elles ont fait appel.L'éducation à la citoyenneté peut proposer des outils solides et pertinents susceptibles de nourrir une culture scolaire qui se situe à distance des cultures sociales de la grande majorité des élèves.337 L\u2019état du Québec Quant aux relations que les jeunes sans diplôme entretiennent avec les programmes et les mesures d\u2019aide à l\u2019insertion, nous avons pu identifier deux catégories de jeunes.La première catégorie comprend les jeunes sans diplôme qui n\u2019ont fait appel à aucun programme ou mesure d\u2019aide à l\u2019insertion mais qui en ont une perception positive, de même que les jeunes qui ont fait appel à ces mesures et qui en sont satisfaits.Certains jeunes qui n\u2019ont jamais faitappel à ces mesures les considèrent « utiles et efficaces » en ayant l\u2019intention d\u2019y recourir en cas de besoin.Les jeunes de ce groupe qui y ont fait appel et pour lesquels l\u2019expérience a été positive et intéressante soulignent l'importance de la logistique mise à leur disposition.D\u2019autres insistent sur l\u2019acquisition des connaissances et leur utilité en termes de capital social, tandis que d\u2019autres apprécient l\u2019aspect financier d\u2019un programme.Certains soulignent l\u2019effet bénéfique de ces mesures non pas essentiellement sur leur qualification, mais sur le plan de la résolution de problèmes personnels et familiaux.En général, les jeunes de cette catégorie n\u2019ont que des remarques positives à formuler au sujet des connaissances acquises, la qualité de la formation reçue et les possibilités offertes pour se réorienter professionnellement.La deuxième catégorie est composée de jeunes qui sont indifférents à l\u2019égard des programmes et mesures d\u2019aide à l\u2019insertion et de ceux qui ont une certaine méfiance envers leur contenu et envers leurs méthodes d\u2019encadrementetd\u2019in- Toas les jeunes qui ont interrompu leurs études secondaires ou collégiales ne sont pas nécessairement à risque.tervention.Ainsi, une très large majorité des jeunes interrogés déclarent éprouver peu ou pas d\u2019intérêt à faire appel à des organismes d\u2019aide à l\u2019insertion.Ces jeunes considèrent a) qu\u2019ils n\u2019ont jamais entendu parler de ces mesures ou organismes et déplorent l\u2019absence de publicité et de visibilité ; b) que les mesures d\u2019aide à l\u2019insertion ne les regardent pas parce qu\u2019ils sont capables de se trouver un emploi par eux-mêmes ; c) qu\u2019ils n\u2019ont jamais eu l\u2019idée de faire appel à de telles mesures parce que, de toute façon, ces mesures « n\u2019ont rien à leur apporter ».Certains considèrent que ces mesures « servent à remplir les trous de petites jobines à court terme » et que leur qualification mérite mieux que les postes proposés dans ces programmes.D\u2019autres nient à ces mesures toute capacité d\u2019apporter des solutions à leurs problèmes d\u2019emploi ou ont le sentiment que « ces mesures s\u2019adressent aux jeunes qui sont diplômés».En conclusion, tous les jeunes qui ont interrompu leurs études secondaires ou collégiales ne sontpas néces-sairementà risque.Leur situation, cinq ans après être sortis sans diplôme de l\u2019école secondaire ou du cégep, varie considérablement Certes, certains sont dans une situation précaire, subie par les uns, assumée par les autres, ou vivent nettement en marge du marché du travail et sont dépassés par un ensemble de problèmes personnels.D\u2019autres ontréussi à se stabiliser sur le marché de l\u2019emploi ou sont en voie d\u2019y parvenir.Ceci ne veut pas dire que la dé-tention du diplôme ne constitue pas une ressource importante pour maximiser ses chances d\u2019accéder à un emploi.Le diplôme ne représente cepen- 338 La santé et l'éducation dant qu\u2019un des facteurs qui influencent l\u2019insertion.De plus, il ne faut pas perdre de vue que les jeunes sont les acteurs de leur insertion et qu\u2019ils sont capables d\u2019élaborer diverses stratégies.Ils peuvent faire appel aux membres de leur réseau de relations ou à celui de leur famille.Ils peuvent se donner un complément de formation dans laquelle, pour diverses raisons, ils n\u2019étaient pas prêts ou en mesure de s\u2019investir au moment où ils firéquentaientl\u2019école secondaire ou le cégep.Un des éléments du problème tient précisément à cette capacité de développer ou non ce type d\u2019habiletés stratégiques.Du point de vue des politiques d\u2019aide à l\u2019insertion, il y a lieu de diversifier les mesures d\u2019aide.Il serait irréaliste de penser que tous ceux qui quittent le système sans avoir obtenu le diplôme qu\u2019ils convoitaient peuvent revenir aux études pour compléter le programme dans lequel ils étaient inscrits.Cette option serait idéale, mais certains ont quitté le système d\u2019éducation parce que leur rapport aux études était très négatif et qu\u2019ils y étaient devenus « allergiques ».Pour d\u2019autres, le retour aux études n\u2019est plus envisageable ; ils ont un emploi stable et des obligations financières ou des responsabilités familiales.Des circonstances inattendues (accidents, maladies) peuvent aussi les en empêcher.Pour ceux qui ne peuvent ou ne veulent compléter le programme dans lequel ils étaientinscrits, ni revenir aux études dans des programmes réguliers, il y a lieu alors de miser sur des programmes de formation courte et aussi sur la reconnaissance et la validation des acquis de leur expérience.Il ne faudraitpas conclure à partir de cette étude que le diplôme ne constitue pas une ressource importante pour accéder à un emploi, même si l\u2019on doitre-connaître que des jeunes qui n\u2019ontpas obtenu le diplôme qu\u2019ils convoitaient réussissent à se stabiliser sur le marché du travail.Toutefois, ces résultats posent à la fois le problème de la diversité des mesures d\u2019aide à l\u2019insertion qu\u2019il faudrait mettre à la disposition des jeunes et celui des modalités à définir pour adapter l\u2019aide à divers types de jeunes, notamment ceux qui, à la suite d\u2019expériences traumatisantes, ontdéve-loppé des attitudes négatives à l\u2019égard d\u2019institutions qui pourraient leur apporter un soutien.Références DEMAZIERE, Didier et Claude DUB A R (dir.).L'insertion professionnelle des jeunes de bas niveau scolaire.Trajectoires biographiques et contextes structurels, Document synthèse n° 91, Marseille, Centre d'études et de recherches sur les qualifications, 1994.VULTUR, Mircea, Claude TROTTIER et Madeleine GAUTHIER.«Les jeunes Québécois sans diplôme : perspectives comparées sur l'insertion professionnelle et le rapport au travail », dans Diane-Gabrielle Tremblay et Lucie France Dagenais (dir.), Ruptures, segmentations et mutations du marche' du travail, Sainte-Foy, Québec, Presses de l\u2019Université du Québec, 2002.339 L\u2019état du Québec L'Observatoire Jeunes et Société Une équipe composée des professeurs Madeleine Gauthier, Jacques Hamel, Marc Molgat, ClaudeTrottier et Mircea Vultur, d'assistants de recherche et de représentants de huit institutions et ministères a mené une recherche sur un échantillon de 98 jeunes sortis sans diplôme de leur programme d'étude à l'école secondaire et au cégep, sociologiquement représentatif et réparti dans trois régions du Québec (Québec, Montréal et Outaouais), Le rapport de recherche intitulé L'insertion professionnelle et le rapport au travail des jeunes qui, ont interrompu leurs études secondaires et collégiales en 1996-1997.Étude rétrospective qui contient également des éléments d'analyse des cheminements scolaires et du rapport au travail de ces jeunes, peut être consulté, dans sa version intégrale, sur le site de l'Observatoire Jeunes et Société à l'adresse: www.obsjeunes.qc.ca, Il faut noter que la sortie de l'école ou du collège, telle qu'enregistrée dans les fichiers du ministère de l'Éducation du Québec, ne signifie pas pour autant que les jeunes ont mis définitivement les études de côté, Selon les données de la recherche, plus de la moitié des jeunes que nous avons rencontrés ont entrepris d'autres études, Ceux du secondaire ont bénéficié du système de la seconde chance au niveau postsecondaire, sans compter le fait que certains d'entre eux ont reçu des formations dans le cadre de leur emploi, Ces constatations montrent que le taux de sortie sans diplôme du secondaire ou du collégial est fluide et que ceux qui en sortent n'abandonnent pas tous définitivement leurs études, Nous avons regroupé dans la catégorie « jeunes stabilisés sur le marché du travail » les jeunes qui, au moment de la collecte des données a) étaient en emploi depuis plus de deux ans, b) occupaient un emploi depuis moins de deux ans mais étaient sûrs de ne pas le quitter à court terme, c) avaient occupé plusieurs emplois sans avoir été en chômage depuis deux a ns ou plus et sans anticiper une période de chômage et d) ont eu un ou plusieurs emplois en alternant entre le travail à temps plein et le travail à temps partiel par choix et selon leur convenance, Dans la catégorie «jeunes qui étaient en situation précaire », nous avons regroupé les jeunes qui, au moment de l'entrevue, (a) étaient en chômage ou avaient connu de nombreux épisodes de chômage depuis l'interruption de leurs études, (b) avaient un emploi en attendant d'en trouver un qui corresponde davantage à leurs attentes, (c) avaient des «emplois de survies» leur permettant de poursuivre parallèlement un projet d'ordre artistique qui leur tenait à cœur, (d) voulaient effectuer un retour aux études à temps plein ou dont l'emploi n'était accessible qu'aussi longtemps qu'ils conservaient leur statut d'étudiant, (e) occupaient un emploi favorisant leur réhabilitation tout en leur permettant d'intégrer graduellement le marché du travail, 340 La santé et l'éducation La réussite scolaire, évolution d'un concept Pierre Chenard et Claire Fortier Centre interumuesitaire de recherche sur la science et la technologie (CIRST) Depuis la Révolution tranquille, le concept de réussite fait partie du discours des principaux acteurs du système scolaire.Toutefois, la conception de la réussite et la façon de la mesurer ont évolué.Depuis la grande réforme de l\u2019éducation des années 60, des indicateurs de la réussite étudiante ont été développés pour évaluer la capacité du système scolaire - et plus particulièrement celui des études supérieures - de former les personnes.Leur examen permet de situer, dans le temps, différents axes et périodes de développement des effectifs étudiants du niveau postsecondaire du système scolaire québécois et de soulever le débat sur les enjeux actuels de la réussite.Accessibilité et démocratisation (1965-1970) En proposant la création du niveau collégial et de nouvelles universités, le principal objectif des auteurs du rapport Parent était d\u2019accroître le nombre d\u2019étudiants à l\u2019entrée des études supérieures pour ainsi permettre à toutes les personnes qui en ont les capacités de poursuivre des études.Dès lors, la principale statistique utilisée pour mesurer le développement de l\u2019enseignement supérieur a été le volume des inscriptions.Cette simple donnée permettait de répondre à la question de l\u2019accessibilité aux études supérieures.Progressivement, des caractéristiques sociodémographiques ont été ajoutées pour préciser la répartition du volume des inscriptions selon la langue et la région de l\u2019institution d\u2019enseignement ainsi que l\u2019origine sociale et le sexe des effectifs étudiants.L\u2019addition de ces caractéristiques a permis de répondre à d\u2019importantes questions relatives à la capacité du système de se développer dans le sens d\u2019une plus grande démocratisation ; il s\u2019agissait de donner accès au plus grand nombre de personnes.L\u2019analyse des données sociodémographiques de la population étudiante permettrait de vérifier la répartition des effectifs selon ces caractéristiques par rapporta l\u2019ensemble de la population québécoise.En fonction de ces objectifs, visant essentiellement le plus grand nombre d\u2019étudiants à la porte d\u2019entrée du système, la préoccupation était donc davantage la réussite 341 L\u2019état du Québec du système (ce que ces indicateurs permettaient de mesurer) que celle des étudiants.La construction ultérieure d\u2019indicateurs de la réussite étudiante individuelle viendrait fournir plus d\u2019information sur la qualité de la formation.L\u2019évolution des effectifs universitaires (1960-1990) Les répercussions de la réforme issue du rapport Parent sur l\u2019évolution des effectifs étudiants des universités québécoises seront spectaculaires.Dans l\u2019ensemble, pour la période de 1966 à 1987, le volume des étudiants inscrits dans les universités se multiplie par un facteur de 4,5.La croissance des inscriptions à temps partiel est deux fois supérieure à celles à temps plein.Ainsi, non seulement le volume de la population étudiante croît, mais leurs caractéristiques évoluent également Au collégial, ce facteur est près du double (9,7) pour la période allant de l\u2019année de leur fondation, 1967, à 1986.« Deux facteurs importants ont fortement contribué à la croissance des effectifs : la transformation du régime des études, qui a permis la généralisation du modèle de poursuite des études à temps partiel, et l\u2019arrivée massive des femmes à l\u2019université.De 1976 à 1987, la proportion d\u2019effectifs à temps partiel est passée de 37 % à 50 %.Durant la même période, les femmes, qui étaient minoritaires en 1967, deviennentmajoritaires dès 1982.En 1987, elles comptentpour 55% des effectifs universitaires » (Chenard et Lévesque, 1992).Diplomation (1975-1980) La création du réseau des collèges d\u2019enseignement général et professionnel (cégep) et celui de l\u2019Université du Québec sur l\u2019ensemble du territoire québécois a donc permis de répondre à cet objectif de démocratisation.L\u2019entrée aux études supérieures, l\u2019accessibilité, était désormais possible ; il s\u2019agissait ensuite de s\u2019assurer de sa sortie, de la diplomation.Durant la deuxième moitié des années 70, la question de la réussite étudiante s\u2019est donc posée pour être en mesure de la qualifier.Les efforts de mesure se sont résolument orientés vers les façons dont l\u2019enseignement supérieur répondait aux objectifs de formation des personnes.Ainsi, avant d\u2019évaluer des taux de diplomation, une première mesure de résultat a été adoptée pour compter le nombre de diplômés et distinguer ceux-ci par secteurs disciplinaires.Taux de diplomation et d\u2019abandon (1980-1985) Le défi associé à l\u2019évaluation des taux de diplomation résidait essentiellement dans la capacité de constituer des ensembles de données en isolant des cohortes étudiantes en les suivant du début à la fin de leurs études, ce que l\u2019informatisation des banques de données institutionnelles a permis de réaliser.Ce suivi de cohortes étudiantes a permis non seulement d\u2019évaluer les taux de diplomation mais aussi, de façon corollaire, de mesurer le taux d\u2019abandon des études.Le choc de la réalité fut grand lorsque ces mesures combinées d\u2019évaluation de la diplomation et de l\u2019abandon ont permis de prendre conscience de l\u2019importance du phénomène de déperdition : les taux de diplomation se révélèrent décevants par rapport à l\u2019engouement qu\u2019avait suscité la forte accessibilité depuis les années 342 La santé et l'éducation i960.Cependant, quoique clairs et percutants, ces indicateurs de réussite demeuraient encore trop grossiers et globaux pour permettre d\u2019établir des conclusions définitives sur la capacité véritable du système postsecondaire de former des personnes dans un programme d\u2019études ou une discipline en particulier.Les premières mesures de résultat basées sur l\u2019analyse de cohortes étudiantes ne permettaient que d\u2019établir des relations simples entre l\u2019entrée et la sortie du système.Les cégeps et surtout les universités offrent toutefois de plus en plus de programmes, de durées variables requérant des préalables différents, et la population étudiante y chemine désormais selon des conditions très variables.Le modèle « classique » de poursuite des études, où le projet d\u2019études occupe pratiquement toute l\u2019année scolaire et se réalise dans les termes prescrits, semble s\u2019être transformé radicalement.En effet, la fréquentation des études supérieures à temps plein, sans interruption, est devenue minoritaire.De nouvelles caractéristiques étudiantes sont de plus en plus importantes telles que la poursuite d\u2019études à temps partiel, la combinaison études-travail rémunéré et/ou responsabilités familiales, l\u2019interruption plus ou moins temporaire des études à différents moments du parcours scolaire, la poursuite d\u2019études dans des programmes de durée plus courte (tels les certificats) et l\u2019entrée (ou le retour) à l\u2019université à l\u2019âge adulte.La démocratisation du système et son corollaire, la massification, expliquent ce passage d\u2019un modèle classique à un modèle plus éclaté.Les études supérieures ne sont plus réservées à une élite.Les groupes étudiants sont donc plus hétérogènes.Dans un tel contexte, la mesure des résultats doit nécessairement tenir compte de ces différences pour fournir un portrait juste de la réalité.Des études sont alors entreprises pour mieux comprendre la nature du « cheminement de poursuite des études ».Ces travaux ont été l\u2019occasion de saisir que les développements importants du système postsecondaire avaient provoqué non seulement une explosion sans précédent de la population étudiante mais aussi et surtout cette transformation très importante de leurs caractéristiques individuelles et de leurs conditions de poursuite des études.Interruption des études et départ institutionnel (1985-1990) En vingt ans, le système scolaire s\u2019est donc considérablement modifié.Les institutions postsecondaires sont deux fois plus nombreuses et elles sont devenues des milieux de formation nettement plus ouverts et hétérogènes.Les modèles de poursuite des études se sont largement diversifiés.Les femmes composent la moitié de l\u2019effectif étudiant.Les programmes d\u2019études sont beaucoup plus nombreux et de formes diverses.Un grand nombre de cours est maintenant offert le soir.L\u2019enseignement supérieur est devenu un univers beaucoup plus sophistiqué.Dans un tel contexte, la question du cheminement et de la poursuite des études appelle une réponse complexe.Derrière le statut « d\u2019abandon des études » se cachent différentes réalités.Abandonner peut signifier un changement de programme, d\u2019établissement ou d\u2019ordre d\u2019enseignement ainsi qu\u2019un 343 L\u2019état du Québec D'ores et déjà, la réussite étudiante ne peut plus être seulement associée à la capacité d'entreprendre des études supérieures.retrait plus ou moins tem-poraire des études pour réaliser d\u2019autres projets : voyage, travail rémunéré, expériences conjugale et familiale, etc.Ces nuances dans la façon de préciser le statut d\u2019abandon des études ont permis de raffiner le vocabulaire et de définir autrement la notion de réussite, du projet d\u2019études/de formation.Le concept d\u2019interruption a supplanté celui d\u2019abandon.La réussite des études ne peut plus être réduite strictement à l\u2019obtention du diplôme du programme d\u2019études entrepris initialement dans l\u2019établissement où ces études ont été commencées.Cette complexité a permis de développer des indicateurs mesurant divers cheminements (changement de programme, interruption temporaire, diplomation dans le programme initial ou dans un autre programme, abandon) des étudiantes et des étudiants à l\u2019intérieur des murs d\u2019une même institution.Toutefois, ces mesures ne sont pas en soi un gage de réussite ; des taux nets d\u2019abandon dans les programmes demeurent élevés.Des stratégies pour favoriser etaugmenter la rétention des ef fèctifs étudiants sont alors mises en place.Rétention (1990) D\u2019ores et déjà, la réussite étudiante ne peut plus être seulement associée à la capacité d\u2019entreprendre des études supérieures.Il s\u2019agit désormais de reconnaître les conditions particulières qui relèvent à la fois de l\u2019engagement tant individuel qu\u2019institutionnel.Plusieurs institutions se sont donc en- gagées dans des démarches énergiques pour favoriser la réussite étudiante bien avant que le ministère de l\u2019Éducation (MEQ) se lance lui-même dans cette voie.À titre d\u2019exemple, le réseau de l\u2019Université du Québec développe différentes « stratégies pour favoriser la rétention étudiante» (voir encadré).Stratégies pour favoriser la rétention des étudiants Au cours des années 90, les universités ont inventé une grande variété de stratégies destinées à améliorer l\u2019encadrement des étudiants pour favoriser leur rétention dans un projet de poursuite des études.Un relevé des pratiques en cours dans le réseau de l\u2019Université du Québec a identifié dès 1998 plus de 500 différentes pratiques d\u2019encadrement (Ringuette, 1998).Ces stratégies appartiennent à des catégories très variées telles que pré-accueil, accueil, immersion, intégration des apprentissages, formation pratique, tu-torat, dépistage, ateliers.Accès au diplôme (1995-19%) Trente-cinq ans après le rapport Parent, l\u2019heure est aux bilans.Le point le plus positif réside dans l\u2019atteinte des objectifs de « scolarisation » et de « démocratisation» de l\u2019enseignement supérieur.Toutefois, des inégalités de diplomation persistent, la plus grande partie de la population étudiante qui interrompt ses études le faisant au cours du premier tiers du parcours scolaire postsecondaire.La véritable accessibilité devient donc celle au diplôme.Les étudiants qui sont les plus susceptibles d\u2019abandonner leurs études sont ceux, par exemple, qui poursuivent des études à temps partiel ou qui sontins- 344 La santé et l'éducation crits dans des programmes des secteurs des arts, des lettres et des sciences humaines.Or, cette population étudiante est aussi plus nombreuse à appartenir à des couches de la population québécoise qui ont traditionnellement moins accès aux études universitaires que les autres (femmes, régions, retour aux études d\u2019adultes, origine socioéconomique faible).Les années 1995-1996 sont celles des États généraux sur l\u2019éducation.Les finalités éducatives sont re-précisées en accordantune préoccupation à la réussite de formation et des qualifications professionnelles.Au-delà du diplôme, il y a aussi l\u2019accès au marché du travail et l\u2019accès « réussi » au marché du travail (concordance diplôme/emploi).La mesure du cheminement scolaire La mesure du cheminement des étudiantes et étudiants qui évoluent dans un programme d\u2019études collégiales ou universitaires est une tâche complexe qui nécessite du temps et des précautions.Après de nombreuses années de recherche, on n\u2019a cependantpas encore convenu d\u2019une méthode unique pour rendre compte de cette réalité en apparence toute simple.Toutefois, le point de départ est clair.On s\u2019entend sur la nécessité d\u2019observer le cheminement TABLEAU 1 Taux d'obtention du DEC de la cohorte des nouveaux inscrits au collégial, à l'enseigenment ordinaire, dans les programmes de DEC, à l'automne 1997, ensemble du réseau collégial \t\t\t\t \t\t\t\t \t\t\t\t \t\t\t\t \t\t\t\t Pré universitaire\t30 992\t40,5\t67,6\t4,9 Technique\t17 614\t33,1\t54,9\t6,6 Accueil ou transition\t3 958\t13,1\t35,9\t7,0 Total\t52564\t36,0\t61,0\t Source : Gouvernement du Québec, 2004, d\u2019individus qui entreprennent tous un projet d\u2019études au même moment Les concepts de nouveaux inscrits et de cohortes sont donc introduits.C\u2019est la durée du parcours nécessaire pour évaluer la réussite qui demeure encore difficile à convenir.Ainsi, on tiendra compte soit de l\u2019obtention du diplôme au cours de la durée prévue des études, soit de l\u2019obtention du diplôme au-delà d\u2019un période donnée après la durée prévue des études, soit de la persévérance après un an.Chacune de ces mesures du cheminement révèle des nuances nécessaires pour bien saisir la nature TABLEAU 2 Taux de persévérance après un an d'études pour les nouveaux inscrits à temp plein au baccalauréat, en pourcentage Ensemble des universités\tPersévérance de la cohorte après un an d\u2019études (%) Cohorte du trimestre d\u2019automne\t1993\t1994\t1995\t1996\t1997\t1998\t1999\t2000\t2001 Observation\t1994\t1995\t1996\t1997\t1998\t1999\t2000\t2001\t2002 Taux après un an d\u2019études\t78,7\t80,5\t81,6\t82,2\t82,6\t82,8\t81,8\t83,0\t83,2 Source : Gouvernement du Québec, 2003, 345 L\u2019état du Québec de la réussite étudiante qui reste toujours à définir.S\u2019inscrivant dans la suite des grands sommets socioéconomiques organisés par le gouvernement péquiste depuis 1996, le Sommet du Québec et de la jeunesse de 2000 consiste, entre autres, à établir un consensus sur les moyens à prendre pour relever les défis de la mondialisation et de la compétitivité.Les principaux acteurs au Sommet ont reconnu la nécessité d\u2019un réinvestissement important en éducation comme un de ces moyens.Face à la situation particulièrement difficile de l\u2019emploi chez les jeunes de moins de 30 ans n\u2019ayant pas leur diplôme d\u2019études secondaires, la réussite s\u2019inscrit alors au sein d\u2019un objectif national de qualification de 100 % des jeunes en fonction des choix et du potentiel de chacune et chacun.L\u2019obtention du diplôme devientla préoccupation, voire l\u2019obsession, du MEQ.Différentes mesures sont mises de l\u2019avant, notamment le « plan national de réussite ».Le Plan stratégique 2000-2003 du MEQ, avec les plans de réussite du primaire au collégial et les contrats de performance dans les universités, confirme la définition de la réussite reposant sur la notion de « sortie du système ».Chaque établissement scolaire, du primaire à l\u2019université, doit dorénavant définir des objectifs de réussite clairs et mesurables relativement aux apprentissages et les moyens pour les atteindre.Malgré ces efforts soutenus pour favoriser la poursuite des études et la persévérance, les résultats demeurent timides.Les caractéristiques des effectifs étudiants et les conditions de poursuite des études continuent à évoluer.Le prolongement de la jeunesse dans l\u2019âge adulte (voir les travaux d\u2019Olivier Galland), dû principalement à une prolongation de la période de scolarité et un report de l\u2019entrée effective sur le marché du travail, n\u2019est pas un phénomène étranger à l\u2019évolution de ces caractéristiques et de ces conditions de la vie étudiante.Conscient de ces transformations sociales de la jeunesse, l\u2019avis de 2002 du Conseil supérieur de l\u2019éducation situe « l\u2019orientation au cœur de la réussite ».Le Conseil y distingue la réussite scolaire de la réussite éducative.La première est mesurable, notamment par les résultats scolaires et l\u2019obtention du diplôme.La deuxième prend son sens dans le discours des principaux intéressés, soit les jeunes eux-mêmes.Ce discours révèle, selon le Conseil, l\u2019immaturité vocationnelle des jeunes, c\u2019est-à-dire qu\u2019ils seraient de plus en plus nombreux à entreprendre des études supérieures en étant indécis face à leur projet professionnel et en reportant les moments de leur orientation.La réussite s\u2019exprime pour eux en termes de réalisation de soi et se réfère à la notion de projet, de développement personnel ou professionnel.Les jeunes sont conscients de la relation entre la clarté des projets scolaire et professionnel et la motivation dans les études et ils réclament un meilleur soutien dans leurs cheminements scolaire et vocationnel.Un des volets du Fonds pour la jeunesse, accordé à la suite du Sommet de 2000, a été consacré à l\u2019orientation.Au-delà du souci de mesurer la réussite scolaire, il devient donc impérieux de mieux comprendre leur processus d\u2019orientation ainsi que leur expérience et leurs projets scolaires, professionnels et personnels.C\u2019est ce à quoi se consacrent 346 La santé et l'éducation TABLEAU 3 Taux de réussite après six ans d'études pour les nouveaux inscrits à temps plein au baccalauréat, en pourcentage Ensemble des universités Persévérance de la cohorte après un an d\u2019études (%) Cohorte du trimestre d\u2019automne\t1993\t1994\t1995\t1996\t1997\t1998\t1999\t2000\t2001 Observation\t1999\t2000\t2001\t2002\t2003\t2004\t2005\t2006\t2007 Taux de réussite après six ans d\u2019études\t70,80\t71,lo\t72,0e\t72,9e\t73,1e\t73,4e\tn.d.\t73,6p\tn.d.o: observation; e: estimation; p: projection; n.d.: non déterminé Source : Gouvernement du Québec, 2003, certaines recherches des dernières années, dont celle de notre équipe de la Relève scientifique et technique qui analyse les parcours scolaires en science et technologie au collégial.Vers un nouveau concept ?Où en sommes-nous ?Quelle avenue se dresse devant nous ?Bien des chantiers sontdéjà engagés, peut-être trop et de façon trop dispersée.L\u2019État encourage bien les établissements d\u2019enseignement supérieur dans leurs efforts, mais les ressources sont toujours insuffisantes.Un élément de solution réside peut être dans la mise en commun des savoirs et des ressources accumulés.C\u2019est ce que, par exemple, tente de faire le Consortium d\u2019animation sur la persévérance et réussite en enseignement supérieur.Ce collectif d\u2019intervenants et de chercheurs travaille à constituer un réservoir de con- naissances et d\u2019expertises de façon à maximiser les efforts consentis dans la quête de la réussite étudiante.Les conditions de la réussite étudiante sont maintenant mieux connues.L\u2019étape suivante est celle du diagnostic et de l\u2019intervention rapide.Toutefois, cette intervention doit être orientée de plus en plus vers la classe car depuis les dernières années, la majorité des d\u2019efforts ont été concentrés « en périphérie de la salle de classe » (Moreau, 2003).Le temps est venu de développer, de réinventer même, la relation professeur-étudiant.C\u2019est cette voie que privilégie Vincent Tinto en faisant la promotion de l\u2019idée de développer dans la classe et le programme d\u2019études des communautés d\u2019apprentissages qui permettront elles-mêmes de définir les bases du concept-relais de la « réussite », la « culture des études ».Références CHENARD, P.et M.Lévesque.« La démocratisation de l'éducation : succès et limites », dans Gérard Daigle (dir.), Le Québec enjeu.Comprendre les grands défis, Montréal, Les Presses de l'Université de Montréal, 1992.347 L\u2019état du Québec CONSEIL SUPÉRIEUR.DE L'ÉDUCATION.Au collégial : l'orientation au coeur de la réussite, Avis du Conseil supérieur de l'éducation au ministère de l'Éducation du Québec, [en ligne] www.cse.gouv.qc.ca/pdfs/oriencol.pdf GALLAND, Olivier.Lesjeunes, Paris, la Découverte, 1984/2002.GOUVERNEMENT DU QUÉBEC.Commission parlementaire sur la qualité, l'accessibilité' et le jt-nancement des uniuersites, Document de consultation, 2003.GOUVERNEMENT DU QUÉBEC.Forum sur l'avenir de l'enseignement collégial, Document de consultation, 2004.MINISTÈRE DE L'ENSEIGNEMENT SUPÉRIEURET DE LA SCIENCE.« Évolution de l'effectif scolaire régulier inscrit à temps plein dans les cégeps, de la session d'automne 1967 à celle de 1985 », Bulletin statistique.Recherche et développement, vol.10, n°.6, août 1986.MOREAU, P.Table ronde: Réussite en enseignement supérieur, Conférence prononcée dans le cadre du Congrès de l'ACFAS, Rimouski, 20 mai 2003.PAGEAU, D.et J Bujold.Dis-moi ce que tu veux et je te dirai jusqu'où tu iras.Les caractéristiques des étudiantes et des étudiants à la rescousse de la compréhension de la persévérance aux dudes.Analyse des données des enquêtes ICOPE, Ier volet : les programmes de baccalauréat [en ligne] www.uquebec.ca/dreri-public/Rapport_detaille_bac.pdf RENGUETTE, M.Inventaire des mesures d'encadrement des étudiants de l'Université du Québec, Bureau de la recherche institutionnelle, Université du Québec, 1998.TINTO, V.«Classrooms as communities», Journal o/Higher Education, vol.68, n° 6,1997.TENTO, V, « Colleges as communities : Taking research on student persistence seriously», TheRevietv o/Higher Education, vol.21, n° 2,1998.Sites Internet Relève scientifique et technique : www.cirst.uqam.ca/projet_parcours/parcours.asp Consortium d'animation sur la persévérance et réussite en enseignement supérieur (CAPRES) : www.uquebec.ca/reussite 348 La santé et l'éducation Collèges sous tension Marie-Andrée Chouinard Le Devoir Les cégeps ont vécu une année riche en tourments et rien n\u2019indique que la prochaine passera sous le signe de la clémence.Craignant un moment d\u2019être avalés soit par les commissions scolaires, soit par les universités, le réseau collégial en entier s\u2019est arc-bouté pour protéger son lopin de terre vieux d\u2019une quarantaine d\u2019années.La survie des cégeps est assurée, mais leur visage ne restera pas le même.En lançant dans l\u2019arène la perspective d\u2019un forum sur l\u2019avenir des collèges, Pierre Reid se doutait-il qu\u2019il venait d\u2019inviter son réseau de l\u2019éducation en entier à se chicaner sur la place publique pour éviter de perdre des morceaux ?Le ministre de l\u2019Éducation a dû assister, un brin impuissant, à ce que les syndicats ont appelé ensuite du « cannibalisme » de réseaux.Les collèges ne tournent pas rond, et sont les premiers à le reconnaître.Dans les deux années prescrites de formation préuniversitaire, seuls 40 % des inscrits réussissent à obtenir leur diplôme.Cinq ans plus tard, il ne sont encore que 68 % à afficher leur certificat au mur.Au secteur technique, où la durée normale des études est de trois ans, les statistiques sont catastrophiques : à peine 30 % des étudiants terminent dans les délais requis, et avec succès.« La réussite des études ne répond pas aux attentes », affichaient d\u2019ailleurs clairement les libéraux dans leur plate-forme électorale, promettant à mots couverts que les choses allaient changer.Outre la réussite, une nouvelle réalité allait aussi colorer les échanges sur l\u2019avenir des collèges, créatures issues du rapport Parent.En région, les prochaines années devraient durement affecter le registre des inscriptions au cégep, baisse démographique oblige.Certains coins de pays pourraient perdre jusqu\u2019à 30 % d\u2019étudiants au cours des prochaines années.« Ce qui laisse présager à long terme des problèmes démographiques sérieux pour certains collèges», note le programme libéral, et la nécessité de brasser les dés.Avec la réussite d\u2019un côté, les perspectives démographiques de l\u2019autre, le ministre de l\u2019Éducation Les collèges ne tournent pas rond, et sont les premiers à le reconnaître.349 L\u2019état du Québec Pierre Reid souhaitait donc permettre le débat « non partisan », dépasser les chicanes de clôture pour arriver à des solutions constructives.«Tout est sur la table», ont rapidement affirmé les sbires du Ministère, créant du coup panique en la demeure.À la suite de cette affirmation, qui laissait planer la possibilité que notre modèle unique en Amérique du Nord disparaisse, la Fédération des commissions scolaires du Québec (FCSQ) est venue jeter un pavé dans la mare, en novembre, en publiant une étude choc demandant la mort des cégeps tels qu\u2019on les connaît La proposition de l\u2019économiste Denis Bédard, auteur du controversé rapport, misait sur un scénario prônant l\u2019abolition des cégeps comme traitd\u2019u-nion entre le secondaire et l\u2019université.En lieu et place des deux ans de préuniversitaire, Bédard suggérait une sixième année au parcours secondaire, etl\u2019ajout d\u2019un an au baccalauréat Assortie d\u2019une promesse d\u2019économies de un milliard de dollars, l\u2019idée aurait pu allécher un gouvernement occupé à rétablir une situation financière jugée difficile.Pour la formation plus axée sur le métier, les commissions scolaires proposaient aussi la création de collèges d\u2019enseignement professionnel et technique placés sous leur responsabilité.Peu de choses seraient restées des cégeps tels qu\u2019on les connaît, unis en réseau de 48 collèges publics.Cette idée a littéralement fait l\u2019effet d\u2019une bombe.Unanimes à défendre les cégeps, syndicats et directions ontparlé d\u2019un même souffle : le réseau n\u2019est pas à vendre.Le ton était donné, et malgré les nombreuses affirmations de Pierre Reid à l\u2019effet qu\u2019il n\u2019était pas question d\u2019abolir les collèges, le seul fait qu\u2019il ajoute à cette déclaration a soulevé des doutes.Soupçonneux devant cette apparence de flou, enseignants et étudiants ont lancé la bataille.De novembre à juin, les trois réseaux se sont décoché des flèches sans relâche.Après le réseau primaire et secondaire, qui avait énoncé clairement son intention de mettre la patte sur les collèges, les universités ont timidement mis le pied dans la ronde, donnant leur aval à une sixième secondaire jumelée à un bac de quatre ans.Affublées du titre de « cannibales », par les étudiants et les syndicats d\u2019enseignants, les universités et les commissions scolaires venaient d\u2019afficher leur ambition : avaler chacun une portion des collèges, et le financement qui s\u2019y marie.Le climat ne s\u2019est pas tellement amélioré une fois leditForum sur l\u2019avenir de l\u2019enseignement collégial commencé.Vexés de n\u2019avoir pas été invités en assez grand nombre, les représentants étudiants et syndicaux ont convenu de tenir une grand-messe parallèle, à l\u2019extérieur des murs d\u2019un hôtel de Québec choisi pour discuter collèges.La Coalition-cégeps, formée des trois syndicats d\u2019enseignants liés aux cégeps (Fédération autonome du collégial, Fédération nationale des enseignants du Québec et Fédération des enseignants de collèges), de la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ), de parents, de professionnels et d\u2019employés de soutien, a réussi à mobiliser dehors plus d\u2019« invités » qu\u2019en dedans.Pendant qu\u2019à l\u2019intérieur on entendait discuter de cheminement scolaire, 350 La santé et l'éducation d\u2019autonomie des collèges et de réforme des structures, dehors, le vent chaud et humide qui soufflait sur les Plaines d\u2019Abraham venait ajouter au tohu-bohu et au concert de protestation mené par deux mille personnes.Vilipendés pour cette formule choisie - peu d\u2019enseignants et d\u2019étudiants invités, des ateliers simultanés avec des interventions minutées -, Pierre Reid et son équipe ont participé à l\u2019ensemble des activités, bravantle mécontentement fortement porté dehors.« L\u2019objectif de ce forum était de favoriser l\u2019émergence et le brassage d\u2019idées », a affirmé M.Reid au moment de clore l\u2019événement de deux jours.Force était de constater que sur ce plan, c\u2019était l\u2019échec.Campés chacun sur leurs positions, les divers groupes n\u2019ont eu de cesse de défendre farouchement et sur un ton parfois agressif leur lot de terrain, délaissant trop souvent au passage les questions d\u2019ordre pédagogique.« J\u2019ai observé que cette défense vive nous a peut-être un peu distraits d\u2019un certain nombre de faits et de réalités au caractère brutal », a poursuivi M.Reid.Après avoir été la cible de plusieurs attaques -età l\u2019extérieur età l\u2019intérieur - le ministre a dû composer avec les blagues d\u2019un petit finfinaud, auteur d\u2019un faux communiqué de presse signé par le cabinet Le papier, en tous points identiques aux communiqués généralement émis par le ministère de l\u2019Éducation, laissait croire au mea culpa du ministre.Au moment de terminer l\u2019événement, les 23 étudiants présents dans la salle ont envahi les micros et ont sommé le ministre de se prononcer, ne se gênantpas au passage pour dévoiler leur fort mécontentement au sujet des Pierre Reid modes de consultation choisis par le Ministère.« Le moment est mal choisi, votre formule est anti-démocratique, les enseignants et les étudiants ne sont pas suffisamment représentés, etnous ne voulons pas que le réseau soitaboli », a indiqué un étudiant, un refrain entonné par tous les autres.« Je vous ai entendus », a répliqué le ministre de l\u2019Éducation, invité à venir mettre un terme à toute cette confusion.« Si j\u2019ai des torts, je suis prêt à les prendre.» Suivit un long discours que plusieurs se sont évertués ensuite à décortiquer pour comprendre les intentions du gouvernement et tenter de deviner la suite des choses.Malgré le chemin parcouru depuis la réforme du collégial de 1993, plusieurs chantiers méritent 351 L\u2019état du Québec Tentant de détourner l'attention des débats de structure, qu 'ils avaient en horreur, les cégeps ont en effet voulu replacer le débat sur le terrain de l'autonomie.d\u2019être travaillés, a lancé le ministre.« Des propos tenus [lors du forum] offrent des moyens de redresser les trajectoires de la diplomation et de s\u2019attaquer à bras-le-corps à des problèmes démographiques dont la seule solution ne pourra pas être d\u2019ajouter indéfiniment des ressources.» Discours coloré de « zones d\u2019évolution possibles », le ton était donné : plus d\u2019autonomie aux collèges afin de favoriser « le déploiement de leur personnalité », ce qui eut l\u2019heur de ravir le président de la Fédération des cégeps, Gaëtan Boucher, qui s\u2019affirme prêt à franchir ce « cap de maturité » auquel le Ministère fait référence.Tentant de détourner l\u2019attention des débats de structure, qu\u2019ils avaient en horreur, les cégeps ont en effet voulu replacer le débat sur le terrain de l\u2019autonomie.« On nous a fait peur avec le scénario de l\u2019abolition des cégeps et on va venir essayer de nous rassurer avec la moins pire des deux propositions, la décentralisation?» affirmait alors un enseignant de littérature dans un cégep de région.« C\u2019est un débat piégé.» «Plus de pouvoirs, un peu à la manière des universités ! » avaient revendiqué les collèges, mettant la table au grand projet du ministre de doter les collèges d\u2019une plus grande indépendance dans les « programmes, les parcours de formation, les diplômes et les ressources institutionnelles ».Promettant pour plus tard un plan d\u2019action, le Ministère a laissé des zones d\u2019ombre sur la manière de doter les cégeps de cette plus grande marge de manœuvre, et si les collèges y ont tout de suite trouvé leur compte, les enseignants et les étudiants sont restés sur leur faim.Les intentions du ministre n\u2019allaient pas toucher seulement à l\u2019autonomie des cégeps, mais aussi la diversité de leurs profils - se spécialiser plutôt que d\u2019offrir tous la même chose -, leur participation au développement des régions et une gestion plus souple des parcours étudiants : conditions d\u2019admission, durée des études et certifications variées.Les enseignants craignent plus que tout que le gouvernement vienne patauger dans la formation générale commune à tous les étudiants, qu\u2019ils soient inscrits au préuniversitaire ou au technique.Les cours de français, de philosophie, d\u2019éducation physique et d\u2019anglais sont au cœur d\u2019un débat depuis longtemps amorcé sans réel consensus possible.Le Conseil supérieur de l\u2019éducation a ajouté sa contribution au débat cette année en publiant un avis de poids sur la question : l\u2019organisme-conseil suggère au ministre d\u2019opter pour des formations générales variées adaptées au parcours choisi par l\u2019étudiant.La philosophie de Platon pour un étudiant inscriten technique mécanique?Si «l\u2019abolition de la formation générale ne constitue pas une option », comme l\u2019a répété Pierre Reid à l\u2019issue de ce forum, son profil varié et adapté à différents choix d\u2019étude comptera vraisemblablement au nombre des avenues retenues par le ministre.«Les questions surgissent quant aux contenus de cette formation générale, dont rien ne garantit que le statu quo soit le 352 La santé et l'éducation cas de figure idéal », a-t-il affirmé dans son discours.Dès que le ministre entre dans une chasse-gardée enseignante, il met le pied en terrain miné.Les professeurs avaient depuis longtemps identifié la formation générale comme l\u2019une des zones possiblement visées par une éventuelle réforme.Ils craignent notamment que la philosophie, où les résultats, notamment dans le secteur technique, ne sont pas toujours brillants, perde des plumes.Le ministre Pierre Reid a retenu des débats sensibles celui sur les réformes de structure.« Sans pouvoir conclure avant plus ample examen au mérite, je puis déjà vous assurer qu\u2019il n\u2019est pas question d\u2019imposer de force et à tout le monde quelque changement en cette matière», a-t-il affirmé, peut-être soucieux de ne plus perdre d\u2019appui.Il a cependant retenu que les rapprochements entre formations professionnelle et technique étaientpossibles : plusieurs groupes ont affirmé qu\u2019ils n\u2019étaient pas opposés à l\u2019idée de passerelles plus définies entre les deux ordres d\u2019enseignement, dans la mesure où les responsabilités de chacun allaient être clairement balisées.La rentrée scolaire n\u2019était pas encore commencée, à la fin de l\u2019été, que l\u2019idée de projets-pilotes articulant les deux formations commençait à circuler.« Les collèges conserveront leurs responsabilités, et les commissions scolaires aussi », ont toutefois rapidement affirmé les principaux intéressés, marquant leur intérêt pour ce type de rapprochement L\u2019avenir nous dira si les mariages seront heureux.En dehors des partages de locaux et d\u2019équipement, qu\u2019il est aisé d\u2019imaginer, comment unir deux populations aux visées différentes, et, plus difficile encore à imaginer, comment permettre le travail de deux corps enseignants aux conventions collectives distinctes ?C\u2019est d\u2019ailleurs par ces questions que la prochaine année sera sans doute marquée : les syndicats ont déjà récemment eu l\u2019occasion de signifier leur virulente opposition à tout changement qui entraînerait dans son sillage des parcelles d\u2019organisation du travail.Mais le vent d\u2019autonomie que le ministère de l\u2019Éducation semble vouloir faire souffler sur les collèges pourrait bien signifier une plus grande souplesse dans la gestion des ressources humaines.Le président de la Fédération des cégeps, Gaëtan Boucher, l\u2019a répété sur toutes les tribunes : la réforme du collégial de 1993 n\u2019a pas connu son plein épanouissement pour une seule et unique raison.« Nous n\u2019avons pas réussi à effectuer des changements dans les conventions collectives », af-fïrme-t-il, marquant clairement son intention de ne pas répéter l\u2019erreur du passé maintenant qu\u2019une nouvelle petite révolution du collégial s\u2019annonce.« Il fautabsolumentquel\u2019organisation du travail suive.» Les choses ne serontpas aisées : déjà fortement secoué par les troupes syndicales, le gouvernement libéral a vécu cette année sous le signe de la contestation.Aux prises avec des conventions collectives échues, il doit s\u2019asseoir avec le secteur public et entamer des négociations, ce qui n\u2019était pas déjà sans s\u2019annoncer complexe.La réforme annoncée du collégial ne pourra qu\u2019ajouter de l\u2019huile sur le feu.Pendant que la partie patronale a 353 L\u2019état du Québec Dans un réseau qui s'entredéchire pour la moindre miette du portefeuille, il n 'est pas facile d'être le capitaine.fait de la « souplesse » son nouveau mot d\u2019ordre, les syndicats ont de suite flairé ce que cette nouvelle «marge de manœuvre» pourrait vouloir dire.«Ils veulent défoncer les conventions collectives pour vivre leur trip de pouvoir », affirme à ce sujet le président de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), Réjean Parent Les patrons militent pour le dialogue, et la politique de « la main tendue », tel que l\u2019association de cégeps le préconise.Mais les pourparlers ne seront pas aisés.« S\u2019ils pensent profiter de la réforme des collèges pour venir déboulonner nos acquis, ils se trompent », prévient Ronald Cameron, président de la Fédération nationale des enseignants du Québec (FNEEQ-CSN).Les étudiants ne sont pas en reste: dans ce cafouillis incertain où seule la grogne fait foi de dénominateur commun, ils voient venir d\u2019un œil inquiet tous les changements à saveur d\u2019autonomie que le gouvernement veut enclencher.Le maintien d\u2019un « diplôme égal » sera leur premier cheval de bataille, tel que la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ) l\u2019a déjà laissé entendre.Une année somme toute tumultueuse qui laisse présager des changements de taille dans la façon de voir rouler le réseau collégial.Y aura-t-il des perdants et des gagnants ?Pour l\u2019heure, le ministre de l\u2019Éducation est sur la sellette et tous les yeux sont tournés vers ses manières de tenir les rênes.Dans un réseau qui s\u2019entre-déchire pour la moindre miette du portefeuille, il n\u2019est pas facile d\u2019être le capitaine.354 ?La culture et les médias LA CULTURE 356 La Grande Bibliothèque, portrait d'une institution 364\tLa bibliothèque publique : la mal connue de nos institutions 370 Les études culturelles au Québec 378 Lendemains d'euphorie.L'année du cinéma québécois 382 Dériver, dériver de.Le roman québécois en 2003-2004 387\tDe la télé peureuse, de la gauche, de la guerre et du reste.Les essais québécois en 2003-2004 LES MÉDIAS 393 Les quotidiens gratuits 399 L'année des médias : CHOI-FM à l'avant-scène 413\tUne vue d'ensemble des médias québécois L\u2019état du Québec LA CULTURE La Grande Bibliothèque, portrait d'une institution Lise Bissonnette Présidente-directrice générale de la Bibliothèque nationale du Québec Bibliothèque nationale du Québec, angle Berri et de Maisonneuve Tous ces Hures sont à toi est le titre de l'exposition d'ouverture de la Grande Bibliothèque, l'édifice de diffusion de la Bibliothèque nationale du Québec (BNQ).La phrase est tirée de la relation d'un rêve d'Aegidius-Fauteux (1876-1941), journaliste et bibliothécaire lié de multiples façons à notre histoire.La grande salle d'exposition, située comme un aimantau centre et en creux du magnifique édifice, accessible en plongée au regard de tous, proclamera ainsi le premier message de l'institution, mais elle le fera sans complaisance.À se promener dans l'histoire de la lecture publique au Québec, on comprendra que ce bâtiment-phare, loin d'être un achèvement, n'est qu'un début Et qu'il devrait d'abord nous amener, selon le juste cri du cœur des années militantes, à « continuer le combat».Pour la Ville de Montréal, qui l'accueille à l'initiative du gouvernement du Québec, et pour le Québec tout entier, qui profitera désormais de services à distance à la fine pointe de ses besoins, l'ajout est de taille.La Grande Bibliothèque, avec ses 33 000 mètres carrés et ses collections d'au moins un million de livres et quatre millions de documents divers - du sonore au visuel en passant par toutes les incar- Avant d'être une architecture physique et technologique, la Grande Bibliothèque s'affirme d'abord par son contenu.356 La culture et les médias nations du papier - permet à la métropole de rejoindre les dizaines de grandes villes, nord-américaines, européennes, asiatiques, où des lieux semblables ont vu le jour au cours des vingt dernières années.On est encore loin du compte des plus ambitieuses qui, de Seattle à Singapour en passant par Chicago et Shangaï, ont investi plus du triple des ressources consenties à l'édifice de diffusion de la BNQ (moins de cent millions de dollars canadiens, le coût le plus bas au mètre carré en Amérique du Nord).Tout au plus rattrape-t-on en espace les villes canadiennes de Toronto et de Vancouver, passées à l'acte depuis bien des années.Mais les révolutions technologiques permettent, on le sait, de grands « bonds en avant » qui ont l'avantage de corriger rapidement des retards historiques.Et la Grande Bibliothèque devrait en être un exemple.Son bâtiment abrite des ressources électroniques qui seront le centre nerveux de services de soutien à l'ensemble des bibliothèques du territoire et de prestations disponibles à tous les citoyens qui voudront s'en prévaloir, devant leur écran Internet personnel ou celui de leur bibliothèque locale.Pour une rare fois de son histoire éducative et culturelle, le Québec se dote d'un instrument de pointe sans attendre le passage du dernier wagon.Car les nouvelles bibliothèques n'apparaissent pas par hasard, ou par caprice : elles sont l'institution publique du temps présent, celles qui, à l'ère du virtuel, s'emploient à organiser de nouveaux moyens de partage du savoir.En cela, elles sont fidèles à leur origine la plus lointaine : la bibliothèque d'Alexandrie rêvait d'assembler pour le bonheur de ses princes « tous les savoirs du monde ».Mais elles sont aussi et surtout fidèles aux exigences démocratiques les plus actuelles : la participation intellectuelle et culturelle de tous à ce qu'on appelle la « société de l'information » ou la « société du savoir » s'inscritdans les devoirs de l'État et la bibliothèque, telle qu'elle se redéfinit, en estun instrumentpremier.Avant d'être une architecture physique et technologique, la Grande Bibliothèque s'affirme d'abord par son contenu.Société d'État créée en 1998 - on l'appelait alors la Grande Bibliothèque du Québec (GBQ) - elle a été fusionnée en 2002 à la Bibliothèque nationale du Québec, dont la vocation s'est alors affirmée en s'élargissant Selon un mouvement qui gagne sans cesse du terrain, la « nouvelle » BNQ est désormais « patrimoniale et publique », des statuts jusqu'à tout récemment considérés contradictoires.Elle accueille ainsi un public si divers qu'il va du tout-petit au chercheur, grâce à un ensemble de collections et de services qui peuvent non seulement cohabiter, mais se nourrir les uns les autres.Atrium de lecture 357 L\u2019état du Québec Les savoirs du Québec Tant sur les rayons que dans la bibliothèque virtuelle, la BNQproposera des ouvrages aux provenances variées, ce que la bibliothéconomie appelle des collections « encyclopédiques » ou encore « universelles », où elle ne pourra bien sûr prétendre à l'exhaustivité.Mais le patrimoine québécois, conformémentà la mission première de l'institution, y sera entièrement présenté.La quasi-totalité des ouvrages publiés au Québec depuis la Conquête - et même avant la Conquête quand il s'agissait de documents « relatifs » au Québec - sera accessible au public.L'imprimerie étant arrivée au Québec par la voie anglo-américaine, car elle avait été interdite en Nouvelle-France par le caprice du monarque, la collection nationale est plutôt jeune.Elle comprend 350 000 livres, 100 000 titres de musique imprimée et 33 000 enregistrements sonores, 50 000 cartes et plans, 25 000 estampes, 34 000 photographies, 6 000 documents électroniques et près de 500 fonds d'archives privées.Par la voie du dépôt légal, elle s'enrichit de quelque 15 000 titres par année, sans compter ce qu'elle reçoit par dons etachats, puisque sa loi constitutive l'enjoint de rassembler tout le patrimoine documentaire du Québec.Seuls les fonds d'archives privées et certaines collections spéciales, comme les estampes ou les livres rares, ne seront pas accessibles au public de la Grande Bibliothèque, pour des raisons évidentes de préservation.Si bien que la partie publique de la collection nationale, dont les conditions de consultation étaient acceptables mais fort peu conviviales dans les édifices Saint-Sulpice (rue Saint-Denis) et Aegidius-Fauteux (avenue de l'Esplanade), sera enfin réunie et proposée aux lecteurs et chercheurs dans un cadre conforme à sa valeur.Comme cette collection ne peut évidemment être empruntée, elle a son propre logement à entrée contrôlée dans le plus bel espace de l'édifice, la plus petite des deux « chambres de bois » conçues en s'inspirantd'Anne FLébertpar le regroupement des architectes Patkau de Vancouver et Croft/Pelletier de Québec.Les visiteurs pourronty fureter à leur aise, dans les jubés d'un espace-cathédrale de trois étages qui s'est voulu symbolique du caractère central de cette collection.La BNQpousse ici l'accès jusqu'à une limite que ne ffanchissentpas la plupart des bibliothèques patrimoniales.ÀNew York, à Londres, à Paris et même dans les nouvelles et superbes bibliothèques régionales françaises dont les collections anciennes dépassent souvent en nombre et valeur la totalité des nôtres, on nepermetpas la promenade dans les collections.Mais la réflexion et la recherche actuelle sur la sécurité des ouvrages tend à démontrer qu'un public averti, informé et adéquatement surveillé, n'est ni plus vandale ni moins respectueux que les chercheurs auxquels les grandes bibliothèques nationales ont eu tendance à réserver l'accès à leurs richesses.Peut-être parce que les nôtres ne remontentpas à la nuit des temps et qu'elles sontdoncplus aisé-mentremplaçables, la BNQ sera ainsi l'une des premières, sinon la seule, à proposer la majorité de sa collection nationale en accès libre.Quant à ses biens les plus précieux, ils pourront aussi toucher un plus large public, grâce à des expositions dans des salles vastes et accueillantes, mais aussi grâce à un programme de numérisation qui donnera priorité aux collections anciennes et qui permettra à tous de les consulter par la voie virtuelle.358 La culture et les médias Le pari est-il risqué ?Contrairement à ce qui s'est passé en France quand la Bibliothèque nationale a décidé de s'ouvrir à une clientèle plus large - encore que chercheurs et« grand public » y aient chacun leur étage soigneusement dis tinct-per-sonne ne nous a encore accusés de commettre l'irréparable qui serait d'admettre de barbares amateurs dans le saint des saints réservé aux chercheurs.Gardons-nous toutefois de croire que cette équanimité témoigne d'une belle vertu.Comme les richesses de la Bibliothèque nationale sont peu connues, même de la communauté des chercheurs québécois qui en font un usage modéré, il se peut que l'absence de débat tienne surtoutà l'indifférence.Tablons donc sur le fàitaccompli : on s'estassez plaint, dans les milieux de culture et d'éducation, du caractère a-culturel de notre école et de la tendance anti-intellectuelle de notre société, et on ne devraitpas trop reprocher à la Bibliothèque nationale du Québec de mettre aussi radicalement à la portée de tous les chemins de la mémoire.Les savoirs universels Vers le milieu du siècle dernier, même les plus grandes bibliothèques de la planète, la Library of Congress, la British Library, la Bibliothèque nationale de France, avaient renoncé à rassemblera tousles savoirs du monde», ainsi quelevoulaitleur ambition première.La prolifération de l'édition sous toutes ses formes et dans toutes les langues, la montée des cultures autres que celles des métropoles, rendait la chose matériellement impossible.La sélection s'imposait, aussi complexe que douloureuse.Et voilà à quoi remédient, magnifiquement, les nouvelles technologies de l'information.Bien avant que quelques post-adolescents talentueux se lancentà la découverte d'Internet et en annoncentla bonne nouvelle dans les médias de masse, la communauté des bibliothécaires inventait déjà les moyens de numériser, classer, ordonner les biens culturels, textes et images, qui deviennent aujourd'hui accessibles à l'ensemble de la planète.On inventait des langages, on interconnectait des catalogues, on convenait des normes du dialogue électronique.Qu'il soit catalogué à FLelsinki en finlandais ou au Québec en français, l'existence d'un ouvrage peut ainsi être portée à la connaissance de tous.Les grands catalogues collectifs se multiplient à un point tel qu'on peut commencer à voir poindre, aujourd'hui, une sorte de catalogue collectif planétaire.Parallèlement, les progrès de la numérisation donnent, par écran interposé, accès direct au contenu même des documents, un mode de lecture qui fàit sauter les frontières et auxquels même les pires censeurs des dictatures ne pourront résister longtemps.Là est la véritable percée de la nouvelle Bibliothèque nationale du Québec.Dans son bâtiment montréalais, elle voudra certes être une excellente bibliothèque publique, les espaces chaleureux de sa deuxième chambre de bois, où l'on pourra passer la journée à lire ou aller en coup de vent emprunter de quoi lire chez soi, marquerontun immense progrès eu égard à la pauvreté des équipements de lecture publique à Montréal, en tout cas en milieu francophone.Mais le caractère public de la BNQ, c'est dans l'accomplissement de sa mission territoriale qu'on l'exigera et, espérons-le, qu'on le trouvera.Il y a vingt ou même dix ans, il eut été impensable de promettre à l'ensemble des Québécois 359 L\u2019état du Québec des services de bibliothèque à distance qui soient significatifs, qui dépassent le traditionnel «prêtentre bibliothèques », procédure utile mais lourde et lente comme la poste.Les technologies, de moins en moins nouvelles et de plus en plus éprouvées, fèr-ont ici la différence.Ce n'est pas un « site » Internet que proposera la BNQ mais un véritable portail.La bibliothèque numérique, sans cesse enrichie, offrira la lecture de documents de tous ordres, des livres anciens aux publications gouvernementales.D'une région éloignée, on pourra aussi emprunter virtuellement un document, par exemple un article de périodique ou une brochure épuisée, par la numérisation à demande.La BNQ coordonne aussi un regroupement de bibliothèques pour lesquelles elle négocie l'achat de coûteuses banques de données électroniques - des encyclopédies par exemple, ou des journaux - auxquelles le citoyen pourra accéder chez lui s'il est branché à Internet ou à sa bibliothèque.On pourra poser à distance des questions de référence, des plus simples aux plus pointues, et obtenir réponse rapidement.Les bibliothécaires professionnels de la BNQ sont, par définition, certains des plus spécialisés au Québec.L'acquisition de logiciels de haut niveau permettra à quiconque, à terme, d'interroger en une seule intervention l'ensemble des catalogues des institutions qui voudront participer à cet effort collectif.Et la BNQ, qui préside la Table de concertation permanente des bibliothèques québécoises sur mandat de la ministre de la Culture, soutiendra le « réseau des réseaux » dont la forme commence à s'esquisser entre partenaires, des regroupements régionaux de bibliothèques locales jusqu'aux bibliothèques universitaires et collégiales, en passant par les grandes bibliothèques publiques autonomes.La mise sur pied d'un centre de documentation et de ressources pour les bibliothèques du territoire, d'un service de référence pour les projets de construction ou de rénovation des lieux, une offre de stages, les moyens ne manqueront pas pour remplir l'obligation de soutien au développement des bibliothèques, contenue à la loi de la BNQ.L'une des réalisations les plus ambitieuses, à cet égard, est la mise à disposition des établissements d'un immense « entrepôt» électronique de données auquel les bibliothèques pourraient confier toutes leurs statistiques (profils de clientèle, abonnements, emprunts, fréquentation) et en attendre une analyse que la plupart ne peuvent entreprendre par elles-mêmes.Et ce n'est qu'un début Chaque jour, de ce milieu débordant d'innovations en provenance de presque tous les continents, nous apprenons l'existence de nouveaux services et surtout de nouvelles façons de faire circuler le savoir.La BNQ et le réseau sont outillés pour s'en inspirer.GRAPHIQUE 1 INLB et La Magnétothèque 2% Nouvelles acquisitions 21% Bibliothèque nationale 44% Bibliothèque centrale de Montréal 33% 360 La culture et les médias L'édifice montréalais reflète ce foisonnement À l'aune d'autres bibliothèques métropolitaines, ses collections demeurentmodestes.Mais jamais l'offre, sur place, n'aura été aussi importante et diversifiée.Un peu plus d'un million de livres, 1200 000 autres documents (enregistrements sonores, DVD, cédéroms, revues et journaux, etc), 1 600 000 microfiches et la collection complète des publications gouvernementales.Il en va de même pour les espaces qui, outre ceux de bibliothèque générale dans toutes les disciplines, se déclineront sur d'autres modes : vidéothèque, phonothèque, logithèque, bibliothèques d'affaires, centre emploi-carrière, service québécois du livre adapté aux personnes affectées d'une déficience visuelle, laboratoires de langues - échos d'importantes collections de livres en une quinzaine de langues - ateliers d'initiation à l'usage des technologies.L'espace de choix, l'un des plus lumineux et accueillants de cette vaste maison conçue comme une promenade, est certes la médiathèque des jeunes avec ses livres, son mobilier adapté, mais aussi son petit théâtre, ses animations, ses initiations à la lecture, avec ou sans les parents ou les enseignants partis fureter dans les autres étages.Un lieu de vie La bibliothèque contemporaine estun lieu de vie.Elfe n'estpas le fruitdu hasard, du caprice des princes, du plaisir de construire, bien que son apparition dépende toujours d'une volonté politique.Si on finitpar la vouloir, c'est qu'elle correspond à une nécessité qui brisera les résistances, tôt ou tard.Il y a trente ans, quand la massification de l'enseignement collégial et universitaire était encore une révolution, on imaginait que les établissements d'enseignement pourraient assumer la charge des parcours informels d'éducation.Les termes de ralliement - l'éducation continue, la formation sur mesure - nourrissaient le rêve de briser les barrières de classe, de pénétrer dans les milieux dits « populaires », de permettre à chacun de cheminer selon ses aspirations et ses acquis, si minces soient-ils.Les exigences des institutions se sont assouplies mais elfes ont dû laisser en chemin leurs velléités d'assurer des formations « non diplômantes ».Les modes de financement des établissements postsecondaires, et le marché du travail qui exige fermement des notes et des papiers, interdisent presque ce loisir.Mais les citoyens, eux, n'en ont jamais autantrêvé.Les nouvelles bibliothèques sont envahies d'une « clientèle » curieuse, exigeante, qui veut toujours lire et rencontrer romanciers et poètes, mais qui veut aussi se renseigner, se livrer à des recherches personnelles, archéologiques, historiques, médicales, en-tomologiques et le reste.La bibliothèque est la seule, l'unique institution publique qui soit outillée pour soutenir, encadrer, répondre à ces nouveaux besoins, individuels avant tout Elfe prend le relais du système d'éducation et le prolonge en lui donnant, on ne le soulignera jamais assez, le contenu culturel étendu et profond auquel l'enseignement d'aujourd'hui se croit forcé de renoncer.\tLa bibliothèque C'est avec cet objectif en tête qu'a été conçue la nouvelle BNQ, contCtTlVOTCline est matérielle et virtuelle.Mais elfe s'est voulue aussi un lieu de vie dans la\t* cité.Quoi que prêchent les nostalgiques de la responsabilisation des\tU U lieu de vie.361 L\u2019état du Québec familles, des liens ont partout éclaté qui ne se referont plus.Près de la moitié de la population des grandes villes nord-américaines ne vit plus en mode traditionnel: couples éclatés, familles reconstituées, solitaires célibataires ou divorcés, nomades d'une relation à l'autre, l'urbain est le plus souvent isolé malgré le bruit, la foule, les festivals, et la démultiplication des lieux de commerce qui l'ont compris et cherchent à l'accueillir.Les nouvelles bibliothèques sont des endroits où on peut être seul en compagnie silencieuse d'autrui, où on peutaller à des rencontres signifiantes en musique, en écriture et en réflexion, où on agrandit son alvéole quotidienne.La BNQ offre pour ce faire 2 900 places assises, du fauteuil au cu-bicule d'étude, réparties sur ses 33 000 mètres, parfois isolées, parfois carrément dans la circulation grâce aux grands paliers de sa promenade intérieure.Et un bistrot, et un mini-centre de conférences, et un auditorium, et des salles d'expositions, et une boutique intelligente, et des étals de bouquinistes encastrés en sa façade ouest, et un jardin-bibliothèque, et un espace extérieur de spectacle.L'abonnement est gratuit, c'est heureusement la loi, et ne devrait jamais être remis en question.La détermination de la maison, qu'on sentira en divers programmes particuliers, estd'en faire plus pour ceux qui en ontmoins, en association avec les groupes communautaires qui les soutiennent Cela ira de l'emploi non qualifié au sein de la bibliothèque aux animations spéciales sur place ou hors les murs avec la coopération des écoles, des associations, de nos partenaires des bibliothèques d'arrondissements.Mystère québécois Sachant tout cela, que nous avons répété sur tous les tons et à toutes invitations depuis six ans, à quoi devons-nous attribuer la tiédeur et parfois l'hostilité du milieu québécois à ce projet qui, ailleurs dans le monde, a souvent été réclamé à grands cris ?Tentons de sérier les facteurs, le concours restant ouvert à d'autres savantes explications : 1)\tL\u2019ignorance.Malgré quelques éclaircies depuis les années 80, le sous-développement des bibliothèques publiques du Québec est toujours indéniable, en comparaison des équipements canadiens et américains.Cela est particulièrement vrai en milieu francophone où une poignée d'établissements peuvent soutenir la comparaison, dont aucun n'est situé en région montréalaise.Sans établissement de référence dans leur paysage, plusieurs analystes, notamment ceux qui ont le cœur à gauche, ont cru bien faire en volant au secours des veuves et orphelins que seraient les « petites » bibliothèques, à leurs yeux spoliées par les ressources consenties à la « grande ».Il n'y a évidemment pas d'exemple, dans le monde entier, de «petites bibliothèques » capables de répondre à la demande contemporaine sans s'appuyer sur un réseau comportant lui-même une ou des grandes institutions.Mais quand on vit en décalage de ces réalités, on ne peut le comprendre.2)\tLa mode.À l'ère de l'opinion instantanée, les clichés tendance ont beau jeu.Le plus durablement invoqué, dans et contre notre cas, a été la grande rédemption du monde par le virtuel.Nous étions des dinosaures, des 362 La culture et les médias passéistes empoussiérés dans nos livres, nonobstant le fait, visible à l'œil nu pour quiconque s'intéresse un peu, que le métier de bibliothécaire est l'un des plus « technologisés » au monde.Pourquoi construire une bibliothèque quand on peut tout numériser ?Parce qu'il faudrait constamment recommencer, les supports changeant avec les saisons, et que la numérisation est encore au stade de la Ford modèle T, en regard des possibilités qui commencent à se dessiner.Parce que l'organisation et la diffusion des richesses culturelles à travers les nouvelles technologies doivent se faire à partir d'un endroit, et ne peuvent tomber sur nous par le miracle des langues de feu, ni ne peuvent être laissées aux caprices des entrepreneurs du multimédia, à moins qu'on se fiche du bien public.Parce que les nouveaux modes de vie et d'accès à la culture, loin de rendre les bâtiments caducs - les théâtres, les cinémas, les musées - en réclament de nouveaux, adaptés au temps présent, et démocratiquement ouverts.Vieille idée, toujours juste, au sens propre de la justice.J'aime rappeler que Daniel Langlois, devant lequel se prosternent sans réserve les accros québécois du virtuel, a fait leur joie en créant dans la ville les lieux en béton dur où ils aiment tant se rassembler.Comme le fera la Grande Bibliothèque, pour tous.3)\tLe défaitisme.11 y a un quart de siècle que le Québec a créé sa dernière institution culturelle publique, le Musée de la Civilisation.L'idée s'est ancrée depuis qu'il n'a ni les ressources, ni l'énergie, ni le besoin de construire de nouveaux équipements collectifs et que ceux qui en proposent sont des rêveurs, des gaspilleurs, des mégalomanes de type olympique.Je laisse aux psychologues, bien plus qu'aux politologues, le soin d'expliquer ce syndrome dépressif, qui a accueilli le projet comme s'il s'agissait de travaux d'Hercule dont nous ne serions plus capables, à la différence de nos ancêtres.Mais cela me rappelle, étrangement, des débats du XIXe siècle où la coalition entre l'Église et les nantis renvoyait le peuple à son petitpain.Entre autres, en matière de bibliothèques.4)\tLa culture-spectacle.L'identification croissante de la culture québécoise à ses indéniables succès en spectacles, en festivals, en téléromans, en films populaires, a dévalué le travail de fond d'institutions où s'abreuvent pourtant les imaginations.L'idée d'investir dans une bibliothèque, dont on se fait une idée passéiste alors qu'elle sera un portail de pointe vers toutes les disciplines intellectuelles et culturelles, a été reçue, surtout dans les milieux branchés, comme un véritable détournement de sommes qui auraient pu mieux servir au soutien de leurs entreprises.Sur ce point, admettons que les bibliothèques ont encore beaucoup à faire, elles-mêmes, pour s'insérer et s'affirmer sans complexe dans le territoire artistique et culturel.Elles auront, en tout cas, l'instrument idéal et suffisamment fort pour le faire.Que les sceptiques soient bientôt confondus, je ne saurais en douter à la lumière des expériences analogues sous toutes les latitudes.11 y a six ans, notre petite équipe était seule au monde en crayonnant son avenir, aujourd'hui elle déborde 363 L\u2019état du Québec sous les invitations à des aventures et projets dont la Bibliothèque nationale, plaide-t-on, serait le partenaire idéal.Cela signifie que la Grande Bibliothèque de la Bibliothèque nationale du Québec est déjà un fragment irréversible du réel.Il en reste beaucoup à venir.Quand les portes ouvriront, ce ne sera que le début La bibliothèque publique : la mal connue de nos institutions culturelles Jean-Paul Baillargeon Chaire Fernand-Dumont, INRS Urbanisation, culture et société Comme si le silence, qui caractérise le lieu, influençait la façon dont les bibliothèques se font connaître -discrètement.La bibliothèque publique est la plus silencieuse de nos institutions culturelles et la plus mal connue.Cette méconnaissance tient à plusieurs facteurs ; nous n'en soulignerons que deux.D'abord, la réserve légendaire des bibliothécaires.Comme si le silence, qui caractérise le lieu, influençait la façon dont les bibliothèques se font connaître - discrètement Ensuite, au Québec, la bibliothèque publique est récente.Les troupes de théâtre professionnel sont, par exemple, plus vieilles que les bibliothèques publiques.Ainsi, la bibliothèque publique n'a pas eu assez de temps pour acquérir le prestige que l'on associe à d'autres institutions culturelles plus anciennes.Pourtant, la bibliothèque publique est devenue l'institution culturelle la plus répandue.Il y en avaitenviron 970 en 2001, desservant environ 92 % de la population.Depuis, elles ont dépassé les deux millions d'usagers, soit environ 31 % de la population.La bibliothèque publique est devenue un phénomène d'une grande ampleur, mais qui s'est développé discrètement Évolution des bibliothèques publiques De la Révolution tranquille à l'orée du XXIe siècle, la part de la population desservie a crû de 100 %, passant de 45 % de la population à 91 % de la population ayant accès à une bibliothèque publique.Une certaine accélération 364 La culture et les médias s'est produite à partir de 1979 (77 %) pour se poursuivre jusqu'au début des années 1980, et se stabiliser à un peu plus de 91 % depuis 1995.Seules certaines populations isolées et de faible taille n'ont pas encore accès à une bibliothèque publique.Le deuxième indicateur se rapporte à la réaction du public face à la disponibilité d'une bibliothèque.La proportion de la population qui en faisait usage était de 14 % en i960.Elle plafonne à environ 30 % depuis le début des années 1990.L'accroissement de la proportion des usagers a donc surtout été fonction de celui de la population desservie.Ceci laisse croire que l'incitatif le plus efficace à la lecture publique jusqu'ici a été l'installation d'une bibliothèque publique à proximité des gens.Le troisième indicateur concerne le nombre de livres disponibles dans ces bibliothèques par personne desservie.Les livres y demeurent toujours les collections les plus volumineuses et les plus sollicitées.Nous en sommes, en moyenne, à plus de 2,5 livres par personne.Nous en étions à 0,8 livre en i960.Si la proportion de la population desservie a doublé en 40 ans et si celle des usagers a un peu plus que doublé, le nombre de livres disponibles, quant à lui, a presque triplé.Malgré les stabilisations du début des années 90 pour ce qui est de la population desservie et des usagers, le nombre moyen de livres par usager a continué de croître, passant de 2,02 en 1991 à plus de 2,30 en 2001.Le quatrième indicateur est le nombre moyen de prêts de livres par usager.Il était de 1,7 en i960.Il est à hauteur de six livres par année depuis 1996.Leur circulation s'est multipliée par 3,5 fois.On peutimputer cette croissance à une utilisation de plus en plus intense de la bibliothèque publique.Aperçus budgétaires En 2001, les revenus des bibliothèques publiques s'élevaient à près de 185 millions de dollars.Les contributions municipales comptaient pour environ 77 % de ce montant et les subventions régulières du ministère de la Culture et des communications pour 13 %.Cela revient à 20,96 dollars octroyés de la part des municipalités et 3,55 du Gouvernement du Québec à chaque personne desservie.Pour fins de comparaison, les bibliothèques publiques ontariennes ont reçu, en 1999, près de 32 dollars par personne desservie, soit 24,4 % de plus qu'au Québec.Quand on saitque le produit intérieur brut par habitant en Ontario est supérieur de 21 % à celui du Québec, on peut affirmer que, pour que le Québec lasse un effortà hauteur de celui de l'Ontario, compte tenu des capacités de payer respectives, on devrait y ajouter environ 5 dollars par tête, pour atteindre alors 29,44 dollars.365 L\u2019état du Québec Vus en dollars constants, soit la capacité réelle de se procurer des biens et services, les revenus des bibliothèques publiques du Québec, par personne desservie, ont été multipliés par 6,6 entre i960 et 2001, passant, en dollars de 1992, de 3,58 dollars par tête en i960 à près de 23,50 dollars en 2001.De 1979 à 1980, ce financement s'est accru subitement de 16 dollars à plus de 18 dollars, grâce au plan Vaugeois qui devait accélérer la croissance du réseau des bibliothèques publiques.Cet accroissement des ressources financières, en termes réels, est supérieur à ceux observés de la proportion d'usagers, de livres et de prêts de livres par tête.Dans le domaine des institutions culturelles, on observe rarement des économies d'échelle.Une plus grande population desservie, un plus grand nombre de livres et davantage de prêts exigent l'emploi de plus de personnes compétentes et l'utilisation de moyens techniques et administratifs plus complexes, donc plus coûteux.Il y a eu aussi accroissement plus rapide de l'indice des prix du matériel de lecture que celui de l'indice général des prix à la consommation, ce qui amène les bibliothèques à payer davantage pour la même quantité de matériel de lecture.Quelques repères politiques, juridiques et administratifs Les bibliothèques publiques ont connu des fortunes diverses au long de l'histoire du ministère de la Culture.En 1961, l'ensemble des bibliothèques publiques du Québec avait un budget d'un peu plus de 1,15 million de dollars.La bibliothèque de la Ville de Toronto bénéficiait alors de 2 millions de dollars.Au cours des années i960, le mi- nistère des Affaires culturelles a fait des efforts pour élargir le réseau des bibliothèques publiques par diverses mesures de soutien financier et technique.Ainsi ont été mises sur pied les Bibliothèques centrales de prêt, devenues les Centres régionaux de services aux bibliothèques publiques (CRSBP).Ces institutions, au nombre de 11 maintenant, fournissent surtout des services techniques et administratifs aux petites bibliothèques, principalement en milieu rural.Une autre période, se terminant en 1979, se caractérisait par une approche globale de l'ensemble de la chaîne du livre.La Loi sur le développement des entreprises québécoises dans le domaine du livre oblige les bibliothèques à effectuer leurs achats de livres auprès de librairies dites agréées, question de s'assurer qu'un réseau de librairies couvre l'ensemble du territoire, par une garantie de clientèles minimales, celles des institutions publiques.En 1980, le ministère des Affaires culturelles se dote d'un plan quinquennal pour accélérer le développement des bibliothèques publiques, pour améliorer les locaux et les fonds existants, mais surtoutpour en établir là où il n'y en avait pas.Baptisé le Plan Vaugeois, du nom du ministre des Affaires culturelles qui l'a créé, le plan s'intitulait Une bibliothèque dans votre municipalité'.Plan quinquennal de développement.Le milieu des bibliothèques publiques y voit un moment charnière dans l'évolution de son réseau.Entre-temps, et par la suite, les règles gouvernementales de financement de ces bibliothèques ont varié selon divers objectifs, mais toujours sous-ten-dues par l'idée de démocratisation de la 366 La culture et les médias culture.Ont prévalu, entre autres, l'idée d'équité, qui soutenait les municipalités à faible valeur foncière par habitant, ou encore des incitatifs favorisant l'accès aux œuvres d'auteurs québécois.Au milieu des années 1980, après une récession qui a affecté les ressources financières de l'État, plusieurs organismes du gouvernement ont vu leurs budgets amputés, y compris les fonds destinés aux bibliothèques publiques.Comment assurer le développement de celles-ci avec des ressources ministérielles moindres ?Une com-mission d'étude, dite Commission Sauvageau, a déposé son rapport en 1987 : Les bibliothèques publiques : une responsabilité' à partager.On y recommande un accroissement du financement municipal à ces institutions, sans toutefois que l'État ne s'en désengage.Une nouvelle loi créant le ministère de la Culture et des Communications a été sanctionnée en 1992.Elle remplace la loi de 1958, qui contenait des dispositions obligeant le ministère à maintenir un Service des bibliothèques publiques et une Commission des bibliothèques publiques, à caractère consultatif Avec la nouvelle loi, ces deux entités n'existent plus.Par contre, on y trouve tout un chapitre consacré aux bibliothèques publiques.Si la loi de 1959 obligeait à maintenir des structures, celle de 1992 oblige plutôt à expliciter des orientations.Si le Service des bibliothèques publiques a été abrogé, le Ministère leur a maintenu son aide financière, à un rythme plus ou moins constant Les ressources humaines pour réaliser ce mandat d'orientation et d'administration ont été réduites à une seule personne.En 1998 est arrivée la politique de la lecture et du livre.Le temps de lire, un art de vivre fut lancé par le premier ministre Lucien Bouchard.On y fait une large place à la bibliothèque publique.Cet énoncé de politique contient une citation de Bernard Epin : « On ne naît pas lecteur, on le devient ; encore convient-il de le rester ».Ce qui signifie que, pour être lecteur tout au long de sa vie, on a besoin de soutiens et d'incitatifs, pas seulement au moment de la petite enfance, car, comme le déplore cet énoncé de politique, « une fois l'école terminée et le diplôme obtenu, les habitudes de lecture fléchissent et, par conséquent, les habiletés s'estompent».Cette politique a été suivie d'un plan triennal de mise en œuvre.Mais sa réalisation sur le long terme reste à voir car, pour le moment, le ministère de la Culture semble vivre une période de remise en question.La Grande Bibliothèque (GBQ) et la Bibliothèque nationale du Québec (BNQ) Une des mesures de la politique de la lecture et du livre a été de recommander la création de la Grande Bibliothèque du Québec.Outre l'accès aux collections patrimoniales et aux œuvres universelles que devrait favoriser la création de cette institution, la GBQ a aussi pour mission de développer une certaine diversité d'expertises de pointe que les bibliothèques prises individuellement ne peuvent que rarement se procurer, surtout à cause de leurs coûts élevés.En corollaire, cette bibliothèque aurait à jouer un rôle de catalyseur auprès des autres bibliothèques, favorisant la coopération et les échanges entre elles, ainsi que le développement de partenariats avec d'autres institutions.367 L\u2019état du Québec Legouvemementn'avaitpas attendu le dépôt de la politique de la lecture et du livre pour réfléchir au rôle d'une grande bibliothèque au Québec.Un groupe déposait son rapport en 1997 : Une tjrande bibliothèque pour le Québec.Ce rapport contenait en germe l'idée de fusionner cette nouvelle institution avec la Bibliothèque nationale du Québec, créée en 1967.Cette fusion fut entérinée par la loi 160, de 2001.Dans le cadre des opérations de réingénierie, le gouvernement a annoncé la fusion de la BNQ actuelle et les Archives nationales du Québec.Les locaux de la nouvelle BNQ ouvriront leurs portes à Montréal en 2005.On attend beaucoup de cette nouvelle institution qui aura le temps de faire ses preuves.Que souhaiter de plus ?Le Musée de la civilisation, à Québec, a servi de modèle etd'émule aux musées de tous ordres.Le prestige acquis par cette institution a anobli l'image du musée.On peut souhaiter que l'ouverture et le fonctionnement du nouveau bâtiment de la BNQ aient des effets analogues sur l'ensemble des bibliothèques de nos municipalités, que celles-là deviennent aussi des institutions de prestige locales.Principaux défis des bibliothèques publiques à l'orée du XXIe siècle Le défi fondamental des bibliothèques publiques est d'accroître leur fréquen- Le défi fondamental des bibliothèques publiques est d'accroître leur fréquentation.tation.L'espace à couvrir reste vaste.En 1999, près de 63 % des Québécois de 15 ans et plus n'avaient pas fréquenté une bibliothèque publique.Bien qu'il y ait un rapport étroit entre le niveau de scolarité et la propension à lire des livres, plus d'une personne sur deux ayant fait des études universitaires n'avaitpas, en 1999, utilisé les services d'une telle institution.À ce défi de base, on peut en ajouter cinq autres, qui s'y rattachent étroitement Visibilité des bibliothèques publiques Récemment, à Québec, s'ouvrait une exposition des œuvres de Picasso.Émissions et articles dans les médias rivalisaient avec des affiches publicitaires annonçant l'événement.Les bibliothèques publiques sont à cent lieues d'une telle visibilité.La discrétion des bibliothèques n'aide pas à attirer de nouveaux «clients».Leur image d\u2019elles-mêmes Dans la quasi-totalité des cas, au Québec, la bibliothèque est un service dont les employés proviennent de la fonction publique municipale.Les élus et les cadres de ces municipalités perçoivent la bibliothèque publique comme un service, au même titre que celui des incendies.Dans cette vision de type organigramme, les bibliothécaires se sentent coincés.Les bibliothèques publiques doivent faire reconnaître leur rôle au sein des institutions culturelles.Elles font partie des trois grands types d'institutions de transmission de la culture, avec le système d'éducation et le monde muséal.Elles sont l'institution culturelle de première ligne par excellence, celle qui s'adresse à tous.Changer la représentation que les bibliothèques publiques ont d'elles-mêmes les amènerait à changer les mentalités des élus municipaux - qui ont souvent peu d'idée des possibilités qu'offre une bibliothèque publique pour le développement culturel de ses 368 La culture et les médias usagers - et en définitive à être moins réservées.Juxtaposition de vecteurs de culture Les bibliothèques publiques se sont bâties autour du livre imprimé.Sont venus s'ajouter journaux et périodiques, disques, vidéocassettes, terminaux Internet, etc.L'ajout de ces autres vecteurs de contenus ne s'est pas nécessairement intégré à celui du livre.Cela devient de plus en plus patent avec Internet.Un des défis majeurs des bibliothèques est de définir des ensembles cohérents et intégrés de contenus dans ce qui semble à première vue une masse touffue et éclatée.Les effets récents de la scolarisation massive et prolongée Cohabitent désormais des cohortes très peu scolarisées et d'autres fortement scolarisées.Les premières se composent surtout de personnes âgées qui n'ont souvent pas terminé leurs études primaires.À l'opposé, les 25-34 ans comprennent environ 25 % de diplômés universitaires.Nous sommes donc confrontés à divers niveaux de compétence en lecture, à des univers culturels qui coexistent, étrangers les uns aux autres.Attirer simultanément ces diverses clientèles à la bibliothèque publique, soutenir leurs intérêts, est un défi de taille.Un lourd héritage de société « Le peuple québécois a été soumis pendant plus d'un siècle à une campagne systématique contre la lecture », a écrit Maurice Lemire, spécialiste de l'histoire littéraire du Québec.Ce passé nous hante toujours.Il a encore des conséquences avec lesquelles les bibliothèques publiques doivent composer.L'école primaire et secondaire alphabétise, développe des habiletés de lecture, mais n'initie pas nécessairement l'élève à l'utilisation de ces nouvelles habiletés par la fréquentation d'œuvres à sa portée, pouvant conduire à celles du patrimoine écrit québécois et universel.Bibliothèques publiques, institutions culturelles de première ligne, mais le terrain recèle encore bien des mines, dont celle d'être mal connue.Bibliographie BAILLARGEON, Jean-Paul (dir.J.Bibliothèques publiques et transmission de la culture à l'orée du XXI siècle, Québec, Les Éditions de l\u2019IQRC/PUL et les Éditions ASTED, 2004.BAILLARGEON, Jean-Paul.« Les librairies et les bibliothèques publiques », dans Denise Lemieux (dir.), Traité de la culture, Québec, Les Éditions de l'IQRC/PUL, 2002.GAGNON, Gilbert.« Les bibliothèques publiques du Québec et leur clientèle », Chiffres à l'appui, vol.6, n° 4, Québec, Ministère des Affaires culturelles du Québec, 1991.GALLICHAN, Gilles (dir.).Les bibliothèques québécoises d'hier à aujourd'hui, Montréal, Les Éditions ASTED, 1998.GARON, Rosaire.Lespratiques culturelles des Québécoises et des Québécois, 1999.Québec, Ministère de la Culture et des Communications, 2000.GOYETTE, Marie (dir.).Politique culturelle et bibliothèque publique : lieu de diffusion des savoirs, Montréal, Les Éditions ASTED, 2002.369 L\u2019état du Québec Les études culturelles au Québec Milieux, pratiques, identités Denise Lemieux INRS Urbanisation, culture et société Le Traité de la culture paru en 2002 sous la direction de Denise Lemieux, avec la collaboration de Gilles Bibeau, Michelle Comeau, François-Marc Gagnon, Fernand Harvey, Gilles Marcotte et Marc-André Lessard, fait le point sur 25 ans de recherches sur la culture.Il rassemble les contributions de plus de soixante auteurs de toutes les universités québécoises.Ces spécialistes des arts, des lettres, de la musicologie, des médias contemporains et des sciences humaines examinent les institutions et les milieux qui organisent ou soutiennent la création et la diffusion des productions culturelles, ainsi que les pratiques de créateurs et d'adeptes d'activités culturelles très variées.Des articles de contexte éclairent sous divers angles la société dont les écrivains et les artistes traduisent et recréent les composantes symboliques, imaginaires et identitaires.Sous la plume de la directrice de la publication, nous proposons ici une « recension-panorama » de cet important recueil.Vue sous l'angle culturel (plutôt que démographique, géographique ou économique), la société québécoise révèle sa profondeur historique, sa complexité, ses dynamismes et ses conflits, ses ressources humaines et intellectuelles, ses univers porteurs de sens.Elle requiert souvent, pour être bien comprise, d'être examinée au-delà de ses frontières : comment étudier les politiques culturelles ou une institution comme la radio, sans se référer au contexte canadien et aux législations fédérales qui les encadrent?Comment saisir l'impact des politiques québécoises du livre sans envisager l'hégémonie de l'institution littéraire française ?Les livres lus etla formation reçue en France, au Canada ou ailleurs contribuentà situer tel écrivain, tel compositeur.Les études canadiennes, américaines ou européennes demeurent donc pertinentes à divers égards pour les études sur le Québec, ne serait-ce que pour comparer.Certains sujets des études culturelles québécoises ontlongtemps été étudiés hors du Québec, comme le souligne Nicole Beaudry dans son article sur l'ethnomusicologie.Elle explique que les danses et les instruments de musique amérindiens ont surtout été étudiés par les Américains.Carole Lévesque souligne, quant à elle, que la recherche « amérindianiste » québécoise s'est construite à partir de courants distincts, avec chez les anglophones une attention particulière 370 La culture et les médias portée aux cultures matérielles et chez les francophones un accent mis sur les mythes.Constituée à partir des années 1970, la recherche amérindianiste au Québec et au Canada n'est pas qu'ob-jet de spécialistes, elle est au cœur des enjeux politiques de territoires et de l'affirmation culturelle des Amérindiens.Dans un tout autre domaine, les paysages du Québec relèvent aussi d'enjeux historiques.Philippe Poullouaec-Gonidec évoque le rôle des dessinateurs britanniques au XIXe siècle dans la construction culturelle des paysages de l'Estrie et de Charlevoix, ainsi que les transformations actuelles de cet aspect nouveau du patrimoine auquel s'intéresse l'architecture de paysage.Sur le thème « espace rural et culture », Myriam Simard démontre à quel point nos perceptions ont été tributaires des objectifs de modernisation des années 1960-1970, alors qu'on évoquait la fin de la ruralité.En 1990, un renouvellement des perspectives se dessine autour du mouvement Solidarité rurale et de travaux universitaires axés sur le développement.D'autres composantes s'affirment avec l'essor du tourisme en région et l'arrivée des « nouveaux ruraux », parmi lesquels des immigrants, des artistes et des urbains en quête d'un mode de vie plus sain.Myriam Simard rejoint les constats de Bernard Genest sur les nouvelles fonctions de l'artisanat et des savoir-faire traditionnels.Selon elle, ces changements sociaux favorisent une redécouverte de la ruralité dans ses aspects anciens et contemporains, la reconnaissance de la diversité des cultures et la multiplication des activités culturelles en région.Fernand Harvey, qui aborde successivement» la région culturelle et la culture en région », précise qu'il s'agit de deux phénomènes distincts.Il évoque les modes de vie dans diverses régions, ainsi que les conceptions identitaires qui contribuent à les définir.Michel de la Durantaye explique comment, depuis les années 1970 et en particulier depuis 1992, les activités culturelles en région sont soutenues par des politiques régionales et municipales mises en place avec le soutien financier des gouvernements.Dans un tour d'horizon des festivals de musique et de poésie, des symposiums de sculpture et autres événements culturels qui se multiplient aux quatre coins du Québec, Andrée Fortin décrit le foisonnement des phénomènes artistiques qu'elle regroupe sous le concept d'art public.Au cœur de ces activités, qui font appel à une diversité d'acteurs, elle perçoit un rapprochement entre l'artiste et son public et un élargissement de l'accès à la culture.L'étude des pratiques culturelles à partir des statistiques révèle toutefois la persistance de différences liées à la catégorie sociale età la situation géographique dans le rapporta l'art et à la culture.Les populations des régions compensent le fait qu'elles ont moins accès aux institutions et Montréal, métropole culturelle En comparant les pratiques culturelles des Montréalais à celles des populations régionales, Gilles Pronovost constate que la métropole se démarque par sa vitalité, tant pour la fréquentation équipements culturels en regardant la télévision et en pratiquant davantage les arts à titre de loisirs.371 L\u2019état du Québec L'approche d'intégration privilégiée par l'État québécois s'écarte depuis quelques années de la notion de « communauté culturelle » d'abord mise de l'avant, au profit d'une approche civique définie par la citoyenneté.des équipements culturels et la participation aux événements, que pour les choix de lecture et les préférences musicales du public.Les populations des régions compensentle faitqu'elles ont moins accès aux institutions et équipements culturels en regardant la télévision et en pratiquant davantage les arts à titre de loisirs.Avec le vieillissement du public, observé à l'échelle du Québec - en particulier pour les concerts, la danse et le théâtre -, Gilles Pronovost prédit une transformation prochaine des tendances culturelles dominantes sous la pression des jeunes qui manifestent des goûts plus variés.Pour leur part, Léon Bernier et Guy Bellavance notent plutôt l'éclectisme des goûts des publics contemporains et la difficulté d'établir des oppositions claires : le même individu passe de la musique classique au jazz, s'adonne à la lecture et exerce une activité sportive.Sous l'angle de la consommation, Simon Langlois perçoit la possession d'équipements culturels domestiques comme une source de nouvelles inégalités.Peu importe les domaines et les préférences, la métropole demeure un pôle incontestable de la vie culturelle, sous l'angle de la création comme de la consommation.Montréal est depuis longtemps le centre de l'édition, des galeries d'art, des arts de la scène, de la danse, de la musique classique etpopulaire et des industries culturelles (disque ou médias).Re- groupant, avec ses régions périphériques, plus de la moitié de la population du Québec, la ville abrite une large majorité d'écrivains, de musiciens, d'artistes, d'intellectuels et de travailleurs culturels.Elle rassemble quatre universités et de nombreux centres de recherche, un réseau important de musées, de centres d'interprétation et de maisons de la culture, et un grand nombre de médias.Enfin, Montréal s'est dotée dès les années i960 d'une politique culturelle.Ce rôle de métropole culturelle lui a été reconnu dans la Politique culturelle du Québec de 1992, alors que Québec assume celui de capitale nationale.Sous l'impulsion de l'aide publique à la création et à la diffusion culturelle, mais aussi à la faveur d'une industrialisation du secteur culturel, on assiste à Montréal, selon Léon Bernier et Guy Bellavance, à une prolifération et à une diversification sans cesse grandissante de l'offre culturelle.Cette vitalité tient également aux caractéristiques socioéconomiques et à l'histoire de la ville.La multiethnicité redessine le paysage La composition de la population montréalaise en particulier, la proximité, sinon l'interaction, des deux groupes linguistiques francophones et anglophones et d'ethnies nombreuses, font de la métropole un lieu de métissage culturel propice à l'innovation.Annick Germain retrace l'inscription des groupes ethniques dans l'histoire et le tissu urbain montréalais, et la façon dont ils ont marqué à la fois l'architecture et les modes de vie.Les plus anciens groupes d'immigrants sontvenus s'installer dans des quartiers déter- 372 La culture et les médias minés, comme on l'avait déjà observé pour les francophones et les anglophones, regroupés autour de leurs institutions respectives, se côtoyant sans communiquer.Annick Germain nomme ce phénomène « intégration par segmentation », ou parle de la « mosaïque des petites patries ».L'immigration récente, plus diversifiée que la précédente, fait apparaître dans la plupart des quartiers une présence multiethnique plus ou moins accentuée qui favorise le partage des espaces publics et la reconnaissance de la diversité culturelle.Par contraste, l'approche d'intégration privilégiée par l'État québécois s'écarte depuis quelques années de la notion de « communauté culturelle » d'abord mise de l'avant, au profit d'une approche civique définie par la citoyenneté.S'inspirant d'une analyse des lois québécoises sur la langue, la citoyenneté et l'immigration, et d'observations saisies sur le vif, Gilles Bibeau jette un regard plutôt critique sur l'accueil fait aux immigrants.Sylvie Taschereau souligne que l'histoire de cette immigration fut longtemps négligée dans l'historiographie québécoise, et qu'on commence à peine à en cerner l'ampleur.En s'intéressantà la diversité des groupes et des territoires, en mettant l'accent sur l'histoire des femmes, en analysantles mémoires etleurs mises en scène, l'historiographie des dernières décennies s'éloigne cependant des grands schèmes d'interprétation des époques précédentes et offre, selon Joanne Burgess, un visage plus éclaté.De même, la présence, dans la littérature québécoise, d'écrivains venus d'ailleurs remet en question beaucoup de notions établies.Simon Harel s'in- terroge : les placer dans une catégorie spécifique, comme « communautés culturelles», est-ce les reconnaître, ou n'est-ce pas au contraire les mettre à part?Ces problématiques peuvent également s'appliquer à la place des anglophones dans la société et la culture québécoises.Comme le rappelle Lucie Robert dans un chapitre sur l'institution littéraire, les littératures canadiennes se sont constituées dès le XIXe siècle autour des clivages linguistiques et ethniques francophones et anglophones.L'institution littéraire québécoise a joué un rôle majeur dans l'affirmation culturelle des francophones.Si les écrivains anglophones du Québec se rattachaient jusqu'aux années i960 à la littérature canadienne anglaise, dontle centre est situé à Toronto, depuis quelques décennies on assiste à l'émergence d'une littérature anglo-québécoise, tout comme il existe une littérature néo-québécoise.On peut donc affirmer, selon Lucie Robert, que l'institution littéraire a désormais plusieurs centres.Dès 1830, dans le creuset d\u2019une société divisée, surgissent les premières tentatives de créer une littérature nationale sur la base de la langue, la littérature constituant une utopie qui prendra divers visages au fil du temps.Des mesures gouvernementales vont en soutenir le développement Un Québec francophone et anglophone Comme le montre donc Lucie Robert, c'est dès 1830 que, dans le creuset d'une société divisée, que surgissent les premières tentatives pour créer une littérature nationale sur la base de la langue, la littérature constituant une utopie qui 373 L\u2019état du Québec La langue a favorisé le développement de domaines distincts et une prise de conscience des enjeux de société.prendra divers visages au fil du temps.Des mesures gouvernementales vont en soutenir le développement.Au Québec comme ailleurs en Occident, la volonté d'affirmer une identité nationale inspire aussi l'élaboration des premières lois du patrimoine, un domaine qui s'est étendu peu à peu à de nombreuses composantes de la culture.Dans son article, Paul-Louis Martin montre comment la conservation et la mise en valeur du patrimoine mobilisent aujourd'hui historiens, archéologues, historiens de l'art, architectes et ethnologues.Le rôle des anglophones dans l'histoire de l'art, de la musique, de l'architecture au Québec est un phénomène incontournable, pas toujours reconnu.Siège d'une riche bourgeoisie canadienne, Montréal était à la fin du XIXe siècle une ville à majorité anglophone qui constituait le centre du commerce canadien.Les anglophones ont été les premiers à mettre sur pied des associations d'artistes et des galeries d'art, puis à adhérer aux principes de l'art contemporain.François-Marc Gagnon suggère cependant qu'il y eut plusieurs autres voies d'entrée dans la modernité.Marie-Thérèse Lefebvre évoque ces musiciens et compositeurs du Québec qui, à l'orée du XXe siècle, séjournèrent à Paris et participèrent aux débats sur la modernité dans les années 1930.Gérald Baril et Michelle Comeau situent les débuts du design vers 1930, avec la fondation de l'École du meuble.Tant au niveau des institutions que des réseaux d'artistes et d'intellectuels, deux mondes plus ou moins parallèles se sont constitués, bien que certains individus aient circulé de l'un à l'autre.Marcel Fournier et Véronique Rodriguez observent la dualité linguistique du marché des galeries d'art à Montréal jusqu'à aujourd'hui, et l'affaiblissement de ce marché avec l'émigration hors du Québec d'une partie de la bourgeoisie anglophone.Au cinéma comme à la radio, la langue a favorisé le développement de domaines distincts et une prise de conscience des enjeux de société, sur les plans culturel et politique.Renée Legris, Denis Saint-Jacques et Marie-José des Rivières soulignent que la création de fictions en langue française, à la radio ou dans la presse à large diffusion, a en outre permis l'expression d'une culture populaire négligée par les auteurs d'œuvres littéraires reconnues.Paul Aubin explore quant à lui les fonctions méconnues de transmission culturelle des manuels scolaires tant dans les écoles francophones qu'anglophones.Jack Jedwab esquisse l'histoire démographique du groupe anglophone.Longtemps tourné vers son passé britannique et sa position sociale dominante, ce groupe réunit aussi, on l'oublie souvent, des composantes ethniques diverses et compte dans ses rangs des classes moins nanties.Jack Jedwab propose une analyse des répercussions des lois linguistiques qui ont conduit à la prise de conscience par les anglophones de leur statut de minorité politique.Il saisit ces perceptions en évolution à travers la littérature et d'autres écrits.C'est dans le même contexte social et politique que Lianne Moyes situe l'apparition d'une « littérature anglophone du Québec » à la fin des années 374 La culture et les médias 1970, alors que les écrivains anglophones qui choisissent de rester s'interrogent sur leur position culturelle en lançant des revues, en créant des associations et en publiant des anthologies.Lianne Moyes présente les auteurs et les œuvres nées de ce courant, les lieux d'échanges entre écrivains francophones et anglophones, etles liens de cette littérature avec les questions de langue, de traduction.Redéfinitions identitaires Lianne Moyes présente également un théâtre anglophone associé aux mutations et aspirations de la communauté anglophone.Les thèmes de ce théâtre, qui évoque bailleurs et le métissage, ne sont pas si éloignés du théâtre québécois francophone des années 1980.Ce dernier délaisse les questions d'identité nationale et la création collective de la période précédente pour explorer, traduire et adapter le répertoire des œuvres étrangères, en particulier le répertoire allemand et le théâtre de Shakespeare.Pour Jean-Cléo Godin, la dramaturgie québécoise ne peut plus se définir comme un corpus d'œuvres reflétant la langue et la réalité sociale et politique.C'est le concept même de littérature nationale qui demande à être redéfini.L'arrivée de jeunes dramaturges de diverses origines, l'entrée des troupes dans les circuits de diffusion internationaux, l'émergence de nouvelles instances de diffusion et de consécration, ainsi que les transformations d'un Québec pluriethnique, lui paraissent au cœur de ces changements.Des tendances similaires se manifestent dans le domaine de la chanson, qui a joué un rôle de pilier de l'identité collective au cours des années 1960-1970, pour faire place par la suite à des courants plus diversifiés.Évoquant le lieu d'innovation culturelle etpolitique que furent les boîtes à chanson, Roger Chamberland situe ce phénomène dans les mouvements d'affirmation d'une culture des jeunes etpar rapport à l'implantation de la télévision, véhicule du vedettariat William Straw souligne le dynamisme de l'industrie de la musique populaire au Québec.Au sujet de l'essor de la chanson québécoise et du rock francophone, il note la présence de phénomènes d'appropriation culturelle similaires dans plusieurs pays au même moment Roger de la Garde s'interroge, de son côté, sur la façon dont la télévision produite au Québec a été définie comme « québécoise », sans que l'on ne mette sérieusement en question son contenu etles fonctions plus générales de ce média - entre autres, sa fonction de contrôle social.Culture, économie, mondialisation Les spécialistes s'attardent sous divers angles aux effets de la concentration des médias.Marie-Hélène Lavoie et Florian Sauvageau se penchent sur la qualité des services publics que sont la télévision et la radio d'État ; Jean Charron et Jean de Bonville, sur la liberté de presse et les métiers du journalisme ; Jacques Michon, sur des phénomènes de concentration de la diffusion dans le champ de l'édition ; William Straw, sur l'industrie du disque.D'autres domaines artistiques, comme le théâtre, semblent vivre « à l'ombre des mass media », selon l'expression de Jean-Cléo Godin.À cet égard, la réflexion théorique de Gaëtan 375 L\u2019état du Québec Tremblay et Jean-Guy Lacroix sur « la marchandisation et l'industrialisation de la culture, de l'information et des communications », s'adresse à tous les secteurs culturels.Il importe cependant, comme le propose William Straw, d'examiner attentivement les forces et les faiblesses de nos industries.Il fait cet exercice pour l'industrie du disque au Québec et observe qu'elle aurait trouvé ses ancrages dans le réseau des boîtes de nuit montréalaises.Guy Bellavance et Benoît Laplante suggèrent que, au Québec comme ailleurs en Amérique, la création des industries culturelles semble avoir soutenu, etparfois précédé, la création des institutions, qu'il s'agisse des écoles ou des associations d'artistes et de comédiens.Maurice Lemire rappelle que la radio, tout comme l'enseignement ou le journalisme, a constitué un apport financier dans le déroulement de plusieurs carrières d'écrivains.Jean Boivin reconnaît qu'elle fut un lieu de diffusion majeur pour les compositeurs de musique contemporaine.Elle a également suscité des productions littéraires qui mériteraient d'être mieux étudiées.Enfin, Esther Pelletier s'intéresse aux nouvelles disciplines, comme les études scénaristiques, qui naissent aux frontières de la littérature et du cinéma.Raymond Montpetit explique comment la muséologie, carrefour de disciplines et de nouvelles technologies, contribue à redéfinir une mémoire sociale de type patrimonial.Si l'on semble disposer de masses de données statistiques révélant le poids économique des industries culturelles par secteurs, comme le rappelle Claude Martin, ainsi que d'études de marché utiles à maints égards, citées par François Colbert, l'histoire des institutions, des entreprises et des professions reste en partie à faire, comme l'indiquent Pierre Véronneau pour le cinéma, Jacques Michon et Suzanne Pouliot pour l'édition, Jean-Paul Baillargeon pour les librairies, et Georges Adamczykpour l'architecture.De façon plus générale, il importe également, selon Diane Saint-Pierre, d'analyser le rôle des politiques culturelles canadiennes et québécoises, ainsi que celui des service publics, dans la création de contenus canadiens des productions culturelles diffusées dans les médias, dans le maintien de la diffusion de chansons en français mais aussi dans le soutien d'une discipline, d'un secteur culturel, de la recherche en art et lettres.La recherche sur la culture, essentielle Si la recherche en histoire de l'art ou en littérature accompagne depuis longtemps la reconnaissance des œuvres de créateurs et l'identification de courants esthétiques, le développement des universités, avec la mise en place de départements, de centres de recherche et la création par les gouvernements de diverses sources de financement, a suscité un essor remarquable de la recherche au Québec.Plus que tout autre, la littérature semble un domaine privilégié par l'abondance de travaux diffusés dans des ouvrages et des revues, des travaux qui demeurent souvent proches de la création.Laurent Mailhot présente les œuvres favorisées ou ignorées par la critique, tandis que Robert Dion identifie les grandes approches qui se sont succédé au fil des décennies.C'est dans un 376 La culture et les médias petit nombre de revues que se publie la recherche en architecture ou en musique, d'où l'importance de la recherche universitaire et de centres de recherche spécialisés comme le Centre canadien d'architecture, qui rassemble des fonds d'archives importants.Le besoin de constituer des archives est souligné par plusieurs chercheurs qui s'inquiètent des menaces pesant sur les traces de certaines œuvres.François-Marc Gagnon s'interroge sur les répercussions de la disparition du patrimoine religieux, en particulier des églises auxquelles étaient destinées de nombreuses œuvres artistiques.Renée Legris fait état des opérations de sauvetage concernant les œuvres radiophoniques et télévisuelles longtemps négligées par leurs propres institutions.La nécessité de garder vivante la mémoire d'œuvres et de performances dont la réalisation fait peu appel à des documents écrits, par exemple les mises en scène ou les décors, est évoquée par Gilbert David qui réclame la production d'ouvrages de synthèse sur le théâtre sous tous ses aspects.Références Julie Boudreault évoque une tradition du cirque au Québec, un domaine méconnu de la recherche malgré ses racines historiques lointaines, sa popularité actuelle et ses réalisations internationales.Iro Valaskakis Tembeck insiste sur la nécessité de constituer des archives concernant les chorégraphies et d'inscrire les créations en danse dans la mémoire et l'histoire d'un domaine où l'on met surtout l'accent sur l'innovation.Ce besoin de conjuguer mémoire et innovation est réitéré par Louise Poissant au sujet des arts médiatiques, souvent créés dans l'instant mais offrant par ailleurs de nouveaux supports pour la mémoire dans les sociétés contemporaines.Tout comme les musées recourent aujourd'hui à une « nouvelle muséologie », la nouvelle recherche dans le champ de la culture, issue de plusieurs disciplines, contribue à multiplier les points de vue sur une société en constante redéfinition, pour faire place aux multiples facettes de son histoire, de ses réalités, de son imaginaire.LEMIEUX, Denise (dir.), avec la collaboration de Gilles Bibeau, Michelle Comeau, François-Marc Gagnon, Fernand Harvey, Gilles Marcotte et Marc-André Lessard.Traite de la culture, Québec, Presses de l\u2019université Laval et Éditions de 1TQRC, 2002.377 L\u2019état du Québec Lendemains d'euphorie L\u2019année du cinéma québécois Yves Rousseau Cégep François-Xavier-Gameau Après une année marquée par une affluence exceptionnelle aux guichets et de multiples prix internationaux (Oscars et Césars), la cuvée actuelle de la cinématographie québécoise semble marquer une pause dans l'euphorie.Pas de record en vue cette année.Faut-il s'en étonner?Soulignons d'abord que la pléthore de récompenses, si elle peut momentanément gonfler l'ego des créateurs et le bilan financier des producteurs et distributeurs, n'est nullement une garantie de succès et de qualité à long terme.D'autre part, les chiffres du box office local cachent le fait qu'il reste utopique d'espérer une cinématographie rentable sur le marché intérieur.Depuis les débuts du cinéma québécois, six films ont dépassé les cinq millions de recettes, dontles trois épisodes des Boys, des films résolument inexportables.Aucun de ces films n'a rapporté directement à ses producteurs l'équivalent de ses Irais de production.Pour ce faire, il faudrait multiplier par trois les entrées.Voyons comment fonctionne le système : sur chaque dollar perçu au guichet, une bonne moitié va à l'exploitant, le propriétaire de la salle.L'autre moitié va au distributeur, qui a acquis du producteur les droits d'un film pour un territoire et une durée donnée.Selon des ententes contractuelles, le distributeur peutreverser un pourcentage supplémentaire des recettes au producteur.Il est aussi important de noter que producteurs et distributeurs financent leurs activités avec de l'argent public, principalement celui attribué par Téléfilm Canada et dans une moindre part la Sodée.Les critères de financement de Téléfilm Canada sont donc la clé de voûte de l'édifice cinématographique.Cinéastes en colère Or, Téléfilm verse les subventions (enveloppes) en fonction de critères axés en partie sur la performance au guichet Il y a bien l'enveloppe à la qualité (succès critique et sélection dans des festivals donnent des points) mais ce sont de petites enveloppes conditionnelles, qui ne font pas le poids devant le succès au guichet, ce qu'on appelle l'enveloppe à la performance, beaucoup 378 La culture et les médias plus intéressante pour le producteur à succès, puisqu'elle est versée pour ainsi dire les yeux fermés, sans que le projet fasse l'objet d'un processus de sélection.C'est ainsi que la performance des Boys a engendré Les dangereux.Évidemment, le public n'a cure de ces «technicalités», il n'en soupçonne même pas l'existence.Le traitement médiatique du cinéma, essentiellement basé sur le «top ten», le box office, les Oscars, les stars et le clinquant, ne lui laisse rien voir de ce qui se cache derrière le rideau de fumée du glamour.C'est ainsi qu'un des événements majeurs de l'année cinématographique au Québec fut vite enterré sous des tonnes d'articles et de reportages sur la course aux Oscars : une lettre-manifeste de 25 cinéastes en colère (depuis la publication, 400 personnes du milieu ontajoutéleur signature) contre la politique de Téléfilm, jugée discriminatoire contre le cinéma d'auteur, plus exigeant, exclu de facto du critère performance.De plus, ce texte important s'inscrit dans la lutte pour la diversité culturelle et contre le virage d'inspiration néolibérale de Téléfilm Canada : risques publics et profits privés.Le cinéma étant de tous les arts (les «produits culturels», comme on dit maintenant), celui qui demande le plus d'argent pour sa création, non seulement la quantité d'argent mais la manière dont sont répartis les fonds publics aura une incidence majeure sur le résultat final.Les dernières années ont vu la montée en puissance de quelques distributeurs, qui agissent souvent à titre de coproducteurs.Le distributeur est normalement responsable du marketing.Il n'est pas si évident que des budgets de promotion gonflés de quelques films leur assure de faire résonner le tiroir-caisse.Pas plus que le fait de faire un film fauché n'assure sa qualité artistique d'ailleurs.Chose certaine, il faut faire passablement de « formatage » pour convaincre le tiers de la population d'une province d'aller voir un même film.Tant mieux s'il y a des films qui marchent, mais le système court à sa perte s'il ne favorise pas une pluralité des expressions.Comment un gouvernement peut-il à la fois plaider la diversité culturelle sur les tribunes mondiales et l'étouffer sur son propre territoire?À quoi bon entretenir une cinématographie locale si c'est pour copier les standards hollywoodiens à petite échelle?Le règne du genre C'estpourtantune tendance majeure de la production actuelle, où de plus en plus de films jouent la carte du genre ; pas tantpour en faire exploser les conventions que pour essayer de séduire le public, particulièrement celui des jeu nés.Le calcul est simple : les jeunes sont ceux qui vont le plus au cinéma mais ils consomment essentiellement des produits hollywoodiens, des films de genre.Pourquoi ne pas s'en inspirer?On fera des films d'horreur (Sur le seuil) ou fantastiques (Immortelle), des comédies d'action (Les dangereux) ou sentimentales (Nez rouge), des thrillers ou des films de gangsters (Le dernier tunnel, Monica la mitraille).Ces films sont aussi caractérisés par un esprit de sérieux et un respect scrupuleux des codes, tendance propre aux gens inquiets, comme des élèves trop soucieux de plaire au professeur.À cet égard, la télévision québécoise a été beaucoup 379 L\u2019état du Québec plus inventive et a forgé ses propres conventions.On espère ramener le public au bercail en lui servant du genre « made in Québec » assaisonné avec les vedettes locales qu'on voit souvent à la télévision, particulièrement des humoristes, dont on croirait même que la présence au générique est un critère de sélection à Téléfilm.Mais la collision entre ces codes empruntés et des figures aussi familières (lieux, noms, acteurs) se traduit la plupart du temps par une déception.Les budgets font défaut et surtout, il n'y a pas la formidablementpuissante mythologie des USA.Plusieurs films québécois de genre sortis récemment m'ont fait penser à ces films fiançais adaptés par Hollywood : ni un bon film américain, ni un bon film fiançais.D'ailleurs les jeunes ne sont pas dupes et tant qu'à voir un film moyen, ils préfèrent voir un film moyen hollywoodien.Faudrait-il pour les convaincre leur dire qu'ils devraient, à titre de contribuables, s'intéresser à leur cinéma puisqu'il est financé à même leurs taxes ?Exception notable : le succès de Dans une tjalaxie près de chez vous, comédie de science-fiction tirée d'une série télé homonyme, qui a marché assez fort, autant que Monica la mitraille et Le dernier tunnel réunis.Cette fois on a joué sur les bonnes touches, en l'occurrence le second degré, forme d'humour prisée des adolescents ; et sans faire exploser les codes du genre, on ne les prend pas toujours au sérieux.La fin du Festival des films du monde?Un des paradoxes les plus révélateurs de l'analyse du box office des dernières années réside dans le fait que les gains en parts de marché du cinéma québécois ne se font pas tant aux dépens du cinéma hollywoodien, qui se maintient autour de 75 % des parts de marché, qu'à ceux du cinéma « étranger », européen ou autre, dont la «pointe de tarte » rétrécit régulièrement, et dont le Festival des films du monde (FFM) fait sa spécialité.Le plus gros des festivals de films au Québec et son increvable et indissociable directeur Serge Losique ont toujours nagé dans la controverse, à couteaux tirés avec les médias, une partie du milieu et les subventionneurs gouvernementaux, lesquels n'ont jamais réussi à obtenir les « livres » du FFM, dont on ignore à peu près tout des entrées réelles.Téléfilm Canada et la Sodée semblent s'être concertés cette année pour serrer la vis au FFM en lançant un « appel d'offres » pour l'organisation d'un événement qui serait destiné à «remplacer» ce dernier.D'une part, en admettant qu'un candidat décroche la timbale, il faudrait de nombreuses années avant qu'un tel événement atteigne ses objectifs.Les festivals sont nombreux de par le monde et tout nouveau venu doit faire face à une concurrence féroce, tantpour les dates que pour les films.D'autre part, avant que les stars et le «marché» (qui font cruellement défaut au FFM mais se pointent en masse quelques jours plus tard à Toronto) ne débarquent en ville, il faut une solide réputation et une crédibilité que seul le temps peut donner.Probablement que Montréal mérite mieux que l'actuel FFM, mais ceux qui veulentà toutprix le pousser vers la sortie devront être patients avant de goûter les fruits de leur coup de barre.D'ailleurs, le directeur de la Sodée a tiré 380 La culture et les médias sa révérence avant la fin du processus tarabiscoté qu'il a lui-même contribué à enclencher, les candidats à l'appel d'of fres ne se bousculent pas au portillon et certains journalistes, naguère parmi les plus virulents critiques du FFM de M.Losique, se mettent tout à coup à lui trouver du bon.C'est une chose de faire du grenouillage, c'en est une autre de créer un festival.Les rendez-vous manqués Dans la longue liste des « films qu'on aurait aimé aimer » cette année, il y a d'abord le décevant Camping sauvage de Guy A.Lepage, coréalisateur, vedette et scénariste de cette pochade cynique tout à fait dans l'air du temps.C'est l'histoire d'un «bon citoyen», un gars loyal, honnête et droit, mais ennuyeux comme la pluie.Dénonçantun délit de fuite, son témoignage en fait un homme à abattre.11 se cache dans un camping, microcosme d'une société pourrie, peuplée d'idiots et de crapules.11 survit et triomphe en devenant aussi pourri que les autres.Cette fable sibylline estportée par une non-mise en scène, un jeu monolithique, une structure qui se résume à une suite de sketches bâclés, farcis de caméos d'ex-RBO et de citations de films et d'émissions de télé.La photo est particulièrement hideuse, avec le bleu du début, des scènes décolorées en sépia, bref un patchwork de styles et d'éléments disparates.Visiblement, Lepage ne maîtrise pas le médium cinématographique aussi bien que le mot d'esprit.J'avais pourtant pensé qu'un gars intelligent et drôle pourrait faire un film intelligent et drôle.Mais avec près de 4 millions de dollars de recettes, il est un bon candidat à l'enveloppe à la performance.Ce qui ne sera pas le cas de Gilles Noël et de son Jack Paradise qui raconte 40 ans de jazz et d'histoire à Montréal, à travers le personnage d'un pianiste blanc francophone interprété avec conviction par Roy Dupuis.Malgré une promo très élaborée inspirée des derniers gourous du marketing, le public n'a pas suivi.Cet argent aurait été mieux investi dans le film, qui sent le budget serré et le manque de temps pour fignoler.Le comble étant (pour un film musical) un mixage sonore déficient, du moins sur le DVD, carjack Paradise est un autre de ces films qui sont passés comme des météores sur les écrans, tout comme Le piège d'fssoudun de Micheline Lanctôt ou L'espérance de Stefan Pleszczynski, films à la promotion anémique, qui n'ont jamais eu le temps de profiter ne serait-ce que d'un bouche-à-oreille favorable avant d'être retirés des écrans.Eton ne parle pas de la présence de ces films hors des grands centres, elle esta toutes fins utiles inexistante.Espérons donc que Téléfilm Canada laisse une chance au « petits films » de faire leur chemin à la rencontre de leur public.Tout le monde ne rêve pas que d'Oscars, et à quoi bon aller chercher sa statuette, si c'estpour littéralement figer devant 100 millions de téléspectateurs ?Pour en savoir plus : Le texte de la lettre des « cinéastes en colère » est accessible sur : www.ledevoir.com /20030/i2/i6/4297Ç).html Revue 24 Images, numéro 116-117, Été 2004.Dossier « Le grand malentendu » www.revue24images.com Pour les statistiques : www.alexfilms.com 381 L\u2019état du Québec Dériver, dériver de.Le roman québécois en 2003-2004 Sophie Marcotte Université Concordia Si la production romanesque de l'année dernière s'était constituée sous le signe du vide et du désenchantement, celle de l'année qui se termine (2003-2004) semble se révéler essentiellement sous le signe de la dérive, dans toutes les acceptions qui déterminent le terme.Dériver.V.tr.Détourner de leurs cours pour leur donner une nouvelle direction.Comment se libérer une fois pour toutes de l'emprise de sa mère?C'est notamment à cette question que Céline Poulin, la narratrice du Cahier noir de Michel Tremblay, trouvera partiellement réponse.La serveuse de 20 ans, qui travaille au Select, un restaurant situé rue Sainte-Catherine à l'intersection de la rue Saint-Denis, sert des hamburgers platters tan-tôtaux travestis de la Main, le soir, tantôt aux étudiants et professeurs de l'Institut des arts appliqués, le jour.Élevée par un père indifférent et par une mère alcoolique qui a toujours éprouvé de la honte à l'égard de cette fille «pas belle, [qui possède] un physique pour le moins particulier, [.] irrémédiablement célibataire», la jeune naine imagine un scénario qui lui permettra de détourner le cours de son destin.Alors que sa mère - qui a d'ailleurs menacé de la couvrir de honte devant l'auditoire - se rend à la première des Troqennœ d'Euripide, dans laquelle la serveuse a obtenu un rôle de figurante qu'elle a finalement abandonné, Céline quitte le domicile familial du Plateau Mont-Royal, valises au bras, pour aménager avec des travestis dans un appartement du Vieux-Montréal.Elle accepte même un emploi d'hôtesse au Boudoir, laissant ainsi derrière elle son boulot au Select, « le premier endroit au monde où j'ai été appréciée», en se demandant commentil en sera au club, cet endroit « si différent, où me mène mon destin ».Chez d'autres personnages, le renversement de valeurs auxquelles ils tenaient pourtant mordicus fera en sorte de changer le cours de leur destinée.C'est le cas de Jeanne, la protagoniste principale du dernier roman de Denise Bombardier, Et quoi encore !.La quinquagénaire, divorcée, mère de jumeaux de « vingt ans dans deux mois », propriétaire d'une agence de publicité, ne veut rien savoir d'une vie en famille reconstituée, comme celle dont bénéficie son ex-mari.Elle fréquente un ophtalmologiste, Rachid, qui souhaiterait emménager avec elle, mais les jumeaux, Albert et Maud, deviennent « l'excuse toute trouvée pour ne pas vivre avec 382 La culture et les médias [lui] ».Or Jeanne apprivoisera petit à petit l'idée du mariage, influencée sans doute par son ex-belle-mère qui, âgée de 84 ans, nage en plein bonheur lorsqu'elle lui apprend qu'elle est « tentée de [se] remettre en ménage avec [son] Apollon septuagénaire ».La quinquagénaire acceptera finalement de « couper le cordon » et d'épouser Rachid, s'octroyant du coup le droit d'être, elle aussi, pleinement heureuse.Dériver.V.tr.ind.Avoir son origine dans.Provenir.Découler de.Le passé et les origines deviennent une forme d'obsession dans quelques romans publiés au cours des derniers mois, dont Le joueur de quilles d'Alain Beaulieu et L'Inconnu parle encore de Claire Martin - publié quarante-six ans après Avec ou sans amour (1958).Dans le dernier roman de Beaulieu-qui est également l'auteur de Fou-Bar (1997), de Le Dernier lit (1998) et Le Fils perdu (1999) -, ce n'est pas le passé du narrateur, Sammy Martel, qui occupe le premier plan, mais plutôt celui de Rémi Belleau, un homme qui brasse des affaires pour le moins douteuses dans la région de Québec et qui offre cinquante mille dollars à Sammy pour la rédaction de sa biographie.À la fois intrigue policière et réflexion sur la société et les problèmes qui peuvent en découler - la misère, la violence, le crime, par exemple -, Lejoueur de quilles livre un message qui va bien au-delà de la simple dénonciation : c'est véritablement un appel à l'action - sociale et politique- qui est lancé en filigrane du récit.Dans L'Inconnu parle encore, le passé revient hanter la narratrice, une femme qui a été larguée par son mari plusieurs années auparavant et qui gagne sa vie comme directrice d'une bibliothèque publique.Il semble que le récit examine deux destins qui se déploient ici en parallèle et qui empruntent l'un à l'autre : celui de Sophie, dont le mari revient envahir la maison plusieurs années après sa disparition sans lui fournir d'explications, et celui des livres, qui animent le quotidien de la narratrice, surtout celui des «bouquins très abîmés [.] [qui] sont les plus intéressants » et dont la plupart souhaitent pourtant se départir.Le scénario emprunte à certains égards à l'intrigue policière ; on assiste aux escapades nocturnes du mari, à l'envoi de lettres de menace anonymes, puis à l'incendie de la bibliothèque.Dans les décombres, on retrouve le mari de Sophie.«Cette sombre affaire était [désormais] classée», estime-t-elle, oubliant du coup que ce qui est survenu dans un passé récent n'est jamais tout à fait «classé», à moins que tous les dessous de l'affaire n'aient été élucidés.Dériver.V.intr.S'écarter de sa direction.L'excursion de Marc-André Nadeau à l'île d'Orléans, où il souhaite retrouver l'âme et le souffle de ses ancêtres afin de les faire revivre dans un roman qu'il n'arrive pas à écrire, ne le mène pas tout à fait là où il l'aurait crû.En effet, le personnage principal de Table rase de Louis Lefebvre, après avoir exploré la ferme qu'ont habitée ses ancêtres jusqu'à la fin du XVIIIe siècle, revient vers Québec.C'estalors que son destin s'écarte de sa direction : il rencontre celui d'une jeune femme «pas spécialement jolie», qui fait de l'auto-stop sur une route de campagne.Avec elle, il entreprend une forme de voyage intérieur qui se révélera déterminant, puisqu'il mar- 383 L\u2019état du Québec quera un point tournant dans sa vie, un nouveau départ.L'écrivain à la dérive connaîtra enfin « une indifférence si délicieuse» à la solitude qu'elle lui permettra même de se réconcilier avec l'idée de ne jamais écrire la saga familiale qui l'obsédait pourtant quelques heures plus tôt.Dériver.V.intr.S'abandonner, être sans volonté', sans énergie.La solitude constitue sans doute la cause principale de la dérive qui caractérise l'existence quotidienne de la Folle dans le premier roman de Danielle Phaneuf, La Folle de Warshau).Acheteuse et amoureuse compulsive, la Folle -c'est ainsi qu'elle est nommée tout au long du récit - échoue plus souvent qu'autrement chez Warshaw, sorte de bazar qui a animé le boulevard Saint-Laurent pendant sept décennies, surtout lorsque ses relations amoureuses battent de l'aile.Le magasinage représente une forme d'oasis, qui entraîne néanmoins cette victime des hommes et des aubaines dans une solitude toujours plus profonde.Comme tous ses rêves disparaissent au fur et à mesure qu'ils s'ébauchent, la Folle, incapable de trouver une signification à son existence de « surconsommation », s'abandonne en quelque sorte à la solitude qui semble inexorablement liée à son destin, «s'enfonce [plus souvent qu'autrement] dans une phase de procrastination aigüe », jusqu'à recourir, à la toute fin du récit, à la ligne d'écoute Métro-Réconfort.Claire, le personnage principal de Vous devez être heureuse de Katherine Caron, s'abandonne aussi, en quelque sorte, à son destin.Ce destin, c'est le quotidien dans lequel la jeune femme se trouve enfermée, symbolisé par la jolie maison sise au bord de la rivière qu'elle habite avec un mari souvent absent et son enfant Alors qu'elle rêvait de devenir comédienne, elle passe plutôt ses journées à faire la lessive, à préparer les repas età s'occuper de son fils Nicolas.Elle ne fait rien d'autre, finalement, que de regarder le temps qui passe, attendant indéfiniment que quelque chose se produise - et prenant bien soin de ne pas terminer ses tâches ménagères à la hâte.Car Claire doit se « garder quelque chose à faire pour le reste de la semaine ».Le récit, d'une lenteur qui mime le rythme de vie de la narratrice, se révèle porteur d'un désenchantement profond, mais surtout d'une impuissance à reprendre les rênes de sa destinée.Une autre forme d'abandon, de laisser-aller, se trouve inscrite au cœur du roman de Monique Le Maner, La Dérive de l'éponge.Or cette fois, il n'est pas tout à fait question d'un désenchantement du quotidien le plus prosaïque qui conduirait à une certaine forme d'abandon de l'être et de toutes ses illusions, comme chez l'héroïne de Katherine Caron.Cela va encore plus loin : Georges, aussi connu sous les surnoms de Jojo, de Jo et de l'Éponge, se sent littéralement avalé par la vie -avalement dont ses fréquents « plongeon [s] avant dans la porte-gueule du métro » et ses interminables pérégrinations dans le circuit souterrain deviennent d'une certaine manière la métaphore.La Dérive de l'éponge, c'est le récit d'une dérive commandée par la solitude, par « le vide, de tous les côtés », où le héros finitpar s'inventer toutes sortes de compagnons qui deviennent complices de son délire.Cela crée une sorte 384 La culture et les médias de confusion dans la narration, qui part un peu dans tous les sens - à la dérive, donc, -, si bien qu'il est possible d'établir un rapport mimétique entre les intrigues parallèles qui mettent en scène Georges et les personnages de son univers et les multiples ramifications narratives créées par l'auteure, qui engendrent parfois une (heureuse) confusion.Dériver.V.tr.Défaire ce qui est rivé.L'imaginaire lié à la thématique de la rupture et de la désillusion amoureuse a encore occupé une place de premier plan dans le roman québécois au cours des derniers mois.On pense ici au Petit pas pour l'homme de Stéphane Dompierre et à Quelque chose à l'intérieur de Maryse Latendresse.Appartiendraient également à cet ensemble Le sourire des animaux de Gregory Lemay et L'amour est un cargo sans pilote de Philippe J.Poirier.Le narrateur du premier roman de Stéphane Dompierre, Un petit pas pour l'homme, jeune disquaire au début de la trentaine qui habite le Plateau Mont-Royal, décide de rompre avec Sophie, sa copine de longue date, et de traverser les cinq périlleuses phases du célibat: le « taureau relâché », le « bébé phoque impuissant », la « larve gluante sortant du cocon en clignant des yeux», le « chien renifleur » et le « lemming qui se balance en bas de la falaise ».Cette longue dérive se tranformera finalement en une forme de quête spirituelle - bien que largement animée par les pulsions sexuelles du jeune homme -dont l'aboutissement prendra évidemment une forme féminine.Malgré les nombreux clichés que contient le récit, personne ne peut rester insensible au destin du narrateur, qui échoue enfin au bon endroit- c'est-à-dire auprès de sa collègue de travail, Ève -, réalisant du même coup qu'il ne peut la laisser filer car « il est trop rare que j'aille dans la bonne direction ».Une autre histoire d'amour tient le premier rôle dans Quelque chose à l'intérieur de Maryse Latendresse.Mais l'élément central du récit, cette fois, n'est pas la rupture, qui ne surviendra qu'à la toute fin, lorsqu'Alex se décidera à rompre avec Hubert, son compagnon de plusieurs années.C'est le premier regard que la jeune femme pose sur Paul, le nouvel amoureux de sa sœur Lisa, qui devient le moteur de l'intrigue amoureuse.En effet, ces « quelques secondes [.] ont changé [la vie] de son cours à leur manière », car elles ontfaitnaître en elle une force dont elle ne soupçonnait pas les pouvoirs : le désir.Vaste réflexion sur l'amour, le roman de Latendresse explore de façon plus pointue les questions du désir et de la séduction - « Je sens mes jambes et mes pieds s'engourdir, mon pouls ralentir.Autour, plus rien n'existe.» -, de la routine qui s'installe parfois chez les vieux couples - « avec mes doigts serrés dans les siens, mon regard empli de lui, [.], non, je ne l'aime plus de cette façon.» -, de la jalousie - «Je vois dans les yeux qu'elle lui lance et son malaise à lui.J'entends le mot qu'elle dit, Bastard! et j'aperçois la mâchoire de Paul qui se contracte.» (p.109) -, ainsi que des liens familiaux.Autres produits dérivés La dernière année a aussi donné naissance à deux recueils de nouvelles qui semblent se démarquer de tous les autres : La Héronmère de Lise Tremblay 385 L\u2019état du Québec Le roman actuel paraît plutôt marquer un point de rupture; il inaugure peut-être même un nouveau courant que nous ne sommes pas encore en mesure d'identifier et de définir.etHummns aigres-doux de Suzanne Myre.La toile de fond des cinq récits de La Heronmère, qui a remporté le Grand Prix de la Ville de Montréal en 2003, est un petit village éloigné, coupé du monde extérieur, où la principale source de revenus demeure la chasse et le tourisme que génèrent les pourvoiries.Les protagonistes vivent dans le mensonge, comme cette femme qui prétend travailler à son livre « alors que je n'avais pas encore ouvert mon dossier de recherche » et qui commence plutôt à s'intéresser à la vie que mènent ses voisins qui préparent la saison de la chasse.Les habitants du village, petite communauté refermée sur elle-même avec tous ses vices et ses travers, établissent des liens tendus avec les citadins qui envahissentles campagnes sur une base saisonnière à la recherche d'un peu de tranquillité.Myre, dans Humains aigres-doux, égratigne plusieurs stéréotypes de la société contemporaine.Usant d'une ironie décapante, elle compare les sushis,«tropmignons, mignons d'une manière louche et douteuse » aux êtres humains : « ça cache quelque chose, comme chez les gens ».Du cabanon que construit le mari, aux fonctions sexuelles dysfonctionnelles de Chrystelle, à la BMW endommagée dont la « longue estafilade [.] rendrait son propriétaire dingue », en passant par la coloration capillaire qui masque les cheveux gris alors que la couleur des cheveux se révèle pourtant « un truc aussi peu crucial » et la « crise de la quarantaine, déjà, à trente-huit ans », la nouvelliste peint finalement le portrait des idées reçues et des courants dominants d'une société qui frôle le ridicule - à en croire le propos d'Hu-mains aigres-doux.Force est de constater, cependant, que le roman québécois lui-même -bien que ses thématiques et sa forme y tendent - ne soit pas à la dérive, contrairement à ce que laisse entendre Victor-Lévy Beaulieu dans un article de La Presse du 29 février 2004.Beaulieu s'y inquiète des romans de la jeune littérature qui « posent plus de questions qu'ils n'apportent de réponses », qui donnent « l'impression d'un retour aux années 50 quand le romancier d'ici rêvait d'écrire un jour convenablement en fiançais » et qui laisseraient entrevoir que nous sommes « des débris d'humanité déraisonnables parce que devenus totalement déraisonnés».Le roman actuel paraît plutôt marquer un point de rupture; il inaugure peut-être même un nouveau courant que nous ne sommes pas encore en mesure d'identifier et de définir.Peut-être aussi est-ce dans la façon dont ils décrivent la société - il faut donner raison à Beaulieu là-dessus, ils la présentent le plus souvent en situation de crise, voire d'effrondrement -, la manière dont ils construisent des personnages désœuvrés et souvent cyniques, que les romanciers d'aujourd'hui s'approprient l'imaginaire romanesque québécois et revendiquent ainsi leur droit à la différence - et à la rupture?- par rapport à la génération d'écrivains qui les ontprécédés.386 La culture et les médias Références BEAULIEU, Alain.Le Joueur de quilles, Montréal, Québec-Amérique, 2004.BOMBARDIER, Denise.Et quoi encore!, Montréal, Albin-Michel, 2004.CARON, Katherine.Fous deuez être heureuse, Montréal, Boréal, 2004.DOMPIERRE, Stéphane.Un petit pas pour l'homme, Montréal, Québec-Amérique, 2004.LATENDRESSE, Maryse.Quelque chose à l'intérieur, Montréal, HMH, 2004.LEFEBVRE, Louis.Table rase, Montréal, Boréal, 2004.LE MANER, Monique.La Derive de l'éponge, Montréal, Triptyque, 2004.LEMAY, Grégory.Le Sourire des animaux, Montréal, Triptyque, 2003.MARTIN, Claire.L'Inconnu parle encore, Montréal, L'Instant même, 2004.MYRE, Suzanne.Humains aigres-doux, Montréal, Marchand de Feuilles, 2004.PHANEUF, Danielle.La Folle de Warshatv, Montréal, Marchand de Feuilles, 2004.POIRIER, Philippe J.L'Amour est un cargo sans pilote, Montréal, Stanké, 2003.TREMBLAY, Lise.LaHéronnière, Montréal, Leméac, 2003.TREMBLAY, Michel.Le Cahier noir, Montréal, Leméac/Actes Sud, 2003.De la télé peureuse, de la gauche, de la guerre et du reste Les essais québécois en 2003-2004 Louis Cornellier Chroniqueur, Le Devoir Malgré certaines apparences qui nous inviteraient à le faire, dire du Québec des idées qu'il est en léthargie serait exagéré.On lui souhaiterait, souvent, plus d'intervenants intrépides prêts à croiser le fer à visière levée et, surtout, une plus large diffusion, mais, en attendant, on peut au moins se réjouir de l'abondance de ses fruits annuels.Pendant la dernière année, par exemple, les essais de qualité n'ontpas manqué et certains d'entre eux méritent 387 L\u2019état du Québec assurément d'être mentionnés dans ce bilan des moments forts de la vie intellectuelle québécoise.C'est le cas, entre autres, du pamphlet de Jacques Keable intitulé La tjrande peur de la télévision: le livre.Comment expliquer, y demande le journaliste, le misérable traitement que la télévision québécoise, particulièrement dans le cas des canaux publics, réserve au livre, alors que la lecture, d'après certaines enquêtes, demeure une des activités de loisir préférées des Québécois ?Censure ou bêtise ?Les deux, répond Jacques Keable, dont la charge, pourtant pertinente et bien argumentée, n'a pas suscité le débat espéré.Télé-Québec annonce, pour cette année, une émission consacrée aux livres, animée par deux téléromanciers, spécialistes des animaux (!), qui insistentpour dire que tous les genres y seront abordés, même les livres de cuisine, mais qui oublient, dans leur liste, le genre essayistique.Des idées à la télé ?Trop dangereux, faut-il croire.Ça risquerait de faire de la chicane.Les sujets, pourtant, ne man-queraientpas.Imaginons, par exemple, une émission consacrée aux livres du comptable Léo-Paul Lauzon et du chroniqueur économique Michel Kelly-Gagnon.Le premier, dans Contes et comptes du prof Lauzon II, démasque l'hypocrisie néolibérale à la québécoise, chiffres à l'appui, et défend avec une rare vigueur, pleine d'humour, les principes de la social-démocratie.Président de l'Institut économique de Montréal, le second, dans ses Chroniques economiques, propose une introduction partisane aux principes du néolibéralisme et s'extasie devant leur efficacité.Sur le plateau, ça chaufferait certaine- ment et une telle confrontation télévisée permettrait aux citoyens de se familiariser avec ce débat essentiel dont ils ne connaissent, la plupart du temps, qu'un des versants, suivant leurs convictions préalables.Il est vrai que la cuisine c'est plus reposant, même à la radio publique, semble-t-il.Aussi, le débat se poursuit, mais trop souvent, pourrait-on dire, sur des tribunes à diffusion restreinte.Un collectif sous la direction de Michel Venne mettait en question, à l'automne 2003, l'avenir du modèle québécois.Que fàut-il en conserver, en changer, se demandaient les collaborateurs de Justice, démocratie et prospérité'.À l'heure où un gouvernement libéral affirme vouloir moderniser l'État en lui faisant subir une cure minceur, cette réflexion sur la social-démocratie à la québécoise et sur l'héritage de la Révolution tranquille tombaitplus qu'à point Faut-il suivre Jean-François Lisée, partisan de la consolidation d'un modèle qui nous a été, selon lui, collectivement profitable ou plutôt un certain discours « jeune », à saveur générationnelle mais qui trouve beaucoup d'appuis à droite en général, qui prône une révision en profondeur de ce modèle soi-disant épuisé ?Que penser, par exemple, de ces jeunes libéraux qui réclamentl'abolition de la formule Rand ?Se situant, pour la plupart, au centre-gauche du spectre idéologique, les collaborateurs de ce collectif souhaitaient surtout lancer le débat dans un esprit réformiste.en espérant que l'équipe Charest laisse derrière elle autre chose que de la terre brûlée.Une question, toutefois, reste en suspens : à qui faire confiance pour mener à bien ce projet d'une société à la fois 388 La culture et les médias efficace et juste ?Un constat s'impose : il n'y a pas vraiment, au Québec, sauf rares exceptions, d'intellectuels adéquistes ou libéraux (au sens du parti de même nom).Cela en dit long, évidemment, sur le désert d'idées qu'incarnent ces deux formations.À peu près tous ceux qui pensent publiquement, au Québec, dans la sphère intellectuelle, rejettent les projets de «modernisation» d'inspiration néolibérale de ces sbires des afïàiristes qui ne trouvent d'appuis que dans les pages éditoriales de l'empire Gesca et du journal Les Affaires (qui publie maintenantla prose « blairiste » de Joseph Facal).Dans Le temps des tjirouettes, par exemple, son journal de la campagne électorale de 2003, André Pratte, éditorialiste en chef de La Presse, affirmait trouver Mario Dumont sympathique, mais simpliste et immature, encourageait le PQ à virer à droite etfinissaitpar renouveler, sans enthousiasme, son adhésion à Jean CharesL Le PQ sur la sellette Le vrai débat, donc, pour les intellectuels et les progressistes, se mène ailleurs, c'est-à-dire dans l'entourage du PQ et de ceux qui, déçus par cette formation qu'ils accusent d'avoir viré à droite, cherchent à se regrouper ailleurs pour faire avancer leurs idées.Comme c'est toujours le cas au Québec, ce débat soulève des enjeux sociaux et nationaux qu'il s'agit d'articuler dans un projet global mobilisateur qui ne néglige ni les uns ni les autres.Une question simple pourrait le résumer : l'avenir progressiste du Québec passe-t-il encore par le PQ?Pour le sociologue Jacques B.Gélinas, la cause est entendue : c'est non.Dans son essai intitulé Le virage à droite des elites politiques québécoises, il affirme que le PQ, depuis son appui au libre-échange dans les années 1980, n'a plus de crédibilité progressiste.Maître d'œuvre de la politique du déficit zéro et d'une foule d'autres mesures antisociales, le PQdes Parizeau, Bouchard et Landry ne constituerait plus, désormais, une option valable.Cette thèse, partagée par plusieurs militants de gauche québécois, s'estfi-nalement incarnée dans la constitution en parti politique du groupe Option citoyenne dirigée par Françoise David, une initiative qui a donné lieu au débat le plus vigoureux de l'année.Dans Bien commun recherché - Une option citoyenne, Françoise David réitère le constat de Gélinas, c'est-à-dire qu'elle suggère de tourner définitivement le dos au PQ, et propose un programme politique de gauche assez traditionnel, mâtiné d'une bonne dose d'idéalisme.À la surprise quasi générale, toutefois, elle va même jusqu'à remettre en question l'option souverainiste qui, affirme-t-elle, ne doit pas être une religion, et elle soulève l'hypothèse d'une « redéfinition radicale de la confédération canadienne».Bien reçues en certains milieux progressistes, surtout ceux de la gauche dite communautaire, les propositions de Françoise David n'ontpas fait l'unanimité.Pierre Dubuc, directeur de L'Autjoumal, n'a pas manqué de dénoncer le pas de côté des partisans d'Option citoyenne au sujet de la question nationale.Dans L'autre histoire de l'indépendance, il racontait justement le rendez-vous manqué du PQ avec la gauche dans les années 1970, échec qu'il expliquait par l'incapacité des uns et des autres à reconnaître que, au Québec, les luttes nationale et sociale sont indissolublement liées.Aussi, pour lui, les ater- Françoise David 389 L\u2019état du Québec moiements de Françoise David ne font que reproduire les conditions d'un échec de ces luttes, plus nécessaires que jamais.L'histoire du féminisme québécois de cette époque, tel que le raconte Andrée Yanacopoulo dans Le regroupement desjèmmes québécoises (1976-1981), déchiré sur la question nationale et, donc, officiellement neutre au moment du référendum de 1980, ne pourrait-elle servir de leçon ?Initiateur du projet Syndicalistes et progressistes pour un Québec libre (SPQ Libre), aile de gauche autonome à l'intérieur du PQ, Dubuc se veut donc porteur d'une solution progressiste qui refuse de concurrencer le PQ, ce qui n'entraînerait qu'une division des forces amies, et de relativiser la nécessité de la souveraineté.L'éthicien et romancier Henri Lamoureux, dans les pages du Devoir et en réplique à des par-tisans d'Option citoyenne, a choisi d'aller dans le même sens.La « saison des idées », ce remue-méninges lancé par Bernand Landry en 2003, avait démarré plus que lentement Elle a fini, en débordantles rangs du PQ, par débloquer et la suite s'annonce vigoureuse, voire, pour certains, douloureuse.Andrée Ferretti (Les grands textes indépendantistes 1 et 2), Bruno Roy (Naître, c'est se séparer) et Robert Laplante (Chronique de l'enfermement), tous trois farouches indépendantistes mais très critiques à l'égard de la mollesse du PQ, ne suivront certes pas Françoise David, mais peut-on croire qu'ils adhéreront au projet de Pierre Dubuc ?L'establishment et les militants du PQ, d'ailleurs, se montreront-ils vraiment ouverts à cette initiative ?La publication du troisième tome de l'imposante biographie de Jacques Parizeau par Pierre Duchesne, Le Régent, est venue rappeler, encore une fois, les tensions qui exis-tentau sein du PQ entre les tenants de la souveraineté obligatoire et ceux de la souveraineté souhaitable.Les indépendantistes et les progressistes québécois - ce sont souvent les mêmes - finiront-ils par faire cause véritablement commune ?Les libéraux de Jean Charest doivent ardemment souhaiter que les divisions perdurent L'historien Jocelyn Létour-neau, qui publiait cette année Le Québec, les Québécois.Un parcours historique, nepré-tend-il pas que l'ambivalence a été et reste la force politique du peuple québécois ?Cela explique-t-il que le Québec, qui a élu Jean Charest en 2003, ait voté en bloc pour le Bloc québécois à l'été 2004, rejetant ainsi la mauvaise campagne de charme d'un Paul Martin que le philosophe Alain Deneault, dans un essai intitulé Paul Martin et compagnies, présentait comme l'incarnation la plus perverse de la mondialisation marchande ?C'est à suivre.Le Québec et le monde Le débat sur la guerre en Irak, on s'en doute, a eu des échos au Québec.Dans un témoignage accablant pour les forces anglo-américaines, le militant pacifiste Robert Turcotte, qui était à Bagdad pendant l'assaut, a dénoncé Les mensonges de la guerre en Irak, entre autres en ce qui a trait aux victimes civiles.Dans un registre plus philosophique, le journaliste Laurent Laplante, dans Les enfants de Winston, critiquait brillamment et avec force l'hégémonie étasunienne et ses ravages, dont le moindre n'estpas le sommeil de l'esprit critique chez ses propres victimes.Correspondant du journal La Presse à New York, Richard Hétu signait une Lettre ouverte aux anti- 390 La culture et les médias américains dans laquelle il défendait la grandeur de l'Amérique, trahie, selon lui, par Bush et consorts.Attention, écrivait-il : les États-Unis forment un grande nation démocratique dont on doit dénoncer les dérapages sans pour autant faire l'impasse sur ce qu'il y a de meilleur et de nécessaire en elle.La journaliste Colette Beauchamp, dans Du Québec à Kaboul, retenait surtout les dérapages qu'elle attribuait à la culture de guerre de ce pays, culture patriarcale malheureusement partagée, à son avis, par trop d'hommes à travers le monde.Très senties, ses « Lettres à une femme afghane », malgré leurs outrances à saveur féministe, ne pouvaient qu'ébranler les consciences honnêtes.Enfin, avec La dénué sanglante du Riuanda, Dominique Payette proposait un essai d'explication sociologique de la tragédie de 1994, qui continue de susciter de vifs échanges au Québec depuis la parution du très controversé Ça ne s'est pas passé comme ça à Kigali de Robin PhilpoL Références et escarmouches Sans nécessairement provoquer de débat, telle n'était d'ailleurs pas leur intention, deux ouvrages ont aussi marqué l'année des essais.Il s'agit, d'abord, de la monumentale anthologie La pensée jéministe au Québec, 1900-19S5, réalisée par Micheline Dumont et Louise Toupin.Document à la fois historique et militant, ce livre fascinant était une nécessité.Tout comme, d'ailleurs, quoique plus modestement, la belle Histoire de l'humour au Québec de 1945 à nos jours de Robert Aird qui permettait de réfléchir à un phénomène très populaire, mais trop peu analysé.Au rayon des escarmouches, ensuite, il faut d'abord mentionner celle qui a été suscitée par Le crépuscule d'une idole, un pamphlet antinietzschéen du philo-sophe Laurent-Michel Vacher.Retenons aussi l'excellent Fréquences limites, une déconstruction de « la radio de confrontation au Québec » menée par des spécialistes du langage de l'Université Laval dans la foulée de l'affaire Fillion-Arthur, animateurs controversés de la station CHOI de Québec, de même que la parution du tome trois de l'explosif Livre noir du Canada anglais de Normand Lester.Enfin, une curiosité : le lancement d'Égards, la « revue de la résistance conservatrice », qui tire à boulets rouges sur l'héritage de la Révolution tranquille, se réclame de l'appellation « canadienne-française», défend un catholicisme archiconservateur et plaide fortement en faveur d'un « œcuménisme de droite ».Il y a longtemps, en effet, qu'une telle droite intellectuelle organisée et résolue n'avait montré le bout de son nez en nos contrées.Survivra-t-elle à sa propre démesure idéologique qu'incarne à merveille son collaborateur-vedette Maurice G.Dantec ?Tout, heureusement, nous invite à en douter.Références AIRD, Robert.L'Histoire de l'humour au Quebec de 1945 à nosjours, VLB, Montréal, 2004.BEAUCHAMP, Colette.Du Quebec à Kaboul, Êcosociété, Montréal, 2003.391 L\u2019état du Québec DAVID, Françoise.Bien commun recherché-Une option citoyenne, Écosociété, Montréal, 2004.DENEAULT, Alain.Paul Martin et compagnies, VLB, Montréal, 2004.DUBUC, Pierre.Lfautre histoire de l'indépendance, Trois-Pistoles, Paroisse Notre-Dame-des-Neiges, 2003.DUCHESNE, Pierre.Jacques Parizeau - Le Réqent, tome III, 1985-199 5, Québec Amérique, 2004.DUMONT, Micheline etToupin, Louise.La penséeJéministe au Québec, anthologie 1900-1985, Remue-ménage, Montréal, 2003.Egards, revue de la résistance conservatrice.FERRETTI, Andrée.Les grands textes indépendantistes 1 et 2, Typo, Montréal, 2004.GÉLINAS, Jacques B.Le viraye à droite des élites québécoises, Écosociété, Montréal, 2003.HÉTU, Richard.Lettre ouverte aux antiaméricains, VLB, Montréal, 2003.KEABLE, Jacques.La yrande peur de la télévision : le livre, Lanctôt, Montréal, 2004.KELLY-GAGNON, Michel.Chroniques économiques, Varia, Montréal, 2004.LAPLANTE, Laurent.Les enfants de Winston, Anne Sigier, Montréal, 2003.LAPLANTE, Robert.Chronique de l'enfermement, L'Action nationale, Montréal, 2004.LAUZON, Léo-Paul.Contes et comptes du pro/Lauzon II, Lanctôt, Montréal, 2004.LESTER, Normand.Le livre noir du Canada anglais 3, Les Intouchables, Montréal, 2003.LETOURNEAU, Jocelyn.Le Québec, les Québécois -Un parcours historique, Fides, Montréal, 2004.PAYETTE, Dominique.La dérive sanglante du Rtvanda, Écosociété, Montréal, 2004.PHILPOT, Robin.Ça ne s'est pas passé comme ça à Kiyali, Les Intouchables, Montréal, 2003.PRATTE, André.Le temps des pirouettes, VLB, Montréal, 2003.ROY, Bruno.Naître, c'est se séparer, XYZ, Montréal, 2004.TURCOTTE, Robert.Les mensonyes de la yuerre en Irak, Les Intouchables, Montréal, 2003.VACHER, Laurent-Michel.Le crépuscule d'une idole -Nietzsche et la penséejdsciste, Liber, Montréal, 2004.VENNE, Michel (dir.).Justice, démocratie et prospérité -L'avenir du modèle québécois, Québec-Amérique, Montréal, 2003.VINCENT, Diane etTURBIDE, Olivier.Fréquences limites-La radio de confrontation au Québec, Nota bene, Québec, 2004.YANACOPOULO, Andrée.Le regroupement des/emmes québécoises (1976-1981), Point de fiiite-Remue-ménage, Montréal, 2003.392 La culture et les médias LES MÉDIAS Les quotidiens gratuits Une menace pour la presse indépendante ?François Guyot Auteur, Montréal-Paris, le défi des quotidiens gratuits (2004) «Flibustiers», «McDonald\u2019s de la presse», «journaux jetables».Ces invectives ont fusé en mars 2001, lorsque le groupe suédois Métro, associé à Transcontinental, a lancé à Montréal la dix-neuvième édition de son journal gratuit, faisant de la métropole québécoise la première ville francophone dotée d\u2019un quotidien gratuit d\u2019information générale.Québécor a engagé aussitôt une riposte en justice et, comme s\u2019il n\u2019avait pas tiré les leçons de sa désastreuse expérience à Toronto, lançait, quelques jours après, Montréal Métropolitain, transformé depuis la rentrée 2003 en 24 heures, journal gratuit essentiellement destiné à nuire à son concurrent Après plus de trois années d\u2019existence, il est possible de se rendre compte combien cette lutte est inégale.Alors que Métro, avec ses quelque 110 000 exemplaires diffusés du lundi au vendredi, engrange les publicités et compterait près de 450 000 lecteurs, son concurrent 24 heures reste, malgré une seconde version nettement améliorée, confiné dans une diffusion confidentielle.Un concept fort Apparu au milieu des années 1990, Métro participe aux nombreuses initiatives qui ont fleuri autour d\u2019Internet, optant toutefois pour un supportpapier.Uniquement financés par la publicité, ces journaux apportent une attention toute particulière au produit (quadrichromie, impression soignée, nombreuses photographies, maquette rigoureuse) et réalisent d\u2019importantes économies tant au niveau de la distribution que de la rédaction grâce à l\u2019utilisation quasi exclusive de dépêches d\u2019agences.La gratuité Il est bien évident que la gratuité est la clé essentielle de la réussite de ces journaux.On ne saurait expliquer autrement leur survie dans un secteur où depuis plus de cinquante ans on observe plus d\u2019échecs et de Après plus de trois années d'existence, il est possible de se rendre compte combien cette lutte est inégale.393 L\u2019état du Québec fermetures que d\u2019apparitions durables de nouveaux titres.Pour le lancement réussi du Journal de Montreal (1964) et du Journal de Quebec (1967), le Québec a vu disparaître Le Nouveau Journal (1961), Métro-Express (1964-1966), Montréal Matin (1978), Montreal-Star (1979), Le Jour (1974-76), Montreal Dal îy Neivs (1988-89), Le Matin (1987) et Le Fleuve (1996).La distribution Il serait insuffisant de s\u2019arrêter au seul aspect de la gratuité.La distribution est un facteur important de la réussite, non seulement par sa place dans la réduction des coûts mais aussi par son incidence sur la nature du produit.L\u2019adossement aux réseaux de transport en commun permet aux quotidiens gratuits de s\u2019appuyer sur un circuit de distribution court et alternatif.Il évite le recours à un système de camelots, la mise en place d\u2019un réseau de points de ventes sur l\u2019ensemble du territoire et épargne la lourde gestion du retour des invendus.Moins d\u2019une dizaine de camionnettes suffisent, chaque matin, à approvisionner les 67 stations du métro montréalais.Mais plus encore, ce mode de distribution a une forte influence sur la nature du journal.Il fait des quotidiens gratuits des médias d\u2019accompagnement La prise du journal le matin ne nécessite aucun changement de parcours, aucun geste vers la poche ou le porte-monnaie, aucune recherche dans les rayons ou sur des présentoirs.Le journal s\u2019impose de lui-même au bord du trajet et devient un produit-réflexe.On s\u2019en saisit comme on prend son café.Ça rend agréable un moment-clé de la vie urbaine : le temps passé dans les transports publics.Se procurer le journal ne demande aucun changement dans le quotidien des lecteurs, il se greffe sur leur parcours et les accompagne durant leur trajet vers le travail, l\u2019école ou l\u2019université.On pourrait pousser la réflexion plus loin.La politique du « tout-automobile» semble avoir vécu.Les nuisances et les coûts associés à l\u2019automobile amènent les autorités politiques et sanitaires à réfléchir sur leur place dans les grandes agglomérations.Le siècle qui commence a de grandes chances de devenir celui des transports en commun.Au niveau comportemental, les deux modes de transport comptent un certain nombre de similitudes (individualisme, absence de convivialité).Les quotidiens gratuits ont donc un large champ d\u2019expansion devant eux et pourraient, à terme, prendre la place occupée actuellement par la radio lors des trajets domicile-travail.La rédaction Les critiques se concentrent souvent sur la rédaction.Ils ont condamné la transformation des journalistes en simples rédacteurs de dépêches, en « hommes-troncs que l\u2019on ne distingue plus très bien des dépêches diffusées sur l\u2019écran de leur ordinateur» (Ludovic Hirtman).Métro Montréal, qui disposaità l\u2019origine d\u2019une équipe de trois journalistes permanents et faisait appel à des journalistes pigistes pour la rédaction de ses dossiers, s\u2019en est séparé lorsqu\u2019il a eu accès aux services de l\u2019agence Presse canadienne et lorsqu\u2019il a été question de démarches en vue d\u2019une accréditation syndicale.394 La culture et les médias Le recours massif aux dépêches d\u2019agence est effectivement l\u2019aspect le plus étonnant de Métro.Il faut toutefois se rappeler que les gratuits ne sont pas les seuls à consommer les dépêches d\u2019agence (les journaux traditionnels y ont recours dans des proportions parfois étonnantes) et que la part de la rédaction est assez marginale dans le coût d\u2019un journal - elle ne représente que le troisième poste de dépenses d\u2019un journal quotidien, soit entre 20 et 25 % des dépenses.Il fautajouter enfin que les quotidiens gratuits ne sont pas voués à l\u2019utilisation exclusive des dépêches.Par exemple, 20 Minutes s\u2019appuie sur une équipe importante de journalistes (une quarantaine à Paris), qui produisent quotidiennement plus de la moitié des contenus.Une vraie réussite À ses débuts, Métro a amusé les patrons de presse qui connaissent la difficulté de leur métier et la fragilité des nouveaux journaux.Ils devraient y regarder à deux fois : le bilan de Métro n\u2019est pour l\u2019heure pas si négatif et correspond, en gros, au plan d\u2019affaires annoncé.La prudence s\u2019impose mais, si les prévisions de Metro international s\u2019avèrent justes, le succès de la formule ne sera pas loin.De nombreux observateurs n\u2019ont pas compris la nature complexe des quotidiens gratuits : il s\u2019agit de journaux qui ne sontpas toutà fàitdes journaux, de quotidiens de type nouveau qui, s\u2019ils se rattachentpar leur supporta la presse écrite, ont, outre la gratuité, de nombreuses affinités avec la radio (dans sa fonction d\u2019accompagnement) etavec Internet (pour la présentation etles contenus).Brefj ce sont des êtres mutants, qui connaissent pour l\u2019heure une réussite remarquable.trente-quatre des 37 éditions de Métro lancées depuis 1995 dans le monde entier sont encore actuellement en activité.Au premier semestre 2004, Metro international annonçait que 27 éditions étaient bénéficiaires.Si l\u2019édition de Toronto est bénéficiaire depuis l\u2019été 2002, Métro Montréal annonce qu\u2019il est tout proche de l\u2019équilibre mais pas encore bénéficiaire.Pourtant, la publicité (hormis les petites annonces), qui occupait le quart de la pagination lors du lancement, occupe depuis septembre 2002 plus de la moitié de la surface du journal.Depuis le printemps 2003, Métro attire les gros annonceurs comme les banques, les opérateurs de téléphones et surtout les si convoités constructeurs d\u2019automobiles qui, avec près de 200 millions de dollars en publicité, sont les premiers annonceurs au Québec.Il est cependant difficile de bien évaluer ces résultats car Métro Montréal est une exception.Il s\u2019agit de la seule édition dont l\u2019actionnaire principal (Transcontinental) est aussi l\u2019imprimeur du journal.Dans ce contexte, Métro peut très bien perdre de l\u2019argent tout en restant profitable pour son actionnaire principal d\u2019autantque l\u2019impression (qualité, quadrichromie, brochage) représente - et de loin - le principal poste de dépenses.Menace pour les autres quotidiens ?Force est de constater, après plus de trois années d\u2019activité, que peu de changements sont à noter dans le paysage des quotidiens montréalais.Les quotidiens Le recours massif aux dépêches d'agence est effectivement l'aspect le plus étonnant de Métro.395 L\u2019état du Québec en place ne semblent pas en souffrir.Non pas, comme l\u2019affirme le quotidien fiançais Les Échos, parce qu\u2019« à Montréal, les quotidiens ont dans l\u2019ensemble gagné des parts de marché par la création d\u2019un nouveau segment de lecteurs et non par une lutte pour le même lectorat» (14 février 2003) (cela relève plutôt de la vision angélique que les Français ont du Québec), mais parce que la situation n\u2019est pas encore décantée.La situation a peu changé car l\u2019irruption des journaux gratuits a eu comme premier effet de provoquer des réactions de défense de la part des journaux en place.Défense agressive de Québécor qui a lancé un quotidien concurrent, défense plus classique de La Presse qui a multiplié les campagnes d\u2019abonnement tout en sor-tantune nouvelle formule à l\u2019automne 2003, réaction musclée de The Gazette qui a lancé sa nouvelle formule dans un déluge de publicité, réaction plus feutrée pour Le Devoir qui a cependant élargi le champ de ses annonceurs et multiplié les cahiers spéciaux.Mais le marché n\u2019est pas extensible.La pérennité des journaux gratuits aura un effet croissant de captation de publicité, au détriment, en grande partie, des journaux en place.Relativement marginale et indolore lors des premières années, cette captation ne peut que devenir de plus en plus sensible surtout dans un contexte économique difficile.Elle se fera d\u2019autant plus sentir qu\u2019elle peut se doubler d\u2019un effet pervers de baisse du coût des insertions publicitaires.Les gouvernements ont opté pour le laisser-faire en refusant de réglementer le domaine de la presse.Le marché se chargera donc de le réguler.Et comme le marché a horreur des faibles, les victimes seront les titres les plus fragiles.Avant toute considération sociale, politique et culturelle, les journaux sont des entreprises : n\u2019y réussissent que les forts.Il est difficile d\u2019imaginer que Le Journal de Montréal ou La Presse, navires amiraux de leurs empires respectifs, pourraient être durablement mis en péril par la concurrence.Leurs propriétaires seraient alors prêts à utiliser de nombreux artifices pour les remettre à flot (selon certaines sources, La Presse diffuse quoti-diennementprès de 25 000 copies gratuitement ou à bas prix).Ce n\u2019est pas le cas pour Le Devoir, dont l\u2019indépendance est bien proche de l\u2019isolement Partant de ce raisonnement - même s\u2019il est brutal et mécanique - Le Devoir, qui n\u2019est adossé à aucun groupe de presse (qui pourrait combler les déficits d\u2019exploitation par les bénéfices des autres publications) ni à un groupe industriel ou financier, est le plus fragile, donc le plus menacé par une baisse de ses recettes.Sa situation est comparable à celle de Libération qui, en France, se trouve en première ligne des sinistrés.Comme lui, le quotidien montréalais n\u2019a pas assez de fonds propres ni de profondeur économique pour engager une riposte adaptée ou pour subir une série de pertes.Le quotidien a d\u2019ailleurs fait grise mine en 2001 lorsque ses ventes en semaine ont chuté de quelques centaines d\u2019exemplaires alors que le numéro de fin de semaine connaissait une légère augmentation.Un glissement de la publicité Le scénario le plus probable est celui d\u2019un glissement de la publicité : les quotidiens 396 La culture et les médias gratuits vont bien évidemment mordre dans le marché publicitaire des « journaux populaires », représentés au Québec par Le Journal de Montréal.On peut imaginer que ce dernier ne se laissera pas faire et ira chercher des annonceurs dans d\u2019autres domaines, principalement ceux de son concurrent direct La Presse.Il est difficile de croire que le quotidien de la rue Saint-Jacques se laissera faire et il est raisonnable de penser qu\u2019il ira compenser les pertes essuyées en allant empiéter sur les domaines de prédilection du Devoir.La machine est lancée.Le groupe Québécor a commencé sa riposte avec son supplément économique « Votre argent» qui fait d\u2019une pierre deux coups car il pénètre dans des créneaux jusqu\u2019alors occupés par les deux actionnaires locaux de Méro, Transcontinental (à qui appartient l\u2019hebdomadaire économique Les Affaires) et Gesca (propriétaire de La Presse).L\u2019importance de ce dossier est telle que Pierre Francœur, éditeur du Journal de Montréal, y a consacré l\u2019essentiel de son commentaire lors de la publication des chiffres de diffusion « Le samedi, notre quotidien augmente de 2 369 copies alors que l\u2019autre quotidien [La Presse] perd 2 719 exemplaires.Il est donc évident que le nouveau journal Votre Argent, encarté le samedi dans le Journal, a ravi les lecteurs et conquis plusieurs Québécois avides d\u2019informations financières » (Le Journal de Montréal, 10 mai 2003).Que se passera-t-il lorsque La Presse, pour compenser son manque à gagner dans le secteur des affaires, se montrera plus agressif dans le domaine des annonces légales ou dans le secteur culturel - et en particulier les livres - jusqu\u2019à présent domaines d\u2019excellence du Devoir ?Cosi fan tutte La question est même plus complexe.Il est de bon ton d\u2019opposer les journaux gratuits aux journaux « traditionnels », l\u2019information « jetable » à l\u2019information « payante », mais est-ce le bon paradigme ?Québécor (propriétaire du Journal de Montréal et du Journal de Québec) esta l\u2019origine de Montréal métropolitain ; Gesca (l\u2019éditeur de La Presse et de sixautres quotidiens québécois dont Le Soleil à Québec, La Tribune à Sherbrooke, Le Droit à Gatineau.) est actionnaire de Métro ; le groupe Torstar, éditeur du Toronto Star, le plus gros quotidien canadien, est l\u2019associé principal de Metro Today.On pourrait multiplier les exemples.Partout, les quotidiens gratuits opèrent avec l\u2019aide (la complicité?) d\u2019éditeurs traditionnels.Comme le rappelle avec une pointe de jalousie le quotidien français Libération, « c\u2019est la grande partie de \u201cchacun cherche son gratuit\u201d à laquelle jouent de plus en plus d\u2019éditeurs de presse payante » (11 décembre 2002).L\u2019irruption des journaux gratuits pourrait modifier le paysage de la presse quotidienne de manière étonnante.Elle pourrait, au Québec, marquer une nouvelle étape dans un marché où les imprimeurs Québécor et Transcontinental possèdent déjà plus de la moitié des hebdomadaires dont près de 95 % du tirage est distribué gratuitement Durant les six premiers mois de l\u2019existence de Métro, la progression de la publicité a été très rapide, passant de 27 % de la surface du journal en mars 2001 397 Surface du journal occupée (en %) L\u2019état du Québec à 42 % en début septembre.Ce bel élan (68% en 3 mois) a été brutalement stoppé par les événements du 11 septembre : une semaine après, le volume de publicité était retombé en dessous du niveau initial.Métro a mis beaucoup de temps à retrouver ce niveau qui n\u2019a été atteint qu\u2019entre mars et mai 2002.Depuis le dernier trimestre 2002, la publicité occupe aux alentours de 50 % de la surface du journal (51 % en septembre 2002, 52%en décembre 2002,47% en mars 2003 et 46 % en mai 2003).Ces gains ont été réalisés grâce à une constante adaptation du journal.L\u2019équipe publicitaire s\u2019est rabattue sur des plus petits formats et a surtout ajusté la pagination du journal au volume de publicité vendu (voir graphique).Métro compte, selon les jours, de 16 à 36 pages.Ceci posait parfois des problèmes car, lorsque le journal compte plus de 32 pages, l\u2019imprimerie ne pouvaitpas, jusqu\u2019au début 2004, livrer un journal broché.La progression de la publicité est encore plus frappante à nombre constant de pages : une étude s\u2019échelonnant sur cinq semaines de parution à l\u2019hiver 2003 a produit des résultats remarquables.Pendant cette période, Métro a compté au moins une page quotidienne de petites annonces.À deux reprises (12 novembre et 12 décembre), les éditions de Montréal et Toronto se sont entendues pour faire un «wrap » (selon l\u2019image utilisée par Infopresse, il s\u2019agit simplement d\u2019une publicité de quatre pages achetée par le même annonceur qui occupe les faces de la première double page), pour deux annonceurs importants : le constructeur automobile General Motors (édition du 12 novembre) et le fabriquant d\u2019ordinateurs Dell (édition du 12 décembre).Le journal estpassé maître dans la technique d\u2019adaptation de sa pagination au volume de publicité vendue : le nombre de pages varie de 20 à 36 pour s\u2019établir en moyenne à un peu plus de 28 pages par numéro.Ce chiffre, supérieur à celui de son format de base de 24 pages, est le signe que la publicité rentre : 49,6 % de l\u2019espace du journal est vendu - ce qui représente près de 59 % de la surface d\u2019un journal de 24 pages.graphique Métro, bientôt en équilibre 60 mars\tmai\tsept\tsept\tdéc\tmars\tmai\tsept\tdéc\tmars\tmai 01\t01\t01\t01\t02\t02\t02\t02\t02\t03\t03 Publicité \u2014 Nombre de pages 398 L'année des médias : CHOI-FM à l'avant-scène La culture et les médias Nicolas Saucier Centre d'études sur les me'dlas, Unluerslte' Laual Rarement aura-t-on vu une question touchant les médias occuper une place aussi importante dans l\u2019actualité que la décision du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) de ne pas renouveler la licence de la station de radio CHOI-FM de Québec.Le débat a enflammé pen-dantplusieurs semaines non seulement la région de Québec, mais une bonne partie du pays.Certains y ontvu l\u2019occasion de remettre en cause le rôle etl\u2019ex-istence même de l\u2019organisme de réglementation.En rendant sa décision, le CRTC a dit ne pas avoir perçu chez le propriétaire Cenex une volonté réelle de mettre fin à la pratique de certains animateurs de tenir des propos offensants ou discriminatoires.La licence du radiodiffuseur qui se terminait le 31 août 2004 comportait pourtant des conditions explicites à cet égard.Par ailleurs, dans l\u2019univers québécois des médias, les entreprises ont déclaré d\u2019excellents résultats financiers, un reflet de la bonne santé de l\u2019économie.Celles qui, comme Québécor, avaient de lourdes dettes ont réussi à les réduire.Seul le secteur de la radio AM continue d\u2019encaisser des déficits année après année.Les plus impor- tantes de ces stations AM, dontCKAC à Montréal et CHRC à Québec, sont en attente d\u2019un nouveau propriétaire depuis le début de l\u2019année 2002.Deux transactions ont déjà échoué.Si le CRTC avalise la troisième, soitle transfert des stations au groupe Coms, la programmation de ces pionnières de la radio en sera profondément transformée.Les émissions régionales y serontplus rares.Télévision L\u2019année télévisuelle 2003-2004 a été marquée par le succès continu, sur les chaînes privées, des émissions de téléréalité, un phénomène similaire à ce qui se passe ailleurs au Canada ainsi que chez nos voisins américains.Dans ce domaine, TVA a connu du succès alors que TQS a attiré de bons auditoires, sans toutefois recueillir les revenus espérés.Du côté de la télévision publique, la Société Radio-Canada a connu une année difficile, faisant face à une crise de son secteur de l\u2019information ainsi qu\u2019à des compressions budgétaires qui l\u2019ont forcée à revoir sa programmation.Télé-Québec, qui a bien rempli son mandat de télévision culturelle et éducative, a aussi dû composer avec une réduction de 8% de son budget par le 399 L\u2019état du Québec gouvernement du Québec.Par ailleurs, tous les réseaux généralistes sont touchés par l\u2019augmentation de l\u2019écoute des chaînes de télévision spécialisée etpayante qui sontdevenues, en général, très rentables pour leurs propriétaires.Cependant, cela n\u2019empêche pas les stations privées généralistes d\u2019af ficher d\u2019excellents bilans financiers.Les revenus ont augmenté de 12,5 % en 2003, ce qui a fait doubler le bénéfice.Le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) explique ces résultats par la reprise du marché publicitaire qui était en baisse ces dernières années.TVA Les émissions de téléréalité ont encore permis au réseau TVA d\u2019enregistrer de fortes cotes d\u2019écoute durant toute la saison 2003-2004.Pendant les semaines où elles ont été présentées, elles se sont classées parmi les émissions les plus populaires.À l\u2019automne 2003, les auditions pour la deuxième série de Star Académie ainsi que l\u2019émission de variétés Demandes spéciales, mettant en vedette les participants de Star Académie, ont dépassé le million de téléspectateurs.La série de téléréalité Occupation double, où les candidats des deux sexes étaient éliminés jusqu\u2019à la formation du couple « idéal », a été très écoutée (le dernier épisode attirant plus de 2 millions d\u2019auditeurs).Les mêmes séries sont à nouveau présentées à l\u2019automne 2004.Au printemps 2004, Star Académie 2 a enregistré de bonnes cotes d\u2019écoute sans toutefois susciter la même passion que la première édition.Encouragé par ces réussites de la téléréalité, TVA a ajouté à sa programmation d\u2019automne 2004 trois émissions supplémentaires.Ce sont des traductions ou des adaptations de séries ayant connu du succès aux États-Unis.Par ailleurs, l\u2019intervention de Québécor dans le renvoi par TVA de l\u2019humoriste Louis Morissette, qui devait animer l\u2019émission de téléréalité Pour le meilleur et pour le pire!, a suscité la controverse dans le milieu artistique qui a crié à la censure et dénoncé la trop grande influence de Québécor.Accusée d\u2019avoir voulu punir l\u2019artiste parce qu\u2019il avait parodié son PDG Pierre-Karl Péladeau dans la revue de l\u2019année diffusée par Radio-Canada, Québécor a rétorqué que l\u2019entreprise souhaite développer ses propres vedettes alors que l\u2019humoriste est identifié au concurrent TQS.Cette déclaration n\u2019a pas calmé les inquiétudes, puisqu\u2019elle est venue confirmer les craintes au sujet de la concentration des médias en sous-entendant que ceux qui ont travaillé pour des concurrents sont exclus du télédiffiiseur le plus populaire au Québec.TQS TQS a cherché à gagner du terrain sur son rival TVA en investissant 12 millions de dollars supplémentaires dans sa programmation 2003-2004.Etelley a réussi, du moins en ce qui concerne les cotes d\u2019écoute.À l\u2019automne 2003, l\u2019émission quotidienne Lojt Story s\u2019est classée première en réussissant à attirer un grand nombre de jeunes adultes, un auditoire très recherché.La dernière émission a même permis à TQS de battre son record d\u2019écoute en obtenant un peu plus de 2 millions de téléspectateurs.Durant sa diffusion, l\u2019émission a permis à TQS d\u2019augmenter sa part du marché télévisuel aux heures de grande 400 La culture et les médias écoute.Lojt Story a aussi connu un grand retentissement dans les médias et dans la population.Le voyeurisme inhérent à la formule a suscité la controverse.Cependant, la série de téléréalité n\u2019a pas engendré les revenus attendus.La hausse de près de 9 % des ventes publicitaires n\u2019a pas été suffisante pour couvrir les coûts de production élevés (plus de 6 millions) de l\u2019émission.C\u2019est pourquoi la direction de TQS a décidé de ne pas produire une deuxième saison de Lojt Story.Rappelons que le réseau de télévision a été déficitaire de 1986 à 2000, mais que Cogeco, propriétaire depuis l\u2019automne 2001, a réussi à le rendre rentable en haussant ses cotes d\u2019écoute.Afin de maintenir cette rentabilité, TQS a réduit ses dépenses de quelque trois millions de dollars pendant la première moitié de 2004, notamment afin de couvrir les pertes engendrées par Lojt Story.TQS a aussi connu du succès avec CqjSne, sa nouvelle émission du matin qui concurrence l\u2019émission Salut, bonjour! de TVA, qui régnait en maître depuis longtemps dans cette plage horaire.Avec un auditoire moyen de 125 000 auditeurs, Caféine a contribué au gain de parts de marché réalisé par TQS.SRC L\u2019année a été mouvementée pour la télévision de Radio-Canada aux prises avec des réductions budgétaires, des tensions avec ses employés, ainsi qu\u2019un remaniement important de ses bulletins d\u2019information qui n\u2019a pas connu le succès escompté.La SRC a d\u2019abord dû comprimer ses dépenses, tant pour réaliser les économies exigées par le gouverne- ment fédéral assumer les coûts importants de la couverture en 2003 de la guerre en Irak et des élections provinciales, que pour reprendre sa contribution au fonds de pension de ses employés qu\u2019elle avait délaissée en 2000.Ces contraintes budgétaires se sont traduites par la suppression d\u2019une vingtaine de postes à la télévision française, dont 15 postes dans le secteur de l\u2019information.Radio-Canada a aussi mis fin aux embauches et aux remplacements.En ce qui concerne la programmation, la société d\u2019État a démontré qu\u2019elle peut encore surprendre lorsqu\u2019elle fait preuve d\u2019audace et de créativité.Ce fut le cas avec Les Bouyon, une fiction irrévérencieuse et parfois iconoclaste où tous les groupes de la société ont été écorchés au passage.La série mettait en vedette une famille vivant d\u2019arnaques rendues possible par les disfonctionnements et les contradictions de la société.L\u2019émission a suscité de nombreuses réactions, dont l\u2019accusation d\u2019être cynique, mais elle a conquis le public.Lors de sa diffusion au printemps 2004, Les Bouyon est rapidement devenue l\u2019émission de télévision la plus écoutée au Québec.Devant ce succès, Radio-Canada a commandé 24 nouveaux épisodes pour 2005.Radio-Canada n\u2019a pas emboîté le pas aux réseaux privés pour ce qui est de la téléréalité proprement dite.Elle a plutôt opté pour le domaine de la docu-fiction ou du docu-feuilleton, un type de documentaire « romancé » qui raconte la vie de quelques personnes et La société d'État a démontré qu 'elle pent encore surprendre lorsqu 'elle fait preuve d'audace et de créativité.401 L\u2019état du Québec Plusieurs représentants du monde culturel se sont portés à la défense de dresse un portrait du milieu où elles évoluent Ainsi, la SRC a présenté les émissions Boulevard Saint-Laurent, Mon été' au camping etMarche'Jean-Talon.L\u2019année 2003-2004 aura été marquée par le retrait de la télévision publique du secteur des sports avec la disparition des bulletins de nouvelles sportives de fin de soirée ainsi que celle de La Soirée du hockey, un monument à l\u2019antenne depuis 1952.Les nouvelles sportives importantes sont maintenant présentées au cours des bulletins réguliers ainsi que sur la chaîne d\u2019information continue RDI.Le directeur des programmes de la SRC, Mario Clément, a évoqué des raisons économiques et stratégiques afin de justifier la fin de la diffusion de La Soirée du hockey.Le samedi soir sera maintenant consacré à des émissions de divertissement.Selon la SRC, le sport professionnel relève de plus en plus des chaînes spécialisées et non de la télévision généraliste.Les bulletins d\u2019informa-,\ttion de Radio-Canada Tele-Quebec, estimant À l\u2019automne 2003,1a télévision de Radio-Canada a tenté de relancer ses bulletins de nouvelles dont les cotes d\u2019écoute déclinaient depuis quelques années.Les bulletins de nouvelles de Radio-Canada sont largement devancés par ceux de TVA et sont talonnés par ceux de TQS.La SRC a choisi d\u2019adopter une formule plus conviviale pour présenter l\u2019information, confiant la barre du qu 'elle offre à la population une voie d'expression collective unique par l'entremise de ses émissions éducatives, d'affaires publiques, de forums et de ses émissions pour enfants.Télejournal à l\u2019animateur Gilles Gougeon et entourant Simon Durivage, l\u2019animateur du bulletin Aujourd\u2019hui, d\u2019une équipe de chroniqueurs.Cette nouvelle mouture des émissions d\u2019information a rapidement été contestée, tantpar les critiques que par le public, comme l\u2019ont montré les cotes d\u2019écoute médiocres.Le président de Radio-Canada, Robert Rabinovitch, a alors admis que la société d\u2019État avait commis une erreur avec la nouvelle formule de ses bulletins de nouvelles qui cherchait à augmenter les cotes d\u2019écoute.Il a estimé que contrairement à ses concurrents qui font de l\u2019information divertissante et qui laissent une large place à l\u2019opinion des animateurs, Radio-Canada doit plutôt informer et éclairer en produisant un bulletin de nouvelles de référence, même s\u2019il n\u2019est pas le plus écouté.Au début de 2004, le nouveau directeur général de l\u2019information à la télévision a ramené Bernard Derome à la tête du Télejournal, dans une formule plus traditionnelle, afin de rétablir la confiance du public envers la SRC.Télé-Québec La télévision publique québécoise a également été touchée par des compressions budgétaires en 2004, en plus devoir son mandat mis en cause.Alors que Télé-Québec cherchait à renouveler sa programmation pour 2004-2005, le gouvernement provincial a réduit de 5 millions de dollars (soit 8%) son budget de fonctionnement Le ministre des Finances, Yves Séguin, a même évoqué sa privatisation éventuelle.La ministre de la Culture et des Communications, Line Beauchamp, a ensuite rapidement corrigé le tir, affirmant qu\u2019il n\u2019était pas question de privatiser la 402 La culture et les médias chaîne éducative et culturelle ni de toucher à ses services.Elle a cependant soutenu que Télé-Québec n\u2019aurait pas le choix de modifier ses façons de faire.Le gouvernement a d\u2019ailleurs mis sur pied un comité formé principalement de gens du milieu de la télédiffusion.Il devra réfléchir au rôle du télédiffiiseur public, à sa capacité à établir des partenariats avec le secteur privé et à trouver de nouvelles sources de financement Le comité doit remettre son rapport au début de 2005.En réaction aux compressions, la présidente de la chaîne publique, Paule Beaugrand-Champagne, a soutenu que la programmation de Télé-Québec allait en souffrir et qu\u2019il lui serait très difficile de respecter son mandat.La télé publique québécoise a dû par le passé diminuer ses dépenses de manière importante : le personnel a été réduit de 400 employés depuis 1995 et 80 % de la programmation est maintenant produite par le secteur privé.À la suite des nouvelles compressions, Télé-Québec a dû mettre à pied des employés occasionnels et abandonner certaines émissions.Plusieurs représentants du monde culturel se sontportés à la défense de Télé-Québec, estimant qu\u2019elle offre à la population une voie d\u2019expression collective unique par l\u2019entremise de ses émissions éducatives, d\u2019affaires publiques, de forums et de ses émissions pour enfants.Les chaînes spécialisées et payantes Les chaînes de télévision spécialisée et payante sont maintenant bien établies dans le marché télévisuel.Elles sont dans l\u2019ensemble rentables etrecueillent plus de 20 % de l\u2019écoute.En 2003, selon le CRTC, l\u2019ensemble des chaînes spécialisées canadiennes a recueilli des revenus de 1,5 milliard de dollars et réalisé un bénéfice net de 108 millions de dollars.De leur côté, les services de télévision payante et à la carte ont recueilli des revenus de 347 millions de dollars.Les revenus de la télévision spécialisée et payante se rapprochent ainsi des revenus de la télévision généraliste qui ont été de 2,1 milliards de dollars en 2003.Plusieurs chaînes optionnelles (qui ne sont pas offertes sur le service de base des distributeurs) sont encore déficitaires, mais elles ont réduit leurs pertes et se sont rapprochées du seuil de la rentabilité.Au Québec, les chaînes spécialisées s\u2019avèrent généralement rentables.Trois chaînes ont même dégagé un bénéfice net supérieur à 10 millions de dollars : RDS, Canal Vie et Canal D.Suivent, en ordre de rentabilité, LCN, Vrak, Séries+, Musique Plus / Musimax, et RDI.Enfin, Arty a atteint la rentabilité au terme de sa deuxième année d\u2019existence.Trois chaînes sont encore déficitaires : Historia, Canal Z et Canal Évasion.Les premières chaînes spécialisées numériques québécoises seront lancées à la fin de 2004.Les propriétaires de RDS entendent lancer le Réseau Info Sport (RJS), une chaîne d\u2019information sur le sport qui retransmettra aussi des événements sportifs que ne diffusera pas RDS.Musique Plus lancera la chaîne Perfecto, destinée aux « épicuriens ».Télévision numérique À la fin de 2003, le CRTC a rendu publique sa politique concernant le développement de la télévision numérique.L\u2019organisme de réglementation cherche à favoriser la mise en place du numérique, sans toutefois obliger les 403 L\u2019état du Québec consommateurs à acheter tout de suite de nouveaux récepteurs coûteux.C\u2019est pourquoi le CRTC exigera des radiodif-fiiseurs qui passeront au mode numérique qu\u2019ils maintiennent leur signal analogique jusqu\u2019à ce que 85 % des téléspectateurs disposent d\u2019appareils numériques.Ainsi, la mise en place du numérique, qui coûtera des centaines de millions de dollars à l\u2019industrie, se fera progressivement sur une période qui pourraitdurer de cinq à six ans, pendant laquelle cohabiteront les deux signaux.En 2003, près du tiers des foyers canadiens possédant un téléviseur était équipé d\u2019un appareil capable de recevoir des émissions numériques par câble ou par satellite (3,8 millions sur un total de 12 millions).Production télévisuelle La baisse de la demande pour les productions télévisuelles canadiennes s\u2019est poursuivie en 2003.La production a en effet diminué pour une troisième année d\u2019affilée.La faible rentabilité attachée à la production d\u2019émissions de télévision a mené les trois principales entreprises œuvrant dans ce secteur à diminuer leurs activités ou à fermer les portes de leurs filiales.Le CRTC a d\u2019ailleurs entrepris une réflexion sur les moyens d\u2019encourager la production de séries dramatiques canadiennes.Depuis quelques années, les télédiffiiseurs ont tendance à opter pour des émissions américaines populaires, ou pour la téléréalité, au détriment des séries dramatiques canadiennes qui sont plus coûteuses et qui attirent moins de téléspectateurs.En 2003, les télédiffuseurs privés anglophones ne présentaient plus que trois séries dramatiques canadiennes (12 séries étaient présentées en 1999).Le nombre de fictions francophones est également en baisse puisque 17 séries dramatiques seulement ont été diffusées par les trois grands réseaux de télévision québécois en 2003, une baisse marquée par comparaison avec les 26 séries de 2002.Pour remédier à la situation, le CRTC envisage de mettre de l\u2019avant dès l\u2019automne 2004 un nouveau système incitatif qui récompenserait les réseaux qui diffusent des émissions dramatiques canadiennes originales aux heures de grande écoute.Ces réseaux pourraient consacrer davantage de minutes à la publicité pendant ces émissions, ce qui assurerait un meilleur financement aux productions canadiennes.Le CRTC réévalue également les obligations réglementaires auxquelles devraient être soumis les réseaux de télévision en matière de fictions canadiennes.Par ailleurs, dans son budget pour l\u2019année 2004, le gouvernement fédéral a décidé de rétablir à 100 millions de dollars par an sa contribution au Ponds canadien de télévision (PCT) pour les deux prochaines années.En 2003, la baisse de la contribution fédérale au PCT à 75 millions de dollars par an (elle était de 100 millions depuis 1996) avait entraîné une crise majeure dans le milieu de la production télévisuelle canadienne.Ainsi, plusieurs télédiffuseurs avaient décidé d\u2019abandonner des émissions qui n\u2019avaient pu obtenir de financement.Sur la scène provinciale, le gouvernement du Québec, qui avait réduit la déduction fiscale allouée aux producteurs et en avait exclu plusieurs types d\u2019émissions dans son budget 2003, a ramené ces crédits d\u2019impôts à leur niveau antérieur dans son 404 La culture et les médias budget 2004, et a rendu certaines de ces émissions, dontles émissions de variétés et les magazines télévisés, de nouveau admissibles.Distribution Ces dernières années, le secteur de la câblodistribution, qui bénéficiait auparavant de monopoles territoriaux, a dû affronter la concurrence des compagnies de télévision par satellite.Après avoir perdu des milliers d\u2019abonnés, les câblodistributeurs se sont ressaisis et ont diversifié leurs services en offrant la télévision numérique, la vidéo sur demande ainsi que l\u2019accès Internet.Selon les données du CRTC pour l\u2019année 2003, les câblodistributeurs comptaient moins d\u2019abonnés au service de base qu\u2019en 2002, une baisse de 2,8 %.De leur côté, le nombre d\u2019abonnés des entreprises de distribution de télévision par satellite était en hausse de 9 %.Des données préliminaires portant sur la fin de 2003 et le début de 2004 indiquent que certains câblodistributeurs gagnent maintenant des abonnés.Afin d\u2019atteindre le chemin de la rentabilité, les distributeurs de télévision par satellite ont mis fin à la politique de bas prix qui leur avait permis de se bâtir une clientèle et ont augmenté leurs tarifs.Les câblodistributeurs ont emboîté le pas, ce qui leur a permis de gonfler leurs bénéfices.Si la performance des entreprises de câblodistribution s\u2019est améliorée, c\u2019est surtout grâce aux nouveaux services qu\u2019elles offrent Ainsi, leurs services de télévision numérique attirent plus de nouveaux clients que ceux des distributeurs de télévision par satellite.De plus, les câblodistributeurs ont développé des services de vidéo sur demande que leurs concurrents, pour des raisons techniques, ne peuvent égaler.En ce qui concerne l\u2019accès Internet, à la fin de 2003 l\u2019industrie du câble menait avec 57% du marché résidentiel (4,6 millions de foyers canadiens) alors que les compagnies de télécommunication en détenaient 43 %.La vitesse devient un argument de vente important pour les fournisseurs d\u2019accès Internet Dans ce domaine, les câblodistributeurs profitent de la grande capacité de leurs réseaux de câbles coaxiaux pour offrir des accès à haute vitesse allant de 5 à 10 megabits par seconde (Mbps), alors que les compagnies de télécommunications offrent des services de 1,5 à 3 Mbps.L\u2019enjeu est de taille puisque des 2,9 milliards de dollars dépensés par les foyers canadiens pour avoir accès à Internet, 2 milliards de dollars ont été consacrés à l\u2019accès à haute vitesse.Si ce développement de nouveaux services estpossible, c\u2019estparce que les entreprises nord-américaines de câblodistribution ont investi des dizaines de milliards de dollars dans leurs réseaux au cours des dernières années.Elles pourraient maintenant en récolter les bénéfices.En effet, les câblodistributeurs envisagent d\u2019utiliser leurs réseaux afin de s\u2019attaquer au marché de la téléphonie résidentielle, affrontant ainsi les compagnies de télécommunications au cœur de leurs activités.Les principaux câblodistributeurs canadiens, soit Rogers (qui possède déjà un service de téléphone sans fil), Shaw, Cogeco et Vidéotron, envisagentd\u2019offrir des services de téléphonie d\u2019ici un an ou deux.Ils attendent que la technologie basée sur le protocole Internet (IP) soit opérationnelle.Ils évaluent également les 405 L\u2019état du Québec perspectives financières du marché de la téléphonie locale en regard des millions de dollars d\u2019investissements qu\u2019une telle incursion dans ce marché nécessiterait.Notons que Cogeco s\u2019intéresse par ailleurs à un service de télé-phonie-vidéo utilisant le câble et les téléviseurs conventionnels.S\u2019il était offert à un prix abordable, un tel service lui permettrait de se démarquer nettement des compagnies de télécommunications.À moins qu\u2019elle ne soit à nouveau repoussée, cette entrée dans la téléphonie pourrait permettre aux câblodistribu-teurs de lutter à armes égales avec les compagnies de télécommunications qui offrent des forfaits alléchants comprenant le téléphone, Internet et, pour certains, la télévision.C\u2019est le cas de BCE, qui possède déjà le distributeur de télévision par satellite Bell ExpressVu et qui a demandé au CRTC une autre licence de distribution lui permettant d\u2019utiliser son réseau fi-laire pour offrir des services de télévision dans n grandes villes canadiennes.Les compagnies Eastlink dans les Maritimes et Manitoba Telecom Services dans l\u2019Ouest (et bientôt Telus) offrent aussi des services de télévision.La concurrence croissante entre câblodistributeurs et entreprises de télécommunications pourrait amener le CRTC à redéfinir les règles qui régissent actuellement ces deux secteurs qui tendent de plus en plus à n\u2019en former qu\u2019un.Radio En juillet 2004, le CRTC a créé des remous en rendant une décision d\u2019une sévérité exceptionnelle, celle de ne pas renouveler la licence de la station ra- diophonique CHOI-FM de Québec en raison des propos offensants tenus par ses principaux animateurs.La décision du CRTC a lancé un débat passionné sur la liberté d\u2019expression etles limites que l\u2019on peut lui imposer dans une société démocratique.Plusieurs observateurs du domaine des médias s\u2019attendaient à une sanction, mais ont déploré qu\u2019elle soit aussi sévère, sans toutefois défendre les propos outran-ciers des animateurs.D\u2019autres ont estimé que cette décision constitue un rappel à tous que les ondes radiophoniques sont de propriété publique et que détenir une licence est un privilège qui va de pair avec des responsabilités.À l\u2019opposé, certains observateurs du milieu ont soutenu que le CRTC ne devait pas se mêler des propos tenus en onde.Il faut rappeler que le CRTC avait reçu de nombreuses plaintes contre la station de Québec ces dernières années et n\u2019avait renouvelé la licence de CHOI que pour deux ans en 2002 (elles ont normalement une durée de sept ans).En février 2004, le CRTC a tenu des audiences publiques concernant le renouvellement de la licence de la station qui venait à échéance le 31 août Lors de ces audiences, l\u2019avocat de l\u2019entreprise propriétaire de la station, Cenex Communications, a fait valoir des arguments en faveur de la liberté d\u2019expression et a affirmé que le CRTC ne disposait pas du pouvoir de juger du bon goût des propos des animateurs.De son côté, le Conseil de presse du Québec s\u2019est demandé si l\u2019on pouvait se servir impunément des ondes pour présenter des rumeurs comme des faits, déformer la réalité, ternir des réputations ou encore tenir des propos discriminatoires.406 La culture et les médias Rappelons que Genex et ses animateurs ontfaitl\u2019objet de plusieurs poursuites en diffamation et pour atteinte à la réputation.À la fin des audiences, le président de Genex a demandé que sa licence soit renouvelée pour sept ans, estimant que l\u2019entreprise avaitpris les mesures nécessaires pour «encadrer» ses animateurs.Le président du CRTC s\u2019était alors demandé si l\u2019organisme pouvait faire confiance aux propriétaires qui ne semblaient pas admettre ou comprendre ce qui leur était reproché.Après réflexion, le CRTC a décidé de punir les propriétaires de CHOI qui ont maintenu une attitude réfractaire et refusé de s\u2019amender.L\u2019organisme réglementaire a estimé que les propos des animateurs de la station contrevenaient encore aux réglements du CRTC, aux conditions imposées par le CRTC ainsi qu\u2019au « code de déontologie » que s\u2019est donné la station en 2002.Les réglements du CRTC interdisent notamment aux stations de diffuser des propos offensants qui risquent d\u2019exposer une personne au mépris ou à la haine.Plusieurs milliers de personnes ont manifesté à Québec et à Ottawa pour marquer leur opposition à la fermeture de la station.Genex a contesté la décision du CRTC en Cour fédérale.Celle-ci a accepté d\u2019entendre l\u2019appel et a autorisé la station à demeurer en ondes jusqu\u2019à ce qu\u2019une décision soit rendue, sans doute en juin 2005.Le CRTC ne s\u2019est pas opposé à ces deux requêtes de Genex (voir aussi p.92).Résultats financiers La radio commerciale privée québécoise a connu une excellente année 2003, à l\u2019exception des stations AM dont la plupart sont encore déficitaires.Elles ont enregistré une perte de 6,3 millions de dollars sur des revenus légèrement à la hausse (1,5 %) de 36 millions de dollars.Du côté des stations FM, les revenus et les bénéfices ont augmenté de 13 % et 13,5 % respectivement Le bénéfice net des stations FM a atteint 40,5 millions de dollars et les revenus se sont élevés à 197 millions de dollars.Le sort de la radio AM québécoise, dontl\u2019écoute diminue, est en partie liée à la vente du réseau Radiomédia (comportant sept stations AM dont les stations CKAC de Montréal et CHRC de Québec).La compagnie propriétaire, Astral, tentait de s\u2019en départir depuis près de trois ans afin de se plier aux exigences du Bureau de la concurrence.L\u2019organisme demande également à Astral de céder la station CHOM-FM de Québec.En 2003, après que le CRTC eût refusé l\u2019achat des stations par TVA et Radio-Nord, un groupe formé de l\u2019éditeur Gaëtan Morin et du PDG de CKAC Sylvain Chamberland a déposé une offre d\u2019achat Mais cette offre a été retirée au début de 2004, les acheteurs estimant qu\u2019il serait trop difficile de rentabiliser les stations de Radiomédia, et particulièrement la station montréalaise CKAC après les départs d\u2019animateurs vedettes.Plusieurs acheteurs se sont alors montrés intéressés.C\u2019est au groupe Corus (qui possède 50 stations de radio au Canada dont 12 au Québec) qu\u2019Astral a finalement décidé de vendre ses stations.En échange, Corus a cédé à Astral cinq de ses stations de radio FM québécoises situées dans de petits marchés mais toutes rentables.Le radiodiffiiseur Corus a présenté ses intentions concernant le réseau radiophonique au CRTC à l\u2019automne 2004.Afin de rentabiliser les stations déficitaires - de quatre millions 407 L\u2019état du Québec de dollars selon Corns -d\u2019ici deux ans, la programmation locale et les nouvelles diminueraient de moitié, passant de près de 50 heures à seulement 20 heures (40 heures dans le cas de CKAC).Les stations n\u2019auraient que trois journalistes chacune et s\u2019alimenteraient en nouvelles auprès des autres stations de Corus (Info 690 et 98,5 FM).La principale station du réseau, CKAC, perdrait sa vocation généraliste pour se spécialiser dans les créneaux du sport et de la santé.Son budget serait réduit de 35 %.Ces plans ont suscité de vives réactions des syndicats ainsi que de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ).Selon le syndicat de CKAC, il s\u2019agit d\u2019un démantèlement de la station et non d\u2019une relance du réseau AM.Quant à la FPJQ, elle y voit la disparition d\u2019une source d\u2019information, réduisant la diversité des voix.Une autre question sera traitée par le CRTC, soit la transformation par Corus de sa station montréalaise 98,5 FM (anciennement la station musicale COOL-FM) en radio à contenu verbal -une programmation similaire à celle que proposait CKAC jusqu\u2019ici.SRC Radio Alors que l\u2019écoute de la Première chaîne de la radio de Radio-Canada est en croissance depuis quelques saisons (près de 12 % du marché à Montréal), la société d\u2019Étata décidé de transformer sa deuxième chaîne, la Chaîne culturelle, en radio entièrement consacrée à la musique à compter de l\u2019automne 2004, sous le nom d\u2019Espace Musique.La principale station du réseau, CKAC, perdrait sa vocation généraliste pour se spécialiser dans les créneaux du sport et de la santé.Ce sont les faibles cotes d\u2019écoute de la Chaîne culturelle (variant de 1 à 2 % du marché) qui semblent avoir provoqué la décision des dirigeants de la SRC.Pourtant, ces derniers déclaraient encore au début de 2004 que la culture devait être le fil conducteur de la Chaîne culturelle, comme l\u2019information l\u2019est pour la Première chaîne.En contrepartie, la Première chaîne est appelée à faire plus de place aux contenus culturels.Certains acteurs du secteur culturel considèrent toutefois que la société d\u2019Étatne remplitplus son mandat dans ce domaine.Diversité musicale à la radio Par ailleurs, signalons que la concurrence entre les différents réseaux radiophoniques ne garantit pas la diversité musicale.En effet, l\u2019Association québécoise de l\u2019industrie du disque, du spectacle et de la vidéo (ADISQ) a publié des statistiques indiquant une diminution de cette diversité.Ainsi, les 10 chansons francophones les plus populaires de 2003 occupaient ensemble 41,7 % du temps de diffusion de la radio commerciale québécoise, contre 31,6 % l\u2019année précédente.L\u2019ADISQ estime qu\u2019avec les revenus et les profits importants que réalise la radio FM québécoise, celle-ci devrait être en mesure de prendre davantage de risques et d\u2019offrir plus de diversité au lieu de miser sur quelques artistes jugés rentables.Cette question devrait être abordée lors de la révision de la politique de la radio commerciale qu\u2019a entreprise le CRTC en 2004.Radio numérique La radio numérique diffusée par satellite pourrait entrer dans le paysage de 408 La culture et les médias la radiodiffusion canadienne en 2005.Trois compagnies ontprésenté des demandes au CRTC pour obtenir la permission d\u2019établir un service de radio numérique par abonnement.L\u2019organisme réglementaire a tenu une audience publique concernant l\u2019octroi de licences pour de tels services à l\u2019automne 2004.L\u2019entreprise Canadian Satellite Radio possède une entente avec XM Satellite Radio (1,6 million d\u2019abonnés aux États-Unis), alors que le groupe formé de CBC et de Standard Radio dispose d\u2019une entente avec Sirius Satellite Radio (près d\u2019un million d\u2019abonnés aux États-Unis).De son côté, la compagnie de radiodiffusion CHUM propose un service de radio numérique par abonnement qui serait diffusé à partir d\u2019antennes terrestres à la manière de la téléphonie cellulaire, alors que ses concurrents diffuseraient leurs signaux par satellite.Selon les données de l\u2019été 2004, 70 stations de radio canadiennes (AM et FM) diffusent un signal numérique en plus du signal analogique conventionnel.Il n\u2019existe pas de statistiques sur l\u2019audience de ces signaux numériques, mais il est à noter que peu de récepteurs de radio numériques ont été vendus, probablement en raison de leur coût élevé (de 300 à 400 dollars).La radio numérique diffusée par satellite vise principalement le marché des conducteurs automobiles en raison de sa vaste aire de diffusion.Les radios conventionnelles ne diffusent en effet que dans une ville ou sa région environnante.Aux États-Unis, la radio par satellite offre, pour la somme de 10 à 15 dollars par mois, plus d\u2019une centaine de chaînes (musique, nouvelles, informations, opinions, sports, météo).Presse écrite Les journaux québécois sont touchés depuis un peu plus d\u2019une décennie par des changements dans les modes de consommation de l\u2019information qui ont fait une plus grande place aux chaînes d\u2019information continue ainsi qu\u2019à Internet Malgré cela, depuis cinq ans, leur tirage se maintient, à quelques milliers d\u2019exemplaires près, et le lec-torat ne fluctue que légèrement Publications gratuites Les seuls journaux qui affichent une forte croissance sont les quotidiens gratuits.Ce type de publication a le vent dans les voiles, ayant réalisé une croissance de 16 % dans le monde en 2003.À Montréal, le quotidien gratuit Métro est lu par 204 000 personnes en moyenne chaque jour, alors que son homonyme de Toronto a un lectorat de 381000 personnes.D\u2019ailleurs, Sun Media, la filiale de journaux de Québécor, entend reprendre sa lutte contre Métro dans ces deux villes.À Montréal, l\u2019entreprise a relancé son quotidien gratuit Montréal Métropolitain sous le nom de 24 heures en adoptant un format s\u2019approchant des magazines, c\u2019est-à-dire en couleurs et sur papier glacé.Sun Media a aussi augmenté le tirage qui est passé de 70 000 à 120 000 exemplaires.En 2003, le lectorat de ce quotidien gratuit était évalué à quelque 54 000 personnes par jour.La distribution du journal constitue toutefois un problème pour l\u2019édi- L'ADISQ estime que la radio FM québécoise devrait prendre davantage de risques et offrir plus de diversité au lieu de miser sur quelques artistes jugés rentables.409 L\u2019état du Québec teur.On sait que la Cour d\u2019appel du Québec a rejeté la contestation qu\u2019avait présentée Sun Media de l\u2019entente d\u2019exclusivité existant entre Métro et la Société de transport de Montréal Sun Media publie de nouveau un quotidien gratuit (24 hours) à Toronto, deux ans après avoir cessé la parution de FYI Toronto après la fusion de ses deux concurrents Toronto Today et Metro.Ce nouveau quotidien offre un contenu plus étoffé que le précédent et se présente sous la même facture que celui de Montréal.La chaîne de journaux Sun Media a également lancé en septembre 2004 deux nouveaux hebdomadaires gratuits, Le Journal de Sherbrooke et Le Journal de Trois-Rivières.Ces publications d\u2019une trentaine de pages de format tabloïd sont encartées à 25 000 exemplaires à l\u2019intérieur du Journal de Montréal du samedi.Sun Media souhaite ainsi étendre son rayonnement en publiant des nouvelles régionales.Les quotidiens de Sherbrooke et de Trois-Rivières qui appartiennent au concurrent Gesca, La Tribune et Le Nouvelliste, ne semblent pas inquiets puisqu\u2019ils sont bien implantés dans leur marché et que les nouvelles publications sontdes hebdomadaires.Le seul impact négatif pour les quotidiens existants pourrait être une concurrence accrue dans le marché publicitaire.Notons que Sun Media n\u2019écarte pas l\u2019idée que les deux hebdomadaires puissent un Gesca a nommé l'éditeur du quotidien Le Soleil Alain Dubuc au poste jour devenir des quotidiens de chroniqueur pour Gesca tous les journaux Le groupe de presse Gesca ,\test entré en conflit avec ses au groupe, syndicats après avoir nommé l\u2019éditeur du quotidien Le Soleil Alain Dubuc au poste de chroniqueur pour tous les journaux du groupe.Les syndicats des sept journaux du groupe considèrent que cette décision menace l\u2019autonomie des salles de rédaction.La publication de cette chronique ne respecterait pas l\u2019esprit de l\u2019entente conclue entre l\u2019entreprise et ses journalistes qui permet les échanges de textes de nouvelles entre les journaux du groupe, mais exclut les textes d\u2019opinion « sauf exception», une mesure devant préserver l\u2019identité de chaque journal.La FPJQ estime quant à elle que Gesca renie ses engagements passés en matière de concentration de la presse.En 2001, les dirigeants de Gesca avaient déclaré qu\u2019il n\u2019était pas question de mettre en place des chroniqueurs communs à tous les journaux du groupe.Internet Le Québec traîne toujours la patte par rapport au reste du Canada en ce qui concerne la proportion de ménages reliés à Internet, que ce soit à la maison ou au travail.Selon Statistique Canada, 55 % des ménages québécois ont accès à la toile comparativement à 64 % à l\u2019échelle canadienne.Montréal est une ville bien moins branchée (59%) qu\u2019Ottawa, Toronto, Calgary et Halifax, toutes raccordées à 75 % et plus.De plus en plus de foyers canadiens utilisent un lien haute vitesse.La proportion est passée de 56 % à 65 % au cours de la dernière année.Une autre enquête menée pour le Centre francophone d\u2019informatisation des organisations (CEFRIO) et portant uniquement sur le Québec note des différences d\u2019utilisation entre les régions, selon l\u2019âge et selon le sexe.Ainsi, les ré- 410 La culture et les médias gions urbaines, industrialisées et plus riches comme Montréal et Québec comptent, toute proportion gardée, plus d\u2019internautes que les régions rurales ou éloignées comme la Gaspésie et la Mauricie.Les taux d\u2019utilisation d\u2019Internet ont augmenté dans tous les groupes d\u2019âge, mais les jeunes de 18 à 34 ans restent les plus grands utilisateurs avec un taux de 75 %, contre 60 % chez les personnes âgées de 35 à 54 ans et seulement 29 % chez celles âgées de plus de 54 ans.Aussi, ce sont 60 % des hommes qui utilisent Internet contre 50 % des femmes.Enfin, les principaux sites Web visités sont dans l\u2019ordre : ceux d\u2019information et d\u2019actualités ; ceux de divertissement et de loisirs ; ceux de finances, d\u2019affaires et d\u2019économie ; ceux de sportainsi que les petites annonces.Piratage de musique Le piratage de musique sur Internet continue de préoccuper l\u2019industrie canadienne du disque qui aurait perdu des centaines de millions de dollars de ventes depuis quelques années.L\u2019industrie a poursuivi sa bataille juridique pour démasquer les pirates, cherchant sans succès à forcer les fournisseurs d\u2019accès Internet à lui fournir les noms de leurs clients qui s\u2019échangent des chansons par Internet Les associations représentant les détenteurs de droits d\u2019auteur ont souhaité faire payer une redevance aux fournisseurs d\u2019accès Internet, ces derniers bénéficiant grandement des contenus produits par les créateurs que s\u2019échangent leurs abonnés.L\u2019instauration d\u2019un tel système de redevances aurait rapporté des millions à l\u2019industrie et lui aurait évité d\u2019avoir à multiplier les poursuites contre les utilisateurs d\u2019Internet.Mais la Cour suprême du Canada a jugé que les fournisseurs d\u2019accès Internet ne sont pas tenus de verser des droits d\u2019auteur aux artistes pour le téléchargement de musique par Internet car ils ne sont que des intermédiaires.La cour estime que ce sont les fournisseurs de contenu, soit les sites Internet eux-mêmes, qui tombent sous le coup de la loi et qui devraientpayer des droits d\u2019auteur.Les détenteurs de droits d\u2019auteur de-vrontmaintenant se tourner vers les sites qui offrent de télécharger ou d\u2019écouter de la musique pour exiger des redevances.Par ailleurs, le groupe Archambault, filiale de Québécor, a lancé un service Internet payant de distribution de chansons offertes à 99 cents chacune.Le lancement de ce service a été précédé d\u2019une campagne publicitaire contre le téléchargement non autorisé de musique sur Internet diffusée dans tous les médias de Québécor (télévision, journaux, hebdomadaires et magazines).Le radiodiffiiseur Astral a égalementlancé une série de messages publicitaires contre le piratage sur les ondes de ses 16 stations de radio et de ses chaînes de télévision spécialisée dont Musique Plus etMusimax.Ces campagnes ont peut-être influencé le comportement de certains.En effet, selon Statistique Canada, la proportion de ceux qui téléchargent régulièrement de la musique à la maison estpassée de 48 % à 3 8 % entre 2001 et 2003.Vers une autre consolidation de l\u2019industrie des médias ?Au cours des dernières années, de nombreuses fusions et acquisitions menées au nom de la convergence des médias ont donné naissance à de grands groupes médiatiques.Cependant, ces groupes ont par la suite éprouvé des difficultés financières, souvent parce qu\u2019ils se sontlour- 411 L\u2019état du Québec Certains joueurs moins importants songent à céder leurs actifs aux grands groupes qu 'ils peuvent difficilement concurrencer.dement endettés en achetant des actifs surévalués.De plus, ils n\u2019ont pas toujours bien réussi à assurer la cohésion de leurs différentes entreprises afin de rentabiliser des achats réalisés à prix fort La crise s\u2019est maintenant résorbée et le secteur des médias connaît une reprise.La plupart des entreprises dégagentd\u2019impor-tants profits.Leurs dettes se sont amenuisées.Des analystes estiment, en conséquence, que l\u2019on pourrait bientôt assister à une nouvelle phase de consolidation de l\u2019industrie.Déjà, certains joueurs moins importants songent à céder leurs actifs aux grands groupes qu\u2019ils peuvent difficilement concurrencer.Au Canada anglais, c\u2019est la décision qu\u2019a prise le télédiffuseur Craig Broadcasting, qui a choisi de vendre ses actifs (cinq stations de télévision et trois chaînes spécialisées numériques) au groupe CHUM.D\u2019autres entreprises pourraient se retirer du secteur, comme BCE qui souhaite se recentrer sur ses activités traditionnelles de télécommunications et qui envisagerait de vendre progressivement les composantes de sa filiale Globemedia.La nouvelle direction de BCE ne cache pas qu\u2019elle ne voit guère de synergie entre ses activités médiatiques et les télécommunications.BCE pourrait vendre sa participation dans les réseaux TQS et CTV ainsi que dans le quotidien The Globe and Mail, conservant cependant sa filiale de distribution de télévision par satellite Bell ExpressVu.À l\u2019inverse, certains groupes cherchent à prendre de l\u2019expansion en achetant de nouveaux médias afin d\u2019accroître leur présence dans un secteur, de diversifier leur entreprise, ou encore d\u2019étendre leur présence dans des régions du pays où ils ne sontpas présents.Des acquisitions ont déjà eu lieu en 2003 et 2004.Comme nous l\u2019avons mentionné plus haut, CHUM s\u2019est assuré une présence en télévision dans l\u2019Ouest par l\u2019achat du groupe Craig.Transcontinental a affermi sa présence dans les provinces maritimes enyachetantles 25 hebdomadaires appartenantà Optipress, en plus d\u2019acheter le concurrent Avid Media dans le secteur des magazines.Dans le domaine de la radio, l\u2019échange de stations entre Corus et Astral, s\u2019il est accepté par le CRTC, permettrait au premier d\u2019être présent dans les principaux marchés du Québec, et au second de renforcer sa présence dans le lucratif marché de la radio FM.Une nouvelle vague d\u2019acquisitions, surtout par de grandes entreprises, pourrait toutefois relancer le débat sur la concentration de la propriété des médias.Outre les inquiétudes des autorités réglementaires comme le CRTC et le Bureau de la concurrence, qui sont intervenus dans certaines transactions, le débat public continue sur le sujet.La ministre québécoise de la Culture et des Communications, Line Beauchamp, a d\u2019ailleurs déclaré que la concentration des médias ne devrait pas aller au-delà de son niveau actuel.Elle a admis, cependant, ne pas disposer de tous les moyens réglementaires pour limiter cette concentration, puisque les pouvoirs sont partagés avec le gouvernement fédéral.412 La culture et les médias Une vue d'ensemble des médias québécois Daniel Giroux (avec la collaboration de Sophie Loiselle) Centre d'études sur les me'dlas, Unluerslte' Laual Comment évoluent le tirage des quotidiens et la propriété des hebdomadaires régionaux ?Quelle part de l\u2019écoute de la télévision les RDS, Canal Famille, RDI et autres canaux spécialisés récoltent-ils ?Quelle estla situation financière des stations de radio AM ?Voilà quelques-unes des questions auxquelles nous répondrons dans ces brefs portraits des médias québécois de la presse quotidienne, de la presse hebdomadaire régionale, de la télévision et de la radio.LA PRESSE QUOTIDIENNE Titres et tirage Douze quotidiens payants sontpubliés au Québec, dont dix en langue française.Ce nombre n\u2019a pas changé depuis plusieurs années, soit depuis l\u2019expérience infructueuse du journal Le Fleuve qui aura duré moins d\u2019une année dans la région de Rimouski en 1996.Par ailleurs, deux quotidiens gratuits de langue française desservent le marché de Montréal depuis 2001.Ces journaux visentprincipalementles utilisateurs des transports en commun auxquels ils proposent, du lundi au vendredi, une synthèse des principales nouvelles du jour.Dans l\u2019ensemble, le tirage des quotidiens québécois a peu varié ces cinq dernières années.Cette relative constance constitue plutôt une bonne nouvelle étant donné les baisses de tirage que connaissent les quotidiens payants ailleurs.En effet, les autres titres canadiens ont connu une chute de 7,5 % depuis 1998.On note également des baisses dans la plupart des pays développés.Ainsi, de 1998 à 2002, la diffusion des quotidiens a diminué dans 11 des 15 pays de l\u2019Union européenne.La baisse a atteint 5,1 % en France, 7,7 % en Allemagne et 8,7 % au Royaume-Uni.Les ventes des journaux ont également faibli aux États-Unis (-1,8 %) et au Japon (-2,2 %).Cette stabilité récente des tirages au Québec n\u2019est-elle qu\u2019un répit avant une nouvelle diminution comme celle qu\u2019on a connue dans les années 1990 ?Il semble bien, en tout cas, qu\u2019on ne reviendra pas aux sommets atteints à la fin des années 1980 (Graphique 1).De 1965 à la fin des années 1980, le tirage sur l\u2019ensemble de la semaine des quotidiens québécois a augmenté de quelque 900 000 exemplaires malgré la fermeture de quelques titres.Toutefois, 96 % de cette croissance est attribuable à l\u2019apparition d\u2019éditions du dimanche pour cinq des douze quotidiens.Mais, depuis 1990, c\u2019est la chutes: une perte 413 En milliers d'exemplaires L\u2019état du Québec graphique 1 Tirage hebdomadaire des quotidiens québécois 2000 - \u201e .0 1965 1975 1985 1990 1995 1996 1997 1998 1999 2000 2001 de près de 1,2 million d\u2019exemplaires malgré une légère embellie en 2001, 2002 et 2003.La baisse est de 13 % pour les titres francophones et de 21 % pour les titres anglophones.La perte de popularité des quotidiens est toutefois plus importante que ne le démontrent ces données brutes qui ne tiennent pas compte de l\u2019augmentation de la population et donc du nombre de clients po- graphique 2 Nombre d\u2019exemplaire vendus en moyenne chaque jour par mille habitants chez la population âgée de 20 ans et plus ; quotidiens, 1965-2003 150 100 50 O 1965 1975\t1985\t1990\t1995\t2000\t2002\t2003 Source : Compilations du CEM à partir des données de tirage vérifiées par ABC et des données de population de Statistique Canada.tentiels.En effet, l\u2019ensemble des quotidiens québécois vend maintenant presque deux fois moins d\u2019exemplaires par tranche de i ooo personnes âgées de vingt ans et plus qu\u2019au milieu des années i960.Le nombre estpassé de 304 exemplaires pour mille lecteurs potentiels en 1965, à 168 en 2003 (Graphique 2).Lectorat La baisse de popularité des quotidiens touche tous les groupes d\u2019âge, mais elle est particulièrement marquée chez les jeunes adultes.À l\u2019échelle du Canada, ils ne sont plus que 45 % chez les 18-24 ans à lire régulièrement un journal en semaine (Graphique 3).Ce taux se rapproche de celui observé aux États-Unis qui est de 41 %.Le phénomène est aussi présent dans de nombreux autres pays.Les jeunes lisent de moins en moins de quotidiens.On a cru pendant longtemps que plusieurs d\u2019entre eux deviendraient des lecteurs plus assidus une fois arrivés à la trentaine alors que bon nombre d\u2019individus « s\u2019établissent » dans la vie (carrière et famille).Or, il n\u2019en est rien.Une étude récente réalisée pour la Newspaper Association of America montre que les habitudes de lecture des quotidiens prises avant l\u2019âge de trente ans perdurent.Par ailleurs, dans le marché de Montréal, quelque 325 000 francophones lisent au moins un exemplaire d\u2019un quotidien gratuit, Métro ou 24 heures.Ces lecteurs, dénombrés en 2003, n\u2019ont fait progresser le nombre total de lecteurs d\u2019un quotidien à Montréal que de 74 000 par rapport à 2001.C\u2019est donc dire que plusieurs lecteurs des gratuits lisaient déjà un quotidien.D\u2019ailleurs, aujourd\u2019hui 77 % 414 La culture et les médias d\u2019entre eux fréquentent encore les payants.On peut penser, en conséquence, que la baisse de lectoratdu Journal de Montreal et de La Presse chez les francophones en semaine pendant la même période découle, en partie du moins, de la popularité des quotidiens gratuits.Revenus Malgré cette décroissance du nombre de leurs lecteurs, les quotidiens parviennent à augmenter leurs revenus publicitaires.Ils ont atteint les 420 millions de dollars au Québec en 2001, à l\u2019exclusion des petites annonces.On les évaluaità 255 millions en 1991.Il s\u2019agit d\u2019une croissance annuelle moyenne de 5,6 %.La part des dépenses publicitaires des annonceurs accordée aux quotidiens a même augmenté de près de quatre points pendant la période, passant de 22,9 % en 1991 à 25,7% en 2001.Propriété Au chapitre de la propriété, l\u2019acquisition en novembre 2000 par Gesca (Power Corporation) de trois quotidiens du groupe Hollinger, dont Le Soleil de Québec, fait en sorte que deux groupes se partagent maintenant l\u2019essentiel du tirage de la presse quotidienne de langue française au Québec (Tableau 1).Avec ses sept titres répartis sur l\u2019ensemble du territoire québécois, Power Corporation accapare la moitié du tirage des titres de langue française.Québécor ne possède que deux titres, mais leurs parts de marché totalisent 45%.Les parts de tirage du seul quotidien indépendant, Le Devoir, ne représentent plus que 3 % de l\u2019ensemble.Chez les anglophones, The Gazette appartient à CanWest Global qui graphique 3 Lecteurs réguliers des quotidiens en semaine selon les groupes d'âge en 2002, Canada 5S 100 80 18+\t18-24\t25-34\t35-49\t50-64\t65+ Source : Données de NADbank.possède plusieurs grands quotidiens au Canada anglais, dont le National Post.LA TÉLÉVISION Services et écoute On compte actuellement 31 stations de télévision qui desserventle Québec par voie hertzienne.Vingt-six d\u2019entre elles appartiennent à des intérêts privés.Les autres sont opérées par les services publics de Radio-Canada et de Télé-Québec.Quelques-unes des stations privées sont affiliées au réseau français de Radio-Canada.Les autres stations diffusent les programmations de TQS ou de TVA du côté francophone, de CTV ou de Global pour les anglophones.On dit de ces stations qu\u2019elles font de la télévision généraliste parce que leurs programmations sont variées (information, dramatiques, émissions pour enfants, variétés et magazines divers).Il y a aussi des canaux qui œuvrent dans des créneaux bien précis : le sport, l\u2019information, les émissions pour enfants, l\u2019histoire, la musique, etc.Ce 415 L\u2019état du Québec TABLEAU 1\tRépartition des titres et du tirage des quotidiens québécois (2003)\t\t\t\t\t\t \t\t\t\t\t\t\t \t\t\t\t\t\t\t Gesca (Power)\tLa Presse\t1 400 000\t\t\t185 942\t272 105\t198 548 \tLa Tribune\t197 000\t\t\t31 609\t38 532\t \tLa Voix de l'Est\t95 000\t\t\t15 306\t18 846\t \tLe Nouvelliste\t255 000\t\t\t41 796\t45 809\t \tLe Soleil\t611 000\t\t\t81 469\t114 677\t88 563 \tLe Quotidien\t172 000\t\t\t28 640\t28 640\t \tLe Droit\t217 000\t\t\t35 410\t40 092\t \t\t2 947 000\t43,5\t51,5\t\t\t Québécor\tLe Journal de Montréal\t1902000\t\t\t\t263 214\t318 498\t267 725 \tLe Journal de Québec\t707 000\t\t\t96 98\t122 551\t99 246 \t\t2 609 000\t38,6\t45,6\t\t\t CanWest Global\tThe Gazette\t1 019 000\t15,1\t\t142 534\t168 853\t137 669 Le Devoir Inc\tLe Devoir\t166 000\t2,4\t2,9\t25 179\t40 244\t Hollinger\tThe Record\t25 000\t0,4\t\t4 999\t\t Total\t12 quotidiens\t6 766 000\t100,0\t100,0\t\t\t Source : Statistique Canada, cat, 13-217, Le revenu au Canada, Ottawa, cat, 75-202, Cansim II, tableau 202-0102, graphique 4 Évolution de l\u2019écoute de la télévision au Québec | 26,5 1 I\t26 K S' 25,5 40 -10 1996\t1997\t1998\t1999\t2000\t2001 2002 les messages publicitaires rapportent 35 % de moins à une station AM qu\u2019à une FM, alors qu\u2019elle dépense 25 % de plus pour produire ses émissions.Propriété Comme le montre le Tableau 3, Astral Média et Corus sont les principaux propriétaires de stations de radio privées au Québec.Peu importe la décision que prendra le CRTC à la suite de l\u2019audience qu\u2019il a tenue à l\u2019automne 2004 au sujet de l\u2019échange de stations entre les deux groupes, elle n\u2019aura pas d\u2019incidence sur leur domination.Les autres propriétaires sontplutôtdes acteurs régionaux, à l\u2019exception de Cogeco dont les trois stations détiennent une bonne part de l\u2019écoute dans les importants marchés de Montréal et Québec.LA PRESSE HEBDOMADAIRE D\u2019INFORMATION GÉNÉRALE Titres et tirage Le nombre de titres desservant soit un ensemble de villages, une petite ville ou 423 L\u2019état du Québec un quartier d\u2019une grande ville est en baisse depuis quelques années.On en comptait 178 en 2003 comparativement à 206 en 1997.Cette presse hebdomadaire est aujourd\u2019hui largement gratuite : 88 % des titres sont gratuits et comptent pour 96 % des exemplaires totaux de la presse hebdo.Ce qui est devenu la règle étaitpourtantl\u2019exception en i960 alors que seulement 23 % des journaux hebdomadaires optaient pour la gratuité.Comme l\u2019indique le Tableau 4, cette tendance à la gratuité s\u2019accentue constamment.Au cours des quinze dernières années, le nombre d\u2019exemplaires publiés par les hebdomadaires gratuits a augmenté environ du tiers, tant pour l\u2019ensemble des titres publiés que pour les titres de langue française.De\tfait, l\u2019expansion que le secteur a connue depuis 1987 s\u2019est faite en très large partie grâce aux hebdomadaires distribués gratuitement.Les propriétaires espèrent que cette large pénétration - les exemplaires sont distribués à toutes les maisons du territoire desservi par la publication - convaincra les annonceurs de préférer leurs journaux aux autres moyens publicitaires.Lectorat Selon une étude menée par Les Hebdos du Québec, 90 % des québécois adultes habitent une région desservie par au TABLEAU 4 Tirage des hebdomadaires régionaux du Québec selon la langue et le type de publication (1987,1992,1997,2002,2003) \t\t\t\t \t\t\t\t \t\t\t\t FRANCOPHONES -vendus\t261\t8,2\t148\t3,4\t123\t3,0\t114\t2,8\t113\t2,7 - gratuits\t2 931\t91,8\t4 180\t96,6\t3 946\t97,0\t3 912\t97,2\t4 045\t97,3 TOTAL\t3 129\t100,0\t4 328\t100,0\t4 069\t100,0\t4 026\t100,0\t4 158\t100,0 ANGLOPHONES\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t -vendus\t52\t61,9\t49\t23,3\t114\t42,7\t52\t17,9\t51\t14,5 - gratuits\t32\t38,1\t161\t76,7\t153\t57,3\t237\t82,1\t301\t85,5 TOTAL\t84\t100,0\t210\t100,0\t267\t100,0\t289\t100,0\t352\t100,0 BILINGUES\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t -vendus\t36\t8,9\t13\t23,3\t8\t2,8\t8\t3,1\t7\t2,6 - gratuits\t367\t91,1\t242\t76,7\t278\t97,2\t254\t96,9\t264\t97,4 TOTAL\t403\t100,0\t255\t100,0\t286\t100,0\t262\t100,0\t271\t100,0 TOTAL\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t -vendus\t349\t9,5\t210\t4,4\t245\t5,3\t174\t3,8\t171\t3,6 - gratuits\t3 330\t90,5\t4 583\t95,6\t4 377\t94,7\t4 403\t96,2\t4 610\t96,4 TOTAL\t3 679\t100,0\t4 793\t100,0\t4 622\t100,0\t4 577\t100,0\t4 781\t100,0 Source : Ministère de la Culture et des Communications, Les pratiques culturelles des Québécoises et des Québécois, 1999,\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t 424 La culture et les médias moins un des 142 hebdomadaires francophones membres de l\u2019association.Il existe cependant un bon écart entre la pénétration et la fréquence de lecture.On peut fort bien recevoir à sa porte un hebdo et ne pas s\u2019y intéresser.Selon une enquête conduite en 1999 par le ministère de la Culture et des communications du Québec (MCCQ) auprès d\u2019un échantillon représentatif de personnes âgées de 15 ans etplus, les hebdomadaires régionaux sont boudés par près de la moitié de la population qui ne les lit soit jamais, soit rarement ou au rythme d\u2019une parution sur quatre.Selon la même enquête du MCCQ, la popularité de ces publications croît avec l\u2019âge.La taille de l\u2019agglomération où l\u2019on réside a par ailleurs une grande influence : plus on habite une municipalité de petite taille, plus on veut s\u2019informer en lisantl\u2019hebdo local, souvent l\u2019une des seules sources d\u2019information sur ce qui se passe dans son environnement immédiat.Dans les municipalités de moins de 100 000 habitants, chaque édition est lue par plus de 65 % des répondants.Dans les régions métropolitaines deMontréal et de Québec, cette proportion tourne autour de 45 %.Revenus Puisqu\u2019une grande partie de ces journaux a renoncé aux revenus d\u2019abonnement et de vente en kiosque, les recettes publicitaires constituent, de loin, la principale source de revenus de ce secteur.Comment ces revenus ont-ils évolué ?De 1991 à 2001, les recettes publicitaires des hebdomadaires régionaux du Québec ont augmenté à un rythme annuel moyen de 1,7 % pour atteindre les 192 millions de dollars.Leur part de l\u2019ensemble des in- vestissements publicitaires avoisine les 12 %.Elle est cependant en décroissance puisqu\u2019elle était de l\u2019ordre de 14 % au début de la décennie 1990.De fait, tous les autres grands médias utilisés par les annonceurs (télévision, quotidien, radio, magazine et affichage extérieur) ont connu, pour la période 1991-2001 une croissance annuelle moyenne des dépenses publicitaires des annonceurs supérieures à celle des hebdomadaires.Propriété Quatre groupes nationaux possèdent 59 % des publications et cumulent les deux tiers du tirage total (Graphique 12).La société Transcontinental, qui ne s\u2019est lancée dans ce secteur d\u2019activités qu\u2019en 1995, en détient près du tiers à elle seule (56 sur 178) et publie 40 % des exemplaires en circulation.Le second groupe en importance, Québécor, possède 40 titres (22 %) et contrôle 16 % du tirage total.Cela est sans compter les cinq titres (5 % du tirage) que le groupe possède en copropriété avec l\u2019éditeur Jean-Paul Auclair.À côté de ces deux « géants », c\u2019est un groupe régional qui occupe la troisième place.L\u2019entreprise Les Hebdos Montérégiens est propriétaire de 13 publications représentant 7 % du tirage global.On dénombre encore 38 hebdos indépendants - dont le propriétaire ne possède qu\u2019un seul titre dans la presse hebdomadaire régionale et n\u2019édite pas de quotidien - qui comptent pour 15 % des exemplaires totaux.Québécor et Transcontinental sont tous deux présents dans plusieurs régions du Québec.Il est très rare, cependant, que les deux groupes possèdent 425 L\u2019état du Québec des titres dans la même région.On retrouvera les hebdos de Québécor surtout dans les régions Gaspésie: îles-de-la-Madeleine, Bas-Saint-Laurent, Chaudière-Appalaches, Côte-Nord, Saguenay-Lac-Saint-Jean, Abitibi- Témiscamingue et Laurentides.Transcontinental concentre ses titres à Montréal et Laval ainsi que dans Lanaudière, l\u2019Outaouais, laMauricie et le Centre-du-Québec.426 La vie politique ) A B A i (A McGill Le Programme d\u2019études sur le Québec de l\u2019Université McGill : Un choix incontournable pour étudier le Québecl Un programme d'études de premier cycle regroupant les cours offerts en études québécoises à l\u2019Université McGill et offrant une formation multidisciplinaire et polyvalente.Des séminaires où le nombre d'étudiants est limité pour favoriser les interactions entre les étudiants provenant de partout à travers le monde et s'intéressant au Québec.L'occasion cie participer à des activités de recherche et de s'insérer dans un réseau riche et diversifié de chercheurs en études sur le Québec.Programme d\u2019études sur le Québec, Université McGill Téléphone : 514.398.3960 Télécopieur : 514.398.3959 www.arts.mcgill.ca/progranis/qs/ La vie politique LA VIE POLITIQUE 430\tLe temps des affrontements 438\tLa gauche québécoise en effervescence 445 Les relations fédérales-provinciales à Père Martin 456\tL'éducation à la citoyenneté 464\tL'Assemblée nationale et les partis 474 Les principales lois adoptées par l'Assemblée nationale ADMINISTRATION ET POLITIQUES PUBLIQUES Administration publique 480 Le partenariat public-privé un nouvel outil de : la gestion publique à apprivoiser 487 De la dérive comptable à la rhétorique architecturale 496 Fonctionnaires, dites-vous?Politiques sociales 504 Lutte contre la pauvreté ou lutte contre les pauvres ?514 À la recherche de bons indicateurs du développement économique et social La vie politique LA VIE POLITIQUE Le temps des affrontements Michel David Chroniqueur, Le Devoir Jean Charest À l\u2019automne 2003, la détermination du gouvernement libéral de Jean Charest à revoir à la baisse les fonctions de l\u2019État hérité de la Révolution tranquille provoque les plus durs affrontements entre l\u2019État et les centrales syndicales depuis le début des années 1970.Au cours de la campagne électorale du printemps précédent, le PLQ avait été passablement discret sur les détails de la « réingénierie » qu\u2019il projetait.Le réveil est brutal.M.Charest interprète les résultats du 14 avril comme un «mandat clair » de «recentrer l\u2019État sur ses missions essentielles» et il entend procéder rapidement.À la mi-septembre, devantle Conseil général de son parti, le premier ministre annonce « la plus grande œuvre de réflexion politique des vingt dernières années ».Contrairement à ce qu\u2019affirmait le slogan électoral du PLQ - « On est prêts » -, le gouvernement donne l\u2019impression du contraire.Invitée à préciser quels secteurs pourraient avoir recours à des partenariats public-privés (PPP), la présidente du Conseil du trésor, Monique Jérôme-Forget, sème la consternation en s\u2019interrogeant sur la qualité de l\u2019eau potable à Montréal, dont la distribution pourrait être confiée au secteur privé.De son propre aveu, le ministre du Travail, Michel Després, apprend en écoutant le discours de M.Charest qu\u2019il doit s\u2019attaquer dès maintenant à la modification de l\u2019article 45 du Code du travail, afin de faciliter le recours à la sous-traitance.Durant la campagne électorale de 1998, la députée de Jean-Talon, Margaret Delisle, s\u2019était attirée les foudres de son chef et de ses collègues en déclarant que l\u2019élection d\u2019un gouvernementlibéral serait le prélude à « une grande bataille avec les syndicats ».Cinq ans plus tard, les faits semblent lui donner raison.Outre les modifications à l\u2019article 45,1e menu législatif inclut un projet de loi interdisant la syndicalisation des responsables de services de garde en milieu familial, malgré un jugement favorable de la Cour supérieure, de même qu\u2019un projet de loi dimi- 430 La vie politique nuant radicalement le nombre d\u2019unités d\u2019accréditation syndicale dans les établissements de santé.Le 15 octobre, le premier ministre jette lui-même de l\u2019huile sur le feu en signantune lettre ouverte dénonçant ceux qui placent leurs « intérêts corporatifs » au-dessus des « intérêts historiques » du Québec, auxquels il associe la « réingénierie » de l\u2019État L\u2019aflf ontement devient inévitable.Au même moment, le gouvernement commet une série de maladresses qui provoquent la mobilisation de nombreux groupes et organismes communautaires.La plate-forme électorale du PLQ était très claire : « Un gouvernement du PLQ s\u2019engage à maintenir le programme de service de garde à cinq dollars par jour.» Pourtant, le 13 novembre, après des semaines d\u2019hésitation et de rumeurs qui ontmis le milieu des garderies sur les dents, la ministre déléguée à la Famille présente un projet de loi prévoyant une augmentation de deux dollars à compter du Ier janvier 2004.Les services de garde en milieu scolaire subissent ensuite une hausse semblable.Au même moment, Le Devoir rend public une version préliminaire du plan de lutte contre la pauvreté attendu depuis longtemps.Cette fuite soulève un tollé dans les milieux communautaires.Au lieu du « barême-plancher » promis par les libéraux quand ils étaient dans l\u2019opposition, le gouvernement envisagerait de nouveaux resserrements à l\u2019aide sociale, projetant même d\u2019abolir l\u2019allocation mensuelle de ni dollars pour contraintes temporaires versée aux bénéficiaires ayant un enfanta charge de moins de cinq ans.Le 11 décembre, répondant à l\u2019appel des centrales syndicales, des dizaines de milliers de personnes bravent une pluie intense et envahissent les rues de Montréal pour une « journée nationale de perturbation ».Le même jour, le personnel des centres de la petite enfance (CPE), appuyé par de nombreux parents, fait la grève pour protester contre la hausse du tarif des garderies.Des manifestations de moindre envergure ont lieu simultanément dans toutes les régions.Pendant plusieurs jours, on assiège le Parlement où l\u2019Assemblée nationale est réunie en session intensive.Le gouvernement demeure intraitable, suspendant les règles habituelles pour forcer l\u2019adoption des projets de loi controversés.Le milieu municipal est également en ébullition.Au congrès d\u2019octobre 2000, le PLQ a adopté une résolution promettant la tenue de référendums dans les municipalités regroupées de force par le précédent gouvernement Dans plusieurs circonscriptions, les candidats libéraux élus le 14 avril 2003 doivent leur victoire à la colère des « défiisionnistes ».Même si Jean Charest a dit souhaiter le succès des nouvelles villes durant la campagne électorale, il refuse de revenir sur l\u2019engagement pris par son parti.En juin, le nouveau ministre des Affaires municipales, Jean-Marc Fournier, dépose le projet de loi 9, qui fait l\u2019objet d\u2019audiences publiques au début de septembre.Dès le départ, les deux camps s\u2019estiment trahis.Les dispositions finales du projet de loi, dévoilées le 28 novembre, stipulent qu\u2019une majorité de 50 % des voix plus une représentant au moins 35 % des électeurs inscrits sera nécessaire pour qu\u2019une municipalité fusionnée puisse de détacher de la nouvelle ville.Une exigence jugée excessive par les uns, insuffisante par les Le gouvernement commet une série de maladresses qui provoquent la mobilisation de nombreux groupes et organismes communautaires.431 La vie politique autres.Les «conseils d\u2019agglomération», qui seront mis sur pied après d\u2019éventuelles défusions, font également l\u2019objet de vives critiques.Au moment où l\u2019Assemblée ajourne ses travaux, le 18 décembre, un sondage Crop indique que 60 % des Québécois sont insatisfaits du gouvernement De mémoire de sondeur, jamais un gouvernement vieux d\u2019à peine huit mois n\u2019a vu sa popularité tomber si bas.Kanesatake La ligue d\u2019improvisation À l\u2019occasion d\u2019un voyage qu\u2019il effectue en Grande-Bretagne en janvier 2004, le premier ministre explique aux auditeurs d\u2019une station radiophonique qu\u2019un gouvernement doit faire adopter les mesures les plus impopulaires en début de mandat Les stratèges libéraux se demandent toutefois s\u2019ils n\u2019ont pas forcé un peu trop la dose.Dans une société qui, sous la gouverne péquiste, a appris à valoriser la « concertation »etle« consensus», on accepte difficilement la brutalité avec laquelle le gouvernement a imposé son point de vue.Au bureau de M.Chares t, on conclut plutôt à un problème de communications.La population aurait mal compris le sens de l\u2019action du gouvernement, qui dit avoir un «mandat clair».Le 8 février, le premier ministre, qui se présente maintenant en « apôtre de la consultation publique», surprend les délégués au conseil général du PLQen annonçant la tenue prochaine de quatre forums régionaux, prélude à une « table nationale de concertation » réunissant les représentants de la société civile, à l\u2019exemple des sommets convoqués par le gouvernement de Lucien Bouchard en 1996.Le message de M.Charest demeure un peu confus, puisqu\u2019il s\u2019empresse d\u2019ajouter : « On ne ralentit rien, on n\u2019arrête rien.» Pourquoi consulter, si rien ne doit changer?L\u2019improvisation de l\u2019opération est criante.Le nombre de forums régionaux passe bientôt de quatre à dix-neuf.Le sommet qui devait avoir lieu en juin estreporté à l\u2019automne.La ministre des Communications, Line Beauchamp, et un vice-président de Bell Canada, Pierre Shedleur, en assumeront conjointement la présidence.Le 11 mars, ils se joignent au premier ministre pour dévoiler un document intitulé Briller parmi les meilleurs, qui doit en principe servir de base aux discussions, mais qui apparaît surtout comme une révision à la baisse des promesses électorales du PLQ, que le gouvernement se sent incapable de tenir.On n\u2019y trouve plus trace de l\u2019engagement d\u2019abaisser l\u2019impôt sur le revenu des particuliers de 27 % en cinq ans, ni de celui d\u2019assurer l\u2019accès aux soins de santé 24 heures sur 24.La priorité estplutôt de « sortir du piège budgétaire ».Prenant prétexte de cette improvisation, les centrales syndicales etles organismes communautaires annoncent qu\u2019ils boycotteront les forums régionaux.De simples citoyens choisis au hasard, au moyen de ce qu\u2019on baptise aussitôt la « loto-forum », sont invités à les remplacer.Les tuiles se succèdent en ce début d\u2019année.À la mi-janvier, un groupe de dissidents mohawks de la réserve de Kanesatake tiennent en otages pendant 36 heures une soixantaine de policiers autochtones venus de diverses régions à l\u2019appel du grand chef James Gabriel.Désireux d\u2019éviter un bain de sang, le ministre de la Sécurité publique, Jacques Chagnon, 432 croit bien faire en faisant évacuer les policiers, laissant les dissidents maîtres des lieux.La maison de M.Gabriel est incendiée et il doit quitter la réserve.Aux yeux de l\u2019opinion publique, M.Chagnon a désavoué le chef légitime au profit d\u2019une bande de dissidents soupçonnés de liens avec le crime organisé.Au fur et à mesure du passage des semaines, le gouvernement semble se résigner à ce qu\u2019une partie du territoire québécois soit soustraite à l\u2019application de la loi.De son côté, le ministre des Ressources naturelles, Sam Hamad, multiplie les déclarations contradictoires sur le controversé projet de centrale thermique du Suroît à Beauharnois.Le 13 janvier, il annonce officiellement que le gouvernement ira de l\u2019avant avec ce projet que les libéraux avaient vivement critiqué quand ils étaient dans l\u2019opposition.Face au tollé soulevé dans les milieux écologistes et à Beauharnois même, le gouvernement fait volte-face.M.Hamad explique qu\u2019il est « de sa responsabilité de reculer » pour mieux informer la population des tenants et aboutissants du projet Un mandat en ce sens est confié à la Régie de l\u2019Énergie, qui devra faire rapport le 8 avril.M.Hamad se ravise à nouveau et reporte l\u2019échéance au 30 juin.Il annonce ensuite la convocation d\u2019une, puis de deux commissions parlementaires qui examineront quelles suites seront données aux conclusions de la Régie.Le 27 avril, le ministre de la Justice, Marc Bellemare, démissionne, expliquant que la politique ne lui convient pas.Déjà très critiqué pour l\u2019intervention qu\u2019on lui prête dans le méga-procès des motards criminalisés, en août 2003, M.Bellemare ne peut accepter que le gouvernement renonce à revoir le principe du « no/ault» en matière d\u2019assurance-automobile, dont il a fait une affaire personnelle.Son projet de réforme de la justice administrative avait également rencontré de grandes résistances.La pédale douce À la mi-février, les directeurs du contentieux des différents ministères sont estomaqués d\u2019apprendre qu\u2019aucun nouveau projet de loi n\u2019est en préparation en vue de la reprise des travaux de l\u2019Assemblée nationale, le mois suivant Après l\u2019agitation de l\u2019automne, le gouvernement est bien déterminé à mettre la pédale douce, ravi de voir tous les yeux se tourner vers Ottawa, où les libéraux fédéraux de Paul Martin se débattent avec le scandale des commandites, qui rend l\u2019issue de la prochaine campagne électorale très incertaine.Coincé dans une « impasse budgétaire » qu\u2019il attribue au déséquilibre fiscal au sein de la fédération canadienne, le ministre des Finances, Yves Séguin, présente un budget qui ne respecte pas les deux principaux engagements électoraux du PLQ.Loin du milliard promis, il annonce une baisse de l\u2019impôt sur le revenu des particuliers de 220 millions de dollars à compter du Ier janvier 2005.Alors que les libéraux promettaient 2,2 milliards en santé, le réinvestissement dans le secteur de la santé est d\u2019un milliard.Diverses mesures destinés à la famille et aux contribuables à faible revenu valent néanmoins à M.Séguin, surnommé le « Robin des pauvres », des commentaires plutôt favorables dans les milieux communautaires.Après le tollé soulevé par la fuite de novembre, la version finale du plan de lutte à La vie politique la pauvreté rendu public le Tr avril reçoit également un bon accueil.Conformément aux promesses libérales, il prévoit l\u2019abolition des sanctions liées à l\u2019obligation de s\u2019engager dans une démarche de réintégration du marché du travail et garantit l\u2019intégralité de la prestation de base versée aux bénéficiaires de l\u2019aide sociale.Au début de mai, la présidente du Conseil du trésor, Monique Jérôme-Forget, dévoile enfin son plan de « réingénierie ».Depuis des mois, l\u2019opposition etles syndicats accusent le gouvernement Charest de vouloir démanteler le gouvernement et semblent un peu déconcertés par l\u2019apparente modération du document qui est rendu public.« La montagne a accouché d\u2019une souris », déclare le porte-parole péquiste, Sylvain Simard.Trop heureuse de renforcer cette impression, Mme Jérôme-Forget confesse que « la démarche est beaucoup plus complexe que ce qu\u2019on a estimé ».Dans l\u2019immédiat, la révision des structures et des programmes gouvernementaux paraît moins audacieuse que ce qu\u2019avait proposé son prédécesseur péquiste au Trésor, Joseph Facal, dans un rapport qui avait été expédié aux archives avantmême d\u2019être publié.Une diminution par attrition de 16 ooo postes au sein de la Fonction publique, sur une période d\u2019une dizaine d\u2019années, est loin de l\u2019hécatombe appréhendée.La définition d\u2019une politique-cadre de partenariats public-privé (PPP), qui est au cœur de la « réingénierie » est quant à elle reportée à plus tard.Le projet de loi créant une Agence des partenariats public-privé ne sera finalement déposé qu\u2019à l\u2019ajournement des travaux de l\u2019Assemblée nationale, le 17 juin.Trois jours plus tard, le 20 juin, des référendums ouvrantla porte à d\u2019éventuelles défissions sont tenus dans les 89 municipalités où au moins 10 % des électeurs ont signé un registre, en faisant ainsi la demande.Dans l\u2019île de Montréal, 15 des 22 anciennes municipalités de banlieue où il y a référendum choisissent de quitter la nouvelle ville.Le maire Gérald Tremblay veut néanmoins y voir une « grande victoire » pour la métropole.À Québec seulement deux municipalités sur 12 optent pour la sécession.Sur la rive sud de Montréal, la nouvelle ville de Longueuil est littéralement démembrée.Des cinq municipalités qui avaient été fusionnées contre leur gré, une seule décide de rester.Même si la nouvelle carte municipale de l\u2019île de Montréal coïncide largement avec les frontières linguistiques, le gouvernement refuse d\u2019y voir un clivage entre francophones et anglophones.Pour le ministre des Affaires municipales, Jean-Marc Fournier, « ce n\u2019est pas une question de langue, mais de citoyenneté ».Le fédéralisme asymétrique Dans son rapport rendu public en octobre 2001, le comité présidé par Benoît Pelletier, maintenantministre délégué aux Affaires intergouvemementales canadiennes, avait fait du fédéralisme « asymétrique » un des fondements de la politique constitutionnelle du PLQ.Il évoquait notamment la signature d\u2019ententes administratives qui permettraient au Québec d\u2019exprimer concrètement sa spé- Gérald Tremblay 434 La vie politique cificité.L\u2019accession de Paul Martin au poste de premier ministre du Canada avait suscité de grand espoirs chez les fédéralistes québécois, qui commençaient cependant à déchanter.Au printemps 2003, Québec et Ottawa avaient bien signé une entente de principe ouvrant la porte à la création d\u2019un programme de congés parentaux spécifique au Québec, mais les modalités restaient à définir.Les élections fédérales du 27 juin viennent changer la donne.Maintenant à la tête d\u2019un gouvernement minoritaire, M.Martin démontre plus de souplesse.Durant la campagne électorale, il promet de présenter aux provinces un nouveau plan qui, affirme-t-il, permettra de remettre le système de santé en état« pour une génération ».Dans un accès de transparence, il promet même la tenue d\u2019une conférence entièrement télévisée.Fin juillet, le Conseil de la fédération, qui regroupe les premiers ministres des provinces et des territoires, se réunit à Niagara-on-the-Lake pour préparer la conférence.Jean Charest, appuyé par ses collègues, adopte la ligne dure, fl n\u2019est pas question pour le Québec d\u2019accepter qu\u2019Ottawa pose des conditions à une plus grande participation au financement des services de santé.Le 8 septembre, à cinq jours de l\u2019ouverture de la conférence, M.Martin évoque publiquement la possibilité d\u2019une « entente spécifique » pour le Québec.Après trois jours d\u2019âpres négociations, qui ont forcé les participants à renoncer à la transparence au profit du huis clos, les provinces arrachent au gouvernement fédéral une hausse substantielle des transferts destinés à la santé.Un Jean Charest rayonnant fait état d\u2019une entente distincte et « historique » pour le Québec.Pour la première fois, un texte signé par tous les participants à la conférence reconnaît formellement le principe du « fédéralisme asymétrique ».Au Québec, presque tout le monde reconnaît la réussite de M.Charest, y compris l\u2019ancien premier ministre péquiste Jacques Parizeau et le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe.Seul le chef du PQ, Bernard Landry, cherche à la minimiser.Un sondage Crop réalisé dans les jours qui ont suivi la conférence suggère qu\u2019elle a été profitable au PLQ.Un Québécois sur deux (52 %) estime que l\u2019entente intervenue marque un « progrès historique ».À 36 %, le taux de satisfaction demeure encore très bas, mais il s\u2019agit de la quatrième hausse consécutive enregistrée par Crop depuis avril.Le PQ conserve néanmoins une avance de deux points (41-39) au chapitre des intentions de vote.Les élections complémentaires qui ont lieu le 20 septembre dans quatre circonscriptions confirment ces chiffres.Le PLQ perd Vanier au profit de l\u2019ADQ et surtout sa forteresse multiethnique de Laurier-Dori on aux mains du PQ.Pour le gouvernement Charest l\u2019embellie demeure toute relative.Après trois jours à 'âpres négociations, les provinces arrachent au gouvernement fédéral une hausse substantielle des transferts destinés à la santé.Paul Martin 435 La vie politique La saison des idées Après la pire défaite en élections générales subie par le PQ depuis 1973, personne ne doutait que Bernard Landry prendrait sa retraite à brève échéance.Lui-même avait annoncé qu\u2019il ne dirigerait pas son parti aux élections suivantes.Au fur et à mesure de la croissance de l\u2019insatisfaction à l\u2019endroit du gouvernement, M.Landry entrevoit toutefois la possibilité de demeurer en poste, d\u2019autantplus que les principaux aspirants à sa succession ne semblent pas en mesure de lui forcer la main.Dès la mi-juin, la direction du parti évoque ouvertement le report au printemps 2005 du congrès au cours duquel le chef du PQ devra se soumettre à un vote de confiance.À la fin de l\u2019été, un documentaire intitulé À hauteur d\u2019homme, tourné au cours de la dernière campagne électorale par le cinéaste Jean-Claude Labrecque, déclenche un mouvement de sympathie en faveur deM.Landry, présenté comme la victime d\u2019une meute de journalistes déchaînés.Un sondage de Léger Marketing indique que 78 % des électeurs péquistes souhaitent qu\u2019il demeure en poste.Un de ceux qui convoitent ouvertement son poste, l\u2019ancien ministre de la Santé, François Legault, se dit maintenant prêt à l\u2019appuyer.Celle en qui tout le monde voit la principale rivale de M.Landry, Pauline Marois, paraît de plus en plus isolée.Inévitablement, la défaite d\u2019avril 2003 a plongé les militants péquistes dans une profonde réflexion.Après huit ans de « bon gouvernement » destiné à préparer les « conditions gagnantes », la souveraineté semble plus éloignée que jamais.Un vent de radicalisation souffle maintenant au PQ.Au conseil national de juin, M.Landry a clairement indiqué qu\u2019il tenait toujours au modèle de l\u2019Union européenne, mais il doit bientôt y renoncer.Dans une lettre publiée dans les journaux le 18 avril, il plaide en faveur d\u2019un « pragmatisme rassembleur », qui permettra au PQ de demeurer une coalition réunissant les souverainsites de toutes tendances.Le chef du PQ accepte que la souveraineté soit « au cœur de la prochaine élection », mais il refuse de fixer une échéance de son « avènement », autrement dit d\u2019un référendum, qui viendra « le plus rapidement possible après l\u2019élection ».C\u2019est compter sans François Legault, qui capitalise sur l\u2019impatience des militants.M.Legault propose la rédaction d\u2019un nouveau budget de l\u2019an 1, dont les choix démontreront le caractère résolument social-démocrate d\u2019un Québec souverain.Il veut surtout que le PQ fasse campagne sur un « programme de pays », ce qui suppose que le référendum suive de très près l\u2019élection d\u2019un gouvernement péquiste.C\u2019est Pauline Marois qui lui donne la réplique au nom des modérés.Dans son esprit, le PQ doitplutôtprofiter du mécontentement créé par les politiques du gouvernement Charest et offrir « une véritable solution de remplacement sociale, économique et démocratique ».La définition du projet de pays viendra après les élections, la tenue du référendum étantreportée au plus tôt dans la seconde moitié du mandat À la mi-août, l\u2019incontournable Jacques Parizeau, relativement discret depuis les élections du 14 avril 2003, entre en scène, reprenant à son compte une idée déjà avancée par le directeur de la revue EAction nationale, Robert Laplante.Selon ce scénario, le PQ demanderait à Le chef du PQ accepte que la souveraineté soit « au coeur de la prochaine élection », mais il refuse de fixer une échéance de son « avènement».436 La vie politique la population « le mandat de réaliser la souveraineté ».Dès son élection, un gouvernement péquiste poserait des « gestes de rupture ».Il promulguerait une constitution provisoire instituant une citoyenneté québécoise.La population serait ensuite invitée à se prononcer sur une constitution définitive.Si elle est approuvée, le Québec deviendrait souverain de facto.Bernard Landry s\u2019oppose vivement à cette proposition.Pour le chef du PQ, un référendum portant spécifiquement sur le principe de créer un État souverain est un passage obligé.Pauline Marois, plus nuancée, reste du même avis sur le fond.François Legault se montre plus réceptif.À quelque heures de l\u2019ouverture du conseil national, le 27 août, coup de théâtre.Mme Marois réclame publiquement une course à la chefferie.Bernard Landry qui a prévu d\u2019annoncer officiellement en soirée qu\u2019il entend solliciter la confiance des militants au congrès de juin, accuse le coup.Mais la sortie de Mme Marois s\u2019avère un coup d\u2019épée dans l\u2019eau.Au Conseil national, seulement cinq associations de comté appuient une résolution demandant un course à la chefferie.M.Landry sait cependant que la partie estloin d\u2019être gagnée.Pour obtenir un appui suffisant au congrès, il aura besoin de l\u2019appui de François Legault, qui multiplie déjà les conditions.Le chef du PQ accepte le principe de faire campagne sur un « programme de pays », mais il refuse de se prononcer sur la recommandation faite par le « chantier Pays », après une vaste consultation des membres, qui souhaitent que le référendum ait lieu « dans la première moitié du prochain mandat du Parti québécois ».Il lui faut mesurer jusqu\u2019où il peut aller pour conserver la confiance des militants péquistes, sans s\u2019aliéner un électorat dont la tenue d\u2019un autre référendum est loin d\u2019être la priorité.L\u2019Action démocratique du Québec, dirigée par Mario Dumont, est presque revenue à la case départ aux élections du 14 avril 2003.Dans un discours prononcé devant le Canadian Club de Toronto à l\u2019automne 2002, le chef de l\u2019ADQ a commis l\u2019erreur de déclarer que la question nationale « n\u2019apparaissait plus sur son écran radar ».Mais il est bien décidé à revenir au thème qui lui avait permis de se trouver une case sur l\u2019échiquier politique québécois.À l\u2019occasion du congrès tenu à Drummondville, les 25 et 26 septembre, l\u2019ADQ se proclame officiellement «autonomiste ».Son programme exige à nouveau le rapatriement des pouvoirs que réclamait le rapport Allaire, de même que la promulgation d\u2019une constitution de « l\u2019État autonome du Québec », tout en maintenant le cadre fédéral.En se faisant à nouveau le champion de la « troisième voie », l\u2019ADQ vise clairement la clientèle nationaliste que la radicalisation du discours péquiste ne manquera pas d\u2019inquiéter.À l\u2019occasion de l\u2019élection partielle du 20 septembre dans Vanier, l\u2019ADQa cependant effectué un virage populiste risqué.En s\u2019associant aux mouvement Scorpion, qui réclame la réouverture de l\u2019enquête sur la prostitution juvénile à Québec, de même qu\u2019aux défenseurs de la station radiophonique CHOI-FM, dont le CRTC a retiré la licence en raison des propos grossiers tenus par son animateur vedette, M.Dumont s\u2019est aliéné bon nombre d\u2019électeurs.L\u2019ADQ semble en voie de réincarner le défunt Crédit social.À l'occasion de l'élection partielle du 20 septembre dans Vanier, l'ADQ a effectué un virage populiste risqué.437 La vie politique La gauche québécoise en effervescence lan Parenteau Departement de science politique, Université du Québec à Montreal Les altermondialistes cherchent à saisir les traits essentiels de la mondialisation libérale afin de mieux la dénoncer et d'en dévoiler la nature.Entre les projets de « réingénierie » et de partenariats publics-privés (PPP) proposés par le gouvernement du Québec, d'une part, et les avancées de la mondialisation libérale, d'autre part, la gauche québécoise a connu une année mouvementée.D'ailleurs, nous disons « la gauche » ; peut-être devrions-nous dire « les gauches » qui se distinguent suivant trois lignes de partage.Une rupture est apparue entre les conceptions de la gauche social-démocrate aspirante ou exerçant le pouvoir politique etla gauche citoyenne au sujet du rôle du citoyen au sein de la société.D'un côté, la vision gouvernementale fait la promotion du citoyen afin de valoriser la participation politique des citoyens dans le cadre des règles déjà établies.Les dirigeants politiques cherchent ainsi à renforcer la démocratie actuelle.De l'autre, la stratégie de la gauche citoyenne ne veut pas consolider les mécanismes en place, mais vise au contraire à instaurer des règles qui rendraient la démocratie plus participative.Mais de manière générale, la gauche délaisse progressivement (sans jeu de mots) le terrain des luttes corporatistes et abandonne une partie de son discours revendicateur d'un interventionnisme étatique musclé.La place de la question nationale dans l'agenda des militants divise également la gauche sur une base générationnelle.Alors que la cause de la souveraineté et de l'affirmation nationale québécoise est toujours ardemment défendue par la vieille garde, le discours et l'action des jeunes militants se situent ailleurs, bien que ceux-ci appuient encore en majorité le projet souverainiste.La pensée du jeune mouvement militant est centrée sur des valeurs immatérielles : la protection de l'environnement, la défense de la diversité culturelle et de l'acceptation de l'autre, et la promotion d'un autre monde meilleur.En contrepartie, les luttes passées pour des acquis matériels - hausse de salaires, vacances payées, droit de vote pour les femmes, etc.-semblent trouver moins d'écho chez la nouvelle génération de militants.Cette 438 La vie politique ligne de partage est d'une grande importance pour la gauche qui, dans la diversité des tactiques et des stratégies qui la caractérise actuellement, cherche à unir ses forces devant l'offensive libérale.Les stratégies de la gauche québécoise Les diverses composantes de la grande famille de la gauche québécoise utilisent une multitude d'actions et de formes d'engagement social, politique, économique, médiatique et culturel par lesquelles elles tentent de faire la promotion, à leur façon, du bien commun.La gauche traditionnelle La stratégie de la gauche traditionnelle est double.Une frange importante de la gauche québécoise cherche d'abord à politrfier - à transformer un objet social en objetpolitique-son action et à faire entendre au parlement les enjeux qui lui importent C'est notamment le cas des syndicalistes qui ont dénoncé l'amendement en décembre 2003 de l'article 45 du Code du travail, qui facilite le recours à la sous-traitance.Leurs succès sont bien minces : pour l'heure, le gouvernement Charest poursuit, quoique à une cadence moindre, son plan de réingénierie de l'État Option citoyenne La gauche traditionnelle tente ensuite de politiser - d'accepter de prendre part au jeu du parlementarisme - son action en s'engageant sur le chemin de la politique partisane.C'est la stratégie qu'ont adoptée les initiateurs d'Option citoyenne, Françoise David et François Saillant, qui cherchent à unifier la gauche sous la bannière d'un nouveau parti politique.Option citoyenne se présente comme étant « de gauche, féministe, écologiste et al-termondialiste ».Son objectif est de « contribuer à la construction d'un Québec centré sur la recherche du bien commun en introduisant dans la sphère politique une alternative porteuse d'espoir.» Le désintérêt du Parti québécois (PQ) pour les questions sociales et le succès de la création il y a deux ans de l'Union des forces progressistes (UFP) inspirent pour l'instant les militants d'Option citoyenne.Toutefois, malgré les distances qu'ils prennent par rapport au reste de la gauche partisane, un rapprochement avec le PQ et l'UFP n'est toujours pas exclu.Union des forces progressistes Jeune doyenne des initiatives partisanes, née en juin 2002, l'Union des forces progressistes donne du vent dans les voiles de la gauche québécoise.En quelques mois, les militants et les porte-parole de l'UFP, principalement Amir Khadir, ont réussi à la fois à réaliser quelques progrès sur la scène électorale, notamment lors des élections partielles du 20 septembre 2004 -il n'ont toutefois pas remporter de siège, ce qui, dans le système actuel, aurait été étonnant - , et à rallier l'appui de ceux qui en règle générale refusent de participer au jeu du parlementarisme.L'UFP est de tous les combats de la gauche, qui sont parfois très variés (campagne contre le Suroît, campagne pour l'instauration d'une assemblée Le succès de l'UFP sonne l'alarme au PQ dont les militants les plus à gauche quittent les rangs pour rejoindre ceux de l'UFP et d'Option citoyenne.439 La vie politique constituante, campagne pour le maintien des cégeps, envoi d'une délégation au Forum social mondial (FSM), appui aux travailleurs de l'Alcan pour la grève générale de 24 heures - qui n'aura fi-nalementpas eu lieu).Le succès de l'UFP sonne l'alarme au PQ dont les militants les plus à gauche quittent les rangs pour rejoindre ceux de l'UFP et d'Option citoyenne.C'est dans ce contexte que le club politique Syndicalistes et progressistes pour un Québec libre (SPQ Libre) a vu le jour.Créé en février dernier, sous l'initiative de Pierre Dubuc et de Monique Richard, le club politique SPQ Libre a pour objectif la formation et le développement d'un courant syndicaliste et progressiste organisé sur la scène politique québécoise, etplus particulièrement au sein du PQ.Il est pour l'heure le principal acteur qui cherche à unir les forces de gauche et les forces nationalistes au Québec.Bien que ses membres adhèrent également au PQ, l'ouverture d'esprit dont témoignent ses organisateurs est signe d'une réelle volonté du SPQ Libre d'intégrer le camp de la gauche, dont les militants ne sont, pour la plupart, pas très éloignés.La création du SPQ Libre semble toutefois susciter davantage la critique que la sympathie au sein du reste de la gauche.Amir Khadir, porte-parole de l'UFP, doute en effet du succès de l'opération visé par le club politique.Dès la création de celui-ci en août 2004, Khadir affirmait que « ce n'est pas la première fois que des gens bien intentionnés veulent que le Parti québécois change d'orientation et qui essaient de modifier des choses.Je doute de la possibilité d'un succès de cette opération ».Depuis, l'UFP semble avoir revu ses positions au sujet d'une collaboration avec le SPQ Libre.En effet, Kadhir a accepté l'invitation à participer au Forum sur l'accession du Québec à la souveraineté qu'organisait le SPQ Libre en septembre 2004, et a laissé entrevoir une certaine volonté d'ouverture de la part de l'UFP à l'égard de l'appel à l'union des forces de gauche et nationalistes québécoises.Après avoir été accueillie favorablement par les chefs du PQ, le SPQ Libre tente de se creuser une place entre les tenants de l'approche partisane et ceux de l'approche syndicaliste.Cette initiative reçoit déjà l'appui des grandes centrales syndicales.Il reste à voir les gains qu'elle fera sur l'échiquier politique québécois.La gauche développementaliste Alternatives L'organisme de développement international Alternatives, qui fêtait ses dix ans à l'été 2004, lançait en partenariat, en janvier 2004, le Répertoire des mouvements sociaux.L'objectif poursuivi par ce projet estdouble : il vise d'abord à rassembler les mouvements sociaux du monde entier afin de « favoriser la communication et la construction de ponts entre les mouvements sociaux et les réseaux originaires de pays ou continents différents ».Ensuite, il cherche à « fournir une base empirique et analytique pour la compréhension de la dynamique des luttes sociales et des convergences ».Alternatives continue d'occuper le rôle de relais des diverses composantes de la gauche québécoise.Situantson action surplusieurs fronts, il est d'abord développementaliste, 440 mais il est également l'un des acteurs principaux de la gauche altermondial-iste québécoise.L'action d'Alternatives est à cet égard emblématique du mouvement pour un autre monde qui est fortement caractérisé par le multimili-tantisme.Alternatives œuvre également en éducation et pour la promotion de la démocratie participative au niveau municipal.Il inaugurait un portail sur ce thème en novembre 2003 qui vise à dé-montrer qu'il est possible et souhaitable de faire de la politique d'une autre manière et de donner le pouvoir aux citoyens.Le portail réunit quelques documents qui font le survol des principaux enjeux et questions qui touchent la démocratie participative.La gauche ludique Les Lucioles Le collectif de cinéastes engagés Les Lucioles a trois ans.Il continue à faire la promotion du cinéma indépendant et à lutter contre le cinéma de masse et les mesures de censure qu'inflige l'aide versée aux seuls producteurs de films box-office.Par-delà la composante artistique importante du collectif, Les Lucioles inscrivent leur démarche au sein de la gauche en voulant tendre la caméra et le micro aux cinéastes amateurs afin qu'ils puissent « prendre en compte le réel social ».Ils organisent chaque mois à travers le Québec des séances de diffusion de leurs œuvres afin de susciter la réflexion et le débat Les Lucioles sont de toutes les causes : toutes celles qui font l'objet de leurs films, et d'une seule : celle du cinéma indépendant.Les Zapartistes Le groupe d'humoristes Les Zapartistes participe à sa façon à la promotion des idées de gauche au Québec.Le succès de son dernier spectacle, « Les Zapartistes contre l'Empire», contribue à dénoncer les abus du militarisme.Comme leur manifeste l'indique, les Zapartistes considèrent « important que l'humour serve d'exutoire social, de véhicule d'une critique politique et d'outil pédagogique ».L'humour ayant la cote au Québec, les Zapartistes s'acquittent avec brio du volet pédagogique de leur œuvre.Le mouvement altermondialiste Si le mouvement altermondialiste est marqué par un militantisme jeune et spontané, son jeune âge ne l'a toutefois pas empêché d'être devenu l'une des composantes les plus larges de la gauche québécoise.Ses pourtours sont pour l'heure encore mal définis et d'évidence fluctuants.Le mouvement favorise les structures souples et vise davantage les actions d'éclat, la manifestation, les forums populaires qui réunissent un grand nombre de participants, que le chemin plus traditionnel de la négociation avec les dirigeants politiques.Les questions que soulèventaujour-d'hui les objectifs poursuivis par le mouvement altermondialiste sont nombreuses et débordent largement le cercle des militants sympathisants.Les médias, même les plus conformistes, s'intéressent désormais au mouvement Les altermondialistes visent à réinjecter de l'espoir chez les laissés-pour-compte de la mondialisation.La nouveauté et la popularité du mouvement reposent d'ailleurs sur le rôle thérapeu- La vie politique tique qu'il assume et qui marque une certaine rupture avec la gauche marx-isante.Cette dernière, en inscrivant sa pensée et son action dans une vision historique du monde, balisait les avenues possibles d'engagement.Or, la mondialisation oblige à repenser la stratégie du long terme historique et à réagir plus rapidement aux offensives libérales.Partant du postulat qu'« un autre monde est possible », le mouvement altermondialiste cherche à rompre avec le déterminisme marxiste en comprenant son action dans une perspective d'avenir, en termes moins utopistes.L'eschatologie altermondialiste est certes plus optimiste que celle marxiste.Les initiatives altermondialistes au Québec sont nombreuses.Le contexte québécois du démantèlement de l'État-providence et de la mondialisation favorise son extension.Pour comprendre le mouvement altermondialiste québécois, il est nécessaire de rappeler brièvement les origines du mouvement, car elles agissent encore sur ceux qui cherchent à s'y associer.Issu de l'action concertée de la gauche développementaliste, principalement des groupes pour l'élimination de la dette des pays du Tiers-monde, le mouvement altermondialiste a vu sa naissance marquée par deux événements phares.Le soulèvement zapatiste, et la campagne internationale d'appui qui s'est organisé autour de lui, forment le premier moment Le second moment est constitué du premier con-tre-sommet du Forum économique mondial, le sommet de Davos, qui s'est tenu à Porto Alegre en 2001.D'abord révoltés dans les forêts du Chiapas et sur Internet, les antimondialistes (qui deviendront bientôt altermondialistes) organisent très tôt leur réponse aux partisans de la pensée unique.De là sont nés des groupes comme ATTAC, qui cherche à structurer le mouvement Au Québec, l'initiative du Réseau de vigilance s'inscrit ouvertement dans la tradition altermondialiste.Le Réseau de vigilance Le réseau est né en octobre 2003 et regroupe une cinquantaine de groupes sociaux et syndicats : la Fédération des infirmières et infirmiers du Québec (FIIQ), Alternatives, le FRAPRU, le Collectifpour un Québec sans pauvreté, l'Union paysanne, D'abord solidaires, des fédérations étudiantes, etc.Le Réseau de vigilance a organisé, au début octobre 2004, le Fomm populaire alternatifpour un Québec solidaire, qui se veut le contre-sommet du Forum des générations qui se tenait à la mi-octobre 2004.Non seulement ces organisateurs appellent-ils au boycott du forum, « ces consultations régionales bidon », mais de plus ils cherchent à rendre illégitimes les initiatives gouvernementales sur le terrain de la citoyenneté.L'appel à la « guérilla politique » lancé par le Réseau de vigilance renvoie directement à l'imagerie zapatiste et ré-bellionnaire.Le Centre des médias alternatifs du Québec Né lors du sommet des Amériques en 2001, le Centre des médias alternatifs du Québec est un cybermagazine qui propose un regard nouveau et à contre-courant de celui des grands médias qui sont dominés par quelques consortiums médiatiques (Québécor et Gesca/Power détiennent un quasi 442 monopole de la presse écrite quotidienne où seul Le Devoir est encore indépendant).Ayant pour maxime « Sortir de la pensée unique », le CMAQ, parce qu'il est une plateforme de libre publication, vit de la collaboration de ses lecteurs.Il est engagé dans la promotion de la liberté d'expression et seuls les textes ne respectantpas la politique éditoriale très élastique sont rejetés.En quelques années, le CMAQ s'est forgé une place enviable dans l'espace virtuel de la gauche québécoise.À bâbord! Revue sociale et politique La revue À bâbord !, issue de la revue Espaces possibles, lançait son premier numéro en septembre 2003 en s'attaquant aux premières semaines de pouvoir du gouvernement Charest La revue veut « s'élargir à toutes les composantes de la gauche québécoise et se faire l'écho de leurs débats et préoccupations ».Les textes qu'elle réunit sont de la plume d'universitaires et de militants qui travaillent au sein de la gauche.Les thématiques abordées par la revue, la protection de l'eau, la promotion de la démocratie participative et le sort des réfugiés dans le monde, par exemple, témoignent d'une appartenance claire au mouvement altermon-dialiste.Parce que la version papier de la revue estbien distribuée en régions, il est à croire qu'elle saura faire écho aux préoccupations de la gauche québécoise régionale, qui ont tendance à être diluées parmi celles de Montréal et Québec, tournées vers le milieu urbain.La tribu du verbe Le cybermagazine La tribu du verbe qui a maintenant trois ans, publie des bil- lets très critiques et surtout loufoques sur la politique québécoise.Plus vaude-villesque que grave dans la forme et dans le contenu, le site est toutefois rigoureux dans le choix des textes qui y sont présentés.Ils s'inscrivent tous dans la campagne acharnée que mène une bonne partie de la gauche pour la « destitution de Patapouf ».La campagne contre Patapouf-Jean Charest-cherche à unir les forces de l'opposition afin de « destituer» le gouvernement libéral.Les tribalistes du verbe ont pour arme principale l'ironie et la malice.Cette arme est efficace dans la mesure où l'ensemble de la gauche québécoise plébiscite le message.Les points de friction de la gauche québécoise La première ligne de partage de la gauche québécoise - au sujet de la mondialisation - pourrait annoncer une rupture plus grande entre les tenants de l'approche traditionnelle et les altermondialistes.Lorsque vient le temps de penser la mondialisation en terme de relocalisation d'entreprises québécoises vers le Sud, des positions divergentes risquent d'effriter la bonne entente.Comment favoriser l'accélération d'une certaine mondialisation, celle des droits humains, par exemple, - car c'est en partie ce que cherchent les altermondialistes - sans exacerber l'autre, celle aux effets pervers tels que la délocalisation d'une partie du secteur industriel québécois incapable de rivaliser sur le plan des salaires, notamment avec la Chine ?La ligne de partage générationnelle pourrait aussi vite devenir le terrain d'incompréhensions de la part des deux camps de la gauche dont les visions La vie politique sont sinon différentes, du moins contradictoires sur certains points, notamment quant aux réponses à apporter à la mondialisation.La nécessité de faire front commun voile encore le fossé qui les sépare.Mais pour combien de temps encore ?Cette fracture générationnelle fait écho à un autre différend de nature similaire qui risque de miner le développement du mouvement altermondialiste : les revendications du Nord et celles du Sud sont par essence bien différentes.Les premières se regroupent autour de questions liées à l'environnement et aux droits de l'homme, alors que les secondes cherchent des solutions de rechange aux politiques de développement économique du Nord.La question nationale pourrait aussi venir brouiller la gauche québécoise qui n'est pas unanime au sujet des avantages que la gauche pourrait retirer d'un Québec souverain.L'ambivalence d'Option citoyenne sur cette question, qui préfère ne pas trancher pour l'instant et « reprendre le débat à la lumière des valeurs » que ses militants portent, et surtout les vives réactions de certains contre l'équivoque soutenue par David et Saillant, laissent présager une empoignade plus importante dans le futur.La plus grande part du discours des militants de gauche est une mosaïque.Prise à part, les actions des groupes mentionnés ici semblent trop éloignées les unes des autres pour qu'on puisse croire qu'elles appartiennent à la même famille politique.Or, le tableau dressé dans cet article visait justement à souligner l'étendue et la vitalité des contributions à la recherche et à l'engagement dans le sens du bien commun de la gauche québécoise qui va bien au delà des lignes de partages.Sites Internet À bâbord ! Revue sociale et politique: www.ababord.org Alternatives : www.alternatives.ca Association pour la taxation des transactions financières pour l\u2019aide au citoyen (ATTAC) : www.attac.org Destituons Patapouf : www.destituonspatapouf.com La Démocratie participative : démocratie.alternatives.ca La Tribu du verbe : www.latribuduverbe.com Le Centre des médias alternatifs du Québec (CMAQ) : www.cmaq.net Le Réseau de vigilance : www.vigilance.cam.org Les Lucioles : www.leslucioles.org Les Zapartistes - www.leszapartistes.com Option citoyenne : www.optioncitoyenne.ca Portail de la Démocratie participative : démocratie.alternatives.ca Répertoire des mouvements sociaux : www.social-movements.org Syndicalistes et progressistes pour un Québec libre (SPQ Libre) : spqlibre.org Union des forces progressistes (UFP) : www.ufp.qc.ca 444 La vie politique Les relations fédérales-provinciales à l'ère Martin François Rocher Departement de sciences politiques, Université Carleton Alors que l\u2019ancien premier ministre Jean Chrétien ne s\u2019est jamais gêné pour afficher une forme de désinvolture, sinon une arrogance certaine, à l\u2019endroit des provinces, l\u2019élection de Paul Martin à la tête du Parti libéral du Canada puis d\u2019un gouvernement minoritaire en juin 2004 devait marquer le début d\u2019une nouvelle ère caractérisée par un fédéralisme coopératif.Pour sa part, le gouvernement du Québec a contribué à la mise sur pied du Conseil de la fédération.Cette nouvelle institution, visant à favoriser la collaboration interprovinciale, a vu le jour en décembre 2003 eta tenu, au cours de ses huitpre-miers mois d\u2019existence, plusieurs rencontres.Lors de l\u2019élection provinciale québécoise en 2003, le cheflibéral Jean Charest avait fait de la santé « sa première priorité ».Au chapitre des relations intergouvemementales, il a mis l\u2019accent sur les thèmes du partenariat et de la cogestion.Le changement de garde au provincial et au fédéral a été perçu positivement, plusieurs y voyantl\u2019amorce de relations moins tendues entre Québec et Ottawa.Toutefois, les sources de conflit Paul Martin * K, .n\u2019ont pas changé avec la prise du pouvoir de « nouveaux » chefs de gouvernement : la question du déséquilibre fiscal demeure non résolue, le rôle du gouvernement fédéral dans le domaine delà santé est encore problématique, le « New Deal » proposé par Paul Martin aux municipalités court-circuite la responsabilité des provinces à leur endroit, pour ne nommer que ces trois domaines.Comment les provinces, et le 445 La vie politique Québec en particulier, appréhenderont cette nouvelle ère de partenariat avec le gouvernement fédéral ?C\u2019est cette question qui retiendra notre attention.Paul Martin : l\u2019ancien et le nouveau Dans une allocution prononcée trois jours avant son assermentation comme Premier ministre, Paul Martin affirmait que le gouvernement fédéral se devait de changer sa manière de faire avec les provinces.Il soulignait que la première chose qu\u2019il a accomplie après le congrès à la chefferie fut de rencontrer les premiers ministres des provinces et des territoires lors de la coupe Grey.« Je l\u2019ai fait parce que, si nous voulons renforcer le système de santé public universel, nous devons travailler avec les autres provinces pour y arriver.» Il invitait les représentants des provinces à faire preuve d\u2019ouverture d\u2019esprit à l\u2019endroit de l\u2019approche fédérale et à faire les choix difficiles qui s\u2019imposent « si les priorités nationales doivent être rencontrées ».En dépit du changement de ton, l\u2019orientation politique qui anime le gouvernement fédéral en matière de relations intergouvemementales demeure sensiblement la même : les provinces sont toujours considérées comme des gouvernements « juniors » dans la mesure où les priorités nationales ne peuvent être définies que par le seul gouvernement qui parle au nom de tous les Canadiens, à savoir le gouvernement fédéral.La campagne électorale fédérale de juin 2004 a permis de mieux cerner de quelle manière un gouvernement dirigé par Paul Martin entendrait collaborer avec les provinces et les territoires.La plate-forme électorale libérale a con- sacré un chapitre aux questions les touchant directement Dans ce chapitre intitulé « Renforcer nos fondations sociales », les libéraux soulignent d\u2019entrée de jeu que les programmes sociaux ne représentent rien de moins que les valeurs et la nature de la nation canadienne, ils « font partie de ce que nous sommes comme individus et comme pays ».Dans cette logique, il est du devoir du gouvernement fédéral de renforcer les fondations sociales du Canada et, au premier chef, la qualité des soins de santé, enjeu qui préoccupe le plus les citoyens.Rejetant tout débat (qualifié d\u2019idéologique) sur la structure de base du système, les principes de la Loi canadienne sur la santé' devront être respectés dans leur intégralité.Le document identifie les secteurs qui appellent une intervention ciblée et la mise sur pied de stratégies nationales : réduction des temps d\u2019attente (dans des domaines très précis : interventions liées au cancer et aux maladies coronariennes, les diagnostics par imagerie, les remplacements d\u2019articulations et la restauration de la vision) ; accessiblité et disponibilité aux professionnels de la santé ; soins à domicile ; et couverture pour les médicaments d\u2019ordonnance lorsque les coûts sont importants.Lors de la campagne électorale, le Parti libéral du Canada s\u2019est aussi engagé à injecter neuf milliards de dollars en santé, dont quatre milliards pour réduire les temps d\u2019attente.Conscient du fait que la gestion du système de santé relève des provinces, Paul Martin s\u2019est engagé à tenir une rencontre réunissant les premiers ministres au cours de l\u2019été 2004.Les sommes promises ne seront pas trans- 446 férées inconditionnellement : « de toute évidence, la discussion impliquera une composante de \u201cdonnant-donnant\u201d.Les compétences provinciales en santé seront respectées ».Le gouvernement fédéral exigera toutefois la mise sur pied de mécanismes d\u2019imputabilité et de transparence.Il établira, en collaboration avec les provinces, les objectifs à atteindre.Lors de la campagne électorale, Paul Martin s\u2019est aussi engagé à créer, en s\u2019inspirant de l\u2019expérience du Québec, un programme national d\u2019apprentissage et de services de garde.Les provinces seraient responsables de la réglementation garantissant la sécurité des services et la compétence du personnel.Ce programme devrait aussi être universel et accessible.Le choix des modèles d\u2019apprentissage et de services de garde sera laissé à la discrétion des provinces qui devront toutefois respecter les principes du programme pour obtenir le financement d\u2019Ottawa.Dans un autre domaine de compétences provinciales, le Parti libéral du Canada s\u2019est aussi engagé à conclure un Nouveau pacte avec les municipalités.Cette volonté fait suite au budget déposé en 2004 dans lequel le gouvernement fédéral avait annoncé son intention de procéder à un transfert inconditionnel de sept milliards de dollars au cours des dix prochaines années en éliminant la perception de la TPS sur les dépenses effectuées par les municipalités.La plate-forme précise que ce Nouveau pacte ne se limite pas aux transferts de fonds du gouvernement fédéral mais appelle un nouveau partenariat avec les provinces et les villes dans des domaines qui touchent aussi bien à l\u2019eau potable, aux gaz à effet de serre qu\u2019à l\u2019accessibilité au lo-gementpour les immigrants.En somme, peu importe le domaine où le gouvernement fédéral entend intervenir, cet engagement se décline invariablement en termes de « stratégies nationales » : stratégie nationale de réduction des temps d\u2019attente ; programme national de soins à domicile ; stratégie nationale de médicament ; programme national d\u2019apprentissage et de services de garde ; Nouveau pacte avec les villes ; etc.Reconnaissant que ces domaines relèvent des provinces, le gouvernement central met de l\u2019avantla rhétorique du partenariat.Celle-ci a pour effet de nier la responsabilité première des provinces et de justifier son rôle de maître d\u2019œuvre.Sans jamais l\u2019admettre, c\u2019est en faisant appel à son pouvoir de dépenser, à l\u2019ère des surplus fédéraux, qu\u2019Ottawa entend définir où, quand et comment les gouvernements provinciaux pourront intervenir dans ces domaines.Le Conseil de la fédération : faire du neuf avec du vieux Dès 2001, le Parti libéral du Québec avait fait la promotion de la création d\u2019un Conseil de la fédération (CF) dont l\u2019un des principaux rôles serait de permettre une plus grande concertation des gouvernements dans les domaines de l\u2019union économique et du renforcement de l\u2019Accord sur le commerce intérieur conclu en 1994.Tel qu\u2019envisagé au départ, le CF devrait aussi se pencher sur les questions des normes et objectifs relevant de l\u2019union sociale canadienne, l\u2019interprétation des principes de la Loi canadienne sur la santé', l\u2019élaboration des objectifs pancanadiens dans les champs de compétences provinciales, La vie politique La Chaire de recherche du Canada en Études québécoises et canadiennes La Chaire de recherche du Canada en Études québécoises et canadiennes de l'UQAM (CREQC) s'emploie à étudier la construction des communautés politiques dans un cadre régional, national et international et autour de laquelle se greffe un ensemble d'activités structurantes pour la recherche avancée ainsi que pour l'éducation publique locale, nationale et internationale.La Chaire privilégie la notion de la représentation comme angle principal d'interprétation.Elle étudie la représentation sous trois grands angles: la diversité culturelle et politique, les identités multiples et la citoyenneté fédérale.Elle adopte également une démarche comparative pour mieux cerner la réalité québécoise et canadienne, En 2003-2004 la Chaire a tenu deux colloques internationaux sur le thème de la diversité dont un à i'University College de Dublin et un autre à l'Institut d'études Politiques de Bordeaux, Au cours de la même période, la Chaire a agi comme maître d'œuvre dans la préparation de trois projets de livre portant sur la politique canadienne et comparée : The Conditions of Diversity in Multinational Democracies (Institut de recherche en politiques publiques, 2003); Québec: État et Société, Tome 2 (Québec-Amérique, 2003) traduit en anglais, espagnol et portugais en 2003; Canadian Politics (Broadview Press, 2004), La Chaire a accueilli en 2003-2004 plusieurs candidats au doctorat et au post-doctorat dans le cadre de son programme d'invitation: Jaime Liuch (Yale), Bernard Gagnon (IEP Bordeaux), Raffaele lacovino (McGill), LucTurgeon (Toronto), Marie-France Le Blanc (INRS), La Chaire a mis sur pied un programme de bourses d'excellence de 5000 dollars chacune pour aider les étudiants de 2e et de 3e cycles à faire progresser leurs travaux sur la citoyenneté, la diversité et l'identité au Canada et au Québec, Pour l'année 2004-2005, la Chaire tiendra une série de cinq symposiums sur le fédéralisme canadien; elle poursuivra son association avec le Groupe de recherche sur les sociétés plurinationales (GRSP) pour accueillir sept grands conférenciers internationaux invités à faire le point sur les nationalismes majoritaires au Canada, en Espagne, aux États-Unis, en France et au Royaume-Uni ; elle offrira de nouveau son programme de bourses; et enfin elle poursuivra son programme de publications scientifiques, CREQC 1255, me Saint-Denis Université du Québec à Montréal www.creqc.uqam.ca la limitation du pouvoir fédéral de dépenser et la préparation d\u2019ententes internationales touchant aux compétences des deux ordres de gouvernement En décembre 2003, le CF voyait officiellement le jour.La création de cette nouvelle institution inter-provinciale (le gouvernement fédéral n\u2019y siégeant pas) répond à la nécessité proclamée des provinces d\u2019exercer un leadership dans l\u2019élaboration des politiques pancanadiennes.Elle repose sur un constat fort négatif de la façon dont le régime fédéral a évolué au cours des trois dernières décennies.En fait, le jugement porté sur la manière d\u2019agir du gouvernement fédéral est implacable.On lui reproche de banaliser le statut constitutionnel des provinces par la mise en place de « partenariats », les contournant par le fait même ; de s\u2019immiscer dans leurs champs de compétences entraînant une confusion pour les citoyens qui ne savent pas qui est responsable des secteurs d\u2019activité ; de refuser de collaborer avec elles ; et de nier l\u2019existence du déséquilibre fiscal.Ce déséquilibre permet au gouvernement fédéral d\u2019envahir les domaines de compétence provinciale par l\u2019utilisation du pouvoir fédéral de dépenser.De plus, Ottawa a tendance à assortir l\u2019augmentation de ses transferts de conditions qui limitent leur pouvoir d\u2019intervention, leur autonomie et leurs particularités.En somme, non seulement ces tendances affaiblissent-elles le fédéralisme canadien, mais elles sont incompatibles 448 La vie politique avec les principes fédéraux.Ces derniers exigent le respect du rôle constitutionnel dévolu à chaque ordre de gouvernement et le refus d\u2019imposer un rapport de subordination.C\u2019est donc pour contrer ces multiples « perversions » que les gouvernements provinciaux ontaccepté, à l\u2019invitation du gouvernement du Québec, de créer le CF.Le but avoué est de « leur redonner l\u2019influence ainsi que la force nécessaires pour qu\u2019ils deviennent de véritables partenaires dans le Canada de demain ».Dans le passé, le gouvernement fédéral a pu facilement s\u2019immiscer dans les domaines relevant constitutionnellement des provinces en profitant de la division de ces dernières.Le CF se veut donc un lieu de concertation pour contrer la stratégie du gouvernement central qui a compris depuis longtemps les vertus de la maxime « diviser pour régner ».Les plus cyniques pourraient voir dans cette nouvelle structure une dynamique essentiellement défensive s\u2019opposantà la manière de faire du gouvernement fédéral.L\u2019approche du CF repose sur deux axes : il constitue un forum propice au dialogue et aux échanges devant éventuellement déboucher sur des ententes formelles de coopération ; il se veut aussi un instrument facilitant la concertation intergouvemementale dans le développement d\u2019une vision commune sur les grands enjeux auxquels elles sont confrontées dans les domaines de la santé, de l\u2019éducation, du déséquilibre fiscal, du commerce intérieur et de la représentation internationale.À court terme, l\u2019action du CF va porter sur deux domaines : l\u2019amélioration des soins de santé et le renforcement de l\u2019union économique (com- merce intérieur, mobilité de la main d\u2019œuvre, harmonisation et rationalisation de la réglementation).Le CF s\u2019est doté d\u2019une structure légère.Constitué des premiers ministres des provinces et des territoires, le CF doit tenir un minimum de deux réunions par année.En plus d\u2019un secrétariat permanent, l\u2019entente du 5 décembre 2003 a aussi institué deux organismes, un Conseil des premiers ministres pour sensibiliser les Canadiens à la santé ainsi qu\u2019un Secrétariat d\u2019information et de coopération sur le déséquilibre fiscal.Quoi de neuf ?Le CF constitue-t-il autre chose que l\u2019institutionnalisation des pratiques existantes qui ont jalonné l\u2019existence du fédéralisme canadien ?Les premiers ministres avaient pris l\u2019habitude de se rencontrer de temps à autres pour discuter d\u2019enjeux communs.À cet égard, la nouvelle structure ne vient que formaliser ce qui existait déjà.Qui plus est, pour Alain Noël, professeur au département de science politique à l\u2019Université de Montréal et fin observateur des relations fédérales provinciales, le CF représente un tournant majeur par rapport à l\u2019approche traditionnelle-mentmise de l\u2019avantpar les gouvernements québécois au cours des quatre dernières décennies.En effet, l\u2019action québécoise s\u2019est articulée autour de deux objectifs fondamentaux complémentaires :\tla reconnaissance et l\u2019autonomie.Les libéraux de Jean Charest ont toutefois Le CF constitue-t-il autre chose que l'institutionnalisation des pratiques existantes qui ont jalonné l'existence du fédéralisme canadien ?449 La vie politique remplacé ces objectifs par une volonté beaucoup moins contraignante d\u2019améliorer les relations intergouvemementales.Ce faisant, ils ont mis de côté les demandes visant à accroître les pouvoirs, les capacités et l\u2019affirmation du caractère distinct du Québec.Pour que les Québécois acceptent la démarche axée sur la collaboration intergouvemementale, ils devraient en voir les avantages à très court terme, notamment en ce qui concerne l\u2019attitude d\u2019Ottawa au sujet du déséquilibre fiscal (Noël 2003).Dans le même ordre d\u2019idée, André Burelle, ancien conseiller des gouvernements Trudeau etMulroney, voyait dans la création du CF à la fois la formalisation des conférences annuelles des premiers ministres provinciaux, mais aussi « la consécration de la mission essentiellement défensive de ces rencontres face au fédéralisme unitaire et dominateur pratiqué par Ottawa ».Dans un passage qui fut cité et souleva des échanges vigoureux à l\u2019Assemblée nationale, il affirme que « M.Charest fait preuve d\u2019une ouverture louable mais imprudente, voire téméraire en n\u2019exigeant aucune garantie politique qu\u2019on lui accordera l\u2019équivalent de l\u2019Accord de Meech en échange du renforcement partenarial de la fédération «.Craignant que le CF ne soit qu\u2019une nouvelle mouture de la stratégie des fronts communs, il reproche à cette initiative de ne s\u2019attaquer qu\u2019aux manifestations les plus visibles des vices du fédéralisme « à la canadienne » sans véritablement s\u2019attaquer à la nature du problème.La volonté du gouvernement fédéral, particulièrement sous le leadership des premiers ministres Trudeau et Chrétien, de participer à la construction de la nation canadienne s\u2019est traduite par l\u2019utilisation incontrôlée du pouvoir de dépenser, entraînant dans son sillage une déresponsabilisation des provinces qui se contentent de réclamer davantage de fonds d\u2019Ottawa.Par ailleurs, André Burelle souhaite que le CF ne se contente pas d\u2019une stratégie strictement défensive et devienne un outil d\u2019affirmation de la souveraineté des provinces.Celles-ci devront faire la preuve qu\u2019elles sont en mesure d\u2019assurer l\u2019intégrité des programmes sociaux, de collaborer à l\u2019élaboration d\u2019objectifs communs, de s\u2019imposer des contraintes permettant de garantir la cohésion de l\u2019union sociale canadienne et de mettre en place des mécanismes assurant la transparence démontrant comment elles ont respecté les normes sur lesquelles elles se sont conjointement entendues.Toutefois, on peut craindre que le gouvernement fédéral ne perçoive cette structure comme n\u2019étant qu\u2019une nouvelle forme de lobby des provinces et ne tente de le réduire à l\u2019impuissance et, ajouterions-nous, de la discréditer.Le discrédit pourrait venir de l\u2019effritement du consensus que devront dégager les provinces pour parler d\u2019une même voix au gouvernement fédéral, comme cela s\u2019est produit à maintes reprises au cours des dernières années.À cet égard, le refits du gouvernement du Québec, entériné par tous les partis représentés à l\u2019Assemblée nationale, de signer l\u2019Entente sur l\u2019union sociale en 1999 en constitue un exemple patent.C\u2019est d\u2019ailleurs ce que rappelait feu Claude Ryan dans un des derniers textes qu\u2019il publia, notant néanmoins au passage que la collaboration inter- 450 La vie politique gouvernementale avait toujours été la voie suivie par le Parti libéral du Québec.Toutefois, il mentionnaità son tour, faisant écho à André Burelle, que « le conseil inter-provincial ne saurait tenir lieu de solution au problème de la participation des provinces aux processus constitutionnels de décision au sein de la fédération canadienne ».En somme, bien que l\u2019initiative puisse être source de changement, il ne faudrait pas en exagérer la portée.Bien qu\u2019accueillie favorablement par le gouvernement fédéral (pouvait-il en être autrement?), le CF n\u2019en représente pas moins une menace dans sa capacité de fixer des « objectifs nationaux », un des fondements du fédéralisme qui obnubile commodémentl\u2019autre impératif qui est d\u2019assurer le rayonnement de la spécificité propre des unités constituantes.C\u2019est ainsi que dans un discours prononcé à la fin août 2004, la nouvelle ministre des Affaires intergouvemementales, Lucienne Robillard, invoquait l\u2019approche différente qu\u2019entend maintenant suivre le gouvernement canadien, approche axée sur les besoins des citoyens.Dans cette perspective, les querelles autour de la protection des compétences (toujours provinciales puisque ce sont elles qui sont constamment envahies par Ottawa, jamais l\u2019inverse) sont qualifiées d\u2019improductives.Ainsi, elle soulignait que la collaboration permet aux gouvernements « d\u2019aller au-delà de leurs intérêts légitimes mais parfois étroits pour mettre l\u2019intérêt des citoyens à la première place ».Dans cette perspective, l\u2019intérêt des citoyens, fruit de la collaboration et du leadership fédéral, ne saurait s\u2019embarrasser des aspirations légitimes, mais ô combien étroites, des provinces jalouses de leurs compétences.Un bilan provisoire Après seulement quelques mois d\u2019existence, il est illusoire de vouloir faire un bilan exhaustif des réalisations du CF.Il faut noter que dès le début de ses travaux, la question de l\u2019amélioration du commerce intérieur avait fait l\u2019objet d\u2019un plan détaillé d\u2019action.Celui-ci cherchait surtout à s\u2019assurer que les engagements pris dans le cadre de l\u2019Accord sur le commerce intérieur (ACI), signé dix ans plus tôt, ne soient pas reportés aux calendes grecques.Cet accord, qui obligeaitles provinces à réduire les obstacles commerciaux dans plusieurs secteurs économiques (notamment en matière de marchés publics, de mobilité de la main d\u2019œuvre, d\u2019investissement, d\u2019harmonisation des règlements et des normes), exigeait une sérieuse mise à jour et, plus particulièrement, une reprise du dialogue avec le gouvernement fédéral.Les premiers ministres se sont donc entendus sur un plan de travail touchant entre autres l\u2019achèvement des négociations sur l\u2019approvisionnement par les sociétés d\u2019État Les provinces ont accepté de mettre en vigueur les dispositions de l\u2019Accord portant sur cette question au plus tard le 1er janvier 2005.Il s\u2019agitde l\u2019un des seuls domaines où des résultats concrets ont pu être obtenus.Sur les autres questions (évaluation des brèches dans l\u2019ACI, assouplissement du processus décisionnel, amélioration du mécanisme de règlement des différends, négociations entourant le chapitre de l\u2019énergie, subventions aux entreprises, reconnaissance Lucienne Robillard En somme, bien que l'initiative puisse être source de changement, il ne faudrait pas en exagérer la portée.451 La vie politique Dès le début de ses travaux, le CF a fait de l'augmentation du financement de la santé de la part du gouvernement fédéral sa principal objectif de ses travaux, le CF a fait de l\u2019augmentation du financement de la santé de la part du gouvernement fédéral sa principal objectif.Les premiers ministres ont exigé le rétablissement de la contribution financière à 18% de l\u2019ensemble des dépenses en santé et services sociaux au cours de l\u2019année financière.De plus, ils réclamentun accroissement de la contribution fédérale de i % par année jusqu\u2019à ce qu\u2019elle atteigne 25 % du total des dépenses provinciales en santé.Les fonds additionnels doivent soutenir les services existants.Ils ont identifié huit domaines nécessitant de nouveaux investissements : soins primaires, soins à domicile et communautaire, santé mentale communautaire, services de diagnostic médical, ressources humaines, produits pharmaceutiques, réduction des délais d\u2019attente, prévention - en prenant soin de préciser que la priorité de chaque province peut varier en fonction de ses besoins particuliers.Cette position n\u2019estpas nouvelle et avait déjà fàit l\u2019objet d\u2019une entente entre les premiers ministres lors d\u2019une rencontre tenue à Toronto en janvier 2003.Cette liste de priorités a sans aucun doute inspiré le des titres de compétence étrangers), des ajustements importants restent à faire et les travaux demeurent encore à l\u2019état embryonnaire (voir CF, août 2004).Si au chapitre du commerce intérieur beaucoup de travail reste à accomplir, c\u2019est surtout dans le domaine de la santé où les premiers ministres ont fàit parler d\u2019eux.Dès le début Parti libéral du Canada lors de la rédaction de sa plate-forme électorale.Impossible d\u2019aborder la question de la contribution fédérale au financement de la santé sans faire un détour obligé vers la question du déséquilibre fiscal.11 n\u2019est pas étonnant de constater que le dossier de la péréquation est intimement lié à celui du financement des soins de santé.À la réunion du CF tenue à Niagara-on-the-Lake à la fin juillet 2004, les premiers ministres ont d\u2019ailleurs insisté sur le fàit que les montants versés au titre de la péréquation ont diminué de 3,7 milliards de dollars au cours des trois dernières années.Ils demandent donc que le financement dans le cadre du programme de péréquation soit rétabli au niveau de l\u2019année fiscale 2000-2001, soit le niveau d\u2019avant les coupures.Si le gouvernement injecte de nouveaux fonds pour la santé, assorties par ailleurs de conditions, tout en continuant de réduire les transferts liés à la péréquation, il contribue à réduire d\u2019autant la marge de manœuvre des provinces.Les premiers ministres ont aussi fixé à 13,1 milliards de dollars la contribution fédérale annuelle au financement des soins de santé, incluant un programme d\u2019assurance-maladie complet (tel que promis par les libéraux lors de la campagne électorale) dontle coûtestévalué à 7,5 milliards de dollars.Vers un fédéralisme asymétrique ?Le plan d\u2019action en santé C\u2019est dans ce contexte particulièrement chargé que s\u2019est déroulée la conférence des premiers ministres à la mi-septembre 2004.Paul Martin, dans son discours d\u2019ouverture de la conférence, a fixé les paramètres des pourparlers.452 Tout en reprenant pour l\u2019essentiel les éléments connus de la plate-forme électorale libérale, il a précisé la vision qui alimente la démarche fédérale.Les compétences provinciales doivent être certes respectées, mais la présence fédérale dans ce domaine s\u2019impose pour des raisons hautement symboliques liées à la définition de la nation canadienne elle-même.Le système public de santé est sacralisé comme « l\u2019expression éloquente de nos valeurs en tant que nation », « notre raison d\u2019être commune», le « sentiment de qui nous sommes », un « aspect vital de notre citoyenneté ».Si une mission étatique particulière (car, en dernière analyse, c\u2019est de cela qu\u2019il s\u2019agit) se présente comme l\u2019un des fondements de l\u2019existence même de la nation canadienne, il est difficile de ne pas s\u2019inscrire dans la logique d\u2019« une solution canadienne collective » où les provinces sont appelées à jouer un rôle important certes, mais de second plan dans l\u2019élaboration des grands objectifs.Rarement le gouvernement fédéral n\u2019a-t-il été aussi clair quant à sa façon d\u2019appréhender les règles qui régissent le régime politique canadien.Pour Paul Martin, « le rôle du gouvernement fédéral est de formuler des objectifs nationaux et de protéger l\u2019intérêt national.Bien entendu, ce sont les provinces et les territoires qui assurentla prestation et la gestion des soins de santé et qui, ce faisant, doivent adapter leurs services aux besoins particuliers de la population.Mais je suis fermement convaincu que certains principes clés transcendent les intérêts régionaux ».Cette approche s\u2019apparente davantage à un régime unitaire décentralisé qu\u2019à une fédération qui respecte le rôle et les re- sponsabilités de chaque ordre de gouvernement.En effet, dans le modèle mis de l\u2019avant par Ottawa, les grandes politiques sont définies au centre et misent en place par les provinces qui sont relégués au rang de prestataires et de gestionnaires de services.La conférence des premiers ministres a certes donné lieu, comme il fallait s\u2019y attendre, à une guerre de chiffres concernant la contribution fédérale au financement des soins de santé.Le plan adopté par les provinces et le gouvernement fédéral touche les domaines identifiés préalablement par les provinces et le fédéral.Ce dernier s\u2019est engagé à injecter 41 milliards de dollars supplémentaires au cours des dix prochaines années afin de contribuer à réduire la pression financière que subissent les provinces étant donné l\u2019augmentation exponentielle des coûts reliés aux soins santé.En contrepartie, les gouvernements provinciaux ont accepté un mécanisme de reddition de comptes et de transmission d\u2019informations.Outre l\u2019accroissement du financement en santé, l\u2019attention a été retenu par la signature, par le gouvernement du Québec, d\u2019une entente parallèle, en utilisant le vocable de fédéralisme asymétrique lui permettant « d\u2019exercer lui-même ses responsabilités à l\u2019égard de la planification, de l\u2019organisation et de la gestion des services de santé sur son territoire ».Le Québec n\u2019est pas assujetti à la nécessité de rendre des comptes, si ce n\u2019est à la population québécoise.Que le front commun des provinces ne se soit pas désagrégé sous la pression d\u2019Ottawa comme ce fut souventle cas dans le passé, que le gouvernement fédéral ait consenti à injecter davantage La vie politique de fonds en santé et que le caractère asymétrique du régime politique canadien ait été reconnu s\u2019explique en grande partie par une conjoncture exceptionnellement favorable aux provinces.D\u2019abord, il y a la faiblesse relative du gouvernement fédéral.Le fait que Paul Martin soit à la tète d\u2019un gouvernement minoritaire et qu\u2019il ait toute une côte de popularité à remonter au Québec sont des facteurs déterminants à prendre en considération.L\u2019habilité politique de Jean Charestn\u2019est sûrementpas à négliger non plus, lui qui a réussi non seulement à créer le CF, mais aussi à faire accepter qu\u2019une entente puisse refléter la complexité du Canada.Cela annonce-t-il un vent de changement, comme l\u2019avançait Alain Dubuc, chroniqueur à La Presse, ou le germe d\u2019une nouvelle vision du Canada ouverte à la différence québécoise ?Est-ce, comme le souhaitait le professeur de science politique Alain-G.Gagnon, le retour à la tradition de Lester B.Pearson qui avait accepté des arrangements asymétriques avec le Québec dans les années i960 par opposition à la rigidité vécue sous les règnes de Trudeau puis de Chrétien ?11 est trop tôt pour le dire.11 y a certes eu une ouverture à l\u2019endroit du Québec et ce déblocage n\u2019aurait sans doute pas été possible avec un premier ministre péquiste.La rencontre des premiers ministres prévue à la fin octobre 2004, où seront abordées les questions de la péréquation et du déséquilibre fiscal (ou les pressions fiscales pour utiliser le vocabulaire d\u2019Ottawa), sera révélatrice de la profondeur de cette ouverture, d\u2019autant plus que le gouvernement fédéral a tou-jours nié l\u2019existence même d\u2019un tel déséquilibre.11 nous faut aussi prendre la mesure exacte de l\u2019entente particulière avec le Québec.11 s\u2019agit en premier lieu d\u2019une entente administrative qui ne fait que confirmer la compétence québécoise dans le domaine de la santé.Le gouvernement Charest, appuyé en cela par tout ce que le Québec compte d\u2019intervenants en santé, avait affirmé haut et fort qu\u2019il ne braderaitpas son droit d\u2019aînesse (sa compétence) pour un plat de lentilles (plus de transferts).Accepter l\u2019entente signée par les autres gouvernements provinciaux, qui consentent aux conditions fédérales de reddition des comptes, aurait été politiquement suicidaire non seulementpour lui, mais aussi pour le Parti libéral du Canada.L\u2019asymétrie dont il est question ici n\u2019est que la traduction du refus du Québec de se fondre dans le moule où se coulent les autres provinces qui souscrivent à la vision centralisatrice d\u2019Ottawa.En somme, la réélection des libéraux à Ottawa, sous la gouverne de Paul Martin, n\u2019a pas changé la rhétorique d\u2019Ottawa qui se fait toujours le ténor d\u2019un gouvernement central fort, tentaculaire, ayant la certitude de représenter l\u2019« intérêt national », disposant de surplus considérables qu\u2019il peut utiliser en invoquant son pouvoir de dépenser.Jean Charest a joué le jeu de la concertation et de la collaboration interprovinciale, la conjoncture politique lui ayant permis de revenir aux deux axes majeurs de la tradition politique québécoise en matière de relations avec le gouvernement fédéral, la reconnaissance et l\u2019autonomie.454 Références BURELLE, André.Conseil de la fédération : du réflexe de défense à l'affirmation partenariale, Montréal, Queen's University et IRPP, 2003.CABINET DU PREMIER MINISTRE.Fédéralisme asymétrique qui respecte les compétences du Québec [en ligne] www.pm.gc.ca/grfx/docs/QuebecFR %20.pdf GAGNON, Alain-G.« Paul Martin : le retour à la tradition pearsonnienne 7 », Options politiques, décembre 2003 - janvier 2004.MARTIN, Paul.« For a competitive, compassionate, independent Canada », Policy Option, fév.2004.MARTIN, Paul.Allocution du Premier ministre Paul Martin à l'occasion de la réunion des premiers ministres, Ottawa, 13 septembre 2004.NOËL, Alain.The End of a Model 7 Quebec and the Council ofthe Federation, Montréal, Queen's University et IRPP, 2003.PARTI LIBERAL DU CANADA.Aller droit deuant.Le plan de Paul Martin pour atteindre nos buts, Ottawa, 2004.PARTI LIBERAL DU QUEBEC.Un plan d'action.Affirmation, autonomie et leadership, Québec, Comité du Parti libéral du Québec sur l'avenir politique et constitutionnel de la société québécoise, 2001 PEACH, Ian.Half Full, at Best : Challenges to the Council 0/ the Federation, Toronto, C.D.Howe Institute, 2004.ROBILLARD, Lucienne.Vers un Canada encore meilleur : une collaboration axée sur le citoyen, Notes pour une allocution présentée à l'occasion de l'ouverture du Congrès annuel de l'Institut d'administration publique du Canada, 30 août 2004.SECRÉTARIAT AUX AFFAIRES INTERGOUVERNEMENTALES CANADIENNES.Le Conseil de la fédération.Un premier pas uers une nouvelle ère de relations intergouvemementales au Canada, Ottawa, 2004.RYAN, Claude.Le Québec et la concertation inter-provinciale, Montréal, Queen's University et IRPP, 2003. La vie politique L'éducation à la citoyenneté Pour relever collectivement les défis de la participation Christian Giguère et Mélanie Bénard Centre de développement pour l'exercice de la citoyenneté (CDEC) L\u2019évolution des sociétés démocratiques actuelles est marquée par divers phénomènes, dont la mondialisation est l\u2019un des plus importants.Ces phénomènes, qui favorisent de plus en plus les échanges et les débats, sont d\u2019autant plus importants qu\u2019ils façonnent le type de citoyenneté que nous exerçons.Parmi ces phénomènes, on observe que l\u2019intégration de diverses cultures au sein de notre société pluraliste appelle les États à mettre en place des mesures qui encouragent l\u2019intégration et la participation de tous les citoyens, incitant ainsi au dialogue et au rapprochement interculturels.C\u2019est du moins ce que l\u2019on préconise ici au Québec.En efièt, la complexité des rapports entte citoyens, qui ont une grande diversité d\u2019opinions, de croyances et de religions, enrichit le monde.Toutefois, cette diversité oblige ces citoyens à développer entre eux un sens civique critique, responsable et ouvert.Ainsi, l\u2019État et le citoyen ont des responsabilités à assumer pour garantir les bases d\u2019une société juste et inclusive, condition qui permetl\u2019épanouissementindi-viduel dans le meilleur intérêt de la collectivité.À la lumière de ces impératifs, quel est le rôle que doit jouer l\u2019éducation dans la formation des citoyens ?La participation des jeunes (entre 15 et 35 ans), notamment ceux issus de l\u2019immigration, est au centre de cet enjeu.L\u2019exercice d\u2019une citoyenneté active : la participation La participation citoyenne des jeunes renvoie à l\u2019État la place active qu\u2019ils prennent en société, soit individuellement ou en regroupement (par exemple, les associations de jeunes).La par- 456 La vie politique ticipation «représente la capacité des individus et des groupes à influencer les orientations de la société et à investir les lieux de pouvoir, et cela, peu importe le palier d\u2019activité où se dessinent et se prennent les orientations qui dictent la vie en société » (Gauthier et Piché, 2001).La participation est sociale lorsqu\u2019elle vise l\u2019amélioration de la vie en société.Selon Madeleine Gauthier, diverses théories établissent des liens entre la participation politique et sa notion élargie de participation sociale.La participation sociale peut prendre diverses formes : soit des formes institutionnalisées de participation (elles sontplus traditionnelles : partis politiques, syndicats, etc.), soit des formes informelles - ponctuelles ou stables - comme le bénévolat.Ce type de participation semble rejoindre davantage les jeunes que les formes de participation plus institutionnelles.De nombreux observateurs s\u2019inquiètent du désintérêt des jeunes pour les formes de participation plus traditionnelles (institutionnelles).Certains considèrent en effet que les jeunes sont cyniques à l\u2019égard du politique.Par contre, certaines analyses font état du fait que l\u2019ensemble des citoyens se désintéresserait de la politique.Si on observe un faible taux de participation chez les jeunes lors d\u2019une élection (seulement 25,4% des jeunes âgés de 18 à 24 ans ont voté lors de l\u2019élection générale de 2000), cette tendance à la baisse s\u2019observe égalementau sein de la population : le taux a fléchi davantage à chacune des trois dernières élections - de 70 % de participation à l\u2019élection fédérale de 1993, le taux est passé à 67% en 1997, et à un peu plus de 61 % en 2000.Beaucoup de citoyens ne voient dans le politique ni une source d\u2019identité collective, ni même un lieu d\u2019engagement Une étude du Conseil supérieur de l\u2019éducation signale que « [.] les citoyens participent peu aux actions et décisions qui les concernent, se concentrent sur leur vie privée et sur la consommation et se contentent de voter une fois de temps en temps ».Le désintérêt des jeunes pour la politique semblerait donc être le reflet d\u2019un phénomène de société où règne une certaine indifférence pour la politique en général.Néanmoins, quand on observe strictement le comportement des jeunes, le manque de confiance vis-à-vis du système politique traditionnel et des gouvernements semble attribuable à des motifs bien particuliers.Selon les données dont disposait Communication Canada en 2001, les jeunes se plaindraient principalement « [.] du manque de leadership politique nécessaire à les inspirer et à les aider à croire qu\u2019il y a effectivement une personne et une cause pour laquelle il est important de voter» (Haid, 2003).Les perceptions négatives qu\u2019ont les jeunes de la politique contribuent en ce sens au manque de confiance envers les élus.Il y a également la perception plus généralisée chez les jeunes que le gouvernement ne comprendrait pas ce qu\u2019ils recherchent.Plus spécifiquement, la mondialisation élargirait l\u2019écart entre les jeunes et les institutions politiques, laissant effectivement aux jeunes l\u2019impression que les gouvernements ne peuvent rien contre les forces économi- De nombreux observateurs s'inquiètent du désintérêt des jeunes pour les formes de participation plus traditionnelles (formelles).457 La vie politique Il y a la perception chez les jeunes que le gouvernement ne comprendrait pas ce qu 'ils recherchent.ques mondiales.De plus, dans un univers informatisé, les jeunes deviendraient surinformés.« La multiplicité des enjeux, des préoccupations et des causes crée une forme de paralysie, amenant les jeunes à penser qu\u2019il y a trop de problèmes à régler et pas assez de temps pour faire ce qui compte vraiment » (Haid, 2003).Dans un contexte où leur avenir est plus ou moins certain, les priorités des jeunes seraient davantage individuelles et tournées, par exemple, vers la nécessité de se trouver un emploi, de s\u2019inscrire au collège ou à l\u2019université, de quitter la maison des parents plutôt que d\u2019aller voter aux élections et de s\u2019occuper de politique.En plus de la perte de confiance des jeunes dans les institutions politiques formelles, une récente étude qualitative dirigée par le Conseil permanent de la jeunesse montre que les jeunes rencontrent divers obstacles qui les freinent dans leur désir de participer activement au sein des ieux de pouvoir politique de la société québécoise.Bien que ces obstacles identifiés par le Conseil permanent de la jeunesse ne soient pas rencontrés exclusivement par les jeunes, il apparaît que ces derniers doivent outrepasser l\u2019individualisme qui règne dans la société, le désabusement qui leur fait croire qu\u2019une implication ne sert à rien, le manque de temps, les conditions économiques difficiles et la méconnaissance des règles du jeu.On mentionne aussi plusieurs autres obstacles tels que le fait d\u2019être femme - car la conciliation travail-famille-implication ne semble pas aller de soi - le manque d\u2019information, la difficulté d\u2019accéder aux lieux stratégiques qui se présentent comme des endroits fermés, ainsi que le fait de devoir vaincre la méfiance des plus âgés face aux jeunes.La présence des jeunes dans les lieux de pouvoir peut aussi être freinée, d\u2019une part parce qu\u2019ils « ne peuvent plus s\u2019imposer par la force du nombre comme c\u2019était le cas dans les années 1960-1970 [.] » et que, d\u2019autre part, ils ne profitent plus d\u2019une conjoncture aussi favorable qu\u2019à l\u2019époque des baby boomers, époque qui se caractérisait par une « consolidation accélérée de l\u2019État providence et par un climat d\u2019effervescence contestataire qui venait cautionner leurs revendications et justifier leur demande de participation à la vie sociopolitique» (Gauthier etPiché, 2003).Enfin, en plus des obstacles ci-dessus mentionnés et des défis qu\u2019ils représentent sur le plan de la participation, les jeunes issus des minorités dites visibles rencontrent des difficultés particulières qu\u2019ils doivent surmonter pour participer à part entière à la société québécoise.En abordant cette question, une étude qualitative qui s\u2019est penchée sur la participation des jeunes issus de la communauté haïtienne de Montréal souligne que «malgré un discours intégrateur, les lieux décisionnels ne semblent pas réellement propices à la participation des jeunes appartenant à une minorité dite visible» (Bénard, 2004).En effet, il ressort des entrevues effectuées que les motifs de cette absence résident dans le fait que les jeunes manquent de réseaux et ne réussissent pas à outrepasser les obstacles reliés à la discrimination.On y souligne également que pour ces jeunes, la politique est un système « blanc », un cercle à part où il 458 La vie politique n\u2019y a personne d\u2019assez convaincant pour les représenter ou pour les motiver à participer.D\u2019autres soulignent que les jeunes issus des minorités dites visibles doivent outrepasser la ghettoïsation, c\u2019est-à-dire sortir de la communauté pour s\u2019infiltrer dans l\u2019espace civique québécois, transgresser le fossé culturel qui les sépare parfois et combattre le déni de la majorité face aux problèmes particuliers que rencontrent ces jeunes.De nouvelles formes de participation Probablement en réaction aux divers obstacles rencontrés dans leur participation, les jeunes empruntent des voies différentes, qui s\u2019éloignent des chemins traditionnels de l\u2019engagement politique et tendent, plus souvent qu\u2019autrement, vers des voies d\u2019expression parallèles à l\u2019organisation formelle de la société.De nombreux travaux s\u2019intéressent aux nouvelles formes de participation des jeunes.L\u2019histoire montre qu\u2019à un moment où semble s\u2019effacer une génération politique, la société civile avec ses diverses associations et regroupements de toutes sortes prendrait le relais dans les revendications des nouveaux enjeux.C\u2019est du moins l\u2019hypothèse défendue par l\u2019Observatoire Jeunes et Société.Selon cette lecture de la réalité, dans la dernière décennie la participation sociale des jeunes se serait manifestée de manière plus militante, dans des engagements autour d\u2019enjeux locaux, régionaux et internationaux.Aux niveaux local et régional, la participation sociale des jeunes québécois a suscité diverses formes de mobilisation autour notamment des questions reliées à l\u2019exode des jeunes en région et à leur insertion professionnelle.Souventreliés entre eux, ces enjeux ont favorisé, en particulier depuis le Sommet du Québec et de la jeunesse en 2000, plusieurs interventions des mouvements associatif et communautaire des régions québécoises.Parmi les 1500 regroupements jeunes répertoriés par le Conseil permanent de la jeunesse, les Carrefours Jeunesse Emploi, Force Jeunesse et les Forums jeunesse régionaux sont des lieux démocratiques et d\u2019éveil des jeunes aux divers enjeux sociaux qui les concernent Parmi les enjeux internationaux qui mobilisent bon nombre de jeunes Québécois, on remarque que l\u2019environnement, la justice sociale et la paix dans le monde les préoccupent en particulier.Divers groupes de pression et des associations autour des ces enjeux ont vu le jour au Québec.Que ce soit donc à une échelle locale, régionale ou internationale, la participation sociale des jeunes est caractérisée par une pluralité des formes d\u2019engagement et des enjeux.L\u2019adhésion aux partis politiques est remise en cause et les groupes et associations où militent ces jeunes sont pour eux des lieux d\u2019expression de leurs idéaux.Chose certaine, les partis politiques et les gouvernements devront tenir compte de cette réalité, surtout s\u2019ils souhaitent se renouveler en attirant éventuellement les jeunes vers les lieux de pouvoir plus traditionnels : la politique et la fonction publique.L\u2019éducation à la citoyenneté À la lumière de ces défis et nouvelles réalités, l\u2019éducation à la citoyenneté devient un moyen privilégié pour contrer les obstacles qui Les jeunes des minorités dites visibles doivent outrepasser la ghettoïsation.459 La vie politique nuisent à la participation des jeunes en général et de ceux issus de l\u2019immigration en particulier, et ce, pour trois principales raisons, i) L\u2019éducation à la citoyen té se penche sur des connaissances historiques en lien avec la démocratie, ses valeurs et ses institutions.2) Elle suppose le développement de compétences citoyennes essentielles à la participation.3) Enfin, elle s\u2019assure que les jeunes transfèrent leurs compétences à l\u2019extérieur de l\u2019école, c\u2019est-à-dire dans leur communauté d\u2019appartenance.Premièrement, l\u2019éducation à la citoyenneté vise à faire comprendre aux jeunes le fonctionnement de la démocratie et de ses institutions, ainsi que l\u2019impact de la participation des citoyens dans ce fonctionnement.Pour ce faire, l\u2019éducation à la citoyenneté doit miser sur un apprentissage concret des institutions formelles de la société, de ses lois et ses valeurs afin de permettre aux jeunes de visualiser leurs rôles au cœur de la démocratie.En effet, cet apprentissage encourage un rapprochement entre les jeunes etnos institutions, il les outille à mieux comprendre le fonctionnement démocratique, à prendre position vis-à-vis de ces institutions et à contribuer à leur maintien.Sans cette connaissance de base, la présence tant souhaitée des jeunes au sein des instances démocratiques traditionnelles estpeu probable.Toutefois, bien qu\u2019un tel apprentissage chez les jeunes soit nécessaire et indispensable, il fàut comprendre qu\u2019il demeure insuffisant Seul, L'éducation à la citoyenneté devient un moyen privilégié pour contrer les obstacles qui nuisent à la participation des jeunes en général et de ceux issus de l'immigration en particulier.cetapprenissage ne garantitpas l\u2019exercice d\u2019une citoyenneté active et responsable.Pour pouvoir se responsabiliser face aux valeurs démocratiques, le citoyen doit très tôt acquérir des compétences qu\u2019il sera en mesure de transférer dans la plupart des sphères d\u2019activités de sa vie et en vertu des formes d\u2019engagement qu\u2019il aura choisies (par exemple, formelles ou informelles).En second lieu, il est important de miser sur le développement de compétences chez les jeunes qui favorise l\u2019exercice d\u2019une citoyenneté active et responsable.La réforme scolaire élaborée par le ministère de l\u2019Éducation place en son cœur le développement de compétences.À cet effet, il a introduit dans son Programme de formation de l\u2019école cinq « domaines généraux de formation » qui présentent « un ensemble de grandes questions que les jeunes doivent affronter ».Le domaine « vivre ensemble et citoyenneté», dont l\u2019intention éducative est de « permettre à l\u2019élève de participer à la vie démocratique de l\u2019école ou de la classe et de développer des attitudes d\u2019ouverture sur le monde et de respect de la diversité» (Ministère de l\u2019Éducation, 2001) est l\u2019un de ces cinq domaines.Parmi les compétences qu\u2019on cherche à faire développer à l\u2019école et qui sont essentielles aux citoyens, on retrouve, entre autres, les compétences d\u2019ordre intellectuel qui consistent à exercer un jugement critique ainsi que celles d\u2019ordre personnel et social qui consistent à structurer l\u2019identité et à travailler en coopération.Savoir exercer son jugement critique en démocratie est fondamental.Le jugement critique s\u2019exerce au moment d\u2019orienter les actions citoyennes à poser, il s\u2019exerce aussi dans le but de 460 La vie politique valider la cohérence de ces actions avec les valeurs individuelles et collectives.C\u2019est justement en fonction de ces valeurs collectives que les solidarités sociales, dont les solidarités interculturelles, prennent forme.Le Québec étant une société multiculturelle, il a besoin de citoyens qui non seulement accueillent la diversité, mais surtout composent avec elle au quotidien, se donnant ainsi les moyens civiques de lutter contre l\u2019exclusion et toutes les formes de discrimination.Existe-t-il de plus efficace outil de lutte à la discrimination qu\u2019un citoyen qui a grandi dans une culture où le dialogue et le rapprochement interculturels sont des valeurs intégrées qu\u2019on souhaite faire rayonner ?Par ailleurs, l\u2019éducation à la citoyenneté proposée dans le cadre de la nouvelle réforme peut et doit assumer un ensemble de finalités portées par une éducation interculturelle et ainsi lutter contre les obstacles que rencontrent les jeunes issus de l\u2019immigration au niveau de leur participation au sein de la société québécoise.En effet, l\u2019éducation à la citoyenneté poursuit des finalités qui englobent celles de l\u2019éducation interculturelle, même si celles de la première sontplus larges.L\u2019éducation à la citoyenneté vise à sensibiliser les jeunes au pluralisme et à la lutte contre la discrimination.Elle peut donc favoriser le développement de compétences nécessaires au « vivre ensemble ».L\u2019éducation à la citoyenneté doit aussi s\u2019intéresser aux rapports de force historiques pour bien comprendre les inégalités sociales d\u2019aujourd\u2019hui et en cerner les divers enjeux.Enfin, l\u2019éducation à la citoyenneté démocratique du Québec doit s\u2019intéresser de près aux principales formes de participation des jeunes.En identifiant les lieux de participation plus naturels pour eux, cette éducation devient pragmatique.Elle parle leur langage.Ainsi, l\u2019éducation à la citoyenneté démocratique se doit donc d\u2019aborder, sous un angle critique, les enjeux qui rejoignent les jeunes en les initiant aux organismes de la société civile qui s\u2019y intéressent De même, on doit présenter aux jeunes des modèles de participation qui les touchent de près.Il faut également permettre aux jeunes d\u2019acquérir des compétences citoyennes dans le cadre de situations concrètes d\u2019apprentissage et d\u2019engagement au sein de leur communauté et encourager chez eux une réflexion critique.Pour ce faire, il faut que les intérêts individuels des jeunes soient pris en compte dans l\u2019action communautaire, afin d\u2019illustrer que la participation dans de telles actions, tout en réduisant le sentiment d\u2019impuissance, peut permettre de servir des intérêts tant individuels que collectifs.L\u2019éducation à la citoyenneté, soutenue par la réforme scolaire qui s\u2019amorce, doit tenir compte de cette 461 La vie politique réalité afin de bien outiller les jeunes dans le développement de compétences civiques (prendre la parole, argumenter, négocier son point de vue, etc.) qu\u2019ils pourront transférer dans leur communauté d\u2019appartenance.Conclusion Les jeunes désertent, ou presque, les lieux de pouvoir traditionnels.Ils ne semblent pas leur accorder toute la confiance dont une démocratie aurait besoin.Toutefois, nous avons vu dans la seconde partie du texte que les jeunes empruntent des voies de participation différentes, qui peuvent se distinguer des voies traditionnelles.Une vision pragmatique de l\u2019éducation à la citoyenneté nous semble être une des solutions à mettre de l\u2019avant.Trois éléments fondamentaux de cette éducation assurent que les jeunes se rapprochent des lieux formels du pouvoir.Ainsi, le développement de connaissances et de compétences ainsi que le transfert de ces compétences caractérisent cette vision pragmatique de l\u2019éducation à la citoyenneté.Non seulement il apparaît essentiel que cette éducation transmette des connaissances et développe des compétences , mais il faut qu\u2019elle se donne les moyens de mettre les jeunes en situa- tion concrète d\u2019apprentissage et d\u2019engagement Si l\u2019éducation à la citoyenneté encourage la participation des jeunes dans des lieux plus naturels, c\u2019est-à-dire qui leur ressemblent, elle fait alors un pas en avant.Ainsi, elle place effectivement les jeunes dans l\u2019action et dans des lieux où ils peuvent développer leur sens critique face aux institutions plus traditionnelles et avoir enfin envie de les faire progresser.Or, l\u2019école ne peut agir seule.La famille doit poursuivre la mission de l\u2019école.Les gouvernements ont un rôle à jouer en favorisant un rapprochement avec les jeunes.Les médias peuvent également favoriser ce rapprochement en véhiculant une image plus positive des institutions traditionnelles et des élus.Les partis politiques doivent encourager la participation dans leurs ailes jeunesse et intégrer à leurs rangs de jeunes députés d\u2019origines diverses.Aussi, pour actualiser, revitaliser etpour consolider notre espace démocratique « traditionnel», l\u2019école doit s\u2019ouvrir sur son milieu.Ainsi, le rôle de la société civile, notamment les syndicats, les diverses fonctions publiques, les associations nationales, les grands regroupements et les divers conseils d\u2019administration ont également le devoir d\u2019intégrer des jeunes représentatifs de la diversité québécoise.Ceci dans le but non seulement d\u2019assurer la formation d\u2019une relève, mais égalementpour contrer le déficit démocratique que cela pourrait causer.462 Références BÉNARD, Mélanie.Le discours des jeunes leaders de deuxième generation d'origine haïtienne sur l'ethnicité, mémoire de maîtrise en sociologie, Université du Québec à Montréal, 2004.COMMUNICATION CANADA.À l'écoute des Canadiens : Regard sur lesjeunes adultes, Ottawa, 2002.CONSEIL PERMANENT DE LA JEUNESSE.La participation citoyenne des jeunes Québécois issus de ['immigration et des minorités uisibles, Québec, 2004.CONSEIL SUPÉRIEUR DE L'ÉDUCATION.Éduquer à la citoyenneté, rapport annuel 97-98, Québec, 1999.ÉLECTIONS CANADA.Pourquoi la participation décline aux élections fédérales canadiennes : un nouveau sondage des non-votants [en ligne] www.elections.ca GAUTHIER, M.et, P.-L.GRAVEL.« Une génération apathique 7 », Les cahiers du 27 juin, vol.1, n° 1, février.2003.GAUTHIER, M., P.-L.GRAVEL.« Les nouvelles formes d'engagement de la jeunesse québécoise », dans L'annuaire du Québec 2004, Fides, 2004.GAUTHIER, Madeleine et Lucie PICHÉ.« Participation des jeunes aux lieux d'influence et de pouvoir », L'Action nationale, vol.91, n° 7, septembre.2001.GIGUERE, Christian.« Consolider l'espace civique québécois : l'importance d'éduquer à la citoyenneté », Les cahiers du 27 juin, vol.1, n° 1, février.2003.HAID, Philip.« L'art de vendre la participation électorale à la génération Musique Plus », dans Perspectives électorales, Élections Canada, vol.5, n° 2, juillet.2003.HENAIRE, J.« Éducation à la citoyenneté et réforme scolaire : contexte, principes et voies d'application», Vie pédagogique, n° 109, novembre - décembre 1998.MC ANDREW, Marie.Immigration et diversité à l'école, Montréal, Presses de l'Université de Montréal, 2001.MINISTÈRE DE L'ÉDUCATION.Programme dejormation de l'école québécoise, Québec, 2001.OUELLETTE, Fernand.« L'éducation interculturelle et l'éducation à la citoyenneté.Quelques pistes pour s'orienter dans la diversité des conceptions », VEI Enjeux, n° 129, 2002.PAGE, Michel.« Quelle éducation pour les jeunes citoyens Québécois 7 », dans Actes du colloque Intégration et scolarisation des élèves immigrants, Dessine-moi une école, 23 mai 2003.PAGE, Michel.«Citoyenneté et pluralisme des valeurs », dans Pluralisme, citoyenneté et éducation, F.Gagnon (dir.), Montréal, M.McAndrews etM.Pagé, 1996. La vie politique L'Assemblée nationale et les partis Serge Laplante Recherchiste, Le Devoir LOI ÉLECTORALE ET FINANCEMENT DES PARTIS Rapports financiers des partis politiques provinciaux Le directeur général des élections du Québec (DGE), Me Marcel Blanchet, a rendu publics, les 27 novembre 2003 et 30\tjuin 2004, les rapports financiers des partis politiques autorisés ainsi que le montant total de la participation de l\u2019État au financementpolitique pour les exercices financiers terminés les 31\tdécembre 2002 et 2003.En raison des élections générales du 14 avril 2003, la date limite pour le dépôt des rapports financiers 2002 avait été reportée au 11 octobre 2003.Les documents, de 901 et 1180 pages, reprennent intégralement les rapports financiers vérifiés produits par les partis politiques, en plus de fournir la liste des électeurs qui ont versé des contributions supérieures à 200 dollars pour ces périodes.Les données de 2003 (les chiffres entre parenthèses se réfèrent à l\u2019année 2002), concernant 14 partis politiques autorisés (même si cinq ont perdu leur autorisation après l\u2019élection du 14 avril 2003 faute d\u2019avoir présenté suffisamment de candidats) et leurs instances, ainsi que les candidats indépendants autorisés, indiquent que les entités autorisées ont eu des revenus globaux de 33 062 990 dollars (16 838 335).Les trois partis représentés à l\u2019Assemblée nationale separtagentg8,6 % (99,0 %) des revenus et des dépenses autorisés.Les contributions des électeurs ont totalisé 17 543 527 dollars (12 245 855).Un total de 52 553 personnes (51 526) ont fait des contributions de moins de 200 dollars, 23 429 (12 943) de plus de 200 dollars : ces contributions comptent pour 78% (72%) de l\u2019argent recueilli.La contribution moyenne est de 231 dollars comparativement à 190 dollars en 2002.Les rapports du DGE montrent à nouveau que l\u2019État québécois demeure le principal pourvoyeur des partis politiques.La participation financière de l\u2019État au financement politique québécois, qui s\u2019élève à 13 181 849 dollars (contre 3 109 869 en 2002, mais 2003 était une année électorale), comprend les montants suivants : Allocation de fonctionnement versée aux partis autorisés : Action démocratique du Québec/ Équipe Mario Dumont 444 886$ (311 326) Parti libéral du Québec/Québec Liberal Party 1\t228 6521 (1 243 339) Parti québécois 975 8781 (1 129 809) Autres partis 55 798$ (40 730) Sous-total: 2\t705 214 $ (2 725 204) 464 Remboursements des frais de vérification effectués aux partis : 30 3781 (18 599) Remboursements de dépenses électorales: 10 446 2571 (366 066) Total : 13 181 849$ (3 109 869) Il est à noter que ces chiffres ne comprennent pas les crédits d\u2019impôt accordés par Revenu Québec qui peuvent être estimés à environ 5 204 000 dollars (crédit jusqu\u2019à 75 % d\u2019une contribution maximale de 400 dollars par an).L\u2019allocation que verse l\u2019État auxpar-tis politiques est calculée en fonction du nombre d\u2019électeurs inscrits sur la liste électorale lors de la dernière élection.Un montant de 50 cents est accordé pour chaque électeur inscrit La somme globale est redistribuée entre les partis en fonction du pourcentage de vote obtenu lors de l\u2019élection du 14 avril 2003.Pour toutes les formations politiques ayant produit leurs rapports financiers, l\u2019année 2003 se termine par un excédent des charges sur les produits.Pour l\u2019Action démocratique du Québec il atteint 2 670 598 dollars, au Parti libéral du Québec 135 392 dollars, au Parti québécois 2 178 155 dollars.Le total des actifs nets des trois principaux partis politiques et celui de leurs instances respectives s\u2019élevaient à (1551465) (+ 957 871 dollars en 2002) pour l\u2019Action démocratique du Québec, 1 741 231 dollars (3 685 393) pour le Parti libéral du Québec et 400 889 dollars (2123 215) pour le Parti québécois.Après avoir perdu ce titre en 2002, l\u2019Action démocratique du Québec estre-devenu celui des trois principauxpartis qui bénéficie le plus largement du financement de l\u2019État pour son fonctionnement Ce financement, qui était tombé à 17,5 % en 2002, atteint46,7 % en 2003, contre 23,4 (13,9 %) pour le PLQ et 30,3 % (22,1 %) pour le PQ.Les militants libéraux ont été les plus généreux en 2003 avec des contributions totales de 8 369 876 dollars (6 388 842 dollars).Les péquistes viennent ensuite avec 1 865 104 dollars (1366 749 dollars), puis les adéquistes avec 1 367 868 dollars (1 380 032).Améliorations à la Loi électorale Dans le rapport Améliorer l\u2019accès au vote etjâvoriser son exercice, qu\u2019il dépose le 22 avril 2004 à l\u2019Assemblée nationale, le Directeur général des élections du Québec (DGE) propose d\u2019importantes modifications à la Loi électorale devant contrer la baisse de la participation électorale et améliorer l\u2019accès au scrutin.Il propose notamment de tenir le scrutin le dimanche au lieu du lundi ; d\u2019allonger les heures d\u2019ouverture des bureaux de vote par anticipation de 4 heures par jour ; d\u2019augmenter les occasions de voter grâce à un bureau de vote par anticipation itinérant ; d\u2019offrir aux électeurs deux nouveaux modes de votation : le vote spécial par correspondance et le vote spécial au bureau du directeur du scrutin ; d\u2019offrir la possibilité d\u2019un vote spécial par correspondance aux électeurs en déplacement à l\u2019extérieur de leur circonscription ; d\u2019offrir la possibilité d\u2019un vote spécial aux électeurs hospitalisés ; de mettre en place une ou plusieurs commissions de révision itinérantes.Le Directeur croit que la plupart de ces mesures pourraient s\u2019appliquer lors des prochaines élections générales. La vie politique Ces propositions sont soumises au Comité consultatif qui regroupe des représentants des trois partis représentés à l\u2019Assemblée nationale.Partis politiques provinciaux autorisés Au 8 septembre 2004 Action démocratique du Québec / Équipe Mario Dumont Chef : Mario Dumont Bloc pot Chef : Hugo St-Onge Parti démocratie chrétienne du Québec Chef: Gilles Noël LA CHRONIQUE DE L\u2019I Lise Thibault reconfirmée.Le 26 août 2003, par une discrète lettre de confirmation officielle, le premier ministre Jean Chrétien reconduit le mandat de madame Lise Thibault à titre de Lieutenant-gouverneur du Québec.Le Lieutenant-gouverneur est nommé par le Gouverneur général en conseil - le premier ministre du Canada - et reste en poste « durantle bon plaisir » du gouvernement, soit généralement pour un mandat de cinq ans.Madame Thibault a été assermentée en janvier 1997.De l\u2019utilité du Parlement.Plusieurs observateurs notent que les premières consultations publiques menées par le nouveau gouvernement libéral (du 27 au 29 août, sur le développement et le financement des places en garderie) ont lieu à l\u2019extérieur de l\u2019Assemblée nationale, dans un hôtel situé à un jet de pierre du Parlement Parti égalité / Equality Party Chef : Keith Henderson Parti libéral du Québec / Quebec Liberal Party Chef : Jean Charest Parti marxiste-léniniste du Québec Chef : Claude Brunelle Parti québécois Chef : Bernard Landry Parti vert du Québec / Green Party of Québec Chef : Richard Savignac Union des forces progressistes Chef : Danielle Maire SEMBLEE NATIONALE Parlement des Sages.La quatrième édition du Parlement des Sages, une simulation parlementaire qui fait partie du programme éducatif de l\u2019Assemblée nationale, comme le Parlement Jeunesse, se tient du 15 au 17 septembre.Perles parlementaires.Événement assez inhabituel, la maison d\u2019édition Stanké profite du cadre de la Bibliothèque de l\u2019Assemblée nationale et d\u2019un parterre de parlementaires pour lancer, le 29 octobre, Fou rire au parlement, quand nos politiciens se bidonnent!, un recueil de mots d\u2019esprit, bourdes et perles de politiciens québécois.Guy Giguère, un historien et ex-at-taché politique, a compilé les transcriptions de la période des questions à l\u2019Assemblée nationale du Québec entre 1989 et 2001 pour en retenir 123 passages.11 livre ainsi au public ce qui fait le délice de l\u2019auditeur assidu de la péri- 466 ode des questions : des répliques et des commentaires hilarants, des faits cocasses ou des situations embarrassantes prouvant qu\u2019il arrive aux élus, comme à tout le monde, d\u2019avoir un trou de mémoire, de faire un lapsus, de buter sur un mot, de pêcher par distraction ou par manque de concentration.Reprise de la session.Au lendemain des élections générales, la Chambre n\u2019avait siégé que 13 jours, pour ajourner statutairement pendant plus de quatre mois.Les travaux de la première session de la trente-septième législature reprennent le 21 octobre.25 ans de télédiffusion.Le 21 octobre, l\u2019Assemblée nationale adopte une motion pour souligner le 25e anniversaire de la télédiffusion intégrale des débats de l\u2019Assemblée nationale.DGE et Commissaire au lobbyisme.Le rapport annuel de gestion 2002-2003 du Directeur général des élections et le rapport d\u2019activités 2002-2003 du Commissaire au lobbyisme du Québec, la quatrième personne désignée par l\u2019Assemblée nationale (avec le DGE, le Protecteur du citoyen et le Vérificateur général), est déposé le 21 octobre.Droit de parole de l\u2019ADQ.Incapable de faire reconnaître leur parti comme groupe parlementaire, les adéquistes essuyent une nouvelle rebuffade en se voyant refuser le droit d\u2019intervenir à chaque période des questions, le président de l\u2019Assemblée, Michel Bissonnet, décidant le 30 octobre de maintenir le ratio de deux questions par cinq séances.Le Québec forme une nation.Vingt-quatre heures après que la Chambre des communes eut défait une motion de reconnaissance de la nation québécoise, le 30 octobre, les trois partis présents au Salon bleu présentent conjointement une motion endossée sans débat, ne contenant aucune demande, juste une déclaration : « L\u2019Assemblée nationale réaffirme que le peuple québécois forme une nation.» La motion estadop-tée à l\u2019unanimité.Boulerice s\u2019excuse.Le 5 novembre, après qu\u2019un journal eutrévélé qu\u2019il avait accepté un voyage gratuit au Maroc, le député péquiste de Sainte-Marie-Saint-Jacques, André Boulerice, s\u2019adresse à la Chambre: «M.le Président, j\u2019ai commis l\u2019erreur d\u2019accepter un voyage auquel je n\u2019avais pas droit Je l\u2019ai admis, j\u2019ai remboursé.J\u2019ai accepté la sanction du chef de l\u2019opposition officielle rattachée à mon geste et je ne suis plus porte-parole de l\u2019opposition pour les communautés culturelles etl\u2019immigra-tion.Ce matin, on insinue dans les médias que je serais intervenu personnellement dans l\u2019émission de cartes d\u2019assurance maladie à des personnes qui n\u2019y ont pas droit.J\u2019affirme ici, solennellement, en cette Assemblée, que ces insinuations sont fausses.Je les nie, M.le Président Merci.» Protecteur du citoyen.Intitulé Faire un pas de plus, le rapport annuel du Protecteur du citoyen pour l\u2019année financière terminée le 31 mars 2003, est déposé le 5 novembre.Médaille du civisme à Blackburn.Le 17 novembre, le nouveau député libéral de Roberval, Karl Blackburn, est honoré La vie politique pour son civisme, en compagnie de 22 autres citoyens, pour avoir fait preuve d\u2019un courage exceptionnel dans des circonstances tragiques.Le 23 mars 2002, il s\u2019était joint à Robert Desgagné, un employé du couvent des Ursulines de Roberval, pour évacuer une quinzaine de personnes âgées prisonnières des flammes qui ravageaient l\u2019institution.Retour du bâillon?Le 19 novembre, le gouvernement se redonne les outils dont il pourrait avoir besoin pour faire adopter ses projets de loi les plus controversés avantl\u2019ajournemenL Une motion présentée par l\u2019ancien présidentde l\u2019Assemblée nationale, le député péquiste de Borduas Jean-Pierre Charbonneau, visant à reconduire jusqu\u2019au 23 juin 2004 les modifications aux règles de fonctionnement de l\u2019Assemblée nationale qui prévalaient depuis le 6 décembre 2001 ne permettant plus la suspension des règles de procédure (le bâillon) que pour un seul projet de loi à la fois, est battue à 63 voix contre 42.L\u2019opposition officielle est offusquée : « Nous avions nous-mêmes, à la veille de la session intensive, changé les règles etaccepté de limiter le pouvoir discrétionnaire du gouvernement de faire adopter en bloc des projets de loi.Le gouvernement d\u2019alors avait accepté de restreindre son autorité au nom des règles d\u2019éthique et de démocratie qui doivent prévaloir à l\u2019Assemblée nationale », plaide en vain le leader André Boisclair.Retraite de l\u2019ancien secrétaire général.Le 19 novembre, à l\u2019occasion de son départ à la retraite, Pierre Duchesne, secrétaire général de l\u2019Assemblée nationale de 1984 à 2001, publie un Règlement annoté de l\u2019Assemblée nationale.Dénonciation du vandalisme syndical.Le 3 décembre, après que le premier ministre Jean Charest eut qualifié d\u2019inadmissibles et d\u2019inacceptables l\u2019entrée forcée de syndiqués à l\u2019hôpital Sainte-Justine et le saccage du bureau montréalais du président de l\u2019Assemblée nationale, Michel Bissonnet, par des syndiqués qui dénonçaient les projets de loi visant à faciliter la sous-traitance et à réduire le nombre d\u2019accréditations syndicales dans le réseau de la santé, la Chambre adopte à l\u2019unanimité une motion conjointe des trois partis énonçant : « Que l\u2019Assemblée nationale condamne vigoureusement et sans nuances les actes de vandalisme et d\u2019intimidation survenus le 1\" décembre 2003 et rappelle comme la Loi de l\u2019Assemblée nationale l\u2019édicte qu\u2019un député doit jouir d\u2019une complète indépendance dans l\u2019exercice de ses fonctions ».Cris et jappements.Le député libéral Daniel Bouchard, de Mégantic-Compton, doit s\u2019excuser, le 5 décembre, pour avoir aboyé avec force en Chambre au moment où la députée péquiste de Matapédia, Danielle Doyer, tentait de poser une question.Peu après, il s\u2019est présenté devant la presse parlementaire pour demander qu\u2019on l\u2019excuse de ses « propos ».« Dans le feu de l\u2019action, il arrive d\u2019avoir des commentaires, des échanges vigoureux, dépendant (sic) des députés.Et c\u2019est évident que des altercations peuvent se faire au niveau verbal.Je reconnais ce matin un manque de respect Je m\u2019en excuse et je retire mes paroles.» Cette séance de la période des questions avait été particulièrement houleuse, le chef adéquiste Mario Dumont ayant été 468 traité de « trou de.» pour la deuxième fois de sa carrière par une voix non identifiée, lors d\u2019un débat sur le traitement des personnes âgées de Saint-Charles-Borromée.L\u2019insulte était clairement venue des banquettes libérales.Vérificateur général.Le tome II du rap-port du Vérificateur général à l\u2019Assemblée nationale pour l\u2019année 2002-2003 est déposé le 9 décembre.Crédits supplémentaires.Le 10 décembre, le gouvernement dépose des crédits supplémentaires de 571 millions de dollars pour l\u2019exercice 2003-2004.Retour du bâillon.Comme le craignait l\u2019opposition officielle, le gouvernement Charest dépose le 15 décembre une motion de suspension des règles, incluant 8 projets de loi, c\u2019est-à-dire l\u2019essentiel des principales législations déposées à l\u2019automne.Les projets de loi controversés ( 31, 25, 30, 32, 7, 8, 34 et 9 ) sont adoptés le lendemain, après 18 heures de débat seulement Ajournement.Le 18 décembre, à la 45e séance, les travaux parlementaires sont ajournés au 9 mars 2004.Archives des Patriotes.Le 28 janvier 2004, l\u2019Assemblée nationale fait l\u2019acquisition de documents relatifs à l\u2019histoire des Patriotes et des Rébellions de 1837 et de 1838 lors de la vente aux enchères de la collection Seaborn qui s\u2019est déroulée à Montréal.Reprise des travaux.Les travaux parlementaires de la iere session de la 37e législature reprennent le 9 mars.William démissionne.Député libéral de Nelligan et adjoint parlementaire du ministre de la Santé et des Services sociaux, Russell William annonce le 9 mars qu\u2019il quitte la politique active pour devenir président d\u2019une association de lobbying en produits pharmaceutiques, Les Compagnies de recherche pharmaceutique du Canada (Rx & D), un groupe qui représente une cinquantaine d\u2019entreprises au Canada.Le député de Nelligan, qui représentait sa circonscription depuis 1989, était particulièrement déçu d\u2019avoir été écarté du conseil des ministres.Bouchard devient indépendant.Le 16 mars, le député libéral de Mégantic-Compton, Daniel Bouchard, annonce qu\u2019il siégera dorénavant à titre d\u2019indépendant Déséquilibre fiscal.Pour la troisième fois depuis le dépôt du rapport de la commission Séguin en 2002, l\u2019Assemblée nationale du Québec adopte, le 17 mars, une motion unanime exigeant que le gouvernement Martin reconnaisse le déséquilibre fiscal et mette en place des mesures pour corriger le phénomène dans son budget du 23 mars.La motion, présentée par le député péquiste François Legault, se lit comme suit : « Que l\u2019Assemblée nationale exige du gouvernement qu\u2019il reconnaisse l\u2019existence du déséquilibre fiscal et qu\u2019il adopte dès le 23 mars 2004 des mesures budgétaires pour en contrer les effets sur les finances publiques des provinces.» Députée piratée.Comme bien d\u2019autres malheureux internautes avant elle, la députée libérale de La Pel trie, France La vie politique Hamel, a été victime de piratage informatique lorsque des liens pour accéder à un casino virtuel ont été affichés sur sont site Internetwww.ffancehamel.com.Ces liens seraient apparus après qu\u2019un travailleur bénévole eut installé un partagiciel servant à mener des sondages.Quelques minutes après que l\u2019affaire eut été révélée à l\u2019Assemblée nationale, le 23 mars, le « Golden Riviera Casino » avait disparu.Discours sur le budget.Le deuxième budget Séguin et les crédits pour 2004-2005 sont déposés le 30 mars.Le gouvernement conserve l\u2019équilibre budgétaire.Les revenus, en hausse de 3,1 %, devraient totaliser 53 834 milliards de dollars, alors que les dépenses sont évaluées à 54 090 milliards de dollars, en hausse de 2,9 %.Des revenus de 880 millions de dollars provenant de la vente d\u2019actifs et de placements de sociétés d\u2019État devraient éviter de renouer avec le déficit.Actes antisémites.Le 6 avril, l\u2019Assemblée nationale adopte à l\u2019unanimité une motion présentée par Jean Charest et Bernard Landry dénonçant l\u2019antisémitisme : « Que l\u2019Assemblée nationale dénonce et condamne les actes criminels antisémites survenus hier à l\u2019École Talmud Torah Unie de Montréal et réitère que le Québec est une terre d\u2019accueil empreinte d\u2019ouverture et de tolérance.» Défense du chrysotile.Le 6 avril, l\u2019Assemblée nationale fournit un appui de taille à l\u2019industrie de la chrysolite -un produit des mines d\u2019Asbestos et de Thetford Mines - que menace un bannissement à l\u2019échelle de la planète, en adoptant une motion unanime qui « demande au gouvernement du Canada de s\u2019opposer fermement à l\u2019inclusion du chrysotile à la procédure de consentement préalable en connaissance de cause (procédure PIC) de la Convention de Rotterdam.» Bellemare démissionne.Le 27 avril, à peine un an après avoir été élu, Marc Bellemare, député libéral de Vanier et ministre de la Justice, annonce sa démission.Unanimité sur l\u2019assurance-emploi.Le 28 avril, l\u2019Assemblée adopte une motion unanime demandant formellement au gouvernement fédéral de réviser la Loi sur l\u2019assurance-emploi afin d\u2019éliminer les iniquités que l\u2019on y retrouve actuellement quant à la situation particulière vécue par les travailleurs saisonniers du Québec.Unanimité sur la TSP.Le 6 mai, l\u2019Assemblée adopte une motion conjointe de Landry, Séguin et Dumont proclamant : « Que l\u2019Assemblée nationale appuie le gouvernement du Québec dans ses démarches auprès du gouvernement fédéral visant à transférer au Québec les sommes provenant de la taxe sur les produits et services (TPS) ».La TPS de 7 % perçue au Québec fournitdes revenus annuels de sept milliards de dollars au gouvernement fédéral.Unanimité contre l\u2019ingérence fédérale.Le 20 mai, l\u2019Assemblée vote à l\u2019unanimité une motion présentée par Mario Dumont qui se lit comme suit : « Que l\u2019Assemblée nationale demande au gouvernement fédéral d\u2019abandon- 470 ner son projet de commission nationale des valeurs mobilières, projet qui constitue une ingérence dans un champ de compétence réservé aux provinces.» Sondage sur l\u2019Assemblée.Le 8 juin, le président Michel Bissonnet dévoile les résultats d\u2019un sondage commandé par l\u2019Assemblée à la firme Léger & Léger (au coût de 20 000 dollars) sur la connaissance et la perception des citoyens québécois à l\u2019égard de l\u2019Assemblée nationale et des députés, ainsi que sur les moyens de communication utilisés pour les informer à ce sujet.Il ressort de ce sondage que 71 % des Québécois ne savent pas le nom de leur député et que 53 % des 18-24 ans ne connaissent rien de l\u2019Assemblée nationale.Une proportion de 20 % des personnes interrogées considère de plus l\u2019Assemblée nationale comme un cirque.Devant ces résultats, le président Bissonnet entend revoir cet automne la stratégie de communication de l\u2019institution.« En connaissantmieux notre clientèle et ses préférences, nous serons mieux à même de répondre à ses besoins en matière d\u2019information sur l\u2019Assemblée nationale, et, ultimement, nous rapprocherons les Québécois de leurs élus et de leur institution parlementaire», a déclaré le président Bissonnet SGF et métro de Laval.Le 8 juin 2004, dépôt du Tome 1 du rapport de la Vérificatrice générale pour l\u2019année 2003-2004 et de rapports spéciaux concernant la gestion du projet de prolongement du réseau de métro sur le territoire de la ville de Laval et la gestion delà SGF.Unanimité sur l\u2019OMC.Inquiets des conséquences que pourrait avoir la signature prochaine de l\u2019accord de l\u2019OMC sur le secteur agricole au Québec, les parlementaires adoptent le 8 juin une motion conjointe et unanime demandant: « Que l\u2019As semblée nationale réitère l\u2019importance qu\u2019elle accorde à une agriculture forte et un secteur alimentaire prospère au Québec, qu\u2019elle appuie les objectifs poursuivis par la Coalition pour un modèle agricole équitable, la gestion de l\u2019offre, notamment la protection des économies des régions rurales et la pérennité des fermes québécoises, et que l\u2019Assemblée nationale soutienne le gouvernement fédéral, au cours des présentes négociations à l\u2019OMC, dans sa démarche pour qu\u2019au terme du cycle actuel des négociations les pays signataires à l\u2019OMC conservent leur capacité d\u2019administrer une gestion de l\u2019offre efficace, celle-ci représentant un modèle agricole équitable pour les consommateurs, les contribuables, les transformateurs, les producteurs et l\u2019économie québécoise.» Demande d\u2019explications à la Vérificatrice.Le contenu des deux rapports de la Vérificatrice générale ayant été publié dans un quotidien avant que ceux-ci ne soient déposés à l\u2019Assemblée nationale, le président de l\u2019Assemblée, Michel Bissonnet, au nom des députés, expédie le 9 juin une lettre à la Vérificatrice, Doris Paradis, demandant quelles étaient les mesures de sécurité prises pour assurer la confidentialité de ces rapports et quelles sont les mesures qui serontprises à l\u2019avenir.Réforme parlementaire.Le 10 juin, le ministre responsable de la réforme par- La vie politique lementaire, Jacques Dupuis, dépose un projet de réforme des règles de procédure qui devrait être étudié à l\u2019automne.Le lendemain, le président de l\u2019Assemblée nationale, Michel Bissonnet, dépose sa propre proposition de réforme.Protecteur du citoyen.Le rapport annuel du Protecteur du citoyen pour l\u2019année financière terminée le 31 mars 2004, rapport intitulé Pour le citoyen : miser sur le bon sens, est déposé le 10 juin.Commissaire au lobbyisme.Le rapport d\u2019activité 2003-2004 du Commissaire au lobbyisme du Québec est déposé le 15 juin.Nouveau Vérificateur général.Exerçant la prérogative du gouvernement, Jean Charest propose le 16 juin la nomination de monsieur Renaud Lachance, professeur agrégé aux HEC de Montréal, comme Vérificateur général du Québec pour un mandat de 10 ans à compter du 9 août 2004.Les députés indépendants de l\u2019ADQ s\u2019opposent au dépôt de la motion et s\u2019abstiennent de voter en guise de protestation sur leur sort Renaud Lachance succède à Doris Paradis, qui assumait l\u2019intérim depuis 30 mois.L\u2019ADQ poursuit l\u2019Assemblée.Se voyant refuser une motion visant à faire reconnaître immédiatement son parti comme groupe parlementaire en Chambre, conformément à des dispositions contenues dans la proposition de réforme parlementaire présentée le 10 juin par le leader du gouvernement, Mario Dumont annonce le 16 juin son intention d\u2019intenter un recours judiciaire contre l\u2019Assemblée nationale.L\u2019Action démocratique du Québec s\u2019adressera à la Cour supérieure pour faire déclarer inconstitutionnels les articles du Règlement de l\u2019Assemblée nationale qui empêchent cette formation d\u2019obtenir le statut de groupe parlementaire.C\u2019est la première fois qu\u2019un parti politique traîne l\u2019Assemblée nationale en cour.L\u2019ADQ devra convaincre la Cour qu\u2019un tribunal peut s\u2019immiscer dans les affaires de l\u2019Assemblée nationale, qui est souveraine.En 1998, l\u2019ADQ avait obtenu gain de cause en Cour supérieure en faisant invalider plusieurs articles de la Loi électorale.Si elle estadoptée par les députés, la réforme proposée par les libéraux accorderait un statut de groupe parlementaire à tout parti qui aura recueilli au moins 15 % des voix aux élections générales ou fait élire au moins six députés.Le règlement actuel fixe cette limite à 20 % ou 12 élus.L\u2019ADQ a obtenu 18 % des voix aux dernières élections et fait élire quatre députés.Sirros démissionne.Député de Laurier-Dorion depuis 23 ans, le libéral Christos Sirros, vice-président de l\u2019Assemblée nationale, annonce le 17 juin qu\u2019il quitte la politique.« Je pars heureux, en paix avec moi-même, a déclaré le député en annonçant sa démission.Il arrive un moment dans la vie où il faut réévaluer ce qu\u2019on fait et s\u2019adapter.» Malgré sa longue expérience, Jean Charest ne l\u2019avait pas appelé, en 2003, à faire partie de son gouvernement.Ajournement.Le 17 juin, après 90 séances, les travaux de la iere session de la 37e Législature, amorcée le 4 juin 2003, sontajournés au 19 octobre 2004.472 Boisclair démissionne.Le 17 août, le Boisclair, démissionne pour aller com-leader de l\u2019opposition officielle et pléterdes études à Harvard, député péquiste de Gouin, André MOUVEMENTS AU SEIN DU PERSONNEL POLITIQUE \t Parti libéral du Québec\t72 Parti québécois\t44 Députés indépendants\t(5) Action démocratique du Québec\t4 Autre\t1 Sièges vacants (Va nier, Nelligan, Laurier-Dorion, Gouin)\t4 Le gouvernement Charest Le premier cabinet du gouvernement Charest, assermenté le 29 avril 2003, n\u2019a pas depuis subi de modifications significatives.Le Conseil des ministres (par responsabilités) Administration gouvernementale et Conseil du trésor Monique Jérôme-Forget, présidente du Conseil du trésor et ministre responsable de l\u2019Administration gouvernementale Affaires intergouvemementales canadiennes et Affaires autochtones Benoît Pelletier, ministre délégué aux Affaires intergouvemementales canadiennes et aux Affaires autochtones Affaires municipales, Sport et Loisir Jean-Marc Fournier, ministre des Affaires municipales, du Sport et du Loisir Agriculture, Pêcheries et Alimentation Françoise Gauthier, ministre de l\u2019Agriculture, des Pêcheries et de l\u2019Alimentation Conseil exécutif Jean Charest, premier ministre Culture et Communications Line Beauchamp, ministre de la Culture et des Communications Développement économique et régional et Recherche Michel Audet, ministre du Développement économique et régional et de la Recherche Éducation Pierre Reid, ministre de l\u2019Éducation Emploi, Solidarité sociale et Famille Claude Béchard, ministre de l\u2019Emploi, de la Solidarité sociale et de la Famille Carole Théberge, ministre déléguée à la Famille Environnement Thomas J.Mulcair, ministre de l\u2019Environnement Finances Yves Séguin, ministre des Finances Justice Jacques P.Dupuis, ministre de la Justice et Procureur général La vie politique Relations avec les citoyens et l\u2019Immigration Michelle Courchesne, Ministre des Relations avec les citoyens et de l\u2019Immigration Relations internationales Monique Gagnon-Tremblay, vice-première ministre et ministre des Relations internationales Ressources naturelles Sam Hamad, ministre des Ressources naturelles, de la Faune et des Parcs Pierre Corbeil, ministre délégué à la Forêt, à la Faune et aux Parcs Santé et des Services sociaux Philippe Couillard, ministre de la Santé et des Services sociaux Sécurité publique Jacques Chagnon, ministre de la Sécurité publique Transports Yvon Marcoux, ministre des Transports Julie Boulet, ministre déléguée aux Transports Tourisme Nathalie Normandeau, ministre déléguée au Développement régional et au Tourisme Réforme des institutions démocratiques Jacques P.Dupuis, ministre délégué à la Réforme des institutions démocratiques Revenu Lawrence S.Bergman, ministre du Revenu Travail Michel Després, ministre du Travail Coincé par le calendrier parlementaire et l\u2019obligation de présenter un Discours inaugural et un budget, le gouvernement de Jean Chares t, élu le 14 avril 2003, n\u2019avait pu déposer que 13 projets de loi à sa première session.Quatre seulement, dont la statutaire Loi sur les crédits, furent adoptés.LES PRINCIPALES LOIS ADOPTEES PAR L\u2019ASSEMBLEE NATIONALE Reflet évident de la philosophie libérale, qui consiste à légiférer peu et surtout à réglementer moins, le bilan législatif de la dernière année est assez restreint avec, au total, seulement45 lois adoptées (26 à la session d\u2019automne, 19 à la session du printemps), dontdeuxpro-jets de loi dits « de députés ».En 15 mois de gouvernement, les libéraux n\u2019ont donc fait adopter que 49 lois.Le gouvernement a mis du temps à présenter (le 5 mai seulement) son plan de réingénierie de l\u2019État (il préfère maintenant utiliser le vocable « modernisation»), Les principaux projets de loi qui en découlent (sur la Société de financement des infrastructures locales, sur l\u2019Agence de partenariats public-privé du Québec, sur Services Québec), présentés en juin 2004, ne 474 seront adoptés qu\u2019au cours des prochaines sessions.Il a quand même à son actif des pièces législatives majeures, voire controversées, certaines ayant mobilisé des pans entiers de la société civile, effectifs syndicaux en tête.Les libéraux ont même été forcés de renouer avec l\u2019usage du bâillon pour faire adopter huitprojets de lois (31, 25, 30, 32,7, 8, 34 et 9).Il faut dire que depuis la reprise des travaux parlementaires le 21 octobre 2003,\tjusqu\u2019à l\u2019ajournement du 17 juin 2004,\tla Chambre n\u2019aura siégé que 77 jours (32 à l\u2019automne, 45 au printemps).Mais le gouvernement a également mené durant l\u2019année plus d\u2019une vingtaine de consultations générales ou particulières (sur invitation) sur des sujets aussi divers que le développement et le financement des places en garderies le processus des défusions municipales, la création d\u2019un Commissaire à la santé et au bien-être, l\u2019avenir du Régime des rentes du Québec, la réorganisation de la santé, les nouveaux enjeux de la sécurité alimentaire du Québec, la planification des niveaux d\u2019immigration 2005-2007, le plan stratégique d\u2019Hydro-Québec 2004-2008, l\u2019article 45 du Code du travail, le financement des universités, le rôle de l\u2019État dans le capital de risque (Rapport Brunet), la gestion d\u2019investissement Québec, le projet de code de déontologie des lobbyistes, la sécurité privée, l\u2019opposition gouvernementale à la syndicalisation de certains travailleurs, le Code de la sécurité routière et la perception des amendes, la réforme de l\u2019accès à l\u2019information et la nouvelle agence nationale d\u2019encadrement du secteur financier.À l\u2019ajournement de juin 2004, le gouvernement avait 17 projets de loi inscrits au Feuilleton.Session d\u2019automne 2003: 26 lois Amendes impayées.Afin d\u2019assurer une meilleure récupération des sommes dues à l\u2019État, des modifications au Code de la sécurité routière et au Code de procédure pénale suppriment l\u2019emprisonnement pour défaut de paiement des amendes reliées à la circulation routière et au stationnement.Mais la loi permet toutefois l\u2019imposition d\u2019une peine de prison à quiconque « tente de façon délibérée de se soustraire au paiement» de ces amendes.Opposition à la syndicalisation.Les projets de loi 7 et 8 sont adoptés afin de contrecarrer deux décisions du Tribunal du travail : celle rendue en 2001 reconnaissant le statut de salarié et le droit de se syndiquer aux n 250 familles d\u2019accueil et responsables de ressources intermédiaires (des personnes qui hébergent des aînés en perte d\u2019autonomie ou des déficients intellectuels) ; celle rendue en 2002 déclarant salariées et reconnaissant à 15 000 travailleuses des CPE le droit de se syndiquer.Ces projets de loi assimilent ces personnes à des travailleurs autonomes et leur refusent le droit de se syndiquer, stipulant que ces travailleurs ne sont pas des salariés au sens du Code du travail.Défusions municipales.La loi 9 concernant la consultation des citoyens sur la réorganisation territoriale de certaines municipalités vient fixer les règles de défiision dans chacune des 212 La vie politique municipalités fusionnées en 42 villes depuis janvier 2002.Budget.Le projet loi 10, donnant suite au discours sur le budget, parle par lui-même : simple loi de concordance, technique, elle compte.395 pages et 468 articles.Prêts et bourses.La « modernisation » de la Loi sur l\u2019aide financière aux études (loi 19), notamment les remodulations de plafonds des prêts, a pour effet direct d\u2019augmenter de 100 millions de dollars l\u2019endettement étudiant Réorganisation de Montréal.Un projet de loi omnibus (projet de loi 23) modifie la Charte de la ville pour permettre la mise en place du modèle organisationnel décentralisé élaboré par l\u2019administration du maire Gérald Tremblay (le plan Tremblay).Fusions des établissements de santé.Pierre angulaire de la réforme de la santé du gouvernement libéral, la loi 25 sur les agences de développement de réseaux locaux de services de santé et de services sociaux prévoit la disparition des régies régionales et la mise en place des réseaux locaux de services (les Agences) qui naîtront de la fusion des hôpitaux avec les CLSC et certains CHSLD.Sépultures des anciens combattants.Une loi oblige dorénavant l\u2019administrateur d\u2019un cimetière à assurer la protection des sépultures des anciens combattants de l\u2019armée canadienne ou d\u2019armées alliées ainsi que certaines sépultures de guerre.Aquaculture commerciale.Cette nouvelle loi consume la base législative pour l\u2019encadrement de la pratique de l\u2019aquaculture au Québec.Ellevise à favoriser l\u2019émergence d\u2019une activité durable et une utilisation optimale du domaine hydrique de l'État Accréditations syndicales.Autre volet important de la réforme libérale du secteur de la santé, le projet de loi 30 fait passer de 3671 à 1961 du nombre d\u2019unités de négociation dans le réseau de la santé et des services sociaux - en regroupant les employés en quatre catégories d\u2019emploi par établissement - et effectue une décentralisation sur le plan local de la négociation de l\u2019organisation du travail.Article 45 du Code du travail.La loi 31 vient limiter considérablement l\u2019application de l\u2019article 45 du Code du travail afin de faciliter la sous-traitance au gouvernement, dans les municipalités et les entreprises privées.Fin des garderies à 5 dollars.Allant à l\u2019encontre d\u2019un engagement électoral, le gouvernement augmente de 40 % la contribution exigée des parents qui passe de cinq à sept dollars par jour à compter du Ier janvier 2004.En plus, il indexe annuellement les fiais de garde à partir de janvier 2005.Le projet de loi 32 donne au gouvernementCharest toute la marge de manœuvre nécessaire pour allouer comme il l\u2019entend les 12 200 places qu\u2019il reste à distribuer pour compléter le réseau planifié de 200 000 places.Décentralisation.Premier volet du plan de décentralisation du gouvernement Charest, qui devrait se concrétiser en 2005, la loi 34 abolit les conseils régionaux de développement (CRD), qui pouvaient compter jusqu\u2019à 70 administrateurs, pour les remplacer par les nouvelles conférences des élus (CRE) dans chacune des 17 régions administratives du Québec.Les maires auront 476 désormais le contrôle du développement de leur région.Génocide arménien.En adoptant ce projet de loi de député, proclamantle 24 avril Jour commémoratif du génocide arménien, l\u2019Assemblée nationale devientla première législature au Canada à reconnaître le génocide arménien.Depuis 1980, l\u2019Assemblée a adopté plusieurs résolutions commémorant les massacres de 1915-1923, décrits comme le premier génocide du XXe siècle.Le Québec compte une communauté arménienne de plus de 20 000 personnes.Session du printemps 2004: 19 lois Adoption internationale.Une loi assure la mise en œuvre de la Convention sur la protection des enfants et la coopération en matière d\u2019adoption internationale.Lutte à l\u2019évasion fiscale.Le projet de loi 20 cherche à accroître les pouvoirs du ministère du Revenu dans sa lutte à l\u2019évasion fiscale.Elle permet la création d\u2019une quasi police du revenu en autorisant les fonctionnaires du ministère à installer et utiliser des techniques modernes comme la surveillance électronique pour contrer l\u2019évasion fiscale.Pensions alimentaires.En modifiant le Code civil et le Code de procédure civile en matière de fixation de pensions alimentaires pour enfants, le législateur prévoit que tous les enfants à charge seront désormais pris en compte dans le calcul des pensions alimentaires.La loi vise notamment à permettre que lors de la fixation d\u2019une pension alimentaire pour enfants, le tribunal puisse considérer les enfants issus d\u2019une autre union, afin d\u2019assurer l\u2019égalité de traitement de tous les enfants.Cette mesure bénéficiera potentiellement à 24 500 familles québécoises reconstituées, en permettant au juge de tenir compte de l\u2019ensemble des obligations alimentaires du débiteur, peu importe de quelle union elles sont issues.Code des professions.Un ordre professionnel peut désormais radier provisoirement un professionnel, ou limiter ou suspendre son droit d\u2019exercer lorsque son étatphysique ou psychique est incompatible avec l\u2019exercice de sa profession.Société de la faune et des parcs.Une loi vient abroger un premier organisme public : Société de la faune et des parcs du Québec.Références Avis de la Régie de l'énergie sur la sécurité énergétique des Québécois à l'égard des approvisionnements électriques et la contribution du projet du Suroît : www.regie-energie.qc.ca/audiences/3526-04/index3526.html Briller parmi les meilleurs, programme d'action et autres documents de la série Briller parmi les meilleurs : www.briller.gouv.qc.ca/publications_briller.htm Budget 2004-2005 du 30 mars 2004 : www.budget.fmances.gouv.qc.ca/index.asp Budget des dépenses (crédits) 2004-2005 du 30 mars 2004 : www.tresor.gouv.qc.ca/budget/ La vie politique Inscription de la production porcine dans le développement durable.Rapport d'enquête et d'audience publique du BAPE (Rapport Boucher) : www.bape.gouv.qc.ca/sections/rapports/tous/index.htm Moderniser l'État.Pour des services de qualité aux citoyens.Plan de modernisation 2004-2007 : www.tresor.gouv.qc.ca/fr/modernisation Profil institutionnel du Québec : www.enap.uquebec.ca/documents-pdf/observatoire/profil-instimtionnelquebec.pdf Proposition de réforme parlementaire du président de l'Assemblée nationale: www.assnat.qc.ca/fra/nouvelles/nouvelles.asp Rapports financiers des partis politiques: www.electionsquebec.qc.ca/fr/hste_partis_provinciaux asp Rapports du Protecteur du citoyen : www.ombuds.gouv.qc.ca/ff/publications/rap_annuel/liste_rap_annuel.asp Rapports du Commissaire au lobbyisme : si2.commissairelobby.qc.ca/motcommissaire.asp Rapport La sécurité alimentaire : un enjeu de société, une responsabilité de tous les intervenants de la chaîne alimentaire:assnat.qc.ca/fra/37legislamrei/comnhssions/capa/aliment/rapalimentaire.html Rapport Gautrin sur le Gouvernement en ligne intitulé : Vers un Québec branché pour ses citoyens : www.hfgautrin.com Rapports du Vérificateur général du Québec : www.vgq.gouv.qc.ca/HTML/Rapports.html Résultats du sondage sur la perception des Québécois à l'égard de leurs députés et de l'Assemblée nationale : www.assnat.qc.ca/fra/nouvelles/nouvelles.asp Résultats des scrutins référendaires municipaux : www.electionsquebec.qc.ca/referendum s_ff/index.asp Références Internet Action démocratique du Québec : www.adq.qc.ca Assemblée nationale : assnat.qc.ca Directeur général des élections : www.electionsquebec.qc.ca Gouvernement du Québec (en ligne) : www.gouv.qc.ca Institut du Nouveau Monde : www.inm.qc.ca Institut de la statistique du Québec : www.stat.gouv.qc.ca Parti libéral du Québec : www.plq.org Parti québécois : partiquebecois.org 478 ENAP L\u2019UNIVERSITE DE L\u2019ADMINISTRATION PUBLIQUE L\u2019ÉCOLE NATIONALE D\u2019ADMINISTRATION PUBLIQUE forme, depuis trente-cinq ans.les cadres et les professionnels du secteur public, grâce a un enseignement crédite de 2* et de}' cycles et à des activités de perfectionnement.L ENAP contribue en outre au développement de l'administration publique par des activités de recherche et par des services d'appui aux organisations.Elle est aussi très active en cooperation internationale.L ENAP est reconnue au Québec et dans le monde, comme l'une des plus importantes ecoles universitaires de management public de langue française.Elle accueille annuellement près de 2000 etudiants et compte plus de S500 diplômés, dont plusieurs exercent des fonctions stratégiques dans le secteur public.www.enap.ca Éco** nation*** d'admimvtration publkjuo La vie politique ADMINISTRATION PUBLIQUE Le partenariat public-privé : un nouvel outil de la gestion publique à apprivoiser Pierre Bernier Professeur associe, ÉNAP En publiant, le 17 juin 2004, une « Politique cadre sur les partenariats public-privé » et en déposant, le même jour, un projet de loi visant à créer une Agence des partenariats public-privé, le gouvernement du Québec a précisé les contours de sa doctrine et clarifié la notion de «PPP» à la québécoise, mode d\u2019action publique qu\u2019on entend promouvoir dans les prochaines années.Les PPP ont une portée diverse selon les pays, les époques, l'idéologie des dirigeants et les valeurs de la société.De quel partenariat public-privé parle-t-on ?Depuis de nombreuses années, dans toutes les démocraties occidentales, la recherche et la promotion de l\u2019idée du partenariat entre les secteurs public et privé est jugée souhaitable voire nécessaire dans l\u2019intérêt public.Toutefois, ce vocable « partenariat » recouvre à l\u2019évidence des réalités dont la portée et l\u2019ambition sont très diverses selon les pays, les époques, l\u2019idéologie des gouvernants et, surtout, les valeurs entretenues au sein de la société à l\u2019égard du service public.Le concept de « Partenariat public-privé » dont il est question ici a une signification et une portée précises.Il s\u2019agit essentiellement d\u2019un instrument de gestion publique.Souvent désigné par l\u2019acronyme «PPP» (ou «3P»), il renvoie à un mode d\u2019action permettant aux pouvoirs publics d\u2019assumer certaines de leurs responsabilités dans le cadre d\u2019une relation inédite qui s\u2019apparente à une cogestion avec des acteurs de droit privé.Autrement dit, les PPP sont des pratiques de coopération formelle (contractuelle) entre les autorités politiques (maître d\u2019œuvre) et les entreprises (maître d\u2019ouvrage) pour exécuter une mission d\u2019intérêt général ou de service public.Dans les États où cette option a été choisie, les conventions departenariatsontgénéralementglobales : c\u2019est-à-dire qu\u2019elles couvrent la conception, la construction ou la rénovation d\u2019une infrastructure mais aussi son financement, sa gestion et son 480 Administration et politiques publiques entretien et, le cas échéant, la fourniture du ou des services publics que cette infrastructure supporte.Le contexte et son évolution Les pouvoirs publics utilisent traditionnellement une panoplie de moyens d\u2019action régis par le droit public pour rendre disponibles et accessibles les biens et les services publics aux citoyens qui y ont droit ou pour satisfaire les besoins nécessaires au bon fonctionnement des institutions publiques et des administrations.La régie directe et la création de structures de droit public (commissions, offices, sociétés, établissements, etc.) sont les modes d\u2019organisation et d\u2019action les plus courants.Ils permettent en effet aux autorités politiques d\u2019impulser et de contrôler plus facilement l\u2019action de l\u2019administration et d\u2019en rendre compte au Parlement et à la population.Dans cette perspective, l\u2019appel au secteur privé à des fins spécifiques (réalisation de travaux, fourniture d\u2019équipement ou de services professionnels, sous-traitance de la gestion d\u2019une prestation de services aux citoyens) est encadré depuis longtemps par le droit administratif.Les pays de l\u2019OCDE y consacrent chaque année de 25 % à 30 % de leurs dépenses publiques.Au Québec, les relations contractuelles entre l\u2019État ou les instances territoriales décentralisées (municipalités, commissions scolaires) et les entreprises du secteur privé prennent principalement la forme de « marchés publics «d\u2019une part et d\u2019« alliances» ad hoc ancrées sur des protocoles d\u2019entente ou des conventions spécifiques d\u2019autre part Les « marchés publics » sont des contrats qui instaurent des relations de client à fournisseur entre les ministères ou d\u2019autres catégories d\u2019organisations publiques, et les entreprises privées au terme d\u2019un processus rigoureux d\u2019appel d\u2019offie décrit dans un texte de loi.Le prix versé par l\u2019Administration est la contrepartie immédiate de la prestation reçue et les relations entre les cocontractants sontrégies par le contrat, de fourniture, de travaux ou de services professionnels, pendant toute sa durée, souvent limitée.L\u2019entreprise ne court d\u2019autre risque que celui de tout fournisseur.Depuis les années i960, la majorité des cas d\u2019impartition ou de sous-traitance de services relève de ce mode contractuel.Par ailleurs, sous le vocable générique d\u2019« alliance », on peut regrouper les relations diverses qui prévalentaujourd\u2019hui entre les pouvoirs publics etnombre d\u2019entités privées - notamment des organisations à but non lucratif (OSBL) - conduisant à la production et à la prestation de services ou à l\u2019exploitation de ressources du domaine public.Cette forme de rapports conventionnés permet de confier à un tiers, sous contrôle d\u2019une administration publique (ministère, organisme gouvernemental, services municipaux), la gestion d\u2019une activité selon des modalités et des exigences prédéterminées et convenues entre les parties.Il s\u2019agit donc bien ici d\u2019activités à caractère public assurées par des entités de droitprivé.À la différence des « marchés publics », l\u2019entité privée se voit transférer une part importante ou même la totalité du risque lié à la consommation du produit ou du service qu\u2019elle prend en charge.Certaines Les pays de l'OCDE consacrent entre 25 et 30 % de leurs dépenses à des partenariats avec le secteur privé.481 La vie politique de ces ententes font l\u2019objet d\u2019une réglementation minimale, tels les baux emphytéotiques.D\u2019autres bénéficient au Québec d\u2019un dispositif réglementaire sectoriel, par exemple les concessions de territoires publics pour la mise en valeur de ressources forestières, fauniques ou minérales ; ou encore les règles de reconnaissance et de financement des établissements privés dans les domaines de l\u2019éducation, du gardiennage, de l\u2019hébergement, voire de certaines productions culturelles ou de l\u2019encadrement du sport amateur et des activités de loisir en milieu municipal.Les caractéristiques des opérations PPP En février 2003, manifestant un intérêt de voir s\u2019accroître la panoplie des recours possibles à ce type d\u2019association au Québec \u2014 et à partir d\u2019expériences étrangères (Grande-Bretagne) et canadiennes (Colombie-Britannique) évaluées par son Bureau des partenariats d\u2019affaires \u2014 le Conseil du Trésor a demandé aux ministères et aux organismes gouvernementaux de procéder à une exploration des potentialités dans leurs domaines.L\u2019objectif était donc d\u2019élargir la gamme des options possibles à la disposition des entités publiques tout en assurant une meilleure sécurité juridique et financière aux parties contractantes.En Europe, les pratiques nationales dites « partenariat public-privé » prolifèrent depuis dix ans dans plusieurs États membres sans ligne directrice communautaire.Inquiète de l\u2019impact négatif de cette confusion sur la libre circulation des biens et des services garantis par les traités de l\u2019union, la Commission européenne a dressé la liste suivante de caractéristiques communes à ce type d\u2019opérations.\u2022\tLa durée relativement longue de la relation, impliquantune coopération entre le partenaire public et le partenaire privé sur différents aspects d\u2019un projet.\u2022\tLe financement du projet assuré en partie par le secteur privé, y compris par le biais de montages complexes entre plusieurs acteurs.Des financements publics, parfois très importants, peuvent néanmoins s\u2019ajouter aux financements privés.\u2022\tLe rôle important de l\u2019opérateur économique qui participe à différents stades du projet (conception, réalisation, mise en œuvre, financement).\u2022\tL\u2019intervention du partenaire public centrée essentiellement d\u2019une part sur la définition des objectifs à atteindre en termes d\u2019intérêt public, de qualité des services offerts et de politique des prix, et d\u2019autre part sur le contrôle du respect de ces objectifs.\u2022\tLa répartition des risques entre le partenaire public et le partenaire privé sur lequel sont transférés des aléas habituellement supportés par le secteur public.Les PPP n\u2019impliquent cependant pas nécessairement que le partenaire privé assume tous les risques ou la part la plus importante des risques liés à l\u2019opération.\u2022\tUne répartition précise des risques au cas par cas, en fonction des capacités respectives des parties en présence à évaluer, contrôler et gérer ceux-ci.482 Administration et politiques publiques Avantages et limites de la formule Désormais, dans les États de droit, la coopération étroite entre des acteurs publics et privés dans le but d\u2019assurer la production ou la prestation aux citoyens d\u2019un service public d\u2019intérêt général prend le plus souvent la forme d\u2019un « Contrat de partenariat public-privé » qui stipule les exigences que doivent rencontrer aussi bien la partie publique que la ou les parties privées signataires.Les pouvoirs publics des sociétés développées sont en effet à la recherche d\u2019un difficile équilibre entre plusieurs exigences : maîtriser les déficits publics, contenir les charges fiscales, rembourser la dette, assurer la croissance économique, respecter les engagements pris devant l\u2019électorat Face aux défis de la gouvernance contemporaine, les modes classiques d\u2019intervention publique parfois ne suffisent plus et les « Contrats de partenariats public-privé » offrent des solutions innovantes.On observe quatre situations où cette formule est préférée à la régie directe par l\u2019État ou par une instance territoriale : \u2022\tlorsque le projet requiert un niveau élevé de technicité ; \u2022\tlorsque le projet nécessite des investissements importants ; \u2022\tlorsque le financement du projet repose plus sur le contribuable que sur le bénéficiaire du service ; \u2022\tlorsque le secteur privé est mieux à même d\u2019assurer la qualité du service à l\u2019usager que les pouvoirs publics concernés.Ces quatre critères peuvent, pour une administration, justifier logiquement la conclusion d\u2019un partenariat avec le privé si l\u2019opportunité d\u2019agir dans un domaine est requise par les autorités politiques en tant que garantes de l\u2019intérêt public et du bien commun.L\u2019optimisation des possibilités d\u2019un contrat de partenariat public-privé permet alors de pallier des contraintes conjoncturelles ou des difficultés structurelles rencontrées par les administrations publiques (ressources matérielles, technologiques et humaines) pour répondre à des besoins prioritaires lourds associés aux services publics.Les avantages recherchés Pour le secteur public et les citoyens qu\u2019il sert, le premier avantage de recourir à cette option, quand la régie directe n\u2019estpas la plus avantageuse, estde maintenir un bien ou une activité utile à la population dans le cadre de la sphère et des principes qui sous-tendentles services publics d\u2019intérêt général.Dans le cas contraire, une infrastructure ou un service pourraient être privatisés, voire disparaître si la dynamique du marché ne génère pas un niveau de demande suffisantpour intéresser investisseurs et producteurs privés agissant de leur propre initiative.On comprendra que les pouvoirs publics répugnent aujourd\u2019hui à recourir à la coercition d\u2019acteurs privés par la régulation du marché et excluent généralement, sauf situation d\u2019extrême urgence, toute mobilisation forcée.Par ailleurs, les avantages intrinsèques à ce mode de coopération public-privé sont ainsi recensés par les analystes : 483 La vie politique \u2022\tDans une économie ouverte, le financement nécessaire pour faire face, par exemple, à une rénovation majeure ou à l\u2019extension d\u2019un équipement collectif (secteur de la santé ou de l\u2019éducation, transport en commun, service des eaux, etc.) peut connaître une croissance significative du fait de la mobilisation de capitaux privés.\u2022\tLa flexibilité du secteur privé performant contrebalance, si elle est utilisée à bon escient, la lenteur légitime des règles de procédure du secteur public permettant ainsi une meilleure adaptation des moyens aux fins.\u2022\tGrâce aux PPP, les autorités publiques et les citoyens peuvent souvent accéder plus rapidement aux innovations technologiques résultant du dynamisme de la recherche privée.\u2022\tLe recours au secteur privé permet, dans certains cas, des économies d\u2019échelle que les municipalités, même de taille moyenne, ou des organismes gouvernementaux spécialisés ne peuvent espérer atteindre.Pour les entreprises et leurs investisseurs, les contrats de PPP réussis ouvrent des perspectives de croissance.Les industriels privés peuvent le cas échéant se prévaloir de leurs expériences concluantes dans un pays pour obtenir des marchés à l\u2019étranger grâce à la caution étatique qu\u2019ils peuvent fournir.Les écueils possibles Une fois le principe du recours à cette option pour l\u2019action publique décidé, le premier écueil porte sur la délimitation des champs et des besoins que l\u2019autorité publique pourra éventuellement couvrir par de tels partenariats.Des États interdisent légalement le recours aux PPP dans certains domaines telles les relations extérieures ou les fonctions de police.D\u2019autres États, au contraire, restent ouverts à cette option quelle que soit la sensibilité du champ de compétence étatique au cas où, par exemples, des propositions non sollicitées s\u2019avéreraient intéressantes dans le futur.Certains États, soutenus par une opinion publique soucieuse que s\u2019exerce un contrôle transparent sur l\u2019évolution des services publics, établissent clairement dans une loi les critères d\u2019un recours éventuel aux contrats de partenariat public-privé.On peuty préciser, par exemple, que l\u2019option PPP ne sera envisagée pour un service public d\u2019intérêt général qu\u2019à condition que la production de celui-ci nécessite une infrastructure complexe (équipement, technologies.) qui exige des investissements lourds pour son implantation et son entretien ou qui nécessite l\u2019embauche et la rétention d\u2019un personnel hautement technique dans un domaine où les qualifications évoluent rapidement Au-delà de ce débat général sur les limites des champs des PPP, les écueils nés du recours à la formule apparaissent lors de son application.La définition précise des besoins formulés en termes de résultats attendus du partenariat, le processus de recueil des propositions adéquates venant du privé, celui du choix du ou des partenaires privés sont des étapes décisives.484 Administration et politiques publiques La négociation d\u2019un contrat de partenariat à long terme (parfois plus de dix ou vingt ans), particulièrement les clauses sur la qualité des ouvrages et de la maintenance par rapport au coûts finaux pour les contribuables au terme de l\u2019entente, celles fixant l\u2019accès aux informations pertinentes (financières, techniques, organisation du travail, etc.) permettant le suivi et le contrôle, notamment celui que doivent exercer les Parlementaires, ou les clauses autorisant l\u2019évolution de la convention sont des obstacles difficiles à franchir.Notamment si les entreprises sont étrangères et que le produit exige qu\u2019elles apportent des adaptations à leurs procédés pour rencontrer les normes domestiques.Pour autant, tout contrat (sphère publique ou sphère privée) visant un véritable partenariat suppose une répartition des risques techniques, financiers et, le cas échéant, des risques commerciaux.Ainsi, dans le cas d\u2019un contrat de PPP, la négociation doit conduire à ce que le public et le privé supportent le risque qu\u2019il maîtrise le mieux dans la conjoncture.Le constructeur est, par exemple, le mieux placé pour maîtriser le risque de la construction alors que dans la phase d\u2019exploitation d\u2019un service, les risques se partagent généralement entre les actionnaires, l\u2019opérateur et la puissance publique contractante.Aperçu des conditions à réunir On devine qu\u2019en l\u2019absence d\u2019une culture appropriée de fonctionnement en partenariat, aussi bien dans les structures publiques que privées chargées de développer de telles ententes, les dangers de blocages ou de dérives restent élevés aussi bien avant qu\u2019après la conclusion d\u2019une entente.Pour réussir, cette formule exige que les intervenants remettent en question leur patrimoine organisationnel, tangible et intangible, et en façonne un nouveau qui soit à la fois fonctionnel, compte tenu des contraintes du projet, et satisfasse aux exigences des autorités auxquelles des comptes doivent être rendus.C\u2019est-à-dire, d\u2019un coté les actionnaires et les autres investisseurs nécessaires au financement et, de l\u2019autre, le Parlement qui détient la mission inaliénable du contrôle de l\u2019action du gouvernement, notamment sur ses engagements à caractère financier.Les premiers, légitimement, s\u2019intéresseront d\u2019abord aux modalités de financement et aux revenus dont ils pourront disposer.L\u2019Assemblée nationale, pour sa part, voudra sans doute veiller à ce que ces contrats ne soient conclus qu\u2019à bon escient, que l\u2019attribution de ces nouvelles formes de convention comprennent toutes les garanties de transparence à la suite de l\u2019application rigoureuse d\u2019une procédure publique soumise aux contrôles du droit administratif et, finalement, que ces contrats, généralementcomplexes, soientconstmits avec la précision requise pour répartir équitablement les risques tout en garantissant aux citoyens que les exigences du service public seront respectées.Reste un dernier groupe d\u2019acteurs de la sphère publique dont le point de vue peut s\u2019avérer déterminant: celui des travailleurs syndiqués du secteur public.Généralement, la mobilisation pour ou Il faut répartir équitablement les risques et garantir que les exigences du service public seront respectées.485 La vie politique contre le recours à ce mode de gestion en partenariat est d\u2019abord fonction des garanties qui leur sont données quant au respect de leurs conditions de travail dans cet environnement Conjoncturellement, le climat général qui règne dans les relations de travail peut influencer les prises de positions collectives.Références ASSEMBLÉE NATIONALE.Projet de loi n° 61.Loi sur VAgence âes partenariats public-privé' du Quebec, Éditeur officiel du Québec, 2004.CONSEIL DU TRÉSOR.«Orientations sur Levaiuation de l'option du Partenariat public-privé pour réaliser des projets majeurs d'investissement », Recueil des politiques de gestion, vol.io, chap.i, sujet 2/ C.T.199534, février 2003.CONSEIL DU TRÉSOR.Politique-cadre sur les partenariats public-privé', juin 2004 [en ligne] www.trésor, gouv.qc.ca COMMISSION DES COMMUNAUTÉS EUROPÉENNES.Livre vert sur les partenariats public-privé' et le droit communautaire des marchéspubltcs et des concessions, avril 2004 [en ligne] www.europa.eu.int/comm/off/green/index_fr.htm NATIONAL AUDIT OFFICE.Guidelines o/best practice Jor audit of risk in public/private partnerships, octobre 2003 [en ligne] www.nao.gov.uk/intosai/wgap/ppp.htm OBSERVATOIRE DE L'ADMINISTRATION PUBLIQUE.« La fonction publique de l'État n'a pas le monopole des services publics », Le Soleil, Tr mars 2004 [en ligne] www.enap.ca/enap-fra/observatoire/obs-presse.html RÉPUBLIQUE FRANÇAISE.«Ordonnance sur les contrats de partenariat », Journal officiel, ordonnance no 2004-559 du 17 juin 2004, publiée dans Journal officiel, n° 141 du 19 juin 2004, page 10994.486 Administration et politiques publiques De la dérive comptable à la rhétorique architecturale Le plan de modernisation 2004-2007 Isabelle Fortier École nationale d'administration publique Christian Rouillard Unluerslte' d'Ottauta Éric Montpetit Unluerslte' de Montreal Alain-G.Gagnon Unluerslte' du Que'bec à Montreal Membres du Groupe d'étude sur les réformes de l'État (GÉRÉ) Dans le cadre de la réingénierie de l\u2019État québécois, la présidente du Conseil du trésor a déposé, le 5 mai dernier, le plan de modernisation du gouvernement Charestpour 2004-2007 (Gouvernement du Québec, 2004).Ce rapport a été largement banalisé.Nous croyons cependant que celui-ci est loin d\u2019être banal.Il comporte une volonté claire de reconfiguration radicale de la gouvernance québécoise.Celle-ci est essentiellement basée sur un exercice budgétaire centralisateur qui conduit à un affaiblissement des capacités stratégiques des ministères.Il s\u2019en dégage également une perte de confiance dans les compétences des fonction- naires, tant du point de vue de leur expertise sectorielle que de la gestion.S\u2019appuyant sur une confiance enthousiaste envers les mécanismes autorégulateurs du marché, la réingénierie propose une réforme de l\u2019administration publique substituant ce modèle du marché au modèle bureaucratique, tout en prétendant préserver les valeurs de ce dernier, telles que la valorisation du service public, l\u2019intégrité, l\u2019impartialité, la transparence et l\u2019imputabilité.Tel que le souhaite ou le prétend le gouvernement libéral actuel, sommes-nous Le Plan comporte une volonté claire de reconfiguration radicale de la gouvernance québécoise.487 La vie politique Dans un essai, La r ing nierie de 1?ta : vers un appauvrissement de la gouverpapice qu b coi paraîtra aux Presses de l'Université Laval pour le lancement de sa nouvelle collection LEspace public à l'automne 2004, nous avons analysé en profondeur les dimensions historiques, théoriques, idéologiques, managérielles et politiques de la gouvernance québécoise, dans ses dimensions interne (gestion publique) et externe (relation État/société civile).Nous nous limitons ici à présenter et à analyser, dans une perspective critique, les principaux éléments constitutifs du Plan de modernisation 2004-2007.\t\t \t\t Séparation (fictive) entre activités «opérationnelles» (confiées aux agences) et développement des politiques publiques (laissées aux ministères).Mécanismes autorégulateurs du marché : concurrence, appât du gain, efficience (enthousiasme biaisé à la faveur du modèle des firmes privées).État de services (vision réductrice du rôle de l'État).Centralisation de la prestation des services et de la gestion des ressources (perte de confiance envers les ministères et les fonctionnaires).Création de trois agences centrales: ¦Services Québec: prestation centralisée des services (guichet unique et gouvernement en ligne) et la relation des citoyens avec l'État (atomisation et approche «client»), ¦Centre des services administratifs: gestion des ressources humaines, matérielles, financières et informationnelles (accroissement du pouvoir du Conseil du trésor et concrétisation du «faire plus avec moins»), ¦ Agences des partenariats public-privé : expertise dans la conception, l'évaluation et l'encadrement des projets de partenariats public-privé.Agences : autonomie de gestion; contrats de performance et d'imputabilité; cadre de gestion; primes à la performance.Partenariats public-privé: concurrence, partage des risques, aversion de la dette, réduction des coûts.réellement sur le point de connaître une autre période charnière dans l\u2019histoire de l\u2019administration publique québécoise?Séparation entre «opérations» et développement de politiques publiques: Les rôles et les effets potentiels des trois agences centrales L\u2019une des prémisses fondamentales à la base de la reconfiguration architecturale proposée est la séparation entre, d\u2019une part, les services dits « opérationnels » dont on veut systématiser le fractionnement en agences jouissant d\u2019une grande «autonomie» en con- trepartie d\u2019une reddition de comptes rigoureuse et, d\u2019autre part, la dimension stratégique et le développement des politiques publiques que l\u2019on prétend vouloir laisser aux ministères.Ainsi, peut-on lire dans le Plan de modernisation : « Les fonctions d\u2019élaboration de politiques ou de stratégies par contre, peuvent rester soumises aux règles traditionnelles de gestion au sein des ministères dont il s\u2019agit en fait de la vocation essentielle» (Gouvernement du Québec, 2004, 54) Il s\u2019avère, d\u2019entrée de jeu, que cette séparation nette entre opérations et développement des politiques est aussi fictive que problématique.En effet, les politiques 488 Administration et politiques publiques publiques en développement sont déjà affectées par les possibilités anticipées de mise en œuvre et elles continuent de se développer durant leur implantation, tout cela à la faveur des multiples rétroactions et réajustements essentiels au contact de ces deux réalités.Agence des services administratifs Bien que le concept d\u2019agence repose implicitement sur une prétention d\u2019accroître l\u2019autonomie managérielle, la création de l\u2019Agence des services administratifs entraîne une dépossession des ministères de leurs capacités à gérer leur activités stratégiques et opérationnelles.Alors que cette «agence devra atteindre des objectifs explicites d\u2019économies attendues» (Gouvernement du Québec, 2004, 29) par le biais d\u2019économies d\u2019échelle, l\u2019effet centralisateur sur la disposition des ressources annule toute marge de manœuvre additionnelle pour les gestionnaires dans la gestion de leurs activités et confirme le manque de confiance envers eux.Dans le jeu à somme nulle entre l\u2019accroissement de l\u2019autonomie des gestionnaires et l\u2019augmentation du contrôle et de leur imputabilité, ils seront ceux à qui incombera le mandat de «faire plus avec moins» et d\u2019être imputables de résultats sans avoir le contrôle sur les ressources pour les réaliser.Services Québec Consacrant à un autre niveau cette séparation entre la prestation des services et le développement des politiques publiques, sans nier l\u2019attrait que peut comporter l\u2019idée du guichet unique mise de l\u2019avant par la création de Services Québec, il faut comprendre que cette agence agira en courtier cen- tralisé livrant les services gouvernementaux pour les différents ministères.Ainsi, elle deviendra un intermédiaire additionnel qui privera les ministères d\u2019un précieux contact direct avec leurs clientèles.On peut alors envisager un effet d\u2019appauvrissement des mécanismes de rétroaction et d\u2019échange de première ligne essentiels au développement des politiques publiques.Il nous semble paradoxal que le rapport affirme que «cet État moderne ne doitpas empêcher les citoyens de prendre en charge leurs affaires» (Gouvernement du Québec, 2004), alors que l\u2019on crée une instance additionnelle, porte d\u2019entrée unique de surcroît, qui confinera ceux-ci à transiger avec des «généralistes» du service à la «clientèle» plutôt qu\u2019avec des «spécialistes» des questions spécifiques pour lesquelles ils cherchent à s\u2019adresser à l\u2019État.Le rôle de l\u2019État se trouve alors réduit à celui d\u2019un prestateur de service et celui de citoyen, atomisé dans une relation individuelle, pour ne pas dire individualiste, confiné dans l\u2019accentuation de son rapport de «client» avec l\u2019État L\u2019aspect centralisateur du Plan de modernisation est sans équivoque à ce sujet : « [1] e Secrétariat du conseil du trésor aura le mandat de piloter la mise en place d\u2019un gouvernement en ligne, ce qui modernisera à la fois les services rendus aux citoyens par l\u2019entremise de Services Québec et la prestation des services assumée au niveau central pour les ministères et organismes.» (Gouvernement du Québec, 2004, p.viii).Ainsi, le gouvernement mise sur le potentiel des technologies de l\u2019information qui « fournissent l\u2019oc- Le rôle de l'État se trouve réduit à celui d'un prestateur de service.489 La vie politique casion extraordinaire de revoir de fond en comble les relations entre l\u2019administration et les citoyens, afin de les rendre plus efficaces et d\u2019en réduire les coûts pour la collectivité.» (Gouvernement du Québec, 2004, 21).Ceci confirme le souci étroit d\u2019efficience, d\u2019efficacité et d\u2019économie du gouvernement actuel.Commentenvisager que l\u2019objectif de traiter chaque citoyen avec équité, s\u2019il est maintenu bien entendu, ne contribue pas à alourdir le processus de traitement des dossiers et des demandes, à l\u2019encontre des attentes d\u2019immédiateté auxquelles se conjuguent les promesses attrayantes des services en ligne par Internet.En cultivant ces attentes ainsi qu\u2019en accroissant le caractère impersonnel lié à l\u2019automatisation du traitement des demandes, les promesses ambitieuses de Services Québec nourriront peut-être davantage la déception et le cynisme.Agence des Partenariats public-privé Enfin, la création de l\u2019Agence des partenariats public-privé apparaît encore plus problématique quant à l\u2019énoncé d\u2019intention du Plan de modernisation de laisser aux ministères la dimension stratégique sectorielle.En effet, l\u2019Agence des partenariats public-privé dontla mission sera de « [,.]contribuer au renouvellement des infrastructures publiques et à l\u2019amélioration de la qualité des services aux citoyens par la mise en œuvre de projets de partenariatpublic-privé », retire aux ministères tout autant leur capacité stratégique dans leur champ d\u2019expertise qu\u2019elle les prive de l\u2019occasion de Les expériences étrangères de PPP sont peu convaincantes.développer leur propre expertise interne sur les partenariats public-privé.Nous voyons dans cette Agence, qui jouira d\u2019une grande marge de manœuvre et d\u2019autonomie, un biais implicite favorable à cet instrument de politique publique et de prestation de service en ce qu\u2019elle se situe architecturalement et stratégiquement parlant comme «une solution en quête d\u2019applications».On peut s\u2019attendre à ce que l\u2019expertise qui sera centralisée à l\u2019Agence des PPP sera essentiellement de nature financière et contractuelle.Impliquée dans la sélection, la conception, l\u2019évaluation des projets de PPP, l\u2019Agence induira d\u2019emblée un biais quant à ces dimensions au détriment des enjeux cruciaux liés au contenu des projets qui relève expressément des champs d\u2019expertises spécifiques des ministères.En raison du suivi intensif qu\u2019exigent les partenariats, ainsi que de la nécessité de préserver une capacité de rebond en cas d\u2019échec, il est essentiel que l\u2019État préserve une capacité interne forte s\u2019il veut garder, comme le promet la ministre dans son rapport, la maîtrise d\u2019œuvre des projets.En contexte de diminution de la taille de l\u2019État, dont la cible est de 20% au cours des 10 prochaines années, soit un poste sur deux des 32 000 départs à la retraite prévus pour cette période, cet enjeu est particulièrement inquiétant Les agences et les partenariats public-privé : une perspective critique Les expériences étrangères suggèrent très peu d\u2019appuis convaincants à l\u2019accroissement de l\u2019efficience et de l\u2019efficacité, encore moins peut-être de l\u2019économie, à l\u2019issue des réformes 490 Administration et politiques publiques entreprises par la transformation en agences des services publics et le recours aux partenariats public-privé.Par contre, les coûts en termes d\u2019imputabilité, de contrôle, de légitimité démocratique, ainsi que d\u2019équité sociétale ou organisationnelle, doivent être intégrés à la réflexion.Les agences : un vide entre la responsabilité ministérielle et l'imputabilité managérielle Plusieurs pays ont vu le recours aux agences comme un mode alternatif ou complémentaire d\u2019organisation des activités du secteur public pour accroître leur performance, en parallèle aux ministères comme entités centrales à la gouvernance.Au delà de l\u2019engouement actuel répandu pour ce type d\u2019organisation (Pollitt, 2001) et la convergence apparente qui en découle, cette appellation demeure encore une source de confusion puisqu\u2019elle englobe une variété de type d\u2019organisations, ainsi que de multiples adaptations aux contextes spécifiques.Dans la mouvance du nouveau management public, c\u2019est certainement l\u2019approche britannique qui a davantage apposé son sceau sur ce concept par son modèle d\u2019agences exécutives du programme Next Steps, qui s\u2019est systématisé depuis une quinzaine d\u2019années et a été repris un peu partout dans le monde sans pour autant avoir été officiellement évalué au plan de ses performances en gestion (Talbot, 2004).Cette forme d\u2019agence est devenue le mode privilégié pour procurer des assouplissements et une plus grande autonomie de gestion, quoiqu\u2019elle ait aussi été explicitement envisagée comme une étape intermédiaire, dans certains cas, vers la privatisation (Gains, 1999).Ces agences de type ministériel demeurent indivisibles de l\u2019État et n\u2019en sont donc pas juridiquement distinctes.Celles-ci demeurent sous la gouverne plus directe du ministre dans le cadre d\u2019ententes quasi contractuelles, dont les ressources proviennent essentiellement du financement fiscal et gardent le modèle du service public pour les fonctionnaires.Bien que l\u2019Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) ait été parmi les promoteurs du managérialisme et ait contribué à la dif fusion de ses idées et préceptes, une étude récente sur les agences (OCDE, 2002) est beaucoup plus critique des expériences faites par huit des pays membres et représente un important virage de cette influente organisation internationale (Olsen, 2004).En général, selon le rapport de l\u2019OCDE, les pays vivent des problèmes dans la distribution des responsabilités et dans la répartition des pouvoirs entre le ministre, la direction générale et les conseils d\u2019administration ou de gestion.De plus, avec ce nouveau mode de contrôle de gestion, les ministères de tutelle n\u2019ont souvent pas ou plus la capacité interne de traiter l\u2019information et d\u2019effectuer le suivi nécessaire pour rendre effectives les mesures de contrôle et de reddition de comptes, d\u2019autant plus que le contexte est à la réduction des effectifs.Les modes de nomination à la direction de ces agences ont donné lieu à des critiques au chapitre des conflits d\u2019intérêts, des nominations politiques, du clientélisme et de la faible représentativité.Les modes de nomination à la direction de ces agences ont donné lieu à des critiques au chapitre des conflits d'intérêts.491 La vie politique La transparence de ces nominations pose problème, tout comme celle de la rémunération des dirigeants qui accuse de fortes hausses, devenant autant de sources de critiques additionnelles.De plus, en lien avec la séparation nette entre le développement des politiques publiques et leur implantation opérationnelle soulevée précédemment, l\u2019OCDE soulève certaines critiques voulant que des organismes autonomes ou indépendants puissent prendre des décisions qui relèveraient normalement, voire essentiellement, de la responsabilité politique.La question de l\u2019imputabilité des dirigeants d\u2019agences est probablement la dimension la plus radicale de cette modification organisationnelle de l\u2019administration publique (Talbot, 2004).En plus d\u2019engendrer la prolifération des contrôles bureaucratiques avec le temps, la gestion par résultats à la base des agences ne rendrait pas les gestionnaires plus imputables, mais réduirait plutôt les enjeux sur lesquels porte cette imputabilité (Gow, 2001).Alors que certains s\u2019inquiètent de l\u2019autonomie des agences et de la perte de contrôle du politique sur les enjeux opérationnels, d\u2019autres voient dans les agences une possibilité accrue de fuite devant la responsabilité ministérielle, pourtant centrale en régime parlementaire (Harlow, 1998), par l\u2019accentuation de la division entre la responsabilité ministérielle et administrative, la première demeurant rattachée auxpolitiques alors que la seconde est déléguée aux dirigeants qui assument la responsabilité pour les tâches opérationnelles.Les ententes entre les ministres et leurs agences ne sont pas de véritables contrats \u2014 les agences ne disposant pas de personna- lité juridique \u2014 mais plutôt des documents cadres qui «gardent une certaine fluidité après qu\u2019ils aient été négociés», ce qui tend à créer un vide par lequel s\u2019échappent des enjeux de responsabilité et d\u2019imputabilité (Harlow, 1998).Partenariats public-privé: une relation de confiance ou une asymétrie de pouvoir Puisque dans le Plan de modernisation la formule proposée pour rassembler l\u2019expertise sur les PPP pour l\u2019ensemble de la fonction publique est celle d\u2019une agence, nous allons faire le pont entre l\u2019analyse des enjeux stratégiques liés à la création de cette agence et la question plus spécifique des partenariats public-privé.Nous avons soulevé dans la première partie du présent texte, notre inquiétude quant à l\u2019appauvrissement des capacités stratégiques de ministères impliqués par la centralisation de l\u2019expertise sur les PPP au sein d\u2019une agence, ainsi qu\u2019en rapport avec l\u2019orientation idéologique de cette solution à l\u2019amélioration des services qui est implicite dans la création même de cette agence.À la suite de l\u2019analyse plus détaillée des problématiques liées aux agences que nous venons de présenter, nous pouvons ajouter que les « pouvoirs étendus » et la «marge de manœuvre importante» consentis à l\u2019Agence sur les moyens à prendre pour rencontrer ses cibles de performance présentent le risque de réduire la transparence sur les processus qui lui seront «opérationnels» et qui seront spécifiquement ceux appliqués à l\u2019étude des partenariats public-privé.Cette autonomie de l\u2019Agence accentue le risque d\u2019introduction de biais systématiques favorisant cette ap- 492 Administration et politiques publiques proche au détriment des modes de prestation conventionnels.Dans l\u2019ensemble, il se dégage une grande sensibilité de l\u2019approche des partenariats au contexte «macro» liés à la dette publique et aux enjeux fiscaux, de même qu\u2019eu égard à ce que les partenariats soient une forme déguisée de privatisation du secteur public (BroadbentetLaughlin, 1999).Si l\u2019objectif global de l\u2019État est de ne pas accroître la dette et de produire à court terme des réductions fiscales, et que le mot d\u2019ordre est donné en ce sens par des objectifs et des modes de comptabilisation appropriés, alors l\u2019évaluation spécifique liée à la valeur de chaque projet (dimension micro) est occultée.Ainsi, payer une rente mensuelle à long terme pour assurer la prestation de services peut s\u2019avérer une solution systémiquement «avantageuse» dans un cadre d\u2019objectifs macroéconomiques, sans égard pour le coût total et la durée du projet (English et Guthrie, 2003).De façon générale, les auteurs des analyses sur lesquelles nous nous appuyons s\u2019entendent pour dire que la contribution des PPP en termes d\u2019efficience et d\u2019économie demeure difficile à démontrer.La structure financière et contractuelle complexe, souvent à long terme, ainsi que le caractère unique de certains projets, empêchent une réelle comparaison.Même lorsque les projets se déroulent bien, nous pouvons difficilement avoir la certitude qu\u2019ils sont effectivement économiques.Ce qui semble évident, entre autres, c\u2019est que la contractualisation des services publics par le biais des PPP entraîne des problèmes de con- trôle (Milward, 1996) et de transparence à plusieurs niveaux et à plusieurs étapes du projet.Coûts et risques En raison des coûts plus élevés du secteur privé (coût de l\u2019emprunt, coûts de transaction etprofit), toutl\u2019avantage des PPP ne tient qu\u2019à la promotion d\u2019un partage du risque dont le projet public se voit imposé d\u2019ajouter le coût estimé à sa proposition puisqu\u2019il devrait l\u2019assumer seul sans partenaire.En revanche, n\u2019étant jamais mentionné, le risque inhérent à choisir l\u2019option PPP semble être absolument occulté et ne pas faire l\u2019objet d\u2019évaluation.Or, ce partage du risque implique une perte de contrôle du projet puisque plus le risque est considéré élevé, plus le partenaire exigera une marge de manœuvre importante dans la conception du projet et d\u2019autonomie dans sa réalisation, et plus il s\u2019appropriera une part élevée des bénéfices.Les arguments présentés en faveur de ce partage du risque oc-cultent sa dimension chimérique, puisque c\u2019est ultimement toujours l\u2019État qui demeure imputable envers les citoyens.Certains gouvernements ont dû payer à grands fiais la provision de services d\u2019urgence pour compenser les manquements d\u2019un partenaire qui leur a fait défaut Coûts et concurrence Au-delà des critiques sur le processus prédécisionnel d\u2019un projet de PPP, il faut considérer encore le fait que le contrat n\u2019arrive à terme qu\u2019au bout d\u2019un long processus de conceptualisation.Cette phase implique directement le partenaire choisi dans la prise de décision, etles changements souvent subs- 493 La vie politique tantiels qui ont lieu tout au long de la période d\u2019élaboration du projet peuvent éloigner le projet de sa forme initiale et ainsi vider l\u2019exercice de tout élément concurrentiel, considéré comme un avantage constitutif de l\u2019approche des partenariats (Edwards et Shaoul, 2003; Whorley, 2001).Finalement, la signification exacte du partage de risques stipulé au contrat peut faire l\u2019objet d\u2019interprétations divergentes lorsque survient un imprévu.Après tout, l\u2019information incomplète, les contrats défaillants en raison de l\u2019ambiguïté élevée (Deakin et Walsh, 1996), les coûts de transaction et les économies d\u2019échelle variables font partie des failles du marché (Jackson, 2001) qui ne se comportent pas comme le suggère le modèle théorique, mais qui sert plutôt à justifier son avantage.Les partenariats sont plus que des relations entre un fournisseur et un client.Ils suggèrent des relations de confiance et de collaboration à long terme qui, pour bien fonctionner à travers les multiples ajustements mutuels, ne peuvent s\u2019appuyer que sur des éléments contractuel lesquels sont toujours incomplets.Les valeurs liées à l\u2019intérêt public et à la gestion responsable des fonds publics doivent être clairement établies et partagées et impliquent que de nouveaux mécanismes soientprévus pour éviter que cette relation de confiance ne transgresse les limites qui ouvrent la porte au copinage et aux conflits d\u2019intérêts (Machildon, Boisvert etLafontaine, 2004).Bien que des clauses de terminaison de contrats sont souvent prévues pour parer à des difficultés insolubles ou inacceptables, l\u2019expérience montre que l\u2019État met rarement fin à un partenariat, malgré d\u2019importantes concessions en matière de temps, de coûts et de qualité (Edwards et Shaoul, 2003).La question de l\u2019imputabilité dans les projets de partenariat public-privé demeure un enjeu fondamental, d\u2019autant plus préoccupant que les dés sem-blentpipés dès le départ dans la définition des PPP : l\u2019imputabilité requiert une asymétrie de pouvoir et d\u2019autorité (Mulgan, 2000) que ne reconduit tout simplement pas le concept de partenariat.Plusieurs études montrent que cet enjeu est crucial dans l\u2019établissement et l\u2019évolution des partenariats et que, trop souvent, cet équilibre favorise le partenaire privé (Whorley, 2001), notamment en raison de la perte de capacité interne (Edwards et Shaoul, 2003; Gow, 1997) ou de la dépendance envers celui-ci pour la prise de décision (Wright et Rodai, 1997) et la confidentialité des informations.Conclusion : la primauté des enjeux démocratiques de la modernisation de l\u2019État Que ce soit dans la transformation en agences ou dans le recours aux partenariats public-privé, nous avons démontré que les enjeux d\u2019imputabilité sont complexes, multiples et fondamentaux.Comment s\u2019assurer quel\u2019au-torité déléguée, que les fonds publics engagés et que les services publics demeurent sous contrôle démocratique?Comment faire pour savoir qui tient vraiment le gouvernail et où est la transparence, compte tenu de l\u2019intérêt des parties pour que l\u2019entente «fonctionne», en apparence du moins, quitte à en obscurcir les difficultés et en ignorer les ratés (BroadbentetLaughlin, 2003)?Comment imaginer que la mise au jour 494 Administration et politiques publiques de ces cas navrants qui deviennent vite des « scandales » ne mine pas les objectifs des réformes entreprises, dont notamment leur volonté de redonner tout son lustre à l\u2019État et rehausser la confiance des citoyens, et ne conduisent pas au contraire à plus de cynisme (Fortier, 2003) ?Autant de questions qui, malheureusement, demeurent sans réponse dans la démarche de réingénierie libérale.Autant de questions qui, par ignorance, incurie ou aveuglement idéologique, sont entièrement gommées par le gouverne- Références BRINTON, MILWARP H.«The Changing Character of the Public Sector», dans James L.Perry, Handbook of Public Administration, Second Edition, San Francisco, Jossey-Bass Publishers, 1996.BROADBENT, Jane, Richard LAUGHLIN.«The private finance initiative : 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public québécois relèvent aujourd\u2019hui du statut de fonctionnaire?), il estutile de revenir aux fondements et à la mission de cette institution de l\u2019appareil étatique.À l\u2019image de la société québécoise qu\u2019elle sert, on constatera qu\u2019elle ne dément ni son ancrage identitaire historique ni sa contemporanéité.Une Administration aux traits singuliers En raison de l\u2019importance attachée traditionnellement aux services publics par les diverses composantes de la société québécoise (personnes, groupes, entreprises), la fonction publique est un rouage indissociable du système démocratique et du bien commun dont il a charge.La fonction publique de l\u2019État québécois, appellation qui détermine son identité, est en effet l\u2019Administration dontla responsabilité première est de se consacrer aux services publics d\u2019intérêt général sur le territoire du Québec.Elle se distingue ainsi de plusieurs entités homologues, notamment sur le continent européen, qui privilégient d\u2019abord la posture «incarnation et représentation de la puissance publique»; fonctions également inhérentes aux attributions de ce type d\u2019institution administrative.D\u2019autre part, dans la plupart des pays démocratiques, les tâches de ce groupe d\u2019employés du secteur public ne se limitent traditionnellement qu\u2019à l\u2019application des lois et des règlements adoptés et aux prestations étatiques qui en découlent.Pour sa part, la fonction publique québécoise est associée depuis longtemps à toutes les étapes du processus décisionnel au sein du pou- voir exécutif.Les fonctionnaires, selon leur spécialité professionnelle ou leur métier, assument des responsabilités aussi bien en amont qu\u2019en aval des décisions gouvernementales.Autre fait marquant, le caractère unitaire de l\u2019organisation des compétences constitutionnelles de l\u2019État québécois confère à sa fonction publique un rôle charnière dans la gestion et l\u2019administration des affaires publiques.Aussi, sur le plan pratique, ses champs d\u2019action touchent, aujourd\u2019hui, tous les domaines de la vie en société et rejoignent tous les citoyens sur l\u2019ensemble du territoire où s\u2019exerce l\u2019autorité de l\u2019État québécois.La loyauté à l'égard de l'intérêt public est la valeur dominante de la fonction publique.Mission et responsabilités L\u2019énoncé officiel de la mission de la fonction publique québécoise déterminée par le législateur est précis.Celle-ci comporte trois volets qui sont complémentaires et interdépendants : tout d\u2019abord, « fournir au public les services de qualité» auxquels il a droit ; ensuite, « mettre en œuvre les politiques établies par l\u2019autorité constituée » ; enfin, « assurer la réalisation des autres objectifs de l\u2019État » (Art 2 de la Loi sur la Lonctionpublique « L.R,Q.,c.L-3.i.i »).À ces fins, les fonctionnaires québécois sont régis par les principes organisationnels et éthiques caractéristiques.Ainsi, la loyauté à l\u2019égard de l\u2019intérêt public défendu et promu par le gouvernement du Québec est la valeur dominante de la fonction publique.Les autres valeurs qui la guident, intégrité, justice, transparence, impartialité, compétence, etc., sont liées à cette convic- 497 La vie politique tion et en tirent leurs forces.Aussi, ce groupe d\u2019employés de l\u2019État doit respecter des normes d\u2019éthique professionnelle de qualité, de probité et de performance qui le caractérisent.Au Québec, les élus désignés ministres se voient conférer une double charge : c\u2019est-à-dire une responsabilité politique et une responsabilité administrative en tant qu\u2019autorité hiérarchique des ministères où œuvre la fonction publique de l\u2019État.Cette dernière, parce que neutre (non partisane), professionnelle, impartiale et loyale à tout gouvernement élu démocratiquement, est appelée à assumer deux rôles auprès des ministres et du gouvernement qu\u2019ils constituent conjointement et solidairement En amont des décisions de l\u2019autorité constituée, les fonctionnaires remplissent les fonctions de « conseil » et de « soutien » en matière d\u2019élaboration des politiques et des programmes d\u2019action publique et, plus généralement, concernant la bonne conduite des affaires publiques.En aval de l\u2019adoption des lois, des décrets ou autres actions commandées par le conseil des ministres, les fonctionnaires sont toujours les premiers intervenants chargés de l\u2019exécution de ces décisions.La conception des alternatives possibles, pour atteindre les buts retenus par un gouvernement, fait appel à des compétences et à des expertises particulières que la fonction publique doit réunir dans la durée.À ce stade, les conseils que la fonction publique prodigue sont déterminants.Les fonctionnaires québécois fournissent une contribution, souvent décisive, dès l\u2019étape de l\u2019identification des besoins que peut satisfaire l\u2019action publique et de la formulation des objectifs concrets de l\u2019action gouvernementale.Il en est de même pour l\u2019analyse de la faisabilité des options envisagées, le choix, notamment sous l\u2019angle juridique, du statut et du régime d\u2019encadrement des activités, l\u2019estimation des coûts etl\u2019ap-préciation des voies pour en assurer le financement Élus et fonctionnaires De fait, les politiques publiques et les autres mesures gouvernementales structurantes résultent de l\u2019interaction d\u2019apports consécutifs à deux types d\u2019analyse : \u2022\tL\u2019évaluation des élus qui, à titre de membres d\u2019une formation politique, ont vu leurs orientations et leur programme électoral de gouvernement entérinés par la population.Ils ontpour rôle de rechercher les consensus les plus larges possible au sein de la société.Responsabilité fondamentale que confère le système politique de représentation parce que les élus sont les seuls à pouvoir légitimement déterminer et assurer l\u2019intérêt général et mobiliser les ressources dont peut disposer la puissance publique.\u2022\tL\u2019évaluation des fonctionnaires qui, respectant de hauts standards éthiques et professionnels, connaissent les lois, les programmes, les leviers et les instruments stratégiques de l\u2019État et du gouvernement.La fonction publique fournit ainsi une contribution essentielle à toute démarche rigoureuse pour le choix de la meilleure façon de parvenir aux résultats souhaités.Une rigueur profèssion- 498 Administration et politiques publiques nelle qui assure, notamment, le respect des droits fondamentaux des citoyens et la substance des choix possibles, développée sous forme d\u2019option, qui respectent les limites inhérentes aux juridictions et aux ressources publiques dont les élus peuvent disposer.À titre de premiers agents garants des actions décidées par le gouvernement, les fonctionnaires québécois assurent l\u2019implantation des politiques et des programmes publics, veillent à leur exécution, fournissent directement aux citoyens, le cas échéant, les prestations du service public, exercent les contrôles afférents, notamment lorsque les services sont produits ou dispensés par un tiers public ou privé, et rendent compte de leurs actions au ministre et, en certaines matières de gestion, fournissent des explications directement aux parlementaires.Statut spécifique Un statut rassemblant textes de loi, règlements, directives d\u2019application et, au Québec, conventions collectives, assure l\u2019équilibre entre les responsabilités et les droits qu\u2019implique le service public dans l\u2019administration gouvernementale.D\u2019une part, l\u2019équilibre de ces droits et obligations se fonde sur deux principes instaurés au cours des années i960 qui fonttoujours l\u2019objetd\u2019un large consensus au sein de la population et de la classe politique.D\u2019autre part,Pour l\u2019exécution de cette mission institutionnelle, l\u2019égalité d\u2019accès dans les rangs de la fonction publique, pour tous les citoyens qui habitent le territoire de la province de Québec, est garantie en vertu d\u2019une « règle du mérite » prévue par la loi.Cette règle préside au processus d\u2019embauche et, en cours de carrière, aux concours permettant une mobilité verticale jusqu\u2019aux sommets de la hiérarchie administrative.À ce niveau: poste de sous-ministre et de dirigeant d\u2019organisme, la dotation relevant exclusivement, encore aujourd\u2019hui, de la prérogative du gouvernement.Le statut de fonctionnaire confère des devoirs et des droits dontl\u2019essence etl\u2019as-sise juridique sont, pour nombre d\u2019entre eux, distinctes des obligations imposées aux autres travailleurs du secteur public québécois et, évidemment, à ceux du secteur privé.Ainsi, la conduite et les actions des fonctionnaires doivent se conformer en tout temps non seulementaux lois en vigueur, mais égalementau cadre éthique et déontologique exigeant qui s\u2019applique à la Fonction publique de l\u2019État québécois.Dans l\u2019administration gouvernementale, pour des raisons de probité publique et d\u2019imputabilité, la perspective d\u2019action estclairementdélimitée : tout ce qui n\u2019est pas explicitement autorisé par une loi ou un règlement est interdit.Alors qu\u2019à l\u2019inverse, dans le secteur privé par exemple, la conduite repose sur la conviction légitime que tout ce qui n\u2019estpas interdit par une loi, ou une convention librement consentie, est autorisé a priori.Une éthique spécifique Parce que l\u2019apport de la fonction publique est toujours empreint d\u2019une connotation distinctive liée à la situation qu\u2019elle occupe, un cadre éthique et déontologique particulier a été déterminé pour les fonctionnaires.Des devoirs spécifiques ont donc 499 La vie politique été élaborés par le législateur québécois.Ils visent à réunir les conditions optimales pour permettre à ces personnes, non élues, d\u2019assumer indifféremment toutes les facettes de leur charge publique.Sommairement, les plus importantes exigences attachées au statut de fonctionnaire peuvent se regrouper comme suit: \u2022\tObligation de se consacrer à ses fonctions selon les règles prescrites.\u2022\tDevoir d\u2019obéissance aux instructions du supérieur hiérarchique sous réserve qu\u2019elles soient légales, conformes à l\u2019éthique et à la déontologie de la fonction publique et, conséquemment, non contraires à l\u2019ordre public et à la sécurité.\u2022\tObligation de respecter la confidentialité attachée aux informations non publiques dont le fonctionnaire a eu connaissance à l\u2019occasion de l\u2019exercice de ses fonctions.\u2022\tDevoir de probité et de moralité publique y compris, le cas échéant, en dehors du service.\u2022\tObligation de neutralité envers les citoyens et des autorités politiques, quelles que soient leurs opinions religieuses ou politiques, leur origine, etc.\u2022\tUn fonctionnaire doit s\u2019abstenir de manifester des avis ou une conduite personnelle qui pourraient générer une apparence de dérogation à ses obligations, notamment l\u2019apparence d\u2019un conflit d\u2019intérêts.Le respect rigoureux de ces exigences esta la base de la relation de confiance qui, en toute circonstance, doit pouvoir s\u2019établir entre, d\u2019une part, «les fonctionnaires et les citoyens » ou «les fonctionnaires et toutpartenaire choisi par les autorités politiques pour dis- penser des services publics aux citoyens» et, d\u2019autre part, « les fonctionnaires et l\u2019Autorité constituée ».La fameuse «permanence» Les fonctionnaires québécois évoluent dans un régime qui assure la « continuité d\u2019emploi » (ou « permanence ») une fois l\u2019étape de la titularisation complétée.L\u2019acte de titularisation, y compris pour les cadres, revêt donc un caractère important Sa portée est considérable pour l\u2019État employeur et pour la personne visée.De fait, la titularisation engage habituellement les parties pour plusieurs décennies jusqu\u2019au départ à la retraite du fonctionnaire.À moins, bien sûr, que ne survienne entre-temps une démission volontaire ou une révocation pour manquement grave aux obligations professionnelles, sanctionné en tant que faute lourde, le plus souvent de nature déontologique.Cette spécificité du régime d\u2019emploi des fonctionnaires, prévue dans les lois organiques (et non pas seulement par des textes conventionnels de droit commun comme c\u2019est le cas pour d\u2019autres effectifs du secteur public), a pour but premier de mettre les fonctionnaires à l\u2019abri de pressions arbitraires, notamment partisanes, dans l\u2019exercice de leurs fonctions.En corollaire, ce régime contribue à favoriser le déroulement de toute la carrière professionnelle de l\u2019individu dans les rangs de la fonction publique.L\u2019atteinte des résultats Traditionnellement, on observait, dans les organisations qui composent l\u2019administration gouvernementale, une structuration pyramidale et un mode de fonctionnement centralisé concentré 500 Administration et politiques publiques sur le contrôle des processus.Aujourd\u2019hui, la philosophie de gestion des fonctionnaires québécois et celle qu\u2019ils doivent appliquer à leurs activités s\u2019énonce comme suit :« La gestion de la fonction publique est axée sur l\u2019atteinte des résultats visant à assurer aux citoyens des services de qualité au moindre coût » (Livre blanc, 1999).Nouvelle sous ce libellé officiel (adopté en 2000 par l\u2019Assemblée nationale) , cette philosophie met l\u2019accent sur des valeurs de gestion et la maîtrise de pratiques qui impliquent une responsabilisation inédite (obligation de prévenir, obligation d\u2019agir à temps, obligation de réparer et de rendre des comptes) des diverses catégories d\u2019acteurs : ministres, autorités administratives et fonctionnaires.Les processus et les méthodes qui en découlent exigent notamment des fonctionnaires une réelle capacité à faire preuve d\u2019initiatives dans leurs zones de responsabilité, les contrôles a priori sur les processus et le choix des moyens tendant à être réduits au minimum en contrepartie d\u2019une imputabilité accrue.Les paradigmes de cette nouvelle gestion publique se sontpropagés dans les fonctions publiques occidentales au cours des années 1990.Au Québec, l\u2019intégration, en prévision d\u2019une évaluation parlementaire fixée par loi en 2005, a été balisée par un « cadre de gestion » décrété par l\u2019Assemblée nationale après une large consultation.Les objectifs et les exigences de cette réforme et, au travers elle, de celle de la culture des organisations publiques composées des fonctionnaires sont contenues dans la Loi sur radministration publique (LQ.,c.8).Quatre principes Dans l\u2019administration publique québécoise, cette nouvelle gestion publique s\u2019articule autour de quatre principes dont les effets recherchés se nourrissent mutuellement Le premier principe a trait à « l\u2019amélioration de la qualité du service rendu aux citoyens ».Il entend centrer l\u2019attention des fonctionnaires - par déf inition tous associés, directement ou indirectement, à la fourniture des services publics d\u2019intérêt général - sur les « destinataires » du service pour assurer une qualité des prestations qui soit à la hauteur de tous les droits (égalité et équité) dont disposent les citoyens.Le deuxième principe tient à faire une distinction, sur le plan de l\u2019organisation hiérarchique, entre le poids des fonctions d\u2019application des politiques et des programmes, qui acquièrent une nouvelle primauté, et le mode d\u2019encadrement des fonctions de conception des politiques ou de celles attachées au soutien organisationnel.Sa portée est profonde.Il postule qu\u2019une mise en application bien conçue des politiques ou des programmes publics ne requiert pas normalement une chaîne hiérarchique d\u2019acteurs et de décisions qui trouve avantage à remonter en permanence jusqu\u2019au plus haut niveau hiérarchique.Pour les unités chargées de la prestation de services, une telle fragmentation de l\u2019emprise hiérarchique doit faciliter l\u2019établissement d\u2019une transaction efficace dès lors que « l\u2019offre» de services et la « demande » des citoyens se rencontrent « La gestion de la fonction publique est axée sur l'atteinte des résultats visant à assurer aux citoyens des services de qualité au moindre coût.» 501 La vie politique En contrepartie, les gestionnaires de niveau supérieur doivent se montrer plus attentifs à la gestion de l\u2019efficacité du lien d\u2019interdépendance entre les unités.Cette préoccupation vise à prendre pleinement en compte le fait qu\u2019à l\u2019interne, les produits des unités de soutien deviennent des ressources (intrants) pour celles qui transigent directement avec les citoyens et qu\u2019elles influent donc sur leur performance.Le troisième principe tend à atteindre une clarté et une transparence optimales dans la répartition des responsabilités.Il prône que les textes d\u2019habilitation (lois constitutives ou autres textes organiques, contractualisation interne) précisent la responsabilité ministérielle sous l\u2019angle de l\u2019autorité que le ministre doit exercer effectivement et, en corollaire, clarifient les sphères de responsabilité des fonctionnaires.Le quatrième principe incite, dans ce cadre, à passer à une « logique d\u2019affectation contractuelle » pour les fonctionnaires de carrière.Celle-ci ne ba- nalise pas pour autant la fonction publique lorsque les dispositions juridiques concernant le statut, l\u2019exercice du rôle et des fonctions (principe de responsabilité, obligation de neutralité politique, règles d\u2019éthique particulière et acquis caractéristiques qui les sous-tendent) sont maintenues.Comme la situation au Québec est de cet ordre, on peutprévoir le développement prochain d\u2019outils nouveauxpour l\u2019évaluation des aptitudes des personnes et l\u2019encadrement de la mobilité professionnelle.~k ~k ~k Références BERNIER., Pierre.« La fonction contrôle exercée par EAssemblée nationale sur le gouvernement du Québec», dans Principes et enjeux de la qouvernancepublique au Quebec, ÉNAP, Québec, 2003.GOUVERNEMENT DU QUÉBEC.Livre blanc sur la gestion gouvernementale: un nouveau cadre de gestion pour la Jonction publique, Conseil du trésor, Québec, 1999.GOUVERNEMENT DU QUÉBEC.Plan de modernisation 2004-2007, Québec, mai 2004.GOUVERNEMENT DU QUÉBEC.Prendre en main l'avenir de notre/onction publique, Secrétariat du Conseil du trésor, Québec, juin 2004.L'OBSERVATOIRE DE L'ADMINISTRATION PUBLIQUE.«Baisse importante des employés du secteur public depuis 10 ans au Canada», Le Soleil, 16 février 2004 [en ligne] www.enap.ca/enap-fra/observatoire/obs-presse.html 502 Administration et politiques publiques Atlas québécois de la population jeunesse et des ressources Le projet d'atias de la population jeunesse et des ressources, piloté par le CJE Côte-des-Neiges, trouve son origine dans le besoin, ressenti par plusieurs CJE et leurs partenaires, d'acquérir une connaissance stratégique des jeunes et des ressources qui sont mises à leur disposition, regroupe différents types d'information - qualitatives, statistiques et thématiques - disponibles en version numérique, imprimée ou via une interface Web, Il permet de mettre en relation de l'information produite par chacun afin d'outiller l'ensemble des intervenants et de les aider à dispenser des services, Il offre aussi un éclairage nouveau facilitant la prise de décision, Comme les Carrefours jeunesse-emploi du Québec desservent les jeunes âgés de 16 à 35 ans, l'accent est mis de façon prioritaire sur la collecte de données pertinentes à cette tranche de la population,Toutefois, comme les jeunes s'inscrivent dans une société plus large, le projet intègre également des informations plus générales comme des données statistiques de la population totale, Un aperçu des réalisations et des travaux en cours  ce jour, nous avons à notre actif plusieurs réalisations et nous poursuivons différents projets et activités dont : * La mise en place de partenariats avec des services publics comme les municipalités, les arrondissements, l'Agence de développement des réseaux locaux de santé et de services sociaux de Montréal, les commissions scolaires, Centraide du grand Montréal, etc, ; ¦\tDes collaborations avec des chercheurs de diverses institutions; ¦\tLa production de monographies dressant le portrait statistique et géographique des jeunes de 16 à 35 ans selon différents milieux d'intervention (CJE, CLSC, arrondissements, municipalités, etc,) ; ¦La production de cartographies démographiques portant sur les jeunes de 16 à 35 ans ; ¦\tLa production de cartographies des ressources et la production d'atlas cartographiques (Carrefour jeunesse-emploi du Québec, services en employabilité au Québec, entreprises d'économie sociale de I Tie de Montréal, communautés culturelles au Québec, etc,) ; ¦\tLa réalisation d'un système d'information numérique (cédérom) qui intègre un ensemble de données statistiques disponibles, des bases cartographiques ainsi que des listes des ressources communautaires et publiques, ¦\tLa production de recueils de projets novateurs réalisés par les CJE ou en collaboration avec ces-derniers (Fiche-Affiche ; Un carrefour de projets, Volume, 1 et 2), Le Carrefour jeunesse-emploi de Côte-des-Neiges Le Carrefour jeunesse-emploi de Côte-des-Neiges est l'un des 107 CJE du Québec, C'est un organisme à but non lucratif, fondé en juillet 1997, offrant des services aux jeunes de 16 à 35 ans de Côte-des-Neiges, d'Outremont et de Mont-Royal.En se présentant au Carrefour, les jeunes peuvent profiter d'un service d'accueil, d'information, de référence, de conseil et d'évaluation de besoins en emploi et en intégration économique, Des services plus spécifiques sont aussi offerts à la clientèle : information scolaire et professionnelle, aide à la recherche d'emploi et au développement de projet et d'entreprises, En plus des services offerts à la clientèle, le CJE entretient de nombreux partenariats avec les intervenants du milieu communautaire et public, Carrefour jeunesse-emploi de Côte-des-Neiges 6555, ch, de la CÔte-des-Neiges, bureau 240, Montréal (Québec) H3S 2A6 Téléphone: (514) 342-5678 \u2022 www.cjecdn.qc.ca, 503 La vie politique POLITIQUES SOCIALES Lutte contre la pauvreté ou lutte contre les pauvres ?Alain Noël Departement de science politique, Université de Montreal Le 2 avril 2004, le gouvernement du Québec rendaitpublic son Plan d\u2019action en matière de lutte contre la pauvreté et l\u2019exclusion sociale.Requis par la Loi contre la pauvreté de décembre 2002 (loi 112), ce plan arrivait avec un retard de presque un an, et il était attendu avec méfiance par les groupes de défense des personnes en situation de pauvreté.Les orientations plutôt conservatrices du nouveau gouvernement libéral et une première ébauche de plan obtenue par Le Devoir en novembre 2003 laissaient penser que, au mieux, les efforts du gouvernement pour réduire la pauvreté demeureraient marginaux.Le plan final s\u2019est en définitive avéré assez surprenant Ce plan annonçait notamment la fin des pénalités imposées aux prestataires de l\u2019aide sociale qui refusent de participer à une mesure de formation ou d\u2019insertion en emploi, une hausse de l\u2019allocation d\u2019aide à l\u2019emploi accordée aux personnes qui participent à de telles mesures et, surtout, de nouvelles mesures de soutien du revenu pour les personnes pauvres qui travaillent, qu\u2019elles aient ou non des enfants.Les premières réactions ont été contrastées.Le Collectif pour un Québec sans pauvreté, le mouvement social à l\u2019origine de la loi 112, a réagi de façon relativement positive, en parlant d\u2019un « effort louable pour respecter les obligations » engendrées par la loi, limité par «des omissions graves qui vont laisser la situation des personnes les plus pauvres se détériorer encore ».Dans les médias du Québec, plusieurs commentateurs se sont montrés sceptiques, déplorant une approche populiste en rupture avec le programme électoral conservateur du gouvernement, et trop axée selon eux sur la situation des pauvres, au détriment de la classe moyenne.D\u2019autres encore ont parlé du nouveau plan comme d\u2019un véritable pas en avant, une proposition innovatrice et progressiste qui démarquerait encore davantage les politiques sociales québécoises de celles qui prévalent dans le reste de l\u2019Amérique du Nord.504 Administration et politiques publiques Les perspectives ont changé, cependant, avec le dépôt le n juin 2004 du projet de loi sur l\u2019aide aux personnes et aux familles (projet deloi 57).Ce projet, qui annonçait la troisième grande refonte de la Loi de l\u2019aide sociale depuis 1969, proposait bel et bien d\u2019abolir les pénalités.Mais il confirmait aussi le fait que les prestations des personnes aptes au travail ne seraient que partiellement indexées au coût de la vie, en plus d\u2019introduire de nouvelles contraintes et d\u2019ouvrir la porte à des programmes auxquels les personnes n\u2019auraient pas vraiment de droits et de recours.Plus fondamentalement, le projet de loi a été développé en rupture avec l\u2019esprit de la loi 112, tant dans la façon de faire, plus ou moins en vase clos, que dans la manière de poser le problème.Alors que la loi 112 affirmait que « les personnes en situation de pauvreté et d\u2019exclusion sociale sont les premières à agir pour transformer leur situation et celle des leurs », marquant ainsi le respect et la confiance dans la bonne volonté de chacun, le nouveau projet de loi sug-géraitplutôtque la loi visait à établir des programmes pour accompagner les personnes, « celles-ci devant être les premières à agir pour transformer leur situation et celle des membres de leur famille ».Ce glissement de sens remplaçait le respect et la confiance par le préjugé et la méfiance, faisant des personnes en situation de pauvreté des gens qu\u2019il faut inciter à agir plutôt que des citoyens qui font face à des obstacles importants.Dans son mémoire sur le projet de loi, le Collectif pour un Québec sans pauvreté soulignait ce glissement de sens, et parlait même d\u2019un « détournement de loi » et d\u2019une «imposture».Au moment d\u2019écrire ces lignes, le projet de loi 57 commençait à peine à être étudié en commission parlementaire.Les règlements qui allaient donner un sens à la loi à venir étaient également inconnus.Le projet n \u2019en il-lustraitpas moins les ambivalences du gouvernement du Québec dans le dossier de la lutte à la pauvreté, ambivalences déjà présentes dans le parcours ayant mené au plan d\u2019action du mois d\u2019avril et, bien sûr, dans le plan d\u2019action lui-même.La nouvelle approche mise de l\u2019avant dans ce plan d\u2019action était en effet innovatrice, tant dans le contexte des politiques québécoises antérieures que dans une perspective comparée plus large.Cette approche permettait une véritable redistribution, et elle promettait de contribuer à améliorer la situation de plusieurs ménages à faibles revenus.En même temps, le nouveau plan négligeait plusieurs aspects centraux de la loi visant à lutter contre la pauvreté et l\u2019exclusion sociale, notamment ceux ayant trait à l\u2019implication des personnes et des communautés, à l\u2019action citoyenne et à l\u2019évaluation.La priorité accordée au soutien du revenu et à l\u2019incitation au travail évoquait d\u2019ailleurs, de bien des façons, des politiques semblables en émergence dans les pays anglophones.Comme c\u2019est souvent le cas avec les politiques sociales, l\u2019essentiel se trouvait dans les détails.Valoriser le travail Les principaux fondements du plan d\u2019action d\u2019avril 2004 sont associés à l\u2019idée maintenant répandue d\u2019améliorer le soutien du revenu afin de valoriser le travail et d\u2019aider les familles.505 La vie politique En anglais, l\u2019expression consacrée est « making workpay», rendre le travail payant.Le plan comporte bien sûr de nombreux volets, et tous ne sont pas reliés à cette idée centrale.Mais le soutien du revenu pour les travailleurs à bas revenu s\u2019inscrit très clairement au cœur du projet.« La valorisation du travail, par la mise en place de mesures incitatives à l\u2019emploi et d\u2019aide aux travailleurs à faible revenu», explique en introduction le ministre de l\u2019Emploi, de la Solidarité sociale et de la Lamille, Claude Bée hard, constitue « le principe fondamental de ce plan d\u2019action ».Ce principe implique l\u2019introduction de nouvelles mesures s\u2019adressant aux travailleurs à faible revenu.Dans le plan d\u2019action, il se traduitégalementpar la reconnaissance que la coercition et les pénalités, ou même une détérioration graduelle des prestations d\u2019aide sociale, ne sont pas des façons efficaces d\u2019aider les personnes à faire la transition entre l\u2019aide sociale et l\u2019emploi.Cette orientation générale a plusieurs implications concrètes.D\u2019abord, les prestations d\u2019aide sociale sont légèrement rehaussées et en principe mieux protégées.Ensuite, des incitations plus généreuses sontprévues afin de rendre plus facile la transition entre l\u2019aide sociale et l\u2019emploi.Troisièmement, un nouveau supplément au revenus de travail est introduit, afin d\u2019améliorer la situation des travailleurs à faible revenu.Quatrièmement, le salaire minimum est augmenté.Enfin, Les principaux fondements du plan d'action d'avril 2004 sont associés à l'idée maintenant répandue d'améliorer le soutien du revenu afin de valoriser le travail et d'aider les familles.un nouveau soutien financier universel pour les enfants est créé, en faveur notamment des familles les moins riches.Les prestations d'aide sociale Prenons d\u2019abord les prestations d\u2019aide sociale.À partir de janvier 2005, les prestations seront pleinement ou partiellement indexées afin de protéger les revenus d\u2019aide sociale face à l\u2019inflation.L\u2019impact, évidemment, est très modeste, mais la reconnaissance même partielle du principe de l\u2019indexation est tout de même importante.Plus significativement, le plan d\u2019action annonce aussi que la Loi sur le soutien du revenu et favorisant l\u2019emploi et la solidarité sociale sera modifiée afin de protéger la totalité de la prestation de base à laquelle une personne a droit Reconnaissant que les pénalités et les sanctions administratives sont inefficaces et nuisibles aux personnes affectées, le gouvernement mise plutôt sur la confiance et sur les incitations positives comme avenues plus prometteuses d\u2019encouragement à la participation et de facilitation de la transition de l\u2019aide sociale à l\u2019emploi.La transition entre l\u2019aide sociale et l\u2019emploi Un deuxième ensemble de mesures vise, pour sa part, à faciliter la transition entre l\u2019aide sociale et l\u2019emploi.Premièrement, l\u2019allocation minimale d\u2019aide à l\u2019emploi accordée lors de la participation à une mesure de formation ou d\u2019insertion sera augmentée de 130 à 150 dollars par mois, et elle sera régulièrement majorée par la suite.Deuxièmement, le plan d\u2019action préconise une philosophie d\u2019intervention rapide axée sur les mesures actives, afin 506 Administration et politiques publiques d'offrir dès que possible des mesures d\u2019insertion au plus grand nombre de personnes.Troisièmement, le gouvernement prévoit revoir les règles de comptabilisation des épargnes et des actifs à l\u2019aide sociale, afin de favoriser l\u2019autonomie des personnes et de permettre à celles-ci de bâtir des projets à long terme, notamment pour le logement, l\u2019éducation et l\u2019emploi.Plusieurs de ces propositions, et notamment celles ayant trait aux mesures actives, demeurent des énoncés d\u2019intention.Elles n\u2019en sont pas moins conséquentes avec la nouvelle approche mise de l\u2019avant, qui privilégie les incitations et les ponts vers le marché du travail plutôtque les pénalités et la simple sortie de l\u2019aide sociale.Un supplément aux revenus de travail Troisièmement, et très significativement, un nouveau supplément aux revenus de travail est annoncé, avec comme objectif d\u2019améliorer la situation des travailleurs à faible revenu, avec ou sans enfants.Cette nouvelle « prime au travail » est un crédit d\u2019impôt remboursable qui va améliorer le revenu disponible d\u2019une proportion importante de ménages.Une personne seule sans enfant et avec un revenu faible verra ainsi son revenu total augmenter de 7 %, jusqu\u2019à une prime maximale de 511 dollars (784 dollars pour un couple).Une famille monoparentale aura pour sa part une prime de 30 %, jusqu\u2019à un maximum de 2190 dollars, et un couple avec enfants obtiendra une prime de 25 %, pouvant aller jusqu\u2019à 2800 dollars.Ces primes au travail sont conçues en tenant compte de l\u2019interaction entre les prestations d\u2019aide sociale, les mesures d\u2019aide à la famille et l\u2019impôt sur le revenu des particuliers, de façon à rendre le tout plus cohérent et plus équitable, et à mieux valoriser le travail.Ainsi, peu importe le niveau des revenus de travail, le travail devient toujours payant Au-delà du seuil de sortie de l\u2019aide sociale (14 800 dollars), la prime au travail demeure, mais elle diminue graduellement, à un taux de réduction de 10 % des revenus excédentaires (pour un couple avec enfants dont le revenu total est de 24 800 dollars, par exemple, la prime au travail serait de 1800 dollars).À 42 800 dollars, la prime est égale à zéro.Très simple comparativement au programme existant d\u2019Aide aux parents pour leurs revenus de travail (APPORT), qui est complexe et a un très faible taux d\u2019utilisation, la prime au travail proposée devrait rejoindre environ 535 000 ménages, 200 000 avec enfants et 335 000 sans enfants.L\u2019impact financier sera particulièrement important pour les jeunes familles.En efièt, plus de la moitié des ménages qui devraient recevoir une prime ont un chef âgé de moins de 30 ans, et trois sur quatre en ont un de moins de 40 ans.Majorer le salaire minimum Quatrièmement, le salaire minimum estmajoré, passant de 7,30 dollars par heure à 7,45 dollars à partir du Tr mai 2004, età 7,60 dollars en mai 2005.Ces augmentations demeurent extrêmement modestes compte tenu du niveau très bas du salaire minimum, au Québec comme ailleurs au Canada.À tout le moins, le gouvernement reconnaît le fait que des augmentations de salaire pour les ménages au bas de l\u2019échelle constituent un aspect incontournable de toute approche intégrée 507 La vie politique visant à combattre la pauvreté et à rendre le travail payant Soutien aux enfants Enfin, le plan d\u2019action inclut une refonte des programmes de soutien à la famille, refonte qui avait déjà été annoncée dans le budget 2004-2005.Le nouveau programme de Soutien aux enfants remplace un crédit d\u2019impôt universel et deux mesures ciblées, pour offrir davantage de soutien financier, d\u2019une façon plus simple et plus universelle.À partir de janvier 2005, les familles avec enfants recevront de la Régie des rentes du Québec un chèque trimestriel pour le Soutien aux enfants.Le soutien sera universel, mais plus généreux pour les familles à faible revenu.Ces gains, en ce qui concerne le soutien du revenu, pourraient bien se faire, cependant, au détriment d'autres aspects de la lutte contre la pauvreté.Effets positifs, effets pervers Trois observations se dégagent d\u2019une évaluation préliminaire des réformes proposées dans le Plan d\u2019action.Premièrement, en principe, tous les ménages bénéficient minimalement des nouvelles mesures, mais certains beaucoup moins que d\u2019autres.Les gains sont parfois très limités, mais il faut reconnaître que ces dernières années, au Canada comme ailleurs, les réformes des mesures de soutien du revenu ont surtout fait des perdants.Par ailleurs, l\u2019élimination des pénalités à l\u2019aide sociale signifie aussi que les situations considérées ici impliquent des revenus un peu mieux garantis.Deuxièmement, ensemble, la Prime au travail et le Soutien aux en- fants ont un puissant impact sur les revenus des ménages avec enfants qui ont des revenus de travail.Une famille comportant deux enfants et deux parents travaillant au salaire minimum, par exemple, voit son revenu disponible total augmenter de 23 %, pour un gain de plus de 5000 dollars.Les jeunes familles avec de faibles revenus de travail sont les grandes gagnantes de la réforme proposée dans le plan d\u2019action.Troisièmement, même si le plan d\u2019action souligne l\u2019importance de protéger les revenus des personnes ayant des contraintes sévères à l\u2019emploi, les personnes qui ont des revenus de travail ou qui participent à des mesures d\u2019insertion profitent plus de la réforme que celles qui ne peuvent occuper un travail rémunéré.Ce plan estdonc véritablement un plan visant à valoriser le travail, pour les jeunes familles en particulier.Ces gains, en ce qui concerne le soutien du revenu, pourraient bien se faire, cependant, au détriment d\u2019autres aspects de la lutte contre la pauvreté.Le plan d\u2019action, par exemple, souligne l\u2019importance d\u2019intervenir rapidement et d\u2019offrir des mesures d\u2019insertion à la plupart des personnes aptes au travail.Le plan ne prévoit toutefois pas de ressources additionnelles à cet égard.Le plan d\u2019action ne reconnaît même pas que, depuis plusieurs années, il y a au Québec une pénurie de mesures de formation etd\u2019insertion.Les mesures actives sontfàvorisées, mais rien n\u2019est fait pour prendre acte des limites des politiques passées.De même, le plan d\u2019action n\u2019aborde pas directement la question du chômage, pas plus qu\u2019il ne considère le risque que les nouvelles mesures de soutien du revenu encouragent le développement d\u2019emplois mal rémunérés.508 Administration et politiques publiques De la même façon, les problèmes associés au Régime d\u2019assurance médicaments, qui impose des coûts importants aux personnes en situation de pauvreté, sont à peine évoqués, et renvoyés à une politique du médicament qui reste à définir.En ce qui concerne le logement, par contre, de nouveaux investissements sont annoncés, mais ceux-ci demeurent modestes.Un ensemble de mesures préventives à l\u2019intention des enfants et des jeunes est également mis de l\u2019avant, mais le tout demeure peu spécifique.Finalement, ce que l\u2019on pourrait appeler la dimension collective ou réflexive de la loi 112 est, pour l\u2019essentiel, laissé de côté.Contrairement à ce que prévoit la loi, il n\u2019y aura pas de comité consultatif ou d\u2019observatoire de la pauvreté et de l\u2019exclusion sociale.Ces institutions étaient prévues afin de faire un suivi cons tant de la situation, de laisser la parole aux personnes et aux acteurs sociaux, et de faire des recommandations lorsque nécessaire.Elles ne sont pas retenues.De même, le plan ne propose pas d\u2019objectifs précis pour les années qui viennent etne prévoitpas non plus de mécanismes institutionnels permettant de garantir que toutes les interventions gouvernementales qui pourraient avoir un impact sur la pauvreté seront évaluées en conséquence.Encore une fois, l\u2019accent n\u2019est pas mis sur les services publics, sur les réseaux sociaux ou sur la concertation, mais plutôt sur les revenus disponibles des personnes et des ménages en situation de pauvreté.Quand les Finances luttent contre la pauvreté Les différentes mesures associées au plan d\u2019action d\u2019avril 2004 ont été annoncées en deux étapes, avec un message un peu différent à chaque étape.Les principales innovations en matière de soutien du revenu ont d\u2019abord été présentées comme des réductions d\u2019impôt, lors de la présentation du budget 2004-2005 par le ministre des Finances Yves Séguin.Quelques jours plus tard, le ministre de l\u2019Emploi, de la Solidarité sociale et de la Famille, Claude Béchard, dévoilait le Plan d\u2019action gouvernemental en matière de lutte contre la pauvreté et l\u2019exclusion sociale, un plan directement fondé sur les nouvelles mesures préalablement annoncées dans le budget, mais qui soulignait aussi la fin des pénalités à l\u2019aide sociale et une nouvelle philosophie, plus positive et globale.Le message principal du ministre des Finances n\u2019est pas passé facilement.La plupart des observateurs ont rétorqué que des transferts en faveur des personnes pauvres et des jeunes familles n\u2019étaient pas réellement des baisses d\u2019impôt, puisqu\u2019il s\u2019agissaitde dépenses et non de diminution d\u2019impôts.En fait, dans un environnement fiscal défini par un ensemble complexe de transferts, d\u2019impôts, de taxes, de tarifs, de crédits et d\u2019exemptions, l\u2019idée même d\u2019une différence de nature entre la majoration d\u2019un transfert et la réduction d\u2019un impôt n\u2019a pratiquement pas de sens.De ce point de vue, la hausse d\u2019un transfert peut très bien être comprise comme une réduction d\u2019impôt.Deuxièmement, contrairement à ce qu\u2019on dit souvent au Québec, il n\u2019y a pas de citoyens qui ne paient aucun impôt Certains ne paientpeut-être pas directement de l\u2019impôt sur le revenu des particuliers, mais ils paient tout de 509 La vie politique l\u2019impôt sur le revenu des particuliers, mais ils paient tout de même des taxes de vente, des impôts fonciers, des taxes salariales et divers tarifs et frais, de même que, indirectement par le biais de leurs achats, des impôts sur le revenu des particuliers et d\u2019autres impôts et taxes.En fait, lorsque toutes les formes de taxation sont prises en compte, les personnes les plus pauvres paient autant sinon plus d\u2019impôts que les riches.Ainsi, la hausse d\u2019un transfert, même en faveur de quelqu\u2019un qui ne paie pas directement des impôts sur le revenu des particuliers, peut fort bien être comprise comme une forme de réduction d\u2019impôt.À cet égard, le Plan d\u2019action permet une avancée importante.En effet, le plan adopte une perspective intégrée face au « régime fiscal québécois » et reconnaît explicitement que l\u2019aide sociale et le régime d\u2019imposition des particuliers constituent les « deux principales composantes du système québécois de redistribution du revenu ».Depuis plusieurs années, le Collectif pour un Québec sans pauvreté revendique une compréhension globale du régime fiscal, qui inclurait les citoyens à tous les niveaux de revenu, quelle que soit la source de leur revenu.Timidement, le plan d\u2019action fait un pas dans cette direction.Comment expliquer qu\u2019un gouvernement de centre-droit déterminé à réduire les dépenses publiques et à diminuer les impôts ait entamé son mandat en adoptant des mesures innovatrices de redistribution en faveur des familles à faible revenu ?De toute évidence, la loi il2 visantà lutter contre la pauvreté etl\u2019exclusion sociale a joué un rôle, tout comme les pressions exercées par le Collectif pour un Québec sans pauvreté et par différents autres groupes sociaux.La loi etles pressions, cependant, ne dictaient pas un résultat en particulier.En fait, la plupart des observateurs s\u2019attendaient à beaucoup moins.En prenant le pouvoir au printemps 2003, Jean Charest a déclaré à plusieurs reprises que l\u2019heure était venue, au Québec, de passer à une nouvelle façon de faire les choses.«Nous sommes arrivés au bout d\u2019un modèle de fonctionnement» expliquait-il, et l\u2019État québécois ne peut « continuer à tout taxer et à se mêler de tout ».Le changement va demander du « courage », mais il faudra se préparer à « tout remettre en question de fond en comble».Un grand virage à droite était à l\u2019ordre du jour.Virevoltes La première version du plan d\u2019action en matière de lutte contre la pauvreté et l\u2019exclusion sociale, qui a été coulée au Devoir en novembre 2003, était en phase avec ce projet de virage à droite.Déjà en retard, le projet de plan parlait à peine de redistribution du revenu, etinsistait plutôt sur l\u2019obligation pour chaque personne de retourner au travail le plus rapidement possible.Loin de rompre avec la logique des pénalités, le plan insistait alors sur l\u2019importance d\u2019appliquer plus systématiquement les sanctions existantes.Le projet prévoyait également que tout nouveau prestataire sans contraintes sévères à l\u2019emploi se voit imposer, après 12 mois à l\u2019aide sociale, une coupure de 50 dollars par mois.Cette coupure aurait été appliquée à tous, même à ceux ayant suivi toutes les règles et ayant exprimé le désir de participer à une mesure d\u2019in- 510 Administration et politiques publiques sertion.Le but était d\u2019envoyer un « message clair » à l\u2019effet que l\u2019aide sociale demeure une « aide temporaire pour les personnes sans contraintes à l\u2019emploi».Ce projet de plan d\u2019action faisait une lecture très restrictive de la loi 112, contraire en fait à l\u2019esprit de la loi, et il a été vivement et presque unanimement dénoncé.L\u2019opposition au projet s\u2019est avérée fructueuse, parce qu\u2019elle s\u2019exprimait dans un contexte déjà difficile pour le gouvernement Après son élection, Jean Charestpré-sumait qu\u2019il devraitposer les gestes les plus difficiles et les plus impopulaires pendant la première année de son mandat.Des compressions budgétaires touchant la plupart des secteurs d\u2019activité sauf la santé et l\u2019éducation ont rapidement été annoncées, de nouvelles approches de gestion favorisant les partenariats public-privé ont été promises, et les lois du travail ont été changées en dépit de la forte opposition du mouvement syndical.Ces approches ont été largement dénoncées et, dans une société où les syndicats et les groupes sociaux demeurent forts et légitimes, la popularité du gouvernement a rapidement diminué.Moins d\u2019un an après l\u2019élection, au début de 2004, l\u2019appui populaire au gouvernement Charest avait chuté de plus de dix points, passant de 46 % en avril 2003 à 36 % en janvier 2004.Près des deux tiers des Québécois (63 %) se déclaraient alors insatisfaits ou très insatisfaits du gouvernement.Tous les observateurs s\u2019entendaient alors pour conclure que le gouvernement devait changer sa façon de faire.À cet égard, le budget du printemps 2004 et le Plan d\u2019action en matière de lutte contre la pauvreté etl\u2019exclusion sociale offraient des possibilités importantes.La façon dont les choses ont évolué a cependant eu d\u2019importantes conséquences négatives.Plusieurs personnes en situation de pauvreté - les plus pauvres en fait - bénéficieront très peu du nouveau plan d\u2019action, et plusieurs enjeux sont demeurés en plan.Le fait que les principaux changements soient survenus à la faveur d\u2019un budget signifie aussi que ceux-ci demeurent pour l\u2019instant des innovations ponctuelles, sans effets d\u2019entraînement garantis.Le plan d\u2019action n\u2019énonce pas vraiment d\u2019objectifs à long terme, ne prévoitpas des mesures à venir pour les types de ménages moins bien servis par la réforme, et ne met pas en place de structures afin d\u2019assurer la concertation, le suivi des actions entreprises, etle maintien d\u2019un élan pour les années à venir.Le dépôt du projet de loi 57 en juin 2004 allait confirmer ces appréhensions en ramenant sur la table la vision présentée dans la première version du plan d\u2019action, qui avait été battue en brèche à l\u2019automne 2003.Conclusion Sans une loi visant à lutter contre la pauvreté et l\u2019exclusion sociale et sans un mouvement social solide et dynamique revendiquant la mise en œuvre de cette loi, les changements annoncés avec le budget 2004-2005 et avec le Plan d\u2019action gouvernemental en matière de lutte contre la pauvreté et l\u2019exclusion sociale n\u2019auraient pas vu le jour.En tant que tels, ces changements sont progressistes et ils pourraient aider un grand nombre de ménages à faible revenu.En phase avec la tendance internationale visant à valoriser le 511 La vie politique En 1996-1998, ily avait un écart à 'environ cinq années d'espérance de vie et autant que 14 années de différence pour l'espérance de vie en bonne santé entre les plus et les moins favorisés à Montréal.travail et à mieux soutenir les familles à faible revenu, ces innovations pourraient situer avantageusement le Québec parmi les sociétés qui ont fait un effort réel pour définir de meilleurs instruments de soutien du revenu, mieux adaptés aux défis associés au marché du travail d\u2019une économie postindustrielle et à l\u2019émergence de nouvelles dynamiques familiales.En rompant avec la logique des obligations et des pénalités à l\u2019aide sociale, le gouvernement du Québec s\u2019est montré respectueux de l\u2019esprit de la loi 112, et il a rejointles gouvernements qui cherchent à développer des approches plus positives dans le but de faciliter la transition entre l\u2019aide sociale et l\u2019emploi.En même temps, le plan d\u2019action reflétait également les orientations d\u2019un gouvernement de centre-droit qui accorde peu d\u2019importance à la redistribution en faveur des personnes seules qui ne peuvent pas travailler ou ne travaillent pas, qui croit peu au maintien et au développement des services publics, et qui ne favorise pas\tl\u2019implication citoyenne.Le plan intervient alors même que des compressions budgétaires affectent les services qui devraient justement aider les sans-emploi à intégrer le marché du travail et il n\u2019offre pas de vision pour l\u2019évaluation, la participation et le développement à long terme.Pour le moment, ce plan d\u2019action demeure aussi une intervention ponctuelle, sans engagement à long terme et sans mécanismes pour faire émerger de tels engagements dans les années qui viennent Les orientations du projet de loi 57, qui réintroduit la méfiance, les vexations et l\u2019arbitraire, laissent bien voir que rien n\u2019est définitivement gagné.Le gouvernement du Québec n\u2019a pas encore décidé clairement s\u2019il voulait lutter contre la pauvreté ou lutter contre les pauvres.Selon le sociologue européen G0sta Esping-Andersen, pour lutter contre la pauvreté, les gouvernements doivent mener de front une double approche.D\u2019une part, ils doivent améliorer les conditions de travail et les mesures de soutien de revenu afin de rendre le travail plus disponible et plus payant, pour les jeunes femmes notamment.Esping-Andersen parle dans ce cas de l\u2019approche monétaire (the cash strategy).D\u2019autre part, les gouvernements doivent développer des services publics sur une base universelle, pour neutraliser autant que possible les désavantages sociaux hérités d\u2019une génération à l\u2019autre (the servicing strategy, l\u2019approche service public).Les gouvernements devraient aussi définir les politiques publiques de façon à rendre possible et à encourager la participation citoyenne, l\u2019action collective et l\u2019évaluation sociale continue (ce que l\u2019on pourrait appeler l\u2019approche démocratique).Au cours des dernières années, les politiques publiques québécoises ont eu tendance à retenir les trois approches, au moins en principe.C\u2019est le cas, notamment, de la loi 112, adoptée en décembre 2002.Pour un gouvernement conservateur, cependant, il semblait plus facile et naturel de privilégier l\u2019approche monétaire, au détriment des deux autres.512 Administration et politiques publiques Des progrès réels ont ainsi été réalisés, mais ils demeurent incomplets et fragiles, trop uniquement axés sur une seule dimension, dans un contexte qui requiert des interventions sur plusieurs volets à la fois.Et, de bien des façons, la nouvelle loi de l\u2019aide sociale et les règlements qui l\u2019accompagneront pourraient annuler ces progrès.La seule garantie demeure donc encore la vigilance et la force de groupes sociaux qui se sont montrés, ces dernières années, remarquablement aptes à prendre l\u2019initiative et à Références DUFOUR, Pascale, Gérard BOISMENU et Alain NOËL.L'aide au conditionnel.La contrepartie dans les mesures envers les sans-emploi en Europe et en Amérique du Nord, Montréal et Bruxelles, Presses de l'Université de Montréal et PIE-Peter Lang, 2003.ESPING-ANDERSEN, Gqsta, Duncan OAT.T.TE, Anton HEMERiJCK et John MYLES (dir.).Why We Need a New Welfare State, Oxford, Oxford University Press, 2002.NOËL, Alain.« Priorité au soutien du revenu.La mise en œuvre de la Loi québécoise visant à lutter contre la pauvreté et l'exclusion sociale », dans Commentaire - Réseau de la famille, Ottawa, Réseaux canadiens de recherche en politiques publiques, mai 2004.NOËL, Alain.« Une loi contre la pauvreté.La nouvelle approche québécoise de lutte contre la pauvreté et l'exclusion sociale » Lien social et politiques, n° 48, automne 2002.NOËL, 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niveau par habitant.La situation de la balance de paiements.Ajoutez à cela ces taux dominants entre tous - TSE, Dow Jones, Nasdaq - qui traduisent l\u2019activité boursière, et vous avez le portrait d\u2019une société suspendue à un fil de chiffres et de statistiques.C\u2019est comme si, à toutes fins utiles, notre vie dépendait de ces indicateurs.Nous savons, bien sûr, qu\u2019il n\u2019en est rien.En dépit du contentement que l\u2019ar-gentprocure dans une société où beaucoup de choses peuvent - et en fait doivent- s\u2019acheter, et en dépit du malheur que représente le manque d\u2019argent ou l\u2019impossibilité d\u2019en gagner, nous savons que la vie, et surtout la vie en société, ne peut se résumer à des indicateurs économiques.Des indicateurs adéquats Nous sommes donc confrontés à un défi : identifier des indicateurs sociaux qui nous permettent de capter, en quelques chiffres éloquents, les signes vitaux de notre vie sociale.Par où commencer ?Pour relever ce défi, il nous faut tout d\u2019abord identifier les questions qui sont prioritaires.Par exemple, à quel point notre société permet-elle à ses membres, et surtout à ses enfants, de se développer convenablement en tantqu\u2019êtres humains ?À quel point les gens peuvent-ils envisager des projets et les réaliser dans leur travail, dans leur vie familiale, dans leur engagement communautaire et civique?Sont-ils surmenés par les exigences de la vie quotidienne : gagner sa vie et élever des enfants ?Sont-ils adéquatement soutenus dans ces tâches, par la famille et les amis, par la communauté, par l\u2019État?Avons-nous fait des progrès dans ces domaines, ou plutôt reculé?Commentse situe notre société par rapport aux autres sociétés avancées?Quel sort réservons-nous aux groupes sociaux vulnérables : les démunis, les sans-abri, les femmes, les enfants, les personnes âgées, les jeunes, les minorités, les handicapés ?514 Administration et politiques publiques Mesurer la qualité de vie Mais ce n\u2019est pas le seul défi.Il faut aussi trouver le moyen d\u2019évaluer la qualité de la vie sociale en utilisant des chiffres, qui sont bien sûr mieux adaptés pour mesurer des quantités.Commentfaire ?La mission des économistes est plus simple car tout ce qui les préoccupe peut se réduire, en définitive, à des quantités de biens et de services et à leur équivalent universel : l\u2019argent Pour les sociologues, c\u2019estune autre affaire.Deux problèmes principaux se posent dès qu\u2019ils essaient de créer des indicateurs sociaux quantitatifs.D\u2019abord, le rôle de la subjectivité : l\u2019expérience sociale des différents groupes et individus rend toute comparaison difficile, car chacun a des attentes dif férentes.Ce qui paraît une situation enviable pour une personne donnée sera jugée insatisfaisante par une autre, dont les attentes sont plus élevées - souvent d\u2019ailleurs, paradoxalement, parce que cette dernière jouit déjà d\u2019une situation plus avantageuse.À l\u2019autre bout du spectre, la privation et la discrimination peuventparaître normales à ceux qui s\u2019y sont habitués.Autre difficulté : le tissu de la vie sociale est formé de relations sociales dont le fonctionnement ne se décrit pas facilement par les chiffres.Prenons l\u2019exemple de l\u2019emploi.Les enquêtes sur la population active nous fournissent des renseignements abondants sur les caractéristiques des travailleurs, mais très peu sur les entreprises et organismes qui les emploient Les données recueillies sur les employeurs se résument le plus souvent à un bilan financier qui nous fournit des renseignements sur les quantités et les coûts, mais très peu sur l\u2019organisation du travail et les pratiques de ressources humaines.Seules de rares enquêtes s\u2019intéressent à la relation entre les travailleurs et leurs milieux de travail, relation qui est faite de coopération et de conflit ; c\u2019estpourtantlà un élément critique aussi bien de la satisfaction du travailleur que de la performance des organisations, comme le démontre le sociologue canadien Graham S.Lowe dans son livre récent, The Quality of Work : A People-Centred Agenda [La qualité du travail : une perspective humaine].Soulignons que la nouvelle enquête de Statistique Canada sur les établissements et les travailleurs devrait contribuer à combler cette lacune.On retrouve le même problème dans la plupart des domaines couverts par les statistiques sociales.Il existe des données sur la santé de la population et l\u2019utilisation des services de santé ; nous avons également des renseignements sur les fournisseurs de services de soins.Il existe toutefois peu de données sur la relation entre les deux.Nous ne savons pas si les interventions thérapeutiques pratiquées dans différents contextes sont accessibles, pertinentes et de bonne qualité.Il en va de même pour les actions des systèmes éducatif, judiciaire et de bien d\u2019autres.En fait, ce n\u2019est que dans le cas de la famille où la situation est différente : de nombreuses enquêtes sur diverses questions sociales recueillent des données sur tous les membres d\u2019un ménage, nous permettant ainsi d\u2019étudier la situation des indi- Les enquêtes sur la population active nous fournissent des renseignements abondants sur les caractéristiques des travailleurs, mais très peu sur les entreprises et organismes qui les emploient.515 La vie politique vidus dans le contexte réel de leur vie de tous les jours.Dans l\u2019ensemble, comment les professionnels des sciences sociales répondent-ils à ces défis ?Parviennent-ils à fournir aux décideurs, et au public, les statistiques sociales nécessaires pour une prise de décision démocratique ?Peuvent-ils fournir aux gens les renseignements qu\u2019il leur faut pour orienter leur propre trajectoire et celle de leur famille ?Prenons comme exemple le célèbre Indice de développement humain (IDH), proposé annuellement depuis une décennie par le Programme pour le développement des Nations Unies.Cet indice s\u2019efforce d\u2019attirer l\u2019attention du public sur les buts du progrès humain, plutôt que sur ce qui n\u2019est que l\u2019un de ses moyens, le PIB par habitant L\u2019IDH est intéressant parce qu\u2019il repose sur une idée bien définie de la signification de la vie en société : celle-ci devraitper-mettre à chacun de s\u2019épanouir pleinement Ce but ne peut se réaliser que si les individus bénéficient de l\u2019énergie que procure une bonne santé, s\u2019ils ont un toit et la sécurité économique, et s\u2019ils ont accès aux trésors de connaissances et de culture accumulés par l\u2019humanité, ce qui fonde leur liberté et leur autonomie individuelle et collective.Notons que cette approche s\u2019appuie sur le concept des potentiels (capabilities) proposé par Amartya Sen, économiste et philosophe lauréat du prix Nobel.L\u2019IDH affirme donc que certains besoins sont plus importants que d\u2019autres.Le revenu n\u2019est d\u2019ailleurs qu\u2019une des trois composantes de l\u2019IDH.De même, la santé et les connaissances ne sont pas considérées comme des biens parmi d\u2019autres que chacun ac-quiertpour soi, mais plutôt comme des ressources produites et partagées par les membres d\u2019une communauté.Observer le monde au moyen de ce genre d\u2019indice fait toute la différence.Une comparaison à l\u2019échelle internationale révèle que la corrélation entre la richesse et le bien-être humain est loin d\u2019être parfaite.En fait, plusieurs pays enregistrent un PIB par habitant très élevé mais un IDH relativement bas, ou l\u2019inverse.Quel enseignementpouvons-nous en tirer ?Ce qui compte, c\u2019est moins la richesse en elle-même que l\u2019usage qu\u2019on décide d\u2019en faire dans diverses sociétés.L\u2019IDH illustre bien la difficulté de créer des indicateurs sociaux synthétiques.La construction de tels indicateurs repose sur trois choix interdépendants : le choix des composantes de la mesure; le choix de la pondération accordée à ces composantes dans l\u2019indicateur global ; le choix des sociétés pour lesquelles cet indicateur peut servir de critère de comparaison.Le cas du Canada illustre bien cette difficulté.Le discours politique ici insiste sur le fait que le Canada se situe souvent dans les premiers rangs de l\u2019IDH.Comme l\u2019ont signalé de nombreux observateurs, ce n\u2019est guère un exploit pour notre pays de marquer des points sur un indice d\u2019abord conçu pour mesurer la situation relative des pays en voie de développement ou sous-développés.Les vrais défis auxquels doivent faire face les sociétés avancées, comme le Canada, concernent bien davantage des phénomènes comme la pauvreté des enfants malgré l\u2019abondance générale, l\u2019équité en matière d\u2019emploi, l\u2019intégration des jeunes dans la vie adulte, l\u2019inclusion sociale des groupes minoritaires et des minorités visibles.L\u2019autre 516 Administration et politiques publiques problème - le choix d\u2019un système de pondération pour les diverses composants de l\u2019indicateur global - a des implications importantes pour le classement des pays.Un tel système reflète des jugements de valeur plutôt que des choix scientifiques (tout comme le choix des composants de l\u2019indice, d\u2019ailleurs).Si nous ne voulons pas nous accommoder d\u2019un procédé purement arbitraire, comme le font malgré tout de trop nombreux indices, il reste deux options, que nous examinons ci-dessous.Nous devons soit renoncer à produire un indice unique pour étudier, successivement, un nombre limité de dimensions clés, soit utiliser un système de pondération obtenu de façon empirique et fondé sur des critères tels que la valeur monétaire, le temps ou les évaluations subjectives globales des personnes impliquées dans les situations étudiées.La corrélation empirique des variables peut également servir de base pour les rassembler en un indice.Santé, éducation et sécurité économique Au titre des dimensions clés dont il faut tenir compte, reprenons les trois variables qui apparaissent dans l\u2019IDH : la santé, l\u2019éducation et la sécurité économique.Leur intérêt vient du fait qu\u2019il s\u2019agit de variables-résultats globales, qui enregistrent les effets de tous les événements qui composent la trajectoire de vie des individus.La santé, par exemple, dépend de bien plus que la génétique et les soins.Elle reflète les circonstances de la naissance et de la petite enfance, ainsi que l\u2019éducation, l\u2019expérience de travail, la trajectoire socio-économique, l\u2019expérience conju- gale, les amours, les amitiés, le soutien social et biens d\u2019autres facteurs.Et en sens inverse, tous ces aspects de la vie sont à leur tour affectés par la santé.11 existe évidemment de nombreuses façons de mesurer la santé et l\u2019incidence de différentes maladies.Mais l\u2019espérance de vie en santé peut nous fournir une excellente indication globale de la façon dont se distribuent, à travers les classes sociales et entre les différents pays, les possibilités de profiter de la vie.L\u2019espérance de vie en santé, tout comme l\u2019espérance de vie, sont étroitement reliées à la situation socioéconomique des individus : plus on est riche, plus on vit longtemps ; non seulement cela, mais plus on est riche et plus on jouit longtemps d\u2019une bonne santé.À l\u2019échelle mondiale, les différences sont frappantes : le Japon mène le bal avec 74,5 ans d\u2019espérance de vie en santé en moyenne ; en dernière place se trouve la Sierra Leone avec environ 26 ans.Le Canada se classe au douzième rang, avec une moyenne de 72 ans d\u2019espérance de vie en santé, et les États-Unis vingt-quatrième, avec 70 ans.Sur le plan de l\u2019accès à l\u2019éducation et aux connaissances, nous pouvons citer la recherche internationale sur l\u2019alphabétisation, dans laquelle le Canada a joué un rôle de pionnier.Dans la tranche d\u2019âge des 16 à 25 ans, nos jeunes se classent dans la moyenne des septpays occidentaux étudiés, alors que les États-Unis arrivent presque les derniers.Dans une large mesure, le niveau élevé atteint par beaucoup de Dans la tranche d'âge des 16 à 25 ans, nos jeunes se classent dans la moyenne des sept pays occidentaux étudiés, alors que les États-Unis arrivent presque les derniers 517 La vie politique pays européens est dû au fort taux d\u2019alphabétisation de leurs jeunes peu privilégiés : ceux-ci obtiennent les notes les plus élevées en Suède et aux Pays-Bas, et les moins élevées aux États-Unis.L\u2019étude de la pauvreté dans les sociétés avancées s\u2019intéresse particulièrement à la situation des enfants, situation qui est bien sûr totalement indépendante de leur propre volonté.Cette donnée est d\u2019autant plus importante que la pauvreté aura des conséquences sur la vie entière de ces enfants.Lorsqu\u2019on applique le seuil de pauvreté officiel des États-Unis (adapté pour fins de comparaisons internationales) aux pays de l\u2019OCDE, le taux de pauvreté des enfants varie de 3 à 5 % dans les pays Scandinaves jusqu\u2019à 30 à 40% au Royaume-Uni, en Italie et en Espagne.Les États-Unis se situent à 14% et le Canada à 9,5% (voir le Rapport Innocenti sur la pauvreté des enfants dans les pays les plus riches du monde, publié par l\u2019UNICEF en 2000).La recherche démontre que le stress associé au fait de vivre avec des revenus restreints provoque des problèmes de santé et d\u2019apprentissage.Par exemple, le Conseil canadien de développement social considère que nous devrions offrir à tous nos enfants des chances égales de devenir des adultes accomplis, jouissant d\u2019une bonne santé et munis des ressources requises pour apprendre, pour gagner leur vie et pour participer à la vie sociale.Pourtant, l\u2019Enquête nationale longitudinale sur les enfants et les jeunes révèle que chaque augmentation du revenu du ménage (seuls les ménages à deux parents ont été analysés) entraîne systématiquement certains résultats favorables, y compris : une meilleure santé, moins d\u2019hyperactivité, une amélioration de l\u2019acquisition de vocabulaire et de la réussite en mathématiques, une participation accrue aux activités sportives et, à la fin de l\u2019adolescence, une moindre propension à l\u2019abandon des études et à l\u2019inactivité totale.Autrement dit, les « blessures cachées » reliées à la classe sociale entravent le développement de beaucoup de nos enfants.Le bien-être et la productivité de toute notre société en subissent les répercussions.De la théorie à l\u2019action Comment une société peut-elle réagir à de tels résultats ?Il faut avant tout les considérer comme des sonnettes d\u2019alarme.Chaque fois, par exemple, que le Canada se retrouve vers le haut ou le bas d\u2019une échelle internationale, nous devons en chercher la raison en utilisant les variables-résultats comme instruments d\u2019exploration.C\u2019est justement la méthode utilisée par Evans, Barer etMarmor, responsables d\u2019une étude canadienne très innovatrice, Why Are Some People Healthy and Others Not ?The Determinants of Health of Populations [Pourquoi certains sont-ils en bonne santé et d\u2019autres pas ?Les déterminants de la santé des populations], Il nous faudrait appliquer la même approche en matière d\u2019éducation et de sécurité économique, en prenant particulièrement soin d\u2019introduire, dans l\u2019analyse, des variables relatives aux contextes institutionnels et communautaires, dontles effets sontsi profonds sur l\u2019enfance, la scolarité, le travail et toute la trajectoire de vie.Il existe d\u2019autres méthodes pour combiner les variables afin d\u2019obtenir des indicateurs sociaux synthétiques.Ainsi, on peut tenter d\u2019élargir la portée 518 Administration et politiques publiques de l\u2019argent, en tant qu\u2019équivalent universel, pour y inclure certains aspects importants du bien-être économique qui ne se transigent pas sur le marché et n\u2019ontdoncpas de prix explicites ; pour cela, il faut examiner ce que les économistes appellentles « facteurs externes ».L\u2019Indicateur du progrès véritable, par exemple, applique ce principe pour soustraire, des estimations de notre standard de vie, le coût encouru sur le plan écologique ou social par notre mode de vie (par exemple, le coût des divorces, des embouteillages, des accidents et des dépenses pour garantir notre sécurité).Les résultats sont impressionnants.Alors que l\u2019économie des États-Unis était en plein essor pendant toute la deuxième moitié du XXe siècle (en termes de PIB par habitant), la qualité de la vie n\u2019a pas suivi, accusant une baisse significative depuis les années 1970.Une unité de mesure efficace : le temps Le temps représente un autre étalon de mesure possible pour la qualité de vie.Tout d\u2019abord, nous pouvons calculer l\u2019espérance mathématique de durée des états de bien-être : être en vie, en bonne santé, au sein d\u2019une famille dont les membres ne connaissent ni le chômage, ni l\u2019échec scolaire, ni le divorce, ni la pauvreté.Il existe une autre façon, en quelque sorte opposée, d\u2019utiliser le temps comme indice de qualité de vie.Au lieu d\u2019étudier la durée des temps heureux et leur coïncidence, on peut examiner la gravité des conflits d\u2019allocation de temps, la difficulté de concilier des exigences et des obligations plus ou moins incompatibles.Le stress provoqué par ces conflits d\u2019horaire est un in- dicateur de la détresse des couples à double carrière, des familles monoparentales, des étudiants qui ont aussi un emploi et des travailleurs à la pige, qui oscillent perpétuellement entre la sous-activité et la sur-activité.Un tel indicateur permet également de déterminer jusqu\u2019à quel point notre société réussit à trouver et à mettre en place des arrangements qui permettent une plus grande harmonie : par exemple le congé de maternité, une durée hebdomadaire de travail raisonnable, la sécurité d\u2019emploi, des services abordables de garde d\u2019enfants ou de personnes âgées.Déplus, les personnes qui souffrent de ce type de stress participent moins à la vie civique, ce qui entraîne une diminution du capital social et contribue à perpétuer le cycle de la dégradation de la qualité de vie.Comme nous l\u2019avons déjà dit, les évaluations subjectives d\u2019une situation sont souvent peu fiables.Mais dans certaines circonstances, elles peuvent contribuer à la création d\u2019indicateurs sociaux et de systèmes de pondération pour un indice global.Les évaluations subjectives peuvent également servir de guide pour la création d\u2019indicateurs sociaux que le public puisse comprendre et trouver utiles.Dans le cadre du Projet sur les indicateurs de la qualité de la vie (QOLIP), les Réseaux canadiens de recherche sur les politiques publiques ont piloté une expérience fascinante : il s\u2019agissait d\u2019animer des délibérations publiques avec une variété de groupes de citoyens, pour en extraire ensuite des renseignements précieux sur ce qui est important pour eux dans la vie.On a relevé des questions comme l\u2019impact des conflits d\u2019horaire, l\u2019équilibre délicat entre l\u2019accès aux services publics et 519 La vie politique la qualité de ceux-ci, les frustrations et les succès que les gens ont rencontrés en tentant de communiquer leurs préoccupations aux responsables des écoles, des hôpitaux, des garderies et autres services.Ces citoyens se sont prononcés.Il revient maintenant aux experts de prendre la relève.Ils doivent mettre au point des prototypes d\u2019indicateurs sociaux qui tiennent compte de ces préoccupations, mettre ces prototypes à l\u2019épreuve auprès de groupes semblables et, enfin, fournir au public les informations dont il a manifesté le besoin.C\u2019est bien là, d\u2019ailleurs, l\u2019enjeu réel de la construction d\u2019indicateurs sociaux, un défi parallèle à celui de la définition de politiques publiques démocratiques et éclairées.Références EVANS, R.G., M.L.BARERet T.R.MARMOR.Why Are Some People Healthy and Others Not ?The Determinants of Health of Populations, New York, Aldine de Grater, 1994.LOWE, Graham S.The Quality of Work : A People-centred Ayenda, Toronto, Oxford University Press, 2000.RÉSEAUX CANADIENS DE RECHERCHE SUR LES POLITIQUES PUBLIQUES.Indicators of Quality of Life in Canada : A Citizens' Prototype, Canadian Policy Research Networks, avril 2001.SEN, Amartya.« Capability and well-being », dans The Quality of Life, Martha C.Nussbaum et Amartya Sen (dir.), Oxford, Clarendon Press, 1993.ROSS, David P.et Paul ROBERTS.Le bien-être de l'enfant et le revenu familial: Un nouveau reyard au débat sur la pauvreté, Conseil canadien de développement social, 1999.520 IIAiiO NUMÉRIQUE Page(s) blanche(s) Veuillez vous informer auprès du personnel de BAnQ en utilisant le formulaire de référence à distance, qui se trouve en ligne https://www.banq.qc.ca/formulaires/formulaire reference/index.html ou par téléphone 1-800-363-9028 Bibliothèque et Archives nationales Québec ES E3 ES ES Le territoire \u2022H-YE Stst.mm ?Le territoire LES GRANDS ENJEUX 524 533 540 554 558 Amères défusions Le revenu des agriculteurs québécois : la pire crise en 25 ans Milieux ruraux et urbains au Québec : quelles différences en matière de santé et de bien-être ?La saga du Suroît Le « homard » manufacturer et autres disparités économiques régionales LES REGIONS La région métropolitaine de Montréal 568 Montréal : une ville sur des sables mouvants 575 Les défusions à Montréal 581 Montréal, ville globale ?La couronne métropolitaine montréalaise 588 Des perspectives encourageantes autour de Montréal La région métropolitaine de Québec 595 Une année de polémiques La couronne des villes intermédiares 605 Diversité et autonomie, un état de fait ou un fait d'État ?La couronne périphérique 612 Stabilité économique et persistance des disparités 625 Le Nunavik, vers un gouvernement autonome 633 Fiches statistiques Le territoire LES GRANDS ENJEUX Amères défusions Une/orme contestable de démocratie Pierre Drouilly et Alain-G.Gagnon Departement de science politique, Université du Québec à Montreal Au printemps 2004, le gouvernement Charest a mis en branle sur la scène municipale un processus sans précédent au Québec, compte tenu de son ampleur.Il devait conduire à la tenue d\u2019un référendum sur la défiision dans 89 des 213 municipalités fusionnées par le gouvernement du Parti québécois en décembre 2000.Au terme de cette opération, les villes de Montréal et Longueuil se retrouvent démantelées et la recherche d\u2019une plus grande équité fiscale qui avait présidé à la création de ces deux grandes villes est compromise.Si bien que Montréal se retrouve aujourd\u2019hui plus pauvre qu\u2019avant les fusions.La valeur foncière par habitant, qui était de 68 000 dollars avant la fusion, a grimpé à 70 556 dollars après la fusion, pour tomber à 64 375 dollars après la défiision.De leur côté, les 200 000 défusionnés dans l\u2019île de Montréal ont une valeur foncière moyenne par habitant de 120 000 dollars.Ce qui revient à dire qu\u2019un dé-fusionné, foncièrement parlant, vaut le double d\u2019un fusionné ! Ces données illustrent à quel point la richesse a été un facteur déterminant dans le choix des citoyens et que ce facteur, conjugué à celui de la langue, a conduit à un véritable clivage socio-linguistique dont les conséquences à long terme ne peuvent qu\u2019être dramatiques pour la cohésion sociale.Dans les pages qui suivent, nous allons mettre en évidence que, de l\u2019ouverture des registres jusqu\u2019aux résultats des référendums, l\u2019opération, pourtant qualifiée d\u2019avancée sur le plan démocratique par le gouvernement Charest, n\u2019a été que l\u2019occasion pour une minorité de citoyens généralement riches et anglophones d\u2019exprimer leur refus de vivre avec l\u2019ensemble des Québécois et de faire triompher l\u2019intérêt particulier sur le bien commun.524 Une opération démocratiquement contestable À la faveur d\u2019un vent d\u2019individualisme, les libéraux ont profité de la grogne des nantis et de la frustration des membres des communautés anglophones pour aug- Les grands enjeux menter leurs chances de gains politiques lors du scrutin provincial d\u2019avril 2003, en promettant de donner aux citoyens la possibilité de revenir en arrière.Une fois au pouvoir, le gouvernement Charest a mis son programme à exécution.La loi 9 a été adoptée et au printemps 2004,213 registres ont été ouverts à travers le Québec pour enclencher le processus de démembrement municipal.Cela concernait 58 % de la population totale du Québec.Des 3 225 395 électeurs inscrits dans les municipalités dans lesquelles un registre a été ouvert, 234 818 ont signé les registres, soit 7,3 % (qui ne représentent cependant que 4,3 % de l\u2019ensemble des électeurs du Québec).Dans 124 municipalités, représentant 70 % de la population visée par la demande de démembrement, le nombre de signatures n\u2019a pas atteint les 10 % requis : 34 648 personnes ont signé les registres dans ces municipalités, et elles n\u2019y représentaient que 1,6 % des électeurs inscrits.Dans les 89 autres municipalités, dont la population représente 17,5 % de la population du Québec, 200 170 personnes ont signé les registres, soit globalement 20,2 % des électeurs inscrits.Le pourcentage de signatures ayant dépassé les 10 %, un référendum a pu être tenu dans chacune de ces anciennes municipalités.Cette vaste opération de consultation a introduit un phénomène nouveau dans la société québécoise, auquel nous donnons l\u2019appellation de micro-démocratie (nous y reviendrons dans la prochaine section).La situation estparfois toutà fait irréelle : 38 signatures ont suffi pour imposer un référendum à Lïle-Dorval, 39 a Métis-sur-Mer, 41 à Parent, 57 à La Croche, 72 à Saint-Jean-Baptiste, 74 à Lac-Tremblant-Nord, 83 à Gallix, 87 à Lac-Édouard, 97 à Saint-Luc-de-Matane, et 99 à Saint-Jean-des-Piles, pour ne citer que les municipalités dans lesquelles il aura suffi de moins de 100 signatures.En fait, il n\u2019y a que sept municipalités, parmi celles où se sont tenus des référendums, qui ont plus de 44 000 électeurs, ce qui est la taille moyenne d\u2019une circonscription électorale du Québec, qui elle n\u2019a par ailleurs que le droit d\u2019élire un député tous les quatre ans.Mais il y a plus.La loi municipale autorise les propriétaires non-résidents à voter (en plus de la population résidente).On a même identifié dans deux cas la situation assez inédite où malgré une population égale à zéro, des électeurs, que nous qualifions de virtuels, ont voté et ont imposé un référendum : c\u2019est le cas de L\u2019Ile-Dorval (population o, 48 électeurs, 38 ont signé) etdeLac-Tremblant-Nord (population o, 173 électeurs, 74 ont signé).Comment la démocratie gagne-t-elle dans ces cas où les territoires sont ni plus ni moins que des clubs de chasse privés ?Qui a à gagner devant de telles aberrations ?Dans d\u2019autres cas, le nombre d\u2019électeurs est supérieur à la population du recensement de 2001 : évidemment il se pourrait que ces municipalités aient connu depuis trois ans un afflux de population.Nous en doutons pourtant et pour nous en assurer, nous avons comparé le nombre d\u2019électeurs inscrits à la plus récente élection générale tenue au Québec avec ceux inscrits au palier municipal.Dans certains cas la comparaison est instructive : Lac-Édouard (+ 337 %), Estérel (+157 %), Ivry-sur-le-Lac (+106 %), La Macaza (+ 85 %), Sainte-Agathe-Nord (+ 72 %), Métis-sur-Mer (+ 68 %), le canton de Sutton (+ 59 %), La Bostonnais (+ 58 %), Sainte-Véronique (+43 %), Saint- 525 Le territoire Jean-des-Piles (+40 %), Saint-Aimé-du-Lac-des-Iles (+39 %), le canton de Magog (+ 37 %), et ainsi de suite.Il y a 21 municipalités (le quart du total de celles où un référendum a été tenu) dans lesquelles le nombre d\u2019électeurs municipaux dépasse de plus de 20 % le nombre d\u2019électeurs inscrits aux élections de 2003 ! Comme par hasard, il s\u2019agit de localités de villégiature situées dans les Lauren tides, dans les Cantons de l\u2019Est, en Mauricie ou ailleurs, où l\u2019on trouve des propriétaires de résidences secondaires (chalets, condos, maisons de campagne) qui craignentune hausse des taxes municipales.C\u2019est aussi le cas des deux municipalités vides de Lïle-Dorval et de Lac-Tremblant-Nord.L\u2019égoïsme fiscal des riches Des 89 anciennes municipalités où s\u2019est tenu un référendum, plus de la moitié d\u2019entre elles (48 sur 89) ont, selon le recensement de 2001, un revenu familial moyen supérieur à celui de l\u2019ensemble du Québec qui était, au recensement de 2001, de 59 297 dollars ; etpresque les trois quarts des municipalités (91 sur 124) où il n\u2019y a pas eu de référendum ont un revenu familial inférieur à celui de l\u2019ensemble du Québec.Évidemment, comme les villes défusionnistes se concentrent en milieu métropolitain (57 sur 89), où le revenu estgénéralementplus élevé, notre remarque ne pourrait que refléter l\u2019inégalité des revenus entre les grandes villes et les régions.Aux Tableaux 1,2 et 3, nous comparons donc les revenus moyens familiaux des municipalités défusionnistes avec celui de leur ville centrale.On attribue la valeur 100 à la ville centrale et on rapporte le revenu pour chaque ancienne municipalité à la valeur 100 pour obtenir un indice qui sera inférieur ou supérieur à 100, selon que les anciennes municipalités ont un revenu en deçà ou au-delà de celui de leur ville centrale.Le cas le plus exemplaire est celui de Longueuil : les trois anciennes municipalités qui ont signé le registre à plus de 30 % sont celles qui ont les revenus fàmiliaux les plus TABLEAU 1\tLongueuil \t\t\t\t\t\t Saint-Lambert\t110 872\t190\t75,8\t31,2\t69,7\t41,4 Saint-Bruno-de-Montarville\t93 552\t160\t84,6\t36,2\t72,0\t47,6 Boucherville\t90 512\t155\t94,7\t34,7\t75,7\t48,0 Brassard\t73 663\t126\t56,9\t23,5\t80,9\t38,7 Saint-Hubert\t61599\t106\t85,6\t1,8\t\t Greenfield Park\t61084\t105\t50,2\t16,7\t65,5\t27,3 Longueuil\t58 305\t100\t89,3\t0,4\t\t Le Moyne\t41 792\t72\t89,8\t2,2\t\t 526 Les grands enjeux élevés, Saint-Lambert (indice = 190), Saint-Bruno (indice = 160), Boucherville (indice = 155).Elles sontsuivies de Brossard (indice = 126) où on a signé à 23,5 %.Par contre, Saint-Hubert (indice = 106) etLemoyne (indice = 72) ont signé respectivement à 1,8 % et à 2,2 % et resteront dans Longueuil (voir Tableau 1).Même scénario à Québec : les plus forts pourcentages de signature ont été enregistrés à L\u2019Ancienne-Lorette (indice = 122), Saint-Augustin-de-Desmaures (indice = 162), Sillery (indice = 215), Lac-Saint-Charles (indice = 107), Sainte-Foy (indice = 133), Cap-Rouge (indice = 178).Les plus faibles taux de signature ont été enregistrés à Loretteville (indice = no), Beauport (indice = 113), Val-Bélair (indice = 106), Charlesbourg (indice = 112), Saint-Émile (indice = 114).Vanier fait figure d\u2019exception, avec 17 % de signatures mais un indice égal à 78.Toutes les autres municipalités ont des indices supérieurs à celui de Québec (voir Tableau 2).Dans les autres grandes villes du Québec, le même type de relation existe, mais parfois de manière moins nette : c\u2019est le cas à Lévis, à Shawinigan, à Sherbrooke et à Gatineau.Par ailleurs, notre analyse explique pourquoi Saguenay et Trois-Rivières ne connaîtront pas de référendum : les écarts de revenu y sont très faibles.À Saguenay, ils varient de 84 à 104, et à Trois-Rivières de 94 à 120.Le gradient du revenu était trop faible pour y générer un vent de contestation des fusions.À Montréal, les choses se passent de la même façon, mais doublées d\u2019un enjeu linguistique.Des riches, des anglophones et des riches anglophones À Montréal, ce sont d\u2019abord les résidents des anciennes municipalités les plus TABLEAU 2\tQuébec \t\t\t\t\t\t Sillery\t11 3091\t215\t90,4\t24,3\t51,5\t33,6 Cap-Rouge\t93 717\t178\t96,0\t17,3\t39,0\t22,5 Sa i nt-Augusti n-de-Desmau res\t85 194\t162\t98,4\t24,4\t62,4\t38,4 Sainte-Foy\t70 180\t133\t93,4\t20,2\t52,3\t28,4 L'Ancien ne-Lorette\t64 206\t122\t97,4\t29,6\t67,1\t40,9 Saint-Émile\t60 071\t114\t99,0\t15,0\t50,0\t21,2 Beauport\t59 407\t113\t98,5\t12,8\t46,2\t19,4 Charlesbourg\t59 107\t112\t97,5\t13,4\t43,4\t18,4 Loretteville\t58 085\t110\t96,2\t11,2\t33,6\t14,4 Lac-Saint-Charles\t56 432\t107\t99,1\t21,4\t66,4\t29,9 Val-Bélair\t56 037\t106\t97,6\t13,3\t49,8\t18,7 Québec\t52 717\t100\t95,4\t2,3\t\t Vanier\t41 274\t78\t96,3\t17,3\t61,4\t23,2 527 Le territoire riches qui ont signé en grand nombre les registres pour les démembrements.Si l\u2019on prend comme indice le revenu moyen des familles dans ces municipalités selon le Recensement du Canada de 2001 (Montréal = 100), on retrouve en tête du palmarès des villes les plus défusionnistes, les villes les plus riches de l\u2019île de Montréal.Senneville, qui a signé à 61,8 % (indice = 281), Baie-d\u2019Urfé à 57,4 % (indice = 204), Westmount à 38,5 % (indice = 364), Beaconsfield à 37,7 % (indice = 230), Montréal-Ouest à 36,7 % (indice = 228), Pointe-Claire à 36,6 % (indice = 157), pour ne mentionner que les premières municipalités à atteindre le TABLEAU 3\tMontréal \t\t\t\t\t\t Hampstead\t156 218\t292\t63,2\t24,7\t90,4\t47,2 Montréal-Ouest\t121 781\t228\t61,9\t36,7\t82,6\t47,5 Westmount\t194 345\t364\t61,1\t38,5\t92,1\t52,7 Pointe-Claire\t83 906\t157\t57,9\t36,6\t90,0\t52,8 Beaconsfield\t123 153\t230\t56,3\t37,7\t80,4\t45,9 Baie-d'Urfé\t108 804\t204\t54,2\t57,4\t92,9\t72,8 CÔte-Saint-Luc\t81336\t152\t49,5\t25,8\t87,0\t40,4 Dollard-des-Ormeaux\t80 402\t150\t46,4\t24,3\t85,2\t37,6 Dorval\t72 960\t136\t46,2\t31,2\t76,8\t41,4 Senneville\t150 071\t281\t46,2\t61,8\t93,4\t73,6 Kirkland\t104 967\t196\t43,0\t28,5\t87,6\t47,3 Sainte-Anne-de-Bellevue\t78 364\t147\t37,9\t26,8\t82,3\t47,7 Pierrefonds\t66 998\t125\t35,8\t15,9\t70,1\t24,9 Roxboro\t71 640\t134\t31,0\t25,0\t67,4\t33,4 LaSalle\t54 131\t101\t27,8\t11,2\t61,0\t20,4 Mont-Royal\t141 848\t265\t26,0\t24,4\t81,8\t41,7 Lachine\t57 319\t107\t22,0\t6,8\t\t Sainte-Geneviève\t50 504\t94\t19,3\t14,2\t65,6\t21,5 Verdun\t65 764\t123\t18,1\t2,2\t\t L'île-Bizard\t91916\t172\t17,6\t21,2\t63,5\t33,7 Saint-Laurent\t60324\t113\t17,2\t18,5\t75,3\t28,6 Montréal\t53451\t100\t10,5\t0,2\t\t Outre mont\t113825\t213\t7,9\t2,6\t\t Saint-Léonard\t52941\t99\t7,2\t3,2\t\t Montréal-Est\t49601\t93\t5,3\t36,0\t84,7\t45,2 Montréal-Nord\t42421\t79\t4,4\t1,6\t\t Anjou\t60230\t113\t3,6\t16,9\t57,0\t26,5 528 Les grands enjeux fatidique 35 %, essentiel pour rendre effectifle résultat du référendum favorable à la défusion.Montréal-Est, qui a signé à 36,0 % (indice = 93), apparaît comme une exception dans ce premier groupe (voir Tableau 3).À l\u2019autre bout du spectre, les villes qui ont signé le registre à moins de 10 % sont les villes les plus pauvres.Montréal-Nord a signé à 1,6 % (indice = 79), Saint-Léonard à 3,2 % (indice = 99), Lachine à 6,8 % (indice = 107).Outremont, qui a signé à 2,6 %, mais qui a un indice égal à 213, apparaît comme une exception dans ce groupe.Verdun constitue une autre exception, puisqu\u2019avec un indice de 123, les signatures n\u2019ont atteint que 2,2 % : dans ce cas cependant le secteur de L\u2019île-des-Sœurs (indice = 242) fausse l\u2019image, puisque dans presque tous les autres secteurs de Verdun l\u2019indice est inférieur à 100.L\u2019île-des-Sœurs a voulu, d\u2019ailleurs, il y a quelques années, se défusionner de la ville de Verdun.Entre ces deux extrêmes, on répertorie des municipalités ayant obtenu entre 10 % et 35 % de signatures dans les registres : on y trouve des municipalités cossues comme Hampstead qui a signé à 24,7 % (indice = 292), Mont-Royal à 24,4% (indice = 265), Kirkland à 28,5 % (indice = 196), L\u2019île-Bizard à 21,2 % (indice = 172), Côte-Saint-Luc à 25,8 % (indice = 152), Dollard-des-Ormeaux à 24,3 % (indice = 150), mais aussi des municipalités plus près de l\u2019indice 100, comme Sainte-Geneviève qui a signé à 14,2 % (indice = 94), Lasalleàii,2°/o (indice = 101), Anjou à 16,9 % (indice = 113), Saint-Laurent à 18,5 % (indice = 113).Même si globalement le coefficient de corrélation entre le revenu et le pourcentage de signatures est égal à 0,58, la correspondance entre les deux séries de données n\u2019estpas monotone : les villes les plus défiisionnistes ne sontpas toujours les plus riches, les villes les moins défiisionnistes ne sontpas invariablement les moins riches.Les quelques exceptions mentionnées plus haut l\u2019ont bien illustré.C\u2019est la composition linguistique des villes qui explique ces anomalies, anglophone étant souvent associé à un plus haut niveau de richesse et allophone à un plus bas niveau de richesse.Il est remarquable que les allophones n\u2019ont pas beaucoup signé les registres : dans Saint-Léonard (54,9 % d\u2019allophones) et Montréal-Nord (32,0 %), le pourcentage de signatures a été largement inférieur à 5 %.Dans\t|\t70 Westmount, la ville la plus riche du\t*\t60 Québec (indice = 364), le pourcen- | tage de signatures a été relativement I fort (38,5 %): Westmount comprend\ta.\t40 19,6 % d\u2019allophones.\tI\t30 En fait, c\u2019est la proportion d\u2019an- 1\t\u2014 glophones dans une municipalité\tIf\t20 qui semble expliquer le mieux le\t|\t10 pourcentage de signatures aux reg- °-\t.\t*\u201c istres, comme l\u2019illustre le Graphi-\t°o 10*\t20\t30\t40 que I.À part quelques exceptions\tPourcentage d\u2019anglophones graphique 2 Vote pour la région dans 111e de Montréal 529 Le territoire (Anjou, Montréal-Est, Senneville et Baie-d\u2019Urfé), le pourcentage de signatures est pratiquement proportionnel au pourcentage d\u2019anglophones.La corrélation entre ces deux séries de données est égale à 0,69, et si l\u2019on enlève les quatre exceptions, elle grimpe à 0,88 ! On se croirait à une élection générale au Québec.Les données du Graphique 1 permettent d\u2019évaluer à environ 60 % en moyenne la proportion d\u2019anglophones qui ont signé les registres, la proportion de francophones etd\u2019allophones qui ont signé étant très faible, inférieure à 10 %.Dans certaines municipalités, les francophones ont toutefois signé les registres en proportions plus élevées : Anjou et Montréal-Est bien entendu, de même que dans des municipalités plus favorisées, comme à Senneville ou à Baie-d\u2019Urfé.Inversement, la proportion d\u2019anglophones qui ont signé les registres a été beaucoup plus faible dans des municipalités moins riches, comme Verdun, Lachine ou Lasalle.Pour le reste, à quelques différences près, le pourcentage de signatures se situe à près des deux tiers du pourcentage d\u2019anglophones.Les référendums Des 89 municipalités dans lesquelles se sont tenus des référendums, seules 32 ont atteint les 35 % de votes favorables à la défiision, et elles représentent col-lectivement seulement 6 % de la population du Québec.De ces 89 municipalités, 29 ont vu le NON l\u2019emporter : elles représentent le cinquième de la population appelée à voter, et sont francophones à 97 %.Elles avaient signé les registres à 14%, et le OUI y a obtenu l\u2019appui de 19,6 % des électeurs inscrits, contre 25,6 % pour le NON.Parmi celles-ci on retrouve quelques villes importantes par leur population, comme Beauport et Charlesbourg à Québec.Le clivage économique Des dix villes les plus riches du Québec, huit ont défiisionné.Si l\u2019on prend comme indicateur le revenu moyen des familles selon le Recensement du Canada de 2001 (indice = 100 pour l\u2019ensemble du Québec, soit59 297 dollars), on retrouve parmi les villes défiisionnistes Westmount (indice = 328), Hampstead (indice = 263), Senneville (indice = 253), Mont-Royal (indice = 239), Beaconsfield (indice = 208), Montréal-Ouest (indice = 205), Saint-Lambert (indice = 187) et Baie-d\u2019Urfé (indice = 183).Ne manquent qu\u2019Outremont (indice = 192), qui n\u2019a pas signé le registre, et Sillery (indice = 191).Des quatre municipalités qui quitteront la ville de Longueuil, trois sont les villes les plus riches de toute la Montérégie : Saint-Lambert, Saint-Bruno et Boucherville.Sur les 32 municipalités qui vont défii-sionner, trois seulement ont un indice inférieur ou proche de 100 : Montréal-Est (indice = 84), Cap-aux-Meules (indice = 93) etL\u2019Ancienne-Lorette (indice = 108).Toutes les autres ont un revenu familial moyen supérieur d\u2019au moins 20 % à celui de l\u2019ensemble du Québec.Quand le premier ministre Jean Charest et le ministre des Affaires municipales Jean-Marc Lournier parlent de « sentiment d\u2019appartenance communautaire » pour expliquer les résultats des référendums, il faut plutôt comprendre sentiment d\u2019appartenance monétaire.530 Les grands enjeux Le clivage linguistique Reste enfin les 14 municipalités défiisionnistes de l\u2019île de Montréal (en excluant Montréal-Est) : ces municipalités ont voté OUI à 44,5 % des électeurs inscrits, et NON à 7,4 %.Bien entendu, ce sont des municipalités plutôt favorisées, comme on l\u2019a vu plus haut Mais elles ont aussi la caractéristique d\u2019avoir près de 50 % de leur population qui est anglophone.Les allophones, donc le statut socioéconomique est sous la moyenne du Québec, n\u2019ont pas généralement pour leur part suivi le mouvement défiisionniste: déjà les municipalités de Saint-Léonard (comptant 55 % d\u2019allophones) etMontréal-Nord (32 %) ont signé les registres à moins de 10 %.Et dans Saint-Laurent (dénombrant 50% d\u2019allophones), Pierrefonds (28 %) etLasalle (26%), le OUI n\u2019a pas atteint les 35%.Par contre, les municipalités les plus anglophones ont massivement appuyé le OUI : les appuis au OUI (toujours par rapport aux électeurs inscrits) varient de 37,6 % dans Dollard-des-Ormeaux à 72,8 % dans Baie-d\u2019Urfé et 73,6 % à Senneville.Mais ce sont bien les anglophones favorisés qui prennent leur distance de Montréal : à Lachine et à Verdun, où les registres n\u2019ontpas atteint les 10 %, ou bien à Greenfield-Park et à Lasalle, où le OUI a plafonné sous les 30 %, les anglophones moins favorisés n\u2019ayant pas suivi le mouvement défiisionniste.Ce sont donc bien les anglophones avec un niveau de richesse élevé, ceux que l\u2019on retrouve essentiellement dans les banlieues de l\u2019ouest de l\u2019île de Montréal qui ont porté le mouvement défiisionniste, et qui l\u2019ont mené à terme (voiries résultats rapportés au Graphique 2).C\u2019est le noyau dur de la communauté anglophone, celui-là même qui avait fondé et appuyé l\u2019Equality Party en 1989 et fait élire ses quatre députés dans la même zone géographique (les circonscriptions de Westmount, D\u2019Arcy-McGee, Notre-Dame-de-Grâce et Jacques-Cartier) et qui aujourd\u2019hui, à défaut de partitionner le Québec, cherche à fracturer la ville de Montréal.La micro-démocratie Parmi les 13 municipalités défu-sionnistes à l\u2019extérieur de Montréal et de la Montérégie, huit au moins sont des municipalités de villégiature dans lesquelles le nombre d\u2019électeurs inscrits aux référendums est très supérieur au nombre d\u2019électeurs inscrits à l\u2019élection de 2003, comme par exemple Estérel, Yvry-sur-le-Lac, Saint-Aimé-du-Lac-des-Iles et La Macaza au nord de Montréal.On y trouve même une municipalité graphique 2 Vote pour la défusion dans 111e de Montréal g.60 Pourcentage d\u2019anglophones 531 Le territoire sans population résidente (Lac-Tremblant-Nord) : c\u2019estque les propriétaires (de maisons de campagne, de chalets ou de condos) ont le droit de vote aux consultations municipales.C\u2019est aussi le cas de la municipalité de Lïle-Dorval (aucun résident, 50 électeurs, 49 ont voté, 37 ont dit OUI à la défusion et 12 ont dit NON).Dans l\u2019ensemble du Québec, il y avait une autre dizaine de municipalités dans le même cas (ex.: Sain te-Agathe-Nord et Sainte-Véronique dans les Lauren tides ou les cantons de Magog et de Sutton en Estrie), mais le OUI n\u2019y a pas atteint les 35 % des électeurs inscrits, même si dans la majorité d\u2019entre elles le OUI l\u2019a largement emporté.Ces municipalités de villégiature, qui représentent le cinquième des municipalités dans lesquelles se sont tenus des référendums, ne représentent que 0,2 % de la population du Québec, 0,4 % de la population concernée par les registres, 1,4% de la population appelée à voter et 4,2 % de la population défii-sionniste ! Le gouvernement Charest a donc introduitune pratique politique sans égard pour le bien commun.Vers des recours aux tribunaux?Nous sommes au début d\u2019un long processus qui, on peut déjà l\u2019entrevoir, conduira les acteurs politiques devant les tribunaux pour regagner les statuts d\u2019an tan des villes défusionnées.Cela déclenchera une guerre de tranchée identitaire qui culminera au moment de la prochaine campagne électorale au Québec.Nous pouvons en outre anticiper l\u2019effritement du tissu social québécois et la remise en question de la politique interculturelle ; la politisation des enjeux permettant au gouvernement fédéral de coloniser de nouveaux secteurs d\u2019intervention laissés vacants par le gouvernement du Québec ; l\u2019affaiblissement de la personnalité internationale de Montréal au profit de petits chefs-lieux enclins à défendre des intérêts locaux.Il esta souhaiter que le réflexe identitaire des défusionnés de l\u2019Ouest de l\u2019île de Montréal ne conduise pas à la création d\u2019une ville anglaise ; ce serait une sorte de « belgisation » de l\u2019île, avec le cloisonnement qui en découlerait II faut toutefois noter que la prospère et diversifiée Outremont, de même qu\u2019Anjou, Montréal-Nord, Saint-Laurent et Saint-Léonard, ont pris, elles, le pari de la ville centre.Derrière l\u2019avenir des grandes villes, c\u2019est celui des institutions politiques québécoises qui se dessine.En donnant à des petites entités prospères le droit de démanteler les grandes villes de Montréal et Longueuil - nouvelles cités créées au profit du bien commun -, le gouvernement libéral a abdiqué une partie des responsabilités de l\u2019Assemblée nationale du Québec.532 Les grands enjeux Le revenu des agriculteurs québécois : la pire crise en 25 ans Vicky Boutin Journaliste Ces images ont marqué les mémoires.À l\u2019automne 2003, devant des caméras de télévision, un groupe de producteurs agricoles du Saguenay-Lac-Saint-Jean abattait une vache et un veau.Un geste désespéré, aux allures de sacrifice, afin d\u2019éveiller l\u2019opinion publique aux problèmes financiers sans précédent que connaissent actuellement les agriculteurs.Le président de la Fédération de l\u2019Union des producteurs agricoles (UPA) de la région, Yvon Simard, affirme avoir été pris par surprise par ce geste « non prévu ».« C\u2019était un cri du cœur des producteurs, expliquait-il.Il ne faut pas seulement penser au geste, mais au message derrière.» Les plus récents chiffres de Statistique Canada montrent que la crise du revenu en agriculture atteint un nouveau sommet : le revenu net des agriculteurs québécois a touché son plus bas niveau en 25 ans.Les données pour 2002 indiquent que leur revenu net a chuté de 54 %, passant de 862 millions à 397 millions de dollars, soit une moyenne de moins de 20 000 dollars par ferme.En 2003, les choses ne se sont pas améliorées, surtout en raison de la crise Louis Laroche, agriculteur de Saint-Prime de la vache folle.La découverte d\u2019une vache atteinte de l\u2019encéphalopathie spongiforme bovine (ESB), en Alberta au printemps 2003, avait provoqué un embargo sur le bœuf canadien.À l\u2019été 2004, une trentaine de pays refusaient encore d\u2019ouvrir complètement leurs frontières au bœuf canadien.Pour les producteurs aux prises avec ces graves problèmes, l\u2019avenir est sombre.Acculés au pied du mur, plusieurs doivent prendre des décisions qui changeront leur vie.« Dans certains cas, c\u2019estun mouvementà reculons qui sera incontournable, explique le président de 533 Photo:Vicky Boutin Le territoire l\u2019UPA, Laurent Pellerin.Si on ne fait rien de plus que compenser les entreprises qui ne peuvent plus capitaliser, nepeuventplus emprunter, beaucoup d\u2019entre elles seront obligées de fermer leurs portes et de liquider les troupeaux pour rem-bourser les dettes.» Bien que la situation décrite par le président de l\u2019UPA semble extrême, plusieurs agriculteurs québécois sont réellement confrontés à ce dernier recours.En septembre 2004, un producteur bovin de Saint-Benoît-Labre, en Beauce, a vendu à l\u2019encan son troupeau de 87 bêtes et toute sa machinerie.Jean-Guy Doyon explique avoir pris cette décision après s\u2019être « endetté par-dessus la tête ».La crise de la vache folle sera venue à bout de la passion de cet agriculteur, en affaires depuis près de vingt ans.À l\u2019hiver 2004, il a réussi à vendre deux de ses vaches pour 282 dollars, alors qu\u2019il aurait facilementpu en retirer 1600 dollars un an plus tôt fl a préféré mettre un terme à ses activités avant d\u2019hypothéquer tout son avenir.La crise du revenu a également entraîné une conséquence face à laquelle les agriculteurs ne savent trop comment réagir : la détresse psychologique a déjà miné la vie de plusieurs.Face à l\u2019ampleur du problème, une femme de la Montérégie a créé un organisme pour soutenir les agriculteurs.Maria Labrecque-Duchesneau a mis sur pied Au cœur des familles agricoles il y a quatre ans, afin d\u2019aider et d\u2019accompagner les producteurs qui vivent des Par son écoute et sa compréhension, Maria Labrecque-Duchesneau espère redonner aux producteurs un peu d'espoir, mais elle sait à quel point la situation est critique.jours sombres.Par son écoute et sa compréhension, elle espère leur redonner un peu d\u2019espoir, mais elle sait à quel point la situation est critique.« Pour comprendre, il faut imaginer un producteur qui se lève tous les matins etquin\u2019apasplusdeio 000 dollars en salaire, fl travaille tous les jours, mais, après six mois, n\u2019a pas encore pu recouvrer son coût de production.C\u2019est ni plus ni moins que du bénévolat », raconte-t-elle.Les agriculteurs qui osent parler et partager leur malheur sont au bout du rouleau.Plusieurs veulent tout abandonner, alors que d\u2019autres pensent mettre fin à leurs jours.Pour éviter de toucher le fond du baril, les agriculteurs aux prises avec la crise du revenu mettent les bouchées doubles.Plusieurs producteurs, plus fortunés que d\u2019autres, tentent de se maintenir à flot en changeant leurs habitudes.Dans un rang reculé de la petite municipalité de Saint-Prime, sur les rives du lac Saint-Jean, la crise a également ses échos.Louis Laroche, qui a repris la ferme familiale détenue jadis par son grand-père, a lui aussi vu ses revenus fondre au cours des dernières années.La crise de la vache folle a été le coup le plus dur.L\u2019agriculteur de 38 ans possède 225 bovins.Sa passion pour ses bêtes est évidente lorsqu\u2019on note le soin et l\u2019attention qu\u2019il leur porte.11 se dit d\u2019ailleurs l\u2019un des rares agriculteurs à encore sortir ses vaches dans les pâturages avoisinants pour accroître leur qualité de vie.Chacune a son nom, et chacune a sa place attitrée dans l\u2019étable.Outre la production laitière, M.Laroche mise d\u2019abord sur la qualité de ses bêtes qu\u2019il cherche à vendre pour la reproduction.Les nombreuses expositions agricoles auxquelles il a participé, 534 Les grands enjeux tant au Canada qu\u2019aux États-Unis, lui ont valu plusieurs distinctions.Avec la crise du revenu cependant, ces excursions ne sontplus au programme.«Les expositions servaient à faire voir nos animaux pour les vendre par la suite, ex-plique-t-il.Mais les expositions coûtent excessivement cher.C\u2019est une dépense pour nous.C\u2019est donc la première chose qu\u2019on a coupée.» Depuis, les agriculteurs intéressés à investir dans une bête de qualité pour la reproduction se sont révélés très rares, pour ne pas dire inexistants.Dans le cas de M.Laroche, c\u2019est la crise de la vache folle qu\u2019il faut principalement montrer du doigt Même si le seul cas d\u2019ESB a été répertorié en Alberta, les producteurs québécois ont dû faire face à cette crise qui est vite devenue «nationale».M.Laroche sait que l\u2019aide gouvernementale ne sera jamais suffisante pour recouvrer les pertes subies : «Au lieu de nous donner de l\u2019argentpour essayer de nous fermer le clapet, le gouvernement seraitpeut-être mieux de creuser et de comprendre le fond du problème ».La crise de la vache folle a eu d\u2019énormes répercussions sur l\u2019agriculture québécoise, mais elle ne fait que s\u2019ajouter à d\u2019autres causes.Selon l\u2019Union des producteurs agricoles, la cause principale est l\u2019impossibilité de recouvrer les coûts de production dans plusieurs secteurs agricoles à cause de prix trop bas.Les consommateurs sont peut-être heureux de trouver à Montréal l\u2019un des paniers d\u2019épicerie les moins chers parmi les pays industrialisés, mais ce sont les producteurs qui en payent le prix.En janvier dernier, produire un litre de lait coûtait 73 cents, alors que l\u2019agriculteur ne recevait que 60 cents.Le coût de production d\u2019un kilo de bœuf s\u2019élevait à 4,13 dollars alors que seulement 2,89 dollars retournaient dans les poches du producteur.La même logique s\u2019applique à la production de 10 kilos de pommes de terres blanches : 84 cents à produire, contre 40 cents reçus par le producteur.Selon le président du l\u2019UPA, la situation est plus que critique: «Au fil du temps, les gains de productivité réalisés par les agriculteurs sont passés dans la filière agroalimentaire sans qu\u2019ils en obtiennent leur juste part, soutient M.Pellerin.Leurs revenus n\u2019ont cessé de diminuer, tandis que leurs frais d\u2019exploitation ont constamment augmenté.» Les intermédiaires, de plus en plus nombreux dans la chaîne agroalimentaire, empochent une grande partie du prix au détail.Le paradoxe estfirappant: entre 1997 et 2001, le prix du panier d\u2019épicerie canadien a augmenté de 9 %, alors que le prix versé à la ferme pour les produits agricoles n\u2019a subi qu\u2019une hausse de 2%.Les agriculteurs réclament la transparence des coûts dans toutes les étapes de la mise en marché afin que soient mieux répartis les bénéfices.L\u2019urgence de la situation a amené l\u2019UPA à organiser un congrès spécial en juin 2004 pour traiter de la crise du revenu.Il s\u2019agissait seulement du quatrième congrès extraordinaire de l\u2019Union en 80 ans d\u2019histoire.Les membres ont alors adopté un Manifeste pour un marche' equitable qui a été remis au premier ministre du Québec, Jean Charest, et à la ministre de l\u2019Agriculture, Françoise Gauthier.Les signataires y tracent les grandes lignes d\u2019un nouveau contrat social agricole « fondé 535 Le territoire notamment sur un approvisionnement en produits de haute qualité, la protection des ressources, la transformation chez nous et la redistribution, ici, de la richesse collective ».Ils dénoncent entre autres « le fait que plusieurs denrées agricoles sontpayées moins que ce qu\u2019il en coûté pour les produire », et ils exigent la transparence des prix pour tous les intervenants de la chaîne agroalimentaire, ainsi qu\u2019une rémunération équitable pour leur travail.Les producteurs ont un appui de taille dans leurs revendications : la population québécoise.C\u2019est ce qu\u2019a révélé un sondage SOM publié en marge de ce congrès pour le compte de l\u2019UPA, et réalisé auprès d\u2019un échantillon de 1001 adultes québécois.Près de neuf Québécois sur dix (87%) croient que la plus grande part des profits du secteur agroalimentaire est empochée par les distributeurs (47%) et par les transformateurs (40 %).De plus, près d\u2019une personne interrogée sur deux (45 %) estime que la diminution du nombre de fermes au Québec est causée par les faibles prix offerts aux agriculteurs en échange de leur production.Des causes plus complexes La crise du revenu que connaissent actuellement les hommes et les femmes de la terre a toutefois des causes beau- coup plus complexes, liées aux pressions du libre-échange et à la concentration de la distribution.Depuis 1995, l\u2019agriculture ne bénéficie plus d\u2019un statut d\u2019exception dans les négociations internationales.Depuis cette date, les pays membres de l\u2019Organisation mondiale du commerce (OMC) se sont engagés à réduire les subventions aux agriculteurs afin d\u2019améliorer l\u2019accès aux marchés agricoles.Ces mesures visent entre autres à favoriser l\u2019intégration des pays en développement dans l\u2019économie mondiale.De nombreux pays ont toutefois su contourner les nouvelles règles du jeu, notamment les États-Unis et l\u2019Union européenne.Le Canada, qui a fait de gros efforts pour s\u2019y plier, doit désormais composer avec la mauvaise posture du secteur agricole canadien.Les données de l\u2019Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), comparant l\u2019ampleur du soutien financier accordé par différents pays à leurs agriculteurs, montrent bien l\u2019écart entre le Canada et les États-Unis, par exemple.En 2001, le gouvernement américain donnait un soutien financier équivalent à 342 dollars US par habitant Dans le cas du Canada, ces mêmes estimations ne s\u2019élèvent qu\u2019à 171 dollars US par habitant Entre 1986 et 2001, les États-Unis auraient donc accru leur aide de 21 %, alors que le Canada l\u2019aurait diminuée de 37 %.De plus, en 2002 entrait en vigueur une nouvelle loi agricole américaine nommée Farm Security and Rural Investment Act of 2002, ou Farm Bill.Celle-ci prévoit une hausse de 70 à 80 % des subventions aux producteurs agricoles américains, sur une période 536 Les grands enjeux de dix ans.Ces nouvelles mesures ont provoqué l\u2019indignation de nombreux pays membres de l\u2019OMC, notamment le Canada, qui y voient une violation des règles établies.Les agriculteurs canadiens font donc face à une forte concurrence étrangère : d\u2019abord celle des États-Unis et de l\u2019Europe qui octroient toujours de faramineuses subventions, et celle des pays pauvres où la main-d\u2019œuvre ne coûte presque rien.D\u2019importants changements se sont également opérés dans le réseau de commercialisation aux cours des dernières années, celui de la concentration de la distribution étant le plus marquant.Aujourd\u2019hui, seulement trois grandes chaînes agroalimentaires se disputent le marché québécois.Face aux superpuissances que sont les Metro, Sobeys, Loblaws, les détaillants indépendants sont devenus très rares dans le paysage québécois, ce qui rend les producteurs agricoles de plus en plus dépendants d\u2019un nombre limité d\u2019acheteurs.De plus, cette réalité impose une nouvelle logique dans le processus de production.Plusieurs agriculteurs se sont tournés vers la production à grande échelle et les technologies coûteuses, afin de s\u2019aligner à la logique du meilleur prix, ce qui est aussi une conséquence des pressions du libre-échange et du commerce international.Le dernier recensement effectué par Statistique Canada en 2001 indique d\u2019ailleurs que les petites fermes axées sur les affaires, soit celles ayant un revenu brut se situant entre 10 000 dollars et 49 999 dollars, sont celles qui ont enregistré la plus forte baisse de revenu, contrairement à ce qui s\u2019est passé chez les gros producteurs.On y apprend également que le nombre de fermes au Québec s\u2019élevait à 61 000 en 1971, alors qu\u2019en 2001, on n\u2019en dénombrait plus que 32 000.Le nombre de ferme diminue avec les années, mais celles qui restent prennent de l\u2019expansion.François Fillion, producteur laitier de L\u2019Isle-Verte, dans le Bas-Saint-Laurent, croit que cette logique est en train de mener à la déshumanisation de l\u2019agriculture.« Je m\u2019interroge sur l\u2019avenir des fermes familiales, sur leur vocation, et sur le contact entre l\u2019humain et la nature, que je vois disparaître avec l\u2019industrialisation », confie-t-il.M.Fillion a repris la ferme familiale il y a une dizaine d\u2019années et déjà, il affirme produire trois fois plus de laitque son père.Il estconvaincu que la crise du revenu, ajoutée à la vague d\u2019expansion des entreprises agricoles, attaque de plein fouet, et en premier lieu, la qualité de vie des agriculteurs : « Ce sont des gens qui travaillent trop, ne peuvent plus se permettre de loisir, ne peuvent que rarement sortir en famille, qui sont aux prises avec les lois du marché et doivent toujours performer.Ils sontdeplus en plus isolés».Déjà, des agriculteurs du coin ont décidé de tout abandonner.Il avoue sans retenue que « la situation est à la limite de ce qu\u2019on peut endurer.» Il ajoute : «Je suis producteur de lait, j\u2019espère toujours l\u2019être, mais la passion, avec ces dures années, il y a toutpour l\u2019user.» La logique de concentration a des effets très néfastes pour les régions québécoises, dontune grande partie du territoire est encore vouée aux activités agricoles.En 2001, dans 13 des 17 régions du Québec, au moins 10 % des emplois étaient liés au secteur agricole.Selon Jacques Proulx, actuellement 537 Le territoire L'Union paysanne croit que l'agriculture devrait être exclue des négociations commerciales internationales.à la tête de l\u2019organisme Solidarité mrale du Québec qui cherche à promouvoir la revitalisation du monde rural, les régions ont beaucoup à perdre dans cette nouvelle dynamique.« Plus on fait de la concentration, que ce soit la concentration de la propriété, de la transformation ou des services, plus on élimine d\u2019entreprises dans le milieu, ce qui entraîne une concentration de lapopulation, particulièrement dans les milieux urbains, explique-t-il.C\u2019est très négatifpour la culture et la dynamique rurale.» Longtemps président de l\u2019UPA, Jacques Proulxavouene pas se souvenir d\u2019une crise du revenu aussi grave dans le secteur agricole Des solutions à la crise ?L\u2019Union paysanne dit partager avec l\u2019UPA le même constat désolant de la situation actuelle, mais pas l\u2019analyse ni les solutions avancées par le grand syndicat des agriculteurs.L\u2019Union paysanne a vu le jour il y a trois ans afin de faire contrepoids aux points de vue de l\u2019UPA.Environ 2000 personnes sont membres de la jeune organisation.Le nouveau président, Maxime Laplante, accuse l\u2019UPA d\u2019avoir joué le jeu de la mondialisation : « Depuis une douzaine d\u2019années, la direction de l\u2019UPA a franchement été prise vers l\u2019industrialisation de l\u2019agriculture et les politiques d\u2019exportation.» Selon lui, cette direction ne peut qu\u2019accentuer le problème des agriculteurs.L\u2019Union paysanne propose une autre approche, et fait avant tout la promotion des fermes familiales, misant sur la qualité de ses produits et le développement de l\u2019économie locale.L\u2019organisation croit que l\u2019agriculture devrait être exclue des négociations commerciales internationales.Maxime Laplante soutient également que le manque d\u2019implication des producteurs dans la transformation de leurs produits est la principale cause de cette crise du revenu.Selon lui, l\u2019UPA a elle-même provoqué cette situation, puisqu\u2019elle contrôle cette zone commerciale très lucrative que représente le secteur de la transformation.« L\u2019UPA est en conflit d\u2019intérêt structurel, avance le président de l\u2019Union paysanne, puisqu\u2019il s\u2019agit d\u2019abord d\u2019un syndicat qui doit négocier de meilleures conditions de travail pour ses membres.Cependant, l\u2019UPA se finance à partir de la mise en marché des produits de ses membres.Donc, l\u2019UPA est devenu le patron.» Impliquer les agriculteurs dans les étapes de transformation semble donc l\u2019une des meilleures pistes de solutions, selon l\u2019Union paysanne.Lors du congrès spécial du mois de juin, Laurent Pellerin, président de l\u2019UPA, a également souligné que la transformation constituait une piste de solution intéressante pour sortir les producteurs de la crise.Il a notamment pris en exemple le cas du bœuf, dont seulement 25 % des coupes se font au Québec.La création d\u2019abattoirs en sol québécois pourrait s\u2019avérer très profitable pour les producteurs.La réalisation de ce souhait nécessite toutefois des investissements très importants, puisque la mise sur pied de tels projets est souvent coûteuse.L\u2019UPA estime que le Québec perd en moyenne une ferme par jour.Face à la chute des revenus, les agriculteurs n\u2019ont d\u2019autre choix que de trouver rapidement une solution.Les fermes 538 Les grands enjeux québécoises voient déjà la relève se raréfier.Beaucoup d\u2019enfants d\u2019agriculteurs ne sont plus intéressés à reprendre la ferme familiale et les problèmes qui y sont rattachés, au grand désespoir de plusieurs parents.Si tel est vraiment l\u2019avenir du secteur agricole, c\u2019est tout le Québec qui sera perdant Références AGENCE CANADIENNE D'INSPECTION DES ALIMENTS.L'agriculture : un secteur dynamique, mais pour combien de temps encore ?, Mémoire de l'UPA pour le comité'permanent desjinances de la chambre des communes, 3 octobre 2003.DUFOUR., Sophie.«L'agriculture, un secteur sensible», dans L'Organisation mondiale du commerce.Où s'en ua la mondialisation ?, Christian Deblock (dir.), Montréal, Fides.UNION DES PRODUCTEURS AGRICOLES.« Bilan des saisons 2003.L'agriculture au Québec », 2003 [en ligne] www.upa.qc.ca/fra/salle_presse/default.asp;\u2019idrubrique=69 UNION DES PRODUCTEURS AGRICOLES.« Congrès spécial de l'UPA sur la crise du revenu agricole.Un 4e en 80 ans d'histoire », 17 juin 2004 [en ligne] www.upa.qc.ca/fra/salle_presse/document.asp?idrubrique=37&KR1395 UNION DES PRODUCTEURS AGRICOLES.« Il faut revoir les règles du jeu dans la chaîne agroalimentaire, plaide l'UPA», 5 février 2004 [en ligne] www.upa.qc.ca/fra/salle_presse/docuriient.asp?idrubrique=37&id=K>97 UNION DES PRODUCTEURS AGRICOLES.«Crise du revenu agricole : la population se range derrière les agriculteurs »,\t17 juin 2004 [le ligne] www.upa.qc.ca/fra/salle_presse/document.asp;\u2019idrubrique=37&:id=i397 UNION DES PRODUCTEURS AGRICOLES.«Un congrès spécial de l'UPA sur la crise du revenu en agriculture», 14juin 2004 [en ligne] www.upa.qc.ca/fra/salle_presse/document.asp?idrubrique=37&;id=i393 539 Le territoire Milieux ruraux et urbains au Québec : quelles différences en matière de santé et de bien-être ?Robert Pampalon, Jérôme Martinez et Denis Hamel Institut national de santé' publique du Que'bec Guy Raymond Ministère de la Santé' et des Sendees sociaux En décembre 2003, dans le cadre des 8e Journées annuelles de santé publique, l\u2019Association pour la santé publique du Québec (ASPQ) tenait une conférence intitulée « Ruralité et santé publique : est-il encore possible de vivre heureux et en santé dans nos communautés rurales ?».Or, les organisateurs de cette conférence se sont vite heurtés à un obstacle : le peu de connaissances sur la santé et le bien-être des populations rurales au Québec.Difficile dans une telle situation de soutenir le débat.L\u2019Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) a donc été mandaté par l\u2019ASPQ, avec le soutien du ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS), pour produire un portrait détaillé et récent de la santé et du bien-être dans les collectivités rurales, en regard notamment des milieux urbains.Ce sont les principaux résultats de cette étude, augmentés de quelques faits nouveaux, qui vous sont ici présentés.Ce besoin de documenter la situation sanitaire dans les milieux ruraux est d\u2019autant plus criant que depuis plusieurs années des problématiques préoccupantes stigmatisent nombre de collectivités rurales tant au Québec que dans le reste du Canada : exode des jeunes, vieillissement de la population, disparition de services, dégradation des infrastructures locales et de l\u2019environnement ou encore épuisement des ressources naturelles (Catto, 2003 ; Pongetautres, 1999).Des efforts sont consentis à la revitalisation et au développement de ces collectivités (ministère des Régions, 2001) mais ceux-ci visent surtout la santé et la viabilité économique de celles-ci.La santé et le bien-être de leurs populations sont certainement reliés aux conditions de vies qui prévalent dans ces milieux.Mais dans quelle mesure?Un tel portrait des collectivités rurales, somme toute assez sombre, laisse présager de piètres perspectives pour la santé et le bien-être de leurs habitants.Mais qu\u2019en est-il réellement?L\u2019état de santé de leurs concitoyens urbains est-il meilleur?La recherche nous a jusqu\u2019à présent fourni des indications à ce sujet.Les 540 Les grands enjeux études précédemment menées à travers l\u2019ensemble du territoire québécois nous indiquent que, de façon générale, les régions à dominance rurale affichent un bilan de santé global plus médiocre que celles à dominance urbaine et qu\u2019elles se démarquent de ces dernières par une prévalence plus élevée de certains problèmes de santé (les maladies infectieuses et les maladies hypertensives) et de certaines habitudes de vie délétères (tabagisme et sédentarité) (Pampalon, 1985, 1986 et 1994; Pampalon et autres, 1990 et 1995).Les milieux urbains, de leur côté, semblent toutefois davantage vulnérables aux maladies chroniques, à la pneumonie, à la cirrhose et à l\u2019homicide, de même qu\u2019à la consommation excessive d\u2019alcool (Pampalon, 1994).Ces recherches révèlent également la présence d\u2019un gradient de santé et de bien-être au sein même du monde rural.Ainsi, de manière générale les résidants de l\u2019arrière-pays affichentune santé globale moins favorable que leurs concitoyens de la plaine du Saint-Laurent et, de manière plus ciblée, sont plus sujets aux maladies ostéo-articu-laires et aux incapacités que ces derniers (Pampalon, 1994 et 1991).Quoique ces indications soient précieuses, l\u2019image de la santé et du bien-être de la population rurale n\u2019en reste pas moins floue et partielle.Les études sur lesquelles elles reposent sont effectivement la plupart du temps très ciblées en termes de problème de santé, de déterminant, de source de données et de territoire couvert.Et plus important encore, ces études portent généralement peu d\u2019attention à la diversité des milieux ruraux.Quoi de plus gênant lorsque l\u2019on sait que des différences appréciables existentpourtant entre le rural périphérique d\u2019une métropole et l\u2019arrière-pays, autant de différences susceptibles d\u2019influencer l\u2019état de santé des populations, mais aussi, finalement, leurs besoins en services de santé.Le portrait que nous vous présentons ici représente en ce sens une contribution majeure.11 vise non seulement à documenter de façon large l\u2019état santé et de bien-être ainsi que certains de leurs déterminants dans les collectivités rurales, en regard des milieux urbains, mais aussi à explorer la diversité sanitaire interne au monde mral.Données et méthodes La grille spatiale d'analyse La définition du « rural » utilisée dans la présente recherche repose sur la typologie en Zones d\u2019influence des régions métropolitaines de recensement et des agglomérations de recensement (Z1M).L\u2019acronyme Z1M provient de l\u2019appellation originellement donnée à cette typologie par Statistique Canada, «Zones d\u2019influence métropolitaine», en 2000 (McNiven étal., 2000), utilisantle concept de navettage pour distinguer divers degrés de ruralité.L\u2019espace urbain est ainsi constitué de l\u2019ensemble des régions métropolitaines de recensement (RMR) et des agglomérations de recensement (AR), soit l\u2019ensemble des subdivisions de recensement (SDR) comptant plus de 10 000 habitants.Le reste du territoire correspond à l\u2019espace rural.Le taux de navettage (déplacement domicile-lieu de travail) vers les RMR-AR (l\u2019urbain) est ensuite utilisé pour fragmenter cet 541 Le territoire espace rural en trois zones dites d\u2019influence métropolitaine forte (ZIM forte), modérée (ZIM modérée) et faible ou nulle (ZIM faible ou nulle).Ces ZIM s\u2019étalent progressivement de la périphérie immédiate des grands centres urbains (ZIM forte) jusqu\u2019aux confins du territoire québécois (ZIM faible ou nulle) (voir la carte).Les indicateurs À partir de sept sources de données distinctes nous avons pu calculer un grand nombre d\u2019indicateurs, généralement des taux ou proportions.Nombre de ces indicateurs sontusuels (l\u2019espérance de vie, la mortalité selon la cause ou la prévalence de certaines maladies) mais d\u2019autres, moins familiers, méritent ici qu\u2019on les décrive plus en détail.L\u2019espérance de santé, tout d\u2019abord, est une mesure globale de l\u2019état de santé de la population qui traduit simultanément la durée et la qualité de la vie, et ce, en combinant des informations sur la mortalité et l\u2019incapacité (Robine etautres, 1999).La méthode de calcul utilisée ici est celle proposée par Sullivan (1971).Les hospitalisations évitables, ensuite, correspondent à des conditions médicales qui peuvent être traitées dans un contexte de soins de première ligne en cabinet médical ou en clinique externe, par exemple (Fleming, 1995 ; Gadomski et autres, 1998 ; Grau et autres, 1997 ; Pageau et autres, 2001).Des exemples de telles conditions sont l\u2019asthme, le diabète, l\u2019hypertension et l\u2019appendicite aigue.Une valeur élevée dans un secteur, une région ou une zone, urbaine ou rurale, peut indiquer un problème d\u2019accès aux services de première ligne.Nous faisons également appel à plusieurs mesures relatives aux services de santé, traitant soit de leur utilisation, disponibilité ou accessibilité.Deux d\u2019entres elles témoignent plus particulièrement de l\u2019accessibilité aux services hospitaliers et aux services médicaux d\u2019omnipratique.La première, produite au Québec par Piché et autres (1997) et inspirée des travaux de Carr-Hill etautres (1994) indique le nombre de lits hospitaliers accessibles à la population d\u2019une zone donnée, en tenant compte de la pression exercée sur ces lits par les résidants de tout le Québec.La seconde est un indice d\u2019autosuffisance en médecins omnipraticiens, correspondant au ratio entre les services produits par les médecins et ceux consommés par la population dans une zone donnée.Les services des médecins sont évalués en termes de nombre de médecins équivalents temps plein (ETP).Cet indice permet de voir si une zone donnée est autosuffisante (I = 1,00), dépendante (I < 1,00) ou excédentaire (I > 1,00) en services offerts par les médecins (Gouvernement du Québec, 2004).Enfin, deux indicateurs ont servi à estimer de façon générale l\u2019impact du système de soins sur la santé de la population.Le premier est la mortalité évitable qui regroupe un certain nombre de décès prématurés (avant 65 ans) reliés à des conditions médicales telles que la tuberculose, les maladies ischémiques du cœur, le cancer du col de l\u2019utérus etl\u2019hernie abdominale, et pour lesquelles il existe des interventions efficaces.Cette forme particulière de mortalité révélerait, lorsque\u2019elle est élevée dans une zone donnée, la 542 543 Les milieux urbains et ruraux du Québec, 2001 Milieux ur Régions mt \"et aggtorrré Milieux Zone d'ir Zone d' Zone d' Écoumène \tj 1\t s ol ita ines d e recen sem ent nsde recensement (RMRAR)\t e Métropolitaine forte e Métropolitaine moyenne ejmétropolitaine faible ou nul\te \t Les grands enjeux Le territoire présence de déficiences dans l\u2019organisation du système de soins (Holland and EC Working Group on Health Services and \u201c Avoidable Death \u201d, 1997).Le second indicateur correspond aux interventions dites pertinentes et qui font, elles, référence à des procédures chirurgicales nécessitant une hospitalisation et dont les bénéfices pour la qualité de vie sont importants.Il peut s\u2019agir, par exemple, de traitement pour cataracte, de remplacement de hanche ou de pontage coronarien (Pageau et autres, 2001).Résultats L'état de santé général L\u2019état de santé général varie légèrement entre les habitants des milieux urbain et rural du Québec (Tableau 1).À la naissance, les résidants du monde rural ont l\u2019espoir de vivre au total une demi-année de moins et en santé une année et demie de moins que leurs concitoyens de la ville alors que ces valeurs (particulièrement pour l\u2019espérance de vie) s\u2019abaissent légèrement de la ZIM forte vers la ZIM faible ou nulle.La perception médiocre de la santé suit la même tendance, plus présente en milieu rural, bien que cet indicateur ne présente pas de différences significatives entre les zones rurales.Enfin, la mortalité infantile est aussi plus forte en milieu rural alors qu\u2019elle double de la ZIM forte à la ZIM faible ou nulle.Les problèmes de santé spécifiques C\u2019est en regard de problèmes spécifiques de santé que des contrastes saisissants apparaissent entre les milieux urbain et rural mais aussi entre les différentes zones mrales (Tableau 1).En ce qui concerne la mortalité, certaines causes telles que le cancer du poumon et les maladies pulmonaires obstructives sont significativement plus importantes en milieu rural.On n\u2019observe toutefois pas de gradient entre les zones rurales.À l\u2019inverse, la mortalité par cancer du sein et par cardiopathies ischémiques est plus faible dans les milieux ruraux, mais là non plus elle ne présente pas de gradient à mesure que l\u2019on s\u2019éloigne des centres urbains.De tous les décès ce sont finalement les accidents de la route et les suicides qui distinguent le plus les milieux urbains et ruraux.Ils font nettement plus de victimes en milieu rural qu\u2019en milieu urbain, quelle que soit la zone rurale observée.Une analyse plus détaillée tenant compte du genre (résultats non présentés ici) montre que ce sont les hommes qui sont davantage victimes pour ces deux causes de mortalité et que, dans le cas du suicide, le facteur « ruralité » ne joue un rôle que chez les hommes.En ce qui a trait à la prévalence de certains problèmes de santé spécifiques (Tableau 1), les résidants des collectivités rurales semblent moins souffrir d\u2019allergies autres qu\u2019alimentaires, d\u2019asthme et de problèmes de dos.La prévalence de diabète est enfin plus élevée dans la ZIM forte que dans toutes les autres zones rurales et urbaine.Les caractéristiques démographiques et socioéconomiques Le monde rural dans son ensemble a perdu près de 1 % de sa population entre 1996 et 2001 alors que celle-ci s\u2019estaccrue de 2 % dans la zone urbaine (Tableau 2).Au sein du monde rural, la zone adjacente aux grands centres urbains (ZIM forte) a joui d\u2019une crois- 544 Les grands enjeux sance supérieure (2,3 %) à la zone urbaine tandis que la zone la plus éloignée (ZIM faible ou nulle) accuse la plus grosse perte de population (- 4,0 %).L\u2019indice synthétique de fécondité est plus élevé en milieu rural qu\u2019en milieu urbain (Tableau 1).Une analyse par groupe d\u2019âge montre toutefois que les taux de fécondité sont plus élevés en milieu rural jusqu\u2019à l\u2019âge de 30 ans et qu\u2019au-delà de cet âge la tendance s\u2019inverse nettement (résultats non présentés ici).La fécondité chez les adolescentes estparti-culièrement forte en milieu rural .surtout dans la ZIM faible ou nulle où elle est le double de celle de la ZIM forte.Les conditions de revenu, d\u2019emploi et de scolarité sont quant à elles nettement plus favorables en milieu urbain et se détériorent de façon générale lorsque l\u2019on s\u2019éloigne des grands centres (Tableau 2).Par ailleurs, en milieu rural, si l\u2019activité agricole est importante à proximité des centres urbains, elle laisse progressivement la place aux activités liées à la forêt, aux mines et à la pêche lorsqu\u2019on gagne l\u2019arrière-pays.Signalons enfin que les familles monoparentales et les personnes vivant seules sont moins présentes en milieu rural, bien que l\u2019on constate pour les premières une progression de leur proportion à mesure que l\u2019on se dirige vers la ZIM faible ou nulle.Les habitudes de vie Le bilan des habitudes de vie est partagé.La proportion de fumeurs réguliers est plus importante en milieu rural et dans chacune des trois ZIM, selon que l\u2019on considère les fumeurs actuels ou les anciens fumeurs (Tableau 2).La consommation régulière d\u2019alcool est par contre surtoutle fait de la zone urbaine et de la ZIM forte.Les résidants des collectivités rurales, et particulièrement ceux habitant les ZIM forte et modérée, sont enfin plus inactifs dans leurs loisirs et de ce fait peut-être plus sujets à l\u2019embonpoint que leurs concitoyens urbains.L'utilisation des services de santé Les habitants des collectivités rurales, quelle que soit la zone, ont plus favorablement que leurs concitoyens urbains un médecin de famille (Tableau 3).Cependant, ils consultent moins les médecins (omnipraticiens et spécialistes) que les résidants de la ville.Ils sont également moins enclins à recourir aux services de dentistes ou d\u2019orthodontistes et cette propension diminue systématiquement plus on progresse vers l\u2019arrière-pays.Malgré cela, on n\u2019observe aucune différence significative dans la déclaration de besoins non satisfaits entre les milieux urbain et rural non plus qu\u2019entre les ZIM.Le recours à l\u2019hospitalisation domine en milieu rural et tout spécialement dans la ZIM faible ou nulle où il est 40 % plus élevé que dans la zone urbaine.Le nombre d\u2019hospitalisations évitables pour 10 000 habitants est quanta lui significativement plus élevé en milieu rural et croît systématiquement et significativement de la ZIM forte à la ZIM faible ou nulle.L'accès aux services de santé Cette situation n\u2019est peut-être pas sans rapport avec l\u2019accès aux services de santé.Ainsi, alors que le ratio de lits of ferts dans les centres hospitaliers de soins généraux et spécialisés s\u2019avère plus élevé en milieu urbain qu\u2019en milieu rural, le ratio de lits accessibles est 545 Le territoire TABLEAU 1\tSanté et bien-être : état de santé général et problèmes de santé spécifiques, zones rurales et urbaine, Québec, 1998-2000,2001 \t\t\t\t\t\t \t\t\t\t\t\t État de santé général Espérance de vie (naissance)\tannées\t79,4\t78,8\t79,6 +\t\t\t78,7\t\t77,9\t79,20 Espérance de santé (naissance)c années\t72,0\t70,5\t70,8\t\t\t70,5\t\t70,2\t71,70 Mortalité infantile1\to/oo\t4,83\t5,73\t\t3,56\t5,21\t\t\t9,29\t+\t5,01 Incapacité6\t%\t8,2\t9,9\t\t10,9\t\t9,7\t9,4\t8,6\t\t Perception négative de la santéf\t%\t10,6\t12,3\t\t12,7\t\t12,3\t11,6 11,0\t\t Problèmes de santé spécifiques Mortalité s Cancer du poumon\t0/000\t65,8\t68,9\t\t71,3\t\t65,8\t\t74,5\t+\t66,5 Cancer du sein\t0/000\t31,5\t27,0\t\t26,0\t\t26,8\t\t28,5\t30,5 Cardiopathies ischémiques\t0/000\t139,5\t128,0\t\t124,8\t\t130,2\t\t125,2\t136,9 Accident vasculaire cérébral\t0/000\t42,6\t42,8\t37,2\t\t\t45,3\t+\t41,1\t42,6 Maladies pulmonaires obstructives chroniques\t0/000\t38,3\t42,7\t37,4\t\t\t44,3\t+\t44,0\t+\t39,3 Accidents de la route\t0/000\t4,6\t12,7\t\t11,0\t\t13,8\t+\t12,3\t6,3 Suicide\t0/000\t12,7\t16,8\t\t16,5\t\t16,8\t\t17,3\t13,5 Prévalenœ de problèmes de santéh\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t Allergies autres qu'alimentaires\t%\t25,1\t21,6\t23,5\t\t\t21,2\t\t20,3\t24,3 Asthme\t%\t8,9\t7,7\t7,1\t\t\t7,8\t\t7,9\t8,6 Maladies cardiaques\t%\t5,1\t5,7\t| 6,5\t\t\t5,2\t\t5,8\t5,3 Maux de dos\t%\t13,7\t12,4\t13,1\t\t\t11,9\t\t12,5\t13,5 Diabète\t%\t4,0\t4,4\t5,4\t\t+\t3,9\t\t4,6\t4,1 Valeur statistiquement supérieure (p
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